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Titre

LA CONVALESCENCE D'EUPHÉMIE.

Titre d'après la table

LA Convalescence d'Euphémie.

Page de début
62
Page de début dans la numérisation
285
Page de fin
67
Page de fin dans la numérisation
290
Incipit

ELLE se leve enfin des ombres de la mort

Texte
LA CONVALESCENCE
D'EUPHÉ MI E.
ELLE fe leve enfin des ombres de la mort
Cette femme adorée , aimée avec tranfport ,
De l'amitié le fuprême Génie ,
Et par l'Amour & la Vertu d'accord
De tous les attraits embellie ,
De ce monde charmé la Vénus Uranie
EUPHEMIE a dompté la colère du fort !
Elle a rouvert fes yeux a la douce lumière !
Les Plaifirs ingénûs , les Amours innocens
Marquent devant fes pas fa nouvelle carrière ,
Et la fément des fleurs d'un éternel Printemps
Un nouveau jour te luit ; Atropos adoucie
MAI: 1763.
A repris de tes jours le tilfu précieux ;
Et fur cette trame chérie
Va verfer tous les dons de la Terre & des Cieux ....
Objet d'allarmes éternelles
Tu ne fçauras jamais nos craintes , nos tourmens ;
D'un coeurqui partageoit tes fouffrances mortelles,
Les horribles déchiremens.
Jignorois tes périls ; ton image charmante
Rempliffoit tous mes fens;jufques dans le fommeil ,
Ton image me fuit ; & c'eſt à mon réveil
La premiere qui fe préfente.
Je me difois dans un fonge flatteur
Dont la vérité même eût avoué l'érreur :
Euphémie eft d'un Dieu le plus parfait ouvrage ;
Euphémie eft d'un Dieu la plus céleste image.
Son éclat s'embellit de la fimple candeur ;
Les Grâces à l'envi brillent fur fon viſage ;
Et les vertus refpirent dans fon coeur :
Elle connoît l'amitié pure
Dans un âge trompeur & trompé tour- à- tour ,
Où l'on ne connoît que l'amour ,
Elle aime fans foibleffe & plaît fans impoſture ;
Toujours la même aux yeux du Sentiment ,
Pour le goût toujours différente ,
A la fois vive & tendre , & naïve & piquante ,
Elle montre fans ornement
La fagelle fublime & la beauté touchante.....
Qui la connoît , doit l'aimer conftamment .
Une lugubre voix , la voix de la mort même,
Vient m'arracher à ce fommeil fi doux.
64 MERCURE DE FRANCE .
7
J'apprends , Dieux ! que tout ce que j'aime
Eft l'objet de votre courroux . ……….
Qu'Euphémie en un mot , d'un mal fubit atteinte.
J'accours , je volé à toi ... mes yeux cherchent tes
yeux ;
Dans mon fein agité ma voix retombe éteinte .
Je te vois ...la clarté s'enfuyoit de ces lieux ...
Je vois fous les couteaux du farouche Efculape
Jaillir ton fang !.. tout le mien s'eft glacé ;
C'est mon flanc même que l'on frappe ;
Je fens mon coeur de mille traits percé.
Tremblant d'ouvrir mes yeux appefantis de larmes
Surtonfort...& pourtant brûlant de l'éclairer
Craignant de trop fçavoir , & de trop ignorer ,
Emporté , déchiré d'allarmes en allarmes ;
Quelquefois embraffant ce fantôme flatteur ,
L'efpoir , du malheureux le feul confolateur ,
L'efpoir , de qui bientôt la lueur expirée
Me replongeoit aufein d'une plus fombre horreur
Et me montroit ta perte , ô ciel ! plus affurée !
Avec toi chaque inftant à mon dernier foupir ,
M'enfonçant avec toi dans la tombe éffroyable :
Tel étoit mon tourment ... torture inexprimable !
Devois- je croire encor qu'on pouvoit plus fouffrir ?
Oui !je te vois ouvrir ta paupière charmante
Pour contempler un ami malheureux ;
Tu me dis d'une voix mourante ,
Tume dis.... c'en eft fait , recevez mes adieux !
N'accufons point du Ciel la fageffe profonde ...
mon ami ! vivez pour être utile au monde,
M A I. 1763. 65
Pourvos parens .... hélas ! mes derniers voeux
Sont que ce jufte Ciel vous rende plus heureux.
Eh! ne vaut il pas mieux qu'il termine ma vie ,
Que d'avoir fur la vôtre étendu ſes rigueurs ?
L'amitié même en vous m'auroit été ravie ....
Confolez-vous du trépas d'Euphémie :
Parlez-en quelquefois , mais fans verfer de
pleurs ...
Pour moi , s'il m'eft permis d'emporter des ardeurs
Que l'innocence juſtifie ;
De mon ami , du modéle des coeurs ,
J'aurai toujours l'âme remplie ...
Ces mots à peine prononcés ,
Mots qui dans mon efprit vivront toujours tracés,
Ta me tends une main tremblante :
J'y porte avec ma bouche une âme défaillante...
D'an fardeau de douleurs mes ſens appeſantis
Dans un fommeil de mort tombent anéantis ...
Je fors de cette nuit ...Je vois quelques amis
Qui m'avoient tranfporté loin d'un fpectacle horri
ble:
Mes regards , tout mon coeur en ce moment terrible
Volent fur leur vifage ; avidement j'y lis ...
Dans leurs traits , dans leurs yeux , je cherche l'ef
pérance ! ...
Eh bien eft- elle ? ... mieux ... dans leurs bras je
m'élance ;
O mes amis !... & Ciel ! .. elle vivroit ! ...
66 MERCURE DE FRANCE.
Ciel ta bonté me la rendroit !.....
Dieu Tout-Puiffant achève ton ouvrage ;
Toi qui tiens l'éxiftence & la mort dans tes mains ,
Conferve ton image aux regards des humains.
Eh,qui pourroit t'offrir un plus touchant homma
ge ? ....
Déjà pour moi les jours devenoient plus fereins .
Tout flattoit mes fouhaits ... cependant ma tendreffe
S'inquiétoit & s'allarmoit fans ceffe.
Qui fçait aimer , craint aiſément :
Un ami d'Euphémie a l'âme d'un amant.
J'implorois à chaque moment ,
Le Ciel qui de la mort ditipoit le nuage....
Enfin , chère Euphémie , il nous a tous fauvés s
Il a calmé les flors , il a chaffé l'orage ;
Des foleils radieux fur toi le font levés ...
De la tendre amitié goûte bien tous les charmes;
Qu'une joie innocente éfface nos allarmes ;
Qu'aujourd'hui le plaifir , le plaifir fi touchant
De te voir , d'épancher dans ton fein renaiſſant:
Tous les tranfports du plus pur Sentiment
Faffe lui feul couler nos larmes !
Puiffent ces pleurs fi chers , d'intérêt dépouillés ,
Que le terreftre amour ,les fens n'ont point fouil
lés ›
Lorfque du fort mortel tu fubiras l'outrage ,
Aller chercher ton coeur fous les glaces de l'âge
Et mêler leurs douceurs à tes réfléxions !
M A I. 1763.
67
E
Une autre qu'Euphémie à cette fombre image,
Repoufferoit mes auſtères crayons ,
Mais on peut parler de vieilleffe ,
Offrir les vérités de l'arrière- faifon
A qui n'eftime la jeuneſſe ,
Q'autant qu'elle a de force à fuivre la Raiſon ..
De ton âme toujours nouvelle .
Conferve les tréfors , les attraits fi puiffans.
Tes durables appas , d'un vrai luftre éclatans ,
De l'avide vautour qui dévore les ans ,
Braveront la faim éternelle.
Il peut dans fa fuite cruelle
Emporter les faux agrémens :
Mais la vertu s'affermit fur fon aîle
Et l'amitié pure & fidelle
L
Eft la beauté de tous les temps.
Collectivité
Faux
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Résumé
Le texte décrit la convalescence d'Euphémie, une femme appréciée pour ses qualités et sa beauté. Après une grave maladie, Euphémie rouvre les yeux et retrouve la lumière, marquant le début d'une nouvelle phase de sa vie caractérisée par l'innocence et l'amour. L'auteur exprime son soulagement et son amour profond pour Euphémie, soulignant ses vertus et sa pureté. Il décrit les moments de détresse et d'angoisse qu'il a vécus pendant sa maladie, craignant de la perdre. Euphémie, dans un moment de lucidité, lui demande de vivre pour être utile au monde et de se consoler de sa mort. L'auteur se réveille finalement pour découvrir qu'Euphémie est en vie, ce qui le remplit de joie et de gratitude. Il exprime son désir de profiter des jours sereins et de goûter aux charmes de l'amitié. Le texte se termine par un vœu pour qu'Euphémie conserve ses qualités et ses attraits, bravant le passage du temps.
Soumis par eljorfg le