Titre d'après la table
Réponse d'une Demoiselle à l'Auteur.
Fait partie d'une livraison
Page de début
81
Page de début dans la numérisation
86
Page de fin
85
Page de fin dans la numérisation
90
Incipit
Vous m'assurez, Mademoiselle, que vous n'avez point de
Texte
Vous m'aſſurez , Mademoiselle
, que vous n'avez
point de part à la réponſe
82 MERCURE
que je viens de recevoir au
fujet de la lettre que je vous
ai écrite dans le Journal du
mois paffé. Cette réponſe
eſt pourtant fi pleine d'efprit
& fi galamment tournée
, que je m'étonne de la
chaleur avec laquelle vous
la deſavoüez : mais qui que
ce foit qui en ſoit l'auteur ,
je ne ſçaurois m'empêcher
de la rendre publique. Je
ferai le même uſage de
toutes les pieces qu'on
m'enverra , quand même
elles ſeroient contre moy ,
lors qu'elles meriteront
GALANT. 83
d'être lûës comme cette
lettre.
Ily a pluſieurs années ,
Monficur , que je suis dans
l'erreur , j'y ferois encore ,
fi la lettre que vous m'avez
écrite dans votre dernier Mercure
, ne m'avoit pas dérrompée.
F'éprouve maintenant qu'-
on peut être tendre , &exprimer
parfaitement ce qu'onfent,
fans le fecours de l'art d'écrire
fes pensées, fur le modele de
quelques beaux efprits , qui
Souvent fans amour , ont crû
leur imagination affezvive&
affez hardie pourſe perfuader
84 MERCURE
qu'ils ſcavoient charmer les
coeurs par le faſte de leurs expreffions.
Oui , Monfieur , je
vous ai l'obligation de m'avoir
deffilié les yeux , &je traite
àpreſent de langage fade &
ridicule tout ce qu'on appelle
lettres galantes. Elles n'ont
point les graces de la nature ,
mais tout l'éclat de la coquetterte.
Elles éblouiffent lesyeux
&l'esprit ,&le n'est en coeurn'e
les lifant que la dupe des fens ;
au lieu qu'une lettre vraiment
tendre & naturelle produit un
effet tout contraire.
Pour moy,si j'écris jamais
GALANT. 85
à quelqu'un que je l'aime ,je
vous promets de facrifier toûjours
le tour de ma phrafe à
l'ingenuité de mes sentimens ,
& de n'employer deformais ,
en parlant de l'amour , que les
termes les plus ſimples que la
verité puiffe mettre à la bouche
des amans. Soyez content ,
Monfieur, de l'effet que vo
tre lettre a fait sur mon coeur,
comptezquej'aurai une reconnoiſſance
éternelle de l'obligation
, que vous n'avez
point de part à la réponſe
82 MERCURE
que je viens de recevoir au
fujet de la lettre que je vous
ai écrite dans le Journal du
mois paffé. Cette réponſe
eſt pourtant fi pleine d'efprit
& fi galamment tournée
, que je m'étonne de la
chaleur avec laquelle vous
la deſavoüez : mais qui que
ce foit qui en ſoit l'auteur ,
je ne ſçaurois m'empêcher
de la rendre publique. Je
ferai le même uſage de
toutes les pieces qu'on
m'enverra , quand même
elles ſeroient contre moy ,
lors qu'elles meriteront
GALANT. 83
d'être lûës comme cette
lettre.
Ily a pluſieurs années ,
Monficur , que je suis dans
l'erreur , j'y ferois encore ,
fi la lettre que vous m'avez
écrite dans votre dernier Mercure
, ne m'avoit pas dérrompée.
F'éprouve maintenant qu'-
on peut être tendre , &exprimer
parfaitement ce qu'onfent,
fans le fecours de l'art d'écrire
fes pensées, fur le modele de
quelques beaux efprits , qui
Souvent fans amour , ont crû
leur imagination affezvive&
affez hardie pourſe perfuader
84 MERCURE
qu'ils ſcavoient charmer les
coeurs par le faſte de leurs expreffions.
Oui , Monfieur , je
vous ai l'obligation de m'avoir
deffilié les yeux , &je traite
àpreſent de langage fade &
ridicule tout ce qu'on appelle
lettres galantes. Elles n'ont
point les graces de la nature ,
mais tout l'éclat de la coquetterte.
Elles éblouiffent lesyeux
&l'esprit ,&le n'est en coeurn'e
les lifant que la dupe des fens ;
au lieu qu'une lettre vraiment
tendre & naturelle produit un
effet tout contraire.
Pour moy,si j'écris jamais
GALANT. 85
à quelqu'un que je l'aime ,je
vous promets de facrifier toûjours
le tour de ma phrafe à
l'ingenuité de mes sentimens ,
& de n'employer deformais ,
en parlant de l'amour , que les
termes les plus ſimples que la
verité puiffe mettre à la bouche
des amans. Soyez content ,
Monfieur, de l'effet que vo
tre lettre a fait sur mon coeur,
comptezquej'aurai une reconnoiſſance
éternelle de l'obligation
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Résumé
Un éditeur reçoit une réponse élégante à une lettre précédente et décide de la publier malgré les réticences de son autrice. Il affirme publier toutes les pièces dignes d'intérêt, même celles défavorables. L'interlocuteur, 'Monfieur', admet s'être trompé sur l'art d'écrire des lettres galantes. Il apprécie une lettre récente de 'Monfieur' qui montre qu'il est possible d'exprimer des sentiments tendres sans formules artificielles. Il critique les lettres galantes, les trouvant fades et ridicules, et préfère la simplicité et la naturel. Il promet d'utiliser des termes simples et sincères pour exprimer ses sentiments amoureux. Il exprime sa gratitude envers 'Monfieur' pour cette prise de conscience et assure une reconnaissance éternelle.