Titre
PIRRHA, A BABET. Fable, de feu M. DE SENANT*.
Titre d'après la table
PIRRHA, à Babet. Fables de feu M. de Senant.
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
18
Page de début dans la numérisation
245
Page de fin
19
Page de fin dans la numérisation
246
Incipit
LORSQUE le déluge écoulé
Texte
PIRRHA, A BABE T.
Fable , de feu M. DE SENANT * .
LORSQUE le déluge écoulé
Laiffa de l'un à l'autre pôle
Ce trifte univers déſolé ;
Pirrha , par- deffus fon épaule ,
Pour réparer le genre humain ,
Jettoit , d'une treinblante main ,
Tous les cailloux qui d'aventure
Se réncontroient dans fon chemin
Et femmes de naître foudain.
Mais , en conſervant la nature
De ces pierres dont s'engendra
Leur coeur , leur tête , & catera ,
L'une étoit blanche , l'autre obfcure ,
L'une tendre , l'autre plus dure ,
A chaque femme il eft refté
Quelque chofe de la figure , /
De la couleur & qualité
De ce qu'elle a jadis été.
L'une a la blancheur de l'albâtre ,
L'autre eft brune , noire , ou mulâtre.
* Mort il y a environ vingt ans , auteur de l'Ode anacréontique
à Mlle Gauffin , & d'autres jolies pièces de vers
inférées dans le Mercure de décembre 1757 , ainsi que du
portrait de Mlle Clairon dans notre précédent volume.
JUIN 1768 . 19
Si l'une eft facile à toucher ,
Une autre a le coeur de rocher.
Dis-moi donc quel caillou fit naître
Les ayeux dont tu reçus l'être ,
Objet farouche , mais charmant ?
Ah ! fans doute ce ne put être
Que le plus parfait diamant.
Il étoit de l'eau la plus belle :
Babet , ton extrême beauté ,
En a l'éclat pourquoi , cruelle ,
Faut-il que ton âme rebelle
En ait auffi la dureté ?
Fable , de feu M. DE SENANT * .
LORSQUE le déluge écoulé
Laiffa de l'un à l'autre pôle
Ce trifte univers déſolé ;
Pirrha , par- deffus fon épaule ,
Pour réparer le genre humain ,
Jettoit , d'une treinblante main ,
Tous les cailloux qui d'aventure
Se réncontroient dans fon chemin
Et femmes de naître foudain.
Mais , en conſervant la nature
De ces pierres dont s'engendra
Leur coeur , leur tête , & catera ,
L'une étoit blanche , l'autre obfcure ,
L'une tendre , l'autre plus dure ,
A chaque femme il eft refté
Quelque chofe de la figure , /
De la couleur & qualité
De ce qu'elle a jadis été.
L'une a la blancheur de l'albâtre ,
L'autre eft brune , noire , ou mulâtre.
* Mort il y a environ vingt ans , auteur de l'Ode anacréontique
à Mlle Gauffin , & d'autres jolies pièces de vers
inférées dans le Mercure de décembre 1757 , ainsi que du
portrait de Mlle Clairon dans notre précédent volume.
JUIN 1768 . 19
Si l'une eft facile à toucher ,
Une autre a le coeur de rocher.
Dis-moi donc quel caillou fit naître
Les ayeux dont tu reçus l'être ,
Objet farouche , mais charmant ?
Ah ! fans doute ce ne put être
Que le plus parfait diamant.
Il étoit de l'eau la plus belle :
Babet , ton extrême beauté ,
En a l'éclat pourquoi , cruelle ,
Faut-il que ton âme rebelle
En ait auffi la dureté ?
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Résumé
La fable 'Pirrhâ' relate la tentative de repeuplement de la Terre après un déluge par Pirrhâ, qui transforme des cailloux en femmes. Chaque pierre, selon ses caractéristiques, donne naissance à une femme spécifique : blancheur, couleur, dureté ou tendresse. Les femmes conservent des traits reflétant la pierre originelle. La fable se conclut par une réflexion sur la dureté et la beauté, illustrée par une comparaison avec Babet, dont la beauté est comparable à un diamant, mais dont l'âme est aussi dure que cette pierre. L'auteur, M. De Senant, est décédé environ vingt ans avant la publication de la fable. Il a écrit plusieurs œuvres, incluant une ode et un portrait.