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1764, 03, 04, vol. 1-2
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Texte
426081
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
MARS
. 1764 .
Diverſité , c'est ma deviſe. La Fontaine.
LOUE
DE LAU
Cochin
Filius inv
Rapillen Sculp
1715.
THEQUE DELA
LYON
VILL
*
1893**
A PARIS ,
CHAUBERT , rue du Hurepoix.
JORRY, vis- à- vis la Comédie Françoiſe.
PRAULT , quai de Conti.
Chez DUCHESNE, rue Saint Jacques.
CAILLEAU , rue Saint Jacques.
CELLOT , grande Salle du Palais,
AvecApprobation & Privilége du Roi.

AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
Lutton , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'eft à lui que l'on prie d'adreſſer ,
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pourſeize volumes
, à raiſon de 30 fols pièce.
Les perſonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour ſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voiesque
laPofte pour le faire venir , & qui pren
dront les frais du port fur leur compte
, ne payeront comme à Paris , qu'à
raison de 30 fols par volume , c'est-à
dire , 24 liv . d'avance en s'abonnant
pour ſeize volumes.
,
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cidessus.
On fupplie les personnes des provinces
d'envoyer par la poſte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, refteront au rebut.
On prie les personnes qui envoyene
des Livres , Estampes & Muſique à annoncer
, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , ſe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a jufqu'à
préſent cent quatre vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
fe trouve à la fin du ſoixante-douziéme.
DE
LA
MERCURE
DE FRANCE.
MARS. 1764.
THEQUE
LYON
*
1893
*
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
SUITE de l'Histoire raiſonnée des
Difcours de CICÉRON .
Premier , Second & troisième Difcours
contre la LOI AGRAIRE , proposée
par SERVILIUS RULLUS , Tribun
du Peuple.
Les entrepriſes des mauvais Citoyens
contre l'Etat ne font jamais plus dan-
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE.
gereuſes , que quand ils ont l'adreſſe de
les couvrir du prétexte ſpécieux du bien
public. Le Peuple toujours eſclave de
quiconque ſçait le flatter , ſe prévient
en leur faveur; il adore en eux les pères
de la Patrie ; & les vrais patriotes qui
voient le mal, qui voudroient l'empêcher
, font toujours arrêtés quand ils
veulent y apporter reméde. L'Hiftoire
des trois Diſcours de Cicéron contre
la Loi Agraire , prononcés , le premier
dans le Sénat les deux autres
devant le Peuple , eſt une preuve des
difficultés que trouvent les plus grands
hommes à ramener les eſprits prévenus.
و
Ceux à qui l'Histoire Romaine eſt
un peu familière , ſçavent que la propofition
de cette Loi fameuſe fut fouvent
une cauſe & prèſque toujours un
prétexte de divifion entre le Sénat &le
Corps des Patriciens qui ne voulurentjamais
y entendre , & le Peuple animé
par ſes Tribuns qui n'avoit rien tant à
coeur que de la faire recevoir.
Le premier des Magiſtrats qui en conçut
le projet , Servilius Rullus, étoit un
de ces hommes hardis & entreprenans,
qui avec un génie médiocre , des vues
fuperficielles & un fond inépuiſable de
témérité , ſe croient capables de faire
MARS. 1764 . 7
de grandes choſes. Né dans une famille
Plébéienne ,il fut élevé dans les principes
de cette haine ordinaire à tous les Membres
de ce Corps contre l'autre.La puifſance
du Peuple n'éclatoit jamais davantage
que lorſqu'un ſeul mot ( a ) prononcé
par ſes Tribuns , arrêtoit ou fufpendoit
les arrêts & les délibérations du
Sénat. Jaloux de jouir de cette prérogative
unique dans l'Etat , Rullus n'oublia
rien pour parvenir à cette dignité.
Revêtu de l'emploi de Tribun du Peuple,
l'objet , de tous ſes voeux , il ne tarda
pas à éprouver juſqu'où pouvoit aller
fon pouvoir.
Chaque fiécle a produit ſes foux &
ſes folies . Eh combien le nôtre n'en at-
il pas fourni de preuves ! ... Quoiqu'il
en ſoit , Rullus embraſſa avec
ardeur la propofition de partager également
les fonds de terre entre tous
les Membres de la République ; idée
ridicule & dangereuſe , qui en ruinant
les fortunes des Citoyens , détruiſoit
le Commerce , affoibliſſoit les refſources
de l'Etat , & l'anéantiſſoit lui-même.
Cicéron , & avec lui tous les gens
ſenſés , fentirent bientôt toutes les fuites
( a ) VETO,
1
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
fâcheuſes qu'alloit avoir la loi propoſée
par Rullus ſi on l'acceptoit. Les Magiftrats
obfervoient alors la coutume d'aller
en grande pompe & ſuivis d'un
cortége nombreux facrifier au Capitole
le premier jour de Janvier de chaque
année. Cette cérémonie religieuſe achevée
, le Sénat s'aſſembloit ,& ceux qui
avoient quelque nouveauté à propoſer
au Peuple , venoient en faire part aux
Pères Confcripts , comme on les appelloit
alors . Rullus s'y trouva : ſon projet
excita l'indignation publique. Chacun
jetta les yeux fur Cicéron , l'interprête
ordinaire de tous les ſentimens
dans les grandes occafions. Ce fut alors
qu'il prononça ſon premier diſcours
contre la Loi Agraire , chef-d'oeuvre
d'élégance& de philoſophie ,où il prouve
avec autant d'éloquence que de ſolidité,
que recevoir le projet du Tribun c'étoit
épuiſer le tréſor public , abolir les
tributs , bouleverſer les fortunes des
particuliers , enlever en un mot à l'Empire
Romain tous les moyens de faire
la guerre avec gloire , & de jouir avec
tranquillité des fruits de la paix .
Terraffé par les raiſons convaincantes
de notre Orateur , Rullus ne renonça
pourtant pas à l'eſpérance de faire reMARS.
1764. 9
cevoir ſa Loi ; il crut que l'impudence
& l'opiniâtreté ſuppléroient
aux raiſons. Le Peuple fut affemblé
pluſieurs fois ; & l'affaire miſe en délibération
: Cicéron ne crut pas devoir
ſe taire. C'eſt dans ces circonstances qu'il
prononça devant le peuple ſes deux
autres diſcours. La gloire dont il ſe
couvrit en ramenant à ſon avis une
multitude prévenue & aveuglée , fait
mieux l'éloge de ces deux piéces & de
leur illuſtre Auteur que tout ce quej'en
pourrois dire ici .
ODE A LA PEINTURE,
Omnia transformat ſeſe in miracula rerum.
Virg. Georg. Lib .
TOI or que la mainde l'induſtrie
Grava ſur l'aîle du hazard ,
Peinture , heureux fruit du génie ,
Éclatante fille de l'art ,
Que ton temple s'ouvre à ma vue !
Mon eſprit parcourt l'étendue
Où brillent tes traits créateurs ;
Peins-moi ce que je dois décrire ,
Et furtout répands ſur ma lyre
L'éclat pompeux de tes couleurs.
Av
10 MERCURE DE FRANCE .
1
Sous tes pinceaux que voit-je éclore
Quel feu , quelle rapidité !
L'ombre s'imprime , ſe colore ,
Et ſe change en réalité .
Quel prodige anime la toile ?
L'Univers entier ſe dévoile ,
Tout ſe renouvelle à mes yeux :
Ton crayon avec énergie
Crée, raſſemble , vivifie :
J'embraſſe les temps& les lieux.
L'éclat , la force, l'élégance ,
La douceur , les grâces , l'amour,
Par une heureuſe concurrence
Décorent ton front tour- à- tour.
Ils vont par ton ordre fuprême
Au ſein de la Nature même ,
Ravir le germe des couleurs
Dont le précieux aſſemblage
Nous préſente une vive image
De ſes traits les plus enchanteurs.
Ton crayon enchaîne l'eſpace ,
Et par ſes ſublimes effets ,
Sur une légére ſurface ,
Trace& réunit les objets .
Mais que vois-je ? ta main hardie
Porte les couleurs & la vie
Dans le ſombre abîme du Temps :
:
MARS.. 1764 . II
4.
Arbitre de la Renommée ,
Tu viens , à la Terre étonnée ,
Montrer ſes anciens Habitans .
Par le charme de tes images ,
Les lieux , les Peuples & les, arts ,
Perpétués dans tes Ouvrages ,
Se ſuccédent à mes regards :
Tout renaît , & , par toi , les hommes ,
Retraçant au temps où nous ſommes ,
Leurs Loix , leurs uſages , leurs moeurs ,
Ont ſur tes aîles fortunées ,
Franchi le torrent des années ,
Pour revivre dans tes couleurs .
Que la plus profonde ignorance
S'éclaire de ton feu divin :
:
Le langage de l'évidence
Frappe , inſtruit , tout le genre humain.
Qu'à tes progrès tout s'intéreſſe.
Ah! qu'à juſte titre la Gréce
Voulut ennoblir tes pinceaux ,
Quand, vainqueur des bornes de l'âge ,
Ton art , honorant le courage ,
Immortaliſoit ſes Héros !
C'eſt lui dont le ſouffle rapide ,
Raſſemblant les mânes épars ,
Ranime une Armée intrépide ,
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
A l'ombre de ſes étendarts :
Qui nous peint le Dieu des batailles ,
Le fer , le ſang , les funérailles ,
Que fuit le char de la terreur ;
Là des ruines entaſſées ,
Plus loin des Cités embraſées ,
Le feu , le carnage & l'horreur.
Mais quoi , le ſpectacle du monde
N'eſt-il que celui de nos maux ?
O peinture ! ô ſource féconde ,
N'as-tu pas des plus doux pinceaux ?
Quand , par une amoureuſe adreſſe ,
La main même de la tendreſſe
Eut ébauché tes premiers traits ,
Ne vit-on pas celles des grâces ,
Colorant ſes aimables trâces ,
Hâter le cours de tes progrès ?
Rivale en tout de la Nature ,
Cequ'elle enfante de plus beau
Comme par une glace pure ,
Eſt répété par ton pinceau :
Ton art , comme elle inépuiſable ,
Me trace une figure aimable ,
Etdes objets moins incertains :
La reſſemblance eſt conſommée ;
Mon oeil dans leur ombre animée ,
Voit&diftingue les humains,
>
MARS. 1764 . 13
Partout tes couleurs adoucies
Arrêtent mon coeur & mes yeux.
Paroiſſez , images chéries ,
Qui me retracez mes ayeur .
C'eſt à toi , divine Peinture ,
A m'en conſerver la figure ,
L'air , l'abord & les propres traits :
Ils revivent dans tes ouvrages
Quand le cours rapide des âges
Nous les a ravis pour jamais.
Un nouvel éclat t'environne ,
L'agrément prépare tes fleurs ;
L'amour , pour former ta couronne ,
S'éxerce à broyer tes couleurs ,
Nous peint les champs & la fougère ;
Etdans les yeux d'une Bergère ,
Gravant l'empreinte des plaiſirs ,
Trace avec un crayon de flâme ,
Le coeur, les mouvemens de l'âme
Et l'image de ſes deſirs.
Tu me peins un ſéjour champêtre ;
La fraîcheur & l'émail des Prés :
Le jour qui me ſemble renaître ,
En développe les beautés :
J'entrevois les grâces de Flore ;
Le pinceau vermeil de l'Aurore
Trace la route du Soleil ....
14 MERCURE DE FRANCE .
Non , ce n'eſt plus une peinture :
C'eſt l'air , la terre , la Nature
Dans leur plus brillant appareil.
Un objet frapant , mais funébre
Vient encore s'offrir à nous .
,
وت
Quel pinceau , quelle main célébre
Peint les élémens en courroux ?
La mer , entr'ouvrant ſes abîmes ,
...... Engloutit ſes pâles victimes
Je tremble à l'aſpect de leur fort.
Je crois voir... je vois leur naufrage ,
Les vents , les vagues , le rivage ,
L'orage , la foudre & la mort !
!
C'eſt ainſi que ton art fublime ,
Sous un coloris enchanteur ,
A ton gré me frappe & m'imprime
L'amour , la crainte ou la terreur .
Partout le feu de tes ouvrages
Me réaliſe tes images ;
Je me tranſporte en tous les lieux :
Ton flambeau m'éclaire & m'enflâme ,
Mon eſprit , mon coeur & mon âme
Ont pris la place de mes yeux.
ParM. B.
راد
MARS. 1764. 15
A Mile ARNOULT.
O vous qui d'une âme ſenſible
Joignez l'inimitable accent
:
Au charme d'une voix & touchante & flexible !
Vous dont tout eſt intéreſſant ,
Des Syrènes , Arnoult , vous paſſez les merveilles
Et pour ſauver ſon coeur d'un charme impérieux ,
Vainement comme Ulyffe on bouche ſes oreilles ,
Si l'on ne ferme encor les yeux.
L
Par l'un des Dominicaux ,
MADRIGAL .
E triſte hymen voulut unir un jour
Sa deſtinée à celle de Lisette .
Mais il falloit l'obtenir de l'amour ,
Qui mit néant au bas de la requête.
Le pauvre Hymen en parut déſolé.
J'en fuis fâché , lui dit l'enfant aîlé ;
Mais à Lifette il ne faut plus prétendre ,
D'un autre amant elle a reçu la foi :
Elle eſt d'ailleurs & trop belle & trop tendre ,
Pour être à vous: je la garde pour moi.
Par M. LEGIER,
16 MERCURE DE FRANCE.
VERS en réponse à d'autres , où une
Dame étoit comparée à l'AURORE ,
& fon Epoux à TITON.
C'est lui qui répond.
ILL vVoOUuSsa plû dem'appeller du nom
Qu'eut autrefois le mari de l'Aurore .
Seigneur Abbé , ce beau titre m'honore :
Mais grand merci de la comparaiſon :
Point ne voudrois reſſembler à Titon .
Ainſi que moi connoiſſez l'avanture
Du jeune époux de la tendre Procris .
Vraîment pour moi je trouve heureux l'augure !
Et ne veux être immortel à ce prix .
Par le même .
COUPLET à Mde la Marquise de L...
fur un reproche fait à l'Auteur.
JUSQU'ICI j'ai craint la Raiſon ,
Et j'étois excuſable ;
Mais Eglé trouve la façon :
De nous la rendre aimable.
MARS. 1764. 17
Sans le pouvoir de ſes attraits ,
Je ſerois raiſonnable.
Je deviens plus fou que jamais ,
Et je ſuis pardonnable.
ParM. le Comte de Vo .. Capitaine de Cavalerie.
VERS à un Officier fort eſtimé , dont
la taille eft peu avantageuse.
PAR un caprice, la Nature
Sans proportion le forma s
La plus grande âme elle plaça
Dans un corps fait en mignature.....
Elle y doit être à la torture.
Par lemême.
:
:
MADRIGAL.
Pour s'amufer , les Dieux un jour
Dirent entr'eux : formons la plus belle âme
Qui ſe ſoit vue au terreſtre ſéjour ,
Et nous la donnerons à la plus belle femme.
Bon ! dit Jupin , ce chef- doeuvre eſt là-bas ,
Et pour le créer ſeul , je fus aſſez habile.
Eh ! vraîment , nous n'y penfions pas ,
C'eſt la charmante D........
FEUTRY.
18 MERCURE DE FRANCE.
LA SURPRISE DE L'AMOUR,
CONTE ,
Qui n'en est pas un.
و
Fatime
DANS un de ces Châteaux charmans,
voiſins de la rapide Loire
depuis quelques années voyoit naître
& finir le jour dans le ſein de la plus
douce tranquillité. Une mère qu'elle
adoroit , & à qui elle devoit ſeule la
plus parfaite éducation ,& tous les plaifirs
qu'une heureuſe aiſance procure , partageoient
les premiers jours de fon
printemps..
La jeuneſſe & la beauté de Fatime
étoient ſes moindres charmes ; mille
grâces réunies dans toute ſa perſonne ;
des connoiſſances au-delà des bonnes ordinaires;
une douceur, une aménité, une
franchiſe inaltérable dans le caractère ,
formoient un enſemble de perfections
qui lui concilioient tous les fuffrages.
Fatime n'ignoroit pourtant pas le pouvoir
de ſes charmes ; on lui avoit dit
mille fois qu'elle étoit belle : mais ces
hommagés ſouvent mal amenés , &
MARS. 1764 . 19
,
prèſque toujours monotones n'avoient
pas plus touché ſon coeur , que flatté
ſon amour-propre. Ennemie de l'ombre
même de la coquetterie , Fatime ne
cachoit point le peu d'impreffion que
faifoit ſur ſon coeur cette foule de
Vers , de Madrigaux , de Chansons ,
de Bouquets , & de tous ces autres
petits hommages , où l'eſprit & le défir
de plaire ont communément plus
de part , que le ſentiment. Aucun de
ſes admirateurs ne paroiffoit être , &
n'étoit en effet préféré : tous ne pouvoient
qu'applaudir à la beauté de fon
âme ; tous ne chantoient à l'envi , que
fes attraits & les grâces , qui accompagnoient
ſes moindres démarches.
Fatime ſe flattoit enfin de ne jamais
connoître l'amour : contente de l'admiration
qu'elle faifoit naître ; enchantée
de l'encens qu'elle recevoit de tous
les êtres ſenſibles , ſon âme ne ſe formoit
l'image d'aucun autre bonheur ;
lorſque Alcidor jeune aimable &
modeſte lui fut préſenté comme le fils
d'une amie chèrie de ſa mère. Ce titre
qui le mit à portée de voir ſouvent
Fatime , les éclaira bientot fur leur
mérite mutuel ; & l'uniformité de leurs
connoiſſances , de leurs goûts , de leurs
,
20 MERCURE DE FRANCE.
1
ſentimens , ne fit que reſſerrer de
plus en plus des noeuds qui ne leur
parurent être d'abord que l'ouvrage
d'une tendre & fimple amitié.
Un fentiment plus vif , que tous
ceux qui l'avoient agitée juſqu'alors ,
ne permit bien - tot plus à Fatime de
ſe diffimuler à elle même toute la préférence
qu'elle accordoit à Alcidor fur
ſes autres amans.Mais loin d'être effrayée
d'un ſentiment fi nouveau pour elle ,
Fatime s'y livra avec d'autant plus de
confiance , qu'elle en jugeoit l'effet
moins dangereux. Ces jeunes amans ,
( car ils l'étoient en effet ſans le
ſçavoir ) vécurent aſſez longtemps dans
cette douce fécurité ; rien ne troubloit
leur union ; chaque inſtant au contraire
ſembloit la refferrer: les goûts, les plaiſirs
deFatime étoient toujours ceux d'Alcidor;
un ferin étoit pour lui l'objet le plus intéreſſant:
c'étoit l'éléve de Fatime ; & il
ne quitta l'oiſeau qu'après lui avoir
appris l'air , qu'il ſçavoit plaire le mieux
à cette aimable fille. Petit -fils ne fut
plus un Serin ordinaire ; il devint , grace
aux foins d'Alcidor , le plus charmant
de tous les êtres de fon eſpéce chaque
jour Fatime s'embelliſſoit de mille
fleurs nouvelles qu'Alcidor avoit ſoin
...
MARS. 1764. 21
de lui faire remettre ; quelques vers accompagnoient
ſouvent ces nouveaux
hommages.... Le couplet ſuivant fera
moins juger des talens Poëtiques d'Alcidor
, que du ſentiment qui les lui inſpiroit.
:
*AIR.
Fleurs , qui de l'heureux Printemps
Nous offrez la douce image ,
Aux attraits les plus charmans
Allez rendre votre hommage ;
Embelliſſez le ſein
De celle que j'adore ,
Al'éclat de ſon tein
Joignez le vôtre encore !
.....
Mille galanteries de ce genre décélérent
bientot aux yeux de Fatime , Alcidor
& fon amant Un retour
cruel qu'elle fit ſur elle- même ; un éxamen
profond de la ſituation actuelle de
ſon coeur , tout lui fit connoître que
ce qu'elle ne croyoit d'abord qu'une
fimple préférence , étoit un ſentiment
beaucoup plus vif, infiniment plus tendre.
Allarmée d'une découverte que
* Ce Couplet peut se chanterſur l'Air : J'aime
unc ingrate Beauté , &c.
22 MERCURE DE FRANCE .
fon peu d'expérience lui faisoit paroître
plus inquiétante encore , Fatime ſe dé--
termina à fuir tout ce qui pouvoit lui
rappeller le ſouvenir d'Alcidor. Petit -fils ,
ne repoſe plus ſur ſon ſein d'albâtre ;
ſes lévres raviſſantes ne preſſent plus
le petit bec de l'animal charmant ;
les cheveux de Fatime ne font plus
ornés des fleurs d'Alcidor ; ſa voix
ceſſe d'exprimer les chanſons délicieuſes
que cet amant lui avoit appriſes : enfin
Fatime livrée à la mélancolie , craint
juſqu'au nom même de l'Amour !
Alcidor , étoit encore trop jeune pour
pénétrer bien clairement les raiſons d'un
pareil changement ; cependant la mélancolie
de Fatime augmente chaque
jour; cette gaîté charmante , le véritable
fond de ſon caractère , eft remplacé
par des inquiétudes que rien ne
peut calmer.
Ces deux amans enfin ſe fuyoient
machinalement ; chacun d'eux ſe flattoit
, ou du moins s'efforçoit de vaincre
un penchant qu'ils ne pouvoient plus
ſe cacher.
Un petit bois voiſin du Château
où le hazard les conduifit tous deux ,
leur facilita l'occafion de s'expliquer
fur leur fituation mutuelle ; on préfume
MARS. 1764. 23
quel dut être leur embarras réciproque ,
& furtout celui de Fatime. Tous deux
baiſſent les yeux , rougiffent , tous
deux reſtent muets. Alcidor cependant
qui ſe raſſure par degrés , oſe en
balbutiant , demander à ſon amante ,
quelle peut être la cauſe du changement
dontellele voitgémir ? ...Arrêtez ! s'écria
Fatime , vous devez le ſçavoir ; vous
le ſçavez ; j'en fuis certaine.... Mais ,
ou rompons dès à préſent; réſolvez-vous
à ne me voir jamais ; ou jurez-moi que
plus digne de mon eſtime,vous imiterez
mes efforts pour vaincre des fentimens
dont les ſuites m'effrayent .... ne ſoyons
plus l'un à l'autre que ce que nous étions
lorſque nous nous ſommes connus ;
lorſqu'avec moins de familiarité , nous
jouiſſions ſans trouble & fans remords ,
du plaifir de nous voir , & de nous
entretenir..... C'eſt un ami que je cherchois
, que j'avois cru trouver en vous.
Bornez - vous à ce titre ; ou renoncezá
me revoir jamais .
Oui ! je vous le promets , cruelle ,
s'écrie le tremblant Alcidor , en tombant
aux pieds de Fatime.... quelque
malheureux que je fois .... du moins je
vous verrai Oui , Fatime , raffurezvous
: votre amant ; que dis- je , votre
....
24 MERCURE DE FRANCE .
...
ami ne connoît rien qui puiſſe l'éffrayer ,
dès qu'il s'agira de vous plaire ... Oui !
je vous cacherai les traces mêmes de
mes pleurs... Vous redoutez l'Amour ? je
ne sçaurois abſolument vous condamner
; nous dépendons tous deux de nos
parens. Mais ſi vous connoiffiez ....
N'importe ! je ne veux point troubler
votre repos ... je ſçaurai tellement me
contraindre , que jamais mon Amour...
non ,jamais ( du moins fans votre aveu )
ne paroîtra , n'éclatera . Ceffez donc
d'en parler, interrompit vivement Fatime
; eſt- ce à nous , eſt ce à notre âge
qu'il eſt permis de s'y livrer ? Nous , que
peut-être nos parens ont déja deſtinés
àdes alliances contraires ? ... Alcidor ,
vous ferez toujours mon ami ; je vous
jure une eſtime .... Une eſtime ! ( reprit
Alcidor) une eſtime ? ..... quoi Fatime
oublie-t- elle déjà , que l'amitié la
plus tendre ? ... Non , je noublie rien
( lui dit en ſouriant Fatime , ) ſongez
à vos promeffes ; & foyez toujours für
les miennes.
Ces deux amans très - contens l'un
de l'autre , tout en ſe félicitant de leur
nouvelle réſolution , reprirent bientot
leur première gaîté & par conféquent
leurs premiers plaiſirs.
Pett
MARS. 1764. 25
9
Petit-fils ne prononça plus que rarement
, Je vous aime , qu'Alcidor
avoit eu tant de plaifir à lui apprendre.
En ceſſant de le lui répéter , le petit
animal ceſſa de le dire , ou du moins ,
c'étoit fi foiblement !... fi foiblement ! ...
que bientot Fatime, ne l'entendit plus.
Alcidor lui préſentoit ſouvent des
fleurs ; mais la main de l'Amant ne ſe
remarquoit plus dans le choix , dans le
goût , dans la variété de leur mêlange
; ſes vers même ne célébroient
plus que les prétendus charmes que
pouvoit offrir une ſimple amitié , fou
ventmême l'indifférence: temoins ceuxci
dont Fatime affecta de faire la Mufique.
*AIR.
Amour , je brave ta puiſſance ,
Que l'indifférence
A d'attraits ! ....
Non , non , je n'aimerai jamais ,
Et je ne crainspoint ta vengeance.
Garde tes traits ,
Ils ſont ſans effets
Sur mon âme ! ...
* Ces paroles se peuvent chanter fur cet Air ft
tonnu d'un ancien Opéra : L'Amour est un Enfant
timide , la ſévérité lui fait peur, &c.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Non , non , je n'éprouverai jamais ,
Non jamais
Je n'éprouverai ta flamme.
Le ſouvenir de leurs fermens les
✓ contint quelque temps dans les bornes
qu'ils s'étoient preſcrites. Mais chaque
jour altéroit ce ſouvenir : l'Amour fous
le maſque de l'amitié , ne s'infinuoit
que d'autant plus dans leur coeur ; &
chaque effort qu'ils croyoient faire ,
pour l'en éloigner , nel'en rapprochoit
que davantage.
Fatime ne trouva bientot plus de
goût , plus de fineſſe dans des Chanſons
qui ne peignoient que les charmes imaginaires
d'une froide indifférence. Les
bouquets que lui offroit Alcidor , cefferent
de la flatter. Déjà l'ennui s'empare
de ſon âme : déjà l'incarnat de fon
teint exprime par ſon altération , le
trouble & l'inquiétude de ſon coeur !
Alcidor inſenſiblement entraîné par le
charme irréſiſtible d'un pouvoir enchanteur
qu'il ne lui eſt plus permis de
combattre , redevint par degrés plus
tendre , plus attentif , plus aimable
encore qu'il ne l'avoit été ; Petit-fils ,
redit avec plus de charmes que jamais ,
je vous aime ; Fatime ſe trouva de jour
...
MARS. 1764. 27
en jour moins triſte : tous deux enfin
ſans prèſque s'en appercevoir , en cefſant
de combattre un penchant qui les
forçoit de ſe livrer de bonne foi à leur
tendreſſe mutuelle , cefferent de rougir
dupeude ſuccès de leur première réfolution
, & s'affermirent intérieurement
dans celle de s'aimer toujours.
La tendre Fatime , ſans manquer à
ce que la ſageſſe la plus auſtére lui
pouvoit preſcrire , laiſſoit quelquefois
entrevoir à ſon amant une partie des
ſentimens dont fon coeur étoit rempli.
Momens délicieux ! .. Alcidor , moins
contraint , plus vif , plus pénétré de
fon bonheur ne laiffoit échapper
aucune occafion de mieux prouver
toute la tendre vivacité de ſa flame . Ce
fut ſans doute dans un de ces inftans
précieux , qu'Alcidor fitles couplets que
,
voici.
AIR.
Le jeune Objet que j'adore ,
Sans exiger de retour ,
Eſt plus charmante que Flore
Et plus belle que l'Amonr ! ..
Si Paris eût vû ſes charmes ,
Vénus n'eût point eu le prix;
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Son coeur en rendant les armes
Eût couronné mon Iris ..
:
De ſa gorge raviſſante
Rien n'égale la blancheur ;
De la roſe encor naiſſante-
Sa bouche offre la fraîcheur .
Dans tous les coeurs elle inſpire
Mille defirs , mille feux ;
Et mon Iris d'un ſous-rire ,
Peut captiver tous les Dieux.
Quand Iris dans nos boccages
Vient répéter mes chansons ,
Les oiſeaux par leurs ramages.
Tâchent d'imiter ſes ſons ;
L'Onde par un doux murmure ,
Semble exprimer ſa gaîté ! ...
Tout enfin dans la Nature ,
Rend hommage à ſa beauté.
Mais ces inſtans délicieux , ce bon
heur pur & raviſſant , dont s'enyvroient
leurs âmes devoit bientot éprouver un
revers , dont la rigueur leur ſeroit
d'autant plus ſenſible , qu'ils croioient
moins devoir le redouter.
Un jour que Fatime ſembloit répéter
avec plus d'attendriſſement que de
MARS. 1764. 29
coutume , un air charmant qu'Alcidor
venoit de lui apprendre.... Que fignifie ,
lui dit ſa mere , cette vive expreffion
de ſentimens que je remarque depuis
peu dans votre façon de chanter? cette
moleſſe dans les inflexions , & cette
efpéce de délire où je ne reconnois
plus ma fille ? ... Parlez Fatime : ouvrez
votre âme à votre mère ; voyez
toujours en elle votre amie ; ou craignez
d'être moins digne d'être la fienne.
Fatime , à ces mots , tombe aux pieds
d'Araminte ; le trouble de ſes yeux , la
pâleur qui fuccéde aux roſes de fon
tein, tout peint à cette mère la beauté,
la franchiſe & la ſenſibilité de l'âme de
ſa fille. Fatime n'a point recours au
menfonge pour lui voiler ſes nouveaux
ſentimens : la plus légére excuſe ſeroiz
criminelle à ſes yeux ; elle avoue en
pleurant fa foibleffe , & n'en déguiſe
ni l'origne ni les progrès. Ce n'eſt que
pour en obtenir le pardon , qu'elle
reconnoît toute fon imprudence ; que
pour mériter de nouveau l'indulgence,
& la tendreſſe de ſa mère ; que pour
recevoir d'elle enfin les conſeils dont
elle fent toute l'importance & la néceffité.
Araminte , qui dès long-temps
s'étoit apperçue des progrès d'une paf-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
fion qu'elle defiroit de rendre heureuſe
, & qui n'avoit d'autre but, que
de s'affurer du fond qu'il étoit poffible
de faire fur la conſtance & la ſolidité
des feux de ces jeunes amans ; Araminte
emportée par le ſentiment , tombe à fon
tour dans les bras de ſa fille , la preſſe
contre ſon ſein , mêle ſes larmes aux
fiennes , & ne fait plus myſtere du
plaifir que lui fait l'Amour d'Alcidor.
Ma fille , ajouta-t- elle , Alcidor , eft
un parti convenable pour vous : mais
les hommes n'affectent que trop fouvent
des paſſions qu'ils ne reſſentent
point ; la plupart cédent à l'attrait du
plaifir , ou à ce goût d'intrigue & de
ſéduction qui les domine prèſque tous.
Quels garants avez-vous de la candeur ,
de la durée des ſentimens de votre
amant ? .... Ah ! ma mère , tout me
répond de la franchiſe & de la tendreſſe
d'Alcidor ... A la bonne heure ( reprit
la mère ) : mais laiſſez-moi le plaiſir de
m'en convaincre par moi-même ; cette
précaution eſt auſſi néceſſaire à mes
deſſeins , qu'indiſpenſable pour affurer
votre bonheur. J'exige même que vous
me ſecondiez ; que rejettant fur més ordres
abſolus , le froid , l'indifférence
même que vous affecterez déſormais
MARS. 1764. 31
pour lui , vous me mettiez à portée de
connoître & d'appercevoir tout le fond
du caractére d'Alcidor .... Fatime ſe
fent-elle affez de fermeté pour ſe conduire
de façon à ne pas déconcerter les
vuesde ſa mère ? ...Ah Madame ( s'écriat-
elle ) pourriez - vous me foupçonner
de manquer jamais d'obéiſſance à vos
ordres ? ... Araminte par les carefſes les
plus tendres, ſe hâta de raſſurer ſa fille ;&
ces épanchemens de la tendreſſe la plus
pure arrêterent un nouveau déluge de
larmes que la tendre Fatime alloit verfer.
Alcidor cherchoit avec trop de foin
l'occaſion de revoirſon amante , pour
ne pas bientôt la rencontrer.
Elle fortoit d'avec ſa mère : les traces
de ſes larmes , ſa paleur , une agitation
que la vue d'Alcidor ne pouvoit qu'augmenter
encore , firent ſur l'âme de cet
amant l'impreſſion la plus vive & la plus
douloureuſe. Que vois-je ? dit-il , en
tombant à ſes pieds , Fatime pleure&
m'en cache la cauſe ! ... elle me fuit &
craint mes regards mêmes ? .... ah ,
malheureux ! je ſuis perdu.....
Fatime en effet vouloit fuir ; & fon
coeurgémiſſoit de ladouleur qu'elle caufoit
à fon amant : mais la promeſſe
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
...
la
qu'elle venoit de faire à ſa mère , lui
donnant de nouvelles forces ; Ah ! laifſe
-moi , s'écria-t- elle : des ordres que
je reſpecterai toujours , ne me permettent
plus ! N'achevez pas , perfide ,
-s'écriaAlcidor, le déſeſpoir peint dans les
yeux ; n'achevez pas de m'annoncer la
mort... Quel changement , grand Dieu !
Ciel , eft-ce au moment où je venois
vous apprendre avec tranſport ,
mortd'un oncle dont la fortune ajoute
immenfément à la mienne ? Est-ce au
moment où je commençois à me croire
plus digne de Fatime & de l'aveu de ſa
mère , que je dois voir mes voeux &
mon plus cher eſpoir trahis ? ..... Eh
bien , je périrai ; oui ! je périrai , cruelle :
mais craignez ; que dis-je ? tremblez pour
les jours de l'heureux rival que ſans doute
vous me préférez .... Eſt- ce Alcidor
que j'entends? eſt-ce lui , (dit en ſoupirant
Fatime , ) qui m'oſe reprocher une
noirceur dont je fus toujours incapable? ..
Dieu ! fi mon coeur pouvoit s'ouvrir à lui .
Ah ! pardonne , digne & belle Fatime ,
pardonne à la douleur qui tranſportoit
le plus fincère amant ! ... Non , non ,
ton âme fut toujours trop vraie , trop
pleinede la divinité dont elle eſt l'image,
pour connoître un inſtant l'impoſture...
MARS. 1764. 33
Que ta mère , hélas ! ne connoit-elle
toute la pureté , toute la violence de
ma flâme ..... peut-être que ſenſible
aux maux que ſes ordres barbares vont
me faire fouffrir , ſon coeur pourroit
s'ouvrir à la pitié ..... Permets , chère
Fatime , permets- moi la ſeule épreuve ,
la ſeule tentative qui flatte encore l'eſpoir
de ton amant ! ... Que dis -je ? ah !
fi jamais je te fus cher ; fuis-moi ; vien ...
#tombons l'un & l'autre à ſes pieds....
viens m'y voir expirer , ou obtenird'elle
notre bonheur commun.
Araminte , qui d'un cabinet voifin les
voyoit & les entendoit , ne put laiffer
durer plus longtemps un fupplice dont
fon coeur partageoit toute l'amertume.
O mes enfans ! s'écria -t- elle , en s'offrant
à leurs yeux , vivez à jamais l'un
pour l'autre ..... Ces mots que l'émotion
d'Araminte lui permit à peine d'articuler,
produifirent ſur lesjeunes amans
* tout l'effet qu'ils devoient produire. Un
filence d'étonnement&d'excès de plaifir
, des regards où l'amour , la joie
& la reconnoiſſance s'exprimoient tourà-
tour , furent quelques inſtans les feuls
interprêtes de leurs coeurs ... Les épan-
@chemens réciproques ſuccéderentà cette
ByV
34 MERCURE DE FRANCE.
première ivreſſe des ſens &l'hymen d'Alcidor
& de Fatime ne fut différé qu'autant
qu'il le fallut pour en diſpoſer les
apprêts.
n
ParM. DUCLOS , S. D. M. D. F. G.
ÉTRENNES A LISE.
Tor que l'Amour a deſtinée
Pour fixer les plus inconſtans ,
Toi , qui de ſes attraits brillans ,
Etde mille grâces ornée ,
Marches toujours environnée
Des arts , du goût& des talens !
Reçois ſur la nouvelle année
Et mes voeux & mes complimens.
Ne crois pas que mon tendre hommage ,
Jeune Life , dans ce beau jour ,
Soit le fade enfant d'un uſage
Que l'homme frivole & le ſage
Blâment & fuivent tour-à- tour.
Plus vrai , plus ſimple , il eſt l'ouvrage
Du Sentiment & de l'Amour :
Tu m'as appris dans ce ſéjour
A ne parler que leur langage.
Lis donc ces vers ; la vérité
MARS. 1764. 35
Te les trace d'une main ſûre :
Loin que la modeſte parure
Dont elle orne ici la beauté ,
Serve de voile à l'impoſture ,
Mes voeux pour ta félicité
Partent d'une ſource trop pure
Pour avoir la moindre teinture
De l'art ou de la fauſſeté :
Voilàde quoi mon coeur t'aſſure ;
Ecoute ce qu'il m'a dicté .
Que tes jours précieux aux Grâces
Des mains de l'Amour ſoient filés !
Que loin de tes riantes traces
Les noirs ennuis & les difgraces
Soient par les plaiſirs exilés.
Que tous les biens que l'homme implore
Naiſſent ſans ceſſe ſur tes pas ;
Que loin d'affoiblir tes appas,
L'âge les embelliffe encore ;
Et que de l'empire de Flore
Les tréſors les plus délicats ,
Malgré la rigueur des frimats ,
Pour toi ſeule puiſſent éclore.
Que tout prévienne tes defirs ;
Entre les jeux & l'allegreſſe
Partage tes riants loiſirs ;
Vis longtemps , éprouve ſans ceſſe
Que c'eſt au Dieu de la tendreſſe
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Que nous devons les vrais plaiſirs !
ParM. FRANÇOIS , ancien Officier deCavalerie.
ÉPITAPHE
De M. de GEORVILLE , ancien Treforier
Général de la Marine , &c.
Gr gît qui fit toujours le bien
Par penchant & par caractère.
S'il eſt mort ce vrai Citoyen ,
C'eſt de regret de n'en pas aſſez faire,
Par M. MOURET DUCHEMIN.
VERS fur un ruban donné à l'Auteur
par Mlle L. M. de Sin.... & brodé
par-elle.
Tissu brillant , ouvrage de Daphné ,
Enchaînes à jamais les amours ſur mes traces,
Don précieux à mon coeur fortuné !
Tu vaux pour moi la ceinture desGrâces.
CHAUVETJ
MARS . 1764 . 37
A Madame de S. H... à qui l'Auteur
en danfant au Bal , avoit donnépar
mégarde , un coup dans l'oeil.
JALOUSE de vous voir fi belle ,
Vénus hier pendant le Bal
S'en vangea ſur votre prunelle ,
Et mon bras malheureux fut l'inſtrument fatal
Dont ſe ſervit la Déeſſe cruelle,
Pour vous caufer autant de mal .
Mais , belle Ifé , quelle fut ſa ſurpriſe
D'entendre de l'Amour le cri le plus perçant !
Elle reconnut ſa mépriſe
Aux larmes de ce tendre Enfant.
Il s'écrioit , » qu'avez-vous fait , ma mèree
» Quoi , vous éteignez mon flambeau !
Fut- il jamais de douleur plus amère ?
35 Pouvoit- il être mieux que dans cet oeil fi bear
>> Ranimez donc encor votre colère ,
>>> Et détruiſez auſſi ſon frère
* Dans lequel j'ai mis tous mes traits.
>> Mais après tant de barbarie ,
>> Cruelle , ôtez-moi donc la vie,
* Sinon mes pleurs ne tariront jamais.
Par les cris de ſon fils la Déeſſe attendrie ;
Wé , dit-elle , fois guérie.
38 MERCURE DE FRANCE.
Mais vous , pour vous punir , Amour ,
Du dépôt de vos traits d'avoir fait un myſtère
Avotre redoutable mère ,
Ifé les gardera toujours.
Des Rives du Lignon , le 23 Janvier 1764.
Parun Abonné au Mercure.
VERS envoyés au mois de Septembre
dernier , à une très-jolie femme de
Dijon , qui venoit d'accoucher d'une
troifiéme fille , & qui defiroit d'avoir
un garçon.
CONSOLE-TOI , mère charmante ,
D'avoir malgré ta vive attente
Atrois filles donné le jour.
Cene ſont point là des diſgraces ,
Avantque d'enfanter l'Amour ,
Vénus enfanta les trois Grâces..
MARS. 1764. 39
SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère,
inférée dans le second Vol. de
Janvier.
CES jolies Prêtreſſes , dont jen'ai
pointtrop enrichi l'image , ne tiennent
ſeurs myſtéres ſecrets,que quand la nature
ou le tempsy laiffent trop de choſes
àréparer. Ne t'imagines pas, chereMiss ,
que ce qu'on appelle le temps de la toilette
ſoit employé tout entier à l'ajuſtement.
Il y a bien des parties dans cet
acte ; c'eſt le principal de la journée des
femmes d'un certain ordre. Les momens
deſtinés à des ſoins particuliers de la
figure , ne font pas,commeje viens de
le dire , livrés aux profanes: mais tout ce
qui précéde le temps de fortir ou de
tenir appartement , eft toilette ou réputé
tel. C'eſt à cet autel de la galanterie,
dont une Françoiſe eſt en même
temps la Divinité & le Miniſtre, qu'elle
vaque à toutes les affaires de fon état ,
qui eſt d'être jolie , frivole , galante &
même un tant ſoit peu friponne. ( Je ne
40 MERCURE DE FRANCE.
ſçaurois te faire bien entendre ce mot,
il faudroit pour cela connoître mieux
la choſe ,& pour la bien connoître , il
faut être Françoiſe. ) C'eſt donc là que
s'écrivent , que ſe reçoivent les billets du
matin ; c'eſt là que ſe régle la deſtinée
du jour, ou tout au moins qu'elle ſe déclare
aux courtiſans familiers ; c'eſt là
ſouvent que ſe détermine auſſi la deſti
née des amans ; car celle du mari eſt
*toute arrangée ; & je t'aſſure que
communément il n'en prend pas plus
de ſouci qu'on n'en prend de lui . Ne
*va pas te figurer la ſcène de ces toilettes
d'après ce qu'en peignent quelques Bro
chures ou quelque trivial Roman dont
nous nous ſommes ſouvent amuſées
enſemble, lorſque nous étudions la Langue
Françoiſe. Il y a une eſpèce de
manie dans les Auteurs de cette Nation,
pour peindre ce qu'ils ne voyent pas.
La plupart des Ecrivains les plus occupés
à donnerdes tableaux de ces dé-
**tails du monde , font précisément ceux
qui n'en ont & n'en peuvent avoir
aucune notion vraie. Il y a quelquefois
à ces toilettes un peude ce que ces peintures
informes nous indiquent; plus fouvent
encore il n'y en a pas un ſeul per
MARS. 1764. 47
fonnage. Mais , s'il s'en rencontre, c'eſt
avec des nuances très-difficiles à tranfmettre
dans une deſcription. Je t'avertis,
ma chère Miss , que prèſque tout ce
qui concerne les manières,le caractère
même des François , dépend tellement
de ces nuances , en eſt ſi eſſentiellement
compoſé , qu'il n'y a qu'eux , & encore
très-peu d'entr'eux , qui ſoient en
état de les peindre , prèſque jamais de
les définir avec préciſion.Tu verrois une
de ces Toilettes , être un moment le cercle
de la frivolité la plus puérile , des
airs les plus extravagans , des riens , en
un mot de tout ce qui donne lieu aux
caricatures qu'on nous fait des François.
Le moment,qui ſuccéde , tu ſerois frappée
ſouvent d'admiration , de la fineſſe,
dela ſagacité des vues de ce même cercle
, par accident même , dela juſteſſe
des raiſonnemens ; fans pouvoir retrouver
la moindre trace des voies par lef
quelles on eſt ainſi paſſé d'une extrémité
à une autre fi oppoſée. Pour t'en
faire une idée ,retiens bien qu'une Francoiſe
qui a de l'eſprit & du monde , devine
ſouvent mieux que ceux qui mettent
bien du ſoin à apprendre. Lorſque
celle qui préſide eſt de cette forte , il
42 MERCURE DE FRANCE.
arrive ce que je viens de te dire ; car
elles font pour la plupart conféquemment
inconféquentes ; je ne ſçais ſi je
me fais entendre , je veux dire qu'elles
concilient les chofes contradictoires
avec un instinct d'efprit qui a des marches
plus afſurées que la méthode même,
& la raiſon la mieux compaffée. Légères
ou folides , folles ou ſenſées , je ſuis
obligée de convenir que les Francoiſes
ſont toujours également charmantes.
Quanddes motifs de curioſité ,de pro.
menade , d'autres peut - être encore plus
intéreſſants, engagent les femmes à fortir
aux heures qu'elles font convenues d'appeller
lematin, il yades robes de bien des
formes différentes pour cet uſage ; je
n'en ſçais pas tous les noms ; pluſieurs
d'entr'elles les ignorent comme moi.
Quelques-unes de ces robes ſont auſſi
complettement fermées de toutes parts,
que la robe d'un Magiſtrat. On ne voit
ni col , ni poitrine , ni bras . Tous les
charmes font alors dans un parfait incognitò.
Je crois cependant entre nous,
chère Miſs , que c'eſt le temps où l'on
en fait le plus agréable emploi. En
public on expoſe pour l'éclat ſeulement ;
MARS. 1764.- 43
S
م
S
mais ſous ces modeſtes vêtemens,on fait
quelquefois un commerce plus doux
&plus folide des faveurs de la beauté.
Il y a d'autres robes négligées moins
hermétiquement cloſes , mais elles couvrent
& envelopent toujours beaucoup
plus que les robes habillées ou même
demi - habillées. Il y a fur cela des
divifions & des ſous - divifions qui
embarrafferoient nos plus célèbres
calculateurs . Si ces robes du matin
ſont entierement cloſes , cela s'appelle
, je crois , à la Chanceliere , attendu
quelque rapport réel avec la forme du
vêtement de ce premier Magiſtrat du
Royaume. Tu ne ſçaurois croire par.
combien d'eſpèces de grande coëffes en
coqueluchons , de mantelets petits ou
grands , qui prennent tous les quinze
jours des noms & des formes différentes
, on ſupplée aux robes ainſi fermées
lorſqu'on en porte d'autres en déshabillé.
On diroit qu'ici les femmes n'ont
qu'un certain temps de la journée pour
être ſuſceptibles des impreſſions de l'air..
Les précautions fur cela ne font jamais
qu'en raiſon de la parure ; & leur délicateſſe
ou leur force contre le froid, font
reglées par l'étiquette. A propos d'étiquette
,je vais eſſayer , ma chèreMifs,
44 MERCURE DE FRANCE.
d'en traiter un des points les plus fubtils
&fur lequel il faut avoir , j'oſe dire, des
connoiffances très-fines , il s'agit de ſçavoir
ce que les bienſéances éxigent ou
permettent ſur les Paniers..
Mais ma Lettre commence à devenir
longue pour moi , c'eſt un fâcheux prognoſtic
ſur l'impreſſion qu'elle te feroit.
Je vais rêver un peu aux Paniers';
j'entrevois qu'il ya des découvertes fort
utiles à faire fur ce ſujet. Je t'en entretiendrai
l'Ordinaire prochain. Ne me reproche
plus ma pareſſe , je te punirois
peut-être de ce reproche aux dépens de
ta patience& de mon amour- propre.
Jeſuis , &c.
LESONGE.
Js repoſois fur la fougère ;
Morphée avoit fermé mes yeux ;
Je croyois être avec Glycère ,
Et le Plaifir m'ouvroit les Cieux.
Minerve m'offrit la ſageſſe ;
Vénus les grâces , la beautés
Hébé la fraîcheur , la jeuneſſe ;
Mars ſes lauriers & la fierté. :
MARS. 1764. 43
Bacchus dit : Bois ; Apollon , chante ,
Et prends ce luth , s'il t'a charmé ;
Viens , dit Plutus , fi l'Or te tente ;
Amour me dit: Aime , & j'aimai..
EPITRE
A Madame D ** M***.
Cette Dame avoit écrit à l'Auteur
qu'un homme d'eſprit étoit dans un
Cercle ce qu'étoit la Roſe dans un Parterre.
L'Auteur lui répondit par l'Epître
fuivante :
A La Roſe au milieu d'un Parterre,
Brille au-deſſus des autres fleurs ;
Plus belle , mais plus paſſagère ,
Elle perd bientôt ſes couleurs,
Mais l'innocente violette ,
Qui ſous l'herbe brille humblement ,
Echappe aux attaques du vent ,
Et ſur le ſein d'une Lifette
Va parer un corſet galant.
Oui , j'aime mieux l'humble Fleurette ,
Que la Roſe au teint délicat :
Un ſouffle l'embellit , mais un ſouffle l'abati
Etma timide violette
46 MERCURE DE FRANCE.
Garde plus longtemps ſon éclat.
Tel eſt le bon eſprit , toujours prudent & fage,
S'exprimant toujours ſans écart ,
Il a la douceur en partage ,
Il eſt modeſte en ſon langage ,
Et la Nature eſt tout ſon fard.
Souvent dans l'ombre d'un nuage
Il ſe dérobe à tous les yeux ;
Mais , tel qu'un aſtre radieux ,
C'eſt pour éclairer d'avantage.
Le ſtore qui rompt le paſſage
A l'éblouiſſante clarté ,
Eſt l'heureuſe timidité
Dont mon coeur chérit le partage ,
Puiſqu'il eſt le premier hommage
Qu'il oſe offrir à la beauté.
Qu'un Fat ambré , dans ſa manie
Sur un nouveau jargon monté ,
D'homme de bonne compagnie
Soutienne la célébrité ;
Que , par Cydaliſe ou Julie ,
Son nom dans les Boudoirs chanté
De la bouche de la Folie
Paſſe aux faftes pompeux de la frivolité ,
C'eſt ſon deſtin : qu'un autre y porte envie;
Je n'en faurois être tenté .
Il eſt des prix pour le Génie ,
Il en eſt pour la vanité.
MARS. 1764 . 47
Que le père de la ſaillie ,
Que ſemble ſervir le hazard ,
D'un mot qui ne doit rien à l'Art ,
De la pâle mélancolie
Ranime le ſombre regard ;
Oui , que P.... vous faſſe rire :
Seul il a ce droit , j'y confens ;
Mais vous le connoiſlez , Thémire ,
C'eſt le moindre de ſes talens.
Moi qui ne ſuis P... ni petit-maître ,
Je me renferme dans mon être ,
Toutmon eſprit eſt dans mon coeur.;
Vous m'apprenez à le connoître.
Vos beauxyeux ſçavent tout charmer ;
Votre eſprit ſçait inſtruire & plaire ;
Et nous , nous ne ſçavons qu'aimer.
Vous voyez bien qu'il faut nous taire.
ParM. COSTARD , Fils .
A Madame D *** , qui avoit eu la
féve le jour des Rois.
IMPROMPTU.
POURQUOI vous étonner , Glycère ?
L'événement n'eſt pas nouveau.
2
MERCURE DE FRANCE.
Quand l'Amour coupe le gâteau ,
La féve eſt toujours pour ſa mère.
Par lemêmes
VERS à Mile MAZARELLI , Auteur
d'un Eloge de SULLY.
QUOvorr ,, tu joins l'art d'inſtruire àcelui de nous
plaire!
Et d'Apollon tu vas groſſir la cour :
Ta main qui de Sully trace le caractère
Grave& folâtre tour- à- tour ,
Nous trace des leçons ,&careſſe l'Amour .
A tes rivaux tu fais rendre les armes :
D'une double victoire ils viennent t'honorer.
Charmés de tes talens , ſubjugués par tes charmes",
Ils ne ſçavent que t'admirer.
Mais c'eſt prendre ſur nous untrop grand avan
tage ;
Ne te ſuffit-il pas de régner ſur nos coeurs ?
Faut-il encor nous ravir les faveurs
Dont le deſtin a fait notre partage ?
Que nous puiſſions au moins , oubliant tes rigueurs,
Par quelques biens balancer nos diſgraces:
Laiſſe-nous nos talens, ou donne noustes grâces !
SUITE
MARS. 1764 . 49
SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
LETTRE IV.
Vous voulez connoître les femmes
qui font ici. Vous me demandez des
portraits. Mon ami , c'eſt un ouvrage
délicat. Il eſt dangereux d'être vrai.
Mais , s'il arrive que j'éffleure quelques
ridicules & même quelques vices , je ne
démaſquerai point les Perſonnages , &
d'ailleurs nous avons de jeunes Dames
très- aimables , & dont on ne peut faire
que l'éloge.
Deux femmes qui viſent à la célébrité
, qui par conséquent ſe déteſtent
& ſe mépriſent , & qui , je crois , ſe
rendent juſtice : l'une aimant tout le
monde , & même ſon mari ; l'autre, plus
franche , plus décidée , & déclarant
nettement qu'elle regarde le fien à-peuprès
comme un animal domestique ,
que des préjugés ont rendu néceſſaire à
la liberté d'une jolie femme. Toutes
deux aimant le plaifir , mais la première
avec moins d'éclat ; être pufillanime,
qui ne fuit qu'en tremblant ſon illuftre
modéle ..... Paſſons aux autres.
C
-
50 MERCURE DE FRANCE.
Imaginez , mon ami , ce que la jeuneffe
a de plus brillant , de plus tendre
& de plus délicat. Des cheveux blonds,
de grands yeux bleus pleins de douceur
, un viſage riant & modefte , l'éclat
des plus belles couleurs , cette fineffe
& cette blancheur de peau particulière
aux blondes , & qui laiſſent
voir la pourpre imperceptible de ces
petites veines qui ornent les tempes &
le front , un ſourire enchanteur , une
taille légère & charmante , une politefleaifée
, un eſprit aimable & cultivé,
un mêlange touchant & fingulier de fineſſe
& d'ingénuité dans le caractère : il
étoit réſervé à Mlle de Luficour de rafſembler
tant de grâces & tant d'heureuſes
qualités .
Nous avons encore une jeune Brune,
dont les yeux pétillent de tendreſſe &
de vivacité. Elle penſe bien & s'exprime
de même. Vous lui trouvez d'abord
quelque timidité. Ce n'eſt point de l'embarras
, c'eſt une ſage circonfpection
qui naît de la modeſtie. Son eſprit eft
juſte , ſes manières nobles & naturelles ,
ſa converſation agréable & fimple.
La figure de Madame d'Orville intéreſſe
d'abord. L'élégance & la légéreté
de ſa taille , la fineffe & la vivacité
MARS. 1764. 51
de ſa phyſionomie , le feu de ſes grands
yeux noirs , une certaine dignité répandue
fur toute ſa perſonne , tout cela
frappe & furprend. Avec plus de naïveté
, elle auroit de la grâce ; elle n'a
que de la majeſté. Vous ne lui trouvez
pas ces grâces touchantes qui vont chercher
l'âme * ; mais , permettez-moi l'expreffion
, une Beauté impérieufe & hardie
, qui ſemble plutôt commander l'amour
, que l'inſpirer. Elle a beaucoup
d'eſprit , encore plus de prétentions.
Concluez de ceci, qu'elle a plus d'art
que de naturel , & vous conviendrez
néanmoins que Madame d'Orville eſt aimable.
Les femmes réuſſiſſent dans tous les
détails où il faut paroître : Mde d'Orville
y excelle . Elle fait parfaitement les
-honneurs de ſa table & de ſa maifon ;
rien ne lui échappe , & tout le monde
eſt ſatisfait : elle a toute l'adreſſe && la
préſence d'eſprit de ſon ſéxe. Mais vous
me foupçonnez de vouloir calomnier ce
ſéxe enchanteur ,&de ne lui laiffer que
de petits talens . Je m'explique.
Ne pourroit-on pas dire aux femmes :
Ne vous plaignez plus de votre éduca-
* Rouffeau , Emile ou de l'Education .
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tion. Elle est conforme à vos inclina
tions . Elle pourroit être plus parfaite , &
j'avoue que , fi elle ne l'eſt pas , il y a
de notre faute. Mais vous n'êtes pas faites
pour vous appeſantir par l'étude.
Contentez- vous d'être aimables ; régnez
par la douceur & la perfuafion : ne
cherchez point à devenir des hommes ,
vous y perdriez. Vous naiſſez toutes coquettes
: ne vous offenſez pas , je vous
ſupplie , de ce diſcours ; je ne vous en
reſpecte pas moins , & la coquetterie
bien dirigée est un bienfait de la Nature.
C'eſt par elle que vous gouvernez
les hommes. Vertueuſes , vous faites des
ſages ; & des vives émotions de l'amour
je vois naître & s'établir les moeurs.
Quelle gloire pour vous , & quel autre
empire pourroit vous flatter davantage !
Mais enfin voulez - vous réellement
être hommes ? J'y confens , & je partagerai
de bon coeur avec vous les fatigues
& les dangers de la guerre. Devenez
graves & fçavantes , & préférez à
la fineſſe du ſentiment , à l'aimable enjoûment
de votre eſprit , les ſoins de la
politique & du gouvernement. Jettez
l'aiguille & le fuſeau , & que vos mains
délicates prennent la bêche du ruſtre , &
le marteau du forgeron . Non , la Nature
a maroué notre destination & la diffe.
MARS. 1764. 53
- rence de nos emplois par la différence
de notre conformation. Une plus
haute ſtature , une organiſation plus folide
& moins fléxible indiquent les devoirs
honorables de l'homme. A Dieu
ne plaiſe que je penſe que notre âme
foit par ſa nature ſupérieure à la vôtre !
Quand toutes ces relations de ſéxes ne
fubfifteront plus , quand les temps feront
perdus dans le gouffre de l'Eternité
, quand ce corps mortel ſera diffous
, nous ferons tous égaux ; les âmes
ont-elles un ſéxe * ? Quelle différence
reſtera - t- il entre elles ? Mon ami , je me
ſouviendrai fans doute alors , & j'aurai
du plaifir à me rappeller que , lorſque
j'étois un homme , ton aimable fooeur
étoit une femme dont la ſociété me
charmoit .... Mais vois-tu quelle Métaphyſique
à propos de Mde d'Orville ?
Pardonne à un pauvre Solitaire. L'habitude
du chagrin égare ſon imagination
mais jamais elle ne corrompra
fon coeur. Adieu , je vais parcourir cette
admirable campagne. Que ne puisje
partager ce plaifir avec toi ! Quelle
belle ſoirée ! La fraîcheur & le calme de
l'air ſemblent paſſer juſqu'à l'âme ! ...
Au revoir , mon ami !
,
**Rousseau , Nouvelle Héloïſe.
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
i
LETTRE V.
JEE reçois enfin votre lettre , mon ami.
Pourquoi l'ai-je ſi longtemps attendue ?
Celong filence commençoit à m'inquiéter
, & mon coeur en a murmuré ; mais
l'amitié reſſemble aſſez à l'amour : la
moindre faveur d'une Belle appaiſe un
Amant irrité , & l'on pardonne aiſément
à l'ami que l'on retrouve.
Il faut que je vous conte une petite
hiſtoire , qui , je crois , vous divertira .
J'étois curieux de voir un homme à la
mode. Je viens de contempler enfin
cette merveille. Rien n'eſt ſi plaifant, je
vous affure ,& je ſuis fatisfair. Mais , fi
j'ai trouvé ce Phénix ridicule , j'ai dû
lui paroître bien fot : il a ſans doute eu
pitié de mon étonnement provincial .
L'attention avec laquelle je le confidérois
étoit en effet remarquable ; elle
faiſoit un beau contraſte avec la légéreté
de cet Agréable. Tandis qu'il pirouettoit
fans ceſſe , qu'il tournoit à
tout vent , qu'il parloit à toutes les Dames
, qu'il vantoit les yeux de l'une
admiroit la main de l'autre , je me difois
: ce rôle eſt tout-à-fait digne d'un
,
MARS. 1764. 55
homme , & cette manière d'honorer les
femmes doit bien les flatter !
Mon ami , fi je voulois infulter une
jeune perſonne , fi je le pouvois , je
prendrois le ton de cet impertinent.
Mais rien n'égaloit ſa fade galanterie ,
que l'air ſuffisant avec lequel il s'emparoit
de la converſation . Il débitoit leftement
les plus dangereuſes maximes; il
décidoit , tranchoit..... Nous étions révoltés
; mais on nous vangea.
Toutes les Dames avoient eu part à
fes hommages.Il n'y eut pas juſqu'à la
vieille Préſident de Fierville à qui il
n'en eût conté. La petite niéce de cette
Dame eut fon tour : il lui adreſſa quelques
propos galans. Monfieur , dit- elle,
retournez à ma tante , vous venez de
hui dire précisément la même choſe ;
elle est beaucoup plus raisonnable que
moi ; elle vous entendra mieux. La naï
veté de cette faillie nous frappa ; perſonne
ne put s'empêcher de ſourire. Si
tu n'as jamais vu un Petit-Maître déconcerté
,&déconcerté par une jeune fille
de douze ans ; j'ai vu , moi , j'ai vu ce
phénomène.
Cette gentilleſſe , cette affectation &
ces galans menfonges ne font guères
féduiſans , il est vrai ; ce n'eſt qu'un
Civ
56 MERCURE DEJ FRANCE.
vain perfifflage : mais ces lâches adula
tions , cette commode & libertine Philofophie
ne laiſſent pas d'être pernicieuſes.
Vils corrupteurs ! ne vous plaignez
plus des vices des femmes : C'eſt
vous qui les faites germer dans leurs
coeurs. Galants eſclaves de la beauté !
c'eſt vous qui leur donnez enfin des armes
contre vous-mêmes. Elles n'ont
pas ufurpé l'empire ; vous le leur avez
tranfmis : heureux & libres en portant
leurs chaînes , ſi vous aviez ſçu mieux
diriger ce doux afcendant que leur
donna fur nous la Nature !
Mais , mon ami , croiras - tu que je
fuis moi-même accufé de galanterie ,
moi qui déclame contre elle avec cette
véhémence ? On n'a rien imaginé de
mieux pour me corriger , que de me
propoſer une femme. On veut que j'épouſe
une fille très-riche .... & trèsvieille.
La perſonne n'eſt pas une Beauté
; mais la Raiſon ! ... La Raiſon eſt ſans
doute une très-belle choſe . On me regarde
comme un papillon qu'il faut fixer.
Je doute un peu que je m'attache
à cette fleur dont la fraîcheur & l'éclat
font fort équivoques. Ne fût-ce que par
curiofité , & pour en caufer avec toi ,
il faut que je voltige autour. J'en ferai
MARS. 1764. 57
quitte pour m'envoler bien vite , fi
l'objet me fait peur. Juge de la bonne
fortune , & fi j'y perdrai mes aîles .
,
Adieu mon ami , tâchez de vous
diſtraire. Continuez de vous occuper &
de vous amuſer. Chantez,lifez les loix,
& faites l'amour. L'homme d'efprit
fçait tout concilier. Je defire ardemment
que la jeune perfonne dont vous me
parlez faffe bientôt votre bonheur. Plus
adroite que ces femmes impérieuſes ,
qui ne sçavent que révolter un mari ,
elle fent que l'empire de ſon ſéxe n'eſt
que celui de la douceur & de la perfuafion.
Elle a de la raiſon & des gràces;
le fort des malheureux la touche
& l'intéreſſe . N'hésite pas à t'unir à
cette aimable fille ; donne ton coeur au
vrai mérite. Adieu .
Η,
LETTRE VI.
Ο que tu connois mal ton ami !
Ecoute l'hiſtoire de mon coeur , & juge:
mieux de mes fentimens .
J'aime une fille charmante . Je vais te
peindre les grâces qui parent la ſageſſe .
Ce portrait pourra te féduire ; mais il
n'en ſera que plus reſſemblant.
C
58 MERCURE DE FRANCE.
Mon bon ami , avez-vous vu quelquefois
de ces phyſionomies touchantes
, qui ſemblent demander le coeur
qu'elles raviffent ? La beauté de ma
maîtreſſe eſt d'un caractère ſi tendre &
fi naïf ; elle a quelque choſe encore de
fi noble & de fi gracieux ! ... Vous diriez
que,pour former ce modéle aimable,
la Nature a fondu la majeſté d'une Reine
avec l'ingénuité d'une Bergère. Une
figure brillante & modeſte , beaucoup
de délicateffe & de ſenſibilité , une fimplicité
charmante , un coeur généreux&
compâtiffant , une âme enfin voilà
l'objet enchanteur qui diſpoſe de ton
ami.
....
Peux- tu me ſoupçonner , après cela ,
de prétendre aux faveurs de la .... ? Tu
n'as pu ſérieuſement interpréter ma
lettre comme tu le fais. L'amour n'achete
point ſes plaifirs ; il ne les vend
pas ; c'eſt au coeur ſeul de les donner
& de les obtenir. Une maîtreſſe vraîment
eftimable pourroit arracher au libertinage
l'homme le plus vicieux. Tu
ne voudrois pas que je le devinſſe.
Mais que penſer de l'homme vil qui
trahit indignement l'innocence , & déſeſpére
la pudeur ? Quel est ce plaifir
barbare , d'abuſer du malheur d'une
MARS. 1764. 59
jeune perſonne aimable , de profiter de
ſon extrême affliction pour la forcer de
ſe faire violence à elle-même , & de s'avilir
à ſes propres yeux ! Eſt- ce parmi
les horreurs de la miſére la plus déplo .
rable que peut régner l'Amour ? Homme
brutal ! comment n'éprouves-tu pas
un fupplice plus cruel que celui qu'imagina
cet exécrable tyran qui faifoit
unir un homme vivant à un cadavre ?
Il eſt inſenſible , ce cadavre ; mais
vil Sardanapale , la victime de tes laches
artifices & de ton impudence boir
toute l'amertume de ſon fort ! Es - tu
heureux de ſes peines , deſes douleurs ?
Tu oſes mêler l'opprobre & la défolation
à la volupté ! O monſtre ! .....
Fuyez , fille infortunée ! Votre vertu dépend
encore de vous. Malgré le plus
fanglant outrage , elle n'en fera que
plus reſpectable Mais revenons.
...
,
Dites-moi , mon ami. Abandonneraije
ce que j'aime, parce que l'or n'a point
tiſſu nos noeuds ? Il en faut , je le ſçais ,
de cet or fi recherché ; mais jamais je
ne defirerai d'inutiles & dangereuſes richeſſes.
Si je ne puis adoucir mon fort ni
celui de l'aimable fille qui m'a charmé,
j'irai dans quelque campagne oublier
le monde & la ſociété ; heureux , fi l'a
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
mitié peut chaffer de mon aſyle l'amour.
& les méchans. Je ne ſçais ; mais je
fuis tenté de fuir . O mon ami ! l'on ne
croit plus à la vertu. Une lente.mélancolie
me confume. Hâte-toi , viens confoler
un infortuné qui t'aimera toujours.
Viens m'aider à ſupporter mes
maux .
ODE.
DE PACE ET LUDOVICI DECIMI
QUINTI LAUDIBUS.
Quis tibi nodo triplici , Gradive ,
Membra contraxit , fuper arma letho
Frata dejectus furis ore frendens ,
Lumine torvus.
Diva ferpentum redimita nexu ,
Quid fremens Orco ruis , & forores
Inter accindis Furias atroci
Bellaflagello.
En redit tandem comitata Mufis
Pax , fimul ludi redeunt jocique ,
--Pax diu noftris miferata Gallos
Regnet in oris.
MARS . 1764 . 611
Ecquis hicheros , phaleratus illum
Fert equus , fceptrum , fimilis jubenti
• Dextraprætendit , placidas ſiniſtra
Flectit habenas ..
Spirat augufto pietas in ore..
Mollis arridet gravitas tuenti.
Te probat pectus , LODOICE , patrem
Dextera regem.
Tolle formofum caput inter undas
Nympha præcurrens , tuus ecce lætis
Rex adeft ripis , recreat benigno
Littora vultu...
Faune , Sylvani , Dryades puellæ ,,
Nunc decet cantus renovare , ludis
Annuit Princeps , quatienda certo
Nunc pede tellus.
Gallici quem tu populiparentem,
Fama , commendas , medio fuorum :
Aspice,hunc circum generofa promunt
Pectora nati.
Affidetjuxta Themis , hunc coroná
Cingit inventrix olea Minerva
Corde virtutes Lodoicus omnes >
Colligit unus.
وم
:
62 MERCURE DE FRANCE .
Te triumphantem celebravit orbis
Hoftepercuffo ; tibi nunc , amicæ
Pacis authori Monumentalongum
Tollat in ævum .
Tollat , afpectu furor arma frangat ,
Thraciam pleno repetet volatu ,
Dum fuos plaufu celebrat fecundo
Gallia amores .
Quod tuas audet memorare laudes ,
Parce Mufarum , LODOIX , alumno
Eft fui parvum licet at fidele
Pignus amoris.
TRADUCTION.
3
QUELS tranſports de fureur & de rage ! Le
regard menaçant , la bouche écumante : Mars
qui t'a précipité ſur ce monceau d'Armes fanglantes
que la mort a briſées ? Qui t'a chargé
de ces fers ? Qui t'a donné ces entraves ?
Dééſſe impitoyable , monſtre couronné de
Serpents. Quel déſeſpoir te fait précipiter juſques
au fond des Abîmes ! L'Enfer retentit des horribles
fifflements de ton fouet. Chaffée de deſſus
la terre , tu vas donc dans le ſein des ténébres
MAR S. 1764 . 63
allumer la Guerre entre les Furies tes dignes
Soeurs.
La Paix , l'aimable Paix , revient enfin habiter
parmi nous. Divinités ennemies, fuyez : elle vient
accompagnée des Muſes. Les Jeux & les Ris
volent ſur ſes pas. Déeſſe ſecourable jettez
enfin des yeux de compaſſion ſur les François.
Régnez ; mais régnez àjamais ſur leurs Contrées.
Quel est donc ce Héros qui s'offre à ma vue ?
Il eſt monté ſur un ſuperbe Courſſer. D'un main
il préſente ſon Sceptre : on diroit qu'il commande.
De l'autre il laiſſe flotter paiſiblement
les Rênes.
Une auguſte Majesté brille ſur ſon front. On
litdans ſes regards la douceur & la tendreſſe . Ses
yeux animés d'une noble fierté , laiſſent échapper
un aimable ſourire ſur ceux qui le contemplent.
Aces traits je te reconnois , Louis ; ton coeur dit
que tu es Père , & ta main montre que tu es Roi.
Léve ta tête au-deſſus des eaux, heureuſe Nym .
phe de la Seine. Rends hommage à ton Roi . C'eſt
lui qui vient habiter tes rivages ,& qui réjouit par
ſa préſence , cette ſuperbe Ville que tu arrofes
dans ton Cours .
Accourez , Déeſſes des Bois. Jeunes Dryades ,
Faunes, Satyres, accourez ? renouvellez vos Chan
64 MERCURE DE FRANCE .
fons , redoublez vos Concerts , formez des Choeurs
dedanſes: il eſt temps. Louis a donné le ſignal.
Et toi, puiſſante Renommée ! toi qui apprends à
tout l'Univers que Louis eſt le Père de la France :
viens voir ce Prince au milieu de ſes enfans . Ils lui
préſentent à l'envi , un coeur que le reſpect &
I'Amour lui ont aſſujetti.
Contemple ce Monarque aſſis ſur ſon Trône. -
Thémis eſt à ſes côtés , Minerve le couronne. Il
ouvre ſon coeur à toutes les vertus , & ſe plaît à
les y réunir toutes enſemble...
GrandRoi , lorſque tu foudroyois tesennemis. ,,
l'Univers célébroit tes triomphes & ta gloire. Aujourd'hui
que jaloux du bonheur de ton Peuple ,
tu donnes la Paix à la France , elle éléve en ton
honneur un Monument éternel...
Qu'à l'aſpect de ce glorieux Trophée , la fureur
briſe elle-même ſes traits. Que d'un vol précipité
elle retourne chez les Thraces , où elle tient ſon
empire. Tandis que la France tranquille déſormais
, célébre par des applaudiſſements réitérés ,
L'unique objet de ſa tendreſſe..
Pardonne, Louis ! pardonne , à un jeune éleve :
des Muſes,qui oſe élever ſa voix,trop foible encore
MARS. 1764. 65
pour chanter ta gloire. Regarde cet effort de ſon
génie , comme un témoignage foible , il est vrai ,
mais fincère de ſon amour pour toi.
Par M. l'Abbé DESFIEUX , Bourfier au
Collège du Plessis - Sorbonne.
COUPLET préfenté à Madame la Marquiſe
de S. F. dans un Bal dont elle
étoit la Reine.
Sur l'AIR : Les plaiſirs de notre Village , & c .
L
AIMABLE Reine , ſur vos traces
Vos Sujets voleront toujours ;
Près de vous ſe fixent les Grâces ,
Les Jeux , les Plaiſirs , les Amours ,
Vos loix font le charmant empire
Du bonheur ;
C'eſt à vivre ſous lui qu'aſpire
Notre coeur.
E mot de la premiere Enigme du
Mercure de Février est le Livre. Celui
de la ſeconde eſt l'Enigme elle - même .
Celui du premier Logogryphe eſt le
Foie. Celui du ſecond eſt Corfaire , Na--
66 MERCURE DE FRANCE.
vire fort léger , dans lequel on trouve
ris , acier , facre , cor , foc , fer de charrue
, Acrife , Céos , Roi , foir , roc, cire,
Ea , ire , Sera , Cefar-Auguste , arc , Io,
Afer , Afie , crife , or , rofe , car ,
Soria , Oife , Sare , air , foie , Eric de
Vaza , Ia , rofaire , eſpéce de chapelet ,
Sao , fire , acis , aire , & rafoir.
Au
ENIGME.
Lux humains tous lesjoursje rens mille ſervices,
Le Sexe fait de moi ſes plus chères délices •
Sans partageje fuis en mille endroits divers :
Vers le bien , vers le mal , mon penchant eſt
extrême.
Je naquis au moment qu'on créa l'univers.
Perſonne ne dira qui je ſuis , que moi même.
AUTRE.
TOUJOURS OUJOURS en l'air , toujours en peine ,
Lamoitié de moncorps ſur l'autre ſe proméne.
Tantôt je monte , & tantôt je deſcends ;
Je parois d'humeur noire à quiconque m'aborde ,
Je fais bien pis , je lui montre les dents:
C'eſt pourtant ſans quejele morde.
MARS. 1764. 67
AUTRE.
PRIS pardevant , je ſuis une fête, un myſtere.
Je deviens Pape & Saint , pris dans le ſens contraire.
ParMlle LAFLEUR DE CUSSOT .
JE
LOGOGRYPΗ Ε.
E ne vaispoint, Lecteur , où l'on ne m'aime pas ;
Mais on me multiplie autant qu'on le defire .
Je figure dans un repas ;
Et ce m'eſt un honneur quand quelqu'un me
déchire.
Il eſt peu de feſtins ſans moi ;
On m'y donne toujours une première place ;
Chacun, felon ſon goût , ou me cherche ,
chaffe ,
ou me
Ou me laiſſe , ou me tire à foi .
Pour me mieuxdeviner , Lecteur , allons, difféques.
Je te montre trois pieds , dix doigts ;
Et fournirai dequoi célébrer tes obléques.
De plus , j'ai les Etats des plus illuſtres Rois
Une Ville Normande ; une autre de l'Afrique
imprudent fils de l'habile Crétois ;
très -grand fleuve Aſiatique ;
68 MERCURE DE FRANCE.
Un arbre venimeux , l'ornement des Jardins
Une Iſle de la Gréce ; un Pays d'Amérique ;
Ce que l'ondemande aux devins ;
Trois élémens ; deux notes de Muſique ;
Je t'offre une conjonction ;
Le fin Roffignol d'Arcadie ;
Certaine compofition
Des pâles couleurs ennemie ;
Une boiſſon de Normandie
Avec celle du Bourguignon ;
Certain légume d'Arabie ;
Le contraire de raboteux ;
Ce qu'on voit dans les plus ſaints lieu'x ;
Un Bénéfice ; un Amphibie ;
Une arme ; un mal contagieux .
Mais ce n'eſt pas affez , cher Lecteur , cherche
encore.
CePalais flottant de ſapin ,
Qui va du couchant à l'aurore ,
Et revient chargé du butin
Qu'il trouve ſur la rive More ;
Deux nombres cardinaux ; le gîte d'un oiſeau ;
Geque pouſſe un enfant alors qu'il vient de nar
tres
Celui qui le premier pourra devenir Prètre :
L'endroit de notre tête où loge le cerveau
Quelques mots terminés en Eau figni
Avec leſquels même je rime. -
MARS. 1764 . 69
Une pierre fort tendre ; un très-petit couteau ;
Et la matière d'une lime.
Je contiens en outre uu métal ;
Les ſynonymes de ſincère ;
Un inſtrument de mer ; un ſauvage animal ;
L'aſſaſſin d'un innocent frère ;
Cet endroit ſombre , creux & frais ,
Où près de tes tonneaux , pleins d'une liqueur
pure
Que tu ſavoures à longs traits ,
De l'air tu peux braver l'injure ;
La Déeſſe des bois ; la couleur du ſaffran ;
Un tragique François ;unJugeMuſulman؛
L'Inſecte dont tu dois faire la nourriture ;
La peau d'un Boeuf ; une Meſure ;
Le vaſe où l'on mettoit les cendres des Romains ,
De l'or qui dans ton coffre abonde ,
Avare , ce qui doit te reſter dans les mains
A son paſſage en l'autre Monde ;
Ce que Phébus forme en ſon cours ;
Ce que l'on porte au front , ſurtout dans les
vieux jours ;
En un mot , je peux tout , ayant l'Etre ſuprême.
Tu me verras très-peu chez un Néceſſiteux ;
Je ne parois guère en Carême.
Lecteur , devine , ſi tu peux.
DESCHAMPS , d'Auxerre.
70 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
IL faut trouver dans un ſeul mot ,
Arme , Mitre , rime , Marot ,
Dame , mérite , Hermite , aprêt ,
Métier , Remi , Martyr , Arrêt ,
Arôme , Droit , Thême , Morphée ,
Terme , mari , Parme & marée.
Par REGNAULT , R. à Versailles .
BRUNETTE ,
Avec accompagnement de Guitarre.
QUAND je t'entends , chère Guitarre ,
Des Inſtrumens le plus flatteur ,
De mes ſens quel charme s'empare !
Quels tranſports naiſſent dans moncoeur!
Si les doigts d'Iris font éclore
Tes ſons touchans , harmonieux ;
Le charme eſt plus puiſſant encore :
Je goûte le plaiſir des Dieux .
Guitarre.
Quandje t'en-=
-tends,chère Guitarre, Des instrumens,le plusflat
teur De mes sens, quel
charme,s'empare,Quelstransports naissentdansmon coeur.
ΦΙ
:
!
MARS. 1764. 71
Sa voix , l'écho de la tendreſſe ,
Augmente mon enchantement ;
Plongé dans une douce yvreſſe ,
Mes pleurs font ceux du ſentiment.
LaMuſique est de M. D'O BET fils , Organiſte
à Châteaudun ; les Paroles de M. R*** , de la
même Ville.
72 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES.
SUITE de la diſſertation hiſtorique &
critique fur la Vie de Don ISAAC
ABARBANEL , Juif Portugais ; par
M. de BOISSY.
NOTOTRREE Rabbin reçut un ordrede fe
rendre auprès de D. Jean dont les intrigues
de ſes ennemis avoient confidérablement
accru l'animofité à fon
égard; il ne balança point à obéïr. Il
ſe hâta d'arriver à Lisbonne , d'où la
privation de ſes emplois l'avoit obligé
de s'éloigner. Il fut affez heureux pour
apprendre fur la route qu'on en vouloit
à ſes jours. On l'avertit que le Roi
ne l'attiroit à ſa Cour que pour lui
tendre un piége dont il étoit de ſa
prudence de ſe garantir. Ces avis, étoient
trop poſitifs pour avoir lieu de douter
de ce qui ſe tramoit à ſon inſcu contre
lui. Il n'eut rien de plus preſſé que de
ſe ſouſtraire par une prompte fuite ,
au
MARS. 1764. 73
au danger qui menacoit ſa tête. Il ſe
réfugia dans le Royaume de Caſtille
fans avoir le temps de ſe faire accompagner
de ſa femme & de ſes enfans
qui ne l'y vinrent trouver que quelque
temps après. Il uſa d'une fi grande diligence
, que dans l'intervalle d'une nuit
à l'autre il gagna les frontières de ce
Pays. D. Jean étant inſtruit de ſon évafion
entra dans une furieuſe colére. Il
envoya ſur ſes traces des ſoldats pour
le lui amener mort ou vif. Mais leurs
pourfuites furent inutiles. Abarbanél les
avoit devancés de viteſſe. Ce Roi ne
put tirer d'autre vengeance que celle
que lui offrit la confifcation de tous les
biens & les effets de ce Rabbin qui
étoient demeurés en ſa puiſſance. Nous
devons le détail de toutes ces particularités
à Abarbanél lui-même qui déplore
fa chute en des termes auffi pathétiques
, que ceux dans lesquels il décrit
ſon élévation font magnifiques. Les
uns& les autres font un tiſſu de diverſes
phraſes priſes de l'Ecriture , qu'il adapte
&lie à la contexture de fon discours
en les accommodant au récit des différentes
circonstances de ſa vie. Cela
eft affez ordinaire aux Auteurs Juifs &
principalement au nôtre . Il étoit dans
D
74 MERCURE DE FRANCE.
la quarante- cinquiéme année de fon
åge , quand il quitta le Royaume de
Portugal , pour aller s'établir dans celui
de Caſtille. Le loiſir dont il jouit dans
fa retraite , réveilla en lui le goût qu'il
avoit eu dans ſa première jeuneſſe pour
l'étude des Livres ſaints. Il reprit le cours
de ſes travaux fur l'Ecriture , qui avoient
fouffert une longue interruption par les
occupations qui l'attachoient à la Cour.
Il paffa quelques années à la méditer ;
&fes commentaires ſur les livres de
Jofué , des Juges & de Samuelfurent le
fruitde ſon application. Cependant l'ambition
qui le dominoit toujours , fit
encore diverfion à ſes veilles laborieufes.
Il ſe laiſſa ſurprendre une ſeconde
fois à l'appât des honneurs & des richeffes.
La Cour de Ferdinand & d'Ifabelle
lui offrant un vaſte champ pour
déployer ſes talens , il s'y introduifit à la
faveur de la Banque qu'il faisoiten Efpagne.
Animé du defir d'y figurer , il
employa toutes les refſources que put
lui fournir l'activité de ſon génie intrigant
pour ſe ménager un accès auprès
de Leurs Majestés Catholiques. Comme
il étoit habile dans l'art de captiver la
bienveillance des Princes , ſes ſollicitations
réuffirent au gré de ſes ſouhaits.
MARS. 1764 . 75
Ferdinand le prépoſa au manîment de
ſes finances , & l'éleva au rang de fes
Miniſtres. Il eſt vraiſemblable que ce
Monarque agréa les ſervices d'Abarbanél
plus par politique que par amitié
pour lui. Il avoit formé le projet d'exterminer
les Maures ; & il ne ſe diffimuloit
pas que ſes revenus fuffiſoient
à peine pour foutenir les frais de la
guerre où il vouloit s'engager. Il fentit
que notre Rabbin à qui l'importance
des emplois que celui- ci avoit adminif
trés , donnoit beaucoup de confidération
&d'autorité parmi les Juifs , pourroit
le ſervir utilement dans le poſte où
il le plaça. Il préſumoit d'obtenir d'eux
par ſon moyen les ſecours pécuniaires
dont il avoit beſoin . Abarbanel fut pendant
huit ans en poffeffion de la charge
dans laquelle il avoit été inſtallé. Elle
le dédommagea amplement de la perte
qu'il avoit faite de fes dignités ,& de
ſes biens en Portugal. Il y amaſſa dans
ce court eſpace de temps d'auffi
grands tréſors que ceux qui lui avoient
été ravis précédemment. Tout ſembloit
concourir à l'affermiſſement de ſon bonheur
, lorſqu'un événement inattendu
changea ſubitement la facede ſes affaires .
Ferdinand ayant à ſon retour de la
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
conquête du Royame de Grenade fur
les Maures réſolu de chaffer tous les
Juifs habitués dans ſes Etats , fit publier
au mois de Mars de l'an 1492 , un Edit
par lequel il leur étoit enjoint d'en fortir
dans trois mois à compter du jour de
ſa publication , ou d'embraſſer le Chriftianifme.
( a ) Iln'y eut point d'exception
; l'Ordonnance étant générale , ſa
rigueur s'etendoit à tous ceux qui faifoient
profeffion ouverte du Judaïfme.
Ainfi Abarbanél , malgré le crédit qu'il
avoit eu a la Cour juſques-là , ne put ſe
garantir de l'éxil commun. Frappé du
coup terrible qui étoit porté à ſa Nation
, il mit tout en oeuvre pour le détourner.
Il alla ſe jetter aux genoux du
Roi qu'il tâcha de fléchir par ſes prières
& par ſes larmes ; il le conjura de ne
( a ) Abarbanel. præfat. Commentar. in Libr.
Reg. fol. 188. Salom. Ben. Virg. Schebet Jehouda.
fol. 44 fcu p.320 ex verfion.Gent.Gedaliah Schal-
Scheleth hakkabalah fol. 115. Mariana ( Histor.
Hifpan Lib. XXVI. Cap . 1. ) & d'après lui
Sponde ( Continuat. Annal. Ecclef. Baron.fub ann.
1492. n. 3. Tom. II. pag . 202. ) ont étendu a l'ef
pacede quatre mois le terme de l'expulfion des Juifs.
L'Hiftorien Ferréras l'a prolongé même juſques au
fixième mois ( Voyezfon Histoire d'Espagne XI.
part. Tom. VIII. pag. 128. de la traduction de
M. dHermilly. )
MARS. 1764 .
1
77
point traiter avec tant d'inhumanité dans
laperſonne des Juifs , des Sujets fidéles
&zélés pour la gloire de Sa Majefté. Il
propoſa de leur part de payer toutes les
ſommes d'argent qu'il lui plairoitd'en éxiger.
Il l'afſura qu'ils n'heſiteroient point
àacheter à ce prix la libertéde demeurer
dans les lieux de leur naiſſance. Il intéreſſa
même dans la cauſe de ſa Nation
quelques - uns des plus intimes
favoris du Roi , qui gagnés par ſes préſens
intercédérent pour faire révoquer
l'Arrêt qui la baniſſoit à perpétuité de
l'Eſpagne ; mais toutes ces tentatives
furent infructueuses. Ferdinand fut inébranlable
dans ſa réſolution. La Reine
fon Epouſe à qui ce Peuple étoit ſouverainement
odieux , travailloit de fon
côté à l'y affermir. Elle le preſſoit continuellement
d'exécuter avec vigueur
ce qu'il avoit heureuſement commencé.
Abarbanel ſe vit forcé de céder à la
violence de l'orage qui accabla ſa Nation.
Conſtant dans les principes de ſa
Religion , il aima mieux partager le fort
miférable de ceux d'entre ſes Frères
qui ,à ſon exemple , refuſerentd'abjurer
leur croyance , que de conſerver ſa
place à la Cour de Caſtille aux dépens de
fa confcience. Bartolocci prend occa
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
fion d'éclater encore en reproches contre
notre Rabbin qu'il taxe de s'y être
auſſi mal conduit , qu'à celle de Portugal
. Il veut qu'Abarbanel ait contribué
plus que perſonne à ce baniſſement des
Juifspar la tyrannie qu'il exerçoit envers
les pauvres , par ſes ufures exceffives ,
par ſa vanité inſupportable qui lui faifoit
ufurper les titres qui ne ſont dûs qu'aux
maiſons nobles d'Eſpagne , enfin par
fes diſcours injurieux à la Religion
Chrétienne dont il étoit l'ennemi déclaré.
S'il falloit juger de ce Rabbin
ſur la dépoſition incontestablementtrop
ſuſpecte d'un homme qui ſe plaît à
le noircir , on ne pourroit le regarder
que comme un franc ſcélérat qui facrifioit
tout à une ambition démeſurée , &
à une infâme cupidité. N'est- ce pas montrer
évidemment l'effet de la paffion la
plus mépriſable , que de s'abandonner
à des accufations de cette nature ſans
avoir des preuves poſitives de ce qu'on
avance. Je ne crains pas de dire que
c'eſt précisément là le cas de Bartolocci
qui dans l'énonciation de ces
prétendus griefs , qu'une imagination
auffi fortement préoccupée que la
ſienne étoit ſeule capable de réaliſer , a
plus confulté ſa haine particuliere que
1
MARS. 1764. 79
les intérêts de la vérité. C'eſt pourquoi
on ne doit pas avoir égard à ſes déclamations
monachales . Abarbanél s'embarqua
avec toute fa famille pour
l'Italie , & aborda à Naples , ( b ) où
Ferdinandle bâtard régnoit alors. Il eut
le bonheur d'être bien accueilli de ce
Prince , à la Cour duquel s'infinua
par les mêmes voies qui l'avoient mis
en crédit à celles de Portugal & de
Caſtille. Comme Ferdinand ſe piquoit
d'une politique raffinée , il ſcut en
adroit courtiſan ſe faire valoir auprès
de lui par les connoiſſances qu'il avoit
été à portée d'y acquérir en ce genre.
Ce Monarque le prit en affection , &
l'employa avantageuſement dans les
affaires les plus ſecrètes & les plus difficiles
du Gouvernement. La mort
ayant enlevé Ferdinand peu de temps
après qu'Abarbanél ſe fut établi dans
ſa Capitale , Alphonse II. de ce nom
lui ſuccèda l'an 1494. Notre Rabbin
eut également part aux bonnes graces
de ce dernier à qui ſes ſervices ne
furent pas moins agréables , qu'ils l'avoient
été à ſon prédéceſſeur. Il recueilloit
tranquillement le fruit de ſa
(b ) Abarban. loco fuprà citato &præfat . Commentar,
in Libr. Deuteronom.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
faveur, lorſque la fortune qui n'étoit
pas encore lafſe de le perſécuter lui
préparoit un nouveau ſujet d'affliction .
On auroit dit qu'elle ne ſe plaiſoit
jamais plus à lui nuire , qu'au moment
qu'elle paroiſſoit le favorifer davantage.
Charles VIII. Roi de France entreprit
la conquête du Royaume de
Naples , auquel il prétendoit en conféquence
des droits fur ce Pays que
Charles Comte du Maine héritier de
René d'Anjou avoit cédés à Louis XI.
Ily entra à la tête d'une Armée nombreuſe
& s'empara des principales places
fans trouver aucune réſiſtance.
Alphonse conſterné de la rapidité du
progrès de fes Armes ,& ne ſe ſentant
point affez fort pour s'y oppoſer , abandonna
Naples à la diſcrétion du vainqueur.
Il s'enfuit en Sicile , où le ſuivit
Abarbanél qui demeura fidéle à fon
Prince , au milieu des revers qui le dépouilloient
de ſes états & de fes richeffes.
Ils firent l'un & l'autre leur réſidence
à Meffine. Nicolas Antonio s'eſt
mépris en marquant dans l'appendice
de ſa Bibliothéque d'Eſpagne , que
notre Rabbin fit le trajet de la Sicile
avec Ferdinand qui avoit été déthrôné
MARS. 1764 . 84
par les François. ( c) Cela regarde uniquement
Alphonfe ; le premier de ces
Monarques ayant ceſſé de vivre un an
avant l'arrivée de Charles en Italie .
Alphonse ne ſurvécut que de quelques
mois à la perte de ſa Couronne. Succombant
ſous le poids de ſes malheurs ,
il mourut l'an 1495. Abarbanel qu'aucun
motif ne retenoit plus dans cette
Iſle ſe retira à Corfou , où il ne s'arrêta
pas longtemps ; car il repafla
l'année ſuivante en Italie. Il fixa fon
domicile à Monopoli dans la Pouille
pour être à couvert des inſultes des
François , dans la retraite qu'elle lui offrit.
Il compoſa divers écrits pendant
fon ſéjour en cette Ville , où il reſta environ
ſept ans. ( d) Il eut ensuite occafion
d'aller à Venise , ou fon Fils Jofeph
l'accompagna , pour concilier quelques
différends ſurvenus entre les Magiſtrats
de cette République , & le Roi de
Portugal au ſujet du commerce des
Epiceries. ( e ) Il ſe conduiſit avec beaucoup
de prudence & d'habilité dans cet-
( c) Nicol. Anton . Biblioth. Hifpan. Ap
pend. Tom. II. pag. 686 .
( d ) Vide præfation. I. Libri quem Abarbanel
infcripfit Maaïanei Jefchouahfol. 3.
(e)Ibidem fol. 4.
ز
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
te négociation qu'il termina au gré des
Puiſſances qui y étoient intéreſſées : ce
qui le mit auprès d'elles en grande réputation.
( e ) Auſſi eut- il la fatisfaction
d'en acquérir l'eſtime & la faveur. Il
acheva le reſte de ſes jours en cette
Ville qui fut le terme de ſes voyages ,
& mourut l'an 1508. dans la 71. année
de ſon âge. Tel fut le cours d'une
vie marquée alternativement par des
honneurs éclatans&par une longue ſuite
de diſgraces ; & c'eſt prèſque toujours
là le fort qu'éprouvent ceux qui , comme
Abarbanél , ambitionnant trop la
poffeffion des dignités & des richeſſes ,
s'attachent au ſervice des Grands dans
l'eſpérance de ſe la procurer. Les Principaux
des Juifs célébrerent avec beaucoup
de pompe ſes funérailles , auxquelles
afſiſtérent même pluſieurs Nobles
Vénitiens. On tranſporta ſon corps
à Padoue , & on l'enterra dans un ancien
cimetière qui étoit hors de la Ville ,
& qui appartenoit aux Juifs . R. Juda
Menz qui avoit été Recteur de leur Académie
, y fut placé auprès de ſon ami
Abarbanél , auquel il ne furvécut pas
huit jours. Ce cimetière ayant été en-
(f) Menafſſeh Ben. Ifrael. Spes Ifrael. pag. 91 .
MARS. 1764 . 83
tièrement ruiné pendant le Siége que
cette Ville fouffrit en 1509 , devint depuis
un chemin pavé ; de ſorte qu'on
ne peut plus reconnoître actuellement
le lieu de la Sépulture de ces deux Rabbins.
( g ) Abarbanel laiſſa trois Fils Juda
, Jofeph & Samuel. L'aîné vulgairement
connu ſous le nom de Leonl'Hebreu
, Auteur des Dialogues de l'Amour
, a été grand Philoſophe & habile
Médecin. Il s'eſt encore diftingué
par fon talent pour la Poëfie , & il a
fait pluſieurs Vers à la gloire de celui
à qui il devoit le jour. Jofeph partagea
la bonne & la mauvaiſe fortune de fon
Père juſques à ſa mort. Samuel le plus
jeune des ſes Frères paſſe pour avoir
été plus ſçavant qu'eux & même qu'Abarbanel
ſon Père , s'il en faut croire
Bartolocci qui me paroît avancer ce
fait bien gratuitement. ( h) Au moins
c'eſt ce que ne diſent point ceux d'entre
les Ecrivains Juifs qui ſont entrés dans
quelque détail ſur ce qui concerne notre
Rabbin , & fa famille. Aboab vante à la
vérité le ſçavoir de Samuel. ( i ) Mais
( g ) Præfatio 1. Maaianei Jeſchouah fol. 4
(h ) Bartolocci Bibl. Rabb. P. III. pag. 88r .
( i ) Jm . Aboab Nomologia P. II. cap. 27. pag.
327.
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
il n'attribue au Fils aucune ſupériorité
fur le Père à cet égard. D'ailleurs nous
n'avons du premier aucun ouvrage qui
justifie l'opinion , que Bartolocci voudroit
qu'on en prît. Il ne l'a probablement
eué qu'en faveur du Chriſtianiſme
qu'on prétend que ce Juifembraffa
à Férrare , où il reçut au Baptême
le nom d'Alphonfe qui étoit celui du
Duc qui lui fit l'honneur d'être fon
Parrain. La requête qu'il préſenta à ce
ce ſujet ſous le Pontificat de Jules III.
au Cardinal Sirlet Protecteur des Neophytes
, ſe conſerve manufcrite dans
laBibliothéque du Vatican. ( k ) Cependant
le filence profond qu'Aboab garde
fur la converfion de Samuel, fait douterde
ſa publicité dans tous les lieux où
les Juifs font diſperſés ; à moins qu'on
ne croye qu'il l'a diffimulée de deſſein
prémédité. Mais il eſt plus vraiſemblable,
qu'elle n'eſt point venue à ſa connoiſſance
, à en juger par les grands
éloges qu'il prodigue à ce Fils d'Abarbanél.
Il leslui eût donnés avec plus de réſer
ve , fi en effet il eût ſçu que celui- ci avoit
abjuré la Religion de ſes Pères. Il n'arrive
guères aux Juifs de parler favorable-
(k ) Vide Catalog. Bibliothe, Vatican fub.n.
6415. pag. 191.
MARS. 1764 . 85
ment de leurs Apoſtats , dont au contraire
ils s'efforcent de flétrir la mémoire
, quelque irréprochable qu'elle
pût être. Aboab nous apprend que la
femme que Samuel Abarbanel avoit
épousée , ne lui cédoit pas en mérite.
Elle s'appelloit Benvenida de ſon nom
de famille , & elle réunifſoit aux vertus
de ſon ſéxe les avantages de l'eſprit ,
qui étoient encore relevés par beaucoup
de prudence ,de grandeur & de.
fermeté d'âme. D. Pedre de Toléde
Vice-Roi de Naples , auprès de qui Samuél
fut fort en crédit , conçut pour
elle une eſtime ſi particulière , qu'il ne
balança point à confier à ſes ſoins l'éducation
de ſa Fille Léonor. Aboab
ajoute que celle - ci ayant été depuis
mariée à Come de Médicis Grand-Duc
de Toscane , faiſoit gloire en toute
occafion de régler ſa conduite ſur les
inſtructions qu'elle avoit reçues dans
fon enfance deD. Benvenida qui demeuroit
alors à Ferrare. Aufſi ne dédaignoit-
elle pas de la nommer ſa Mereſpectant
comme telle , &la
traitant avec toutes fortes de diftinctions.
( 1 ) Ces circonstances dénotent
affez que Samuel Abarbanel &
( 1) Aboab loco fuprà citato.
re la
1
86 MERCURE DE FRANCE.
ſa femme avoient dès-lors une diſpoſition
prochaine à ſe faire Chrétiens ;
n'étant guères croyable , que le Vice-
Roi ſe fût avisé de donner à ſa Fille
une Gouvernante qui eût perſéveré
dans ſon attachement à une Religion
différente de la fienne . Notre Samuel
étoit puiſſamment riche , & quand il
abandonna le ſéjour deNaples l'an 1540,
il emporta avec ſoi , au rapport de
David Gantz, la valeur de plus deux
cens mille écus. ( m ) La famille desAbarbanels
ſubſiſtoit encore avec quelque
éclat du temps de Daniel Levi de
Barrios , qui compte un Jofeph Abarbanél
avec Ménaſſéh ſon Frère & Jonas
Fils du dernier , au nombre des
membres de l'Ecole Fſpagnole , que les
Juifs ont à Amſterdam ſous le nom
de Cether Thorah. ( n )
Après avoir vu notre Ifaac ſe produire
dans les Cours des Princes par
ſes talens politiques , qui l'y firent
revêtir d'emplois importans , nous allons
le conſidérer en qualité d'Ecrivain
( m ) R. David Ganz. Zemach David ad ann.
$300 . pag. 152. ex version . Latin . G. Vorſtii.
(n ) Dan . Lev. de Barrios Defcript . Cether
Thorah. pag. 9. Vide Christ. Wolf. Biblioth .
Hebra . Tom . III. pag. 544.
MARS. 1764. 87
qui s'eſt rendu célébre par les productions
de ſa plume. Elles lui ont mérité
un des premiers rangs parmi les Docteurs
de ſa Nation. Auſſi les Juifs
s'empreſſent - ils à lui déférer le titre
d'homme Illuſtre ,de ſcavant & d'incomparable
Théologien. ( 0 ).On l'égale
au fameux Maimonide. Quelques-uns
même n'hésitent point à le lui préférer.
On doit convenir qu'à un eſprit net
& pénétrant , il joignoit une imagination
vive & féconde qui étoit foutenue
d'une élocution abondante &
aifée. Né naturellement laborieux , il
ſe livroit à l'étude avec une ardeur infatigable.
Il eſt étonnant même qu'un
homme dont la vie a été alternativement
engagée dans le tumulte du grand
monde , dans l'embarras des affaires
&dans les chagrins de l'éxil , ait encore
pû trouver le temps de s'y appliquer.
Il écrivoit avec une fi grande facilité
que peu de jours luiſuffiſoient pour
commenter quelques Livres de l'Ecri
( 0 ) Salom. Ben Virg. Schebet Jehoudahfol.44,
feu 319 ex version. Gent.Azarias Meor Enajimfol.
+39. Dav. Ganz. Zemach David. P. I. fol. 61 .
EditHebr.feu pag. 150. ex Verf. Vorst. Menaſſeh
Ben Ifraelde creation . Problem. I. page 2. &Problem.
XII. page 50. Aboab. Nomolog. pag. 326 .
88 MERCURE DE FRANCE.
ture Sainte. De là cette multitude
d'ouvrages qu'il a composés. ( p ) M.
Maius a pris ſoin de recueillir à la fuite
de l'abrégé de la vie qu'il a donné de
ce Rabbin , les Jugemens que les
Sçavans de diverſes Communions en
ont portés . ( q ) Ils lui font généralement
affez favorables , furtout en ce
qui concerne l'explication du Texte
Sacré: c'eſt auſſi dans cette partie qu'il
s'eſt principalementdiftingué. Ses Commentaires
ſont ſans contredit ce qu'il a
fait de plus confidérable ; & il paffe
avec raiſon pour un des meilleurs interprétes
Juifs . M. Simon veut que ce
foit celui dont on peut le plus profiter
(p) Bartolocci ( Biblioth . Rabbin. P. III.
pagg. ) & M. Wolff. ( Biblioth. Hebra . Tom.
1. pagg. 629 , 639. ) ont donné la notice des
Ouvrages de notre Rabin , à laquelle ils ont joint
Le dénombrement des différentes Editions qui s'en
fontfaites. Aleuréxemple j'en ai dreffé le Catalogue
qui auroit paru à la fuite de la vie d'Abarbanel
, si je n'étois perfuadé que les détails qui
réſultent de ce genre de travail nefont guères de la
compétence du Mercure. C'est pourquoije lefupprime
ici , & je lui réſerve une placeplus convenable.
(9 ) Vide pag. 20 &feqq. Vita Abarbanelis
fubjunctæ Præconi Salutis quem V. C. Latine ver
fit , &Francof. ad men. 1712. edidit.
MARS. 1764 . 89
pour l'intelligence de l'Ecriture. ( r) Sa
Méthode eſt à quelques égards ſemblable
a celle de Toftat , de qui il paroît
avoir lû les Commentaires fur la Bible.
Il forme , comme cet Evêque Eſpagnol
, pluſieurs queſtions fur le Texte
quil explique. Il déploye d'ordinaire
beaucoup de ſagacité dans la maniére
de les réfoudre. Cependant nous ne
diſconviendrons pas qu'il ne ſe ſoit
trop plu à les multiplier. Il y en a quelques-
unes qui bien loin d'être de la
moindre utilité , ne ſont propres qu'à
embaraffer l'eſprit des Lecteurs par les
doutes qu'elles y font naître. Il apporte
toute ſon application à éclaircir les endroits
difficiles & obfcurs des Livres
Saints , à découvrir la liaiſon & les
rapports des Hiſtoires & des Prophéties
qu'ils contiennent , & à marquer la
fignification , & la force des mots Hébreux.
Il s'écarte rarement du ſens
Grammatical. Il ne lui arrive guères
non plus d'abandonner le ſens littéral
auquel il eſt fort attaché. Il s'efforce
même de l'établir dans des occafions ,
où la plupart des Rabbins qui l'ont
précédé ſe ſont retranchés dans l'Al-
(r ) Simon Histo . Critiq. du V. Teftam. Liv.
II. Chap. 6. page 380.
O MERCURE DE FRANCE.
légorie , pour n'avoir pu trouver une
interprétation conforme à la Lettre du
Texte de l'Auteur inſpiré. Il péche
quelquefois par trop de fubtilité , qui
le porte à raffiner ſur l'explication des
autres Commentateurs de ſa Nation.
Quelque reſpect qu'il ait pour l'autorité
de ſes Maîtres dont il rapporte fréquemment
les opinions , elle ne lui
impoſe point juſques à les admettre
fans un mûr examen. Il les appuie ou
les combat , felon qu'elles lui ſemblent
vraies ou faufſes. Le plagiat dont quelques-
uns d'entre eux ſont coupables ,&
les autres fautes qu'ils peuvent avoir
commiſes n'échappent point à ſa cenfure.
Il propoſe ſon ſentiment avec une
entière liberté,&il eſt fertile en conjectures
qu'il hafarde trop volontiers. Enfin
il étale dans tout ce qu'il dit une grande
érudition Juive. Celle même qui s'acquiert
par la lecture des Auteurs profanes
ou Chrétiens , n'eſt pas pour lui
un objet tout-à-fait étranger. Il cite
ſouvent Platon & Ariftote. Il diſpute
furtout contre le dernier de ces Philoſophes
fécond en paradoxes qui faveriſent
l'irréligion. Le P. Souciet croit
avoir remarqué des paſſages de Pline :
MARS. 1764. 91
produits par notre Rabbin . ( s ) Mais
c'eſt une obſervation que nous ne prétendons
point garantir. Abarbanél allégue
en divers endroits de ſes Commentaires
S. Jérôme & S. Augustin ,
ſoit qu'il eût feuilleté quelques écrits
de ces Pères , ou ce qui eſt plus vraiſemblable
, qu'il tînt ce qu'il en rapporte
, de Nicolas Lyre & de Paul
de Burgos , dont il avoit lu les annotations
fur l'Ecriture. Il ne fait aucune
difficulté de ſuivre quelques-unes de
leurs explications , & il réfute celles
qui ne s'accordent point avec ſes préjugés.
Au reſte ces allégations ſuppoſent
qu'il avoit quelque teinture de la
Langue Latine. Fier des connoiffances
qu'il avoit puiſées dans la Philofophie
minutieuſe qui régnoit de ſon temps ,
&qu'il entendoit affez bien , il affecte
de charger de raiſonnemens Métaphyfiques
les diſcuſſions où il entre. De- là
leur prolixité qui rebute autant qu'elle
ennuie. Aufſi ſon ſtyle qui a d'ailleurs
le mérite de la pureté &de la clarté ,
eſt infiniment diffus , & abonde en
répétitions faftidieuſes. C'eſt probablement
pour cela que Jonas Salvador
( s ) Souciet Recueil de Differtat. Critiq. fur
des endroits difficiles de l'Ecriture Sainte , pag . 4.
92 MERCURE DE FRANCE.
Juif de Pignerol , avec qui M. Simon
étoit en relation , avoit coûtume de
l'appeller un pur compilateur & un
babillard. ( t ) Il ſe montre par-tout
zélé défenſeur des Dogmes , & des
pratiques de ſa Religion. Son entêrement
pour les prétendues prérogatives
de ſa Nation lui a fait adopter mille
idées chimériques & extravagantes
fur ce qui peuty avoir rapport. Mais
le défaut le plus effentiel qui choque
dans ſes Commentaires & dans ſes.
Traités Théologiques , c'eſt ſon acharnement
à y invectiver contre le Chriftianiſme
, & contre ſon divin Inſtituteur.
Toutes les fois que l'occaſion ſe
préſente d'en attaquer les principes ,
il la ſaiſit avidement , ſans garder aucune
meſure. S'il ne diffimule pas dans ſes
controverfes avec les Chrétiens les
raiſons ſur lesquelles ceux- ci fondent
la verité de leur créance , il les énerve
autant qu'il lui eſt poſſible , & il tronque
leurs objections contre le Judaïfme
pour y répondre avec plus de facilité.
Les Juifs ſont perfuadés qu'il les a
ruinées de fond en comble. Il leur est
libre de ſe repaître de ce triomphe
( t ) Simon , Lettres Choisies Tom, III. pag. I
Edit. de la Marti,
MARS. 1764. 93
imaginaire. Ce qu'il y a de certain , c'eſt
que les efforts d'Abarbanel ſervent à
prouver la foibleſſe de ſa cauſe. Ce
qui fait le plus de peine à Bartolocci ,
ce font les termes outrageans & injurieux
dans leſquels il parle du Pape
&du Clergé. Il eſt ſans doute indigne
d'un homme raisonnable de ſe livrer à
des emportemens qui dégradent fon
caractère. Nous ne voulons point juſtifier
Abarbanel fur ce point. Cependant
à juger des chofes humainement , on
ne doit pas s'étonner qu'il en ait fi mal
ufé a l'égard du Clergé. Il ſçavoit que
c'étoit par ſes brigues & par fon crédit ,
qu'il avoit été dépouillé des dignités
& des richefſſes qu'il avoit poffédées à
la Cour de Portugal. Il n'ignoroit pas
non plus que le banniſſement général
de ſa Nation de tous les Etats de D.
Ferdinand , &de D. Jean , étoit l'effet
de ſes preſſantes follicitations auprès
de ces Princes. Il lui imputoit donc
tous les malheurs dans lesquels cet
éxil l'avoit précipité , ainſi que ſes
Frères . La haine implacable qu'il nourriffoit
au fond du coeur contre lesMiniftres
de l'Egliſe Romaine avoit conféquemment
ſa ſource dans un motif
perſonnel. Penſe-t-on qu'un Juif que
94 MERCURE DE FRANCE.
les préjugés de ſa religion avoient accoutumé
dès l'enfance à regarder de
mauvais oeil celle qui s'eſt établie ſur les
ruines de la ſienne , ait été capable
d'avoir des ménagemens envers des
gens qui avoient foulevé les Puiſſances
contre ſaNation. Les chagrins qu'il avoit
éprouvés dans le cours & à la ſuite
de ces révolutions ſi funeſtes à ſon ambition
, n'avoient pas peu contribué à
aigrir ſon humeur. Ayant réſolu de fe
venger par quelque voie que ce fût
de ceux qui les lui avoient ſuſcités ; il
n'a cru pouvoir mieux ſignaler ſon
averſion , qu'en les diffamant dans ſes
écrits qui portent prèſque tous l'empreinte
des traits de ſa colère & de fon
indignation. Il n'auroit pas dû laiffer
prendre un fi fort empire au reſſentiment,
que lui cauſoit le ſouvenir des perfécutions
que ſes Frères avoient ſouffertes ,
& auxqu'elles il n'avoit pas eu une
médiocre part. Si les mouvemens impétueux
de ſa bile n'euſſent point
offuſqué les facultés de ſon âme , il
auroit reconnu qu'il y a de l'injustice
à médire d'une Religion , à cauſe des
abus qu'en peuvent faire ceux qui la
profeffent , & des excès auxquels les
emportent l'intolérance & l'eſprit de
MARS. 1764. 95
domination. Mais on n'est équitable
qu'autant qu'on agit fans paffion. Cette
conduite fi rare parmi les perſonnes qui
ſe parent du beau nom de Philoſophes
, l'eſt encore plus parmi les
Théologiens. Il ſuffit qu'ils ſoient de
différens partis pour les voir ſe décrier
les uns les autres avec fureur ; l'on ſçait
affez que la modération n'eſt guères
le partage de ces Meſſieurs , quoique
par état ils duſſent en donner l'exemple
au reſte des hommes. Si Bartolocci ſe
plaint de ce que les Juifs font dans
l'habitude de remplir les Livres qu'ils
publient d'invectives contre les Chrétiens
, ces derniers & lui en particulier
ufent largement à leur tour du droit de
repréſailles , à l'égard des membres de la
Synagogue. Encore font-ils moins excuſables
; puiſque l'Evangile qui recommande
les devoirs de la charité même
envers ſes ennemis , leur défend expreſſément
de rendre injures pour inju
res. C'eſt un précépte qu'il ſeroit à
propos que bien des gens euſſent devant
les yeux. On ne verroit pas tant
de libelles diffamatoires ſe répandre
hardiment dans le Public.
;
96 MERCURE DE FRANCE.
{
LETTRE de M. LE BRUN , Secrétaire
des Commandemens de S. A. S. Monfeigneur
le PRINCE DE CONTY , à
M. DE LA PLACE , fur la nouvelle
Edition des OEuvres de M. de Sivri, imprimées
chez Barbou , d'un très-joli
caractère , & qui ſe vendent chez Panckoucke
, Libraire , rue & à côté de la
Comédie Françoiſe.
IL FAUT convenir , Monfieur , que
dans la foule de nos Brochures littéraires,
il en eft bien peu qui ſoient faites pour
honorer longtemps notre Littérature. La
raiſon en eſt ſimple; c'eſt qu'il en eſt peu
où régne ce goût précieux de la docte
Antiquité , qui ſeul peut rendre un Ouvrage
immortel. Il eſt plus facile de mépriſer
les Anciens que de les atteindre :
c'eſt le parti le plus commode que prennent
la plupart de nos jeunes Auteurs.
Selon eux , il ne s'agit plus d'étudier profondément
ſon art; mais de ſe faire une
cabale qui vous ſuppoſe des talens , &
vous diſpenſe d'en avoir. Plus jaloux de
ravir des applaudiſſemens que d'obtenir
des
MARS. 1764. 97
des fuffrages , ils préférent les lueurs
d'une célébrité paſſagère à l'éclat d'un
nom vraiment durable. De-là ce flux &
ce reflux de petites réputations précoces
qui ſe croifent , ſe choquent & s'effacent
ſans retour : de-là ces monftres
dramatiques prèſque honteux de leurs
ſuccès énormes , ces Tragédies pantomimes
où le tumulte des ſcènes , l'appareil
des décorations , le preſtige des Acteurs
remplacent , à ce qu'on croit , la
Poëfie , l'Intérêt & le Sentiment.
: De-là ces Comédies ambiguës où le
rire & les pleurs ſe rendent mutuéllement
ridicules ; ces Odes ſans feu , fans
verve , ſans ſtyle , ſans génie , qui feroient
bâiller Horace & Malherbe ; ces
Romans ſans idées , ſans caractères ,
ſans vraiſemblance & fans fin ; ce déluge
d'Héroïdes faſtidieuſes qui font les
premiers bégayemens de nos jeunes
Poëtes : enfin ces rames de Feuilles prétendues
critiques , où la baſſe envie ſe
mêle à la plus lourde ignorance .
Eh! quel temps fut jamais plus fertile en fots
Livres?
: La lecture des OEuvres de M. de Sivri
vous convaincra , Monfieur, qu'au moins
E
98 MERCURE DE FRANCE.
cejeuneAuteur a marché dans les bonnes
routes . Amoureux des Anciens & de la
belle Nature , il a cru que les admirer &
les ſuivre , c'étoit pouvoir prétendre à
quelques ſuccès. Sûr de la bonté de ces
principes , il déclare généreuſement qu'il
n'implore point ſes Lecteurs. Sije mérite
, dit- il, leurs fuffrages , ils me les accorderont
fût- ce malgré eux. Sij'enfuis
indigne , en vain obtiendrois-je pour un
instant leurs éloges ; les cenſures de la
Poftérité sçauroient un jour me remettre à
ma place.... Quiconque est dans le cas
de mendier lafaveur , dès-lors même n'en
mérite aucune. C'eſt ainſi que l'Auteur
parle dans fonAvant-propos. Vous m'avouerez
, Monfieur , qu'un Livre qui
s'annonce avec cette noble vigueur mérite
quelqu'attention .
Briféis , première Tragédie de l'Auteur
, ſe préſente à la tête du Recueil.
Elle fut jouée en 1759 , & reçut de juſtes
applaudiffemens. Ony trouva de la chaleur
dans les ſentimens , de la nobleſſe
dans les caractères , de la rapidité dans
le dialogue , & quelque choſe de ce
tour Racinien qui diſtinguera toujours
M. de Sivri de ſes rivaux dans la carrière
tragique. Le quatrième Acte fur - tout
offre de très-beaux momens.
OTHEQUE
DE
MARS. 1764.
*
99
Que pouvoit-on defirer de plusdar
ſi jeune Auteur?Quelle audace que d'embraffer
prèſque toute l'Iliade dans une
ſeule Tragédie ! Le plan eſt hardi , vaſte,
&trop vaſte peut - être. Il étoit à craindre
d'éffleurer ce qu'Homère approfondit , &
de raccourcir trop les grands objets de
l'Iliade. Mais avec quelle adreſſe le jeune
Auteur a ſçu les réunir par un trait d'invention
qui ſeul met en jeu tous ſes caractères
! Peut - être quelques perſonnes
s'étonnèrent- elles de voir Priam fi longtemps
en ſcène avec Achille , &difcuter
des intérêts politiques avec le meurtrier
de ſes fils . Auſſi Homère ne le conduit
dans la tente d'Achille, que pour redemander
les reſtes du malheureux Hector:
Scène touchante & pathétique , que M.
de Sivri n'a pas manquée dans ſon cinquième
Acte. C'eſt-là qu'il met dans la
bouche de Priam ces beaux vers d'imprécation,
dont le modèle eſt dans Homère
, & que tous les Poëtes , Catulle ,
Virgile , le Taffe , &c , fe font fait gloire
d'imiter. Comme ces objets de
comparaiſon ſervent aux progrès du
goût , il ne ſera pas inutile de les rapprocher
ſous les yeux du Lecteur. Dans
Catulle , Ariane dit à fon parjure Thésée :
Quænam te genuitfola fub rupe Leana ?
E ij
TOO MERCURE DE FRANCE.
Quod mare conceptum ſpumantibus expuit undis ?
Quæ Syrtis , quæ Scylla rapax , quæ vaſta Charybdis
,
Talia qui reddis pro dulci premia vita?
Versſi énergiques & fi beaux que Virgile
même , qui les avoit ſous les yeux,
n'a pu les égaler par ceux- ci que prononce
Didon , au quatriéme Livre de
l'Enéide.
Nec tibi diva parens genuit , nec Dardanus auctor
Perfide , fed duris genuit te cautibus horrens
Caucasus , Hircanæque admorunt ubera tigres.
Voici maintenant l'imprécation que M.
de Sivri met dans la bouche de Priam
contre le barbare Achille , qui vient
d'immoler Hector , & de le traîner à fon
char.
Toi , le ſang de Pélée , ou celui de Thétis !
Opprobre des Héros , non tu n'es point leur fils.
Le flambeau de la Rage éclaira ta naiſſance ,
La Haine te reçut des mains de la Vengeance ;
Les flancs del Hydre affreuſe, ou le Styx en fureur
Te vomirent au jour , pour en être l'horreur.
O monſtre ! ...
Combien ces beaux vers , pleins de chaleur
, de force &de Poësie, ſont- ils fuMARS.
1764 . IOL
périeurs à ceux d'une autre Tragédie :
Non, tu n'es pas le ſang des Héros ni des Dieux :
Au milieu des rochers , tu reçus la naiſſance ;
Une horrible lionne allaita ton enfance ,
Et tu n'as rien d'humain , &c.
Mais que ſera-ce ſi l'on compare à cet
heureux morceau de l'Auteur de Briféïs,
cet endroit d'une Héroïde aſſez récente ,
où l'on a cru traduire le Taſſe de cette
manière ?
Non , tu n'es point le fils de la belle Sophie ;
Non , ne te vante point de lui devoir la vie.
LeCaucaſe , au milieu des neiges , des glaçons ,
Te conçut dans la nuit de ſes antres profonds.
Il y a la même différence entre ces vers
&ceux de M. Sivri , qu'entre la Phèdre
de Pradon & celle de Racine.
Je ne dirai qu'un mot de l'Appel au
petit nombre , ou Procès de la multitude
qui fert de Préface à l'Ajax. Cette Brochure
parut vive. On la taxa de nouveauté
audacieuſe ; faute de ſçavoir que tous
les grands Hommes avoient dit & penſé
la même chose. En effet , ce n'eſt
qu'un fidèle commentaire de cette penſée
d'Horace.
Neque te ut miretur turba labores,
Contentuspaucislectoribus.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
de forte qu'on ne peut blamer l'Appel
au petit nombre , ſans blâmer auffi les
vers d'Horace. L'alternative eſt embarafſante.
Vous ſçavez , Monfieur , le deſtin
d'Ajax ; mais vous ſçavez auſſi qu'une
Pièce bien écrite ne tombe jamais , du
moins aux yeux de quiconque ſçait lire.
Ajax même en eſt la preuve. Il eſt certain
que le filence du cabinet vangera
M. de Sivri des tumultes du Parterre.
Les gens de goût reconnoiſſent dans
ce Drame, de vraies beautés.Efther n'eſt
point théâtrale à notre égard ; il ſe
pourroit bien qu'Ajax fût dans le même
cas qu'Efther.
La diſpute des armes d'Achille , ſujet
que la Grèce entière eût applaudi , n'eſt
peut- être pas affez intéreſſante pour des
François frivoles & légers ; peut - être
auſſi le rôle de Penthéfilée ne s'offre-t- il
pas dans un jour affez favorable. C'eſt
par une ſévérité de goût bien rare dans
un jeune Auteur, que M. de Sivri s'eſt
défendu le rôle de Memnon , qui né--
ceſſairement auroit produit des fituations
très-vives ,& qui ſurtout eût mis en jeu le
caractère de Penthéfilée. Mais il craignit
de trop détourner du principal objet.
Racine s'eſt pourtant permis le rôle
MARS. 1764 . 103
d'Eriphile dans ſon Iphigénie en Aulide
; & , fans ce caractère épiſodique ,
ſa Tragédie , plus correcte en effet , eût
manqué à la première des régles , qui eſt
celle de plaire. Il faut être juſte : le rôle
d'Ulysse dansAjax eſt un des plus beaux
peut-être que nous ayons au Théâtre .
Aglaé, petite Pièce en un Acte , dans
legenre gracieux , eſt ingénieuſe & touchante.
On lit à la tête cette heureuſe
Epigraphe , imitée de Térence.
S'il eſt quelqu'un qui cherche à ſatisfaire
L'homme éclairé , non l'aveugle vulgaire,
Je le tiens ſage, & je veux aujourd'hui ,
Pour le vrai goût , me liguer avec lui.
Je ne dirai rien de la Traduction de
pluſieurs Poëtes Grecs , Anacréon , Sapho
, Bion , Moschus , Tyrthée , &c.
dont M. de Sivri nous donne une ſeconde
Edition dans ce Recueil. Ces différens
morceaux font déja connus avantageuſement
du. Public. L'Auteur ſçait
mieux que perſonne combien il étoit difficile
, & même impoffible , de rendre
toutes les grâces , les délicateſſes , & les
faillies ingénues d'un Poëte tel qu'Anacreon.
Ce qu'on peut aſſurer , ſans a
crainte d'être contredit , c'eſt que la
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Traduction de M. de Sivri eſt infiniment
ſupérieure à toutes celles qui l'ont précédée.
Tel eſt , Monfieur , cet eftimable
Recueil , qui mérite certainement de tenir
une place diftinguée dans la Bibliothèque
des Gens de goût.
J'ai l'honneur d'être , &c .
ECOLE de Littérature , tirée des meilleurs
Ecrivains ; à Paris , chez Babutyfils,
Libraire, quai des Augustins,entre les
rues Git- le-coeur & Pavée, à l'Etoile, &
chez Brocas & Humblot , rue S. Jacq .
au-dessus de la rue des Mathurins , au
Chef S. Jean ; avec approbation &
privilège du Roi, deux vol. in- 12 trèsbien
exécutés quant à la partie typographique
: beau papier , beaux caractères.
Prix , 2 liv. 10 f. chaque volume
, & 3 liv . relié ; ou 5 liv. les deux
volumes brochés , & 6 liv. reliés.
Nououss n'avions encore aucun Cours
complet de Belles-Lettres ; aucun qui
renfermât des Régles pour compofer des
MARS. 1764 . 105
Ouvrages dans tous les genres de Littérature.
Nous n'en avions point dont
les Auteurs , joignant la pratique à la
théorie , euſſent fourni à la fois les modèles&
les préceptes. Enfin , ceux qui
nous ont donné juſqu'ici des Règles
& des Principes , n'ont pas toujours été
de ces hommes de génie , dont les lumières
ont éclairé leur fiécle & honoré
leur Nation. Un Livre qui raſſembleroit
tous ces avantages ; un Recueil qui contiendroit
autant de Traités particuliers ,
qu'il y a de différens Ouvrages dans tou
tes les langues ; qui ſeroit compoſé par
les Ecrivains les plus diſtingués , & dont
les préceptes auroient été confirmés par
des chefs -d'oeuvre de l'art , ſeroit fans
contredit la collection la plus utile pour
les gens du monde ,& la plus néceſſaire
aux gens de Lettres. Les uns y puiſeroient
des règles ſures pour juger avec
Intelligence de toutes fortes d'Ouvrages ;
les autres pour les compoſer avec goût :
& c'eſt ce que nous croyons que l'on
trouvera dans cette nouvelle ECOLE DE
LITTÉRATURE , comme nous allons le
faire voir.
Nous avons dit d'abord qu'elle contient
des préceptes pour tous les genres ;
une liste des articles renfermés dans ces
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
deux volumes , indiquera au premier
coup d'oeil, la multitude des objets qui
entrent dans cette collection. La première
partie , qui comprend l'art d'écrire
en général , traite de lafignification , du
choix & de l'arrangement des mots ; des
des fynonimes , des tropes , des figures ,
de l'éloquence , duſtyle & du goût. La
feconde partie traite des règles particulières
de chaque genre de Littérature er
profe & en vers ; tels que les Lettres , le
Dialogue , la Critique , les Journaux ,
les Romans , l'Histoire , le Difcours oratoire
, les Sermons , le Panegyrique ,
Oraiſon funebre , l'Eloquence du Barreau
, l'Art de traduire ; la Poësie engénéral
, la Versification , l'Epopée , la Tragédie,
la Comédie, le Comique larmoyant,
Ie Comique bourgeois , l'Opéra , l'Opéra-
Comique , la Parodie , la Farce , la Parade
, l'Eglogue , la Fable , l'Ode , la
Chanfon , la Cantate , l'Elégie , la Satyre
, l'Epitre , le Poëme didactique ,
Epithalame , les Stances , l'Enigme , le
Logogryphe , l'Epigramme , la Devise ,
les autres petits Poëmes , juſqu'à l'Infcription
& l'Impromptu. Voilà donc
comme nous l'avons dit , des Traités fur
tous les genres. Ces Traités ont été fournis
par des Auteurs célébres , qui ont ſeu
MARS. 1764. 107
joindre à la ſcience des règles , le mérite
, plus difficile & plus rare , d'en fournir
des éxemples. Tels font , par éxemple
, M. de Voltaire pour le Poëme épi
que , Corneille pour la Tragédie , Fontenelle
pour l'Eglogue , la Mothe pour
l'Ode & pour la Fable , Boileau pour la
Satyre,M. Favart pour l'OpéraComique,
Fuzelier pour la Parodie , Rémond de
Cinqmars pour le Dialogue, l'Abbé Desfontaines
pour la Critique , &c. &c.Enun
mot,nous ne trouvons,à chaque article,
que des noms diftinguéstels queFenelon,
Bouhours , Godeau , Fraguier, d'Olivet ,
Brumoydu Marſais, Nivernois, d'Allembert
, Diderot , Marmontel, &c. &c. &c.
Ce ne font donc point les idées d'un ſeul
homme,que l'on offre au Public dans ce
nouveau Cours de Belles - Lettres ; c'eſt
uneEcole complette de Littérature ,
compoſée par tout ce que nous avons
eu de meilleurs Ecrivains ; c'eft , pour
ainſi dire , l'efprit de tous nos grands
hommes réunis , pour former d'autres
grands hommes dans tous les genres où
ils ont excellé. Nous pourrions citer
beaucoup de morceaux , pris de chacun
des Art. qui compoſent cette Collections
précieuſe & eftimable. Nous nous con--
tenterons , pour aujourd'hui , de rappor-
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ter les Règles du Goût , par M. Poncet
de la Riviere , ancien Evêque de Troyes.
>> Qu'est- ce que le goût ? Une qua-
>> lité qu'un génie médiocre regarde
> comme la fienne , qu'un eſprit criti-
» que croit n'être celle de perſonne ,
>> dont tout le monde parle , que peu
» d'hommes connoiffent ,& qui à force
>> d'être définie , eſt devenue prèſque
-> indéfiniſſable. Ce terme ne préſente
>> à l'eſprit qu'une facilité à voir d'un
>> coup d'oeil , & à ſaiſir dans l'inſtant
>> le point de beauté propre à chaque
>> Sujet que l'on traite. Mais qu'est-ce
»que beauté dans les Ouvrages ? Force
» & vivacité du génie , liaiſon exacte
>>> de toutes les parties , rapport immé-
>>diat des unes avec les autres , juſteſſe
>> dans ces rapports , & même dans les.
>> contraſtes , degré de nuance , ton de
>> couleurs , aſſortiment & aſſemblage
>>de tout ce qui enléve d'abord le fuf-
>> frage & fixe l'admiration. Par exem-
» ple , dans les penſées , rien de beau
> ſans le noble & le vrai ; le faux & le
» rampant doivent en être bannis . Dans
> les ſentimens , rien de beau ſans l'é-
» lévation & le touchant; le décent &
» le pathétique font leur mérite. Dans
>> les expreſſions , rien de beau fans le
MARS. 1764. 109
>> naturel & le gracieux ; l'obfcur &
» l'affecté font leurs défauts eſſentiels.
>> La hardieſſe, mais ſans écarts dans les
>> idées ; les ornemens , mais ſans paru-
>> re dans le ſtyle ; la variété , mais fans
>> bigarrure dans les tours ; une richeſſe,
>> mais sobre & fans faſte ; une ſageſſe ,
» mais égayée ſans indiſcrétion ; une
» abondance , mais meſurée ſans profu-
» ſion ; une facilité qui ne ſoit point
>>> négligence ; une fineſſe qui ne ſoit
>> point affectation ; une méthode qui
» ſoit ſans contrainte ; l'art enfin mais
>> déguiſé ; qui ſemble n'avoir étudié
>>tout , que pour tout dire ſans étude ,
» & ne travailler que pour diffimuler
„ les efforts du travail. Telles font les
>> qualités avantageuſes qui nous ſaiſif-
>> fent d'abord dans les Ouvrages d'ef-
> prit.
و
>> Le goût conſidéré dans le coeur ne
» ſe définit pas , parce qu'il eſt ſenti-
>>> ment ; il ne s'acquiert pas ,parce qu'il
>> eſt qualité : la Nature le donne. Re-
>>gardé comme faculté d'eſprit& prom-
>> ptitude à bien juger , il ſe forme par
>>>la lecture ; il s'épure par les comparai-
>> ſons; les réfléxions l'aſſurent; les exem-
>> ples l'étendent , & l'imitation l'affer-
>>mit. Sentiment du vrai , droiture de
۱
FIO MERCURE DE FRANCE.
>>raiſon , ce ſont ſes principes : juſteſſe
» de penſées , netteté d'expreffions , ce
>>ſont ſes régles ; ſoupleſſe d'un eſprit
>>qui ſçait obéir à la loi des bienféan-
>>>ces; ſageſſe de détail qui ſçait adop-
>> ter le néceſſaire & retrancher le fu-
>> perflu ; économie des régles qui pré-
>>>fident à l'Ordonnance , ce ſont ſes
>>>qualités : tableaux naturels , images
>>animées , peintures juſtes , ſaillies me-
>>>ſurées ; à leur fuite ,ſaiſiſſementd'ad-
>> miration , fuffrages auffitôt obtenus
>> que demandés , eſprits à peine atta-
>>qués que fubjugués ; ce ſont ſes effets.
>>Pour prouver la néceſſité du goût ,
>> j'oſe avancer que fans lui le génie le
>>plus fublime eſt ſouvent plus dange-
>> reux pour les Arts , qu'il ne leur eft
>> utile. Naturellement hardi , il s'éléve
» au-deffus du vrai comme au- deſſus du
>> commun. Sa paffion eſt le nouveau.
>>Toujours avide de distinctions , il
>> prend fon vol ; ce qui eſt naturel aux
>> autres , eſt étranger pour lui ; une ré-
>> gion fupérieure d'où il puiſſe domi-
>> ner , voilà fon centre. L'imagination ,
>>guide inſenſé lorſqu'elle n'eſt pas
>> guidée elle-même , lui prête ſes aîles ;
>> nouvel Icare , il va dans la région du
feu ,& tandis qu'il ſe livre à un nou
1
MARS. 1764 . IFF
>>>vel éſſor dans des plages inconnues ,
>> les nues qu'il a percées ſe rejoignent ;
>>> leur ombre le dérobe aux regards des
>> Mortels ; & il ne leur est rendu que
>> par ſa chûte. L'eſprit qui ne peut at-
>> teindre à la hauteur du génie, le laiſſe
» s'élever , ſe contente de marcher; mais
» ſa marche irrégulière ne le conduit
>> point à fon but ; un goût frivole
>> s'empare de lui ; il tourne fans ceſſe
» dans le tourbillon de la mode ; c'eſt
>>un papillon qui cherche une lueur
>> favorable pour faire briller les cou-
>> leurs dont ſes aîles ſont nuancées . Là
>> ſe borne ſon ambition. Il plaît aux
>> Lecteurs légers comme le papillon
>> aux enfans. Son éclat dure autant que
>>>la lueur autour de laquelle il voltige;
» l'aîle fe défféche , ſe brûle enfuite , &
➤ l'infecte rampe..
>> Ce portrait n'eſt que trop véritable
» même dans la Littérature; & l'image
» n'eſt que d'après des modéles. En ef-
» fet , parcourez les Ouvrages divers
>> dont le déluge inonde aujourd'hui
>>plus que jamais la République des
>> Lettres : un titre fingulier , des avan-
» tures imaginées , un ſtyle marqueté ,
» une Sentence hardie , un tour de
>> penſées bifarres , un afſemblage d'ex112
MERCURE DE FRANCE.
>>preſſions colorées , un jargon obfcur
» & précieux ; diſons tout, une barbarie
>> de langage ornée & parée de faux
>>brillans & de clinquans où le vernis
>> eſt ſubſtitué à la peinture , la décou-
>> pure au tableau , & au ſérieux du bon
>>> fens , le frivole de l'affectation. N'est-
>> ce pas là le fond , ou du moins le
>>> courant de la Littérature moderne.
>> Que fait le goût ? Il ſoutient le gé-
>> nie dans ſon éffor , & le rappelle de
>> ſes écarts ; lui marque ſa route dans
>>>les airs , & lui preſcrit ſes bornes ; ne
>>> l'affranchit du commerce des hom-
>> mes , que pour l'aſſocier à celui des
>>Dieux ; lui permet de s'élever quand
>>il peut; l'oblige à marcher quand il
>> le doit; & en lui laiſſant toute la li-
>> berté que l'imagination defire , le re-
>> tient dans les limites que la raiſon a
>> marquées. Il ouvre toutes les routes
>>du labyrinthe dans lequel l'eſprit fri-
>> vole s'égare ; lui laiſſe la fineſſe du
>>langage ,mais en bannit l'obſcurité ;
>> retranche la parure qui eſt étrangère ,
>> pour ne laiſſer que l'ornement qui
>> eſt propre ; admet les grâces , mais
» veut que lesvertus les reconnoiſſent ,
» que les Muſes les conduiſent , & ne
>> fouffre pas qu'un amour aveugle les
MARS. 1764 . 113
„ égare ; à l'étincelle enfin qui ne ré-
>> pand qu'une lueur affez ſemblable à
>> la nuit , le goût ſubſtitue le flambeau
>> qui produit la lumière , & enfante ou
>> remplace le jour.
>> C'eſt par lui , c'eſt par ce goût fa-
" ge & hardi , que furent inſpirés ces
>>génies puiſſans qui dans un fiécle af-
» fez peu éloigné du nôtre , rallume-
>> rent dans le Temple des Arts , ce feu
>> ſacré que la moleſſe avoit laiſſé étein-
>> dre , diſſipérent les ténébres dont l'i-
>> gnorance avoit couvert le Parnaſſe ,
>> rappellérent l'Antiquité plus défigurée
>> encore par le pinceau de la nouveau-
>>té , que par ſes propres rides , ouvri
>> rent à des Lecteurs curieux d'appren-
» dre , les tréſors littéraires que les fié-
>>> cles nous ont conſervés , comme l'hé-
>>ritage des eſprits ,& nous montérent
>> enfin à ce degré d'intelligence qui a
>> fixé les Lettres parmi nous. Juſques-
> là les Muſes errantes avoient en vain
>> cherché un aſyle Elles avoient
>> franchi quelques montagnes , par-
>> couru quelques Provinces , éclairé
>>>quelques Nations : le hafard ou la
>> curioſité leur ménagérent de temps en
>> temps des protecteurs aſſez zélés pour
>> les défendre ; mais il étoit réſervé au
14 MERCURE DE FRANCE.
>>goût de leur fufciter des Connoif-
>> feurs intelligens , capables de les ac-
>> créditer en les cultivant , de profiter
>> de leurs richeſſes , & de leur en don-
» ner , de ſe pénétrer de leurs précep-
>> tes , &de les tranfmettre aux autres.
>> C'eſt de ces Reſtaurateurs des Scien-
>> ces , que nous avons reçu le goût fage
» & heureux qui les maintient encore
>>malgré la conſpiration des préjugés.
>>Puiffions-nous fentir toujours le prix
>> d'un tel avantage , & nous conferver
>>la poſſeſſion glorieuſe où nous fom-
>>mes depuis fi longtemps , de ſervir
» dans ce genre , comme dans prèf-
>> que tous les autres , de modéles aux
>>autres Peuples.
Nous finirons l'Extrait de l'Ecole de
Littérature dans le prochain Mercure.
MARS. 1764. 115
LA VEUVE, Comédie , en un Acte , &
en Profe , par l'Auteur de Du-
PUIS ET DES RONAIS. Le Prix eft
de 24fols ; à Paris , chez Duchesne ,
Libraire , rue Saint Jacques , au- def-
Sousde lafontaine Saint Benoît , au
Temple du Goût, 1764. Avec Approbation
& Privilège du Roi.

Nous nous contentons , fimplement
ici , d'annocer cette jolie Comédie , attendu
que , pour les raiſons que nous
en dirons , nous en donnerons un extrait
, à la fin de l'Article des Spectacles
du prochain Mercure.
LE ROSSIGNOL , Comédie en un
Acte , en Vaudevilles , du même Auteur,
eſt , actuellement fous preffe ; &
paroîtra inceſſament. On la trouvera
pareillement chez Duchesne.
و
Ce n'eſt point le Roſſignol , qui a
été joué à l'Opéra Comique ; mais
cette Piéce charmante , qui a déja ſa
réputation faite , & qui a été repréfentée
avec tant de ſuccès , il y a plusde
,
I176 MERCURE DE FRANCE .
douze ans , chez S. A. S. Monſeigneur
le Comte de Clermont , Prince du Sang.
M. Collé ſeroit en état,s'il le vouloit , de
donner au Public un Théâtre de Sociéte,
affez confidérable. Ilya longtemps
que les Amateurs , & que les perfonnes
qui jouent la Comédie , entr'elles à
Paris , ou dans leurs campagne , attendent
, avec la plus vive impatience , qu'il
fafle imprimer ce Recueil précieux de
Comédies , & de petites Piéces , qui ne
peuvent être repréſentées ſurdes Théâtres
Publics , mais qui feroient comme
elles l'ont déja fait , l'amusement , & le
charme des Sociétés particulières.
SUPPLÉMENT aux Piéces Fugitives .
VERS à Mde de B ..... qui le foir de
fes nóces , après que tout le mondefut
retiré , éxigea , toute affaire ceffante ,
quefon marila menát au Bal de l'Opéra
qu'elle n'avoit jamais vu. Le père
du nouveau marié qui les avoit entendus
fe lever , s'habilla , ſe masqua' ,
les fuivit au Bal ; & àforce de plai-
Santeries , il obligea sa bru de reve
MARS. 1764. 117
nir avec fon Mari masqués encore
l'un & l'autre , & ne comprenant pas
comment ils avoient pu être reconnus.
Le père m'écrivit l'aventure le matin ,
& elle reçut ces Vers l'après-diner àfa
toilette : ce qui l'étonna beaucoup .
CONDUITS par l'Hymenée & le Dieu deCythère,
Dans le lit nuptial , cette nuit deux époux ,
Alloient goûter les plaiſirs les plus doux ,
Sous les yeux du tendre myſtère :
Quand tout-à-coup , jaloux de leurs joyeux ébats,
Momus, cédant au dépit qui l'emporte ,
Entredans leur réduit , ſans frapper à la porte ,
S'approche des conjoints qui ne s'endormoientpas,
Etdes tendres amours écartant la cohorte ,
A l'épouſe parle tout bas ,
Et la tance de cette forte.
Quoi ! dit-il, à votre âge on n'eſt donc pas touché,
D'un plaiſir qu'à vos yeux on atoujours caché ?
Tandisquedansmontemple,où régnel'allégreſſe,
Bourgeois & Financier , Robin , Prince , Ducheſſe,
Tous viennent me faire la cour ;
Vous ſeule, à mon culte rebelle ,
Epriſe d'un nouvel amour ,
A côté d'un mari , jeune , aimable , fidéle ,
Vous voulez attendre le jour ?
Ypenſez-vous? d'Hymen commençant la carrière,
118 MERCURE DE FRANCE.
Apeineun pauvre époux ouvre-t- il la barrière ,
Qu'il eſt déja prèſque ſur le côté :
De votre propre bien ſoyez plus ménagère ,
Par principe de volupté.
Votre époux eſt à vous : uſez-en de manière ,
Qu'il n'altére point ſa ſanté.
Plaiſirs pouſſés trop loin cauſent ſatiété.
D'Hymen toute la vie on peut chomer la fête ;
On prévoit ſes douceurs juſques dans l'avenir ;
Ses jours coulent en paix , & les miens vont finir.
Profitez des jeux que j'apprête :
L'Ennemi * qui me ſuit va bientôt les bannir.
Après ces mots, l'indiſcrette folie
Force les deux époux à ſortir de leur lit.
L'épouſe en eſt charmée , & l'époux obéit.
Peut-on rien refuſer à femme qui ſupplie ?
On s'habille à la hâte , on s'échappe ſans bruit :
Au Bal de l'Opéra le plaiſir les conduit.
Ils arrivent maſqués ; qui peut les reconnoître ?
Qui ? l'Amour qui les ſuit . Déjà ce petit traître
Voyantqued'une utile nuit ,
Dont il doit diſpoſer en maître ,
Unautre Dieu perçoit le fruit ,
Dit le nom des époux , découvre le myſtère ,
A tout venant conte l'affaire ;
Lui-même déguiſé , prend l'épouſe à l'écart ,
Et lui flétrit le coeur par maint & maint brocard.
* Le Carême.
MARS. 1764. 119
L'aventure devient publique ;
L'un applaudit , l'autre critique :
La ſingularité trouve des partiſans ;
Et cetépoux a fait la nique
Atous les maris complaiſans:
Mais peu ſuivront cette pratique.
Aimable Bi .... vous qui dans votre lit ,
Avez paſſé la nuit , & vu naître l'aurore ,
En comblant de plaiſir l'époux qui vous adore ,
Amuſez-vous de ce récit ,
Dont tout le monde parle encore ,
Dans les foyers de Terpficore .
120 MERCURE DE FRANCE.
CAMPAGNE du Marquis de CRÉQUI,
en Lorraine & en Alface , en 1677 ;
rédigée par M. Carlet de la Roziere ,
Chevalier de S. Louis , Capitaine réformé
de Dragons , & ci- devant Aide-
MajorGénéral desLogis de l'Armée du
Rhin , à Paris , chezLeſclapart , Libraire,
quai de Gévres; vol. in 8 °. petit
format ; 1764; avec une Carte trèsbien
faite de la Lorraine , & d'une partie
de l'Alface.
L'AUTEUR a jugé cette Carte d'autant
plus néceſſaire , qu'outre qu'elle facilite
l'intelligence de cette Campagne ,
elle est un moyen fimple & aifé d'en repaffer
d'un coupd'oeil toutes les opérations
, & d'en conſerver une idée nette
&fructueuſe . Quant à l'Ouvrage même,
la Campagne de M. de Créqui eft fi curieuſe
&fi inftructive , par les événemens
qu'elle préſente , par la conduite
admirable de ce Général , & par le détailde
toutes les marches de fon Armée ,
& des Camps qu'elle a occupés , que ce
Livre ne peut manquer d'être d'une trèsgrande
utilité aux Militaires : ſurtout les
faits y étant expoſés avec une clarté , un
ordre & une précision qui font honneur
à l'Auteur de cette utile & précieuſe rédaction
. BIBLIOTHEQUE
MARS. 1764. 121
BIBLIOTHÈQUE choisie de Médecine,
tirée des Ouvrages périodiques tant
François qu' Etrangers, avec pluſieurs
Piéces rares & des remarques utiles
& curieuses. Par M. PLANQUE ,
Docteur en Médecine , Tome VIII.
avec Figures . A Paris , chez la veuve
d'Houry, Imprimeur - Libraire de Mgr
le Duc d'ORLÉANS , rue Severin ,
près la rue S. Jacques . 1763 .
LAA matière qui compoſe ce huitiéme
Volume , eft compriſe dans les mots
néphrétique , nerf , nourriture , obésité ,
odontalgie , odorat , oeil , oesophage ,
ongle , opération Césarienne , ophthal-"
mie , & os .
Le premier Article renferme la ſtructure
des reins dans l'état naturel &
dans l'état contre nature ; l'on en développe
la méchanique ; on expoſe leurs
maladies & les moyens de les guérir.
On rapporte l'hiſtoire d'une néphrétiquepériodique
quiattaquoit une Dame
de 50 ans tous les mois & à la même
heure. Cette hiſtoire eſt ſuivie de beau-
F
122 MERCURE DE FRANCE .
T
1
coup de remarques curieuſes non-ſeulement
ſur la néphrétique , mais encore
fur pluſieurs autres affections dont les
retours périodiques ſont ſurprenans ,
comme des fiévres qui revenoient tous
les ans , la parole perdue , qui revenoit
tous les jours depuis midi juſqu'à une
heure , &c.
Les nerfs dont la connoiſſance eft fi
néceſſaire , fait le ſujet du ſecond Article.
On y examine leur nature , leur
origine , leur progrès , leurs divifions .
On prouve l'exiſtence des eſprits animaux
dans les nerfs ; on expoſe leur
puiſſance dans l'oeconomie animale , on
démontre que c'eſt par leur, moyen
que l'âme s'apperçoit de ce qui ſe
paffe dans notre machine vivante ;
on recherche quelle eſt la partie du
cerveau où l'âme exerce ſes fonctions ,
& où elle reçoit les impreffions des objets
; on explique la cauſe de la douleur
& l'on rapporte quelques conjectures
fur les maladies des eſprits & fur le défordre
du cerveau dans certaines affections
ſurprenantes , comme dans la caralepfie
, dans les raviſſemens ou extafes
,&c.
L'Article ſuivant regarde la nourriture,
On y traite de la nature des alimens,
MARS. 1764 . 123
de leur différence dans différens Pays ;
on demande fi l'on peut vivre longtemps
ſans leur fecours. On rapporte
pluſieurs exemples d'hommes & d'animaux
qui ont vêcu pluſieurs années
fans boire & ſans manger ; on y lit
l'hiſtoire d'une femme qui depuis 18
ans juſqu'à un âge avancé rejettoit ce
qu'elle prenoit , à l'exception de l'eau
&du petit lait. On remarque qu'elle a
été ſeize ans n'allant qu'une fois à la
felle chaque année , c'étoit toujours au
mois de Mars.
Cet Article finit par la méthode de
faire cuire les Os , par l'hiſtoire du Chocolat&
par les moyens de conſerver les
Grains &c .
Le quatrieme Article eſt employé à
traiter de l'Obésité, cet embonpoint exceffif,
qui fait tant d'obstacles aux fonctions
animales & vitales. Il renferme
beaucoupd'exemples de groſſeurs énormes
, des accidens qui les accompagnent
& des moyens de les détruire.
Le mot Odontalgie fournit des ſujets
auffi curieux qu'utiles. On parle dans ce
cinquiéme Article , de la nature des
Dents , de leurs maladies , de leurs remédes
, des accidens qui peuvent arriver
en les arrachant des ſecours
qu'on doit y apporter. L'on finit cet
و
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Article par les prognoſtics qu'on peut
tirer de l'inſpection des Dents.
L'on paſſe enſuite à la connoiſſance
de la ſtructure du fiége de l'Odorat ,
on donne une deſcription exacte de
toutes les parties de cet organe ; on
rend raiſon de pluſieurs phénomènes
curieux ; par exemple , pourquoi l'on
pleure quand on a reſpiré des odeurs
fortes , pourquoi l'on éternue , quand
les yeux font frappés d'une vive lumière.
On parle enfuite de l'éternuëment ; on
en découvre la cauſe , ſes bons & fes
mauvais effets , auſſi bien que ceux du
Tabac ; enfin on recherche l'origine des
ſouhaits qu'on fait à ceux qui éternuent ;
dans l'Article de l'oeil on lit la defcription
de cet organe , on parle de l'action
de fes muſcles & de leur uſage , on rapporté
des obſervations ſur la méchanique
des muſcles obliques , ſur l'iris & fur
la porofitédela cornée tranſparente ; on
y trouve pluſieurs découvertes ſur les
yeux de differens animaux , une differtation
ſçavante ſur la Méchanique des
mouvemens de la prunelle , où l'on éxamine
quelle est la ſtructure & la manière
d'agir des fibres droites de l'uvée;on
ytraite des mouvemens de l'iris , & par
occafionde la partie principale de l'organe
de la vue ; on y lit un mémoire fur les
MARS. 1764: 125
yeux gelés , dans lequel on détermine la
grandeur des chambres que renferme
P'humeur aqueuſe;de la connoiffance exactedes
parties de l'oeil,&de leurs fonctions;
l'on paſſe aux maladies dont les principales
ſont la cataracte , & la fiſtule lacrymale
. On rapporte les diverſes manières
d'en faire les opérations , plufieurs
obſervations ſur une maladie du
fyphon lacrymal dont les Auteurs n'avoient
pas encore parlé ; fur un bandage
compreffif deſtiné à la cure de la
tumeur lacrymale ; une differtation fur
la cauſe du ſtrabiſme ou des yeux louches
, & fur d'autres maladies qui attaquent
cet organe , & les paupières.
Le mot oesophage conduit à des chofes
intéreſſantes qui regardentla déglutition
: après être entré dans la defcription
des parties de cet organe , on explique
comment ſe fait la deglutition ; on
rencontre des remarques fur la luette ,
ſur ſes fonctions , ſur ſes maladies & fur
celles de plufieurs autres parties de la
bouche. On y lit auſſi un Mémoire fur
une difficulté d'avaler , & l'on y donne
les moyens de ſecourir les malades .
Les ongles occupent le neuviéme article
: on y explique de quoi & comment
ils ſe forment , comment ils ſe nourrif-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
ſent, comment ils croiffent& comment
ils végétent. On réfute l'opinionde ceux
qui s'imaginent qu'ils croiffent après la
mort de l'animal. On rapporte pluſieurs
hiſtoires d'ongles monstrueux ; on y lit
une lettre curieuſe touchant une fille à
qui il venoit des cornes fur pluſieurs endroitsde
fon corps.
Après cet article on vient à l'opération
céfarienne , l'on en rapporte l'origine , le
temps de ſa néceffité & la façon de la
faire. On finit cet article par l'hiſtoire
d'une opération céfarienne fingulière.
L'ophthalmie remplit ledixiéme article.
On y explique en quoi conſiſte cette
maladie , quelle eſt la partie qu'elle affecte
, & combien il y ena de fortes. On
rapporte des éxemples de pluſieurs accidens
, fuites fâcheuſes de l'ophthalmie ,
qui ont conduit à l'aveuglement. L'émé
ralopie ou vue de jour fournit la matière
d'un Mémoire fort curieux & fingulier :
les perſonnes attaquées de cette maladie
n'apperçoivent les objets qu'aux grands
rayons du Soleil , encore même avec
quelque confufion ; on explique la cauſe
de cette affection extraordinaire ,& l'on
enſeigne les remédes capables de la guérir.
On prend de-là occafion de rapporter
pluſieurs hiſtoires de vues fi perçantes,
qu'à peine peut- on y ajouter foi , com
MARS. 1764. 127
me d'appercevoir ce qui eſt caché dans
la terre , le mouvement du ſang dans le
coeur , les dépôts d'humeurs formés intérieurement.
On parle auffi de ceux qui
voyent les objets doubles , & on rend
raiſon de ce phénomène ; comme auffi
de ceux qui ne voyent qu'une partie des
objets . On rapporte auſſi des éxemples
de ceux qui ne voyent pas le jour , &
qui voyent affez bien la nuit.
De ces phénomènes extraordinaires ,
l'on paffe à une maladie qui eſt aſſez
commune , mais dont on ſe défait difficilement.
Ce font des filamens , des petits
pelotons , d'eſpèces d'aîles de mouches
, & autres apparences qui ſemblent
voltiger dans l'oeil. On tâche d'en découvrir
la cauſe , & l'on en donne quelques
remédes.
Les os terminent la matière de ce volume
: l'on y éxamine leur nature , leurs
parties , leur uſage ; on explique comment
ils parviennent à cette dureté qui
les diftingue des autres parties , & comment
il arrive que certaines parties molles
s'offifient ; on lit des obſervations fur
la ſtructure & fur les maladies des cartilages
qui ſe trouvent dans les articulations
; on en rapporte d'autres ſur les
jointures écailleuſes & fur les jointures
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
dentelées du crâne , ſur les os du palais ,
fur les vertébres des côtes ; fur la proportion
des os du ſquélette de l'homme ; fur
le mouvement des mâchoires ; ſur la
ſtructure & le ſentiment de la moëlle ;
fur la teinture en rouge des os des animaux
vivans . On paſſe enfuite aux obſervations
qui regardent leurs maladies ,
comme le craquement des os , la fracture
de la rotule , de l'humerus , de la cuiffe.
Onfait mention d'une partie de ſquelette
qui étoit ſans articulation , & d'un ſquélette
entier qui ne formoit qu'une feule
piéce d'os ; c'étoit un domeſtique qui
mourut à foixante-un ans. Il commença à
être moins agile à l'âge de dix-huit ans.
Vingt ans avant la mort de cet homme ,
il eut une fiévre très- violente , pour avoir
paffé une partie de la nuit à dormir fur
l'herbe , ayant chaud. Depuis qu'il fut
rétabli , il ne fut jamais ſans reffentir de
grandes douleurs dans les os. En quatre
ans , il perdit l'uſage & le mouvement
des mâchoires ; de forte qu'on fut obligé
de lui arracher pluſieurs dents pour le
nourrir de foupe , de lait& de bierre ; il
ne pouvoit ni s'aſſeoir , ni ſe baiffer ; il
dormoit dans une guérite avec une petite
planche qu'il gliſſoit dans une couliffe,
contre laquelle il appuyoit ſon eſtomac.
Il ne pouvoit pas faire le moindre
ةبق
MARS. 1764. 129
mouvement avec ſa tête. Il pouvoit ſe
mouvoir fur un terrein uni parune eſpèce
de faut , & il reſtoit pluſieurs heures
dans un jardin , en ſe tenant le dos appuyé
contre une muraille. Il y a dans ce
huitiéme volume une infinité de faits
auſſi utiles que curieux , fur lesquels il ne
nous eſt pas poſſible de nous arrêter , &
nous ne croyons pas nous compromettre
en afſurant le Public que ce volume ne
mérite pas moins fon approbation que
les précédens.
Le neuviéme volume eſt ſous preſſe ,
auffi-bien que le vingt- cinquiéme de
l'édition in- 12 , de laquelle il paroît
vingt-quatre Tomes.
ANNONCES DE LIVRES.
HARMONIE des Preaumes & de
l'Evangile , ou Traduction des Preaumes
& des Cantiques de l'Eglife ; avec
des Notes relatives à la Vulgate , aux
Septante & au Texte Hébreu ; ouvrage
pofthume de M. Pluche ; à Paris ,
chez les Freres Estienne , rue S. Jacques
, à la Vertu ; 1764 , un Vol. in- 12.
Avec Approbation & Privilége du Roi.
Cette nouvelle Traduction des Preau-
F
130 MERCURE DE FRANCE,
mes , qui ne le céde à aucune de celles
qui ont paru juſqu'à préſent , eſt précédé
d'une Préface très- étendue & trèsinſtructive
, qui donne la clef des Preaumes
, fait connoître le caractère particulier
du langage des Hébreux , le
tour de leur Poësie , l'état actuel du
Texte de l'Ecriture , & les divers accidens
arrivés aux verſions Grecque &
Latine . Les Notes dont M. Pluche a
accompagnié ſa verfion , répandent
beaucoup de clarté ſur le Texte.
DISSERTATION ſur différens points
de Géographie , adreſſée à l'Académie
des Sciences & Belles- Lettres de Gottingue
; par M. Rizzi Zannoni ; 1764 ,
brochure in -8 °.
Le but de cet écrit eſt de réfuter M.
Bonne , Mathématicien , qui avoit attaqué
M. Rizzi Zannoni au fujet de quelques
ſentimens ſur la Géographie : on
réduit ici à deux points principaux , les
plaintes de M. Bonne. Le premier roule
fur ce que M.Rizzi Zannoni avoitdit que
c'étoitun projet chimérique & ridicule ,
que de prétendre nous donner des Cartes
applaties vers les Pôles ; dans le
fecond M. Bonne reproche à fon Adverſaire
de l'avoir copié dans ſa Carte
MARS. 1764. 131
des Côtes Maritimes de la France , &
d'y avoir ajouté des fautes. La réfutation
des accuſations de M. Bonne fait
tout le ſujet de cette differtation .
LETTRES à M. Rousseau , pour fervir
de réponſe à ſon Emile , & à ſes autres
ouvrages ; in-8°. chez Panckoucke
, rue & à côté de la Comédie
Françoiſe ; au Bureau du Mercure , au
Palais Royal , & chez l'Auteur. Le
prix des deux premières Lettres eſt de
3 liv. 6 fols brochées.
L'Ouvrage deſtiné à combattre M.
Rouffeau , fuivant le Plan qui en a été
tracé dans la Préface , a été circonfcrit
dans quinze Lettres , dont chacune formera
un volume d'environ quinze feuilles.
La réfutation des Ecrits de ce Philoſophe
a été regardée par pluſieurs Prélats
comme d'autant plus néceſſaire ,
qu'à la faveur du ſtyle le plus féduisant ,
ila frappé du même coup ſur la Religion
& fur le Gouvernement. On pourra
juger par les deux premieres Lettres , du
tour que doit prendre entre les mains de
Auteur, une controverſe , que l'intempérance
du génie a rendue malheureuſementtrop
néceſſaire dans ce ſiècle.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
THEATRE de la dernière Guerre en
Allemagne , &c , en fix Volumes in- 12.
chez Langlois , fils , Libraire à Paris
rue de la Harpe , près de la rue Poupée ,
à la Couronne d'Or.
,
Ce Libraire propoſe de le donner
au Public par forme de ſouſcription
avec une diminution de prix confidérable.
Juſqu'ici les fix premiers Volumes
ont toujours été vendus chacun 3 liv.
en Feuilles ; ce qui faisoit pour le tout
18 liv. Chaque Volume pareillement
en Feuilles , ſera donné pour 2 livres &
relié coûtera 2 liv. 12 fols. Cela fait
fur les fix Volumes une diminution
du tiers , ou une réduction de 18 liv.
à 12 liv. Les deux derniers Volumes
ſept & huit qui paroîtront dans le
mois de Mai prochain 1764 , ne feront
auffi vendus chacun en feuilles que 2
livres à ceux qui auront pris les fix précédens
; c'est-à-dire , à ceux qui auront
ſouſcrit juſqu'au mois de Mai : ainſi
l'Ouvrage entier composé de huit Volumes
, ne coûtera plus que 16 livres au
lieu de 24 livres ,& l'on aura dans cet
Ouvrage une collection complette &
très-bien gravée des Plans de Batailles ,
Siéges , Combats , Marches , & autres
actions de la dernière Guerre. Cette in
MARS. 1764. 133
téreſſante collection,recommandable par
la beauté & la quantité des Gravures
qui monteront à plus de cent Planches ,
ainſi que par l'exactitude & par la fingularité
des détails , fera très -utile pour
PHiſtoire. La diminution qu'on annonce
, n'aura lieu que juſqu'au premier
Mai 1764. Ce terme paflé , l'Ouvrage
entier ſera vendu comme auparavant
trois livres chaque Volume en feuilles.
TRAITÉ Hiſtorique des Plantes de la
Lorraine & des trois Evêchés ; par M.
Buchoz, Médecin Ordinaire du Roi de
Pologne , &c.
Nous avons déjà donné pluſieurs extraits
de ce Livre utile , qui ſe continue
avec ſuccès. Nous ajoutons ſeulement
, qu'il fera diviſé en vingt Volumes.
Le premier eſt le proſpectus de l'Ouvrage
; les dix- neuf autres renferment
chacun une famille différente de Plantes
, ſuivant le ſyſtême de leurs vertus.
On donne dans cet Ouvrage la defcription
botanique de la Plante , ſa figure ,
l'endroit où elle croît , ſa culture , fon
analyſe chymique & fes propriétés , tant
pour lamédecine que pour les arts & métiers.
On raporte les, ſentimens des an
134 MERCURE DE FRANCE.
ciens & des modernes , auxquels on
ajoute toutes les nouvelles obſervations
qui ſont faites ſur ces matières. Le fimple
expoſé de cet Ouvrage en démontre
l'utilité & la vaſte étendue.
L'Auteur a beſoin d'inſtruction pour
remplir cet objet ; les différens voyages
qu'il a faits dans la Lorraine & les
trois Evêchés ne ſont pas ſuffiſans ; il
réitére donc ſes inſtances auprès des
curieux , & il les prie très-inſtainment ,
de même que MM. les Cultivateurs ,
Curés , Médecins , Chirurgiens , Pharmaciens
, Phyſiciens , Jardiniers , Artif
tes,&autres perſonnes, de lui faire tenir ,
pardes commodités sûres & fans frais ,
des notes de tout ce qui peut ſe trouver
de remarquable dans les différentes
contrées qu'ils habitent , avec leurs
obſervations ſur la nature du climat ,
fur ſes différentes productions , ſur les
avantages que les habitans du pays peuvent
en tirer.
La ſouſcription de l'hiſtoire des végétaux
fera de foixante livres pendant le
courant de 1764 , & de foixante-douze
livres pour les années poſtérieures ; le
tout payable en quatre termes , en recevant
les premier , cinquiéme , dixiéme
& quinziéme Volumes. Ceux néanMARS.
1764. 135
moins qui voudront bien contribuer
aux frais de quelques planches , auront
toujours en tout tems l'Ouvrage entier
pour quarante-huit livres. Il ſera orné
de 400 planches gravées en taille-douce,
&deffinées d'après nature , au bas
deſquelles font gravées les armes & les
qualités de ceux qui y ont coopéré.
Les premier & fecond volume font
déja imprimés . Ceux qui voudront faire
les frais de quelques planches , ſouſcrire
à cet Ouvrage & communiquer leurs
obſervations , ſont priés de s'adreſſer
directement à l'Auteur à Nancy , grande
rue , ville-vieille.
PROSPECTUS d'une Diplomatique
pratique , ou traité de l'arrangement des
archives & tréſors d'icelles ; Ouvrage
néceſſaire aux dépoſitaires des titres des
anciennes Seigneuries , des Evêchés ,
des Chapitres , des Abbayes , des Com
munautés Religieuſes , des Corps de
Villes ,& à tous ceux qui veulent s'adonner
à l'étude des titres & des écritures
anciennes; par M. le Moine , Sécrétaire
& Archiviſte de l'Egliſe Cathédrale
de Toul ,& ci-devant de l'infigne
Egliſe de Saint Martin de Tours ; de
l'AcadémieRoyale des Sciences ,& des
1
136 MERCURE DE FRANCE.
Arts de Metz ; propoſé par ſouſcription ;
à Metz , chez Joseph Antoine , Imprimeur
Ordinaire du Roi & de la Société
Royale , place des Charrons ; 1763 ,
feuille in-folio .
Ce Profpectus offre dans le plus grand
détail , les différentes parties qui compoſeront
le traité que nous annonçons.
Il contiendra ſeize Chapitres partagés en
pluſieurs ſections; & le tout enſemble
ne formera qu'un Volume in-4°. d'environ
400 pages : ceux qui defireront
là deſſus de plus amples éclaircifſſemens ,
trouveront des exemplaires du profpectus
à Paris chez Defpilly ; rue Saint
Jacques , à Lyon,chez Bruyſet Ponthus ,
rue Saint Dominique ; à Rouen chez
Richard l'Allemand , & à Nancy , chez
Baurain.
POESIES de Malherbe , rangées par
ordres Chronologique , avec la vie de
l'Auteur & de courtes notes ; nouvelle
édit. revue & corrigée avec ſoin ; à Paris
chez Barbou , rue Saint Jacques , aux
Cigognes ; 1764. Volume in-8°. petit
format.
Voici une des plus belles éditions qui
foient forties des preſſes célébres de
Barbou : elle a été revue avec beaucoup
MARS. 1764. 137
de foin par un homme de Lettres qui aux
Mémoires pour la vie de Malherbe par
M. Racan , a ſubſtitué la vie de Malherbe
qui eft à la tête de cette nouvelle édition.
Cette vie eſt faite avec beaucoup de
précifion ; & quoique moins étendue
que les Mémoires de M. Racan , elle
fait encore mieux connoître le caractère
de Malherbe. On y apprend plufieurs
anecdotes intéreſſantes ; & cette édition
plus commode & plus portative que
celle qui parut en 1758 , grand in-8°.
contient au bas des pages , des notes
courtes qui expliquent l'Hiſtorique de
certaines pièces , & les noms Géographiques&
Mythologiques , & quelques
termes ſurannés qui pourroient embaraſſer
le lecteur. On vend ſéparément
le portrait de Malherbe.
,
DE Imitatione Chrifti , libri quatuor,
adManufcriptorum ac primarum editionum
fidem caftigati , & mendis plus
quamfexcentis expurgati. Recenfuit S.
VALART Acad. Amb. Dissertationemque
de ejufdem operis Authore addidit.
Nova Editio ; Parifiis , Typis J. Barbou,
viá San-Jacobeá ; 1764. vol. in- 22.
A la ſeule inſpection de cette Edition
nouvelle de l'Imitation de J. C. revue fur
les Manuscrits de M. Valart , il eſt aifé de
/
38 MERCURE DE FRANCE.
ſeconvaincre que l'Imprimeur n'a rien
négligé pour la rendre vraiment digne
de l'approbation des Amateurs. Il a fait
graver cinq Eſtampes en taille-douce ,
qui méritent les éloges des Connoiffeurs.
M. Valart a retouché ſa Differtation fur
l'Auteur de ce Livre admirable , & l'a
conſidérablement augmentée. Pour répondre
au zèle de ce Sçavant , l'Imprimeur
a cru devoir redoubler ſes ſoins
pour la partie typographique ; & nous
pouvons affurer que cette Edition eft
bien ſupérieure à la première , qui paffoit
déja pour un chef-d'oeuvre. On vend
les Figures ſéparément. On trouve auffi
chez Barbou la Traduction du même
Livre.
Le même Libraire a reçu d'Angleterre
les Livres ſuivans : Homeri Ilias
& Odyſſea , græcè & latinè , cum annotat.
Clarke , 4 vol. in-4°.
Callimachi Hymni , & Epigrammata ,
in-8 .
Lucani Pharfalia , cum notis Gravii
&Bentleii , in 4º. 1760 .
Manilius Aftronomicon , ex recenfione
Bentleii , in- 4 .
MÉMOIRE ſur la Culture du Murier
blanc , dans lequel on trouvera les inf
MARS. 1764. 139
tructions néceſſaires aux Jardiniers pour
la Culture de cet Arbre , depuis le ſemis
juſqu'à la cueillette de ſes feuilles. Lu
à la Société Royale d'Agriculture de
Lyon , par M. Thomé , de la même Société.
A Lyon , chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur- Libraire du Gouvernement
&de la Ville , aux Halles de la Grenette :
avec permiffion , & par ordre de la Société
Royale d'Agriculture de Lyon ;
1763 , brochure in-8°.
Le Murier , dont les feuilles font propres
à la nourriture des Vers à Soye , eſt
connu fous la dénomination générale
de Murier blanc , qui en comprend plufieurs
eſpèces. La Culture de cet Arbre
devenant chaque jour plus intéreſſante
en France , on a penſé avec raiſon que
ce Mémoire feroit utile à ceux qui poffédent
des Terreins convenables pour
ces fortes de Plantations. Les méthodes
que l'on indique nous ont paru d'autant
plus afſurées , qu'on s'apperçoit
qu'elles font le fruit de l'expérience ; &
qu'on s'eſt attaché ſurtout à donner
ces inſtructions avec la plus grande clarté
, leur principal objet étant d'inſtruire
les gens de la Campagne fur toutes les
pratiques de cette Culture.
1
140 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS ſur l'Education ; aves
cette Epigraphe : Nonfi male nunc , &
olimfic erit . Horat. Od. VII. Lib. II. A
Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la
Roche , aux Halles de la Grenette ; avec
approbation & permiffion ; 1763. brochure
in- 12,
Malgré la multitude prodigieuſe d'Ouvrages
faits depuis quelque temps ſur
cette matière , fort agitée dans tous les
temps , on lit encore avec plaifir ces
nouveaux Difcours, dont le premier & le
fecond traitent des avantages de l'Hiftoire
, relativement à l'Education ; le
troifiéme fur la multiplicité des Colléges .
Nous renvoyons nos Lecteurs à l'Ouvrage
même , où ils trouveront des vues
nouvelles.
EPITRE à Meſſieurs les Docteurs de
la Maiſon & Société de Sorbonne , &
de la Faculté de Théologie ; feuille in-4º.
à Paris , chez Ballard, rue des Noyers ;
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoiſe .
Nous préſenterons aux Lecteurs dans
un de nos prochains Mercures , quelques
morceaux de cette Epitre critique ,
morale , hiſtorique & chrétienne , par
M. Tannevot , auffi connu par ſes talens
MARS. 1764.
pour la Poëfie , que par ſes ſentimens
religieux & patriotiques.
RÉCAPITULATION & Méthode du
Sieur Defpommiers , pour la Culture du
Sainfoin , dans les Terres qui ſe ſont jufqu'ici
refuſées à cette Culture. Feuille
in-4°. à deux colonnes.
Ce n'eſt ici que le réſultat d'un Ecrit
eſtimé , intitulé : L'Art de s'enrichir
promptement par l'Agriculture , prouvé
par des Expériences où l'on trouve la
manière de cultiver le Sainfoin , la Luzerne
, le Trefle , &c. par le Sieur Despommiers
; chez Guillyn , quai des Auguftins.
Prix i liv. 45.
HISTOIRE & pratique de la Clôture
desReligieuſes , ſelon l'eſprit de l'Egliſe
& la Jurisprudence de France , dédiée
à Noſſeigneurs les Archevêques & Evêques
du Royaume , par M. Cherrier , C.
R. à Paris , chez Desprez, Imprimeur
du Roi & du Clergé de France , rue S.
Jacques , au coin de la rue des Noyers ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi ; un vol. in- 12 de 730 pages . Prix ,
3 liv. relié.
Le principal objet de ce gros volume
eſt d'inſtruire les Religieuſes , & de dé
142 MERCURE DE FRANCE .
truireles préjugésd'un grand nombred'autres
perſonnes ſur le point de la Clôture.
Les Supérieurs & les Confefſeurs des Monaſtères
y trouveront des obfervations
utiles ſur des points qu'ils ne pouroient
apprendre que par une longue expérience.
Cet Ouvrage pourra contribuer encore
à faire connoître aux perſonnes
laïques , qui ont enfreint les Loix de
l'Egliſe touchant la Clôture , combien
elles ſe ſont égarées. Il ſera même utile à
plufieurs Curés qui ontdes Monastères de
Filles ſur leurs Paroiſſes . On ne s'eſt pas
contenté de donner la partie hiſtorique
de la Clôture dans fon origine & dans ſes
progrès ; on a encore mis ſous les yeux
des Lecteurs quantité d'exemples édifians
, anciens & nouveaux , d'une éxacte
obſervation de la Clôture.
DESCRIPTION hiſtorique des Curiofités
de l'Egliſe de Paris , contenant le
détail de l'édifice tant extérieur qu'intérieur
, le Tréſor , les Chapelles , Tombeaux
, Epitaphes , & l'explication des
Tableaux avec les noms des Peintres
&c; par M. C. P. C. ornée de figures ;
à Paris , chez C. P. Gueffier , Père , Libraire
, parvis Notre Dame , à la Liberalité;
1763. Vol. in- 12.
MARS. 1764. 143
Cet Ouvrage eſt différent de celui qui
parut en 1752 ſous le titre de Curiofités
de Notre Dame de Paris , & qui n'étoit
qu'une explication ſimple de ce que
cette Métropole renferme de plus curieux.
Ici on a ajouté tous les Faits hiſtoriques
qui ont quelques rapports avec
cetteEglife.
CONCORDE de la Géographie des
différens âges ; Ouvrage poſthume de
M. Pluche ; à Paris , chez les Frères
Eftienne , rue Saint Jacques , à la Vertu;
1764 ; avec Approbation & Privilége
du Roi. Vol. in- 12. de près de 600.
pages.
L'état actuel de la Terre ,& les états
différens qui y ſont ſurvenus d'âge en
âge , font la matièrede ceVolume , précédé
dune vie de M. Pluche. Dans le
premier Livre , on traite de la Géographie
moderne , en la partageant en
différens Voyages maritimes ; dans le
ſecond , on place de ſuite les Voyages
des Hommes célébres qui ont traverſé
de grandes Régions ; qui ont établi
de nouvelles Colonies , & qui ont
juſqu'à nos jours découvert quelques
Terres auparavant inconnues. Nous
nous bornons aujourd'hui à cette fim
#44 MERCURE DE FRANCE.
ple annonce ; l'Ouvrage demande un
plus long Extrait , & nous ne le ferons
pas attendre longtemps.
LETTRE de Zeila , jeune Sauvage ,
à Valcourt , Officier François , par
l'Auteur de Barnevelt. A Paris , chez
Sébastien Jorry , rue & vis- à-vis la
Comédie Françoiſe ; 1764. Brochure
in -8 °. avec de très-belles Gravures .
Nous rendrons compte dans le Mercure
prochain , de ces deux Ouvrages.
ARTICLE III .
SCIENCES ET BELLES-LETTRES
ACADÉMIES.
SUJETS proposés par l'Académie
Royale des Sciences & Beaux-Arts ,
établie à Pau , pour deux Prix qui
feront diftribués le premier Jeudi du
mois de Février 1765 .
L'ACADÉMIE ayant jugé à propos de
réſerver le Prix de la Poëfie , en 1764 ,
en donnera deux en 1765 , l'un à un
Ouvrage
MARS. 1764 . 145
Ouvrage de Proſe qui aura pour Sujet :
Le moyen le plus propre d'établir un
Commerce utile en Bearn.
L'autre à un Ouvrage de Poësie dont
le Sujet ſera :
Les Avantages de la Navigation.
Les Ouvrages , ne pourront excéder
une demie heure de lecture , il en fera
fait deux exemplaires , qui feront adrefſés
à M. de Faget de Pomps , Secrétaire
de l'Académie ; on n'en receyra aucun
après le mois de Novembre & s'ils ne
font affranchis des frais du port. Chaque
Auteur mettra à la fin de ſon Ouvrage
la Sentence qu'il voudra ; il la
répétera au- deſſus d'un Billet cacheté
dans lequel il écrira ſon nom.
M. Cazalet de Pau , qui n'a pas vingt
ans , eſt l'Auteur de l'Ouvrage qui a
remporté le prix en 1764 .
PRIX proposés par la Société Royale
d'Agriculture de la Généralité de
PARIS .
Un des principaux objets des recher-
1
G
146 MERCURE DE FRANCE.
2
ches de l'Agriculture ,eſt la connoiſſance
de la plus grande fécondité poffible
des terres , relativement à leurs qualités
; & des moyens de procurer cette
fécondité , foit par les labours , foit par
les engrais .
Le ſuccès des labours peut dépendre
de pluſieurs cauſes , telles que leur fréquence
, leur profondeur plus ou moins
grande & l'influence du temps le plus
á la préparation des terres .
propre
,
Le ſuccès des engrais procède de
leur qualité & quantité , qui doivent
toujours être relatives à la qualité des
terres ; de la meilleure méthode de préparer
les fumiers ; du degré de leur fermentation
au temps où ils ſont employés
, & plus particulièrement encore
du temps de les répandre & de les enfouir
; enfin de l'état où ſe trouvent les
terres lorſqu'on y enterre les fumiers.
On ne peut parvenir à une connoiffance
exacte de ces moyens de fécondité
, que par des obſervations & des
expériences dont les réſultats foient
*bien conſtatés .
Dans la vue d'encourager les Cultivateurs
à ſe livrer à un travail auſſi eſſentiel
au bien public , la Société Royale
d'Agriculture propoſe des Prix à ceux
MARS. 1764. 147
qui auront obtenu la récolte defroment la
plus abondante & de la meilleure qualité
, fur un terrain de cinq arpens.
Les Laboureurs font, par leur profeffion
, à portée de connoître la qualité
de chaque eſpèce de terres , & les propriétés
des différentes cultures ; la Sociéré
les invite à ſe regarder comme plus
plus particulièrement engagés à des recherches
auffi intéreſſantes , & dont le
fuccès leur feroit fi honorable .
Conditions du Concours .
1.º Les cinq arpens qui ſeront cultivés
pour concourir aux Prix , feront
en une feule pièce , & de la meſure du
lieu; la différence des meſures locales
étant relatives à celle qui ſe trouve dans
les produits .
2.º On ne pourra choiſir que des
terres qui ſoient actuellement & habituellement
en culture , & non des
terres nouvellement défrichées , foit
d'herbages , foit de vignes ou de bois
ou précédemment employées au jardinage
, ni à toute autre production cultivée
à bras.
3.° Ces terres feront entièrement
labourées à la charrue.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
0
4. Les ſemences pourront ſe faire
à la main , ſuivant l'uſage de chaque
lieu ; ou avec le ſemoir , fi les Concurrens
jugent à propos de ſe ſervir de
cet inſtrument , ou par telle autre méthode
qu'ils voudront éſſayer.
5.° La quantité de ſemence fera conftatée
par la meſure & le poids .
6.º La récolte ſera conſtatée par le
nombre & la meſure des gerbes , par
la meſure & le poids du grain qui en
ſera proventi , après qu'elles auront
été battues , & que le grain en aura
été bien criblé.
7.º Ceux qui ſe propoſeront pour
le concours , en donneront avis , avant
le 1. Août au plus tard , à M. de Palerne
, Secrétaire perpétuel de la Société
Royale d'Agriculture , & lui adreſſeront
leurs lettres , ſous l'enveloppe de M.
l'Intendant de la Généralité de Paris.
8. Les faits qui font l'objet des fix
premiers articles de ces conditions , ſeront
conftatés diſtinctement & dans la
forme la plus exacte , par des cettificats
des Curé , Syndic , & des deux principaux
Laboureurs du lieu ; & le Concurrent
joindra à ces certificats unMémoire
détaillé de la culture ordinaire
du lieu , & de la méthode particulière
MARS. 1764 149
qu'il aura pratiquée , tant à l'égard des
labours qu'à l'égard des engrais , pour
faire connoître par cette comparaiſon ,
les principes & les avantages d'une
meilleure culture ; ce Mémoire fera certifié
de même que les autres pièces.
r
9.° Ces certificats & Mémoires feront
adreſſes à M. de Palerne , ainſi qu'il
eſt dit à l'article 7. avant le 1. Décembre
1765 au plus tard , à défaut
de quoi ils ne feront plus reçus .
10. ° Il fera diftribué , dans les premiers
jours de Janvier 1766 , cinq Prix
à ceux des Concurrens qui auront le
mieux réuffi . Le premier , de la ſomme
de Cinq cens livres , ſera adjugé à celui
qui aura obtenu la récolte la plus abondante
, relativement à la qualité & au
produit ordinaire de la terre qu'il aura
cultivée. Les quatre autres , l'un de Trois
cens livres , un de Deux cens livres ,
& deux de Cent livres chacun , feront
la récompenſe de ceux des Concurrens
qui auront le plus approché du ſuccés
qui aura mérité le premier Prix . :
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
MÉDECINE.
LETTRE à l'Auteur du Mercure de
France.
JE
SUR LA GOUTE , &c.
E VOUS PRIE , Monfieur , de m'acquitter
envers le Public , à qui j'ai promis
, à la fin de mes nouvelles Obſervations
, &dans les Journaux Etrangers ,
de lui faire part,dans le Mercure de Mars
prochain , des heureux effets qu'auroient
opéré , foit la Poudre Balfamique , ſoit
le Baume Végétal , relativement à ſes
qualités qui méritent une attention particulière.
Si vous daignez remplir le même
objet tous les trois mois , ce Public inftruit
par des faits incontestables , devra
autant à votre attention , qu'à mes foins
empreffés de ruiner un préjugé qui lui
eft funeſte , & qui intéreſſe tant de milliers
d'hommes reſpectables , ſi ſouvent
abufés , & prèſque toujours livrés fans:
fecours aux maux les plus cruels.
Poudre Balsamique .
Je ne rappelle point les faits de pratique
ſurprenans opérés dans les Provin-..
ces , &cités dans mon Ouvrage ; la vé
MARS. 1764. 151
rité les a tracés , & ce caractère eſt inféparabledemes
ſentimens. Voici de nouveaux
faits qui ſe ſont préſentés dans
Paris.
En Mai 1763 , le R. P. Gardien des
Capucins deMeudon , étant attaqué d'un
accès de goute au pied & au genouil ,
dans le Couvent de la rue S. Honoré , en
fut bientôt délivré par l'uſage de la Poudre
Balsamique.
M. de Poilly , Inſpecteur de la Place
du Roi , rue S. Honoré , en Décembre
1763 , eut un accès de goute aux mufcles
de la poitrine , au coude & à l'épaule.
Il fut tranquilliſé la même nuit
par la Poudre Balfamique , & bientôt
rétabli par fon uſage.
M. Fontaine , Maître-d'Hôtel de M. le
Marquis de Marigny , en Décembre
1763 , eut un violent accès de goute aux
deux pieds . Il fut calmé la même nuit ,
& rétabli en peu de jours par la Poudre
Balſamique.
M. Jacquian , Négociant , rue Montmartre
, vis-à-vis la Juffienne , chez le
Chapelier , a eu en Janvier un accès de
goute au pied , avec extravaſion de fang.
Il en a été rétabli en peu de jours par la
Poudre Balfamique , &c .
MM. le Duc de Laval, le Comte de
Giv
1
152 MERCURE DE FRANCE .
Mailly , de Janssen , Duval de l'Epinoy
à Paris , & M. Lebégue , Concierge du
Grand-Commun à Versailles , font un
uſage répété de la Poudre Balſamique &
du Baume Végétal : ce qui parle en faveur
des Remèdes .
MM. les Profefſeurs de Médecine de
Montpellier ont eu la Poudre Balfamique
à leur diſpoſition en faveur des Pauvres
. M. Carquet , Apoticaire de cette
Ville, m'a envoyé des certificats de fes
heureux effets.
Baume Végétal.
J'ai annoncé que l'uſage du Baume
Végétal , trois jours de chaque mois ,
éloignoit les accès de goute , en y affociant
la Manne ; & la pratique m'a appris
ce que je n'oſois en attendre , & ce
* que ne peut opérer aucune eſpèce d'Elixirs
, foit par leur activité , ſoit par leur
goût , qui ne peut corriger celui de la
Manne , &c. & qui en altéreroient les
vertus. Voici quelques faits.
La Cuiſinière de Madame de Létang ,
rue du Sépulcre , ayant une bile répandue
& une langueur ; après avoir été évacuée
une fois avec peu d'Ypécacuana , a
fait ufage du Baume Végétal avec de
la Manne & le Sel de Duobus pendant
MARS. 1764. 153
quelques jours , & elle reprit ſon tein
fon appétit & fes forces .
,
Dile Houdinet , petite rue S. Roch ,
quartier Montmartre , ayant des infomnies
& des dégoûts continués depuis fix
mois , s'eſt procurée l'appétit& le fommeil
en peu de jours par l'uſage du Baume
Végétal dans un peu de vin.
--Un très -grand nombre de perſonnes.
de tous âges , ſéxes & tempéramens , ſe
fontpurgées avec deux onces de Manne ,
un gros&demi de Sel de Duobus,& trois
cuillerées du Baume Végétal dans une
verrée d'eau , & y ont trouvé la douceur
des effets , l'abondance proportionnée
des évacuations , & l'agrément du
goût. Ce qui eſt inconnu juſques à ce
Jour.
Le Baume Végétal détruit totalement
lemauvais goût& la fadeur de la Manne ,
des Syrops & des Sels purgatifs ; ne donnant
qu'un goût de miel vineux , fans
nauſée ni dégoût. Il en aiguiſe les vertus
, ſans échauffer , & fans caufer la
moindre tranchée ; & les effets ne font
pas lents à ſe produire : un moment en
fait la preuve.
:
Il faut voir l'Ordonnance à la fin de
mon Ouvrage , où ſes uſages particuliers
& ſes moyens font détaillés.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
Je ne parlerai que pratique dans le
Mercure de Juillet prochain , & j'expliquerai
les vrais moyens de dériver la
goute aux pieds.
Je loge petite rue S. Roch , quartier
Montmartre ; &pour Pâques prochain ,
mon adreſſe ſera dans la rue du Gros-
Chenet , la ſeconde porte cochère à l'entrée
de la rue de Clery , quartier Montmartre.
Je laiſſe à la Poſte les Lettres que l'on
n'a pas le ſoin d'affranchir.
C. DEMONTGERBET , Méd. ord . des Bâtimens
duRoi.
EAUX FILTRÉES.
AVIS AU PUBLIC.
LES Entrepreneurs des Eaux filtrées
du. Port-à-l'Anglois ont commencé
leur diftribution le 30 Janvier dernier
avec un applaudiſſement ; & tous les
honnêtes gens ont pris part aux différens
accidens qu'ils ont éſſuyés par
la crue inattendue des eaux & le débordement
de la rivière , qui a fubmergé
toute leur manutention , & mis leur
établiſſement à deux doigts de ſa perte:
ر
MARS. 1764. 155
C'eſt dans cette criſe que leur zéle a fait
les plus grands efforts pour foutenir
leur ſervice , & remplir autant qu'il a
été en leur pouvoir les obligations d'un
Etabliſſement ſi intéreſſant au bien de
l'humanité. Ils n'ont rien épargné pour
fatisfaire le Public ; foins , peines &
dépenſes , tout a été prodigué ; ils ſe
ſont même montrés avec distinction
dans quelques occaſions périlleuſes , où
il y a eu pluſieurs de leurs barques
toutes chargées de paniers , bouteilles
&autres uftenciles , qui ont été écrafés
par des coups de vent , & coulés à
fonds avec perte de quelques-uns de
leurs mariniers. Ils ont donc vu avec le
plus grand chagrin en portant les yeux
fur les vaſes & bouteilles de grez qui
contiennent leur eau , qu'il y en avoit
d'une qualité inférieure qui donne un
louche à ces mêmes eaux & fe diffolvent
en partie par le défaut qu'ont ces
vaſes de n'avoir pas été affés cuits ni
ſéchés . Les Entrepreneurs les font retirer
à meſure qu'on les découvre ; &
quoiqu'en laiſſant un peu repoſer l'eau
dans ces bouteilles , elle reprenne bien--
tôt ſa première clarté , fans jamais altérer
ſa bonté primitive , néanmoins
comme l'eau de ces vaſes choque les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
yeux , les Entrepreneurs prient le Public
de vouloir bien faire rapporter ces
mêmes bouteilles chacun au dépôt où il
ſe fournit avec une petite marque à
la craye qui les puiſſe faire reconnoître.
Leur ſervice ayant commencé dans
la ſaiſon la plus ingrate & la plus rigoureuſe
, ils n'ont pu être en garde
contre l'infidélité de quelques fournifſeurs
qui ont trompé leur confiance par
la défectuoſité de ces vaſes. Il en eſt
de même pour la fureté du cachet des
bouteilles ; les Entrepreneurs font informés
qu'il s'eſt déja gliffé de la fraude
, & qu'il ſe ſubſtitue dans quelques
maiſons une autre eau à la leur en levant
le bouchon qui n'étoit pas affez hermétiquement
cacheté. Dans cet état
quoique l'expédient de la ficelle & du
noeud des Marchands de vin ſoit plus
couteux à la régie , les Entrepreneurs
vont faire ficeler& cacheter leurs vaſes ;
en forte qu'il ſera à la portée des Maîtres
, de jetter un coup d'oeil ſur les
bouteilles , & de s'affurer par eux-mêmes
de la fidélité des cachets : précaution
très-recommandée par les Entrepreneurs
, comme de renvoyer aux dépôts
, les bouteilles douteuſes , où il y
,
MARS. 1764 . 157
!
aura ordre d'en donner d'autres à la
place , toujours avec une marque qui
puiſſe les faire mettre au rebut.
Les nouveaux établiſſemens ont toujours
des précautions à prendre & des
fraudes à réprimer. Les Entrepreneurs
ne peuvent pas eſpérer que le leur fera
tout d'un coup affranchi de ces défagrémens
; & c'eſt ce qui les a portés à prier
le Public de donner ſes conſeils & fes
avis dans les ſujets qui lui paroîtront
dignes de ſes remarques .
A l'égard d'une infinité de propos
abfurdes , que des mal-intentionnés
répandent journellement ſur la qualité
& la bonté de leurs eaux , les Entrepreneurs
en appellent au Public ſenſé &
impartial . Tout le monde connoît quelles
font leurs opérations & leur manutention
au Port - à l'Anglois ; tout le
monde peut voir en détail & fe convaincre
par ſes propres yeux , fi la
flitration ſe fait par des préparations
chymiques , & s'ils employent ou l'alun
ouaucune autre eſpéce de compoſitions,
Ces contes groffiers , & ces inventions ridicules
ne peuvent furprendre que les
eſprits foibles qui croyent fans approfondir
, ou le vulgaire ignorant.
La Faculté de Médecine a déja conf
158 MERCURE DE FRANCE.
taté par ſes Commiſſaires la bonté & les
excellentes qualités de l'eau des Entrepreneurs
: fon décret qui n'a été rendu
qu'après l'examen le plus fcrupuleux ,
eſt l'écueil des rêveries qui ſe débitent ,
& la ſeule réponſe qu'on doit y faire.
Les Entrepreneurs ne s'occupant que
des moyens d'étendre leur établiſſement
, pour le mettre à la portée d'un
chacun , vont augmenter le nombre
de leurs petits dépôts , & employer
pluſieurs charettes pour approviſionner
tous les différens quartiers de la Capitale.
ARTICLE IV.
BEAUX-ARTS.
ARTS UTILES .
CHIRURGI Ε.
PRIX proposé par l'Académie Royale
de CHIRURGIE , pour l'Année
2765 .
L'ACADÉMIE Royale de Chirurgie
MARS. 1764 . 159
propoſe pour le Prix de l'année 1765 ,..
le Sujet ſuivant :
Déterminer le caractère eſſentiel des
Tumeurs connues ſous le nom de Loupes
, expoſer leurs différences , & quels
font les moyens que la Chirurgie doit
employer de préférence dans chaque efpéce
& relativement à la partie qu'elles
occupent.
Le Prix eſt une Médaille d'or de la
valeur de cinq cens livres , fondé par
M. de la Peyronnie.
Ceux qui envoyeront des Mémoires
font priés de les écrire en François ou
en Latin , & d'avoir attention qu'ils
foient fort lifibles.
Les Auteurs mettront ſimplement
une deviſe à leurs Ouvrages ; mais ,
pour ſe faire connoître , ils y joindront
à part dans un papier cacheté & écrit
de leur propre main, leurs nom , qualité
& demeure ; & ce papier ne ſera
ouvert qu'en cas que la Piéce ait remporté
le Prix.
Ils adreſſeront leurs ouvrages , franc
de port , à M. Morand, Secrétaire per -
pétuel de l'Académie Royale de Chirurgie
à Paris , ou les lui feront remettre
entre les mains.
160 MERCURE DE FRANCE.
Toutes perſonnes de quelque qualité
& pays qu'elles soient , pourront afpirer
au Prix ; on n'en excepte que les
Membres de l'Académie .
La Médaille ſera délivrée à l'Auteur
même qui ſe ſera fait connoître , ou
au Porteur d'une procuration de ſa part ;
l'un ou l'autre repréſentant la marque
diſtinctive , & une copie nette du Mémoire.
Les Ouvrages feront reçus juſqu'au
dernier jour de Décembre 1764 inclufivement
; & l'Académie , à ſon Affemblée
publique de 1765 , qui ſe tiendra
le Jeudi d'après la quinzaine de Pâques
, proclamera la Piéce qui aura
remporté le Prix.
L'Académie ayant établi qu'elle donneroit
tous les ans ſur les fonds qui
lui ont été légués par M. de la Peyronie
, une Médaille d'or de deux cens
livres , à celui des Chirurgiens Etrangers
ou Régnicoles , non Membres de
l'Académie , qui l'aura méritée par un
Ouvrage fur quelque matière de Chirurgie
que ce ſoit , au choix de l'Auteur
; elle l'adjugera à celui qui aura
envoyé le meilleur Ouvrage dans le
courant de l'année 1764. Ce prix d'émulation
fera proclamé le jour de la
Séance publique.
MARS. 1764 . 161
Le même jour , elle diſtribuera cinq
Médailles d'or de cent francs chacune ,
à cinq Chirurgiens , ſoit Académiciens
de la Claſſe des Libres , ſoit fimplement
Régnicoles , qui auront fourni dans le
cours de l'année 1764 un Mémoire , ou
trois obſervations intéreſſantes .
LETTRE de M. DEJEAN , Maître
en Chirurgie de Paris ; en réponse à
celle de M. FLURANT , Maître en
Chirurgie à Lyon , inférée dans le
Mercure du mois de Mai 1763.
MONSIEUR,
LA deſcription la plus exacte des
parties & des proportions d'un inſtrument
ne préſente pas toujours une
idée juſte de ſa forme ; je vais cependant
éſſayer de vous fatisfaire à l'égard
de la curette propre à l'opération de la
taille , dans le cas où la pierre ſe brife&
dont j'ai parlé dans le Mercure de Février
dernier.
و Cet inſtrument , commeje l'ai dit
reſſemble affez en petit à une cuillere à
162 MERCURE DE FRANCE.
Plombier : il a une coquille , une tige ,
& un manche ; la coquille a en tous ſens
onze lignes de diamètre , & trois lignes
de profondeur dans ſon milieu ; la tige
a cinq pouces & demi de long ; ſon extrémité
qui tient à la coquille eſt un
peu évaſée , & va en diminuant juſque
vers le milieu , qui eſt à-peu-près de la
groſſeur d'un tiers de plume d'oye , &
ſe termine au manche en forme de poire
avec une embaſe ; cette tige n'eſt
point droite , elle a en dehors une
courbure qui s'accommode à l'arcade
de l'os pubis , lorſqu'on retire cet inftrument
de la veffie. Le manche eſt à
8 pans & 3 pouces de longueur. La
foie qui le traverſe eſt quarrée , elle eſt
rivée au bout pardeſſus une roſette.
La manière de ſe fervir de cette curette
eſt ſimple. Lorſqu'elle eft introduite
dans la veffie ; en regardant la
marque du Coutelier qui doit être placée
ſur la tige près du manche & du
côté du dos , on pourra diriger cette
curette ſuivant le beſoin , pour amener
lės fragmens au dehors .
Voilà , je crois , Monfieur , l'explicationla
plus claire qu'on puiſſe donner
de cet inſtrument; fi elle ne fuffitpas pour
le faire exécuter , on peut y remédier:
MARS. 1764. 163
en s'adreſſant à Paris au ſieur le Sueur,
Maître Coutelier rue des Canettes
,
Fauxbourg S. Germain,à l'A couronné.
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE.
RECUEIL D'AIRS , avec des Accom
pagnemens de Guittarre , faciles & à la
portée des Commençans. Par M. Merchi,
8. Livre de Guittarre . OEuvre XI . Prix
3 liv. 12 f. A Paris , chez l'Auteur , rue
S. Thomas du Louvre , du côté du Châ--
teau d'Eau , chez un Menuifier , le ſecond
eſcalier après la Cour ; & aux
adreſſes ordinaires de Muſique.
Pluſieurs Amateurs de Guittarre ayant
ſouſcrit , pour SIX Duo de Guittarre&
Violon , avec Sourdine , par M. Merchi ,
& qui font fon OEuvre XII ; l'Auteur
les avertit qu'il va paroître , & qu'on en
trouvera des Exemplaires chez lui , rue
S.Thomas du Louvre,à lamême adreſſe..
164 MERCURE DE FRANCE .
GRAVURE.
CARTE du Paffage de l'ombre de la
Lune à travers de l'Europe , de la fameuſe
Eclipſe centrale & annulaire de
Soleil du premier Avril prochain , calculée
par Madame Lepaute , de l'Académie
de Béziers , qui a eu l'honneur de la préſenter
à Sa Majeſté ; avec une explication
intéreſſante de ce Phénomène. A Paris ,
chez Laturé , Graveur rue S. Jacques ,
près la Fontaine S. Severin , à la Ville dé
Bordeaux ; avec Privilége du Roi.
SUPPLÉMENT à l'Article des Sciences,
GÉOGRAPHIE.
CALCULS & projection de la grande
Eclipſe de Soleil , du premier Avril 1764 .
Par M. le Carlier d'Epuifart , Confeiller
en la Cour des Monnoyes. Approuvés
par l'Académie Royale des Sciences , le
3 Septembre 1763. Brochure in-4 °. à
Paris , chez Moreau , Libraire - Imprimeur
de la Reine , & de Mgr le Dauphin
; Seguin , rue Dauphine ,& la veuve
Gautier , Cloître S. Honoré , débitans la
Carte de France.
MARS. 1764. 165
ARTICLE V.
SPECTACLES.
SUITE DES SPECTACLES DE LA COUR
A VERSAILLES.
LE JEUDI 19 Janvier , les Comédiens
François repréſentèrent Blanche & Guifcard
, Tragédie nouvelle , par M. SAU
RIN , de l'Académie Françoife .
Le rôle de Guifcard étoit joué par le
Sr LE KAIN ; celui d'Osmont , Connétable
, par le Sr MOLE ; Rodolphe , par
le Sr DAUBERVAL ; Blanche , par la
Dile CLAIRON ; Laure ſa Confidente ,
par la Dlle PRÉVILLE .
Cette Tragédie fut ſuivie du François
àLondres , Comédie en un Acte & en
Profe , de feu M. DE BOISSY , ( de
1723. )
Le Mardi 24 Janvier , les mêmes Comédiens
repréſenterent le Diſtrait , Comédie
en cinq Actes & en vers , de
REGNARD , ( de 1697. ) Le Sr BELCOURT
jouoit le rôle du Diſtrait; le Sr
166 MERCURE DE FRANCE.
MOLÉ , celui du Chevalier ; le Sr PRÉ-
VILLE , le rôle de Carlin , la Demoiſelle
DROUIN , celui de Mad. Grognac , &c.
Pour ſeconde Pièce , le Retour imprévu
, Comédie en un Acte & en proſe du
même Auteur , ( de 1700. )
Le Mercredi 25 , par les Comédiens
Italiens , le Maréchal , Opera- Comique
en deux Actes , précédé des Frères Rivaux
, petite Pièce Italienne.
Le lendemain 26 , les Comédiens
François repréſentèrent Brutus , Tragédie
de M. DE VOLTAIRE , ( de 1730.)
Le rôle de Brutus fut joué par le Sr BRIZARD
; celui de ſon fils Titus , par le Sr
MOLÉ ; Arons , par le Sr DUBOIS , & le
rôle de Tullie , par la Dile DUBOIS , &c.
&c.
Pour ſeconde Piéce , on donna l'Etourderie
, Comédie en un Acte & en
proſe , de feu M. FAGAN , ( de 1737. )
Le Mercredi premier Février , les Comédiens
Italiens repréſentèrent le Diable
Boiteux , Comédie Italienne en deux
Actes , qui fut ſuivie des Enforcelés , ou
Jeannot & Jeannette , Opéra- Comique
en un Acte , en Vaudevilles , par la Dlle
FAVART en Société , ( de 1757. )
Le 7 Février , les Comédiens Francois
repréſentèrent laMétromanie , CoMARS.
1764. 167
médie en cinq Actes & en vers , de M.
PIRON , ( de 1738. )
Le Sr BELCOUR joua le rôle de Damis
; le Sr MOLÉ , celui de Dorante ; le
Sr PRÉVILLE , celui de Mondor. Le rôle
de Lucile par la Dlle DESPINAY , & le
rôle de Lifette par la Dlle FANIER ,
Débutante , &c . &c .
Pour feconde Piéce , on donna le
Colin Maillard , Comédie en un Acte &
en proſe , du feu Sr DANCOURT , ( de
1702) ; dans laquelle la Dlle FANIER ,
Débutante , joua auſſi le rôle de Soubrette
: la Dlle DOLIGNY y jouoit celui
d'Angélique , &c .
LeMercredi8 Février, les Comédiens
Italiens repréſentèrent la Joûte d'Arlequin
& de Scapin , Comédie Italienne.
Le même jour , après la Pièce Italienne
, les Sujets de l'Académie Royale de
Muſique & de la Muſique du Roi,éxécutèrent
, pour la ſeconde fois , la Danse ,
troiſième Entrée du Ballet des Talens
Lyriques. Les Acteurs & les Danfeurs
étoient les mêmes qu'à la première Repréſentation.
On en a donné le détail
dans le Mercure de Février.
Le Jeudi 9 , les Comédiens François
repréſentèrent Edipe , Tragédie de M.
DE VOLTAIRE , ( de 1718.) Le Sr LE

168 MERCURE DE FRANCE.
1
KAIN joua le rôle d'Edipe , le Sr BELCOUR
celui de Philoctete ; la Dlle Du-
MESNIL joua le rôle de Jocafte , &c.
&c.
Cette Piéce fut ſuivie du Procureur Arbitre
, Comédie en un Acte & en vers ,
du feu Sr POISSON , ( de 1728. ) Le Sr
BELCOUR joua le rôle du Procureur ,
Je Sr GRANGER celui d'Agénor ; la
Dlle DOLIGNI , Iſabelle ; la Dile PRÉ-
VILLE , la Veuve ; & la Dlle DROUIN ,
la Baronne , &. &c.
Le Mardi 14 , les Comédiens François
repréſentèrent le Misantrope , Comédie
de MOLIERE , en cinq Actes & en vers ,
(de 1666. ) Le Sr GRANDVAL y joua
le rôle du Misantrope. Il y fit le même
plaifir qu'il avoit fait à Paris ; & l'on y
jugea de même des nouveaux degrés de
perfection qu'il avoit acquis dans le jeu
de ce rôle. *
La grande Piéce fut ſuivie du Mari retrouvé,
Comédie en un Acte & en profe
du feu Sr DANCOURT , ( de 1698. )
Le 15 , les Comédiens Italiens donnèrent
Arlequin Barbier paralytique , Piéce
Italienne , qui fut ſuivie du Peintre
*
Voyez ci -après à l'Article des Spectacle
de Paris , celui de la Comédie Françoiſe.
amoureux
MARS. 1764. 169
amoureux defon Modéle , Opéra-Comique
mêlé d'Ariettes.
LeJeudi 16 , les Comédiens François
repréſentèrent Polieucte , Tragédie du
Grand CORNEILLE . Le SrMOLE joua
le rôle de Polieucte , le Sr BELLECOUR ,
celui de Sévère , le Sr PAULIN celui de
Félix. La Dlle DUMESNIL y jouoit le
rôle de Pauline , & c . & c . ( Cette Piéce
eſt de 1640. )
Pour ſeconde Piéce , on donna le
Rendez- vous , Comédie en un Acte & en
vers de feu M. FAGAN , ( de 1733. )
Lafuite au Mercure prochain .
SPECTACLES DE PARIS,
OPERA.
L'EMPRESSEMENT qu'avoit témoigné
le Public pour le Spectacle de
l'Opéra , a été pleinement juſtifié par
le concours foutenu des Spectateurs
juſqu'à préſent. Les beautés du Poëme
& de la Muſique de Caftor & Pollux ,
jointes à la magnificence du Spectacle ,
font de plus en plus ſenties , & prouvées
par une affluence perpétu lle,
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Titon & l'Aurore n'eſt pas moins fuivi
les Jeudis , quoique ce jour ſoit ordinairement
un des plus foibles à ce Théâtre.
Plus on fréquente la nouvelle Salle du
Bal , & plus on en reconnoît la beauté.
Le plus grand nombre de Maſques n'y
produit que la vivacité néceſſfaire à
l'amusement , & cette forte de confuſion
qui fait tout le brillant des Bals ,
ſans que l'on y éprouve les incommodités
d'une foule trop reſſerrée. Il ſeroit
difficile de diſpoſer un lieuplus commode
& plus convenable pour la fêre la
plus magnifique.
AVIS aux Amateurs d'Instrumens.
NOUVELLE Invention d'une LYRE
pareille à celle des Anciens.
N.B. L'analogie de l'objet nous engage
àplacer l'Avis ſuivant dans cet Article.
Nous avions annoncé précédemment
un Inſtrument qui approchoit de
la Lyre. Il paroît que le fuccès n'a pas
répondu à l'efpoir de fon Inventeur.
Nous croyons que celui-ci ſeraplus heu
MARS. 1764. 171
reux. On regrettoit avec raiſonque la formede
la Lyreantique , ſi agréable, fi noble
, & fi propre à nous réaliſer les
idées poëtiques , ne pût pas ſe concilier
avec la conſtruction harmonique. Dans
1'Inſtrumentdont nous parlons,on eſt parvenu
à lever cette difficulté. Sa forme eſt
telle que l'on nous peint la LYRE d'Apollon.
Elle eſt auſſi ſovelte , auffi élégante,
& très- ornée. La partie inférieure
eſt traverſée par un corps de Lut fur
lequel font poſées obliquement quarante
cordes,diviſées ſur deux lignes parallèles
. Il en réfulte une auſſi belle qualité
de fon que ſur la Harpe. Les cordes
ſepincent de même , mais avec beaucoup
plus de facilité,l'étendue de tout l'Inftrument
n'excédant pas la portée du bras
d'un enfant. Nous avons entendu jouer
de cette Lyre l'effet en est trèsagréable
, en ce que les cordes des
deffus rendent un fon plus moëleux que
celles de la Harpe. Si l'effet général n'eſt
pas d'une auffi forte réſonance que fur
ce dernier Inſtrument , cette Lyre nous
aparu égaler à cet égard , pour le moins ,
un très - fort Archiluth. Les quarante
cordes contiennent trois octaves & demi
de tons ſuivis. Il y a dans la traverſe
,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
ſupérieure de la Lyre , une méchanique
cachée affez curieuſe pour les Dièzes &
les Bémols fur toutes les cordes ; on en
fait uſage à volonté ſuivant les divers
tons que l'on veut parcourir. Nous
ne doutons pas que l'on n'adopte ce
nouvel Inſtrument , par la facilité de
ſon exécution , par celle de le tranfporter
, par l'agrément dont ſon jeu
peut être , enfin par les grâces de fon
aſpect , par celles qu'il prêteroit à
ceux & fur- tout à celles qui len
joueroient. Les Peintres doivent être
intéreſſés au progrès de cette Lyre Ils
y trouveroient de nouvelles pofitions
pour les Portraits , infiniment plus avantageuſes
que toutes celles qui font déja
épuisées & devenues fi communes.
L'Inventeur de cette LYRE eft le Sieur
MICHELOT , Luthier , rue S. Honoré
près la rue de l'Echelle , à côté des Ecuries
de M. le Dauphin,
COMEDIE FRANÇOISE.
LE
:
E 4 Février , on donna pour ladernière
fois Blanche & Guifcard , Tragédie
nouvelle , qui a eu neuf repréſen
1
MAR S. 1764 . 173
tations , y compris les trois , avant le
Voyage de Fontainebleau .
L'Epreuve indifcrette , Comédie nouvelle
, dont nous avons annoncé la première
Repréſentation dans le précédent
Mercure , a été retirée après la quatrième
le 6 du même mois.
N. B. On trouvera les Extraits de ces deux
Piéces à la fin de cet Article.
Le même jour ( 6 Février) M. GRANDVAL
eſt rentré au Théâtre , par le rôle
du Miſantrope. Dès qu'il parut , les
les applaudiſſemens les plus vifs ſuſpendirent
long-temps le commencement
de la ſcène. Ces témoignages , quoique
mérités , de la prévention favorable
du Public , redoublérent , dans
cet ancien Acteur , la crainte de n'y
pas répondre ſuffiſamment. Il fut facile
d'appercevoir fon émotion. Cependant il
donna de nouvelles preuves d'un talent
confommé ; & tous les Spectateurs intelligens
ſont convenus qu'il avoit joué un
grand nombre de traits dans ce rôle ,
non-feulement d'une manière fort ſupérieure
à celle dont il le jouoit avant ſa
retraite , mais encore à tout ce qu'on
pouvoit ſe rappeller de mieux. Il jouale
8, avec fuccès , le rôle du Philofophe
Marié, dans la Piéce de ce nom. Lorf-
1
:
1
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
que M. BELCOUR yparut dans le rôle
de Damon , le Public , par des applaudifſemens
redoublés , donna à cetActeur,
dépoffédé de pluſieurs rôles qu'il jouoit
pendant l'abſence de M. GRANDVAL ,
des marques de la juſtice qu'il rend à fon
zèle infatigable , à l'intelligence de fon
jeu , ainſi qu'à l'utilité & à l'agrément
dont lui feront toujours ſes ſervices. :
M. GRANDVAL a jouédepuis ,le rôle
de Cimon dans l'Andrienne. L'épreuve
de ce caractère , nouveau pour l'Acteur ,
étoit auſſi intéreſſante pour lesAmateurs
du Théâtre que pour lui-même. Quoiqu'avec
une figure , moins chargée par
l'âge que peut-être notre opinion ou
notre habitude n'éxige pour cet emploi ,
il a rempli toutes les parties du rôle avec
ce talent de détail & de raiſonnement ,
toujours fi agréable pour le connoiffeur ,
joint à un pathétique vrai & ſenſible
dont l'impreffion a entraîné les fuffrages
& les applaudiſſemens.
,
Nous devons , en parlant de l'Andrien.
ne , renouveller les juſtes murmures,d'un
Public éclairé , ſur l'habitude de jouer
toujours cette Piéce en habits François.
Cette habitude ,digne des temps obſcurs
& barbares de notre Théâtre , ne peut
avoir fon excuſe dans le défaut d'habil
MARS. 1764. 175
lement , 1 °. parce qu'on en a fait la dépenſe
pour des Piéces fort inférieures à
celle- ci , qui deviendroit par-là toute
nouvelle ; 2°. parce qu'on voitjournellement
fur la Scène tragique des habits
fimples , dont la forme conviendroit
fort bien à ce genre de comique. Croiton
que , les habits militaires exceptés ,
les Anciens changeaſſent de vêtemens
pour les ſituations tragiques qui pouvoient
traverſer le cours de leur vie ?
L'erreur de croire n'avoir pas d'habillemens
propres à jouer des Comédies
Grecques , ne peut venir que d'une autre
erreur , qui eft de rapporter la forme
d'habillement de l'ancienne Gréce à celle
dés vêtemens mordenes du Levant. Que
l'on confulte les monumens antiques ,
& l'on trouvera bien plus de rapport
dans ces vêtemens entre les habitans
d'Athènes & ceux de Rome , qu'entre
les Grecs modernes & les anciens. En un
mot , le plus déſagréable de tous les inconvéniens
, & la plus abfurde de toutes
les diſparates , eſt de voir au milieu d'Athènes
Cimon en vieux Seigneur de notre
Cour , ſon fils Pamphile en petitmaître
, les eſclaves en laquais , & c. & c.
M. GRANDVAL joua le 12 dans le-
Misantrope , & le même jour le Faux
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
Damis dans le Mariage fait & rompu.
Mile LE KAIN jouoit dans cette feconde
Piéce le rôle de Soubrette avec beaucoup
de naturel. Qu'il nous foit permis
de remarquer que de bons Juges du talens
en accordent à cette Actrice , pour
certains genres de Soubrettes , dans lefquels
elle ſe perfectionne de plus en
plus.
Le Lundi 13 on donna la première repréſentation
d'Idomenée , Tragédie nouvelle
de M. le Mierre. Cette Piéce fut
reçue avec applaudiſſement à tous les
Actes. Une acclamation foutenue appella
l'Auteur à la fin de la Piéce : il ſe difpenſa
de paroître. Nous ne faiſons pas
mention de cette circonſtance , pour
preuve de ſuccès. L'abus que l'on fait
aujourd'hui dans le Parterre de cette efpéce
de cri de triomphe en a trop avili le
prix. Mais , ce qui eſt plus déciſif en faveur
de l'Ouvrage , eſt la continuation
des repréſentations.
Mile FANNIER , dont nous avons
parlé dans les précédens Mercures a terminé
ſes débuts. L'eſpoir du Public fur
les talens de cette jeune Actrice , doit
être fondé fur ceux que l'on reconnoît
& que l'on applaudit journellement
dans M. MOLÉ , de qui elle eſt Eléve.
MAR S. 1764 . 177
L'intelligence fine du Maître , ne permet
pas dedouter qu'il n'ait reconnu
dans ce Sujet , des diſpoſitions dignes
de ſes foins , & propres à lui faire
honneur.
EXTRAIT DE BLANCHE & GUISCARD
, Tragédie de M. SAURIN ,
de l'Académie Françoise. Repréſentée
pour la première fois le 25 Septembre
1763 , & reprise le 23 Janvier
1764.
PERSONNAGES. ACTEURS.
Le Comte de GUISCARD , M. Le Kain .
Le Comte OSMONT ,
Connétable de Sicile , M. Molé.
SIFFRÉDI , Grand Chancelier , M. Brizard.
BLANCHE , Fille de Siffrédi , Mlle Clairon.
LAURE , Amie & Confidente de
Blanche , Mlle Preville.
RODOLPHE , Frère de Laure &
M. Dauberyal. Confident de Guiſcard,
GARDES.
La Scène eft en Sicile. Les deux premiers Actes
ſe paſſent à PALERME , Capitale du Royaume.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Les autres à BELMONT , maison de plaisance de
Siffredi & qui touche à PALERME.
CETTE Piéce eft imitée de Tancréde & Sigifmonde
, Tragédie Angloiſe de feu Tomfon , Auteur
célébre du Poëme des Saiſons. Un épiſode
du Roman de Gilblas , qui a pour titre le Ma
riage de vangeance, en a fourni le Sujet. Voici
P'Avant-Scène.
-Mainfroi Roi de Sicile a été dépouilé du
Royaume & de la vie par Guillaume ſon frère
puíné : celui-ci , qui fut furnommé le mauvais
Seft mort au bout de deux ans d'un régne tyrannique
, laiſſant deux enfans , Guillaume le Bon ,
qui lui a ſuccédé , & une fille nommée Constance.
Il étoit refté un fils unique de Mainfroi. Guillaume
leBon ne voulut point le faire périr & confia
cet enfant en bas âge aux ſoins du Chancelier à
qui il ordonna de l'élever comme un ſimple
Gentilhomme & fans lui faire connoître la naiffance
,ni ſes droits. Le fils de Mainfroi élevé
ainſi dans la maison de Siffredi , ſous le nom de
Guifcard, a pris une forte paflion pour Blanche,
fille du Chancelier , & Blanche n'en fent pas
pour lui une moins forte. Les choſes en cet état ,
Guillaumele Bon eſt ſubitement frappé d'ún
mal violent ; il touche à ſa fin , & c'eſt alors
que la Piéce commence.
2 ...
ACTE PREMIER..
SCENE PREMIERE..
BLANCHE & LAURE.
Blanche déplore la perte que la Sicile va faire
MARS. 1764. 179
du meilleur des Rois. Il n'y a plus d'eſpérance ,
ditcelle-ci , le trouble & la terreur ſe peignent
fur tous les fronts.
BLANCHE.
>> Triſte effet du retour que chacun fair ſur ſoi !
>> Nous n'éprouvons jamais un ſi lugubre effroi ,
Qu'alors que nous voions de cette haute ſphère,
>>>Où la ſplendeur du trône éblouit le vulgaire ,
>> Tomber ces Dieux-mortels & ſemblables à
:
>> nous ,
Rentrer au ſein commun d'où nous fortimes
tous.
Blanche craint les changemens que la mort
du Roi va apporter dans l'Etat longtemps en
proie aux plus cruelles divifions. Ily a dans l'E--
tat deux partis ennemis & puiſſans. La prudente
fermeté du Roi eſt un frein qui les a conte
nus; mais fi le Roi meurt , le Trône paſſe
Constance le Connétable Ofmont eſt ſon favori...
>> Miniſtre de l'Etat & Magiſtrat fuprême ,
>>Mon père contre Ofmont a ſouvent éclaté,
>>> Dans les troubles cruels qui nous ont agité ,
>> Son zéle toujours pur , fon coeur patriotique ,
>>>Ses rigides vertus , dignes de Rome antique ,
>>>Ont longtemps diviſé le Connétable& lui ,
>>>Oſmont doit le hair.
5
Laure ditque depuis quelque temps ils ſe font
réunis. Dans le reſte de la Scène il eſt queſtion
de Guifcard , de l'obſcurité qui eſt répandue fur
ondeſtin , de l'amour qu'il a pour Blanche...
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
>> Non, cet amour qui regne en un coeur amolli,
>> Par qui plus d'un Héros s'eſt ſouvent avili ;
>> Mais ce céleſte feu , cette divine flâme ,
>> Qu'un digne objet allume & qui porte en notre
>>>âme
>> De toutes les vertus le germe précieux ,
>> Le plus beau des préſent que nous ont fait les
>> cieux ;
>>> Des grandes actions ſource heureuſe & féconde;
>>>L'âme , à la fois , la gloire & le bonheur du
>> monde.
Cet amour est l'âme de tous les entretiensque
Guifcard & le frère de Laure , Rodolphe , ont enſemble
, mais que penſe de lui ton frère , lui dit
Blanche? Il penſe que tout en lui annonce & promet
un héros ; que ſon âme eſt élevée, courageuſe
, humaine , & que ſi la fougue de ſon naturel
ardent l'emporte quelquefois , la Raiſon
bientôt le raméne.
>>Il ne le flatte pas : ah ! pour un tendre coeur
>> S'il eſt , ma chère Laure , un plaiſir enchanteur ,
>>> C'eſt de voir applaudir le digne objet qu'on
>> aime ,
>> De s'entendre louer dans un autre ſoi-même.
Notre âme éprouve, alors, un ſi doux Sentiment!
>C'eſt louer plus que nous , que louer notre
amant.
MARS. 1764 . 181
4
SCENE II.
BLANCHE , SIFFREDI.
Ilapprend à Blanche , que le Roi n'eſt plus.
>> Des mortels il a ſubi la loi ,
>>Ma fille , il eſt paſſédans ce monde terrible ,
>>>Où des foibles humains le juge incorruptible
>>>Voit frémir à ſes pieds nos maîtres abbattus ,
>> Sans garde& protégés de leurs ſeules vertus .
Il ajoute que le Roi a vu d'un oeil ferme la mort
s'approcher.
:
>>Nedemandant au ciel qu'un momentde retard ,
> Qui lui permît de voir & d'embraſfer Guiſcard.
BLANCHE , avec émotion .
Guiſcard! ... le Roi ! ... mon père ......
SIFFRFDI.
>>>Eh bien , aunomdu Comte,
>> Ma fille , d'où vous vient une rougeur ſi prom-
>>pte !
>>Cet intérêt , ce trouble & cette émotion ?
BLANCHE.
>>Mon père ... il eſt le fils de votre adoption :
>> Je prends part à ſon ſort comme à celui d'un
>>>frère.
SIFFREDI.
» Il ſuffit. Laiſſez-moi : vous ſçaurez ce myſtère.
Siffredi dans un monologue fait voir toute la
douleur qu'il a de ne pouvoir douter que fa fille
& Guifcard ne s'aiment ; il ſe reproche de ne
180 MERCURE DE FRANCE.
>>>Non, cet amour qui regne en un coeur amolli,
>> Par qui plus d'un Héros s'eſt ſouvent avili ;
>> Mais ce céleſte feu , cette divine flâme ,
>> Qu'un digne objet allume & qui porte en notre
>> âme
>> De toutes les vertus le germe précieux ,
>> Le plus beau des préſent que nous ont fait les
>>> cieux ;
>> Des grandes actions ſource heureuſe& féconde,
>>>L'âme , à la fois , la gloire & le bonheur du
>> monde.
Cet amour eſt l'âme de tous les entretiensque
Guifcard & le frère de Laure , Rodolphe , ont enſemble
, mais que penſe de lui ton frère , lui dit
Blanche? Il penſe que tout en lui annonce & promet
un héros ; que ſon âme eſt élevée, courageuſe
, humaine , & que ſi la fougue de ſon naturel
ardent l'emporte quelquefois , la Raiſon
bientôt le raméne.
:
>> Il ne le flatte pas : ah ! pour un tendre coeur
>> S'il eſt , ma chère Laure , un plaiſir enchanteur ,
>>>C'eſt de voir applaudir le digne objet qu'on
>> aime ,
>>De s'entendre louer dans un autre ſoi-même.
Notre âme éprouve, alors , un ſi doux Sentiment!
>>C'eſt louer plus que nous , que louer notre
amant.
MARS. 1764 .
181
SCENE ΙΙ.
BLANCHE , SIFFREDI,
Ilapprend à Blanche , que le Roi n'eſt plus.
>> Des mortels il a ſubi la loi ,
>>Ma fille , il eſt paſſédans ce monde terrible ,
>>>Où des foibles humains le juge incorruptible
>> Voit frémir à ſes pieds nos maîtres abbattus ,
>> Sans garde & protégés de leurs ſeules vertus .
Il ajoute que le Roi a vu d'un oeil ferme la mort
s'approcher.
- Ne demandant au ciel qu'un momentde retard ,
> Qui lui permît de voir & d'embraſſer Guiſcard.
BLANCHE , avec émotion.
Guiſcard! ... le Roi ! ... mon père
SIFFRFDI.
......
>> Eh bien , aunomdu Comte;
>> Ma fille , d'où vous vient une rougeur ſi prom-
>>pte!
»Cet intérêt , ce trouble & cette émotion ?
BLANCHE.
»Mon père ... il eſt le fils de votre adoption :
>>>Je prends part à ſon ſort comme à celui d'un
>> frère.
SIFFREDI .
» Il ſuffit. Laiſſez-moi : vous ১১ ſçaurez ce myſtère.
Siffredi dans un monologue fait voir toute la
douleur qu'il a de ne pouvoir douter que fa fille
& Guifcard ne s'aiment ; il ſe reproche de ne
182 MERCURE DE FRANCE.
l'avoir pas prévu & il frémit des fuites : le Roi
en mourant vient de reconnoître Guifcard pour
P'héritier du trône , mais c'eſt à condition qu'il :
épouſera Conſtance , cet Hymen peut leul
affurer le repos de l'Etat. C'eſt le ſeul moyen
d'empêcher que la Sicile ne ſoit encore en proie.
à toutes les horreurs d'une guerre inteſtine .
D'ailleurs , Siffrédi eſt engagé de parole avec
Ofmont , il lui a promis ſa fille en mariage ,l'u
nion du Chancelier avec le Connétable , importe
au bien Public & Siffrédi ne connoîr rien qui
puiſſe entrer en balance avec ſa parole & fon
devoir.
>>Périſſe le mortel , pèriſe le coeur bas
>>>Qui , portant dans ſes mains le deſtin des Etats
>>Plein des vils ſentimens que l'intérêt inſpire ,...
* Immole à ſa grandeur le ſalut d'un Empire..
Guifcard paroît: Siffredi avant que de ſedéclarer
veut ſonder ſon coeur : il lui confirme la
mort du Roi & fait un Eloge de ce Prince qui
puiffe en même temps ſervir de leçon àGuifcard.

Il tenoit pour maxime..
>>>Qu'un Roi doit préférer,( obfédé comme il eſt,
>>>Un ami qui l'afflige au flatteur qui lui plaît.
On ne vit point , au ſein de l'horrible mifère ,
Le laboureur gémir du bonheur d'être père ,
Il ſçut récompenſer & punir àpropos
> Père enfin de ſon Peuple , il fut plus que Héros .
Siffredi apprend enſuite à Guiſcard que la Couronne
n'appartient point à Constance , mais àun
fils de Mainfroi , élevé dans l'obſcurité,& inconMARS.
1764.. 1833
nu à lui-même. Il lui apprend que le Roi a recon
nu ce fils de Mainfroi pour ſon Succeſſeur ; mais
àcondition qu'il épouſeroit Conftance.
Guifcard, plein de feu & de nobleſſe , ſe met
d'abord à la place de ce jeune Prince , s'échauffe
en ſa faveur ; mais doute qu'on puiſſe vaincre
l'horreur qu'il doit ſentir , quand il ſe connoîtra
pour Constance, pour la fille de l'aſſaſſindeMainfroi.
Siffredi combat ce ſentiment , & fait voir la néceflité
du mariage ordonné par le Roi. Guifcard
continue à s'élever contre .
A
>>E>h !quecraindre aprèstout ? Ilapour lui, Sei---
»gneur ,
Sa naiſſance , ſes droits , ſans doute ſa valeur..
Tout le ſang de Guiſcard eſt prêt à couler pour
cePrince.
>Courons verslui, Seigneur.Ah! digne de ſarace ,
>>>Digne du Trône auguſte où furent ſes aïeux ,
>>>Peut être qu'il ſe plaint que le ſort envieux ,.
>>>Sur le théâtre obſcur d'une ſcène privée ,
Confine les vertus de ſon âme élevée ,
>> Et qu'il demande au Ciel l'heureuſe occafion
>>>De montrer un grand cooeur , & d'acquérir un
nom.
SIFFREDI .
>>Et peut- être qu'auſſi ſa frivole jeuneſfe
S'endort avec l'amour au ſein de la moleſſe
Guifcard répond avec l'enthouſiaſme d'une âme
jeune& grande,
184 MERCURE DE FRANCE.
>>Mon coeur répond du ſien : oui, Seigneur , fans
>> effort ,
> De mon état obſcur je m'élève àſon fort ;
>Et je ſens qu'à l'aſpect de ſa noble carrière ,
>> Mon âme avec tranſport s'élançant toute err
>>tière ,
>> Brûleroit d'égaler , en vertus comme en rang ,
► Ces Héros glorieux dont je ſerois le ſang.
SIFFREDI..
>> Eh bien ! hâtez-vous donc de marcher ſur leur
trace.
> Et vous, dont il promet d'être la digne race ,
>> Mânes de ſes Aïeux , je vous prends à témoins.
Guifcardeſt étonné,prie le ciel de lui donner les
vertus de ſon nouvel état , marque ſa reconnoiffance
à Siffredi , ne veut régner que par ſes conſeils
, &c. mais montre toujours le plus grand
éloignement pour le mariage de Constance : c'eſt
lefeul point ſur lequel il n'en veut croire que luimême.
Mais , lui dit Siffredi ,
Un autre à vos refus doit avoir la Couronne.
C'eſt le Roi des Romains....
GUISCARD.
>>Mais le ſang me la donne.
» Je maintiendrai mes droits . Aſſemblez le Sénat ,
>>>Allez , & que les Grands , les Barons de l'Etat
>> Viennentrendre à leur Maître un légitime hom-
>mage.
MARS. 1764 . 185
L'Acte finit par un Monologue de Guiſcard , où
tout fon amour pour Blanche éclate. Il eſt tranfporté
de l'idée de mettre un Diadême aux pieds de
ce qu'il aime.
>> Je vois ſans m'éblouir l'éclat du rang ſuprême.
>> Mais , ô ma chère Blanche ! un Trône t'étoit dû :
Je vais , en t'y plaçant , couronner la vertu.
ACTE ΙΙ.
Dans l'intervalle du premier & du ſecond Acte ,
Guifcard voulant raffurer Blanche , qu'il a trouvée
en larmes , & craignant de le perdre , lui a laillé
ſa ſignature , comme un engagement de la part ,
qu'illui a ordonné de remettre au Chancelier , en
lui déclarant ſes intentions pour elle. Blanche a
remis cette fignature à ſon père , qui , rendu au
Sénat , en a fait un uſage contraire aux deſſeins du
Prince. Après avoir fait lecture du Teſtament du
feu Roi , qui , en rappellant Guiſcard au Trône ,
ordonne qu'il époufera Constance , il ajoute que le
Prince conſentoit à tout. Voilà , a-t- il dit , un acte
ſigné de ſa main royale , par lequel il aſſure ſa
Couronne & ſa foi à Constance. Au moment
même la voûte a retenti d'un applaudiſſement
général ; la joie s'eſt peinte ſur tous les fronts.
Guifcard interdit & confus , ne poſſédant encore
que le nom de Roi , ſans pouvoir , ſans expérience
, n'a pas cru devoir en ce moment s'oppoſer au
voeu de tout l'Etat : il s'eſt levé , & a remis l'af
ſemblée au lendemain,
186 MERCURE DE FRANCE,
SCENE PREMIERE.
GUISCARD & RODOLPHE.
Guiſcard furieux apprend à Rodolphe tout ce
qui s'eſt paffé ; Blanche placée par ſon père au
rang des ſpectateurs , a été témoin de cette ſcène
cruelle. Guiſcard venoit pour la déſabuſer ; mais
Siffredi a fait partir ſa fille pour Belmont. Et
quoique Belmont touche à Palerme , d'indifpenſables
ſoins enchaînent Guiſcard à la ville. Mais
en attendant qu'il puiſſe voir Blanche , & qu'au
Conſeildu lendemain tout ſe répare , il veut écrire
àBlanche. En ce moment Siffredi paroît.
SCENE II.
GUISCARD & SIFFREDI .
2
Guiſcardlui fait les reproches les plus vifs . Sif
fredi s'oppoſe à l'indignation & aux emportemens
de Guiſcard , avec le calme d'une âme remplie de
l'amour de ſon devoir & de ſa Patrie. On lui a
remis le ſeing du Roi. Il a cru , pour s'en ſervir ,
nedevoir confulter que la gloire du Roi & le ſalur
del'Etat ; & pourvu qu'il ſauvât l'une & l'autre , il
n'a compté pour rien de ſe perdre lui-même. Il
lui repréſente fortement qu'il n'y a que l'hymen
de Constance qui puifle affermir la Couronne fur
ſa tête qu'en ne l'époulant pas , il doit craindre
la plus funeſte révolution pour le Royaume & pour
lui- même qu'il hafarde l'Etat , & fon Trône , &
ſavie. Guifcard eſt réſolu de tout braver : malheur
à qui ofera lui réſiſter , malheur à Siffredi
Jui-même. Siffredi lui préſente ſon ſein , & le cons
MAR 5. 1764 . 187
jare enſuited'écouter celui qui lui ſervit de père ,
&qui , pour le ſeul avantage de l'Etat & du Roi ,
refuſoit ce qu'un autre peut- être acheteroit d'un
crime. Il ſe jette à ſes pieds.
3
>>V>oistonami,tonpère, embraſſanttesgenoux;
>> Te conjurer en pleurs de te vaincre toi-mêmes
>>>A tes pieds avec moi , vois un Peuple qui t'aime,
Et que leCiel confie àtes ſoins paternels.
>> Citoyens , Magiſtrats , Miniſtres desAurels,
>> Tous ceux de qui la main aux travaux occupée
→ Fait croître la moiſſon de leur ſueur trempée ,
Qui nourriffent l'Etat , & ſupportent la faim ;
>>>Vois le vieillard courbé, l'enfant preſſant le -
>> ſein ,
Et l'époux , & l'épouſe , & la mère , & la fille ,
Tout ungrand Peuple enfin compoſant ta fa-
>>mille
,
>>(Car les Sujets des Rois font leurs premiers en--
>> fans ) ;
Vois-les, dis-je, à tes pieds , incertains & trem--
>> blans":
» Sauvez- nous , diſent-ils , d'uneguerre intestine :
Faut-il à l'incendie , au meurtre , à la ruine ,
Abandonner encor nos champs & nos cités !
Ah ! pour d'autres emplois que nos calamités ,
Réſerve unfangpour toi toutprêt àfe répandre.
>> Réſiſterez - vous donc à cette voix ſi tendre ?
>>>Eh quel triſte bonheur , rapportant tout à ſoi ,
>>>Peut balancer ſon Peuple en l'âme d'un bon
Roj!
188 MERCURE DE FRANCE.
* Le vôtre.... Mais , Seigneur , je vois qu'elle est
➡ émue.
>> Ah ! ne dérobez point ces larmes à mavue.
>>>L'orgueil du Trône , hélas ! n'eſt que trop in-
>>humain.
Guiſcardtend la main à Siffredi , & lui reproched'unton
attendri qu'il l'a mis entre deuxprécipices
; que détruire l'eſpoir de Constance , c'eſt
haſarder l'Etat ; que le remplir , c'eſt trahir Blanche
& le ſang de Mainfroi.
>> De tous côtés déchiré , combattu ,
>> La vertu dans mon coeur s'oppoſe à la vertu,
Siffredi a fait le mal ; c'eſt à lui à venir à fon
aide. Il faut que le lendemain il faſſe au Sénat l'aveu
de ſa témérité , & qu'il appuie les droits de
Guifcardde fon fuffrage :
>>A ceprix
>>Ton Maître re pardonne, & redevient ton fils.
Siffredi ſent les bontés de fon Roi; mais il s'en
croiroit indigne s'il obéifloir. Guiſcard fort furieux,
en déclarant à Siffredi que Constance ne ſera jamais
que la Sujette.
Toi , rends grâce à l'amour dont mon coeur eſt
» épris ,
>> Qui te protége encor lorſque tu le trahis.
MARS. 1764. 189
SCENE ΙΙΙ .
Monologue de Siffredi qui réſout de hâter le
mariage de ſa fille avec le Connétable. C'eſt le
ſeul moyen de ſauver l'Etat & le Roi. Ce moyen
le perdra : mais s'agit- il de lui ?
SCENE IV.
SIFFREDI & OSMONT.
Civilités réciproques ; Ofmont reclame la promeſſe
du Chancelier , & en preſſe l'exécution . Cer
hymen , dit le Chancelier , importe à l'Etat. Venez
: allons à Belmont , vous y recevrez la main
de Blanche , ſans pompe & fans éclat,
ACTE
r
ΙΙΙ.
La Scène est à Belmont.
Monologue de Blanche, qui ſe croyant trahie
parGuifcard, luiadreſſe des reproches& des plaintes
fur toutes les aſſurances de fidélité qu'il lui
avoit données ce jour même,
>>Ta tendreſſe jamais ne fut plus éloquente.
>>>Hélas ! fans raſſurer ta malheureuſe Amante ,
>> Que ne lui diſois- tu que de ſuperbes loix ,
>> Dans la grandeur du Trône , empriſonnent les
>> Rois :
>>Blanche en auroit gémi; mais moins infortunée ,
N'accuſant que ton rang & que ſadeſtinée,
>>>Elle eût vécu peut- être , &c.
190 MERCURE DE FRANCE.
Siffredi arrive , & Blanche fait un vain effort
pour lui cacher ſes larmes & fon trouble. Siffredi
plaint ſa fille; il ne veut point l'accabler ſous le
poids du reproche. Il devoit prévoir ce qui eſt arrivé
, & il s'accuſe lui-même plus qu'il ne la blâ
me: mais il faut s'armer de courage , & faire un
généreux effort. Il ſeroit trop honteux qu'on pût
croire qu'elle nourrît encore quelque eſpoir d'être
aiméedu Roi.
1
BLANCHE.
Ah ! cet eſpoir , Seigneur , il l'a trop bien détruita
SIFFREDI.
› Il l'a dû. De vos feux quel eût été le fruit ?
>Ta folle paſſion a-t-elle donc pu croire
>Qu'oubliant ce qu'il doit à ſon peuple, à fa
>> gloire ,
>>>T'immolantnotre ſang , nos biens , notre reposs
D'un romaneſque amour mépriſable héros ,
>> II dût , pour être à toi , hazarder ſa Couronne ?
Crois-tu que j'euſſe ſouffert qu'allumant ſes feux
aux flambeaux de votre hymen,
>>> La Diſcorde cruelle embrasât ma Patrie,
Que mon ſang , que ma fille en devînt la furie ?
Siffredi lui déclare qu'il n'y auroit jamais conſena
zi. Il eſpère qu'elle n'aura bientôt plus que zèle &
reſpect pour fon Roi. Mais ce n'eſt pas affez ;
:
>>On ne vit pas pour ſoi.
>>>P>lus le fort nous élève au-deſſus du vulgaire,
Plus il nous met en butteàce juge ſévère,
MARS. 1764. 191
Qui cherche nos défauts , &, ſans reſpectdes
» rangs,
>>Conſole ſabaſſeſſe en médiſant des Grands.
Il faut le convainere que ma fille , à l'exemple
dn Roi , a ſçu ſe vaincre elle-même ,
>>> Et coupant à l'eſpoir ſa derniere racine ,
>> Prendre un illuſtre époux que ma main te def-
>> tine.
Acette propoſition Blanche paroît éperdues
fon pere lui nomme le Connétable :
>> Il eſt puiſſant , vous aime.
>> Je vois envain vos yeux de larmes ſe remplir :
>>Ma parole eſt donnée, elle doit s'accomplir ,
>>Et dès aujourd'hui même.
Blanche fait à ſon père les ſupplications les
plus touchantes ; elle ſe jette à ſes pieds , les
baigne de larmes , ajoute aux raiſons les plus
fortes ce qu'elle croit le plus capable d'émouvoir.
Siffredi eſt attendri, mais inébranlable dans
ſes principes; il ne céde point à la pitié. Il déclare
à Blanche qu'il va lui amener Ofmont. Venez ,
dit- il à Laure qui paroît ; affermiflez Blanche par
vos conſeils ;que je la retrouve préparée à m'obéïr.
BLANCHE.
>>Non , ce n'est qu'à la mort que mon coeur fe
>>diſpoſe.
»Quel amour est trahi ! quel devoir on m'ims
poſe.
> Ah , Laure !
192 MERCURE DE FRANCE.
Laure lui dit qu'elle ne peut approuver fa
douleur ; que Guiſcard ne mérite pasſes larmes.
>Ce n'eſt que du mépris qu'on doit à ce parjure.
BLANCHE.
>>>Sans doute... Mais , hélas ! crois-tu quainſi ſou-
>>dain
Un coeur puiſſe paſſer de l'amour au dédain ?
Qu'un ſentiment ſi cher né dans la ſolitude ;
➡ Par l'eſtime formé , nourri par l'habitude ,
>> Soit détruit auſſitôt qu'on ceſſe d'eſtimer ?
>> Longtemps on aime encore en rougiſſant d'ai
>>mer!
Elle apprend à Laure queſon père veut qu'elle
épouse Osmont ; qu'elle l'épouſe ce jour même.
LAURE.
» Eh bien , vous êtes outragée.
>> Ce jour a vu l'affront , il vous verra vangée.
BLANCHE.
>> Vangée ! hélas ! ſur qui ? Sur Guiſcard ou fur
>>moi.
Laure lui repréſente avec force tout ce qui
s'eſt paffé au Sénat , on dit , ajoute-t-elle, que
demain il épouſe Constance.
BLANCHE.
» Ah , parjure ,
LAURE.
>>> Pouvez-vous balancer ?
' BLANCHE.
MARS. 1764 . 193
BLANCHE.
Dès demain ?
LAURE.
On l'affure.
BLANCHE.
>> Eh , qu'il étouffe donc , s'il ſe peut , dans ſon
دد coeur
►Le cri du ſang d'un père & le remord van-
» geur.....
>>>Laure , je veux t'en croire , un fier dépit me
>>guide.
» Tu me regretteras , homme lache & perfide! ..
>>Oui , monhymen fera ſon tourment & le mien.
>> Il a trahi mon coeur , j'ai mal connu le ſien ,
D'un repentir tardif il ſera la victime ,
>> Je ſervirai d'exemple à celles qu'une eſtime
>> Dans leur crédule eſpoir trop prompte à ſe
• former ,
>> Sous l'appas des vertus engageroit d'aimer.
Laure applaudit à cette réſolution.Que votre
hymen précéde celui de Guiſcaid.
>> Que dans les bras d'Oſmont le perfide vous
»voie.
BLANCHE.
»Oui dans mon déſeſpoir je goûterai la joie...
• Quelle joie !
SCENE I V.
Siffredi s'avance avec Oſmont , il le préſen e à le préſen e à
I
194 MERCURE DE FRANCE .
Ta fille . Ofmont lui dit que l'aveu d'un père au
toriſe ſes feux , mais que ce n'eſt pas aſſez pour
fon bonheur.
› Croirai -je que du moins la vertueuſe Blanche
>>Conſentira ſanspeine à former ce beau noeud ?
BLANCHE .
>> Seigneur.... l'obéiſſance... un père... ſonaveu...
Je me meurs ........
OSMON T.
>>Ciel !
SIFFREDI.
Ma fille ! à peineelle reſpired
BLANCHE.
>>Omon père! .. aide-moi... Je ne puis me con
à Laure.
>> duire.
SIFFREDI , à Ofmont.
>> Je la fuis , pardonnez àmon ſoin paternel.
OSMONT.
>>>Je ne vous quitte point dans ce troublemortel.
ACTE IV.
Monologue de Blanche qui vient d'épouſer
Ofmont.
>C'en est donc fait , hélas! un noeud fatal me
>> lie.
1
>>Mon malheur n'aura plus de terme que mavie.
>>Puiſſe mon père unjour ne ſe point reprocher
>> Le ſacrifice affreux qu'il me vient d'arracher !
MARS. 1764 . 195
Veux-tu précipiter mes vieux ans dans la tombe?
M'a-t-il dit.Ace mot mon courage ſuccombe :
>> J'ai traîné vers l'Autel mes pas avec terreur.
O! comment exprimer ce qu'a ſenti mon coeur !
-Quand à la main d'Oſmont j'ai joint ma main
tremblante.
Laure accourt troublée & tenant un biller.
Guifcard l'avoit commis aux ſoins de Rodolphe qui
n'a pu le remettre plutôt à Laure.
BLANCHE.
» Quoi Guiſcard?... Il m'écrit! ... Croit- il par une
Lettre...
► Voyons , Laure... Mais , non... mon coeur m'en
>> preſſe en vain ;
» Non , je ne lirai pointun billet que ſa main..
» Eh ! que peut- il me dire ? ...
Laure ditque ſon frère proteſte que ſon Maitre
eſt innocent , & n'a fait que ſe prêter à la
néceſſité. Qu'il alloit lui expliquer ce myſtère ;
mais qu'Ofmont & Siffredi mandés à Palerme l'ont
appellé près d'eux. Blanche frappéede ce Difcours
, prend la Lettre...
Donne,
> Ah ! donne.... ma main tremble , & tout mon
>> corps friſſonne...
>>Que tantôt àl'aſpect d'un billet de ſa main
Un trouble différent eût agité mon ſein !
Blanche lit la Lettre où Gaiſcard la raſſure ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
lui dit qu'il la verra ſitôt qu'il en ſera maître &
finit , par lui jurer qu'en dépit de tout il n'y a rien
que la mort qui puiſſe l'empêcher d'unir ſon ſort
au fien. Cette lettre jette Blanche dans le plus
grand trouble & le plus grand déſeſpoir : elle
ne peut plus penſer que Guiſcard l'ait trahie ,
& elle s'en voit pour jamais ſéparée.
>> dépit inſenſé ! trop aveugle courroux !
>> Un inſtant a donc mís un abîme entre nous !
Auroit- elle du ſitôt en croire les apparences ;
devoit elle ſe hâter de perdre ſon amant & elle ?
>> C'eſt toi qui l'as voulu père trop rigoureux !
De ton âge endurci la cruelle prudence ,
>> Un moment de dépir , une folle vangeance ;
>>Toi-même , Laure hélas , ta fatale amitié ,
>>>Vous m'avez tous trahie & mon coeur s'eſt lié ,
Laure s'éxcuſe ſur ſon zéle , elle accuſe le Prince
tout au moins de foibleſſe .
>> L'amour est moins timide en un coeur magna-
> nime.
BLANCHE , vivement .

>>>Arrête , Laure, & crains que ta témérité ;
> Ne porte un jugement encor précipité.
» Dans l'abîme déja , c'eſt toi qui m'as pouffée.
Blanche , après bien des agitations ſe détermine
enfin à n'avoir aucune explication avec le
MAR 5. 1764 . 197
Roi , à ne le jamais voir , à dévorer ſes pleurs en
fecret& furtout à bien cacher ſes douleurs à fon
époux.
>> Je l'ai vu m'obſerver d'un oeil ſombre , inquiet.
>> Il ſembloit de mon coeur épier le ſecret ;
>>S'il en eſt encor temps qu'àjamais il l'ignore.
>> Mais périr lentement d'un feu qui vous dévore !
>> Et dans ſon coeur ſans ceſſe en étouffer l'éclat ,
» Eprouver au-dedans un douloureux combat ,'
>> Et montrer au dehors un front calme & tran-
>>quille ;
* Que la vie eſt alors un fardeau difficile!
SCENE III.
Le Roi s'avance.Un tremblement ſaiſt Blanche ;
elle veut fuir, & n'en a pas la force : Guifcardſe
jette à ſes pieds avec tranſport. Etonné de fa
froideur , m'aurois-tu fait l'affront , lui dit-il de
douter de mon coeur ?
>> Ton âme net'a pas répondude la mienne !
Sçache , lui dit- il , que ton père abuſant de
mon ſein, a tourné contre nous...
>>Mais quel tourment te preſſe ?...
>>Tu trembles ... tu pâlis ... ma chère Blanche !
BLANCHE , du ton de la douleur la plus profonde.
*Laille!
>>>Eh ! laiſſe-moi ,Guifcard.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
UISCARD.
>>M>oi , te laiſſer ! jamais25
>> Non , jamais ...A mon coeur il faut rendre la
>>paix ;
>> Il faut qu'à ton amant cette bouche adorée
» Renouvelle la foi ...
BLANCHE.
>>Ocrime irréparable !
>>Mon âme eſt déchirée ?
GUISCARD , vivement .
>> Il ne l'eſt pas : eh bien
>>Ton coeur s'eſt trop hâté de condamner le
>>mien :
>>Tu devois mieux connoître un Amantquit'a-
>>d>ore.
>>Mais tout eſt réparé , ſi tu m'aimes encore....
>>> Dis que je ſuis aimé.
La réſiſtance de Blanche , ſon trouble , ſon em
barras , tout annonce à Guiſcard un ſecret qu'on
lui cache. Il preſſe Blanche de s'expliquer .Après
pluſieurs repliques de part & d'autre , elle lui ape
prend qu'Ofmont eſt ſon époux.
Ofmont !
GUISCARD .
→Ton époux ! .. Que dis- tu ?
BLANCHE.
>> Il eſt trop vrai .
GUISCARD .
>> Je reſte confondu....
MARS. 1764 . 199
>>>Q>u'as-tu fait , juſte ciel ?
BLANCHE.
1
>> L'autorité d'un père ,
►Une fatale erreur ...
GUISCARD.
>> Perfide ! elle t'eſt chère
>> Cette erreur que l'amour auroit ſçu démentir.
>> Penſes-tu m'abuſer par un vain tepentir ?
>>Ofmont , 6 ciel ! Oſmont poſleder tant de char-
Tu l'aimois... oui.
BLANCHE.
Cruel !
GUISCARD.
1
>>Je vois couler tes larmes...
>>>Que ſervent à préſent ces regrets ſuperflus ?
>>Toi ſeul as pu nous perdre ,& tu nous asperdus.
>>Ciel ! tandis qu'accuſant l'éternité des heures ,
>>>Mon coeur impatient voloit vers ces demeures
>>Blanche me trahiſſoit !
BLANCHE.
>> Eh bien ! tu dois haïr
>>Celle qui t'adoroit , & qui t'a pu trahir.
» Je ne te dirai point que mon père... que Laure ...
>>>Plus àplaindre quetoi ,je m'accuſe & m'abhorre .
> Va , d'un fatal amour perds juſqu'au ſouvenir ;
>> Laiſſe à mon triſte coeur le ſoin de me punir ,
>>Etfuis-moi pourjamais.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE .
GUISCARD.
Ma vie eſtde t'aimer.
>>> Demande donc ma vie.
Mais non, ajoute -t-il , tu n'as pu trahir tes
voeux & les miens ; tu n'as pu former ces noeuds
auxquels on t'a contrainte: ta foi m'étoit engagée .
» Oui , tes ſermens d'avance avec moi t'ont liée
>> Cette main eſt à moi . ( il lui prend la main. )
OSMONT , qui arrive en ce moment.
>> Madame , oubliez- vous
→ Qu'elle vient d'être unie à celle d'un époux ?
BLANCHE.
>> Non. Ces noeuds ſont ſacrés ; & mon coeur les
>>> révère.
Siffredi paroît ; elle court à lui, & fort en le conjurant
de détourner les maux qu'elle prévoit.
F
Le Connétable parle fièrement au Roi ; Siffredi
lui oppoſe les droits de père & d'époux ; Guifcard
reproche à Siffredi l'abus qu'il a fait de ſa ſignature
Il ſoutient que Blanche entraînée aux Autels
n'a pu engager a Ofmont la foi ; que ſes noeuds
l'effet de la ſurpriſe & de la violence, ſont nuls ;
que fondé ſur la promeſſe de Blanche , & armé de
fa toute- puiſſance , il les fera briſer par la loi , &
il fort en diſant au Connétable :
,
>>Si le jour t'eſt cher, déſormais n'envifage ,
>> Qu'avec l'oeil d'un Sujet ſoumis & repentant ,
>>Celle qu'aime ton Maître , & que mon Trône
>> attend. Ilfort.
1
MARS. 1764. 201
Ofmont furieux s'emporte contre la tyrannie de
Guifcard , il ne veut plus le reconnoître pour Roi.
Il court à Palerme déſabuſer Constance & les amis .
Siffredi , en blåmant le Roi , tâche à détourner le
Connétabledes partis violens : celui- ci rejette tous
les partis modérés. En ce moment , Rodolphe paroît
à la tête des Gardes ; Ofmont , forcé d'obéir ,
lui rend ſon épée , & le ſuit au Fort , où Rodolphe
a ordre de le conduire. Siffredi le quitte en lui dis
ſant qu'il va trouver le Roi :
5.11
>>Mes yeux par le ſommeil ne ſerontpas fe més ,
>>>Que vous ne ſoyez libre , & les eſprits calmés.
ACTE V.
Ilfaitnuit.
1
SCENE PREMIERE.
Monologue de Siffredi. Il a vu le Roi : le Corrnérable
ſera libre aux premières traces du jour ;
mais le Roi perſiſte à ne pas vouloir le reconnoître
pour époux de Blanche. Réflexions ſur les paf
fions des Rois. Retour de Siffredi ſur lui-même.
SCENE II.
OSMONT & SIFFREDI
Ofmont a obtenu du Commandant du Fort,
qui eſt ſa créature , d'en fortir , à condition d'y
rentrer avant le jour . Il ne reſpire que vengeance
& fureur . Siffredi tâche de le ramener à des partis
modérés : Ofmont lui oppoſe l'honneur.
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
SIFFREDI .
>> N'appellez point honneur cet enfant de l'or
gueil ,
>> Eternel artiſan de diſcordre & de deuil,
>>>Qui , toujours altéré de ſang &de vengeance,
>> N'eſt jamais affez grand pour pardonner l'of-
>>>fenſe ;
>> Qui , fuperbe & farouche , immole tout à ſoi ,
>> Et prend le préjugé , non la vertu , pour loi .
Siffredi le quitte, en lui diſant qu'il fera de nouveaux
efforts auprès du Roi.
>>>S'il perfiſte à n'avoir que ſon deſir pour loi ,
>> Je ne partagerai vos complots ni ſon crime ;
>>> Mais je ſerai , Seigneur , ſa première victime.
Ofmont , à qui la modération de Siffredi eſt ſufpecte
, & qu'elle ne rend que plus furieux , réſout
de s'aſſurer de Blanche avant que de rentrer au
Fort.
>>J>'aidesamis tous prêts, la nuitme favoriſe;
>>A>llons les diſpoſer autourdece Palais.
>> Il fautde mon projet aſſurer le ſuccès ,
>> Il faut pouvoir forcer mon épouſe à me ſuivre...
>>Ah! dans les noirs tranſports auxquels mon coeur
oſe livre,
>>E>lle,Guiſcard&moi,jepuistoutimmoler.
>> J'entends du bruit. Sortons. ( ilfork. )
Blanche entre ſuivie de Laure.
MARS. 1764. 203
LAURE.
>>> Où voulez-vous aller ?
>>Errante en ce Palais , votre douleur muette
>> Y promène au haſard ſa démarche inquiette ;
>>Et pourſuivant en vain un repos qui vous fuit...
BLANCHE.
»Abandonne mon âme au trouble qui la ſuit:
>> Vas , laiſſe- moi , ton ſoin m'importune & me
>> gêne.
LAURE.
>Moi , vous laiſſer , ô Ciel ! & lorſqu'àvotrepeine
>>Une effroyable nuit ajoute ſon horreur !
BLANCHE.
>>U>nehorreur plus affreuſe eſt au fonddemon
>> coeur.
Blanche obligé Laure à fortir.
>> Laiſſe-moi ...je le veux ... mon amitié l'exiges.
>> Tes conſeils m'ont perdue.
Blanche reſte ſeule en proie aux agitations&
aux tourmensde ſon coeur. Après s'y être livrée
quelque temps , elle ſe jette dans un fauteuil.
>>Ne puis-je me calmer? ..Latteerrrreeuurrnme pour
fuit
Que pour les malheureux l'heure lentementfait!
>>Q>u'une nuitparoît longue àladouleurquiveille!
Elle entend du bruit, elle ſe léve effrayée. C'eſt
leRoi.
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
>>Raſſure-toi.
>> J'ai ſçu me ménager une ſecrette entrée.
BLANCHE .
• Comment en vous voyant puis-je être raſſurée ?
GUISCARD , l'interrompant.
» O Blanche ! écoute-moi : le temps eſt précieux.
> Rodolphe avec ma garde attend près de ces lieux,
>> Et le trajet eſt court de Belmont à la Ville.
>> Il faut me ſuivre ; viens , un reſpectable aſyle ..
BLANCHE.
> Qu'oſez- vous dire , ô Ciel ! & que propoſez-
>> vous ?
>> Un aſyle ! En eſt-il qu'auprès de mon époux ?
>> Guiſcard à ma vertu réſervoit cet outrage !
>> Avez- vous oublié qu'un noeud ſacré m'engage
>> Et que l'honneur me fait un auſtère devoir
>>De ne jamais oſer vous entendre & vous voir ?
>> Que je ne dois ſonger qu'à bannir de mon âme
>> Le ſouvenir trop cher d'une première flame ?
>> Que vous devez me fuir? & qu'épouſe d'Olmont,
>Votre amour déſormais n'eſt pour moi qu'un
>> affront ?
Non , dit Guifcard , tu ne l'es pas : Ofmont eſt
ton raviffeur. On a ſurpris ta foi. Si la Loi te dégage
& te permet ....
MARS. 1764. 250
BLANCHE.
» Seigneur ,
► La Loi permet ſouvent ce que défend l'honneur. -
Guiſcard inſiſte , Blanche demeure ferme; on
voit tout ce qu'il en coûte à ſon coeur ; un ſentiment
trop tendre lui échappe , elle s'en apperçoit,
revient ſur elle- même , & , avec un effort marqué ,
elle dit à Guifcard ,
» Plaignez , mais reſpectez la chaîne qui me lie,
>> Et recevez de Blanche un éternel adieu .
Guiſcard dit qu'il ne le reçoit point ; un affreux
déſeſpoir s'empare de lui.
» Je ne me connois plus ; Blanche veut que je
» Oui ,
>>> meure ;
tu le veux ....... Eh bien , j'obéis , & fur
>> l'heure
>> Ce fer ....
BLANCHE.
>>>Guiſcard , arrête , ou le plonge en mon ſein.
>>Termine par pitié mon malheureux deſtin.
>>>C'en est trop ... Je ſuccombe àma peine cruelle.
>> Au nom de cet amour ! ..
GUISCARD.
>>Trahi par toi , cruelle !
BLANCHE.
» Oui , j'ai trahi l'amour , mais il reſte àmon
(
:
>> coeur
206 MERCURE DE FRANCE.
>>> La vertu qui conſole au comble du malheur..
>> Veux-tu me la ravir? ...... veux-tu fouiller ma
>> gloire ?
>> Sije pouvois , cruel , & te ſuivre , & te croire ;
>>>Serois-je digne encor , &du jour , & de toi ?
>>Non. ..
GUISCARD ..
>>Je meurs à tes pieds..
Dans ce moment Ofmont arrive..
> Guiſcard aux pieds de Blanche ! A moi , Tyran,
>> vangeance;
►Défends- toi.
GUISCARD..
>> Songe , traître , à ta propre défenſe...
Ils ſe battent. Ofmont tombe mortellement
blellé ; Blanche court à lui ; il ſe ranime , & luis
plonge ſon épée dans le ſein..
>>> Femme perfide , meurs.
Siffredi entre alors , voit fon gendre mort , &fa
filleexpirante.
> Contemple ton ouvrage , lui dit Guiſcard.
BLANCHE , à Guifcard.
» O ! ſi je te fus chère , accorde-m'en le gage :
► Ne lui reproche rien.
SIFFREDI..
Infortuné vieillard!
MARS. 1764. 207
àGuifcard.
BLANCHE.
àfonpère.
► Conſoles ſes vieux ans..... Vous , conſolez Guif-
>>card;
>> L'un à l'autre , en mourant , ma tendreſſe vous
>>d>onne.....
► La lumière me fuit ... la force m'abandonne.
>>Ciel! prends pitié de moi..... Guiſcard ..... ta
.... >>main? Jemeurs.
GUISCARD.
>Elle expire ! La mort réunira nos coeurs.
Ilveutse tuer , on le défarme
Ce que les bornes d'un Extrait nous
ont fait ſupprimer de vers , eft en perte
pour la gloire de l'Auteur & pour le plaifir
des Lecteurs. Nous exhortons ces
derniers à ſe procurer la lecture de l'Ouvrage
en entier. Cette Tragédie fe trouve
imprimée , à Paris , chezSÉBASTIEN
JORRY , Imprimeur- Libraire , rue&
vis-à-vis de la Comédie Françoife.
208 MERCURE DE FRANCE.
REMARQUES
SUR BLANCHE ET GUISCARD.
ON convient généralement que le
Sujet de cette Tragédie eſt un des plus
tragiques qu'il ſoit poffible de choiſir ,
&des plus propres à produire un grand
intérêt. L'Auteur avertit , dans l'édition
de cette Piéce , qu'elle eſt imitée de feu
TOMSON. Les critiques qui ont porté
fur l'intrigue , ſur les moyens & fur une
partie de la conduite , ne peuvent donc
regarder l'Auteur François. Il a cru devoir
ne changer que les noms des deux
principaux Perſonnages ,dans une Piéce
qui avoit eu le plus grand ſuccès en
Angleterre. Le Public de Paris ne penfe
, ne jage & ne s'affecte pas toujours
de même que celui de Londres. Les
Anglois , dans leurs plus grandes Tragédies
, n'employent ſouvent que de
fort petites machines pour en nouer
toute l'intrigue. La fameuſe Piéce , intitulée
Otello , dans laquelle un mouchoir
de col fait la cauſe & le mobile
de toute l'action tragique en eſt , entre
autres , une preuve affez remarquable.
MARS. 1764.. 209
Dans Tancrede & Sigismonde , dont
Blanche & Guiſcard eſt l'imitation, un
Lecteur François ſe prête difficilement
à la fupercherie d'un grand Chancelier ,
par l'abus qu'il fait du blanc ſeing de
fon Roi. M. SAURIN a voulu nous.
faire jouir d'un Sujet qui enrichit le
Théâtre Anglois. Pouvoit- il nous le
faire connoître ſans en laiſſer ſubſiſter
la principale machine ? C'eût été en.
changer la conſtitution , ce n'auroit plus
été le même Sujet ni la même Piéce.
Mais fans recufer abſolument les cenfures
de ce moyen ; examinons ſi les
égaremens dans lesquels entraîne un
Fanatiſme patriotique , qui abuſe par
ſes motifs & par ſon objet , font tellement
hors de l'ordre moral des actions
humaines qu'ils ne puiſſent être introduits
ſur la Scène. Onne peut conteſter
qu'il réſulte de l'imprudence hardie
du grand Chancelier , les ſituations
les plus touchantes & des incidens fort
tragiques. Sans cette imprudence , ſans
l'abus du blanc ſeing, Guifcard & Blanche
ne ſe trouveroient pas dans une forte
de néceſſité , l'un de paroître perfide
aux yeux d'une Amante adorée , l'autre
de ſe livrer au dépit qui doit naître
d'une erreur fi fatale. Le pathétique de
210 MERCURE DE FRANCE.
و
cette ſituation a ému juſqu'aux larmes.
Nous convenons que le coloris
des détails,la manière dont M. SAURIN
traite ce Sentiment a beaucoup de part
à cette impreſſion , mais le fond de
l'intérêt n'en eſt pas moins dans la fituation
des Perſonnages. Pourquoi
demandera - t- on , cette émotion momentanée
n'a - t - elle pas influé ſur
l'effet général de l'Ouvrage , dans l'opinion
& même dans le ſentiment de
quelques Spectateurs ? Cela vient peutêtre
, ( il eſt important de le remarquer )
de ce que les Perſonnages du principal
intérêt ne ſont pas d'abord affez connus.
On ne ſçait pas ſeulement le nom
du bon Prince dont on déplore la perte
au commencement de la Piéce ; de ce
Roi dont le fort & les vertus donnent
lieu à de très - beaux détails , mais
ce qu'il y a de plus eſſentiel , dont
les dernières volontés occafionnent le
premier mouvement de l'action . L'origi
ne de Guifcard reſte obfcure, pour bien
des gens peu inſtruits, quelque temps
après l'expoſition. Si cette cenſure eſt
juſte , elle n'eſt encore applicable qu'à
l'AuteurAnglois.Dans quelles langueurs
M. SAURIN aura-t-il ſenti que le feroit
MARS. 1764. 21
tomber le détail de l'établiſſement des
Héros Normands en Sicile ! D'ailleurs
cette circonſtance hiſtorique n'eſt pas
généralement préſente à la mémoire.
Quand elle le feroit ; la Sicile offre-t-elle
un théâtre affez impoſant pour affecter
fortement en faveur des Perſonnages ?
Toutes ces confidérations contribuent ,
plus qu'on ne penſe , au degré d'intérêt
dramatique. Cette forte d'intérêt n'a
qu'une fource idéale ; au lieu que ,
dans la nature , l'action , l'objet frappe
par ſoi-même. Dans le Drame , c'eſt à
l'imagination que l'on parle ; c'eſt par
elleque naît la première cauſe du ſentiment.
Il faut donc commencer par la
ſéduire , par lui imprimer une fortede
vénération , prèſque machinale , pour
les objets intéreſſans ; fans quoi les
moyens les mieux concertés n'ont fouvent
que peud'effet. Tous ces inconvéniens
ſont d'une difficulté prèſqu'infurmontable
, dans les ſujets de fiction moderne
, ou puiſés dans des Hiſtoires particulières.
Il n'en eſt pas de même lorſ
que les noms feuls , quelquefois même
les Sites de la Scène expoſent , & préparent
en même temps à l'émotion du
coeur.
Quelles que foient les diverſes opi
212 MERCURE DE FRANCE.
nions fur le fond conftitutif de cette
Tragédie , nous n'aurons que des éloges ,
ou plutôt une juſtice généralement rendue
, à publier ſur la pureté , l'élégance
& l'agrément du ſtyle. Les Ouvrages
précédens de M. SAURIN , ont fuffifament
prouvé beaucoup de talent pour la
conftitution du Drame , ainſi que pour
cette forte de Poësie philoſophique ,
qu'aujourd'hui nous pouvons difputer
aux Anglois . On a vu de ce même Au
teur des caractères d'une touche ferme
&mâle , juſques dans les tendreſſes de
l'amour. * On retrouve dans ce nouvel
Ouvrage ce qui a caractériſé tous ceux
de l'Auteur . Une verfification qui ne facrifie
point au brillant des mots && des
tours la ſolidité des choſes,de plus une ef
péce de profondeur morale dans les penfées
, dont les teintes pourroient donner
quelquefois un peu de fombre au coloris
général , mais qui eſt affectueufement
adoucie dans Blanche par l'expreffion
d'un ſentiment vif & touchant. Tout
Lecteur juſte & éclairé nous aura prévenus
fur cet é'oge , par la ſeule lecture des
vers rapportés dans notre Extrait. En lifant
la Piéce en entier , il ſera plus confirmé
dans ce jugement.
Nous ne pouvons ni ne devons nous
*Spartacus ,&c.
MARS. 1764. 213
,
difpenfer d'obſerver que l'impreffion de
cette Tragédie auroit été encore plus
forte au Théâtre , fans le déplacement
des Acteurs dans les rôles de Guifcard
& d'Ofmont. Que l'on nous permette
, avant de finir , quelques réfléxions
générales à cette occafion , puiſées
dans le voeu général des connoiffeurs.
Indépendamment des rappports d'âge ,
de figure ,ou de forme réelle,de celui qui
repréſente,avec la forme idéale du Perſonnage
repréſenté , ( conditions trèseffentielles
pour l'illuſion ) il eſt encore
dans l'art de la repréſentation théâtrale
ainſi que dans tous les autres , une certaine
manière propre à chaque Acteur ,
quoique dans le même genre de talens ,
laquelle a plus ou moins d'analogie avec
le caractère donné à chacun des Perfonnages
d'un Drame. C'eſt de la juſteſſe de
ces divers rapports que dépend certainement
la meilleure diftribution dans
les rôles. Lorſque cetre juſteſſe eſt
tant foit peu altérée , c'eſt toujours aux
dépens de quelques rôles. Lorſqu'elle
eſt ſenſiblement violée , l'effet en eft
d'autant plus dangereux pour l'Ouvrage ,
que bien des Spectateurs ne penſent pas
à la véritable caufe ; & que dans ceux
qui l'ont apperçue , le coup eſt porté
214 MERCURE DE FRANCE.
par le ſentiment.D'où il arrive que le défaut
de convenance dans les rôles , eſt
ſouvent pris pour le défaut de la Piéce
même : ce qui néanmoins ne détruit pas
toujours le mérite du jeu de certains Acteurs
, ni celui des efforts qu'ils font
pour réparer le vice de diſtribution. C'eſt
alors un malheur de plus pour l'Auteur ,
auquel tout eſt ſeul imputé par la Critique.
Il ſeroit donc d'une néceſſité bien
importante , pour la fatisfaction du Public
, pour l'intérêt des Auteurs, & pour
l'honneur des Acteurs , que ces derniers
renonçaſſent à de vaines & puériles
prérogatives d'ancienneté ou d'emploi
pour la prééminence des rôles. Prééminence
ſouvent fi mal entendue ! Le
premier rôle , pour l'Acteur diſtingué
par ſa ſupériorité , ſera toujours
celui auquel le caractère de fon
talent & de ſa figure conviendra le
mieux ; ce rôle fût- il le moins étendu
de la Piéce & le dernier dans l'ordre
des conditions ou dans l'ordre de
l'action des Perſonnages. On citeroit
une foule d'exemples , s'il en falloit pour
prouver l'évidence. Que l'on ſe rappelle
ſeulement quel rôle Mile CLAIRON
avoit fait de celui d'une Eſclave dans
MARS. 1764. 215
le Catilina de CRÉBILLON . Que l'on
voye aujourd'hui ce qu'eſt devenu le
rôle d'Iphigénie , autrefois le premier
dans la Tragédie de Racine,depuis que
la même Actrice a pris celui d'Eriphile ,
&c , &c. Combien de pareils exemples
fur tous les Théâtres ! Heureux celui
dont les Acteurs auront la courageuſe
raiſon de s'oppoſer eux-mêmes à la déférence
des Auteurs pour les droits de
cette fauſſe étiquette.
M. SAURIN a conſacré ſa reconnoiffance
pour Mlle CLAIRON , non- feulement
dans l'Avertiſſement qui précéde
ſa Piéce , mais encore par les vers qu'il
lui a adreſſés , en lui en envoyant un
Exemplaire .
VERS de M. SAURIN à Mile CLAIRON.
CE DRAME eſt ton triomphe , & fublime Clairon
Blanche doit à ton art les larmes qu'on lui donne
Et j'obtiens à peine un fleuron ,
Quand tu remportes la couronne.
216 MERCURE DE FRANCE .
PRÉCIS de L'EPREUVE INDISCRETTE
, Comédie en deux Actes &
en vers , par M. BRET.
:
PERSONNAGES.
ORONTE , riche Négociant ,
ACTEURS.
Père de Damis & de Julie.
DAMIS , Fils d'Oronte ,
ARISTE , Ami d'Oronte,
ERGASTE , Amant de Julie ,
LA FLEUR , Valet de Damis ,
LÉPINE , Valet d'Ergaſte ,
JULIE , Fille d'Oronte & Soeur
1
deDamis ,
MARINE , Suivante de Julie ,
M. Bonneval.
M. Granger.
M. Dubois .
M. Molé
M.Auger,
M. Préville.
Mlle Doligni.
Mlle Bellecour .
VOICI L'Avant- Scène. Oronte , père de Damis ,
qui avoit fait une fortune conſidérable en Afrique,
y eſt retourné , pour éprouver , pendant fon abfence,
la conduite& le caractèrede les enfans. En partant
, il avoit laiſſé à Damis ſon fils , la difpofition
ibre& entière de tous ſes biens : mais il avoit réſervé
une ſomme de cent mille écus , déposée & cachée
dans la Maiſon paternelle. Le ſecret de ce
Tréſor n'avoit été confié qu'à ſon ami Ariste . Damis
a diſſipé tout le bien , au préjudice de la foeur,
aimée d'Ergaste. Il ne reſte plus que cette Maiſon
paternelle ,
MARS. 1764 . 217
paternelle, qu'il ſe diſpoſe àvendre. C'eſt le moment
où commence l'action de la Comédie ..
Marine , ſuivante de Julie , reproche aigremenc
à Lafleur , valet de Damis , les déſordres de fon
Maître. Elle reproche auſſi avec bruſquerie à la
jeune Maîtreſſe, ſa douceur & fa docile réſignation .
Arifts,dans le ſecret du Tréſor , achete la Maiſon
qui le renferme ; en obſervant un filence prudent
fur ſes deſſeins , comme ſur ſes motifs. La fidélité
deſon amitié eſt ſoupçonnée par tous les Perfonnages
intéreflés . Il ne peut réſiſter cependant à la
vivacité & à l'amertume des reproches d'Ergaffoil
lui confie tout le ſecret , & les diſpoſitions qu'il entend
faire du Tréſor en trois parts. La joie & la
reconnoillance d'Ergaſte ſurpaflent encore l'impétouſité
de ſes reproches. Il propoſe à Ariſte de ſe
fervir , pour ſeconder ſes vues , d'un valet qu'on
l'a engagé de prendre le matin. Ce valet eſt Lépine.
Les Maîtreſſes de Damis l'ont quitté. Leurs
perfidies lui font naître des regrets , & lui ſuggè -
rent des remords ſur ſa conduite.
: La tendre & naïve Julie interroge en vain ſon
Amant, ſur le bonheur qu'il lui annonce. A tous
momens il eſt prêt à violer le ſecret qu'il a juré
àArifte. Savivacité l'entraîne , la réflexion l'arrête.
L'amour le follicite , l'honneur de ſa parole & la
raiſon l'enchaînent. Cette Scène , ainſi que les au
tres d'Ergaste , jouées par M. Moré , étoient d'un
feu & d'un agrément fingulier. Celle de Lépine
avec Oronte, dont on ignore abſolument le retour ,
n'eſt pas moins ingénieuſe , & le jeu de M. PRÉ-
VILLE la rendoit d'un comique des plus agréables.
Ce Lépine , qui ne connoît point Oronte , qui ne l'a
jamaisvu , eſt rencontré parlui , fortant de ſa Maiſon,
& chargé d'une caſlette qui donne de l'inquiétude
à ce vieillard. Rien de plus plaiſant que le
K
218 MERCURE DE FRANCE .
débat de ce valet avec lui . Il en apprend cependant,
par les menaces du Commiſſaire &du Guer,
tout cequi l'intéreſle. Arifte & Damis ſurviennent.
Oronte ſe met à l'écart avec Lépine , pour entendre
leur converſation. Les reproches que ſe fait
ſon fils , touchent le bon-homme , & déſarment
ſa colère. Il ſe montre , & pardonnne à ce fils
diſſipateur. Lépine court apprendre à Ergaste cer
événement. Il vient ainſi que Julie , & le bon
Oronte les unit l'un à l'autre .
REMARQUES SUR L'EPREUVE
INDISCRETTE.
:
Cette Piéce ayant été peu de temps
au Théâtre & ne nous ayant pas été
communiquée ; nous n'avons pu donner
que le Précis qu'on vient de lire.
L'Auteur y perdra l'honneur des détails
de quelques ſcènes , qui auroient
fait plaisir à la lecture. Il y a de l'efprit
, toujours des moeurs & des principes.
On doit remarquer principalement
le defir qu'a l'Auteur d'imiter les Anciens&
de nous ramener à leur genre
de Comédie. Ce zéle eſt fans doutetrès-
lonable ; mais ne pourroit- on pas
en certaines occafions & dans descriſes,
fi l'on peut dire , ſur legoût, telles que
celles où nous fommes aujourd'hui ,
fans manquer de reſpect au Public , le
regarder comme un malade dont la foiMARS.
1764. 219
bleffe provient de l'uſage immodéré
d'alimens trop légers ou trop piquans ?
Pour le ramener avec fuccès à une nourriture
plus folide , ne faut-il pas en ménager
d'abord & la force & le poids ?
N'est-il pas à propos même de la mafquer
pendant quelque temps de quelque
choſe qui tienne encore du goût forcé
auquel étoit accoutumé le malade , afin
qu'il ne puiffe raisonnablement reprocher
le trop d'infipidité ? Voilà ce que
n'obſervent pas ceux qui prétendent au
titre de Restaurateurs. Voilà peut-être
ce qu'a trop négligé l'Auteur de
Epreuve. Le ſeul précis a dû faire
voir de quelle quantité de faits le ſujet
eſt chargé dans l'étendue des deux
Actes. En forte que l'action ne peut
jamais marcher que toujours embarraſſée
dans de nouvelles expofitions. Le bizarre
projet de l'Epreuve ſeroit peut- être pardonné
à un Perſonnage de l'Antiquité ,
mais il ne peut l'être à Oronte. L'exécution
d'ailleurs ne ſe concilie pas bien
avec nos pratiques & nos formalités
légales. Comment les loix laiſſeroientelles
, de l'aveu même du père , le patrimoine
d'une foeur à la merci d'un
jeune frère mineur ? Le retour imprévu
du père a des éxemples dans les anciens,
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
mais devient toujours forcé dans nos
moeurs. Il pouvoit être probable pour
eux , parce qu'ils n'avoient pas les voies
de communication que nous avons. En
un mot , nous en revenons à ce principe
, les Anciens font nos maîtres
dans le grand art Dramatique : cet art
eſt une peinture , on ne peut trop les
fuivre dans la manière de conduire le
pinceau. Cependant ce pinceau a nonfeulement
quelques objets différens à
peindre aujourd'hui,mais encore d'autres
nuances à mettre dans ceux qui font
reſtés les mêmes. On riſque donc de
ne pas atteindre à la vérité actuelle en
copiant toujours indiſtinctement les
chefs -d'oeuvres de l'Antiquité.
N. B. Les bornes de ce Volume étant déja excédées
, nous ſommes obligés , avec regret , de remettre
au Volume prochain l'Extrait de la Veuve,
Comédie de M. COLLÉ , annoncée dans l'Article
de la Littérature, ainſi que celui du Roffignol, Dramedu
même Auteur , mais d'un genre différent.
Quoique ces Ouvrages n'ayent pas été repréſentés
fur un Théâtre public , nous croyons que ce ſera
toujours enrichir notre Article des Spectacles que
d'y inférer les productions de l'Auteur de Dupuis
&Defronais .
:
MARS. 1764. 221
COMÉDIE ITALIENNE.
ON a repris & continué les Repréſen.
tations du Sorcier , alternativement &
conjointement avec les Piéces du même
genre , dont le nombre des Repréſentations
n'a point de bornes , par l'eſpèce
de convention générale du Public de ſe
rendre à ce Théâtre les jours d'Opéra
Comiques.
SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts.
PEINTURE.
L'ACADÉMIE de S. Luc , toujours attentive
au progrès des Arts de Peinture
&de Sculpture , fait faire un Cours
d'Anatomie relative aux connoiſſances
indifpenfables à ces Arts. Ony paſſe même
à l'expofition & à la démonstration
desOrganes quiy ont un rapport moins
direct , afin de fatisfaire les Curieux &
les Sçavans que ce Cours attire. Il a recommencé
le 28 Janvier dernier , pour
durer juſqu'à la fin de Mars , & fera
continué éxactement tous les ans pen-
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE .
,
dant trois mois , dans l'Amphithéâtre
de l'Académie , rue du Haut-Moulin
près S.Denis de la Chartre. Il commence
à ſept heures du ſoir , après la levée du
Modèle.
MARIAGE.
Claude-François , Marquis de Chabannes-Ver
"gers , ci devant Capitaine de Cavalerie , & Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , fils de Paul ,
Comte de Chabannes Vergers , & de Damoiſelle
Marie-Magdelaine Sallonyer , a épousé le 26
Janvier 1764 , Marie- Henriette de Fourviere de
Quincy , fille de feu Jacques- Camille-Henri de
Fourviere , Marquis de Quincy , & de feue Damoiſelle
Marie-Cécile Moreau de Charny.
SUPPLÉMENT A L'ART. DE L'OPÉRA .
On nepeuttrop ſe hâter d'annoncer aux Amateurs
de ce Spectacle , l'eſpoir le mieux fondé
qu'il y ait eu depuis longtemps de remplir , à la
fatisfaction du Public , les principaux rôles de
Hautecontre .
Le Jeudi , premier de ce mois , ( Mars ) M. La
GROS , qui n'avoit chanté ni repréſenté ſur aucun
Théâtre , a débuté par le rôle de Titon . Sa voix ,
bien timbrée & de la plus agréable qualité , Aéxible,
touchante & légére a fait le plus grand plaifir
. La manière dont il a chanté prouve qu'il eſt déja
conſommé dans la muſique. On ne peut avoir
plus de préciſion & de juſteſſe ; on ne peut ,
même après un long exercice , articuler plus nettement
, prononcer plus correctement , & mieux
Scander les paroles . Sa figure eſt agréable &
(1)
:
DICTIONNAIRE RAISONNÉ UNIVERSEL
D'HISTOIRE NATURELLE ; contenant l'Histoire des
'Animaux , des Végétaux des Minéraux , & celle
des Corps célestes , des Météores , & des autres principaux
Phénomenes de la Nature ; avec l'Histoire &
la Description des Drogues ſimples tirées des trois
Regnes , & le détailde leurs uſages en Médecine
dans l'Economie domestique & champêtre , &dans les
Arts& Métiers. Par M. VALMONT DE BOMARE ,
Démonstrateur d'Histoire Naturelle ; Honoraire de la
SociétéEconomique de Berne ; Aſſocié de l'Académje
Royale des Sciences , Belles Lettres &Arts de Rouen ;
Correspondant de la Société Royale des Sciences. de
Montpellier ; Aſſocié de l'Académie Royale des Belles
Lettres de Caen ; Membre de la Société Littéraire de
Clermont- Ferrand. 5 Volumes in- 8 ° . A Paris , chez
DIDOT , le Jeune , Quai des Augustins ; MUSIER ,
Fils , Quai des Augustins ; DE HANSY , Pont-au-
Change ; PANCKOUCKE , rue & près de la Comédie
Françoise. M. DCC. LXIV. Avec Approbation , &
Privilege du Roi,
AVIS DES LIBRAIRES .
LEgoût & l'étude de l'Hiſtoire Naturelle ont fait des
progrès très conſidérables depuis le commencement de
ce Siecle. C'eſt depuis cette époque , que les efforts réunis
des Académies & des Sociétés Savantes , que les travaux
des Juffieu , des Réaumur , des Duhamel , des Buffon ,
des Linnæus , & de tant d'autres, illuftres Naturaliſtes ,
ont produit les plus belles Découvertes , & les Obſervations
les plus importantes ſur les trois Regnes des Ani
maux , des Végétaux & des Minéraux .
Depuis ce même tems , la Chymie & la Phyſique ſa
font beaucoup perfectionnées entre les mains de plufieurs
Savans célebres , dont les découvertes ont dû né
eeſſairement jetter un grand jour ſur l'Hiſtoire Naturelle
i
(2)
puiſque lapremiere de ces deux Sciences s'occupe uni
quement de l'analyſe des corps ; & que l'autre n'a d'autre
but que l'étude des Phénomenes de la Nature.
On a auſſi beaucoup écrit , depuis quelques années ,
fur l'Agriculture , ſur l'Economie rurale , ſur les Manufactures
; & les Ouvrages des Savans qui ſe ſont appliqués
à ces matieres , nous ont enſeigne l'emploi que
l'Art doit faire des préſens qu'il reçoit de la Nature. En
forte qu'aujourd'hui il n'y a aucune branche de l'Hiſtoire
Naturelle , ni aucun des objets qui y ſont relatifs , fur
leſquels nous n'ayions un ou pluſieurs Traités , ou au
moins quelques Differtations ou Mémoires Académiques.
Tant de richeſſes , éparſes & répandues dans une infinité
de Volumes , ſembloient attendre qu'une main
exercée à ce genre de travail les réunît &les rapprochât
pour en former un Enſemble & un Corps complet d'Hif
toire Naturelle .
M. Valmont de Bomare , connu par les Cours publics
qu'il fait à Paris ſur cette Science depuis pluſieurs
années , a entrepris ce travail , & il en a formé
le Dictionnaire raiſonné univerſel d'Histoire Naturelle ,
qu'on l'on préſente aujourd'hui au Public.
L'Auteur s'eſt déterminé pour l'ordre alphabétique ,
parcequ'il eſt le plus commode pour chercher & trouver
facilement les matieres ſur leſquelles on veut travailler.
D'ailleurs , ce plan ſe rapproche de celui de la
Nature , dont toutes les productions font mêlées ſans
confufion , & dont la richeſſe & la fécondité éclattent
davantage , par le contraſte même qu'elle a mis entre
ſes divers Ouvrages.
Cependant , pour donner à ſon travail autant de corps
&de liaiſon qu'il étoit poſſible , l'Auteur a eu recours
àdeux moyens. L'un a été de traiter , dans chaque article
, tous les objets qui peuvent avoir rapport à l'objet
principal. L'autre de faire beaucoup d'articles généraux ,
qui font autant de points de réunion , d'où le Lecteur
peut obſerver l'analogie des genres & des eſpeces , &
faiſir la chaîne des rapports qui lient les différentes
branches de chaque Regne de l'Histoire Naturelle.
L'Auteur , perfuadé qu'il ne ſuffit pas de faire connoî
( 3 )
:
tre les ohjets par leur extérieur , s'eſt attaché à décrire ;
dans le détail convenable , leurs uſages & leurs propriétés
Economiques , Phyſiques , Techniques & Médi .
cinales.
On trouvera par- tout dans cet Ouvrage des preuves
de cette méthode. L'Amateur veut- il , par exemple
avoir une idée générale du tout enſemble : il n'a quà
confulter l'article Hiſtoire Naturelle ; il y verra la difpoſition
du Cabinet le plus riche , & les grandes diviſions
des trois Regnes de la Nature. Defire t- il enſuite
plus de détail ? il lui ſera facile de recourir aux articles
particuliers indiqués. Chaque Regne eſt ainſi annoncé
parun diſcours qui en fait connoître les caracteres principaux
& les dépendances relatives.
Conformément à ce plan, l'article Animal préſente
les traits généraux des Etres compris dans le Regne animal.
L'article de l'Homme fait connoître les variétés de
fon eſpece . Quadrupedes , Oiseaux , Poiſſons , Coquillages
, Infectes , Polypes , &c. offrent de même les formes
diſtinctives que la Nature leur a données. On trouve
les mêmes détails , pour ce qui concerne les Végétaux ,
dans les articles généraux Plantes , Arbres , Bois
Fleurs , &c .; & pour ce qui regarde les Minéraux ,
dans les articles Terre , Mines , Eaux , Mer , Pierres
, &c. A l'égard des articles qui traitent d'un objet
en particulier , ona eu l'attention d'y raſſembler , ſous
un ſeul point de vue , tout ce qui en forme & termine
le Tableau : c'eſt ainſi qu'à l'article Abeilles , on place
tout-de- ſuite , après l'hiſtoire de ces Mouches induftrieuſes
, les mots Eſſaim , Alvéole , Propolis , Miel ,
Cire , &c . On a ſuivi cette méthode dans toutes les matieres
qui en ſont ſuſceptibles .
Le Tableau univerſel de l'Hiſtoire Naturelle eſt complété
dans cet Ouvrage , par le rang qu'y occupent les
Corps célestes , les Météores , les Révolutions de notre
Globe , celles de la Mer , les Tremblemens de terre ,
les Vents , les Volcans , les propriétés des Elémens , &c.
On peut voir , plus au long , dans l'Avertiſſement qui
eſt à la tête de ce Dictionnaire , le plan que l'Auteur s'eſt
propofé de remplir ; mais l'eſquiſſe qu'on en donne ici ,
pourra ſuffire pour faire connoître que cet Ouvrage eft
(4)
biendifférent , par ſon importance & par ſon étendue ,
de ceux du mêmeggeennrequi ont paru juſqu'à préſent.
Cette Collection pourra ſervir de guide à l'Amateur
qui veut étudier l'Hiſtoire Naturelle , ou ſe former un
Čabinet: elle ſera utile à ceux qui exercent des profeffions
relatives à la Médecine , ainſi qu'aux Phyſiciens , aux
Artiſtes , aux Cultivateurs , aux Commerçans , à l'Homme
du monde , & aux perſonnes de l'an & l'autre ſexe
qui reçoivent une éducation ſoignée.
و
on
Il n'étoit pas poſſible d'exécuter un pareil travail
ſans multiplier les Volumes ; & par cette raiſon
avoit d'abord penſé à le propoſer par ſouſcription , & à
Timprimer in-4°. Mais , pour mettre le Public à portée
d'en jouir plus promptement , & auſſi dans la vue d'en
diminuer le prix, & d'en rendre l'acquiſition plus facile ,
fur-tout aux jeunes gens , on s'est déterminé à l'imprimer
du même format & du même caractere que le préſent
Avis. Par ce moyen , on eſt parvenu à réduire tout
l'Ouvrage à cinq Volumes d'environ 650 pages chacun.
De l'Imprimerie DE DIDOT.
MARS. 1764. 223
la taille fort théâtrale. Une ſage modération de
geſtes , a ſauvé ſon débutdes diſgraces de prèſque
tous ceux qui paroiffent pour la première fois. II
y a tout lieu d'eſpérer de ce Sujet, qu'il ne s'abandonnera
pas aux ridicules & furieux coups de bras,
ſi l'on peuts'exprimer ainſi , dont il ne trouveroit
que trop de modéles fur cette Scène. On peut déja
préſſentir aufſi , par la ſenſibilité de la voix ,
celle de ſon âme. Telles ſont les heureuſes diſpoſi
tions d'un talent qu'on ne peut devoir qu'à la Nature
, mais qu'il eſt néceſſaire que l'Art & lai pratique
mettent en oeuvre.
::
Errata pour le Volume de Février.
Pag. 81 , ligne 1. puiſqu'il , lifez puiſque. Pag.
83 , ligne 12 , obtenue , lifez obtenu. Pag. 85 ,
ligne 17 , que Hercule , liſezqu' Hercule. Pag. 87 ,
ligne , en citation , Lelic , lifez Lexic. Pag . 89 ,
ligne 12 , inférer , liſez inſcrire . Pag. 90 , ligne 13,
obſervons , lifez obſerverons. Pag 91 , ligne 1 ,
en citation , Sepbre, lifezSéphér. Pag. 97,ligne 30,
fous , lifez en. Pag. 98 , lignes , en auroit , liſex
n'auroit. Pag. 101 , ligne 1 , depuis longtemps un
Souverain qui . Ces cinq mots font tranſpoſés , ils
doivent , dans l'ordre du Difcours , ſe trouver à la
trentiéme lignede la même page , après ceux-ci :
pour alſouvir la haine violente qu'il lui portoit depuis
longtemps un Souverain qui , &c. Pag. 104,
ligne 22 ,qualité , lifez qualités . Pag . 105 , ligne 9,
la probité , lifez charité.
N. B. L'Edition du Corneille de M. de Voltaire,
eſt enroute pour Paris. Les Souſcripteurs retireront
leurs Exemplaires des Libraires qui ont reçu leurs
Souſcriptions.
224 MERCURE DE FRANCE.
APPROBATION.
J'AI lu, par ordre de Monſeigneur le Vice- Chan
celier , le Mercure du mois de Mars 1764 , & je
n'y ai tien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 29 Février 1764 .
GUIROY.
TABLE DES ARTICLES .
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER .
SUITE de P'Histoire raifonnée des Difcours
de Cicéron .
One à la Peinture.
VERS à Mile Arnoult.
MADRIGAL.
VERS en réponſe à d'autres , &c.
COUPLET à Mde la Marquiſe de L ....
VERS à un Officier fort eſtimé.
MADRIDAL .
La Surpriſe de l'Amour , Conte qui n'en eft
Pages
9
IS
ibid.
16
ibid.
17
ibid.
pas un. 18
ETRENNES à Life, 34
EPITAPHE de M. Georville , ancien Tréſorier
de la Marine , &c. 36
VERS à Mile L. M de Sin ....
VERS à Mde de S. H ... &c .
ibid.
37
VERS envoyés à une très-jolie Femme de
Dijon. 38
SUITE de la Lettre d'une jeune étrangère,&c. 39
MARS. 1764 . 225
Le Songe.
ÉPITRE à Madame D ** M*** .
VERS à Madame D ***.
44
45
47,
48
49
60
62
VERS à Mile Mazarelli , Auteur d'un Eloge
deSully.
SUITE des Lettres d'un jeune homme.
ODE . De Pace & Ludovici Quinti laudibus .
TRADUCTION dela même Ode,
COUPLET préſenté à Madame la Marquise
de S. F. & c.
ÉNIGMES .
LOGOGRYPHES .
CHANSON .
1
65
66 & 67
68 & 69
71
ART . II . NOUVELLES LITTÉRAIRES .
SUITE de la Diſſertation hiſtorique & critique
ſur la Vie de Don Ifaac Abarbanél ,
Juif Portugais ; par M. de Boiffy.
LETTRE de M. le Brun, Secrétaire des Commandemens
de S. A. S. Mgr le Prince de
Conty , à M. De la Place.
ÉCOLE de Littérature , tirée des meilleurs
Écrivains.
LA VEUVE , Comédie en un Acte & en Proſe
, par l'Auteur de Dupuis & des Ronais.
SUPPLÉMENT aux Piéces Fugitives.
72
96
104
T
VERS à Mde de B..... 116
CAMPAGNE du Marquis de Créqui en Lorraine
& en Alface , en 1677 ; rédigée par
M. Carlet de la Roziere. 120
BIBLIOTHEQUE choiſie de Médecine , par
M. Planque , Docteur en Médecine .
ANNONCES de Livres,
121
129 & fuiv.
2.26 MERCURE DE FRANCE.
ART. III . SCIENCES ET BELLES- LETTRES .
ACADÉMIES .
SUJETS propoſés par l'Académie Royale des
Sciences & Beaux-Arts établie à PAU. 144
PRIXpropoſés par la Société Royale d'Agriculture
de la Généralité de PARIS. 145
MÉDECINE.
LETTRE à l'Auteur du Mercure de France ,
fur la Goute , & c . 150
Eaux filtrées .
154
ART. IV. BEAUX - ARTS .
ARTS UTLIES .
CHIRURGIE .
PRIX propoſé par l'Académie Royale de
CHIRURGIE pour l'Année 1765.
LETTRE de M. Dejean , Maître en Chirurgie
158
de Paris , en réponſe à celle de M. Flurant. 161
ARTS AGRÉABLES.
:
MUSIQUE. 163
GRAVURE. 164
SUPPLÉMENT à l'Article des Sciences.
GEOGRAPHIE. 164
ART. V. SPECTACLES .
SUITE des Spectacles de la Cour à Verſailles. 165
SPECTACLES de Paris.Opéra. 169
COMÉDIE Françoiſe . 172
COMÉDIE Italienne. 221
SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts .
PEINTURE . ibid.
MARIAGE , 222
SUPPLÉMENT à l'Article de l'Opéra . ibid.
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY ,
rue& vis-à- vis la Comédie Françoiſe.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
AVRIL. 1764.
PREMIER VOLUM
Diverſité , c'est ma deviſe. La Fontaine.
THEQUE
DE
LA
VILLE
LYON
1893*
Cechin
Filius inv
RyuSeulp.
A PARIS ,
CHAUBERT , rue du Hurepoix.
JORRY, vis- à-vis la Comédie Françoife.
PRAULT , quai de Conti .
Chez DUCHESNE, rue Saint Jacques.
CAILLEAU , rue Saint Jacques.
CELLOT , grande Salle du Palais.
AvecApprobation & Privilége du Roi.

AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'est à lui que l'on prie d'adreſſer ,
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols ,mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pourſeize volumes
, à raiſon de 30 fols pièce.
Les personnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voiesque
la Pofte pour le faire venir , & qui pren
dront les frais du port fur leur compte
, ne payeront comme à Paris , qua
raiſon de 30 fols par volume , c'est-à
dire , 24 liv . d'avance , en s'abonnant
pour ſeize volumes.
د
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire veécriront
à l'adreſſe ci- mir le
deffus.
Mercure ,
On fupplie les perſonnes des provinces
d'envoyer par la poſte , en payanı
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, refteront au rebut.
On prie les perſonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Muſique à an
noncer , d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Pièces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , ſe trouve auſſi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
lės mêmes pour une année . Il y en a jufqu'à
préſent cent cinq vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
ſe trouve à la fin du ſoixante- douziéme .
MERCURE
DE FRANCE.
AVRIL. 1764 .
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
SUITE de l'Histoire raiſonnée des
Plaidoyers de CICÉRON.
DÉFENSE de la Loi du Tribun du
Peuple C. MANILIUS , qui vouloit
engager les Citoyens à mettre PРом-
PÉE à la tête des Troupes qu'on oppofoit
à MITHRIDATE.
TOUJOURS ſemblable à lui même ,
toujours animé du même eſprit de Pa-
I. Vol. Aiij
6 MERCURE DE FRANCE.
triotiſme , tantôt Cicéron armé de fon
éloquence déconcerte les projets ambitieux
des mauvais Citoyens & les force
au filence , tantôt il encourage les entrepriſes
utiles au bien général de l'Etat ,
& parvient à les faire adopter par le
Corps entier du Peuple Romain .
Rullus a élevé fa voix en faveur d'une
Loi pernicieuſe , & il a été confondu.
C. Manilius éléve aujourd'hui la
fienne ; il propoſe Pompée comme le
Citoyen le plus capable de commander
les armées de la République ; Cicéron
ſe charge de faire valoir ſa propofition
par un difcours éloquent , & en ſe couvrant
lui-même de gloire , il met ſa patrie
en état de cueillir de nouveaux lauriers.
De tous les Peuples qui eurent autrefois
la manie de réaliſer la chimère de
l'Empire Univerſel , les Romains font
ceux qui en ont le plus approché. Le fiécle
de Cicéron a été le plus beau de ces
fiers Républicains. Leur nom ſembloit
le cri de l'honneur leurs Enfeignes
montroient celui de la victoire : on
comptoit prèſque autant de triomphateurs
que de Généraux. Vingt Rois fou,
mis atteſtoient leur puiſſance. Les autres
mettoient au nombre de leurs titres
AVRIL. 1764. 7
les plus glorieux , celui d'Alliés des Romains.
Le feul Mithridate réſiſtoit encore.
Une guerre de ſept ans pouffée
vivement par Lucullus n'avoit point diminué
ſes forces ; & après tant de travaux
les Troupes Romaines n'étoient
pas plus avancées qu'au premier jour .
Ce Prince joignoit le courage le plus
héroïque & le plus réfléchi à l'eſprit
le plus juſte & le plus actif qui fûtja -
mais. Une correſpondance exacte établie
entre la Capitale& toutes les Provinces
de ſes Etats le mettoit en état
de juger des forces actuelles de fon
Royaume , & de celles qu'il pouvoit
efpérer par la ſuite. Un coup d'oeil lui
fuffifoit pour juger des abus: un reméde
ſimple les faifoit ceffer. Intrépide
à la tête de ſes armées , confervant fon
fang-froid au milieu des mêlées les plus
fanglantes il ſçavoit profiter de ſes
moindres avantages & des plus petites
fautes de ſes ennemis . L'adverſité ne
l'abattit jamais , & le bonheur ne l'enorgueillit
point. Tel étoit l'ennemi que
Pompée alloit combattre.
,
Pompée réuniſſoit dan ſon caractère
les plus grandes & les plus nobles qualités
qui puiſſent faire honneur à la nature
humaine , & donner à un homme
A iv
8
MERCURE DE FRANCE .
de l'aſcendant ſur ſes ſemblables. Ses
vues & fes raiſonnemens étoient admirables
dans le Sénat , ſa bravoure merveilleuſe
dans l'action. Lorſqu'il étoit
queſtion d'exécuter ce qu'il avoit une
fois jugé néceffaire , jamais perſonne ne
joignit fi parfaitement la diligence à la
fermeté . Voilà l'Adverſaire qu'on réſolut
d'oppoſer à Mithridate.
Ce fut fous le Confulat de M. Emile
&de L. Vocatius que C. Manilius, Tribun
du Peuple , propoſa aux Citoyens
la- Loi qui depuis a porté ſon nom. Lucullus
venoit d'être rappellé ; des fuccès
équivoques , des pertes réelles , un
ennemi toujours en haleine & qui ne
ſe laiſſoit jamais ſurprendre , les Soldits
découragés ; telle étoit la ſituation
des Romains . Elle étoit critique , &
partant ne pouvoit être durable. Cicéron
ami particulier de Pompée , mais
encore plus zélé Patriote , ſervit en cette
occafion & l'amitié & la Patrie en ſecondant
les vues de Manilius .
Son diſcours eſt un des plus adroits(a)
( a ) Qu'on ne ſoit pas ſurpris du terme d'adroit
dont je me ſers . Les grands hommes font
toujours regardés d'un oeil d'envie , parce que
leur mérite bleffe la médiocrité. Dans les Etats
Républicains cette jalousie dégénere en haine ,
AVRIL. 1764 . 9
& des plus élégans qu'il ait jamais prononcés.
Le ſtyle y prend la forme des
objets que l'Orateur veut peindre. Les
louanges les plus fines & les plus délicates
y font prodiguées à Lucullus : II
réſerve la magnificence des éloges à fon
héros . La partie du ſentiment y eft
traitée en Maître ; les raiſonnemens font:
convaincans & fans replique.
Le fuccès couronna l'entrepriſe :
Pompée fut élu d'une voix unanime
Général de la République. Que l'on
décide à préſent qu'on ſçait toutes les
victoires qu'il remporta , pour lequel
des deux , de Cicéron ou de lui , les
Romains durent avoir le plus de reconnoiſſance
?
parce qu'on craint de ſe voir aſſervir par ceux
à qui leurs qualités ſuperieures attirent l'eſtime
publique. Pompée étoit dans ce cas-là ; il étoit
trop grand homme pour ne pas avoir beaucoup
d'ennemis , & Cicéron avoit réellement beſoin de
toute fon adreſſe pour ménager des gens qui
pouvoient faire échouer l'entrepriſe..
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
A Son Alteſſe Séreniſſime Monseigneur
L'ELECTEUR PALATIN , fur
l'Académie des Sciences que ce Prince
vient d'inſtituer à MANHEIM. *
ILLUSTRE Théodore , enfin ta Capitale
Brille de tout l'éclat qu'elle eut à deſirer :
L'Europe dès long-temps ſe plaît à célébrer
Les ornemens pompeux que ton Palais étale.
On y voit les Beaux-Arts accueillis , honorés ,
Animés par tes dons , par ton goût éclairés :
Tes Spectacles , remplis d'étonnantes merveilles,
Eblouiffent les yeux , enchantent les oreilles ,
Intéreſſent l'eſprit, &tranſportent le coeur .
Mais Terpficore , Polymnie ,
Melpomene , Euterpe & Thalie ,
* Cette Académie , qui tint ſa premiére Séance
au mois d'Octobre 1763 , doit s'occuper principalement
de l'Hiſtoire Politique & de l'Hiftoire
Naturelle du Palatinat. Elle a propoſé pour Sujer
du Prix qu'elle décernera cette année , les queftions
ſuivantes : Quelle fut l'Origine du Comte Palatin
Quel étoit ſon emploi ſous les anciens Empereurs
de Rome , & fous les Rois des races Mérovingienne
& Carlovingienne , jusqu'au partage de
la Monarchie des Francs en Provinces Orientales
& Occidentales ? En quel temps commença- t on d'annéxercette
dignité à certains Domaines du Royaume
? ( Gazette de France & d'Amſterdam. )
AVRIL. 1764. IT
Partageant ainſi ta faveur ,
De leurs Soeurs excitoient la juſte jalouſie.
Oui , Grand Prince , il manquoit dans tes murs
renommés
Une ſçavante Académie ,
Où ton choix raſſemblât des Diciples formés
Par la ſage Clio , par la docte Uranie.
Déjà je vois les habitans
De ce reſpectable Lycée
Inſtruire l'Univers des utiles préfens
Qu'au ſein de tes Etats féconds & floriffans ,
Dépoſe la Nature à te plaire empréffée.
Je les vois , débrouillant l'obſcure Antiquité,
De la dignité Palatine
Tracer avec fidélité
Les fonctions & l'origine ,
Et ſauver de l'oubli , par leurs nobles travaux ,
Mille faits dignes de memoire ,
Que du temps deſtructeur l'impitoyable faulx
Avoit juſqu'à nos jours dérobés à l'Hiſtoire.
Je les vois ſans nuage offrir à tous les yeux
Les vertus dont brilloient tes auguſtes Ayeux.
Mais quelle abondante matière ,
Pour leurs plumes quel doux emploi ,
Lorſqu'ayant parcouru cette vaſte carrière
Ils auront à parler de toi !
Par M. HARDUIN , Secr. Perp.de la
Soc. Litt. d' Arras .
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
1
LE JARDINIER ET L'ORANGER,
FABLE.
Un Jardinier aufſfi prudent qu'habile
Elevoit avec ſoin de jeunes arbriſſeaux :
Sous ſes mains chaque jour la nature docile
Sembloit avec plaiſir ſeconder ſes travaux.
Sa tendreſſe pour eux prête à tout entreprendre
Prévoyoit le moindre danger :
Le plaifir de les voir augmenter & s'étendre ,
Lui ſuffiſoit pour le dédommager
Des peines qu'il avoit pu prend re.
Un petit oranger
Lui paroîſſoit le plus flatter ſon eſpérance:
D'un naturel affez heureux ,
Et déjà dégagé des périls de l'enfance ,
Il devenoit l'objet de tous ſes voeux.
Attentif à combler d'avance
Le plus léger de ſes beſoins ,
Il lui prodiguoit tous ſes ſoins.
( Soins doux & précieux à qui ſçait les connaître !)
L'arbuſte bien tôt grand n'en ſentit plus le prix :
De fon bienfaiteur & ſon maître
Il n'écouta plus les avis .
>> Pourquoim e reſſerrer entre cés quatre planches ?
>>> Quoi , toujours après moi ? pas unjour de repos !
AVRIL. 1764 .
13
5 Sans ceſſe m'inonder , me couper quelques
>>> branches !.
Et mille autres propos.
Las enfin , malgré ſa tendreſſe ,
Le Jardinier ceſſa de l'arroſer .
Mais de ces tendres ſoins , ah ! comment ſe paſſer ?
L'arbre inſenſiblement en proie à la triſteſſe ,
Malgré ſa force & ſa jeuneſſe ,
Dépériſſoit , ne faiſoit que languir ;
Et privé des ſecours de la main bienfaiſante
Qui conſervoit la vie à ſa tige naiſſante ,
Il commençoit à ſe flétrir.
Le pauvre Jardinier ſenſible à cette vue ,
Avec regret le vit prêt à périr :-
Il s'approcha de lui , ſon âme fut émue ,
Et l'Oranger , dit-on , treſſaillit de plaiſir.
Il lui tendit une main ſecourable ,
Renouvella ſes ſoins , & l'Arbre plus heureux ,
Porta les plus beaux fruits & remplit tous ſes voeux.
De l'amour paternel ô pouvoir admirable !
Heureux qui peut toujours en ſentir la douceur !
Pères à vos enfans égarés par l'erreur ,
Ne refuſez jamais votre tendreſſe :
Tôt ou tard ſur leurs coeurs la Nature a ſes droits;
Et l'on ne doit jamais , lorſque l'on fuit ſes loix,
Déſeſpérer de la jeuneſſe.
Par M. GAULLARD fil's .
14 MERCURE DE FRANCE.
A L'AUTEUR DU MERCURE.
ÉPITAPHE
De M. DU VIVIÉE , C. du C. de V.
Hic jacet exemplar patrum , virtutis amicus ,
Qui , fi poffit homo , meruit venerabilis aras .
Cy gît des pères le plus tendre ,
Le plus vertueux des Mortels ,
Qui mériteroit des Autels ,
Si l'homme pouvoit y prétendre.
, ,
L'hommage que je rends à la mémoire
de M. Duviviée eſt bien mérité
Monfieur ; les pleurs que fa famille &
ſes amis ont donnés à ſa mort font
beaucoup mieux fon éloge. Ah! fi les
Mortels ſçavoient combien on aime &
l'on regrette un homme vertueux, qu'ils
trouveroient beau de l'être !
J'ai l'honneur d'être &c.
Prais , ce 8 Mars 1764 .
DOMICILLE .
AVRIL. 1764. 15
SUR
ΕΡΙΤRE
A M. Ch. de Mo * * *.
UR notre pauvre fourmilière
Il eſt un Dieu qu'on nomme le bonheur ,
Chacun le cherche & brigue ſa faveur :
On le trouve ſouvent deſſous l'humble chaumière ;
Rarement près des toîts qu'habite la grandeur.
Son ſéjour ordinaire eſt dans le coeur du Sage :
Sous le chaume & dans les Palais ,
A Paris ainſi qu'au Village ,
Le méchant ne le vit jamais.
Il eſt quelquefois le partage
De ce mortel né pour aimer ,
Que l'Amour n'a point vu volage ,
Que l'amitié daigne animer.
Loin de celle qui dès l'enfance
Fat ſeule objet de mes ſoupirs ,
Sans fortune & fans eſpérance ,
Le coeur tourmenté de defirs ,
Prèſque aux portes de l'indigence ,
je rêvois ſur mon triſte ſort ;
Et fur les malheurs de la vie ,
Mon âme de chagrins nourrie ,
Sembloit n'attendre que la mort.
16 MERCURE DE FRANCE.
Un inſtinct naturel vers mon ami m'entraîne
Toi ſeul en partageant ma peine
En pouvois calmer la rigueur.
En te voyant , un ſentiment flateur
De mes ſens me rendit l'uſage ;
Je t'écoutai ; dans ton langage
Je vis l'éloquence du coeur.
Tu me parlas du doux neoeud qui nous lie
De l'amitié : ce diſcours enchanteur
Rendit mon âme plus paiſible ,
Et j'éprouvai qu'au creuſet du malheur
Il eſt encore quelque douceur
Pour un coeur ne vraiment ſenſible..
Tu fis fuir le chagrin rongeur ;
Une douce mélancolie ,
Prit la place de la douleur.
Dans mon cabinet ſolitaire
Je me retire en te quittant.
Mais que vois- je ? quel caractère !
Je ſaiſis la lettre en tremblant...
Ah ! grands Dieux ! elle m'aime encore,
Et je l'ai pu ſoupçonner un moment ? ...
Pardonne , chère amie , à mon égarement ,
Oai , tu mérites qu'on t'adore ! ....
Je lis ... l'amour... le ſentiment....
Chaque ligne ajoute à ma joie ,
Chaque ligne en mon coeur déploie
Le tranſport le plus raviſſant.
Je baifois avec allégreffe
AVRIL. 1764. 17
Cet écrit où de ſa tendreſſe
Elle me faifoit le ſerment...
Oui , le bonheur eſt ſur la terre !
M'écriai -je dans cet inſtant ;
Je ſuis aimé de ma Glycere ,
De mon âme , je ſuis content.
Dieux des amours amitié pure ,
Au fond de ma retraite obſcure
,
Daignez porter un jour heureux !
Ornez mon front d'une double couronne :
Tenez moi lieu des biens que la fortune donne ,
Vous ferez mes plaiſirs , & vous ferez mes Dieux.
Paris , B. de Ch.
A M. DE LAPLACE , Auteur du
Mercure , fur ABRAHAM DUQUESNE.
4
TANT
ANT que nous ferons pénétrés ,
Monfieur , de la vénération qui eſt due à
la mémoire des grands hommes qui ont
contribué a la gloire de la Nation , nous
ferons dignes du nom François; &, à en
juger par l'admiration , (je dis plus ) par
l'enthouſiaſme patriotique qui a faili
tous ceux qui ontlû les éloges de Sully ,
18 MERCURE DE FRANCE.
de Saxe, de d'Agueffeau,& de Duguai-
Trouin , nous pouvons accuſer d'injuſtice
ou d'erreur ceux qui prétendent que
la gloire du Roi & de l'Etat n'eſt plus
le premier & le plus vif ſentiment des
François .
Je ſouhaiterois, Monfieur, recevoir par
la voie du Mercure quelques inſtructions
fur la naiſſance du fameux Duquesne.
J'ai lû dans l'éloge de Duguai-Trouin
la queſtion ſuivante :
» Pourquoi fur la Mer voit-on plus
» qu'ailleurs de ces hommes extraordi-
» naires qui doivent tout à eux- mêmes ?
» Jean Bart & Duquesne , noms immor-
» tels, tous deux nés dans l'obfcurité, ont
»fondé leur grandeurſur leurs exploits.
M. Thomas a donné la ſolution de ce
Problême dans le même éloge , lorfqu'il
a dit : Nous neferons puiſfans fur
la Mer , que lorsque la Marine marchande
fera la pépinière de la Marine
Royale. Mais cet Ecrivain plein de force
&de vérité nous fait penſer que Duqueſne
étoit né de condition roturière
ainſi que Jean Bart,& Duguai- Trouin.*
M. Daguesde Clairfontaine nous dit
le contraire dans une note inférée au
bas de la page 81 du Mercure de Janvier
* Thurot & autres.
AVRIL. 1764. 19
1763: Effai hiftorique fur Abraham Duqueſne.
Voici cette note : » Abraham
» Duquesne naquit en Normandie l'an
» 1610 , d'une famille noble.
Je demande la permiffion de dire à M.
de Clairfontaine que les Citoyens de
Dieppe , du nombre deſquels je ſuis ,
auroient ajouté une reconnoiffance particulière
, à la générale que lui doit la
Nation , pour avoir vivifié les traits d'un
de nos héros , s'il eût dit qu'Abraham
Duquefne naquit à Dieppe.
Mais y est-il né d'une famille noble
ou roturière ? C'eſt un fait important
dès qu'il intéreſſe la gloire d'un grand
homme : car que l'on ne prenne pas le
change : fi Duquesne eſt né roturier , en
le diſant né noble , on lui vole une partie
de fa gloire pour la tranſporter à
fes ayeux. En effet qui eſt-ce qui ne
ſçait pas qu'il eſt infiniment plus difficile
à un roturier de parvenir dans la
Marine , qu'à un noble de naiſſance ?
L'élévation de Duquesne a donc été
glorieuſe par rapport à lui , proportionnément
à l'état de ſa naiſſance.
Cette vérité me frappe fi fort , qu'il
me ſemble entendre cette voix qui
nousa , pendant tant d'années , appellés
&conduits fur les Mers dans un chemin
(
20 MERCURE DE FRANCE.
de gloire qui nous étoit peu connu.
>> François ! nous crioit-elle , ſi la ro-
>>ture eſt une tache , plongez-la comme
>> moi dans le ſang des Ennemis de l'E-
>> tat ; elle en fortira couverte de gloire.
J'ai toujours penſé que les grands
hommes de mer ne devoientrien à leur
naiſſance ; qu'il faut que leur âme ſoit
d'une trempe plus forte que celle des
autres ; & que quand la Nature en place
de cette eſpéce extraordinaire dans la
condition roturière , elles n'ont que
plus d'occaſions de ſe développer par
l'habitude des dangers , par l'exercice
continuel , & par l'expérience qui en
eſt le fruit. Si donc on ne leur préſente
aucuns exemples qui puiſſent les foutenir
depuis les derniers poſtes juſqu'aux
grades ſupérieurs il arrivera que ces
âmes affaiffées par le fardeau du préjugé
, fi contraire à leur naiſſance , prendront
bien moins l'effor qui leur eſt
propre.
و
Mais ſi ce défaut de naiſſance peut ſe
réparer à force de mérite , notre Ville
de Dieppe eſpére donner encore à la
Nation un ſecond Duquefne , quiné * &
*C'eſt le Sieur Vauquelin , Lieutenant de
Vaiſſeau. Son Père, reſpectable vieillard , lui
écrivit en ces termes , des qu'il ſour qu'il al
AVRIL. 1764 . 21
& élevé comme lui , nous a déja fait
confondre ſes actions avec les premiers
faits d'armes de ce grand homme.
Il s'agit donc , Monfieur , de conſtater
fi Duquesne étoit noble de naiſſance ,
ou non. Ce fait n'eſt pas d'une date reculée
, il ne ſera pas néceſſaire de recourir
à des Chartes illiſibles : pluſieurs familles
de Dieppe doivent poffeder des
loit commander l'Aréthuſe , à la dernière Campade
Louis-Bourg.
» Mon Fils, dès l'âge de dix ans , je vous arrachai
des bras de votre Mère pour vous porter
fur mon bord. Depuis cet âge juſqu'à
>> vingt-trois ans , vous n'avez eu pour Maîtres
>>> que le Ciel , la Mer , & moi : & je ne cédai
>> aux empreſſemens de nos amis qui voulu-
>>rentvous confier un commandement , étant
>>>encore ſi jeune , que parce que je vous avois
>> rendu propres mes cinquante ans d'expérien-
>> ce. Enfin je jugeai de votre maturité par
>>>l'épreuve que j'avois faite de votre ſang-
>>>froid dans les périls de Mer , & dans le vif
combat qu'une frégate Angloiſe me livra près
>> de la Martinique.Je ſçais, mon Fils , ce que vous
>> pouvez , & ce que j'ai droit d'attendre; la car-
>>>rières'ouvre pour vous: Allez commander l'A-
>> réthuſe. Songez quand vous monterez cette fré-
>>>gate , qu'elle doit vous ſervir de tombeau , ou
>>>être le berceau de votre gloire.
Les Anglois ſçavent , ainſi que les François ,
l'uſage que ce jeune Marin a fait de cette leçon
Louis - Bourg & à Québec .
22 MERCURE DE FRANCE.
Actes autentiques dans lesquels le pére
de Duquesne a parlé & pris ſes qualités ;
& je les prie de les produire : la gloire de
Duquesne , & l'honneur de notre Ville
l'exigent.
L'on m'a derniérement produit , dans
un procès que j'ai perdu , un Contrat
paffé entre mes Auteurs & ceux de ma
Partie: devant Claude Vaultier & Pierre-
Leroux , Tabellions jurés audit Dieppe,
qui finit ainfi.
» Ce Jeudi , dernier jour de Février
» 1619 , préfens Jacques Miffant ,
>> Ecuyer & honorable homme Abraham
» Duquesne * , Bourgeois demeurans-
» audit Dieppe , lesquels ontfigné avec
» les Parties & Tabellions fuivant l'Or-
» donnance.
J'ai l'honneur d'être , &c .
DESMARQUETS , Maître des Eaux & Forêts .
A Dieppe , ce 8 Mars 1764 .
* C'étoit le Père de notre Héros.
:
A M. DE VOLTAIRE , menacé de
perdre la vue.
HOMERE étoit aveugle , à ce que dit l'Histoire ,
Houdard eut avec lui cette conformité ;
AVRIL. 1764 . 23
Ce fut la ſeule : & pour ſa gloire
Il ne fit pas trop mal de perdre la clarté,
Mais vous , à qui du Ciel la ſageſſe infinie
( Outre mille dons précieux )
Adonné des yeux d'Aigle , emblême du Génie,
Quilut au coeur de l'homme & meſura les Cieux !
Vous qui connutes la lumière
Qu'entrevit , avant vous , Newton ;
Qui la fites briller ſur un autre horiſon
Votre gloire eſt aſſez entière.
Elle eſt à vous ; & je conclus
Qu'il n'eſt point du tout néceſſaire ,
Que vous ayez avec Homére
Une reſſemblance de plus.
Ce 20 Février.
!
!
,
Envor d'un gâteau des Rois , à M. de
MONTAU DOUIN Négociant de
Nantes , & Membre de la Société
d'Agriculture en Bretagne , & c , par
fon Boulanger.
PAR ce gâteau , l'uſage antique
Tous les ans , dans plus d'un endroit ,
Erige un thrône domeſtique
Que vous poſſédez de plein droit.
24 MERCURE DE FRANCE.
Eh : que vous importe la féve ,
Lorſque votre vertu reléve
Le rang où le Ciel vous a mis ?
On eft , avec cet avantage ,
Et le Prince de ſon ménage
Et 1 le Roi de tous ſes amis.
RÉPONSE à M. le Chevalier de
JUILLY-THOM ASSIN , Chevalier
de Saint Louis , Capitaine de
Cavalerie , Gentilhomme de la Garde
du Ror , & Correspondant de plufieurs
Académies , & en dernier lieu
de celle de MONTAUBAN , fur les
Etrennes Pastorales qu'il a adref-
Sées à la plus Charmante , dans le
dernier Mercure .
Q
Même Air que les Etrennes Pastorales.
UE ce tribut rare & charmant
Peint bien le coeur d'un tendre Amant !
Mais en qui vois-tu tant d'attraits ?
Que de querelles
Entre nos Belles ,
Si tu te tais !
;
Comme
AVRIL . 1764 . 25
Comme aux champs tu peux à la Cour
Nommer l'objet de ton amour ;
Un tel Berger s'égale aux Dieux.
Paris , ton Maître ,
N'eut qu'à paroître ,
Il fut heureux.
:
Par une Muse de la Cour.
PORTRAIT de Madame de ***
par Mademoiselle * * *.
Si l'amitié n'eſt point aveugle , je
puis peindre Eglé fans craindre qu'on
me ſoupçonne de partialité ; mais il eſt
plus aiſé de la comprendre que de la
définir ; & s'il ne faut point de réfléxions
pour convenir qu'elle eſt aimable,
il en faut beaucoup pour expliquer
les qualités qui la rendent telle . Elles
font ſans nombre ; auſſi perſonne ne
plaît tant qu'Eglé , & perſonne ne
cherche fi peu à plaire. Elle plaît aux
femmes fans petiteffe & aux hommes
ſans coquetterie ; elle dédaigne ces
minauderies & ces grâces empruntées
, ſi ordinaires , même aux plus jo .
lies femmes , & qu'elles employent
I. Vol. B
2.6 MERCURE DE FRANCE .
ſouvent pour des hommes qui le méritent
ſi peu. Ennemie de la contrainte ,
Eglé ne ſçait pas feindre ; l'air & le ton
naturel qu'elle donne à ſes difcours & à
ſes actions les plus fimples,y donnent un
nouveau prix , & font cauſe qu'on aime
en elle juſqu'à ſes défauts ; car je ne
prétends pas avancer qu'elle en ſoit
exempte ; j'ajoute même qu'elle ſeroit
moins aimable fi elle n'en avoit point.
Qu'a-t-elle donc de ſi ſéduiſant , dira
quelqu'un qui ſurement ne connoît pas
Eglé ? Je répondrai qu'on peut être
mieux qu'elle , mais qu'on ne ſçauroit
plaire davantage. Ce n'eſt pas qu'elle ne
Toit jolie de l'aveu de tout le monde ,
mais cette qualité ne ſuffit pas pour plaire
généralement , auffi en a-t-elle d'autres.
Eglé unit à une figure agréable un
eſprit folide , un jugement fain , un goût
juſte & naturel que l'étude ne peutdonner,
de la délicateſſe dans les ſentimens ,
& de la douceur dans le caractère. Elle
eſt d'une complexion foible & d'un courage
mâle ; fon coeur eſt héroïque , &
fi j'oſe le dire , militaire : pareſſeuſe pour
les minuties dont les femmes s'occupent
, elle a du goût pour les exercices
qui l'élévent au-deſſus de ſon ſéxe . Eglé
ne veut pas devenir ſcavante , mais fon
AVRIL. 1764. 27
heureuſe mémoire & ſa pénétration
fuppléent à ſa pareſſe , de forte qu'elle
fçait beaucoup fans ſe donner la peine
d'apprendre. Vive fans étourderie , enjouée
, badine , elle fait les charmes de
la ſociété & ſans le ſecours des cartes ,
trouve mille nouvelles reſſources pour
l'amuſer. Légère dans ſes propos , ſa
converſation n'eſt pas toujours ſuivie;
quand on croit fixer ſon attention , fouvent
elle vous échappe, ſon eſprit étant
à pluſieurs choſes. Mais quand on peut
le captiver , rien n'eſt plus délicieux ;
ſes yeux qui peignent ſon âme ſemblent
prêter une nouvelle force à vos
difcours , & l'envie qu'on a de la fixer,
donne de l'éloquence. Les chagrins
qu'elle éprouve , & la délicatefle de
fon tempérament pourroient lui rendre
l'humeur inégale ; mais ſenſible fans
foibleſſe , avec l'âme la plus tendre
elle ſçait ſupporter les revers. Son efprit
léger en apparence , s'occupe fans
peine & avec fruit des affaires les plus
férieuſes . Son coeur eſt ſenſible aux douceurs
de l'amitié , & ſouvent quand
Eglé paroît négliger ſes amis , c'eſt alors
qu'elle y penſe le plus. Si fa légéreté
apparente vous afflige , ſon retour vous
confole , & l'on ne peut jamais s'en
,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
plaindre avec justice. Mais qui peut
exprimer combien lui eft cher tout ce
qui la touche par les liens du ſang !
Soeur , fille , & mere tendre comme il
n'en fut jamais, ſes goûts ſemblent prévenir
ſes devoirs. Heureux qui la connoit
, plus heureux encore , qui peut en
être aimé !
VERS de M. SAURIN , de l'Académie
Françoise , à M. LE DUC DE
NIVERNOIS , en lui envoyant la
Tragédie de BLANCHE & GUISCARD.
GRAND à la Cour , grand au Parnaffe ,
Et plus grand chez le Peuple Anglais ,
Où , malgré l'intrigue & l'audace ,
Tu fis le bien de tous en nous rendant la Paix ,
Illustre Nivernois , digne Emule d'Horace ,
Digne repréſentant des Rois ,
Avec indulgence reçois
Cefoible effai dont je ſuis Père ,
Et daigne moins le lire en juge qu'en confrère...
Ce mot m'échappe ; il ſent la vanité.
Mais ſur un point dont il eſt ſi flatté,
Comment forcer l'amour-propre à ſetaire !
AVRIL. 1764 . 29
VERS à Mile D.....
LE corps , l'eſprit , le ſentiment ,
En vous tout eſt divin , adorable Emilie !
Il ne faut vous voir qu'un moment ,
Pour vous aimer toute la vie.
Armide à fon amant prodiguoit ſes appas :
Malgré tout fon amour & toute ſa magie ,
La tendre Armide fut trahie :
Mais le Filsde Berthold * ſeroit mort dans vo
bras .
* Père de RENAUD.
A Brest , par M. L. D...
EPIGRAMMES imitées deMARTIAL
Contre un débiteur infolent , Liv. II.
Epig. III .
:
NON , Lycidas ne doit rien à perſonne ;
N'impoſons point de loix à la néceſſité.
Qui n'a rien , nedoit rien : c'eſt un point arrêté....
Lycidas n'a plus rien que le pain qu'on lui donne.
Par M. l'Abbé DAULNI , Abonné auMercure.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
CONTRE une vieille Fille , Liv . X.
Epig. VIII .
Al'épouser Life en vainmeconvie ;
Life a paffé l'Automne de ſa vie.
Mais Life avec ſa main donne cent mille francs.
Dieux! que n'a- t- elle au moins quatre-vingts ans!
Nota. Cette Epigramme a déjà été traduite,par
M. de Buffy-Rabutin , autant qu'ilm'en fouvient .
Mais je ne connoiſſois pas ſa traduction lorsqueje
fil la mienne ; & d'ailleurs elles sont tout - afait
différentes.
AUTRE du même . Liv. V. Epig. XLIV.
RIEN n'eſt plus noir que les dents de Marton 5
Rien n'eſt plus blanc que celles de Toinette,
Je pourrois bien en dire la raiſon :
L'une a ſes dents , & l'autre les achéte.
j
:
AVRIL. 1764. 3
CÉCILE ,
Ου l'Amour Gaulois , Anecdote de la
Cour de SIGEBERT , Roi d'Aus
TRASIE.
.... Vaccinia nigra leguntur.
Virg.
N ne veut rien dérober à lafemme
qu'on aime véritablement. Les defirs
qu'elle inſpire ne reſſemblent point aux
mouvemens rapides & emportés des
fens. L'attrait d'un plaifir paſſager rend
hardi , entreprenant , fait tout prétendre ,
tout enlever ; l'amour plus délicat n'arrache
point de faveurs : il les ſouhaite ,
conſentà les attendre, veut les mériter,
jouit de ſes eſpérances , & quand il obtient
, ce n'eſt point le triomphe , c'eſt
le don qui le touche ,& qui met le comble
à ſon bonheur.
Une anecdote de la Cour de Sigebert
Roi d'Auftrafie , que des mémoires ſecrets
, mais authentiques nous ont conſervée
, prouve la vérité de ces réfléxions
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
d'un des plus ingénieux Auteurs du fiécle.*
Ce Prince étoit né avec les diſpoſitions
les plus heureuſes ; une excellente éducation
les développa. Des triomphes éclatans
ſignalerent l'Aurore de ſa vie , &
porterent fon nom aux deux bouts de
l'Univers fur les aîles de la Victoire.
Athanagilde,Souverain des Visigoths,
Nation de tout temps rivale des Auftrafiens
, ne vit pas ſans effroi les ſuccès du
jeune Prince ; il craignit que Sigebert
n'envahît un jour ſon Royaume. Sa fille
unique , Brunehaut , lui parut un parti
digne du Héros : ſa beauté la faifoit rechercher
de tous les Souverains de fon
temps ; & ceux qui vivoient familiérement
avec elle ne sçavoient auquel
donner la préférence , ou aux charmes
de ſa figure , ou aux agrémens de ſon caractère
. La distinction flatta l'amour- propre
de Sigebert. Il accepta ſans balancer
les propofitions d'Athanagilde : le
mariage fut célébré avec toute la pompe
poſſible dans une Ville frontière des
deux Etats ; & peu de temps après , le
Prince retourna dans ſon Royaume ,
* M. Fielding , Auteur de Tom- Jones ,
fon Roman d'Amélie traduit par Mde R * * * *
AVRIL. 1764.. 33
emmenant avec lui ſa nouvelle épouse.
Athanagilde avant de laiſſer partir ſa
fille , n'avoit rien oublié de ce qui pouvoit
rendre fon équipage magnifique .
Brunehaut fut ſuivie en Auftrafie de l'élite
de la jeuneſſede ſon pays. Cette Princeffe
diftingua dans la foule la belle
CECILE , qu'une heureuſe conformité
d'eſprit & de gout , un rapport d'humeur
& de convenance éleverent bientôt
à la dignité de Favorite.
Cécile joignoit aux traits les plus réguliers
, l'eſprit le mieux fait & le plus
folide. Chacun s'empreſſa de lui faire la
cour. On ſçavoit que Brunehaut ne
prenoit jamais un parti ſans la confulter
, & que Sigebert écoutoit volon-:
tiers les confeils de la Reine, Cécile n'abuſa
point de fon pouvoir ; elle méprifoit
trop ceux qu'un vil intérêt faifoit
tomber à ſes pieds , pour vouloir
enfreindre en leur faveur les loix facrées
du devoir....
Parmi les Seigneurs de la Cour de
Sigebert , le jeune Lhincorre enlevoit
tous les fuffrages. Il avoit une phyfionomie
intéreſſante , une taille noble &
dégagée , l'eſprit orné , le coeur fenfi
ble. Voir Cécile, l'aimer , en être aime,
By 3
A
34 MERCURE DE FRANCE.
ce ne fut pour lui que l'affaire d'un
moment.
Comme Grand- Chambellan de Sigebert
, il avoit fes entrées partout & à
toute heure. Un jour il apperçut ſa
maîtreſſe qui traverſoit une gallerie:
ſeule , triſte & rêveuſe . Il l'aborde &
avec cette aimable franchiſe naturelle)
à ceux de fon pays : Belle Cécile , lui
dit-il en tombant à ſes genoux, Lhincorreferoit-
il affezheureux pour être aimé
de vous auffi tendrement qu'il vous aime
? Cécile étoit auffi fincère que belle :
la probité de fon amant lui étoit connue
; elle ne fit point difficulté d'avouer
à Lhincorre qu'elle partageoit fes
ſentimens. Au comble de ſes voeux , il
ne fongea plus qu'à obtenir le confentement
du Roi pour unir ſon fort à celui
de Cécile.
Lhincorre la voyoit tous les jours ;
tous les jours il avoit occaſion de ſe
trouver tête- à-tête avec elle ; jamais l'amour
ne le rendit téméraire : * le ref-
:
* Ces vertus paroîtront ſans doute bien antiques
à nos gens à bonnes fortunes ; mais qu'ils
ſe ſouviennent , pour la juſtification de l'Auteur ,
que l'hiſtoire dont il s'agit eft arrivée dans les
premiers fiécles de la Monarchie Françoife. Elle
a pour époque l'année 563 .
AVRIL. 1764. 35
pect modéra toujours ſon ardeur : fûn
d'être aimé de Cécile , il ne vouloit point
ravir ſes faveurs ; il ne defiroit de les
obtenir qu'en les méritant.
Sigebert ſçavoit rendre juſtice à Lhincorre
, & fans partager avec lui fon
autorité , il ne l'aimoit pourtant pas
moins que Brunehaut n'étoit attachée à
Cécile. Un jour qu'il fortoit du Confeil,
notre Amant l'aborda dans le deſſein
de lui parler de l'établiſſement qu'il projettoit.
Mon cher Lhincorre , lui dit Sigebert
, ſans lui donner le temps d'ouvrir
la bouche , mon frère Chilpéric viole
tous les Traités ; fon ambition lui
fait rompre la paix qui nous uniſſoit ;
je dois le punir de fa perfidie : mettez-
vous à la tête de l'armée que je
vais lui oppofer ; vous m'avez donné
des preuves de votre valeur ; je fais cas
de vos talens : vous donner occafion
d'acquérir de la gloire , c'eſt les récompenfer
comme ils méritent de l'étre. Lhincorre
ne répondit rien à des paroles fi
flatteuſes : une inclination profonde fut
le ſeul remercîment que lui permit de
faire l'état violent où il ſe trouvoit.
Cécile apprit bientôt qu'elle alloit
être ſéparée de ſon Amant. Je n'entreprendrai
point de peindre l'excès de ſa
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
douleur : il n'y a que ceux qui ont eu
le bonheur d'être chéris d'une maîtreffe
aimable , qui puiſſent le comprendre .
Les ordres du Roi étoient preſſans :
l'armée raſſemblée n'attendoit plus que
fon Général pour voler à l'ennemi.....
Il fallut partir.... Ames ſenſibles ! .... Interrogez
votre coeur: qu'il vous peigne
la tendreſſe des deuxAmans au moment
terrible du départ ; qu'il vous faſſe imaginer
la vivacité de leurs regrets.
La guerre n'étoit pas alors comme à
préſent un afſemblage compliqué de régles
certaines &de combinaiſons ſcavantes.
La première , ou plutôt l'unique
vertu militaire , c'étoit la valeur.
Une campagne décidoit ordinairement
du fortde l'ennemi.
; Celle de Lhincorre ne fut qu'un enchaînement
de victoires ; & Chilpéric
battu complettement fut obligé de recourir
à la clémence de ſon frère. Le
bonheur n'enorgueillit point Sigebert ;
il rendit généreuſement au vaincu tout
ce que le fort des armes avoit fait paffer
dans ſes mains : une paix ſolide
acheva de mettre le calme dans les deux
Etats.
Couvert de lauriers , Lhincorre n'imaginoit
pas de plus grand bonheur
AVRIL. 1764. 37
après celui d'avoir ſervi ſon Roi , que
d'aller les dépoſer aux pieds de ſon amante.
Il entra en Triomphe dans la Ville
capitale aux acclamations d'un peuple
nombreux. Sigebert l'attendoit dans
fon Palais : dès qu'il l'apperçut , il courut
au- devant de lui. Brave Lhincorre ,
lui dit- il , que ne vous dois-je pas pour
les ſervices que vous m'avez rendu ?
heureux fi je puis vous récompenfer
d'une manière qui réponde à votre mérite!
... Ah, Sire, repliqua Lhincorre avec
vivacité , Cécile ſeule . Le Roi
ne lui donna pas le temps d'en dire
davantage. Il le quitta & le laiſſa interdit
& confus , au milieu des courtiſans
qui tous jaloux de ſa gloire s'empreſſerent
cependant de le féliciter de
ſes ſuccès. Telle eſt la Cour : il eſt apparemment
de convention dans ce païslà
, que couvert des maſques les plus
groffiers on ne ſe paroîtra pourtant pas
riſibles aux yeux les uns des autres.
Débaraflé de leurs politeſſes importunes
, Lhincorre vole chez ſa maîtreſſe .
Cécile eſt diſparue ; Brunehaut même
ignore ſa tetraite . Ah ! je ne le vois que
trop , s'écrie avec tranſport ce malheureux
amant , c'en est fait , Sigebert m'a
38 MERCURE DE FRANCE.
trahi , & peut - être Cécile elle- même.....
non , elle n'en n'est pas capable ;jepof
fédois fon coeur comme elle avoit le
mien : elle m'est fidelle , le Roi feul eft
coupable..... Et quel moment encore
prend-t- il pour me réduire au déſeſpoir?
Celui oùje rifque ma vie & mesjours pour
le fervir ... Malheureux Lhincorre !
il a donc cru me tromperpar defeintes careffes!
... Ah! Chilpéric nefera pas lefeul
qui aurafenti lapeſanteur de mon bras ....
Sigebert , tu ne poſſéderas tranquillement
Cécile , qu'après m'avoir percé le coeur.
....
Soudain il retourne au Palais ,& trouve
moyen de pénétrer juſqu'au cabinet
du Roi. Sigebert , lui dit-il avec des
yeux étincelans où ſe peignoient tourà-
tour la fureur , la jaloufie & le défefpoir
, as-tu donc oublié que nos ayeux
étoient égaux ? Tant que tu as rempli tes
devoirs de Roi , tu n'as pas eu de ſujet
plus fidèle que Lhincorre ; tu les oublies ,
& moi j'oublie les miens. Rends- moi Cécile
, ou confens à ce que l'honneur doit
t'inspirer ainſi qu'à moi.
J'accepte le défi , répondit avec tranquillité
Sigebert : trouvez-vous demain
avant le jour dans l'allée fombre qui
touche à l'aîle de mon Palais , vous m'y
verrez les armes à la main.
AVRIL. 1764. 39
Lhincorre , en frémiſſant de rage , fe
retire : il paffe le reſte de la journée
dans une affreuſe agitation ; il attend
la nuit avec impatience ,& fes ténébres
ne font qu'irriter ſes ennuis. L'heure
s'avance cependant: il vole au rendezvous.....
Quelle eſt ſa ſurpriſe de n'y
trouver perfonne ! Quoi , s'écria - t- il ,
après m'avoir enlevé Cécile , le Roi feroit-
il bien affez láche pour manquer au
rendez- vous qu'il m'a donné lui- même !
Chaque inſtant redouble fon inquiétude...
tout -à - coup il voit briller un
flambeau ; fa lumière lui fait diftinguer :
le Roi ſuivi de quatre Seigneurs. Il entend
une voix , c'eſt celle de Sigebert
qui s'écrie :
Le voilà , c'eſt lui-même , ſaiſiſſezle.
Ah ! traitre , reprend Lhincorre , en
mettant la main ſur ſon épée...... il
n'achève pas , on l'entoure , il réſiſte
en vain , on le défarme , on le traîne
malgré ses cris & ſes efforts juſques au
Palais ... Où le premier objet qui frappe fa
vue c'eſt Cécile vêtue des plus riches
parures & qui s'élance dans ſes bras .
>> C'eſt ainſi que je veux me venger ,
» lui dit Sigebert. Ceſſez de vous plain-
>>> dre , Lhincorre ; Cécile vous eſt fidel-
>> le. Je ſçavois votre amour pour elle ;
40 MERCURE DE FRANCE .
>> mais j'ignorois qu'il fût ſi violent.
>> Ce que vous avez oſé riſquer: m'err
>> fournit une preuve à laquelle je fais
>>>gloire de me rendre ; & je vous dois
>> trop d'ailleurs pour ne pas vous fa-
>> crifier des ſentimens auſſi involontai-
>> res que fecrets ,dont je ceffe de rou-
>> gir , puiſque c'eſt à vous ſeul que je
>> les confie. Venez , belle & vertueuſe
» Cécile ; recevez votre époux de ma
>> main , & donnez-lui la vôtre : c'eſt :
>> le prix que vous méritez tous deux.
>>>Vous , Lhincorre , rendez- moi votre
>>>amitié , & contribuez à ma félicité ,:
>>>ainſi qu'à celle de mes Peuples , en
>> devenant mon premier Miniſtre.
Cécile & Lhincorre comblés de joie ,
ne purent d'abord témoigner au Roi
leur reconnoiffance que par leurs larmes.
Le Roi fit lui-même les frais de la:
nôce. La faveur de Lhincorre augmenta
toujours , & Cécile ne ceſſa point d'être
chère à Brunehaut. Ils vêcurent longtemps
l'un & l'autre ; & aux tranſports
fougueux de l'amour le plus vif , fuccéda
dans la ſuite la douceur d'une tendre
& folide amitié.
AVRIL. 1764. 41
CHANSON
A M*** fur fon mariage.
AIR : Tốt , tốt , tôt , battez chaud.
En bon mari , ne bronchez pas ,
Et fur Hercule ayez le pas ;
Oh ! c'étoit un terrible Sire !
Dans toutes fortes de climats ,
Dans toutes ſortes de combats ,
C'eſt qu'il ne falloit pas lui dire ::
· Τοι , ιὃτ , τốt ,
Battez chaud;
Bon courage ;
Il faut avoir coeur à l'ouvrage.
Soyez & tendres & conſtans ;
Epoux , foyez toujours amans ;
Mais s'il s'élévoit quelque orage ,
Qu'il ſoit calmé par le deſir ;
Et que ſous l'aîle du plaiſir
La paix régne dans le ménage:
Τôt , tốt , tốt ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir coeur à l'ouvrage.
42 MERCURE DE FRANCE .
Ma foi ! ce petit Dieu d'amour ,
Damis , vous a fait un bon tour ,
En vous enflammant pour Thémire ;
Son coeur eſt tendre , ſon air doux ;
Et ce qui doit plaire à l'époux ,
Ses yeux malins ſemblent lui dire :
Τôt , τὃτ , τὃτ ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir coeur à l'ouvrage.
Beaucoup d'aiſance & de vertus ,
Autant de plaiſirs que d'écus :
Pour vous , c'eſt ce que je defire ;
C'eſt le vrai moyen d'être heureux.
Accompliſſez- moi tous ces voeux ;
Vous ne vous ferez jamais dire ::
Tôi , tốt , tốt ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir coeur à l'ouvrage.
PasM. SAUTREAU.
AVRIL. 1764. 43
LETTRE de M. DALLET l'aîné ,
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de Rouen , à M. le
Vicomte de SAINT - GERMAIN
MATINEL , son premier ami de
coeur.
En t'embraffant , illuftre & digne ami ,
Le feu du ſentiment a pénétré mon âme ;
Mon coeur n'aime point à demi ,
Et les Dieux ont déjà béni
Cette pure & céleste flâne.
Que mon fort feroit d'envieux !
Je t'ai vû , je te vois , je te parle à toi-même :
J'embraſſe mon ami... momens délicieux ,
Vous m'égalez aux Dieux !
Oui c'eſt pour moi le bien ſuprême ,
Je n'ai rien du plus précieux. ز
Vous me rendrez la justice de le
croire, Monfieur , parce que vous m'avez
connu tout entier dès la première
fois , & que les vertus du coeur font
éternelles. Mais après vous avoir retrouvé
dans un moment de ma déplorable
vie , je fuis prêt à vous perdre
peut- être pour jamais ! Et mes triſtes
44 MERCURE DE FRANCE,
yeux s'éteindront ſans avoir vû Madame
de Saint-Germain , l'adorable
moitié de vous même ! O , mon ami !
c'eſt le plus beau nom que je puiſſe
vous donner , fuffiez-vous fur le Trône ;
fouvenez- vous quelquefois d'un homme
à qui la générofité de votre coeur
conferve encore un fi grand titre.
RÉPONSE de M. le Vicomte de
SAINT-GERMAIN MATINEL.
1
AVEC tranſport je reçois & je goure ,
Mon Cher Dallet , tous vos enibraſſemens ;
Il n'eſt point de plaiſirs fans doute
Plus vifs , plus purs que ceux des ſentimens ,
Ou plutôt il n'en eſt point d'autre.
Heureux un coeur comme le vôtre ,
Qui , détrompé des fots amuſemens
D'un Siécle auſſi vain que le nôtre,
Mépriſe ſes faux agrémens !
De l'amitié , fidéle Apôtre ,
Vous connoiffez les doux raviſſemens ,
Et moi je ſçus avant ma patenôtre ,
Sentir ſes tendres mouvemens ..
bls ſe ſont accrus avec l'âge ,
&
:
:
AVRIL . 1764. 45
-
Et l'ardeur de mon fang embraſa tout mon
coeur;
En aimant je me trouvai ſage ,
Riche , ſçavant , héros , vainqueur ;
Et je préférois l'avantage .
Le bien d'aimer , au titre d'Empereur.
Ah ! puiſqu'ici tout n'est qu'un ſonge,
Puiſque tout n'eſt que vanité ,
Du moins livrons-nous au menforge
Le plus près de la verité.
Dans mes goûts différens , à moi-même ſembla
ble,
Dès l'Aurore de mes jours ,
J'aimai tout ce qui fut aimable ,
Pourquoi ne pas l'aimer toujours ?
Je ſens encor la même flame ?
J'éprouve encor les mêmes feux ;
Et le Ciel ma doué d'une âme
Dont lui ſeul peut borner les voeux ;
Mais peut-on ſans délicateſſe ,
Se flatter d'être vertueux ?
Je laiſſe donc à la baſſeſſe
De mille Sots préſomptueux ,
A courir après la richeſſe ,
• Après les titres faſtueux ,
Et ne retiens , pour être heureux ,
Que les tréſors de la tendreſſe
Que nous partagerons tous deux.
46 MERCURE DE FRANCE.
LES TOURTERELLES ET LES ENFANS ,
FABLE imitée du POGGE .
1
DEUX tourtereaux ſe careſſoient ,
(Se careſſer n'eſt point un crime )
Deux jeunes enfans s'amuſoient
A les voir s'exercer dans ce genre d'eſcrime ,
Et déjà dans leurs coeurs pour eux s'intéreſſoient.
On dit pourtant qu'ils ſoupçonnoient
Quelque perverſité cachée
Sous l'innocence de ces jeux.
Survint du bruit : or l'un d'entr'eux
Ne pouvant plus retenir ſa penſée ,
Leur dit : Dépêchez - vous ! Voici mon gouverneur,
Il ſeroit homme à vous chercher querelle .
Ah ! D'un Mentor , reprit la Tourterelle ,
Nous n'avons ni beſoin ni peur ;
Tous ſes conſeils nous feroient inutiles :
Et tant qu'à la loi de nos coeurs
Nous ſçaurons nous montrer dociles ,
Avons-nous beſoin de vos moeurs ?
De la Raiſon l'homme a ſeul l'avantage :
11 a des loix , de l'or & des deſirs.
La Tourterelle a pour partage
Et l'innocence& les plaiſirs.
A
AVRIL . 1764:
47
In Effigiem Viri clariffimi DD. DE
LA PEYRONIE , Chirurgor. Regior,
Primarii & artis fuæ reclamatoris.
Artis erat princeps toto PEYRONIUS orbe ,
Subfidium atque decus gentis & urbis erat.
Viveret ut patriæ poft fata ut viveret orbi
Artis ſplendori reddidit artis opes .
Cette Inſcription doit être miſe au bas de ſon
Buſte de marbre qu'on travaille pour le Collége
de Saint Côme de Montpellier.
ROMANCE.
UN Berger de notre village
Poſſeſſeur d'un joli troupeau ,
Pour le préſerver de la rage
Des méchans loups du voifinage ,
Avoit un chien encor plus beau.
En lui faiſant ces dons , ſa mère
Diſoit , préſſentant ſon malheur:
Mon Fils , écoute ma prière ,
>> Et fi je te ſuis encor chère ,
>>Garde ton chien comme ton coeur.
48 MERCURE DE FRANCE .
Le premier point de l'ordonnanc
Fut obſervé fidélement ;
Mais hélas ! cette prévoyance
Lui fit oublier l'importance
De ſon ſecond commandement.
Soit adreſſe ou pure innocence ,
Son coeur fut bleſſé par Cloris.
Dans une telle circonſtance ,
Un chien eſt de peu de défenſe ;
Le chien & le coeur , tout fut pris.
Il eſt vrai , l'amour de la Belle ,
Devoit payer de ſi beaux dons ;
Mais au bout d'un mois la cruelle
Jugea qu'on peut être infidelle ,
Au Berger qui perd ſes moutons.
Quelques faveurs d'une coquette
Furent le prix de ſon beau chien.
Mais on dit que depuis , Suzette ,
A ſou lui prendre ſa houlette ,
Ses moutons & ſon coeur pour rien .
1
Par l'Auteur de l'Epitre à Mélanie. *
*CetteEpître n'a pas été envoyée au Mercure.
ODE
AVRIL. 1764 .
49
ODE Anacreontique à M. M. fur la
D
piquure d'un Coufin.
Es piéges que nous tend l'Amour
Il n'eſt aiſé de ſe défendre :
Ce Dieu n'épargne aucun détour
Pour nous ſéduire & nous ſurprendre.
Aminte , j'étois près de vous ,
Quand , ſous la forme d'une mouche,
Ce Dieu vola ſur vos genoux ,
Sur votre ſein , puis ſur ma bouche.
De ſon aiguillon à l'inſtant ,
J'éprouvai l'atteinte cruelles
Et je prétendis vainement
Traiter cela de bagatelle.
Sa piquure fut un venin.
Mais pour partager , ou détruire
Les maux que m'a faits ce Couſin ;
Couſine , un baiſer peut ſuffire.
I. Vel.
*
B. àMetz.
C
50 MERCURE DE FRANCE.
SUITE des Lettres d'unjeune Homme.
LETTRE VII.
JE me plaignois de l'amour dans ma dernière
lettre : il a ſes peines ſans doute ;
mais est- ce bien un mal quecette paffion?
Il faudroit en avoir éprouvé toute la
violence , & recouvrer enfuite ſa premiére
tranquillité ; on pourroit alors
comparer ces deux états , & prononcer
plus hardiment. Eft-ce à moi de réfoucette
vieille question ?
L'homme auſtère ,l'homme infenfible
, & celui qui n'a connu que le commun
des femmes , proſcrivent un ſentiment
qu'ils ignorent ; ils vous préſenteront
l'amour accompagnédu cortége affreux
de tous les maux ; ils défigureront
tous ſes traits , & fubftitueront à l'innocence
des grâces les noirs fantômes
de leur imagination.
Le jeune amant , dans l'ardeur de
ſon enthouſiaſme, & dans l'yvreffe de
fon bonheur , embellira tout. A peine
diftinguera-t-il les ſentimens du coeur
du préſtige des ſens. Partout le plaifir &
la joie l'environnent ; la flamme de
l'amour répand fur tous les objets une
AVRIL. 1764 . 51
plus douce lumière ; l'âme elle -même
s'éléve & s'ennoblit ; & la vie n'eſt plus
rien fans le charme de la tendreſſe.
Sans apprécier ces deux tableaux ,
il me ſemble que la ſenſibilité , loin
d'être un mal en ſoi , eſt un bien fait
de la nature. Elle a ſes inconvéniens
ſans doute comme les meilleures choſes.
Mais , fans compter les confolations &
les ſecours que l'humanité ſouffrante a
reçus de la commifération & de la bienveillance
, combien de fois la délicateſſe
& l'enthouſiaſme de l'amour n'ont- ils
pas calmé la révolte des ſens ! Quel est
l'infortuné Mortel qu'une Maîtreffe aimable
& fage n'a pas ſcu garantir des
écueils d'une impétueuſe jeuneſſe ?
Quelle Philofophie que celle qui voudroit
éteindre le ſentiment même !
Que cette faculté de notre âme ne
ſe développe que dans la Société, qu'importe
: elle étoit du moins en nous. Ne
mépriſons pas les dons du Ciel : il ne
s'agit que de les bien diriger; & ce ne
feroit pas un médiocre ſervice à rendre
à l'humanité , que de trouver l'art délicat
& fublime de faire tourner l'amour
au profit des moeurs. Il me ſemble que
ce ſoin devroit faire , mais non pas
tout-à- fait , comme à Sparte , une par-
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tie eſſentielle de l'éducation . Au lieu
d'abandonner une jeuneſſe aveugle au
penchant de ſon coeur , montrez-lui le
véritable amour , toujours animé par
la vertu ; offrez ſurtout aux jeunes filles
cette douce & ſévère image ; qu'un
amant noté par quelque vice ou par
quelque lâcheté , n'attende plus de ſa
maîtreſſe que du mépris & de l'indignation
; qu'ils attachent l'une & l'autre
quelque idée à ces mots de grandeur
d'âme , d'union conjugale , de patrie ,
d'honnêteté, de vertu ; que les charmes du
caractère le diſputent à ceux de la figure ;
que la beauté d'une âme ſimple & généreuſe
ne ſoit point offuſquée par l'enchantementd'un
dehors trompeur : vous
verrez que l'eſtime mutuelle reſſerrant
les noeuds de l'amour , il perdra ce qu'il
a de dangereux. Que le chriftianiſme ,
qui nous ordonne d'aimer nos femmes ,
donne à ces vertus morales le ſouverain
degré d'énergie & de confiftence , tout
rentrera dans l'ordre , & l'amour ſera
juftifié.
Ala fureur de ſes emportemens fuccédera
cette joie paiſible & délicieuſe ,
qui laiſſe goûter à notre âme toute l'étendue
de fon bonheur. Que deviendra
l'art mépriſable de certaines femmes ,
quand on fentira le prix de la candeur
AVRIL . 1764 . 53
&de la modeſtie ? Simple & noble pudeur
! Non , il n'appartient qu'à toi de
couronner l'amour ! C'eſt toi , c'eſt ta
naïve adreſſe qui ſçait adoucir ſa violence
, & mêler au délire de nos fens la
volupté du ſentiment & de la paix !
Vous diriez que l'amour s'épure & fe
fortifie à mesure qu'il ſe rapproche de
l'amitié , & qu'il lui reſſemble davantage.
Ah ! Vous n'en doutez point ,
vous dont le coeur pur adore la vertu !
Ces idées ne font pas neuves ni peutêtre
abſolument juſtes : je te les donne ,
mon ami , pour ce qu'elles font : mais
ne répandent- elles pas quelque jour fur
leſujet de cette lettre ?
Que ce tribut d'éloges que je paye à
l'amour ne t'étonne pas après les plaintes
améres que je t'adreffois il n'y a
pas long-temps. Viens embraſſer ton
ami ; il eſt enfin le plus heureux des
hommes. Sophie , l'aimable Sophie eſt
à moi pour toujours ! L'excès de ma
félicité préſente efface de mon coeur de
douloureux ſouvenirs. Je ſuis enyvré ;
vole je t'attends. Tu vas connoître
l'incomparable objet qui m'enchante.
Ces lettres que tu me demandes , tu
les auras bien-tôt. C'eſt l'hiſtoire fimple
& naïve d'un coeur droit & fincére .
,
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
Tu l'auras toute entière ; tu ſens que
je n'ai point de ſecrets pour toi.
Hâtez- vous d'arriver mon ami. Votre
chère Henriette aimera ma Sophie , qui
brûle de l'embraffer. Heureux &dignes
époux ! les mêmes noeuds qui nous lient
viennent de vous unir.Venez! notre commune
joie augmentera celle de chacun
de nous , fi pourtant l'on peut rien ajouter
au bonheur d'être aimé , toi d'Henriette
, & moi de Sophie.
LETTRES A SOPHIE ,
LETTRE I.
SOPHIE , Sophie ! ... Elle part , elle
me fuit .... l'ingratte abandonne un
infortuné qui l'adore ! Y Songez - vous
bien , cruelle ? Eſpérez-vous retrouver
un amant auſſi tendre ? vous m'aimez , &
vous êtes déjà loin de moi ! Momens
délicieux & trop courts , dont le fouvenir
me charme & me déſole , ne
reviendrez- vous jamais ? ne ferez- vous
pas plus durables ? Aimable & chère
Sophie ! écoutez l'amour gémiſſant.
Pourriez - vous méconnoître ſa voix ?
Vous ſçavez ſi je ſçais reſpecter vos
moeurs & ces qualités charmantes qui
AVRIL . 1764 . 55
vous diftinguent bien plus encore que
la beauté : laiſſez-vous attendrir à mes
regrets , ils font bien légitimes quand
je vous perds ! Ne rougiffez pas d'être
ſenſible. Je ſçais trop qu'elle nous fait
fouffrir , cette extrême ſenſibilité ; mais
ne vous en défaites point : elle pourroit
ſeule produire les bonnes actions.
Malheur aux âmes dures & qui ne fentent
rien !
....
Dès que j'eus perdu de vue cette
fatale chaiſe qui vous enlevoit , qui
emportoit mon bonheur , je rentrai
bien vîte chez moi. J'avois le coeur ſerré
depuis long temps. Je m'enfermai
dans mon cabinet. Livré au déſeſpoir ,
éperdu , prèſque inſenſible ô ma
charmante amie ! J'eſſayai de pleurer.
Quels pleurs ! De ces larmes difficiles
, de ces larmes qui déchirent le
coeur , & qui rempliſſent encore mes
yeux : jamais je n'en verrai de fi cruelles.
Nuit affreuſe ! ... Le jour n'a point
diſſipé ma triſteſſe. Je crois être ſeul
dans l'univers. Vos lettres ſeules pourront
modérer mon ennui ; cette chambre
à côté de celle que j'occupe , je
n'oſe plus la regarder. Je ne ſçais quel
trouble involontaire me ſaiſit quand il
faut que je paſſe devant cette porte ....
Civ
5.6 MERCURE DE FRANCE.
...
je ne veux plus reſter à Lifors ; tout m'y
retrace l'idée d'une perſonne trop chère,
pour mon repos ..... Mais pourquoi ne
pas entrer dans cette chambre ? Ma
Sophie n'y eſt plus ; je ne l'y verrai
plus tout ce qui me la rappelle doit
être cher à mon coeur. Revenez , ma
Sophie ! Confolez mes chagrins ; charmez
, s'il eſt poffible , l'horreur de ma
folitude. Que de vertus j'ai vu briller
dans ce réduit obſcur ! Charmant &
mystérieux aſyle , vous futes celui de
la ſageſſe & des grâces ; vous avez
poſſédé ce que la terre a de plus grand
& de plus aimable ! Puiffe - je
retrouver bientôt ce que j'ai perdu !
Eſpoir flatteur , toi ſeul adoucis mes
peines ! Adieu , Sophie ; adieu , toi
que j'aimerai toujours !
......
LETTRE II.
QUUEELLLLEE aimable lettre ! Avec
quelle émotion j'ai reconnu cette écriture
, les traits de votre main . Mais pourquoi
ces craintes qui m'outragent ? Me
croyez - vous affez vil pour vouloir vous
tromper ? vous ignorez donc vos charmes
? Qui , moi ! Que je puiſſe trahir
AVRIL. 1764. 57
lè mérite & les grâces ! Ah , jugez mieux
de vous & de moi! Quel homme barbare
n'a jamais ſenti l'attrait de la beauté
, ſurtout quand elle pare les talens ,
l'eſprit , la raiſon & la douceur ! J'ai
connu des femmes qui avoient bien
de l'obligation à leur figure ; mais , adorable
Sophie , vous embelliffez la beauté
même . Vous êtes vraie ; vous avez un
coeur noble & fenfible. La figure la plus
aimable annonce les heureuſes qualités
de votre âme. Par quel charme uniſſezvous
donc à la piquante vivacité d'une
belle brune , la douceur enchantereſſe
de la blonde la plus touchante ? Pav
quelle magie vos beaux yeux expri
ment-ils la tendreſſe & la modeſtie
Je crois que je mourrois , ſi je n'as
vois pas le bonheur de vous plaire.
Il eſt affreux de ne teniràrien.Je cherchois
une compagne aimable & vertueuſe
, une amie ſenſible & raifon--
nable ; je vous ai rencontrée... Hélas
je fins que je vous rendrois heureuſe !
Un homme fimple & tranquille ,ami
de l'ordre & de la modération , que le
bruit du monde , & l'éclat du faſte im
portunent , dont la vertu , l'amour & la
paix peuvent ſeuls remplir les voeux
voilà l'époux qui vous eſt offert. Il feroid
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
toujours votre amant , mais l'amant le
plus délicat , pénétré du mérite de ce
qu'il aime , & qui ſçauroit mêler du
reſpect aux plus tendres careſſes. Mais ,
bonne amie , il y a des âmes baſſes qui
ne connoiffent d'autre volupté que celle
des fens . Pour moi , je dédaigne , je hais
les plaiſirs où le coeur & l'honnêteté ne
préſident pas. J'oſe le dire , ma fenfibilité
m'a toujours ſauvé de la débauche
; & je me ſens né pour adorer un
objet eftimable. Son divin modéle ſe
retraçoit fans ceſſe à mon coeur. Ce
n'eſt plus une chimère ; vous m'offrez
ce que j'ofois à peine imaginer. Fille
charmante ! Quelle douce & triſte émotion
vous excitez dans mon âme ! Que
ne fuis-je à vous pour toujours ! Dieu !
quel riant avenir , quels heureux jours
je me promettrois , fi la main de Sophie...
Hélas ! je n'en ſuis pas indigne ,
par mes fentimens du moins , par la
candeur & la vérité de mon caractère.
Quand le fort comblera- t- il nos voeux ?
Adieu , aimez-moi toujours.
LE mot de la premiere Enigme du
Mercure de Mars eſt la Langue. Celui
de la feconde est la Crémaillère. Celui
de la troifiéme eſt Noël qui donne ceAVRIL.
1764. 59
د
lui de Léon. Celui du premier Logogryphe
eſt Fricandeau , dans lequel
on trouve cire , France , Caën , Caire
Icare , Inde , If , Candie , Canarie
air , eau , feu , avenir , ré , fa , car ,
ane , fard , cidre , vin , caffé , uni , nef,
cure , canard , art , farcin , navire , un,
neuf , nid , cri , Diacre , cráne
rideau , cadeau , craie , canif , acier
fer , Franc , naif, ancre , cerf , Cain ,
cave , Diane , Faune , Racine , Cadi ,
ver , cuir , aune , aune , urne , rien , an
ride , Dieu . Celui du ſecond Logogryphe
eſt Hermaphrodite.
ENIGME.
SANS changer de nature ,
Sous plus d'une figure
, aneau ,
Je parois quelquefois brillante d'ornemens;
Et d'autres fois ſans agrémens.
* Je ſuis tantôt quarrée ou ronde ,
Tantôt platte & tantôt profonde ;
Je rends ſervice au grand Seigneur ,
Ainſi qu'au plus vil Laboureur.
J'ai des jambes , des bras , qui plus eſt une tête.
Ne va pas me croire une bête ;
Car loin d'arriver à ton but ,
,
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
Tu ſerois obligé de me mettre au rebut.
Pourſuís , examine mon être ;
A divers traits tu pourras me connoître....
Je ne mets guères de chapeau ,...
Mais ſouvent je porte un manteau.
Sans recourir à la Juſtice ,
Mon Maître quelquefois me condamneaufup
plices
Et pour affouvir ſa fureur ,
Par des gens qui ſont des canailles ,
Me fait déchirer les entrailles ,
Sans que jamais je faſſe éclater ma douleur..
Par M. DE. LA GARENNE , d'Angers.
AUTRE
fuis long , je ſuis rond , je ſuis droit &
boffu ;
La Nature m'habille en me mettant au monde,
Mais l'Art me dépouille tout nud.
Honteux de me voir tel, je tourne & fais la ronde?
D'une agilité ſans ſeconde ,
Seulement pour être vêtu.
Mais ma condition en est-elle meilleure ?
Quel est enfin le prix de mon empreſſement ?
Je ne gagne qu'un vêtement ,
Et quelquefois ce n'eſt pas pour une heure..
AVRIL . 1764. 61
AUTRE..
CUM ſex membra valent , modo regum nobile
quoddam
Sum decus , invalidis ſum modo præfidium .
Ne caput obtrunces , ipſum te in fruſta ſecarem
Quiſquis es , hoftis enim fic meus accipitur .
L. P. D. Ecolier de 2e au Collège de Mazarin.
LOGOGRYPΗ Ε.
Par des détours obſcurs je conduis un ſecret ,
Je le tais avec ſoin , quoique je le décéle ;
Er pour le mieux cacher , aveuglé par mon zèle,
En le retournant trop j'en découvrel'objet.
Toi qui me cherches dans moi-même ,
Cher Lecteur , examine moi :
Mes dix pieds renverſés pourront t'o 'rir laloi ;.
D'un Royaume le Chef ſuprême ;
Le célébre inſtrument qui chante les héros :
Le motifqui les méne ;
Une rivière dont les flots
Terminent l'Aquitaine ;
Ce qui compte tous nos momens ;
Uneplace au Spectacle ; un meuble de cuifine;
Un grain qui peut nous ſervir d'aliment ;
Enfin c'eſt .... c'eſt aſſez ; devine.
ParGEOFFROY, de Châtellerault.
62 MERCURE DE FRANCE .
AUTRE.
En entier j'appartiens aux Rois
Comme aux Enfans de S. François.
Divi ſez mes fix pieds : je donne de la tête
Tout à travers les bois .
Plus d'une fois ,
Le Nautonier qui , malgré la tempête ,
Comptoit ſur ſa fragile nef ,
Rapporter du Pérou les deux tiers de mon chef,
Près ou loin du rivage ,
Afait naufrage
Contre mon chef entier
,
Renverſé tout exprès pour tromper le Routier . *
Mon corps , ou la moitié de ce que je poſſéde ,
Préſente naturellement
Ce qu'on fait quand on céde
Gratuitement.
Retranchez- en un tiers : reſte une particule
De l'empire de la férule.
Si tout ceci , Lecteur , n'eſt pas de votre goût ,
Conſultez l'inſtrument qui guide le navire :
د
Il vous enſeignera les deux tiers de mon tout ;
Et ces deux tiers , pour tout vous dire
Vous donneront , dans un autre ordre offerts ,
Ce qu'eſt en forme l'Univers.
*Livre de Cartes Marines.
THEQUE DI
BIBL10
DELAVILL
LYON
#
1883*
Amoureusem
Envainjusqu'à cejourj'avois su m'en dé --
Fendre, L'amour ce Dieu malin, triomphe
de mon coeur: Peut- on aimable Iris,
W
vous
W
voir et vous entendre , Sans bruler à l'instantde
la plus vive ardeur/ Peut- on aimable I =
= ris vous voir et
W
vous entendre, Sans
bruler à l'instant de la plus vive ar- deur .
AVRIL. 1764 . 63
AIR TENDRE.
En vain juſqu'à ce jour j'avois ſou m'en défen
dre;
L'Amour, ce Dieu malin, triomphe de moncoeur.
Peut- on , aimable Iris , vous voir & vous entendre,
Sans brûler à l'inſtant de la plus vive ardeur ?
Par M. ***.
64 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES.
LETTRE à M. DE LAPLACE ,
Auteur du Mercure de France .
SUR Charles -Annibal FABROT ..
UNhomme de lettres , Monfieur, faifoit
il ya quelques jours,des recherches
par pure curiofité , dans des ouvrages de
Jurifconfultes Francois ; il y trouva des
points affez intéreſſans , ſous la garantie
de Fabrotus. Il imagina que c'étoit un
Sçavant Etranger dont l'autorité lui
parut mériter toute fon attention : en
conféquence il confulta les Bibliogra---.
phes. Quel fut fon étonnement , Mon--
fieur ! Ce Fabrotus eſt un de ſes Compatriotes
, même ſon parent , & l'un
des plus habiles hommes qu'il y ait
eu fous le régne de LOUIS XIV , fi
fécond en talens de tout genre. Par
quelle fatalité ce Sçavant paroît- il méconnu
dans ſa patrie , & fon nom est- il
ainſi déguisé par des Auteurs modernes
AVRIL. 1764.. 65
Heſt oublié dans la colomne des Sça
vans & Illuftres que M. le Préſident
Hénault a miſe dans ſon abrégé chronologique
, à côté des Héros & des
grands Hommes d'Etat qui ont auffi
honoré la Nation. * Permettez -vous ,
Monfieur , qu'on répare , par une notice
ſuccinte , le tort que cette omiffion
fait à la mémoire d'un homme
qui ſeroit très-célébre , fi notre fiécle
étoit moins frivole ?
Charles - Annibal Fabrot étoit d'Aix
en Provence. ſa profonde érudition &
ſes vaſtes connoiſſances dans la Jurif
prudence civile & canonique , lui ob--
tinrent l'amitié du fameux Peireſc, protecteur
de tous les gens de mérite. Le
Préſident Du Vair qui l'eſtimoit fort
aufſi , devenu Garde des Sceaux en
1617 , attira Fabrot à Paris : il n'avoit
que trente-fix ans ; & depuis huit
années il occupoit avec distinction une
chaire de Profeſſeur en droit dans l'Univerſité
d'Aix. Il y retourna après la
mort de fon protecteur , & y reprit
fes fonctions de Profeſſeur. On le re-
*M. de Voltaire qui a fait dans l'hiſtoire du
ſiecle de LOUIS XIV , celle des progrès de
l'eſprit humain & de tous les Arts , ſous ce
beau régne , ne fait aucune mention de Fabrot
66 MERCURE DE FRANCE .
vit à Paris en 1637 , pour y faire imprimer
des notes fur les Inſtituts de
Juftinien. Cet Ouvrage dédié au Chancelier
Seguier fut honorable & utile.
Il fit à Fabrot un grand nom dans la
République des Lettres , & lui valut
une penfion de deux mille livres pour
travailler à la traduction des Bafiliques .
C'eſt la collection des Loix Romaines
dont l'uſage s'étoit conſervé dans l'Orient
, & de celles que les Empereurs
de Conſtantinople avoient faites. Cet
Ouvrage immenfe , le fruit de dix années
d'application conſtante , mérita à
fon Auteur une charge de Confeiller au
Parlement de Provence , dont les circonſtances
du temps ne lui ont pas
permis de jouir. Deux ans après , en
1649 , Fabrot publia une édition des
OEuvres de Cedrene , de Nicetas , d'Anaſtaſe
le Bibliothéquaire , de Conftantin
Manaſſes , & des Inſtituts de
Théophile Simocatte , qu'il enrichit de
notes & de diſſertations. On a de lui
des obſervations fur quelques titres du
Code Théodofien , un Traité contre
Saumaiſe fur l'uſure , & quelques maximes
de Droit fur Théodore Balsamon ,
fur l'Histoire Eccléſiaſtique fur les
AVRIL. 1764 . 67
Papes , & pluſieurs Traités particuliers
fur diverſes matières de Droit.
En 1652 , ce Scavant & infatigable
Ecrivain commença la réviſion des
OEuvres de Cujas, qu'il corrigea fur plufieurs
manufcrits , & qu'il donna èn
Public en 1658 en dix volumes in-folio
avec d'excellentes notes auſſi curieuſes
qu'inſtructives. La trop grande application
qu'il donna à ce grand Ouvrage
lui cauſa une maladie dont il mourut ,
ſuivant M. l'Abbé l'Advocat , Abbréviateur
de Moreri , dans ſon petit Dictionnaire
hiſtorique & portatif, le 16
Janvier 1659 , âgé de 78 ans , ou au
mois de Février de la même année ,
ſuivant M. l'Abbé Lambert , Auteur
de l'hiſtoire Littéraire du ſiècle de
LOUIS XIV. Il fut inhumé dans
l'Egliſe de S. Germain l'Auxerrois ſa
Paroiffe.
On trouva parmi les papiers de ce
Sçavant homme , des Commentaires fur
les Inſtituts de Justinien , des notes fur
Aulugelle , & le recueil des Ordon-
-nances ou Conſtitutions Eccléſiaſtiques
qui n'avoient pas été encore publiées en
grec. Ce dernier Ouvrage a été inféré
dans la Bibliothéque du Droit Canon ,
publié en 1661 par MM. Voët & Justel.
68 MERCURE DE FRANCE.
Je ne ſçais s'il y a eu un homme plús
érudit , plus laborieux & qui ait fait
plus d'honneur que lui aux Jurifconſultes
de France : pourquoi donc eftil
ou oublié , ou cité ſous une dénomination
latine dans des Livres François ?
Enfin il a été pris pour un étranger
dont le nom en us ne rappelle pas afſez
ce que l'on doit à la mémoire
d'un auſſi illuſtre Compatriote.
J'ai l'honneur d'être , &c .
P. G. Abonné au Mercure..
LA POPULATION & la Beauté ,
Odes. A Londres , & se trouve à
Paris chez Cailleau , rue S. Jacques ,
près les Mathurins , à S. André;
1764 ; in-8 °.
Nou's croyons que le Public doit
lire avec plaifir ces deux Odes : la premiere
eſt ſur un Sujet important ; l'Auteur
, M. Sabatier , y peint avec force
les vices contraires à la population ;
nousavons admiré pluſieurs ſtrophes
AVRIL. 1764. 69
pleines de poëfie & de ſentiment. Nous
ſommes fachés de ne pouvoir parler
au long de ces deux Ouvrages : nous
allons citer quelques ſtrophes de la
première Ode ſans les choiſir. Le Poëte
parle de nos Ayeux.
Sitôt que de l'Amour les éloquentes flâmes
Leur faiſoit éprouver le beſoins de leurs âmes
Par des tranſports nouveaux ,
Ils couroient à l'autel conſacrer leur tendreſſe :
Et l'Hymen amoureux aux yeux d'une maîtreſſe
Allumoit ſes flambeaux.
Mais l'Hymen avili n'eſt qu'un Dieu mercenaire;
L'Epouſe la plus riche eſt celle qui doit plaire :
L'or ſeul peut nous charmer.
Des Pères inhumains maximes tyranniques !
Quoi , vous oſez ſoumettre à des calculs iniques
Ledoux plaifir d'aimer ?
Jonet d'un vil deſir que le caprice augmente ,
Ce mortel que chérit une épouſe charmante
Mépriſe ſes appas ,
Et payant des plaiſirs où la honte le guide ,
Court dans les bras trompeurs d'une Laïs perfide
Acheter le trépas !
Viensdonc voir , malheureux , ton Epouſe éplorées
Entends- tu les ſoupirs d'une âme déchirée
Qui reclame ta foi ?
1
70 MERCURE DE FRANCE .
Elle te dit : Cruel , viens eſſuyer mes larmes.
Déja mon déſeſpoir auroit flétri mes charmes ,
S'ils n'étoient pas à toi.
Vous êtes plus cruels , vous Epoux inutiles ,
Qui contens d'un ſeul fils oſez être ſtériles
Jaloux de l'enrichir .
Vous qui préoccupés de ſa grandeur future ,
Dans vos embraſſemens arrêtez la nature
Et trompez ſon deſir.
L'apostrophe aux Loix que l'Auteur
excite à réprimer les abus qui arrêtent
la population,eſt pleine de vigueur : tout
ce qui eſt ſur l'agriculture nous a paru
très-beau.
La ſeconde Ode, qui eſt ſur la Beauté
, brille ſurtout par la grandeur du
plan , & par la richefſe de la Poëfie.
Le Poëte y déplore avec raiſon l'éducation
étroite que l'on donne aux
femmes & qui étouffe leurs talens .
Eh ! comment voulez- vous que la beauté timide ,
Oifive par devoir , puiſſe d'un vol rapide
Atteindre vos lauriers brillans ?
Quand nous la deſtinons aux fleurs qui la couronnent
,
Quand tous les jeux qui l'environnent
De ſon fécond génie arrêtent les élans.
AVRIL. 1764 . 71
Ce n'eſt point dans les champs embellis par
l'aurore ,
Que ſe forment la foudre & les brulans éclairs :
L'aigle altier amolli dans les jardins de Flore
Eût perdu l'empire des airs:
Au ſeul defir de plaire Elife abandonnée ,
N'eût point de ſes états fixant la deſtinée
Entrepris de nobles travaux :
Carthage en s'élevant menace l'Italie ,
Etl'ombre de Didon trahie
Erre autour d'Annibal & guide ſes drapeaura
La naiſſance de la beauté fait plaifir :
c'eſt dans un genre agréable qui contraſte
avec les Strophes qui ſuivent :
l'Epiſode de Caſſandre , que le Poëte a
fi bien amené , jette la plus grande chaleur
fur le reſte de l'Ode .
La diſcorde a mugi ; déjà Troyelenflammée
N'eſt plusqu'un tourbillon qui rouledans les airs :
Le ſang coule ; &de morts cette plaine ſemée
S'abîme & les rend aux enfers :
Quel ſpectacle effroyable ! entendez-vous Caffandre
Sur un monceau fumant de ſa patrie en cendre,
Frapper les cieux de cris perçans ?
Les cheveux hériſſés & couverts de poufſière ,
Des temps elle ouvre la Barrière :
Et d'une voix lugubre exhale ces accens .
72 MERCURE DE FRANCE.
**O fatale beauté ! quel démon ſur tes traces
Du Ténare irrité déchaîne les horreurs ?
Le glaive de Mégére eſtdans les mains des grâces
L'amour est le Dieu des fureurs .
Quel eſt ce Roi meurtri , renverſé de ſonTrône?
Barbare Clitemnestre : eh quoi , leCiel qui tonne
Ne tient pas ton bras ſuſpendu ?
Et toi , Sémiramis , toi , Reine forcenée,
Du fang de ton époux baignée ,
Tu le traînes mourant à tes pieds étendu !
Je vois Scylla trahir ſon Père & ſa Patrie ,
Et fuivre de Minos les drapeaux triomphans.
L'Amante de Jaſon , implacable Furie ,
S'arme , elle immole ſes enfans :
Eh , quoi ! le doux zéphir enfante- t- il l'orage ?
Les ris , l'oeil menaçant , étincelent de rage ;
Les plaiſirs creuſent des tombeaux .
La beauté n'eſt jamais que la vertu parée
Et doit- elle être révérée ,
Dèsque de la Diſcorde elle tient les flambéaux ?
Ces Strophes ſuffiſent pour faire connoître
le talent de M. Sabatier. Il confirme
, par ces deux Piéces de Poëfies , la
réputation qu'il s'eſt déjà faite par d'autres
Poëmes Lyriques,& furtout par fon
Ode fur l'Enthouſiaſme , que les Connoiffeurs
eſtiment.
HISTOIRE
AVRIL. 1764 . 73
HISTOIRE de Méhémet II. Empereur
Ottoman , enrichie de Lettres traduites
du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques
, hiftoriques & politiques , écrites
tant par Méhémet II. Empereur Ottoman
, que parses Généraux , ſes Sultanes
, un de ses Ambassadeurs , &
Ufum - Caffan , Roi de Perfe , forz
• contemporain ; traduites du Grec & de
l'Arabe fur des Manuscrits trouvés à
Constantinople , avec des notes intéreffantes
, & une Hiftoire de la Vie de ce
Conquérant , par M. Belin de Monterzi
; à Paris , chez Duchesne , rue S.
Jacques , au Temple du Goût , chez
Panckoucke , rue & à côté de la Comédie
Françoife , & chez Prault , quai de
Conti ; avec approbation ; 1764 ;
deux parties in - 12 d'environ 150 pages
chacune.
LAA PRÉFACE déſigne la voie par laquelle
l'Auteur a eu le Manufcrit. Un
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
Seigneur Polonois , homme de Lettres,
le tenoit d'un Pacha , Gouverneur de
Province , & ce Seigneur en a fait part
à l'Editeur. Ce dernier , trouvant que
ces Lettres parloient des Batailles , des
Siéges & des principaux événemens du
Règne de Méhémet II, a été obligé ,
pour en développer les caufes , de puiſer
dans pluſieurs Auteurs de cet Empire les
notes qui y avoient rapport , & d'écrire
toute la Vie de ce Monarque. La vénération
que les Turcs ont toujours eue
pour un Prince qui a été le Fondateur de
leur vaſte Empire , & l'envie que les
Grecs ont eue d'écrire les événemens
extraordinaires dont ils ont été témoins,
font croire avec beaucoup de probabilité
& de vraiſemblance , la poſſibilité
des Manufcrits que l'on peut trouver fur
le Règne d'un des plus célébres Conquérans
qui ayent paru dans le monde.
Origine des Turcs. Des Peuples originaires
des Scites conquirentle Turqueftan
, d'où ils prirent le nom de Turcs.
Ils ſe réunirent ſous Ottoman , qui , de
Lieutenant-Général d'Aladin , Souverain
d'Alep & de Damas , devint ſon
fucceffeur , & hérita de la Bythinie &
du pays voiſin du Mont Olimpe. Deux
fiécles & dix règnes s'écoulerent jufAVRIL
. 1764 . 75
+
qu'au couronnement de Méhémet II.
Amurat II , ſon père , ſurpaſſa tous ſes
prédéceſſeurs ; il laiſſa un grand Empire
à ſon fils , qui remplit l'Europe & l'Afie
de la terreur de fon nom. Il affermit ſon
Trône par la mort de deux de ſes frères.
Scanderbeg , Roi d'Albanie , retarda
long-temps les ſuccès de ce Prince ; &
ce fut après ſa mort , qu'il conquit fur
fon fils Jean les Etats que les Vénitiens ,
fidèles obfervateurs de leurs engage -
mens , défendirent avec autant d'inutilité
que de perſévérance. Pluſieurs Lettres
parlent du Siége & de la Priſe de
Conſtantinople en 1453 , & en donnent
des détails curieux , qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même . La première eſt écrite
parMéhémet à Benféid , Sultane , à Andrinople.
» Divine Sultane , je ne vous ai point
>> dit adieu ; n'en ſoyez point inquiette.
Il lui rend compte des raiſons qui l'ont
obligé de la quitter. Il finit ainſi ſa Lettre :
>>je ſouhaite de terminer bientôt cette
» expédition , pour pouvoir retourner à
>>Andrinople , & vous donner de nou-
>> velles preuves de ma tendreſſe . Je vou-
>> drois que la flame qui me dévore ,
>> brillante Sultane , put voler fur les
» aîles des agréables Zéphirs ; qu'elle
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
>> pénétrât votre âme , & que l'extaſe
» du plaifir qu'elle vous feroit éprou-
» ver , durât juſqu'au moment de mon
→ arrivée.
Voici la réponſe en partie , les bornes
de ce Journal refferrant les Analyſes .
» Benféid, Sultane , à Méhémet . Em,
» pereur , à Satalie en Caramanie.
» Mille idées triftes me chagrinent ,
» cher Sultan , depuis que vous vous
» êtes éloigné de ces lieux. Vous les
>> avez quittés plus promptement que
>>les oiſeaux les plus rapides ne parcou
> rent la voute azurée. Lorſque des fon-
>> ges déſagréables , ayant-coureurs des
>>peines que je devois reffentir , ont fuf-
>>>pendu mes ſens , prêts à fortir de leur
>> afſoupiſſement , &que la lumière du
>>jour , frappant les organes de la vue ,
→ m'a réveillée; mon âme , par un effor
>> naturel , portée fortement vers l'objet
>>que j'adore , a conçu , ſans le ſecours
>>de perfonne , l'éloignement du prin-
» cipe de ſa félicité. Mes craintes ont été
>> bientôt juſtifiées ; & la première voix
» qui m'a fait entendre les accens que je
»redoutois , ne m'a laiſſfé d'autre ſen
>> timent que celui de la plus vive douleur.
Il y a d'autres penſées Aſiatiques
dans cette Lettre,
AVRIL. 1764. 77
Dans la troiſième , où Méhémet écrit
à la Sultane Benfeid , du Camp devant
Conſtantinople , à Andrinople , au ſujet
d'Halifury , Prince de Caramanie , fon
Tributaire , qui s'étoit révolté , & enſuite
ſoumis , il y a ces expreſſions qui
peignent bien le naturel fougneux de
ce Conquérant.
» Il marche actuellement vers l'Armé-
>> nie , & je ſouhaite que le feu qu'il y
>>porte dure juſques aux temps où le
» Ciel , favorable à mes voeux , me per-
>> mettra d'y voler , pour l'éteindre dans
»le ſang de ceux qui m'ont offenfé.
Une Deſcription de Conſtantinople ,
embellie par des métaphores agréables
&juftes de la plus belle ſituation qui
ſoit fans contredit dans le monde , en
donne une idée magnifique. On juge de
la politique de Méhémet , par le choix
qu'il fit de Gennadius , le plus ſçavant
de tous les Grecs , pour l'inſtaller Patriarche
de Conſtantinople , en lui mettant
le Bâton paſtoral entre les mains ,
en préſence des Chrétiens & des Turcs .
Irène , la plus belle créature de cette
vaſte Capitale , paroît ſur la ſcène . Dans
une Lettre que ce Prince lui écrit de
Scutari , il lui dit que » les Femmes font
>> comme des eſſences précieuſes , qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE . "
>> ont plus d'odeurs lorſqu'elles font
>>plus renfermées , & auxquelles il ne
>> reſte aucune fuavité lorſqu'on leur
>>>laiſſe prendre l'air. On peut les com-
>> parer à une table où il y a des fruits
>> exquis qui aiguiſent l'appétit de ceux
>>qui les voient , quand même ils ſe-
>> roient rafſafiés. En Grèce , en Italie ,
>> en France , elles ont toutes fortes de
>>>libertés : elles vont & viennent ac-
>>>compagnées , ou feules ; elle caquè-
>>tent tant qu'elles veulent ; & les ſages
» Musulmans , qui ſçavent prévoir ce
>>qui peut leur arriver de fâcheux , dé-
>> fendent aux femmes les converſations
>>avec les hommes , de peur qu'elles ne
>> ſe laiſſent enchanter par les oreilles
>> comme les aſpics.
» Je veux que vous n'ayez rien à de-
>> firer , idole de mon âme ; je vous
>> donnerai bientôt des preuves de la
>> flamme dont je brûle pour vos célef-
>>>tes attraits , en vous traitant en Reine ;
» vous méritez d'être élevée au rang le
>>plus diftingué ; mon amour vous en
>> réſerve les honneurs , & une félicité
>> fans partage.
4
La deſcription du fiége de Belgrade
en 1456 dans une lettre écrite par un
des Généraux de Méhémet au Gouver
AVRIL. 1764. 79
neur de Conſtantinople eſt intéreſſante
par les exploits du fameux Hunniade ,
qui obligea ce Prince à le lever après
y avoir perdu une partie de ſes troupes.
Ce Conquérant , après avoir foumis
une partie du Péloponnéſe , alla voir
Athènes dont il écrit une lettre à Mizai
Paleologue , Prince Grec , un de ſesGénéraux.
>> J'ai conſidéré les édifices que les
>> temps même ont épargnés ; pénétré
>> de reſpect & d'admiration pour ces
>> lieux fameux par les Platon , les So-
>> crate , les Euclide , les Démosthène, les
» Miltiade&tant d'autres génies immor-
>> tels,guerriers invincibles,que ces con-
>> trées ſi déchues de leur première gran-
>> deur ont vu briller autre fois ; mon âme
» élevée par des tranſports dont je n'ai
» pas été le maître vers ces ombres di-
>>vines , leur a adreſſé les voeux que ma
» débile plume a tâché d'exprimer.
» Oh vous ! qui dans un repos éter-
>>>nel goûtez à des diſtances infinies de
>> ce globe où ne ſont que des êtres im-
>> matériels , la félicité inéffable que le
>> ſuprême Auteur de l'Univers vous
>> avoit réſervée pour vous récompenfer
» de vos vertus , recevez l'encens &
>> les hommages de celui qui n'ayant pu
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» par l'ordre des deſtinées en être le
>> témoin , forme des defirs pour votre
>> bonheur en regardant les reſtes de ces
>>Palais & de ces Temples plus heureux
>> que moi d'avoir entendu vos céleſtes
» accens. ;
Cet Ouvrage fait connoître Moncenigo,
le plus grand Général qu'ait jamais
eu la République de Veniſe. Il porta
la guerre dans les Provinces de l'Afie
Mineure de l'Empire Ottoman & calma
les troubles du Royaume de Chypre.
C'eſt un Perſonnage illustre dont
Moréri ni ſes Commentateurs n'ont jamais
fait mention. Ufum-Caffan a été
* auſſi oublié , ainſi qu'une infinité d'autres.
On feroit un bon Ouvrage de ce
qui leur manque.
Ce Roi de Perſe eut des démêlés avec
Méhémet ; toutes les lettres qu'ils ſe font
écrites n'ont pu être que très-intéreſſantes;
il y en a ſix où le génie de ces
deux Princes eſt bien développé. Le Sultan
veut engager Ufum- Caffan à rompre
les engagemens quil a pris avec les
Princes Chrétiens. » Tes intérêts ne
>> peuvent toucher fincérement les Al .
>>liés que tu as été chercher dans des
>> climats qui te ſont fi peu connus ; ils
>> font trop éloignés de toi pour crain-
>>dre ta vangeance lorſqu'ils t'abanAVRIL.
1764. 81
>> donneront. Joignons plutôt nos ar-
» mes , & faiſons trembler l'Europe ;
>> renverſons les Empires qui depuis la
> décadence & la divifion de celui qui
>> leur donna une première origine y
>> fleuriſſent par les Arts & le Com-
>> merce du monde ; fubjuguons des
>>>Nations trop foibles pour nous ré-
>> ſiſter. Voilà quelle doit être l'ambi-
>> tion d'un Souverain tel que toi , &c.
Ufum- Caffan lui demande la Cappadoce
& la ville de Trébiſonde qu'il a
envahies ſur ſon beau-père David Comnène
; il les lui refuſe , & la guerre ſe
déclare entr'eux. Le Roi de Perſe lui
écrit une lettre dont on ne rapporterai
ici que quelques expreffions. Après
lui avoir dit qu'il voudroit armer contre
lui tous les Rois de la Terre, & lui avoir
reproché ſon injustice, il ajoute : » Ton
>> ambition ſans bornes , qui depuis que
>>>tu es monté ſur le Trône te porte à
>> attaquer indiſtinctement tous tes voi-
>> fins , m'a engagé dans la Ligue des
>>> Princes qui veulent en arrêter les
>> cruels effets . Tu remplis de meurtres
» & de carnage les plus belles Provin-
» ces de l'Europe & de l'Afie ; & la
>> pente fatale au genre humain , qui
t'entraîne à élever un trophée enfan-
:
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
>>glanté fur les débris des Nations fub-
>> juguées , ne sçauroit être arrêtée avec
>> trop de célérité. Je me ſouviens des
>> ravages que tu as faits en Perſe dans
>>ta dernière irruption. Tu vins te raf-
>> fafier de ſang & du plaiſir ſtérite &
>>> barbare de facrifier à une vangeance
>> aveugle un nombre infini de mes Su-
>> jets dont j'ai pleuré la mort. Ton âme
>> dont la férocité eſt inacceffible à la
>> commifération , ne t'a point arraché
»une larme pour la perte de tes Sol-
>>dats qui moururent ſous les coups des
» miens. Il y a des traits auſſi forts dans
le reste de la lettre.
La Bataille de Jerwrack que gagna
Méhémet fur le Roi de Perſe , eſt décrite
dans une lettre qu'écrivit le Sultan.
Mamut, fon Grand-Vifir , le diſſuada
d'entrer dans l'intérieur de ce Royaume
, & il fut diſgracié pour lui avoir
fuggéré des conſeils contraires à fon
ambition.
Il y a des images agréables dans les
lettres de la Sultane Miltide , à Méhémet;.
furtout dans celle où elle tâche de l'attirer
à Conſtantinople pour qu'il puiffe
ſe délaſſer de ſes travaux. Elle employe
tout ce que le ſéjour de cette
belle Capitale a de plus ſéduisant pour
l'engager à y venir.
AVRIL. 1764 . 83
La mort d'Ufum- Caffan , & les divifions
qu'elle occafionne entre ſes deux
enfans , offrent à Méhémet une belle occafion
d'envahir un Royaume agite par
des guerres civiles ; ſes lettres & celles
fon Ambaſſadeur renferment des détails
curieux. On voit ce Prince s'occuper
de cette conquête & de la punition du
Soudan d'Egypte , ancien Allié du Roi
de Perſe. Pendant qu'il médite les plus
vaſtes projets , & qu'il ſe met à la tête de
trois cent mille combattans pour les
éxécuter ; en entrant en Afie , il eſt
attaqué d'une colique près de Nicomédie
, Ville de Bythinie , de laquelle il
mourut le 3 Mai 1481 & de l'Hégire
886 , après avoir vêcu 53 ans & en
avoir régné près de 32.
Il liſoit ſouvent l'Hiſtoire Romaine
furtout celle d'Auguste & des autres
Céfars. Il faiſoit ſes délices de celles
d'Alexandre , de Constantin , & de
Théodore ; il avoit beaucoup de goût
pour la Peinture & la Muſique , & fit
fleurir l'Agriculture : il parloit non
ſeulement l'Arabe langue affectée à
fa Nation , mais encore la Perfane ,
la Grecque & l'Italienne.
و
Tout ce qui peut faire connoître
le génie & les moeurs d'une Nation ,
Dvi
84 MERCURE DE FRANCE.
doit exciter notre curioſité. Cet Ou
vrage eft dans ce cas, & mérite d'être lu,
par le caractère aſiatique qui le diftingue
de beaucoup d'autres qui ont été
écrits fur lamême matière. Le prix des
deux brochures eſt de 1 liv. 16 f.
SUITE de l'Extrait de l'Ecole
de Littérature.
PLLUUSS nous avançons dans la lecture
de cet Ouvrage eſtimable , plus
nous fentons combien il eſt ſupérieur
à toutes les autres productions de ce
genre. Les cinquante Articles qui le
compoſent font , pour la plupart , autant
de morceaux de génie , qui excitent
dans l'âme du Lecteur des étincelles
du beau feu qui les a produits. Non
ſeulement on y apprend les régles de
la Poëfie , de l'Eloquence , de l'Hiſtoire,
&c ; mais on croit encore ſentir
naître en ſoi le defir d'être Poëte ,
Orateur , Hiſtorien , &d'en acquérit les
talens. Nous ne citerons aujourd'hui que
le morceau fur l'Ode , pour ne pas occuper
trop de place dans le Mercure de ce
mois , où nous avons encore un grand
(
AVRIL. 1764. 85
nombre d'autres Livres à annoncer.
» S'il y a eu peu de bonnes Odes
>> juſqu'à préſent, c'eſt que la plupartde
>> ceux qui en ont fait , connoiffent peu
>> ce genre de Poëme. Il ſuppoſe deux
>> qualités qu'on pofféde rarement fé-
» parées , & qu'on réunit plus rarement
>> encore : un grand ſens dans le plan ,
»& toute la fureur de l'enthouſiaſme
>> dans l'éxécution. Demandez à un Fai-
>> feur d'Odes quelle différence il y a
>>> entre une Ode & des Stances fur
>> un même ſujet ? Je ſuis für qu'il fera
>> très- embarraſſe de ſatifaire à votre
>>queſtion. Je vais donc tâcher d'éclair-
> cir ce point de littérature.
» Un Poëte ſe propoſe décrire ſur un
>>Sujet , tel que l'inconſtance de l'A-
>> mour ou de la fortune , la perte d'un
» ami , ſon éloignement , le malheur
» de la condition des hommes ; &c.
>> Il lui vient une penſée qu'il renferme
dans un certain nombre de vers dé-
>> terminé , dont le mêlange des rimes ,
>> le repos & la meſure ſont fixés ; &
>> il a fait une Stance. Il lui vient une
>> ſeconde penſée qu'il rend de la même
>> manière ; une troiſieme , une qua-
» triéme de même ; & il a fait une
» ſeconde , une troifiéme , une qua
86 MERCURE DE FRANCE.
>> triéme Stance , & ainſi de ſuite. Il
>> compoſe autant de Stances qu'il lui
» vient d'idées , ſans que ſon Poëme
>>>ait d'autres limites , que la fécondité
» ou la ſtériilté de ſon eſprit. On peut
» ajouter à ces Stances , on en peut
retrancher , fans que le Poëme en ſoit
>> aucunement altéré ce qui montre
>>que fes différentes parties ne ſont point
>> liées par une vue générale , qui ait
>>dirigé le Poëte tandis qu'il compofoit.
» Si après la première Strophe on lui
» eût demandé quelle étoit celle qui
>>devoit fuccéder , il n'auroit pas pû le
>> dire. C'eſt ainſi qu'il faut juger de la
>> plûpart de nos Odes , qui en portentle
» titre , & qui n'en ſont point. Qu'est-
>> ce donc qu'une Ode ? Un ouvrage
>> diftingué du Poëme en Stances par
>> la fublimité des idées ? Point du tout
➡ il y a des Stances très-fublimes , très-
» élevées. Par la chaleur & par l'enthou-
>> ſiaſme ? Ce n'eſt point encore cela : it
» y a des Stances qui font au plus haut
» degré de ces deux qualités. Par le fu-
» jet ? Nullement : on peut compoſer
» des Stances ou une Ode ſur le même
>> ſujet. Tout Poëme a ſon but , & l'Ode
>> a le ſien , mais auquel elle s'avance
>> d'une manière qui lui eſt propre.
AVRIL. 1764. 87
>>
» C'eſt , ou un fimple & unique raiſon-
> nement , qui a ſes différens membres ,
» & qu'on pourroit toujours réduire à la
>> forme du fyllogifme ; ou une ſuite de
raiſonnemens , enchaînés les uns aux
>> autres , & dirigés à la même confé-
>> quence . Voilà ce qui forme le plande
» l'Ode : il exiſte dans la tête du Poëte ,
>> avant qu'il prenne la plume. Voilà le
>> fil qui le conduira ſecrettement à tra-
» vers le dédale où l'enthouſiaſme le
>>précipitera. Ce fil qui doit être pré-
>> paré de fang froid , ſuppoſe beaucoup
>> de dialectique , un jugement ſain ,un
>> grand ſens , une pleine & entière con-
>> noiſſancede ſon objet. Tout ceci pré-
>>ſuppoſé , quel eſt enſuite le travail du
>> Poëte ? C'eſt de s'emparer des dif
> férens membres de fon raiſonnement ,
» de les prouver , de les rendre ſenſi-
>> bles , de les vivifier par les comparai-
>> fons , les apostrophes , les figures , les
>> images , les traits hiſtoriques , les écarts
mêmes ,&les rentrées heureuſes
» & de génie : c'eſt de ſe porter tantôt
» ſur un lieu , tantôt ſur un autre : c'eſt
>dediſpoſerſes preuves de la manière la
>>plus rapide& la plus frappante : c'eſtde
>> quitter un moyen , de le reprendre avec
>> plus de force , de le quitter encore , &
>>de paſſer à un ſecond : c'eſt de ſe mon-
1
88 MERCURE DE FRANCE.
» trer Logicien quelquefois , plus fou-
>>vent de dérober ſa logique : c'eſt d'é-
>> taler tout le luxe,toute lamagnificence,
>> toute la pompe de fon imagination ,
>> de ſe livrer à toute la hardieſſe de l'ex-
>> preffion , d'éprouver &de faire éprou-
>> ver aux autres toute la violence du ſen-
>> timent & de la paffion ; toujours in-
>> certain dans ſa marche ,jamais égaré.
>> Comme tous les détails font attachés
» à une baſe , on ne peut rien ajouter ,
>> rien retrancher à ſon Poëme ſans le
>>mutiler. Les parties tiennent toutes
>> les unes aux autres par une chaîne
>> réfléchie & raiſonnée;&les acceffoi-
>> res ne font que des embelliſſemens
>> proportionnés par leur étendue à l'ou-
>> vrage entier. Imaginez le Poëte lyri-
» que , porté ſur Pégaſe à travers les
>>>airs : l'animal aîle & fougueux ſe
>> perd quelquefois dans la nue ; quel-
>>>quefois il plane , quelquefois il def-
>> cend ,& ſe jette à droite ou à gauche
» de ſon chemin ; il rentre dans ſa
>> route & la fuit avec une rapidité in-
>>croyable . On lui remarque une foule
>> de mouvemens divers ; mais il a un
>> chemin tracé , interrompu , ſur lequel
>> il s'arrête , revient ou ferpente ; mais
» qu'il fuit , & qui lemène à un terme .
AVRIL. 1764. 89
Les Romains ſembloient incliner ,
>> par inconſtance , à tranſporter le fié-
>>ge de l'Empire de Rome à Troye.Ho-
>> race ſe propoſe de leur faire ſentir la
>> folie & même l'impiété de ce projet.
>> Comment s'y prend-il dans ſon ode ,
>> Firmum & tenacem propofiti virum ? II
>>débute par un éloge fublime de la
>> conſtance . C'eſt par cette vertu que
» Romulus , Fondateur de Rome , mé-
>> rita d'être admis au rang des Dieux ,
>> malgré les obſtacles qui s'oppofoient
> à ſon Apothéoſe. Il falloit vaincre la
>> haine cruelle que Junon portoit de
>> tout temps aux Troyens & à leurs
>> reſtes malheureux. Ce ne fut pas fans
>> peine qu'on y réuſſit ; mais fléchie
>>malgré elle , elle jura dans ſon reffen-
>> timent , que fi l'on achevoit de man-
>> quer à la fatisfaction qui lui étoit due ;
>> que ſi Romulus inſpiroit jamais à ſes
>> fiers deſcendans de relever les murs
»de la ville qu'elle haïſſoit , elle reffuf-
>> citeroit ſes Grecs ;qu'ils ſe raſſemble-
>> roient de rechef ; qu'ils ſe préſente-
>> roient devant la nouvelle Troye; que
>> ſes murs ſeroient renverſés , ſes Sou-
>> verains égorgés , ſes maiſons brulées ;
>>que la cendre en ſeroit arrofée du
>>>fang de ſes habitans ; que les hom90
MERCURE DE FRANCE.
>> mes mis à mort ſous les yeux de leurs
>> femmes & de leurs enfans leur ten-
>>> droient inutilement les bras ; & que
>>>les reſtes de ce Peuple infortuné ſe-
>>> roient conduits dans une captivité qui
» n'auroit point de fin. Ce fut ainſi
» que Junon parla ; ou plutôt ce fut
>> ainſi que le Poëte intimida ſes Con-
>>citoyens par la bouche d'une Déeffe
>>>irritée & jalouſe ; & qu'il compofa
>> une Ode où tout ſe tient fi intime-
» ment , qu'on ne peut ni y ajouter ,
>> ni en retrancher une ſeule phrase.
» Malherbe l'a bien imité , & a bien
>> ſenti ce que c'étoit qu'une Ode , lorf-
>> qu'il invitoit Louis XIII à marcher
>> contre les rebelles Rochelois. Dans
» ce Poëme , le Monarque eſt Jupiter..
» Les rebelles ſont les Titans foulevés
» contre le Ciel. Le Poëte s'embarque
>> dans la guerre des Titans. Il la peint :
>>on le croit égaré , perdu ; on ne ſyait
> comment il reviendra à ſon ſujet ; &
>>> tout-à-coup , par une heureuſe tran-
>> fition , on s'apperçoit qu'il ne l'a pas
» perdu de vue un inftant ,&c, &c,&c.
Après ces principes généraux , on
entre dans le détail des régles particulières
de l'Ode.
AVRIL. 1764. gr
ANNONCES DE LIVRES.
EPITRES à Meſſieurs d'Alembert ,
Thomas & d'Arget ; feuille in- 8°. à la
Haye , 1764.
Ces trois Epitres en vers font le fruit
de quelques momens de loiſirs que l'Auteur
, qui ne ſe nomme pas , à cru devoir
conſacrer à la gloire des trois hommes
eſtimables à qui elles ſont adreſſées.
L'Epitre à M. d'Alembert a pour objet
l'invitation & les propoſitions qui lui
ont été faites par l'Impératrice de Ruffie,
pour l'engager à ſe charger de l'éducationdu
Prince ſon fils. La nomination
de M. Thomas à la place de premier Secrétaire
de Mgr le Duc de Praslin , eft
le ſujet de la ſeconde Epitre. La troifiéme
à M. d'Arget , eſt la prééminence
d'un bon caractère ſur les Talens . Ces
trois pièces joignent au mérite de la
Poëfie , celui du zèle & de la ſenſibilité.
DAPHNIS & le premier Navigateur ,
Poëme de M. Geffner , traduit de l'Allemand
, par M. Huber ; à Paris , chez
Vincent , Imprimeur - Libraire , rue S.
Severin ; 1764 ; avec approbation &
92 MERCURE DE FRANCE.
privilége du Roi ; un vol. in- 12 , avec
de jolies gravures.
L'accueil favorable qu'ont obtenu du
Public les Traductions de pluſieurs Ouvrages
de M. Geffner' , donne lieu de
croire que l'on ne verra pas avec moins
de plaifir les deux morceaux réunis
dans ce volume. C'eſt par le Poëme de
Daphnis , que M. Geffner a commencé
à ſe faire connoître dans le Monde litté
raire. Cet Ouvrage parut pour la première
fois en 1755 , & depuis on en a
donné pluſieurs Editions. Rien n'en
égale la ſimplicité , quant au fond &
quant au ſtyle. Il ne s'y trouve ni intrigue
, ni catastrophe , & cependant il
y règne le plus grand intérêt ; l'Auteur
y a peint l'innocence , la candeur & la
vertu , de cette manière ſimple , noble
&touchante qui caractériſe les Ouvra
ges des Anciens. Le Poëme intitulé , le
premier Navigateur , a paru pour la première
fois en 1762 , dans la belle Edition
que M. Geffner a donnée de tous ſes
Ouvrages. On verra dans ce dernier
morceau , que l'Auteur n'a pas ſeulement
l'art de mêler avec le plus grand
fuccès le fentiment à l'image , mais encore
que perſonne n'a ſcu mieux que
lui transformer l'image même en fenti
AVRIL . 1764. 93
ment. Qu'on life , par exemple , dans le
ſecond chant de ce Poëme , comment
Eole ordonne aux Aquilons de former
un orage fur la tête de l'homme coupable
, pendant qu'il commande aux
Zéphirs de ſouffler ſur l'homme innocent
& champêtre , pour le rafraîchir
dans ſes travaux. Ces deux Poëmes ne
feront point déplacés à côté de celui de
la Mort d' Abel , Ouvrage du même Auteur,
& formeront, avec ſes Idylles , une
collection curieuſe & néceſſaire dans
le cabinet d'un Amateur.
ABRÉGÉ des Principes de Morale , &
des Règles de conduite qu'un Prêtre
doit fuivre pour bien adminiſtrer le
Sacrement de Pénitence ; par un Eccléſiaſtique
du Diocèce de B.... ; à Poitiers
, chez J. Felix Faucon , Imprimeur
de Mgr l'Evêque & du Clergé , place &
vis - à- vis l'Eglife Notre-Dame la Grande;
& à Paris , chez Ganeau , Libraire ,
rue & près de l'Egliſe de S. Severin ; un
vol. in- 12 de 380 pages , 1763 ; avec
approbation & privilége du Roi.
Il paroît que le pieux Eccléſiaſtique
qui a compoſé cet Ouvrage , a connu
par expérience les maximes qu'on doit
obſerver dans le redoutable ministère du
94 MERCURE DE FRANCE.
Sacrement de Pénitence , & qu'il eſt
parfaitement inſtruit de tout ce qui eſt
requis pour éxercer utilement cette fonction.
Il a raſſemblé dans cet Ecrit les
principes de la faine Morale ; il en a tiré
les plus juſtes conféquences ; il a facilité
aux jeunes Prêtres , qui travaillent dans
le ſacré Tribunal,les moyens de les mettre
en pratique. Il eſt aiſé de comprendre
combien ce Livre pourra être utile
aux Confeffeurs & aux Pénitens . Ceuxci
y verront leurs devoirs clairement
expliqués ; ceux-là auront un guide für
pour ſe conduire eux- mêmes , & pour
faire marcher leurs Pénitens dans la voie
du ſalut , après les avoir tirés de l'état du
péché , par une abſolution falutaire. Les
matières de pratique y font traitées avec
autant de ſolidité que de préciſion ; on y
a recueilli avec ordre les points les plus
importans de la Morale.
RÉFLEXIONS militaires , par M. de
Bouffanelle , Chevalier de l'Ordre Royal
&Militaire de S. Louis , Mestre de Camp
de Cavalerie , Capitaine au Régiment du
Commiſſaire-Général , Membre de l'Académie
des Sciences & Beaux-Arts de
la Ville de Béſiers ; à Paris , chez Duchefne
, Libraire , rue S. Jacques , au
AVRIL. 1764. 95
Temple du Goût , & chez Durand neveu
, Libraire , rue S. Jacques , à la Sageffe;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi ; brochure in-12 de 200
pages.
Les ſujets fur leſquels roulent ces Réfléxions
, font la Cavalerie , l'Officier
de Cavalerie , de Dragons , de Huſſards
&de toutes les Troupes à cheval , les
nouvelles Conſtitutions de la Cavalerie ,
l'éducation militaire , la Religion des
Anciens dans leurs Armées , la peine &
la récompenfe , le luxe dans le Militaire ,
l'amour de la gloire , la fubordination ,
la gaîté & l'enthouſiaſme néceſſaires aux
Gens de Guerre , le mariage des Officiers
, les habits uniformes , les châtimens
militaires , les connoiſſances militaires
des Anciens , les uſages & les armes
des Anciens , les anciennes Cavaleries
de différentes Nations , le cheval ,
le courage , la fauſſe émulation ou l'envie.
Tous ces différens Sujets nous ont
parus traités avec intelligence , & femés
de pluſieurs traits hiſtoriques , qui rendent
cette lecture très - curieuſe & trèsintéreſſante.
LES ÉLÉMENS primitifs des Langues,
découverts par la comparaiſon des Raci96
MERCURE DE FRANCE.
nes de l'Hébreu avec celles du Grec , du
Latin & du François. Ouvrage dans lequel
on éxamine la manière dont les
Langues ont pu ſe former , &ce qu'elles
peuvent avoir de commun; par M. Bergier,
Docteur en Théologie , Curé dans
le Diocèſe de Besançon , à Paris , chez
Brocas & Humblot , rue S. Jacques , au
Chef S. Jean ; brochure in- 12 de 350
pages ; avec approbation & privilége
du Roi ; 1764 .
Pluſieurs Sçavans avoient déja ſoupçonné
que les Racines des Langues anciennes
pourroient bien être les mêmes
que celles des Langues modernes; mais
perſonne n'avoit encore tenté dele vérifier
par un parallèle éxact & ſuivi,& c'eſt
ce qu'entreprend M. Bergier , dans les
huit Differtations qui forment ce Recueil
, & qui traitent du changement
des Lettres dans la prononciation , de la
compofition des Mots , du Verbe ſubſtantif
, des Verbes hébreux & de leurs
Conjugaiſons , des différentes parties du
Diſcours , de la Syntaxe , du mêlange &
dela dérivation des Langues,& de l'uſage
qu'onpeut faire des racines.Cet Ouvra
ge nous paroît auſſi ingénieux que ſçavant
,&propre à répandre beaucoup de
lumière ſur la ſcience de la Grammaire,
LES
AVRIL. 1764. 97
LES LOISIRS & Amusemens de ma
Solitude , Ouvrage moral ; à Laufane ,
& ſe trouve à Paris , chez Duchesne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; 1764 ; brochure in- 12 .
Cette Brochure contient des Penſées
détachées ſur divers ſujets de Morale , &
cinq ou fix Contes qui nous ont paru
très-bien écrits , & très- intéreſſans . On
dit que l'Ouvrage eſt d'un Militaire , qui
l'a compoſé dans ſes momens de loiſir.
Les Penſées & les Réfléxions qu'il préſente
, ne font dictées , ni par une fauſſe
Philofophie , ni par un eſprit de Miſantropie
& de cauſticité. Tout y reſpire
l'honneur , la ſageſſe , l'humanité & l'aménité
des moeurs. Les gens de goût ne
trouveront d'autre défaut dans ce recueil
que d'être trop peu volumineux .
• DISSERTATION fur les Origines de
Toulouſe ; avec cette Epigraphe : Jam
feges eft ubi Troja fuit. Ovid. Ep. Penel.
Ulyf. à Avignon , chez Jean - Louis
Chambeau , Libraire - Imprimeur ; & fe
vend à Toulouse , chez Biroffe , Libraire,
à la Bible d'or ; 1764 ; brochure in-8°.
de 70 pages.
Cet Ecrit , plein de recherches ſçavantes
, & qui préſente des vues nou-
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
velles , méritoit , par ce double titre ,
d'être dédié à M. l'Abbé Barthelemy
qui a fait lui-même des découvertes fi
ſcavantes dans l'Antiquité. L'Auteur ,
M. Audibert , Vicaire de Verfeil , nous
paroît avoir examiné avec la plus ſcrupuleuſe
attention , les Monumens antiques
qui font aux environs de Toulouſe ,
&dans Toulouſe même ; & comparant
enſuite ces reſtes de l'Antiquité ,
avec ce qu'ont dit d'anciens Ecrivains
il en tire des conféquences fûres , qui
jettent le plus grand jour fur pluſieurs
points de notre Hiſtoire.
,
REMARQUES fur pluſieurs branches
de Commerce & de Navigation ; nouvelle
Edition , ſans nom d'Auteur , ni de
Ville , ni d'Imprimeur ; 1764 ; brochure
in- 12 , en deux parties.
*
L'Auteur nous paroît très- inſtruit des
divers objets qui font la matière de cet
Ouvrage ; & nous croyons que l'intérêt
public demande que l'on fafle fur-tout
attention à l'endroit où il eſt parlé de la
fortie des grains hors du Royaume, fans
la libertéde laquelle il eſt impoffible , dit
l'Auteur , que l'Agriculteur ſe relève de
l'état d'abattement ſous lequel il languit,
* Nous venons d'apprendre que l'on en trouve
des Exemplaires , chez M. Simon , rue S. Jacques.
THEQUE LEL
LYON
AVRIL. 1764. *
*
par les impôts dont il le croit cha
Les Pêcheries méritent auſſi l'attention
du Lecteur ; & l'on ne sçauroit affez
recommander l'exemption de tous les
droits de conſommation ſur l'entrée du
Poiffon dans le Royaume.
VOLTAIRE , Poëme en vers libres ,
par M. le Clerc de Mont- Merci , Avocar
au Parlement , avec cette Epigraphe :
Omnia transformat fefe in miracula rerum.
Virg. Georg. Sans nom de Ville ni
de Libraire ; mais on en trouve des
Exemplaires partout où ſe diſtribuent
les Nouveautés. Brochure in-8°. de 76
pages ; 1764 .
Un Poëme dont M. de Voltaire eft
le Sujet & le Héros , eſt un objet trop
intéreſſant pour nous en tenir à une
fimple annonce ; nous en donnerons
donc un Extrait détaillé dans le Mercure
prochain , l'abondance des matières
ne nous permettant pas de l'inférer
dans celui-ci.
LES SAISONS & les Jours , Poëmes ;
1764. On trouve des Exemplaires de
cetteBrochure in-12, chez Bauche , Libraire
, quai des Auguſtins .
On a réuni ſous un titre très- court ,
de très-jolies Piéces qui traitent des mê-
E ij
TOO MERCURE DE FRANCE.
mes matières , qui avoient couru manuf
crites , & dont quelques -unes même
avoient déja été imprimées. On connoît
depuis longtemps les quatre parties du
Jour de M. de B..... Les quatre Saiſons
du même Auteur n'étoient pas auſſi publiques.
Celles de M. Bernard & les
deux points du jour de M. de S. L.
étoient diſperſés dans divers volumes ,
& n'avoient paru que défigurés par des
lacunes ou des fautes conſidérables . On
doit donc ſçavoir gré au Libraire qui
les a réunis en un ſeul volume , en
les réimprimant très - correctement &
fur du beau papier. Nous ne dirons
rien du mérite de ces différens mor- /
ceaux de Poësie , que tout homme de
goût ne peut ſe diſpenſer d'avoir dans
fon cabinet.
DICTIONNAIRE de Titres
originaux pour les Fiefs , les Domaines
du Roi , l'Hiſtoire , la Généalogie , &
généralement tous les objets qui concernent
le Gouvernement de l'Etat ; ou
inventaire général du Cabinet du Chevalier
Blondeau de Charnage , ci-devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris Faubourg S. Germain , rue Guénégaud
, à la porte cochère à côté de
AVRIL. 1764. IOT
PHotel d'Artois , à Paris , de l'imprimerie
de Michel Lambert , rue & à
côté de la Comédie Françoiſe ; 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi.
Brochure in - 12 , de 200 pages.
Le Cabinet de M. Blondeau est compoſé
de foixante-dix mille Titres , dont
environ foixante mille en originaux. Il
eſt diſtribué en 26 parties. Ce Dictionnaire
commence par les Fiefs ; on donnera
enfuite l'inventaire des Titres féodaux
concernant les Archevêchés , Evê
chés , Abbayes , Prieurés , Chapitres ,
Cures , Communautés Religieuſes , &c .
On paffera enſuite à l'inventaire des
Titres concernant le Domaine ; & l'on
continuera celui des autres parties du
Cabinet; felon que les objets ſe préfenteront.
Tous les titres font rangés
par ordre alphabétique des noms des
Seigneuries pour les Fiefs,&des noms de
Familles pour les Titres généalogiques .
TARIFS , ou comptes faits , concernant
les alliages & les bonifications
d'or & d'argent ; par M. J. Xhrouet ;
à Paris , chez Guillyn , Libraire , Quai
des Auguſtins ; 1763 ; volume in- 12.
La partie la plus délicate de l'Orfévrerie
étant les titres des matières
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
d'or & d'argent ; & leurs calculs , par
la grande juſteffe qu'ils éxigent , devenant
extrêmement longs&difficiles ,
il n'est pas douteux qu'on ne les voie
avec plaifir réduits à une ſimple addition.
C'eſt-là l'objet que l'Auteur s'eſt
propofé de remplir dans l'ouvrage que
nous annonçons. On y trouvera une
grande facilité pour mettre quelque Or
que ce puiffe être à 20 , 21 ,22 , 23 Ка-
rats ; &c. Le Livre est dédié à M. de
Gouve , Procreur Général en la Cour
des Monnoies. L'étendue de ſes lumières
dans cette partie , la juſteſſe de
fon difcernement , la place qu'il occupe
forment un préjugé favorable pour
çetOuvrage, qui ne peut être que d'une
très-grande utilité pour les Artiſtes qui
travaillent en or & en argent.
NÉCESSITÉ de penser à la mort, ou
Inftructions chrétiennes pour le temps
de la maladie ; Ouvrage non ſeulement
utile à ceux qui adminiſtrent les derniers
Sacremens , & qui ont le ſoin
fpirituel des malades , mais encore aux
malades mêmes , & à ceux qui leur donnent
les ſecours temporels. On y a joint
l'Ordinaire de la Sainte Meſſe ,une
courte explication de l'Oraifon Domi
AVRIL. 1764. 103
nicale , une paraphraſe ſur les ſept
Pſeaumes de la Pénitence , les Prières
de l'adminiſtration du faint Viatique &
de l'Extrême- Onction, & les Prières des
Agonifans , en Latin& en François,ſeconde
édition , revue , corrigée & augmentée.
A Senlis , & ſe vend à Paris
chez Desaint & Saillant , Libraires, rue
S. Jean de Beauvais ; Claude Hériſſant ,
Libraire- Imprimeur , rue Neuve Notre-
Dame , à la Croix d'Or ; & Hériſſant ,
rue S. Jacques , Imprimeur du Cabinet
duRoi 1764. Avec Approbation & Pri
vil. du Roi , Vol. in- 12 , d'environ 600
pages. Prix,21 . broché & 2 1. 10 f. relié.
Ce Titre qui fait connoître ſuffifamment
l'objet & l'utilité de cet Ouvrage
édifiant , nous diſpenſe d'entrer dans
un plus grand détail.
INSTRUCTIONS familières en forme
d'entretiens , ſur les principaux objets
qui concernent la culture des Terres ;
Ouvrage à la fin duquel on trouvera
deux Mémoires fort intéreſſans ſur les
Bois ; par M. Thierriat , Conſeiller du
Roi , Garde-Marteau de la Maîtriſe des
Eaux & Forêts de Chaulny : avec cette
Epigraphe : Beatus ille qui procul negotiis
&c. Hor. A Paris, chez Mufierfils,
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , quai des Auguſtins , au coin
de la rue Pavée , à S. Etienne ; 1763.
Brochure in- 12. de 140 pages.
En faveur des enfans qu'on deſtine à
la culture des Terres , ce Livre est
par demandes & par réponſes. Les Maî
tres d'Ecole de Village pourront s'en
fervir pour leur apprendre à lire. Ils
pourront même leur faire apprendre
par coeur les réponſes aux différentes
queſtions. Par ce moyen les enfans goûteront
peu-à-peu-les principes de l'Auteur
, connoîtront ce qu'il y a de mieux
dans les anciennes pratiques , & travailleront
utilement pour eux & pour les
bien de l'Etat,
MÉMOIRES d'Azéma , contenant diverſes
Anecdotes des régnes de Pierrelc-
Grand , Empereur de Ruffie , & de
l'Impératrice Catherine ſon épouse , traduits
de Ruffe par M. Contant d'Orvil
le ; à Amſterdam , 1764 ; & fe trouvent
à Paris au Palais Royal , chez Mde la
Marche. Brochure en 2 parties in- 12 .
Prix , 2 liv. 8 f.
Nous pourrons donner un jour l'Extrait
de ce Roman nouveau.
LEÇONS de Phyſique Expérimentale,,
1
AVRIL. 1764 . 1ος
Tome VI. par M. l'Abbé Nollet, de l'Académie
Royale des Sciences & Maître
de Phyſique & d'Hiſtoire Naturelle des
Enfans de France. Vol. in-12. de 527
pages , orné de 20 Planches en Tailledouce
bien déffinées & bien gravées.
A Paris , chez Hippolyte- Louis Guerin
& Louis- François Delatour, rue S. Jacques
, à S. Thomas d'Aquin ; 1764. Се
Volume contient quatre leçons , ſcavoir
la 18 , la 19 , la 20 & la 21 qui eft
lå dernière de cet Ouvrage.
La première de ces quatre leçons a
pour objet les mouvemens des. Aftres
&les phénomènes qui en réſultent ; la
2º traite des aimans tant naturels qu'artificiels;
dans la 3 & dans la 4ª M. Lo
N. expoſe méthodiquement les phénomènes
de l'électricité , & fait voir par
un grand nombre d'exemples , qu'on
peut maintenant rendre raiſon de toutes
ces merveilles , que bien des gens
croyent inexpliquables.
Il y a tout lieu de juger que ce volu
meaura le fort des autres qui ont été forr
accueillis du Public tant en France
que dans les païs étrangers . Ce Livre eff
devenu claſſique ; il eſt traduit dans
toutes les langues.

31
Nous avons remarqué en parcou
Ey
106 MERCURE DE FRANCE.
rant le volume que nous annonçons,
que M. l'Abbé Nollet promet un Supplément.
En parlant de certaines queftions
, qu'il a été obligé d'omettre ,
ou qu'il croit avoir un peu trop reſſerrées
; mon deſſein , dit- il , eſt d'y reve-
>> nir ; ce fera dequoi former le Sup-
>> plément que j'ai promis dans ma Pré-
>>face , & que je regarde comme un en-
>> gagement que j'ai contracté , & dont
>> jedefire fort de pouvoir m'acquitter.
NOUVELLE Méthode pour aprendre
la langue Latine, par un ſyſtême ſi facile ,
qu'il eſt à la portée d'un enfant de cinq
àfix ans qui ſçait lire : & fi prompt qu'on
y fait plus de progrès en deux ou trois
années , qu'en huit ou dix , en ſuivant
la route ordinaire. Par M. Delaunai. 4
volumes in-8°. Prix , 18 liv. en feuilles,
A Paris , chez Gogué, Libraire , quai
des Auguſtins , au coin de la rue Pavée.
Et chez l'Auteur , Cloître S. Germainl'Auxerrois
; 1763 ; avec approbation &
pri ilége du Roi.
On délivre aux Souſcripteurs de cer
Ouvrage ces 4 volumes depuis le 15
Septembre 1761 : cependant l'Auteur
reçoit encore actuellement des plaintes
des Soufcripteurs des Provinces , qui
AVRIL. 1764 . 107
diſent par leurs lettres qu'ils n'ont encore
que le premier Volume , quoiqu'ils ayent
payé le tout , dès en ſouſcrivant. Ce n'eſt
point la faute de l'Auteur , mais celle
des Commiffionnaires qui n'ont pas
retiré leurs volumes dans les temps indiqués.
Néanmoins , comme il faut une
fin à tout , on avertit ici les Soufcripteurs
de faire retirer leurs volumes,
d'ici à la fin de Mars 1764 car ſans
cela ,& paffé ledit temps , leurs Soufcriptions
n'auront plus de valeur , &
ils perdrontce qu'ils auront avancé. Enfin
, pour que ces Souſcripteurs ne
puſſent point ignorer le préſent Avis ,
on l'a affiché pendant les mois de Janvier
, de Février & de Mars 1764 : &
on l'indiquera dans les Journaux littéraires.
ESSAL fur les Duchés de Lorraine&
de Bar , par M. Charles- Léopold AndreudeBeliftein
, avec cette Epigraphe :
....
Natale folum dulcedine cunctos
Ducit , & immemores non finit eſſe ſui.
Ovid.
A Amsterdam , & on en trouve des
Exemplaires à Paris chez Jorry , rue
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
& vis-à- vis de la Comédie Françoife.
Brochure , petit in-8°. de 250 pages .
Ce Livre qui n'a point été imprimé
en France , contient 15 Chapitres dans
lesquels on traite de l'état phyſique &
politique , des Finances , de l'Etat Militaire
, de l'Agriculture , du Luxe , des
Manufactures du Commerce de la
Lorraine .
25
L'ESPRIT des Monarques Philoſophes
, Marc-Aurele , Julien , Stanislas:
& Frédéric ; à Amsterdam , & fe trouve
à Paris chez Vincent , rue S. Severin ;
1764. volume in- 12. de 430 pages.
Depuis Salomon , le Philofophe , le
Sage par excellence , dont les écrits
font partie des Livres Canoniques ,
Hiſtoire ancienne ne fournit que deux
Monarques , Marc- Auréle & Julien , qui
ayent laiffé des Ouvrages de Philoſo--
phie Morale & Politique. Après tant de
ffécles écoulés depuis le régne de ces
grands hommes , nous avons l'avantage
de les voir revivre dans, Stanislas le
bienfaisant , & Frédéric le Salomon du
Nord. En reuniffant fous un même
point de vue les penſées & les leçons de
ces quatre Monarques , on voit que le
deffein de l'Auteur n'a pas été de less
AVRIL. 1764 . 1091
publier toutes. Il s'eſt ſeulement affujetti
au titre & à l'objet de ſon Ouvrage
; & il n'a extrait de leurs écrits, que
les maximes qui les caractériſent plus
effentiellement comme Monarques Philofophes.
Il y a dans ce recueil des chofes
qui demandent à être connues plus
-ſpécialement , & qui nous fourniront
pour le Mercure prochain , un Extrait
intéreſſant& agréable..
P. VIRGILII Maronis Opera , cum
notis brevioribus , ad ufum fcholarum ;
Parifus , apud Defaint & Saillant , vid
S. Joannis Bellovacenfis , Brocas &
Humblot , viá San - Jacobæá , ad infigne
capitis S. Joannis ; 1764 ; cum privilegio
Regis. Vol. in- 12 , minoris formæ.
Cette nouvelle édition des oeuvres de
Virgile , faite en faveur des écoliers de
tous les Colléges de France , furpaffe
fans contredit , en beauté & en cor .
rection , toutes celles qui juſqu'à préſent
ont été en uſage dans les claffes.
Le caractère en eſt pet ,le papier très--
blanc & l'édition très-portative ; voilà
pour la partie Typographique. Les notes
en ſont courtes , claires , & ne diſent
que ce qu'il faut ſçavoir pour l'intelligence
du Texte, On a ſuivi d'ailleurs .
110 MERCURE DE FRANCE.
les manufcrits les plus eſtimés , les éditions
les plus correctes , & les Commentateurs
les plus célébres , pour ne
préfenter que le véritable ſens de l'Auteur..
LE MONDE moral , ou Mémoires
pour fervir à l'Hiſtoire du Coeur humain.
On connoît cet Ouvrage qui parut
il y a quatre ans ; c'eſt un Roman en
deux parties de feu M. l'Abbé Prévot :
nous ne le rappellons , que pour dire
qu'on vient d'en donner la fuite dont
nous rendrons compte inceffamment.
LE PHILOSOPHE Négre , & le ſecret
des Grecs. Ouvragetrop néceſſaire ;
en deux parties in- 12 ; Londres , 1764 ,
& à Paris , chez Prault petit-fils , Quai
des Auguſtins , à l'Immortalité.
C'eſt un petit Roman composé par
M. M... dans lequel on dévoile les manoeuvres
des Joueurs fripons.
L'HISTOIRE de l'Irlande , ancienne
& moderne , tirée des monumens les
plus authentiques ; par M. l'AbbéMa-
Geoghegan ; à Paris , chez Antoine Boudet,
Imprimeur duRoi ,rue S. Jacques,
AVRIL . 1764. FIE
à la Bible d'Or ; avec Approbation &
Privilége du Roi , 3 vol. in-4°.
CetOuvrage qui a été donné volume
par volume , & dont le troifiéme paroît
nouvellement , mérite qu'on en faffe un
ou pluſieurs extraits ; auſſi nous propofons-
nous d'y revenir plus d'une fois.
OEUVRES diverſes de M. l'Abbé Clément
, C. D. S. L. D. L. à Paris , chez
Claude Heriffant , rue neuve Notre-Dame
, à la Croix d'Or ; 1764 , avec Appro
bation & Privilége du Roi ; brochure
in-12 de 200 pages.
M. l'Abbé Clément a tortde croire ,
dans ſa Préface , qu'il trouvera peude
lecteurs ; ſes OEuvres poëtiques font de
nature à lui en procurer un grand nombres.
Premiérement elles sont très variées
, & par là très-capables de plaireà
pluſieurs claffes de lecteurs. Elles ont en
fecond lieu , toutes les qualités qui font
le mérite de ces fortes de petites Piéces ;
on y trouve de l'eſprit ,du fentiment ,
du goût & de la Poësie . A la tête du
recueil ſont placées des Odes ſacrées ,
dont le Sujet efſt tiré des Pſeaumes ; elles
font fuiviesde quelques traductions des
Hymnes du Breviaire de Paris. En
1735 , l'Académie Françoiſe avoit pro172
MERCURE DE FRANCE.
poſé pour le prix de l'Ode , les progrès
de la Mufique sous le régne de LOUIS
LE GRAND. M. l'Abbé Clément eut
le prix ; & fon Ode qui tient un rang
diftingué dans ce recueil , exprime , par
des Strophes harmonieuſes , tous les,
charmes de la Muſique. Nous n'indiquerons
pas tous les Sujets que l'Auteur
a traités ; il y a dans cette brochure
plus de quatre-vingt Pieces , tant
Odes qu'Epîtres , Bouquets , Portraits ,
Etrennes , Placets , Epitaphes , Epithalames
, Epigrammes , Cantatilles , Rondeaux
, Fables , &c. Nous en avons rapporté
une dans le Supplément aux Piéces
fugitives du Mercure de Mars dernier..
Elle nous paroiſſoit de ſaiſons alors
&nous nous réſervions d'en faire connoître
l'Auteur dans le Mercure de ce
mois. Cette Piéce où il eſt queſtion
d'une aventure de bal fuffit pour
donner une idée du goût de l'Auteur ,,
&du mérite des autres Piéces qui compoſent
cette brochure..
<
,
2.
REQUÊTE au Roi , par la Dame
veuve Calas , feuille in-4° , & in-8 ° ,
on en trouve des exemplaires chez les
Libraires du Palais Royal.
L'Hiſtoire des ſieurs & Dames Ca
AVRIL. 1764. 11.3%
Ins , que tout le monde connoît préſentement
, étoit un Sujet bien propre
à faire naître des vers touchans &
pathétiques : auſſi eſt-ce là ce qui diſtingue
principalement cette Requête en
Vers , compoſée par un Poëte qui a de
la chaleur & du ſentiment..
GAZETTE Littéraire de l'Europe. A
Paris , au Bureau de la Gazette de Fran
ce. Prix de la Souſcription , 24 liv. par
an , papier ordinaire , & de 30 liv . papier
plus grand & plus fin.
L'objet de cet Ouvrage périodique
eſt d'annoncer tous, les Mercredis de
chaque ſemaine, dans une feuille in- 8º
de ſeize pages d'impreſſion , les Livres
qui paroiffent tant en France que dans
les Pays Etrangers. Pour ceux de France
on n'en donne que l'annonce & une:
courte notice. A l'égard des Livres
Etrangers , outre cette annonce, on pùbliera
à la fin de chaque mois quatre
feuilles de fupplément,dans lesquelles on
renverra les Traductions entières & les
Analyfes détaillées des Ouvrages quis
mériteront d'être plus particulièrement
connus.
La première feuille de cette Gazette
a paru le Mercredi 7 du mois de Mars.
114 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE III.
SCIENCES ET BELLES LETTRES
ACADEMIES.
LETTRE de M. de BELLISLE , Secrétaire
des Commandemens de S.A S.
Mgrle DUC D'ORLEANS , à M. de
VELYE , Membre de la Société Littéraire
de Châtons-fur-Marne ,le 24
Septembre 2763.
:
MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS
, Monfieur , qui est quant à préfent,
le feul Prince appanagé de la Maiſon
de France , doit veiller avec une attention
particulière , pour que perſonne ne
puiffe prétendre à un pareil titre , qui
n'eſt dû qu'aux males puînés de nos
Rois , & àl'aîné de la defcendance mafculine
de ces puînés. En effet , l'Appanage
eſt une portion détachée des Domaines
de la Couronne , que les Loix
de l'Etat donnent ,avec autant de juſtice
que de politique , aux puînés de nos
AVRIL. 1764. 115
Souverains , pour leur ſubſiſtance , &
pour leur tenir lieu du partage au Trône
qu'ils étoient en droit de prétendre fous
la première & la ſeconde Race. Une
longue expérience ayant fait fentir les
inconvéniens de cette divifion de Souveraineté
, on y remédia au commence
ment de la troifiéme , par la Loi falutaire
des Appanages , qui font devenus dans
la ſuite reverfibles à la Couronne au défaut
de la ligne maſculine. Cette portion
que tient le Prince appanagé , avec des
prérogatives dignes de la fource dont
elles font émanées , & qui lui retracent
fans ceſſe l'éclat & les droits de fon origine
, ainſi que ſes devoirs , eſt certainement
la plus noble &la plus belle de
toutes les tenures , & ne peut être affimilée
à aucune autre. D'après ces principes,
Monfieur ,Mgr le Duc d'Orléans n'a pu
voir fans ſurpriſe, dans le Mercure de
France du mois d'Avril 1760 ,tom. 2, p.
148, que , dans un article où l'Auteur du
Mercure rend compte d'une Séance publique
de la Société Littéraire de Châlons-
fur-Marne , il ſoit dit que vous
avez continué la lecture de l'Hiſtoire de
la Ville , de la Comté- Pairie de Vertus ,
&de la fuite des Seigneurs qui ont poffédé
ce Domaine juſqu'à M. le Maréchal
116 MERCURE DE2 FRANCE.
Prince de Soubiſe , qui le tient aujour--
d'hui comme un Appanage de la Maiſon
de France , étant héritier pour une partie
de l'ancienne Maison de Bretagne , qui
le poſſedoit à ce titre. Voilà en peu de
mots , Monfieur, trois aſſertions bien extraordinaires
. 10. M.le Prince de Soubise
n'a jamais prétendu & ne peut pas pof
féder le Comté de Vertus comme- un
Appanage de la Maiſon de France.
2°. La Maiſon de Bretagne ne l'a point
poſſédé à ce titre. 3°. M. le Maréchal de
Soubiſe n'en eſt point propriétaire com--
me héritier de l'ancienne Maison de
Bretagne. Un ſimple extrait des ſçavans
Ouvrages de M. Dupin & de M.
l'Abbé de Longuerues ſuffira pour établir
la négative des faits que vous avez
avancés . Lors de la réunion de la Champagne
à la Couronne de France , la Seigneurie
de Vertus entra dans le Domaine
du Roi ; elle y eſt demeurée juf
qu'en 1361 , que le Roi Jean la donna
enpleine propriété , avec titre de Comté,
à Jean-Galeas Viscomti , pour dot de ſa
fille Isabelle que Viſcomti épouſa . Jean-
Galeas mariant ſa fille Valentine avec
Louis , Fils de France , Duc d'Orléans ,
en 1389 , lui donna de même en dot le
Comté de Vertus. Marguerite , fille de
)
AVRIL 1764. H7
Valentine & de Louis , Duc d'Orléans ,
**porta ce Comté dans la Maiſon de Bretagne
, en épouſant Richard , Comte
d'Estampes. De leur mariage naquit
François II , Duc de Bretagne , qui en
fit don à François , ſon fils naturel , fouche
des Seigneurs d'Avangour. Si vous
voulez , Monfieur , confulter les preuves
de l'Hiſtoire de Bretagne , tome 3 , colonne
1354 , vous y verrez qu'il fut enjoint
aux Seigneurs d'Avangour , par
pluſieurs Arrêts du Parlement , de ne
point ufurper le nom de Bretagne. Ces
Seigneurs ont continué dejouirdu Comté
de Vertus de mâle en mâle , juſqu'en
1746 , que leur poſtérité mafculine s'étant
éteinte , leur fucceffion a paſſé à
M. le Prince de Soubiſe , iſſu de Marie
d'Avangour , qui avoit pour quatriéme
ayeul François d'Avangour, fils naturel
de François II. Ce n'eſt donc point
comme héritier de l'ancienne Maiſon de
Bretagne , que M. le Prince de Soubiſe
pofſéde le Comté de Vertus , mais comme
héritier d'une branche illégitime de
cette Maiſon. Ce n'eſt donc point comme
en Appanage de la Maiſon de France
, que M. le Prince de Soubife tient
aujourd'hui ce Comté , mais comme un
héritage qui lui eſt échu du chef d'une
18 MERCURE DE FRANCE.
grand -mère, laquelle avoit recueilli par
droit de fucceffion , la donation faite à
François d'Avangour fon auteur , parle
Duc de Bretagne. Enfin dans les diverſes
mutations du Comté de Vertus , qui
a paffé du Roi Jean à ſa fille Isabelle ,
d'Isabelle à Valentine de Milan , ſa fille ,
de Valentine à ſa fille Marguerite,deMarguerite,
femme de Richard Comte d'Eftampes
, à leur fils François , Duc de
Bretagne , & du Duc François à François
d'Avangour ſon fils naturel ; on ne
reconnoît aucun des traits qui caractérifent
un Appanage du la Maiſon de France
, & d'où l'on puiſſe inférer que la
Maiſon de Bretagne ait poſſédé à ce
titre le Comté de Vertus. Ces obfervations
, Monfieur , que j'ai l'honneur de
vous envoyer par ordre de Mgr le Duc
d'Orléans , & dont vous pouvez faire la
vérification dans notre Hiſtoire , vous
engageront ſans doute à faire inférer
dans le Mercure un Article qui puiſſe réformer
ce qui a été avancé à ce ſujet
dans celui d'Avril 1760 ; afin que les
perſonnes qui ne ſont pas inſtruites de la
nature des Appanages , ne ſe forment
pas de cette tenure des idées fauſſes ,
qu'il eſt important pour les Princes Appanagers
de ne pas laiſſer accréditer ; &
AVRIL. 1764. 119
,
comme la Société Littéraire de Chalons
ſe propoſe de donner bientôt au
Public le recueil de ſes Mémoires
SA. S. fe flatte que vous aurez l'attention
de fupprimer dans celui qui concerne
le Comtéde Vertus, le titre d'appanage
dont vous l'avez décoré , avant
d'avoir approfondi cette matière.
J'ai l'honneur d'être , &c .
RÉPONSE à la Lettre précédente , par
M. FRADET, Secrétaire de la Société
Littéraire de CHAALONS - SURMARNE
, du 2 Février 1764.
MONSIEU ONSIEUR ,
Vous avez pris la peine d'écrire le 24
Septembre dernier à M. de Velye , l'un
des Membres de la Société Littéraire de
Châalons ; vous lui avez marqué que
S. A. S. Mgr le DUCD'ORLÉANS ,
avoit lû avec ſurpriſe dans le 2º. Vol .
du Mercure de France du mois d'Avril
1760 , que notre Aſſocié avoit avancé
dans ſon Hiſtoire de Vertus , que cette
Comté-Pairie étoit aujourd'hui tenue
20 MERCURE DE FRANCE.
|
par M. le Maréchal Prince de Soubife ,
comme un appanage de la Maiſon de
France , étant héritier pour une partie
de l'ancienne Maison de Bretagne
qui la poſſédoit à ce titre , & vous
lui avez démontré 1º. que Monfieur
le Prince de Soubiſe , n'avoit jamais
prétendu & ne pouvoit pas poſſéder le
Comté de Vertus comme un appanage
de la Maiſon de France. 2°. Que la
Maiſon de Bretagne ne l'avoit point pofſédé
à ce titre. 3°. Que M. le Maréchal
de Soubiſe n'en étoit point propriétaire
comme héritier de l'ancienne Maiſon
de Bretagne. M. de Velye auroit eu
l'honneur de vous faire réponſe , & de
réformer ſon erreur , qui peut donner
de faufſes idées de la nature des appanages
aux perſonnes qui n'en ſont pas
bien inſtruites ; mais il étoit , lors de la
réception de votre lettre , attaqué de la
maladie qui nous l'a enlevé environ
deuxmois après. Cette lettre s'eſt trouvée
parmi ſes papiers , qui viennent de nous
être remis ; & la Société ſe fait un devoir
de fatisfaire aux obligations qu'il n'a
pu remplir , & de donner à Mgr le Duc
d'Orléans des marques de ſon profond
reſpect. Elle peut uniquement dire pour
ſa juſtification & pour celle de fon Affocié
AVRIL. 1764. 121
ſocié , qu'elle n'a toléré cette aſſertion,
& qu'elle n'a été haſardée dans l'hiſtoire
du Comté de Vertus , que ſur la foi
d'un paſſage de M. de Ste Marthe dans
fon Hiſtoire de la Maiſon de France ,
Liv. 8. c. 3. fur Jean. 2°. Cet Auteur dit
qu'Iſabelle de France fut alliée vers 1360
avecJeanGaleas Viscomti,Duc de Milan,
& que par lettres du mois d'Avril 1361 ,
fut fait le changement du Comtéde Sommyévre
en Languedoc , baillé en appanage
à cette Princeſſe en faveur de
ſon mariage , à la charge de retour à la
Couronne défaillants fils & filles, avec la
Seigneurie de Vertus en Champagne ,
pour ce , érigéeen Comté : mais fi MM. ,
de Sainte Marthe & de Velye avoient
faitattention que l'appanage eſt une portion
détachée du Domaine de la Couronne
, que les loix de l'Etat donnent à
charge de retour au défaut de la ligne
mafculine , aux mâles puinés de France
pour leur ſubſiſtance ,& pour leur
tenir lieu du partage au Throne qu'ils
étoient endroitde prétendre ſous la première
& la ſeconde race de nos Rois ,
ils n'auroient pas dit que le Comté de
Vertus avoit été donné en appanage
à Isabelle de France , lors de fon mariage
avec Jean Galeas Viſcomti. MM.
I. Vol. F
/
122 MERCURE DE FRANCE.
de Sainte Marthe & M. de Vélye n'avoient
pas vu non plus fans doute les
lettres du mois d'Avril 1361 , citées par
le premier. On ne trouve rien dans ces
lettres , dont il m'a été remis une copie
que je crois fidelle , qui annonce que
les Terres de Sommyevre & de Vertus ,
ont été données en appanage à Isabelle
de France ; il paroit ſeulement que la
première lui a été donnée en dot , & la
feconde en remplacement de celle-ci ,
dont elle ne pouvoit jouir par les raifonsdétaillées
dans les lettres . C'eſt donc
une dot conftituée à Isabelle de France
&non un appanage , & aucun des poffefſeurs
de cette Terre n'a pu la tenir
depuis & la tranſmettre à perſonne fous
le titre d'appanage. La Société a retranché
cette affertion fi erronnée , de
l'écrit où elle s'étoit gliffée ; & elle ne
paroîtra point quand ſes mémoires ſeront
donnés à l'impreſſion. Je ſuis chargé
de vous prier de ſa part , de faire
agréer cette déclaration à Mgr le Duc
d'Orléans , & j'oſe eſpérer que S. A. S.
en ſera fatisfaite .
J'ai l'honneur d'être , &c.
AVRIL . 1764. 123
EXTRAIT des Registres de l'Académie
Royale des SCIENCES.
Nous
Du 22 Février 1764 .
ous avons examiné par ordre
de l'Académie , un Mémoire de M.
Biesta , Mª Horloger à Paris , fur une
nouvelle conſtruction de Montres, dans
leſquelles tout ce qui appartient à l'échappement
peut s'enlever ſans démonter
le reſte de la montre. Il eſt exactement
vrai , & M. Biesta le dit dans ſon
Mémoire ,que la plus grande partie des
dérangemens & des accidens qui arriventà
une montre , viennent de l'altération
de l'échappement , &que très-fouvent
on n'auroit nul beſoin de démonter
le reſte de la montre pour y remédier
, s'il étoit poffible d'y toucher fans
cela ; c'eſt cet avantage que M. Biefta
avoulu procurer aux montres. Par la
conſtruction qu'il propoſe : la potence,
la cantre-potence , le cocq , la couliffe ,
la roſette , le balancier , le piton , & le
reffort ſpiral y font portés par une plaque
d'acier , tenant par trois vis à la
platine du nom qui eſt percée en cet
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
endroit pour donner paſſage à la roue de
rencontre , la potence & la contre-potence.
Cette conſtruction peut être appliquée
à toutes les montres déjà faites ,
& il eſt aisé de ſentir combien elle
peut être avantageuſe , ſur-tout pour
les Piéces compoſées , comme pour les
montres à ſonnerie , ou à répétition ,
qu'on ne ſera plus obligé de démonter
en entier pour le moindre dérangement
arrivé à l'échappement; ce qui peut
être d'autant plus utile, qu'on eft quelquefois
obligé en voyage de ſe ſervir
d'Ouvriers médiocres qui pourroient
aifément gâter des parties auſſi délicates
, & qui leur font trop ſouvent inconnues
; au lieu que les effets de l'échappement
font généralement connus
de tous ceux qui ont pratiqué l'Horlogerie.
Ces avantages font que nous ne
pouvons qu'applaudir à la conſtruction
deM. Biefta , qui nous a paru ingénieufe
, & mériter l'approbation de l'Académie
. Signé, CAMUS & DE FOUCHY.
L'Auteur de cette invention eſt le
même qui a trouvé la manière d'appliquer
aifément aux Pendules à ſecondes
le temps vrai , également approuvé
par l'Académie Royale des Sciences. Il
demeure préfentement Cloître S. GerAVRIL
. 1764. 125
main - l'Auxerrois
, en entrant par le
Louvre à gauche , au Temps vrai , à
Paris .
Le prix pour appliquer ſon équation
aux Pendules à ſecondes , eft de huit
louis ; & l'application de la conftruction
mentionnée au certificat ci-joint ne
renchérit pas chez l'Auteur les montres
neuves ; mais pour donner les mêmes
avantages à celles qui ſont déjà faites ,
il prend pour une montre fimple deux
louis , & pour une à répétition trois
louis ; & MM. les Horlogers ſes Confrères
peuvent compoſer avec l'Auteur ,
parce qu'ils pourront ſe réſerver certains
Ouvrages pour eux-mêmes.
PRIX proposé par la Société Royale
d'Agriculture de Paris , pour l'anné
1764.
PLUSIEURS Citoyens zélés pour les
progrès de l'Agriculture , ayant déposé
au Bureau de la Gazette du Commerce ,
différentes fommes , fur leſquelles feroit
prélevée celle de Six cens livres , pour
être employée aux Prix dont la Société
royale d'Agriculture choiſiroit le Sujet ,
Fiij
4 126 MERCURE DE FRANCE.
elle n'a pas cru pouvoir en préſenter un
plus important à traiter , que les Maladies
des Beſtiaux ; en conféquence , elle a
arrêté qu'elle adjugeroit un Prix de Six
cens livres , au Mémoire qui donneroit
la description , les causes , les effets & la
curation des Maladies épidémiques &
contagieuses des Beftiaux , les moyens
de les prévenir & d'en empêcher les progrès.
Il ſera proclamé , dans une Aſſemblée
de la Société , au mois d'Avril 1765 .
Les Pièces qui feront envoyées pour
concourir , doivent être remiſes avant le
1.er Janvier 1765 , à M. de Palerne ,
Secrétaire perpétuel de la Société , autrement
elles feront rejettées.
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms ſur leurs ouvrages , mais dans un
paquet cacheté , portant un numéro
pareil à celui de la Pièce , avec une même
deviſe ſur l'un & fur l'autre ; ces
paquets ne feront ouverts qu'après le jugement
du Prix.
Toutes perſonnes feront admiſes à
concourir , à l'exception des Membres
& Aſſociés qui compoſent la Société
Royale d'Agriculturede Paris: les Pièces
feront adreſſées à M. de Sauvigny ,
Conſeiller d'Etat , Intendantde la Gé
AVRIL. 1764. 127
néralité de Paris , qui fera paffer aux
Auteurs les récépiſſés du Secrétaire de
la Société ; le Secrétaire délivera le prix
à celui qui lui repréſentera lerécépiffé
dela Pièce couronnée ; il n'y aura point
d'autre formalité.
PRIX proposé par la Société Royale
d'Agriculture de Paris , pour l'année
1765 .
E
A SOCIÉTÉ defirant exciter de plus
en plus l'induſtrie & l'émulation des
Cultivateurs , a réfolu & arrêté , dans
fon Affemblée du 8Décembre 1763 ,
qu'il fera fait un fonds chaque année ,
par les Affociés , pour donner deux ou
plufieurs Prix , à ceux des Cultivateurs
&autres Particuliers appliqués aux foins
de la campagne , qui auront le mieux
réuffi dans les recherches qu'elle doit
leur propoſer.
:
Le principal objet de ces recherches ,
fera d'éclairer fucceſſivement par des
expériences faites avec ſoin , les différentes
pratiques de l'Agriculture & de
l'économie ruſtique.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Un des Sujets qu'elle a choiſi pour
le Prix de 1765 , eſt , Le meilleur travailfur
la qualité & fur l'emploi des
engrais qui conviennent aux terres , principalement
aux terres à blés , relativement
à leur qualité.
Des expériences bien faites, foit pour
employer de nouveaux engrais juſqu'à
préſent peu connus ou négligés , ſoit
pour fuppléer au fumier des animaux ,
lorſqu'on en a peu , ſoit pour perfectionner
la qualité des fumiers & autres
engrais , auront droit au Prix .
,
au
Ce Prix eſt de la ſomme de huit cens
livres ; il ſera proclamé , dans une Afſemblée
publique de la Société
mois d'Avril 1766. Les Piéces qui ſeront
envoyées pour concourir, doivent
être remiſes avant le 1st Janvier 1766 ,
à M. de Palerne , Secrétaire perpétuel
de la Société autrement elles feront
rejettées.
2
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms ſur leurs ouvrages , mais dans un
paquet cacheté , portant un numéro pareil
à celui de la Piéce , avec une même
deviſe ſur l'un & fur l'autre ; ces paquets
ne feront ouverts qu'après le jument
du Prix. Les Auteurs peuvent y inférer
les certificats qu'ils auront pris des
AVRIL. 1764. 129
perſonnes connues & dignes de foi qui
auront ſuivi ou vérifié leurs expériences
, à l'effet d'en conſtater les réſultats.
La Piéce qui renfermera le plus de
faits , d'obſervations & d'expériences
utiles ſur l'art de fertiliſer la terre par
les engrais , ſera couronnée.
Toutes perſonnes feront admifes à
concourir , à l'exception des Membres
& Aſſociés qui compoſent la Société
Royale d'Agriculture de Paris : les Piéces
feront adreſſées à M. de Sauvigny ,
Conſeiller d'Etat , Intendant de la Généralité
de Paris , qui fera paffer aux
Auteurs les récépiſſés du Secrétaire de
la Société ; le Secrétaire délivrera le
Prix à celui qui lui repréſentera le récépiffé
de la Piéce couronnée , il n'y
aura point d'autre formalité.
SUJET du Prix de l'Académie des
Sciences , Arts & Belles - Lettres de
DIJON , pour l'année 1765.
IL eſt d'uſage en Bourgogne de femer
ſuivant trois différentes méthodes :
1º. On ſeme dans les mêmes terres
la première année du Bled , la ſeconde
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
des Mars , & fucceffivement ainſi d'année
à autre.
2º. On y ſeme alternativement une
année de Bled , l'autre des Mars , & la
troifiéme on laiſſe la terre en jachère.
3º. On y ſeme une année du Bled , la
ſeconde année , la terre reſte en jachère
; & cette pratique s'obſerve conftammentd'une
année à l'autre .
D'après l'expofition de ces divers
façons d'enſemencer les terres en Bourgogne
, l'Académie demande :
Quelles font les Raiſons physiques qui
doivent engager relativement aux différens
Terroirs , à préférer l'une de ces
trois méthodes ?
Les régles & les formalités qui s'obferventdans
les Concours Académiques,
font aujourd'hui ſi généralement connues
, qu'il eſt inutile de les répéter
au ſujet de ce Programme. Il ſuffit
d'avertir ici , que les Mémoires qu'on
doit adreffer à M. Michault , Secrétaire
perpétuel de l'Académie, rue de Guiſe , à
Dijon , neferont reçus , francs de port ,
quejuſqu'au premier Avril 1765 inclufivement:
paffé lequel temps, ils ne pourront
, ſous quelque prétexte que ce ſoit,
avoir aucun droit au Concours ; ainſi
AVRIL. 1764 131
que ceux dont l'Auteur ſe ſera fait
connoître directement ou indirectement.
ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
L'ÉMULATION & le zèle des Elèves
de l'Ecole Royale Vétérinaire , loin de
ſe rallentir , ſemblent s'accroître & redoubler.
La diſtribution du Prix concernant
le Boeuf, les Bêtes à laine & les
Chèvres , avoit été fixée au 15 Mars.
Malgré les travaux qu'entraînent l'étude
de l'Anatomie & les diſſections , ils ont
devancé le jour indiqué. Trente Elèves
ſe ſont montrés au Public le Samedi 3
de ce mois , & ce concours a été honoré
de la préſence de M. l'Intendant de
la Province , de pluſieurs Membres de
Ja Société d'Agriculture , & d'un nombre
confidérable de perſonnes de diftinction
.
Dans cette Séance ,tenue ſelon l'uſage
ordinaire , les Contendans ont développédes
principes &des faits très-intéreſfans
fur le choix des uns & des autres
animaux dont il s'agiſſoit , ſur la connoiffance
de leur âge , ſur les ſoins qu'ils
exigent fur l'attention que demande la
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
1
conſtruction des Etables & des Berge
ries, fur les alimens les plus convenables
dans les différentes ſaiſons , fur la manière
d'apprivoifer les Boeufs & de les
foumettre au joug , ſur le temps & les
moyens de les engraiffer, fur la propagation
de cette eſpèce , fur les qualités
d'un bon Taureau , fur la beauté &
bonté des Vaches , tant communes que
Flandrines , fur le lait qu'elles donnent ,
fur les eſpèces que nous pourrions tirer
avecle plus grand avantagede l'Etranger,
particulièrementde Jutland, ſurle régime
àfaire obferver auxVachespleines&prêtesà
mettre bas , fur le choix des Veaux
à élever par préférence , fur le temps de
les fevrer , fur la conformation desMoutons
, fur leur toiſon , fur la tonte , fur
les différentes eſpèces connues en France&
en Angleterre , ſur leurs produits
comparés , fur l'importance & fur la manière
de faler ces animaux , fur les pâturages
qui leur conviennent , fur ceux
qui leur font nuifibles , ſur l'heure & la
faifon de les conduire aux champs , fur
l'eau dont on doit les abreuver , fur les
moyens de les engraiffer , fur les avantages
des parcs pour amender les terres ,
fur les qualités d'un bon Bélier & d'une
Brebis mère , fur le temps de les accou
AVRIL. 1764. 133
pler , fur les foins à donner à la Brebis
qui doit agneler , & à l'Agneau qui vient
de naître , ſoit dans le cas où elle a mis
bas deux jumeaux , foir dans celui où
elle agnèle pour la première fois , foit
enfin eu égard aux Agneaux qui parviennent
à une certaine force , fur
les Agneaux qui doivent être ſevrés ,
fur les Agneaux à livrer au Boucher ,
fur les obfervations naturelles qui ſe préſentent
à quiconque veut traiter & élever
ces animaux , &c , fur le Bouc comparé
au Béier , fur les diverſes races
dans l'eſpèce des Chèvres , fur les différences
à remarquer entre elles & la
Brebis , fur leurs véritables pâturages ,
fur les qualités du Bouc & de là Chèvre
deſtinés à la propagation , fur le temps
de les accoupler , ſur les attentions à
donner à la Chèvre prête à chevroter ,
&aux Chevreaux més, en quelque nombre
que ce foit , &c. &c. &c.
A
Tous ces points divers ont été amplement
difcutés par les Sieurs d'Auvergne
frères , Petite , Damne , Thomas , Beaumont
fils , Greffet , Parnet , de la Province
de Franche-Comté ; Aima , Leger
Latour, de la Généralité de Bordeaux ,
Bigler, du Canton de Berne ; Boudier
1
134 MERCURE DE FRANCE.
Treitch & Teillard, de la Généralité
d'Auvergne ; Barjollin & Dupin , de la
Généralité de Limoges ; Kamerlet , de la
Ville de Nancy ; Beauvais & Didné ,
de la Généralité d'Amiens ; Chanu , de
la Province de Bourgogne ; Brachet , de
celle de Bugey ; Gay & Bethoux , de la
Province de Dauphiné ; D'anguien
Defavenieres , Deſchaux , Faure l'aîné ,
Thevenet & Mathias , de la Généralité
de Lyon.
L'embarras dans lequel MM. de la
Société d'Agriculture ſe ſont trouvés ,
relativement au Jugement qu'ils ont été
obligés de porter fur celui ou fur ceux
des Elèves à qui le Prix devoit être décerné
, a obligé d'en donner deux au lieu
d'un : le premier de 50 liv. & le ſecond
de 48 liv.
Lesvuesde ces Juges intégres&éclairés
ont été dirigées ſur dix-huit de ces
trente Contendans. Ils ont adjugé le
premier prix aux Sieurs Petite , Parnet ,
Barjollin , Dupin , Damne , Bigler ,
Beauvais , D'anguien & Thevenet : celui-
ci eſt âgé de douze ans. Ces Elèves
ayant tiré au fort , le Sieur Dupin en a
été favorifé ; mais ſes Concurrens, ne
trouvent pas moins dans la gloire qu'ils
ſe ſont acquiſe , larécompenſe qui flatte
AVRIL. 1764. 135
le plus des hommes deſtinés à ſervir utilement
leur Patrie .
Le ſecond prix a été adjugé aux Sieurs
Gay , Bethoux , Treitch , Leger , Defchaux
, âgé de treize ans , Chanu , Thomas
, Faure l'aîné & Defavenieres. Le
fort a décidé en faveur du Sr Deſchaux ,
fans rien diminuer de l'honneur attaché
aux fuffrages que les autres ont juſtement
obtenus.
Le Sr Brachet , conſtamment attaché
à ſes devoirs , a mérité des éloges , & il
eût été couronné comme les autres concurrens
, s'il n'eût été employé au traitement
de pluſieurs maladies qui l'ont
appellé pendant quelque temps hors de
l'Ecole.
Le Sr Bredin , qui a porté pendant
près de ſept mois les ſecours les plus
efficaces dans pluſieurs Provinces dont
les Beſtiaux étoient frappés d'un fléau
cruel , n'a pu concourir dans cette circonſtance
,parce qu'il s'eſt occupé à ré
parer , à certains égards non moins efſentiels
, le temps qu'il avoit employé
ailleurs. T
Il en eſt de même du Sr Bloufard , en
qui l'expreffion n'est point auffi facile
que l'intelligence.
Les Srs Latour , Greffet , les Frères
d'Auvergne , Beaumont fils , Didne
136 MERCURE DE FRANCE .
1
Aima , Kamerlet & Boudier ont ſatisfait
le Public , & n'ont pu être regardés
comme des Sujets médiocres.
C'eſt avec beaucoup de fatisfaction
que nous inférons de pareils Articles
dans notre Journal. Les ſuccès de ces
Elèves continuentà faire un honneur infini
à M. Bourgelat , Correfpondant de
l'Académie des Sciences de Paris , qui a
la Direction de l'Ecole Royale Vétéri
naire , & au Miniſtre ( M. Bertin ) à qui
la France & l'Europe même ſont redevables
d'un Etabliſſement fi utile. Nous
diſons l'Europe même ; car un grand
nombre d'Etats & de Souverains , principalement
du Nord, ( parmi lesquels
on compte le Roi de Prufſe) ont déja
envoyé à M. Bourgelat pluſieurs Elèves
pour ſe former dans cette Ecole ; & ces
Elèves s'y diftinguent par leur applica
cation & leurs fuccès.
DIOPTRIQUE...
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
JE crois ,Monfieur , que vous ne ferez
pas fâché que je vous entretienne d'une
découverte très-intéreſſante & qui va
AVRIL. 1764 . 137
donner à la Dioptrique une nouvelle
face. Nous la devons aux travaux d'un
Géomêtre célébre , & aux foins de plufheurs
Amateurs. Vous ſcavez , Monfieur
, qu'on appelle Dioptrique la-vifion
qui fe fait à l'aide des verres ; on
peut dire que , fi l'état où étoit précédemment
cette ſcience eût étonné les
Anciens qui n'en avoient pas d'idée ,
fes nouveaux progrès ne paroîtroient
pas moins admirables à Newton lui-même
, au Grand Homme qui décompoſa
la lumière , & qui avoit connu ,
fans les ſurmonter, les obſtacles qui viennent
d'être levés: c'eſt que l'homme qui
parcourt le plus rapidement la carrière ,
trouve un terme où il faut qu'il s'arrête
, & d'où part à ſon tour l'homme
de génie qui vient après lui.
Mais , avant tout , il est néceſſaire
que je vous rappelle quelques principes
d'Optique qui ne vous ſont pas inconnus
; & pour ne pas rendre la matière
trop compliquée , je ne vous parlerai
que des lunettes Aftronomiques ,
àdeux verres convexes. Les rayons partis
de l'objet après s'être pliés en traverfant
le premier verre , qu'on nomme
l'objectif , ſe réuniſſent dans un
point de l'axe de la lunette , qui eft
1
138 MERCURE DE FRANCE.
appellé foyer du verre , & y forment
un image devant laquelle ſe place l'O
culaire , ou le ſecond verre, qui faifant
l'effet d'un miſcroſcope , fert à
aggrandir cetté image ; & la lunette
groffit d'autant plus , que le foyer du
verre objectif est plus long , & que
celui du verre oculaire eſt plus court.
Ainſi une lunette de fix pieds avec un
Oculaire de trois pouces groffit vingta
quatre fois ; avec un Oculaire de dix
huit lignes elle groffiroit quarante -huit
fois. Il ſemble qu'en partantde ce principe
, on puiſſe multiplier les effets à
l'infini ; en ayant de longs objectifs &
de courts oculaires : mais on a trouvé
de très-grands obſtacles dans la figure
des verres& dans la différente réfrangibilité
des rayons, Descartes qui porta
dans les Arts la lumière de la Géométrie
, avoit démontréque tous les rayons
partis d'un objet , & traverſant un ver
re objectif , fe réuniroient dans un mê
me point de l'axe de la lunette , fil'om
donnoit à l'objectif une figure hyperbolique
; mais ici la pratique des Arts
ne peut plus atteindre à la préciſion du
calcul. On n'a vu réuffir aucun des effais
de Descartes , qui faisoit travailler fous
fes yeux un ouvrier intelligent ; & l'on
AVRIL. 1764. 139
a reconnu avec peine , qu'il étoit moralement
impoffible de donner aux verres
une figure hyperbolique régulière.
On ſe reſtraignit à leur donner la figure
ſphérique ; mais par la propriété
de cette courbure , il n'y a que les
rayons qui tombent près de l'axe , qui
foient réunis dans un même point. Les
autres , ayant un foyer différent,y peignent
d'autres images , & toutes ces
images fort près les unes des autres , en
forment une ſeule qui eſt d'autant plus
confuſe , qu'il y en aun plus grandnombre
: onfut forcé de donner peu d'éten
due à la courbure de la ſurface des objectifs
, & l'on y perdit de la lumière, Car
vous concevez bien , Monfieur , que la
quantité de lumière dépend de la grandeur
de l'objectif qui lui donne entrée.
Mais on s'apperçut bientôt que ces inconvéniens
étoient les moindres qu'on eût à
craindre:un homme qui étoit appellé aux
plus brillantes découvertes dans toutes
les Sciences , portant dans la Phyſique ,
le flambeau de fon génie , trouva l'art de
décompofet la lumière , & fit voir que
chacun de ſes rayons étoit composé de
7 rayons primitifs de couleur différente
, rouge , orange , jaune , &c. Ces
rayons traverſant un priſme ,s'y rom
1 40 MERCURE DE FRANCE.
pent ſuivant leur différente réfrangibil
bilité , ſe ſéparent, & peignent fur le
papier où on les reçoit,les ſept couleurs
dans leur ordre naturel. Cette découverte
, appliquée à l'optique , rendit raiſon
des anneaux colorés,appellés iris,qu'on
avoit apperçus autour des images formées
par de longues lunettes. Le verre
objectif fait alors la fonction du prifme
qui ſépare les couleurs : on crut que la
nature de la lumière mettant un obſtacle
invincible à la perfection de cet Art,
& la théorie ayant fait connoître que
les iris étoient plus grandes , en proportion
de l'ouverture de l'objectif , on
preſcrivit de nouveau de la diminuer ;
mais en même temps on diminuoit la
quantité de lumière ſi néceſſaire à la
distinction des objets. On ne retiroit
plus par conféquent des longues lunettes
l'avantage qu'on en devoit eſpérer
; & l'incommodité de leur longueur
fubfiftoit toute entière . Les choses en
étoient là , & cette barrière reſtoit infurmontable.
Lorſque M. Euler , l'un des plus
grands Géométres de l'Europe , eut en
1747 l'idée heureuſe de former des
objectifs de deux matières différemment
réfringentes; il eſpéra que leurs
AVRIL. 1764. 141
réfractions différentes pourroient ſe
compofer & détruire les Iris , il forma
ſes objectifs de deux lentilles de
verre qui renfermoient de l'eau entre
elles ,& poſant une hypothéſe ſur leurs
qualités réfringentes, il en déduifit des
formules générales & très- élégantes.
M. Dollond , ſcavant Opticien Anglois
, fit uſage de la Théorie de M.
Euler ; mais il ſubſtitua avec raiſon à
ſes lois de réfraction celles de Newton ,
qui paroiffoient préférables étant fondées
ſur l'expérience ; les formules donperent
alors un réſultat fâcheux , car la
réunion des rayons ne ſe pouvoit faire
que lorſque la longueur du foyer étoit
infinie . M. Euler répondoit par des
raiſons métaphyſiques très - probables ;
& M. Dollond s'appuyant de la réputation
de Newton , lui oppofoit conftamment
ſes expériences. Cette découverte
dont la théorie étoit fi belle , paroiſſoit
donc inutile dans la pratique ;
& on croyoit déjà la devoir ranger au
nombre de ces idées ingénieuſes , qui
ſans être utiles à la Société , font honneur
à l'eſprit humain. M. Klingenfțierna
, Géométre Suédois écrivit en
1755 à M. Dollond ; & par des démonstrations
métaphyſiques& géomé142
MERCURE DE FRANCE.
triques le força de douter de l'exactitude
des expériences de Newton. M. Dollond
les refit& les trouva fauffes . Newton
avoit réuffi dans des expériences
plus difficiles ; il manqua celles-ci , &
cela prouve que l'homme eft toujours
ſi près de l'erreur , que le génie même
qui l'éléve ne peut l'empêcher d'y tomber
quelquefois . M. Dollond reprit courage;
mais il trouva que les objectifs
de verre & d'eau exigeoient des courbures
trop conſidérables & qui produiroient
, comme nous l'avons dit plus
haut , une multitude d'images différentes
, qui rendent les objets peu diftincts .
Il imagina de ſubſtituer des verres de
différentes denſités ,& qui étant combinés
pour en former un objectif, fiſſent
le même effet que l'eau unie avec le
verre. Il trouva bientôt que les deux
eſpéces de verres , que les Anglois appellent
( Crown glass ) & Slint. glaff ,
dont le premier reffemble affez à notre
verre commun , avoient les propriétés
qu'il defiroit : il les combina avec des
courbures différentes ; & après beaucoup
d'expériences , il réuffit à faire
d'excellentes lunettes fans aucune iris . Il
nous en eft paffé quelques - unes en
France , & les moins bonnes de cinq
* AVRIL. 1764. 143
pieds groffiffoient bien davantage que
les lunettes ordinaires de la même longueur
, puiſqu'elles faifoient à-peu-près
l'effet d'une lunette de 12 à 15 pieds .
M. Dollond n'indiquoit pas la route
qu'il avoit ſuivie ; il eût fallu ſe réfoudre
à imiter fervilement ſes Télescopes ,
pour en conſtruire de pareils . Vous ſentez
, Monfieur , l'incertitude & l'humiliation
de cette Méthode. M. Clairaut ,
mon Confrère , connu par des ſuccès
brillans dans la Géométrie , & à qui je
rends ici avec plaifir , comme ami , la
juſtice qui lui eſt due , comme Géomètre
, entreprit d'établir une Théorie complette
des aberrations des rayons de lumière
, & rechercha les courbures qu'il
falloit donner aux deux matières réfringentes
pour les détruire ; mais il vit d'abord
qu'une telle recherche devoit être
fondée ſur des expériences plus sûres
que celles dont on s'étoit appuyé juſqu'ici
, afin de connoître mieux la réfringence
des différentes matières. C'eſt par
où il commença. Il eſſaya fur le ( Flint
glass ) & fur notre verre commun ,
qu'il fubftitua au ( Crown glass ) ; &
leur réfiingence étant bien conſtatée , il
en déduifit bientôt les formules générales
qu'il cherchoit. Il en lut le réſultat
44 MERCURE DE FRANCE.
L
à l'Affemblée publique de l'Académie
du 8 Avril 1761. Il prévoyoit dès- lors
que les Lunettes de M. Dollond , quoique
très-bonnes , ne produiſoient pas
tout l'effet qu'on en devoit attendre ,
puiſque les aberrations érant détruites ,
il paroiffoit qu'elles devoient ſurpaffer
les Télescopes Newtoniens , qui perdent
beaucoup de lumière par la réflection
desMiroirs .
Vous verrez inceſſamment , Monſieur
, cette conjecture vérifiée par le
ſuccès que je vous annonce. Des Artiftes
intelligens , conduits par ſa théorie ,
firent quelques eſſais qui répondirent à
ce qu'on en devoit attendre ; enfin M.
Antheaume , connu par ſa Méthode des
Aimants artificiels , qui a remporté le
Prix à l'Académie de Pétersbourg en
1760 , qui depuis long-temps , Amateur
de l'Optique , s'appliquoit à faire d'excellens
Objectifs , ſuivant les pratiques
ordinaires , entreprit d'en travailler un
ſuivant les déterminations de M.Clairaut.
Le plus grand fuccès a comblé nos eſpérances
: il a fait un verre de ſept pieds
de foyer , qui fait l'effet d'une bonne lunette
de trente-cinq à quarante pieds.
Cette perfection furpaſſe de beaucoup
celle où M. Dollond avoit atteint ; & ,
en
AVRIL. 1764. 145
2- enfaiſant l'éloge de l'adreſſe de M. Aztheaume
, prouve l'excellence de la route
que M. Clairaut lui avoit tracée. J'ai vu
avec cette Lunette le diſque de Jupiter
parfaitement bien terminé ; les bandes
qu'on y obſerve partagées en plufieurs
autres bandes , & les fatellites qui l'accompagnent
affez groffis pour qu'on
puiſſe eſpérer d'appercevoir auſſi leur
diſque , fi l'on peut réuffir un jour auffr
dans des verres d'un foyer plus long.
S. E. Mgr le Cardinal de Luines , qui
protége les Sciences, & dont les lumières
fur l'Optique ſont connues , en a fait
l'épreuve ; MM. de Thury , le Monnier ,
de la Lande , Chappe & moi , tous
Membres de l'Académie des Sciences ,
y avons affifté , & il n'y a eu qu'une
voix fur l'excellence de cette Lunette.
M. Antheaume s'eſt fait un plaifir de la
faire voir aux Amateurs , & particulièrement
à M. le Préſident Saron , qui ,
ayant beaucoup de goût & de connoiffance
, eſt poſſeffeur d'un tres -beau Téleſcope
* Anglois. Il l'a comparé avec
la Lunette , & il avoue lui-même qu'elle
fait plus d'effet.
Cela ne vous paroîtra pas difficile à
* Ce Miroir a 30 pouces de foyer. Il doit
groſſir environ 120 fois les objets.
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE .
concevoir , Monfieur , en vous rappellant
le principe établi plus haut , que les
Lunettes groffiffent d'autant plus que le
foyer de l'Objectifest plus long, & celui
de l'Oculaire plus court ; & en y ajoutant
celui-ci , que la lumière est d'autant
plus vive que l'ouverture de l'Objectif eft
plus grande , & le foyer de l'Oculaire
plus long. Dans les Lunettes ordinaires
les aberrations forçoient de refferrer
l'ouverture des Objectifs ; &, pour conſerver
ſuffiſammentde la lumière , on ne
pouvoit mettre des Oculaires fortcourts,
Ces nouvelles Lunettes , en détruiſant
toute aberration , permettent de faire
l'ouverture des Objectifs fort grande ,
& fouffrent, ſans perdre trop de lumière
, les Oculaires les plus courts que
l'art puiſſe fournir. Vous jugez , Monfieur,
de la ſatisfaction que doit reſſentir
M. Clairaut des progrès d'un Art qui lui
devra la perfection. Quel champ vaſte
ouvert à nos découvertes , ſi l'on peut
porter à la même perfection des Lunettes
plus longues , telles que de vingt à
vingt-cinq pieds ! Que de points incertains
dans le Syſtême du Monde peuvent
être éclaircis ! Et pour ſe rapprocher de
la vie civile , quelle commodité pour les
Particuliers de pouvoir ſe procurer des
: AVRIL. 1764. 147
Lunettes de trois , quatre , cinq pieds ,
qui , fans être fort difficiles à manier ,
feront plus d'effet que les Télescopes ordinaires
, qui font rarement bons , &
qu'il eſt difficile de conſerverlong-temps
bons , à cauſe du poli des Miroirs , qui
ne ſubſiſte que par les plus grands ſoins !
C'eſt ici le lieu de vous parler , Monſieur
,d'un Artiſte fort intelligent'; de
M. de Létang * , qui a travaillé , dès les
commencemens , fur les principes &
ſous les yeux de M. Clairaut. Il joint à
beaucoup de lumières les plus grands
ſoins dans la pratique. Il a bien voulu
me faire voir pluſieurs Objectifs de trois
&de cinq pieds , qu'il a travaillés, & qui
font excellens . Il ſe diſpoſe à en travailler
d'un foyer plus long ,& je ſuis afſuré
du ſuccès. Les Aſtronômes feront trèsheureux
d'avoir recours à lui pour un
Inſtrument qui leur eſt ſi néceſſaire.
M. le Bas , Artiſte connu , qui demeure
aux Galleries du Louvre , m'a fait
voir auſſi de très- bons Objectifs de trois
* C'eſt à l'adreſſe de M. de l'Etang que M.
Clairaut eſt redevable de n'avoir pas été dégoûté
de l'application de ſa théorie à la pratique : il
falloit un homme qui ſaisît ſes idées aſſez bien ,
pour ſe les rendre propres , & pour que l'exécu
tion lui en devînt facile.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
pieds. Il ſemble que le ſeul obstacle ,
qui s'oppoſe maintenant à nos progrès ,
foitla difficulté de ce travail , qui éxige
beaucoup plus de ſoins & de précifion
qu'auparavant , & la rareté du Flintglaſs
qu'on a peine à ſe procurer ici , & que
l'on trouve ſouvent défectueux. M. Paffemant
, qui a auſſi travaillé ſur cet objet
, a la compofition d'une matière , laquelle
étant vitrifiée pourroit être ſubſtituée
au Criſtal d'Angleterre. L'attention
des Amateurs doit maintenant s'y porter
: nous eſpérons qu'elle procurera
aux Artiſtes toutes les facilités néceſſaires
, & leur intelligence nous promet
qu'ils ne feront pas arrêtés par la difficulté
du travail.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Ο
BAILLY , de l'Acad. Royale des Sciences.
GÉOGRAPHIE.
AVIS.
N a répandu contre le fieur Defnos
une calomnie que nous croyons fort
propre à exciter le mépris des honnêter
gens ; & on s'eſt ſervi pour cet effet de
AVRIL. 1764. 149
: la voie de Gazetier d'Utrecht. Il s'agit
de l'Eclipſe du premier Avril , dont ce
Géographe a donné une Carte qui a
paru a-peu-près dans le même temps que
celle du ſieur Latré. On veut que le Sr
Defnos ait été Plagiaire & condamné
pour tel par Arrêt du Parlement. Nous
nous croyons obligés de déſabuſer le
Public de l'idée de Plagiaire dont on
veut ternir la réputation du. Sr Defnos
& du prétendu Arrêt qui n'a jamais
exiſté. Le talent a toujours des ennemis
fecrets , en même temps qu'il a des admirateurs
. Il n'eſt pas étonnant que le
fieur Defnos ait été en but aux traits
d'une jaloufie ſecrette , & nous penſons
que le Gazetier d'Utrecht n'apprendra
qu'avec indignation , que l'on s'eſt ſervi
de ſa plume pour calomnier aux yeux
du Public un Citoyen qui enrichit chaque
jour la Géographie des plus belles
productions du burin .
F
Le fieur Defnos continue toujours à
débiter cette Carte de l'Eclipſe qui nous
a paru exécutée avec beaucoup de netteté
& de juſteſſe ( Prix , 1 liv. 4 f. ) II
demeure rue S. Jacques , à l'Enſeigne
du Globe.
On trouve chez le ſieur Deſnos deux
nouveaux Globes terreſtres , célestes , &
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
des Sphères de toutes les grandeurs
proportionnés aux Cabinets & aux Bibliothèques
; les Atlas hiſtoriques &
géographiques , tant anciens que modernes.
L'Atlas particulier de la France
ancienne & moderne , repréſentée dans
tous ſes différens âges par autant de Cartes
particulières depuis ſon origine juf
qu'à nos jours , & adaptées aux Ouvrages
de Mézerai , du P. Daniel , de M.
Je Préſident Hénault , & particuliérement
pour accompagner l'Hiſtoire de
France de MM. Vély & Vilaret
P'Atlas chrorographique de la Généralité
de Paris , vol . in-4º. même grandeur.On
trouve auſſi généralement chez lui tout
les inftrumens qui concernent les Sciences.
& و
AVRIL. 1764. 151
ARTICLE IV.
BEAUX-ARTS.
ARTS UTILES .
CHIRURGIE.
M. MAGET , Ancien Chirurgien
Major dans la Marine , à découvert un
reméde qui , par l'application extérieure
, opére la guériſon des hernies ,
ou defcentes. Les 'expériences qu'il en
a faites pendant pluſieurs années , en
Province , lui ont toujours réuffi , ce
qui eft conftaté par les témoignages
des Chirurgiens , & des Magiftrats. II
adepuis fait , en cette Ville , des épreuves
de ſon reméde , tant ſous les yeux
de M. Petit , & d'autres Médecins à qui
M. Senac , premier Médecin du Roi ,
l'avoit adreſſé pour cet effet , que ſous
ceux de MM. Martin , & Neilson , le
premier Maître en Chirurgie à Paris
& le ſecond Chirurgien herniaire , auſſi
à Paris ,& il a obtenu les mêmes ſuccès ,
,
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Enfin s'étant fait autoriſer à entreprendre
de pareilles cures , dans quelques
Hôpitaux de Paris , & notamment à
l'Hôpital Général , il a été reconnu que
le fieur Maget , par fon reméde & fa
méthode , avoit opéré des cures radicales
; il en a même été dreſſé des Procès-
Verbaux , fignés des Médecins , Chirurgiens
& adminiftrateurs. C'eſt après
toutes ces expériences & l'éxamen de
fon reméde , fait par la commiffion
Royale de Médecine , que M. Maget
a obtenu la permiffion d'adminiſtrer fon
reméde à Paris , & dans toute l'éten
due du Royaume , comme étant trèsefficace
pour la guériſon des hernies
ou deſcentes , qu'il continue d'opérer
avec les ſuccès les plus conſtans. L'exerplede
M.Menjaud, Contrôleur de labouche
de Madame la Dauphine à Verfailles
en eſt une preuve : il l'a guéri d'une
hernie complette à l'âge de ſoixantedeux
ans ; il eſt aujourd'hui ſans bandage
, & dans la plus grande fécurité.
L'Auteur a pour témoins de cette grande
cure , M. Martin , Maître en Chirurgie
&M. Loustoneau , Chirurgien des
Enfans de France à Versailles. Ceux
qui écrirontfont priés d'affranchir leurs
lettres. M. Maget demeure chez M.
AVRIL. 1764. 153
Lauzeret , Maître de Penſion , rue d'Orléans
, au coin de la rue du Gril , près du
Jardin du Roi à Paris.
LE SIEUR ANCÉAUMEA découvert
dans ſes travaux , un Spécifique pour la
guériſon de la Teigne : il en a fait les
plus heureuſes expériences. Les avantages
qu'on doit retirer d'un Remède auſſi
utile , conſiſte 1º. dans la guériſon ſure
& radicale de cette maladie , quelque
invétérée qu'elle puiſſe être ; 2º. à opérer
extérieurement , ſans aucun régime ,
fans douleur , & fans laiſſer à la partie
affectée aucune marque.
C'eſt ſur de pareils motifs que les plus
célébres Médecins de Paris , & nommément
MM. Petit pere & fils , Thieullier ,
ancien Doyen de la Faculté , Morand',
Chirurgien des Invalides,Barbeaux, Dubourg
& Marteaux , réſidens à l'Ecole de
Médecine , & autres , ſe ſont portés ,
après avoir vu , ſuivi & examiné les
cures ſurprenantes opérées par ce Remède
, à en rendre les témoignages les
plus flatteurs , à la vue deſquels , & après
un examen particulier de M. de Senac ,
Premier Médecin du Roi , voulut , pour
que le Public profirât d'une découverte
fi importante , l'autoriſer par un Privi
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
lége qui pût le faire connoître.
Depuis ce Privilége , les ſuccès du S'
ANCÉAUME n'ont pas été moins heureux.
Dans les Aſſemblées particulières
de la Faculté ; on jugea même que ce
remède méritoit un Eloge public ; & en
effet , il fut fait mention dans les Journaux
deMédecine , des cures autant furprenantes
qu'il a opéré dans ce genre de
Maladie auquel il eſt deſtiné.
Le Sieur ANCÉAUME demeure rue
Grenier S. Lazare , au coin de celle de S.
Martin , à Paris. Et pour Pâques , il demeurera
chez M. Mathieu l'aîné , Marchand
de Chevaux , rue & vis-à-vis la
Priſon S. Martin , au Renard. On le
trouve chez lui tous les jours.
A
HOPITAL
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Quarante & quarante-uniéme Traitement
depuis fon Etabliſſement.
Noms des Soldats .
TOQUET
Joly ,
Compagnies.
Tourville.
Dudreneuc.
AVRIL. 1764.. 155
La Fleur , Dudrenenc
La Joye , Villers .
Dubois, Rafilly.
D'ambonnet , Mithon .
D'agré , Viennay.
Patris , Viennay.
Rollin , Coettrieu .
Vavrey , Dampierre.
Beaudevin , Dampierre.
Thiebault , Demoges.
Le Gras , Villers.
Congé , Rafilly.
S. Flour , Dudreneuc.
Neveu , Viennay.
Robert , Pronleroy.
S.Michel , Démoges.
Julien , Dampierre.
Cadet,
Colonelle.
Appe ,
Dudreneuc.
L'eſperance ,
DeGraffe.
Sans-Regret , Viennay.
Mantelle , Rafilly.
Sarre-Louis , Rafilly.
Ces vingt- cinq Soldats ont été traités
Al'ordinaire & radicalement guéris des
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
maladies les plus graves & les plus
difficiles.
LETTRE de M. IMBERT , Chancelier
la Faculté de Médecine de Montpellier
, & Inspecteur Général des Hopitaux
du Roi à M. KEYSER ,
date du 20 Janvier 1764 .
:
en
J'ai fait hier , Monfieur , avec MM.
Fournier & Goulard, une viſite à l'Hôpital
des Vénériens de cette Ville pour
y éxaminer un à un , ſoixante & dix
malades Vénériens , que j'y ai trouvés ;
&tout m'a paru au mieux ; & ceux des
ſuſdits malades qui ſont depuis longtemps
dans ledit Hôpital , y ont effuié
des maladies diſtinctes du mal vénérien,
comme fiévres & autres. J'ai remarqué
•dans ma viſite, un cas unique que je ne
veux pas vous laiſſer ignorer : ſçavoir,un
cordon ſpermatique , devenu ſquirreux
dans toute ſa longueur, qu'on pouvoit
toucher hors du bas-ventre ; vos dragées
ont entiérement fondu cette du-
•reté, dont les Praticiens connoiſſent fi
fort le danger. Une autre tumeur dure
fur unautre malade m'a paru faire le
ſujet d'une belle obfervation ; c'eſt une
dureté conſidérable, étendue fur prèſque
AVRIL . 1764. 157
tout le muſcle pectoral du côté droit
menaçant de venir entiérement carcinomateuſe
,& votre reméde a pareillement
fondu cette dureté.
L'on m'a mandé de Toulon , que les
ſuccès y étoient continuellement tels
que je les y avois remarqués lors de ma
dernière viſite . J'ai l'honneur d'être , &c .
MBERT .
LETTRE de M. BEAUREGARD , Maitre
& Démonstrateur en Chirurgie à
Avignon , à M. KEYSER , en date
du 25 Janvier 1764.
MONSIEUR,
Le bruit qui s'étoit répandu ſur l'excellence
de vos dragées , m'ayant fait
defirer de les connoître par moi-même ,
jene puis plus différerde vous témoigner
ainſi qu'à la vérité,combien j'ai été furpris
& émerveillé de ces effets dans différentes
cures qu'il vient d'opérer par mes
mains dans la Ville d'Avignon , & aux
environs. Je ne vous diffimulerai même
pas ,que pluſieurs des malades que je
viens de guérir radicalement , ayant été
manqués plufieurs fois par les frictions,
n'avoient prèſque plus de reſſources ;
1
158 MERCURE DE FRANCE.
au moyen de quoi il faut être de bonne
foi , & convenir que votre reméde eſt
le plus grand antivénérien qui ſoit encore
connu dans la Médecine & la Chi
rurgie. Je vous enverrai inceſſamment
le récit hiſtorique de 3 ou 4 cures qui
ne contribueront pas peu à lui faire honneur
, ainſi qu'à fon Auteur ; & il eft
heureux que l'humanité ait pu ſe procurer
par les bontés de notre glorieux
Monarque & celles de M. de le Duc
de Choifeul, un ſecours auſſi précieux.
J'ai l'honneur d'être avec la plus par
faite conſidération &c. Beauregard.
M. Keyfer , inſtruit que quelques per
ſonnes dans diverſes Provinces , ſoit par
ignorance , foit par malice , cherchent
à difcréditer les dragées antivénériennes
par une mauvaiſe adminiſtration .
Les uns en donnant de ce reméde dès le
commencement des doſes trop fortes ,
afin d'en dégouter les malades , & de les
mettre dans le cas d'en diſcontinuer l'ufage,
Les autres en donnant des doſes trop
ménagées tout le temps de la cure , pour
qu'elles ne foientque palliatives , dans l'idée
que les malades en rejetteront la faute
fur l'inéfficacité des dragées, M. Keyfer ,
AVRIL. 1764. 159
croit de fon devoir , dans la vue de remédier
à ces mauvaiſes intentions ,
d'avertir le Public qu'il n'eſt garant de
l'efficacité des dragées antivénériennes
& des guériſons radicales , qu'autant
qu'elles feront adminiſtrées fidélement
avec connoiſſance de cauſe ; & d'après
l'intention de ſa Méthode. Les perſonnes
qui feront dans le cas de ſe
plaindre du peu de ſuccès du reméde ,
ſont priées de confulter M. Keyfer luimême
par une lettre affranchie en l'informant
de la façon dont ils auront été
traités , & de la quantité de dragées
qu'ils auront pris , ainſi que de l'effet
qu'ils en auront éprouvé ; en réponſe il
leur donnera des avis ſatisfaiſans .
Comme M. Keyser , eſt bien éloigné
de croire aucuns de ſes Correſpondans
capables de pareils procédés,parce qu'il les
connoit très-inſtruits , il inſiſte ſur la néceffité
de recommander aux perſonnes
qui enaurontbeſoin ,des'adreſſer à eux de
préférence. Il ſçait de plus qu'il ſe trouve
à Bordeaux des perſonnes qui ne
ceſſent de déprimer les dragées antivénériennes
, tandis qu'il eſt prouvé que
M. de la Plaine ſon Correſpondant y a
fait & continue de faire par leur moyen ,
des cures ſurprenantes. C'eſt àlui que
160 MERCURE DE FRANCE .
;
:
:
les Malades doivent s'adreſſer ; & M.
Keyfer qui connoît & ſa probité & l'étendue
de ſes connoiffances dans l'adminiſtration
de ce reméde , garantit
qu'ils ne sçauroient mieux placer leur
confiance .
LISTE de MM. les Médecins & Chirurgiens
Correfpondans de M. Keyser.
M. Imbert , Chancelier
de la Faculté de Médecine.
M. Fournier , Médecin
de l'Hôpital du Roi.
M. Batigne , Docteur à Montpellier.
en Médecine.
M. Goulard, Chirurgien
Major de l'Hôpital du
Roi.
M. Lecat , Secrétaire perpétuel de l'Académie
des Sciences.
Les RR. PP. de la Charité.
à Rouen.
M. Marmion, Médecin de à Grenoble.
l'Hôpital du Roi.
Les RR. PP. de la Chade
rité.
M. Defmoulins , MaîtreS
àlaRochelle
enChirurgie,
AVRIL. 1764. 161
M. Razoux , Docteur en Médecine.
àNifmes.
M. de Freffiniat , Docteur en Médecine.
à Limoges-
M. Reliquet , Docteur en Médecine .
M. Piers , Docteur en Médecine.
M. Andirac , Docteur en Médecine .
13
M. Dourlen , Docteur en Médecine .
àNantes.
àTroyes.
à Cambrai,
à S. Omer
à Arles
à Tarbes.
à Saumur...
à Strasbourg .
M. Paris , Docteur en Médecine.
M. Daffieu , Docteur en Médecine.....
M. Barjolle , Docteur en Médecine.
M. Leriche , Chirurgien Major.
M. Ravaton , Chirurgien
Major.
M. Leguai , Chirurgien de à Landau.
feu S. A. S. M. le Mar-
MM. Demontreux & Duval , Chirurgrave
de Bareith .
giens Majors des Hôpitaux Militaires
&de Marine. àBreft.
162 MERCURE DE FRANCE.
M. Souville
, Chirurgien
Major de l'Hôpital .
M. Brugnieres , Chirurgien
Major de Bearn.
àCalais.
M. Maret , Maître en Chirurgie. àDijon.
M. Rey , Maître en Chirurgie. à Lyon.
M. de la Plaine,Chirurgien à Bordeaux
M. Bacquié, Maître en Chirurgie.
M. Delapeyre , Chirurgien
Major.
àToulouse.
àCaen
M. Lepage , Maître en Chirurgie.
M. Guillon , Maître en Chir . à Orléans.
M. Planoque, Chirurgien Major.
M. Warocquier , Chirurgien.
Ma- 3d
M. Buttet , Maître en Chirurgie.
MM. Bongour & Duval , Maîtres en
à Lille
aEtampes.
Chirurgie. à S. Malo.
M. Dupont , Maître en Chirurgie.
àRennes.
M. Chevreul , Maître en Chirurgie.
àAngers.
M. le Chauve àTours.
M. Tenebre , auPuy.
MM. Toujan , Chirurgiens & Apoticai
res. à l'Orient.
AVRIL. 1764. 163
M. J. B. Delamarque , Maître en Chirurgie.
à l'Isle de Rhé.
M. Bernier , ChirurgienMajor.
à Befinçon.
M. Beauregard, ChirurgienMajor.
M. Michel , Chirurgien
àPerpignan.
Major d'Artois .
M. Moffier, ChirurgienMajor.
àAvesnes.
M. Marjault , Chirurgien Major. 1
à Douai.
M. Miſaibel , Chirurgien Major.
àNanci.
MM. Paton & de Villiers , Maîtres en
Chirurgie. au Mans.
à Dunkerque.
M. Carpentier , Maître en Chirurgie...
M. Ponthier , Maître en Chirurgie.
àAix en Provence.
M. Douffin , Maître en Chirurgie.
M. Beauregard , Maître en Chirurgie.
M. Delahaye , Chirurgien Major.
à Xaintes.
àAvignon.
àRochefort.
àArras.
àPoitiers.
M. Durand , ancien Chirurgien Major.
M. Texereau , Maître en Chirurgie.
64 MERCURE DE FRANCE.
M. Rochebrun , Maître en Chirurgie.
à Ammerlerault.
M. Roux , Maître en Chirurgie.
M. Ferrand , Maître en Chirurgie.
àMarseille.
à Narbonne.
à Montauban.
àGraffe.
M. Frannié , Maître en Chirurgie .
M. Lambert , Médecin & Chirurgien.
PAYS ÉTRANGERS.
M. d'Artenfet , Maître en Chirurgie.
M. d'Elbeuf , Chirurgien.
au Port au Prince.
à Albi.
àAuxonne.
à Londres!
M. Briffet , Chirurgien.
M. le Docteur Cooper.
M. Godineau , ancien Chirurgien Major
des Armées , ſeul Correſpondant.
àMadrid.
M. Akrell, Chirurgien Major . à Stokolm .
MM. Guyot , Finc & Deharfu ,
Maîtres en Chirurgie. àGenève.
M. Goddecharles , Maître en Chirurgie.
àBruxelles.
M. Lecat, Médecin & Chirurgien Major.
àGand.
M. Bikker , Médecin.
M. Soulas .
M. Naudinat , Médecin.
àRotterdam.
àFlorence.
à Cadix
AVRIL. 1764. 165
M. Breydel , Chymiſte .
M. Laborye , Chirurgien .
M. Chaffaing, Chirurg . à la Martinique.
àBruges.
au Cap .
M. Bonnet , Chirurgien. à S. Domingue.
M. Pujoll. àConstantinople.
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE.
SYYMMPPHHOONNIIEESS périodiques, nº. 13 , del
Signor Van Malder , n° . 14 , del Signor
Heyden , nº. 15 , del Signor Back , nº.
16 , del Signor Pteiffer , nº . 17 , del Signor
Hchetky , nº. 18 , del Sign. Frantzl.
Prix i liv. 16 f. chacune .
Ces Symphonies compoſent l'Euvre
XIV di vari Autori, Elles ſont intitulées,
les Noms inconnus , & ſe peuvent exécuter
à quatre parties.
Les fix enſemble ſe vendent 9 liv. A
Paris , chez Venier , ſeul Editeur deſdits
Ouvrages , rue S. Thomas du Louvre,
vis - à -vis le Château - d'eau , & aux
adreſſes ordinaires .
SEI DUETTI per Violino e Violoncello
del Signor Giov. Bapt. Cirri. Prix
3 liv. 12.f. Chez le même Editeur. Ces
:
166 MERCURE DE FRANCE.
Duo font très-aiſés , &peuvent s'exécu
ter àdeux Violoncelles , ou un Alto &
un par-deffus de Viole.
Les Amateurs font priés de ne point
confondre les OEuvres annoncées ci-deffus
avec celles qui ont déja paru ſous le
nom des mêmes Auteurs .
L'attention que l'Editeur apporte ,
tant au choix des morceaux , qu'à la correction
, à la beauté & à la propreté de
la gravure , eſt digne de l'empreſſement
des Amateurs pour les morceaux que le
Sr Venier donne au Pubiic.
SIX SONATES pour le Clavecin ,
dédiées à S. A. Madame la Comtesse de
Brionne , compoſées par M. Leontzi
Honaiier. Livre II. Prix en blanc 9 liv.
A Paris , chez l'Auteur , à l'Hôtel de
Soubiſe , vieille rue du Temple , & aux
adreſſes ordinaires de Muſique.
Cinquiéme Recueil des RÉCRÉATIONS
DE POLYMNIE , ou choix d'A -
riettes , Muſettes , Parodies , &c. dédiées
au Beau- Séxe. Recueillis & mis en ordre
par M. le Loup , Maître de Flûte.
Prix, 3 liv. 12 f. A Paris , chez l'Editeur ,
&aux adreſſes ordinaires de Muſique.
• Ce nouveau Recueil eſt auſſi varié &
auſſi agréable que les précédens.
AVRIL. 1764 167
LES CHARMES DE L'HARMONIE ,
Ariette de Baffe-taille ou de Taille , chantée
dans les deux Talens , Comédie
mife en Muſique par M. le Chevalier
d'Herbain , & repréſentée par les Comé
diens. Italiens ordinaires du Roi. Prix, 21,
8fols.
LE COEUR ENFLAMMÉ , Ariette de la
même Piéce pour un Deffus. Prix I liv,
16 f. avec tous les accompagnemens par
le même Auteur , à Paris , aux adreſſes
ordinaires de Muſique.
ARTICLE V.
SPECTACLES.
SUITEDES SPECTACLES DE LACOUR
A VERSAILLES.
LE Mardi 21 Février , les Comédiens
François repréſentèrent l'Andrienne ,
Comédie en cinq Actes & en vers du
feu Sr BARON (de 1703 ) , dans laquelle
le SrGRANDVALjoua le rôle de Cimon,
la Dile PRÉVILLE jouoit le rôle de Glicerie
, &c.
168 MERCURE DE FRANCE.
Pour feconde Piéce , on donna I
Comtesse d'Efcarbagnas , Comédie d
MOLIERE , en un Acte & en prof
(de 1672).
Le lendemain 22 , on éxécuta deu
Actes d'Opéra ; ſçavoir , la Musique
ſeconde Entrée du Ballet des Talens Ly
riques , Poëme d'un Anonyme , Muſiqu
de M. RAMEAU ; & la Provençale
Comédie-Ballet en un Acte , Poëme d
feu M. de la FOND , Muſique de feuM
MOURET. Dans le premier de ces Actes ,
la Dile LARRIVÉE chanta le rôle d'I
phife, & le Sr LARRIVÉE celuide Tirté.
La Dlle LANI y danſoit les principales
Entrées en Prêtreſſe . La Dile GUIMARD
en Lacédémonienne . Le Sr GARDEL &
le Sr CAMPIONI en Guerriers .
Dans la Provençale , la Dile ARNOUD
chantoit le rôle de Florine ; la Dile Cou-
PÉE , de la Muſique du Roi ,& Penfionnaire
de l'Académie Royale de Muſique,
chanta le rôle de Nérine , avec la même
jeuneſſe de voix , le même agrément &
le même art , que lorſqu'elle étoit au
Théâtre . On a diftingué avec d'autant
plus de plaifir le talent particulier de
cette agréable Cantatrice , pour l'exécution
des Airs de Théâtre , que le goût &
les grâces de ce talent ſemblent ſe per
dr
AVRIL. 1764. 169
,
dre tous les jours , pour faire place a
d'autres parties uniquement muficales
qui ont fans doute leur prix , mais qui
ne dédommagent pas du genre qu'on
néglige.
Le Sieur JÉLIOTE chanta le rôle de
Léandre , le Sr GELIN celui du Tuteur.
La Dlle ALLARD danſa les pas ſeuls du
Ballet dans le caractère Provençal.
Le Jeudi 23 , les Comédiens François
repréſentèrent Idomenée , Tragédie nouvelle
de M. le Mierre. (a )
La petite Piéce qui ſuivit étoit l'Amour
Médecin , Comédie en un Acte & en
proſe de MOLIERE ( 1665. ).
Le Mardi 28 , les mêmes Comédiens
repréſentèrent le Légataire , Comédie en
cinq Actes & en vers , de REGNARD ,
(1706).
La grande Piéce fut ſuivie des Précieuses
Ridicules , Comédie en un Acte
de MOLIERE (de 1659 ). La Dile FANIER
y joua le rôle de Marotte .
Le Mercredi 29 , les Comédiens Italiens
repréfentèrent le Diable à quatre ,
Opéra- Comique en trois Actes , avec
des Divertiſſemens , qui fut précédé du
( a ) Voyez ci - après dans l'Article de Paris , celui
de la Comédie Françoiſe.
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
Gondolier Vénitien , petite Piéce Italienne.
Le Jeudi premier Mars , les Comédiens
François repréſentèrent Rhadamiste ,
Tragédie de feu M. de CRÉBILLON
(1711 ). Enfuite , pour petite Piéce , la
Serenade, Comédie de REGNARD en
un Acte & en profe ( 1654 ).
Le Mardi 6 , dernier jour du Carnaval
, les Comédiens Italiens jouèrent
les Caquets , Comédie Françoiſe imitée
d'une Comédie Italienne de M. GOLDONI
. Pour ſeconde Piéce , on joua la
Fille mal gardée , Opéra-Comique.
Le Mercredi , jour des Cendres , il
n'y a point eu de Spectacles à la Cour.
Le Jeudi 8 , les Comédiens François
repréſentèrent Phedre , Tragédie de
RACINE ( de 1677 ) .
La Dile DOLIGNY joua le rôle d'Aricie.
Cette jeune Actrice n'avoit point
encore débuté dans le Tragique. Elle
porta dans ce rôle intéreſſant le charme
d'un naturel touchant & ſenſible , qui
forme le caractère de ſon talent , & qui
ſemble attaché aux infléxions de ſa voix,
ainſi qu'à toute ſon action theatrale. Le
temps & l'exercice paroiſſent fortifier en
elle l'organe néceffaire pour foutenir la
déclamation du grand genre.
AVRIL. 1764 . 171
Après la Tragédie , on donna pour
petite Pièce l'Amateur , Comédie nouvelle
de M. BARTHE , qui parut faire
plaifir , & qui futjouée , ainſi qu'à Paris
, avec tout le feu & tout l'agrément
poffible. ( b )
Le Mardi 13 , les mêmes Comédiens
repréſentèrent la Surpriſe de l'Amour ,
Comédie en trois Actes & en proſe de
feu M. de MARIVAUX ( de 1727 ) .
Le Sr BELLECOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le Sieur GRANGER celui du
Comte , la Dile PRÉVILLE celui de la
Marquise , le Sr PRÉVILLE celui du
Pédant , la Dile le KAIN le rôle de Lifette
, & le Sr ARMAND celui de Valet.
On a paru fort content de cette Comédie
, dont on ſcait combien les principaux
rôles éxigent de talens.
La ſeconde Piéce fut Dupuis & Defronais
, Comédie en trois Actes , & en
vers de M. COLLÉ, la Demoiselle Préville
y jouoit le rôle de Marianne
genre dans lequel cette Actrice a journellement
de nouveaux ſuccès , & qui
conſtate en elle le grand talent.
Le Mercredi 14 , les Comédiens Italiens
exécuterent le Maître de Muſique ,
( b ) -Voyez ci-après l'Article de Paris ſur cette
Nouveauté.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
& le Cadi dupé , Comédies mêlées d'Aricttes.
Le Jeudi 15 Mars , les Comédiens
François repréſentérent le Glorieux ,
Comédie en vers & en 5 Actes de feu
M. DESTOUCHES ( de 1732. ) Le rôle
du Glorieux étoit joué par le Sr BELLECOUR
, celui de Valère par le Sieur
MOLÉ , le rôle de Philinte par le Sieur
DAUBERVAL , celui de Licandre par
le Sr BRIZARD. Le rôle d'Isabelle par
la Dile PRÉVILLE , celui de Lifette par
la Dile DOLIGNI . Les Srs PRÉVILLE,
AUGE , & BOURET jouoient les rôles
de la Fleur , de Pasquin & d'un autre
Valet. Nous détaillons ici cette diftribution
de rôles , parce qu'elle eſt la même
que celle dont nous avons eu occafion
de parler dans un des volumes précédens
à l'Article de Paris , & de faire
remarquer , à l'avantage de quelquesuns
des Acteurs , nouveaux dans les rôles
de cette Comédie , l'honneur d'y
foutenir l'épreuve de la mémoire encore
exiſtante des talens fupérieurs pour chacun
deſquels cette Piéce ſemble avoir
été compofée.
La ſeconde Piéce fut l'Epoux par
fupercherie , Comédie en deux Actes &
en vers de feu M. DE BOISSY ( de
AVRIL. 1764. 173
1744. ) qui doit une forte de réfurrec
tton aux talens des Srs BELLECOUR ,
MOLÉ , & des Sr & Dile PREVILLE ,
par la manière dont ils en exécutent les
rôles.
La fuite au prochain Mercure.
SPECTACLES DE PARIS.
OPERA.
Na continué Caftor & Pollux ,
avec tout le ſuccès que mériteront toujours
les beautés réunies de la Muſique
& de la Poëfie , jointes à la pompe & à
l'éclat d'un magnifique ſpectacle.
Ce que nous avons annoncé de M.
le Gros , dans un Supplément à l'Article
de l'Opéra , page 222 du Mercure de
Mars , s'est trouvé fi avantageurement
confirmé par le Public , que depuis le
jour du début de cette nouvelle Hautecontre
dans le rôle de Titon , l'affluence
du Public ne ceſſe d'augmenter aux
repréſentations de cet Opéra. On l'a donné
de ſuite les trois jours gras , & on le
continue actuellement les Mardi &Jeudi
de chaque ſemaine. Jamais Nouveauté
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
du plus grand fuccès n'a attiré & foutenu
à aucun Théâtre un concours auſſi
nombreux de Spectateurs. Les ſuffrages
fur le compte de ce Sujet ſont unanimes
& fans aucune des restrictions fi
fréquemment employées à l'égard de
ceux qui ont débuté avec le plus d'avantage
, & qui ont occupé par la ſuite
les premiers rangs ſur la Scène . Nous
exhortons ceux de nos Lecteurs qui ſeront
curieux de connoître le genre propre
du mérite de ce nouveau Sujet , à
lire ce que nous en avons dit dans le
vol. précédent à l'Art. indiqué ci-deſſus.
Les Amateurs des Spectacles vraîment
honorables pour la Nation , voyent avec
plaifir revivre pour ainſi dire parmi nous
celui de l'Opéra. Comme une partie du
Public eſt ſouvent entraînée par le ſeul
concours de l'autre , les Partiſans du
goût eſpérent que cette partie mobile
des Spectateurs conduite par la circonſtance
, s'accoutumera inſenſiblement à
ne plus prendre la force du bruit pour
celle de la Muſique & le défordre de
la déraiſon pour le charme de la gaîté.
Les Acteurs de l'Académie Royalede
Muſique ont déterminé de donner au
Public pour leur Benefit ou Capitation ,
trois Actes charmans , quiforment cha-
1
AVRIL. 1764. 175
cun un petit Opéra , & dans des genres
différens ; fçavoir Hilas & Zélie , Mufique
de M. de BURI; Pigmalion ,Muſique
de M. RAMEAU , & Psyché , Muſique
de M. MONDONVILLE. M. LEGROS
chantera le rôle de Pigmalion. La première
de ces repréſentations étoit indiquée
pour le Samedi 31 Mars , la deuxiéme
le Lundi 2 du préſent mois d'Avril
, & la troifiéme pour le Samedi
ſuivant. L'empreſſement qu'il y a eu
à retenir des loges pour ce Spectacle ,
ne laiſſe pas douter de l'abondante recette
que produiront ces repréſentations,
COMEDIE FRANÇOISE.
EXTRAIT DIDOMENÉE , Tragédie
de M. LE MIERRE , représentée
pour la première fois , le Lundi 13
Février 1764.
PERSONNAGES.
IDOMÉNÉE , Roi de Créte.
IDAMANTE , Fils du Roi .
ACTEURS.
M. Brizart.
M. Le Kain.
Mlle Clairon .
M. Dubois.
ERIGONE , Fille d'un Roi de Samos ,
Femme d'IDAMANTE..
SOPHRONIME.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
NAUSICRATE , Confident
d'IDAMANTE .
LE GRAND-PRESTRE.
PRESTRES.
PEUPLES.
GARDES.
M. Dauberval.
M. Blainville
7
La Scène est à CYDON , Capitale de la Crete.
Le Théâtre repréſente le rivage de la mer. On voit
d'un côté un Temple , & de l'autre un Palais.
IDOMENEE étoit un des Rois ligués de la Gréce ,
qui allerent faire le ſiége de Troye. A fon retour
il efluye une tempête terrible , & fait voeu , s'il
échappe du naufrage , d'immoler la première
perſonne qui s'offrira à ſa vue en abordant dans
fon Ifle. Neptune exauce ſon vooeu; les flots ſe
calment , la mer eſt tranquille ; & Idoménée eſt
prêt d'arriver dans ſa Capitale. C'eſt le moment
où la Piéce commence .
АСТЕ PREMIER.
:
Idamante , qui , pendant la tempête , avoit ordonné
au Grand Prêtre d'implorer les Dieux pour
la conſervation de la Flotte d'Idoménée , lui commande
de faire un nouveau ſacrifice , qui procure
à ſon père un prompt & heureux retour. Il
ne quitte point le rivage de la mer , dans l'eſpérance
de le voir bientôt arriver ; & là il s'entretient
avec ſon Confident de ſon amour pour ſon
père , de ſon impatience à le revoir , de ſa crainte
de le perdre. Dans ce moment paroît Erigone ,
épouſe d'Idamante , qui lui apprend l'arrivée de
AVRIL. 1764. 177
Sophronime , Serviteur fidéle d'Idoménée , & fon
Compagnon de voyage ; on le fait venir ; on l'interroge
; il ignore le fort du Roi.
Nous n'avons parcouru l'immenſité des mers ,
Qu'à travers les écueils & qu'au jour des éclairs.
Des Cyclades encor les roches menaçantes
Eralent les débris de nos pouppes fumantes ;
Le ſeul vaiſleau du Roi ſur les flots orageux ,
Sembloit comme un dépôt confervé par les Dieux.
Déjà même des vents la fureur fatisfaite
Nous redonnoit l'eſpoir d'arriver dans la Crete :
Mais non loin de cette fle & près de ce rocher ,
D'où le front de l'Ila ſe découvre au Nocher ,
Les vents impétueux rallument les tempêtes ;
Le Ciel étincelant s'entr'ouvre ſur nos têtes ;
Le vaiſſeau dans les airs s'élance avec les eaux ;
Nous touchons juſqu'aux Cieux,nous roulons ſous
les flots.
Aces coups redoublés de Neptune & d'Eole ,
L'horreur , le péril croît , l'eſpoir fuit , la mort
vole ;
Plus de ſalut ; pouffé ſur les écueils , hélas !
Notre vaiſſeau s'entr'ouvre & ſe briſe en éclats.
Dans la nuit , dans l'effroi tout périt, tout s'égare ;
Je veux ſuivre le Roi , la vague nous ſépare ;
Et les flots ennemis m'entraînent fur ce bord ,
Où revenu ſans lui j'invoque encor la mort.
Erigone , à ce récit , fait éclater ſa douleur par
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
une invective véhémente contre Héléne , dont lès
amours ont cauſé tant de maux à la Gréce. Idamante
plus occupé de ſon père que d'Hélène, croit
que s'il avoit été auprès de lui pendant la tempête
, il l'auroit ſauvé du naufrage. Il va pour élever
untombeau à ſa mémoire , lorſque Naufscrate
, ſon Confident , lui apprend qu'on a vu de
loin un homme qui s'avançoit lentement ſur le
rivage. Cette nouvelle fait renaître l'eſpoirdans
le coeur du jeune Prince , qui court du côté qu'on ,
vient de lui indiquer.
:
ACTE ΙΙ.
Idomenée ſeul ſur le bord de la mer , déplore
le malheur de ſa Flotte , eſpére de trouver dans
les embraſſemens de ſon Fils quelque adouciſſement
à ſa douleur. Mais un remord le remplit
d'allarmes , & empoiſonne fon eſpérance. Il fe
rappelle ſon funeſte ſerment.
Neptune , as-tu reçu ma promeſſe inhumaine ?
Ce Voeu que je t'ai fait d'immoler en ces lieux
Le premier que la rive offriroit à mes yeux !
-Ah ! quand je t'implorois pour rentrer dans la
Crete ,
Quand l'effroi m'a dicté ma priéře indiſcrette ,
J'eſpérois épargner ſur les mers en fureur ,
La mort derous les miens , ce ſpectacle à mon
coeur ;
Et par humanité dans ce péril extrême ,
J'attentois , trop aveugle , à l'humanité même.
AVRIL. 1764 . 179
Peuple heureux ſous mon fils , un de vous ſur ce
bord ,
De mon premier regard recevra donc la mort.
Ah; montrez-vous en foule , & m'épargnez un
crime ,
,
En ne me laiſſant pas difcerner ma victime.
Hélas ! ſur ce rivage , où j'appelle le deuil
Je n'oſe faire un pas , ni jetter un coup d'oeil ,
Ciel .... un infortuné s'avance ſur la rive..
C'eſt ſon Fils ; il le reconnoît dans le moment
où, pour accomplir ſon voeu , il eſt prêt à le poignarder.
Il jette ſon poignard &détourne la vuë ..
Un accueil ſi triſte , après dix ans d'abfence , jette
l'effroi dans l'âme d'Idamante . Il preſſe le Roi
de lui découvrir le ſujet de ſa douleur ; mais c
père infortuné , que ſon malheur accable , fe.
ſouſtrait aux queſtions & aux embraſſemens de
fon fils. En fe retirant il eſt apperçu par Erigone
; & il ſe dérobe également à la vue. Elle vient
avec précipitation en témoigner ſon étonnement
au Prince ſon époux. Ils font inſtruits l'un &
l'autre par la bouche de Sophronime , que le voeu
indiſcret d'Idoménée eſt ce qui caule lon déſeſpoir.
Sophronime ignore , ainſi qu'Erigone , qu'Idamante
eſt le premier qui s'eſt offert à la vue duRoi; le
jeune Prince apprenant ce funeſte ſerment , ne
doute point qu'il ne ſoit la victime deſtinée à a
mort ; il cache ſon trouble ; il fuit pour n'en
rien laiſſer paroître aux yeux de ſon épaule..
ACTE III.
Sophronime tâche en vain de détourner Idoménée:
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE .
d'accomplir le voeu qu'il a fait à Neptune. Le Roi
veut ſauver la vie a ton fils ; mais il veut ſe l'oter
à lui-même. Il veut que le Prince & Erigone
quittent la Crére , & s'embarquent pour Samos.
C'eſt dans ces circonstances qu'Erigone , ignorant
toujours qu'Idamante eſt la victime , dit à Idoménée
:
د
1
Seigneur , née à Samos, loin des moeurs de la
Crete,
Loin d'un culte inhumain que ma pitié rejette ,
Je gémis de venir , malgré ce déſaveu ,
Preffer ſur l'Inconnu l'effet de votre voeu.
On ſçaitvotre ferment ainſi que vos allarmes ;
Ce Peuple entier s'étonne & ſe plaint de vos lar-
1
Il s'aſſemble ; il murmure ; il demande à grands
mes;
cris
٢٠
La victime promiſe à la loi du Pays ;
Loi dure , loi de ſang qu'a jamais je déreſte ,
Et que n'a pû dicter la justice céleste ;
Mais hélas ! établie à la honte des Dieux
Chez ce Peuple barbare & fuperftitieux.
Celui dont la vertu l'abhorre au fond de l'âme ,
Craignant de plus grands maux , lui-même la reclame.
Oui , fi vous refuſez d'obéir à la loi,
Vous remplilfez l'Etat de féſordre & d'effroi.
Abandonnez un ſeul pour fatisfaire au reſte ,
Pour écarter de vous un péril ſi funeſte.
T
1,
AVRIL. 1764.
181
Puiffe ce malheureux être ici le dernier
Que la Crete à nos Dieux verra facrifier.
IDOMENÉE.
Ciel! que demandez-vous , ma fille ?
ERIGONE.
La patrie ,
L'humanité , tout parle à votre âme attendrie.
Il coûte à votre coeur de livrer a la mort
Un Mortel condamné ſeulement par le ſort.
Mais tout me fait trembler , une loi tyrannique ,
L'emportementdu Peuple , un fanatiſine antique.
Prévenez ſa fureur , Seigneur , pour vos Etats
Pour vous , pour votre fils ...
IDOMENÉE , ( avec un cri. )
Erigone ....
Ah ! vous ne sçavez pas ,
ERIGONE,
Seigneur!
IDOMENÉE ..
Jour fatal ! .... veu barbare ! ....
Jene ſçais où je ſuis ....
ERIGONE.
Quel trouble vous égare !
IDOMENÉE.
Tremblez de me preffer & de m'interroger.
ERIGON E.
Quel étrange langage , & quel nouveau danger!
IDOMENÉE , ( à part . )
Je frémis de parler , je frémis de me taire.
٢٠
182 MERCURE DE FRANCE.
ERIGONE.
Achevez , quel qu'il ſoit , d'éclaircir ce myſtère.
IDOMENÉE .
La colère des Dieur ... mes deſtins inouis ....
Madame ... apprenez tout , la victime eſt mon
fils..
Qui !!
ERIGONE.
IDOMENÉE..
Mon fils !
ERIGONE.
Je me meurs..
Elle s'évanouit ; le Roi & Sophronime la conduiſent
vers les degrés du Temple , où elle reſte
accabléede ſon déſeſpoir. Revenue à elle-même
& livrée à ſa douleur , elle entre dans le Temple
pour implorer les Dieux , tandis que le Prince
fon Epoux vient ſe dévouer à la mort. Le Roi
croit que la fuite de ſon fils appaiſera le Ciel .
Idamante préfere le trépas : Idoménée veut fuir
lui-même . le Peuple inſtruit du ſort du jeune
Prince qu'il adore , accourt en foule pour le
ſauver.Idoménée perſiſte àvouloir quitter laCretes
Idamante fort pour retenir ſon Père & appaifer
le Peuple..
ACTE IV.
Tout ſemble diſpoſé pour le départ du Roi de
Crete , lorſque le Grand-Prêtre vient lui déclarer
que les Dieuxdemandent le fang qu'il a promis..
S'il le refuſe , il lui prédit les plus grands mal
heurs. Voyez , lui dit- il ,
AVRIL. 1764. 183
Voyez ſur ces climats les vents ſouffler la mort.
Vos Sujets éperdus dans ces momens terribles ,
Tomber autour de vous, ſous des corps inviſibles,
Traînant, pour fuir ces bords,leurs pas appeſantis,
Et pouffant juſqu'à vous leurs lamentables cris.
Aux funébres accens de tant de voix plaintives ,
Aux phantômes errans qui couvriront ces rives ,
Vous croirez voir le Styx fur ce bord effrayant ;
Vous mourrez mille fois dans ce Peuple expirant :
Et voyez votre fils , dans ce fléau funeſte ,
Lui-même enveloppé par le courroux céleste.
Ainſi vous ſubirez tous les malheurs unis ;.. 1
Vous perdrez vos Sujets ſans ſauver votre fils.
Dans ce preſſant danger hâtez-vous de réſoudre.
IDOMENÉE .
Les Dieux peuvent frapper ; mais j'attendrai la
foudre..
Je ſuis Père.
LE GRAND - PRETRE.
Oui , Seigneur , & c'eſt de vos Sujets.
Le Ciel qui vous chargea de ces grands intérêts
Vous preſcrit avant tour l'amour de la patrie.
Veillez ſur les humains que l'Etat vous confie ,
C'eſt le devoir des Rois , c'eſt la loi de leur rang
LeCiel n'a pointborné leur famille à leur ſang.
Leur peuple eſt la première ; & votre âme in
quiète
Sedoit dans ces momens toute entiére à la Crete
184 MERCURE DE FRANCE.
Iriez-vous l'accabler par des malheurs affreux ,
Enoſantdiſputer contre le choix des Dieux !
Si fur votre paſſage un deſtin moins févère
N'eût mis, au lieu d'un Fils, qu'une tête étrangere,
Votre coeur aux dépens d'un ſang indifférent ,
Alors envers le Ciel s'acquittoit aiſément.
Cependant vous plongiez d'une main meurtrière
Dans le deuil& les pleurs une famille entiére.
Le fort tombe ſur vous ; vous ſouffrez ce
qu'ailleurs
Vous verſiez d'amertume & laiſſiez de malheurs ;
C'eſt ainſi qu'appaiſant l'éternelle justice ,
Il faut que votre voeu devienne un ſacrifice.
Gemiſſez; mais cédez. Le doute où je vous vois
Expoſe votre fils & la Crete à la fois .
CesparolesduGrand- Prêtre replongent Idoménée
dans ſon premier déſeſpoir. En vain Erigone
entreprend de perfuader a ce Prince que l'accompliffement
d'un ferment comme le fien ,
eltpluscapable d'irriter , que d'appaiſer la Divinité.
Elle tâche de le combattre par des raiſons& par
des exemples . Maisle Ciel ſemble , par des fléaux
qui épouvantent le Peuple , demander la victime
promile.
ACTE V.
Idamante , pour prévenir les malheurs qui
menacent la Crete , ſe dévoue àla mort: ni les
prières de ſes amis , ni les voeur de ſon Père ,
ni les larmes de ſon épouſe ne lui feront changer
*deréfolution.
1
AVRIL. 1764. 185
Auteur des maux publics , me rendrai-je en ce
jour
L'horreur d'un Peuple entier dont tu m'as vu
l'amour ?
S'il fut heureux par moi , ſi ſa reconnoiſſance
Contre mon Père même avoit pris ma défenſe ;
S'il m'appelloit tantôt à ce ſuprême rang ,
Je vois en lui mon Peuple , & je lui dois mon
fang.
ERIGONE.
Voilà le feul honneur dont ton âme eſt jalouſe !
Ton Peuple ! .... mais , cruel , ta malheureuſe
épouſe i
IDAMANTE .
Et je meurs pour toi-même , en détournant de
toi
Le fléau qui pourroit te frapper devant moi.
ERIGON E.
:
En périrai-je moins ? ta vie étoit la mienne.
Tu n'en ſçaurois douter : ma mort ſuivra la
tienne.
Va , la contagion aveugle dans ſon cours ,
Lehazard en ces lieux peut épargner mes jours ,
Mais que fera le coup où ta fureur s'obſtine ,
Qu'aſſurer à la fois & hâter ma ruine ?
Et qu'importe à mon fort que ce foit le fléau ,
Ou bien le déſeſpoir qui me plonge au tombeau ?
Au moment où Idamante va s'arracher des
186 MERCURE DE FRANCE.
bras de ſon épouſe pour courir à la mort , les
Portes du Temple s'ouvrent ,& le Grand-Prêtre
paroît ſuivi des autres Prêtres & du Peuple.
ERIGONE.
Arrête , dés Autels implacable Miniſtre ;
Tyran , qui veux ſoumettre àd'homicides loix
Les jours de l'innocence & le ſang de tes Rois.
Eh ! quel voeu faut-il done qu'Idamante accompliffe
?
Quel Dieu préſide au meurtre ,&preſcrit l'injuſtice
?
(Mettant lamain fur l'Autel. )
Voici , voici l'Autel où les voeux les plus ſaints
M'engagerent à lui... devant eux.. dans vos
mains !
Et votre fanatiſme aveuglément préfére
Ades ſermens ſacrés un ferment ſanguinaire...
Ah ! s'il faut aujourd'hui violer l'un des deux ,
Doit-ce être , répondez , le ſerment vertueux ?
Et dans les préjugés dont l'erreur vous domine ,
Un voeu n'est- il ſacré, que lorſqu'il affaffine ?
J'embraſſe cet Autel ; & pour en approcher ,
Cruels , toute ſanglante il faut m'en arracher ..
Idoménée arrive duTemple avec précipitation
pour ſauver ſon fils de la mort & s'immoler luimême.
Mais Idamante le prévient ; & voyant ſon
père prêt à ſe ſacrifier , il ſe frappe d'un poignard.
Le tonnerre gronde; Erigone tombe éva
nouie au pied de l'Autel ; Idoménée veut. ſe frape
AVRIL. 1764. 187
per de l'épée de Sophronime ; celui-ci le retient ,
& la Piéce finit par ces vers que prononce Idoménée.
Ehbien ,Dieu de la Crete ,
Mon ferment eſt rempli , votre loi fatisfaite.
J'ai tout perdu. Cretois , je vous rends votre foi.
Non ,je n'ai plus de fils ; vous n'avez plus de Roi
Je quitte ces Autels , ce Trône , ce rivage.
Tout m'eſt affreux. Je fuisune ſanglante image.
Je vais chercher ailleurs des Dieux moins ennemiss
Je vais pleurer ailleurs mon ferment &mon fils.
CetteTragédie ſe trouve imprimée chez Duchefne
, rue S. Jacques, au Temple du Goût ,audeſſusde
la rue des Mathurins..
REMARQUES
SUR la Fragédie d'IDOMÉNÉE.
Le Sujet que vient de traiterM. le. Mierre eft
le même ſur lequel un grand homme eſlaya fes
premiers talens. Quoique l'Idoménéede feu M. do
Crébillon ſoit regardé comme le plus foible de
fes Ouvrages ; quoiqu'il en eût lui-même cette
idée , on y apperçoit le germe des grands traits
qui ont illuſtré ce Poëte. La force de quelques
images , le nerf des penſées , la beauté mâle
d'une verfification dramatique , tour marquoit
l'aurore d'un jour plus éclatant. Ce fut apparemment
à ce préſage que ſon Idoménée dut
le ſuccès de rs repréſentations. On ſentit que
F'oeuvre avoit manqué a l'Artiſte plutôt que
Artiſte à l'oeuvre. Ce Sujet devint affez góc
188 MERCURE DE FRANCE.
,
néralement mis au nombre de ceux qui peuvent
ſéduire par un trait dont on ſe préoccupe ,
mais qui à l'exécution ne payent jamais du tra
vail qu'ils coûtent. C'eſt ainſi que l'on doit penfer
, d'après le célèbre Auteur qui l'avoit tenté
de tout Sujet qui ne comporte eſſentiellement en
foi ,que la matière d'une ſeule belle Scène. Feu
M. Danchet enviſagea ce même Idoménée comme
plus propre à figurer à l'Opéra Il en fit auffi
Vellai dans un temps où l'on ſouffroit encore fur
ce Théâtre une certaine conduite & une marche
dans les Piéces , des fils & des développemens de
Scène , d'où réſultoit l'intérêt , aux dépens à la
vérité des ſuperbes ſymphonies , des charmantes
Ariettes & des ſaults perpétuels du Ballet , qui
ont fuccédé à cet ancien genre. Le Poëte Lyrique
avoit très - bien imaginé cependant , que les licences
propres au genre, lui fourniroient , pour
remplir les vuides du Sujet , des machines que
ne pouvoit pas admettre une Scène plus régu-
Lère.
L'Auteur du nouvel Idomenée n'a pas crû devoir
laiſſer perdre la Scène Franç ile , un Sujet qui
ſembloit n'avoir été employé que comme premiere
eſquille par M. de Crébillon : il a tenté de
profiter des erreurs d'un Grand Homme. Ce n'eſt
pas à nous de décider s'il a atteint ce but glorieux
, & rempli toute l'étendue de fon eſpoir.
Le Public , comme il arrive toujours , a porté
divers jugemens au Théâtre. Quand ces jugemen's
pour ou contre l'ouvrage ſeroient univoques ,
ils éprouvent ſouvent des modifications a la
lecture. En préſentant au Public celle de la
Piéce de M. le Mierre , nous nous bornerons
donc à ſuivre l'Auteur moderne dans les routes
qu'il a tenues entre le grand Poëte Tragique a
AVRIL. 1764. 189
& le Poëte Lyrique qui l'avoient précédé.
L'Idomenée de M. de Crébillon paroît dès
l'ouverture de la Scène. L'expoſition qu'il fait
de ſon voeu barbare , de la rencontre de fon
fils , & des fleaux qu'attire ſur la Crete la vengeance
impatiente des Dieux , ſemble être le
plan tracé de ce que M. le Mierre a mis en
action & ſous les yeux du Spectateur , mais dont
il ne commence la marche qu'au ſecond Acte
de ſa Tragédie. Nous ne devons pas laiſſer échapper
l'adreſſe de ce moyen, pour abréger au moins
d'un Acte entier , une carrière difficile à remplir
dès l'inſtant que le moment fatal de la rencontre
du Père & du Fils eſt connue du Spectateur.
C'eſt cette difficulté à, ſe traîner pour ainſi dire,
depuis ce point intéreſſant juſqu'à la fin du cinquiéme
Acte , qui avoit engagé l'ancien Auteur
à charger le malheureux Idoménée d'un nouveau
tourment , par l'amour qu'il lui prête pour
Erixéne , & par la rivalité que cela produit
entre le Père & le Fils. Quoique le Poëte lyrique
( feu M. Danchet ) eût fufpendu la rencontre
d'Idoménée & d'Idamante juſqu'au ſecond
Acte , quoiqu'il eût mis , ainſi qu'a fait M. le
Mierre , cette ſituation en action & ſous les
yeux du Spectateur , il ne s'étoit pas crû vráiſembablement
diſpenſé du beſoin de cet amour
&de cette rivalité entre le Père & le Fils . Il avoir
changé l'Erixéne de M. de Crébillon en un Illione ,
Princeſſe qui par d'autres circonstances a des
motifs de devoir auſſi puiſſans que l'autre, pour
déteſter la tendreſſe de ces deux Princes , mais
qui céde cependant de même aux feux du plus
jeune. L'uſage du Théâtre Lyrique faifoit une
excufe à cet Auteur. Nous devons remarquer
avec éloges pour M. le Mierre , la juſteſſe de goûs
90 MERCURE DE FRANCE.
&de difcernement qui lui a fait ſupprimer cet
amour , ridicule dans un vieillard abſent depuis
longtemps , & dont l'âme eſt agitée , par un
mouvement auſſi important que l'eſt celui de ſe
croire obligé d'égorger lui-même un fils tendrement
aimé &digne de l'être. Quoiqu'en puiſſent
dire les Partiſans de cette frivole paſſion au
Théâtre , quel moment pour l'amour que la
fituation où ſe trouve Idoménée ! De quel poids
doit- il être ſur des eſprits ſenſés ? Quel intérêt
peut-il produire dans des coeurs honnêtes ? Lorfqu'il
y a fur un perſonnage un motif d'intérêt
auſſi principal & d'une telle prééminence , ne
l'affoiblit- on pas plutôt que de l'augmenter en
accumulant des moyens auſſi ſubordonnés ? Nous
ſçavons que feu M. de Crébillon blamoit luimême
& ſe reprochoit l'amour d'Idomenée dont
M. le Mierre a débarraſſé ce caractére. La tendreſſe
légitime d'une épouſe vertueuſe pour
Idamante , l'attache & la lie à l'intérêt principal
, dans la nouvelle Tragédie ; il lui donne
ainſi unjeu naturel & convenable dans l'action.
Il a ſervi de plus au nouvel Auteur à rendre
moins vuidetoute la préparation du premier
Acte.
S'il est vrai que la rencontre d'Idoménée &de
ſon fils au commencement du deuxième Acte,
ait été en quelque ſorte indiquée par l'Opéra de
M. Danchet , l'uſage qu'en fait M. le Mierre paroît
bien plus vif& bien plus frappant. Le Poëte
Lyrique a filé une reconnoiſſance qui fait languir
la ſituation. Il eſt d'ailleurs bien plus vrai-
Lemblable qu'Idoménée , troublé par l'horreur de
fonvoeu , trouvant la victime ſeule ſur ce rivage
ſe précipite ſur elle , que d'entrer en diſcuſſion
avec ce malheureux Inconnu. Au moment qu'il
AVRIL. 1764. 191
weut frapper , M. le Mierre fait voler le filsdans
Jes bras du père qui le reconnoît. Rien ne manque
à cette ſituation pour la rendre du plus
grand effet , & du plus beau genre de tragique.
A cet égard tout paroît à l'avantage du nouvel
Auteur. Il nous reſte à voir s'il a pu éviter les
obstacles naturels du Sujet & remplir avec chaleur
& intérêt les vuides qu'il préſente. Les deux
anciens Auteurs ſuſpendent longtemps la connoiſſance
du ſecret d'Idoménée par ſon fils. M. le
Mierre la lui donne bien plutôt. Il en réſulte
peut- être un inconvénient pour ſa Piéce, qui eſt
de ne pas fonder ſur des motifs raiſonnables le
refus que fait Idamante de tous les moyens propoſés
par ſon père , pour lui ôter le pouvoir d'exécuter
ſon exécrable voeu. Telles ſont les propoſitions
de rendre la tête de ſon fils ſacrée pour
lui-même, par l'auguſte caractère de Roi , ou de
l'éloigner de la Crete & le dérober par là à la fureur
du Fanatiſme. Idamante , ignorant les
vrais motifs de ſon Père , & la cauſe de l'état
violent où il le voit , doit fe refuſer à toutes
ces propoſitions; mais en la connoillant , ce courage
en lui , ſi ç'en eſt un , eſt une barbarie
contre ce Père infortuné. Il eſt vrai que tranf
portant l'ignorance du fatal ſecret ſur Erigone ,
M. le Mierre a trouvé la matière d'une fort
belle Scène , dans laquelle cette épouſe éplorée ,
parun excès de tendreſſe pour le Père & le Fils ,
autant que par des raiſons d'état , pourſuit avec
chaleur , ſans le ſçavoir , la mort d'un époux
adoré. Sa fituation , en apprenant ce fatal ſecret,
eſt d'une force vraiment tragique. Au lieu que
dans les deux autres Tragédies , c'eſt par des
motifs bas & criminels que les femmes preſfent
ledanger de leur amant ; ce qui rend
192 MERCURE DE FRANCE.
la mépriſe & bien moins intéreſſante , & bien
moins convenable à la dignité de ſentiment qu'ézige
celle de la Tragédie.
,
Les expédiens qui naiffent du Sujet pour
fufpendre la catastrophe , font à-peu- près les mêmes
dans les trois Auteurs. Il ne peut guères
en effet s'en préſenter d'autres que l'éloignement
d'Idamante & d'Idoménée pour éluder
l'effet du voeu . Chacun des Auteurs a modifié
différemment les obſtacles qui s'oppoſent à ces
expédiens , principalement a la réſolution d'Idoménée
, de fuir & fon Fils & fes Etats. M.
de Crebillon ſe ſert d'un Oracle révélé par la fureur
d'Erixéne qui croit ne perdre que le père
qu'elle déreſte , & qui produit la mort du fils
qu'elle aime . Le Poëte Lyrique , grâce à la commodité
des uſages de ſa ſcène , préſente un Dieu
dans une machine qui arrête Idoménée. Le nouvel
Auteur a fubititué à ce Dieu un Grand- Prêtre
qui prétend foutenir l'ordre des Dieux & le ſalur
des Peuples.
Ce moyen fournit une belle déclamation contre
le Fanatifme. Elle est convenablement placée
dans la bouche d'Erigone , étrangère au culte
des Cretois , mais n'y pourroit-on pas entrevoir
de Pinconféquence entre les grandes vérités philoſophiques
qu'elle contient , & l'événement de
la catastrophe. La fatalité eſt accomplie , &d'une
manière cruelle contre Idamante ; le Prêtre eſt
juſtifié dans ſes menaces ; il ſemble que le bur
moral n'eſt pas atteint ; car après les maximes
juſtes , & fermes que l'Auteur a miſes dans la
bouche d'Erigone , on est bien loin de le ſoupçonner
d'avoir voulu faire triompher la ſuperſtition,
de l'humanité & de la philofophie . Les autres
Auteurs avoient laiſſe ſubſiſter fans critique ,
l'erreur
AVRIL. 1764. 193
,
l'erreur ſur laquelle eſt établie la fable du ſujet ;
c'étoitau moins n'avoir pas compromis les droits
de la vérité. Dans l'ancien Auteur tragique &
dans le nouveau , Idamante meurt de ſa propre
main; les Dieux ſont ſatisfaits , & le Père au
moins n'eſt pas chargé de l'horreur de l'exécution.
Le Poëte lyrique a ſeul rempli le voeu
dans toute ſon étendue. Il fait immoler le fils
par le père , en introduiſant Néméfis , qui verſe
ſur lui tous ſes feux , qui égare ſa raiſon
& lui dérobe la connoiſſance de la victime dans
l'exécrable ſacrifice qu'il en fait ; c'eſt aux Juges
de l'art à déterminer laquelle de ces catastrophes
eſt la plus régulière & la plus amenée par l'action.
Quelles que foient les réfléxions qu'on faſſe à la
lecture de cette nouvelle Tragédie , ſur la nature
du Sujet , ſur les riſques qu'il y avoit à
l'entreprendre , on ne pourra ſans injustice ſe
refuſer à louer le courage d'avoir rempli une
carrière auſſi ingrate que celle qui reſte entre
le moment de la ſcène du ſecond Acte , &
la caſtatrophe du cinquiéme. Nous croyons auſſi
que l'on y remarquera avec plaifir beaucoup de
vers heureux , & qui ont produit leur effer au
Théâtre. Si l'on ne craignoit de s'écarter tropde
l'opinion commune , on exhorteroit ici les jeunes
Auteurs à tenter quelquefois de pareilles entreprifes
, ſans s'effrayer des noms &de la célébrité de
ceuxde leurs Prédéceſſeurs , qui ont manqué cerrains
ſujets.Quelques exemples , rares à la vérité ,
ne font ils pas ſuffiſans pour nous autoriſer à
donner cet encouragement ? Les vrais Sujets tragiques
ne font pas en ſi grand nombre , que bien
desgens le croyent , s'il en eſt quelques-uns ſur
leſquels des Muſes célèbres ſe ſoient éxercées
avec peu de ſuccès , pourquoi ſeroient- ils àjamais
I. Vol.
I
194 MERCURE DE FRANCE .
perdus pour les autres ? s'il en eſt même qui
par leur conſtitution , préſentent des difficultés
infurmontables en apparence ; pourquoi interdiroit-
on au génie la gloire d'en triompher ? à
travers les naufrages d'une flotte entiere , un
Pilote plus heureux ou plus habile fait aborder
au Port un Vaiſſeau dont la richeſſe dédommagede
la perte des autres, Ce n'eſt pas à ceux
qui attendent ces richeſſes ſur le rivage , à exagérer
les dangers qu'on éprouve , pour les leur
apporter. Ils peuvent plaindre , mais ne doivent
jamais blâmer ceux mêmes qui échouent à leur
vue.
Le 3 Mars on a donné la première
repréſentation de l'Amateur , Comédie
nouvelle en Vers & un Acte , par M.
BARTHE. Cette petite Piéce a eu to
repréſentations . Elle a été reçue avec
applaudiſſemens , & le Public a paru
en voir la continuation avec plaifir. Les
Lecteurs feront en état de juger par
eux-mêmes de l'agrément de cet Ouvrage
* , dans lequel l'Auteur a été
très-bien ſecondé par le talent des Ac
teurs qui étoient MM. GRANDVAL ,
MOLÉ & PRÉVILLE, Mlles PRÉVILLE
& DOLIGNI . Quoique nous invitions
à lire cette Comédie en entier , nous
* On trouve cette Piéce imprimée in-12 . à
Paris chez Duchesne , rue S. Jacques,
AVRIL. 1764. 195
1
ne nous diſpenſerons pas d'en donner
une notice ſelon l'uſage. Les bornes de
notre Article ſe trouvant remplies dans
ce Mercure , nous sommes obligés de
la remettre au deuxiéme vol. du mois ,
ainſi que les autres Nouveautés.
On doit tenir compte & applaudir au
zéle des Comédiens François pour le
vrai Pére de ce Théâtre ( MOLIERE )
par les ſoins qu'ils ont apportés à la
remiſe du Bourgeois- Gentilhomme,dont
la première repréſentation fut donnée
le Lundi gras. Le plaifir que le Public
y a pris a dû récompenfer ce zéle &
l'encourager.
-
Le 17 Mars , on a donné la première
Repréſentation d'Olimpie , Tragédie de
M. de VOLTAIRE. Elle fut reçue avec
les applaudiſſemens dont cet illuftre Auteur
eft depuis long-temps en poffeffion.
On l'a continuée juſqu'à préſent. Le
concours des Spectateurs a prèſque toujours
augmenté à chaque Repréſentation.
Comme nos Lecteurs ont pu lire
déja cette Tragédie , qui étoit imprimée
avant la Repréſentation , nous en remettons
l'Extrait à un autre Mercure , dans
lequel nous parlerons auffi de la beauté
&de la ſplendeur de fon Spectacle.
4
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi 8Mars , on donna la première
Repréſentation de Rose & Colas ,
Comédie nouvelle en un Acte , mêlée
d'Ariettes . Cet Ouvrage , dant les Paroles
ſontde M. SEDAINE , & la Mufique
de M. de MONCIGNY , ſe continue toujours
avec ſuccès . Il y a eu dans les premiers
jours quelques contrariétés ſur la
Muſique,entre les Spectateurs ordinaires
de ce Théâtre . L'Auteur de On ne s'ar
viſe jamais de tout , employe ordinairement
des chants plus analogues au Dramatique
& à la douce naïveté des Sujets
ordinaires de ces fortes de Pièces , qu'une
forte de Muſique dont quelques- uns
defireroient l'application à un genre plus
élevé. Les routes au reſte que M. de
MONCIGNY prend pour plaire au Public
paroiſſent juſtifiées par le concours fourenu
des Spectateurs ; fans néanmoins
prétendre improuver les autres , & fans
que le Public en effet , rende moins de
juftice au mérite des genres différens
qui occupent cette Scène. On
ne nous
AVRIL . 1764. 197
a pas encore mis en état de donner aucune
notice des Paroles de cet Ouvrage.
CO NCERT SPIRITUEL.
ILYy a eu Concert le Lundi 26 Mars , Fête de
L'ANNONCIATION. Le premier Motet qu'on y
exécuta fut Lauda Jerufalem , Motet à grand choeur
deM. de Lalande. Le grand Motet de la fin du
Concert fut Confitemini , de M. l'Abbé GAULET ,
ci-devant Maître de Muſique de la Cathédrale de
Paris. M. le GROS , nouvelle Haute-contre, dont
nous avons parlé dans l'Article de l'Opéra , &
dont les ſuccès y ſont ſi brillans , chanta un petit
Motet de feu M.LEFEBVRE ( Afferte Domino. ) Un
autre Public en apparence , une autre ſcène , s'il
eſt permis de le dire , imprimèrent à ce Débutanť
une nouvelle frayeur dans les commencemens ,
&l'agrément de ſa voix en fut, ſinon altéré , au
moins ſenſiblement affoibli. Il ſe remit , & fit un
très-grand plaisir à tous les Auditeurs , qui le témoignèrent
par les applaudiſſemens. Dans ce
même Concert , M. MAYER Exécuta une Sonate
de ſa compoſition ſur la Harpe , & M. GAVINIÉS
un Concerto ſur le Violon. Mile HARDI chanta
un Air Italien .
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles .
THEATRE de Société de M. COLLE.
Nous avons annoncé dans le précédent
Mercure , une des Piéces de ce
Théâtre intitulée la Veuve , Comédie en
un Acte & en Profe . Elle doit faire la
première Piéce du Recueil. Le Roffignol
, Comédie en un Acte en Profe &
Vaudeville fait la ſeconde . Elles ſe trouvent
l'une & l'autre chez Duchesne, rue
S. Jacques. La muſique ou le chant des
Vaudevilles du Rofſignol , eſt imprimée
dans la même Brochure in - 12 .
Ces deux Piéces , que nos Lecteurs
nous ſçauront gré de leur avoir indiquées
, n'ont été composées que pour
être jouées dans des maiſons particulières.
Nous ſommes perfuadés qu'après la
lecture de ces Piéces , on jugera que
l'avis impriméde l'Auteur, qui les précéde,
eſtplusun effet de ſa modeſtie qu'une
précaution de ſon amour-propre. Nous
ne donnerons d'analyſe en formed'aucune
de ces deux Piéces pour ne pas effleurer
le plaifir que nous croyons qu'en
AVRIL . 1764. 199
doit produire la lecture. Nous nous bornerons
à en ex- poſer ſommairement le
Sujet, en y ajoutant quelques réfléxions ,
qui ſouvent font utiles au progrès & à la
connoiſſance de l'Art , quand elles font
ſuggérées par les Ouvrages d'Auteurs
tels que celui de ces Comédies.
Les mêmes raiſons que nous avons
alléguées plus haut , nous mettent dans
la néceffité de ſuſpendre ce travail jufqu'au
deuxiéme volume de ce mois.
Nous en faiſons de très- fincères excuſes
& à l'Auteur & à nos Lecteurs .
ARTICLE VI.
SUITE des Nouvelles Politiques
du mois de Février.
L E 31 du mois dernier , la Marquiſe de Louvois
fut préſentée à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale par la Marquiſe de Montmirel.
Le Cardinal de Bernis eſt arrivé ici le 9 de ce
mois & a eu l'honneur de faire , le même jour ,
ſa révérence à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale : il eſt reparti le lendemain pour retourner
à la même Campagne où il étoit.
Le Duc de Barwick , Grand d'Eſpagne , fut
préſenté le 10 au Roi par l'Ambaſſadeur de Naples.
Le 2 , le ſieur de Coteneuve a eu l'honneur de
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
,
préſenter au Roi une machine de ſon invention,
au moyen de laquelle la même perſonne peut
écrire trois copies à la fois du même ouvrage.
L'Auteur lui donne le nomde Polygraphe , ou Copiste
habile. Il y a quelques mois qu'on annonça
dans les papiers publics une machine de ce genre
préſentée à l'Impératrice Reine & inventée :
par le Comte de Neuperg. Le ſieur de Coteneuve
avoit achevé la ſienne & l'avoit miſe en uſage
devant le Marquis de Marigny le 21 Octobre dernier.
Il la préſenta à l'Académie Royale des
Sciences le 23 Novembre ſuivant. Les Commiſ
faires nommés pour l'examiner en ont fait un
rapport avantageux , & ont jugé cette machine
très- ingénieuſe & digne de l'approbation de l'Asadémie.
Parmi ſes différens avantages , elle a
celui d'être facile à tranſporter.
Le fieur Coupſon fils , Horloger à Paris , a eu
l'honneur de préſenter au Roi , le 10 de ce mois ,
une montre nouvelle de ſon invention. Elle est
compoſée de cinq roues comme les montres ordinaires
; mais l'Auteur a ſubſtitué au barillet , au
grand reffort , à la chaîne & à la fuſée , un ſimple
reffort qui opère le même effet que ces différentes
piéces , ſans en avoir les inconvéniens. On la met
en mouvement ſans clef pour vingt-quatre heures
, en preſſant feulement ſur un pouſſoir ſemblable
à celui d'une montre à répétition.
De PARIS , le 23 Janvier 1764 .
Le 29 du mois dernier , les Princes & les Pairs
font venus pour prendre leurs places à l'Aſſemblée
des Chambres du Parlement. Le Duc d'Orléans
a propoſé de mettre en délibération ce qu'il conviendroit
de faire , relativement aux droits & prérogatives
de la Pairie , ſur la validité du Décret
AVRIL. 1764 . 201
de priſe de corps décerné par le Parlement de
Toulouſe contre le Duc de Fitz James.
On a rendu un Arrêt portant que les Princes
& les Pairs ſeroient convoqués pour le lendemain
à huit heures du matin , & que le Premier Préſident
ſe retireroit pardevers le Roi pour lui rendre
compte de cet Arrêt & ſçavoir de Sa Majesté
ſi ſa volonté étoit de venir en ſon Parlement & fi
le jour lui convenoit.
Le lendemain 30 , le Premier Préſident ayant
rendu compte de ſa miſſion & ayant dit que le
Roi ne viendroit point en ſon Parlement , la délibération
a été repriſe au ſujet de la propoſition
faite par le Duc d'Orléans, & il a été rendu l'Arrêt
quifuit.
>>> LOUIS , par la grace de Dieu , Roi de
>> France & de Navarre : au premier Huiſſier de
>>> notre Cour de Parlement , ou autre notre Huif-
>> ſier ou Sergent ſur ce requis : ſçavoir faiſons;
>> que vû par notredite Cour , toutes les Cham-
>> bres aſſemblées, le récit fait par le Duc d'Or
>> léans le 29 Décembre de la préſente année
>> 1763 , les Extraits des Regiſtres des Délibéra-
>> tions du Parlement de Toulouſe des 13 , 15 &
>> 16 Septembre audit an , le Procès-Verbal fait
>>> audit Parlement de Toulouſe le 14 Décembre
>>> audit an , le Décret contre le Duc de Firz- Ja-
>> mes , Pair de France , décerné audit Parlement
>> de Toulouſe par Arrêt du 17 Décembre audit
>> an , le Procès-Verbal fait par Antoine Gailhard
>> & Bernard Garlene , Huiſſiers au Parlement de
>>T>oulouſe , du 19 deſdits mois & an leſdites
>> Pieces communiquées à notre Procureur Géné
>>> ral en exécution de l'Arrêt de notredite Cour
>> dudit jour 29 Décembre : autre Arrêt de no-
>> credite Cour dudit jour 29 Décembre qui or-
:
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
>> donne que les Princes & Pairs ſeront convoqués
>> pour le lendemain 30 dudit mois de Décem-
>>bre, huit heures du matin , & que le Premier
→→ Préſident nous ſera député , à l'effet de nous
>> inſtruire de ladite convocation & de ſçavoir s'il
>> eſt de notre volonté de venir à notre Parlement,
>>>& fi le jour nous convient:Concluſions de notre
>> Procureur Général : oui le rapport de MM.
>> Joſeph-Marie Terray & Leonard de Sahuguet,
>> Conſeillers : tout conſidéré.
» NOTREDITE COUR , toutes les Chambres
> aſſemblées , ſuffiſamment garnies de Pairs , en
>> vertu de la convocation ordonnée par l'Arrêt
>> du jour d'hier , toujours exiſtante , & eſſentiel-
•• lement & uniquement notre Cour des Pairs , a
dit& déclaré que , par l'Arrêt du Parlement de
>> Toulouſe du 17 Décembre de la préſente an-
» née 1763 , il a été incompétemment décrété con-
>> tre le Duc de Fitz - James , Pair de France , &
>> en cette qualité juſticiable de notre Cour des
>> Pairs ſeulement ; en conféquence déclare ledit
>> Décret , & tout ce qui s'en eſt enſuivi ou pourroit
s'en ſuivre , nul : fait défenſes à tous Huiffiers
ou Porteurs dudit Décret ou de toutes au-
> tres contraintes,d'en faire ſuite ſous telles peines
>> qu'il appartiendra . SI MANDONS mettre le pré-
>> ſent Arrêt à exécution ſuivant la forme&teneur ,
>> de ce faire te donnons pouvoir. Donné en notredite
Cour de Parlement , toutes les Cham-
>>bres aſſemblées , le trente Décembre , l'an de
>> grace mil ſept cent ſoixante- trois , & de notre
Régne le quarante-neuvième. Collationné ,
REGNAULT.
30 Signé , MAUPASSANT.
Le 31 , il a été arrêté qu'il ſeroit fait au Roi de
AVRIL . 1764 . 203
r
très-humbles & très-reſpectueuſes remontrances
fur les faits contenus dans les Procès-Verbaux que
le Parlement de Toulouſe a envoyés au Greffier
du Parlement de Paris , & qui avoient été dépoſés
au Greffe du Parlement ; & que pour fixer les objets
de ces remontrances , il feroit nommé des
Commiſſaires , leſquels ſe ſont aſſemblés le 4 de
cemois.
Les Commiſſaires ayant fini leur travail en ont
rendu compte le 16 aux Chambres aſſemblées. Les
objets ont été fixés & les Gens du Roi ont été chargés
de demander à Sa Majefté le lieu , le jour &
T'heure où il lui plairoit de recevoir leſdites remontrances
.
Le 18 , les Gens du Roi , rendant compte de
leur miſſion aux Chambres aſſemblées , ont dit
que Sa Majeſté recevroit les remontrances de ſon
Parlement , & que ſon intention étoit qu'elles lui
fuſſent préſentées Jeudi à fix heures du ſoir à Verfailles
par le Premier Préſident & deux Préſidens
du Parlement ; en conféquence , leſdites remontrances
ont été lues & fignées.
Le Procès qui s'inſtruiſoit depuis long-temps con
tre les Particuliers accuſés de malverſations dans
le Canada , a été jugé le 10 Décembre dernier : le
jugement eſt imprimé & paroît actuellement dans
lePublic. Il paroît auſſi un Arrêt duConſeil d'Etat
du Roi, daté du 31 du mois dernier , par lequel
Sa Majeſté évoque à ſon Conſeil toutes les conteſtations
, nées ou à naître , relatives à ce jugement
définitif & les renvoye pardevant les
Commiſſaires nommés par les Arrêts du Conſeil
du 15 Octobre 1758 , & du 29 Novembre 1761 ,
pour la liquidation des dettes de la Marine & des
Colonies , contractées en Canada.
,
La Princeſſe de Guémenée accoucha , le 18 de
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
ce mois , d'un fils qui portera le nom de Duc
de Monbazon .
Leſieur Meſſier , Aſtronome , attaché au dépôt
des Plans de la Marine , a découvert de l'Obfervatoire
de la Marine à l'Hôtel de Clugny , le 3
de ce mois ſur les huit heures da ſoir , une nouvelle
Comete : c'eſt la ſeptiéme que cet Aſtronome
découvre depuis fix ans. Le Ciel étoit très ferein ;
elle paroiſſoit alors près de l'Etoile Theta , de la
conſtellation du Dragon . A 9. heures 24 minutes
33 ſecondes du ſoir , elle avoit d'aſcenſion droite
236 degrés 29 minutes 16 ſecondes , & 58 degrés
52 minutes 58 ſecondes de déclinaiſons boréale :
le lendemain à fix heures 48 minutes ss ſecondes
du matin , ſon aſcenſion droite étoit de 241 degrés
56 minutes une ſeconde , & ſa déclinaiſon de s
degrés 2 minutes 54 ſecondes. On voit par ces
obſervations que cette Cométe a parcourus degrés
26 minutes 45 ſecondes d'aſcenſion droite
dans l'eſpacede 9 heures 24 minutes 22 ſecondes ,
&qu'elle s'eſt avancée vers le Pole de 29 minutes
56 ſecondes. Cette Cométe eſt conſidérable ; on
l'apperçoit à la vue ſimple , & elle égale en grandeur
les Etoiles de la troiſiéme claſſe ; le noyau
eſt environné d'une nébuloſité de 13 à 14 minutes
dediametre, & elle a une queue de deux degrés &
demi de longueur: elle ne ſe couche point & reſte
viſible toute la nuit on peut l'obſerver le ſoir au
Méridien ſous le Pole. Son mouvement eſt direct,
allant ſuivant l'ordre des ſignes .
Le fieur Montaigne , de la Société Royale d'Agriculture
de la Ville de Limoges , y a apperçu
cette Cométe le même jour que le ſieur Meſſier l'a
découverte à Paris. Le ſieur Montaigne l'a obſervée
le 4 , les & le 6 ſuivant ; il a trouvé que ſa lumiere
avoit un peu augmenté depuis la premiere
obſervation , & qu'elle devoit avoir un mouve
AVRIL. 1764. 205
ment d'environ huit degrés en vingt-quatre heures
ſur un arc de grand cercle. Le 7 , il a encore
obſervé la même Cométe às heures 45 minutes
du ſoir. Suivant cette derniere obſervation , la
Cométe avoit 285 degrés d'aſcenſion droite & 54
degrés 30 minutes de déclinaiſon boréale ; doù il
réíulte , d'après les obſervations antérieures , que
dans l'intervalle de 3 jours 1 sheures,elle a avancé de
4.5 degrés en aſcenſion droite , & que ſa déclinaiſon
boréale n'a diminué que de4 degrés.
Les , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire. Les numéros ſortis de la roue de fortune,
font 84 87,82,86 , 23. Le prochain tirage
ſe fera le 6 Février.
MARIAGE.
Henri-Bernard , Marquis d'Eſpagne , premier
Baron né des Etats de la Vicomté de Nébouzand,
a épousé à Saint Lizier, le 27 Décembre dernier,
Dlle Claire-Charlotte de Cabalby. La Bénédiction
Nuptialé leur a été donnée par l'Evêque de Conferans.
MORTS.
Meſſire Louis-Chardon, Seigneur de Parteville,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis , & ancien Exempt des Gardes du Corps de
Sa Majefté , mort à Vernon en Normandie , le
25 Novembre 1763 , âgé d'environ ſoixante &
douze ans.
Bernard , Marquis de Verdelin , ancien Colonel
d'Infanterie , eſt mort à Paris le 27 Décembre
dernier dans la ſoixante-dix-ſeptiéme année de
fon âge
Antoinette-Henriette de Meſmes, veuve d'Hec
zor- Louis deGelas de Voiſins , Marquis d'Ambres,
206 MERCURE DE FRANCE.
Vicomte de Lautrec , Brigadier des Armées du
Roi & Lieutenant Général pour Sa Majesté en la
Province de Guyenne , eſt morte à Paris le 2 Janvier
, âgée de ſoixante- quatre ans.
Marie-Guyonne de Theobon- Rochefort , Marquiſe
de Pons , Dame d'Atour de feue Madame la
Ducheſſe de Berry , & depuis Dame d'Honneur
de feue Madame la Ducheſſe d'Orléans , épouſe
du Marquis de Pons , premier Maître de la Garderobe
de feu Monſeigneur le Duc de Berry , eſt
morte à Paris , le 6 , dans la quatre-vingt-troifiéme
année de fon âge.
Suivant les Regiſtres publics des Egliſes Paroiffiales
de cette Capitale , il y a eu, pendant le
cours de l'année derniere , 20171 Morts , 4479
Mariages , 17456 Baptêmes , & le nombre des
Enfans Trouvés ſe monte à 52530
NOUVELLES POLITIQUES
du mois de Mars.
De PETERSBOURG , le 10 Janvier 1764.
La ſieur de Saint Sauveur , Conſul Général de
France & cidevant Commiſſaire de la même Couronne
à Amſterdam , eſt mort ici le 8 de ce mois .
Le ſieur Wolkoff , ci-devant Secrétaire des
Commandemens du feu Empereur Pierre III , a
été rappellé d'Orembourg , où il avoit été exilé
lors de l'avénement de l'Impératrice au Trône.
On croit qu'il ſera employé de nouveau dans les
affaires étrangères .
AVRIL . 1764. 207
De WARSOVIE , le 18 Janvier 1764.
Le Primat & les Sénateurs ayant conſentià
donner à l'Impératrice de Ruſſie le titre Impérial
dont ils ne s'étoient point encore ſervis , & craignant
de compromettre les droits de la République
ſur la Ruſſie Polonoife , ont remis à ce ſujet
auComte de Keyſerling la Note ſuivante : .
>> A l'occaſion de la notification qu'on va faire
>> à Sa Majesté l'Impératrice de Ruſſie du décès,
>> du Roi de Pologne , le Primat , les Sénateurs
» & les Miniſtres de la République de Pologne
> ont fait connoître à l'Ambaſſadeur Extraordi-
>> naire& Plénipotentiaire de Ruffre , qu'en con-
>>>ſéquence des égards très-diftingués qu'ils ont
*pour une Puiſſance auſſi reſpectable que celle
>>> de Ruffie , ils étoient fort éloignés de lui con
>>teſter le titre d'Impériale qui convient ſi bien à
>>> l'étendue & aux forces de ſes vaſtes Etats ;
>> mais que , comme dans l'application on y
>> joint ces mots : de toutes les Ruffies , le Primat,
>>>les Sénateurs & les Miniſtres de la République
>>>ne pouvoient s'empêcher de repréſenter que
>>>l'Ordre Equeſtre & la Nation en général pour-
>> roient concevoir quelque inquiétude ſur la généralité
de cette dénomination de toutes les
>>> Ruffies , ayant à craindre que la Cour Impé-
>> riale de Ruſſie n'en tirât peut-être un jour des
>> conféquences ſur la poſſeſſion des Provinces
>> connues ſous la même dénomination & ap-
>> partenantes à la République tant en Pologne
** qu'en Lithuanie.
Sur cette Note, l'Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plénipotentiaire de Ruſſie a déclaré que le titre
de Majesté Impériale de toutes les Ruffies étant
donné a l'Impératrice ſa très-gracieuſe Souverai
1
208 MERCURE DE FRANCE.
ne par toutes les autres Puiſſances , il ne ſeroit
pas convenable de vouloir rien changer à cet
égard , mais qu'il aſſuroit la ſéréniſſime République
de la manière la plus poſitive que Sa
Majesté l'Impératrice étoit ſi éloignée de ſe prévaloir
jamais de ce titre de toutes les Ruffies
pour former des prétentions quelconques ſur la
Ruſſie Polonoiſe , qu'elle eſt au contraire fermement
réſolue d'obſerver religieuſement le Traité
de Paix de 1686 au point qu'en cas de démembrement
, elle aſſiſteroit la République de toutes
ſes forces pour la maintenir dans l'état actuel de
fes poffeffions.
De VIENNE , le 11 Janvier 1764 .
Ces jours derniers , le Comte du Châtelet-Lomont
, Ambaſladeur de France à cette Cour , reçut
par un Courier les marques de l'Ordre du
Saint- Eſprit dont le Roi ſon Maître l'a décoré.
Dua Février:
On a été informé ici que la peſte s'eſt mani
feſtée en Boſnie , en Dalmatie & dans un des
fauxbourgs de Spalatro , Capitale de la Dalmatie
Vénitienne ſur le Golfe de Veniſe. On apprend
auſſi qu'il le pade peu de ſemaines où l'on n'éprouve
encore dans la Ville de Comore de nouvelles
fecouſſes de tremblement de terre .
ς
De RATISBONNE , le 19 Janvier 1764 .
Le Prince Clément de Saxe , après avoir appris
que la Cour de Rome avoit confirmé l'élection
du Comte d'Outremont à l'Evêché de Liége , a
écrit à notre Chapitre une Lettre par laquelle
Son Altefle Royale déclare qu'elle accepte l'élection
qui a été faite de ſa perſonne pour l'Evê'
AVRIL. 1764. 209
ehéde cette Ville . On ne doute as que cePrince
ne vienne en prendre pofeſſion dès qu'il aura
reçu de Rome la Bulle de confirmation.
De MADRID, le 24 Janvier 1764.
On a appris de Liſbonne que le Chevalier de
Saint-Prieſt , Miniſtre Plénipotentiaire du Roi
Très- Chrétien , avoit eu , le 17 de ce mois , fes
premières audiences du Roi , de la Reine &de la
Famille Royale de Portugal.
De ROME , le 18 Janvier 1764.
Le Prélat Odni , nommé à l'Archevêché de
Ravenne, doit ſe rendre à Francfort en qualité de
Nonce Extraordinaire à la Diéte.
Le Cardinal Furietti eſt mort en cette Capitale
le 14 , âgé de ſoixante-dix-neuf ans. Cette
mort fait vaquer dans le facré Collége un onziéme
Chapeau , en comptant celui qui eſt réſervé
à la nomination du Roi de Portugal.
De TURIN , le 18 Janvier 1764.
Hier , à cinq heures du ſoir , Madame la Ducheſſe
de Savoye accoucha très - heureuſement
d'une Princeſſe qui fut tenue ce jour là-même
fur les fonts de Baptême par le Roi & Madame
Louiſe ſa Fille , & fut nommée Marie- Charlotte
Antoinette-Adélaïde.
De LONDRES , le 31 Janvier 1764.
,
Le Prince Héréditaire de Brunswick, arrivé ici
le 13 , a épousé le 16 la Princefle Auguſte :
leur mariage a été célébré par l'Archevêque de
Cantorbery. Le 25 , le Prince eſt parti avec la
Princeffe fon épouſe pour repaſſer en Allemagne.
210 MERCURE DE FRANCE.
De LA HAYE , le 10 Février 1764 .
,
Le 4 de ce mois , la Princeſſe de Naſſau-Weilbourg
eſt accouchée d'une Princeſſe qui a été te
nue ſur les fonts de Baptême , le 9 , par le Prince&
la Princeſſe Héréditaire de Brunswick , la
Princeffe Marie née Princeſſe d'Angleterre ,
épouſe du Landgrave de Heſſe-Caffel , le Margrave
régnant de Bade-Dourlach , la Ducheffe
Douairiere de Deux- Ponts & la Princeſſe Hend
riette de Naſſau - Saarbruck : elle a été nommée
Auguſte-Marie- Caroline.
(
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
De VERSAILLES , le is Février 1964 ..
LE Roi a nommé pour ſon Miniſtre Plénipo
tentiaire auprès de l'Etecteur de Cologne ,le Comte
de Drouville.
Sa Majeſté a nommé Conſul à Raguſe le
fieur Prevôt , à qui Elle avoit accordé le Confulat
de Morée ; celui-ci ſera donné au ſieur le
Maire, & le Vice-Confulat de Roffette en Egypte
au fieur Couſineri.
Le r. de ce mois , le ſieur Camyer , Recteur
de l'Univerſité , & Profeſſeur de Philoſophie au
Collége de Lizieux , a eu l'honneur de préſenter
ſuivant l'uſage , les Cierges de la Chande
leur à Leurs Majestés & à la Famille Royale ; le
même jour , le Père Touſtain de Fronteboſe ,
Vicaire-Général de l'Ordre de Notre-Dame de
AVRIL. 1764. 211
laMercy , accompagné de trois Religieux de ſa
Maiſon , eut auſſi l'honneur de préſenter un cierge
à la Reine pour ſatisfaire à une des conditions.
impoſées à cet Ordre lorſque Marie de Médicis
en permit l'établiſſement à Paris .
Le 2 , Fête de la Purification de la Ste Vierge ,
les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Eſprit s'étant afſemblés dans le
Cabinet du Roi vers les onze heures du matin ,
Sa Majesté ſe rendit à la Chapelle , étant précédée
de Mgr le Dauphin , du Duc d'Orléans , du
Duc de Chartres , du Prince de Condé , du Prince
de Conti , du Comte de la Marche , du Comte
d'Eu , du Duc de Penthiévre , du Prince de Lamballe
, & des Chevaliers , Commandeurs & Offciers
de l'Ordre. Sa Majeſté ,devant laquelle les
deux Huiſſiers de la Chambre portoient leurs
maſſes, étoit en Manteau , ayant le Collier de
l'Ordre pardeſſus , ainſi que de la Toiſon d'Or.
Loriqu'on eut chants 'Hymne Veni Creator ,le
Roi monta ſur ſon Trône , & reçut Chevaliers le
Comte de Saulx-Tavanne , Lieutenant-Général
de S. M. Chevalier d'Honneur de la Reine ,& le
Chevalierde Muy , Lieutenant-Général & Menin
de Mgr le Dauphin. Après la Grand'Meſſe qui
fut célébrée par l'Evêque Duc de Langres , Prélat
Commandeur , le Roi fut reconduit à fon appartement
en la manière accoutumée.
Les , Sa Majesté donna audience aux Députés
des Etats deBretagne , compoſés du Comte de
Kergueſec , pour la Nobleſſe,du ſieur de Montigay
, Maire de Fougeres , pour le Tiers-Etat ,&
du Comte de la Bourdonnaye , Procureur-Géné
ral-Syndic de la Province. Le Comte de Kergueſec
porta la parole en l'abſence de l'Evêque
de Rennes , Député du Clergé , qui ſe trouvoit
212 MERCURE DE FRANCE.
indiſpoſé. Ces Députés eurent enſuite audience
de la Reine & de la Famille Royale : ils furent
préſentés à Leurs Majestés par le Duc de Pen
thiévre , Gouverneur de la Province , & par le
Comte de Saint- Florentin , Miniſtre & Secrétaire
d'Etat , & conduits par le Marquis de Dreux ,
Grand-Maître des Cérémonies , & par le ſieur
Desgranges , Maître des Cérémonies.
Le 8 , le Marquis de Marigny a prêté ſerment
entre les mains du Roi , pour la Lieutenance-
Générale de l'Orléanois.
Le Comte de Noailles , Gouverneur de Verfailles
, accompagné des Officiers du Bailliage de
cette Ville , s'eſt rendu le is à l'Egliſe de Notre
Dame, Paroiſſe du Chateau , & y a affifté
au Te Deum qu'on y a chanté à l'occaſion de
'Anniverſaire de la Naiſſance du Roi ; il a allumé
enfuite le feu qui avoit été préparé vis-à-vis
du Portail de l'Eglife. La Garde des Invalides ,
qui s'y étoit rendue , a fait pluſieurs décharges de
Mouſqueterie.
Le 14 leGénéral Fontenai. Miniſtre Plénipotentiaire
de l'Electeur de Saxe , eut une audience
particulière du Roi , à qui il remit en cette qua
lité ſes lettres de créance. Le même jour , le
Comte de Bielinski , Envoyé Extraordinaire de la
République de Pologne , eut une audience publique
de Sa Majesté , à qui il fit part , au nom de
la République de la mort du Roi Auguſte III .
Le Géneral Fontenai & le Comte de Bielinski
furent conduits à cette audience , ainſi qu'à celles
de la Reine & de la Famille Royale , par le ſieur
Dufort , Introducteur des Ambaſſadeurs .
Le 13 , le Parlement de Grenoble fut préſenté
au koi par le Duc de Choiſeul , Miniſtre &
Secrétaire d'État ayant le Département de la Pro-
2
AVRIL. 1764. 213
vincedu Dauphiné , & conduit par le Marquis
de Dreux , Grand-Maître des Cérémonies , &
par le ſieur Desgranges,Maître des Cérémonies.
Le 12 , le Duc de Bourbon a été préſenté à
Leurs Majeſtés & à la Famille Royale , par le
Prince de Condé ſon père.
Les , la Comteile de Rouault fut préſentée à
Leurs Majestés & à la Famille Royale par la
Comteſſe du Rumain .
Le 26 du mois dernier , Leurs Majestés & la
Famille Royale ſignérent le Contrat de mariage
du Comte de Gralle , Capitaine de Vaiſſeau du
Roi , avec la Demoiſelle fille du ſieur Accaron ,
Commiſſaire de la Marine & premier Commis
des Colonies : & le 12 de ce mois , celui du Comte
de Barral avec Demoiſelle de la Motte.
Le ſieur Meſſier , Aftronome attaché au Dépôt
des Plans de la Marine de France , eut l'honneur
de préſenter au Roi , le 29 du mois dernier ,
une grande Carte céleſte ſur laquelle il avoit
tracé la route de la Cométe qui paroît préſentement
, d'après les obſervations qu'il a faitesdans
l'Obſervatoire de la Marine à Paris . Cette Cométe
a beaucoup perdu de ſa lumière depuis le
moment qu'on l'a découverte , elle ne paroît
plus que de la grandeur d'une étoile de la fixićmeclaſſe;
fon mouvement eſt auſſi très -rallenti,
le 29 Janvier , as heures si minutes du ſoir ;
elle avoit d'aſcenſion droite 328 degrés 16 minutes
37 ſecondes , & 17 degrés 43 minutes s
ſecondes de déclinaiſon boréale ; le lendemain à
fix heures 2 minutes 52 ſecondes du foir , fon
aſcenſion droite étoit de 328 degrés 30 minutes
22 ſecondes,& la déclinaiſon boréale de 16 degrés
57 minutes 21 ſecondes. Elle n'aura paſſé par ſon
périhélie que vers le iz de ce mois.
Le 8 de ce mois , l'Abbé de Burle de Curban
214 MERCURE DE FRANCE.
eut l'honneur de préſenter à Leurs Majeſtés,
àMgr le Dauphin & à Madame Adélaïde la dernière
partie de l'Ouvrage du feu ſieur de Réal ,
contenant l'examen des principaux Ouvrages
compoſés ſur les Matières de Gouvernement , &
dédiée à Madame Adélaïde.
Le 2 , le ſieur Targe fils , Profeſſeur de Mathématiques
à l'Ecole Royale Militaire , a eu l'honneur
de préſenter à Mgr le Duc de Berri & à
Mgr le Comtede Provence les Volumes XVI &
XVII . de l'Hiſtoire d'Angleterre de Smollet ,
traduits par leſieur Targe ſon père , Correſpondant
de l'Académie Royale de Marine , & cidevant
Profeſſeur à l'Ecole Royale Militaire.
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
APPROBATIO Ν.
J'A'AII lu, par ordre deMonſeigneur le Vice-Chan
celier , le Mercure du premier volume d'Avril
1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puiſſe en em
pêcher l'impreſſion. A Paris , ce 31 Mars 1764 .
GUIROY.
TABLE DES ARTICLES .
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER .
SUITE de l'Histoire raiſonnée des Plaidoyers
de Cicéron . Pages
VERS à S. A. S. Mgr l'ELECTEUR PALATIN
, ſur l'Académie des Sciences que ce
Prince vient d'inſtituer à Manheim .
10
AVRIL. 1764. 215
Le Jardinier & l'Oranger , Fable . 12
A l'Auteur du Mercure , Epitaphe de M. du
Viviée , C. du C. de V. 14
EPITRE a M. Ch . de Mo *** .
IS
LETTRE à M. De la Place , Auteur du Mercure ,
fur Abraham Duquesne. 17
A M. de Voltaire , menacé de perdre la vue. 22
ENVOI d'un Gâteau des Rois , à M. deMontaudouin.
23
RÉPONSE a M. le Chevalier de Juilly- Thomaffin
. 24
PORTRAIT de Madame de * * * par Mlle *** . 25
VERS de M. Saurin , de l'Académie Françoiſe
, à M. le Duc de Nivernois.
- VERS à Mile D.
ÉPIGRAMMES imitées de Martial.
CÉCILE , ou l'Amour Gaulois.
CHANSON à M *** ſur ſon mariage.
LETTRE de M. Dallet.
RÉPONSE de M. le Vicomte de Saint-Germain
Matinel
LES Tourterelles & les Enfans , Fable imitée
du Pogge.
28
29
ibid.
3
41
43
44
46
47
ibid,
49
19 & 60
61 & 62
63
In effigiem Viri clariffimi DD. DE LA
PEYRONNIE.
ROMANCE.
Oda anacreontique à M. M. ſur la piquure
d'un Coufin .
SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
ÉNIGMES .
LOGOGRYPHES,
CHANSON.
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES .
Lettre à M. De la Place , Auteur du
* Mercure de France , ſur Charles- Antoine
Fabrot . 64
216 MERCURE DE FRANCE.
La Population & la Beauté , Odes.
HISTOIRE de Méhémet II , Empereur Ottoman
, par M. Belin de Monterzi.
SUITE de l'Extrait de l'École de Littérature.
ANNONCES de Livres.
8
73
84
91 & ſuiv.
ART. III . SCIENCES ET BELLES-LETTRES .
ACADÉMIES .
LETTRE de M. de Belleifle à M. de Velye,&c. 114
RÉPONSE à la Lettre précedente , par M.
Fradet.
EXTRAIT des Regiſtres de l'AcadémieRoyale
des SCIENCES ,
PRIX propoſé par la Société Royale d'Agriculture
de PARIS.
SUPET du Prix de l'Académie des Sciences ,
Arts & Belles- Lettres de DIJON .
ÉCOLE Royale Vétérinaire.
DIOPTRIQUE.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
GEOGRAPHIE.
CHIRURGIE.
119
123
125
129
131
136
148
ART. IV . BEAUX - ARTS .
ARTS UTLIES.
SI
HÔPITAL de M. le Maréchal Duc de Biron . 154
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE.
ART. V. SPECTACLES.
165
SUITE des Spectacles de la Cour à Verſailles. 167
SPECTACLES de Paris.Opéra.
COMÉDIE Françoiſe.
COMÉDIE Italienne.
173
175
296
197
198
199
CONCERT Spirituel.
SUPPLÉMENT à l'Article des Spectacles.
ART . VI . Nouvelles Politiques de Février.
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY ,
rue & vis-à-vis la Comédie Françoiſe.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
HEQUR
DEC AVRIL. 1764.
SECOND VOLUME. LYON
Diverſité , c'est ma deviſe . La Fontaine.
Cechin
Sibed ime
PopScrip
A PARIS ,
CHAUBERT , rue du Hurepoir.
JORRY, vis- à- vis la Comédie Françoiſe.
PRAULT , quai de Conti.
Chez DUCHESNE, rue Saint Jacques.
CAILLEAU, rue Saint Jacques.
CELLOT , grande Salle du Palais .
AvecApprobation & Privilège du Roi.
1
AVERTISSEMENT.
LE BBuurreeaauu du Mercure eft chezM.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
•au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi..
C'est à lui que l'on prie d'adreſſer ,
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pourſeize volumes
, à raison de 30 fols pièce.
Les personnes de province auſquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour ſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront d'autres voiesque
la Pofte pour le faire venir , & qui pren
dront les frais du portfur leur compze
, ne payeront comme à Paris , qu'à
raiſon de 30 fols par volume , c'est-à
dire, 24 liv. d'avance , en s'abonnant
pour ſeize volumes.
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire vemir
le Mercure , écriront à l'adreſſe eideffus.

On supplie les perſonnes des provinces
d'envoyer par la poſte , en payanı
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, refteront au rebut..
On prie les perſonnes qui envoyent
des Livres , Estampes & Muſique à an
noncer , d'en marquer le prix.
:
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , ſe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en ajuſqu'à
préſent cent fix vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
ſe trouve à la findu ſoixante-douziéme,
MERCURE
DE FRANCE.
AVRIL. 1764.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
SUITE de l'Histoire raiſonnée des
Discours de CICERON.
DEFENSE DE LUCIUS MURENA.
LE gouvernement de Rome , moitié
Aristocratique & moitié Démocratique ,
produiſoit néceſſairement des cabales&
des divifions parmi les Citoyens. Les
Perſonnages diftingués des premières
Maiſons de la République n'étoient pas
II. Vol. A iij
:
ر
J
6 MERCURE DE FRANCE .
les ſeuls qui afpirafſent à l'honneur de
devenir les Chefs de l'Etat : la même
ambition animoit chacun des Patriciens;
la Préture , l'Edilité , enfin le Confulat
devenoient tour-à-tour l'objet de leurs
voeux.
Le Peuple de ſon côté tenoit dans
ſes mains le fort des têtes les plus illuftres.
La liberté dont il jouiſſoit en donnant
ſes fuffrages lui permettoit d'en
diſpoſer à fon gré. Les Candidats ( a) le
ſçavoient bien : auſſi n'épargnoient-ils
rien pour gagner ſa bienveillance.
Une loi fage & prudente avoit défendu
expreſſement les largeſſes pécuniaires,
afin de prévenir toute eſpèce de
corruption. Quiconque étoit convaincu
de s'être ſervi de ce moyen honteux
pour parvenir aux charges , en étoit exclu
ſans autre forme de procès. On
penſoit apparemment alors que ceux qui
avoient l'âme affez baſſe pour acheter
le droit de rendre la Juſtice , ne balanceroient
pas à la vendre , quand ils
trouveroient l'occafion de le faire avec
( a ) Tel étoit le nom qu'on donnoit aux
concurrens qui ſe préſentoient pour remplir les
charges publiques , parce qu'ils ſe revêtiſſoient
alors d'une robe blanche ( en Latin candida ) qu'ils
ne quittoient qu'après l'élection.
AVRIL. 1764. 7
impunité. C'eſt cette loi qui donna lieu
à l'accufation intentée contre L. Murena.
L'année du Confulat de Cicéron étant
prête d'expirer , il fit tenir ſuivant l'uſage
les Comices Confulaires , c'est-àdire
l'Aſſemblée du Peuple pour l'élection
des Confuls de l'année ſuivante.
Les ſuffrages tomberent ſur Decius
Junius Silanus , & fur Lucius Licinius
Murena.
Ce dernier avoit undangereux compétiteur
dans la perſonne de Servius
Sulpitius que chacun ſçait avoir été
également recommandable & par fa
naiſſance illuftre , & par fes profondes
connoiſſances dans la Jurisprudence.
Outré de ſe voir préférer un rival
dont le mérite peut- être étoit inférieur
au fien , il prit le parti de l'accufer d'avoir
acheté les voix qui lui avoient été
favorables ..
LeConful déſigné, Murena, fut véritablement
mortifié de cette accufation
dictée par l'eſprit de vengeance. Il n'avoit
pas feulement à redouter Sulpitius
: il avoit encore à craindre le crédit
immenſe d'un grand homme que fon
adverſaire avoit ſcu attacher à ſes intérêts
& qui parut avec lui en qualité
Aiv
8 MERCURE DE FRANCE.
d'accuſateur. C'étoit le fameux Caton,
ce farouche Cenfeur , auffi connu par
fon infléxible attachement à la vertu ,
que par fes ſentimens vraîment patriotiques
& républicains.
La cauſe de Murena fut plaidée deux
fois avant que Ciceron parlat pour lui ; la
première fois par Quintus Hortensius ,
cet Orateur célébre dont les productions
brillantes balanceroient peut-être celles
de Ciceron , fi elles n'étoient pas perdues
pour nous ; la ſeconde par Marcus Craffus
, qui prouva par pluſieurs fuccès la
ſupériorité de ſes talens.
Le Plaidoyer de Ciceron réunit à la
fois la légéreté & l'élégance. C'eſt un
mêlange parfait de la politeffe la plus
aiſée & de la plaiſanterie la plus ingénieuſe
& la plus délicate. Il y raille
avec adreſſe le pédantiſme des Jurifconfultes
, parce que Sulpitius faifoit
profeffion d'être ſçavant dans les Loix&
dans la Morale Stoïcienne , parce que Caton
paſſoit pour un des plus zélés Philoſophes
de cette Secte , qui commençoit
d'ailleurs à tomber dans le difcrédit.
Malgré toute ſon indifférence
philofophique , le Stoïcien fut piqué
juſqu'au vif des farcasmes dont l'accabloit
le Prince des Orateurs . Pour s'en
AVRIL. 1764. 9
venger il dit un bon mot (b) que Plutarque
a pris ſoin de nous conſerver....
Il faut avouer , s'écria-t- il en fortant
de l'audience , ilfaut avouer que le premier
homme de l'Etat est auffile premier
Plaisant de la République !
,
Un Membre de l'Académie Francoife
, auffi reſpectable par ſon caractère
& par ſes moeurs , que recommandable
par ſa ſcience & fon érudition ,
M. l'Abbé d'Olivet a fait un beau
préſent à la République des Lettres , en
faiſant imprimer à la ſuite de ſon Commentaire
fur ce diſcours, celui que compoſa
pour s'exercer il y a environ 200
ans , un illuſtre Sçavant , Aonius Palearius
, qu'une mort cruelle a rendu célébre
autant que ſes Ouvrages. Peu de modernes
ont réuſſi comme lui à imiter
le ſtyle & la diction de Cicéron qu'il
avoit pris pour modéle. Ce diſcours
excellent à lire , eſt l'accuſation de Murena
. On le trouve à la page 517. du
Ve Tome de la belle édition in-4°. des
OEuvres de Cicéron.
( b ) Dii boni ! quam ridiculum Confulem ha
bemus !.
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS de CICÉRON contre L
CATILINA , vulgairement dits les
QUATRE CATILINAIRES .
Quand j'entends les gens à préjugés
taxer Cicéron de poltronnerie , je me
dis auſſitôt à moi-même , il y a tout au
moins une grande imprudence à dénigrer
, ſur le rapport d'autrui , un homme
de mérite qu'on ne connoît pas. Il ne
faut que jetter les yeux fur l'Histoire
de la Conjuration de Catilina pour ſe
convaincre de l'intrépidité & de la
grandeur d'âme de ce fameux Conful.
Ce que j'avance paroîtra un paradoxe
à ceux qui ne connoiffent pas ce Morceau
précieux des Annales de la Répu-..
blique Romaine. Je ſçai que l'opinion
commune eft contre moi , mais qu'ils
liſent ; la mémoire de Cicéron ſera vengée.
Sallufte, cet Ecrivain hardi& ſententieux
, fait la peinture la plus frappante-
&la plus vraie des moeurs qui regnoient
à Rome , dans le temps de Catilina. La
Jeuneſſe , perdue de débauches & de
dettes , empruntoit à groffes uſures pour
avoir dequoi fournir à ſes plaifirs , &
bien - tôt les intérêts multipliés l'emAVRIL.
1764. II
portoient fur le principal : les vices les
plus honteux, déifiés par la corruption
de ceux qui leur procuroient l'apothéoſe
, faifoient partie du culte public;
les défordres les plus infâmes devenoient
des cérémonies de Religion
pour ceux qui avoient l'adreſſe de les cacher
ſous le voile du myſtère. L'Etat de
la République étoit trop violent pour
être durable ; la révolution devenoit
comme néceffaire ; & fans la vigilance
duConſul toujours actif& toujours prévoyant
, l'Empire étoit à celui qui ſau--
roit le premier s'en faifir.
Lucius Catilina crut être appellé par
la deſtinée à ce haut point de fortune
&de gloire ; ou , pour parler plus juſte ,
il voulut profiter des circonstances pour
y parvenir. Il faut avouer auffi que perfonne
n'étoit plus propre à jouer le rôle
d'un conſpirateur...
Nombre de qualités qui portoient
l'apparence des plus grandes vertus ,.
formoient fon caractère ; mais il n'en
avoit aucune dont ils n'eût défiguré
miférablement l'image. Lié avec tout
ce que Rome avoitde plus ſcélérats , il
paroiffoit en même temps l'admirateur
le plus zélé des Citoyens les plus
vertueux. Sa maiſon étoit remplie de
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
tous les objets qui ſervent à flatter la
débauche ; mais ils y étoient accompagnés
de tout ce qui peut fervir d'aiguillon
au travail & à l'induſtrie :
c'étoit à la fois une ſcène perpétuelle
des vices les plus raffinés , & une école
d'éxercices militaires. Jamais homme
ne réunit tant de parties oppofées , &
tant de ces qualités & de ces paffions
qui ſemblent mutuellement s'exclure ;
perſonne ne poffſéda jamais mieux l'art de
ſe rendre agréable aux bons Citoyens ,
&d'entretenir en même temps une liaiſon
étroite avec les plus mauvais ; perſonne
ne marqua plus de goût pour les
bons principes , & n'en ſuivit jamais de
plus déteſtables ; nul homme ne fut plus
outré dans la débauche , & plus capable
de perſévérance dans le travail ; n'eut
plus d'avidité pour le pillage , & plus de
profuſion dans la dépenſe : perſonne
enfin n'eut jamais tant de facilité à ſe
faire des amis & à ſe les attacher ſolidement
, fi tant eſt que l'amitié puiſſe habiter
dans des coeurs d'où la vertu eft
bannie. Il partageoit avec eux tout ce
qu'il poffédoit , ſon argent , ſon crédit ,
ſes maîtreſſes ; rien en un mot ne lui
coûtoit pour obliger ceux qu'il pouvoit
s'attacher par de pareils ſervices. Son
AVRIL. 1764. 13
caractère prenoit toujours la teinture de
ſes projets , & fe formoit , dans toutes
les occafions ſur ſes prétentions & fur
ſes defirs. Avec les gens triftes , l'air
chagrin lui devenoit naturel : avec les
gens gais , il paroiſſoit fait pour la gaîté
& pour l'enjouement : il étoit grave
avec les vieillards , vif & léger avec les
jeunes gens , audacieux avec les eſprits
hardis , libre & fans retenue avec les débauchés
. Cette mobilité & cette variété
continuelle avoit non-ſeulement attiré
auprès de lui tout ce qu'il y avoit de
gens fans principes & fans moeurs en
Italie & dans les Provinces de l'Empire ,
mais lui avoit procuré un grand nombre
d'amis parmi les plus honnêtes gens de
la République , à qui l'apparence de ſes
vertus faifoit illufion.
I. Fondé ſur toutes ces refſources ,
Catilina commença bientôt à cabaler
fourdement , & à tenir des aſſemblées
ſecrettes. Un Citoyen nommé L. Porcius
Lecca prêta ſa maiſon aux Conjurés,
qui s'y raſſembloient toutes les nuits. Le
projet étoit prêt à éclater , & la République
touchoit au moment de ſa perte ,
quand une bravade indiſcrette de deux
Confpirateurs découvrit en partie le ſecret.
Deux intimes amis de Catilina fe
14 MERCURE DE FRANCE.
vantèrent qu'ils tueroient Ciceron dans
fon lit. Cette menace , qui n'eut aucun
effet , allarma pourtant affez le Sénat
pour qu'il rendît ſolemnellement ce Decret
fameux ( c) , qui chargeoit ſpécialement
les Confuls de veiller aux intéréts
de l'Empire. Quelques jours après la
Courtiſanne Fulvie , ayant ſçu le projet
entier de la Conjuration , par ſon amant
Curius qui y étoit engagé , alla le révéler
au Conful , qui ſe prépara à en faire le
rapport le lendemain à l'Affemblée du
Sénat. Catilina eut l'impudence de s'y
trouver; & c'eſt ce qui donna lieu à
Cicéron indigné de prononcer laPremière
Catilinaire : Monument précieux aux
yeux des gens de Lettres , d'une vigueur
héroïque , & d'une éloquence foudroyante.
II. Catilina fut étourdi de ce coup
qu'il n'avoit pas prévu,& attendità peine
la nuit pour ſe dérober à l'indignation
publique. Un petit nombre de Conjurés
le fuivit dans ſa retraite. Cicéron inſtruit
dès le lendemain de la fuite précipitée du
Chef de la Conjuration , convoqua le
Sénat afin d'aviſer aux meſures qu'il y
avoit à prendre. En attendant les Pères
Confcripts , qui tardoient trop à s'aſſem-
(c) Videant Coff. ne quid detrimenti resp. capiat
AVRIL. 1764 .
bler , le Conful monta fur la Tribune
aux Harangues , & apprit au Peuple l'évafion
de Catilina , après lui avoir rendu
comptedes circonstances de la Conjura- -
tion , que bien des gens ignoroient en- -
core. C'eſt la Seconde Catilinaire.
III. On avoit trouvé moyen d'intérefſer
en faveur de la Conſpiration naif
ſante , la Nation des Allobroges , dont
les Ambaſſadeurs étoient alors à Rome ,
pour y folliciter quelques priviléges..
qu'ils avoient beaucoup de peine à obtenir.
Quand le calme d'une lente &fage
réflexion eut ſuccédé aux mouvemens .
rapides de la ſéduction , effrayés des rifques
qu'ils couroient ,& du péril auquel
étoit expoſé l'Empire , ces Ambaſſadeurs
ſe déterminèrent à en donner ſecrétement
avis au Conful. On intercepta les
lettres des Agens de Catilina ; on faifit
des amas d'armes qu'ils faifoient par fon
ordre ; on les conduifit eux-mêmes en
priſon. Cicéron rend compte au Peuple
detout cecidans ſa Troisième Catilinaire.
Difcours admirable qui ſervira toujours
de modèle aux Orateurs curieux de narrer
avec grâce , & de raiſonner folide--
ment.
IV. Les Conjurés étoient toujours en
prifon , & le Sénat n'avoit pas encore
MERCURE DE FRANCE .
prononcé ſur leur fort. D. Silanus ouvrit
l'avis rigoureux de les condamner
tous à la mort : C. Cæfar , le même qui
donna dans la ſuite des fers à ſa Patrie ,
inclinoit à la douceur , & vouloit qu'on
leur laiſſat la vie. Il alla même juſqu'à
intéreſſer Cicéron en leur faveur , en faifant
entendre qu'une ſévérité odieuſe
pourroit mettre en danger les jours d'un
Conful , fi précieux à la République.
Cicéron, à ſon tour , montra les ſentimens
les plus héroïques ; proteſta qu'il
avoit fait à ſa Patrie le ſacrifice de ſa vie ,
&qu'il falloit embraſſer le parti de la rigueur
, puiſqu'il étoit le plus für pour
P'Etat. Dire que ſon avis fut ſuivi unanimement,
c'eſt faire en deux mots l'éloge
de cette Quatrième & dernière Cavilinaire..
VERS fur la Tragédie d'OLIMPIE.
De l'Homère François reſpectons les vieux ans .
Aufſi fier , auſſi grand , au bout de ſa carrière ,
Il fait entendre encor ces fublimes accens
Qui tant de fois charmoient l'Europe entière :
Fils des Arts , ainſi qu'eux , il triomphe du temps,
Dévoré de chagrins , environné d'allarmes ,
AVRIL. 1764. 17
T
De la publique joie , un Critique attriſté
Vainement , dans mes yeux , voudroit tarir mes
larmes;
Par un charme plus fort mon coeur eſt emporté.
Mes larmes font pour lui des larmes criminelles;
Mes yeux pour le confondre , en verſent de nouvelles.
On admire , en tout temps ,
Cieux ;
On le bénit à ſon Aurore ;
l'aſtre brillant des
Aumidi de ſon cours, il marche égal aux Dieux ;
Afon coucher , il nous étonne encore ,
Et ſon dernier rayon nous fait baiffer les yeux .
Mérope , Mère & Reine , ou m'afflige , ou m'enflâme
;
D'Orofmane irrité j'embraſſe les fureurs ;
Gengiskan agrandit mon âme ;
Mahomet la remplit de profondes terreurs :
Pour Olimpie encore il me reſte des pleurs.
L. P. T. T..
MADRIGAL ,
A Madame de ***.
PENENDDAANNTT ce jugement ſi fameux au Permeſſe ,
Ou Páris adjugea la Pomme à la Beauté ,
S'il eût encor trouvé deux prix de même eſpéce ,
18 MERCURE DE FRANCE.
Pour l'eſprit & pour la ſageſſe ,
Son embarras auroit bien augmenté.
Mais ceBerger, dans le ſiécle où nous ſommes
Voyant lajeune Iris n'auroitpoint héſité.
Jegagerois qu'elle eût en les trois Pommes.
Par M. V ...
VERS à Madame de S.
DEs ris , des grâces entouré ,
Si l'amour vole à ta toilette ,
Des fleurs qui couronnent ta tête ,
S'il aime à voir ton ſeinparé.
Si ſans ceſſe ſa main divine ,..
Sur toi , ma brillante couſine ,
Verſe milledons précieux,
C'eſt que ce petit orgueilleux ,,
Jaloux de conſerver l'empire
Qu'ila fur tout ce qui reſpire ,.
Comptebienplus ſur tes beaux yeux ,
Que ſur les fléches qu'il nous tire.
ParM. FRANÇOIS , ancien Officierde Cavaleries.
AVRIL. 1764. IG
IMPROMPTU.
A LISETTE , en lui préſentant une
violette.
JEUNE & brillante Lifette ,..
De bon coeur daigne accepter
L'humble & douce violette
Que j'oſe te préſenter.
Si la main qui te la donne
Sur la plus belle couronne
Avoit d'auſſi juſtes droits,
L'Univers à l'inſtant même
Verroit la Beauté que j'aime
Au-deſſus des plus grands Rois.
Parlemême
A Mlle DE... qui preſſoit inftamment
l'Auteur de lui fairefon portrait.
L fautdonc vous peindre endeux mots
Ainſi que votre coeur ardemment le ſouhaite ?
Vous êtes à la fois médiſante & coquette .
Corrigez-vous de ces défauts ,
Etjevous garantis une fille parfaite.
Par le même
20 MERCURE DE FRANCE.
LE ROSIER ,
ALLÉGORIE.
A M. ** , Auteur de l'Elite des Poësies
fugitives
Sur le Parnaffe un Rofier fleuriffoit
Roſier chéri de la troupe immortelle !
Apollon tous les jours lui-même l'arrofoit ;
& Clio , la garde fidelle ,
Avec grand ſoin le cultivoit.
Chaque matin ſous ſon feuillage
Voltaire ( a ) avec Bermis ( b ) célébroit P...
Près d'eux Saint Lambert , ( c ) de l'amour.
Traçoit une naïve image.
Aquelques pas dans un boccage
Piron , ( d ) ſans éclat emprunté ,
Sur le fond d'un beau payſage ,
Peignoitun riant hermitage;
Où l'Amour ſourioit à la tranquilité.
(a) Madrigal à la Marquise de P ** , deffi
nant une tête.
( b ) Réponſe à la queſtion proposée par la même.
Qu'est-ce qu'Amour ?
( c ) Pigmalion & le triomphe d' Alexandre...
(d) L'Epitre à Mile Cheré、
)
AVRIL. 1764. 21
Bernard ( e ) de fa tendre Bergère , I
Venoit y partager les tranſports amoureux ;
Et ſa main folâtre & légère
Deſſingit juſqu'à la fougère ,
Qui ſervoit de Trône à ſes feux.
A ſes côtés Dorat ( f) de l'aimable Sophie
Exaltoit les traits ravilans;
De la fineſle de Thalic ,
Des ſons heureux de Polymnie ,
Il offroit les accords touchans.
Panard( g) de ſon tendre martyre
Entretenoit les boſquets d'alentour :
A Favart ( h ) il prêtoit ſa lyre ;
Et plein d'un amoureux délire ,
Tous deux ſoupiroient tour- a- tour
Les feux du Dieu qui les inſpire.
م

Greffet venoit ſuivi des Grâces ;
Vert vert repoſoit ſur ſa main ;
Les jeux voltigeoient ſur ſes traces ;
Et les ris d'un air enfantin ,
Lui préſentoient les paperaſſes ( i )
( e) L'Epitre àClaudine.
Le
(f ) L'Epitre à Mile Arnoult de l'Opéra .
(g) Ruiffeau , Idylle charmante de M. P**.
(h) Madrigal ingénieux tiré de la Comédie des
Sultanes. Dans l'Univers , &c.
( i ) On a lu avec plaisir la description du Lutrin
vivant, de M. G.
MERCURE DE FRANCE .
Dont il compoſoit fon Lütrin.
Ainſi dans les Champs d'Ionie ( 无)
Jadis le tendre Anacréon ,
Dans des vers remplis de ſaillie ,
Faiſoit badiner la folie
Sur les genoux de la Raiſon .
Les fleurs du Roſier du Parnaſſe
Sont vos vers , Poëtes fameux.
Il y manquoit un choix heureux ;
*** Vint , le fit avec grace ,
Et ſon bouquet mis ſous nos yeux,
Offre un mêlange ingénieux ,
Dont l'eſprit jamais ne ſe laſſe ,
Et que le coeur goûte encor mieux.
Clio vit le larcin , &d'un regard ſévère ,
Prétendoit le réprimander ,
Mais bien- tôt l'Amour la fit taire.
CeDieu la charge de garder
Toutes les Roſes de Cythère ;
Elle n'a garde de gronder ! ...
Apollon à ſa ſoeur le lendemain s'empreffe
De montrer ſon Rofier chéri :
Mais quel objet pour fa tendreſſe ! ....
Plus de Roſes, l'arbre eſt flétri.
Il appelle Clio, venez , venez , traîtreſſe ,
Où ſontmes fleurs ? Hélas , dit-elle ſans détour ,
( k ) Anacréon étoit de Théos , Ville d'lonic.
?
AVRIL. 1764. 23
J'ai laiſſé tout prendre à l'amour ;
Je n'attendois pas la ſageſſe.
ParM. COSTARD , Fils:
VERS à une Belle incrédule , par M.
Y *** , de l'Académie Royale des
Belles- Lettres de CAEN .
Vous niez la Divinité ,
Iris , quelle folie extrême ,
Quand malgré vous votre beauté
Vousannonce un Etre ſuprême.
LE BAL DE L'OPERA ,
ANECDOTE
Qu'on prendra pour un Conte.
, ENN vérité Madame , vous êtes d'une
gaucherie qui ne reſſemble à rien ! vous
affichez la gravité juſque dans le centre
des plaiſirs ! c'eſt une erreur : je dis plus ,
Madame , je dis plus , c'eſt exactement
un crime contre l'uſage. Le plaifir eſt
une roſe : il eſt des Peuples affez mauffades
pour ne la chérir qu'autant qu'elle
24 MERCURE DE FRANCE.
eſt hériſſée d'épines. Nous autres nous
n'aimons point une conquête difficile.
Nous voulons aimer , le dire , & triompher
: Un plaiſir ceſſe de l'être lorſqu'il
eſt acheté, Survient- il une vapeur , un
caprice , un rien : eh bien l'on ſe quitte
, on ne s'aime plus , mais l'on s'eſtime
encore ; voilà tout. Avouez , Madame
, que les François ſçavent manier
merveilleuſement bien l'amour!
C'étoit à-peu- près en ces termes , que
le Marquis d'Arimon tachoit de calmer
les ſcrupules d'une très-jolie femme que
le reflux du Bal de l'Opera avoit amenée
àſes côtés.
Beau Maſque , lui dit la Dame inconnue
, qui l'avoit reconnu au premier
inſtant , vous êtes d'une folie outrée : vos
propos font légers , ſemillans ; mais ils ne
font pas toujours dictés par le reſpect.-
Le refpect ! ah bon, Dieule reſpect ! -
je vous devine ! oui fur mon honneur ,
je tiens la clefde l'énigme ! je juge à ce
feul mot , que vous êtes mariée , vous
vous déconcertez ?- allons, avouez - lemoi
de bonne grace .-Eh ,mais, Monfieur
, quand il ſeroit vrai , faudroit - il
en rougir ? Non , Madame , je ne
porte pas la ſévérité fi loin ; ce n'eſt
pas d'être mariée qu'il faut rougir.
C'eſt
AVRIL. 1764 . 25
c'eſt d'en faire un myſtère .Adire vrai ,
eft- il une choſe de convenance mieux
imaginée que le mariage ? Tant qu'on
eſt fille , on eſt aſſervie à mille petits préjugés
, ** il faut motiver tous ſes pas , difcuter
chacune de ſes démarches , ſe mafquer
enfin juſqu'à l'âme Sitôt qu'on eft
femme , la ſcène change : le préjugé s'évanouit
, la liberté reſte. A l'abri d'un
nom qu'on échange contre le ſien , il
eſt permis d'avoir des manières , de ſe
livrer au tumulte du monde , quelquefois
même d'être extravagante ; & fouvent
l'eſtime qu'on accorde au mari , eſt
en raiſon des folies de la femme.-Vous
parlez à merveille : on diroit que vous
tenez la clef de nos coeurs : mais , pour
connoître ſi bien le mariage , il faut en
avoir fait une épreuve.- Oh ! l'épreuve
eſt toute faite, Madame.-Comment ?-
Oui , Madame : mon Père étoit attaqué
de la Poftéromanie ; il crut qu'il étoit
temps d'affurer l'éternité de ſon nom.
Un beau matin il me mena chez un de
ſes vieux amis : ce vieil ami avoit une
fille très-jeune , qui ſortoit pour la pre-
*
Tous ces propos & ceux qui ſuivent ſont des
propos de bal, par leſquels ilfaut bien ſe garder de
juger de la morale de l'Auteur.
II. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
mière fois du Couvent. La viſite achevée,
il me demanda fi cette Agnès me pouroit
convenir? Je lui répondis qu'à l'innocence
près , elle me convenoitau mieux. La ſeconde
vifite , je m'approchai un peu plus
prèsd'elle. Elle étoit tremblante. Pour la
raffurer , je lui débitai toute entière une
page des Délices du Sentiment, que j'avois
appriſe par coeur. Elle commença à minauder
, à baiffer les yeux. Je ſaiſis une
main pafſablement bien tournée ; on ſe
facha , on cria au téméraire; je criai àl'indifcrette;
& le tout ſe termina par me la
laiffer baifer. Le lendemain je l'épousai ;
le lendemain je la menai en grande pompe
en loge à l'Opéra , où je jouai le doucereux;&
le lendemain je l'oubliai. Il y a!,
je crois , plus de trois mois que nous
ſommes enſemble. Jugez , Madame ,
s'il feroit décent à un honnête homme
de conſerver après des ſiècles , le ſouvenir
de ſa femme- Eh bien ! admirez ce
que c'eſt que le rapport : j'aurois parié
que vous étiez le Marquis d'Arimon :
mais je m'apperçois que je me fuis trompée
bien lourdement. C'eſt un de ces
hommes affez peu délicats pour aimer
leur femme ; mais pour l'aimer juſqu'à
la jaloufie ! On ſe dit à l'oreille le tour
qu'il vientde lui jouer. Il a fait coucher
AVRIL. 1764. 27
ſa femme devant lui , de peur qu'elle ne
vint au Bal de l'Opéra. -- Que penſezvous
de ce tour ? ajouta-t- elle .-Ce que
j'en penſe, reprit le Marquis, en affectant
un air de plaifanterie ; ce que j'en penſe ?
C'eſtquele tour eſt abominable.-Le ...
connoiffez-vous cet imbécile ? Moi ', Madame
! vous mefaites une injure gratuite,
répliqua-t-il , en tâchant de dérober fon
trouble ; fon nom n'eſt pas même par-...
venu juſqu'à moi. C'eſt ſans doute un de
ces Provinciaux qui font confiſter bon
nement leur honneur dans la vertu de
leurs femmes. C'eſt à coup ſur un Campagnard
qui n'a pas la moindre notion
de fon Paris. Mais , Madame , il feroit un
tour délicieux à lui jouer. Pourquoi ſa
femme ne profite-t- elle pas de fon abfence?
Il ſeroit affez plaiſant que le Marquis
apprît à ſes dépens à connoître mieux
une autre fois , les loix de l'uſage.-
Mais , oui , ce feroit un tour affez plaiſant...
Comment , afſſez plaiſant ? Le terme
eſt admirable : dites plutôt , Madame
, dites un tour impayable !
Ce fut par beaucoup d'autres propos
ſemblables,que le Marquis tâcha de perfuader
à l'inconnue , qu'il n'étoit rien
moins que le Marquis d'Arimon : mais
elle l'avoit reconnu à des indices trop
Bij
28 MERCURE DE FRANCE,
certains , & elle demeura intimement
convaincue que c'étoit lui. Elle crut même
avoir des raiſons ſolides pour pouffer
l'aventure juſques à la fin .
Eh bien , beau Maſque ! reprit- elle ,
après pluſieurs tours de Bal , qu'est donc
devenue votre gaîté ? Je penſe que vous
vous aviſez de réfléchir Il est vrai,Madame
, & très -ſérieuſement- Sérieuſement?
Ah! voilà qui eſt impardonnable
Point du tout , Madame. Eh ! quidonne
un plus vaſte champ aux réfléxions , que
les ſcrupules des femmes ? Ma foi rien
n'eſt plus propre à faire tomber dans la
mélancolie. Heureuſement j'apperçois
le Chevalier D ***, C'eſt celui-là qui
ſçait ſon Paris par coeur. C'eſt un garçon
judicieux , qui paſſe une moitié de ſa vie
àtromper les femmes , & l'autre à duper
les pauvres maris. Au demeurant , c'eſt
un parfaitement honnête homme , un
garçon d'honneur. Eh ! Chevalier , lui
dit- il en l'abordant , on a beſoin ici de
ta préſence. Voici un Maſque charmant
dont il faut m'aider à vaincre les fcrupules.
Je ne m'en ſerois jamais douté , reprit
le Chevalier , avec un grand fang
froid (car fon coeur lui avoit fait reconnoître
le Maſque dans la minute ). Cette
taille nous promet beaucoup de charmes.
AVRIL. 1764 . 29
En vérité , je trouve quelquefois les femmes
d'une fingularité qui me paſſe! Elles
croyent avec fimplicité à mille petites
vertus , qui n'ont jamais eu d'éxiſtence
que dans les cerveaux creux de quelques
Maris . Eh , Meſdames ! daignez de grace
vous rapprocher de la nature. Eft- il
rien de fi naturel que d'être belle ? Eftil
encore rien de ſi naturel que d'en
convaincre tout le monde ? Croyez que
je vous parle vrai , Madame ; je vous
refpecte trop pour employer des raiſons
bien folides & bien ennuyeuſes pour
vous perfuader . C'eſt par un moyen plus
honnête& plus ſenſible,que je veux vous
convaincre. Par exemple , jettez un
coup-d'oeil fur les loges. Voyez-vous ce
maſque roſe & argent ? ſes yeux lancent
des éclairs ; unregard n'attend pas l'autre,
ils ſe ſuccèdent avec la rapidité des
éclairs. Eh bien, elle touche à peine au
deuxième mois de fon mariage : & cependant
vous ſçavez ſon hiſtoire. A fes
côtés eſt un Maſque brun : elle eſt célébre
par ſon aventure avec Dorilas. Vous
connoiſſez ſans doute cet événement. Si
je le connois , reprit avec enthouſiaſme
le Marquis. Je fais plus , car je l'envie .
Voilà de ces aventures qu'on payeroit
au poids de l'or. Une ſeule fuffit pour
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
nous mettre au niveau des Courtiſans lès
plus courus & les mieux fêtés. Sçavezvous
, Chevalier , que cela rend illuftre ?
Mais apprenez - nous quelle eſt cette
Belle aux yeux bleux fidoux , fi languiffans
? Eh quoi ! s'écria le Chevalier ,
vous méconnoiſſez Fidelia , à la folitude
qui règne autour d'elle ? C'eſt elle qui a
épousé un Cavalier de la figure la plus
aimable , qu'elle abhorre , pour idolatrer
un homme àfaire peur, & qui femble
s'entendre avec le mari , pour réfifter
à toutes ſes avances. Voyez comme
elle eſt iſolée: à peine s'échappe-t-il de fon
côté quelques regards qui vont mourir à
fes pieds. La mélancolie a pris dans ſes
yeux la place de la gaîté. Aufſi de quoi
s'aviſe- t- elle , de traiter ſérieuſement l'amour.
C'eſt un enfant charmant , mais
folâtre ; il faut ſe plier à tous fes caprices :
Malheur à celles qui lui voudroient faire
parler le langagede la raiſon ; la gravité
l'effarouche : il faut le fentir , & non
Panalyſer.
En finiffant ces mots , le Chevalier
ferra la main de la Dame avec un tranfport
qui lui parut plus énergique que
tous ces éxemples. Alors un gros de
Maſques vint ſéparer d'eux le Marquis ,
plus attentif à confidérer la Belle aux
AVRIL. 1764. 31
yeux bleus , dont on lui faisoit l'hiſtoire ,
qu'à éxaminer ce qui ſe paſſoit autour de
lui. Madame ! s'écria tout-à-coup le
Chevalier , voici une loge vacante ; vous
devez être fatiguée ; profitons-en ſi vous
voulez m'en croire . L'inconnue s'y laiſſa
conduire ; & continuoit de prêter une
Oreille attentive aux leçons du Chevalier;
lorſque le Marquis d'Arimon , qui les
avoit ſuivis de l'oeil , en ouvrit bruſquement
la porte , & trouva fon ami qui
baifoit avec ardeur une main que l'on
n'avoit pas l'air de lui trop diſputer.
Il faut avouer , s'écria en riant d'Arimon
, que tu es d'une préciſion ſingulière
dans tes entrepriſes , & que ton
étoile te fert ici bien merveilleuſement! II
eſt vrai , reprit le Chevalier , déſeſpéré
du contre-temps ; l'aſcendant de mon
étoile eſt bien pour quelque choſe dans
cette affaire-ci : Mais c'eſt pourtant à
toi , c'eſt aux premiers conſeils que tu as
donnés à Madame , que je dois le bonheur
que tu t'aviſes ſi mal-à-propos de
venir troubler.
A ces mots , il prit une envie de rire
fi démeſurée à la Dame , dont le Chevalier
continuoit de baifer la main , que le
tifſſu léger qui retenoit fon maſque ſe
sompit , & laiſſa voir au Marquis un
Biy
32 MERCURE DE FRANCE.
viſage qui ne lui étoit que trop connu :
c'est-à-dire , celui de ſa femme , qu'il
croyoit alors dans les bras du ſommeil.
Le Marquis reſta pétrifié , la Dame confondue
, le Chevalier ſeul conſerva ſon
enjouement. Eh bien , Marquis ! dit- il ,
enlui frappant ſur l'épaule , que penſestu
de cette aventure ?-Que je ſuis une
grande dupe- & que tu ne feras pas la
dernière.
VERS à une jeune Demoiselle , en lui
renvoyant les Etrennes maritimes .
FLORE , reprenez vos étrennes ;
Pour n'être point marin j'ai de bonnes raiſons.
En voyant vos appas , en écoutant vos fons ,
J'ai trop appris à craindre les Syrènes .
Parl'Auteur de l'Epître à Ménalie.
AUTRES.
A deux jeunes Dlles qui s'appelloient
réciproquement mari & femme.
COUPLE charmant , jeunes beautés ,
Vous ufurpez nos droits & non nos qualités.
AVRIL. 1764. 33
En vous liant des noeuds du mariage ,
C'eſt nous ôter un avantage
Qu'on ne peut remplacer par le ſeul ſentiment.
Rompez , rompez un vain engagement ,
Des droits d'amour hymen ſçait trop l'uſage ;
Et vous feriez enſemble un trop mauvais ménage
Pour n'en vouloir pas faire un bon ſéparément.
Par le même.
PROVERBES.
AIR : Noussommes Précepteurs d'amour.
DAMIS , vos pas ſont ſuperflus ,
Si vous cherchez quelque reſſource :
Des politeſſes , rien de plus :
On est amijusqu'à la bourſe.
Ma femme eſt ſage , Dieu merci :
Je ſuis le maître , elle eſt maîtreſſe.
Mille écus par an , ſans ſouci :
Contentement paſſe richesſſe.
Une fillette quelquefois ,
Pour un amant ſe détermine ;
Trompée , elle ſe mord les doigts.
Voit-on des Roſesſans épines ?
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
Irisdit qu'elle a deux amans ,
L'aveu paroît affez étrange ;
C'eſt les vouloir rendre inconſtans.
Moutons comptés le Loup les mange.
Vous , ſans naiſſance & fans talens ,
Bouffis de votre patrimoine ,
Vous vous parez bien vainement ;
Ca l'habit ne fait pas le moine.
Cléondans fes entètemens ,
Avec aigreur perſiſte encore.
Il eſt écrit qu'onperdſon tems,
Alaver la tête d'un more.
Cloris d'un amant craint la voix ,
Et tous les jours Cloris l'accueille:
Onne doit point aller au bois ,
Quand on appréhende la feuille.
L'efprit ſans la réfléxion ,
Souvent fait faire des bévues.
Peaux de Renard & de Lion
Doivent ensemble être coufues .
Vous vantez inutilement
Et mon efprit , & ma droiture.
Fin contre fin afſurément ,
N'est pas bon pour faire doublure.
1
AVRIL. 1764.
Liqueurs , vin vieux & vin nouveau ,
Font qu'aujourd'hui Damon trépafles
Enfin , tant va la cruche a l'eau ,
Qu'à lafontaine ellese caffe.
On dit qu'Orgon n'eſt pas content
Du préſent que lui faît Alcide.
Cheval donné veut cependant
Qu'on ne regarde pas la bride.
Mondordiſoit j'ai du crédit ,
J'aurai la place la plus haute &
Timon l'obtient, & chacun dit:
Mondor comptoit , maisfansſon hôte.
Erajte trop ambitieux ,
Se voit réduit à la beſace.
Phaëton fut- il juſqu'aux cieux ?
Non , mal étreint qui trop embraſſe.
D'un fot orgueil Lubin pourvu :
De ſes voiages vous aſſomme :
Il a tout fait , il a tout vu.
Abeau mentirqui vient de Rome.
35
ParM. FUZILLIER, à Amiens.
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE .
4
A Madame D ...ſous le nom de
Conſtance.
Poëtes fameux , dont les pénibles veilles
Nous ont produit de ſi beaux vers !
O vous ! qu'admire l'Univers ,
Dontvous nous peignez les merveilles :
De vos nobles travaux quel peut être le fruit ?
Quelque fumée , un peu de bruit ;
Voilà cette immortelle gloire
Qu'on nomme hautement les faveurs d'Apollon.
Pour être inſcrits auTemple de Mémoire ,
Que vous avez gémi dans le ſacré vallon ! ...
De votre ſort au mien , quelle eſt là différence !
Jugez , Meſſieurs les Beaux Eſprits :
Vous ne vivez qu'en eſpérance ,
Tandis que mes foibles écrits
Sont couronnés d'un bailer de Constance.
AMadame * * * *
CÉLIMENE àmon coeur à remis fon deſtin ;
Mon coeur à ſa tendreſſe à remis ſa fortune :
Nos deſtinées ainſi jamais n'en feront qu'une.
En vain le monde dit , toute chose afa fin :
AVRIL. 1764. 37
Nous ſçavons trop , pour croire à cette erreur
commune ,
Que quand l'amour à l'eſtime s'eſt joint ,
Et le bonheur & l'amour n'en ont point.
PARADOXE Littéraire fur les Rois de
France appellés FAINÉANS .
LE furnom de Fainéans , donné aux
derniers Princes de la première Race de
nosRois ſans beaucoup de fondement , a
trompé juſqu'ici tous ceux qui , croyant
trouver dans les Hiſtoriens des premiers
temps de notre Monarchie les interprêtes
fidèles de la vérité , ont penſé d'après leur
témoignage qu'ils méritoient tous ce titre
odieux. J'eſſaye aujourd'hui de laver la
mémoire de la plupart d'un accuſation fi
déshonorante ; & j'eſpère d'autant plus
y réuffir , que je tirerai mes preuves
du fonds même de l'Hiſtoire , en les appuyant
ſur des faits reconnus pour inconteftables.
Quand on cherche ſincèrement la vérité
, il faut écarter tous les nuages qui
pourroient l'obſcurcir : ainſi commençons
par prendre une idée claire & préciſedes
fonctions attachées à la place de
1
38 MERCURE DE FRANCE.
:
ces Sujets fameux qui faisoient , dit-on,
trembler leurs Maîtres , ou plutôt qui
n'en reconnoiffoient aucun. Les Maires
du Palais , dans leur origine , dit un il-
Iuftre Sçavant , repréſentoient celui qui
eſt aujourd'hui en Eſpagne le Grand-
Maître ou Majordome ; & c'eſt-là l'idée
qu'on doit avoir de tous les Maires du
Palais qui fe trouvent nommés dans
l'Hiſtoire avant la mort de Dagobert I.
Leur puiſſanse s'accrut , il est vrai , après
la mortde ce Prince ; & cet emploi , qui
n'étoit donné d'abord que pour un
temps , devint par la fuite héréditaire
dans les familles. Ils ne commandoient
d'abord que dans le Palais de nos Rois ;
ils ſcurent ſe rendre néceſſaires ; ils devinrentbientôt
premiers Miniſtres, & on
ne tarda pas à leur confier le commandementdesArmées.
Ce futalors qu'ayant
la force en main , le titre de Maire du
Palais leur parut n'exprimer que foiblement
l'étendue de leur puiſſance ; ils prirent
celui deDucs des François. Tous ces
changemens nous prouvent que l'ambition
fut toujours la même chez les hommes
: adroite ou hardie , prudente ou
diffimulée , rarement est- elle délicate fur
le choix des moyens qu'elle employe
pour parvenir à ſes fins. Ce qu'il y a de
AVRIL. 1764. 39
fingulier , & que d'autres ont fûrement
remarqué avant moi , c'eſt que les femmes
, ces mobiles ordinaires de toutes
les grandes révolutions , n'eurent aucune
part à celle-ci.
Sept de nos Rois ſont compris fous
l'odieuſe dénomination de Fainéans..
éxaminons fi tous les fept ont mérité véritablement
de porter ce titre.
Thierri III. eſt à leur tête. En lifant
fon Hiſtoire , on voit un Prince brave &
courageux , quiſouffre avec impatience
la protection que Pepin , ſon Maire du
Palais , accordoit aux Rebelles , & qui
leve une armée pour l'en punir. Ce ne
fut pas la première fois qu'on vit fuccomber
celui qui avoit le bon droît de
fon côté ; Thierri fut défait , & fa mort
fuivit de près ſa diſgrace. Il est vrai
qu'elle ne fit pas plus d'éclat que celle
d'un ſimple particulier , & ce fut furement
un trait de la politique de Pepin
qui avoit de bonnes raifons ſans doute
pour étouffer le bruit d'un pareil événement.
Clovis III, fils de Thierri , fuccède à
fon père. Mais que pouvoit-il faire dans
le court eſpace d'un règne de cinq années
contre un Sujet auſſi puiſſant & auffi ac
crédité que Pepin ?
40 MERCURE DE FRANCE.
Childebert II , frère de Clovis , monte
fur le Trône après lui. Si l'on peut être
grand homme fans être Conquérant , le
furnom de Jufte que lui donnent les Hiftoriens
, dépoſe en fa faveur.
Je ne diffimulerai point que ſon fils
Dagobert III eut peu d'autorité. Prince
foible & timide , ſes Peuples ſe révoltèrent
contre lui ; & il eut fi peu de puiffance
, qu'on ne reſpecta pas même ſon
ſang après ſa mort.
Daniel, fils de Childeric II, fut reconnu
pour Roi,& fut nommé Chilpéric.
Le mettra-t-on au nombre des Rois
Fainéans , ce Prince illuſtre qui , fecondé
de Rainfroy , fon Maire du Palais ,
repouſſa à diverſes repriſes les efforts de
Charles Martel , & ne céda enfin qu'après
avoir long-temps combattu ?
Thierri IV, ſon ſucceſſeur , placé fur
le Trône par la main du Maire du Palais
, le laiſſa agir d'abord par reconnoif
ſance. Si dans la ſuite nous ne voyons pas
qu'il ait tiré vengeance de l'infulte fanglante
qu'il reçut lors du Traité d'Aquiraine
, conclu avec Herald, fils du fameux
Duc Eudes , il eſt à croire que les
moyens lui manquèrent , ou que s'il les
eut , la mort l'empêcha d'en faire uſage.
L'interrègne qui ſuivit la mort de
AVRIL. 1764. 41
Thierri , en augmentant les reſſources
de Charles Martel , mit Childeric III
dans l'impuiſſance de lui réſiſter ; & il
ne faut pas conclure que ce Prince n'eut
aucunes vertus , parce qu'il fut malheureux
: tout ce qu'on en peut dire , c'eſt
qu'il ne lui fut pas poſſible de les mettre
au jour.
EPITRE
AM. le Comte de M.... Capitaine
de Cavalerie.
ENFANT chéri de la Nature ,
Né pour le bonheur des humains ,
C'eſt à toi ſeul , ſage Epicure ,
Que je dois mes heureux deſtins!
Tes dogmes gravés dans mon âme
Réglent mes tranquilles deſirs ;
Tout m'amuſe , rien ne m'enflâme ,
Et mes travaux ſont mes plaiſirs.
Dieu ſéduiſant de l'harmonie ,
Prête-moi tes pinceaux flatteurs
Que la riante Poësie
Vienne parer de ſes couleurs.
L'agréable Philoſophie
Dont je fais la régle des moeurs.
Arrachés du ſein de la mère ,
42 MERCURE DE FRANCE.
Nos cris annoncent les douleurs ,
Et nos yeux ont verſé des pleurs
Avant d'avoir vu la lumière.
On nous ravit la liberté
Avantd'en connoître l'uſage.
Qu'un triſte enfant emmaillotté
Repréſente bien l'eſclavage !
Si jamais le Dieu de l'Amour
De l'hymen me rend tributaire ,
Mes enfans en voyant le jour ,
Viendront dans les bras de leur père :
Leurs mains pourront en liberté
Careffer le ſein de leur mère
Qui s'ouvre à leur avidité.
Quelle odieuſe indifférence
Soumit les jours de notre enfance
Ades Pédans durs ou flatteurs
Pourquoi des leçons étrangères ?
Nous faut-il d'autres Précepteurs
Que les exemples de nos pères ,
Et d'autres tableaux que nos moeurs
Quelle inconcevable manie
Aporté les foibles humains
A paſſer dix ans de leur vie
Avec les Grecs & les Latins ?
Ah ! plutôt qu'au printemps de l'âge,.
Des Muſes le doux badinage ,
En amuſant notre loiſir ,
Nous enſeigne l'art de jouir.
AVRIL. 1764. 43
Qu'une ſolitude agréable
Nous délivre de ces inſtans ,
Où las des femmes ,de la table ,
On fuit tous les amuſemens :
Nous y ferons loin des Sçavans
Des Livres un commerce aimable ,
Et de l'Etude un paſſe-temps.
LesArts , enfans de la Nature ,
Viendroient en troubler le repos;
L...... de la Peinture
Conduiroit les rians pinceaux ;
LesEléves de Polymnie
Régleroient les fons de la voix ,
Et l'air ſous leurs agiles doigts
En feroient briller l'harmonie.
Tels ont été les ſentimens
1
Du Philoſophe de la Gréce.
Ce doux ami de la foibleffe
Nous guidant ſelon nos penchans
Nous conduiroit à la vieilleſſe
Pardes chemins toujours rians.
ود
Par M. de L. R. duM..
44 MERCURE DE FRANCE.
TRADUCTION libre d'un Extrait de
l'Idylle de MOSCHUS , fur la mort
de BION , Son Maître.
BODCOACGAGEESS de Sicile , &vous Ondesplaintives,
Unillez vos regrets à mes lugubres chants ;
Fleuves délicieux qui coulez ſur ces rives ,
Mêlez votre murmure à mes accords touchans !
Epanouiſſez - vous ſur vos tiges mourantes ,
Fleurs , & nézhalez plus vos ſuaves odeurs ;
Koſe , cache à mes yeux tes couleurs éclatantes ,
Dérobe tes beautés , partage mes douleurs !
Bion meurt ... il n'eſt plus ! vous ſombres Hyacynthes,
Parlez , & montrez-nous dans vos couleurs éteintes
Montrez-nous triſtement le ſujet de nos pleurs.
Soupirez avec moi, Muſes Siciliennes ;
Uniſſons nosfanglots , vos douleursfont les miennes.
Vous, Roſſignols plaintifs ſous ces ombrages frais ,
Aux Ondes d'Aréthuſe apprenez nos regrets :
Bion meurt ! ... avec lui le Dieu de l'harmonie ,
En ſoupirant encor fait ces triſtes climats';
Les yeux baignés de pleurs la tendre Polymnie ,
Nous quitte pour jamais , & marche ſur ſes pas.
Soupirez avec moi , Mufes Siciliennes ,
Unifſſons nosfanglots,vos douleurs font les miennes,
AVRIL . 1764. 45
Cygnes , mélodieux , dans vos triſtes chanſons ,
Déplorez nos malheurs fur les bords du Méandre ;
Pleurez ce bea u berger ; chantez d'une voix tendre
Comme il chantoit jadis dans ces riants vallons .
Couché nonchalamment ſous un épais feuillage ,
Ses fons harmonieux s'élevoient dans les airs :
Mais hélas deſcendu ſur le ſombre rivage,
Il médite à préſent de lugubres concerts .
• . •
Vous qui dans nos forêts imitez ſes accens ,
Volez ſur ce Cyprès, oiſeaux de ce bocage ;
Aſes mânes divins rendez encore hommage ;
Honorez ſon tombeau par des accords touchans.
Vous qui vivez de pleurs , Colombes gémiſlantes ,
Venez , venez pleurer dans ce ſombre réduit ;
Et quand le jour fuira vers les Mers inconſtantes,
Apprenez nos douleurs aux ombres de la nuit.
Soupirez avec moi , Muſes Siciliennes ;
Uniſſons nosfanglots , vos douleursfont lesmiennes .
Qui pourra déſormais enfler tes chalumeaux ,
Trop aimable berger ! hélas depuis ta perte ,
Les plaiſirs ont quitté cette rive déſerre ,
Nos chants n'éveillent plus les flolâtres échos.
Une ſombre langueur s'eſt ici répandue ;
Le Dieu Pan ſe retire au fond de nos forêts ;
Je tiens languiſſamment ma flute ſuſpendue ;
Ce rivage n'entend que mes triſtes regrets !
46 MERCURE DE FRANCE.
Voyez dans nos vergers une naiſſante Roſe ,
Etaler à vos yeux ſa ſuperbe couleur ;
Par les pleurs du matin à peineeſt-elle écloſe ,
Que le midi la voit tomber dans la langueur.
Mais lorſque le printems ſur ſon aîle riante ,
Raméne dans nos bois Flore avec le plaiſir ,
On voit briller encor ſa beauté renaiſſante ,
Et ſon ſein ſe r'ouvrir aux baiſers du zéphir..
Hélas il n'en est pas ainſi de notre vie !
Apeine goutons-nous la douceur des beaux jours .
Que par les coups du ſort elle nous eſt ravie.
2
La mort vient , nous tombons , hélas ! & pour toujours.
Par M. Br.... dAngers.
A une jeune Dame qui venoit de jouer
fur un Théâtre particulier le rôle de
la SERVANTE MAITRESSE, dans

la Piéce du même nom.
DE Pandolphe chacun partage la foibleſſe.
Qui ne ſeroit ému de tes divins accens ?
Que tu mérites bien le titrede Maîtreſſe !
C'eſt toi qu'on doit ſervir : tes yeux ſont ſi puiffans!
Où brilleront ces yeux , regnera la tendreſſe.
AVRIL. 1764. 47
Tu charmes tour-à-tour l'eſprit , le coeur , les
fens.
Pour te peindre , il faudroit raſſembler ſur tes
traces
Le Goût , le Sentiment , la Fineſſe & les Grâces.
ParM. GUICHARD .
SUITE des Lettres à SOPHIE.
J
LETTRE III.
Auneheure & demie de la nuit.
E vous écris de mon lit. Je laiſſe courir
maplume : mon coeur dicte ce qu'elle
trace. Aimable Sophie , je ne puis vous
exprimer mes peines. Pourquoi m'accuſerd'être
volage? Ah! fi l'on me reproche
de la légèreté , c'eſt que juſqu'à préſent
je n'avois guères connu l'amour. Je ne
vous avois pas vue : je prenois mes goûts
pourdes paſſions. C'eſt peut- être un malheur
pour moi de vous connoître. Que
je vous aime ! Ce n'eſt point le preſtige
des ſens qui me féduit ; c'eſt l'aſſemblage
de tous les ſentimens honnêtes qui m'attache
à vous pour jamais. Au nom de
tout ce qui vous eſt cher , ne quittez jamais
votre amant. Il ſouffre , il eſtmal
48 MERCURE DE FRANCE .
heureux , il eſt délicat & ſenſible. Ses
larmes coulent. Ma bonne Amie
que vous me connoiſſez peu , fi vous
doutez de mes ſentimens !
• ...
LETTRE IV.
ENCORE
Aminuit.
,
,
NCORE une Lettre , de mon lit. Je
veux vous écrire tous les foirs , & vous
rendre compte de tous mes ſentimens
de toutes les affections de mon âme.
Hélas ! ne vous devrai-je jamais un inftant
de joie ? Le plaifir de m'occuper de
vous fera-t- il donc toujours mêlé de regrets&
de peines ? Que faites-vous , ma
chère Maîtreſſe , tandis que l'ennui me
confume ? Songez-vous que vous avez
un Amantqui ne reſpire que pour vous ?
qui ne voit& n'entend que vous ?
Nous eûmes hier un ſpectacle intéreſfant.
Toute la ville entouroit une Angloiſe
qui , fans contredit , eſt une rare
Beauté. Rien de plus régulier que fon
viſage ; rien de plus fin que ſes traits.
Elle a des cheveux noirs qui relèvent la
blancheur de la plus belle peau , des
yeux charmans , une bouche parfaite .
Tout le monde en étoit enchanté , &
moi
AVRIL. 1764. 49
moi je diſois tout bas ; ma chère Sophie
eſt plus aimable encore. Cetre Angloiſe
eſt belle , ma Maîtreſſe eſt raviffante
: fes regards expriment bien mieux
le ſentiment. Quand pourrai - je y lire
encore mon bonheur ? Je précipitois
Etrangère du trône qu'on élevoit à ſes
charmes , & j'y plaçois avec tranſport
l'Idôle de mon coeur. Daigne , du haut
de ce trône , écouter les voeux d'un infortuné
qui t'adorera toujours ! daigne
lui ſourire ,& le plus grandRoi dumonde
enviera mon fort. Mon aimable , ma
chère Sophie , vous êtes tout pour moi :
ſans vous , je ne veux plus de la vie. Que
ferois-je de ce préſent funeſte? La mort
vaut mieux qu'un éternel déſeſpoir.
On m'a fait trembler. Dorval , m'a- t- on
dit', s'eſt informé de votre fortune ; il a
fongé à vous . Je crains peu cette âme
vile; mais verrois-je un rival plus heureux
me fermer votre coeur , ce coeur
qui ſeul peut m'attacher à la vie , de qui
dépend la douceur de mes jours ? O ma
chère Sophie ! je ſuis tranquille ; je ſçais
compter ſurvous. Je vous embraffe mille
fois , & je vais tâcher de m'endormir.
•Puiſſe un fonge flatteur charmer un inftant
mes peines. Hélas ! je ne puis donc
jouir que d'un bonheur imaginaire ? La
II.Vol.
C
50 MERCURE DE FRANCE.
plusdouce illufion ne vaudra jamais la
réalité. ८
J
LETTRE V.
E ne vous écrivis point hier au foir. La
mélancolie fombre qui fatiguoit mon
âme eût paffé dans ma Lettre , & ne
vous auroit pas amuſée. Je ſuis un peu
mieux , & ma plume ſe trouve ſous ma
main. Elle s'y trouve ſouvent. Si je ne
m'en ſuis pas ſervi hier au foir , combien
de fois mes ardens ſoupirs , mes tendres
difcours alloient chercher ma Sophie !
Que vous êtes aimable ! lui diſois-je tout
ému. Quelle grâce ! quelle douceur !
que vous êtes ingrate , ſi vous ne m'aimez
pas ! Que la chaîne qui m'attache à
vous est forte & charmante ! Ah ! fouvenez-
vous de ce jour où je vous remis
une Lettre en vous quittant. Vous la refufiez
, cruelle ! Vous avez vu mon trouble
, mon accablement. Mais pourrai-je
vous exprimer le délire & l'agitation de
mon âme , quand je pris cette main dans
la mienne ? Dieu , quel moment ! Je
ſentis qu'elle ſe laiſſoit ouvrir pour rece
AVRIL. 1764. 51
Voir cet heureux billet.... Je tremblois
de joie , ma bonne amie ; je ne pouvois
parler.... Ah! fi j'étois parti ſans vous
laiffer ce gage de mon amour, fi vous
l'aviez abſolument refuſé ; ſi vous aviez
eu cet excès de rigueur , oui , la mort
m'eût ſemblé moins affreuſe ; je l'eufſe
préférée ſans héſiter au tourment , à
l'horreur de vous déplaire. O mon aimable
Maîtreffe ! quel eſt donc cet amour
que vous m'avez inſpiré ? Il me confume
tout entier. Mon coeur y pourra-t- il fufre
? Hé ! comment ne pas m'abandonner
au penchant qui m'entraîne ? Vous
êtes belle ſans doute ; mais le charme
qui m'attire & me ſubjugue eſt dans votre
âme. C'eſt elle qui ſe peint dans vos
traits , dans vos yeux ; c'eſt elle qui donne
de la vie à vos grâces. Vous me faites
ſentir que l'attrait de la beauté tient à la
vertu. Il en eſt comme du génie ; il s'altère
& s'éteint à mesure que l'âme ſe
corrompt. De même , une femme ſans
moeurs peut ſéduire ; mais je doute fort
qu'elle puiffe toucher& fixer long-temps
les adorateurs de fa figure. On croit
bientôtdémêler , dans ſa phyfionomie,la
baffefſe des ſentimens de ſon coeur. Ce
n'eſt plus le même objet; il ſemble que
ſa beauté diſparoiſſe à mesure que fon
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
âme ſe dégrade. Pour vous ,, ma chère &
reſpectable Amie , j'aurai toujours de
nouvelles raiſons de vous aimer davantage.
Je vous trouverai toujours plus
charmante ; ou , ſi l'amitié ſuccède enfin
à l'amour , elle lui reſſemblera ſi bien ,
que ladifférence ne ſera guères ſenſible .
Douce & tendre Sophie ! unique Amie
de mon coeur ! nous trouverons toujours
dans la candeur & l'honnêteté qui nous
animent, les délices du ſentiment ; & le
ſouvenir de nos premiers feux répandra
juſques ſur nos vieux jours le charme de
notre heureuſe jeuneſſe.
LE mot de la premiere Enigme du
premier volume du Mercure d'Avril eſt
la Cheminée. Celui de la ſeconde eſt le
fuſeau. Celui de la troifiéme eft,fafcia,
bandeau royal , bandage de Chirurgien ,
fublatâ litterâ remanet aſcia , une hache.
Celui du premier Logogryphe eſt le Lagogryphe
lui-même , dans lequel on trouwe
Loi , Roi , lyre , gloire , loire , horloge
, loge , gril & orge. Celui du ſecond
eſt Cordon. On y trouve cor, or,
roc,don on , nord , rond.
AVRIL. 1764 . 53
ENIGME.
JAAMMAAIISS par moi lieux bas ne furent habités ;
Mon corps eſt agiſlant ſans vies
Et l'on me voit tourner les yeux de tous côtés ,
Quoique de regarder je n'aye aucune envie.
AUTRE.
DANS les forêts j'ai pris naillance ,
Et rienn'eſt égal à mon fort ,
Puiſque ce n'eſt qu'après ma mort
Qu'on me voit en grande puiſſance.
Jereviens des champs dans les villes ,
Jacquiers de la beauté de maiſon en maiſon ;
Et quand on me poſſéde , on peut avec raiſon
Croire à l'Etat être des plus utiles.
A la Cour chacun me defire ;
Je ſuis ſi bien auprès du Roi ,
Qu'il veut que je porte avec moi
Quelque marque de ſon Empire ;
Mon régne eſt celui de la guerre ;
Et bien qu'eſclave des humains ,
Quand je tombe en de bonnes mains ,
Je fais trembler toute la Terre.
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPΗ Ε .
MoOn tour, ami Lecteur,eſt un objet immonde :
Rien de plus dégoûtant,rien de plus vil au monde.
Mais diviſe mon être , & décompoſe- moi ;
Sous des traits différens je me préſente à toi.
D'abord j'ai de l'eſprit , ſi tu m'ôtes la têtre ;
Qu'on m'ôte auſſi le ventre , &je ſuis une bête.
Coupe de plus ma queue, ô changement ſubit !
Je ceſſe d'être bête , &je n'ai plus d'eſprit.
Cependant , qui l'eût cru ? quel étrange myſtère!
D'une foule d'enfans je me vois le vrai père.
Mais ſi tu rends mon chef;je perds tous mes enfans,
Je le deviens moi-même , & j'acquiers pour pas
rens
Un Chaffeur téméraire , un Animal timide
Que Calchas autrefois immola dans l'Aulide.
Laiſſe à côté mon chef, prends maintenant mon
corps :
Arraches-en le coeur ; & malgré tes exorts
Succombant à ton tour , d'une main ennemie
Te briſe auſſi ton corps , je t'arrache la vie .
Mais enfin de mon être ainſi martyrifé ,
De mes membres épars , de mon corps diviſé
Prends mon coeur & ma queue , ajoutes -y mas
tête ,
AVRIL. 1764. 55
A l'abri , dans mon ſein , tu braves la tempête ,
Tu traverſes les mers , tu vogues ſur les eaux ,
Endépit de l'orage , & du courroux des flors.
Be....... p. d. c. d. q.
AUTR E.
DANS un ſeul mot trouvez Mein , Rhin ,
Rome , miroir , Roi , ris & miſe ,
Renom , ſirop , Rhone & Serin ,
Iphis , Héros , Memphis & Piſe.
ParM. LAUs de Boissr.
CHANSON
Imitée de la 40º Ode d'Anacreon.
AIR : De la Romance de Daphné.
Iz étoit fête à Cythère ;
Cupidon cueilloit des fleurs.
Bientôt ſous ſa main légère ,
Un bouquet fait pour ſa mère
Brille de mille couleurs .
Civ
56 MERCURE DE FRANCE .
Le ſein vermeil d'une roſe
Vient de s'ouvrir à l'inſtant :
A peine il la voit écloſe ,
Que ſoudain il ſe propoſe.
D'en embellir ſon préſent.
Déjàde la fleur vermeille
Il touche un bouton naiſſant ;
Une impitoyable Abeille
Sous ſes petits doigts s'éveille ,
Et le pique en s'envolant.
Fleur perfide ! ... cruels charmes ,
Dit l'Amour , verſant des pleurs...
Cypris vient à ſes allarmes.
Les yeux de l'Amour en larmes
Sont autant de traits vainqueurs.
Je partage ton injure ,
Lui répondit-elle ; mais ...
Dois-je plaindre une piquure,
Quand tu ris de la bleſſure
D'un coeur percé de tes traits a
AVRIL. 1764. 57
ARTICLE II .
NOUVELLES LITTERAIRES.
LETTRE à M *** , fur le gage de
bataille , en Normandie.
Vous ,
ous défirez ſçavoir , Monfieur ce
qu'étoit en Normandie , la Loi de la
Bataille , par laquelle préſque toutes les
affaires contentieuſes étoient terminées ,
ſous lesRegnes de Rollon , &de ſes defſendans,
juſqu'à l'an 1204, que Philippe
Augufte réunitce Duché à la Couronne
de France , & les différentes modifications
de cette Loi juſqu'à l'an 1577 ,
qu'elle fur abolie. Voici ce que j'ai pu
recueillir fur ce ſujet.
Le Prince Rollon , étant devenu Duc
de Normandie , par la ceffion que Charles
le Simple lui en fit au 10º Siécle , en
912 , donna à ſes Sujets des Loix , qui
furent rédigées par les Grands de ſes
Etats. Ces Loix étoient fimples ; elles ſe
réduiſoient préſque toutes , a faire éxaminer
par quatre Chevaliers l'objet
Cv
58 MERCURE DE FRANCE .
1
des conteftations ; & fur leur rapport
l'Affiſe prononçoit. Les Procès n'étoient
ni longs ni difpendieux ; mais dans les
cas où les Chevaliers , après s'être tranfportés
ſur les lieux , pour examiner la
plainte , ne la pouvoient éclaircir , faute
de preuves ou de témoins ; fi la querelle
ne paſſoit pas dix fols , celui à qui cette
ſomme étoit demandée , étoit renvoyé
hors de cour , en affirmant qu'il ne la
devoit pas. Si la demande pafſoit dix
fols , ou qu'il fût queſtion d'ufurpation
d'héritage , & que les Chevaliers ne
puffent, par l'enquête , connoître la vérité,
celui qui étoit accuſé étoit obligé
ou d'acquiefcer à la demande , ou de
gager la bataille en pleine affife. Ces
fortes de batailles , qui n'étoient pas
pour cauſes criminelles , ne tendoient
point à mort d'homme ; le vaincu perdoit
fon procès , payoit l'amende *
&c. Mais il n'en étoit pas de même des
accufations criminelles , dont on ne
pouvoit faire une preuve ſuffifante: le
plaintif& l'accuſé étoienttenus de combattre
en champ clos , juſqu'à ce qu'il
s'enfuivit la mort d'une des deux parties;&
le vainqueur emportoit gain
*
Delà le Proverbe ,les Battus payent
nanda.
و
AVRIL. 1764. 59
4
de caufe ; car fil'un des deux ſe rendoit
à fon adverſaire , il étoit réputé coupable
, & la Justice prononçoit ſon arrêt
de mort. Cet ufage étoit fi conforme au
goût & aux moeurs de ces temps- là,qu'il
s'étendoit juſques ſur le Clergé & fur
les femmes mêmes : avec cette diftinction
cependant, que fi un Clerc nonmarié
vouloit combattre , l'Egliſe n'étoit
pas tenue de le ſouffrir , mais que fi un
Clerc marié portant l'habit parti , demandoit
le combat , l'Egliſe ne pouvoit
l'empêcher ; & s'il étoit vaincu , il étoit
puni de la même manière que keût été
un Laïc. Lorſqu'une femme étoit accuſée
en matière criminelle , ou d'avoir
forfait à fon honneur ; fi aucun Chevalier
ne s'offroit à combattre pour la
défenſe de ſa cauſe , elle avoit la liberté
de ſe purger par l'igniſſe , c'est-à- dire
d'étendre ſes mains fur un plateau de
fer rouge , monté ſur un trépied , fous
lequel on entretenoit un feu ardent. Si
lorſqu'après les y avoir poſées , elle les
retiroit fans aucun figne extérieur de
brûlure , elle étoit déclarée innocente
: l'empreinte du feu entraînoit au
contraire après elle la condamnation de
l'accuſée.
Les hommes pouvoient auſſi , forf
CV
60 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils n'avoient point de Partie civile
qui pût combattre contre eux , demander
å fubir l'épreuve de l'eau. On leur
attachoit les mains aux pieds ; on les
jettoit dans un fleuve. S'ils furnageoient
, leur innocence étoit reconnue;
& toutes ces différentes manières de
connoître la vérité étoient appellées le
Jugement de Dieu. Il y avoit pluſieurs
formes dans les épreuves du feu & de
l'eau dont le détail feroit trop long. On
peut recourir fur ce ſujet au Traité des
Superftitions par le Père le Brun.
Voici comment on procédoit à gager
la bataille . Le plaintif citoit aux Affifes
celui qu'il accuſoit de lui avoir ufurpé
ſon héritage , volé ſon argent , ou tué
fon parent. Lorsque l'accuſé nioit le
fait , & que la preuve étoit difficile à
faire , le plaintifjettoit un gage dans
l'Audience , comme ſon gantelet , ſa
ceinture , ou ſon écu , & donnoit caution
de foutenir la bataille. L'accuſé acceptoit
le défi jettoit pareillement un
gage , & donnoit auſſi caution pour la
bataille La Juſtice faisoit relever les
gages , recorder les paroles de l'accufation&
de la défenſe , par ſept perſonnes
véridiques & exemples de blâme. Ceux
qui après avoir calomnié ou dit des
AVRIL. 1764. 61
injures à quelqu'un , avoient été condamnés
à ſe dédire en pleine Audience
, ou à l'Egliſe dans un jour ſolemnel
, en ſe prenant par le bout du nez ,
& en diſant qu'ils n'avoient pas dit la
vérité , ne pouvoient ſervir de recordeurs
: ils étoient même pendant bien
du temps l'objet de la riſée publique ,
car la canaille ne manquoit pas de les
reconduire en criant : Il a un pied de
nez. Lorsque le ſujet de la bataille étoit
conftaté, les Champions étoient mis dans
la prifon ; on leur donnoit des Maîtres
en fait d'Armes , à leurs dépends , s'ils
en demandoient: les perſonnes de qualité
qui ne vouloient pas ſe rendre en
prifon , étoient confiées à des Chevalliers,
qui s'obligeoient à les repréſenter ,
morts ou vifs , au jour que la Bataille
étoit indiquée ; ceci s'appelloit être mis
en vive prifon. Pendant que cette vive
prifon duroit , il n'étoit permis à perſonne
d'infulter les Champions , ſous les
peines les plus grièves. Le jour de la Bataille
arrivé, ſi c'étoit entre deux Nobles ,
ils étoient tenus de s'offrir a la juſtice
armés en guerre , auffi- tôt que midi
étoit paffé. Si c'étoit des roturiers , ils
devoient comparoître a la même heure ,
appareillés en leurs livrées ou en leurs
62 MERCURE DE FRANCE.
,
9%
و
cotes , avec leurs écus , & leurs bâtons
cornus , armés de draps , de cuir , de
laine ou d'eſtoupes , n'ayant à leurs
bâtons , à leurs armures des jambes ,&
à leurs écus ,, que du feuſt , ou du cuir
&ne devant ſe ſervir pour combattre
que de l'écu , & du bâton. Ils devoient
avoir les cheveux rognés pardeſſus les
oreilles , & pouvoient être oings , s'ils
le jugeoientà propos. Dans toutes lesBatailles
, les armes devoient être égales ; &
pour plus grande régularité , s'il manquoit
un oeil ou un bras à l'un des
Champions , ſon adverſaire combattoit
un oeuil fermé ou un bras attaché. Le
jourde la Bataille arrivé , les Champions
ſe rendoient à la Jurisdiction ; les Juges
recordoientde nouveau en leur préſence,
les paroles fur leſquelles la Bataille
avoit été gagée ;puis on les menoit au
Champ. Cétoit un terrain quarré proche
laville , entouré de paliſſades. Les Juges
s'y rendoient auſſi ; & lorſqu'ils étoient
arrivés , pourvu que l'heure de midi
fût paffée , un Huiffier crioit à haute
voix , aux quatre bords du champ : Tels
venez au champ faire votre devoir. Ce
eri ſe répétoit trois fois dans une heure.
Au dernier appel les Champions
fe préſentoient à la barrière pour en-
,
AVRIL . 1764 . 63
trer dans le champ , armés de toutes
piéces. Alors le Connétable , les Maréchaux
, ou à leur défaut un Chevalier
commis par la Justice , pour garder les
lices & barrières , leur demandoit leur
nom , le ſujet de leur bataille , & s'ils
vouloient entrer au champ pour combattre..
A quoi ils répondoient , oui.
Sur leur réponſe , la barrière leur étoit:
ouverte. Deux Chevaliers des plus renommés
conduiſoient d'abord l'A&ceur
dans ſa tente , qui étoit dreſſée au côté
droit ; deux autres conduiſoient le défenſeur
, dans une autre tente dreſſée au
côté gauche. Les deux Champions y
reſtoient quelque temps pour ſe recueillir&
prier Dieu. Pendant ce temps , la
Juftice faisoit crier le Baon du Prince
auxquatre coins du champ : " Qu'aucun
» nefût fi hardi , ſous peine de la vie ,
» d'aider ou nuire aux Champions , de
»fait , de paroles , ni de fignes , &
» qu'aucun des gens d'armes, qui étoient
* Ce n'étoit que lorſqu'il y avoit des batailles
entre des gens de qualité , que le Connétable &
les Maréchaux y aſſiſtoient. Chaque Province
avoit ſes Maréchaux : ils n'ont été conſervés
que pour celle de France ; mais anciennement
il y avoit des Maréchaux de Normandie , de
Poitou ,&c.
64 MERCURE DE FRANCE.
aſſis autour du champ clos , ne mette
>> la main aux lices , ne ſe meuve , ne
» touffe , ni crache. Ce Baon publié ,&
les Champions ayant prié Dieu fuffifament
, ils fortoient de leurs tentes , ſe
mettoient à genoux au milieu du champ,
ſe prenoient par les mains , juroient de
nouveau les paroles de la bataille ; puis
les Chevaliers leur demandoient s'ils
croyoient à Dieu le Père , au Fils &
au Saint-Efprit ? S'ils n'euſſent pas fait
cette profeſſion de foi , on ne les auroit
pas laiſſé combattre ; mais ils
auroient été punis comme hérétiques ,
parce que ( dit un ancien Commentareur
) il étoit autrefois plus de mécréans
qu'il n'en est aujourd'hui. Les Champions
juroient en outre de n'employer
aucun fortilége pour remporter la
victoire. Tout ce cérémonial rempli ,
ils rentroient encore un inſtant dans
leur tente pour adorer Dieu : on crioit
pour la dernière fois le Baon du Prince
; on commandoit à tous de vuider
les lices ; les quatre Chevaliers ſe retiroient
aux quatre côtés de l'intérieur
du champ , & y reſtoient feuls avec les
Champions , pour être témoins de la
bataille , &pour écouter fi dans le combat
l'un ſe rendoit à l'autre ; puis on
AVRIL. 1764. 65
4
crivit aux Champions de faire feur devoir,
Auffitôt ils ſortoient de leurs tentes&
combattoient à pied ou à cheval.
Si l'accuſé pouvoit ſe défendre juſqu'à
l'heure que les Etoiles devoient paroître
au Ciel , l'Acteur étoit réputé
vaincu , » parce qu'il n'avoit pu prou-
» ver parfon corps ce qu'il avoit offert
» de prouver en une heure de jour. Lorfqu'un
des Champions fe rendoit à fon
adverfaire , les quatre Chevaliers commis
à juger de la bataille alloient en
inſtruire la Justice ; & le vaincu ſubiſſoit
la peine du crime pour lequel la
bataille avoit été gagée. S'il étoit tué
dans le combat, fon corps étoit porté
au gibet. Il y a un exemple mémorable
de ceci , dans la Province de Normandie.
Jean , Seigneur de Carrouge , & Jacques
Legris , Seigneur d'Echaufour ,
étoient liés d'une étroite amitié. Carrouge
épouſa unejeune & belle femme , &
fit peu après un voyage d'Outre-mer.
Pendant fon abfence , un homme épris
des charmes de la nouvelle mariée , entra
la nuit dans ſa chambre , & lui ravit ſon
honneur. L'auteur d'une action ſi inique
avoit pris toutes les précautions imaginables
pour n'être pas reconnu. L'épouſe
66 MERCURE DE FRANCE.
de Carrouge crut avoir diftingué Legris.
Carrouge ne fut pas plutôt de retour ,
que ſa femme fondant en pleurs lui raconta
ſon malheur , & accuſa Legris de
ce crime. Carrouge ne pouvoit penſer
que ſon ami eût été capable d'une telle
perfidie ; mais ſa femme lui fit tant de
ſermens , qu'il ſe laiſſa perfuader. Il afſembla
donc les perſonnes auxquelles il
avoit confiance , qui toutes lui conſeillèrent
de porter ſa plainte au Comte d'Alençon
, Seigneur des deux Fiefs. Les
Parties furent citées. Legris proteſta
qu'il étoit innocent , & prouva qu'il
étoit chez le Comte au jour & au moment
même que la Dame diſoit avoir été
violée. C'étoit prouver l'alibi. La femme
de Carrouge ne pouvoit adminiſtrer
de preuves. Le Comte d'Alençon lui dit
qu'apparemment elle avoit eu un fonge,
dont fon inmagination avoit été bleffée ;
&confeilla aux Parties d'étouffer cette
affaire. Carrouge ne put ſe réfoudre à la
terminer ainfi , parce qu'elle avoit trop
éclatée; il la porta au Parlement de Paris
, où elle fut débattue pendant plus
de dix-huit mois. Ce Tribunal enfin
n'ayant pu trouver de preuves contre
Legris , ordonna par un Arrêt de l'an
386 , que les deux Gentilhommes vui
AVRIL. 1764 . 67
deroient leur querelle par un Combat
en champ clos ; que le vainqueur emporteroit
gain de cauſe ; que le vaincu feroit
pendu au gibet ; & que fi Carrouge
fuccomboit , ſa femme ſeroit brûlée. Le
Roi Charles VI & toute ſa Cour furent
fpectateurs de ce Duel. Les Champions
commencèrent le Combat à cheval ; &
n'ayant pu remporter aucun avantage
P'un fur l'autre , ils mirent pied à terre.
Le choc fut terrible. Carrouge reçut d'abord
dans la cuiffe un coup d'épée qui
effraya tous ceux de ſon parti ; mais il
ne tarda pas à reprendre ſes forces , &
chargea fon ennemi avec tant de furie ,
qu'il le renverfa , & lui paſſa ſon épée au
travers du corps. Tout le monde applaudit;
Legris fut livré au Bourreau , traîné
par les rues , & pendu à Montfaucon.
Carrouge fut ſe proſterner aux pieds du
Roi , qui le releva , lui fit délivrer 1000 L
&le retint au ſervice de ſa Chambre ,
avec 200 liv. d'appointemens.
Quelques années après un Brigand
ayant été condamné au fupplice , avoua
qu'il étoit coupable du crime dont Legris
avoit été accuſé. La femme de Carrouge
ſe livra tellement à ſes remords que , fon
mari étant mort peu de temps après ,,
elle ſe retira dans un Monastère , pour
68 MERCURE DE FRANCE.
y paſſer le reſte de ſes jours dans une
auſtère pénitence.
Tels étoient les inconvéniens de la loi
de la Bataille , dont l'abus s'étoit fait
fentir dans tous les temps. Lorſque
Philippe Auguste réunit la Normandie à
la Couronne , il tint un Conſeil à Lislebonne
dans le pays de Caux , auquel
tous les Ordres de cette Province furent
convoqués , pour ſtatuer ſur les Loix qui
avoient été établies par les Ducs de Normandie.
Quand il fut queſtion de la Bataille
, on décida qu'elle feroit abolie ;
parce que lesforts , qui s'en prévaloient ,
enlevoient aux foibles ce qui leur appartenoit
légitimement ; ou les faisoient paffer
pour coupables lorſqu'ils étoient innocens.
Les choſes reſtèrent ainſijuſques
au Règne de Philippe le Hardi, en 1271 ,
qui conſidérant que depuis l'aboliffement
de la Bataille , il ſe commettoit des crimes
dont on ne pouvoit faire la preuve ,
&dont on ne craignoit plus la punition
par le fort des armes , ordonna que les
Batailles auroient lieu comme auparavant
, dans les cas criminels ſeulement.
Mais l'Egliſe s'éleva par la ſuite contre
des uſages fi contraires à la Religion ; &
finalement , à la réformation dela Courume
de Normandie , ordonnée par LetAVRIL
. 1764. 69
A
tres du Roi Henri III , données à Blois
le 22 Mars 1577 , le gage de Bataille , &
outes les épreuves du feu &de l'eau furent
entiérement abolies .
J'ai l'honneur d'être , &c.
C**** , Abonné auMercure.
FAMILLES des Plantes , par M.
ADANSON , de l'Académie des
Sciences , de la Société Royale de
Londres , Cenfeur Royal. A Paris ,
: chez Vincent , Imprimeur- Libraire de
Mgr le COMTE DE PROVENCE ,
rue S. Séverin ; avec Approbation &
Privilège du Roi; 1763; 2 vol.in- 8°,
CET Ouvrage , en entier , donne
une hiſtoire générale de la Botanique.
La prèmiere Partie contient la théorie de
cette Science , & la feconde eft toute
pratique. Il y régne généralement beaucoup
de méthode ; & nous ne croyons
pouvoir mieux faire , que d'en préſenter
l'extrait ſuivant ſa diſtribution.
Dans la première Partie M. Adanfon ,
70 MERCURE DE FRANCE.
!
expoſe l'état ancien & actuel de la Botanique
; il y compare les anciens travaux
des Botaniſtes à ceux des modernes. Il
penſe que les défauts que nous croyons
trouver dans les deſcriptions des anciens
Naturaliſtes Ariftote , Téophrafte Diofcorides
& Pline , ne font qu'apparens, ces
Auteurs ne donnant que des réſultats de
conoiſſancesà la portéede tout le monde
& dépouillées des épines de l'Art ; que
ſouvent leursTraducteurs ont mal rendu
leurs penſées , faute d'entendre affez la
Botanique. Ce ſentiment ne paroît pas
deftituéde preuves » quoiqueThéophraf-
» te & Diofcorides , dit-il , qui s'eſt at-
> taché particulierement aux plantes ,&
> qui s'eſt fait le plus grand nom fur
» cette matière , n'ayent parlé que d'en-
» viron 5 à 6000 plantes & les ayent
>>décrit de manière , qu'il eſt ſouvent
>> difficile & quelquefois impoffible de
>> les reconnoître; on voit néanmoins
>> dans nombres d'endroits de leurs
> ouvrages , des traits de lumière & des
>> connoiffances fi profondes,dont quel-
» ques-unes même paroiſſent ignorées .
>> aujourd'hui , & pourroient être appel-
>> lées des découvertes renouvellées des
>> Grecs , qu'on ne peut s'empêcher de
> convenir que malgré le mépris que
AVRIL. 1764. 71
1
quelques Botaniſtes modernes affec-
>> tant de répandre ſur eux , ces grands
» hommes , quoiqu'ils n'ayent pas fait
>> de méthode ſyſtématique , qu'ils ne
>>>regardoient que comme des diction-
>>naires trop ſuperficiels,avoient comme
> nous des connoiſſances de détail dont
>> les temps ne nous ont conſervé que
>>les réſultats généraux. Il eſt certain,au-
>tant qu'on en peut juger par ce qui
>> nous reſte des ouvrages d'Ariftote ,
>> de Théophrafte , & de Pline , qu'ils
>> ignoroient entiérement des parties
>> que nous connoiffons ,& que nous
>> avons approfondies ; mais il eſt plus
" probable, que leurs réſultats généraux
>> dépendoient de ces connoiſſances de
>détail dont ces divins Auteurs laif-
>> foient échaper par intervalles de lé-
>gères traces. Ce font de ces faits dont
>> ne peut guères douter , tout hom-
» me qui a étudié affez à fond les Scien-
>> ce naturelles ; & au lieu de croire que
>>> les Anciens n'ont adopté telle ou telle
>> opinion,que parce qu'ils n'avoient pas
» étéauſſi loin que nous , nous devrions
>> peut - être plutôt penſer que c'eſt
>parce qu'ils avoient été beaucoup plus
>>loin ,& que des expériences que nous
>> n'avons pas encore faites leur avoient
72 MERCURE DE FRANCE.
> fait fentir l'inſuſſiſance des méthodes
>>> dont nous nous contentons .
» La
M. Adanson fait voir auſſi que fouvent
tel ſyſtême qui prend faveur à
l'appui de la célébrité &de la nouveauté
, n'eſt pas toujours le meilleur , & à
cet égard , il rend justice à la mémoire
de Tournefort , en laiſſant encore aujourd'hui
à cet illuſtre François la première
place parmi les Botaniſtes
» préférence , dit-il , qu'on a donnée
» aux méthodes dans le choix des Etu-
» des , n'a pas toujours été en raiſon
>de leur bonté ; l'eſprit national y a
>> ſouvent plus de part que le defir de
>>trouver la vérité. C'eſt ainſi que la
> méthode de Rai a été ſuivie par des
>> Anglois célébres , Sloane , Pétiver ,
» Martin , & en partie par Dillen ; le
» ſyſtême de Rivin a été embraffé par
>> les Allemands les plus diftingués en
» Botanique, Cretien , Knal , Ruppias ,
» M. Ludwig , Siegerbek , &c. Celui
» de M. Lianaus n'a guères eu pour
» Sectateurs que ſes diſciples. Mais ce
» qui parle en faveur de la méthode de
>> Tournefort , c'eſt qu'indépendemment
» des François célébres Paumier , Ma-
» chant , Dodart , Niſſote , MM. de Juf-
» fieu , & Vaillant qui le ſuivirent , elle
>> fut
AVRIL . 1764. 73
1 >> fut adoptée par les Etrangers qui te-
» noient le premier rang en Botanique ;
>> en Italie par Pontedeva , M. Monti &
>>> Micheli ; en Allemagne , en Angle-
>> terre & en Saxe par pluſieurs Sça-
>> vans diftingués ; & ce qui ajoute en-
» core au mérite de cette méthode z
>> qui fait en même temps l'éloge de
>> nos Botaniſtes François , c'eſt que
>>malgré l'accueil que la frivolité ſem-
>>ble faire à la nouveauté , le ſyſtême
» de M. Lianaus ne lui a rien fait per-
>> dre de fon éclat , & que M. de Juffieu
dont les vaſtes connoiffances en Bo-
>>>tanique ne laiſſent pas ſentir à la
>> France la perte du grand Tournefort ,
>> ena toujours confervé les ſages prin-
>> cipes que nous nous faiſons gloire
>>>d'adopter. Enfin nous voyons avec
>>fatisfaction , que ces principes fe ré-
>> pandent juſqu'en Eſpagne , comme
le témoigne l'Ouvrage tout récent
» du célébre M. Quer qui a cru très-ju-
>> dicieusement ne pouvoir rien faire
» de plus utile au renouvellement de
» la Botanique dans ſon pays , que de
>>> traduire en ſa langue la méthode de
>> Tournefort pour l'inftru&ion de ſes
>> difciples ; de forte qu'on peut dire
» qu'elle a été ſuivie par les Nations
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
>> les plus ſçavantes de l'Europe......
>>>L'exécution d'une pareille méthode ,
>> dans un temps où la Botanique étoit
> encore dans l'enfance , ne pouvoit
> être que l'effort d'un génie vaſte &
créateur; & il ne s'est encore trouvé
>> perſonne qui ait refufé ces deux
> grandes qualités à l'illuſtre Tourne-
>> fort qui s'eſt acquis aux plus juſtes
>>>titres le nom de père des Botaniſtes...
>>>Et ce qui doit nous inſpirer plus
>> d'eſtime & de confiance , c'eſt de
>> voir que depuis près d'un fiécle , elle
>>ait confervé une ſupériorité finguliè-
>> re ſur toutes celles qui ont paru de-
>>puis , quoiqu'elle ne fût pas étayée de
>> toutes les découvertes qui ont été
>> faites 70 ans après lui : d'où il eſt aifé
>>de juger combien ce grand homme
> avoit devancé & laiffé derrière lui les
>>Botaniſtes de fon temps.
Après avoir expoſé les progrès , &
l'état ancien & actuel de la Botanique ;
après avoir fait une comparaiſon , & établi
une balance entre les diverſes méthodes
; après avoir prouvé que toutes
celles qui ont été faites juſqu'ici , foit
pour en faciliter l'étude , foit dans le deffeinde
trouver la méthode naturelle , ne
pouvoient remplir cet objet , ni conduiAVRIL.
1764. 75
te cette Science au degré de perfection
dont elle eſt fufceptible , parce que leurs
principes ne portoient que ſur la confidération
d'un petit nombre de parties de
Plantes ; M. Adanson démontre par un
nombre ſuffifant de faits , de preuves &
d'expériences , qu'une méthode ou fyftême
naturel en Botanique , ou en toute
autre partie de l'Hiſtoire Naturelle , s'il
en éxiſte ou s'il en peut éxiſter un , ne
peut confifter que dans l'enſemble des
caractères tirés de toutes les parties des
Plantes : confidération tout-à- fait neuve
, qui diſtribue tous les genres connus
des Plantes en cinquante-huit Familles .
C'eſt ſur cette diſtribution que M.
Adanfon a travaillé la deuxième Partie.
ou la Partie pratique de fon Ouvrage ,
dont nous donnerons ci-après une idée.
>> Tout arrangement méthodique ,
>> dit-il , où l'on n'admet pas de ſyſtême,
» n'eſt- il pas l'arrangement de la Na-
» ture , c'est -à-dire , la méthode naturelle
? On donnera le nom que l'on
» voudra à mes Familles ; mais il n'en
>> ſera pas moins vrai , qu'elles ne peu-
» vent être ſyſtematiques , puiſqu'elles
» n'ont pas d'autres fondemens de divi-
>> fion , que les vuides ou interruptions
que la Nature nous montre dans la fé-
1
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
>> rie des Plantes , rapprochées par tous
>> les rapports de reſſemblance ; &
» que , fi elles ne font pas ces claffes
>>>naturelles que l'on cherche , elles en
» ont bien l'air , & y reffemblent fort.
» Au reſte , je ne leur donnerai pas ce
» faftueux nom de Familles naturelles ;
>> chacun les qualifiera comme il jugera
» à propos. » Si c'eſt ſur un ſemblable
modèle que M. Adanſon a dirigé fon
plan du travail général ſur l'Hiſtoire Naturelle
& fur la Phyſique , dont il parle à
la page 200 , & qui prouve la liaifon &
la clefde toutes les Sciences naturelles ,
il n'eſt pas douteux , à en juger par l'éxécution
de celui- ci , qu'on ne ſçauroit
defirer trop tôt de voir la publication
d'un Ouvrage auffi utile.
Les principaux avantages de ces Familles
font de procurer à la Botanique
1º . toute la certitude & la ſtabilité ; 2º.
P'étendue & l'univerfalité ; 3° . la briéveté;
4°. la facilité dont cette Science eft fuf--
ceptible ; 5º, enfin des vues d'utilité plus
générales fur les qualités des Plantes pour
les teintures , & fur leurs vertus médicinales.
Le dernier objet mérite d'autant
plus d'attention , qu'on avoit foupçonné
avec affez de fondement , que toutes les
-Plantes rangées dans une même Famille
AVRIL. 1764 . 77
fur la fimilitude & la convenance du plus
grand nombre de leurs parties intérieures
, avoient des vertus ſemblables qui
ne différoient que du plus ou moins dans
leur intencité , & non dans leur qualité.
Idée qui s'eſt vérifiée depuis , & que
l'expérience confirme de jour en jour .
On ſçait combien l'analyſe chymique eſt
incertaine pour décider les vertus des
Plantes ; c'eſt donc un grand pas de fait
à l'avantage de la Médecine , que d'avoir
ſçu rapporter les genres à leurs Familles
Naturelles. Avec cette connoiffance
, on peut aller à tâtons trouver en
France des Plantes capables de fuppléer
àcertaines qu'on tire à grands frais des
pays étrangers ; & , par la même raiſon ,
on peut trouver en Amérique , en Afrique
& en Afie des Plantes analogues à
celles de l'Europe. Il en eſt de même
des teintures; différentesPlantes donnent
des couleurs ſemblables en divers pays .
Que de refſources ne trouve- t- on pas
dans la Nature , lorſqu'elle eſt étudiée
&guidée par la méthode d'une analogie
bien raiſonnée ! Et il paroît que cette
partie eſt l'élément de notre Auteur. Si
c'eſt un mérite que d'être méthodique ,
on peut dire que cet Ouvrage l'eſt jufques
dans les plus petites parties : les
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
éxemples s'en préſentent à chaque pas ,
&fur-tout dans les foixante- cinq Syftêmes
ſimples qu'il a exécutés entre les années
1741 & 1755 , non-feulement pour
remplacer les cinquante- fix Syſtêmes anciens,
trop compliqués & trop difficiles ,
mais encore pour fuppléer à ceux qui
n'avoient pas encore été faits fur pluſieurs
parties des Plantes , & en même temps
pour échaffauder& étayer les cinquantehuit
Familles qu'il publie aujourd'hui.
Les bornes d'un Extrait ne nous permettent
pas de nous étendre fur nombre
de faits de Phyſique tous nouveaux, que
M. Adanson traite , & qu'il faut lire dansl'Ouvragemême.
Telles font les recherches
pour s'affurer s'il éxiſte dans la Nature
des claſſes , des genres & des eſpèces
, dans le ſens dont l'entendent les
Naturaliſtes ; & il ſemble qu'il a pris la
vraie route pour la décider , en en cherchant
l'explication , les preuves & la folution
dans la nature même des Plantes
& des Animaux. La ſolution de cette
queſtion étoit néceſſaire dans cet Ouvrage
, pour concilier les débats continuels
des Botanistes , & pour conftater enfin
quelles font les parties des Plantes dont
on doit tirer les caractères les moins arbitraires
, pour les diftinguer les unes des
1
AVRIL. 1764. 79
autres. On peut mettre encore dans le
rang des chofes tout-à-fait neuves ces
obſervations fur la température des Plantes
; la manière dont il confidère la végétation
; ce qui donne lieu à une théorie
qui pourra être très- utile à l'Agriculture;
ſa façon de conſtruire les terres ,
applicables aux divers climats , & nom
bre d'autres articles auſſi intéreſſans.
Quoiqu'il y ait beaucoup de détails
profonds fur la Science , cet Ouvrage
n'eſt cependant pas par-tout heriffé d'épines
& de difficultés . Il y a des morceaux
capables de piquer la curiofité ,
d'amufer même en inſtruiſant , fur-tout
dans la partie où M. Adanson expoſe les
réſultats des découvertes les plus modernes.
On eft quelquefois bien-aiſe de ſcavoir
tout ce qui a été obſervé de plus
fingulier , & qui ſemble même tenir du
merveilleux , fur la prodigieuſe fécondité
des Plantes , fur la monstrueuſe groffeur
de certains arbres , dont le tronc a
ſouvent plus de vingt-cinq pieds de diamètre
, ſur ces Palmiers & ces Lianes
de trois cens pieds de hauteur , qui entrelaſſent
tous les arbres d'une forêt , &
fur tant d'autres faits auffi finguliers ,
qu'il n'y avoit qu'un Botaniſte Voyageur
qui en pût apprécier la juſte valeur.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
1
Son Voyage aux Ifles Canaries , au
Senégal & aux Iſles Açores , lui a procuré
un grand avantage pour réformer
la partie des Plantes étrangères , qui
etoient en général peu connues,& dont
le nombre furpaſſe infiniment celui de
nos Plantes Européennes , & qui lui a
donné lieu d'ajouter près de cinq cens
genres aux onze cens qui avoient été
établis avant lui ; de forte qu'il donne
dans ſes Familles la deſcription de ſeize
cens genres environ , malgré la fuppreffion
d'un grand nombre que l'inexactitude
des obſervations avoit fait mal-àpropos
partager en pluſieurs.
Nous ne fuivrons pas plus loin M.
Adanson dans ſes détails ſur la meilleure
manière de nommer &d'enſeigner
les Plantes ; dans ſes idées ſur un plan
nouveau de réforme qu'iljuge néceſſaire
à l'Ortographe Françoiſe; dans ſa Table
raiſonnée fur les vertus des Plantes ;
dans celle des ſynonymes anciens qu'il a
établis à leur place ; enfin dans la Table
chronologique des Auteurs dont la connoiſſance
eſt la plus néceſſaire aux Botaniftes.
Chacun fent l'utilité de tous ces
morceaux , pour former une convexion
en enſemble raiſonnée dans toutes les
parties d'un Ouvrage univerſel de BotaAVRIL.
1764. 81
,
nique : nous ne finirions pas fi nous entreprenions
de faire fimplement l'énumération
des articles les plus eſſentiels traités
par M. Adanfon , fur cette Science
qui eſt ſans contredit la plus vaſte de
l'Hiſtoire Naturelle , par la multiplicité
des objets. On peut en donner une légère
idée , en diſant qu'il a trouvé dans
les Auteurs plus de dix-huit mille eſpèces
ou variétés , décrites ou figurées tant
bien que mal , & qu'on peut juger par
celles que nous poſſédons ſéches dans
des herbiers , & par l'immense étendue
des pays qui n'ont pas encore été défri-,
chés par des Botaniſtes ſuffisamment
inſtruits que nos richeffes en ce genre de
collection peuvent être augmentées au
moins du double. Cette remarque lui
donne occafion d'ajouter le ſujet d'un
grand Voyage qui ſervit d'une utilité générale
pour les Sciences Naturelles , &
peut- être pour le Commerce de l'Europe.
Nous n'entrerons pareillement dans aucun
détail fur l'exécution de la feconde
partie de cet Ouvrage , à laquelle nous
renvoyons le Lecteur Botaniſte ; il y
trouvera à la tête de chaque Famille , &
à chaque genre de Plantes , toutes les
connoiſſances pratiques anciennes&modernes
, raffemblées dans autant d'arti-
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
cles & de colonnes qu'il y a de parties
dans les Plantes. Ouvrage d'un détail
immenfe , & d'autant plus pénible pour
l'Auteur , qu'il a ſçu préſenter , avec un
ordre & une méthode fingulière , &
dans l'eſpace de quelques lignes , tout
l'eſſentiel des caractères génériques ; de
forte que , d'un ſeul coup-d'oeil, il peut
voir les reſſemblances & les différences
principales de tous les genresd'une même
Famille , enfin ſaiſir leur enſemble , fans
être obligé de lire un très-grand nombre
de pages de deſcriptions des Auteurs , où
elles ſont comme noyées . Cette manière
auffi neuve qu'utile de préſenter en abrégé
le tableau des connoiſſances actuelles
fur une Science vaſte & très-compliquée,
facilite fingulièrement la comparaiſon
de ces divers objets. Elle en facilite
pareillement l'étude au point qu'on
pourra déſormais , fans connoître toutes
les Plantes , ſçavoir néanmoins toute la
Botanique : il fuffira pour cela de connoître
deux ou trois genres les plus différens
de chaque Famille. Enfin , M.
Adanfon conclut avec raiſon que la Botanique
, ainſi traitée , n'eſt plus une
Science de nom , comme on la qualifie
tous les jours ; mais qu'elle eſt une
Science de fait , & par conféquent fuf
AVRIL. 1764. 83
ceptible de combinaiſons & de problêmes.
Il en propoſe même quelques-uns
capables d'indiquer la route qu'il faut
ſuivre , pour éxercer les Etudians enBotanique
, pour fortifier les plus avancés ,
&pour nourrir & entretenir les plus profonds
Botaniſtes dans les connoiffances
qu'ils ont acquifes.
La vérité eſt ſimple , & fa recherche
aconduit M. Adanfon à préférer l'ordre ,
la préciſion de la méthode & la netteté
du ſtyle aux fleurs du langage qui ne
conviennent nullement à un Livre de
Science traité auffi à fond. Le même
principe de vérité l'a porté à indiquer ge
qui reſte encore à ajouter aux travaux
des Anciens & des Modernes , & aux
fiens mêmes , pour procurer à la Botanique
toute la perfection dont cette Science
eſt ſuſceptible . Il n'eſt pas douteux
que fi tous les Auteurs ſe faiſoient une
loide préſenter ainſi dans leurs Ouvrages
un tableaude tout ce qui a été fait avant
eux , on verroit éclorre beaucoup moins
de volumes , & plus de choſes neuves.
D'où réſulteroit un avantage pour la
ſociété , & un lustre de plus pour le
fiécle.
Il paroît en général que M. Adanfon a
DVI
84 MERCURE DE FRANCE.
raſſemblé dans ſes deux Volumes tout
l'hiſtorique , théorique & pratique de la
Botanique , depuis les Grecs juſqu'à
nous ; qu'il y a beaucoup plus de choſes
neuves dans cet Ouvrage, qu'on ne pourroit
le dire fans paroître chercher à le
flatter& que cet Académicien a fupprimé
ce qu'il y a de plus connu, pour faire
place à des choſes plus eſſentielles ou qui
avoient été traitées avec moins d'exactitude&
de méthode par ſes prédéceffeurs.
C'eſt dans cette vue qu'il n'a donné
d'autres figures que celle d'une nouvelle
conftruction , pour ne pas trop groffir
fon Ouvrage , renvoyant aux figures
des meilleurs Auteurs qu'il cite par- tout
où il eft néceſſaire . *
ÉCOLE DE LITTERATURE , tirée de
nos meilleurs Ecrivains; à Paris, chez
Babuty,Quai des Augustins , Brocas &
Humblot , rue S. Jacques ; 2 vol. in-
12; prix 5 liv. brochés , 6 liv.reliés .
NOUS Ous avons déja donné pluſieurs
extraits de ce livre excellent, & que tous
* Cet Extrait , que nous avons trouvé bien fait
nous a été communiqué.
4
AVRIL 1764. 85
i
les gens de Lettres eſtiment commeune
production infiniment ſupérieure à tout
ce qui a paru de plus parfait dans ce
genre. On le regarde déja comme un de
ces. Ouvrages Claſſiques , qui font loi
dans la Littérature , & doivent ſe trouver
dans toutes les Bibliothèques &
dans les Cabinets des gens de goût. Il
n'eſt aucune claſſe d'Ecrivains,à laquelle
il ne foit abſolument néceſſaire . L'Avocat
y trouvera des préceptes pour
l'éloquence du Barreau ; le Prédicateur,
des régles pour les Diſcours Chrétiens ,
les Panégyriques , les Oraiſons funébres
; le Magiftrat , l'art de faire le rapport
d'un procès ; le Poëte , l'Orateur ,
l'Historien en un mot , l'homme de
lettres , pour compofer des Ouvrages
dans tous les genres , l'homme du monde
pour en juger avec fureté , ſe ferviront
utilement & agréablement de ce
recueil , à la perfection duquel tant de
gens célébres ont contribué. Nous allons
, ſelon la méthode que nous avons
ſuivie juſqu'à préſent, préſenter à nos
Lecteurs un morceau tiré de cette excellente
compilation ; c'eſt le commencement
de l'Article qui traite de
l'Eloquence , les bornes de notre Journal
ne nous permettant pas de la rapporter
en entier .
و
86 MERCURE DE FRANCE.
>>>L'Eloquence , fille du Génie & de
>> la Liberté , est née dans les Répu-
» bliques. Les Orateurs ont appliqué
>> d'abord aux grands objets du Gou-
» vernement le talent de la parole ; &
> comme dans ces occafions il falloit
» en même temps convaincre & re-
» muer le peuple , ils appellerent l'E-
>> loquence l'art de perfuader , c'eſt-
>>à-dire de prouver & d'émouvoir tout
» enſemble.
>>Nos Ecrivains modernes , pour la
>>>plupart copiſtes ſuperſtitieux & ferviles
>> de l'antiquité , ont adopté cette défini-
» tion , ſans faire attention que les An-
>> ciens qui nous l'ont laiffée , y bor-
>> noient l'Eloquence à ſa partie la plus
>>noble & la plus étendue , & que par
>> conféquent la définition étoit incom-
>> plette . En effet , combien de traits
>> vraiment éloquens qui n'ont pour but
>>que d'émouvoir , & nullement de
>> convaincre ? Penſer autrement , ce
» ſeroit reſſembler à.ce Mathématicien
» ſévère , qui après avoir lû la Scène
>> admirable du délire de Phédre , de-
>> mandoit froidement qu'est- ce que
» cela prouve ?
,
» La définition que nous avons don-
> née de l'Eloquence renferme l'idée la
AVRIL. 1764. 87
le
>>plus générale qu'on puiffe en avoir.
» C'eſt , avons-nous dit , le talent de
>> faire paſſer avec rapidité & d'imprimer
>> avec force dans l'âme des autres ,
> ſentiment profond dont on eſt pénétré.
» Cette définition convient à l'Eloquen-
>> ce même du filence ,langage énergi-
>> que & quelquefois ſublime des gran-
>>des paffions ; à l'Eloquence du geſte ,
» qu'on peut appeller l'Eloquence du
>> Peuple , par le pouvoir qu'elle a pour
>> fubjuger la multitude , toujours plus
>> frappée de ce qu'elle voit, que de ce
>> qu'elle entend ; enfin à cette Elo-
>> quence adroite & tranquille , qui ſe
> borne à convaincre ſans émouvoir ,
»& qui ne cherche point à arracher
» le conſentement , mais à l'obtenir.
>> Cette derniere Eloquence n'eſt peut-
> être pas la moins puiſſante ; on eft
>>moins en garde contre l'infinuation
» que contre la force. Néanmoins
comme le talent d'émouvoir eſt le
>> caractère principal de l'Eloquence ,
, c'eſt auſſi ſous ce point de vue que
>> nous allons principalement la con-
>> fidérer.
>>Le propre de l'Eloquence eſt non
>> ſeulement de remuer , mais d'élever
>>> l'âme ; c'eſt l'effet même de celle qui
88 MERCURE DE FRANCE.
>> ne paroît deſtinée qu'à nous arracher
>> des larmes ; le pathétique & le fu-
>>blime ſe tiennent; en ſe ſentant at-
>> tendri , on se trouve en même temps
>> plus grand , parce qu'on ſe trouve
>>>meilleur ; la triſteſſe délicieuſe & dou-
» ce , que produiſent en nous un dif-
>> cours , un tableau touchant , nous
>>donne bonne opinion de nous-
>>mêmes par le témoignage qu'elle nous
>> rend de la ſenſibilité de notre âme ;
>>ce témoignage eſt une des principa-
>> les ſources du plaifir qu'on goûte en
>> aimant , & en général de celui que
>> les ſentimens tendres& profonds nous
>> font éprouver.
,
>>> Nous appellons l'Eloquence un ta-
» lent , & non pas un Art comme
>> l'ont appellé la plupart des Rhéteurs ;
>> car tout art s'acquiert par l'étude &
>> par l'exercice , & l'Eloquence eſt un
>> don de la Nature. Les régles ne font
>> deſtinées qu'à être le frein du génie
>>qui s'égare , & non le flambeau du
>>génie qui prend l'eſſor ; leur unique
>> uſage eſt d'empêcher que les traits
> vraiment éloquens ne foient défigu-
>> rés par d'autres ouvrages de la né-
>> gligence & du mauvais goût. Ce ne
>> font point les régles qui ont inſpiré à
AVRIL. 1764. 89
» Shakespeare le monologué admirable
>> d'Hamlet ; mais elles nous auroient
>>épargné la ſcéne barbare & dégou .
>> ante des foſſoyeurs .
» On rend avec netteté ce que l'on
>>conçoit bien ; de même on annonce
>> avec chaleur ce que l'on ſent avec
>> enthousiasme , & les mots viennent
>>auſſi aisément pour exprimer une
>> émotion vive , qu'une idée claire. Le
>> ſentiment s'affoibliroit , s'éteindroit
» même dans l'Orateur , par le ſoin
>>froid& étudié qu'il ſe donneroit pour
>>> le rendre ; & tout le fruit de ſes ef-
>> forts feroit de perfuader à ſes Audi-
>> teurs , qu'il ne reſſentoit pas ce qu'il
>>vouloit leur inſpirer. Aimez & faites
» tout ce qu'il vous plaira , dit un Père
>>de l'Eglife aux Chrétiens ; sentez
» vivement , & dites tout ce que vous
» voudrez , voilà la deviſe des Orateurs .
>> Qu'on interroge les Ecrivains de gé-
>> nie ſur les plus beaux endroits de
>>leurs ouvrages , ils avoueront prèf-
» que toujours , que ces endroits font
>>ceux qui leur ont coûté le moins
>> parce qu'ils ont été comme inſpirés
>> en les produiſant. Débarraffée de
> toute contrainte , & bravant quelque-
>>>fois les régles mêmes , la Nature
90 MERCURE DE FRANCE.
?
>>produit alors les plus grands mira-
>> cles ; on éprouve alors la vérité de ce
» paſſage de Quintilien ; c'eſt l'âme ſeule
» qui nous rend éloquens ; &les igno-
» rans même , quand une violente paſſion
» les agite , ne cherchent point ce qu'ils
" ont à dire. Tel étoit l'enthouſiaſme
>> qui animoit autrefois le Paysan du Da-
>> nube , & qui le fit admirer dans le
>> Sanctuaire de l'Eloquence par le Sé-
>>> natde Rome. C'eſt ce même enthou-
>> fiaſme , prompt à ſe communiquer à
» l'Auditeur , qui met tant de différence
» entre l'Eloquence parlée , fi on peut
> ſe ſervir de cette expreffion , & l'Elo-
>> quence écrite. L'Eloquence dans les
>> Livres eft à-peu-près comme la Mufi-
>>que ſur le papier , muette , nulle& fans
>> vie ; elle y perd du moins ſa plus gran-
>> de force , & elle a beſoin de l'action
>> pour ſe déployer. Nous ne pouvons
>>>lire ſans être attendri les Péroraiſons
>> touchantes de Cicéron pour Flaccus ,
>> pour Forteius , pour Sextius , pour
» Plancius & pour Silla , les plus adımi-
>> rables modèles d'Eloquence que l'an-
>>tiquité nous ait laiſſe dans le genre pa-
>> thétique. Qu'on imagine l'effet qu'elles
>> devoient produire dans la bouche de
>> ce grand homme ; qu'on ſe repréſente
1
AVRIL. 1764. 91
» Cicéron au milieu du Barreau, animant
>> par ſes pleurs le difcours le plus tou-
>>>>chant , tenant le fils de Flaccus ( a )
" entre fes bras , le préſentant aux Juges,
>>& implorant pour lui l'humanité &les
>> loix; fera-t-on ſurpris de ce qu'il nous
>> apprend lui-même , qu'il fut interrom-
>>pu par les gémiſſemens & les ſanglots
>>de l'Auditoire ? Sera-t on furpris que
>> ce tableau ait féduit & entraîné les
>>>Juges ? Sera-t-on ſurpris enfin que l'E-
>> loquence de Cicéron lui ait fervi tant
>>de fois à fauver des cliens coupables ?
>>Auſſi l'Aréopage , qui ne vouloit qu'ê-
» tre juſte , avoit interdit ſévérement
>> l'Eloquence aux Avocats. On y vou-
>>>>loit , comme dans nos Tribunaux ,
>> plus de raifons que de pathétique ; &
>> les Juges d'Athènes , ainſi que les nô-
>>tres , euſſent fait perdre à Cicéron la
>> plupart des Cauſes qu'il avoit gagnées
Ȉ Rome.
>> Non-ſeulement il faut ſentir pour
> être éloquent , mais il ne faut pas fentir
> à demi , comme il ne faut pas conce-
>>>voirà demi pour s'énoncer avec clarté.
> Pleurez , fi vous voulez me tirer des
( a ) Voyez la Péroraiſon pour Flaccus. C'eſt
peut-être, après la Péroraiſon pour Milon , qui ne
fut pas prononcée , la plus belle de Cicéron.
92 MERCURE DE FRANCE.
>> pleurs , dit Horace dans cet admirable
» Art Poëtique , qu'on doit appeller le
» Code du bon goût. On peut ajouter à
>> ce précepte , tremblez & frémiſſez , fis
>>>vous voulez me faire trembler & fré-
>> mir. Il faut avouer cependant que fi
>> l'agitation qui anime l'Orateur au mo-
>>ment de la production , doit toujours
>> être très - vive , il n'est pas néceſſaire
>> qu'elle foit ſemblable par ſa nature à
>> celle qu'il ſe propoſe d'exciter. Notre
>>âme a deux refforts par leſquels on la
> met en mouvement , le fentiment &
» l'imagination. Le premier de ces deux
>>refforts a fans doute le plus de force ;
>> mais l'imagination peut quelquefois en
>> jouer le rôle & en tenir la place. C'eſt
>>par-là qu'un Orateur , fans être réelle-
>> ment affligé , fera verſer des pleurs à
>> fon Auditoire , & en répandra lui-mê-
>> me ; c'eſt par-là qu'un Comédien , en
>> ſe mettant à la place du perſonnage
>> qu'il repréfente , agite & trouble les
>>>Spectateurs , au récit des malheurs qu'il
» n'a pas reſſentis ; c'eſt enfin par- là que
>> des hommes nés avec une imagination
>> ſenſible , peuvent inſpirer dans leurs
» écrits , l'amour des vertus qu'ils n'ont
» pas. L'imagination ne ſupplée jamais
>> au ſentiment , par l'impreſſion qu'elle
AVRIL. 1764. 93
> fait fur nous-mêmes ; mais elle peut y
>> fuppléer , par l'impulfion qu'elle donne
>> aux autres. L'effet du ſentiment en
>> nous eſt plus concentré ; celui de l'i-
» magination eſt plus fait pour ſe répan-
> dre au-dehors : l'action de celle- ci eft
>>plus violente & plus courte ; celle du
>> ſentiment eſt plus forte & plus conf-
» tante .
>>Ainfilémotion qui doit animer l'O .
» rateur , doit réparer par ſa véhémence
>> ce qu'elle pourra ne pas avoir en du-
» rée ; elle ne reſſemblera pas à cette
>> agitation ſuperficielle que l'Eloquence
>> excite dans les âmes froides. Impreffion
» puremenr méchanique , produite par
» l'exemple ou par le ton qu'on a donné
» à la multitude. Plus l'Auditeur aura de
» génie , plus auffi fon impreffion ref-
>>ſemblera à celle de l'Orateur , plus il
>>fera capable d'imiter ce qu'il admire.
» Si l'effet de l'Eloquence eſt de faire
; paſſer dans l'âme des autres le mouve-
» ment qui nous anime , il s'enfuit que
>>plus le difcours ſera ſimple dans un
>> grand Sujet , plus il ſera éloquent ,
>> parce qu'il repréſentera le ſentiment
>>avec plus de vérité. Je ne ſçai par
>>quelle raiſon tant d'Ecrivains moder-
>>nes nous parlent de l'Eloquence des
94 MERCURE DE FRANCE .
chofes , comme s'il y avoit une Elo-
» quence des mots. L'Eloquence , on ne
>>ſçauroit trop le redire , n'eſt jamais
» que dans le Sujet , & le caractère
>> du Sujet , ou plutôt du ſentiment qu'il
>>>produit , paſſe de lui-même au diſcours.
» L'Eloquence ne conſiſte donc point ,
,, comme quelques Anciens l'ont dit , &
>> comme tant d'autres l'ont répété , à
>>dire les grandes choſes d'un ſtyle fu-
» blime , mais d'un ſtyle ſimple. C'eſt
> affoiblir une grande idée , que de
>>chercher à la relever par la pompe des
> paroles , & c. &c.
Nous regrettons de ne pouvoir pas
copier le reſte de cet article , également
digne , & du nom de M. d'Alembert , &
de la place qu'il occupe dans cette Collection
des Ecrits de nos plus grands
Littérateurs : on y verroit toutes les règles
de l'Eloquence préſentées avec autantde
clarté que de précifion . Le même
Académicien a auſſi fourni l'Article du
Style; nous ofons dire qu'aucun Ecrivain
avant lui , n'avoit fi bien traité cette
matière.
AVRIL . 1764. 95
ÉLÉMENS de Fortification , contenant
la construction raiſonnée de tous les
Ouvrages de la Fortification , les syftêmes
des plus célébres Ingénieurs ;
la Fortification irrégulière , &c. CINQUIÈME
ÉDITION , augmentée
de l'Explication détaillée de la Fortification
de M. de COEHORN ,
de la construction des Redoutes, Forts
de Campagne , & c . & d'un Plan des
différentes instructions propres à une
École Militaire. Par M. LE BLOND,
Maître de Mathématique des Enfans
de France , &c. Vol. in- 8 ° d'environ
400 pages. A Paris , chez Jombert ,
rue Dauphine,à l'Image N. D.1764;
avec approbation & privilège du Roi.
LES précédentes Editions de cet Ouvrage
en ont fait connoître le mérite
depuis longtemps ; c'eſt pourquoi nous
donnerons ſeulement une légère idée
de ce que celle-ci contient de nouveau.
Nous remarquerons d'abord qu'à la
96 MERCURE DE FRANCE.
place de l'Epitre dédicatoire de la dernière
édition , l'Auteur a ſubſtitué un
précis des premières inſtructions ſcientifiques
de feu Mgr le DUC DE BOURGOGNE.
On y trouve le développement
des idées du jeune Prince , & différens
traits d'intelligence &de génie très-propres
à caractériſer la nature du jugement
avancé de cet auguſte Enfant ,
dont il étoit très-à-propos de conferver
la mémoire.
Nous rapporterons quelques traits de
cette Préface , que nos Lecteurs feront
peut-être bien-aiſes de ſçavoir. M. le
Duc de Bourgogne décrivoit un cercle ;
&le point du compas qui étoit au centre
ayant gliffé ſur le papier fans y laifſer
la marque de fon impreffion , il la
mit fucceflivement fur deux points de
l'arc déjà tracé ; puis de cès points pris
pour centre , il décrivit deux arcs dont
le point d'interfection étoit au centre du
cercle commencé ; attendu , diſoit- il ,
que je n'ai point changé l'ouverture de
mon compas , & que le point où les arcs
Se coupent , est également éloigné de la
circonférence. Il n'y avoit alors guères
qu'un mois qu'on avoit commencé de
travailler , ou plutôt ſuivant ſon expreffion
, de jouer avec lui.
AVRIL . 1764. 97
Les figures de Géométrie lui étant
devenues familières , il eut envie d'en
tracer lui -même. Il commença donc à
ſe ſervir du compas avec la grâce &
faiſance qui lui étoient particulières .
Ayant décrit un cercle , il voulut en tirer
le diamètre ; mais comme la ligne
qu'il avoit décrite ne pafſoit pas par le
centre , il dit auſſitôt : Ah , je voulois
tirer un diamètre , & j'ai tiré une corde ;
car ma ligne ne paſſe pas par le centre.
Le jeune Prince defiroit ſurtout de
faire des choſes qui ne lui avoient point
été montrées. Il dit , n'ayant point encore
cinq ans accomplis , qu'il feroit
un quarré exactement , ſans ſe ſervir
du compas. Comme il vit qu'on doutoit
qu'il pût y parvenir , il prit la régle , &
if tira une ligne de toute ſa longueur.
Il poſa enfuite ſucceſſivement aux deux
extrémités de cette ligne , le petit côté
de la régle , de manière qu'elle lui
ſervoit d'équerre. Il acheva ainſi ſa figure
, laquelle , diſoit- il , est sûrement
un quarré , car les côtésfont égaux &
les angles droits.
M. le Duc de Bourgogne avoit remarqué
dans un plan en relief d'un
front de Fortification ,'que le chemin
fur le glacis pour entrer dans la Place ,
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
étoit en ligne courbe : il en demanda
la raifon : on lui dit qu'il la trouveroit
lui -même , s'il vouloit y penſer. Il le fit
un inſtant , & dit enſuire qu'il croyoit
que ce chemin étoit ainfi conſtruit ,
afin qu'il ne fût pas enfilé du canon des
affiégeans ; ou , pour rapporter ſes propres
paroles ; ne seroit - ce pas que ,
comme le canon va en ligne droite ,ony
feroit exposé partout , quand l'ennemi
attaque la Place ?
Dans une de ſes promenades de l'après-
midi , il avoit remarqué que fon
ombre étoit plus longue à la fin qu'au
commencement. Comme il en demandoit
la raiſon , on poſa une régle verticalement
ſur une table. On prit enfuite
une lumière , laquelle étant hauffée
ou baiffée , accourciſſoit ou allongeoit
l'ombre de la régle , & on lui dit
que c'étoit là la réponſe à ſa queſtion.
J'entends , dit-il; c'est que quand mon
ombre est plus courte , le Soleil eft plus
élevé ; & qu'il est plus bas quand elle eft
plusgrande.
Un jour qu'il étoit queſtion d'Annibal
, on lui dit que ce grand Capitaine
joignoit ſouvent la peau du renard à
celle du lion . Ne comprenant pas d'abord
cette expreſſion , on ne fit que lui
THEQUE DE
AVRIL. 1764.
dire de faire attention aux attributs de
ces animaux ; & il répondit auſſitôt ,
qu'apparemment cela vouloit dire qu'Annibal
joignoit la rufe au courage ou à
la force .
YON
EVILLE
Après la Préface du Livre , M. le
Blond, fuit un Plan des inſtructions propres
à une Ecole Militaire . Ce Plan
avoit été d'abord rédigé pour un Régiment
; il fut inféré dans le Mercure
du mois d'Août 1754. Il paroît ici avec
quelques changemens & pluſieurs additions.
M. le Blond y fait ſentir la différence
qu'il doit y avoir entre les inftructions
d'une Ecole Militaire , & celles
d'une Ecole de pure Géométrie. Ildéfigne
les différentes connoiſſances Mathématiques
qui ſervent de baſe à l'art
de la guerre , & il indique les principaux
ouvrages dont l'étude peut , en quelque
façon , ſuppléer aux inſtructions des
Maîtres particuliers , tant pour les Mathématiques
, que pour tout ce qui concerne
le Génie , l'Artillerie & même la
Tactique , qu'on doit regarder comme
la principale partie de la ſcience de l'Officier.
C'eſt particulierement par des leçons
fur cette importante partie, qu'une Ecole
établie pour des Militaires , doit dif-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
férer des autres Ecoles deſtinées à for
mer des Géométres. LesAnciens avoient
des Maîtres pour enſeigner la Tactique ,
au lieu qu'aujourd'hui il n'en eſt point
queſtion dans les lieux où l'on éléve
les jeunes gens pour les former dans
l'art de la guerre. Après un peu de Géométrie
& une légère idée de la Fortification
tout ce qu'on y apprend de
l'Art Militaire ſe réduit prèſque uniquement
à l'exercice ou au maniment
des armes , comme ſi cet objet renfermoit
toute la ſcience de l'Officier,quoiqu'il
n'en ſoit que la plus petite partie.
و
Comme la guerre a ſes régles & fes
principes , & qu'on peut en apprendre
la théorie par l'étude , M. le Blond
prétend que rien ne feroit plus utile que
d'avoir des Maîtres qui puſſent ſervir
de guides dans cette carrière , comme
on en a pour la Géométrie & le Génie
. Ces guides , ſelon lui , ne peuvent
être que des Géométres Tacticiens ,
comme l'étoient les Maîtres des Anciens.
C'eſt pourquoi il penſe qu'il ſeroit
à propos dans l'établiſſement d'une
Ecole pour former les Officiers dans
l'art de la guerre , d'engager le Profefſeur
de Mathématique à s'occuper
affez ſérieuſement de la Science Mi-
1
AVRIL. 1764 . ΙΟΙ
litaire , pour ſe mettre en état d'enſeigner
la Tactique. Un homme intelligent
, fort au fait des différentes parties
du Génie & de l'Artillerie , comme le
doit être un Profeſſeur de Mathématique
d'une Ecole Militaire , peut avec le
temps devenir un bon Maître de Tactique.
Il n'eſt queſtion pour cela, que d'étudier
avec choix & difcernement les
meilleurs Ecrivains Militaires pour en
former un corps de régles & de principes
qu'on puiſſe enſuite enſeigner
avec l'ordre & la méthode que l'on fuit
dans la Géométrie & les Fortifications,
Ce Plan peut être utile non ſeulement
à ceux qui voudront s'inſtruire
des différentes parties de la Science Militaire
,mais encore aux perſonnes chargées
de l'inſtruction de la jeuneNobleffe .
Coimme dans cet état on ne s'applique
guères à la Géométrie qu'autant qu'on
la croit néceſſaire au métier de la guere
, il ſera aifé de juger ſi les Maîtres
ne perdent point de vue cet objet ;
c'est -à- dire s'ils en occupent leurs Ecoliers
par préférence aux ſpéculations qui
pourroient leur être plus familières ou
plus conformes à leur goût particulier.
Le défaut d'attention à cet égard eft
peut- être la principale cauſe du peu de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
. fruit que la plupart des jeunes Militaires
retirent du temps qu'ils donnent à l'étude
des Mathématiques.
M. le Blond termine ce Plan par l'énumération
des Ouvrages où les principes
de l'Art Militaire ſont établis avec
le plus de clarté & de méthode. Il indique
l'ordre dans lequel ils doivent
être ſucceſſivent étudiés , afin qu'ils ſe
prêtent un mutuel ſecours , ou que les
premiers ſervent à faciliter l'intelligence
de ceux qui les ſuivent.
Al'égard des additions qui appartiennent
à la Fortification ,une des princi
pales eſt la deſcription très-détaillée de
la Fortification de M. de Coëhorn , avec
pluſieurs obſervations ſur ſes avantages
&ſes inconvéniens . On blâme les larges
chemins couverts de cet Ingénieur,
parce que les branches n'ont point de
traverſes qui les garantiffent de l'effet
des batteries à ricochet. M. le Blond
ayant penſé qu'on ignoroit peut - être
cette manière de tirer le canon lorſque
M. de Coëhorn fit connoître ſa manière
de fortifier , a eté confirmé dans cette
idée par la première édition du Livre
de cet Auteur , laquelle eſt de 1685 ,
temps où il n'étoit point encore queftion
du ricochet. En effet il paroît conf
AVRIL. 1764. 103
tant par les Lettres de M. le Maréchal
de Vauban écrites à M. de Louvois immédiatement
après le fiége de Philifbourg
en 1688 , que ce fut à ce fiége
qu'il en fit les premiers éffais , dont le
fuccès l'engagea d'en établir & d'en
perfectionner l'uſage.
Une autre addition affez étendue ,
c'eſt une eſpéce de Traité des Ouvrages
de la Fortification paffagère , c'eſta-
dire des Redoutes & des différens
Forts propres à mettre des poſtes en
état de défenſe , aſſurer des communications
, couvrir des ponts , & c , partie
fort importante à tous les Militaires ,
laquelle étant jointe à ce que l'Auteur
enſeigne fur les lignes dans la ſeconde
Edition de fon Traité de l'attaque des
Places , renferme l'eſſentiel de tout ce
qu'il a de plus utile fur cet objet.
On trouvera pluſieurs autres additions
moins confidérables , répandues
dans le corps de l'Ouvrage. L'Auteur
ydonne un plus grand détail fur les
contremines , que dans les précédentes
éditions ; il fait voir auſſi la manière
dont on ſe ſert des écluſes pour former
des inondations , &c . L'ouvrage eſt
terminé par une table des matières qui
paroît faite avec beaucoup de foins ,
E. iv
104 MERCURE DE FRANCE.
& par un Dictionnaire des termes de
Fortification , plus complet que celui
des précédentes éditions. Les différentes
additions que l'Auteur a faites à ce
Livre , l'ont mis dans la néceffité d'augmenter
le nombre des Planches . Aulieu
de 19 qu'il y en avoit dans la dernière
, celle-ci en a 37 , dont la plupart
repréſentent en grand le développement
des principaux ouvrages de la Fortification.
Elles font toutes gravées de
nouveau & bien exécutées.
Pour ſe rendre les régles & les principes
de la Fortification familiers , M.
le Blond voudroit qu'on accoutumât
les Eléves à tracer ſur le terrain tous
les différens Ouvrages qu'on leur fait
conſtruire fur le papier ; qu'on s'appliquât
auſſi à leur faire mettre en état
de défenſe les Bourgs , Villages & autres
Poſtes qu'on eſt ſouvent , à la guerre ,
dans le cas de fortifier. Il ajoûte que des
expériences réïtérées & réfléchies de
cette eſpéce de pratique de la Fortification
ne peuvent manquer d'augmenter
les lumières de ceux qui voudront bien
en faire l'eſſai; c'eſt dequoi il n'eſt guères
poffible de douter. Mais il faudroit pour
cela être dirigé par des Maîtres auffi
habiles & auffi intelligens que ce célébre
Profeſſeur de Mathématique. L'ef
1
AVRIL . 1764. 105
time générale qu'il s'eſt acquiſe en ce
genre , cauſe des regrets à tous ceux
qui n'ont point été à portée de prendre
de ſes leçons .
Ce Livre & les autres Ouvrages de
M le Blond peuvent être regardés comme
des Livres claſſiques d'une Ecole
Militaire. Tout y eſt expoſé avec clarté
, & l'on y trouve d'ailleurs ce qu'il y
ade plus eſſentiel & de plus utile dans
les différentes matières qui ont été l'objet
de ſes ſçavans travaux.
L'INOCULATION de la Petite- Vérole
renvoyée à Londres , par M. *** ,
Docteur en Médecine , &c. Ala Haye ,
1764.
C'EST EST une ſeconde Edition , mais
confidérablement augmentée , d'un petit
Ouvrage ſigné CANDIDE , que nous
avons annoncé dans le temps. Ce qui
n'étoit , pour ainſi dire , qu'ébauché dans
le premier , eft rendu dans celui -ci avec
plus de clarté , plus d'étendue , & appuyé
de détails qui paroiſſent donner plus de
poids au ſentiment de l'Auteur. C'eſt
certainement le plus courageux , auffi-
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
bien que le plus redoutable adverfaire
qui ſoit entré en lice pour combattie
l'Inoculation . L'Anonyme n'est pas pour
lui un bouclier dont il ſe couvre , pour ſe
mettre à l'abri des traits de ceux qu'il
attaque ; il ſe fait affez connoître ſans ſe
nommer. Loin de paroître les craindre ,
il les provoque lui-même au combat par
de nouveaux défis. Aux calculs qui paroiffent
décider d'une manière fi triomphante
en faveur de l'Inoculation , il en
oppoſe de nouveaux qui rendent la choſe
problématique , & y font appercevoir
des dangers pour la Société,qui méritent
toute l'attention du Gouvernement.
On ne peut nier que pluſieurs des objections
que cet habile Médecin fait aux
partiſans de l'Inoculation, ne ſoient affez
bien fondées. Le Lecteur en peut juger
par celle- ci. » La Petite Vérole eſt une
>>peſte. Pour l'éteindre faut- il la multi-
>>plier ? Faut- illa tranſmettre à ceux qui
>> ne l'auroient jamais ? Faut-il faire un
>> choix de ceux qui ſe portent bien ,&
>>prendre , pout ainſi dire , la crême de
>> l'humanité,pour honorer , pour accré-
25 diter l'Inoculation , & laiſſer le rebut à
>>la Petite - Vérole naturelle , pour la
>> rendre plus odieuſe ?
>> Onvante les fuccès de l'Inoculation .
AVRIL. 1764. 107
>> Qu'ont- ils donc de fi merveilleux ? II
>> meurt peu de perſonnes entre les mains
>>>des Inoculateurs. Mais devroit-il en
>>mourir , lorſqu'au choix des Sujets , à
>> la force du tempérament , on joint
>> de longues épreuves , & des prépara-
>>tions de toute eſpèce ? Eh , Meffieurs !
>> voulez-vous me donner une haute idée
>> de l'Inoculation ? Voulez-vous donner
>> des preuves éclatantes de la ſenſibilité
>> de votre âme , de votre attachement
>>à la Patrie , de votre amour défintéreſſé
>> pour vos Concitoyens ? Jettez des yeux
>> de compaffion fur ces malheureuſes
>> victimes de l'indigence, qui languiffent:
>> dans le ſein de la douleur , & qui em
>> proie à diverſes infirmités , ne pour-
>> roient foutenir les attaques imprévues
» d'une Petite-Vérole naturelle . Hono-
>>>rez-les de l'Inoculation ; eſſayez , em
>>les préparant , de purifier leur fang ,
»&de leur donner avec ſuccès une ma--
>> ladie dont ils ne pourroient être fur-
>> pris , fans y trouver le terme fatal de
>>>leur vie & de leurs malheurs . Vous
>> pourrez alors relever les avantages de
» l'Inoculation. Vous aurez beau jeu
>> pour fermer la bouche aux Incrédules,
»&c.
Si l'argument n'eſt pas fans réplique ,
Evi
108 MERCURE DE FRANCE.
du moins il ſeroit à ſouhaiter que parmi
ceux à qui l'Auteur le propoſe , il ſe
trouvât quelqu'un qui eût afſſez de charité
pour entreprendre de le réfuter , &
affez de bonheur pour y réuffir.
L'Ouvrage eſt compoſé de huit queftions
qui ſont comme autant de Chapitres.
A la huitième queſtion. Y a-t-il
des moyens pour diminuer & même éteindre
la Petite Vérole ? M. *** répond :
» Oui , fans doute , il y en a. Et quels
>> font-ils ? Ceux que l'on employe pour
>> arrêter le cours des autres maladies con-
>> tagieuſes. » C'eſt dans ce chapitre furtout,
que l'Auteur parle également, & en
Médecin , & en Ami des Hommes. Les
moyens qu'il propoſe pour arrêter les ravages
de la Petite-Vérole , ne peuvent
qu'être tres - avantageux à la Société.
>>>Et que fait- on à la Cour , quand quel-
>> qu'un en eſt ſurpris ? Il y a des ordres
>>précis d'en éloigner fur le champ le
>>>Malade , avec défenſes aux Parens ,
» Amis , Médecins , Chirurgiens & au-
>>>tres qui l'a prochent , d'y paroître fans
>>avoir fait la quarantaine . » En conféquence
, l'Auteur voudroit qu'on employât
de ſemblables précautions dans
toutes les Villes du Royaume , & que ,
par de ſages réglemens , on captivât en
quelque forte la Petite-Vérole , en s'opAVRIL.
1764. 109
poſant à ſa communication. Ainfi , au
lieu d'établir des Hôpitaux dans les fauxbourgs
de Paris , pour inoculer le Peuple
& les Etrangers qui n'ont point de domicile
, il propoſe au contraire d'établir
ces mêmes Hôpitaux pour y mettre ceux
qui feront attaqués de la Petite- Vérole
naturelle , & qu'on leur y faffe faire quarantaine
, comme pour la Peſte .
Conféquemment à fon titre , l'Auteur
conclut que le parti le meilleur & le
plus ſage eſt de renvoyer l'inoculation à
Londres pour qu'elle y faſſe ſes preuves.
» Si cependant , ajoute- t-il , la Cour
>>>Souveraine , maîtreſſe de ſes déciſions ,
>>> tolère l'Inoculation de la Petite-Vérole
en faveur de ceux qui ont toutes les
>> commodités néceſſaires pour qu'elle
>> ne ſe communique à perſonne ; elle
• eſt très-humblement fuppliée pour le
>>bien public , dont elle eſt l'âme , d'or-
>> donner qu'aucune Inoculation ne pou-
>> ra être faite qu'à trois lieues de la Ca-
>> pitale , & des autres Villes du Royau-
>> me ; avec défenſes aux Inoculés , d'y
» rentrer fans avoir fait quarantaine ,
>> comme pour la Peſte , la Petite-Vérole
>> en étant une eſpèce. »
Dans une diſpute de cette importance,
qui touche de fi près à la Population ,&
TIO MERCURE DE FRANCE.
par conféquent au bien public , dont
tous les Ordres du Royaume font aujourd'hui
fi fort occupés , autant ſerions-
nous blamables d'ofer prendre aucun
parti , autant le ſerions - nous de
n'être pas extrêmement attentifs à faire
connoître tout ce qui paroîtra pour &
contre; puiſque la déciſion d'un objet
fi important ne peut réſulter que de la
difcuffion de ces différens avis. Defendat
quod quifquefentit. Sunt enim judicia
libera : nos inftitutum tenebimus ,
nullisque unius difciplinæ legibus adfcripti
, quid ft in quaque re maxime
probabile femper requiremus.
ANNONCES DE LIVRES .
ÉLOGE de Maximilien de Bethune ,
Duc de Sully , Surintendant des Finances
ſous Henri IV , qui a concouru
pour le Prix de l'Académie Françoſe de
la préſente année 1763; à Paris , chez
Delormel , Imprimeur de l'Académie
Royale de Muſique , rue Foin , à l'Image
de Ste Génevieve ; 1763 , avec permiffion
; feuille in-8°. 24 pages .
Nous avons parlé des Diſcours qui.
ont concouru l'année dernière pour le
!
AVRIL. 1764 . I
7
Prix de l'Académie Françoiſe ; celui- ci
ne nous a été envoyé que fort tard ,
fans cela nous l'aurions annoncé avec
ceux de Mlle Mazarelli & de M. Thomas
qui ont attiré la principale attention
du Public.
EXAMEN du Pſeautier François des
Révérends Pères Capucins , où l'on
trouve 1º. qu'ils nedoivent point prendre
pour Sujet ordinaire des Preaumes ,
les Juifs captifs & maltraités par les
Chaldéens ; 2°. Qu'ils donnent une faufſe
idée de la Langue Sainte , & qu'ils
en violent ſouvent les régles. Par le P.
Houbigeant , de l'Oratoire. A la Haye,
& ſe trouve à Paris , chez P. Fr. Didot
le jeune , Libraire , quai des Auguftins
, près du Pont S. Michel ; 1764 ;
Brochure in-8°. de 154 pages .
CeTitre n'annonce pas beaucoup de
ménagement pour les RR. PP. Capuclns.
Il y a apparence que cette eſpéce
de Manifeſte ou Déclaration de guerre
contre ces Révérends Pères , ne reſtera
pas ſans réponſe. Si cette querelle a des
fuites , & qu'elle nous paroiffe affez importante
pour que nous en faffions part
au Public , nous entrerons dans le détail
des raiſons alléguées de part & d'aus
tre.
T12 MERCURE DE FRANCE .
RELATION abrégée de l'origine, des
progrès & de l'état actuel de la Société
établie àLondres en 1754 pour l'encouragement
desArts , des Manufactures& du
Commerce; tirée des écrits originaux des
premiers Promoteurs de cet établiſſement&
d'autres Actes authentiques; par
unMembre de ladite Société : Ouvrage
traduit de l'Anglois avec des Notes pour
l'uſage & l'intelligence du Texte . A
Londres , & ſe trouve à Paris , chez
A. L. Regnard , Imprimeur de l'Académie
Françoiſe , Grand'ſalle du Palais ,&
rue baſſe des Urfins ; 1764 ; Brochure
in-8°. de 150 pages.
L'objet principal de cet Ouvrage eft
de faire connoître les perſonnes généreuſes
qui ont contribué à l'Etabliſſement
de cette Société ,& de rendre
hommage à leur zéle. On y rapporte
une fuite de faits qui font le plus grand
honneur aux Protecteurs illuftres , qui
par leur générofité & leur application ,
ont donné à cette entrepriſe la forme
qui ſeule pouvoit en affurer la folidité
&la durée. Le Texte Anglois ſe trouve à
côté de la Traduction Françoiſe .
L'INCENDIE de la Foire S. Germain,
&fa nouvelle reconstruction , Poëme
AVRIL. 1764. 113
en quatre Chants ; par M. De ***. A13
Amsterdam , & ſe trouve à Paris chez
Langlois fils , Libraire , au bas de la
rue de la Harpe , à la Couronne d'Or ;
1764 ; in-8°. de 32 pages ; prix , 151.
L'Auteur nous apprend dans ſa Préface
, qu'étant accouru à l'incendie , il
fut frappé du Spectacle ; & que fon
imagination lui en rappellant les principaux
traits , ils devinrent pour lui la
matière d'un Poëme , dont les quatre
premiers vers pourront donner une juſte
idée du talent poëtique de l'Auteur.
Je vais chanter l'incendie effroyable ,
Dont l'ardeur prompte , autant qu'épouvantable
Bravant l'effet de tout ſecours humain ,
En cendre a mis la Foire S. Germain .
DISCOURS philofophique & moral ,
en vers , à l'imitation de Juvenal ; par
M. Rochon de Chabannes ; à Paris de
l'Imprimerie de Sébastien Jorry , rue
& vis- à-vis la Comédie Françoiſe , au
Grand Monarque & aux Cigognes ;
1764 ; avec approbation. In-8°. de 24
pages ; beau papier.
L'Auteur peint vivement & fortement
les défauts , les vices & les paf-
:
114 MERCURE DE FRANCE.
fions de l'homme , telles que la prodigalité
, l'ambition , l'avarice , Porgueil
&c. L'Hiſtoire lui offre des exemples
de tous les excès auxquels ſe livre
le coeur humain.
Alexandre vainqueur de l'Afie étonnée
N'a point encor rempli ſa triſte deſtinée .
Son coeur ambitieux vole au-delà des mers;
Il cherche à conquérir un nouvel Univers.
Il étouffe à l'étroit dans l'enceinte du Monde.
Malheureux ! il eſt temps que leCiel te confonde
Rentre dans Babylone ; un modeſte cercucil
Eſt tout ce que le ſort réſerve à ton orgueil.
Nous citons ces vers au hazard ; ce
ne font pas les meilleurs que nous ayons
trouvés dans cette Piéce , où il y en a
de très - bons.
LES quatre Saiſons , Poëme de M.
le Bret ; avec cette Epigraphe : Nos
patriæ fines & dulcia linquimus arva ;
nos patriam fugimus .... Virg. Ecl. r.
A Geneve , & ſe trouve à Paris chez
les Libraires qui diftribuent les Nouveautés
, 1763 ; in-8 ° .
L'Auteur fe donne pour un jeune
homme qui débute au Parnaſſe. Il ignoroit
ſans doute qu'une Muſe célébre
AVRIE. 1764. 115
&brillante avoit traité le même Sujet
d'une manière à décourager nos meilleurs
Poëtes qui voudroient revenir fur
cette riche & féconde matière. Parmi les
plaiſirsdu Printemps voici ceux que l'on
goûte principalement à Paris.
On entenddans Paris l'aimable Bouquetière
Annoncer ſes bouquets au jeune Mouſquetaire.
La charmante Marmote a de nouveaux appas ;
Les Grâces & les Ris accompagnent ſes pas .
Onla trouve partoutjouant des ſérénades ,
Tantôt dans les Caffés ou dans les Promenades,
Tantôt à la Courtille ou bien aux Porcherons ,
Tantôt aux Boulevards ou dans les environs ,
Toujours inattendue & toujours deſirée.
Après ſouper on va dans le Bois de Boulogne
Siffler le blanc Champagne & le rouge Bour
gogne ;&c.
LE Gentilhomme Cultivateur
,
ou
Corps complet d'Agriculture traduit
,
de l'Anglois de M. Hall , & tiré des
Auteurs qui ont le mieux écrit fur cet
art; par M. Dupuy d'Emportes , de
l'Académie de Florence , & de la So--
ciété Royale des Siences & Belles-
Lettres de Nancy ; Tome VII & VIII .
in -quarto & in- 12 ; à Paris chez Simon 29
116 MERCURE DE FRANCE.
Imprimeur du Parlement , rue de la Har
pe , la veuve Durand , rue du Foin ,
Bauche , Quai des Auguſtins ; à Bordeaux
, chez Chappuis l'aîné ; avec approbation
& privilége du Roi ; 1764.
Nous avons rendu compte autrefois
du plan , de l'objet & de l'utilité de
cet ouvrage très -bien éxécuté ,& dont
la néceffité eft reconnue par tous les
Cultivateurs & les différentes Sociétés
d'Agriculture. Les volumes que nous
annonçons aujourd'hui paroiſſent nou
vellement & font les deux derniers de
l'ouvrage qui eft entièrement fini. Les
matières qu'ils renferment ne font pas
moins intéreſſantes que celles des volumes
précédens ; & nous félicitons
l'Auteur de s'être acquitté ſi glorieuſement
de cette utile & importante entrepriſe.
NOUVELLE Méthode Latine de M.
de Launay , en quatre volumes in-8 ° ,
fi facile qu'elle eſt à la portée d'un
enfant de 5 à 6 ans qui ſçait lire , &c.
On ſçait que ces quatre volumes ont
été propoſés par ſouſcription , moyen
nant 12 liv. quelle a été remplie ; &
que les volumes ont été fournis aux
Souſcripteurs. L'Auteur n'avoit pû donAVRIL.
1764 . 117
ner dans ces quatre premiers volumes ,
que les deux premiers livres de Phédre,
& la premiere Satyre de Perfe , à cauſe
de la forme de ce travail. Depuis deux
ans , on demande avec inſtance la continuation
de cet Ouvrage , ſur les trois
derniers livres de Phedre , & fur les
cinq dernieres Satyres de Perfe. Et
c'eſt pour adhérer à ces ſollicitations ,
que l'Auteur vient de diſtribuer depuis
quelques jours , un Profpectus , qui
propoſe cette continuation , auffi en 4
volumes in-8° , & par ſouſcription. On
aura , par ce moyen, tout Phedre , &
tout Perfe , accommodés dans le goût
du nouveau ſyſtême , ce qui forme un
Ouvrage plus conſidérable qu'on ne
penfe , & fort utile.
Conditions.
On donnera douze livres , pour ces
4 derniers volumes , en une ſeule fois ,
pour éviter les embarras qu'ont occalionnés
les différens payemens de la
première. Quand cette ſeconde ſoufcription
ſera fermée , c'est-à-dire , lorfque
le premier volume paroîtra , ce
qui fera dans peu , ces 4 volumes feront .
payés 18, comme les premiers , par ceux
cqui n'auront pas foufcrit. A Paris ,
18 MERCURE DE FRANCE.
chez Panckoucke , Libraire , rue & attenant
la Comédie Françoiſe , & chez
l'Auteur , dans le Cloître de Saint-Germain
de l'Auxerrois , 1764 .
ÉLITE de Poëfies fugitives ; dans laquelle
on a fait entrer tout ce que nos
Poëtes modernes ont composé de plus .
parfait ,les plus belles Odes , lesMadrigaux
, les Epîtres , les Epigrammes , &c.
les mieux faites depuis Rousseau , les
Eloges des Femmes de notre Siécle les
plus diftinguées par leur naiſſance , leur
eſprit& leur beauté , & un très-grand
nombre de Pièces de Ferrand, la Faye ,
Fontenelle , M. de Voltaire , M. de Moncrif,
du C. de B *** , & d'autres Auteurs
, qui n'ont jamais été imprimées ,
ou qui ne ſe trouvent pas dans le Recueil
qu'on a fait de leurs OEuvres. 3 vol.
in 12 , petit format , prix 6 liv. broché ;
à Londres , & ſe trouve à Paris , chez
Deffaint & Saillant , Libraires , rue S.
Jean de Beauvais .
Nous donnerons dans le Mercure prochain
un Extrait plus érendude cetagréableRecueil.
PANÉGYRIQUES des Saints , ſuivis
de réfléxions fur l'Eloquence en géné
ral , & fur celle de la Chaire en partiAVRIE:
1764. 119
culier , ſeconde Edition , revue , corrigée
& augmentée de pluſieurs analyſes
d'Ouvrages d'Eloquence , ou ſur l'Eloquence
; par M. l'Abbé Trublet , de l'Académie
Françoiſe &de celle de Pruſſe
Archidiacre & Chanoine de S. Malo ; à
Paris , chez Briaſſon , Libraine , rue S.
Jacques , à la Science ; avec approbation
& privilége du Roi ; 1764 ; deux volumes
in-12.
La première Edition fut publiée en un
ſeul volume , il y a huit ou neuf ans , &
eutdu ſuccès . L'Auteur a fait très-peu de
changemens dans cette nouvelle Edition
aux Pièces qui avoient paru dans la première
; mais il l'a augmentée d'un volume
, qui contient les Extraits que faifoit
M. l'Abbé Trublet , lorſqu'il travailloit
au Journal des Sçavans & au Journal
Chrétien. Ces Analyſes font faites
avec ſoin ; & ceux qui s'intéreſſent à ce
genre de travail , ſçauront gré à l'Auteur
de les avoir reſſemblées.
ZAÏDE , ou la Comédienne Parvenue ;
avec cette Epigraphe : rara avis in terris
; Juvenal. Satyr. 6 ; à Mimicopole ,
1763 ; brochure in- 12 ; on en trouve
des exemplaires chez Brocas &Humblot,
rue S. Jacques , au ChefS. Jean.
Dans ce Roman , on a eſſayé de met
120 MERCURE DE FRANCE...
tre en action le Vice & la Vertu , afin
de rendre plus ſenſible , par les ſuites
heureuſes ou funeſtes de l'un & de l'autre
, la néceffité de ne jamais balancer
dans le choix. On a peint une Actrice
chafte & vertueuſe , parce qu'on croit
qu'il y en a de telles , & qu'il eſt utile de
détruire le préjugé contraire. On lira ce
petit volume de 150 pages avec plaifir.
:
LETTRE à la Grecque ; à l'Iſle de Te
nedos , & fe trouve à Paris , chez Guillyn
, Libraire , quai des Auguſtins , au
Lys d'or ; 1764; feuille in-12 de 24
pages.
Cet Fcrit ironique & badin traite de
la nouvelle Salle qui doit ſe faire pour
l'Opéra, On ſuppoſe qu'on en a donné
un Projet ; & ce Projet , qui n'eſt que
fuppofé , donne lieu à des plaifanteries
dont tous les Lecteurs ne ſentiront peut.
être pas toute la fineſſe.
AMUSEMENS à la Grecque , ou les
Soirées de la Halle , par un Ami de feu
Vadé , avec quelques Piéces détachées ,
tant en profe qu'en vers , du même Auteur
; à Athènes , dans le Tonneau de
Diogène ; &ſe vend à Paris , chez Cuiffart
, Libraire , au milieu du Pont-au-
Change,
AVRIL. 1764. 1 121
Change , à la Harpe ; 1764 ; brochure
in-12 d'environ 100 pages.
On a réuni fous ce titre pluſieurs petites
Pièces de profe & de vers ſur toutes
fortes de Sujets. Les unes font dans le
goût Poiffard ; les autres font écrites
dans le ſtyle ordinaire. Ily a de la gaîté
dans quelques-unes qui peuvent figurer
avec les divers Ecrits de ce genre.
FORMULES de Médecine , latines &
françoiſes , pour le grand Hôtel - Dieu
de Lyon ; utiles aux Hôpitaux des Villes
&& des Armées , aux jeunes Médecins ,
Chirurgiens , Apoticaires , aux Perfonnes
charitables , & aux Habitans de la
Campagne ; par Pierre Garnier ; nouvelle
Edition , revue , corrigée & confidérablement
augmentée , par M. L. Garnier,
Médecin ordinaire du Roi , Docteur
en Médecine de l'Univerſité de
Montpellier , Doyen du Collége des
Médecins de Lyon , ancien Médecin de
P'Hôtel-Dieu , & Afſocié honoraire de
l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de la même Ville , à Paris , chez P.
F. Didot le jeune , Libraire , quai des
Auguſtins , à S. Augustin ; 1764 ; avec
approbation & privilége du Roi ; un vol.
in 12. Prix , 2 liv. 10 f. relié.
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
Les Editions multipliées de cet Ou
vrage font une preuve de ſon utilité ;
&le titre ſeul montre affez de quel uſage
il peut être pour une infinité de Perſonnes.
Mais ce qu'il ne dit pas également
, c'eſt que ce Livre eſt terminé par
un Dictionnaire ou Catalogue alphabétique
contenant les noms des Drogues
fimples ou compoſées , dont il eſt fait
mention dans l'Ouvrage , avec leurs
deſcriptions , leurs préparations , leurs
vertus , & l'explication des termes de
Pharmacie quiy font répandus. CeDictionnaire
eſt ſuivi d'une Table des Maladies
auxquelles les Formules peuvent
convenir.
I
SERMONS de Meffire Jacques-François-
René de la Tour-du-Pin , Abbé
Commendataire de l'Abbaye de Notre-
Dame d'Ambournai , Vicaire Général
de Riez , Prédicateur ordinaire du Roi ,
de l'Académie des Sciences & Belles-
Lettres de Nanci ; à Paris , chez A. L.
Regnard , Imprimeur de l'Académie
Françoiſe , Grand'-Salle du Palais , &
rue baſſe des Urſins ; avec Privilége du
Rof ; 1764 ; 2 vol. in- 12.
Cesdeux premiers volumes , où il n'y
a que des Panégyriques , feront ſuivis
AVRIL. 1764. 123
,
de pluſieurs autres dans l'ordre ſuivant :
il paroîtra encore deux tomes d'Eloges
de Saints dans le courant de cette
année. En 1765 , on délivrera les deux
derniers volumes de Panegyriques
après leſquels viendra en 1766 un tome
de Sujets particuliers , & celui de l'Avent
prêché devant le Roi. En 1767 on
compte mettre au jour trois volumes
qui formeront un grand Carême : un
tome où feront recueillis différens Sujets
de Morale , deux tomes de Myſtères
, & un des abrégés de tous les Sermons
& Panégyriques , termineront en
1768 toute l'édition. Ainſi nous aurons
ſouvent occafion d'entretenir le Public
de l'Eloquence de cet Auteur dans tous
les genres ; c'eſt pour cela que nous
nous contentons aujourd'hui de cette
fimpleannonce,
DISCOURS prononcés en différentes
folemnités de piété ; par M. le Couturier
, Chanoine de l'Egliſe Royale de
S. Quentin , Prédicateur du Roi ; à Paris
, chez Brocas & Humblot , Libraires
, rue S. Jacques , au- deſſus de la
rue des Mathurins , au Chef S. Jean ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi. Un vol. in- 12. de 310 pages,
Fij
124 MERCURE DE FRANCE..
Ces difcours ſont un Sermon pour
la Pentecôte , prêché devant le Roi , un
Panégyrique de S. Louis , à l'Académie
Françoiſe ; un autre de S. Corneille &
de S. Cyprien ; celui de S. Sulpice ;
un Difcours prononcé le jour d'une
centiéme année d'établiſſement de Religieuſes
à Compiegne , le Panégyrique
de Ste Elifabeth , un Diſcours ſur l'efprit
de prière , & un autre prononcé dans
une Affemblée de charité. Une éloquence
ſimple & touchante caractériſe
les Difcours de M. l'Abbé Couturier.
De l'imitation théâtrale , Efſſai tiré
des Dialogues de Platon; par M. J. J.
Rouffeau de Genève. A Amsterdam ,
chez. Marc-Michel Rey , & fe trouve
à Paris , chez Duchesne , rue S. Jacques
, au Temple du Goût ; in-8°. de
48 pages .
Ce petit Ecrit n'est qu'une eſpéce
d'Extrait de divers endroits où Platon
traite de l'imitation théâtrale. M. Rouffeau
les a raffemblés & liés dans la forme
d'un Difcours ſuivi , au lieu de
celle du Dialogue qu'ils ont dans l'Original.
L'occaſion de ce travail fut la
Lettre à M. d'Alembert fur les Spectacles
; mais n'ayant pû commodément
AVRIL. 1764 . 125
l'y faire entrer , on l'a imprimé ſéparément.
ARCHITECTURE moderne , ou l'art
de bien bâtir pour toutes fortes de
perſonnes ; où l'on traite de la conftruction
, des eſcaliers , des devis , du
toiſé des bâtimens , des us & coutumes
, de la diftribution ; par Charles-
Antoine Jombert , Libraire , à Paris ,
rue Dauphine ; deux volumes in -4°
grand papier , avec plus de 150 planches.
Nouvelle édition conſidérablement
augmentée ; 1764. Le prix eſt de
42 liv. relié.
A
Le même Libraire pour faciliter aux
jeunes Artiſtes l'acquiſition des principaux
livres élémentaires fur l'Architecture
, travaille actuellement à une Bibliothéque
portative d'Architecture élémentaire
, diviſée en fix volumes in-8 °,
grand papier,avec environ 350 planches
contenant les Traités ſuivans . 1 °. Les
5 ordres de Vignole : 2°. l'Architecture
de Palladio : 3º les OEuvres d'Architecture
de Vincent Scamozzi : 4º. le
parallèle d'Architecture de M. de Chambray
: 5°. les élémens généraux de
l'Architecture , Peinture , Sculpture &
Gravure : 6º, le manuel des Artiſtes ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
ou Dictionnaire abrégé des termes rélatifs
à l'Architecture,Peinture,Sculpture
& Gravure , &c. Chacun de ces Ouvrages
ſe vendra ſéparément 7 livres
relie. Les trois premiers font achevés
d'imprimer , & les trois autres paroîtront
ſucceſſivement dans le courant
de cette année .
On diftribue chez le même Libraire,
un Catalogue très-ample de toutes les
Planches d'Architecture des Palais ,
Hôtels , Eglifes & Maiſons de Paris ,
Versailles &c , qu'il vend en détail ,
&de tous les Livres d'Architecture de
ſon fond , qui eſt prèſque l'unique pour
cet objet.
FABLES de la Fontaine , gravées en
taille-douce ; les figures , par le Sieur
Feffard, Graveur du Roi & de fa Bibliothéque
; le Difcours , par le Sieur
Monthulay , propoſées par ſouſcription.
Le Sieur Feffard , occupé du grand
projet de la gravure des Tableaux du
Cabinet du Roi , comblé des bontés de
Sa Majeſté qui vientde lui accorder une
gratification de deux mille livres par
chaque planche déposée dans ſon Cabinet
, & de fix cens exemplaires , a cru
ne pouvoir mieux témoigner ſa reconAVRIL.
1764. 127
,
noiffance , qu'en conſacrant ſes loiſirs
aux Enfans de France , & en gravant
pour eux des Fables , autant faites pour
les inſtruire que pour les amufer. C'eſt
pour remplir ces vues,qu'il a choiſi MM.
Loutherbourg , Monnet & le Prince
dont les talens connus & eſtimés font
attendre avec raiſon , de leur préciſion
&de leur touche délicate , ce vif intérêt
qu'ils jetteront dans les figures , les
animaux & les ſites des payſages , dont
eſt très-fufceptible un Ouvrage de 250
Sujets , & d'environ 500 fleurons &
cul-de-lampes. Cet Ouvrage étant deſtiné
aux Enfans de France , ſera orné
d'une Dédicace qui repréſentera leurs
portraits en médaillon. Comme les occupations
du St Feffard ne lui permettent
pas de tenir un commerce ouvert , il'ne
peutrecevoir les Amateurs à ſon atelier,
qui eſt à la Bibliothéque du Roi, rue de
Richelieu , que les Mardi & Vendredi ,
jours de Bibliothéque,depuis dix heures
du matin juſqu'a une heure .
Conditions.
Cet Ouvrage contiendra quatre volumes
, & fera dans le format de la dernière
édition des Contes du mêmes Auteur.
En ſouſcrivant on paiera 12 1. pour
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
T
1 les plus belles épreuves fur beau papier
de Hollande , & l'on recevra gratis le
premier volume au premier Juillet 1764 .
En recevant le ſecond volume au premier
Janvier 1765 , on paiera 12 1. En
recevant le troifiéme volume au premier
Juillet 1765 , il ſera payé 12 1. Et en
retirant le quatriéme & dernier volume
au premier Janvier 1766 , on donnera
12 1. Ce qui fera en tout 4.8 1. Au lieu de
12 1. on ne paiera que 9 1. par. volume ,
&dans les mêmes termes , ce qui fera
36 1. pour la même édition en beau papier
de France. On a commencé à ſoufcrire
au 1 Janvier 1764 ; on pourra demander
à voir le commencement de
l'Ouvrage chez M. Levies , Graveur &
Md d'Eſtampes, rue S. André-des -Arcs ,
vis- à-vis l'Hôtel de Châteauvieux ; chez
M. Topin , Marchand d'Eſtampes , rue
de Buffy , au coin de celle de Bourbonle-
Château ; chez Laurent - Prault , Libraire
, Quai des Auguſtins , au coin de
la rue Gift-le- Coeur , à la Source des
Sciences ; & dans la maiſon de Pierre
Remy , ancien Syndic de la Communauté
des Peintres de S. Luc , rue Poupée,
la ſeconde porte cochere à gauche ,
en entrant par la rue Haute-Feuille...
AVRIL. 1764 . 129
:
RÉFLEXIONS Politiques & Morales
fur les Hommes illuſtres de Plutarque
, précédées d'un abrégé de
leurs vies extraites du même Auteur ;
à Paris chez , A. L. Regnard, Libraire-
Imprimeur de l'Académie Françoiſe ;
Grand' -Salle du Palais , & rue baffe
des Urfins ; 1764 ; avec approbation
& privilége du Roi. 4 volumes in- 12.
L'Auteur , qui ne ſe nomme pas ,
rend ainſi compte de ſon travail : >> en
>>liſant la première de ces vies , il
>> me vint dans l'eſprit une réfléxion ;
» je l'écrivis . A celle-là en ſuccéda une
>> autre ; je l'écrivis de même : je con-
>> tinuai ſans aucun deſſein. J'apperçus
» à la fin par le volume , que j'avois
>> fait un ouvrage tel quel Ce
>> n'étoient que des réflexions ; il me
» parut ſec. J'y ajoutai les faits de
>> chaque vie qui avoient donné lieu à
» mes remarques ; il me sembla que
>> c'étoit un ouvrage tronqué. Enfin
>> je ſongeai qu'Amiot étoit ſi vieux ,
» qu'il en devenoit dégoutant ; cette
>> penſée m'a fait prendre le par-
>> ti de donner un extrait de chacune
....
des vies des Hommes illuftres ; d'y
» mêler quelques réfléxions ſuccinctes
& de renvoyer à des chapitres ſé
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
>> parés , celles qui auroient trop in-
>> terrompu la narration .... En abré-
>> geant ces vies autant qu'il m'a été
>> poffible , j'ai tâché cependant de ne
> rien omettre de ce qui pouvoit con-
>> tribuer à peindre le caractère de
» l'homme illuſtre , les moeurs de fon
* fiécle , & donner une notion du gros
>> de l'hiſtoire de ſon temps .... Com-
>>_me je ne ſuis point affez mal-aviſé
>> pour faire des parallèles après Plu-
» tarque , j'ai ſéparé les Grecs des Ro-
» mains ; j'ai rangé les Grecs dans
» leur ordre chronologique , &les
>> Romains de même après ceux-là.
» Ce nouvel arrangement forme com-
>> me deux grands tableaux de la Gréce
» & de Rome.... J'ai donné à plu-
>>ſieurs chapitres le titre d'une matière ;
>> j'avertis que je n'ai point prétendu la
>> traiter , mais uniquement faire part
> des réfléxions que la lecture m'a ſug-
» gérées.
Nousn'aurions pu riendire , qui donnât
de ce Livre une idée plus fidelle&
plus exacte.
LA VIE du Cardinal de Bérulle,
Fondateur de la Congrégation de POTatoire
en France ; avec cette Epigra
V
AVRIL. 1764. 131
phe : Vivo autem jam non ego ; vivit
verò in me Chriftus. S. P. ad Gal. cap .
2. A Paris , chez Nyon , Libraire, quai
des Auguſtins , à l'Occafion ; 17645
avec approbation & privilége du Roi ;
un vol. in- 12.
On ne trouve dans les Auteurs qui
juſqu'ici ont écrit l'hiſtoire du Cardinal
de Bérulle , que des digreffions &
des éloges dont la confufion obfcurcit
les faits&fatigue les Lecteurs. Le nou
vel Hiſtorien a écarté ces nuages ; & ne
voulant nous montrer ſon héros que
ſous le point de vue qui l'a rendu cher
à l'Egliſe , il s'eſt plus attaché à repréſenter
M. de Bérulle comme un Prêtre
uniquement animé de l'eſprit facerdotal,
qu'à raſſembler des anecdotes qui ne
fatisfont que la curiofité.
De l'Inſtitution publique,ou plan d'études
; parM R.D.B. avec cette Epigraphe:
quo femel eft imbuta recens fervabit
odorem testa diu. Hor. lib . Epift. 11. A
Dijon, chez Louis Hucherot, Imprimeur-
Libraire , place du Palais ; avec permiffion
; feuille in-8°.
On blâme dans cet écrit l'ancienne
éducation que les jeunes gens recevoient
dans les Colléges des Jéſuites ; on pro
: Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
poſe un plan tout différent de celui de la
Société , & ce plan qui peut avoir ſes
avantages & fes inconvéniens , doit être
lu dans l'ouvrage même.
MÉMOIRE ſur le tirage des Bateaux
par les Boeufs , feuille in- 12 ; 1764 ; ſans
nom d'Auteur , ni de Ville , ni de Libraire.
Le but de ce Mémoire eſt de montrer
l'avantage qu'il y auroit à employer
des Boeufs au lieu de Chevaux , pour
tirer les Bateaux. Il s'eſt formé pour cette
entrepriſe , une compagnie dans laquelle
peuvent entrer les perſonnes qui défireront
y acheter des actions. Voici les
principaux articles qui s'obſerveront ,
aprèsnéanmoins qu'ils auront été approuvés
par le Comité lorſqu'il ſera formé.
PREMIER ARTICLE. Le fond de la
Société fera de 300 actions de 1000
liv. chacune , ce qui formera un fond
de 300 mille liv.
ART. II. Toutes les actions feront
imprimées , numérotées & délivrées au
Porteur fans nom ; elles feront enregiftrées
fur les regiſtres du Directeur &
du Caiffier ,& le nom du Propriétaire
mis à côté de chacune' ; ce qui rendra
ces regiſtres un titre de plus pour les
Acionnaires ; en conféquence il en ſera
AVRIL . 1764 . 133
déposé un duplicata chez le Notaire de
la Compagnie.
ART. III . L'action fera héréditaire &
commerçable , après néanmoins que la
préférence en aura été offerte à la Compagnie.
ART. IV. Tout Acquéreur de ces actions
ſera tenu', dans le mois de ſon acquifition
, de ſe faire connoître de la
Compagnie , en préſentant aux Directeur
& Caiffier , ſon action & le fousſeing
privé , ou acte par lequel il en
ſera devenu Propriétaire , pour que fon
nom foit ſubſtitué à celui de fon vendeur.
On fent qu'avec cette précaution ,
on ne peut courir le riſque de perdre
fon intérêt , ni d'en être volé..
ART . V. Pour avoir voix délibérative
, il faudra être Propriétaire de dix actions
, ou repréſentant les intéreſſés de
dix actions . Par conséquent celui qui
ne ſera pas Propriétaire de ce nombre ,
ne pourra exiger que la repréſentation
des comptes , qui feront arrêtés tous les
ans par les Actionnaires ayant voix délibérative.
ART. VI. Ceux qui voudront s'intéreffer
, porteront la ſomme qu'ils veulent
y mettre , chez Me Baron le jeune
, Notaire , rue de Condé , ou chez
:
134 MERCURE DE FRANCE.
M. Rouffelle , Caiſſier de cette entrepriſe
& de la Poſte de Paris , place du Chevalier
du Guet. Ils tireront une reconnoiffance
en portant leur argent ; & ,
lorſque le nombre deſdites actions ſera
rempli , l'acte de Société ſera paffé pardevant
Notaire ,& le Caiffier délivrera
les actions , en lui rapportant les reconnoiſſances
: & l'intérêt dans l'affaire
commencera pour chacun du jour du
dépôtde l'argent. ১
ART. VII. Il ſera tenu tous les mois
une Affemblée générale ,& deux Comités
par ſemaine , pour délibérer ſur les
affaires inſtantes. Les intéreſſés , deſtinés
au travail de ces deux Comités , feront
choifis & nommés dans les Aſſemblées
générales.
ART. VIII. Toutes les affaires confidérables
feront décidées par des délibérations
de l'Aſſemblée générale , à la
pluralité des voix : il ne ſera pas même expédié
d'ordres importans , qui ne foient
fignés du plus grand nombre de ceux
qui compoſeront le Comité.
ART. IX. Les comptes ſe rendront annuellement
dans une Aſſemblée générale
; & la répartition des profus fera faite
au prorata de la miſe. 9
ART. X. Auffi-tôt que le nombre des
AVRIL. 1764. 135
actions ſera rempli , & l'acte de Société
dreſſé , on formera une Aſſemblée générale
, à laquelle on préſentera le plande
Régie qu'on a formé , les différentes
meſures qu'on a priſes pour mettre l'ordre
dans une opérationd'un auſſi grand
détail ,& enfin les ſujets qui ont contribué
juſqu'ici à ſon exécution.
ANTONII de Haen , Confiliarii &
Archiatri , S. C. R. A. Majeftatis, necnon
Medicinæ practicæ in Univerfitate
Vindobonensi Profefforis primarii , ratio
umedendi in Naufocomio practico.
Tomus tertius , partes VI & VII complectens.
Parifüs , apud P. Fr. Didot
juniorem , Bibliopolam , ad ripam Auguftinianorum
, propè Pontem Sancti
Michaëlis , fub figno fancti Auguftini ;
1764 ; cum approbatione & privilegio
Regis. Vol. in- 12.
Il a déjà paru deux volumes de cette
Pratique de Médecine. Ce troifiéme
Tome comprend les Parties VI & VII,
& traite de la Cardialgie chronique , des
différentes eſpéces d'Hydropifie , de la
Pierre& de la Lithotomie , des cautères
appliqués au crâne dans les douleurs
obſtinées de la tête , de la vertu particulière
de certains médicamens , des
136 MERCURE DE FRANCE.
1
anévriſmes , des hydatides , d'un fait relatif
à la rupture des inteſtins , des divifions
des fiévres , & de différens autres
objets. Le quatriéme Tome eſt fous
preſſe , & paroîtra inceſſamment.
,
DISSERTATION fommaire fur les
maladies de l'urétre , appellées callofités
, ou vulgairement carnofités , &
du moyen fûr de les guérir radicalement
fans l'uſage des bougies ; par le
fieur de la Font fils de Maître en
Chirurgie , & Chirurgien bréveté du
Roi par la Commiffion Royale de Médecine
pour l'adminiſtration de cereméde;
feuille in-12 ; chez l'Auteur , rue
Beauregard , la porte quarrée entre les
deux portes- cochères , vis-à-vis le Vitrier
, au premier , en entrant par la rue
Poiffonniere ; 1763 .
و
:
Les perſonnes affectées de ces ma
ladies , & à qui les bougies n'auront
pas réuffi pourront s'intéreſſer à la
lecture de cet écrit confirmé par des
certificats de pluſieurs Médecins qui
dépoſent en faveur du nouveau reméde.
ESSAI ſur les différentes eſpéces de
fiévres , avec des differtations ſur les
fiévres lentes , nerveuſes , putrides , pefAVRIL.
1764. 137
tilen.ielles & pourprées ; fur la petite
vérole , fur les pleuréfies & les péripneumonies
; par Jean Huxham , Docteur
en Médecine , & Membre de la
Société Royale de Londres. On ya
joint deux autres eſſais ; l'un ſur la manière
de nourrir & d'élever les Enfans
depuis leur naiſſance juſqu'à l'âge de
trois ans ; l'autre ſur leurs différentes
maladies ; & un Appendice contenant
une méthode, pour garantir les mariniers
des maladies dans les voyages de,
long cours. Nouvelle édition , augmentée
de trois Ouvrages du même Auteur
; le premier ſur les maux de gorge
avec ulcères malins ; le ſecond ſur
Pantimoine , & le troifiéme ſur une
colique épidémique; à Paris, chez d'Houry
, Imprimeur- Libraire de Mgr le Duc
d'Orléans ; rue de la vieille Bouclerie ,
au S. Efprit & au Soleil d'Or ; 1764 ,
avec approbation & privilége du Rọi ;
un volume in-12 d'environ 700 pages .
Nous n'ajouterons rien à ce titre qui
peut être régardé comme une courte
analyſe de cet Ouvrage utile connu
& très-eſtimé des gens de l'art.
,
TRAITEMENS des maladies internes
& externes, traduits du Latin de M.
138 MERCURE DE FRANCE.
la Zerme , Conſeiller du Roi , Profeffeur
en Médecine de la Faculté de
Montpellier ; avec les formules en latin&
en françois ; augmenté d'un traité
des maladies vénériennes ; par M.
Didier des Marets, Médecin de la même
Faculté ; ſeconde édition revue & corrigée
; à Paris chez Laurent - Charles
d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'Orléans , rue de la vieille
Bouclerie , au S. Eſprit , & au Soleil
d'or ; 1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 volumes in- 12 .
La traduction des curations de M.
la Zerme n'a certainement beſoin que
du nom de ce Scavant homme , pour
s'attirer l'eſtime du Public ; mais les
foins que l'on a pris pour la rendre plus
intéreſſante par l'ordre qu'on y a gardé ,
doit la faire recevoir avec encore plus
d'empreſſement. Les formules y font
'données en Latin & en François , l'un
à côté de l'autre , & bien distinctes du
reſte du Diſcours , pour que le Lecteur ,
d'un coup d'oeil , puiſſe voir de quelle
manière on doit tracer une ordonnance
en l'une& en l'autre Langue. La juſte
quantité des drogues à adminiſtrer aux
malades , y est donnée avec la plus ſcrupuleuſe
attention , vu les conféquences
AVRIL. 1764. 139
-qui en réſulteroient. On a enrichi cet
Ouvrage d'un Efſaifur les Maladies Vénèriennes
, pour que le Lecteur puiffe
avoir auſſi ſous les yeux la curation de
ce mal trop commun ; & enfin il nous
paroît qu'on n'a rien négligé pour rendre
ce Livre d'une utilité générale &
journalière.
1
NOUVELLE Deſcription phyſique ,
hiſtorique , civile & politique de l'Iſlande
, avec des obſervations critiques fur
l'Histoire Naturelle de cette Ifle ; donnée
par M. Anderson ; Ouvrage traduit
de l'Allemand de M. Horrébows qui y
a été envoyé par le Roi de Dannemarc;
à Paris , chez Charpentier , Libraire
rue du Hurepoix , à l'entrée du quai
des Auguſtins ; avec approbation &
privilége du Roi ; 1764 ; 2 vol. in- 12.
Ilyades chofes curieuſes dans cet Ouvrage
hiſtorique , qui demandent à être
miſes ſous les yeux du Lecteur dans
un long Extrait. Nous promettons de le
donner inceſſamment; nous avertiſſons
aujourd'hui que le Libraire vend ſéparément
la Carte de l'Iſlande , qui eſt
très- bien faite & très-curieuſe.
POÉSIES& OEuvres diverſes de Mada140
MERCURE DE FRANCE.
me Guibert ; à Amſterdam; 1764 ; un
volume petit in-8°. de 200 & quelques
pages.
Ce recueil n'eſt prèſque compoſé que
de ce qu'on appelle des Vers de Société. II
faut pourtant en excepter une Comédie
en un Acte en vers libres , intitulée Les
rendez- vous : les vers de Société font
des Bouquets , des Fables , des Epitres ,
des Madrigaux , des Chansons , &c. il y
en a pour M. fon Fils , pour Mlle ſa Fille,
pour ſon Maître de Poëfie ,fon Maître
deMuſique , pour ſon Peintre , pour fon
• Graveur, pour ſes Amis &c. On y trouve
auſſi des Vers de M. Guibert - le Fils,
& entre autress ,, une Tragédie qui n'a
que cinq Scènes , intitulée : La Coquette
corrigée, Tragédie contre les femmes ,
dictée par M. Guibert , âgé de neuf ans.
SANTOLIANA,Ouvragequi contient
la vie de Santeuil , ſes bons mots , fon
démêlé avec les Jéſuites ,ſes Lettres , ſes
infcriptions , & l'Analyſe de ſes ouvrages
, &c. par M. Dinouard , Chanoine
de Saint Benoît , & de l'Académie des
Arcades; à Paris , chez Nyon , Quai des
Auguſtins, à l'Occafion ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; 1764, un vol.
in- 12.
AVRIL. 1764. 141
Une infinité d'Anecdotes plaiſantes&
curieuſes rendent la lecture de ce Livre
très agréable . Nous nous proposons de
choiſir les traits les plus piquans que nous
offrirons à nos Lecteurs dans un des
Mercures ſuivans .
:
EXAMEN de l'Inoculation , par un
Médecin de la Faculté de Paris ; à Londres
, & ſe trouve à Paris chez Deſſain-
Junior , Libraire , Quai des Auguſtins ,
à la bonne Foi ; 764 ; un vol. in - 12.
Les trois points ſur lesquels roule
cet examen , ſont 1º. L'inoculation eftelle
exempte de danger pour ceux qui
s'y foumettent , ſoit dans la petite Vérole
qui en réfulte , ſoit dans les ſuites ?
2º. L'Inoculation met- elle ceux qui la
ſubiſſent , à l'abri de la petite Vérole
naturelle ? 3º. L'inoculation peut- elle ſe
pratiquer , fans la multiplication de la
contagion ? L'objet même de cette difcuffion
en annonce l'importance. Nous
croyons qu'on ſeroit parvenu depuis
longtemps à découvrir la vérité ſur ces
points vraiment intéreſſans, fi elle n'eût
été obfcurcie par la paſſion ou l'eſprit
de préjugés , dont il eſt effentiel de ſe
dépouiller , pour ne confulter en cette
matière , que la raifon & les faits,
:
142 MERCURE DE FRANCE.
L'HOMME de Lettres ; M. par Garnier ;
Profeſſeur Royal d'Hébreu , & de l'Académie
Royale des Inſcriptions & Belles-
Lettres ; avec cette Epigraphe :quem
te Deus effe juffit & humana quâ parte
locutus es in te , difce ; à Paris , chez
Panckoucke , Libraire , rue & à côté de la
Comédie Françoiſe ; avec approbation
&privilége du Roi ; 1764 ; deux parties
in-12.
Dans la première partie l'Auteur traite
de la nature de l'homme de lettres , du
principe fondamental de toutes les
ſciences , de la culture des eſprits , de
l'utilité des gens de lettres , des récompenſes
littéraires , &c. On examine dans
la ſeconde partie l'influence réciproque
des Lettres fur le Gouvernement , &
du Gouvernement ſur les Lettres.
PRÉSENCE corporelle de l'homme en
- pluſieurs lieux , prouvée poſſible par les
principes de la bonne Philofophie : Lettres
où relevant le défi d'un Journaliſte
Hollandois , on diffipe toute ombre de
contradiction entre les merveilles du
Dogme Catholique & de l'Euchariftie ,
&les notions de la ſaine Philofophie ;
par l'Auteur des Lettres à un Américain
; avec cette Epigraphe : Pofteritas
AVRIL. 1764. 143
intellectum gratuletur , quod ante vetustas
non intellectum gratulabatur. Vinc .
Lyr. A Paris , chez Rozet , Libraire ,
rue S. Severin , au coin de la rue Zacharie
, à la Roſe d'or ; avec approbation
& privilége du Roi ; 1764 ; un vol .
in- 12.
Feu M. l'Abbé Lelarge de Lignac eft
Auteur de ces Lettres , où l'on trouve
un ſyſtême qui peut paroître extraordinaire.
On entreprend de prouver aux
Réformés qu'il n'eſt ni impoffible ni
contradictoire qu'un même corps ſoit
en même temps en pluſieurs lieux. On
tâche dans la Préface de justifier l'Auteur
de ce qu'il a fait un ſyſtême philoſophique
ſur un myſtère qu'il ne faudroit
, dans la louable ſimplicité de la
foi , que croire & adorer.
,
LETTRE de Barnevelt dans ſa priſon
; à Truman ſon ami ; précédée d'une
Lettre de l'Auteur ; à Paris chez
Sébastien Jorry , rue & vis-à-vis de la
Comédie Françoiſe , au Grand Monarque
& aux Cigognes ; 1763 ; avec approbation.
Brochure in-8°. très - bien
imprimée ſur de très-beau papier , ornée
d'une très-belle Eſtampe & de très-jolies
vignettes .
144 MERCURE DE FRANCE .
,
La Comédie du Marchand de Londres
où un homme vole ſon parent , fon
ami , & l'égorge pour plaire à ſa maîtreffe
a fourni à M. Dorat le Sujet
d'une Lettre en vers. Barnevelt est le
Scélérat qui a commis tous ces crimes;
il eſt dans un cachot d'où il va être
tiré, pour les expier fur un échaffaut ,
& où il eſt ſuppoſé écrire à ſon ami
ces vers pleins de force & d'énergie :
و ا
Je vois nos citoyens confufément épars ,
Fixer fur Barnevelt leurs avides regards.
• Parler , s'interroger , s'indigner de mon crime ,
Déteſter à la fois & plaindre la victime.
Du voile de la nuit mes tourmens ſont couverts;
Mahonte doit paroître aux yeux de l'Univers.
Quedis-je ? cette mort flétriſſante & cruelle ,
La mort des Scélérats on peut la rendre belle...
Un repentir fincère attendrit tous les coeurs .
Combien de Criminels ont fait verſer des pleurs
Je veux que de ce jour on garde la mémoire ;
Je veux d'un jour d'opprobre en faire un jour
degloire ;
A
*Et qu'enfin mon Pays juftement combattu ,
Puniffant mes forfaits , regrette ma vertu
C'eſt avec la même force d'expreffion
que M. Dorat nous peint les crimes &
les
AVRIL. 1764. 145
les remords de Barnevelt ; & nous regrettons
de ne pouvoir nous étendre
davantage.
LETTRE de Zeila , jeune Sauvage ,
Eſclave à Constantinople , à Valcour ,
Officier François , précédée d'une Lettre
à Madame de C** ; à Paris , chez
Jorry , rue & vis-à-vis de la Comédie
Françoiſe ; 1764 ; brochure in- 8°. avec
les mêmes ornemens typographiques
que la précédente.
C'eſt d'une Tragédie Angloiſe , que
M. Dorat a tiré le Sujet de Barnevelt ;
c'eſt dans le Spectateur Anglois , qu'il
á pris celui de la Lettre de Zéïla . Une
jeune Sauvage , devenue la Maîtreſſe
d'un Anglois , qu'elle a ſauvé de la
mort , eſt inhumainement vendue par
fon Amant, dont elle est groſſe ; & fa
groffeffe même eſt une raiſon qui la lui
fait vendre plus cher , parce qu'on achète
à la fois une mère & un enfant. Voilà
en peu de mots le Sujet de cette Lettre ,
où M. Dorat change l'Anglois en un
Officier François ,& tranſporte la ſcène
des Indes à Conſtantinople. Il y a encore
pluſieurs autres changemens qu'il
faut voir dans l'Ouvrage même , qu'on
lira avec attendriſſement. Nous n'en
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
citerons que quelques vers : Zéïla écrit
à fon Amant :
N'entends-tu pas mes cris , mes ſanglots , mes foupirs
?
Dans le ſeindes remords eſt-il donc des plaiſirs ?
Ne te dis- tu jamais : >> en cet inſtant peut- être ,
>> Ellepleure , & ſe plaint au Cielqui l'a fait naître.
>> Sur la rive déferte elle appelle Valcour ,
>> En ſerrantdans ſes bras le fruit de notre amour :
>> Sa profonde douleur toujours ſe renouvelle ;
>> Il n'eſt plus de ſoutien , plus debeaux jours pour
elle;
>>>S>ous le poidsde ſes maux, peut-être en ce mo-
>ment
>>Elle ſuccombe , meurt , & meurt en me nom-
>>mant.
Pourrois- tu de ma mort devenir le complice ?
Ne diffère plus , viens ; ſauve ta bienfaitrice ;
Accours , & fi tu crains de me rendre mes droits,
Rends-moi du moins , rends-moi mes déſerts &
mesbois.
AVRIL. 1764. 147
ARTICLE III.
SCIENCES ET BELLES- LETTRES
ACADÉMIES.
ASTRONOMIE.
LETTRE à M. DE LAPLACE ,
fur l'Eclipse du premier Avril.
LA GAZETTE Littéraire du 28Mars
dernier , Monfieur , a annoncé ſous mon
nom,que l'Eclipſe du premier Avril paroîtroit
commencer en France à droite ,
fur le bord occidental du Soleil , cinq
degrés au-deſſous de ſon diamètre horiſontal
. On dit que j'ai fait là une leçon
également inutile , & aux Aftronômes
qui devoient ſçavoir s'en paſſer,& à ceux
qui , ne ſe mêlant pas d'obſerver , n'en
ont eu aucun befoin : auffi je déclare à
ceux quiſe mêlent de critiquer ce qu'ils
ignorent , que la leçon , fi c'en est une ,
ne s'adrefſoit ni aux uns , ni aux autres ,
mais à ceux qui tiennent une eſpèce de
milieu ; je veux dire , aux Amateurs
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
de l'Astronomie , qui , fans être Aftronômes
, ſe préparoient à une obſervation
dont on parloit depuis fi longtemps.
J'ajoute que , dans le cas où mon annonce
n'auroit pas été des plus exacte
fur le fait des cinq degrés , elle ſeroit du
moins bonne à fournir aux Sçavans
qui préſident aux calculs des Ephémérides
ou Mouvemens Célestes , la penſée
de faire mieux , lorſqu'ils auront à nous
annoncer , ſoit des Eclipſes de Soleil &
de Lune , ſoit des paſſages de Mercure
&deVénus, ſoitdes Emerſions d'Etoiles
cachées par la Lune.
Al'approche de ces ſortes de Phénomènes
, il eſt bien des yeux égarés dans
le champ d'une Lunette , & qui , faute
d'être fixés , manquent une obſervation
également curieuſe , importante & difficile.
Pourquoi ne pas la rendre aiſée ,
en fixant l'oeil de l'Obſervateur au point
du limbe où doit ſe faire l'obſervation ,
& en marquant même juſqu'aux différens
effets des Lunettes à quatre ou à
deux verres , des Télescopes qui redref
ſent ou qui renverſent , comme je l'avois
fait dans mon annonce que les bornes
de la Gazette ont obligé d'abréger ?
Rien ne prouve mieux , Monfieur ,
AVRIL. 1764 . 149
l'utilité dont peut être une pareille annonce
bien faite ,, que l'Eclipſe même
qui a donné lieu à la mienne. M. de la
Brulerie , Chevalier de S. Louis , qui l'a
obſervée lui deuxième à Auxerre , me
marque qu'il n'en a vu le commencement
que quelques ſecondes après M.
de Monbazon , à côté duquel il obfervoit;
parce qu'il fixoit l'oeil beaucoup
au-dessous du diamètre horisontal. S'il
n'eût regardé qu'un peu au - dessous ,
comme mes cinq degrés le diſoient affez
, il auroit vu commencer l'Eclipfe
au même inſtant que fon voiſin , comme
ils l'ont vue , l'un & l'autre , finir à la
même feconde.
En voici les principales circonstances,
que M. de Montbazon , Confeiller au
Bailliage , m'a envoyées ; je ne puis
mieuxluien marquer ma reconnoiffance,
qu'en vous priant de les rendre publiques
dans votre prochain Mercure. C'eſt une
obſervation d'autant plus précieuſe , que
peut-être elle eſt unique en France , à
cauſe du mauvais temps .
Le commencement à 9 h. 16 m. 33 .
la fin à midi 16 m. 34 f; donc la durée
a été de trois heures une ſeconde. Ces
inſtans ont été obſervés avec un excellent
Télescope de trente-deux pouces,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
de la conſtruction de M. Paſſemant.
A 10 h. 44 m. 38 ſec. la partie éclairée
du Soleil a été meſurée de 2 m. 28
fec. avec une Lunette de dix pieds , garnie
d'un Micromètre auffi de M. Paffemant.
Un nuage qui eſt ſurvenu a interrompu
l'obſervation pendant dix minutes.
Les bords ſupérieurs du Soleil & de la
Lune ont paru coincider. Des Curieux ,
témoins de l'obſervation , au nombre de
cent , ont dit même avoir vu , avec des
verres enfumés , un filet de lumière dans
la partie ſupérieure : mais les Lunettes
n'en ont rien fait voir. Les témoins
ont déposé encore dans le milieu de
l'Eclipſe , qu'il faisoit très-froid. Pour
moi , dit M. de Montbazon , qui étois
dans le fort de mes travaux , je ne m'en
ſuis apperçu nullement.
J'ai l'honneur d'être , &c .
TREBUCHET , ancien Officier de la Reine.
MÉDECINE.
LETTRE au même , fur le Ver Solitaire.
JE VIENS , Monfieur , de lire dans votre
Mercure du mois de Janvier dernier ,
AVRIL. 1764. 151
des Obſervations fur le Ver Solitaire ,
par M. P..... , Docteur en Médecine ,
ancien Chirurgien en Chef du G. H. D.
de L.
L'Auteur dit , à la page 154 , qu'il
avoit acquis le Spécifique contre ce Ver,
de la veuvedu Docteur Nouter , Médecin
Suiffe ; qu'il guérit ſubitement un
Seigneur Ruffe , lui ayant donné ce Spécifique
à ſept heures du matin , lequel
fit ſon effetdans quatre heuresde temps.
C'eſt certainement là ce qu'on peut appeller
un Spécifique; & il ſeroit à defirer
qu'il fût public , y ayant bien des
perſonnes attaquées de cette Maladie.
Je ne fuis point étonné que le Poffeffeur
d'un pareil Remède ne le divulgue pas ;
mais je le ſuis de ce qu'il nous cache ſom
nom & ſa demeure. Je ne doute pas
qu'il ne ſe faffe un plaifir de contribuer
au bonheurde ſes ſemblables , qui pourroient
recourir à lui dans leur malheureux
état. Trouvez bon , Monfieur , que je
me ſerve de votre canal pour lui faire
parvenir cette Lettre , & que je l'invite à
nous apprendre dansquel lieu pourroient
le rencontrer ceux qui auroient cette
maladie.
Il y a , Monfieur , neufà dix ans que
la Femme de charge de ma Maiſon avoit
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
un Ver folitaire. Elle en avoit rendu
plufieurs aulnes à différentes fois. J'appris
qu'il y avoit à Lyon un Médecin
Suiſſe qui avoit un Remède contre ce
Ver, ( peut- être eſt- ce le Docteur Nouter
) & qu'il devoit y être quelque temps.
J'envoyai la Malade à Lyon avec un domeſtique.
Elle vit dans cette Ville pluſieurs
perſonnes qui avoient été guéries
par ce Médecin , qu'elle fut trouver. Il
lui fit nombre de queſtions , & lui dit
que ſon Remède étoit trop violent ,
qu'elle n'auroit pas la force de le ſupporter
, & qu'elle pourroit fort bien
mourir dans l'opération ; qu'ainſi il ne
jugeoit pas à propos de le lui donner. La
Malade , fatiguée de ſon état , lui répondit
qu'elle aimoit autant mourir que de
vivre comme elle faiſoit , & qu'elle étoit
décidée à le prendre; que cela ne retomberoit
pas fur lui , s'il lui en arrivoit mal.
Le Médecin lui demanda ſi elle avoit apporté
de ſon Ver. Elle en avoit quelques
aunesdans une bouteille , qu'il prit en lui
diſant , qu'il lui donneroit le Remède ,
mais qu'il le modéreroit , & qu'elle rendroit
ſonVer par lambeaux. Il lui ordonna
de manger le ſoir une ſoupe au beurre ,
de prendre trois verres de vin blanc , &
un lavement avec du lait & du ſucre : ce
AVRIL. 1764. 153
qui fut fait. Le lendemain au matin il
vint à ſon Auberge de bonne heure ,
avec un compagnon qu'il avoit , & lui
donna le Remède à prendre , ſans vouloir
laiſſfer ouvrir les rideaux du lit , de
façon qu'elle n'a pu ſçavoir la couleur
dont il étoit. Environ deux heures après
elle ſe mit ſur le ſiége , & fe trouva fi
mal qu'on crut qu'elle alloit expirer. Le
compagnon du Médecin lui diſoit : vous
l'aviez bien dit , Monfieur , qu'elle en
mourroit. On la fit revenir avec quelques
eaux. Elle rendit enfin ſon Ver , &
fentit tout-à-coup un vuide confidérable
dans le creux de l'eſtomach. Elle fortit
le reſte de la journée , & rendit quelques
autres portions du Ver , & remonta à
cheval le lendemain pour revenir chez
moi. Je n'ai point oui dire qu'elle en ait
été incommodée depuis environ cinq
ans qu'elle n'eſt plus à mon ſervice. Je
lui avois recommandé de m'apporter fon
Ver ; elle m'en préſenta un dans une
bouteille. Je lui dis dans l'inſtant que
ce n'étoit pas le fien , & qu'il n'étoit pas
fait de même . Elle me dit que le Médecin
l'avoit gardé , & lui avoit donné
celui - là . Les difficultés qu'avoit
faites ce Docteur de lui donner le Remède
, la demande qu'il lui avoit faite
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
:
ſi elle avoit apporté quelque portion
de ce Ver , le parti qu'il avoit pris de la
traiter , après s'être emparé du morceau
qu'elle avoit , joint à ce qu'il ne voulut
pas lui rendre ce qu'elle avoit rendu ,
mais qu'il lui donna un autre ver ; toutes
ces raiſons me font ſoupçonner que
c'eſt avec la poudre même du Ver qu'il
traite ſes Malades. Il connut , par les
queſtions qu'il avoit faites , que la nature
de ce Ver étoit différente de ceux qu'il
avoit ; & que , faute de poudre de pareil
Ver , il ne pourroit pas la guérir. C'étoit
peut-être le ſeul qu'il eût vu de cette
eſpèce , & il a voulu garder celui - là
pour s'en ſervir au beſoin.
Je vous prie,Monfieur,de vouloir bien
inférer cette Lettre dans votre Mercure.
Les remarques que j'y fais pourroient
donner des idées à des perfonnes habiles
, ou attaquées de cette Maladie , &
pourroient être avantageuſes au Public.
J'ai l'honneur d'être , &c.
DE SAINT-ANGEL , Conseiller à la Cour
desAydes de Clermont-Ferrand.
AVRIL. 1764. 155
ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
LEE 21 Mars , les Elèves de l'Ecole
Royale Vétérinaire , toujours animés de
l'émulation la plus grande , en donnèrent
au Public de nouvelles marques.
La Séance fut honorée de la préſencede
M. l'Intendant de la Généralité , & d'un
nombre de Perſonnes de distinction.
Les objets enviſagés dans le Concours ,
ne furent pas moins intéreſſans que ceux
qui avoient été diſcutés dans l'Affemblée
du 3 du même mois. Il y fut queftion
des muſcles en général& des mufcles
en particulier. On en obſerva les
différences , les dénominations diverſes,
la figure , la direction , la fituation , les
attaches , la force , la compoſition interne
,& l'action méchanique , ſans cependant
tenter d'outre-paſſer les bornes
des connoiſſances humaines relativement
à ce dernier point. D'une autre
part , les Elèves firent la démonftration
de chaque muſcle ſéparément , fur des
parties préparées à cet effet.
Cinquante d'entre eux s'étoient offerts
pour entrer en lice. L'impoffibilité d'admettre
ce nombre de Contendans & de
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
les entendre tous dans une ſeule Séance,
détermina à en retrancher vingt-deux ,
qui fubirent le 20 , c'est-à-dire , la veille
du jour de l'Aſſemblée dont nous rendrons
compte , un examen particulier.
Le réſultat fut d'adjuger un Prix à neuf
d'entre eux , & ce Prix fut tiré au fort
le lendemain en préſence du Public .
Ces vingt-deux Elèves ſont les Sieurs
d'Auvergne le cadet , Girard , Thomas ,
Greffet , Beaumont fils , de la Province
de Franche-Comté ; Pequet , Noeq ,
Didné , Moussette , de la Généralité
d'Amiens ; Girard , de la Ville de Valenciennes
; Déchaux , de la Ville de
Lyon ; Chanu , de la Province de Bourgogne
; Mirot , de la Généralité de Limoges
; Saunier , de la Province de
Dauphiné ; Pufenas , de la Généralité
de Moulins ; Moret , de la Ville de Châlons-
fur-Saône ; Rouffet & Guillet , de la
Province de Bugey ; Boudier , de la Généralité
d'Auvergne ; Bloufard & Chambart
, de la Province de Breffe.
Les Sieurs d'Auvergne le cadet , Pequet
, Girard , de Franche- Comté ; Girard,
de Valenciennes ; Bloufard , Greffet,
Beaumont fils & Déchaux furent
ceux qu'on inſcrivit , à l'effet de tirer
le Prix , que le hafard mit le lendeAVRIL.
1764 . 157
4
main dans les mains du Sieur Greffet.
Quant aux Elèves qui ont été admis
au Concours public, les uns font étrangers
, & envoyés par différens Souverains
, les autres font nationaux .
MM. les Elèves étrangers ont diſputé
entre eux un Prix particulier , conſiſtant
en un Dictionnaire Allemand - François
& François -Allemand , & dans les
Ouvrages ou Mémoires de l'Académie
Royale de Chirurgie de France.
CesElèves font :
MM. Abilgaard , envoyé par S. M. le
Roi de Dannemark , Genick , Scheffer ,
envoyés par S. M. le Roi de Prufſe ,
Hernquist , Lenborn , Falander , envoyés
par S. M. le Roi de Suéde.
Si les uns & les autres de ces Elèves
honorent la ſource dans laquelle ils viennent
puiſer des lumières , ils n'honorent
pas moins leurs Nations , par des progrès
rapides , & par le defir ardent qu'ils ont
de juftifier le choix que des Souverains
éclairés ont fait d'eux pour former enfuite
des Etabliſſemens utiles , ſemblables
à celui dont la France aura toujours
la gloire d'avoir jetté les premiers fondemens.
Tous s'empreſſent également à répondre
à ces vues.
158 MERCURE DE FRANCE.
M. Abilgaard a été couronné ; mais ,
ſans prétendre porter la moindre atteinte
àl'honneur qu'il s'eſt acquis , la juſtice
due à ſes Concurrens oblige d'avouer
que fi les uns & les autres avoient eu la
même matière à traiter , ils n'auroient
pas moins que lui remporté tous les
fuffrages.
M. Hernquist , malgré les difficultés
d'une langue qui lui eſt étrangère , a
démontré de la manière la plus claire
& la plus méthodique , les muſcles des
yeux; il a parlé de leurs uſages , en les
confidérant ſous toutes les faces poffibles;
& il a ajouté à ce qui a été dit &
écrit ſur le muſcle orbiculaire , particulier
aux Quadrupèdes.
MM. Genick & Scheffer , ainſi que
MM. Lenborn & Falander , n'ont pu
traiter des points ſuſceptibles de difcuffions
auffi curieuſes ; mais on eût defiré
d'avoir un Prix à diſtribuer à chacun de
ces Concurrens : tous en auroient été
dignes .
Les Elèves nationaux qui ont paru
enfuite au nombre de vingt-trois , font ,
Tes Sieurs Chaber , Viervil, Faure l'aîné ,
Thevenet , Danguin , Defavenieres , de
la Ville & Généralité de Lyon ; Gay &
Bethoux , de la Province de Dauphiné ;
AVRIL . 1764. 159
Treich , de la Généralité d'Auvergne ;
Péan , Maréchal du Corps de la Gendarmerie
, Petite , Danne , Parnet , de la
Province de Franche- Comté ; Barjolin
& Dupin , de la Généralité de Limoges ;
Beauvais & Boulanger, de celle d'Amiens
; Brachet & Rambert , de la Province
du Bugey ; Differnet , de celle de
Breffe ; Preflier , de la Généralité de
Moulins ; Kamerlet , de la Ville de
Nancy ; Bredin , de la Province de
Bourgogne.
Rien n'eſt plus glorieux pour la plupartde
ces Contendans , que l'embarras
dans lequel ont été les Juges éclairés qui
devoient décider du mérite de chacun
d'eux. Cet honneur , qui rejaillit infailliblement
fur MM. les Démonstrateurs
qui les ont inftruits , s'accroît ſans doute
lorſque l'on voit à la tête de ce Tribunal
des Maîtres tels que MM. Charmeton &
Flurant , de l'Académie Royale de Chirurgie
, Violet , Pomier , Champeaux ,
&c. &c.
Ils ont cru devoir adjuger le Prix également
aux Sieurs Chabert , Pean Bredin
, Treich , Parnet , Dupin , Petite ,
Beauvais , Danguin , Barjolin , Preflier
& Danne. Le ſort a favorisé le Sieur
Bredin , connu déja par ſes ſuccès dans
160 MERCURE DE FRANCE .
pluſieurs Concours , & par ſes travaux
utiles dans pluſieurs Provinces.
Le Sieur Brachet a eu le premier
Acceffit; mais la nuance eſt ſi foible ,
qu'à peine auroit-il dû être diſtingué des
autres .
Le Sieur Faure l'aîné a obtenu le ſecond
, les Sieur Gay & Bethoux le troiſiéme
, le Sieur Defavenieres & le Sieur
Viervil le quatriéme , & le Sieur Thevenet
, âgé de dix ans , le cinquiéme.
L
BOTANIQUE.
E Public eſt averti que les Jardins
de Botanique du ſieur Royer, Marchand
Epicier-Droguiſte , grande rue du Faubourg
S. Martin , &c , feront ouverts
le ſept du mois de Mai prochain . La
Nature ſeule y donnera à ceux qui viendront
les fréquenter , des leçons & des
inſtructions pour apprendre à connoître
les Plantes ; & afin de mieux profiter
du beau ſpectacle qu'elle préſente
en ce genre , on ira tous les Lundis ,
comme les années précédentes ,
campagne , pour l'obſerver & la confulter
encore plus à ſon aiſe.
à la
Quant aux drogues ſimples qui forAVRIL
. 1764. 101
,
le
ment une des grandes branches de fon
commerce , telles que la Manne , la
Rhubarbe ,le Quinquina , le Séné , les
Folicules de Séné , l'Ipecacuana
Rapontic ,le Sucre , l'Oliban , le Galbanum
, &c , &c ,&c. Il n'en parlera ,
quand il fera voir ſon droguier , que les
lettres d'avis &de factures à la main , afin
de prouver clairement dans quelles régions
ces diverſes ſubſtances naiffent&
croiffent, &par quelle voie elles arrivent
ici.
Tel eſt le nouvel arrangement qu'il
a cru devoir prendre cette année ; il a
ſoind'en rendre compte,par reſpect pour
le Public,& pour répondre à la confiance
dont il l'honore depuis longtemps. Ses
Jardins feront fermés le Mercredi & le
Samedi aux Etudians , ces deux jourslà
étant destinés aux Dames comme cidevant.
Il montrera fon droguier tous
les Vendredis , à moins qu'il ne ſoit
Fête.
:
162 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE IV.
BEAUX-ARTS.
ARTS UTILES .
DISTILLATIΟΝ.
Les perſonnes qui par état emploient
dui vinaigre distillé , & qui defirent
qu'il foit bien déflegmé , font averties
par le fieur Maille , Diftillateur
que la conſtruction d'un fourneau qu'il
a imaginé pour faire cette diſtillation
dans des vaiſſeaux de grès , le met à
portée de vendre ce vinaigre à un trèsbon
compte & d'une qualité fupérieure
, & fans être dangereux , comme
celui qui ſe diſtribue chez différens Particuliers
, fait dans des alambics de cuivre
, ce qui eſt dangereux par les parties
métalliques qu'il enléve,& par conſéquent
devient très-préjudiciable aux
remédes dans lesquels il eſt emploié.
Le Vinaigre Romain pour la conſervation
dela bouche , ſediſtribue toujours
avec les plus heureux ſuccès pour
AVRIL. 1764. 163
blanchir les dents , empêcher qu'elles
ne ſe carient , en arrêter le progrès ,
les raffermir dans leurs alveoles , prévenir
l'haleine forte , & rafraîchir les lévres
. L'Auteur vend auſſi différens vinaigres
, pour guérir le mal de dent ,
blanchir la peau , guérir les dartres farineuſes
, les boutons , noircir les cheveux
roux ou blanc , ainſi que les fourcils
, ôter les taches de rouffeur , mafques
de couches , & le véritable Vinaigre
des quatre Voleurs, préſervatifde
tout air contagieux , & généralement
toutes fortes de Vinaigres tant à l'uſage
des bains & toilette ,que de la table,au
nombre de deux cent fortes. On diſtribue
toujours en ſon magaſin à Séve ,
près Paris , le nouveau Caſſis blanc pour
aider la digeftion des alimens le nouveau
Ratafia des Sultanes , le Courier
de Cythère , & toutes fortes de Liqueurs
&Eaux d'odeur tant françoiſes
qu'étrangères. On s'adreſſera pour les
vinaigres au ſieur Maille , rue S. André
des Arcs , la troifiéme porte-cochère
à droite en entrant par le Pont
S. Michel , entre la rue Mâcon & la
rue Hautefeuille, de l'autre côté,à Paris.
Et pour le Caffis , Ratafia & autres
Liqueurs & Odeurs en ſon Magazin ,
64 MERCURE DE FRANCE.
à Séve près Paris , route de la Cour.
Le prix des moindres bouteilles pour
les dents ou autres propriétés , eſt de
3 liv. , le Caffis blanc 4 liv. la pinte ,
le Ratafia des Sultanes , 6 liv. , & 8
liv. le Courier de Cythère. Ledit ſieur
Maille fait les envois au defir des
perſonnes , en remettant l'argent par
la Poſte , franc de port , ainſi que les
lettres : il envoye en même temps la
manière de s'en ſervir avec une liste de
fes vinaigres , & des prix. Les perfonnes
qui voudront emporter de ces fortes
de vinaigre dans les Ifles où l'uſage
en eſt ſi néceſſaire , peuvent le
faire fans crainte que le temps ni l'éloignement
du tranſport puiſſe altérer
leurs qualités.
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
LE Portrait de Henri-le- Grand vient
de paroître dans le même format que
celui du célébre Sully , ainſi qu'on la
annoncé au mois de Décembre dernier.
M. Demarcenay-Deghuy , dans la vue
de répondre plus promptement à l'emAVRIL
. 1764 . 165
preſſement du Public pour tout ce qui
lui rappelle ce Héros ſi cher à la France
a fufpendu tous ſes autres Ouvrages afin
de s'occuper uniquement de celui-ci .
On le trouve chez l'Auteur Quai de
Conti, la deuxiéme Porte- Cochère après
la rue Guénégaud , & chez M. Wille ,
Graveur du Roi , Quai des Augustins ,
à côté de l'Hôtel d'Auvergne , chez qui
ſe trouvent pareillement ſes autres Ouvrages.
Čette Planche eſt la 21º de l'oeuvre
de M. Demarcenay , qui fe diſpoſe à
graver de temps-en-temps des Portraits
d'hommes & de femmes célébres , dont
la fuite ſera de même format.
LE S FICQUET grave actuellement
le Portrait de Corneille dans le même
format que l'édition des OEuvres de ce
Grand Homme commentées par M. de
Voltaire. Ce Portrait ne tardera pas
d'être achevé ; il en prévient le Public ,
afin que les perſonnes qui defireront
de le mettre à la tête des OEuvres ,
ſuſpendent , fi elles le jugent à propos ,
de faire relier leur exemplaire .
L'Artiſte dont nous parlons , eftcon
nu par les beaux Portraits de Mde de
Maintenon , MM. de Voltaire , la Fontaine
, J. B. Rousseau.
}
166 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE V.
SPECTACLE S.
SUITE DES SPECTACLES DE LA COUR
A VERSAILLES.
Jufques à la Clôture.
LE 20 Mars , les Comédiens François
repréſentérent le Diffipateur , Comédie
en 5 Actes & en vers de feu M.
NÉRICAULT DESTOUCHES (de 1753)
La grande Piéce fut ſuivie du Galant
Coureur , Comédie en un Acte & en
Proſe du feu ſieur LEGRAND (de 1722.)
Le Mercredi 21 , par les Comédiens
Italiens , on exécuta le Sorcier , Comédie
en deux Actes mêlé d'Ariettes , précédée
d'Arlequin Jouet de l'Amour , petite
Piéce Italienne.
Le Jeudi 22 Mars , les Comédiens
François repréſentérent la Mort de Céfar
, Tragédie de M. de VOLTAIRE .
La Tragédie fut ſuivie des Plaideurs ,
Comédie en trois actes & en vers de
RACINE ( de 1668. )
AVRIL. 1764. 167
Le 27 Mars , par les mêmes Comédiens
l'Etourdi , Comédie de MOLIERE
en 5 Actes & en vers ( de 1658.
,
Pour feconde Piéce on donna
l'Esprit de Contradiction , Comédie de
DUFRESNI en un Acte & en Profe .
Le lendemain , les Comédiens Italiens
repréſentérent la Cantatrice , petite
Piéce Italienne , qui fut ſuivie du
Jardinier & fon Seigneur , Comédie en
un Acte mêlée d'Ariettes.
Le Jeudi 29 Mars , les Comédiens
François repréſentérent Cinna , Tragédie
de CORNEILLE ( de 1639. )
Pour petite Piéce , le Conſentement
forcé, Comédie en un Acte & en Profe
de feu M. Guyot de Merville (de 1738. )
La Dile FANNIER y jouoit le rôle de
Soubrette. On paroît de plus en plus
concevoir beaucoup d'eſpérance des talens
de cette jeune Actrice.
Le Mardi , 3 Avril , par les mêmes
Comédiens , l'Ecole des Mères , Comédie
en 5 Actes & en vers de feu M. DE
LA CHAUSSÉE ( de 1744. ) La Dile
DOLIGNY y joua le rôle intéreſſant de
Marianne d'une manière ſi touchante ,
que plufieurs perſonnes ont redemandé
cette Piéce depuis à Paris avec la Pupile
, où ce Spectacle a attiré du monde
168 MERCURE DE FRANCE .
à différentes repriſes , les petits jours
de la Comédie.
Après la grande Piéce , on donna le
Médecin malgré lui,Comédie en 3 Actes
& en Profe , de MOLIERE (1666.)
Le Mercredi 4 Avril , les Comédiens
Iraliens exécutérent la Bohémienne
Opéra bouffon en 2 Actes , qui fut
fuivi du Bucheron , autre Comédie en
un Acte , mêlée d'Ariettes.
Le Jeudi 5 , dernier jour des Spectacles
de la Cour à Versailles ( a ) les Comédiens
François ont repréſenté Tancréde
, Tragédie de M. de VOLTAIRE
(1760.)
La Tragédie fut ſuivie de l'Iſſe de.
ferte, Comédie en un Acte & en vers
de M. COLLET ( de 1757. )
SPECTACLES DE PARIS.
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Muſique
a continué juſqu'au Vendredi 6 du
préſent mois Castor & Pollux. Malgré
( a ) Il n'y a point ordinairement de Spectacles
du Roi à Verſailles depuis Pâques juſques à
l'entrée de l'hyver.
la
,
AVRIL. 1764 . 169
la diſtraction du concours occafionné,
les Mardi & Jeudi , par le ſuccès de
la nouvelle Haute- contre dans Titon &
l'Aurore ; les dernières repréſentations
de Caftor ont été encore très- fortes ,
& telles que celles qui diftinguent les
Ouvrages les plus ſuivis.
Le Samedi 7 , on donna la troifiéme
repréſentation pour les Acteurs , que
nous avons annoncée dans le 1 vol, de
ce mois. La recette de ces repréſentations
a été , ainſi que nous l'avions
prévu , une des plus conſidérables que
l'on ait faites . Elle a paſſé dix- neuf
mille livres. Tout concouroit à ce grand
ſuccès. Le mérite des Ouvrages que
l'on a éxécutés , celui des premiers talens
de ce Théâtre placés avantageuſement
dans chacun de ces Ouvrages ,
& le piquant de la nouveauté d'une
voix charmante agréable à tout le
Public & depuis long - temps defirée
dans un genre où il eſt ſi rare de trouver
réunis le talent du chant à la
beauté de l'organe. Le détail de ces
Spectacles de la Capitation ou Benefit
juſtifiera ce que nous venons de dire .
M. & Mde LARRIVÉE , dont les talens
font bien mieux loués par les fuffra-
II. Vol. H
,
170 MERCURE DE FRANCE .
ges continuels du Public, qu'ils ne le
feroient par nos éloges , chantoient les
principaux rôles d'Hylas & Zélis dans
l'Acte de M. DE BURI, Ouvrage où
le goût & le génie du Muſicien peuvent
ſe diſputer l'honneur du fuccès,
Le rôle de Pigmalion , dans l'Acte
célébré de M. RAMEAU , étoit éxécuté
par M. LE GROS , nouvelle Hautecontre
, cet objet actuel de l'empreſſement
de tout Paris , tant par la nouveauté
, que par les talens réels dont il
a donné de nouvelles preuves dans ce
morceau. *
Le troifiéme ouvrage qui commençoit
pour ainfi dire ce Spectacle choifi
étoitPsyché, Ingénieux précis de tout
ce que le genre d'Opéra peut fournir de
beautés de différens genres , liées par
un Poëme où l'eſprit & le ſentiment
ſe font valoir réciproquement ; mais
ſans violer les loix dramatiques & fans
rompre la fuite du Sujet. Mlle ARNOULD
dont on ſe rappelloit avec
*MileGUIMARD, jeune Sujet qui a profité avec
ſuccès des circonstances qui l'ont miſe à portée.
de paroître & qui n'en plaît que d'avantage
au Public , chantoit & danſoit dans le rôle de
la Statue. Elle s'eſt acquittée de ces deux emplois
avec graces & elle y a été fort applaudie.
AVRIL. 1764. 171
admiration le plaifir extrême qu'elle a
toujours fait dans les repréſentations de
cet Ouvrage , a chanté , joué dans cette
repriſe de manière à laiſſer croire
qu'elle étoit encore loin de la perfection
dans les temps où l'on en étoit
le plus enchanté. Cet éloge ou plutôt
cette juſtice que nous rendons au charme
de ſon talent , & que nous dicte
le Public , doit être encore moins flatteur
pour elle , que l'enthouſiaſme très .
vrai & très-naturel de nos Artiſtes du
premier ordre ſur les beautés fublimes
& naturelles de ſon Action dans le
rôle de Psyché.Enthousiasme dontnous
avons été témoins & dont nous ofons
être garants. Il eſt un autre genre d'éloges
que nous devons joindre aujourd'hui
à celui des talens de cette Ac
trice , c'eſt ſur l'exactitude de fon fervice
depuis l'ouverture du nouveau
Théâtre . Qu'elle nous permette de defirer
que la continuation de ſa ſanté rende
cette éxactitude fi habituelle , que
nous n'ayons plus à le faire remar
quer. Par là , tous les talens chers au
Public , doivent être affures de gagner
Ta conſidération , fans rien perdre de
fon empreffement.
Si l'on fait attention aux grands ra-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
lens dans la danſe qui brillent aujourd'hui
fur ce Théâtre , & qui avoient
réuni leurs efforts & leur zéle pour rendre
ces Spectacles plus intéreſſans dans
tous les genres , on ne doit pas être
furpris de l'affluence qu'ils ont attirée.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Ο , avec
Na continué fur ce Théâtre ,
fuccès , depuis notre précédent Volume,
les repréſentations d'Olimpie , Tragédie
de M. de VOLTAIRE .
: On ne peut donner trop d'éloges au
ſoin que les Comédiens ont pris pour
la pompe du grand Spectacle de cette
Pièce. Que peut-il y avoir en effet de
plus intéreſſant pour une Nation éclairée
, que de jouir en même temps du
ſentiment qu'excitent les ſituations vraiment
tragiques d'un Drame , & des tableaux
animés de ce que l'Antiquité
avoit de plus auguſte. Il n'eſt pas moins
dù d'éloges au talent & au zèle avec lefquels
les Acteurs ont donné la dernière
touche & la plus forte à ces tableaux ,
par la juſteſſe de l'action . Tous les Lecteurs
qui auront vu ce Spectacle , ont
fans doute encore préfentes à l'eſprit la
AVRIL. 1764. 173
nobleſſe , les grâces du genre & la vérité
qu'a miſes Mile CLAIRON , dans les
principaux points du tableau , tels que
celui du ferment à l'Autel , d'autres encore
, & particulièrement l'inſtant où ,
après les libations & les autres cérémonies
funéraires , fur le Bucher de Statira
, elle ſe précipite dans les flâmes , qui
les dévorent l'une & l'autre. On a donné
le Samedi 7 du préſent mois , jour de
la Clôture , la dixième repréſentation de
cette Tragédie , qui fut ſuivie d'Heureusement
, petite Pièce de M. ROCHON
DE CHABANES , dont nous avons rendu
compte dans ſa nouveauté. Il y avoit
un concours de Spectateurs auffi nombreux
qu'en peut contenir la Salle de la
Comédie.
Ce même jour, M. AUGERS prononça
un Diſcours qui a été imprimé , mais
dontnous ne nous diſpenſerons pas pour
cela de faire part à nos Lecteurs ;
afin de ne pas laiſſer de vuide dans les
chofes dont notre Journal fait collection
, & où l'on eſt plus certain d'en retrouver
la fuite que dans tout autre
Ecrit public.
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS pour la clôture du Théâtre
François ; prononcé par M. AUGERS
, l'un des Comédiens du Ror
le Samedi 7 Avril 1764.
MESSIEURS ,
» JE vous dois tout , juſqu'au bon-
>>>heur de pouvoir aujourd'hui vous té-
>>moigner publiquement ma recon-
>> noiffance & celle de mes camarades .
>> Il ne nous eft permis de l'exprimer
>> qu'une fois dans l'année ; & nous re-
>>> cevons tous les jours des marques nou-
>> velles de votre protection & de votre
>>indulgence . C'eſt à cette indulgence ,
>> mêlée d'une équitable ſévérité , que
>> notre Théâtre doit cette ſupériorité
» qu'Athènes même lui céderoit peut-
» être , que Rome n'a point connue ,
» & que les ennemis du nom François
>> ne lui diſputent plus.
» Oui , Meffieurs , la gloire de la
>> Scène Françoiſe fut votre ouvrage
>> dans tous les tems. Vos prédéceſſeurs
>> avoient à juger des Molière , des Cor-
>> neille , des Racine ; ils les mirent à leur
>> place ; & leur jugement devint celui
AVRIL. 1764.. 175
» des Nations & de la Poſtérité. S'il
>> n'eſt pas en votre pouvoir , Meffieurs ,
> de faire naître un autre CORNEILLE ;
» vous empêchez du moins les PRA-
>>>DONS de les remplacer.
>> Saifir le vrai , le beau, le ſublime ,
" ſans les confondre jamais avec ce qui
» n'en a que l'apparence ; voilà ce que
» vous nous faites admirer fans ceſſe ,
»& voilà ce qui vous rend les Arbi-
» tres du Goût. Oui , Meffieurs , ( je ne
>> crains point qu'on me déſavoue ) c'eft
>> ici que ce Dieu rend fes Oracles; c'eſt
>>parmi vous qu'il habite ; parce qu'il ne
>> ſçauroit être où la liberté n'eſt pas.
>>Vous avez paru fatisfaits , Meſſieurs,
,durant le cours de cette année , des
" efforts de notre zéle & de l'émulation
des Ecrivains .
» La Tragédie de Manco vous offroit
>> un contraſte intéreſſant des moeurs
>> Américaines & des moeurs Européa-
>> nes ; de l'homme civil & du ſauva-
>> ge. Le tableau n'étoit pas neuf; il eft
>> tracé de la main d'un grand Maître ;
>> cependant vous avez applaudi aux ef-
>>>forts du Peintre qui a oſé le rajeunir.
» Socrate , qui n'a pû fléchir l'envie
» & l'injuftice d'Athènes a ému votre
>> fenfibilité.
,
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
» Vous avez vû avec plaifir les beau-
» tés & les hardieſſes du Théâtre An-
>>glois tranſportées ſur le vôtre par le
» même Académicien qui avoit ofé ,
>> après Corneille , crayonner l'âme d'un
» Romain.
» Idoménée vous a ramenés dans ces
>> climats aimés du Ciel , où la Tragé-
>> die naquit ; la ſimplicité de celle- ci
>> n'est qu'une conformité de plus avec
>> le goût des anciens Grecs , nos mo-
>> dèles dans tous les gentes d'écrire.
>>Votre indulgence , Meffieurs , n'a
> pas été moindre pour les Comédies ,
>> devenues aujourd'hui ſi rares & fi
>> difficiles. Vous avez encouragé deux
>>> jeunes Athletes qui entrent dans
> cette carrière abandonnée. L'accueit
» que vous avez fait à leur coup d'eſſai
» vous promet des remercimens de leur
>>> part ,&peut être de nouveaux plaiſirs .
>> Enfin Warwick a paru , Warwick ,
>>plus particulièrement adopté par vous.
>> L'Auteur, à peine forti de l'enfance ,
>> tient de vous une vie nouvelle : il la
» commence ſous d'heureux aufpices.
>> Telles étoient les eſpérances que don-
» na , dans un âge à-peu-près pareil ,
>> l'immortel Auteur d'Edipe. Ce grand
>>> homme que nous nommons avec
>>p>laifir lebienfaiteurdenotre Théâtre ,
AVRIL. 1764. 177
:
>> vient d'y hazarder un nouveau Spec-
>> tacle honoré de vos applaudiſſemens ,
»& dont vous auriez été privés dans ces
>>jours de confufion , où la foule des
>> Spectateurs mélée avec celle des Per-
>> fonnages , auroit à peine laiſſé entre-
>>>voir le bucher qui confuma Statira ,
» & l'action terrible d'Olimpie , qui ſe
>> précipite au milieu des flammes pour
>> ſe dérober à forépoux.
EXTRAIT de l'AMATEUR , Comédie
en un Acte & en vers libres , par
M. BARTHE , de l'Académie des
Belles- Lettres de Marseille.
DAMON Père de Constance veut marier ſa fille
à Valére ſon ami , jeune homme qui arrive d'Italie
, où il a pris une paſſion violente pour les
Arts. La Peinture , la Sculpture & l'Architecture
l'occupent uniquement ; enfin c'eſt un Amateur.
Damon lui rend juſtice.
Je ne le confonds pas avec la populace
De ces modernes Protecteurs
Qui des talens divers oſent marquer la place ,
Des Artiſtes ſont les Tuteurs ,
Se forment une Cour où leur grave manie
Daigne corriger le génie ,
Qui jugent la Peinture ; & la proſe & les vers,
Et qui jugent tout de travers.
4
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Valére critique, ſans air , loue avec fineſſe,
manie dextrement le pinceau & le burin , uſe
noblement d'un bien conſidérable en faveur des
Artiſtes indigens qu'il anime , qu'il produit &
auxquels il cache ſes largeſſes . Un Amateurfi
jeune & de ce caractère , eſt digne d'eſtime ;
Constance ajoute naïvement à ce que dit ſon
Père , qu'elle croit qu'on peut l'aimer. Damon
en convient , mais il prépare une bonne leçon
à Valére.
Il eſt gâté par l'Italie ,
Charmant , mais un peu fou , c'eſt une maladie ,
Une indiſcrette paffion
Dont il eſpére que Constance le guérira . Damon
qui avoit fait faire la Statue de ſa fille la
fait vendre au jeune Amateur pour une Statue
antique.
Elle aura fon fuffrage.
Elle paffe pour grecque. Heureuſement pour nous
La mode eſt pour le grec;nos meubles nos bijoux ,
Ecoffes , coëffure , équipage ,
Tout eſt grec , excepté vos âmes ;
Pour l'honneur de Valére on ajoute :
Et d'ailleurs
Ta Statue a trompé juſqu'à des Connoiffeurs.
L'Amateur a vu cette Statue , il en eſt enchanté
, il en a fait l'acquiſition ; on la tranfporte
chez lui , elle arrive & il la fait placer.
Tout ceci eft en action. Il eſt dans les plus
vives inquiétudes , qu'il n'arrive accident à fa
AVRIL. 1764. 179
Statue. Il aide ceux qui la poſent ſur le piedeſtal.
Il leur preſcrit l'attention qu'ils doivent
avoir.
Là doucement , Meſieurs , avancez doucement ,
Mes amis que chacun ſe tienne ſur ſes gardes.
Pasquin fait un faux pas qui met la Statue en
danger de tomber: ſon Maître l'apostrophe.
Ah ! malheureux , tu me poignardes !
Les valets retirés , l'Amateur contemple ſa
Statue avec admiration.
Quel ſouris gracieux !
C'eſt la candeur d'une Bergère
Le port de la Reine des Dieux ,
Comme la taille eſt noble , élégante & légère !
Les belles chairs! le ſang y paroît circuler !
Et la bouche ! elle va parler.
L'Artiſte à qui l'on doit une ſi belle production
, reçoit le tribut d'éloges dû à ſon travail.
O Sculpteur immortel , à qui je rends hommage,
Que de fois le ciſeau dut tomber de ta main !
Surtout en formant ce beau ſein ,
Oui , tu devois toi-même adorer ton ouvrage.
Entretien de Damon & de Valére. Céliante
arrive. C'eſt une Coqu tre que le père de l'Amateur
lui avoit autrefois deſtinée en mariage. Pendant
qu'il va lai montrer les curioſités de fon
cabinet , Constance occupe la Scène avec ſon père.
Elle a apperçu Céliante avec les yeux d'une rivale ;
H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
Damon la raſſure. Valére revient très - mécontent
de Céliante , qui n'a pas fait grand cas du cabinet
& qui en eſt fortie pour aller au Spectacle , il
vole à ſa Statue. Il voit enfin l'original , ravi
d'étonnement , il lui fait mille queſtions. Damon
paroît , il explique le myſtére ; Valére voit qu'il a
étéjoué par ſon ami: il lui pardonne cette ſupercherie
, lui demande ſa fille & l'obtient.
REMARQUES SUR L'AMATEUR .
L'objet de la Comédie étant de peindre les ridicules
,& fon but d'en corriger ; l'Auteur a certainement
réuſſi dans le premier point. Mais il
n'eſt pas fi fûr qu'il parvienne à éclairer les demiconnoiffeurs
& à les fairerevenir de leur enthoufiafme.
Les détails de cette Piéce font jolis & ont été
vus avec plaifir . Un des grands mérites de ce
Drame c'eſt que les rôles ſemblent avoir été
faits pour les Acteurs. Perſonne n'étoit plus propre
que M. Molé à repréſenter un jeune homme,
vif , ardent , paſſionné , extrême dans le
goût qu'il a pris pour les Arts , & qui expoſe avec
chaleur la manière dont il eſt affecté. Son valet ,
M. Préville , qui ſe tranſporte & ſe paſſionne
'avec lui , fair en particulier de bonnes charges
fur les travers de ſon Maître. Damon , l'homme
raiſonnable , applaudit avec juſtice à ce qu'il y a
d'eſtimable dans l'amour qu'on porte aux Arts ,
& ne blâme que l'excès & l'enthouſiaſme qui
rend ridicule. M. Grandval étoit chargé de ce
Perſonnage , c'eſt dire avec quelle ſupériorité il
a été repréſenté. Le mépris que la coquette Céliantejette
ſur le goût de Valére , va au même
but par une autre voie & Mde Préville a joué
ce rôle avec diftinction. Mile Doligny a rempli
1
AVRIL . 1764. 181
fupérieurement celui de Conſtance. Elle a re
préſenté ſi naturellement toutes les paſſions qui
peuvent agiter ſucceſſivement une jeune perfonne
aimable dans les poſitions où ſon rôle la mettoit
, qu'elle ſeule auroit pu faire réuſſir la Piére.
Elle exprime ſa joie ſi agréablement lorſque ſon
père lui apprend que Valére eſt amoureux de ſa
ſtatue; ſon inquiétude eſt ſi naïve lorſqu'elle apperçoit
Céliante; ſa jalouſie eſt celle d'un jeune
coeurqui éprouve pour la première fois ce ſentiment
qu'elle ne connoifloit point. Elle eſt charmante
dans l'examen de ſa ſtatue , lorſqu'elle eſt
occupée de la reiſemblance , & de ſçavoir ſi elle
doit gagner ou perdre à la comparaiſon. Tous
ces détails rendus avec grâces & intelligence ne
pouvoient manquer d'être fort applaudis ;; le mérite
des Acteurs nous a paru contribuer beaucoup
au ſuccès foutenu de la Piéce.
COMÉDIE ITALIENNE.
LaA clôture de ce Théâtre ne s'eſt
faite que le Samedi 14 Avril. Pendant
cette dernière ſemaine on a joué des
Piéces Italiennes & Françoiſes qui font
en poffeſſion de plaire au Public. Du
premier genre ont été le Gondolier
Vénitien Arlequin mort vivant
Arlequin cru mori , & la Joute d'Arlequin.
Ces Piéces ont été étayées de plufieurs
Opéra-Comiques qui font le Bucheron
, le Sorcier , le Milicien , Blaise
182 MERCURE DE FRANCE.
le Savetier , Annette & Lubin , le Maréchal
, les deux Chaſſeurs & la Laitiére,
les Soeurs rivales , On ne s'aviſejamais
de tout , la Noce Villageoise , & Rofe
&Colas.
CONCERT SPIRITUEL.
LEVendredi 13 Avril ilya eu Concert
Spitituel. Il a commencé par une
excellente Symphonie ; ſuivie de Miferere
mei Deus , nouveau Motet à grandchoeur
, de M. Dauvergne , Maître de la
Muſique de la Chambre du Roi , dans
lequel M. le Gros a mérité les plus
grands applaudiſſemens. M. Jeanfon ,
de la Muſique de S. A. S. Monseigneur
le PRINCE DE CONTI , a réuni aux
fuffrages du Public, ceux des Maîtres de
l'Art , dans une Sonate de Violoncelle
de ſa compofition. Le Motet en Duo ,
Exultatejufti in Domino , de M. Dauvergne
, a été exécuté par Mlle Arnoud
& par M. le Gros. Cet enſemble a eu
l'effet le plus flatteur. On a tenu comptede
la difficulté vaincue , dans le Concerto
de violon exécuté par M. Capron.
Le goût du chant & la beauté de l'organe
ont été plus admirés que la Mufique
, dans le Motet à voix ſeule qu'a
1
AVRIL. 1764. 183
chanté Mlle Fel Le Concert a fini par
un très- beau Motet à grand Choeur de
M. l'Abbé Giroust , Maître de Muſique
de la Cathédrale d'Orléans.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles .
LE THEATRE DE SOCIÉTÉ
par M. COLLÉ. *
LA VEUVE , Comédie en un Alte en profe .
1
:
SUJET DE LA PIÉCE .
MDE Durval jeune , fort riche & Veuve d'un
Négociant , eſt engagée dans un commerce mutuel
de tendreſſe avec le Chevalier du Lauret.
Les chagrins ſecrets que lui a fait éprouver l'inconſtance
de ſon premier Mari ont déterminé
cette Veuve à n'en prendre jamais un ſecond .
Cependant , elle avoue à un Commandeur ,
ami commun , qu'elle a penſé offrir elle-même
fa main au Chevalier , ne pouvant vaincre autrement
ſon opiniâtre générofité , & lui faire
accepter 80000 liv. qu'il falloit pour payer un
Régiment dont il auroit obtenu l'agrément Pendant
ces diſcuſſions de délicateſſe , la Cour avoit
diſpoſé du Régiment. La tendre Veuve inſtruite
par là du prix des occaſions , & en même temps
allarmée ſur le fort de ſon Amant , avoit pris.
*
Voyez le précédent Vol. du Mercure au fupplé
ment de l'Article des Spectacles .
184 MERCURE DE FRANCE.
à ſon inſçu , des meſures pour lui en aſſurer
un , qui fut indépendant du don de ſa main.
Elle apprend du Commandeur , que cette généroſité
eft devenue ſuperflue ; parce que le Chevalier
devient fort riche par la mort du fils unique
d'un Oncle qui doit lui faire une fortune
très-confidérable. Mde Durval n'en eſt que
plus affermie dans la réſolution de ne point
épouſer ſon Amant , ſans renoncer pour cela au
plaiſir de le voir. Cet arrangement de la Veuve
l'adéja éxpoſé à des ſoupçons d'éſagréables juſque
dans ſon domestique. Tout ceci eſt préſenté en
peu de ſcènes. Le Chevalier encouragé & pour
ainſi dire autorité par la bienfaiſance de fon
Oncle , projette de propoſer à Mde Durval un
Mariage qui devient ſortable quant à l'égalité
de fortune. Il eſt arrêté & intimidé par les répugnances
de cette Veuve dont le Comman
deur l'informe. Cependant il voit Mde Durval ,
&dans le moment qu'il va hazarder la propoſition
, ils ſont interrompus par une Marquiſe
de Leutry, femme d'une grande qualité
dans toute l'étendue de cette dénomination .
Cette ſcène doit être lue en entier , un extrait
lui feroit trop perdre. La Marquiſe propoſe à
Mde Durval le mariagede ſon fils. Elle la fatte
du Tabouret. Celle-ci ſe refuſe à tant d'honneurs.
La ſcéne finit aigrement de la part de la
Marquiſe ; le Chevalier du Lauret n'est pas ou
blié dans les reproches mépriſans de la femme
de Qualité. La Veuve éprouve enſuite un nouveau
déſagrément toujours occaſionné par la
façondont elle continue avec le Chevalier. Ce
nouveau déſagrément vient d'une Femme-de-
Chambre qui lui demande ſon congé , ſous
prétextede l'honneur & de la conſcience , mais
AVRIL. 1764 . 185
!
dans le fait , piquée de n'être dans aucune confidence
utile à ſes profits. Dans une ſcène précédente
, l'oncle du Chevalier, tout occupé de
rencontrer ou ſon Neveu ou un commiflionnaire
de Cadix qui le cherche & qu'il croit
lui apporter la remiſe de ſes fonds , a fait en
courant une propoſition de mariage pour fon .
Neveu. Mde Durval n'a jamais pû faire entendre
ſon refus & les morifs de ce refus . Enfin
ſa bizarre délicateſſe , ſubit l'épreuve la plus
forte en réſiſtant aux plus vives & aux plus
tendres inſtancesde ſon Amant. C'eſt dans cette
Scène où ſe développe le ſyſtême du coeur de
la Veuve , le Chevalier en eſt déſeſpéré. Un
nouveau malheur vient l'accabler. Il apprend
par fon Oncle que les huit cens mille livres
attendues de Cadix font perdues. N'ayant point
trouvé de Lettres de change pour la remiſe
de cette ſomme , on l'envoyoit en piaſtres ſur
des vailleaux qui ont péri au ſortir du port. Le
Chevalier , dans une conjoncture auſſi affligeante
pour lui , ne s'occupe qu'à conſoler ſon Oncle.
La Veuve eſt ſi touchée de la générofité &
de la candeur du caractère de fon Amant ,
que ſurmontant toutes les craintes , c'eſt elle
alors qui lui propoſe de conclure le mariage&
qui combat les difficultés que ſuggéroit au
Chevalier l'état de ſa fortune. On quitte la
Scène pour paſſer dans le Cabinet de Mde:
Durval, envoyer chercher le Notaire & terminer
un mariage , que , dit- elle au Chevalier ,
je defire à préſent mille fois plus vivement que
yous. Ainfi ſe termine cette Comédie.
186 MERCURE DE FRANCE.
1
REMARQUES
:
SUR la Comédie de la VEUVE.
Le ſujet de cette Comédie , ainſi que
M. Collé l'indique lui même , eſt encore
tiré des Illuftres Françoises . Ceux qui
voudront prendre la peine de remonter
à la ſource , s'appercevront bientôt de
l'Art avec lequel l'Auteur Dramatique
a réformé la licence du Romancier.
Dans le Roman, la façon de penſer ,
les raiſonnemens & le caractère de la
Veuve peuvent être conformes quelquefois
à la nature , & ſe rencontrer réellement
dans la Société, mais ils font encore
plus conftamment contre les moeurs :
cette femme qui a eu à la vérité , les
ſujets les plus graves de fe plaindre de
ſon premier Mari , s'obſtine à n'en pas
vouloir prendre un ſecond , à refuſer
de ſe marier avec un homme qu'elle
aime , avec lequel cependant elle vit
librement , qui la preſſe de rendre leur
union légitime , & qui l'en preſſe par le
plus puiſſant de tous les motifs ; celui de
donner un état à un enfant naturel ; &
dans la Comédie , au contraire , comme
dès l'expoſition du ſujet ,la Veuve con
AVRIL . 1764 . 187
vient s'être déjà trouvéedans une circonſtance
qui l'avoit déterminée à épouſer
fon amant; comme il n'eſt rien qui indique
un commerce illicite ; comme on
s'attend que ce mariage formera le dénouement
, on lui pardonne un travers
d'eſprit que les malheurs de fon premier
mariage rendent en quelque forte excufable.
Elle eſt à la fin pleinement juſtifiée
dans l'eſprit du lecteur oudes ſpectateurs,
par la nobleſſe d'âme & par la générofité
qui ladéterminent à épouſer le Chevalier.
Nous penſons que l'on doit ſçavoir gré à
M. Collé, d'avoir rendu ce caractère honnête
, ſans lui ôter néanmoins le piquant
que produit la fingularité ; & en
un mot , d'avoir tourné ce ſujet du côté
du sentiment ; avantage qu'aſſurément
il n'a pas dans ſa ſource.
L'action de cette Comédie de ſentiment
, ( qu'il nous ſoit permis de la défigner
ainſi ) eſt à peu près du même
genre que celle de Dupuis& Defronais ;
& quand on l'auroit annoncé comme
d'un Anonyme , il n'eût pas été difficile
de connoître qu'elle eſt du même Auteur.
Nous avons été affez heureux pour
que quelques connoiffeurs ayent applaudi
à la distinction que nous avons
faite , entre l'action phyſique & Vac188
MERCURE DE FRANCE.
tion morale ou métaphysique à l'occafion
de la première Pièce de M. Collé.
Nous appliquerons cette même diftinction
à la Comédie de la Veuve. Ce n'eſt
point une multitude d'événemens phyſiques
qui fournit l'action de ceDrame.
Ce font encore , ainſi que nous l'avons
dit en parlant de Dupuis & Defronois
, ( b ) des obftacles qui réſultent da
contrafte des caractères . C'est un jeu de
refforts , que produit lafeule progreffion
du sentiment , entre des personnages
dont les intérêts font opposés & c. & c.
On doit dire encore à l'occaſion de la
Comédie dont nous avons à parler & de
quelques autres du même genre , d'Auteurs
antérieurs à M. Collé, entre des
perſonnages dont les intérêts ou font
opposés ou paroiſſent l'être , en ce que
érant les mêmes , quant à la fin qu'ils ſe
propoſent , ils ne l'enviſagent pas toujours
du même côté ; ainſi ils différent
dans les moyens. Nous remarquerons
encore que dans la Comédie de la Veuve ,
il y a plus de cette forte de mouvement
qui naît de la variation de fortune des
perſonnages , que dans Dupuis & Defronais,
Pièce où il y auroit peut-être plus
( b ) Voyez le Mercure de Mars 1763 .
AVRIL. 1764 . 189
!
d'inertie dramatique (c ) que dans celleci
, ſans l'extrême chaleur de ſentiment
qui affecte & émeut fi puiſſament dans
Dupuis & Defronais : ainſi tout eft
heureuſement compenfé au profit de
l'intérêt de ſenſibilité entre ces deux
Ouvrages du même Auteur.
Après l'action & la marche d'un Drame
, la partie la plus importante eft celle
des caractères. Nous invitons les Lecteurs
de la Comédie de la Veuve à faire
attention à quelques-uns , qui nous ont
paru d'une touche plus diftinguée que
ceux qu'on expoſe ordinairement fur la
ſcène. Celui de la Marquiſe de Leutry ,
entre autres , eft frappant par ſa vérité.
Quiconque connoît un peu les modèles
d'où il eſt tiré , ſentira combien il eft
heureuſement faifi. On y retrouvera
comme dans la nature même , cette politeſſe
exagérée de certaines gens de qualité
, cette cajolerie de louanges pour
ceux dont ils veulent obtenir quelque
choſe ; & le mépris accablant qui fuccéde
ſubitement , dès qu'ils éprouvent
de la réſiſtance à l'eſpoir de féduire. On
1
(c) Les connoiffeurs de l'Art entendront ces ex
preſſions . Qu'importe les imputations de grands
mots de Jargon &c. balbutiées par l'ignorance ou
hazardées par la mauvaiſe foi.
८ albes asa a
190 MERCURE DE FRANCE .
entreverra les nuances fines de cette
affabilité ſouvent injurieuſe,juſques dans
ſes ſo upleſſes , & dans l'inſtant même où
l'intérêt la rend le plus careſſante. On obſervera
encore avec quelle juſteſſe l'Auteur
a marqué cette différence , délicate
à diftinguer , bien plus encore à rendre ,
mais qui exifte , entre le ton de converſation
de la Marquiſe & celui de la
Veuve.
Quoique l'opulence & la façon de vivre
confondent aujourd'hui le premier
état des Citoyens avec le ſecond , il y a
un certain caractère diftin&ifdans le ton
du premier , que nous fommes obligés
de convenir n'avoir prèſque jamais été
bien rendu au Théatre , ni avec autant
de vérité que dans cette petite Pièce.
Après ce caractère , un des plus diftingués
, pare fa nouveauté ſur la Scène ,
eft celui d'Agathe. Celle- ci eſt une vraie
Femme-de-chambre , telles qu'on les
voit , telles qu'on les entend dans les
maiſons de la ſociété. Ce n'eſt point une
Soubrette de Théâtre ; caractère factice ,
& qui , par convention , a été admis
contre la véritable , la grande , &peutêtre
la ſeule règle de la Comédie , qui eft
la vérité d'imitation . Pourquoi là plupart
des Soubrettes de MOLIERE nous
AVRIL. 1764. IGI
paroiſſent- elles fi différentes des Soubrettes
modernes , pour lesquelles les Auteurs
ont fait comme les Actrices qui les
- jouent , en les parant ſouvent plus que
les Maîtreſſes ? C'eſt que , par la révolution
des moeurs & des uſages de la fociété
, les Soubrettes ou Femmes-dechambre
du temps de MOLIERE , n'étoientpourle
ton que ce que font aujourd'hui
nos Servantes.AinfiMOLIERE peignoit
juſte. L'Auteur de la Veuve n'a pas
donné dans l'erreur de bien des Auteurs,
admirateurs , mais admirateurs aveugles
du grand MOLIERE'; c'est-à-dire , confondant
l'effetde ſon artavecles juſteſſes
de ſa pratique , & la ſagacité de ſon génie.
Ils reconnoiffent le ton de Servante
dans les Soubrettes de MOLIERE , ils
font des Comédies où ils prêtent ce
même ton aux leurs , & ils croyent imi
ter MOLIERE. Voilà l'abus. Ils copient
fes peintures , mais ils n'imitent point fa
méthode. MOLIERE aujourd'hui ne
donneroit pas le ton de Servante à fes
Soubrettes , mais celui de Femme-dechambre
, ainſi qu'a fait pour cette
Agathe, l'Auteur de la Veuve, qui paroît
avoir fenti cette vérité.
r.
ris
On peut eni dire autant des autres caractères
du Comique. Un Peintre qui ne
L
192 MERCURE DE FRANCE.
feroit que copier , ſans reſſemblance , la
façon d'ajuſter les Portraits familiere à
Rigaud , croiroit-il imiter ce Peintre?
Mais celui qui peindroit avec la même
touche & la même vérité les perſonnes
de ce temps , feroit un grandArtiſte.
Onnous pardonnera cette digreffion ,
en faveur de l'utilité dont elle peut être.
Il y a dans le caractère de la Veuve une
fingularité , qui vient du travers d'eſprit
où la conduit , ſans qu'elle s'en apperçoive
, une délicateſſe de ſentiment qui
féduit fa raiſon. Le contraſte de l'ardenr
du Chevalier , pour épouser une Maîtreffe
qui l'aime , de la tendreffe & de la
poffeffion même de laquelle il peut être
afſuré fans cet engagement , revient à
la définition que nous avons donnée de
l'action morale dans les Drames ; & il en
confirme la juſteſſe , par le jeu , par le
reffort qu'il produit dans cette Comédie.
En général , nous croyons que les Lecteurs
verront,comme nous,tous les caractères
de cette Pièce ; non comme on les
figure ordinairement , & plus ſouvent
encore comme on les déguiſe au Théâtre
, en prétendant les ajuster ; mais
comme ils font journellement ſous nos
yeux dans la Société. Il paroît que M.
COLLÉ s'eſt conduit d'après le même
principe
AVRIL. 1764. 193
S
1.
e
principe pour fon Dialogue. On y retrouve
toujours la Nature , & il fait difparoître
entièrement les moyens pratiques
de l'art. C'eſt ſur quoi il eſt de notre
devoir de prévenir quelques Lecteurs ,
trop accoutumés au ſtyle compaffé de
notre Théâtre , fi différent de la converſation
familière .
Il nous reſte à remarquer ce que
tous les Lecteurs ſentiront bien mieux
encore par eux- mêmes ; c'eſt la chaleur
de ſentiment qui règne dans cette Pièce ,
fur-tout dans les Dialogues entre la Veuve
& le Chevalier. Ce genre de mérite
(le premier de tous pour les Ouvrages
de Théâtre ) ſeroit encore bien plus fenfible
, s'il étoit ſecondé par le jeu des
mêmes Acteurs qui ſçavent ſi bien nous
émouvoir dans Dupuis & Defronais.
Nous avons appris que la Comédie de la
Veuve avoit été reçue , & qu'elle devoit
être jouée , ou à la fuite , ou dans le
même temps que cette autre Pièce; mais
que la défiance modeſte que M. COLLÉ
a toujours eue de ſon talent, l'a empêché
de,la faire repréſenter.
Nous espérons , & il y a lieu d'en
flatter les Amateurs du Théâtre , que
les ſuffrages non- ſuſpects qui lui reviendront
de ceux qui l'auront lue , nous
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
rendront le plaifir que ſon injustice contre
lui-même nous a trop long- temps
dérobé.
LE ROSSIGNOL ,
OU
LE MARIAGE SECRET ,
COMÉDIE en un Acte en Profe & en
Vaudevilles.
Deuxième Pièce du THÉAT RE DE
SOCIÉTÉ de M. COLLÉ.
SUJET.
LES perſonnages de ce Drame ſont M.
VARAMBON , Colonel de Huſſards , Père de CATHERINE
, laquelle eſt mariée ſecrettement
avec M. RICHARD , Homme de Robe. Un M.
de S. ALBON , Capitaine de Cavalerie auquel M.
VARAMBON veut donner ſa fille. Deux Valets.
POITEVIN , Valet de M. Richard , & PIERROT ,
Valet de M. S. ALBON.
La Scène est fur l'Esplanade de la Porte faint
Antoine , & fur le Boulevard , vis-à-vis de la
maison de M. Varambon.
Après un Monologue très-court , Catherine ,
mariée ſecrettement à Richard , lui apprend que
Varambon ſon Père veut lui faire épouler S. Al
AVRIL . 1764 . 195
bon. Ce Rival ſurprend Richard dans ſon inquiétude
, il le plaiſante , & Richard ſe retire de mauvaiſe
humeur. S. Albon informé par ſon Valet
Pierrot , des rendez vous nocturnes de Richard ,
prend la réſolution de ſe venger de Catherine ,
quoiqu'il affecte un air d'indifférence & de Petit-
Maître avec un ton fingulier qui ne peut ſe bien
faire ſentir , que dans la Piéce même. Il joint à
la promenade le père & la fille. Il la perfiffie fur
fon goût pour le chant du Roſſignol. Catherine
rend à S. Albon des ſarcafimes qui font taire
fon perfifflage. Ilſe pique , & les quitte en chantant
d'un air ironique. Le Père fait d'aigres reproches
à Catherine ſur l'intempérance de ſes
bons mots. Elle en prend occaſion d'avouer toute
fon averſion pour S. Albon & ſon inclination
pour Richard. Varambon entre en fureur ſur la
ſeule propoſition d'avoir pour gendre un homme
de Robe. Cela redouble l'embarras de Catherine.
Son Père veut rentrer à la maiſon avec
elle que l'on ſe couche & que l'on dorme.
Nous ne pouvons nous refufer à donner une
idée à nos Lecteurs du ton de plaifanterie qui
régne dans tout cet Ouvrage, par celle- ci , que
nous promettons uniquement de tranſcrire. Sur
ce que Catherine dit , d'un ton chagrin , que
pour elle , elle ne dormira pas ; ſon Père replique
en courroux & avec menaces : Vous ne
dormirez pas ! moi , morbleu , je veux que
vous dormiez .... Dormez , Mademoiselle , ou
vous aurez a faire à moi. Je veux qu'on dorme
chez moi. Je veux être obei , corbleu. Le Père
& la Fille entrent dans la maiſon. S. Albon
revient , ſe cache , & voit monter au Balcon de
Catherine ſon mari Richard qu'il croit n'être que
ſon Amant. Le Valet de Richard eſt ivre , ce
,
...
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
qui produit une Scène fort plaiſante dans cette
conjoncture. Auſſitôt que ce Valet eſt retiré , S.
Albon fait placer la même échelle au pied du
Balcon . Il y monte à l'aide d'une barre de fer
que ſon Pierrot lui tend , il ferme la fenêtre
en dehors de façon qu'on ne puiſſe l'ouvrir par
dedans. C'eſt le ſeul endroit par où Richard
doit fortir , Varambon enfermant ſa fille tous
les foirs dans ſa chambre. S. Albon & Pierrot
imitent le chant des oiſeaux & avec lesquels ils
accompagnent des chansons de plaiſanterie fur
la priſe du Roffignol , Catherine & Richard entendent
à la fin ce bruit. On doit juger de leur douleur
& de leur embarras. Ils implorent longtemps
envain la clémence de S. Albon . Il eſt
inéxorable. Cependant traitant l'affaire militairement
, il propoſe à Richard , qu'il qualifie de
Gouverneur , une capitulation honnête , s'il veut
rendre la place. Le mariage ſecret ne permet
pas d'accepter la capitulation. Alors S. Albon
en vainqueur qui mépriſe ſa conquête , délivre
les Prifonniers ſans rançon & fans condition.
Dans le temps qu'il deſcend du Balcon & que
Catherine lui dit avec reconnoiffance de prendre
garde de ſe bleſſer. Varambon qui a entendu
du bruit , fort l'epée à la main ; il croit que
S. Albon étoit en rendez-vous dans la chambre
de ſa fille ; il l'attaque , celui-ci ſe défend.
Ils font ſeparés par les deux Valets qui ſurviennent.
L'imbroglio s'éclaircit. Le mariage clandeſtin
ſe déclare. Le Père , dans ſa rage , conſent
à le ratifier , mais il ne veut jamais voir
ſon gendre ni ſa fille. On entre dans l'eſpoir
de l'appailer. S. Albon termine la Piéce par
une ſcène très-courte avec ſon valet Pierrot ,
dans laquelle en riant de ce mariage , il fouAVRIL.
1764. 197
:
tient & confirme le caractère dans lequel nous
l'avons annoncé .
REMARQUES.
En lifant cette Pièce il nous a paru que
l'Auteur n'avoit pris qu'une idée très-légère
de fon Sujet, dans le conte du Roffignol
; l'invention de ſa Fable comique
lui appartient preſqu'en entier , tous les
incidens font de fon imagination .
Indépendamment de la forme du Dialogue
, prèſque tout en vaudevilles , ce
Drame différe totalement de la Comédie
précédente & par la nature du
Sujer , & par le genre de l'action . Ici
c'eſt un des exemples de cette forte
d'action , que nous avons hazardé de
nommer phyſique ou matérielle : l'intrigue
, les incidens , les événemens imprévus
, le mouvement local des Perſonnages
, font les refforts qui font marcher
la Piéce , qui la conduisent à fon
dénouement , & qui distinguent cette
action de celle que nous avons remarquée
dans Dupuis & Defronais , &
dans la Veuve , que nous croyons diſtinguer
le mieux , l'action phyſique de
Paction morale dans le dramatique , eſt
lor ſque tous les incidens ſont ſous les
yeux du ſpectateur ; c'eſt précisément
I iij
18 MERCURE DE FRANCE.
ce qui arrive dans la Piéce du Roſſignol.
Aucune des actions , aucune des démarches
des Acteurs , utiles à la marche du
Drame , n'eſt ſouſtrait de la Scène. La
ſérénade fingulière que S. Albon donne
aux époux clandestins & leur fut
priſe, forment une Scène qui ſemble devoir
être très-théâtrale & très - piquante
à la repréſentation. C'eſt auſſi l'effet
que des gens de goût , qui ont vù
jouer cette Pièce ſur des théâtres particuliers
, nous ont aſſuré qu'elle produifoit.
L'action du dénouement , très -naturellement
amenée , comme on a pû voir
dans la légère eſquiſſe que nous venons
d'en tracer , eſt d'une chaleur& d'une
vivacité qu'il est très- rare de trouver, &
cette vivacité ſe ſoutient jusqu'à la fin
lorſque l'Imbroglio s'éclaircit : circonftance
néceſſaire mais ordinairement languiffante
dans nos meilleures Comédies.
Dans cet Ouvrage amuſant il y a.des
caractères que ne peut faire connoître
une fimple notice du Sujet. Ils font tous
dans la nature , & d'une vérité que l'on
ne peut méconnoître , quoique d'une
fingularité fort piquante. Celuidu vieux
Militaire , père de Catherine , qui ne
veut marier ſa fille qu'à un homme de
ſon état , eſt aſſurément d'un vrai inconteftable
; ainſi que ſes principes fur
THEQUE DE
AVRIL. 1764 .
ON
LLE
l'autorité paternelle & fa manière de la
tourner en une eſpéce deſpotiſme Lie
caractère de S. Albon a un coin de
fingularité tout neuf. Sa fatuité & fa
façon de procéder avec les femmes ,
font des objets qui n'avoient point encore
été préſentés ſous cette face au
Théâtre . Ce caractère tel qu'il eſt
donné , quoique fingulier , n'en eſt pas
moins dans la Nature.
و
Tous les incidens , comme nous l'avons
remarqué , & comme le remarqueront
ceux qui liront la Pièce , ſont naturels
, & n'ont rien de forcé ; pas même
celui d'un Amant heureux & favorifé ,
berné , pour ainſi dire , & expofé à la
rifée par celui qui n'eſt pas aimé , &
qui n'eſt pas fait pour l'être. C'eſt une
des fingularités qui diftingue ce Drame ,
fans néanmoins l'écarter des Loix du bon
Comique. Tous ces incidens ont leurs
principes dans les caractères de Saint-
Albon & de Varambon, & ces caractères
eux-mêmes font dans la Nature .
Toutes ces confidérations ne nous autoriſent-
elles pas ſuffiſamment à avancer
que cette Pièce (d'un genre tout différent
de celui de la Veuve ) , réunit deux
points difficiles , & cependant eſſentiels
pour conftituer la VÉRITABLE COMEI
iv
200 MERCURE DE FRANCE.
DIE ; ſavoir , la VRAISEMBLANCE
DES ÉVÉNEMENS ET LA VÉRITÉ DES
CARACTÈRES.
Il nous reſte deux obſervations à
faire , l'une ſur le Dialogue , & l'autre
fur le tour des Couplets. Le Dialogue
nous a paru ferré , & avoir la précifion
propre à foutenir la chaleur théâtrale.
Les couplets en général ſont d'autant
plus foignés , qu'ils ont cet air de facilité
qui ſeul peut- être puiffe raifonnablement
s'adapter au Comique , & entrer &
ſe produire fur la Scène,fans la défigurer.
Tel étoit le genre de ce qu'on appelloit
parmi nous l'Opéra-Comique , enfant de
la gaîté , père de l'enjouement & de la
fatyre fpirituelle. C'eſt ce que vient d'éclipſer
de nos jours l'Opéra-Bouffon ou
Comédie mêlée d'Ariettes. Ce n'eſt ni
la partialité , ni la prévention , qui nous
dictent les regrets que nous laiſſons quelquefois
échapper fur nos pertes .
L'Auteur du Roffignol nous permettra
, avant de finir , un reproche ſur le
trop d'eſprit , ſur le tour de plaiſanterie
du ton des meilleures ſociétés ,que nous
avons cru remarquer dans quelques couplets
du Pierrot. Ce Perſonnage , fur
notre ancienne Scène & dans nos idées ,
ne comporte pas autant de fineſſe. Au
reſte , l'objet de ce reproche tournera au
AVRIL. 1764. 201
profit des Lecteurs de la Pièce. Elle n'en
devient par-là que plus agréable. Eh
bien ! ceci , par exemple eſt un défaut
dans lequel on ne peut tomber en compoſant
des Opera-Bouffons ou des Comédies
à Ariettes. La Nature même &
le genre propre de ces Drames , en garantiffent
néceſſairement , non - feulement
pour les rôles de Valets , mais auffi
pour ceux des Maîtres & des Maîtres les
plus diftingués .
و
N. B. Nous préſumons que lorſque
l'Eſſai du Théâtre de Société , dont nous
venons de rendre compte , fera plus gé
néralement connu , M. COLLÉ fera
pour ainſi dire , forcé de furmonter fes
défiances pour en donner la fuite. Nous
devons l'y exhorter d'autant plus vivement
, que des gens d'un goût für &
diftingué ont beaucoup applaudi d'autres
Pièces de ce même Théâtre , encore plus
piquantes que celles - ci , & qui reſtent à
imprimer.
La Veuve & le ROSSIGNOL Se
vendent à Paris , chez Duchesne , au
Temple du Goût. Le prix de la première
Pièce est de 24f. celui de lafeconde , 30
fols avec la Musique.
:
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
SUPPLÉMENT aux Annonces de
Livres.
L
,
A vente à l'amiable que le ſieur
Hochereau , Libraire , quai de Conti ,
avoit annoncée il y a trois ſemaines
n'ayant pas eu tout le ſuccès qu'il en
avoit attendu , faute de n'avoir pas eu le
temps de donner un petit Catalogue des
principaux Articles qui s'y trouvoient ; il
ſe flatte que l'on recevra avec plaifir la
note ci-après de ceux qui lui font reſtés ,
&qu'il offre encore aux mêmes prix .
LIVRES ANGLOIS,
EUVRES de Pope , y compris l'Iliade & l'Olyſſée ,
en 20 vol. in- 80. grand papier , belle édition en
maroquin .
OEuvres de Jonathan Swift , in- 8º. 12 vol. grand
papier , brochés .
Portraits des Hommes Illuſtres d'Angleterre ,
I vol. in fol. très-grand papier , maroquin .
Ruines de Palmire &de Balbec , 2 vol. in- fol,
reliés en carton .
Voyages en Egypte & en Nubie, de Norden ,
2vol in- fol. grand papier avec figures , reliés
en carton.
Journal de la Chambre des Communes de Londres
, depuis 1547 juſques & compris 1757,
avec l'Index , 28 vol in-fol .
Hiſtoire des Inſectes de Swammerdam, avec figur .
1 vol. in- fol . relié .
AVRIL. 1764 . 203
Deſcription de la Cathédralede Cantorbery en
York , I vol. in-fol . broché , avec figures.
' LIVRES ITALIENS ,
ET AUTRES.
HISTORIA d'Italia di Guiecardini , 2 vol . in- fol.
grand papier , reliés .
Annali di Italia di Muratori , Milano , 1744 ,
15.vol. in- 4º. reliés.
Opere di Torquato Taſſo , Venetiis , 1722 , 12 .
vol . in-40, reliés .
Euripide Grec & Italien , in-8 ° . 12 vol. reliés .
Suidæ Lexicon Græcè & Latinè 3 vol. in- fol.
Homere Grec , édition de Glaſcow , in- fol. 2 vol.
reliés .
Rumphii Herbarium , Amboinense , 6 vol. in fol .
Amſterlædami , 1710.
Les Fables de la Fontaine du plus grand papier papier,
avec de très-bonnes épreuves , 4 vol. in-fol.
brochés.
SUPPLÉMENT à l'Article des Arts.
L'ESTAMPE de Mile CLAIRON , gravée d'après
le beau Tableau de M. Vanloo , premier Peintre
du Ror , parMM. Cars & Bauvarlet , & imprimé
par le Sr Beauvais , fur le plus grand papier
Grand-Aigle , ſera miſe en vente au plus tard ,
dans trois mois. Le tirage en ſera peu conſidérable,
& le prix de 24 liv. La ſupériorité connue des
Talens du Peintre & des Graveurs , ne laiſſe pas
douter de celle de l'exécution d'une Eſtampe
depuis longtemps attendue par les Amateurs des
Arts & du Théâtre , &dont S. M. a daigné gratifier
cette Actrice vraiment célébre .
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
1 ARTICLE VI.
SUITE des Nouvelles Politiques
du mois de Mars.
De MARSEILLE , le 3 Février 1764 .
LES différends qui s'étoient élevés entre notre
Nation & la Régence d'Alger viennent d'être
heureuſement terminés par les ſoinsdu Chevalier
de Fabry, Commandant l'Eſcadre du Roi & da
fieur Valliere , Conſul de la Nation auprès de
cette Régence. Par cet arrangement la bonne
intelligence ſe trouve rétablie d'une manière
avantageuſe & folide.
De ROCHEFORT , le 4 Février 1764.
On a lancé derniérement à l'Eau le Vaiſſeau
la Ville de Paris , de quatre- vingt-douzecanons .
Le ſieur de Kerlerec , Gouverneur de la Louifiane
, dont il eſt de retour ici avec toute fa famille
, eſt arrivé avec le Marquis de Fremur ,
Colonel du Régiment d'Angoumois , qui , en
1762, paſſa à la Louifiane en qualité de Commandant-
Général des troupes ,& à qui le mauvais
état de ſa ſanté n'a pas permis de ſuivre
ſon Régiment à S. Domingue. Le ſieur de Kerlerec
fut reçu avec beaucoup de diſtinction par le
Gouverneur & les principaux Officiers de cette
Place.
Le
De PARIS , le 17 Février 1764 .
19 du mois dernier , le Premier Préſident
AVRIL. 1764. 205
i
& deux Préſidens du Parlement ſe ſont rendus á
Verſailles & ont eu l'honneur de préſenter à
Sa Majesté les remontrances qui avoient été arrêtées
le 18 .
,
Le 21 le Roi a envoyé à ſon Parlement
une Déclaration qui a été enregiſtrée le même
joux , & par laquelle Sa Majesté ordonne que
Sa Déclaration du 21 Novembre dernier ſera
éxécutée ſelon ſa forme & teneur , impoſe un
filence abfolu ſur ce qui s'eſt paflé juſqu'à préſent
relativement aux objets qui ont donné lieu
à ſadite Déclaration , & fait défenſes à toutes
perſonnes , fans exception , même ſes à Procureurs-
Généraux , de faire & continuer aucunes
pourſuites à ce ſujet pour quelque cauſe &
ſous quelque prétexte que ce puille être.
,
Le Comte de Colloredo , Lieutenant-Général
au ſervice de Leurs Majestés Impériales & Royale ,
eſt arrivé ici de Bruxelles , & a été préſenté à Verfailles,
au Roi & à la Famille Royale par le Comte
de Starhenberg , Ambaſſadeur de la Cour de
Vienne.
L'Impératrice de Ruſſie , voulant reconnoître
les foins que le Sieur Morand , de l'Académie des
Sciences& de celle de Chirurgie, s'eſt donnés pour
procurer à la Chancellerie de Médecine de Peterſbourg
une belle collection de Piéces d'Anatomie
, d'inſtrument de machines employés en
Chirurgie , &c. Sa Majesté Impériale a chargé
le Prince de Gallitzin , ſon Miniſtre Plénipotentiaire
en cette Cour de remettre au ſieur
Morand une ſuite de Médailles d'or &d'argent
de toutes les grandeurs , qui ont été frappées
àl'occaſion de ſon avénement au Trône.
On écrit de Pétersbourg que l'Académie Impériale
des Sciences de cette Ville a admis
206 MERCURE DE FRANCE.
nombre de ſes 'Membres le ſieur Delalande , de
l'Académie Royale des Sciences.
On a appris de Berlin , que le Roi de Pruſſe
avoit déſigné pour un des Aſſociés Etrangers de
fon Académie , le Chevalier de Jaucourt , Membre
de la Société Royale de Londres , & de l'Académie
de Stockolm , connu par différens Ouvrages
de Science & de Littérature .
Le 28 du mois dernier , là Jurisdiction Confulaire
de Paris , aſſemblée avec les différens Corps
de Communautés des Marchands de cette Ville , a
élu , ſuivant l'uſage, par la voie du Scrutin , les
Juge & Confuls qui exerceront pendant le cours
de cette année : le ſieur Darlu , Ecuyer , ancien
Echevin & du Collége des anciens Confuls , du
Corps de la Mercerie , a été nommé Juge ; le Sieur
Vaudichon fils , du Corps de la Pelleterie , premier
Conful; le Sieur Hérillant , Imprimeur du Cabinet
du Roi , du Corps de la Librairie , lecond Conful
; le Sieur de la Voye - Pierre , du Corps de l'Epicerie
, troiſième Conful ; & le Sieur de Haynault
, du Corps de l'Orfevrerie, quatriéme Conful.
Les obſtacles qui ont ſuſpendu juſqu'ici l'exécution
de la Gazette Littéraire de l'Europe ,
ayant ceffé, la première feuille de cet Ouvrage
périodique paroîtra le premier Mercredi du mois
deMars prochain. On ſuivra le plan & la forme
annoncés dans le Profpectus. Le prix de la Soufcription
fera comme on l'a dit, de 24 liv. par an ,
papier ordinaire : & de 30 liv papier plus grand &
plus fin . On aura ſoin d'affranchir le port de l'argent&
des lettres . On ſouſcrira , pour les Provinces
, au Bureau Général de la Gazette de France ,
rue neuve S. Roch & pour Paris , au Bureau des
Galleries du Louvre. On s'adreſſera , quant à la
partie Littéraire , à l'Abbé Arnaud , de l'Académie
AVRIL. 1764 . 207
Royale des Inſcriptions & Belles-Lettres , & au
Sieur Suard, chargés de la Rédaction &de la Direction
Générale de l'une & l'autre Gazettes .
Le trente-ſeptième Tirage de la Loterie de
l'Hôtel-de-Ville s'eſt fait le 24 Janvier , en la ma.
nière accoutumée. Le lot de cinquante malle livres
eſt échu au numéro 99841 , celui de vingt mille
livres au numéro 90333 , & les deux de dix mille
livres aux numéros 89092 & 89598 .
Le 6 Février , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire. Les numéros , fortis de la Roue
de fortune , font 37 , 87,73 , 64 , 27. Le prochain
Tirage ſe fera les Mars.
MARIAGE.
Le 28 Janvier , on célébra dans l'Egliſe Paroif
fiale de S. Louis à Verſailles, le Mariage du Comte
deGraffe avec Demoiselle Accaron. La Bénédiction
nuptiale leur fut donnée, en préſence du
Sieur Barette, Curé de laParoifle, par l'Archevêque
d'Alby.
SERVICES.
Le to Février, on célébra dans l'Egliſe Paroiffiale
de Notre-Dame a Verſailles , un Service pour
feueMadame Henriette de France; la Reine y alfifta
, ainſi que Monſeigneur le Dauphin , Madame
Adélaïde , & Meſdames Sophie& Louiſe.
Le 11 , on célébra , avec les cérémonies accoumées,
le Service annuel fondé par le Roi dans
l'Abbaye Royale de S.Denis en France pour feue
Madame Henriette L'Evêque de Meaux , premier
Aumônier de cette Princeſſe y aſſiſta , ainſi que la
Ducheſſe de Beauvilliers , Dame d'Honneur , le
Baron de Montmorency , Chevalier d'Honneur ,
le Marquis de Lhôpital , premier Ecuyer,& les au
208 MERCURE DE FRANCE.
tres Dames & Officiers de la Maiſon de feue Madame.
MORT S.
Charles -Alexandre le Filieul de la Chapelle ,
Evêque de Vabres , Doyen des Evêques de France ,
Abbé Commendataire de l'Abbaye Royale de S.
Pierre , Ordre de S. Benoît , Diocèſe de Châlonsfur-
Saône , eſt mort à la Chapelle en Normandie ,
le 8 Février , âgé de quatre-vingt-huit ans.
Louis- Armand de Gironde , Baron de la Vaur ,
eſt mort dernièrement en ſon Château de la
Vaur , Diocèſe de Sarlat, dans la cent-quatriéme
année de ſon âge : il montoit encore à cheval,
alloit journellement à la chaffe , & eft mort d'une
chûte.
Marie-Anne-Joſephine- Félicité-Barbe . Comteffe
d'Arco , Epouſe de Maximilien-Emmanuel-
François, Comte d'Eyck & du S. Empire, Chevalier
de l'Ordre de l'Aigle Blanc , Conſeiller d'Frat
Actuel Intime de l'Electeur de Baviere & fon Envoyé
Extraordinaire auprès de Sa Majesté , eſt
morte en cette Capitale , le 6 de ce mois , âgée de
vingt- trois ans. Elle étoit fille d'Antoine Félix ,
Comte d'Arco , Conſeiller d'Etat Actuel de Leurs
Majeſtés Impériales & Royale , Grand Chambellan
de l'Archevêque- Prince de Salzbourg ; & de
Joſephine , Comteſſe d'Arco , née Comteſſe de
Hardegg.
NOUVELLES POLITIQUES
du mois d'Avril.
De PETERSBOURG , le 9 Mars 1764.
Le Prince d'Anhalt Coëthen , Maréchal de
Camp au ſervice de Sa Majefté Très-Chrétien
AVRIL. 1764 . 209
ne , eſt parti d'ici , le 20 du mois dernier , pour
ſe rendre en France. Sa Majeſté Impériale lui
a fait préſent d'une boëte enrichie de brillans
& ornée de ſon portrait , indépendamment d'un
beau diamant & de quinze mille roubles.
De COPPENHAGUE , le 10 Mars 1764.
Henri Schultz , Méchanicien , a imaginé une
pendule pour déterminer les longitudes tant fur
terre fur mer : il propoſe aux Nations qui ont
promis des prix pour la découverte des longitudes
, de faire l'épreuve de cette pendule pendant
fix mois.
De VIENNE , le 3 Mars 1764 .
La Cour a déſigné le Comte de Dietrichſtein ;
pour aller annoncer à la Cour de France, la nouvelle
de l'élection du Roides Romains .
D'OSNABRUCK , le 1 Mars 1764.
Le 27 du mois dernier , le Prince Frédéric , Fils
puîné du Roi d'Angleterre, Electeur d'Hanowre ,
fut élu d'une voix unanime Evêque & Prince de
cette Ville.
De DRESDE le 18 Mars 1764 .
On apprend de Warſovie ,que la diviſion & le
trouble ſubſiſtent toujours dans les diſtricts , où
il y a eu Sciffion; mais juſqu'à préſent ces querelles
n'ont pas été auſſi meurtrieres qu'on pouvoit le
craindre. On compte qu'il n'y a pas eu dix hommes
de tués , quoiqu'il y ait eut plus de cent mille
coups de fabre donnés dans les Dićtines.
Le Comte de Marainville, Brigadier des Armées
de Sa Majesté Très- Chrétienne , qui a été employé
pendant toute la guerre dernière aux Armées
Impériales , vient d'obtenir du Roi fon Mat-
1
1
210 MERCURE DE FRANCE.
ere la permiſſion d'entrer au ſervice de notre Electeur
avec le grade de Lieutenant-Général & de
Quartier-Maître Général de l'Armée Saxone.
De LISBONNE , le 25 Janvier 1764.
Le Chevalier de Saint Prieſt , Miniſtre Pléniposentiaire
de France , a eu le 17 de ce mois , fes
premières audiences de Leurs Majestés & de la
FamilleRoyale.
De MADRID , le 21 Février 1764.
Dans la nuit du 15 , le Roi & toute la Famille
Royale , ainſi que le Comte de Roſemberg , qui
avoit fait la veille la demande de l'Infante Dona
Marie Louiſe , & qui repréſentoit Leurs Majestés
Impériales & Royale, fignerent les Articles de
Mariage de l'Infante avec l'Archiduc Leopold.
La Cérémonie du Mariage ſe fit le lendemain.
Le Prince des Afturies donna la main à l'Infante
au nom de l'Archiduc- Léopold , le Cardinal de
la Cerda y San- Carlos , Patriarche des Indes ,
donna la bénédiction Nuptiale , le Comte de
Roſemberg , le Nonce du Pape les autres Ambaſſadeurs
& Miniſtres Etrangers , & tous les
Grands du Royaume , afſiſterent à cette Cérémonie.
Le Comte d'Egmont , Lieutenant-Général
des Armées de Sa Majesté Très-Chrétienne ,
a été compris parmi les Chevaliers de la Toifon
d'Or que Sa Majesté Catholique a créés à l'occafion
de ce Mariage.
De LONDRES, le 21 Février 1764 .
Le Sieur Garnot, Juge de Paix , le même qui
voulut faire arrêter le Sieur de la Condamine , *
*
Voyez l'Art. des Nouv . Polit. du 1. Mercure
deJuillet 1763.
:
AVRIL. 1764. 211
au mois de Mai dernier , a été deſtitué de fon
emploi par autorité ſur la requête de ſes propres
confreres.
On mande de Briſtol que , le II de ce mois ,
la marée commença à monter une heure trois
quarts plutôt qu'à l'ordinaire , & qu'après avoir
deſcendu , elle remonta une ſeconde fois . Le même
jour dans la riviere de Saverne à quelques
milles de Gloceſter , la marée ne monta qu'une
demi-heure plutôt que de coutume. Quelques
perſonnes ont ſuppoſé qu'un tremblement de terre
pouvoit être la cauſe de ce Phénomène fingulier.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c .
De VERSAILLES , le 31 Mars 1764 .
LE 14 du mois dernier , le ſieur de Packelbel
, Miniſtre du Duc de Deux- Ponts , fut préſenté
au Roi , à la Reine & à la Famille Royale
en qualité de Miniſtre du Landgrave de Heile-
Catiel.
Le 25 , le Comte de Fuentes , Grand d'Efpagne
, Ambafladeur Extraordinaire de Sa Majetté
Catholique , a eu une audience particulière
du Roi , à qui il a préſenté ſes Lettres de créances
: il a été conduit à cette Audience , ainfi
qu'à celles de la Reine & de la Famille Royale,
par le fieur Durfort , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le même jour , les cinq Députés du Parlement
de Toulouſe , qui avoient été imandés par le Roi
furent préſentés à Sa Majeſté par le Comte de
212 MERCURE DE FRANCE.
S. Florentin , Miniſtre & Secrétaire d'Etat ayant
le Département du la Province de Languedoc ,
& conduits par le Marquis de Dreux , Grand-
Maître des Cérémonies. Le Roi les reçut dans
fon fauteuil en préſence de ſes Miniſtres & de
ſes Grands Officiers , & leur permit de lui faire
les repréſentations dont ils avoient été chargés
par leur Compagnie.
Le Premier Préſident de Paris s'eſt rendu ici
le 4 de ce mois , accompagné des Préſidens d'Aligre
& d'Ormeſſon & a remis au Roi les
Remontrances de fon Parlement qui avoient
été arrêtées le 3 à l'Affemblée des Chambres.
Les huit Députés du Parlement de Rouen ,
qui avoient été mandés par le Roi , furent préſentés
, le 10 , à Sa Majesté par le ſieur Bertin
, Miniſtre & Secrétaire d'Etat ayant le Département
de la Province de Normandie , &
conduits par le Marquis de Dreux , Grand- Martre
des Cérémonies. Le Roi les reçut dans ſon
Fauteuil en préſence de ſes Miniſtres & de ſes
Grands- Officiers , & leur permit de lui faire les
repréſentations dont ils avoient été chargés
Far leur Compagnie.
Le 25 du mois dernier , l'Archevêque de
Rheims , Grand Aumonier de France , facra
danslaChapelledu Château, les Evêques de Sain .
tes & de Gap. L'Evêque d'Autun , Premier Aumônier
du Roi , l'Evêque de Meaux , Premier
Aumônier de Madame Adelaide , ſervirent d'Affiltans.
Hier, pendant la Meſſe du Roi , les Evêques
de Saintes & de Gap prêterent ferment entre
les mains de Sa Majeſté. Le Vicomte de
Choiſeul , Brigadier des Armées du Roi , l'un
des Menins de Monſeigneur le Dauphin & Fils du
Duc de Praſlin, eſt déſigné pour aller , de la part
AVRIL . 1764. 2.13
de Sa Majesté, complimenter à Vienne Leurs MajeſtésImpériales
& Royale , ainſi que le furur Roi
des Romains , ſur ſon Election & ſon Couronnement.
Le 25 du mois dernier , Leurs Majestés & la
Famille Royale ont figné le Contrat de Mariage
du Duc de Fronſac , Premier Gentilhomme de
la Chambre du Roi en ſurvivance , avec Demoiſelle
d'Hautefort ; le 26 celui du Vicomte
de Gouy d'Arſy , avec Demoiselle de Beaumois ;
& le 4 de ce mois , celui du Vicomte de Belſunce ,
avec Demoiſelle de la Live d'Epinay.
La Comteſſe de Graſſe , fut préſentée à Leurs
Majeſtés , le 26 du mois dernier , par la Vicom ;
teiſe de Caſtelane.
Le 25 de ce mois , la Princeſſe de Beauvau fut
préſentée au Roi & à la Reine par la Maréchale
de Mirepoix , & prit le tabouret en qualité d'épouſe
d'un Grand d'Eſpagne. Le lendemain , la
Ducheſſe de Fronſac fut préſentée à Leurs Majeſtés
& à la Famille Royale par la Comteffe
d'Egmont , & prit le tabourer. Le même jour ,
la Marquiſe de Sorem fut auſſi préſentée à Leurs
Majeſtés par la Comteſſe de Marfan .
Le 11 de ce mois , le Bailli de Froullay , Ambaſſadeur
de Malte offrit au Roi les faucons ,
dont l'Ordre de Malte fait préſent à Sa Majeſté .
Il préſenta en même temps au Roi le Chevalier
de Belmond , qui avoit été chargé par le Grand-
Maître de l'Ordre , de porter ces faucons en
France.
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain .
214 MERCURE DE FRANCE .
AVIS.
LE Sieur SAVOYE , Valet-de- Chambre de M.
le Bailli de Fleury , donne avis au Public qui
a reçu de Malthe , de l'eau de Fleur d'Orange
double , faite avec de la Fleur d'Orange- Bigarrade
, ce qui rend cette Eau de la première
qualité. Il la vend 6 liv . la Bouteille de pinte.
I demeure rue de la Ville-Lévêque , Fauxbourg
Saint Honoré , N. 9. L'on peut lui écrire par la
petite Poſte, il ſe charge de l'envoyer.
ERRATA
A la page 116 du premier Volume d'Avril , au
lieu de M. Dupin , liſez M. Dupuy.
J'AI
APPROBATIΟ Ν.
'AI lu , par ordre de Monſeigneur le Vice-Chancelier
, le Mercure du ſecond volume d'Avril
1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher
l'impreſſion. AParis, ce 14 Avril 1764.
GUIROY.
TABLE DES ARTICLES .
PIÉCES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER .
SUITE de l'Histoire raiſonnée des Diſcours
de Cicéron .
Pag.s
AVRIL. 1764. 215
VERS ſur la Tragédie d'Olimpie. 25
MADRIGAL , a Madame de *** .
VERS à Madame de S.
17
1.8
IMPROMPTU . 19
VERS a Mile DE... ibid.
LE ROSIER , Allégorie. 20
VERS à une Belle incrédule . 23
Le Bal de l'Opéra , Anecdote qu'on prendra
pour un Conte. ibid.
VERS à une jeune Demoiselle. 32
AUTRES à deux jeunes Demoiſelles. ibid.
PROVERBES . 33
A Madame D... ſous le nom de Constance.
A Madame ****.
36
ibid.
PARADOXE Littéraire ſur les Rois de France
appellés Fainéans. 37
EPITRE à M. le Comte de M.... 41
TRADUCTION libre d'un Extrait de l'Idylle
de Mofchus , ſur la mort deBion ſonMaître.
42
VERS à une jeune Dame , &c. 46
SUITE des Lettres à Sophie. 47
ÉNIGMES. $3 & 54
LOGOGRYPHES . 54 & 55
CHANSON. 56
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LETTRE à M *** , ſur le gage de bataille ,
en Normandie.
FAMILLES des Plantes , par M. Adanfon .
ÉCOLE de Littérature .
ÉLÉMENS de Fortification , par M. le Blond.
L'INOCULATION de la Petite-Vérole renvoyée
à Londres , par M. *** , Docteur
en Médecine.
ANNONCES de Livres. L
57
69
84
95
105
110 &fuiv,
216 MERCURE DE FRANCE.
ART. III . SCIENCES ET BELLES- LETTRES .
ACADÉMIES .
ASTRONOMIS .
LETTRE à M. de la Place , ſur l'Eclipſe du
premier-Avril. 147
MÉDECINE .
LETTRE au même , ſur le Ver Solitaire.. ISO
ÉCOLE Royale Vétérinaire. 155
BOTANIQUE. 160
ART. IV . BEAUX - ARTS ,
ARTS UTLIES .
DISTILLATION . 162
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE . 164.
ART. V. SPECTACLES.
SUITE des Spectacles de la Cour à Verſailles. 166
SPECTACLES de Paris. Opéra. 168
COMÉDIE Françoiſe. 172
DISCOURS pour la clôture du Théâtre François.
174
Barthe..
EXTRAIT de l'Amateur , Comédie , par M.
-177
COMÉDIE Italienne. 181
CONCERT Spirituel.
SUPPLÉMENT à l'Article des Spectacles.
SUPPLÉMENT à l'Article des Arts .
ART. VI . Nouvelles Politiques de Mars.
182
183
203
204
THEQUE DR

LYON
*
VILLE
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY ,
rue& vis- à- vis la Comédie Françoiſe.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le