Titre
EPITRE. A M. le Comte ANDRÉ PETROVITSCH DE SCHOUVALOW, Chambellan de Sa Majesté l'Impératrice de toutes les Russies.
Titre d'après la table
EPITRE à M. le Comte André Petrovitsch de Schouvalow, Chambellan de Sa Majesté l'Impératrice de toutes les Russies.
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s. p.
Page de début dans la numérisation
230
Page de fin
9
Page de fin dans la numérisation
234
Incipit
AINSI donc au printemps de l'âge
Texte
EPITRE
A M. le Comte ANDRÉ PETROVITSCH
DE SCHOUVALOW ,
Chambellan de Sa Majesté l'Impératrice
de toutes les Ruffies.
AINSI donc au printemps de l'âge
Et dans la ſaiſon des amours ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Tout- a-coup un ſombre nuage,
Cher Comte, obſeurcit vos beaux jours.
Cette aimable & vive Déeffe ,
Que ſuivent les Ris & les Jeux ,
Qui fe plaît avec la jeuneſſe ,
Sans laquelle on n'eſt point heureux ,
La Gaité par ſa douce flamme
Hélas ! n'anime plus vos ſens ,
Et ne verſe plus dans votre âme
Ses plaiſirs toujours renaiſſans.
- Dans une retraite profonde,
Trop Philoſophe en vérité ,
Vous fuyez la Cour& le Monde,
Pour méditer en liberté.
Avec Nollet , de la nature
Vous interrogez les ſecrets ,
Et d'une main adroite & fûre ,
Vous en démontrez les effets .
Et la Muſique & la Peinture-
Tour-à-tour fervent vos loiſirs ;
D'une morale auſtère & pure
Les Loix dirigent vos defirs.
Tous ces goûts , ces dons d'Uranie
Sont bien dignes de vous charmer.
Qu'il eſt beau du feu du Génie ,
A votre âge de s'enflammer !
Mais il faut auffinde l'étude
Modérer lanyimacité ;
Le triſte ennui , la folitude
!
JUIN. 1763. 7
0
Des moeurs flétrit l'aménité.
L'eſprit eſt un feu qui dévore ,
Il a beſoin d'un aliment ;
Mais il a plus beſoin encore
De repos & d'amuſement.
De ce Miſantrope fublime
Retiré dans l'ombre des bois ,
A qui tout paroît vice ou crime ,
Gardez-vous d'écouter la voix.
Laiffez ce Sage atrabilaire
De noires vapeurs tourmenté ,
Déclamer avec dureté
Contre undéſorde néceſſaire,
Et faire injuſtement la guerre
Aux Arts , à la Société.
De les moeurs & de ſon ſyſtème
L'orgueil en ſecret eſt l'appui ,
Et ſa fingularité même
Le trahit toujours malgré lui .
Le Sage à ſes devoirs fidèle ,
Humain,bienfaiſant , généreux ,
Pratique la vertu pour elle ,
Sans étalage faſtueux.
Aux défauts , à quelque foibleſſe
Indulgent il ſçait pardonner :
Il ne va point fronder ſans ceſſe
Maint abus , mainte periteſſe ,
Qu'en lui-même il peut condamner.
Toujours utile à la Patrie ,
Aiv
8 MERCURE DE FRANCE.
১
Il lui conſacre ſes talens ;
Et croit que la Philofophie ,
Parla grandeur plus annoblie ,
Peut s'exercer dans tous les rangs..
Aux plaiſirs quelquefois ſenſible ,
S'il goûte ſes tendres douceurs ,
Toujours libre & toujours paiſible
De l'Amour il plaint les erreurs ;
Et ce Dieu ſi ſouvent terrible
Ne l'enchaîne qu'avec des fleurs .
Loin de la ſtupide moleſſe ,
De la ſotte fatuité ,
Sans arrogance & fans baſſeſſe ,
Aux vertus il joint la nobleſſe,
Le mérite à la dignité.
L'éclat d'un brillant équipage ,
D'un Palais les lambris dorés
Ne tiennent point dans l'eſclavage
Ses ſens dans l'ivreſſe égarés.
Des biens il embellit l'uſage ,
Et par des ſecours généreux ,
Sa main ſçait réparer l'outrage
Qu'un injuſte & cruel partage ,
A fais à tant de malheureux.
Ainſi tant qu'il voit la lumière ,
Chéri, de la nature entière ,
Tous ſes jours coulent dans la Paix ;
Et quand la Parque meurtrière,
Terminant enfin ſa carriére
JUIN. 1763 . 9
2
L'enléve malgré nos regrets ,
Son nom furvit à la pouſſière ,
Et fa vertn ne meurt jamais.
Cher Comte , voilà le vrai Sage
Que j'offre à vos yeux fatisfaits.
Un jour on verra ſon image
Briller en vous des mêmes traits .
A préſent fixez ſur vos traces
L'éſſain folâtre des Amours.
Des plaiſirs reprenez le cours ;
Et que Minerve avec les Grâces
Préſide au bonheur de vos jours.
100% G
:
RAOUL.
A M. le Comte ANDRÉ PETROVITSCH
DE SCHOUVALOW ,
Chambellan de Sa Majesté l'Impératrice
de toutes les Ruffies.
AINSI donc au printemps de l'âge
Et dans la ſaiſon des amours ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Tout- a-coup un ſombre nuage,
Cher Comte, obſeurcit vos beaux jours.
Cette aimable & vive Déeffe ,
Que ſuivent les Ris & les Jeux ,
Qui fe plaît avec la jeuneſſe ,
Sans laquelle on n'eſt point heureux ,
La Gaité par ſa douce flamme
Hélas ! n'anime plus vos ſens ,
Et ne verſe plus dans votre âme
Ses plaiſirs toujours renaiſſans.
- Dans une retraite profonde,
Trop Philoſophe en vérité ,
Vous fuyez la Cour& le Monde,
Pour méditer en liberté.
Avec Nollet , de la nature
Vous interrogez les ſecrets ,
Et d'une main adroite & fûre ,
Vous en démontrez les effets .
Et la Muſique & la Peinture-
Tour-à-tour fervent vos loiſirs ;
D'une morale auſtère & pure
Les Loix dirigent vos defirs.
Tous ces goûts , ces dons d'Uranie
Sont bien dignes de vous charmer.
Qu'il eſt beau du feu du Génie ,
A votre âge de s'enflammer !
Mais il faut auffinde l'étude
Modérer lanyimacité ;
Le triſte ennui , la folitude
!
JUIN. 1763. 7
0
Des moeurs flétrit l'aménité.
L'eſprit eſt un feu qui dévore ,
Il a beſoin d'un aliment ;
Mais il a plus beſoin encore
De repos & d'amuſement.
De ce Miſantrope fublime
Retiré dans l'ombre des bois ,
A qui tout paroît vice ou crime ,
Gardez-vous d'écouter la voix.
Laiffez ce Sage atrabilaire
De noires vapeurs tourmenté ,
Déclamer avec dureté
Contre undéſorde néceſſaire,
Et faire injuſtement la guerre
Aux Arts , à la Société.
De les moeurs & de ſon ſyſtème
L'orgueil en ſecret eſt l'appui ,
Et ſa fingularité même
Le trahit toujours malgré lui .
Le Sage à ſes devoirs fidèle ,
Humain,bienfaiſant , généreux ,
Pratique la vertu pour elle ,
Sans étalage faſtueux.
Aux défauts , à quelque foibleſſe
Indulgent il ſçait pardonner :
Il ne va point fronder ſans ceſſe
Maint abus , mainte periteſſe ,
Qu'en lui-même il peut condamner.
Toujours utile à la Patrie ,
Aiv
8 MERCURE DE FRANCE.
১
Il lui conſacre ſes talens ;
Et croit que la Philofophie ,
Parla grandeur plus annoblie ,
Peut s'exercer dans tous les rangs..
Aux plaiſirs quelquefois ſenſible ,
S'il goûte ſes tendres douceurs ,
Toujours libre & toujours paiſible
De l'Amour il plaint les erreurs ;
Et ce Dieu ſi ſouvent terrible
Ne l'enchaîne qu'avec des fleurs .
Loin de la ſtupide moleſſe ,
De la ſotte fatuité ,
Sans arrogance & fans baſſeſſe ,
Aux vertus il joint la nobleſſe,
Le mérite à la dignité.
L'éclat d'un brillant équipage ,
D'un Palais les lambris dorés
Ne tiennent point dans l'eſclavage
Ses ſens dans l'ivreſſe égarés.
Des biens il embellit l'uſage ,
Et par des ſecours généreux ,
Sa main ſçait réparer l'outrage
Qu'un injuſte & cruel partage ,
A fais à tant de malheureux.
Ainſi tant qu'il voit la lumière ,
Chéri, de la nature entière ,
Tous ſes jours coulent dans la Paix ;
Et quand la Parque meurtrière,
Terminant enfin ſa carriére
JUIN. 1763 . 9
2
L'enléve malgré nos regrets ,
Son nom furvit à la pouſſière ,
Et fa vertn ne meurt jamais.
Cher Comte , voilà le vrai Sage
Que j'offre à vos yeux fatisfaits.
Un jour on verra ſon image
Briller en vous des mêmes traits .
A préſent fixez ſur vos traces
L'éſſain folâtre des Amours.
Des plaiſirs reprenez le cours ;
Et que Minerve avec les Grâces
Préſide au bonheur de vos jours.
100% G
:
RAOUL.
Signature
RAOUL.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Mots clefs
Domaine
Résumé
L'épître est destinée à M. le Comte André Petrovitch de Schouvalow, chambellan de l'Impératrice de toutes les Russies. L'auteur s'inquiète de la mélancolie du comte, qui a succédé à sa gaieté juvénile. Le comte se retire pour méditer et étudier la nature avec Nollet, tout en pratiquant la musique et la peinture. Cependant, l'auteur avertit contre l'excès d'étude et l'ennui, préconisant un équilibre entre travail et repos. Le texte critique le misanthrope qui voit des vices partout et dénigre les arts et la société. Il prône une sagesse humaine, bienfaisante et généreuse, pratiquant la vertu sans ostentation et pardonnant les faiblesses. Le sage véritable est utile à la patrie, sensible aux plaisirs sans en être esclave, et utilise ses biens pour aider les malheureux. L'auteur espère que le comte adoptera cette sagesse pour retrouver le bonheur et la paix.
Est adressé ou dédié à une personne