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Titre

L'EPERVIER ET LA PERDRIX. FABLE.

Page de début
119
Page de début dans la numérisation
126
Page de fin
126
Page de fin dans la numérisation
133
Incipit

Un certain jour Maistre Epervier

Texte
LEPERVIER
E T
1200000
LA PERDRIX.
U
FABLE .
N certain jour Maistre Epervier
Eui deffein de fe marier,
Et dans la Troupe Volatille
Cherchant une Femme gentille,
Dame Perdrix luy plût d'abord;
Mais raisonnant en Oyfeaufage,
Je croy , dit-il, qu'avec le Paren
tage
N
Je n'auray pas de peine à demeu
rer d'accord,
120 MERCURE
Voyons plûtoft fi c'est mon
avantage .
Dame Perdrix éft jeune , elle eft
d'un beau plumage,
Elle n'a point le vol trop haut,.
Elle a l'humeur douce & l'air
fage,
Pour Femme c'eft ce qu'il me
faut .
22
Quandfur cette agreable idee
Noftre Epervier eut ainsi raisonné,
Pour accomplir l'hymen tout fut bien
ordonné.
fût
Dame Perdrixfut demandée
Par un jeune Perdreau qui parfou
miſſion
}
- Endoſſala Commiſſion.
Enforme il va voirſa Parente,
Dit que Sire Epervier, devenu for
Amant,
Vreutz
GALANT. 121
Veut eftrefon Epoux , pourvu qu'elle
yconfente.
La Perdrix à ce Compliment
Répondit affezfroidement,
Je ne veux pas eftre Eperviere;
Mais par un étrange malheur
Elle vit arriver fon Pere,
Qui trouva qu' Epervierluyfaifoit de
l'honneur.
Sa
Le Perdreau s'en retourne, & le Pere .

àfa Fille
Fait remarquer que de tout temps
La Cohorte Eperviere amoindritfa
Famille
Par des combats & des meurtres
fréquens;
Si bien, dit-il, qu'il faut par voftre
mariage
May 1685.
L
122 MERCURE
Eviter un pareil carnage,
Afin qu'à l'avenir nous vivions en
repos.
N'ayant plus d'Ennemis , nous
n'aurons rien à craindre .
Quand la pauvre Perdrix entendit ce
propos,
Elle fe trouva fort à plaindre.
Elle pouffa quelquesfanglots ,
Enfuite répandit des larmes;
Mais ce furent defoibles armes.
Pour vaincre un Pere intereffe.
Je vous trouve, dit- il, grandement
dégouſtée.
On ne demande point fi vous êtes
dotée,
Et je veux qu'aujourd'huy leContrat
foit pallé .
Vous ne voyez pas l'avantage
Qui doit nous revenir de voſtre
mariage.
GALANT. 123
Scachez que pour vous c'eft un
bien ;
Epoufant l'Epervier vous ne manquez
de rien.
Vous entrez dans une Famille
Qui toûjours l'a porté fort
beau
Parmy les Volatils ; confiderez ,
ma Fille,
Qu'il vous faudroit raper, épou
fant un Perdreau,
Et tenir fort maigre Cuifine ,
Soit dit, ajoûta- t- il, & qu'on s'y
détermine .
L'Epervierefuture a beau fe defoter,
Elle abeau s'en vouloir défendre;
Loin de la confoler
Le Pere trop cruel ne daigne pas l'entendre,
"Mais la quite fort brusquement,
-Difant, Quand l'Oyleau de rapine
Lij
124 MERCURE
Viendra vous voir , faites- luy
bonne mine.
Car autrement....
Se
Tandis
que tenoit ce langage
Noftre Beaupère prétendu,
Fient le Gendre futur en pompeux
équipage;
Bref, l'hymen fut bien - tost conclu,
Apres quoy ! Epervier emmena l' Eperviere.
1 .
Entr'eux la Paix ne dura guere,
Noftre Epoux en ufoit tres -mal,
Il eftoit colere & brutal,
A tout momentfaifoit querelle
Ala malheuresfe Femelle,
Et l'obligea par maint debat
A vivre dans le celibat,
De forte que la pauvre Femme
Avoit mille chagrins dans l'ame.
Afon Pereà la fin alle les fit fçavoir.
"
GALANT. 125
Dans peu de temps il vient la voir,
Etparce qu'il eftoit Beaupere,
Il voulut paroiftre en colere
Contre Maistre Epervier,
Qui luy répondit d'un tonfier,
Aprens, foible Animal, que quand
j'ay pris ta Fille,
Jay trop honoré ta Famille .
Le Pere à ce difcours connut bien le
malheur
Oùfans aucun retourfa Fille eftoit
livrée.
Il s'enfuit de honte & de peur,
Noftre Perdrix fut de vorée,
Et l'Epervierfutcomme auparavant
A l'égard des Perdrix un Óyfeau ravillant.
$2
Pere, qui veux choifirun Gendre,
N'écoutepoint la vanité,
Choifis - le de ta qualité;
Liij
126 MERCURE
Maisfita Fille n'est pas tendre,
Garde- toy bien de la donner.
Cette Fable te doit apprendre
Quefon coeur plus que tout ilfaut
..examiner.
Aujourd'huy l'intérest a de grandes
amorces ,
C'est à quoy feulement les Parens ont
Jégard,
Toute tendresse est mife à part;
Maisfçache que de là naiſſent tous les
divorces.
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Résumé
La fable relate l'histoire de Maître Épervier, qui souhaite épouser Dame Perdrix. Il envoie un jeune Perdreau demander sa main. Le père de Dame Perdrix, bien qu'honoré, refuse en raison des conflits entre Éperviers et Perdrix. Cependant, il accepte finalement pour éviter les combats futurs. Le mariage a lieu, mais la vie conjugale est marquée par la violence de l'Épervier. Dame Perdrix informe son père de cette situation. Confronté, l'Épervier réagit avec arrogance, poussant le père à fuir, laissant sa fille à son triste sort. L'Épervier continue de chasser les Perdrix. La morale de la fable est que les parents doivent choisir un gendre en fonction de la qualité de son cœur plutôt que de la vanité ou de l'intérêt, afin d'éviter les divorces et les malheurs.
Soumis par conusm le