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MERCURE
DE FRANCE,
DÉDIÉ AU ROI.
MARS. 1364.
Divcrfitc > c'cft nui dcvifc. La Fontaine.
Avtc Approbation & PrMigc du RoiB
rue du Hurepoix. Comédie Françoife. R AU LT , quaideConti.
CH ES N E»rtie Saine Jacques. CAILLEAU»rne Saine Jacques. C HL LOT, grande Salle du Palau/
A KERTISS EMENT.
T. E Bureau du Mercure efl che^ M. LvrTON , Avocat , Greffier Commis au Greffe Civil du Parlement , Commis au recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne, Butte Saint Koch , à coté du Sellier du Roi.
C'ejï à lui que l’on prie d'adreffer , francs de port, les paquets & lettres , pour remettre , quant à la partie littéraire y à M. De LA P LACE , Auteur du Mercure.
Le prix de chaque volume efi de 36 fols y mais l'on ne payera d’avance , en s'abonnant, que 14 livres pour fei^e volumes y à raifon de 30 fols pièce.
Les perfonnes de province aujquelles on enverra le Mercure par la pofte , payeront pour fei^e volumes çfz livres d’avance en s'abonnant, & elles les recevront francs de.port.
Celles qui auront d’autres voiesqut la Pojle pour le faire venir y & qui prert dront les frais du port fur leur comp- te y ne payeront comme à Paris , qu’à raifon de 30 fols par volume , c’ejt-à- dire, Z4 liv. d’avance ,en s’abonnant four fei^e volumes.
Aij
Les Libraires des provinces ou des pays étrangers » qui voudront faire venir le Mercure , écriront à l’adreffe ci- défiés.
On fupplie les personnes des provinces d’envoyer par la pojle , en payant le droit, leurs ordres, afin que le paye- z ment en fait fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis , refieront au rebut.
On prie les perfonnes qui cnvoyenl des Livres, Efiampes & Mufique à annoncer > d’en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Pièces tirées des Mercùres & autres Journaux , pat M. De LA P la CE , fe trouve aulfi au Bureau du Mercure. Le format, le nombre de volumes & les conditions font les memes pour une année^Jl y en a juf- qu’à préfent cent quatre vol. Une Table générale, rangée par ordre des Matières, fe trouve à la fin du foixante-douziéme.
MERCURE
DE FRANCE.
MARS. 1764.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
SUITE de l'Hiftoirc raifonnèe des D if cours de ClCÊRON.
Premier, fécond Ê’ troifiéme Difcours contre la Loi AGRAIRE, propofée parSERVILIUS RuLLUS, Tribun du Peuple.
Les entreprîtes des mauvais Citoyens, contre l’Etat ne font jamais plus dan- A Üj
6 MERCURE DE FRANCE, gereufes , que quand ils ont l’adreflè de les couvrir du prétexte fpécieux du bien public. Le Peuple toujours efclave de quiconque fçait le flatter , fe prévient en leur faveur; il adore en eux les pères de la Patrie ; 8c les vrais patriotes qui voient le mal, qui voudraient l’empêcher , font toujours arrêtés quand ils veulent y apporter remède. L’Hif- toire des trois Difcours de Cicéron contre la Loi Agraire , prononcés, le premier dans le Sénat , les deux autres devant le Peuple , eft une preuve des difficultés que trouvent les plus grands hommes à ramener les efprits prévenus.
Ceux à qui l'Hiftoire Romaine eft un peu familière , fçavent que la proportion de cerre T.oi fameufe fur fou- vent une caufe & prèi’que toujours un prétexte de divifîon entre le Sénat &le Corps des Patriciens qui ne voulurent jamais y entendre , & le Peuple animé par fes Tribuns qui n’avoit rien tant à coeur que de la faire recevoir.
Le premier des Magiilrats qui en conçut le projet, Servilius Huilas,était un de ces hommes hardis & entreprenans, qui avec un génie médiocre , des vues fuperficielles 8c un fond inépuifable de témérité , fe croient capables de faire
M A R S. 1764. 7
de grandes chofes. Né dans une famille Plébéienne,il fut élevé dans les principes de cette haine ordinaire à tous les Membres de ce Corps contre l’autre.La puif- fance du Peuple n’éclatoit jamais davantage que lorfqu’un feul mot ( a ) prononcé par fes Tribuns, arrêtoit ou fuf- pendoit les arrêts & les délibérations du Sénat. Jaloux de jouir de cette prérogative unique dans l’Etat, Rullus n’oublia rien pour parvenir à cette dignité. Revêtu de l’emploi de Tribun du Peuple, l’objet, de tousfes voeux , il ne tarda pas à éprouver jufqu’oii pouvoit aller fon pouvoir.
Chaque fiécle a produit fes foux & fes folies. Eh combien le nôtre n’en a- t-il pas fourni de preuves !... Quoiqu’il en foit , PmUus embrafTa avec ardeur la propofition départager également les fonds de terre entre tous les Membres de la République ; idée ridicule & dangereufe , qui en ruinant les fortunes des Citoyens , détruifoit le Commerce ,afFoibli{Toitles relfources de l’Etat, & l’anéantifloit lui-même.
Cicéron , & avec lui tous les gens fenfés, fentirent bientôt toutes les fuites
(«1 VïTQ.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE, facheufes qu’alioit avoir la loi propose par Rullus fi on l’acceptoit. Les Magistrats obfervoient alors la coutume d’aller en grande pompe & Suivis d’un cortège nombreux Sacrifier au Capitole le premier jour de Janvier de chaque année. Cette cérémonie religieufe achevée , le Sénat s’afTembloit, & ceux qui avoient quelque nouveauté à propo.’er au Peuple, venoient en Saire part aux Pcrts Confcripts , comme on les appellent alors. Rullus s’y trouva : Son projet excita l’indignation publique. Chacun jetta les yeux Sur Cicéron , l’interprète ordinaire de tous les Sentimens dans les grandes o'ccafions. Ce fut alors qu’il prononça Son premier diScours contre la Loi .Agraire , chef-d’oeuvre d’élégance & de philoSophie.où il prouve avec autant d’éloquence que de Solidité, que recevoir le projet du Tribun c’é- toit épuiSer le tréfor public , abolir les tributs.,, bouleverSer les Sortunes des particuliers, enlever en un motàl’Em- pire Romain tous les moyens de faire la guerre avec gloire , & de jouir avec tranquillité des fruits de la paix.
TerralTé par les raifons convaincantes de notre Orateur , Rullus ne renonça pourtant pas à l’efpérance de faire re*
MARS. 1764. 9
cevoir fa Loi ; il crut que l’impudence & l’opiniâtreté fuppléroivnt aux raifons. Le Peuple fut airemLié plufieurs fois ; & l’affaire mile en délibération ; Cicéron ne crut pas devoir fe taire. C’eftdans ces circonftances qu’il prononça devant le peuple fes deux autres difeours. La gloire dont il fe couvrit en ramenant à fon avis une multitude prévenue & aveuglée , fait mieux l’éloge de ces deux pièces & de leur illuftre Auteur que tout ce quej’en pourrais dire ici.
Ode a la Peinture.
Omnia transformat fefe in miracula reram.
firg. Georg. Lib. 4. T01 que la main de l'induftrie Grava fur l’aile du hazard, Peinture, heureux fruit da génie ; Éclatante fille de l’art, Que ton temple s’ouvre à ma vue; Mon efprit parcourt l'étendue Où brillent ces traits créateurs ; . Peins-moi ce que je dois décrire, Et furtout répands fur ma lyre L’éclat pompeux de tes couleurs.
JO MERCURE DE FRANCE. Sous tes pinceaux que voit-je éclore Quel feu , quelle rapidité !
L'ombre s’imprime , Ce colore, Et (è change en réalité. Quel prodige anime la toile .M L’Univers entier fe dévoile, Tout fe renouvelle à mes yeux : Ton crayon avec énergie Crée, raffemble, vivifie: J’embrafle les temps 8c les lieux.
L’éclat, la force, l’élégance , La douceur, les grâces,l’amour, Par une heureufe concurrence Décorent ton front tour-â-tour. Ils vont par ton ordre fupréme Au fein de la Nature meme, Ravir le germe des couleurs Dont le précieux alTemblage Nous préfente une vive image De fes traits les plus enchanteurs.
Ton crayon enchaîne fefpace, Et par fes fublimes effets, Sur une légère furface. Trace 8c réunit les objets. Mais que vois-je ? ta main hardie Porte les couleurs & la vie Dans le fombre abîme du Temps ?
MAR S.. 1764.
Arbitre de la Renommée , Ta viens, à la Terre étonnée > Montrer fes anciens Habitans.
Par le charme de tes images, Les lieux , les Peuples & les arcs , Perpétués dans tes Ouvrages,
Se fuccédent à mes regards :
Tout renait, &, par toi, les hommes , Retraçant au temps où nous (brames , Leurs Loix , leurs ufages, leurs moeurs Ont fur tes ailes fortunées,
Franchi le torrent des années, Pour revivre dans tes couleurs.
Que la plus profonde ignorance S’éclaire de ton feu divin :
Le langage de l’évidence
Frappe, inftruit, tout le genre humain. Qu'à tes progrès tout s’iatérefle.
Ah ! qu’à jufle titre la Grèce Voulut ennoblir tes pinceaux ,
Quand, vainqueur des bornes de 1 âge, Ton art, honorant le courage, Immortalifoit fes Héros I
•
Ceft lui dont le fouffle rapide, Raflerablant les mânes épars,
Ranime une Armée intrépide >
A vj
«
12.
MERCURE DE FRANCE.
A l'ombre de Ces étendarrs :
Qui nous peine le Dieu des batailles, Le fer, le fang, les funérailles ,
«
Que fuie le char de la terreur j
Là des ruines entaffées,
Plus loin des Cités eæbrafées, Le feu j le carnagt l’horreur.
Mais quoi, le fpeâacle du inonde N’eft-il que celui de nos maux ? O peinture ! 6 fource féconde r N’as-tu pas des plus doux pinceaux.? Quand , par une amoureufe adreffe r La main même de la tendrefle Eut ébauché tes premiers traits , Ne vit-on pas celles des grâces. Colorant Tes aimables traces , Hâter le cours de tes progrès ?
Rivale en tout de la Nature f Ce qu’elle enfante de plus beau Comme par une glace pure , Eft répété par ton pinceau î Ton art > comme elle inépuifable, Me trace une figure aimable , Et des objets moins incertains : La relfemblance eft confommée > Mon oeil dans leur ombre animée •
< •
Voit & diftingue les humains.
MARS. 1764. Partout ces couleurs adoucies Arrêtent mon coeur & mes yeux» ParoiÜez , images chéries » Qui me retracez mes ayeux. C'eft â coi f divine Peinture , A m’en conserver la figure, L’air, l’abord & les propres traies t Ils revivent dans ces ouvrages Quand le cours rapide des âges Nous les a ravis pour jamais»
Un nouvel éclat t’environne, L’agrément prépare tes fleurs 5 L’amour, pour former ta couronne ; S’érerce à broyer ces couleurs, Nous peint les champs & la fougère $ Et dans les yeux d’une Bergère, Gravant l'empreinte des plaifirs , Trace avec un crayon de flâme, Le coeur , les mouvemens de Pâme Et l’image de fes defirs.
Tu me peins un féjour champêtre ; La fraîcheur & l’émail des Prés : Le jour qui me femble renaître , En développe les beautés: J’entrevois les grâces de f7or< ; Le pinceau vermeil de l’Aurore Trace la route du Soleil.»»
T3
x4 MERCURE DE FRANCE.
Non , ce n’eft plus une peinture : C’eft l’air, la terre M la Nature Dans leur plus brillant appareil.
Un objet fripant, mais funèbre >
Vient encore s'offAr à nous.
Quel pinceau , quelle main célébré Peint les élémens en courroux ?
La mer, entr ouvrant fes abîmes, Engloutit fes pâles viâimes...... < 3
Je tremble à l’afpeâ de leur fort.
Je crois voir... je vois leur naufrage , Les vents ,les vagues, le rivage, L’orage, la foudre & la mort !
C’eft ainfi que ton art fiibiime»
Sous un coloris enchanteur,
A ton gré me frappe & m’imprime L’amour , la crainte ou la terreur.
Partout le feu de tes ouvrages Me réalife tes images $
Je me tranfporte en tous les lieux : Ton flambeau m’éclaire k m’enflame > Mon efprit, mon coeur & mon âme Ont pris la place de mes yeux.
Par B»
M A R S. 1764. JJ
A Mlle Arnou Ll\
O vous qui d une âme fenrïble
Joignez l'inimitable accent
Au eharme d’une voix & touchante & flétible ! Vous don: tout eft intcrcfTant,
Des S y renés, j4rnoult, vous paifez les merveilks | L pour fauver Ton coeur d’un chirme impérieux.
V .nement comme Ulyjfe on bouche fes oreilles» Si l’on ne ferme encor les yeux.
Par l'un des Dominicaux*
■■ —■ ■ ■■—— ......**
M A D R I G A L. L s r rifle hymen voulut unir un jour Sa deftincc â celle de Lifette » Mais il falloir l'obtenir de l’amour, Qui mit néant au bas de la requête. Le pauvre : lymen eu parut défolé. J’en fuis fâché,lui dit l’enfant aîle ; Mais à Lifette il ne faut plus prétendre, D’un autre amant elle a reçu la foi: Elle e(l d’ailleurs & trop belle & trop tendre, Pour être À vous : je la garde pour moi-
Par M. LbQit^*
16 MERCURE DE FRANCE.
Vf R S en réponfe a d'autres , ou une Damcétoit comparée à P Aurore> & fou Epoux à Trrov.
C'eft lui qui répond.
I t vous a. plu de nïappcllcr du nom Qu’eut autrefois le mari de Pérore.
Seigneur Abbé, ce beau titre m'bcnore : Mais grand merci de la compara ifon : Point ne voudrois reHembler à litcn.
Ainli que moi connoitièz l’avanture Dn jeune epoux de la tendre P recris. . . Vraiment pour moi je trouve heureux l’augure! Et ne veux être immortel à ce prix.
Par le même*
COUPLET à Mde la Marquife de L .. t fur un reproche fait à L'Auteur.
J vsQü'ici j’ai craint la Raifon,
Er j’étois excufablc ;
Mais Eglé trouve la façon
Ce nous la rendre aimable.
NT A R S. 1764. 17
Sans le pouvoir de fes attraits» Je ferois raifonnable.
Je deviens plus foa que jamais, ✓
Et je fuis pardonnable.
ParM. le Comte de Vo.. Capitaine de'Cavaient.
VERS à un Officier fort eftimi > do rit la taille cjt peu avantageufe.
P a r un caprice» la Nature
Sans proportion le forma j La plus grande âme elle'plaça
Dans un corps fait en mignattire..;»ô Elle y doit être à la torture.
Par le fdæ.
MADRIGAL.
Poe r s‘amufer, les Dieux un jour Dirent eptr’enx : formons la plus belle âme Qui fe foit vue au terreftre féjour, Et nous la donnerons à la plus belle femme.
Bon ! dit Jupin, ce chef-doeuvre eft là-bas , Et pour le créer feul, je fus aflea habile.
Eh ! vraiment, nous n’y penfions pas , C’eft la charmante D.
PRUTRY*
x8 MERCURE DE FRANCE.
LA SURPRISE DE I/AMOUR,
Conte,
Qui n'en ejl pas un.
D ans un de ces Châteaux charmant, voifins de la rapide Loire , Fatimc depuis quelques années voyoit naître & finir le jour dans le fcin de la plut douce tranquillité. Une mère qu’elle adoroit, & à qui elle devoit feule la plus parfaite éducation, 8c tous les plaifirt qu’une heureufc aifance procure , par* tageoient les premier» jours de fon printemps.
La jeunefle & la beauté de Fatime çtoient fes moindres charmes ; mille grâces réunies dans toute fa perfonne; desconnoiflànces au-delà des bonnes ordinaires; une douceur, une aménité, une franchife inaltérable dans le caraéière, formoient un enfemble de pcrfe&ions qui lui concilioient tous les fuffrages. Fatime n’ignoroit pourtant pas le pouvoir de fes charmes ; on lui avoit dit mille fois qu’elle étoit belle : mais ces hommages fouvent mal amenés > &
MARS. 1764. 19
prèfque toujours monotones n’avoient pas plus touché fon coeur } que flatté ton amour-propre. Ennemiede l’ombre même de la coquetterie , Fatime ne cachoic point le peu d’impreffîon que fajfoit fur fon coeur , cette foule de Vers , de Madrigaux , de Chanfons , de Bouquets , & de tous ces autres petits hommages, où l’efprit 8c le dé- fir de plaire ont communément plus de part, que le fentiment. Aucun de fes admirateurs ne paroiffoit être, & n’étoit en effet préféré : tous ne pou- voient qu’applaudir à la beauté de fon âme; tous ne chantoient à l’envi,que fes attraits & les grâces, qui accom- pagnoient fes moindres démarches.
Fatime fe flattait enfin de ne jamais connoître l’amour : contente de l’admiration qu'elle faifoit naître ; enchantée de l’encens qu’elle recevoit de tous les êtres fenfibles , fon âme ne fe for- moit l’image d’aucun autre bonheur ; lorf’que Alcidor jeune , aimable 8c modefle lui fut préfenté comme le fils d’une amie chérie de fa mère. Ce titre qui le mit à portée de voir fouvent Fatime , les éclaira bientôt fur leur mérite mutuel; 8c l’uniformité de leurs connoiffances, de leurs goûts, de leurs
10 MERCURE DE FRANCE, fentimens , ne fit que refTerrer de plus en plus des noeuds qui ne leur parurent être d’abord que l’ouvrage d’une tendre & fimple amitié.
Un fentiment plus vif , que tous ceux qui l’avoient agitée jufqu’alors, ne permit bien - tôt plus à Fatime de fe diffimuler à elle même toute la préférence qu’elle accordoit à-Alcidor fur fes autres amans.Mais loin d'être effrayée d’un fentiment fi nouveau pour elie, Fatime s’y livra avec d’autant plus de confiance , qu’elle en jugeoit l’effet moins dangereux. Ces jeunes amans, ( car ils l’étoient en effet fans le fpavoir ) vécurent aflez longtemps dans cette douce fécurité ; rien ne troubloir leur union.; chaque in (tant au contraire fembloitla refTerrer : les goûts, les plaifirs âe Fatime étoient tou jours ceux d’AIcido r, un ferin étoit pour lui l’objet le plus in- téreffant: c’étoit l’éléve de Fatime ; & il ne quitta l’oifeau qu’après lui avoir appris l’air , qu’il fçavoit plaire le mieux à cette aimable fille. Petit-fils ne fut plus un Serin ordinaire ; il devint, grâce aux foins à.'Alcidor , le plus charmant de tous les êtres de fon efpéce . . . chaque jour Fatime s’embelliffoit de mille fleurs nouvelles qu’Alcidor avoit foi*
MARS. 1764. af tîe lui faire remettre ; quelques vers ac- compagnoicnt fouvent ces nouveaux hommages.... Le couplet fuivant fera moins juger des talens Poétiques d’^f/ct- dor, que du fentiment qui les lui infpi- roit.
* A I R.
fleurs, qui de l’heurenx Printemps Nous offrez la douce image, Aux attraits les pluscharmans Allez rendre votre hommage ; Embelliffez le fein
De celle que j’adore ,
A l'éclat de fon tein
Joignez le vôtre encore.'
Mille galanteries de ce genre décelèrent bientôt aux yeux de Fatime , Al- cidor 8c fon amant........Un retour
cruel qu’elle fit fur elle-même;un examen profond delà fi tuât ion aétuelle de fon coeur , tout lui fit connoitre que ce qu’elle ne croyoit d’abord qu’une fimple préférence , étoit un fentiment beaucoup plus vif, infiniment plus tendre. Allarmée d’une découverte que
* Ct Coupla peut fi chanitr fur F Air : J’aime wc ingrate Beauté, &ç.
Z.Z MERCURE DE FRANCE.
Ton peu d’expérience lui fàifoit paraître plus inquiétante encore, Fatime fe détermina à fuir tout ce qui pouvoit lui rappeller le fouvenir à’Aleidor. Petit-fils, ne repofe plus fur fon fein d’al barre ; fes lèvres raviflàntes ne prefl'ent plus le petit bec de l’animal charmant ; les cheveux de Fatime ne font plus ornés des fleurs À'Alcidor'y fa voix cefïe d’texprimer les chaulons délicieufès que cet amant lui avoir apprîtes : enfin Fatime livrée à la mélancolie, craint jufqu’au nom même de l’Amour !
Alcidor, étoit encore trop jeune pour pénétrer bien clairement les raifons d’un pareil changement ; cependant la mélancolie de Fatime augmente chaque jour ; cette gaîté charmante , le véritable fond de fon caraétëre , eft remplacé par des inquiétudes que rien ne peut calmer.
Ces deux amans enfin fe fuyoient machinalement ; chacun d’eux fe flat- toit, ou du moins s’éfForçoit de vaincre un penchant qu’ils ne pouvoient plus fe cacher.
Un petit bois voifin du Château où le hazard les conduifit tous deux, leur facilita l’occafion de s’expliquer fur leur fituation mutuelle ; on préfume
MARS. 1764. 23
quel dut être leur embarras réciproque , & furtout celui de Fatime. Tous deux baiflent les yeux ,' rougiflent , tous deux retient muets. Alcidor cependant qui Ce rafTure par degrés , oie en balbutiant, demander à ion amante , quelle peut être la caufe du changement dontellele voitgémir ?... Arrêtez ! s'écria Fatime , vous devez le fçavoir ; vous le fçavez ; j’en fuis certaine.. .. Mais „ ou rompons dès à préfent; réfolvez-vous à ne me voir jamais ; ou jurez-moi que plus digne de mon eftime,vous imiterez mes efforts pour vaincre des fentimens dont les fuites m'effrayent... ne foyons plus l’un a l’autre que ce que nous étions iorfque nous nous fommes connus; lorfqu’avec moins de familiarité, nous jouiflions fans trouble & fans remords, du plaifir de nous voir, & de nous entretenir..... C’eft un ami que jecher- chois, que j’avois cru trouver en vous. Bornez-vous à ce titre; ou renoncez! me revoir jamais.
Oui ! je vous le promets, cruelle s’e'crie le tremblant Alcidor , en tombant aux pieds de Fatime.... quelque malheureux que je fois.... du moins je vous verrai .... Oui, Fatime , raffurez- vous : votre amant ; que dis-je, votre
Z4 MERCURE DE FRANCE, ami ne connoît rien qui puiffe l'effrayer, des qu’il s’agira de vous plaire ... Oui! je vous cacherai les traces mêmes de mes pleurs... Vous redoutez 1* Amour ? je ne fçaurois abfolument vous condamner; nous dépendons tous deux de nos parens. Mais li vous connoiffez.... N’importe ! je ne veux point troubler votre repos... je fçaurai tellement me contraindre , que jamais mon Amour... non, jamais ( du moins fans votre aveu ) ne paroîtra , n’éclatera. ... Ceffez donc d’en parler, interrompit vivement Fati- me ; eft-ce à nous , eft-ce à notre âge qu’il eft. permis de s’y livrer ? Nous, que peut-être nos parens ont déjà deftinés a des alliances contraires ?... 4lcidor, vous ferez toujours mon ami;je vous jure une eftime ... Une eftime ! ( reprit dlcidor) une eftime?........quoi Fati-
me oublie-t-elle déjà , que l’amitié la plus tendre ?... Non , je noublie rien ( lui dit en fouriant Faùme, ) fongez à vos promeffes;& foyez toujours lut «les miennes.
Ces deux amans très - contens l’un de l’autre, tout en fe félicitant de leur nouvelle réfolution , reprirent bientôt leur première gaîté & par conféquent leurs premiers plaifirs.
Petf
MARS. 1764.
Petit-fils ne prononça plus que rarement , Je vous aime , qu’Alcidor avoir eu tant de plaifir à lui apprendre’ En ceffant de le lui répéter , le petit animal cefla de le dire , ou du moins cetoit fi faiblement !... fi faiblement ! * que bientôt Fatime ne l’entendit plus’ Alcidor lui préfentoit fouvent des fleurs ; mais la main de L’Amant ne Te remarquoit plus dans le choix, dans le goût, dans la variété' de leur mêlan ge ; les vers même ne célébroient plus que les prétendus charmes que po voit offrir une fimple amitié fau vent meme l'indifférence: témoins ceux- ci dont Fatime affefta de faire la Mu-
Amour, je brave ta puiffanee.
Que l’indifférence
A d’attraits î...
Non , non, je n’aimerai jamais, Er je ne crains point ta vengeance.
Garde ces traits,
Ils font fans effets Sur mon âme !. • •
* Gs paroles fe peuvent chanter fur m Jt. c
26 MERCURE DE FR.^NCE.
Non , non, je n’éprouverai jamais,
Non jamais
Je n’éprouverai ta flamme.
Le fouvenir de leurs fermons les contint quelque temps dans les bornes qu’ils s’étoient prefcrites. Mais chaque jour alte'roit ce fouvenir : l’Amour fous le mafque de l’amitié , ne s’infinuoit que d’autant plus dans leur coeur ; & chaque effort qu’ils croyoient faire, pour l’en éloigner, ne l’en rapprochoit que davantage.
Fatime ne trouva bientôt plus de goût, plus de finette dans des Chanfons qui ne pcignoient que les charmes ima- ginaires d’une froide indifférence. Les ouquets que lui offroit Alcidor, cef- ferent de la flatter. Déjà l’ennui s’empare de fon âme : déjà l incarnat de fon teint exprime par fon altération ,1e trouble & l’inquiétude de fon coeur’.... Alcidor infenfiblement entraîné par le charme irréliftible d’un pouvoir enchanteur qu’il ne lui eft plus permis de combattre , redevint par degrés plus tendre , plus attentif, plus aimable encore qu’il ne l'avoir été; Petit-fils, redit avec plus de charmes que jamais, je vous aime ; Fatime. fe trouva de jour
MARS. 1764. 2.7
en jour moins trille : tous deux enfin , fans prèfque s’en appercevoir, en cef- fànt de combattre un penchant qui les forçoit de fe livrer de bonne foi à leur tendrefle mutuelle, ceflèrent de rougir du peu de (uccès de leur première réfolu- tion , & s’affermirent intérieurement dans celle de s’aimer toujours.
La tendre Fatimc , fans manquer à ce que la fageffe la plus auftére lui pouvoir prefcrire , laifloit quelquefois entrevoir à fon amant une partie des fentimens dont fon coeur étoit rempli. Momens délicieux!.. Alcidor, moins contraint, plus vif , plus pénétré de fon bonheur , ne laifloit échapper aucune occafion de mieux prouver toute la tendre vivacité de fa flame. Ce fut fans doute dans un de ces inftans précieux, cpi'Alcidor fitles couplets que voici.
Air.
Le jeune Objet que j’adore >
Sans exiger de retonr,
Eft plus charmante que Flore ‘ Et plus belle que VAmonr ! • • Si Paris eût vu fes charmes , nous n’eût point eu Le prix).
13 MERCURE DE FRANCE.
Son coeur en rendant les armes Eût couronné mon Zrif.
De fa gorge raviflante Rien n’égale la blancheur ; De la rofe encor naiilante Sa bouche offre la fraîcheur. Dans tous les coeurs elle infpire Mille defirs, mille feux | Et mon iris d’un Cous-Tire , Peut captiver tous les Dieux.
• a Quand Jris dans nos boccagee Vient répéter mes chantons, Les oifeaua par leurs ramages Tâchent d’imiter fes fons;
L’Onde par un doux murmure, Semble exprimer fa gaîté!.. • Tout enfin dans la Nature, Rend hommage à fa beauté.
Mais ces inftans délicieux, ce bonheur pur 8c raviffant, dont s’enyvroient leurs âmes devoir bientôt éprouver un revers , dont la rigueur leur feroic d’autant plus fenfible , qu’ils croioient moins devoir le redouter.
Un jour que Faiimc fembloit répéter avec plus d'attendriflement que de
MARS. 1764* 2.9
coutume , un air charmant qu'Alcidcr venoit de lui apprendre.... Que lignifie , lui dit fa mere, cette vive expreffion de fentimens que je remarque depuis peu dans votre façon de chanter 5 cette molette dans les inflexions , & cette efpéce de délire où je ne reconnois plus ma fille?... Parlez Fatime-. ouvrez votre âme à votre mère ; voyez toujours en elle votre amie ; ou craignez d être moins digne d’ètre la fienne.
Fatime, à ces mots, tombe aux pieds à’Araminte ; le trouble de fes yeux , la pâleur qui fuccéde aux rofes de fon rein, tout peint à cette mcre la beauté, la franchife &. la fenfibilité de l’âme de fa fille. Fatime n’a point recours au menfonge pour lui voiler fes nouveaux fentimens: la plus légère exeufe feroit criminelle à fes yeux ; elle avoue en pleurant fa foibleffe , & n’en déguifè ni l’origne ni les progrès. Ce n’eft que pour en obtenir le pardon , qu elle reconnoît toute fon imprudence ; que pour mériter de nouveau l’indulgence &. la tendreffe de fa mère ; que pour recevoir d’elle enfin les conféils dont elle fent toute l’importance & la né- ceflîté. Araminte , qui dès long-temps s’étoit apperçue des progrès d’une paf-
30 MERCÜRE DE FRANCE, lion qu’elle defiroit de rendre heti- reufe , & qui n’avoit d’autre but, que de s'affiner du fond qu’il étoit poffible de faire fur 1a confiance & la folidité des feux de ces jeunes amans ; Aramintc emportée par le fentiment, tombe à Ton tour dans les bras de fa fille, la prefiè contre fon fein, mêle fes larmes aux fiennes , 6c ne fait plus myfterc du plaifir que lui fait l’Amour d'Alcidor,
Ma fille , ajouta-t-elle , Alcidor, ell un parti convenable pour vous: mais les hommes n’afFeétent que trop fou- vent des pallions qu’ils ne reffentent point ; la plupart cèdent à l’attrait du plaifir, ou à ce goût d’intrigue & de féduétion qui les domine pr'efque tous. Quels garants avez-vous de la candeur > de la durée des fentimens de votre amant ?.... Ah I ma m'erc , tout me répond de la franchife 8c de la tendrefTe d’Alcidor ... A la bonne heure ( reprit la mère ) : mais îaiffez-moi le plaifir de m’en convaincre par moi-même ; cette précaution eft auflfi nécefiaire à mes deffeins , qu’indifpen fable pour afTurer votre bonheur. J’exige même que vous me fécondiez; que rejettant fur mes ordres abfolus , le froid, l’indifférence même que vous affèélcrez déformais
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pour lui , vous me mettiez à portée de connoître & d’appercevoir tout le fond du caraéfére d’Alcidor. . .. Fatime fe fent-elle aflez de fermeté pour fe conduire de façon à ne pas déconcerter les vues de fa mcre ? ...Ah Madame ( s’écria- t-elle ) pourriez - vous me foupçonner de manquer jamais d'obéifïance à vos ordres?-.. Ara.-ninte par les careiïesles plus tendres, le hâta de raflurer fa fille ; 8c ces épanchemens de la tendreüè la plus pure arrêtèrent un nouveau déluge de larmes que la tendre Fatime alloit ver- fer.
Alcidor cherchoit avec trop de foin l'occafion de revoir fon amante , pour ne pas bientôt la rencontrer.
Elle fortoit d’avec fa mère : les traces de fes larmes , fa pâleur , une agitation que la vue à’Alcidor ne pouvoit qu’augmenter encore , firent fur l’âme de cet amant l’imprefïion la plus vive 6c la plus douloureuie. Que vois-je ? dit-il, en tombant à fes pieds, Fatime pleure 8c m’en cache la caufe !... elle me fuit 8c craint mes regards mêmes ? ... . ah , malheureux ! je fuis perdu.....
Fatime en effet vouloit fuir ; 8c fon creur gémifïbit de la douleur qu’elle cau- foit à fon amant : mais la promefTe B iv
32 MERCURE DE FRANCE, qu’elle venoit de faire à (à mère, lui donnant de nouvelles forces ; Ah ! laif- fe-moi, s’écria-t-elle : des ordres que je refpeéterai toujours, ne me permettent plus l .. . N’achevez pas , perfide , s écnzAlcidor, le défefpoir peint dans les yeux ; n’achevez pas de m’annoncer h mort... Quel changement, grand Dieu ! Ciel, eft-ce au moment où je venois vous apprendre avec tranfport , la mort d’un oncle dont la fortune ajoute immenfément à la mienne? Eft-ce au moment où je commençois à me croire plus digne de Fatime Sc de l’aveu de fa mère , que je dois voir mes voeux & mon plus cher efpoir trahis ?.... Eh bien, je périrai joui ! je périrai, cruelle: mais craignez ; que dis- je? tremblez pour les jours de l’heureux rival que fans doute vous me préférez.... Eft-ce Aleidor que j’entends ? eft-ce lui,(dit en foupi- tant Fatime, ) qui m’ofe reprocher une noirceur dont je fus toujours incapable?.. Dieu ! fi mon coeur pouvoir s’ouvrir à lui. Ah ! pardonne, digne & belle Fatime , pardonne a la douleur qui tranfportoit le plus fîncère amant !... Non , non , ton âme fut toujours trop vraie , trop pleine de la divinité dont elle eft l’image, pour connoitrc un inftant l’impolture.-.
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Que ta mère , hélas ! ne connoit-eEe toute la pureté, toute la violence de ma flàme........peut-être que fenfible
aux maux que fes ordres barbares vont me faire fouffrir , fon coeur pourroit s’ouvrir à la pitié .... Permets , chère Fatime , permets-moi la feule épreuve , lafeule tentative qui flatte encore l’efpoir de ton amant !... Que dis - je ? ah ! fi jamais je te fus cher ; fuis-moi ; vien... tombons l’un & l’autre à fes pieds. ... viens m’y voir expirer, ou obtenir d’elle notre bonheur commun.
Araminte, qui d’un cabinet voifin les voyoit & les entendoit, ne put laiffer durer plus longtemps un fupplice dont fon coeur partageoit toute l’amertume. O mes enfans ! s’écria-t-elle , en s’offrant à leurs yeux , vivez à jamais l’un pour l'autre........Ces mots que l’émotion
A'Aramintt lui permit à peine d’articuler, produifirent fur les jeunes amans tout l’effet qu’ils dévoient produire. Un filence d’étonnement & d’excès de plai- fir , des regards où l’amour , la joie & la reconnoiffance s’exprimoient tour- à-tour, furent quelques inftans les feuls interprètes de leurs coeurs... Les épan- chemens réciproques fuccéderentà cette
Bv
34 MERCURE DE FRANCE, première ivreffe des feus & l’hymen d’yfA cidor Sc de Fatimc ne fut différé qu’au- tant qu’il le fallut pour en difpofer les apprêts.
Par M. Dtrcios, S. D. Aï. D. F. G.
Etre.v nés a Lise.
Toi que 1* Amour a deftinée Pour fixer les plus inconftans, Toi , qui de fes attraits brilla ns, Et de mille grâces ornée, Marches toujours environnée Des arts, du goût 8c des talens ! Reçois fur la nouvelle année Et mes voeux & mes compliment» Ne crois pas que mon tendre hommage*. Jeune Life, dans ce beau jour » Soit le fade enfant d’un ufage Que l’homme frivole & le fage Blâment & fui vent rour-â tour.
Plus vrai, plus fimple, il efl l’ouvragp Du Sentiment & de l’Amour : Tu m as appris dans ce féjour A ne parler que leur langage» Lis donc ces vers j la vérité
35
MARS. 1764. Te les trace d’une main Cure : Loin que la modefte parure Dont elle orne ici la beauté , Serve de voile à l’impofture, Mes voeux pour ta félicité Partent d’une fource trop pure Pour avoir la moindre teinture De l'art ou de la faulTecé : Voilà de quoi mon coeur Calibre • Ecoute ce qu’il m’a didé.’ Que tes jours précieux aux Grâces Des mains de l’Amour foient filés î Que loin de tes riantes traces • Les noirs ennuis & les difgraces Soient par les plaiûrs exilés.
Que tous les biens que l’homme implore Naiffent fans cefle fur ces pas ;
Que loin d’affoiblir tes appas, L’âge les embellifle encore ; • Et que de l’empire de Flore Les tréfors les plus délicats , Malgré la rigueur des frimats, Pour toi feule puiffeac éclore. Que tout prévienne tes defirs ; . Entre les jeux & l’allegrelTe Partage tes riants loifirs ; Vis longtemps < éprouve fans ceffe Que c’eft au Dieu de la tendrefle
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Que nous devons les vrais plaifîrs !
Par M, François , ancien Oÿicitr de Cavaknc9
ÉPITAPHE
JDe M. de GEORFTLLE .ancien Tréfa- rier Général de la Marine , &c9
C ¥ gît qui fît toujours le bien
Par penchant & par caradère.
S’il eft mort ce vrai Citoyen ,
C’cft de regret de n’en pas a fiez faire,
Par M Movret Dvchimin.
Fers fur un ruban donné h l9 Auteur par Mlle L. M, de Sin.... 6* brode par elle.
T i s s u brillant, ouvrage de Daphné, Enchaînes a jamais les amours fur mes traces» Don précieux à mon coeur fortuné ! Tu vaux pour moi la ceinture des Grâces.
Chauvit
mars. 1764.
A Madame de S. H... a. qui l'Auteur en danfd.ni au Bal, avoit donné par mégardc, un coup dans l’ail.
Jaloosi de vous voir fi belle,
Vénus hier pendant le Bal
S’en rangea fur votre prunelle,
ït mon bras malheureux fut l'inftrument fatal Dont fe fervit la Déeffe cruelle.
Pour vouscaufer autant de mal.
Mais, belle ljjc , quelle fur fa furprife
D’entendre de l’Amoar le cri le plus perçant :
Elle reconnut fa méprife
Aux larmes de ce tendre Enfant.
Il s’écrioit, » qu’avez-vous fait, ma mère? »> Quoi, vous éteignez mon flambeau !
» Fut-il jamais de douleur plus amère ?
u Pou voit il être mieux que dans cet oeil fi beau?
*
Ranimez donc encor votre colère, » Et décruifez auflî fon frète
x Dans lequel j’ai mis tous mes traits. » Mais aprèsrant de barbarie, » Cruelle , ôtez-moi donc la vie,.
*
Sinon mes pleurs ne tariront jamais.
Far les cris de fon fils la Déeffe attendrie ; tfje > dit-elle | fois guérie.
UT
8 MERCURE DE FRANCE.
Mais vous, pour vous punir, Amour, t Du dépôt de vos traits d avoir fait un myftère
A votre redoutable mère , ljje les gardera toujours.
Des Rives du Lignon , le 23 Janvier 1764,
Par un Abonni au Mercure.
b
VERS envoyés au mois de Septembre dernier , à une tris-jolie femme de Dijon 3 qui venoit d* accoucher d’une troifiéme fille , & qui Jejiroit d'avoir un garçon.
CoNsoLt-Toi , mère charmante, D’avoir malgré ta vive attente A trois filles donné le jour.
Ce ne font peint là des difgraces, Avant que d’enfanter l’Amour , W/iua enfanta les crois Grâces.
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Suite de la Lettre d'une jeune Etrangère , inférée dans le fécond Vol. de. Janvier.
(3 ES jolies Prctreffes , dont je n’ai point trop enrichi l’image, ne tiennent leurs myftéres fecrets,que quand la nature ou le temps y laiflent trop déchoies à réparer. Ne t’imagines pas, chere Mifs, que ce qu’on appelle te temps de la toilette foit employé tout entier à l’ajufte- ment- Il y a bien des parties dans cet aâe ; c’eft le principal de la journée des femmes d’un certain ordre. Les momens deftinés à des foins particuliers de la figure , ne font pas, comme je viens de le dire , livrés aux profanes : mais tout ce qui précédé le temps de fortir ou de tenir appartement , eft toilette ou réputé tel. C’eft à cet autel de la galanterie, dont une Françoife eft en même temps la Divinité & le Miniftre., qu’elle vaque a toutes les affaires defonétat» qui eft d’être jolie , frivole , galante 8c même un tant foit peu friponne. ( Je ne
4o MERCURE DE FRANCE, fçaurois te faire bien entendre ce mot, il faudroit pour cela connoître mieux la chofe , & pour la bien connoître, il faut être Françoife. ) C’eft donc la que s’écrivent, que fe reçoivent les billets du matin ; c’eft là que fe régie la deftinée du jour, ou tout au moins qu’elle fe déclare aux courtifàns familiers ; c’eft là fouvent que fe détermine auffi la deftinée des amans ; car celle du mari eft toute arrangée ; & je t’aflure que communément il n'en prend pas plus de fouci qu’on n’en prend de lui. Ne va pas te figurer la fcène de ces toilettes d’après ce qu’en peignent quelques Brc» chures ou quelque trivial Roman dont nous nous fommes fouvent amufées enfemble, lorfque nous étudions la Langue Françoife. Il y a une efpèce de manie dans les Auteurs de cette Nation, pour peindre ce qu’ils ne voyent pas. La plupart des Ecrivains les plus occupés à donner des tableaux de ces détails du monde, font précisément ceux qui n’en ont & n’en peuvent avoir aucune notion vraie. Il y a quelquefois à ces toilettes un peu de ce que ces peintures informes nous indiquent; plus fou- vent encore il n’y en a pas un feul pet-
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fonnage. Mais, s’il s'en rencontre, c’eft avec des nuances très-difficiles à tranf- mcttre dans une defeription. Je t’avertis, ma chère Mifs , que prèfque tout ce qui concerne les manières, le caractère même des François, dépend tellement de ces nuances, en eft fi dlentiellemenc compofë , qu’il n’y a qu’eux, & encore très-peu d’entr’eux, qui (oient en état de les peindre, prèfque jamais de les définir avec précifion.I'u verrois une de ces Toilettes , être un moment le cercle de la frivolité la plus puérile, des airs les plus extravagans , des riens , en un mot de tout ce qui donne lieu aux caricatures qu’on nous fait des François. Le moment,qui fuccéde, tu feroisfrappée Couvent d’admiration , de la fineflè, delafagacité des vues de ce même cercle , par accident même , de la juftefïè des raifonnemens ; fans pouvoir retrouver la moindre trace des voies par lesquelles on eû ainfi paflë d’une extrémité à une autre fi oppofée. Pour t’en faire une idée, retiens bien qu’une Fran- çoife qui a de l’efprit & du monde, devine Couvent mieux que ceux qui mettent bien du foin à apprendre. Lorfque «elle qui préfide eft de cette forte , il
41 MERCURE DE FRANCE, arrive ce que je viens de re dire; car elles font pour la plupart conféquem- ment inconféquentes ; je ne fçais fi je me fais entendre, je veux dire qu’elles concilient les choies contradictoires , avec un inftmét d’efprit qui a des marches plus affurées que la méthode même, & la raifon la mieux comparée. Légères ou folides , folles ou fènfées , je fuis obligée de convenir que les Fran- çoifes fonc toujours également charmantes.
Quand des motifs de curiofité , de promenade , d’autres peut -être encore plus intérelfants, engagent les femmes à fouir aux heures qu’elles font convenues d’ao- pellerîematin,il y a des robes de bien des formes différentes pour cet ufage ; je n’en fçais pas tous les noms ; plufieurs d’entr’elles les ignorent comme moi Quelques-unes de ces robes font atifli complettement fermées de toutes parts, que la robe d’un Magiftrat, On ne voit ni col, ni poitrine , ni bras. Tous les charmes font alors dans un parfait M- cognito. Je crois cependant entre notf, chère Mi fs , que c’eft le temps où l’on en fait le plus agréable emploi. En public on oxpofe pour l’éclat feulement.
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mais fous ces modeftesvêtemens,on fait quelquefois un commerce plus doux 8c plus folide des faveurs de la beauté. 11 y a d’autres robes négligées moins hermétiquement clofes, mais elles couvrent 3c envelopent toujours beaucoup plus que les robes habillées ou même demi - habillées. Il y a fur cela des divilîons & des fous - divifions qui embarrafferoient nos plus célèbres calculateurs. Si ces robes du matin font entièrement clofes, cela s’appelle, je crois, à la attendu
réel avec la forme du premier Magiftrat du
Royaume. Tu ne fçaurois croire par combien d’efpèces de grande coëffes en coqueluchons, de mantelets petits ou grands, qui prennent tous les quinze jours des noms & des formes différentes , on fupplée aux robes ainfi fermées lorfqu’011 en porte d’autres en déshabillé. On diroit qu’ici les femmes n’ont qu’un certain temps de ia journée pour être fiilceptibles desimpreffons de l’air. Les précautions fur cela ne font .jamais qu’en raifon de la parure ; & leur déli- catelTe ou leur force contre le froid,font
tiquette , je vais éffayer, ma chèra Mifsi
44 MERCURE DE FRANCE, d’en traiter un des points les plus fubrrh & fur lequel il faut avoir, j'ofe dire, des connoiffances très-fines, il s’agit defça- voir ce que les bienfe'ances- e'xigent ou permettent fur les Paniers.
Mais ma Lettre commence à devenir longue pour moi, c’eil un fâcheux pro- Înoltic fur l’impreffion qu’elle tefcroit. e vais rêver un peu aux Paniers; j’entrevois qu’ily a des découvertes fort utiles à faire fur ce fujet. Je t’en entretiendrai l’Ordinaire prochain. Ne me re« proche plus ma parefle , je te pnniro» peut-être de ce reproche aux dépens de ta patience & de mon-amour?-propre.
Je fuis, &c.
-- ...........
LE SONGE.
J k repüfois fur U fougère I Morphée avoir fermé mes yeux / Je croyois être avec Glycèrc9 Et le Plaifir m’ouvroir les Cieux.
Minerve m’offrir la fageffè > - Vénus les grâces, la beauté I • Hibé la fraîcheur , la jeunefle !<• Mars Ces lauriers & ù fierté.
MARS. 1764. 4$
Sacchus dit : Bois j Apollon, chante, £t prends ce luth , s’il c’a charmé ; Viens, dit Plutus , fl l’Or te tente ; Amour me dit: Aime , & j’aimai.
E P I T R E
A Madame D** jtf***.
Cetre Dame avoit écrit à l’Auteur qu’un homme d’efprit étoit dans un Cercle ce qu’étoit la Rofe dans un Par* terre. L’Auteur lui répondit par l’Epître Vivante :
L a Rofe au milieu d’un Parterre, Brille au defliis des autres fleurs 4 Plus belle, mais plus paflagère , Elle perd bientôt (ès couleurs» Mais l'innocente violette » Qui fous l’herbe brille humblement ; v Echappe aux attaques du vent, Et fur le fein d’une Lifctle Va parer un corfet galant» Oui, j'aime mieux l'humble Fleurette j Que la Rofe au ceint délicat: Un fouffle l'embellit, mais un fooifle l'abat;
ma timide violette
46 MERCURE DE FRANCE.
Garde plus longtemps fon éclat.
Tel eft le bon efprit , toujours prudent & fa je S’exprima ne toujours fans écart, Il a la douceur en partage » Il eft modefte en (on langage > Et la Nature eft tout fon fard.
Souvent dans l’ombre d’un nuage Il fe dérobe à tous les yeux j Mais » tel qu’un aftre radieux > C’eft pour éclairer d’avantage. Le (tore qui rompt le paüage A l’éblouifl'ante clarté, Eft l’heureufe timidité
Donc mon coeur chérit le partage , Puifqu’il eft le premier hommage Qu’il ofe offrir à la beauté.
Qu’un Fat ambré, dans fa manie Sur un nouveau jargon monté, D’homme de bonne compagnie Soutienne la célébrité ;
Que , par CydaliJc ou Julie , Son nom dans les Boudoirs chanté De la bouche de la Folie
Parte aux faftes pompeux de la frivolité ;
C’eft fon deftin : qu’un autre y porte envie J Je n’en fauro:* être tenté.
Il eft des prix pour le Génie, Il en eft pour la vaniçé»
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MARS. 1764.
Que le père de la faillie, Que femble fervirle hazard,
D’un moi qui ne doit rien à l’Art, De la pâle mélancolie Ranime le fombre regard î 'Oui, que P.... vous faffe rire : Seul il a ce droit, j’y confens ;
Mais vous le connohiez , Thcmirc , C’eft le moindre de fes ralens.
Moi qui ne fuis P... ni potic-maîcrc » Je me renferme dans mon erre y Tout mon efpric eft dans mon coeur; Vous m’apprenez à le connoîcre. Vos beaux yeux fçavent tout charmer ; Votre efpric fçait inftruire & plaire j Et nous, nous ne fçavons qu'aimer. Vous voyez bien qu’il faut nous taire.
Par M. Costjrd, Fils,
A Madame Z) * * * , jz/z avoir eu la fève le jour des Rois.
Impromptu.
Pourquoi vous étonner » Gtycire f L’événement n’eft pas nouveau.
48 MERCURE DE FRANCE.
- Quand l’Amour coupe le gâteau , La fève eft toujours pour fa mère.
Par le meme.
Vers à Mlle Mazarelli , Auteur <Tun Eloge de Sully.
f)uor, tu joins l’art d’inftruire à celai de nom plaire !
Et &'Apollon tu vas grotlîr la cour : Ta main qui de Sully trace le caraftère Grave & folâtre rour-à-tour. Nous trace des leçons, & carette l’Arpour.
A ces rivaur tu fais rendre les armes : D’une double viâoire il;-viennent t'honorer* Charmés de ces talens, fubjugués par res char* mes \
Ils ne (çavent que t'admirer.
Mais c’eft prendre fur nous un trop grand avaa*
i
Ne te fuffic-il pas de régner fiir nos coeurs? Faut-il encor nous ravir les faveurs Dont le deftin a fait notre partage ?
Que nous puiflions au moins, oubliant tes rigueurs,
par quelques biens balancer nos disgrâces; • Laiile»nous nos talens, ou donne-nous ces grâces!
Suiti
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SUIT H des Lettres d’un jeune Homme. Lettre IV.
"Vous voulez connoître les femmes qui font ici. Vous me demandez des portraits. Mon ami,c’eft un ouvrage délicat. Il eft dangereux d’être vrai. Mais, s’il arrive que féfîleure quelques ridicules & même quelques vices , je ne démafquerai point les Perfonnages , & d’ailleurs nous avons de jeunes Dames très-aimables , & dont on ne peut faire que l’éloge.
Deux femmes qui vifent à la célébrité, qui par conféquent fe détellent & fe méprifent, 8c qui, je crois , fe rendent tuftice : l’une aimant tout le monde, 8c même fon mari ; l’autre, plus franche , plus décidée , & déclarant nettement qu’elle regarde le fien à-peu- près comme un animal domeftique , que des préjugés ont rendu néceflaire à la liberté d’une jolie femme. Toutes deux aimant le plaifir, mais la première avec moins d’éclat ; être pufillanime, ne fuit qu’en tremblant fon illuftre ®odéle.........Paflons aux autres.
50 MERCURE DE FRANCE.
Imaginez, mon ami, ce que la jcu- neflè a de plus brillant, de plus tendre & de plus délicat. Des cheveux blonds, de grands yeux bleus pleins de douceur , un vilàge riant & modefte, l’éclat des plus belles couleurs , cette fi- ncïTe & cette blancheur de prau particulière aux blondes , & qui laiflènt voir la pourpre imperceptible de ces petites veines qui ornent les tempes & le front, un fourbe enchanteur, une taille leg'ere & charmante , une poli- teffe aifée, un efprit aimable & cultivé, un mélange touchant & fingulier de fi* nefle & d’ingénuité dans le cara&ère : il étoit refervé à Mlle de Lujïcour de raf- fembler tant de grâces & tant d’heu- reufes qualités.
Nous avons encore une jeune Brune, dont les yeux pétillent de tendrefie & de vivacité. Elle penfe bien & s'exprime de même. Vous lui trouvez d’abord quelque timidité. Ce n’eft point de l’embarras , c’ell une fage circonfpeéHon qui naît de la modeflie. Son efprit eli jufte, fes manières nobles & naturelles, fa converfation agréable & fimple.
La figure de Madame à'Orville in- térefle d’abord. L’élégance & la legé- fêté de fa taille, la fineflè & la vivacité j
MARS. 1764. 51
«Je fa phyfïonomie , le feu de fes grands yeux noirs , une certaine dignité répandue fur toute fa pcrfonne, tout cela frappe 8c furprend. Avec plus de naïveté , elle auroit de la grâce ; elle n’a que de la majefté. Vous ne lui trouvez pas ces grâces touchantes qui vont chercher l’ame * ; mais , permettez-moi l'ex- preflion , une Beauté impérieufe & hardie , qui femble plutôt commander l’amour, que l’infpirer. Elle a beaucoup d’efprit , encore plus de prétentions. Concluez de ceci,qu’elle a plus d’art que de naturel, 8c vous conviendrez néanmoins que Madame à’Onille eft aimable.
Les femmes réulfiflent dans tous les détails où il faut paroître : Mde d'Or- ville y excelle. Elle fait parfaitement les honneurs de fa table 8c de fa maifon ; rien ne lui échappe, 8c tout le monde eft fatisfait : elle a toute l’adrefle |8c la préfence d’efprit de fon féxe. Mais vous me foupçonnez de vouloir calomnier ce féxe enchanteur, 8c de ne lui laiflér que de petits talens. Je m’explique.
Ne pourroir-on pas dire aux femmes : Ne vous plaignez plus de votre éduca-
* Roujffcau , Emile ou de TEducation.
C ij
MERCURE DE FRANCE, tion. Elle eft conforme à vos inclina- tions. Elle pourroit être plus paifaite,8< j’avoue que, fi elle ne l’ert ?pas , il y a de notre faute. Mais vous n’êtes pas faites pour vous appel’antir par l’étude. Contentez-vous d’être aimables ; régnez par la douceur & la perfuafion : ne cherchez point à devenir des hommes, vous y perdriez. Vous naifltz toutes coquettes : ne vous offenfez pas, je vous fupplie , de ce difeours ; je ne vous en refpeâe pas moins, & la coquetterie bien dirigée eft un bienfait de la Nature. C’eft par elle que vous gouvernez les hommes. Vcrtueufçs, vous faites des fages ; & des vives émotions de l’amour je vois naître & s’établir les moeurs. Quelle gloire pour vous, & quel autre empire pourroit vous flatter davantage !
Mais enfin voulez - vous réellement Être hommes ? J’y confens, & je partagerai de bon coeur avec vous les fatigues & les dangers de- la guerre. Devenez graves & Içavantes, & préférez à la finefie du fentiment, à l’aimable en- joument de votre efprit,les foins de la politique & du gouvernement. Jetiez l’aiguille & le fufeau, & que vos mains délicates prennent la bêche duruflre,& le marteau du forgeron. Non, la Nature a marque notre dellination & la diffé-
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rencc de nos emplois par la différence de notre conformation. Une plus haute ftature , une organifation plus fo- lide & moins flexible indiquent les devoirs honorables de l’homme. A Dieu ne plaife que je penfe que notre âme foit par fa nature fupérieure à la vôtre ! Quand toutes ces relations de féxes ne fubfifteront plus, quand les temps feront perdus dans le gouffre de l’Eter- nité, quand ce corps mortel fera dif- fous , nous ferons tous égaux ; les âmes ont-elles un féxe * ? Quelle différence reftera-t-il entre elles ? Mon ami, je me fouviendrai fans doute alors, & j’aurai du plaifir à me rappeller que > lorfque j’étois un homme , ton aimable f eur étoit une femme dont la fociété me charmoit.... Mais vois-tu quelle Méra- phyfique à propos de AA/e d'Orvilk ? Pardonne à un pauvre Solitaire. L’habitude du chagrin égare fbn imagination , mais jamais elle ne corrompra fon coeur. Adieu , je vais parcourir cette admirable campagne. Que ne puis- je partager ce plaifir avec toi ! Quelle belle foirée La fiaîcheur & le calme de l’air femblent paffer jufqu’à l’ame ! ... Au revoir, mon ami !
* RouJTeau, Nouvelle Héloïfè.
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
Lettre V.
J F. reçois enfin votre lettre, mon ami. Pourquoi l’ai-je fi longtemps attendue ? Ce long filence commençoit à m’inquiéter , 8c mon coeur en a murmuré ; mais l’amitié refiTemble affez à l’amour : la moindre faveur d’une Belle appaife un Amant irrité, & l’on pardonne aifément à l’ami que l’on retrouve.
Il faut que je vous conte une petite hiftoire,qui , je crois, vous divertira. J’étois curieux devoir un homme à la mode. Je viens de contempler enfin a cette merveille. Rien n’eft fi plaifant, je vous allure , 8c je fuis fatisfait. Mais, fi j’ai trouvé ce Phénix ridicule, j’ai du lui paroitre bien fot : il a fans doute eu pitié de mon étonnement provincial. L’attention avec laquelle je le confidé- rois étoit en effet remarquable ; elle faifoit un beau contraire avec la légèreté de cet Agréable. Tandis qu’il pi- rouettoit fans cefie , qu’il tournoit à tout vent, qu’il parloit à toutes les Dames, qu’il vantoit les yeux de l’une , admiroit la main de l’autre, je me di- lois : ce rôle eû tcut-à fait digne d’un
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bomme, & cette manière d’honorer les femmes doit bien les flatter!
Mon ami, fi je voulois infulter une jeune perfonne , fi je le pouvois , je prendrois le ton de cet impertinent. Mais rien n’égaloit fa fade galanterie , que l’air fuffifant avec lequel il s’empa- roit de la converfation. Il débitoit lef- tement les plus dangereufes maximes; il décidoit, tranchoit....Nous étions révoltés
; mais on nous vangea.
Toutes les Dames avoient eu part à Tes hommages .11 n’y eut pas jufqu’à la vieille Président de Fierville à qui il n’en eut conté. La petite nièce de cetté Dame eut fon tour : il lui adrefia quelques propos galans. Monfieur , dit-elle, retournez à ma tante , vous venez de lui dire précifément la même chofe ; elle cft beaucoup plus raifonnable que moi ; elle vous entendra mieux. La naï« veté de cette faillie nous frappa ; per- lonne ne put s’empêcher de fourire. Si tu n’as jamais vu un Petit-Maître décon- certé, 8c déconcerté par une jeune fille de douze ans ; j'ai vu , moi, j’ai vu ce phénomène.
Cette gcntillefle , cette affeftation & ces galans menfonges ne font guères féduifans, il elt vrai ; ce n’elt qu’un Civ
5 6 MERCURE DE FRANCE, vain perfifflage : mais ces lâches adula- lions , cette commode & libertine Phi- lofophie ne laiflent pas d’être perni- cieufes. Vils corrupteurs ! ne vous plaignez plus des vices des femmes : C’eft vous qui les faites germer dans leurs coeurs. Galants efclaves de la beauté ! c’eft vous qui leur donnez enfin des armes contre vous-mêmes. Elles n’ont pas ufurpé l’empire ; vous le leur avez tianfmis : heureux & libres en portant leurs chaînes , fi vous aviez fçu mieux diriger ce doux attendant que leur donna fur nous la Nature !
Mais, mon ami , croiras-tu que je fuis moi-mtme accufé de galanterie, moi qui déclame contre elle avec cette véhémence ? On n’a rien imaginé de mieux pour me corriger , que de me propofer une femme. On veut que j’é- poufe une fille très-riche.... 8c très- vieille. La perfonne n’ell pas une Beau* té ; mais la Raifon '.... La Raifon eftfans doute une très-belle chofe. On me regarde comme un papillon qu’il faut fixer. Je doute un peu que je m’attache à cette fleur dont la fraîcheur 8c l’éclat font fort équivoques. Ne fût-ce que par curiofité, 8c pour en caufer avec toi, il faut que je voltige autour. J’en ferai
NT A R S. 1764. <7
quitte pour m’envoler bien vite , Ci l’objet me fait peur. Juge de la bonne fortune , & fi j’y perdrai mes ailes.
Adieu , mon ami, tâchez de vous diftraire. Continuez de vous occuper 8c de vous amufer. Chantez,lifez les loix, 8c faites l'amour. L’homme d’efprit fçait tout concilier. Je defirc ardemment que la jeune perfonne dont vous me parlez fafie bientôt votre bonheur. Plus adroite que ces femmes impérieufes, qui ne fçavent que révolter un mari, elle lent que l’empire de fon féxe n’cft que celui de la douceur & de la per- fuafion. Elle a de la raifon & des grâces; le fort des malheureux la touche & l’intéreffe. N’héfite pas à t’unir à cette aimable fille ; donne ton coeur au vrai mérite. Adieu.
L E T T R £ VI.
Oh, que tu connois mal ton ami ! Ecoute l’h’.ftoire de mon coeur, & juge mieux de mes fentimens.
J’aime une fille charmante. Je vais te peindre les grâces qui parent la fagefle. Ce portrait pourra te féduire ; mais il c’en fera que plus reflemblant.
Cv
,S MERCURE DE FRANCE.
Mon bon ami, avez-vous vu quelquefois de ces phyfionomies touchantes , qui fcmblent demander le coeur qu’elles ravinent ? La beauté de ma maîtrefle eft d’un caractère fi tendre 8c fi naïf ; elle a quelque chofe encore de fi noble & de fi gracieux !... Vous diriez que,pour former ce modèle aimable, la Nature a fondu la majefté d’une Reine avec l’ingénuité d’une Bergère. Une figure brillante Sc modefte , beaucoup de délicatefie & de fenfibilité, une fini- plicité charmante, un coeur généreux & compatilïant, une âme enfin .... voilà l’objet enchanteur qui diïpofe de ton ami.
Peux-tu me foupçonner, après cela, de prétendre aux faveurs de la .... ? Tu n’as pu férieufement interpréter ma lettre comme tu le fais. L’amour n’a- chetc point fès plaifirs ; il ne les vend pas ; c’eft au coeur feul de les donner & de les obtenir. Une maitrefie vraiment eftimable pourroit arracher au libertinage l’homme le plus vicieux. Tu ne veudrois pas que je le devinfle.
Mais que penfer de l’homme vil qui trahit indignement l'innocence, & de- fefpére la pudeur ? Quel eft ce plaifir barbare, d'abuïer du malheur d’une
MARS. 1764. $9
jeune perfonne aimable , de profiter de fon extrême aftliâion pour la forcer de fe faire violence à elle-même, & de s’avilir à fus propres yeux ! Eft-ce parmi les horreurs de la mifére la plus déplorable que peut régner l’Amour? Homme brutal ! comment n’éprouves-tu pas unfupplice plus cruel que celui qu’imagina cet exécrable tyran qui faifoit unir un homme vivant à un cadavre ? 11 eil infenlîble, ce cadavre ; mais , vil Sardanapafc , la viétime de tes lâches artifices & de ton impudence boic toute l’amertume de fon fort! Es-ta heureux de fes peines, de Tes douleurs ? Tu oies mêler l’opprobre 8c la défola- tion à la volupté ! O monftre !.........
Fuyez , fille infortunée ! Votre vertu dépend encore de vous. Malgré le plus fmglant outrage , elle n’en fera que plus refpeétable ... Mais revenons.
Dites-moi, mon ami. Abandonnerai- je ce que j’aime, parce que l’or n’a point tiffu nos noeuds ? Il en faut, je lefçais, de cet or fi recherché ; mais jamais je ne defirerai d'inutiles & dangereufesri- chefies. Si je ne puis adoucir mon fort ni celui de l’aim -, le fille qui m'a charmé, j’irai dans quelque campagne oublier le monde & la ïbciété ; heureux , fi l’a- Cvj
éo MERCURE DE FRANCE, initié peut chafler de mon afyle l'amour & les médians. Je ne fçais ; mais je fuis tenté de fuir. O mon ami ! l’on ne croit plus à la vertu. Une lente mélancolie me confumc. Hâte-toi, viens corn fûler un infortuné qui t’aimera toujours. Viens m’aider à fupporrer nies maux.
ODE.
De Pace et Ludovici decimi
QUINTl LAUD1BVS.
tibi no do triplici, Gradue , Mcmbra contraxit , fuper arma letho Erafla dejcflus furis ore /rendent , Lumine torvus.
Diva ferpentum redimita ncxti, Quid /remens Orco ruis 9 & forons Jnter accindis Furias atroci
Bell a flag.llo.
En redit tandem comitata Mufti Fax , jimul ludi redeunt jocique , Fax diu no (Iris miferata G allô s Régnét in oris.
MARS. 1764. 61
Ecquis hic héros , phaleratus ilium Fert equus, fieptrum , fimilis jubenti , D extra prétendit, placidas finijlra Fleiïit habenas.
Spiral auguflo pic tas in ore. Mollis arridet gravitas tuenti.
Te probatpetlus , Lodoiqe , patron > Dextcra rcgem.
Toile formofum caput inter undas • Nympha pracurrcns , tuus ecce lattis Rcx adcfl ripis , récréât bentgno
Li Clora vultu*
Faune 9 Sylvani > Dryades puclla , Nunc decet cantus renovare , ludis Annuit Princeps , qu attendu certo Nunc pede tellus.
Gallici quem tu populi parentem , Fama , commendas , medio fuorum Afpice , hune circum generofa promunt Pe&ora nati.
AJJidet juxta Thémis , hune corond Cingit inventrix oie a Minerva
Corde virtutes Lodqiqus omnes
Colliga utius.
&. MERCURE DE FRANCE.
Te triismpbantem celcbravit orbis
Hofle percujjo ; tibi nunc, arnica
Pacis authori Monumcnta longum
Tollat in avuin.
Tollat, afpc&u furor arma frafigat,
Thraciam plcno repetct volatu ,
Dum fuos plaufu célébrât fecundo
G allia amorça.
tuas addet memorare laudes ,
Parce Mufarum , LonoiX , alumno 4
Eft Jul parvltni l^a at fideie
Pigniu amoris.
ü", ■, ■. l, . ■ r
TRADUCTION.
u bls tranfports de fureur & de rage Le regard menaçant, la bouche écumante : Mars qui t’a précipite fur ce monceau d’Armes fan- glantes que la mort a brifées ? Qui c’a chargé de ces fers ? Qui c’a donne ces entraves ?
Déc (Te impitoyable, mordre couronné de Serpents. Quel dcMpoir ce fait précipiter jufqaes au fond des Abîmes ! L’Enfer retentit des horribles fifflemenn de ton fouet. Châtiée de deilus la terre , tu vas donc dans le fein des ténèbres
MA RS. 1764. 63
allumer la Guerre entre les Furies tes dignes Soeurs. »
La Paix» l’aimable Paix , revient enfla habiter parmi nous. Divinités ennemies, fuyez : elle vient accompagnée des Mu fes. Les Jeux & les Ris volent fur fes pas. DéelTe fecourable , jettez enfin des yeux de compaflîon fur les François, Régnez ; mais régnez a jamais fur leurs Contrées.
Quel efl donc ce Hcros qui s’offre à ma vue * 1! cft monté fur un fuperbe Courfier. D’un main il préfente fon Sceptre : on diroit qu’il commande. De l’autre il laide flotter paifiblement les Renés. . ;
Une augufte Majefté brille fur fon front. On li:dans fes regards la douceur &. la tendrefTe. Ses yeux animés d’une noble fierté > laiflent échapper un aimable fourire fur ceux qui le contemplent* A ces traits je tereconnois, Louis ; ton coeur dit que tu es Père > & ta main montre que tu es Roi.
Lève ta tête au-ledits des eaux, heureufe Nymphe de la Seine. Rends hommage à ton Roi. C’efl lui qui vient habiter tes rivages , & qui réjouit par fa préfence. cette fuperbe Ville qûe tu arrofes dans ton Cours.
Accourez, Déc (Tes des Bois. Jeunes Dryades, Faunes, Satyres, accourez .’ renouveliez vos Chan-
64 MERCÜRE DE FRANCE, fons, redoublez vos Concerts,formez des Choeurs de danfes : il eft temps. Louis a donné le fîgnaJ,
Et coi,puiflante Renommée ! toi qui apprends â tout l’Universque Louis eft le Père de la France» viens voir ce Prince au milieu de fes enfans. Ils loi préfencenc à l’envi, un coeur que le refpeâ & l’Amour lui ont aflujerti.
Contemple ce Monarque aflîs fur (bn Trône. Thémis eft à feS côtes, Miturvt le couronne. Ii ouvre fon coeur à toutes les vertus, & fe plaît à les y réunir toutes enfemble.
Grand Roi, lorfque ru foudroyois tes ennemis» l’Univers célébroit tes triomphes & ta gloire. Aujourd’hui que jaloux du bonheur de ton Peuple» tu donnes la Paix à la France » elle éléve en ton honneur un Monument éternel.
Qu a Pafpeâde ce glorieux Trophée,la foreur bxife elle-même fes traits. Que d’un vol précipité elle retourne chez les Thraces, où elle tient fon empire. Tandis qae la France tranquille déformais, célébré par des applaudiffements réitérés, l’inique objet de fa tendrefle.
Pardonne» Lou1S ! pirdonne ,à un jeune éleve ÿes Mufes,qui ofe élever la roix,trop foible encore
9
MARS. 1764.
pour chanter ta gloire. Regarde cet effort de fon génie ,cottime un témoignage foible, il eft vrai , mais finccre de fon amour pour coi.
Par M. l'Abbé Desfilux , Bourfur au Collège du Plcflis - Sorbonne.
COUPLET préjentè à Madame la Mar- quife de S. F. dans un Bal dont elle cto il la Reine.
Sur I’Air : Les plaiftrs de notre Village , &c9
À.IMABLI Reine , fur vos traces Vos Sojeta voleront toujours! Près de vous fe fixent les Grâces » Les Jeux , les Plaifirs t les Amours, Vos loix font le charmant empire Du bonheur 4
C’eft à vivre fous lui qu’afpire
Notre coeur.
L E mot de la première Enigme du Mercure de Février eft le Livre. Celui de la fécondé eft V Enigme elle-même. Celui du premier Logogryphe eft le Foie. Celui du fécond eft Corfaire > Na-
66 MERCURE DE FRANCE.
vire fort léger, dans lequel on trouve ris, acier, facre , cor, foc , fer de chat- rue , Acrife , Céos , Roi , foir, roc, cire, Ea , ire, Sera, Céfar-Augufie, arc , Io, A fer , A fie, cri Je , or , rofe , car , Soria, Oife , Sare , air , foie , Eric de Va\a , la , rofaire, efpéce de chapelet, Sao ,firé , acis , aire , & rafoir.
Pt
Je de
ENIG ME.
Aux humains tous les joursje rens mille fervices, Le Sexe fait de moi (es plus chères délices • Sans parcage je fuis en mille endroits divers : Vers le bien, vers le mal, mon penchant eft extrême.
Je naquis au moment qu’on créa Funivers. Perfonne ne dira qui je fuis > que moi meme.
Je n
Mais
Et ce
On m
Ctacui
AUTRE.
T’oujoüRsen l’air, toujours en peine, La moitié de mon corps fur l’autre Ce promené*
Tantôt j.e monte , & tantôt je defeeads*
Je parois d’humeur noire à quiconque m'aborde»
Je fais bien pis, je lui montre les dents: C’efl pourtant fans que je le morde» ,
Pour
Et four De pl J (Jne VJ L’iiJ
M A R 5. 1764.
67
A U T RE.
X ris pardevanr , je fuis une fête, un myflere. Je deviens Pape & Saint , pris dans le lèns contraire.
Par Mlle LafleüR de Cussot.
LO GOGRYPHE.
Je ne vais poinr, Ledeur , où ion ne m'aime pas» Mais on me multiplie autant qu’on le déliré.
Je figure dans un repas ;
Et ce oi’efl un honneur quand quelqu'un me déchire.
11 eft peu de feftins fans moi ; * On m’y donne toujours une première place > Chacun, félon Ion goût, ou me cherche, ou me chalTe,
Ou me laide, ou me tire à Coi.
Pour me mieux deviner, Ledear, allons, difleques» Je te montre trois pieds, dix doigts »
Et fournirai dequoi célébrer tes obféques.
Déplus, j’ai les Etats des plus illuftres Rots » .
Une Ville Normande ? une autre de l’Afrique p L’iinpru lent fils de f habile Crc/oû ;
Un très-grand fleuve Afiatique j
68 MERCURE DE FRANCE. Un arbre venimeux, l’ornement des Jardins; Une Ifle de la Grèce ; un Pays d'Amérique ;
Ce que l’on demande aux devins ;
Trois élémens ; deux notes de Mtlfique ;
Je t’offre une conjon&ion > Le fin Roffignol d'Arcadie;
Certaine compoficion
Des pâles couleurs ennemie ; Une boiffbn de Normandie Avec celle du Bourguignon ; Certain légume d’Arabie ; Le contraire de raboteux ;
Ce qu’on voit dans les plus Caints lieux f Un Bénéfice » un Amphibie ;
Une arme j un mal contagieux.
Mais ce n’eft pas affcx>cher Le&eur, cherche * encore
Ce Palais Bottant de lapin , Qui va du couchant à l’aurore f Et revient chargé du butin Qu'il trouve fur la rive More ;
Deux nombres cardinaux > le gîte d’un oifeau Ce que pouffe un enfant alors qu’il vient de naître ;
Celui qui le premier pourra devenir Prêtres L’endroit de notre tête oi loge le cerveau; Quelques mots terminés en Eau Avec lefquels même je rime.
MARS. 1764.
Une pierre fort tendre ; un très-petit couteau i Et la matière d’une lime.
Je contiens en outre uu métal ;
Les fynonymes de fincère;
Un infiniment de mer ; un (auvage animal ; L'aflaflîn d'un innocent frère;
Cet endroit fombre , creux & frais,
Où près de tes tonneaux , pleins d’une liqueur pure
Que tu (avouresà longs traits, De l’air tu peux braver l’injure ;
La Déeffe des bois > la couleur du fâffran ;
Un tragique François ; un Juge Mufulman î
L’Infeâe dont tu dois faire la nourriture i
La peau d’un Boeuf ; une Mefure i
Lt va (è ou Ion mettoit les cendres des Romains ;
De 1 ’or qui dans ton coffre abonde 9
Avare, ce qui doit te relier dans les mains
A ion pacage en l’autre Monde;
Ce que Phcbus forme en fon cours ; ’
Ce que l’on porte au front, (urtout dans les vieux jours ;
En un mot, je peux tout, ayant l’Etre fuprème.
Tu me verras très-peu chez un NéceÆiteux » Je ne parois guère en Carême.
.Leâeur, devine, C tu peux.
DïSCUàMPS , /Auxerre*
To MERCURE DE FRANCE.
-------- ■ - -- - - » -W ■ f
AUTRE.
Il faut trouver dans un feulmot, Arme, Mitre , rime, Marot, Dame, mérite, Hermice, aprêt. Mctier, Ærrti, Martyr, Arrêt, Atôme , Droit, Thème, Morphéc , Terme, mari, Parme & marée.
Par Régnault 9 R. à Vofaillc^
BRUNETTE,
Avec accompagnement de Guitarrc>
(^uand je t’entends, chère Guitarre, Des Inftrumens le plus flatteur, De mes Cens quel charme s’empare !
Quels transports naiflènt dans moncoecr
Si les doigts i'iris font éclore Tes fons touchans, harmonieux ; Le charme eft plus puiflant encore ; Je goûte le plaiGr des Dieux.
MAR S. 1764. 71
Sa voix , l'écho de la rendrefle , Augmente mon enchantement; F longé dans une douce y vrefle, Mes pleurs font ceux du fentimenr.
La Mufiquc efi de M. D'O B ET fils, Organifit < Châteaudnn j Us Paroles de M» R"*t de It nd/nc Villt,
X
9
ê
^■2. MERCURE DE FRA.NCE.
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES.
SUITE de la dijfertation hiflorique & critique fur la Vie de Don ISAAC AbaRBANÉ.L , Juif Portugais ; par M. de BOISSY.
^\[oTRE Rabbin reçut un ordre de fe rendre auprès de D. Jean dont les intrigues de fes ennemis avoient conft- dérablenient accru l’animofité à ton égard ; il ne balança point à obéir. Il fe hâta d’arriver à Lisbonne, d’où la privation de fes emplois l’avoit obligé de s’éloigner. Il fut aflez heureux pour apprendre fur la route qu’on en vou- loit à fes jours. On l’avertit que le Roi ne l'attiroit à fa Cour que pour lui tendre un piège dont il étoit de fa prudence de fe garantir. Ces avis croient trop pofitifs pour avoir lieu de douter de ce qui fe tramoit à fon infçu contre lui. Il n’eut rien de plus prefTé que de fe fouflraire par une prompte fuite,
MARS. 1764.' 7^
111 danger qui menacoit fa tête. Il Ce réfugia dans le Royaume de Caftille fans avoir le temps de fe faire accom- pigner de fa femme & d.e fès enfans qui ne l’y vinrent trouver que quelque temps après. Il ufa d une fi grande diligence , que dans l’intervalle d’une nuit a l’autre il gagna les frontières de ce Pays. D. Jean étant inftruitde fon éva- fion entra dans une furieufe colère. Il envoya fur fes traces des foldats pour le lui amener mort ou vif. Mais leurs pourfuites furent inutiles. Abarbanèl les avoir devancés de vîreffe. Ce Roi ne put tirer d’autre vengeance que celle que lui offrit la confifcation de tous les biens & les effets de ce Rabbin qui étaient demeurés en fa puiflànce. Nous devons le détail de routes ces particularités à Abarbanèl lui-même qui déplore fa chute en des termes aufft pathétiques , que ceux dans lefquels il décrit fon élévation font magnifiques. Les tins 8c les autres font un tifTn de diverfes phrafes prifes de l’Ecriture, qu’il adapte & lie à ta contexture de fon difeours en les accommodant au récit des différentes circonftances de fa vie. Cela eft afTez ordinaire aux Auteurs Juifs & principalement au nôtre. Il étoit dans
D
IJ
74 MERCURE DE FRANCE, h quarante-cinquième anne'e de fon âge, quand il quitta le Royaume de Portugal, pour aller s’établir dans celui de C «ftille. Le loifir dont il jouit dans fa retraite, réveilla en lui le goût qu’il avoit eu dans fa première jeuneffe pour l’étude des Livres faints.il reprit le cours de fes travaux fur l’Ecriture, qui avoient fouffert une longue interruption par les occupations qui l’attachoient à la Cour. Il paÏÏJ quelques années à la méditer; 8c fes commentaires fur les livres de Joftré, des Juges 8c de Samttelfiirenx le fruitde l’on application. Cependant l’ambition qui le dominoit toujours, fit encore diveifion à fes veilles laborièu- fes. Il fe laiffa fùrprendre une fécondé fois à l’appàt des honneurs 8c des ri- chefles. La Cour de Ferdinand &C d’/- fabclle lui offrant un va (le champ pour déployer fes talens, il s’y introduifît à h faveur de la Banque qu’il faifoit en Ef- pagne. Animé du d.fïr d’y figurer, il employa toutes les teflburces que put lui fournir l’aftivité de fon génie intrigant pour fe ménager un accès auprès de Leurs Majeftés Catholiques. Comme il étoit habile dans l’art de captiver la bienveillance des Princes, fes follicita- , lions réuffirent au gré de fes fouhaits. I
MAR S. 1764. 75
Ferdinand, le prépofa au manîment de fes finances, &. l’éleva au rang de les Mini'lres. Il eft vraisemblable que ce Monarque agréa les Services A'Abarba* nil plus par politique que par amitié pour lui. Il avoir formé le projet d’exterminer les Maures ; & il ne fè dif II— muloit pas que Ses revenus SuffiSoient 1 peine pour Soutenir les frais de la guerre où il vouloit s’engager. Il Sentit que notre Rabbin à qui l’importance des emplois que celui-ci avoit administrés, donnoit beaucoup de considération & d’autorité parmi les Juifs, pourrait le Servir utilement dans le porte où il le rlaça. Il préfumoit d’obtenir d’eux par Son moyen les Secours pécuniaires dont il avoit beSoin. Abarbanélïui yen- dant huit ans en portertion de la charge dans laquelle il avoit été in Italie. Elle le dédommagea amplement de la perte qu’il avoit faite de fes dignités, & de fes biens en Portugal. Il y amartà dans ce court elpace de temps d’aufTî giands tréfors que ceux qui lui avoient été ravis précédemment. Tout fembloit concourir à l’afFermifTement de Son bonheur , lorfqu’un événement inattendu chargea Subitement ta face de fes affaires. Ferdinand ayant à Son retour de ta Dij
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r.t
76 MERCURE DE FRANCE, conquête du Royaine de Grenade fur les Maures réfolu de charter tous les Juifs habitués dans fes Etats , fit publier au mois de Mars de l’an 1492, un Edit par lequel il leur étoit enjoint d’en fortir dans trois mois à compter du jour de fa publication , ou d’embrafler le Chrif- tianifme. (a) Iln’y eut point d’exception ; l’Ordonnance étant générale > fa rigueur s’ctendoit à tous ceux qui fai- foie nt profeflïon ouverte du Judaifme. Ainfi Abarbanil y malgré le crédit qu’il avoit eu a la Cour jufques-là, ne put fe garantir de l’exil commun. Frappe' du coup terrible qui étoit porté à fa Nation, il mit tout en oeuvre pour le détourner. Il alla fe jetter aux genoux du Roi qu’il tâcha de fléchir par fes prières & par fes larmes ; il le conjura de ne
(a) /4barbanel. profit. Commenter, in LU** Reg.fil. 188. Salon. Ben. Firg» Schebet Je bouda* fol» 44 feu p.jzo ex verfion.Gent.Gtdaliah Schab fchelcth hakkabalah fil. /1;. Mariana (Hifor. Hifpan Lib. XXI1. Cap. /. ) & d'après lui Sponle ( CoarinuaL Annal. EccLf Baron, fubatm, 14^2. n. i.Tcm. 11. pag. 202» ) ont étendu a tef> p ace de quatre mois le terme de Vexpulfion des Juif» L'Hiftorien Ferreras l'a prolongé même jufines & fixiême mois ( Foye [fin Hijloire d'Ffpagne JA part. Tom. FUI. pag. 128» de la tradufliM^ M» <f Hcrmilly. )
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point traiter avec tant d’inhumanité dans hperfonne des Juifs, des Sujets fidèles & zélés pour la gloire de Sa Majefté. Il propofa de leur part de payer toutes les fommes d’argent qu’il lui plairoitd’en exiger. Il l'aflura qu’ils n’heliteroient point à acheter à ce prix la liberté de demeurer dans les lieux de leur naiflance. Il in- téreffa même dans la caufe de fa Nation quelques - uns des plus intimes favoris du Roi, qui gagnés par fes pré- fens intercédèrent pour faire révoquer l'Arrêt qui la baniffoit à perpétuité de l'Efpagne ; mais toutes ces tenratives furent infruâueufés. Ferdinand fut inébranlable dans fa refolution. La Reine Ion Epoufe à qui ce Peuple étoit fou- verainement odieux, rravailloit de fon côté à l’y affermir. Elle le preffoit continuellement d’exécuter avec vigueur ce qu’il avoit heureufement commencé. Abarbanél fe vit forcé de céder à la violence de l’orage qui accabla fa Nation. Confiant dans les principes de fa Religion , il aima mieux partager le fort miférable de ceux d’entre fes Frères qui, à fon exemple, refuferentd’abjurer leur croyance , que de conferver fa place à la Cour de Callille aux dépens de là confcience. Bariolocci prend occa- D iij
78 MERCURE DE FRANCE, lion d’éclater encore en reproches contre notre Rabbin qu’il taxe de s’y être aufïi mal conduit , qu’à celle de Portugal. Il veut qu'Abarbanél ait contribué pius que perfonne à ce banifïement des Juifspar la tyrannie qu’il exerçoit envers les pauvres , par Tes ufures excefTives, paria vanité infupportable qui lui faifoit ufurper les titres qui ne font dus qu’aux maiiôns nobles d’Efpagne , enfin par Tes difeours injurieux à la Religion Chrétienne dont il étoit l’ennemi déclaré. S’il falloit juger de ce Rabbin fur la dépofition inconteftablementtiop fufpeéte dun homme qui fe plaît à le noircir, on ne pourroit le regarder que comme un franc fcélérat qui i’acri- fioit tout à une ambition démefuréc, 8c à une infâme cupidité.N’eft-ce pas montrer évidemment l'effet de la pafïîon la plus méprifable , que de s’abandonner à des accufations de cette nature fans avoir des preuves pofitives de ce qu'on avance. Je ne crains pas de dire que c’eil précifément là le cas de lïario- locci qui dans l’énonciation de ces prétendus griefs , qu’une imagination aufïi fortement préoccupée que la fienne étoit feule capable de réalifer, a plus confulté fa haine particulière que
MARS. 1764. 7^
les intérêts de la vérité. C'eft pourquoi on ne doit pas avoir égard à Ces déclamations monachalcs. Abarbanil s’embarqua avec toute fa famille pour l’Italie , 8c aborda à Naples, ( b ) où .Ferdinand^ bâtard régnoit alors. Il eut le bonheur d’être bien accueilli de ce Prince , à la Cour duquel il s’infinua par les mêmes voies qui l’avoient mis en crédit à celles de Portugal 8c de Caftille. Comme Ferdinand, fe piquoit d’une politique raffinée , il fçut en adroit courtifan fe faire valoir auprès de lui par les connoiiïànces qu'il avoit été à portée d*y acquérir en ce genre. Ce Monarque le prit en affeâion , & l’employa avantageusement dans les affaires les plus fecrètes 8c les plus difficiles du Gouvernement. La mort ayant enlevé Ferdinand peu de temps après qu‘Abarbanil fe fut établi dans fa Capitale, Alphonfe II- de ce nom lui fuccèda l’an 1494. Noue Rabbin eut également part aux bonnes grâces de ce dernier à qui fes fervieçs ne furent pas moins agréables , qu’ils l’a- voient été à fon prédéceffieùr. 11 re- cueilloit tranquillement le fruit de fa •■ ( b) j4barb.in. loco fuprq citato fr pif fit. Co’n- tnentar, in Libr. Dcuteronom.
D iv
80 MERCURE DE FRANCE, faveur, lorfque la fortune qui n’e'toit pas encore lafTe de le perfécurer lui préparait tin nouveau fujet d’affli&ion. On auroit dit qu’elle ne fe plaifoit jamais plus à lui nuire , qu’au moment qu’elle paroifloit le favorifer davantage. Charles VIII. Roi de France entreprit la conquête du Royaume de Naples, auquel il prétendoit en confé- qucnce des -droits fur ce Pays que Charles Comte du Maine héritier de René d’Anjou avoir cédés à Louis XI. Il y entra à la tête d’une Armée nom- bretife &. s’empara des principales places fans trouver aucune réfillance. Alphonfe concerné de la rapidité du progrès de fes Armes , 8c ne fe Tentant point allez fort pour s’y oppofer,abandonna Naples à la difcrétion du vainqueur. Il s’enfuit en Sicile, où le fuivit Abarbanél qui demeura fidèle à fon Prince ,au milieu des revers qui le dé- pouilloient de fes états & de fes richef- fes. Ils firent Pun & l’autre leur réfiden- ce à Melfine. Nicolas Antonio s’eft mépris en marquant dans l’appendice de fa Bibliothèque d’Efpagne , que notre Rabbin fit le trajet de la Sicile .avec Ferdinand qui avoit été déthrôné
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par les François, (c) Cela regarde uniquement Alphonfc ; le premier de ces Monarques ayant ceffe de vivre un an avant l’arrivée de Charles en Italie. Alphonfe ne furvécut que de quelques mois à la perte de fa Couronne. Succombant fous le poids de fes malheurs, il mourut l’an 149$. Abarbanél qu’aucun motif ne retenoit plus dans cette Ille fe retira à Corfou , où il ne s’arrêta pas longtemps ; car il repaffù, l’année fuivante en Italie. II fixa fon domicile à Monopoli dans la Pouille pour être à couvert des infultes des François , dans la retraite qu’elle lui offrit. Il composa divers écrits pendant fon féjour en cette Ville,où il relia environ feptans. ( d.) Il eut enliiiteocca- lion d’aller à Venife ,ou l'on Fils.Jfr/ipà l’accompagna , pour concilier quelques différends lurvenus entre les Magiftrats de cette République , & le Roi de Portugal au fujet du commerce des Epiceries, (e) Il fe conduisit avec beaucoup de prudence & d’habilité dans cet-
C c ) Nicol. Anton. Biblioth. Hifpan. Ap~ pend. Tom. IL pag. 6ÿ6.
( d ) ride prajaifon. L Libri ijucm Abarbantf dnfciipjît Maaïanei Jefchouah fol. j.
(e; Ibidem fol. 4.
Dy
81 MERCURE DE FRANCE.
te négociation qu’il termina au grédej Puiffances qui y étoient intéreflees : ce qui le mit auprès d’elles en grande repu- tation. ( e ) AulTî eut-il la fatisfadion d'en acquérir l’eftime 8c la faveur. Il acheva le relie de lès jours en cette Ville qui fut le terme de fes voyages, 8c mourut l’an i$o8. dans la 71e. année de fon âge. Tel fut le cours d’une vie marquée alternativement par des ho nnetirs éclatansScpar une longue fuite de difgraces ; 8c c’ell prèfque toujours là le fort qu’cprouvent ceux qui, comme Abarbanél, ambitionnant trop la poflelfion des dignités 8c des richelfes, s’attachent au fervice des Grands dans l’efpérance de fe 1a procurer. Les Principaux des Juifs célébrèrent avec beaucoup de pompe fes funérailles, auxquelles afliflérent même plufieurs Nobles Vénitiens. On tranfporta fon corps à Padoue , & on l’enterra dans un ancien cimetière qui étoit hors de la Ville > 8c qui appartenoit aux Juifs. R. Juda Men^ qui avoit été Reéteur de leur Académie , y fut placé auprès de fon ami Abarbanél, auquel il ne furvécut pas huit jours. Ce cimetière ayant été en-
(f) Menaffib Ben. Ifrael. Spci Ifrael. ptg-
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ti'erement ruiné pendant le Siège que cette Ville fouffrit en 1 $09 , devint depuis un chemin pavé ; de forte qu’on ne peut plus reconnoître aftuellement le lieu de la Sépulture de ces deux Rabbins. ( g ) Abarbanél trois Fils Ju- da, Jofeph &c. Samuel. L’aîné vulgairement connu fous le nom de Leon l’He- breu, Auteur des Dialogues de 1.4- mour, a été grand Philofophe & ha- bile Médecin. Il s’eft encore diftingué par fon talent pour la Poëfie , & il a fait plufieurs Vers à la gloire de celui à qui il devoir le jour. Jofeph partagea la bonne & la mauvaife fortune de fon Père jufqucs à fa mort Samuel le plus jeune des fes Frères pafTe pour avoir été plus fçavant qu’eux & même qu’yï- barbanél fon Père , s’il en faut croire Bartolocci qui me paroît avancer ce fut bien gratuitement. (A) Au moins c elt ce que ne difent poiht dtux d’entre les Ecrivains Juifs qui font entrés dans quelque détail fur ce qui concerne notre Rabbin fa famille. Aboab vante à la ve'rité le fçavoir de Samuel. ( i) Mais
( ç ) Prafatio i. Maaianci JtfchouaJi fol. 4 ( h } Bartolocci Bibl. Babb. r. III. pa$. 881» (i) Jn, A boa b Nomologia P. II. cap, zf. pag. 3*7*
Dvj
?4 MERCURE DE FRANCE.
il n’attribue au Fils aucune fupériorité fur le Père à cet égard. D’ailleurs nous n’avons du premier aucun ouvrage qui juftifîe l’opinion , que Bartolocci vou- ilroit qu’on en prît. Il ne l’a probablement eue qu’en faveur du Chriftia- nifme qu’on prétend que ce Juifem- brafla à Férrare, où il reçut au Baptême •le nom d’Alphonfe qui étoit celui du Duc qui lui fit l’honneur d’être fon Parrain. La requête qu’il préfenta à ce ce fujèt fous le Pontificat de Jules III, au Cardinal Sirlet Protecteur des Néophytes , fè conferve manufcrite dans 1a Bibliothèque du Vatican. ( k ) Cependant le filence profond c\\i’Aboab garde fur la converfion de Samuel, fait douter de fa publicité dans tous les lieux où les Juifs font dilperfés ; à moins qu’on ne croye qu’il l’a diflimulée de deffein -prémédite. Mais il eft plus vraifembla- ble, qu’elle n’eft point venue à fa con- ■noifTance , à en juger par les grands •éloges qu’il prodigue à ce Fils Abarba- nèl. Il leslui eût donnés avec plus de réfer» ve , fi en effet il eûtfçu que celui-ci avoir abjuré la Religion de fes Pères, il'n’arrive guères aux Tuifs de parler favorable-
( k ) Vuie ■Catalcg. Biblii)tliet Vatican fub. o* ^4’h Pag-
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ment de leurs Apoftats,dont au contraire ils s'efforcent de flétrir la mémoire , quelque irréprochable qu’elle put être. Aboab nous apprend que la femme que Samuel Abarbancl avoir époufee > ne lui cédoic pas en-mérite. Elle s’appelloit Bcnvenida de fon nom de famille , & elle réunifient aux vertus de fon féxe les avantages de l’efprit, qui étoient encore relevés par beaucoup de prudence, de grandeur & de fermeté d’àme. D. Pedrc de Tolède Vice-Roi de Naples, auprès de qui Samuel fut fort en crédit, conçut pour elle une eftimefi particulière., qu’il ne balança point à confier à les foins l’éducation de fà Fille Leonor. Aboab ajoure que celle • ci ayant été depuis mariée à Corne de Mèdicis Grand-Duc de Tofcane , faifoit gloire en toute occafion de régler fa conduite fur les inftruftions qu’elle avoit reçues dans fon enfance de D. Benvenida qui de- meuroit alors à Ferrare. Aufil ne dé- daignoit-elle pas de la nommer fa Me- re , la refpeéfant comme telle , & la traitant avec toutes fortes de dif- tinélions. (Z) Ces circonflances dénotent a fie z que Samuel Abarbanèl 8c
( 1 ) Aboab loco fuprà cil au.
86 MERCURE DE FRANCE, fà femme avoient dès-lors une difpofi- tion. prochaine à fe faire Chrétiens; n’étant guères croyable , que le Vice- Roi fe fut avifé de donner à fa Fille une Gouvernante qui eut perféveré dans fon attachement à une Religion différente de la fienne. Notre Samuel étoit puifïammenr riche, & quand il abandohna le féjour deNaples l'an 1540, il emporta avec foi > au rapport de David Gant^ la valeur.de plus deux cens mille écus. ( m ) La famille des A- barbantls fubfïftoit encore avec quelque éclat du temps de Daniel Levi de Jiarrios , qui compte un Jofeph Abar* banél avec Mena [Jeh fon Frère & Jo~ nas Fils du dernier , au nombre des membres de l'Ecole Espagnole ? que les Juifs ont à Amflerdam' fous le nom de Cether Thorah. ( n )
' - Après avoir vu notre IJdac fe produire dans les Cours des Princes par fes talens politiques , qui l'y firent revêtir d’emplois importans, nous allons le confidérer en qualité d’Ecrivain
( m ) R. David G an? Zcmich David ad ana. pag. 1 f2. exverfion. Latin. G.
(n) Dan. Lev. de Banios Dcfcriph Cether Thorah. pag. g. Vide Chfi/l. Wolf. Biblioth* Hcbra. Tout. 111. pag. 544.
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qui s’eG rendu célébré par les productions de fa plutne. Elles lui ont mérité un des premiers rangs parmi les Docteurs de fa Nation. AufTi les Juifs s’empreflent-ils à lui déférer le titre d’homme Illuftre , de fçavant & d’incomparable Théologien. ( o ).On l’égale au fameux Maimonide. Quelques-uns même n’héfitent point à le lui préférer. On doit convenir qu’à un efprit net & pénétrant, il joignoit une imagination vive & féconde qui étoit fou- tenue d’une élocution abondante & aifée. Né naturellement laborieux , il fe livroit à l’étude avec une ardeur infatigable. il eli étonnant même qu’un homme dont la vie a été alternativement engagée dans le tumulte du grand monde , dans l’embarras des affaires & dans les chagrins de l’éxil, ait encore pù trouver le temps de s’y appliquer. 11 écris oit avec une fi grande facilité que peu de jours lui fufiifùient pour commenter quelques Livres de l’Écri»
( o ) Salom. Ben Virg. Schçbet JehouJahfol.n, f<u 319 tx veifion. G cru, >1 {arias Mivr Enaiimfol. 139. Dav. Gan{. Zcmaçh David. P. I.jol.6t. Bdit Hcbr.feu pag. 1 ;o. ex Vcrf Pbrfi. Menaffch. Btn tjiael Je enation. Problem. 1, page 2. & Pio-% hem. XII. page jo, Aboab. Nomolog. pag. 326.
ES MERCURE DE FRANCE, tore Sainte. De-là cette multitude d’ouvrages qu’il a compofés. ( p ) M. Mains a pris foin de recueillir à la fuite de l’abrégé de la vie qu’il a donné de ce Rabbin , les Jugemens que les Sçavans de diverfes Communions en ont portés. ( </) Ils lui font généralement afTez favorables , furtout en ce qui concerne l’explication du Texte Sacré: c’eft aufïi dans cette partie qu’il s’eft principalementdiftingué. Ses Commentaires font farts contredit ce qu’il a fait de plus confidérable ; & il paffè avec raifon pour un des meilleurs interprètes Juifs. M. Simon veut que ce foie celui dont on peut le plus profiter
(p) Bartolocci ( Biblioth. Rabbin. P. IIL
pagg. ) A/. Bibiioth. Hebra. Tom,
J. pagg. 62$ , 639. ) ont donné la notice des Ouvrages de notre Rabin , à laquelle ils ont joint le dénombrement des differentes Editions qui s'en font faites. A leur exemple f en ai drejfé le Catalogue qui aurait paru à la fuite de la vie (T Abar* banel, fi je netois perfuadé que les détails qui réfultent de ce genre de travail ne font guères de la compétence du Mercure. Ce/l pourquoi je le fupprime ici , & je lui réferve une place plus convenable.
(q) Videpag. 20 & feqq. Vita Abarbanehs fubjun&a Prxconi Salutis quem K. C. Latine ver- fit. 6* Brancof ad mveri. 1712, cdtdù*
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four l’intelligence de l’Ecriture. ( r ) Sa Méthode ell à quelques égards fembla- ble a celle de Tojfar ,de qui il paroît avoir lù les Commentaires fur la Bible. Il forme , comme cet Evêque Efpa- gnol, plufieurs queftions fur le Texte quil explique. Il déployé d’ordinaire beaucoup de fagacité dans la manière de les réfoudre. Cependant nous ne difconviendrons pas qu’il ne fe foit trop plu à les multiplier. Il y en a quelques-unes qui bien loin d’être de là moindre utilité, ne font propres qu'à embarafTer l’efprit des Lecteurs par les doutes qu’elles y font naître. Il apporté toute fort application à éclaircir les en* droits difficiles 8c obfcurs des Livres Saints, à découvrir la liaifon èc les rapports des Hiftoires & des Prophéties qu’ils contiennent , & à marquer la lignification , & la force des mots Hébreux. Il s’écarte rarement du fens Grammatical. Il ne lui arrive guère* non plus d’abandonner le fens littéral I auquel il eft fort attaché. Il s’efforce même de l’établir dans des occafions , A
|ou la plupart des Rabbins qui l’ont [précédé fe foht retranchés dans l’AI* I r ) Simon* Hi[lo. Criti^ du V\ Teflamv Li l-W. Oiap, 6. page j8Q«
•o MERCURE DE FRANCE, légorie , pour n'avoir pu trouver une interprétation conforme à la Lettre du Texte de l’Auteur infpirê. Il pêche quelquefois par trop de fubtilité , qui le porte à raffiner fur l’explication des autres Commentateurs de fa Nation. Quelque refpeft qu’il ait pour l’autorité de fes Maîtres dont il rapporte fié- quemment les opinions , elle ne lui impofe point jufques à les admettre 4ans un mûr examen. Il les appuie ou les combat, félon qu’elles lui femblent Vraies ou fauflès. Le plagiat dont quelques-uns d’entre eux font coupables,& les autres fautes qu’ils peuvent avoir commifes n’échappent point a fa cen» fure. Il propofe fon fentinient avec une entière liberté,&il eR fertile en conjeâw- res qu’il hafarde trop volontiers. Enfin il étale dans tout ce qu’il dit une grande érudition Juive. Celle même qui $'*£•■ quiert par la leéhire des Auteurs pro- fanes ou Chrétiens , n'eft pas pour lui un objet tout-à-fait étranger. Il cite Couvent Platon Ârifiate. Il difpute furtout oontre le dernier de ccs Phi- lofophes fécond en paradoxes qui favo- rifent l’irréligion. Le P. Souciet croit AYOg remarque des paflagçs teflinc :
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produits par notre Rabbin . ( r ) Mais c’eft une obfervation que noir ne pré-, tendons point garantir. Abarbanêl allègue en divers endroits de les Commentaires 5. Jerome 8c S. Auguflin , fuit qu’il eût feuilleté quelques écrits de ces Pères, ou ce qui eft plus yrai- femblable , qu’il tînt ce qu’il en rapporte, de Nicolas Lyre 8c de Raid de Bttrpos , dont il avoir lu les annotations fur l’Ecriture. Il ne fait aucune difficulté de fuivre quelques-unes de leurs explications , 8c il réfute celles qui ne s’accordent point avec fes préjuges. Au relie ces allégations fuppofent qu’il avoir quelque teinture de la langue Latine. Fier des connoj(T.inces qu’il avoir puifées dans la Philofophie minutieufe qui régnnit de fon temps , 8c qu’il entendoit allez bien , il afFvdç décharger de raifonnemens Métaphyfi- ques les difeuflions où il entre. ï)e;là leur prolixité qui rebute autant au’elle ennuie. Aulîi fon ftyle qui a d’ailleurs le mérite de la pureté 8c de la clarté » ell infiniment diffus , &c abonde ery répétitions fallidieufcs. C’eft probable-? ment pour cela que Jonas Salvador
(s) Stuciet Recueil de Piffirtat. Ctùiq* fur la endroits difficiles de CEcriture Suinte, pag 4.
<}Z MERCÜRE DE FRANCE.
Juif de Pignerol, avec qui M. Simon étoit en relation, avoit coùtume de l’appeller un pur compilateur & un babillard. ( t ) Il fe montre par-tout zélé défendeur des Dogmes , & des pratiques de fa Religion. Son entêtement pour les prétendues prérogatives de fa Nation lui a fait adopter mille idées chime'riques & extravagantes fur ce qui peut y avoir rapport. Mais le défaut le plus eflentiel qui choque dans fes Commentaires & dans fes Traités Théologiques, c’eft fon acharnement à y invectiver contre le Chrif- tianifme , & contre fon divin Inftitu- teur. Toutes les fois que l’occafion fe préfente d’en attaquer les principes , il la faifit avidement, fans garder aucune mefure. S’il ne difïîmule pas dans fes controverfcs avec les Chrétiens les railons fur lefquelles ceux-ci fondent fa vérité de leur créance , il les énerve autant qu’il lui efl poffible,& il tronque leurs objections contre le Judaifme pour y répondre avec plus de facilité. Les Juifs font perfuadés qu’il les i l ruinées de fond en comble. Il leur efl libre de fe repaître de ce triomphe
( r ) Simon, Lcttrct Choisis Tom, III. p“S ^' Sdit. df la Marti,
MARS. 1764; 92
imaginaire. Ce qu’il y a de certain, c’eit que&les efforts & Abarbanél fervent à prouver la foibleffe de fa caufe. Ce qui fait le plus de peine à Bartolocci* ce font les termes outrageans & injurieux «dans lefquels il parle du Pape & du Clergé. Il eft fans doute indigne d’un homme railônnable de fe livrer à des emportemens qui dégradent fort caractère. Nous ne voulons point jufti- fier Abarbanél fur ce point. Cependant à juger des chofes humainement, on ne doit pas s’étonner qu’il en ait fi mal ufé a l’égard du Clergé. Il fçavoit que c'étoit par fes brigues & par fon crédit , qu’il avoit été dépouillé des dignités & des richefles qu’il avoit poffédées à la Cour de Portugal. 11 n’ignoroit pas non plus que le banniffement général de fa Nation de tous les Etats de D. Ferdinand, & de D. Jean, étoit l’effet de fes preffantes follicitations auprès de ces Princes. Il lui imputoit donc tous les malheurs dans lefquels cet exil l’avoit précipité , ainfi que fes Frères. La haine implacable qu’il nour- ridoit au fond du coeur contre les Mi- nidres de l’Eglife Romaine avoit confé- quemment fa lource dans un motif perfonnel. Penfe-t-on qu un Juif que
94 MERCURE DE FRANCE.
les préjugés de fa religion avoient accoutumé dès l’enfance à regarder de mauvais ail celle qui s’eft établie furies mines de la fienne , ait été capable d’avoir des ménagemens envers des gens qui avoient foulevé les Puiflances contre faNation.Les chagrins qu’il avoit éprouvés dans le cours 8c à la fuite de ces révolutions fi funeftes à fon ambition , n’avoient pas peu contribué à aigrir fon humeur. Ayant réfolu de fe venger par qutique voie que ce fût de ceux qui les lui avoient fufcités ; il n’a cru pouvoir mieux fignalcr fon averfion , qu’en les diffamant dans fes écrits qui portent prèfque tous l’empreinte des traits de fa colère & de Ion indignation. Il n’auroit pas dû laillèr prendre un fi fort empire au reflentiment, que lui caufoit le fouvenir des perfécib tions que fes Frères avoient fouffertes, & auxquelles il n’avoit pas eu une médiocre part. Si les mouvemens impétueux de fil bile n’euflènt point offufqué les facultés de fon àme , il àuroit reconnu qu’il y a de l’injuftice à médire d’une Religion , à caufe des abus qu’en peuvent faire ceux qui la profelTent , & des excès auxquels les emportent l’intolérance £< l’efprit de
MARI 1764.' «<•
domination. Mais on n’eil équitable qu’autant qu’on agit fins paflion. Cette conduite fi rare parmi les perfonnes qui fe parent du beau nom de Philofb- phes , l’eft encore plus parmi les Théologiens. Il fuffit qu’ils foient de difterens partis pour les voir fe décrier les uns les autres avec fureur; l’on fçait allez que la modération n’eil guères le partage de ces Meilleurs , quoique par état ils dulïent en donner l’exemple au refie des hommes. Si Bartolocci fe plaint de ce que les Juifs font dans l'habitude de remplir les Livres qu’ils publient d’inveétives contre les Chrétiens, ces derniers & lui en particulier ufent largement à leur tour du droit de repréfailies,a l’égard des membres de la Synagogue. Encore font-ils moins ex- cufables ; puifque l’Evangile qui recommande les devoirs de la charité même envers lès ennemis , leur défend ex- prelTément de rendre injures pour injures. C’eft un précépte qu’il feroit à propos que bien des gens euflent devant les yeux. On ne verroit pas tant de libelles diffamatoires fe répandre hardiment dans le Public.
96 MERCURE DE FRANCE.
Lettre de M. LE BrvN , Secrétai» des Commandemens de S. Al. S. Monseigneur le PRINCE DE CONTY, à M. DE LA Place , fur la nouvelle Edition des OEuvres de AI. de Sivri, imprimées che^ Barbou , d'un très-joli caractère, & qui Je vendent cAe^Panc- koucke, Libraire, rue & à coté de la Comédie Françoije.
Jl FAUT convenir, Monfieur, que dans la foule de nos Brochures littéraires, il en eft bien peu qui foient faites pour honorer longtemps notre Littérature. La raifort en eft limple ; c’eft qu’il en eft peu où régne ce goût précieux de la dofte Antiquité, qui feul peut rendre un Ou' vrage immortel. Il eft plus facile de mé- prifer les Anciens que de les atteindre : c’eft le parti le plus commode que prennent la plupart de nos jeunes Auteurs. Selon eux , il ne s’agit plus d’étudier profondément Ton art; mais de le faire une cabale qui vous fuppofe des talens, & vous di penfe d’en avoir. Plus jaloux de
ravir des applaudiftcmens
des
MARS. 1764.. 97
des fuffrages, ils préfèrent les lueurs d’une célébrité paffàgère à l’éclat d’un nom vraiment durable. De-là ce flux & ce reflux de petites réputations précoces qui fe croifc-nt, fe choquent & s’effacent fans retour : de-là ces moiiflres dramatiques prèfque honteux de leurs fuccès énormes, ces Tragédies pantomimes où le tumulte des fcënes , l’appareil des décorations, le preftige des Acteurs remplacent, à ce qu’on croit, la Poëfie, l'intérêt &c le Sentiment.
De là ces Comédies ambiguës où le rire & les pleurs fe rendent mutuéüc- nient ridicules ; ces Odes fans feu, fans verve , fans ftyle, fans génie, qui fe- roient bâiller Horace & Malherbe ; ces Romans fans idées, fans caractères, fans vraifemblance & fans fin ; ce déluge d’Héroïdes faftidieufes qui font les premiers bégayemens de nos jeunes Poètes : enfin ces rames de Feuilles prétendues critiques, où la baffe envie rè mêle à la plus lourde ignorance.
Eh! qu-J temps fut jamais plus fertile en fots Livres ?
La leéture des OEuvres de M. de Sivri vous convaincra, Monfieur, qu’au moins E
98 MERCURE DE FRANCE, ce jeune Auteur a marché dans les bonnes routes. Amoureux des Anciens & de la belle Nature, il a cru que les admirer 8c les fuivre, c’étoit pouvoir prétendre à quelques fuccès. Sur de la bonté de ces principes, il déclare généreufement qu’il n’implore point fes Lecteurs. Si je mérite , dit-il, leurs fitffrages , ils me les accorderont , fût-ce malgré eux. Si j'en fuis indigne, en vain obtiendrois-je pour un infant leurs éloges ; les conjures de la Poûérité fçauroient un jour me remettre i ma place. .. . Quiconque eft dans le cas de mendier la faveur, d'es-lors même n'en mérite aucune. C’eft ainfi que l’Auteut parle dans Ton Avant-propos. Vous m’avouerez , Monfieur, qu’un Livre qui s’annonce avec cette noble vigueur mérite quclqu’attention.
Briféïs , première Tragédie de l’Auteur , fe prefente à la tête du Recueil Elle fut jouée en 175g , & reçut de juftes applaudiffemens. On y trouva de la chaleur dans les fentimens , de la noblefle dans les caradères, de la rapidité dans le dialogue, & quelque chofe de ce tour Racinien qui diftinguera toujours M. de Sivri de fes rivaux dans la carrière tragique. Le quatrième Aile fur-tout offre de très-beaux momens.
MARS. 1764. 99
Que pouvoit-on defirer de plus dans un fi jeune Auteur?Quelle audace que d’em- brafler prèfque toute l’Iliade dans une feule Tragédie ! Le plan ell hardi, vafte, & trop valle peut -être. Il était à craindre d'effleurer ce qu’/fomère approfondit, & de raccourcir trop les grands objets de l’Iliade. Mais avec quelle adrefTe le jeune Auteur a fçu les réunir par un trait d’invention qui feul met en jeu tous fes ca- ra&ères ! Peut-être quelques perfonnés s’étonnèrent-elles de voir Priam fi longtemps en fcène avec Achille , &. difcuter des intérêts politiques avec le meurtrier de fes fils. Audi Homtre ne le conduit dans la tente & Achille, que pour redemander les reftes du malheureux Heclor. Scène touchante & pathétique , que M. de Sivri n’a pas manquée dans fon cinquième Aéte. C’eft-là qu’il met dans la bouche de Priam ces beaux vers d’imprécation, dont le modèle eft dans Homère, & que tous les Poètes , Catulle, Virgile, le Tajfe, &c , fe font fait gloire d’imiter. Comme ces objets de comparaifon fervent aux progrès du goût, il ne fera pas inutile de les rapprocher fous les yeux du Leûeur. Dans Catulle, Ariane dit à fon parjure Thé fcc : uanam te eenuit Cola Pub ru ne Leana ?
ICO MERCURE DE FRANCE.
(juod marc conceptum (pumantibus expuit undis?
,(£uæ Syrtis, quce Scylla. rapax , quai vafia Cka- . rybdis ,
Talia, qui reddis pro dtdci premia, vira ?
Vers 11 énergiques & fi beaux que P7r- gile même, qui les avoit fous les yeux, n'a pu les égaler par ceux-ci que prononce Didon, au quatrième Livre de l'Enéide.
<$ïeC tiii diva parcns genuir , ncc'Dardanus aufar Perfide, fed duris genuit te cautibus horrens ■Caucafus , Hircanceque admorunt ubera tigres.
I • a
Voici maintenant l’imprécation que M. de Sivri met dans la bouche de Priant contre le barbare Achille, qui vient d’immoler Hector , & de le traîner à fon char.
Toi, le (ang de Pelée, ou celui de Thétis ! Opprobre des Héros, non tu n’es point leur fais* I.e flambeau de la Rage cclaira ta naitfance, La Haine te re^ut des mains de la Vengeance; les flancs del’Hydre affreule, ou le Sïyx en fureur Te vomirent au jour, pour en être l’horreur.
O mcnftre !
Combien ces beaux vers, pleins de chaleur , de force & de Poëfie, font-ils fu-
MARS. 1764. 101
périeurs à ceux d’une autre Tragédie : Non, tu n'es pas le fang des Héros ni des Dieux : Au milieu des rochers > tu reçus la naiifance ; Une horrible lionne allaita ton enfance,
Et tu n’as rien d’humain, &c.
Mais que fera-ce fi î*ori compare à cet heureux morceau de l’Auteur deBrifeïs, cet endroit d’une Héroïde aflTez récente, où l’on a cru traduire le Tajfie de cette manière ?
Non, tu n’es point le fils de la belle Sophie ; Non, ne te vante point de lui devoir la vie. Le Caucafe, au milieu des neiges, des glaçons , Te conçue dans la nuit de lès antres profonds.
H v a la même différence entre ces vers
✓
8c ceux de M. Sivrt, qu’entre la Phedre de Pradon üc celle de diacine.
Je ne dirai qu’un mot de au
petit nombre, ou Procès de la multitude qui fer: de Préface à Cette Brochure
parut vive. On la taxa de nouveauté audacieufe; faute de fçavoir que tous* les grands Hommes avoient dit & pen- fé la même choie. En effet , ce n’eit qu’un fidèle commentaire de cette pen-
A? te ut mirctûr tutba laborej*'
J01 MERCURE DE FRANCE, de forte qu’on ne peut blâmer V Appel au petit nombre, fans blâmer aulfi les ver< à’Horace. L’alternative ell emba- ralTante.
Vous fçavez , Moniteur , le deftin à’Ajax', mais vous fçavez auffi qu’une Pièce bien écrite ne tombe jamais, du moins aux yeux de quiconque fiait lire, Ajax même en eft la preuve. Il eft certain que le filence du cabinet vangera M. de Sivri des tumultes du Parterre. Les gens de goit reconnoiffent dans ce Drame, de vraies beautés.Efiher n’eft point théâtrale a notre égard ; il fe pourroic bien qu’aux fût dans le même cas qu’E/ZAer.
La difpute des armes à'Achille , fujet que la Grèce entière eût applaudi, n’ell peut être pas allez intéreflante pour des I rançois frivoles & légers ; peut - être aulfi le rôle de Penthéfilèe ne s’offre-t-il p3< dans un jour alfez. favorable. C'ell par une févérité de goût bien rare dans un jeune Auteur, que M. de Sivri s’elt défendu le rôle de Memnon, qui né- celTairement auroit produit des fituations très-vives,& qui lin tout eût mis en jeu le caractère de Penthéfilèe. Mais il craignit de trop détourner du principal objet. xiaU/xt s cil pourtant permis le tôle
MARS. 1764. toj d'Eriphïle dans Ton Iphigénie en Au- lide ; & » fans ce caradère épifodique , fa Tragédie, plus corrode en effet, eût manqué à la première des régies, qui cil celle de plaire. Il faut être jufte : le rôle d'UlyjJe danc-Ajax efl un des plus beaux peut-être que nous ayons au Théâtre.
jlglaé, petite Pièce en un Ade, dans le genre gracieux, efl ingénieufe 8c touchante. On lit à la tête cette heureuf« Epigraphe, imitée de Térence.
S’il e(t quelqu’un qui cherche à fatisfaire L'homme éclairé , non l’aveugle vulgaire. Je le tiens Page ; & je veux aujourd'hui, Pour le vrai goût, me liguer avec lui.
Je ne dirai rien de la Tradtidion de pluGeurs Poètes Grecs , .Anacréon , Sa- pho , Bion , Mcfchus , Tyrthée , &c. dont M. de Sivri nous donne une fécondé Edition dans ce Recueil. Ces d;l- férens morceaux font déjà connus avan- tageufement du Public. L’Auteur fçait mieux que perfonne combien il qjoit difficile, & même impoffible, de rendre toutes les grâces, les délicatèffes, & les faillies ingénues d’un Poète tel qu’/tf- nacréon. Ce qu’on peut affurer, fans crainte d’être contredit, c’eft que la E iv
104 MERCURE DE FRANCE. Traduôion de M. de Sivri eft infiniment fupérieure à toutes celles qui l’ont précédée. Tel eft, Moniteur, cet eftimable R ccueil, qui mérite certainement de tenir une place diftinguée dans la Bibliothèque des Gens de goût.
J’ai l’honneur d’être, &c.
Ecole de Littérature, tirée des meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez BabutyJîZr, Libraire, quai des Au gu fins,entre les rues Cit-le-coeur & Pavée, à l’Etoile,& che^ Brocas 6* Humblot, rue S. Jacq. au-de fus de la rue des Mathurins, au Chef S. Jean ; avec approbation i? privilège du Roi, deux vol. in-tz très- bien exécutés quant à la partie typographique : beau papier, beaux caractères. Prix, z liv. 10 f. chaque volume > & 3 Hv. relié ; ou 3 liv. les deux vclffrncs brochés, & 6 liv. reliés.
Nous n’avions encore aucun Cours complet de Belles-Lettres; aucun qui renfermât des Régies pour compofer des
MARS. 1764, io5
Ouvrages dans tous les genres de Littérature. Nous n’en avions point dont les Auteurs, joignant la pratique à la théorie, eufl'ent fourni à la fois les modèles & les préceptes. Enfin , ceux qui nous ont donné jufqu’ici des Règles & des Principes, n’ont pas toujours été de ccs hommes de génie, dont les lumières ont éclairé leur fiéde & honoré leur Nation. Un Livre qui raflembleroit tous ces avantages ; un Recueil qui con- uendroir autant de Traités particuliers, qu’il y a de difFérens Ouvrages dans toutes les langues ; qui feroit compofé par les Ecrivains les plus dillingués , & dont les préceptes auroient été confirmés par des chefs-d’oeuvre de l’art, feroit fans contredit la colleétion la plus utile pour 1 les gens du monde , & la plus néceffaire aux gens de Lettres. Les uns y puife- roient des règles fùres pour juger avec Intelligence de toutes fortes d’Ouviages ; les autres pour les compofer avec goût : k c’eft ce que nous croyons que l’on trouvera dans cette nouvelle Ecole de Littérature , comme nous allons le foire voir.
Nous avons dit d’abord qu’elle contient des préceptes pour tous les genres ; ’Jne lifte des articles renfermés dans ces
io6 MERCURE DE FRANCE, deux volumes, indiquera au premier coup d’oeil, 1a multitude des objets qui entrent dans cette collection. La première partie, qui comprend l’ait d’écrire en général, traite de ta figntfication ,du choix &. de l'arrangement des mots ; des des/ynorzz/zzcj , des tropes , des figura, de l'éloquence , du ftyle & du goût. La fécondé partie traite des règles particulières de chaque genre de Littérature en profe Sc en vers ; tels que les Lettres, le Dialogue, la Critique , les Journaux, les Romans , V Uiflaire , le D if cours oratoire 9 les Sermons, le Panégyrique, X'Oraifon funèbre , V Eloquence du Bar» reatt, V Art de traduire ; la Poefie en général , ta Vérfifitation , \'Epopée, la Tragédie, la Comédie, le Comique larmoyant, le Comique bourgeois , ['Opéra , V Optra- Comique , ta Parodie, la Farce , 1a Parade , VEglogue , la Fable, l’O^Ze, la Chanfon , ta Cantate , V Elégie , la Satyre , YEpttre , le Poème didactique, VEpithalame, les Stances, V Enigme Logogryphe , F.pigramme , ta Devife, les autres petits Poèmes, jufqu’à 17/rJ- cription & VImpromptu. Voilà donc , comme nous l’avons dit, des Traités fur tous les genres. Ces Traités ont été fournis par des Auteurs célébrés, qui ontfçu
MAR S. 1764. 107
joindre à la fcience des règles , le mérite , plus difficile & plus rare , d’en fournir des exemples. Tels font, par éxem- ple, M. de Voltaire pour le Poème épique , Corneille pour la Tragédie, Fon- tenelle pour l’Eglogue, la Mothe pour L’Ode & pour la Fable, Boileau pour la
Satyre,M.Favtfrr pour rOperaComique, Fuiclier pour la Parodie , Rémond dé. Cinqmars pour le Dialogue, l'Abbe' Desfontaines pour la Critique, &c.&c.Enun mot,nous ne trouvons,a chaque article,, que des noms diftinguéstels c\uçFenelon, Bouhours , Godcau, Fraguier, d’Olivet , Britmoydu Marftis,Nivernais, d'Ælgm- bert, Diderot, Marmontel, 8cc. &c. &c. Ce ne font donc point les idées d’un feul homme,que l’on offre au Public dans ce nouveau Cours de Belles-Lettres; c’elt une Ecole complette de Littérature compofée par tout ce que nous avons eu de meilleurs Ecrivains ; c’eft, pour ainfi dire, l’efprit de tous nos grands hommes re'unis , pour former d'autres- grands hommes dans tous les genres où ils ont excellé. Nous pourrions citer beaucoup de morceaux , pris de chacun des Art. qui composent cette Colleédiorr précieufe & eftimable. Nous nous contenterons, pour aujourd’hui, de rappoo-
È vÿ
jo8 MERCURE DE FRANCE.
ter les Règles du Goût, par M. Ponctl delà Rivière, ancien Evêque de Troyes.
» Qu'eft-ce que le goût ? Une qua* « lité qu’un génie médiocre regarde ,j comme lafienne , qu’un efprit criti- » que croit n’être celle de perlonne, » dont tout le monde parle , que peu « d’hommes conncifïent, & qui à force » d’être définie, eft devenue prèfque » indéfiniflable. Ce terme ne préfenre » à l’efprit qu’une facilité à voir d'un » coup d'oeil , & à fàifir dans l’inftanc » le point de beauté propre à chaque i> Sujet que l’on traite. Mais qu’eft-ce »» que beauté dans les Ouvrages ? Force » & vivacité du génie, liaifon exafle » de routes les paities, rapport immé- » diat des unes avec les autres, juftefle » dans ces rapports, & même dans les n contraftes, degré de nuance, ton de >3 couleurs, aflortiinent 8c affemblage » de tout ce qui enlève d’abord le fuf- » frage & fixe l’admiration. Par exem- » pie , dans les penfées , rien de beau » fans le noble & le vrai ; le faux & le « rampant doivent en être bannis. Dans » les fentimens, rien de beau fans l’é- „ lévarion &. le touchant; le décent & » le pathétique font leur mérite. Dans » les expretfions, rien de beau fans le
MARS. 1764. J 09
h naturel & le gracieux ; l’obfcttr & » l’affe£lé l'ont leurs défauts ertentiels. » La hardielfe, mais fans écarts dans les » idées ; les ornemens , mais fans paru- » re dans le ftyle ; la variété , mais fans » bigarrure dans les tours ; une richertè, » mais iobre &c fans farte; une fàgeflê, » mais égayée fans indiscrétion ; une » abondance , mais mefuréefansprofu- u F on ; une facilité qui ne foit point » négligence ; une finefTe qui ne fort » point affé&ation ; une méthode qui „ foit fans contrainte ; l’art enfin , mais » déguif'é ; qui femble n'avoir étudié » tout, que pour tout dire fans étude, » & ne travailler que pour diflimuler r les efforts du travail Telles font les » qualités avantageufes qui nous faifif- » lént d’abord dans les Ouvrages d'ef- » prit.
» Le goût confidéré dans le coeur ne » e définit pas , parce qu’il eft fenti- » ment ; il ne s’acquiert pas, parce qu’il « eil qualité : la Nature le donne. Re- » girdé comme faculté d’efprit & prom- » ptitude à bien juger , il fe forme par r la leéture ; il s'épure par les comparai- « Ions; les réfléxions l’afTnrent; les exem- r pies l’étendent, &. l’imitation l’affer- « mit. Sentiment du vrai, droiture de
ho MERCURE DE FRANCE.
» raifon , ce font fes principes : jufteiïe » de penfées , netteté d’expre'Cons , ce » font fes régies ; fouplefle d’un efprit » qui fçait obéir à la loi des bienféan- » ces ; fageiîe de détail qui fçait adop- » ter le néceffùre 8c retrancher le fu- » perflu ; économie des régies qui pré- » fident à l’ordonnance , ce font fes » qua'ités : tableaux naturels , images » animées , peintures juftes , faillies me* *> furées ; à leur fuite , faiiHfementd’ad- » miration , fuffrages aulïïtôt obtenus » que demandés, efprits à peine atta- » qués que fubjugués ; ce font fes effets.
» Pour prouver la néceffité du goût, » j’ofe avancer que fans lui le génie le » plus fublime ell Couvent plus dange- » reux pour les Arts, qu’il ne leur eft h utile. Naturellement hardi, il s’élève ,, au-de(Tus du vrai comme au deffusdu h commun. Sa pafTion eft le nouveau. „ Toujours avide de diltin&ions , il » prend fon vol ; ce qui eft naturel aux » autres , eft étranger pour lui ; une ré- „ gion fupérieure d’où il puiife domi- ,» ner , voilà fon centre. L’imagination, » guide infenfe lorfqu’elle n’eft pas » guidée elle même, lui prête fes ailes; »> nouvel Icare , il va dans la région du » feu , 8c tandis qu’il fe livre à un nou-
MAR S. 1764. rrr » vel éflor dans des plages inconnues, » les nues qu’il a percées lé rejoignent; » leur ombre le dérobe aux regards des » Mortels; & il ne leur eft rendu que » par fa chiite. L’efprit qui ne peut at- » tcindie à la hauteur du génie, le laide » s’élever, fe contente de marcher;mais » fa marche irrégulière ne le conduit » point à fon but ; un goût frivole » s’empare de lui ; il tourne fans ceffe » dans le tourbillon de la mode ; c’eft » un papillon qui cherche une lueur » favorable pour faire briller les cou- » leurs dont fes ailes font nuancées. Là » fe borne fon ambition. Il plaît aux » Lecteurs légers comme le papillon » aux enfans. Son éclat dure autant que » la lueur autour de laquelle il voltige; » l’aile fe déflèche, fe brûle enfuite, & » l’infeéte rampe.
» Ce portrait n’eft que trop véritable » même dans la Littérature; & l’image >♦ n’eft que d’après des modèles. En ef- » fer , parcourez, les Ouvrages divers » dont le déluge inonde aujourd’hui. » plus que jamais la République des » Lettres : un titre fingulier , des avan- » tu res imaginées, v.n ftyle marqueté , » une Sentence hardie , un tour de » penfées bifarres, un aflemblage d’ex-
Ti£ MERCURE DE ÊRÀNCÉ.
» prenions colorées, un jargon obfcr.’t h & précieux ; difons tout, une barbarie » de langage ornée & parée de fautf >> brillans & de clinquans où le vernis » ell fubllitué à la peinture , la décou- pure au tableau , & au férieux du bon: » Cens , le frivole de l’aflfe&ation. N’eft- » ce pas là le fond , ou du moins le » courant de la Littérature moderne. » Que fait le gûùt ? Il fbutieiit le gé- >» nie dans Ton éflor, & le rappelle de » les écarts; lui marque fa route dans « les airs , & lui preferit fes bornes ; ne l’affianchit du commerce des hom- h mes,que pour l'aflocier à celui des' >♦ Dieux ; lui permet de s’élever quand » il peut; l’oblige à marcher quand il » le doit; & en lui laifïant toute la li- » berté que l’imagination delîre, le re- » tient dans les limites que la raifon a « marquées. 11 ouvre toutes les routes » du labyrinthe dans lequel l’efprit fri- » vole s’égare ; lui laiffe la finefle du » langage , mais en bannit l’obfcurité ; ,5 retranche la parure qui ell étrangère , n pour ne làitfer que l’ornement qui » eft propre ; admet les grâces, mais » veut que les vertus 1er reconnoifïent, » que les Mufes les conduifent, & ne » l’ouffre pas qu’un amour aveugle les
M A R S. 1764. 113
x égaré ; à l’étiqcelle enfin qui ne ré- » pand qu’une lueur a fiez femblable à » la nuit, le goût fubltitue le flambeau » qui produit la lumière , Sc enfante ou » remplace le jour.
» C'elt par lui, c’efl par ce goût fa- r ge & hardi, que furent inljairés ces r génies puifïans qui dans un fiécle af- h ilz peu éloigné du nôtre, rallunie- >> rent dans le Temple des Arts , ce feu » iàcré que la molette avoir laifle étein- » dre, difTipérent les ténèbres dont l’i- » gnorance avoit couvert le Parnafïe , » rappelèrent l’Antiquité plus défigurée » encore par le pinceau de la nuuveau- »té, que par fes propres rides, ouvri- * rent à des Lecteurs curieux d’appren- » dre , les tréfors littéraires que les fié- » des nous ont confèrvés, comme l'hé- » ricage des efprits , & nous montèrent « enfin a ce degré d’intelligence qui a «fixé les Lettres parmi nous. Jufques- » là les Mufes errantes avaient en vain
« cherché un afyle . Elles avoient "franchi quelques montagnes , par— i» couru quelques Provinces , éclairé » quelques Nations : le hafard ou la » cmiofité leur ménagèrent de temps en ’■ temps des protefteurs aflez zélés pour r les défendre ; mais il étoit réfervé au
X < ',d tendu en dit trait , des < Le
Afte, elt , paroit pareil!
Ce ■té jo
cette ' répu ta tée av
114 MERCURE DE FRANCE, «goût de leur fufeiter des Connoif- » Leurs intelligens , capables de les ac- *» créditer en les cultivant, de profiter » de leurs richefTes, 8c de leur en don- » ner , de fe pénétrer de leurs précep- » tes, 8c de les tranfmettre aux autres.
» C’eft de ces Reftaurateurs des Scien- » ces, que nous avons reçu le goût fage » 8c heureux qui les maintient encore » malgré la confnirarion des préjugés, »» Puifllons-nous lentir toujours le prix » d’un te! avantage , 8c nous confervet » la pofTefTion çlorieufe où nous fom- >» mes depuis fi longtemps , de fervir t» dans ce genre, comme dans prèf- » que tous les autres, de modèles aux « autres Peuples.
Nous finirons l’Extrait de {'Ecole di Littérature dans le prochain Merci”*
La T
en
PL de Lit fou Ta bat
MARS. 1764.
115
L.4 Vl'-UVE, Comédie, en un Acte, & cnProJc , par TAUTEUR DE Du- PUIS ET DES PONDIS. Le Prixejl de 14 fok i a Paris , che^ Duchcfne , Libraire, rue Saint Jacques, au-def- fous de la fontaine Saint Benoît, au Temple du Goût, 1764. Avec Approbation & Privilège du Roi.
OUS nous contentons, Amplement ici, d’annocer cette jolie Comédie, attendu que , pour les raifons que nous en dirons , nous en donnerons un extrait, à la fin de l’Article des Spectacles du prochain Mercure.
Le Rossignol , Comédie en un Aéte, en Vaudevilles, du meme Auteur, elt , actuellement , fous pretlè ; & paroitra incefTament. On la trouvera pareillement chez Duchefne.
Ce n'eft point le Rofignol qui a été joué à l’Opéra Comique ; mais , cette Pièce charmante , qui a déjà fa réputation faite, & qui a été repréfen- tee avec tant de fuccès, il y a plus de
H 6 MERCURE DE FRANCE, douze ans, chez S. A. S. Monfeigneu» le Comte de Clermont, Prince du Sang,
M. Collé feroit en état,s’il le vouloit,de donner au Public un Théâtre de Société , aflez confidérable. 11 y a longtemps que les Amateurs, & que les perfonnes qui jouent la Comédie, entr’elles à Paris, ou dans leurs campagne, attendent , avec la plus vive impatience, qu’il faffe imprimer ce Recueil précieux de Come'dies, & de petites Pièces, qui ne peuvent être repréfentées fur des Théâtres Publics , mais qui feroient comme elles l’ont-déjà fait, l’amufement, & le charme des Sociétés particulières.
Supplément aux Pièces Fugitives.
VERS à Mde de B........qui le foir de
fes noces, que tout le monde fut
retiré ,éxigea , toute affaire cejfante,. que fort mari la menât au Bal dcl'O- pera quelle ri avait jamais vu. Le phe du nouveau marié qui les avait entendus fe lever , s’habilla , fe mafqua, les fttivit au Bal ; 6* à force de plai- fanteries , // obligea fa brïi de rcvl’
M A R S. 1764.
rùr jmc fort Mari mafqués encore, l'un 6’ l autre , €’ w comprenant pas comment ils avoient pu cire reconnus. Le pire m'écrivit l aventure le matin > & elle reçut ces Vers 1'apres-diner à fa toilette : ce qui l'étottna beaucoup.
Dans le lit nuptial , cette nuit deux époux, Alloient goûter les plaifirs les plus doux ,
Sous les yeux du tendre myftère ;
Qwnd cout-à coup , jaloux de leurs joyeux chats, Momus9 cedant au dépi: qui l’emporte,
Entre dans Jeur réduit, fans frapper à la porte , S’approche des conjointsqui ne s’endormoientpas, Et des tendres amours écartant la cohorte,
A l'époyfe parle tour bas,
Et la rance de cette forte.
Quoi! dit-il, à votre âge on n’eft donc pas touché. D’un plaiGr qu’à vos yeux on a toujours caché ? Tandis qaedans mon temple,oà régne l'allégrc (Te, Bonrgeois & Financier, Robin , Prince, Ducheffè,
Tous viennent me faire ’a cour ;
Vous feule , à mon culte rebelle,
Eprife d’un nouvel amour,
A enté d’un mari, jeune, aimable, fidèle,
Vous voulez attendre le jour ?
Y penfez-vous; d’Hyaien commençant la carrière,
Aim
Ave:
En c
L
Ïi8 MERCURE DE FRANCE. A peine un pauvre époux ouvre-t-il la barrière ;
Qu’il eft déjà prèfque fur le côté : De votre propre bien (oyez plus ménagère,
Par principe de volupté.
Votre époux eft à vous : ulez-en de manière, Qu’il n’altcre point fa fànté.
Plaifirs poullés trop loin caufent fatiété. D’Hymen toute la vie on peut chômer la fête; On prévoir fes douceurs jufques dans l’avenirj Ses jours coulent en paix , & les miens vont finir.
Profitez des jeux que j’apprête : L'Ennemi * qui me fuit va bientôt les bannir.
Après ces mots, l’indifcrette folie Force les deux époux à forcir de leur lit. L’époufe en eft charmée , & l’époux obéir. Peut-on rien refufer à femme qui fupplie ? On s’habille à la hâte > on s’échappe fans bruit! Au Bal de l’Opéra le plaifir les conduit. Ils arrivent mafqués ; qui peut les reconnoître? Qui ? l'Acnour qui les fuit. Déjà ce petit traité;
Voyant que d’une utile nuit, Dont il doit difpofer en maître, Un autre Dieu perçoit le fruit, Dit le nom des époux , découvre le myftère, A tout venant conte l'affaire ;
Lui-même déguife, prend l’époufe à l’écart, Et lui flétrit le coeur par maint & maint, brocari
* Le Cari me.
MARS. 1764.' ixf
L’aventure devient publiques
L’un applaudir, l’autre critique •
La fingularité trouve des partifans ;
Et cet époux a fait la nique 1
A tous les maris complaifans:
Mais peu fuivront cette pratique.
Aimable Bi.... vous qui dans votre lit,
Avez paffé la nuit, & vu naître l’aurore
En comblant de plaifîr l’époux qui vous adore ;
Amufezvous de ce récit »
Dont tout le monde parle encore ,
Dans les foyers de Ttrpficort.
Vô MERCURE DE FRANCE.
C.4M PAGNE du Marquis de CRÈQut, en Lorraine & en Alface , en tG'jn • rédigée par M. Carletde la Roziere, Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé de Dragons , & ci- devant Aide- Major GénéraldesLogis de l’Année dit Rhin; a Paris , cAe^Lefclapart, Libraire, quai de Gévres; vol. in 8". petit f rmat ; 1764 ; avec une Carte trti- bien faite de la Lorraine } 6’ d'une pan tie de l'Alface.
L’Auteur a jugé cette Carte d’autant plus néceflaire, qu’outre qu’elle facilite l’intelligence de cette ( ampagne, elle eft un moyen fiinple èc aifé d’en re- pafEr.d’nn coupd’oeil toutes les opérations, Se d’en conferver une idée nette &. fruétueufe. Quant à l’Ouvrage même, la Campagne de M. de Créqui eft ii cu- rieid'e & ii inllruéfive, par-les événe- mens qu’elle préfente, panda conduite admirable de ce Général, & par le détail de toutes les marches de fon Armée,
& des Camps qu’elle a occupés , que ce Livie ne peut manquer d’être d’une très- grande utilité aux Militaires : furtout les faits y étant expofés avec une clarté, un ordre & une piécifion qui font honneur à l’Auteur de cette utile & précieufe rédaction. Bibliothèque
Nos
MARS. 1764.
ut
BIBLIOTHÈQUE choifie de Médecine, tirée des Ouvrages périodiques tant François qu Etrangers, avec plusieurs Pièces rares & des remarques utiles & curieufes. Par M. PLANQUE, Docteur en Médecine, Tome VIIP. avec Figures. A Paris , chc^_ la veuve d’HourysImprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'ORLÎAN s, rue Severin t
près la rue S. Jacques.
La matière qui compote ce huitième Volume , eft comprime dans les mots néphrétique, nerf, nourriture , obéfité, odont algie , odorat, ail, afophage , ongle , opération Céfaricnne , ophthal~ mie, & os.
Le premier Article renferme la fttuc- ture des reins dans l’état naturel & dans l’état contre nature ; l’on en développe la méchanique ; on expofe leurs maladies & les moyens de les.guérir. On rapporte l’hiftoire d’une néphrétique périodique quiattaquoit une Dame de 50 ans tous les mois & à la meme heure. Cette hiftoire eil fuivie de beau-
MERCURE DE FRANCE. coup.de remarques curieufes non-feu^, ment fur la néphrétique , mais encore fur plufieurs autres affeftions dont le; retours périodiques font furprenans, comme des fièvres qui revenoient tous les ans, la parole perdue, qui revenoit rous les jours depuis midi jufqu’à une heure , &c.
Les nerfs dont la connoilïance eû fi nécelïaire , fait le fujet du fécond Article. On y examine leur nature, leur originej leur progrès, leurs divifions. On prouve l’exiftence des efprits ani- nnux dans les -nerfs; on expofe leur puiflànce dans l*fteconomie animale , on démontre que c’e-ft par leur moyen que l’âme s'apperçoit de ce qui le pafle dans notre machine vivante ; on îecherche quelle eft la partie du cerveau où l’àme exerce fes fondions, & où elle reçoit les imprelfions des objets ; on explique la caufe de la douleur & l’on tappoire quelques co.njeélurcs fur les maladies des efprits & fur le désordre du cerveau dans certaines afifec- tions furprenantes, comme dans la estai epfie, dans les ravi/Temcns ou exta- fes, &c.
L’Article fuivant regarde la nourrira- r<.. On y traite de la nature des alimcns,
MARS. 1764. 113
de leur différence dans difFérens Pays ; on demande fi l’on peut vivre longtemps fans leur fecours. On rapporte plufieurs exemples d'hommes & d’animaux qui ont vécu plufieurs années fans boire 8c fans manger ; on y lit l’hifloire d’une femme qui depuis 18 ans jufqu’à un âge avancé rejettoit ce qu’elle prenoit , a l’exception de leau & du petit lait. On remarque qu’elle a été fei/.e ans n’allant qu’une fois à la fclle chaque année , c’étoit toujours au mois de Mars.
Cet Article finit par la méthode de faire cuire les Os , par l’hifloire du Chocolat 8c par les moyens de conferver les Grains &c.
Le quatrième Article cfl employé à traiter de X'Obéfité, cet embonpoint ex- cefiif, qui fait tant d’obftacles aux fonctions animales 8c vitales. 11 renferme beaucoup d’exemples de grofTeurs énormes , des accidens qui les accompagnent 8c des moyens de les détruire.
Le mot O dont algie fournit des fujets auffi curieux qu’utiles. On parle dans ce cinquième Article , de la nature des Dents , de leurs maladies, de leurs 1e- médes , des accidens qui peuvent arriver en les arrachant , des fecours qu’on doit y apporter. L’on finit cet
104 MERCURE DE FRANCE. Article par les prognoflics qu'on peut tirer de l’infpe&ion des Dents.
L’on pafTe enfuite à la connoiflànce de la ftruéture du fiége de l’Odorat, on donne une defcript'on cxaéte de toutes les parties de cet organe ; on rend ra;fon de plusieurs phénomènes curieux; par exemple, pourquoi l’on pleure quand on a refpiré des odeurs fortes , pourquoi l’on éternue, quand les yeux font frappés d’une vive lumière. On parle enfuite de l’éternuëment ; on en découvre la caufe, fes bons 8c fes mauvais effets , aufTi bien que ceux du Tabac; enfin on recherche l’origine des fouhaits qu’on fait à ceux qui éternuent ; dans l’Article de l’oeil on lit la dcfcrip- tion de cet organe, on parle de l’aétion de fes mufcles & de leur ufage , on rap* poitédes obfèrvationsfur la méchanique des mufcles obliques, fur l’iris & fur la porofitédela cornée tranfparente ; on y trouve plufieurs découvertes fur les yeux de diffèrens animaux , une differ- tation fçavante fur la Méchanique des mouvcmens de la prunelle , où l’on é- xamine quelle eft la ftruéhire 8c la manière d’agir des fibres droitesde l’uvée;on y traire des mouvemens de l’iris , & par occafion delà partie principale de l’organe de la vue ; on y lit un mémoire fur les
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yeux gelés, dans lequel on détermine la grandeur des chambres que renferme j’humeuraqueufe;delaconnoiflancecxac- te des parties de l’oeil,&de leurs fondions; l’on pafTe aux maladies dont les principales font la cataraéte, & la fiftule lacrymale. On rapporte les diverfes ma* nières d’en faire les opérations, plu- lieurs obfervations fur une maladie du fyphon lacrymal dont les Auteurs n’a- voient pas encore parlé ; fur un bandage compreffif deftiné à la cure de la tumeur lacrymale; une differtation fur h caufe du ftrabifme ou des yeux louches , & fur d’autres maladies qui attaquent cet organe, & les paupières.
Le mot ajophage conduit à des cho- fes intéreflantes qui regardent la déglutition : après être entré dans la delcrip- tion des parties de cet organe, on explique comment fe fait la déglutition ; on rencontre des remarques fur la luétte, fur fes fondions , fur fes maladies & fur celles de plufieurs autres parties de la bouche. On y lit auflî un Mémoire fur une difficulté d'avaler, & l’on y donne les moyens de fecourir les malades.
Les ongles occupent le neuvième article : on y explique de quoi & comment ils fe forment, comment ils fe nourrif-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE, lent, cor.w’.ent ils croiffent & comment ils végètent. On réfute l’opinion de ceux qui s’imaginent qu’ils croifient apiès la mort de l’animal. On rapporte plufieurs hiftoires d’ongles monftrueux ; on y lit une lettre curieufe touchant une fille à 3ui il venoit des cornes fur plufieurs en- roits de fon corps.
Après cet article on vient à l’opération céfaiienne , l’on en rapporte l’origine , le temps de fa néceffité & la façon de la faire. On finir cet article par l’hiftoire d’une opération céfarienne fingulière.
L'ophthalmie remplit le dixième article. On y explique en quoi confifie cette maladie , quelle eft la partie qu’elle af- feéte, & combien il y en a de fortes. On rapporte des éxemples de plufieurs acci- dens , fuites fàcheufes de l’ophthalmie , qui ont conduit à l’aveuglement. L'ime- ralopie ou vue de jour fournit la matière d’un Mémoire fort curieux & fingulier : les perfonnes attaquées de cette maladie n’apperçoivent les objets qu’aux grands rayons du Soleil, encore même avec quelque confufion.; on explique la caule de cette affeétion extraordinaire, & I on enfeigne les remèdes capables de la guérir. On prend dc-là occafion de rapporter p'u.ieurs hiftoires de vues fi perçanres, qu’à peine peut-on y ajouter foi, com-
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me d'appercevoir ce qui eft caché dans la terre , le mouvement du fang dans le cceur , les dépôts d’humeurs formés intérieurement. On parle auflî de ceux qui voyent les objets doubles , & on rend raifon de ce phénomène ; comme auflî de ceux qui ne voyent qu’une partie des objets. On rapporte auflî des exemples de ceux qui ne voyent pas le jour, Sc qui voyent aflez bien la nuit.
De ces phénomènes extraordinaires , l'on pafle à une maladie qui eil affez commune , mais dont on fe défait difficilement. Ce font des filamens, des petits pelotons , d’efpèces d’ailes de mouches , & autres apparences qui femblent voltiger dans l’oeil. On tâche d’en découvrir la caufe , & l’on en donne quelques remèdes.
Les os terminent la matière de ce volume : l’on y examine leur nature , leurs parties , leur ufage ; on cxpUaue comment ils parviennent à cette dureté qui les diftingue des autres parties, & comment il arrive que certaines parties molles s’oflîfient ; on lit des observations fur la ftruéture & fur les maladies des cartilages qui fe trouvent dans les articulations ; on en rapporte d’autres fur les jointures écailleufes & fur les jointures F iv
j 18 MERCURE DE FRANCE, dentelées du crâne , fur les os du palais, fur les vertèbres des côtes ; fur la proportion des os du fquelettede l'homme ; fur le mouvement des mâchoires ; fur la Rniélure & le fentiment de la moelle; fur la teinture en rouge des os des animaux vivans On paflè enfuite aux ob- fervations qui regardent leurs maladies, comme la craquement des os, lafra&ure de la rotule, de l’humérus , delà cuifle. On fait mention d’une partie de fquélette qui étoit fans articulation, & d’un fqué- lette entier qui ne formoit qu’une feule pièce d’os ; c’éroit un domeflique qui mourut à foixante-un ans.il commença à être moins agile à l’âge de dix-huit ans. Vingt ans avant la mort de cet homme, il eut une fièvre très-violente, pour avoir pafTè une partie de la nuit à dormir fur l’herbe, ayant chaud. Depuis qu’il fut rétabli, il ne fut jamais fans reflentir de grandes douleurs dans les os. En quatre ans, il peffiit l’ufage & le mouvement des mâchoires ; de forte qu’on fut obligé de lui arracher plufieurs dents pour le nourrir de foupe, de lait & de bierre ; il ne pouvoir ni s’affeoir , ni fe baifler ; il dormoit dans une guérite avec une petite planche qu’il gliffoit dans une cou- üfTe, contre laquelle ilappuyoir fon efto- tnâç. Il ne pouvoir pas faire le moindre
MARS. 1764- 12.9
mouvement avec fa tète. Il pouvoit fe mouvoir fur un terrein uni par une efpè- ce de faut, & il reçoit plufieurs heures dans un jardin , en fe tenant le dos appuyé contre une muraille. Il y a dans ce huitième volume une infinité de faits suffi utiles que curieux, furlefquels il ne nous eft pas polfible de nous arrêter, & nous ne croyons pas nous compromettre en affurant le Public que ce volume ne mérite pas moins fon approbation que les précédens.
Le neuvième volume eft fous preffe , auflï-bien que le vingt-cinquième de l'édition in-12. , de laquelle il pareit vingt-quatre Tomes.
A N NONCES VE LIVRES.
Harmonie des Pfeaumes & de l'Evangile , ou Traduction des Pfeaumes & des Cantiques de l’Eglife ; avec des Notes relatives à la Vulgate , aux Septante & au Texte Hébreu; ouvrage pofthume de M. Pluche ; à Paris 9 chez les Freres Efliennt , rue 5. Jacques , à la Vertu ; 1764, un Vol. in-12. Avec Approbation Sc Privilège du Roi.
Cette nouvelle Traduction des Pfçau- F v
I3o MERCURE DE FRANCE, mes, qui ne le cède à aucune de celles qui ont paru jufqu’à préfent, eft précédé d’une Pre'face très-étendue & très- inftru&ive, qui donne la clef desPfeau- mes, fait connoître le caraâère particulier du langage des Hébreux , le tour de leur Poëfie , l’état aâuel du Texte de l’Ecriture , & les divers acci- dens arrivés aux verfions Grecque & Latine. Les Notes dont M. Plucht a accompagnié fa verfion , répandent beaucoup de clarté fur le Texte.
Dissertation fur différens points de Géographie > adreffée à l’Académie des Sciences & Belles-Lettres de Got- tingue; par M. Ritfi Zannonî ^1764, brochure in - 8e.
Le but de cet écrit eft de réfuter M. Bonne , Mathématicien , qui avoit attaqué M. Ritfi Zannoni au fujet de quelques fentimens fur la Géographie : on réduit ici à deux points principaux,les plaintes de M. Bonne. Le premier roule fur ce que Zannoni avoit dit que
c’étoit un projet chimérique & ridicule , que de prétendre nous donner des Cartes arplaties vers les Pôles ; dans le fécond M. Bonne reproche à fon Ad- verfàire de l’avoir copié dans fa Carte
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des Côtes Maritimes de la France, & d’y avoir ajouté des fautes. La réfutation des accufàtions de M. Bonne fait tout le fujec de cette diflertation.
Lettres à M. Roufleau , pour fer- vir de réponfe à fon Emile , & à fes autres ouvrages; in-8°. chez Panckou- cke , rue &. à côté de la Comédie Françoife ; au Bureau du Mercure, au Palais Royal , & chez l’Auteur. Le prix des deux premières Lettres eft de 3 liv. 6 fols brochées.
L’Ouvrage delliné à combattre M. Roufleau, fuivant le Plan qui en a été tracé dans la Préface, a été circonfcrit dans quinze Letrres, dont chacune formera un volume d’environ quinze feuilles. La réfutation des Ecrits de ce Phi- lofophe a été regardée par plufieurs Prélats comme d’autant plus néceflaire , qu’à la faveur du ftyle le plus fe'duifant, il a frappé du même coup fur la Religion & fur le Gouvernement. On pourra juger parles deux premières Lettres , du tour que doit prendre entre les mains de l’Auteur, une controverfe , que l’intempérance du génie a rendue malheureufè- ment trop néceflaire dans ce fiècle.
F vj
jja MERCURE DE FRANCE.
Théâtre de la dernière Guerre en Allemagne , &c, en fix Volumes in-12. chez Langlois, fils, Libraire Paris, rue de la Harpe, près de la rue Poupée, à la Couronne d’Or.
Ce Libraire propofe de le donner au Public par forme de foulcription avec une diminution de prix confidéra» ble. Jufqu’ici les fix premiers Volumes ont toujours été vendus chacun 3 liv. en Feuilles ; ce qui faifoit pour le tout 18 liv. Chaque Volume pareillement en Feuilles , fera donné pour 2 livres & relié coûtera 2 liv. 12 fols. Cela fait fur les fix Volumes une diminution du tiers, ou une réduâion de 18 liv. à »2 liv. Les deux derniers Volumes fept & huit qui paraîtront dans le mois de Mai prochain 1764 , ne feront auffi vendus chacun en feuilles que 2 livres à ceux qui auront pris les fix précédons ; c’efl-à-dire , à ceux qui auront foutent jui qu’au mois de Mai : ainfi l’Ouvrage entier compofé de huit Volumes , ne coûtera plus que 16 livres au lieu de 24 livres , & l’on aura dans cet Ouvrage une co’leftion complette & rrès-bien gravée des Plans de Batailles, Sièges, Combats , Marches , & autres actions de la dernière Guerre. Cettein*?
MAR S. 1764. 133:
térefïànte collection,recommandable par la beauté & la quantité des Gravures qui monteront à plus de cent Planches , ainfi que par l'exactitude & par la fin- fjulariré des détails , fera très-utile pour Hiitoire. La diminution qu’on annonce, n’aura lieu que jufqu’au premier Mai 1764. Ce terme pafTé , l’Ouvrage entier fera vendu comme auparavant trois livres chaque Volume-en feuilles.
Traité Hiftorique des Plantes de la Lorraine & des trois Evêchés ; par M. Bucho^, .Médecin Ordinaire du Roi de Pologne, &c.
Nous avons déjà donné plufieurs extraits de ce Livre utile , qui fe continue avec fuccès. Nous ajoutons feulement , qu’iL fera divifé en vingt Volumes. Le premier eft le profpeétus de l’Ou- vrage ; les dix-neuf autres renferment chacun une famille différente de Plantes , fuivant le fyftême de leurs vertus. On donne dans cet Ouvrage la deferip- rion botanique de la Plante , fa figure , l’endroit où elle croit, fa culture, fon analyfê chymique & fes propriétés, tant pour la médecine que pour les arts & métiers. On raporte les,fentimens des an-
>34 MERCURE DE FRANCE, ciens & des modernes , auxquels on ajoute toutes les nouvelles observations qui font faites fur ces matières. Le Ample expofé de cet Ouvrage en de'montre l'utilité & la vafte étendue.
L’Auteur a befoin d’inftruétion pour remplir cet objet ; les différens voyages qu'il a faits dans la Lorraine & les trois Evêchés ne font pas fuffifans;il réitéré donc fes inftances auprès des curieux , & il les prie très-in ftam/nent, de même que MM. les Cultivateurs, Curés , Médecins , Chirurgiens , Pharmaciens , Physiciens, Jardiniers, Artif- tes, & autres perfonnes, de lui faire tenir, par des commodités sûres & fans fiais, des notes de tout ce qui peut fe trouver de remarquable dans les différentes contrées qu’ils habitent , avec leurs obfervations fur la nature du climat, fur'fes différentes productions, fur les avantages que les habitans du pays peuvent en tirer.
- La foufcription de l'hiftoiredes végétaux fera de foixante livres pendant le courant de 1764 , & de foixante-douze livres pour les années poftérieures ; le tout payable en quatre termes , en recevant les premier, cinquième , dixiéme &. quinziéme Volumes. Ceux ntan-
MAR S. 1764. 13$
moins qui voudront bien contribuer aux frais de quelques planches, auront toujours en tout tems l’Ouvrage entier pour quarante-huit livres. Il fera orné de 400 planches gravées en taille-douce, & deffinées d’après nature, au bas defquelles font gravées les armes & les qualités de ceux qui y ont coopéré.
Les premier & fécond volume font déjà imprimés. Ceux qui voudront faire les frais de quelques planches, foufcrire à cet Ouvrage & communiquer leurs oblèrvations , font priés de s’adrefler diredementà P Auteur à Nancy, grande rue , ville-vieille.
Prospectus d’une Diplomatique pratique , ou traité de l’arrangement des archives & tréfors d’icelles; Ouvrage néceflaire aux dépofitaires des titres des anciennes Seigneuries , des Evêchés , des Chapitres, des Abbayes, des Communautés Religieufes , des Corps de Villes, & à tous ceux qui veulent s’adonner à l’étude des titres & des écritures anciennes ; par M. le Moine , Sé- crétaire & Archivifte de l’Eglife Cathédrale de Toul,8c ci-devant de l’infigne Egiife de Saint Martin de Tours; de l’ÀcadémieRoyale des Sciences, 8c des
Ttf MERCURE DE FRANCE. Arts de Metz ; propofé par foufcription; à Metz, chez Jojeph Antoine, Imprimeur Ordinaire du Roi & de la Société Royale, place des Charrons ; 1763, feuille in-folio.
Ce Profpe&us offre dans le plus grand détail, les différentes parties qui com- poferont le traité que nous annonçons. Il contiendra feize Chapitres partagés en plufîeurs ferions; & le tout enf'emble ne formera qu’un Volume in-4®. d’environ 400 pages : ceux qui délireront là deffus de plus amples éclaircifT'emens, trouveront des exemplaires du profpec- tus à Paris chez Defpilly ; rue Saint Jacques, à Lyon,chez Bruyfct Ponthus, rue Saint Dominique ; à Rouen chez Richard 1'Allemand, & à Nancy , chez Baurain.
POESIES de Malherbe , rangées par ordres Chronologique , avec la vie de l’Auteur & de courtes notes ; nouvelle édir. revue & corrigée avec foin ; à Paris chez Barbote , rue Saint Jacques , aux Cigognes; 1764. Volume in-8G. petit format.
Voici une des plus belles éditions qui foient fouies des prtifes célébrés de Barbote : elle a été revue avec beaucoup
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M A R S. 1764. 137
Je foin par un homme deLertres qui aux Mémoires pour la vie de Malherbe par M. Racan } a fubftituéla vie de Malherbe qui eft à la tète de cette nouvelle édition. Cette vie eft faite avec beaucoup de précifion ; & quoique moins étendue que les Mémoires de M. Racan , elle fait encore mieux connoître le caractère de Malherbe. On y apprend plusieurs anecdotes intéreflantes ; 8c cette édition plus commode & plus portative que celle qui parut en 1758 , grand in-8’. contient au bas des pages, des notes courtes qui expliquent rHiftorique de certaines pièces, & les noms Géographiques & Mythologiques, & quelques termes furannés qui pourroient em- baraffer le leéteur. On vend féparément le portrait de Malherbe.
De Imitâtione Chrifti, libri quatuor, ad Mantifcriptorum ac primarum editio- num fidem caftigati , & mendis plus quant fexcentis expurgati. Recenfiat S. Î aLaRT , Acad, Amb. Dijfertatio- nemque de eju/dem operis Anthore addi- dit Nova Editio ,*Parifiis ,Typii J. Barbon ,vià San Jacobeâ ; 1764- vol. in-ll.
A la feule infpe&ion de cette Edition nouvelle de l’imitation de J. C. revue fut ks Manufcrits de M. lfalart, il eft aifé de
î38 MERCURE DE FRANCE, le convaincre que l’imprimeur n’a rien négligé pour la rendre vraiment digne de l'approbation des Amateurs. Il a fait graver cinq Eftampes en taille-douce, qui méritent les éloges des ConnoifTeurs. M. Valart a retouché fa DifTertation fur l’Auteur de ce Livre admirable, & l’a confidérablement augmentée. Pour répondre au zèle de ce Sçavant, l’imprimeur a cru devoir redoubler fes foins pour la partie typographique ; & nous pouvons affiirer que cette Edition eft b-ien fupérieure à la première, qui pafloit déjà pour un chef-d’oeuvre. On vend les Figures féparément. On trouve auflî chez Barbon la Tradudion du même Livre.
Le même Libraire a reçu d’Angleterre les Livres fui vans : Homeri Elias & Odyjjea> grâce & latinl, cum annotât. Clarke , 4 vol. in~4a.
Callimachi Hymni, (ÿ Epigrammata, in-8°.
Lncani Pharfaliit, cum notis Gravit & Bentleii , in 40. 1760.
Manilius Aflronomicon > ex recenfiom Bentleii, in-4*.
Mémoire fur la Culture du Mûrier blanc, dans lequel on trouvera les inf-
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MARS. 1764. 139
[fuyions néceflàires aux Jardiniers pointa Culture de cet Arbre , depuis le ternis jufqu’à la cueillette de fes feuilles. Lû à la Société Royale d’Agriculture de Lyon , par M. Thomè, de la même Société. A Lyon, chez Aimé de la Roche, Imprimeur Libraire du Gouvernement & de la Ville , aux Halles de la Grenette ; avec permitfion , 8c par ordre de la Société' Royale d’Agriculture de Lyon ; 1763, brochure in-8°.
Le Mûrier, dont les feuilles font propres à la nourriture des Vers à Soye, eft connu fous la dénomination générale de Marier blanc, qui en comprend plu- fieurs efpèces. La Culture de cet Arbre devenant chaque jour plus intéreffante en France, on a penfé avec raifon que ce Mémoire feroit utile à ceux qui pof- ftdenr des Terreins convenables pour ces fortes de Plantations. Les méthodes que l’on indique nous ont paru d’autant plus allurées, qu’on s’apperçoit qu’elles font le fruit de l’expérience ; SC qu’on s’elt attaché furtout à donner ces in Unifions avec la plus grande clarté, leur principal objet étant d’inftruire les gens de la Campagne fur toutes les futiques de cette Culture.
140 MERCURE DE FRANCE.
Discours fur l’Education; avec cette Epigraphe : Non jï male mine, fy olim fie erit. Horat. Od. VII- Lib. H. A Lyon, de l’imprimerie d'Aimé de Li Roche , aux Halles de la Grenette ; avec approbation & permifïîon ; 1763. brochure in-11.
Malgré la multitude prodigieufe d'Ou. vrages faits depuis quelque temps fur cette matière , fort agitée dans tous le? temps, on lit encore avec plaifir ce? nouveaux Dificours, dont le premier & le fécond traitent des avantages de l’Hif- toire , relativement à l’Education ; le iroifiéme fur la multiplicité des College*. Nous renvoyons nos Leéleurs à l’Uu- vrage même, où ils trouveront des vues nouvelles.
Epitre à Meilleurs les Do&eurs de la Maifon & Société de Sorbonne, & de la Faculté de Théologie ; feuille in-4’. à Paris, chez Ballard, rue des Noyers; chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoife.
Nous préfenterons aux Leâeurs dans un de nos prochains Mercures, quelques morceaux de cette Epitre critique, morale, hiftorique & chrétienne, par M. Tannevot t auflî connu par fes talenr
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RÉ( Sieur . Sair.fo qu’ici in-4’.
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MARS. 1764. 141
pour la Poèfie, que par fes fentiniens religieux & patriotiques.
récapitulation & Méthode du Sieur Defpommitrs, pour la Culture du Sainfoin, dans les Terres qui fè font juf- qu’ici refufees à cette Culture. Feuille in-40. à deux colonnes.
Ce n’eft ici que le réfultat d'un Ecrit eftimé, intitulé : L’Art de s'enrichir promptement par l’Agriculture , prouvé par des Expériences où l’on trouve la manùre de cultiver le Sainfoin , la Lu- yrne, le Trefle , &c. par le Sieur Despommiers ; c^Guillyn , quai des Au- auftins. Prix 1 liv. 4 f.
Histoire & pratique de la Clôture des Rcligieufes, félon l'efprit de l’Eglife & la Jurifprudence de France, dédiée à Nofleigneurs les Archevêques & Evêques du Royaume , par M Cherrier, C. R. à Paris , chez Defpre^, Imprimeur du Roi & du Clergé de France , rue S. Jacques, au coin de la rue des Noyers; 1764 ; avec approbation & privilège du Roi; un vol. in-12de730 pages. Prix, 3 liv. relié.
Le principal objet de ce gros volume «ft d’inftruire les Rcligieufes, Sc de dé-
541 MERCURE DE FRANCE, nuire les préj ugésd’un grand nombred’au- Très pcrfonnes fur le point de 11 Clôture Les Supérieurs & les Confefleurs des Mo- naltères y trouveront des obfervatic:, utiles fur des points qu’ils ne pouroientj apprendre que par une longue expérience. Cet Ouvrage pourra contribuer en- core à faire connoitre aux perfonnes laïques , qui ont enfreint les Loix à l’Eglife touchant la Clôture, combieul elles fe font égarées. Il fera même unie J plufieurs Curés qui ont des Monallèresde Filles fur leurs Paroifles. On ne s’ellpasl contenté de donner la partie hilloiique de la Clôture dans fon origine & dans les progrès ; on a encore mis fous les yeux des Leâeurs quantité d’exemples édi- fians, anciens & nouveaux, d’une exacte observation de la Clôture.
Description hiftoriquedesCurio- fîtes de 1 Eglilè de Paris, contenant le détail de l’édifice tant extérieur qu'intérieur, le Tréfor, les Chapelles,Tombeaux , Epitaphes , & l’explication des Tableaux avec les noms des Peintres &c ; par M. C. P. C. ornée de figures à Paris , chez C. P. Gneÿîer , Pcre, Libraire , parvis Notre Dame, à la Liber'’!
MARS. 17 64,
Cet Ouvrage eft différent de celui qui parut en 1751 fous !e titre de Curiofités de Noire Dame de Paris, & qui n’étoit qu’une explication fimple de ce que cette Métropole renferme de plus curieux. Ici on a ajouté tous les Faits hifto- riquesqui ont quelques rapports avec
cette Eglife.
Concorde de la Géographie des différens âges; Ouvrage pofthume dç M, Pluche, à Paris, chez les Frères Eflienne, rue Saint Jacques , à la Vertu ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi. Vol. rn-12. de près de 600.
L’état aftuel de la Terre , & les états différens qui y font furvenus d’âge en âge, font la matière de ce Volume, précédé dune vie de M. Pb/che. Dans le premier Livre , on traite de la Céo- graphie moderne, en la partageant en différens Voyages maritimes ; dans le fécond , on place de fuite les Voyages des Hommes célébrés qui ont traverfé de grandes Régions ; qui ont établi <’e nouvelles Colonies, & qui ont jufqu’à nos jours découvert quelques Terres auparavant inconnues. Nous nous bornons aujourd’hui a cette fim-
*44- MERCURE DE FRANCE, pie annonce ; l’Ouvrage demande un plus long Extrait, & nous ne le ferons pas attendre longtemps.
Lettre de Zéila, jeune Sauvage, à Valcourt , Officier François , par l’Auteur de Barnevelt. A Paris, chez Sébajiien Jorry , rue & vis-à-vis la Comédie Françoife ; 1764. Brochure in-8®. avec de trcs-belles Gravures.
Nous rendrons compte dans le Mercure prochain, de ces deux Ouvrages,
ARTICLE III.
• >
SCIENCES ET BELLES-LETTRES
ACADÉMIES.
S U J ETS propofès par ! Academie Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à Pau , pour deux Prix qui feront diftribuês le premier Jeudi du mois de Février 1765.
L’aCâijÉmie ayant juge' à propos de rélerver le Prix de la Poéfie , en 1764, en donnera deux en 1765, l’un à un Ouvrage
MARS. 1764. 14$
Ouvrage de Profe qui aura pour Sujet:
Le moyen le plus propre d'établir un Commerce utile en Bearn.
L'autre à un Ouvrage de Poëfie dont le Sujet fera :
Les Avantages de la Navigation.
Les Ouvrages, ne pourront excéder une demie heure de leéture, il en fera fait deux exemplaires, qui feront adref- fés à M. de Faget de Pomps , Secrétaire de l’Académie ; on n'en recevra aucun après le mois de Novembre & s’ils ne font affranchis des frais du port. Chaque Auteur mettra à la fin de fon Ouvrage la Sentence qu’il voudra ; il la répétera au-deffus d’un Billet cacheté dans lequel il écrira fon nom.
M. Cazalet de Pau, qui n’a pas vingt ans , eft l’Auteur de l’Ouvrage qui a remporté le prix en 1764.
P.RIX propojes par la Société Royale d’Agriculture de la Généralité de Paris.
LJn des principaux objets des ; echer-
146 MERCURE DE FRANCE, ches de l’Agriculture ,eft la connoiflan- ce de la plus grande fécondité poffible des terres, relativement à leurs qualités; 8c des moyens de procurer cette fécondité, foit par les labours, foit par les engrais.
Le fuccès des labours peut dépendre de plufieurs caufes, telles que leur fréquence , leur profondeur plus ou moins grande, 8c l’influence du temps le plus propre à la préparation des terres.
Le fuccès des engrais procède de leur qualité 8c quantité, qui doivent toujours être relatives à la qualité des terres; de la meilleure méthode de préparer les fumiers; du dc^ré de leur fermentation au temps ou ils font employés, & plus particulièrement encore du temps de les répandre 8c de les enfouir ; enfin de l’état où fe trouvent les terres lorfqu’on y enterre les fumiers.
On ne peut parvenir à une connoif- fance exaéte de ces moyens de fécondité , que par des obfervations 8c des expériences dont les réfultats foient bien conftatés.
Dans la vue d’encourager les Cultivateurs à fe livrer à un travail aufTi eflen- t:.el au bien public, la Société Royale d’AgricuIture propofe des Prix à ccm
qui plu ",
I fefl de < prié té li plus chei fucc
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v és f en ur lieu ; étant les pr V terres bituél terres d’hert [ou pr< nage, tivée ;
3>° labour
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qui auront obtenu la récolte de.froment la plus abondante & de la meilleure qualité, fur un terrain de cinq arpens.
Les Laboureurs fout, par leur pro- feff.on , à portée de connoitrela qualité de chaque elpèce de terres,& les propriétés des différentes cultures ; la Société les invite a fe regarder comme plus plus particulièrement engagés à des recherches at ffi intéreflantes, 8c dont le fuccès leur feroit fi honorable.
Conditions du Concours.
j.° Les cinq arpens qui feront cultivés pour concourir aux Prix, feront en une feule pièce , & de la mefure du lieu; la différence des mefures locales étant relatives à celle qui fe trouve dans les produits.
1* On ne pourra choifir que des terres qui foient actuellement 8c ha- bituéllement en culture , 8< non des terres nouvellement défrichées , foit d’herbages , foit de vignes ou de bois , ou précédemment employées au jardinage , ni à toute autre production cultivée à bras.
3.0 Ces terres feront entièrement labourées à la charrue.
148 MERCURE DE FRANCE.
4.0 Les femences pourront fe faire à la main , fuivant l’ufage de chaque lieu ; ou avec le femoir , fi les Concur- rens jugent à propos de fe fervir de cet infiniment, ou par telle autre méthode qu’ils voudront éfTayer.
5.0 La quantité de fèmence fera conf- tatée par la mefure 8c le poids.
6.° La récolte fera conflatée par le nombre 8c la mefure des gerbes, par la mefure & le poids du grain qui en fera provenu , après qu’elles auront été battues, 8c que le grain en aura été bien criblé.
7.0 Ceux qui fe propoferont pour le concours, en donneront avis , avant le 1 Août au plus tard , à M. de Paterne a Secrétaire perpétuel de la Société Royale d'Agriculture , & lui adrefieront leurs lettres, fous l’enveloppe de M. l’intendant de la Généralité de Paris.
8.° Les faits qui font l’objet des fis premiers articles de ces conditions, feront confiâtes diflinélement 8c dans 11 forme la plus exaéte , par des cettificats des Curé, Syndic, 8c des deux principaux Laboureurs du lieu; & le Concurrent joindra à ces certificats unMe- Tnoire détaillé de la culture ordinaire du lieu , 8c de la méthode particulière
MARS. 1764.- 149
qu’il aura pratiquée , tant à l’égard des labours qu’à l’égard des engrais, pour faire connoître par cette conlparaifon, les principes & les avantages d’une meilleure culture ; ce Mémoire fera certifié de même que les autres pièces.
ç.° Ces certificats & Mémoires feront adreflës à M. de Paterne, ainfi qu’il eft dit à l’article 7. avant le i.*r Décembre 1765 au plus tard, à défaut de quoi ils ne feront plus reçus.
io.° Il fera diftribue , dans les premiers jours de Janvier 1766, cinq Prix à ceux des Concurrens qui auront le mieux réufli. [.e premier , de la fomme de Cinq cens livres, fera adjugé à celui qui aura obtenu la récolte la plus abondante , relativement à la qualité & au produit ordinaire de la terre qu’il aura cultivée. Les quatre autres ,1’un de Trois cens livres , un de Deux cens livres, & deux de Cent livres chacun, feront la récompenfe de ceux des Concurrens qui auront le plus approché du fucccs qui aura mérité le premier Prix.
r<o MERCURE DE FRANCE.
MEDECINE.
Lettre à l’Auteur du Mercure de France.
Sur la Goûte, 8cc.
Jf. vous prie, Monfieur , de m’acquitter envers le Public , à qui j’ai promis , à la fin de mes nouvelles Obl'erva- tious , & dans les Journaux Etrangers, de lui faire part, dans le Mercure de Mars prochain , des heureux effets qu’auroient opéré, foit la Poudre BaUamique, foit le Baume Végétal, relativement à fes qualités qui méritent une attention particulière. Si vous daignez remplir le même objet tous les trois mois, ce Public instruit par des faits inconteftables, devra autant à votre attention, qu’à mes foins emprefTés de ruiner un préjugé qui lui eft funefte, & qui intéreffe tant de milliers d’hommes refpeâables, fi fouvent abufés, & prèfque toujours livrés fans fecours aux maux les plus crue’.s.
Poudre Balfamiaue.
Je ne rappelle pointles faits de pratique furprenans opérés dans les Provinces , & cités dans mon Ouvrage ; la vé-
MARS. 1764^ i$i rite les a trace's, & ce caractère eft infé- parable de mes fentimens. Voici de nouveaux faits qui fe font préfentés dans Paris.
En Mai 1763 , le R. P- Gardien des Capucins de Meudon, étant attaqué d’un accès de goûte au pied & au genov.il, dans le Couvent de la rue S. Honoré, en fut bientôt délivré par l’ufage de la Poudre Balfamique.
M. de PoiUy , Infpefteur de la Place du Roi, rue S. Honoré, en Décembre 1763, eut un accès de goûte aux muf- cles de la poitrine, au coude & à l’épaule. Il fut tranquillifé la même nuit par la Poudre Balîâmique, Sc bientôt rétabli par fon uf’age.
M. Fontaine , M .îtred’Hôtel de M. le Marquis de Marigny, en Décembre 1763 , eut un violent accès de goûte aux deux pieds. Il fut calmé la même nuit, & rétabli en peu de jours par la Poudre Balfamique.
M. Jacqitiau, Négociant, rue Montmartre , vis-à-vis la Juflienne , chez le Chapelier, a eu en Janvier un accès de goûte au pied, avec extravafion de fang. Il en a été rétabli en peu de jours par la Poudre Balfamique , &c.
MM. le Duc de Laval, le Comte de G iv
MERCURE DE FRANCE. Mailly, de Janflen, Duval de l’Epinoy à Paris, & M. Lcbégue, Concierge du Giand-Commun à Verfailles, font un triage répété de la Poudre Balfamique Sc du Baume Végétal: ce qui parle en faveur des Remèdes.
MM. les Profeffeurs de Médecine de Montpellier ont eu la Poudre Balfamique à leur difpofition en faveur des Pauvres. M. Carque', Apoticaire de cette Ville, m’a envoyé des certificats de l'es heureux effets.
Baume Végétal.
J’ai annoncé que l’ufage du Baume Végétal, trois jours de chaque mois, éloignoit les accès de gcute, en y affo- ciant la Manne ; & la pratique m’a appris ce que je n’ofois en attendre , & ce que ne peut opérer aucune efpèce d’Eli- xirs, foit par leur activité, foit par leur goût, qui ne peut corriger celui de la Manne, &c. & qui en altéreroient les vertus. Voici quelques faits.
LaCuifinière de Madame de Létaux , rue du Sépulcre, ayant une bile répandue 8c une langueur ; après avoir été évacuée une fois avec peu d’Ypécacuana, a fait ufage du Baume Végétal avec de la Manne & le Sel de Duobus pendant
MARS. 1764.
quelques jours, & elle reprit Ton tein , fon appétit & tes forces.
Dlle Houdina , petite rue S. Roch , quartier Montmartre , ayant des infom- nies & des dégoûts continués depuis fix mois, s’eft procurée l’appétit & lefom- nieil en peu de jours par l'ufage du Baume Végétal dans un peu de vin.
Un très-grand nombre de perfonnes de tous âges, féxes & tempéramens, fe font purgées avec deux onces de Manne , un gros & demi de Sel de Duobus,& trois cuillerées du Baume Végétal dans une verrce d’eau , & y ont trouvé la douceur des effets, l’abondance proportionnée des évacuations, & l’agrément du goût. Ce qui eft inconnu jufques à ce jour.
Le Baume Végétal détruit totalement It m tuvais goût & la fadeur de la Manne , des Syrops & des Sels purgatifs ; ne donnant qu'un goût de miel vineux, fans naufée ni dégoût. Il en aiguife les vertus, fans échauffer, & fans caufer la moindre tranchée ; & les effets ne font pas lents à fe produire : un moment en fait la preuve.
Il faut voir l’Ordonnance à la fin de mon Ouvrage, où fes ufagesparticuliers 8c fes moyens font détaillés. -
G v
454 MERCURE DE FRANCE.
Je ne parlerai que pratique dans le Mercure de Juillet prochain, & j'expliquerai les vrais moyens de dériver U goûte aux pieds.
Je loge petite rue S. Roch, quartier Montmartre ; & pour Pâques prochain, mon aarefle fera dans la rue du Gros- Chenet , la fécondé porte cochère à l’entrée de la rue de Clery , quartier Montmartre.
Je laiffe à la Pofte les Lettres que l’on n’a pas le foin d’affranchir’.
C. PE Moxtgerbet , Méd. ord. des Bdtimens du Roi.
EAUX FILTRÉES, Ak'IS AU PUBLIC.
T es Entrepreneurs des Eaux filtrées du Port-à-l’Anglois ont commencé leur dillribution le 30 Janvier dernier avec un applaudiffement ; & tous les honnêtes gens , ont pris part aux dif- férens. accidens qu’ils ont éffiiyés par la crue inattendue des eaux & le débordement de la rivière , qui a fubmergé route leur manutention , & mis leur établifl’ement à. deux doigts de fa perte*.
C’eft dans cette crife que leur zélé a fait les plus grands efforts pour foutenir leur fervice , & remplir autant qu’il a été en leur pouvoir les obligations d’un EtablifTement fi intéreflant au bien de l’humanité. Ils n’ont rien épargné pour fatisfaire le Public; foins, peines & dépenfes, tout a été prodigué; ils fe font même montrés avec diftinétion dans quelques occafions périlleufes, où il y a eu plufieurs de leurs barques toutes chargées de paniers , bouteilles & autres uflenciles , qui ont été écrafés par des coups de vent, & coulés à fonds avec perte de quelques-uns de leurs mariniers. Ils ont donc vu avec le plus grand chagrin en portant les yeux fur les vafes & bouteilles de grez qui contiennent leur eau , qu’il y en avoir d’une qualité inférieure qui donne un louche à ces mêmes eaux & fe difTol- vent en partie par le défaut qu’ont ces vafes de n’avoir pas été affés cuits ni léchés. Les Entrepreneurs les font retirer à mefure qu’on les découvre; 8c quoiqu’en lailfint un peu repofer l’eau dans ces bouteilles, elle reprenne bientôt fa première clarté, fans jamais altérer fa bonté primitive , néanmoins comme l’eau de ces vafes choque les
G vj
♦
i$6 MERCURE DE FRANCE, yeux , les Entrepreneurs prient le Pu. blic de vouloir bien faire rapporter ces mêmes bouteilles chacun au dépôt où il fe fournit avec une petite marque à la craye qui les puiïfe faire leçon- noître.
Leur fervice ayant commencé dans la faifon la plus ingrate & la plus ri- goureufe , ils n’ont pu être en garde contre l’infidélité' de quelques fournif. Leurs qui ont trompé leur confiance par la défeéhiofité de ces vafes. Il en eft de même pour la fureté du cachet des bouteilles ; les Entrepreneurs font informés qu’il s’efl déjà gliffe de la fraude , & qu’il fe fubftitue dans quelques maifons une autre eau à la leur en levant le bouchon qui n’étoit pas afTez hermétiquement cacheté. Dans cet état, quoique l’expédient de la ficelle & du noeud des Marchands de vin foit plus coûteux à la régie , les Entrepreneurs vont faire ficeler & cacheter leurs vafes ; en forte qu’il fera à la portée des Maîtres, de jetter un coup d’oeil fur les bouteilles, & de s’aflurer par eux-mêmes de la fidélité des cachets : précaution très-recommandée par les Entrepreneurs, comme de renvoyer aux dépôts, les bouteilles douteulès, où il y
MAR S. 1764. . 157
rura ordre d’en donner d’autres à la place , toujours avec une marque qui puifle les faire mettre au rebut.
Les nouveaux établiflemcns ont toujours des précautions à prendre & des fraudes à réprimer. Les Entrepreneurs ne peuvent pas efpérer que le leur fera tout d’un coup affranchi de ces défagré- rnens ; & c’eft ce qui les a portés à prier le Public de donner les confeils & fes avis dans les fujers qui lui paroîtront dignes de fes remarques.
A l’égard d’une infinité de propos abfurdes , que des mal-intentionnés répandent journellement fur la qualité & la bonté de leurs eaux , les Entrepreneurs en appellent au Public fenfé impartial. Tout le monde connoît quelles font leurs opérations & leur manutention au Port - à - l’Anglois; tout le monde peut voir en détail & fe convaincre par fes propres yeux , fi la flitration fe fait par des préparations chymiques , & s’ils employent ou l'alun ou aucune autre efpéce de comportions. Ces contes grofTiers , & ces inventions ridicules ne peuvent furprendre que les efpiits foibles qui croyent fans approfondir , ou le vulgaire ignorant.
La Faculté de Médecine a déjà conf-
is8 MERCURE DE FRANCE, taré par fes Commiflaires la bonté & les excellentes qualités de l’eau des Entrepreneurs : fon décret qui n’a été rendu qu’aprcs l’examen le plus fcrupuleux, eft l’écueil des rêveries qui Ce débitent, & Ja feule réponfe qu’on doit y faire.
Les Entrepreneurs ne s’occupant que des moyens d’étendre leur établifle- ment, pour le mettre à la portée d’un chacun, vont augmenter le nombre de leurs petits depots, & employer plufieurs charetres pour approvifionner tous les différens quartiers de la Capitale.
ARTICLE IV.
B EAUX-ARTS.
ARTS UTILES.
CHIRURGIE.
PRIX propofi par TAcadémie Royale de Chirurgie, pour l'Annie
L’académie Royale de Chirurgie
MARS. 1764.
propofe pour le Prix de l’année 1765 , le Sujet fuivant :
Déterminer le caraclere effcntiel des Tumeurs connues fous le nom de Loupes , erpofer leurs différences , & quels font les moyens que la Chirurgie doit employer de préférence dans chaque ef- péce U relativement a la partie qu’elles occupent.
Le Prix eft une- Médaille d’or de la valeur de cinq cens livres, fondé par M. de la Peyronnie.
Ceux qui envoyeront des Mémoires font priés de les écrire en François ou en Latin , d’avoir attention qu’ils foient fort lifibles.
Les Auteurs mettront fimplement une devife à leurs Ouvrages ; mais, pour fe foire connoîrre , ils y joindront a part dans un papier cacheté & écrit de leur propre main, leurs nom , qualité & demeure ; & ce papier ne fera ouvert qu’en cas que la Pièce ait remporté le Prix.
Ils adreflerona leurs ouvrages , franc de port, à M. Morand, Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale de Chirurgie à Paris, ou les lui feront remettre entre les mains.
léo MERCURE DE FRANCE.
Toutes perfonnes de quelque qualité & pays qu’elles foient, pourront afpi- rer au Prix ; on n’en excepte que les Membres de I*Académie.
La Médaille fera délivrée à F Auteur môme qui fe fera fait connoître, ou au Porteur d'une procuration de fa part; l’un ou l’autre reprélentant la marque dittin&ive, Sc une copie nette du Mémoire.
Les Ouvrages feront reçus jufqu’au dernier jour de Décembre 1764 indu- fivement ; & l’Académie , à fon AfTem- blée publique de 1765 , qui (ê tiendra le Jeudi d’après la quinzaine de Pâques , proclamera la Pièce qui aura remporté le Prix.
L’Académie ayant établi qu’elle don- neroit tous les ans fur les fonds qui lui ont été légués par M. delà Peyronie , une Médaille d’or de deux cens livres, à celui des Chirurgiens Etran- fjers ou Régnicoles, non Membres de 'Académie, qui l'aura méritée par un Ouvrage fur quelque matière de Chirurgie que ce foit, au choix de L’Auteur; elle l’adjugera à celui qui aura envoyé le meilleur Ouvrage dans le courant de l’année 1764. Ce prix d’émulation fera proclamé le jour de la Séance publique.
Le Meda à cinc de la i Régn cours trois <
La parties ment idée j liant < de la taille, dont j vrier i
Cet refietr
9
161
MARS. 1764.
Le même jour , elle diflribnera cinq Médailles d’or de cent francs chacune , à cinq Chirurgiens, loir Académiciens de laClafTe des Libres , foit fimplement Régnicoles , qui auront fourni dans le tours de l'année 1764 un Mémoire, ou trois obfervations intércflantes.
LETTRE de M. D EJ E Al/ , Maître en Chirurgie de Paris ; en réponfe à telle de M, FluRAI/T , Maître en Chirurgie a Lyon , inférée dans le Mercure du mois de Mai ijGf
lvl O N S I E U R ,
La defeription la plus éxa&e des parties Hc des proportions d'un infiniment ne préfente pas toujours une idée jufte de fa forme; je vais cependant e'ffayer de vous fatisfaire à l’égard de la curette propre à l’opération de la taille , dans le cas où la pierre fe brife & dont j’ai parlé dans le Mercure de Février dernier.
Cet inftrument, comme je I’a: dit , refiemble allez en petit à une cuillère à
ïfo MERCURE DE FRANCE.
Plombier : il a une coquille , une tige, & un manche ; la coquille a en tous lens onze lignes de diamètre , 8c trois lignes de profondeur dans fon milieu ; la tige a cinq pouces & demi de long ; fon ex* trémite qui tient à la coquille eft un peu évafée , & va en diminuant jufque vers le milieu, qui eft à-peu-près de h grolfeur d’un tiers de plume d’oye,& fe termine au manche en forme de poire avec une embafe ; cette tige n’eft point droite , elle a en dehors une courbure qui s’accommode à l'arcade de l'os pubis, lorfqu'on retire cet inf- trument de la veHie. Le manche eft à 8 pans & 3 pouces de longueur. La foie qui le traverfe cil quarrée, elle eft rive'e au bout pardefl'us une rofette.
La manière de fe fervir de cette curette eft Ample. Lorfqu’elle eft introduite dans la veftie ; en regardant la marque du Coutelier qui doit être placée fur la tige près du manche & du côté du dos , on pourra diriger cette curette fuivant le befoin , pour amener les fragmens au dehors.
Voilà , je crois, Monfieur , l’explication la plus claire qu’on puifTe donner de cet inftrumentjlï elle ne fuffit pas pour le faire exécuter, on peut y remédier
en s’: Maîtr
Faux
A
Re< pagne portée 8; Li 3 ^v*1 S. Th< teatt d cond adrefle
Pluf foufcri Violon Sc qui les ave trouve S.Thoi
MARS. 1764.' 164
en s’adreflant à Paris au fleur le Sueur t Maître Coutelier , rue des Canettes , Fauxbourg S. Germain,à l’A couronné.
■ ■ 11-— ■ —1 'R
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE.
R_ECUEit d’Aips, avec des Accom- pagnemens de Guittarre, faciles & à la portée des Co mm en ça ns. Par M. Merchi. æ. Livre de Guittarre. OEuvre XIe. Prix 3 liv. ix f. A Paris, chez l’Auteur , rue S. Thomas du Louvre, du côté du Château d’Eau, chez un Menuifier, le fécond efcalier après la Cour; & aux adreffes ordinaires de Mufique.
Plufieurs Amateurs de Guittarre ayant fouferit, pour Six Duo de Guittarre & Violon, avec Sourdine , par M. Merchi, & qui font (on OEuvre XIIe ; l’Auteur les avertit qu’il va paroître, & qu’on en trouvera des Exemplaires chez lui , rue S.Thomas du Louvre,à la mérite adreïTe.
IÔ4 MERCURE DE FRANCE.
GRAVURE. (3arte du Pafîàge de l’ombre delà Lune à travers de l'Europe, de la fa- meufe Eclipfe centrale & annulaire de Soleil du premier Avril prochain, calculée par Madame Lcpaute , de l’Académie de Béziers, qui a eu l’honneur de la pré- fenter à Sa Majefté ; avec une explication jntéreflante de ce Phénomène. A Paris, chez Latrré, Graveur rue S. Jacques, près la Foritain&S. Severin, à la Ville de Bordeaux; avec Privilège du Roi.
Supplément à l’Article des Sçiences. GÉOGRAPHIE.
(>ALCULS éc proieélion de la grande Eclipfe de Soleil, du premier Avril 1764. Par M. le Cartier d'EpuiJart, Conseiller en la Cour des Monnoycs. Approuvés par l’Académie Royale des Sciences, le 3 Septèrrtbre 1763. Brochure in-4*. » Paris, chez Moreau, Libraire - Imprimeur de la Reine, & de Mgr le Dauphin ; Seguin, rue Dsuphine, & la veuve Gautier, Cloître S. Honoré, debitansb Carte de France.
MARS. 1764. 165
ARTICLE V.
Suite des Spectacles de la Cour A Versailles.
Le Jeudi 19 Janvier, les Comédiens François repréléntèrent Blanche & Guif- card, Tragédie nouvdle, par M. Sau- R1N , de l* Académie Françoise.
Le rôle de Gitifcard étoit joué parle Sr le K a in ; celai à’Ofmont, .Connétable , par le Sr Molé ; Rodolphe, par le Sr Dauber VAL; Blanche, par la Dlle Claip.on ; Laure fa Confidente, par la Dlle PrÉVIlle.
Cette tragédie fut fuivie du François à Londres, Comédie en un A été & en Profe, de feu M. de Boissy, (de TO-)
Le Mardi 24 Janvier , les mêmes Comédiens repréfenferent le Diftrait, Comédie en cinq Aéles & en vers, de Regnard, (de 1697.) Le Sr Bel- Court jouoit le rôle du Dijlrait\ le Sr
166 MERCURE DE FRANCE.
Molé , celui du Chevalier', le Sr Pré. ville , le rôle de Carlin , la Demoifelle DROUIN , celui de Mad. Grognac, &ç, Pour fécondé Pièce, le Retour iinpn- vu , Comédie en un Aéfe & en profe du même Auteur, (de 1700.)
Le Mercredi 25 , par les Comédiens Italiens, le Maréchal, Opera-Comique en deux Aftes, précédé des Frères Rivaux , petite Pièce Italienne.
Le lendemain 26, les Comédiens François repréfentèrent Brunis, Tragédie de M. de Voltaire, (de 1730.) Le rôle de Brunis fut joué par le Sr Bri- zard ; celui de fon fils Titus, par le Sr Molé; 4ronst par le Sr Dubois, &le rôle de Tullie ,par la Dlle Dubois , &c. &c.
Pour féconde Pièce, on donna FE- tourderie, Comédie en un Aéte 8c en profe, de feu M. Fagan , (de 1737.)
Le Mercredi premier Février, les Comédiens Italiens repréfentèrent le Diable Boiteux, Comédie Italienne en deux A&es, qui fut fuiviedes Enforcelés, ou Jeannot & Jeannette, Opéra-Comique en un Aéhe, en Vaudevilles, par la Dlle Favart en Société, ( de 1757. )
Le 7 Février, les Comédiens François repréfentèrent la Métromanie, Co-
MAR S. 1764.' ibf jnédie en cinq A&es & en vers, de M. PirON , (de «738.)
Le Sr Bf.lcoUR joua le rôle de Da- mis; le Sr Mole , celui de Dorante; le Sr Préville , celui de Mondor. Le rôle de Lucile par la Dite Despinay , & le rôle de Lijette par la Dlle Fanier, Débutante, &c. &c.
Pour fécondé Pièce , on donna le Colin Maillard, Comédie en un Afte & en profe , du feu Sr Dancourt , ( de 1701) ; dans laquelle la Dlle Fanier, Débutante , joua aufïî le rôle de Soubrette :la DlleDoLiGNY y jouoit celui d’Angélique, Sic.
Le Mercredi 8 Février , les Comédiens Italiens repréfentèrent la Joute d'Arlequin & de Scapin , Comédie Italienne.
Le même jour, après la Pièce Italienne, les Sujets de l’Académie Royale de Mufîque & de la Mufique du Roi,éxécu- tèrent, pour la fécondé fois , la Danfe , troifième Entrée du Ballet des Talent Lyriques. Les A&etirs & les Danfeurs étoient les mêmes qu’à la première Re- préfentation. On en a donné le détail dans le Mercure de Février.
Le Jeudi 9 , les Comédiens François repréfentèrent OEdipe, Tragédie de M. de Voltaire, ( de 1718.) Le Sr le
168 MERCURE DE FRANCE. Ka in joua le rôle à.'(E.dipe, le Sr Beu cour celui Ae^P hilocletc ; la Dlle Du- Mesnil jou4 le rôle de Jocajlc, &c.
Cette Pièce fut fuivie du Procureur Arbitre , Comédie en un Afte & en vers, du feu Sr PoiSïON , ( de 1728. ) Le Sr Belcovr joua le rôle du Procureur Je Sr Grancer celui A'Agénor ; 1] Dlle Doligni , Ifabelle ; la Dlle Pre- ville , la Veuve; & laDlle Eroüin, la Baronne , &. &c.
Le Mardi 14, les Comédiens François repréfentèrent le Mifantrope , Comtdie de MOLIERE, en cinq Aétes & en vers, (de 1666. ) Le Sr Grandval y joui le rôle du Mifantrope. Il y fit le même plaiur qu’il avoit fait à Paris ; & l’on y jugea de même des nouveaux degrés de perfection qu’il avoit acquis dans lejea de ce rôle. *
La grande Pièce fut fuivie du Mari retrouvé, Comédie en un Aéte & en proie du feu Sr DANCOURT, (de 1698.)
Le 15 , les Comédiens Italiens donnèrent Arlequin Barbier paralytique , Pièce Italienne , qui fur fuivie du Peintre
» Voyez ci-après à l'Article des Speâacle de Paris, celui de la Comédie Françoife.
amoureux
MARS. 1764. 16g
gmoureux de fon Modèle , Opéra-Comique mêlé d’Ariettes.
Le Jeudi 16,les Comédiens François reprefentèrent Polieucle, Tragédie du Grand Cop.Neit le. Le Sr Molé joua le rôle de Polieucle , le Sr BellecOUR celui de Sévère, le Sr Paulin celui de Félix. La Dlle Dvmesnil y jouoit le rôle de Pauline , &c. &c. ( Cette Pièce ell de 1640. )
Pour fécondé Pièce, on donna le Rendez-vous , Comédie en un Acte & en vers de feu M. F AG A N , ( de 1733.)
La fuite au Mercure prochain.
■ - ■■■ 1 »
SPECTACLES DE PARIS.
OPERA.
L'empressement qu’avoit témoigné le Public pour le Speflacle de VOpéra, a été pleinement juftifié par le concours foutenu des Spectateurs jufqu’à prêtent. Les beautés du Poème & de la Mufique de Cajlor 'Ç? Pollux, jointes à la magnificence du Speétacle , font de plus tn plus fenxies, & prouvées par une affluence perpétuelle.
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I7o MERCURE DE FRANCE.
Titon & L'Aurore n’efl pas moins fuivi les Jeudis, quoique ce jour foit ordinal rement un des plus foibles à ce Théâtre.
Plus on fréquente la nouvelle Salle du Bal, & plus on en reconnoît la beauté. Le plus grand nombre de Mafques n’y produit que la vivacité néceflaire à l’amufement , & cette forte de con- fufion qui fait tout le brillant des Bals, fans que l'on y éprouve les incommodités d’une foule trop reflerrée. Il feroit difficile de difpofer un lieuplus commode & plus convenable pour la fête la plus magnifique.
A VIS aux Aviateurs d'Infiniment.
Nouvelle Invention d’une LYRE pareille à celle des Anciens.
N.B. L'analogie de l'objet nous engage à placer l'Avis fuivant dans cet Article»
N O U S avions annoncé précédemment un Inftrument qui approchoit de la Lyre. Il paroît que le fuccès n’a pas répondu à l’efpoir de fon Inventeur. Nous croyons que celui-ci feraplus heu-
MARS. 1764, 171
reux. On regrettoit avec raifonque la forme de la Lyre antique, fi agréable, fi no - b'e , & li propre à nous réalifer les idées poétiques, ne pût pas f. concilier avec la conftruétion harmonique. Dans l’Inftrument dont nous parlons,on eft parvenu à lever cette difficulté. Sa forme elt telle que l’on nous peint la Lyre d’Apollon. Elle elt auiii faelie, aulfi élégante, & très-orme. La partie inférieure elt traverfée par un corps de Lut fur lequel font pofées obliquement quarante cordes,divifées fur deux lignes parallèles. Il en réfulte une aefli belle qualité de fon que fur la Harpe. Les cordes le pincent de même, mais avec beaucoup plus de facilité,l’étendue de tout l’Inftru- ment 11’excédant pas la portée du b:as d’un enfant. Nous avons entendu jouer de cette Lyre , l’effet en eft tiès- agréable , en ce que les cordes des deflus rendent un fon plus moëleux que celles de la Harpe. Si l’effet général n’ell pas d'une autfi forte réfonance que fur ce dernier Infiniment, cette Lyre nous a paru égaler à cet égard, pour le moins, un très-fort Archiluth. Les quarante cordes contiennent trois oélaves & demi de tons fuivis. Il y adanslatravexfc
Hij
x-p. MERCURE DE FRANCE, fupérieure de la Lyre > une méchanique cachée affez curieufe pour les Dièses & les Bémols fur toutes les cordes ; on en fait ufage à volonté fuivant les divers tons que l’on veut parcourir. Nous ne doutons pas que l’on n’adopte ce nouvel Infiniment, par la facilité de fon exécution , par celle de le tranf- porter, par l’agcment dont fon jeu peut être, enfin par les grâces de fjjn aipeél , par celles qu’il prêteroit à ceux & fur-tout à celles qui |en joueroient. Les Peintres doivent être intéreflés au progrès de cette Lyre Iis y trouveraient de nouvelles positions pour les Portraits, infiniment plus avan- tageufes que toutes celles qui font déjà cpuifées ÉÎ devenues fi communes.
L’Inventeur de cette LYRE cji le Sieur M1CHELOT , Luthier, rue S. Honoré f près la rue de ! Echelle , à coté des Ecuries de M. le Dauphin.
COMEDIE FRANÇOISE,
a
I. F. 4 Février, on donna pour la derrière fois Blanche & Guifcard, Tragédie nouvelle, qui a eu neuf repréfen-
MARS. 1764. 173
tâtions, y compris les trois, avant le Voyage de Fontainebleau.
L’Epreuvt indiferette , Comédie nouvelle , dont nous avons annoncé la première Représentation dans le précédent Mercure, a été retirée après la quatrième le 6 du meme mois.
N. B. On trouvera les Extraits de ces deux Pièces à la fin de cet Article.
Le même jour ( 6 Février) M. G R an d- VAL eft rentré au Théâtre , par le rôle du Mifantrope. Dès qu’il parut, les les applaudiffemens les plus vifs fufpen- dirent long-temps le commencement de la fcènc. Ces témoignages, quoique mérités , de la prévention favo- rab’e du Public, redoublèrent, dans cet ancien Acteur, la crainte de n'y pas répondre fuffifamment. Il fut facile d’apperccvoir fon émotion. Cependant il donna de nouvelles preuves d’un talent confommé; & tous lesSpedateurs intel- ligens font convenus qu’il avoit joué un grand nombre de traits dans ce rôle, non-feulement d’une manière fort fupé- rieure à celle dont il le jouoit avant fa retraite, mais encore à tout ce qu’on pouvoit fe rappeller de mieux. Il joua le 8, avec fuccès, le rôle du Philofophc Marie t dans la Pièce de ce nom. Lorf- H iij
i74 MERCURE DE FRANCE, que M. Belcour y parut dans le rôle deDamon , le Public, par des applaudir* femens redoubles, donna à cet Afteur, dépofledé de plufieurs rôles qu’il jouoit pendant l’abfence de M. Grandval, des marques de la jurtice qu’il rend à fon ïèle infatigable, à l’intelligence de fon jeu, ainfi qu’à l’utilité & à l’agrément dent lui feront toujours fes fervices.
M. Grandval a joué depuis ,1c rô'e de Cimnn dans \' Andrienne. L’épreuve de ce caraâère, nouveau pour l’Aâeur, eteit aufli intéreffante pour les Amateurs du Théâtre que pour lui-même. Quoi* çu’avec une figure, moins chargée par l’âg^ que peut-être notre opinion ou notre habitude n’éxige pour cet emploi, il a rempli toutes les parties du rôle avec ce talent de dérail & de rationnement, toujours fi agréable pour le connoilfeur, joint à un pathétique vrai & fenfible, dont l’imprelfiona entraîné les fuffrages & les applaudiflëmens.
Nous devons , en parlant de VAndrien- ne, renouveller les julles murmures,d’un Public éclairé , fur l’habitude de jouer Toujours cette Pièce en habits François. Cette habitude, digne des temps obfcurs & barbares de notre Théâtre , ne peut avoir fon exeufe dans le défaut d’habiV
MARS. 1764. 17$
lement, 1’. parce qu’on en a fait la dé- penfè pour des Pièces fort inférieures à celle-ci , qui deviendroit par-là toute nouvelle; 1°. parce qu’on voit journellement fur la Scène tragique dès habits fimples, dont la forme conviendroit fort bien à ce genre de comique. Croit- on que, les habits militaires exceptés, les Anciens changeaffent de vêtemens pour les iituations tragiques qui pou- voient traverfer le cours de leur vie ? L’erreur de croire n’avoir pas d’habillé— mens propres à jouer des Comédies Grecques, 11e peut venir que d’une autre erreur, qui eft de rapporter la forme d’habilleme nt de l’ancienne Grèce à celle des vêtemens mordenes du Levant. Que l’on confulre les monumens antiques, & l’on trouvera bien plus de rappoit dans ces vêtemens entre les habirans d’Athènes & ceux de Rome, qu’entre les Grecs modernes & les anciens. En un mot, le plus défagréable de tous les in- convéniens, & la plus abfurdc de toutes les difparates, eft de voir au milieu d’Athènes Cimon en vieux Seigneur de notre Cour, Ton fils Pamphile en petit- maître , (es efclaves en laquais, &c. &c.
M. Grandval joua le 12 dans le MiJ'antropC) & le même jour le Faux
Hiv
MERCURE DE FRANCE. Damis dans le Mariage fait & rompit. Mlle le Kain jouoit dans cette féconde Pièce le rôle de Soubrette avec beaucoup de naturel. Qu’il nous foit permis de remarquer que de bons Juges du ta- lens en accordent à cette A&rice, pour certains genres de Soubrettes , dans Itf- quels elle fe perfectionne de plus en plus.
Le Lundi 13 on donna la premiès e représentation A'Idcmenêe, Tragédie nouvelle de M. le Micrre. Cette Pièce fut reçue avec applaudiflcment à tous les Aéles. Une acclamation foutenue appilla l’Auteur à la fin de la Pièce : il fe dif- penfa de paroître. Nous ne faifons pas mention de cette cireonftance, peur preuve de fuccès. L’abus que l’on fait aujourd’hui dans le Parterre de cette ef- péce de cri de triomphe en a trop avili le prix. Mais, ce qui ell plus dècifif en faveur de l’Ouvrage, elt la continuation des représentations.
Mie Fa>nier, dont nous avons parlé dans les précédens Mercures a terminé fes débuts. L’efpoir du Public fur les talens de cette jeune Aèhice, doit être fondé fur ceux que l’on reconnoit & que l’on applaudit journellement dans M. Molé , de qui elle eft Elève.
MARS. 1764- 177
L’intelligence fine du Maître, ne permet pas dedouter qu’il n’ait reconnu dans ce Sujet, des difpofitions dignes de fes foins, & propres à lui faire honneur.
Extrait de Blanche & Guis
CARD , Tragédie de M. SAURÏN , de /’Académie Françoife. Repréfentée pour la première fois le z$ Septembre 1763 t & reprife le 13 Janvier 1764.
PERSONNAGES.
ACTEURS.
Le Comte deGUISCARD,
Le Comte OSMONT,
Connétable de Sicile , S1FFRÉDI , Grand Chancelier» BLANCHE» Fille de Siffrédi, LAURE » Amie & Confidente de
Blanche ,
RODOLPHE > Frère de Laure Sc Confident de Guifcard,
Aï. Le Kain.
M. Mole.
M. Bâtard.
Mlle Clairon.
Mlle P reville.
• M, Daubcrval.
GARDES.
La Scène eft en Sicile. Les deux premiers jtâes pajjcnt à PjLZRMJi > Capitale du Royaume.
H v
j78 MERCURE DE FRANCE.
Les autres à Belmopt , maifim de plaifiancedi: Sijfrédi & qui touche à
C3eïti Pièce eft imitée de Tancrcde & Sigif* jno;;de, Tragédie Angloifede feu Tomj'on , Auteur célébré du Poème des Saifons. (In épifode du Roman de Gilblas, qui a pour titre le Mariage de vangeance en a fourni le Sujet. Voici PA v an:*-S cène.
Mainfroi. Roi > de Sicile a été dépouilé du Royaume 8c de la vie par Guillaume ton frère puîné : celui-ci, qui fut fn-nommé (e mauvais eft mort au bout de deux ans d’un régne tyrannique , lailiant deux enfans, Guillaume le Bon 9 qui loi a fuccédc, 8c une tille nommée Confiance- Il éroic relié un fils urique de Mainjroi. Guillaume le Bon. ne voulut point le faire périr & confia cet enfant en bas âge aux foins du Chancelier à qui il ordonna de lclever comme un (impie Gentilhomme & fans lui faire connoître fa naif* fince , ni fes droits. Le fils de Mainjioi élevé ainti dans la maifon de Sijfrédi, fous le nom de Guifcarda pris une forte paflion pour Blanche,, fille du Chancelier t & Blanche n’en fent pas pour lui une moins forte. Les chofes en cet état, Guillaume le Bon eft fubitement frappé d'un mal violent ; il touche à fa fin, & c’eft alors que la Pièce commence.
ACTE PREMIER..
SCENE PREMIERE..
BLANCHE & LAURE.
Hanche déplore la perte que la Sicile va faire-
MARS. 1764.
du meilleur des Rois. Il n’y a plus d'efpérance, die celle-ci, le trouble & la terreur le peignent fur tous les fronts.
BLANCHE.
Trifte effet du retour que chacun fait fur foi! » Nous n’éprouvons jamais un fi lugubre effroi,, » Qu'alors que nous voions de cette haute fphere,, » Ou la fplendeur du trône éblouit le vulgaire, 3» Tomber ces Dieux-mortels & femblables à
» nous,
m Rentrer au fein commun d’ou nous fortîmer
» tous.
Blanche craint les changemens que la more* du Roi va apporter dans l'Etat longtemps en* proie aux plus cruelles divifions» Il y a dans l’Etat deux partis ennemis & puillans. La prudente fermeté du Roi eft un frein qui les a contenus; mais fi le Roi meurt , le Trône pafl'e à- Confiance , le Connétable Ofmont eft fon favori.
» Miniftre de l’Etat & Magiftrat fuprême, >» Mon père contre Ofmont a fouvent éclaté xi Dans les troubles cruels qui nous ont agité ,. a> San zélé toujours pur, fon coeur patriotique, - ••Ses rigides vertus, dignes de Rome anuque, »\Onc longtemps divifé le Connétable de lui,» .
» Ofmont doit le haïr. . )
Laure dit que depuis quelque temps ils fe font' réunis. Dans le refte de la Scène il eft queftion de Guifcard > de l'obfcurité qui eft répandue fus defiin, de l'amour qu'il a pour Blanche,
Hvj
i8o MERCURE DE FRANCE.
» Non, cet amour qui régné en un coeur amolli, » Par qui plus d’un Héros s'eft fouvent avili > » Mais ce célefte feu, cette divine flâme ,
a» Qu'un digne objet allume & qui porte en notr< » âme
» De toutes les vertus le germe précieux,
» Le plus beau des préfent que nous ont fait les x deux ;
» Des grandes aâions fonree heureufe & féconde, » L'âme, â la fois, la gloire & le bonheur du » monde.
Cet amour eft l’âme de tous les entretiens que Guifcard & le frère de Laure , Rodolphe , ont en- ïemble, mais que penfe de lui ton frère, lui dit Blanche? Il penfe que tour en lui annonce 3c pio- met un héros ; que fon âme eft élevée, coûta- geufe, humaine , & que fi la fougue de fon naturel ardent l’emporte quelquefois , la Raifon bientôt le ramène.
» Il ne le flatte pas : ah ! pour un tendre coeur » S'il eft,ina chère Laure , un plaifir enchanteur, »C’eft de voir applaudir le digne objet qu'on » aime,
» De s’entendre louer dans un autre foi-même.
Notre âme éprouve,alors, un fi doux Sentiment! »C’eft louer plus que nous, que louer notre
amant.
ei
MARS. 1764. «3i
SCENE II.
blanche, SIFFREDî,
Il apprend à Blanche , que le Roi n’eft plus.
» Des mortels il a fubi la loi , » Ma fille , il eft palîé dans ce monde terrible , » On des foibles humains le juge incorruptible » Voit frémir à fes pieds nos maîtres abbattus, 53 Sans garde & protégés de leurs feules vertus.
Il ajouteque le Roi 2 vu d’un oeil ferme la more s'approcher.
m Nedemandantau ciel qu’un momentde retard , m Qui lui permît de voir & d’embraiïer Guifcard, BLANCHE, avec émoi ion.
Guifcard • le Roi ! • • • mon père..........
S 1 F F R F D I.
» Eh bien , au nom du Comte, » Ma fille, d’oil vous vient une rougeur fi proni- » pte !
» Cet intérêt, ce trouble & cette émotion ?
BLANCHE. -
» Mon père . .. il efl le fils de votre adoption : » Je prends part a Confort comme à celui d’un » frère.
SIFFREDI. •
» II fuffit. Laiffez-moi : vous fçaurez ce myftère.
Siffredi dans un monologue fait voir toure la douleur qu’il a de ne pouvoir douter que fa fille & Qui/iard ne flûnenf; il fe reproche de ne
rSt MERCURE DE FRANCE, l’avoir pas prévu & il frémir des fuites : le Roi; en mourant vient de reconnonre Guifcard pour l'héritier du trône, mais c’eft à condition qu'il époufera Confiance , cet Hymen peut leul aiiurer le repas de l’Etat. C’efl le feul moyen d empêcher que la Sicile ne foit encore en proie â toutes les horreurs d’une guerre inteftine, D’ailleurs , Sijfrédi eft engagé de parole avec Ofmont, il lui a promis (a fille en mariage , l’union du Chancelier avec le Connétable , importe au bien Public & Sifiridi ne connoir rien qui puifle entrer en balance avec fa parole & Ion devoir.
»-> périfle le mortel, pèrifle le coeur bas
» Qui, portant dans (es mains le défi in des Eta t>, » Plein des vils fentimens que l’intérêt infpire, » Immole à fa grandeur le falutd'un Empire.
Guifcard paroît: Sijfrcdi avant que de fedé- olarer veut fonder fon coeur : il lui confirme 1: moit du Roi &: fait un Eloge de ce Prince qui puilfe en même temps fervir de leçon a Guifiud.
m II tenoit pour maxime >» Qu’un Roidoitpréférer,(obfédécommeilcft, » Un ami qui l’afflige au flatteur qui lui plaît. » On ne vit point, au fein de l’horrible mifîre,. > Le laboureur gémir du bonheur d'être père >
Il fçur récompenser & punir à propos ;
» Père enfin de fon Peuple, il fut plus que Héron
Sijfrcdi apprend en fuite à Guifcard que la Couronne n’appartient point a Confiance , mais à on ils de Mainfai } élevé dans l’obfcurité z & inco^
MARS. 1764.. 183
nu àlut*mème. Il lui apprend que le Roi *a reconnu ce fils de Miî/t/roi pour fon Succelleur j mais- à condition qu’il épouieroit Confiance.
Guificardy plein de feu & de noblefle, le mec d’abord à la place de ce jeune Prince, s'échauffe* en fa faveur s mais doute qu’on puille vaincre l’horreur qu’il doit fentir, quand il fe connoîtra t pour Confiance^ pour la fille de l'a (la (fin àzMainfroit.
Sijfrédi combat ce fentiment » & fait voir la né- ceflitc du mariage ordonne par le Roi. Guifcard continue à s'élever contre.
» Eh .'que craindre après tout ? Il a pour lui, Sei-ê- » gneur,.
a Sa naiffance, fes droits, fans doute fa valeur.
Tout le fang de Guijcard eft prêt à couler pouf ce Prince.
» Courons vers lui, Seigneur. Ah 1 digne de fa race » Digne du Trône augufle où furent fes aïeux > » Peut êrre qu'il fe plaint que le fort envieux> » Sur le théâtre obfcur d’une (cène privée, » Confine les vertus de fon âme élevée, a» Et qu’il demande au Ciel l’heureufe occafion » De montrer un grand coeur, & d’acquérir an.
j» nom.
Si FF RE DE.
» Et peut-être qu’aufiî fa frivole jeunelTe » S’endort avec l’amour au fein de la moleCe!.
Guifcard répond avec l’enthoufiaûne d’une âme jîunefc grande^
184 MERCURE DE FRANCE.
» Mon coeur répond du fien : oui, Seigneur > fui » effort >
» De mon état obfcur je m’élève à Ton fort;
» Et je fens qu’à l’afpeâ de fa noble carrière,
» Mon âme avec cranfport s'élançant toute en- » ticre,
r> Bruleroit d’égaler, en vertus comme en rang, » Ces Héros glorieux dont je feruis le fang.
SIFFREDI.
» Eh bien ! hâtez-vous donc de marcher fur lear
» trace.
* Et vous. dont il promet d’être la digne race, » Mânes de fes Aïeux, je vous prends à témoins.
Guifcardett étonné,prie le ciel de lui donner les vertus de fon nouvel état, marque fa reconnoif- fance à Siffredi, ne veut régner que par fes con- feils, &c. mais montre toujours le plus grand éloignement pour le mariage de Confiance : c’eft le feul point fur lequel il n’en veut croire que lui - même. Mais, lui dit Sijfredi,
«Un autre à vos refus doit avoir la Couronne. » C’eft le Roi des Romains.. •.
GUISC ARD.
» Mais le fang me la donne. >• Je maintiendrai mes droits. Afl'emblez le Sénat, n Allez , & que les Grands, les Barons de l'Etat » Viennentrendreâ leux Maître un légitime hooi-
» mage.
MAR S. 1764. iS^
L’Aéle finit par un Monologue de Giûfcard, ol tout (on amour pour Blanche éclate. Il eft transporté de l’idée de mettre un Diadème au* pieds de ce qu’il aime»
» Je vois fans m éblouir l’éclat du rang fuprême. » Mais, ô ma chère Blanchie! un Trône t’éroicdu : a» Je vais, en t y plaçant, couronner la vertu»
ACTE IL
Dans l’intervalle du premier & du Second Aâe, Guifcard voulant raffiner Blanche, qu’il a trouvée en larmes, & craignant de?é perdre, lui a laülé fa fignature, comme un engagement de fa part, qu’il lui a ordonné de remettre au Chancelier, en lui déclarant fes intentions pour elle. Blanche a remis cette fignature a fon père, qui, rendu au Sénat, en a fait un ufage contraire aux deileinsda Prince. Après avoir fair kdure du Teftamenc du feu Roi, qui, en rappellaor Guificardau Trône , ordonne qu’il époufera Confiance, il ajoute que le Prince confentoit à tout. Voilà, a-t- il dit, un ade figné de fa main royale, par lequel il allure (a Couronne & fa foi à Confiance. Au moment même la voûte a retenti d’un applaudiflement générai ; la joie s’eft peinte fur tous les fronts, Guificard interdit & confus, ne poffcdanr encore que le nom de Roi, fans pouvoir , fans expérience , n a pas cru devoir en ce moment s’oppofer au yoeu de tout l’Etat : il s’eft levé, de a remis l’af* femblée au lendemain*
186 MERCURE DE FRANCE.
SCENE PREMIERE.
GUI SCA RD & RODOLPHE.
Guifcard furieux apprend à Rodolphe tour ce qui s’eft paffé ; Blanche placée par Ion père au rang des fnedateurs, a été témoin de cette fcène cruelle. Guifcard venoit pour la défabofer » mais Siffredi a fait partir fa fille pour Belmont. Et quoique Belmont touche à Palerme, d’indifpen- lables foins enchaînent Guifcard .i la ville. Mais, en attendant qu’il puiiTe voir Blanche, 3c qu'au Confeil du lendemain tout fe répare, il veut écrire à Blanche, En ce moment Siffredi parole.
SCENE II.
GÜISCARD SIFFREDI.
Guifcardlui fait les reproches les plus vifs. Si£ fredi s’oppofe â l’indignation 8c aux emportemens de Guifcard, Avec le calme d’une âme remplie de l'amour de Ton devoir & de fa Patrie. On lui a remis le (eing du Roi.Il a cru, pour s’enfervir, ne devoir confulter que la gloire du Roi & le falur • de l'Etat j & pourvu qu’il fauvât l’une & l’autre, il n’a compté pour rien de (è perdre lui-même. Il loi repréfente fortement qu’il n’y a que l’hymen de Confiance qoi puifle affermir la Couronne fur fa tête > qu’en ne l’époulant pas, il doit craindre la plus funefte révolution pour le Royaume &pour lui- même j qu’il hafarde l’Etat, & fon Trône, & fa vie. Guifcard eft réfoin de tout braver : malheur à qui ofera lui réfifter, malheur à Siffredi lui-même. Siffredi lui préfente foa fein , & le coib
MARS. 1764- 1^7
jure enfuite d'écouter celai qui lui fervit de père, &qui, pour le feul avantage de l'Etat & du Roi» refufoic ce qu’un autre peut-être acheteroic d’un crime. Il fe jette à fes pieds.
» Vois ton ami, ton père, embrafiant tes genoux » Te conjurer en pleurs de te vaincre toi- même j » A tes pieds avec moi, vois un Peuple qui t ’aimer » Et que le Ciel confie à tes foins paternels.
.» Citoyens, Magiftrars , Miniftres des Autels, » Tous ceux de qui la main aux travaux occupée m Fait croître la moiflon de leur Tueur trempée, > Qui nourrirent l’Etat » & fupportent la faim 4 ” Vois le vieillard courbé» l'enfant preflant le » fein »
b Et l’époux, & l’époufe, & b mère, & la fille»
•
Tout nn grand Peuple enfin compofant ta fa-
m mille »
». ( Car les Sujets des Rois font leurs premiers en- » fans ) ;
» Vois*le$» dis-je, à tes pieds, incertains & trem-j- » blans :
« Sauve^nous, difenr-ils » d'une guerre inteftine
9 Fdut-il à l'incendie 9 au meurtre, à la ruine , » Abandonner encor nos champs & nos cités !
*
Ah ' pour/autres emplois que nos calamités , ** Réfcrve un fang pour toi tout prêt dft répandre • » Rcfifterezvous donc à cette voix fi tendre ?
» Eli quel trifte bonheur, rapportant tout à foi,
» Peut balancer fon Peuple en lame d’un bon e Roi 1
i88 MERCURE DE FRANCE.
» Le vôtre.... Mais, Seigneur, je vois qu’elle efi «• émue.
» Ah ! ne dérobez point ces larmes a ma vue.
>3 L’orgueil du Trône , hélas ! n’eft que trop fa, » humain.
Guifiard tend la main à Siffrcdi, & lui repro. che d’un ton attendri qu’il l’a mis entre deux précipices ; que détruire l’efpoir de Confiance, c’eft ha farder l’Etar ; que le remplir, c’eft trahir Blanche & le (ang de Mainfivi.
» De tous côtés déchiré, combattu >
» La vertu dans mon coeur s'oppofe à Ja vercà.
Siff'edi a fait le mal ; c’eft a loi à venir à (on aide. 11 faut que le lendemain il fade au Sénat l’aveu de fa témérité, & qu’il appuie les droits Guifiard de fon fuffrage :
» A et prix
» Ton Maître te pardonne, & redevient ton fils.
Sijfiedi fcnt les bontés de fon Ro.’; mais il s’en croiroir indigne s’il obéifloir. Guicard fort furieux, en déclarant à Sijfrcdi que Confiance ne fera jamais que fa Sujette.
*Toi, rends grâce à l’amour dont mon coeur eft >• épris,
» Qui te protège encor lorfque tu le trahis»
MARS. 1764.’ 189
SCENE III,
Monologue de Sijfrcdi qui réfout de hâter le mariage de fa fille avec le Connétable. C’efl le feul moyen de (auver l’Etat & le Roi. Ce moyen le perdra : mais s’agit-il de lui ?
SCENE IV.
SIFFREDI & OSMONT,
Civilités réciproques; Ofaioni reclame la promette du Chancelier, A: en prelfe l’exécution. Cet hymen , dit le Chancelier, importe à l'Etat. Ve- ctz ; allons à Relmonc ; vous y recevrez la main de Blanche, fans pompe & (ans éclat,
ACTE III.
La Scène eft d B ciment.
Monologue de Blanche, qui Ce croyant trahie par Guifcard, luiad.eflte des reproches & des plaintes lur toutes les aflurances de fidélité qu'il lui avoir données ce jour même.
«Ta tendrefle jamais ne fur plus éloquence. » Hclasî fansralTurer ta malheureufe Amante, » ^ae ne lui difois- ru que de fuperbes loix , » Dans la grandeur du Trône, emprifonnent les ™ Rois :
*» Branche en adroit gémi; mais moins infortunée, » N’accnfant que ton rang & que fadeflince,
« Elle eût vécu peut-être, Arc.
tço MERCURE DE FRANCE.
Siffredi arrive , & Blanche fait un vain eflbrj pour lui cacher fes larmes & (on trouble. Siffredi plaint fa fille> il ne veut point l'accabler tous l* poids du reproche. Il devoit prévoir ce qui eft ar« rivé, & il s’accufe lui-mcme plus qu'il ne la bli- me i mais il faut s’armer de courage, & faire un généreux erfort. 11 feroit trop honteux qu'on pat croire qu elle nourrit encore quelque efpoir d eue aimée du Roi»
BLANCHE.
» Ah ! cet efpoir, Seigneur » il l’a trop bien détruit. SIFFREDI.
» Il l’a dû. De vos feux quel eût été le fruit J » Ta folle pa (lion a^t-elle donc pu croire h Qu’oubliant ce qu’il doit à fon peuple, à fa » gloire,
* T’immolant notre Gng, nos biens, notre repos» r> D’un romanelque amour méprifable héros, s> Il dût, pour être à toi, hazarder fa Couronne?
Crois-tu que j’eulTe fouffert qu’allumant fes feux aux flambeaux de votre hymen,
» La Difcorde cruelle embrasât ma Patrie,
» Que mon (ang , que ma fille en devint la furie ?
Siffredi lui déclarequ'il n’y auroit jamais confen- ti. Il efpère qu’elle n’aura bientôt plus que zèle & xefped pour Ion Roi. Mais ce n’eft pas allez:
» On ne vit pas pour foi.
»> Plus le fort nous élève au-delfus du vulgaire, » Plus il nous met en batte a ce juge févère?
MARS. 1764.' ïgx « Qui cherche nos défauts, &, fans refpeét des
» rangs,
m Confole (a baffefle en mcdifantdes Grands.
Il faut le convaincre que ma fille, 1 l’exemple dû Roi > a fçu fe vaincre elle-même,
» Et coupant à l’efpoir fa derniere racine , h Prendre un illuftre époux que ma main te def» » tine.
A cette propofition Blanche piroît éperdue > ijn pere lui nomme le Connétable :
» Il eft puiffant, vous aime» y. Je vois en vain vos yeux de larmes fe remplir : n Ma parole eft donnée, elle doit s’accomplir,
•
Et dcs’aujourd’hqi même.
Blanche fait à fon pète les fupplicarions les plus touchantes j elle fe jette a fes pieds, les baigne de larmes , ajoute aux raifons les plus fortes ce quelle croit le plus capable d’émon- vor. Siffrêdi eft attendri, mais inébranlable dans fes principes ; il ne cède point à la pitié. Il décla- I rî a Blanche qu’il va lui amener Ofmont, Venez a dit-il a Laure qui paroît ; affermiflez Blanche par vos confeils ; que je la retrouve préparée à m’o- bhr.
BLANCHE.
[ *
•
Non ,ce n’eft qu’à la mort que mon coeur fe
I » difpolè.
I • Quel amour eft trahi ! quel devoir oa m im-j I pofe.
» Ah > Laure !
igr MERCURE DE FRANCE.
Laure lui dit qu’elle ne peut approuver £ douleur 5 que Guifiaid ne mérite pas lès larmes.
o Ce n’eft que du mépris qu'on doit à ce parjure. BLANCHE.
«Sans doute...Mais, hélas ! crois-tu quainfi foi.
37 dain
» Un coeur puiffe paflèr de l’amour au dédain? » Qu’un fentiment fi cher né dans la folicude;
» Par l’eflime formé, nourri par l’habitude,
» Soit détruit auflitôt qu’on ceffe d’eftimer? » Longtemps on aime encore en rougiflant d’ai-
>j mer I
Elle apprend à Laure que Ton père veut qa’efe époufe Ojmont , quelle l’époufe ce jour même.
LAURE.
« Eh bien , vous êtes outragée. « Ce jour a vu l’alFront, il vous verra vangee.
BLANCHE.
« Vangee ! hélas ! fur qui ? Sur Guifcard 011 fur moi.
Laure lui représente avec force tout ce qui s’eït paHc au Sénat , on dit, ajoute-t-elle, que demain il époufe Confiance,
BLANCHE.
« Ah, parjure, I LAURE.
* fl
« Pouvez-vous balancer ? I
blanchJ
!93
MAR S. 1764. BLANCHE.
Des demain ? LAURE.
On l'allure. BLANCHE.
» Eh , qu’il étoufte donc , s’il fe peut, dans fon m coeur 1
» Le cri du fang d’un père & le remord van- » geur.. .
» Laure, je veux t’en croire , un fier dcpir me guide.
» Tu me regretteras, homme lâche & perfide!..
» Oui, mon hymen fera fon tourment Sc le mie»* » Il a trahi mon coeur , j’ai mal connu le tien , » D’un repentir tardif il fera la victime »
» Je fervirai d’exemple à celles qu’une eflime
v Dans leur crédule efpoir trop prompte a fe » former,
»Sous l’appasdes vertus engageroit d’aimer.
Laure applaudira cette réfol uti on. Que votre bjrmen précédé celui de Guifca.d.
”Qjie dans les bras d’Ofmont le perfide vous >» voie.
BLANCHE.
» Oui dans mon défefpoir je goûterai la joie...
• Quelle joie !
SCENE IV.
Stfrêdi s’avance avec Ofmont, il le préfente à
t9a MERCURE DE FRANCE.
fa ' fille. Ojmont lui die qire l’aveu d‘un père au- corife fesfeux , mais que ce n’eft pas aifez pour fon bonheur.
» Croirai je que du moins la vertueufe Blanche
M Confentna fans peine à former ce beau noeud?
BLANCHE.
» Seigneur.... l’obciflance... un père... fonayeu...
» Je me meurs.—..
O S M O N T.
» Ciel !
S I F F R E DI.
Ma fille ! à peine elle refpife* BLANCHE.
d Laure.
r> O mon père!., aide-moi... Je ne puis me con* » dmre.
S1FFREDI, d OfmQnt.
» Je la fuis, pardonnez a mon foin paternel.
O S M O N T.
Je ne vous quitte point dans ce trouble mortel.
ACTE IV.
Monologue de E'.anche qui vient depoufer
w C’en eft donc fait» hélas! un noeud fatal me » lie.
» Mon malheur n’aura plus de terme que njavie.
* Puiffe mon père un jour ne fe point reprocher s> Le facriSce affreux qu’il me vient d’arracher!
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MARS. 1764.
M Veux-tu précipiter mes vieux ans dans la tombe?
M’a-t-il dit. A ce mot mon courage fuccombe:
J’ai traîné vers i’Autcl mes pas avec terreur.
O ! comment exprimer ce qu’a fend mon coeur? » Quand à la main d’Ofmoat j’ai joint ma main » tremblante.
Iflunr accourt troublée de tenant un bilfer. GuifcardVivw commis aux foins de Rodolphe qui n’a pu le remettre plutôt à Laure,
BLANCHE.
n Quoi Guifcard?... Il m'écrit,’... Croit-il par une Lettre...
» Voyons, Laure... Mais »non. .Tmon coeur m’en » prefle en vain 5
» Non , je ne lirai point un billet que fa main..
» Eh î que peut-il me dire?...
Laure dit que fon frère protefte que fon Maître eft innocent » & n’a fait que fe prêter à la néceflïté. Qu’il alloit lui expliquer ce myflère; mais qu’Cymwrfc Siffrcdi mandes à Palermel’onc appellé près d’eux. Blanche frappée de ce Discours, prend la Lettre...
Donne,
» Ah ’ donne.... ma main tremble, & tout mon
» corps friflonne...
Que tantôt àl’afped d’an billecde fa main Bn trouble different eût agité mon fein !
Bkuxhe lit la Lettre où Quifcard la raûiire;
Iij
iq() MERCURE DE FRANCE.
Jui dit qu’il la verra Ccôt qu’il en fera maître 8c finit, par lui jurer qu’en dépit de tout il n’y a rien que la mort qui puifle l’empêcher d’unir Ion fort au lien. Cette lettre jette Blanche dans le plus grand trouble & le plus grand défefpoir : elle ne peut plus penlêr que Guifcard l’ait trahie, 4k elle s’en voit pour jamais léparée.
>ï O dépit infenfé ! trop aveugle courroux !
Un inftant a donc n)is un abîme entre nous»
Auroit-elle dû (îrôt en croire les apparences, dévoie elle fe hâter de perdre fon amant & elle?
» C’eft toi qui l’as voulu pere trop rigoureux ! v De ton âge endurci la cruelle prudence , » Un moment de dépit, une folle vangeance i » Toi-même , Laure hclas , ta fatale amitié, a» Vous m’avez tous trahie & mon coeur s’elt lié.
Laure s’éxeufe fur Ion zélé > elle accufele Prince tout au moins de foiblellè.
v L’amour eft moins timide en un coeur magna* » nune.
BLANCHE, vivement.
n Arrête, Laure crains que ta témérité ; » Ne porte un jugement encer précipité, p Dans l’abîme déjà, c’eft toi qui m’as pouffée.
Blanche, après bien des agitations fe deter* juins en fi a â n’avoir aucune explication avec le
MARS. 1764.
197
Roi, à ne le jamais voir , à dévorer fes pleurs en fècrec & fur tout à bien cacher fes douleurs à ton époux.
» Je l’ai vu m’obferver d’un oeil fombre, inquiet. » Il fembloicde mon coeur épier le fecret ;
» S’il en eft encor temps qu’à jamais il l’ignoré.
» Mais périr lentement d’un feu qui vous dévore
» Et dans (on coeur fans cefle en étouffer l'éclar, h Eprouver au-dedans un douloureux cotrïbat > • » Et montrer au dehdrs un front calme & tran-
» quille ;
» Que la vieeft alors un fardeau difficile !
SCENE III.
Le Roi s’avance.Un tremblement faifir Blanche 5 elle veut fuir , & n’en a pas la force: Guifcard fe jette à fes pieds avec tranfport. Etonné de (i froideur, m’aurois-tu fait l’affront, lui dit—il de douter de mon coeur ?
» Ton âme ne t’a pas répondu de la mienne!
Sçache, lui dit-il, que ton père abufant de mon fvin, a tourné contre nous...
» Mais quel tourment te preffe ?...
» Tu trembles... tu pâlis ... ma chère Blanche ! B L A N C H E, du ton de la de u leur la plus pro-
» Eli ! hÊTe-moi, Guifcard.
MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
» Moi, re biffer ! jamais, n Non , jamais ... A mon coeur il faut rendre la
»* paix ;
» Il faut qu’à ton amant cette bouche adorée « Renouvelle la foi.. •
BLANCHE.
» Mon âme eft déchirée} » O crime irréparable !
GUISCARD, vivement»
m II ne Tell pas: eh bien »Ton coeur feft trop hâté de condamner le » mien :
» Tu devois mieux connoître un Amant qui t’a- » dore.
» Mais tout eft réparé, fi tu m'aimes encore....
» Dis que je fuis aimé.
La réfiftance de Blanche, (on trouble, fon embarras , tour annonce à Guifcard un fecret qu’on lui cache. Il preffe Blanche de s’expliquer. Après plusieurs répliqués de part & d’autre > elle lui apprend qu’d/mo/it eft Ion époux.
GDI SC A RD.
>• Ton époux .’ .. Qce dis-ta 1 O? mont !
BLANCHE.
» Il eft trop vrai.
GU I SC A RD.
» Je refte confondu...;
I
199
» Qu’as-tu fait > jufte ciel ?
BLANCHE.
» L’autorité d’on père,: »Une fatale erreur...
G U 1 S C A R D.
» Perfide ! elle t’efl chère
» Cette erreur que l’amour auroic ffu démentir.
» Penfes-tu m’abufer par un vain repentir ?
» Ofmont, 6 ciel ! Ofmont pollcder tant de char- n Tu l'aimois. • .oui.
BLANCHE.
Cruel 1
GUI SC A R D.
u Je vois couler tes larmes.•» n Que fervent â préfent ces regrets fuperfius ?
» Toi feul as pu nous perdre, & tu nous as perdus» n Ciel ! tandis qu’accufant l’éternité des heures, » Mon coeur impatient voloit vers cas demeures f v Blanche me trahüloit !
BLANCHE.
» Eh bien ! tu dois haïr
î> Celle qui t’adoroit, & qui t’a pu trahir.
» J* ne te dirai point que mon père...que Laure. •• » Plus à plaindre quetoi, jem’accufe& m’abhorre. » Va , d’un fatal amour perds jufqu’au fouvenir ; »> Laide à mon rrifte coeur le foin de me punir, * Et fuis-moi pour jamais.
I iv
2.00 MERCURE DE FRANCE.
GUISC A RD.
» Demande donc ma vit. » Ma vie eft de t’ai tuer.
Mais non, ajoute-t-il, ta n’as pu trahir t« votux & les miens ; tu n’as pu former ces noeuds, auxquels on ta contrainte: ta foi m’étoit engagée.
>5 Oui» tes ferment d’avance avec moi t*ont liéej » Cote main eft à moi. ( // lui prend la main. ) OS M O N T , qui arrive en ce moment.
Madame, oubliez*vous
* Qu’elle vient d’être unie à celle d’un époux? BLANCHE.
» Non. Ces noeuds font facrés, & mon coeur les » révère.
Sijfrcdi paroîr ; elle court à lui, & fort en le conjurant de détourner les maux qu’elle prévoit.
Le Connétable parle fièrement au Roi ; Siffredi lui oppolè le*, droits de père & d’époux ; Guifcard repr-xhe a Sijfrcdi l’abus qu’il a fait de (a ligna* tvre II fou rient que Blanche entraînée aux Autels r.’.v pu engager à Of'mont fa foi; qut fes noeuds, le If et de la furprile & de la violence, (ont nuis; que fondé (ur la promette de Blanche , A: armé d* fa toute puilTance, il les fera briter par la loi, & il for: en difant au Connétable :
» Si le jour t’eft cher, déformais n’envifage.
Qu’avec l’oeil d’un Sujet fournis & repentant, » Celle qu’aime ton Maître, & que mon Trône
» attend. Il fort.
MARS. 1764. 2.01
Ofmont furieux s’emporte contre la tyrannie de Guifcard » il ne veut plus le reconnoitre pour Roi. Il court à Palerme défabufer Confiance 8c les amis. Siffredi, en blâmant le Roi, tâche â détourner le Connétable des parris violens : celui-ci rejette tous les partis modérés. En ce moment, Rodolphe pa- roît à la tête des Gardes; Ofmont, forcé d’obéir, lui rend fon épée, 5c le fuit au For:, ou Rodolphe a ordre de le conduire. Siffredi le quitte en lui di- fant qu'il va trouver le Roi:
*
» Mes yeux par le fommeil ne feront pas fermés, » Que vous ne foyez libre, & lesefpritscalmés.
ACTE V.
Il fait nuit.
SCÈNE PREMIERE.
Monologue de Siffredi. Il a vu le Roi : le Connétable fera libre aux premières traces du jour ; mais le Roi perfifte à ne pas vouloir le reconnoi- tre pour époux à*'tBlanche. Réfléxions fur les pallions des Rois. Retour de Siffredi fur lui-mcme.
SCENE II.
OS MONT & SIFFREDI,
Ofmont a obtenu du Commandant du Fort,' qui ell fa créature» d’en fortir, a- conlition d’y rentrer avant le jour. Il ne refpire que vengeance & fu e r. Siffredi tâche de le ramener a des partis moJéris ; Üjinont lui oppole l’honneur.
I V
201 MERCURE DE FRANCE.
SÎFFRE DI.
» N’appeliez point honneur cet enfant de l’or*
» Erefnel artifan dedifcordre & de deuil, s» Qui, toujours altéré de fang & de vengeance, » N’eft jamais attez grand pour pardonner l’of-
>5 fenle y
» Qui, fuperbe & farouche, immole tout à foi. Et prend le préjugé, non la vertu, pour loi.
Sffiedi le quitte, en lui disant qu’il fera de nouveaux efforts auprès du Roi.
» S’il perfifle à n'avoir que ton defir pour loi, sa Je ne partagerai vos complots ni (on crime ;
>3 Mais je ferai, Seigneur , fa première vidime.
Ofmcnt, à qui la modération de -Siffrcdi efl fuf- pede , & quelle ne rend que plus furieux , réfour de s’aiTurer de planche avant que de rentrer au Jorr.
J’ai des amis tout prêts, la nuit me favorite;
» Allons les difpofer autour de ce Palais. » Il faut de mon projet aflurer le fuccès,
» Il faut pouvoir forcer mon épouleâ me fuivre... » Ah! dans les noirs tranfports auxquels mon coeur
» fe livre,
« Elle, Guifcard & moi, je puis tout immoler» t J’entends du bruit. Sortons. ( iljirh )
Blanche entre fuivie de Laure*
1 CT'
MARS. 1764. LAURE.
» Oïl vouIez-Tons aller ? » Errante en ce Palais, votre douleur muette „ Y promène au ha lard fa démarche inquiette ;
» Et pourTuivant en vain un repos qui vous fuit. • »
BLANCHE.
n Abandonne mon âme au trouble qui la fuir:* «Vas, laiffe-moi, ton foin m’importune & me » gêne.
LAURE.
» Moi,vous laiffer, ô Ciel ’ & lorfqu’â votre peine » Une effroyable nuit ajoute fon horreur 1
BLANCHE.
«Une horreur plus affrjufe eft au fond de mon y» coeur.
Blanche oblige Laure a fortîr.-
» Laiffe-moi. ..je le veux ... mon amitié l'exige «Tesconfêils m’ont perdue.
Blanche relie feule en proie aur agitations & aui courmens de fon coeur. Apres s’y être livré# quelque temps, elle fe jette dans un fanteuih-
>3 Ne puis-je me calmer ?.. La terreur me pour- » fuit.
» Que pour les malheureux l’heure lentement fufcj -■> Qu'une nuit paroit longue à la douleur qui veille.1
Elle entend du bruit, elle fe lève enrayée. C’eft le Roi.
Ivj ’
204 MERCURE DE FRANCE. GU1SCARD.
» Ra fibre-roi. » J’ai Cçu me ménager one Cecrette entrée. BLANCHE.
*
Comment en vous voyant puis-je être raflurce >M
GUISCARD, r'interrompant,
*
O Blanche ! écoute-moi : le temps eft précieux, « Rodolphe avec ma ga-d? attend près de ces lieux, » Et le trajet eft court de Belmont a la Ville.
» Il faut me Cuivre ; viens , un refpedable afyle.. BLANCHE.
» Qu’ofez-vous dire, ô Ciel J & que propofez- » yous ?
» Un afyle ! En efl-il qu’aupres de mon époux ? » Guifcard à ma vertu réfervoit cet outrage !
» Avez vous oublié qu’un noeud facré m’engage?
E: que i’honneur me Ait un auflère devoir » De ne jamais ofer vous entendre & vous voir ? » Que je ne dois Conger qu’à bannir de mon âme » Le fouvenir trop cher d’une première P.âme ? » Que vous devez me fuir? 3c qu’cpouled’O.monr, d Votre amour déformais n’eft pour moi qu’un n affront ?
Non, dit Guifcard, tu ne l’es pas : Ofmont eft ion raviffeur. On a furpris ta foi. Si la Loi ce dégage & te permet • • • *
MAR S. 1764. 250
BLANCHI.
» Seigneur, n La Loi permet fouvent ce que défend l’honneur.
Guifcard infîfte, Blanche demeure ferme; on voit tout ce qu’il en conte a (bn coeur ; un fendillent trop tendre lui échappe , elle s’en apperçoit, revient fur elle-même, &, avec un effort marqué, elle dit a Guifcard,
p Plaignez , mais refpeélez la chaîne qui me lie, m Et recevez de Blanche un éternel adieu.
Guifcard dit qu’il ne le reçoit point ; un affreux défelpoir s’empare de lui.
«Je ne me connois plus; Blanche veut que je
» meure ;
» Oui, tu le veux....... Eh bien, j’obe is, & fur
» l’heure
» Ce fer....
BLANCHE.
» Guifcard, arrête >ou le plonge en mon fein..’ » Termine par pitié mon malheureux dellin.
» C’en eft trop... Te fuccombe à ma peine cruelle.
» Au nom de cet amour.'..
GUISCARD.
» Trahi par toi, cruelle !
BLANCHE. •
a Oui, j’ai trahi l’amour, mais il refte à mon
» coeur
2.06 MERCURE DE FRANCE.
» La vertu qui confole au comble du malheur.
» Veux-tu me la ravir?.... veux-tu fouiller ma
» gloire F
» Si je pouvais, cruel > & te fuivre , & te croire ; » Serois-je digne encor , & du jour, & de roi ?
» Non. . .
GUIS CA RD.
» Je meurs à tes pieds.
Dans ce moment Ç/monz arrive.
p Guifcard aux pieds de Blanche ! A moi, Tyran,
»vangeance;
» Défends-toi.
G U I S C A R D.
v Songe , traître, i ta propre dcfenfe.
Ils fe battent. Ofinont tombe mortellement bieilé ; Blanchi: court à lui j il fe ranime, lui plonge Ion épée dans le £ein.
n Femme perfide, meurs.
Siffredientre alors, voit Ton gendre mort, & û fille expirante.
» Contemple ton ouvrage, lui dit Guifcard. BLANCHE, à Guifcard.
y O ! fi je tç fus chère, accorde-m’en le gage : » Ne lui reproche rien..
SIFFREDÎ.
Infortuné vieillard !
2.07
MAR S. 1764. B LA NC HE.
à Gu ijcarJ. à fin p Ire.
» Conloies fes vieux an?.. . Vous, confolez GuiG-
» card;
» L’un à l’autre, en mourant, ma rendrefle vous * » donne.. ..
» La lumière me fuit... la force m’abandonne.
» Ciel! prends pitic de moi.......Guifcard.........ta
» main ?... Je meurs.
GU I S C A R D.
i) Elle expire .’ La mort réunira nos coeurs.
U veut fi tuer, on le dtfarme*
Ce que les bornes d’un Extrait nous ont fait fupprinier de vers , eft en perte pour la gloire de l’Aureur & pour le plai- fir des Leéteurs. Nous exhortons ces derniers à Te procurer la leéiure de l'Ou- vrageen entien Cette Tragédie fe trouve imprimée , à Paris , che^ S 1- .B ASTIEN JORRy, Imprimeur- Libraire, rue & vis-à-vis de la Comédie Françoifc.
10Ô MERCURE DE FRANCE.
Remarques
Sur Blanche et Guiscard.
O N convient généralement que le Sujcr de cette Tragédie elt un des plus tragiques qu’il foit poflîble de choifir, & des plus propres à produire un grand intérêt. L'Auteur avertit, dans l'édition de cette Pièce , qu’elle cft imitée de feu TOMSON. Les critiques qui ont porté fur l’intrigue , fur les moyens & fur une partie de la conduite , ne peuvent donc regarder l’Auteur François II a cru devoir ne changer que les noms des deux principaux Petfonnages, dans une Pièce qui avoir eu le plus grand fuccès en Angleterre. Le Public de Paris ne pen- fe, ne juge &. ne s’affefte pas toujours de même que celui de Londres. Les Anglois,dans leurs plus grandes Tragédies , n’employent fouvent que de fort petites machines pour en nouer toute l’intrigue La fameufe Pièce, intitulée O telle , dans laquelle un mouchoir de col fait la caufe ik le mobile de route l'action tragique en ell, entre autres, une preuve allez remarquable.
MARS. 1764. 2.09
Dans Tancrède & Sigifmonde , dont ! Blanche & Guifeard eft l’imitation, un
Leâeur François fe prête difficilement à la fupercherie d’un grand Chancelier, ( par l’abus qu’il fait du blanc feing de fon Roi. M. Savrin a voulu nous faire jouir d’un Sujet qui enrichit le Théâtre Anglois. Pouvoit-il nous le faire connoître fans en laiffier fubfifter la principale machine ? C’eut été en changer la conftitution , ce n’auroit plus été le même Sujet ni la même Pièce. I Mais fins reeufer abfolumer.t les cen- fures de ce moyen ; examinons fi les égaremens dans lefquels entraîne un Fanatifme patriotique , qui abufe par fes motifs & par fon objet, font tellement hors de l’ordre moral des aélions humaines qu’ils ne puiflènt être introduits fur la Scène. On ne peutcon- tefter qu’il réfulte de l'imprudence hardie du grand Chancelier , les fituations les plus touchantes & des incidens fort tragiques. Sans cette imprudence , fans l’abus du blanc feing,Gni/card Blanche
ne fe trouveroient pas dans une forte de nécefïîté , l’un de paroître perfide aux veux d’une Amante adorée , l’autre de fe livrer au dépit qui doit naître d’une eneur fi fatale. Le pathétique de
iio MERCURE DE FRANCE, cette fituation a ému jufqu’aux larmes. Nous convenons que le coloris des détails,la manière dont M. SAVRIN traite ce Sentiment a beaucoup de part à cette impreflion , mais le fond de l’intérêt n’en eft pas moins dans la fi. tuation des Perfonnages. Pourquoi , demandera - t-on , cette émotion momentanée n’a-t-elle pas influé fur l’effet général de l’Ouvrage, dans l’opinion 8c même dans le fentiment de quelques Spectateurs? Cela vient peut- être , ( il eft important de le remarquer) de ce que les Perfonnages du principal intérêt ne font pas d’abord afleicon- nus. On ne fçait pas feulement le nom du bon Prince dont on déplore la perte au commencement de la Pièce ; de ce Roi dont le fort & les vertus donnent lieu à de très-beaux détails , mais ce qu’il y a de plus eflèntiel , dont les dernières volontés occafionnent le premier mouvement de l’aâion. L’origine de Guifcard relie obfcure,pour bien des gens peu inltruits, quelque temps après l’expofition. Si cette cenfure eft jufte, elle n’efl encore applicable qu’à F Auteur A nglois. Dans quelles langueurs M. Saurin aura-t-il f'enti que lç feroit
rombt Héros cette • générr Quant un thé fortem Toute plus q arama qu’um dans 1< par fo, l’imag elle qi ment, féduin vénért les ol moye vent c niens mont; derne ticuliè que k les Sil rent r coeur.
Qu
M A R J. 1764. in tomber le detail de l’établiiTement des Héros Normands en Sicile ! D'ailleurs cette circonllance hiftorique n’eft pas généralement préfente à la mémoire. Quand elle le feroit ; la Sicile offre-t-elle un théâtre affez imposant pour affréter fortement en faveur des Perfonnages ? Toutes ces confidérations contribuent, plus qu’on ne penfe, au degré d’intérêt dramatique. Cette forte d’intérêt n’a qu’une fourcc idéale ; au lieu que, dans la nature , l’aflion, l’objet frappe par foi-même. Dans le Drame, c’eft à l’imagination que l’en parle ; c’eft par elle que naît la première caufe du fenti- ment. Il faut donc commencer par la féduire, par lui imprimer une forte de vénération, pièfque machinale, pour les objets intéreflans ; fans quoi les moyens les mieux concertés n’ont fou- vent que peu d’effet. Tous ces inconvé- niens font d’une difficulté prèfqu’infur- montable , dans les fujets de fiétion moderne , ou puifés dans des Hiftoires particulières. Il n’en eft pas de même lorsque les noms feuls, quelquefois même les Sites de la Scène expofent, & préparent en même temps à l’émotion du coeur.
Quelles que foient les diverfes opi-
Iti MERCÜRE DE FRANCE, nions fur le fond conftitutif de cette Tragédie, nous n’aurons cjue des éloges, ou plutôt une juftice généralement rendue , à publier fur la pureté , l’élégance & l’agrément du ftyle. Les Ouvrages précédens de M. SaüRIN , ont fufnlà- ment prouvé beaucoup de talent pour la conftitution du Drame , ainfi que pour cette forte de Pocfie philofophique, qu’aujourd’hui nous pouvons difputer aux Anglois. On a vu de ce même Auteur des caraâères d’une touche ferme & male, jufques dans les tendreflesde l’amour. * On retrouve dans ce nouvel Ouvrage ce qui a caraétérifé tous ceux de l'Auteur. Une verfification qui ne fa- crifie point au brillant des mots & des tours la folidité des chofes,de plus une ef. péce de profondeur morale dans les pen- fées , dont les teintes pourraient donner quelquefois un peu de fombre au coloris général, mais qui eft affeétueufement adoucie dans Blanche par l’expreffion d’un fèntiment vif & touchant. Tout Lecteur jufte & éclairé nous aura prévenus fur cet éloge , par la feule leéture des vers rapportés dans notre Extrait. En li- fant la Pièce en entier, il fera plus confirmé dans ce jugement.
Nous ne pouvons ni ne devons nous * Spartacus, 8cc.
MAR S. 1764. ny difpenfer d’obferver que l’impreffion de cette Tragédie aurait été encore plus forte au Théâtre , fans le déplacement des Aôeurs dans les tôles de Guif- card à'Ofmont. Que l’on nous permette, avant dç finir, quelques réflé- xions générales à cette occafion, puifees dans le voeu général des connoiffeurs. Indépendamment des rappports d’âge , de figure,ou de forme réelle,de celui qui reprcfente,avec la forme idéale du Per- fo nuage repréfenté, (conditions très- elfentielles pour l’jllufion ) il eft encore dans l’art de la repréfentation théâtrale, ainfi que dans tous les autres, une certaine manière propre à chaque A&eur , quoique dans le même genre de talens , laquelle a plus ou moins d’analogie avec le caractère donné à chacun des Perfon-? nages d’un Drame. C’eft de la jufteflede ces divers rapports qne dépend certainement la meilleure diûribution dans les rôles. Lorfque cette juftefle eft tant foit peu altérée, c’eft toujours aux dépens de quelques rôles. Lorfqu’elle ell fenfiElément violée, l’effet en ell d’autant plus dangereux pour l’Ouvrage, que bien des Spe&ateurs ne penfent pas à la véritable caufe ; & que dans ceux qui l’ont apperçue, le coup eft porté
2,14 MERCURE DE FRANCE, par le fèntiment.D’cù il arrive que le dé. faut de convenance dans les rôles, eft fouvent pris pour le défaut de la Pièce même : ccqui néanmoins ne détruit pas toujours le mérite du jeu de certains Ac- teurs, ni celui; des efforts qu’ils font pour réparer le vice de diftribution. C’eft alors un malheur de plus pour l'Auteur, auquel tout eil feul imputé par la Critique.
11 lèroit donc d’une néceflité bien importante, pour la fatisfaéliondu Public , pour l’intérêt des Auteurs, & pour l'honneur des Aéteurs, que ces derniers renonçaffent à de vaines puériles prérogatives d’ancienneté ou d’emploi pour la prééminence des rôles. Prééminence fouvent fi mal entendue ! Le premier rôle , pour l’A&eur diflin- gué par fà fupériorité, fera toujours celui auquel le caractère de fon talent &c de fa figure conviendra le mieux ; ce rôle fùt-il le moins étendu de la Pièce & le dernier dans l'ordre des conditions ou dans l’ordre de fanion des Perfonnages. On citeroit line foule d’exemples, s’il en falloir pour prouver l’évidence. Que I on fe rappelle feulement quel rôle Mlle Claie on avoit fait de celui d’une Efçlave dans
MAR S. 1764. 2.15
le Catilina de CrÉbillon. Que l’on voye aujourd hui ce qu’eft devenu le rôle d’Iphigénie , autrefois le premier dans la 1 ragédie de Racine,depuis que la meme Actrice a pris celui d'Eriphile t 8éc, &c. Combien de pareils exemples fur tous les Théâtres ! Heureux celui dont les Aéteurs auront la courageufe raifon de s’oppofer eux-mêmes à la déférence des Auteurs pour les droits de cette faufle étiquette.
M. Saurin a confacré fa rcconnoif- fance pour Mlle Cl.AIRON , non-feulement dans l’Avertifleoeent qui précédé fà Pièce, mais encore par les vers qu’il flii a ad r elfes, en lui en envoyant un Exemplaire.
Vins de M. Saurih à Mlle CLAIRON.
Cs Dramb efl ton triomphe, 6 (ublime Clairon! Blanche doit à ton art les bstmesqu’on lui donne ;
Et j’obtiens à peine un fleuron, Quand tu remportes la couronne.
2.16 MERCURE DE FRANCE.
Précis de l'Epreuve in discret te , Comédie en deux Actes fj en sers, par M. BRET.
PERSONNAGES. ACTEURS.
ORONTE, riche Négociant, Père de Damis & de Julie.
DAMIS , Fils d’Oronte, ARISTE, Ami d’Oronce, ERGASTE , Amant de Julie , LA FLEUR, Valet de Damis, LÉPINE» Valet d’Ergafte, JULIE, Filled'Oronte& S<rur de Damis,
MARINE , Suivante de Julie,
Al. Bonneval.
M. Granga.
A/. Dubois.
M. Mole'
M. A^ugcr,
M. PréviUc»
Mlle Doligrû. Mlle B clic cour.
V oici l'Avant-Scène. Owntet père de qui avoit fa it une fortune confidcrable en Afrique, y eft retourné, pour éprouver, pendant fon ablen- ce, la conduite & le caraâèrede les enfans. En partant , il avoit laiHc a Damis (on fils la dilpofiüon libre & entière de tousfes biens : ma isil avoit réfer- vé une fomme de ccnt mille écus, dépofée & cachée dans la Maifon paternelle» Le fccret de ce Tréfor n’avoit été confié qu'à fon ami a4 rifle. Daims z diflîpé tout le bien , au préjudice de la foeur, aimée à'Ergafle. 11 ne relie plus que cette Maiion paternelle »
M A R S. 1764. 21 7
parerr.ejle > qu’il le dilpofe à vendre. C’eft le m o- mène où commence l'adion de la Comédie»
Marine, fuivante deJwZic , reproche aigrement à Laflcur, valet de Dutris, les déïordres de (on Maître. Elle reproche aulfi avec brulquerie a 1* jeune Maîcrelïe, ta douceur & (a docile refignation. ytrifle, dans le fecret du Tréfor , achere la Maifon qui le renferme; en oblervanc un filence prudent lur les deflèins, comme fur fes motifs. La fidélité de fon amitié eft foupçonnée par tous les l’eifon- nages intéreflés. Il ne peut refifter cependant à la vivacité & à l’amertume des reproches d £rgay?c;il lui confie tout le fecre t » & les difpoûtjons qu’il entend faire du Tréfor en trois parcs. La joie & ia reconnoillance à'ErgaJlc furpartént encore l’iinpé* toufité de fes reproches. Il propofe à de fe lèrvir , pour féconder fes vues, d’un valet qu’on l’a engagé de prendre le matin. Ce valet eft Zé- pinc. Les Mamelles de Damis l’ont quitté. Leurs perfidies lui font naître des regrets , & lui fuggè- rent des remords fur fa conduite.
La tendre & naïve Julie interroge en vain fon Amant, fur le bonheur qu’il lui annonce. A tous momens il eft prêt à violer le fecret qu’il a juré à Arijlt. Sa vivacité l'entraîne, la réflexion l’arrête. L’amour le follicice , l’honneur de fa parole & la raifon l’enchaînent. Cette Sccne, ainfi que les autres à'Ergafte , jocces par M. Molk , étornt d’un feu & d’un agrément fingulier. Celle de Lcpine avec Oronte, dont on ignore abfolument le retour, n’eft pas moins ingénieufe , & le jeu de M. Pk£- villi la rendoit d’un comique des- plus agréables. Ce Lépine, qui ne conncîc point Oroniey qut ne I a jamais vu , eft rencontré parlai, forçant de fa Mai* fon, & chargé d'une cadette qui donne del’inquié- cuue a ce vieillard. Rien de plus plaigne que le
: K ’ •
aiS MERCURE DE FRANCE, débat de ce valet avec lui. 11 en apprend cependant, par les menaces du Commiflaire & du Guet, tout ce qui l'intéreflê. A rifle Si. D<imu lurviennent. Oronte fe met à l’écart avec Lcpiru , pour entendre leur converfation. Les reproches que fe fait fon fils , touchent le bon-homme, & défarment fa colère. Il fe montre , & pardonnne à ce fils diflîpateur. Lépine court apprendre à Ergafle cet événement. Il vient ainfi que Julie, & le bon (Ponte les unit l’un à l’autre.
Remarques sur l'Epreuve
JNDISCRETTE.
Cette Pièce ayant été peu d.e temps au Thcàfre & ne nous ayant pas été communiquée ; nous n’avons pu donner que le Précis qu’on vient de lire. L’Auteur y perdra l’honneur des détails de quelques fcénes, qui auroient fait plaifir à la lecture. Ü y a de l’ef- prit, toujours des moeurs & des principes. On doit remarquer principalement le defir qu’a l’Auteur d’imiter les Anciens & de nous ramener à leur genre de Comédie. Cé zélé elt fans dou:e trhs-louable ; mais ne pourroit-on pas en certaines oGcafions & dans descrifcs, fi l’on peut dire , fur le goût, telles que celles où frotjs fomrties aujourd'hui , fans manquer de refpeét au Public, le regarder comme un malade dont la foi-
MAR S. 1764.' 219
blefle provient de l’ufage immodéré d’alimcns trop légers ou trop piquans ? Pour le ramener avec fuccès à une nourriture plus folide , ne faut-il pas en ménager d’abord & la force & le poids > N'eft-il pas à propos même de la marquer pendant quelque temps de quelque choie qui tienne encore du goût forcé auquel étoit accoutumé le malade , afin qu’il ne puifle raisonnablement reprocher le trop d’infipidité ? Voilà ce que n’obfervent pas ceux qui prétendent au titre de Reftaurateurs. Voilà peut-être ce qu’a trop négligé l’Auteur de {‘Epreuve. Le feul précis a dû faire voir de quelle quantité de faits le fu-! jet eft chargé dans l’étendue des deux A&es. En forte que l’aétion ne peut jamais marcher que toujours embarraflee dans de nouvelles expofirions. Le bizarre projet de {'Epreuve feroit peut-être pardonné à un Perfonnage de l’Antiquité , mais il ne peut l’être à Oron.te. L’exécu- tiun d’ailleurs ne fe concilie pas bien avec nos pratiques 8c nos formalités légales. Comment les loix |aiiïeroient- elîes, de l’aveu même du père, le patrimoine d’une foeur à la merci d’un jeune frère mineur ? Le retour imprévu du père a des exemples dans les anciens, K ij
210 MERCURE DE FRANCE, mais devient toujours forcé dans nos moeurs. Il pouvoit être probable pour eux , parce qu'ils n’avoient pas les voies de communication que nous avons. En un mot, nous en revenons à ce prin* cipe , les Anciens font nos maîtres dans le grand art Dramatique: cet art eft une peinture, ou ne peut trop les fuivre dans la manière de conduire le pinceau. Cependant ce pinceau a non- feulement quelques objets différens à peindre aujourd’hui,mais encore d’autres nuances à mettre dans ceux qui font reftés les mêmes. On rifque donc de ne pas atteindre à la vérité a&uelle en copiant toujours indiftinâement les chefs-d’oeuvres de l’Antiquité.
N. B. Les bornes de ce Volume étant déjà excédées, nous Tommes obligés avec regret, de remettre au Volume prochain i’Extrait de la Paive, Comédie de M. Colle , annoncée dans F Article de la Littérature, ainfique celui du Roflignol, Drame du même Auteur, mais d'un genre différent. Quoique ces Ouvrages n’ayent pas été reprcfentés fur un Théâtre public , nous croyons que ce fera toujours enrichir notre Article des Speftacles que d’y inférer les productions de FAuteur de Dupuii & Defrenois.
MARS. 1764.
COMÉDIE ITALIENNE.
On a repris & continué les Repréfen* tâtions du Sorcier, alternativement & conjointement avec les Pièces du même genre , dont le nombre des Repréfen- rations n’a point de bornes , par l’efpèce de convention générale du Public de fe rendre à ce Théâtre les jours d’Opéra- Comiques.
SupplÉm ENT aux Beaux-Ans* PEINTURE, L’Académie de S. Luc, toujours attentive au progrès des Arts de Peinture & de Sculpture , fait faire un Cours d'Anatomie relative aux connoiflances indifpenlablesà ces Ans. On y parte même à l’expofition & à la démonilration des Organes qui y ont un rapport moins direél, afin de fatisfaire les Curieux & les Sçavans que ce Cours attire. li a recommencé le a8 Janvier dernier , pour durer jufqu’à la fin de Mars, & fera continué exactement tous les ans pen-
• • • K ii]
ziz MERCURE DE FRANCE, dant trois mois, dans l’Amphithéâtre de l’Académie , rue du Haut-Moulin, près S.Denis delà Chartre.il commence à fept heures du fuir, apiès la levée du Modèle.
MARIAGE.
Claude-François, Marquis de Chabannes-Ver- λers,ci devant Capitaine de Cavalerie , Cheva- 1er de l’Ordre Militaire de S. Louis, fils de Paul, Comte de Chabannes-Vergers, & de Damoifelle Marie-Magdelaine Sallonyer , a époulc le Janvier 1764, Marie-Henriette de Fourviere de Quincy , fille de feu Jacques-Canaille-Henri de fourviere> Marquis de Quincy > & de feue Damoi- fè!Ie Marie-Cécile Moreau deCharny.
Supplément a l’Aht, de l’Opera.
On ne peut trop fe hâter d’annoncer aux Amateurs de ce Spedacle , l’efpoir le mieux fondé qu’il y ait eu depuis longtemps de remplir , à la (aûsfaftion du Public , les principaux tôles de Haurecontre.
Le Jeudi, premier de ce mois, ( Mars) M. La Gros , qui n'avoit chanté ni représenté fur aucun Théâtre > a débute par le rôle de Titon. Sa voix > bien timbrée & delà plus agréable qualité , flé- xib* , touchante & Icgcrea fait le plus grand plai- fir.La manière dont il a chanté prouve qu’il eft déjà confommé dans la mu tique. On ne peut avoir plus de précifion & de juftelle 5 011 ne peut, même ap-ès un long éxercice , articuler plus nettement , prononcer plus correctement, & mieux jca.idcr' ks paroles. Sa figure eft agréable &
MAR S. 1764. 224
h taille'forc théâtrale. Une Cage modération de geftes, a (auvé (on début dos difgraces de prcfque cous ceux qui parodient pour la piemicre fois. 11 y a tout lieu d’elpérer de ce Sujet,qu’il ne s’abandonnera pas aux ridicules & furieux coups debras, I on peur s exprimer ai nu , donc il ne crouveroïc que trop de modèles fur cette Scène. On peuc déjà prélTentir aufli , par la fenlibilitc de fa voix» celle de Ion âme. Telles font les b?ureuf.*s difpofi- tions d’un calent qu’on ne peuc devoir qu’a la Nature , mais qu’il ell nécelfaire que i’An & la J pratique mettent en auvre.
Errata pour le Volume de Février.
Pag. 8 ! » ligne 1. puifqu’il » ZzjÇç puifque. Pag, 8 j » ligne 11 , obtenue , liji{ obtenu. Pag. 8$ , ligne 17 , que Hercule, Zzyèçqu’Hercule. Pag. 87, ligne 1 , en citation , Leûc, /i/c{ Lexic. Pag. 87 t ligne 1 l , inférer , Zzj'èj in fer ire. Pag. 90 , ligne 13, oblervons , iifi^ oblerverons. Pag 9 c , ‘igné 1 , en citation , Sepbre, Zz/eçScpbér. Pag. 97, ligne jo» (ous , lifa en. Pag 98 , ligne $ , en auroi^» Zz/êç n’auroic.Pag. 101 > ligne 1 «depuis longtemps utx Souverain qui. Ces cinq mots font rranfpofcs, ils doivent, dans l’ordre du Difcours , fe trouver à U trentième ligne de la même page , après ceux-ci ! pour allouvir la haine violente qu il lui porto t depuis longtemps un Souverain qui » &c. Pag. 104, ligne 11 ,qualité, Zz/è{ qualités. Pag. 105,ligne 9> 1a probité, Uje{ charité.
2V. B, L’Edition du Corneille de M. de Voltaire, elt en route pour Paris. Les Soufcripteurs retireront leurs Exemplaires des Libraires qui ont re^u leurs Soufcriptiom.
124 MERCURE DE FRANCE.
A P P R O B A T J O N.
J’ai In, par ordre de Monfeigneur le Vice-Chan. relier , le Mercure du mois de Mars 1764,6: je n’y ai tien trouve qui puiffe en empêcher rim* preffion. A Paris, ce 12 Février 1764.
G UI R O Y.
Pagef
9
ibid
U
ibid,
17 ibid.
TABLE DES ARTICLES.
Pièces Fütsirivis in Vers it in Pros»»
Article Premier.
S cite de l’Hiftoire raifonnée des Difcours
• • de CUiron^ '
One à la Peinture. Vers a Mlle AmcuU.
Madrigal.
V irs £n réponfe à d’autres , &c. Coüplet à Mde la Marquile de L. . •. Vers à un Officier fort effimé.
Madrigal,
La Surprilede VAmour , Conte qui nen efi
pts un. it
Mtrennes à Lifc> 34
Epitaphe de M. Georville, ancien Tréfo-
rier de la Marine . &c. 3<
Vers à Mlle £• Af deSin.. . • ibid»
Vers à Mde de S. B. <. &c. 37
Vers envoyés à une très-jolie Femme de
Dijon. 3*
Suite de la Lettre d’une jeune étrangère,&c.
21$
MARS. 1764.
Le Songe.
Épitri à Madame D * * M* * * . Vers à Madame D * * *.
Vf rs à Mlle Ma^arcUi , Auteur d’un Eloge
de Sully,
Suite des Lettres d'on jeune homme.
4+
4$
47.
49
Cde Pace & Ludovici Quinti laudibus. 6®
Traduction delà même Ode.
Couplet présenté a Madame la Marquife
de S. F. &c«
Énigmes. Logogryphes. Chanson.
68 & 69
71
Art. II. Nouvelles Littéraires.
Suite de la Diflertation I iftorique & critique fur la Vie de Don Ifaac Àbarbanêl , Juif Portugais; par M. de Boifly.
Lettre de NI le Brun> Secrétaire de* Commandement de S. A. S. Mgr le Prince de
Conty, a M. De la Plate.
5><
École de Littérature > tirée des meilleurs
Écrivains. * xo
La V eu v 1, Comédie en un Ade & en Profs , par l’Auteur de Dupuis & des Ro~ nais. 11
Supplément aux Pièces Fugitives.
Vers à Mde de B..... • 116
Campagne du Marquis de Créqui en Lorraine
& en Alface, en 1677 ; rédigée par
M. Carlet de la Ro^iere. xio
B.BuoTHéqui choilie de Médecine, par
M. Planque, Doâcur en Médecine. ni Annoncés de Livres» n j 6* fuiv*
226 MERCURE DE FRANCE.
Art. III. Sciences it Belles-Littres. Académies.
Sujets proposés par F Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts établie à Pau.
Prix propofés par la Société Royale d’A- griculture de la Généralité de Paris. Médecine.
Lettre à l’Aoceur du Meicure de France fur la Goûte , &c.
Laux tierces.
Art. IV.Biaüx-Arti.
Arts utliis. Chirurgie.
Prix propofé par P Académie Royale de Chirurqil pour l’Année 176$.
Lettre de M. Dcjean > Maître en Chirurgie
de Pans > en réponle a celle de M. l'iurant. i6x Arts agréables.
M u ei qu b.
Gravure. •
Supplément à l’Article des Sciences.
Géographie.
Art. V. Sp 1 c t a di 11.
>44
>
jyo >54
>5»
>0
164
>0
I7i
>0
Suite des Sptâacles de h Cour à Verfailles. itf; Spectacles de Paris.Opéra. Comédie Françoife.
Comédie italienne.
Supplément aux Dea
Peinture.
Mariage
Supplément à l’Arricle de I’
De l'imprimerie de Sebastien Jorry> rue 3c vis-à-vis la Comédie Françoife.
DE FRANCE,
DÉDIÉ AU ROI.
MARS. 1364.
Divcrfitc > c'cft nui dcvifc. La Fontaine.
Avtc Approbation & PrMigc du RoiB
rue du Hurepoix. Comédie Françoife. R AU LT , quaideConti.
CH ES N E»rtie Saine Jacques. CAILLEAU»rne Saine Jacques. C HL LOT, grande Salle du Palau/
A KERTISS EMENT.
T. E Bureau du Mercure efl che^ M. LvrTON , Avocat , Greffier Commis au Greffe Civil du Parlement , Commis au recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne, Butte Saint Koch , à coté du Sellier du Roi.
C'ejï à lui que l’on prie d'adreffer , francs de port, les paquets & lettres , pour remettre , quant à la partie littéraire y à M. De LA P LACE , Auteur du Mercure.
Le prix de chaque volume efi de 36 fols y mais l'on ne payera d’avance , en s'abonnant, que 14 livres pour fei^e volumes y à raifon de 30 fols pièce.
Les perfonnes de province aujquelles on enverra le Mercure par la pofte , payeront pour fei^e volumes çfz livres d’avance en s'abonnant, & elles les recevront francs de.port.
Celles qui auront d’autres voiesqut la Pojle pour le faire venir y & qui prert dront les frais du port fur leur comp- te y ne payeront comme à Paris , qu’à raifon de 30 fols par volume , c’ejt-à- dire, Z4 liv. d’avance ,en s’abonnant four fei^e volumes.
Aij
Les Libraires des provinces ou des pays étrangers » qui voudront faire venir le Mercure , écriront à l’adreffe ci- défiés.
On fupplie les personnes des provinces d’envoyer par la pojle , en payant le droit, leurs ordres, afin que le paye- z ment en fait fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis , refieront au rebut.
On prie les perfonnes qui cnvoyenl des Livres, Efiampes & Mufique à annoncer > d’en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Pièces tirées des Mercùres & autres Journaux , pat M. De LA P la CE , fe trouve aulfi au Bureau du Mercure. Le format, le nombre de volumes & les conditions font les memes pour une année^Jl y en a juf- qu’à préfent cent quatre vol. Une Table générale, rangée par ordre des Matières, fe trouve à la fin du foixante-douziéme.
MERCURE
DE FRANCE.
MARS. 1764.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
SUITE de l'Hiftoirc raifonnèe des D if cours de ClCÊRON.
Premier, fécond Ê’ troifiéme Difcours contre la Loi AGRAIRE, propofée parSERVILIUS RuLLUS, Tribun du Peuple.
Les entreprîtes des mauvais Citoyens, contre l’Etat ne font jamais plus dan- A Üj
6 MERCURE DE FRANCE, gereufes , que quand ils ont l’adreflè de les couvrir du prétexte fpécieux du bien public. Le Peuple toujours efclave de quiconque fçait le flatter , fe prévient en leur faveur; il adore en eux les pères de la Patrie ; 8c les vrais patriotes qui voient le mal, qui voudraient l’empêcher , font toujours arrêtés quand ils veulent y apporter remède. L’Hif- toire des trois Difcours de Cicéron contre la Loi Agraire , prononcés, le premier dans le Sénat , les deux autres devant le Peuple , eft une preuve des difficultés que trouvent les plus grands hommes à ramener les efprits prévenus.
Ceux à qui l'Hiftoire Romaine eft un peu familière , fçavent que la proportion de cerre T.oi fameufe fur fou- vent une caufe & prèi’que toujours un prétexte de divifîon entre le Sénat &le Corps des Patriciens qui ne voulurent jamais y entendre , & le Peuple animé par fes Tribuns qui n’avoit rien tant à coeur que de la faire recevoir.
Le premier des Magiilrats qui en conçut le projet, Servilius Huilas,était un de ces hommes hardis & entreprenans, qui avec un génie médiocre , des vues fuperficielles 8c un fond inépuifable de témérité , fe croient capables de faire
M A R S. 1764. 7
de grandes chofes. Né dans une famille Plébéienne,il fut élevé dans les principes de cette haine ordinaire à tous les Membres de ce Corps contre l’autre.La puif- fance du Peuple n’éclatoit jamais davantage que lorfqu’un feul mot ( a ) prononcé par fes Tribuns, arrêtoit ou fuf- pendoit les arrêts & les délibérations du Sénat. Jaloux de jouir de cette prérogative unique dans l’Etat, Rullus n’oublia rien pour parvenir à cette dignité. Revêtu de l’emploi de Tribun du Peuple, l’objet, de tousfes voeux , il ne tarda pas à éprouver jufqu’oii pouvoit aller fon pouvoir.
Chaque fiécle a produit fes foux & fes folies. Eh combien le nôtre n’en a- t-il pas fourni de preuves !... Quoiqu’il en foit , PmUus embrafTa avec ardeur la propofition départager également les fonds de terre entre tous les Membres de la République ; idée ridicule & dangereufe , qui en ruinant les fortunes des Citoyens , détruifoit le Commerce ,afFoibli{Toitles relfources de l’Etat, & l’anéantifloit lui-même.
Cicéron , & avec lui tous les gens fenfés, fentirent bientôt toutes les fuites
(«1 VïTQ.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE, facheufes qu’alioit avoir la loi propose par Rullus fi on l’acceptoit. Les Magistrats obfervoient alors la coutume d’aller en grande pompe & Suivis d’un cortège nombreux Sacrifier au Capitole le premier jour de Janvier de chaque année. Cette cérémonie religieufe achevée , le Sénat s’afTembloit, & ceux qui avoient quelque nouveauté à propo.’er au Peuple, venoient en Saire part aux Pcrts Confcripts , comme on les appellent alors. Rullus s’y trouva : Son projet excita l’indignation publique. Chacun jetta les yeux Sur Cicéron , l’interprète ordinaire de tous les Sentimens dans les grandes o'ccafions. Ce fut alors qu’il prononça Son premier diScours contre la Loi .Agraire , chef-d’oeuvre d’élégance & de philoSophie.où il prouve avec autant d’éloquence que de Solidité, que recevoir le projet du Tribun c’é- toit épuiSer le tréfor public , abolir les tributs.,, bouleverSer les Sortunes des particuliers, enlever en un motàl’Em- pire Romain tous les moyens de faire la guerre avec gloire , & de jouir avec tranquillité des fruits de la paix.
TerralTé par les raifons convaincantes de notre Orateur , Rullus ne renonça pourtant pas à l’efpérance de faire re*
MARS. 1764. 9
cevoir fa Loi ; il crut que l’impudence & l’opiniâtreté fuppléroivnt aux raifons. Le Peuple fut airemLié plufieurs fois ; & l’affaire mile en délibération ; Cicéron ne crut pas devoir fe taire. C’eftdans ces circonftances qu’il prononça devant le peuple fes deux autres difeours. La gloire dont il fe couvrit en ramenant à fon avis une multitude prévenue & aveuglée , fait mieux l’éloge de ces deux pièces & de leur illuftre Auteur que tout ce quej’en pourrais dire ici.
Ode a la Peinture.
Omnia transformat fefe in miracula reram.
firg. Georg. Lib. 4. T01 que la main de l'induftrie Grava fur l’aile du hazard, Peinture, heureux fruit da génie ; Éclatante fille de l’art, Que ton temple s’ouvre à ma vue; Mon efprit parcourt l'étendue Où brillent ces traits créateurs ; . Peins-moi ce que je dois décrire, Et furtout répands fur ma lyre L’éclat pompeux de tes couleurs.
JO MERCURE DE FRANCE. Sous tes pinceaux que voit-je éclore Quel feu , quelle rapidité !
L'ombre s’imprime , Ce colore, Et (è change en réalité. Quel prodige anime la toile .M L’Univers entier fe dévoile, Tout fe renouvelle à mes yeux : Ton crayon avec énergie Crée, raffemble, vivifie: J’embrafle les temps 8c les lieux.
L’éclat, la force, l’élégance , La douceur, les grâces,l’amour, Par une heureufe concurrence Décorent ton front tour-â-tour. Ils vont par ton ordre fupréme Au fein de la Nature meme, Ravir le germe des couleurs Dont le précieux alTemblage Nous préfente une vive image De fes traits les plus enchanteurs.
Ton crayon enchaîne fefpace, Et par fes fublimes effets, Sur une légère furface. Trace 8c réunit les objets. Mais que vois-je ? ta main hardie Porte les couleurs & la vie Dans le fombre abîme du Temps ?
MAR S.. 1764.
Arbitre de la Renommée , Ta viens, à la Terre étonnée > Montrer fes anciens Habitans.
Par le charme de tes images, Les lieux , les Peuples & les arcs , Perpétués dans tes Ouvrages,
Se fuccédent à mes regards :
Tout renait, &, par toi, les hommes , Retraçant au temps où nous (brames , Leurs Loix , leurs ufages, leurs moeurs Ont fur tes ailes fortunées,
Franchi le torrent des années, Pour revivre dans tes couleurs.
Que la plus profonde ignorance S’éclaire de ton feu divin :
Le langage de l’évidence
Frappe, inftruit, tout le genre humain. Qu'à tes progrès tout s’iatérefle.
Ah ! qu’à jufle titre la Grèce Voulut ennoblir tes pinceaux ,
Quand, vainqueur des bornes de 1 âge, Ton art, honorant le courage, Immortalifoit fes Héros I
•
Ceft lui dont le fouffle rapide, Raflerablant les mânes épars,
Ranime une Armée intrépide >
A vj
«
12.
MERCURE DE FRANCE.
A l'ombre de Ces étendarrs :
Qui nous peine le Dieu des batailles, Le fer, le fang, les funérailles ,
«
Que fuie le char de la terreur j
Là des ruines entaffées,
Plus loin des Cités eæbrafées, Le feu j le carnagt l’horreur.
Mais quoi, le fpeâacle du inonde N’eft-il que celui de nos maux ? O peinture ! 6 fource féconde r N’as-tu pas des plus doux pinceaux.? Quand , par une amoureufe adreffe r La main même de la tendrefle Eut ébauché tes premiers traits , Ne vit-on pas celles des grâces. Colorant Tes aimables traces , Hâter le cours de tes progrès ?
Rivale en tout de la Nature f Ce qu’elle enfante de plus beau Comme par une glace pure , Eft répété par ton pinceau î Ton art > comme elle inépuifable, Me trace une figure aimable , Et des objets moins incertains : La relfemblance eft confommée > Mon oeil dans leur ombre animée •
< •
Voit & diftingue les humains.
MARS. 1764. Partout ces couleurs adoucies Arrêtent mon coeur & mes yeux» ParoiÜez , images chéries » Qui me retracez mes ayeux. C'eft â coi f divine Peinture , A m’en conserver la figure, L’air, l’abord & les propres traies t Ils revivent dans ces ouvrages Quand le cours rapide des âges Nous les a ravis pour jamais»
Un nouvel éclat t’environne, L’agrément prépare tes fleurs 5 L’amour, pour former ta couronne ; S’érerce à broyer ces couleurs, Nous peint les champs & la fougère $ Et dans les yeux d’une Bergère, Gravant l'empreinte des plaifirs , Trace avec un crayon de flâme, Le coeur , les mouvemens de Pâme Et l’image de fes defirs.
Tu me peins un féjour champêtre ; La fraîcheur & l’émail des Prés : Le jour qui me femble renaître , En développe les beautés: J’entrevois les grâces de f7or< ; Le pinceau vermeil de l’Aurore Trace la route du Soleil.»»
T3
x4 MERCURE DE FRANCE.
Non , ce n’eft plus une peinture : C’eft l’air, la terre M la Nature Dans leur plus brillant appareil.
Un objet fripant, mais funèbre >
Vient encore s'offAr à nous.
Quel pinceau , quelle main célébré Peint les élémens en courroux ?
La mer, entr ouvrant fes abîmes, Engloutit fes pâles viâimes...... < 3
Je tremble à l’afpeâ de leur fort.
Je crois voir... je vois leur naufrage , Les vents ,les vagues, le rivage, L’orage, la foudre & la mort !
C’eft ainfi que ton art fiibiime»
Sous un coloris enchanteur,
A ton gré me frappe & m’imprime L’amour , la crainte ou la terreur.
Partout le feu de tes ouvrages Me réalife tes images $
Je me tranfporte en tous les lieux : Ton flambeau m’éclaire k m’enflame > Mon efprit, mon coeur & mon âme Ont pris la place de mes yeux.
Par B»
M A R S. 1764. JJ
A Mlle Arnou Ll\
O vous qui d une âme fenrïble
Joignez l'inimitable accent
Au eharme d’une voix & touchante & flétible ! Vous don: tout eft intcrcfTant,
Des S y renés, j4rnoult, vous paifez les merveilks | L pour fauver Ton coeur d’un chirme impérieux.
V .nement comme Ulyjfe on bouche fes oreilles» Si l’on ne ferme encor les yeux.
Par l'un des Dominicaux*
■■ —■ ■ ■■—— ......**
M A D R I G A L. L s r rifle hymen voulut unir un jour Sa deftincc â celle de Lifette » Mais il falloir l'obtenir de l’amour, Qui mit néant au bas de la requête. Le pauvre : lymen eu parut défolé. J’en fuis fâché,lui dit l’enfant aîle ; Mais à Lifette il ne faut plus prétendre, D’un autre amant elle a reçu la foi: Elle e(l d’ailleurs & trop belle & trop tendre, Pour être À vous : je la garde pour moi-
Par M. LbQit^*
16 MERCURE DE FRANCE.
Vf R S en réponfe a d'autres , ou une Damcétoit comparée à P Aurore> & fou Epoux à Trrov.
C'eft lui qui répond.
I t vous a. plu de nïappcllcr du nom Qu’eut autrefois le mari de Pérore.
Seigneur Abbé, ce beau titre m'bcnore : Mais grand merci de la compara ifon : Point ne voudrois reHembler à litcn.
Ainli que moi connoitièz l’avanture Dn jeune epoux de la tendre P recris. . . Vraiment pour moi je trouve heureux l’augure! Et ne veux être immortel à ce prix.
Par le même*
COUPLET à Mde la Marquife de L .. t fur un reproche fait à L'Auteur.
J vsQü'ici j’ai craint la Raifon,
Er j’étois excufablc ;
Mais Eglé trouve la façon
Ce nous la rendre aimable.
NT A R S. 1764. 17
Sans le pouvoir de fes attraits» Je ferois raifonnable.
Je deviens plus foa que jamais, ✓
Et je fuis pardonnable.
ParM. le Comte de Vo.. Capitaine de'Cavaient.
VERS à un Officier fort eftimi > do rit la taille cjt peu avantageufe.
P a r un caprice» la Nature
Sans proportion le forma j La plus grande âme elle'plaça
Dans un corps fait en mignattire..;»ô Elle y doit être à la torture.
Par le fdæ.
MADRIGAL.
Poe r s‘amufer, les Dieux un jour Dirent eptr’enx : formons la plus belle âme Qui fe foit vue au terreftre féjour, Et nous la donnerons à la plus belle femme.
Bon ! dit Jupin, ce chef-doeuvre eft là-bas , Et pour le créer feul, je fus aflea habile.
Eh ! vraiment, nous n’y penfions pas , C’eft la charmante D.
PRUTRY*
x8 MERCURE DE FRANCE.
LA SURPRISE DE I/AMOUR,
Conte,
Qui n'en ejl pas un.
D ans un de ces Châteaux charmant, voifins de la rapide Loire , Fatimc depuis quelques années voyoit naître & finir le jour dans le fcin de la plut douce tranquillité. Une mère qu’elle adoroit, & à qui elle devoit feule la plus parfaite éducation, 8c tous les plaifirt qu’une heureufc aifance procure , par* tageoient les premier» jours de fon printemps.
La jeunefle & la beauté de Fatime çtoient fes moindres charmes ; mille grâces réunies dans toute fa perfonne; desconnoiflànces au-delà des bonnes ordinaires; une douceur, une aménité, une franchife inaltérable dans le caraéière, formoient un enfemble de pcrfe&ions qui lui concilioient tous les fuffrages. Fatime n’ignoroit pourtant pas le pouvoir de fes charmes ; on lui avoit dit mille fois qu’elle étoit belle : mais ces hommages fouvent mal amenés > &
MARS. 1764. 19
prèfque toujours monotones n’avoient pas plus touché fon coeur } que flatté ton amour-propre. Ennemiede l’ombre même de la coquetterie , Fatime ne cachoic point le peu d’impreffîon que fajfoit fur fon coeur , cette foule de Vers , de Madrigaux , de Chanfons , de Bouquets , & de tous ces autres petits hommages, où l’efprit 8c le dé- fir de plaire ont communément plus de part, que le fentiment. Aucun de fes admirateurs ne paroiffoit être, & n’étoit en effet préféré : tous ne pou- voient qu’applaudir à la beauté de fon âme; tous ne chantoient à l’envi,que fes attraits & les grâces, qui accom- pagnoient fes moindres démarches.
Fatime fe flattait enfin de ne jamais connoître l’amour : contente de l’admiration qu'elle faifoit naître ; enchantée de l’encens qu’elle recevoit de tous les êtres fenfibles , fon âme ne fe for- moit l’image d’aucun autre bonheur ; lorf’que Alcidor jeune , aimable 8c modefle lui fut préfenté comme le fils d’une amie chérie de fa mère. Ce titre qui le mit à portée de voir fouvent Fatime , les éclaira bientôt fur leur mérite mutuel; 8c l’uniformité de leurs connoiffances, de leurs goûts, de leurs
10 MERCURE DE FRANCE, fentimens , ne fit que refTerrer de plus en plus des noeuds qui ne leur parurent être d’abord que l’ouvrage d’une tendre & fimple amitié.
Un fentiment plus vif , que tous ceux qui l’avoient agitée jufqu’alors, ne permit bien - tôt plus à Fatime de fe diffimuler à elle même toute la préférence qu’elle accordoit à-Alcidor fur fes autres amans.Mais loin d'être effrayée d’un fentiment fi nouveau pour elie, Fatime s’y livra avec d’autant plus de confiance , qu’elle en jugeoit l’effet moins dangereux. Ces jeunes amans, ( car ils l’étoient en effet fans le fpavoir ) vécurent aflez longtemps dans cette douce fécurité ; rien ne troubloir leur union.; chaque in (tant au contraire fembloitla refTerrer : les goûts, les plaifirs âe Fatime étoient tou jours ceux d’AIcido r, un ferin étoit pour lui l’objet le plus in- téreffant: c’étoit l’éléve de Fatime ; & il ne quitta l’oifeau qu’après lui avoir appris l’air , qu’il fçavoit plaire le mieux à cette aimable fille. Petit-fils ne fut plus un Serin ordinaire ; il devint, grâce aux foins à.'Alcidor , le plus charmant de tous les êtres de fon efpéce . . . chaque jour Fatime s’embelliffoit de mille fleurs nouvelles qu’Alcidor avoit foi*
MARS. 1764. af tîe lui faire remettre ; quelques vers ac- compagnoicnt fouvent ces nouveaux hommages.... Le couplet fuivant fera moins juger des talens Poétiques d’^f/ct- dor, que du fentiment qui les lui infpi- roit.
* A I R.
fleurs, qui de l’heurenx Printemps Nous offrez la douce image, Aux attraits les pluscharmans Allez rendre votre hommage ; Embelliffez le fein
De celle que j’adore ,
A l'éclat de fon tein
Joignez le vôtre encore.'
Mille galanteries de ce genre décelèrent bientôt aux yeux de Fatime , Al- cidor 8c fon amant........Un retour
cruel qu’elle fit fur elle-même;un examen profond delà fi tuât ion aétuelle de fon coeur , tout lui fit connoitre que ce qu’elle ne croyoit d’abord qu’une fimple préférence , étoit un fentiment beaucoup plus vif, infiniment plus tendre. Allarmée d’une découverte que
* Ct Coupla peut fi chanitr fur F Air : J’aime wc ingrate Beauté, &ç.
Z.Z MERCURE DE FRANCE.
Ton peu d’expérience lui fàifoit paraître plus inquiétante encore, Fatime fe détermina à fuir tout ce qui pouvoit lui rappeller le fouvenir à’Aleidor. Petit-fils, ne repofe plus fur fon fein d’al barre ; fes lèvres raviflàntes ne prefl'ent plus le petit bec de l’animal charmant ; les cheveux de Fatime ne font plus ornés des fleurs À'Alcidor'y fa voix cefïe d’texprimer les chaulons délicieufès que cet amant lui avoir apprîtes : enfin Fatime livrée à la mélancolie, craint jufqu’au nom même de l’Amour !
Alcidor, étoit encore trop jeune pour pénétrer bien clairement les raifons d’un pareil changement ; cependant la mélancolie de Fatime augmente chaque jour ; cette gaîté charmante , le véritable fond de fon caraétëre , eft remplacé par des inquiétudes que rien ne peut calmer.
Ces deux amans enfin fe fuyoient machinalement ; chacun d’eux fe flat- toit, ou du moins s’éfForçoit de vaincre un penchant qu’ils ne pouvoient plus fe cacher.
Un petit bois voifin du Château où le hazard les conduifit tous deux, leur facilita l’occafion de s’expliquer fur leur fituation mutuelle ; on préfume
MARS. 1764. 23
quel dut être leur embarras réciproque , & furtout celui de Fatime. Tous deux baiflent les yeux ,' rougiflent , tous deux retient muets. Alcidor cependant qui Ce rafTure par degrés , oie en balbutiant, demander à ion amante , quelle peut être la caufe du changement dontellele voitgémir ?... Arrêtez ! s'écria Fatime , vous devez le fçavoir ; vous le fçavez ; j’en fuis certaine.. .. Mais „ ou rompons dès à préfent; réfolvez-vous à ne me voir jamais ; ou jurez-moi que plus digne de mon eftime,vous imiterez mes efforts pour vaincre des fentimens dont les fuites m'effrayent... ne foyons plus l’un a l’autre que ce que nous étions iorfque nous nous fommes connus; lorfqu’avec moins de familiarité, nous jouiflions fans trouble & fans remords, du plaifir de nous voir, & de nous entretenir..... C’eft un ami que jecher- chois, que j’avois cru trouver en vous. Bornez-vous à ce titre; ou renoncez! me revoir jamais.
Oui ! je vous le promets, cruelle s’e'crie le tremblant Alcidor , en tombant aux pieds de Fatime.... quelque malheureux que je fois.... du moins je vous verrai .... Oui, Fatime , raffurez- vous : votre amant ; que dis-je, votre
Z4 MERCURE DE FRANCE, ami ne connoît rien qui puiffe l'effrayer, des qu’il s’agira de vous plaire ... Oui! je vous cacherai les traces mêmes de mes pleurs... Vous redoutez 1* Amour ? je ne fçaurois abfolument vous condamner; nous dépendons tous deux de nos parens. Mais li vous connoiffez.... N’importe ! je ne veux point troubler votre repos... je fçaurai tellement me contraindre , que jamais mon Amour... non, jamais ( du moins fans votre aveu ) ne paroîtra , n’éclatera. ... Ceffez donc d’en parler, interrompit vivement Fati- me ; eft-ce à nous , eft-ce à notre âge qu’il eft. permis de s’y livrer ? Nous, que peut-être nos parens ont déjà deftinés a des alliances contraires ?... 4lcidor, vous ferez toujours mon ami;je vous jure une eftime ... Une eftime ! ( reprit dlcidor) une eftime?........quoi Fati-
me oublie-t-elle déjà , que l’amitié la plus tendre ?... Non , je noublie rien ( lui dit en fouriant Faùme, ) fongez à vos promeffes;& foyez toujours lut «les miennes.
Ces deux amans très - contens l’un de l’autre, tout en fe félicitant de leur nouvelle réfolution , reprirent bientôt leur première gaîté & par conféquent leurs premiers plaifirs.
Petf
MARS. 1764.
Petit-fils ne prononça plus que rarement , Je vous aime , qu’Alcidor avoir eu tant de plaifir à lui apprendre’ En ceffant de le lui répéter , le petit animal cefla de le dire , ou du moins cetoit fi faiblement !... fi faiblement ! * que bientôt Fatime ne l’entendit plus’ Alcidor lui préfentoit fouvent des fleurs ; mais la main de L’Amant ne Te remarquoit plus dans le choix, dans le goût, dans la variété' de leur mêlan ge ; les vers même ne célébroient plus que les prétendus charmes que po voit offrir une fimple amitié fau vent meme l'indifférence: témoins ceux- ci dont Fatime affefta de faire la Mu-
Amour, je brave ta puiffanee.
Que l’indifférence
A d’attraits î...
Non , non, je n’aimerai jamais, Er je ne crains point ta vengeance.
Garde ces traits,
Ils font fans effets Sur mon âme !. • •
* Gs paroles fe peuvent chanter fur m Jt. c
26 MERCURE DE FR.^NCE.
Non , non, je n’éprouverai jamais,
Non jamais
Je n’éprouverai ta flamme.
Le fouvenir de leurs fermons les contint quelque temps dans les bornes qu’ils s’étoient prefcrites. Mais chaque jour alte'roit ce fouvenir : l’Amour fous le mafque de l’amitié , ne s’infinuoit que d’autant plus dans leur coeur ; & chaque effort qu’ils croyoient faire, pour l’en éloigner, ne l’en rapprochoit que davantage.
Fatime ne trouva bientôt plus de goût, plus de finette dans des Chanfons qui ne pcignoient que les charmes ima- ginaires d’une froide indifférence. Les ouquets que lui offroit Alcidor, cef- ferent de la flatter. Déjà l’ennui s’empare de fon âme : déjà l incarnat de fon teint exprime par fon altération ,1e trouble & l’inquiétude de fon coeur’.... Alcidor infenfiblement entraîné par le charme irréliftible d’un pouvoir enchanteur qu’il ne lui eft plus permis de combattre , redevint par degrés plus tendre , plus attentif, plus aimable encore qu’il ne l'avoir été; Petit-fils, redit avec plus de charmes que jamais, je vous aime ; Fatime. fe trouva de jour
MARS. 1764. 2.7
en jour moins trille : tous deux enfin , fans prèfque s’en appercevoir, en cef- fànt de combattre un penchant qui les forçoit de fe livrer de bonne foi à leur tendrefle mutuelle, ceflèrent de rougir du peu de (uccès de leur première réfolu- tion , & s’affermirent intérieurement dans celle de s’aimer toujours.
La tendre Fatimc , fans manquer à ce que la fageffe la plus auftére lui pouvoir prefcrire , laifloit quelquefois entrevoir à fon amant une partie des fentimens dont fon coeur étoit rempli. Momens délicieux!.. Alcidor, moins contraint, plus vif , plus pénétré de fon bonheur , ne laifloit échapper aucune occafion de mieux prouver toute la tendre vivacité de fa flame. Ce fut fans doute dans un de ces inftans précieux, cpi'Alcidor fitles couplets que voici.
Air.
Le jeune Objet que j’adore >
Sans exiger de retonr,
Eft plus charmante que Flore ‘ Et plus belle que VAmonr ! • • Si Paris eût vu fes charmes , nous n’eût point eu Le prix).
13 MERCURE DE FRANCE.
Son coeur en rendant les armes Eût couronné mon Zrif.
De fa gorge raviflante Rien n’égale la blancheur ; De la rofe encor naiilante Sa bouche offre la fraîcheur. Dans tous les coeurs elle infpire Mille defirs, mille feux | Et mon iris d’un Cous-Tire , Peut captiver tous les Dieux.
• a Quand Jris dans nos boccagee Vient répéter mes chantons, Les oifeaua par leurs ramages Tâchent d’imiter fes fons;
L’Onde par un doux murmure, Semble exprimer fa gaîté!.. • Tout enfin dans la Nature, Rend hommage à fa beauté.
Mais ces inftans délicieux, ce bonheur pur 8c raviffant, dont s’enyvroient leurs âmes devoir bientôt éprouver un revers , dont la rigueur leur feroic d’autant plus fenfible , qu’ils croioient moins devoir le redouter.
Un jour que Faiimc fembloit répéter avec plus d'attendriflement que de
MARS. 1764* 2.9
coutume , un air charmant qu'Alcidcr venoit de lui apprendre.... Que lignifie , lui dit fa mere, cette vive expreffion de fentimens que je remarque depuis peu dans votre façon de chanter 5 cette molette dans les inflexions , & cette efpéce de délire où je ne reconnois plus ma fille?... Parlez Fatime-. ouvrez votre âme à votre mère ; voyez toujours en elle votre amie ; ou craignez d être moins digne d’ètre la fienne.
Fatime, à ces mots, tombe aux pieds à’Araminte ; le trouble de fes yeux , la pâleur qui fuccéde aux rofes de fon rein, tout peint à cette mcre la beauté, la franchife &. la fenfibilité de l’âme de fa fille. Fatime n’a point recours au menfonge pour lui voiler fes nouveaux fentimens: la plus légère exeufe feroit criminelle à fes yeux ; elle avoue en pleurant fa foibleffe , & n’en déguifè ni l’origne ni les progrès. Ce n’eft que pour en obtenir le pardon , qu elle reconnoît toute fon imprudence ; que pour mériter de nouveau l’indulgence &. la tendreffe de fa mère ; que pour recevoir d’elle enfin les conféils dont elle fent toute l’importance & la né- ceflîté. Araminte , qui dès long-temps s’étoit apperçue des progrès d’une paf-
30 MERCÜRE DE FRANCE, lion qu’elle defiroit de rendre heti- reufe , & qui n’avoit d’autre but, que de s'affiner du fond qu’il étoit poffible de faire fur 1a confiance & la folidité des feux de ces jeunes amans ; Aramintc emportée par le fentiment, tombe à Ton tour dans les bras de fa fille, la prefiè contre fon fein, mêle fes larmes aux fiennes , 6c ne fait plus myfterc du plaifir que lui fait l’Amour d'Alcidor,
Ma fille , ajouta-t-elle , Alcidor, ell un parti convenable pour vous: mais les hommes n’afFeétent que trop fou- vent des pallions qu’ils ne reffentent point ; la plupart cèdent à l’attrait du plaifir, ou à ce goût d’intrigue & de féduétion qui les domine pr'efque tous. Quels garants avez-vous de la candeur > de la durée des fentimens de votre amant ?.... Ah I ma m'erc , tout me répond de la franchife 8c de la tendrefTe d’Alcidor ... A la bonne heure ( reprit la mère ) : mais îaiffez-moi le plaifir de m’en convaincre par moi-même ; cette précaution eft auflfi nécefiaire à mes deffeins , qu’indifpen fable pour afTurer votre bonheur. J’exige même que vous me fécondiez; que rejettant fur mes ordres abfolus , le froid, l’indifférence même que vous affèélcrez déformais
MARS. 1764. 31
pour lui , vous me mettiez à portée de connoître & d’appercevoir tout le fond du caraéfére d’Alcidor. . .. Fatime fe fent-elle aflez de fermeté pour fe conduire de façon à ne pas déconcerter les vues de fa mcre ? ...Ah Madame ( s’écria- t-elle ) pourriez - vous me foupçonner de manquer jamais d'obéifïance à vos ordres?-.. Ara.-ninte par les careiïesles plus tendres, le hâta de raflurer fa fille ; 8c ces épanchemens de la tendreüè la plus pure arrêtèrent un nouveau déluge de larmes que la tendre Fatime alloit ver- fer.
Alcidor cherchoit avec trop de foin l'occafion de revoir fon amante , pour ne pas bientôt la rencontrer.
Elle fortoit d’avec fa mère : les traces de fes larmes , fa pâleur , une agitation que la vue à’Alcidor ne pouvoit qu’augmenter encore , firent fur l’âme de cet amant l’imprefïion la plus vive 6c la plus douloureuie. Que vois-je ? dit-il, en tombant à fes pieds, Fatime pleure 8c m’en cache la caufe !... elle me fuit 8c craint mes regards mêmes ? ... . ah , malheureux ! je fuis perdu.....
Fatime en effet vouloit fuir ; 8c fon creur gémifïbit de la douleur qu’elle cau- foit à fon amant : mais la promefTe B iv
32 MERCURE DE FRANCE, qu’elle venoit de faire à (à mère, lui donnant de nouvelles forces ; Ah ! laif- fe-moi, s’écria-t-elle : des ordres que je refpeéterai toujours, ne me permettent plus l .. . N’achevez pas , perfide , s écnzAlcidor, le défefpoir peint dans les yeux ; n’achevez pas de m’annoncer h mort... Quel changement, grand Dieu ! Ciel, eft-ce au moment où je venois vous apprendre avec tranfport , la mort d’un oncle dont la fortune ajoute immenfément à la mienne? Eft-ce au moment où je commençois à me croire plus digne de Fatime Sc de l’aveu de fa mère , que je dois voir mes voeux & mon plus cher efpoir trahis ?.... Eh bien, je périrai joui ! je périrai, cruelle: mais craignez ; que dis- je? tremblez pour les jours de l’heureux rival que fans doute vous me préférez.... Eft-ce Aleidor que j’entends ? eft-ce lui,(dit en foupi- tant Fatime, ) qui m’ofe reprocher une noirceur dont je fus toujours incapable?.. Dieu ! fi mon coeur pouvoir s’ouvrir à lui. Ah ! pardonne, digne & belle Fatime , pardonne a la douleur qui tranfportoit le plus fîncère amant !... Non , non , ton âme fut toujours trop vraie , trop pleine de la divinité dont elle eft l’image, pour connoitrc un inftant l’impolture.-.
MARS. 1764. 33
Que ta mère , hélas ! ne connoit-eEe toute la pureté, toute la violence de ma flàme........peut-être que fenfible
aux maux que fes ordres barbares vont me faire fouffrir , fon coeur pourroit s’ouvrir à la pitié .... Permets , chère Fatime , permets-moi la feule épreuve , lafeule tentative qui flatte encore l’efpoir de ton amant !... Que dis - je ? ah ! fi jamais je te fus cher ; fuis-moi ; vien... tombons l’un & l’autre à fes pieds. ... viens m’y voir expirer, ou obtenir d’elle notre bonheur commun.
Araminte, qui d’un cabinet voifin les voyoit & les entendoit, ne put laiffer durer plus longtemps un fupplice dont fon coeur partageoit toute l’amertume. O mes enfans ! s’écria-t-elle , en s’offrant à leurs yeux , vivez à jamais l’un pour l'autre........Ces mots que l’émotion
A'Aramintt lui permit à peine d’articuler, produifirent fur les jeunes amans tout l’effet qu’ils dévoient produire. Un filence d’étonnement & d’excès de plai- fir , des regards où l’amour , la joie & la reconnoiffance s’exprimoient tour- à-tour, furent quelques inftans les feuls interprètes de leurs coeurs... Les épan- chemens réciproques fuccéderentà cette
Bv
34 MERCURE DE FRANCE, première ivreffe des feus & l’hymen d’yfA cidor Sc de Fatimc ne fut différé qu’au- tant qu’il le fallut pour en difpofer les apprêts.
Par M. Dtrcios, S. D. Aï. D. F. G.
Etre.v nés a Lise.
Toi que 1* Amour a deftinée Pour fixer les plus inconftans, Toi , qui de fes attraits brilla ns, Et de mille grâces ornée, Marches toujours environnée Des arts, du goût 8c des talens ! Reçois fur la nouvelle année Et mes voeux & mes compliment» Ne crois pas que mon tendre hommage*. Jeune Life, dans ce beau jour » Soit le fade enfant d’un ufage Que l’homme frivole & le fage Blâment & fui vent rour-â tour.
Plus vrai, plus fimple, il efl l’ouvragp Du Sentiment & de l’Amour : Tu m as appris dans ce féjour A ne parler que leur langage» Lis donc ces vers j la vérité
35
MARS. 1764. Te les trace d’une main Cure : Loin que la modefte parure Dont elle orne ici la beauté , Serve de voile à l’impofture, Mes voeux pour ta félicité Partent d’une fource trop pure Pour avoir la moindre teinture De l'art ou de la faulTecé : Voilà de quoi mon coeur Calibre • Ecoute ce qu’il m’a didé.’ Que tes jours précieux aux Grâces Des mains de l’Amour foient filés î Que loin de tes riantes traces • Les noirs ennuis & les difgraces Soient par les plaiûrs exilés.
Que tous les biens que l’homme implore Naiffent fans cefle fur ces pas ;
Que loin d’affoiblir tes appas, L’âge les embellifle encore ; • Et que de l’empire de Flore Les tréfors les plus délicats , Malgré la rigueur des frimats, Pour toi feule puiffeac éclore. Que tout prévienne tes defirs ; . Entre les jeux & l’allegrelTe Partage tes riants loifirs ; Vis longtemps < éprouve fans ceffe Que c’eft au Dieu de la tendrefle
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Que nous devons les vrais plaifîrs !
Par M, François , ancien Oÿicitr de Cavaknc9
ÉPITAPHE
JDe M. de GEORFTLLE .ancien Tréfa- rier Général de la Marine , &c9
C ¥ gît qui fît toujours le bien
Par penchant & par caradère.
S’il eft mort ce vrai Citoyen ,
C’cft de regret de n’en pas a fiez faire,
Par M Movret Dvchimin.
Fers fur un ruban donné h l9 Auteur par Mlle L. M, de Sin.... 6* brode par elle.
T i s s u brillant, ouvrage de Daphné, Enchaînes a jamais les amours fur mes traces» Don précieux à mon coeur fortuné ! Tu vaux pour moi la ceinture des Grâces.
Chauvit
mars. 1764.
A Madame de S. H... a. qui l'Auteur en danfd.ni au Bal, avoit donné par mégardc, un coup dans l’ail.
Jaloosi de vous voir fi belle,
Vénus hier pendant le Bal
S’en rangea fur votre prunelle,
ït mon bras malheureux fut l'inftrument fatal Dont fe fervit la Déeffe cruelle.
Pour vouscaufer autant de mal.
Mais, belle ljjc , quelle fur fa furprife
D’entendre de l’Amoar le cri le plus perçant :
Elle reconnut fa méprife
Aux larmes de ce tendre Enfant.
Il s’écrioit, » qu’avez-vous fait, ma mère? »> Quoi, vous éteignez mon flambeau !
» Fut-il jamais de douleur plus amère ?
u Pou voit il être mieux que dans cet oeil fi beau?
*
Ranimez donc encor votre colère, » Et décruifez auflî fon frète
x Dans lequel j’ai mis tous mes traits. » Mais aprèsrant de barbarie, » Cruelle , ôtez-moi donc la vie,.
*
Sinon mes pleurs ne tariront jamais.
Far les cris de fon fils la Déeffe attendrie ; tfje > dit-elle | fois guérie.
UT
8 MERCURE DE FRANCE.
Mais vous, pour vous punir, Amour, t Du dépôt de vos traits d avoir fait un myftère
A votre redoutable mère , ljje les gardera toujours.
Des Rives du Lignon , le 23 Janvier 1764,
Par un Abonni au Mercure.
b
VERS envoyés au mois de Septembre dernier , à une tris-jolie femme de Dijon 3 qui venoit d* accoucher d’une troifiéme fille , & qui Jejiroit d'avoir un garçon.
CoNsoLt-Toi , mère charmante, D’avoir malgré ta vive attente A trois filles donné le jour.
Ce ne font peint là des difgraces, Avant que d’enfanter l’Amour , W/iua enfanta les crois Grâces.
MARS. 1764. 37
Suite de la Lettre d'une jeune Etrangère , inférée dans le fécond Vol. de. Janvier.
(3 ES jolies Prctreffes , dont je n’ai point trop enrichi l’image, ne tiennent leurs myftéres fecrets,que quand la nature ou le temps y laiflent trop déchoies à réparer. Ne t’imagines pas, chere Mifs, que ce qu’on appelle te temps de la toilette foit employé tout entier à l’ajufte- ment- Il y a bien des parties dans cet aâe ; c’eft le principal de la journée des femmes d’un certain ordre. Les momens deftinés à des foins particuliers de la figure , ne font pas, comme je viens de le dire , livrés aux profanes : mais tout ce qui précédé le temps de fortir ou de tenir appartement , eft toilette ou réputé tel. C’eft à cet autel de la galanterie, dont une Françoife eft en même temps la Divinité & le Miniftre., qu’elle vaque a toutes les affaires defonétat» qui eft d’être jolie , frivole , galante 8c même un tant foit peu friponne. ( Je ne
4o MERCURE DE FRANCE, fçaurois te faire bien entendre ce mot, il faudroit pour cela connoître mieux la chofe , & pour la bien connoître, il faut être Françoife. ) C’eft donc la que s’écrivent, que fe reçoivent les billets du matin ; c’eft là que fe régie la deftinée du jour, ou tout au moins qu’elle fe déclare aux courtifàns familiers ; c’eft là fouvent que fe détermine auffi la deftinée des amans ; car celle du mari eft toute arrangée ; & je t’aflure que communément il n'en prend pas plus de fouci qu’on n’en prend de lui. Ne va pas te figurer la fcène de ces toilettes d’après ce qu’en peignent quelques Brc» chures ou quelque trivial Roman dont nous nous fommes fouvent amufées enfemble, lorfque nous étudions la Langue Françoife. Il y a une efpèce de manie dans les Auteurs de cette Nation, pour peindre ce qu’ils ne voyent pas. La plupart des Ecrivains les plus occupés à donner des tableaux de ces détails du monde, font précisément ceux qui n’en ont & n’en peuvent avoir aucune notion vraie. Il y a quelquefois à ces toilettes un peu de ce que ces peintures informes nous indiquent; plus fou- vent encore il n’y en a pas un feul pet-
MARS. 1764. 4#
fonnage. Mais, s’il s'en rencontre, c’eft avec des nuances très-difficiles à tranf- mcttre dans une defeription. Je t’avertis, ma chère Mifs , que prèfque tout ce qui concerne les manières, le caractère même des François, dépend tellement de ces nuances, en eft fi dlentiellemenc compofë , qu’il n’y a qu’eux, & encore très-peu d’entr’eux, qui (oient en état de les peindre, prèfque jamais de les définir avec précifion.I'u verrois une de ces Toilettes , être un moment le cercle de la frivolité la plus puérile, des airs les plus extravagans , des riens , en un mot de tout ce qui donne lieu aux caricatures qu’on nous fait des François. Le moment,qui fuccéde, tu feroisfrappée Couvent d’admiration , de la fineflè, delafagacité des vues de ce même cercle , par accident même , de la juftefïè des raifonnemens ; fans pouvoir retrouver la moindre trace des voies par lesquelles on eû ainfi paflë d’une extrémité à une autre fi oppofée. Pour t’en faire une idée, retiens bien qu’une Fran- çoife qui a de l’efprit & du monde, devine Couvent mieux que ceux qui mettent bien du foin à apprendre. Lorfque «elle qui préfide eft de cette forte , il
41 MERCURE DE FRANCE, arrive ce que je viens de re dire; car elles font pour la plupart conféquem- ment inconféquentes ; je ne fçais fi je me fais entendre, je veux dire qu’elles concilient les choies contradictoires , avec un inftmét d’efprit qui a des marches plus affurées que la méthode même, & la raifon la mieux comparée. Légères ou folides , folles ou fènfées , je fuis obligée de convenir que les Fran- çoifes fonc toujours également charmantes.
Quand des motifs de curiofité , de promenade , d’autres peut -être encore plus intérelfants, engagent les femmes à fouir aux heures qu’elles font convenues d’ao- pellerîematin,il y a des robes de bien des formes différentes pour cet ufage ; je n’en fçais pas tous les noms ; plufieurs d’entr’elles les ignorent comme moi Quelques-unes de ces robes font atifli complettement fermées de toutes parts, que la robe d’un Magiftrat, On ne voit ni col, ni poitrine , ni bras. Tous les charmes font alors dans un parfait M- cognito. Je crois cependant entre notf, chère Mi fs , que c’eft le temps où l’on en fait le plus agréable emploi. En public on oxpofe pour l’éclat feulement.
43'
MARS. 1764.'
mais fous ces modeftesvêtemens,on fait quelquefois un commerce plus doux 8c plus folide des faveurs de la beauté. 11 y a d’autres robes négligées moins hermétiquement clofes, mais elles couvrent 3c envelopent toujours beaucoup plus que les robes habillées ou même demi - habillées. Il y a fur cela des divilîons & des fous - divifions qui embarrafferoient nos plus célèbres calculateurs. Si ces robes du matin font entièrement clofes, cela s’appelle, je crois, à la attendu
réel avec la forme du premier Magiftrat du
Royaume. Tu ne fçaurois croire par combien d’efpèces de grande coëffes en coqueluchons, de mantelets petits ou grands, qui prennent tous les quinze jours des noms & des formes différentes , on fupplée aux robes ainfi fermées lorfqu’011 en porte d’autres en déshabillé. On diroit qu’ici les femmes n’ont qu’un certain temps de ia journée pour être fiilceptibles desimpreffons de l’air. Les précautions fur cela ne font .jamais qu’en raifon de la parure ; & leur déli- catelTe ou leur force contre le froid,font
tiquette , je vais éffayer, ma chèra Mifsi
44 MERCURE DE FRANCE, d’en traiter un des points les plus fubrrh & fur lequel il faut avoir, j'ofe dire, des connoiffances très-fines, il s’agit defça- voir ce que les bienfe'ances- e'xigent ou permettent fur les Paniers.
Mais ma Lettre commence à devenir longue pour moi, c’eil un fâcheux pro- Înoltic fur l’impreffion qu’elle tefcroit. e vais rêver un peu aux Paniers; j’entrevois qu’ily a des découvertes fort utiles à faire fur ce fujet. Je t’en entretiendrai l’Ordinaire prochain. Ne me re« proche plus ma parefle , je te pnniro» peut-être de ce reproche aux dépens de ta patience & de mon-amour?-propre.
Je fuis, &c.
-- ...........
LE SONGE.
J k repüfois fur U fougère I Morphée avoir fermé mes yeux / Je croyois être avec Glycèrc9 Et le Plaifir m’ouvroir les Cieux.
Minerve m’offrir la fageffè > - Vénus les grâces, la beauté I • Hibé la fraîcheur , la jeunefle !<• Mars Ces lauriers & ù fierté.
MARS. 1764. 4$
Sacchus dit : Bois j Apollon, chante, £t prends ce luth , s’il c’a charmé ; Viens, dit Plutus , fl l’Or te tente ; Amour me dit: Aime , & j’aimai.
E P I T R E
A Madame D** jtf***.
Cetre Dame avoit écrit à l’Auteur qu’un homme d’efprit étoit dans un Cercle ce qu’étoit la Rofe dans un Par* terre. L’Auteur lui répondit par l’Epître Vivante :
L a Rofe au milieu d’un Parterre, Brille au defliis des autres fleurs 4 Plus belle, mais plus paflagère , Elle perd bientôt (ès couleurs» Mais l'innocente violette » Qui fous l’herbe brille humblement ; v Echappe aux attaques du vent, Et fur le fein d’une Lifctle Va parer un corfet galant» Oui, j'aime mieux l'humble Fleurette j Que la Rofe au ceint délicat: Un fouffle l'embellit, mais un fooifle l'abat;
ma timide violette
46 MERCURE DE FRANCE.
Garde plus longtemps fon éclat.
Tel eft le bon efprit , toujours prudent & fa je S’exprima ne toujours fans écart, Il a la douceur en partage » Il eft modefte en (on langage > Et la Nature eft tout fon fard.
Souvent dans l’ombre d’un nuage Il fe dérobe à tous les yeux j Mais » tel qu’un aftre radieux > C’eft pour éclairer d’avantage. Le (tore qui rompt le paüage A l’éblouifl'ante clarté, Eft l’heureufe timidité
Donc mon coeur chérit le partage , Puifqu’il eft le premier hommage Qu’il ofe offrir à la beauté.
Qu’un Fat ambré, dans fa manie Sur un nouveau jargon monté, D’homme de bonne compagnie Soutienne la célébrité ;
Que , par CydaliJc ou Julie , Son nom dans les Boudoirs chanté De la bouche de la Folie
Parte aux faftes pompeux de la frivolité ;
C’eft fon deftin : qu’un autre y porte envie J Je n’en fauro:* être tenté.
Il eft des prix pour le Génie, Il en eft pour la vaniçé»
47
MARS. 1764.
Que le père de la faillie, Que femble fervirle hazard,
D’un moi qui ne doit rien à l’Art, De la pâle mélancolie Ranime le fombre regard î 'Oui, que P.... vous faffe rire : Seul il a ce droit, j’y confens ;
Mais vous le connohiez , Thcmirc , C’eft le moindre de fes ralens.
Moi qui ne fuis P... ni potic-maîcrc » Je me renferme dans mon erre y Tout mon efpric eft dans mon coeur; Vous m’apprenez à le connoîcre. Vos beaux yeux fçavent tout charmer ; Votre efpric fçait inftruire & plaire j Et nous, nous ne fçavons qu'aimer. Vous voyez bien qu’il faut nous taire.
Par M. Costjrd, Fils,
A Madame Z) * * * , jz/z avoir eu la fève le jour des Rois.
Impromptu.
Pourquoi vous étonner » Gtycire f L’événement n’eft pas nouveau.
48 MERCURE DE FRANCE.
- Quand l’Amour coupe le gâteau , La fève eft toujours pour fa mère.
Par le meme.
Vers à Mlle Mazarelli , Auteur <Tun Eloge de Sully.
f)uor, tu joins l’art d’inftruire à celai de nom plaire !
Et &'Apollon tu vas grotlîr la cour : Ta main qui de Sully trace le caraftère Grave & folâtre rour-à-tour. Nous trace des leçons, & carette l’Arpour.
A ces rivaur tu fais rendre les armes : D’une double viâoire il;-viennent t'honorer* Charmés de ces talens, fubjugués par res char* mes \
Ils ne (çavent que t'admirer.
Mais c’eft prendre fur nous un trop grand avaa*
i
Ne te fuffic-il pas de régner fiir nos coeurs? Faut-il encor nous ravir les faveurs Dont le deftin a fait notre partage ?
Que nous puiflions au moins, oubliant tes rigueurs,
par quelques biens balancer nos disgrâces; • Laiile»nous nos talens, ou donne-nous ces grâces!
Suiti
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SUIT H des Lettres d’un jeune Homme. Lettre IV.
"Vous voulez connoître les femmes qui font ici. Vous me demandez des portraits. Mon ami,c’eft un ouvrage délicat. Il eft dangereux d’être vrai. Mais, s’il arrive que féfîleure quelques ridicules & même quelques vices , je ne démafquerai point les Perfonnages , & d’ailleurs nous avons de jeunes Dames très-aimables , & dont on ne peut faire que l’éloge.
Deux femmes qui vifent à la célébrité, qui par conféquent fe détellent & fe méprifent, 8c qui, je crois , fe rendent tuftice : l’une aimant tout le monde, 8c même fon mari ; l’autre, plus franche , plus décidée , & déclarant nettement qu’elle regarde le fien à-peu- près comme un animal domeftique , que des préjugés ont rendu néceflaire à la liberté d’une jolie femme. Toutes deux aimant le plaifir, mais la première avec moins d’éclat ; être pufillanime, ne fuit qu’en tremblant fon illuftre ®odéle.........Paflons aux autres.
50 MERCURE DE FRANCE.
Imaginez, mon ami, ce que la jcu- neflè a de plus brillant, de plus tendre & de plus délicat. Des cheveux blonds, de grands yeux bleus pleins de douceur , un vilàge riant & modefte, l’éclat des plus belles couleurs , cette fi- ncïTe & cette blancheur de prau particulière aux blondes , & qui laiflènt voir la pourpre imperceptible de ces petites veines qui ornent les tempes & le front, un fourbe enchanteur, une taille leg'ere & charmante , une poli- teffe aifée, un efprit aimable & cultivé, un mélange touchant & fingulier de fi* nefle & d’ingénuité dans le cara&ère : il étoit refervé à Mlle de Lujïcour de raf- fembler tant de grâces & tant d’heu- reufes qualités.
Nous avons encore une jeune Brune, dont les yeux pétillent de tendrefie & de vivacité. Elle penfe bien & s'exprime de même. Vous lui trouvez d’abord quelque timidité. Ce n’eft point de l’embarras , c’ell une fage circonfpeéHon qui naît de la modeflie. Son efprit eli jufte, fes manières nobles & naturelles, fa converfation agréable & fimple.
La figure de Madame à'Orville in- térefle d’abord. L’élégance & la legé- fêté de fa taille, la fineflè & la vivacité j
MARS. 1764. 51
«Je fa phyfïonomie , le feu de fes grands yeux noirs , une certaine dignité répandue fur toute fa pcrfonne, tout cela frappe 8c furprend. Avec plus de naïveté , elle auroit de la grâce ; elle n’a que de la majefté. Vous ne lui trouvez pas ces grâces touchantes qui vont chercher l’ame * ; mais , permettez-moi l'ex- preflion , une Beauté impérieufe & hardie , qui femble plutôt commander l’amour, que l’infpirer. Elle a beaucoup d’efprit , encore plus de prétentions. Concluez de ceci,qu’elle a plus d’art que de naturel, 8c vous conviendrez néanmoins que Madame à’Onille eft aimable.
Les femmes réulfiflent dans tous les détails où il faut paroître : Mde d'Or- ville y excelle. Elle fait parfaitement les honneurs de fa table 8c de fa maifon ; rien ne lui échappe, 8c tout le monde eft fatisfait : elle a toute l’adrefle |8c la préfence d’efprit de fon féxe. Mais vous me foupçonnez de vouloir calomnier ce féxe enchanteur, 8c de ne lui laiflér que de petits talens. Je m’explique.
Ne pourroir-on pas dire aux femmes : Ne vous plaignez plus de votre éduca-
* Roujffcau , Emile ou de TEducation.
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MERCURE DE FRANCE, tion. Elle eft conforme à vos inclina- tions. Elle pourroit être plus paifaite,8< j’avoue que, fi elle ne l’ert ?pas , il y a de notre faute. Mais vous n’êtes pas faites pour vous appel’antir par l’étude. Contentez-vous d’être aimables ; régnez par la douceur & la perfuafion : ne cherchez point à devenir des hommes, vous y perdriez. Vous naifltz toutes coquettes : ne vous offenfez pas, je vous fupplie , de ce difeours ; je ne vous en refpeâe pas moins, & la coquetterie bien dirigée eft un bienfait de la Nature. C’eft par elle que vous gouvernez les hommes. Vcrtueufçs, vous faites des fages ; & des vives émotions de l’amour je vois naître & s’établir les moeurs. Quelle gloire pour vous, & quel autre empire pourroit vous flatter davantage !
Mais enfin voulez - vous réellement Être hommes ? J’y confens, & je partagerai de bon coeur avec vous les fatigues & les dangers de- la guerre. Devenez graves & Içavantes, & préférez à la finefie du fentiment, à l’aimable en- joument de votre efprit,les foins de la politique & du gouvernement. Jetiez l’aiguille & le fufeau, & que vos mains délicates prennent la bêche duruflre,& le marteau du forgeron. Non, la Nature a marque notre dellination & la diffé-
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rencc de nos emplois par la différence de notre conformation. Une plus haute ftature , une organifation plus fo- lide & moins flexible indiquent les devoirs honorables de l’homme. A Dieu ne plaife que je penfe que notre âme foit par fa nature fupérieure à la vôtre ! Quand toutes ces relations de féxes ne fubfifteront plus, quand les temps feront perdus dans le gouffre de l’Eter- nité, quand ce corps mortel fera dif- fous , nous ferons tous égaux ; les âmes ont-elles un féxe * ? Quelle différence reftera-t-il entre elles ? Mon ami, je me fouviendrai fans doute alors, & j’aurai du plaifir à me rappeller que > lorfque j’étois un homme , ton aimable f eur étoit une femme dont la fociété me charmoit.... Mais vois-tu quelle Méra- phyfique à propos de AA/e d'Orvilk ? Pardonne à un pauvre Solitaire. L’habitude du chagrin égare fbn imagination , mais jamais elle ne corrompra fon coeur. Adieu , je vais parcourir cette admirable campagne. Que ne puis- je partager ce plaifir avec toi ! Quelle belle foirée La fiaîcheur & le calme de l’air femblent paffer jufqu’à l’ame ! ... Au revoir, mon ami !
* RouJTeau, Nouvelle Héloïfè.
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54 MERCURE DE FRANCE.
Lettre V.
J F. reçois enfin votre lettre, mon ami. Pourquoi l’ai-je fi longtemps attendue ? Ce long filence commençoit à m’inquiéter , 8c mon coeur en a murmuré ; mais l’amitié refiTemble affez à l’amour : la moindre faveur d’une Belle appaife un Amant irrité, & l’on pardonne aifément à l’ami que l’on retrouve.
Il faut que je vous conte une petite hiftoire,qui , je crois, vous divertira. J’étois curieux devoir un homme à la mode. Je viens de contempler enfin a cette merveille. Rien n’eft fi plaifant, je vous allure , 8c je fuis fatisfait. Mais, fi j’ai trouvé ce Phénix ridicule, j’ai du lui paroitre bien fot : il a fans doute eu pitié de mon étonnement provincial. L’attention avec laquelle je le confidé- rois étoit en effet remarquable ; elle faifoit un beau contraire avec la légèreté de cet Agréable. Tandis qu’il pi- rouettoit fans cefie , qu’il tournoit à tout vent, qu’il parloit à toutes les Dames, qu’il vantoit les yeux de l’une , admiroit la main de l’autre, je me di- lois : ce rôle eû tcut-à fait digne d’un
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bomme, & cette manière d’honorer les femmes doit bien les flatter!
Mon ami, fi je voulois infulter une jeune perfonne , fi je le pouvois , je prendrois le ton de cet impertinent. Mais rien n’égaloit fa fade galanterie , que l’air fuffifant avec lequel il s’empa- roit de la converfation. Il débitoit lef- tement les plus dangereufes maximes; il décidoit, tranchoit....Nous étions révoltés
; mais on nous vangea.
Toutes les Dames avoient eu part à Tes hommages .11 n’y eut pas jufqu’à la vieille Président de Fierville à qui il n’en eut conté. La petite nièce de cetté Dame eut fon tour : il lui adrefia quelques propos galans. Monfieur , dit-elle, retournez à ma tante , vous venez de lui dire précifément la même chofe ; elle cft beaucoup plus raifonnable que moi ; elle vous entendra mieux. La naï« veté de cette faillie nous frappa ; per- lonne ne put s’empêcher de fourire. Si tu n’as jamais vu un Petit-Maître décon- certé, 8c déconcerté par une jeune fille de douze ans ; j'ai vu , moi, j’ai vu ce phénomène.
Cette gcntillefle , cette affeftation & ces galans menfonges ne font guères féduifans, il elt vrai ; ce n’elt qu’un Civ
5 6 MERCURE DE FRANCE, vain perfifflage : mais ces lâches adula- lions , cette commode & libertine Phi- lofophie ne laiflent pas d’être perni- cieufes. Vils corrupteurs ! ne vous plaignez plus des vices des femmes : C’eft vous qui les faites germer dans leurs coeurs. Galants efclaves de la beauté ! c’eft vous qui leur donnez enfin des armes contre vous-mêmes. Elles n’ont pas ufurpé l’empire ; vous le leur avez tianfmis : heureux & libres en portant leurs chaînes , fi vous aviez fçu mieux diriger ce doux attendant que leur donna fur nous la Nature !
Mais, mon ami , croiras-tu que je fuis moi-mtme accufé de galanterie, moi qui déclame contre elle avec cette véhémence ? On n’a rien imaginé de mieux pour me corriger , que de me propofer une femme. On veut que j’é- poufe une fille très-riche.... 8c très- vieille. La perfonne n’ell pas une Beau* té ; mais la Raifon '.... La Raifon eftfans doute une très-belle chofe. On me regarde comme un papillon qu’il faut fixer. Je doute un peu que je m’attache à cette fleur dont la fraîcheur 8c l’éclat font fort équivoques. Ne fût-ce que par curiofité, 8c pour en caufer avec toi, il faut que je voltige autour. J’en ferai
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quitte pour m’envoler bien vite , Ci l’objet me fait peur. Juge de la bonne fortune , & fi j’y perdrai mes ailes.
Adieu , mon ami, tâchez de vous diftraire. Continuez de vous occuper 8c de vous amufer. Chantez,lifez les loix, 8c faites l'amour. L’homme d’efprit fçait tout concilier. Je defirc ardemment que la jeune perfonne dont vous me parlez fafie bientôt votre bonheur. Plus adroite que ces femmes impérieufes, qui ne fçavent que révolter un mari, elle lent que l’empire de fon féxe n’cft que celui de la douceur & de la per- fuafion. Elle a de la raifon & des grâces; le fort des malheureux la touche & l’intéreffe. N’héfite pas à t’unir à cette aimable fille ; donne ton coeur au vrai mérite. Adieu.
L E T T R £ VI.
Oh, que tu connois mal ton ami ! Ecoute l’h’.ftoire de mon coeur, & juge mieux de mes fentimens.
J’aime une fille charmante. Je vais te peindre les grâces qui parent la fagefle. Ce portrait pourra te féduire ; mais il c’en fera que plus reflemblant.
Cv
,S MERCURE DE FRANCE.
Mon bon ami, avez-vous vu quelquefois de ces phyfionomies touchantes , qui fcmblent demander le coeur qu’elles ravinent ? La beauté de ma maîtrefle eft d’un caractère fi tendre 8c fi naïf ; elle a quelque chofe encore de fi noble & de fi gracieux !... Vous diriez que,pour former ce modèle aimable, la Nature a fondu la majefté d’une Reine avec l’ingénuité d’une Bergère. Une figure brillante Sc modefte , beaucoup de délicatefie & de fenfibilité, une fini- plicité charmante, un coeur généreux & compatilïant, une âme enfin .... voilà l’objet enchanteur qui diïpofe de ton ami.
Peux-tu me foupçonner, après cela, de prétendre aux faveurs de la .... ? Tu n’as pu férieufement interpréter ma lettre comme tu le fais. L’amour n’a- chetc point fès plaifirs ; il ne les vend pas ; c’eft au coeur feul de les donner & de les obtenir. Une maitrefie vraiment eftimable pourroit arracher au libertinage l’homme le plus vicieux. Tu ne veudrois pas que je le devinfle.
Mais que penfer de l’homme vil qui trahit indignement l'innocence, & de- fefpére la pudeur ? Quel eft ce plaifir barbare, d'abuïer du malheur d’une
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jeune perfonne aimable , de profiter de fon extrême aftliâion pour la forcer de fe faire violence à elle-même, & de s’avilir à fus propres yeux ! Eft-ce parmi les horreurs de la mifére la plus déplorable que peut régner l’Amour? Homme brutal ! comment n’éprouves-tu pas unfupplice plus cruel que celui qu’imagina cet exécrable tyran qui faifoit unir un homme vivant à un cadavre ? 11 eil infenlîble, ce cadavre ; mais , vil Sardanapafc , la viétime de tes lâches artifices & de ton impudence boic toute l’amertume de fon fort! Es-ta heureux de fes peines, de Tes douleurs ? Tu oies mêler l’opprobre 8c la défola- tion à la volupté ! O monftre !.........
Fuyez , fille infortunée ! Votre vertu dépend encore de vous. Malgré le plus fmglant outrage , elle n’en fera que plus refpeétable ... Mais revenons.
Dites-moi, mon ami. Abandonnerai- je ce que j’aime, parce que l’or n’a point tiffu nos noeuds ? Il en faut, je lefçais, de cet or fi recherché ; mais jamais je ne defirerai d'inutiles & dangereufesri- chefies. Si je ne puis adoucir mon fort ni celui de l’aim -, le fille qui m'a charmé, j’irai dans quelque campagne oublier le monde & la ïbciété ; heureux , fi l’a- Cvj
éo MERCURE DE FRANCE, initié peut chafler de mon afyle l'amour & les médians. Je ne fçais ; mais je fuis tenté de fuir. O mon ami ! l’on ne croit plus à la vertu. Une lente mélancolie me confumc. Hâte-toi, viens corn fûler un infortuné qui t’aimera toujours. Viens m’aider à fupporrer nies maux.
ODE.
De Pace et Ludovici decimi
QUINTl LAUD1BVS.
tibi no do triplici, Gradue , Mcmbra contraxit , fuper arma letho Erafla dejcflus furis ore /rendent , Lumine torvus.
Diva ferpentum redimita ncxti, Quid /remens Orco ruis 9 & forons Jnter accindis Furias atroci
Bell a flag.llo.
En redit tandem comitata Mufti Fax , jimul ludi redeunt jocique , Fax diu no (Iris miferata G allô s Régnét in oris.
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Ecquis hic héros , phaleratus ilium Fert equus, fieptrum , fimilis jubenti , D extra prétendit, placidas finijlra Fleiïit habenas.
Spiral auguflo pic tas in ore. Mollis arridet gravitas tuenti.
Te probatpetlus , Lodoiqe , patron > Dextcra rcgem.
Toile formofum caput inter undas • Nympha pracurrcns , tuus ecce lattis Rcx adcfl ripis , récréât bentgno
Li Clora vultu*
Faune 9 Sylvani > Dryades puclla , Nunc decet cantus renovare , ludis Annuit Princeps , qu attendu certo Nunc pede tellus.
Gallici quem tu populi parentem , Fama , commendas , medio fuorum Afpice , hune circum generofa promunt Pe&ora nati.
AJJidet juxta Thémis , hune corond Cingit inventrix oie a Minerva
Corde virtutes Lodqiqus omnes
Colliga utius.
&. MERCURE DE FRANCE.
Te triismpbantem celcbravit orbis
Hofle percujjo ; tibi nunc, arnica
Pacis authori Monumcnta longum
Tollat in avuin.
Tollat, afpc&u furor arma frafigat,
Thraciam plcno repetct volatu ,
Dum fuos plaufu célébrât fecundo
G allia amorça.
tuas addet memorare laudes ,
Parce Mufarum , LonoiX , alumno 4
Eft Jul parvltni l^a at fideie
Pigniu amoris.
ü", ■, ■. l, . ■ r
TRADUCTION.
u bls tranfports de fureur & de rage Le regard menaçant, la bouche écumante : Mars qui t’a précipite fur ce monceau d’Armes fan- glantes que la mort a brifées ? Qui c’a chargé de ces fers ? Qui c’a donne ces entraves ?
Déc (Te impitoyable, mordre couronné de Serpents. Quel dcMpoir ce fait précipiter jufqaes au fond des Abîmes ! L’Enfer retentit des horribles fifflemenn de ton fouet. Châtiée de deilus la terre , tu vas donc dans le fein des ténèbres
MA RS. 1764. 63
allumer la Guerre entre les Furies tes dignes Soeurs. »
La Paix» l’aimable Paix , revient enfla habiter parmi nous. Divinités ennemies, fuyez : elle vient accompagnée des Mu fes. Les Jeux & les Ris volent fur fes pas. DéelTe fecourable , jettez enfin des yeux de compaflîon fur les François, Régnez ; mais régnez a jamais fur leurs Contrées.
Quel efl donc ce Hcros qui s’offre à ma vue * 1! cft monté fur un fuperbe Courfier. D’un main il préfente fon Sceptre : on diroit qu’il commande. De l’autre il laide flotter paifiblement les Renés. . ;
Une augufte Majefté brille fur fon front. On li:dans fes regards la douceur &. la tendrefTe. Ses yeux animés d’une noble fierté > laiflent échapper un aimable fourire fur ceux qui le contemplent* A ces traits je tereconnois, Louis ; ton coeur dit que tu es Père > & ta main montre que tu es Roi.
Lève ta tête au-ledits des eaux, heureufe Nymphe de la Seine. Rends hommage à ton Roi. C’efl lui qui vient habiter tes rivages , & qui réjouit par fa préfence. cette fuperbe Ville qûe tu arrofes dans ton Cours.
Accourez, Déc (Tes des Bois. Jeunes Dryades, Faunes, Satyres, accourez .’ renouveliez vos Chan-
64 MERCÜRE DE FRANCE, fons, redoublez vos Concerts,formez des Choeurs de danfes : il eft temps. Louis a donné le fîgnaJ,
Et coi,puiflante Renommée ! toi qui apprends â tout l’Universque Louis eft le Père de la France» viens voir ce Prince au milieu de fes enfans. Ils loi préfencenc à l’envi, un coeur que le refpeâ & l’Amour lui ont aflujerti.
Contemple ce Monarque aflîs fur (bn Trône. Thémis eft à feS côtes, Miturvt le couronne. Ii ouvre fon coeur à toutes les vertus, & fe plaît à les y réunir toutes enfemble.
Grand Roi, lorfque ru foudroyois tes ennemis» l’Univers célébroit tes triomphes & ta gloire. Aujourd’hui que jaloux du bonheur de ton Peuple» tu donnes la Paix à la France » elle éléve en ton honneur un Monument éternel.
Qu a Pafpeâde ce glorieux Trophée,la foreur bxife elle-même fes traits. Que d’un vol précipité elle retourne chez les Thraces, où elle tient fon empire. Tandis qae la France tranquille déformais, célébré par des applaudiffements réitérés, l’inique objet de fa tendrefle.
Pardonne» Lou1S ! pirdonne ,à un jeune éleve ÿes Mufes,qui ofe élever la roix,trop foible encore
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MARS. 1764.
pour chanter ta gloire. Regarde cet effort de fon génie ,cottime un témoignage foible, il eft vrai , mais finccre de fon amour pour coi.
Par M. l'Abbé Desfilux , Bourfur au Collège du Plcflis - Sorbonne.
COUPLET préjentè à Madame la Mar- quife de S. F. dans un Bal dont elle cto il la Reine.
Sur I’Air : Les plaiftrs de notre Village , &c9
À.IMABLI Reine , fur vos traces Vos Sojeta voleront toujours! Près de vous fe fixent les Grâces » Les Jeux , les Plaifirs t les Amours, Vos loix font le charmant empire Du bonheur 4
C’eft à vivre fous lui qu’afpire
Notre coeur.
L E mot de la première Enigme du Mercure de Février eft le Livre. Celui de la fécondé eft V Enigme elle-même. Celui du premier Logogryphe eft le Foie. Celui du fécond eft Corfaire > Na-
66 MERCURE DE FRANCE.
vire fort léger, dans lequel on trouve ris, acier, facre , cor, foc , fer de chat- rue , Acrife , Céos , Roi , foir, roc, cire, Ea , ire, Sera, Céfar-Augufie, arc , Io, A fer , A fie, cri Je , or , rofe , car , Soria, Oife , Sare , air , foie , Eric de Va\a , la , rofaire, efpéce de chapelet, Sao ,firé , acis , aire , & rafoir.
Pt
Je de
ENIG ME.
Aux humains tous les joursje rens mille fervices, Le Sexe fait de moi (es plus chères délices • Sans parcage je fuis en mille endroits divers : Vers le bien, vers le mal, mon penchant eft extrême.
Je naquis au moment qu’on créa Funivers. Perfonne ne dira qui je fuis > que moi meme.
Je n
Mais
Et ce
On m
Ctacui
AUTRE.
T’oujoüRsen l’air, toujours en peine, La moitié de mon corps fur l’autre Ce promené*
Tantôt j.e monte , & tantôt je defeeads*
Je parois d’humeur noire à quiconque m'aborde»
Je fais bien pis, je lui montre les dents: C’efl pourtant fans que je le morde» ,
Pour
Et four De pl J (Jne VJ L’iiJ
M A R 5. 1764.
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A U T RE.
X ris pardevanr , je fuis une fête, un myflere. Je deviens Pape & Saint , pris dans le lèns contraire.
Par Mlle LafleüR de Cussot.
LO GOGRYPHE.
Je ne vais poinr, Ledeur , où ion ne m'aime pas» Mais on me multiplie autant qu’on le déliré.
Je figure dans un repas ;
Et ce oi’efl un honneur quand quelqu'un me déchire.
11 eft peu de feftins fans moi ; * On m’y donne toujours une première place > Chacun, félon Ion goût, ou me cherche, ou me chalTe,
Ou me laide, ou me tire à Coi.
Pour me mieux deviner, Ledear, allons, difleques» Je te montre trois pieds, dix doigts »
Et fournirai dequoi célébrer tes obféques.
Déplus, j’ai les Etats des plus illuftres Rots » .
Une Ville Normande ? une autre de l’Afrique p L’iinpru lent fils de f habile Crc/oû ;
Un très-grand fleuve Afiatique j
68 MERCURE DE FRANCE. Un arbre venimeux, l’ornement des Jardins; Une Ifle de la Grèce ; un Pays d'Amérique ;
Ce que l’on demande aux devins ;
Trois élémens ; deux notes de Mtlfique ;
Je t’offre une conjon&ion > Le fin Roffignol d'Arcadie;
Certaine compoficion
Des pâles couleurs ennemie ; Une boiffbn de Normandie Avec celle du Bourguignon ; Certain légume d’Arabie ; Le contraire de raboteux ;
Ce qu’on voit dans les plus Caints lieux f Un Bénéfice » un Amphibie ;
Une arme j un mal contagieux.
Mais ce n’eft pas affcx>cher Le&eur, cherche * encore
Ce Palais Bottant de lapin , Qui va du couchant à l’aurore f Et revient chargé du butin Qu'il trouve fur la rive More ;
Deux nombres cardinaux > le gîte d’un oifeau Ce que pouffe un enfant alors qu’il vient de naître ;
Celui qui le premier pourra devenir Prêtres L’endroit de notre tête oi loge le cerveau; Quelques mots terminés en Eau Avec lefquels même je rime.
MARS. 1764.
Une pierre fort tendre ; un très-petit couteau i Et la matière d’une lime.
Je contiens en outre uu métal ;
Les fynonymes de fincère;
Un infiniment de mer ; un (auvage animal ; L'aflaflîn d'un innocent frère;
Cet endroit fombre , creux & frais,
Où près de tes tonneaux , pleins d’une liqueur pure
Que tu (avouresà longs traits, De l’air tu peux braver l’injure ;
La Déeffe des bois > la couleur du fâffran ;
Un tragique François ; un Juge Mufulman î
L’Infeâe dont tu dois faire la nourriture i
La peau d’un Boeuf ; une Mefure i
Lt va (è ou Ion mettoit les cendres des Romains ;
De 1 ’or qui dans ton coffre abonde 9
Avare, ce qui doit te relier dans les mains
A ion pacage en l’autre Monde;
Ce que Phcbus forme en fon cours ; ’
Ce que l’on porte au front, (urtout dans les vieux jours ;
En un mot, je peux tout, ayant l’Etre fuprème.
Tu me verras très-peu chez un NéceÆiteux » Je ne parois guère en Carême.
.Leâeur, devine, C tu peux.
DïSCUàMPS , /Auxerre*
To MERCURE DE FRANCE.
-------- ■ - -- - - » -W ■ f
AUTRE.
Il faut trouver dans un feulmot, Arme, Mitre , rime, Marot, Dame, mérite, Hermice, aprêt. Mctier, Ærrti, Martyr, Arrêt, Atôme , Droit, Thème, Morphéc , Terme, mari, Parme & marée.
Par Régnault 9 R. à Vofaillc^
BRUNETTE,
Avec accompagnement de Guitarrc>
(^uand je t’entends, chère Guitarre, Des Inftrumens le plus flatteur, De mes Cens quel charme s’empare !
Quels transports naiflènt dans moncoecr
Si les doigts i'iris font éclore Tes fons touchans, harmonieux ; Le charme eft plus puiflant encore ; Je goûte le plaiGr des Dieux.
MAR S. 1764. 71
Sa voix , l'écho de la rendrefle , Augmente mon enchantement; F longé dans une douce y vrefle, Mes pleurs font ceux du fentimenr.
La Mufiquc efi de M. D'O B ET fils, Organifit < Châteaudnn j Us Paroles de M» R"*t de It nd/nc Villt,
X
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^■2. MERCURE DE FRA.NCE.
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES.
SUITE de la dijfertation hiflorique & critique fur la Vie de Don ISAAC AbaRBANÉ.L , Juif Portugais ; par M. de BOISSY.
^\[oTRE Rabbin reçut un ordre de fe rendre auprès de D. Jean dont les intrigues de fes ennemis avoient conft- dérablenient accru l’animofité à ton égard ; il ne balança point à obéir. Il fe hâta d’arriver à Lisbonne, d’où la privation de fes emplois l’avoit obligé de s’éloigner. Il fut aflez heureux pour apprendre fur la route qu’on en vou- loit à fes jours. On l’avertit que le Roi ne l'attiroit à fa Cour que pour lui tendre un piège dont il étoit de fa prudence de fe garantir. Ces avis croient trop pofitifs pour avoir lieu de douter de ce qui fe tramoit à fon infçu contre lui. Il n’eut rien de plus prefTé que de fe fouflraire par une prompte fuite,
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111 danger qui menacoit fa tête. Il Ce réfugia dans le Royaume de Caftille fans avoir le temps de fe faire accom- pigner de fa femme & d.e fès enfans qui ne l’y vinrent trouver que quelque temps après. Il ufa d une fi grande diligence , que dans l’intervalle d’une nuit a l’autre il gagna les frontières de ce Pays. D. Jean étant inftruitde fon éva- fion entra dans une furieufe colère. Il envoya fur fes traces des foldats pour le lui amener mort ou vif. Mais leurs pourfuites furent inutiles. Abarbanèl les avoir devancés de vîreffe. Ce Roi ne put tirer d’autre vengeance que celle que lui offrit la confifcation de tous les biens & les effets de ce Rabbin qui étaient demeurés en fa puiflànce. Nous devons le détail de routes ces particularités à Abarbanèl lui-même qui déplore fa chute en des termes aufft pathétiques , que ceux dans lefquels il décrit fon élévation font magnifiques. Les tins 8c les autres font un tifTn de diverfes phrafes prifes de l’Ecriture, qu’il adapte & lie à ta contexture de fon difeours en les accommodant au récit des différentes circonftances de fa vie. Cela eft afTez ordinaire aux Auteurs Juifs & principalement au nôtre. Il étoit dans
D
IJ
74 MERCURE DE FRANCE, h quarante-cinquième anne'e de fon âge, quand il quitta le Royaume de Portugal, pour aller s’établir dans celui de C «ftille. Le loifir dont il jouit dans fa retraite, réveilla en lui le goût qu’il avoit eu dans fa première jeuneffe pour l’étude des Livres faints.il reprit le cours de fes travaux fur l’Ecriture, qui avoient fouffert une longue interruption par les occupations qui l’attachoient à la Cour. Il paÏÏJ quelques années à la méditer; 8c fes commentaires fur les livres de Joftré, des Juges 8c de Samttelfiirenx le fruitde l’on application. Cependant l’ambition qui le dominoit toujours, fit encore diveifion à fes veilles laborièu- fes. Il fe laiffa fùrprendre une fécondé fois à l’appàt des honneurs 8c des ri- chefles. La Cour de Ferdinand &C d’/- fabclle lui offrant un va (le champ pour déployer fes talens, il s’y introduifît à h faveur de la Banque qu’il faifoit en Ef- pagne. Animé du d.fïr d’y figurer, il employa toutes les teflburces que put lui fournir l’aftivité de fon génie intrigant pour fe ménager un accès auprès de Leurs Majeftés Catholiques. Comme il étoit habile dans l’art de captiver la bienveillance des Princes, fes follicita- , lions réuffirent au gré de fes fouhaits. I
MAR S. 1764. 75
Ferdinand, le prépofa au manîment de fes finances, &. l’éleva au rang de les Mini'lres. Il eft vraisemblable que ce Monarque agréa les Services A'Abarba* nil plus par politique que par amitié pour lui. Il avoir formé le projet d’exterminer les Maures ; & il ne fè dif II— muloit pas que Ses revenus SuffiSoient 1 peine pour Soutenir les frais de la guerre où il vouloit s’engager. Il Sentit que notre Rabbin à qui l’importance des emplois que celui-ci avoit administrés, donnoit beaucoup de considération & d’autorité parmi les Juifs, pourrait le Servir utilement dans le porte où il le rlaça. Il préfumoit d’obtenir d’eux par Son moyen les Secours pécuniaires dont il avoit beSoin. Abarbanélïui yen- dant huit ans en portertion de la charge dans laquelle il avoit été in Italie. Elle le dédommagea amplement de la perte qu’il avoit faite de fes dignités, & de fes biens en Portugal. Il y amartà dans ce court elpace de temps d’aufTî giands tréfors que ceux qui lui avoient été ravis précédemment. Tout fembloit concourir à l’afFermifTement de Son bonheur , lorfqu’un événement inattendu chargea Subitement ta face de fes affaires. Ferdinand ayant à Son retour de ta Dij
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r.t
76 MERCURE DE FRANCE, conquête du Royaine de Grenade fur les Maures réfolu de charter tous les Juifs habitués dans fes Etats , fit publier au mois de Mars de l’an 1492, un Edit par lequel il leur étoit enjoint d’en fortir dans trois mois à compter du jour de fa publication , ou d’embrafler le Chrif- tianifme. (a) Iln’y eut point d’exception ; l’Ordonnance étant générale > fa rigueur s’ctendoit à tous ceux qui fai- foie nt profeflïon ouverte du Judaifme. Ainfi Abarbanil y malgré le crédit qu’il avoit eu a la Cour jufques-là, ne put fe garantir de l’exil commun. Frappe' du coup terrible qui étoit porté à fa Nation, il mit tout en oeuvre pour le détourner. Il alla fe jetter aux genoux du Roi qu’il tâcha de fléchir par fes prières & par fes larmes ; il le conjura de ne
(a) /4barbanel. profit. Commenter, in LU** Reg.fil. 188. Salon. Ben. Firg» Schebet Je bouda* fol» 44 feu p.jzo ex verfion.Gent.Gtdaliah Schab fchelcth hakkabalah fil. /1;. Mariana (Hifor. Hifpan Lib. XXI1. Cap. /. ) & d'après lui Sponle ( CoarinuaL Annal. EccLf Baron, fubatm, 14^2. n. i.Tcm. 11. pag. 202» ) ont étendu a tef> p ace de quatre mois le terme de Vexpulfion des Juif» L'Hiftorien Ferreras l'a prolongé même jufines & fixiême mois ( Foye [fin Hijloire d'Ffpagne JA part. Tom. FUI. pag. 128» de la tradufliM^ M» <f Hcrmilly. )
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point traiter avec tant d’inhumanité dans hperfonne des Juifs, des Sujets fidèles & zélés pour la gloire de Sa Majefté. Il propofa de leur part de payer toutes les fommes d’argent qu’il lui plairoitd’en exiger. Il l'aflura qu’ils n’heliteroient point à acheter à ce prix la liberté de demeurer dans les lieux de leur naiflance. Il in- téreffa même dans la caufe de fa Nation quelques - uns des plus intimes favoris du Roi, qui gagnés par fes pré- fens intercédèrent pour faire révoquer l'Arrêt qui la baniffoit à perpétuité de l'Efpagne ; mais toutes ces tenratives furent infruâueufés. Ferdinand fut inébranlable dans fa refolution. La Reine Ion Epoufe à qui ce Peuple étoit fou- verainement odieux, rravailloit de fon côté à l’y affermir. Elle le preffoit continuellement d’exécuter avec vigueur ce qu’il avoit heureufement commencé. Abarbanél fe vit forcé de céder à la violence de l’orage qui accabla fa Nation. Confiant dans les principes de fa Religion , il aima mieux partager le fort miférable de ceux d’entre fes Frères qui, à fon exemple, refuferentd’abjurer leur croyance , que de conferver fa place à la Cour de Callille aux dépens de là confcience. Bariolocci prend occa- D iij
78 MERCURE DE FRANCE, lion d’éclater encore en reproches contre notre Rabbin qu’il taxe de s’y être aufïi mal conduit , qu’à celle de Portugal. Il veut qu'Abarbanél ait contribué pius que perfonne à ce banifïement des Juifspar la tyrannie qu’il exerçoit envers les pauvres , par Tes ufures excefTives, paria vanité infupportable qui lui faifoit ufurper les titres qui ne font dus qu’aux maiiôns nobles d’Efpagne , enfin par Tes difeours injurieux à la Religion Chrétienne dont il étoit l’ennemi déclaré. S’il falloit juger de ce Rabbin fur la dépofition inconteftablementtiop fufpeéte dun homme qui fe plaît à le noircir, on ne pourroit le regarder que comme un franc fcélérat qui i’acri- fioit tout à une ambition démefuréc, 8c à une infâme cupidité.N’eft-ce pas montrer évidemment l'effet de la pafïîon la plus méprifable , que de s’abandonner à des accufations de cette nature fans avoir des preuves pofitives de ce qu'on avance. Je ne crains pas de dire que c’eil précifément là le cas de lïario- locci qui dans l’énonciation de ces prétendus griefs , qu’une imagination aufïi fortement préoccupée que la fienne étoit feule capable de réalifer, a plus confulté fa haine particulière que
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les intérêts de la vérité. C'eft pourquoi on ne doit pas avoir égard à Ces déclamations monachalcs. Abarbanil s’embarqua avec toute fa famille pour l’Italie , 8c aborda à Naples, ( b ) où .Ferdinand^ bâtard régnoit alors. Il eut le bonheur d’être bien accueilli de ce Prince , à la Cour duquel il s’infinua par les mêmes voies qui l’avoient mis en crédit à celles de Portugal 8c de Caftille. Comme Ferdinand, fe piquoit d’une politique raffinée , il fçut en adroit courtifan fe faire valoir auprès de lui par les connoiiïànces qu'il avoit été à portée d*y acquérir en ce genre. Ce Monarque le prit en affeâion , & l’employa avantageusement dans les affaires les plus fecrètes 8c les plus difficiles du Gouvernement. La mort ayant enlevé Ferdinand peu de temps après qu‘Abarbanil fe fut établi dans fa Capitale, Alphonfe II- de ce nom lui fuccèda l’an 1494. Noue Rabbin eut également part aux bonnes grâces de ce dernier à qui fes fervieçs ne furent pas moins agréables , qu’ils l’a- voient été à fon prédéceffieùr. 11 re- cueilloit tranquillement le fruit de fa •■ ( b) j4barb.in. loco fuprq citato fr pif fit. Co’n- tnentar, in Libr. Dcuteronom.
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80 MERCURE DE FRANCE, faveur, lorfque la fortune qui n’e'toit pas encore lafTe de le perfécurer lui préparait tin nouveau fujet d’affli&ion. On auroit dit qu’elle ne fe plaifoit jamais plus à lui nuire , qu’au moment qu’elle paroifloit le favorifer davantage. Charles VIII. Roi de France entreprit la conquête du Royaume de Naples, auquel il prétendoit en confé- qucnce des -droits fur ce Pays que Charles Comte du Maine héritier de René d’Anjou avoir cédés à Louis XI. Il y entra à la tête d’une Armée nom- bretife &. s’empara des principales places fans trouver aucune réfillance. Alphonfe concerné de la rapidité du progrès de fes Armes , 8c ne fe Tentant point allez fort pour s’y oppofer,abandonna Naples à la difcrétion du vainqueur. Il s’enfuit en Sicile, où le fuivit Abarbanél qui demeura fidèle à fon Prince ,au milieu des revers qui le dé- pouilloient de fes états & de fes richef- fes. Ils firent Pun & l’autre leur réfiden- ce à Melfine. Nicolas Antonio s’eft mépris en marquant dans l’appendice de fa Bibliothèque d’Efpagne , que notre Rabbin fit le trajet de la Sicile .avec Ferdinand qui avoit été déthrôné
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par les François, (c) Cela regarde uniquement Alphonfc ; le premier de ces Monarques ayant ceffe de vivre un an avant l’arrivée de Charles en Italie. Alphonfe ne furvécut que de quelques mois à la perte de fa Couronne. Succombant fous le poids de fes malheurs, il mourut l’an 149$. Abarbanél qu’aucun motif ne retenoit plus dans cette Ille fe retira à Corfou , où il ne s’arrêta pas longtemps ; car il repaffù, l’année fuivante en Italie. II fixa fon domicile à Monopoli dans la Pouille pour être à couvert des infultes des François , dans la retraite qu’elle lui offrit. Il composa divers écrits pendant fon féjour en cette Ville,où il relia environ feptans. ( d.) Il eut enliiiteocca- lion d’aller à Venife ,ou l'on Fils.Jfr/ipà l’accompagna , pour concilier quelques différends lurvenus entre les Magiftrats de cette République , & le Roi de Portugal au fujet du commerce des Epiceries, (e) Il fe conduisit avec beaucoup de prudence & d’habilité dans cet-
C c ) Nicol. Anton. Biblioth. Hifpan. Ap~ pend. Tom. IL pag. 6ÿ6.
( d ) ride prajaifon. L Libri ijucm Abarbantf dnfciipjît Maaïanei Jefchouah fol. j.
(e; Ibidem fol. 4.
Dy
81 MERCURE DE FRANCE.
te négociation qu’il termina au grédej Puiffances qui y étoient intéreflees : ce qui le mit auprès d’elles en grande repu- tation. ( e ) AulTî eut-il la fatisfadion d'en acquérir l’eftime 8c la faveur. Il acheva le relie de lès jours en cette Ville qui fut le terme de fes voyages, 8c mourut l’an i$o8. dans la 71e. année de fon âge. Tel fut le cours d’une vie marquée alternativement par des ho nnetirs éclatansScpar une longue fuite de difgraces ; 8c c’ell prèfque toujours là le fort qu’cprouvent ceux qui, comme Abarbanél, ambitionnant trop la poflelfion des dignités 8c des richelfes, s’attachent au fervice des Grands dans l’efpérance de fe 1a procurer. Les Principaux des Juifs célébrèrent avec beaucoup de pompe fes funérailles, auxquelles afliflérent même plufieurs Nobles Vénitiens. On tranfporta fon corps à Padoue , & on l’enterra dans un ancien cimetière qui étoit hors de la Ville > 8c qui appartenoit aux Juifs. R. Juda Men^ qui avoit été Reéteur de leur Académie , y fut placé auprès de fon ami Abarbanél, auquel il ne furvécut pas huit jours. Ce cimetière ayant été en-
(f) Menaffib Ben. Ifrael. Spci Ifrael. ptg-
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ti'erement ruiné pendant le Siège que cette Ville fouffrit en 1 $09 , devint depuis un chemin pavé ; de forte qu’on ne peut plus reconnoître aftuellement le lieu de la Sépulture de ces deux Rabbins. ( g ) Abarbanél trois Fils Ju- da, Jofeph &c. Samuel. L’aîné vulgairement connu fous le nom de Leon l’He- breu, Auteur des Dialogues de 1.4- mour, a été grand Philofophe & ha- bile Médecin. Il s’eft encore diftingué par fon talent pour la Poëfie , & il a fait plufieurs Vers à la gloire de celui à qui il devoir le jour. Jofeph partagea la bonne & la mauvaife fortune de fon Père jufqucs à fa mort Samuel le plus jeune des fes Frères pafTe pour avoir été plus fçavant qu’eux & même qu’yï- barbanél fon Père , s’il en faut croire Bartolocci qui me paroît avancer ce fut bien gratuitement. (A) Au moins c elt ce que ne difent poiht dtux d’entre les Ecrivains Juifs qui font entrés dans quelque détail fur ce qui concerne notre Rabbin fa famille. Aboab vante à la ve'rité le fçavoir de Samuel. ( i) Mais
( ç ) Prafatio i. Maaianci JtfchouaJi fol. 4 ( h } Bartolocci Bibl. Babb. r. III. pa$. 881» (i) Jn, A boa b Nomologia P. II. cap, zf. pag. 3*7*
Dvj
?4 MERCURE DE FRANCE.
il n’attribue au Fils aucune fupériorité fur le Père à cet égard. D’ailleurs nous n’avons du premier aucun ouvrage qui juftifîe l’opinion , que Bartolocci vou- ilroit qu’on en prît. Il ne l’a probablement eue qu’en faveur du Chriftia- nifme qu’on prétend que ce Juifem- brafla à Férrare, où il reçut au Baptême •le nom d’Alphonfe qui étoit celui du Duc qui lui fit l’honneur d’être fon Parrain. La requête qu’il préfenta à ce ce fujèt fous le Pontificat de Jules III, au Cardinal Sirlet Protecteur des Néophytes , fè conferve manufcrite dans 1a Bibliothèque du Vatican. ( k ) Cependant le filence profond c\\i’Aboab garde fur la converfion de Samuel, fait douter de fa publicité dans tous les lieux où les Juifs font dilperfés ; à moins qu’on ne croye qu’il l’a diflimulée de deffein -prémédite. Mais il eft plus vraifembla- ble, qu’elle n’eft point venue à fa con- ■noifTance , à en juger par les grands •éloges qu’il prodigue à ce Fils Abarba- nèl. Il leslui eût donnés avec plus de réfer» ve , fi en effet il eûtfçu que celui-ci avoir abjuré la Religion de fes Pères, il'n’arrive guères aux Tuifs de parler favorable-
( k ) Vuie ■Catalcg. Biblii)tliet Vatican fub. o* ^4’h Pag-
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ment de leurs Apoftats,dont au contraire ils s'efforcent de flétrir la mémoire , quelque irréprochable qu’elle put être. Aboab nous apprend que la femme que Samuel Abarbancl avoir époufee > ne lui cédoic pas en-mérite. Elle s’appelloit Bcnvenida de fon nom de famille , & elle réunifient aux vertus de fon féxe les avantages de l’efprit, qui étoient encore relevés par beaucoup de prudence, de grandeur & de fermeté d’àme. D. Pedrc de Tolède Vice-Roi de Naples, auprès de qui Samuel fut fort en crédit, conçut pour elle une eftimefi particulière., qu’il ne balança point à confier à les foins l’éducation de fà Fille Leonor. Aboab ajoure que celle • ci ayant été depuis mariée à Corne de Mèdicis Grand-Duc de Tofcane , faifoit gloire en toute occafion de régler fa conduite fur les inftruftions qu’elle avoit reçues dans fon enfance de D. Benvenida qui de- meuroit alors à Ferrare. Aufil ne dé- daignoit-elle pas de la nommer fa Me- re , la refpeéfant comme telle , & la traitant avec toutes fortes de dif- tinélions. (Z) Ces circonflances dénotent a fie z que Samuel Abarbanèl 8c
( 1 ) Aboab loco fuprà cil au.
86 MERCURE DE FRANCE, fà femme avoient dès-lors une difpofi- tion. prochaine à fe faire Chrétiens; n’étant guères croyable , que le Vice- Roi fe fut avifé de donner à fa Fille une Gouvernante qui eut perféveré dans fon attachement à une Religion différente de la fienne. Notre Samuel étoit puifïammenr riche, & quand il abandohna le féjour deNaples l'an 1540, il emporta avec foi > au rapport de David Gant^ la valeur.de plus deux cens mille écus. ( m ) La famille des A- barbantls fubfïftoit encore avec quelque éclat du temps de Daniel Levi de Jiarrios , qui compte un Jofeph Abar* banél avec Mena [Jeh fon Frère & Jo~ nas Fils du dernier , au nombre des membres de l'Ecole Espagnole ? que les Juifs ont à Amflerdam' fous le nom de Cether Thorah. ( n )
' - Après avoir vu notre IJdac fe produire dans les Cours des Princes par fes talens politiques , qui l'y firent revêtir d’emplois importans, nous allons le confidérer en qualité d’Ecrivain
( m ) R. David G an? Zcmich David ad ana. pag. 1 f2. exverfion. Latin. G.
(n) Dan. Lev. de Banios Dcfcriph Cether Thorah. pag. g. Vide Chfi/l. Wolf. Biblioth* Hcbra. Tout. 111. pag. 544.
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qui s’eG rendu célébré par les productions de fa plutne. Elles lui ont mérité un des premiers rangs parmi les Docteurs de fa Nation. AufTi les Juifs s’empreflent-ils à lui déférer le titre d’homme Illuftre , de fçavant & d’incomparable Théologien. ( o ).On l’égale au fameux Maimonide. Quelques-uns même n’héfitent point à le lui préférer. On doit convenir qu’à un efprit net & pénétrant, il joignoit une imagination vive & féconde qui étoit fou- tenue d’une élocution abondante & aifée. Né naturellement laborieux , il fe livroit à l’étude avec une ardeur infatigable. il eli étonnant même qu’un homme dont la vie a été alternativement engagée dans le tumulte du grand monde , dans l’embarras des affaires & dans les chagrins de l’éxil, ait encore pù trouver le temps de s’y appliquer. 11 écris oit avec une fi grande facilité que peu de jours lui fufiifùient pour commenter quelques Livres de l’Écri»
( o ) Salom. Ben Virg. Schçbet JehouJahfol.n, f<u 319 tx veifion. G cru, >1 {arias Mivr Enaiimfol. 139. Dav. Gan{. Zcmaçh David. P. I.jol.6t. Bdit Hcbr.feu pag. 1 ;o. ex Vcrf Pbrfi. Menaffch. Btn tjiael Je enation. Problem. 1, page 2. & Pio-% hem. XII. page jo, Aboab. Nomolog. pag. 326.
ES MERCURE DE FRANCE, tore Sainte. De-là cette multitude d’ouvrages qu’il a compofés. ( p ) M. Mains a pris foin de recueillir à la fuite de l’abrégé de la vie qu’il a donné de ce Rabbin , les Jugemens que les Sçavans de diverfes Communions en ont portés. ( </) Ils lui font généralement afTez favorables , furtout en ce qui concerne l’explication du Texte Sacré: c’eft aufïi dans cette partie qu’il s’eft principalementdiftingué. Ses Commentaires font farts contredit ce qu’il a fait de plus confidérable ; & il paffè avec raifon pour un des meilleurs interprètes Juifs. M. Simon veut que ce foie celui dont on peut le plus profiter
(p) Bartolocci ( Biblioth. Rabbin. P. IIL
pagg. ) A/. Bibiioth. Hebra. Tom,
J. pagg. 62$ , 639. ) ont donné la notice des Ouvrages de notre Rabin , à laquelle ils ont joint le dénombrement des differentes Editions qui s'en font faites. A leur exemple f en ai drejfé le Catalogue qui aurait paru à la fuite de la vie (T Abar* banel, fi je netois perfuadé que les détails qui réfultent de ce genre de travail ne font guères de la compétence du Mercure. Ce/l pourquoi je le fupprime ici , & je lui réferve une place plus convenable.
(q) Videpag. 20 & feqq. Vita Abarbanehs fubjun&a Prxconi Salutis quem K. C. Latine ver- fit. 6* Brancof ad mveri. 1712, cdtdù*
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four l’intelligence de l’Ecriture. ( r ) Sa Méthode ell à quelques égards fembla- ble a celle de Tojfar ,de qui il paroît avoir lù les Commentaires fur la Bible. Il forme , comme cet Evêque Efpa- gnol, plufieurs queftions fur le Texte quil explique. Il déployé d’ordinaire beaucoup de fagacité dans la manière de les réfoudre. Cependant nous ne difconviendrons pas qu’il ne fe foit trop plu à les multiplier. Il y en a quelques-unes qui bien loin d’être de là moindre utilité, ne font propres qu'à embarafTer l’efprit des Lecteurs par les doutes qu’elles y font naître. Il apporté toute fort application à éclaircir les en* droits difficiles 8c obfcurs des Livres Saints, à découvrir la liaifon èc les rapports des Hiftoires & des Prophéties qu’ils contiennent , & à marquer la lignification , & la force des mots Hébreux. Il s’écarte rarement du fens Grammatical. Il ne lui arrive guère* non plus d’abandonner le fens littéral I auquel il eft fort attaché. Il s’efforce même de l’établir dans des occafions , A
|ou la plupart des Rabbins qui l’ont [précédé fe foht retranchés dans l’AI* I r ) Simon* Hi[lo. Criti^ du V\ Teflamv Li l-W. Oiap, 6. page j8Q«
•o MERCURE DE FRANCE, légorie , pour n'avoir pu trouver une interprétation conforme à la Lettre du Texte de l’Auteur infpirê. Il pêche quelquefois par trop de fubtilité , qui le porte à raffiner fur l’explication des autres Commentateurs de fa Nation. Quelque refpeft qu’il ait pour l’autorité de fes Maîtres dont il rapporte fié- quemment les opinions , elle ne lui impofe point jufques à les admettre 4ans un mûr examen. Il les appuie ou les combat, félon qu’elles lui femblent Vraies ou fauflès. Le plagiat dont quelques-uns d’entre eux font coupables,& les autres fautes qu’ils peuvent avoir commifes n’échappent point a fa cen» fure. Il propofe fon fentinient avec une entière liberté,&il eR fertile en conjeâw- res qu’il hafarde trop volontiers. Enfin il étale dans tout ce qu’il dit une grande érudition Juive. Celle même qui $'*£•■ quiert par la leéhire des Auteurs pro- fanes ou Chrétiens , n'eft pas pour lui un objet tout-à-fait étranger. Il cite Couvent Platon Ârifiate. Il difpute furtout oontre le dernier de ccs Phi- lofophes fécond en paradoxes qui favo- rifent l’irréligion. Le P. Souciet croit AYOg remarque des paflagçs teflinc :
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produits par notre Rabbin . ( r ) Mais c’eft une obfervation que noir ne pré-, tendons point garantir. Abarbanêl allègue en divers endroits de les Commentaires 5. Jerome 8c S. Auguflin , fuit qu’il eût feuilleté quelques écrits de ces Pères, ou ce qui eft plus yrai- femblable , qu’il tînt ce qu’il en rapporte, de Nicolas Lyre 8c de Raid de Bttrpos , dont il avoir lu les annotations fur l’Ecriture. Il ne fait aucune difficulté de fuivre quelques-unes de leurs explications , 8c il réfute celles qui ne s’accordent point avec fes préjuges. Au relie ces allégations fuppofent qu’il avoir quelque teinture de la langue Latine. Fier des connoj(T.inces qu’il avoir puifées dans la Philofophie minutieufe qui régnnit de fon temps , 8c qu’il entendoit allez bien , il afFvdç décharger de raifonnemens Métaphyfi- ques les difeuflions où il entre. ï)e;là leur prolixité qui rebute autant au’elle ennuie. Aulîi fon ftyle qui a d’ailleurs le mérite de la pureté 8c de la clarté » ell infiniment diffus , &c abonde ery répétitions fallidieufcs. C’eft probable-? ment pour cela que Jonas Salvador
(s) Stuciet Recueil de Piffirtat. Ctùiq* fur la endroits difficiles de CEcriture Suinte, pag 4.
<}Z MERCÜRE DE FRANCE.
Juif de Pignerol, avec qui M. Simon étoit en relation, avoit coùtume de l’appeller un pur compilateur & un babillard. ( t ) Il fe montre par-tout zélé défendeur des Dogmes , & des pratiques de fa Religion. Son entêtement pour les prétendues prérogatives de fa Nation lui a fait adopter mille idées chime'riques & extravagantes fur ce qui peut y avoir rapport. Mais le défaut le plus eflentiel qui choque dans fes Commentaires & dans fes Traités Théologiques, c’eft fon acharnement à y invectiver contre le Chrif- tianifme , & contre fon divin Inftitu- teur. Toutes les fois que l’occafion fe préfente d’en attaquer les principes , il la faifit avidement, fans garder aucune mefure. S’il ne difïîmule pas dans fes controverfcs avec les Chrétiens les railons fur lefquelles ceux-ci fondent fa vérité de leur créance , il les énerve autant qu’il lui efl poffible,& il tronque leurs objections contre le Judaifme pour y répondre avec plus de facilité. Les Juifs font perfuadés qu’il les i l ruinées de fond en comble. Il leur efl libre de fe repaître de ce triomphe
( r ) Simon, Lcttrct Choisis Tom, III. p“S ^' Sdit. df la Marti,
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imaginaire. Ce qu’il y a de certain, c’eit que&les efforts & Abarbanél fervent à prouver la foibleffe de fa caufe. Ce qui fait le plus de peine à Bartolocci* ce font les termes outrageans & injurieux «dans lefquels il parle du Pape & du Clergé. Il eft fans doute indigne d’un homme railônnable de fe livrer à des emportemens qui dégradent fort caractère. Nous ne voulons point jufti- fier Abarbanél fur ce point. Cependant à juger des chofes humainement, on ne doit pas s’étonner qu’il en ait fi mal ufé a l’égard du Clergé. Il fçavoit que c'étoit par fes brigues & par fon crédit , qu’il avoit été dépouillé des dignités & des richefles qu’il avoit poffédées à la Cour de Portugal. 11 n’ignoroit pas non plus que le banniffement général de fa Nation de tous les Etats de D. Ferdinand, & de D. Jean, étoit l’effet de fes preffantes follicitations auprès de ces Princes. Il lui imputoit donc tous les malheurs dans lefquels cet exil l’avoit précipité , ainfi que fes Frères. La haine implacable qu’il nour- ridoit au fond du coeur contre les Mi- nidres de l’Eglife Romaine avoit confé- quemment fa lource dans un motif perfonnel. Penfe-t-on qu un Juif que
94 MERCURE DE FRANCE.
les préjugés de fa religion avoient accoutumé dès l’enfance à regarder de mauvais ail celle qui s’eft établie furies mines de la fienne , ait été capable d’avoir des ménagemens envers des gens qui avoient foulevé les Puiflances contre faNation.Les chagrins qu’il avoit éprouvés dans le cours 8c à la fuite de ces révolutions fi funeftes à fon ambition , n’avoient pas peu contribué à aigrir fon humeur. Ayant réfolu de fe venger par qutique voie que ce fût de ceux qui les lui avoient fufcités ; il n’a cru pouvoir mieux fignalcr fon averfion , qu’en les diffamant dans fes écrits qui portent prèfque tous l’empreinte des traits de fa colère & de Ion indignation. Il n’auroit pas dû laillèr prendre un fi fort empire au reflentiment, que lui caufoit le fouvenir des perfécib tions que fes Frères avoient fouffertes, & auxquelles il n’avoit pas eu une médiocre part. Si les mouvemens impétueux de fil bile n’euflènt point offufqué les facultés de fon àme , il àuroit reconnu qu’il y a de l’injuftice à médire d’une Religion , à caufe des abus qu’en peuvent faire ceux qui la profelTent , & des excès auxquels les emportent l’intolérance £< l’efprit de
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domination. Mais on n’eil équitable qu’autant qu’on agit fins paflion. Cette conduite fi rare parmi les perfonnes qui fe parent du beau nom de Philofb- phes , l’eft encore plus parmi les Théologiens. Il fuffit qu’ils foient de difterens partis pour les voir fe décrier les uns les autres avec fureur; l’on fçait allez que la modération n’eil guères le partage de ces Meilleurs , quoique par état ils dulïent en donner l’exemple au refie des hommes. Si Bartolocci fe plaint de ce que les Juifs font dans l'habitude de remplir les Livres qu’ils publient d’inveétives contre les Chrétiens, ces derniers & lui en particulier ufent largement à leur tour du droit de repréfailies,a l’égard des membres de la Synagogue. Encore font-ils moins ex- cufables ; puifque l’Evangile qui recommande les devoirs de la charité même envers lès ennemis , leur défend ex- prelTément de rendre injures pour injures. C’eft un précépte qu’il feroit à propos que bien des gens euflent devant les yeux. On ne verroit pas tant de libelles diffamatoires fe répandre hardiment dans le Public.
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Lettre de M. LE BrvN , Secrétai» des Commandemens de S. Al. S. Monseigneur le PRINCE DE CONTY, à M. DE LA Place , fur la nouvelle Edition des OEuvres de AI. de Sivri, imprimées che^ Barbou , d'un très-joli caractère, & qui Je vendent cAe^Panc- koucke, Libraire, rue & à coté de la Comédie Françoije.
Jl FAUT convenir, Monfieur, que dans la foule de nos Brochures littéraires, il en eft bien peu qui foient faites pour honorer longtemps notre Littérature. La raifort en eft limple ; c’eft qu’il en eft peu où régne ce goût précieux de la dofte Antiquité, qui feul peut rendre un Ou' vrage immortel. Il eft plus facile de mé- prifer les Anciens que de les atteindre : c’eft le parti le plus commode que prennent la plupart de nos jeunes Auteurs. Selon eux , il ne s’agit plus d’étudier profondément Ton art; mais de le faire une cabale qui vous fuppofe des talens, & vous di penfe d’en avoir. Plus jaloux de
ravir des applaudiftcmens
des
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des fuffrages, ils préfèrent les lueurs d’une célébrité paffàgère à l’éclat d’un nom vraiment durable. De-là ce flux & ce reflux de petites réputations précoces qui fe croifc-nt, fe choquent & s’effacent fans retour : de-là ces moiiflres dramatiques prèfque honteux de leurs fuccès énormes, ces Tragédies pantomimes où le tumulte des fcënes , l’appareil des décorations, le preftige des Acteurs remplacent, à ce qu’on croit, la Poëfie, l'intérêt &c le Sentiment.
De là ces Comédies ambiguës où le rire & les pleurs fe rendent mutuéüc- nient ridicules ; ces Odes fans feu, fans verve , fans ftyle, fans génie, qui fe- roient bâiller Horace & Malherbe ; ces Romans fans idées, fans caractères, fans vraifemblance & fans fin ; ce déluge d’Héroïdes faftidieufes qui font les premiers bégayemens de nos jeunes Poètes : enfin ces rames de Feuilles prétendues critiques, où la baffe envie rè mêle à la plus lourde ignorance.
Eh! qu-J temps fut jamais plus fertile en fots Livres ?
La leéture des OEuvres de M. de Sivri vous convaincra, Monfieur, qu’au moins E
98 MERCURE DE FRANCE, ce jeune Auteur a marché dans les bonnes routes. Amoureux des Anciens & de la belle Nature, il a cru que les admirer 8c les fuivre, c’étoit pouvoir prétendre à quelques fuccès. Sur de la bonté de ces principes, il déclare généreufement qu’il n’implore point fes Lecteurs. Si je mérite , dit-il, leurs fitffrages , ils me les accorderont , fût-ce malgré eux. Si j'en fuis indigne, en vain obtiendrois-je pour un infant leurs éloges ; les conjures de la Poûérité fçauroient un jour me remettre i ma place. .. . Quiconque eft dans le cas de mendier la faveur, d'es-lors même n'en mérite aucune. C’eft ainfi que l’Auteut parle dans Ton Avant-propos. Vous m’avouerez , Monfieur, qu’un Livre qui s’annonce avec cette noble vigueur mérite quclqu’attention.
Briféïs , première Tragédie de l’Auteur , fe prefente à la tête du Recueil Elle fut jouée en 175g , & reçut de juftes applaudiffemens. On y trouva de la chaleur dans les fentimens , de la noblefle dans les caradères, de la rapidité dans le dialogue, & quelque chofe de ce tour Racinien qui diftinguera toujours M. de Sivri de fes rivaux dans la carrière tragique. Le quatrième Aile fur-tout offre de très-beaux momens.
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Que pouvoit-on defirer de plus dans un fi jeune Auteur?Quelle audace que d’em- brafler prèfque toute l’Iliade dans une feule Tragédie ! Le plan ell hardi, vafte, & trop valle peut -être. Il était à craindre d'effleurer ce qu’/fomère approfondit, & de raccourcir trop les grands objets de l’Iliade. Mais avec quelle adrefTe le jeune Auteur a fçu les réunir par un trait d’invention qui feul met en jeu tous fes ca- ra&ères ! Peut-être quelques perfonnés s’étonnèrent-elles de voir Priam fi longtemps en fcène avec Achille , &. difcuter des intérêts politiques avec le meurtrier de fes fils. Audi Homtre ne le conduit dans la tente & Achille, que pour redemander les reftes du malheureux Heclor. Scène touchante & pathétique , que M. de Sivri n’a pas manquée dans fon cinquième Aéte. C’eft-là qu’il met dans la bouche de Priam ces beaux vers d’imprécation, dont le modèle eft dans Homère, & que tous les Poètes , Catulle, Virgile, le Tajfe, &c , fe font fait gloire d’imiter. Comme ces objets de comparaifon fervent aux progrès du goût, il ne fera pas inutile de les rapprocher fous les yeux du Leûeur. Dans Catulle, Ariane dit à fon parjure Thé fcc : uanam te eenuit Cola Pub ru ne Leana ?
ICO MERCURE DE FRANCE.
(juod marc conceptum (pumantibus expuit undis?
,(£uæ Syrtis, quce Scylla. rapax , quai vafia Cka- . rybdis ,
Talia, qui reddis pro dtdci premia, vira ?
Vers 11 énergiques & fi beaux que P7r- gile même, qui les avoit fous les yeux, n'a pu les égaler par ceux-ci que prononce Didon, au quatrième Livre de l'Enéide.
<$ïeC tiii diva parcns genuir , ncc'Dardanus aufar Perfide, fed duris genuit te cautibus horrens ■Caucafus , Hircanceque admorunt ubera tigres.
I • a
Voici maintenant l’imprécation que M. de Sivri met dans la bouche de Priant contre le barbare Achille, qui vient d’immoler Hector , & de le traîner à fon char.
Toi, le (ang de Pelée, ou celui de Thétis ! Opprobre des Héros, non tu n’es point leur fais* I.e flambeau de la Rage cclaira ta naitfance, La Haine te re^ut des mains de la Vengeance; les flancs del’Hydre affreule, ou le Sïyx en fureur Te vomirent au jour, pour en être l’horreur.
O mcnftre !
Combien ces beaux vers, pleins de chaleur , de force & de Poëfie, font-ils fu-
MARS. 1764. 101
périeurs à ceux d’une autre Tragédie : Non, tu n'es pas le fang des Héros ni des Dieux : Au milieu des rochers > tu reçus la naiifance ; Une horrible lionne allaita ton enfance,
Et tu n’as rien d’humain, &c.
Mais que fera-ce fi î*ori compare à cet heureux morceau de l’Auteur deBrifeïs, cet endroit d’une Héroïde aflTez récente, où l’on a cru traduire le Tajfie de cette manière ?
Non, tu n’es point le fils de la belle Sophie ; Non, ne te vante point de lui devoir la vie. Le Caucafe, au milieu des neiges, des glaçons , Te conçue dans la nuit de lès antres profonds.
H v a la même différence entre ces vers
✓
8c ceux de M. Sivrt, qu’entre la Phedre de Pradon üc celle de diacine.
Je ne dirai qu’un mot de au
petit nombre, ou Procès de la multitude qui fer: de Préface à Cette Brochure
parut vive. On la taxa de nouveauté audacieufe; faute de fçavoir que tous* les grands Hommes avoient dit & pen- fé la même choie. En effet , ce n’eit qu’un fidèle commentaire de cette pen-
A? te ut mirctûr tutba laborej*'
J01 MERCURE DE FRANCE, de forte qu’on ne peut blâmer V Appel au petit nombre, fans blâmer aulfi les ver< à’Horace. L’alternative ell emba- ralTante.
Vous fçavez , Moniteur , le deftin à’Ajax', mais vous fçavez auffi qu’une Pièce bien écrite ne tombe jamais, du moins aux yeux de quiconque fiait lire, Ajax même en eft la preuve. Il eft certain que le filence du cabinet vangera M. de Sivri des tumultes du Parterre. Les gens de goit reconnoiffent dans ce Drame, de vraies beautés.Efiher n’eft point théâtrale a notre égard ; il fe pourroic bien qu’aux fût dans le même cas qu’E/ZAer.
La difpute des armes à'Achille , fujet que la Grèce entière eût applaudi, n’ell peut être pas allez intéreflante pour des I rançois frivoles & légers ; peut - être aulfi le rôle de Penthéfilèe ne s’offre-t-il p3< dans un jour alfez. favorable. C'ell par une févérité de goût bien rare dans un jeune Auteur, que M. de Sivri s’elt défendu le rôle de Memnon, qui né- celTairement auroit produit des fituations très-vives,& qui lin tout eût mis en jeu le caractère de Penthéfilèe. Mais il craignit de trop détourner du principal objet. xiaU/xt s cil pourtant permis le tôle
MARS. 1764. toj d'Eriphïle dans Ton Iphigénie en Au- lide ; & » fans ce caradère épifodique , fa Tragédie, plus corrode en effet, eût manqué à la première des régies, qui cil celle de plaire. Il faut être jufte : le rôle d'UlyjJe danc-Ajax efl un des plus beaux peut-être que nous ayons au Théâtre.
jlglaé, petite Pièce en un Ade, dans le genre gracieux, efl ingénieufe 8c touchante. On lit à la tête cette heureuf« Epigraphe, imitée de Térence.
S’il e(t quelqu’un qui cherche à fatisfaire L'homme éclairé , non l’aveugle vulgaire. Je le tiens Page ; & je veux aujourd'hui, Pour le vrai goût, me liguer avec lui.
Je ne dirai rien de la Tradtidion de pluGeurs Poètes Grecs , .Anacréon , Sa- pho , Bion , Mcfchus , Tyrthée , &c. dont M. de Sivri nous donne une fécondé Edition dans ce Recueil. Ces d;l- férens morceaux font déjà connus avan- tageufement du Public. L’Auteur fçait mieux que perfonne combien il qjoit difficile, & même impoffible, de rendre toutes les grâces, les délicatèffes, & les faillies ingénues d’un Poète tel qu’/tf- nacréon. Ce qu’on peut affurer, fans crainte d’être contredit, c’eft que la E iv
104 MERCURE DE FRANCE. Traduôion de M. de Sivri eft infiniment fupérieure à toutes celles qui l’ont précédée. Tel eft, Moniteur, cet eftimable R ccueil, qui mérite certainement de tenir une place diftinguée dans la Bibliothèque des Gens de goût.
J’ai l’honneur d’être, &c.
Ecole de Littérature, tirée des meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez BabutyJîZr, Libraire, quai des Au gu fins,entre les rues Cit-le-coeur & Pavée, à l’Etoile,& che^ Brocas 6* Humblot, rue S. Jacq. au-de fus de la rue des Mathurins, au Chef S. Jean ; avec approbation i? privilège du Roi, deux vol. in-tz très- bien exécutés quant à la partie typographique : beau papier, beaux caractères. Prix, z liv. 10 f. chaque volume > & 3 Hv. relié ; ou 3 liv. les deux vclffrncs brochés, & 6 liv. reliés.
Nous n’avions encore aucun Cours complet de Belles-Lettres; aucun qui renfermât des Régies pour compofer des
MARS. 1764, io5
Ouvrages dans tous les genres de Littérature. Nous n’en avions point dont les Auteurs, joignant la pratique à la théorie, eufl'ent fourni à la fois les modèles & les préceptes. Enfin , ceux qui nous ont donné jufqu’ici des Règles & des Principes, n’ont pas toujours été de ccs hommes de génie, dont les lumières ont éclairé leur fiéde & honoré leur Nation. Un Livre qui raflembleroit tous ces avantages ; un Recueil qui con- uendroir autant de Traités particuliers, qu’il y a de difFérens Ouvrages dans toutes les langues ; qui feroit compofé par les Ecrivains les plus dillingués , & dont les préceptes auroient été confirmés par des chefs-d’oeuvre de l’art, feroit fans contredit la colleétion la plus utile pour 1 les gens du monde , & la plus néceffaire aux gens de Lettres. Les uns y puife- roient des règles fùres pour juger avec Intelligence de toutes fortes d’Ouviages ; les autres pour les compofer avec goût : k c’eft ce que nous croyons que l’on trouvera dans cette nouvelle Ecole de Littérature , comme nous allons le foire voir.
Nous avons dit d’abord qu’elle contient des préceptes pour tous les genres ; ’Jne lifte des articles renfermés dans ces
io6 MERCURE DE FRANCE, deux volumes, indiquera au premier coup d’oeil, 1a multitude des objets qui entrent dans cette collection. La première partie, qui comprend l’ait d’écrire en général, traite de ta figntfication ,du choix &. de l'arrangement des mots ; des des/ynorzz/zzcj , des tropes , des figura, de l'éloquence , du ftyle & du goût. La fécondé partie traite des règles particulières de chaque genre de Littérature en profe Sc en vers ; tels que les Lettres, le Dialogue, la Critique , les Journaux, les Romans , V Uiflaire , le D if cours oratoire 9 les Sermons, le Panégyrique, X'Oraifon funèbre , V Eloquence du Bar» reatt, V Art de traduire ; la Poefie en général , ta Vérfifitation , \'Epopée, la Tragédie, la Comédie, le Comique larmoyant, le Comique bourgeois , ['Opéra , V Optra- Comique , ta Parodie, la Farce , 1a Parade , VEglogue , la Fable, l’O^Ze, la Chanfon , ta Cantate , V Elégie , la Satyre , YEpttre , le Poème didactique, VEpithalame, les Stances, V Enigme Logogryphe , F.pigramme , ta Devife, les autres petits Poèmes, jufqu’à 17/rJ- cription & VImpromptu. Voilà donc , comme nous l’avons dit, des Traités fur tous les genres. Ces Traités ont été fournis par des Auteurs célébrés, qui ontfçu
MAR S. 1764. 107
joindre à la fcience des règles , le mérite , plus difficile & plus rare , d’en fournir des exemples. Tels font, par éxem- ple, M. de Voltaire pour le Poème épique , Corneille pour la Tragédie, Fon- tenelle pour l’Eglogue, la Mothe pour L’Ode & pour la Fable, Boileau pour la
Satyre,M.Favtfrr pour rOperaComique, Fuiclier pour la Parodie , Rémond dé. Cinqmars pour le Dialogue, l'Abbe' Desfontaines pour la Critique, &c.&c.Enun mot,nous ne trouvons,a chaque article,, que des noms diftinguéstels c\uçFenelon, Bouhours , Godcau, Fraguier, d’Olivet , Britmoydu Marftis,Nivernais, d'Ælgm- bert, Diderot, Marmontel, 8cc. &c. &c. Ce ne font donc point les idées d’un feul homme,que l’on offre au Public dans ce nouveau Cours de Belles-Lettres; c’elt une Ecole complette de Littérature compofée par tout ce que nous avons eu de meilleurs Ecrivains ; c’eft, pour ainfi dire, l’efprit de tous nos grands hommes re'unis , pour former d'autres- grands hommes dans tous les genres où ils ont excellé. Nous pourrions citer beaucoup de morceaux , pris de chacun des Art. qui composent cette Colleédiorr précieufe & eftimable. Nous nous contenterons, pour aujourd’hui, de rappoo-
È vÿ
jo8 MERCURE DE FRANCE.
ter les Règles du Goût, par M. Ponctl delà Rivière, ancien Evêque de Troyes.
» Qu'eft-ce que le goût ? Une qua* « lité qu’un génie médiocre regarde ,j comme lafienne , qu’un efprit criti- » que croit n’être celle de perlonne, » dont tout le monde parle , que peu « d’hommes conncifïent, & qui à force » d’être définie, eft devenue prèfque » indéfiniflable. Ce terme ne préfenre » à l’efprit qu’une facilité à voir d'un » coup d'oeil , & à fàifir dans l’inftanc » le point de beauté propre à chaque i> Sujet que l’on traite. Mais qu’eft-ce »» que beauté dans les Ouvrages ? Force » & vivacité du génie, liaifon exafle » de routes les paities, rapport immé- » diat des unes avec les autres, juftefle » dans ces rapports, & même dans les n contraftes, degré de nuance, ton de >3 couleurs, aflortiinent 8c affemblage » de tout ce qui enlève d’abord le fuf- » frage & fixe l’admiration. Par exem- » pie , dans les penfées , rien de beau » fans le noble & le vrai ; le faux & le « rampant doivent en être bannis. Dans » les fentimens, rien de beau fans l’é- „ lévarion &. le touchant; le décent & » le pathétique font leur mérite. Dans » les expretfions, rien de beau fans le
MARS. 1764. J 09
h naturel & le gracieux ; l’obfcttr & » l’affe£lé l'ont leurs défauts ertentiels. » La hardielfe, mais fans écarts dans les » idées ; les ornemens , mais fans paru- » re dans le ftyle ; la variété , mais fans » bigarrure dans les tours ; une richertè, » mais iobre &c fans farte; une fàgeflê, » mais égayée fans indiscrétion ; une » abondance , mais mefuréefansprofu- u F on ; une facilité qui ne foit point » négligence ; une finefTe qui ne fort » point affé&ation ; une méthode qui „ foit fans contrainte ; l’art enfin , mais » déguif'é ; qui femble n'avoir étudié » tout, que pour tout dire fans étude, » & ne travailler que pour diflimuler r les efforts du travail Telles font les » qualités avantageufes qui nous faifif- » lént d’abord dans les Ouvrages d'ef- » prit.
» Le goût confidéré dans le coeur ne » e définit pas , parce qu’il eft fenti- » ment ; il ne s’acquiert pas, parce qu’il « eil qualité : la Nature le donne. Re- » girdé comme faculté d’efprit & prom- » ptitude à bien juger , il fe forme par r la leéture ; il s'épure par les comparai- « Ions; les réfléxions l’afTnrent; les exem- r pies l’étendent, &. l’imitation l’affer- « mit. Sentiment du vrai, droiture de
ho MERCURE DE FRANCE.
» raifon , ce font fes principes : jufteiïe » de penfées , netteté d’expre'Cons , ce » font fes régies ; fouplefle d’un efprit » qui fçait obéir à la loi des bienféan- » ces ; fageiîe de détail qui fçait adop- » ter le néceffùre 8c retrancher le fu- » perflu ; économie des régies qui pré- » fident à l’ordonnance , ce font fes » qua'ités : tableaux naturels , images » animées , peintures juftes , faillies me* *> furées ; à leur fuite , faiiHfementd’ad- » miration , fuffrages aulïïtôt obtenus » que demandés, efprits à peine atta- » qués que fubjugués ; ce font fes effets.
» Pour prouver la néceffité du goût, » j’ofe avancer que fans lui le génie le » plus fublime ell Couvent plus dange- » reux pour les Arts, qu’il ne leur eft h utile. Naturellement hardi, il s’élève ,, au-de(Tus du vrai comme au deffusdu h commun. Sa pafTion eft le nouveau. „ Toujours avide de diltin&ions , il » prend fon vol ; ce qui eft naturel aux » autres , eft étranger pour lui ; une ré- „ gion fupérieure d’où il puiife domi- ,» ner , voilà fon centre. L’imagination, » guide infenfe lorfqu’elle n’eft pas » guidée elle même, lui prête fes ailes; »> nouvel Icare , il va dans la région du » feu , 8c tandis qu’il fe livre à un nou-
MAR S. 1764. rrr » vel éflor dans des plages inconnues, » les nues qu’il a percées lé rejoignent; » leur ombre le dérobe aux regards des » Mortels; & il ne leur eft rendu que » par fa chiite. L’efprit qui ne peut at- » tcindie à la hauteur du génie, le laide » s’élever, fe contente de marcher;mais » fa marche irrégulière ne le conduit » point à fon but ; un goût frivole » s’empare de lui ; il tourne fans ceffe » dans le tourbillon de la mode ; c’eft » un papillon qui cherche une lueur » favorable pour faire briller les cou- » leurs dont fes ailes font nuancées. Là » fe borne fon ambition. Il plaît aux » Lecteurs légers comme le papillon » aux enfans. Son éclat dure autant que » la lueur autour de laquelle il voltige; » l’aile fe déflèche, fe brûle enfuite, & » l’infeéte rampe.
» Ce portrait n’eft que trop véritable » même dans la Littérature; & l’image >♦ n’eft que d’après des modèles. En ef- » fer , parcourez, les Ouvrages divers » dont le déluge inonde aujourd’hui. » plus que jamais la République des » Lettres : un titre fingulier , des avan- » tu res imaginées, v.n ftyle marqueté , » une Sentence hardie , un tour de » penfées bifarres, un aflemblage d’ex-
Ti£ MERCURE DE ÊRÀNCÉ.
» prenions colorées, un jargon obfcr.’t h & précieux ; difons tout, une barbarie » de langage ornée & parée de fautf >> brillans & de clinquans où le vernis » ell fubllitué à la peinture , la décou- pure au tableau , & au férieux du bon: » Cens , le frivole de l’aflfe&ation. N’eft- » ce pas là le fond , ou du moins le » courant de la Littérature moderne. » Que fait le gûùt ? Il fbutieiit le gé- >» nie dans Ton éflor, & le rappelle de » les écarts; lui marque fa route dans « les airs , & lui preferit fes bornes ; ne l’affianchit du commerce des hom- h mes,que pour l'aflocier à celui des' >♦ Dieux ; lui permet de s’élever quand » il peut; l’oblige à marcher quand il » le doit; & en lui laifïant toute la li- » berté que l’imagination delîre, le re- » tient dans les limites que la raifon a « marquées. 11 ouvre toutes les routes » du labyrinthe dans lequel l’efprit fri- » vole s’égare ; lui laiffe la finefle du » langage , mais en bannit l’obfcurité ; ,5 retranche la parure qui ell étrangère , n pour ne làitfer que l’ornement qui » eft propre ; admet les grâces, mais » veut que les vertus 1er reconnoifïent, » que les Mufes les conduifent, & ne » l’ouffre pas qu’un amour aveugle les
M A R S. 1764. 113
x égaré ; à l’étiqcelle enfin qui ne ré- » pand qu’une lueur a fiez femblable à » la nuit, le goût fubltitue le flambeau » qui produit la lumière , Sc enfante ou » remplace le jour.
» C'elt par lui, c’efl par ce goût fa- r ge & hardi, que furent inljairés ces r génies puifïans qui dans un fiécle af- h ilz peu éloigné du nôtre, rallunie- >> rent dans le Temple des Arts , ce feu » iàcré que la molette avoir laifle étein- » dre, difTipérent les ténèbres dont l’i- » gnorance avoit couvert le Parnafïe , » rappelèrent l’Antiquité plus défigurée » encore par le pinceau de la nuuveau- »té, que par fes propres rides, ouvri- * rent à des Lecteurs curieux d’appren- » dre , les tréfors littéraires que les fié- » des nous ont confèrvés, comme l'hé- » ricage des efprits , & nous montèrent « enfin a ce degré d’intelligence qui a «fixé les Lettres parmi nous. Jufques- » là les Mufes errantes avaient en vain
« cherché un afyle . Elles avoient "franchi quelques montagnes , par— i» couru quelques Provinces , éclairé » quelques Nations : le hafard ou la » cmiofité leur ménagèrent de temps en ’■ temps des protefteurs aflez zélés pour r les défendre ; mais il étoit réfervé au
X < ',d tendu en dit trait , des < Le
Afte, elt , paroit pareil!
Ce ■té jo
cette ' répu ta tée av
114 MERCURE DE FRANCE, «goût de leur fufeiter des Connoif- » Leurs intelligens , capables de les ac- *» créditer en les cultivant, de profiter » de leurs richefTes, 8c de leur en don- » ner , de fe pénétrer de leurs précep- » tes, 8c de les tranfmettre aux autres.
» C’eft de ces Reftaurateurs des Scien- » ces, que nous avons reçu le goût fage » 8c heureux qui les maintient encore » malgré la confnirarion des préjugés, »» Puifllons-nous lentir toujours le prix » d’un te! avantage , 8c nous confervet » la pofTefTion çlorieufe où nous fom- >» mes depuis fi longtemps , de fervir t» dans ce genre, comme dans prèf- » que tous les autres, de modèles aux « autres Peuples.
Nous finirons l’Extrait de {'Ecole di Littérature dans le prochain Merci”*
La T
en
PL de Lit fou Ta bat
MARS. 1764.
115
L.4 Vl'-UVE, Comédie, en un Acte, & cnProJc , par TAUTEUR DE Du- PUIS ET DES PONDIS. Le Prixejl de 14 fok i a Paris , che^ Duchcfne , Libraire, rue Saint Jacques, au-def- fous de la fontaine Saint Benoît, au Temple du Goût, 1764. Avec Approbation & Privilège du Roi.
OUS nous contentons, Amplement ici, d’annocer cette jolie Comédie, attendu que , pour les raifons que nous en dirons , nous en donnerons un extrait, à la fin de l’Article des Spectacles du prochain Mercure.
Le Rossignol , Comédie en un Aéte, en Vaudevilles, du meme Auteur, elt , actuellement , fous pretlè ; & paroitra incefTament. On la trouvera pareillement chez Duchefne.
Ce n'eft point le Rofignol qui a été joué à l’Opéra Comique ; mais , cette Pièce charmante , qui a déjà fa réputation faite, & qui a été repréfen- tee avec tant de fuccès, il y a plus de
H 6 MERCURE DE FRANCE, douze ans, chez S. A. S. Monfeigneu» le Comte de Clermont, Prince du Sang,
M. Collé feroit en état,s’il le vouloit,de donner au Public un Théâtre de Société , aflez confidérable. 11 y a longtemps que les Amateurs, & que les perfonnes qui jouent la Comédie, entr’elles à Paris, ou dans leurs campagne, attendent , avec la plus vive impatience, qu’il faffe imprimer ce Recueil précieux de Come'dies, & de petites Pièces, qui ne peuvent être repréfentées fur des Théâtres Publics , mais qui feroient comme elles l’ont-déjà fait, l’amufement, & le charme des Sociétés particulières.
Supplément aux Pièces Fugitives.
VERS à Mde de B........qui le foir de
fes noces, que tout le monde fut
retiré ,éxigea , toute affaire cejfante,. que fort mari la menât au Bal dcl'O- pera quelle ri avait jamais vu. Le phe du nouveau marié qui les avait entendus fe lever , s’habilla , fe mafqua, les fttivit au Bal ; 6* à force de plai- fanteries , // obligea fa brïi de rcvl’
M A R S. 1764.
rùr jmc fort Mari mafqués encore, l'un 6’ l autre , €’ w comprenant pas comment ils avoient pu cire reconnus. Le pire m'écrivit l aventure le matin > & elle reçut ces Vers 1'apres-diner à fa toilette : ce qui l'étottna beaucoup.
Dans le lit nuptial , cette nuit deux époux, Alloient goûter les plaifirs les plus doux ,
Sous les yeux du tendre myftère ;
Qwnd cout-à coup , jaloux de leurs joyeux chats, Momus9 cedant au dépi: qui l’emporte,
Entre dans Jeur réduit, fans frapper à la porte , S’approche des conjointsqui ne s’endormoientpas, Et des tendres amours écartant la cohorte,
A l'époyfe parle tour bas,
Et la rance de cette forte.
Quoi! dit-il, à votre âge on n’eft donc pas touché. D’un plaiGr qu’à vos yeux on a toujours caché ? Tandis qaedans mon temple,oà régne l'allégrc (Te, Bonrgeois & Financier, Robin , Prince, Ducheffè,
Tous viennent me faire ’a cour ;
Vous feule , à mon culte rebelle,
Eprife d’un nouvel amour,
A enté d’un mari, jeune, aimable, fidèle,
Vous voulez attendre le jour ?
Y penfez-vous; d’Hyaien commençant la carrière,
Aim
Ave:
En c
L
Ïi8 MERCURE DE FRANCE. A peine un pauvre époux ouvre-t-il la barrière ;
Qu’il eft déjà prèfque fur le côté : De votre propre bien (oyez plus ménagère,
Par principe de volupté.
Votre époux eft à vous : ulez-en de manière, Qu’il n’altcre point fa fànté.
Plaifirs poullés trop loin caufent fatiété. D’Hymen toute la vie on peut chômer la fête; On prévoir fes douceurs jufques dans l’avenirj Ses jours coulent en paix , & les miens vont finir.
Profitez des jeux que j’apprête : L'Ennemi * qui me fuit va bientôt les bannir.
Après ces mots, l’indifcrette folie Force les deux époux à forcir de leur lit. L’époufe en eft charmée , & l’époux obéir. Peut-on rien refufer à femme qui fupplie ? On s’habille à la hâte > on s’échappe fans bruit! Au Bal de l’Opéra le plaifir les conduit. Ils arrivent mafqués ; qui peut les reconnoître? Qui ? l'Acnour qui les fuit. Déjà ce petit traité;
Voyant que d’une utile nuit, Dont il doit difpofer en maître, Un autre Dieu perçoit le fruit, Dit le nom des époux , découvre le myftère, A tout venant conte l'affaire ;
Lui-même déguife, prend l’époufe à l’écart, Et lui flétrit le coeur par maint & maint, brocari
* Le Cari me.
MARS. 1764.' ixf
L’aventure devient publiques
L’un applaudir, l’autre critique •
La fingularité trouve des partifans ;
Et cet époux a fait la nique 1
A tous les maris complaifans:
Mais peu fuivront cette pratique.
Aimable Bi.... vous qui dans votre lit,
Avez paffé la nuit, & vu naître l’aurore
En comblant de plaifîr l’époux qui vous adore ;
Amufezvous de ce récit »
Dont tout le monde parle encore ,
Dans les foyers de Ttrpficort.
Vô MERCURE DE FRANCE.
C.4M PAGNE du Marquis de CRÈQut, en Lorraine & en Alface , en tG'jn • rédigée par M. Carletde la Roziere, Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé de Dragons , & ci- devant Aide- Major GénéraldesLogis de l’Année dit Rhin; a Paris , cAe^Lefclapart, Libraire, quai de Gévres; vol. in 8". petit f rmat ; 1764 ; avec une Carte trti- bien faite de la Lorraine } 6’ d'une pan tie de l'Alface.
L’Auteur a jugé cette Carte d’autant plus néceflaire, qu’outre qu’elle facilite l’intelligence de cette ( ampagne, elle eft un moyen fiinple èc aifé d’en re- pafEr.d’nn coupd’oeil toutes les opérations, Se d’en conferver une idée nette &. fruétueufe. Quant à l’Ouvrage même, la Campagne de M. de Créqui eft ii cu- rieid'e & ii inllruéfive, par-les événe- mens qu’elle préfente, panda conduite admirable de ce Général, & par le détail de toutes les marches de fon Armée,
& des Camps qu’elle a occupés , que ce Livie ne peut manquer d’être d’une très- grande utilité aux Militaires : furtout les faits y étant expofés avec une clarté, un ordre & une piécifion qui font honneur à l’Auteur de cette utile & précieufe rédaction. Bibliothèque
Nos
MARS. 1764.
ut
BIBLIOTHÈQUE choifie de Médecine, tirée des Ouvrages périodiques tant François qu Etrangers, avec plusieurs Pièces rares & des remarques utiles & curieufes. Par M. PLANQUE, Docteur en Médecine, Tome VIIP. avec Figures. A Paris , chc^_ la veuve d’HourysImprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'ORLÎAN s, rue Severin t
près la rue S. Jacques.
La matière qui compote ce huitième Volume , eft comprime dans les mots néphrétique, nerf, nourriture , obéfité, odont algie , odorat, ail, afophage , ongle , opération Céfaricnne , ophthal~ mie, & os.
Le premier Article renferme la fttuc- ture des reins dans l’état naturel & dans l’état contre nature ; l’on en développe la méchanique ; on expofe leurs maladies & les moyens de les.guérir. On rapporte l’hiftoire d’une néphrétique périodique quiattaquoit une Dame de 50 ans tous les mois & à la meme heure. Cette hiftoire eil fuivie de beau-
MERCURE DE FRANCE. coup.de remarques curieufes non-feu^, ment fur la néphrétique , mais encore fur plufieurs autres affeftions dont le; retours périodiques font furprenans, comme des fièvres qui revenoient tous les ans, la parole perdue, qui revenoit rous les jours depuis midi jufqu’à une heure , &c.
Les nerfs dont la connoilïance eû fi nécelïaire , fait le fujet du fécond Article. On y examine leur nature, leur originej leur progrès, leurs divifions. On prouve l’exiftence des efprits ani- nnux dans les -nerfs; on expofe leur puiflànce dans l*fteconomie animale , on démontre que c’e-ft par leur moyen que l’âme s'apperçoit de ce qui le pafle dans notre machine vivante ; on îecherche quelle eft la partie du cerveau où l’àme exerce fes fondions, & où elle reçoit les imprelfions des objets ; on explique la caufe de la douleur & l’on tappoire quelques co.njeélurcs fur les maladies des efprits & fur le désordre du cerveau dans certaines afifec- tions furprenantes, comme dans la estai epfie, dans les ravi/Temcns ou exta- fes, &c.
L’Article fuivant regarde la nourrira- r<.. On y traite de la nature des alimcns,
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de leur différence dans difFérens Pays ; on demande fi l’on peut vivre longtemps fans leur fecours. On rapporte plufieurs exemples d'hommes & d’animaux qui ont vécu plufieurs années fans boire 8c fans manger ; on y lit l’hifloire d’une femme qui depuis 18 ans jufqu’à un âge avancé rejettoit ce qu’elle prenoit , a l’exception de leau & du petit lait. On remarque qu’elle a été fei/.e ans n’allant qu’une fois à la fclle chaque année , c’étoit toujours au mois de Mars.
Cet Article finit par la méthode de faire cuire les Os , par l’hifloire du Chocolat 8c par les moyens de conferver les Grains &c.
Le quatrième Article cfl employé à traiter de X'Obéfité, cet embonpoint ex- cefiif, qui fait tant d’obftacles aux fonctions animales 8c vitales. 11 renferme beaucoup d’exemples de grofTeurs énormes , des accidens qui les accompagnent 8c des moyens de les détruire.
Le mot O dont algie fournit des fujets auffi curieux qu’utiles. On parle dans ce cinquième Article , de la nature des Dents , de leurs maladies, de leurs 1e- médes , des accidens qui peuvent arriver en les arrachant , des fecours qu’on doit y apporter. L’on finit cet
104 MERCURE DE FRANCE. Article par les prognoflics qu'on peut tirer de l’infpe&ion des Dents.
L’on pafTe enfuite à la connoiflànce de la ftruéture du fiége de l’Odorat, on donne une defcript'on cxaéte de toutes les parties de cet organe ; on rend ra;fon de plusieurs phénomènes curieux; par exemple, pourquoi l’on pleure quand on a refpiré des odeurs fortes , pourquoi l’on éternue, quand les yeux font frappés d’une vive lumière. On parle enfuite de l’éternuëment ; on en découvre la caufe, fes bons 8c fes mauvais effets , aufTi bien que ceux du Tabac; enfin on recherche l’origine des fouhaits qu’on fait à ceux qui éternuent ; dans l’Article de l’oeil on lit la dcfcrip- tion de cet organe, on parle de l’aétion de fes mufcles & de leur ufage , on rap* poitédes obfèrvationsfur la méchanique des mufcles obliques, fur l’iris & fur la porofitédela cornée tranfparente ; on y trouve plufieurs découvertes fur les yeux de diffèrens animaux , une differ- tation fçavante fur la Méchanique des mouvcmens de la prunelle , où l’on é- xamine quelle eft la ftruéhire 8c la manière d’agir des fibres droitesde l’uvée;on y traire des mouvemens de l’iris , & par occafion delà partie principale de l’organe de la vue ; on y lit un mémoire fur les
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yeux gelés, dans lequel on détermine la grandeur des chambres que renferme j’humeuraqueufe;delaconnoiflancecxac- te des parties de l’oeil,&de leurs fondions; l’on pafTe aux maladies dont les principales font la cataraéte, & la fiftule lacrymale. On rapporte les diverfes ma* nières d’en faire les opérations, plu- lieurs obfervations fur une maladie du fyphon lacrymal dont les Auteurs n’a- voient pas encore parlé ; fur un bandage compreffif deftiné à la cure de la tumeur lacrymale; une differtation fur h caufe du ftrabifme ou des yeux louches , & fur d’autres maladies qui attaquent cet organe, & les paupières.
Le mot ajophage conduit à des cho- fes intéreflantes qui regardent la déglutition : après être entré dans la delcrip- tion des parties de cet organe, on explique comment fe fait la déglutition ; on rencontre des remarques fur la luétte, fur fes fondions , fur fes maladies & fur celles de plufieurs autres parties de la bouche. On y lit auflî un Mémoire fur une difficulté d'avaler, & l’on y donne les moyens de fecourir les malades.
Les ongles occupent le neuvième article : on y explique de quoi & comment ils fe forment, comment ils fe nourrif-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE, lent, cor.w’.ent ils croiffent & comment ils végètent. On réfute l’opinion de ceux qui s’imaginent qu’ils croifient apiès la mort de l’animal. On rapporte plufieurs hiftoires d’ongles monftrueux ; on y lit une lettre curieufe touchant une fille à 3ui il venoit des cornes fur plufieurs en- roits de fon corps.
Après cet article on vient à l’opération céfaiienne , l’on en rapporte l’origine , le temps de fa néceffité & la façon de la faire. On finir cet article par l’hiftoire d’une opération céfarienne fingulière.
L'ophthalmie remplit le dixième article. On y explique en quoi confifie cette maladie , quelle eft la partie qu’elle af- feéte, & combien il y en a de fortes. On rapporte des éxemples de plufieurs acci- dens , fuites fàcheufes de l’ophthalmie , qui ont conduit à l’aveuglement. L'ime- ralopie ou vue de jour fournit la matière d’un Mémoire fort curieux & fingulier : les perfonnes attaquées de cette maladie n’apperçoivent les objets qu’aux grands rayons du Soleil, encore même avec quelque confufion.; on explique la caule de cette affeétion extraordinaire, & I on enfeigne les remèdes capables de la guérir. On prend dc-là occafion de rapporter p'u.ieurs hiftoires de vues fi perçanres, qu’à peine peut-on y ajouter foi, com-
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me d'appercevoir ce qui eft caché dans la terre , le mouvement du fang dans le cceur , les dépôts d’humeurs formés intérieurement. On parle auflî de ceux qui voyent les objets doubles , & on rend raifon de ce phénomène ; comme auflî de ceux qui ne voyent qu’une partie des objets. On rapporte auflî des exemples de ceux qui ne voyent pas le jour, Sc qui voyent aflez bien la nuit.
De ces phénomènes extraordinaires , l'on pafle à une maladie qui eil affez commune , mais dont on fe défait difficilement. Ce font des filamens, des petits pelotons , d’efpèces d’ailes de mouches , & autres apparences qui femblent voltiger dans l’oeil. On tâche d’en découvrir la caufe , & l’on en donne quelques remèdes.
Les os terminent la matière de ce volume : l’on y examine leur nature , leurs parties , leur ufage ; on cxpUaue comment ils parviennent à cette dureté qui les diftingue des autres parties, & comment il arrive que certaines parties molles s’oflîfient ; on lit des observations fur la ftruéture & fur les maladies des cartilages qui fe trouvent dans les articulations ; on en rapporte d’autres fur les jointures écailleufes & fur les jointures F iv
j 18 MERCURE DE FRANCE, dentelées du crâne , fur les os du palais, fur les vertèbres des côtes ; fur la proportion des os du fquelettede l'homme ; fur le mouvement des mâchoires ; fur la Rniélure & le fentiment de la moelle; fur la teinture en rouge des os des animaux vivans On paflè enfuite aux ob- fervations qui regardent leurs maladies, comme la craquement des os, lafra&ure de la rotule, de l’humérus , delà cuifle. On fait mention d’une partie de fquélette qui étoit fans articulation, & d’un fqué- lette entier qui ne formoit qu’une feule pièce d’os ; c’éroit un domeflique qui mourut à foixante-un ans.il commença à être moins agile à l’âge de dix-huit ans. Vingt ans avant la mort de cet homme, il eut une fièvre très-violente, pour avoir pafTè une partie de la nuit à dormir fur l’herbe, ayant chaud. Depuis qu’il fut rétabli, il ne fut jamais fans reflentir de grandes douleurs dans les os. En quatre ans, il peffiit l’ufage & le mouvement des mâchoires ; de forte qu’on fut obligé de lui arracher plufieurs dents pour le nourrir de foupe, de lait & de bierre ; il ne pouvoir ni s’affeoir , ni fe baifler ; il dormoit dans une guérite avec une petite planche qu’il gliffoit dans une cou- üfTe, contre laquelle ilappuyoir fon efto- tnâç. Il ne pouvoir pas faire le moindre
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mouvement avec fa tète. Il pouvoit fe mouvoir fur un terrein uni par une efpè- ce de faut, & il reçoit plufieurs heures dans un jardin , en fe tenant le dos appuyé contre une muraille. Il y a dans ce huitième volume une infinité de faits suffi utiles que curieux, furlefquels il ne nous eft pas polfible de nous arrêter, & nous ne croyons pas nous compromettre en affurant le Public que ce volume ne mérite pas moins fon approbation que les précédens.
Le neuvième volume eft fous preffe , auflï-bien que le vingt-cinquième de l'édition in-12. , de laquelle il pareit vingt-quatre Tomes.
A N NONCES VE LIVRES.
Harmonie des Pfeaumes & de l'Evangile , ou Traduction des Pfeaumes & des Cantiques de l’Eglife ; avec des Notes relatives à la Vulgate , aux Septante & au Texte Hébreu; ouvrage pofthume de M. Pluche ; à Paris 9 chez les Freres Efliennt , rue 5. Jacques , à la Vertu ; 1764, un Vol. in-12. Avec Approbation Sc Privilège du Roi.
Cette nouvelle Traduction des Pfçau- F v
I3o MERCURE DE FRANCE, mes, qui ne le cède à aucune de celles qui ont paru jufqu’à préfent, eft précédé d’une Pre'face très-étendue & très- inftru&ive, qui donne la clef desPfeau- mes, fait connoître le caraâère particulier du langage des Hébreux , le tour de leur Poëfie , l’état aâuel du Texte de l’Ecriture , & les divers acci- dens arrivés aux verfions Grecque & Latine. Les Notes dont M. Plucht a accompagnié fa verfion , répandent beaucoup de clarté fur le Texte.
Dissertation fur différens points de Géographie > adreffée à l’Académie des Sciences & Belles-Lettres de Got- tingue; par M. Ritfi Zannonî ^1764, brochure in - 8e.
Le but de cet écrit eft de réfuter M. Bonne , Mathématicien , qui avoit attaqué M. Ritfi Zannoni au fujet de quelques fentimens fur la Géographie : on réduit ici à deux points principaux,les plaintes de M. Bonne. Le premier roule fur ce que Zannoni avoit dit que
c’étoit un projet chimérique & ridicule , que de prétendre nous donner des Cartes arplaties vers les Pôles ; dans le fécond M. Bonne reproche à fon Ad- verfàire de l’avoir copié dans fa Carte
MARS. 1764. 131
des Côtes Maritimes de la France, & d’y avoir ajouté des fautes. La réfutation des accufàtions de M. Bonne fait tout le fujec de cette diflertation.
Lettres à M. Roufleau , pour fer- vir de réponfe à fon Emile , & à fes autres ouvrages; in-8°. chez Panckou- cke , rue &. à côté de la Comédie Françoife ; au Bureau du Mercure, au Palais Royal , & chez l’Auteur. Le prix des deux premières Lettres eft de 3 liv. 6 fols brochées.
L’Ouvrage delliné à combattre M. Roufleau, fuivant le Plan qui en a été tracé dans la Préface, a été circonfcrit dans quinze Letrres, dont chacune formera un volume d’environ quinze feuilles. La réfutation des Ecrits de ce Phi- lofophe a été regardée par plufieurs Prélats comme d’autant plus néceflaire , qu’à la faveur du ftyle le plus fe'duifant, il a frappé du même coup fur la Religion & fur le Gouvernement. On pourra juger parles deux premières Lettres , du tour que doit prendre entre les mains de l’Auteur, une controverfe , que l’intempérance du génie a rendue malheureufè- ment trop néceflaire dans ce fiècle.
F vj
jja MERCURE DE FRANCE.
Théâtre de la dernière Guerre en Allemagne , &c, en fix Volumes in-12. chez Langlois, fils, Libraire Paris, rue de la Harpe, près de la rue Poupée, à la Couronne d’Or.
Ce Libraire propofe de le donner au Public par forme de foulcription avec une diminution de prix confidéra» ble. Jufqu’ici les fix premiers Volumes ont toujours été vendus chacun 3 liv. en Feuilles ; ce qui faifoit pour le tout 18 liv. Chaque Volume pareillement en Feuilles , fera donné pour 2 livres & relié coûtera 2 liv. 12 fols. Cela fait fur les fix Volumes une diminution du tiers, ou une réduâion de 18 liv. à »2 liv. Les deux derniers Volumes fept & huit qui paraîtront dans le mois de Mai prochain 1764 , ne feront auffi vendus chacun en feuilles que 2 livres à ceux qui auront pris les fix précédons ; c’efl-à-dire , à ceux qui auront foutent jui qu’au mois de Mai : ainfi l’Ouvrage entier compofé de huit Volumes , ne coûtera plus que 16 livres au lieu de 24 livres , & l’on aura dans cet Ouvrage une co’leftion complette & rrès-bien gravée des Plans de Batailles, Sièges, Combats , Marches , & autres actions de la dernière Guerre. Cettein*?
MAR S. 1764. 133:
térefïànte collection,recommandable par la beauté & la quantité des Gravures qui monteront à plus de cent Planches , ainfi que par l'exactitude & par la fin- fjulariré des détails , fera très-utile pour Hiitoire. La diminution qu’on annonce, n’aura lieu que jufqu’au premier Mai 1764. Ce terme pafTé , l’Ouvrage entier fera vendu comme auparavant trois livres chaque Volume-en feuilles.
Traité Hiftorique des Plantes de la Lorraine & des trois Evêchés ; par M. Bucho^, .Médecin Ordinaire du Roi de Pologne, &c.
Nous avons déjà donné plufieurs extraits de ce Livre utile , qui fe continue avec fuccès. Nous ajoutons feulement , qu’iL fera divifé en vingt Volumes. Le premier eft le profpeétus de l’Ou- vrage ; les dix-neuf autres renferment chacun une famille différente de Plantes , fuivant le fyftême de leurs vertus. On donne dans cet Ouvrage la deferip- rion botanique de la Plante , fa figure , l’endroit où elle croit, fa culture, fon analyfê chymique & fes propriétés, tant pour la médecine que pour les arts & métiers. On raporte les,fentimens des an-
>34 MERCURE DE FRANCE, ciens & des modernes , auxquels on ajoute toutes les nouvelles observations qui font faites fur ces matières. Le Ample expofé de cet Ouvrage en de'montre l'utilité & la vafte étendue.
L’Auteur a befoin d’inftruétion pour remplir cet objet ; les différens voyages qu'il a faits dans la Lorraine & les trois Evêchés ne font pas fuffifans;il réitéré donc fes inftances auprès des curieux , & il les prie très-in ftam/nent, de même que MM. les Cultivateurs, Curés , Médecins , Chirurgiens , Pharmaciens , Physiciens, Jardiniers, Artif- tes, & autres perfonnes, de lui faire tenir, par des commodités sûres & fans fiais, des notes de tout ce qui peut fe trouver de remarquable dans les différentes contrées qu’ils habitent , avec leurs obfervations fur la nature du climat, fur'fes différentes productions, fur les avantages que les habitans du pays peuvent en tirer.
- La foufcription de l'hiftoiredes végétaux fera de foixante livres pendant le courant de 1764 , & de foixante-douze livres pour les années poftérieures ; le tout payable en quatre termes , en recevant les premier, cinquième , dixiéme &. quinziéme Volumes. Ceux ntan-
MAR S. 1764. 13$
moins qui voudront bien contribuer aux frais de quelques planches, auront toujours en tout tems l’Ouvrage entier pour quarante-huit livres. Il fera orné de 400 planches gravées en taille-douce, & deffinées d’après nature, au bas defquelles font gravées les armes & les qualités de ceux qui y ont coopéré.
Les premier & fécond volume font déjà imprimés. Ceux qui voudront faire les frais de quelques planches, foufcrire à cet Ouvrage & communiquer leurs oblèrvations , font priés de s’adrefler diredementà P Auteur à Nancy, grande rue , ville-vieille.
Prospectus d’une Diplomatique pratique , ou traité de l’arrangement des archives & tréfors d’icelles; Ouvrage néceflaire aux dépofitaires des titres des anciennes Seigneuries , des Evêchés , des Chapitres, des Abbayes, des Communautés Religieufes , des Corps de Villes, & à tous ceux qui veulent s’adonner à l’étude des titres & des écritures anciennes ; par M. le Moine , Sé- crétaire & Archivifte de l’Eglife Cathédrale de Toul,8c ci-devant de l’infigne Egiife de Saint Martin de Tours; de l’ÀcadémieRoyale des Sciences, 8c des
Ttf MERCURE DE FRANCE. Arts de Metz ; propofé par foufcription; à Metz, chez Jojeph Antoine, Imprimeur Ordinaire du Roi & de la Société Royale, place des Charrons ; 1763, feuille in-folio.
Ce Profpe&us offre dans le plus grand détail, les différentes parties qui com- poferont le traité que nous annonçons. Il contiendra feize Chapitres partagés en plufîeurs ferions; & le tout enf'emble ne formera qu’un Volume in-4®. d’environ 400 pages : ceux qui délireront là deffus de plus amples éclaircifT'emens, trouveront des exemplaires du profpec- tus à Paris chez Defpilly ; rue Saint Jacques, à Lyon,chez Bruyfct Ponthus, rue Saint Dominique ; à Rouen chez Richard 1'Allemand, & à Nancy , chez Baurain.
POESIES de Malherbe , rangées par ordres Chronologique , avec la vie de l’Auteur & de courtes notes ; nouvelle édir. revue & corrigée avec foin ; à Paris chez Barbote , rue Saint Jacques , aux Cigognes; 1764. Volume in-8G. petit format.
Voici une des plus belles éditions qui foient fouies des prtifes célébrés de Barbote : elle a été revue avec beaucoup
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Je foin par un homme deLertres qui aux Mémoires pour la vie de Malherbe par M. Racan } a fubftituéla vie de Malherbe qui eft à la tète de cette nouvelle édition. Cette vie eft faite avec beaucoup de précifion ; & quoique moins étendue que les Mémoires de M. Racan , elle fait encore mieux connoître le caractère de Malherbe. On y apprend plusieurs anecdotes intéreflantes ; 8c cette édition plus commode & plus portative que celle qui parut en 1758 , grand in-8’. contient au bas des pages, des notes courtes qui expliquent rHiftorique de certaines pièces, & les noms Géographiques & Mythologiques, & quelques termes furannés qui pourroient em- baraffer le leéteur. On vend féparément le portrait de Malherbe.
De Imitâtione Chrifti, libri quatuor, ad Mantifcriptorum ac primarum editio- num fidem caftigati , & mendis plus quant fexcentis expurgati. Recenfiat S. Î aLaRT , Acad, Amb. Dijfertatio- nemque de eju/dem operis Anthore addi- dit Nova Editio ,*Parifiis ,Typii J. Barbon ,vià San Jacobeâ ; 1764- vol. in-ll.
A la feule infpe&ion de cette Edition nouvelle de l’imitation de J. C. revue fut ks Manufcrits de M. lfalart, il eft aifé de
î38 MERCURE DE FRANCE, le convaincre que l’imprimeur n’a rien négligé pour la rendre vraiment digne de l'approbation des Amateurs. Il a fait graver cinq Eftampes en taille-douce, qui méritent les éloges des ConnoifTeurs. M. Valart a retouché fa DifTertation fur l’Auteur de ce Livre admirable, & l’a confidérablement augmentée. Pour répondre au zèle de ce Sçavant, l’imprimeur a cru devoir redoubler fes foins pour la partie typographique ; & nous pouvons affiirer que cette Edition eft b-ien fupérieure à la première, qui pafloit déjà pour un chef-d’oeuvre. On vend les Figures féparément. On trouve auflî chez Barbon la Tradudion du même Livre.
Le même Libraire a reçu d’Angleterre les Livres fui vans : Homeri Elias & Odyjjea> grâce & latinl, cum annotât. Clarke , 4 vol. in~4a.
Callimachi Hymni, (ÿ Epigrammata, in-8°.
Lncani Pharfaliit, cum notis Gravit & Bentleii , in 40. 1760.
Manilius Aflronomicon > ex recenfiom Bentleii, in-4*.
Mémoire fur la Culture du Mûrier blanc, dans lequel on trouvera les inf-
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[fuyions néceflàires aux Jardiniers pointa Culture de cet Arbre , depuis le ternis jufqu’à la cueillette de fes feuilles. Lû à la Société Royale d’Agriculture de Lyon , par M. Thomè, de la même Société. A Lyon, chez Aimé de la Roche, Imprimeur Libraire du Gouvernement & de la Ville , aux Halles de la Grenette ; avec permitfion , 8c par ordre de la Société' Royale d’Agriculture de Lyon ; 1763, brochure in-8°.
Le Mûrier, dont les feuilles font propres à la nourriture des Vers à Soye, eft connu fous la dénomination générale de Marier blanc, qui en comprend plu- fieurs efpèces. La Culture de cet Arbre devenant chaque jour plus intéreffante en France, on a penfé avec raifon que ce Mémoire feroit utile à ceux qui pof- ftdenr des Terreins convenables pour ces fortes de Plantations. Les méthodes que l’on indique nous ont paru d’autant plus allurées, qu’on s’apperçoit qu’elles font le fruit de l’expérience ; SC qu’on s’elt attaché furtout à donner ces in Unifions avec la plus grande clarté, leur principal objet étant d’inftruire les gens de la Campagne fur toutes les futiques de cette Culture.
140 MERCURE DE FRANCE.
Discours fur l’Education; avec cette Epigraphe : Non jï male mine, fy olim fie erit. Horat. Od. VII- Lib. H. A Lyon, de l’imprimerie d'Aimé de Li Roche , aux Halles de la Grenette ; avec approbation & permifïîon ; 1763. brochure in-11.
Malgré la multitude prodigieufe d'Ou. vrages faits depuis quelque temps fur cette matière , fort agitée dans tous le? temps, on lit encore avec plaifir ce? nouveaux Dificours, dont le premier & le fécond traitent des avantages de l’Hif- toire , relativement à l’Education ; le iroifiéme fur la multiplicité des College*. Nous renvoyons nos Leéleurs à l’Uu- vrage même, où ils trouveront des vues nouvelles.
Epitre à Meilleurs les Do&eurs de la Maifon & Société de Sorbonne, & de la Faculté de Théologie ; feuille in-4’. à Paris, chez Ballard, rue des Noyers; chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoife.
Nous préfenterons aux Leâeurs dans un de nos prochains Mercures, quelques morceaux de cette Epitre critique, morale, hiftorique & chrétienne, par M. Tannevot t auflî connu par fes talenr
pour I; religie
RÉ( Sieur . Sair.fo qu’ici in-4’.
Cei «Rimé promp par ch maniu Itrne, pomm
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Le I vft d:l
MARS. 1764. 141
pour la Poèfie, que par fes fentiniens religieux & patriotiques.
récapitulation & Méthode du Sieur Defpommitrs, pour la Culture du Sainfoin, dans les Terres qui fè font juf- qu’ici refufees à cette Culture. Feuille in-40. à deux colonnes.
Ce n’eft ici que le réfultat d'un Ecrit eftimé, intitulé : L’Art de s'enrichir promptement par l’Agriculture , prouvé par des Expériences où l’on trouve la manùre de cultiver le Sainfoin , la Lu- yrne, le Trefle , &c. par le Sieur Despommiers ; c^Guillyn , quai des Au- auftins. Prix 1 liv. 4 f.
Histoire & pratique de la Clôture des Rcligieufes, félon l'efprit de l’Eglife & la Jurifprudence de France, dédiée à Nofleigneurs les Archevêques & Evêques du Royaume , par M Cherrier, C. R. à Paris , chez Defpre^, Imprimeur du Roi & du Clergé de France , rue S. Jacques, au coin de la rue des Noyers; 1764 ; avec approbation & privilège du Roi; un vol. in-12de730 pages. Prix, 3 liv. relié.
Le principal objet de ce gros volume «ft d’inftruire les Rcligieufes, Sc de dé-
541 MERCURE DE FRANCE, nuire les préj ugésd’un grand nombred’au- Très pcrfonnes fur le point de 11 Clôture Les Supérieurs & les Confefleurs des Mo- naltères y trouveront des obfervatic:, utiles fur des points qu’ils ne pouroientj apprendre que par une longue expérience. Cet Ouvrage pourra contribuer en- core à faire connoitre aux perfonnes laïques , qui ont enfreint les Loix à l’Eglife touchant la Clôture, combieul elles fe font égarées. Il fera même unie J plufieurs Curés qui ont des Monallèresde Filles fur leurs Paroifles. On ne s’ellpasl contenté de donner la partie hilloiique de la Clôture dans fon origine & dans les progrès ; on a encore mis fous les yeux des Leâeurs quantité d’exemples édi- fians, anciens & nouveaux, d’une exacte observation de la Clôture.
Description hiftoriquedesCurio- fîtes de 1 Eglilè de Paris, contenant le détail de l’édifice tant extérieur qu'intérieur, le Tréfor, les Chapelles,Tombeaux , Epitaphes , & l’explication des Tableaux avec les noms des Peintres &c ; par M. C. P. C. ornée de figures à Paris , chez C. P. Gneÿîer , Pcre, Libraire , parvis Notre Dame, à la Liber'’!
MARS. 17 64,
Cet Ouvrage eft différent de celui qui parut en 1751 fous !e titre de Curiofités de Noire Dame de Paris, & qui n’étoit qu’une explication fimple de ce que cette Métropole renferme de plus curieux. Ici on a ajouté tous les Faits hifto- riquesqui ont quelques rapports avec
cette Eglife.
Concorde de la Géographie des différens âges; Ouvrage pofthume dç M, Pluche, à Paris, chez les Frères Eflienne, rue Saint Jacques , à la Vertu ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi. Vol. rn-12. de près de 600.
L’état aftuel de la Terre , & les états différens qui y font furvenus d’âge en âge, font la matière de ce Volume, précédé dune vie de M. Pb/che. Dans le premier Livre , on traite de la Céo- graphie moderne, en la partageant en différens Voyages maritimes ; dans le fécond , on place de fuite les Voyages des Hommes célébrés qui ont traverfé de grandes Régions ; qui ont établi <’e nouvelles Colonies, & qui ont jufqu’à nos jours découvert quelques Terres auparavant inconnues. Nous nous bornons aujourd’hui a cette fim-
*44- MERCURE DE FRANCE, pie annonce ; l’Ouvrage demande un plus long Extrait, & nous ne le ferons pas attendre longtemps.
Lettre de Zéila, jeune Sauvage, à Valcourt , Officier François , par l’Auteur de Barnevelt. A Paris, chez Sébajiien Jorry , rue & vis-à-vis la Comédie Françoife ; 1764. Brochure in-8®. avec de trcs-belles Gravures.
Nous rendrons compte dans le Mercure prochain, de ces deux Ouvrages,
ARTICLE III.
• >
SCIENCES ET BELLES-LETTRES
ACADÉMIES.
S U J ETS propofès par ! Academie Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à Pau , pour deux Prix qui feront diftribuês le premier Jeudi du mois de Février 1765.
L’aCâijÉmie ayant juge' à propos de rélerver le Prix de la Poéfie , en 1764, en donnera deux en 1765, l’un à un Ouvrage
MARS. 1764. 14$
Ouvrage de Profe qui aura pour Sujet:
Le moyen le plus propre d'établir un Commerce utile en Bearn.
L'autre à un Ouvrage de Poëfie dont le Sujet fera :
Les Avantages de la Navigation.
Les Ouvrages, ne pourront excéder une demie heure de leéture, il en fera fait deux exemplaires, qui feront adref- fés à M. de Faget de Pomps , Secrétaire de l’Académie ; on n'en recevra aucun après le mois de Novembre & s’ils ne font affranchis des frais du port. Chaque Auteur mettra à la fin de fon Ouvrage la Sentence qu’il voudra ; il la répétera au-deffus d’un Billet cacheté dans lequel il écrira fon nom.
M. Cazalet de Pau, qui n’a pas vingt ans , eft l’Auteur de l’Ouvrage qui a remporté le prix en 1764.
P.RIX propojes par la Société Royale d’Agriculture de la Généralité de Paris.
LJn des principaux objets des ; echer-
146 MERCURE DE FRANCE, ches de l’Agriculture ,eft la connoiflan- ce de la plus grande fécondité poffible des terres, relativement à leurs qualités; 8c des moyens de procurer cette fécondité, foit par les labours, foit par les engrais.
Le fuccès des labours peut dépendre de plufieurs caufes, telles que leur fréquence , leur profondeur plus ou moins grande, 8c l’influence du temps le plus propre à la préparation des terres.
Le fuccès des engrais procède de leur qualité 8c quantité, qui doivent toujours être relatives à la qualité des terres; de la meilleure méthode de préparer les fumiers; du dc^ré de leur fermentation au temps ou ils font employés, & plus particulièrement encore du temps de les répandre 8c de les enfouir ; enfin de l’état où fe trouvent les terres lorfqu’on y enterre les fumiers.
On ne peut parvenir à une connoif- fance exaéte de ces moyens de fécondité , que par des obfervations 8c des expériences dont les réfultats foient bien conftatés.
Dans la vue d’encourager les Cultivateurs à fe livrer à un travail aufTi eflen- t:.el au bien public, la Société Royale d’AgricuIture propofe des Prix à ccm
qui plu ",
I fefl de < prié té li plus chei fucc
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v és f en ur lieu ; étant les pr V terres bituél terres d’hert [ou pr< nage, tivée ;
3>° labour
MARS. 1764..’ Ï47
qui auront obtenu la récolte de.froment la plus abondante & de la meilleure qualité, fur un terrain de cinq arpens.
Les Laboureurs fout, par leur pro- feff.on , à portée de connoitrela qualité de chaque elpèce de terres,& les propriétés des différentes cultures ; la Société les invite a fe regarder comme plus plus particulièrement engagés à des recherches at ffi intéreflantes, 8c dont le fuccès leur feroit fi honorable.
Conditions du Concours.
j.° Les cinq arpens qui feront cultivés pour concourir aux Prix, feront en une feule pièce , & de la mefure du lieu; la différence des mefures locales étant relatives à celle qui fe trouve dans les produits.
1* On ne pourra choifir que des terres qui foient actuellement 8c ha- bituéllement en culture , 8< non des terres nouvellement défrichées , foit d’herbages , foit de vignes ou de bois , ou précédemment employées au jardinage , ni à toute autre production cultivée à bras.
3.0 Ces terres feront entièrement labourées à la charrue.
148 MERCURE DE FRANCE.
4.0 Les femences pourront fe faire à la main , fuivant l’ufage de chaque lieu ; ou avec le femoir , fi les Concur- rens jugent à propos de fe fervir de cet infiniment, ou par telle autre méthode qu’ils voudront éfTayer.
5.0 La quantité de fèmence fera conf- tatée par la mefure 8c le poids.
6.° La récolte fera conflatée par le nombre 8c la mefure des gerbes, par la mefure & le poids du grain qui en fera provenu , après qu’elles auront été battues, 8c que le grain en aura été bien criblé.
7.0 Ceux qui fe propoferont pour le concours, en donneront avis , avant le 1 Août au plus tard , à M. de Paterne a Secrétaire perpétuel de la Société Royale d'Agriculture , & lui adrefieront leurs lettres, fous l’enveloppe de M. l’intendant de la Généralité de Paris.
8.° Les faits qui font l’objet des fis premiers articles de ces conditions, feront confiâtes diflinélement 8c dans 11 forme la plus exaéte , par des cettificats des Curé, Syndic, 8c des deux principaux Laboureurs du lieu; & le Concurrent joindra à ces certificats unMe- Tnoire détaillé de la culture ordinaire du lieu , 8c de la méthode particulière
MARS. 1764.- 149
qu’il aura pratiquée , tant à l’égard des labours qu’à l’égard des engrais, pour faire connoître par cette conlparaifon, les principes & les avantages d’une meilleure culture ; ce Mémoire fera certifié de même que les autres pièces.
ç.° Ces certificats & Mémoires feront adreflës à M. de Paterne, ainfi qu’il eft dit à l’article 7. avant le i.*r Décembre 1765 au plus tard, à défaut de quoi ils ne feront plus reçus.
io.° Il fera diftribue , dans les premiers jours de Janvier 1766, cinq Prix à ceux des Concurrens qui auront le mieux réufli. [.e premier , de la fomme de Cinq cens livres, fera adjugé à celui qui aura obtenu la récolte la plus abondante , relativement à la qualité & au produit ordinaire de la terre qu’il aura cultivée. Les quatre autres ,1’un de Trois cens livres , un de Deux cens livres, & deux de Cent livres chacun, feront la récompenfe de ceux des Concurrens qui auront le plus approché du fucccs qui aura mérité le premier Prix.
r<o MERCURE DE FRANCE.
MEDECINE.
Lettre à l’Auteur du Mercure de France.
Sur la Goûte, 8cc.
Jf. vous prie, Monfieur , de m’acquitter envers le Public , à qui j’ai promis , à la fin de mes nouvelles Obl'erva- tious , & dans les Journaux Etrangers, de lui faire part, dans le Mercure de Mars prochain , des heureux effets qu’auroient opéré, foit la Poudre BaUamique, foit le Baume Végétal, relativement à fes qualités qui méritent une attention particulière. Si vous daignez remplir le même objet tous les trois mois, ce Public instruit par des faits inconteftables, devra autant à votre attention, qu’à mes foins emprefTés de ruiner un préjugé qui lui eft funefte, & qui intéreffe tant de milliers d’hommes refpeâables, fi fouvent abufés, & prèfque toujours livrés fans fecours aux maux les plus crue’.s.
Poudre Balfamiaue.
Je ne rappelle pointles faits de pratique furprenans opérés dans les Provinces , & cités dans mon Ouvrage ; la vé-
MARS. 1764^ i$i rite les a trace's, & ce caractère eft infé- parable de mes fentimens. Voici de nouveaux faits qui fe font préfentés dans Paris.
En Mai 1763 , le R. P- Gardien des Capucins de Meudon, étant attaqué d’un accès de goûte au pied & au genov.il, dans le Couvent de la rue S. Honoré, en fut bientôt délivré par l’ufage de la Poudre Balfamique.
M. de PoiUy , Infpefteur de la Place du Roi, rue S. Honoré, en Décembre 1763, eut un accès de goûte aux muf- cles de la poitrine, au coude & à l’épaule. Il fut tranquillifé la même nuit par la Poudre Balîâmique, Sc bientôt rétabli par fon uf’age.
M. Fontaine , M .îtred’Hôtel de M. le Marquis de Marigny, en Décembre 1763 , eut un violent accès de goûte aux deux pieds. Il fut calmé la même nuit, & rétabli en peu de jours par la Poudre Balfamique.
M. Jacqitiau, Négociant, rue Montmartre , vis-à-vis la Juflienne , chez le Chapelier, a eu en Janvier un accès de goûte au pied, avec extravafion de fang. Il en a été rétabli en peu de jours par la Poudre Balfamique , &c.
MM. le Duc de Laval, le Comte de G iv
MERCURE DE FRANCE. Mailly, de Janflen, Duval de l’Epinoy à Paris, & M. Lcbégue, Concierge du Giand-Commun à Verfailles, font un triage répété de la Poudre Balfamique Sc du Baume Végétal: ce qui parle en faveur des Remèdes.
MM. les Profeffeurs de Médecine de Montpellier ont eu la Poudre Balfamique à leur difpofition en faveur des Pauvres. M. Carque', Apoticaire de cette Ville, m’a envoyé des certificats de l'es heureux effets.
Baume Végétal.
J’ai annoncé que l’ufage du Baume Végétal, trois jours de chaque mois, éloignoit les accès de gcute, en y affo- ciant la Manne ; & la pratique m’a appris ce que je n’ofois en attendre , & ce que ne peut opérer aucune efpèce d’Eli- xirs, foit par leur activité, foit par leur goût, qui ne peut corriger celui de la Manne, &c. & qui en altéreroient les vertus. Voici quelques faits.
LaCuifinière de Madame de Létaux , rue du Sépulcre, ayant une bile répandue 8c une langueur ; après avoir été évacuée une fois avec peu d’Ypécacuana, a fait ufage du Baume Végétal avec de la Manne & le Sel de Duobus pendant
MARS. 1764.
quelques jours, & elle reprit Ton tein , fon appétit & tes forces.
Dlle Houdina , petite rue S. Roch , quartier Montmartre , ayant des infom- nies & des dégoûts continués depuis fix mois, s’eft procurée l’appétit & lefom- nieil en peu de jours par l'ufage du Baume Végétal dans un peu de vin.
Un très-grand nombre de perfonnes de tous âges, féxes & tempéramens, fe font purgées avec deux onces de Manne , un gros & demi de Sel de Duobus,& trois cuillerées du Baume Végétal dans une verrce d’eau , & y ont trouvé la douceur des effets, l’abondance proportionnée des évacuations, & l’agrément du goût. Ce qui eft inconnu jufques à ce jour.
Le Baume Végétal détruit totalement It m tuvais goût & la fadeur de la Manne , des Syrops & des Sels purgatifs ; ne donnant qu'un goût de miel vineux, fans naufée ni dégoût. Il en aiguife les vertus, fans échauffer, & fans caufer la moindre tranchée ; & les effets ne font pas lents à fe produire : un moment en fait la preuve.
Il faut voir l’Ordonnance à la fin de mon Ouvrage, où fes ufagesparticuliers 8c fes moyens font détaillés. -
G v
454 MERCURE DE FRANCE.
Je ne parlerai que pratique dans le Mercure de Juillet prochain, & j'expliquerai les vrais moyens de dériver U goûte aux pieds.
Je loge petite rue S. Roch, quartier Montmartre ; & pour Pâques prochain, mon aarefle fera dans la rue du Gros- Chenet , la fécondé porte cochère à l’entrée de la rue de Clery , quartier Montmartre.
Je laiffe à la Pofte les Lettres que l’on n’a pas le foin d’affranchir’.
C. PE Moxtgerbet , Méd. ord. des Bdtimens du Roi.
EAUX FILTRÉES, Ak'IS AU PUBLIC.
T es Entrepreneurs des Eaux filtrées du Port-à-l’Anglois ont commencé leur dillribution le 30 Janvier dernier avec un applaudiffement ; & tous les honnêtes gens , ont pris part aux dif- férens. accidens qu’ils ont éffiiyés par la crue inattendue des eaux & le débordement de la rivière , qui a fubmergé route leur manutention , & mis leur établifl’ement à. deux doigts de fa perte*.
C’eft dans cette crife que leur zélé a fait les plus grands efforts pour foutenir leur fervice , & remplir autant qu’il a été en leur pouvoir les obligations d’un EtablifTement fi intéreflant au bien de l’humanité. Ils n’ont rien épargné pour fatisfaire le Public; foins, peines & dépenfes, tout a été prodigué; ils fe font même montrés avec diftinétion dans quelques occafions périlleufes, où il y a eu plufieurs de leurs barques toutes chargées de paniers , bouteilles & autres uflenciles , qui ont été écrafés par des coups de vent, & coulés à fonds avec perte de quelques-uns de leurs mariniers. Ils ont donc vu avec le plus grand chagrin en portant les yeux fur les vafes & bouteilles de grez qui contiennent leur eau , qu’il y en avoir d’une qualité inférieure qui donne un louche à ces mêmes eaux & fe difTol- vent en partie par le défaut qu’ont ces vafes de n’avoir pas été affés cuits ni léchés. Les Entrepreneurs les font retirer à mefure qu’on les découvre; 8c quoiqu’en lailfint un peu repofer l’eau dans ces bouteilles, elle reprenne bientôt fa première clarté, fans jamais altérer fa bonté primitive , néanmoins comme l’eau de ces vafes choque les
G vj
♦
i$6 MERCURE DE FRANCE, yeux , les Entrepreneurs prient le Pu. blic de vouloir bien faire rapporter ces mêmes bouteilles chacun au dépôt où il fe fournit avec une petite marque à la craye qui les puiïfe faire leçon- noître.
Leur fervice ayant commencé dans la faifon la plus ingrate & la plus ri- goureufe , ils n’ont pu être en garde contre l’infidélité' de quelques fournif. Leurs qui ont trompé leur confiance par la défeéhiofité de ces vafes. Il en eft de même pour la fureté du cachet des bouteilles ; les Entrepreneurs font informés qu’il s’efl déjà gliffe de la fraude , & qu’il fe fubftitue dans quelques maifons une autre eau à la leur en levant le bouchon qui n’étoit pas afTez hermétiquement cacheté. Dans cet état, quoique l’expédient de la ficelle & du noeud des Marchands de vin foit plus coûteux à la régie , les Entrepreneurs vont faire ficeler & cacheter leurs vafes ; en forte qu’il fera à la portée des Maîtres, de jetter un coup d’oeil fur les bouteilles, & de s’aflurer par eux-mêmes de la fidélité des cachets : précaution très-recommandée par les Entrepreneurs, comme de renvoyer aux dépôts, les bouteilles douteulès, où il y
MAR S. 1764. . 157
rura ordre d’en donner d’autres à la place , toujours avec une marque qui puifle les faire mettre au rebut.
Les nouveaux établiflemcns ont toujours des précautions à prendre & des fraudes à réprimer. Les Entrepreneurs ne peuvent pas efpérer que le leur fera tout d’un coup affranchi de ces défagré- rnens ; & c’eft ce qui les a portés à prier le Public de donner les confeils & fes avis dans les fujers qui lui paroîtront dignes de fes remarques.
A l’égard d’une infinité de propos abfurdes , que des mal-intentionnés répandent journellement fur la qualité & la bonté de leurs eaux , les Entrepreneurs en appellent au Public fenfé impartial. Tout le monde connoît quelles font leurs opérations & leur manutention au Port - à - l’Anglois; tout le monde peut voir en détail & fe convaincre par fes propres yeux , fi la flitration fe fait par des préparations chymiques , & s’ils employent ou l'alun ou aucune autre efpéce de comportions. Ces contes grofTiers , & ces inventions ridicules ne peuvent furprendre que les efpiits foibles qui croyent fans approfondir , ou le vulgaire ignorant.
La Faculté de Médecine a déjà conf-
is8 MERCURE DE FRANCE, taré par fes Commiflaires la bonté & les excellentes qualités de l’eau des Entrepreneurs : fon décret qui n’a été rendu qu’aprcs l’examen le plus fcrupuleux, eft l’écueil des rêveries qui Ce débitent, & Ja feule réponfe qu’on doit y faire.
Les Entrepreneurs ne s’occupant que des moyens d’étendre leur établifle- ment, pour le mettre à la portée d’un chacun, vont augmenter le nombre de leurs petits depots, & employer plufieurs charetres pour approvifionner tous les différens quartiers de la Capitale.
ARTICLE IV.
B EAUX-ARTS.
ARTS UTILES.
CHIRURGIE.
PRIX propofi par TAcadémie Royale de Chirurgie, pour l'Annie
L’académie Royale de Chirurgie
MARS. 1764.
propofe pour le Prix de l’année 1765 , le Sujet fuivant :
Déterminer le caraclere effcntiel des Tumeurs connues fous le nom de Loupes , erpofer leurs différences , & quels font les moyens que la Chirurgie doit employer de préférence dans chaque ef- péce U relativement a la partie qu’elles occupent.
Le Prix eft une- Médaille d’or de la valeur de cinq cens livres, fondé par M. de la Peyronnie.
Ceux qui envoyeront des Mémoires font priés de les écrire en François ou en Latin , d’avoir attention qu’ils foient fort lifibles.
Les Auteurs mettront fimplement une devife à leurs Ouvrages ; mais, pour fe foire connoîrre , ils y joindront a part dans un papier cacheté & écrit de leur propre main, leurs nom , qualité & demeure ; & ce papier ne fera ouvert qu’en cas que la Pièce ait remporté le Prix.
Ils adreflerona leurs ouvrages , franc de port, à M. Morand, Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale de Chirurgie à Paris, ou les lui feront remettre entre les mains.
léo MERCURE DE FRANCE.
Toutes perfonnes de quelque qualité & pays qu’elles foient, pourront afpi- rer au Prix ; on n’en excepte que les Membres de I*Académie.
La Médaille fera délivrée à F Auteur môme qui fe fera fait connoître, ou au Porteur d'une procuration de fa part; l’un ou l’autre reprélentant la marque dittin&ive, Sc une copie nette du Mémoire.
Les Ouvrages feront reçus jufqu’au dernier jour de Décembre 1764 indu- fivement ; & l’Académie , à fon AfTem- blée publique de 1765 , qui (ê tiendra le Jeudi d’après la quinzaine de Pâques , proclamera la Pièce qui aura remporté le Prix.
L’Académie ayant établi qu’elle don- neroit tous les ans fur les fonds qui lui ont été légués par M. delà Peyronie , une Médaille d’or de deux cens livres, à celui des Chirurgiens Etran- fjers ou Régnicoles, non Membres de 'Académie, qui l'aura méritée par un Ouvrage fur quelque matière de Chirurgie que ce foit, au choix de L’Auteur; elle l’adjugera à celui qui aura envoyé le meilleur Ouvrage dans le courant de l’année 1764. Ce prix d’émulation fera proclamé le jour de la Séance publique.
Le Meda à cinc de la i Régn cours trois <
La parties ment idée j liant < de la taille, dont j vrier i
Cet refietr
9
161
MARS. 1764.
Le même jour , elle diflribnera cinq Médailles d’or de cent francs chacune , à cinq Chirurgiens, loir Académiciens de laClafTe des Libres , foit fimplement Régnicoles , qui auront fourni dans le tours de l'année 1764 un Mémoire, ou trois obfervations intércflantes.
LETTRE de M. D EJ E Al/ , Maître en Chirurgie de Paris ; en réponfe à telle de M, FluRAI/T , Maître en Chirurgie a Lyon , inférée dans le Mercure du mois de Mai ijGf
lvl O N S I E U R ,
La defeription la plus éxa&e des parties Hc des proportions d'un infiniment ne préfente pas toujours une idée jufte de fa forme; je vais cependant e'ffayer de vous fatisfaire à l’égard de la curette propre à l’opération de la taille , dans le cas où la pierre fe brife & dont j’ai parlé dans le Mercure de Février dernier.
Cet inftrument, comme je I’a: dit , refiemble allez en petit à une cuillère à
ïfo MERCURE DE FRANCE.
Plombier : il a une coquille , une tige, & un manche ; la coquille a en tous lens onze lignes de diamètre , 8c trois lignes de profondeur dans fon milieu ; la tige a cinq pouces & demi de long ; fon ex* trémite qui tient à la coquille eft un peu évafée , & va en diminuant jufque vers le milieu, qui eft à-peu-près de h grolfeur d’un tiers de plume d’oye,& fe termine au manche en forme de poire avec une embafe ; cette tige n’eft point droite , elle a en dehors une courbure qui s’accommode à l'arcade de l'os pubis, lorfqu'on retire cet inf- trument de la veHie. Le manche eft à 8 pans & 3 pouces de longueur. La foie qui le traverfe cil quarrée, elle eft rive'e au bout pardefl'us une rofette.
La manière de fe fervir de cette curette eft Ample. Lorfqu’elle eft introduite dans la veftie ; en regardant la marque du Coutelier qui doit être placée fur la tige près du manche & du côté du dos , on pourra diriger cette curette fuivant le befoin , pour amener les fragmens au dehors.
Voilà , je crois, Monfieur , l’explication la plus claire qu’on puifTe donner de cet inftrumentjlï elle ne fuffit pas pour le faire exécuter, on peut y remédier
en s’: Maîtr
Faux
A
Re< pagne portée 8; Li 3 ^v*1 S. Th< teatt d cond adrefle
Pluf foufcri Violon Sc qui les ave trouve S.Thoi
MARS. 1764.' 164
en s’adreflant à Paris au fleur le Sueur t Maître Coutelier , rue des Canettes , Fauxbourg S. Germain,à l’A couronné.
■ ■ 11-— ■ —1 'R
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE.
R_ECUEit d’Aips, avec des Accom- pagnemens de Guittarre, faciles & à la portée des Co mm en ça ns. Par M. Merchi. æ. Livre de Guittarre. OEuvre XIe. Prix 3 liv. ix f. A Paris, chez l’Auteur , rue S. Thomas du Louvre, du côté du Château d’Eau, chez un Menuifier, le fécond efcalier après la Cour; & aux adreffes ordinaires de Mufique.
Plufieurs Amateurs de Guittarre ayant fouferit, pour Six Duo de Guittarre & Violon, avec Sourdine , par M. Merchi, & qui font (on OEuvre XIIe ; l’Auteur les avertit qu’il va paroître, & qu’on en trouvera des Exemplaires chez lui , rue S.Thomas du Louvre,à la mérite adreïTe.
IÔ4 MERCURE DE FRANCE.
GRAVURE. (3arte du Pafîàge de l’ombre delà Lune à travers de l'Europe, de la fa- meufe Eclipfe centrale & annulaire de Soleil du premier Avril prochain, calculée par Madame Lcpaute , de l’Académie de Béziers, qui a eu l’honneur de la pré- fenter à Sa Majefté ; avec une explication jntéreflante de ce Phénomène. A Paris, chez Latrré, Graveur rue S. Jacques, près la Foritain&S. Severin, à la Ville de Bordeaux; avec Privilège du Roi.
Supplément à l’Article des Sçiences. GÉOGRAPHIE.
(>ALCULS éc proieélion de la grande Eclipfe de Soleil, du premier Avril 1764. Par M. le Cartier d'EpuiJart, Conseiller en la Cour des Monnoycs. Approuvés par l’Académie Royale des Sciences, le 3 Septèrrtbre 1763. Brochure in-4*. » Paris, chez Moreau, Libraire - Imprimeur de la Reine, & de Mgr le Dauphin ; Seguin, rue Dsuphine, & la veuve Gautier, Cloître S. Honoré, debitansb Carte de France.
MARS. 1764. 165
ARTICLE V.
Suite des Spectacles de la Cour A Versailles.
Le Jeudi 19 Janvier, les Comédiens François repréléntèrent Blanche & Guif- card, Tragédie nouvdle, par M. Sau- R1N , de l* Académie Françoise.
Le rôle de Gitifcard étoit joué parle Sr le K a in ; celai à’Ofmont, .Connétable , par le Sr Molé ; Rodolphe, par le Sr Dauber VAL; Blanche, par la Dlle Claip.on ; Laure fa Confidente, par la Dlle PrÉVIlle.
Cette tragédie fut fuivie du François à Londres, Comédie en un A été & en Profe, de feu M. de Boissy, (de TO-)
Le Mardi 24 Janvier , les mêmes Comédiens repréfenferent le Diftrait, Comédie en cinq Aéles & en vers, de Regnard, (de 1697.) Le Sr Bel- Court jouoit le rôle du Dijlrait\ le Sr
166 MERCURE DE FRANCE.
Molé , celui du Chevalier', le Sr Pré. ville , le rôle de Carlin , la Demoifelle DROUIN , celui de Mad. Grognac, &ç, Pour fécondé Pièce, le Retour iinpn- vu , Comédie en un Aéfe & en profe du même Auteur, (de 1700.)
Le Mercredi 25 , par les Comédiens Italiens, le Maréchal, Opera-Comique en deux Aftes, précédé des Frères Rivaux , petite Pièce Italienne.
Le lendemain 26, les Comédiens François repréfentèrent Brunis, Tragédie de M. de Voltaire, (de 1730.) Le rôle de Brunis fut joué par le Sr Bri- zard ; celui de fon fils Titus, par le Sr Molé; 4ronst par le Sr Dubois, &le rôle de Tullie ,par la Dlle Dubois , &c. &c.
Pour féconde Pièce, on donna FE- tourderie, Comédie en un Aéte 8c en profe, de feu M. Fagan , (de 1737.)
Le Mercredi premier Février, les Comédiens Italiens repréfentèrent le Diable Boiteux, Comédie Italienne en deux A&es, qui fut fuiviedes Enforcelés, ou Jeannot & Jeannette, Opéra-Comique en un Aéhe, en Vaudevilles, par la Dlle Favart en Société, ( de 1757. )
Le 7 Février, les Comédiens François repréfentèrent la Métromanie, Co-
MAR S. 1764.' ibf jnédie en cinq A&es & en vers, de M. PirON , (de «738.)
Le Sr Bf.lcoUR joua le rôle de Da- mis; le Sr Mole , celui de Dorante; le Sr Préville , celui de Mondor. Le rôle de Lucile par la Dite Despinay , & le rôle de Lijette par la Dlle Fanier, Débutante, &c. &c.
Pour fécondé Pièce , on donna le Colin Maillard, Comédie en un Afte & en profe , du feu Sr Dancourt , ( de 1701) ; dans laquelle la Dlle Fanier, Débutante , joua aufïî le rôle de Soubrette :la DlleDoLiGNY y jouoit celui d’Angélique, Sic.
Le Mercredi 8 Février , les Comédiens Italiens repréfentèrent la Joute d'Arlequin & de Scapin , Comédie Italienne.
Le même jour, après la Pièce Italienne, les Sujets de l’Académie Royale de Mufîque & de la Mufique du Roi,éxécu- tèrent, pour la fécondé fois , la Danfe , troifième Entrée du Ballet des Talent Lyriques. Les A&etirs & les Danfeurs étoient les mêmes qu’à la première Re- préfentation. On en a donné le détail dans le Mercure de Février.
Le Jeudi 9 , les Comédiens François repréfentèrent OEdipe, Tragédie de M. de Voltaire, ( de 1718.) Le Sr le
168 MERCURE DE FRANCE. Ka in joua le rôle à.'(E.dipe, le Sr Beu cour celui Ae^P hilocletc ; la Dlle Du- Mesnil jou4 le rôle de Jocajlc, &c.
Cette Pièce fut fuivie du Procureur Arbitre , Comédie en un Afte & en vers, du feu Sr PoiSïON , ( de 1728. ) Le Sr Belcovr joua le rôle du Procureur Je Sr Grancer celui A'Agénor ; 1] Dlle Doligni , Ifabelle ; la Dlle Pre- ville , la Veuve; & laDlle Eroüin, la Baronne , &. &c.
Le Mardi 14, les Comédiens François repréfentèrent le Mifantrope , Comtdie de MOLIERE, en cinq Aétes & en vers, (de 1666. ) Le Sr Grandval y joui le rôle du Mifantrope. Il y fit le même plaiur qu’il avoit fait à Paris ; & l’on y jugea de même des nouveaux degrés de perfection qu’il avoit acquis dans lejea de ce rôle. *
La grande Pièce fut fuivie du Mari retrouvé, Comédie en un Aéte & en proie du feu Sr DANCOURT, (de 1698.)
Le 15 , les Comédiens Italiens donnèrent Arlequin Barbier paralytique , Pièce Italienne , qui fur fuivie du Peintre
» Voyez ci-après à l'Article des Speâacle de Paris, celui de la Comédie Françoife.
amoureux
MARS. 1764. 16g
gmoureux de fon Modèle , Opéra-Comique mêlé d’Ariettes.
Le Jeudi 16,les Comédiens François reprefentèrent Polieucle, Tragédie du Grand Cop.Neit le. Le Sr Molé joua le rôle de Polieucle , le Sr BellecOUR celui de Sévère, le Sr Paulin celui de Félix. La Dlle Dvmesnil y jouoit le rôle de Pauline , &c. &c. ( Cette Pièce ell de 1640. )
Pour fécondé Pièce, on donna le Rendez-vous , Comédie en un Acte & en vers de feu M. F AG A N , ( de 1733.)
La fuite au Mercure prochain.
■ - ■■■ 1 »
SPECTACLES DE PARIS.
OPERA.
L'empressement qu’avoit témoigné le Public pour le Speflacle de VOpéra, a été pleinement juftifié par le concours foutenu des Spectateurs jufqu’à prêtent. Les beautés du Poème & de la Mufique de Cajlor 'Ç? Pollux, jointes à la magnificence du Speétacle , font de plus tn plus fenxies, & prouvées par une affluence perpétuelle.
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I7o MERCURE DE FRANCE.
Titon & L'Aurore n’efl pas moins fuivi les Jeudis, quoique ce jour foit ordinal rement un des plus foibles à ce Théâtre.
Plus on fréquente la nouvelle Salle du Bal, & plus on en reconnoît la beauté. Le plus grand nombre de Mafques n’y produit que la vivacité néceflaire à l’amufement , & cette forte de con- fufion qui fait tout le brillant des Bals, fans que l'on y éprouve les incommodités d’une foule trop reflerrée. Il feroit difficile de difpofer un lieuplus commode & plus convenable pour la fête la plus magnifique.
A VIS aux Aviateurs d'Infiniment.
Nouvelle Invention d’une LYRE pareille à celle des Anciens.
N.B. L'analogie de l'objet nous engage à placer l'Avis fuivant dans cet Article»
N O U S avions annoncé précédemment un Inftrument qui approchoit de la Lyre. Il paroît que le fuccès n’a pas répondu à l’efpoir de fon Inventeur. Nous croyons que celui-ci feraplus heu-
MARS. 1764, 171
reux. On regrettoit avec raifonque la forme de la Lyre antique, fi agréable, fi no - b'e , & li propre à nous réalifer les idées poétiques, ne pût pas f. concilier avec la conftruétion harmonique. Dans l’Inftrument dont nous parlons,on eft parvenu à lever cette difficulté. Sa forme elt telle que l’on nous peint la Lyre d’Apollon. Elle elt auiii faelie, aulfi élégante, & très-orme. La partie inférieure elt traverfée par un corps de Lut fur lequel font pofées obliquement quarante cordes,divifées fur deux lignes parallèles. Il en réfulte une aefli belle qualité de fon que fur la Harpe. Les cordes le pincent de même, mais avec beaucoup plus de facilité,l’étendue de tout l’Inftru- ment 11’excédant pas la portée du b:as d’un enfant. Nous avons entendu jouer de cette Lyre , l’effet en eft tiès- agréable , en ce que les cordes des deflus rendent un fon plus moëleux que celles de la Harpe. Si l’effet général n’ell pas d'une autfi forte réfonance que fur ce dernier Infiniment, cette Lyre nous a paru égaler à cet égard, pour le moins, un très-fort Archiluth. Les quarante cordes contiennent trois oélaves & demi de tons fuivis. Il y adanslatravexfc
Hij
x-p. MERCURE DE FRANCE, fupérieure de la Lyre > une méchanique cachée affez curieufe pour les Dièses & les Bémols fur toutes les cordes ; on en fait ufage à volonté fuivant les divers tons que l’on veut parcourir. Nous ne doutons pas que l’on n’adopte ce nouvel Infiniment, par la facilité de fon exécution , par celle de le tranf- porter, par l’agcment dont fon jeu peut être, enfin par les grâces de fjjn aipeél , par celles qu’il prêteroit à ceux & fur-tout à celles qui |en joueroient. Les Peintres doivent être intéreflés au progrès de cette Lyre Iis y trouveraient de nouvelles positions pour les Portraits, infiniment plus avan- tageufes que toutes celles qui font déjà cpuifées ÉÎ devenues fi communes.
L’Inventeur de cette LYRE cji le Sieur M1CHELOT , Luthier, rue S. Honoré f près la rue de ! Echelle , à coté des Ecuries de M. le Dauphin.
COMEDIE FRANÇOISE,
a
I. F. 4 Février, on donna pour la derrière fois Blanche & Guifcard, Tragédie nouvelle, qui a eu neuf repréfen-
MARS. 1764. 173
tâtions, y compris les trois, avant le Voyage de Fontainebleau.
L’Epreuvt indiferette , Comédie nouvelle , dont nous avons annoncé la première Représentation dans le précédent Mercure, a été retirée après la quatrième le 6 du meme mois.
N. B. On trouvera les Extraits de ces deux Pièces à la fin de cet Article.
Le même jour ( 6 Février) M. G R an d- VAL eft rentré au Théâtre , par le rôle du Mifantrope. Dès qu’il parut, les les applaudiffemens les plus vifs fufpen- dirent long-temps le commencement de la fcènc. Ces témoignages, quoique mérités , de la prévention favo- rab’e du Public, redoublèrent, dans cet ancien Acteur, la crainte de n'y pas répondre fuffifamment. Il fut facile d’apperccvoir fon émotion. Cependant il donna de nouvelles preuves d’un talent confommé; & tous lesSpedateurs intel- ligens font convenus qu’il avoit joué un grand nombre de traits dans ce rôle, non-feulement d’une manière fort fupé- rieure à celle dont il le jouoit avant fa retraite, mais encore à tout ce qu’on pouvoit fe rappeller de mieux. Il joua le 8, avec fuccès, le rôle du Philofophc Marie t dans la Pièce de ce nom. Lorf- H iij
i74 MERCURE DE FRANCE, que M. Belcour y parut dans le rôle deDamon , le Public, par des applaudir* femens redoubles, donna à cet Afteur, dépofledé de plufieurs rôles qu’il jouoit pendant l’abfence de M. Grandval, des marques de la jurtice qu’il rend à fon ïèle infatigable, à l’intelligence de fon jeu, ainfi qu’à l’utilité & à l’agrément dent lui feront toujours fes fervices.
M. Grandval a joué depuis ,1c rô'e de Cimnn dans \' Andrienne. L’épreuve de ce caraâère, nouveau pour l’Aâeur, eteit aufli intéreffante pour les Amateurs du Théâtre que pour lui-même. Quoi* çu’avec une figure, moins chargée par l’âg^ que peut-être notre opinion ou notre habitude n’éxige pour cet emploi, il a rempli toutes les parties du rôle avec ce talent de dérail & de rationnement, toujours fi agréable pour le connoilfeur, joint à un pathétique vrai & fenfible, dont l’imprelfiona entraîné les fuffrages & les applaudiflëmens.
Nous devons , en parlant de VAndrien- ne, renouveller les julles murmures,d’un Public éclairé , fur l’habitude de jouer Toujours cette Pièce en habits François. Cette habitude, digne des temps obfcurs & barbares de notre Théâtre , ne peut avoir fon exeufe dans le défaut d’habiV
MARS. 1764. 17$
lement, 1’. parce qu’on en a fait la dé- penfè pour des Pièces fort inférieures à celle-ci , qui deviendroit par-là toute nouvelle; 1°. parce qu’on voit journellement fur la Scène tragique dès habits fimples, dont la forme conviendroit fort bien à ce genre de comique. Croit- on que, les habits militaires exceptés, les Anciens changeaffent de vêtemens pour les iituations tragiques qui pou- voient traverfer le cours de leur vie ? L’erreur de croire n’avoir pas d’habillé— mens propres à jouer des Comédies Grecques, 11e peut venir que d’une autre erreur, qui eft de rapporter la forme d’habilleme nt de l’ancienne Grèce à celle des vêtemens mordenes du Levant. Que l’on confulre les monumens antiques, & l’on trouvera bien plus de rappoit dans ces vêtemens entre les habirans d’Athènes & ceux de Rome, qu’entre les Grecs modernes & les anciens. En un mot, le plus défagréable de tous les in- convéniens, & la plus abfurdc de toutes les difparates, eft de voir au milieu d’Athènes Cimon en vieux Seigneur de notre Cour, Ton fils Pamphile en petit- maître , (es efclaves en laquais, &c. &c.
M. Grandval joua le 12 dans le MiJ'antropC) & le même jour le Faux
Hiv
MERCURE DE FRANCE. Damis dans le Mariage fait & rompit. Mlle le Kain jouoit dans cette féconde Pièce le rôle de Soubrette avec beaucoup de naturel. Qu’il nous foit permis de remarquer que de bons Juges du ta- lens en accordent à cette A&rice, pour certains genres de Soubrettes , dans Itf- quels elle fe perfectionne de plus en plus.
Le Lundi 13 on donna la premiès e représentation A'Idcmenêe, Tragédie nouvelle de M. le Micrre. Cette Pièce fut reçue avec applaudiflcment à tous les Aéles. Une acclamation foutenue appilla l’Auteur à la fin de la Pièce : il fe dif- penfa de paroître. Nous ne faifons pas mention de cette cireonftance, peur preuve de fuccès. L’abus que l’on fait aujourd’hui dans le Parterre de cette ef- péce de cri de triomphe en a trop avili le prix. Mais, ce qui ell plus dècifif en faveur de l’Ouvrage, elt la continuation des représentations.
Mie Fa>nier, dont nous avons parlé dans les précédens Mercures a terminé fes débuts. L’efpoir du Public fur les talens de cette jeune Aèhice, doit être fondé fur ceux que l’on reconnoit & que l’on applaudit journellement dans M. Molé , de qui elle eft Elève.
MARS. 1764- 177
L’intelligence fine du Maître, ne permet pas dedouter qu’il n’ait reconnu dans ce Sujet, des difpofitions dignes de fes foins, & propres à lui faire honneur.
Extrait de Blanche & Guis
CARD , Tragédie de M. SAURÏN , de /’Académie Françoife. Repréfentée pour la première fois le z$ Septembre 1763 t & reprife le 13 Janvier 1764.
PERSONNAGES.
ACTEURS.
Le Comte deGUISCARD,
Le Comte OSMONT,
Connétable de Sicile , S1FFRÉDI , Grand Chancelier» BLANCHE» Fille de Siffrédi, LAURE » Amie & Confidente de
Blanche ,
RODOLPHE > Frère de Laure Sc Confident de Guifcard,
Aï. Le Kain.
M. Mole.
M. Bâtard.
Mlle Clairon.
Mlle P reville.
• M, Daubcrval.
GARDES.
La Scène eft en Sicile. Les deux premiers jtâes pajjcnt à PjLZRMJi > Capitale du Royaume.
H v
j78 MERCURE DE FRANCE.
Les autres à Belmopt , maifim de plaifiancedi: Sijfrédi & qui touche à
C3eïti Pièce eft imitée de Tancrcde & Sigif* jno;;de, Tragédie Angloifede feu Tomj'on , Auteur célébré du Poème des Saifons. (In épifode du Roman de Gilblas, qui a pour titre le Mariage de vangeance en a fourni le Sujet. Voici PA v an:*-S cène.
Mainfroi. Roi > de Sicile a été dépouilé du Royaume 8c de la vie par Guillaume ton frère puîné : celui-ci, qui fut fn-nommé (e mauvais eft mort au bout de deux ans d’un régne tyrannique , lailiant deux enfans, Guillaume le Bon 9 qui loi a fuccédc, 8c une tille nommée Confiance- Il éroic relié un fils urique de Mainjroi. Guillaume le Bon. ne voulut point le faire périr & confia cet enfant en bas âge aux foins du Chancelier à qui il ordonna de lclever comme un (impie Gentilhomme & fans lui faire connoître fa naif* fince , ni fes droits. Le fils de Mainjioi élevé ainti dans la maifon de Sijfrédi, fous le nom de Guifcarda pris une forte paflion pour Blanche,, fille du Chancelier t & Blanche n’en fent pas pour lui une moins forte. Les chofes en cet état, Guillaume le Bon eft fubitement frappé d'un mal violent ; il touche à fa fin, & c’eft alors que la Pièce commence.
ACTE PREMIER..
SCENE PREMIERE..
BLANCHE & LAURE.
Hanche déplore la perte que la Sicile va faire-
MARS. 1764.
du meilleur des Rois. Il n’y a plus d'efpérance, die celle-ci, le trouble & la terreur le peignent fur tous les fronts.
BLANCHE.
Trifte effet du retour que chacun fait fur foi! » Nous n’éprouvons jamais un fi lugubre effroi,, » Qu'alors que nous voions de cette haute fphere,, » Ou la fplendeur du trône éblouit le vulgaire, 3» Tomber ces Dieux-mortels & femblables à
» nous,
m Rentrer au fein commun d’ou nous fortîmer
» tous.
Blanche craint les changemens que la more* du Roi va apporter dans l'Etat longtemps en* proie aux plus cruelles divifions» Il y a dans l’Etat deux partis ennemis & puillans. La prudente fermeté du Roi eft un frein qui les a contenus; mais fi le Roi meurt , le Trône pafl'e à- Confiance , le Connétable Ofmont eft fon favori.
» Miniftre de l’Etat & Magiftrat fuprême, >» Mon père contre Ofmont a fouvent éclaté xi Dans les troubles cruels qui nous ont agité ,. a> San zélé toujours pur, fon coeur patriotique, - ••Ses rigides vertus, dignes de Rome anuque, »\Onc longtemps divifé le Connétable de lui,» .
» Ofmont doit le haïr. . )
Laure dit que depuis quelque temps ils fe font' réunis. Dans le refte de la Scène il eft queftion de Guifcard > de l'obfcurité qui eft répandue fus defiin, de l'amour qu'il a pour Blanche,
Hvj
i8o MERCURE DE FRANCE.
» Non, cet amour qui régné en un coeur amolli, » Par qui plus d’un Héros s'eft fouvent avili > » Mais ce célefte feu, cette divine flâme ,
a» Qu'un digne objet allume & qui porte en notr< » âme
» De toutes les vertus le germe précieux,
» Le plus beau des préfent que nous ont fait les x deux ;
» Des grandes aâions fonree heureufe & féconde, » L'âme, â la fois, la gloire & le bonheur du » monde.
Cet amour eft l’âme de tous les entretiens que Guifcard & le frère de Laure , Rodolphe , ont en- ïemble, mais que penfe de lui ton frère, lui dit Blanche? Il penfe que tour en lui annonce 3c pio- met un héros ; que fon âme eft élevée, coûta- geufe, humaine , & que fi la fougue de fon naturel ardent l’emporte quelquefois , la Raifon bientôt le ramène.
» Il ne le flatte pas : ah ! pour un tendre coeur » S'il eft,ina chère Laure , un plaifir enchanteur, »C’eft de voir applaudir le digne objet qu'on » aime,
» De s’entendre louer dans un autre foi-même.
Notre âme éprouve,alors, un fi doux Sentiment! »C’eft louer plus que nous, que louer notre
amant.
ei
MARS. 1764. «3i
SCENE II.
blanche, SIFFREDî,
Il apprend à Blanche , que le Roi n’eft plus.
» Des mortels il a fubi la loi , » Ma fille , il eft palîé dans ce monde terrible , » On des foibles humains le juge incorruptible » Voit frémir à fes pieds nos maîtres abbattus, 53 Sans garde & protégés de leurs feules vertus.
Il ajouteque le Roi 2 vu d’un oeil ferme la more s'approcher.
m Nedemandantau ciel qu’un momentde retard , m Qui lui permît de voir & d’embraiïer Guifcard, BLANCHE, avec émoi ion.
Guifcard • le Roi ! • • • mon père..........
S 1 F F R F D I.
» Eh bien , au nom du Comte, » Ma fille, d’oil vous vient une rougeur fi proni- » pte !
» Cet intérêt, ce trouble & cette émotion ?
BLANCHE. -
» Mon père . .. il efl le fils de votre adoption : » Je prends part a Confort comme à celui d’un » frère.
SIFFREDI. •
» II fuffit. Laiffez-moi : vous fçaurez ce myftère.
Siffredi dans un monologue fait voir toure la douleur qu’il a de ne pouvoir douter que fa fille & Qui/iard ne flûnenf; il fe reproche de ne
rSt MERCURE DE FRANCE, l’avoir pas prévu & il frémir des fuites : le Roi; en mourant vient de reconnonre Guifcard pour l'héritier du trône, mais c’eft à condition qu'il époufera Confiance , cet Hymen peut leul aiiurer le repas de l’Etat. C’efl le feul moyen d empêcher que la Sicile ne foit encore en proie â toutes les horreurs d’une guerre inteftine, D’ailleurs , Sijfrédi eft engagé de parole avec Ofmont, il lui a promis (a fille en mariage , l’union du Chancelier avec le Connétable , importe au bien Public & Sifiridi ne connoir rien qui puifle entrer en balance avec fa parole & Ion devoir.
»-> périfle le mortel, pèrifle le coeur bas
» Qui, portant dans (es mains le défi in des Eta t>, » Plein des vils fentimens que l’intérêt infpire, » Immole à fa grandeur le falutd'un Empire.
Guifcard paroît: Sijfrcdi avant que de fedé- olarer veut fonder fon coeur : il lui confirme 1: moit du Roi &: fait un Eloge de ce Prince qui puilfe en même temps fervir de leçon a Guifiud.
m II tenoit pour maxime >» Qu’un Roidoitpréférer,(obfédécommeilcft, » Un ami qui l’afflige au flatteur qui lui plaît. » On ne vit point, au fein de l’horrible mifîre,. > Le laboureur gémir du bonheur d'être père >
Il fçur récompenser & punir à propos ;
» Père enfin de fon Peuple, il fut plus que Héron
Sijfrcdi apprend en fuite à Guifcard que la Couronne n’appartient point a Confiance , mais à on ils de Mainfai } élevé dans l’obfcurité z & inco^
MARS. 1764.. 183
nu àlut*mème. Il lui apprend que le Roi *a reconnu ce fils de Miî/t/roi pour fon Succelleur j mais- à condition qu’il épouieroit Confiance.
Guificardy plein de feu & de noblefle, le mec d’abord à la place de ce jeune Prince, s'échauffe* en fa faveur s mais doute qu’on puille vaincre l’horreur qu’il doit fentir, quand il fe connoîtra t pour Confiance^ pour la fille de l'a (la (fin àzMainfroit.
Sijfrédi combat ce fentiment » & fait voir la né- ceflitc du mariage ordonne par le Roi. Guifcard continue à s'élever contre.
» Eh .'que craindre après tout ? Il a pour lui, Sei-ê- » gneur,.
a Sa naiffance, fes droits, fans doute fa valeur.
Tout le fang de Guijcard eft prêt à couler pouf ce Prince.
» Courons vers lui, Seigneur. Ah 1 digne de fa race » Digne du Trône augufle où furent fes aïeux > » Peut êrre qu'il fe plaint que le fort envieux> » Sur le théâtre obfcur d’une (cène privée, » Confine les vertus de fon âme élevée, a» Et qu’il demande au Ciel l’heureufe occafion » De montrer un grand coeur, & d’acquérir an.
j» nom.
Si FF RE DE.
» Et peut-être qu’aufiî fa frivole jeunelTe » S’endort avec l’amour au fein de la moleCe!.
Guifcard répond avec l’enthoufiaûne d’une âme jîunefc grande^
184 MERCURE DE FRANCE.
» Mon coeur répond du fien : oui, Seigneur > fui » effort >
» De mon état obfcur je m’élève à Ton fort;
» Et je fens qu’à l’afpeâ de fa noble carrière,
» Mon âme avec cranfport s'élançant toute en- » ticre,
r> Bruleroit d’égaler, en vertus comme en rang, » Ces Héros glorieux dont je feruis le fang.
SIFFREDI.
» Eh bien ! hâtez-vous donc de marcher fur lear
» trace.
* Et vous. dont il promet d’être la digne race, » Mânes de fes Aïeux, je vous prends à témoins.
Guifcardett étonné,prie le ciel de lui donner les vertus de fon nouvel état, marque fa reconnoif- fance à Siffredi, ne veut régner que par fes con- feils, &c. mais montre toujours le plus grand éloignement pour le mariage de Confiance : c’eft le feul point fur lequel il n’en veut croire que lui - même. Mais, lui dit Sijfredi,
«Un autre à vos refus doit avoir la Couronne. » C’eft le Roi des Romains.. •.
GUISC ARD.
» Mais le fang me la donne. >• Je maintiendrai mes droits. Afl'emblez le Sénat, n Allez , & que les Grands, les Barons de l'Etat » Viennentrendreâ leux Maître un légitime hooi-
» mage.
MAR S. 1764. iS^
L’Aéle finit par un Monologue de Giûfcard, ol tout (on amour pour Blanche éclate. Il eft transporté de l’idée de mettre un Diadème au* pieds de ce qu’il aime»
» Je vois fans m éblouir l’éclat du rang fuprême. » Mais, ô ma chère Blanchie! un Trône t’éroicdu : a» Je vais, en t y plaçant, couronner la vertu»
ACTE IL
Dans l’intervalle du premier & du Second Aâe, Guifcard voulant raffiner Blanche, qu’il a trouvée en larmes, & craignant de?é perdre, lui a laülé fa fignature, comme un engagement de fa part, qu’il lui a ordonné de remettre au Chancelier, en lui déclarant fes intentions pour elle. Blanche a remis cette fignature a fon père, qui, rendu au Sénat, en a fait un ufage contraire aux deileinsda Prince. Après avoir fair kdure du Teftamenc du feu Roi, qui, en rappellaor Guificardau Trône , ordonne qu’il époufera Confiance, il ajoute que le Prince confentoit à tout. Voilà, a-t- il dit, un ade figné de fa main royale, par lequel il allure (a Couronne & fa foi à Confiance. Au moment même la voûte a retenti d’un applaudiflement générai ; la joie s’eft peinte fur tous les fronts, Guificard interdit & confus, ne poffcdanr encore que le nom de Roi, fans pouvoir , fans expérience , n a pas cru devoir en ce moment s’oppofer au yoeu de tout l’Etat : il s’eft levé, de a remis l’af* femblée au lendemain*
186 MERCURE DE FRANCE.
SCENE PREMIERE.
GUI SCA RD & RODOLPHE.
Guifcard furieux apprend à Rodolphe tour ce qui s’eft paffé ; Blanche placée par Ion père au rang des fnedateurs, a été témoin de cette fcène cruelle. Guifcard venoit pour la défabofer » mais Siffredi a fait partir fa fille pour Belmont. Et quoique Belmont touche à Palerme, d’indifpen- lables foins enchaînent Guifcard .i la ville. Mais, en attendant qu’il puiiTe voir Blanche, 3c qu'au Confeil du lendemain tout fe répare, il veut écrire à Blanche, En ce moment Siffredi parole.
SCENE II.
GÜISCARD SIFFREDI.
Guifcardlui fait les reproches les plus vifs. Si£ fredi s’oppofe â l’indignation 8c aux emportemens de Guifcard, Avec le calme d’une âme remplie de l'amour de Ton devoir & de fa Patrie. On lui a remis le (eing du Roi.Il a cru, pour s’enfervir, ne devoir confulter que la gloire du Roi & le falur • de l'Etat j & pourvu qu’il fauvât l’une & l’autre, il n’a compté pour rien de (è perdre lui-même. Il loi repréfente fortement qu’il n’y a que l’hymen de Confiance qoi puifle affermir la Couronne fur fa tête > qu’en ne l’époulant pas, il doit craindre la plus funefte révolution pour le Royaume &pour lui- même j qu’il hafarde l’Etat, & fon Trône, & fa vie. Guifcard eft réfoin de tout braver : malheur à qui ofera lui réfifter, malheur à Siffredi lui-même. Siffredi lui préfente foa fein , & le coib
MARS. 1764- 1^7
jure enfuite d'écouter celai qui lui fervit de père, &qui, pour le feul avantage de l'Etat & du Roi» refufoic ce qu’un autre peut-être acheteroic d’un crime. Il fe jette à fes pieds.
» Vois ton ami, ton père, embrafiant tes genoux » Te conjurer en pleurs de te vaincre toi- même j » A tes pieds avec moi, vois un Peuple qui t ’aimer » Et que le Ciel confie à tes foins paternels.
.» Citoyens, Magiftrars , Miniftres des Autels, » Tous ceux de qui la main aux travaux occupée m Fait croître la moiflon de leur Tueur trempée, > Qui nourrirent l’Etat » & fupportent la faim 4 ” Vois le vieillard courbé» l'enfant preflant le » fein »
b Et l’époux, & l’époufe, & b mère, & la fille»
•
Tout nn grand Peuple enfin compofant ta fa-
m mille »
». ( Car les Sujets des Rois font leurs premiers en- » fans ) ;
» Vois*le$» dis-je, à tes pieds, incertains & trem-j- » blans :
« Sauve^nous, difenr-ils » d'une guerre inteftine
9 Fdut-il à l'incendie 9 au meurtre, à la ruine , » Abandonner encor nos champs & nos cités !
*
Ah ' pour/autres emplois que nos calamités , ** Réfcrve un fang pour toi tout prêt dft répandre • » Rcfifterezvous donc à cette voix fi tendre ?
» Eli quel trifte bonheur, rapportant tout à foi,
» Peut balancer fon Peuple en lame d’un bon e Roi 1
i88 MERCURE DE FRANCE.
» Le vôtre.... Mais, Seigneur, je vois qu’elle efi «• émue.
» Ah ! ne dérobez point ces larmes a ma vue.
>3 L’orgueil du Trône , hélas ! n’eft que trop fa, » humain.
Guifiard tend la main à Siffrcdi, & lui repro. che d’un ton attendri qu’il l’a mis entre deux précipices ; que détruire l’efpoir de Confiance, c’eft ha farder l’Etar ; que le remplir, c’eft trahir Blanche & le (ang de Mainfivi.
» De tous côtés déchiré, combattu >
» La vertu dans mon coeur s'oppofe à Ja vercà.
Siff'edi a fait le mal ; c’eft a loi à venir à (on aide. 11 faut que le lendemain il fade au Sénat l’aveu de fa témérité, & qu’il appuie les droits Guifiard de fon fuffrage :
» A et prix
» Ton Maître te pardonne, & redevient ton fils.
Sijfiedi fcnt les bontés de fon Ro.’; mais il s’en croiroir indigne s’il obéifloir. Guicard fort furieux, en déclarant à Sijfrcdi que Confiance ne fera jamais que fa Sujette.
*Toi, rends grâce à l’amour dont mon coeur eft >• épris,
» Qui te protège encor lorfque tu le trahis»
MARS. 1764.’ 189
SCENE III,
Monologue de Sijfrcdi qui réfout de hâter le mariage de fa fille avec le Connétable. C’efl le feul moyen de (auver l’Etat & le Roi. Ce moyen le perdra : mais s’agit-il de lui ?
SCENE IV.
SIFFREDI & OSMONT,
Civilités réciproques; Ofaioni reclame la promette du Chancelier, A: en prelfe l’exécution. Cet hymen , dit le Chancelier, importe à l'Etat. Ve- ctz ; allons à Relmonc ; vous y recevrez la main de Blanche, fans pompe & (ans éclat,
ACTE III.
La Scène eft d B ciment.
Monologue de Blanche, qui Ce croyant trahie par Guifcard, luiad.eflte des reproches & des plaintes lur toutes les aflurances de fidélité qu'il lui avoir données ce jour même.
«Ta tendrefle jamais ne fur plus éloquence. » Hclasî fansralTurer ta malheureufe Amante, » ^ae ne lui difois- ru que de fuperbes loix , » Dans la grandeur du Trône, emprifonnent les ™ Rois :
*» Branche en adroit gémi; mais moins infortunée, » N’accnfant que ton rang & que fadeflince,
« Elle eût vécu peut-être, Arc.
tço MERCURE DE FRANCE.
Siffredi arrive , & Blanche fait un vain eflbrj pour lui cacher fes larmes & (on trouble. Siffredi plaint fa fille> il ne veut point l'accabler tous l* poids du reproche. Il devoit prévoir ce qui eft ar« rivé, & il s’accufe lui-mcme plus qu'il ne la bli- me i mais il faut s’armer de courage, & faire un généreux erfort. 11 feroit trop honteux qu'on pat croire qu elle nourrit encore quelque efpoir d eue aimée du Roi»
BLANCHE.
» Ah ! cet efpoir, Seigneur » il l’a trop bien détruit. SIFFREDI.
» Il l’a dû. De vos feux quel eût été le fruit J » Ta folle pa (lion a^t-elle donc pu croire h Qu’oubliant ce qu’il doit à fon peuple, à fa » gloire,
* T’immolant notre Gng, nos biens, notre repos» r> D’un romanelque amour méprifable héros, s> Il dût, pour être à toi, hazarder fa Couronne?
Crois-tu que j’eulTe fouffert qu’allumant fes feux aux flambeaux de votre hymen,
» La Difcorde cruelle embrasât ma Patrie,
» Que mon (ang , que ma fille en devint la furie ?
Siffredi lui déclarequ'il n’y auroit jamais confen- ti. Il efpère qu’elle n’aura bientôt plus que zèle & xefped pour Ion Roi. Mais ce n’eft pas allez:
» On ne vit pas pour foi.
»> Plus le fort nous élève au-delfus du vulgaire, » Plus il nous met en batte a ce juge févère?
MARS. 1764.' ïgx « Qui cherche nos défauts, &, fans refpeét des
» rangs,
m Confole (a baffefle en mcdifantdes Grands.
Il faut le convaincre que ma fille, 1 l’exemple dû Roi > a fçu fe vaincre elle-même,
» Et coupant à l’efpoir fa derniere racine , h Prendre un illuftre époux que ma main te def» » tine.
A cette propofition Blanche piroît éperdue > ijn pere lui nomme le Connétable :
» Il eft puiffant, vous aime» y. Je vois en vain vos yeux de larmes fe remplir : n Ma parole eft donnée, elle doit s’accomplir,
•
Et dcs’aujourd’hqi même.
Blanche fait à fon pète les fupplicarions les plus touchantes j elle fe jette a fes pieds, les baigne de larmes , ajoute aux raifons les plus fortes ce quelle croit le plus capable d’émon- vor. Siffrêdi eft attendri, mais inébranlable dans fes principes ; il ne cède point à la pitié. Il décla- I rî a Blanche qu’il va lui amener Ofmont, Venez a dit-il a Laure qui paroît ; affermiflez Blanche par vos confeils ; que je la retrouve préparée à m’o- bhr.
BLANCHE.
[ *
•
Non ,ce n’eft qu’à la mort que mon coeur fe
I » difpolè.
I • Quel amour eft trahi ! quel devoir oa m im-j I pofe.
» Ah > Laure !
igr MERCURE DE FRANCE.
Laure lui dit qu’elle ne peut approuver £ douleur 5 que Guifiaid ne mérite pas lès larmes.
o Ce n’eft que du mépris qu'on doit à ce parjure. BLANCHE.
«Sans doute...Mais, hélas ! crois-tu quainfi foi.
37 dain
» Un coeur puiffe paflèr de l’amour au dédain? » Qu’un fentiment fi cher né dans la folicude;
» Par l’eflime formé, nourri par l’habitude,
» Soit détruit auflitôt qu’on ceffe d’eftimer? » Longtemps on aime encore en rougiflant d’ai-
>j mer I
Elle apprend à Laure que Ton père veut qa’efe époufe Ojmont , quelle l’époufe ce jour même.
LAURE.
« Eh bien , vous êtes outragée. « Ce jour a vu l’alFront, il vous verra vangee.
BLANCHE.
« Vangee ! hélas ! fur qui ? Sur Guifcard 011 fur moi.
Laure lui représente avec force tout ce qui s’eït paHc au Sénat , on dit, ajoute-t-elle, que demain il époufe Confiance,
BLANCHE.
« Ah, parjure, I LAURE.
* fl
« Pouvez-vous balancer ? I
blanchJ
!93
MAR S. 1764. BLANCHE.
Des demain ? LAURE.
On l'allure. BLANCHE.
» Eh , qu’il étoufte donc , s’il fe peut, dans fon m coeur 1
» Le cri du fang d’un père & le remord van- » geur.. .
» Laure, je veux t’en croire , un fier dcpir me guide.
» Tu me regretteras, homme lâche & perfide!..
» Oui, mon hymen fera fon tourment Sc le mie»* » Il a trahi mon coeur , j’ai mal connu le tien , » D’un repentir tardif il fera la victime »
» Je fervirai d’exemple à celles qu’une eflime
v Dans leur crédule efpoir trop prompte a fe » former,
»Sous l’appasdes vertus engageroit d’aimer.
Laure applaudira cette réfol uti on. Que votre bjrmen précédé celui de Guifca.d.
”Qjie dans les bras d’Ofmont le perfide vous >» voie.
BLANCHE.
» Oui dans mon défefpoir je goûterai la joie...
• Quelle joie !
SCENE IV.
Stfrêdi s’avance avec Ofmont, il le préfente à
t9a MERCURE DE FRANCE.
fa ' fille. Ojmont lui die qire l’aveu d‘un père au- corife fesfeux , mais que ce n’eft pas aifez pour fon bonheur.
» Croirai je que du moins la vertueufe Blanche
M Confentna fans peine à former ce beau noeud?
BLANCHE.
» Seigneur.... l’obciflance... un père... fonayeu...
» Je me meurs.—..
O S M O N T.
» Ciel !
S I F F R E DI.
Ma fille ! à peine elle refpife* BLANCHE.
d Laure.
r> O mon père!., aide-moi... Je ne puis me con* » dmre.
S1FFREDI, d OfmQnt.
» Je la fuis, pardonnez a mon foin paternel.
O S M O N T.
Je ne vous quitte point dans ce trouble mortel.
ACTE IV.
Monologue de E'.anche qui vient depoufer
w C’en eft donc fait» hélas! un noeud fatal me » lie.
» Mon malheur n’aura plus de terme que njavie.
* Puiffe mon père un jour ne fe point reprocher s> Le facriSce affreux qu’il me vient d’arracher!
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BU
MARS. 1764.
M Veux-tu précipiter mes vieux ans dans la tombe?
M’a-t-il dit. A ce mot mon courage fuccombe:
J’ai traîné vers i’Autcl mes pas avec terreur.
O ! comment exprimer ce qu’a fend mon coeur? » Quand à la main d’Ofmoat j’ai joint ma main » tremblante.
Iflunr accourt troublée de tenant un bilfer. GuifcardVivw commis aux foins de Rodolphe qui n’a pu le remettre plutôt à Laure,
BLANCHE.
n Quoi Guifcard?... Il m'écrit,’... Croit-il par une Lettre...
» Voyons, Laure... Mais »non. .Tmon coeur m’en » prefle en vain 5
» Non , je ne lirai point un billet que fa main..
» Eh î que peut-il me dire?...
Laure dit que fon frère protefte que fon Maître eft innocent » & n’a fait que fe prêter à la néceflïté. Qu’il alloit lui expliquer ce myflère; mais qu’Cymwrfc Siffrcdi mandes à Palermel’onc appellé près d’eux. Blanche frappée de ce Discours, prend la Lettre...
Donne,
» Ah ’ donne.... ma main tremble, & tout mon
» corps friflonne...
Que tantôt àl’afped d’an billecde fa main Bn trouble different eût agité mon fein !
Bkuxhe lit la Lettre où Quifcard la raûiire;
Iij
iq() MERCURE DE FRANCE.
Jui dit qu’il la verra Ccôt qu’il en fera maître 8c finit, par lui jurer qu’en dépit de tout il n’y a rien que la mort qui puifle l’empêcher d’unir Ion fort au lien. Cette lettre jette Blanche dans le plus grand trouble & le plus grand défefpoir : elle ne peut plus penlêr que Guifcard l’ait trahie, 4k elle s’en voit pour jamais léparée.
>ï O dépit infenfé ! trop aveugle courroux !
Un inftant a donc n)is un abîme entre nous»
Auroit-elle dû (îrôt en croire les apparences, dévoie elle fe hâter de perdre fon amant & elle?
» C’eft toi qui l’as voulu pere trop rigoureux ! v De ton âge endurci la cruelle prudence , » Un moment de dépit, une folle vangeance i » Toi-même , Laure hclas , ta fatale amitié, a» Vous m’avez tous trahie & mon coeur s’elt lié.
Laure s’éxeufe fur Ion zélé > elle accufele Prince tout au moins de foiblellè.
v L’amour eft moins timide en un coeur magna* » nune.
BLANCHE, vivement.
n Arrête, Laure crains que ta témérité ; » Ne porte un jugement encer précipité, p Dans l’abîme déjà, c’eft toi qui m’as pouffée.
Blanche, après bien des agitations fe deter* juins en fi a â n’avoir aucune explication avec le
MARS. 1764.
197
Roi, à ne le jamais voir , à dévorer fes pleurs en fècrec & fur tout à bien cacher fes douleurs à ton époux.
» Je l’ai vu m’obferver d’un oeil fombre, inquiet. » Il fembloicde mon coeur épier le fecret ;
» S’il en eft encor temps qu’à jamais il l’ignoré.
» Mais périr lentement d’un feu qui vous dévore
» Et dans (on coeur fans cefle en étouffer l'éclar, h Eprouver au-dedans un douloureux cotrïbat > • » Et montrer au dehdrs un front calme & tran-
» quille ;
» Que la vieeft alors un fardeau difficile !
SCENE III.
Le Roi s’avance.Un tremblement faifir Blanche 5 elle veut fuir , & n’en a pas la force: Guifcard fe jette à fes pieds avec tranfport. Etonné de (i froideur, m’aurois-tu fait l’affront, lui dit—il de douter de mon coeur ?
» Ton âme ne t’a pas répondu de la mienne!
Sçache, lui dit-il, que ton père abufant de mon fvin, a tourné contre nous...
» Mais quel tourment te preffe ?...
» Tu trembles... tu pâlis ... ma chère Blanche ! B L A N C H E, du ton de la de u leur la plus pro-
» Eli ! hÊTe-moi, Guifcard.
MERCURE DE FRANCE.
GUISCARD.
» Moi, re biffer ! jamais, n Non , jamais ... A mon coeur il faut rendre la
»* paix ;
» Il faut qu’à ton amant cette bouche adorée « Renouvelle la foi.. •
BLANCHE.
» Mon âme eft déchirée} » O crime irréparable !
GUISCARD, vivement»
m II ne Tell pas: eh bien »Ton coeur feft trop hâté de condamner le » mien :
» Tu devois mieux connoître un Amant qui t’a- » dore.
» Mais tout eft réparé, fi tu m'aimes encore....
» Dis que je fuis aimé.
La réfiftance de Blanche, (on trouble, fon embarras , tour annonce à Guifcard un fecret qu’on lui cache. Il preffe Blanche de s’expliquer. Après plusieurs répliqués de part & d’autre > elle lui apprend qu’d/mo/it eft Ion époux.
GDI SC A RD.
>• Ton époux .’ .. Qce dis-ta 1 O? mont !
BLANCHE.
» Il eft trop vrai.
GU I SC A RD.
» Je refte confondu...;
I
199
» Qu’as-tu fait > jufte ciel ?
BLANCHE.
» L’autorité d’on père,: »Une fatale erreur...
G U 1 S C A R D.
» Perfide ! elle t’efl chère
» Cette erreur que l’amour auroic ffu démentir.
» Penfes-tu m’abufer par un vain repentir ?
» Ofmont, 6 ciel ! Ofmont pollcder tant de char- n Tu l'aimois. • .oui.
BLANCHE.
Cruel 1
GUI SC A R D.
u Je vois couler tes larmes.•» n Que fervent â préfent ces regrets fuperfius ?
» Toi feul as pu nous perdre, & tu nous as perdus» n Ciel ! tandis qu’accufant l’éternité des heures, » Mon coeur impatient voloit vers cas demeures f v Blanche me trahüloit !
BLANCHE.
» Eh bien ! tu dois haïr
î> Celle qui t’adoroit, & qui t’a pu trahir.
» J* ne te dirai point que mon père...que Laure. •• » Plus à plaindre quetoi, jem’accufe& m’abhorre. » Va , d’un fatal amour perds jufqu’au fouvenir ; »> Laide à mon rrifte coeur le foin de me punir, * Et fuis-moi pour jamais.
I iv
2.00 MERCURE DE FRANCE.
GUISC A RD.
» Demande donc ma vit. » Ma vie eft de t’ai tuer.
Mais non, ajoute-t-il, ta n’as pu trahir t« votux & les miens ; tu n’as pu former ces noeuds, auxquels on ta contrainte: ta foi m’étoit engagée.
>5 Oui» tes ferment d’avance avec moi t*ont liéej » Cote main eft à moi. ( // lui prend la main. ) OS M O N T , qui arrive en ce moment.
Madame, oubliez*vous
* Qu’elle vient d’être unie à celle d’un époux? BLANCHE.
» Non. Ces noeuds font facrés, & mon coeur les » révère.
Sijfrcdi paroîr ; elle court à lui, & fort en le conjurant de détourner les maux qu’elle prévoit.
Le Connétable parle fièrement au Roi ; Siffredi lui oppolè le*, droits de père & d’époux ; Guifcard repr-xhe a Sijfrcdi l’abus qu’il a fait de (a ligna* tvre II fou rient que Blanche entraînée aux Autels r.’.v pu engager à Of'mont fa foi; qut fes noeuds, le If et de la furprile & de la violence, (ont nuis; que fondé (ur la promette de Blanche , A: armé d* fa toute puilTance, il les fera briter par la loi, & il for: en difant au Connétable :
» Si le jour t’eft cher, déformais n’envifage.
Qu’avec l’oeil d’un Sujet fournis & repentant, » Celle qu’aime ton Maître, & que mon Trône
» attend. Il fort.
MARS. 1764. 2.01
Ofmont furieux s’emporte contre la tyrannie de Guifcard » il ne veut plus le reconnoitre pour Roi. Il court à Palerme défabufer Confiance 8c les amis. Siffredi, en blâmant le Roi, tâche â détourner le Connétable des parris violens : celui-ci rejette tous les partis modérés. En ce moment, Rodolphe pa- roît à la tête des Gardes; Ofmont, forcé d’obéir, lui rend fon épée, 5c le fuit au For:, ou Rodolphe a ordre de le conduire. Siffredi le quitte en lui di- fant qu'il va trouver le Roi:
*
» Mes yeux par le fommeil ne feront pas fermés, » Que vous ne foyez libre, & lesefpritscalmés.
ACTE V.
Il fait nuit.
SCÈNE PREMIERE.
Monologue de Siffredi. Il a vu le Roi : le Connétable fera libre aux premières traces du jour ; mais le Roi perfifte à ne pas vouloir le reconnoi- tre pour époux à*'tBlanche. Réfléxions fur les pallions des Rois. Retour de Siffredi fur lui-mcme.
SCENE II.
OS MONT & SIFFREDI,
Ofmont a obtenu du Commandant du Fort,' qui ell fa créature» d’en fortir, a- conlition d’y rentrer avant le jour. Il ne refpire que vengeance & fu e r. Siffredi tâche de le ramener a des partis moJéris ; Üjinont lui oppole l’honneur.
I V
201 MERCURE DE FRANCE.
SÎFFRE DI.
» N’appeliez point honneur cet enfant de l’or*
» Erefnel artifan dedifcordre & de deuil, s» Qui, toujours altéré de fang & de vengeance, » N’eft jamais attez grand pour pardonner l’of-
>5 fenle y
» Qui, fuperbe & farouche, immole tout à foi. Et prend le préjugé, non la vertu, pour loi.
Sffiedi le quitte, en lui disant qu’il fera de nouveaux efforts auprès du Roi.
» S’il perfifle à n'avoir que ton defir pour loi, sa Je ne partagerai vos complots ni (on crime ;
>3 Mais je ferai, Seigneur , fa première vidime.
Ofmcnt, à qui la modération de -Siffrcdi efl fuf- pede , & quelle ne rend que plus furieux , réfour de s’aiTurer de planche avant que de rentrer au Jorr.
J’ai des amis tout prêts, la nuit me favorite;
» Allons les difpofer autour de ce Palais. » Il faut de mon projet aflurer le fuccès,
» Il faut pouvoir forcer mon épouleâ me fuivre... » Ah! dans les noirs tranfports auxquels mon coeur
» fe livre,
« Elle, Guifcard & moi, je puis tout immoler» t J’entends du bruit. Sortons. ( iljirh )
Blanche entre fuivie de Laure*
1 CT'
MARS. 1764. LAURE.
» Oïl vouIez-Tons aller ? » Errante en ce Palais, votre douleur muette „ Y promène au ha lard fa démarche inquiette ;
» Et pourTuivant en vain un repos qui vous fuit. • »
BLANCHE.
n Abandonne mon âme au trouble qui la fuir:* «Vas, laiffe-moi, ton foin m’importune & me » gêne.
LAURE.
» Moi,vous laiffer, ô Ciel ’ & lorfqu’â votre peine » Une effroyable nuit ajoute fon horreur 1
BLANCHE.
«Une horreur plus affrjufe eft au fond de mon y» coeur.
Blanche oblige Laure a fortîr.-
» Laiffe-moi. ..je le veux ... mon amitié l'exige «Tesconfêils m’ont perdue.
Blanche relie feule en proie aur agitations & aui courmens de fon coeur. Apres s’y être livré# quelque temps, elle fe jette dans un fanteuih-
>3 Ne puis-je me calmer ?.. La terreur me pour- » fuit.
» Que pour les malheureux l’heure lentement fufcj -■> Qu'une nuit paroit longue à la douleur qui veille.1
Elle entend du bruit, elle fe lève enrayée. C’eft le Roi.
Ivj ’
204 MERCURE DE FRANCE. GU1SCARD.
» Ra fibre-roi. » J’ai Cçu me ménager one Cecrette entrée. BLANCHE.
*
Comment en vous voyant puis-je être raflurce >M
GUISCARD, r'interrompant,
*
O Blanche ! écoute-moi : le temps eft précieux, « Rodolphe avec ma ga-d? attend près de ces lieux, » Et le trajet eft court de Belmont a la Ville.
» Il faut me Cuivre ; viens , un refpedable afyle.. BLANCHE.
» Qu’ofez-vous dire, ô Ciel J & que propofez- » yous ?
» Un afyle ! En efl-il qu’aupres de mon époux ? » Guifcard à ma vertu réfervoit cet outrage !
» Avez vous oublié qu’un noeud facré m’engage?
E: que i’honneur me Ait un auflère devoir » De ne jamais ofer vous entendre & vous voir ? » Que je ne dois Conger qu’à bannir de mon âme » Le fouvenir trop cher d’une première P.âme ? » Que vous devez me fuir? 3c qu’cpouled’O.monr, d Votre amour déformais n’eft pour moi qu’un n affront ?
Non, dit Guifcard, tu ne l’es pas : Ofmont eft ion raviffeur. On a furpris ta foi. Si la Loi ce dégage & te permet • • • *
MAR S. 1764. 250
BLANCHI.
» Seigneur, n La Loi permet fouvent ce que défend l’honneur.
Guifcard infîfte, Blanche demeure ferme; on voit tout ce qu’il en conte a (bn coeur ; un fendillent trop tendre lui échappe , elle s’en apperçoit, revient fur elle-même, &, avec un effort marqué, elle dit a Guifcard,
p Plaignez , mais refpeélez la chaîne qui me lie, m Et recevez de Blanche un éternel adieu.
Guifcard dit qu’il ne le reçoit point ; un affreux défelpoir s’empare de lui.
«Je ne me connois plus; Blanche veut que je
» meure ;
» Oui, tu le veux....... Eh bien, j’obe is, & fur
» l’heure
» Ce fer....
BLANCHE.
» Guifcard, arrête >ou le plonge en mon fein..’ » Termine par pitié mon malheureux dellin.
» C’en eft trop... Te fuccombe à ma peine cruelle.
» Au nom de cet amour.'..
GUISCARD.
» Trahi par toi, cruelle !
BLANCHE. •
a Oui, j’ai trahi l’amour, mais il refte à mon
» coeur
2.06 MERCURE DE FRANCE.
» La vertu qui confole au comble du malheur.
» Veux-tu me la ravir?.... veux-tu fouiller ma
» gloire F
» Si je pouvais, cruel > & te fuivre , & te croire ; » Serois-je digne encor , & du jour, & de roi ?
» Non. . .
GUIS CA RD.
» Je meurs à tes pieds.
Dans ce moment Ç/monz arrive.
p Guifcard aux pieds de Blanche ! A moi, Tyran,
»vangeance;
» Défends-toi.
G U I S C A R D.
v Songe , traître, i ta propre dcfenfe.
Ils fe battent. Ofinont tombe mortellement bieilé ; Blanchi: court à lui j il fe ranime, lui plonge Ion épée dans le £ein.
n Femme perfide, meurs.
Siffredientre alors, voit Ton gendre mort, & û fille expirante.
» Contemple ton ouvrage, lui dit Guifcard. BLANCHE, à Guifcard.
y O ! fi je tç fus chère, accorde-m’en le gage : » Ne lui reproche rien..
SIFFREDÎ.
Infortuné vieillard !
2.07
MAR S. 1764. B LA NC HE.
à Gu ijcarJ. à fin p Ire.
» Conloies fes vieux an?.. . Vous, confolez GuiG-
» card;
» L’un à l’autre, en mourant, ma rendrefle vous * » donne.. ..
» La lumière me fuit... la force m’abandonne.
» Ciel! prends pitic de moi.......Guifcard.........ta
» main ?... Je meurs.
GU I S C A R D.
i) Elle expire .’ La mort réunira nos coeurs.
U veut fi tuer, on le dtfarme*
Ce que les bornes d’un Extrait nous ont fait fupprinier de vers , eft en perte pour la gloire de l’Aureur & pour le plai- fir des Leéteurs. Nous exhortons ces derniers à Te procurer la leéiure de l'Ou- vrageen entien Cette Tragédie fe trouve imprimée , à Paris , che^ S 1- .B ASTIEN JORRy, Imprimeur- Libraire, rue & vis-à-vis de la Comédie Françoifc.
10Ô MERCURE DE FRANCE.
Remarques
Sur Blanche et Guiscard.
O N convient généralement que le Sujcr de cette Tragédie elt un des plus tragiques qu’il foit poflîble de choifir, & des plus propres à produire un grand intérêt. L'Auteur avertit, dans l'édition de cette Pièce , qu’elle cft imitée de feu TOMSON. Les critiques qui ont porté fur l’intrigue , fur les moyens & fur une partie de la conduite , ne peuvent donc regarder l’Auteur François II a cru devoir ne changer que les noms des deux principaux Petfonnages, dans une Pièce qui avoir eu le plus grand fuccès en Angleterre. Le Public de Paris ne pen- fe, ne juge &. ne s’affefte pas toujours de même que celui de Londres. Les Anglois,dans leurs plus grandes Tragédies , n’employent fouvent que de fort petites machines pour en nouer toute l’intrigue La fameufe Pièce, intitulée O telle , dans laquelle un mouchoir de col fait la caufe ik le mobile de route l'action tragique en ell, entre autres, une preuve allez remarquable.
MARS. 1764. 2.09
Dans Tancrède & Sigifmonde , dont ! Blanche & Guifeard eft l’imitation, un
Leâeur François fe prête difficilement à la fupercherie d’un grand Chancelier, ( par l’abus qu’il fait du blanc feing de fon Roi. M. Savrin a voulu nous faire jouir d’un Sujet qui enrichit le Théâtre Anglois. Pouvoit-il nous le faire connoître fans en laiffier fubfifter la principale machine ? C’eut été en changer la conftitution , ce n’auroit plus été le même Sujet ni la même Pièce. I Mais fins reeufer abfolumer.t les cen- fures de ce moyen ; examinons fi les égaremens dans lefquels entraîne un Fanatifme patriotique , qui abufe par fes motifs & par fon objet, font tellement hors de l’ordre moral des aélions humaines qu’ils ne puiflènt être introduits fur la Scène. On ne peutcon- tefter qu’il réfulte de l'imprudence hardie du grand Chancelier , les fituations les plus touchantes & des incidens fort tragiques. Sans cette imprudence , fans l’abus du blanc feing,Gni/card Blanche
ne fe trouveroient pas dans une forte de nécefïîté , l’un de paroître perfide aux veux d’une Amante adorée , l’autre de fe livrer au dépit qui doit naître d’une eneur fi fatale. Le pathétique de
iio MERCURE DE FRANCE, cette fituation a ému jufqu’aux larmes. Nous convenons que le coloris des détails,la manière dont M. SAVRIN traite ce Sentiment a beaucoup de part à cette impreflion , mais le fond de l’intérêt n’en eft pas moins dans la fi. tuation des Perfonnages. Pourquoi , demandera - t-on , cette émotion momentanée n’a-t-elle pas influé fur l’effet général de l’Ouvrage, dans l’opinion 8c même dans le fentiment de quelques Spectateurs? Cela vient peut- être , ( il eft important de le remarquer) de ce que les Perfonnages du principal intérêt ne font pas d’abord afleicon- nus. On ne fçait pas feulement le nom du bon Prince dont on déplore la perte au commencement de la Pièce ; de ce Roi dont le fort & les vertus donnent lieu à de très-beaux détails , mais ce qu’il y a de plus eflèntiel , dont les dernières volontés occafionnent le premier mouvement de l’aâion. L’origine de Guifcard relie obfcure,pour bien des gens peu inltruits, quelque temps après l’expofition. Si cette cenfure eft jufte, elle n’efl encore applicable qu’à F Auteur A nglois. Dans quelles langueurs M. Saurin aura-t-il f'enti que lç feroit
rombt Héros cette • générr Quant un thé fortem Toute plus q arama qu’um dans 1< par fo, l’imag elle qi ment, féduin vénért les ol moye vent c niens mont; derne ticuliè que k les Sil rent r coeur.
Qu
M A R J. 1764. in tomber le detail de l’établiiTement des Héros Normands en Sicile ! D'ailleurs cette circonllance hiftorique n’eft pas généralement préfente à la mémoire. Quand elle le feroit ; la Sicile offre-t-elle un théâtre affez imposant pour affréter fortement en faveur des Perfonnages ? Toutes ces confidérations contribuent, plus qu’on ne penfe, au degré d’intérêt dramatique. Cette forte d’intérêt n’a qu’une fourcc idéale ; au lieu que, dans la nature , l’aflion, l’objet frappe par foi-même. Dans le Drame, c’eft à l’imagination que l’en parle ; c’eft par elle que naît la première caufe du fenti- ment. Il faut donc commencer par la féduire, par lui imprimer une forte de vénération, pièfque machinale, pour les objets intéreflans ; fans quoi les moyens les mieux concertés n’ont fou- vent que peu d’effet. Tous ces inconvé- niens font d’une difficulté prèfqu’infur- montable , dans les fujets de fiétion moderne , ou puifés dans des Hiftoires particulières. Il n’en eft pas de même lorsque les noms feuls, quelquefois même les Sites de la Scène expofent, & préparent en même temps à l’émotion du coeur.
Quelles que foient les diverfes opi-
Iti MERCÜRE DE FRANCE, nions fur le fond conftitutif de cette Tragédie, nous n’aurons cjue des éloges, ou plutôt une juftice généralement rendue , à publier fur la pureté , l’élégance & l’agrément du ftyle. Les Ouvrages précédens de M. SaüRIN , ont fufnlà- ment prouvé beaucoup de talent pour la conftitution du Drame , ainfi que pour cette forte de Pocfie philofophique, qu’aujourd’hui nous pouvons difputer aux Anglois. On a vu de ce même Auteur des caraâères d’une touche ferme & male, jufques dans les tendreflesde l’amour. * On retrouve dans ce nouvel Ouvrage ce qui a caraétérifé tous ceux de l'Auteur. Une verfification qui ne fa- crifie point au brillant des mots & des tours la folidité des chofes,de plus une ef. péce de profondeur morale dans les pen- fées , dont les teintes pourraient donner quelquefois un peu de fombre au coloris général, mais qui eft affeétueufement adoucie dans Blanche par l’expreffion d’un fèntiment vif & touchant. Tout Lecteur jufte & éclairé nous aura prévenus fur cet éloge , par la feule leéture des vers rapportés dans notre Extrait. En li- fant la Pièce en entier, il fera plus confirmé dans ce jugement.
Nous ne pouvons ni ne devons nous * Spartacus, 8cc.
MAR S. 1764. ny difpenfer d’obferver que l’impreffion de cette Tragédie aurait été encore plus forte au Théâtre , fans le déplacement des Aôeurs dans les tôles de Guif- card à'Ofmont. Que l’on nous permette, avant dç finir, quelques réflé- xions générales à cette occafion, puifees dans le voeu général des connoiffeurs. Indépendamment des rappports d’âge , de figure,ou de forme réelle,de celui qui reprcfente,avec la forme idéale du Per- fo nuage repréfenté, (conditions très- elfentielles pour l’jllufion ) il eft encore dans l’art de la repréfentation théâtrale, ainfi que dans tous les autres, une certaine manière propre à chaque A&eur , quoique dans le même genre de talens , laquelle a plus ou moins d’analogie avec le caractère donné à chacun des Perfon-? nages d’un Drame. C’eft de la jufteflede ces divers rapports qne dépend certainement la meilleure diûribution dans les rôles. Lorfque cette juftefle eft tant foit peu altérée, c’eft toujours aux dépens de quelques rôles. Lorfqu’elle ell fenfiElément violée, l’effet en ell d’autant plus dangereux pour l’Ouvrage, que bien des Spe&ateurs ne penfent pas à la véritable caufe ; & que dans ceux qui l’ont apperçue, le coup eft porté
2,14 MERCURE DE FRANCE, par le fèntiment.D’cù il arrive que le dé. faut de convenance dans les rôles, eft fouvent pris pour le défaut de la Pièce même : ccqui néanmoins ne détruit pas toujours le mérite du jeu de certains Ac- teurs, ni celui; des efforts qu’ils font pour réparer le vice de diftribution. C’eft alors un malheur de plus pour l'Auteur, auquel tout eil feul imputé par la Critique.
11 lèroit donc d’une néceflité bien importante, pour la fatisfaéliondu Public , pour l’intérêt des Auteurs, & pour l'honneur des Aéteurs, que ces derniers renonçaffent à de vaines puériles prérogatives d’ancienneté ou d’emploi pour la prééminence des rôles. Prééminence fouvent fi mal entendue ! Le premier rôle , pour l’A&eur diflin- gué par fà fupériorité, fera toujours celui auquel le caractère de fon talent &c de fa figure conviendra le mieux ; ce rôle fùt-il le moins étendu de la Pièce & le dernier dans l'ordre des conditions ou dans l’ordre de fanion des Perfonnages. On citeroit line foule d’exemples, s’il en falloir pour prouver l’évidence. Que I on fe rappelle feulement quel rôle Mlle Claie on avoit fait de celui d’une Efçlave dans
MAR S. 1764. 2.15
le Catilina de CrÉbillon. Que l’on voye aujourd hui ce qu’eft devenu le rôle d’Iphigénie , autrefois le premier dans la 1 ragédie de Racine,depuis que la meme Actrice a pris celui d'Eriphile t 8éc, &c. Combien de pareils exemples fur tous les Théâtres ! Heureux celui dont les Aéteurs auront la courageufe raifon de s’oppofer eux-mêmes à la déférence des Auteurs pour les droits de cette faufle étiquette.
M. Saurin a confacré fa rcconnoif- fance pour Mlle Cl.AIRON , non-feulement dans l’Avertifleoeent qui précédé fà Pièce, mais encore par les vers qu’il flii a ad r elfes, en lui en envoyant un Exemplaire.
Vins de M. Saurih à Mlle CLAIRON.
Cs Dramb efl ton triomphe, 6 (ublime Clairon! Blanche doit à ton art les bstmesqu’on lui donne ;
Et j’obtiens à peine un fleuron, Quand tu remportes la couronne.
2.16 MERCURE DE FRANCE.
Précis de l'Epreuve in discret te , Comédie en deux Actes fj en sers, par M. BRET.
PERSONNAGES. ACTEURS.
ORONTE, riche Négociant, Père de Damis & de Julie.
DAMIS , Fils d’Oronte, ARISTE, Ami d’Oronce, ERGASTE , Amant de Julie , LA FLEUR, Valet de Damis, LÉPINE» Valet d’Ergafte, JULIE, Filled'Oronte& S<rur de Damis,
MARINE , Suivante de Julie,
Al. Bonneval.
M. Granga.
A/. Dubois.
M. Mole'
M. A^ugcr,
M. PréviUc»
Mlle Doligrû. Mlle B clic cour.
V oici l'Avant-Scène. Owntet père de qui avoit fa it une fortune confidcrable en Afrique, y eft retourné, pour éprouver, pendant fon ablen- ce, la conduite & le caraâèrede les enfans. En partant , il avoit laiHc a Damis (on fils la dilpofiüon libre & entière de tousfes biens : ma isil avoit réfer- vé une fomme de ccnt mille écus, dépofée & cachée dans la Maifon paternelle» Le fccret de ce Tréfor n’avoit été confié qu'à fon ami a4 rifle. Daims z diflîpé tout le bien , au préjudice de la foeur, aimée à'Ergafle. 11 ne relie plus que cette Maiion paternelle »
M A R S. 1764. 21 7
parerr.ejle > qu’il le dilpofe à vendre. C’eft le m o- mène où commence l'adion de la Comédie»
Marine, fuivante deJwZic , reproche aigrement à Laflcur, valet de Dutris, les déïordres de (on Maître. Elle reproche aulfi avec brulquerie a 1* jeune Maîcrelïe, ta douceur & (a docile refignation. ytrifle, dans le fecret du Tréfor , achere la Maifon qui le renferme; en oblervanc un filence prudent lur les deflèins, comme fur fes motifs. La fidélité de fon amitié eft foupçonnée par tous les l’eifon- nages intéreflés. Il ne peut refifter cependant à la vivacité & à l’amertume des reproches d £rgay?c;il lui confie tout le fecre t » & les difpoûtjons qu’il entend faire du Tréfor en trois parcs. La joie & ia reconnoillance à'ErgaJlc furpartént encore l’iinpé* toufité de fes reproches. Il propofe à de fe lèrvir , pour féconder fes vues, d’un valet qu’on l’a engagé de prendre le matin. Ce valet eft Zé- pinc. Les Mamelles de Damis l’ont quitté. Leurs perfidies lui font naître des regrets , & lui fuggè- rent des remords fur fa conduite.
La tendre & naïve Julie interroge en vain fon Amant, fur le bonheur qu’il lui annonce. A tous momens il eft prêt à violer le fecret qu’il a juré à Arijlt. Sa vivacité l'entraîne, la réflexion l’arrête. L’amour le follicice , l’honneur de fa parole & la raifon l’enchaînent. Cette Sccne, ainfi que les autres à'Ergafte , jocces par M. Molk , étornt d’un feu & d’un agrément fingulier. Celle de Lcpine avec Oronte, dont on ignore abfolument le retour, n’eft pas moins ingénieufe , & le jeu de M. Pk£- villi la rendoit d’un comique des- plus agréables. Ce Lépine, qui ne conncîc point Oroniey qut ne I a jamais vu , eft rencontré parlai, forçant de fa Mai* fon, & chargé d'une cadette qui donne del’inquié- cuue a ce vieillard. Rien de plus plaigne que le
: K ’ •
aiS MERCURE DE FRANCE, débat de ce valet avec lui. 11 en apprend cependant, par les menaces du Commiflaire & du Guet, tout ce qui l'intéreflê. A rifle Si. D<imu lurviennent. Oronte fe met à l’écart avec Lcpiru , pour entendre leur converfation. Les reproches que fe fait fon fils , touchent le bon-homme, & défarment fa colère. Il fe montre , & pardonnne à ce fils diflîpateur. Lépine court apprendre à Ergafle cet événement. Il vient ainfi que Julie, & le bon (Ponte les unit l’un à l’autre.
Remarques sur l'Epreuve
JNDISCRETTE.
Cette Pièce ayant été peu d.e temps au Thcàfre & ne nous ayant pas été communiquée ; nous n’avons pu donner que le Précis qu’on vient de lire. L’Auteur y perdra l’honneur des détails de quelques fcénes, qui auroient fait plaifir à la lecture. Ü y a de l’ef- prit, toujours des moeurs & des principes. On doit remarquer principalement le defir qu’a l’Auteur d’imiter les Anciens & de nous ramener à leur genre de Comédie. Cé zélé elt fans dou:e trhs-louable ; mais ne pourroit-on pas en certaines oGcafions & dans descrifcs, fi l’on peut dire , fur le goût, telles que celles où frotjs fomrties aujourd'hui , fans manquer de refpeét au Public, le regarder comme un malade dont la foi-
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blefle provient de l’ufage immodéré d’alimcns trop légers ou trop piquans ? Pour le ramener avec fuccès à une nourriture plus folide , ne faut-il pas en ménager d’abord & la force & le poids > N'eft-il pas à propos même de la marquer pendant quelque temps de quelque choie qui tienne encore du goût forcé auquel étoit accoutumé le malade , afin qu’il ne puifle raisonnablement reprocher le trop d’infipidité ? Voilà ce que n’obfervent pas ceux qui prétendent au titre de Reftaurateurs. Voilà peut-être ce qu’a trop négligé l’Auteur de {‘Epreuve. Le feul précis a dû faire voir de quelle quantité de faits le fu-! jet eft chargé dans l’étendue des deux A&es. En forte que l’aétion ne peut jamais marcher que toujours embarraflee dans de nouvelles expofirions. Le bizarre projet de {'Epreuve feroit peut-être pardonné à un Perfonnage de l’Antiquité , mais il ne peut l’être à Oron.te. L’exécu- tiun d’ailleurs ne fe concilie pas bien avec nos pratiques 8c nos formalités légales. Comment les loix |aiiïeroient- elîes, de l’aveu même du père, le patrimoine d’une foeur à la merci d’un jeune frère mineur ? Le retour imprévu du père a des exemples dans les anciens, K ij
210 MERCURE DE FRANCE, mais devient toujours forcé dans nos moeurs. Il pouvoit être probable pour eux , parce qu'ils n’avoient pas les voies de communication que nous avons. En un mot, nous en revenons à ce prin* cipe , les Anciens font nos maîtres dans le grand art Dramatique: cet art eft une peinture, ou ne peut trop les fuivre dans la manière de conduire le pinceau. Cependant ce pinceau a non- feulement quelques objets différens à peindre aujourd’hui,mais encore d’autres nuances à mettre dans ceux qui font reftés les mêmes. On rifque donc de ne pas atteindre à la vérité a&uelle en copiant toujours indiftinâement les chefs-d’oeuvres de l’Antiquité.
N. B. Les bornes de ce Volume étant déjà excédées, nous Tommes obligés avec regret, de remettre au Volume prochain i’Extrait de la Paive, Comédie de M. Colle , annoncée dans F Article de la Littérature, ainfique celui du Roflignol, Drame du même Auteur, mais d'un genre différent. Quoique ces Ouvrages n’ayent pas été reprcfentés fur un Théâtre public , nous croyons que ce fera toujours enrichir notre Article des Speftacles que d’y inférer les productions de FAuteur de Dupuii & Defrenois.
MARS. 1764.
COMÉDIE ITALIENNE.
On a repris & continué les Repréfen* tâtions du Sorcier, alternativement & conjointement avec les Pièces du même genre , dont le nombre des Repréfen- rations n’a point de bornes , par l’efpèce de convention générale du Public de fe rendre à ce Théâtre les jours d’Opéra- Comiques.
SupplÉm ENT aux Beaux-Ans* PEINTURE, L’Académie de S. Luc, toujours attentive au progrès des Arts de Peinture & de Sculpture , fait faire un Cours d'Anatomie relative aux connoiflances indifpenlablesà ces Ans. On y parte même à l’expofition & à la démonilration des Organes qui y ont un rapport moins direél, afin de fatisfaire les Curieux & les Sçavans que ce Cours attire. li a recommencé le a8 Janvier dernier , pour durer jufqu’à la fin de Mars, & fera continué exactement tous les ans pen-
• • • K ii]
ziz MERCURE DE FRANCE, dant trois mois, dans l’Amphithéâtre de l’Académie , rue du Haut-Moulin, près S.Denis delà Chartre.il commence à fept heures du fuir, apiès la levée du Modèle.
MARIAGE.
Claude-François, Marquis de Chabannes-Ver- λers,ci devant Capitaine de Cavalerie , Cheva- 1er de l’Ordre Militaire de S. Louis, fils de Paul, Comte de Chabannes-Vergers, & de Damoifelle Marie-Magdelaine Sallonyer , a époulc le Janvier 1764, Marie-Henriette de Fourviere de Quincy , fille de feu Jacques-Canaille-Henri de fourviere> Marquis de Quincy > & de feue Damoi- fè!Ie Marie-Cécile Moreau deCharny.
Supplément a l’Aht, de l’Opera.
On ne peut trop fe hâter d’annoncer aux Amateurs de ce Spedacle , l’efpoir le mieux fondé qu’il y ait eu depuis longtemps de remplir , à la (aûsfaftion du Public , les principaux tôles de Haurecontre.
Le Jeudi, premier de ce mois, ( Mars) M. La Gros , qui n'avoit chanté ni représenté fur aucun Théâtre > a débute par le rôle de Titon. Sa voix > bien timbrée & delà plus agréable qualité , flé- xib* , touchante & Icgcrea fait le plus grand plai- fir.La manière dont il a chanté prouve qu’il eft déjà confommé dans la mu tique. On ne peut avoir plus de précifion & de juftelle 5 011 ne peut, même ap-ès un long éxercice , articuler plus nettement , prononcer plus correctement, & mieux jca.idcr' ks paroles. Sa figure eft agréable &
MAR S. 1764. 224
h taille'forc théâtrale. Une Cage modération de geftes, a (auvé (on début dos difgraces de prcfque cous ceux qui parodient pour la piemicre fois. 11 y a tout lieu d’elpérer de ce Sujet,qu’il ne s’abandonnera pas aux ridicules & furieux coups debras, I on peur s exprimer ai nu , donc il ne crouveroïc que trop de modèles fur cette Scène. On peuc déjà prélTentir aufli , par la fenlibilitc de fa voix» celle de Ion âme. Telles font les b?ureuf.*s difpofi- tions d’un calent qu’on ne peuc devoir qu’a la Nature , mais qu’il ell nécelfaire que i’An & la J pratique mettent en auvre.
Errata pour le Volume de Février.
Pag. 8 ! » ligne 1. puifqu’il » ZzjÇç puifque. Pag, 8 j » ligne 11 , obtenue , liji{ obtenu. Pag. 8$ , ligne 17 , que Hercule, Zzyèçqu’Hercule. Pag. 87, ligne 1 , en citation , Leûc, /i/c{ Lexic. Pag. 87 t ligne 1 l , inférer , Zzj'èj in fer ire. Pag. 90 , ligne 13, oblervons , iifi^ oblerverons. Pag 9 c , ‘igné 1 , en citation , Sepbre, Zz/eçScpbér. Pag. 97, ligne jo» (ous , lifa en. Pag 98 , ligne $ , en auroi^» Zz/êç n’auroic.Pag. 101 > ligne 1 «depuis longtemps utx Souverain qui. Ces cinq mots font rranfpofcs, ils doivent, dans l’ordre du Difcours , fe trouver à U trentième ligne de la même page , après ceux-ci ! pour allouvir la haine violente qu il lui porto t depuis longtemps un Souverain qui » &c. Pag. 104, ligne 11 ,qualité, Zz/è{ qualités. Pag. 105,ligne 9> 1a probité, Uje{ charité.
2V. B, L’Edition du Corneille de M. de Voltaire, elt en route pour Paris. Les Soufcripteurs retireront leurs Exemplaires des Libraires qui ont re^u leurs Soufcriptiom.
124 MERCURE DE FRANCE.
A P P R O B A T J O N.
J’ai In, par ordre de Monfeigneur le Vice-Chan. relier , le Mercure du mois de Mars 1764,6: je n’y ai tien trouve qui puiffe en empêcher rim* preffion. A Paris, ce 12 Février 1764.
G UI R O Y.
Pagef
9
ibid
U
ibid,
17 ibid.
TABLE DES ARTICLES.
Pièces Fütsirivis in Vers it in Pros»»
Article Premier.
S cite de l’Hiftoire raifonnée des Difcours
• • de CUiron^ '
One à la Peinture. Vers a Mlle AmcuU.
Madrigal.
V irs £n réponfe à d’autres , &c. Coüplet à Mde la Marquile de L. . •. Vers à un Officier fort effimé.
Madrigal,
La Surprilede VAmour , Conte qui nen efi
pts un. it
Mtrennes à Lifc> 34
Epitaphe de M. Georville, ancien Tréfo-
rier de la Marine . &c. 3<
Vers à Mlle £• Af deSin.. . • ibid»
Vers à Mde de S. B. <. &c. 37
Vers envoyés à une très-jolie Femme de
Dijon. 3*
Suite de la Lettre d’une jeune étrangère,&c.
21$
MARS. 1764.
Le Songe.
Épitri à Madame D * * M* * * . Vers à Madame D * * *.
Vf rs à Mlle Ma^arcUi , Auteur d’un Eloge
de Sully,
Suite des Lettres d'on jeune homme.
4+
4$
47.
49
Cde Pace & Ludovici Quinti laudibus. 6®
Traduction delà même Ode.
Couplet présenté a Madame la Marquife
de S. F. &c«
Énigmes. Logogryphes. Chanson.
68 & 69
71
Art. II. Nouvelles Littéraires.
Suite de la Diflertation I iftorique & critique fur la Vie de Don Ifaac Àbarbanêl , Juif Portugais; par M. de Boifly.
Lettre de NI le Brun> Secrétaire de* Commandement de S. A. S. Mgr le Prince de
Conty, a M. De la Plate.
5><
École de Littérature > tirée des meilleurs
Écrivains. * xo
La V eu v 1, Comédie en un Ade & en Profs , par l’Auteur de Dupuis & des Ro~ nais. 11
Supplément aux Pièces Fugitives.
Vers à Mde de B..... • 116
Campagne du Marquis de Créqui en Lorraine
& en Alface, en 1677 ; rédigée par
M. Carlet de la Ro^iere. xio
B.BuoTHéqui choilie de Médecine, par
M. Planque, Doâcur en Médecine. ni Annoncés de Livres» n j 6* fuiv*
226 MERCURE DE FRANCE.
Art. III. Sciences it Belles-Littres. Académies.
Sujets proposés par F Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts établie à Pau.
Prix propofés par la Société Royale d’A- griculture de la Généralité de Paris. Médecine.
Lettre à l’Aoceur du Meicure de France fur la Goûte , &c.
Laux tierces.
Art. IV.Biaüx-Arti.
Arts utliis. Chirurgie.
Prix propofé par P Académie Royale de Chirurqil pour l’Année 176$.
Lettre de M. Dcjean > Maître en Chirurgie
de Pans > en réponle a celle de M. l'iurant. i6x Arts agréables.
M u ei qu b.
Gravure. •
Supplément à l’Article des Sciences.
Géographie.
Art. V. Sp 1 c t a di 11.
>44
>
jyo >54
>5»
>0
164
>0
I7i
>0
Suite des Sptâacles de h Cour à Verfailles. itf; Spectacles de Paris.Opéra. Comédie Françoife.
Comédie italienne.
Supplément aux Dea
Peinture.
Mariage
Supplément à l’Arricle de I’
De l'imprimerie de Sebastien Jorry> rue 3c vis-à-vis la Comédie Françoife.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères