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Titre

LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.

Titre d'après la table

Lettre à l'Auteur du Mercure,

Page de début
84
Page de début dans la numérisation
91
Page de fin
87
Page de fin dans la numérisation
94
Incipit

Deux choses que j'ai lues, Monsieur, dans votre dernier Mercure d'Août, m'ont

Texte
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE
Deux chofes que j'ai lues , Monfieur
dans votre dernier Mercure d'Août , m'ont
affez piquée pour ne pouvoir me refuſer
à l'envie de vous le dire. Peut-être la
gloire d'occuper un inſtant votre attention
OCTOBRE. 1756. & >
peuty
a-t'elle plus de part que le dépit. La premiere
eft la tromperie de Mlle de Car....
de Toulouſe , pour laquelle je me fentois
une espece de fympathie , qui étoit
être une preuve tacite qu'elle n'étoit pas
fi fille que moi , qui la fuis , Monfieur ,
je vous affure , & la ferai , je crois dans
Tous les fiecles des fiecles ; je fupprime
ainfi foit- il , qui pourroit me faire
foupçonner de ne l'être pas plus que M. le
Riche , à qui je ne pardonne point d'avoir
mafqué fon efprit des graces de mon fexe
& de m'avoir fait prendre peut- être un
grand vifage dans une perruque quarrée
pour un joli minois féminin. Comme
homme vous devez fentir mieux que moi, -
Monfieur , le piquant de la méprife , &
l'inconvénient de ne pouvoir plus même
en Province fe connoître en fille . Celle
qui les taxe , dans ce même Mercure , de
mal adreffe à rimer , ma paru vouloir donner
à fa poéfie un mérite dont elle n'avoit
pas befoin , & en ôter un à mon fexe que
je crois très-capable d'avoir . Si nous en
faifons moins d'ufage , c'eft qu'on nous
donne trop à croire que nous en avons
mille autres . Nous trouvons plus aifé de
plaire par les agrémens de la figure qu'un
pompon augmente , que par ceux de l'ef
prit qui demandent une étude qui vole
S6 MERCURE DE FRANCE.
roit les momens précieux d'une jolie femme.
Je penſe donc que la rareté des rimeufes
procede plutôt de pareffe que de
manque de talens . Ce n'eft point , Monfieur
, pour joindre la force des preuves à
mon raiſonnement que je vous envoie mes
deux Logogryphes , peut-être feroient- ils
celle du contraire ; c'eft pour faire un paſſeport
à ma Lettre. Je n'imagine pas non plus
que mon courroux foit exprimé d'une
façon à mériter le jour. J'avoue que je
ferois trop flattée qu'il valût un mot de
votre critique vous l'habillez ordinairement
d'une jufteffe & d'une légèreté de
ftyle qui peut apprendre à penfer , & qui
fait plus eftimer la louange ou fon contraire
, que ce qui en fait le fujet . Excufez
, Monfieur , la longueur d'un babil
qui peut faire demi- preuve de mon fexe ;
fi mon nom en étoit une de l'eftime que
j'ai pour les gens d'efprit comme vous ,
Monfieur , je ne le fupprimerois pas.
Nous fommes fi fenfibles aux politeffes
des femmes , quelque exagerées qu'elles
foient , que pour y répondre nous inférons
ici un de ces Logogryphes . Nous ne
fçaurions trop les encourager à parer notre
Recueil de leurs productions. Leur
profe a furtout des graces qui nous font
oublier les négligences de leur poéfie , &
OCTOBRE. 17566 8.7
nous engagent même à corriger celles qui
trop fenfiblement les regles .
Genre
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Dans une lettre, l'auteur exprime son mécontentement après avoir lu deux informations dans le dernier numéro du Mercure d'août 1756. La première concerne la tromperie de Mlle de Car... de Toulouse, envers qui l'auteur ressentait de la sympathie. Cette sympathie est remise en question, et l'auteur affirme que Mlle de Car... n'est pas la fille de M. le Riche, qu'il accuse de manquer d'esprit et de grâce envers les femmes. L'auteur déplore que les femmes soient souvent jugées sur leur apparence plutôt que sur leur esprit, rendant rares les femmes capables de rimer. L'auteur envoie deux logogryphes pour justifier l'envoi de sa lettre, mais doute que son courroux mérite une critique. Elle admire la justice et la légèreté du style de la critique du Mercure, qui valorise la réflexion. Elle s'excuse pour la longueur de sa lettre et encourage les femmes à contribuer au recueil avec leurs productions, malgré les négligences possibles dans leur poésie.
Est adressé ou dédié à une personne
Soumis par lechott le