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Titre

LE LOUP, LE RENARD, ET LA MULE. FABLE.

Titre d'après la table

Fable,

Page de début
121
Page de début dans la numérisation
130
Page de fin
130
Page de fin dans la numérisation
139
Incipit

Je vous envoye une Fable que vous trouverez aussi finement / Helas, que n'ay-je encor mon heureuse ignorance !

Texte
Je vous envoye une Fable
que vous trouverez auffi finement
tournée que toutes
les autres que vous avez déja
leuës de M' de la Barre de
Tours. Vous me mandiez
qu'il vous ennuyoit de ne plus
rien voir de luy , & heureuſement
j'ay dequoy vous fatisfaire.
[ Fevrier 1685.
L
122 MERCURE
5252525252525252
LE LOUP,
LE RENARD,
ET LA MULE.
FABLE .
HElas, que n'ay-je encor mon
heureuse ignorance!
Qu'il m'eftfâcheux, Iris , d'eftre trop
bien inftruit!
Je vous aimois ,&j'avois l'espérance
Que par devoir oupar reconnoif-
Sance
Vous me feriez goûter le fruit
Que méritoient mesfeux, mesfoins
& ma conftance;
Mais aujourd'huy mon espoir eft
détruit,
GALANT. 123
Et par ce que vous m'avez dit
F'ay connu vostre coeur &fon indiférence.
`Hélas, que n'ay-je encor mon heureuſe
ignorance!
Qu'ilm'eftfâcheux, Iris, d'eftre trop
bien inftruit!
$2
Mon Rival a parfon abſence
Evité la trifle Sentence,
Qui le pouvoit réduire où me voila
réduit.
Il n'est pas plus aimé, j'y vois de l'aparence;
Maisfon malheur n'estpoint en évidence.
Fene goûteray plus l'espoir dont il
jouit:
Ah, trop malheureufefcience!
Voyez l'ennuy cruel que vous avez
produit.
Lij
124 MERCURE
Hélas que n'ay-je encor mon heureuſe
ignorance!
Qu'ilm'estfacheux, Iris , d'eftre trop
bien inftruit!
Sa
Ainfiparloit un pauvre Diable,
Trop curieux pourfon malheur,
Qui voulant lire au fond du coeur
D'une jeune Beauté qui n'étoit pas
traitable,
cc que le Loup
va voir dans
r vit ce
cette Fable.
25
Sire le Loup & Sire le Renard,
Animaux exerçans par tout la tyrannie
Se rencontrerent par hazard,
Tous deux ne cherchant point mauvaife
compagnie,
Nefe plaifantpas moins , qu'avec plus
méchans qu'eux;
GALANT. 125
Enfin donc, par hazard, s'étant trouvez
tous deux.
Apres quelque ceremonie,
Comme il convient à Gensfçachans
leur pain manger
.
Ils font un petit tour de promenade
enfemble.
Ilfautfçavoir comme un Berger,
A leur affecttousfes Moutons r'af-
Jemble,
Et comme tout Mananpour Volatille
tremble,
Renard & Loup, par tout conduisant
le
danger.
Ils marcherent parlant du beau icmps, ›
de la pluye,
Car Couple qui ne s'aime
Et qu'aucun commerce ne lie,
pas,
A des narrez bien longs trouvefort
peu d'appas..
Pour animer leur tefte- à- tefte,;
L
iij
126 MERCURE
3
Que n'ont- ils quelque Tiers ?un Tiers
eft un fecours,
Quifert beaucoup,lors que le Couple
eftbefte:
De cecy nous voyons lapreuve tous les
jours.
Ce Tiers à point nomméparut dans
un palage
Grave & penfif, mais qui n'étoit
pointfot,
Rouge de poil , de moyen Age,
C'eficit une Mule , en un mot.
Nos deux Meffieurs y viennent tout
en nage,
Pour accourir ils avoient pris le
trot.
Eftant un peu remis , le Loupfit la
Harangue
,
Mais, comme vousfçavez, il a mauvaife
langue,
Et ne pût pas perfuader
GALANT. 127
La Mule à découvrir comment elle
s'apelle.
Sire Renard, s'aproche plusprés d'elle ,
Afin de mieux luy demander
Ses qualités,fen nom, &fanaiffance ,
Car, ny le Loup , ny luy , n'eurent,
dit- il,jamais,
Ny l'honneur de la voir , ny de fa
connoiffance.
Avouray- je mon ignorance,
Dit la Mule ? excufez l'aveu queje
vous fais,
( Il est un peu d'une Pecore ).
Foy d'Animal d'honneur , je ne
fçay pas mon nom.
Bon , c'eft railler, dit le Loup.
Non,
Non, repartit la Mule, il eft vray,
je l'ignore,
Mes Parens, pour raiſon , ne me
l'ont point appris.
Liiij
128 MERCURE
D'un teldifcours nos Gens eftant
Surpris,
Tousdeux s'obtinerent encore
A la preffer àqui mieux mieux;
Mais la Mule en fçavoit plus
Roux.
Qui de vous deux fçait le
mieux lire,
Leur dit- elle?Le Loup luy dit d'abord,
c'eft moy.
Le Renard ne dit rien, voulantfça.
voir pourquoy
Se fait cette demande. A mon pied
de derriere ,
Dit la Mule , mon nom est écrit ,
lifez donc .
Qii , moy , dit le Renard ? lireje
ne fçûs onc ,
Difant ces mots , il tourna le der-
-riere.
Je lis comme un Doccur , Oh,
montrez , dit le Loup .
GALANT. 129
La Mule en luy montrant , vous luy
lache un grand coup
Defon Fer à crampons au milieu du
vifage,
Et de ce coup ilfut étendu roide
mort.
Tant pis pour vous , Signor
Dottor,
Dit le Renard ,fuyant fans parler,
davantage.
$2
Or fus , lequel est le plusfage
A voftre avis , de ces deux Animaux?
Je tiens pour le Renard , & pourfon.
ignorance,
Une fachenfe experience ,
Nous faifant voir , que fi par la
fcience
de bien, il vient beau-
Il vient un peu de bien,
coup de maux.
130 MERCURE
A propos de cette Fable,
vous ferez bien aife d'aprendre
que le S Blageart en doit
debiter un Recueil au commencement
du mois prochain
, fous le Tître de Fables
Nouvelles
. Je ne vous
puis dire qui en eft l'Autheur.
Je fçay feulement que plufieurs
Perfonnes d'efprit qui
les ont veuës , les eftiment
fort , & difent en les loüant,
que l'Illuftre M ' de la Fontaine
qui a pouffé ſi loin ce
genre d'écrire , les lira luymefme
avec plaifir .
Genre
Collectivité
Faux
Lieu
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Résumé
La lettre, datée de février 1685, accompagne une fable intitulée 'Le Loup, le Renard et la Mule'. L'expéditeur répond à une demande de son destinataire, qui s'ennuyait de ne plus recevoir de nouvelles de M. de la Barre de Tours. La fable narre la rencontre fortuite entre un loup et un renard, deux animaux tyranniques, qui se promènent ensemble par ennui. Ils croisent une mule qui ignore son propre nom. Le loup et le renard tentent de découvrir ce nom. La mule les défie de lire son nom écrit sur son pied arrière. Le loup accepte et se fait frapper par le fer à crampons de la mule, ce qui le tue. Le renard, plus prudent, refuse et s'enfuit. La morale de la fable suggère que la prudence et l'ignorance peuvent parfois éviter des maux. La lettre mentionne également qu'un certain S. Blageart publiera prochainement un recueil de fables nouvelles, appréciées par plusieurs personnes d'esprit, et que même l'illustre M. de la Fontaine les lirait avec plaisir.
Est rédigé par une personne
Provient d'un lieu
Soumis par conusm le