Titre
LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
Titre d'après la table
LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
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Page de début
14
Page de début dans la numérisation
241
Page de fin
16
Page de fin dans la numérisation
243
Incipit
Il m'est impossible, Monsieur, de répondre à toutes vos questions touchant
Texte
LETTRE fur la ftatue de l'Irmen - Sul
ancienne divinité des Germains.
Iz m'eft impoffible , Monſieur , de répondre
à toutes vos queftions touchant
la montagne fur laquelle l'Irmen- Sul à
reçu , pendant fi long-temps , les hommages
des Saxons . Voici les éclairciffemens
que j'ai pris par mes propres yeux ,
& ceux qu'un Bénédictin de Marsberg
même à bien voulu me communiquer...
Dans le Duché de Weftphalie , & près de
la petite ville de Statberg , eft une montagne
ifolée fur laquelle on trouve un bourg
qui n'a rien de remarquable , non plus
que le couvent des Bénédictins mitigés
qui en occupe la partie feptentrionale . Au
nord de l'églife conventuelle eſt une
pierre brute , ou peu s'en faut , qui , dit- on ,
JUIN 1768.
fervoit jadis de piédeftal à l'idole des
Saxons. Sa forme eft des plus triviales ,
& reffemble à une meule de moulin . Charlemagne
, qui fit dans ce pays de fréquentes
miffions , plaça fur cette bâfe informe la
ftatue de la Vierge tenant entre fes bras
l'Enfant Jéfus , auquel elle femble indiquer,
avec le doigt , le caveau où les Germains
facrifioient des victimes humaines.
Ce caveau qui me paroît , ainfi que la
ftatue de la Vierge , un ouvrage trèsmoderne
, quoi qu'en difent MM. les Religieux
) ne préfente ni hyérogliphe , ni
infcription , & n'eft par conféquent d'aucune
reffource pour un differtateur. Au
moyen de quoi tout fe réduit à dire que
la fameufe ftatue d'Herman , d'Irmen , ott
d'Irmen- Sul , n'eft plus dans l'endroit où
elle a reçu les adorations des Saxons ; que
Charlemagne , après de fanglantes guerres ,
eft venu à bout de la renverfer , mais non
pas de la détruire , puifqu'on la voit encore
à Hildesheim , & qu'elle repréfente , fuivant
la tradition , un guerrier qu'on fuppofe
être Arminius , vainqueur des Romains,
ou le dieu Mars adoré des Germains !
Cette dernière opinion tire fa vraisemblance
du nom de la montagne où étoit le temple
de cette divinité , qu'on appelle encore
Marsberg; c'est-à- dire , la montagne de
16 MERCURE DE FRANCE.
Mars. Quant au caveau , on doit convenir ,
quelque envie qu'on ait de differter , qu'il
n'y a aucun veftige de paganifme , & qu'au
contraire , tout nous y retrace la loi nouvelle
, puifque l'oeil y remarque avec plaifir
plufieurs tonneaux de vin , &c .
و
On trouve encore , fur le cimetière des
Moines , la ftatue de Roland que les
Bénédictins confervent avec foin , parce
qu'ils affurent qu'elle fuffit pour prouver
que leur couvent eft un fief immédiat de
l'Empire ; auffi prétendent - ils être fouverains
dans leur clôture , & ne reconnoître
d'autre jurifdiction que celle du Prince de
Corwei , leur Abbé.
Une infcription latine que l'on voit fur
une petite porte , dans la baffe- cour du
monastère , m'a frappé par fa fingularité.
La voici mot pour mot. In honorem beati
Donati , Epifcopi & Martiris , hoc equile
conftruxit R. R. D. de Wens , Prapofitus
Marsbergenfis , anno , & c. Bâtir une écurie
à l'honneur d'un faint me paroît une dévo
tion des plus fingulières.
Voilà , Monfieur , tout ce que j'ai lu ,
vu & entendu à Marsberg. Je fuis fâché
de n'avoir pas le talent de l'amplification
pour vous en faire accroire un peu , &
pour m'entretenir plus long- temps avec
vous. J'ai l'honneur d'être , & c.
ancienne divinité des Germains.
Iz m'eft impoffible , Monſieur , de répondre
à toutes vos queftions touchant
la montagne fur laquelle l'Irmen- Sul à
reçu , pendant fi long-temps , les hommages
des Saxons . Voici les éclairciffemens
que j'ai pris par mes propres yeux ,
& ceux qu'un Bénédictin de Marsberg
même à bien voulu me communiquer...
Dans le Duché de Weftphalie , & près de
la petite ville de Statberg , eft une montagne
ifolée fur laquelle on trouve un bourg
qui n'a rien de remarquable , non plus
que le couvent des Bénédictins mitigés
qui en occupe la partie feptentrionale . Au
nord de l'églife conventuelle eſt une
pierre brute , ou peu s'en faut , qui , dit- on ,
JUIN 1768.
fervoit jadis de piédeftal à l'idole des
Saxons. Sa forme eft des plus triviales ,
& reffemble à une meule de moulin . Charlemagne
, qui fit dans ce pays de fréquentes
miffions , plaça fur cette bâfe informe la
ftatue de la Vierge tenant entre fes bras
l'Enfant Jéfus , auquel elle femble indiquer,
avec le doigt , le caveau où les Germains
facrifioient des victimes humaines.
Ce caveau qui me paroît , ainfi que la
ftatue de la Vierge , un ouvrage trèsmoderne
, quoi qu'en difent MM. les Religieux
) ne préfente ni hyérogliphe , ni
infcription , & n'eft par conféquent d'aucune
reffource pour un differtateur. Au
moyen de quoi tout fe réduit à dire que
la fameufe ftatue d'Herman , d'Irmen , ott
d'Irmen- Sul , n'eft plus dans l'endroit où
elle a reçu les adorations des Saxons ; que
Charlemagne , après de fanglantes guerres ,
eft venu à bout de la renverfer , mais non
pas de la détruire , puifqu'on la voit encore
à Hildesheim , & qu'elle repréfente , fuivant
la tradition , un guerrier qu'on fuppofe
être Arminius , vainqueur des Romains,
ou le dieu Mars adoré des Germains !
Cette dernière opinion tire fa vraisemblance
du nom de la montagne où étoit le temple
de cette divinité , qu'on appelle encore
Marsberg; c'est-à- dire , la montagne de
16 MERCURE DE FRANCE.
Mars. Quant au caveau , on doit convenir ,
quelque envie qu'on ait de differter , qu'il
n'y a aucun veftige de paganifme , & qu'au
contraire , tout nous y retrace la loi nouvelle
, puifque l'oeil y remarque avec plaifir
plufieurs tonneaux de vin , &c .
و
On trouve encore , fur le cimetière des
Moines , la ftatue de Roland que les
Bénédictins confervent avec foin , parce
qu'ils affurent qu'elle fuffit pour prouver
que leur couvent eft un fief immédiat de
l'Empire ; auffi prétendent - ils être fouverains
dans leur clôture , & ne reconnoître
d'autre jurifdiction que celle du Prince de
Corwei , leur Abbé.
Une infcription latine que l'on voit fur
une petite porte , dans la baffe- cour du
monastère , m'a frappé par fa fingularité.
La voici mot pour mot. In honorem beati
Donati , Epifcopi & Martiris , hoc equile
conftruxit R. R. D. de Wens , Prapofitus
Marsbergenfis , anno , & c. Bâtir une écurie
à l'honneur d'un faint me paroît une dévo
tion des plus fingulières.
Voilà , Monfieur , tout ce que j'ai lu ,
vu & entendu à Marsberg. Je fuis fâché
de n'avoir pas le talent de l'amplification
pour vous en faire accroire un peu , &
pour m'entretenir plus long- temps avec
vous. J'ai l'honneur d'être , & c.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Domaine
Résumé
La lettre évoque la statue de l'Irmin-Sul, ancienne divinité germaine, située dans le Duché de Westphalie près de Stadtberg. Sur une montagne isolée abritant un bourg et un couvent bénédictin, une pierre brute servait autrefois de socle à une idole saxonne. Charlemagne y a placé une statue de la Vierge avec l'Enfant Jésus, marquant un caveau où les Germains pratiquaient des sacrifices humains. Ce caveau et la statue actuelle ne portent ni hiéroglyphe ni inscription. La statue originale d'Herman, ou Irmin-Sul, se trouve désormais à Hildesheim et représente probablement Arminius ou le dieu Mars. La montagne, nommée Marsberg, renforce cette association avec Mars. Le caveau ne montre aucun vestige païen, mais contient des tonneaux de vin. Le cimetière des moines abrite une statue de Roland, utilisée par les Bénédictins pour affirmer leur souveraineté sous la juridiction du Prince de Corwei. Une inscription latine mentionne la construction d'une écurie en l'honneur de saint Donat, détail que l'auteur juge singulier.