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E suis persuadé,
Madame, que je
ne puis commencer
cette Lettre d'une
maniere plus agreable pour
vous, que par l'Epistre en
Vers que vous allez lire. Elle
est du Pere de Senleque,Prieur
Curé de Garnay, Chanoine
Regulier deSainteGeneviéve.
Ce que jevousaydéjàenvoyé
du mesme Auteur, qui regardoit
la gloire du Roy,a esté si.
generalement estimé
,
qu'il
a cru devoir encore écrire
sur une matiere qui J'uy avoit
si bien réussi. Ce dernier Ouvragea
receu icy de grands
applaudissemens , & je ne
doute point qu'on ne luy
rende la mesme justice dans
vostre Province.
AU ROY.
R Oy qui faistoutceder auplaisir
d'estre iufte,
Quijeunefaisoisvoir l'âgeavancé
d'Auguste,
Et quisça vois dés lors,mieuxqu'aucun
Roy Chrestien,
Et regner dans nos coeurs,trientphcr
du tien : Il est vray qn'àroy seultoutfaroist
rendre bon.mage,
Queles ventscontre toy n'osentformer
d'orage,
Qu'en ta faveur les Murssemblent
se renverser,
Queles Monts devant tOJflntprejls
a s'abaisser,
Que mesme les glaçons
,
loin d
resterta gloire,
Souventservent de Pont à ton C.
de Victoire,
Que ton Genie est vaste
,
& di
de ton Coeur,
Que l'on voit plus-d'un Roy te a
voir sa, grandeur,
t^u'iln'est point deHeros qui
fust temeraire,
S'il tentoit la moitié de ce qu'on f'
veu faire
,
Et que l'Histoireunjour en diraplu
detoy (àsonRoy
Qu'aucunFlateurjamaisn'ena di
Mais quadmirera-t-elle avecplusa
surprise ?
Les Lauriers que ta main a cüeilli.
pour l'Eglise.
lulqti"au-l'ourhvy l'Europea cru
que pour dompter
L'Hydre qu'en vainl'Enfer vIa.
droitressusciter,
tu ne t'estoisservy que d'Edits,de
carresses
,
De la voix des Docteurs, de pieuses.
Lrgejfes;
Mais toutcela ,grandRoy
, n'a qu'éfleuré
les coeurs.
Ce qui charma l'esprit de tant de
Novateurs,
C'est que depuis trente ans, ils
voyoient que ton zele
Redonnoit à l'Eglise une beauténouvelle.
Ils te voyaientpunir le courageux
brutal ( d'un Rival.
Qui lavoitson honneur dans lefang
Il n'estoit plus d'Impie, & tonpouvoirsuprême
Releguoit aux Enfers le Demon du
blasphême.
Les Soldats ne brûlant que d'une
nobleardeur,
Jamais flttj les Drapeaux n'infullo;
ent la pudeur.
TufaisoidistinguerRomed'avecque
Rome,
Et L'irttrtjl- de Dieu d'avec celuy de
l'homme.
Le fçavoirjointaduu zzeellee,, eesotoiitt le
seul degré
Pllr où l'on s'élevoitsur le Trône
sacré, ( pacifique
Et tes loix arrachoient la Veuve
Des Ongles ravissans de la Chicane
étique.
L'Egliseavoit encor d'autres traits
de beauté,
Dont le Peuple Heretique estoit comme
enchanté.
Des Ecoles de Guerre instruisoient
la jeunesse
?
£fi-\l rien ou ton coeur doive eneore
aspirer ?
Tu te plaignois de voir que lesplus
fortes Villes
Ne te coutoient souvent que des afi
sauts faciles; :,,
Chaque Palme tomboit dés que tu 14
touchois, [ rachoïs,
Ettun'envouloisplussi tu ne l'ar-
Le Ciel t'en a montré dont tu n'as
pû te plaindre,
Puis qu'on desesperoit de ty voir
mesme atteindre.
Ilt'a fait attaquer ces espritsqu'autrefois
On voyait devenir les Tyrans de nos
Rois.
lit1afait assieger ces coeurs inaccessibles
Où ton zèle a vaincu tant d'erreurs
invincibles ,
Etsa grace,grand Roy, t'afait fxc-yi
cuter
Tout ce qua peine nnJtecle aunivé pûprojetter.
Quoy que je vous parlol
assez rarement de ce quiarri-i
veaux Particuliers des Cour
Etrangères
,
quelque élevez
qu'ils soient par leurs Dignitez
Se par leur Naissance, ce
que j'ayàvous dire de Mr les
ComtedeWielopolski,grand
Chancelier de Pologne,montre
si bien le peu de stabilité
des choses du monde, que la
sainteté du temps où nous
sommesm'oblige à vous le
representer comme un exemple
de leur inconstance. Ce
Comte ayant arresté le mariage
de sonFilsaisné avec la
Fille du Castelan de Cracovie,
premier Senateur du Royaume,
la ceremonie en fut faite
par MrleCardinal Radziewski,
Archevesque de Gnesne,
avec une pompe extraordinaire.
Leurs Majestez Polonoises,
accompagnées d'une
Cavalcade tres-nombreuse, se
rendirent au lieu où elle se
fit, & Elles y furent conduites
par Mr le Comte de Wielopolski.
Il y eut ensuite un
repas fort somptueux, & l'on
servit quatte tables avec une
propreté & une abondance à
laquelle il eustesté difficile
de rien ajouter. Lapremiere
estoit pour leRoy & la Reine,
qui firent l'honneur aux
Mariez de les y faire disner.
Les quatre Princes leurs Ensans
estoient aussià cette première
table. Il yen avoit deux
autres où les Personnes de la
premiere qualité prirent place
,
& la quatrième fut pour
les GospodarsC'estoient ceux
que le Castelan de Cracovie
&saFemme ,
Pere&Merede
la Mariée,avoient priez de les
^flifter pour faire les honneurs
de leur Maison? selon
l'usage receu en Pologne, où
l'on invite de semblables aides
aux Noces, ôc à toutes
les grandes Assemblées. Les
honneurs dont il estoit question
encelle-cy, consistoient
à se lever de table, & à s'aller
prosterner sur les degrez
de celle du Roy &de la Reine
pour boire à leur santé. Le
Roy but ensuite à celle de
tous les Conviez, & les Gospodars
allerent comme il leur
plut choisir des personnes
pour continuer de boire à la
santé de leurs Majestez, & les
porrer à se réjoüir. Le Festin,
qui dura fort longtemps, fut
suivy du Bal, & le Roy commença
les dansesqu'on appelle
Danses de ceremonie, en
menant le Marié. La Reine
mena ensuite la Mariée. Les
Princes & les Princesses, Ensans
du Roy., firent la mesme
chose
?
& ces danses durerent
jusqu'à trois heures aprèsminuit.
Le lendemain tous les
Conviez firent leurs presens
selon la coutume. Le Roy &
la Reine commencerent, &
comme chacun fit une harangue
en les donnant, &
que les Mariez furent obligez
de répondre à toutes, la journée
se passa presque entiere à
recevoir & a haranguer. Le
jour suivant, le Roy & la Reine
ayant esté prendre la Mariée
dans leur Carosse
,
la conduisirent
à la maison de Mrle
Comte de Wielopolski, où
leurs Majestezfurent traitées
magnifiquement avec tous les
Conviez. Ce Comte donna
leBal& fit durer ces Festes
huit jours, en traitant tous
les Parens & tous les Amis.
C'est l'usage du Pays, où
d'ordinaire en de pareilles
occasions on n'abandonne la
Mariée au Marié qu'après de
grandes fatigues.Peu de jours,
après il tomba dans une maladie
fort dangereuse, dont
on espera pendant quelque
temps qu'on viendroitàbout
de le tirer, mais enfin il mourut
la nuit du 14.au75.de
Février. La Cour de Pologne
en a pris le deüil. Il avoit
épousé la Soeur de la Reine,
à laquelle il a laissé par son
testament des biens fort considerables.
Nous l'avons veu
en France, où il est venu en
qualité d' Ambassadeur Extraordinaire.
On cacha samort
à Mrle Comte Wielopolski
son Fils, qui estant party avec.
sa Femme pour aller prendre
possession de la Starostie de
Cracovie,futsurpris d'une fiévre
continue à quinze lieues
de Varsovie. Il en est mort
dansfa vingt-deuxièmeannée,
& n'a vescu que huit jours
après son Perc. Jugez, Madame,
si je n'ay pas eu raison de
vous dire que ce qui a le plus
d'apparence d'estre durable,
n'a rien de certain.
Je vousay faitesperer quelque
chose de fort curieux sur
les Médailles, &je m'acquitte
de ma parole par la Lettre que
je vous envoye.
1 Ce 14. Février 1688. A découverte des Tresors
estantunechose peu commune
, fay cru que celle qui
lestfaite depuis peu en ces quartiers
meritoit bien d'estre connuë
duPublic. Celuy dont je veux
vous parler cft plus confdrrab/c
par son antiquité que par ses
riel esses.Un Païsan de FresnaylaMere
;Diocese de Sés, ayant
esté
estéobligé par des raisons qu'il
riefi pas necessaire d'expliquer
icy ,
de chercher un autre lieu
que celuy où il demeuroit
, pour
y baflir une maison. On luy destina
un endroit dans cette mesme
Paroisse pour s'y établir.
Ayant commence a ouvrir la
terre, pour y jetter les premiers
fondemens il y a un mois ou
environ
,
il n'eut pas si.fosi creusé
la profondeur d'un pied &
demy auprès d'un fiojïé3 qu'il
trouva deux petits pots de terre
environ de la bauteur de dix
pouces, & de la figure de pots
à moineaux. Ces petits pots
estoient remplis de quantité de
monnoyesivieille
,
qu'a peine en
pouvoit-ondistinguer quelque
chose. Elle efloit àpeuprés de la
largeur des doubles dont on se
seri aujourd'huy
, &toute mandée
de roüille. Si la découverte de
ce Tresor avoit estéfaiteily a
treize ou quatorze censans, qui
est àpeu prés le temps qu'il a esté
caché, elle auroit pû faire la fortune
de celuy qui l'auroit trouy
vé, mais ces pieces de monnoye
n'estant ny d'or ny d'argent, ce
tresor n'a point eslé tresor pour le
Paysan
,
maisseulement pour les
Curieux. Vous pouvez bien croi
re qu'il ne s)en tint pas à cette
premiere découverte
,
n'ayant
rien trouvé qui lesatisfist. Il continua
de foüiller,&ayant creusé
encore davantage, il trouva
d'autrespieces plus grandes qui
le contenterent un peu plus, les
croyantd'argent parce qu'elles
estoient si bien argentées, qu'on
les auroit prises pour estre de ce
métal
3
mais en ayant fait voir
quelques-unes à l'Orfèvre de Fa..
laize, il futdétrompé.Peut-estre
en a-til trouvé d'autres plus
considerables qui l'ont consolé de
ce chagrin,mais si cela cft
,
il
n'en a rien fait connoistre. Vous
ne delJez pas douter que cette
Nouvelle ayant esté publiée,
toutes sortes de personnes n'y
ayent accouru. Les Curieux e
Sçavans des environs eurent de
l'emprejfiment pourvoir ces Medailles.
Le Pere Prieur de l'sfhbaye
de S.AndréEngouffier, Religieux
Bernardin de laMaison
&FiliationdeClairvaux
,
fut
de ce nombre. Il est voisin de ce
lieu, & ayant connu que le
Paysan qui avait fait cette découverte
,faisoit peu de cas de
cespieces de monnoye,quiestoient
si enroüillées
?
qu'ilfalloitmesme
un marteau pour les separer les
unesdes autres,&qu'illesdonnoit
à douzefois la 111)re,& lesgrandes
à trois sols & demy chacune
j il en prit beaucoup à ce prixlà.
Apres avoirfait tous ses efforts
pour les déchifrer
, en les
trempant dans de l'Eau-forte ou
en les faisantbouillir dans du
verjus, il en a trouvé environ
cinquante
, parmy deux ou trois
çens3 dont on distinguefortbien
l'effigie des Empereurs, le revers
des Medailles,& leurs Devises.
Il m'a fait la grace de me les
montrer, & m'en a dit les particularitez
,
dontjevais vous
faire part, maisilfaut vous dire
auparavant, qu'il y a grande
apparence que ce tresor a esté mis
en terre du temps que les Romains
assiegerent la Ville de Falaize,
ljui n'est éloignée que d'une lieue
du Village où il a esté trouvé.
Cette Ville resista aÇcp<r3p/r le
moyen d'unefortes Tour quiy efl
encore en sonentier,&parfaitement
belle: & ce quirend ces
pieces deMonnayeconsiderables,
c'est qu'elles font incomparablement
mieuxfrapées, que toutes
les Monnoyes d'àpresent, &
mesme que celles de Varin, habile
Graveur, dont lesouvrages
font tous les jours admirck.
Comme parmy ces Medailles - il
s'en fsi trouvé de dlfferens Empereurs,
ily en a aussi plusieurs
d'un mesme Empereur3 mais elles
ont presque toutes differens revers,
C7 différentes Inscriptions
ou Divines.
Les premieressontenviron de
la grandeur d'une piece de quinze
sols, &d'une Alchymie si
bien argentée, qu'on diroit qt/-
elles l'ont estédepuispeu de temps.
La plus ancienne de ces grandes
cft de l'Empereur Trajan, qui fut
élevé à l'Empire par Nerva qui
luy donna la qualité de Cesar
, & d'Augustel'an de Nostre Seigneur98.
Cette Médaillé a pour
revers une Renommée qui tient
de la main droite une Couronne,
& de l'autre une palme, avec
cette inscription,Victoria Aug.
Ainsi il y a prés defcize cens ans
quelle a estéfrapée.Deux autres
Médaillessont marquées au nom
de Gordien. Comme elles font de
diffèrenteeffigie, il est à croire
que ce font celles du Pere & du
Fils. Ils furent proclamez Empereurs
l'an 239. L'uneporte pour
n'cn une Deessé njjife sur une
espece de chaise à bras
,
posée
sur une roüe. La Deesse tient
d'une main une corne d'abondance
, & de l'autre une espece
de Sceptre la pointe en bas.
Elle porte pour inscription, Fortunæ
Aug. Le revers de la Je..
conde cft une Minerve debout>
qui tient une maniere de rameau,
dr pour devise, Provid.
Aug.
Deux autres de l'Empereur
Julien, de diffierente effigie, &
de differens revers. Cet Empepereur
avoit achetél'Empire des
Pretoriens, qui l'ajjajjînerent
l'an 195. L'une de ces deux Medaillésportepour
reversuneThemis
qui tient d'une mainses balances,
& de l'autre une corne
d'abondance,& a pour inscription
, Æquitas Aug. L'autre
est une Minerve a(Jife3 qui tient
d'une main comme une augr) &
de l'autre une pipe. Elle a pour
inscription,Romæ Bec. Le reste
t'si effacé.
Il y aune Medaille de Fille
ou de Femme, qui porte pour
inscription,Cor. Salonina Aug.
(jr a pour revers uneTDeejfeaj-
Jtfe» er pourinscription,Pudicitia.
Plus trois Medailles, encore
de cette mesme grandeur, dont
on nt distingue pas bien l'inscription.
La premiere porte,Imp.
Cæf mant. Gordi. & a pour
reversun homme armé à la Romaine
, avec cette inscription,
Virtus. Laseconde, Imp.Cæf.
olus. Lereversestune
Deesse debout qui tient un rameau
; l'inscription, Pax auge
Le lettresde latroisiéme ne sont
pas a(Jc% bien marquées pour les
pouvoir lire.L'Effigie de l'Empereuryparoist
fort jeune. Elle
a pour revers une Deesse ajjfie3
&pour inscription,Principium
virtutis.
Toutes les autres font de cuivre
rouge, @r ont esté autrefois
argentées. Parmy celles-là il y
en a quelques-unes de cuivre
jaune, & plusieurs de Cor.
Salonina aug. comme celle
dont je vous ay déjàparlé,
avec cette feule difference, que
l'Effigie paroist d'une personne
plus vieille. Les revers en font
aussi differens.Ilyasimplement
aux unes ,
Salonina Aug. &
celles
-
là ont pour revers une
Reine qui montre un Enfant
qu'elle a à ses pieds, avec ces
mots peur inscription, Foecunditas
Aug. ce qui feroit croire
que ce seroit une Femme,etque
celle quiporte pourdevise
,
Pudicitia
,
seroit une Fille. Les
autres ont pour revers un Cerf
pajjant
, & pour inscription,
Junoni Conf. Aug.
La plus ancienne de ces dernieres
Médailles
,
est de l'Empereur
Claude
3
Oncle de Caligula,
qauni fut porté au Trône par force
43. &qui mourut l'anfd.
Il s'en efi trouvé plusieurs du
mesmeEmpereur avec differens
revers j & elles font toutes des
mieux frapées. La premiere a
pour revers la DeesseThemis,&
pour ~inferinion? Æquitas. Le
revers de laseconde esi une Deesse
qui tient un C.tduc.-" & l'infeription>
Félicitas. La troisiéme
un Jupiter tout nud; l'inscription
est, Jovi Statori.
Une autre d'une Dee/Je qui
tient comme un miroir d'une
main, & de l'autre une corne
d'abondance. Elle a pour inscription
,Liberalitas.
Une antre à peu préspareille,
etpour inscription Providentia.
Une autre qui tient comme un
epi de bled, &pour inscription,
Spes publica.
Une autre toujours du mesme
Empereur où ily a pour revers
un Autel&desflâmesdessus,et
pour inscription Consecratio.
Une autre quirepresente un
homme arme à la Romaine, rèj
pour inscription,Virtus.
Une autre du mesme quiporte
pour inscription du costé de l'effi- ie Divo Claudio, & pour
revers un Aigle. L'inscription est,Cons-ecratio. f
Ily ena beaucoup de l'Empereur
Gallien> élevé à l'Empire
en 165.&ajfajjtné à lvIi/an avec
son Frere @J fis Enfans en iGy.
Elles font presque toutes avec
differensrevers;ilyen a une
dont l'effigieest tournée de l'autre
cojlé.
Lapremiere a pourreversune
Deesse, & pour inscription,
Abundantia aug.
Laseconde est un Centaure,&
pourinjcription,ApolliniConf.
Un autre un cerfpassant
, gr
pour inscription
3
~Dianx conf
Une autre un Pegaze,etpour
inscription Soli conf.
Une autre un bouc, et pour
inscription
,
Joviconf.
Une Autre qui eIl une TJeeJfe,
pour inscription, Fortunx.
Une autre, qui est une biche,~
Dianx conf.
Une autre, qui estunJupiter
tenant un foudre,Jovi conf.
Une autre qui estuneDeesse,
&pour inscription,SalusAug.
Uneautre quiestune Themis,
Æquitas.
Une autrequiest uneDefjê,
Providentia.
Une autre qui est la figure
d'une Lionne, pour inscription,
Libero conf.
Une del'EmpereurPosthume,
qui porte pour revers une espece
de carcasse de cheval
j ou autre
animal, & pour inscription,
Lætitia.
Deux de l'EmpereurValerien,
qui fut vaincu par Sapor Roy
ces Perfes,ettraité d'une ma,"
niere siindigne, qu'il se fiefvoit
de son dos pour monter à cheval;
elles ont l'une & l'autre differens
revers. Celuy de la premiere
est unJupiter qui tient unfoudre
d'une main, & de l'autre
une pique, pour insctiption,
Joviconf.& celuy de la seconde
est un Jupiter d'une autreposture.
Il Henje une main au Ciel,
CÏ7" tient de l'autre une boule;
on n'en sçauroit lire ~l'infeription.
Ily en a une de la grandeur
d'une piece de quinze fols, parfaitement
bien frapée, de l'Empereur
Aurelien. Elle a pour revers
un Jupiterdebout qui fmble
donner la main à un homme
armé à la Romaine & couronné;
l'inscription est
>
Jovi conf.
Cet Empereur est de l'an 174.
Il fut assas~ajfafiné par les Chefs de
ses Armées en zyS.
Une Médaille de Quintile,
frere del'EmperturClaudius.Ce
qu'ily a deconsiderable encette
Medaille c'est que nayant pas
regné l'espace d'un mois ,il s'en
doit trouver fort peu. Ilfut afsassinéparsesSoldats
en271.
Trois autres Medailles. La
premiere a pourrevers une Deesse
appuyée sur une colomme
, &
pour inscription, Securitas. La
seconde une DreJJe
,
@J pour
inscription,Concordia. L'inf
cription de la troisiéme estVirtus.
Deux Medailles de Viclonn3
qui avoit le titre& les ornemens
Imperiaux, & en fut dépouillé
en 167. La premiere a pour rc*
vers une Renommée qui tient une
couronne, & pour inscription,
Victori.Ily en a plusieurs au,
tres dont les revers font à peu
prés semblables
,
mais ellesont
differentesinscriptions; l'une,
Pax l'autre Pietas
,
l'autre
Providentia l'autreHilaritas.
Ily a aussides Medailles de
Tetrique, qui fut honoré des ornemens
Imperiaux en 167. Les
Effigies en sont differentes. Les
unes paroissentd'unjeune homme,
& les autres d'unVieillard. Les
premieres ont pour revers une
Dceffe qui tient un épy de bled,
&pourinscription,Spes Les inscriptions
des autres sont, Salus,
Virtus, Lætiria,Pax, Hilaritas
, Spes publica, Fides.
Voilà,Monsieur. tout ce que je
puis vous dire de ces Medailles-
Vous en ferez part aux Curieux
du lieu où vous eftesj@J mefertz
la justice de me croire vostre tres,
&c. R. Desnoyers.
Milord Comte de Montaigu,
& Madame sa Femme,
Fille de Milord Herber, après
avoir fait un longsejourà
Beaune. en Bourgogne, en
font partis depuis peu de
temps, pour aller en Angleterre
prendre possession du
Gouvernement de la Province
de Sussex ,que Sa Majessé
Britanniique a donné
nouvellement à Mr de Monraigu.
Ils ont si bien sceu
charmer les coeurs de toutes
les personnes considerables
de Beaune & du voisinage,
par leur [prit & par leurs
manieres, qu'on les y regrete
tous les jours. C'est
ausujet du départ de Madame
la Comtesse de Montaigu
que Mr Moreau,Avocat
General de la Chambre des
Comptes de Dijon, qui a eu
part à leur estime, a composé
les Vers qui suivent. Vous
connoissez par plusieurs Ouvrages
que vous avez veus
de luy, le talent qu'il a pour
la Poësie.
SUR UN DEPART.
L'Aimable Iris nous abandonne,
Tout languit en ces lieux, lesOiseaux
dans nos champs
,
Par leurs airs plaintifs& toucil/
lns
Expriment la douleurquesondépart
leur donne;
Flore dansnosjardins ne produit
plus de fleurs,
Les risse changent tous en pleurs,
On n'entend plus dans nos Fontaines
Que les Nymphes s'en plaindre, &
l'onde en murmurer,
Et les tristes Zephirs errant parmy
les plaines,
N'en font quesoupirer-
Les
.Áh.' puis qu'ilfautqu'Iris sijèpart
denous,
AUez, tendresAmours,allez, Plais'irs
si doux,
Partez, volez, & suivez Cette
Belle
Vous estes faits pour elle, elle est
faite pour vous,
Allez, partez, soyez, son escorte
JideUe.
Tandis quesous d'autres climats
Sesyeux sur mille coeurs étendront
leur empire,
Pour charmer nos regrets au son de
noflre Lyre
NOIU chanterons icy ses beautez,ses
appas,
Et tout ce qu'en elle on admire.
Tantostnous vanteronsson teint vif,
éclatant,
Ses beauxyeuxdontles traits bl.-JjtJ(,'lt
en un instant
L'ame à l'amour la plusrebelle
>
La blancheur deses dents, cette louche
si belle
Qui répandl'agreable odeur,
Etfait voir la vive couleur
D'une rose nouvelle;
Son beaufein,sa?nain blanche, df
Jes bï.t5 faits au tour;
La grace qui toujours accompagnesi"
g-fit] ( modefiey
Son pertmajefiueux,son air lihi" or
.!f!.!!.i faitnaistreà la fois le r^pect
&l'amour;
Sa taille sans defaut, si blancheur
sans pareille,
Etf* voix qui charmel'oreille.
Tantostdesa maisonnouschanterons
la gloire,
Son beausang ennobly dusang même
desRois,
Ses celebres AJeux, & lesfameux
exploits
Qui les font vivre dans ÏHif
toire
Calmeront les ennuis d'une absence
cruelle
EEttsjÎi le fort J.:!,o::x:!o.j;i!aanntt ccttc ce tte
Belle
NOIU ôte et.corl\Tpcir de la voir
revenir
,
Trop contens,t-oj>heureux del'avoir
p/,/,¡,,'e
, Et~Jt.n.I,..:/t (,¿ 'f" défi,charmante -.J '.( J.; ;'f.l>f,""
*CiCCy
Nous en conserver.,,,nslu moins le
souvenir
Le 8. du mois passé il se fit
icy une Opération au ssisinguliere
que surprenante, &
l'on ne se souvientpoint
qu'il s'en soitjamais fait une
pareille.Le StFrançois Collot,
cet habile Operateur pour
l'extractionde la pierre, dont
le nom est si connu par les
grandes cures qu'il a faites,
non seulement dans toute la
France, mais dans la pluspart
des Pays Etrangers, où il a
esté souvent mand6, s'estant
luy-mesme senty tourmenté
depuis neuf mois decette fâcheufe
maladie, dont il guerit
si heureusement les autres
,
s'abandonna avec une
entiereconfiance entre les
mains du St Philippes-François
CollotsonFils, qui par
une dexterité naturelle & heredicairel
cette Famille, qui
excelle dans cet art depuis
plus de deux Siecles,luy fit
cette merveilleuseOpération
avec le plus heureux [llccés
qu'on pouvoit attendre. Elle
fut faite en presence de plusieurs
Medecins & Chirurgiens,
&entre autres de MIl
Fontaine & Raoul, anciens
Medecins de la Faculté de
Paris, & de. MrBessiere, Chirurgien
ordinaire du Royes,
qui n'admirerent pas moins
la force de son esprit dans
cette action ,que l'agilité de
ses mains. La pierre qu'illuy
tira estoit de la grosseur d'un
oeuf de Pigeon
, en forte que
l'on peut dire que le Fils n'a
receu la vie de son Pere, que
pour la luy conserver à luymesme
, & pour faire plus
long-temps joüir le Public
des avantages qu'il a toûjours
tirez de l'adresse & de la capacité
d'un si excellent homme.
Nous commençons d'entrer
dans uneSaison où l'on
doit rendre un Prix magnifique,
sil'on suitl'engagement
qui fut prit l'Esté dernier.
Commeles choses que l'on n'a
point publiées , font toûjours
nouvelles pour tous ceux qui
n'en ont point entendu parler,
je puis vous faire la relation
de cette Feste, quine doit pas
vous estre moins agreable
pour s'estre passéeil y a déja
plu sieurs mois, puis que je ne
vous en ay encore rien mandé.
Les particularitez en sont
assez remarquables pourmeritervostrecuriosité.
LaVille
d'Autun, qui estoir autrefois
la Capitale des Gaules, & la
seule qui fust capable de donner
de laterreuràCesar, cherchant
à se distinguer dan les
exercices qui ont l'apparence
de la Guerre, proposa à cinquante
Villes de différentes
Provinces, un Prix à l'Arquebufe
de dix mille francs;&
un autre de deux mille au
Pistoler. Mr Dorné,Capitaine
choisi par la Jeunesse, écrivit
une Lettre circulaire aux
Chevaliers, pour les exhorter
à prendre part au divertissement
qu'il offroit. Cette Lettre
eut le succés qu'il en
avoit esperé; & il en auroit
eu un plus grand,si la pluspart
desInvitez n'eussentesté
occupezàl'élection des Magistral.
ts deleurs Villes, qui se
faisoit dans ce mesmetemps.
Cependant le 28 Juindernier,
on vit arriver les Chevaliers
de la Ville de Dijon bien
-montez;, en bel ordre, vestus
lestement, & ayant chacun
des Plumes blanches. Deux
Trompettes les precedoient,
& lesgens de livrées estoient
à leur fuite. Ils parcoururent
deux à
-
deux les principales
ruësdelaVille, & le Porte-
Etendard estoit seul au troisiéme
rang. Ceux de Beaune
arrivèrent le lendemaindans
un semblable équipage,ayant
des Plumes rodages, & leur
livrée de mesme couleur.
Ceux de Louën estoient en
plus grand nombre que les
autres.Ils avoient leurs habits
galonnez d'argent d'une même
parure, & estoient montez
superbement, avec quatre
Trompettes
, quatre Hautbois,
& quatre Fifres à leur
teste. Ceux de Châlons, de
Nuids, de Montcenis, de
Tournu
,
& deplusieurs autres
Villes firent la mesme
Cavalcade, & tous se retiremit
au Champ de Mars dans
les logis qui leur avoientesté
destinez. Mr Dorné leurenvoya
le vin de prefenc>8c
MrRabiot, Conseiller, &
nouvellement élu en la Charge
deVierg
,
leur envoya celuy
de la Ville. La chaleur
demandoit qu'on leur laissast
le temps de se rafraîchir, mais
l'impatience genereuse des
Autunois porta les principaux
d'entre eux à leur aller
rendre visite. On entendit
deslors par tout le son des
Trompettes, des Fifres, des
Tambours, des Violons, &
des autres Instrumens qui
font capables d'inspirer l'humeur
guerriere. Les logis
estoient disposez dans le
Champ de Mars de telle forte,
que les Chevaliers estoient
vis à vis les uns des autres.
Ils sevisiterent en ceremonie,
& les Sergens de Ville avec
ceux dela Compagnie de Mr
Dornéau nombre de dix huit,
commencerent à marcher
avec les Tambours pour afsembler
la Compagnie. Ils
estoient vertus d'un grand
Juste-au-corps rouge, galonné
par tout d'argent, avec
deschapeaux bordez de même;
& à mesure qu'ils pat:
soient par les rues, la Jeunesse
qui est fort bien faite,& aussi
aguerriequ'en aucun autre
lieu du Royaume, s'assembloit
en bel ordre,&se trouva
au nombre de quatre cens
hommes richement armez,
avec des habits en broderie
d'or & d'argent. Les rubans
de la cravate & du chapeau
estoient bleus, & les Plumes
répondoient a labeauté de cet
équipage. Ils allerent prendre
l'Enseigne, qu'ils fal üc..
rent pat une décharge de leur
Mousqueterie, & de là ils se
rendirent au logis du Capitailic,
où ils firent un grand
feu. Le Capitaine estant sorty
la pique à la main, alla ramasser
les Chevaliers de chaque
Ville
>
qui marcherent à
sa suite avec leurs Etendards
particuliers, se distinguant
parun peu dedistance,& par
la difference de leurs livrées.
Le Champ de Mars est situé
au milieu de la Ville, & contient
un si grand espace, qu'on
pourroit bastir une Ville considerable
dans son enceinte.
Le Vierg estant logé dans
l'une des extremitez
, on alla
lesalüer. Un peuple infiny
qui estoitaccouru de toutes
parts >
occupoitleChamp>
ravi d'admiration pour tant
de magnificence Le Viergaccompagne
des autres Magiftrats,
Se précédé par six Sergens
deVille veitus de inanteaux
rouges, sur les costez
desquels estoit un lion en
broderie d'or, & armez à
leur ordinaire de grandes pertuisanes
,se mit à la fuite des
Chevaliers, & tous en Corps
ils allèrent à l'Hostel de Mr le
Comte de Roussillon,Lieu--
tenant de Roy de la Province,
où ils le saluerent par une
décharge de leur Mousquetcrie
,
qui fut suivie de celle
des Canons de la Ville. Ce
Comte marcha après cette
belle Compagnie avec cinquante
Gentilshommes les
plus lestes de la Province,
qui le conduisirent au lieu
destinépourfaire l'ouverture
du Prix.Ce lieu est renferme
d'une grande muraille bastie
à la mosaique
,
qui rogne
tour autour d'un grand espace
de terre plus long que large
, aumilieuduquel les Chevaliers
d'Autun firent construire
il y a quarante ans
.)
un
superbe Edifice,au front duquelparoissent
cinq Portiques
fous lesquels font cinqvoûtes
qui soûtiennent un grand Eecalier
, couvert d'un dôme
d'ardoise & de lames de
plomb
, extrêmement beau.
Cet Escalier eH: fait d'une
pierre de taille, revestu d'une
balustrade de marbre artistement
travaillée ; & c'est par
là que l'on va dans les apartemens
de cette superbe maison.
On voit aux deux costez
deux petits Pavillonstrès
propres,destinez pour faire
tirer les Cheval ers. Le Portique
par où l'on entre en ce
lieu, est fait de pierre de taille,
enrichy de plusieurs ornemens,
dans lesquels on a encrousté
du Jaspe qni fait un
tres beleffet àlaveuë. L'Effigie
du Royen marbre est au
dessus
,
& dans une table au
deubus d'un marbre noir, on
lit en caractères d'or les deux
Vers suivans.
Hic exercendis aperit Bellona
pairstram.
Æduacis , animasauget præsentia
Regis.
Le dedans de ce Portique esroit
revestu de feuillages
verds., dontonavoit fait une
voûte ornée de Tableaux, &
de Peintures excellentes. Le
long de la muraille qui fait
face à la maison, estoient six
Loges de menuiserie,revê^
tuës de tous les costez d'une
agreable verdure. Là il y
avoit plusieurs Marchands
qui vendoient toutes fortes
de Confitures,de la Limonade
,
des Citrons, des Oranges
de Portugal,&différences
liqueurs. Quantité deLusfres
estoient arrangez parmy
des Tableaux qui faisoient
une Perspective admirable.
Du cofté droit on avoit bâ-
.ty quinze Loges? composées
chacune d'une Salle & d'une
chambre revestuësde verdure
dehors & dedans, La derniere
estoit pour le Vierg. &
les aurres pour les Chevaliers
des Villes étrangeres. Du costé
gauche regnoient quinze
autres Loges de la mesme
tfrudure, dont les Portiques
estoient ronds, embellis de
couronnes élevées en piramide
qui composoient un agrément
surprenant. La Tente
de M Dorné, qui estoit fous
les cinq Portiques de la maisn,
estoit revestuë au dedans
dun brocard blanc avec des
frangesd'or qui regnoient
depuis le haut jusqu'au bas,
& servoit de Tapisserie. Sur
le haut decette Tente au dehors
, on avoit fait mettre les
Armes du Roy;plus bas celles
de Monsieur le Prince, Gouverneur
de la Province;& plus
bas celles de M' l'Evesque
d'Autun. On conduisit Mr
le Comte deRoussillon au
pas à la main droite, pour
faire l'ouverture du Prix. Son
coup ayant esté tiré à l'honneur
des Dames, les Officiers
de chaque Ville en firent autant,
(5c allerent ensuite arborer
leurs Etendards sur les
portes de leurs Loges. Ceux
deDijon avoient pour Deviles
deux Arquebuses croisées,
avec ces mots en lettres d'en
Non nisiNobilibus. Ceux de
Châlons portoient trois Globes
dans leurs Armes, avec
cette Devise,Vrbi non sufficit
Orbis. Ceux de Belone avoient
une Bellone armée avec cette
inscription,
Office Bellona Bibracle antiqua
vigebat.
Ceux de Mon", tcenis, à cause
de leur sîtuation qui est au
haut d'une montagne? Per
arduA
ardua,virtus. Une autre Ville
avoit la rep esentation d'une
Bombe qui éclatoit
-, avec
cette Devise
, Peream dum
murmure magno. Une autre
avoit un Amour qui tenoit
deux couronnes de Myrthe,
&de Laurier, Ambitutramque.
Une autre avoit une Grenade
preste à tirer, avec ces mots,
Nul ne m'approche sansdanger.
Enfinelles en avoient toutes
d'ingenieuses, & de tresconvenables
au sujet. Mr
Dorné avoit fait peindre dans
un grand Tableau à cofté
droit de sa Tente, deux
grands Elephans avec deux
petits, &: on lisoit ces mots,
Annis boec faciuntmiracula tribus,
voulantdire qu'au bout de
troisannéesil faisoit des merveilles
à rendre le Prix. D'autre
cofté à gaucheilyavoit
des champs de bled avec des
Moissonneurs,&cette inscription,
Cum foenore reddo Les
Villes ne furent pas plûtost
logées dans leurs Loges, que
le Vierg leur envoya du plus
excellent vin de la Bourgogne.
M Dorné fit la mesme
chose
3
& comme il est naturellement
genereux) il donna
un grand & magnifique repas
à toute l'Assemblée
,
où l'on
but à la fanté du Roy avec
de grandes acclamations, &
en faisant des décharges de r• Mousqueterie &de l'Artillerie
de la Ville toutes les fois
qu'on beuvoit à cette fanté
précieuse. Le foir estam venu,
toutes les loges furent illuminées.
Celles des Marchands
qui estoient dans l'enfonceure
)
formoient un objet fort
agréable. Les Dames se rendirent
en cet endroit
,
&
vingt-quatre Violons &: douze
Hautbois qui s'accordaient
parfaitement bien
, sellant
fait entendre par les ordres
deMrleComte deRoussillon)
on fit un grand cercle au milieu
dela place) au dedans
duquel un des plus considerables
des jeunes Gens de la
Ville commença le Bal avec
uneDemoifelle dela campagnequi
avoit de grands avantages
à la danse. Ils eurent
tous deux l'applaudissement
de l'Assemblée,quiétoit composée
de toutes les Personnes
de qualité de l'Autunois, de
l'un & de l'autre sexe. Ce Bal
ayant finyà deux heures après
minuit, chacun se retira jusqu'au
lendemain, que les
Chevaliers des Villes estant
venus dans leurs Loges au
son des Tambours, des Fifres,
des Trompettes & des autres
Instrumens
, on s'exerça le
reste du jour à tirer le Prix.
Ceux de Loüen s'aviferenc
de representer le Roy de
Siam, & l'un d'eux vestu à la
mode de ce Pays-là, estant
monté sur un Char de triomphe,
précedé par vingt-quatre
Gardes avec de bsuperbes
livrées, armez de grandes
halebardes fort propres &
fort luisantes
,
& suivy par
ses Chevaliers, fit le tour des
trente six Loges, au devant
desquelles on luy presentoit
des Confitures & du vin, qu'il
receut avec la gravité d'un
Roy qui ne se fait voir que
rarement à ses Peuples. Il
avoit fait faire un Trône pendant
la nuit, & tout lemonde
accourut pour le voir dans
cette pompe. Madamela Marquise
de Montjeu étant entrée
en sa Tente, illuy jetta son
mouchoir? & luy ni dire par
son Drogman, qu'ill'estimoit
assez pour la mettre dans son
Serrail. Il en fit autant à la
jeune Demoiselle qui avoit
ouvert le Bal le soir précedent,
& lanuit estant survenue
,
il fit un tour de Ville
sur son Char. Il passa devant
le Collège des Jesuites, où les
Ecoliers qui s'y trouvèrent,
crierent à haute voix :Vive»
LV'Ve le Roy de Siam, & il ordonna
qu'on leur donnait
congé pendant le temps du
Prix; ce que ces Peres luy
accordèrent fort honnestement.
Il voulut ensuite souper
en public, & les Musiciens
de la Ville luy donnerent
un tres- beau Concert
peudant ce repas. Le lendemain
il monta encore sur son
Char detriomphe pour venir
en sa Tente,&après que toutes
les Villes furent assemblées,
il se fit conduire chez
Mr Dorné,auquel il fîtsçavoir
par son Interprete, qu'ayant
appris les merveilles de la vie
du grand Empereur des François
, & qu'il estoit l'un de
ses principaux Capitaines, il
venoit l'inviter de dire à son
Prince qu'il avoit quitté son
Royaume pour venir admirer
ses vertus, & luy presenter
ses hommages.MDorne luy
répondit que son Empereur
estant aussi genereux qu'il
l'estoit, ne manqueroit pas
dechérir son amitié. On le
regala ensuite magnifiquement
,
& on ordonna à la
Jeunesse de luy rendre tous
les honneurs qui luy estoient
deus. Celle-cy prompte à
obeir monta sur de petits
chars de triomphe, & sur des
chameaux qui fc trouverent
fortuitementen laVille,-d'autres
montèrent sur des chevaux,
&tousvestus avec de
grandes vestesde brocard d'or
à la façon des Arméniens,
ayant les uns le Turban en
teste, les autres le Bonnet
comme les Siamois? allerent
le prendre en sa Tente, &: le
conduisirent en triomphe
parmy les ruë, & dans son
Palais. Le soir la jeune Demoiselle
qui s'estoit déja fait
admirer à la danse, eut un
Bal reglé chez M' le Lieutenant
général de la Chancel-
• lerie
,
où tout ce qu'il yavoit
de Gens de qualité se trouvèrent.
On y servit de la Limonade
en prosusion, des
Citrons, des Oranges de Portugal,
& de toutes fortes de
Confitures. Ce Bal finy, il restoit
à voir le lendemain qui
emporteroit le Prix. Le bonheur
accom pagna les Chevaliers
de Dijon; le Capitaine
fut le victorieux. On luy
donnauneMédaille d'or d'une
très- grande valeur.Sur
l'un des costezestoitl'Effigie
du Roy, & sur l'autre les
Armes de la Ville d'Autun.
On le conduisit en armes en
son logis;on luy envoya les
presens de laVille & du Capitaine
,
&:. ce dernier regala
encore une fois toute 1*Aflemblée
avec une magnificence
& une propretésans pareille.
Pendant les trois jours du
Prix., on envoyoit en chaque
Loge douze douzaines de
bouteilles de vin, des pastez
de venaison, des jambons de
Mayence,& ce qu'on pouvoit
trouver de
-
plus propre
à réveiller l'apperit des Chevaliers.
Le Vierg tenoit table
ouverte? & Mr Dorné donna
deux magnifiquesColations
aux Dames. Jamais tant de
joye n'avoit paru. Jamais on
n'avoir veu tant d'ordre dans
uneCeremonie, ny tant de
splendeur & d'éclat dans les
habits, & jamais on n'avoit
oüy tant de fois crier
, Vive
le Roy, qu'on l'entendit pendant
tout le temps de ce grand
divertissementsqui se termina
par un Bal donné chez Mrle
Comte d'Aligny,à une belle
Demoiselle du voisinage, qui
avoit tous les agrémens possibles
de la taille, de la beauté,
& de la danse pour meriter cet
honneur. Le quatrième jour,
les Chevaliers parurent en
ordre pour s'en retourner.
On les accompagna en armes
jusques,aux portes, & comme
ceux de Loüen s'estoient le
plus signalez, on les conduisit
àunelieuë de la Ville, dans
une grande plaine sur leur
route, où ils trouvetent un
magnifique repas fous une
Tente de feüillages qu'on
avoitfaitdresserà ce dessein.
M. le Marquis de Montjeu
les regala dans sa bellemaison
de Montjeu,bastie iur une
montagne,, au haut de laquelle
sont deux grands estangs
semblables à deux lacs, & des
Jets d'eau d'une hauteur incroyable.
Illes fit chasser dans
son Parc, & leur donna un
fort beau Concert.
Ce n'estoit pas assez d'avoir
tiré le Prix à l'Arquebuse,il
falloit aussi pour achever la
pompe de cette Feste, qu'on
tirast celuy du Pistolet. La
Noblesse fit l'ornement de
l'Assemblée. M le Comte
d'Aiguli se mit à la teste des
Chevaliers du Charolois, Mr
le Comre de Vauteau, qui
avoit esté élu de la Noblesse
de cette Province là
,
voulut
marcher fous son Etendart,
& Ml's de Fontenaille
,
de
Poülly
,
leCler, deBoucherin,
& plusieurs autres les accompagnerent.
Mr Dorné fut
le Capitaine des Autunois,
suivy
- deMrs de Millery des
Poillots, du Pouriot,la Tour-
Guerin?Coneley
,
& de plusieurs
autres. Mr de Serandey
sur le Capitaine de la Ville
de Luzy
,
& Mrs de Mazelle,
de S. Prix, de Courvoux, des
Champs,de Trezillon,Courcelle,
la Brosse au Comte, &
plusieurs autres furent du
mesme party. Tous ces Messieurs
prirent leurs livrées.
Celle d'Autun fut le bleu;
celle du Charolois le rouge,
& celle de Luzy le Blanc.
L'Etendard d'Autun estoit
d'un brocard bleu avec un
Lion en broderie d'or., & autour
il y avoit cette inscription,
Formidinecuncta replebo.
Celuy de Charolois estoit
d'un tabis rouge avec deux
couronnes, au dessous desquelles
estoient les Armes de
France & d'Espagne avec ces
mots,Duo proteget unus.Celuy
de Luzy estoit d'un satin
blanc de Gennes, bordé d'une
crespine d'or, avec de
grands cordons de mesme.
& au milieu une Levrette
sans collier,avec cette inscriprion,
le tout en broderie
d'or, Vivat amoenoe libertatis
amor. Ces trois illustres Com-
- pagnies montèrent à cheval
ayant esté sal uéesdel'Artillerie
de la Ville,, & elles surent
conduites deux à deux
en armes par la Jeunesse
d'Autun
)
qui les falüa par
une décharge de sa Mousqueterie.
L'équipage suivoit
avec les chevaux de mainJ
couverts de Selles en broderie
de différentes figures avec
des bouffesqui traisnoient
jusquesàterre, sur lesquelles
estoient les Chiffres des Maisons
des Particuliers, & aux
qutre coins leurs Armoiries.
Comme la Noblesse fait prosession
des armes, elle estoit
vestuë cavalierement, les uns
d'une étoffe bleuë, les autres
de rouge, & les autres de
blanc. Les Echarpes en broderie
avec des franges d'or&
,d'a.rgent de la hauteur d'un
demy pied, & les plumes
qu'ils portoient sur leurs chapeaux
,
d'un prix considerable,
rehaussoient leur bonne
mine
,
& faisoient remarquer
un air qui inspiroit de la
crainte & du respect. Cinquante
grands Laquais qui
suivoient portoient les pistolets
dont on devoit se
servir pour tirer le Prix. Leurs
livrées accompagnoient merveilleusement
bien les couleurs
que leurs Maistres avoient
choisies. Quatre trompettes
precedoient la marche
de chaque Compagnie,
& l'ordre estoittel qu'on
pouvoit l'attendre de gens
accoûtumez à ne le jamais
rompre dans les occasions
les plusperilleuses. Ils arriverent
aux Tentes que l'on
avoit préparées,& après une
course legerc pour saluer les
Dames, on arbora les Etendards
sur les Tentes qui se
trouvoient extrêmement propres
pour laSaison. Mr le
Comte d'Aiguli ouvrit le
Prix par un coup au noir,&
tous les Chevaliers tirerent
chacun le leur pour les Dames.
En mesme temps Mr
Rabiot envoya les presens de
vinpar les Valets de Ville,
& M' Dorné en fit autant par
les Sergens
?
& par Its Tambours
de sa Compagnie. On
servit ensuite un grand Repas
où l'on but àlasanté du
Roy avec les fanfares des
Trompettes, & les décharges
de Canons ôcde Mousquets.
Toute la Ville accourut à
cette réjoüissance ; on n'entendoit
autre chose que des
cris de Vive le Roy. Les Chanoines
de la Cathedrale envoyerent
leur Musique, & les
Violons firent un Concert
tres-harmonieux. Enfin tout
Autun estoit uny dans les
voeux qu'il faisoit pour son
Auguste Monarque, qui par
la paix luy procuroit un si
profond repos ,
& les moyens
d'avoir des divertissemens si
agrcables. On proposa aux
Chevaliers de nommerchacun
sa Dame. Le hazard voulut
qu'ils les choisirent avec
distinction,& sans que l'un
pristcelle de l'autre. Le lieu
fut éclairédune quantité de
flambeaux, on dansa sans
faire un Bal reglé
,
& le lendemain
on tira le pix en quatre
volées qui fut remporté
par Mr de Siry de Serandey.
C'est un Gentilhomme de
bonne mine
,
& qui n'a pas
moins d'esprit que de coeur.
Il a servy long-temps dans
les Armées de SaMajesté,en
qualité de Capitaine de Chevaux.
Il alla faire compliment
à la Dame qu'il avoit choisie,
comme ayant esté animé par
elle pour bien tirer, & illuy
donna le Bal où elle parut
avec beaucoup d'avantage.
La nuit s'estant passée en
toutes fortes de divertiissemens,
on donna parole de
rendre le Prix au Printemps
prochain. Le jour suivant, la
Compagnie de Mr Dorné
conduisit en armes Mr de
Serandey jusques à la porte
de la Ville. Cent Cavaliers
l'acccompagnerent à deux
grandes
grandes lieuës, ou chacun se
Pepara, avec promesse dese
revoir au premier Prix qui
seroit donné.
Vous avez esté si satisfaite
de tous les Airs que je vous
ay envoyez deMr de Montail
ly,que je ne doute point que
vous ne receviez de ce luy-cy,
quiest encore de sacomposition,
le mesmeplaisir que
vous ont donné les autres.
AIR NOUVEAU.
LEspoirnourrit laconstance,
Et l'amoursans esperance
Ned..urerin jour.
le viens icymal à propos
Vous troubler, m'a- t-il dit, dans vostre
doux repos,
Iesçay que je vous importune
,
Mais vous le pardonnerez, bien.
Lors queje vous diray que la charmante
Brune,
J>)ui fait de vostreesprit le plus
doux entretien , Vient d'engagerfin coeur dans lesi.
cré lien.
Ce coeur quiparoissoitpeu tendre,
J>)u'on croyoit exempt de desirs,
Sepâme dans les doux plaisirs
Que de l'Hymenonpeut attendre.
le viens d'estretémoin deses tendres
ardeurs.(sursa couche,
Mille Amours comme moyvoltigeans
Comme un Essain d'Abeilles sur
des fleurs,
laloux devoirprodiguerses faveurs
A l'heureux Amant qui la touche,
S'efforcent en volant d'attraper sur
si bouche,
Mesmesplaisirs, mesmes douceurs.
Al'envy touttache à leurplaire,
Dans cette nuit pour eux plus belle
que lejour;
On prendroitl'Amant pour tAmour,
Et la tdaiflrcjfe ponr sa Mere.
Nous quisuivonspar tout les pas
De ces Divinitez suprêmes,
Nous nous y tromperions nousmesmes
,
Tant ces deux Amans ontd'appas.
Ne vous voyantpoint de la fejlt,
l'ay quitté les Amours, les Grâces
& les Jeux , Pour venir icy teste à tcjle
Vous dire les plaisirs de ces coeurs
amoureux»
Si de leurs doux accords le récit vous
éveille
Etcauseenve'fr,ecoeur du trouble Q*
de Itjroy,
JQjie le Dira qui faitqu'on fimmeille
Vous rende visiteaprésmoy.
En achevantcetteparole
Cet Enfuitfi n:g.ion,sibeau,
i-rendfoin de tirermon rideau,
Metourne le dos, & s'envole.
Aprés un tel dfeoursJJCLIS !
Touvois-je estre un moment tranquille
?
Vainementlel$,?meilmau?oittendu
les bras,
Ses pavots n'avj>c;:trien peurwoy
ça.?an:nide.
Mestroubles(fuientexa fflfs,
De mômeai - - , e.,, îhorneîïtje eton qu on
me luline,
Mes ennu's devle--lent plus'Vifs,-
Avec peilne je rd:ui g ne ,
f. ,fI.) .'r £)ue L'on marie u::e Héroïne
jecroy pour rnoutragerque la nuit
se prolonge,
Mon esprit veut sortir de cette ohscurité,
Le jourvient enfin,ieme plonge
DDaannssddeennoouuvveeaauuxxssoouuppççoonsndsodnotniteie
Monsoucy s'augmente & me ronge,
Et tout ce que tay cru n'estre la nuit
qu'un songe,
Est le tour une vérité.
levais voirlaBeautêde milleattraits
pourveue, icause mes ennuis & mon emprejfcment,
Et quandiesuisentré dansson appartement
Ce qui frape d'abord ma veuë
Estle Portrait de son Amant.
Il sa:paroilftoutJîer desavictoire,
Et contraint de baisser lesyeux,
le ne puis pluf douter que le plus
beau des Dieux ,
Contentant fis desirs, ne l'ait cam.
blé de gloire
le passe plus avant, à* dans la
chambre entré,
De cette Beauté qu'il adore,
Sesyeux pleins du beau feu dont il
estpenetré,
De sonbonheur charmant m'instruisentmieux
encore.
Elle veut en vain le celer;
Tout sçaitmieux que sa bouche en
elle m'en parler,
Elle paroist si fort embarassée,
Que lesoin qu'elle prendde le diffimuler,
Nefert qu'à trahirsapensée,
A découvrir le feu dont son coeur
sçait brûler,
Et comme la nuit s'estpassée.
le demeure auprès d'elle interdit &
resveur,
Moinsagité d'amour que de colere.
£>uoy! m'avoir cachéce mistere,
Quandi'auroisdeusçavoir les Jecrets
deson coeur!
.f<!!,e ne puis-ie à mon tour me
faire!
Mais heUs bien loin de lefaire,
l'expliquetout ensa faveur,
Et te scay que dans cette affaire,
Bile VJilu la douleur
De lavoir da ns les bras deson heureux
uïi.iquur.
Tandis que tint dé foins & de veilles
1':'i¿fJ!tnt
De trop d'ingruiltude&demépris
pour woy , le fus Cirt.1:;JJ' ie ne sçay oy (:,: p.irl-.flt pour "l!.. c' i\xcu-
.(nt.
Malgré(on trntcmert j?dut& si
lenepu/s '1l'.,"p;c,:erdans l'ardeur
ru:,v;\w me,
De lu) m -q£r encor C;xcés de mon
tfrime
Etrendre par , mes chants ce iourplus
filcmlJll.
Mais toy que ie vis touiourspresse
De me ./èe,¡¡der au besoin
,
MaMusie
, tu ne prens nulfoin
De celebrer pour elle une sigrande
F:jle
SCu\'rfulunnescirbimeleledn'e:s.\ttriecmreu;et
Sansfj.iger a ce qnon nous fait,
Memp.'j'jb:?s biennnflre carriere. 1 Nous avons trop bien commencé,
Pourne pas achever de mefine; Etpu n:.i!rcompense,
yn grand coet4r doit avoir une con-
(lli.'t(' exirlmc.
Avntdes (hit'mens (t doux
Pu»?une Beauté si enelle,
Ellen'aurap>sHeude fie plaindre
de nOtiSy
Et nott,\ pourrons nous plaindre
d'elle.
Quetout previenne leurs desirs ,
Et
malgré
les ialoux d'une si douce
vie, 'tÍle ne sois iamais suivie
Jlue des Grâces, des Rts, des Jeux,
Cr des Plaisirs.
Nous avons perdu sur la
fin du dernier mois quelques
Personnes considerables,dont
voicy les noms.
Messire François Gatien.)
receu le 13. Juillet 1685. Conseiller
au Parlement de Paris,
en la feconde Chambre des
Requestes du Palais. Il avoic
esté auparavant Conseiller au
Chastelet.
Messire Louis Rose de
Coye, Secretaire du Cabinet
du Roy, & Conseiller au
Parlement de Mets. lialaisse
des Enfans de Dame de
IluLFilie de Messire Louis
deBailleul, Marquis de Chasteau-
Gontierj & President au
Mortier au Parlement de Paris,
& petite-Fille de Messire
Nicolas de Bailleul
)
aussi President
au Mortier dans le même
Parlement, & Surintendant
des Finances de France.
M. de Coyeestoit Fils de
MessireToussaintRose
,
President
en la Chambre des
Comptes de Paris, & Secrétaire
du Cabinet du Roy.
Ceil: un homme d'un merite
tres distingué; vous sçavez
qu'il est de l'Academie Françoise.
Dame Madeleine Danguechin.
Elle estoitVeuve de
Messire Paul Hay, Marquis
du Chatelet, Conseiller d'Etat
ordinaire
,
qui elloit de
l'Academie Françoise,& d'une
ancienneFamille de Bcetagne.
La Famille des £)a£Lguea
chin a donné divers Officiers
auParlement & plusieurs
Procureurs Generaux à la
Cour des Aides -de Paris3 &
gorte d'argent à trois testes de
Corbeaux, de fable.. •**
MessireBaltazar Phelypèaux
cTH-rbault. Il estoit AumônierduRoy,
AbbédeBourgmoyen
de Blois, & de Saint
Laurent lez Cone, & Fils de
MelEre Baltazar PhelIpeux,
Sieur d'Herbault >mort Confciller-
d'Estac> & de Dame
Marielc Feron,Fille de Raoul
leFeton? Maistredes Comptes,
&deRenée Hennequin.
Son Ayeulestoit Remond
Phelypeaux" S' d'Herbault &
de la Vrilliere, Secretaire
d'Etat, & son A yeule, Claude
Gobelin, Fille deBaltazar
Gobelin, President en la
Chambre des Comptes. Il y
a eu plusieurs Secrétaires d'Etat
de ce nom qui ont trèsfidellement
servy nos Rois,
& se font rendus considerables
par leur merite particulier
, qu'ils ont fait paroistre
en diversesNégociations impl'aovrtaannttaegse)
où *ils ont réfussîà
de cette CouronJile.
Mr l'Abbéd'Herbault
quivient de mourir, estoit
Neveu de feu Messire Louïs
Phelypeaux de la Vrilliere,
Secretaire d'Etat, PeredeMr
deChateauneuf
, digne Succdlèur
de cette Charge. Il
laisseun Frere, Messire François
Phelypeaux, , St d'Herbaulet
Conseiller honoraire
en la Grand Chambre du
Parlement de Paris, dont la
Jïille Marie-AnnePhelypeaux
est morte peu de jours après
[sonOOnnccl-lee.. pPheellypeeaauuxx portrte
JcArtelé auI. 4--aurfcmê
de aiAJLtre feuilles d'argent ail
franc d'Hermines, au 2. & 3.
d'argent à trois lezards de Sinople.
Ils sont alliez aux de Rochechoüart,
deTonnecharante,
du Bléd'Uxelles
,
de
Buade-de Palluau-de Frontenac?
Crevant- d'Humieres,
Garrault, de Beau- harnois-de
Miramion, le Feron, Henncquin,
Loisel, Mangot-de-Villarceau,
Talon
,
Bignon,Habert-
de-Montmort
,
Gobelin,
de Raconis, de Neufville-
Bury
,
de Fourcy, Particelly-
d'Hemery
,
de Hodicqde-
Marly, de Ville bois) &
autres.
Je vous envoyay il y a deux
mois une Lettre fort curieuse
du fameux Mr Bernier. Elle
a trouve des Admirateurs 5c
des Critiques, mais ces derniers
ne l'attaquent point en
toutes ses parties,ils en COl11
battent feulement quelquesunes,
& ils le font de cette
manière honneste, qui fait
souvent plaisir à ceux qui sont
attaquez, puis qu'elle leur
donne lieu de faire paroistre
ce qu'ils scavent. Ainsi l'on
peut dire que les querelles qui
arrivent entre les gens de Lettres,
sont presque toûjours à
l'avantage, & des Aggresseurs)
& de ceux quiledéfendent
, ces fortes de differends
estant pour les uns &
pour les autres de favorables
occasions de faire briller leurs
différentes lumieres. Ce que
je vous envoye est du celebre
M. de Corniers) dont
l'érudition est connuë, & qui
est estimé de tous les Sçavans
de l'Europe.
LETTREDEM.COMIERS
à M. Hardy?Seigneur de
Beaulieu, contenant la
Conduite, l'Elevation des
Eaux, & tout ce qui concerne
les Jets d'eau. vOus demandez,Monsieur,
bien des choses à lafois à un
pauvre aveugle; premièrement,
mes reflexions fiur la Lettre de
Monsieur Bernier inserée dans
le Mercure de siêïvrier dernier,
dans laquelle il assureque l'eau
parsa seule volubilité & pefanteur
coule d'un bout à l'autre
d'un canal parfaitement à niveau
de siJe à sept lieues de
longueur sans aucune pente;
secondement3 tous les moyens
de trouver les Sources d'eau.,
& ensuite ce qui efl necessaire
de sçavoir pour la conduite des
eaux ; les Machines pour les
élever dans des Reservoirs
, &
mon abrégé de tout ce qui concerne
lesJetsd'eau, leur hauteur
& leur dépense.
Bien que vous iyez une parfaite
connoifance de toutes ces choses,mesme la pratique
dans vojlre belle maison de
Beaulieu prés Chartres
,
où
vous elevez vos eaux deJourcesvives
par la Machine
d'une nouvelle application du
principe de mouvement, quise
trouve enfin dans la derniere
perfection, plus par vostrepropre
connoissance & penetration
d'esprit
! que par aucun de mes
avisfondez sur mes longues
experiences & sur celles de
feu Mr de Francine notre
bon amy, ( carvostre machine
estanssansmanivelle ny frotement
des parties,elleest imcomparablementplus
belle, avec
une moindrepuissance,elle a
un plus grand effet qu'aucune
des Machines qui ayent encore
paru à Versailles
ou ailleurs;
je veux neantmoinsnoussatisfaire,
afin qu'on ne croye pas
qu'ayant perdu la njeuê jepis
tombé dans l'oisivetésans lettres
, qui est le Sepulchre des
bommes vivans. Otium fine
litteris sepultura hominis viventis.
lecommence parl'examen
de ce que M. Bernier Chef
des Philosophes qaf]èndiftes)
a debité au sujet du grand Canal
de Languedoc, qui fait la
communication des deux Mers,
où il dit, qu'il y a un canal de
jix
six à sept lieues de longueur de
pur niveau
,
où l'eau coule
d'un bout à l'autresans aucune
pente. Je dis
j que la Physico-
Mathématique n'est pas feulement
la plus belle érude des
véritables Sçavants
,
elle est
encore
tres-utile & mêmenecef
faire au bien de l'Etat, &
avantageuse à chaque particulier.
Il s'agit icy de le faire
connoistre par la conduite des
eaux ,
laquelle depend d'un
parfait nivellement,sans lequel
les desseins les plus importans
avorteroient aprèsladépense
inutile de plusieurs millions,
si on entreprenoit ces grands
Ouvragessur le dire de Mr
Bernier, qui assurequ'il n'est
pas necessaire de donner de la
pente à l'eau pour la conduire
où l'on desire.
Mr Bernier ne parle pas
en Maître en la conduite des
Eaux. Voicy ses termes. Je
fuis icy, dit il, où serendent
les Eaux de la Montagne
noire, pour faire la communication
des deux Mers de
ce fameux Canal, qui est
soutenuàmycôte pendant
40. lieuës de long.
Comme Mr Bernier ne fait
pas autrement la description de
ce fameux Canal, je veux bien
ysuppléer.
L'execution de ce grand
Ouvragemédité par les Empereurs
Romains , & examiné
pendant tant de Siecles, étoit
reservée au regne de LOUIS
LE GRAND
,
it qui rienn'est
itm~poossible
, q1ui agit partout en <5 mesmetemps dont l'espritéclate
comme le Soleil dans tous les
coins de l'Univers ~dont la
puissance peut estre comparée à
l'Océan, qui estant immense en
soy - mesme
, avance ses bras
par tous les endroits de la Terre,
Vous neserez donc pas faché
que par la necessité de faire mes
justes reflexions sur la Lettre
de Mr Bernier, je fois obligé
de evous envoyer en peu de
mots tout ce qui concerne ce
grand Canal artificiel, qui fait
la communication des deux
Mers, puisque par son moyen
les plus grandes Barques peuvent
passer en quatorze iours
au plus, de la Mer Oceane
dans la Mediteranée.
M Riquet ayant étudié
la possibilité & les moyens de
faire cettecommunication, reconnut
que la petite Eminence
de Naurousse qui est à la tesse
des deux Valons feroit le point
de partage , par le moyen des
deuxpetitesRivieres, qui ont
leurs sources à la tesse de ces
deux Valons à demy-lieüe l'une
de l'autre La Riviere de Fresque
coule à l'Orient dans l'Au(!
la Riviere de Lers au
couchant.
Ad* Colbert, dont l'application
estoit infatigable pour
fairefleurirles Arts 3 les Scien-
~ces,le Commerce, ayant
fJ1 convaincu de la possibilité
de cettefonction des deux MerJ)
on commença à y travailler en
IÓÓÓ. Les Eaux de six Rivieres
de la Montagne noire ont esté
conduites par des Canaux au
Reservoir de Saint Feriol
, qui
efl un Etang d'un Valon, la
Chaussée allant d'une úWon-
~7~~ à l'autre. Il efl à demylieuë
au dessus de la Ville de
Rer-vel. Cet Etang en fournit le
Bassin de Naurousse ,point de
partage d'où l'eau descendpar
deux Canaux dans les sources
de Presque & de Lers.
Ce Bassin est de pierre de taille,
safigure est octogone ovale,son
grand diametre est de deux cens
toifies» dr le petit de cent
cinquante.
Le Canal d'Occident a dixhuit
Ecluses tant doubles que
simples, qui font vingt-sept
Corps d'Eclusesdanslespace de
2.S14z. toises, qui sont douz
heues communes de France de
25. auDegré. Aprescettelongueur
depuis le point de partage, leCanalentre dans la Garonne.
Le Canal d'Orient à P944.3.
toises jusqu'à l'Etang de Thau,
qui sont 43. ~lieues& demie,
plus89.toises, & dans cette
longueur il y a 46. Ecluses
tant doubles
,
triples
, ~&c.
Depuis l'Etang de Thau on
entre dans le Port de Cete prc4
de Frontignan par un Canal de
Soo. toises de longueur
,
fait à
TraverslaPlage.
Ce Canal fut commencé en
1666. ~Cache-vé en 1681.
La premiere navigation fut
commencée par l'ordre du Roy
le 1J. May 1681. par M. d'Aguesseau,
Intendant de Languedoc.
Ilpartit de Toulouse avec
quelques Messieurs des Etats,
s'estant rendu à l'embouchure
du Canal dans la Garonne,ille
monta dans une Barque Royale
le 17. May, suivy de vingttrois
Birques de Bordeaux,chargées
de marchandises pour la
Foire de Beaucaire. Le IJ. il
arriva à Castelnaudari, où se
rendit M. le CardinaldeBon-
Z.L.,President né des Etats de
Languedoc.
LesEcluses sont au nombre
desp. dans la longueur de76645.
toises,quifont33. lieuës&demie
fins 131. toises. Le 23. toutes ces
Barques navigerent sur le Pont
de Repudre
) qui a soixante-sept
toises de longueur) ayant esté
fait pour donnerpassage au dessous
à un torrent de mcfme nom ,
qui
croisedeCanal.
On navigea ensuite le longde
la Digue ou Chaufée de Cefe
du nom de la Rivierequ'elle arreste.
Elle a nz. toises de longueur,
cinq de hauteur, & quatre
(if demie de largeur.
Le 24. on paJJa le Mal-passe.
C'est une voûte de quatre-vingt
toises de longueur jde quatre &
demie de hauteursur quatre toises
de largeur de Canal
, outre
une Banquette de chaque coftt
large de trois pieds pour le tirage
des Barques. Cette voûte efl
taillée dans le Roc d'une montagneàune
lieuede Besier.Cette
Ville & son paysage sont si
beaux, qu'ilsemble
qu'ils
ayent
estéfaits pour la demeure des
Dieux, ce qui a donné lieu a
ce Proverbe Latin
SiDeusin terris vellet habitare
,Biterris.
Ausortir de cette voûte on se
trouva à la premiere des huit
Eclusesaccolées cejia direfaites
,de fuite.,* quifont par consequent
comme autantdedegrez ou marches
d'une montagne d'eau. Pour
bien comprendre la maniere des
Ecluses
, je vous envoye le Livre
de Simon Stevin de Bruges, &
'Vou., renvoye à celles du Canal
de Briare.
Ces Ecluses eslans passées
, la Compagniesesepara à cause
des Festes de la Pentecoste
,
mais Mr L'Intendant descendit
par le Canal dans la Riviere
J'Herau par l'Ecluse ronde &
ayanttraversél'Etang deThau
& le Canal, il arriva au Port
de Cete.lee5. May,jour de la
Pentecoste 1681. desorte que AT
l'Intendant ne fut sur le Canal
que neufjours; scavoir, deux
jours depuis son embouchure
dans la Garonne jusqu'à Castelnaudari
, & delà ensept jours
il fut dans le Port de Cete.
Et comme de l'Océan en peut
en six jours entrer par la Garonne
dans le Canal
,
lanavigation
d'uneMer à l'autre ne
sera au plus que de quatorze a
quinze jours en passant par cent
quatre Ecluses
,
dont plusieurs
estant accolées, c'est à dire fii.
tes desuite & prés à prés
,
sont
65 stations, qui ne retardent que
de trente heures au plus la navigation.
Je reprens la Lettre de Mr
Bernier. le ne veux pas, dit-il
oublier une circonstance tresconsiderable
, en ce qu'elle
regarde ceux qui s'occupent
à la conduite des Eaux. Le
fait est, qu'entre ce grand
nombre de differens Canaux,
qui font le Canal entier, il y
enaun desixàsept lieuës de
long, dans lequell'Eau coule
d'un bout à l'autre de pur
niveau, sans qu'il y ait aucune
pente; &cela, à mon avis,
pbailritséon poids & par sa voluplûtost
que par le
poussement ce qui est contraire
aux sentimens de feu
Mrs Picard Se Mariotte,
& de quelques-uns de nos
Amis qui sont encore pleins
de vie; car je les ay toûjours
vu demander une certaine
pente sensible
3
comme par
exemple
, un pied tout au
moins sur chaque lieuë; mais
leur sentiment n'empcsche
pas que ce que je dis ne foit
veritable. Or celaestant, ajoûte-
t-il, il n'eust pas esté besoin
de se mettre si fort en peine,
comme on a fait, de faire
venir la Riviere d'Eure à Verfailles,
ny la Riviere d'Ourgue
à Paris.
le fais icy une petite reflexion,
qui est que les Eaux de la
Riviere d'Ourgue ont toujours
pasé
-
fous les Ponts de Paris,
mais apréss'estremeslées aux
Eaux de la Marne 0* de U
Seine. Le dessein de Mr Riquet
estoit de la conduire par un Canal
artificiel au pied du Trône
ou Arc de triomphe
-,
superbe
parlaStatüedeLOUIS LE
GRAND.,auquel sujet j'ay
faitces distiques.
Quis super?est Mavors mag~
sub imagine Regis,
Teftatur Facies, 0 magnaque
facta probant.
LegrandDieu des Combats anime
ce grand Roy,
Son grand air le fait voir,ses
grands faitsensont soy.
Puisque je voi4s ay fait un
petit détail du Canal de Languedoc
il est bien Juftr que je
njous dise iicy quelquechose de
l'Aqueduc Royal de la Riviere
d'Eure a Versailles. Il ne manquoit
au plus beau lieu du monde
c' efl à dire à Versailles, qu'-
une prodigieusequantité d'eau
pour fournir à la depense d'un
million de lets, de Fontaines&
de Cascades. Monfeineur de
Lou_qjs)vir supra ritulos, quU
a une parfaite connoJFtncedr
tout ce qui tfi de grand dans les
Sciences, ayant consideréluymesme
le cours de la Riviere
d'Eure qui entre dans laSeine
t¡Jcrs le Pont-de
-
l'Arche après
a-vïir roulé les eaux de fis sources
avec rapidité pendant 45.
lieuës
,
conclud d'abord cation
pouvoitprendreJes eaux a quelques
lieües au dessus de Chartres,
& les conduire à Versailles. Il
ordonna à Mr de la Hire, de
l'Academie Royale des Sciences
d'enfaire le nivellement. Ce
grand Philosophe
-
Mathematitien
si connu Jttns l'Empire des
Lettre; , reconnut que la teste du
Canal devoit estre au Chateau
de Pongoi,qui est à sept heuës
au desus de Chartres, & à 12.
lieües de Perfeâillts,epaffer par
Maintenon. Il trouva par fort
nivellement quelaRiviere d'Eure
prise à Pongoin estoit 110.
pieds plusélevée que le rez de
Chaussée de la plus haute partie
du Chasteau de Versailles., Tout
l'EmpireRomaindepuissaFondation
nauroit encore ozéentreprendre
ce qu'onvoit d'achevé
depuis quatre ans de ce surprenant
Aqueduc ; aujJi estce un
tchantillondesMerrveilles de
LOVIS LE GRAND.
M.Bernierpour blâmer lagnm~
de exactude avec laquelleona
nivelé depuis la Riviere d'Eure
jusqu'à Versailles
,
ditqu'il n'étoit
pas besoin de se mettre si
fort en peine , comme on a
fait; puis qu'une fort mediocre
cheute d'eau dans un Canal
auroit sussi. Il est vray
que l'eau ne coulera pas si
viste; mais faites le canal plus
large à proportion de la pente
& de la vistesse que vous
souhaiteriez, donnant ainsi
plus de face à l'eau, & vous
aurez remedié à l'inconvenient
; du reste, je croirois
bien qu'il faudroitenfin dans
une grande longueur donner
quelque chose à la sphericité
de la terre. Maissept lieuës,
mais trente ou quarante lieuës
qu'il y aura de la Rivière
d'Eure à Versailles ,ou de Lizi
à Paris, qu'est-ce que cela sur
neuf à dix mille qu'en peut
avoir le Globe de laterre?
Voicy
,
Monsieur mes restexions
, article par article sur les
points de la Lettre de M. Bernier,
quiobligeroit Quintilien
de s'écrier,Foelicesessent Artes
, si de illis soli Artifices
judicarent.
Premieremenr, il deuoit expliquer
ce qu'il entend par ces
termes de pur niveau de ce
Canal de cinq à six lieuës sans
aucune pente, car une ligne
purement à niveau efl un Arc
d'un grand Cercle de la Terre3
& tous ses points font par consquent
également distants du
centre des graves. Ainsi dans
un Canal de pur niveau
,
l'eau
auroit tous lespointsdesasuperficiespherique
également distants
du centre de la terre, & l'eau
demeureroit sans mouvement,
puis qu'il n'y auroit pas plus de
raisonqu'elle coulast d'un bout
à ll,a'utre.
Si le fond du Canal est un
plan droit
, ou ce plan fera
tangent par un bout, ou vers
lemilieu à un grand Cercle de
la terre. S'il esi tangent à un
bout, l'autre bout sera plus
élevé, & par conjequent l'eau
coulera de ce bout au plus bas,
ou leplan aura de lapente.
Si le point d'attouchement est
au milieu du plan du Canal
ses deux parties feront deux
tangentes, & le point d'attouchement
ou le milieu de la
longueur du Canal fera plus bas
estans plus prés du centre de la
terre, &par consequent l'eau de
chaque bout du Canal couleroit
vers ce milieu
, pour prendresa
sphericité, qui efl lepur& veritable
niveau. Toutce que de(jus
est d'une vérité Geometrique.
Ainsi il estdu tout impossible que
l'eau dans un Canal coule par un
bout,si le plan du Canal n'est à
ce boutplus bas que l'autre bout,
ou que le Canal estant rempli
, & l'eau soutenue élevéeàchaque
bout, on ouvre l'un des
bouts, auquel cas l'eaucoulera
par cette ouverture? parce que
l'eau qui epau dessusde l' ouverture
,
tombeen bas n'estantplus
soutenüe, & voila ce qui fera
couler l'eau du Canal
,
jusqu'a
tant que ce qui restera d'eau
dans le Canal fiafie une superficiefpbcrique,
eslans à ces deux
bouts égalementéloignéeducentre
de la terre. Il
Il estvray que pour avoir un
plus grand cours d'eau nous demandonsavec
Vitrurve dans
son huitiéme Livre Cbap.sept,
une plus grande pente, & comme
ray dit en 1684. dans mort
Traite du Nivellement inseré,
dans le Mercure extraordinaire
tome 27. page 210. il faut
toûjours quelque peu de pente,
afin que- l'eau puisse couler, ce
que Scammoi dans la premiere
partie d'Architecture Chap. 17*
confirme en ces termes, Nel
condur, o sopra, o sotto terra,
è bisogno darle qualche
poco di decaduta, & Philander
de Chastillon sur-Seine
dans ses Annotations sur Vitruve
disoit en If40. que l'usage
moderne estoit qu'un pouce de
pente fiiffit pour six cens pieds,
longe aliter nostræ astatis libellatores
, nam in sexcentos
pcdes, unum tantum pollicem
deprimunt, afin que l'eau
putse couler. Enfin Petrus Cataneus
dit3 qu'ilsuffit de donner
quatre onces, c'est à dire quatre
pouces de pentesurmillepas.
Ainsi il faut de necessité que le
plan d'un Canal ait quelque
pente du cossêquel'eau coule,&
cela principalement lors que l'eau
n'a ptâ un long cours> ce que
SCAmm°'KX) entend parces motsy
habbiamoosservato i fiumi
de Polessini
,
che vanno con
mezzopiede de cadutamassime
si hanno seguitodiaqua.
L'erreur de MxBernier<vient
d'avoirprisp§ur le pur(^véritable
nirveau, qui est un Arc
d'un grand cercle de la terre, le
niveau apparent du Canal, qui
est un plan touchant au grand
cercle de la terre3 * par conséquent
textrémité du
Canalde
sept lietks de longueur estant du
cêsse dit point de partage plus
éltignc de 39.toise-s 4. P.tuces&
huit lignes du centre de la
terre, que l'autre bout,l'eau y
descendmesme avec rapidité à
cause de la grande pente du
Canal & de la suite de l'eau;
aussi voit-on que le cours des
Rivieresestplusrapide àmésure
de leur pente & de la cruë des
eaux.
Quand mesme par imjjojjible
l'eau couleroit d'un bouta l'autre
d'un Canal de pur niveau
@f sans aucune pente, onn'auroit,
n'en déplaise à AfL Bernier,
sçeu trop prendre de foin &
tropse mettre en peine de niveler
depuis la Riviere d'Eure
jusquàVersailles,pour Jçavoir
lequel des deux lieux cft le plus
é/[levé.
Puis mesmequ'il s'agissoit du
service du Roy) & que dans la
sainte EcritureJeremie chapitre
4. njerjei 10. prenonce ,
Maledictus
qui facit opus Domini
negligenter, il falloit fea-
1loir si Pongoin rIJ .Terfilles
estoient de pur niveau,c'est à
dire
, autant éloÎrrne:( l'un que
l'autre du centre de la terre;
auquel cas si ce queM Bernier
debite efloit veritable, que l'eau
dans un Canal desixàsept lieuës
depur niveau, coule sans aucune
pente d'un boutà l'autre,l'eau
de Versaillesauroit pu s'écouler
dans la Riviere d'Eure, auJFtostque
l'eau de la Riviered'Eure
venir dans le Reservoir de
Versailles ; de plus
,
il falloit
toûjours reconnoistre le niveau
de ces deux lieux; car si Versailless'estoittrouvé
plus haut
que la Riviered'Eure,l'eau n'y
seroitjamais montée. Ainsi tresnecessairement
, quoy qu'en dise
M. Bernier
,
il estoit besoin
de se mettre en peine , comme
on a fait
, pourfairevenir la
Riviere d'Eure à Versailles
,
afin de ne hazarder pas la dépensede
plusieurs millions. Partant
les Arts feront heureux,
comme dit Quintilien,lorsqui'l
nji aura
qnelesMaistresquis'en
mêlent.
L'expedient que donne M.
Bernier, pour avoir avecpeu de
pente unegrande quantité d'eau,
efl d'une rare imaginative, Faites,
dit-il, le Canal pluslarge.
donnant plus de face à l'eau à
proportion de la pente & de
la vîtesse que vous souhaiteriez.
AinsiàsonJentiment3 pour
avoirlamesme quantitéd'eau
que fourniroit un Canal de quatre
pieds de large & de quatre
pieds de hauteur, qui font seize
pieds de face d'eau dans sa fèchon
? il faudroit faire le Canal
de f.;,;e pieds de large &
un pied dehauteur; mais la
beaucoupmoindreparle
dehauteur,&deplusdamnasrlqaue
longueurdequarante
lieuës ar/il
dit efire la Rinjiere el'Eure à Versailles
,
le terrain échauffe par le
Soleil d'Estéj éT la partie qu'il
en feroit évaporer dans lasaison
où l'on auroit plus besoin d'eau
à Versailles, en diminueroit la
plus grande partie, outre que la
dépense de la largeur de lsAqueduc
seroit quatre fois plus grande.
Voilaquel fruit on tireroit,
pour remedier à l'inconvenient
d'une pente jujjifantc.
Doncnonnobstantledirede
Bcrnicr3ilsera à perpetuité d'une
ventenotoire5 rjr purement
Geometr ique, au'ile(l absolument
ncceij.iire, que peu faire couler
l'eau au boutd'un Canal a l'autre
>
ily ait de la pente, & que
le niveauapparent,qui est une ligne
droite tangente au grand cercle
de laterre,aitdu haussement
pardessus le veritable niveau,qui
efi un arc du mesme cercle, qui
est le pur & naturel niveau. En
voicy des exemples.
La longueur du niveau apparent
estant de 87. toises, deux
pouces neuflignes, son hautement
par dessus le veritable niveau
sera d'une ligne.
Estant de 301. toises deuxpieds
neuf pouces * une ligne, jon
haussement fera un pouce.
Estant de 1044. toises un pied
huit pouces &demy
,
son hauf
sement sera un pied.
Estant de 2557. toises 5. pieds
p. pouces dr f- lignes, son haussement
fera d'une sose.
N'estant que d'une lieuë, le
haussement sera de 4. pieds9.
pouces & 4. lignes.
Estiant de trois lieües
,
son
haussementsera 7. toises un pied
& 7. lignes.
Estant de cinqlieües,son haussementserade19.
toises,cinqpieds,
sept pouces.
Estantdeseptlieües
,
son haussementsera
de 59. toises 4. pouces
huit lignes.
Estantdedixlieües,son haussementJera
de 79. toises4.pieds
4. pouces & 2.lignes.
Estant de 20.
lieueSi son haussementsera
de 318. toises5.pieds
4. pouces&une ligne.
Enfin, la longueur du niveau
apparentestantde40. lieues,son
hautement sera de 1275.toises
2.pieds 3.pouces & deux lignes.
Tout ce que dejjus estantd'une
vérité geometrique,jenevois pas
comment M. Rernier a q/c dire,
quedansun Canal depurniveau
de sept licües de longueur, l'eau
coule d'un bout à l'autre sans
aucune pente;puis quesi ce Canal
estoit d'unvéritable niveau,l'eau
ydemeureroit immobile. Il reste
donc que son pur niveau dont
parle M. Bernier, soit un niveau
apparent, dont le haussement
par dessus le pur & veritable
niveau, esi de 3.9,toises 4. pouces
&S.iioencs; & par consequent
un bout de ce Canal de 7.liees
a plus de hauteur pardessusl'autre,
que n'en ont les Tours de
Nostre-Dame , qui n'ont que
3f. toises de hauteur depuis lepavé
de l'Eglisejusqu'au parapet.
Il est comme impossible de deviner
ce qu'il veut dire par ces
termes suivans, Il faut dans
une grande longueur donner
quelque chose à la sphericité
de la terre.
Il est encore impossible de penetrer
ce qui l'aobligé d'ajoûter,
que sept, trente ou quarante
lieuës ne sont rien sur neuf
ou dix millelieuës que peut
avoir le Globe de la terre;
car puis qu'il s'agit d'une ligne
qui mesure la longueur d'un Canal,
on ne la peut comparer à la
superficie du Globe de la terre;
mais bien à la circonference d'un
grand cercle. De plus,M. Bernier
n'a pas fait reflexion que le
rapport ou raison de 40. lieuës à
neufmille, qui est le veritable
circuit de la ffrrft estla mesme
raisonqu'entre un @r 225,puis
que 40.fois 2.25. lieues font les
neufmille du circuit de la terre.
Or la 225. partie du grand tour
de la terre, est tres-considerable.
Examinons maintenant tous les
differens sens & applications
qu'on peut donner aux termes de
M. Bernier,qu'est ce que quarante
lieues en comparaison de
neufmille du qlobr: de la terre?
Supposons donc qu'il fustvray
que la distancedepuis la teste du
Canal de la Riviere d'Ourgue
,
prise à Li':\.l jusqu'au pied du
Trône, on Arc de triompbe, au
haut du FauxbourgS. Antoine,
fust de quarante [iettes, comme le
débiteÀi.Barnicr.
1.Si ces quarante lieues sont
mesuréessurlacirconference d'un
grand cercle de la terre, elles en comprendront la 225. partie,c'est
à dire un arc d'un degré ~& trente-
six minutes; & si le Canal
d'Ourgue au Trône estoitfait Juinant
cetarc,ydemeureroit
sans mouvement, ayant[onpUlJ
parfait & naturel niveau.
h. 2. Si le Canal efloit fait suivant
la corde de cetarc, l'eau
couleroit de chaque bout au mii eu
de sa longueur, &si les bords
du Canalyestoientsuffisamment
hauts pour soûtenir l'eau, afin
quelle pust prendre sa Sphéricité,
elle s'yélenveroit& accumuleroit
jusqu'à la hauteur perpendiculaire
de 318. toises
, s. pieds 10.
poucesC7.
Si ces40.lieuëssont en ligne
droite, en forte que le point du
milieudesalongueur touche un
grand cercle de la terre, ily aura
deux niveauxapparents ou tangentes
d'égalelongueur,&l'eau
couleroit de chaqueboutde ce
Canal vers le milieu de sa longueur
, ou si les bords estoient
suffisammenthauts,elle s'éleveroit
jusqu'à la hauteur perpendiculaire
de 318.toises
, 5. pieds, 4.
pouces @r une ligne.
Que si ces 40. lieuësfont rnefuréessur
le niveauapparent ou
ligne droire tangente, un Canal
fait suivant cette ligne droite
aura un bout plus élevé que l'autre
de la hauteur de 1275. toises,
2. pieds 3. pouces ~&2 lignes,
&l'eaucoulera avec tres-grande
rapidité par une si grande
pente.
Par ces calculs Mr Bernier
verra combiengrande est la difference
du niveau apparent, au
pur, veritable & naturel niveau.
La vérification de tout ce que
dessus est facilesur les principes
que j'ay établis dansmonTraité
du Nivellement ( inseré dans
le 27. Tome du Mercure extraordinaire
,
quartier deJuillet
1684.) qu'undegré d'un grand
cercle de la Terre contient 57100.
toijes ou 15. lieues de 2284. toiseschacune.
Voiey quatre Problemes importans.
I. Le hautement de la tangente
estant donné, trouver la
longueur ou distanceenligne
droite du point de la Station au
point miré.Multipliez S6f33053
28.Diametre de la terre en lignes
) par le nombre des lignes
du lJaujJernent. Au produit ,tjoutezje
quarré du mesme haussement.
Tirez la racine quarrée
de toute la somme , TOUS aurez
la longueurrequiseduniveau
apparent.
II. Trouver par quelle ligne
reguliere ayantJuccessivement
à chaque point Mathematique
unepente insensible
, on pourroit
par la voye la plus courte, &
dans un mesmeplanvertical,
faire couler la Riviere d'Eure
dans le Reservoir de Versailles.
Je dis que c'est par un Arc d'un
cercle dont lefemidiametre feroit
plus grand que celuy du grand
cercle tif la Terre, qui aboutiroit
au R.ifèrrvoir de Versailles. Vous
trouverez le centre de cet Arc
si du milieu de la ligne droite
du Pongoin au Reservoir de
Versailles ,vous élevez,uneperpendiculairejusqu'a
la rencontre
du Diametre de la Terre, qui
aboutiroit au Reservoir.
III. Déterminersi l'eau peut
coulerparunCanal fait en ligne
droited'un bout plus élevé au
plus bas. Je dis 1. que si le haussement'cfl
égal ou plusgrand que
le baulJement de la tangente du
mejmc arc, l'eau coulera avec
rapidité. 2. QueJi le hautement
ejl moindre que celuy de la tangente
, l'eau ne coulera pas du
plus haut au plus bas de ce Ctrnal
fait en droite ligne. Ainsi
supposant avec c~~ Bernier
que de la Riviere d'Ourgueprise
a Lisiil y eust quarante lieues
jujquaupiedduTrône3 &que
la Riviere priseàLisieust p.
pieds de hauteur par dessus le
pied du Trône, l'eau ny pourroit
arriver par un Canal fait
en ligne droite
, que jusques à
jSz2, toises 5pieds&4.lignes,
àcompterdu pieddu Trône,parce
que la lefond de ce Canalseroit
5. toises, un pied un pouce &
deux lignes plus bas que le bout
du Canal aupied du Trône. Le
calcul se trouve par la penultiéme
proposition du troisiéme Livre
des Elemens d'Euclides. Enfin
pourfinirj'employe laDevisede
la Société Royale d'Angleterre,
qui a pourcorpsune table blanche
d'attente,&pouramecestrois
mots,Nullius in verba;qu'il ne
faut croire legerement aux Philosophes
Geometresfur leur payole;)
puis qu'ils ne peuvent demeurer
d'accord entr'eux, quoy
qu'après tant de siecles ilsayent
faitsi grandbruit dans l'Ecole,
que les Passans croyoient que,
Omnia,mors,miles, fanguis&
igniserat.
C'estune guerresanspareille,
Les Armessont de grands Ergos,
Quifrappant l'air & les Echos
Blessent le poumon d" l'oreille.
J'ay finy avec M. Bernier
ausujet de son prétendu Canal
depurniveausans pente,jevous
parle maintenant de la facile
fonction des deux Mers, en paf.
sant par la Bourgogne, par le
moyen des sources&Rivières de
Poulli en Auxois,par lafacile
jonflion de la Riviere d'Armanson
à la Riviere d'Ousche. Ce
desseinavoitesté mis autrefois
furie tapis, & on 1 avoit trouvéfortfaifable.
Ilfaudroitcouper
per depuis la jource d'Armanjon
jujque dans le ruisseau d'Andenejfi,
ou bien dans la Riviere
de Cruzez
y
qui tombe dans
ÏOufche; iln'y a que demylieuë
de terre à couper , toutes
terres labourables & aisées à
remuer. Dans le plus haut entre
les deuxRivieres., le terrain est
de niveau de cinq cens toiles de
longueur; mais ily a de la pente
plus avant du cossé d'Occident,
aujJi-bien que du cofie d'Orient;
-neanmoins on peut trouver des
moyens pourcela, car en creusant
la profondeur d'environ dix toiles,
on pourrafaire un Canal
dormant depuis la Jource de la
Riviere d'Armanjon à laRivieredeCrugez,
pourmille écus
on fera la dépense necessairepour
yamener la Fontaine de Baume,
laquelle en toutesaison fait tourner
trois moulins, @J on peut
faire un Bassin beaucoup plus
grand que leBassin de Naurousse
du Canal de Languedoc.Je vous
envoyé la planche du projet de
cette communication des Mers
par la Bourgogne. Je l'avoisJatte
pour
l'employer dans mon his
toiregenerale de la communication
des Eaux, tant par les Canaux
naturels&souterrains,que
par les Canaux artificiels surla
surface de la terre.je m'aperçois
que ma Lettre commence à estre
trop longue.Vous en aare'{ les
autres parties dans une autre
occasion. Je fuis, Monsieur,
tout a musy
L'Aveugle Comiers
d'Ambrun, P.D.T.
Quand je vous appris la
mort de Mr le Marquis dei
Carpio , Viceroy de Naples,
je croy vous avoir marqué
qu'il nelaissoit qu'une Fille,
unique heritiere de tous ses
biens. Cette Fille, appellée
Dona Catalina de Haro, &
Gusman,ayant esté conduite
en Espagne, ne manqua pas
d'estre recherchée par les plus
riches Partis. Elle a preferé
Dom Francisco de Tolede,
second Fils du Duc d'Albe,
& ce mariage s'est fait à Madrid
le 28.deFévrier dernier.
Vous sçavez qu'aprés la
mort du Viceroy de Naples
son Pere, Mr le Connestable
Colonnea exercé cette Vice-
1 royauté par interim en attendant
l'arrivée de M.le Comte
de S. Istevan
, auparavant
Viceroy de Sicile. Pendant
le sejour que ce Connestable
a fait à Naples,il y a conclu le
mariage de Dom Giuliano
Colonne son Neveu, Fils du
feuPrince de Sonnino ion
Frere, avec la Filled'unriche
Negociant Hollandois, étably
encette Ville-là. Elle luy
apporte trois cens mille écus
de dot,& M.le Connefiable
Colonne donne à son Neveu
deuxTerres dans la Calabre,
qu'il espere faire ériger en
Principauté par le Roy d'Espagne.
Vousvoyez,Madame,
que le grand bien tient lieu
de naissance. On a peine à ap:
prouver qu'un homme fort
riche & de qualité épouse
une Demoiselle qui n'a aucun
avantage du costé de la
fortune, & sur rout on luy
fait un crime qu'on ne peut
luy pardonner lors qu'il époufe
une Fille qui n'a ny
bien ny naissance
,
mais seulement
un veritable merite
qu'on ne veut comptera rien.
Au contraire on ne manque
point de luy applaudir comme
ayant fait une bonne affaire
,quoy que l'alliance soit
fort inégale,lors qu'enépousanr
une Roturiere
,
il a trouvé
moyen d'ajoûter des biens
immenses à ceuxqu'il a déja
tres-abondamment. On ne
s'informeny de l'humeur de
l'Epouse
) ny des qualitez qui
peuvent faire exeuser son peu
denaissance.Quelle n'ait ny
jeunesse ny beauté
,
ilsuffit
qu'elle foit riche pour meriter
d'estre preferée à la personne
la plus accomplie,qui
n'aura pour dot que de l'esprit
,
de la qualité & de la
verru. Grande marque de l'aveuglement
naturel des hommes
,
qui ne peuvent voir en
quoyconsiste le véritable
bonheur!
Vous connoistrez par le
sujet dont traitent les Vers
que je vous envoye fous le
titre d'Essay de Pastorale,qu'il
y a déja du temps qu'ils ont
esté faits. Vous ne laisserez
pourtant pas de les lire comme
nouveaux,& ils le sont
en effet puis qu'ils n'ont
point encore esté veus*
E S S A Y
DE PASTORALE,
Pour un Concert à Madame
la Dauphine.
La Scene est dans les Campagnes de
Versailles.
L'HIMEN ET L'AMOUR
c L'AMOUR. 'EST icy des Bergers le commun
rende^vous,
Icychaque troupeaus'assemble.
L'Himen.
Ce lieu dans le dessein de mus unir
ensemble,
Me paroist fait pour nous.
L'Amour.
Ce Herossi connu qui sçait regner
& plaire,
Aime (7 protegtcesejour;
le crois que l'Himen &l'Amour
Pourront s'y satisfaire.
L'Himen.
Celle dont les Dieux ont fait
choix
,
Pour estre lasourceseconde,
De tant de Héros & de Roys,
.!st.!!iporterontl'Epmire "deess François
, Iufqitaux extremites du monde,
Se la'ffe admirer quelquefois
Dans ces campagnes ér ces bois.
L'Amour.
Jesçay qu'en ce Palais cette Epouse
charmante,
Desonaimable Epoux atcend theureux
retour»
Mais helas !pendant cette attente
JOuc peuvent l'Himen & l'Amour?
L'Himen.
Le jeune demy-Dicu que le Cielafait
naître, [paraître,
Et l'agreableespoirdevoir bien-tost
L'Auguste Frere qui lesuit,
Font les plus doux momens du jour
di de la nuit,
De cette admirable Princesse.
L'Amour.
De peur que Fennuy ne lA prtjfl
Assemblons les ris & les jeux.
Vnissons nos conqucstes Faisons naître des , Festes,
Ecoutons tous les voeux
Des Bergers amoureux.
Vnijfons nos conquestes
Mejlons nous avec eux
Vnissonsnosconqnestes
Prejjons les instans
JOtii les rendent contens.
rniffins nos conquestes,
Faisons naître des Festes.
Tous Deux.
Bergers,honoreZ l'heureuxjour
.!i!.!;i joint l'Himen avec l'Amour,
Celebrez, l'heureusejournée
Jgui joint l'Amour à l'Himenée;
Dans ce doux & charmantsejour,
La paix entreuxs'estterminée.
Un choeur de Bergers & de Bergeres
repere.
Bergers, honorons l'heureuxjour,
&c.
Un Berger 8( deux Bergeres.
Le concert des 0ifeaux
,
Des Zephirs & des eaux
AHume dans nos ames , Mille innocentesfiâmes.
Deux Bergers & deux Bergeres.
De nouvelles ardeurs
Ont embrazé nos coeurs ;
Allonssous ce feüillagesombre
loüir dusilence & de l'ombre.
Deux Bergers.
^uand l'Himen & l'Amour ont resolud'agir,
On ne doit plus rougir
Des tendressentimens que la nature
inspire ;
Tout ce qu'on voitsoupire.
Deux Bergeres.
Quelles émotions,
Dans nos coeurs qui s'agitent
Par tant d'illusions
A l'amour nous incitent
qu,andl'Himen & l'Amour ont re- solu d'agir
On ne doitplus rougir, &c.
Deux Bergers.
Qandl'Himen & l'Amour, Sec
Peut-on resister aux amours
Quandl'Himen vient a, leur
secours.
Deux Bergcres repetent.
JZuand l'Himen, Scc-
Deux Bergers & deux Bergeres.
Peut-on ressfiery &c.
Le Choeur reprend.
Petit-on resister, Ble.
L'Himen & l'Amour.
De ces beaux Pâturages,
Fortunez habitans,
De mille soins reconnoissans
Goûtez les tendres témoignages.
Deux Bergers & deux Bergeres.
Dieux, comment pourrons-nous
ytus rendre les honneurs qui sont
dignes de vous ?
Le Choeur repete.
Dieux comment, &c-
L'Amour & l'Himcn.
l'Himen
aisementsecontente,
L'Amour
ilne demande que vos voeux;
Il veut toujours vous rendre
heureux
Pourvûque le coeury consente.
Le Choeur repete.
l'Himen
aisementse contente, Bec.
l'Amour
£ue dans tous les lieux Â'Al'entour,
Retentissentles noms & d'Hi.
men à* l'Amour.
Les Bergers & Bergeres.
J%ue dans tous les lieux.,
- Le Choeur reprend.
.f!..!!,e dans tous leslieux.
L'Himen.
JOuesur ce climat l'abondance
* puiJlè àjamaisverfirlàlllls riche
influance.
L'Amour.
Qpuleaitsouijrosur,s de nouveaux
Préviennent jusqu'à vos deifrs.
L'Himen & l'Amour.
Ne vous étonnez pas si d'un efiïnd
si doux,
Lesplusfameux Hameauxvontdevenirjaloux.
Vn jour les VivÎn;ttz, mesmes
Quitteront lesejour des Cieux
Et leursgrandeursfitprêmes,
Pourveniravecvoushabiter en ces
lieux.
Deux Bergers & deux Bergeres.
0 plaisirs ! o douceurs extrêmes!
Jïuedans tous les lieux d'alentour
JLetcntiJfeu,t les noms & d'fIi.
men d'Amour.
( Choeur. dans tous les lieux, &c.
VnBerger & une Bergere.
Mais quel trouble s'excite !
Touts'émeut, touts'agite.
Quelssoudains mouvemens
Redoublent nos contentemens!
VneBergere.
Mille naissantesfleurs embellissant la
Terre
IHslieux les plus deserts font un
riche parterre.
Vn Berger.
D'un murmure agreable O" nouveau
,
I'entenscouler ce doux ruis
fcAU.
VneBergère.
D'un feuillage plus vert tous les
arbresse parent.
Tous ensemble.
A l'abord du plusgrand des
Dieux,
Tant de nouvetute7, se préparent,
Ou Loüis de retour arrive dans ces
lieux.
QuelquesDivinitez,puissantes
Forment en si saveur ces beautez
étonnantes.
Le Choeur repete.
A l'abord du plus grand, tcc.
Bergers & Bergeres.
Ah, réjouissons-nous,
N'ayons plus de tristesse.
NostregrandePrincesse
Va recevoirson Epoux.
N'enSoyons plus en peine,
Le Vainqueur le ramene.
Le Choeur. on n'entende par tout que chants
melodieux,
De voix& d'instrumens que les airs
retentissent,
.!f!.!!:t les jeux & les ris, que les
amours s'unijjent,
J>)ue nos concerts s'eleventjufiJu'auJt
Cieux.
Bergers.
Jvant lafin du jour
Nous verrons de ces lieux le Maistre
de retour.
Choeur.
Qu'onn'entende, &cc.
Je vous avois bien dit,
Madame,que le Testament
de Mademoiselle de Guise
me donneroit lieu de faire un
second Article, pour vous
instruire de la maniere dont
cette, Princesse a disposé de
ses Biens. CeTestament, qui
efl: du 6. Février 1686. avoit
esté précédé d'une donation
entre vifs, faite le premier
jour de ce mesme mois, en
faveur de Messire Charles de
Stainville,Contre de Couvonge
Vous savez sans doute
que les donations entrevifs,
quoy qu'onse reserve ji sques
à la mort la joüissance des
-
biens que l'on donne, different
des Testamens,ence que
pour rendre ces fortes de donations
valables, il efl: necessaire
que celuy à qui on donne
, accepte & fasse insinuer
la donation dans les quatre
mois; après lesquels celuy
ou celle qui a donné n'est
plus en pouvoir de la révoquer.
Il n'en estpas de la
mesme forte à l'égard des Testamens.
Le Testateur demeure
maistre de son bien jusques
à la mort, & peut en tout
tempsrevoquer ce qu'il a fait.
Par la donation entre vifs
dont j'aycommencé à vous
parler,Mademoiselle de Guise
donne à Mr le Comte de
Couvonge,dans toutes lesformes
que peut demander une
donation de cette nature, le
Duché de Guise
,
la Principauté
deJoinville, les Baronnies
d'Esclaron, d'Ancerville
& de Roches, les Terres de
Marchais&deLiesse,la Terre
&Baronnie de Montresor, le
Comté d'Aux, & l'Hostel de
Guise;pluscent six mille livres
de rente àelle deuës par leRoy pour partie de l'échange
des Principautez de Chateau
Renard & de Linchamp,
trois mille six cens livres de
rente ,
à elle aussi deuës sur
l'Hostel deVille de Paris,avec
les appartenances,circonstances,
dépendances & annexes
de toutes cesPrincipautez,
Duché, Baronnies, Hostel
de Guise,& Terres, leurs Bois
& Forests, droits rescindans,
-6c rescisoirs
,
se reservant la
joüissance de tous ces biens
jusques au jour de sa mort,
mais feulement à titre d'usufruit
& de precaire,à la charge
qu'après le déceds de cette
Princesse
)
les revenus des
Terres, & les arrérages des
rentes dont il est parlé, ensemble
les revenus & arrérages
de ses autres biens & rentes,
mesme deceux dont elle
auradisposé par Tcftament,
sans avoir expressement ordonné
que les Legataires en
jouiront du jour de sa mort,
feront employez de la maniere
qui fuit :
c'ctf à sçavoir
queM le Comte de Couvonge,
Donataire, retiendra sur
les revenus de chaque année
jusqu'à ce que les dispositions
que fera ensuite Mademoifelle
de Guise
,
le privent de
la jouissance des biens donnez,
liez,lafomi-ne de trois mille
livres pour sa personne, &
celles qui feront necessaires
pour faire faire le recouvrement
de ces revenus & arrérages,
pour l'entretien de
l'Hostel de Guise
, & des bâtimens
& usines des Terres,
& pour soustenir les droits
de ces mesines Terres & biens
donnez;& que tout ce qu'il
aura reccu de ces revenus &
arrerages au delà de ces sommes,
fera par luy employé au
payement de tous les droits
qu'il faudra payer à cause de
cette donation aux Sei gneurs,
ou « autres; àl'acquittement
annuel des Fiefs, Aumônes,
Fondations & charges réelles
des Terres; au payement des
gages des Officiers de ces mêmes
Terres; àceluy des arrerages
des Doüaires de Madame
la Duchesse de Guise,&
de Madame de Joyeuse; au
payement des Pensions viagéres
dont elle voudra gratifier
quelques personnes par
son Testament, par lequel
elle se reserve d'enassurerjusqu'a
quinze mille livres de
, rente, & enfin au payement
des inetrets&arrerages courans
des dettes par elle contractées
,
qui feront encore
deus le jour de sa mort;voulant
de plus que ce qui se
trouvera de reste des revenus
&arreragesdes biens parelle
donnez,à la fin de chaque
année, conjointement avec
ceux de ses autres biens &
rentes,soient employez au
payement des dettes à une
fois payer, qui feront exigibles
en ce temps-là, & dont
l'origine fera anterieure au
jour de la donation; au payement
des legs qu'elle auta
faits à ses Officiers & Domestiques
jusqu'à la somme de
deux cens mille livres; à l'a
mortissement des forts principaux
des rentes par elle
deuës; au payement des Fondations,
qu'ellese reserve de
pouvoir faire par son Testament
, après lesquels legs
payez, dettes acquittées, &
Fondations executéesjusqu'à
la concurrence de ces sommes,
tant des revenus des
biens donnez
, que de ceux
qui se trouveront appartenir
à cetre Princesse le jour de sa
mort, Mr le Comte de Couvonge
DonataireJoüira entierement
des fruits & revenus
des biens qui luy sont
donnez, dont Mademoiselle
de Guise luy transporte en
outre tous droits de proprieté)
fonds,tres- fonds) noms raisons , & actions, saisines 8c
possession, declarant que dans
la reservequ'elle a faite des
revenus, pour estre employez
en la maniere qu'il a
esté dit, son intenrion n'a
pointesté de comprendre
l'Hostel de Guise, dont le
Donataire aura la pleine
joüissance du jour du decés
de cette Princesse. Il est porté
sur la fin de cette Donation;
que Mr le Comte deCouvonge
l'accepte, & qu'il en
remercie Mademoiselle de
Guise
, promettant de l'execurer
de point en point aux
conditions qui y sont marqes;)
à la charge que ses
biens, autres que ceux qu'elle
a bien voulu luy donner, n'y
feront point affectez.
Lemesme jour1. Février
1686. aprés que cette Donationeutestéreconnuë
par devant
Notaires,Mademoiselle
de Guise & M le Comte de-
Couvonge, passerent un Acte
particulier
>
par lequel ils
demeurerent d'accord qu'elle
avoit estéfaiteaux conditions
qui suivent. Cet aére.
porte, que cette Princesse
ayant faitreflexion que les
Terres dont je vous ay déjà
parlé, sont sorties des Ducs
de Lorraine, qu'elles ont
esté possedées par leursDefcendans,
& ont toûjours esté
lepartagedes Chefs de la
Maison deLorraineen France,
& croyant qu'il est de la justice
& de la gloire de cette
illustre Maison,de faire que
celuy qui les possedera aprés
elle, soit iflii de Mrle Prince
Charles de Lorraine, elleCub.
ftltuë le Duché deGuise
,
la
Principauté de Joinville, les
Baronniesd'Esclaron, Dancerville
& de Roches, les
Terres de Marchais & de
Liesse,& l'Hostel de Guise,
leurs appartenances,&generalement
tout ce qui fait par
tie de cesTerres & de cet Hostel,
aux Puisnez malles de
ce mesme Prince, & à leurs
Descendans masles,pour commencer
à .en joüir du jour
que l'on aura satisfait aux
payemens qu'elle a declaré
devoir cftre faits du revenu
de ces mesmesTerres,par la
Donation faiteà M'leCbmic
de Couvonge.Voicy l'ordre
qu'elle veut quisoit gardé das
cette Substitution. L'Aisné
des Puisnez de Mr le Prince
Charles - qui ne fera point
engagé dans l'Eglise? est le
premier appellé à la Substitution
de ces Terres, & de
l'Hotel de Guise, à la charge
qu'il prendra le nom de Due
deGuise. La mort de ce premier
appellé estant arrivée,
ces mesmes biens appartiendront
à l'Aisnédeses Enfans
masles, & aprés luy iPAifiié
qui naistra de cet Aisné,&
ainsid'Aisnéen Aisné,&de
masle en masle,tantqu'il y en
aura de la descente de celuy
-
qui aura esté appellé le premier
à la Subititurion ; & en
cas que l'Aisné des Puisnez
deMle Prince Charles la refusast,
ou mouruft sans Enfans
masles après l'avoir acceptée,
ces biens appartiendront
au mesme titre de Substitution
à celuy des Puifncz
de ce mesme Prince, qui se
trouvera le plus proche de
l'Aisné de la Maison de Lorraine
, & qui ne fera point
engagé dans l'Eglise
, à ses
Aisnez de masle en masle; &
au defaut d'Enfans masles, à
l'Aisné des Freres de celuy
qui aura possedéledernier les
Terres substituée,à la charge
qu'ils porteront le nom de
Duc deGuise.Si Mrle Prince
Charles de Lorraine n'avoit
qu'un Fils qui eust des En,..
sans masles,elleappelle à1?
Substitution les Puisnez de ce
Fils & leurs Descendans au
_lnefnle ordre que je vous ay
expliqué, en sorte que ce soit
unDescendant de ce Prince
qui possede tous ces biens,&
qui soit enFrance le Chefde
laMaison de Lorraine, 3c
jusqu'à ce que celuy qui fera
appellé pour remplir cette
Substitution au jour de sa
mort, soit en estat de s'établir
en France, elle veut que
les revenus de tous les biens
substituez
,
aprésqu'on en
aura pris les sommesnecessaires
pour en faire le recouvrement
, payer les gages des
Officiers, les fiefs & aumônes.
& les charges réelles, entretenir
l'Hostel de Guise, &les
bastimens & usines des Terres
, & qu'il aura esté payé à
Mr deCouvonge Donataire,
la somme de trois mille livres
de Pension viagere
,
soient
employez à acquérir des Terres
en France qui appartiendront
au Prince substitué,afin
qu'il foit plus eneftatde soûtenir
la gloire de la Maison
de Lorraine en France;àquoy
Mademoiselle de Guise joint
en faveur de celuy qui les possedera
en vertu de sa Substitution,
les trois mille six cens
liv.de rente qui luyfont dûës
sur l'Hotel de Ville deParis,
& soixante 5c six millelivres
de rente, faisant partie des
cent Ex mille livres à elle
- - - -
l'ordre daisnesse foit gardé
criùe, les masles. Elle substituë
pareillement les Terres
de Montresor &d'Aux au Fils
la Donation à luy faite, s'il
n'y avoit point eu de Substitutions
; que le Prince qui
fera appellé à celle des Terres
de Marchais & de Liesse, en
laissera la joüissance; en usufruit
à Madame la Duchesse
de Guise, pour enjouir durant
sa vie feulement , & que
tous ceux qui feront Pioprietaires
des Terres fubairuées,
ne pourront destituer aucun
des Officiers qu'ils trouverent
revcftus des Charges de
ces Terres, & qu'après leur
mort ils nc- pourront vendre
ces Charges, cette Princsesse
voulant quelles soient données
à l'avenir à ceux que les
Seigneurs substituez en trouveront
les plusdignes, gratuitement,
& sans finances.
M. le Comte de Couvonge
approuve & accepte toutes
ces conditions fous lesquelles
il reconnoift que la Donation
luy a esté faite. Mademoiselle
de Guise la luy confirma
par un nouvel acte,
le 8, Janvier 1688, le tout reconnu
par devant Notaires.
LeTeftament de cette Princeuc
est du 6. Février 1686,
J'en laisse les termes ordinaires,
&passe à l'essentiel. Elle
souhaite que son corps soit
inhumé aux Capucines de
Paris, dans leur Sepulture,
qu'il y soit porté sans nulle
pompe ?
& son coeur à Montmartre
avec ceux de ses Proches,
défendant expressément
qu'on faffe aucune ceremonie
dans les Services qu'on celebrera
pour le repos de son
ame.
Elle ordonne qu'il soit dit
le plus promptement qu'il se
pourra, dix mille Messes, dans
les lieux qui se trouveront
nommez par un Mémoire
parriculier, & qu'on distribuëauxPauvresimmediatement
apréssamort, la somme
de vingtmille livres,selon
qu'on le trouvera écrit dans
un autre Memoire particulier
d'Aumônes } que la somme
de dix mille livres soit mise
aussi-tost après sa mort, entre
les mains de M. l'Abbé de
S. Mihel,ou de celuy qui
fera Prieur de la mesme Abbaye
,pour estredistribuée
aux Pauvres des Duchez de
Bar & de Lorraine; qu'une
pareille somme de dix mille
livres soit distribuéeaux plus
pauvres dans toutes ses Terres
3
& que tous les Maistres
& Maistresses d'Ecoles, qui
se trouveront par elle établis
dans ces mesmes Terres au
jour de sa mort, y soient entretenus
à perpétuité, à raison
de deux cens livres pour
chaqueMaistre d'Ecole,& de
cinquante écus pour chaque
Maistresse, & qu'il soit fait
un fond sur ses biens, dont le
revenu égale la dépense necessaire
pour leur entretien.
Elle donne aussi deux cens
écus de rente à la Maison
établie à Paris, à la charge
de fournir les Maistresses d'Ecoles
dans toutes ses Terres
où elle les aura établies.
Elle donne à l'Abbaye de
Montmartre cent cinquante
millelivres, pour estre employées
en fond de terre, dont le revenu serve â l'entretien
de vingt jeunes Demoiselles
des Duchez de Lorraine
& de Bar & de ses
Terres, tant qu'il s'y en trouvera
de bien appellées à estre
Religieuses
,
après que leur
vocation aura esté examinée
par les trois Personnes nomméespourl'exécution
des
legs pieux qu'elle fait, ou par
ceux qu'ilsaurontsubstituez
à leur placer,& par l'Abbesse
& les Religieuses de Montmartre
qui recevront ces Filles
sans aucune dot, & lors
que lenombrene fera pas
remply
,
le surplus du revenu
de ce fond fera employé à
faire apprendre des Métier à
de pauvres Filles des mesmes
Duchez & Terres.
Elle donne aussi la somme
de cent mille livres
-
pour
fonder & bastir un Séminaire
ou feront entretenus & instruits
douze jeunes Gentilshommes
pauvres, qu'elle veut
estre établis dans- un Monastere
des mesmes Duchez ausquels
l'observance foit fidellement
gardée. Ce Monastere
doit estrechoisy par les trois
perfonnesnommees pour l'execution
de ses legs pieux,
qui avec le Prieur du Monastere,
nommeront ces douze
jeunes Gentilshommes entre
ceux qu'ils jugeront les plus
propres à servir bien dans
l'Estas Ecclesiastique.
Elle donne aux Capucines
deux mille Ecus payables une
feule fois.
Aux Religieux de l'Abbaye
de Saint Mihel mille
livres de rente annuelle &
perpetuelle pour l'entretien
de deux Religieux quiappliqueront
toutes leurs Messes
pour le repos de son Ame &
de celles de ses Predecesseurs
dont plusieurs sont inhumez
dans ce Monastere, & de plus
àla charge de faire chanter
une Messe haute tous les Vendredis
de l'année pour honorer
la Relique de la vraye
Croix qu'elle y a donnée.
Cette Mesle s'appliquera à
l'intention de remercier Dieu
des
des Victoires qu'iladonnées
aux Armes Chrestiennes sous
la conduite de Mr le Prince
Charles dans la derniere
Guéree contre les Turcs, &
pour obtenir pour tous les
Princes de la Maison de Lorraine
la perseverance dans la
Religion Catholique, & la
grace de leur augmenter le
zele de la maintenir.
Aux Religieuses de Valdonc
trois cens livres de rente
annuelle & perpetuelle, à
la charge de celebrer tous les
ans un Service pour le repos
de son Ame.
Aux Religieux de Saint
Urbain cent livres de rente,
& autant à ceux de Montierenders,
aux mesmes conditions
d'un Service annuel.
A l'Abaye de Sainte Hoüelle
proche de Bar, cinquante
livres de rente pour continuer
les Services dont la rente
est perduë.
A la Paroisse de Joinville,
trois cens livres de rente pour
celebrer quatre Services par
an, à la charge de donner
sur cette somme vingt-cinq
livres à chaque Service aux
plus pauvres de laparoisse.
Deux mille livres de rente
pour fonder dans Esclaron
un Hospital ou feront receus
tous les Pauvres du lieu, &
de ses autres Terres de Champagne,
qui feront hors d'état
de gagner leur vie, excepté
ceux de la Ville de Ginville
qui ont un Hospital.
A l'Abaye de Montmartre,
par dessus la Messe fondée
par Madame sa Mere
)
dont
Mademoiselle de Guise a acquité
la Fondation, & les
deux autres qu'elle a fondées
par un Contrat particulier
, quatre cens livres de
rente pour faire dire une
Messetous les jours pour le
repos de son Ame, de celle
de Madame de Montmartre
sa Soeur, & de tous ses Predecesseurs.
A la Paroisse deSaint Jean
en Gréve, la somme de mille
livres, &aux Pauvres dela
mesme Paroisse celle de mille
écus pour leur estre distribuée
selon la plus grande
necessité incontinent après
son decés.
A l'Hospital General trois
mille livres, & autant à
l'Hostel-Dieu, le plus promptement
qu'il se poura.
A Madame de Montmartre
mille livres de pension
viagère, outre celle de mille
livres dontelle a passé Contrat
avec la Communauté.
A tous ses Domestiques
cinquante milleécus,&
quinze mille livres de rente
en pensions viageres, selon
un Estatécrit de sa main
Ensuite elle déclare quelle
veut que les Meubles dont
elle n'aura pas disposé soient
vendus aussi-tost aprés sa
mort ; que sur le prix qui en
reviendra,l'on prenne les
Messes & les Aumosnes qu'-
elle a ordonné estre faites
promptement; que les arrerages
courans des dettes con.-
stituées estant acquittez, la
somme leguée à ses Domestiques
soit payée sur le plus
clair revenu de fts biens, &
qu'aprèsavoirsatisfait atoulo
tes ces choses tous les revenus
des biens en fond donc
elle dispose par son Testament,
& toutes les rentes des
constitutionsdontelle a aussi
dispose par ce Testament, ou
par donation entre vifs; comme
aussi tous les revenus des
Terres specifiées dans cette
donation, soient employez
au payement des interests,&:
ensuite des capitaux de toutes
ses dettes,lesquelles estant
acquittées, l'on accomplira
les legs pieux, Fondations
& donations faites entre
vifs, par Testament, ou
par Codicille.Lors qu'on aura
satisfait à toutes ces charges
,
les Donataires entreront en
jouissance des biens donnez,
sa volonté estant qu'aucun
n'y entre avant ce temps-là,
à l'exception de celuy des
Enfans de M.le Prince Charles
de Lorraine,quiportera le
nomdeGuise, auquelelle
donne une.P-.eWlon dcdpnze
mille écus de rentepour son
cntrerienJ-Jusqua ce qu'il entre
en possession des biens
qu'elleluy a leguez par donation
entre vifs, sur lesquels
cette pension de douze mille
écus sera prise.
Desirant que tous les biens
dont elle a disposé soient libres,
quand ses Donataires
commenceront à en joUirJ
elle veutque les Executeurs
de son Testament continuent
à recevoir les revenus.
de tous ses Biens» jusqu'à ce
que toutes ses dettes soient
acquittées, & qu'on ait satisfait
à toutes les dispositions
qui doivent estre payées par
privilege ; aprèsquoyils employeront
ces revenus à acheter
des fonds pour subvenir
à tous les legs pieux, &les
donneront ensuite à ceux qui
feront obligez de satisfaire
aux charges de ces mesmes
legs,soit pour fondations, ou
pourautres choses;&àl'égard
des Pensions viageres, elles
feront acquittées par celuy
qui fera Duc de Guise, tant
qu'elles dureront, & éteintes
àson profit,f-
-
Elle veut que tous les Meubles
d'Hyver & d'Esté
,
qui
fervent aux appartemens de
l'Hostel de Guise, y soient
laHfez, c'est dire, les Meu
bles deBois
,
Tapisseries, lits
& sieges
,
& elle les donne à
celuy à qui elle a donné la
Maison,avec les Portraits originaux
de tous les Princes de
la Maison de Lorraine qui
sy trouveront.
» Elle donne sa Tapisserie
des Ages,& son Lit de broderie
de Perles, à Mrle Prince
Charles, & sa petite maison
dela Vierge? avec tout ce qui
est dedans, à la Reine Doüairiere
de Pologne, ion Epouse.
--
Au Fils de Mr le Prince
Charles, qui portera le nom
de Guise, trente-cinq mille
livres de rente, qu'elle a à
prendre sur les Gabelles de
Languedoc.
AM d'Armagnac,Grand
Ecuyer de France, les Terres
de Lambesq & Orgon, leurs
appartenances & dépendances.
A chacune de Mefdemoiselles
de Lislebonne, la somme
de cent millelivres en cas
qu'elles ne soiént pasmariées,
& non autrement, ce qui fera
acquitté comme une de ses
dettes,après qu'on aura satisfait
aux autres.
Elle veut que les trentecinq
mille livres de rente sur
les Gabelles de Languedoc,
le Duché de Joyeuse, & les
Terres de Lambesq &Orgon,
soient substituées en la mesme
forme que les autres Terres
qu'elle a données entre
vifs, aux mesmes Princesà
qui elle donne celles-cy par
(bnTcHamenr.
M. de Roquette, Evesque
d'Autun, Dom Henry Henezon,
Abbé de S. Mihel, &
M. Dubois, sont nommez
pour avoir foin de toutes les
fondations, legs pieux, charitez
& aumônes Elle les
prie d'en substituereux-mesmes
de leur vivant chacun
un qui leur succede aprés
leur decés, & ceux-cy de s'en
substituer d'autres? & ainsi à
perpetuité, les conjurant instamment
de faire suivre toutes
ses intentions avec une
entiere exactitude.
Elle donne cinquante mille
livres que ses Executeurs
doivent employer en fond.
Le revenu en fera distribué
chaque année à des Prestres
savans, & à de zelez Religieux,
ou autres, pour faire
des Millions dans toutes ses
Terres, en forte qu'il y en ait
tous les trois ans dans chacune.
Elle nomme pour ses Executeurs
Testamentaires M le
Prince de Commercy, M. le
Comte de Couvonge, & M.
Favieres, Avocat au Parlement
, ausquels elle donne
conjointement ou à celuy des
troisqui fera choisi par les
deux autres,tout pouvoir d'agir
pour l'exécution de ses
volontez.
Elle donne à M. de Couvonge
une Bague de mille
écus, & le prie de l'agréer
pour marque de son estime.
A M. Favieres deux mille
pistoles,pour reconnoissance
des soins qu'il donnera à faire
accomplir ce qui est porté
par Ion Testament , voulant
que luy
)
& fçs autres Executeurs
, soient indemnisez des
frais qu'ils feront obligez de
faire pour l'exécuter.
A Mademoiselle, donc elle
avoit l'honneur d'estre Tante,
tous ses Cristaux, Agates,&
Pierres fines, conservées dans
deux armoires de sonCabinet,
la suppliant tres-humblement
de les agréer pour
marque de son respect & de
son affection.
Elle supplie aussi Madame
de Guise d'agréer son Crucisix
d'or, où il y a deux Figures
d'or, de la Vierge&de
S. Jean au pied.
Elle donne à M. d'Armagnac,
Grand Ecuyer de France
,
sa Vierge de Raphaël, &
sa Samariaine de Mr Mignard,
& en cas qu'elle ne luy aitpas
rendu les Tableaux sur
leqquelselle a fait écrirequ'ils
luy appartiennent, elle veut
qu'ils luy soient rendus aussitost
après sa mort.
En 1688. Mademoiselle de
Guise fit trois Codicilles. Par
le premier, qui est du 28. de
Février,elleveut que l'on employé
aux Prieresqu'elle a ordonnées
par sonTeftament,
jusqu'à la somme de vingt
mille livres.
Elle déclare qu'elle veut
que le legs qu'elle a fait par
ce mesme Testament à Tes
Officiels & Domestiques;de
quinze mille livres de rente
viagere, soit augmentéjusques
à la somme de vingt
mille livres, & celle de cinquante
mille écus à une fois
payer, jusques à deux cens
vingt mille livres: sur quoy
elle donne ce qui fuit à chacun
d'eux.
A M. de Gaignieres, [en
Ecuyer, douze cens livres de
pension
) outre ses Carosses êc
un attelage dont elle luy fait
don.
A MrsMillereau& lambert,
Ces Aumôniers, chacun
cinq cens livres de pension.
A M. Gourdon, son Secretaire,
cinq cens livres de
pension
, & deux mille écus
une fois pa yer.
A M.le Brun, son Tresosorier,
mille livres de penfion.
A M. Besset,Agent de ses
affaires,mille livres de pcnsion,
& deux mille écus.
A M. & à Mademoiselle
Péan
,
cinq cens livres de
pension
j,
& deux mille écus.
A M. Presidy, Chirurgien,
quatre cens livres de pension.
AM.Martine,Contrôleur,
cinq cens livres de pension,
&dix mille francs.
A M. Bertrand, Argentier,
cinq cens livres de pension,
& huit mille francs.
AuSieur Mercier,Tapissier
& Valet de chambre, six
mille francs.
Au Sieur Jacob, Valet de
chambre, six cens livres de
pension, & deuxmille écus.
Au Sieur Munier
,
Valet
dechambre, deuxmille écus.
Au Sieur Martine, Valet
de chambre , quatre mille
francs.
Au Sieur Estienne, Valet
de chambre,trois mille livres.
A Mademoiselle de la
Bourdiere, Fille d'honneur,
douze mille livres.
A Mademoisellede la Humiere
sa Soeur huit mille
livres.
A Madame Madeleine, sa
premiere Femme de chambre,
& à Mademoiselle Henriette,
Femmede chambre.
neuf cens livres de pension,&
troismillelivres à chacune.
AMademoiselle le Riche,
l'une de ses Femmes, trois
cens livres de pension, &
quatre mille francs.
A Mademoilelle Isabelle,
trois cens livres de pension,
&cinq mille francs.
A Mesdemoiselles Manon
& Br ion, chacune cinq mille
livres.
A Mesdemoiselles Grandmaison,
Tabou & Guyot,
chacune quatre mille livres.
A la Dame Lambert, trois
cens livres de pension.
A la Dame Gombault,douze
cens livres une fois payer.
A la Dame Benoise
,
huit
cens livres.
Au Sieur du Laurenr,Chef
de cuisine, cinq millelivres.
Au Sieur Besnard, Officier
decuisine
:)
trois mille livres.
Au Sieur le Jeune, deux
mille livres.
Au Sieur LabillardeChef
d'Office,cinq mille livres.
A M. Damades, douze
cens livres de pension,
A M.Morin,son Medecin,
deux mille livres de
pension.
AM. Dubois
, pour les
bons & agreables services
qu'il luy a rendus depuis
vingt deux ans, quatre mille
livres de pension, & deux
mille écus.
A M. Favieres
,
son Avocat
& CÓnril, trente mille
livres.
A Mrs Louillier, Beaupuis,
Collin& Bausan,. Musiciens.
chacun mille écus.
A Mrs Carlier & Antoine,
Musiciens, chacun deux mille
livres.
A M. Montailly
3
aussi
Musicien.trois cens livres de
pension.
Je passe plusieurs autres
sommes données à differens
Domestiques
,
qui toutes ensemble
reviennent à celle de
deux cens vingt mille livres,
ou
ou environ, qu'elle veut estre
payées des premiers deniers
que toucherout ses Executeurs,
& par privilege àtoutes
autres dispositions,¬amment
sur le prix desmeubles
qu'elleentend estre vendus
sans exception ,
dérogeant
à cet égard à l'article
de son Testament, par lequel
elle en auroit défendu la
ventes à la reserve de la Tapisserie
des Ages & du Lit
de broderie avec des Perles,
qu'elle ne veut point qui
soient vendus, ordonnant
que les legs qu'elle en a faits
par son Testament
,
soient
executez,& que les pensions
viageres ayent cours du jour
de sa mort, &: qu'on les paye
par demy-année.-
Elle déclaré que sa volonté
est
9
que tous ses Domestiques
qui ont des logemens
dans son Hostel
>
lesconservent
leur vie durant,
- Elle donne & legue mille
livres de pension viagere à
MrdelaChaise, qu'elle veut
estre payée comme les précedentes,
sans quellepuisse
estre saisie par les Creanciers
qu'il peut avoir. -
- -
AMadame du Breüil
3
Religieuse
à Reims, crois cens
livres de pension.
-"'- Au Fils de Madame de
Proisi
)
trois cens livres de
pension tant qu'il étudiera
Elle déclare qu'au cas qu'-
elle n'eust pas assure par Acte
entre vifs, la pension de la
Soeur des Martyrs,Religieuse
à Montmartre, & Soeur de
Mademoiselle Henriette l'une
de ses Femmes, qu'elle a
payée jusqu'alors) elle veut
qu'elle ioit continuée sur ses
biens.
Outre le Legs qu'elle a fait
par son Testament, à Mademoiselle
de Liflebonne & à
MademoiselledeCommercy,
elle leur donne & legue à
chacune la somme
-
de deux
censmillelivres.
AuSeminaire d'Autun,
pour achever de le bastir, ou
pour employer en oeuvres
pieuses dans le Diocese,vingtcinq
mille livres.
Aux Religieux de la Mercy
, par manière de fondation
de la Chapelle qu'ils ont
donnéeà cette Princesse, trois
cens livres de rente, au payement
delaquelleelleaffecte
le Duché de Guise.'
Elle declare qu'ayant nommé
pour ses Exccuceurs Testamentaires
M. le Prince de
Commercy? M. deCouvonge,
& M. de Favtucs, elle les
décharge tous trois de cette
execution
9
à cause de l'absence
de M. le Prince de
Commercy, confirmant tous
les legs qu'elle leur a faits par
son Testament, [Olt à turc
d'Executeurs? ou autrement,
parce queceuy devingt mille
livres qu'elle a faitàMr de
Favieres par son Testament,
demeurera acquitté en luy
payant la somme de trente
mille livres portée par son
Codicille.
En leur lieu & place elle
nomme pour Exécuteurs de
son Testament&de ce Codicille,
MIS les Aministrateurs
de rHodcLDieu de Paris,
qu'elle supplie d'envouloir
prendre la peine, &d'agréer
chacun un Diamant de cent
Loüis d'or qu'elle leur legue.
Elle donne cinquante mille
livres aux Pauvres del Hostel-
Dieu, à la charge que cette
somme ne fera touchée qu'aprés
que les autres legs porrez
par son Testament & Codicille
ayent esté payez. -
Le second Codicille de
Mademoiselle de Guise est
du premier jour de Mars 1688.
& porte qu'elle leve ladéfense
formelle qu'elle avoir faite
par le premierde vendre la
Tapisseriedes Ages,& son
Lit de Broderie de Per les; elle
veut qu'ils soient vendus ainsi
que les autres meubles
- Elle donne encore à M.
Damades mille livres de Pen-
(ion) outre celle qu'elle luy
a leguée par son 1. Codicille.
Aux Pauvres de la Charité
de l'Eglise S.Jean sa ParoiflTev
dix mille livres.
Aux Charitez qui se font
pourk soulagement des Provinces
, par Madame Chevaficr,
la femme de dix mille
livres,qui luy sera mise entre
les mains. - -
A M.Jourdan, Preiirc.dcmeurantàMontmartre,
cinq
cens livres de pension.
A la Niepce de la Soeur
de S. Michel, Religieuse à
Montmartre, quatre cens livres
une fois payer.
Elle ordonne que M.peb
nots
-
[on Notaire, foit em1
ployé dans les affaires de sa
uccelIion.
Elle declare qu'en consirentes
M. l'Evesque d'Autun
est obligé avec feu M. deRoquette,
elle veut que ces trois
rentes soient rachetées ; à
l'effet de quoy elle donne &
legue aux Créanciers de ces
rentes, la somme de vingtdeux
mille livres.
Le lendemain 2. de Mars,
Mademoïselle deGuise fit troisiémeCodicille, un par lequel
il est porté qu'en repassant
dans sa mémoire tout le
cours de sa vie, & n' y ayant
pas trouvé un moment dans
lequel-ellen'ait receu des graces
de Sa Majestié, elle souhaiteroit
estre en cnat d'en faire
paroistre sa reconnoissance à
toute l'Europe ; mais que
comme on ne peut témoigner
plus de soumission à
son Souverain qu'en luy demandant
de nouvelles marques
de ses bontez, elle supplietres-
humblementle Roy
de vouloir accepter le legs
qu'elle luy fait de saTapisserie
des Ages lx. du Lit en broderie
de Perles ,auquel elle a
travaillé plus de dix ans de
ses mains, comme une preuve
deson zele & de sonrespect,
& en l'acceptant, donner
une marque publique
qu'il ne dédaigne pas les dcrnieres
volontez d'une Princesse
; qui a eu toute sa vie
un attachement respectueux
pour sa Personne; à l'effet
de quoy elle revoque la disposition
de son Codicille du
jour precedent, par lequel elle
en avoit ordonné la vente.
par leContrat du 25. Aoust
1685. quicontient la vente
de Roquemaur.
stique demeurant à Montmartre,
deux censlivres de
pension, outre ce qu'il doit
avoir pour la retribution de
laMessequ'il celebre, declarant
qu'elle reduit à quatre
cens livres la pension de cinq
cens livres leguéeàM. Jourdan
par son second Codicille.
A la Soeur Marguerite I~odotyReligieuse
à Montmartre,
trois cens livres derenre.
Mademoiselle de Guise
après avoir fait cenoififlnc
Codicille, mourut le lendemain
3. de Mars, sur les dix
àonze heures du matin.
Comme vous aimez les
sentimens genereux , vous
prendrez sans doute part à
l'heureuse fortune d'un Amant
qui a merité par sa
constance tous les avantages
dont elle a esté récompensée.
Un vieux Gentilhomme tresriche,
venu à Paris pour quelques
affaires, entendit parler
d'une Heritiere de quinze
à seize ans, qu'on faisoit
passer pour un party fore
considerable. Son Pere ayant
amassé beaucou p de bien en
divers emplois qu'il avoit eus,
l'avoit laissée par samortsous
la Tutelle d'un Onclequi
n'estout pas dans une grande
opulence. La Demoisellen'avoit
aucun agrément dans sa
personne; l'esprit luy manquoit
aussi bien que labeauté,
& il n'yavoit à considerer en
elle que les avantages d'une
grande dot, mais les richesses
tenant toujours lieu de
veritable mérité, elle ne laissoit
pas d'estre recherchée
par des Personnes d'une assèz
haute naissance pour obliger
son Tuteur à balancer sur le
choix. Le Gentilhomme "llJÍ
n'avroit qu'un Fils qu'il eust
bien voulu arrester auprès de
luy au retour d'un voyage
d'Italie qu'il venoit de faire,
songea à le marier,&ce qu'on
luy dit des grands biens de
l'Heritiere luy ayant faitvoir
dans cette alliance un établissement
fortavantageux
,
il
fit connoissance avec le Tu..
teur& luy proposa le mariage.
Le Tuteur luy répondit
qu'il avoir déja des engagement
qu'il ne pourroit
rompre sans beaucoup de
peine, & ces obstacles ayant
redoublé son emprciTelnenr. leGentilhomme luy fit quel""
ques offres qui commencerent
à le faire entrer dans ses
interdis. Comme ilavoit
à ménager sonesprit, ilalloit
le voir [auvent, & il ne luy
rendit pas beaucoup de viiftes
sans remarquer une Fille
unique qu'ilavoit,& que la
nature sembloit avoir pris
foin de recompenser de l'injustice
que la fortune luy avoit
faite. Elle estoit belle,
brillante, enjoüée
,
& les
grands défauts de sa Parente
servoientà faire éclater toutes
les graces qui l'accompagnoient.
Le Gentilhomme
qui n'estoit veuf que depuis
trois ans,& qui n'en avoit
point encore soixante, ne
put resister à tant de charmes.
Il sentit son coeur touché
, & l'intereit de son Fils
servant de pretexte à sa foiblesle
,
il crut qu'il gagneroit
plus aisément le Tuteur sur
le mariagCe don)t il estoit questions'illuypromettoit
d'époufer sa Fille. Illuy découvrit
ce qui luy estoit tombé
en pensée
?
& en mesme
temps il le pria de luy garder
le secret,ne voulant pas mesme
qu'il en parlait à sa Fille,
jusqu'à ce que le mariage de
ion Fils estant consommé, il
fusten pouvoir d'executerce
que l'amour luy faisoit promettre.
Le Tuteurvoyant
dans ce qu'illuyproposoit
de grands avantages pour sa
Fille, prit de luy des asseurances
qui devoient l'indemnisers'illuymanquoitde
parole
,
& luy dit ensuite qu'il
ItavoÍr quafaire venir son
Fils, & qu'il n'auroit pas de
peine à obliger sa Pupille de
se déclarer en sa faveur. Le
Gentilhomme partitfort
remply d'amour , & fit valoir
a son Fils ce qu'il avoit fait
pour son établissement. Sa
pa ssion le pressant de haster
l'affaire, puisque sa conclusion
devoit le mettreen estat
de travailler à se rendre heureux,
illuy dit qu'il n'y avoir
point de temps à perdre, parce
quela Demoiselle, qu'il ne
luy peignit ny belle ny laide,
avoit des Amans de consequence;&
qu'il devoit craindre
qu'on ne la donnast au
plus empressé.Le Cavalier qui
n'avoit rien dans le coeur, se
;fit d'abord une idée assez agreable,
& assez satisfaisante
des grands biens de l'Heritiere,&
n'envisageant que de
belles Terres, il s'imagina
qu'il n'estoit pas necessaire
d'avoir de l'amour pour estre
heureux en se mariant. Il remercia
son Pere des soins
qu'il prenoit pour ses avantages
,
& vint à Paris pour en
recueillir le fruit, mais il
n'eut pas si tost veu la Demoiselle
qu'il s'en trouva dégoûté
,
& il le fut encore
beaucoup plus lors qu'il l'eut
entretenue. L'opposition des
agrémens tant du corps que
del'esprit qui faisoient briller
sa belle Parente, contribua
fort à ce dégoût.Plus il la
vit, plus sonmerite fit d'impression
sur luy. L'engagement
où son Pere l'avoit mis
servant à autoriser ses visites
asidues,il ne voulut point
le rompre pour n'estre pas
obligé de renoncer au plaisir
de voir ce qui letouchoitsensiblement.
Il dit mille choses
obligeantes à cette aimable
Personne & ayant connu
par ses manieres que les difpositions
de son coeur luy
estoienttres-favorables, il s'aband
onna si fort à sa paillont
qu'il ne songea plus qu'à la
satisfaire. Il dit au Tuteur
qu'il luy rendoit sa parole à
l'égard de l'Heritiere, & qu'il
esperoit qu'il ne seroit pas
blesséde la sincere declaration
qu'il luy faisoit
)
puis
que c'estoit pour luy demander
sa Fille ,dont il preferoit
la possession à tous les tresors
du monde Le Tuteur receut
une proposition si avantageuse
, avec beaucoup de
marques de reconnoissance,
mais ce qu'ilavoit déja resolu
ne le laissant pas en pouvoir
de l'accepter, il dit au
Cavalier
Chevalier qu'estantenparole
avec son Pere pour le mariage
de (aPupitIe.U ne pouvoit sans
engager son honneur, luy
donner sujet de l'accuser d'avoir
corrompu ses sentimens,
en autorisant une passion qui
estoit contraire à ses întcrests
; que sa Fille n'avoic
presque point de bien,ôc
qu'un peu de beauté & de
jeunessene devoit point
l'emporter sur ce qu'on cherchoit
dans un mariage préferablement
à toutes choses.
Ces remontrances ne firent
aucun effet sur l'esprit duCavalicr.
Il protesta que s'il
s'obstinoit à luy refu ser sa
Fille, il renonceroit à se marier;
& aprés s'estre assuré du
coeur de la Belle par les sermens
qu'il luy fit d'une constance
& d'une fidélitéinviolable,
il alla trouver son Pere,
esperant assez de sa tendresse
pour se flater qu'il le feroit
consentir à son bonheur. Le
Gentilhomme ne le vit pas
plûtost de retour, qu'il luy
demanda s'il avoit mis toutes
choses en estat,&s'ilfalloit
qu'il partift pour venir signer
le Contrat de mariage. Le
Cavalier ne luy cacha point
ses sentimens, & après luy
avoir exagéré l'éloignement •i qu'il avoit pour l'Heritiere
,
avec laquelle il ne pourroit
vivre que très-malheureux,
il luy avoüa qu'il estoit charmé
de sa Parente, & qu'illuy
devoit tout le bonheur de [a
vie s'illuy permettoit de l'épouser.
LeGentilhomme qui
ne pouvoit se resoudre à condamner
ce qu'il pretendoit
faire approuver pour luymesme
?
dit à f.. Fils qu'il
estoit vray que cette Parente
estoit assez belle & assez bienfaite
pour faire excuser une
violentepassion, mais qu'il
ne devoit regarder que sa
fortune; que le mariage de
l'Heritiere le pouvoir conduire
aux grandes Charges,
& que d'ailleurs ayant donné
sa parole, c'estoit à luy à la
dégager. Après un long entretien
, le Cavalier voyant
qu'ilcontinuoit toûjours à
luy faire une espece d'obligation
indispensable de dégager
sa parole, luy dit qu'il
pouvoitdemanderl'Heritiere
pour luy-mesme, puis qu'il ait encore dans unâge qui
luy permettoit un second engagement,
l'asseurant que le
Tuteur en reconnoissance du
consentement qu'il donneroit
à son mariage avec sa
Fille, difpoferoit aisément sa
Pupille à l'époufer. Le Gentilhomme
qui ne vouloit pas
se découvrir,répondit qu'il
se rendroit ridicule de pretendre
qu'a son âge il pustse
faire écouter d'une personne
qui pouvoit choisir dans un
grand nombre d Amans ôc
traitant toûjours son Fils fort
honnestement
, illepria de
se faire quelque effort, & de
songer serieusement que la
plus belle personne estoit sujette
à des changemens facheux
, au lieu que le bien
estoit solide & qu'il faisoit
parvenir à tous les honneurs
qui pouvoient flater l'ambition.
Le Cavalier ayant perdu
tout espoir de le voir changer
de sentimens,feignit de
partir dans le desseinde se
vaincre; mais en effet il retourna
auprés de la Belle, plus
resolu que jamais de luy
prouver son amour par tout
ce qui l'en pourroit convaincre
, en attendant que le
temps eust mis les choses
dans une autre situation qu'-
elles n'estoient. Cela devoit
arriver quand l'Heritiere feroit
mariée. Il pria son Tuteur
d'en disposer pour tel
party qu'il voudroit
3
& s'acquit
entièrement son cflime
par lagenerosité qu'il eut de
luy jurer de nouveau qu'il
partageroit sa fortune avec
sa Fille quand il en seroit le
Maistre. Cet excèsd'amour
fut bien-tost recompensé.
L'Heritiere qui n'estoit pas
d'un fort bon temperament
,
tomha dangereusement
malade. Les plus experts
Medecins furent appellkez,&
malgré tout le secours
de leur art, elle mourut en
forr peu de jours. Il n'y avoit
pas su jet d'en estre saché.
Elle n'avoit nulles bonnes
cjualuez
,
& son Tuteur
citant Frere de son Pere
?
les
glands biens qu'elle laissoit
regardount sa Fille. Beaucoup
d'esprit, de jeunesse &
de beauté soutenant cet avantage
, on luy ne la cour
de routes parts, mais ceux
qui ne l'avoient point consideréequand
tout son mérite
estoit renfermé dans sa personne
, ne furent point écoutez.
Son Pere sefitun honneur
de reconnoistre les manieres
desînteressées du Cavalier.
Tout ce qui l'embarraflfoit
estoit l'amour Clu'il
savoit que le Gentilhomme
avoit pour sa Fille. Il n'en
dit rien à son [ils, qui n'étant
point informéde son
secret, le tint asseuré d'obtenir
son agrément puis qu'il
s'agissoit du mesme bien? &
d'une personne plus aimable.
Son amourl'obligeantàsempresser
de luy aller rendre
compte de tout ce qui se
passoit
)
il l'aborda d'un air
satisfait, & sutsurpris de le
trouver fort mélancolique.
Le Gentilhomme ne pouvant
se déguiser la bassesse
qu'il seroit s'il levoit le masque
pour ie traverser dans
une prétention si légitimé,
cacha son chagrin fous un
faux mal dont ilseplaignit,
& témoigna cependantqu'il
etstoitbien-aise que les choses
eussent tourne si heureusement
pour luy. Quand le
temps du mariage fut arrivé,
illuy donna tout le pouvoir
dontil- eutbesoin,&se
dispensa d'estre presentà
cette ceremonie Elle se fit
avec une entiere joye des
deux Amans. Ils sont toûjours
charmez l'un de l'autre;
& leur union ne peut estre
plus parfaite.
Les beaux jours qui ont
enfin commencé m'engagent
à vous envoyer un Printemps
qui n'a esté fait que
depuis trois jours. Vous connoiftrez
aisément qu'il est
d'un habile Maistre.
AIR NOUVEAU.
Les Fleurs*qui commencent Redore
Peuvent plaire à des yeux contensy
Mais les frimatspour moy durent
i?:core.
Ne me parlez point dIt Printemps,
L'absence m'afrivede Cobjet que
j'adore.
A propos dePrintemps,
j'ayà vous faire present d'un
Livre,qui non feulement vous
en fera souvenir, mais qui
le rendra present à vos yeux
toutes. les fois que vous le lirez.
Il n'en faut pas davan.
tage pour celles qui ont l'imagination
aussi vive que
vous l'avez. Ce Livre est in.
titulé, La Connoissance
, &
Cultureparfaite desTulipes rares
des Anemones extraerdinaires
3
des Oeilles fins, &des belles
Oreilles d'Ours panachées.
On croit qu'il est de M. de
Vainay,Contrôleur de laMaison
du Roy. Il enseigne le
moyen de connoistre la beauté
de toutes ces Fleurs, la
terre qui leur est propre;
comment illes faut gouverner
depuisqu'elles sont en
terre jusques à la fleur; &
mille choses curieuses sur ce
sujet, & tres utiles à ceux qui
aiment les Fleurs. L'on trouve
aussi dans ce meftnet Livre
l'histoire de toutes les Fleurs
dont il parle, leur origine,
& quand & comment on a
commence à en voir en
France.
Si les Fleurs plaisent à la
veuë dans les Parterres, & si
la pluspart flatent l'odorat,
elles ont encore un autre avantage.
Les belles Personnes
s'en serventpour se parer, &
il semble qu'elles donnent
plus de brillant à leur teint.
C'est cet usage qui a donné
lieu à ce Madrigal.
charmantes Fleurs , quittez, ces
lieux,
Vn Dieu, le plusfnijjknt des
Dieux,
Vous dessine a Climcne.
Dés que VOtlS paroistrezs vous filai*
re^ à sesyeux;
Sans exciter fin couroux ny sa,
haine, *
Vous baiserez,sa belle main,
Vous vous placerez, sur sonsein.
donc? à ce récit vous demetéreZJaijible
,
Lesdestins ennemis vous ontfaitinfillJibÜs;
Charmantes Fleurs
,
-n' helas! que 4Vt{-Vl/tS mon czoir,
Ou que n'aj-jevostre bonheur?
On peut dire que lamagnificence
de Monseigneur le
Dauphin n'est pas seulement
pour ce qui régarde sa Personne.
mais qu'elle se répand
aussisur les autres. Ce Prince
aimant beaucoup la Chasse,
& sur toutcelle du Loup, a
fait present d'un équip1 age
pour cette Chasse à tous les
jeunes Seigneurs qui l'y accompagnent
ordinairement.
Il consiste en un Juste-aucorps
de drap bleu chamarré
d'un gros galon d'or & d'argent,
moucheté de noir &
d'incarnat, & une Veste fort
riche dont le fond est rouge;
des gands à frange d'or; un
chapeau borde d'or avec une
plume blanche ; un couteau
de Chasle
, un ceinturon, &
une houssedecheval.Tourcet
équipage est très-magnifique,
& digne du Prince qui l'a ordonné.
Les habits des Gentilshommes
ordinaires de la Veneric
du Loup sont aussi fort
riches. Le fond est bleu, &la
chamarrure de gros. galons
d'or. Ceux des Piqueurs&du
reste de l'Equipage
,
font
beaux à proportion des autres.
Voicyles noms de tous
ceux qui ont de ces habits
distinguez-pour la Chasse du
Loup. Je vous les envoye sans
que les rangs soient presque
observez.
..Monllcur le Prince de Richemont.
-
M le Comte de Chemeraut.
M d'Albergoti.
M'te Marquis d'Heudicourt.
Grand Louvetier de France.
MrleChevalier d'Heudicourt
son Fils.
M du Mont,Ecuyer ordinaire
du Roy, & de Monseigneur
le Dauphin.
Quandjevousparlay il y
a quelques mois du nombre
& de la beauté desCoureurs
de Monseigneur le Dauphin;
& que jevous dis que jamais
Prince n'en avoit tant eu, je
r/entendois parler que des
chevaux d due & de la derniere
beauté
» ce Prince en
ayant beaucoup d'aurresdont
je n'ay rien dit,quoy qu'ils
puissent passer pour beaux.On
ne peut estre plus magnifique
qu'ill'est naturellement,
ny se plaire davantage à faire
du bien, ny le faire de meilleure
grace-Monsieur de Vandosme
partant il y a quelque
temps pour Anet, ce
Prince luy fit present d'une
somme considerable, mais
d'une maniere si honneste,
qu'on eust dit qu'il estoit
obligé à Monsieur de Vandosme
,
de ce qu'il vouloit
bien la recevoir; il luy
dit que ce n'estoit point un
present
,
mais seulement de
quoy travailler à quelques
embellissemens d'Anet.
Je ne doute point que vous
ne preniez partà la perte que
l'Erat vient de faire en la
personne de Mr de RochechoüartDuc
de Mortemart,
Pair de France, Prince de
Tonnecharcnte, & General
des Galeres. Il n'avait pas
encore vingt-cinq ans, &
s'estoit pourtant acquis dans
cette im portante Charge,
qu'il avoit en survivance de
Mr le Mareschal Duc de
Vivonne son pere, une réputation
qui l'a fait regreter du
Roy, qui estimoit beaucoup
sa personne, & qui par l'éclat
de ses premieres actions jugeoit
des services que le Royaume
en pouvoit attendre. Il
s'estoit trouvé aux deux Expéditions
d'Alger. On ne
peut trop loüer la valeur, la
conduite & l'intrepidité,
qu'il a fait voir dans l'affaire
de Gennes. Il porta la terreur
par tout dans la descente
qu'il sit en l'un de ses Fauxbourgs,
& étonna tellement
les Genois par sa fermeté au
milieudes plus grands dangers
que puisse courir un Capiraine,
qu'on ne peut contribuer
davantage qu'il fit
au succés de cette fameuse
journée. Cet intrepide General
a paru deux fois devant
Cadis en commandant les
Vaisseaux du Roy, & par
cette mesme fermeté qu'on
avoir déja admirée tant de
fois en luy,& par la sagesse
de sa conduite, il déconcerta
tous les denoms des Espagnols,
en sorte qu'ils ne purent
Ce tirer d'affaires que par
une
une prompte soumission aux
ordres qu'il leur portoit d'un
Monarque qui n'entreprend
rien qu'avec justice. Aprés
que le Roy eut fait voir qu'il
estoit touché de la perte de
ce jeune Heros, Sa Majesté
dit beaucoup de chosesà son
avantage, & fit connoistre
qu'il s'estoittoûjours acquitté
des Emplois qui luy avoient
esté confiez, d'une
maniere dont on voyoit peu
d'exemples, & qu'il enavoit
toûjours rendu compte avec
une tres-grande exactitude.
Le Roy joignit à cela de grandes
loüanges. Il suffiroit de
les rapporter icy pour faire
le Panegyrique de ce jeune
Duc; mais tout ce que dit ce
Prince a un tour si agreable
,
& qui exprime si bien ce qu'il
veut dire, qu'on ne peut
l'expliquer sans luy oster
beaucoup de sa force. Enfin
je ne vous fçaurois vanter le
merite de feuM leDuc de
Mortemar
,
& ce qui est tresrare
, & dont on s'étonnera
encore davantage, c'est qu'il
estoit dans une ciSmc generale
à la Cour, àlaVille,&
parmy les Etrangers. Il avoir
épousé une des Filles de feu
M. Colbert, Secretaire& Ministre
d'Etat. On ne peut
trop admirer la conduite de
cette jeune Dame,ny donner
trop de loüanges àla maniere
dont elle a vêcu avec son
Mary pendant tout le cours
de sa maladie, qui a duré
plusieurs mois. Si-tost qu'il
fut morr ,
le Roy envoya
faire compliment à toute sa
Famille par M. Tors, Gentilhomme
ordinaire de sa
Maison; & Monsieur fit
l'honneur aux Dames d'aller
luy-mesme leur rendre visite
sur cette mort. Je devrois
vous parler icy de la Maison
de RocKechoiiartdont cet
illustre Défont eiloit Jirais je
vous en ay entretenue pUificurs
fois, & d'ailleurs elleeft
generalementconnue.J'ajouteray
feulement qu'elle n'est
point de celles quilaissent
douter de beaucoup de choses,
& qui subsistenpar des
visions que la tolerance &
d'autres raisons soûtiennent.
Je vous ay déjà manqué que
M. le Duc de
-
Morcemar
estoitFils deM.leMaréchal
Duc de Vivonne, General
des Galeres, Gouverneur de
Champagne & de Brie, autrefois
Viceroy de Sicile, &
qui a esté long-temps premier
Gentilhomme de la Chambre
de,Sa Majesté. La Paix
estans générale sur Terre a,
près le Traité des Pyrcnées)
Mr de Vivonne qui ne vou-
Joit pas demeurer oisïf, prit
le party de la Mer, où après
plusieurs expéditions
,
& la
rameuse canonnade de Candie
qui emporta tant de
Turcs, il fit des avions dont
tous Icg Ennemis de la France
furent étonnez. Il faudroit
pour bien sçavoir la reputation
que ces aâions luy ont
acquise
)
lire les Lettres, &
les Memoires interceptez par
les Anglois, lesEspagnols &
les Hollandois. Ce Duc
ayant vu qu'il n'y avoit plus
rien à faire sur Mer pour le
service du Roy, chercha à
se signaler sur terre, & fit les
Campagnes de 1667.de 1668.
& celles de 1672. & 1673.
pendant lesquelles il se trouva
à tout ce qu'on fit de plus éclarant.
La gloire qu'il s'y
acquit le fit nommer Viceroy
de Sicile, & il fit dans
ce Royaume-là des choses
que la posterité aura peine à
croire, si elle examine le peu
de Troupes qu'il avoir, mais
sa valeur & l'ardeur de son
zele pour le Roy le conduisoient,
& il n'y arien qu'on
ne puisseexecuter avec de
semblables guides. Je vous
diray icy une c hose qui merire
une grande reflexiony
c'rfi: que foit sur Terre, foie
sur Mer, il ne s'est fait aucune
Campagne où M' de
Vivonne ne le soit trouvé
depuis que l'âge luy a permis
de supporter les fatigues de
la Guerre, & que toutes les
fois qu'il a pû s'en exempter
il a cherché le peril où ses
emplois ne l'appelloient pas.
Si on cherche de pareils
exemples, on en trouvera
fort peu. Il ne faut pas s'étonner
il M le Duc de MortcoearestantFils
d'un tel Perc)
paroissoit un Capitaine con
1 d /\, sommé dans un,âge ou peu
d'autres ont commencé leur
premiere Campagne.
Les Pauvres ont fait une
grande perte en la personne
de Messire François Gendron,
Abbé de Nostre-Dame de
Mezieres, qui mourut à Orleans
au commencement de
ce mois. Il avoit la connoissance
de plusieurs remedes
?
que sa charité luyfaisoit employer
gratuitement au secours
de ceux qui estoient
dansl'indigence. Le Roy le
fit venir à la Cour pendant
la maladie de la feue Reyne
Mere,jdemeuralongtemps.
Sa Majesté ayant esté
satisfaite de fe{èrvices))enre.-
compensa par leBenefice qu'il
possedoit lors qu'il est mort.
Nous avons perduicy dans
le mesme tempsMessire Charles
de Faucon Seigneur de
Charleval. C'estoit un homme
d'ucn fo?rt grand mérité, &qui joignoit à une dclicatessed'esprit
admirable [OU
tes les lumieres qui peuvent
donner le vray goust des
bonnes choses. Ilestoit Oncle
de Mrde Faucon de Rispremier
President au Parlement
de Normandie, & quoy qu'il
foit mort dans un âge fort
avancé, tout le monde demeure
d'accord qu'il en mort
trop tost. Vous trouverez la
peinture de Ton esprit dans
l'Epitaphe que vous allez lire.
Cy gist qui n'eutjamais d'égal
EII don deplaire
, en politesse
> Dont l'esprit estoit un Canal
D'où couloit ladélicatesse;
J>)uisur les rives du Permesse
N'avoit qu'Apollon pour Rival,
Et dont la mort fait perdre aux
Mttfes bien du lustre.
Tu demandes, Passant,le nom de cet
Illustre,
Ne vois-tupas qu'il faut que cesoit
Charleval ?
Ce Madrigal est de Mr
Petit de Rouen, Autheur des
Dialogues Satyriques & Moraux,
dont le sieur Guerout
commence à debitet le second
Volume. l'ay leu avec
beaucoup de plaisir le Dialogue
que je vous ay mande
qui vous plairoit
, parce
qu'il regarde des personnes
quevousestimez. C'esttout
ce que j'enpavois alors. Il
est entre le Public & l'Academie
Françoise, Z-c contient
sans aucune injure, & d'une
maniéré fort bonneste,toutes
les raisonsqui ont empesché
jusquesàpresentM de l'Academie
de Jonner leur Dictionnaire
au Public, contre
ce que Mrl'Abbé de Furetiere
en a dit dans les Facrums.
L'autheur paroist bien
instruit de la verité du fait,
& justifie la lenteur de ce travail,
par le témoignage mesme
de feu M Colbert, qui
estant venu prendre sa place
dans la Compagnie, ensortit
fpoorstsipbelersuadé qu'il estoit imd'aller
plus viste, à
cause du grand examen qu'on
est obligé de faire sur chaque
mot. Il fait connoistre qu'on
n'aproprement commencé à
s'apliquer de la bonne forte
à cet ouvrage, quedepuis
que ce grand Ministre y a eu
attention, & raporte ce qui
s'est passé chez M le premier
President,lors qu'on y a convaincu
Mr l'Abbé dp Furetiere
d'avoir toujours cherché
à s'approprier ce qui
appartenoitvéritablement au
Dictionnaire de l'Academie.
Outre ce Dialogue qui répond
à la pluspart des Ob,
jections de cet Abbé, il yen
a neuf autres
-
dans cette fseconde
partie de Mr Petit?
dont je vais vous expliquer le
sujet,
I. DiaL Que l'Usage est
une chose pernicieuse,, si on
ne le soumet à la raison, &
qu'il n'yen a aucune assez
forte pour autoriser le luxe.
II. Que l'Epée doit estre
preferée à la Robe.
III. Que bien que l'or soit
en proye aux larrons, il ne
laisse pas d'estre le plus à
craindre & le plus grand de
tous les larrons.
IV. Que la reputation d'une
belle Prude aupres de qui un
seul homme se rend assidu,
ne court pas moins de risque
que celle d'une Coquette environnée
d'une foule d'Adorateurs.
V. Qu'un Directeur qui
ne donne son temps qu'aux
Dames de qualité, [ange
moins à travailler pour la
gloire de Dieu que pour la
sienne.
VI. Que tout Auteur qui
donne ses Ouvrages au public,
doit se préparer sans
chagrin aux attaques de la
Critique.
VII Que les Auteurs anciens
doivent estre preferez
auxmodernes, & particulièrement
Homere; & mesme
que peu des modernes auront
l'avantage de vieillir, & d'être
du nombre de l'élite des
Anciens qui sont toujours
jeunes,& a la tnode i -
VIII. Queles sciencescurieuses,
quelque hautes qu'el
-
les soient,ne valent pas la
peine qu'on se donne pour
les acquérir; qu'elles accablent
l'esprit, & ruinent le
corps, & que la plus belle &
laplusfeure de toutes) & qui
nous,apprend à vivre tranquillement)
se puise dans le
Livre du bon sens) qui vaut
incomparablement mieux
que
,,
tous les Livres eniemble
des plus grandes Bibliothèques.
IX. Que pour faire une
grande fortune, il faut s'accommoder
aux fausses maximes
du Siecle, dont la premiere
&la principale cft de
secoüer le joug de la conftience
Se de la raison.
Je ne sçay,Madamc,Ci envous
parlant de la mort de M. le
Marquis de Feuquieres, Ambassadeur
en Espagne, jevous
ay marquéqu'il étoitConseiller
d'Etat d'épée. Le Roya
donné sa place à M. le Comte
dela Vauguion, qui a paru
avec beaucoup d'éclat dans
plusieurs Ambassades. Ainsi.
on peut dire que ce choix est
judicieux&juste, puis qu'il
récompense un homme qui a
fcrvy, &qui a fait beaucoup
de dépense pour soutenir la
dignité de son caractere.Il n'y
a que trois Conseillers d'Etat
d'Epée,& autant d'Eglise.
Il vaque par la mort de M.
sa mort.Il avoit épousé Mademoiselle
deVillemere.,Fllle
d'honneurde Madame.
Comme Madame la Dauphine
aime beaucoup laMusique,
qu'elle s'y connoist
parfaitement, qu'elle a la
voix belle, &: qu'elle chante
mesme en partie,chacuns'empresse
à travailler pour la divertir.
C'est ce qui est cause
qu'il y a eu souventàVersailles
de petits concerts en forme
d'Opéra,sans habits & sans
theatre. Les deux derniers
dont la Cour a eu le divertissement
,
sont deM. Moreau.&
de, M. Matho. Ils ont
paru tous deuxfortagreables,
& on ya trouvé de fort belles
choses. Vous devez estre persuadéeque
M, Matho est treshabite,
puis qu'il a estéchoisi
pour montrer à chanter à
cette Princesse.
Je ne vous feray point le
détail des occupations du
Roy pendant la Semainefainte.
Quoy que l'Office foit
tres-long en ce temps-là, ce
Prince a assisté generalement
presque àtoutes les fonctions
de l'Eglise, &' a entendu le
Sermon de la Passi,On)du Pere
Soanen quiapresché pendant
tout le Caresme à Versailles.
Sa Majesté en fut si contente,
qu'Elle dit tout haut,qu'Elle
rvenoit d'entendre unbeau Sermon.
Ce Prince toucha le Samedy
Saint prés de treize
cens Malades, & certe fatigue
ne l'empefcha point de vaquer
à tout l'Office du jour, Ilfitplus,&comme il tient
tous les jours des Conseils
pour le bien de l'Etat, &
qu'ayant faitses devotions ce
jour là, il ne vouloit parler
que d'affaires de pieté
?
il tint
conseil de confciencepour la
distribution des Benefices, &
trouva par là le moyen de ne
laisser passer aucun jour sans
travailler pour ses Sujets.Voicy
les noms de ceux à qui les
Benefices vacans ont esté
donnez.
A M.l'Abbé Phelypeaux,
Agent général du Clergé,
l'Abbaye de Bourgmoyen,
Ordre de S. Augustin, Diocese
de Chartres. Il est Parent
de M. l' Archevesque de
Bourges&; de M.de Chateaunneeuuff,,
SSeeccrreettaaiirreedd'E'Ft-atati..JJee ne
vous dis rien de sa Personne;
on ne peut meriter d'estre
Agent général duClergésans
avoir des qualitez qui rendent
recommandables ceux
qui sontpourveus decetEmploy.
A M. l'Abbé Dacjuin,
Frere de M. Daquin, premier
Medecin duRoy; l'Abbaye
de S. Laurent, Ordre de Saint
Augustin. Il est depuis plusieurs
années Chanoine de
S. Thomas du Louvre,& a
toujours remply les fonctions
de son Canonicat avec beaucoup
d'assiduité, & d'une
maniéré à servir d'exemple.
AM.l'Evesque d'Oleron,
l'Abbaye
l'Abbaye du Luc, Ordre de S.
Benoist, Dioccfe d'Oleron.
A M. l'Abbé Charlan,
l'Abbaye de S. PauldeSens,
Ordre de Premonstré.
A M. l'Abbé Rabreüil,
Grand-Vicaire de M7PEvefque
dePoitiers, l'Abbaye de
ValenceOrdre de Cisteaux,de
ce mesme Diocese. Il a travaillé
aux Conversions avec
beaucoup de succés, & a receu
de grands applaudissemens en
Poitou dans tout le temps
qu'il y a presché.
A M. l'AbbéLegier, l'Ab-
—
baye de Caignotec*s, Ordre
de Cisteaux, Diocesed'Aix.
AMr l'EvesquedeCha-
Ions sur Saone,l'Abaye de
Maizieres.Ordre de Cisteaux,
de son mesme Diocese. Il est
frere de M. Felix, Premier
Chirurgien de sa Majesté. le
vous ay souvent parlé de luy,
quand j'ay commencé à vous
ecrire. Il remet au Roy sa
Tresorerie de la Sainte Chapelle
de Vincennes, & a toutes
les qualitez necessaires
pour remplir les devoirs du
grand Porte qu'il occupe.
A Mr l'Abbé Bidal,l'Abbaye
de laVieuville; Ordre
de Cisteaux, Diocese de Dol.
Il est frcre de M. le Baron
d'Hasfeld, qui foit à l'Armée,
foit dans les Négociationsert
sa Majesté avec beaucoup de
valeur & d'esprit. Le choix de
ce grand Monarque prouve
le merite de ceux dont je ne
vous ay rien dit de particulier
; le temps m'a manqué
pour m'en instruire.
L'Abaye de Chelles, Ordre
de Saint Benoist, Diocese de
Paris, aesté donnéeàMadame
de Coffé, de la Maison
de Brissac. Elle est Professe
de cette Abbaye, & en avoit
déja esté Abbesse. Le mesme
jour le Roy donna plusieurs
Canonicats, & M.
le Guay, Sacristain de Saint
Thomas du Louvre, en eut
un d'une maniere qui a quelque
chose desingulier. Il alla
trouver le Pere de la Chaise,
& luy dit qu'il venoit luyapporter
un Placet pour le Roy,
sans avoir ny parens ny amis,
ny fcrvices qui parlassent
pour luy à sa Majesté, autres
que ceux qu'il avoit rendus
depuis
plusieurs
années à l'E..
glise en qualité de Sacristain
de Saint Thomas du Louvre;
qu'il y avoit un Canonicat
vacant, & que comme les
Chanoines témoignoientétre
satisfaits de sa conduite, il
prenoit la liberté de le de
mander ; que ce qui luy faisoit
avoir cette hardiesse étoit
parce qu'il sçavoit que le
Pere de la Chaise n'écoutoit
pas moins favorablement,
ceux qui n'avoient point de
recommandations auprès de
luy,que ceux qui luy faisoient
faire de grandes sollicitations.
Le Pere de la Chaise receut
son Placet, en luy disant
qu'il en parleroit au Roy, &
qu'ilcroyoit que Sa Majesté
feroit quelque chose pour
luy
?
puis qu'il estoit juste
que ceux qui servoient l'Eglise,
fussent recompensez par
l'Eglise. Ilaeu le Canonicat,
ce qui fait voir que ce Prince
a plus d'égard au mé0rité
qu'aux recommandations,&
que ceux qui font chargez
des affaires de Sa Majesté, ne
négligent pas de luy parler
de ce lles qui ne leur
font point recommandées.
Tandis que je fuis sur les
Benefices ., vous ne ferez pas
fachée d'apprendre que M;
trouver place, quoy qu'ils se
fussent préparez à entendre
de belles choses, ce qui
fit dire à tous ses Diocezains
qu'ils estoient bien obligez
au Roy de leur avoir donné
un Evesque d'un si grand merite.
Avant qu'il montast en
Chaire, il fit paroistre une
humilité digne d'estre remarquée.
Le Doyen du Chapitre
estant allé le prendreau Palais
Episcopal pour luy faire
honneur, & le conduire à
l'Eglise
,
il voulut que ce
Doyen luy donnast la Bene,
diiQnJ quoy que le Chapitre
luy eust fait dire qu'il pouvoit
prescher sans la recevoir.
, Pendant que le Roy donnoit
dans un temps si saint
des exemples de pieté àtoute
sa Cotir,NIonfi-lur en donnon:
ai lleeurs,ce Prince ayant
voulu assister aux premiers
Offices celebrez par les Missionnaires
qu'il a établis pour
desservir la Chapelle de sa
delicieuse Maison de Saint
Cloud. C'est un établissement
digne, non feulement
d'un grand Prince) mais aussi
d'un Prince pieux, puis
qu'ayant ses Aumôniers il
luy est entièrement iuutile, &
qu'il ne le fait que pour les
Officiers de (à Maison. C'est
ce qui luy a fait choisir des
Mi ffionnaires
)
la modestie
& la sainte severité de tous
ceux de ce Corps, estant
une édification quinepeut
produire qu'un grand bien.
Je vous ay parlé du grand
établissement que sitle Roy
il y a quelques années
,
des
mesmes Missionnaires pour
sa ChapelledeVersailles.
Celle du Roy d' Angleterre
à Londres, est aufit deisser
vie par des Millionnaires.
Le jour de Pasques, Monsieur
entendit le Sermon
du Pere Bourdalouë qui
a presché tout le Carefine
à Saint Eustache avec une si
grande affluence de monde,
& des applaudissemens si extraordinaires
,
qu'il eH diffi"
cile que jamais Predicateur
en ait davantage.
J'oubliay à vous dire le
mois passé que Mademoiselle
avoir rcceu le Sacrement de
Confirmation avec une ferveur
& une pieté exemplaire.
M.FEvesque du Mans,premier
Aumônier de Moniteur,
Juy administra ce Sacrement,
en presence de Monsieur le
Duc de Chartres, quis'estoit
rendu au Valde-Grace où
cette cenmonie fut faite.
M. l'Abbé de la Rocque y
prescha sur ce sujet d'une
maniéré qui satisfit beaucoup
son Auditoire) & la ceremonie
se termina par un Salut.
Ilme reste à vous apprendre,
avant que de finir un Article
si remplyd'actions de pieté
que M. l'Abbé de Lorraine
a ajoûtédepuis peu deux
grands titres à sa naissance;
l'un est de Docteur de Sorbonne,
& l'autre de Prestre.
Joignez le mérité & l'esprit
à tout cela, & vous tomberez
d'accord que c'est dequoy aller
aussî loin qu'aucun Prince
de la Maison de Lorraine ait
jamais fait dansl'Eglise.
La premiere des deux Enigmes
du mois passé avoit
pour vray sens laPlante des
Pieds. Ceux qui l'ont trouvé
sont Mrl deVoulges:Royer :
Racier: Perschaye de la rue
de la Harpe:Trublet de Saint
Malo:Mesdemoiselles Mou-
Se & Potin: Lambert de 51
Malo:Cabeuüil & Edme de
la rue S. Denis : de Voulges
& Royer: le Chevalier des
Maronniers de la rue de l'Arbre
mort: le Marquis de
Fresquiere-: le plus petit des
Pages du Roy de la rue des
deux Ecus:le Gentilhomme
imaginaire du quartier de
l'Université
: l'Amy de l'Epinay
Buret:l' Amant fidelle
de la petite Janneton de la
rue S. Jacques : 1 Historien
du Vivient; le Directeur du
Palais de Venus de la rue de
l'Arbre- sec:Jean Larrivé de
Caën : l'Aspirant à la gloire,
de la rue de laBelle Croix
d'Argentan:le Coeur volant
de Belles en Belles) de la ruë
des Noyers;Pellerin:Truocnarab
retourne: l'inconstante
Manon de la rue des vieilles
Etuves: l'aimable Manon de
la Porte S. Martin: Marton
l'Amoureuse de la rue des
Prescheurs : la Veuve sans pareille
de la rue Boudebrie:
l'indifferente Veuve aux yeux
bleusde la rue de la Cerisaye:
l'amoureux Fanchon & sa
tendre Fanchonette : les deux
aimables Soeurs de la Porte
de Bussy
) & la Bamboche de
la rue S. Germain.
La seconde estoit sur le Canevas,
& ce mot a estétrouvé
par l'Amant sincere de l'adorable
Margoton de la rue
de l'lndifference: Laurent
la Savonete du Pont S. Michel
: Mon Bon & sa grosse
femme: la Belle du Fauxbourg
S. Marceau à l'Anagrame)
On t'aime hier: la grosse
Mere & sa bonne Fille, de
la rue du Four.
Ceux qui ont expliqué l'une
& l'autre dans leur vray
sens, sont Mele Barond'Olieres
,Seneschal de Sisteron:
l'AbbéViette : le Chevalier
de S.Romain:l'AbbéSéjourneProvinois
: le Marquis de
Vivien; Harfon de S. Malo: deVilledieude la Place
Royale :Julien le Roy Secrétaire
de M.le Commissaire
de la Marine de S. Malo:de
Solle l'aisné : du Four de
Boosde Rouen:Meriel Maître
'à chanter à Caën : le
Chevalier D. L. T. Digeon
de la Fontaine des Blancs-
Manteaux:Lourdet : Couldreau
>
- PensïonnaireauCol- lege de l'Abbaye de Tiron
Gautier delàruë Poupée:l'Epinay
Buret de Vitre:le Roy
du Griffon d'or: le Colonel
Privernas : Moreld'Apremont:
Mesdemoiselles Loüise
Lucie de Surinam) de Châtillon
enBazois:deCressonville
de la vieille rue du Temple
: la jeune Mariane de
Montmejan, du Port Sainte
Marie sur la Riviere de Garonne
: de Champ-Renaud
dOrleans: le Capitaine des
Autruches de la rue S. Jacques
: l'Amant trop conilant
dela trop austere Georgette
deS, Malo: le procheVoisin
de la nouvelle Place Royale
de Poitiers: les deux Vivans
de Loches de la Porte de
Beauvais d'Amiens: Firmini
dela rue de Gesvres : lenouveau
débarqué de la ruë S.
Jacques: C Avocat Pilare de
a ruë de la Bouderie:l'Abbé
de la Hure, Amant delà petite
Blonde d'Egypte de là.
Montagne Sainte Geneviève
le Solitaire de la rue des Morfondus
: Ellodad Sivol; le
petit Trente-deux: l'Homme
armé de la rue des Blancs-
Manteaux: Valantin Machoud>
Directeur de l'Academie-
du galand Coufiriage:,
la Crefpiniere de Bourlehou
prés Quimper : le Phrigien à
l'Anagramme, Un tendre amourva
plus loin qu'on nepense:
l'infortuné Çharl et de la
Roche- Bernard en Bretagne:
le Voisinde la siere Brune de
la Porte Paris: le Voisin de
l'Arche de Noé du mesme
lieu; Colin la poule blanche
& Loüson son Amie:l'aimable
Jean de Bonne-foy de la
rue du Moutoii- l'aimable
Lanrus de Morlaix: la Belle
au Coffre de la rue des Morfondus
: la Brune claire malade,
de la rueNeuve S. Augustin
: la jeune Maistresse
d'Academie de la rue du
Mouton:la Societa Italiana:
délia strada Simoneilfranco:
laDame Franco-Bataveàl'Anagramme
,
Pure image de
vertu: Diane de la Forest d'Alcleon
: les deux Soeurs du
Port S. Landry: Claudine des
Goelles,Protectricedel'Academie
du galant Cousinage
:
l'aisnée des Voisines du
Temple de Compiegne : la
petite Soeur Thoinon de la
rue Tirechape : la charmante
Solitaire: la belle Clarice de
la rue du Temple,la charmante
de l'Hostel de Soif
sons : l'incomparable Brune
C. G.&sonTircis de Villefranche
en Beaujolois;la Spirituelle
de la rueBaillet: l'Amant
passionné de la belle
Fanchon:le Drôlle aux belles
dents: la plus aimable Person-
1 ne de la rue S. Louis du Marais
: la nouvelle Apoticaire
de la rue de l'Arbre-sec
, &
Jeanne Françoise Poudrous
variante de la mesme rue.
Je vous envoye deux Enigmes
nouvelles. La premiere
eil du mesme Autheur
que celle duCanevas. C'est uiL
Abbé d'une Famille toute
pleined'esprit.
ENIGME.
MA
Figure ejl assiz, bigarre,
Vn des bouts demon corps est étroit
&pointu,
L'autre estdouble &plus étendu.
Pour m'employerilfaut que l'on
Jepare,
Et qu'on rejoigne deux anneaux.
Mon corps tient le milieu de ceJ bouts
inegaux ; Il elcreux, échancre par devant,
par derriere.
le dois mon estre à la lumicre
, Etcependant je ne sers que la
nuit;
jf qui veut sien passer bien souvent
il en cuit,
Et seservant de moy si l'on fait le
contraire
De ce que l'onpretendoitfaire,
Onse met en COllroux, & d'autres
fois on rit;
Celuy qui commetcettefaute
f/Edn a toujours quelquedépit. j'ayservy
, mon corps en
dedans se noircit,
Mais c'est une noirceur que sans
peine l'on m'oste.
AUTRE ENIGME. DAns les vasses climats où j'ay
mon origine.
Chacun tjl,'me mon pouvoir;
Parmy les plaisirs je domine,
Et tout le monde aime à me voir.
le
Mais helas! admirez, malgré ma
renommée
L'étrange malheur quimefuit fay beau faire du bien , , ma vertu
n'estaimée
-
J^tu'àmesurequ'on medétruit.
Je me suis xtrompe Madame,
dans maLettre de Février, lors
qu'en vous parlant du mariage
de M.le MarquisduRoure
avec Mademoilelle de la Force
, je vous ay mandé que ce
Marquis estoit d'uneMaison
d'Italie. La Maison du Roure
est originaire de Languedoc
dans le Gevaudan. Il estvray
qu'ayant donné un Souverain
Pontife à l'Eglise il y a quatre
cens ans sous le nomd'Urdain
V. ce Papemaria, & établit
richement en Italie l'un
de ses Neveux, qui estoit Cadet
de sa Maison, & c'est
de la que font venues des
branches fort considerables
en biens & en dignitez ,
qui
ont donné deux autres Souverains
Pontifes au Siege de
Rome, Jules II. & S~xteIV.
Laplus élevée de ces branches
a cité celle des Ducs d'Urbin,
dont l'Heritiereest Madame
la Grande Duchesse de Toscane
, Mere de Monsieur le
Grand Duc d'aujourd'huy.
Le Pere d'Urbain V. qui
estoit Baron du-Roure, de
Grizac, & de plusieurs autres
Places, estant encore vivant
lors que son Fils fut
élevé au Pontificat, obtint
du Roy Jeanunaffranchissement
general de toutes Tailles,
Subsides»Contributions
de gens de Guerre, en faveur
de ses vaaàux,& généralement
de tous ceux quirelevoient
de ses Terres, qui font
encore toutes possedées par
M. le Comte du Roure
,
&
font quatorze grandes Paroisses
en Languedoc
,
où ce
mesme privilegea toûjours
lieu. Le Roy ayant approuvé
le mariage de M.le Marquis
du Roure son Fils, l'accompagna
de grâces extraordinaires
,en donnant à Mademoiselle
de la Force des fommes
& desPensions considerables,
& à ce jeune Marquis
la survivance de la Lieutenance
generale en Languedoc,
.& duGouvernement de la
Ville & Citadelle du Pont
S,Esprit,que possede M. le
Comte duRoure son Pere.
CCeessCChhaarrggeess,dd-oonntt les Seigneurs
de cette Maison joüissent
depuis long- temps, sont
une marque des services importans
qu'ils ont toûjours
rendus à l'Etat. Aussi ont-ils
estésouvent honorez du
Collier des Ordres de nos
Rois.
Lesnouvelles publiques
vous ont appris la mort du
Doge de Venise
,
j'ay beaucoup
àvous dire sur cequi
regarde cettte Dignité; mais
commeil faut du temps pour
assembler tant de choses curieuses,
je les remets jusqu'au
mois prochain.
Je croyais vous parler des Modes
nouvelles
,
mais la Soifon n'ay int
pas encore donné lieu de quitter les
habits d' Hiver, je ne vous en entretiendray
que dans ma-Lettre de
May.
Le Roy a eu quelques accés de
fiévre ; comme ce n' ,Cftoit que
l'effet d'un Rhumatisme
,
& qu'ils
n'esroient causez que par accident,
cqte-fitvre n'a point eu de suite,
& Je mal a tfté bien-tost surmonté
par le bon tempérament de Sa
"Majeitc
, & par son travail, ce
Prince n'ayant point ceilé de s'appliquer
aux affaires de 1Btai.
Monsieur a eu aussi quelques
accès de fièvre
,
mais plus violens.
Cependantla fiévre l'a quitte.Monseigneur
l'est venu voir à Paris où
- ce Prince estoit malade, & leRoy
a souvent envoyé sçavoir des nouvelles
de sa santé.Je suis, Madame,
Vostre*Sic.
Pariscego.IvrilidgS.
LE LIBRAIRE
au Lecteur.
LELecteur trouvera uneféconde
partiejointea ceV.
fume, intitulée, Histoirede
Mahomet IV, dépossedé,où
l'on voit beaucoup de choses
concernant l'Empire Othoman,
avec le Portrait des inclinations
du Sultan déposé,
son Horoscope; les descriptions
de toutes les Revoltes
des Janissaires fous vingttrois
Empereurs Turcs; tout
ce qui s'est passé deplus particulier
la Porte pour déposer
MahometIV. &élever
Soliman Ifik sur leTrône;
une exactedescription deson
Couronnement; la continuationdes
Troubles depuis cette
Ceremonie, avec plusieurs
autres choses curieuses.Ilest
resté tant de choses à l'Auteur
touchant les Mouvemens arriecK
à Constantinople, qu'il en
donnera encore un second Volulume
au Public, qui servira de
Jeconde partie au Mercure prochain
J quiferaceluy deJuin,
& que je nesepamrayboint,non
plus 'qUf' celuy-cy. Quoy qu'il
ait la pluspart des Relations qui
ont fté envoyées de Constanti- *nople
, comme il pjjfit néanmoins
luj-en manquer encore quelquesunes,
je rCCi''1Jr¿1:Y
pour-
!t Vtnf!
{.'? s unes>jerecevraypourIrymutes
cellesqu'on-adai.'er
,
Cle /-'i-i-nic feraobligé à ceux
qui
enenvojeront,puis
que cela
donnera lieu de faire un corps
plus parfait de [,Histoire de cette
grande Rébellion. Les Relations
les plus steriles peuvent fournir
quelques lignes qui ne se trouvent
pas dans les plus exaéles.
L'Auteur en a souvent fait l'épreuve
, ayant trouvé des circonstances
nouvelles dans trente Relationsd'unemesmeaffair.
Ainsi
ceux qui en ont,font priez d'tn
envoyer, quand mesmeils ne les
1 croiroient pas considerables en
comparaisondecelles qui leurpavoissent
plus amples, Cquicourent
dans lemonde.
I
Eplfire en Vers au Roy. 9
Cercmsaks obfcrvces aux Mariages
faits en Pologne. IÓ
Lettre curieufc touchant la découverte
de plusieurs Médailles ariti-
• ques.. 24
rersssir le départ de M. le Comte&
de Madame la Comtesse deMontaigu
, après avoir fait un long
sejour en Bourgogne. 46
OpérationfingulÙre.J3
Prix de tArtjtlchuflproposf à .ci».,.
dqeuinte Villes différentes par Mrs
l!plaitVhillead'1Au4tunm. e.JIs6
Morts. lop
Lettrede M. de Comiers
,
touchant
la Conduite, & Elevation des
Eaux, df tout ce qui concerne les
lets d'eau. 115
Mariage d'un Prince avec la Fille
d'un Marchand. 171
EJlàJ de Pastorale pour un Concert.
177
Teflament de Mademoiselle de Guise.
187
Histoire. 2ss
Parfaite connoissance des Fleurs. 276
Madrigal. 279
Noms des vingt-six Seigneurs de la
Cour à qui Monseigneur a fait
present d'un magnifique équipage
de Chasse. 280
Autre libéralitéde Monseigneur le
Dauphin. 2$j
Hort de }I.le Ducde Mortemar. 286
Mort de M. Gendroil.- 296
Mort de M. de charleval. 29j
Sujets des Dialogues de lA séconde
Partie des Dialogues SatyriquesC
Moraux. sot
Benefices donnez par le Roy. 311
Action de Sa Majesté touchant cette
distribution
,
digne d'estre remarquée.
316
Sermon preschépar M. l'Abbé deBrou
nommé a l'Evifché d'Amiens. 31S
Etahliftcmcnt des Missionnaires ¡:it
parMonsieur pour desservir la
Chapelle du Chasteau de s. cloud,
avec les dévotions de ce Prince
pendant la Semaine Sainte. 321
M*d'moi(l'Ilerecot le Sacrement de
Coafirm tion aux Religieuses du
Vat-de Grace. 323
M. l'Abbé de Lorraineestreceu Docteur
de Sorbonne, & dit sa premiere
MeJfl. 324
- Noms de ceux qui ont explique les Enigmes.3'2^-'
Enigmes mutuelles* JJf
MaisonduRoure*m33s
RMetouordenlafsatnetéduuRro.y&.de 343
CAÏ.l^UGÏEDESL£PRES
-
nouveauxqui fèdébitentvkçT^le
Sieur <3uerout , Court-neuve du
Palais.
SEconde partie des Dialogues Satyriques
& Moraux,nouvellement
ipr¡mée I. ~1v.io.1.
Premiere Partie des mesmes Dialogues.
1.1.Io. f.
Le Secretaire Turc. I. l. io. f.
LeMary Jaloux. I. l.10. s.
L'Estat present de la Puissance
Othomane,avec les Causes de son
Accroissement,& celles de sa Décadence
,-' -
1.1. io. s.
;' Chevalerieancienne&moderne,avec
la maniere de faire la preuve pourtous
les Ordres de Chevalerie 1. l. JO. f.
Poësies Pastorales de M. de Fontenelle,
avec un Traité dela Naturedel'Eglogue
, & une Digression
sur les Anciens & les Modernes. I.
liv. io; f.
Le Chevalier à la Mode, Comedie.
1. 1. 10. s.
La Désolation des Joüeuses, Comedie.
15. f.
Entretiens sur la pluralité des Mondes,
de M. de Fontenelle, augmentez
en plusieurs endroits, avec un sixiéme
Soir qui n'a point encore parq ,
contenant les dernieresdécouvertes
qui ont esté faites dans le Ciel.
1. l.10. s.
Réflexions sur l'Acide & sur l'Al-
Kali. T. liv.10. f.
L'Art de laver, ou nouvelle maniere
de peindre sur le Papier, suivant le coloris
des Desseins qu'on envoye à la
Cour, par M. Gautier de Nismes
TraitédésFortifications enrichy de
23 Figures,contenant la Démonstration
& l'E xamen de tout ce qui regarde
l'Art de fortifier les Places tant regulieres,
qu'irregulieres
,
suivant ce
qui se pratique aujourd'huy
,
le tout
d'une maniere abregée, & fort aisée
pour l'instruction de la Jeunesse. 1.
liv. 10. f.
Essais de Morale &: de Politique,
où il est traité des Devoirs de 1 Homme
confideré comme particulier, &
comme vivant en Societé. 2. vol. 2. l.
Le Cours du Danube & des Rivieres
quis'y déchargent, où se trouvent
les Frontières des Empires d'Allemagne
& de Turquie.
Histoire des Troubles de Hongrie,
contenant tout ce qui s'y est pasté de
remarquable jusqu'à la fin de l'année
1686. 5. vol. in douze. 7. 1. 10. f.
Dialogues des Morts. 2. vol, indouze.
3.l.
Histoires des Oracles. 1. liv.10f.
Lettres galantes deM. le C hevalierd'Her.
2.vol. ;.l.
LesMalheurs de l'Amour, ouEleonord'Yvrée.
1. l.10. f
Ambajifades de Mons. le Comte de
Guilleragues, & de M. Girardin, auprès
du Grand Seigneur,avec plusieurs
Pieces curieuses, tiréesdes Mémoires
detousles Ambassadeurs de France à
laPorte,&c. 1.l.10. f.
Academie galante. 2. vol. 3. liv.
",La Duchssed'Estramene. 2. vol.iJ.
Le Napolitain. 1. 1.
Sentimens sur les Lettres & sur
l'Histoire
, avec des Scrupules sur le
Stile. 1.l.10. f.
Caracteresdel'Amour. 1. 1. 10. f.
Le Grand Visir Cara Mustapha.
1.l.10.f.
L'Illustre Genoise.1.l. 10. f.
Le Seraskier. i.l.lo.-f-
Relation du Mariage de Mademoiselle
avec le Roy d'Espagne. 1. 1.10.f.
Relation du Mariage de Monsieur
lle Prince deContyavec Mademoiselle
de Biais.. 1.l. io-f
Relation du Mariage de Monseigneur
le Dauphin
, avec la Princesse
Anne -
vieCrhreesti.en1ne-V.ic1toire0de.Ba- f.
.,¡ Journaldu Voyage du Roy à Luxembourg
,
contenant la description
des Places de la haute & balle A lsace,
&decelles de la Province de la Sare
& de Luxembourg. 1. liv. 10. f.
Deffaites des Armées Ottomanes
parles Armées Chrestiennes en Hongrie,
& dans la Morée, avec la prise
de plusieursPlaces sur lesinfidelles.i.l.
Voyage du Chevalier Chardin en
Perse & aux Indes Orientales par 13..
Mernoire& par la Colchide,enrichy
de dix-huit
grandes
Figures. 2. vol. m
douze. 4. 1. 10. f.
Observations de M. Spon sur les
Fiévres &les Febrifuges. 1. l.
L'Arioste moderne. 4. v. in douze.
6.1.
VDiescorusrs .Satyriques& Moraux en 1.1.
Fablesnouvelles. 1. 1.
Epistres en Vers de M. Sabatier
de l'Academie Royale d'Arles. r.1.
Jugement de Plutonsur les Dialogues
des Morts. 1.l. io. f.
RelationduVoyagedu Royen Flandre
en 1680. 1.l.10.f.
La Negociation du Mariage de
Monsieur le Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal. 1.l.10.f.
Relation duSiegedeVienne, 1.l.10f.
Relation de ce qui s'estpasséà Genes.
1.l. 10.f.
Relation du Siege de Luxembourg
1.l.10.f.
Ambassade de Siam en France, di.
visée en 4. vol. 6. liv-
Le premier Volume 4 pour titre.
Voyage des Ambassadeurs de Siam
en Fra3nce, contenant la reception
quileuraesté faite dans les Villeoù
ils ont passé; leur entrée à Paris; les
cérémonies observées dans l'Audience
qu'ils ont eue du Roy & de la Maison
Royale; les Complimens qu'ils
ont faits, la description des lieux où ils
ontesté ; & cequ'ils ontditde remarquable
sur tout ce qu'ils ontveu.
Lesecond Volumea pour titre.
Suite du Voyage des Ambassadeurs
de Siam en France, contenant ce qui
s'est passé à l'Audience de Madame la
Dauphine, des Princesses du Sang,
& de Messieurs de Croissy & deSegnelay
, avec une decription exacte des
Chasteaux, appartemens, Jardins &
FontainesdeVersailles, S. Germain,
Marly & Clagny
,
de la Machine de
Marly, des invalides, de l'Observatoire
,
de S. Cyr
, & de ce que les
Ambassadeurs ont veu dans tons les
autres lieux où ils ont esté depuis la
premiere relation, à quoy l'on joint le
discours qu'ils ont fait au Roy.
Le troisiéme volume apour titre.
Troisiéme partie des Ambassadeurs
de Siam en France, contenant la suite
de la descriptiondeVersailles
,
celle
des chevaux quisontdans les deux
Ecuries du Roy; ce qui s'est parte
dans les visites qui leur ont esté
rendues; les expériences dela pesanteurde
l'air faites devanteux; la description
des Galeries de Sceaux
,
&
les receptions avec toutes les harangues
qu'on leur a faites dans toutes
les Villes deFlandre.
Le quatrièmeVolume à pour titre.
Quatrième & derniere partie du
Voyage des Ambassadeurs deSiam en
France, contenant la fuite de leur
Voyage de Flandre, depuis Valencienne
jusqu'à Paris; la description
des Villes où ils ont passé, & les harangues
de tous les Corps, ce qu'ils
ont vcu à Paris depuis leur retour,
avec une description de tous les lieux
où ils ont esté, & dela Feste donnée
par Monsieurà S. Cioud
,
leur Voyage
à Versailles
,
leur Audience de'
Congé
,
& les dix- sept Audiences
qu'ils eurent le même jour, avec tous
les complimensqu'ils ont faits, la liste
des préfère qui:\eurt¡.ont esté donnez
,
ce qui s'est pasTë à leur départ,&les
noms des personnes distinguées qui
sont parties pour Siam.
Outre les Mercures d'onzeannées,à
commencer en 1677. ily a trentedeux
Extraordinaires, dans lesquels
font divers Traitez tres-curieux sur
plusieurs matieres qui regardent les., Sciences&lesArts.
Histoire du Siege de Bude. 1. 1. 10. f.
Recueil d'O uvrages faits à la loüange
du Roy, sur l'extirpation de l'H eresie.
1. l. 10. f.
Relation des Prieres publiques qui
ontesté faites par toute la France, en
aRctions doe gracyes de.la guerison du 1. l. 1 0. f.
Antiquitez de M. Spon, Ouvrage
enrichy de plusieurs Figures. 7.l.
Divers Ouvrages en Musique de
M. de Bacilly. -
AvispourplacerlesFigures.
La Figure du Projet de la communication
des Mers par la Bourgogne
,doit regarder lapage 170.
L'Air qui commence par, Ne
me parlez, point duPrintemps, doit
regarder la page 2^
Fautes d'impression.
Madame, que je
ne puis commencer
cette Lettre d'une
maniere plus agreable pour
vous, que par l'Epistre en
Vers que vous allez lire. Elle
est du Pere de Senleque,Prieur
Curé de Garnay, Chanoine
Regulier deSainteGeneviéve.
Ce que jevousaydéjàenvoyé
du mesme Auteur, qui regardoit
la gloire du Roy,a esté si.
generalement estimé
,
qu'il
a cru devoir encore écrire
sur une matiere qui J'uy avoit
si bien réussi. Ce dernier Ouvragea
receu icy de grands
applaudissemens , & je ne
doute point qu'on ne luy
rende la mesme justice dans
vostre Province.
AU ROY.
R Oy qui faistoutceder auplaisir
d'estre iufte,
Quijeunefaisoisvoir l'âgeavancé
d'Auguste,
Et quisça vois dés lors,mieuxqu'aucun
Roy Chrestien,
Et regner dans nos coeurs,trientphcr
du tien : Il est vray qn'àroy seultoutfaroist
rendre bon.mage,
Queles ventscontre toy n'osentformer
d'orage,
Qu'en ta faveur les Murssemblent
se renverser,
Queles Monts devant tOJflntprejls
a s'abaisser,
Que mesme les glaçons
,
loin d
resterta gloire,
Souventservent de Pont à ton C.
de Victoire,
Que ton Genie est vaste
,
& di
de ton Coeur,
Que l'on voit plus-d'un Roy te a
voir sa, grandeur,
t^u'iln'est point deHeros qui
fust temeraire,
S'il tentoit la moitié de ce qu'on f'
veu faire
,
Et que l'Histoireunjour en diraplu
detoy (àsonRoy
Qu'aucunFlateurjamaisn'ena di
Mais quadmirera-t-elle avecplusa
surprise ?
Les Lauriers que ta main a cüeilli.
pour l'Eglise.
lulqti"au-l'ourhvy l'Europea cru
que pour dompter
L'Hydre qu'en vainl'Enfer vIa.
droitressusciter,
tu ne t'estoisservy que d'Edits,de
carresses
,
De la voix des Docteurs, de pieuses.
Lrgejfes;
Mais toutcela ,grandRoy
, n'a qu'éfleuré
les coeurs.
Ce qui charma l'esprit de tant de
Novateurs,
C'est que depuis trente ans, ils
voyoient que ton zele
Redonnoit à l'Eglise une beauténouvelle.
Ils te voyaientpunir le courageux
brutal ( d'un Rival.
Qui lavoitson honneur dans lefang
Il n'estoit plus d'Impie, & tonpouvoirsuprême
Releguoit aux Enfers le Demon du
blasphême.
Les Soldats ne brûlant que d'une
nobleardeur,
Jamais flttj les Drapeaux n'infullo;
ent la pudeur.
TufaisoidistinguerRomed'avecque
Rome,
Et L'irttrtjl- de Dieu d'avec celuy de
l'homme.
Le fçavoirjointaduu zzeellee,, eesotoiitt le
seul degré
Pllr où l'on s'élevoitsur le Trône
sacré, ( pacifique
Et tes loix arrachoient la Veuve
Des Ongles ravissans de la Chicane
étique.
L'Egliseavoit encor d'autres traits
de beauté,
Dont le Peuple Heretique estoit comme
enchanté.
Des Ecoles de Guerre instruisoient
la jeunesse
?
£fi-\l rien ou ton coeur doive eneore
aspirer ?
Tu te plaignois de voir que lesplus
fortes Villes
Ne te coutoient souvent que des afi
sauts faciles; :,,
Chaque Palme tomboit dés que tu 14
touchois, [ rachoïs,
Ettun'envouloisplussi tu ne l'ar-
Le Ciel t'en a montré dont tu n'as
pû te plaindre,
Puis qu'on desesperoit de ty voir
mesme atteindre.
Ilt'a fait attaquer ces espritsqu'autrefois
On voyait devenir les Tyrans de nos
Rois.
lit1afait assieger ces coeurs inaccessibles
Où ton zèle a vaincu tant d'erreurs
invincibles ,
Etsa grace,grand Roy, t'afait fxc-yi
cuter
Tout ce qua peine nnJtecle aunivé pûprojetter.
Quoy que je vous parlol
assez rarement de ce quiarri-i
veaux Particuliers des Cour
Etrangères
,
quelque élevez
qu'ils soient par leurs Dignitez
Se par leur Naissance, ce
que j'ayàvous dire de Mr les
ComtedeWielopolski,grand
Chancelier de Pologne,montre
si bien le peu de stabilité
des choses du monde, que la
sainteté du temps où nous
sommesm'oblige à vous le
representer comme un exemple
de leur inconstance. Ce
Comte ayant arresté le mariage
de sonFilsaisné avec la
Fille du Castelan de Cracovie,
premier Senateur du Royaume,
la ceremonie en fut faite
par MrleCardinal Radziewski,
Archevesque de Gnesne,
avec une pompe extraordinaire.
Leurs Majestez Polonoises,
accompagnées d'une
Cavalcade tres-nombreuse, se
rendirent au lieu où elle se
fit, & Elles y furent conduites
par Mr le Comte de Wielopolski.
Il y eut ensuite un
repas fort somptueux, & l'on
servit quatte tables avec une
propreté & une abondance à
laquelle il eustesté difficile
de rien ajouter. Lapremiere
estoit pour leRoy & la Reine,
qui firent l'honneur aux
Mariez de les y faire disner.
Les quatre Princes leurs Ensans
estoient aussià cette première
table. Il yen avoit deux
autres où les Personnes de la
premiere qualité prirent place
,
& la quatrième fut pour
les GospodarsC'estoient ceux
que le Castelan de Cracovie
&saFemme ,
Pere&Merede
la Mariée,avoient priez de les
^flifter pour faire les honneurs
de leur Maison? selon
l'usage receu en Pologne, où
l'on invite de semblables aides
aux Noces, ôc à toutes
les grandes Assemblées. Les
honneurs dont il estoit question
encelle-cy, consistoient
à se lever de table, & à s'aller
prosterner sur les degrez
de celle du Roy &de la Reine
pour boire à leur santé. Le
Roy but ensuite à celle de
tous les Conviez, & les Gospodars
allerent comme il leur
plut choisir des personnes
pour continuer de boire à la
santé de leurs Majestez, & les
porrer à se réjoüir. Le Festin,
qui dura fort longtemps, fut
suivy du Bal, & le Roy commença
les dansesqu'on appelle
Danses de ceremonie, en
menant le Marié. La Reine
mena ensuite la Mariée. Les
Princes & les Princesses, Ensans
du Roy., firent la mesme
chose
?
& ces danses durerent
jusqu'à trois heures aprèsminuit.
Le lendemain tous les
Conviez firent leurs presens
selon la coutume. Le Roy &
la Reine commencerent, &
comme chacun fit une harangue
en les donnant, &
que les Mariez furent obligez
de répondre à toutes, la journée
se passa presque entiere à
recevoir & a haranguer. Le
jour suivant, le Roy & la Reine
ayant esté prendre la Mariée
dans leur Carosse
,
la conduisirent
à la maison de Mrle
Comte de Wielopolski, où
leurs Majestezfurent traitées
magnifiquement avec tous les
Conviez. Ce Comte donna
leBal& fit durer ces Festes
huit jours, en traitant tous
les Parens & tous les Amis.
C'est l'usage du Pays, où
d'ordinaire en de pareilles
occasions on n'abandonne la
Mariée au Marié qu'après de
grandes fatigues.Peu de jours,
après il tomba dans une maladie
fort dangereuse, dont
on espera pendant quelque
temps qu'on viendroitàbout
de le tirer, mais enfin il mourut
la nuit du 14.au75.de
Février. La Cour de Pologne
en a pris le deüil. Il avoit
épousé la Soeur de la Reine,
à laquelle il a laissé par son
testament des biens fort considerables.
Nous l'avons veu
en France, où il est venu en
qualité d' Ambassadeur Extraordinaire.
On cacha samort
à Mrle Comte Wielopolski
son Fils, qui estant party avec.
sa Femme pour aller prendre
possession de la Starostie de
Cracovie,futsurpris d'une fiévre
continue à quinze lieues
de Varsovie. Il en est mort
dansfa vingt-deuxièmeannée,
& n'a vescu que huit jours
après son Perc. Jugez, Madame,
si je n'ay pas eu raison de
vous dire que ce qui a le plus
d'apparence d'estre durable,
n'a rien de certain.
Je vousay faitesperer quelque
chose de fort curieux sur
les Médailles, &je m'acquitte
de ma parole par la Lettre que
je vous envoye.
1 Ce 14. Février 1688. A découverte des Tresors
estantunechose peu commune
, fay cru que celle qui
lestfaite depuis peu en ces quartiers
meritoit bien d'estre connuë
duPublic. Celuy dont je veux
vous parler cft plus confdrrab/c
par son antiquité que par ses
riel esses.Un Païsan de FresnaylaMere
;Diocese de Sés, ayant
esté
estéobligé par des raisons qu'il
riefi pas necessaire d'expliquer
icy ,
de chercher un autre lieu
que celuy où il demeuroit
, pour
y baflir une maison. On luy destina
un endroit dans cette mesme
Paroisse pour s'y établir.
Ayant commence a ouvrir la
terre, pour y jetter les premiers
fondemens il y a un mois ou
environ
,
il n'eut pas si.fosi creusé
la profondeur d'un pied &
demy auprès d'un fiojïé3 qu'il
trouva deux petits pots de terre
environ de la bauteur de dix
pouces, & de la figure de pots
à moineaux. Ces petits pots
estoient remplis de quantité de
monnoyesivieille
,
qu'a peine en
pouvoit-ondistinguer quelque
chose. Elle efloit àpeuprés de la
largeur des doubles dont on se
seri aujourd'huy
, &toute mandée
de roüille. Si la découverte de
ce Tresor avoit estéfaiteily a
treize ou quatorze censans, qui
est àpeu prés le temps qu'il a esté
caché, elle auroit pû faire la fortune
de celuy qui l'auroit trouy
vé, mais ces pieces de monnoye
n'estant ny d'or ny d'argent, ce
tresor n'a point eslé tresor pour le
Paysan
,
maisseulement pour les
Curieux. Vous pouvez bien croi
re qu'il ne s)en tint pas à cette
premiere découverte
,
n'ayant
rien trouvé qui lesatisfist. Il continua
de foüiller,&ayant creusé
encore davantage, il trouva
d'autrespieces plus grandes qui
le contenterent un peu plus, les
croyantd'argent parce qu'elles
estoient si bien argentées, qu'on
les auroit prises pour estre de ce
métal
3
mais en ayant fait voir
quelques-unes à l'Orfèvre de Fa..
laize, il futdétrompé.Peut-estre
en a-til trouvé d'autres plus
considerables qui l'ont consolé de
ce chagrin,mais si cela cft
,
il
n'en a rien fait connoistre. Vous
ne delJez pas douter que cette
Nouvelle ayant esté publiée,
toutes sortes de personnes n'y
ayent accouru. Les Curieux e
Sçavans des environs eurent de
l'emprejfiment pourvoir ces Medailles.
Le Pere Prieur de l'sfhbaye
de S.AndréEngouffier, Religieux
Bernardin de laMaison
&FiliationdeClairvaux
,
fut
de ce nombre. Il est voisin de ce
lieu, & ayant connu que le
Paysan qui avait fait cette découverte
,faisoit peu de cas de
cespieces de monnoye,quiestoient
si enroüillées
?
qu'ilfalloitmesme
un marteau pour les separer les
unesdes autres,&qu'illesdonnoit
à douzefois la 111)re,& lesgrandes
à trois sols & demy chacune
j il en prit beaucoup à ce prixlà.
Apres avoirfait tous ses efforts
pour les déchifrer
, en les
trempant dans de l'Eau-forte ou
en les faisantbouillir dans du
verjus, il en a trouvé environ
cinquante
, parmy deux ou trois
çens3 dont on distinguefortbien
l'effigie des Empereurs, le revers
des Medailles,& leurs Devises.
Il m'a fait la grace de me les
montrer, & m'en a dit les particularitez
,
dontjevais vous
faire part, maisilfaut vous dire
auparavant, qu'il y a grande
apparence que ce tresor a esté mis
en terre du temps que les Romains
assiegerent la Ville de Falaize,
ljui n'est éloignée que d'une lieue
du Village où il a esté trouvé.
Cette Ville resista aÇcp<r3p/r le
moyen d'unefortes Tour quiy efl
encore en sonentier,&parfaitement
belle: & ce quirend ces
pieces deMonnayeconsiderables,
c'est qu'elles font incomparablement
mieuxfrapées, que toutes
les Monnoyes d'àpresent, &
mesme que celles de Varin, habile
Graveur, dont lesouvrages
font tous les jours admirck.
Comme parmy ces Medailles - il
s'en fsi trouvé de dlfferens Empereurs,
ily en a aussi plusieurs
d'un mesme Empereur3 mais elles
ont presque toutes differens revers,
C7 différentes Inscriptions
ou Divines.
Les premieressontenviron de
la grandeur d'une piece de quinze
sols, &d'une Alchymie si
bien argentée, qu'on diroit qt/-
elles l'ont estédepuispeu de temps.
La plus ancienne de ces grandes
cft de l'Empereur Trajan, qui fut
élevé à l'Empire par Nerva qui
luy donna la qualité de Cesar
, & d'Augustel'an de Nostre Seigneur98.
Cette Médaillé a pour
revers une Renommée qui tient
de la main droite une Couronne,
& de l'autre une palme, avec
cette inscription,Victoria Aug.
Ainsi il y a prés defcize cens ans
quelle a estéfrapée.Deux autres
Médaillessont marquées au nom
de Gordien. Comme elles font de
diffèrenteeffigie, il est à croire
que ce font celles du Pere & du
Fils. Ils furent proclamez Empereurs
l'an 239. L'uneporte pour
n'cn une Deessé njjife sur une
espece de chaise à bras
,
posée
sur une roüe. La Deesse tient
d'une main une corne d'abondance
, & de l'autre une espece
de Sceptre la pointe en bas.
Elle porte pour inscription, Fortunæ
Aug. Le revers de la Je..
conde cft une Minerve debout>
qui tient une maniere de rameau,
dr pour devise, Provid.
Aug.
Deux autres de l'Empereur
Julien, de diffierente effigie, &
de differens revers. Cet Empepereur
avoit achetél'Empire des
Pretoriens, qui l'ajjajjînerent
l'an 195. L'une de ces deux Medaillésportepour
reversuneThemis
qui tient d'une mainses balances,
& de l'autre une corne
d'abondance,& a pour inscription
, Æquitas Aug. L'autre
est une Minerve a(Jife3 qui tient
d'une main comme une augr) &
de l'autre une pipe. Elle a pour
inscription,Romæ Bec. Le reste
t'si effacé.
Il y aune Medaille de Fille
ou de Femme, qui porte pour
inscription,Cor. Salonina Aug.
(jr a pour revers uneTDeejfeaj-
Jtfe» er pourinscription,Pudicitia.
Plus trois Medailles, encore
de cette mesme grandeur, dont
on nt distingue pas bien l'inscription.
La premiere porte,Imp.
Cæf mant. Gordi. & a pour
reversun homme armé à la Romaine
, avec cette inscription,
Virtus. Laseconde, Imp.Cæf.
olus. Lereversestune
Deesse debout qui tient un rameau
; l'inscription, Pax auge
Le lettresde latroisiéme ne sont
pas a(Jc% bien marquées pour les
pouvoir lire.L'Effigie de l'Empereuryparoist
fort jeune. Elle
a pour revers une Deesse ajjfie3
&pour inscription,Principium
virtutis.
Toutes les autres font de cuivre
rouge, @r ont esté autrefois
argentées. Parmy celles-là il y
en a quelques-unes de cuivre
jaune, & plusieurs de Cor.
Salonina aug. comme celle
dont je vous ay déjàparlé,
avec cette feule difference, que
l'Effigie paroist d'une personne
plus vieille. Les revers en font
aussi differens.Ilyasimplement
aux unes ,
Salonina Aug. &
celles
-
là ont pour revers une
Reine qui montre un Enfant
qu'elle a à ses pieds, avec ces
mots peur inscription, Foecunditas
Aug. ce qui feroit croire
que ce seroit une Femme,etque
celle quiporte pourdevise
,
Pudicitia
,
seroit une Fille. Les
autres ont pour revers un Cerf
pajjant
, & pour inscription,
Junoni Conf. Aug.
La plus ancienne de ces dernieres
Médailles
,
est de l'Empereur
Claude
3
Oncle de Caligula,
qauni fut porté au Trône par force
43. &qui mourut l'anfd.
Il s'en efi trouvé plusieurs du
mesmeEmpereur avec differens
revers j & elles font toutes des
mieux frapées. La premiere a
pour revers la DeesseThemis,&
pour ~inferinion? Æquitas. Le
revers de laseconde esi une Deesse
qui tient un C.tduc.-" & l'infeription>
Félicitas. La troisiéme
un Jupiter tout nud; l'inscription
est, Jovi Statori.
Une autre d'une Dee/Je qui
tient comme un miroir d'une
main, & de l'autre une corne
d'abondance. Elle a pour inscription
,Liberalitas.
Une antre à peu préspareille,
etpour inscription Providentia.
Une autre qui tient comme un
epi de bled, &pour inscription,
Spes publica.
Une autre toujours du mesme
Empereur où ily a pour revers
un Autel&desflâmesdessus,et
pour inscription Consecratio.
Une autre quirepresente un
homme arme à la Romaine, rèj
pour inscription,Virtus.
Une autre du mesme quiporte
pour inscription du costé de l'effi- ie Divo Claudio, & pour
revers un Aigle. L'inscription est,Cons-ecratio. f
Ily ena beaucoup de l'Empereur
Gallien> élevé à l'Empire
en 165.&ajfajjtné à lvIi/an avec
son Frere @J fis Enfans en iGy.
Elles font presque toutes avec
differensrevers;ilyen a une
dont l'effigieest tournée de l'autre
cojlé.
Lapremiere a pourreversune
Deesse, & pour inscription,
Abundantia aug.
Laseconde est un Centaure,&
pourinjcription,ApolliniConf.
Un autre un cerfpassant
, gr
pour inscription
3
~Dianx conf
Une autre un Pegaze,etpour
inscription Soli conf.
Une autre un bouc, et pour
inscription
,
Joviconf.
Une Autre qui eIl une TJeeJfe,
pour inscription, Fortunx.
Une autre, qui est une biche,~
Dianx conf.
Une autre, qui estunJupiter
tenant un foudre,Jovi conf.
Une autre qui estuneDeesse,
&pour inscription,SalusAug.
Uneautre quiestune Themis,
Æquitas.
Une autrequiest uneDefjê,
Providentia.
Une autre qui est la figure
d'une Lionne, pour inscription,
Libero conf.
Une del'EmpereurPosthume,
qui porte pour revers une espece
de carcasse de cheval
j ou autre
animal, & pour inscription,
Lætitia.
Deux de l'EmpereurValerien,
qui fut vaincu par Sapor Roy
ces Perfes,ettraité d'une ma,"
niere siindigne, qu'il se fiefvoit
de son dos pour monter à cheval;
elles ont l'une & l'autre differens
revers. Celuy de la premiere
est unJupiter qui tient unfoudre
d'une main, & de l'autre
une pique, pour insctiption,
Joviconf.& celuy de la seconde
est un Jupiter d'une autreposture.
Il Henje une main au Ciel,
CÏ7" tient de l'autre une boule;
on n'en sçauroit lire ~l'infeription.
Ily en a une de la grandeur
d'une piece de quinze fols, parfaitement
bien frapée, de l'Empereur
Aurelien. Elle a pour revers
un Jupiterdebout qui fmble
donner la main à un homme
armé à la Romaine & couronné;
l'inscription est
>
Jovi conf.
Cet Empereur est de l'an 174.
Il fut assas~ajfafiné par les Chefs de
ses Armées en zyS.
Une Médaille de Quintile,
frere del'EmperturClaudius.Ce
qu'ily a deconsiderable encette
Medaille c'est que nayant pas
regné l'espace d'un mois ,il s'en
doit trouver fort peu. Ilfut afsassinéparsesSoldats
en271.
Trois autres Medailles. La
premiere a pourrevers une Deesse
appuyée sur une colomme
, &
pour inscription, Securitas. La
seconde une DreJJe
,
@J pour
inscription,Concordia. L'inf
cription de la troisiéme estVirtus.
Deux Medailles de Viclonn3
qui avoit le titre& les ornemens
Imperiaux, & en fut dépouillé
en 167. La premiere a pour rc*
vers une Renommée qui tient une
couronne, & pour inscription,
Victori.Ily en a plusieurs au,
tres dont les revers font à peu
prés semblables
,
mais ellesont
differentesinscriptions; l'une,
Pax l'autre Pietas
,
l'autre
Providentia l'autreHilaritas.
Ily a aussides Medailles de
Tetrique, qui fut honoré des ornemens
Imperiaux en 167. Les
Effigies en sont differentes. Les
unes paroissentd'unjeune homme,
& les autres d'unVieillard. Les
premieres ont pour revers une
Dceffe qui tient un épy de bled,
&pourinscription,Spes Les inscriptions
des autres sont, Salus,
Virtus, Lætiria,Pax, Hilaritas
, Spes publica, Fides.
Voilà,Monsieur. tout ce que je
puis vous dire de ces Medailles-
Vous en ferez part aux Curieux
du lieu où vous eftesj@J mefertz
la justice de me croire vostre tres,
&c. R. Desnoyers.
Milord Comte de Montaigu,
& Madame sa Femme,
Fille de Milord Herber, après
avoir fait un longsejourà
Beaune. en Bourgogne, en
font partis depuis peu de
temps, pour aller en Angleterre
prendre possession du
Gouvernement de la Province
de Sussex ,que Sa Majessé
Britanniique a donné
nouvellement à Mr de Monraigu.
Ils ont si bien sceu
charmer les coeurs de toutes
les personnes considerables
de Beaune & du voisinage,
par leur [prit & par leurs
manieres, qu'on les y regrete
tous les jours. C'est
ausujet du départ de Madame
la Comtesse de Montaigu
que Mr Moreau,Avocat
General de la Chambre des
Comptes de Dijon, qui a eu
part à leur estime, a composé
les Vers qui suivent. Vous
connoissez par plusieurs Ouvrages
que vous avez veus
de luy, le talent qu'il a pour
la Poësie.
SUR UN DEPART.
L'Aimable Iris nous abandonne,
Tout languit en ces lieux, lesOiseaux
dans nos champs
,
Par leurs airs plaintifs& toucil/
lns
Expriment la douleurquesondépart
leur donne;
Flore dansnosjardins ne produit
plus de fleurs,
Les risse changent tous en pleurs,
On n'entend plus dans nos Fontaines
Que les Nymphes s'en plaindre, &
l'onde en murmurer,
Et les tristes Zephirs errant parmy
les plaines,
N'en font quesoupirer-
Les
.Áh.' puis qu'ilfautqu'Iris sijèpart
denous,
AUez, tendresAmours,allez, Plais'irs
si doux,
Partez, volez, & suivez Cette
Belle
Vous estes faits pour elle, elle est
faite pour vous,
Allez, partez, soyez, son escorte
JideUe.
Tandis quesous d'autres climats
Sesyeux sur mille coeurs étendront
leur empire,
Pour charmer nos regrets au son de
noflre Lyre
NOIU chanterons icy ses beautez,ses
appas,
Et tout ce qu'en elle on admire.
Tantostnous vanteronsson teint vif,
éclatant,
Ses beauxyeuxdontles traits bl.-JjtJ(,'lt
en un instant
L'ame à l'amour la plusrebelle
>
La blancheur deses dents, cette louche
si belle
Qui répandl'agreable odeur,
Etfait voir la vive couleur
D'une rose nouvelle;
Son beaufein,sa?nain blanche, df
Jes bï.t5 faits au tour;
La grace qui toujours accompagnesi"
g-fit] ( modefiey
Son pertmajefiueux,son air lihi" or
.!f!.!!.i faitnaistreà la fois le r^pect
&l'amour;
Sa taille sans defaut, si blancheur
sans pareille,
Etf* voix qui charmel'oreille.
Tantostdesa maisonnouschanterons
la gloire,
Son beausang ennobly dusang même
desRois,
Ses celebres AJeux, & lesfameux
exploits
Qui les font vivre dans ÏHif
toire
Calmeront les ennuis d'une absence
cruelle
EEttsjÎi le fort J.:!,o::x:!o.j;i!aanntt ccttc ce tte
Belle
NOIU ôte et.corl\Tpcir de la voir
revenir
,
Trop contens,t-oj>heureux del'avoir
p/,/,¡,,'e
, Et~Jt.n.I,..:/t (,¿ 'f" défi,charmante -.J '.( J.; ;'f.l>f,""
*CiCCy
Nous en conserver.,,,nslu moins le
souvenir
Le 8. du mois passé il se fit
icy une Opération au ssisinguliere
que surprenante, &
l'on ne se souvientpoint
qu'il s'en soitjamais fait une
pareille.Le StFrançois Collot,
cet habile Operateur pour
l'extractionde la pierre, dont
le nom est si connu par les
grandes cures qu'il a faites,
non seulement dans toute la
France, mais dans la pluspart
des Pays Etrangers, où il a
esté souvent mand6, s'estant
luy-mesme senty tourmenté
depuis neuf mois decette fâcheufe
maladie, dont il guerit
si heureusement les autres
,
s'abandonna avec une
entiereconfiance entre les
mains du St Philippes-François
CollotsonFils, qui par
une dexterité naturelle & heredicairel
cette Famille, qui
excelle dans cet art depuis
plus de deux Siecles,luy fit
cette merveilleuseOpération
avec le plus heureux [llccés
qu'on pouvoit attendre. Elle
fut faite en presence de plusieurs
Medecins & Chirurgiens,
&entre autres de MIl
Fontaine & Raoul, anciens
Medecins de la Faculté de
Paris, & de. MrBessiere, Chirurgien
ordinaire du Royes,
qui n'admirerent pas moins
la force de son esprit dans
cette action ,que l'agilité de
ses mains. La pierre qu'illuy
tira estoit de la grosseur d'un
oeuf de Pigeon
, en forte que
l'on peut dire que le Fils n'a
receu la vie de son Pere, que
pour la luy conserver à luymesme
, & pour faire plus
long-temps joüir le Public
des avantages qu'il a toûjours
tirez de l'adresse & de la capacité
d'un si excellent homme.
Nous commençons d'entrer
dans uneSaison où l'on
doit rendre un Prix magnifique,
sil'on suitl'engagement
qui fut prit l'Esté dernier.
Commeles choses que l'on n'a
point publiées , font toûjours
nouvelles pour tous ceux qui
n'en ont point entendu parler,
je puis vous faire la relation
de cette Feste, quine doit pas
vous estre moins agreable
pour s'estre passéeil y a déja
plu sieurs mois, puis que je ne
vous en ay encore rien mandé.
Les particularitez en sont
assez remarquables pourmeritervostrecuriosité.
LaVille
d'Autun, qui estoir autrefois
la Capitale des Gaules, & la
seule qui fust capable de donner
de laterreuràCesar, cherchant
à se distinguer dan les
exercices qui ont l'apparence
de la Guerre, proposa à cinquante
Villes de différentes
Provinces, un Prix à l'Arquebufe
de dix mille francs;&
un autre de deux mille au
Pistoler. Mr Dorné,Capitaine
choisi par la Jeunesse, écrivit
une Lettre circulaire aux
Chevaliers, pour les exhorter
à prendre part au divertissement
qu'il offroit. Cette Lettre
eut le succés qu'il en
avoit esperé; & il en auroit
eu un plus grand,si la pluspart
desInvitez n'eussentesté
occupezàl'élection des Magistral.
ts deleurs Villes, qui se
faisoit dans ce mesmetemps.
Cependant le 28 Juindernier,
on vit arriver les Chevaliers
de la Ville de Dijon bien
-montez;, en bel ordre, vestus
lestement, & ayant chacun
des Plumes blanches. Deux
Trompettes les precedoient,
& lesgens de livrées estoient
à leur fuite. Ils parcoururent
deux à
-
deux les principales
ruësdelaVille, & le Porte-
Etendard estoit seul au troisiéme
rang. Ceux de Beaune
arrivèrent le lendemaindans
un semblable équipage,ayant
des Plumes rodages, & leur
livrée de mesme couleur.
Ceux de Louën estoient en
plus grand nombre que les
autres.Ils avoient leurs habits
galonnez d'argent d'une même
parure, & estoient montez
superbement, avec quatre
Trompettes
, quatre Hautbois,
& quatre Fifres à leur
teste. Ceux de Châlons, de
Nuids, de Montcenis, de
Tournu
,
& deplusieurs autres
Villes firent la mesme
Cavalcade, & tous se retiremit
au Champ de Mars dans
les logis qui leur avoientesté
destinez. Mr Dorné leurenvoya
le vin de prefenc>8c
MrRabiot, Conseiller, &
nouvellement élu en la Charge
deVierg
,
leur envoya celuy
de la Ville. La chaleur
demandoit qu'on leur laissast
le temps de se rafraîchir, mais
l'impatience genereuse des
Autunois porta les principaux
d'entre eux à leur aller
rendre visite. On entendit
deslors par tout le son des
Trompettes, des Fifres, des
Tambours, des Violons, &
des autres Instrumens qui
font capables d'inspirer l'humeur
guerriere. Les logis
estoient disposez dans le
Champ de Mars de telle forte,
que les Chevaliers estoient
vis à vis les uns des autres.
Ils sevisiterent en ceremonie,
& les Sergens de Ville avec
ceux dela Compagnie de Mr
Dornéau nombre de dix huit,
commencerent à marcher
avec les Tambours pour afsembler
la Compagnie. Ils
estoient vertus d'un grand
Juste-au-corps rouge, galonné
par tout d'argent, avec
deschapeaux bordez de même;
& à mesure qu'ils pat:
soient par les rues, la Jeunesse
qui est fort bien faite,& aussi
aguerriequ'en aucun autre
lieu du Royaume, s'assembloit
en bel ordre,&se trouva
au nombre de quatre cens
hommes richement armez,
avec des habits en broderie
d'or & d'argent. Les rubans
de la cravate & du chapeau
estoient bleus, & les Plumes
répondoient a labeauté de cet
équipage. Ils allerent prendre
l'Enseigne, qu'ils fal üc..
rent pat une décharge de leur
Mousqueterie, & de là ils se
rendirent au logis du Capitailic,
où ils firent un grand
feu. Le Capitaine estant sorty
la pique à la main, alla ramasser
les Chevaliers de chaque
Ville
>
qui marcherent à
sa suite avec leurs Etendards
particuliers, se distinguant
parun peu dedistance,& par
la difference de leurs livrées.
Le Champ de Mars est situé
au milieu de la Ville, & contient
un si grand espace, qu'on
pourroit bastir une Ville considerable
dans son enceinte.
Le Vierg estant logé dans
l'une des extremitez
, on alla
lesalüer. Un peuple infiny
qui estoitaccouru de toutes
parts >
occupoitleChamp>
ravi d'admiration pour tant
de magnificence Le Viergaccompagne
des autres Magiftrats,
Se précédé par six Sergens
deVille veitus de inanteaux
rouges, sur les costez
desquels estoit un lion en
broderie d'or, & armez à
leur ordinaire de grandes pertuisanes
,se mit à la fuite des
Chevaliers, & tous en Corps
ils allèrent à l'Hostel de Mr le
Comte de Roussillon,Lieu--
tenant de Roy de la Province,
où ils le saluerent par une
décharge de leur Mousquetcrie
,
qui fut suivie de celle
des Canons de la Ville. Ce
Comte marcha après cette
belle Compagnie avec cinquante
Gentilshommes les
plus lestes de la Province,
qui le conduisirent au lieu
destinépourfaire l'ouverture
du Prix.Ce lieu est renferme
d'une grande muraille bastie
à la mosaique
,
qui rogne
tour autour d'un grand espace
de terre plus long que large
, aumilieuduquel les Chevaliers
d'Autun firent construire
il y a quarante ans
.)
un
superbe Edifice,au front duquelparoissent
cinq Portiques
fous lesquels font cinqvoûtes
qui soûtiennent un grand Eecalier
, couvert d'un dôme
d'ardoise & de lames de
plomb
, extrêmement beau.
Cet Escalier eH: fait d'une
pierre de taille, revestu d'une
balustrade de marbre artistement
travaillée ; & c'est par
là que l'on va dans les apartemens
de cette superbe maison.
On voit aux deux costez
deux petits Pavillonstrès
propres,destinez pour faire
tirer les Cheval ers. Le Portique
par où l'on entre en ce
lieu, est fait de pierre de taille,
enrichy de plusieurs ornemens,
dans lesquels on a encrousté
du Jaspe qni fait un
tres beleffet àlaveuë. L'Effigie
du Royen marbre est au
dessus
,
& dans une table au
deubus d'un marbre noir, on
lit en caractères d'or les deux
Vers suivans.
Hic exercendis aperit Bellona
pairstram.
Æduacis , animasauget præsentia
Regis.
Le dedans de ce Portique esroit
revestu de feuillages
verds., dontonavoit fait une
voûte ornée de Tableaux, &
de Peintures excellentes. Le
long de la muraille qui fait
face à la maison, estoient six
Loges de menuiserie,revê^
tuës de tous les costez d'une
agreable verdure. Là il y
avoit plusieurs Marchands
qui vendoient toutes fortes
de Confitures,de la Limonade
,
des Citrons, des Oranges
de Portugal,&différences
liqueurs. Quantité deLusfres
estoient arrangez parmy
des Tableaux qui faisoient
une Perspective admirable.
Du cofté droit on avoit bâ-
.ty quinze Loges? composées
chacune d'une Salle & d'une
chambre revestuësde verdure
dehors & dedans, La derniere
estoit pour le Vierg. &
les aurres pour les Chevaliers
des Villes étrangeres. Du costé
gauche regnoient quinze
autres Loges de la mesme
tfrudure, dont les Portiques
estoient ronds, embellis de
couronnes élevées en piramide
qui composoient un agrément
surprenant. La Tente
de M Dorné, qui estoit fous
les cinq Portiques de la maisn,
estoit revestuë au dedans
dun brocard blanc avec des
frangesd'or qui regnoient
depuis le haut jusqu'au bas,
& servoit de Tapisserie. Sur
le haut decette Tente au dehors
, on avoit fait mettre les
Armes du Roy;plus bas celles
de Monsieur le Prince, Gouverneur
de la Province;& plus
bas celles de M' l'Evesque
d'Autun. On conduisit Mr
le Comte deRoussillon au
pas à la main droite, pour
faire l'ouverture du Prix. Son
coup ayant esté tiré à l'honneur
des Dames, les Officiers
de chaque Ville en firent autant,
(5c allerent ensuite arborer
leurs Etendards sur les
portes de leurs Loges. Ceux
deDijon avoient pour Deviles
deux Arquebuses croisées,
avec ces mots en lettres d'en
Non nisiNobilibus. Ceux de
Châlons portoient trois Globes
dans leurs Armes, avec
cette Devise,Vrbi non sufficit
Orbis. Ceux de Belone avoient
une Bellone armée avec cette
inscription,
Office Bellona Bibracle antiqua
vigebat.
Ceux de Mon", tcenis, à cause
de leur sîtuation qui est au
haut d'une montagne? Per
arduA
ardua,virtus. Une autre Ville
avoit la rep esentation d'une
Bombe qui éclatoit
-, avec
cette Devise
, Peream dum
murmure magno. Une autre
avoit un Amour qui tenoit
deux couronnes de Myrthe,
&de Laurier, Ambitutramque.
Une autre avoit une Grenade
preste à tirer, avec ces mots,
Nul ne m'approche sansdanger.
Enfinelles en avoient toutes
d'ingenieuses, & de tresconvenables
au sujet. Mr
Dorné avoit fait peindre dans
un grand Tableau à cofté
droit de sa Tente, deux
grands Elephans avec deux
petits, &: on lisoit ces mots,
Annis boec faciuntmiracula tribus,
voulantdire qu'au bout de
troisannéesil faisoit des merveilles
à rendre le Prix. D'autre
cofté à gaucheilyavoit
des champs de bled avec des
Moissonneurs,&cette inscription,
Cum foenore reddo Les
Villes ne furent pas plûtost
logées dans leurs Loges, que
le Vierg leur envoya du plus
excellent vin de la Bourgogne.
M Dorné fit la mesme
chose
3
& comme il est naturellement
genereux) il donna
un grand & magnifique repas
à toute l'Assemblée
,
où l'on
but à la fanté du Roy avec
de grandes acclamations, &
en faisant des décharges de r• Mousqueterie &de l'Artillerie
de la Ville toutes les fois
qu'on beuvoit à cette fanté
précieuse. Le foir estam venu,
toutes les loges furent illuminées.
Celles des Marchands
qui estoient dans l'enfonceure
)
formoient un objet fort
agréable. Les Dames se rendirent
en cet endroit
,
&
vingt-quatre Violons &: douze
Hautbois qui s'accordaient
parfaitement bien
, sellant
fait entendre par les ordres
deMrleComte deRoussillon)
on fit un grand cercle au milieu
dela place) au dedans
duquel un des plus considerables
des jeunes Gens de la
Ville commença le Bal avec
uneDemoifelle dela campagnequi
avoit de grands avantages
à la danse. Ils eurent
tous deux l'applaudissement
de l'Assemblée,quiétoit composée
de toutes les Personnes
de qualité de l'Autunois, de
l'un & de l'autre sexe. Ce Bal
ayant finyà deux heures après
minuit, chacun se retira jusqu'au
lendemain, que les
Chevaliers des Villes estant
venus dans leurs Loges au
son des Tambours, des Fifres,
des Trompettes & des autres
Instrumens
, on s'exerça le
reste du jour à tirer le Prix.
Ceux de Loüen s'aviferenc
de representer le Roy de
Siam, & l'un d'eux vestu à la
mode de ce Pays-là, estant
monté sur un Char de triomphe,
précedé par vingt-quatre
Gardes avec de bsuperbes
livrées, armez de grandes
halebardes fort propres &
fort luisantes
,
& suivy par
ses Chevaliers, fit le tour des
trente six Loges, au devant
desquelles on luy presentoit
des Confitures & du vin, qu'il
receut avec la gravité d'un
Roy qui ne se fait voir que
rarement à ses Peuples. Il
avoit fait faire un Trône pendant
la nuit, & tout lemonde
accourut pour le voir dans
cette pompe. Madamela Marquise
de Montjeu étant entrée
en sa Tente, illuy jetta son
mouchoir? & luy ni dire par
son Drogman, qu'ill'estimoit
assez pour la mettre dans son
Serrail. Il en fit autant à la
jeune Demoiselle qui avoit
ouvert le Bal le soir précedent,
& lanuit estant survenue
,
il fit un tour de Ville
sur son Char. Il passa devant
le Collège des Jesuites, où les
Ecoliers qui s'y trouvèrent,
crierent à haute voix :Vive»
LV'Ve le Roy de Siam, & il ordonna
qu'on leur donnait
congé pendant le temps du
Prix; ce que ces Peres luy
accordèrent fort honnestement.
Il voulut ensuite souper
en public, & les Musiciens
de la Ville luy donnerent
un tres- beau Concert
peudant ce repas. Le lendemain
il monta encore sur son
Char detriomphe pour venir
en sa Tente,&après que toutes
les Villes furent assemblées,
il se fit conduire chez
Mr Dorné,auquel il fîtsçavoir
par son Interprete, qu'ayant
appris les merveilles de la vie
du grand Empereur des François
, & qu'il estoit l'un de
ses principaux Capitaines, il
venoit l'inviter de dire à son
Prince qu'il avoit quitté son
Royaume pour venir admirer
ses vertus, & luy presenter
ses hommages.MDorne luy
répondit que son Empereur
estant aussi genereux qu'il
l'estoit, ne manqueroit pas
dechérir son amitié. On le
regala ensuite magnifiquement
,
& on ordonna à la
Jeunesse de luy rendre tous
les honneurs qui luy estoient
deus. Celle-cy prompte à
obeir monta sur de petits
chars de triomphe, & sur des
chameaux qui fc trouverent
fortuitementen laVille,-d'autres
montèrent sur des chevaux,
&tousvestus avec de
grandes vestesde brocard d'or
à la façon des Arméniens,
ayant les uns le Turban en
teste, les autres le Bonnet
comme les Siamois? allerent
le prendre en sa Tente, &: le
conduisirent en triomphe
parmy les ruë, & dans son
Palais. Le soir la jeune Demoiselle
qui s'estoit déja fait
admirer à la danse, eut un
Bal reglé chez M' le Lieutenant
général de la Chancel-
• lerie
,
où tout ce qu'il yavoit
de Gens de qualité se trouvèrent.
On y servit de la Limonade
en prosusion, des
Citrons, des Oranges de Portugal,
& de toutes fortes de
Confitures. Ce Bal finy, il restoit
à voir le lendemain qui
emporteroit le Prix. Le bonheur
accom pagna les Chevaliers
de Dijon; le Capitaine
fut le victorieux. On luy
donnauneMédaille d'or d'une
très- grande valeur.Sur
l'un des costezestoitl'Effigie
du Roy, & sur l'autre les
Armes de la Ville d'Autun.
On le conduisit en armes en
son logis;on luy envoya les
presens de laVille & du Capitaine
,
&:. ce dernier regala
encore une fois toute 1*Aflemblée
avec une magnificence
& une propretésans pareille.
Pendant les trois jours du
Prix., on envoyoit en chaque
Loge douze douzaines de
bouteilles de vin, des pastez
de venaison, des jambons de
Mayence,& ce qu'on pouvoit
trouver de
-
plus propre
à réveiller l'apperit des Chevaliers.
Le Vierg tenoit table
ouverte? & Mr Dorné donna
deux magnifiquesColations
aux Dames. Jamais tant de
joye n'avoit paru. Jamais on
n'avoir veu tant d'ordre dans
uneCeremonie, ny tant de
splendeur & d'éclat dans les
habits, & jamais on n'avoit
oüy tant de fois crier
, Vive
le Roy, qu'on l'entendit pendant
tout le temps de ce grand
divertissementsqui se termina
par un Bal donné chez Mrle
Comte d'Aligny,à une belle
Demoiselle du voisinage, qui
avoit tous les agrémens possibles
de la taille, de la beauté,
& de la danse pour meriter cet
honneur. Le quatrième jour,
les Chevaliers parurent en
ordre pour s'en retourner.
On les accompagna en armes
jusques,aux portes, & comme
ceux de Loüen s'estoient le
plus signalez, on les conduisit
àunelieuë de la Ville, dans
une grande plaine sur leur
route, où ils trouvetent un
magnifique repas fous une
Tente de feüillages qu'on
avoitfaitdresserà ce dessein.
M. le Marquis de Montjeu
les regala dans sa bellemaison
de Montjeu,bastie iur une
montagne,, au haut de laquelle
sont deux grands estangs
semblables à deux lacs, & des
Jets d'eau d'une hauteur incroyable.
Illes fit chasser dans
son Parc, & leur donna un
fort beau Concert.
Ce n'estoit pas assez d'avoir
tiré le Prix à l'Arquebuse,il
falloit aussi pour achever la
pompe de cette Feste, qu'on
tirast celuy du Pistolet. La
Noblesse fit l'ornement de
l'Assemblée. M le Comte
d'Aiguli se mit à la teste des
Chevaliers du Charolois, Mr
le Comre de Vauteau, qui
avoit esté élu de la Noblesse
de cette Province là
,
voulut
marcher fous son Etendart,
& Ml's de Fontenaille
,
de
Poülly
,
leCler, deBoucherin,
& plusieurs autres les accompagnerent.
Mr Dorné fut
le Capitaine des Autunois,
suivy
- deMrs de Millery des
Poillots, du Pouriot,la Tour-
Guerin?Coneley
,
& de plusieurs
autres. Mr de Serandey
sur le Capitaine de la Ville
de Luzy
,
& Mrs de Mazelle,
de S. Prix, de Courvoux, des
Champs,de Trezillon,Courcelle,
la Brosse au Comte, &
plusieurs autres furent du
mesme party. Tous ces Messieurs
prirent leurs livrées.
Celle d'Autun fut le bleu;
celle du Charolois le rouge,
& celle de Luzy le Blanc.
L'Etendard d'Autun estoit
d'un brocard bleu avec un
Lion en broderie d'or., & autour
il y avoit cette inscription,
Formidinecuncta replebo.
Celuy de Charolois estoit
d'un tabis rouge avec deux
couronnes, au dessous desquelles
estoient les Armes de
France & d'Espagne avec ces
mots,Duo proteget unus.Celuy
de Luzy estoit d'un satin
blanc de Gennes, bordé d'une
crespine d'or, avec de
grands cordons de mesme.
& au milieu une Levrette
sans collier,avec cette inscriprion,
le tout en broderie
d'or, Vivat amoenoe libertatis
amor. Ces trois illustres Com-
- pagnies montèrent à cheval
ayant esté sal uéesdel'Artillerie
de la Ville,, & elles surent
conduites deux à deux
en armes par la Jeunesse
d'Autun
)
qui les falüa par
une décharge de sa Mousqueterie.
L'équipage suivoit
avec les chevaux de mainJ
couverts de Selles en broderie
de différentes figures avec
des bouffesqui traisnoient
jusquesàterre, sur lesquelles
estoient les Chiffres des Maisons
des Particuliers, & aux
qutre coins leurs Armoiries.
Comme la Noblesse fait prosession
des armes, elle estoit
vestuë cavalierement, les uns
d'une étoffe bleuë, les autres
de rouge, & les autres de
blanc. Les Echarpes en broderie
avec des franges d'or&
,d'a.rgent de la hauteur d'un
demy pied, & les plumes
qu'ils portoient sur leurs chapeaux
,
d'un prix considerable,
rehaussoient leur bonne
mine
,
& faisoient remarquer
un air qui inspiroit de la
crainte & du respect. Cinquante
grands Laquais qui
suivoient portoient les pistolets
dont on devoit se
servir pour tirer le Prix. Leurs
livrées accompagnoient merveilleusement
bien les couleurs
que leurs Maistres avoient
choisies. Quatre trompettes
precedoient la marche
de chaque Compagnie,
& l'ordre estoittel qu'on
pouvoit l'attendre de gens
accoûtumez à ne le jamais
rompre dans les occasions
les plusperilleuses. Ils arriverent
aux Tentes que l'on
avoit préparées,& après une
course legerc pour saluer les
Dames, on arbora les Etendards
sur les Tentes qui se
trouvoient extrêmement propres
pour laSaison. Mr le
Comte d'Aiguli ouvrit le
Prix par un coup au noir,&
tous les Chevaliers tirerent
chacun le leur pour les Dames.
En mesme temps Mr
Rabiot envoya les presens de
vinpar les Valets de Ville,
& M' Dorné en fit autant par
les Sergens
?
& par Its Tambours
de sa Compagnie. On
servit ensuite un grand Repas
où l'on but àlasanté du
Roy avec les fanfares des
Trompettes, & les décharges
de Canons ôcde Mousquets.
Toute la Ville accourut à
cette réjoüissance ; on n'entendoit
autre chose que des
cris de Vive le Roy. Les Chanoines
de la Cathedrale envoyerent
leur Musique, & les
Violons firent un Concert
tres-harmonieux. Enfin tout
Autun estoit uny dans les
voeux qu'il faisoit pour son
Auguste Monarque, qui par
la paix luy procuroit un si
profond repos ,
& les moyens
d'avoir des divertissemens si
agrcables. On proposa aux
Chevaliers de nommerchacun
sa Dame. Le hazard voulut
qu'ils les choisirent avec
distinction,& sans que l'un
pristcelle de l'autre. Le lieu
fut éclairédune quantité de
flambeaux, on dansa sans
faire un Bal reglé
,
& le lendemain
on tira le pix en quatre
volées qui fut remporté
par Mr de Siry de Serandey.
C'est un Gentilhomme de
bonne mine
,
& qui n'a pas
moins d'esprit que de coeur.
Il a servy long-temps dans
les Armées de SaMajesté,en
qualité de Capitaine de Chevaux.
Il alla faire compliment
à la Dame qu'il avoit choisie,
comme ayant esté animé par
elle pour bien tirer, & illuy
donna le Bal où elle parut
avec beaucoup d'avantage.
La nuit s'estant passée en
toutes fortes de divertiissemens,
on donna parole de
rendre le Prix au Printemps
prochain. Le jour suivant, la
Compagnie de Mr Dorné
conduisit en armes Mr de
Serandey jusques à la porte
de la Ville. Cent Cavaliers
l'acccompagnerent à deux
grandes
grandes lieuës, ou chacun se
Pepara, avec promesse dese
revoir au premier Prix qui
seroit donné.
Vous avez esté si satisfaite
de tous les Airs que je vous
ay envoyez deMr de Montail
ly,que je ne doute point que
vous ne receviez de ce luy-cy,
quiest encore de sacomposition,
le mesmeplaisir que
vous ont donné les autres.
AIR NOUVEAU.
LEspoirnourrit laconstance,
Et l'amoursans esperance
Ned..urerin jour.
le viens icymal à propos
Vous troubler, m'a- t-il dit, dans vostre
doux repos,
Iesçay que je vous importune
,
Mais vous le pardonnerez, bien.
Lors queje vous diray que la charmante
Brune,
J>)ui fait de vostreesprit le plus
doux entretien , Vient d'engagerfin coeur dans lesi.
cré lien.
Ce coeur quiparoissoitpeu tendre,
J>)u'on croyoit exempt de desirs,
Sepâme dans les doux plaisirs
Que de l'Hymenonpeut attendre.
le viens d'estretémoin deses tendres
ardeurs.(sursa couche,
Mille Amours comme moyvoltigeans
Comme un Essain d'Abeilles sur
des fleurs,
laloux devoirprodiguerses faveurs
A l'heureux Amant qui la touche,
S'efforcent en volant d'attraper sur
si bouche,
Mesmesplaisirs, mesmes douceurs.
Al'envy touttache à leurplaire,
Dans cette nuit pour eux plus belle
que lejour;
On prendroitl'Amant pour tAmour,
Et la tdaiflrcjfe ponr sa Mere.
Nous quisuivonspar tout les pas
De ces Divinitez suprêmes,
Nous nous y tromperions nousmesmes
,
Tant ces deux Amans ontd'appas.
Ne vous voyantpoint de la fejlt,
l'ay quitté les Amours, les Grâces
& les Jeux , Pour venir icy teste à tcjle
Vous dire les plaisirs de ces coeurs
amoureux»
Si de leurs doux accords le récit vous
éveille
Etcauseenve'fr,ecoeur du trouble Q*
de Itjroy,
JQjie le Dira qui faitqu'on fimmeille
Vous rende visiteaprésmoy.
En achevantcetteparole
Cet Enfuitfi n:g.ion,sibeau,
i-rendfoin de tirermon rideau,
Metourne le dos, & s'envole.
Aprés un tel dfeoursJJCLIS !
Touvois-je estre un moment tranquille
?
Vainementlel$,?meilmau?oittendu
les bras,
Ses pavots n'avj>c;:trien peurwoy
ça.?an:nide.
Mestroubles(fuientexa fflfs,
De mômeai - - , e.,, îhorneîïtje eton qu on
me luline,
Mes ennu's devle--lent plus'Vifs,-
Avec peilne je rd:ui g ne ,
f. ,fI.) .'r £)ue L'on marie u::e Héroïne
jecroy pour rnoutragerque la nuit
se prolonge,
Mon esprit veut sortir de cette ohscurité,
Le jourvient enfin,ieme plonge
DDaannssddeennoouuvveeaauuxxssoouuppççoonsndsodnotniteie
Monsoucy s'augmente & me ronge,
Et tout ce que tay cru n'estre la nuit
qu'un songe,
Est le tour une vérité.
levais voirlaBeautêde milleattraits
pourveue, icause mes ennuis & mon emprejfcment,
Et quandiesuisentré dansson appartement
Ce qui frape d'abord ma veuë
Estle Portrait de son Amant.
Il sa:paroilftoutJîer desavictoire,
Et contraint de baisser lesyeux,
le ne puis pluf douter que le plus
beau des Dieux ,
Contentant fis desirs, ne l'ait cam.
blé de gloire
le passe plus avant, à* dans la
chambre entré,
De cette Beauté qu'il adore,
Sesyeux pleins du beau feu dont il
estpenetré,
De sonbonheur charmant m'instruisentmieux
encore.
Elle veut en vain le celer;
Tout sçaitmieux que sa bouche en
elle m'en parler,
Elle paroist si fort embarassée,
Que lesoin qu'elle prendde le diffimuler,
Nefert qu'à trahirsapensée,
A découvrir le feu dont son coeur
sçait brûler,
Et comme la nuit s'estpassée.
le demeure auprès d'elle interdit &
resveur,
Moinsagité d'amour que de colere.
£>uoy! m'avoir cachéce mistere,
Quandi'auroisdeusçavoir les Jecrets
deson coeur!
.f<!!,e ne puis-ie à mon tour me
faire!
Mais heUs bien loin de lefaire,
l'expliquetout ensa faveur,
Et te scay que dans cette affaire,
Bile VJilu la douleur
De lavoir da ns les bras deson heureux
uïi.iquur.
Tandis que tint dé foins & de veilles
1':'i¿fJ!tnt
De trop d'ingruiltude&demépris
pour woy , le fus Cirt.1:;JJ' ie ne sçay oy (:,: p.irl-.flt pour "l!.. c' i\xcu-
.(nt.
Malgré(on trntcmert j?dut& si
lenepu/s '1l'.,"p;c,:erdans l'ardeur
ru:,v;\w me,
De lu) m -q£r encor C;xcés de mon
tfrime
Etrendre par , mes chants ce iourplus
filcmlJll.
Mais toy que ie vis touiourspresse
De me ./èe,¡¡der au besoin
,
MaMusie
, tu ne prens nulfoin
De celebrer pour elle une sigrande
F:jle
SCu\'rfulunnescirbimeleledn'e:s.\ttriecmreu;et
Sansfj.iger a ce qnon nous fait,
Memp.'j'jb:?s biennnflre carriere. 1 Nous avons trop bien commencé,
Pourne pas achever de mefine; Etpu n:.i!rcompense,
yn grand coet4r doit avoir une con-
(lli.'t(' exirlmc.
Avntdes (hit'mens (t doux
Pu»?une Beauté si enelle,
Ellen'aurap>sHeude fie plaindre
de nOtiSy
Et nott,\ pourrons nous plaindre
d'elle.
Quetout previenne leurs desirs ,
Et
malgré
les ialoux d'une si douce
vie, 'tÍle ne sois iamais suivie
Jlue des Grâces, des Rts, des Jeux,
Cr des Plaisirs.
Nous avons perdu sur la
fin du dernier mois quelques
Personnes considerables,dont
voicy les noms.
Messire François Gatien.)
receu le 13. Juillet 1685. Conseiller
au Parlement de Paris,
en la feconde Chambre des
Requestes du Palais. Il avoic
esté auparavant Conseiller au
Chastelet.
Messire Louis Rose de
Coye, Secretaire du Cabinet
du Roy, & Conseiller au
Parlement de Mets. lialaisse
des Enfans de Dame de
IluLFilie de Messire Louis
deBailleul, Marquis de Chasteau-
Gontierj & President au
Mortier au Parlement de Paris,
& petite-Fille de Messire
Nicolas de Bailleul
)
aussi President
au Mortier dans le même
Parlement, & Surintendant
des Finances de France.
M. de Coyeestoit Fils de
MessireToussaintRose
,
President
en la Chambre des
Comptes de Paris, & Secrétaire
du Cabinet du Roy.
Ceil: un homme d'un merite
tres distingué; vous sçavez
qu'il est de l'Academie Françoise.
Dame Madeleine Danguechin.
Elle estoitVeuve de
Messire Paul Hay, Marquis
du Chatelet, Conseiller d'Etat
ordinaire
,
qui elloit de
l'Academie Françoise,& d'une
ancienneFamille de Bcetagne.
La Famille des £)a£Lguea
chin a donné divers Officiers
auParlement & plusieurs
Procureurs Generaux à la
Cour des Aides -de Paris3 &
gorte d'argent à trois testes de
Corbeaux, de fable.. •**
MessireBaltazar Phelypèaux
cTH-rbault. Il estoit AumônierduRoy,
AbbédeBourgmoyen
de Blois, & de Saint
Laurent lez Cone, & Fils de
MelEre Baltazar PhelIpeux,
Sieur d'Herbault >mort Confciller-
d'Estac> & de Dame
Marielc Feron,Fille de Raoul
leFeton? Maistredes Comptes,
&deRenée Hennequin.
Son Ayeulestoit Remond
Phelypeaux" S' d'Herbault &
de la Vrilliere, Secretaire
d'Etat, & son A yeule, Claude
Gobelin, Fille deBaltazar
Gobelin, President en la
Chambre des Comptes. Il y
a eu plusieurs Secrétaires d'Etat
de ce nom qui ont trèsfidellement
servy nos Rois,
& se font rendus considerables
par leur merite particulier
, qu'ils ont fait paroistre
en diversesNégociations impl'aovrtaannttaegse)
où *ils ont réfussîà
de cette CouronJile.
Mr l'Abbéd'Herbault
quivient de mourir, estoit
Neveu de feu Messire Louïs
Phelypeaux de la Vrilliere,
Secretaire d'Etat, PeredeMr
deChateauneuf
, digne Succdlèur
de cette Charge. Il
laisseun Frere, Messire François
Phelypeaux, , St d'Herbaulet
Conseiller honoraire
en la Grand Chambre du
Parlement de Paris, dont la
Jïille Marie-AnnePhelypeaux
est morte peu de jours après
[sonOOnnccl-lee.. pPheellypeeaauuxx portrte
JcArtelé auI. 4--aurfcmê
de aiAJLtre feuilles d'argent ail
franc d'Hermines, au 2. & 3.
d'argent à trois lezards de Sinople.
Ils sont alliez aux de Rochechoüart,
deTonnecharante,
du Bléd'Uxelles
,
de
Buade-de Palluau-de Frontenac?
Crevant- d'Humieres,
Garrault, de Beau- harnois-de
Miramion, le Feron, Henncquin,
Loisel, Mangot-de-Villarceau,
Talon
,
Bignon,Habert-
de-Montmort
,
Gobelin,
de Raconis, de Neufville-
Bury
,
de Fourcy, Particelly-
d'Hemery
,
de Hodicqde-
Marly, de Ville bois) &
autres.
Je vous envoyay il y a deux
mois une Lettre fort curieuse
du fameux Mr Bernier. Elle
a trouve des Admirateurs 5c
des Critiques, mais ces derniers
ne l'attaquent point en
toutes ses parties,ils en COl11
battent feulement quelquesunes,
& ils le font de cette
manière honneste, qui fait
souvent plaisir à ceux qui sont
attaquez, puis qu'elle leur
donne lieu de faire paroistre
ce qu'ils scavent. Ainsi l'on
peut dire que les querelles qui
arrivent entre les gens de Lettres,
sont presque toûjours à
l'avantage, & des Aggresseurs)
& de ceux quiledéfendent
, ces fortes de differends
estant pour les uns &
pour les autres de favorables
occasions de faire briller leurs
différentes lumieres. Ce que
je vous envoye est du celebre
M. de Corniers) dont
l'érudition est connuë, & qui
est estimé de tous les Sçavans
de l'Europe.
LETTREDEM.COMIERS
à M. Hardy?Seigneur de
Beaulieu, contenant la
Conduite, l'Elevation des
Eaux, & tout ce qui concerne
les Jets d'eau. vOus demandez,Monsieur,
bien des choses à lafois à un
pauvre aveugle; premièrement,
mes reflexions fiur la Lettre de
Monsieur Bernier inserée dans
le Mercure de siêïvrier dernier,
dans laquelle il assureque l'eau
parsa seule volubilité & pefanteur
coule d'un bout à l'autre
d'un canal parfaitement à niveau
de siJe à sept lieues de
longueur sans aucune pente;
secondement3 tous les moyens
de trouver les Sources d'eau.,
& ensuite ce qui efl necessaire
de sçavoir pour la conduite des
eaux ; les Machines pour les
élever dans des Reservoirs
, &
mon abrégé de tout ce qui concerne
lesJetsd'eau, leur hauteur
& leur dépense.
Bien que vous iyez une parfaite
connoifance de toutes ces choses,mesme la pratique
dans vojlre belle maison de
Beaulieu prés Chartres
,
où
vous elevez vos eaux deJourcesvives
par la Machine
d'une nouvelle application du
principe de mouvement, quise
trouve enfin dans la derniere
perfection, plus par vostrepropre
connoissance & penetration
d'esprit
! que par aucun de mes
avisfondez sur mes longues
experiences & sur celles de
feu Mr de Francine notre
bon amy, ( carvostre machine
estanssansmanivelle ny frotement
des parties,elleest imcomparablementplus
belle, avec
une moindrepuissance,elle a
un plus grand effet qu'aucune
des Machines qui ayent encore
paru à Versailles
ou ailleurs;
je veux neantmoinsnoussatisfaire,
afin qu'on ne croye pas
qu'ayant perdu la njeuê jepis
tombé dans l'oisivetésans lettres
, qui est le Sepulchre des
bommes vivans. Otium fine
litteris sepultura hominis viventis.
lecommence parl'examen
de ce que M. Bernier Chef
des Philosophes qaf]èndiftes)
a debité au sujet du grand Canal
de Languedoc, qui fait la
communication des deux Mers,
où il dit, qu'il y a un canal de
jix
six à sept lieues de longueur de
pur niveau
,
où l'eau coule
d'un bout à l'autresans aucune
pente. Je dis
j que la Physico-
Mathématique n'est pas feulement
la plus belle érude des
véritables Sçavants
,
elle est
encore
tres-utile & mêmenecef
faire au bien de l'Etat, &
avantageuse à chaque particulier.
Il s'agit icy de le faire
connoistre par la conduite des
eaux ,
laquelle depend d'un
parfait nivellement,sans lequel
les desseins les plus importans
avorteroient aprèsladépense
inutile de plusieurs millions,
si on entreprenoit ces grands
Ouvragessur le dire de Mr
Bernier, qui assurequ'il n'est
pas necessaire de donner de la
pente à l'eau pour la conduire
où l'on desire.
Mr Bernier ne parle pas
en Maître en la conduite des
Eaux. Voicy ses termes. Je
fuis icy, dit il, où serendent
les Eaux de la Montagne
noire, pour faire la communication
des deux Mers de
ce fameux Canal, qui est
soutenuàmycôte pendant
40. lieuës de long.
Comme Mr Bernier ne fait
pas autrement la description de
ce fameux Canal, je veux bien
ysuppléer.
L'execution de ce grand
Ouvragemédité par les Empereurs
Romains , & examiné
pendant tant de Siecles, étoit
reservée au regne de LOUIS
LE GRAND
,
it qui rienn'est
itm~poossible
, q1ui agit partout en <5 mesmetemps dont l'espritéclate
comme le Soleil dans tous les
coins de l'Univers ~dont la
puissance peut estre comparée à
l'Océan, qui estant immense en
soy - mesme
, avance ses bras
par tous les endroits de la Terre,
Vous neserez donc pas faché
que par la necessité de faire mes
justes reflexions sur la Lettre
de Mr Bernier, je fois obligé
de evous envoyer en peu de
mots tout ce qui concerne ce
grand Canal artificiel, qui fait
la communication des deux
Mers, puisque par son moyen
les plus grandes Barques peuvent
passer en quatorze iours
au plus, de la Mer Oceane
dans la Mediteranée.
M Riquet ayant étudié
la possibilité & les moyens de
faire cettecommunication, reconnut
que la petite Eminence
de Naurousse qui est à la tesse
des deux Valons feroit le point
de partage , par le moyen des
deuxpetitesRivieres, qui ont
leurs sources à la tesse de ces
deux Valons à demy-lieüe l'une
de l'autre La Riviere de Fresque
coule à l'Orient dans l'Au(!
la Riviere de Lers au
couchant.
Ad* Colbert, dont l'application
estoit infatigable pour
fairefleurirles Arts 3 les Scien-
~ces,le Commerce, ayant
fJ1 convaincu de la possibilité
de cettefonction des deux MerJ)
on commença à y travailler en
IÓÓÓ. Les Eaux de six Rivieres
de la Montagne noire ont esté
conduites par des Canaux au
Reservoir de Saint Feriol
, qui
efl un Etang d'un Valon, la
Chaussée allant d'une úWon-
~7~~ à l'autre. Il efl à demylieuë
au dessus de la Ville de
Rer-vel. Cet Etang en fournit le
Bassin de Naurousse ,point de
partage d'où l'eau descendpar
deux Canaux dans les sources
de Presque & de Lers.
Ce Bassin est de pierre de taille,
safigure est octogone ovale,son
grand diametre est de deux cens
toifies» dr le petit de cent
cinquante.
Le Canal d'Occident a dixhuit
Ecluses tant doubles que
simples, qui font vingt-sept
Corps d'Eclusesdanslespace de
2.S14z. toises, qui sont douz
heues communes de France de
25. auDegré. Aprescettelongueur
depuis le point de partage, leCanalentre dans la Garonne.
Le Canal d'Orient à P944.3.
toises jusqu'à l'Etang de Thau,
qui sont 43. ~lieues& demie,
plus89.toises, & dans cette
longueur il y a 46. Ecluses
tant doubles
,
triples
, ~&c.
Depuis l'Etang de Thau on
entre dans le Port de Cete prc4
de Frontignan par un Canal de
Soo. toises de longueur
,
fait à
TraverslaPlage.
Ce Canal fut commencé en
1666. ~Cache-vé en 1681.
La premiere navigation fut
commencée par l'ordre du Roy
le 1J. May 1681. par M. d'Aguesseau,
Intendant de Languedoc.
Ilpartit de Toulouse avec
quelques Messieurs des Etats,
s'estant rendu à l'embouchure
du Canal dans la Garonne,ille
monta dans une Barque Royale
le 17. May, suivy de vingttrois
Birques de Bordeaux,chargées
de marchandises pour la
Foire de Beaucaire. Le IJ. il
arriva à Castelnaudari, où se
rendit M. le CardinaldeBon-
Z.L.,President né des Etats de
Languedoc.
LesEcluses sont au nombre
desp. dans la longueur de76645.
toises,quifont33. lieuës&demie
fins 131. toises. Le 23. toutes ces
Barques navigerent sur le Pont
de Repudre
) qui a soixante-sept
toises de longueur) ayant esté
fait pour donnerpassage au dessous
à un torrent de mcfme nom ,
qui
croisedeCanal.
On navigea ensuite le longde
la Digue ou Chaufée de Cefe
du nom de la Rivierequ'elle arreste.
Elle a nz. toises de longueur,
cinq de hauteur, & quatre
(if demie de largeur.
Le 24. on paJJa le Mal-passe.
C'est une voûte de quatre-vingt
toises de longueur jde quatre &
demie de hauteursur quatre toises
de largeur de Canal
, outre
une Banquette de chaque coftt
large de trois pieds pour le tirage
des Barques. Cette voûte efl
taillée dans le Roc d'une montagneàune
lieuede Besier.Cette
Ville & son paysage sont si
beaux, qu'ilsemble
qu'ils
ayent
estéfaits pour la demeure des
Dieux, ce qui a donné lieu a
ce Proverbe Latin
SiDeusin terris vellet habitare
,Biterris.
Ausortir de cette voûte on se
trouva à la premiere des huit
Eclusesaccolées cejia direfaites
,de fuite.,* quifont par consequent
comme autantdedegrez ou marches
d'une montagne d'eau. Pour
bien comprendre la maniere des
Ecluses
, je vous envoye le Livre
de Simon Stevin de Bruges, &
'Vou., renvoye à celles du Canal
de Briare.
Ces Ecluses eslans passées
, la Compagniesesepara à cause
des Festes de la Pentecoste
,
mais Mr L'Intendant descendit
par le Canal dans la Riviere
J'Herau par l'Ecluse ronde &
ayanttraversél'Etang deThau
& le Canal, il arriva au Port
de Cete.lee5. May,jour de la
Pentecoste 1681. desorte que AT
l'Intendant ne fut sur le Canal
que neufjours; scavoir, deux
jours depuis son embouchure
dans la Garonne jusqu'à Castelnaudari
, & delà ensept jours
il fut dans le Port de Cete.
Et comme de l'Océan en peut
en six jours entrer par la Garonne
dans le Canal
,
lanavigation
d'uneMer à l'autre ne
sera au plus que de quatorze a
quinze jours en passant par cent
quatre Ecluses
,
dont plusieurs
estant accolées, c'est à dire fii.
tes desuite & prés à prés
,
sont
65 stations, qui ne retardent que
de trente heures au plus la navigation.
Je reprens la Lettre de Mr
Bernier. le ne veux pas, dit-il
oublier une circonstance tresconsiderable
, en ce qu'elle
regarde ceux qui s'occupent
à la conduite des Eaux. Le
fait est, qu'entre ce grand
nombre de differens Canaux,
qui font le Canal entier, il y
enaun desixàsept lieuës de
long, dans lequell'Eau coule
d'un bout à l'autre de pur
niveau, sans qu'il y ait aucune
pente; &cela, à mon avis,
pbailritséon poids & par sa voluplûtost
que par le
poussement ce qui est contraire
aux sentimens de feu
Mrs Picard Se Mariotte,
& de quelques-uns de nos
Amis qui sont encore pleins
de vie; car je les ay toûjours
vu demander une certaine
pente sensible
3
comme par
exemple
, un pied tout au
moins sur chaque lieuë; mais
leur sentiment n'empcsche
pas que ce que je dis ne foit
veritable. Or celaestant, ajoûte-
t-il, il n'eust pas esté besoin
de se mettre si fort en peine,
comme on a fait, de faire
venir la Riviere d'Eure à Verfailles,
ny la Riviere d'Ourgue
à Paris.
le fais icy une petite reflexion,
qui est que les Eaux de la
Riviere d'Ourgue ont toujours
pasé
-
fous les Ponts de Paris,
mais apréss'estremeslées aux
Eaux de la Marne 0* de U
Seine. Le dessein de Mr Riquet
estoit de la conduire par un Canal
artificiel au pied du Trône
ou Arc de triomphe
-,
superbe
parlaStatüedeLOUIS LE
GRAND.,auquel sujet j'ay
faitces distiques.
Quis super?est Mavors mag~
sub imagine Regis,
Teftatur Facies, 0 magnaque
facta probant.
LegrandDieu des Combats anime
ce grand Roy,
Son grand air le fait voir,ses
grands faitsensont soy.
Puisque je voi4s ay fait un
petit détail du Canal de Languedoc
il est bien Juftr que je
njous dise iicy quelquechose de
l'Aqueduc Royal de la Riviere
d'Eure a Versailles. Il ne manquoit
au plus beau lieu du monde
c' efl à dire à Versailles, qu'-
une prodigieusequantité d'eau
pour fournir à la depense d'un
million de lets, de Fontaines&
de Cascades. Monfeineur de
Lou_qjs)vir supra ritulos, quU
a une parfaite connoJFtncedr
tout ce qui tfi de grand dans les
Sciences, ayant consideréluymesme
le cours de la Riviere
d'Eure qui entre dans laSeine
t¡Jcrs le Pont-de
-
l'Arche après
a-vïir roulé les eaux de fis sources
avec rapidité pendant 45.
lieuës
,
conclud d'abord cation
pouvoitprendreJes eaux a quelques
lieües au dessus de Chartres,
& les conduire à Versailles. Il
ordonna à Mr de la Hire, de
l'Academie Royale des Sciences
d'enfaire le nivellement. Ce
grand Philosophe
-
Mathematitien
si connu Jttns l'Empire des
Lettre; , reconnut que la teste du
Canal devoit estre au Chateau
de Pongoi,qui est à sept heuës
au desus de Chartres, & à 12.
lieües de Perfeâillts,epaffer par
Maintenon. Il trouva par fort
nivellement quelaRiviere d'Eure
prise à Pongoin estoit 110.
pieds plusélevée que le rez de
Chaussée de la plus haute partie
du Chasteau de Versailles., Tout
l'EmpireRomaindepuissaFondation
nauroit encore ozéentreprendre
ce qu'onvoit d'achevé
depuis quatre ans de ce surprenant
Aqueduc ; aujJi estce un
tchantillondesMerrveilles de
LOVIS LE GRAND.
M.Bernierpour blâmer lagnm~
de exactude avec laquelleona
nivelé depuis la Riviere d'Eure
jusqu'à Versailles
,
ditqu'il n'étoit
pas besoin de se mettre si
fort en peine , comme on a
fait; puis qu'une fort mediocre
cheute d'eau dans un Canal
auroit sussi. Il est vray
que l'eau ne coulera pas si
viste; mais faites le canal plus
large à proportion de la pente
& de la vistesse que vous
souhaiteriez, donnant ainsi
plus de face à l'eau, & vous
aurez remedié à l'inconvenient
; du reste, je croirois
bien qu'il faudroitenfin dans
une grande longueur donner
quelque chose à la sphericité
de la terre. Maissept lieuës,
mais trente ou quarante lieuës
qu'il y aura de la Rivière
d'Eure à Versailles ,ou de Lizi
à Paris, qu'est-ce que cela sur
neuf à dix mille qu'en peut
avoir le Globe de laterre?
Voicy
,
Monsieur mes restexions
, article par article sur les
points de la Lettre de M. Bernier,
quiobligeroit Quintilien
de s'écrier,Foelicesessent Artes
, si de illis soli Artifices
judicarent.
Premieremenr, il deuoit expliquer
ce qu'il entend par ces
termes de pur niveau de ce
Canal de cinq à six lieuës sans
aucune pente, car une ligne
purement à niveau efl un Arc
d'un grand Cercle de la Terre3
& tous ses points font par consquent
également distants du
centre des graves. Ainsi dans
un Canal de pur niveau
,
l'eau
auroit tous lespointsdesasuperficiespherique
également distants
du centre de la terre, & l'eau
demeureroit sans mouvement,
puis qu'il n'y auroit pas plus de
raisonqu'elle coulast d'un bout
à ll,a'utre.
Si le fond du Canal est un
plan droit
, ou ce plan fera
tangent par un bout, ou vers
lemilieu à un grand Cercle de
la terre. S'il esi tangent à un
bout, l'autre bout sera plus
élevé, & par conjequent l'eau
coulera de ce bout au plus bas,
ou leplan aura de lapente.
Si le point d'attouchement est
au milieu du plan du Canal
ses deux parties feront deux
tangentes, & le point d'attouchement
ou le milieu de la
longueur du Canal fera plus bas
estans plus prés du centre de la
terre, &par consequent l'eau de
chaque bout du Canal couleroit
vers ce milieu
, pour prendresa
sphericité, qui efl lepur& veritable
niveau. Toutce que de(jus
est d'une vérité Geometrique.
Ainsi il estdu tout impossible que
l'eau dans un Canal coule par un
bout,si le plan du Canal n'est à
ce boutplus bas que l'autre bout,
ou que le Canal estant rempli
, & l'eau soutenue élevéeàchaque
bout, on ouvre l'un des
bouts, auquel cas l'eaucoulera
par cette ouverture? parce que
l'eau qui epau dessusde l' ouverture
,
tombeen bas n'estantplus
soutenüe, & voila ce qui fera
couler l'eau du Canal
,
jusqu'a
tant que ce qui restera d'eau
dans le Canal fiafie une superficiefpbcrique,
eslans à ces deux
bouts égalementéloignéeducentre
de la terre. Il
Il estvray que pour avoir un
plus grand cours d'eau nous demandonsavec
Vitrurve dans
son huitiéme Livre Cbap.sept,
une plus grande pente, & comme
ray dit en 1684. dans mort
Traite du Nivellement inseré,
dans le Mercure extraordinaire
tome 27. page 210. il faut
toûjours quelque peu de pente,
afin que- l'eau puisse couler, ce
que Scammoi dans la premiere
partie d'Architecture Chap. 17*
confirme en ces termes, Nel
condur, o sopra, o sotto terra,
è bisogno darle qualche
poco di decaduta, & Philander
de Chastillon sur-Seine
dans ses Annotations sur Vitruve
disoit en If40. que l'usage
moderne estoit qu'un pouce de
pente fiiffit pour six cens pieds,
longe aliter nostræ astatis libellatores
, nam in sexcentos
pcdes, unum tantum pollicem
deprimunt, afin que l'eau
putse couler. Enfin Petrus Cataneus
dit3 qu'ilsuffit de donner
quatre onces, c'est à dire quatre
pouces de pentesurmillepas.
Ainsi il faut de necessité que le
plan d'un Canal ait quelque
pente du cossêquel'eau coule,&
cela principalement lors que l'eau
n'a ptâ un long cours> ce que
SCAmm°'KX) entend parces motsy
habbiamoosservato i fiumi
de Polessini
,
che vanno con
mezzopiede de cadutamassime
si hanno seguitodiaqua.
L'erreur de MxBernier<vient
d'avoirprisp§ur le pur(^véritable
nirveau, qui est un Arc
d'un grand cercle de la terre, le
niveau apparent du Canal, qui
est un plan touchant au grand
cercle de la terre3 * par conséquent
textrémité du
Canalde
sept lietks de longueur estant du
cêsse dit point de partage plus
éltignc de 39.toise-s 4. P.tuces&
huit lignes du centre de la
terre, que l'autre bout,l'eau y
descendmesme avec rapidité à
cause de la grande pente du
Canal & de la suite de l'eau;
aussi voit-on que le cours des
Rivieresestplusrapide àmésure
de leur pente & de la cruë des
eaux.
Quand mesme par imjjojjible
l'eau couleroit d'un bouta l'autre
d'un Canal de pur niveau
@f sans aucune pente, onn'auroit,
n'en déplaise à AfL Bernier,
sçeu trop prendre de foin &
tropse mettre en peine de niveler
depuis la Riviere d'Eure
jusquàVersailles,pour Jçavoir
lequel des deux lieux cft le plus
é/[levé.
Puis mesmequ'il s'agissoit du
service du Roy) & que dans la
sainte EcritureJeremie chapitre
4. njerjei 10. prenonce ,
Maledictus
qui facit opus Domini
negligenter, il falloit fea-
1loir si Pongoin rIJ .Terfilles
estoient de pur niveau,c'est à
dire
, autant éloÎrrne:( l'un que
l'autre du centre de la terre;
auquel cas si ce queM Bernier
debite efloit veritable, que l'eau
dans un Canal desixàsept lieuës
depur niveau, coule sans aucune
pente d'un boutà l'autre,l'eau
de Versaillesauroit pu s'écouler
dans la Riviere d'Eure, auJFtostque
l'eau de la Riviered'Eure
venir dans le Reservoir de
Versailles ; de plus
,
il falloit
toûjours reconnoistre le niveau
de ces deux lieux; car si Versailless'estoittrouvé
plus haut
que la Riviered'Eure,l'eau n'y
seroitjamais montée. Ainsi tresnecessairement
, quoy qu'en dise
M. Bernier
,
il estoit besoin
de se mettre en peine , comme
on a fait
, pourfairevenir la
Riviere d'Eure à Versailles
,
afin de ne hazarder pas la dépensede
plusieurs millions. Partant
les Arts feront heureux,
comme dit Quintilien,lorsqui'l
nji aura
qnelesMaistresquis'en
mêlent.
L'expedient que donne M.
Bernier, pour avoir avecpeu de
pente unegrande quantité d'eau,
efl d'une rare imaginative, Faites,
dit-il, le Canal pluslarge.
donnant plus de face à l'eau à
proportion de la pente & de
la vîtesse que vous souhaiteriez.
AinsiàsonJentiment3 pour
avoirlamesme quantitéd'eau
que fourniroit un Canal de quatre
pieds de large & de quatre
pieds de hauteur, qui font seize
pieds de face d'eau dans sa fèchon
? il faudroit faire le Canal
de f.;,;e pieds de large &
un pied dehauteur; mais la
beaucoupmoindreparle
dehauteur,&deplusdamnasrlqaue
longueurdequarante
lieuës ar/il
dit efire la Rinjiere el'Eure à Versailles
,
le terrain échauffe par le
Soleil d'Estéj éT la partie qu'il
en feroit évaporer dans lasaison
où l'on auroit plus besoin d'eau
à Versailles, en diminueroit la
plus grande partie, outre que la
dépense de la largeur de lsAqueduc
seroit quatre fois plus grande.
Voilaquel fruit on tireroit,
pour remedier à l'inconvenient
d'une pente jujjifantc.
Doncnonnobstantledirede
Bcrnicr3ilsera à perpetuité d'une
ventenotoire5 rjr purement
Geometr ique, au'ile(l absolument
ncceij.iire, que peu faire couler
l'eau au boutd'un Canal a l'autre
>
ily ait de la pente, & que
le niveauapparent,qui est une ligne
droite tangente au grand cercle
de laterre,aitdu haussement
pardessus le veritable niveau,qui
efi un arc du mesme cercle, qui
est le pur & naturel niveau. En
voicy des exemples.
La longueur du niveau apparent
estant de 87. toises, deux
pouces neuflignes, son hautement
par dessus le veritable niveau
sera d'une ligne.
Estant de 301. toises deuxpieds
neuf pouces * une ligne, jon
haussement fera un pouce.
Estant de 1044. toises un pied
huit pouces &demy
,
son hauf
sement sera un pied.
Estant de 2557. toises 5. pieds
p. pouces dr f- lignes, son haussement
fera d'une sose.
N'estant que d'une lieuë, le
haussement sera de 4. pieds9.
pouces & 4. lignes.
Estiant de trois lieües
,
son
haussementsera 7. toises un pied
& 7. lignes.
Estant de cinqlieües,son haussementserade19.
toises,cinqpieds,
sept pouces.
Estantdeseptlieües
,
son haussementsera
de 59. toises 4. pouces
huit lignes.
Estantdedixlieües,son haussementJera
de 79. toises4.pieds
4. pouces & 2.lignes.
Estant de 20.
lieueSi son haussementsera
de 318. toises5.pieds
4. pouces&une ligne.
Enfin, la longueur du niveau
apparentestantde40. lieues,son
hautement sera de 1275.toises
2.pieds 3.pouces & deux lignes.
Tout ce que dejjus estantd'une
vérité geometrique,jenevois pas
comment M. Rernier a q/c dire,
quedansun Canal depurniveau
de sept licües de longueur, l'eau
coule d'un bout à l'autre sans
aucune pente;puis quesi ce Canal
estoit d'unvéritable niveau,l'eau
ydemeureroit immobile. Il reste
donc que son pur niveau dont
parle M. Bernier, soit un niveau
apparent, dont le haussement
par dessus le pur & veritable
niveau, esi de 3.9,toises 4. pouces
&S.iioencs; & par consequent
un bout de ce Canal de 7.liees
a plus de hauteur pardessusl'autre,
que n'en ont les Tours de
Nostre-Dame , qui n'ont que
3f. toises de hauteur depuis lepavé
de l'Eglisejusqu'au parapet.
Il est comme impossible de deviner
ce qu'il veut dire par ces
termes suivans, Il faut dans
une grande longueur donner
quelque chose à la sphericité
de la terre.
Il est encore impossible de penetrer
ce qui l'aobligé d'ajoûter,
que sept, trente ou quarante
lieuës ne sont rien sur neuf
ou dix millelieuës que peut
avoir le Globe de la terre;
car puis qu'il s'agit d'une ligne
qui mesure la longueur d'un Canal,
on ne la peut comparer à la
superficie du Globe de la terre;
mais bien à la circonference d'un
grand cercle. De plus,M. Bernier
n'a pas fait reflexion que le
rapport ou raison de 40. lieuës à
neufmille, qui est le veritable
circuit de la ffrrft estla mesme
raisonqu'entre un @r 225,puis
que 40.fois 2.25. lieues font les
neufmille du circuit de la terre.
Or la 225. partie du grand tour
de la terre, est tres-considerable.
Examinons maintenant tous les
differens sens & applications
qu'on peut donner aux termes de
M. Bernier,qu'est ce que quarante
lieues en comparaison de
neufmille du qlobr: de la terre?
Supposons donc qu'il fustvray
que la distancedepuis la teste du
Canal de la Riviere d'Ourgue
,
prise à Li':\.l jusqu'au pied du
Trône, on Arc de triompbe, au
haut du FauxbourgS. Antoine,
fust de quarante [iettes, comme le
débiteÀi.Barnicr.
1.Si ces quarante lieues sont
mesuréessurlacirconference d'un
grand cercle de la terre, elles en comprendront la 225. partie,c'est
à dire un arc d'un degré ~& trente-
six minutes; & si le Canal
d'Ourgue au Trône estoitfait Juinant
cetarc,ydemeureroit
sans mouvement, ayant[onpUlJ
parfait & naturel niveau.
h. 2. Si le Canal efloit fait suivant
la corde de cetarc, l'eau
couleroit de chaque bout au mii eu
de sa longueur, &si les bords
du Canalyestoientsuffisamment
hauts pour soûtenir l'eau, afin
quelle pust prendre sa Sphéricité,
elle s'yélenveroit& accumuleroit
jusqu'à la hauteur perpendiculaire
de 318. toises
, s. pieds 10.
poucesC7.
Si ces40.lieuëssont en ligne
droite, en forte que le point du
milieudesalongueur touche un
grand cercle de la terre, ily aura
deux niveauxapparents ou tangentes
d'égalelongueur,&l'eau
couleroit de chaqueboutde ce
Canal vers le milieu de sa longueur
, ou si les bords estoient
suffisammenthauts,elle s'éleveroit
jusqu'à la hauteur perpendiculaire
de 318.toises
, 5. pieds, 4.
pouces @r une ligne.
Que si ces 40. lieuësfont rnefuréessur
le niveauapparent ou
ligne droire tangente, un Canal
fait suivant cette ligne droite
aura un bout plus élevé que l'autre
de la hauteur de 1275. toises,
2. pieds 3. pouces ~&2 lignes,
&l'eaucoulera avec tres-grande
rapidité par une si grande
pente.
Par ces calculs Mr Bernier
verra combiengrande est la difference
du niveau apparent, au
pur, veritable & naturel niveau.
La vérification de tout ce que
dessus est facilesur les principes
que j'ay établis dansmonTraité
du Nivellement ( inseré dans
le 27. Tome du Mercure extraordinaire
,
quartier deJuillet
1684.) qu'undegré d'un grand
cercle de la Terre contient 57100.
toijes ou 15. lieues de 2284. toiseschacune.
Voiey quatre Problemes importans.
I. Le hautement de la tangente
estant donné, trouver la
longueur ou distanceenligne
droite du point de la Station au
point miré.Multipliez S6f33053
28.Diametre de la terre en lignes
) par le nombre des lignes
du lJaujJernent. Au produit ,tjoutezje
quarré du mesme haussement.
Tirez la racine quarrée
de toute la somme , TOUS aurez
la longueurrequiseduniveau
apparent.
II. Trouver par quelle ligne
reguliere ayantJuccessivement
à chaque point Mathematique
unepente insensible
, on pourroit
par la voye la plus courte, &
dans un mesmeplanvertical,
faire couler la Riviere d'Eure
dans le Reservoir de Versailles.
Je dis que c'est par un Arc d'un
cercle dont lefemidiametre feroit
plus grand que celuy du grand
cercle tif la Terre, qui aboutiroit
au R.ifèrrvoir de Versailles. Vous
trouverez le centre de cet Arc
si du milieu de la ligne droite
du Pongoin au Reservoir de
Versailles ,vous élevez,uneperpendiculairejusqu'a
la rencontre
du Diametre de la Terre, qui
aboutiroit au Reservoir.
III. Déterminersi l'eau peut
coulerparunCanal fait en ligne
droited'un bout plus élevé au
plus bas. Je dis 1. que si le haussement'cfl
égal ou plusgrand que
le baulJement de la tangente du
mejmc arc, l'eau coulera avec
rapidité. 2. QueJi le hautement
ejl moindre que celuy de la tangente
, l'eau ne coulera pas du
plus haut au plus bas de ce Ctrnal
fait en droite ligne. Ainsi
supposant avec c~~ Bernier
que de la Riviere d'Ourgueprise
a Lisiil y eust quarante lieues
jujquaupiedduTrône3 &que
la Riviere priseàLisieust p.
pieds de hauteur par dessus le
pied du Trône, l'eau ny pourroit
arriver par un Canal fait
en ligne droite
, que jusques à
jSz2, toises 5pieds&4.lignes,
àcompterdu pieddu Trône,parce
que la lefond de ce Canalseroit
5. toises, un pied un pouce &
deux lignes plus bas que le bout
du Canal aupied du Trône. Le
calcul se trouve par la penultiéme
proposition du troisiéme Livre
des Elemens d'Euclides. Enfin
pourfinirj'employe laDevisede
la Société Royale d'Angleterre,
qui a pourcorpsune table blanche
d'attente,&pouramecestrois
mots,Nullius in verba;qu'il ne
faut croire legerement aux Philosophes
Geometresfur leur payole;)
puis qu'ils ne peuvent demeurer
d'accord entr'eux, quoy
qu'après tant de siecles ilsayent
faitsi grandbruit dans l'Ecole,
que les Passans croyoient que,
Omnia,mors,miles, fanguis&
igniserat.
C'estune guerresanspareille,
Les Armessont de grands Ergos,
Quifrappant l'air & les Echos
Blessent le poumon d" l'oreille.
J'ay finy avec M. Bernier
ausujet de son prétendu Canal
depurniveausans pente,jevous
parle maintenant de la facile
fonction des deux Mers, en paf.
sant par la Bourgogne, par le
moyen des sources&Rivières de
Poulli en Auxois,par lafacile
jonflion de la Riviere d'Armanson
à la Riviere d'Ousche. Ce
desseinavoitesté mis autrefois
furie tapis, & on 1 avoit trouvéfortfaifable.
Ilfaudroitcouper
per depuis la jource d'Armanjon
jujque dans le ruisseau d'Andenejfi,
ou bien dans la Riviere
de Cruzez
y
qui tombe dans
ÏOufche; iln'y a que demylieuë
de terre à couper , toutes
terres labourables & aisées à
remuer. Dans le plus haut entre
les deuxRivieres., le terrain est
de niveau de cinq cens toiles de
longueur; mais ily a de la pente
plus avant du cossé d'Occident,
aujJi-bien que du cofie d'Orient;
-neanmoins on peut trouver des
moyens pourcela, car en creusant
la profondeur d'environ dix toiles,
on pourrafaire un Canal
dormant depuis la Jource de la
Riviere d'Armanjon à laRivieredeCrugez,
pourmille écus
on fera la dépense necessairepour
yamener la Fontaine de Baume,
laquelle en toutesaison fait tourner
trois moulins, @J on peut
faire un Bassin beaucoup plus
grand que leBassin de Naurousse
du Canal de Languedoc.Je vous
envoyé la planche du projet de
cette communication des Mers
par la Bourgogne. Je l'avoisJatte
pour
l'employer dans mon his
toiregenerale de la communication
des Eaux, tant par les Canaux
naturels&souterrains,que
par les Canaux artificiels surla
surface de la terre.je m'aperçois
que ma Lettre commence à estre
trop longue.Vous en aare'{ les
autres parties dans une autre
occasion. Je fuis, Monsieur,
tout a musy
L'Aveugle Comiers
d'Ambrun, P.D.T.
Quand je vous appris la
mort de Mr le Marquis dei
Carpio , Viceroy de Naples,
je croy vous avoir marqué
qu'il nelaissoit qu'une Fille,
unique heritiere de tous ses
biens. Cette Fille, appellée
Dona Catalina de Haro, &
Gusman,ayant esté conduite
en Espagne, ne manqua pas
d'estre recherchée par les plus
riches Partis. Elle a preferé
Dom Francisco de Tolede,
second Fils du Duc d'Albe,
& ce mariage s'est fait à Madrid
le 28.deFévrier dernier.
Vous sçavez qu'aprés la
mort du Viceroy de Naples
son Pere, Mr le Connestable
Colonnea exercé cette Vice-
1 royauté par interim en attendant
l'arrivée de M.le Comte
de S. Istevan
, auparavant
Viceroy de Sicile. Pendant
le sejour que ce Connestable
a fait à Naples,il y a conclu le
mariage de Dom Giuliano
Colonne son Neveu, Fils du
feuPrince de Sonnino ion
Frere, avec la Filled'unriche
Negociant Hollandois, étably
encette Ville-là. Elle luy
apporte trois cens mille écus
de dot,& M.le Connefiable
Colonne donne à son Neveu
deuxTerres dans la Calabre,
qu'il espere faire ériger en
Principauté par le Roy d'Espagne.
Vousvoyez,Madame,
que le grand bien tient lieu
de naissance. On a peine à ap:
prouver qu'un homme fort
riche & de qualité épouse
une Demoiselle qui n'a aucun
avantage du costé de la
fortune, & sur rout on luy
fait un crime qu'on ne peut
luy pardonner lors qu'il époufe
une Fille qui n'a ny
bien ny naissance
,
mais seulement
un veritable merite
qu'on ne veut comptera rien.
Au contraire on ne manque
point de luy applaudir comme
ayant fait une bonne affaire
,quoy que l'alliance soit
fort inégale,lors qu'enépousanr
une Roturiere
,
il a trouvé
moyen d'ajoûter des biens
immenses à ceuxqu'il a déja
tres-abondamment. On ne
s'informeny de l'humeur de
l'Epouse
) ny des qualitez qui
peuvent faire exeuser son peu
denaissance.Quelle n'ait ny
jeunesse ny beauté
,
ilsuffit
qu'elle foit riche pour meriter
d'estre preferée à la personne
la plus accomplie,qui
n'aura pour dot que de l'esprit
,
de la qualité & de la
verru. Grande marque de l'aveuglement
naturel des hommes
,
qui ne peuvent voir en
quoyconsiste le véritable
bonheur!
Vous connoistrez par le
sujet dont traitent les Vers
que je vous envoye fous le
titre d'Essay de Pastorale,qu'il
y a déja du temps qu'ils ont
esté faits. Vous ne laisserez
pourtant pas de les lire comme
nouveaux,& ils le sont
en effet puis qu'ils n'ont
point encore esté veus*
E S S A Y
DE PASTORALE,
Pour un Concert à Madame
la Dauphine.
La Scene est dans les Campagnes de
Versailles.
L'HIMEN ET L'AMOUR
c L'AMOUR. 'EST icy des Bergers le commun
rende^vous,
Icychaque troupeaus'assemble.
L'Himen.
Ce lieu dans le dessein de mus unir
ensemble,
Me paroist fait pour nous.
L'Amour.
Ce Herossi connu qui sçait regner
& plaire,
Aime (7 protegtcesejour;
le crois que l'Himen &l'Amour
Pourront s'y satisfaire.
L'Himen.
Celle dont les Dieux ont fait
choix
,
Pour estre lasourceseconde,
De tant de Héros & de Roys,
.!st.!!iporterontl'Epmire "deess François
, Iufqitaux extremites du monde,
Se la'ffe admirer quelquefois
Dans ces campagnes ér ces bois.
L'Amour.
Jesçay qu'en ce Palais cette Epouse
charmante,
Desonaimable Epoux atcend theureux
retour»
Mais helas !pendant cette attente
JOuc peuvent l'Himen & l'Amour?
L'Himen.
Le jeune demy-Dicu que le Cielafait
naître, [paraître,
Et l'agreableespoirdevoir bien-tost
L'Auguste Frere qui lesuit,
Font les plus doux momens du jour
di de la nuit,
De cette admirable Princesse.
L'Amour.
De peur que Fennuy ne lA prtjfl
Assemblons les ris & les jeux.
Vnissons nos conqucstes Faisons naître des , Festes,
Ecoutons tous les voeux
Des Bergers amoureux.
Vnijfons nos conquestes
Mejlons nous avec eux
Vnissonsnosconqnestes
Prejjons les instans
JOtii les rendent contens.
rniffins nos conquestes,
Faisons naître des Festes.
Tous Deux.
Bergers,honoreZ l'heureuxjour
.!i!.!;i joint l'Himen avec l'Amour,
Celebrez, l'heureusejournée
Jgui joint l'Amour à l'Himenée;
Dans ce doux & charmantsejour,
La paix entreuxs'estterminée.
Un choeur de Bergers & de Bergeres
repere.
Bergers, honorons l'heureuxjour,
&c.
Un Berger 8( deux Bergeres.
Le concert des 0ifeaux
,
Des Zephirs & des eaux
AHume dans nos ames , Mille innocentesfiâmes.
Deux Bergers & deux Bergeres.
De nouvelles ardeurs
Ont embrazé nos coeurs ;
Allonssous ce feüillagesombre
loüir dusilence & de l'ombre.
Deux Bergers.
^uand l'Himen & l'Amour ont resolud'agir,
On ne doit plus rougir
Des tendressentimens que la nature
inspire ;
Tout ce qu'on voitsoupire.
Deux Bergeres.
Quelles émotions,
Dans nos coeurs qui s'agitent
Par tant d'illusions
A l'amour nous incitent
qu,andl'Himen & l'Amour ont re- solu d'agir
On ne doitplus rougir, &c.
Deux Bergers.
Qandl'Himen & l'Amour, Sec
Peut-on resister aux amours
Quandl'Himen vient a, leur
secours.
Deux Bergcres repetent.
JZuand l'Himen, Scc-
Deux Bergers & deux Bergeres.
Peut-on ressfiery &c.
Le Choeur reprend.
Petit-on resister, Ble.
L'Himen & l'Amour.
De ces beaux Pâturages,
Fortunez habitans,
De mille soins reconnoissans
Goûtez les tendres témoignages.
Deux Bergers & deux Bergeres.
Dieux, comment pourrons-nous
ytus rendre les honneurs qui sont
dignes de vous ?
Le Choeur repete.
Dieux comment, &c-
L'Amour & l'Himcn.
l'Himen
aisementsecontente,
L'Amour
ilne demande que vos voeux;
Il veut toujours vous rendre
heureux
Pourvûque le coeury consente.
Le Choeur repete.
l'Himen
aisementse contente, Bec.
l'Amour
£ue dans tous les lieux Â'Al'entour,
Retentissentles noms & d'Hi.
men à* l'Amour.
Les Bergers & Bergeres.
J%ue dans tous les lieux.,
- Le Choeur reprend.
.f!..!!,e dans tous leslieux.
L'Himen.
JOuesur ce climat l'abondance
* puiJlè àjamaisverfirlàlllls riche
influance.
L'Amour.
Qpuleaitsouijrosur,s de nouveaux
Préviennent jusqu'à vos deifrs.
L'Himen & l'Amour.
Ne vous étonnez pas si d'un efiïnd
si doux,
Lesplusfameux Hameauxvontdevenirjaloux.
Vn jour les VivÎn;ttz, mesmes
Quitteront lesejour des Cieux
Et leursgrandeursfitprêmes,
Pourveniravecvoushabiter en ces
lieux.
Deux Bergers & deux Bergeres.
0 plaisirs ! o douceurs extrêmes!
Jïuedans tous les lieux d'alentour
JLetcntiJfeu,t les noms & d'fIi.
men d'Amour.
( Choeur. dans tous les lieux, &c.
VnBerger & une Bergere.
Mais quel trouble s'excite !
Touts'émeut, touts'agite.
Quelssoudains mouvemens
Redoublent nos contentemens!
VneBergere.
Mille naissantesfleurs embellissant la
Terre
IHslieux les plus deserts font un
riche parterre.
Vn Berger.
D'un murmure agreable O" nouveau
,
I'entenscouler ce doux ruis
fcAU.
VneBergère.
D'un feuillage plus vert tous les
arbresse parent.
Tous ensemble.
A l'abord du plusgrand des
Dieux,
Tant de nouvetute7, se préparent,
Ou Loüis de retour arrive dans ces
lieux.
QuelquesDivinitez,puissantes
Forment en si saveur ces beautez
étonnantes.
Le Choeur repete.
A l'abord du plus grand, tcc.
Bergers & Bergeres.
Ah, réjouissons-nous,
N'ayons plus de tristesse.
NostregrandePrincesse
Va recevoirson Epoux.
N'enSoyons plus en peine,
Le Vainqueur le ramene.
Le Choeur. on n'entende par tout que chants
melodieux,
De voix& d'instrumens que les airs
retentissent,
.!f!.!!:t les jeux & les ris, que les
amours s'unijjent,
J>)ue nos concerts s'eleventjufiJu'auJt
Cieux.
Bergers.
Jvant lafin du jour
Nous verrons de ces lieux le Maistre
de retour.
Choeur.
Qu'onn'entende, &cc.
Je vous avois bien dit,
Madame,que le Testament
de Mademoiselle de Guise
me donneroit lieu de faire un
second Article, pour vous
instruire de la maniere dont
cette, Princesse a disposé de
ses Biens. CeTestament, qui
efl: du 6. Février 1686. avoit
esté précédé d'une donation
entre vifs, faite le premier
jour de ce mesme mois, en
faveur de Messire Charles de
Stainville,Contre de Couvonge
Vous savez sans doute
que les donations entrevifs,
quoy qu'onse reserve ji sques
à la mort la joüissance des
-
biens que l'on donne, different
des Testamens,ence que
pour rendre ces fortes de donations
valables, il efl: necessaire
que celuy à qui on donne
, accepte & fasse insinuer
la donation dans les quatre
mois; après lesquels celuy
ou celle qui a donné n'est
plus en pouvoir de la révoquer.
Il n'en estpas de la
mesme forte à l'égard des Testamens.
Le Testateur demeure
maistre de son bien jusques
à la mort, & peut en tout
tempsrevoquer ce qu'il a fait.
Par la donation entre vifs
dont j'aycommencé à vous
parler,Mademoiselle de Guise
donne à Mr le Comte de
Couvonge,dans toutes lesformes
que peut demander une
donation de cette nature, le
Duché de Guise
,
la Principauté
deJoinville, les Baronnies
d'Esclaron, d'Ancerville
& de Roches, les Terres de
Marchais&deLiesse,la Terre
&Baronnie de Montresor, le
Comté d'Aux, & l'Hostel de
Guise;pluscent six mille livres
de rente àelle deuës par leRoy pour partie de l'échange
des Principautez de Chateau
Renard & de Linchamp,
trois mille six cens livres de
rente ,
à elle aussi deuës sur
l'Hostel deVille de Paris,avec
les appartenances,circonstances,
dépendances & annexes
de toutes cesPrincipautez,
Duché, Baronnies, Hostel
de Guise,& Terres, leurs Bois
& Forests, droits rescindans,
-6c rescisoirs
,
se reservant la
joüissance de tous ces biens
jusques au jour de sa mort,
mais feulement à titre d'usufruit
& de precaire,à la charge
qu'après le déceds de cette
Princesse
)
les revenus des
Terres, & les arrérages des
rentes dont il est parlé, ensemble
les revenus & arrérages
de ses autres biens & rentes,
mesme deceux dont elle
auradisposé par Tcftament,
sans avoir expressement ordonné
que les Legataires en
jouiront du jour de sa mort,
feront employez de la maniere
qui fuit :
c'ctf à sçavoir
queM le Comte de Couvonge,
Donataire, retiendra sur
les revenus de chaque année
jusqu'à ce que les dispositions
que fera ensuite Mademoifelle
de Guise
,
le privent de
la jouissance des biens donnez,
liez,lafomi-ne de trois mille
livres pour sa personne, &
celles qui feront necessaires
pour faire faire le recouvrement
de ces revenus & arrérages,
pour l'entretien de
l'Hostel de Guise
, & des bâtimens
& usines des Terres,
& pour soustenir les droits
de ces mesines Terres & biens
donnez;& que tout ce qu'il
aura reccu de ces revenus &
arrerages au delà de ces sommes,
fera par luy employé au
payement de tous les droits
qu'il faudra payer à cause de
cette donation aux Sei gneurs,
ou « autres; àl'acquittement
annuel des Fiefs, Aumônes,
Fondations & charges réelles
des Terres; au payement des
gages des Officiers de ces mêmes
Terres; àceluy des arrerages
des Doüaires de Madame
la Duchesse de Guise,&
de Madame de Joyeuse; au
payement des Pensions viagéres
dont elle voudra gratifier
quelques personnes par
son Testament, par lequel
elle se reserve d'enassurerjusqu'a
quinze mille livres de
, rente, & enfin au payement
des inetrets&arrerages courans
des dettes par elle contractées
,
qui feront encore
deus le jour de sa mort;voulant
de plus que ce qui se
trouvera de reste des revenus
&arreragesdes biens parelle
donnez,à la fin de chaque
année, conjointement avec
ceux de ses autres biens &
rentes,soient employez au
payement des dettes à une
fois payer, qui feront exigibles
en ce temps-là, & dont
l'origine fera anterieure au
jour de la donation; au payement
des legs qu'elle auta
faits à ses Officiers & Domestiques
jusqu'à la somme de
deux cens mille livres; à l'a
mortissement des forts principaux
des rentes par elle
deuës; au payement des Fondations,
qu'ellese reserve de
pouvoir faire par son Testament
, après lesquels legs
payez, dettes acquittées, &
Fondations executéesjusqu'à
la concurrence de ces sommes,
tant des revenus des
biens donnez
, que de ceux
qui se trouveront appartenir
à cetre Princesse le jour de sa
mort, Mr le Comte de Couvonge
DonataireJoüira entierement
des fruits & revenus
des biens qui luy sont
donnez, dont Mademoiselle
de Guise luy transporte en
outre tous droits de proprieté)
fonds,tres- fonds) noms raisons , & actions, saisines 8c
possession, declarant que dans
la reservequ'elle a faite des
revenus, pour estre employez
en la maniere qu'il a
esté dit, son intenrion n'a
pointesté de comprendre
l'Hostel de Guise, dont le
Donataire aura la pleine
joüissance du jour du decés
de cette Princesse. Il est porté
sur la fin de cette Donation;
que Mr le Comte deCouvonge
l'accepte, & qu'il en
remercie Mademoiselle de
Guise
, promettant de l'execurer
de point en point aux
conditions qui y sont marqes;)
à la charge que ses
biens, autres que ceux qu'elle
a bien voulu luy donner, n'y
feront point affectez.
Lemesme jour1. Février
1686. aprés que cette Donationeutestéreconnuë
par devant
Notaires,Mademoiselle
de Guise & M le Comte de-
Couvonge, passerent un Acte
particulier
>
par lequel ils
demeurerent d'accord qu'elle
avoit estéfaiteaux conditions
qui suivent. Cet aére.
porte, que cette Princesse
ayant faitreflexion que les
Terres dont je vous ay déjà
parlé, sont sorties des Ducs
de Lorraine, qu'elles ont
esté possedées par leursDefcendans,
& ont toûjours esté
lepartagedes Chefs de la
Maison deLorraineen France,
& croyant qu'il est de la justice
& de la gloire de cette
illustre Maison,de faire que
celuy qui les possedera aprés
elle, soit iflii de Mrle Prince
Charles de Lorraine, elleCub.
ftltuë le Duché deGuise
,
la
Principauté de Joinville, les
Baronniesd'Esclaron, Dancerville
& de Roches, les
Terres de Marchais & de
Liesse,& l'Hostel de Guise,
leurs appartenances,&generalement
tout ce qui fait par
tie de cesTerres & de cet Hostel,
aux Puisnez malles de
ce mesme Prince, & à leurs
Descendans masles,pour commencer
à .en joüir du jour
que l'on aura satisfait aux
payemens qu'elle a declaré
devoir cftre faits du revenu
de ces mesmesTerres,par la
Donation faiteà M'leCbmic
de Couvonge.Voicy l'ordre
qu'elle veut quisoit gardé das
cette Substitution. L'Aisné
des Puisnez de Mr le Prince
Charles - qui ne fera point
engagé dans l'Eglise? est le
premier appellé à la Substitution
de ces Terres, & de
l'Hotel de Guise, à la charge
qu'il prendra le nom de Due
deGuise. La mort de ce premier
appellé estant arrivée,
ces mesmes biens appartiendront
à l'Aisnédeses Enfans
masles, & aprés luy iPAifiié
qui naistra de cet Aisné,&
ainsid'Aisnéen Aisné,&de
masle en masle,tantqu'il y en
aura de la descente de celuy
-
qui aura esté appellé le premier
à la Subititurion ; & en
cas que l'Aisné des Puisnez
deMle Prince Charles la refusast,
ou mouruft sans Enfans
masles après l'avoir acceptée,
ces biens appartiendront
au mesme titre de Substitution
à celuy des Puifncz
de ce mesme Prince, qui se
trouvera le plus proche de
l'Aisné de la Maison de Lorraine
, & qui ne fera point
engagé dans l'Eglise
, à ses
Aisnez de masle en masle; &
au defaut d'Enfans masles, à
l'Aisné des Freres de celuy
qui aura possedéledernier les
Terres substituée,à la charge
qu'ils porteront le nom de
Duc deGuise.Si Mrle Prince
Charles de Lorraine n'avoit
qu'un Fils qui eust des En,..
sans masles,elleappelle à1?
Substitution les Puisnez de ce
Fils & leurs Descendans au
_lnefnle ordre que je vous ay
expliqué, en sorte que ce soit
unDescendant de ce Prince
qui possede tous ces biens,&
qui soit enFrance le Chefde
laMaison de Lorraine, 3c
jusqu'à ce que celuy qui fera
appellé pour remplir cette
Substitution au jour de sa
mort, soit en estat de s'établir
en France, elle veut que
les revenus de tous les biens
substituez
,
aprésqu'on en
aura pris les sommesnecessaires
pour en faire le recouvrement
, payer les gages des
Officiers, les fiefs & aumônes.
& les charges réelles, entretenir
l'Hostel de Guise, &les
bastimens & usines des Terres
, & qu'il aura esté payé à
Mr deCouvonge Donataire,
la somme de trois mille livres
de Pension viagere
,
soient
employez à acquérir des Terres
en France qui appartiendront
au Prince substitué,afin
qu'il foit plus eneftatde soûtenir
la gloire de la Maison
de Lorraine en France;àquoy
Mademoiselle de Guise joint
en faveur de celuy qui les possedera
en vertu de sa Substitution,
les trois mille six cens
liv.de rente qui luyfont dûës
sur l'Hotel de Ville deParis,
& soixante 5c six millelivres
de rente, faisant partie des
cent Ex mille livres à elle
- - - -
l'ordre daisnesse foit gardé
criùe, les masles. Elle substituë
pareillement les Terres
de Montresor &d'Aux au Fils
la Donation à luy faite, s'il
n'y avoit point eu de Substitutions
; que le Prince qui
fera appellé à celle des Terres
de Marchais & de Liesse, en
laissera la joüissance; en usufruit
à Madame la Duchesse
de Guise, pour enjouir durant
sa vie feulement , & que
tous ceux qui feront Pioprietaires
des Terres fubairuées,
ne pourront destituer aucun
des Officiers qu'ils trouverent
revcftus des Charges de
ces Terres, & qu'après leur
mort ils nc- pourront vendre
ces Charges, cette Princsesse
voulant quelles soient données
à l'avenir à ceux que les
Seigneurs substituez en trouveront
les plusdignes, gratuitement,
& sans finances.
M. le Comte de Couvonge
approuve & accepte toutes
ces conditions fous lesquelles
il reconnoift que la Donation
luy a esté faite. Mademoiselle
de Guise la luy confirma
par un nouvel acte,
le 8, Janvier 1688, le tout reconnu
par devant Notaires.
LeTeftament de cette Princeuc
est du 6. Février 1686,
J'en laisse les termes ordinaires,
&passe à l'essentiel. Elle
souhaite que son corps soit
inhumé aux Capucines de
Paris, dans leur Sepulture,
qu'il y soit porté sans nulle
pompe ?
& son coeur à Montmartre
avec ceux de ses Proches,
défendant expressément
qu'on faffe aucune ceremonie
dans les Services qu'on celebrera
pour le repos de son
ame.
Elle ordonne qu'il soit dit
le plus promptement qu'il se
pourra, dix mille Messes, dans
les lieux qui se trouveront
nommez par un Mémoire
parriculier, & qu'on distribuëauxPauvresimmediatement
apréssamort, la somme
de vingtmille livres,selon
qu'on le trouvera écrit dans
un autre Memoire particulier
d'Aumônes } que la somme
de dix mille livres soit mise
aussi-tost après sa mort, entre
les mains de M. l'Abbé de
S. Mihel,ou de celuy qui
fera Prieur de la mesme Abbaye
,pour estredistribuée
aux Pauvres des Duchez de
Bar & de Lorraine; qu'une
pareille somme de dix mille
livres soit distribuéeaux plus
pauvres dans toutes ses Terres
3
& que tous les Maistres
& Maistresses d'Ecoles, qui
se trouveront par elle établis
dans ces mesmes Terres au
jour de sa mort, y soient entretenus
à perpétuité, à raison
de deux cens livres pour
chaqueMaistre d'Ecole,& de
cinquante écus pour chaque
Maistresse, & qu'il soit fait
un fond sur ses biens, dont le
revenu égale la dépense necessaire
pour leur entretien.
Elle donne aussi deux cens
écus de rente à la Maison
établie à Paris, à la charge
de fournir les Maistresses d'Ecoles
dans toutes ses Terres
où elle les aura établies.
Elle donne à l'Abbaye de
Montmartre cent cinquante
millelivres, pour estre employées
en fond de terre, dont le revenu serve â l'entretien
de vingt jeunes Demoiselles
des Duchez de Lorraine
& de Bar & de ses
Terres, tant qu'il s'y en trouvera
de bien appellées à estre
Religieuses
,
après que leur
vocation aura esté examinée
par les trois Personnes nomméespourl'exécution
des
legs pieux qu'elle fait, ou par
ceux qu'ilsaurontsubstituez
à leur placer,& par l'Abbesse
& les Religieuses de Montmartre
qui recevront ces Filles
sans aucune dot, & lors
que lenombrene fera pas
remply
,
le surplus du revenu
de ce fond fera employé à
faire apprendre des Métier à
de pauvres Filles des mesmes
Duchez & Terres.
Elle donne aussi la somme
de cent mille livres
-
pour
fonder & bastir un Séminaire
ou feront entretenus & instruits
douze jeunes Gentilshommes
pauvres, qu'elle veut
estre établis dans- un Monastere
des mesmes Duchez ausquels
l'observance foit fidellement
gardée. Ce Monastere
doit estrechoisy par les trois
perfonnesnommees pour l'execution
de ses legs pieux,
qui avec le Prieur du Monastere,
nommeront ces douze
jeunes Gentilshommes entre
ceux qu'ils jugeront les plus
propres à servir bien dans
l'Estas Ecclesiastique.
Elle donne aux Capucines
deux mille Ecus payables une
feule fois.
Aux Religieux de l'Abbaye
de Saint Mihel mille
livres de rente annuelle &
perpetuelle pour l'entretien
de deux Religieux quiappliqueront
toutes leurs Messes
pour le repos de son Ame &
de celles de ses Predecesseurs
dont plusieurs sont inhumez
dans ce Monastere, & de plus
àla charge de faire chanter
une Messe haute tous les Vendredis
de l'année pour honorer
la Relique de la vraye
Croix qu'elle y a donnée.
Cette Mesle s'appliquera à
l'intention de remercier Dieu
des
des Victoires qu'iladonnées
aux Armes Chrestiennes sous
la conduite de Mr le Prince
Charles dans la derniere
Guéree contre les Turcs, &
pour obtenir pour tous les
Princes de la Maison de Lorraine
la perseverance dans la
Religion Catholique, & la
grace de leur augmenter le
zele de la maintenir.
Aux Religieuses de Valdonc
trois cens livres de rente
annuelle & perpetuelle, à
la charge de celebrer tous les
ans un Service pour le repos
de son Ame.
Aux Religieux de Saint
Urbain cent livres de rente,
& autant à ceux de Montierenders,
aux mesmes conditions
d'un Service annuel.
A l'Abaye de Sainte Hoüelle
proche de Bar, cinquante
livres de rente pour continuer
les Services dont la rente
est perduë.
A la Paroisse de Joinville,
trois cens livres de rente pour
celebrer quatre Services par
an, à la charge de donner
sur cette somme vingt-cinq
livres à chaque Service aux
plus pauvres de laparoisse.
Deux mille livres de rente
pour fonder dans Esclaron
un Hospital ou feront receus
tous les Pauvres du lieu, &
de ses autres Terres de Champagne,
qui feront hors d'état
de gagner leur vie, excepté
ceux de la Ville de Ginville
qui ont un Hospital.
A l'Abaye de Montmartre,
par dessus la Messe fondée
par Madame sa Mere
)
dont
Mademoiselle de Guise a acquité
la Fondation, & les
deux autres qu'elle a fondées
par un Contrat particulier
, quatre cens livres de
rente pour faire dire une
Messetous les jours pour le
repos de son Ame, de celle
de Madame de Montmartre
sa Soeur, & de tous ses Predecesseurs.
A la Paroisse deSaint Jean
en Gréve, la somme de mille
livres, &aux Pauvres dela
mesme Paroisse celle de mille
écus pour leur estre distribuée
selon la plus grande
necessité incontinent après
son decés.
A l'Hospital General trois
mille livres, & autant à
l'Hostel-Dieu, le plus promptement
qu'il se poura.
A Madame de Montmartre
mille livres de pension
viagère, outre celle de mille
livres dontelle a passé Contrat
avec la Communauté.
A tous ses Domestiques
cinquante milleécus,&
quinze mille livres de rente
en pensions viageres, selon
un Estatécrit de sa main
Ensuite elle déclare quelle
veut que les Meubles dont
elle n'aura pas disposé soient
vendus aussi-tost aprés sa
mort ; que sur le prix qui en
reviendra,l'on prenne les
Messes & les Aumosnes qu'-
elle a ordonné estre faites
promptement; que les arrerages
courans des dettes con.-
stituées estant acquittez, la
somme leguée à ses Domestiques
soit payée sur le plus
clair revenu de fts biens, &
qu'aprèsavoirsatisfait atoulo
tes ces choses tous les revenus
des biens en fond donc
elle dispose par son Testament,
& toutes les rentes des
constitutionsdontelle a aussi
dispose par ce Testament, ou
par donation entre vifs; comme
aussi tous les revenus des
Terres specifiées dans cette
donation, soient employez
au payement des interests,&:
ensuite des capitaux de toutes
ses dettes,lesquelles estant
acquittées, l'on accomplira
les legs pieux, Fondations
& donations faites entre
vifs, par Testament, ou
par Codicille.Lors qu'on aura
satisfait à toutes ces charges
,
les Donataires entreront en
jouissance des biens donnez,
sa volonté estant qu'aucun
n'y entre avant ce temps-là,
à l'exception de celuy des
Enfans de M.le Prince Charles
de Lorraine,quiportera le
nomdeGuise, auquelelle
donne une.P-.eWlon dcdpnze
mille écus de rentepour son
cntrerienJ-Jusqua ce qu'il entre
en possession des biens
qu'elleluy a leguez par donation
entre vifs, sur lesquels
cette pension de douze mille
écus sera prise.
Desirant que tous les biens
dont elle a disposé soient libres,
quand ses Donataires
commenceront à en joUirJ
elle veutque les Executeurs
de son Testament continuent
à recevoir les revenus.
de tous ses Biens» jusqu'à ce
que toutes ses dettes soient
acquittées, & qu'on ait satisfait
à toutes les dispositions
qui doivent estre payées par
privilege ; aprèsquoyils employeront
ces revenus à acheter
des fonds pour subvenir
à tous les legs pieux, &les
donneront ensuite à ceux qui
feront obligez de satisfaire
aux charges de ces mesmes
legs,soit pour fondations, ou
pourautres choses;&àl'égard
des Pensions viageres, elles
feront acquittées par celuy
qui fera Duc de Guise, tant
qu'elles dureront, & éteintes
àson profit,f-
-
Elle veut que tous les Meubles
d'Hyver & d'Esté
,
qui
fervent aux appartemens de
l'Hostel de Guise, y soient
laHfez, c'est dire, les Meu
bles deBois
,
Tapisseries, lits
& sieges
,
& elle les donne à
celuy à qui elle a donné la
Maison,avec les Portraits originaux
de tous les Princes de
la Maison de Lorraine qui
sy trouveront.
» Elle donne sa Tapisserie
des Ages,& son Lit de broderie
de Perles, à Mrle Prince
Charles, & sa petite maison
dela Vierge? avec tout ce qui
est dedans, à la Reine Doüairiere
de Pologne, ion Epouse.
--
Au Fils de Mr le Prince
Charles, qui portera le nom
de Guise, trente-cinq mille
livres de rente, qu'elle a à
prendre sur les Gabelles de
Languedoc.
AM d'Armagnac,Grand
Ecuyer de France, les Terres
de Lambesq & Orgon, leurs
appartenances & dépendances.
A chacune de Mefdemoiselles
de Lislebonne, la somme
de cent millelivres en cas
qu'elles ne soiént pasmariées,
& non autrement, ce qui fera
acquitté comme une de ses
dettes,après qu'on aura satisfait
aux autres.
Elle veut que les trentecinq
mille livres de rente sur
les Gabelles de Languedoc,
le Duché de Joyeuse, & les
Terres de Lambesq &Orgon,
soient substituées en la mesme
forme que les autres Terres
qu'elle a données entre
vifs, aux mesmes Princesà
qui elle donne celles-cy par
(bnTcHamenr.
M. de Roquette, Evesque
d'Autun, Dom Henry Henezon,
Abbé de S. Mihel, &
M. Dubois, sont nommez
pour avoir foin de toutes les
fondations, legs pieux, charitez
& aumônes Elle les
prie d'en substituereux-mesmes
de leur vivant chacun
un qui leur succede aprés
leur decés, & ceux-cy de s'en
substituer d'autres? & ainsi à
perpetuité, les conjurant instamment
de faire suivre toutes
ses intentions avec une
entiere exactitude.
Elle donne cinquante mille
livres que ses Executeurs
doivent employer en fond.
Le revenu en fera distribué
chaque année à des Prestres
savans, & à de zelez Religieux,
ou autres, pour faire
des Millions dans toutes ses
Terres, en forte qu'il y en ait
tous les trois ans dans chacune.
Elle nomme pour ses Executeurs
Testamentaires M le
Prince de Commercy, M. le
Comte de Couvonge, & M.
Favieres, Avocat au Parlement
, ausquels elle donne
conjointement ou à celuy des
troisqui fera choisi par les
deux autres,tout pouvoir d'agir
pour l'exécution de ses
volontez.
Elle donne à M. de Couvonge
une Bague de mille
écus, & le prie de l'agréer
pour marque de son estime.
A M. Favieres deux mille
pistoles,pour reconnoissance
des soins qu'il donnera à faire
accomplir ce qui est porté
par Ion Testament , voulant
que luy
)
& fçs autres Executeurs
, soient indemnisez des
frais qu'ils feront obligez de
faire pour l'exécuter.
A Mademoiselle, donc elle
avoit l'honneur d'estre Tante,
tous ses Cristaux, Agates,&
Pierres fines, conservées dans
deux armoires de sonCabinet,
la suppliant tres-humblement
de les agréer pour
marque de son respect & de
son affection.
Elle supplie aussi Madame
de Guise d'agréer son Crucisix
d'or, où il y a deux Figures
d'or, de la Vierge&de
S. Jean au pied.
Elle donne à M. d'Armagnac,
Grand Ecuyer de France
,
sa Vierge de Raphaël, &
sa Samariaine de Mr Mignard,
& en cas qu'elle ne luy aitpas
rendu les Tableaux sur
leqquelselle a fait écrirequ'ils
luy appartiennent, elle veut
qu'ils luy soient rendus aussitost
après sa mort.
En 1688. Mademoiselle de
Guise fit trois Codicilles. Par
le premier, qui est du 28. de
Février,elleveut que l'on employé
aux Prieresqu'elle a ordonnées
par sonTeftament,
jusqu'à la somme de vingt
mille livres.
Elle déclare qu'elle veut
que le legs qu'elle a fait par
ce mesme Testament à Tes
Officiels & Domestiques;de
quinze mille livres de rente
viagere, soit augmentéjusques
à la somme de vingt
mille livres, & celle de cinquante
mille écus à une fois
payer, jusques à deux cens
vingt mille livres: sur quoy
elle donne ce qui fuit à chacun
d'eux.
A M. de Gaignieres, [en
Ecuyer, douze cens livres de
pension
) outre ses Carosses êc
un attelage dont elle luy fait
don.
A MrsMillereau& lambert,
Ces Aumôniers, chacun
cinq cens livres de pension.
A M. Gourdon, son Secretaire,
cinq cens livres de
pension
, & deux mille écus
une fois pa yer.
A M.le Brun, son Tresosorier,
mille livres de penfion.
A M. Besset,Agent de ses
affaires,mille livres de pcnsion,
& deux mille écus.
A M. & à Mademoiselle
Péan
,
cinq cens livres de
pension
j,
& deux mille écus.
A M. Presidy, Chirurgien,
quatre cens livres de pension.
AM.Martine,Contrôleur,
cinq cens livres de pension,
&dix mille francs.
A M. Bertrand, Argentier,
cinq cens livres de pension,
& huit mille francs.
AuSieur Mercier,Tapissier
& Valet de chambre, six
mille francs.
Au Sieur Jacob, Valet de
chambre, six cens livres de
pension, & deuxmille écus.
Au Sieur Munier
,
Valet
dechambre, deuxmille écus.
Au Sieur Martine, Valet
de chambre , quatre mille
francs.
Au Sieur Estienne, Valet
de chambre,trois mille livres.
A Mademoiselle de la
Bourdiere, Fille d'honneur,
douze mille livres.
A Mademoisellede la Humiere
sa Soeur huit mille
livres.
A Madame Madeleine, sa
premiere Femme de chambre,
& à Mademoiselle Henriette,
Femmede chambre.
neuf cens livres de pension,&
troismillelivres à chacune.
AMademoiselle le Riche,
l'une de ses Femmes, trois
cens livres de pension, &
quatre mille francs.
A Mademoilelle Isabelle,
trois cens livres de pension,
&cinq mille francs.
A Mesdemoiselles Manon
& Br ion, chacune cinq mille
livres.
A Mesdemoiselles Grandmaison,
Tabou & Guyot,
chacune quatre mille livres.
A la Dame Lambert, trois
cens livres de pension.
A la Dame Gombault,douze
cens livres une fois payer.
A la Dame Benoise
,
huit
cens livres.
Au Sieur du Laurenr,Chef
de cuisine, cinq millelivres.
Au Sieur Besnard, Officier
decuisine
:)
trois mille livres.
Au Sieur le Jeune, deux
mille livres.
Au Sieur LabillardeChef
d'Office,cinq mille livres.
A M. Damades, douze
cens livres de pension,
A M.Morin,son Medecin,
deux mille livres de
pension.
AM. Dubois
, pour les
bons & agreables services
qu'il luy a rendus depuis
vingt deux ans, quatre mille
livres de pension, & deux
mille écus.
A M. Favieres
,
son Avocat
& CÓnril, trente mille
livres.
A Mrs Louillier, Beaupuis,
Collin& Bausan,. Musiciens.
chacun mille écus.
A Mrs Carlier & Antoine,
Musiciens, chacun deux mille
livres.
A M. Montailly
3
aussi
Musicien.trois cens livres de
pension.
Je passe plusieurs autres
sommes données à differens
Domestiques
,
qui toutes ensemble
reviennent à celle de
deux cens vingt mille livres,
ou
ou environ, qu'elle veut estre
payées des premiers deniers
que toucherout ses Executeurs,
& par privilege àtoutes
autres dispositions,¬amment
sur le prix desmeubles
qu'elleentend estre vendus
sans exception ,
dérogeant
à cet égard à l'article
de son Testament, par lequel
elle en auroit défendu la
ventes à la reserve de la Tapisserie
des Ages & du Lit
de broderie avec des Perles,
qu'elle ne veut point qui
soient vendus, ordonnant
que les legs qu'elle en a faits
par son Testament
,
soient
executez,& que les pensions
viageres ayent cours du jour
de sa mort, &: qu'on les paye
par demy-année.-
Elle déclaré que sa volonté
est
9
que tous ses Domestiques
qui ont des logemens
dans son Hostel
>
lesconservent
leur vie durant,
- Elle donne & legue mille
livres de pension viagere à
MrdelaChaise, qu'elle veut
estre payée comme les précedentes,
sans quellepuisse
estre saisie par les Creanciers
qu'il peut avoir. -
- -
AMadame du Breüil
3
Religieuse
à Reims, crois cens
livres de pension.
-"'- Au Fils de Madame de
Proisi
)
trois cens livres de
pension tant qu'il étudiera
Elle déclare qu'au cas qu'-
elle n'eust pas assure par Acte
entre vifs, la pension de la
Soeur des Martyrs,Religieuse
à Montmartre, & Soeur de
Mademoiselle Henriette l'une
de ses Femmes, qu'elle a
payée jusqu'alors) elle veut
qu'elle ioit continuée sur ses
biens.
Outre le Legs qu'elle a fait
par son Testament, à Mademoiselle
de Liflebonne & à
MademoiselledeCommercy,
elle leur donne & legue à
chacune la somme
-
de deux
censmillelivres.
AuSeminaire d'Autun,
pour achever de le bastir, ou
pour employer en oeuvres
pieuses dans le Diocese,vingtcinq
mille livres.
Aux Religieux de la Mercy
, par manière de fondation
de la Chapelle qu'ils ont
donnéeà cette Princesse, trois
cens livres de rente, au payement
delaquelleelleaffecte
le Duché de Guise.'
Elle declare qu'ayant nommé
pour ses Exccuceurs Testamentaires
M. le Prince de
Commercy? M. deCouvonge,
& M. de Favtucs, elle les
décharge tous trois de cette
execution
9
à cause de l'absence
de M. le Prince de
Commercy, confirmant tous
les legs qu'elle leur a faits par
son Testament, [Olt à turc
d'Executeurs? ou autrement,
parce queceuy devingt mille
livres qu'elle a faitàMr de
Favieres par son Testament,
demeurera acquitté en luy
payant la somme de trente
mille livres portée par son
Codicille.
En leur lieu & place elle
nomme pour Exécuteurs de
son Testament&de ce Codicille,
MIS les Aministrateurs
de rHodcLDieu de Paris,
qu'elle supplie d'envouloir
prendre la peine, &d'agréer
chacun un Diamant de cent
Loüis d'or qu'elle leur legue.
Elle donne cinquante mille
livres aux Pauvres del Hostel-
Dieu, à la charge que cette
somme ne fera touchée qu'aprés
que les autres legs porrez
par son Testament & Codicille
ayent esté payez. -
Le second Codicille de
Mademoiselle de Guise est
du premier jour de Mars 1688.
& porte qu'elle leve ladéfense
formelle qu'elle avoir faite
par le premierde vendre la
Tapisseriedes Ages,& son
Lit de Broderie de Per les; elle
veut qu'ils soient vendus ainsi
que les autres meubles
- Elle donne encore à M.
Damades mille livres de Pen-
(ion) outre celle qu'elle luy
a leguée par son 1. Codicille.
Aux Pauvres de la Charité
de l'Eglise S.Jean sa ParoiflTev
dix mille livres.
Aux Charitez qui se font
pourk soulagement des Provinces
, par Madame Chevaficr,
la femme de dix mille
livres,qui luy sera mise entre
les mains. - -
A M.Jourdan, Preiirc.dcmeurantàMontmartre,
cinq
cens livres de pension.
A la Niepce de la Soeur
de S. Michel, Religieuse à
Montmartre, quatre cens livres
une fois payer.
Elle ordonne que M.peb
nots
-
[on Notaire, foit em1
ployé dans les affaires de sa
uccelIion.
Elle declare qu'en consirentes
M. l'Evesque d'Autun
est obligé avec feu M. deRoquette,
elle veut que ces trois
rentes soient rachetées ; à
l'effet de quoy elle donne &
legue aux Créanciers de ces
rentes, la somme de vingtdeux
mille livres.
Le lendemain 2. de Mars,
Mademoïselle deGuise fit troisiémeCodicille, un par lequel
il est porté qu'en repassant
dans sa mémoire tout le
cours de sa vie, & n' y ayant
pas trouvé un moment dans
lequel-ellen'ait receu des graces
de Sa Majestié, elle souhaiteroit
estre en cnat d'en faire
paroistre sa reconnoissance à
toute l'Europe ; mais que
comme on ne peut témoigner
plus de soumission à
son Souverain qu'en luy demandant
de nouvelles marques
de ses bontez, elle supplietres-
humblementle Roy
de vouloir accepter le legs
qu'elle luy fait de saTapisserie
des Ages lx. du Lit en broderie
de Perles ,auquel elle a
travaillé plus de dix ans de
ses mains, comme une preuve
deson zele & de sonrespect,
& en l'acceptant, donner
une marque publique
qu'il ne dédaigne pas les dcrnieres
volontez d'une Princesse
; qui a eu toute sa vie
un attachement respectueux
pour sa Personne; à l'effet
de quoy elle revoque la disposition
de son Codicille du
jour precedent, par lequel elle
en avoit ordonné la vente.
par leContrat du 25. Aoust
1685. quicontient la vente
de Roquemaur.
stique demeurant à Montmartre,
deux censlivres de
pension, outre ce qu'il doit
avoir pour la retribution de
laMessequ'il celebre, declarant
qu'elle reduit à quatre
cens livres la pension de cinq
cens livres leguéeàM. Jourdan
par son second Codicille.
A la Soeur Marguerite I~odotyReligieuse
à Montmartre,
trois cens livres derenre.
Mademoiselle de Guise
après avoir fait cenoififlnc
Codicille, mourut le lendemain
3. de Mars, sur les dix
àonze heures du matin.
Comme vous aimez les
sentimens genereux , vous
prendrez sans doute part à
l'heureuse fortune d'un Amant
qui a merité par sa
constance tous les avantages
dont elle a esté récompensée.
Un vieux Gentilhomme tresriche,
venu à Paris pour quelques
affaires, entendit parler
d'une Heritiere de quinze
à seize ans, qu'on faisoit
passer pour un party fore
considerable. Son Pere ayant
amassé beaucou p de bien en
divers emplois qu'il avoit eus,
l'avoit laissée par samortsous
la Tutelle d'un Onclequi
n'estout pas dans une grande
opulence. La Demoisellen'avoit
aucun agrément dans sa
personne; l'esprit luy manquoit
aussi bien que labeauté,
& il n'yavoit à considerer en
elle que les avantages d'une
grande dot, mais les richesses
tenant toujours lieu de
veritable mérité, elle ne laissoit
pas d'estre recherchée
par des Personnes d'une assèz
haute naissance pour obliger
son Tuteur à balancer sur le
choix. Le Gentilhomme "llJÍ
n'avroit qu'un Fils qu'il eust
bien voulu arrester auprès de
luy au retour d'un voyage
d'Italie qu'il venoit de faire,
songea à le marier,&ce qu'on
luy dit des grands biens de
l'Heritiere luy ayant faitvoir
dans cette alliance un établissement
fortavantageux
,
il
fit connoissance avec le Tu..
teur& luy proposa le mariage.
Le Tuteur luy répondit
qu'il avoir déja des engagement
qu'il ne pourroit
rompre sans beaucoup de
peine, & ces obstacles ayant
redoublé son emprciTelnenr. leGentilhomme luy fit quel""
ques offres qui commencerent
à le faire entrer dans ses
interdis. Comme ilavoit
à ménager sonesprit, ilalloit
le voir [auvent, & il ne luy
rendit pas beaucoup de viiftes
sans remarquer une Fille
unique qu'ilavoit,& que la
nature sembloit avoir pris
foin de recompenser de l'injustice
que la fortune luy avoit
faite. Elle estoit belle,
brillante, enjoüée
,
& les
grands défauts de sa Parente
servoientà faire éclater toutes
les graces qui l'accompagnoient.
Le Gentilhomme
qui n'estoit veuf que depuis
trois ans,& qui n'en avoit
point encore soixante, ne
put resister à tant de charmes.
Il sentit son coeur touché
, & l'intereit de son Fils
servant de pretexte à sa foiblesle
,
il crut qu'il gagneroit
plus aisément le Tuteur sur
le mariagCe don)t il estoit questions'illuypromettoit
d'époufer sa Fille. Illuy découvrit
ce qui luy estoit tombé
en pensée
?
& en mesme
temps il le pria de luy garder
le secret,ne voulant pas mesme
qu'il en parlait à sa Fille,
jusqu'à ce que le mariage de
ion Fils estant consommé, il
fusten pouvoir d'executerce
que l'amour luy faisoit promettre.
Le Tuteurvoyant
dans ce qu'illuyproposoit
de grands avantages pour sa
Fille, prit de luy des asseurances
qui devoient l'indemnisers'illuymanquoitde
parole
,
& luy dit ensuite qu'il
ItavoÍr quafaire venir son
Fils, & qu'il n'auroit pas de
peine à obliger sa Pupille de
se déclarer en sa faveur. Le
Gentilhomme partitfort
remply d'amour , & fit valoir
a son Fils ce qu'il avoit fait
pour son établissement. Sa
pa ssion le pressant de haster
l'affaire, puisque sa conclusion
devoit le mettreen estat
de travailler à se rendre heureux,
illuy dit qu'il n'y avoir
point de temps à perdre, parce
quela Demoiselle, qu'il ne
luy peignit ny belle ny laide,
avoit des Amans de consequence;&
qu'il devoit craindre
qu'on ne la donnast au
plus empressé.Le Cavalier qui
n'avoit rien dans le coeur, se
;fit d'abord une idée assez agreable,
& assez satisfaisante
des grands biens de l'Heritiere,&
n'envisageant que de
belles Terres, il s'imagina
qu'il n'estoit pas necessaire
d'avoir de l'amour pour estre
heureux en se mariant. Il remercia
son Pere des soins
qu'il prenoit pour ses avantages
,
& vint à Paris pour en
recueillir le fruit, mais il
n'eut pas si tost veu la Demoiselle
qu'il s'en trouva dégoûté
,
& il le fut encore
beaucoup plus lors qu'il l'eut
entretenue. L'opposition des
agrémens tant du corps que
del'esprit qui faisoient briller
sa belle Parente, contribua
fort à ce dégoût.Plus il la
vit, plus sonmerite fit d'impression
sur luy. L'engagement
où son Pere l'avoit mis
servant à autoriser ses visites
asidues,il ne voulut point
le rompre pour n'estre pas
obligé de renoncer au plaisir
de voir ce qui letouchoitsensiblement.
Il dit mille choses
obligeantes à cette aimable
Personne & ayant connu
par ses manieres que les difpositions
de son coeur luy
estoienttres-favorables, il s'aband
onna si fort à sa paillont
qu'il ne songea plus qu'à la
satisfaire. Il dit au Tuteur
qu'il luy rendoit sa parole à
l'égard de l'Heritiere, & qu'il
esperoit qu'il ne seroit pas
blesséde la sincere declaration
qu'il luy faisoit
)
puis
que c'estoit pour luy demander
sa Fille ,dont il preferoit
la possession à tous les tresors
du monde Le Tuteur receut
une proposition si avantageuse
, avec beaucoup de
marques de reconnoissance,
mais ce qu'ilavoit déja resolu
ne le laissant pas en pouvoir
de l'accepter, il dit au
Cavalier
Chevalier qu'estantenparole
avec son Pere pour le mariage
de (aPupitIe.U ne pouvoit sans
engager son honneur, luy
donner sujet de l'accuser d'avoir
corrompu ses sentimens,
en autorisant une passion qui
estoit contraire à ses întcrests
; que sa Fille n'avoic
presque point de bien,ôc
qu'un peu de beauté & de
jeunessene devoit point
l'emporter sur ce qu'on cherchoit
dans un mariage préferablement
à toutes choses.
Ces remontrances ne firent
aucun effet sur l'esprit duCavalicr.
Il protesta que s'il
s'obstinoit à luy refu ser sa
Fille, il renonceroit à se marier;
& aprés s'estre assuré du
coeur de la Belle par les sermens
qu'il luy fit d'une constance
& d'une fidélitéinviolable,
il alla trouver son Pere,
esperant assez de sa tendresse
pour se flater qu'il le feroit
consentir à son bonheur. Le
Gentilhomme ne le vit pas
plûtost de retour, qu'il luy
demanda s'il avoit mis toutes
choses en estat,&s'ilfalloit
qu'il partift pour venir signer
le Contrat de mariage. Le
Cavalier ne luy cacha point
ses sentimens, & après luy
avoir exagéré l'éloignement •i qu'il avoit pour l'Heritiere
,
avec laquelle il ne pourroit
vivre que très-malheureux,
il luy avoüa qu'il estoit charmé
de sa Parente, & qu'illuy
devoit tout le bonheur de [a
vie s'illuy permettoit de l'épouser.
LeGentilhomme qui
ne pouvoit se resoudre à condamner
ce qu'il pretendoit
faire approuver pour luymesme
?
dit à f.. Fils qu'il
estoit vray que cette Parente
estoit assez belle & assez bienfaite
pour faire excuser une
violentepassion, mais qu'il
ne devoit regarder que sa
fortune; que le mariage de
l'Heritiere le pouvoir conduire
aux grandes Charges,
& que d'ailleurs ayant donné
sa parole, c'estoit à luy à la
dégager. Après un long entretien
, le Cavalier voyant
qu'ilcontinuoit toûjours à
luy faire une espece d'obligation
indispensable de dégager
sa parole, luy dit qu'il
pouvoitdemanderl'Heritiere
pour luy-mesme, puis qu'il ait encore dans unâge qui
luy permettoit un second engagement,
l'asseurant que le
Tuteur en reconnoissance du
consentement qu'il donneroit
à son mariage avec sa
Fille, difpoferoit aisément sa
Pupille à l'époufer. Le Gentilhomme
qui ne vouloit pas
se découvrir,répondit qu'il
se rendroit ridicule de pretendre
qu'a son âge il pustse
faire écouter d'une personne
qui pouvoit choisir dans un
grand nombre d Amans ôc
traitant toûjours son Fils fort
honnestement
, illepria de
se faire quelque effort, & de
songer serieusement que la
plus belle personne estoit sujette
à des changemens facheux
, au lieu que le bien
estoit solide & qu'il faisoit
parvenir à tous les honneurs
qui pouvoient flater l'ambition.
Le Cavalier ayant perdu
tout espoir de le voir changer
de sentimens,feignit de
partir dans le desseinde se
vaincre; mais en effet il retourna
auprés de la Belle, plus
resolu que jamais de luy
prouver son amour par tout
ce qui l'en pourroit convaincre
, en attendant que le
temps eust mis les choses
dans une autre situation qu'-
elles n'estoient. Cela devoit
arriver quand l'Heritiere feroit
mariée. Il pria son Tuteur
d'en disposer pour tel
party qu'il voudroit
3
& s'acquit
entièrement son cflime
par lagenerosité qu'il eut de
luy jurer de nouveau qu'il
partageroit sa fortune avec
sa Fille quand il en seroit le
Maistre. Cet excèsd'amour
fut bien-tost recompensé.
L'Heritiere qui n'estoit pas
d'un fort bon temperament
,
tomha dangereusement
malade. Les plus experts
Medecins furent appellkez,&
malgré tout le secours
de leur art, elle mourut en
forr peu de jours. Il n'y avoit
pas su jet d'en estre saché.
Elle n'avoit nulles bonnes
cjualuez
,
& son Tuteur
citant Frere de son Pere
?
les
glands biens qu'elle laissoit
regardount sa Fille. Beaucoup
d'esprit, de jeunesse &
de beauté soutenant cet avantage
, on luy ne la cour
de routes parts, mais ceux
qui ne l'avoient point consideréequand
tout son mérite
estoit renfermé dans sa personne
, ne furent point écoutez.
Son Pere sefitun honneur
de reconnoistre les manieres
desînteressées du Cavalier.
Tout ce qui l'embarraflfoit
estoit l'amour Clu'il
savoit que le Gentilhomme
avoit pour sa Fille. Il n'en
dit rien à son [ils, qui n'étant
point informéde son
secret, le tint asseuré d'obtenir
son agrément puis qu'il
s'agissoit du mesme bien? &
d'une personne plus aimable.
Son amourl'obligeantàsempresser
de luy aller rendre
compte de tout ce qui se
passoit
)
il l'aborda d'un air
satisfait, & sutsurpris de le
trouver fort mélancolique.
Le Gentilhomme ne pouvant
se déguiser la bassesse
qu'il seroit s'il levoit le masque
pour ie traverser dans
une prétention si légitimé,
cacha son chagrin fous un
faux mal dont ilseplaignit,
& témoigna cependantqu'il
etstoitbien-aise que les choses
eussent tourne si heureusement
pour luy. Quand le
temps du mariage fut arrivé,
illuy donna tout le pouvoir
dontil- eutbesoin,&se
dispensa d'estre presentà
cette ceremonie Elle se fit
avec une entiere joye des
deux Amans. Ils sont toûjours
charmez l'un de l'autre;
& leur union ne peut estre
plus parfaite.
Les beaux jours qui ont
enfin commencé m'engagent
à vous envoyer un Printemps
qui n'a esté fait que
depuis trois jours. Vous connoiftrez
aisément qu'il est
d'un habile Maistre.
AIR NOUVEAU.
Les Fleurs*qui commencent Redore
Peuvent plaire à des yeux contensy
Mais les frimatspour moy durent
i?:core.
Ne me parlez point dIt Printemps,
L'absence m'afrivede Cobjet que
j'adore.
A propos dePrintemps,
j'ayà vous faire present d'un
Livre,qui non feulement vous
en fera souvenir, mais qui
le rendra present à vos yeux
toutes. les fois que vous le lirez.
Il n'en faut pas davan.
tage pour celles qui ont l'imagination
aussi vive que
vous l'avez. Ce Livre est in.
titulé, La Connoissance
, &
Cultureparfaite desTulipes rares
des Anemones extraerdinaires
3
des Oeilles fins, &des belles
Oreilles d'Ours panachées.
On croit qu'il est de M. de
Vainay,Contrôleur de laMaison
du Roy. Il enseigne le
moyen de connoistre la beauté
de toutes ces Fleurs, la
terre qui leur est propre;
comment illes faut gouverner
depuisqu'elles sont en
terre jusques à la fleur; &
mille choses curieuses sur ce
sujet, & tres utiles à ceux qui
aiment les Fleurs. L'on trouve
aussi dans ce meftnet Livre
l'histoire de toutes les Fleurs
dont il parle, leur origine,
& quand & comment on a
commence à en voir en
France.
Si les Fleurs plaisent à la
veuë dans les Parterres, & si
la pluspart flatent l'odorat,
elles ont encore un autre avantage.
Les belles Personnes
s'en serventpour se parer, &
il semble qu'elles donnent
plus de brillant à leur teint.
C'est cet usage qui a donné
lieu à ce Madrigal.
charmantes Fleurs , quittez, ces
lieux,
Vn Dieu, le plusfnijjknt des
Dieux,
Vous dessine a Climcne.
Dés que VOtlS paroistrezs vous filai*
re^ à sesyeux;
Sans exciter fin couroux ny sa,
haine, *
Vous baiserez,sa belle main,
Vous vous placerez, sur sonsein.
donc? à ce récit vous demetéreZJaijible
,
Lesdestins ennemis vous ontfaitinfillJibÜs;
Charmantes Fleurs
,
-n' helas! que 4Vt{-Vl/tS mon czoir,
Ou que n'aj-jevostre bonheur?
On peut dire que lamagnificence
de Monseigneur le
Dauphin n'est pas seulement
pour ce qui régarde sa Personne.
mais qu'elle se répand
aussisur les autres. Ce Prince
aimant beaucoup la Chasse,
& sur toutcelle du Loup, a
fait present d'un équip1 age
pour cette Chasse à tous les
jeunes Seigneurs qui l'y accompagnent
ordinairement.
Il consiste en un Juste-aucorps
de drap bleu chamarré
d'un gros galon d'or & d'argent,
moucheté de noir &
d'incarnat, & une Veste fort
riche dont le fond est rouge;
des gands à frange d'or; un
chapeau borde d'or avec une
plume blanche ; un couteau
de Chasle
, un ceinturon, &
une houssedecheval.Tourcet
équipage est très-magnifique,
& digne du Prince qui l'a ordonné.
Les habits des Gentilshommes
ordinaires de la Veneric
du Loup sont aussi fort
riches. Le fond est bleu, &la
chamarrure de gros. galons
d'or. Ceux des Piqueurs&du
reste de l'Equipage
,
font
beaux à proportion des autres.
Voicyles noms de tous
ceux qui ont de ces habits
distinguez-pour la Chasse du
Loup. Je vous les envoye sans
que les rangs soient presque
observez.
..Monllcur le Prince de Richemont.
-
M le Comte de Chemeraut.
M d'Albergoti.
M'te Marquis d'Heudicourt.
Grand Louvetier de France.
MrleChevalier d'Heudicourt
son Fils.
M du Mont,Ecuyer ordinaire
du Roy, & de Monseigneur
le Dauphin.
Quandjevousparlay il y
a quelques mois du nombre
& de la beauté desCoureurs
de Monseigneur le Dauphin;
& que jevous dis que jamais
Prince n'en avoit tant eu, je
r/entendois parler que des
chevaux d due & de la derniere
beauté
» ce Prince en
ayant beaucoup d'aurresdont
je n'ay rien dit,quoy qu'ils
puissent passer pour beaux.On
ne peut estre plus magnifique
qu'ill'est naturellement,
ny se plaire davantage à faire
du bien, ny le faire de meilleure
grace-Monsieur de Vandosme
partant il y a quelque
temps pour Anet, ce
Prince luy fit present d'une
somme considerable, mais
d'une maniere si honneste,
qu'on eust dit qu'il estoit
obligé à Monsieur de Vandosme
,
de ce qu'il vouloit
bien la recevoir; il luy
dit que ce n'estoit point un
present
,
mais seulement de
quoy travailler à quelques
embellissemens d'Anet.
Je ne doute point que vous
ne preniez partà la perte que
l'Erat vient de faire en la
personne de Mr de RochechoüartDuc
de Mortemart,
Pair de France, Prince de
Tonnecharcnte, & General
des Galeres. Il n'avait pas
encore vingt-cinq ans, &
s'estoit pourtant acquis dans
cette im portante Charge,
qu'il avoit en survivance de
Mr le Mareschal Duc de
Vivonne son pere, une réputation
qui l'a fait regreter du
Roy, qui estimoit beaucoup
sa personne, & qui par l'éclat
de ses premieres actions jugeoit
des services que le Royaume
en pouvoit attendre. Il
s'estoit trouvé aux deux Expéditions
d'Alger. On ne
peut trop loüer la valeur, la
conduite & l'intrepidité,
qu'il a fait voir dans l'affaire
de Gennes. Il porta la terreur
par tout dans la descente
qu'il sit en l'un de ses Fauxbourgs,
& étonna tellement
les Genois par sa fermeté au
milieudes plus grands dangers
que puisse courir un Capiraine,
qu'on ne peut contribuer
davantage qu'il fit
au succés de cette fameuse
journée. Cet intrepide General
a paru deux fois devant
Cadis en commandant les
Vaisseaux du Roy, & par
cette mesme fermeté qu'on
avoir déja admirée tant de
fois en luy,& par la sagesse
de sa conduite, il déconcerta
tous les denoms des Espagnols,
en sorte qu'ils ne purent
Ce tirer d'affaires que par
une
une prompte soumission aux
ordres qu'il leur portoit d'un
Monarque qui n'entreprend
rien qu'avec justice. Aprés
que le Roy eut fait voir qu'il
estoit touché de la perte de
ce jeune Heros, Sa Majesté
dit beaucoup de chosesà son
avantage, & fit connoistre
qu'il s'estoittoûjours acquitté
des Emplois qui luy avoient
esté confiez, d'une
maniere dont on voyoit peu
d'exemples, & qu'il enavoit
toûjours rendu compte avec
une tres-grande exactitude.
Le Roy joignit à cela de grandes
loüanges. Il suffiroit de
les rapporter icy pour faire
le Panegyrique de ce jeune
Duc; mais tout ce que dit ce
Prince a un tour si agreable
,
& qui exprime si bien ce qu'il
veut dire, qu'on ne peut
l'expliquer sans luy oster
beaucoup de sa force. Enfin
je ne vous fçaurois vanter le
merite de feuM leDuc de
Mortemar
,
& ce qui est tresrare
, & dont on s'étonnera
encore davantage, c'est qu'il
estoit dans une ciSmc generale
à la Cour, àlaVille,&
parmy les Etrangers. Il avoir
épousé une des Filles de feu
M. Colbert, Secretaire& Ministre
d'Etat. On ne peut
trop admirer la conduite de
cette jeune Dame,ny donner
trop de loüanges àla maniere
dont elle a vêcu avec son
Mary pendant tout le cours
de sa maladie, qui a duré
plusieurs mois. Si-tost qu'il
fut morr ,
le Roy envoya
faire compliment à toute sa
Famille par M. Tors, Gentilhomme
ordinaire de sa
Maison; & Monsieur fit
l'honneur aux Dames d'aller
luy-mesme leur rendre visite
sur cette mort. Je devrois
vous parler icy de la Maison
de RocKechoiiartdont cet
illustre Défont eiloit Jirais je
vous en ay entretenue pUificurs
fois, & d'ailleurs elleeft
generalementconnue.J'ajouteray
feulement qu'elle n'est
point de celles quilaissent
douter de beaucoup de choses,
& qui subsistenpar des
visions que la tolerance &
d'autres raisons soûtiennent.
Je vous ay déjà manqué que
M. le Duc de
-
Morcemar
estoitFils deM.leMaréchal
Duc de Vivonne, General
des Galeres, Gouverneur de
Champagne & de Brie, autrefois
Viceroy de Sicile, &
qui a esté long-temps premier
Gentilhomme de la Chambre
de,Sa Majesté. La Paix
estans générale sur Terre a,
près le Traité des Pyrcnées)
Mr de Vivonne qui ne vou-
Joit pas demeurer oisïf, prit
le party de la Mer, où après
plusieurs expéditions
,
& la
rameuse canonnade de Candie
qui emporta tant de
Turcs, il fit des avions dont
tous Icg Ennemis de la France
furent étonnez. Il faudroit
pour bien sçavoir la reputation
que ces aâions luy ont
acquise
)
lire les Lettres, &
les Memoires interceptez par
les Anglois, lesEspagnols &
les Hollandois. Ce Duc
ayant vu qu'il n'y avoit plus
rien à faire sur Mer pour le
service du Roy, chercha à
se signaler sur terre, & fit les
Campagnes de 1667.de 1668.
& celles de 1672. & 1673.
pendant lesquelles il se trouva
à tout ce qu'on fit de plus éclarant.
La gloire qu'il s'y
acquit le fit nommer Viceroy
de Sicile, & il fit dans
ce Royaume-là des choses
que la posterité aura peine à
croire, si elle examine le peu
de Troupes qu'il avoir, mais
sa valeur & l'ardeur de son
zele pour le Roy le conduisoient,
& il n'y arien qu'on
ne puisseexecuter avec de
semblables guides. Je vous
diray icy une c hose qui merire
une grande reflexiony
c'rfi: que foit sur Terre, foie
sur Mer, il ne s'est fait aucune
Campagne où M' de
Vivonne ne le soit trouvé
depuis que l'âge luy a permis
de supporter les fatigues de
la Guerre, & que toutes les
fois qu'il a pû s'en exempter
il a cherché le peril où ses
emplois ne l'appelloient pas.
Si on cherche de pareils
exemples, on en trouvera
fort peu. Il ne faut pas s'étonner
il M le Duc de MortcoearestantFils
d'un tel Perc)
paroissoit un Capitaine con
1 d /\, sommé dans un,âge ou peu
d'autres ont commencé leur
premiere Campagne.
Les Pauvres ont fait une
grande perte en la personne
de Messire François Gendron,
Abbé de Nostre-Dame de
Mezieres, qui mourut à Orleans
au commencement de
ce mois. Il avoit la connoissance
de plusieurs remedes
?
que sa charité luyfaisoit employer
gratuitement au secours
de ceux qui estoient
dansl'indigence. Le Roy le
fit venir à la Cour pendant
la maladie de la feue Reyne
Mere,jdemeuralongtemps.
Sa Majesté ayant esté
satisfaite de fe{èrvices))enre.-
compensa par leBenefice qu'il
possedoit lors qu'il est mort.
Nous avons perduicy dans
le mesme tempsMessire Charles
de Faucon Seigneur de
Charleval. C'estoit un homme
d'ucn fo?rt grand mérité, &qui joignoit à une dclicatessed'esprit
admirable [OU
tes les lumieres qui peuvent
donner le vray goust des
bonnes choses. Ilestoit Oncle
de Mrde Faucon de Rispremier
President au Parlement
de Normandie, & quoy qu'il
foit mort dans un âge fort
avancé, tout le monde demeure
d'accord qu'il en mort
trop tost. Vous trouverez la
peinture de Ton esprit dans
l'Epitaphe que vous allez lire.
Cy gist qui n'eutjamais d'égal
EII don deplaire
, en politesse
> Dont l'esprit estoit un Canal
D'où couloit ladélicatesse;
J>)uisur les rives du Permesse
N'avoit qu'Apollon pour Rival,
Et dont la mort fait perdre aux
Mttfes bien du lustre.
Tu demandes, Passant,le nom de cet
Illustre,
Ne vois-tupas qu'il faut que cesoit
Charleval ?
Ce Madrigal est de Mr
Petit de Rouen, Autheur des
Dialogues Satyriques & Moraux,
dont le sieur Guerout
commence à debitet le second
Volume. l'ay leu avec
beaucoup de plaisir le Dialogue
que je vous ay mande
qui vous plairoit
, parce
qu'il regarde des personnes
quevousestimez. C'esttout
ce que j'enpavois alors. Il
est entre le Public & l'Academie
Françoise, Z-c contient
sans aucune injure, & d'une
maniéré fort bonneste,toutes
les raisonsqui ont empesché
jusquesàpresentM de l'Academie
de Jonner leur Dictionnaire
au Public, contre
ce que Mrl'Abbé de Furetiere
en a dit dans les Facrums.
L'autheur paroist bien
instruit de la verité du fait,
& justifie la lenteur de ce travail,
par le témoignage mesme
de feu M Colbert, qui
estant venu prendre sa place
dans la Compagnie, ensortit
fpoorstsipbelersuadé qu'il estoit imd'aller
plus viste, à
cause du grand examen qu'on
est obligé de faire sur chaque
mot. Il fait connoistre qu'on
n'aproprement commencé à
s'apliquer de la bonne forte
à cet ouvrage, quedepuis
que ce grand Ministre y a eu
attention, & raporte ce qui
s'est passé chez M le premier
President,lors qu'on y a convaincu
Mr l'Abbé dp Furetiere
d'avoir toujours cherché
à s'approprier ce qui
appartenoitvéritablement au
Dictionnaire de l'Academie.
Outre ce Dialogue qui répond
à la pluspart des Ob,
jections de cet Abbé, il yen
a neuf autres
-
dans cette fseconde
partie de Mr Petit?
dont je vais vous expliquer le
sujet,
I. DiaL Que l'Usage est
une chose pernicieuse,, si on
ne le soumet à la raison, &
qu'il n'yen a aucune assez
forte pour autoriser le luxe.
II. Que l'Epée doit estre
preferée à la Robe.
III. Que bien que l'or soit
en proye aux larrons, il ne
laisse pas d'estre le plus à
craindre & le plus grand de
tous les larrons.
IV. Que la reputation d'une
belle Prude aupres de qui un
seul homme se rend assidu,
ne court pas moins de risque
que celle d'une Coquette environnée
d'une foule d'Adorateurs.
V. Qu'un Directeur qui
ne donne son temps qu'aux
Dames de qualité, [ange
moins à travailler pour la
gloire de Dieu que pour la
sienne.
VI. Que tout Auteur qui
donne ses Ouvrages au public,
doit se préparer sans
chagrin aux attaques de la
Critique.
VII Que les Auteurs anciens
doivent estre preferez
auxmodernes, & particulièrement
Homere; & mesme
que peu des modernes auront
l'avantage de vieillir, & d'être
du nombre de l'élite des
Anciens qui sont toujours
jeunes,& a la tnode i -
VIII. Queles sciencescurieuses,
quelque hautes qu'el
-
les soient,ne valent pas la
peine qu'on se donne pour
les acquérir; qu'elles accablent
l'esprit, & ruinent le
corps, & que la plus belle &
laplusfeure de toutes) & qui
nous,apprend à vivre tranquillement)
se puise dans le
Livre du bon sens) qui vaut
incomparablement mieux
que
,,
tous les Livres eniemble
des plus grandes Bibliothèques.
IX. Que pour faire une
grande fortune, il faut s'accommoder
aux fausses maximes
du Siecle, dont la premiere
&la principale cft de
secoüer le joug de la conftience
Se de la raison.
Je ne sçay,Madamc,Ci envous
parlant de la mort de M. le
Marquis de Feuquieres, Ambassadeur
en Espagne, jevous
ay marquéqu'il étoitConseiller
d'Etat d'épée. Le Roya
donné sa place à M. le Comte
dela Vauguion, qui a paru
avec beaucoup d'éclat dans
plusieurs Ambassades. Ainsi.
on peut dire que ce choix est
judicieux&juste, puis qu'il
récompense un homme qui a
fcrvy, &qui a fait beaucoup
de dépense pour soutenir la
dignité de son caractere.Il n'y
a que trois Conseillers d'Etat
d'Epée,& autant d'Eglise.
Il vaque par la mort de M.
sa mort.Il avoit épousé Mademoiselle
deVillemere.,Fllle
d'honneurde Madame.
Comme Madame la Dauphine
aime beaucoup laMusique,
qu'elle s'y connoist
parfaitement, qu'elle a la
voix belle, &: qu'elle chante
mesme en partie,chacuns'empresse
à travailler pour la divertir.
C'est ce qui est cause
qu'il y a eu souventàVersailles
de petits concerts en forme
d'Opéra,sans habits & sans
theatre. Les deux derniers
dont la Cour a eu le divertissement
,
sont deM. Moreau.&
de, M. Matho. Ils ont
paru tous deuxfortagreables,
& on ya trouvé de fort belles
choses. Vous devez estre persuadéeque
M, Matho est treshabite,
puis qu'il a estéchoisi
pour montrer à chanter à
cette Princesse.
Je ne vous feray point le
détail des occupations du
Roy pendant la Semainefainte.
Quoy que l'Office foit
tres-long en ce temps-là, ce
Prince a assisté generalement
presque àtoutes les fonctions
de l'Eglise, &' a entendu le
Sermon de la Passi,On)du Pere
Soanen quiapresché pendant
tout le Caresme à Versailles.
Sa Majesté en fut si contente,
qu'Elle dit tout haut,qu'Elle
rvenoit d'entendre unbeau Sermon.
Ce Prince toucha le Samedy
Saint prés de treize
cens Malades, & certe fatigue
ne l'empefcha point de vaquer
à tout l'Office du jour, Ilfitplus,&comme il tient
tous les jours des Conseils
pour le bien de l'Etat, &
qu'ayant faitses devotions ce
jour là, il ne vouloit parler
que d'affaires de pieté
?
il tint
conseil de confciencepour la
distribution des Benefices, &
trouva par là le moyen de ne
laisser passer aucun jour sans
travailler pour ses Sujets.Voicy
les noms de ceux à qui les
Benefices vacans ont esté
donnez.
A M.l'Abbé Phelypeaux,
Agent général du Clergé,
l'Abbaye de Bourgmoyen,
Ordre de S. Augustin, Diocese
de Chartres. Il est Parent
de M. l' Archevesque de
Bourges&; de M.de Chateaunneeuuff,,
SSeeccrreettaaiirreedd'E'Ft-atati..JJee ne
vous dis rien de sa Personne;
on ne peut meriter d'estre
Agent général duClergésans
avoir des qualitez qui rendent
recommandables ceux
qui sontpourveus decetEmploy.
A M. l'Abbé Dacjuin,
Frere de M. Daquin, premier
Medecin duRoy; l'Abbaye
de S. Laurent, Ordre de Saint
Augustin. Il est depuis plusieurs
années Chanoine de
S. Thomas du Louvre,& a
toujours remply les fonctions
de son Canonicat avec beaucoup
d'assiduité, & d'une
maniéré à servir d'exemple.
AM.l'Evesque d'Oleron,
l'Abbaye
l'Abbaye du Luc, Ordre de S.
Benoist, Dioccfe d'Oleron.
A M. l'Abbé Charlan,
l'Abbaye de S. PauldeSens,
Ordre de Premonstré.
A M. l'Abbé Rabreüil,
Grand-Vicaire de M7PEvefque
dePoitiers, l'Abbaye de
ValenceOrdre de Cisteaux,de
ce mesme Diocese. Il a travaillé
aux Conversions avec
beaucoup de succés, & a receu
de grands applaudissemens en
Poitou dans tout le temps
qu'il y a presché.
A M. l'AbbéLegier, l'Ab-
—
baye de Caignotec*s, Ordre
de Cisteaux, Diocesed'Aix.
AMr l'EvesquedeCha-
Ions sur Saone,l'Abaye de
Maizieres.Ordre de Cisteaux,
de son mesme Diocese. Il est
frere de M. Felix, Premier
Chirurgien de sa Majesté. le
vous ay souvent parlé de luy,
quand j'ay commencé à vous
ecrire. Il remet au Roy sa
Tresorerie de la Sainte Chapelle
de Vincennes, & a toutes
les qualitez necessaires
pour remplir les devoirs du
grand Porte qu'il occupe.
A Mr l'Abbé Bidal,l'Abbaye
de laVieuville; Ordre
de Cisteaux, Diocese de Dol.
Il est frcre de M. le Baron
d'Hasfeld, qui foit à l'Armée,
foit dans les Négociationsert
sa Majesté avec beaucoup de
valeur & d'esprit. Le choix de
ce grand Monarque prouve
le merite de ceux dont je ne
vous ay rien dit de particulier
; le temps m'a manqué
pour m'en instruire.
L'Abaye de Chelles, Ordre
de Saint Benoist, Diocese de
Paris, aesté donnéeàMadame
de Coffé, de la Maison
de Brissac. Elle est Professe
de cette Abbaye, & en avoit
déja esté Abbesse. Le mesme
jour le Roy donna plusieurs
Canonicats, & M.
le Guay, Sacristain de Saint
Thomas du Louvre, en eut
un d'une maniere qui a quelque
chose desingulier. Il alla
trouver le Pere de la Chaise,
& luy dit qu'il venoit luyapporter
un Placet pour le Roy,
sans avoir ny parens ny amis,
ny fcrvices qui parlassent
pour luy à sa Majesté, autres
que ceux qu'il avoit rendus
depuis
plusieurs
années à l'E..
glise en qualité de Sacristain
de Saint Thomas du Louvre;
qu'il y avoit un Canonicat
vacant, & que comme les
Chanoines témoignoientétre
satisfaits de sa conduite, il
prenoit la liberté de le de
mander ; que ce qui luy faisoit
avoir cette hardiesse étoit
parce qu'il sçavoit que le
Pere de la Chaise n'écoutoit
pas moins favorablement,
ceux qui n'avoient point de
recommandations auprès de
luy,que ceux qui luy faisoient
faire de grandes sollicitations.
Le Pere de la Chaise receut
son Placet, en luy disant
qu'il en parleroit au Roy, &
qu'ilcroyoit que Sa Majesté
feroit quelque chose pour
luy
?
puis qu'il estoit juste
que ceux qui servoient l'Eglise,
fussent recompensez par
l'Eglise. Ilaeu le Canonicat,
ce qui fait voir que ce Prince
a plus d'égard au mé0rité
qu'aux recommandations,&
que ceux qui font chargez
des affaires de Sa Majesté, ne
négligent pas de luy parler
de ce lles qui ne leur
font point recommandées.
Tandis que je fuis sur les
Benefices ., vous ne ferez pas
fachée d'apprendre que M;
trouver place, quoy qu'ils se
fussent préparez à entendre
de belles choses, ce qui
fit dire à tous ses Diocezains
qu'ils estoient bien obligez
au Roy de leur avoir donné
un Evesque d'un si grand merite.
Avant qu'il montast en
Chaire, il fit paroistre une
humilité digne d'estre remarquée.
Le Doyen du Chapitre
estant allé le prendreau Palais
Episcopal pour luy faire
honneur, & le conduire à
l'Eglise
,
il voulut que ce
Doyen luy donnast la Bene,
diiQnJ quoy que le Chapitre
luy eust fait dire qu'il pouvoit
prescher sans la recevoir.
, Pendant que le Roy donnoit
dans un temps si saint
des exemples de pieté àtoute
sa Cotir,NIonfi-lur en donnon:
ai lleeurs,ce Prince ayant
voulu assister aux premiers
Offices celebrez par les Missionnaires
qu'il a établis pour
desservir la Chapelle de sa
delicieuse Maison de Saint
Cloud. C'est un établissement
digne, non feulement
d'un grand Prince) mais aussi
d'un Prince pieux, puis
qu'ayant ses Aumôniers il
luy est entièrement iuutile, &
qu'il ne le fait que pour les
Officiers de (à Maison. C'est
ce qui luy a fait choisir des
Mi ffionnaires
)
la modestie
& la sainte severité de tous
ceux de ce Corps, estant
une édification quinepeut
produire qu'un grand bien.
Je vous ay parlé du grand
établissement que sitle Roy
il y a quelques années
,
des
mesmes Missionnaires pour
sa ChapelledeVersailles.
Celle du Roy d' Angleterre
à Londres, est aufit deisser
vie par des Millionnaires.
Le jour de Pasques, Monsieur
entendit le Sermon
du Pere Bourdalouë qui
a presché tout le Carefine
à Saint Eustache avec une si
grande affluence de monde,
& des applaudissemens si extraordinaires
,
qu'il eH diffi"
cile que jamais Predicateur
en ait davantage.
J'oubliay à vous dire le
mois passé que Mademoiselle
avoir rcceu le Sacrement de
Confirmation avec une ferveur
& une pieté exemplaire.
M.FEvesque du Mans,premier
Aumônier de Moniteur,
Juy administra ce Sacrement,
en presence de Monsieur le
Duc de Chartres, quis'estoit
rendu au Valde-Grace où
cette cenmonie fut faite.
M. l'Abbé de la Rocque y
prescha sur ce sujet d'une
maniéré qui satisfit beaucoup
son Auditoire) & la ceremonie
se termina par un Salut.
Ilme reste à vous apprendre,
avant que de finir un Article
si remplyd'actions de pieté
que M. l'Abbé de Lorraine
a ajoûtédepuis peu deux
grands titres à sa naissance;
l'un est de Docteur de Sorbonne,
& l'autre de Prestre.
Joignez le mérité & l'esprit
à tout cela, & vous tomberez
d'accord que c'est dequoy aller
aussî loin qu'aucun Prince
de la Maison de Lorraine ait
jamais fait dansl'Eglise.
La premiere des deux Enigmes
du mois passé avoit
pour vray sens laPlante des
Pieds. Ceux qui l'ont trouvé
sont Mrl deVoulges:Royer :
Racier: Perschaye de la rue
de la Harpe:Trublet de Saint
Malo:Mesdemoiselles Mou-
Se & Potin: Lambert de 51
Malo:Cabeuüil & Edme de
la rue S. Denis : de Voulges
& Royer: le Chevalier des
Maronniers de la rue de l'Arbre
mort: le Marquis de
Fresquiere-: le plus petit des
Pages du Roy de la rue des
deux Ecus:le Gentilhomme
imaginaire du quartier de
l'Université
: l'Amy de l'Epinay
Buret:l' Amant fidelle
de la petite Janneton de la
rue S. Jacques : 1 Historien
du Vivient; le Directeur du
Palais de Venus de la rue de
l'Arbre- sec:Jean Larrivé de
Caën : l'Aspirant à la gloire,
de la rue de laBelle Croix
d'Argentan:le Coeur volant
de Belles en Belles) de la ruë
des Noyers;Pellerin:Truocnarab
retourne: l'inconstante
Manon de la rue des vieilles
Etuves: l'aimable Manon de
la Porte S. Martin: Marton
l'Amoureuse de la rue des
Prescheurs : la Veuve sans pareille
de la rue Boudebrie:
l'indifferente Veuve aux yeux
bleusde la rue de la Cerisaye:
l'amoureux Fanchon & sa
tendre Fanchonette : les deux
aimables Soeurs de la Porte
de Bussy
) & la Bamboche de
la rue S. Germain.
La seconde estoit sur le Canevas,
& ce mot a estétrouvé
par l'Amant sincere de l'adorable
Margoton de la rue
de l'lndifference: Laurent
la Savonete du Pont S. Michel
: Mon Bon & sa grosse
femme: la Belle du Fauxbourg
S. Marceau à l'Anagrame)
On t'aime hier: la grosse
Mere & sa bonne Fille, de
la rue du Four.
Ceux qui ont expliqué l'une
& l'autre dans leur vray
sens, sont Mele Barond'Olieres
,Seneschal de Sisteron:
l'AbbéViette : le Chevalier
de S.Romain:l'AbbéSéjourneProvinois
: le Marquis de
Vivien; Harfon de S. Malo: deVilledieude la Place
Royale :Julien le Roy Secrétaire
de M.le Commissaire
de la Marine de S. Malo:de
Solle l'aisné : du Four de
Boosde Rouen:Meriel Maître
'à chanter à Caën : le
Chevalier D. L. T. Digeon
de la Fontaine des Blancs-
Manteaux:Lourdet : Couldreau
>
- PensïonnaireauCol- lege de l'Abbaye de Tiron
Gautier delàruë Poupée:l'Epinay
Buret de Vitre:le Roy
du Griffon d'or: le Colonel
Privernas : Moreld'Apremont:
Mesdemoiselles Loüise
Lucie de Surinam) de Châtillon
enBazois:deCressonville
de la vieille rue du Temple
: la jeune Mariane de
Montmejan, du Port Sainte
Marie sur la Riviere de Garonne
: de Champ-Renaud
dOrleans: le Capitaine des
Autruches de la rue S. Jacques
: l'Amant trop conilant
dela trop austere Georgette
deS, Malo: le procheVoisin
de la nouvelle Place Royale
de Poitiers: les deux Vivans
de Loches de la Porte de
Beauvais d'Amiens: Firmini
dela rue de Gesvres : lenouveau
débarqué de la ruë S.
Jacques: C Avocat Pilare de
a ruë de la Bouderie:l'Abbé
de la Hure, Amant delà petite
Blonde d'Egypte de là.
Montagne Sainte Geneviève
le Solitaire de la rue des Morfondus
: Ellodad Sivol; le
petit Trente-deux: l'Homme
armé de la rue des Blancs-
Manteaux: Valantin Machoud>
Directeur de l'Academie-
du galand Coufiriage:,
la Crefpiniere de Bourlehou
prés Quimper : le Phrigien à
l'Anagramme, Un tendre amourva
plus loin qu'on nepense:
l'infortuné Çharl et de la
Roche- Bernard en Bretagne:
le Voisinde la siere Brune de
la Porte Paris: le Voisin de
l'Arche de Noé du mesme
lieu; Colin la poule blanche
& Loüson son Amie:l'aimable
Jean de Bonne-foy de la
rue du Moutoii- l'aimable
Lanrus de Morlaix: la Belle
au Coffre de la rue des Morfondus
: la Brune claire malade,
de la rueNeuve S. Augustin
: la jeune Maistresse
d'Academie de la rue du
Mouton:la Societa Italiana:
délia strada Simoneilfranco:
laDame Franco-Bataveàl'Anagramme
,
Pure image de
vertu: Diane de la Forest d'Alcleon
: les deux Soeurs du
Port S. Landry: Claudine des
Goelles,Protectricedel'Academie
du galant Cousinage
:
l'aisnée des Voisines du
Temple de Compiegne : la
petite Soeur Thoinon de la
rue Tirechape : la charmante
Solitaire: la belle Clarice de
la rue du Temple,la charmante
de l'Hostel de Soif
sons : l'incomparable Brune
C. G.&sonTircis de Villefranche
en Beaujolois;la Spirituelle
de la rueBaillet: l'Amant
passionné de la belle
Fanchon:le Drôlle aux belles
dents: la plus aimable Person-
1 ne de la rue S. Louis du Marais
: la nouvelle Apoticaire
de la rue de l'Arbre-sec
, &
Jeanne Françoise Poudrous
variante de la mesme rue.
Je vous envoye deux Enigmes
nouvelles. La premiere
eil du mesme Autheur
que celle duCanevas. C'est uiL
Abbé d'une Famille toute
pleined'esprit.
ENIGME.
MA
Figure ejl assiz, bigarre,
Vn des bouts demon corps est étroit
&pointu,
L'autre estdouble &plus étendu.
Pour m'employerilfaut que l'on
Jepare,
Et qu'on rejoigne deux anneaux.
Mon corps tient le milieu de ceJ bouts
inegaux ; Il elcreux, échancre par devant,
par derriere.
le dois mon estre à la lumicre
, Etcependant je ne sers que la
nuit;
jf qui veut sien passer bien souvent
il en cuit,
Et seservant de moy si l'on fait le
contraire
De ce que l'onpretendoitfaire,
Onse met en COllroux, & d'autres
fois on rit;
Celuy qui commetcettefaute
f/Edn a toujours quelquedépit. j'ayservy
, mon corps en
dedans se noircit,
Mais c'est une noirceur que sans
peine l'on m'oste.
AUTRE ENIGME. DAns les vasses climats où j'ay
mon origine.
Chacun tjl,'me mon pouvoir;
Parmy les plaisirs je domine,
Et tout le monde aime à me voir.
le
Mais helas! admirez, malgré ma
renommée
L'étrange malheur quimefuit fay beau faire du bien , , ma vertu
n'estaimée
-
J^tu'àmesurequ'on medétruit.
Je me suis xtrompe Madame,
dans maLettre de Février, lors
qu'en vous parlant du mariage
de M.le MarquisduRoure
avec Mademoilelle de la Force
, je vous ay mandé que ce
Marquis estoit d'uneMaison
d'Italie. La Maison du Roure
est originaire de Languedoc
dans le Gevaudan. Il estvray
qu'ayant donné un Souverain
Pontife à l'Eglise il y a quatre
cens ans sous le nomd'Urdain
V. ce Papemaria, & établit
richement en Italie l'un
de ses Neveux, qui estoit Cadet
de sa Maison, & c'est
de la que font venues des
branches fort considerables
en biens & en dignitez ,
qui
ont donné deux autres Souverains
Pontifes au Siege de
Rome, Jules II. & S~xteIV.
Laplus élevée de ces branches
a cité celle des Ducs d'Urbin,
dont l'Heritiereest Madame
la Grande Duchesse de Toscane
, Mere de Monsieur le
Grand Duc d'aujourd'huy.
Le Pere d'Urbain V. qui
estoit Baron du-Roure, de
Grizac, & de plusieurs autres
Places, estant encore vivant
lors que son Fils fut
élevé au Pontificat, obtint
du Roy Jeanunaffranchissement
general de toutes Tailles,
Subsides»Contributions
de gens de Guerre, en faveur
de ses vaaàux,& généralement
de tous ceux quirelevoient
de ses Terres, qui font
encore toutes possedées par
M. le Comte du Roure
,
&
font quatorze grandes Paroisses
en Languedoc
,
où ce
mesme privilegea toûjours
lieu. Le Roy ayant approuvé
le mariage de M.le Marquis
du Roure son Fils, l'accompagna
de grâces extraordinaires
,en donnant à Mademoiselle
de la Force des fommes
& desPensions considerables,
& à ce jeune Marquis
la survivance de la Lieutenance
generale en Languedoc,
.& duGouvernement de la
Ville & Citadelle du Pont
S,Esprit,que possede M. le
Comte duRoure son Pere.
CCeessCChhaarrggeess,dd-oonntt les Seigneurs
de cette Maison joüissent
depuis long- temps, sont
une marque des services importans
qu'ils ont toûjours
rendus à l'Etat. Aussi ont-ils
estésouvent honorez du
Collier des Ordres de nos
Rois.
Lesnouvelles publiques
vous ont appris la mort du
Doge de Venise
,
j'ay beaucoup
àvous dire sur cequi
regarde cettte Dignité; mais
commeil faut du temps pour
assembler tant de choses curieuses,
je les remets jusqu'au
mois prochain.
Je croyais vous parler des Modes
nouvelles
,
mais la Soifon n'ay int
pas encore donné lieu de quitter les
habits d' Hiver, je ne vous en entretiendray
que dans ma-Lettre de
May.
Le Roy a eu quelques accés de
fiévre ; comme ce n' ,Cftoit que
l'effet d'un Rhumatisme
,
& qu'ils
n'esroient causez que par accident,
cqte-fitvre n'a point eu de suite,
& Je mal a tfté bien-tost surmonté
par le bon tempérament de Sa
"Majeitc
, & par son travail, ce
Prince n'ayant point ceilé de s'appliquer
aux affaires de 1Btai.
Monsieur a eu aussi quelques
accès de fièvre
,
mais plus violens.
Cependantla fiévre l'a quitte.Monseigneur
l'est venu voir à Paris où
- ce Prince estoit malade, & leRoy
a souvent envoyé sçavoir des nouvelles
de sa santé.Je suis, Madame,
Vostre*Sic.
Pariscego.IvrilidgS.
LE LIBRAIRE
au Lecteur.
LELecteur trouvera uneféconde
partiejointea ceV.
fume, intitulée, Histoirede
Mahomet IV, dépossedé,où
l'on voit beaucoup de choses
concernant l'Empire Othoman,
avec le Portrait des inclinations
du Sultan déposé,
son Horoscope; les descriptions
de toutes les Revoltes
des Janissaires fous vingttrois
Empereurs Turcs; tout
ce qui s'est passé deplus particulier
la Porte pour déposer
MahometIV. &élever
Soliman Ifik sur leTrône;
une exactedescription deson
Couronnement; la continuationdes
Troubles depuis cette
Ceremonie, avec plusieurs
autres choses curieuses.Ilest
resté tant de choses à l'Auteur
touchant les Mouvemens arriecK
à Constantinople, qu'il en
donnera encore un second Volulume
au Public, qui servira de
Jeconde partie au Mercure prochain
J quiferaceluy deJuin,
& que je nesepamrayboint,non
plus 'qUf' celuy-cy. Quoy qu'il
ait la pluspart des Relations qui
ont fté envoyées de Constanti- *nople
, comme il pjjfit néanmoins
luj-en manquer encore quelquesunes,
je rCCi''1Jr¿1:Y
pour-
!t Vtnf!
{.'? s unes>jerecevraypourIrymutes
cellesqu'on-adai.'er
,
Cle /-'i-i-nic feraobligé à ceux
qui
enenvojeront,puis
que cela
donnera lieu de faire un corps
plus parfait de [,Histoire de cette
grande Rébellion. Les Relations
les plus steriles peuvent fournir
quelques lignes qui ne se trouvent
pas dans les plus exaéles.
L'Auteur en a souvent fait l'épreuve
, ayant trouvé des circonstances
nouvelles dans trente Relationsd'unemesmeaffair.
Ainsi
ceux qui en ont,font priez d'tn
envoyer, quand mesmeils ne les
1 croiroient pas considerables en
comparaisondecelles qui leurpavoissent
plus amples, Cquicourent
dans lemonde.
I
Eplfire en Vers au Roy. 9
Cercmsaks obfcrvces aux Mariages
faits en Pologne. IÓ
Lettre curieufc touchant la découverte
de plusieurs Médailles ariti-
• ques.. 24
rersssir le départ de M. le Comte&
de Madame la Comtesse deMontaigu
, après avoir fait un long
sejour en Bourgogne. 46
OpérationfingulÙre.J3
Prix de tArtjtlchuflproposf à .ci».,.
dqeuinte Villes différentes par Mrs
l!plaitVhillead'1Au4tunm. e.JIs6
Morts. lop
Lettrede M. de Comiers
,
touchant
la Conduite, & Elevation des
Eaux, df tout ce qui concerne les
lets d'eau. 115
Mariage d'un Prince avec la Fille
d'un Marchand. 171
EJlàJ de Pastorale pour un Concert.
177
Teflament de Mademoiselle de Guise.
187
Histoire. 2ss
Parfaite connoissance des Fleurs. 276
Madrigal. 279
Noms des vingt-six Seigneurs de la
Cour à qui Monseigneur a fait
present d'un magnifique équipage
de Chasse. 280
Autre libéralitéde Monseigneur le
Dauphin. 2$j
Hort de }I.le Ducde Mortemar. 286
Mort de M. Gendroil.- 296
Mort de M. de charleval. 29j
Sujets des Dialogues de lA séconde
Partie des Dialogues SatyriquesC
Moraux. sot
Benefices donnez par le Roy. 311
Action de Sa Majesté touchant cette
distribution
,
digne d'estre remarquée.
316
Sermon preschépar M. l'Abbé deBrou
nommé a l'Evifché d'Amiens. 31S
Etahliftcmcnt des Missionnaires ¡:it
parMonsieur pour desservir la
Chapelle du Chasteau de s. cloud,
avec les dévotions de ce Prince
pendant la Semaine Sainte. 321
M*d'moi(l'Ilerecot le Sacrement de
Coafirm tion aux Religieuses du
Vat-de Grace. 323
M. l'Abbé de Lorraineestreceu Docteur
de Sorbonne, & dit sa premiere
MeJfl. 324
- Noms de ceux qui ont explique les Enigmes.3'2^-'
Enigmes mutuelles* JJf
MaisonduRoure*m33s
RMetouordenlafsatnetéduuRro.y&.de 343
CAÏ.l^UGÏEDESL£PRES
-
nouveauxqui fèdébitentvkçT^le
Sieur <3uerout , Court-neuve du
Palais.
SEconde partie des Dialogues Satyriques
& Moraux,nouvellement
ipr¡mée I. ~1v.io.1.
Premiere Partie des mesmes Dialogues.
1.1.Io. f.
Le Secretaire Turc. I. l. io. f.
LeMary Jaloux. I. l.10. s.
L'Estat present de la Puissance
Othomane,avec les Causes de son
Accroissement,& celles de sa Décadence
,-' -
1.1. io. s.
;' Chevalerieancienne&moderne,avec
la maniere de faire la preuve pourtous
les Ordres de Chevalerie 1. l. JO. f.
Poësies Pastorales de M. de Fontenelle,
avec un Traité dela Naturedel'Eglogue
, & une Digression
sur les Anciens & les Modernes. I.
liv. io; f.
Le Chevalier à la Mode, Comedie.
1. 1. 10. s.
La Désolation des Joüeuses, Comedie.
15. f.
Entretiens sur la pluralité des Mondes,
de M. de Fontenelle, augmentez
en plusieurs endroits, avec un sixiéme
Soir qui n'a point encore parq ,
contenant les dernieresdécouvertes
qui ont esté faites dans le Ciel.
1. l.10. s.
Réflexions sur l'Acide & sur l'Al-
Kali. T. liv.10. f.
L'Art de laver, ou nouvelle maniere
de peindre sur le Papier, suivant le coloris
des Desseins qu'on envoye à la
Cour, par M. Gautier de Nismes
TraitédésFortifications enrichy de
23 Figures,contenant la Démonstration
& l'E xamen de tout ce qui regarde
l'Art de fortifier les Places tant regulieres,
qu'irregulieres
,
suivant ce
qui se pratique aujourd'huy
,
le tout
d'une maniere abregée, & fort aisée
pour l'instruction de la Jeunesse. 1.
liv. 10. f.
Essais de Morale &: de Politique,
où il est traité des Devoirs de 1 Homme
confideré comme particulier, &
comme vivant en Societé. 2. vol. 2. l.
Le Cours du Danube & des Rivieres
quis'y déchargent, où se trouvent
les Frontières des Empires d'Allemagne
& de Turquie.
Histoire des Troubles de Hongrie,
contenant tout ce qui s'y est pasté de
remarquable jusqu'à la fin de l'année
1686. 5. vol. in douze. 7. 1. 10. f.
Dialogues des Morts. 2. vol, indouze.
3.l.
Histoires des Oracles. 1. liv.10f.
Lettres galantes deM. le C hevalierd'Her.
2.vol. ;.l.
LesMalheurs de l'Amour, ouEleonord'Yvrée.
1. l.10. f
Ambajifades de Mons. le Comte de
Guilleragues, & de M. Girardin, auprès
du Grand Seigneur,avec plusieurs
Pieces curieuses, tiréesdes Mémoires
detousles Ambassadeurs de France à
laPorte,&c. 1.l.10. f.
Academie galante. 2. vol. 3. liv.
",La Duchssed'Estramene. 2. vol.iJ.
Le Napolitain. 1. 1.
Sentimens sur les Lettres & sur
l'Histoire
, avec des Scrupules sur le
Stile. 1.l.10. f.
Caracteresdel'Amour. 1. 1. 10. f.
Le Grand Visir Cara Mustapha.
1.l.10.f.
L'Illustre Genoise.1.l. 10. f.
Le Seraskier. i.l.lo.-f-
Relation du Mariage de Mademoiselle
avec le Roy d'Espagne. 1. 1.10.f.
Relation du Mariage de Monsieur
lle Prince deContyavec Mademoiselle
de Biais.. 1.l. io-f
Relation du Mariage de Monseigneur
le Dauphin
, avec la Princesse
Anne -
vieCrhreesti.en1ne-V.ic1toire0de.Ba- f.
.,¡ Journaldu Voyage du Roy à Luxembourg
,
contenant la description
des Places de la haute & balle A lsace,
&decelles de la Province de la Sare
& de Luxembourg. 1. liv. 10. f.
Deffaites des Armées Ottomanes
parles Armées Chrestiennes en Hongrie,
& dans la Morée, avec la prise
de plusieursPlaces sur lesinfidelles.i.l.
Voyage du Chevalier Chardin en
Perse & aux Indes Orientales par 13..
Mernoire& par la Colchide,enrichy
de dix-huit
grandes
Figures. 2. vol. m
douze. 4. 1. 10. f.
Observations de M. Spon sur les
Fiévres &les Febrifuges. 1. l.
L'Arioste moderne. 4. v. in douze.
6.1.
VDiescorusrs .Satyriques& Moraux en 1.1.
Fablesnouvelles. 1. 1.
Epistres en Vers de M. Sabatier
de l'Academie Royale d'Arles. r.1.
Jugement de Plutonsur les Dialogues
des Morts. 1.l. io. f.
RelationduVoyagedu Royen Flandre
en 1680. 1.l.10.f.
La Negociation du Mariage de
Monsieur le Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal. 1.l.10.f.
Relation duSiegedeVienne, 1.l.10f.
Relation de ce qui s'estpasséà Genes.
1.l. 10.f.
Relation du Siege de Luxembourg
1.l.10.f.
Ambassade de Siam en France, di.
visée en 4. vol. 6. liv-
Le premier Volume 4 pour titre.
Voyage des Ambassadeurs de Siam
en Fra3nce, contenant la reception
quileuraesté faite dans les Villeoù
ils ont passé; leur entrée à Paris; les
cérémonies observées dans l'Audience
qu'ils ont eue du Roy & de la Maison
Royale; les Complimens qu'ils
ont faits, la description des lieux où ils
ontesté ; & cequ'ils ontditde remarquable
sur tout ce qu'ils ontveu.
Lesecond Volumea pour titre.
Suite du Voyage des Ambassadeurs
de Siam en France, contenant ce qui
s'est passé à l'Audience de Madame la
Dauphine, des Princesses du Sang,
& de Messieurs de Croissy & deSegnelay
, avec une decription exacte des
Chasteaux, appartemens, Jardins &
FontainesdeVersailles, S. Germain,
Marly & Clagny
,
de la Machine de
Marly, des invalides, de l'Observatoire
,
de S. Cyr
, & de ce que les
Ambassadeurs ont veu dans tons les
autres lieux où ils ont esté depuis la
premiere relation, à quoy l'on joint le
discours qu'ils ont fait au Roy.
Le troisiéme volume apour titre.
Troisiéme partie des Ambassadeurs
de Siam en France, contenant la suite
de la descriptiondeVersailles
,
celle
des chevaux quisontdans les deux
Ecuries du Roy; ce qui s'est parte
dans les visites qui leur ont esté
rendues; les expériences dela pesanteurde
l'air faites devanteux; la description
des Galeries de Sceaux
,
&
les receptions avec toutes les harangues
qu'on leur a faites dans toutes
les Villes deFlandre.
Le quatrièmeVolume à pour titre.
Quatrième & derniere partie du
Voyage des Ambassadeurs deSiam en
France, contenant la fuite de leur
Voyage de Flandre, depuis Valencienne
jusqu'à Paris; la description
des Villes où ils ont passé, & les harangues
de tous les Corps, ce qu'ils
ont vcu à Paris depuis leur retour,
avec une description de tous les lieux
où ils ont esté, & dela Feste donnée
par Monsieurà S. Cioud
,
leur Voyage
à Versailles
,
leur Audience de'
Congé
,
& les dix- sept Audiences
qu'ils eurent le même jour, avec tous
les complimensqu'ils ont faits, la liste
des préfère qui:\eurt¡.ont esté donnez
,
ce qui s'est pasTë à leur départ,&les
noms des personnes distinguées qui
sont parties pour Siam.
Outre les Mercures d'onzeannées,à
commencer en 1677. ily a trentedeux
Extraordinaires, dans lesquels
font divers Traitez tres-curieux sur
plusieurs matieres qui regardent les., Sciences&lesArts.
Histoire du Siege de Bude. 1. 1. 10. f.
Recueil d'O uvrages faits à la loüange
du Roy, sur l'extirpation de l'H eresie.
1. l. 10. f.
Relation des Prieres publiques qui
ontesté faites par toute la France, en
aRctions doe gracyes de.la guerison du 1. l. 1 0. f.
Antiquitez de M. Spon, Ouvrage
enrichy de plusieurs Figures. 7.l.
Divers Ouvrages en Musique de
M. de Bacilly. -
AvispourplacerlesFigures.
La Figure du Projet de la communication
des Mers par la Bourgogne
,doit regarder lapage 170.
L'Air qui commence par, Ne
me parlez, point duPrintemps, doit
regarder la page 2^
Fautes d'impression.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères