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Titre d'après la table

Tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée du Doge jusqu'à son départ,

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289
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298
Page de fin
373
Page de fin dans la numérisation
382
Incipit

Il y a des choses qui quoy qu'entierement éclatantes,

Texte
Il y a des chofes qui quoy
qu'entierement
éclatantes,
& mefme fi nouvelles , que
les Hiftoires n'en fournif
fent point de femblables ,
helaiffent pas d'eftre encore
accompagnées
dans
leur execution , de circon .
Atances qui ne méritent pas
moins d'eftré fceues que le
fait principal. L'affaire de
May 1685.
Bb
230 MERCURE
Genes eft de ce nombre.
2

Vous fçavez les fujets de mécontentement
que le Roy en
a cus. Vous fçavez de quelle
maniere l'honneur de fon
rang, & la gloire de ſon Etat,
L'ont oblige de s'en repentir,
mais vous ignorez peut- eftre
ce que le Doge dit dans le
Senat , lors qu'il fut queftion
d'y réfoudre , fi la Républi
l'envoyeroit en France
avec quatre de fes Senateurs,
pour y faire les foumiflions
dont la modération du Roy
vouloit bien fe contenter.
Ce Doge y fit l'Eloge de Sa
que
GALANT 291
Majefté , & c'eft une circonftance
digne de remarque
, puis qu'en de femblables
occafions , il femble
qu'on fe plaint toûjours de
fon Vainqueur. En effer,
quelque jufte fujet qu'il ait
eu de nous attaquer , il eft
naturel aux Hommes de ne
demeurer jamais d'accord de
leurs fautes , fur tout aprés
qu'ils en ont efté punis. Ouere
que la gloire fouffre à fe
confeffer coupable , le dépit
anime contre le Vainqueur,
qui a pris de nous quelque
forte de vangeance ; mais ce
Bb
ij
292 MERCURE
qui arrive ordinairement
à
Tégard du commun des
Hommes , ne devoit pas
eftre une regle pour ceux qui
avoient a faire avec le Roy,
& c'elt par cette raifon qu'en
déliberant dans le Senat de
Genes,fur la fatisfaction qu'
exigeoit Sa Majefté , le Doge
fit l'cloge de ce Prince , &
dit qu'ilfalloit que la Républide
Genes le reconnuſt pour
un tres puiffant & victorieux
Monarque , & qu'elle ne devoit
point balancer à faire les mefmes
pas que plufieurs autresNations
avoient faits en divers
que
GALANT 293
2
temps. Il ne difoit rien que de
veritable . Si l'on examine
tout ce qui s'eſt paſſé à cét
égard , on verra que les Jaloux
de fa gloire , & fes im
puiffans Rivaux font venus
reconnoftre
fa grandeur , &
que les Nations les plus recu
lées ont traversé des Mers par
l'admiration qu'elles en ont
euë,pour luy venir demander
fon amitié. La République
de Genes en imitant les uns
& les autres , s'eft d'autant
plus acquis de gloire , qu'elle
s'eft égalée par là aux Puiffances
les plus redoutables .
B.b.iij
.
294 MERCURE
La juftice des prétentions du
Roy , la Majefté de fon Trône
, le merite de fa Perfonne,
& les Eloges éclatans que le
Dogeen fit , porterent le Se
nata fe réfoudre de fe priver
quelque temps de fon Chef
Souverain , pour l'envoyer en
France , avec quatre de ſes
principaux Sénateurs , & huit
Gentilshommes des plus
qualifiez ,avec le titre de Gentilshommes
Camarades . →
Le Doge fe nomme Fran
çois Marie Imperiale Lefca
ri , il eft d'une des plus illu
ftres Familles d'Italie . Lef
GALANT. 295
cari eft le nom d'un Fiefcon
fiderable où il fait battre
Monnoyed
and
Le premier des Senateurs
envoyez s'appelle Gianettinoi
Garibaldi, Il eft auff d'une
Maiſon tres illuftre .
Le fecond eft Marcello Durazzo.
Il y a eu des Cardinaux
dans cette Famille, qui a toûjours
efté honorée des plus
grands emplois.
Le troifiéme fe nomme
Auguftino Lomellini . Il eſt
eft d'une Famille fi ancienne
qu'il fuffit de la nommer pour
là faire connoiftre. thing
B.b. iiij ,
1 296 MERCURE
Le dernier qui s'appelle
Paris - Maria Salvago , a fait
en France la fonction d'Envoyé
pendant trois années.
Il eft d'une ancienne Noblef
fe , qui s'eft toûjours confervée
dans fa pureté.
Les huit Gentilhommes
Camarades qui furent aufli
nomméz , font M" les Marquis
de Salus , Durazzo , Ne.
grone , M ' le Comte d'Afte,
& Mrs les Marquis de Franzone
, Duras , Doria , & Centurione.
Tous ces Meffieurs
en choifirent phifieurs autres
qui ne furent point nommez
GALANT. 297
par la République , & qu'on
appelle Gentilshommes de
Suite . Ce choix ayant efté
fait , les ordres furent envoyez
à Paris pour travailler
à un équipage , qui puſt ré
pondre à la qualité de Doge,
& à l'éclat avec lequel elle
devoit eftre foûtenue dans la
premiere Cour de l'Europe,
Ils partirent quelque temps
apres, & paflerent par les
Etats de Monfieur le Duc de
Savoye , où ce Prince les fit
regaler , & reconnut le premier
le Doge de Génes pour
Chef fouverain de cette Re
298 MERCURE
publique. Ils arrivérent de là
à Lyon , où le Doge ne vou →
lut point efire reconnu pour
ce qu'il eftoit ; ce qui l'obli
gea
à fe mettre dans la Dili
gence, pour fe rendre à Paris .
Ily demeura plufieurs ſemaines
incognito , un auſſi grand
Equipage que celuy avec le
quel il devoit paroistre pour
mieux représenter toute la
Republique , & donner plus
d'éclat à la Soûmiſſion
qu'il
devoit faire, ne pouvant eftre
preften peu de temps. Vous
en jugerez par le travail des
Carroffes
, dont je vay vous
GALANT. 299
faire la defcription . Le premier
, qui eftoit fort grand ,
attiroit les yeux , non ſeulement
par la Peinture auff
brillante que miftérieuſe , mais
divers Ornemens
encore par
qui faifoient connoiftre qu'il
appartenoit à cinq Perfonnes
, entre lefquels Ornes
mens ceux du Doge domia
noient. Le dedans eftoit de
Velours cramoify à fonds
dor , & garny d'une Cam
pane d'or , formant les Chi
fres & les Armes de Sa Sere
nité. Le derniere eftoit eni
richy d'une magnifique Scub
3
300 MERCURE
-
pture toute dorée . Le grand
Paneau d'enhant repréfentoit
le Temple de Janus , que l'om
dit eftre Fondateur de Génes.
La Statuë de Janus paroiffoit
fur un Pied deftal auprés de la
Porte de ceTemple, qui eftoit
fermée . La Paix eftoit affife
auprés le Pied de ftal. Elle ac--
compagnoit le Dieu des Ri
cheffes , & plufieurs Amours
formoient un Groupe , &
brifoient des Armes : On
voyoit fur le devant des Trophées
de Paix , & dans le
lointain le Monftre de la
Guerre terraffé par la Force
GALANT. 201
&
par
la Valeur , & des Soldats
qui fuyoient voyant le
Temple fermé. Les Paneaux
d'en bas eftoient une fuite
du mefme fujet . Dans l'un
la France accompagnée
de
la Valeur , foûtenoit les Armes
du Doge , qui estoient'
foûtenues dans l'autre Paneau
par la Ligurie , & par
un Fleuve qui repréſentoit
la Mer Méditerranée . On
voyoit encore les Armes de
Sa Serenité dans les deux Paneaux
des Portieres . D'un
cofté de ces Armes dans l'un
de ces Paneaux , on remar
13
802 MERCURE
quoit une Femme qui re
préfentoit la Splendeur. Elle
eftoit veftuë de pourpre , tenant
un Flambeau & une
Maffe , & de l'autre cofté paroiffoit
une autre Femme qui
tenoit une Couronne de feuilles
de Chelne , & repréſentoit
le Gouvernement
de la
Republique . Aux coſtez des
melmes Armes de Sa Serenité
, qui eſtoient à l'autre
Paneau des Portiereson
diftinguoit la Magnanimité,
qui tenoit un Sceptre , & qui
avoit un Lion auprés d'elle ;
& la Magnificence
ayant une
GALANT. 303
Palme à la main , & derriere
elle des Bâtimens & des Pyramides.
Aux quatre petits coſtez
eftoient les Armes des Senateurs
, attachées à des Palmiers
, & à des Oliviers , ornez
d'Amours , & de tout ce
qui peut faire remarquer les
Arts liberaux .
Les quatre Montans qui
font aux coftez des Glaces,
eftoient remplis de tout ce
qui peut reprefenter les quatre
Elemens . La Peinture de
tous ces Paneaux eftoit tresbelle
, & tres- fine.
304 MERCURE
La Sculpture
du Train du
Carroffe
eftoit entierement
dorée , & l'Imperiale
cou
verte de Plaques
dorées , &
de cartouches
reprefentant
les Armes des quatre Sena
teurs , celles de Sa Serenité
dans le milieu.
Le fecond Caroffe eftoit
auffi fort grand. Le dedans
eltoit de Velours vert &
Blanc , avec les Armes du
Doge , & des quatre Senateurs
formées en divers endroits
de la Campane. La
Sculpture du derriere , eftoit
un peu moins riche que celle
GALANT: 305-
des
du premier , des Confoles en
beaucoup d'endroits y tenanc
la place des Figures . Il eftoit
entierement doré. Toutes
les Peintures de ce Caroffe
convenoient à la Terre & à
la Mer. On y voyoit des Sy
rénes , des Maſques de Diet
marin , des Fontaines
Coquilles , du Corail , des
Fruits , & des Fleurs qui entouroient
plufieurs petits Camayeux
verds rehauffez d'or,,
reprefentant tous le Temple
de Janus , ou des Nimphess
de la Terré & de la Mer, por
toient des Préfens. D'autres s
Ca
May 1685.
306 MERCURE
Habitans de la Terre & des ,
Eaux quittoient leurs armes,
& toutes les marques qui les
faifoient reconnoiftre pour fe
réjouir autour de ce Tem
ple. Un Dieu marin l'ornoit
de prefens ; une Nimphe , dei
guirlandes, & ainfi des autres.
Le Train eftoit tout de Scul
pture. Les Montans eftoient
quatre Dieux marins qui tenoient
les Armes des quatre
Senateurs , & des Grifons te ,
noient à l'entretoife les Ar
mes de Sa Serenité. L'Impe..
riale eftoit garnie de Plaques,
& de Bouquers dorez,
GALANT. 307
Le troifiéme Caroffe tout à
fond d'or , & fculpté , eftoit
un peu moins beau que le fe
cond , mais tous les orne
mens fe rapportoient au meſme
fujet. Le dedans eftoit do
Velours Cramoify auffi bien .
que les Caléches , & tout lo
Train doré & fculpté.
Les Armes du Doge font:
partagées en deux , la premiere
partie d'argent à l' Aigle
deployé, & couronné entre deux
bandos de Sable , l'autre partie
dargentà trois Faces de Gueule:
Elles font timbrées d'une
Couronne fermée à caufa
Gc jj
308 MERCURE
de la Souveraineté de Génès ,
& du Royaume de Corfe
foumis à la
Republique. La
Couronne eft fermée par une
petite Boule , au - deffus de la
quelle il y a une Croix .
Le premier Senateur porte
d'or , à l'Arbre de Sinople , es
un Lion naturel comme rampant
à cer Arbre. Le fecond porte
Face de gueule & d'argent, am
Chefd'azur chargé de trois Fleurs
de Lys d'or. Le troifiéme porte.
coupé d'or & de gueule ; & le
quatrième porte d'argent, an
Bouclier rond de fable remply
d'un Lion d'argenti emstunda
GALANT. 309
Les Livreés du Doge étoient
d'un Drap de Hollande écar
late , avec des Galons & des
Agrémens bleús , couleur
d'or , & cramoify. Rien n'es
toit mieux entendu . Elles
répondoient à la beauté des
Carroffes , qui ont efté faits
fur les deffeins qu'en a don
nez M' Bourdin , fort intelligent
en Peinture , & qui a
eu toute la conduite de cer
Equipage. Il a efté depuis
long- temps Ecuyer des Envoyez
de Génes en France ;
& il l'eftoit de M le Marquis
Marini avant l'arrivée du
310 MERCURE
Doge , qui dans cette occa
fion l'a choify pour fon Pres
mier Ecuyer.
Toutes chofes ayant efte
ainfi difpofées , & le Doge
eftant en état de fatisfaire à
l'empreffement
qu'il avoit de
voir le Roy, le jour fut mar
qué , & par un pur effet du
hazard , il ſe trouva qué c'é
toit le
If. de May , & qu'une
année auparavant les Génois
avoient appris dans un pareil
jour , combien il eſt dange
reux de choquer un Monar
que auffi redoutable que co
Prince. A fept heures de
GALANT. 31r
3
matin , Made Bonneuil
Introducteur des Ambaffadeurs
, fe rendit à l'Hofter
du Doge , avec les Carroffes
de Sa Majefté , & de Madame
la Dauphine . Le devant de
cet Hoſtel , & tous les environs
, eſtoient déja pleins
de Peuple. Le Doge ne s'és
tant montré qu'incognito , étoit
peu connu , & l'on fouhai
toit de le voir , moins pour
la magnificence de fon Equipage,
qui n'avoit pas dequoy
furprendre Paris , que par la
nouveauté d'y, voir un Doge
de Génes. Il entra dans le

312 MERCURE
Carroffe du Roy , avec les
quatre Senateurs & M de
Bonneüil. Sa Robe eftoit de
Velours cramoify , avec des
Ailerons ; fon Bonnet de
´mefme Etofe , & à quatre côtez
aboutiffans à une Houpe
de foye de mefme couleur,
avec une Corne audevant, qui,
fert à l'ôter. Il avoit une
Fraize fort petite . L'Habit :
des quatre Senateurs eftoir
noir , & leur Fraize égale ài
celle du Doge. Ces Habits
font ceux avec lesquels ils
vont au Senat , & qu'ils por
tent lors qu'ils affiftent aux
Cerémonies.
GALANT. 313.
Cérémonies. Ils en ont de
Damas pour l'Eté , mais quoy
qu'il fift affez chaud pour les
porter lors qu'ils allérent à
Verſailles , ils prirent leurs
Robes de Velours , parce
qu'elles ont quelque chofe
de plus venerable , & que
s'agilant de paroiſtre devant
le Roy , il falloit s'y montrer
avec tout ce qui pouvoit repréfenter
la Republique de
Génes dans fon plus auguſte
éclat.
rs
M' le Marquis de Marini ,
Envoyé de Génes , M' les
MarquisDurazzo,& de Salus,
Ddim
& May 1685.
314 MERCURE
& M' Giraut qui faifoit les
honneurs du Carroffe de Ma
dame la Dauphine , y prirent
place. Celles du premier Carroffe
de Sa Serenité ne furent
point accupées , & ſon ſei
cond fut remplynde Mle.
Marquis, Negrone , de M'le
Conite d'Alte , & de M les
Marquis Franzone Duras ,
Doria , & Centurione. Les
Gentilshomes de Suite mon
télent dans un troifiéme Car.
roffe du Doge , qui fut fuivy
d'une Caleche de Sa Serenité,
sulli remplie de fés Gentils.
hommes . Le Carroffe de
M'l'Envoyé , où eftoient les
GALANT. 315
Gentilshommes , marchoit
apres cette Caléche , & lé
Carrofle de Mi'de Bonneuil
apres celuy de Ml'Envoyél
I eftoit fuivy de huit autres,
dans lesquels eſtoient les print
dipaux Officiers du Doge ,
fçavoir , le Pere Serifola, Prêl
tre de l'Oratoirer, fon Cony
feffeurs, M de Quirraffe fon
Secretaire , M l'Abbé Dani
drea fon premier Aumônier,
M'Bourdin fon premier Ef
euyor , Mde Rochefort fe
cond Ecuyer , M' Imbert fon
Intendant , M'Cavagnar fon
Treforier , Mb de Pertuyg
baxueb, ilman, Ddij
316 MERCURE
t
Gouverneur des Pages , fes
Mailtres d'Hôtel , les Con
trolleurs, & plufieurs Gentils
hommes Génois qui eſtoient
depuis quelque temps en
France. On arriva à Versailles
fur les onze heures du matin,
Tout le chemin eftoit fi couvert
de monde , & toutes les
Courts du Château en étoient
fremplies , que les Gardes
de la porte eurent beaucoup
de peine à faire ranger le
Peuple. On vit d'abord entrer
douze Pages bien monmarchant
deux à deux;
tez ,

puis foixante & dix Vas
lers de pied , auffi deux à
GALANT. 317
deux , & veftus des Livrées
que j'ay décrites. Outre ces
Valets de pied , il y en avoit
encore de Mi le Marquis de
Marini , Envoyé de Génes .
Apres cela marchoient tous
les Carroffes , dans l'ordre
que je viens de vous mar
quer. On defcendit dans la
Salle des Ambaffadeurs
, appellée
Salle de Deſcente , parce
qu'en arrivant ils vont s'y
repofer quelque temps avant
que d'aller à l'Audience .
Apres que le Doge y eut
demeuré environ une heure
& demie , M' de Bonneuil
Dd iij
318 MERCURE
qui estoit allé prendre l'ordre
de Sa Majefté , le vint avertir
qu'Elle eftoit prefte à luy
donner audience L'Escalier
du grand Apartement du
Roy eftant vis - à - vis de la
Salle des Ambaffadeurs , il
faloit pour s'y rendre , tras
verfer la Court à pied ; &
elle eftoit tellement remplie
de monde , que les Gardes
de la Prevofté eurent bien de
la peine à tenir le paffage li
bre , en y faifant une Haye
des deux coftez . Les Cent
Suiffes bordoient le grand
Efcalier , & les Gardes du
GALANT. 319
100
Corps efloient en Haye , &
fous les armes , dans leur
Salle Les Valets de pied
marchérent les premiers
deux à deux , & reftérent
dans la premiere Sale , les
Pages marcherent en mefme
ordre. Ils avancerent un peu
davantage , & demeurerent
comme les Valets de Pied.
M' Giraut parut enfuite conduifant
les Gentilshommes
,
qui marchoient en ordre , &
felon leur rang. Is eftoient
fuivis des Gentilshommes
Camarades nommez par la
République , & dont je vous
Dd iiij
320 MERCURE
a
ay parlé . Le Doge paroiffoit
enfuite , ayant un Senateur à
fa droite , & à la gauche M
de Bonneuil. Les trois autres
Senateurs fuivoient fur une
mefmeligne. Aprés que l'on
eut monté le magnifique Elcalier
qui conduit au grand
Appartement de Sa Majefté,
on le traverfa en cét ordre.
Cét Appartement eſt de toute
la longueur d'une des aîles
de Verfailles. On entra dans
le Salon qui eft au bout , &
qui joint la Galerie , & de ce
Salon on tourna dans la Galerie
, au bout de laquelle
GALANT. 321
eftoit leRoy dans le Salon qui
fait face à celuy par lequel on
venoit de paffer. Deux cho
fes font à remarquer , l'une
que cét Appartement & cctte
Galerie eftoient magnifi
quement meublez , & qu'il
y avoit pour plufieurs millions
d'argenterie , l'autre que la
foule eftoit également grande
par tout,quoy que ces Appar
temes & cette Galerie enſem
ble puffent contenir autant
de monde que le plus vafte
Palais. Quelque ordre qu'on
cuft apporté pour laiffer un
paffage libre le long de la Ga322
MERCURE
lerie , le Doge cut beaucoup
de peine à la traverler. M ' le
Maréchal Duc de Duras Capitaine
des Gardes du Corps
en Quartier , qui l'avoit receu
à la porte de leur Sale , l'accompagna
jufqu'au pied du
Trône de Sa Majefté. Ileftoir
d'argent , & élevé ſeulement
de deux degrez . Monſeigneur
le Dauphin , & Monhieur
eftoient aux coffez du
Roy , & Sa Majesté eftoit environnée
de tous les Princes
du Sang , & de ceux de ſes
grands Officiers qui ont rang
proche de fa Perfonne en de
' GALANT. 323
T
pareilles
Ceremonies
. La fui
te du Doge eftant fort nom
breufe , comme je vous l'ay
marqué , la plus grande partie
ne le put fuivre jufqu'au Trô
ne , & remplit le vuide de la
Galerie , qu'on avoit tâché
de tenir libre pour le laiffer
paffer. Des que le Doge cur
apperceu
le Roy , & remar
qué qu'il en pouvoit eftre reconnu
, il fe découvrit
.
avança encore quelque
pas ,
& fit enfuites, & les Ser
nateurs
en mefme
temps
deux profondes
revérences
à
Sa Majesté. Le Roy fe le
Il
324 MERCURE
J
fon
va , & répondit à ces réve
rences en levant un peus
Chapeau , aprés quoy ce Mo
narque leur fe figne d'appro
cher , comme en les appels
lant de la main . Le Doge
monta alors fur le premier
degré du Trône où il fit une
troifiéme réverence ainfi
que les e les quatre Senateurs . Le
Roy & le Doge fe couvrirent
enfuite. Tous les Princes en
firent de mefme , & les qua
tre Senateurs : demeurerent
découverts. Voicy le Dif
cours du Doge en Italien,
dans les mefmes termes qu'il
a efté prononcé
.
GALANT. 325
1
SIRE
,
1
T
La mia Republica hà ſempre ha
vuto fra le maſſime piu radicate del
fuo Governo , quella principalmen
te , difegnelarfi nella fomma veneratione
a questagran Corona , che trafmessa
alla M. V. da ſuoi augufti Progenitori
, ha ella elevata ad un fi alto
grado di potenza & di gloria ,, con
imprefe tanto prodigiofe e inaudite,
che la famafolita in ogni altre foggetto
d'ingrandire , nonfara bafievole,
ancora con diminuile , a renderle cre
dibili alla pofterità. Prerogative cof
fublimi che obligano qualonqueftato
a rimirarle è amirarle con profondiffi
me offequio , hanno particolarmente
indotto la mia Republica a diftinguerfi
fopra d'ogniuno nelprofeſſaxle.
326 MERCURE
7
in modo che il mundo tutto doueffe
reftarne evidemente perfuafo ne vi
è accidente che le fia mai occorso di
apprendere ne pin funefto ne piu fatale
di quello che veramente poteffe
offendere M. V. Non poffo dunque
adeguatamente spiegare l'immenso
cordoglio cagionato alla Medefima,
d'haver havuto la minima cofa che
fia dispiaciuta alla M.V. Benche ella,
fi lusinghi effère cio arrivato per pu-,
na fua difgracia, vorrebbe nondimeno
che tuto quello che puo effere fuccedu
to di poca fodis-fattione della M. V.
foffe à qual fi voglia prezzo foan
cellato non folo dalla fua memoria,
ma da quella di tutti li huomini. V
C
Non è ella capace di follevarfi da
cofi immenfa afflittione , finche non
fi veda reintegrata nella pregiatiſfi
ma gratia di M. V. Per effere fatta
GALANT. 327
degna di confeguirla , accerta la M.
V che li sforzi delle fue piu intenfe
·applicationi , e delle fue piu anfiofe
follecitudini s'impiegheranno non folo
à procurarfene vua perpetua confervatione
, ma ad habilitarfi a mea
ritarne ogni maggione accrefcimento,
in ordine àchenon fodisfacendo fi di
qual fifia efpreffione piupropria e più
offequente , ba voluto valerfi di inu
fuate e fingolariffime forme , inviandole
ilfuo Duce con quefti quatro
Senatori , fperando che da tante fpe
ciali dimoftrationi , debba la M. V.
rimanere pienamente appagata dell
altiffima ftima che fa la mia Repu
blica della fua regiabenevolenza.
$
Quanto à me, Sire , riconofco per
mia grande fortunalbanore d'eſporle
questi viviffimi e devoiiffimi fentimenti
, ed al maggiorfegno mi preg
328 MERCURE
gio di comparire alla preſenza di un
figrande Monarcaa , che invittiffimo
per il fuo gran valore e viveritiffi
mo per lafua impareggiabile magnanimitàe
grandezza , come ha formontato
tutti li altri de paffatifecoli,
cofi afficura la medefimaforte alla fua
regia profapia. Con fi felice augurio
bo fomma fiducia che la M. V. per
fare fempre piu comprendere all' Vniverfo
la fingolarità dell' amimofue
generofiffimofi compiacerà diriguardare
quelle dimoftrationi tanto divote
e dovute , come parti non meno della
fincerità del mio cuore , che delli ani.
mi di queſti Signori Senatori e de
Cittadini della mia Republica , che
attendono con impatienza i contrafegni
che la M. V. fi degnerà voler le
dare delfuo benigno gradimento.
GALANT. 329
Quand vous n'entendriez
point l'Italien auffi parfaitement
que vous faites , je
vous aurois envoyé ce Dif
cours en cette Langue , parce
qu'il y a des temps où les .
chofes doivent eftre fecues
dans les termes qu'elles ont
efté prononcées , la tradu
ction ne s'en pouvant faire fi
fort à la Lettre , que le mot
François ne fignifie quelquefois
plus ou moins. Je ne laif
fe pas de vous envoyer cellequi
a efté faite de ce Dif
cours , & je prens ce foin en
faveur de vos Amies. Quand
Ee
+
May 1685.
330 MERCURE
+
y auroit quelques endroits.
aufquels on pourroit donner
un fens oppofé à celuy du
Doge , cela ne feroit d'aucu
ne confequence , puis qu'en
confrontant l'Italien , on connoiftroit
aifément qu'on n'y a
youlu augmenter ny dimi
nuer aucune chofe .
TRADUCTION DU DISCOURS
du Doge
.
SIRE.
Ma République a toûjours venu
pour une des maximes les plus fondamentales
de fon gouvernement,
GALANT. 33
2
celle de fe fignaler particulieremen
par le profond refpect qu'elle porte à
cettepuiffante Couronne , que V. M. a
-receu de fes auguftes Ancestres
qu'Elle a élevée à un fi haut degré
de puiffance & de gloire par des
actions inouies , &fi étonnantes, que
la Renommée , qui dans tout autre
Sujet exagere ordinairement les cho--
Ses , ne pourra pas , mefme en les diminuant
, les rendre croyables à la po--
fterité.
Ces prérogatives fi fublimes qui
obligent tous les Etats à les confide-.
rer , & à les admirer avec une fon..
miffion tres profonde , ont particulie
rement porté ma République à fe diftinguer
par deffus tous les autres , en
la témoignant de telle maniere, que tout s
le monde en doive demeurer évidemment
perfuadé ; & l'accident le pluss
E e ij
332 MERCURE
funefte & le plus fatal qu'elle ait jamais
appris, eft celuy d'avoirpû veri- *
tablement offencer Voftre Majesté...
Je ne puis donc affez bien exprimer
l'extréme douleur qu'elle a cue
d'avoir pû déplaire en quay que ce
foit à V, M. & bien qu'elle fe flatte
que c'est un pur effet de fon malheur,
elle voudroit neantmoins , que tout ce
qui s'est paffé , dont V. Majesté n'a
pas efté contente , fût à quelque prix
que ce foit effacé non feulement de fa
mémoire , mais encore de celle de tous
les Hommes , estant incapable de fe
confoler dans unefi grande affliction,
jufqu'à ce qu'elle fe voye rétablie dans
Lesbonnesgraces de V. M.
Pours'en rendre digne, elle affcure
V. M. qu'elle employers deformais
toute fon application & tous fesfoins,
& qu'elle fera tous fes efforts , non
GALANT. 333
tentant
pas
feulement pour fe les conferver éternellement
, mais encore pour fe rendre
-capable d'en mériter l'augmentation..
C'est dans cette veuë , que ne fe condes
expreffions les plus
propres & les plus refpectuenfes , elle
a voulufe fervir de manicres inufitées
& tres fingulieres , en luy envoyant
fon Doge avec quatre de fes Senateurs
efperant qu'aprés de telles démonftrations
V. M. fera pleinement
perfuadée de la tres haute eftime que
ma République fait de vostre Royale
bien- veillance.
Pource qui eft de moy , SIRE,
je m'estime tres heureux d'avoir
l'honneur d'exposer à V M. ces femtimens
tres - finceres & tres - refpebueux
; & tiens à une gloire tresparticuliere
de paroiftre devant un f
grand Manarque invincible parfon
334 MERCURE
courage , & tres- reveré par fa grandeur
, &parfa magnanimité incom
parable , & qui ayant furpaffe tous les ·
Roys des Siecles paffez , affeure te
mesme avantage à fa Race Royale.
Aprés cét heureux préfage , j'efpére
que V. M. pourfaire voir de plus en
plus à tout l'Univers la grandeur
finguliere de fa genérosité , daignera
regarder ces témoignages auffi juftes
que refpectueux , comme venant dela
fincerité de mon coeur , & de ceux de
ces Meffieurs les Senateurs , & de tous
les Peuples de ma Patrie , qui attendent
avec impatience les marques que
V. M. voudra bien leur donner du retour
de fabien - veillance.
A
Vous obferverez que toutes
les fois que le nom de Sa
Majefté fe trouva dans ce Dif
GALANT. 335
cours , le Doge fe découvrit,
que le Roy enfit de mefme, &
que tous les Princes fe décou
vrirent auffi, ce qui arriva plu
fieurs fois . LeRoy répondit
au Doge, Qu'il estoit content des
foumiffions que luy faifoit faire
la République de Genes ; que
comme il avoit efté fâché d'avoir
eu fujet de faire éclater fon ref
fentimentcontre elle , il eftoit bien
aife de voir leschofes au point où
elles eftoient , parce qu'il croyoit
qu'à l'avenir il y auroit une tres
bonne correspondance ; qu'il vouloit
fe la promettre de la bonne
conduite de la République tien
336 MERCURE
droit , & que l'eftimant beau
coup il luy donneroit dans toutes
Les occafions des marques du retour
de fabien- veillance. A l'égard
du Doge , Sa Majefté
parla de fon merite perſonnel
avec beaucoup de bonté, luy
faifant connoiftre qu'Elle luy
donneroit avec plaifir des té,
moignages de l'eftime parti,
culiere qu'Elle en faifoit.
Aprés cette réponſe du
Roy , les quatre Senateurs
Juy firent leurs Complimens
chacun felon fon rang , &
Sa Majesté répondit à chacun
en particulier à me
fure
*
GALANT 337
Sure qu'il acheva , parlant à
tousen termes tres - obligeans,
& principalement à M': Sal
vago , qui avoit demeuré plu
Lieurs années en France en
qualité d'Envoyé de Genes
L'Audience finie , le Royne .
faluantile Doge , baiffa fon
Chapeau plus qu'ibn'avoir fait
Jousique laGorenicé eftoit ár,
ivée. Le Dogefit trois profondes
réverences, en fe retiwant
Les Senateurs firent tous
la mefme chofe , & lors qu'il
fe creut affez éloigné du Roy
pour n'en cftre plus ven , il
Le couvrit & les Senateurs
May 1685.
Ff
338 MERCURE
auffi. Ils revinrent dans le
mefme ordre , & trouverent
par tout une auffi grande af
Aluence de Peuple , de forte
qu'ils eurent de la peine à
entrer dans les divers en
droits , où ils trouverent des
Tables preftes à fervir.onli
Alopeine l'Audience futelle
finie, que toute la Cour &
rout le Peuple qui rempliſſoit
Verſailles , apprirent que le
Roy eftoit tres fatisfait du
Doge , & que le Doge eftoit
charmé de tout ce qu'il avoit
remarqué d'auguſte & d'engageant
dans Sa Majesté.
27
GALANT. 339
On ne s'entretint d'aucune
autre choſe le reste du jour,
Le Roy mefme pendant fon
dîner parla avantageulement
du Doge , en prefence d'une
grande partie de la Cour. On
luy trouva un air civil & fpirituel
, une contenance qui
n'avoit rien d'embarraffé , de
la grandeur fans abaiffement,
& de labaiffement fans baffeffe.
Le Perfonnage qu'il
avoit à foûtenir n'eftoit pas
aile
;}& l'on peut dire que la
maniere dont il en eft forty,
merite tous les applaudiffemens
qu'il en a receus. Son
Ff ij
340 MERCURE
efprit s'eft fait remarquer en
ce qu'il n'a point paru chagrin
de lafonction qu'il avoit
à remplit. L'amertume en
eftoit adoucie par la gran
deur de celuy à qui il devoit
faire la fatisfaction & la
gloire de l'acquerir à la Rẻ
publique , & de meriter fon
eftime , banniffoit de fon ef
prit , tout ce qui auroit pu
laiffer du chagrin dans celuy
dun Homme moins fpiri
tuel , & moms clairvoyant.
Pendant que tout retentif
foit de fes louanges , on fervit,
& il fe mit à Table , aprés
GALANT. 345
avoir quitté la Robe de Cerémonie
à cause de l'excefli
ve chaleur , qui eftoit encore
augmentée par la quantité
du Peuple qui s'eftoit rendy
Verfailles. I parut vétu
d'un Habit violet , & s'affit
dans un Fauteuil qui luy
avoit efté préparé. Je ne par
leray point du Repas . Le
Roy le donnoit , & il eftoit
aprefté , & fervy par les Offi
ciers . Le Doge beut à lafanté
des Dames qui s'eftoient
empreffées à le voir dîner , &
leur prefenta au Deffert le
plus beau Fruit de la Table
Ff iij
342 MERCURE
Sur les trois heures , il fut
mené à l'Audience de Monſeigneur
le Dauphin , dansle
meime ordre qu'il avoit efté
conduit chez le Roy , & tout
s'y paffa de la meline forte.
Etant enfuite monté par le
fuperbe Elcalier qui répond
à celuy du grand Apparte
fment de Sa Majefté , & par
lequel on va chez Madame
la Dauphine , il fut conduit à
l'Appartement de cette Princefle
, qu'il trouva environnée
de Princeffes , de Du
cheffes , & genéralement de
tout ce que la Cour a de DáGALANT
343
commensit
mes plus qualifiées. Aprés
avoir fait trois profondes ré
verences , il porta fonabras
fur l'extrémité de fa tefte , ce
qu'il fit à deux ou trois di
verles reprifes
euſt voulu le couvrir , ce que
neantmoins il ne fit pas. IL
dit à Madame la Dauphine
en termes généraux , que ve
nant en France , il eftoit heus
reux de luy rendre fes tres
humbles refpects . Elle ré
pondit en François à ce Compliment
, & la converſation
s'eftant enfuite étendue fur la
beauté, & fur la magnificen
C
Ff iiij
344
MERCURE
ce de Paris , de Verfailles
& de la Cour, cette Princeffe
réponditlen kalien avec canv
d'agrément & d'efprit , que
le Doge témoignapublique
mens le plaifir qu'il recevoir
de fa conviertacion . Au fortir
de là , il fut conduit de la
mefie maniere chez Moni
feigneur le Duc de Bourgon
gner & chez Monfeigneur le
Duc d'Anjou, & enfuite chez
Monfieur par M Aubert
Introducteur des Amballas
deurs de ce Prince , où l'Audience
fer paffa comme elle
seftoit paffée chez le Roy,
2
GALANT 345
It alla chez Madame ou ib
fut conduit par le meſme Insi
troducteur. M' de Bonneuib
& M' . Giraut ne laifferent pas
de l'accompagner en omar-l
chant un peu devant. Or
paffa enfuite chez Monfieur
le Duc de Chartres où tous
les Senateurs fe couvrirent,
& aprés cela chez Mademois
felle, que le Doge baifa . Il fue
enfuire conduit chez Made
moiſelle d'Orleans, puis chez
Madame de Guife , où eftoit
Madame la Grande Duchef,
fe de Tofcane. Ces Princef
Les vinrent un peu au devant
346 MERCURE
de luy , & il les falua auffi en
les bailant. Au fortir de chezi
ces Princeffes , on le mena
chez Monfieur le Duc. Ce
Prince eftoit accompagné
de Monfieurle Duc de Bour-)
bon fon Fils , & le recent à la
porte de fon Antichambre.
Sa Serenité marcha au milieu
des deux Princes . Ils allerent
s'affeoir dans trois Fauteuils ,
dans la Chambre de Monfieur
le Duc, & les Senateurs
fur des Sieges pliants. Aprés
quelques Complimens , le
Doge & les Senateurs paffe.
rent chez Madame la Duf
GALANT. 347
cheffe. Cette Princeffe eftoit
dans fon lit , & Mademoiſel
le de Bourbon fa Fille les receut
à la porte , accompa
gnée de plufieurs Dames . Le
Doge les falua , s'affit dans
un Fauteuil , Mademoiſelle
de Bourbon fur le lit de Ma
dame la Ducheffe , & les Senateurs
fur des Sieges pliants.
L'Audience finie , ils furent
reconduits par Mademoiſelle
de Bourbon jufques où ils
avoient efté receus. Leurs
vifites fe terminerent par cel
le qu'ils rendirent à Madame
la Princeffe de Conty. Ma
1
348 MERCURE
dame la Comteffe de Bury,
fa Dame d'honneur , les receut
à la porte de la Chambre.
Cette Princeffe eftoit fur
fon lit , & tout le palla à cette
Audience , comme à celle de
Madame la Ducheffe, Com
me en rendant toutes ces vi→
fites , ils firent differens tours
dans Verfailles , le Doge ap
perceur une Dame dont léclat
& l'air majeftueux le fur
prirent. Il en demanda le
nom , & ayant appris que c'é
toit Madame de Louvois , il
s'avança quelques pas , & luy
fit un compliment , qui mar-
1
P
GALANT. 349
quafon bon gouft & la pre
fence d'efprit. Aprés toutes
ces Audiences , le Doge &
les Senateurs de repolerent,
& prirent quelques rafrai
chiffemens , aprés quoy ils
furentreconduits à Paris dans
le mefme ordre qu'on les
avoit amenez. Le lendemain
le Doge ne fortit point , &
dit qu'il eftoit fi remply des
bontez & de la grandeur du
Roy qu'il prenoit tout ce
jour là pour y penfer , & pour
,
en écrire à Genes.
Le 18. le Doge partit le
matin de Paris dans fes Car
850 MERCURE
roffes , avec les Senateurs , &
arriva à Versailles fur les dix
heures. M' de Bonneuil qui
les attendoit , les conduifit
aux Apartemens . La beauté
des Meubles , & la grande
quantité d'Argenterie , les
furprirent moins que la dé
licateffe du travail , à la
quelle il eft impoffible de
rien ajoûter. Ils furent furpris
du grand nombre de Ta
bleaux Originaux , & dirent
que le Roy poffedoit ſeul
prefque tout ce qui faifoit
avant fon Regne les plus
confidérables ornemens de
GALANT: 351
l'Italie. Ils furent furpris de.
l'extrao dinaire quantité de
Médailles qu'on leur montra
, fur tout de celles qui
ont efté frapées en France,
& par lefquelles ils virent en
peu de temps route l'Hiftoire
du Roy. Ils la virent encore
d'une autre maniere , & ne
pûrent fe laffer d'admirer les
Livres des Campagnes de Sa
Majefté , mais ce qui redou
bla leur étonnement , ce fut
le Cabinet des Bijoux , où le
travail du grand nombre de
Piéces curieufes qu'il renferme
, eft fi brillant & fi
1
352 MERCURE
beau , que quoy quoy que tout y
foit prelque couvert de Diamans
& d'autres Pierres pré
cieufes , il femble que c'eſt
ce qu'il y a de moins fur.
prenant dans cet abregé des
Richelles
du Monde. Tou
tes ces chofes leur furent
montrées
avec beaucoup
d'ordre , chaque Officier des
Apartemens étant à fon Pofte
pour leur faire voir ce qui
concernoit la Charge Mile
Marquis de Livry , Premier
Maiftre d'Hoftel, les condui
fit enfuite dans le Lieu que
fon avoit préparé pour le
GALANT. 3532
·
Diner. Il fut fervy un quart
d'heure apres . Ce fut un Repas
tres- magnifique en Poiffon.
Le Doge fe mit à la premiere
place ; il n'y cut point:
de rang pour les autres. Mile
Prince de Monaco mangea
avec eux , auffi bien que plu
fieurs autres Seigneurs de la
Cour. Au fortir de table , le
Doge alla au Dîner du Roy,
où il eut l'honneur de s'entretenir
avec Sa Majefté pref
que pendant tout le Repas.
Une heure apres , les Cale
ches du Roy , conduites par
an Ecuyer de Sa Majesté , le
May 1685.. Gg
354 MERCURE
&
vinrent prendre. Le Doge
monta dans la premiere , at
telée de huit Chevaux
toute la Suite dans les autres,
On traverfa le Parc pour fe
rendre à Trianon . Tous les
Officiers des Jardins l'accom
pagnérent à cheval . Le Doge
& la Suite, virent le dedans
de ce Lieu délicieux , dont
les Eaux joüérent pendant
tout ce temps . On remonta
en Carroffe , & l'on vint defcendre
auprés du grand Ca
nal , fur lequel toutes les
Galiotes & Gondoles eftoient
parées . Onentra dedans, on
7
GALANT: 355
fit le tour du Canal , & l'on
remonta dans les Caléches
pour entrer dans la Ména,
gerie , où l'on vit un grand
nombre d'Animaux fort rares
, & venus de toutes les
Parties du Monde . On monta
enfuite dans le Sallon , & l'on
beut toutes fortes d'Eaux
glacées. On fe remit apres
en Caléche , pour fe rendre
au Potager. On s'y promena
long - temps dans un Labir
rynthe de Jardins , & non
pas dans un Labirynthe fait
dans un Jardin. Tous ces
Jardins tres - bien entrete
.
Gg ij
356 MERCURE
nus , & remplis d'un nom
bre prodigieux d'Arbres fruis
tiers , ont tant d'agrémens
joints à leurs grandes beautez
, qu'on peut affeurer qu'il
eft impoffible de voir rien de
plus agréable , & de phis
Beau pour le Jardinage. Du
Potager on retourna au Châreaus
ou l'on trouva une
Collation de Fruits les plus
exquis , & les plus nouveaux,
Le Doge dit en parlant de
Verſailles , qu'il y avoir phos
dOuvriers & plus d'Officiers,
que d'affez puiffans Souverains
n'avoient de Sujets. Aprésectue
L
GALANT. 357
Colation , il monta én . Caroffe
pour s'en retourner à
Paris. Comme il avoir un
Caroffe neuf, & des Chevaux.
neufs , il verfa dans le che
min. Le Roy Vapprit peu de
temps aprés , & demanda
avec un
geant , & avec cet air de bonré
qui lay eft fi naturel s'il
neltoit point blefler Cette
cheute feroit affez inutile
dans une narration de certe
nature , elle ne fervoir à fai
revoir la continuation de
toutes les bontez du Roy
pour le Dogel á annobio
empreffement obli

358 MERCURE
4
Le 19. M Aubert Intro
ducteur des Ambaſſadeurs
prés de Monfieur le mena
avec les Senateurs , & toute
leur Suite à Saint Cloud, dans
la Maifon de fon Alteffe
Royale , dont il leur fit voir
d'abord tous les appartemens.
Monfieur fe trouva à
l'un des bouts de la Galerie
lors qu'ils y entrerent. Ce
Prince avança vers le milieu
soù ils luy firent compliment,
& aprés leur avoir témoi
gné qu'il eftoit bien aile de
leur faire voir fa Maiſon , il
ordonna à Mider Chova
3
GALANT. 359
L
lier de Chaſtillon , premier
Gentilhomme
de fa Cham
bre , de les accompagner par
tout. Ils trouverent les Calé
ches au bas du degré , mon.
terent dedans , & allerent
voir les Jardins , les Eaux
joüerent pendant tout le
temps de leur promenade.
Après avoir pris beaucoup de
plaifir à voir toutes les beautez
de cette délicieuſe Mai
fon , ils monterent dans leurs
Caroffes pour revenir à Paris.
Le 23. ils fe trouverent au
lever du Roy , & Sa Majefté
eur la bonté de parler plu
100
360 MERCURE
A
fieurs fois au Doge. Ils alle
rent enſuite voir la grande &
petite Ecurie qui par leur
grandeur , & la fingularité de
feur Architecture
, peuvent
difputer de beauté avec les
plus magnifiques Palais de
Europe. Ils furent furpris de
la beauté , & de la propreté
des Chevaux , dont tous les
Crins effoient bien peignez;
& retrouffez avecodes Ru
bans de Couleur de Fen, Is
furent enfinite traicezzà dîner,
& ilay europlufieurs Tables
magnifiquement fervios : L'al
-preſdîabs Mª de Borheüibles
conduifit
GALANT. 361
conduifit au Jardin , pour
voir les Eaux , parce que le
foir qu'ils eftoient allez à
Trianon & à la Ménagerie,
ils n'avoient veu que les Eaux
de dehors , c'est à dire celles
qui font dans les Allées , car
il y a un grand nombre de
lieux enfermez , remplis de
Statues , de Vafes , de Portiques
, & de quantité d'autres
ornemens , où l'Art fait faire
à l'Eau tout ce que la nature
ne luy donne pas . Tous ces
Heux ont chacun leur nom ,
comme la Renommée , le
Marais & le Theatre d'Eaux ,
May 1685. Hh
362 MERCURE
*
lestrois Fontaines , la Salle des
Feftins & duBal , l'Arc de des
Triomphe , & plufieurs au
tres. Tous les Officiers qui
commandent à tant d'en.
droits differens ſe trouve
rent chacun à leur pofte , afin
que le Doge & les Senateurs
puffent tout voir , & meſme
commodément. Aprés avoir
veu toutes ces Eaux ,ils furent
conduits dans, la Sale des
Ambaffadeurs , où il y avoit
quantité de rafraichiflemens
Préparez. Ils allerent le foir
au Bal , où ils furent placez
par l'ordre de Sa Majefté,
"
г
444
GALANT 363
dans un endroit fort avantageux
pour voir toute la Cour.
Elle eftoit extrêmement párée
, & la beauté des Dames
eftant relevée par tout ce qui
pouvoit la faire briller, on peut
dire qu'on ne fçauroit rien
voir de plus éclatant que l'é
toit cette Affemblée. Le Roy
fit l'honneur au Doge de luy
parler fort obligeamment
après le Bal , & la Serenité
comblée de tant de bontez,
retourna à Paris le foir mefme
[
avec les Senateurs M' l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suiterollaeb
Hh ij
364 MERCURE
Monfieur le Duc ac
+ Le
25.
"
compagné de Monfieur le
Duc de Bourbon que M ' de
Bonneuil avoit effé prendre
à l'Hoftel de Condé , vint fur
les trois heures aprés midy
chez le Doges, qui s'eſtoir
revétu de fa Robe de Cerémonic
, ainfi que les Senateurs.
Ils receurent fon Altef
fe Sereniffime à la porte de la
premiere Salle , & s'affirent
dans trois Fauteuils dans le
grand Cabinet du Doge , &
les Senateurs fur des Sieges
pliants. La vifite faire , ils reconduifirent
Monfieur le
1
GALANT. 365
Duc jufqu'à fon Caroffe . Unc
heure aprés , le Doge & les
Senateurs conduits par M' de
Bonneüil , monterent dansleur
Caroffe avec M l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suite , & allerent à l'Hoſtel
de Soiffons , Un Caroffe à fix
Chevaux où eftoient fes E
cuyers , paroiſſoit à la teſte!
Tous les Valets de Pied mar
choient enfuite , & le Caroffe
du Corps où eftoit fa Sereni
té , les Senateurs & Mode
Bonneuil , venoir aprés eux!
M. Giraut eftoit dans le fe
cond Caroffe, avec les Gen-
Hh iij.
366 MERCURE
tilshommes Camarades , &
deux autres Caroffes remplis
de Gentilshommes le fui
voient.Les Gentilhommes de
Madame la Princeffe de Carignan
les attendoient au bas
du degré , & Mademoiſelle de
Soiffons & Mademoiſelle de
Carignan les recourent à la
porte de la Chambre . Le Doge
les falua. Madame la Prin,
ceffe de Carignan eſtoit auprés
de fon lit. On s'affit dans
des Fauteuils & fur des Sieges
plians , comme on avoit fair
en pluſieurs autres Audiens
ces , & le Doge & les Sena
ju
GALANT. 367
teurs furent reconduits de la
mefme forte qu'ils avoient
efté receus. Le 26.le Doge eur
fon Audience de Congé , &
fut conduit à Versailles avec
les mefmes Ceremonies qu'il
l'avoir efté le jour de fa pre
miere Audience . Voicy ce
qu'il dit au Roy.
SIRE,
Sono ft abondanti e fingolari le
gratie che la M. V. s'è degnata di con
ferire nella mia Perfona , & di quefti
fignori Senatori alla mia Republica,
che fuperano di gran lunga le fperanze
che la Medefima ne haveva con--
cepito. La generoſità è la magnanimi--
Hh iiij 2
368 MERCURE
tà come tutte le altre virtù Eroicke
rifplendono nella M. V. accedono
val fegno la proportione dell' humana
capacità , che non è meraviglia che la
mia lingua non habbia maniera d'eſprimerne
la grandezza. Tutto quella
ch' io fapro raprefentarne alla mia
Republica , per quanto ftudio ch'io vi
vi ponga , non nefarà mai che una minimaparte.
Questa però faràpiu che
baftevole per obligarla perpetuamente
a fegnalarfi fratutti gli altri Prencipi
nella offervanza dovuta alla M
V. & ad effere intenta a conferva
re ilpegno pretiofiffimo dellafuagratia
che con tanta benignitàfi compiace
di darle e fe bene il poffeffo di tutto
cio che habbiamo al mondo di piu pretiofo
è fempre congiunto a qualché anfiofo
timore di perderle , la mia Repulo
contrario ficuriffima di blica
per
T
3
GALANT. 369
non dovco mai fau cofa alcuna da fe
che poffa attirarle una fi eftrema dif
gracia , altro non haurebbe da tamere,
fe non chele fuerette intentioni , e le
fue finceriffime operationi poteffero
per aventura comparire alla V. M.
ftante la lontananza , con faccia dis .
verfa da quella che portano in fe me .
defime , fe dall' altra parte non foffe
affidatache l'occhio perfpicaciffimo di
V. M. penetrando nel di lei cuores
diffiperà con i suoi viviſſimi raggi
tutte quelle ombre eftraniere che potef
fero inforgere per denigrarlo. Pieno
di quefta fiducia auguro aV. M. il.
poffeffo perpetuo della felicità e della
gloria che col corfo non mai interrotto.
delle fue meraviglioſe attioni ha cofi.
bene confeguito.
ika:
Ce complimenta efté ainſi
traduit.
370 MERCURE
STRE
Les graces qu'il a pleu à V. M.
de faire à ma République , tant en main
Perfonne qu'en celle de ces quatre Semateurs
, font fi abondantes , & fu
fingulieres , qu'elles furpaffent de
beaucoup les esperances qu'elle en
avoit conceuës. La genérofité & la
magnanimité › comme toutes les autres
vertus beroïques qui éclarent en
M. cftant an deffus de tout ce qui s'em
peut imaginer , ce n'est pas une chass
Kurprenante que je ne puiffe trouver
des termes pour en exprimer la gran.
deur. Tout ce que j'en pourray repre-
Jenter àma République , quelque effort.
quej'y employe , n'en fera qu'une tresfoible
partie. Elle fera cependant
plus que fuffifante pour l'obliger)per
GALANT. 371
petuellement à fe fignaler entre les
autres Princes dans le respect qui eft
deuà V. M. & às'appliqueravecfoin
à conferver l'avantage glorieux de
Les bonnes graces , qu' Elle a bien.
voulu luy accorder avec tant de marques
debonté, Quoy que la poffeffion.
de tout ce que nous avons au monde
de plus précieux ,foit toûjours méléc
de quelque inquiete crainte de le per .
dre , ma République , fe tenant fort
affeurée de ne rienfaire jamais qui
puiffe luy attirer une fi facheuſe dif
grace, elle n'auroit autre chofe à crains
drefinon que fes droites intentions, &
fesactions les plus finceres , ne paruſſent
autres par l'éloignement des lieux qu'r
olles ne font en elles mefmes,fielle n'éfreit
affeurée que l'oeil tres -perçant de
Y. M. diffipera avec fes vifs rayons
tautes les ombres étrangeres qui pour372
MERCURE
roient s'opposer à fa clarté. Sur cette
confiance j'augure à V. M. la poffeffion
du bonheur, & dela gloire qu' Elle
s'eft fi juftement acquife par le cours
continuel defes merveillenſes actions.
Sa Majefté marqua par les ter
mes les plus obligeans , qu'Elle
étoit contente du Doge, des Senateurs
, & de la République. Aprés
l'Audience, ils furent traitez com
me ils l'avoient eſté la premiere
fois , & tout fut regalé jufques aux.
Valers de Pied pour qui il y cut.
plufieurs Tables . On s'en retourna
à Paris dans le mefme ordre
qu'on eftoit venu .
Le 28. M ' de Bonneuil & Mr
Giraut , vinrent de la part du Roy
apporter au Doge un Portrait de
Sa Majefté tout garny de Dia
GALANT 373
mans , & deux tentures de Tapif
feric rehauffées d'or , dont l'une
reprefente les douze Signes & les
Maitons du Roy , & l'autre les
divertiffemens de Sa Majesté fui.
vant les Saifons. Les Senateurs
teurent auffi chacun un Portrait
enrichy de Diamans , & une tenture
de Tapifferie , le tout un peu
moins riche que ce qu'on avoit
donné au Doge.
Aprés une diefcription auffi exade
, les raifonnemens feroient
inutiles de ma part. C'eft à vous,
Madame , & à vos Amies à les
faire.
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
En mai 1685, la République de Gênes envoya une délégation en France pour apaiser le roi Louis XIV, mécontent de Gênes. Cette délégation, dirigée par le Doge François-Marie Imperiale Lercari et composée des sénateurs Gianettino Garibaldi, Marcello Durazzo et Augusto Lomellini, traversa les États du duc de Savoie avant d'arriver à Lyon puis à Paris. À Paris, la délégation resta incognito pour préparer une entrée solennelle avec des carrosses somptueusement décorés. La visite officielle à Versailles eut lieu le 1er mai 1685. La délégation, accompagnée de nobles, fut accueillie par une foule immense. Le Doge et les sénateurs furent reçus dans la Salle des Ambassadeurs avant l'audience royale. Dans la salle du trône, ils firent des révérences au roi, qui répondit en levant légèrement son chapeau. Le Doge prononça un discours en italien, exprimant la vénération de la République de Gênes envers la couronne royale et souhaitant oublier un incident passé. Le discours fut traduit en français. Lors de l'audience diplomatique, le Doge exprima la loyauté de la République de Gênes et son désir de maintenir de bonnes relations. Le roi, satisfait, promit sa bienveillance et loua le mérite du Doge. Les sénateurs présentèrent également leurs compliments. Le Doge fut admiré pour son aisance et sa dignité, et reçut un dîner en son honneur. Il fut ensuite reçu par le Dauphin et la Dauphine. Au cours de leur visite, le Doge et sa suite admirèrent la beauté et la magnificence de Paris, de Versailles et de la cour. Ils participèrent à un dîner somptueux avec le roi et visitèrent divers lieux prestigieux, tels que Trianon, Saint-Cloud et les écuries royales. Le roi offrit des présents au Doge et aux sénateurs, soulignant la générosité de la cour française. Le Doge exprima sa gratitude et assura la fidélité éternelle de la République de Gênes.
Soumis par conusm le