→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Titre

RÉPONSE à la LETTRE INTÉRESSANTE pour les bons Citoyens, insérée au Mercure d'Août 1763.

Page de début
206
Page de début dans la numérisation
213
Page de fin
209
Page de fin dans la numérisation
216
Incipit

Faire du bien à ses semblables, Monsieur, est, j'en conviens comme vous,

Texte
RÉPONSE à la LETTRE INTÉRESSANTE
pour les bons Citoyens , inférée
au Mercure d'Août 1763.
FAAIRE du bien à fes femblables , Monfieur ,
eft, j'en conviens comme vous , la plus chère occupation
d'une âme fenfible ; le répandre dans
JANVIER. 1764. 207
lès campagnes , c'eft être éclairé fur les befoins
& c'eft ce dont nous convenons encore. Dans la
lettre que que j'ai fous les
yeux , vous exhortez
les bons Citoyens à faire diftribuer chaque an
née des Prix dans les Villages ; ce font des Livres
qu'on donnera aux enfans qui feront jugés
avoir de bonnes qualités ; & vous vous appuyez
de l'exemple de plufieurs perfonnes pieufes &
refpectables qui l'ont tenté avec fuccès. C'eft le
moyen , ajoutez-vous , de faire fortir de la campagne
plus de Sujets penfants & utiles. C'est ici:
Monfieur , où nous ceffons d'être d'accord.
Je n'examinerai point s'il eft auffi avantageux
que vous le penfez , que les Payfans fçachene
lire , écrire , chiffrer. Je fçai ce que vous pourriez
alléguer en faveur de votre fentiment : mais
fur des raifons non moins puiffantes j'infifterois
pour la négative. Ce ne font pas là pour eux des
chofes de néceffité première , & leur état préſent
ne permet guères d'aller au- delà.
Ne nous prévenons point , Monfieur , l'un
contre l'autre , la diverfité d'avis entre deux
Citoyens n'a jamais l'air d'une difcuffion. Il eft
toujours louable quand on nous montre ce qui
eft bien, de dire ce qu'on croit être mieux.
Depuis longtemps on s'apperçoit que les
campagnes fe dépeuplent , & les Académies d'agriculture
ne ceffent de crier : donnez- nous des bras;
bien loin qu'on fonge aux défrichemens , à peine
les anciennes cultures font fervies. On fent fi bien
cette dépopulation que pour femer & vanner le
bled , on invente des machines qui fuppléent aux
hommes. On attend une charrue qui laboure feule
& ce ne fera pas un petit préfent.
En attendant , permettez , Monfieur , que
nous retenjons ce qui nous refte de cultivateus
208 MERCURE DE FRANCE.
#
& pour cela gardons - nous d'en faire des gens
d'efprit , nous y perdrions. L'éducation qui convient
à un enfant de village eft celle que fon pere
peut lui donner. Dès l'enfance il y a des travaux
qui lui font propres ; à fix ans il eſt déja un ouvrier.
Il faut que de bonne heure fon corps fe courbe
au labourage ; l'expérience apprend qu'il s'y refufe
quand on veut l'y plier trop tard. Qu'on
obferve qu'il foit refpectueux pour les peres &
meres , qu'il ait l'âme honnête , qu'il foit éxact
à fes devoirs rien n'eft mieux ; mais ces devoirs
quels font-ils ? de devancer fon pere aux
champs , de partager avec lui le hâle du jour ;
de le nourrir au déclin de l'âge du pain qu'il a
femé lui-même & que fa femme a pétri ; & de
mériter de fes enfans ce que fon pere mérita de
lui. Ne nous y trompons pas , les devoirs de notre
état font nos premieres vertus & vous n'imagi .
nez pas peut- être que ce que vous propoſez y
faffe diftraction .
·
Suppofons un Village où tous les ans on dif
tribue quatre livres à ceux des enfans qui auront
montré plus de douceur dans le caractère ,
ou qui auront eu l'art de le faire plus aimer , &
que Télémaque , comme vous le dites , foit le
premier Prix. S'il y a de l'émulation parmi eux ,
comme vous le demandez , il faut qu'ils ayent
des prétentions. Ils n'en auront qu'en raison du
temps donné à l'étude ; & cette étude fait diverfion
au travail journalier , & je l'oſe dire , à
des occupations d'un genre plus précieux. Je
m'imagine voir un petit Payfan qui fçait
lire & écrire capter le fuffrage de fes voifins.
Combien dans ce rôle ne s'éloigne- t- il pas de
cente fimplicité par laquelle les égaux font
heureux même par le peu qui leur en reſte ? Le
JANVIER. 1764. 209
petit Courtisan réuffit & eft couronné : croyezvous
que ce nouveau Docteur ne veuille être
qu'un Métayer ? Il fortira des Champs . Ou irat-
il pour être mieux ? Nous ne fçaurions fupputer
trop haut ces émigrations , & la claffe des
Cultivateurs ; cette pépinière de tous les états , ne
fe recrute jamais. Ah ! Monfieur , que le pain
fera cher dès qu'une fois on lira Télémaque dans
les Campagnes !
Je fuis bien loin d'être dur envers le Labou
reur ; perfonne ne le plaint & ne l'aime , j'ai
prèfque dit ne le refpecte plus que moi. Mais
adouciffons fes peines par des plaifirs qui foient
fous la main . Pour le rendre plus heureux , il ne
faut pas l'approcher plus de nous . Que ces âmes
patriotiques & humaines dont vous parlez , répandent
leurs bienfaits à d'autres titres . Il vaut
mieux former une génération vigoureafe . Que
l'enfant le plus robufte de ceux de fon âge , que
celui qui méne un fillon plus droit & plus profond
, foient récompenfés d'un habit fimple ou
plutôt de quelque outil de leur Art. Entretenons
chez eux la force & l'adreffe ; n'y fubftituons pas
T'efprit & le talent. Affez d'autres penferont , &
ci n'en feront pas moins des hommes ceux -
utiles .
J'ai l'honneur d'être , &c.
A la Rochelle , le 1763.
De B....
Signature

A la Rochelle, le 1763. / De B....

Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Le texte est une réponse à une lettre publiée dans le Mercure d'août 1763, abordant l'éducation des enfants dans les campagnes. L'auteur reconnaît la noblesse de l'objectif de faire du bien à ses semblables et approuve l'idée de distribuer des prix sous forme de livres aux enfants méritants pour encourager l'éducation. Cependant, il exprime des réserves sur l'utilité de cette initiative. Il estime que les paysans ont des besoins plus urgents et que leur situation actuelle ne leur permet pas de se concentrer sur l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul. L'auteur souligne la dépopulation des campagnes et l'importance de maintenir une main-d'œuvre agricole. Il propose que l'éducation des enfants de village soit axée sur les travaux agricoles dès le plus jeune âge, afin de les préparer à leur rôle de cultivateurs. Il craint que l'introduction de prix littéraires ne détourne les jeunes des champs et ne les pousse à chercher des occupations plus intellectuelles, aggravant ainsi la pénurie de bras dans les campagnes. L'auteur suggère plutôt de récompenser les enfants pour leur force et leur adresse dans les travaux agricoles, afin de maintenir une génération vigoureuse et utile à l'agriculture.
Constitue la réponse à un autre texte
Provient d'un lieu
Soumis par conusm le