Titre
Copie d'une lettre écrite du Pardo le. 15. Août.
Titre d'après la table
Copie d'une Lettre singuliere écrite du Pardo le 15. Aoust.
Fait partie d'une livraison
Page de début
122
Page de début dans la numérisation
129
Page de fin
131
Page de fin dans la numérisation
138
Incipit
Le mariage du Roy fut déclaré hier après dîné, &
Texte
Copie d'une lettre écrite du
Pardo le 15. Août.
Le mariage du Roy fut
declaré hier aprés dîné , &
j'eus l'honneur de baifer
la main à Sa Majeſté comme
beaucoup d'autres. Madame
la Princeſſe montra
4
GALANT. 123
le portrait de la nouvelle
Reine à ceux qui demana
derent à le voir ; elle paroît
belle &bien faite. On étoit
en peine comment le dire
à Monſeigneur le Prince
des Afturies , & il fut decidé
qu'on lui feroit entendre
qu'on le vouloit marier
& le Roy auffi. Il ſe mit à
rire , diſant à M. de Figue.
roa,qui lui porta cette nouvelle
, qu'il lui faisoit un
plaiſant conte ,& que cela
ne pouvoit pas être , qu'il
entendoit bien ce qu'on
youloit lui dire. On lui de
Lij
124 MERCURE
manda ce qu'il entendoit ; il
ne voulut point s'expliquer,
& il fortit de ſon apparte.
ment pour publier cette
nouvelle comme un quento
pafſagero,c'eſt à dire un conte
en l'air. Enfin pendant
fon ſoupé il ne parla d'autre
chofe , & il appella M. do
Figueroa pour lui demander
comment il pouvoit lui
faire croire que le Roy s'al
loit marier , puis qu'il n'y
avoit pas long-temps qu'il
lui avoit fait comprendre
qu'un homme ne pouvoit
pas avoir deux femmes , &
1
GALANT. 125
pourquoy Papa en prenoit
encore une ;diſant toûjours
qu'il penſoit autre choſe ,
ſans vouloir s'expliquer : &
laiſſant cet article à part
qu'onnevouloit pas pouffer
plus loin, il parla de ſonmariage
, & demanda pourquoyonvouloit
le marier fi
jeune. On lui répondit que
cen'étoit encore qu'une parole
donnée depart&d'autre,&
que quand il ſeroit en
âge il ſe marieroit ,que cela
ſe pratiquoit envers lesPrinces.
Ildemanda enſuite ſi ſa
femme pretenduë étoitbel
Liij
126 MERCURE
le;onlui dit qu'oui.Hé bien,
répondit il, fi elle me plaît ,
elle ſera trés - heureuſe avec
moy; car je compte qu'elle
ſera juſte: je lui laiſſerai faire
tout ce qu'elle voudra , je la
ferai bien danſer , & quand
nous irons en caroſſe , j'ordonnerai
qu'iln'aille pas vi
te , peur de faire mal à ſa
groffefſe.
Aprés avoir un peu reflechi,
il commença àdire qu'il
avoit biendes choses à penfer
pour fon mariage ; qu'il
vouloit commander des habitsmagnifiques,&
fur tout
GALANT. 127
:
un bien brodé , parce qu'il
en devoit avoir un de même,
des beaux caroffes , des
-pierreries , & bien d'autres
choſes , qu'il ne lui donneroit
que les unes apres les
autres, parce que s'il donnoit
tout en une fois , il la
lafſeroit , & qu'il aimoit
mieux faire durer le plaifir.
Un moment aprés il dit
qu'il étoit bien obligéàMadamela
Princeſſe de le vouloir
marier , & qu'elle ne
pouvoit pas lui faire un plus
grandplaiſir : mais qu'il jugeoit
bien que ce ne feroit
Liiij
128 MERCURE
pas fitôt,n'ayant encoreque
ſept ans,&qu'on ne marioit
pas avant quatorze ; que
cependant ſi on le marioit
dans huit jours, il ſeroit marié
fortbien.M. de Figueroa
charmé de tous ces dif
cours,comme tous ceux qui
avoient eu l'honneur d'être
prefens, lui fit unequeſtion,
&lui demanda, ſi le jour de
ſon mariage il y avoit bal ,
comme onpouvoit le croire
, qui il prendroit la premiere
pour danſer,ou laReine,
ou la Princeſſe desAfturies
; il répondit qu'il pren
GALANT . 129
droit la Reine , & enſuite
ſa chere petite femme.
Un peu aprés il dit àMadame
la Marquiſe de Salzedo:
Marquiſe,je veux penſer
auſſi àvous ;&comme vous
m'avez bien ſervi ,que vous
avez eu bien de la peine
avec moy,je veux vous faire
Camerera major de la Princeffe
des Afturies. A cette
penfćeelle ne putretenir ſes
larmes &ſajoye. Aprés ſoupé
on le mena chezMadame
la Princeſſe pourvoir le
portrait de la nouvelle Reine,
qu'il trouvabeau, & de
130 MERCURE
A
manda à voir auſſi le por.
trait de la Princeſſe des AL
turies. On lui dit qu'il viendroit
inceſſamment.
Il alla enfuite promener ,
&au retour ilditàM. de Figueroa
qu'il avoit toûjours
penſé aumariage du Roy,&
qu'il ſçavoit bien pourquoy
il ſe marioit. Nevoulant pas
endiredavantage,M. de Figueroa
le pria de lui dire
toutbas. Alors il s'expliqua,
&lui dit qu'il ſçavoit bien
que ſa chere Maman étoit
morte , & qu'il prioit Dieu
pour elle. Ace mot on le
GALANT . 131
lui avoüa , diſant qu'elle
étoit bienheureuſe , parce
qu'elle étoit en Paradis.
Pardo le 15. Août.
Le mariage du Roy fut
declaré hier aprés dîné , &
j'eus l'honneur de baifer
la main à Sa Majeſté comme
beaucoup d'autres. Madame
la Princeſſe montra
4
GALANT. 123
le portrait de la nouvelle
Reine à ceux qui demana
derent à le voir ; elle paroît
belle &bien faite. On étoit
en peine comment le dire
à Monſeigneur le Prince
des Afturies , & il fut decidé
qu'on lui feroit entendre
qu'on le vouloit marier
& le Roy auffi. Il ſe mit à
rire , diſant à M. de Figue.
roa,qui lui porta cette nouvelle
, qu'il lui faisoit un
plaiſant conte ,& que cela
ne pouvoit pas être , qu'il
entendoit bien ce qu'on
youloit lui dire. On lui de
Lij
124 MERCURE
manda ce qu'il entendoit ; il
ne voulut point s'expliquer,
& il fortit de ſon apparte.
ment pour publier cette
nouvelle comme un quento
pafſagero,c'eſt à dire un conte
en l'air. Enfin pendant
fon ſoupé il ne parla d'autre
chofe , & il appella M. do
Figueroa pour lui demander
comment il pouvoit lui
faire croire que le Roy s'al
loit marier , puis qu'il n'y
avoit pas long-temps qu'il
lui avoit fait comprendre
qu'un homme ne pouvoit
pas avoir deux femmes , &
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pourquoy Papa en prenoit
encore une ;diſant toûjours
qu'il penſoit autre choſe ,
ſans vouloir s'expliquer : &
laiſſant cet article à part
qu'onnevouloit pas pouffer
plus loin, il parla de ſonmariage
, & demanda pourquoyonvouloit
le marier fi
jeune. On lui répondit que
cen'étoit encore qu'une parole
donnée depart&d'autre,&
que quand il ſeroit en
âge il ſe marieroit ,que cela
ſe pratiquoit envers lesPrinces.
Ildemanda enſuite ſi ſa
femme pretenduë étoitbel
Liij
126 MERCURE
le;onlui dit qu'oui.Hé bien,
répondit il, fi elle me plaît ,
elle ſera trés - heureuſe avec
moy; car je compte qu'elle
ſera juſte: je lui laiſſerai faire
tout ce qu'elle voudra , je la
ferai bien danſer , & quand
nous irons en caroſſe , j'ordonnerai
qu'iln'aille pas vi
te , peur de faire mal à ſa
groffefſe.
Aprés avoir un peu reflechi,
il commença àdire qu'il
avoit biendes choses à penfer
pour fon mariage ; qu'il
vouloit commander des habitsmagnifiques,&
fur tout
GALANT. 127
:
un bien brodé , parce qu'il
en devoit avoir un de même,
des beaux caroffes , des
-pierreries , & bien d'autres
choſes , qu'il ne lui donneroit
que les unes apres les
autres, parce que s'il donnoit
tout en une fois , il la
lafſeroit , & qu'il aimoit
mieux faire durer le plaifir.
Un moment aprés il dit
qu'il étoit bien obligéàMadamela
Princeſſe de le vouloir
marier , & qu'elle ne
pouvoit pas lui faire un plus
grandplaiſir : mais qu'il jugeoit
bien que ce ne feroit
Liiij
128 MERCURE
pas fitôt,n'ayant encoreque
ſept ans,&qu'on ne marioit
pas avant quatorze ; que
cependant ſi on le marioit
dans huit jours, il ſeroit marié
fortbien.M. de Figueroa
charmé de tous ces dif
cours,comme tous ceux qui
avoient eu l'honneur d'être
prefens, lui fit unequeſtion,
&lui demanda, ſi le jour de
ſon mariage il y avoit bal ,
comme onpouvoit le croire
, qui il prendroit la premiere
pour danſer,ou laReine,
ou la Princeſſe desAfturies
; il répondit qu'il pren
GALANT . 129
droit la Reine , & enſuite
ſa chere petite femme.
Un peu aprés il dit àMadame
la Marquiſe de Salzedo:
Marquiſe,je veux penſer
auſſi àvous ;&comme vous
m'avez bien ſervi ,que vous
avez eu bien de la peine
avec moy,je veux vous faire
Camerera major de la Princeffe
des Afturies. A cette
penfćeelle ne putretenir ſes
larmes &ſajoye. Aprés ſoupé
on le mena chezMadame
la Princeſſe pourvoir le
portrait de la nouvelle Reine,
qu'il trouvabeau, & de
130 MERCURE
A
manda à voir auſſi le por.
trait de la Princeſſe des AL
turies. On lui dit qu'il viendroit
inceſſamment.
Il alla enfuite promener ,
&au retour ilditàM. de Figueroa
qu'il avoit toûjours
penſé aumariage du Roy,&
qu'il ſçavoit bien pourquoy
il ſe marioit. Nevoulant pas
endiredavantage,M. de Figueroa
le pria de lui dire
toutbas. Alors il s'expliqua,
&lui dit qu'il ſçavoit bien
que ſa chere Maman étoit
morte , & qu'il prioit Dieu
pour elle. Ace mot on le
GALANT . 131
lui avoüa , diſant qu'elle
étoit bienheureuſe , parce
qu'elle étoit en Paradis.
Lieu
Date, calendrier grégorien
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Domaine
Résumé
La lettre du 15 août annonce le mariage du roi. L'auteur a eu l'honneur de baiser la main du roi, ainsi que d'autres personnes présentes. La princesse a présenté le portrait de la nouvelle reine, décrite comme belle et bien faite. La nouvelle du mariage du prince des Asturies a été révélée avec délicatesse. Initialement sceptique, le prince a réagi avec incrédulité, affirmant que cela ne pouvait pas être vrai. Il a ensuite partagé ses réflexions sur son propre mariage futur, exprimant le souhait d'avoir des habits magnifiques et des cadeaux pour sa future épouse. Il a également mentionné son obligation envers la princesse et son désir de voir le portrait de sa future épouse. La lettre se conclut par une promenade du prince, durant laquelle il a discuté avec M. de Figueroa de la mort de sa mère, confirmée comme étant au paradis.
Provient d'un lieu