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1691, 09 (Gallica)
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J~W(îlX~~IJFfsiC.d~JT-ET1Uf~l74%;%,,e#,.;1$I~kAr
-
v~ ~~-~~ -1-.-
SEPTEMBREI6?I.
A P*RiS,
CALE R jE-iV £1' YE. D'V PA. LÁ 1 S.
oN donnera toujours un Volume
nouveau
-
du Mercure Galant au
premier jour de chaque Mois, & ou
le vendra Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq sols en Parchemin
A PARIS,
1 Chez G. DE LUYNE, au Palais, dans It
Salle des Merciers, à la justice.
T. GIRARD,au Palais, dans la Grande
-
Salle, à l'Envie
Ella Voive M. GUEROUT,Galerie-neuve
du Palais, au Dauphin.
M. DC. XCI.
AFE-C PRIVILEGE DU ROT.
AVIS. QVelques prieres qt/on aitfaises
1present de bien
écrire les noms ate r-am-iune emplo1 yez*
dans les Mémoiresqùon envoyepour
ce Mercure , on ne laijjc pas dj manquer
to,jours. Cela (st eaujequ'ily a
des en temps quelques-uns de
ces Memoiresdont on ne Jepeutservir.
On rei/crt la mesme priere de
bien coire ces noms , en forte quon
KC sy puisse IRONISER. On ne prend
aucun argentpour les Mémoires
,
&
l'on cmployera tous les bons Ouvrage
à leur tour , pourveu quils ne
defjblifTcntperfonnt
,
& qu'il n'y
ait rien de licentieux. On Pr!e feukmeni
ceux qui les envoyé.-a,
crsur
AVIS.
tout ceux qui riécrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes,c£affranchir leurs
Lettres deport, s'ils veulent qu'on
fajje ce qu'ils demandent. C'ejlfort
peu de chose pour chaqueparticulier,
& le tout ensemble efl beaucoup pour
un Libraire.
Le sieur Guerout qui débité pre-
Jentement leMercure
, a rétably les
ïhofes de maniéré qùil ejl toujours
imprimé au commencementde chaque
mots. Il ave;tit qual'égard des
Envois qui se font à la Campagne, ilfra partir les paquets de ceux
qui le chargeront de lesenvoyer avant
que l'on commence a vendre icy le
Mercure,. Comme cespaquets feront
çlufieurs jours en chemin
,
Pans ne
iaifjeraptis d'avo;r le Mercure longtemps
avant qu'ilfoit arrivé dans
AVIS,
les Villes éloignées, mais aujjl les
Filles ne le reavront pas si' tard
qu'elles faisoientauparavant. Ceux
quisi lefont envoyerpar leurs Amis
sans en chargtr ledit Guerout, s'rxposentà
le recevoirtoujoursforttard
par deux raijons.Lapremiere ,parce
que ces Amis n'ontpas foin de le
venirPrcndresi-tost quilefl imprimé
,outre qu'it tefera toujours quelques
jours avant qu'on enfijfe le
debit ; & l'autre, que ne l'envoyant
quaprès qu'ils lont Ùu, eux Q*
quelques autres à qui ilslepnfïent,
ils rejettent la flute du retardement
surteLibraire) en disant que la
vente n'en a commencéque fort
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Gueroutypuis quilse charge defaire
lespaquets luy-mesme & de les faire
AVIS.
portera la poste ou aux Me
sans nul interest, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province) qui luy auront donné leur
Adn/fi. Ilfera la mesmechose genesalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on ftty demanderafoit quilles
debite
, ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires ,fins en prendre
pour cela davantage que le prixfxé
par les Libraires qui les venduont.
J>)uandilse rencontrera qu'on demandtraKcesLivres
à lafn du mois,
il les joindra au Mercure, afn de
n'en fairequ'un mesmepaquet. Tout
celaferaexecutés avec une exaéfÙudei
dont on aura tout lieu d"efttt
content.
MERCVRE
- -
- l
CI
1
6- 4l
-.G1z-w-7AP-klm,ple.-ikrri-
oSEPTEMBRE 1691. UE de choses, Madame,
j'aurois à vous
dire de nostre Auguste
Monarque, si j'entreprenois
de vous ra pporter tout
ce qui fut dit à sa gloire le
jour de la Feste de S. Loüh!
Toutes les Chaires retentirent
de son Eloge, &la con formité
qui se trouve entre les merveilles
de savie, & celles de
ce Saint Roy ayant donné lieu
à tous les Prédicateurs d'étaler
leur Eloquer ce,il n'yen
eut point qui ne fist connoistre
que faire le Panégyrique
de l'un c'estoit travailler à
ce l uy de l'autre. Mr l'Abbé
de Montelet, qui prescha ce
jour-là dans la Chapelle du
Louvre, où Mrs de l'Academie
Françoise celebrerent
cette grande Feste Ce lon leur
coutume, ne laissa pas échaerunesifavorable
occasion
de faire ce glorieux paralelle.
Il monta en Chaire après que
Mr eAbbé de Lavau
.J
l'un
des quarante de cette celebre
Compagnie , eut dit la
Messe, pendant laquelle Mr
Oudot fit entendre à son
ordinaire, une excellente
Musique de sa composition-
Mrl'Abbé de Montelet prit
pour son texte ces paroles du
septiéme Chapitre d'Esdras,
BenedictusDominas Deus Patrumnostrorum,
qui dedit hoc in
corde Reois ut glorificaret nomen
Domini, & fit voir que
S. Loüisn'avoit particu lieremenr
estime le titre de Roy,
que pour glorifier dans son
coeur ce Dieu dont il tenoit
sa puissance,& pour luy faire
rendre dans tout son Royaume
le culte soumis qui luy
est dû. L'aprésdînée de ce
mesme jour, Mr de l'Academie
Françoise tinrent une
Assemblée publique pour la
distributiondes Prix.Elle fut
ouverte par Mrle Marquis de
Dangeau
,
qui en est presentement
le Directeur, & qui
déclara qu'on avoit appris
que la piece que la Compagnie
4
voit jugée digne de remporter
celuy de l'Eloquence,
avoit esté faire par Mr de
Clairville, jeune Gentilhomme
de Roüen ; & que -l'ouvrage
qui avoit mérité celuy
de la Prose ycttoïc de Mademoiselle
Bernard, aussi de
Rouën, ce qui n'estoit pas
desavantageux à la Normandie.
Ces deux Pieces furent
leuës par Mr l'Abbé Tallemand
le jeune, avec l'applaudissement
d'une nombreuse
Assemblée, dont les loüanges
confirmerent le jugement
qu'avoitfait l'Academie.Mademoiselle
Bernard vous estoit
déjà connue par Eleonor d'Y.'
vrée, & par le Comté d'Ambosse,
quifont deux Ouvrages
en Prose, où vous n'avez pas
moins admiré la finesse des
pensées,queladelicatessede
l'expression. La Tragédie de
Laodamie,& celle de Brutus
- de l'hyver dernier, l'ont fait
paroistre une Rivaletres dangereuse
pour tous ceux qui
s'atrachent au Théâtre. Letu-
-
jet que l'Academieavoit donné
pour le Prix de Vers qu'elle
vientderemporter ,
eftôrc
que de lotis lesL Souverains de
l'Europe le Roy est le (êul qui
soutient ledroit des Rois. Elle
avoit donné pour sujet de
!Profea le Zele delaReligion,
par rapport àces paroles,
Zelus domus tuoe comedit me.
Mr de Clairville a traitécette
matiere d'une maniere vive &
tres éloquente, en faisant voir
que le zele d'une Religion
établie pour la gloire de
Dieu, &pour le salut des
hommes, est ce qu'il y a de
plus glorieux & de plus necessaire
au Chrestien. Aprés
avoir prouvé ces deux veritez,
il conclut avec beaucoup
de raison
, que si cleO: une
necessiré à tous lesChrestiens
d'estre zelez pour la Religion,
nous y somm particulièrement
obligez, comme Sujets
d'un Royaume consacré à la
défense de l'Eglise
, par la
pieté du grand Monarque qui
le gouverne. Quel Prince dit.
il, a mieux merité que luy le
glorieux titre de Tres-Chrestien?
Nous avons en son Auguste Personne
unmodelle parfait du zele.
de la TS^hgion, e une preuve
sensible de la grandeur er de la
félicite qui en sont inseparables.
Ce grand Prince allumeluyseul
le zele de tous les Ouvriers
Evangeliques de son Royaume.
Par luy nous voyons les saintes
Loix en vigueur
,
l'Eglise florissanted'impiété
reduiteà indre
ou à se cacher, l'Heresie détruite,
la Foy du vray Dieu
triomphante aux extrémitez du
Monde. Pour fairevoir toute
l'étendue deson zele, il faudroit
parcourir toutes [es actions. En
luy les Vertus Chrestiennes font
honorées par les Royales, & les
Vertus Royales sont consacrées
par les Chrestiennes. Ses Armes
font celle. de la justice,ses Victoires
ccllcs de Dieu. Combien
de sois l'a-t-on vu sacriferses
ressentimens à la paix de l'Eglise
?Que de vigilanceàconserver
la pieté de
»
sa discipline! Que
d'ardeur à réunir à la veritable
créance ceux desesSujets que l'erreur
(ef la prévention en avoient
séparez! Mais s'il fut toujours
l'appuy le plus ferme de la Religion
,
aujourd'huyque les propres
Enfans de l'Eglise rc persecutent, e qu'ilsse liguent avec laRebellion
(&l'impieté pour l'opprimer,
on le voit seulfidellefoudroy.r
cetamasmonstrueux de Putjfances,
vanger lesinterests du vray
Dieu trahis, t le dédommager,
pour ainsi dire, par un
redoublement de zele de pieté
de l'infidelité de toutel'Europe.
Ne soyons pas surpris après cela
si un grand Roy persecuté pour
la Religion) ne trouve un a^ile
un mangeur que dans le seul
Princequi la protège.Honorons
dans le plus Chretien des Rois
stEfprit Saint dont il cfk visiblement
remply, ne nous étonnons
plus ny du merveilleux de
sesactions quise ressentent de la
majesté du Dieu qui lefait agir
ny de# l'immensite de sa gloire,
qui efl l'ouvrage du Ciel, parce
qu telle efl une récompense de son
%cle, Mais si la pieté de LoüÙ
éleve sa grandeur au dessus de
celle de tous lu hommes, elle luy
donne encore cette moderatton
Chrcflienne
,
qu'il cft luy-mesme
au depui de sa grandeur; car il
efi le seul que sa gloire n'ébloüit
point. Comme il ne cherche qu'à
établir le regne de Dieu, il la
luy rapporte toute entiere
voilà ce qui la consomme,parce
queDieuJe plaisiràfaire rejalhranjcc
plus d'éclatsurcePrince
fidelle f0 reconnoissant la gloire
qu'il luy renvoye. Quelle foule,
quel enchaisnement, ouel redoublement
continuel de prodiges ü
de prosperitez que sa vie! On
voit les
maj Jf:, lvaegnlouisr*e dlar tgoruansldeeusrH, learos
rémies avec un nouveau
lustre en luyseul dans[en
Royaume, la splendeur&lafélicité
de tous lessiecles. Eni)a.n une
jalouse fureur arme les Nations
contre luy. Il a cette glorieuse
conformitéavec la Religion qu'il
défend, que sa gloire devient
plus brillante par les efforts que
ses Ennemis font pour l'obscurcir.
Sa félicité redou\f\r par. ce lle
dont il fait joüir ses Sujets.
Comme linfidélitédes Princesa
souvent attiré descalamitézsur
les Peuples, la juflice & la fidelitéde
nostrepieux Monarque
Je répandent sur nous. Sa puis
Janee qui punit, qui desespere
nos Ennemis, nous protege) nous
comble de gloire.Lesguerresfont
un fleau pour eux seulement,&
pour nous seuls une source de
benedictions de triomphes.
Sous luy enfin tous les desordres
sont abolis. Les Loix sont au
saintes que sasagesse inspirée
de Dieu. Onvoit regner en tout
temps en tous lieux la vertu,
l'ordre, la tranquillité? l'abondance
»&son%ele est le fondenent
de la félicité publique.
Quel avantage )
quel bonheur
pour nous de vivresous un tel
Roy ! Nos Autels retentissent
de nos actions de graces continuelles
, & de nos voeux toujours
redoublez pour sa conservation.
Mais en mesme temps
ne devons nous pasredoublernostre
estime pour le Z-tlr de la Religion
,
seul principe de la grandeur
de cc Royaume &de nostre
félicité? Quelle obligation pour
nous de profiter d'un exemple si
rare &si puissant
, & de nous
rendre dignes parlàd'un Prince
qui nous csi si cher & si necessaire
!
Aprés la lecture: deces deux
Ouvrages MrdeBoisquillon,
l'un des Académiciens de
Soissons, leur un Panégyrique
du Roy, qu'il avoit apporté
comme un tribut que
doit cette Academie à l'Academie
Françoise, qui a fait
associationavecelle. Celafait,
MrleClerc qui a donné au
Public il y a déjà longtemps
la rradnétion des cinq premiers
Chants de la Jerusalem
duTasse, leur environ vingt
Strophes d'un de ceux qu'il
n'a point encore fait imprimer,
& l'on y trouva ce feu
agréable qu'on voit répandu
danstour ce quiest deluy.
MrPerrault regala ensuite la
Compagnie d'une lecture de
son Poëme de la Patience de
Griselidis, qui fut faite par
Mr l'Abbé de Lavau. Les
vives descriptions dont ce
Poëme est plein luy attirerent
beaucoup d'applaudilfc:c¡
mens, & tout le monde sortit
extrêmement satisfait de
cette Assemblée.
Je vous envoye une Lettre
fort curieuse, qui vous apprendra
plusieurs nouvelles
des Indes. Elle est d'un Pere ;Jcfuitcj qui se retira àPonticheri
après la révolution arrivée
au Royaume de Siam.
Je vous ay appris son avanture
dans quelqu'une de mes
Lettres, & de quelle maniere 1il y arriva.
A Ponticherile 19. Septembre 1690. DEpuisnostre retraite de
Siam nous nous Commes
établis en cette Cosse
» en attendant
que les choses changent de
faceJou quenousayonspàjfegc
À la Chine. Les Hollandois
nous ont fait souvent de grandes
menaces
>
gr. ont employé
tous leurs efforts pour obtenir de
R.am:
T^dfn-raja,> Fils du fameux Se*
Vagiy la permijjton dr nous afliegrr.
Si elle leur avoit eslé accordée
) je doute qu'ilsnousevjfrnt
pu faire autant de mal qu'ils
nous en veulent; car je ne croy
pas qu'ils tryent huit cens hommes
> & nous en avons bien deux
cens renfermez dans la ForterejJe.
C'efl a/Je^pourJe mettre
* couvert d'un coup de main;
mais pour soutenir un Siège de
.longue haleine & le Canon,
j'ay peine à mimaginer que cela
se pui/fe.Jenay pas toû/nUYJ' demeuré
à Pontichery. Je fis un petitvoyage ¡'Eslé dernier a S.
Thomé (e a Madras. jeflois
dans cette premiere Place lors
quenojlreEJcadreyarriva
»
métant
retiredix jours auparavant
de Madras
,
où ton publia la
Guerre entre l'Angleterre e la
France.VUl le Gouverneur m'avoit
fait avertir fous main qu'il
luy ejioit venu des ordres de la
déclarer. Ainsije m'en allay à
Saint TbomêMoflreEscadre
Arriva à la Cosse peu de temps
Aprés, ce que nous apprifmes
plûtofl qu'on ne lesceut à Pontichery.
Ily avoit quelquesjours
que Laurent Pit» Gouverneur
de Paliacatte efloit pafôpardc*
lu4nt Madras avec cinq Vais
ftaux, lors que nous les vismes
rebrousserchemin3&venirmouiller
fous la forterejfi de Madras.
On feeutbien-tojl la cause de
leur retour subit. Il leur vint
un avis de Ceylan de l'arrivée
de nosVaijjeaux. Sans cetavlSe
il eust esté pris avecses Vaiffiaux
qui efloient richement charge^
Il quittoit la Forterejp de P,tliacatte
dont il emportoit le Ca..
non & toutes lu richessesy avec
toutes les Famillts qui avaient
eu ordre de Batavia de s'aller
établiraNegpatam>dontce Laurent
Pit tflaitnommé gouverneur.
Si toflqu'ilsfurent fous
la Forterejje de Madras, iU pensèrent
à débarquer ce qu'ilsavoient
de plus precieux cm toutes
les Femmes, Cà mettre leurs
Navires en diffence. Les Anglois
firent le mesme. Nos gens demeurerent
huit ou dix jours à Pontichery
où ils avoient amene une
grojJe flute Hollandoije richement
chargéequ'ilsavoientprise
à Ceylan. Ils avoient pris depuis
un petitBifliment Hal/andois
qu'ils habillerentvisse en
!'Brûlot pour venir à Madras.
Moy dejejperant que nos gensy
vinjftnt
, je pris le chemin de
Pontichery le .23. Aoust foury
arriver le jour de Saint Louis.
J'appris en chemin qu'ils aident
levé l'ancre pour aller à Madras,
ce qui me mortifia.Je rencomray
quarante ou cinquante Soldats
Angjois qui alloient en diligence
à Madras. Ils quittoient une
Longimar
)
Faéîurienouvelle à
quatre lieues de Ponticheryt
pour porter du renfort à JMa-.
dras qui en avoit grandbesoinf
n'ayant pas alors trois cens hemmu
dans une aujJi grande place
que Madrasl'ejl à present. J'ar.
rivay à Pontichery a dix heures
d~u~m4a~tajTcZ-toflpour dire la ,
ttsMejfe. On avoitexposê le S,
Sacrement ce jour-là qui devoit
eslre celuy du Corhbat. Nous
ne fufmespas long-tempssans en
sçavoir lesuccés, qui quoy qu'il
nefût pat aussiavantageux qu'on
lesouhaitoit) st trouva confidtra
ble. Le Brutotfut attaché à l'A..
mirai Hollandois ; mais commeles
Grabins n'étaient faits oue
( Ji, de cercles de barriques) la Mer
ejiant zrojJe & le vent venant
de terre, tout cela fit qu'iln'eut
pas l'effet qu'on en e/peroit. On
cartonva rudementle1s V or 0YiZC Vaisseaux
qui rf/oient en lilne, &
qui nvoulurentjamaisdérader».
Nous n'en avions que six contre
un si grand nombre, Joutenus
dufeu de la Fortereffi;, qui avoit
plus de cent Canons qui battent
la l(ade. On fit un furieux feu
sans que nous ayons perdu que
fiept ou huit hommes dans ce
(ombttt. Le Brulot fut attaché
avec une intrépiditémerveilleuse
par MrDauberville* Lieutenant
de Mr du Quefinej au travers
d'une gresle de coups de Canon,
& sans perdre aucun homme.
Le Dragon qui efloit prcfque
entre les VaiJJeaux Ennemis
la Forteresses n'eut aucun homme
blessé ny tué.Il tira pour sa
part plus de quatre censcinquamt
coups de Canon. Le lendemain
nos gens parurent encore,f0 défèrent
les Ennemis qui noferent
jamais fortirpour combattre
y &
comme le vent efloit de terre,ce
qui les empeschoit d'approcber k
leurfantaife
, & que d'ailleurs
ils epoient en danger d'estre dlm;
tftez
3
sans avoir de lieu pour
se remafler, on jugea plus à proposde
continuer sa roule vers
!Bengale. On prit à la veué' de
Aîudras un Vaiffiauquiapportoit
des rafaifcbijfemens à
cette Ville, ils en firent échouërunAngjoisvers
"Bengale»
Nousfceufmta que les Ennemis
avoient perdu beaucoup de mon*
de
3 & qu'ils avoient tu plusieurs
matsbrises, & leurs Navires
cribleZ de boulets. Cette
aflion a fait un grand éclat dans
les Indes. C'efloit auJF un fera-'
jet aj]èzIJardy que fx Vaisseaux
eussentosé en aller attaquer
DnZe grands fous une Forterrffi.
ily avoit alors vers
Aladras un des Generaux du
Mogol qui fut témoin de cette
aélton intrépide
3 &'[q'uAi j'e)ndre- tourna peu après a l'armée de ce
Trince, qui ajjtege Gingi principale
Ville de Sevagi. Vous ns
fiauriez croireavecquelle ejli*
me on parle icy des Francois.
Vous l'apprendre% mieux que je
ne pourrons vous le. dire
*
des temoins
oculaires, ainji que tout
ce qui s'est pasé dans la fuite de
la Navigation de noftrc Escadre.
Nos Vaijjeaux qui partent incessamment
ne me permettent pas
de vous en faire la Relation.Je
vay feulement vous informer
des choses qne je croy que vous
ne ferez pasfacbê desçavoir de
plujieurs endroits des Indes. Comme
j'écris avec grande precipitation
, vousy /Ùppleere'{
,
si:!
mettre%le tout en ordre..
Nous avions receu des Lettres
par terre? par le/quelles on apprend
que la rpefie eji encore à
Surate. Uattion de Madras a
esléfceue en ces quaiiers
s & a
fait honneur à la Nation. Plupeurs
de la Loge Hollandoise
font en prtfon pour avoir 'Voulu
se révolter contre le Fiscal qui
aieit envoyé le Cornmeaire,
Van-reyde. Leurs affaire* vont
mal en Perse.ily a eu de leurs
Vasseauxjarrrflez, mais on n'en
fait pMencore le détail.
LesJrcloisfoufirent beaucoup
a Bombain
>
a cauje qu'ilsn'ont
poir.t eu de Vdîjjcâux d'Angleterre.
Le Vaifieau quia esié
brillé à Anjouanparnofire Efcadre3
leur a causé une grande
perte. Cette Villefut djfiegée l'an
sapêpendant plusieurs mois par
le Aîogol. Ils tinrent bon, (!f
ont depuis fait leur paix anjec ce
Prince aux conditions qu'ila
,voulu.
Le Gouverneur D. Rodrigue
efl mort à Goa, & Dom Miguel
y
Mestre de Camp)a eslé mis
en sa place. On a arreflé en cette
Ville là un Vaifeau Marchand
jinglois venant de la Chiney
pour reprejailles de ce que les
Anglois de Bombainfefontempare7
des biens-Ç0maijons de
quelques Portugais habitans de
"ÏÏombain
, pour s'en eflre retire%
du temps de la guerre, contre la
dïfenfe des AngJoÙ, qui menacent
d'arrtjlcr tous les VaeeaUX
Portugais qu'ils rencontreront.
Ce Vaisseau efl celuy sur lequel
tfioient les Peres qui furent fris
à la Meque. Nous venons d'apprendre
qu'il esi arrive deux
Galions d'Europe à Çoa> f0
treize cens hommes avec plusieurs
MifFonnaires,e qu'un Jesuite
efl nommé à l'Evefcbé de Saint
Thomé;& pour- rétablir un peu
cette ancienne Ville> ily aordre
a tous les rortugw répandus
-en differens endroits de la Cosse,
d'aller y faire leur demeure.
VnVaisseau Danois qui efl
revenu ces jours-cy d'jéchem, a
rapporté que les Prisonniers François
de Siam avoientesté élargis.
ily efl allé tant deçJMarchands
cette année, qutils n'y ont pas
trouvé leur compte. Quelques-*
uns voyant cela font allc'{,
partieaMerguy> st)partie au
Pegu.
EstantàMadras je parlay à
un François qui efloit venu depuis
peu deBatavia. Il mentre~
tint de quelque brouillerie arrivée
en ce canton. Un Déterminét
naturel du Payç,lui efloit au fer.
'Vice des Hollandois,s'etf rnis à
la tefie de deux ou trois cens
Détermine^ comme luy, qui ont
fait beaucoup de peineauxHollandois)
avant qu'il lrur ait eIlé
pojjiblc de les réduire. Ils venoient
leurenlever des Corps de garde
a,i)ancez autour deBatavia. Les
Hollandois ont envoyé deux ou
trois fois cinq a six milU hommes
, parmy lesquels il y avoit
cinq cens Européens,pour forcer
les Rebelles dans leun Forts. Ces
Détermine- les ontfait tous fuir
jusques à deux f'oIS; & en ont
tute blrjjé pluJieurs. Enfin on
les a défaits avec bien de la
peine i, & après avoir perdu du
monde.
L*épouvante fut grandeVan
pasé à Malaca> lors que l'Orifiame
avec les trois autres Baflimens9
& les Troupes du débris
de Siam
,
allerent vers Jun-
%alam. Les Hollandoiscraignu
rentpour Malaca
> par laquelle
nous avionspasé quelques mois
auparavant> fp dont on avoit
oveu le fort& le foible,sur tout
le peu de monde qu'il y avoit.
Dans cette crainte ils firent venir
dix Vaisseauxpourfaire figure;
sar onm'a aJJu'réqu'iln'yatoit
pas cinquante hommes dans chacun.
Ils n'oserent non plus envoyerleursVaisseaux
à Bengalei
& cela feulement à cauje de
l'Ot-iflame, ce qui fsi une grande
marque de leurfoiblejje.
Vous aurez fccu de quelle
maniéré nos gens a lasortiede
Merguy tombcrent au Tegu;
qu'ilsy voulurent faire des mitires>&
qu'on lesarrêta prifon*
niers anjec un de nos rperes;)
nommé le Pere Dcfpanhac. On les
conduisit à Jlva
,
du lieu tu en
les avoit pris Ce chemin de plus
de deux cens lituë-J) efl terrible,
Cesî un miracle comment ils ont
purefijler tous a ce penible voyage
à travers- les bois eles montagnes
affreufu, les torrens @f
les ruijjeauxqu'il leur falloit
poejfer dans un temps froid. Ce
[Jerf mécrit qu'ils en ont passé
quelquefois jusques a quarante
enunfui jour. Aprés les avoir
menaceZ de la mort, on les a
jugeZ (t) condamne^ a demeurer
prisonniers dans quelques Villa4
ges qu'on leura ajjtgne^. Le Vere
a trois Villages pour prison. Il
peut les parcourir, ùpas davantage-
Par bonheur ily a là des
Chrefliens qu'il affifle; ainsi il
s'occupe à les inflruire pendant
fin exil. Il a esléfort incommodé
des fatigues de ce voyage> & il
en a une jambeestropiee.Un de
nos Peres, nommé le Pcre du
Chatsyalla l'an pasé d'icy à
Pegu, &jusques à Ava3 pour
voir ce qu'il y avoit afaire pour
le delivrer. Il ne put avoir 1-t
permijjion de luj parler, & les
*.Portugais noirs de ce
Pays-1a"
luj firent donner un ordre de la
part du Roy
,
dese retirer.-
Les Anglois avoient une belle
Facturie à la Cosse de Girgeti
? j ID -
ctjt à dire entre Mafulipataan
& Bengale. Elle fut pillée l'an
passé par les Mores) ce qui leur
causa une grande perte. On tua
beaucoup des leurs, (jjr leurs marchandises
furent enlevées.
Çwgy efila Capitale f0 la
principale Ville de Ram Raja,
fils de Sevaqy. Elle efi situés
dans des montagnes, * l'on m'a
dit quelle efl disposée de cette ont forte. Trois montagnes qui font
un triangle se joignent par des
murailles tres-fortes, revenues
de gvoffes tourss & sur chaque
montagne il y a un fort, si)
une FÕrterejJe encore dans le milieu
de L'enceinte,qu'on dit ejir$
de plus de deux lieues, il y a de
si &'°J]espieces de Canon? que
lors quon les tire nous les entendons
diflinéîcment J'icy, quoy
quilyailquinze lituh.Cette
Place l'si ajjtegêe depuis cinq mots
par un des (généraux du MogoL
On disoit ces jours cy qu'il manquoitdejvurage
,éJ qu'il pour*
roi: bien lenjer le Siege.liapeti
de monde, &encore moins d'argent.
Il avendu depuispeu aux
jinglois une Forterejje sur le
bord de la Mer, a trois ou quatre
lieuës d'icy. Comme ils y ont
tres-peu de monde pour /4 garder^
m dit qu'ils ont giande peur ie
TJOIU; car si on vouloit mettre
deux cens hommes à terre, on
s'en rendroitmaijlre à peu de
frais.
F01là ce que je vous puis man-
1
der cette ann{r de ces Pays-cy*.
Nous attendons dansfort peu de
temps des Vaiffiaux de la Chine,:
dont néanmoins nous n'avons
point encore de nouvelles.
Voicy l'Extrait d'une autre
Lettre qui parle aussi de
l'action de Madras. Vous ne
serez pas fachée d'apprendre
lces oautrens ntouiveelles,nqu'etlle.1
Le 2.dt Juillet 1690. payant
par l'Isle d' Ajouan, nous troualajmes
à la rade un Navire
^nglois de cinquante -quatre pieces
de Canon. Il ejjuya pendant
plus desixheuresle feu de no..
fire E/cadre
3
après quoy il Je
brûla. Un François quisefau-
"va à la nage, nous rapporta que
ce Vaijjeauavoit troiscens hommes
qui ont pnfque tous pery ;
quils'appelloit le orendAlbert;,
- y qu'il appartenoit a la Compagnie
jingloife ,&quil efloit le seul
qutlle ennjoyoit auxIndes.Jp~
çaremment sa chargeejtoit ri:
chc*
Le î9. du me/me mois3 est
pajjant parIIfie de Ceilan, nous
y trouvasmes une Flûte Mollandoijemouillée
foorrtt pprreeccbt)ee dder
terre> qui se rendit aux Chalou.
pes que Ai1 du Quesne
,
nonre
Commandant, y envoya. EUe
peutvaloir cinquante milleêcus*-
Ensuïte nous firmes route pour
rponticheryJ te y arrlvafmef
le il. Avuft. Vn peu de temps
après noflrearrivée
s nous apprîmes
quil y avoit plujteurs Navires
» tant Angois que Holiandois,
mcüllltz ious la forteresse
dela Ville de Madrasyqui nous
attendoicnt quand nous pase..J.
rions
rions pour aller a Bengale, ce
qui nous fit prendre la résolution
de lesallerattaqutr.
Nompartifmes pour cet effet
de rp.onlicheri le 24. 0* arrivafmes
à Madras le 2f. jour Saint
Louis. Mousytrouvajrnes quatorzeVaisseaux,
dont il riyen
eut qu'onze qui tinrent pendant
le combat que nous donnafmcs.
Il duta plus de trois heures, &
ily eut un fort gros feu de part
& d'autre.) aujfubicn que de la
Jortereffi. Mous nom reÚrdji,¡('s
er,ftiite
3
& allasmes mouiller
hors de la portée du Canon pour
nous raccommoder.C'efl une
aéiion aussi belle st) aussi hardie
que digne de M" du Quesne.
Nom prismes le lendemain un
Vaisseau de peu de consequence
à leur veuë»sans quils osassent
Je presenter pour le Jecourir.
Les Anglois »aprèsavoir pris
Adarigalande
,
assiegerent au
mois d'Avrilla Gardeloupe
> tt-
'Uec une Flote de quarante six
voiles> dont ily avoit dix tif-
Jeaux de guerre depuis quarante
jusquà cinquante. quatre pièces
de Canon. Le refle efloit des
Barques &Briganttns>sur lefqueh
il y avoit trois mille cinq
cens hommes quiyifrent descente
tt'VfC perte d'une partie de leur
monde. Le Siege dura près d'un
mois3 A4*d'Eragny9 General
des Ijlesyy alla en personne
au mois de May avechuit Vais
feaux, dont ily en avoit quatre
de guerre de quarante pièces Je
Canon, & quatre çJJ4arcbands,
armez déduit dix jufquàvingt-
JÎXy quelques Barques
>
sur
lesquelles on avoit miscinqua nte
hommes d' élite. Il dtfcendit à leur
tesse au vent de l'Isle, tb1 fit
lever le Siege> à la grande hvnlc
~C~ E~MCW~~ aM des Ennemisi qui* fef?lo0~tefMnft b~ef~a~u--
coup superieurs en Faiffeaux (t)
en Troupes.
- Je vousay déja parlé plusieurs
fois des Jeux Floraux;
qui font si celebres à Toulouse,
& vous ay entretenuë
de leur Institution. Mr de
Cironis-Baufort, Fils de M[!
de Cironis, Sr de la Bastide,
President au Parlement de
Languedoc, un des plusbeaux
genies de son temps, après
avoir eu le Prix du Soucy
dans l'une des dernicres années,
vient encore de l'emporter
; ce qui l'a faitrecevoir
Juge Mainteneur decette
Illustre Academie. Voicy le
ChantRoyal qu'il a fait; &
qui a esté trouve digne de ce
Prix. Ne soyez pas surprise
de voir rimer Univers avec
Lauriers, & Guerriers. La prononciation
ordinaire de ccrte
Province, fait recevoir ces
rimes pour bonnes.
ROMULUS.
CHANT ROYAL. AMoZJ R fait tout cedcràsa,
douce pitiJJancc,
il rangefous ses loix le Prince cr le
Passeur.
il rieftpùntdefagejft> ilriejtpoint
de prudence.
JÏHÏ puisse resister à ce charmant
Vainqueur.
Rome doit à l'Amour sa naifanCe
éclatantt.
Etde fis trais brulans la force furprenante
Soumit le coeur d'unDieu qui bra.
voit les dangers;
C'eftpeu que Mars luy cede au mi"
lieu des Lauriersy
ilfaut qu'a ses desirs Rhée à l'envy
réponde,-
Et quellemetteaujour3pourrégir
l''Vnivers,
Le Héros*fondateur de l'Empire
du Monde.
Du Trône des Albains l'avoit fait
ravisseur,
Du jeune Romulus perfautoit l'ensance
Tour s'assurer le prix desa lâchefureur.
En vain il veut le perdre, & les
effortsqu'il tente,
Secondent mal ses voeux, & trompentsonattente,
Ses desseins font en butte à de tristes
revers,
Le Tibrese refuse à ses desirs pervers:
rZ-Uêa,vd uln fe Berceau, quilfote
augré de tonde,
Confervesur le bord des abîmeJ
ouverts
Le Heros fondateur de l'Empire
du Monde.
~e
Voy du Ciel irrite, la iltjh providence1
Peurton lâchefirftitlesDÙux ont
de rhorreur,
Toujours des innocens ils prennent ladifenflJ
cruel Amuliusy tremble,&frémis de
peur.
Contre les coups certains de leurmain
foudroyante
De tes vaillans soldats rardeur efl
impuifante;
Aprés avoirforcé mille obJlacles di.
vers, Romulusfoumetrales peuples lesplus
fers,
Et renversantl'espoirou ta ragesi
fonde,
Donnerapour modele aux plus fameux
Guerriers
Le Heros fondateur de l'Empire
du Monde.
C'etoit peu qu'exerçantunejujtc
vengeance , Romulustriomphât definpersecuteur,
Pour -élever encor sa gloire, &sa
vaillance, ilfaloitque de Rome ilfûtlefondateur.
Jprésavoit bâti cette Ville importante
Contre luy vainement le Sabin
)
le
reiente,
Soulevent, & Voijîns ,
& Peuples
étrangers;
Comme un Fleuvegrojjldutributdes
Hivers>
Ne trouve point de champs quefin
torrent n'inonde,
TelparottenfonçantleursEJcadrons
entiers
Le Heros fondateur de l'Empire
du Monde.
Acron par(on trépas en fait l'experienee,
Et loin de l'abaijftr,rehaujjefafplendtur.
Enfin des Immortels la Troupe im.
patiente
Veut oter auv humains cette vertM
brillante,
L'arbitre de la Terre, & la terreur
des Mers.
Tandis que l'onentend par de divins
concerts
Celebrerfes exploits tfasagesseprofonde.
On voit au rang des Dieux ,
élevé
dans les airs
Le Heros fondateur de l'Empire
du Monde.
ALLEGORIE,
au Prince de Galles. uN Prince infortune3tjuune
Ligue infoUnte
Fit txpojcr aux flotsd'une Merécumante
, Par la main- de LOVlS verra bientôt
auxfers
Ses Ennemis vaincus
>
& de honte
couverts,
Et nous verrons sa, vie en prdiges
fccondc
Surpajftrparsa. gloire , après cent
-
maux soufferts,
Le Heros Fondateur de l'Empire
du Monde.
Ce Chant Royal estaccompagné
de plusieurs autres Ouvrages)
que Mr de Cironis a
fait imprimer fous le titre du
Triomphe du Soucy, & qu'il a
dédiez à Mademoiselle de
Castelnau,Fille de feu Mr le
Marquis de Castelnau, Mefiee
de Camp d'unRegiment, &
Gouverneur de Brest,Filsde
MrleMaréchal de Castelnau,
Capitaine general des Armées
du Roy,& du costé de Madame
sa Mere
, Petite fille de
Mrle Maréchal Foucaut, Vice-
Amiral de France.
Les paroles que vous allez
[lire ont estémises en chant,
par Ml Hurel, qui cit dans
une haute réputation pour
bien montrer à jouër du
Thuorbe, & à bien chanter.
AIR NOUVEAU.
J.,Aime tendrement Lisette»
Etj'avoijfccu l'engager.
Cependant cette Follette
Dipuisfeu me volt changer.
Mais je fçauray men vanger,
Car si dans noflre Village
Elle vient encor m'appellcr
Pour danser au boccage, Je n'y voudray plus aller.
,
le, n".,yt,oudr-a
La Piece de Vers qui suit
m'a esté envoyée de Rouën,
&a esté faite sur ce qu'un
homme qui a beaucoup de
commerce avec les Muses a
fait venir une fontaine dans
son Jardin. Vous en trouverez
le tour aisé & spirituel.
IDILLE. DImon près d'une Fontaine,
ous des arbres toujours verts,
La-s de raconterJàpelne-,
En badinant dit ces Fers,
Habitante de cette Onde,
Belle Naïade, croy moy ,
THfais du bruit dans le monde,
Mats l'on scait affc7pourquoy.
Vne Nymphe jeune &fige
Ne doit poj,¡t tant voyager; il est peusur à ton âge
Defc rire du danger.
Nousfçavons ce qu'on raconte
D'unjeune & galant Rttiffiau;
Il ne(lleseuljui t'en conte,
.1 Maint autre a part au gateau. '* Les jeux ,
les Ris, le Zcphire,
Et les Fleurstefont 14 cour.
EJ-il mal-aisé de dire
S'il s'y gliffi de l'amour ?
Tv crois passerpourfevere
En coulant dans ce Jardin ?
Chansons, L'air le plus aujlere
Souvent cache un coeur badin.
Le tien n'etf que tropsensible,
Ilsoupire à tous momens.
Belle Nymphe, ejl-il pofflble
Jpu'ilsoupiresans Amans ?
Sfâche quej'ay du courage , Et que jepuis me vanger.
Tv dis que mon coeurJouptre
Mille& millefois le jour;
Jïue les Ris
,
& le Ztphire,
Et les Jeux mefont1)amour.
Lors que tufers de vitfime
A cent coupables desirs
,
Voudrois-tu me faire un crime
De ces innocens plaijir-s ?
Connois-tu cette Fontaines
Jt>ui coule sur 1-Ilelicon
, Et qu'on appelle Hippocrene
AM Royaume d'Apollon ?
Cejl moy•mesme. Mon voyage
Seroit long a raconter.
Suis-je encor cette volage,
Jpui s'en fait par tout conter?
VMippocrene plaistaux Mufes;
Aux Mufes déplaist t'amour.
Cherche
,
cherche quelques ruses
Four fexcufer a ton tour.
Si tu doutes de Uchose
,
Bois de cette eaufiultment)
Etsurcegazon repose,
Tuferas Poète à l'instant.
Enfin puis qu'il fauttoutdire ,
Le Maistre de ce Vallon ,
DAPHNIS, que la France admire,
Apprens que c'efl Apollon.
Pour te punir, Tfmeraire)
Sans ce(se tu fouffriras ;
Car toujours tu voudras plaire
3
Etjamais tu ne plairas.
VArrcjl parut bienfcvcfe
Aux Bocagesd'alentour.
Damon aimesa Bergère,
Sans luy donner de t'amour.
BBeerrggeerrss, si vis Celimenes ,sivosÇeltmcnes
Vota causent desfoinsjaloux,
N'alleZ passur les Fontaines
Dechargervojîre couroux.
Le Dimanche IL. de Juillet,
les Peres Augustins de
Bordeaux commencerent la
solemnité de laCanonisation
de S. Jean de Sahagun, dit de
Saint Facond
,
Religieux de
leur Ordre >& Patron de Salamanque.
Ce Saint nâquit
à Sahagun, Ville du Diocese
deLeon en Espagne,& fut
accordé aux pricres de son
Pere & de sa Mère,également
distinguez par leur vertu &
par leurnaissance. Il futCamerier
de l'Evesque de Bur- i,
gos, qui le fit Prestre & Chanoine
de son Chapitre;mais
ce Saint ayant renoncéàce Benefice,
alla prendre l'habitde.
S.Augustinà Salamanque,où
d'abord il se rendit aussiillusrre
par ses Prédications que à
par ses miracles. Ilfinit sa vie
par un poison lent que luy
donna une Dame desesperée
de ce que le Saint avoitconverty
son Amant,& l'avoit retiré
du commerce criminel
qu'il avoit avec elle depuis
quelques années. Les Cardinaux
Antonian & Baronius
marquent sa mort l'onzième
de Juin 1479. sous le Pontificat
de Xiste IV. Le Pape Clement
VIII. le beatifia l'an
16or. & le Pape Alexandre
VIII. le canonifa le 2.8. No-
I vembre de l'année derniere.
i L'ouverture de cette solem-
I nité qui a duré huit jours,
I se fit par une grande Proccfsion
qui partit de l'Eglise
Cathédrale Saint André,pour
serendre dans celle des Augustins.
Les Religieux portoient
dans cette Procession
deux Bannieres qui reprefentoient
le Saint, & quelquesunes
de ses principales actions.
Toutes les Paroisses
marchoient ensuite, puis le
Chapitre de S. André, le Parlement
& la Cour des Aides
en robes rouges, & les autres
Cor ps de Justice. Ils se rendirent
tous processionnellement
dans l'Eglise des Augustins,
qui c'estune des plus bellesde
laVille& qui estoit magni.
fiquement ornée. M' l'Abbé
d' Arche, Doyen du Chapitre
de S. André, y célébra la
Melfe, qui sur, chantée par la
Musique. Chaque jour de la
semaine, unOrdre Religieux
yaesté en Procession,chanter
la Messe, & preseher à Con
rang l'aprésdînée.L Mercredy
,
jour de S Jacques
,
Mc
l'Archevesque de Bordeaux
l'y célébra, & y donna la
Commnnion aux Fieres du
Convcnt un très grand
nombre de personnes Le
jourde rOétavc
,
M' l'Abbé
deConstans Doyen du
Chapitre de S. Severin, y dit
la grandMesle, qui futchantée
par la Musique de son
Eglise & il y officia de mes
me à Vespres accompagné de
tous les Chanoines de son
Corps. Ils y firent ensuite la
Procession du S Sacrement
dont le mesme Doyen donna
la benedidtion, qui futsuivie
immédiatement après de l'élevation
d'une Banniere du
Saint, au milieu du Choeur
del'Eglise, JameCmeMuÍi.,
que chantant des Motets à<
l'honneur du Saint. le Tej
1- Deum
Deum & l'Exaudiat, avec
d'autres Prieres pour le Roy;
ce qui avoitesté fait tous les
jours de la semaine, à chaque
benediétion du S. Sacremenr.
Le foit, les Juratsreveslusde
leurs robes de ceremonie, &
précédez par les trois Compa- tgrues deleurs Hal le bard iere,
"d,-'eleurs Trompettes, Hiutbois
& Enseignes, allèrent
mettre le feu au bûc her que
les Peres Aucrultins avoient
fait dresser dans la Place de
vant leur Convent) où les
cinq Compagnies du CVjnrlier,
au nombredehuit cens
hommes Cous les armes, s'e^j
stoient rangées en Bataille.
Après plulieurs décharges de
la Mousqueterie des Boetes,
& de quelques pieces de Canon
l'on fie joüer un Fzu,
d'artificequiréussit pai faitement,
pendant qu'on entendoit
lesTcompettes, les Hautbois,
les Violons les Tambours,
les Iviuléttes, & le«
Fifres.
Quelques jours avant cette
Solemnité,Mrl'Archevêque
de Bordeaux avoit insticué
dans son Diocese, 1 adoration
perpétuelle du S. Sacrement
pour la santé du Roy, & pour
la prosperité de les armes. Jevousenvoyéun Discours
qui a esté fait à la prière de
M le Marquis d'O
, par Mr
l'AbbéDeslandes
,
Grand-
Archidiacre & Chanoine de
Treguicr, pour rinftnction
des Jeunes Gentilshommes de
Bretagne.Il ya quelque temps
qu'il fut prononcé à Brest
aux Cadets de Marine. M
ESSIEVRS,
La Noblcjje cft un avantage
de la naissance>qui a estéde
tout tempsconfidere, parce qu'elle
fimble transmettre avec le fang
de belles inclinations & dessèntimens
genereux. L'éducation
que LOVIS LE ÇRJND
prend foin de faire donner aux
Gentilshommes9 contribue beaucoup
à élever leur esprit au dessus
de ceux du commun La vertu de
leurs Ancestres
>
leurs belles ac-<
tions
,
le rang qu'ils tiennenti Jlerangqu'ilstiennent;
dans le monde, la réputation H
le desir de l,t gloire
à
le chemin*
qui leur en ouvert aux grandes
choses
,
font autant d'éloquensi
Orateurs qui lesavertirent dt%
ne rien faire qui les rende jndignes
de l'honneur qu'ils ont
receu en fortant d'unfàngfi diflingue
dans le monde. Vtlcre
Maximenousapprend que parmy
les Anciens, l'ai[né de la
Famille chantoitfurle Luth des
airs à la louangedefesAncejlres,
pour .s'animer les uns ej les autres
aux aflions heroiques. Cet
invincible Adachabée> dont l'Ecriture
Sainte fait l'éloge
3 ne
laissa àses Enfant pour tout uftament
que la gloire deses Ayeux.
I Memcntotc operum Parrum.
Le Comte Baltàzar)en nomfai-
Ifnt le Portrait d'un parfait
[ bomme de Cour) veut qu'il foit
de qualité. Voglio adunquc
chc questo nottro Cortegia..
no ,
fil nato nobilc )c di generofa
familia
,
@r ioicy la
raisonqu'il en donne. Perche
la nobihta è quasi una chiara
lam pa che manifelîa, e faveder
l'opere buone c le maie,
ç seconde e fprona allavirtu.
La NoblffJè efl comme un lfambeau
qui fait remarquer les actions
bonnes ou mauvaises ; @f
un Gentilhomme Je fent prejje
de Juinjre la vertu @r de fuir le
vice qui en toujours accompagné
de l'infamie.
élue le Cielfoit a jamais beny
VAntiquité ne peut reprocher
aucune infamie à nos Chevaliers
Bretons.C'ejl un éloge fingu/ier
pour la 'Bretagne qui a toujours
eslé fidelle à ses Princes. Vcus
Jçave^y Mejjieurs, que la qualitéde
Chevalier ne(loitpashe*
rfditaire, @r naccompagnoit pas
les charges>ilfalloit la meriter
@J l'acquérirpar les armes. Tous
les Nobles quiyprétendoient
s'appelloient Dacbetiers
J
st) un
Banneret quiy ~~o~,/c~
loit Damoijeau. Si le Fils d'un
Chevalierelfoitjusques à l'dge
de trente ans >
sans aller a la
guerre >
il ne pouvoit jamais
joüir du privilege des Chevaliers.
Olivier de la Marche,
qui êcrivoït en l'an 1440. parlant
des Gentilshommes de Bretagne
y
dit que ce font les Che,-
valiers les plus fages
3
les plus
vaillants e les plus courtois
qu'on puft rencontrer, ü nous
lisons dans les Memoires de qilbert
de la Fayette
,
Maréchal
de France, Chambellan de
Charles VII. qu'il ne connoissoit
point au monde de Nation plus
bclliqueufe @' plus fidelle à son
Dieu e ason Prince3 que la Nation
Bretonne. Ces deux illustres
Hifloriens remarquent que
le bacheliercfuisepréparaitpour
e ffre receufhcvaher> pajJait
toute la nuit en prières dans l'Eglijè
> (*r qu'au lever du Soleil
il entroit dans le Bain) pour luy
apprendre qu'a l'avenir il devoiî
avoir la pureté de Yame & du
corps, jéprës ce layon l'habilloit
en homme de guerre ; ilsi mettoit
a genoux devant le Prince>
Ë7, pressoitsur les saintsEvangiles
le ferment defidélité
)
puis
le Prince lu), ceignoit l'épéeyen ce i ep ee , en
disant
)
Je vous fais Chevalier9
au nom du Pcre
) & du
Fils & du Saint Esprit. Lors
' qu'à la veille d'une Bataille les
Bachtliers demandaientpargracè
d'eflre faits Chevaliers >afin que
s'ils mouraient, on les enterrajl
comme trts
>
le Prince, ou
le General d'Armée, leur donnoit
trois coups de son tpée, c,,rapr'és
le Combat, les Bacheliers qui à1ëtoient
fignale^ejloientreceus
Chevaliers.
Je mapperçoh
»
Adejjîeurs>
que ce récit Tiiflorique anime le
fang généreux qui a coule dans
vos veines. Vous brûle^ du desir
de le voir ruerfer
> pour
marquer
vostre reconnoiffince au
plus grand Roy de la Terre.
j'entens que vous dites quil est
glorieux de mourirpoursa Religion
9 pour fia Patrie & pour
fion Roy. Les blejfiures qu'on reçoit
dans le service sions devrais
titres de NobUffe. Plagac pro
Regc intcr dimicandum cxcepræ
, rot Historiarum vo-
- lumina faciunt
, quot funt
cicatrices. Continuez, Mef,
jîcurs3 dans des fientirmns si dignes
de vous. Continut':( de
ptier pour la conservation de
LOVIS LE GR.ANT))
qui ayant eu l'avantagederéunir
tout le Troupeau fous un
mefimePajleur dans toute l'étendue
de [on Royaume
à me
donne lieu de rapporter icy cestelles
paroles du Sauveur. Dico
enim vobis quod muhi Propheras&
Regesvolueruntvidere
quod vos videcis? & non
vidcrunc. Cependantje dërnanderay
au Ciel qu'il ,vow comble
de fisbénédictions.
Comme je ne vous fais
part d'aucunes Nouvelles que
quandelles font tres seures,
& qu'il fautdu temps pour
en apprendre le dérail, je ne
vous ay point parlé de la
Campagne de M' le Comte
d'Estrées, & du Bombardetncnt
de Barcelone. Nos Ennemis
n'estant pas en estat de
nous rendre la pareille, se
récrient sur cette maniéré de
faire la guerre. Cependant il
n'y a rien qui ne foit dans
l'usage. Elleestmesme beau.
coup plus douce quecelle de
donner une Bataille à des Ennemis
qui ne veulent point
entrer en lice, parce que ces
derniers font obligez de combattre)
& ne peuvent épargner
leur fang, au lieu qu'il
est au pouvoir des Peu ples
qu'on bombarde, de se garantir
) en se rachetant de
tous les maux qui suivent un
bombardement.Ainsi il cft
ridicule de se plaindre d'une
chose qu'on peut éviter, &
c'est acculer son Enncmy de
ce qu'il est le plus fort. Ceux
qui se déchaînent contre les
Bombardemens
>
les blâmeroientmoins,
s'ils estoient en
estat de se distinguer avec
autant de superioiité. Rien
n'est plus dans les réglés de
la guerre, & puis qu'il y est;
permis de surpren d re sesEnnemis,
& de les battre à son
avantage) on ne peut avoira
droit de blâmer ce qui se
fait ouvertement contre eux.
S'il y a quelque chose que
l'on doive condamner, c'cft
la maniéré dont les Ennemis
ont mis le feu à quelques
Magazins de Scrasbouigcomme
je J'ay justifié dans ma
derniere Lettre, par le Procès
verbal de ce qui s'esxt parte
à la découverte du crime,
n& à laepunitlion.du Crimi- Le 26.deJuin, Mr le CCOoMmte
d'Elhées, Vice-Amiral de
France,citant party de la rade
dcsIfl-s d'H icres,moiiilla
le 8. Juillet devant Barcelone,
sans qu'il fust posible de
laisser tomber l'ancre a l'endroit
qui avoit esté marqué,
tant le vent Ce trouva frais.
Le lendemain, Mrde Pointis
ayant estéreconnoistre fore
prés de la Placeles postes les
plus avantageux pour le dessein
qu'il avoit y mit lesj
Galiotes à Bombes sans aucun
obstacle du collé des Enne- j
mis,& le 10. les Chaloupes,
quiavoient porté leurs ancres
fort tranquillement de treS-Igrand
marin commencerent
Î
à tirer surles huit heures,
Cinq ou six Batteries de la
Ville firent grand feu, '& le
vent ayant augmenté sa violence
vers le soir, la grolfc
merempescha les Galiotes de
continuer à tirer. La nuit, il
parut un fort grand feu causé
par les Bombes endifferens
endroits dela VIlle:, sur tout,
auprèsduPalaisduViceroy
,
& la grande Eglise. Le
11. les Galiotes recommencerent
à tirer, & ayant ache-
[vé d'envoyer ce jour-là le nombre des Bombes que l'on
E avoit résolu d'employer au
bombardement de Barcelone,
on mit à la voile le 12. pour
a ller à Alicante, sans aucun
dommage des coups de Canon
que l'on esuyaen se retirane,
que d'un qui donna
dans la Galiote de Mr de:
Grandpré,où il tuaunMatelot,
& em porta la jambe
d'un Garde marine. 1
Il fut impossible à cause
du calme & des vents con..
traires
,
de moüiller devant
Alicante, plûtost que le IL]
du mesmemois;maisl'Armée
s'approcha beaucoup plu;*
p és de la Ville qu'elle n'avoil:'
fait de Barcelone. De fi-ilt
Vaisseaux qui estoient à lç,44
rade, quatre mirent Pavillon
Genois,& un autre mit Pavillon
Venitien. Pourle sixiéme
il n'en mit aucun. Il estoit
desarmé
,
& l'on sceut par les
Capitaines des cinq autres
qui vinrent à bordqu'il cftoit
Genois, & que les Espagnols
l'avoient arrestédepuis plus dedix-huitmois,comme
ayant esté trouvéchargé de
Iquelques Marchandises de
contre bande Ils confirmerent
ce qu'on avoit déja sceu,
que Papac hin estoitàMalaga
avec cinq Vaisseaux & deux
Brulots. L'on n'eut pas plutostmoüillé
que MrdePointis
receut ordre de Mr le
Comte d'Estrées,d'aller reconnoistre
la Plage; ily fïcj
* jetter les ancres des Galiotes
à la portée du Mousquet des
remparts de la Ville. Les Ennemis
firent fort grand feu,
& plusieurs coups porterent
danslesChaloupes&dansles
Galiotes. Un éclat blessa Mrj
de Grandpré sur la sîenne.*
Deux Matelots y furent aussi
blessez, ainsi que
plusieurs
autres dans celle de MrBoislier,
par les éclats d'unCanon
qui creva.Le fOls, les
Gal iotesay ant estéajust ées,,
& mises à un peu de distance,
afin de ne pas perdre un seul
cou p ,
les Bombescommen-
: cerent à tirer, & sur le minuit
quoy qu'on n'en eust encore « tiréqu'environ trois cens,on
vit le feu en tant d'endroits
de la Ville, que l'embrase-
; ment parut presque general.
Le 23 pendant que l'oncontinuoit
à bombarder Alicante,
Mr le Billly de Noailles,
suivant les ordres qu'il avoit
receus de lvf" le Comte d'Estrées,
envoya quarre Galeres
pour remorquer le Vaisseau
Genois au large. Non seulement
il estoit desarmé comme
jel'ay dit! mais il avoit
ses Mars de hune bas. Mr de
Pointis fut chargé en mcfm«
temps de faire brûler neuf
Barques qui estoient toutes à
terre à demy portée du canon
d'une des portes de la
Ville. Des canots remplis de 1
feux d'artifice,lesaborderent,
& ces canots étoient soûtenus
par six Chaloupes à Carcasses,
dans lesquellesestoient des
Mousquetaires, &dont il y
en avoir trois qui portoient
chacun un canon. On disposa
les Chaloupes entre les Barques,
&: un grand retranchement
des Ennemis
, mais ny
leur grand nombre ny leur
feu continuel n'empêcherent
point qu'on ne mist le feu aux
Barques. Il n'yen eut neantmoins
que cinq consumées
entierement,ce qu'on imputa
à la mauvaisequalité d'une
partie des feux d'artifice qu'-
on avoitesté obligé de faire
trop à la haste. Il n'y eut
en tout cela que deux hommes
de blessez.Unvaisseau Livournois
qui arriva ce mcfmc
jour à la rade d'Alicante, aft
seura qu'il avoit rencontre le
Comte d' Aguilar,General de
la Flote d'Espagne,avec douze
Vaisseaux Espagnols qui
croisoientsur le Cap de Saine
Vincent, attendant laFlotte
des Ind es, & qu'il n'y avoit
que sept jours qu'illes yavoit
laissez.Le25. six Bastimens
ayant paru fort au large,
Mr Cabaret fut détachéav- ,;.
quatre Fregates pour leur donner
la chasse, & il revint le
2.7. sans avoir pû mesme les
découvrir. C'estoient deux
Hollandais& quatre Anglois
Marchands
Marchands qui venoientde
Genes &de Livourne, & qui
sur les signaux que l'on avoit
fait de.tcrreJ avoient promptement
changé de route
lors qu'ils avoient apperceu
l'Armée du Roy C'est ce
qu'on apprit par des Bastimens
chargez d'eau pour les
Galeres. M. le Comte d'Estrées
ayant resolu de faire attaquer
un Mole qui est à Alicante,
& qui s'avance tout
droit environ unetoile dans
la Mer, jugea à propos, pour
& les Galercs,afin que l'on canonnast
en mesme temps que
les Galiotes jetteroient des
bombes. Mr de Pointis devoit
cependant metre pied
àterre sur le Moleà la teste
des Bombardiers,&y faire ce
qu'il croiroit devoir entreprendre
suivant l'estat où il
trouveroit les choies. C'est
ce qu'il executa le soir du 28.
Il fut suivy par deuxChaloupes
à canon ,
qu'il fie tirer
sur plusieurs gens qui estoient
sur le Mole, lors qu'il se vit
à la portée du mousquet. Ces
genslà prirent la fuite, &
l'on reconnut que les canons
de ce Mole qui ne tiroient
plus depuis quelques jours, en
avoientestéostez & qu'il n'y
avoit plus que les embrafurcs.
Pendantce t(mI)S, les
Espagnols redoublerent le feu
qu'ils avoient fait jusque là
de toutes les batteries de leurs
remparts.Une des deux Chaloupes
qui en fut percée fc vit
en peril de couler bas, & dans
l'autre il y eutun Lieutenant
&trois Matelotsblessez.On
,se contenta d'avoir nonné ainsi ca- le Mole,& a près ce l a
on fitraprocher les Galiotes
qui tirerent encore prés de
trois cens bombes dans la
Ville On yenavoitdéjatiré
deux mille, & deux cens carcasses
: ce qui la détruisit entierement
Le29àhuit heures
du matin, les Galiotes
ayantesté déjàramenées prés
des Vaisseaux, la Fregate qui « estoit en Garde du cofté de
l'Oüest, fit signal qu'elle en
voyoit paroistre un grand
nombre; ce qui obligcaMrl
le Comte d'Estrées, de faire 1
mettre aussi-tost toute la
Flote à laVoile. Peu de temrp-s après ceux qu on avoit fait
monter au haut des Masts,
découvrirent l'A rméedEspagne.
Elle estoit compoféc
de dix- septVaisseaux, de trois
Brulots, & de deux Ga leres,
qui venoient vent arrière sur
celle de France. Onn'avoitpû
l'appercevoir de plus loin à
cau se d'un grand brouillard
qui s'estoit levé le matin. La
mer estoit grosse
,
il y avoit
peu de vent, & à moins de
louvoyer, il estoit impossible
de se dégager de l'enfoncement
dans les terres où l'on
estoit à cette rade. On prit les
Galcres, les Galiotes,& les
Bastimens de charge à la remorque
pour les mettre au
vent, & pendant qu'on fai-1
foit cette manoeuvre : Mr le
Comte d'Estrées en courant
des bords, faisoit ranger les
Vaisseauxenbataille.Lors
qu'on eut paré les Caps, les
,. Ennemis qu'on approchoit.
par le bord que les nostres ne
pouvoient se dispenserde
courir, ne doutèrent paine:
que nous n'eussions de{[cinlJ
de combattre, & les divers
mouvemens qu'°'1ilscfirent,contraires
à ceux qu'ils auroient:
dû faire,firentconnoîtrel'embaras
où ilsestoient. L'inegalité
de forces ne permettant
point de hazarder lecombat,
(puis que nousn'avions que
quatre Vaisseaux &cinq Fregates
contre dix sept gros
Vaisseaux,on se servit du
r,vent pour faire route vers l'Efl,afin de s'éloigner des
Ennemis. Les petits Bastimens
furent aidez par les Galeres,
qui de temps en temps donknoientlaremorque
aux Vais
f seauxautant quela mer, qui
estoit fort grosse, le pouvoit
[tppaegrmnoetltsre.-Les Vaisseaux Essuivirent
de loin les
nostres, & a près avoir tiré
quelques coups de Canon
pour des signaux
,
leurs feux
disparurent pendant la nuit,
& le jour estant venu, on ne lesapperceut plus Le 30. Mr le
Comte d'Estréetint conseil,
& pendant qu'on déliberoit
sur la resolution que l'on de
voitprendre, les Ennemis pa- lIj
rurent encore ,
mais a
ssezéloignez.
Ilsavoientestéjusque-
là couverts de la terre le
long de laquelle ils estoient.
Une bourasque qui s'estoit
élevée la nuit ayant contraint
les Galères à fc separer des;
Bastimens qu'elles remorqllaient,
cela leur pouvoit
donner moyen de rejoindre
nostre Flotte, à cause qu'il
en estoit demeuré quelquesunes
derriere qu'on vouloit
attendre? & particulièrement
une Galiote qui se trouvoit
fort prés d'eux. Ce fut Mr,
¡'
dePointisque l'on commanda
pour aller la remorquer
avec son Vaisseau qui étant
plus léger que les autres, pouvoit
plus facilement fournir
à cette action. Son ordre
estoit de ne la point laisser
tomber au pouvoir des Efpagnols,&
de la couler plû- ,
toit à fond, ou d'y mettre le
feu, selon qu'il le trouveroit
pressé. On détacha deux Galeres
pour le suivre
,
afin de
le remorquer luy-mesme,s'il
arrivoit qu'il fust pris du
calme. Deux Galeres des Ennemis
,
suivies de trois Vaisseaux
venoient vent arrière J;
& estoient déjà fort prés de la
Galiote, quandMrde Pointis
revira dessus, & ayant forcé
de voiles pour s'en approcher
plus promptement, il la prit
à la remorque, & la ramena
en peu de temps vers l'Armée.
Cependant illa donna à
l'une des deux Galeres qui
l'avoient suivy, afin d'attendre
encore une Tartane qui
venoit après
,
& une Chalou
pe chargée de l'Equipage
d'un Vaisseau Marchand. Ce
Vaisseau l'avoir abandonnée,
n'esperant pas estre secouru,,
& fc trouvant au mesme danger
où /en:oic trouvée la Galiote.
Le foir du 30. le vent
estant devenu plus frais, on
s'éloigna davantage des Ennemis
, qui cesserent entierement
de paroistre le 31. au
matin. On continua de faire
route vers l'Est,le long des
Isles de Majorque du costés
de la Barbarie. On peur
dire1
que la fiere contenance de]
l'Armée:duRoy, empescha j
[cuir que les Ennemis n'enga-1
grattent le Combat? puis que i
leur Avant garde qui alloit
très- bien, l'auroit pû faire,si i
elle eust fait force de voiles; ;
mais quoy que superieurs de
beaucoup en nombre, ils
craignirent que le succésne«
leur en fust pas avantageux.)
Les mouvemens de l'Euro- r
pc font si grands, & elle est |
dans une situation si extraor- -
dinaire, qu'il ne faut pass'etonners'il
se trouve une infinité
de personnes qui mettent
lamain à la Plume pour en
parler. Je vous envoyé une
Lettre sur ce sujet
,
dont je
ne doute point que vous ne 1~
soyez satisfaite.
LETTRE
DE MYLORD*****
Conseiller d'Etat en Angleterre,
A Mr LE COMTE
DE PORTLAND. ENFIN,My/ord, nous
sommes à la veille de voir
celuy que mus avons clevé à la
Rayautf, aujji bien AJaiftre ab-
[olu de L'Irlande
,
quill'efl devenu
de l'Angleterre Cm de l'Ecossè
3
par les bons conseils que
nous luy avons donneZ; e
quoy que la Ville de Limerick
luy ait déjàfait lever le Siege
iln'y , a pas d'apparence que ce
reste de ^Papifles qui sy efl retiré
,
puiffi longtemps re ftfler à
urJeArmée, 4 laquelle rien ne
manque pour les attaquer. Ainft
le voilabien-tojl libre de tous ces
égards &ménagememqu'ilejloit
obligé d'avoir d'un cossé pour les
Loix d'Angleterre, & de l'autre
tyour ce vain nom de République
)& de Liberté, dont quelques-uns
ide vos BourguemejlresJont encore
Vi jaloux. Vous fçavex^quelle
rontrainte cela luya donnéjufîqtiiprejenty
& qu'encore que
nous autres, qui Jommes danspt
confidencei riayons pas manqué
debonne volonté pour luy établir
dés le commencement un
Touvoirdcfpotique&arbitrairey
mesme pour punir de haute
trahison ceux qui 5J oppojeroitnt,
0* nous en approprier la biens;
neanmoins fay toujours ditavec
beaucoup de raisôn, que tant que
les Papiflese les Serviteurs du
RoyJacques, poffideroient
, ou
toute l'Irlande, ou une partie,
il ifalloit bien se garder de faire
connoiifre aux Angloismême
aux Hollandois, quel efl nojlre
veritable but; &vous 'VoyeZ.
aujeurd'huy de cruelleutilité a
esté le conjeil que ray donnéyde
témoigner autant d'averjtonpour
le Gouvernement arbitraire> que
pour la ReligionPapijle ; car les
Teuples qui Je repaijjent de ces
démonstrations, & qui veulent
croire ce qui leur plaifl, ont toujours
ajoûtéplus de créancea ces
faux témoignages du prétendu
éloignement de ce Prince3 à ce
qu'ilsouhaite le plusardemment,
quaux preuves effeéîives que le
RoyJacques,&ceux qui l'ont
précédé. leur ont toujours données
de la dioiture de leurs intentions.
C'efl en effet cet aveuglement
qui les a empêche de
'Voir que ce passage en Angleterre
y
d'un si grand nombre de
Troupes Etran¡;eres, ne pouvoit
avoir pour objet que l'aneantissement
de leur liberté
> e l'étabhjfement
d'une autorité direEle-,
ment contraire aux Loix&aux
Confiitutions du Royaume
,
@f'
qu'ils avoient toujours traitéede*
tirannique. C'est cette pré'occu--
pation qui les afaitsouffrir lesi
paff-iges,logemens & quartiers
d'hiver de ces Troupes de toutes
-fortes de Nations, quaucun Roy
-Li'Angleterre n'avoitoie intro--
duire> quand mesme il les auroit
payées à fcs propres dépens
3 e quelles nauroient pas
tfié a charge au e7-las. Vous
avez ieu qu'une entreprise si
odieuse à la Nation
, ne l'apa5
empefehee de s'épuiser en dons
immenses
>
d'accorder au Roy
Guillaume en une feule AjJèmblée
de Parlement plus du double
de ce quelleavoit donnéau
Roy Charles IL à [on Couronnement;)
& au Roy JJaaccques À ques a"
fin Avenement. Vous /c~
que nostre Trince n'a pas plutofl
tiré d'un Parlement tout ce
qu'il desiroit> qu'il en a a/pmblé
un autre, qui l'a mis en état
parla continuation desa
ra/iteZ, ou plû/oft par une profusion
énorme des biens du peupIe,
de répandrel'argent d'Angleterre
, non feulement en Irlande
)
mats aussi en Flandre st)
en hollandey en Savoye > en Ba-
'Vicre
y
à Vienne
,
st) jujqua
Constantinople. C'ejl cet argent
qui a offujqué les yeux de la
plus grande partie des Puissances
de l'Europe, & quia fait reconnoiflrel'UsurpateurpourRoy
légitimé. Ce font les biens des
dnglois qui luy donnent les
moyens) non feulement de maintenir
[on ujurpation
>
mais aujjt
de Je fendre Maifire des Etats
Generaux des Provinces Unies,
de tous les PaisBas Catholiques,
&enfin de toute l'Irlandcyque nos
anciens Royalifîes Jnglois conjideroient
comme un Cdveçon capable
de l'empejcher de courir à
bride abatué- à une domination
sans bornes. C'est donc aujourd'huy
qu'on peut dire qu'il efl le
Maijlre absolu de la arie & des
biens de tous ceux qui habitent
la Cjrande-lïretagne
,
la Hollande
g/7 les Pais-Bai C4tholiques
; quil va jouir sans con~
trainte de la liberté de changer
o les Loix Ç0 la difpo/ilion du Gou.,
vernement >
aussi bien dans se
Jpirituel que dans le temporel;
qu'il pourra sans aucune apprebenfiondéposer
les Prélats, en
fubfiituer d'autres à leur place>
mesmejupprimerl'Episcopat pour
relever les Trejbytetizns3 on
abaisser ceux-cy pour s'attirer
l'Eghfe Anglicane
y
(f) enfin
Assujettir entièrement a sa Pui}
ftnce
) & les Ecclefiafiiques &
les Laitues, Ilne fera plus obligédorénavant
d'avoir égard aux
De libérations des Parlemensy
q,43autant quellesconviendront
àfis drjpins ;'CT si quelquesuns
des Aiembres de ce Corps,
mesme l'une ou l'autre des deux
Chambresyefloiî ajje^oséepour
luy refuser ce qu'il leur proposera"
illeur fera bien voir que le foin
qu'ilprend d'entreteniilrchez eux
vingt mille hommes de Troupes
Etrangeres) demande une obeifpince
aveugle àJes volonté^ e
que dans le partage qu'il a fait
pour l'avenir du Gouvernement,
il s'efi réfrvé pour luy jtul le
pouvoir de commander defpoti.
quement3 st) a eux la gloire J'obeir
[ans replique. Cependant les
Troupes Angloises auront lafatiffissiond'aller
chercher au delà
.des Mers les occasionsd'employer
leurs biens & leurs vies pour le
service du Prince; @J comme les
Troupesdevoftrc Nation ont
beaucoup contribué cheZ nous à
l'établissement de sa Puifjancc
absoluë,lesnojlres auront aussi
leplaiftr de reduire tous vos ISourguemeflres
à la Jernjitude, (jr*
deJe consoler de la perte de noflre
Liberté& denos Loix,parl'a.
neantiffiment de la njoflre, &
par la ruine entiere de loflre
Commerce & de veftre Républu
que. Pour nousJ Mzlord, nous
devons d'autantplus nous réjouir
de ces deux grandsévtnemen
que ce font les effils de nos
conseils,
conseils
<> (y* que nous devons
en attendre de grandes marques
de la reconnotjjance du Prince.
Je vous prie de me mander ce que
,'Vous en pensèz, &de me croire,
&c.
L - J Si la Lettre que vous venez
de lire a satisfaitvostre
curiosité,
j'espere que celle qui
fuit, ne la remplira pas moins.
Ces Lettres
devroient
faire
ouvrir les yeux à bien des
gens, & les faire rentrer en
euxmefmes;maisl'obstinationà
suivreunméchant
Party , pour n'avoir pas la
à,- - -
honte de se démentir ,est
quelquefois pire que l'aveuglement.
•iif LETTRE DE Mr. iil
Bourguemestre de Nuremberg ,, t, Député à la Diette de Ratisbonne.,k PARLESPRINCES DEM M
ONSIEVR,
Vous mave%f<*lt beaucoup
de plaisir de me
donner part dû
bon acheminement que vouf
évoyez à une prompte conclusion
de la Paix entre l'Empereur &
les Turcs. Je vous assure que je
n'en auroïs pas moins de joyt
que vous »Ji je croyois que la fin
de la guerre de Hongrie fifl cej~
Jer celle que nous avons sur le
I{bin,e*rquenouspufflonsbienlOst
jouir de la liberté du Commerce
9
i f0 de tous les avantages quel'entierrétabhjjement deU
tranquillité publique apporte akovec
foy ; mais je vous avoue
J
,Monsieur, quil me pal'oijl que
,
on i,,ur ,
tC(tte Paix nous éloigne benu*
toup plus de ce lle qui nous doit
donner le repos, que nous ne lé•
i
tions au commencement de 14
Guerrey &je crains bienqu'elle
ne devienne beaucoupplus perilleuse
pourlesPrinces,Etats&
Villes Libres de l'Empire 9quaucune
autre que noflrepatrie
commune ait jamais soûtenue ;
car s'iln'ejïoit question que de
dléapendre nos Jrontieres contre France,jecroirola France, ie croiroiiss qq,uuee toutes
les forces de l'Empereur it) de
l'Empire jointes ensemble
,
feroient
d'autant plus fujjifantes\
que celles d'I;(pagne) d'Angle--
terre edeHollande donneront }
d'ailleurs a./fcz d'occupation aux
François pour les empejeherde\
faire de nouvelles conquejles en
deçà du Rhin. Mais qui ffl-CC
qui nous apurera que la Cous
de Vienne bornera ses desseins A
une Paix raisonnable. si) qu'elle
préférera le repos de tout l'Empire
à son ambition ?
Nousapprenons déja que le
Comte Carajfa fait le zyïdaiflre
non feulement danj le Milanois,
maisaussi dans toute l'Italie;
qu'il va établir un Corfeii Antique
à Milan
,
parlequel ilfra
citer tous les pretendus Feudatairesdel'Empire
,
Çàtfmples
Gentilshommes ou PrincesSouverains
; 0* quenfin tous les
Etats dItalie»surlesquels depuis
plufieurs siecles rEmpereur
ne conservoitqu'uneautorité
imaginaire
9
vont bien tojl devenir
sestributaires> pour ne
s'eflre pas opposèZ dans le temps
qu'ils lepouvoient,aupassage de
fis Troupes dans leurs Piils
y &
aux violences quellesont commencé
d'exercer contre ceux qui
ne fônt pas a(fe% forts pour leur
refijier. Cet exemple ne nousfait-«
il pas voir clairement le périt)
qui nous menace? @Jferons. nous<
a{!èz fimpleç pour croire que*
l Empereur voudra la Paix dansz
l*Empire
>
quand ilse verra dé--
litre de la Guerre contre les
Turcs ? Il aura une Armce de
Joixante ou quatre-vingt mille
hommes, toute compojée de ses
propres Troupes.. au milieu de
l'Allemagnej & tout ce qu'ily
a d'Eéleurs de Princes qui
f
ont quelque Corps de Troupes à
leur foide
,
Je trouveront trop
heureux d'obtenir de bons quartiers
dhiver pour les pouvoir
entretenir
,
sans qu'il leur en
coûte rien. Que si quelqu'un
d'entre..cux plus éclairé que les
autres > & moins dijpoje àJouJsir
l'aneantijjcment des droits /~fr~? des Princes 0*
Etats de l'Empire, Jonge à pro:;
curer la Paix, comme le Jeul
moyen d'éviter[esclavage de la
Jldaijond*Autriche•> ne ferat-
ellepas en ejiat de l'accablerr
de le traiter de traître à la Patrie)
de le faire mettre au Ban
de l Empire? e d'exercer contre
luy toutes les rigueurs3 que les
artificitusès cabales des MinistrèsImpériaux
ont fait pronon"
cer àla Diette de Ratisbonne9
contre ceux qui auront le moindre
commence avec nos Enne.
misf Ne nous sommes nous pas
engagez par là à une Guerre
perpetut lle
> ou au moins à la
jfaire durer, jufquà ce que la
Cour de Vienne ait opprimenos
îi'yerte^quelle ait misl'Allemagne
dans un plus fâcheux
b 1
f
estat quellena cfié fous Ferdinand
II. au commencement de
ïannle 162.8.lorsqu'il ny a-
'Voit plus que la Ville de Strat-
'Zund
,
qui par le fecoun de la
Suede fit quelque rtfiftance aux
forces de ce Prince ?Sera-t-il
temps, quand nous feronsassujettis
j
d'avoir recours à la
France & à la Suede pour nous
tirer d'opprtffïon ? La première
preferera peut-eflrelesavantages
frefens d'une Paix particuliers
avec l'Empereur
, à la consideration
du préjudice que luy pourvoit
eaufer à l'avenir lapuiwance
absolue de la Adaifond'Âuftriche
sur toute l*Allemagne
) &
ilfaut encore moins ejpererque
le Roy de Suede, qui a des engagemens
avec la Cour de Vienne
3
&qui n'ose feulement la
prrffird'accepterp,Mrdiation,
faffè lemoindre mouvementpour
suivre l'exemple de fis rpredecejjeurs
) & nous secourir dans
nos besoins.
Il est vray que si cette bonne
intelligence quiparoissestre aujourd'hui
entre luy e la Couronne
de Danemarc se pouvoit
affermir
, ces deux Puissances
bien unies ensemble AUIoient
d'autant moins de peine à procurer
lerêtabhjjement de la Paix
dans l'Empire, qutl ne s'y ejl
pointstitdeconquefle t1JfrZconsiderable
de partny d'autrepour
y apporter de grands obfîacles ,
& que lesfoins deces deux Couronnes
efiant fécondé% en même
temps par les 7rincu de l'Em*
pire, qui prévoyentles dangereuses
fuites de cette Guerre t on
trotiveroit bien-tofl les moyens
de la faire finir, ou au moins
on penetreroit assiZquellesfln,
lesveuësdesAmisÇ0Ennemisde
ilEmpire,pourprendreles meJures
les plus convenables à laconfer-
Dation dtsPrinces gjfEtats quila
composent. Mais que ce beau projet
me Jemble éloignéde (On exécution
, tantpar ladéfiance Ë7-
la jaloujie qu'ily a toujours eu
entre les deux Couronnes du
Nord) que par ley foins que prennent
les Minières de l'Empereur,
du Prince d'Oranges e
de tous leurs Adherans
>
de les
Augmenter& de promettre toute
Jatisfiiffion à l'une
, pourveu
quelle si Jepare de l'autre! C.efi
ce qui- me - - j fait craindre avec
beaucoup de raison que ces deux
Rois nef laissent endormiry qu'ils
ne prennent la rejolution d'agir
conjointement que lorç que toute
l'Allemagne fera au pouvoir de
l'Empereur
,
st) qu'il nyaÙT4,
pas un Etat de l'Empire qui oje
feulement demandrr secours pour
la conservation de fès droits @J
Liberte'{ Enfin, Monsieurjdans
l'estat où font aujourd'huy les affanesdenofire
CPays
> nom ne
devons pas moins apprebender
nos Amis que nos ennemis, C4
si vofire jûffemblee qui a fermé
toutes les portes au retour de la
Paix) ne trouve quelque expedient
pour les ouvrir, elle pourra
bien epre la dcrniere d'Allemagne
)* enfevelir avec elle
tout ce qui nous refle de stran.
chifes
j
de prérogatives (t) de
droits. Je JuitA &c.
Le 5. de ce mois, jour de
la Naissance du Roy,il fc sit
à Sune Germain en Laye une
Ceremonie, où les Ha bitans
firent paroistre pour Sa MajcÛté
tout le zele qu'on peut
souhaiter dans de sidelles Sujets.
Les Peres Recoltts: &les
Peres Augustins Déchaussez
des Loges, pour donner plus
d'éclat àcerte Ceremonie,se
rendirent à dix heures du marin
à la Paroisse pour accompagner
le Clergé.On fit ensuiteuneProcession
generale,
clui fut suivie d'une Messe
solennelle, que l'on celebra,
& à laquelle Leurs Majestez
Britanniquesassisterent, ainsi
qu'au Salut qui fut chanté
par la Mufiquc du Roy. La
Messe achevée, on commença
le Te Deum, pendant lequct
on se rendit au lieu cù
le Feu de joye estoit préparé.
Ce fut le Roy d'Angleterre
qui l'alluma. Il en parut en.
suite devant toutes les maisons,
avec des Illuminations
aux fenestres qui durerent
bien avant dans la nuit. Rien
ne manqua à cette Fefte-
L'Eglise estoit superbement,
décorée, & tend ue de tresriches
Tapisseries. On remarque
que Loüis le Grand est
le quatorzième Roy de France
qui a pris naissance à Saint
Germain. Ce pieux Monarque
n'a pas seulement fait
rebastirl'Eglisedece lieuqui
tomboit en ruine, mais il a
mesme fait une donation perpetuelle
pour l'entretenir; en
fcconnoiflancc de quoy l'Eglifc
a fondé une Messe à
perpétuité,le cinquième jour
,de chaque mois. Il y eut l'apréfdînée
un divertissement ;compose par Mr le Maire,
Profc sseur des Humanitez à
t'
S. Germain,& representé sur
;
le Theatre de l'Hostel de la
Rochcfoucault.il estoit d'une
ïmniere nouvelle, & avoir
pour fujec , La Coutume &
l'Opinionditruites par des TDifcours
en forme de Paradoxes,
, On prononça six Discours,
i danslepremier & dans le
dernierdesquels on fitentrer
des Eloges du Roy, qui rc*
ceurent de grands applaudissemens.
Tous ceux qui rra.
vaillent sur une si belle & si
abondante matiere, ne manquent
jamais de réussir.Aussi
leur seroit-il difficile de ne
pas dire de belles ebofes„
quand ils n'auroient pas le:
secours de l'Art & de l'Eloquence.
La Fable qui suit vous apprendra
pourquoy l'Aurore;
est Amie de l'Amour. Le:
Berger de Flore encilJ'A uteur,
& vous connoissez !e:
prix de (ls Ouvrages par beaucoup
d'autres que vous avez
deja veus de sa façon.
FABLE DU SOLEIL
- & de l'Aurore. LE Dieu du jour,
Dont lagrande ame,
Toute de lumière& de fiame,
A de fortspanchans four£Amour,
S'ejioitlaissè toucherAUX. appas d'un'
Belle,
Dont le teint frais & ddicat
Zrilloit d'un blanc de lait & d'ND
doux incarnaty
Et quiy bien quemortelle,
Avois d'une Fallas, l'air, leport,&
l'éclat.
Ilse pUisoit à foupirerpour elle-
Malgré le fort infortuné
Amwte (c'ejl le nom de taimablt
Pucelle
<£>tfil ej/ayoitdes'acquérir)
Ne
demandoit
rien qu'a, courir,
Aimoit la Chasse
,
habitoit la Cabane,
AvoÙ de la douceur, un grandfond
de bonté ;
Tout autantd'innocence enfn que de
beauté)
Mais elle avoit IIUjJi sur l'Autel de
Diane, ( ginité\
laitainsi que Daphné, voeu de vir-
Ce Dlcunignoroit pas cet incommode
Ol,Il,¡, "1."t,..',,-
Au fucccs de saptijfion.
Cétoit en éclairantucélébréfpccUcle^
.!¿sli/ s'ejloit appereeu deJon affe*
ilion.
Il avoit pourtant esperance
J>)uesa galanterie&saperseverancè
Pourraient d'Aminte allumer les
Etluyfadierseiarsu,
plaijirs. devoir pprreéjf'trreerr lleeçs
Ilfçauoit bien tlUffi quelle eJfoit fin.
justice
Du dessein qu'il vouloittenter;
Mats y fermant les Jeux, ilprenoit
pour supplice
La gloire deJesurmonter,
Et s'il previtleprecipice,
Ille trouva si beau, qu'il s'yvetu
lut jetter.
Rien aonc ne le tombant
, comme
jl:)Itfl/ourctteJ)
Jux piids aAminte il mettait
fis grandeurs.
'J'antoj!, comme Phoebus yil luy COli.
toit fleurettes,
Et luy disoit mille doucfurs.
Tantofl, comme Appcllon, il cherchoit
ses faveurs
Par lefin delà lire, & parses
chanfinnettes;
Et pour la divertir employoit les
neuf Soeursr
Avec Pegaze &sescourbettes,
Cu lafuivoit aux bois parmy£autres
Chaffturs.
Puis
> comme Aflre du jour, fin
foin dans 14 carriere
Efloit de t'idairtrde toutesa lumiere,
jffn de luy montrerfisbrillantes
ardeurs,
Et de tacherf>/,r cette bille flame
A bannir lefroiddefoname.
Ce Dieu joua ,tolit un Prirleinis.,
Ces officieuxptrfonnags >
ilfaisvoyant qu'ilpcrdsitson t(mps>
isse laJld de rendre tant d'hommages5
Essa chaleur augmentantfar l'EjJé,
il resolut de ptlffir sans rtmife
De l'amoursouple &• doux, à l'amour
emporté-
La refelution n'en fut par plllllft
frtfi,
£jic Cttpidon ejuépioit cet Amant
JVf djifi ra pas d'un moment,
Suivant l'ordre rcceu ,
d'en avertir
sa Mere.
Alors la Reine de Cithere
Nesouhaitoit rien tant que depouvoir
vanger
Vaffront dont le Soleilavoit feetï
l'o/tlrd.g:r
» Affront le plusfang'ont qu'on puisse jimuts faire,
Lors que jaloux d'elle & de
Mars
Il avoit en plein joura cent facheux
regards ,- Expolé leur secretmiflere.
Mars approuva le dcjjein de Venus*
La Déesse part la-dcjfus
,
Se rend auprès d'Aminte, & luy dit,
belle Fille,
0 Dieux, quon voit en vous le
grâces, de vertus?
JOue de mérite y brille?
J'en fuis ch.tfmée
,
tl faut les
confîrver,
Et pour cela
,
voicy ce quilfaut observer.
3<
Wojlre beauté vers luy ness pas en ajjurance, "(~l eu
\Etqui pis efi, vojlrchonneurencor
moins.
Indigne de la longue&fige refiflance
.:!!Jti vous fait déâaigicrje Il s joins, renonce a la paticy.cci
iEt veutpour s'en vangervousfaire violence.(d'Ami.
'C'tjl Aminte) un avis &d'Amie&
Redoutez,finapproche,
»
AyeZ pour luy le coeur de roche
Vous n'avez point de plus gran) d
ennemy.
FltJe'{;le) mairfuyantg-ardez-vouç
de vous rendre
A(*x pieds de la véeJfl ouse rendit
DaphnéJ
Bile ne pourvoit vous deffindre
Contrecet Amant déchaîné
Sans vous causir quelque fâcheux
esclandre
Vont vojlre espritferoit Itng-temps
A gene.
Donc au lieu de courir au Temple def
Diane.
Retirez vous dans celuy deJUllon.4
CetteReynedes Cieux n'entendpoint*
qu'en profane
Les endroits qui portentson nom,
Jufqttaugrand Jupiter tout craint
de luy déplaire, j
Son pouvoirna point de pareil.,
il voustirera mieux d'affaire.
Aminte écouta ce Conseils
S'en tintbien obligée à la belleDceffe,
Etlefutvitcommeplein defagejfe.
Si-tofl qu'elle voitle Soleil
Eclaterà fisJe/IXJ & venir auprès
d'elle,
I La frayeurqu'elle a du danger,
Luyfait tourner le dos,& luy frétant
son aijle
Rend à fuir fin pas plus leger.
Le Soleil vainement l'appelle,
YjZlle
ClOaftrrt rdecvfalnet rlu.y, rien ne paît
Le Dieu craignant quelle n'échape
\'ui tardeur qui le prejfc, çr qu'il veut
contenter; Ilfautrdit-il> qu'auplûtoflje Cattraîs,
1Car Di.ii.epouryoit, pour me mortifier,
Comme Daphné, la changer en
laurier.
Cesmotsfontsuivis desiCOHrfl;
Mais avant qu'il l'Atteigne, elle gagne
un Autel
Oujunonrecevoitun Cultefolennely
Et la nommantson unique rljùllra,
Ellefe met avcc dévotion
Sous sa protection.
Le Soleil traN/jorté par l'amour qui
rAnime
Ne prend pas girde au changement
de lieux.
Il oublie en 'courant que les plus
grands des Dieux
Nechoquent pointJanon sans
crime,
Et cc clairvoyantn'a des yeux
c>ue pour l'innocente viélime
)-/ - < j>)uil pretend immoler
Aufeu dont ilse fent brûler.
Aminte fcmet en df-senfl.
Il en vient à la s':"J/ol(r.
Elfed.mande à j-unon LU fccotus.
6ils'en rit, G*s*efforce a fouffir fis
amours *^/7*jbft tfpcïnticc.
LaDeesseifnrvtent.Arrefiefcrctncnt
Ce redoutable Amant,
Luy reprochefion infllellce)
Ses méprit, fin inconfiance;
Et pour l'en punir hautement
Taifiant
de(onfiupplice
honneur à la
flgeffi)
Elle transporte Aminte au celtfle sijour,
-j de Pé(@
Luy donnelenomdeJàécfi~ee
,
Laa Ip;l,atc(e; tal lLaappoorrttee dIulJjoouurr,,
Accroiiffii lord & si DiteJlè,
Et luy preflrit Ja marche à Ion retour.
Puis redoublant encore
LA firaificheur Cr l'éclat des rosses é,
des lys,
JViti U rendoientfiemblableaFlore,,
éEpt dornitlesD,ieu brillantefioi(t le pluy. Aurore
Elle la change enfin en la brillantu
Aprés cela, regardant le soleil)
Elle luy dit raillantde si JQUJfranco,
Cette Belle a cattfè quelquefois ton
rezcil>
Et déformais sa vigilance
SC,1111,1 tousles matins te tirer dti - Je ne t'ôte pas saprefencc
Jouisenlibrement , ,conte-luy ton
amour,
Il teJlpermis de luy faire la cour-
Voit de combien d'attraitsbrilleson
beau vifâge
,
En vis-tu jamais davantage ?
Mais, insolent, n'espere pas
Dejoindrejamais tant d'appas,
àJe veux te voir courir d'une course éternelle,
Tout brujltnt d'amour aprèselle.
Maisfoisfeur en courant que fil per*
dras tes pas, Jamais au grand jamais, tu ne l'4/1
traperas.
Ce quifut dit,se fait, le Soleil courl
finsctsse
Après l'Aurore sa Maiflrcjfeî
Maisfin travail ejlvain> ellese rit.
de luy,
Sa course précédé lafenne,
Etpour lllY causerplus d'ennuy. Iln'ejlpointde matin qu'elle nefe*
souvienne
Du salutaire avis
tie luy donna la divine Cipris.
Et quen reconnoissance elle ne contribuë
Par une vertu quelle influe,
A rendre heureux les Favoris
Et d'elle cf de fin Fils.
te Soleil qui le [plit en tflplus m*
ferable,
Et le ferA tant qu'il fera. Soleil.
L'exemple efl grand, C'lfans pareil.
Amis ,flit Hijloire, fait Fable,
Nous en tirons cette moralité)
JïucCon doit s'abstenir d'un amour
condamnable
» Et ne pas offenser une Divinité
Dont la çuijfance cfi redoutable,
Et qui nous peut punir, toute une
eterntle.
Il n'y a personne qui n'ait
entendu parler du Combat
de Saint Godarr, & de la
gloire que les Armes de
France y ont acquise. La Vietoire
qu'elles remporterent
ne fut point douteuse, elle
fut pleine & entiere, & jamais
avantage remportén'a
produit si promprement la
Paix que fit la défaite des
Turcs, qui apprehendant les
suites de la valeur Françoise ,
la conclurent presqueaussitost
qu'ils curent perdu la
Bataille. La bonté, la pieté,
& la generosité du Roy ayant
paru en cette occasion, puisque
Sa MajcHé) pour l'interest
de la Religion, non
feulement voulut bien en'"
voyer des Troupes si loin,
mais qu'Elleconsentitmesme
que la jeune Noblesse la plus
distinguée de la Cour fist
cevoyage, cetteaction doit
cftrc marquée dans l'Hisroire,
comme une de celles
qui doivent faire le plus
d'honneur à la vie de ce Monarque
,
& c'est pour la rendre
immortelle qu'on a fait
fraper la Medaille
,
dont je
vous envoyé le revers.
-
Je vous ay souvent parlé
de Mrde Saintot, Maistredes
Ceremonies, & qui s'cft toujours
acquitté de tout ce qui
a regardé cette Charge avec
une si grande distinction. lu
vient d'acheteravcc Fagré-j
ment du Roy, la moitréde
celle d'Introducteur des Ambassadeurs,
que Mr deBonneüil
avoit entiere, & 1on
est persuadéqu'il entemplira
les fonctions, de la mejfmc
manière qu'il a fait celle de
Maistre des Ceremonies, dont
Mr des Granges, qui a servy
le Roy sous M Colbert, u
fous Mr de Seignelay
, a eu
l'agrément.
La Charge de Premier Prc"
sidentauParlement de Normandie,
estant vacante depuis
lamort de Mrde Faucon de 1
Ris, dont je vousay parlé,
Mr Hennequin
,
Procureur
General au Grand-Conseil Jenacné pourveu. Le sçavoir,
la sagesse,lanaissance,&la
pieté se trouvent dans ce
Magistrat. Il y a des titres de
Inoblefle dans sa Famille de
plus de rrois cens ans. Elle
cft originaire de Troyes en
r
Champagne, & a donné des
Officiers à toutes les Compa-
I gnies Supérieures de Paris. Il y a eu de cette Famille
des Presidens au Mortier,
I ainsi qu'aux Enquestes
, &
aux Requestes du Palais, des
Maistres des Requestes, &
des Maiftrcs des Comptes,&
elle est alliée à un grand
nombre des meilleures Mai-,
sons du Royaume.
Pour répondre à ce que
vous me demandez touchant
l'opération que Mr Tribouleau
a faite à Mr le Duc de
Vendosme
,
je vous ditay,
Madame, qu'elle a esté tresheureuse
#
& que la constance
de ce Prince a paru
digne d'admiration,puis qu'il
a souffert toutes les douleurs
qui sont inévitables dans les
opérations de cette nature,
sans proferer une seule parole,
& sans faire le moindre
cry. Mais ce qu'il y a de remarquable,
& qui fait voir
son courage & son zele pour
le service du Roy, cest qu'on
vit couler ses larmes, lors
qu'on luy eut dit qu'il ne
pourroit aller à l'Armée de
plus de six semaines.
Je vous manday dans ma
Lettre d'Aoust de l'année
derniere avec combiend'applaussement
Mr l'Abbé de
Pezane avoit fait le Panegyrique
de Saint Loüis dans la
Chapelle du Louvre, devant
Mrs de l'Accademie FrancoiLc.
Chacun demeura d'accord
que l'éloquence luy étoit
naturelle, & que les heureux
talens qu'il avoir pour la
Chaire le meneroient loin,si
sa. santéluy permettoit de les
exercer. Il l'avoit foible, &
tous les foins qu'on l'a obligé
d'en prendre n'ayant pû la
rétablir, il est mort au commencement
de ce mois, dans
une fort grande jeunesse
, laissant un exemple fort édifiant
de resignation à la volonté
du fouvcrain Maistre.
La douceur de sonesprit, la
pureté de ses moeurs , & son
exacte application à remplir
tous ses devoirs, lefaisoient
aimer de tout le monde. Il
estoit Fils de Mr le Marquis
ede Pezane, qui n'ayant pû
refusertoute sa tendresse à la
connoissancequ'il avoit de
ses bonnes qualitez, ressent
cette perte avec route la douleur
imaginable.
Mrle Bel, Premier Medecin
de Madame & de Monsieurle
Duc de Chartres,cft
mortau ssidepuis peu a prés
une lorgue maladie. Il a veritablement
paru Medecin,
puis qu'il s'est connu luymesme,
ayant dcclaré que sa
maladie estoit mortelle dans
un temps où il n'y avoit
qu'un homme éclairéenMedecine
qui en pust juger. La
certitude qu'il avoit de sa
mort prochaine a esté caufç
qu'il s'y est préparé, & l'ona
peu vû de Medecins mouri
plus chrestiennement. |
Le Dimanche 9e de c
mois, le Roy d'Angletcrr
alla au Convent des Reli
gieufes de Chaillot, où i
entendit Vespres & la Prcdi
cation du Pere Philbert dela
Doctrine Chrestiene. Ensuite
Sa Majesté accompagnée
de M' l'Evesque Dax, de Mr
de Lauzun, & de pluficurs
Personnes de qualité,fit
l'honneur aux Peres de cette -
Congregation de venir à Paris
vifitcr leur Maison de
Saint Charles,où Ellereceut
le Compliment du PereMilliot,
leur General,àlateste de
sa Communauté» & aprés
avoir consideté la situation
de cette Maison, & sa belle
veuë,& s'estre promené dans lejardin,ellevoulut encore
y souper& y coucher. C.eff.
la premiere Communautéqui
ait eu cet avantage.
Comme il n'y a rien de
plus méprifablc que la fausse
humilité, rien aussi ne touche
plus que la vraye, & il cfl;
avantageux de la bien connoistre
pour ne se pas laissert
éblouirde ce qui n'en a qvc
!' -j que l'a pparence. Vous tfOU-i
verez les caracteres de l'une
& de l'autre vivement dépeins
dans le Discours que
vous allez lire. Il estde Mr4
Taifand, Tresorier de France
à Dijon , dont vous avez
cant cftimé la Lettre que je
vous ay envoyée sur l'Eternicc
DE LA VRAYE
& de la fausse Humilité. L'Hornrne n'a aucun sujet
d'avoir de l'orgueil) si)
toute sa presomptionriefl que
oble; car fvn le confidere dans on origine
,
ilriy a rien de plus
vil ny de plus abjet. Si on le
regarde danssanaijjance,ilriy
a rien deplus foible
y ny qui ait
plus besoin desecours. Si on l'envisage
dans son enfance
s y <£
t-il rien de plusfujez à l'tgnorance
&a l'erreur f Si dans sa
jeuneffi) qu'y a-t-il de moins
raiflnnable, de plus agitépar la
Violence des pajjîons>& deplus
préoccupéd'unvain entestement ?
Si dans l'âgevirilmesme
>
qu'y
d-t-il qui fente moins l'homme
que la pluspart de ses affions?
Si on l'observe enfin dans sa
vieillejje
,
n'y voit-on pas ordinaircment
des infirmité^ & des
foiblcfjes d'esprit ($f de corps,
qui font pitiéfJoignons à cela
sa mort qui efl remplie dthoneur, ù qni fait connoifire la mifcre
@r le néant de la nature humazne.
Cependant le croiroit-on ?Cel
homme tout plein
3
tout environné
de mifcres
> ne laijje pas de
nourrir dans son coeur une trèsgrande
vanité> en quoyilJe
trompeextrêmement ) puis que
plus il est vain,moins on l'eslime>&
qu'aucontraire pour arriver
à la veritable grandeur; * ilfaut neceJJairementflJumilier)
parce que l'humilité porte avec
elle cet avantage >
quelle fert a
élever ceux qui la pratiquent
ftnctrrment.
Maisoù trouverons-nous dot
personnesvéritablement hum~j
bits ? Il y a sans doute desgens
qui ont l'air> èU l'apparence.
On diroit a lavoirquilsfont une
exaéle profe/fion d'humdité. Ils
jont veflussimplement
)
ils mar.
chent avec modestie
,
leur [lin.
gage ria rien que defoûmtsü
de refpeaueux
> mais quelle certitudeavom-
nous qu'il n' y a
ducun fird meslé dans ces beaux
dehors
> que ces habits, ces paroles
y & ces gestes ne font pas
concertez, f0 qu'il ni a point
d!ajfeÛat'ton ny de dégwfment
dans ces mitrquesextcricures
dJ)'hl-umilité f N"!\ Te rrconnoiilrf'onsnous
W pas à tout moment, que
le
?ur de l'homme est impenetrae
,
qu'on ne peut s'ajjeurer de
fncerité de Jei sentimens
> *
iil n'y a que Dieu Jeul qui
s connoisse ? Ilsemble que vous prétendiez
le dira quelqu'un, que l'humité
n'eji qu'en idée
3
@ que nul
e la met en pratique? Qxoy
onc! n'y aura-t-il fo-nt de
fraye humilité sur la terref
Ce ness pas ce que je veux
lire» car je ne doute point qud
\y ait des personnes de toute
'ondition> dr de tout fexr
)
qui
a pratiquentdeires,bonnefoy ;
mx\sjedis que ces Ames choisies;
& qui se diflinguent par um
ueritable humilité, font fort rares
, & que dans un nombn
presque infiny
,
a peine trouvet-
on une personne de ce caraco
tere. En effet
,
parlons fan.
déguifem:nt,Voyons-nom beau.
d - ~-f coup de gens s*acquitter exacte,
ment de tous les devoirsd'un
parfaitehumilité? Paroisse
qui que vous [àYf:{, qui préten
de'{ avoir atteint a cette veri
Juhlime, on vous fra justice ,
examinera vostreconduite> c
on la m:ltrtt en comparaison av\
celle duvray humble.
T>e mesme que lors qu'on
Y*veut élever un Baflimentmagnirfique,
on commence par faire
w4a fondemens profonds, pour le
vnettre en fureté, & pour empêcher
que son élévation ne cau-
(e sa ruine;ainsi quand on veut
élever dans son ame l'édifice fpisntueldes
vertus sinceres &foliées>
ilfautnecessairement commencer
par faire des fondations
profondes d'humilité. ("est pour
;ela que celuy qui aspireà devenirvéritablement
vertueux rÚt , sa principale étude d'acquetir
une vraye humilité.Ilne la
mit paf conjîjîer dans lu parole*
ny dans les oeuvres exterieures j
mais il l'imprimeprofondement
dans son coeur. Il ne luy échape
jamais rien qui tende à se faire
honneur; si) bien quilfoitpréférable
aux autres hommes, (9
qu'il ait de tres-grandes lumieres
neanmoins comme elles luy fini
connoistre sa foiblesse naturelle'
& le rendent convaincu qu'a
ne peut rien de luy-mesme,
rend un continuel hommage
Dieu des grâces qu'il en
reçoit
il en attribuefidedcllement tom
la gloire à ce véritable dispens
teur de tous les biens & de tok
tes les perfections
? 0* se tenax
dans l'humilité ,
ferme l'humilitéyqu'il - con- »filtre comme son centre, il ne
s'efiime point> il croitn'avoir
aucun mérite
j
il se persuade r??cme
qu'il estsujet a beaucoup de
défauts ; &pendant quesa vertu
brille auxyeux du monde, il esi
iprefqueleseul qui ne la voit ras.
[Toutéclairé qu'il est, il ne pré-
Jumerien defis commencementy
ift}[es lumieress au lieu de l'i-
,bloüir
1) ne fervent qu'à luy faire voir son néant.IlJe troubove
petit, quandilparcijî grand
daux yeux des autres, cil s'imagine
quelquefoisejïre diçne de
méprist quand on le comble de
louanges & d'applauJifJèmrns:
Sa modeflie est si delicate)qu'il
a de la confiufion de fie voir ho..
noré par les hommes
> ü rien ne
luy fiait plus de peine dans la
converfiationcjue de s'entendre
lciter. Ilfie cache Jmaissa vertu
le découvre ; il marchefiansfiuitt
(!) sans équipage
j
maisc'efi
ainsiqu'iltriomphe de la vanité..
& on l'en efiimeencoreplus. A
s%éleve aux chofies du Ciel, dam:
le mefime temps qu'il tâche dl;
s'anéantir
3 autant qu'il prut.
fiurla terre;st)fiçachant qu'u
n'yarien de plus propre à lu
contenir dans l'humilité, quu
image de sa propre miseret il
Ye la remet sans cesse devant les
tyeux ,
£7 il fanfidfrr ce qui uy
manque dans la vertu3 évitant
de voir ce qui pourroit luy ir,(pi.
rer un secret contentement desa
-rOilduiti'. "Bien loin delycr
YesEmplois publirs
>
il ies fuit,
'&silors qu'on les luy cffrc, il
yes accepte
3
l'ambition riy a
iamais de part; mais cest toujours
par un pur effetdesa ccrnolaifance
,ou de sa fvûmiffion.
lus il est élevé» plus il s'humilie;
la gloire humaine ne le touhe
pas> & le vain éclat du
yionde ne l*éblouit point. Accabiez-
le, si vous 'Voulr'{, de
mépris (t) d'injures> il les fouf
frira sans murmurer & sans
se plaindre; il en rejJcnt mesme
de la joye, * ilje croit redevable
à ceux qui l'offenfnt,
parce qu'ils luy donnent occajion
de foufftir pour Ditu. S'ilfait
quelque faute> il Cavoue de
de bonne foy, & cet aveu d'avoirfaily
lqui coute tant à nojlre
orgueil
3 ne luyfait pointde peine
i parce que la connoijjance
qu'il a de la fragilité humaine"
fait que rien ne luy paroiss plus-.
extravagant ) que de vouloir lai
dijîimuler. Son humilité efl egalcx
dans l'une & dans l'autre for
lune, parce qu'il se croit indigne
des avantages qui luy arrivent*
t:!J qu'au contraire il croit meriter
toutes fortes de disgraces.
Quand il rend quelque bon (ffice)
il riy mesle aucun motifhumain
; ce riejljamais dans la
''¡)eUé' d'en recevoir des remercimens
ny des récompenses, (ij il
ria d'autre but que defaire du
bien. Mettrz à l'épreuvesafoumission
, vous connoiflre% quelle
cft naturelle & sans art, vous
verrezqu'il obeit sans peine ,
non feulement à quiconque a
droit de luy commanderjmats
AUjft qu'il se soumet volontairement
à Jes égaux, & mesme à
[esinferieurJ.ILejt dans une
continuelle difiance de luymejme
;ilredoute mtfme
}
rnefeieilredouterntfprjc pour ,pour
er /e représentant toujour Jon
néant, dans la crainte qu'il A
de manquer d'hurnilitéJ tl parvient
enfin a cetteéminente
vertu.
Sonde% maintenant3examinez
voflr* coeur; faites
- en
vous-mejme l'anatomie; penetrer:(.
dans Jes répitslesplus Jecrets, &
voye^si vous vousreconnoijje^
dans cttte peinture> &si elle A
bien de voflre air. Ne d;fimu-
Ions rien.Avoue% qu'telle represente
beaucoup de traits que
vous nave* pas. Je dis plus
peut-eflre que quand vous aure%
veu le portrait ébauché du faux
humble,vous trouverez entre
vous C luy plus de rejjcmblance.
Comme il est des Pierreries
faites par les mains des homme!,
dont le faux brillant surprend ltabord) parce qu'il imite en
quelque maniere celuy des Pierres
pretïeusesfaites par les mains
de la Nature; de mesme il est
:ne ejp.eced'humilité, qui n"e.
tant que l'ouvrage de l'artifice
humain, en3ayacbnt que la si..
hpuirmeilietxét*erriieaurqeuudneeslaauvsséeriatpapbale*
rence. L'orgueil efi un poison
subtil & penetrant qui s'infinuc
dans l'ame par toutesfortes d'endroits
Me balançons pas àle
direencore. Plujttursrecherchent
l'image de l'humilité>mais il y
en a fort peu qui recherchent
l'humilité mesme. Evitons dy
efire trompeZ, p nouspouvons;
il, cft des Impofieursy il eji des
TJfurpateurs de cette vertu, je
veux dire, des orgueilleux
,
qui
osent prendre l'air de gens veri~
tablement humbles pour Çoumet*
tre les autres > & pour mieux
cacher leur esprit altier & dominant
>qui fous le voile sPecieux
de la cause de Dieuscouvrent
leurs interests propres,(gjp exercent
secretement leurs pajjîons ;
qui font consister une partie de
.leur vertu dans un visage auflere,
f0 qui si tofl qu'ils crojent
sentir le moindre mouvement de
dévotion
3
font pleinsd'eslime
pour eux-mesmes>se preferent
aux autres, se perfuident quils
les surpassent infiniment dans la
vertu ) & s'imaginent ejîre des
hommes parfaitst Ce ness donc
pas djjez davoir l'image &
l'ombre de l'humilitéy il faut
pojjeder ce quelle a de plusréel
& de plusJolide
,
il fut que
le motifen foit pur. En effet*Ji
on n'est humb/t, que parce qu'on
Je croit miserable, ou parce
qu'on se proposed'ejlre loué de
foi humilité, ces especesd'humilite^
font sans mrrite, &même
la feconde est criminelle,
estantcertain que le desir des
loii inges détruit ce que l'on fait
de pluslouable. tAinfi l'humilité
doit eflre purement tolontaire,
ne dépendre en aucune maniere
ny de la contrainte, ny
de l'amourpropre,& pour conclure
c raisonnementy il n'efl
pas toujours vray de dire, que
celuy qui eflhumdié fera exalté,
mais bien celuy qui s'humilie
volontairement, par un
veritable amour qu'il a pour
l'humilité,cetteexaltationejfant
la recompense du mérité de la
volonté. On ne peutajJèZ élever
l'excellence de l'humilité
> t
lieefl
non feulement unegrande vertuy
mais elle efl le fccau de toutes les
autres*carsanselle ce ne font
que des ombresü des figures
de iVertUS. Néanmoins cette
tmimnte vertu a cela de peril:
leux en foy
>
aujJi, bien que ton*
tes les dutres, que par le mauvais
ujage qu'on en fait, elle engendre
l'orgueil. On veut en apparence
passer pour rien3 0* l'on
croit ejlre quelque chose, quoy
que l'onne sott rien. OnJeglorisse
quelquefois du mépris de la
vaine gloire, f0t ilty a beaucoup
~~M~f w n~ de vanité dans ce mépris affMcttfe..
On s'applaudit en secret de n'e- ,i
flre pas vain comme la pluspart
des autres, &il y a peut-eflre
plusaredire dans cette fatisfa-*
éîionintérieure> que dansune
vanité de.:Iarée»parce qu'on revient
plàtojl de ce qui se passe
~X yeux du Public, que de ce
bquiest caché dans le cceur; C
womme l'experience fait connoiere
) que l'orgueilgreiffer qui ne
garde point de mejurei, st) qui
de,ve le rnajque, d'éplaipentierement>
on s'étudieion Je concernejon
prend des biais dlffirens
four le rendremoinsinjuppordable.
Sur ce foonnddecmmecnntt nnootu,,ss
mous blâmons quelquefois nousmejniespar
une feinte humilitc*
four diminuer la honte f0 l'opprobre
qui fuiveut ncccjfatrement
lamauvaiseconduite. Nous
mous accusonsmefmc de pL/leurs
défauts que nous ne croyons pas
avoiry afin de nous élever en
effet,ennous ahaijjant en appa.
rence. L'orgueil qui regne dan:
nostre coeur, & qui se cache fou.
.le masquedel'humilité> nous engage
quelquefois à dire, que nom
sommes des mrchans, dans le:
pensée que cet aveu nous ferc:
passer pour des gens d'une vertu
extraordinaire. Neus rechercbom
au dehors l'humilité,nous l,.
détruifoys au dedans; & un*
marque évidente que l'oroue"
ecf~l ojlre premier rnobile, cej) ~o ~~w rwo~ c'
que les aétions que nous faifom
sur Lchamp, & sans reflexiom
démentent presque toujours cellct
eue nous ftifons avec application
& à loisir. Souvent par
&ne humilitépLeinedesape)(t)
Bui a son principe dans l'amour
Propre> on fait honneur aux
nutres pour en recevoiri on
leur rend des civilité%, parce
qu'ils en font, eu cfin de ne
ooint paffèr pour sauvages
J on
tour orgueilleux; £îr bien que
torgueil ait coutume de jcüer
\OUtes fortes de personnages3 de
Te transformer en mille maniérés
your paroiflre tout aUlre qu'il
u'efl,C pour arriver à sesfins*
il n'ejîjama is plus info l en1 nJ
Ilus en eflat de pouvoir tromper,
que quand il oie prendre l'air& a figureàel'humilité. Ily a
defaux humbles qui voyant que
le mépris qu'ilssemblent faire
d'euxwefmes ne leur rtiïjjitpaSt
Je relevent tout d'un coup j C,5m
se font rendrerigoureusement les
honneurs qu'ils s'imaginent leur
eflre dûs. D'autres ont un crgueil
habile) carils font fouples\
& humbles avec ceux dont ils'
ont besoinj difiers à l'égard des!.-
autres. Quelques-uns par une'
vanité fine, & par une puret
hypocrijte
, neprennent quelquefois
les dernieres places> quei
parce que les premières leur IIp..
pdrtiennmtsanscontejlation. lit
font feurs qu'ils ne bavardent
rien à laisser entrevoir cette apparence
de modeflie
,
puis que
dans un moment la multitude
'Vas'ou'Vrir pour leur laijfw le
paffagtlibre, qu'e lle s'empressera
de les oter du méchant posse où
ils se font mist & qu'elle les
portera
J
s'il csi necessaire
>
jusque
dans le ranç qui cft deu à leur
dévotion. Ainsi ce n'est qu'une
grimace à ces gens-là de ne pas
prendre d'abord le ranv que tout
leur cedc. Tlufleurs font humi*
/îc^,(gîf non pas humbles, car
pendantqu'ils gemissent fous le
jougfâcheux de la pauvretés &
des autres incommodité^ de la
lie> ils ne laijjent pas de conferver
au dedansd'eux-mesmesune
Jecrete vanité dont rienness capable
de les guérir.Nous ne méritons
rien pour nous voir humiliez
par quelque corrc élion
3 que
noflreorgueil ou nofireimprudencenous
attire; t:tJ comme c'cg
une feujfe humilité que de Je
vanter d'eflre humble
3
c'en est
aujji une quand on refuse par un
principe d'orgueil
J
les Eloges
Lshonneurs> afin de faire croire
qu'on en l'si digne par le peu
d'ejlime qu'il semble qu'on en
fait.Demefmel*humilitéexcefa
fine qui nous fait perdre le courage)
C qui nous jette dans le
dejejpoir à la veue de nos iniquitek
) efi faussey parce que
Dieu qui permet que les fer/onnes
les plus njertueufes tombent
dans le péché>pour la humilier,
veut pourtant qu'ellesejperent
toujours en sa rnifericorde. On
s'humiliefollement> lors qu'on
si propose d'acquerir du bien, ou
un honneur tempore l, & que
dans cette pensée on rend aux
hornmes) par une espece d'Ido"
latrie, des joumijjions qui ne font
deues qu'a Dieu. L'humilité qui
to*efl que l'esset d'une ignorance
jlupidej de la bajjefje du COEurt fl)de la lâcheté,eflpareillement
fausse
) parce que la 'Vraye hu*
milité suppose une connoffancc
Jiijjifante pour ne pas ignonr que
l'humilité (fIant. le fondement
de toutes les vertus, comme l'orgueil
eflle principe de tous les
*vices, on doit par consequent
apporter tous jes foins à la pratiquer.
C'efl pour cela qu'elle efl
d'autant plus eflimable dansles j
personnes élevées par leuresprit,;
&par leurs dignitény 41ant
rienqui gagneplus les affic.
tionSiny qui attire plusà'efkme!
ér
& de veritable refpeêlquune
humilitéprofondej quand elle
esl jointe à un grand merite &
à une grande autorité; car il efl
certain que les grands ne jont
jamais moins en dangerdedéchoir
de leurrang que quand ils
s'humilient:que plus ilsfuyent
les honneurs & 1rs applaudi/Jemens,
plus les honneurs çt) les
applaudijjemens les suivent ; Ler
que la rent- able glyoi-re accompagne
toujoursl'humilité; au leu que l'orgueil
3 quoy que fin..
désur.un mente extraordinaire)
(y sur les plus hautes digYJÚez,
produit souvent le mépris* ff)
toujours la haine. Enfin, l'humilité
doit ejire pleine st) fincrre,
@J n'avoirpour but que deplaire
àDieu; autrement ce n'eflqu'une
ojlentation
> & une hypocrisîè
indigne non feulement d'un
Chrefiien
>
mais d'une personne
qui a quelque teinture & quelques
sentimens d'honneur. Ilya,
mesme de lafolie à ne Je propofirt'autte
fruitdeson humilité"
que la louange &l'approbation
des hommes a donner à si vit
prix -une ihofe d'une si grande
valeur3 à se repaiflre & a [q
contenter d'une fumée de vanité
pour tant de foins3 st) tant du
contraintes.
0 que 'vousestesheurcufes>
Ames faintesy véritables mode..
les de la parfaitehumilité, e
qui estes particulièrementchcries
de Itfus-Chrifl qui en efile Pe1 t !
Vous qui semblables à des arbre;
plantez dans les vallon-cbarffCz,
des meilleurs frultj, fûtes
.de merveilleux progrès d,:11S le
champ de lavertu
J vom qui par
une fainte fierté, votismettez
infiniment au dej]ùs de la fausse
gloire en la foulantaux pieds.
Voue enfin qui en vouscomptant
!parmy les personnessans mente
(7 dignes de réprobation
3
acquerez
le vray caraSiere des
Elus.Puijjtons-nous dcquerir a
Doflreimitation> cetteadmirable
'Vertu, qui feule donne le prix
à toutes les autres ! Tuifjionsnous
devenir véritablementt
grands par nostre humilité!
Faisons donc nos efforts poui
nous rendre agreables à Dieu
par le mépris de nous-mesmes
Soyons du moins aujJi humble
a la Yeuë de nos déreglemens
que les Saints le font dans leur
vertus. Evitons la conduite di
ce jupe orgueilleux de l'Evangile
qui perdit tout le fruit de si;
bonnes oeuvres* pour en avoir ej)
trop content, pour en avoir n
ïttfrcie Dieu avecune trop 'Il 1 o-ran-
Aefatisfaclion de luj-mefinepar
une vanitéindiscrets & témeraire.
Imitons ce Pecheurh?wjblf
qui par un aveu jinctrt de fis
Joutes
, & par une veritable
^humiliation> les effaça toutes )(&asotritiJtdjuTaemiptle.p.leinement einement
Au reste, cette belle vertu>
Iq14i en fuyant l'éclat&legrand eclat&legrand
pur>se rend encort plus aima-
Me ; cette vertu admirable) qui
faroijjant avoir la bajfejfe en
partage> efl tres-Jublime & fittieve
toutes les autres; cette vertu
qui brille c'omme les Asires au
milieu de la nuit
> & que lobfeurité
re-nd pluj éclatante; cette
ilhtflre vertu fous le manteau
de laquelle l'orgueil tache de se
cacher, de peur de Je rendre meprisable
&adieux en se faisant
voir ouvertement;cette vertu
dont les effets font si merveilleux
, qu'elle change les hommes
tnAnges
9 au lieu que l'orgueil
a autrefois changé les Anges en
Démons; cette vertu des gran-.
des Ames; cette vertu enfin dont'
laftgejfe en inseparable>&qui\
est le gageinfaillible d'une vie•
bienheuYeufe,efl proprement lai
vertu desChrejliens,&personne.
ne l'a jamais porter si loin qu'ils
ont fut.Ala vérité on a vû des
Pajens) quiclans la natjjancc&
les premiers secles de l'Eglise,
1ont essayé de contrefaire en Ctld,
auei-bitn qu'en beaucoup d'autres
ebofes
j ces hommes divins
>
,
mais ils nont jamais eslé que de
faux copistes st) de mêcbans imilateurs.
Leur humilité nefloit
quilunevanite dé~,guiséIl e, dans la
rveué. de s'attirer de la gloire,ils
,ont mêlé l'orgueil du coeur avec l'humilité des lèvres; (j) de ces
deux contrairesils ont fait un
affemblzo-e monHrueux.
Seigneur,quiavez, prononce
'vous-mefine> que celuy qui s*ele~
niera fera humilié> *queceluyq~
u<i s'humiliera,fera exalté; qui
~~w~?
yf~ f~;
nous avez donné de continuelles
IfÇonsd'humilité
, par voflre
Naiffince
>
parvojtre Vie) &
par voflre Mort, ne permette%
pas que nous nous perdions dans
une fille vanité
>
mais faites que
jettant lesyeuxsur noflreneanti,
nous nous proposons pour modelle
voflrehumtlitè fainte
»
afin que
nous estant aluiJJezsur la terre)
nousjoui/ifons dans le Cielavec
vous de la vraye exaltation que
vous a'Ve:{ promise a ceux qui
vivent dans un espritvéritabler%
enthumilié.
Je vous parlay l'année derniere
,
de la premierc partie
d'un Livre,intitulé,Introduction
à la Fortification,que
le S' de Fer avoit donné aa
Public. Il vient de mettre au
jour la seconde partie de ce
grand Ouvrage. On y trouve,
comme dans la premiere,
vingt-cinq Plans, dont les
Fortifications;&lesSituations
! font differentes.Voicy les
î noms de tous ces Plans, qui
i
sonttres-riches en travaux *
& très- proprement gravez,&
J generalcment de tout ce que
; contient cet Ouvrage.
PLANS.
De Pignerol.
De Veruë.
V EUE.
DeVeruë.
PLANS.
Dz Verceil.
De la Forteresse de Montmelian.
VEU E.
De Montmelian, du costé
de la Perouse.
PLAN.
DeConi.
VEUE.
Du Chasteau de Miolans, en
Savoye.
1
PLANS.
De la Ville de Nice.
Dela Ville de Geneve.
De la Ville, Chasteau&Citadelle
deCazal.
De la Forteresse de Huningue.
: De la Ville de Landau.
De laVille de Coblentz
,
&
& du Chasteau d'Armanstin.
;De la Forreresse de Mont-
Royal.
Dela Ville de Calais.
De la Ville de Berg- Saint-
Vinox.
De la Ville de Dinant.
De la Ville & Citadellede
Juliers.
De la Ville de Stetein.
De Ville de Vifmar.
De la Ville de Kaminiez,
vieille Forteresse, & Chasteau
neuf.
Jamais personne avant le
Srde Fer n'avoit fait tant de
dépenfc pour enrichir le Public
d'un aussi grand nombre
de Plans. Le Cartouche qui
renferme le Titre de cet Ouvrage
cft tres-curieux, &
marque l'esprit & l'invention
de l'Auteur,puis que
tous ceux qui ont renduleurs
noms recommandables pour
avoir fait fortifier des Places,
y tiennent des Plans qui representent
les manieres de
fortifier dont chacun d'eux
s'est servy.On voit aussi dans
ce Livre la Plaine de Weill,
avec le Campement que Monseigneur
le Dauphin y fit
l'année derniere. On sçait
que ce Prince y demeura huit
jours pour attendre les Ennemis
, qui n'oserent paroistre
devant luy.
Le Sr de Fer donnera au
premier jour une Carte tresbelle
& tres-particuliere des
Pays-bas. & du Bas-Rhin.
1 Mr Arlot, Medecin de la
Faculté de Montpelier, qui
depuis longtemps exerce la
Medecine à Paris avec beaucoup
de distinction & de
capacité, & qui s'est acquis
l'estime de la Cour, & du
Public, vient d'estrenommé
Premier Medecin de Madame,
à la place de M le Bel,
dont je vous ay appris la
mort. Leurs Alresses Royales
Monfieur& Madame estoient
persuadez de la profonde érudition
de Mr Arlot dans l'Art
qu'il professe, puis qu'avant
ce choix ils luy avoient Gonfié
le soin de la sant*é de Monsieur
le Duc de Chartres,
l'ayant nommé pour demeurer
à l'Armée avec ce Prince.
Ily a quelques années fameux que c* Medecin avoit esté
honoré d'un Brevet de Premier
Medecin deSonAltesse
Royale MademoslxLlc,&
Monsieur l'avoit
retenudepuis
pour son Medecin or- dinaire. Feu Mr le Bel, qui
connoissoità fond sa capa- cité, avoit souvent parlé a. vantageusement de luyàLeurs
Altesses Royales,&avoit dit
à Madame qu'il ne connois-
{bit poinr de Sujet plus capable
deremplir sa place, en
cas qu'il vinst à deceder. Cette
Princesse s'en cil: ressouvefltlë
,
& ayant nomméM~
Arlot pour son premier Me-i
decin, pendant son absence
on peut aisément jugerque
fefl seul merite a brigué pour
luy. Toute laCour deMadame
a témoigné beaucoup de
joyc de le voir élevé dans un
si beau poste.
Un des plus fameux Pcin*
tres d'Italie, & dont le Pinceau
ne faisoit voir que des
Chefs d'oeuvres
,
lors qu'il
s'agissoit de peindre des fruits,
futprié par un Scignenr Italien
, distingué par une naissance
fort illustre, & par de
fort grands emplois, de luy
faire un Tableau qui répondist
pleinement à la réputation
qu'il avoit d'estre le premier
homme du monde pour
ces fortes d'Ouvrages. Jamais
ile Peintre n'eut plus d'envie
de bien faire, & ne réussit
plus heureusement; & pour
mieux remplir son Tableau
, & n'y rien laisser à desirer, ilymêla de plusieurssortes
de fruits, de maniere qu'on
y vie ceux que produisent les
premicres chaleurs de l'Esté,
avec ceux qui n'achavent de
meurir que sur la fin de l'Automne.
La beauté de ce Tableau
fit du bruit,lesCurieux
allerent le voir avec empressement,
& ilreceut les applaudissemens
qu'il meritoit-
Enfin il fut porté chezle
Seigneur Italienquiavoirordonné
de le faire. Il s'écria
dés qu'il l'eut confideré un
moment , que le Peintre envit
un ignorant, qu'il ne vouloit
point de son Tableauquil cho«.
quâit le bon sens, & qud estoit
entièrementcontrelavray -semblance.
Il dit enfin, que le
Peintre avoit uny ce quelaNature
avoitseparé, &qu'il estoit
ridicule de voir avec des fruits
d'Efléide ceux qui ne se mangent
quen Hiver. Les Connoisseurs
n'ayant pas esté de son
fentimcnt & le Tableau
ayant esté cherement vendu,
4e Peintre seconsola du mau-
>vais goust du Seigneur Romain,
je croy que vous l'avez
iI meilleur) & que vous voudrcz
bien lire en Automne,
des Vers qui ont eslé faits
sur le Printemps. Ils font de
Mrde Vin, dont les Ouvrages
ont toujours este generalement
applaudis.
LEPRINTEMPS.
DIALOGVE --
De la Nature CM' de Damon,
four tous les hommes.
Sur ce que le Printemps effplus
sujet aux fluxions, &
autres maladies, que les
autres Saisons de l'année.
P D A }yf 0 N. OuYquoy faut-il que la N4-
ture
'Empoijonnetousfispresens?
Jgue lors quesesruisseaux roulent
une eau si pure;
Jgue lors qu'ellerend à nos
champs
SesJeux,ses Ris, ses Fleurs,fis
Oiseaux,sa verdure;
J>)ue lors que l'aimable Printemps
Fait briller le Soleil d'une clarté
nouvelle,
Et,pltU doux quejamais, aux plaisirs
nous appelle;
fourquoy,dis-je , faut-il que fit
belle finfon
Jgui fcmblerajeunir le Monde*
En tantde maux diverssoisenfinsi
féconde ?
Parley nous dirds-tu
, qu'avecpltt
de raison
>Chacunparoiss surpris de cesejfcts
Bizarres
,
rEt de ce quon ne peut en gousser
les douceurs
Sans dans le mesme temps e/Jityer
les rigueurs
Desfluxions Ô" des catharres.
Sipar là tu nous mets hors d'étatd'en
joiiir.
A quoy nom fervent donc tes appas
dr tes charmes ?
Ofiroit-ons'en réjoüir
Etles voit-on
,
helas !sans chagriny
sans alarmes?
LANATVRE.
J'ay souvent écouté les plaintes
que tIi fais,
Etje fuismoy-mefmt étonnée
Jgue le plus beau temps de l'année
NattIre contre moy que murmures
secrets.
Cependant quelle ingratitude,
Qi4et edpriee, quelle habitude
Trend-on de tons ses maux d'accufer
mes presens :
Ui vous autres Mortels
,
plus modertZ,
pIN! /'l^lS
> EnJsa-J.fhz, de meilietash Tao'/es,'
Vous (IrieT^plm reconnoifjarts
,
Et vous vcrritz bien tofl qnc ce n'efi
pa! leurfaute.
leVoftheidec[ordre [cul vous osie ccsplafrs ou tendent
tous vos voeux, Et vu)usauriez, toujoursdes Printemps
pins heureux
.i vous en jOHilli:Z avec la temper.
l:,ce
rQ¿h dons ordonne la prudence :
iJdl,iriiJtfà.i ptJe:ifn¡je( .any--Jj'~t eeÍnÍfti¡niJ fGutI::ssf.fÚati'tt.V'0O; J
fouhai;s .¡',,si ¡
~9~~ vous en faitesdesexcèsy
*>)ui des douces humeurs altérant
l'harmonie,
DeIIInile aujji tost excitentlafurie,
"ombienpeu d'entre-vousménagent
comme ilfaut
Le temperè,l'humide> ou le froid,
ou le chaud? ( donne
Car tous les temps que je vous
Sont & charmans, & bons. DAns
celuy de £Autonne
Sansde mesfruits nouveaux crainare
la crudité
Vous en mangez, en abondance>
Et de la vient la dejfaillance
De celuy que désa lEjlé*
PAr fisgrandes chaleurs Itvoitdebi.
lité.
pou/ant cette faison brûlante
Loin de vous rafraiJèhir, vous beuvez
à longs traits
Du vin pur, pourveu qu'il fiitj
frais,
Et vojîrefoisimpatiente
Ne peut se donner le loisir
D'attendreau msins qu'une Servante
An\
dit apporte de l'eau,feule rafraif
chiffinte,
Et quifeulepeut l'adoucir.
ltlais bien-tofl, malgré vous , une
ardeur de poitrine,
Acette eau qu'on fuyoitvous force
de c'llrir,
Etsouvent à la Medeciue.
Lors que CHyver
, le tempsdis
Jeux,
Des Bills, & de la bonne chere
Couvre tout L'ZJnivtrs defis frimats
affreux
,
£t cheZ vous ,
prés da [feu vous
retient, vous re(je'rre,
Dites>nenfortez,-*vgusjamais?
Le Bal a pourvous trop .ïattraitst
La table,& lejeutrop decharmes
Tourdûmal qui lesJuitvouscaufr
des a llarmes.
Vousy paffz toutes les nuits,
et ce mal, pire que mesfruitç
.f¿fJe la Rose nouvelle p& que 14
Canicules
Ce mal, dis-je, que fait lA perte du
repos Etcefriand , morceau qu'on rongç
f jusqu'aux os , ouséchauffe le fang, vousconfiée
dr vous brûle.
De la cette abondanced'eau V Zai s'amajse dans le cerveau;
<%ui par le rude froid trop long.
temps retenue,
Et qui par cOlJflqllelJtaigrie & car.
rompue
, tDeesmquPe sce froid cceefffei aduv Prinpiflille
en fluxions comme une épaijft
nue
£>ue leSoleildissoutfarses arderts. rayons\
faut-ildonc s'étonner,Jïcette eau
vient À fondre
Jhtand il darde fis premiers
traits?
£)ttoy, d'un moinsfuneflefncccs»
Vous ménageantsipeu,pouvleZvous
vous répondre,
Et vos prodigieux & differEns (Xces
, Nefitffiflnt-ilJ pas enjia pour vous
confondre?
D A M 0 N.
*
Maissi l'onveutt'encroire, adieu tous les plu:sirs j 7/ j'~ ~T~ j M
ilfaudradéformais s'en priver, s'en.
défaire,
Et qu'enStoiqtte trop ftverc
Cahuaxcucnlf-rm[Tes.osnc,oeuràl'iyfiïr.cl, C, u r :J^uidésnofireplustendre
: en- ~¡ dés ¡itJjl-re pt/Ji te¡¡d,c ril- sance
Nous font en leur faveur Jentir
leur violence.
Nousnaissons avec cespenchans ;
Fers tout ce qui flatte lel/èns
Onselaisse entraifner en défit de
foy'tnefme.
On croit mesme quand on les aime
Jguon ne fuit que tes propres
loixi
Àinsi quand on ltsvoit, on leur
ouvre la porte,
Et dans l'ardeur qui nousyporte
On n'est embarrasséqu'auchoix.
Commentpouvoircombattre unepente
si forte?
Cependant quelque né que l'on floit
-
avec eux,(les regarde,
Comme desEnnemis fit vtus quon
Et qu'en ccla plus n\iibcn<'cux
J^ue les. Biflcs, contre-eux on Joit
toujours en garde.
LA NATVRE.
Ah ! si vous en usiez. comme les
Animaux
J 1" 1 d' Me verroit-on rcàuitc a repondre a
vas p!si/.tes y Et ferlez-vousJ'rjtts à tant de diversmau::
Dont, plusindijcrctsqu'eux
1 , vous fiïitez, les atteJ intes ?
Des plaisirs queje donne ils usent
comme il faut,
ils ne vont point pendant le
chaud
Affronter>comme vous, l'ardente Cari;
eule
Etfiecachant , pour lors du Soleil qui
vous brule,
Attendent pour sortirquil foitfous
l'horizon.
Mais l'homme quisi croitsifiagt
Vesi-il au fond, Ó. quel. ufiage
Levoit~on,>Muis les jours fairedesa
tassin?
La tient-ilmoins de moy que cette
douce fente
J?yi' dit avoir fourles- plaijîrs?
jïue nej'en stri-il dont:>$il jéJèrl
ChlCLSULvsiY.SriJ <QHC U Nature bien-faifante
,- , J ¡;. jijî.,e 'J' donfiemesme à finsensible
fiante ?
Ainsi ,/ansdeformûsmurmurercontre
moy,
/1 ,/,J9uov ne s'en prenne fins qu'a,,
fiJ.
Vous-mefmcs, au retour des Zepbirs
& de Flore,
orrornpcz ces-plilijirs qu'il donnait
autrefois,
Et qu'il vous donneroit encore,
si, mointfous,vous vouliez, suivre
mesfages loir"
,
Et quitter cette innmperance,
.&Uene connut jamatt le Monde en
fin enfance.
Content de la ftmplicité,
Du lait. du fruit,d;" de l'eau pure,
'.Z,ue gratuitement leur donnoit la
Nature,
Les hommespat la volupté
Zui nofoit pas encor leur montrer
ses amorces,
N'affoibliffiient point lors leur vigtuur,&
leurs forces,
EljouiJflÙnttOlfjours d'une pleine
fanté.
Mais lors que leur Cupidité
Tira l'or du fein de la terre,
Ce métail à son tour leur decUra U
guerre,
"Et pourfemangtr d'eux leur inspira
fouàain
Iif, haine de la fibretable,
£7 cetamour fatal qu'ils ont pour le
ftftin.
Du necejfùre au deleciable,
Séduits parses attrait;) ils nefrent
quuti pas>
Et hien-tojldégoûteZde l'utile laittlge,
Composerent à leur dommage,
Z>£ragoûts différent leurs splendides
repas.
De là cette humeur indigejle
Jgjii cause leurs v4peurJ",'lNI ftule
leur en reste,
Et qui détruisant leur chaleur,
Lesréduit à tellelangueur,
Qu'après une débauchefaite
Il faut en dépit d'eux , venir à /*
diette.
Yoila ce qu'à produit l'avide foisde
for.
Trop heureux
>
trop heureux encor
e,)&and àJî bon marché le gourmand
en cfl quittey
Car comme de ses biens il veut
Tirer toutlequ'ilpeut,
Cette hnmeur à la longue & s'enflamme
3 & s)irrite)
Etytrompé par cet appétit
eue luy donne souvent cette ardeur étrangère, etrangere,
De nouveau l'imprudent, à peine
hors du lit
Ou l'arrtjlpit fin mal, cherche la
bonne chere.
Jgtfen peutilarriver ? LArechute,
& la mort.
Après cela
,
Damon,vois, dis-moy
sij'ay tort,
Etsi l'on peutsans injufiiee
M'imputer aujourdlitigourmande
avarice.
je ne te parle point de cesfoins de*
vorans
9ge-se donnent petits e-gràndr
pour, pltu haut qu'tUe r/ejl) élever
leur fortune.
Jeftrois & trûplongueeut-ejfre
importune,
Si de vos pajjions j'dllois
pn vain m'étendre icy sur la cathegorie.
Chacunsçait quelsfontceux de la
tendre furie,
Et toutes tour à tour, &souvent 4
h fois
Envous âjfûibiijfantabregentvostre
vie.
Vfmieux, en fin mot, de mes
dons d'ferens>
Soyez, fibres) réglez, comme dMilcs
vieux temps,
A-IUndcz avec patience
la maturité de mes fruits,
Et joignitlerfpos des nuits
A Li diferete vigilance
Jgjfe de tous Les Mortels exige enfin
*le jour; Alorsje promets a, mon tcj.r
De les grurir de lufoilUjfe
Dont si nul à prepss ilsse plaignent
JJHS Cfjjc,
Et, devenus parlà plus Jains, plus
vIgoureux,
j'espere
, é" mifmt je fuis fatrt
.£uue<ddeecs nm~aautixx qquui aa~'a'aiililieeuurrçs pourroitnt
tombirfur eux ilsn'aceufiront plus l'innocente Nature.
Le 25.du mois passé,jour
de la Feste de S. Louis, Mr
Cipierre
,
dont le nom vous.,
cft connu par la belle Lettre
que je vous ay envoyée dJa
luy sur l'Opinion, fit le Pa,
negyrique de ce saint Roy,
dans l'Eglise de S. Loüis desjj
Carmes Deschaussezce Bordeaux.
Ces paroles du Pleaumc
130 qui luy servirent de
tex,te,Domine, non est exal- , :¡"", t.J¡
tatum cor meamt neque elati
suntoculit.met)luy donnerentij
lieude montrer dans son
Discours, que S Louis avoit
eHe parfaitement humble
dans les grandeurs delà terre,
& merveilleusement grand
dans les disgraces du monde.
Aprés avoirfait voir dans
son premier point, dans cjucl-
Uc élevation cc Monarque Ce
trouvoit, il continua en disant
: Ainsi aimé de (ès Sujets,
craint de ses Ennemis, grand
auxyeux de toute la terre, ce
uTrmce ne se glorifia point de
tant de grandeur,& tout remf/
y qu'il estoit de gloire ,
il ne
regardapersonne avec plus de
fierté. ti consideroitsa Couronne
comme un poids dont la divine
Providenceavoit voulu le charger.
L'éclat dont il se voyoit environné
donnoit à son coeur des
sentimens d'une humilité toute
,,£xtr,iordinaii-e. Toujours apposé
à luy-mesme , il fuyoit uni
gloire qui augmentoit en luy
tous les jours. Il suyoit les
grandeurs qui l'accompagnoient
par tout, f0 avec toute la
péuviistsoaintce de la Royauté, il en
les embarras. àue s'il
estoit obligé de
sortirdesa
retraite
pourparoistre surson Trône
,
il recherchoit dans cette
pompe & dans cettemajsté, ICI
abaissemens & les humiliations
de la Croix; les charmes quisuivent
la Souveraineté n'eurent
jamais le pouvoir de toucherson
coeur, f0 par un goujl merveilleuxy
il ne trouva de veritables
plaisirs que parmy les auOeriteZ
, * les oeuvres de pieté
@r de misericorde, Ensuite il
: fit la peinture des faux at-
,t.rtaraiittss qui rsuuiivveenntt ll''aammbbiittiioonn1,
'$c ayant montré qu'il estoit
comme impossible que ceux
clui en sont remplis, ne fissent
reflexion au moins une fois
: pendant leur vie, sur la vac;
uité des chofcs du monde; Cependant,
ajoûta-t-il, on ne
laijje pas de voir encore de nos
jours des hommes qui recherchent
la grandeur comme leur felicité.
,.,Ils ne se soucient point d'estre
;; criminels, pourveu qu'ils pa,.
roissent élevez.Ilsmontent fut
le - Trône par l'usurpation, il$\
gouvernent par l'injuftice»ils\
commandent par la force. llsi
regnent en violant toutes fortes 4
de droits
i
sans épargner ny
Ici
sang, ny la Religion, ny la
charité. Aprés que cet ambitieux,
cet Vfurpateur aura acquis une
Couronne, & qu'il se fera rendu
Maistreabsolu de plusieurs
Royaumes> qu'est-ce qu'ilferaf
Songe-t-il quil laissera à des
Etrangers ces richeffis qu'il amlJe
avec tant de peine, (fo que
le sepulchre doit estre sa demeure
pendant tous les âges ? Songe-t- il
quede toutesagloireilnerestera
'out au plus qu'un nom odieux à
sa posterité, par lesmaux qu'il a
fait souffririnjustement? Lors
que l'homme a ejie élevé dans
les honneurs, il ne l'a point
compris. Il s'est conduit comme
les Brutes qui fontsansintelligence
&sansraison, & illeur
rft devenu semblable. Et homo
ùm in honore eLTct,st'c. Dans
le second Point il Parla des
disgraces de S Loüis d'une
maniere fort pathetique, &
ayant fait voir comment ce
Prince, d'un grand Capitaine
5c d'un grand Roy,ciloit devenu
un grand Saint,en faisant
servirsesmesmesqualitez qui
font le Heros, pour former le
Saint,il sir en ces termes un
paralelledelapieté de LaüÎs
le Grand avec celle de Saint
Loüis. Quemereste-t- il, Messieurs
)
sinon à vous faire voir
que le Trône de ce saint Roy efi
remplypar le plus digne Sucees
seur qu'ilpouvoit avoir
) par un
Successeurtel que le demanderoit
Saint Loüis luy-mesme ; enfin
par Leï:t:s le Grand
,
qui ne
ï-e&ne eue pour prendre foin de
monde?Animé dumrfine^eicpourla
gloire de .L.,{ l' 5
d: !»
ffièpne charité pour le prochain,
il envoyé aux extrémitez du
MondedesMisssonaires
, pour
convertir des Rois (ü des Peuples
presque inconnus. Il obtient par
soncréditla restitution des Saints
Lieux entre les mains des Religieux
Latins; il bannit l'Heresie
de son Royaume; ilredresse les
Eglises démolies; il en bastit de
nouvelles; il arreste les Duels,
il punit l'injustice, protégé les
opprimez,suotientceux quisont
dans son alliance,reçoit lesRois
exilez, & combat pour Cff>!
contre l'usurpation& Li, tÏY;:n~
nie.Enfin ily a utr,tcc?irofmitédans
leregne decet Àuguste
Monarque avec le regne
de Saint Louis, que j'ose dire que
Dieu, qui a donnéàl'un 'rb à
l'autre, le mesme coeur & le n'lémî
Trône, leura destiné aujji la
gmesmleCoouroniner@eJ la.mesme
;,.)1
'1
ti~~O si'ab
Madame la Presidente de la
Baroire mourut sur la fin du
mois dernier. MrlePresident
son Mary estant sont connu ~a
je ne vous parleray que do^
la Défunte. Elle n'en a points
eu d'Enfans, & laisse de -ii
grandsbiens aufqucls il a-
-
beaucoup de part àcause des
avantages considerables qu'-
elleluy a faits par leur Contrat
de mariage. Ses Héritiers
sont Mrde Mardilly, Madame
sa Soeur) Femme de Mr
le Marquis dela Terriere, du
nom de Chareton, cy devant
Veuve de Mrde Creil, Maistre
des Requestes,&Me Chevalier,
Veuve d'un Conseiller
au Grand-Conseil, connuë
par ses grandes charitez envers
les Pauvres des Provinces,
dont elleestla Tresoriere
, recevant toutes lesaumônes
qui se donnent à Paris
pour les Pauvres de la campagne.
Ils sontCousins &
Cousines Germaines de cette
Dame dont je vous apprens
la mort. Elle estoitVeuve
d'unConseiller de Paris avant
qu'elle le remariast avec Mr
le President de la Baroire.
- Madame de Sourdis, Abbesse
de Beaulieu ,prés de
Compiegne, est morte aussi
Elle estoit d'une Maison fort
ancienne, & Jacques Descoubleau
)
Seigneur de Sourdis
, estoit Chambelan de
François I. Il ya cu desChevaliers
des Ordres du Roy decette
Maison, des Gouverneurs
d'Orléans, de Chartres,
deBlois& d'Amboise,
des Lieutenans Généraux des
Armées du Roy, des Evesques
& des Cardinaux.
M de Montsaulpin, Marquis
de Montal, Capitaine
de Cavalerie, mourut à Landau
enAllemagne, le 21. du
doit dernier
5
avec des sentimens
tres, Chrestiens. Il
avoit d'abord embrassé le
fany de l'Eglise, & joüissoit,
de plus de vin gt-cinq mille
livres de rente, que La crainte
qju'il avoit de nepas faireson
salut avec ces revenus que]
luy donnoient ses Bénéfices>\|
luy fit sacrifier. Il résolut dcJ
serpirleRoy dans ses Armées,!
& de marcher sur les traces]
de Mr le Comte de Montal ]
son Pere, Chevalier des Ordres
de Sa Majesté, Lieute-;
nant General de les Campsj
& Armées? & Gouverneur,
de Mont. Royal., dont let-,
avions intrépides & pleines|
de valeur sont connuës de.
toute l'Europe, & particulier
rement celle de son entrée
dans charle-Roy,au mois des
Décembre 1671. Il estoit alorsj
Gouverneur.
Gouverneur de cette Place, (te.
en estoitforty par or d re du
Roy, pour aller secourir Tongres
que le Prince d'Orange
avoit invctfy-, avec les Armées
d'Espagne & de Hollande.
MrdeMontal entra dans
la Place, & en fit lever le Siege.
Le Prince d'Orange tourna
aussi-tost les armes contre
Charleroy, croyant que l'absence
du Gouverneur feroit
réussir son entreprise; mais
son étonnement ne - fut pas
petit de voir le mesme M' de
Montai se faire jour au travers
de son Camp aveccinquante
Maistres seulement ;
& rentrer dans Charleroy
malgré fcs blessures, & les
Troupes qui s'opposerent à
son passage. Il défenditcette
Placeavec tant de vigueur &
de courage, qu'il en fit encore
lever leSicge.
La Famille de Mrs de Mont- j
faulnin de Montal tire son origine
d'un MilordAnglois,qui j
ayant esté digrâcié du Roy ,
sonMaistre,se retira en France
il y a plusieurs siecles. Il y fut
bien receu, & s'établit dans le,
Dauphiné avec plusieurs de,
ses Enfans, qui prirent tous* 1
le party de la guerre. M1 de
Montal porte de gueules aux
trois Leopardsd'or couronnez,
posez l'unsur l'autre. Le Fils
de Mr de Montal, dont je
vous apprens la mort, est le
troisiéme de ses Enfans tuez
dans le service. Il y en avoit
un Capitaine dans son Reginicnt.,
qui fut tuéenFlandre,
par un Party des Ennemis.
Mr le Marquis de Montal
qui vient dedéceder a lailsé
trois Garçons en bas âge,
& un Neveu qui porte son
1\orn, ce qui donne lieu d'esperer
qu'un nom si fameux
se conservera longtemps dans
son éclat. Le courage est si
naturel dans cette Famille,
qu'on remarque qu'un de
leurs Ancestres maternel,
nommé Scbaftien de Rabatin
,
Chevalier de l'Ordre
de S Michel, fit une action
si remarquable, quel'acte en
est demeuré dans l'Histoire.
Il attaqua luy [cul, & tua
dans la Forest de Fontainebleau
,
fous le regne de Charles
IX. une Beste monstrueuse
qui devoroit les hommes,&
& dont le Tableau se voit
encore aujourd'huy dans une
des Galeries de ce Chasteau.
Mrde la Haye, Docteurde
la Maison deSorbonne, Chanoine
& Doyen de l'Eglise
Cathédrale de Noyon, mourut
Dimanche dernier. Mr
rEvcfcme de Noyon a nommé
à ion Canonicat Mrl'Abbé
d'Estourmelles du Fretoy.
Le Doyenné est'à l'élection
du Chapitre.
{ Le Roy a donné une place
de Conseiller d'honneur au
; Parlement àMr de Maupeou,
President de la Premiercdes.
Enquestes
,
qui a remis la
Charge de President à son
Fils,Conseiller de la QuatriJéme
des Enquestes, receu déjà à
la survivance dela Charge de
President.SaMajesté a aussi
donné 1 une pension de cinq
mille livres à Mr de Harlay,
Conseiller d'Etat,Gendre de
Mr leChancelier.
Si l'amour & l'interest n'aveugloient
point la pluspart1
de ceux qu'on voit tous les
jours donner si facilement
dans le mariage, il en est peu
que cet engagement n'étonnait
, & qui en consultant
leur raison n'en regardassent
les suites avec la mesme
frayeur qu'elles ont causée a
un Cavalier dont je vais vous
apprendrel'avanture. Il étoit
né avec tous les avantages
qui font réussir auprès des
Femmes. Tout plaisoit dans
sa personne
,
& il avoit un
esprit insinuant, qui luy donnoit
l'art de faire croire tout
ce qu'il vouloit persuader. Il
ne disoit rien qui ne fust
accompagné d'un enjoüement
merveilleux, & cet
cnjoüement estant fin & délicat
,
il eust esté difficile de
!
s'ennuyer avec luy. Joignez
a. cela une grande complaisance
qui le rendoit toûjours
prest à faire toutes fortes de
parties.Aînsï on le souhairoit
par tout, & il estoit peu
de jolies Dames qui ne le
trouvassent d'un agreable
commerce. Comme il en
estoit reccu assez favorablement
,
il passoit pour homme
à bonne fortune
, & à
juger de luy par les apparences
, ce n'estoit pas toujours
inutilement qu'il foupiroit.
Parmy tant de bonnes
qualitez
,
il ne laiÍfoit pas
d'avoir un fort grand defaut.
Son coeur estoit naturellement
sensible aux charmes de
la beauté, mais sa confiance
ne se trouvoit point à l'épreuve
des faveurs, & il é~
toit extrêmement dangereux
de s'écarter avecluy du chemin
étroit de la sagesse. Si
le relâchement luy plaisoit
d'abord, il estoit bien-tost
suivy du dégoust
)
& ce dégoust
ne manquoit jamais de
produire la rupture. Cependant
la galanterie estant sa
passion dominante,il s'abandonnoit
à son panchanr avec -
si peu de reserve
, que quoy
qu'il sesentistincapable d'un
attachement d'un peu de durée,
il ne pouvoit s'empescher j
d'entrer dans des commen-]
cemens de passîon avec tous
ce qu'il voyoit de belles personnes
& comme selon le
plus ou le moinsd'obstacle
qu'il trouvoit à estre écouté
d'une maniere qui le fatisfin:
,
l'engagement qu'il prenoit
estoit plus fort ou plus
foible ,il se mettoit quelquefois
dans des embarras si
grands par les déclarations.
que son amour l'obligeoit à
faire, que ce n'estoit pas sans j
peine qu'il obtenoit des iiv
teressez qu'on luy voulust
bien rendre sa parole. Tant
qu'il voyoit celle dont il se
sentoit touché, il luy estoit
impossible de s'endétacher,
pourvcu qu'elle affréta{\: d'être
indifférente, & dans l'envie
de luy faire dire qu'elle
le croyoit digne d'estreaimé,
si les afleurances du plus tendre
amour ne la pouvoient
obliger à luy laisser voir que
soncoeur avoir receu les impressions
qu'il avoittâché d'y
faire, il ne faisoit point difficulté
de parler de mariage,
C'estoit là la fin desa passion.
Ildemeuroit alors deux
jours sans la voir, & sa raison
dont il reprenoit l'usage
,
luy
repre sentant les fuites fâcheuses
d'une liaisonquine sïnik
soit que par la mort, il en
estoit tellement épouvanté,
qu'il n'y avoir point d'amour
qui tinst contre les chagrins
qu'il s'en figuroit inseparables.
Ce genre de vie qu'il
menoit depuis dix ou douze
années,ayant fait connoistre
tout son caractere
, on ne le
regardoit plus que comme
un homme simplement galant
, & dont les plus fortes
protestations ne dévoient a:
voir rien de solide. On ne
laissoit pas de le recevoir avec
plaisir dans tous les lieux ou
il les faisoit, quoy qu'on sust
persuadé qu'il les oublioit siiroft
qu'il les avoit faites; & aprés plusieursintrigues,dont
r
il s'estoit toûjours tiré à son
avantage, il s'embarqua enfin
si avant qu'il perdit la tramontane
,
& fut sur le point
,d e faire naufrage. Un Amy
qu'il estoit allé voir à la campagne,
luy proposa d'aller -
passer quelques jours chez une
Dame d'un fortgrand merite,
qui n'étoit éloignée de luy,
que de trois ou quatre
lieuë^J
&qu'il vouloit luy faire con-j
noistre. Cette Dame meritoit
bien par son esprit & par ses
manicres qu'on l'allast chercher
encore plus loin. Son
honnesteté gagnoit le coeur.
de tous ceux qui lavoyoient,
& ce qui fut un grand char-]
me pour le Cavalier, elle avoit
une Fille toute aimable,
& dont la beautéestoitaussi
vive que touchante. La partie
se fit. Ils allercnt chez la
Dame,&ilsenfurent receus
dela manière du monde la
plus obligeante. Le Cavalier
ne manqua pas à estre frappe
d'abord des agrémens de la
Fille. Illuy conta des douceurs
)-& il le fit dés le lendemain
avec de si grandes
marques d'une veritable passion,
que la Dame qui s'en
apperceut demanda à Ton
Amy quel homme s'estoit,
& s'il n'avoit point d'engagement
quideust empescher
tlu"on ne l'écoutast- Cet Amy
luy répondit qu'il avoit beaucoup
de bien,& queducosté
de la fortune, sa Fille auroic
peine à rencontrer mieux ;
mais que s'il estoit facile à
une jolie personne de luy
donner de l'amour, les reflexions
l'en guerissoient des
qu'on luy laissoit le tem ps de
se reconnoistre,&que si elle
vouloir l'engager d'une maniere
à le mettre hors d'estat
de s'en dédire, il falloit qu'en
se montrant presque toujours
à ses yeux, elle fist agir tout
ce qu'elle avoit de charmes,
comme sans aucune envie de
luy en faire sentir le pouvoir;
que rien ne le piquoit tant
qu'une indifférence qui n'eust
ny rudesse ny mépris,&que
sur tour on devoit presser l'efset
desaffeurancesqu'il pourroit
donner, sans souffrir qu'il
s'éloignast, estant certain
que s'il ccfloit une fois de
Svoir> il ne tiendroit rien de ce qu'il auroit promis. La
1.
Belle ayanr receu ces instructions
par la bouche de sa
Ii Mere
, trouva beaucoup de
facilité à s'en servir. Elleestoit
naturellement indifférente, de
saraison l uy avoit appris,au ssi
bien qu'au Cavalier, que le
Mariage estoit un engagetn1en
t terrible. Ainsielle ne s'yrefo:voitque parce qu'elle
n'avoit point assez de bien
pour vivre toujours dans l'indcpendancc.
Lcs Amoursfcmbloient
répandus sursonvisage,
& son application à
n'oublier rien de ce qui pouvoit
en augmenter le brillant,
donna tant d'amour au Cavalier
, que tout son coeur se
montroit dans ses regards;
mais plus il s'abandonnoit à
sa passion, plus la belle étoit
reservée dans ses manieres.
Une fierté digne d'elle reliaufloit
l'éclat de sa beauté, ,.
& l'adresse qu'elle avoit à détouner
le discours
,
lors qu'il
le faisoit tomber sur les entimens
qu'elle estoit capable
d'inspirer aux plus insensibles,
luy faisoit chercher avec
plus d'ardeur les occasions
de l'assurer qu'il n'avoir
jamais rien vû de Il charmant
qu'elle. Elle écoutoit tout
cela comme n' y faisant nulle
attention. Au contraire) elle
sembloit plûtost rejetter les
choses flateuses qu'il luy disoit,
que prendre plaisir à les
entendre. Cependant à force
: devoir, &dela trouver peu
susceptible des imprcffions
qu'il avoit fait prendre à
quantité d'autres, il en devint
amoureux si éperduement ,
queles déclarations qu'illuy
fâisoit ne rayant pûobliger
à laisser voir un coeur fcnfible
,
il ne fut plus maistre de
sa passion. Ainsi entraînépar
sa violence, & ne pouvant
résister-à l'impetuositéde ses
desirs, il luy demanda si elle
pourroit se résoudre à l'épou- - fer.La Belle engagée à luy
donner une réponse précise,
luydit d'ungrandserieux,-
maisaccompagné d'un air
- honneste que quand sa Mere
autoit fait un choix pourfille*
elle sçavoit que rien ne la pouvoit-
difpcnter deseconformer
à ses volontez Il eut
beau presser pour apprendre
d'ellesi son coeur ne souffriroit
point de l'obeissance où
il la voyoit si prête; il pûtrien ne obtenir de plus, &
fut contraint de s'ad reflet à
laMere,qui pour l'enflâmer
encore davanrage, luy demanda
quelques jours pour
aviser aux moyens de retirer
la parole qu'elle supposa avoir
donnée en quelque façon à
un Gentilhomme, quis'estoit
déclaré depuislongtemps.
!
La menace d'un Rival fut un
motif fort pressant pour porter
le Cavalier à ne- garder
plus aucun pouvoir sur luymesme.
Non feulement il prià
la Dame de luy épargner Ici
desespoir où il tomberoit si
son bonheur estoit incertaine
mais il força sonAmy d'agir
auprès d'elle pour l'engager
a entrer dans son party, préferablement
à ce qu'il pouvoie
avoir de Rivaux. La Dame
qui arrivoit par là à ses
fins, seignoit de se laisserar'l
racher comme par force le
consentement qu'on luy dc1
mandoit, à condition qu'on
fcroit le mariage sans aucun
retardement, afin que quand
le Gentilhomme viendroit;
il n'eust à faire que des plaintes
inutiles sur lesquelles elle
trouveroit moyen de lesatisfaire.
Le Cavalier se montra
charmé de ce triomphe
, &
ce fut alors qu'on prit foin
plus que jamais de le bien
garder à veuê, de peur qu'il
ne fist ses reflexions tumées accou-
,
si on l'abandonnoit
à luy-mcfme. La Mere & la
Fille ne le quittoient presque
point pendant tout le jour,
&sonAmy qu'on faisoit coucher
dansla mesme chambré,
passoit une partie de la nuir à
l'entretenir des beautez de sa
Maistresse. On envoyaàParis
pour la dispense des Bancs,
& le Contrat sur fïgné des
Partiesinreressées. Leschoses
se trouvant en cet cftat>leCa-,
valicr fr flata d'avoir le plaisir
de faire dire à laBelle que son
amour la touchoit;mais elle
1 affecta toujours la mesme reserve
, & tout ce qu'il en
obrinr) cc fut que l'obeissance
qu'il luy voyoit rendre aux
volontez de sa Mere,suffisoit
pour
pour luy répondre de l'attachement
qu'elle auroit à son
devoir, quand elle seroit sa
Femme. Le jour fut choisi
pourlemariage,& lanuit
qui précéda ce grand jeur>
le Cavalier ne pûts'empêchcr
de pouffer quelques soupirs,
dont son Amy ne luy voulut
point demander la cause.Malgré
tout l'empire que son
amour avoit pris sur luy, il
ne put bannir de sa pensée
le dur esclavage où il estoit
prest des'assujettir. Cependant
il avoit esté trop loin
[pour estre en estat de reculer..
Le nouveau brillant qu'il remarqua
dans la Belle qui s'é.
-
toit parée à son avantage,le fie
aller à l'Eglise avec une ferme.
té qu'ilne croyoit pas pouvoir (
démentir. Ilne put pourtant
la soûtenir jusqu'au bout.
Tout ce qu'il y a de fâcheux
& d'incommode dans le ma-
1 riage s'offrit à les yeux tout
à la fois. Il en frémit, changea
de couleur, & se laissant
aller sur un siege, il eut une j véritable défaillance. Il ouvroit
les yeux de temps en
temps» & les refermoit presque
aussi tost; de fortequ'^
ayant esté plus d'une heure
sans revenir tout-à fait à Iujr3
on fut obligé de le porter
chez la Dame) où le frisson
l'ayant pris, il eut une fièvre
violente. Il se mit au lir, &
quelques remedesque l'on
cmployaft
)
il y demeura plus
de trois remaines. Lors qu'il
se vit assez bien pour n'avoir
plus que des forces à reprenr
dre, il pria la Dame de luy tvouloir accorder uneaudienj
ce particulière en presence de
ison Amy.
*
Ce fut pour luy
avouer que son mal n'estoit
venu que des frayeurs que le
mariage luy avoit causées, &
que connoissant qu'il n'y pouvoit
estre heureux,ny rendre
sa Fille heureuse
,
illuy offroit
tous les avantages qubelle
pourroit souhaiter pour
le laisser à luymesme; que
quoy qu'il se défendift d'accepter
l'honneur qu'on luy
vouloir faire en la luy donnant
pour Femme ,illaimoit
toujours avec tant de force,
que ce luy seroitun veritable
supplice s'il la voyoit entre
les bras d'un Rival) & que si
elle se sentoit capable de renoncer
comme luy à semarier
jamais, il estoit prest de luy
donner une Terre de dix mille
écus se contentant du seul
plaisir d'estre son plus verirable
Amy. L'estre parur fort
avamageuse à la Demoiselle,
quin'ayant point de tentation
pour un Mary, n'eut
aucune repugnance à accepter
la condition. On rendit
nul le Contrat de mariage,
& l'on en fit un de donation
dans toutes les formes. Le
Cavalier cft ravi d'avoir dans
la Belle une Amie pleine d'efprit,.&
dont la sagesse cf1
connue de tout le monde;&
la Belle si reservée pour l'a-,
mour 5 ne fait point difficulté
de s'expliquer avec luy sur
l'amitié.
Nous voyons tous les jours
des Chef- d'oeuvres de l'invention
des hommes; il en
vient de paroistre un nouveau.
Voicy de quelle manière
en parlent les véritables
Juges de ces fortes d'Ouvrages.
EXTRAIT DES REGISTRES
de l'Academie Rovale
des Sciences. L E premier de ce mois, l'Academieayanteslé
invitée
d'allervoirune Machine inventée
par les Sieurs Duquet($/
le Gerer) a trouvé que cessoit
une Chaire roulante à quatre
roues,montée surunBrancjit. P, r t., n Era;7 ~.;;. r.
Elle prenait son nlOU'L'fwrnt-rt;r
le poidsd'un homme de bout,
placé sur le derrieredeladite
Chaire à la placed'un Laquais?
lequelse balançant tantoif sur
nn pied, & tantofl sur l'autre 3
faisoit aller cette Chaire avec
deux hommes dedans) d'une telle
uitejpfidans les allees d'unjardiny
qu'on avoit peine à la suivre.
Elle tournoit fort court en tous
sens3fdon que ceux qui efloient
dedans vouloient la détourner)
par le moyen d'unpetittimon
ou gouvernail* fortleger rtJ aisé
a, minier. CC'etteMMaclh.ine a e:fet~
trouvée fort ingenieuse
,
facile
dans son usage, f0 Jimple dans
sa compojtrion ; & en cette consideration,
la Compagnie leur a
donné lapresente atteHationyce
quatre Aoufl milfix ans quatre- vingtIl
faut remarquer que cette
Chaise fait toutes les fonctions
dont il est parlé dans
-
cette attestation
,
sans aucuns
ressorts que ceux qu'-
on y met pour la suspendre.
Ceux qui voudront avoir de
ces Chaires, s'adresseront dans
1 Iflc,chcz le Srde Geret,ou
chrz leSr Duquet, ruë de la
Vieille- Draperie
,
à l'Image
S.Joseph. On ne les vendra
que deux cens livres. Outre
qu'elles peuvent servir à se
promener dans un Parcelles
sont encore propres à rouler
sur le pavé, & montent mêla
me d'un pied par toise avec
la même charge;ce qui fëvtt
à Versailles, sur la findûmois
d'Aoust,où une decesChaises
monta depuis la première
grille du Chasteaujusques à
la Chapelle, & fit ensuite cinquante
tours dans la court
Comme il se trouve des incredules
qui n'ajoûtent fo
qu'à ce qu'ils ont vu , on 3
naisune de ces Chaises dan
un grand terraina où on iJ
peut voir courir,&faire tou
ce que je viens de marqui
C'cfl: dansl'Ist Nostre~D
vis-à-visdeSaint Loüis. Cq
onneraune entière liberté
le se promener dedans à ceux
lui le souhaiteront.
Je vous dis il y a deux mois
que le Pcre Placide
, Geographe
du Roy, devoit donner
au mois d'Aoust une nouv
velle Carte de Hongrie;il a
enu parole , puis que cette
Carte paroist depuis quelque
tem ps ; son étendue fait voir
qu'elle est d'une grande utiité.
Elle comprend les sept
principales Provinces du
Royanme de Hongrie., qui
sont, la Hongrie,la Tranfilvanie
,l'Esclavoniela Croarie,
la Dalmatie, la Bosnie
,
& la Servie , avec une partie
de la Valaquie;ainsi on y
peut voir les marches des Armées
Impériales
)
Turques,
& Vénitiennes. Les Confins
ducosté d'Allemagne, & d'Italie
,
n'y sont pas oublicz»'
puis que l'on y trouve presque
toute la haute Alitmagne,
& la moitié du Golfc de
Venise. L'exactitude avec la- 1
quelle 1"A uteur a leu les Relations
, & les Histoires de
Hongrie,luy ont fourny plusieurs
remarques Géographiques
qui Ce
connoissentpari
ituation de plusieurs lieux,
par la disposition des Rires
,& de quelques Isles
Danube.Cette Carte est
posée de maniere, que bien
elle soit tres-ample
,
elle
nferme seule, ce que l'on
sçauroit trouver que dans
usieurs.Elleest neanmoins rtagreable,parce que l'on
découvre d'un seul coup
oeil
, non seulement toutes
s différentes parties des Pronces
; mais encore parce
ue la beauté de la graveure,
it que les plus petits noms
y lisent, & s'y trouvent sans
peine. La netteté & lexa&i-f
tude de cette Carte ne doivent
pas surprendrea puis
que le PerePlacideest Beau*
frere de feu Mr du VabCeographe
ordinaire duRoyM
qui avoit pris un foin particulier
d'en faire son Eleve.
L'esprit de reconoissance.
fait travailler ce Pere à meui
tre les oeuvres de feu Mc du
Val dans l'ordre qu'on a pl
les voir en 1688. Il a employ
depuis ce temps-la ses heure
de loisir aux Cartes qu'il al
données au Public je dis le
heures de loisir, puis qu'ils
mplit avec distinction tous
s emplois de son Ministe-
, & tous les devoirs de
profession. La Carte de
~ongrie
,
dont je vous viens
e parler, se vend chez la
euve du Sr du Val,sur le
hiay de l'Horloge du Palais,
Grand Louis
,
où l'on
~ouve les Cartes de Flandre,
e Savoye, & de Piemont, du
ere Placide.
Mr le Duc de Médina Si-
~onia ayant resolud'assieger
~ratz de Mollo
,
qui elt la
Mace la plus avancée du
Roussillon
y
fit marcher son
Armée
,
aprés avoir marqué
par des discours remplis de
vanité
,
qu'il estoit seur de
l'emporter en peu d'heures,
& prit des quartiers aux environs
de la Place. Mrle Duc
de Noailles ayant appris le
desseinde ce General resolut
de marcher aux Ennemis &
de les combattre ; mais* en
ayant esté avertis,ils ne jugerent
pas à propos de 1 atrendre,
& leverent le Siege.
avec beaucoup de précipitation.
Leurs Quartiers estant
fort éloignez les uns des autres,
ils craignoicnt qu'on ne
leur en enlevait quelqu'un
& apprehenderent mesme
pour leur Canon, Ils décampèrent
fort à propos, puis
que Mr de Noailles n'entreprend
rien qu'il n'ait pris de
justes mesures.
1 J'ay peu de c hofcs à vous
mander d'Allemagne
)
les
chaleurs excessives ayantcausé
tant de maladies dans les
deux Armées, qu'elles ne fc
font pas trouvéesenestat de
rienentreprendre;cependant
la nostre a eu l'avantage: de
vivre pendant toute la Campagne
aux dépens des Ennemis
tant en deçà qu'en
delà du Rhin ; de prendre de
bons Châteaux & de petites
Villes, & de tirer quelques
contributions. Les Allemans
ont eu beaucoup plus de Malades
que nous , parce qu'ils
font moins accoûtumez aux
grandes chaleurs, & il leur
en est beaucoup plus mort
parce qu'ils n'ont pas d'Hôpitaux
comme nous, & que
l'on a peu de foin de leurs
Malades. *1
Nostre Arméedécampa
de Weyer le jour de Saint
Louis à la pointe du jour.
On y cua demeuréplus longtemps
si l'air y eust esté meilleur.
On vint camper à Eberstein.
La situation du
Camp estoit assez belle, jtla
droiteregardoit la Montagne
du costé de Kuppcnheim. On
estoit campé sur deux lignes.
Les quartiers estant moins
serrez en ce camp-là
,
& les
eaux estant meilleures ,11 y
eut beaucoup moins de Malades.
Il y avoit une petite
Ville à deux lieuës du Camp
nommée Gernspach
,
dora la
« Garnison a toujours incommode
les partis du FortLouis,
& Mr le Maréchal de Lorge
apprehendant qu'elle n'inquierast
nosFourageurs,commanda
Mrle Prince de Conty
pour l'allerinvertiravec mille
Chevaux, & environ deux
mille Fantasins. Ce Prince
estant party la nuit, se trouva
au petit jour à une Redoute
qui estoit à demye lieuë de
la Ville. On l'attaqua d'àbord,&
l'on y fit prisonniers
dix Soldats, & un Sergent.
On alla en fuite se poster
proche de la Ville, où «
l'on attendit les ordres de Mr
le Maréchal. La Ville estoit
revêtuë d un Fossé avec une
forte palissade
,
de maniere
qu'il falloit du Canon pour
la prendre. Mr de Dourlac
estoit sur la hauteur avec
quatre mille hommes
, ce qui
fut cause que l'on commanda
Mr de la Frefilliere avec du
Canon) & de l'Infanterie pour
servir dans cette expédition,
quoy que Lieutenant General
,
fous les ord res de Mr le
Prince de Conty. A peine
fut.il arrivé qu'on envoya un
Tambour pour sommer la
Place,mais il ne s'y trouva
que quelques Habitans, là
Garnison qui estoit de neuf
cens hommes, en estant sortie
un jour avant qu'on arrivait
devant la Place. Ainsi
on se rendit Maistre du Château
& de la Ville sans tirer
un seul coup. La Ville estoit
pleine de fourages
,
de grains,
& de vin Le feu y prit quelque
temps après
,
& se répandit
avec tant deviolence
que l'on ne put sauver une
seu lemaison. Rienn'est plus
honteux pour les Allemans
que d'avoir abandonné cette
Place sans tirer un fcul coup,
ayant la gorge de laMontagne
pour retraite
,
& quatre
mille hommes sur la hauteur
pourJesToûtenir,
Le premier Septembre l'A.r';'
mée quitta son Camp pour
aller à Bhil qui est un gros
Bourg La Cavalerie fut campéeducosté
de Bade sur deux
lignes distantes de deux portées
de Moufquct l'une de
l'autre. L'Infanterie fut campée
àun quart de lieuëaudessus
de Bhil. Les Carabiniers
couvrirent le Camp du
costé d'Oberkirch,&lesDragons
furent postez au bas de
la Montagne.
i' Les Saxons ont souvent
manqué de vivres pendant
cette Campagne, & les Imperiaux
n'ayant pas voulu leur
donner de fourages dans des 1
temps qu'ils en avoient un 1
extrêmebesoin, M' de Saxe
fit pillerune petite Ville qui
luy en refusoit
,
& ses Troupes
la brûlerent ensuite Cette
actiona beaucou p augmente
les differends qui c stoiententre
Mr de Saxe, & Mr de Caprara,
&qui ont tant fait de
bruit.
Nostre Infanterie partit le 7.aumatinduCamp deBIhlil,&
& vint camper à Kiren
, où
elle séjourna le huitième. La
Cavalerie se rendit en un jour àVelosse,où l'Infanterie la
joignit le Dimanche matin.
On ne croyoit pas y séjourner
long-temps à cause de
l'eau qui y imanquoit,les
Paysans ayant détourné la
Riviere au pied des Montagnes.
On y remedia promptement
, mais ce ne fut pas
sans peine « car ils avoient fait
r
quantité de trous & d'élevationsqu'il
fallut remplir, &
applanir. Le rare fourage futtresdurant
ce temps-là ;cependant
on trouva quelques
meulles de foin dans les Bois
qui firent subsister l'Armée
jusques au Jeudy troisiéme.
Elle décampa ce jour-là, &
vint à une lieuë par delà Offembourg
à un petit Village
qui cft au pied de la montagne.
On y apperceut en arrivant
ùn Camp des Ennemis
qui estoit sur laMontagne,
environ à une lieuë dunostre.
Le 14. l'Armée vintcamper
à Lohr. C'est une petite
Ville fort jolie, où les equi-'
pages sont très bien logez
& mesmes fort au large. C'est
ainsi que l'on se promene dans
le Pays Ennemy , & que les
Troupes du Roy y vivent,
n'ayant pendant toute laCampagne
trouvé aucuns Corps
qui leur ayent disputé les
postes où elles ont voulu
camper.
Je vous envoye dequoy
satisfairevostre curiosité touchant
leCombat donne en- trel'Armée Imperiale
, &
les Troupes du Grand
-
Scu
gneur.
COPIE D'UNE LETTRE
Ecrite parlePrince Louis;
deBaden à Sa Majesté Imperiale
>
dattée à Salenkemen
le24.Aoust1691.
~J 'Envoye à VojlreoJUajeJlê
Imperiale par le Comte de
Durbeimp> quatorze Etendars
quiontejleprisauxEnnemis., j j3'aypdéjaafrait (Çavoir à Vojlre le Prince deVau*
demont9 comme aptes un long;
&fan$antcombats le Ciel s'ejïi
Jeçlaré four 'Vos armeS. Je fui,;
.,
déclarépour"vosarmes.Jepuis
dire que jamais on n'a combatu
avec plus de valeur ny de bravoure
Qu'ont fait tous les Officiers
gtneraux & subalternes
de cette Armée. Il ny a pas
eu un "Bataillon
> ny un Escadron,
qui naît efié plufi tirs
fois à la charge. Le Maré-
- chal general de Dunevald
',
le
Comte de Souches) le Comte de
Stirurn
y
le Lieutenant général
de Barftis
y
sy font difUngue^
d'une maniere à ne rien laijjer à
dire au deffas d'eux. Il me Jeroit
difficile defaire un détail particulier
de tout ce qui s'efl pasté
dans cette grande Journée
t
je
lai/je au Torteurd'en rendre
compte de bouche k V. M. Ils'elfluy-mesme beaucoup distingue
; f0 comme il a esté pnf
que toujours prés de moy ilaura
mieux remarqué les choses.
Je nesçay pas encore au mray
la perte des Ennemis. Les Prisonniers
m'affeurent que de dix
j mille Janijjaires de tres-bonnes 1
Troupes peu en font écl,)apez;
que beaucoup de leurs Ojjîeiers
y ontesiétueZ: Tout leur Camp j
erioit remply de chevaux& de
corps morts. Tous les Rafciens qui
Je font sâuvez de Belgrade
viennent demassurer que TAga
des Janissaires & le Sera.kj.er
doiventeflre demeurez sur la
place, mesme que le bruit cft
parmy leurs Troupes, que le
Grand Visir y a eJlf tue.
Voicy la Lifie que jenvoye
aV.M.î. desMorts&<Bl(jfe%
de ses Troupes, que je riécris
qu'avec beaucoup de douleur;
mais le feu a eslé si extraordinaire,
gr les Infidelles se font
défendusavectant devigueury
que tout le monde avoué que ce
riefl que par un miracle que les
armes de V. M. ont remporté
une si grande vifloire. Je foubattequ'avantlafin
de la Cam:
pagne Dieu me donne la grâce
de battre encore qjos Ennemis,
cr remporter sur eux miOoire,
pour l'augmentation de la gloire
dcs arma det'oflre Maifln)&
peur ta. her d' acquérir la bienveillance
& l'approbation-de
Vofire Majeflê Imperiale, st)ç.
LISTEDES MORTS
& Blessez de l'Armée Imperiale,
dans la Bataille
donnée au dessusdeSalenkemcn
,
le i<>. Aoust 1691.
MORTS.
Lç DucdeHolstein,leComte
deILaunit^y leCotnte deBu.
quoj y
le Comte de Peting
,
OjJi.,
ciers généraux. Dans -. 1 Infanterie.
Le Comte Richard de Staremberg
, Major Fine',,inian, l berg» le J^ingerman e ,le
Major Groner3 le Major H-fck,
le Major Maya ; quinze Capitaines,
six Lieutenans
}
huit
Enseignes
> & 344z- Officiers
Jubalternes ù Soldats de divers
Repimens.
o LES BLESSEZ.
Le Comte de Souches, General
de l'Artillerie; le Comte Guido
deStaremberg
,
Major general;
le Prince d'Aremberg. Ces trois
Généraux font morts de leurs
blejfuresyhier & aujourd'huy 24.
jdoufl.
L* Comte Corbellyj Çeneral
major; le Prince Charles deVaudernont
ilegerement; le Comte
ZctCCO, Colonel Bavarois ; le
Comte HenrydeStaremberg ;
le Baron d'Etmpt
,
le Marquis
de Maffler3 le Comte d'Herberflein
Je Baron VVinrklho.Ífen
>
le Aitjor VVzlprat, le Daron
Lollen : trete- trois Capitaines.
trente-cinq Lieutrnanf, dix-huit
Enseignes
J
dr 1,552. basOfficiers
Soldats.
Morts dans la Cavalerie.
Le Comte Zerini ; le Comte
Maulium; le Baron Jean de
Vert; le Major Permeiding-en:
huit Capitaines, douze Lict"ute..
nans J
trois Cornettesy &$C6.
Maréchaux des logis ou Cavaliers.
Blessez dans laCavalerie.
Le "Baron Rtitlery le Comte
de Hoentms
,
le Comte de Adarcin
t le Baron d'Obarife
,
le
Major Portenavv : le Major
Fifcber:felke Capitaines, "vingt
Lieutenansyvingt & un Cornettes,
un Aumosnier> & JfO.
bas Officiers ou Cavaliers.
Morts des Troupes de Brandebourg.
iN. 4J
Le Colonel lïelm> le Lieutenant
ColoneldeKalchfieinj trois
Capitainer, trots* Lieutenans>
sept Cornettes, trois E"feignes,
deux Àdjudans> & fzf. Sol:
dats ou Cavaliers.
Blessez des Brandebourg.
Le Lieutenant Colonel Sludou,
leLieutenant ColonelBlambenfent3
le Major Rucbat;dix
£apitaines3quator%eLieutenans,
dix Cornettes ou Enjeignes, &
jof. Soldats ou Cavaliers.
: Morts de rArnHciie Imp.
L'Ingenieur Jung; dou%e
Officiers ou Canonniers,
Valets & trente chevaux.
IL
Blessez de l'Artillerie.
Le Mt1'or de l' -1
:
LeMa\ordel'artillerie Verrier;
un Capitaine, un Lieutenant9
unCommijjaire, ~~c? ~&r fin
Adjudant, quinze CanonniersJ
quarante chevaux.
- Artillerie de Brandebourg.
--r
Vix Commissaires, Canonniers
» ou autres3 tucz ou blejJè'{.
t La pluspart des DleeK font
morts depuis la Bataille.
Dénombrement fait par un
Prisonnier Turc, des Officiers
qu'il a reconnus morts.
1. Le Grand Chambellan du
premierVtfir; le *B:.Jpi de Ca;
ramanic; dix sept Aga ou Ossi..
ciers des Janijfairts* outre pluifeun
morts qui paroi[JJient eflre
gens de qua/lié, que ce Prisonnier
a dit ne pas connoiflre. La
perte des Ennemis peut eflre de
dou\.; à quinze mille hommes,
& le bruit s'est répandu dans
l'Armée qu'elle efloit de plus de
'vViinnggtt.-.ccilnnqq mmiillle; ce que j: n'ay
pas voulu empêcher de pullier,
parce que cela anime les Soldats.
jattens les renforts de Troupes
quelay demandezàVostre
Imperiale
y
&c.
Louis DE BADEN.
Cette Lettre fait voir que lesImpériaux
ont perdu piés de dix mille
hommes dans ce Combat; &comme
dans toutes les occasions ,où
ils ont eu du désavantage
,
le temps
a fait connoistre qu'ils onttoûjours
caché une partie de leurs pertes,
il y a lieu de croire qu'ils déguisent
la verité, de crainte que leurs Alliez
ne les pressent de s'accommoder
avecla France. C'est pourquoy
en diminuant le nombre de leurs
morts, dans le dernier Combat,
ils ont augmenté la perte des Turcsdont
il estoitimpossible qu'ils pussent
alorssçavoir la vérité Le
Prince de Bade n'assure point dans
la Lettre que vous venez delire,
que le Grand Visirsoit mort; mais
il rapporte feulement ce qu'ont
dit sur cet article
,
des Prisonniers
échappez de Belgrade; ce qui ne
prouve rien, ces sortes de gens,
ne disant ordinairement que ce qui
fait plaisir, parce qu'ils font mieux
reçus, Be souvent regalez. Les Lettres
&la Gazette de Venise marquent
que ce premier Ministre s'est
fauvé dans un Bois, & d'autres
Lettres portent que l'Armée qui a
combattu contre le Prince de Bade
n'estoit qu'un détachement où ce
Ministre n'estoit pas. Quant aux
nombre des Turcs qu'on veut avoir
esté tuez dans ce Combat
,
il
efi. ridicule de dire qu'on l'a remarqué
sur le champ de Bataille,puisque
les Corps du grand nombre des
Impériaux qui ont pery dans ce
Combat estoient meslez avec ceux
des Turcs qui y ont perdu la vie.
Ce n'est point en voyant leurs
morts dans le Champ de Bataillé
que les Impériaux en ont reconnu
le nombre,mais par les Etats qui
en ont esté faits après les Reveuës;
ce qui fait que l'on ne peut parler
si-tost avec certitude de la perte
des Turcs, & que l'on ne peut dou-
,: ter que les Impériaux n'ayent au
moins perdu ce qui est marqué dans
la Lettre du Prince de Bade. Ce
qu'il y a de confiant
,
c'cft que
le Champ de Bataille est demeure
aux Morts, que les Turcs font
t retournez dans leurs premiers retranchemens
, & que les Imperiaux,
contre l'usage des Vainqueur?,
ont reculé au lieu d'avancer.J'ay
beaucoup de choses à vous dire
touchant ce Combat
, que je suis
obligé de remettre au mois prochain.
L'Eftigme du moispasséestoit
sur la Grenoüille. Je vous' envoye
une partie des noms de ceux qui
l'ontdevinée, je dis une partie,
parce que les autres l'ont expliquée
sous des noms qui ne méritent
pas d'avoir place dans ma Lettre.
Mrs Arnaudet, Avocat en Parlement
, & l'un des Echevins de
Niort ; Birault, Abbé de Nouzieres
; Chanury Entrepreneur des
Fortiifcations de la Rochelle ; de
la Prairied'Orléans; C. Hutuge
de la mesme Ville ; Bonnard de rHertel du Quesnoy,PlaceRoyale;
Castelnau de Bayonne;lejoly Luré
de S. Lubin , le tropfidelle Amant
vangé de sa perfide Maistresse de
la Cité; le Gentilhomme Courtisan
du Cardinal le Moine ,Belier
Je S. Maurice de Senlis ; le grand
Chasseur de Collange ; Gervais
l'honnestehomme
,• le Chevalier
Portalet , Commissaire des Troupes;
l'Inconstant rendu captif, ou
l'Amant de labelle (1 raniedu Paru
au Change; Bandoüin, du mesme
lieu; Perret de Séigurets ; le Chevalier
Santic de Morlaix; le Pere
de la Jeunesse de Chasteaudun;
de Jumeaux de la mesme Ville; le
Comte de Quermens
, &c Cochepin.
Mlles Marie Rance; Louison,
rueVieille-Drapperie,• Antoinette
&c Marie Belier ; Anne Charles;
Marianele Geay ,dela rue du Sepulcre
; la belle Jardinière duFauxbourg
saint Antoine; les trois Bergères
sans Bergers, du '-bay de la
Tournelle; lafainte Familledu
mesme Quay j la belle Bergère de.
Pannecau ; l'aimable Soeur de M.
le Curé de Droiffy proche Soissons;
l'aimable Blonde; la belle Vernon
de Luxembourg, & la Ressuscitée
du mesme lieu ; les neuf Muses de
Lanruel ; la Belle, de la rue Querjean
; la Dame au trésorcaché, &
son fidelle Epoux; le parfait Modele
de l'amour conjugal, de la
rueneuve saint Eustache, & l'Indolente
à l'Anagrame
, Reyne dit
Hazard, delamesmerue.
Je vous ay autrefois envoyé un
Voulume entier, par lequel vous
avez pu apprendre le cas qu'on
faisoit des Enigmes chez les Anciens
, K que les Rois quittoient 1
leurs Etats pour en aller expliquer
chez les Rois leurs Voisins; c'est
delà qu'est venu l'usage d'exposer
tous les ans au Colege de Louis le
Grand des Tableaux qui en representent.
C hacun est bien reçû pour
les expliquer, & ceux qui en rrouvent
le vray sens gagnent le Tableau
;celuy de la Rhethorique representoit
cette année la Bénédiction
d'Isaac que surprit Jacob par
par la pieuse adresse de la Mere,
au lieu d'Esaü l'aisné
, qui avoit
droit de se la promettre. On expliqua
cette Enigme sur la Mode, &;
sur le Masque. Le veritable sens
estoit le Quiproquo. Le Fils de
M. de Raymond,Fermier Genetal
des Fermes du Roy, qui la donnoit
,
parla sur ce sujet avec beaucoup
d'agrément & de presence
d'esprit.Voicy dequoy exercer le
vostre & celuy de vos Amis.
ENIGME. ENcor que je ne fois quuneJimpie
femelle,
J'aj) de Uforce aux bras anssi-bien
quen mon corps;
On dit qne je ftiJ bonne & belle9
mais ilfaut craindre mes efforts.
jay beaucêup d'ennemis sur la terre
& sur l'onde,
Jïui parlenttoujours maldemoyy
Et cependant je fais plaisîr a tout le
monde,
Sans mifme en excepter leRoy.
Jj)uand on _ffat.tpir expertence
L'effet de ma Vtrtu) mes bonnes
''lI/aliteZ)
On vient avec toute ajfurancc
M*confiermille beautcZ,
jecourssans piedstje dorssans
« Jeux., jefers en Medeciue, & j'embellisla
Rose,
Je defcens dans l'abijme
,
& monte.
ven les Chut;
Enflnje fers ou nuis félon que l'on
m'expose.
Les paroles que je vous envoye
font de M. Buquet d'Abbeville.
Elles ont esté mises enchant par
M. Normandeau
,
Organiste du
College Royal de Navarre.
1 ,.
AIR NOUVEAU. LA fesie d'une riche Cour
enta point de charmes qui me
louchent,
J Varmy l'écl*t&legrandjour WNos
tendres amours s'effarouchentf
C'ejl dans les ombres qu'un Amant
Trouve lafln de fin tourmenu
Je viens à l'Article du Combat
dont je fuis persuadé que vousattendez
les particularitez avec impatience.
Je croy que vostre curiosité
trouvera de quoy se satisfaire, puis
que laRelation que je vous envoye
a esté faite par une personne
qui joint à la plus haute naissance
une intrépidité digne de son sarg ,
& une parfaite connoissance du
métier
métier de la guerre. Voicy les propres
termes dont ce Prince s'est
servy.
-
-.
IA Tournay ce 20, Septembre1691. E vous diray que le 17. ners
les huit heures du matin, Mr
- de Luxembourg fut certain que
lesEnnemis avaient non feule-
9
ient feulement
décampéSngaisqu'ils elloient.
aiïe% à Leuze, Sur cela nous
-
commençâmes a march..c -Ja march er. omrne
Mr le Maréchalavoit eu la pré.
caauitrieon.adcecfoaimrenacicoomdmeordterotout ce
leschemins3 nom arriv-as ce
jour-a à Renay. Le lendemain
iS..ladifficulté des chemins or du
Pays nous obligea. de rejetter
presque toutes nos colonnes du
cofté de l'Escaut)cess à dire que
nostre aisle gauche allapasserà
pontarone; ainft tout ce qu'on
putfairefut de camper lagauche
à rpotte> &la droite à Herines.
à la reserve de /'aijle droite de
Qavaleriet premiere &fécondé
9ligne> de neufEscadrons que
commandoit Mz deVillars, çjt*
de la Reserve,avec quojM1de
Luxembourg alla paffer la Ronc
a Bergnau, en intention d'aller
chercher> je croy yplusen avanti
un posse qui luy convinfl) & j
qui tinjl lesEnnemis en bridesur j
les courfesquils auroknt pûfaireJ
du cossé de l'Escaut vers Mortaigne.
Nous allafriJe8d'abord
examiner un poste dont on aïoit
parléyqui cfloitde mettre lagau.,
che vers Annuin, st) p^ffant
par le Moulin de Forefi
,
étendre
jusqu'à Velaines.Cepoftc ne
parut point bon. à Mr de Lttxembourgyainflil
tourna du coté
du Mont de la Trinité) ù alla
camperquasi fous TOUYilay, sur
trois ou quatre lignes.
Les Ennemis estoient camteZ
à Leuze. De cette manicre ils
avoient leur gauche sur Lettre
( , leur droite à Lecatoirt) le
ruiffiau de Lewxesur leur gauche
,
dr celuy de Blequy derriereeux,
lesquels se vontjoindre
à LigYle;(J) quoy qu'ille
soient fortpetits, ne UiJJent pas
d'eflretres-malaiseK à paffer par
lesmarais qui regnentsur leurs
bords; ainsi vous voye;,, bien
qu'ilsefloient de maniéré que
pour déboucher de leur Camp il
falloit rtpaffercesruiffeauxt ce
qui en toujours une affaire delicate
pour de grojjesArmées qui
ne font pas fortéloignées les unes
des autres.
Le 19. Mi de Luxembourg
J
qui
partoutles avis qu'ilrecevoitecm
parce qui'lfçavoit parluy-méme,
fiedoutoit bien que les Ennemis
dévoient marcher ce jour•là avec
leur CorpJ qu'ils avoient icy
> J-aifantentoutsoixante & dix
Escadrons) ejperant que si les
Ennemis avoient marche ducote
d'Ath ou de ccluy de Cambron>
il trouveroitqu'ils auroient à
demy pafié les ruijifaux dopt je
miens de parler,e quilbattroit
àcoupfeur toutce qu'il trouveroit
en deçà, & que si les Ennneermnisisnna"
vaolouim(npt opoiirnlottmmaarrcci~hi éé,
il feroit demeurédu ., cossé d'Antonin
,
dans des pojlesquil connoissoit
) & dans lesquelsilauroit
faitvenir le rejîedefin Armee
le foir: ainsi cette entreprise
ne couroitd'autre hasard que
celuy dc battre les Ennemis, comme
il eflarrive.
Dés le joir du 18. enarrivant
icy il détacha Mr de Marfilly
avec quatrecensChevaux, moitié
de la Maison du Roy
, CM
l'autre de Cavalerie-legere
, auquel
il ordonna de$'approcher le
plus près qu'il pourroit du Camp
des Ennemis} & de luy mander
à tous momens des ncuveUM.
Le ie. MT de Luxembourg
commença a marcher, ayantfait
paffèr devant luy le Corps de
Mr de Villars> tenant le chemin
de Leufei& laissant Antonin
surnostre droite. Quand nctisfufmes
environ amoitié chemin)Mf
le Maréchal eut des axis eertains
par Marfilly> & par tous les
gens du Ptys}qui luy confirmèrent
que les Ennemis avoient
décampé deux heures avant le
jour >& nlloientducojléde Qcmbron.
Cela détermina Mle Maréchalàpyeffeï
sa marche) craignan
tqu'ils ne fussent tcus paffeK
le ruisseau de Blequuou qu'il
n'en reftafl si peu en deçà5 que
cela ne valufl pas la peine d'y
avoirrejlé.
En approchant de la hauteur de
LeuJe,4yantLeuJeànotfegauche*
Ai1 de Villars qui avoit rejoint
M1 de MarciUy} manda qu'il
loyoitpluseurs troupes des Ennemis
en Batailleprés de luy,
<&J~ A~~rfc~/ luy envoya
dire en toute diligencequ'ilriengageafl
rien qu'il ne sufl arrivé*
6-t y pouffa dans le mesmetemps
luy-mcfme. Desqu'ily fut
,
il
njit effectivement une ligne des
Ennemis de quatorze ou quinze
Escadrons qui ef/oit leur arrieregarde
; cela cflant un peu trop
fort pour le Corps de Mr de
Villarsj iljugea à propos J'ttttendre
que les Gardes du Roy
sussent arrivez
, & envoya g
toute jambe leur direqu'ils marchaientle
plus diligemment qu'ils
pourroient. Ils arrivèrent bientofl
)
neflant pas éloignez de
plus de deux mille pas. Dés qu'ils
furent vtnus> M1 de LuxeYllbourg,
les mit en bataille
dans O un terrain qui nous efloit
fort favorable; parce que nous
- le remplirons avec un nombre
pareilaceluy des Ennemis, <&~~
de Luxembourg mit sur la droite
dans des hayes qui la firmoientJ
les deux Regimens du Roy &
de Tefié, & mit à la gauche de
la Maison du Roy
,
les trois Efcadrons
de Merinville. Il attendit
un peu la Cjendarmtrie
qu'il fit mettre en feconde ligney
dés qu'elle fut arrivée avec la
Brigade de Choad. On aJeeu
que les Ennemis crurent en
voyant les Troupes de Mr de
Villars
> que c'efloit Mi de ReJ
fcns avec It Corps l com- JonsavecleCorps qu'il commandefousMons
-, mais comme
ils virent formernojlre liznet &
qujls reconnurent les qardu du
Corps, ils virent bien qu'ils s'étoient
trompe Cependant sçachant
le tour que nous avions
fait,@¡ que nous eifions partis
le 27. à dix heures du matin
de Lesina,ilsn'imaginerentpas
que nous pussions efirt la le 19.;
midy,avec un Corpsaujjt consïderable
queçeluy que nous avions,
- ce quifutcause qu'ils firent repasser
le plus diligemment qu'ils purent
toute leur aisle gauche
3 premiere
fécondeligne» qui nefaisoit
que d'achever de paJJer de
l'autre cojié du Ruijjeau de Blequi.
A mesure quils'arrivoient
ils formoient des lignes derriere
cette Arriere-garde,&firent avancer
lés cinq Bataillons qu'ils
avoient Jaiffi'{ sur le Ruisseau
de Blequi pour leur Arriere-garde,
dans des hayes& des marais
qui efloientsur leur gauche.,
qui fie trouvèrent oppofe^ aux
deux Regimens de Dragons que
nous avions sur nojlre droite.
Bien que nostre aijle gauche de
deux j o lignes que menoit Mr Rost
susi encore un peu loin en colomne
; MI" le Adarêchal voyant
que cela ^offijfioit, @ quil leur
donnoit le temps de former des
lignes à Leur asse
, crut
1
que le
temps rfloit venu de charger.
Ilfit ebranler la ligne des Gardes
du Corps qui s'approchafort
prêb des Ennemis, lesquelsayant
une petite Ravine devant eux
les attendirent fort fiercment,
(7 leur firent la déchargé à bout
pointant. Les Gardes du Corps
la receurent avec leur, fierté or.
dinaire
, & voyant qu'ils ne
s'en alloient poin't
)
ilspajprent
ce petit Ravin> £7*fiemeflerent
avec les Ennemis
>
qui je croy
ne les auroient pas attendus, si
le paJJfie du petit Ravin n'avoit
un peu dérangeles Escadrons
des Gardes du Corps. Cette
charge-la de l'aveu de tous ceux
qui y efloirnt) fut une desplus
bellesqu'on aitjamais vtuë, &
digne de la JMxifon iu Roy. Les
Ennemis plierent
,
si) les Gardes
tdu Roy les pouffant, trouvèrent
d'antres E/cadrons Ennemis qui
s'estoient formez derriere leurs
lignes qu'ils chargèrent> culbute^
nt a mesurequils les trouvaient
; mais corllme en pouffant
toujours vers le RuiJjeau
de Lacatoire
>
de Luxembourg
vit que les Ennemis avoient
encore beaucoup Ip. Troupes
en ordre» il fit faire alte a
la çjïïiaifon du Roy, & la fit
remettre en ligne, après quoy
pour ifnirl'affaire> il fit paffer
la fécondé lignei.cess à dire
>
la
Gendarmerie, W la Brigade de
Choad, dans les intervales de la
<JUaifon du Roy. Dés quellefut I
pafîeemil leur ordonnalacharge
des Troupes quelle avoit devant
elle. On ne peut s'y pre-
{enter plus fierement ; mais les
Ennemis n'en userent pas comme
à la première charge, & après
avoirfaitleurdécharges'enfuie
rent. La (gendarmerie les pouffa
juqu'à la petite portée du Mouf
quet-deligne. de Luxem.
bourg qui njoyoit leur Infanterie
sur la hauteur de l'autre cossé,
qui arrivoit & qu'ils commençoient
à en faire descéndre dans
le fonds, leur ordonna de. ne
pas lengager plut loin, ne voulant
pas que ce jour-là les Ennemis
eussentle plaijir ck dire.
qu'aucune de nos Troupes se fujî
retirée en desordre. Aprés cela
M1 le e51faréchal'Voyant que
leurArmée commençoit à paroiflre
sur la hauteur de l'autre
cofté, * que du nojlre il ne
rcfloit plus que quatre ou cinq
Troupes des Ennemis desoixante
& dix Efcadrom qu'ilsavoient
fait paffir
,
(èr qui avoient le
eu dans les bayes3 où s'efloient
retirez les cinq 'Bataillons d'Ar..
riere-garde> commença à prendre
le party deJeretirer au petit
pas yce qui fut executésans que
pas un des Ennemis ofafl repaffer
le Ruisseau.Les cinq Troupes
mesmes dont jeviens de parler,
ayantpasé le défile avant que
nous (ujJions commence à nous
retirer, nous demeurafmessur le
Champ de Bataille une heure @r
plus
3
pour retirer les Morts st)
Us Blesse
J'avois oublié de vous dire
que nos deux Regimens de Dragons
escarmoucherent toujours
avec ces cinq 'Bataillons;) (7
les amuserent pendanttoute l'aclion,
ce qui fit du bien a noflre
aisle droite, qui auroifun peupdtysans
cela.
- Mille, Q,, millecirconstancesrendent
ce Combat glorieux, tant
pour les Troupes en general, que
pour les particuliers
,
qui ont fait
des actions de valeur, & d'intrepidité
dont on a peu veu d'exemples.
Quant au General il a fait
paroistre tout ce qu'on peut souhaiter
dans un grand Capitaine,
& il y a dans l'action qu'il a entreprise
de 1 intrepidité, de la prudence
,
de l'activité, & un certain
sçavoir faire, accompagnéd'un
manège qu'il fait naturellement,
8cqui pourroit embarrasser les plus
grands Capitaines. Les Ennemis
avoient toûjours pris de si grandes
mesures pour éviter le Combat,
lors qu'ilsestoient prés de luy,
qu'il resolut de les surprendre &
de les y engager ,
lors que leur
Camp en e/ïoit à cinqlieuës. Il en
est venu à bout, ce qui ne se pouvoit
faire sans estre aussi n&if que
sçavant dans le mestier de la Gtier*
re. Il fit courir le bruit estant à
Tournay
,
qu'il avoir fait avancer
la Cavalerie qui l'accompagnoit,
dans la pensée qu'ilavoit que les
: Ennemis vouloient passer l'Escaut
entre Tournay &- Condé, & l'on avoit retenu les eaux de ces deux
Places
, comme si on en eust esté
persuadé. Il fit publier en mesme
temps que toute l' Armée devoit
suivre. La nuit du 18. au 19. il fit
faire des Ponts» & fit enGlire de
sausses marches. Cette belle manoeuvre
engagea les [nnurlfs au
Combat, 3c fut catife que mesmes
en voyant ce General &c ses Tictipes
ils ne crurent point en estre
siproches. leurs Bagagesestoient
à couvert, & il ne leur restoit que
quatorze Escadrons
,
qu'ils pouvoient
retirer, & ils auroient rendu
par là toute la diligence deMde
Luxembourg inutile ; maisestant
persuadez qu'ils ne pouvoientavoir
à faireàce General ny à la Maison
du Roy,ils crurent qu'ilsauroient
bon. marché des Troupes qui osoient
reilèr devant eux; ils en
firent mesmerepasser denouvelles,
croyant les accabler par lenombre.
Pendant ce tempsilenarrivoit
M. de Luxembourg qui les mettoit
en Bataille à mesure qu'ellesarrivoient.
Les Ennemis nepouvant
plus s'en dédire, firent venir touvai
ce qu'ils avoient de Cavalerie à
portée de s'avancer, & ils avoient
formé prés de quatre lignes ,.avaJ)tque.
M. de Luxembourg eust aff1eJv de Troupes pour une seconde Ligne.
Ce General fit engager le
combat, sans attendre celles qui
le suivoient
, parce que s'il eust
tardé plus longtemps, toute l'Ar.
rnee ennemie, dont il paroissoit
déja quelque Infanterie, n'auroit
pas manqud'avancer. Monsieur le
Duc de Chartres s'estoit mis d'abord
à la teste des Gardes du
Corps, & ptétendoit ycombatre,
& M. de Luxembourg sur obligé
de se servir de son autorité de
General pour faire retirercePrince
: cependant il ne laissa pas de
donner sur la fin du combat avec Monsieur le Duc du Mayne, d'aller & à la charge avec des Esca.
drons qui vinrentse ralier
enfoncer la derniere Ligne de, spour Ennemis
; ainsi ce Prince eut part à
la Victoire) &quoy qu'ilnesefust
encore jamais trouvé dans le peril,
il le regarda de fang froid, mais il
fit paroistre beaucoup de chaleur
à la poursuite des Ennemis. Jamais
il ne s'est vû une intrepidité pareille
à celle de nos Troupes qui
ont combatu. Vingt-deux Escadrons
en avoient soixante & douze
à combattre:je dis vingt-deux,
parce qu'ily en avoit six qui estoint
occupez contre cinq Bataillons qui
estoient dans des hayes. Ainsil'on
peut dire que les Ennemis estoiert
plus de trois contre un Ils avoient
outre cela de l'Infanterie (UP leurs
ailles, & pans un bois derrierc eux,
& de plus, ils estoient couverts
d'un ruisseau
,
qui leur dennoit le
temps de tirer sans estre inquietez
pendant que nos gens estoientoccupez
à le passer
, ce qui les dérangeoit
un peu. Ce grand nombre
d'avantages que lesEnnemis avoient
sur eux ne les étonna point, & le
sabre à la main ils allerent au pas
aux Ennemis, au lieu de reprendre
halaine
, parce qu'ils estoient venus
fort viste.
> On peut dire que la Maison du
Roy a non. feulement combattu a-
[ vec valeur dans cette occasion
, mais mesmes avec dignité, ayant
trop meprisél'interest pour mettre
pied à terre, pour dépoüiller les
Morts: elle laissa le Champ de Bataille
aux Troupes, qui ne purent
arriver assez-tost pour avoir part
à la gloire, quoy qu'elles sussent
venuës avec une extrême viceue.
Ceux qui feront reflexion sur ce
qui s'est passé dans cettegrande
Journée
, remarqueront que - la
Maison du Roy est venue de cinq
lieues battre l'aisle gauche desEnnemis
de cinquante-six Escadrons,
presque tous Allemans, & de leur
meilleure Cavalerie ,toutes leurs
vieilles Gardes, & quatre Maistres
choisis par chaque Compagnie de
leur aisle droite , & qu'aprés avoir
fait cette action
,
elle s'est retirée
en ordre de Bataille
, & est allée;
coucher au mesme lieu d'où elle
estoit partie; desortequ'on eust dit ;
qu'elle revenoit de quelque Reveue.
Il ne s'est jamais fait une si
grande action avec un si grand fang
froid ,&jamais Troupes n'ont
combatu avec tant d'ordre, n'ont
si bien confervé leurs rangs, Se ï,
ne se font tenuës si serrées;& si ,
-
elleselles
ont esté obligées à quelques
raliemens pour avoir souffert en allant
trop souvent à la charge contre
Iss mqiraes Corps; elles les ont
fait s sans perdre du terrain
, & à
la porrée du pistolet des Ennemis.
L'exercice que le Roy a de tous
temps fait faire à ses Troupes
,
est
cause qu'elles font tous les mouvemensde
Guerreavecune vitesse,
& une adresseinconcevables
, &
qu'elles se rallient de mesme. Il fut
plus aisé aux Ennemis de se rallier
sans courir de risques,parce qu'ayant
plusieurs lignes, ils se railloientderriere
avec plus de seureté & de
loisir. Un de nos Escadrons dans
la chaleur du Combat, ayant penetré
au milieu des leurs, il fit face
de tous costez, u se retira gkr',eusement
;mais un Escadron des Ennemis
estant entré parmy les nosrres,
disparutaussi-tost sans s'estre
retiré, &fut entierement défait.
M.le Comte de la Mothe estant
à la teste d'un Escadron
, & faisant
face aux Ennemis, un autre le vint
attaquer en flanc; il fit faire la con- il
version
,
chargea en teste cet Efcadron
, Se l'enfonça. On rapporte
qu'ayant veu que l'Escadron qui
le venoit prendre en flanc estoit
encore loin ,il dit quilfalloittoàjours
expedier celuy qu'il avoit ell ':
face, cr qu'ilauroit assez de temps j
pour aller au devint de celuy qui le 1
venoit attaquer. Il n'y a point eu j
d' Escadron de la Maison du Roy î
qui n'ait au moins eu affaire à deux j
des Ennemis, & les Gendarmes,
& Chevaux Legers de la Garde se
- font vûs attaquez en face, en queuë j
SCen flanc. M. de Trainel
, avec
quarante Maistres, alla charger un
Escadron des Grenadiers de Nassau
, & il eut son habir tout percé
de coups, M. le Comte de Somery
qui l'accompagnoit
,
fit voir qu'il
estoit aussibrave qu'intelligent dans
son mestier. Un Officier Ennemy
vint à M. le Prince de Bournonville
qui estoit à la teste des Gen..
darmes pour luy casser la teste d'un
cou p de pistolet
, mais son coup
ayant manquéce Prince le tua de
deux coups d'épée. Un Gendarme
fit le Comte de Lippe prisonnier,
c'estleseul qu'on ait voulu faire
dans ce Corps; on auroit esté trop
embarrassé,sionavoit écouté tous
ceux qui se vouloient rendre. Les
Grenadiers à Cheval quin'estoient
que soixante 5c sept
, ont défait
quatre Escadrons l'un après l'autre,
& pris quatre Etendards,ôc le Regiment
de Merinville une paire de
T imbales. Un Garde du Roy s'étant
seul fait jour au milieu des
Ennemis
,
alla reprendre un Etendard
qu'ils avoient emporté , 6c
s'en resaisit
,
après avoit tué celuy
qui le portoit. Un autre estant entré
dans un Escadron Ennemy, Se
ayant pris un Etendard
,
l'apporta
à un Officier qui luy dit de le garder;
maisilrépondit qu'ilavoit
autre chose àfaire, & qu'ilfalloit

qu'il retournast au Combat;Vous avez
oiiy parlerd'une action qui meriteroit
des louanges du costé de
l'intrepidiré
,
si le motif qui l'a fait
entreprendre n'en ostoit point tout
le mérité Dans le temps de la premiere
décharge, un Garde du Duc
d'Ormond
, & par consequent du
Prince d'Orange, puis que ce Duc
les commande, bien monté, 8c
avec un air fort resolu
,
vint à toutes
jambes le pistolet à la main
, &
l'épée penduë à son bras se jetter
dans ta troupe de M. de Luxembourg
, qui estoit de dix ou douze
personnes, çc il approcha assez prés
de ce Duc pour recevoir quelques
coups de canne qui luy firentman-
_<}u:;;r son entreprise. Il fut auffi-toO:
percéde coups. Je ne vous ay point
parlé des Officiers Généraux qui
servoient dans cette action. M. le
Duc de Choifeuil estoit à l'aisle
droite, ôù M. Dauger à la gauch e.
Il y avoit soixante Sedix Escadrons
en marche pour cette expédition. Il
est à croire que si toutes nos Troupes
fussent arrivées
, Se que leur nombre
eût égalé celuy des Ennemis, ils
auroient esté accablez,sans que nous
cubons fait la perte que nous avons
soufferte. Les Ennemis auroient
tort de publier encore que
M. de Luxembourg a toujours évité
le Combat
,
il n'aurait pas
pris tant de précautions
, de fait
tant de contre-marches pour les
-
y engager, & on ne luy auroit
4, rien reproché, quand il ne feroit pas
venu de si loin pour les attaquer,
& qu'aprés estre arrivé il auroit
évité le combat, ses forces estant
si inégales. Je finis par Mrde Mar- ;
cilly,Enseigne des Gardes du Corps,
dont je vous ay déjà parlé en com- i]
mencant. La manoeuvre qu'il fit 5
toute la matinée a beaucoup contribué
au succés de l'entreprise de Mr
de Luxembourg,quia si glorieuse- :
ment léufïi, Mr de Marcilly approcha
assez prés des Ennemis pour entendre
battre la generale dans leur
Camp, & il n'en estoit qu'à une portée
de Carabine quand Mrle Maréchal
avança avec les Corps de Cavalerie
qui avoient pû le suivre. On
peut dire que Mr de Marcilly a donné
de bons avis,sur lesquelson apris
de juties mesures,& qu'ainsi il a contribué
à la gloire de cette Journée,
par ses avis, par son bras, & par
son sang, puis qu'il a esté dangereufemcnt
bidlé. après avoir renversé
cinq Escadrons des Ennemis
avec cent cinquante Gardesdu Roy.
Enfin il a liél'action avec intelligence
, & l'a soutenuë avec valeur
à latefte de son Détachement.
Vous devez estresatisfaitede mov?
puis que je vous envoyé une belle
Relation, à laquelle j'ay joint toutes
les circonstances remarquables
qui font dans la plus grande partie
de celles qui ont esté envoyées. Ce
n'est pas encore tout ce que vous
souhaitez, & je fuis persuadé que
vous attendez ce quisuit,
ETAT DES OFFICIERS,
gardes, Gendarmes3Chesvatixlegers
&Grenadiers du Roy.
morts, blesse;(*epérdus le iy.
Septembre1691. prés de Leuze,
en chargeant l'Arriéré-garde
des Ennemis.
COMPAGNIE DENOAILLES
Mr de Vignau,Lieutenant, blessé
au genoüil.
Mr de S. Viance, Lieutenant, bldTé
d'une contusion dans l'aine.
Mr de Lanson, Exempt, blessé de
deux coups.
Mr de Vacquevil, Exempt, mort.
MrdeVincé, Brigadier, bûffé à
"x mort, Se deux autres Brigadiers
- blcfl'e'al
-
Dix-neuf Gardesmorts, & quaranhuitblessez
,
dont il y en a dix à
mor t.
COMPAGNIE DE DURAS:
Mr de Marcilly
,
Enseigne
,
blessé
- - à la jambe.
Mr de Chaseron, Enseigne, blessé
legerementau cou-de-pied.
D'Avignon
,
Enseigne
,
blessé à la
gorge 84 à l'épaule, le pied demis,
& son cheval tué.
Mrle Chev.de la Chaise, Exempt
& Aide-Major, mort de sa bleffure.
MrleChev.deClermont,Exempt,
fort blessé.
De la Fiste, Exempt, mort, 1
De Pruines, Exempt, mort. ]
Du Condras, Exempt, bleslé.
Tracy
,
Exempt, blessé.
De Roquebrune, Brigadier, à morr.
Du Bout-du-bois, Brigadier, blessé.
Charancy, Brig. une contusion.
Descoray, Sous-Brig. legerement.
Mr de Clermont & de Grillon
leurs chevaux tuez.
Vingt Gardes morts,soixanteblessez
& 4. sperdus, & 22 chevaux-
Compagnie de Luxtwbeurg*
Mr de Neuchelle, Lieut. mort.
Mr de Vilaine,Enseigne, b:dfé.>
Mr de Lambre
,
Exempt blessé.
Mr de ~Britac, Exempt, fort blessé.
Mr delaTomelle, Exempt, tué.
Mrde Guery, Exempt,blessé.
Mrde Parifontaine, Exempt, blessé
legerement.
Mrdela Oppe, Brigadier, mort.
Mrde Ronval, perdu.
MrsFaillis,
Ctiigniar,
Vernaux,
Darmandry,
Sous- Brigadiers,
blessez, dont deux àmort.
Vingt-neuf Gardes morts, soixante
& trois blessez, dont il y en a seize
à mort ; les autres legeïemeiu, 8C
neufperdus. 23chevaux.
Compagnie de Lorge.
Mr de la Troche, Lieutenant, mort.
Mrde Renonvillle
,
Lieut. blessé.
MrdeMonpipau
,
prison. ou mort.
Mr de Laval,Enseigne, blesséd'une
contusion à la jambe.
Mr de Laflurance Exempt 8c Aide-
Major, fort blessé.
Mr de Busca, Exempt, prisonnier.
MrdeBrossé,Exempt,mort.
MrdeManné,Exempt,blesséde
deux coups.
DelaCasille,
Le Bouvier,
De Conniet,
Rouar.
Sous-Brigadiers,
dont le dernierest
fortblessé.
Vingt-deux Gardesmorts, soixante
& trois blessez, dont il y en a seize
à mort,&le reste legerement.
Un Trompette mort.
MrDanger, Lieutenant général,tué.
Mr de la Vallette,Maréchal de
de Camp, blessé.
Le Chevalierde la Valiere, Beaufrere
deMr deCholseul,à mort
de trois coups.
MrdeToiras Brigadier, tué.
Mrde Choiseul, uncheval tuésous
luy
, & foulé aux piedsdes chevaux.
Mr de Villevrar
,
Cap. des Gardes
de Mrde Luxembourg, blclFé.
Mr de Cheneville, Enseigne,blessé.
Mr de Gaudran, Exempt,blessé. -
Gendarmerie.
Mrde Rothelin,Enseigne,mort
de quatre coups.
Mr de la Berange, Maréchal des
Logis,légèrement blessé.
Blandin &. Rochemont, Brigadiers,
perdus.
La Chataigneraye, Brig. fort blessé.
DuPlessis, Brigadier, tué.
Fermanel & d'Hautault, Sous-Brigadiers,
fort blessez.
Le Tellier. Porte- Etendard
,
tué.
MO RTS.
Saint Aubin.
Catenville.
Ginrondelle.
Aber.
Boisconteau.
Danpierre.
La Bastine.
Despernailles.
Baillevel.
Montfabré.
Du Lâche.
Quinsaque.
La Mote.
La Baine.
Caufonnier. Maisonnée.
Royan ,
Trompette. BLESSEZ A MORT.
Chateneroy, Brigadier.
Dardeville, Sous-Brigadier.
Du Plessîs-Charité, Sous- Brigadier.
Roncheray.
Peszesoire.
Dexfort.
Broffardiere.
Beauvais,fils.
Du Bosel.
Villambert.
Canet.
Du Bled.
Pomeret.
Chassenay.
Bacerolle.
- Bois-Vignaux.
Condonniers.
-
La Jolloye.
Jonvalle.
Veaudarme.
Du Coudray.
Tredavid,
Boifronder.
Perrost de Salis.
Plessis-Constant.
Ponier.
Mareniat.
Gronniere.
Doucet.
Du Forches.
Theuville.
Bongars.
LichydeVignaux.
La Grange.
Franchon.
Rinabardiere.
Frodilles.
Chevaux-Legers.
M. de la Mothé, Sous-Lieutenant
blessé legercment.
M. Varin, Maréchal des Logis,
& AydeMajor, mort.
MrsDargent, Fontenay,de Neufl
ville & Montrival
,
Mareschaux
des Logis, bléffez le premier à
mort.
Quatre Brigadiers blessez
,
dont
b trois dangereusement.
Trois Sous-Brigadiers
,
blessez.
Premiere Brigade.
bMlersssedze . SSaaiinnteteMMaarriiee--LLoonngg- pré, - prée
La Vaguerie.
De Marmont.
De Coellro
DeChasseville.
Dela Fosse Montreüil.
De la Coche. Saint Victor.
De Lignery. De Pontaet.
Seconde Brigade.
De Hautefeüille. De Fourcier.
Tooisiéme Brigade.
De Donteuil, Fils de M. de Bremoy,
Sous-Brigadier.
De Saineville.
De Surdon.
Des Landes.
De Vasalle.
De S. Victor.
QuatrièmeBrigade.
De Jechats.
De Rignegot.
DuBellestre,
BleffiZ;
Le Comte de la Moche , Commandant
, d'un coup depistolet
à la cuisse.
PREMIERE BRIGADE.
Bteffiz.
De Charmant, Brigadier, à molto
Du Hamel,àmort.
Du Tiller, le bras cassé.
De Cattautre, fort bleslé.
SecondeBrigade.
De Many, Sous- Brigadier, à mort.
De Nexion, Sous- Brigadier, une
contusion.
De Lessart, Sous-Aide-Major.
De Laumeny.
De Fenoûillac.
Basthonville, à mort.
Du Mafrant, fort blessé.
Troisiéme Brjga.de.
De la Pomerel,Brigadier, à mort.
De Vaugicourt
,
Sous-Brigadier,
fort blessé.
De Fulmont.
Dacquet
,
à mort.
De Gennets, la main dffee.
-
Le Comte de Louvigny.
De la Thuillerie, fort blessé.
De la Houssaye.
De Rouvray
,
l'épaule cassée.
Dampierre, une contusion.
La Fage, fort blessé. ',l'
De Mouchal, Sous-Aide-major?à
la main. £hiatnémcBrigade.
, -
Du Marais, Brigadier, un coup de
sabre.
De Logné,Brigadier, à mort.
Des Loges, àmort.
De Lauleon, à mort.
Boileau ,le bras cassé, & àmort.
Dalancourt,le brascassé. 1
De la Bellautiere.
Bailly, de plusieurs coups.
Fontain & Damiette,de contusions.
Cinquante-sept chevaux morts. 1
Grenadiers à cheval.
Mrde Riotor, Capitaine-Lieutenant
.à mort.
Mr de Mondesir,Lieutenant,blessé.
Mr le Chevalier de Riotor, Sous.
Lieutenant, fort blessé.
Un Sergent, & vingt ou vingt- cinq
Grenadiers tuezoublessez.
Regiment de Merinville,
Castilli, Major,mort.
Le Marquis de Brene, Capitaine,
mort.
Fongrefolles
,
Capitaine , mort.
Dix Lieutenans & Cornettes,morts,
ou blessez.
Cinquante Cavaliers morts, ou
blessez.
Dragons du Roy.
Le Chevalier de Jans
, Caprine,
Cinquante Dragons morts ou Ueffez.
Dragons de Tiff.
Plainedal, Capitaine, mort.
Deux Lieutenansblessez.
Soixante Dragons morts,ou bles- fez.
- Il est impossible que parmy un si
grand nombre de noms, il ne s'en
trouve beaucoup de défigurez pour
avoiresté mal écrits; qu'il n'yen
ait d'oubliez, &: d'autres marquez
dans des Corps qui doivent estre
dans d'autres. Il n'y a rien de furprenant
à cela, & la mesme chose
arrive toujours en de pareilles occasions.
Aprés un si grand nombre
de morts & de blessez dans un combat
oû nous avons gagné une pleine
Victoire, vous ne doutez pas
que la perte des Ennemis ne foit
beaucoup plus considerable que la
nostre. On apprend de jour en jour
qu'elle est plus grande que l'on
n'avoit cru d'abord,&c l'on a sceu
que nos Morts & nos Blessez ayant
esté retirez du Champ de bataille,
il y est resté plus de quinze cens
morts. Le nombre des Blessez est
encore plus grand; & j'aylûdans
une Lettre d'une personne digne
de foy, que cinq cens Cavaliers,
tous blessez par derriere ,s'estoient
retirez à Ath, & que le Gouverneur
les avoir traitez de lâches qui
s'estoient laissezblesserm fuyant.
D'autres Lettres assurent que toute la Cavalerie ennemie
,
chagrine
au dernier point d'avoir esté batuë,
SC n'osant se montrer, s'est enderement
debandée
, & que la pluspart
des Allemans font retournez
en leur Pays. Il n'y a que trois à
quatre cens Prisonniers
, parce que
l'on n'a point fait de quartier. On
a pris quarante Etendards
, 8c
quelques paires de Timbales. Plus
on lit de Relations de cette action,
plus on découvrequ'elle est g10-
le
rieuse aux Armes du Roy, & à la
Maison de Sa Majesté. Le terrain
qui estoit entre les Ennemis, &nos
Troupes estoit tout remply de'
fossez
,
qu'il falloit passer, & dans
lesquels il tomboit quelquesCavaliers
en les fautant. Ce danger
essuyé
,
ils se trouvoient exposez
à un aurre,puis qu'ils estoient d'abord
poitez dans les premiers rangs
des Ennemis,qui ne leur laissoient
pas le temps de se reconnoistre.
La pluspart avoient déja essuyé des
décharges des Ennemis qu'ils faisoient
de la longueur du Fossé,
& l'on peut dire qu'ils tiroient nos
Troupes au blanc. A mesure qu'on
défaisoitleurs Efcadrcns
,
il en
renaissoir d'autres. On a esté fort
long-tem ps méslésans qu'aucun de
nos Encadronsait reculé d'un seul
pas, & celuy qui a dit que la Maison
du Roy est une citadelle ambulante
, a parlé fort juste.
Quand les Ennemis voulurent
quitter leur Camp pour marcher
vers Leuze,parce que nous estions
trop proche d'eux, te qu'ils apprehendoient
le Combat,qu'ils nous
accusoient de fuir, ils laisserent
plusieursTambours dans leur Camp
pour battre la Generale long-temps
après leur départ; mais M. de Luxembourg
beaucoup plus habile que
tous leurs Generaux,n'a pas laissé
de les couper. Ils se consolerent
d'abord par l'avantage du terrain,
par celuy d'estre trois contre un,
sans compter cinq Bataillons d'Infanterie.
Ces avantages les gerent enga- d'abord à faire bonne contenance
,
ils se mirent dans le meilleur
ordre qu'ils purent, &. pour 1
se servir à la fois de toutes leurs
armes, leurs Cavaliers dans plusieurs
de leurs rangs,avoient al",
ternativement le fabre &. le pistolet
à la main.
Le20. Mr l'Abbé Riqueti dit une
Messe solemnelle dans le Camp,
pour remercier Dieu de l'avantage
remporté sur les ennemis de son
Eglise. Tous les Officièrs généraux
y assistérent, avec autant de pieté
qu'ils avoient fait paroître de valeur
le jourprécedent. 1
On vient d'apprendre que le Prince
de NassauquicommandoitlArrieregarde
des Ennemis, a estétué
au premier choc. J
Le Combat s'appellera le Combat
de la Cattoire
, quoy qu'il se (oit
donné dans la Plaine de Leuze. Il
aesté
a esté ainsi décidé, parcequ'on a
poussé les Ennemmisjusques au ruisseau
delaCattoire.
Pendant qu'on battoit les Ennemis
en Flandre, Mr de Bouflers les
poussoit d'un autre costé, & a
menébattant le General Flemming
depuisRochefort jusques à Marche
en Famine. Il a toujours fuy
,
bien
qu'il fust superieur en Troupes. La
perte des Ennemis a cfté d'environ
trois cens hommes: mais cette
Lettre est déja chargée de tant de
détails, que je me trouve obligé de
remettreceluy-cy à L'Armée un autre temps. de Piedmont est camj.
pée auprés de Saluces, qu' elle couvre.
Lesvivres abondent dans son
Camp, pendant que l'Armée du
Duc de Savoye man que de toutes
choses dans son propre Pays
,

elle s'est trouvée deux ou trois fois
sans pain. L'armée de M de Carinat
est campée de maniere
, que.
les Ennemis n'osent l'attaquer,
voyant le risque qu'ils courent d'être
batus. Ils avoient envoyé un
Corps considerable dans la Vallée
d'Aoust qui s'y estoit retranché;
mais M. de Monbrisson ayant esté
avec cent hommes feulement pour
le débusquer
,
fit battre Ces Tambours
à la Françoise, à la Dragonne
, & à la Suisse; ce qui
épouvanta tellement les Ennemis,
que croyant avoir une Armée à
combattre,ils abandonnerent leurs
retranchemens. On y entra, on
prit tout ce qui s'y trouva, & [on
y mit le feu.
: ce qui a rompu paîtr
cette Campagne le dessein que les 1
Ennemis avoient formé de ce côtélà.
On assure qu'il y a du desordre
en Espagne;il s'estmesme répandu
un bruit que le Roy estmort, mais
ce bruit a couru si souvent,qu'on
ne doit pas facilement y ajouter
foy. Cependant on écrit que le
Duc de Médina Sidonia est allé
vers Madrid avec l'Armée de Catalogne.
Si cette nouvelle setrouve
veritabie, il faut que les remuemens
soient considerables à Madrid.
La FloteAngloise essuya une
grande tempeste le 16. de ce mois;
quatre de les plus gros Vaisseaux
ont fait naufrage : sçavoir un de
quatre-vingt-dix pieces de Canon,
&cles trois autres depuis soixante
jusqu'à quatre-vingt. Il ne s'est fauve
que dix huit personnes de ces
quatre Vaisseaux, &: les Anglois
ont perdu plus de quinze cens Matelors.
On n'a point de nouvelles
de seize autres Vaisseaux, &
tout le reste de la Floteest fort
délabré, ayant beaucoup souffert.
Il y a des nouvelles qui portent
que les Turcs ont pris un grand—
Convoy aux Impériaux.
-
Monsieur le Duc de Chartres eil
de retour de sa premiere Campagne
,
qu'il a finie glorieusement
Ce Prince a visité quelques Places
frontières, &ilareceupar toutles
honneurs dûs à sa naissance. On
luy a donnéàDunkerque le diver- j
tissement d'un combat naval. J
MrdeGuiscarest de retour à Di- 1
nant avec un fort grand Butin, d'u- J:
ne coursequ'il a faite, pour soumet- ?
tre aux Contributions des lieux qui j
n'en avoient point encore payé,
& dont ila amené quantité d'Otages.
Il passa la Sambre & la Meuse
pour cette expédition, en presence
de dix milledes Alliez. Il a brulé
vingt-six Villages
,
jusques à trois
lieuës de Maftric & de Liege
n'ayant avec luy que cinq cens
Dragons. Il a envoyé dire aux
Habitant des environs de Namur , qu'illes traiteroit de mesme
,
s'iîs
differoient à contribuer. Je suis,
Madame, vostre
,
&c.
- A Paris ce 30. Septembre1691
AVIS.
| On donnera- le 15. 'Oftobre f"& V L Entretien en forme dePasquinades
sur les Affaires du Temps.
On ne le trouvera pas tout-à- fait
sélon le plan qu'on a marqué dans
la fin du V. parce qu'il y auroit des
avions de la vie du Prince d'Orange
transposées, & qu'on a jugé à
propos de la donner de fuite. On
y verra l'histoire des premieres années
de ce Prince, dont aucun Ecrivain
n'a parlé; ce qui joint à quantité
de faits constans qui regardent
ce temps-là, rendra cet Entretien
aussi curieux qu'agreable.
Page317,ligne14. nu lieud'Antonin
)
'ifiz d'Antovin.
On trouvera beaucoup de fautes,
dans la Relation du Combat, causéespar
les Copistes.
TABLE.
pRelude, contenant toutce qui s'est
passé à l'AcademieFrançoifelc
jour de la FeJle desaint Loüis
Lettre, contenant des nouvelles dû
plujieursendroits des Indes. 23 Jeux Floraux. S2
idille. 62
Fejîecdebrée à Bordeaux. e7
Difiours prononcé à Brejl. 7S
Détail de la Campagne de M. le
Comte aEjlrées. 84
Lettre d'un Milord, Conseiller d'Etat
en Angleterre, à M. le Comte
de Porteland. 110
Lettre d'un Bourguemejlrede Nuremherg,
à un député de la Diette de BAtisbonne.Hz
Cérémonie (7 réjoui/fances faitesà
Saint Germain en Laye le jour de
la naissance du Roy. 134
Fable du Soleil& de l'Aurore. J39
charges. iff
Opérationfaite à M. le Duc de Ven-
Mdosmeo. rts.759iji
Convenrs visitez, par le Roy d'Angleterre.
16%
Beau difeours de la vraye à* de la
faujfi humilité. 16s
Introduction à la Fortification. 101
M.Arlot eflnommé premier Medecin
de Madame. 20S
LePrintemps,Dialogue.20S
Êfogc de Suint Louisprononcéà Bordeaux.
2.2/
Autrearticle de Morts. 196
Chargés&Pensions données par le
Roy. *43 J
JIijloire. 246
Extrait des Regijlres de l'Academie
Royale des Sciences. 2ji
Nouvelle Carte de Hongrie.2ys
Levée du Siegede PratzàeMollo. 241
Nouvelles d'Allemagne. 2S1
Lettres touchant le Combat donné
entre lesImpériaux & Ils "ïurcs.zçi
ArticledesEnigmes. 360
Grand détail du Combat donné en
Flandre , avec la LiJle generale
des Morts dr des BleJJc312
Nouvelles de tArmée commandés
parMrdeBouflers. 361
Nouvelles de Piedmont. 361
Nouvelles d'E.fpagne. 363
Nouvelles dela Flote Angloifl. 363
Retour de Mr le Duc de Chartres. 364
Coursèfaite par M. de Gui/car, dans
le Paysennemy> 364
tAvis. 36?
Avispeurplacer les Figures.
LAirqui commence par, Jiiimc
tendrement Lijcttc, doit regarderlapage61.
La Medaille doit regarder la page155'
L'Air qui commence par , La
Feste d'une riche Cour, doit regarder
la page 312.
Extrait du Privilège du Roy. pAR Grace & Privilège du Roy, donné à
Chaville, le18Iuillet1693. Signé, Par leRoyensonConseil, IUNQUIERES, Ilest
permis au Sieur DANNEAU, Ecuyer, Sieur
Devizé, de continuer de faire imprimer,vendreSe
débiter le Livre intitulé, MERCURE
GALANT, contenant plusieurs Relations,
Histoires, & generalement tout ce qui- dépend
dudit Livre, partel Imprimeur qu'il
voudra choisir , Et defenses sont faites à tous
Imprimeurs & Libraires, & tous autres de
faire imprimer, vendre & débiter ledit Livre,
ny graver aucunes Planches servant à l'ornement
d'iceluy, ny mesme de le donner à
lire, pendant le temps & espace de dix anlléCi
entieres, le tout à peine de six millelivres
d'amende contre les Contrevenans, ainsi plus que au long il estporté esdites Lettres.
Registré sur le Livre de la Communauté,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le