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Uu



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-
s 1
I- !
r - 11 Il
! J C4
ï,~ï~---1,~;:£1rR4r~3-URE
OCTOBRE 1685.
A PARIS,
AVPALAIS-.
ON donnera toujours unVolume
nouveau du Mercure Galant le
premierjour de chaque Mois, &: on
le vendra,aussi-bien que l'Extraordinaire,
Trente sols relié en Veau,
& Vingt-cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE,au Palais, dansla
Salle des Merciers, àlaJustice.
Chez la Veuve C.BLAGEART, Court-
Neuve du Palais, AU DAUPHIN.
EtT. GIRARD, auPalais, dansla Grande
Salle, à l'envie.
M. DC. LXXXV.
API.C PRIVILEGE DV ROI.
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
PRelude.
Statué du Roy élevée a Rut!.; Inscriptions quifom autour de cette Statuë.
5
La Nimphe de Rutl
, au Roy. il
LaFrance,auRoy. 11
Statué du Roy élevée à Caèn,&fes ln..
fcriptions
j avec le détail de toutes les
Certmonies quiJe fotit faites en cette
Dccafion. 15
Harangue faite au Roy par Mr le Recteur
de fVniverjité.H
Poème. 44.
Prix de l'Arc¡uebu'l.e. 5y
Fondationperpétuelle d'une Feflea Issoudun,.
po::r la N'ai[fance du Roy. 77
SixCièmeDiarloguoe desichorses deifficile.s à Article concernant la TbcrÙlque. 118
mu. 1;6-
Relation de tout ce qui s'estpasséa la Reception
de Madame la Duchesse de Richelieu,
à Richelien.JJS
Relation tres-curieuse du Siegede Coron,
avec des circonstances qui n'ont point
encor estéfccrÛs, & tous les noms des
Chevaliers de Malie, tant François
qu'Etrangers qui ont effectuez. & blessez
en cette-occasîon. i^'p
MMaisoon derCtasrn.av.alet. 239 Livre 24p d'Armes.
151 IIIiroucr ardant d'une grandeur extraordinaire
,&seseffets. 252 Entrée de l'sfmbaffkdeur de Pologne a
Fontainebleau, &ses Audlances. 166
Continuation des Prreres
,
fdm tufage
<CItalie,sa'tesaux Thcatins. 272.
TOI:t ce CJHIs'ejl p4jU depuis deux mois
touchant les affaires de la Rclioion Pretendue
Reformée. 274
Norrn de ceux qui ont trouvé les véritables
mots des Enigmes du mois dernier.
ng
énigmes. 34.S
Charges remplies dans laMltifln de MonfilUr.
D:ivcertis,smemenesddeFioentasin.e3bleapu.335.111
.(]()nclHfion contenant plujieurs articles re- farvez.pour le moùprochain,356
FindelaTable.
-J
~P#&e357* du lieu de, Qui vient de répandreune
tristesse generale dans toute la France, lisez,Que toute la Fiance ne pourra apprendre sans douleur.
4
AV16 pour placerles Figures.
L'Air qui commence par, Surles tendres
Ormeaux le Rossignolfidelle. f
f La Medaille du Royd'Angleterre,
doit regarder la page i$i.
L'Air qui commence par Quel chagrin
, Iris, d'estre tendre. 351
OCTOBRE1685.
YF1 Ous levoyez,Madame;
jay beau
vous parlerduRov
au commencement de routes
mes Lettres. Cette nul
tiere estsi abondante, qu'il
effim*poffible de 1épi:»• Ll
É-", r1
Harangue de Mrle coadJu"
• teur de Roüen, & celle de
Mr d'Ormesson, que je vous
envoyay le dernier mois,
avec l'Eloge que Mrl'Abbé
Cappeau fit de Sa Majesté,
dans le Sermon qu'il prescha
au Louvre le jour de laFeste
de S. Louis, sont remplies
de plusieurs choses nouvelles
qui marquent la Grandeur
& les Vertus Morales
& Politiques de cet Auguite
Monarque. On ne doit pas
s'étonner après cela si l'on
n'entend plus parler de tous
costez que de Statuës que
l'on élevéàsagloire. Le zele
de Mr; le Duc de Richelieu
'sest, fait distinguer par un
dessein de cette nature., Il
s'attendoit d'avoir l'honneur
de recevoir le Roy à Ruel;
maiscomme le plus agreable
Regale de cette Festedevoit
estre laReprésentation de ce
grand Prince, & qu'il falloit
du tempspour transporter &
mettre en estat une Figure
d'un caractere le plus extra-
=
ordinaire qui ait jamais esté, le départ de Sa Majesté pour
-Chambor
, a rompu toutes
> lesmesures dece Duc.
Le Roy est monté sur um
Cheval, qui passe au jugement
des plus sçavans dans
toutes [es proportions ôedans
son action, celuy du Pontneuf,
& celuy de la Place
Royale. Quoy que ce ne foit
qu'unModelle,on connoîtce
qu'il fera quand on l'aura mis
enBronze,comme MrleDuc
de Richelieu a dessein de l'y
faire jetter ; mais ce qui ne.
s'est point encore vu qu'en
cette Figure, c'est que de
quelque coste qu'on la regarde,
on reconnoistlagrandeur
& la fyja.eité de celuy.
qu'elle represente. C'eff: qui eil tres-bien ce exprimé dans
ce Sonnet écrit en lettres d'or,
dans un des costez du Pieddestail.
T, L OZJIs triomphant de
i'Ibtre hautain,
ChajjÓit de ton coftcz, fis Troupes fitgitivess
Tel,U Meuse & le Rhin le virent sur leurs Rives
Terrajfir le Batave, & dompter le
Germain.
- CD
De fin Image encor le regardplu*
qu'humain
Semble annoncer la guerre à ces AInn
craintives,
Les traits enfimJîfers,lesmenaces
-bon croit la Fondre presle à partir
1
- 'Il,
desa main.
De lAigle dr du Lion laudace reprimée
,
Asonjoug maintenant feroit accoû.
tumée,
Il en eut vu fin charpompeusement trai-fréi
MaisarrefiantluyJctd le cours desi
Victoire,
A ne les pM détruire il trouve plu*
de gloire,
Et d'un plut beau Laurierson Front
est couronné.
L'Inscriptionquiest dans
le costé opposé, est conceue
en ces termes. Vos Amies me
pardonneront, si en cette oc1
sion j'employe une Langue
qui ne leur est pas connuë.
Ce qui regarde la gloire du
Roy ne se doit point affoiblir,
& il n'y a guere d'Inscriptions
qui eussent la force
de l'Original, si elles estoient
traduites.
LUDOVICOMAGNO
LUDOVICI JUSTI FiLlo
, LUDOVICI
SANCTI ABNEPOTI, REGUMMAXIMO,
QJJO HOSTIBUS D TERRA MARIQUE DFC.
BELLATIS,
IMPERII FINES LONGE-PROBUXIT : PROFLIGATA
RELIGIONEM HÆRESI,
REIP. UBI^IIE RESTITUIT • GENUENSI LEGES; P~ATM.
AFRICA PÆNAS;
PACEM ÀRMATÆ EUROPÆ;
MODUM VICTORIA SUÆ
IMPOSUIT. -
FILIO, NURU, NEPOTIBUS TER FELICI.
SEMPER AUGUSTO,
VERE CHRISTIANISSIMO.
ARMANDUS RICHELII DUX,
ARMANDI CARDINALIS HERES<,
ET Ejus PRO GLORIA PRINCIPIS
ÆMULATOR,
FIDEI, OBSEQUII, AMORIS PEItENNJMONUMENTUM
VENERABUNDUS POSHIT.
- ANNO M. DC. LXXXV.
Les deux autres costez
font comme des Tables d'attente
;
aussi-bien l'on croit
n'avoir encore vu que la moitié
des. merveilles quttfait. çfperer
cet Auguste Conquerant.
Il y a de plus une chose
à remarquer dans cette Figure
Equestre,qui est d'un poids
excessif; c'est que le Cheval
n'estappuyé que sur les deux
pieds de derriere
, que ceux
de devant sont en l'air,& que
par une surprenante invention
du Sculpteur, l'équilibre
en est si juste, que d'un
doigt feulement on le fait
mouvoir. On ne peut voir ce
bel Ouvrage, sans donner à
Mr Gobert, qui en est l'Autheur,
les Eloges qu'il mérite.
Aussi MrleDuc de Richelieu
ayant menédisner à Rüel
quelques Personnes de qualité,
on trouva ce Madrigal
attaché à la Porte qui conduitàla
Grotte, ssir laquelle
cette Figure est élevée. Or..OtU, qu'undeifrcurieux
lment dans ces Lieux,
£uidéUffoient Armand defis pro-
,_ fondes veillesi
Apprenti en vlJtfnt de si rares mer. veilles,
^uesiLOVIS LE GRAND charme
voUrcregard
Parfionadmirablefigure,
Un ch,fd'oeavre de U Nature,
Ne dem*nd$it paé moins qnun Chefdoeuvre
de l'Art.
Le Sonnet que l'on a écrit
en lettres d'or ,
sur l'undes
costez du Pied-destal, estde
Mr le Clerc de l'Academie
Françoise; l'Inscription, du
Pere Comire Jesuite,dont les
Ouvrages sont si estimez, &
ce Madrigal,de M. Vignier.
Voicy d'autres Vers, qui
ont esté faits par une Personne
de qualité, qui a toute la
délicatesse d'esprit que l'on
peut avoir. Comme les premiers
regardent Rüel, il y a
sujet de leur donner place
dans cet Article..
LA NIMPHE DE RUEL,
AU ROY. TOn ECprit que rien ne limite,
Fait honneur a la Royauté>
Et tu ne DOIS que ton merite
Au dejpis de ta. Dignité.
Tes Exploits finIJi glorieux.
J>hïArmandauroit peine a les croirer
Son Ombre se plaint en ces lieux
Jïhte la mort dit ferméfesyeux
Sans quil ait joiiy de ta gloire.
LA FRANCE,
JV ROY.
- ATa haute Valeur quel Héros
peutatteindre?
TA Pietéfuitvoir de grandes actions*
Mwdrqiteteut parfait, la nos pl.uJs
rien a craindre,
Ny de tes Ennemis, ny de tes fiaffions.
La Ville de Caën n'a pas voulu estre des dernieres à
marquer son zele, en faisant
élever une Statue à Sa Majesse.
Celas'estfait l'éclat avec tout & toutes les démonstrations
dejoye, qu'un Peuple
qui aime son Prince, &
qui est ardent pour sa gloire,
est capable de montrer.
Cette Statuë fut élevée le
5 de
Septembre dans la grande
Place de la Ville. On avoir
choisy ce jour, qui estoit ce..-
luy de la Naissance du Roy,
pour rendre cette Cérémonie
plus auguste. Dés le poinct
du jour les Trompettes, les
Tambours,&les Hautsbois,
lx. bien tost apres, le Carril-
Ion de toutes les Cloches, &
le. Canon du Château
, anoncerent
cette Feste qu'on
attendoit avec tant dJÜllPÍb
tience. L'ordre avoit esté
donné que les ruës fussent
nettes, & les Boutiques fermées
,
& l'on se rendit en
foule dans l'Eglise des Cordeliers.
Messieurs de l'Université
qui voulurent se Signaler
,
avoient élevé sur le
Frontispice du premier Portail
une Pyramide fort haute,
chargée de Devises & de
Trophées, avec le Portrait
du Roy environnéd'Emblémes
,
qui exprimoient les
principales Actions de Sa
Majesté. Ils avoient orné le
Choeur & la Ne*f des plus
belles Tapisseries. Les Abbayes
voisines qui sont grand nombre, en sont de leur
Corps, ainsi que les principaux
Magistrats, & les Religieux
de la Ville. Tout, fut
convoqué
, & la Messe du
Saint Esprit, par laquelle on
crût devoir commencer, fut
précédée d'une Procession
que le nombre & la gravité
de tant de personnes Doctes,
la diversité des Habits & des
Ornemens ,
& l'ordreexactement
observé
,
rendirent
solemnelle& venerable. Mr
l'Evesque de Bayeux, Chancelier
de cette Illustre Compagnie
,
officiaPontificalement.
Au milieu de la Me(Te
Mr Maloüin Recteur, en son
Habit deCeremonie, prononça
en Latin le Panegyri1
quedu Roy,avec beaucoup
de force & d'éloquence. On
| y avoit invité le Corps de :, Ville, un des plus confiai
rables du Royaume
, par la noble Prérogative, qu'on
re
peut élire que des Gentilshommes,
pour ses Echevins. premiers. La NobiuTeen;
grand nombre s'estoit rer due à cette Feste
; & il nÇ
avoit personne qui ne se sult
paré pour l'honorer, Mr de~ Morangis
,
Intendant de la Généralité
, traitta cette grande Compagnie, avec b
unemagnificenc,.e1 & une »0- ">
litesse extraordinaire. 11 a;
conçu le premier le dessèin*
d'élever cette Statuë. Il l'a j
fait agréer à Sa Majesté, & ¡
voyant l'allegressègénérale,.»
il déclara que tous les ans il
.,- vouloit solemniser ce jour»
La Ville & l'Université s'y
engagerent avec la mesme
ardeur. Un Concert de Voix
& d'Instrumens suivit ce repas
plein de joye. On n'y
chanta que des endroits
choisis dans les Prologues<
desOperaàla gloiredu Roy,,
&: cette
diversité
de Louanges
,
fit un agréable effet:
dans uneAssemblée remplie
d'admiration sté. pour Sa Maje- On partit de chez M' l'Intendant sur les quatre heures, pour serendre àl'Eglise
des Jacobins, ou tous les Corps estoient convoquez
par l'ordre de Messieurs
de Ville qui avoient eu soim
qu'elle fliiè parée magnifiquement.
Le Pere Fejacq,
Prieur de ce Monastere fît:
en François l'Eloge du Roy
avec beaucoup de délicatesse
& d'esprit.Onavoit chan-
~te auparavant un excellente
Moret, composé de Pana.
ges des Pseaumes
,
5c des
Cantiques de la Sainte Ecriture
,
où l'on voit comme
une Prophetie, & une peinture
des grandes Victoires
que le Roy a remportées, ôc
des merveilles de son Regne;
de forte que le Peuple charmé
par cette Musique
,
&
animé par l'éloquence de
l'Orateur, se trouva comme
transporté quand Mr l'Evesque
entonna le Te Deum:&
dans le mesme ravissement,
il courutà la Place Royale:
où le Feu de joye estoit préparé.
Mr l'Intendant avoit
assisté à cette Ceremonie
avec le Presidial. Mr de Se
grais de l'Académie Françoise
,
premier Echevin, si
connu par son mericcôe par
ses Ouvrages, le vint prier
avec l'Hôtel de Ville de se
mettre à leur teste pour allumer
ce Feu. On marcha vers
la Place. Les Trompettes,
les Tambours, l'Huissier de
la Ville paré de sa Cotte
d'Armes de velours, & ses
Sergens ornez d'Echarpes de
ses livrées, précedoient la
marche. La Bourgeoisie
estoit fous les Armes au tour
de la Place, & laissoit un.
grand espace libre aux environs
du Feu &delaStauë.
CetteStatuë qui est l'ouvrage
d'un Sculpteur deCaën,
ef); admirée des plus habiles.
Elle est haute de huit
pieds, élevée sur unPiedestal
de douze. Quatre petites
Figures y tiennent sur laCorniche
les Armes yôcla Devise
du Roy meslées de differens
Trophées. Les Inscriptions
Latines & Françoises,
font gravées en Lettres d'or
sur quatregrandes tables de
.Marbre noir,&sont dignes *o
d'une Ville qui est en poiret
sionde donner à la France
d'excellens Poëtes. On fit
deux fois le tour de la Statuë
avec des cris de Vive le R.<ry,
dont toute la Ville retentifsoit,
& avec les mesmes acclamations,
on alluma le
Feu en la maniere accoutumée.
Les Compagnies des
Bourgeoisfirent trois décharges
,& le Château fit répondre
toute son Artillerie..
Mrs de l'Hôtel de Ville,
avoientchoisy la plus belle
Maison de la Place, pour y
recevoir les Dames.Madame
l'Intendante s'y estoit déja
renduë avec toutes les Personnes
de qualité. Une Salle
estoit ornée pour le Bal; une
magnifique Collation estoit
servie dans l'autre, sur plusieurs
Tables à l'entour des
murailles
,
& les Buffets
estoient dressez dans la troisiéme
où l'on pouvoitchoisir
toutes fortes de liqueurs
& de rafraichissemens. Il n'y
avoit point de Dame qui ne
fust invitée,& le bruit de la
Festeavoit attiré de toutes
ppaarrttss,,ttoouuttce qu'il yyaa de bb~ell--
les & de jeunes personnes. p
La joye
;
La joye & la multitude faisoient
quelque forte de confusion
; mais il n'y eut point
de desordre. En quitant les
Tables, on fut appelle aux
Fenestres par une quantité
de Fusées volantes qui partirent
du milieu de la Place.
Ce n'estoit que le prélude
d'un Feu d'artifice préparé
par l'ordre de la Ville, qui
jugea ne devoir rien épargner
pour honorer par cette
Feste un Roy à qui elle est
redevable de son bonheur.
Ce Feu occupa les Spectateurspendant
trois quarts
d'heure, &euttout leluecés
que l'on en pouvoit attendre.
Dés qu'il fut finy, le
Bal commença, & dura toute
la nuit. La Maison de Mr,
de Segrais est dans la mefine
Place, & l'Academie s'y assemble
ordinairement. Ce
qu'il y a en cette Ville-là de
Personnes distinguées par
leur Sçavoir, & par l'amour
des belles Lettres, yviarent
voir le Feu, & y trouverent
un Souper, dont ils ne purent
assez louer l'abondance & la
propreté. La Ville étoit toute
éclairée. On avoit porté
des lumieres jusques au haut
:des Clochers, & les Maisons
paroiubientenreu. Celle de
Mr de Morangis estoit éclairée
dedans & dehors,& deux
Fontaines de vin coulerent
devant sa porte pendant toute
la nuit. L'Illumination la
plus agreable se ni autour de
la Statue. Le dessein en étoit
ingenieux. Une Clôture de 4
fer haute de huit piedsrcgne
* tout à l'entour,à six pieds de
diltance de la baze du Picdef
tal. Cette Cloture étoit chargée
de Lampes,qui reprefentoient
des Lys, des Couronnes,
les Chiffres & la Devise
de Sa Majesté, & faisoient
paroistre la Statuë commeen
plein jour. Mais rien n'est
comparable à la joye qui se
répandit dans toute la Ville.
Les ruës estoient remplies de
Tables. On y avoit fait des
Berceaux & des Cabinets de
verdure qui estoient éclairez
d'une infinité de lumieres.
Chacun s'efforçait de se réjoüir
avec ses Amis & ses
Voisins. Le jour en trouva
beaucoup à table; & ce que
l'on ne croira qu'avec peine,
la Diicorde qui trouve toû-
*
jours quelque place dans ces
Assemblées extraordinaires,
fut entièrement bannie de
cette Feste. Malgrél'excès
de la bonne.chere,& l'émulation
à qui feroit voir plus
de z.ele, de joye
3
& melme
d'emportement, il n'y eut
pas la moindre dissentionny.
-l'a moindre querelle. Tous
ne sembloient animez que:
d'un mesme esprit. Le Roy
seulles occupoit toui-S& l' op:
ne parloit que de ses Victoires,
de sesgrandes Qualitez^
&de boire à sa Santé, en luy
souhaitant de longues &
heureusesannées.
Voicy les Inscriptions qui
font gravées sur le Piedestal. :'
Sur la premiere face on lit ce
Madrigal, qui cft de Mr de !
Segmis. jj
A ACette Augufle MajeFié, j
A cette héroïque fierté,
1
ReconnoiJ]ez>,racesfutures,j LoZJlS Roj, lutte & ContffJe.
rant.
L'H¡!foire vous dira par quelles avantures
if-.
Il„ merita le Nom de Grand.
Sur la feconde face à la droite
du Roy, cft ce Distiquecompo. !
fé par une personne de qualité,j
qui cache soisnom.,
.M1
jdsig&usC^fareA*L0D01Xjure Im.
perar rrbi; *
Tortuna
,
fctis,peclercCoefarndtft*
> Sur la troisième face à la gauche
du Roy, on lit cette Epigramme
de Mr de la Motte, Lieutenant
General à Caën.
1
fCivis opusifâtriufquelapisfiât Ré-
1 glatnagni•
Trinùpisfffigics, publica cura fuit.
Sicmemorisaxo, LODOIX, tua crei
dimus ora;
DurciutaternumcoditmVrbis amer.
1
Sur la.quatrième face est cette
InfcriptïBn à l'antique, faire par
MrduTôtFerrare,Conseillerail
,
Parlement de Rouen, un des pre-
J *Cadomus,Caenj quali Caij Caesaris domus.-
miers Hommes de ce Siecle en ce
genre d'écrire.
LVDOVICO
Triumphatiskoflibus, anïïo itnperio
pacifto orbe, veclltigalibnsrcmlffis,
pio, felici, semper augHf/o.
REGIS MAXIMI.
Devota meritis,fecura viSioriis ;
oeterna fidei monumentnm
unô corde, multipltci nomine.
Civitas Cadomenfis -
posuit 1685.
Le 1. de Septembre, Mr
Berthe, Relieur de l'Univerfité,
alla à Versailles, accompagné
des Procureurs
des Quatre Nations, des
Doyens des Facultez,& de
tous les autres Officiers qui
representent ce Corps. Ils le
revétirent de leurs Habits de
Ceremonie dans l'undes
Appartenons du Chasteau,
oùMr Colbert de Croissy
vint les prendre pour les mener
à l'Audience du Roy. Mr
Berthe presentaàSaMajefté
une These en maniéré de
Tableau avec une Bordure,
& luy fit cette Harangue. sIRE,
Au milieu des jufles emprejjemens
que toute la Terre témoignepourVous
rendre des bonjonne
le Prince & le Heros parfait,
que l'idéenavoit encorefctn
feindre. Tout -vous cede sans refinance3
tout 'vous rêujjitsans disgrace
, toutvous obéit sans repugnance.
Vous avek la dcflinée des
Hommes dans vos mains, toutes
les Nations à vos pieds; voftrc
gloire croisstoujours}quoy que l'on
pense toujoursquelle ne puisse
plus croif/re
J & on Vous "Voit
tout à lafop's sans l'extrémité de
toutes les Vertus, au comble de
toute forte de vrays Grandeur,
&parvofîre moderation au dessus
de Vous-mejrme. Tout ce l-c
pourtant^SIRE9eflpeudechose
neurs , que jamaisaucun Prince
n'a mérité ny receus que Vous>
t'Universite vient de
ta
maniéré laplusJolemnelle rendre a Voflre
Majefié les fournijjtons qui luy
fontdeuësi & parun hommage
auli juflequenouveau,autborifer
dans tous les Siecles à venir,
le Jugement universel du noflre;
que comme ce monde n'eut jamais
un si digne & si grand Maifire
que Vous
,
jamais aujJi ÏEglife
neut un si zelé & si puijjant
Proteéleur. En effet, SIRE, ou
trou'vera-t-on un Regnefembla-
Me au voflre ,' VoflreMajeflé
nous montre en Jon augufle Perpour
Vostre Majesté, si l'Eglise
nen recueille lesfruits. Vous ne
compte pour rien, que Républiques}
Princes, Rois, Empereurs,
soientoblige^ de fmvre le Char
de vofire Triomphe, s'il n'cft fuityen
merme temps de la foule
innombrable de ceux, que VIHSgagnez
tous les jours au Sauveur
du monde.VoOre bras ne trouvantplus
dequJoy s'occupersur la
Terre, va par d'ijqpocens moyens
arracheraux puissances de l'En-
fer vos Sujetsquellestyranni- -
[ent;@r met enfin autombeau
cette indômptableHeresie, qui
tJfoitnéefOus le Règne des Rois
Itlos PrédecejJèurs. C'est ce quifait
dire avec juflice, qu'on ne ffau.
yoitplus presentement trouverque sur les Autels, un encens aiez digne
de brûlersurvoflre Thrône
aprés , que voflre Religion a con- ficre à Dieu le monde que voflre
valeurs'efloitfournis. Maïs sess
moins par les paroles que par les
aélions,SIRE,iue nous cherchons
a sîgnaler nostreKele pour lagloire
de Foflre Majesté. LOVIS
LE GRAND es1 à la teste de
tous nos discours ; il consacre sans
cesse & nos bouches & nos plumes
; il occupe continuellement nos
reflexions& nos études. La prerniere
Leçon que nous donnons
dans nos Ecoles à la Jeuneffi de
fion Empire>cess de luy apprendre
la fidelité inviolable quelle
doit au meilleur& au plus grand
Prince qui fut jamais;siaujourd'huy
nous vous offrons.
SIR.EJ ces mesmes armes de lumières
,avec lesquelles nos ?cres
ont défendu les faintes Libertez
de vofire Eghfe3 & la supréme
indépendance de voflre Couronne,
cessmoinspourprotefierau Chriflianifme
ce qu'il ne peut ignorer,
que nous consèrvons toujours leurs
fermes&religieuxfentimensyque
fourmarquer a toute la Terre qui
.nos coeurs vousfont encore plus
dévoile^ comme au plus parfait
des hommes, que nos personnes ne
*vousfontfotknifes comme au plus
puijjant desRois. Mousne dirons
rien, SIRE, à Voïïre Majefîé,
de ce que nous avens rJlé, & de
ce que nous sommes; trop contens
de vous eflrefidelles, & trop glorieusement
recompensèz de nojlre
fidelité si elle vous est agreable
&si , vous daigne nous regarder,
pmfiquesemblable encore en cela,
au Soleil3 qui par un de fies rayons
rendoit à cette fameuse Image de
l'antiquité le mouvement & U
vie3 vous nous fere%revivre
par vn seul de vos regards.
Sa Majesté parut estre fort
contente du Discours de Mr
Berthe, & luy fit l'honneur
de luy donner des marques
de son estime &de son affection,
tant pour le Corps que
pour sa Personne particulière.
Au sortir de l'Audience
du Roy, l'Univerfite alla à
l'Appartement de Monfeigneur
le Dauphin, de Madame
la Dauphine, de Monseigneur
le Duc de Bourgogne,
deMonfeigneur leDuc d'Anjou
, de Monsieur & de Madame.
M' Berthe les harangua
tous d'une maniéré, qui
lUy- attira 1applaudiiTèment
de toute la Cour. M l'A;--
chevefque de Paris accompagna
l'Ùuniverfité das toutes
ces Audiences; Jamais on
ne l'aveu marquer plus de
zele qu'il en fit paroistre en-:
cette occasion, pour Fiions
neurde cette Compagnie,; qui quoy que fort illustre
par elle-mefine, ne laHTapasî
deremarquer jenesçay quel-
Je estime extraordinaire ré-v
panduë par tout pour elle ,,,
qu'ellene pouvoir attribuer"
qu'à la presencede ce orand ;
Prélat. Il presida lejourduel'on
soûtintcetteThese. Ce
fut le Jeudyvingtième du:
mesme mois. C'elloir une
Mineure ordinaire dédiée au
Roy. L'Université,quivouloit
témoigner à sa Majesté
sonattachement confiant 8c
inviolable à l'ancienne & : perpetuelle Dodrine qu'elle:
a toujours professee touchant
3 la PuissànceEcclesiastique,
conformément ( aux Libertez
de l'Eglise Gallicane, ne se
contenta pas d'autoriser par
sa presence une action si fin-
-. guliere; mais elle voulut en—.
core? afin que l'on fuÍV plus
asseuré qu'elle parloit par/l1a
bouche de son Recteur, que
Mr Berthe répondist non
comme un particulier &
avec quelques marques de
soumiss,ion, mais en Chef&
en Maistre. Il faisoit connoître
saDignité par la fourrure
dont il estoit revestu. Cet
Acte se fit avec grand éclat,
&il s'y trouva un tres-grand
nombre de Personnes illustres
de tous les Ordres, pour
y rendre en quelque maniere
toute la France prefenre.
Vous m'avez demandé la.
Eiece de Vers qui a rem porte
le Prix cette année par le
jugement de l'Académie Fra1
çoise, je vous l'envoye. Vous
vous souviendrez que je vous.
manday la derniere fois, quelle
est de Mr d' Alibert de
Saint Romain.
.¥!t
SUR LA GLOIRE
quele Roy s'est acquise en
se condamnant dans [a propre
cause.
Mj~ Aitrejcfdes Héros}qui dansles
nobles ames
Allumes nuit & jlur de gtnerttifès
ifâmesy
*
:<:;ifiAÚaux Con^ueYAns de
tesckdî-
*
-
mes épris j
Des horreNls de lamort infyinr le
mépri *"
Détffi, de LOZJIScompagne inftparable,
GLOIRE,quel bruit te trouble, à*
quel (hagrin t'accable ?
La trêve (a cejeul ntm lu trtmblfs,
tu fremis )
T'dnonLC un long repos a l'Europepromis.
Le plut vaillant des Rois en desfatfons
moins calmes
T'tH!fiurnJ des weijfons de lauriers
& de palmes,
Dans ses eaux le Batave en vainsi
fust cachéy
JNjf¡u'dlJ fonddeJcfeaux la foudre
Ceufl cherché.
De Luxembourg en feu l'ipouvantable
image
Menâçoit le Germain aunftmbtable
ravage,
A lafpecl du CroiffuntCAigle hors
de combat
Eustbienmoins du SoleilpusoutenirCéclat,
Et le Lia hurlant dans sa rage der- , nlcre
Aupié des fleurs de Lys eust mordit
la pouffiere.
Jguel bras * ton Athicte,ôGL0IRF,
euBresisté?
Sage, pttiffint, & brave il auroit
têutdomté.
Pleine de cet espoir, à chanter [es
trosées
Tupréparons déjà nos plutfeavans
Orfées,
Et voilà tout à coup que bornantses
progres,
Sa clemencea changéUn tfjoir en,
regrets,
Kamour de la. vièloire en vain le
sollicite.-
Telpouvant terrajjer & le Parthe
& le Siitbe,
ConteCnt desaegranfdeuir lerfécsond des Sur l'autel de Janus après mille bazars
Aima mieux enchaîner lt dimon dt la
guerre,
J^ue le fer à ta main vaincre toute
la Terre.
Guidé du mesme ifprit) flou ré.
pandre de fang,
Loris de toutes parts fait refpcBer
fin rang,
Severe aux vicieux, doux aux bws,
toujoursjuste,
Sur les bords de la Seine il represente
Augllfle.
c'est la que dans le cours cCunregne
fortuné.
JLajfurant CVniversqu'ilavoit étonné.
GLOIRE,tule VtrrdJ, de nouvelles
lumieres
Rehaujjer les rayons deJes vertus premières
,
Seule tu l'ttttirois aux compagnes de
Marsy
Tu le retrouveras dans le thamp des
beaux arts.
Tous les'jours ee grand Boj,des autres
Rois l'exemple,
S'ouvre un nouveau chemin aIlfaifie
de ton Temple,
LHerejie afispiedspleined'unjujle
e.ffrIJJ
Mejme aux bords du Lemhn voit
triompher lafoy,
L Equitéparses foins voitlafraude
proferite,
La Fortune efi J'accord avecque le
merite, •
Tout découvre en LOVIS un Prince
plus qu'humain,Et
Et LAugujie FrltnFoúftrpdJlè le Ko*
main.
Lors que cent Légionsfousfis draféaux
rangées
$ournettoie?uafinjonglesTilles affligées
,
.Zue gros de mille feux fis menasans
vaisseaux
Repandoient la terreur dans l'empire
des eaux,
Tant de travaux guerriers a toutautre
impojjlblts
LOnt- ils interrompu danffis travaux
paifiiieç?
Le -Louvre n'a-t il pas ,
s'élevint
jusquaux Cieux>
De miracles nouveaux toujoursfrappe
nos yeux?
Etjamais t-onvû dans le bruit
des Batailles
La pompe & findNjlrie abttndonner
Vcrfiiilles ?
Quellesource en treflrs siféconde
aujourd'huy,
JVuel merveilleux?affole icy coule
pour luy?
EjI- ce donc quison gré maijlre de la
Fortune
il recueille luyseul l'abondance cornmune,
Taudis que de leur Prince esclaves
trop abjets
Sêiu le faix des Tributsgemissent les
Sujets?
Ah ! bien loin d'exiger par un trop
dur empire
VuJècours odieuxdentfin Ejlatfoupire,
Jufie à tous )feulementinjufie contre
fiy>
Il renonce auJecours que luypresse ld> loy.irejle It
Entre les dons exquis & d'un olrdre
suprème
Dont le cielfavorable orna le Diadême
,
Il en eH un fameux des peuples veré, ré-
Sous le nom de Domaine: auxseuls
Rois consacré.
Vne loy redoutable en tout temps reconnuë
du reste des mortels en ferme l'avenuë;
Auguste de ce droit tempera lavigueur,
Plus que son privilege il écouta son
coeur,
Onsçait desi bonté la genereuse mir.
que,
EtRome au Citoyen vit ceder le Momrque
j Dans le douteJota luy le Fisc eut toujours
tort..
Roy defis payions, par un pua
digne effort,
LOFIS , qtioy que Themis ensa faveur
decide,
Pour mieux se condamnerasa causè
frefidtj
De PereAH nom de Prince unifiant le
devoir
Sa douceur fff la loy qui réglé fin
pouvoir.
11 croit,sursessujets remportant l'avantage,
s'il n'asa propre vfiix n'avoirpas un
fijfrage,
Son amour les soutient
,
& par un
nouveau fort
Le ftirti du plusfoibledors eflle plu*
firt.
En vain à ce grand Roy CiatcreH
plein d'adresse
LtaL les appas d'ute immense rjçheJlè,
GLOIRE, sans balancer dans le che1i-x7
un moment, Il trouve en tes appxs un objet pifit
charmlfnt.
Pour comble de tes voeux que faut.ir
davantage y
Reconnoà à ce trait le Heros de noJfre
JI age
Sans demander encor des exploits a
fin bras
Cet exploit de son coeur ne tesufist.
pas?
Certes dun Ji hautfait la grandeur
publiée
Utt plus que l'oeil en pleurs Genes
humiliée,
Plu6qtu deslfots du Rhin l'obstacle
furmsntç
Etplus auAlge,r.du choc encore épouvanté,
PRIERE
POUR LE ROY. QVe pour le bien de son Em-
- pire LOVAIS, aqui le Ciel injpire
Tant d'héroïques actions,
Long-temps entre tu Rois tienne le
rangsuprême,
Toujours Vainqueur des Nations
,
Jamais vaincu que par foymcfme.
L'Air nouveau que vous
trouverez icy, est digne de
suivre ceux que je vous ay
envoyez depuis quelque
temps.



1 *AIR NOUVEAU. SUr les tendres Ormeaux, le Roffirnolsidelie
- Se Plaînt d"amour
,
Se plaint damour dont il rc,~ênt-
rcjjent
lescoups.
Ab éjue ce mal doit efire doux,
Puifyttesa plainte tfi si douet
&sibelle!
,. Vous sçavez, Madame,,
que le Roy donnant saprotection
aux Exercices quiont
quelque chose de mar- tial, accorde de temps en temps des permiffons de tirerdes
Prix entre les Compagnies
de l'Arquebuze du
Royaume, & aux Chevaliers.
des Villes, de s'assembler en
celle quiareceu le Bouquet
par le fy^Frage des Bandes.
Comme il y aune Association
ancienne entre les Provinces
de Brie, Champagne,
8c Soissonnois pour cet Exercice,
la Ville deSezanne, limitrophe
des deux premières
,
eutl'honneur du Bouquet
en la Ville d'Epernay
au mois de Juin 1685. & le rendit
au commencement du
mois passé, en vertu de Lettres
Patentes, & après que
Sa Majesté se fut expliquée
sur la concurrence de ceux
de Vitry, au rapport de Mr
le Maréchal Duc de Vivon..,,
ne, Gouverneur des mesmes
Provinces de Brie & de Chapagne,
& de Mr de Croitry"c
Secretaire d'Estat du Département.
LesMandemensimprimez
ayant elle envoyez
à toutes les Villes associées,
qui ont de semblables Compagnies
d'Arquebuziers, la
pluspart se rendirent à Sezanne,
le Samedy premier
de Septembre. Les Chevaliers
de la Ville en deux bandes
, l'une de cheval, & l'autre
de pied, leurs Officiers
a leur telte avec les Guidon
& Enseigne; Trompettes,
Tambours, Fifres,Violons
&Hautbois, tous fort lestes
& en bon ordre, allerent devant,àmesure au que leGuet
qu'on avoit mis sur la Tour,
donnoit le Signal, & en huit
heures de temps on receut jusqu'à vingt-huitCompagniesdesVilles
Illandées,
sçavoir, de Reims, Chalons,
Meaux, Provins, Chasteauthierry,
Coulomniers,Crespy,
Noyon, la Ferté-Milon, Nogent
sur Seine, Epernay, Villenoce,.
Montmirail,Barbone.
ne y
Vertus, Arcies, &c. avec
les Presensordinaires de Vins
excellens,Jambons deMayéce
, & de Venaison. Le lendemain
au matin, les Compagnies
s'assemblerent en
l'Eglise des Cordeliers, qui.
est fort spacieuse
; ôcaprés
que l'on eut tiré la Marche
au fort, elles furent conduites
en Procession parlaVille,
& dans les endroits principaux
du dehors, ayant Mrle
Marquis de Pleurs,Bailly,
Capitaine & Gouverneur a
leur teste, suivy du Corps de
Ville. Elles marcherent au
bruitdes mesmes Instruments
de toutes les Bandes,qui faisoient
une symphonie ble agréa- par intervalles,& sans interruption
du Chant, avec plusieurs décharges deMouf
queterie. La ProcessîoneC<
tant faite,laMesse fut solemnellement
celebrée par Mr
Collot, Aumonier de laCompagnie
de Sezanne, l'Orgue,&quelquesMoatvetesc
chantez par de belles Voix
accompagnées d'lnllrtiinés.
Mrle Marquis dePleurs alla
à roHrande,câprés luyles
Cornetes & les Enfeicrnes
Yf
j*
avec leurs Guidons & leurs
Drapeaux. Apres le disner,
toutes les Compagnies passerent
en reveuë
,
& on exposa
les Prix, qui estoient d'environ
seize mille livres d'argen-
1terie de toutes pieces, comime
Bassins, grosses Eguieres,
&autres d'une Orphevrerie
exquise. Le soir M' de Villiers,
Capitaine de la Compagnie
de la Ville, regala la
pluspart desOfficiers desBan-
) des avec Mr de Pleurs, les
Magistrats & Officiers de
r Ville; ce qu'il continua tous
les jours avec une propreté
- & une profusion extraordinaire.
Ce Soupéfut suivy
d'un grand Bal, où toutes les
Dames, tant de la Ville que
des environs, se trouvèrent
fort parées. On servit ensuite
une magnifique Collation
dans vingtquatre grandsBasfins
, avec toutes fortes de
liqueurs & de rafraicl-ilffemens.
Le Lundy 3. de ce mois,
on se rendit à la Bute. C'est
un Pavillon d'une Architecture
fort délicate & moderne,
nouvellement basty exprés
pour le Prix. Dans la
SCrande Salle estoient les Arrimes
du Roy, de Monseiggneur
le Dauphin, de Monitièigneur
le Duc de Bourgogne
)
& de Monseigneur le
IDuc d'Anjou,avec des Devises.
Sous celle du Roy, on lisoit ces mots Latins, Media
de Pace triumphi; avec ce Sonmet,
dans lequel Sa,Majesté
parle aux Chevaliers.
> SONNET.
[1Cy du champ de Mtirs, on va
droit 4 la Gloire;
Vn rayon de la mienne y conduira,
vos pat,
Inspirera vos coeurs, animera, vos
bras,
.Et placeravos noms,prés du mien,
dans CHistoire.
Làpour eternifer voftte illufire mé- - moire
,
*
Déjàle Dieu Mercure a convié Pallasi
Elle tient le Burin, le Ciseau, le
Compas,
Prcfte decouronner deses mains la
Victoire.
Tout ce queurentjadisdeplus mïïjpjluetix
Olympie & corinthe,en leurs fupcr-
6es jeux
LA Paix l'ajîemble icy,mieux qu'aux
bords du Meandrt.
'-,)Vnpeu d'orgwelifîcdbien, dessous
mesjufiesLois;
Î.Etifq^elcjuUmefioitde Fhumeurd'A~
- lexandre,
99our dijputerles Prix, il trouvera
des Riis.
Pour l'intelligence de ce"
dernier Vers,on doit sçavoir
que chaque Compagnie de
- Chevaliers a/ sonRoy. Au-
Oteubus des Armes de Monseigneur
le Dauphin
,
onli-
Toitj L&ws innéctitolivoe.. LA Faix a fis Lauriers, M/S--
bien qfïe-la Gmrfei dits mijjemfins culture en ces bco-t-
- rcuxClimats,
Et sans craindre les Yents ,
les Soleils,
les Frir/htts,
On diroit que Sezanne efileur narale
Terre.
JjAdrejjè & la Valeur viennent de
toutes partsy
lufqu'aufein de la Faix, rechercher
le Dieu Mars,
Couchésur un fiifceau de Lauriers
& de Palmes.
Chevaliers, VOUA dit-il, LOVIS et s
ses raisons,
Et comme il fait luy fiul les temps l
troubles ou cAlmes,
Il veut que l'on en cueille en toutes i
les Saisons.
Au dessous des Armes de
Monseigneur leDuc deBourgogne,
Crescensadfulmina. cEformidable nom,fatal à tar.ï
d'Empires,
>
g™ deux Siecles entiers riont itifaire
eublitr,
> N'dpprehende atijourd'huj reproches
ny fI/ires,
L Etrenaissant en moyria rien encor
defier.
) On minflruit douctment amaniey Ufoudre
L.Auprès de mon Ayeul, le plmçrar.d
des Humains,
L Tourriavoirpas de peine un jour a'
m'y rejÕttdre)
i Ij touche de bonne heure
1
& men
jouë en ses mains.
!, Sipour remplirbien-toif mes grandis.' *
diftinêes, pij
Dx/îs les premiers efforts de mes bel.
les années,
le vouleis regagner la fameuse Toison.
Lorfcjuc jauraydrtJse mes redoutdblcs
Flûtes,
Chevaliers, voulez,
- vous eJlre mes
Argonautes ?
le vous promets déja d'cfire vejlre
lafon.
Au dessous des Armes de
Monseigneur le Duc d'Anjq¡
1, Discat fortuna renasci. EN Cadet de bonne Mllifin,
L'on mimpofe, en nitiffint un
nom, £htidejtgne déjà mes hautes avan*
q turcss
ilmarqne,lfndi m'aguerrir
Deux Royaumes A conquérir:
Woi!àmonAppanage} 0' mes Gran*
deurs futures.
, Voulczrvouspat beauxChevaliersa
Eftrc de mes AvantUÏU Ys f
YDans troù lustres au plus on s'y peut
bien attendrr,
^Tenez, - njom en ha/tint) exercezvotu
toujours
^Jïuatjd le De(Hit voudra hajler ces
heureux jours,
UtflraJ bien-toif press,&jeviendray
vom prendYe.
L'on commença à tirer,
prés que Mrle Marquis de
Pleurs en eut fait l'ouverture
qpa.r le coup du Roy qu'il tira
comme Gouverneur. Ensuite
on tira à deux butes pour abreger,&
for quatre Pantons
en quatre Chasses
; c'est
à dire que chaque Chevalier
tira quatre coups pendant
le reste de la semaines
La Compagnie de Chasteau-
Thierry remporra le premier
Prix par un coup de
broche qui est unique, &
ce Prix fut ungrand Bassin,
d'argent avec une épée de
six Louis qui eA due au plus
beau coup. Ce coup fut suivy
de plusieurs coups de
noir, qui acquirent encore
bdautres Prix aux Chevaliers
bde cette Compagnie avec
lle premier ôc le troisiéme
Panton. Ceux de Reims eurent
le second Panton avec
uun plus grand nombre de
IPrix aussi considerables que
iles premiers. Les Chevaliers
de Provins gagnerent le quatrièmePanton
avec un quatrième
Prix, & plusieurs
G autres par des coups de
noir. Le reste des Prix de
moindre valeur fut distribué
aux Chevaliers des
autres Compagnies suivant
les coups qu'ils avoient faits,
& avec une espece de justice
scru puleuse
,
jusqu'à diviser
les lignes & les points qui
les composent. Il feroit fort
mal-aisé de mieux réus- ence genre d'exercice,
puis qu'il y a eu quantité de
coups prés du noir, demeurez
inutiles.
-
Tous les Prix èstant tirez
le Samedy au soir 8.
du mois, on délibéra sur le
Bouquet& presque tous
les Suffrages l'accorderent à
la Compagnie de Reims qui
l'avoit demandé avec instance
, pour le reunir au
particulier
particulier qui luy avoit esté
adjugéà Vitry, selon l'intention
de Sa Majesté dans sa
Lettre de Cachet. Ainsi là
délivrance s'en fit le lendemain,
dans la grande ruë dewant
l'Hostel de Reims au
bruit de la Mousquetterie,
£&: au son d'un grand nomcbre
de Hautbois, Tromperrcs,
& autres Instrumens de
toutes fortes; aprèsquoy
xetteCompagnie donna une
magnifique Collation,servie
ueufci-nentaune foule
extraordinaire d'Officiers &:
Chevaliers
)
& à toutes les
Dames. Elle partit sur le foir,
& à son déparr
,
le Prix fut
porté publiquement au milieu
de la Troupe qui estoit
à cheval & en très bel ordre.
Les Officiers estoient en Caleche.
Ils furent conduits par
ceux de la Ville jusqu'au dehors
du Faux-bourg où une
galante Collation les attendoit
pour se dire adieu. Ce
Bouquet est une Statuë d'argent
mollit" cizelé,de prés de
deux pieds de hauteur, sur
un Piedestal d'ebeine. Elle
represente une Paix ou une
Pallas avec un Guidon d'argent
mis en couleur, & embelly
de plusieurs Devises
l& Inscriptions. On peut a- jouter à l'avantage des Chevaliers
de la Compagnie de
Reims, que dans cette occassonils
ont épuisé tous les
moyens ingenieux dont on
se peut servir pour faire éclater
la profu sionenFestins
; Bals,Collations, & Feux d'artifices,
qui les ont distinguez
:des autres Villes,avec un
L
applaudissement gcneral.
J'ayprelentement à vous
parler des Habitans d'ifriudun,
Capitale du bas Berry.
Ils ont toûjours elle fifidelles
à leurs Princes, qu'ils
en ont esté recompensez par
de très- beaux Privilèges. Le
Roy persuadé de cette verité,
& touché de compassion
pour eux lors que passant
dans la Province en 1651. il
vit leur Ville presque reduite
en cendres,
confirma ces
Privileces, & a eu la bonté
depuis ce temps là de dire
plusieurs fois qu'il se fouviendroit
de leurs services.
En effet Sa Majesté a bien
fait paroistre qu'Elle les distinguoit
entre tousses au- j
tres Sujets de la mesme Province
, puis qu'ils ont esté
les seuls exempts de Garnisons,
6c qu'Elle a hautement
déclaré qu'Elle ne vouloit
pas qu'ils en eussent durant
son Regne. Aullï voulant en
t. marquer leur reconnoisssance,
& l'ardent desir qu'ils ont
d'attirer sur sa Personne Sacrée
& sur toute la Maison
Royale,les Benedictions du
Ciel,ils ont fait une Fondation
perpetuelle de Prieres
Publiques tous les ans au
cinquiéme de Septembre,
jour de l'heureuse Naissance
du Roy, & l'ont commen- céecetteannée par un Service
solennel qui fut fait ce
jour là dans leur Eglise Collégiale.
Ils l'avoient parée
magnifiquement, & ornée de
plusieurs Devises & Infcriptions
à la loüange du Roy.
La Messe fut chantée à trois-
Choeurs de Musique aussibien
que Vespres,ôc l'on fit
un Procession Generale, OU
Mr l'Evesque & Comte
d'Agde,lesMagistrats ôc
autres Corps d'Officiers assisterent.
estoit Le Portrait du Roy exposé au frontispice
du Choeur de l'Eglise,avec
ces Vers au
dessous
qui avoient
pour titre ces mots
Latins:Scribanturbæc in generations
altera
,
&populus qui
creabiturlaudabit Regem. LoVlS LE GRANDyceRoy
d'invinciblepui(Tance,
Te dtfingue
,
issoudun, entre tous
[ ses Sujets
I Parses grâces dr ses biensfaits,
Diftingut toy pour luy par ta reconde
tioijfance
, , Etetle bre àjamaislejourdesanaissance
En faifint tous les Ans ce quau--
à lourd'huy tufais.
.P,ofir
Tour rré"peondre od'un Bq AUXfaveurs Roy sidebonnaire G iiij
-~je fa* U:1 plaijir de nousfaire
du bienr
Noffre z>tle voudrait,toutfaire ne
peutrien,
Seigneur^faitespour luy ce que nous
¡
'Voudrions ftire. ,'voudrionsfaire.
Aprés la Procession,toute
la Bourgeoisie s'estant
mise sous lesarmes,
on alluma
le Feu de joye au bruit
du Canon & de la Mousqueterie,
au son des Tambours
& des Trompettes,
& auxacclamationsdérive
leRoy. Dans la Place ou le
Feu fut allumé, on voyoit
encore ce Prince represenMe
devant une Ville embrasée
y
avecles Vers suivans
quiavoient pour ame, Avis
ïkoecJacra Svii.
E. S fLâmts de ton Roy t'ont.
fait unnoblc Amant, - Ta foy quilvit pour luy dans ton
embrasement
Mnfpireason amour desfemimens si
tendres
8t!J'ü te fait, Ijfiudun
,
renéftrc
de tes cendres.
Cette Ceremonie qui du-
Ta jusques au soir
,
estans
terminée
,
les Particuliers J firent des Illuminations à
toutes les fenestres de leurs
maisons, & des Feux devant
leurs portes ,
& passerent la
plus grande partie de la nuit:
à donner dans les ruës toutes;
fortes de marques d'une allegresseparfaite.
La mesme:
chose doit se faire tous les
ans au mesme jour, suivant
la resolution qui en a esté
prise dans leur Assemblée
Generale. Le lendemain 6.
du mois
,
les Habitans Catholiques
d'Issoudunrecommencerent
la rejoüissence
par la Démolition qui se fit
du Temple de ceux de la
Religion Prerenduë
Refornée
,
ainsi qu'il avoit esté
ugé par Sentence du Bailhage
de la mesme Ville, far
:~s contraventions par eux
nites aux Edits & Déclarasions
de Sa Majelté.£
0 Voicy le Dialogue nouveau
de Mr Bordelon, que
devois vous donner dés.
vautre mois.
des choses
DIFFICILES A CROIRE.
1»Dl'AL°GFH ifpcrrvil**- SIX[£ MA"
BELOROND,PHILONTE..
PHILONTE. J"E sors d'un Festin, où la
joye a ellé troublée par
une cause si vaine, qu'elle
me seroit tres-difficile à croire,
si je n'enavoisesté le
témoin. Pendant que tout le monde ne respiroit qu'un
onneste plaisir
,
& que les
sprits des Conviez,échauf-
:::z pour ainsi dire,parla bonde
chere
,
commençoient à
proposer les uns - aux aubesquelques
petites difficultés
lûr des matieres fçr.s eu»-,
rieuses, un Maistred'Hostel
aisant une de ses fonctions,
mal-heureusement pour
)ious )
renversé la Saliere sur
table. Son Maistre a regardéce
petit accident comme
une chose d'un si mauvais
presage , que non seulementilsest
emportécontre
uy ;& l'a mal-traité de parôles
en nostre presence,
mais encore il luy a esté impossible
,
quelques efforts
qu'il ait faits pour dompter
son chagrin, de nous faire
aussi bonne mine pendant
le reste du Repas qu'il nous
l'avoit fait au commencement.
BELOROND.
Ce n'est pas d'aujourd'huy
que cette Superstition
re~ne dans !e -4 regne le monde. Les
anciens Payens en ont esté
les premiers autheurs. Ils
croyoient que le Sel estoit
sacré & divin. Sacras facitis.
~ensas salinorum dppojuu , dit
Arnobe. C'est pourquoy si
on oublioit de mettre la Saliiere
ÍiIr la. table, si on
£a renversoit,ou si on s'endormoit
avant que de l'awoir
serrée, c'estoit selon
eux un tres-mauvais augure.
Des Hebreux mesme
lisent chez Lyranus, que la
Femme de Loth fut changée
en une Statuë de Sel,
craree qu'elle n'avoit pas mis
de Sel
sur
la table,lorsque son
/Mary traita les Anges, à
cause de la haine qu'elle
portoit aux Etrangers.
PHILONTE.
Je ne vois aucune raison
qui ait pû les engager dans
cette Superstition,sinon
que le Sel estant le symbole
de rimmorraUcé ,c,e
qu'il empêche la corrup-j
tion, ils se perfuadoientj
peut-estre, que l'Immortalité
estant renversée
,
s'il m'est
permis de parler de la forte,
la Mort, ou quelque autre
funeste accident s'approchoit.
BELOROND.
Il faudroit avoir étudié.
long-temps les-folies, ou j plûtost
j
plûtost les foiblesses de l'esprit
humain
, pour sçavoir
tOes causes qui ont produit
toutes les Su perstitions ausquelles
il se laisse emporter.
Entre plusieurs que vous
avez pu remarquer aussibien
que moy ,
je me fouviens
particulièrement d'ume
qui est aussi extravagante
) que ridicule. Bien des Gens
s'imaginent que les petites
tâches qui se forment sur les
) ongles font des marques de
quelque Peché qu'on a
> commis
,
qui est grand ou
} petit selon la grandeurou la
petitesse de ces tâches. C'est
une Superstition que nous
tenons encore des Payens
qui croyoient que le Mensonge
estoit toujours suivy
de quelque peine, comme
d'une dent gâtée, d'un ongle
marqué, de cheveux
perdus, & autres choses pareilles.
Ovide n'ignoroit pas
cet abus quand il disoit,
Eleg.. 3. 3. amor.
Esse Bcos credamne? Fidemjurâta
ffcllit,
Et fdciesilli quefuitante, manet.
.!f!!!(lm Iwgos habuit nondum perjur4
capMos,
:"Tam longos,p0P.qid.1m numina Îatjït,
n haba.
f Theocrite dit encoresur
izc sujetdansl'Idylle 9.
rens bien garde de ne pas fairenaistre
une esleveure sur le
tout de ta langue. C'est à dire,
~orens bien garde dene pas ,
mentir ; & dans l'Idylle10.
':-Vous esses si beau,qu'en vous
~oüant
, je ne feray point naistre
bYe mensongessur le bout de mon
Voilà.
y
ce me semble,
une {uperiHtion qui vaut
oien celle dont vous avez
testé aujour-d'huy si surpris;
mais puis qu'insensiblement.
nous sommes tombez sur le
sujet des Su perstitions
dites-moy
,
je vous
prie,
en trouvez-vous de plusgenerale
que celle qui con-[
fille dans l'Interpretation
des Songes? J'ay veu des]
femmes consulter à leurle- ;
ver Artemidore sur l'expli-:¡l'
cation des Songes, & ce que ]
vous aurez de la peine ai
croire, le consulter plûtost
que leur Miroir sur la dis- r
position de leurvifiige.f
PHILONTE.
L'Interprétation des Son- '11(
ges n'est pas toûjourssuperstitieuse
, puis qu'il y en a
qui viennent de Dieu, comrmerEcrimrenous
l'apprend
dans - les Nombres 12, quand
lelfc dit, S'il se trouve quelque
Prophete chez vous,
3je luy parleray dans son
sommeil par quelque Songe
queje luy envoyeray. Si quis
Kftierit inter njos Propheta Domini,
apparebo& persomnium
isad illum loquar. Dieu meme.
nous instruit quelquefois par
des Songes, de ce qui doit
arriver.Quando homines dorwniunt
in lectulo
, tunc aperit au_
»Tf5 vivorum,& erudiens instruit
lOS disciplina. Job.
3,3. Les
Songes interpretez par Jofeph
& par Daniel, prouvent
encore que cette Interpretation
ne/l pas toûjours
criminelle. Ajoûtez que celle
dont on se sert pour connoistre
le temperament est
si naturelle, qu'on s'en peut
servir quelquefoissanscraintdreilaequualitéxdeS.
upIersti- neux.
BELOROND.
Il est vray qu'on peut tirer
quelque connoissance du ¡:.¡
temperament par les cl-lofes.,
ce nest pas là ce que ap-
Il
elle Superstition : mais il t- vray aussi qu'il ne faut
:ms faire grand fond sur
cette connoissance
, parce
rJu'il arrive quelquefois tant
de choses differentes pen-
~sant la journée & si oppo*
»:es au temperament de cer.
y qui en a l'esprit remply,
iluon n'en peut tirer aucune
connoissance assurée,
Un pituiteux par exemple
jjui ne devroit songer que
>toifl*ons., eaux,déluges, ne
songera cependant que des
- combats & des carnages,
parce que le jour qui precedelanuit
dans laquelle il
resve
,
il aura esté present à
quelque querelle, ou meurtre,
ou combat. Il est vray
encore qu'il y a des Songes
que Dieunous envoye mais ; comme ils- font tresrares
; je ne laisseray pas de soûtenir en les exceptant
que l'Interpretation or- dinaire des Songes doit estre
regardée comme une chose
très-difficile à croire, par
ceux qui ne sçauroient pas les amusemens ridicules,
dont l'esprit humain est ca- pable • car de croire que
tous
tous les Songes font envoyez
de Dieu, c'est une
erreur condamnée par l'Ecriture
en plusieurs endroits
: Non inveniatur in te
qui observet somnid.Deuter.
::hap.. 18. Faites en forte
qu'il ne se trouve personne
chez vous qui observe les
songes. Elle condamne à la
mort dans le
13. chapitre du
même Deuteronome ces
Prophetes qui se servoient
de la Devination des Songes
pour tromper le Peuple,
elle met dans le 2. Livre
des Paralipomenes c. 33. entre
les Impietez de Manassez,
celle de s'estre arresté
aux Songes;enfinellenous
assure dans l'Ecclesiastique
c. 34. que c'est comme s'amuser
a vouloir embrasser
son ombre ou à suivre le
vent,que de perdre letemps
à considerer un Songe. Ajoûtez
que si tous les Songes
venoient du Ciel,l'homme
seul en auroit; nous
voyons cependant que beaucoupd'animaux
songent
comme nous. Il est donc
M
pendant qu'il y a des Songes
qui ne font pas envoyez
de Dieu,& par conséquent
dont l'interprétamon
est vaine & supersti-
~rieuse. En effet-ne doit-on
;oas se mocquer d'un art qui
'l.fa- point de regles certaines
? Ne voyons-nous pas
JRue les plus grands Maî-
~res en celuyd'interpreter les
>onges, au lieu d'avoir des
~regles certaines, se servent
~le moyens tout-à fait diffe-
3ens & qui se détruisent les
~ins les autres > car les uns
~retendent les expliquer
par analogie, c'est à aire;
par le rapport qui se remarque
entre la chose songée
& ce qui doit arriver; les
autres comme Aristandre ôç
Artemidore veulent les interprcter
en prenant un sens
opposé à ce qu'ils semblent
, nous dire d'abord: comme
si l'onsonge la mort, ils di- *
sent que c'est une marquej*
de vie,si l'on songe des richesses
que c'est signe "de*;
pauvreté. De plus il me
femJ
ble que si Dieu vouloith
nous instruire de l'avenir par
nos Songes, il ne nous les
envoyeroit pas si obscurs &
iTi peu intelligibles. Nous
mous mocquerions
,
disoit
autrefois Ciceron en par-
~ant sur cette matiere
,
si
Hes Carthaginois ou des Es-
(pagnols parloient dans nô-
~tre Senat sans Interprete.
tNe rendons-nous pas les
Dieux, poursuit-il
,
aussi ri-
Hicules quand nous voulons
qu'ils parlent à nous avec
xes obscuritez, dont no*
Songes font ordinairement
xnvelopez?
PHILONTE.
Nous lisons dans des Autheurs
dignes de foy tant-I
d'Histoires deSonges
,
dont
les interprétations se font
vérifiées
,
qu'il semble que
ceux qui s'y addonnent le
font avec quelque raison.
Sylla,que les Romainsappelloient
le plus heureux des
hommes,songea que son destin
l'appelloir. Vocarise jam
àfato. Ille dit le lendemain
à ses Amis
,
fit son Testament,
eut le soir la fiévre,
& mourut la nuit suivante i
âgé de 60. ans. C'est comme
le rapporreAppian, L. de
Bello Chili. Un
Conseiller
iliu Parlement de Dijon
momme Carré, oüit en dornnaut
qu'ont luy disoit des
rmots Grecs qu'il n'entendoit
point , ôc qui luy furent
interpretez ainsi
,
R..e..
i"'tire toy, tu ne sens pas ton malheur
,
& comme la Maison
pqu'il habitoit menaçoit de
ruine, il la quitta fort à propos
,
puis qu'elle tomba
fîauiff-totf après. Un nommé
AndréPujon estant à Rion
songeaqu'il faisoit l'anagramme
de son nom, ou il
trouvoit pendu à Rion; ce qui
misson effet quelques jours
après. Cardan dit dans l'Histoire
de sa propre vie,
qu'il avoit esté averty en
fonge de mettre dans sa
bouche une Emeraude qu'il
portoit pendue au col, s'il
vouloir perdre la mémoire
de la mort de son Fils qui , ce reüssit selon cet avis.
Nous lisons dans Grégoire
de Tours que le RoyGontran
estant allé à la Chasse
s'endormit sur le bord d'une
fontaine qui faisoit un petit
ruisseau. Son Escuyer vid
sortir de sa bouche une petite
Belle blanche., qui courant
~à&la, témoignoit vouloir
:oaflèr le ruisseau. Pour luy
~aciliter le passage qu'elle
embloit chercher, il mit son
j^pée en travers sur ce ruis-
Jlèau
,
ellepassa aulE-roll: par-
Hessus, & entra dans le creux
H'une Montagne prochaine;
puis revint
,
repassa le ruis-
~eau, & entra dans la bouche
du Roy. Cependant arrive
la Meute de Chiensquiréveilla
Gontran, lequel fit
aussi-tost le récit d'un Songe
qu'il venoit de faire. Il
me sembloit, dit-il, que je
passois une riviere sur un
Pontde fer, & quej'entrois
dans une Caverne, où estoit
un grand Tresor. L'Escuyer
voyant que ce Songe convenoit
bien à ce qu'il
avoit veu , en fit au/ïîlej
récit. Le Roy l'ayant enrendu,
fit foüir dans le lieu,
oùestoitentré ce petitanimal.
On y trouva un grand
Tresor que le Roy employa
en oeuvres pieuses, & principalement
à l'achapr d'une
Chasse pour Saint Marcel *
lez-Châlons. Ce creuxs'appelle
encore ajourd'huyla
Motte du Tresor. Jugez
prés ces Histoires& plusieurs
autres que je pourrois
rous rapporter, si ceux qui
joûtent foy aux Songes ne
toretendent pas avoir su jet
le s'appliquer à cét amusement.
BELOROND.
• Trois raisonsdétruisent
de pretexte que donnent
ces Histoires aux Interprelations
ordinaires des Songes.
La premiere
,
c'est que
les Autheurs qui lesrapportent
ne le font que comtine
des bruits communs qui
couroient du temps quils
saisoient leurs Histoires, Se
qu'ils ne prétendent pas
pour cela garantir des comme choses véritables. Lafeconde,
c'est que la plut
part de ces Songeurs,ou plûtost
de ces,rêveurs
fait leurs Songes e,stoanntt
éveillez, comme peutestre
vostre Conseiller, & Cardan.
En effet quelle apparence
y a-tïl que ce Conseiller
ne sçachant point de
Grec se feroit si facilement
souvenu des mots que son
imagination luy avoit dictez
en cette langue pendant
qu'il dormoit ; ôc com.
ment Cardan a-tilla hardiesse
de dire que cette
Emeraude luy fit oublier
la mort de son fils, puis
qu'il s'en ressouvenoit encore
assez pour nous donner
l'Histoiredesarêverie
etudiée? Il estoit habilehomme
)
je l'avoue
)
mais
il pretend dans ses Oeuvres
nous faire ajoûter foy à
tant de choies difficiles à
croire pour leur peu de
vray-semblance
, que jene
puis encore m'empescher
de douter de celle-cy. La
1
troisiéme raison qui détruit
l'authorité de cesHistoires,
c'estque quand mesme l'Interpretation
-d'e quelque
Songe se feroit trouvéeveritable,
il ne faut pas pource-,
la tirer une consèquence en
faveur de celles qui se font
tous les jours; car enfin il
est difficile que de tant de
Songes differens qu'un homme
fait dans sa vie, il n'y
en ait quelqu'un qui seraporte
à ce qui arrive dans
lasuite. De même, par
exemple, que d'une infinité
de Fléchestiréesmême:
- V
par un homme qui auroit
les yeux bandez, il seroît
impossible que quelqu'une
ne touchast le but,aussi il
ya des complexions, comme
celles des mélancholiques
,
des hommes adonnez
au vin,& des furieux,
qui troublent l'imagination
de tant de vapeurs & de fumées
siconfuses, qu'il n'est
pas possible que par rencontre
elles ne forment
quelquefois une idée de ce
qui doit arriver. Cependant
comme on n'observe ordinairement
de tous les Songes
que ceux qui ont eu quelque
chose de merveilleux
dans l'évenement, on attribuë
facilement à Dieu, ce
qui n'est véritablement que 1
'-
l'effet du hazard. Enfin, siles
Songes ne venoient que de
Dieu, que luyavoientfait
les Peuples de Libye, que
Solin nomme Atlantes, qui
n'ont jamais eu de Songes
pendant leur sommeil, non
plus qu'un Cleonde Daulie,
& un Trafymede; au rapport
de Plutarque? 1 PHILONTE.
Ces gens-la estoient bien
differens des Sabins, qui,
comme nous apprend le Proverbe
Latin, Congeoient tout
* o
ce qu'ils vouloient Sabini
quod volunt fomniant.
BEL OROND.
Ceux
- cy font aussi bien
differens des Canadois
)
qui
veulent tout ce qu'ils ont
.fongé
; car quelques Relations
que nous avons d'eux,
asseurent que s'ils ont songé
en dormant qu'on leur fait
un Present,ils font tous leurs
efforts le lendemain pour l'avoir.
S'ils ont songé le meurtre
d'un Homme, ils tâchent
de l'executer le plus promptement
qu'ils peuvent,voulant
absolument rendre réettj
pendant le jour, ce que leur
imagination leur arepresenté
pendant la nuit. Mais siî]
ceux-cy ont tant d'elllpreiTe--'
ment pour rendre leurs Son- -j
ges véritables, d'autres n'enn
ont pas eu moins,pour éviter,
mesme avec cruauté, les dan."ol
gers qu'ils pretendoient leur que 3 fantaisieleur avoit raie33
voir dans leurs Songes. Lese
Histoires font pleines d'exé-£
ples surce filjet. UnCambile
fait mourir son Frere pouru
avoir eu un Songe, dont 1interprétation
sembloit [mettrel'Empire pro- à ce Frere.
•UnAftiaçe veut faire tuer
sonpetitFils Cyrus, pour le
j mesme sujet.UnAvare ayant
j| resvé qu'ilavoit fait une dépense
excessive,se pédit à son
réveil,tant il estoit desesperé; iUn Portugais ayant songé
que sa Femme commettoit
un Adultere, la poignarda
cruellement lematin, toute :
innocente qu'elleétoit. Hen- ..,
ry III. un de nos Rois,fit tuer
des Lions qu'il nourissoit,
l parce qu'ilavoit songé qu'ils
le dechiroient. Mais le temps
se passe, ôcil nous en reste
peu pour nostre Conversation
; c'est pourquoy employez,
je vous prie, ce qui j
nous en reste
, pour m'ap- j
prendre un Abregé de la vie j
de quelques-uns de ces Philosophes
anciens, comme
vous me l'avez promis.
PHILONTE.J Jecommenceray parEpi- ;
cure l'execution de ma pro- f
messe. Epicurenâquit à "Athenes
en la trosiéme année -
de la 109. Olympiade, & la
412. de Rome. Il s'adonna à
> 1
la Philosophie des l'âge de
; douze ans, & ce fut la lecture
des Oeuvres de Démocrite,
qui l'engagea à quitter
l'étude de laGrammaire pour
s'y appliquer. Le principal
1 point de sa Morale, & ce-
HLj qui luy attire des Ennemis,
c'est qu'ilfaisoitconfister
le souverain bien dans la
volupté.Ce seul nom de volupté,
qui est odieux aux gens
de bien, donna occasion à
ses Envieux de le traiter d'Infame
& de Pourceau; mais
ceux qui se font appliquez
sans préoccupation à connoistre
le véritable sentimet
de ce Philosophe sur ce grad
point de Morale, avouent
que la volupté dont il par- loit, n'estoit autre chose qu'
une volupté tranquille&inseparable
de la vertu. Saint
Jerôme ne l'auroit pas proposé
aux Chrestiens de son
temps, commeila fait, pour
leur faire honte de leurs débauches,
s'il l'eust regardé
comme un Philosophe voluptueux,
dans le sens que le
prenoient Ses Ennemis. Sa
maniere de vivre & ses sentimens
détruisent Vilement
les accusations de ses Envieux.
En effet, on voit par
ses Lettres, que ses meilleurs
repas se faisoient avec un
peu de fromagejoint au pain
& à l'eau. Permettez-moy,
je vous prie, dje vous r*apporter
quelques-unes de ses Sentences,
& vous verrez si l'on.
avoit sujet de l'accuser de
sensualité.
Le Sage ne doit jamais rechercher
d'amour une Femme dont
les Lttix luy défendent la joüissance.
n

il faut expojer sa 'Vie hardiment
,farce que la mort rieftpas
une choje mauvaise.
Lafante doit eflre tenue indiffiren-
te. Et c'est cette raison.
quil'engageoit
*'
au souhait de
bien faire,qu'il mettoitau
commencement de ses Lettrès,
au lieu de celu y de se
bien porter, sélon la coûtume.
Les douleurs font preferables
a la volupté, &' celle
- cy
ne doit pas toujours eflre em- trafée.
Ilvaut mieux eflre malheureux
& raisonnable3 qu'heureux
&' sans raison.
La bonne fortune se trouve
rarement
rarement avec la fageffi.
Si vous voulez vivre heureux
@r avec pUifir, faites
que voflre félicité foit accompagnée
de prudence
j
d'honnes.
teté & de juflice ; ces trois
'vertus font inseparables de la
vraye & fillde volupté.
Prenez plûtojl garde avec
qui vous mangea & beuvez,
qbu'a ece quue vvous emanzgez-&
Les tourmens nempefcbent
pas la félicité du Sage, quoy
que la douleur luy puiffi tirer
quelques soûpirs.
1 Les plus félidésplaisirs conjijrent
en la memoire du bien
pasé, parce que tout ce qu'on
si promet de l'avenir efl incertH-
ln; dr ce qui est prejent ne
Je poffide jamais sans craÍnte.,
pouvant efire facilement dlteré.
De bonne roy,font. cela les
sentimens d'un voluptueux
sensuel & infâme? Ne fontce
pas plûtost les opinions
d'un Homme quinesonge
a rienmoinsqua satisfaire
ses sens? Voilàlaveritable
dottrine d'Epicure; & illa
soûcenue en vivant& en
mourant. Il estvray que Ciceron
luy reproche.) que sa -) '!
vie ne répondoit pas à ses sentimens
ôc que s'il tenoit des
discours judicieux & honnêtes,
c'estoit pour faire avaler
plus agréablement le poison
de la volupré; mais c'est un
reproche qu'on a fait aussià
Platon & à Zenon
, comme
remarque fort bien Seneque,
L. de Vita beata c.-18.& qu'on
fait tous les jours aux plus
honnestes gens, lors qu'on
n'a rien de plus pressànt à dire
contre eux. Ilmourutâgé
de 72 ans, d'une rétention
d'urine causée par la pierre,
avecdesdouleurs incroyables
,
qui durèrent pendant
quatorze jours, sans qu'il
donast aucune marque d'impatience.
Seneque admire
les discours qu'il tenoit pendant
ses mauxpour avoir esté
prononcez, sélon luy,dans le
propre sejour de la volu pté.
Hæc vox in ipsa cofficina voluptatis
est audita. Deux raisons
font cause de la mauvaise réputation
d'Epicure; la premiere,
parce qu'il parloit
tres-mal de Platon, d'Aristote,&:
des plus Sçavans; la
sécondé, c'est la vie scandaleuse
de ses faux Disciples,
qui s'adonnoient à toutes
fortes devoluptez, fous le
pretexte du Souverain Bien
d'Epicure. Ciceron, Quintilien
-
,
Athenée
,
& Sextus
l'ont accusé d'ignorance
;mais ses oeuvres &le
témoignage de Diogene-
Laëree,qui assûre qu'il a écrit
plus qu'aucun Philosophe,
détruisent cette accusation.
Quelque sçavant qu'il ait
esté, il est pourtant tombé
dans de tres-grandes erreurs
touchantlaPhysique & la
Morale.Entre plusieurs je vay
vous en rapporter quelquesunes.
Le Soleil & les Astres,
selon luy
,
n'étoient pas plus
grands,ou peu s'en faut, qu'-
ils le paroissoientaux yeux. Il
s'imaginoit une infinité de
Mondes subsistants tout à la
fois dans un espaceinfiny,
&avec de certains intervales
appeliez Intermondes.Iladmettoit
lesAmes corporelles
& perissables. Il a non seulement
déclalné contre les
Dieux de son temps, mais
il n'en a crû aucun, comme
remarquent Ciceron, L.
1. de Nat. Deor. & Sextus Empiricus.
Ce qui a persuade
qu)il ne croyoit point de
Dieu (quoy qu'il en ait parlé
quelquefois en le nommant
Animal immortel & bienheureux
) c'estqu'il le represente
sourd & aveugle sur
tout ce qui nous regarde, &
veut détruire sa Providence,
lessoins ne s'accordant pas,,
dit-il
,- avec un estat parfaitement
heureux, non plus
que la Colere & la Misericorderquisont
des Passions
d'une nature infirme
5
&c
qu'on ne peut- atribuer à
Dieu sans luyfaire tort; &,
avec cette Maxime & plusieurs
autres aussi impies;
il se mocquoit de toutes
fortes de Religions. Voilà
tout ce que j'avois à vous
dire de ce Philosophe.
Comme il n'y a rien dans
la vie de si pretieux que la
Santé, & qu'on ne peut rechercher
avec trop de foin,
ce qui est capabled'en procurer
la conservation, je
croy, Madame, que vous
ferez bien aise que je fînissè
le seul Article de ma Lettre
du mois de Mars dernier,
qu'il m'a salu laisser imparfait
depuis ce temps-là. C'est
pau sujet de la Theriaque, que
d Mrde Rouviere,Apotiquaire
du Royen ses Camps & Armées,
& Major de ses HoC.
pitaux,a préparée avec tant
) d'exactitude. Vous m'avez
parusi satisfaite de tout ce
que je vous aymandé là-defsîss,
que je vous feray sans
doute plaisir de vous apprendre,
que cet excellent
Antidote, aprèsavoirdemeuré
six mois à faire la fermentation
,
cH: aujourd'huy
dans toute la perfectionoùil
peut estre.Les preuves que
l'on enfait tous les jours font
11certaines,que MrleDoyen,
& M" les Professeurs de la
Faculté de Medecine de Paris,
ont fait connoistre par leurs Attestations, le cas
qu'ils font de ce merveilleux
Remede. Aussi les Médecine
&Apotiquaires de Province
en font à l'envy des provisions
considerables,aussïbien
que ceux de cette Ville,
qui n'ont pû ou quin'ont
pas voulu faire la grande dép'^
nfè de cette composition.
Quoy que la quantité que.
Mr de Rouviere en a faite,
-foit. de plus de sixcenslivres.
pesant, il en a un tel débit,
r<|u'il y asujet de croirequ'on
n'obligera bien-tost à en faire
une séconde. Il a déja la plus
l grande partie des provisions
necessaires pour cela(a Boutique
Se son Magasin estanc
de véritables Panacées univertelles.
Il n'y a rien que
l'on ne trouve chez luy, 8e
le Baume de Judée & le Calcitis
y font communs, bien
qu'assez rares ailleurs. La
Theriaque dont je vous parle)
eH: d'une si grande utilité)
qu'il ne faut presque que ce
seul Remede,pour se garantir
de la plulpart des maladies
qui arrivent. Les moyens de
s'en servir font aisez à pratiquer,
mesme dans les lieux
les plus retirez de la Campagne.
Ils font expliquez dans
un Ecrit queMrdeRouviere
donne à tous ceux qui vont
demander de si Theriaque.
Chacun en va prendre, & la
pluspart des personnes de la
Cour en ont des Boëtes.
Voicy la copie de l'Attestation
des Medecins. Ils l'ont
donnée en Latin, & je l'envoye vous traduite.
1
NOeu soussî,,IneZDoyen
de la Vacuitéde Mede-
1 cine de Paris , & Profeffiurs en
Pharmacie
,
artefions que CfrLz
Henry de Rouviere, Américain
ordinairedes Camps& Armées
du Roy
9 a fait fous noflre conduite
une composition publique
&solemnelle de six cens livres
de Theriaque
) avec une excellente
éleéîion
j & un! tres-exafle
préparation, fe/on la Description
dAndromaque l'ancien, en presence,
premierement de MT de la
Reynie3Conseiller d'Estatordiiiàire)
& Lieutenant General de
Police; de Mr Robert,Procureur
du Roy au Chastelet de Pariss Cr
enfin d'un grand nombre d'autres
Personnes considerables invitées à
ce fpeélacle3 dans la Maison de
L'Academie Royale prés Saint
Rocb ; &pour donner des marques
publiques du cas que nousfai-
Jonsdecette compositionytantpour
la qualité desDroguesy que pour
l'art & la methode aveclaquelle
elles ont eslépréparées3 qu'on ne
sçauroit trop loüer
j
Nous ajourons
e certifions, que cette Theriaque
doit eflre receuë de tout le
monde, comme une des plus parfaites
compositions) &, un des
^>Ju5 excellens Remedes quiayent
^ramjusquicy. En foy despuoyy
Hfour le bien & l'utilité publi- ,Nolis avons jugé à propos
ni'appojer à ces Presentes le Scetu
laditeFaculté. FaitaParis5
Me77. Septembre mil six cens
?quatre - vingt - cinq. Signé,
\PFYLON,Doyen.
\L1CHAKD. BONNET.
L'Idille quifuit,est de Mr
bde Me{Tan-g-e,& - a estéenvoyé
a avec un Bouquet. Les Vers
) en font si heureusemet tour-
1nez,que je puis vous affeuirerque
vous les lirez avec
jplaifir.
IDILLE.
Dlux ornemens de cessauvages
lieux,
Ou je mine en langueur une mourante
vie,
Legeramusementd'unexil ennuyeux,
Allez, aimables Fleurs, allez trouver
Silvie,
VOIM la reconnoiftrez,àl'éclat deses
yeux.
L*Aflredujour en a moinsqueux
Lors qu'il vient dorer ce Bocage.
Elle a.t',air agreable & doux, Le teint a peu pré1s comme vous: rous vous verrez surfin vifâge;
Les Roses& les Lysy brillent en toutt
temps.
Près d'ctle vom pourrez,Jans crainte
vous produire,
Vous y trouverez, le Printemps;
Lors qu'il quitte nos BoÚ, c'efîlaq%'il
Je retire.
Allez, donc, baiiez,-votis
,
c'est t'op
vous retenir,
EtJîpar hazard cette Belle
rouloit Jeavoir qui vous afat
venIr,
Sans la fâcherfaiteslasouvenir
D'un malheureux qui meurt pour
elle.
{ Voué estes les témoins des ennuis de
mon coeur;
Peignez. lu, mestourmens;&faites
luy connoijlre
J>)ue mes larmes vous ont fait
naître.
Par noflre air languijjant marquez
luy ma langueur;
Mourez,sur ce beaufin, dont l'éclat
vomefface,
1 Pendant que moins heureux que
vousy
le demande pour -toute grace,
De pouvoirfeulement mourir ases
genoux.
Les Habitans de la Ville
de Richelieu, avoient trop
d'impatience de voir leur
nouvelle Duchesse? pour ne
luy faire pas une Entrée qui
répondistàleur zele. Sur l'avis
qu'on eutqu'elle estoit
arrivée à Tours le 27. du mois
passé, la Noblesse dans un
Corps, une partie de la Ville
rxians un autre, .1ngt ou
~urenteGardes avec leurs Bandolieres,
allerent le lendemain
au devant d'elle à Hfte-
Bouchard, dans unéquipage
tres-propre, & ils l'accompagnerent
tous en fort bonoordre
jusqu'à Richelieu. En
(paiTant. pardevant le Convent
des Minimes de Champigny
,elle fut conlplÍ111en--,
rée par le Pere de la Bazinicre
leur Correcteur
,
qui luy
presenta desBassins remplis,
Wc, toutes fortes de fruits. Il
jEiuc vous dire les Apprests,
que l'onavoit faits à Richelieu
pouflfe recevoir. On avoit
bordé la Demie-lune de
la Porte de Paris, de Mous-
• quetaires fort lestes,qui formoientune
espece d'Avantgarde
en maniere de Croissant.
Au bout du Pont, Mr
de Reveillon, Seneschal &
Maire perpetuel de la Ville,
à la teste des autresOfficiers,
paroissoit appuyé sur la Barriere,
& sur les deux costez
du Pont-dormant, les Avocats
& les Procureurs s'estoient
tous rangez selon leur
rang jusque fous le Pavillon
de la grande Porte. Les quatre
Echevins de la Ville tenoient
un superbe Dais,pour
le presenter à Madame la Duchesse
de Richelieu,afin de
la conduire à la grande Eglise.
Au bout de la premiere
Place, qui n'a pas moins d'étenduë
que la Place Royale,
& dont les Pavillons sont
presque aussi magnifiques
,
à
l'entrée de la granderue, on
,
avoit élevé un Arc de triomphe,
composéd'une grande
Porte dans lemilieu, & de
:. deux plus petites aux costez,
sur le frontispicedesquelles
on avoit posé trois Tableaux,
garnis de sestons de verdure&
de fleurs, arnaque toute
l'Architecture. Comme le
dessein de cette agreableFesterouloit
entierementsurla
joye que toute la Ville avoit
de l'heureux Accouchementde
Madame la Duchesse de.
Richelieu,on avoit representé
dans le Tableau du milieu,
l'Honneur ôc la Fecondité
- quisoûtenoient trois-Chevrons
brifèj^,&qui lesappu
YOICnt
ùl:..Jun
Cube,qui
est le Hyerogliphe meté,pourmarquedre la Fer- missemétdel'anciennl'aesMseari--
son de Richelieu
,
par'heureuse
feconditéde son IllustreDuchesse.
L'Honneur estoit
figuré par un Héros couvert
d'un Manteau de pourpre
, appuyé surune demie
pique, & environné de laurier
; & la Fecondité par une
jeune Femme avec un Manteau
fourré d'hermines,&
bordé de Fleurs de lis, donton
icaic que sont composées
les Armes de Madame la Ducheilè
de Richelieu.
Cette Figure avoit d'autres
embelliflemens qui cotnvenoient
au iiijet,& quifaisoient
d'autant plus connoitre
le zele des Habitans, que
tout y marquoit l'esperance
qui les flate, de voir bientostnaître
un Fils de cet heureux
Mariage. Sur le Cube
au dessous des Armes de Richelieu,
soûtenues comme
je l'aydéjà dit, par l'Hon- i
neur &par la fecondité -,*
on lisoit cette Devise Latine.
His fuita mandant. 1
Au revers du Tableau,
dans un Manteau Ducal
couronned'une Couron.
ne Ducale, & soûtenu par
deux
deux Armes, on avoit écrit
ces Vers, qui expliquoient
1 la Devise.
6t;
- iZJfqucs icy la France a
toujours
vert ¿'si()nifeUr
Denosfzmeu." ArmandsfioutenirLi
grandiuri
Mais de peur qua, Ufin leur heau
Nom ne pcrijfe,
Le Dcftin veut encor que la Fécon-
Pardité [' r~~ le moyen d'unejeune Beauté *A cet honneur heureuftment s'uf
nijje,
Afin de leur donner une Postérité
JVui florijjetoujours
,
l & jamais ne jinijfe.
Les deux autres Tableaux
marquoient les temps de la
conception & de la naissance
de la petite Mademoiselle
de Richelieu, qui sont les
mois de Septembre &de Juin.
Dans l'un, on avoitrepresenté
d'uncosté l'Equinoxe de
l'Automne, par une Femme
tenant des Balances, qui avoient
dans leurs Bassins, au
lieu de poids, deux Globes
à demy éclairez par le Soleil;
& de l'autre costé on avoit
écrit cette Devise, Consultò
nonforte. Tout avec poids,
rien par hazard.
Elle estoit expliquée en
Vers Latins au revers de ce
Tableau. Dans le troisiéme,
onavoit peint d'un costéle
Solstice d Esté, & on l'avoit
figuré par unHomme couronné
d'Epics de Bled,ayant
le Zodiaque avec le Signe de
la Balance sur la teste, & tenant
le Globe de la Terre,
dont les deux tiers estoient
éclairez par le Soleil. De l'autre
costé on lisoit cette Devise.
Optatoe spes maxima prolis.
J^uand on me voit, la moiffin efi
t- bien proche.
On l'avoit encore expliquée
par deux Vers Latins,
sur ce que la naissance d'une
Fille fait attendre un Fils de
Madame la Duchesse de Richelieu,
Au milieu de la mesme ruë,
on avoit dresse un Piédestal
de huit à neuf pieds de hauteur,
qui renfermoit un tonneau
de Vin, d'où sortoit une ,
Fontaine à deux tuyaux; &
, sur ce Piédestal sur quatre
1 grosses boules, un Obelifque
de vingt-quatre à vingtcinq
pieds d'élévation
,
le
tout feint de marbre. Le Piédestal
estoitquarré & des
deux costez de la ruë Traverfaine,
on avoit peint dans
chaque façade les Fleuves de
Mable & de la Veude,qui par
les trous de leurs Urnes versoient
le Vin qui estoit renfermé
dans lePlédestal. Dans
les deux autres faces, dont
rune regardoit la Porte de
Paris, & l'autre celle du Chateau
,
il y avoit des Inscriptions
en Vers,dans l'une def
quelles la Veude
,
qui n'efb
pas si voisine de Richelieu,
que le Mable qui en arrose
les murs,luy parloit de cette
forte.
NeJoyez,pasifurpris,oMable trop
beurellx)
De me voir accourir dans ces aimables
lieux
fourjoindre mon Vrne à la votre- cealler contre son devoir
.!<.!!e d*abandonnertout, pourvoir
Vne nDuochefjfiierlUeu?flre, & telle que U &telle la
Loij;- de trie
Loin- me rreebbutitteerr>, tteeinîddeezz,m,mooyvofire
main,
Et pour mieux recevoir un Objetsi
divin,
ZJnifions- nom, mejlons nos ondesy
Etsouffrons que Bacchsu nous change
mefimeen vin,
Nous en aurons un plus noble afftin,
Et nos vertus en feront pitufitcondesLaréponse
que luy faisoit
~leMable, estoitconceuëen
aces termes.
Dans nostre publique aDegrtjJè
approuveray toujours les curieux
transports
£>uifontfaitfort'tr de tes bords
\Tourvenir admirer nojire lllujlre Duchefe.
TTon dessein me ravit,poursuis, ilt'eif
permis,
XVefprit qui te Cinjpire efl trop de nos
Amis,
3.Z/ pour te rebuter ton offre est trop
honneJle.
Acheve, & que rien ne farrefle,
Le Ciel tient pour ses Ennemis
Les Ennemis de cette Feste.
Au haut de cet Obelisque,
on voyoitéclater un Soleil,
quiestl'Hierogliphede
nostre Auguste Monarque,
que la Ville de Richelieu,
pour milleraisons, & gene,..
rales & particulieres, n'avoit
garde d'oublier dans une occation
publique comme celle-
là. Ce Soleil estoitposé
au dessus d'une Medaille du
Roy, leGlobeduCiel entre
deux, & celuy de la Terre
au dessous de la Medaille de
ce Prince, avec cette Devise
, Hic Coelo,IsteSolo. Elle
estoit expliquée par ces quatre
Vers.
Tout ce vafie Univers ne charmerait
pcrjonne
Sans tAffre qui fait lei beaux
jours,
Etsans LOV FS qui nom les donne,
1 Nos Tcfleslanguiroiinî^unaurount
peint decours.
Cette Devise & ces Vers
estoient repetez dans l'An-
! gle opposé, excepté qu'au
lieu de ces mots, Hic CAo,
iste Solo, on y avoit mis ceuxcy
,
Dignus uterque præeH. Les
deux autres faces faisoient
paroilire, dans un Ciel fort
serein quantité d'Etoiles édatantes
qui entouroient un
Dauphin celeste ,avecces
mots, Sic Régia posleritas, &
ces autres Vers, qui en donnoient
l'explication.
La France à l'avenir ne craint plut
-- - "lesdcfajlrcs,
Ce Royaume jamais rfeut un dejlin
pAreil) 1
Son Roy brille comme mi Soleil,
EtJesEnfanscomme des Ajlres.
Audessous de la Médaille
du Foy, on avoit reprefentédeux
ou trois rayons, qui
venoient du corps du Soleil,
qui servoit de Devise à ce
grand Prince, & qui diffipoient
un gros nuage, avec
ces mots pour Mr le Duc de
Richelieu, Post nubila judum.
illts estoient expliquez par les
Versquisuivent.
Des qu'Armandparoijfra dans cefc~
jour charmant
Avec noflreIlin[IreDucbcjfc,
Il ne luyfaudra qi/un moment
Pour dijjlper chez, nom quatorze ans
de trifltIfl--
Il y avoit ce mesme nombre
d'années que Richelieu
ln''avoitpossedéceDuc. Dans Angleopposé, on avoit
peint pour Madame la Duchesse,
un. Alcion au milieu,
de la Mer, avec cette Devise
,
Tempora tuta notat, expliquee
par ces Vers;
Nom ne craignons point la tempeftc,
On va joitir d'un temps & fort caU
me &fort doux
i.
L'Alcion a saru chez, nom,
h'ailegreffe y revient, & l'orage s'ar-
-
reste.
1
A la troisiéme face, orj
avoit peint un Phénix, pour
marquer l'esperance que l'on;
a qu'il naistra bien-totsusi
Garçon de Madame laDuchesTe
5
avec ces paroles,Diend,
ex proie rtfurtit. 1
Amand danssa PoBcrité 11
Xii Jera fameuse en l'HVpoirey 1
Y va vivre une éternité
Tout couvert d'honneur& de gloi-
1 re.
Dans la face opposée à
c.ette derniere,on avoir peint
pour Devise à Mademoiselle
de Richelieu, une Aurore aiante.av.ec ces mots,Nuntio
magna.
i
Chacun en moy trouve déja des
chtlrmes,
Maù avec tom les dons que fil) recou
des CÙIIX)
pn Frcre va venir qui fera parCes
armes,
fIlM de progrés encor que n'(n feront
iyiesjeux.
Au dessousdetoutesces
Devises, dans une des faces
de cet Obelisque, on avoit
representé en bas relief un
Bacchus,que les Anciens appelloient
Liber, pour nous si-.
gurer la Franchise, dont les
Habitans de cette petite Ville,
qui peut passer pour le Bijou
de la France, joüissent
fous les auspices heureux de
Loüis LE GRAND. Ces
Vers estoientau dessous.
Pour le repos tout le monde (OHpire,
De nos travaux il cflle blit châr- .*niant-.
Graces au GRAND LOFIS, on 1'4
feu*son Empire,
Et Richelieusur tout enjouit pleinement
;
Maisbien loin quejamais cette rille
tonfeme
A s'oublier dans sa félicité,
Au service du Prince elle eïl ferme
& clnfante, -
Etconnoïftra toujoursquelleneflfloriffante
Jî>ueparsalibéralité.
- Dam l'Angleopposé, on
avoit aussî representé en bas
relief une jeune Nymphe
couronnée de fleurs, en posture
de Danceuse,tenant
une Lyre, avec un air extrêmement
guay , pour nous sigurer
l'allegresse publique,
avec ces Vers.
En quelque endroit que ma Dà.
chcjjc
Tassebrillerfies doux appas,
On verra toujours tAUegrejJè
Précéder ou suivrefis pas.
I
Dans les deux autres Angles,
on voyoit de petits Faunes
ôcde petits Satyres jouas
de la Flulte & du Tambour
de Basque, dançans &: gainbadans
à leur son. Cette Inscription
Latine estoit éciite
en gros caractères au bas de
l'obelisque.
S. P. Q.RICH.
HancPyramidemadhonorent &gloriamfaufii
Duciff&fujt in banc orbcm
mgrejju* erexerunt ,fit/; Proe
tore intcgerrimo PbilippoJgwerarcl
Domino de Réveillon, annôfaltttis
M. DC. LXXXV.
Au bout de cette grande
rue, a l'entree de la [econde,
Place, on voyoit suspenduës
en l'air les Armes de la Maison
de Richelieu, faites d'Illuminations
?
avec ces deux
Vers au denousécries en lettres
de feu.
Sous cesChevrons
-
flmèttx-
Nomvivons tout httJrefJx,
Enfin aumilieu de cette Place on avoit dresse un
Feu d'artifice dont voicy 1er
Plan, Le Théâtre estoit disposé
en Arc de Triomphe.*
Il y avoit ttois portiques!
sur chacune de ses 'f.,,ices.
Elles avoient dix-huit pieds 1
chacune, & elles estoient
toutes ornées de Festons de
Verdure. Le Corps de la.
Machine occupoic douzeé
pieds en quarré ,& repre-l
sentoit en Illumination le
pompeux Palais de Riche-
,lieu, suivant les veuës de ses t
quatre faces. Celle de devant
qui faisoit voir au tra- .)
vers de son Dome & de sa
Terrasseunemaniéré de Coomne
Trajane illuminée
iMème'e de chifres & des Arrimes
de Mrle Duc &de Maixlame
laDuchess de Richeillieu
, & qui surpassoit la
hauteur du Chasteau de deux
oou trois pieds, faisoit voir
dans le collier de son Chaqpiteau
cette inscription 3reu en
: Heroum cecunditati; Du milieu du ceintre du
grand Portique de chaque face du Theatre, pendoit
:wn Quadre doré dans lequel
sestoient representéesenillluminations
des Emblèmes,
qui avoient du rapport a
quatre Devisesécrites en
lettres de feu sur chacune,
des quatres faces du Théâtre.
La premiere sur l'aisle
droite du costédel'Eglise
representoit un Soleil de
Feu chargé dans son fond,
des Armes de Mrle Duc de
Richelieu5 avec ces
mots
Illuminez,Refaitluminesplendet.
Elle faisoit allusion à
celle du Roy, & fignisioitque
les vertus de ce Duc
-
font toutes Royales, La le-r
conde sur Taille gauche representoit
les Armes de
;.
Madame la Duchesse de
Richelieu, qui - sont des
Fleurs de Lys & des Hermines
avec ces paroles
Gernino candore nitescrit. La troisième
faisoit voirleschifîfres
de l'un & de l'autre,
avec deux Coeurs dans l'entrelas
des Chifres
,
qui
estoient accompagnez de
3ce Vers.
\.pÜu nbs Coeurs font ferrez,
,
p{ter
-.,." leurs liensmuspUifcnt.
La quatrième estoit cornu
posée d'un Soleillançantses
[ Rayons sur deux Miroirs
ardens opposez l'un à l'autre,
l avec un Amour qui
allumoit son flambeau auIl
point d'activité des
-
deux*
miroirs. Cet autre Vers1
estoit l'ame de cette Devise.
Ainji VAmtur s'allNme dans nos
1
Cæun. |
Tout le Theatre
estoit
balustré de lances & de|
Potsà Feu, de Pétards& de
Saucissons ,avec cinq grands
partemens de Fuzées
, un
à chaque coin du Theatre,
& le cinquième au milieu,jf
Avant quedallumer le Feu, j
[on avoit prépare une douzaine
de grossèsFuzées changéesd'artifice,
pour estre
le signal aux Fauconneaux
5c à la Milice de tirer, comme
auni d'allumer dans cet
Listant tout le Theatre par
les Girandoles des quatre
xoins & par les Lances à
Feu, & de faire joiier tout
le relie de l'Artifice dans
son ordre.
Madame la Duchesse de
[Richelieu, pour qui toutes
les choses que je viens de
vous décrireavoientesté
préparées
y ne fut pas plutoit
en veuë de la Ville,
que tous les Moufquetaites
qui bordoient la demy-
Lune, la saluerent par Escopeterie une bien recriée. Cela
faityils défilerent aussitost
dans la Ville pour s'y
mettre en ha ye. Lors qu'on
la vit approcher de la Barriere
sur laquelle je vous
ay déjà marqué, que Mrle
Senechal & les autres .Offi-.
ciers s'estoient appuyez
pour faire connoistre que
la Justice est le plus feur
appuy des Villes, & la
plusforte Barriere qui puisse
y
ey arrester les desordres.
On l'abatit devant elle,
afin de luy fairevoir l'authorité
qu'elle avoit dans
Richelieu ; & alors Mr le
Senechal s'estant avancé à
lateste de toute laJustice,
luy fit une Harangue dont
le beau tour, & la delicatessedustile
& des pensées,
furent extremément applaudis.
Il est vray que Mrle
Duc deRichelieu ut qui vou- que l'on rendist les premiers
honneurs à Madame
la Comtesse d'Acigné, Mere
de Madame la Du-chessela
fit Complimenter la premiere.
Les Harangues finies,
elles descendirent sous le
Pavillon où le Dais les attendoit
; & comme le Convent
des Religieuses de la
Compagnie de Nostreme
est la premiere Maison
que l'on rencontre lors
qu'on entre dans la Ville,
Madame du Verdier leur
Superieure avoit envoyé ses
Pensionnaires
, pour faire
leurs Complimens à Madamé
la DuchessedeRichelieu.
La plus petite d'entre
elles s'enacquitta d'un air
tout charmant, & avec beaucoup
de grace,enluy presentant
deux Couronnes de
Fleurs. Cela fait
,
Madame
la Duchesse de Richelieu
marcha avec Madame la
Comtesse sa Mere fous le
Dais le long de la grande
Place & de la grande Ruë, jusques à l'Eglise. Pendant
ce temps, toutes les Dames
de la Ville parurent avec
des habits fort propres sur
le pas des Portes cocheres,
pour faire en passant leur
premiere Reverence à leur
nouvelle Duchesse, & marquer
par là l'empressement
qu'elles avoient de la voir.
Parmy lesSpectacles quis'offrirent
à. ses yeux, &qui l'obligerent
à s'arrêter de temps
en temps pour lesmieux considerer
, une chose la surprit
assez agreablement lors
qu'elle passoit dans la grande
ruë. Il sortit du Logis
de Mr le Senechal trois jeunes
Enfans, dont l'un habillé
de gaze d'argentàfond
couleur de Feu, reprefensentoit
l'Amour de la Patrie.
Il tenoit dansune de ses
mainsun Chevron briie de
gueules, où estoient atta^-
chez des Coeurs tout de Feu
par des noeudsde la mefi-n-ç.
couleur, pour marquer le
zele &: l'attachement des
Habitans à la Maison de
Richelieu. Le second
,
dont
l'habillement estoit de gaze
d'or à fond bleu, figuroit
le bon Genie. Il avoit des
aislesaux costez de sa teste,
& tenoit des Couronnes de
Palmes & de Laurier:Ledernier
qui representoit l'Augure
certain, tenoit dans ses
mains un Astrolabe. Il estoit
habillé de gaze d'argent à
fond vert, & avoit deux
Etoiles sur sateste, signifiant
touCjaosutorrs6c Pollux, qui ont passé pour estre
de bon augure. Le premier
de ces Enfans, qui est
le Fils de Mr le Senechal de
Richelieu, fit un Compliment
en Vers à Madame la
Duchesse
,
& le prononça
d'un air si libre, qu'elle en
fut charmée ainsi que tous
ceux qui l'entendirent. Aprés
cela, elle arri va à l'Obelisque
, qui n'estoit qu'àvingt
pas delà. Cet Ouvrage la
surprit.CeSoleil, ces Globes,
ces Medailles, ces Etoiles
, ces Dauphins, ces Devises, & toutes les figures
dont je viens de vous parler,
furent des Spectacles qu'elle
trouva dignes de sa curiosité.
Elle passa outre, &
quoy qu'il lift trop de jour
pour illuminer les. Armes
que l'on avoit suspenduës en l'airau bout de la grande
ruë
,
les preparatifs luy en
parurent bien imaginez &
elle en loiia hautement le
dessein. Enfin elle arriva à
l'Eglise, où le Clergé l'attendoit
sur les marches,devant
le magnifique Portail de ce
beau Temple. Il avoit à sa
teste le Superieur de Messieurs
de la Mission, qui la
harangua en luy presentant
l'Encens & l'Eau Benite.
Ensuite il la conduisit au
Choeur, & l'on y chanta le
Te Deum & le Benedictus au
son de toutes les Cloches,
ausquelles douze Fauconneaux,
autant de Coulevrines
, & toute la Moufque-

terie repondirent. Un moment
aprés cette premiere
décharge, la Mousqueterie
recommença ,
& fut un fignal
aux Fauconneaux &:
aux Coulevrines qui estoient
entre la Ville& le Chasteau,
derecommenceraussi. Cette
seconde décharge futà peine
faite
, que tous les Mousquetaires
qui se trouvoient
au nombre de huit à neuf
cens,tirezdeRichelieu,Mirebeau,
la Chapelle-Belloüin,
& autres dépendances du
Duché,défilerent encore une
fois, & allerent faire une
haye depuis la porte de la
Ville jusques au Chasteau.
Madame la Duchesse de
Richelieu passa au milieu de
ces Mousquetaires, qui s'étoient
rangez en tres-bon
ordre, & arriva dans son magnifique PalaisN, oIù elle
futreceuësplendidement par
Mr & Madame de Sacilly.
La douce Harmonie des Violons
&desHautbois succeda
aux bruits Guerriers de l'Artillerie
,des Tambours & des
Trompettes,dont les Echos
qui y sont admirables,avoient
long-temps retenty de
tous costez. Comme on ne
sçavoit pas si cette Duchesse
n'arriveroit point de nuit,
il avoit estéordonné que les
1
deux rangs de fenestres haue
tes & basses, des superbes Pa-
.villons des deux grandes
Places, & de ceux de toute
la grande ruë qui est fort
droite& fort large, auroient
chacune deux Illuminations,
dont le papier huilé devoit
estre marqué de Fleurs de
Lys, d'Hermines & de Chevrons
brizez ; ce que l'on
avoit ponctuellement executé.
Cette Duchesse qui en
avoit veu les apprefts en passant,
voulut voir l'effet qu'ils
produiroient. Ainsi sur les
dix heures du soir elle vint
à la Ville
, ou une nuit fort
obscure favorisant le dessein
des Habitans, elle vit
dans tout leur éclat les divers
Spectacles que je viens
-
de vous décrire. Elle demeura
d'accord qu'on ne
pouvoit voir uneillumina-1
tion plus furpren:.inre. La
grande ruë de Richelieu
sembloit avoir esté faite exprés
pour la faire mieux paroi'i'r-
re-; les Pavillons y étant
fort eslevez & tres reguliers.
Chaque croisée a six grands
panneaux de vitres, & ces
croisées se répondent les
unes aux autres avec une
merveilleuseégalité.Chaque
Pavillonde part & d'autre en
; a quatre dans les bas étages,
& cinq dans les hauts. Rien
n'estplus droit, & la fime-
,- trie y est entièrement observée.
Ce qui rendoit la chose
encore plus pompeuse, c'étoit
l'Obelisque, dont le Soleil
& les autresFigures éclatoient
comme en plein jour,
aussi-bien que celles de l'Arc
de Triomphe,qui se trouvant
comme l'Obelisque entre
ces Armes illuminées, &
le Feu d'artifice, faisoient au
milieu de tous ces Feux le
plusagreable effet du monde.
LeFeudartificeeuttout
le succez qu'on en pouvoit
esperes. Il n'yavoit rien de
mieuximaginé.LeSt de Launay
de Poitiers qui est un
homme fort expert dans
toutes les choses de cette
nature , en estoit l'Autheur.
Toutes ces Lances & Pots
------à Feu, ces Girandoles, ces
Armes & ces Devisesilluminées,
ce superbe Palais embrasé
, cette ColomneTrajane
flamboyante, trois cens
cinquante Fusées de toutes
especes, & toutes les Illuminations
des Places & de la
grande ruë,estoient un Spectacle
qui remplit l'attente
d'une infinité de Curieux,accourus
à Richelieu pour voir
cesmagnificences. Mr dela
Guertiere, Peintre du Roy, qui s'est trouvé à cinq des
plus superbes Entrées qu'on
ait faites dans l'Europe, avoit
donné le plan de tout
le Dessein. Mr de l'Hermitage
,
qui fous le nom de
Deniau
) a pendant cinq ans
travaillé fous le fameux Mr
le Brun, avoit fait tous les
Tableauxde l'Arc de Triomphe,
ôc Mrde la Briere, qui
reüsst admirablement dans
les ornemens ôcdans les Portraits,
s'estoit chargé du travail
del'Obelisque. Ils sont
tous trois de Richelieu, d'où
l'onn'a pas eu besoin de
sortir
, pour trouver des
gens capables de bien inventer
& d'executer.
Le lendemainMr le Pelletier
,
Presidentàl'Election
&au Grenier à Sel de Richelieu
, alla à la teste de ces
deux Corps reunis, complimenter
M le Duc & Madafmela
Duchesse de Richelieu.
Il commença par Madame
laComtesse d'Acigné,
comme onluy avoirmarqué
que ce Duc le souhaitoit.
Toutes ses Harangues
furent extremement polies,
& prononcéesavecbeaucoup
de grâce. C'est un
homme tout de feu, &qui
na pas moins d'honneur ôc
de probité, que de capacité&
de delicatesse d'esprit.
Le mesme jour, M' leDuc
& Madame la Duchesse de
Richelieu, Madame la Comtesse
d'Acigné, Mademoiselle
sa Fille
,
Mrs les Abbez
d'Acigné & de Sacilly
,
&
plusieurs autres personnes
considerables qui lessuivirent,
allerent visiterlesReligieuses
de la Compagnie de
Nostre-Dame. Ces Dames
les surprirent agréablement
quand après qu'ils eurent
visité toute la Maison
,
elles
les firent entrer dans une
Salle où il y avoit un Théâtre
tout dressé. Ils n'y furent pas
plûtost placez que l'on tira
un Rideau qui le cachoit, &,
les Pensionnaires commencèrent
une des Tragédies;
de l'Illustre MrdeCorneille,
que ces Dames leur avoient
fait apprendre secretement.
Si la surprise fut grande,les
applaudissemens que l'on
donna aux Acteurs furent
encore plus grands. Je laisse
les autres Divertissemens qui
ont fait paroistre le zelede la-
Ville de Richelieu,pourpasfer
à un Article de Guerre.
Je vous envoyay le dernier
Mois une Lettre duGeneralissimeMorosini
sur l'Affaire
de Coron, ôc aujourd'huy
jevous feray partd'une
Relation toute entiere
,,}
*
touchant le Siege &: la prise
de cette Place. Elle est exacte
& remplie de faits tout nou- 1
veaux,& de circonilancesl
qui n'ont point encore esté
sceuës, & je puis vous
~~urer
qu'on n'arien veu
surs
-
cette matiere de plus cu-^
rieux
,
& de plus digne d'être
conservédansl'Histoire
à cause des Chevaliers quij
ont faitvoir leur valeur, &-
versé leur fang en combatttant
contre les Ennemis de
laFoy. Cette Relation estve-4
nuë de Malte. Ainsi quand 1
vous trouverez, ces 1110ts,
î
1
y Les Nostres, nos fignfs, & d'autrès
semblables
,
fouvenezvous
que c'est un Maltois
*; qui parle.
1
$
Relation de ceqye les Galeres
l- & le Bàtaillon de Malte>
t, ont fait au Siege de Coron
dans la Morée
J
pendant la
1* derniere Campagne de l'année
16$y.
.i LEscadre deMaIre,com..
posée de huit Galeres,
-:! & commandée par le Bailly
Brancaccio,s'unit au cornmencement
de Juin avec
l'Escadre des cinq Galeres
deSaSainteté, qui ne portant
point d'Etendars
,
se mirent
à l'obeissance du General
de Malte. Elles arriverent
toutes ensemble vers la
my-Juin au Port de Dragoffiefire,
où estoit l'Armée
Navale des Venitiens,à la
quelle quatre Galeres du
Grand Duc s'estoient jointes
quelques jours auparavant
; & après que les choses
y furent reglées; en forte
que selon la coûtume la Capitane
de Malte futplacée
à la droite de la Reale de Venise
,
& que le premier Poste
dans les Conseils de Guerre
futaccordéau General Brancaccio,
toute l'Armée fit voile
le 20. au nombre de 17.
Vaisseaux, 5. Galeasses, 11.
Galeres de Venise, 5. du Pape,
8. de Malthe, 4. du Grand
Duc, 15. Galiottes, &15. ou
20. Barques ou Brigantins.
L'intelligence que le Capitaine
General Morosini entretenoit
depuis quelques
: mois avec les Maïnotes,pour
les animer à secoüer le joug
desTurcs,luy avoit fait esperer
qu'il pourroiraisément
faire des progrés dans la Morée,
par le moyen de ces Peuples;
mais ayant appris en
s'approchant de leur costé,
que la fortune ne leur avoit
pas esté favorable dans ce
qu'ils avoient tâché de faire
pourse procurer la liberté,&
qu'au contraire ils avoient
esté forcez de donner des Otages
au Turc,qui les avoit
exigez pour asseurance de
fidélité, il se trouva obligé
de prendre d'autres mesures
pour pouvoir entreprendre
quelque chose de considerable.
ttable. Son premier dessein lfut d'attaquer Modon,Capi-
] tale de la Morée; mais en
s ayant fait reconnoistre la firtuation
le 23.Juin,les difficulftezquife
presenterent pour
( le débarquement des Trou-
[ pes & duCanon l'en détour- ['nerent,& luy firent résoudre
t le Siege de Coron, Place qui
n'est pas d'une moindre con-
: jsiderationdans cette même
Province. Elle est éloignée parterreenvirondedouze
1 millesdeModon,&située au
,
devant du Cap Gallo, vers lePays des Maïnotes.
Le%$. au matin, on fitAéÉ
barquer lesTroupespnefquiài
portée du Canon de la Ville
sans aucun obstacle de la par
des Turcs. Elles consisftoient
en trois mille hommes de
Troupes ordinaires des Ve
nitiens ; -
mille Esclavons -
deux mille quatre cens hommes
de tres-borines Troupes
, que le Prince de Brunsvich
Duc de Hanover, avoit
envoyées avec un jeunePrince
de ses Enfans,par convenu
tion faite avec la Republique;
le Bataillon de Malte
composé de huit à neufcens
Soldats & six vingts Chevalliers;
un Bataillon du Pape
Jbdc quatre cens hommes
)
&
un autre du grand Duc de
trois cens; ce qui faisoit en
ttouc environ huit mille hommes
de pied sans Cavalerie.
Cette Armée étoit commandée
par le Comte de Saint
Paul, General, de capacité& d'experience, qui a longtemps
servy le Roy de Danemark,
& le Duc de Neubourg
; & le premier Poste
dans l'ordre de Bataille, y
seftoit occupe par le Bataillon
de Malte, dont le Commandeur
de la Tour-Maubourg
avoit le Commandement
general, avec une approbation
aussi universelle,
que celle qu'il s'étoit déjaacquife
dans un pareil Employ0
pendant le dernier Siege de
Candie. Il avoit aussile Bataillon
desGaleres de Sa Sainteté
fous son commandement.
Tout se faisoit cependant
dans le Camp, aussi-*
bien que dans l'ArméeNavale,
sous la direction du Cal
pitaine General Morosini, &
du Bailly Brancaccio, General
des Galeres de Malte,qui
estoient moüillées à la Cofte.,,
On s'approcha de la Ville
à la faveur des Oliviers qui
l'environnent, sans qu'il se
passast autre.chose que de legeres
Escarmouches, & on
ouvrit la Tranchée le 26. le
Bataillon de Malte, les
Brunfvich
,
& les Papalins
sur la droite vers la Mer, &
les Vénitiens& Esclavons sur
la gauche versun Fauxbourg
dont ilsfefendirent les maîtres
sans resistance. Lemesme
jour nous perdifmes le
Chevalier San-Vitali,Parmeran)
tué d'un coup de Mousquet
dans la Tranchée, & on
avança les travaux de part &
d'autre avec assez de facilité.
Ony éleva deux Batteries,
chacune de trois pieces de
grosCanon avec quatreMortiers
à Bombes
,
ausquels on
joignit dans la fuite deux autres
pieces de Canon. Les
Ennemis ne firent que de le-"
geres Sorties, dans lesquelles
ils furent vigoureusement repaulIèz.
Leur ~fem>ftoitassez
mediocre *
,
& faisoit juger"
qu'ils ne se disposoient pas à
résusterfort long-temps;
mais on connut dans la Cuite,'
i" t
, que leur intentionestoit de
ménager leurs gens, dans
l'esperance d'estrebien-tost
secourus par le Bacha de la
Morée,quirassèmbloit un
Camp volant de trois ou
quatre mille hommes, tant
Infanterie que Cavalerie; ce
qui obligea les nostresàfaire
des travaux considerables
pour se mettre à couvert, 8c
à fortifierentr'autres une
eminence,qui commandoit
d'un collé toutes nos lignes,
& découvroit de l'autre le
Pays d'alentour. On y éleva
une Batterie de quatre pieces
de Canon avec un Mortier.
Le Bacha de la Morée parut
en effet le 3. de Juillet, &
se vint camper à portée de
Canon de l'Armée Chrestienne;
où s'estant retranché,
il mit quatre pieces de
Canon en Batterie, qui se
croisantavec l'Artillerie de
la Place, causoient quelque
incommodité dans nos travaux.
Ce Bacha donnoit
presque tous les jours l'alarme
auxnostres par de chaudes
Escarmouches, dans lel:
quelles les Turcs furenttoû1
jours repoussez avec perte.
Les Assiegez de leur collé
redoublerent leur feu, & répondirent
avec fierté aux
chamades qu'on leur fit, en
les menaçant de mettre le
feu aux Mines où l'on travailla
loitinceflàmment-,maisavec
, moins de succés que 1on f
n'aurait souhaité, parce qu'il
les falloit conduire dans le
'1
Rocher, en forte qu'on employa
plus de trois semaines
à ces fortes de travaux.
,
_i Les Defenses de la Place
, se trouvoientalors fort ruinées
par le feu continuel de
nos Batteries,&les Bombes
y avoient fait beaucoup de
desordre; mais outre que
cette Place est d'une ÍÏtuation
avantageuse, parce qu'-
ellen'a qu'un front à garder
flanquéde grosses Tours bâties
sur le Roc, elle estoit encore
gardée de 80. pieces de
Canon, avec abondance de
munitions de guerre & de
bouche, & les Ennemis y avoient
septàhuitcens hommes
de Garnison, sans ceux
qui estoient capables de porter
les armes, parmy un Peuple
de quatre à cinq mille
ames. Ainsi on ne pouvoit
sien ouvrir l'entrée que par
les Fourneaux, & par des Assauts
vigoureux, penaartlefquels
on ne doutoit pas que -
l'on ne fûst attaque par le
Camp volant des Turcs.
- Cette disposition des choses
causoit quelque embarras
; mais enfin les mines s'etant
trouvées en estat de
joüer le 24. Juillet, on fbfolut
de faire une tentative, &
tout. se prépara pour cela.
LeChevalier de Segrés devoit
commencer l'assauta
lateste de soixante Grena..-':
diers
,
soûtenu de quelque
detachement de Fuzeliers &
d'Esclavons. Le Chevalier
dela Barre, Lieutenant General
du Bataillon de Malte
, venoitaprés avec le Chevalier
de Refuge, premier
Capitaine, à la teste d'une
partie de nos Troupes,&de
quelques Compagnies des
Papalins & Venitiens. Le
Prince de BrunfvicK le soûtenoit
avec 230. hommes de
; ses Troupes, & le Commandeur
de la Tour-Maubourg
suivoit avec un gros de Chevaliers,
au milieudesquels ij
esftoit l'Etendard de la Religion.
Il avoitaussï avec luy
quelques-unes de nos Compagnies
& de celles du Pape;
mais lors que chacun eut
pris son palle, il arriva que
la Mine n'eut pas la force de
faire fauter le Rocher, &
ainsi elle ne fit aucun effet
capable de donner jour à
l'assaut que l'on avoit pro-
1 jetté.
Cependant, dans le mefme
temps qu'on y mit le
feu, le Bacha de la Morée
vint attaquer la Redoute,
& la batterieelevée sur l'Eminence
qui couvroit nos
lignes, & cette attaque fut
telle que les Venitiens & Esclavons
qui en avoient la
defense, quoy qu'accoûtumezà
bien faire leur devoir,
ne purent luy resister. Tout
ay ant plié devant les Turcs,
ils se rendirent maistres de
la Redoute, &ilsy avoient
déjà planté plus de vingt de
leurs Etendards ou Banderoles
, lors qu'on vint avertir
le Commandeur de la
Tour de ce desordre.
On voit par la disposition
des Troupes qui étoient
commaudées pour ralfàut,
qu'il se trouvoit avec les
Chevaliers le plus proche
d'un porte si important pour
le salut de toutel'Armée. Il
connut qu'on ne pouvoit le
sauver que par une action
de vigueur;aussi ne balança-
t'il point à l'entreprendre.
Il cria aux siens qu'ils
le suivissent
,
&après avoir
baisé la Croix de nostre Etendart
par un mouvement
de cette pieté qui animoit
toutes ses actions,ils'avança
avec < une promptitude incroyable
vers l'Ennemy
(lUtale premier dans la Redoute
, & y tua de sa main
deux Turcs'qui voulurent'
luy faire teste. Un troisiéme
Turc l'ayant chargé par derriere,
luy abattitdu premier
coup de sabre un leger morion
qu'il portoit, &du Second
luy fendit la teste, & le
renversa par terre, ou l'effet,
d'un Baril de Poudre qui prici
feuacheva de luy faire perdre
la vie. Il fut suivy de prés ';
par plusieurs Chevaliers; en-j
rre lesquels le Chevalier de
Trefmes ayant passé son é-i
pée au travers du corps d'un l
j
'Turc, receut luy-mesmeun
si grand coup de sabre sur la
teste qu'il tomba mort avec
ssoonn EEnnnneemm-yy-il fût trouvé en ;-ll fût- trouve en,
cette posture aprésleCÇHTIbat.
Le Frere Servant d'armes
Michon,fut tuéd'un coup de
Mousquet en défendant le
Commandeur de la Tour,
avec beaucoup de' vigueur le Chevalier de Grandmont
reçût deux coups deSabre &:.
un coup de Mousquet. Les
Chevaliers de Bourbon &
de Gaillard & le Frere Servant
d'armes, la Motte, surent
mortellement bléssez.
Les Chevaliers de Piosasque,
& Doria Brasseuze le furent
legerement ;
ôcleChevatien
de Pont qui portoit l'Eten
dart ayant esté attaqué par
deux Turcs y^n tua un d'un
coup de Pistolet, & ~persé
l'autre deson épée, sansêtre
aussi que legerement bleÍfé
Le Chevalier de Beaupré-
Choiseul fut des -p-reiniers
se jetter dans I3. redoute,ou
le Chevalier de Mechacin,
Major du Bataillon
,
Ce di-J
stingua comme luy; & tou
enfin montrérent tant de
vigueur, qu'ils chasserent
les Ennemis de ce patte)
leur prirent onze de leurs
Banderoles, & y planterent
l'Etendard de la Religion,
à la veuë du quel toute l'Armée
ayant crié Vive Malte.
les Vénitiens&Esclavons
reprirent si bien courage,
que plus de trois cens Turcs
< furent passezau fil de l'épée;
ensorte qu'il ne son {auva
aucun de ceux qui s'estoient
logezdans la Redoute. Cette
journée coûtaauxchrétiénsenvironcentcinquanttJ:
c homrftesJ. )i
Tout le Camp reconnut
les Chevaliers pour ses Libérateurs
,
& on leur donna
mille loüanges. Les OiH-~
ciers GeneraDux envoyerent
en faire Compliment au General
des Galeres de Malte;
& en effet l'action fut si t
grande & si hardie, que l'on
pourroit assurer que rien n'y
auroit manqué, s'il n'en apas
coûté la vie à tant de
braves gens, & particulièrement
au Commandeur de la
Tour, qui fut pleuré de toute
l'Armée
y
& dont le Capitaine
General Morosini
,
ne pût apprendre la mort
sans verser des larmes. Il fut
enterré avec toutes les ceremoniesqui
peuvent marquer
la considération qu'on
avoit pour son mériter l'on
conserva son Coeur & ses os
pour les apporter à Malte.
On peut dire que personne
n'a jamais eu tout ensemble
de plus grandes qualitez
qu'il en avoit. Sa pieté estoit
il exemplaire,qu'n ne sçauroit
exprimer tous les bons
effets qu'elle produisoit sur
ceux qui servoient sous luy.
Sa douceur naturelle,ses
maniérés honnestes&engageantes,
sa capacité, sa valeur,
& toutes ses autres vertus
le rendoient - si recommandable
qu'ilestimpossible
qu'on ne le regrette (ensiblement
; mais enfin comme
selon sa loüable coûtume,
il avoit communiéavant
quedallerau Champ de Bataille,
on ne doit pas douter
que le sacrificé de savie joint
à une preparation si Chrêtienne
, ne l'ait élevér un
estat qui le rend digne el'en-"
vie. Le Chevalierde la Bar-tI
, A. - ¡ requ'ontoujoursveumar- 1
cher sur de semblables traces
, a passé par là au Commandement
General du Bataillon
,& lestime que tout
le monde fait de son mérite
n'a pas peu contribué à
leconsoler d'une telle perte.
Le 30. Juillet, les Ennemis
firent une nouvelle entreprise
sur nosLignes,quelques-
uns d'entreeuxs'estant
encore jettez le sabre à la
main dans la Redoute, située
sur l'Eminence à laquelle les
Vénitiensavoient donné le
nom de Fort Saint Jean ,
depuis qu'elleavoit esté fauvéepar
la valeur des Chevaliers
; mais ces Infîdellesfurent
repoussez jusque dans
leurs Retranchemens par les
Troupes dur* Pape& de Venise&
ils trouverent une
semblable resistance en diverses
autres attaques, où
les Maltois eurent souvent
l'avantage de les voir süir,
aussi-tost que l'Etendard de
Saint Jean paroissoit; ces
Barbares criant hautement,
selon la coûtume qu'ils ont
de faire graud bruit en combattant,
que sans ce Bataillon
deMalte ilssçauroient bienvenir
nir à bout de ce qu'ils entreprenoient.
Les Assiegez pendant ce
temps là se défendoienttoûjours
avec beaucoup d'opiniatreté,
quoy qu'il y cust
une Bresche assez confide-
[
rable du costé de l'attaque
où estoient les Troupes de
; Malte, & que vers l'attaque
des Venitiens ont eût
préparé une mine de deux
cens Barils de poudre dont
on esperoit un fort grand efset.
Les nostres de leur part estoient dans l'impatience
de pouvoir donner l'assaut à
la Place; mais comme on
étoit certain que lesTurcs de
la Campagne qui s'estoient
grossisjusqu'au nombre de
prés de six mille hommes,
ne manqueroient pas d'insulter
les lignes dans le
temps qu'onmonteroit à la
brêche, on resolut de les prevenireux-
mesmesavant que
de rien tenter, & deles aller
attaquer jusque dans leurs
propres travaux.
C'est ce qui s'executa
avec tout le succez possibles
le7. jour d'Aoust. Les Troupes
estant sorties en bon
ordre de leurs lignes, les
Turcs en furent si épouvantez
qu'ils se mirent aussi-tost
> en desordre, & se laisserent
tailler en pieces sans faire
> que tres-peu de resistance.
) On gagna tous leurs Retranchemens
; on se rendit maître
de leur Batterie de quatre
pieces de Canon; on pilla
leur Camp; on leur prit un
nombre considerable deche-
^vauxj on les poussa encore bien loin dans laCampagne,
& on leur tua prés de mille
d'hommes. On ne perdit que
> deuy ou trois Soldats das toutes
nos Troupes, ôc pas utinx
seul du Bataillon de Malte
Un événement si extraordi..ib
naire fut pris avec raison
pour un coup de la main d<>b
Dieu, & on écrit que la ve~
neration qu'on avoit pour
la pieté du feu Commann.
deur de la Tour-Maubougue - faisoit dire dans toute l'Ar])
niée
,
quec'estoit sans dout
à ses prieres qu'on le devoit
attribuer.Une Barque qui est
depuisarrivée icy de
1
Patras
, dans la Moré*e,rapporteque
quelques Turcs s'estantfaut
vez du combat,y avoient
representé la déroute encore
plus grande que nous ne la
sçavons, & qu'ils avoient afsuré
que le Bacha de la Morée
y avoit esté tué, & que
son Armée s'estoit entierement
dissipée.
Le Capitaine General Morofini
fit sommer les Assiegez
aussi-tost après cette victoire
; mais ils répondirent
fierement qu'ils sçavoient
bien que leurs gensavoient
esté battus, mais qu'ils n'en
estoient pas moins resolus de
mourir tous plûtost que de
se rendre, ce qui fit qu'on
ne songea plus qu'a tenir la
mine preste pour donner un
assaut général.
Le onzième jour d'Aoust
fut assigné pour cela, & les
Troupes ayant pris leurs
postes pendant la nuit, on
fit jouer à la pointe du jour
la grande Mine de l'attaque
des Venitiens. Elle fit tout
l'effet qu'ils en avoient attendu,
ôc elle auroit pu donner
le moyen d'entrer dés
lors dans la Ville, si au lieu
de l'éprouverils ne s'estoient
pas contentez de faire um
logement sur la brèche.Cependant
aussi-tost que le
l, bruit de laMine se fûtfait
I entendre, les Troupes de
I Malte qui avoient la teste | de l'autre attaque, soutenuës
[ de celles du Pape, & de
! Brunsvick
,
gagnerent avec
vigueur le haut de la brê-
I che qui estoit ouverte depuis
t plusieurs jours, quoy que
I laccez en fût fort difficile;
I mais comme lesEnnemis
f avoient eu le temps de s'y | fortifier,ils'y forma un rude
I•combat, durant lequelles Chevaliers firent tout ce
t. qu'on se peut imaginer de
leur bravoure poufforcerles
Retranchemens, qui se trouvant
bien flanquez & garnis
de Canons & de Pierriers,
firent sur eux un feu si terrible
,
qu'il y en eut quatre
tuez sur la place
, avec le
Comte de Fenelon qui fervoit
en qualité de volontaire
avec eux, & plus de trente-
deux blessez. Le Chevalier
de la Barre Commandant
general du Bataillon,
fit paroistre toute la valeur
possible en cette dernière.
occasion.Il fut tres-bien fou-<
tenu par les Officiers du Pape
&de BrunsvicK
,
dont quelques-
uns furentaussi tuez ou
blessez; mais enfin voyant
qu'il y avait de l'impossibilitê
à surmonter tous ces
grands obstacles, on fut contraint
de se retirer.
Neantmoins
,
bien loin
que ce contre-temps rébutast
les Chevaliers, ayant reconnu
la grande ouverture que
la mine des Venitiens avoit
faite, ils se resolurent à recommencer
à une heure
aprésmidy, ôc àdonner un
nouvel assaut aux deux endroits
,mais avec plus de vigueur
à cette derniere brêche
qu'a l'autre. Toutyétoit
disposé lors que les Turcs s'êtant
apperçûs de ce dessèiny
desployerent tout d'un coup
une Baniere blanche en demandant
à capituler. Quatre
d'entre-eux s'avancerent ssir
la brèche proposant de se
rendre, pourveu qu on leur
accordait la liberré & la vie;
mais le Capitaine General
Morosini n'ayant voulu consentir
à rien qu'ils n'eussent
laissé les nostres maistres
d'un Tourillon qui assuroit
l'entrée de la Ville;le hazard
fit que pendant que cela se
- traitoit, denx Soldats Chrétiens
des plus avancez vers
la Place, se querellerent entr'eux,
& se tirerent nn cou p
?
de pistolet. La bandoliere
d'un autre prit feu dans le mesme temps. Les Turcs de
laVille croyant là dessus que
la Trêve estoit rompuë Se
qu'on nagissoit pas de bonne
foy avec les leurs, mirent
le feu à une piece de Canon
qui tua plusieurs des nostres;
il n'en salut pas davantage
1
pour faire aussi-tost réprendre
les armes. Les Chrétiens
ayant crié Trahison
,
enfoncerent
si brusquement le peu
, de Retranchemens que les Ennemis avoient
surla
Bréche,
que rien ne les put empescher
de se jetter dans la
Ville, où tout fut passé au fil
de l'épée, à la reserve de quelques
heureux,&de beaucoup
de Femmes&Enfans,leChevalicr
de la Barre ayant eu
mesmedela peine à garantir
de la fureur du Soldat les quatre
Turcs qui estoient venus
parlementer avec'luy.
Ainsi finit le Siege de Coron
, après quarante- sept
jours de Tranchéeouverte,
;' pendant lesquels l'Armée
! Clireftienne a eu à combattre
en deux endroits contre
(
des Ennemis puissans,surqui
Il elle a remporté une double viâoire, avec toute la gloire
! imaginable.Les Venitiens &
le Comte de Saint Paul
,
s'y
font acquis beaucoup d'honneur.
Le jeune Prince de
,: Brunfvich s'y est tout-à-fait
distingué avec ses Troupes.
Celles de Florence y ont
: donné des marques de leur
valeur julqua leur Rembarquement,
qui se fit quelques
jours avant la fin de ce Siege;
& il est aisé de juger quelle
est la part que le Bataillon
de Malte y a euë, avec les
TroupesduPape,quiluy ont
esté toujours unies.LeChevalier
de laBarre y a dignement
soûtenu par plusieurs belles
actions,la réputation que le
Commandeur de la Tour
s'étoit acquise. Tous lesChevaliers
s'y sont genereusement
sacrifiez pour l'interest
de la Foy, y ayant supporté
des fatigues incroyables, &
plusieurs d'entr'eux y ayant
répandu leur sang, comme
vous pouvezle voir par la Liste
que je vous envoye. J'y
ay marqué les diverses Langues
d'où ils sont.
NOMS DE e/}lESSIEVR.S
les Chevaliers, Morts &
blessez au Sieçede Coron.
FRANCOIS.
AUVERGNE. LE Commandeur de la
i
TourMaubourg, Ge
neral du Bataillon de Malte,
tué en l'occasion de la RedeU
e
De Creus, Volontaire, mm
.1 de maladie causéepar lesgrandesfatigues.
De MontchalinGarde Etendard,
blrfé.
Junius, ou Junior, Volontaire
,
b/efé.
,
Du Breüil, blesséd'uncoup de
Mousquet à la gorge, au dernierAssaut.
Goudras JJ , Sous - Lieutenant
de Grenadiers, blesé.
De Saillans d'Estans, Sous-
Lieutenant deGrenadiers,
blessé de deux coups de Adoufquet
à la cuisse.
De Corcin Mongon, Garde
Etendard, blessé d'un coup
de Mousquet à la main.
De Saint Pierre, blesséd'un coup
de mousquet à la main.
Du Pont, blessé en l'occasion de
la Redoute.
FRANCE.
De Tresmes-Gesvres,Volontaire,
mort deses liejjeuus
receuës en l'occasion de la Redoute.
De Bourgon,Volontaire.
mort aussi de ses blessures re -'
cenés en la mesme. occasion.
De Lire dela Bourdonnaye,
Volontaire, tue à ïA(faut.
Du Plessis Getté,
De la Brunetiere.
Freres,tous
deux morts
de maladiescausées par les
grandes fatigues.
Michon) Ayde-Major, tuéen toccasion de la Redoute.
De la Mothe, Volontaire,
morj de (es blesseures receuës
en l'occasion de la Redoute.
..DeBeaupré,Garde-Etendard,
Boindin, Volontaire,
Doria-Braflèule,f<?^trois blesfeK
dangereusementaudernier
Affdut.
De Bernieres, Sous-Lieutenant
de Brigadiers, blessé
d'uncoup de mousquet à 14
main.
De Reffuge,Capitaine, blessé.
De BraignyVolontaire,blessé.
DeSeffeval,Lieutenant,blessé.
De Brosias/Volontaire,blessé.
Des Aunois, Volontaire, bIefsé
d'un coup de mousquet à la
cuisse.
PROVENCE.
De Gaillard, Capitaine, mort
de ses bleseures receuës en l'occaston
de la Redoute.
De la Minoye, Volontaire, tué au dernier Assaut.
De Galean,Capitaine, Meslê
dangereusement dans la wf/L
me eccafîon.
Tondu, Volontaire, bIef;
dangereusement dans la mef
me octasion. V ij
JRoigne,Volontaire,blesséd'un
coup de mousquet à ta jambe.
Lescaillon, Volontaireblessé.
Descoulettes, ( blessé.
De Fanesin,Volontaire,blessé.
Caulet, blesé.
De Sade de Guieres, Lieutenant,
biefé.
De Cais, blessé.
Baron, Volontaire, blessé.
De Gramont,Aydede Camp,
blessé en L'occasion de la Redoute.
ITALIENS.
Le Comte de Vital, Volontaire,
tué dansla tranchée.
Citadelli l'aisné, Lieutenant,
tue dans le dernier Assaut.
Vicaris, Garde
-
Etendard r blessé dangereusement au dernier
j4jfeut.
Beccaria, Volontaire, blessé
dangereusement dans la mef
me occasion.
Carraccioli, Volontaire.,bler-
J
sé.
Pieuzaque, Volontaire, blessé
en l'occasion de la Redoute.
Perrussi, Volontaire,b pensinghi, Volontaire,blejp.
Spinola l'aisné, blefijé.
ESPAGNOLS.
CASTILLE.
Dom FélixVerra-terra, Lieti
tenant,tué dans le dernier
Ajiaut.
Dom Juan Melos, Lieutenant,
worf de maladiecausée
par les grandesfatigues.
Dom Juan de Barros, dange-
- reujement bieffé. Dora Juan Emanuel
,
Capi-
"J< taine,blessé.
JRRAGON.
Dom Emanuel de Cordoüa,
Capitaine, blejJé dangereusementaudernierAOàutd'un
coup de mousquet à la cuisse.
Dom IgnacioOurias. Il a eu
le coude cajpd'un coup de
c-
1-le Ca - mouflet au dernier AJfaurJ
& efl en d.tnver. - -
ALLEMAND.
Schesbelle
, ou Chaifeber,
Garde
-
Etendard, blessé.
Vous me demandez pourquoy
je ne vous dis rien de
particulier le mois passé de
Mr de Carnavalet, en vous
apprenant sa mort; ainsij'ajoûteray
aujourd'huy qu'il
estoit Fils de Messire Jean
d'Acigné,Baron de la Touche,
& de Dame Marguerite
Fluriot, heritiere de Carnavalet,&
Cadet dela Maison
d'Acigné, l'une des plusillustres
de Bretagne, & qui tire
son originedes anciens Comtes
de Rennes, que l'on croit
estre une branche des premiers
Rois de Bretagne.Mr leComted'Acigné Pere de
Madame la Duchesse de Richelieu
,est presentement le
Chef du Nom & des Armes
de cette Maison. Mr de Carnavalet
n'a laissé aucuns Ensans
de son Mariage.
J'oubliay de vous parler
dans le mesme mois de la
mort de Mrle Marquis de
Graveline. C'estoitunhomme
d'un très- grand merite
qui dés sa jeunessefut fait
Mestre
Mestre de Camp d'un Regimentd'Infanterie.
En 1642.
le feu Roy l'envoya en Portugal
,en qualité de Colonel
Generaldes François, pour
secourir le Duc de Bragance
qu'on venoit de mettre sur le
Trône. Il fit là de si belles actions
, que Sa Majesté luy
donna le titre de Marquis. Il
se signala encore en Catalogne,
& à laBataille de Lens
sous Mrle Prince.Quoy qu'il
ne fust que Cadet de sa Maison,
qui est l'ancienne& illustreMaison
de la Roque BudosdeGuyenne
,sa valeur&
ion mente l'éleverent aux
plus grands emplois,&le firent
entrer dans des alliances
tres -
considerables. Il époufa
en premieres Noces Judith
de Clermont, dont il eut
de tres -
grands biens; & en
secondes, Mademoiselle de
Bussi Paquier, C'est une personne
fort jeune, bienfaite &
spirituelle, &qui s'est acquis
par sa sagesse &par l'exacte régularité
de sa conduite beaucoup
d'effinie & de réputation.
Aussi Mrle Marquis de
Graveline luy a-t-il fait tous
les avantagesqu'il a pu. Ilest
mortâgé de 75 ans, &a laissé
une Fille qui n'en a que quatre.
MessireOmer-LouisVoisin,
Seigneur du Plessisaux
Bois, Conseiller au Chastelet,
est mort de la petite verole
au commencement de
ce mois. Il estoit Fils de Mr
Voisin Conseiller d'Estat,
dont presenrement Madame
de Lamoignon
,
Femme de
Mrl'AvocatGeneral,est Fille
unique.
Cette mort a esté suivie
de celle de Mrl'AbbéSiri,
- Historiographe du Roy. Il
avoit elle de la confidence
de feu Mrle Cardinal Mazarin,
& employé par luy en
beaucoup d'Affaires, auiIibien
que Mr l'Abbé Ondedei,
qui est mort Evesque de
Frejus. Il pouédoicFAbbayc
de Valmagne,qu'il resigna
il y a quelques années à Mr
le Cardinal de Bonzi
, avec
l'agrément du Roy,s'en estant
conservé le revenu. Il
avoit une grande connoissance
des Affaires generales
de l'Europe; aussi venoit-il
peu d'Etrangers de marque
en France, qui ne luyrendit
sent visite
; ce quiestoitcause
qu'on en voyoit souvent
famaifon remplie,aussi-bien
que d'Ambassadeurs & d'Envoyez.
Il est mort âgé de 77.
ans, après avoir donne au Public
plusieurs Volumes de
l'Histoirede ce Siecle
,
qu'il
a composez en Italien.
Madame Marin, Femme
de Messire Pierre Marin,Seigneur
dela Trousserie, Maître
des Requestes, est morte
environ dans le même tem ps*
Elle s'appelloit Catherine
Bouhier
,
& estoitveuve en
premieres Noces de Messire
BenigneJolly,Seigneurd'Escutigny,
Greffier en Chef du
Parlement, & des Etats de
Bourgogne.
J'ayaussi à vous apprendre
la mort de Dame Catherine
le Boullanger, Femme
de Messire Anne Pinon, Seigneur
Vicomte deQuincy,
Conseiller au Grand Conseil.
J'apprens tout presentement,
que Mr le Comte de
la Fare-la Salle, dontje vous
ay parlé dans quelqu'une de
mes Lettres, mourut le 20.
du mois palfé^d^ns une de ses
Maisons près de la Ville d'Alés,
Capitale des Cevenes,
après avoircité vingt jours
malade d'une retention d'urine
causée par la pierre. Il
souffrit pendant ce temps-là
d'extrêmes douleurs, avec
une patience presque incroyable,
&fit paroistreune
entiere fermeté quand on luy
vint dire qu'il falloit mourir.
Aussiavoit-il souvent affronté
la mort,pendant qu'il avoit
servy le Roy dans ses
Armées. Il y alla à l'âge de
treize ans; & ayant esté fait
ensuite Cornete de la Mettre
de Camp du Regiment de
Cavalerie de Mrle Maréchal
,e,le laMeilleraye,ilne fut long pas -temps sans se distinguer
; ce qui luy fit obtenir
une Compagnie, tirée dece
-Regiment par ordre du Roy
en 1647. pour estre incorporée
dans le Regiment de M'
le Cardinal de SainteCecile.
Sa Majesté voulant récompenser
son merite & ses services,
luy donna en 1653. un
Regiment de Cavalerie, vacant
par la mort de Mrle Baron
d'Alais, dont il épousa la
Fille. Ils'acquitbeaucoup de
reputation à la teste de ce
Régiment, qui fut reformé
en 1664. le Roy n'ayant pas
voulu conserverun si grand
nombre deTroupes entemps
de Paix. Il est mort dans sa
57. année, après avoir receu
tous sesSacremés avec beaucoup
de resignation, & a
laisse une Veuve avec treize
Enfans. L'Aisné qui a esté
Page chez le Roy, eH: à present
Capitaine de Cavalerie
reformé dans le Regiment
tie Villeneuve. Le second est
Capitaine d'Infanterie dans
le Regiment d'Enguien. Il y
en a un troisiémequi a esté
Cornete de son Frere, & un
quatrième Abbé; les autres
sont en bas âge. Mr le Comte
de la Fare de la Salle,estoit
OOnncclleeddeeMrv1rrllee Mlvlaarrqquuiissde - la Fare, Capitaine des Gardes
de Monsieur. Il portoit pour
Armesdeuxécusjoints&
accollez
ensemble
> au premier d'azurà
trois Flambeaux ou Farel;
d'orallumez degueule mis enpal ;
& pour brizeure de Cadet, un
lambel d'argent à trois pendans;
dqu'oirest de la Fare; ausecond
deux lyons affrontez desable
élewz ou rampans contre un
pin definopleJ qui est de Carru
-')
bis Baron d'Alais,Maison de
sa Femme
, avec la Couronne
de Comte, & deux palmes pour
supports.
A propos d'Armes, comme
vous avez des Amis curieux
de tout ce qui appartient
au Blason,vous pouvez
les avertir que le Sr Mavelot,
Graveurordinaire de Mademoiselle
d'Orleans, a inventé
& gravé un nouveau Livre,
dans lequel ils trouveront
differens Cartouches, Couronnes
, Casques
,
Lambrequins,
Supports & Tenans,
L'Authcur qui le debite chez
luy, Court-neuve du Palais,
aux Armes de Madame
1^
Dauphineest tres -
habile
dans toutes les choses- de
cette nature. Il n'y a rien
de mieux gravé que tous Ces,
Ouvrages. Il vend aussi deux
Livres de Chiffres, l'un à
doubles traits, ôc l'autre à
simples traits, avec le Chisfre
de tout l'Alphabet.
Je vous envoye une Medaillé
du Roy d'Angleterre,
que l'on a frappée depuis
son avènement à la Couronne.
Vous aurez sans doute
,.


entendu parlerd'un Miroir
ardent,qui faitd'autant plus
de bruit parmy les habiles,
qu'il passe pour le plus grand
qui ait jamais esté fait. Il a
cinq pieds & un pouce de
diametre
,
& l'on ne peut
rien trouver de si extraordinaire
dans ce genre. L'Academie
souhaitoit depuis
long-temps d'estre enrichie
d'un Ouvrage si considerable
,
& qui luyestoit absolument
necessaire pour arriver
àune connoissance parfaite
des effets que peut produire
la reflexion des rayons
du Soleil sur le Miroir ardent.
Sa Majesté qui prend
un foin tout particulier de
faire fleurir les beaux Arts
dans son Royaume
y
avoir
ordonné qu'on y travaillait,
mais l'execution en avoit
toujours paru si difficile aux
plus experimentez, que personne
n'avoir ose l'entreprendre.
Ce dessein, pour y
réüssiravec avantage,de
mandoitun génie aussiétendu
& aussi éclairé que l'est
celuy de Mrdela Garouste,
Gentil-homme de Quercy,
habitué dans la Ville de Saint
Ceré de la Vicomté de Turenne.
Ce qui eil: presque
incroyableyc'estqu'il ait pû
l'entreprendre, & qu'il soit
venu à bout de l'executer
sans avoir jamais , ny veu,
ny fait, ny veu faire de ces
fortes d'Ouvrages.Ainsi l'on
peut dire qu'il est du nombre
de ces Ésprits distinguez,
que la Nature favorise si libéralement
,
qu'elle fait en
eux comme une profusion
de ses lumieres, qui leur rendent
naturelles routes ces
belles connoissances que le
reste des hommes n'acquiert
que par une longue & laborieuie
étude. Quoy que la
grandeur de ce Miroir ait
fort étonné tous les Con-11
noisseurs, ils ont elle encore
plus surpris du polyadmirable
, & de la netteté entiere
& parfaite qui s'y rencontre.
Les plus petits Miroirs
qu'on ait veus n'ont pas le
mesme avantage. Quelques
soins qu'on ait apportez à
les finir, on n'en voit point
dont l'éclat ne soit terny par
quelque tache. Le mélange
des divers métaux qui en
composent la matiere,& qui
nesçauroient estrealliez sans
contracter des impuretez &
des ordures
J;
sembleen estre
une cause necessaire, & l'oà
n'en peut prévenir les facheux
effets, que par une intelligence
& uneapplications
toute extraordinaire.C'est
aussî par là que Mr de la Garouste
a méritéles louanges
& les applaudissemens qui
luy ontesté donnez de toutes
parts.. Vous-juelrez bien
quunOuvrage aussirareque
re sien ,..ettoir digne de pa^
roîstre dans la plus grande-
8c la ptcrs belle Ville du MOILde.
A peine l'eut-ilfiny;
que le bruit s'en répandit
dans tout le Royaume.Il vint
jusques à la Cour. Sa Majesté
en ayant elle informée par
Mr l'Evesque de Cahors,
luy ordonna de se transporter
à Saint Ceré pour le voir.
Il satisfit à cét ordre, & après
toutes les experiencesnecessaires,
il en rendit un témoignage
avantageux à Mr le
Marquis de Louvois, qui
toûjours appliqué à ce qui
regarde la gloire du Roy,
&cherchant sans cesse à enrichir
la CapitaleduRoyaume
de tout ce qu'il y a de
plus beau au Monde, envoya
eu mesme temps àMr
deGourgues,Intendant h
Limoges, l'ordre de lefaire
conduire incessamment à
Parisfit avertir Mr de la
Garouste de disposerles cha*
tes qu'il jugeroit necessaires
pour le transport. Comme
les cheminssont très-difficiles&
presqueinaccessibles,
&; que d'ailleurscetOuvrage
est d'une delicatesse achevée
)
il imaginaune machine
qui fut approuvéede roue: lemonde,pour le faire transporter
avec seureté1. Ctefls.t'
une espece d'Equilibre atta-
-.quil i bre ,,itta_
ché aux quatre moutons
d'un train de Carosse
, par le |
moyen duquel la charge
suspenduene auroitverire"r~
& reste toûjours dans sa meme
situation
y
de quelque
maniere que les roues tournent
;
soit qu'elless'abaissent
,
s'élevent
, ou se renversent;
soit qu'elles se trouvent
dans un panchant, ou
dans un lieu plein ouinégal.
On n'en sçauroit souhaiter
une preuve plus sorte que
l'experience d'unvoyage de
deux cens lieues dans des
chemins rudes, & dans un
Pays aussi difficile que le sont
les Moutagnes du Quercy,
& du Limousin qu'on a traversées.
Cette Machine pourroit
estre d'une grande utilité
, pour ce qu'on souhaite
depuis si long-temps, quiest
d'empescher quelesCarosses
ne versent,& de s'assurer
contre les dangers où sont
continuellement exposées
les personnes quise servent
de cesvoitures.L'Academie
,
des Sciences estant le centre
de tout ce qu'il ya de rare
& de digne de la connois.
sance des Sçavans, on y porta
ce Miroir si-tostqu'il fut
arrivé; & c'est là qu'on en
a fait plusieurs fois diverses
experiences qui les ont
surpris
, comme de fondre
presque en un moment toutes
fortes de métaux, verre,
brique, ardoise,& brifsr les
pierres les plus dures. Ses effets
catoptriques ne sont pas
moins remarquables. Il renversè
res especes ou images
des objets; illes agrandit,il
les diminue
;
il les éloigne, illesapproche en mille manieres
aussi différentes quagreables
en forte que
plusieurs personnes qui se
presententenmesme temps
à ce Miroir, sy voyent toutes
diversement representées
,
suivant leur differente
situation, & la différente reflexion
des especes qui varie
à chaque changement de
point de veuë. C'est ce qui
a donné lieu à Mr Blondel
de dire, qu'il avoit veu tous
les Miroirs du monde de
cette mesme nature,& qu'il
n'en avoit jamais veu un si
beau ny si parfait dans les
divers effets qu'il produit. Le
témoignage d'un homme si
sçavant
y
si universes ,Ôc^
qui a eu l'honneur d'enseignerles
Mathématiques à
Monseigneur le Dauphin,
joint a ce que Mrs de FAcademie
des Sciences en ont
écritsur leurs Registres,en:
un éloge qu'on ne sçauroit:
contester. Le rapport particulier
de ce Miroir avec léj
Soleil qui en est l'ame,adeterminé
Sa Majesté à le faire
placer dans l'Observatoire.
Quoy que cette Maisonfust
tres-celebre, soit parla map-
nificence
gnificence defes Bastimens,
»
soit par la fin si noble pour
laquelle elle a esté construite,&
quila destineuniquement
aux usagesd'uneScience
qui n'a que le Ciel pour
son objet, soit parce qu'elle
fera dans tous les siecles le
monument le plus authentique
de l'affection du plus
grand des Roys pour les
belles connoissances,il sembloit
qu'elle desirast cet ornemenr.
Aussi l'Illustre Mr
<
Cassini, cet homme incomparable,
queSaMajestéahonoré
de son choix, pour l'établir
dans ce Palais d'Astronomie,
comme celuy qui est
le Prince dans cette Science
,
s'etestimé si heureux
du riche Present qu'Elle faisoit
à l'Observatoire par ce
merveilleux Ouvrage,qu'il
a écrit dans les Pays Etrangers,
comme il la témoigné
publiquement en quelque
rencontre, que la France
pouvoit se glorifier d'avoir
maintenant le plus beau
Miroir qui fust au Monde.
Mr leComte deWielopolfKi
Grand Chancelier &Ambasfadeur
Extraordinaire de Pologne,
estantarrivé à Paris, il
y a environ un mois, y est
demeuréincognito,jusqu'à ce
que tout ait esté préparépour
son Entréepublique. Il la fit
le 17. de ce mois à Fontainebleau,
s'estant rendu à Moret,
où Mr le Maréchal Duc
deDuras, & Mrae Bonneüil
Introducteur des Ambassadeurs,
allerent le prendre
avec les Carrosses du Roy, de
Madame la Dauphine, de
Monsieur, de Madame,&
ceux des Princes ôcPcinceués
du Sang. Il arriva sur les cinq
heures aprèsmidy par la Heroniere,
accopagnéde vingtquatre
Estafiers, de douze
Pages à cheval, de deux
Trompettes, de deux Gardes
vétus à la Polonoise
, avec
des Haches, quimarchoient
à la portiere du Carosse,
de trente à quarante
Gentilshommes, tous vétus
à la Françoise, & de trois de
sesCarossesquiestoient fort
magnifiques. Il passa devant
la Cascade du grand Canal,
fit le tour du Parrerre du Tibre
,
Ôc fut conduit à l'Apartement
quiluy avoitesté préparé.
Il y fut complimenté
au nom du Roy par Mr le
f Duc de Saint Aignan
| , pre- mier Gentilhomme de la
s Chambre en année; au nom t de Madame la Dauphine par
r Mr le Maréchal de Belfnds
son premier Ecuyer; au nom
de Monsieur par MrleMarquis
de Chastillon premier
Gentilhomme de sa Chambre
; & au nom de Madame
par Mr de Grave Maiftrede
., la Garderobe de Monsieur.
I Le18.aumatin,ileut sa pre, *miere Audience publique du
r,
Roy, dansle Cabinet de Sa
; Majesté, & il l'eut ensime
,¡,
de toute la Maison Royale.
Il fut mené à ces Audiences
par Mr le Comte de Marfan
& par Mr de Bonneiiil, qui
avoient esté le prendre à son
Hostel, avec les mesmes Carossès
du Roy &de Madame
la Dauphine. Vous sçavez,
Madanie, que c'est toujours
un Prince qui conduit aux
Audiences, les Ambassadeurs
des Telles Couronnées. Il
trouva à la première Porte
du Chasteau les Gardes de la
Porte fous les ari-iies;les Compagnies
du Regiment des
Gardes Françoiles & Suiflcs
dans la Court; les Gardes de
la Prevoste au pied du degré;
les Cent Suisses sur l'Escalier,
& les Gardes du Corps fous
les armes. Il fut receu à la
porte de la Sale des Gardes,'
par le Capitaine des Gardes
de quartier, qui l'accompa,
gna jusqu'au Cabinet du Roy,
où il trouvaSa Majesté environnée
de tous tes grands Officiers.
Le 10. il eut Audience
particulière du Roy, & le
2.1.
il s'en retourna à Paris
après avoirelletraité, luv &
toute sa Suite, pendant tout
le sejour qu'il avoit sist à
Fontainebleau) avec beaucou
p demagnificence par
les Officiers de Sa Majesté.
Les Theatins continuent
tous les Mercredis leurs Prieres
pour les Morts,felon leur
usage en Italie. Elles commencent
par unDe prosundis
que ces Peres chantent; enfuite
on chante un Pseaume,
ou un Motet qui convient à
cette pieuse Instriturion.Un
Predicateur monte apre's en *
Chaire, & fait une petite
Exhortation d'un peu plus
d'un quart -
d'heure. Elle
e«l suivie d'un autre Motet,
après quoy l'on donne la BenediétionduS.
Sacrement. Il
y a de grandes Iudulgences
accordées par le S. Siege, à
ceux& celles qui y assistent.
Les Prédicateurs font tous
genschoisis;.& celuy qui fait
la Musique, & qui a pris ce
qu'il y a de plus excellens
Musiciens dans Paris, elt ce
fameux Romain Mr Laurenzani,
qui estoitMaistre de la
Musique de la seuë Reine. Il
ayoiteste dans les premières
e plus sameuses Chapelles
d'Italie, & seroit dansla
principale de Rome, si son
affection pour la France , &
plus encore un attachemeni
particulier pour le Roy, dont
cet excellent homme a connu
d'abord les qualitez merveilleuses.
ne luy avoient fait
negliger tout ce qui pouvoit
l'éloigner de ce grad Prince,
quelque avâtage qui pust luy
en revenir. Le grand monde
qui le trouve à ces Prieres,.
parque mieux que toutesfortes
d'Eloges, combien on est
satisfait de cette Musique.
Jenedoute point que vous,
n'appreniez avec beaucoup
de plaisir, que Mademoiselle
Bernard de Roüen, pour qui
îles galants Ouvrages qui ont
«[parud'elle vous ont donné
citant d'estime
, a fait Abjuration
depuis huit jours. Coinnme
elle a infiniment de l'ef-
1 prix, il est aisé de juger qu'elle
n'a renoncé aux erreurs où
à sa naissàncel'avoit engagée,
» ijuaprès une serieuse & lon-
R gue recherche de la verite.
Mais, Madame,il iR s'agit
plus de vous parler de la Con.
versîon des Particuliers,conmej'ay
fait dans la pluspart
de mes Lettres, il faut presentement
vous entretenir
descelledequantité de Villes
entieres. Lezele deSa Majesté
pour la gloire de Dieu, ôc
sa bonté pour tous ses Sujets;
l'ayant engagé à travailler
O \D, avec degrands foins au salut
des Ames de ceux qui étoient
nez dans la Religion Prétendue
Reforme'e,beaucoup des
principaux de cette Religion,
se font fait instruire
; & comme
ilsavaient plus de lumieres
& plus d'esprit que les autres,
ils ont eu aussi plus de
pénétration, pour reconnoître
que la seule Eglise Catholique
elt la veritable. Beaucoup
ont écrit les Motifs qui
;
les avoient en gagez à se convertir,
& je vous ay fait part
Touvent de ces beaux Ouvrages.
Les moins éclairez,
voyant les plus habiles d'entre
eux, & sur lesquels ils re-
Igloient leur créance, convaincus
des erreurs du Cal-
'viniime
",
se fontrendus en
foule, & voilà à quoy sont
deuës la plus grande partie
des Conversions que nous
voyons tous les jours. Cela
est si vray,que le changement
qui est arrivé dans toutelaVille
de Castres, est une
fuite de celuy de deux personnes
connuës de toute
l'Europe, par la force & par
la beauté de leur esprit. Ce
sont Mr Dacier & Mademoiselle
le Fevre sa Femme,dont
les Ouvrages sont si estimez
de tous les Sçavans. L'Abjuration
qu'ils firent le dernier
mois, de la Religion Prétenduë
Reformée, fut fuivie
de celle de beaucoup de
Personnes de marque, à qui
ces illustres Convertissent;
signer une Délibération de
rentrer dans l'Eglise Catholique.
Ces Conversions en j
attirerent d'autres, ôc c'est
par là que celles qui se font:
faites depuis en sigrad nomItre
dans toutes les Villes du
Languedoc ont commencé.
Vousle pouvezvoir par cette
Réponse queMrDacierafaite
àuneLettre de MrMitton,
dont le merite est connu de
tout le Inonde, & qui luy
uvoit écrit pour l'exhorter à
ouvrir les yeuxà la verité.
A Castres le'jj, Septembre 1685, LE S marques que vms me
donner de vostreAmitié
Jidonjieur3 me fontsi cheres &
siprecieusesJ que je riay pû lire
,sans des transports de joye la Lettre
que vous m'ave^ fait l'honneur
de m'écrlre. Je Juisçerfuadé - que celle que jevousécrisaujourd'hui
ne vous en donnera pas
moins j car elle vous apprendra,
que ma Femme & mey pommes
tres-bons Catholiques. Neus le
prions ilya plus de quatremois,
si nous neufjionsménagé les choses
pour rtndrenoflre Conversion
pinsagreable a Dieueau Roy,
& plusutile à noflre Pays.
Cela nous a heureusement 'reü{-
Jy;En nous déclarant,nous avons
olhgélaplus grande partie de
la Ville à nous suivre. Jeudy
derniernous leur flfmes (îgner une
Délibérationtrès-conforme a la
volonté du Roy. Cela entraîne
tout le resse
, & tout Caflres
fera Catholique dans quatre
joufs lon a jujetdeopérer que
ce bon exemple servira d'inftru-
Rion aux Vdles Toffres
, c
peut-eflremesme à tout le Languedoc.
Voilà,Monsieur
;"
la
plus grande nouvelle que vous
puijJiez recevoir. Si ce que nous
avonsfait pouvoit eflre de quel..
que méritéauprès de Sa Majefié,
nous souhaiterions que cela nous
fervifl a nous rapprocher de
vous.A4Femme Gn" moy regretons
extrêmement voflre Conversation.
Nous avonsplus de
besoin que jamais aavoir devant
les yeux les exemples de vojire
politesse ; mais quelque passion
que nous ayons pour cela3 nous
laissons cefoin a la Providence,
de peur mfouiller par des démarches
qui paroiflroient interef-
JeesJaplus fainte & la plus def
înteressée de toutes les Allions.
Faites-nous feulement la grâce
de vous souvenirtoujours de
nous & de nous écrire. Quand
on nous laissera dans nostre Retraite
, nous noferons nous en
plaindre, & nous aimerons toujours
un lieu où par la Benediélion
de Dieu nous avonsforte
de si bons fruits. Je fuis ,
Monsieur, avec tout l'attache,
ment pojjibie
,
Foflre}&c. )i
* 1
>* ".: Il y a par Apostille. Le
-seulOuvrageejue]aye de prcjl,
cess un petit Traitésur la Rcli.
gion. Je l'ttycomposé a mesure
%jueje travail/ois à meclaircir;
il m'a déjà servyy uuttiillement àà
lever les scrupules de ceux quise
font adressèz k moy.
HAVl--HJ Le 2. du mois pasle Mr
l'Evesque de Saintes s'estanc
rendu à Saint Jean d*Angely,
Ville fameuse par ses Rebel.
lions
,
& qui a esté longtemps
le Siege de l'Heresie
fit assembler les Religionnaires,&
leur ayant explique
les intentions du Roy,
touchant leur retour à l'Eglise
Catholique
,
il les assu- *ra que Sa Majesté useroit
toûjours de plus de douceur
à les porter à s'y reÜnir)
que leurs Predecesseursn'avoientemployé
de violence
pour les contraindre à
s'en separer
;
qu'ainsi Elle
vouloit bien leur donner des
marques de ses bontez
, en
leur permettant de s'assembler
pour reconnoistre l'erreur
qu'ilsavoient suivie
leurs Pcres , & eux depuis plus
d'un Siecle
,
& se faire instruire
des Veritez Catholiques
,
sur lesquelles des Personnes
tres capables les éclairciroient
de tous leurs
Doutes.Le 8. du mesmemois
ces Assemblées commencerent
par l'ordre de ce Prelat
,
qui se retirant à Saintes
où le grand nombre de Conversions
qui s' y
faisoient rendoit
sa presence necessaire
laissa ses ordres , au P. Dom
Anselme Clairé
,
Prieur de
l'Abbaye de Saint Jean, qui
fit aussi tost venir le Pere
Dom Laurent Faidy
,
fameux
dans les Controverses,
pour presider à ces Aiïèmblées,
en presence de M le
Lieutenant General
,
& des
autres Magiltrats de la Ville.
On demanda d'abord aux
Religionnaires la cause de
leur separation d'avec l'Eglise
Romaine, & ils furent
favorablement écoutez sur
toutes les difEcultez qu'ils
proposerent, dont ce zelé
Religieux
,
& le Pere Augustin
de Saint Jean d'AngelyCapucin,
tres-fameux
aussi dans les matières de
Controverse,leur donnerent
des solutions plus que susfisantes
; mais comme c'est
1-e caractere des Pretendus
Reformez d'estre opiniastres
à défendre leurs erreurs, Mr
Durand leur Ministre qui
parloit au nom de tous les
autres, témoignoit toûjours,
au moins extérieurement,
qu'il n'estoit pas convaincu
par les Réponses qui luy étoient
faites. Ces Assemblées
furent continuées huit jours,
foir &: matin dans le Palais;
& pendant ce temps,l'obstination
l'emportant toujours
du costé des Religionnaires,
le Pere Prieur de l'Abbaye
qui assistoit, ou quelque Religieux
de sa part, à toutes
ces Conferences, resolut
d'en avoir de particulieres
avec les plus attachez à la
SetÍe de Calvin. Il vit sur
tout le Ministre
,
& Mr le
Valois fameux Avocat dela
Ville, & l'un des principaux
du party, toujours sence en pre- de MrLambert,Lieutenant
General, & de Mf
le Maistre Avocat du Roy.
Il leur apporta de si puissantes
santesraisons qu'enfin illes
convainquit. Ceux-cy en
ayant attiré un grand nombre
d'autres, le Pere Prieur
fit sçavoir à Mr l'Evesque
de Saintes que tout estoit
disposéà une Reconciliation
generale, & qu'on ne faisoit
que l'attendre pour la faire.
Ce Prelat, si consideré
par son grand zele pour
le Salut & pour la Conversion
des Ames
,
se rendit à
S. Jean d'Angely le Dimanche
16. du mois. Il y arriva
à dix heures du matin
& alladescendreàl'Abbaye,
où le Pere Prieur luy rendit
compte de ce quis'estoit
paiTé. A mesme temps Mrle
Lieutenant General, &>'Mr le
Procureur du Roy
,
firent,
venir par son ordre Mr Du-»
rand Ministre
,
& quelques
autres des principaux Reli"
gionnaires dans la grande
Sallede l'Abbaye.Lors qu'ils
furent assemblez, Mr l'Evesque
de Saintes leur fit ravoir
de nouveau les volontez
de Sa Majesté, &
leur ayant representé d'une
maniere aussi honnesteque
douce ,l'obligation où ils
estoient. de s'y soumettre,
le Ministre prit la parole,
ôc luytémoigna au nom de
tous, qu'ils estoient fort resolus
de profiter des bontez
du Roy, & des instructions
salutaires qu'ils avoiét
receuës. Il donna la Declaration
qu'ilavoit projettée
avec ceux desonparty,&
sur quelque équivoque que
Mr l'Evesque y remarqua,il
es obligea de la reformer.
ls se rassemblerent pour ce- a, & après plusieurs conestations
des plus obltincz,
ls se déterminerentenfin à
faire toutes choses comme
on les souhaitoit d'eux. Pour
rendre cette Action plus solemnelle,
ils se trouverent à
deux heures après midy du
mesmejour au Palais, où
l'on alla processionnellement
en cet ordre. Mr Mathias
Bar, Curé Vicaire perpetuel
de la Paroisse,avec
quelques autres Ecclenafciques,
estoit precedé de la
Croix & de la Baniere. Le:
Pere Prieur de l'Abbaye 06
toute sa Communauté marchoient
ensuite, ayant M
FEvetaue à leur telle en habits
Pontificaux. Mrs les
Magistratslessuivoientvêtus
de leurs Robes de Palais,
avec un tres-grand concours
de peuple. Pendant la Procession
y on continua de
Chanter le Veni Creator que
quatreChantres de l'Abbaye
avoient entonnéau pied du
grand Autel, & on le finit
à la porte du Palais. Le Ministre
& les autres Religionnaires
, y attendoient M.
l'Evesquequileurtémoigna
sa joye de les voir dans de
si heureusesdispositions,&
leur demanda si c'estoit de
bon coeur qu'ils se refolvoient
à abjurer l'Herdie j
dans laquelle ilsavoient si
long-temps perseveré. Alors j
le Ministre & tous les autres
répondirent qu'ilsfai-j
soient cette Adion sans nulle
conrrainte
,
& d'autant plus
volontiers qu'on les avoit
convaincus de l'erreur où
ils vivoient. Cela estant fait
M. l'Eveique les fit tous
mettre à genoux,& après
qu'ils eurent abjuré par la
bouche du Ministre à haute
intelligible voix, ils furent
conduitsavec le corps
1
de la Procession au mesme
ordre qu'on estoit venu les
prendre, en; chantant les
Pseaumes
,
In exitu Israël;
SuperaBabilonis, & Miserere
mei Deus. La Procession
s'arrefta à la grande porte
de l'Eglise,& M. l'Evêque
de Saintes leur ayant fait
une Exhortation tres-touchante
, leur donna à tous
l'Absolution de leur heresie,
aprèsquoyils furent introduits
dans l'Eglise par ce
Prélat, qui entonna le Te
Deum. On chanta les autres
Prieres en action de graces,
& ils s'embrasserent tous
tant le Ministre que les autres,
avec desdemonstrations
de joye extraordinaires. Ce
qu'il y a d'admirable
,
c'est
que cette Ville qui a esté si
longtemps infectée del'heresie
,
& qui pendant plus
de vingt années n'avoit [out:
-
sert aucun Exercice de la
Religion Catholique, y elt
rentrée en huit jours par la
feule force de la verité,
sans que l'on air employé
nulle violence, chacun s'étant
fait instruire,&ayant
esté convaincu de ses erreurs.
La Ville de Montpellier
a suivy l'exemple de Saint
[ Jeand'Angely. La Deliberation
ya esté prise par ceux
de la Religion Pretenduë
Reformée, pour se convertir
en corps, & elle fut conceuLë
een ces termes. jour du mois de Sep':"-
rembrefNous eslans ajjem-,
blek par l'ordre de M. le Duc.
de Noailles
,
Commandant en
Chef dans cette Province
,
qui
tous a exhorte% de Juinjre les
bonnes inspirationsqu'il a plett
d Dieu de donnerd ceux qui fesontàcomme
nous, trouvezfeparez
tie la veritable Eg-par le
malheur de leur naijjance
y
@T
de répondre au zele& auxjàintes
intentions que le Royade voir
tous ses Sujets remis dans feuleReligion une ;Alous avons délibéré
sur cette matierey é'l' nous
avons creu ne pouvoir prendre
un meilleur party cjuedembrafi
ferlaReligionCatholique, Apofiolique
& Romainey que nos Peres ont quittée) renonçant à
toutes les erreurs contraires; En
foy dequoy Mous avons fîgné la
presenteDélibération
que nous
avons portée a M. le Duc de
Noailles
, promettant de faire
Abjuration quand il le trouvera
à-ptopos, dans les formes&en
la maniere prcfcrite par les Regles
de la Religion Catholique.
'--' Ces Conversions font deuës
aux soins de Mr le Duc de
Noaillesaussi-bien qu'àceux
de Mr le Cardinal de Bonzi,
de Mr l'Evesque de Montpellier)
& de Mrsde Baville,
& Daguesseau. Le concours
a esté si grand dans toutl'Evesché
de Montpellier, &
dans les Eglises où l'onrecevoit
les Abjurationsdesgens
de toutes fortes d'Etats, qu'-
on estoit quelquefois deux
heuresàattendre que les p1 1r,e- miers fisseent place aux autres.
La 1 u tres.La pluspart des Catholiques
furent obligez de ce- der la leur aux Convertis, le
premier Dimanche qui suivit laDélibération, tantcesderniers
vinrent en grandnombre
entendre la Messe dans
l'Eglise Nostre-Dame Apres cechangement général, M1- l'Evesque de Montpellieral- laàLunes&à Minguio, re- cevoir l'Abjuration de tous
ceux de ces Communautez
en Corps. SaintGilles,Sommieres,
5c plusieurs autres
Villes&Lieux voisins
, renoncerent
à l'Heresie dans
le mesme temps.
La Ville de Nismes ne doit
pas moins à M. le Duc de
Noailles, pour ce qui regarde
les Conversions que les
autres Villes dont je viens
de vous parler. Ce Duc y a
fait tout ce que le Roy attendoit
de son zele. Il a parlé,
il a pressé,ses raisons ont elle
vives; mais sa douceur, sa
conduite, & son exemple
n'ont pas esté ce qui a le
moins contribué à gagner
les Religionnaires. Il a travaillé
à convertir les Ministres
mesmees &ily a sibien
reiiflî, qu'ayant reconnu leur
erreurilsl'ontpreschée , pu- bliquement; & ce qu'ils ont dit,aprèsavoirestéconvaincus,
a rendu plusde quinze
mille personneà l'FCT]i(p
Mr le Maréchal Ducde
Duraspassant par Nerac
pour se rendre dans son Duché
de Duras,trouva beaucoup
de Peuple assemblé;&
en ayant demandé la cause,
il apprit que les Pretendus
Reformezdéliberoient s'ils
se rendroient Catholiques,
? & que mesme ils agitoient
> des Questions de Religion.
Comme il sçaitparfaitement
».celle de Calvin, parce qu'il
en a esté, il disputa, & leur fit
connoistre si clairement que
l'Eglise Catholique est la veritable
Eglise, qu'ils se convertirent
tous. Il fit la mesme
chose dansle Duché de
Duras, où par ses lumieres
& ses soins il ne reste aucun
Religionnaire. Un Obstiné
qui tenoit une Bible,luy
ayant fait voir un Passage,
par lequel il combattoit les
veritez de nostre Religion,
D
ce Duc prit la Bible, & layli
fit lire plus bas l'eclaircisse
ment de ce Passage. Le Reli-
gionnairè changea aulIi-tolHl,
desentimens, & plusieurs seil
convertirent aussi-bien que
luy.Lereste suivit.prelque.-)i
-aussi-tost. Mr de Durasarrivai
de Guienne, lors quele Roy v<
partit de Chambor pour Fon- tainebleau, & il asseura qu'illi
y avoit déja en ce temps-là il
cent quinzemille nouveaux XI i1ce.
Le Peuple estant assemblé
àMilhau,Ville de Roüergue, u
pourdéliberer s'il se convertiroit
ou nom, il y en eut qui
s'aviserent de se demander
les uns aux autres pourquoy
ils estoient de la Religion de
Calvin. - On foüilla juique
t dans l'origine, & l'on trouva
que la Ville estant autrefois
toute Catholique, ceux
; qui estoient du party contraire,
se trouvant avec une
Armée à leurs Portes, pen--
dant les Guerres Civiles que
*
la Religionavoitexcitées,les
avoient engagez à prendre
la leur; & il fut conclu ,que
l puis que ce n'estoit point par
une parfaiteconnoissance de
la vraye Religion, qu'ils a--
voient quitté celle de leurs
Peres, il estoit injuste de balancer
plus long-temps à -, y y
rentrer.
Le 2. de ce mois, il y eut il
une semblable Déliberation n
dans la Ville d'Alais. Mr le
Marquis de la Fare, Gouver- -1
neur de Biescou, & Mrdela
Fare Gaujac sonFrere,cy-de-À
vant Capitaine de Cavalerie,
qui y resident tous deux, es- J
tant entrez en négociation
avec quelques-uns desPre- -'
tendusReformez,pour les z\
engager à le soûmettre à la
volontédu Roy, leur apporterent
dès raisons si fortes,
qu'enfin ils les firent consentir
à s'assmbler pour déliberer
en Corps de Communauté
de se rendre Catholiques
Ainsi le jour que je viens de
vous marquer ,
ils firentune
Assemblée de tous les Chefs
de Famille, en presence de
Mrs de la Fare, & ceux qui.
avoient le plus de lumieres;
ayant entrainé les plus ob-.
stinez, la Déliberation fut:
prise
,
& signée conformément
aux intentions de Sa
Majesté
, par tous ceux de
l'Assemblée, au nom de tous,,,
les Religionnaires; après
quoy on députa deux des
principaux Habitans
, pour
l'aller porter à M. le Duc de
Noailles qui estoit à Nifines.
Cette Conversion a esté de
prés de quatre mille personnes,
en sorte qu'il ne reste
plus dans Alais que quelques
Femmes qui n'ont pas voulu
quitter si toit la Religion où
elles sont nées. b
Je ne puis mieuxvous apprendre
ce qui s' est passé en
Dauphiné,à l'égard des Pretendus
Retormez de cette
Province,qu'en vous faisant
part d'une Lettre qui m'a esté
adressée. En voicy la Copie.
A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT.
A Grenoble, le 6. Oâobre1685, V OM /oüez incejjammenï
noflre ÀugusteCiïlonarque
3 parce quincejjamment la
matiere vous y convie ; mais
Att!oüez, Monsieur, que parmy
tout ce qu'il fait, qui merite des
Eloges, Jes foins & sa vigilance
pour étoufferïHerefe dans
son Royaume, font des sujets
admirables pour les luy attirer..
Il fait comme ces Fils aiftez,
qui travaillentcontinuellement à
reparer les ruines de leur maison,
a remettre dans leur Famille les
biens disPersèz, à rappeller les
Freres é'garez, & à j&ûtenir
l'éclat de leur race. Comme il
est le Fils Asné de l'Eglise3
on voit bien qu'en cette qualité
il s'applique à redonner a cette
bonne Mere les Enfans quelle
avoit perdus, à les remettre en
estat de recevoir d'elle ses careiJes
er ses benedrélions, &
à leur inspirer l' obeissance &
le rtspt Et que les véritables Chrefiiens
luy doivent. On ne trouveplus
de rebelles ny d!obfline^;
toutes les Provinces retentirent
du bruit des Conruerfiensfyequentes.
Ce rieflplus cette France qui
se déchiroit eUe-mesme ; ce ne font
plus des Citoyens acharnez à Je
perdre ou à se corrompre; il n'y a
plus ny interess
3
ny politique, ny
ménagement;les violences& les
contraintes n'ont plus de heu ;
ce riefl iu"avec des femimens
de pieté & de connoissance que
les PretendusReforme^ courent
à la Religion de leurs Peres.
Ils ne se rendentquaprèsavoir
esté inflruits ; ils écoutent la gret..
ce> Ù enfin wut Je faitsi deu.
cement (t)si agreabtementJ que
l'on nentend parler, ny de promessesy
ny de bienfaits, ny de
recompensès, pour des changemens
aujJi jufles que jufquicy ils
o'ntparu difficiles. Je mefuis'volontiers
chargé de VQUâ apprendre
que cess de cette maniéré que ceux
de la Religim Pretenduë Reformée
de Dauphiné ont fait leurs
Conversions, & mesmepresque
par tout en Corps de Communauté.
Ceux du Bailliage de
Briançon ont commencé.Alonfizur
le Bret nostre Intendant>
qui
qui sejt trouve Jur les lieux3 a
admire ce zele, & l'a écrit avec
etonnement. En effet, quinen
auroit de voir les Kullécs de
TrageUa3 de j3uryras & de
Ceptnney où (peIne, on top,t
trouver trois ou quatre Maisons
Catholiques, teJire toutes Ja.ujourd'huy-,
cfy:voir triompher la
véritable Keligion^aprésquelle en Õ Ll 4 eslé bannie pendant un Siecle?
Quinze mille personnesy ontfait
leur Abjuration en moins de huit
jours. Le Bailliage d'Ambrun a,
suivy unfibelExernple.LaVillede
Dye,ou lHercfie avoittoujours
le plus triomphé. ne voit
plm dans Jon enceinte aucun
RclWionnaire,bien quily en eust
huit mille.Les Villes de Gap&
de Montehmart Je font rendues
en Corps de Communauté. Le
Bourg de Menei £n
Triéves,OH
depuis ftx''Vingt ans il riy a eu
aucun Catholique, en est aujourd'hui
remply. Mifoen}la(Jrave9
le Mont Délans
,
dans le Pays
d'oyfans,font revenus de rnef
me. Tout efloit plein d'Heretiques.
LaMurea qui estencore
un zrana Bourg5 Ci" ciont les
Habitans efloient a moitié de
la Religion Pretendué ReformiOe,#
en a plus aucun, &
J J tout cela s'eftfait dans le mois
de Septembre. La Ville de Romans
n-en a plus gueres. Quel
Prodige!Mais ilness jamais
d)obstacles pour les Viéloires de
Louis LE GRAND. Ses Conlquefles
pour le 'Patrimoine de Eghfe-} foqt auJF promptes que
- celles qu'il a-faites pourlefient
Je ne vous du rien encore de Grenoble
, où quantité de gens de
mérité3 de qualité (Ô?d'esprit3si
fontmjlruire.Jmfiiien.tofl fef
pere.yoKsfaÍrepàtt des)grades gjr
fameuses Conversions qui sy pre.
pwent.+Dejalefécond de ce mois,
JV,o~l.e,7.4JtcquescDq;dje/sfDeSeigneur de
Sahon, de Cbafleauneufù de
J\4a^amyConseiller au Parlement
de GrtnobleJ afaitabjuration.
lefuis, Monfi:ur,tojlrr,
&c.
ALLARD, ancien President
en l'Election de Grenoble.
On a eu avis que tous les
Pretendus Reformez de la
Ville deLoudun qui estoient
au nombre de trois mille se
sont aussi convertis. Je ne
vous dis rien de Montauban
ny des Villes des environs,
qui en se faisant toutes
Catholiques, ont precedé
ces Conversions.Onoublie
Jûcoft: à
*
present des miliers
de Convertis,qu'on,
ne faisoit autrefois une feule
personne. Ce qu'il y a d'admirable,
c'estque tous ceux
qui renoncent à Calvin,
-
ont gens éclairez des lulieres
de la Foy, qui reonnoissent
la verité
,
& qui
- rendant d'eux-mesmes iennent , en foule après des
éliberations autentiques &
olontaire,demander qu'on
esreçoive dans la veritable
Eglise.
La Ville de Chastelleraut
suivy l'exemple de Loudun
,
& tout s'y est converty.
Les Pretendus Reformez
des Villes voisines se
font instruire pour les imiter,
& tous les Matelots de
lacoste duPaïs d'Aunixau
nombre de quinze cens ont
embrasséla Religion Catholique,
aussi-bien que tout ce
quireftoit à Lyon qui profesfoit
la Pretenduë Reformée.
Tous les Chefs de ces Familles
qui se montoient à soixante
& dix, yont esté trouver
Mr l'Archevesque,& ont.
déclaré qu'eux &leur famille
estoient prests de renoncer
-
à l'Heresie de Calvin; ce
qu'ils ont signé, aprésquoy
ils ont tous fait Abjuration.
Jamais on ne vit tant d'union
qu'il en a paru en cette
rencontre , entre les Catholiques
Se ces nouveaux
Convertis;ils ne se rencontroient
point sans se donner
des marques de leur joye,
&sanss'embrasser. Tous les
Habitans de la Rochelle ont
fait aussi Abjuration à la reserve
de ceux de quatorze
Familles, dont plusieurs foiu
sur le point d'abjurer com-
• me les autres, s'ils ne l'ont
pas déja fait.
Le Pere Alexis du Bue
Theatin
,
qui depuis plusieurs
années a fait un fr
grand nombre de Conversions,
en a fait encore beaucoup
depuis quinze jours.
Voicy par quelles paroles il
finit sa Controverse le Dimanche21.
de ce mois, en
s'adressantaux Pretendus Reformez.
Enfans de la Terre ; Nouveaux
venus, qui a'VtZ presché
jujqxa present des Nowveautez
JcaxdaleuJes(èf des Dogmes inconnus
à toute l'ancienne Eg/ife;
qquuii nn'1a'Vez débité que des.fort- tdes. fo4-
ges & des calomnies
J
il efrtemps
de former la retraite) de changer
de ~f (~r de vous réunir
ail Corps de J. C. dont vous
vous esses (eparez avec tant din~
juflice. Toutes choses vous invitent
à cette réunion
,
le jifence de
l'Ecriture des Peres sur toi
.Ãrtl'cl. !..:::
A
Articles 1101,Il.; r;, rIl., 17,f-U i l& rric*uvtXifefcydevos
Minières qui vous trompent &
"(Jous seduisent depuis plus d"un
Siecle; l'exemple de vos Freres
qui rentrent en foule dans lE.
glzjè ; veflre propre Salut qui cft
impossible dans le Sclnfme ou vous
vive%.Ajouter atouscesMotifs
les Souhaits duplusgrand Ma-.
narque de la Terre, a qui vous
deveKtout accorder3puis qu'il ne sagit qau~e ddfev~oou~s~attirera la pro- ~r /?rcsession
de la ruerité. Dieu l'afitfl
citéen nosjours pour détruire l'He..
rejie dans le fein de fis Etats5
er pour y faire fleurir la feule
Jtisa£ aj4rt*ja a?er* 7?r»Lin *
—•— l''fU;,
veritMeReligionCatholique,
"¿r jy\jL. V '\V111-"1'{" j '1/1'1. aeflcl'uniqueReligion de tous
les Rays fis Àugufcs Predeces
feurs. Cess à frç pieds que ce
Aionflrefurieux dont les mouvemens
ont esté si violens & si
pernicieux a cette Monarchie,
va eflre dhbatu. Le-Ciel luy a
reserve cette gloire> & danspeu
par la rtdyjance}cette Jc-glise qui
se dit Rej-orrnee
,
qui a esle pendant
douze cens ans invijtble dans
l'Univers,Jeraheureusement invijible
en France. Que la pensée
d'une Aflionjiglorieufe,ogrand
Roy ! remplijje vojlre coeur de
joye. Dieu qui a pris plaisir a
vous revêtir de sa force pour une
si grinde entreprise3 fera Le Proteêîeur
de vostre Personne Sacrée
d'une maniere toute particu.
lirrc. Il vous comblera de Jes
faveurs, il étendra les limites de
vostreRoyaume
, en vous affitjettifJant
psr des Conquefîesglorhufes
ces. Notions Infiddes qui
t 'oublent le repos de ses enfans. Iii\
affermira Voflre Sceptre par /«\
nombre devos Descendans; /&\
élevera VoflreAuthoritépar deae
fus celle des plusgrands Monar..-,:
ques du Monde:Enfin tous lesi^
Ennemis de la Véritéferontdanne
l humiliation edans la douleur^
& le Peuple fidele & obeiflantlu
joiïiudun bon-heurquiferafuir-\
1y des Benediélions du Ciel.
Le Roy voyant que les
Conversions .augnlenroientJf
de jour en jour,que la plus
part des Personnes d'un eflJl:
prit solide avoient abjuré
& que la Tréve luylaissoit
un repos dont ses Ayeux
rm'avoient point joüy
, a en- fin donné un Edit qui porte
JIe dernier coup à l'Heresie.
Cét Edit défend de faire aucun
Exercice public de la
R. P. R dans le Royaume.
LaJustice des Motifs qui
:>ont obligé Sa Majeflé d'en
user ainsi
,
paroist évidente
dans le Discours qui luy sert
b d'avant propos, *& elleest
d'autant plus claire,que pour
J la persuader il n'a fallu qu'exposer
les faits sans aucun
raisonnement. Comme la
Vérité fait plus briller
il ce
Discours que les figures de)j
l'Eloquence, chacun de~3
meure d'accord que l'on n'aL',
jamais rien veu,ny de si prudent
ny de si juste.Voicy
les raisons qui y sont dé^-h
duites. '¡
Henry le Grand,Ayeul
de Sa Majesté, voulant eni'f.
pescher que la Paix qu'il a—i
voit procurée à sesSujets,
après les grandes pert-s2- qu'ilsavoientsouffertespar
la durée des Guerres Civiles xc
& Etrangeres, ne sult trou
blée à l'occasion de la
P. R.comme il eQoir arrivé h
I
sous lesRegnes des Roys les
Predecesseurs, regla par [on
Edit donné à Nantes au mois
d'Avril1598. la conduite
qu'on devoit tenir à l'égard
de ceux de cette Religion
Se les lieux dans lesquels ils
en pouvoient faire l'Exercice.
Il établie des Jugesextraordinaires
pour leur ad.
ministrer la Justice
,
& pourveutmesine
pardes Articles
particuliers A tout ce qu'il
jugea necessaire pour maintenir
la tranquillité dans son
Royaume, & pour diminuer
l'aversion qui estoit entre
ceux de l'une & de l'autre Religion
,
afin d'estre plus en
estat de travailler, comme
il avoitresolu de faire, pour
réünir à l'Eglise ceux qui s'en
estoient si facilement éloignez
; & comme il ne pût
effectuer son intention à cause
de sa mort précipitée, &
que l'execution de cét Edit
fut mesme interrompu pendant
la minorité du feu Roy
par de nouvelles entreprises
des Pretendus Reformez
elles donnerent occasion à,
les priver de divers avantages
qui leur avoientestéaccordez.
Neantmoins usant
de sa clemence ordinaire,
il leur accorda encore nouvel un Edit à Nisimes au
mois de Juillet 1629. au
moyen duquella tranquillité
ayant de nouveau esté
retablie, ce Prince animé
dumesme esprit& dumefme
zele pour la Religion
que Henry IV. sonPredecesseury
resolut de profiter
de ce repos, pour tâcher
d)execurer son pieux
dessein
; mais les Guerres
ellant survenuës peu d'années
après
,
& le Royaume.
ayant esté peu de temps
sans agitation, depuis i6tf.
jusqu'àlaTréve concluë
en 1684. avec les Princes
de l'Europe, il n'a pas
esié possible de faire autre
chose pour l'avantage
de la Religion,que de diminuer
le nombre des Exercices
de la pretendue Reformée
par l'Interdiction de
ceux qui se sont trouvez établis
au prejudice de la disposition
des Edits, & par la
Suppresion des Chambres
my parties dont l'Erection
n'avoit esié faite que par provision.
Dieu ayant enfin permis
que la France joiïilïè
dun parfait repos,& que
le Roy luymesme n'estant
pas occupé des soins de proteger
ses Sujets contre ses Ennemis,
ait pu profiter de cette
Trêve qu'il a facilitée dans
la veuë de donner son entie-
Te application à rechercher
Iles
r
moyens de parvenir au;
succez du dessein des Roys
IHeury IV. & Louis XIIL:
b dans lequel il est entré dés
>1 son Avenementàla Couron-
-
(LUe; Sa Majestévoit prefen-
~tement avec la justerecon-
-
noissance qu'Elle doit à
Dieu, que Tes soins ont eu la
fin qu'Elle s'estoit proposée,
puisque la meilleure & la
plus grande partie de ses Sujets
de la R. P. R. ont embrasse
la Catholique;& d'autant
qu'au moyen d'un si
grand nombre de Conversions,
l'exécution de l'Edit
de Nantes, &tout ce qui a
esté ordonné en faveur de la
R. P. R. demeure inutile;
Elleajugé qu'Elle ne pouvoit
rien faire de mieux pour
effacer entierement la memoire
des Troubles, de la
confusion, & des maux que
le progrez de cette fausse
Religion a causez dans le
Royaume, qui ont donné
lieu à cétEdit, & à tant d'autres
Edits & Déclarations qui
lot preceidée,où qui ont estéfaits
en consequence
, que
de le revoquer en
touteson
étenduë. C'estcequ'Ellea
fait par l'Edit dont je vous
parle, qui a estéenregistré
en la Chambre des Vacations
le 22. de ce mois.
Cet Edit revoque non seulement
celuy de Nantesdonné en
Avril1598. avec les Articles arrestez
le deuxiéme May de la mefme
année, & les Lettres Patenres
qui furent expediées sur ces
Artictes,mais encore l'Edit donné
à Nismes enjuillet 1629. que
Sa Majesté declare nuls, & comme
non avenus; ensemble toutes
les Concevions faites pard'autres
Edits,Declarations&Arrestsaux
Pretendus Reformez, dequelque
nature qu'elles puisssentestre en
consequence dequoy Elle veut& illuyplaist, quetous lesTemples
de ceux de la Religion Pretenduë
Reformée situez dans son Royaume,
Terres & Seigneuries de [on,
obeïssance, soient incessamment
démolis.
Il est défendu par ce mesme
Edità tous Pretendus Reformez,
depluss'assemblerpourfairel'Exercice
de cette Religion en aucunlieu ou
mùfcn particulière, fomquelque prétexte
que ccpu:[fi estre, mesme d'Exercicesréels
eudequand
biences Exercicesauroientesté maintenuspar
des ArrcJIs du Conseild'Etat
; £r à tous SeiTueurs de quelque
condition quils foiintydefaire l'Exercice
dâris leurs Maisons & Fiefs,
le tout à peine contre ceux quiferont
cet Exercice, de confiscation de corps
& de biens.
Les autres Articles sont, !Zflt
tous Ministres de lit Religion Pretendue
Reformée,sortirontdu Royaume
quinze jours aprés la publication de
l'Edit, sans y pouvoir jèjOUÍÍUf au
dd.1, ny pendant ce temps de quinzaine
faireaucun Presche, Ex hortation
ny autrt jonEfiOIJ) à peine des
Gaitrts.
J^ue ceux desMinistresquise convertiront,
continueront àjoüir leur
vie durant, & leurs Veuvesaprès
leur decés
,
tandis quelles seront en
viduité
,
des mefines exemptions de
Taille & Logement de Gens deguerre,
dont ils ont jouy pendantqu'ilsfaisoient
la fonction de Ministres; &
qtt'en outre Sa Majesté leurferapayer,
aujjileur viedurant,unepensionplus
forte d'un tiers que les Apointemens
qu'ils touchoient en qualitéde MinijfTes,
de la moitié de Jaquette Pension
leurs Veuvesjoüiront Iluffi aprés leur
mort, tant qu'elles demeureront en
viduité.
£hte les Miniflres convertis, qui
voudront se faire Avocats , ou prendre
les Degrés de Docteursaux Loix,
feront dijJfnjtz des trois ans d'étude
preferites par les Déclarations duRoy;
& quaprès avoirfubyjes Examens
ordinaires
ordinaires , ils Jiront reccw Docteurs,
s'ils en fontjugez, capables, en payant
feulement la moitiédes Droits que Po,%
a accoufttmé de percevoir de ceux
qu'on reçût en chaque Univerfi*.
Zue les Ecoles particulières pour
l'tnfirucïion des Enfans de ceux de la
Religion Pretendue Refermée,& toutes
les chofts généralement quelconques
,qui peuvent marquer une Concijfion,
quelle quelle puisse tfre
,
en
faveur de cette Religion,front dtfendues.
Jt>u£ les Enfansqui naiflrent des
Prétendu*Reformez, ^feront dorefiulsumt
baptisez, par les Curez, des Paroisses,
estantenjointaux Peres&aux
Meres de les envoyer aux Egltfes J
cet effet là, d peine de cinq cens livres
d'amende ; 6- que ces Enfins
(irontenfuite élever en la Ret;g>,,d,,
Catholique, Apoftotique & Romaine,
a quoy ilcfi ordonné tres-exprefémentauxJugés
des lieux de terni II,
main.
jÇhie ceux de lit Religion ?retendue
Riformée quifesontretirez, duRoyaume
avant la publication de cet Edit,
rentreront dans la poffission de leufs
biens, & en jouiront comme ils auvoientpufaire
s'ils y eBoienttoujours
demeure&
, pourveu qu'ils y reviennentdans
le temps de quatre mois du
jour de cette Publication;au contraire
que les biens de ceux qui dans oe temps
là de quatre mois ne reviendrontpas
dans le Royaume, demeureront confifquez,
en conjequence de la Déclara*
tion du 20. d'Aoufl dernitr.
Zue les Preter,dwReformez,eux,
leurs Femmes & Ensans, ne pourront
îortirdurayamrijc,njtriortcraiiieraf
uurs b"",s&effets,fouspeine des Galèrespourles
Hommes}&deconffcaiicn
de corps & de biens pour les Femmes.
J^ue lesDéclarationsrendues contre
les Relaps, feront executées jiLon
leurforme 6 teneur. Ue ceux de la Religion Prétendue
Reformée,enattendant qu'ilplau
Je 4 Dieu de les éclairtr comme les autres
, pourront demeurer dans les ViL
les & Lieux du Royaume,ycontinuer
leurcommerce,de/(Ûrs liens,
sans qu'on lespuijfetroubler
fefcher,fouspntexte ny cm- de leur Rclirien
Cet Edit ayant este publié le
jour mesme de l' Enregistrement,
on commença dés le lendemain à
démolir leTempledeCharenton.
Les Conversions estoient déja
tres- nombreusesà Paris, & il y
en avoit tous les jours presque
dans toutes les l'aroilies• & dans
beaucoup de Communautez;de
forte que chacun estant en mouvement
pour son salut,& plusieurs
se convertissant,ou se faisant instruire,
cet Edit, au lieu de produireaucun
des effets qu'on en
auroit pu craindre autrefois
, a
plûtost servy à ébranler les plus
obstinez
,
qu'à leur faire prendre
des fenrimens contraires à leur
conscience& à leur devoir. Ainsi
il y a lieu d'esperer que le reste
des Religionnairesde Paris,suivra
bien-tost l'exemple de ses Freres,
qu'il voit tous les jours courir en
foule aux pieds des Autels. On y
vient de voir Mrle Duc de Ri-
* chemont, Fils naturel du feu Roy
d'Angleterre. Il afait Abjuration
dans la Chapelle du Chasteau de
Fontainebleau,à l'issuë de la Messe
du Roy, en presencede Sa Majesté
& de toute la Cour,entreles
mains de Mrl'Evesque deMeaux,
qui luy fit un tres beau Discours
sur ce iujer.
J'apprens que Mr le Marquis
de Mirepoix s'est fort distingué
,4
par le zele qu'il a fait voir pour
la Conversion des Pretendus Reformez.
Comme il est extremément
aimé dans cette Province,
luy seul, c'est à dire, suivy de sa
feule Maison,sansaucun aurre secours
,
il a fait changer de Reli.
gion, par son éloquence, & par
la force de la vérité à tout ce qu'il y en avoir dans Mazeres
le Carla , , Saverdan, Lasbordes,
Savarat, Camarade, Mazdazil.
L'exemple, de ces sixVilles,qui
sont des plus importances de la
Province, a esté suivy detousles
Religionnaires des environs. Mr
de la Berchere Intendant de
Guyenne, qui alla joindre M'll
Marquis de MirepoixàMazeres,
seconda tres bien son zele. Mr
l'Abbé de Pailhez de qui cette
Villedépend, n'y fut
pas inutile,
& s'y comporta d'une maniéré
digne de luv. Je vous écriray le
mois prochain les circonstances
de cette grande Action.
Quelque difficile que foit la
Conversion des Heretiques,nous
en voyons aujourd'huy la France
presque entièrementpurgée. Ce
miracle est dû au zele, à la pieté,.
& aux foins du Roy,& il suffit que
ce grand Monarque vive pour
achever un si surprenant Ouvra- ¡
ge.C'est ce qui a esté parfaire:
ment bien representé parune Devise,
dont le Corps est un Soleil
arresté par l'ordre de Josué,com-
-
battant contre les Alllaiccites)
Ennemisdu Peuple de Dieu,avec
ces mots.
Stantem viftoriacertafequetur.
La pensée en est heureuse, & les
quatre Vers suivans l'expriment
d'une maniere également noble
& naturelle.
Contre les Ennemis envieux de si
gloire,
Du Soleil autrefois le Ciel fixa le
cours ;
NOMSflmmes feurs de la viBoire,
Si d'un autre Soleil il prolonge les
iguri.
L'Autheurde cetteDevise cft
un jeune Homme (ritialité, de
dix-sept ans, d'unesprit rare, & d'une application extraordinaire,
c'est le Fils aisné de Mrle Mazuier,
Procureur General auParlementdeToulouse,
dont le zele
pourles interests du Roy & de la
Religion estassez connu. Ilasoûtenu
avec applaudissement une de
ces Theses de universelles,que si peu sopersûonnets eentrnepreinnren.t de
Si je voulois attendre la fin des, Conversions, dont les nouvelles
me viennent de tous costez, je ne finirais point cetArticle. Je les remetsjusqu'au
mois prochain,dans
lequel temps j'espere queje vous entretiendray du changement de
tout ce qui reste de Calvinistes en France. Je croymesme qu'il y a déjà beaucoupplus de Villes en-*
rarementCatholiques que je ne
nous en ay nommé, l'empresse-
¡jfnt estant si grand à fc rendre,&
nouvelles des Abjurations qui
font en Corps, arrivent en si.
.'ivand nombre, que l'on en perd
memoire.
\4Mefïïre Pierre Camuset, Doccteur
de Sorbonne, Curé de l'E.
)"Ile Paroissiale de Saint Hilaire,
) Chapelain de l'Eglise de Paris,
foourut presque subitement le
mundy22demois. Ilavoiresté
disposé deux ou trois jours sans
aucune maladie qui parustconsiderable.
Les grandes charirez qu'il soit ,
le font extremément regretter.
MrJollain, Chanoine de
nûint Marcel, luy a succedé dans
nrtce Cure:
La premiere des deux dernieres
Emgmes dontlaFeüilledepapier
estoit le vra y mot, a esté expliquée
par Mr de la Huproyes de
Troye; Diereville, &duPelerin
d'Iquebu; levieuxTircis, Amant
des Belles ôc des Nouveautezde
la grand' Ruë de Chasteaubriand
en Bretagne; les deux Soeurs de
Clermont en Picardie l'Hermophile
d'Antiser la belle Nourriture,
& la petite Assemblée G. du
Havre.
La Vaindepapier estoir levray
mot de la seconde, & il a cfié,
trouvé par Mr Carrier de Roüen,
& par M1,c Cato du Boquet,de
Chartres.
Ceux qui ont expliqué l'une Se l'autre dans leur vray sens
,
font
Mrs l'Abbé l' Encour,delaVes- 1
fier, L. Boucher, ancien Curéde
Nogent le Roy) Avice de Caen;
Lepinay Buret de Vitre en Bre.
fitagnèy Lourderde la Place Maubert
; de Souveras; Alcidor; Gigés;
les Bergers de Tempe
,
du
Havre, le petit Colin
,
& le Riwal
du petit Colin de Pithiviers;
Mademoiselle Launay Bur7t; la
Ixhere de Lorme; & la Claire brumede
la Porte de Vitré en Bretagne;
Silvie, & la petite Assemblée
A. du Havre; la plusaimable
Brunette du petit Colinde
Pithiviers.
; Des deux Enigmes nouvelles
que je vous envoye, la première
test de Mrde la ChJi{e dieu, & la
Seconde de MrRault de Roüen.
ENIGME. EN certain temps de l'an,jeparoissicharmante
uneamitiéferte & constante,
Fortepour lors chacun a mesuivreen
ton* lieux;
Mais dans un autre temps ma fortune
efi petite.
On me laif/è
, on me fuit, tout le
monde me quitte,
Onpeutjugerpar la, si monfort efi heureuxi Et cependant rien ne mirrite,
Ce propos semble merveilleux,
je mqe turouvoe pyar tout,ou fay de-
Chacun, porte avec fil
,
la cause de
mon eflre;
£htand je fuis
, on me
*
voit, dansla
Ville & les Bois,
> Veux qui portent mon nom, jijfi.
rent en nature;
L'unfert-arecréer> 6, grand plaijîr
procure,
Vautrefert À manger, en différent
endroits.
AUTRE ENIGME. MA TeJle vaut mieux qu'ull
Tresor ;
un la pref/*eremcjm/1e a' if411Or ;
Mats quand des armes on apprefle,
Et que le fer en main on me fait
fhccomber,
,
On neme voitjamais tomber, ue pour brûler mon corps & maltraiter
ma Telle.
Battu de mille &.millecoups, SAns meriter tant de couroux,
A quelJort me dois-je resoudrese
Voyez, mon supplice nouveau, Avant que Centrer au tombeau,-
Ilfaut eflre réduit en poudre,
Et paffir par la jlamt
, Ayant pafê^
par L'eau.
Mais malgré monétrangefort,
Ne fuis-je pas digne d'wvie
,
Pi isque je donne tnC01 la vie,
A c ux qui me donnent la mort?
L'e sperance de se revoir libres,
ca la feule chose qui console les
Amansqui aiment des insensibles.
C'est ce que vous trouverez exprimé
dans les paroles du second
Air que je vous envoyé.
w



RNOUVEAU.
\ZJtlchagrin Iris,d'estre
tendre
m?on trouve un objetqui ne
,il/;1 jbas se rendre.
mjue vosyeux DM de beauté
7ft devenu cent fois funestes
iiàleJculefpçir qui me reste)
Ys d laJin mon coeurva vivre
m Liberté.
y de Boisfrantaesté pouryeu,
is peu de jours delaCharge
hancelier Chef du Conseil
1.o1:)sieur, dont la survivance
5. accordée en mesme temps
deBoisfrant sonFils,Maistre
equestes; & MrdeBecha- eu la Charge de Surinten
dant de la Maison de ce Prince,
qu'avoit cy-devant Mr de Boisfrant.
La Courest toûjours à Fontainebleau
,
où elle doit passer une
partie du mois de Novembre. Les
Chasses, les Promenades, le Jeu,
les Bals,la Muuguc, & les Comédies
Françoisès&Italiennes, y
fervent de divertissement. Le Roy
s'y trouve peu, & fait son unique
attachementdes affaires de
ion
Etat. On y a dancé un Balet intitulé
, LeTemple de la Paix. Le Sujet
4les Vers font de Mr QJnaut,
& la Musique de Mr de
Lully.Ce Baletaestétrouvead.
mirable, tant pour l'invention&
les Vers; que pour l'execution.
On en adéja donné plusieursRepresentacions,
& elles continueront
tant que la Cour fera à Fontainebleau.
Quant aux Amours de Venus à*
d*Adonis, qu'on a representez à
Paris, je vous avouë.; puisque
vous le sçavez, quej'ay faitcette
Tragedie avant que d'avoir commencé
à travailler aux Lettres
que je vous écris tous les mois.
C'estoitdansuntempsoùle langage
du coeur doit estre naturel à
tous les hommes. Ainsi l'on ne
doit pas s'étonner si cette piece a
esté trouvée si tendre. Elle eut
alors un fort grand succés, quoy
que ses machines ne fussent accompagnées
, ny de dances,ny
de voix. Cependant comme oa
a accoustumé d'en voir à toutes
les pieces où il y a du spectacle,
2c qu'elles paroissent nuës sans
cet agrément, on y a mis des intermedes,
dontla Musique aesté
faite par Mr Charpentier, quidepuis
beaucoup d'années travaille
avec succés à ces fortes de choses.
0,1 yaussi mésléunePlainte,quia
charmé tous ceux quil'ont ententenduë,
& qui se connoissent en
Musique. Les Comediens de leur
costé s'estant parfaitement bien
acquittez de leurs Roles
,
& en
ayant receu des applaudissemens,
en ont fait donner à la Pieçe; qui
après six Representations dans
une feule semaine, faisoit esperer
un assez heureux succés, sielle
n'eust point esléinterrompue par
le depart des Acteurs, qui furent
mandez à Fontainebleau pour le
divertissement de la Cour. L'accueilfavorable
qu'on a fait à cette
jil
îece, a engagé les Comédiensî remettre sur le Theatre le Mari:.,
ge de BachM, que je fis deux après les ans Amours de renUJ & d*A., dénis. Il s'y trouveunechosequi
ne s'est encore veuë que dans Amfinition,
c'est à dire, du Comique
mesleparmy le grandSérieux.Je
nedirayrien pour le défendre il
suffit deréûssir pourestre justifié.
Le Heros de cetre Piecen'est rien moins que ce que beaucoup de personnespensent, Bachusestant
marquédans la Fable commeun grand Conquérant, quidevoir: eitre toujours beau, toujours jeu.
ne, & tcûjours vainqueur J1vi orquesMachines qui fervedtàembellessment
à cet Ouvrage
ou l'on voitle débarquementd
ic-sitisdansl'IfledeNaxe,
avetoute
safuite; mais ion principal.
ornement consiste dans le grand
nombre d'Agrémens, qui estant
tous tirez du fond du sujec,ne sont
pas seulement dans les Entractes,
mais encore en beaucoup d'endroits
du corps de la Piece. Lors
qu'elle parutd'abord sur leTheatre
du Marais, la Musique en a.
voitesié Faite par le fameux Mr
Molière,qui travailloit autrefois
pour les divertissemens de Sa Ma..
jessé. Mais comme il a saluserestraindre
au nombre de VQix prescrit,
on a fait faire de nouveaux
Airs par Mr Laloüette, Elevede
Mrde Lully; & qui ayant toutes
ses manieres, doit avoir travaille
selon le goust du Public. vw» .¡J1'
.1 Je me souviensqueje vous promis
il y a un mois, de grands Ar*
(
ticles historiques qui ne sont point
• dans cette Lettre, mais ceux de
la Religion, après lesquels je pret
tendois leur donner place,s'estant
trouvez aussi longsquecurieux &
importans, je ne puis me difpen.
fer de remettre encore au mois
prochain, ce que je devois vous
envoyer des le mois passé
,
aussibien
que le détail de la nouvelle
que je viens d'apprendre, qui est
que Mr le Duc de Noailles parcourt
les Sevenes en convertissant
beaucoup de monde; qu'il ya déja
fait faire Abjuration à plus de
vingt mille personnes, & que de.
puis le sejour qu'il fait dans son
Gouvernement,on y compte cent
quarante mille convertis.
,
Je ne doute point n'ayez que vous déja appris la mort de MI
Courtin je remets au mois prochainà
vous en entretenir, aussibien
que de la trisse nouvelle qui si
vient de répandre une tristesse ge- si
nerale dans toute la France. Cet
article demande du temps pour, luy donner toute l'étenduë qu'il
merite. Je fuis, Madame,Vostre,
&c.
A Parti, ccsi- Offebre itiSflExtrait
du Privilege du Roy.
IPAr Grace & Privilege du Roy, donné à
RoCyhaville, le 18Juillet1683. Signé, Par ensonConseil, JuNourERES. Ilest
permis au Sieur DANNEAU,Ecuyer, Sieur Devizé, de continuer de faire imprimer, ven- iHre & debiterleLivre intitulé, MERCURE
GALANT, & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre, par tel Impirmeur qu'il
vwoudra choisir,Etdefenses sontfaites à tous Imprimeurs & Libraires, & tous autres, de
tiraire imprimer,vendre & debiter ledit Livre.
my graver aucunes Planches servant à l'ornement
d'iceluy, iec, ny mesme de le donner à pendant le temps & espace de dix années
entieres, le tout à peine de six mille livres l'amende contre les Contrevenans, ainsique
Içlus au long il est porté esdites Lettres.
Registre sur le Livre de la Communauté
JAUX charges & conditions portées, le 14. Septembre 1683. Signé, AlIHiOT) Syndic.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le