→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Titre d'après la table

Lettre à Madame Deshoullieres.

Page de début
158
Page de début dans la numérisation
164
Page de fin
164
Page de fin dans la numérisation
170
Incipit

Rien n'est si commun que les Vers,  rien n'est si rare / Permettez-moy Madame, de vous dire, que je suis

Texte
Rien n'eft fi.commun que
les Vers , & rien n'eft fi rare
que d'en trouver de bons.
Parmy unc infinité de per-
GALANT. 159
į
fonnes qui font leur plaifir
de cette occupation , à peine
en voit - on cinq ou fix qui fe
diftinguent. Si j'ofe mefler
mon fentiment avec celuy
de plufieurs perfonnes , du
jugement defquelles on ne
fçauroit appeller, M' de Senecé , premier Valet de Chambre de la feuë Reine , doit
eſtre mis de ce nombre. Vous
en jugerez par l'Idille de fa
façon que je vous envoye.
Le fujet qu'il a pris eft fort
fterile , de forte qu'il a eu be
foin de beaucoup d'invention , qui eft une des prin-
160 MERCURE 1
cipales parties de la Poëfie.
Ses pensées font belles`, bien
foutenues , & noblement exprimées , & fes Vers ont un
tour aifé qui fait plaifir. Il
feroit à fouhaiter qu'il en
vouluftfaire fouvent, Il eſt à
Mafcon, d'où il a envoyé fon
Idille à Madame Deshoulieres , en luy écrivant ce
que vous allez lire. Je croy
que vous ne ferez pas fachée
de voir comment parle en
Profe un homme qui fait
paroiftre tant d'efprit enVers.
GALANT. 161
I
A Mafcon. 16. Nov. 1690
Ermettez-moy , Madame,
de vous dire , que je fuis
de l'hameur de ces Héros de Comedie , qui dans les plus grandes
adverfitez, confervent toujours la
fierté de leur rang, &la fermeté
de leur courage. Cela veut dire,
que tout exilé que je fuis du
Royaume de l'efprit, & du bon
fens , je me fouviens toujours
que j'ay eu l'honneur d'estre
connu de vous, & d'avoir quelque part en voftre estime. C'est
un avantage que je ne puis jamais oublier ; mais , Madame,
Novembre 1690. O
162 MERCURE
comme vous n'avezpas les mef
mes raisons de penser à moy, je
ne puis refifter à la tentation de
vous en rappeller le fouvenir. Il
eft trop doux , il est trop glorieux,
pour pouvoir le negliger , de tenir
quelque place dans vostre esprit,
dans vostre memoire , parmy
ces idées brillantes,&fpirituelles,
quir font les delices & l'admiration de tout ce qui parle
François , je veux dire , de la
plus polie , de la plus nombreufe partie de la terre . Les .
agréables épanchemens de vostre
beureux genie , viennent fouwent jufqu'à nous de plufieurs
·
GALANT. 163
façons. Je vous avouë neantmoins que tout charméque j'en
fuis , je le ferois encore davantage, s'il en venoit quelque
chofe en droiture de vous à moy.
Je vous fuplie , Madame , d'ouvrir en ma faveur les Trefors
de voftre Cabinet, & de croire
que je conferve encore affez de
goust, pour faire d'un pareil
prefent , fi vous avez la bonté
de m'en enrichir , tout le cas
qu'il meritera. Pour exciter votre liberalité par la mienne , je
vous envoye un Idille de ma
façon, femblable en cela au Roy.
de Perfe , quifelon le recit des
O ij
164 MERCURË
Voyageurs envoye ordinairement aux Gouverneurs de fes
Provinces , quand ilsfe font
enrichis , quelque méchante vefte
des Indes, pour tirer de leur reConnoiſſance un prefent de deux.
ou trois mille Tomans. Au fond,
dans un pareil échange, qui
pourroit jamais vous fournir une
juste compenfation ? En tout cas,
quelque party que vous prenieZ,
j'auray toujours obtenu une partie de ce quejefouhaite,puifque je
vous auray fait reffouvenir que
je fuis , Madame, avec beaucoup
d'admiration de reſpects
Voftre tres, &c.
Signature

A Mascon. 16. Nov. 1690

Genre
Collectivité
Faux
Lieu
Date, calendrier grégorien
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Le texte souligne la rareté des bons poètes parmi les nombreux auteurs. Il met en lumière M. de Sencé, premier valet de chambre de la reine défunte, comme un exemple de poète talentueux. Son idylle est appréciée pour son inventivité, ses pensées bien formulées et ses vers agréables. L'auteur espère que M. de Sencé écrira plus fréquemment. Une lettre de M. de Sencé à Madame Deshoulières, datée du 16 novembre 1690, est également mentionnée. Dans cette lettre, M. de Sencé compare sa situation à celle des héros de comédie conservant leur dignité malgré les adversités. Il exprime son honneur d'être connu et estimé par Madame Deshoulières et son désir de recevoir des nouvelles directes d'elle. Il lui envoie une idylle de sa composition, espérant en retour un présent littéraire de sa part. La lettre se conclut par des marques de respect et d'admiration.
Est adressé ou dédié à une personne
Est rédigé par une personne
Provient d'un lieu
Fait partie d'un dossier
Soumis par delpedroa le