Titre d'après la table
Autre Article de morts.
Titre simplifié de l'article récurrent
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306
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347
Page de fin
324
Page de fin dans la numérisation
365
Incipit
L'Academie Françoise a perdu Messire Loüis Irland, Prestre, Seigneur
Texte
'Academie Françoife a perdu
Meffire Louis Irland , Preftre, Seigneut de Lavau, & de la Buffiere,
dansunâge affez peu avancé,poura
voir fujet de croire qu'elle le con
ferveroit longtemps. Il mourut le 4.
de ce mois aprés quatre joursde maladie. Il eftoit d'une tres-noble &
tres ancienne famille , qui paffa
d'Hibernie en Ecoffe: La Lettre
Patente du Royde la Grand'Bretagne pour laconfirmation , & l'antiquité de la nobleffe de cette Maifon , avec une atteftation faire fur
les lieux , & une Patente du Roy
de France donnée en confequen
ce, font imprimées chez le fieur Muguet, Libraire àParis.Je ne vous parleray que de la derniere deces Pieces
qui eft la Patente du Roy, oùaprés
Fexpofé, Sa Maiefté parle ainfi
GALANT 307
Sçavoir faifons qu'après avoir fait
voir en noftre Confeil, les Lettres Patentes de noftre Frere & Coufin le Roy
de la Grand Bretagne , cy- attachées
fous le contre-feel de noftre Chancellerie contenant une authentique
atteftation de la nobleffe & de l'ancienneté de la Race& Famille du nom
d'Irland , dont les Auteurs fortirent
d'Hibernie il y a plus de fept cens
ans, pour venir s'habituer en Ecoffe,
où eux & leurs Defcendans poffede
rent pendant trois cens ans la Terre
de Bordland, en la Frovince de Lorn,
depuis pafferent en celle de Périk,
où ils acquirent la Baronnie de Murthlie , & s'allierent par mariage avec
les nobles Familles des Moraves ,
Drummunds , Mercers , & autres ,
non moins illuftres que la leur , Nous
auons dit & declaré , difons & det
་
2
Cc ij
308 MERCURE
clarons par ces Prefentes , fignées de
noftre main , que nous reconnoiffons
le Sr de la Vau Irland, & tous les
Defcendans de Robert Irland , fon
Ayeul , qui afait la branche qui s'eft
établie en noftre Royaume , pour Gentilshommes iffus de la noble Famille
des Irland,Seigneurs de Burnbane,
auparavant Barons de ce Murthlie
Ecoffois; Avouons & autoriſons , en
tant que befoin feroit, l'ancienneté de
leur Nobleffe , fuivant le témoignage
qu'en a rendu noftredit bon Frere &
Coufin le Roy de la Grand Bretagne.
Voulons & nous plait que ledit Sr de
la Vau Irland , & autres Defcendans
de Robert , enſemble leurs Enfaus
nez en loyal mariage , foient venus,
reputez traitez par tous nos sujets,
da quelque qualité &condition qu'ils
foient , pour Gentilshommes iffus de
1
GALANT 309
ladite Famille, & ayant droit d'en
porter le nom & les Armes , & que
commetels ils jouiffenten tous lieux,
actes & affemblées , des privileges ,
prérogatives , titres &honneurs , qui
fontdeus& peuvent appartenir à la
qualité de Gentilhomme d'une ancienne extraction. Si donnons en
mandement, &c. ger
* Feu Mr Abbé de la Vau avoit de
grandes qualitez jointes à beaucoup
d'efprit qui luy ont toujours acquis
quantité d'amis du premier ordre
dans l'Eglife , à la Cour & dans la
Robe Il alla à l'élection de l'Empereur avec feu Mr le Maréchal de
Gramont, & feu Mr de Lionne,
Ambaffadeurs extraordinaires du
Roy pour y affifter . Il demeura à
la Cour de Vienne , quelque temps
aprés que leurs Excellences en fu-
310 MERCURE
rent parties, & il y rendit des fervi→
ces importans au Roy. Il pafla de
là à la Courde Rome où il s'acquit
l'amitié d'ungrand nombre de Car
dinaux , enforte qu'à fon retour en
France il en recevoit tous les ordinaires vingt ou trente Lettres, dont
j'ay fort fouvent eſté témoin. La
connoiffance parfaite qu'il avoit alors de cette Cour- là , a depuis
êté de quelque utilité à celle deFrance. Il eftoit confideré & aimé du
feu Pere Ferrier , Confeffeur du
Roy, de Mr l'Archevêque de Paris,
& du Pere de la Chaife. Quelques
années aprés fon retour de Rome,
il cmbraffa le party de l'Eglife , &
fut pourveu de la Treforerie de S.
Hilaire le Grand de Poitiers ince
qui fut fuivy de l'agrément du Roy,
pour la charge de Garde des Livres
GALANT 311
du Cabinet de Sa Majeſté , fur la
dcmiffion dc Mr l'Abbé de Chau
mont pour lors nommé à l'Evêché d'Aqs. Peu de temps aprés il fut
receu tout d'une voix dans l'Academie Françoife. It vivoit avec
beaucoup d'agrément dans cette
Compagnie où il s'eftoit fait aimer ,
s'eftant toujours attaché à faire vas
loir l'efprit de ceux qui la compo
fent.
Aprés vous avoir fait efpererpar
ma Lettre du dernier mois le retour de la fanté de Madame des
Houlieres , comment vous apprendre qu'elle n'a pu refifter à la violence de fon mal, qui l'a emportée
depuis peu de jours? Elle eftoit d'un
merite fi diftingué & fi generalement reconnu, qu'il n'y a qu'à dire que Madame des Houlieres eft
312 MERCURE
morte, C pour faire entendre à tous
ceux qui aiment l'efprit, qu'on a fair
une perte irreparable. C'eft ce qui a
fait dire d'elle,
-Des Houlieres a fceu par mille
3 chants divers
•
Le bel art de louër noftre Auguste
Monarque,
Ce fera de fon zele une éternelle
marque,
4
Et l'on l'admirera toujours dans l'Univers :
Mais belas ! quel trifle revers !
Charon vient de paffer cette Mufe en
fa Barques
Le merite, Esprit , les vers
Negarantiffentpoint des fureurs de
la Parque.
Le Public a témoigné beaucoup
de douleur de cette mort. Auffi
peut-on
GALANT. 331
peut -on dire que Madame des
Houlieres eftoit la gloire du Parnaſſe , & de fon Sexe , & qu'elle
a mis noftre Poëfie Lyrique au
plus haut point de fa perfection,
Elle avoit l'efprit d'une élevation extraordinaire , un ftile pur & delicat, & des expreffions juftes &
nobles, Jamais rien de faux ny de
rampant n'eft forty de fa Veine ,
& elle excelloit dans tous les genres. Mais fi la nature & l'art s'eftoient épuifez pour former la
beauté de fon efprit., elle avoit
l'ame encore plus belle. Elle eftoit
fidelle & genereufe , & s'interef
foit courageufement dans les affaires de fes Amis. Elle en avoit d illuftres, & fon merite qui luy en avoit acquis un grand nombre , avoit portéfon nom dans toutes les
Fevrier 1694. Dd
314 MERCURE
Cours de l'Europe , où les Ouvrages font admirez autant qu'en
France. Tout eftoit charmant en
elle. Les graces de l'efprit eftoient.
jointes à celles du corps , & elle a
efté belle jufques à fa fin , quoy
qu'agée de cinquante fix ans. Elle
eft morte le 17. de ce mois
aprés une longue maladie , avec
une refignation humble & chreftienne, & une conftance heroique , de nandant elle mefme tous
les fecours fpirituels , qu'elle a
receus dans les fentimens d'une
parfaite contrition , d'une foy vive , & d'une ferme efperance.
Meffire Caniille Savary , Comte
de Bréve, Seigneur d'Efterres ,
de Lory, Hauvours , Chantelou,
& Saint Bonet en Forefts , eft mort
dans le mefine temps. Cette Fa-
GALANT.315
mille eft ancienne & illuftre,, & il
en est toujours forty des perfonnes
d'un merite diftingué , & qui ont
rendu à l'Estat des fervices impor.
tans. Camille Savary , Comte de
Breve , grand Pere de celuy qui
vient de mourir , fut AmbaЛladeur
à Conftantinople , & à fon retour
de cette Ambaffade le feu Royluy
donna celle de Rome, Il réuffit fi
bien à toutes les deux qu'il futchoifi enfuite & nommé Gouverneur de
feu Monfieur le Duc d'Orleans , il
fe fit aimer & confiderer de cejeune Prince tout le temps qu'il en eut
la conduite, & la Cour fut tres-contente de l'éducation qu'il luy donna.
Il fut fait Chevalier des Ordres du
Roy, & Confeiller d'Etat , & époufa enfecondes nopces une four de
feu Mrde Thou, Prefident à MorDd ijj
316 MERCURE
tier , & fille de Meffire augufte de
Thou , Premier Prefident au Parlement de Paris. De ce mariage font
iffus Meffire Camile Savary, Comte
de Breve, Meffire Gafton Jean Baptifte Savary, Abbé de Breve, qui a
cfté nommé à l'Evefché de Condom , & Meffire Colme Savary,
Marquis de Maulevrier. L'Ainé
fut fait Maistre de la Garderobe de
feu Monfieur le Duc d'Orleans , &
épousa Mademoiſelle de Gerzé ,
Soeur de Mr le Marquis de Gerzé ,
qui a fait quelque temps la charge
de Capitaine des Gardes du Corps.
Son Alreffe Royale donna la furvivance de fa charge de Maiftre de la
Garderobe à fon Cadet le Marquis
de Maulevrier , qui fut dans la fuite
un Gentilhomme plein de merite
& tres eftimé à la Cour. De ce le3
GALANT. 317
cond Camille Savary, Comte de
Breve,eft iffu Camille III.du nom,
Comte de Breve, dont je vous apprens la mort. Il'eftoit tres- bien
fait , & un des plus adroits Gentilshommes de France , fur- tout à cheval. Il avoit fervy fous Mr le мaréchal de Chulambert, & s'y eftoir
fort diftingué. Il a laiffé trois fils
& une fille mariée , & deux Religieufes , de Dame Helené de Saint
Bonnet , de l'ancienne Maifon de
Saint Bonnet de Forefts. L'aîné des
trois fils, qui vivent tous, eft мeffire.
Camille de Savary, Marquis de Breve, Seigneur de Lory, d'Hauvours,
de Chanteloup, & de Saint Bonnet,
Capitaine d'une Compagnie de
Chevaux- legers , dans le Regiment
de Merinville. C'eft un Gentilhommeplein de cœur d'efprit & ,
Dd iij
318 MERCURE
d'un grand merite. Il eftoit au combat de Leuze , où il receut trois
grandes bleffures, & demeura longtemps parmy les morts. Sa jeuneffe
& fa vigueur l'ont fait revenir, de
là , & il fert plus affidument qu'avant qu'il euft efté bleffe. Ila épou
fé Mademoiſelle de la Bourelie , fille
de feu Mrle Comte de la Bourelie ,
Lieutenant General des Armées.
du Roy ,Gouverneurde Sedan , &
cy-devant Sous- Gouverneur de Sa
Majefté. Elle eft auffi foeur de Mr
le Comte de Guifcat , Lieutenant
General des Armées du Roy , &
Gouverneur de Sedan & de Namur. Le fecond de fes fils eft Cæfar
Savary , Chevalier de Breve, Capi
taine de Cavalerie dans le Regiment du Pleffis Mornay. Il eſt tresbien fait , & fe fignala à la Campa !
3
GALANT 319
?
*
gne derniere au combat où Mr le
Comte de Guilcar batit les Ennemis , & fauva un grand Convoy
pour l'armée. Le troifiéme Fils n'a
que dix buit ans , il y en a quatre
qu'il eft dans le fervice , & il receut
une bleffeuse au combat de Leuze.
Il eft Cornete de Carabiniers , &
ne fe diftingue pas moins que fes
deux aînez, Mademnifelle de Breve leur four, a époulé Mr le Marquis de Joux , d'une tres bonne
Mailon, & dont le Pere eftoit Lieu
tenant de Roy , dans la Province
de Nivernois. Mrle Comte de Breve eft fort regreté dans fa Province, il eftoit âgé de cinquante-neuf
ans.
Mr l'Abbé de Creil eft mort dans
ce mefme mois. C'eftoit un jeune
homme fort bien fait de fa perfonDd iiij
320 MERCURE
ne, & que fes bonnes qualitez font
regretter fenfiblement de toute fa
famille. Il eftoit frere de Mr de
Creil , Seigneur de Bazoches , qui
eft Confeiller en la cinquiefme des
Enqueftes , & de Madame la Marquile de Congis , tous Enfans de
feu Mr de Creil, qui eft mort Confeiller de la Grand'Chambre. La
Maifon de Creil eft des plus anciennes de la Robbe , & a donné
depuis prés de deux cens ans quantité de Confeillers au Parlement
de Paris, de Maiftres des Requeftes,
& de Maiftre des Comptes. Mr de
Creil, Capitaine aux Gardes, & Mr
de Creil,Maître desRequeftes,font
les Chefs de cette famille, qui eft
alliée aux Maifons de Nicolai, Briçonnet, Charreton de la Terriere,
Amelot , Maupeou , Molé , Betaut
& autres.
GALANT. 321
J'ay encure à vous parler de la
mort du Pere Honoré de Cannes
de noms en Capucin. Il y a peu
France plus connus que le fien,
Il s'eftoit acquis une fi grande reputation par les Miffions qu'il a
faites dans prefque toutes les Eglifes Cathedrales du Royaume, &
dans les Principales Villes , que le
public,qui a tant profité de fa vie,
a quelque interelt d'aprendre fa
mort, car il avoit cette pratique à
la fin de chaque Miffion, de demander des Prieres , & fur tout ,
difoit- il , lors que vous entendrez
dire que le Pere Honoré fere mort,
je vous prie de demander à Dies le
repos defon ame. Il a paffé trentequatre ans à faire la Miffion, allant
Ville en Ville fans aucune interruption. Il prefchoit le jour
322 MERCURE
é.
qu'il partoit d'un lieu, & fort fouvent il prefchoit encore ce mefme
jour, en arrivant dans un autre.
Son talent eftoit principalement
pour teconcilier , & pour faire
reftituer. Quoy que fa maniere
paruft fimple, & fon ftile peu
levé, il avoit une éloquence natu
relle qui le faifoit parvenir toujours à fa fin. Il eftoit populaire
avec le Peuple, mais il prefchoit
fçavamment devant les Sçavans,
comme on l'a fouvent remarqué
dans les retraittes Ecclefiaftiques.
Il a efté dans les plus belles Villes,
eftimé des grands & des petits ;
Cependantil n'ajamais eu de curio
fité pour en voir les raretez , ny
pour faire des vifites. Il emploioit
les jours entiers au fervice du pro
chain, &la nuit pour luy en medi
CALANT. 723
tation , converfant rarement, mef
me avec les Religieux. Il venoit
d'achever une Miffion à la Cioutat dans la Provence , qui eft fa
Province naturelle, & il fe preparoit à la faire pour la feconde fois
dans la Cathedrale de Toulon, où
eftant tombé malade , il y mourut
du mois paffé , âgé de foi- le 14.
xante
& trois
ans.
Les nouvelles publiques yous
auront appris que le premier de ce
mois Jean Louis d'Elderen, Evêque & Prince de Liege , mourut
prefque fubitement dans fon Palais. If eftoit fort vieux , & s'étoit
trouvé le foir à un grand divertiffement. Sur le point d'expirer,
il fonna une Clochette, & appella
Les Valets de Chambre qui vinrent
trop tard. Il avoit cfté élçu parune
324 MERCURE
a
brigue qu'avoit formée le Prince
d'Orange dans la veuë que ce Prelat ne fe mefleroit point des affaires , & qu'il en laìſſeroit tout le
foin au grand Doyen , qui eſt entierement à ce Prince. C'eſt ce
qui est arrivé à la honte des Princes Catholiques de la Ligue.
Meffire Louis Irland , Preftre, Seigneut de Lavau, & de la Buffiere,
dansunâge affez peu avancé,poura
voir fujet de croire qu'elle le con
ferveroit longtemps. Il mourut le 4.
de ce mois aprés quatre joursde maladie. Il eftoit d'une tres-noble &
tres ancienne famille , qui paffa
d'Hibernie en Ecoffe: La Lettre
Patente du Royde la Grand'Bretagne pour laconfirmation , & l'antiquité de la nobleffe de cette Maifon , avec une atteftation faire fur
les lieux , & une Patente du Roy
de France donnée en confequen
ce, font imprimées chez le fieur Muguet, Libraire àParis.Je ne vous parleray que de la derniere deces Pieces
qui eft la Patente du Roy, oùaprés
Fexpofé, Sa Maiefté parle ainfi
GALANT 307
Sçavoir faifons qu'après avoir fait
voir en noftre Confeil, les Lettres Patentes de noftre Frere & Coufin le Roy
de la Grand Bretagne , cy- attachées
fous le contre-feel de noftre Chancellerie contenant une authentique
atteftation de la nobleffe & de l'ancienneté de la Race& Famille du nom
d'Irland , dont les Auteurs fortirent
d'Hibernie il y a plus de fept cens
ans, pour venir s'habituer en Ecoffe,
où eux & leurs Defcendans poffede
rent pendant trois cens ans la Terre
de Bordland, en la Frovince de Lorn,
depuis pafferent en celle de Périk,
où ils acquirent la Baronnie de Murthlie , & s'allierent par mariage avec
les nobles Familles des Moraves ,
Drummunds , Mercers , & autres ,
non moins illuftres que la leur , Nous
auons dit & declaré , difons & det
་
2
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308 MERCURE
clarons par ces Prefentes , fignées de
noftre main , que nous reconnoiffons
le Sr de la Vau Irland, & tous les
Defcendans de Robert Irland , fon
Ayeul , qui afait la branche qui s'eft
établie en noftre Royaume , pour Gentilshommes iffus de la noble Famille
des Irland,Seigneurs de Burnbane,
auparavant Barons de ce Murthlie
Ecoffois; Avouons & autoriſons , en
tant que befoin feroit, l'ancienneté de
leur Nobleffe , fuivant le témoignage
qu'en a rendu noftredit bon Frere &
Coufin le Roy de la Grand Bretagne.
Voulons & nous plait que ledit Sr de
la Vau Irland , & autres Defcendans
de Robert , enſemble leurs Enfaus
nez en loyal mariage , foient venus,
reputez traitez par tous nos sujets,
da quelque qualité &condition qu'ils
foient , pour Gentilshommes iffus de
1
GALANT 309
ladite Famille, & ayant droit d'en
porter le nom & les Armes , & que
commetels ils jouiffenten tous lieux,
actes & affemblées , des privileges ,
prérogatives , titres &honneurs , qui
fontdeus& peuvent appartenir à la
qualité de Gentilhomme d'une ancienne extraction. Si donnons en
mandement, &c. ger
* Feu Mr Abbé de la Vau avoit de
grandes qualitez jointes à beaucoup
d'efprit qui luy ont toujours acquis
quantité d'amis du premier ordre
dans l'Eglife , à la Cour & dans la
Robe Il alla à l'élection de l'Empereur avec feu Mr le Maréchal de
Gramont, & feu Mr de Lionne,
Ambaffadeurs extraordinaires du
Roy pour y affifter . Il demeura à
la Cour de Vienne , quelque temps
aprés que leurs Excellences en fu-
310 MERCURE
rent parties, & il y rendit des fervi→
ces importans au Roy. Il pafla de
là à la Courde Rome où il s'acquit
l'amitié d'ungrand nombre de Car
dinaux , enforte qu'à fon retour en
France il en recevoit tous les ordinaires vingt ou trente Lettres, dont
j'ay fort fouvent eſté témoin. La
connoiffance parfaite qu'il avoit alors de cette Cour- là , a depuis
êté de quelque utilité à celle deFrance. Il eftoit confideré & aimé du
feu Pere Ferrier , Confeffeur du
Roy, de Mr l'Archevêque de Paris,
& du Pere de la Chaife. Quelques
années aprés fon retour de Rome,
il cmbraffa le party de l'Eglife , &
fut pourveu de la Treforerie de S.
Hilaire le Grand de Poitiers ince
qui fut fuivy de l'agrément du Roy,
pour la charge de Garde des Livres
GALANT 311
du Cabinet de Sa Majeſté , fur la
dcmiffion dc Mr l'Abbé de Chau
mont pour lors nommé à l'Evêché d'Aqs. Peu de temps aprés il fut
receu tout d'une voix dans l'Academie Françoife. It vivoit avec
beaucoup d'agrément dans cette
Compagnie où il s'eftoit fait aimer ,
s'eftant toujours attaché à faire vas
loir l'efprit de ceux qui la compo
fent.
Aprés vous avoir fait efpererpar
ma Lettre du dernier mois le retour de la fanté de Madame des
Houlieres , comment vous apprendre qu'elle n'a pu refifter à la violence de fon mal, qui l'a emportée
depuis peu de jours? Elle eftoit d'un
merite fi diftingué & fi generalement reconnu, qu'il n'y a qu'à dire que Madame des Houlieres eft
312 MERCURE
morte, C pour faire entendre à tous
ceux qui aiment l'efprit, qu'on a fair
une perte irreparable. C'eft ce qui a
fait dire d'elle,
-Des Houlieres a fceu par mille
3 chants divers
•
Le bel art de louër noftre Auguste
Monarque,
Ce fera de fon zele une éternelle
marque,
4
Et l'on l'admirera toujours dans l'Univers :
Mais belas ! quel trifle revers !
Charon vient de paffer cette Mufe en
fa Barques
Le merite, Esprit , les vers
Negarantiffentpoint des fureurs de
la Parque.
Le Public a témoigné beaucoup
de douleur de cette mort. Auffi
peut-on
GALANT. 331
peut -on dire que Madame des
Houlieres eftoit la gloire du Parnaſſe , & de fon Sexe , & qu'elle
a mis noftre Poëfie Lyrique au
plus haut point de fa perfection,
Elle avoit l'efprit d'une élevation extraordinaire , un ftile pur & delicat, & des expreffions juftes &
nobles, Jamais rien de faux ny de
rampant n'eft forty de fa Veine ,
& elle excelloit dans tous les genres. Mais fi la nature & l'art s'eftoient épuifez pour former la
beauté de fon efprit., elle avoit
l'ame encore plus belle. Elle eftoit
fidelle & genereufe , & s'interef
foit courageufement dans les affaires de fes Amis. Elle en avoit d illuftres, & fon merite qui luy en avoit acquis un grand nombre , avoit portéfon nom dans toutes les
Fevrier 1694. Dd
314 MERCURE
Cours de l'Europe , où les Ouvrages font admirez autant qu'en
France. Tout eftoit charmant en
elle. Les graces de l'efprit eftoient.
jointes à celles du corps , & elle a
efté belle jufques à fa fin , quoy
qu'agée de cinquante fix ans. Elle
eft morte le 17. de ce mois
aprés une longue maladie , avec
une refignation humble & chreftienne, & une conftance heroique , de nandant elle mefme tous
les fecours fpirituels , qu'elle a
receus dans les fentimens d'une
parfaite contrition , d'une foy vive , & d'une ferme efperance.
Meffire Caniille Savary , Comte
de Bréve, Seigneur d'Efterres ,
de Lory, Hauvours , Chantelou,
& Saint Bonet en Forefts , eft mort
dans le mefine temps. Cette Fa-
GALANT.315
mille eft ancienne & illuftre,, & il
en est toujours forty des perfonnes
d'un merite diftingué , & qui ont
rendu à l'Estat des fervices impor.
tans. Camille Savary , Comte de
Breve , grand Pere de celuy qui
vient de mourir , fut AmbaЛladeur
à Conftantinople , & à fon retour
de cette Ambaffade le feu Royluy
donna celle de Rome, Il réuffit fi
bien à toutes les deux qu'il futchoifi enfuite & nommé Gouverneur de
feu Monfieur le Duc d'Orleans , il
fe fit aimer & confiderer de cejeune Prince tout le temps qu'il en eut
la conduite, & la Cour fut tres-contente de l'éducation qu'il luy donna.
Il fut fait Chevalier des Ordres du
Roy, & Confeiller d'Etat , & époufa enfecondes nopces une four de
feu Mrde Thou, Prefident à MorDd ijj
316 MERCURE
tier , & fille de Meffire augufte de
Thou , Premier Prefident au Parlement de Paris. De ce mariage font
iffus Meffire Camile Savary, Comte
de Breve, Meffire Gafton Jean Baptifte Savary, Abbé de Breve, qui a
cfté nommé à l'Evefché de Condom , & Meffire Colme Savary,
Marquis de Maulevrier. L'Ainé
fut fait Maistre de la Garderobe de
feu Monfieur le Duc d'Orleans , &
épousa Mademoiſelle de Gerzé ,
Soeur de Mr le Marquis de Gerzé ,
qui a fait quelque temps la charge
de Capitaine des Gardes du Corps.
Son Alreffe Royale donna la furvivance de fa charge de Maiftre de la
Garderobe à fon Cadet le Marquis
de Maulevrier , qui fut dans la fuite
un Gentilhomme plein de merite
& tres eftimé à la Cour. De ce le3
GALANT. 317
cond Camille Savary, Comte de
Breve,eft iffu Camille III.du nom,
Comte de Breve, dont je vous apprens la mort. Il'eftoit tres- bien
fait , & un des plus adroits Gentilshommes de France , fur- tout à cheval. Il avoit fervy fous Mr le мaréchal de Chulambert, & s'y eftoir
fort diftingué. Il a laiffé trois fils
& une fille mariée , & deux Religieufes , de Dame Helené de Saint
Bonnet , de l'ancienne Maifon de
Saint Bonnet de Forefts. L'aîné des
trois fils, qui vivent tous, eft мeffire.
Camille de Savary, Marquis de Breve, Seigneur de Lory, d'Hauvours,
de Chanteloup, & de Saint Bonnet,
Capitaine d'une Compagnie de
Chevaux- legers , dans le Regiment
de Merinville. C'eft un Gentilhommeplein de cœur d'efprit & ,
Dd iij
318 MERCURE
d'un grand merite. Il eftoit au combat de Leuze , où il receut trois
grandes bleffures, & demeura longtemps parmy les morts. Sa jeuneffe
& fa vigueur l'ont fait revenir, de
là , & il fert plus affidument qu'avant qu'il euft efté bleffe. Ila épou
fé Mademoiſelle de la Bourelie , fille
de feu Mrle Comte de la Bourelie ,
Lieutenant General des Armées.
du Roy ,Gouverneurde Sedan , &
cy-devant Sous- Gouverneur de Sa
Majefté. Elle eft auffi foeur de Mr
le Comte de Guifcat , Lieutenant
General des Armées du Roy , &
Gouverneur de Sedan & de Namur. Le fecond de fes fils eft Cæfar
Savary , Chevalier de Breve, Capi
taine de Cavalerie dans le Regiment du Pleffis Mornay. Il eſt tresbien fait , & fe fignala à la Campa !
3
GALANT 319
?
*
gne derniere au combat où Mr le
Comte de Guilcar batit les Ennemis , & fauva un grand Convoy
pour l'armée. Le troifiéme Fils n'a
que dix buit ans , il y en a quatre
qu'il eft dans le fervice , & il receut
une bleffeuse au combat de Leuze.
Il eft Cornete de Carabiniers , &
ne fe diftingue pas moins que fes
deux aînez, Mademnifelle de Breve leur four, a époulé Mr le Marquis de Joux , d'une tres bonne
Mailon, & dont le Pere eftoit Lieu
tenant de Roy , dans la Province
de Nivernois. Mrle Comte de Breve eft fort regreté dans fa Province, il eftoit âgé de cinquante-neuf
ans.
Mr l'Abbé de Creil eft mort dans
ce mefme mois. C'eftoit un jeune
homme fort bien fait de fa perfonDd iiij
320 MERCURE
ne, & que fes bonnes qualitez font
regretter fenfiblement de toute fa
famille. Il eftoit frere de Mr de
Creil , Seigneur de Bazoches , qui
eft Confeiller en la cinquiefme des
Enqueftes , & de Madame la Marquile de Congis , tous Enfans de
feu Mr de Creil, qui eft mort Confeiller de la Grand'Chambre. La
Maifon de Creil eft des plus anciennes de la Robbe , & a donné
depuis prés de deux cens ans quantité de Confeillers au Parlement
de Paris, de Maiftres des Requeftes,
& de Maiftre des Comptes. Mr de
Creil, Capitaine aux Gardes, & Mr
de Creil,Maître desRequeftes,font
les Chefs de cette famille, qui eft
alliée aux Maifons de Nicolai, Briçonnet, Charreton de la Terriere,
Amelot , Maupeou , Molé , Betaut
& autres.
GALANT. 321
J'ay encure à vous parler de la
mort du Pere Honoré de Cannes
de noms en Capucin. Il y a peu
France plus connus que le fien,
Il s'eftoit acquis une fi grande reputation par les Miffions qu'il a
faites dans prefque toutes les Eglifes Cathedrales du Royaume, &
dans les Principales Villes , que le
public,qui a tant profité de fa vie,
a quelque interelt d'aprendre fa
mort, car il avoit cette pratique à
la fin de chaque Miffion, de demander des Prieres , & fur tout ,
difoit- il , lors que vous entendrez
dire que le Pere Honoré fere mort,
je vous prie de demander à Dies le
repos defon ame. Il a paffé trentequatre ans à faire la Miffion, allant
Ville en Ville fans aucune interruption. Il prefchoit le jour
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é.
qu'il partoit d'un lieu, & fort fouvent il prefchoit encore ce mefme
jour, en arrivant dans un autre.
Son talent eftoit principalement
pour teconcilier , & pour faire
reftituer. Quoy que fa maniere
paruft fimple, & fon ftile peu
levé, il avoit une éloquence natu
relle qui le faifoit parvenir toujours à fa fin. Il eftoit populaire
avec le Peuple, mais il prefchoit
fçavamment devant les Sçavans,
comme on l'a fouvent remarqué
dans les retraittes Ecclefiaftiques.
Il a efté dans les plus belles Villes,
eftimé des grands & des petits ;
Cependantil n'ajamais eu de curio
fité pour en voir les raretez , ny
pour faire des vifites. Il emploioit
les jours entiers au fervice du pro
chain, &la nuit pour luy en medi
CALANT. 723
tation , converfant rarement, mef
me avec les Religieux. Il venoit
d'achever une Miffion à la Cioutat dans la Provence , qui eft fa
Province naturelle, & il fe preparoit à la faire pour la feconde fois
dans la Cathedrale de Toulon, où
eftant tombé malade , il y mourut
du mois paffé , âgé de foi- le 14.
xante
& trois
ans.
Les nouvelles publiques yous
auront appris que le premier de ce
mois Jean Louis d'Elderen, Evêque & Prince de Liege , mourut
prefque fubitement dans fon Palais. If eftoit fort vieux , & s'étoit
trouvé le foir à un grand divertiffement. Sur le point d'expirer,
il fonna une Clochette, & appella
Les Valets de Chambre qui vinrent
trop tard. Il avoit cfté élçu parune
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a
brigue qu'avoit formée le Prince
d'Orange dans la veuë que ce Prelat ne fe mefleroit point des affaires , & qu'il en laìſſeroit tout le
foin au grand Doyen , qui eſt entierement à ce Prince. C'eſt ce
qui est arrivé à la honte des Princes Catholiques de la Ligue.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Mots clefs
Domaine
Résumé
Le texte relate la mort de plusieurs personnalités notables. Louis Irland, Prêtre et Seigneur de Lavau et de la Buffière, est décédé à un âge précoce après une courte maladie. Il appartenait à une noble et ancienne famille d'origine irlandaise, installée en Écosse puis en France. Sa noblesse a été confirmée par des lettres patentes du roi de Grande-Bretagne et du roi de France. Irland était connu pour ses grandes qualités et son esprit, ce qui lui avait valu de nombreux amis influents dans l'Église, à la Cour et dans la Robe. Il avait également servi comme ambassadeur extraordinaire du roi à l'élection de l'Empereur et avait rendu des services importants au roi en Autriche et à Rome. Madame des Houlières est également décédée après une longue maladie. Elle était reconnue pour son mérite exceptionnel et son esprit élevé. Poétesse lyrique, elle avait mis la poésie française à un haut niveau de perfection. Son œuvre était admirée en France et dans toute l'Europe. Elle est morte à l'âge de cinquante-six ans avec résignation et foi. Camille Savary, Comte de Brève, est mort à l'âge de cinquante-neuf ans. Issu d'une famille ancienne et illustre, il avait servi comme ambassadeur à Constantinople et à Rome, et avait été gouverneur du Duc d'Orléans. Il avait également été Chevalier des Ordres du Roi et Conseiller d'État. Il laisse derrière lui trois fils et une fille mariée. L'Abbé de Creil est décédé. Il appartenait à une famille ancienne de la Robe, ayant donné de nombreux Conseillers au Parlement de Paris. Il était le frère de Monsieur de Creil, Seigneur de Bazoches, et de Madame la Marquise de Congis. Le Père Honoré de Cannes, Capucin, est mort après avoir passé trente-quatre ans à faire des missions dans presque toutes les églises cathédrales du Royaume. Il était connu pour son éloquence naturelle et son dévouement au service du prochain. Jean Louis d'Elderen, Évêque et Prince de Liège, est décédé subitement à un âge avancé. Le texte décrit également un événement impliquant un prélat et une brigue politique. Un individu a fabriqué une clochette et appelé les valets de chambre, mais ceux-ci sont arrivés trop tard. Le prélat avait été élu par une brigue orchestrée par le Prince d'Orange, qui espérait que ce prélat ne se mêlerait pas des affaires et laisserait tout le pouvoir au grand doyen, fidèle au Prince d'Orange. Cette situation a abouti à une situation embarrassante pour les princes catholiques de la Ligue.
Remarque
L'article contient la nécrologie d'Antoinette Deshoulières, p. 311-314.
Fait partie d'un dossier