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1694, 08 (Lyon)
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Meneſtrier Societatis
JESU Bibliothecam Collegi
Lugdunenfis SS .Trinitatis pio hoc
munere locupletavit .


807156
MERCURE
Collegii Lugdun. H. Trininfod.
JepeGALANT
DEDIE A
MONSEIGNE LYON
LE DAUPHINAOUST
1694.
HT
ET
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC. XCIV.
Avec Privilege du Roy.

LE LIBRAIRE
J
7
au Lecteur.
Ay pluſieurs Livres nouveaux à
vous envoyer le mois prochain qui
Sont en chemin de Paris à Lyon ,
comme le troisième volume des revo
lutions d' .Angleterre contenant tou .
te la rebellion d'Angleterre jusqu'
aujourd'huy inquarto pour 6. livres,
le cinquième volume de D. Quichot,
les Memoires de la Cour d'.Angleterre,
par Madamed'Aunois, l'Hi-
Stoire d'Henry III, indouze , le
nouveau Estat de la France,
fieurs autres livres dont le mois prochain
vous aurezle Catalogue.
LIVRES
plu-
NOUVEAUX
du Mois d' Aoust 1694.
Sermons de Monfieur de la
ã 2
Volpillieres fur la Morale chrétienne
en 2. v.8.6.liv.
L
La Chirurgie complette par
demande & réponce , par M. le
Clerc , 12. 2.liv.
La Vie & la Doctrine Spirituelle
du Pere l'Allemant Jeſuîte
ind. 2. liv.
Abregé de la Vie du Pere Canifius
, in 24. 5.fols .
Panegyrique du Roy preſenté
àMonſeigneur le Dauphin, indouze
15. f.
Maximes & Reflexions ſur la
Comedie par M. l'Evêque de
Meaux , ind.2.f.
Voyage Hiſtorique de l'Europe
tome IV. qui comprend
tout ce qu'il y ade plus curieux
dans les Royaumes d'Angleterre
d'Irlande & d'Ecoffe , ind. 36.f.
I
MERCURE
THEQUE
DE
GALANT LYON
AOUST 1694 .
P
*
Eft une choſe inoüic
que les Conqueſtes
importantes que le
Roy a faites ,& le
nombre des grandes Batailles
que ce Prince a gagnées,depuis
le peu de temps que dure la
guerre , dont l'Europe eſt aujourd'huy
accablée ; c'est -à- dire
, depuis que le Prince d'Orange
, foutenu de la Ligue
Aoust 1694. A
2 MERCVRE
d'Auſbourg , a paſſé en Angleterre
, reſolu de nous attaquer ,
avec la plus grande partie des
forces des Alliez , fi-toſt qu'il ſe
verroit affermi ſur le Trône
que ſon ambition luy a fait ufurper
, en violant les droits les
plus ſaints. On diroit que l'union
de tant de Souverains,ſous
un Chef ſi avide du Commandement
, n'a eſté faite que pour
apprendre à la Poſterité ,la grandeur
de la France , & pour rehauffer
la gloire d'un Monarque
, qui, depuis qu'ilavoit pris
ſoinde gouverner par luy- même
, ne l'avoit pas miſe ſeulement
en eſtat de reſiſter à un
monde d'ennemis, s'il m'eſt permis
de parler ainſi ; mais encore
d'entaſſer triomphe ſur triomphe
, & de prendre autant de
Villes qu'il luy a plû d'en affie
GALANT .
3
ger. Il ne s'agit point icy de
loüanges , ce ſont des faits qui
parlent d'eux-meſmes , & qu'il
n'eſt beſoin que de rapporter
pour faire voir que l'Antiquité
n'a point de Heros , dont le
nombre des Conqueſtes puiſſe
égaler celles du Roy. Mais mon
but n'étant aujourd'huy que de
vous entretenir de ce que ce
Prince a fait , depuis que le
Prince d'Orange a envahy l'angleterre
, je vous diray ſeulement
que depuis ce petit nombre
d'années, la France a gagné
fix grandes Batailles , qui font
celles de Fleurus, de Staffarde ,
de Steinkerke , de Neervvinde,
de la Marſaille ,& du Ter . On
y doit encore ajoûter le fameux
Combat de Leuze , qui ne nous
eſt pas moins glorieux , puifqu'avecune
poignée de monde,
A2
4
MERCVRE
nos Troupes y ont défait une
grande partie de l'Armée ennemie
, avantageuſement poſtée ,
& couverte de pluſieurs grands
ruiſſeaux , qu'il fallut paffer , en
effuyant un fort grand feu. Les
Sieges n'ont pas apporté moins
de gloire au Roy que les Batail -
les ; puiſque ce Prince a emporté
, depuis le cours de cette derniere
guerre, Philifbourg , Suze ,
toute la Savoye , Villefranche ,
Nice , Monmelian , Mons , Na
mur , Charleroy , Huy , Roſes,
Palamos , Gironne , avec quantité
de Poſtes , dont ſe pourroient
vanter ceux qui font
moins accoutumez à vaincre . Je
ne parle point icy des avantages
remportez ſur mer, dont je vous
ay fait un détail dans ma derniere
Lettre , en vous parlant de ce
qui eſt arrivé à Dieppe ; & fi je
-
GALANT.
5
vous remets aujourd'huy en memoire
tant de glorieux avantages
, c'eſt pour vous faire voir
juſques où va la bonté & la moderation
du Roy. Vous entrouverez
un foible Portrait, dans le
Sonnet que vous allez lire.
SONNET AU ROΥ.
Q
Vel Heros est égal au Monarque
des Lis ?
Il dispose du Sort , il fixe la Vic .
toire ,
Et fes travaux guerriers avecſoin
recueillis
D'un éclat éternel orneront fon
Histoire.
Tant de Murs abbatus , tant de
Forts démolis ,
Des ombres de l'oubly Sauveront fa
memoire ,
A 3
6 MERCURE
Et fes nouveaux Lauriers par l'olive
embellis ,
De tous ses grands Exploits vont
couronner la gloire.
Vous, trop fiers Ennemis , dont les
puiffants efforts
Ontfait pour l'accabler , mouvoir
tant de refforts,
Soumettez vostre orgueil aux loixde
SaPuissance.
Sages à l'avenir , ne l'irritez ja
mais ;
Redoutez ſa valeur ; admirez ſa
clemence ,
Il vous a tous vaincus& consent à
laPaix.
On ne peut aprés cela donner
des loüanges au Roy ; elles ſeroient
trop foibles , & il ſuffit
pour admirer ce Prince , de re
GALANT. 7
garder l'heureuſe ſituation où
il ſe trouve , & fa bonté pour
toute l'Europe.
Il eſt temps de ſatisfaire vôtre
impatience ſur ce que vous
attendez de moy touchant le
Siege de Pondicheri , que les
Hollandois avec des forces fu .
perieures,ont attaqué d'une maniere
qui doit relever la gloire
de noſtre Nation , par toutes les
circonstances qui ont accompagné
la défenſe preſque incroyable
des Affiegez , mais avantque
d'entrer dans ce détail , il ſemble
eſtre neceſſaire de vous inſtruire
de l'établiſſement du
Commerce , qui a donné lieu à
faire occuper ce poſte par les
François.
Il y a quelques années que Sa
Majesté, dans la vuë d'avoir une
A 4
8 MERCURE
Compagnie dans ſon Royaume ,
aſſez puiſſante pour ſe paſſer de
ſes Voiſins dans l'uſage neceffaire
des marchandiſes qui viennent
en Europe des extremitez
de l'afie , en compoſa une de
tous les Corps les plus celebres
de ſes Villes , & de ſes Provinces
, avec des Reglemens pour
la direction de cette Societé
Royale , dont les fuccés ont répondu
à un projet ſi glorieux .
Nos Voiſins jaloux d'une pa--
reille entrepriſe , ont mis inuti.
lement en ufage dans ces Regions
, où ils font établis de lon--
gue main tous les obſtacles
qu'ils ont pû ſuſciter, pour traverſer
le cours de noſtre Commerce
. Enfin , la valeur de la
Nation jointe à l'experience du
Negoce , a donné lieu au progrés
de cette Compagnie. Elle
GALANT.
9
ſe trouve à preſent établie avec
autorité chez la pluſpartdes Souverains
qui regnent dans l'Orient
, où la réputation de la
puiſſance de noſtre Roy , que
rien n'égale dans l'Europe , leur
a fait rechercher fon alliance
par des Ambaſſades celebres. La
Perſe , le Mogol , les Rois & les
Princes ſes voiſins , des Coſtes
de Malabare & de Coromandel ,
le fameux Gange , Bengale , le
Pegu , & le Royaume de Siam ,
ont permis l'exercice du meſme
Commerce , que les Hollandois
Anglois , Portugais , Danois &
Eſpagnols pratiquent avec eux.
L'on y a établi des Facturies,des
Comptoirs ,& des Reſidences ,
auſſi bienque nos Voiſins ,mais
entre autres il y en aune princi .
paledans la coſte de Coroman
del , où demeure le Directeur
As
To MERCVRE
general de la Compagnie. Ce
lieu s'appelle Pondicheri , ſitué
fur le bord de la mer , par le onziéme
degré & quarante-huit
minutes de latitude, à quarante
lieuës au midy de Muztlipatan,
paséloigné de Madraſpatan , où
les anglois ont un Port , & une
Fortereffe , & de Meliapour ou
Saint Thomé , fameux par le
Martire de Saint Thomas l'Apoſtre
; & par le Siegé vigoureux
qu'y a foutenu l'illuſtre M. de la
Haye , avec les Troupes Françoiſesdont
ileſtoit leGeneral.
Il y a plus de vingt & huit ans
que cette Reſidence fut accordée
à la Compagnie d'Orient
par le Prince des Carmutes ,
Roy de Gingy , ce fameux Se
vagy , qui s'eſtant revolté contre
le Grand Mogol , s'eſtant
fait par ſabravoure Souverain de
ود
GALANT. II
pluſieurs Provinces qu'il avoit
conquiſes, & dont le Fils, nommé
Ram Raja , moins heureux
& plus infidelle que fon Pere
, tâche de ſe maintenir en
la poſſeſſion , mais avec cette
difference , que le GrandMogol
le tient depuis prés de quatre
années aſſiegé dans la Ville
principale du Royaume de Gingy,
comme il fera remarqué enfuite
quand je vous informeray
des circonstances du Siege de
Pondicheri.
Cefutenceportqu'en Janvier
1689. Mrs des Farges & du
Bruant , avec les Officiers &
Gens de Guerre François , qui
avoient foutenu dans le Royaume
de Siam , le Siege de Banko,
contre Pytrarcha , Ufurpateur
de ce Royaume,ſe retirerent fur
trois Vaiſſeaux , ſuivant les Trai.
1
A 6
12 MERCVRE
tez honorables qu'ils firent , aecompagnez
des Jeſuites Miſſionnaires
, qui compofoient cette
celebre Miſſion que Sa Majesté
avoit envoyée au Roy de Stam
dans le deſſein d'affermir la Religion
& le Commerce par les
armes , en execution des Traitez
d'alliance entre ces deux Rois.
Le Comptoir de Pondicheri ,
étably dansła coſte de Coromandel
par M. Macarat , l'Armenien,
Refident dans Paris , alors l'un
des Directeurs fur les lieux de
laCompagnie d'Orient, fut commis
aprés la diſgrace de Macarat
à M. Martin , en qualité de
Directeur general dans les Indes
, & il s'eſt comporté avec
tant de capacité , de zele , &
d'autorité dans cette fonction ,
quedepuis deux ans Sa Majesté,
pour reconnoiſtre ſes ſervices
GALANT.
13
2
dignement , l'a honoré de Lettres
de nobleffe , comme une
marque authentique du merite
qu'il s'eſt acquis depuis tant
d'années par ſa bonne conduite
dans la geſtion de fon employ.
Le ſejour que firent les Troipes
du Roy dans Pondicheri ,
donna lieu à M. Martin de ſe
ſervirutilement pour la défenſe
de ce poſte , du travail des Soldats
, & il fit conſtruire une maniere
de Fort , peu regulier à la
verité , qui mit cette Reſidence
hors de l'infulte , & des Barbares
du Pays , fort infidelles de leur
naturel , & des Européens jalouxde
cet établiſſement.
Les leſunes reſtez aprés le départdes
Vaffeaux,qui devolent
ramener en Franceles Troupes
de Sa Majesté , demeurerentà
Pondicheri , & pour s'acquitter
14
MERCURE
des devoirs de leur Miſſion par
leurs travaux apoſtoliques , tant
envers les François qui y réſi.
dent ſous les ordres de la Compagnie,
qu'envers les nouveaux
Chreſtiens Barbares & Mores ,
par l'adminiſtration des Sacremens
, les instructions du Catechiſme
, & les excurſions au
dehors pour la converfion des
Infidelles ; ils y ont bâti un Seminaire
ou maiſon d'Hoſpice,
comme un Entre- poſt des
Miſſionsde la Chine , joignant
un autre Hoſpice de Capucins ,
qui y ſont établis depuis plufieurs
années .
Aprés la connoiſſance que
l'on peut avoir par ce recit du
Commerce que la France fait
avantageuſement dans ces Regions
ſi éloignées,dont l'Europe
tire avec profit l'uſage de toutes
les denrées & marchandiſes
GALANT.
I5
qui nous ſont apportées de
l'Orient , & dont la confom-
'mation autoriſe le Commerce ,
il eſt temps d'en venir au détail
de ce qui s'eſt paſſé de plus remarquable,
tant à l'attaque que
les Hollandois ont faite par un
Siege regulier & dans les formes
, d'un Reduit que l'on peut
dire ne pouvoir eſtre défendu
que par la ſeule bravoure des
François , ſuperieure à celle de
toutes les autres Nations ; car
pour en faire comprendre la
verité il ſuffiroit de dire fort
fuccinctement que cent cinquante
François ont reſiſté pendant
dix à douzejours à plus de
trois mille cinq cens hommes,
venus exprés avec tout l'équipage
de Vaſſeaux, d'Artillerie,
d'autres munitions de guerre &
de Troupes reglées , pour chaf
16 MERCURE
fer d'un poſte infoutenable par
luy-meſme , une poignée de
monde qui leur faifoit ombrage
& dont ils craignoient avec
raiſon dans la ſuite l'agrandiffement
à leur confufion
Le Confeil Souverain de Ba
tavia , Chef lieu du Commerce
des Hollandois dans l'Orient ,
pouffé par la jalouſie qu'ils ont
euë de tout temps du commerce
que nous pouvions entrepren.
dre à leur préjudice dans ces
Païs Orientaux, a toujours cherché
les voyes de nous exclurre
de l'entrepriſe de ces Voyages ,
pour ſe maintenir dans la poffeffion
de profiter fur nousmeſmes
, du debit qu'ils fontpar
leurs mains , avec ufure , des
denrées dont ils font les voituriers
. L'établiſſement tres-puiffant
qu'ils ont dans les Indes les
GALANT.
17
ayant rendus redoutables à toutes
les autres Nations depuis un
ſiecle , par les dépenſes prodigieuſes
que ces Gens de Mer &
de Negoce , ont faites en des
temps où la guerre contre l'Efpagne
, que ces Rebelles ſous la
protection de la France foutenoientavec
ſuccés , leur a donné
lieu de faire des conqueſtes fur
les Portugais , alors Sujets du
Roy d'Eſpagne , dans les Indes
Orientales , & dans le Brefil , &
d'y avoir fondé une eſpece de
Republique puiſſante , dépendante
de celle des Eſtats de l'Europe
, avec toute l'autorité dont
ils avoient beſoin pour s'y maintenir
,& des fonds de Vaiſſeaux ,
d'Artillerie , & de Soldats neceffaires
au maintien de leur
Commerce ; il eſt aisé de comprendre
que leur Politique s'ap18
MERCURE
plique à s'oppoſer à l'établiſſes
ment de noſtre Commerce, dans
la crainte legitime qu'ils ont ,
que le maintien de l'autorité
Souveraine de noſtre Monarque ,
pour la Compagnie qu'il a formée
depuis peu d'années , pour
l'Orient , ne luy faſſe prendre la
reſolution d'extirper dans ſon
fondement , avec une Flotte victorieuſe
, cette Republique florifſante
que depuis tant d'années
ils ont établie dans ces Pays fi
éloignez , mais comme la guerre
en Europe contre les Confederez
, dont les forces maritimes
de trois Eſtats Souverains , qui
ont voulu de touttemps diſputer
chacun en particulier , la Souverainetéde
la mer àl'Empire de
noſtre Monarque ; mais qui
joints preſentement , experimentent
preſque dans toutes les
GALANT.
19
Campagnes , à leur honte , & à
leurconfufion, que leur jonction
donne un relief aux avantages
glorieux que les Flottes du Roy
remportent toujours ſur ſes Ennemis
; comme cette guerre ,
dis je , eſt un obſtacle à l'envoy ,
annuel des Vaiſſeaux neceſſaires
au Commerce de la Compagnie
, cette conjoncture parut
favorable à celle de Hollande ,
qui envoya ſes ordres à Batavia ,
de ſe ſervir de cette occafion
pour enlever aux François le
Poſte de Pondichery , dans un
temps ſi favorable; puiſque certe
entrepriſe qui leur cauſoit à
la verité une dépenſe beaucoup
plus forte que le profit , & le
gain de la reüſſite , leur donnoit
un avantage , de retarder pour
quelque temps le Commercede
la Compagnie de France , qui
20 MERCVRE
par les fecours & la protection
du Roy ſe rétablira avec plus
d'autoritédans d'autres lieux de
de ces cantons , aux dépens mefme
des Hollandois. Pour executer
ce projet , il leur fallut , outre
la dépenſe exceſſive d'équiper
une Flotte compoſée de Vaiffeaux
de guerre, & d'autresBaſtimens
capables de tranſporterde
Batavia des Troupes , de l'Artillerie
, des munitions ,& tour
l'attirail neceſſaire à un Siege ,
entrer de plus en negociation
avec le Roy de Gingy , Prince
des Carmutes Souverain du
Territoir de Pondicheri , où la
Compagnie de France avoit fait
un eſtabliſſement , du conſentement
de kam Raja , Roy de
Gingy. Cette negociation eſtoit
un préalable à l'execution de
l'entrepriſe,par la difficulté que
GALANT. 2 1
,
les Hollandois ſe propoſoient
que fans l'aveu de ce Prince
Barbare , les François , quoy
qu'en petit nombre , ayant quelques
Fortifications à leur refidence
du côté de la Mer où
il n'y a qu'une plage ſans Port ,
leur abord & leur defcente
pourroient avoir des obſtacles ,
& donner meſme lieu aux François
à une retraite dans les terres.
La connoiſſance qu'ils eu
rent que le Prince Ram Raja fils
de Sevagy , fameux Rebbelle
contre le Mogol qui aprés ſa revolte
pendantlereſte de ſa viea
toûjours fait des Conqueſtes fur
cet Empereur , le plus puiſſant
des Indes , & meſme fur des
Rois voiſins,& particulierement
fur celuy de Gingy , qu'il
dépoüilla de ſon Royaume , &
dont Ram Raja s'eſt mis en pofſeſſion
aprés la mortde ſonpere,
22 MERCURE
ce Roy , dis -je heritier de fon
pere fut auſſi comme ennemy
du Mogol , expoſé à ſoûtenir
une guerre fâcheuſe contre cet
Illuſtre ennemy & reduità
ſoûtenir le Siege de ſa Ville
principale , dont la ſituation eſt
d'un tres-difficileabord , eſtant
baſtie ſur trois montagnes élevées
au deſſus de pluſieurs autres
couvertes de bois , les trois montagnes
ceintes de bonnes murailles
.Depuis prés de trois années
le Siege continue , & le
Mogol y a envoyé un de ſes Fils
naturels pour y commander une
Armée de quarante mille combattans
, diviſez en quatre
Camps , d'un circuit épouvanble;
& l'on rapporre qu'il y a
prés de trois à quatre cens mille
ames dansles Camps du Mogol,
& quantité de Corps de gardes ,
pour empefcher les ſecours qui
GALANT.
1
23
y viennent de Tanjaor, Royaumecirconvoifin
. Ce General du
Mogol , pour fortifier le party
du Siege , a permis à quelques
Princes Barbares voiſins , de lever
des Troupes à leurs dépens,
&d'aller fur les terres de Ram
Raja , piller , voler , enlever les
beſtiaux , & s'emparer de quelques
lieux que le Mogol leur
deſigneen proprieté , moyennant
un tribut. Le Fils du feu
Roy de Gingy dépoüillé par Sevagi
, avec cinq cens Cavaliers ,
&deux cens Fantaſſins , eſt venu
proche Pondicheri , où il s'eſt
fait quelques actions de guerre ,
entre les Mores qui ſont ceuxdu
party duMogol , & les Marates
Sujets de Ram Raja. Les François
dans Pondicheri ont toûjours
eſté neutres , & ont reçû
chez eux les principaux Offici24
MERCVRE
د
ers des deux Partis , qui avoient
eſté bleſſez dans leurs attaques
mutuelles & qui avoient eu
recours aux Peres Jeſuites i,
pour ſe faire panfer de leurs bleffures
, par un de leurs Freres
Chirurgien & Apoticaire. Les
Mores qui avoient chaſſé les
Marates de leur Poſte , ſe preſenterent
à Pondicheri pour y
entrer,mais M. Martin, à la teſte
deſa Garniſon , s'eſtant mis en
eftat de ſe deffendre , il leur offrit
du ris & du grain,ſi de leur
Camp ils vouloient envoyer des
gens fans armes acheter ces
grains.
د
Cette neutralité fut une occa
fion aux Hollandois de faire
propoſer aux Miniſtres du Roy
de Gingy , qu'ils luy fourniroient
un ſecours confiderables
d'argent pour ſubvenir à ſes
beſoins
GALANT.
25
beſoins les plus preſſans , s'il
vouloit permettre qu'ils affiegeafſent
Pondicheri par mer &
par terre , à leurs frais , & par
cette voye enlever à la Compagnie
d'Orient , ce Poſte qui faiſoit
leur refidence principale ;
lesComptoirs de Surate , & de
Bengale eſtant ſous la protection
du Mogol , communs avec ceux
des autres nations de l'Europe ;
mais celuy de Pondicheri n'eftant
qu'aux François ſeulement
&par conſequent plus àla bienſéance
des Hollandois , par le
droitde la guerre declarée avec
eux. Ces Miniſtres , dont le genie
barbare eſt infidelle , & intereſſé
trouverent beaucoup
de facilité dans l'eſprit de leur
Maiſtre , à luy perfuader l'avantage
que ſon infidelitéluy procureroit
, & les pactions du traité
Aoust 1694. B
26 MERCVRE
furentque moyennant cent mille
écus livrez aux ordres de
Ram Raja , & le partage des -
effets de la Compagnie dans
leurs Magazins , il leur permettroit
l'entrée de leurs Troupes
ſur ſes Terres , pour établir un
Camp , & ouvrir leur tranchée
devant cette Bicoque , du coſté
qui regarde le dedans des terres
où les Capucins François avoient
un petit Hoſpice , joignant
la cour de la maison des
Peres Jeſuites , & qu'avec une
Flotte du coſté de la mer , &un
débarquement d'autres Troupes
, la priſe du Reduiten forme
de Fort , du Comptoir , & des
Magazins , ny regulier , ny capable
d'une deffenſe coutre
une attaque dans les formes ,
devenoit immanquable , ſans
aucune eſperance de ſecours de
dehors .
>
GALANT.
27
Aprés un Traité que l'infidelité
& la corruption de ce
Prince Barbare luy fit accepter,
leConſeil de Batavia fitéquiper
dans leur Port une Flotte de
vingt gros Vaiſſeaux de guerre,
&de pluſieurs autres baſtimens
de charge , & ayant formé un
corps de prés de cinq mille
hommes , avec douze pieces de
groſſe Artillerie,des munitions ,
des ſacs à terre , & autres inſtrumens
neceſſaires à former
un Siege ; ils parurent à la Coſte
de Coromandel , & mitent
à terre à quatre lieuës de Pondicheri
, douze cens hommes
avec leur artillerie , & marcherent
en ordre de Bataille par les
terres , dans le temps que leur
Flotte s'avançoit le plus qu'elle
put du bord de la rade du coſté
de lamer.
B 2
28 MER CURE
M. Martin Directeur ſe trouvant
avec cent cinquante
hommes ſeulement ,dont il n'y
avoit que deux Compagnies de
guerre , dans le premier avis
qu'ilavoit eu de la menace d'un
Siege , avoit envoyé ſa femme,
&une jeune enfant de M. Deflandes
, fon Gendre , Directeur
à Bengale , dans Saint Thomé
ou Meliapour, queles Portugais
rétabliſſent depuis le Siege
qu'ya foutenu M. de la Haye ,
& où le Pere Maldonat , Jefuite
Portugais , eſt Superieur d'une
Miſſion . Le Pere Dolu , l'un des
Jeſuites qui en 1687, paſſaavec
quatorze de ſes Confreres ; au
Royaume de Siam , & qui en
Janvier 1689. eſtoit debarqué à
Pondicheri , aprés la revolution
de Siam , avec les Troupes
Françoiſes , où en qualité de
GALANT.
29
Procureur de la Miſſion de la
Societé de Jeſus , il eſtoit reſté ;
& où par ſon application aux
devoirs Apoftoliques dans ces
Provinces , il s'eſtoit acquis la
réputation d'un zelé Miſſionnai
re , & avoit lié une amitié ſecrette
avec de Directeur , fuc
prié , à cauſe des habitudes qu'il
avoit àSaintThomé , où il faiſoit
ſouventdes excurſions pour
lemaintiendes nouveaux Chreſtiens
de ce lieu , d'aller mettre
dans ce refuge de ſureté , fa famille
, en cas de Siege , & il depeſchaun
Meſſager vers le fils
.du Mogol , General du Siege
de Gingy , pour luy demander
unſecours contre lesHollandois
qui avoient ſou corrompre le
Roy de Gingy , devenu Protecteur
Belgique.
Comme le Campde ce Prin
B
3
30 MERCURE
ce n'eſt pas fort éloigné de Pondicheri
, ſon Meſſager luy rapporta
que le Prince Mogol defiroit
qu'un homme de creance
luy fuſt envoyé pour eſtre
mieux inſtruit de l'eſtat des
choſes ,& là-deſſus prendre des
deliberations convenables.
Cependant le 23. Aouſt de
l'année derniere, les Hollandois
deſcendus à terre d'un coſté ,
travaillerent à l'ouverture de
leurs tranchées , & le malheur
voulut que M. Martin , pour
fortifier une fi foible garnifon ,
fit entrer cinq cens Soldats Mores
, dans l'eſperance que ces
Mores , quoy que peu belliqueux
deleur naturel , feroient
figure de défenſe à l'égard des
Aſſiegeans ; mais ayant reconnu
dans les premieres actions de ce
Siege , où les François ſe comGA
LANT. '
31
,
porterent avec toute la bravoure
naturelle à la Nation , que
cette Soldateſque de Mores
bien loin de ſuivre un exemple
de vigueur , cherchoit às'échaper
du peril où elle eſtoit expoſée
, le Directeur ne vit point
d'autre eſperance de ſalut , que
d'envoyer une perſonne de confiance
ſolliciter le Prince Mogol
de luy donner un ſecours
capable d'obliger les Afſiegeans
àſe retirer ; & dans cette veuë
il jetta les yeux pour cette commiſſion
ſur le Pere Dolu , qui avoit
acquis auprés du General
du Siege de Gingi , & des Principaux
Officiers de cette Armée,
une eſtime tres particuliere par
les habitudes que la proximité
de ce Camp luy avoit donné
lieu de pratiquer , & par les foins
qu'il avoit pris de pluſieurs blef
B 4
32 MERCURE
ſez , qui avoient eu recours à
la charité de ces bons Peres . On
luy dépêcha un Meſſager à Saint
Thomé , pour le preſſer de ſe
tranſporter en diligence au
Campde ce General , & de luy
expoſer vivement la gloire &
l'avantage que ce Prince s'acquerroit
à luy- meſme , d'eſtre le
liberateur d'une Nation dont il
avoit eſté il y avoit quelque années
le ſpectateur de la bravoure
dans un Combat de mer , que
M. du Queſne Guiton, commandantune
Flotte de fix Vaiſſeaux
François , avoit rendu devant
Madras , où les Anglois & les
Hollandois , au nombre de qua
torze Vaiſſeaux , pour ſe ſouſtraire
à la bravoure de la Natio'n
, s'eſtoient retirez ſous la
Fortereffe & dans le Port de cette
Ville , mais qu'il attaqua ,
GALAN T.
43
bien qu'inferieur , avec une telle
intrepidité , malgré la fureur
des Canons du Fort , & des
Vaiſſeaux Ennemis , qu'il les mit
en defordre , & fortitde ce com .
bat avec toute la gloire que pouvoit
attendre un Neveu de feu
M. du Queſne , ſi connu dans
toute l'Europe.
Le Pere Dolu , dés le moment
qu'il eut receu l'ordre du Direc
teur d'aller au Camp du Prince
Mogol, pour un ſujet ſi important
, ſe mit en chemin ,& commela
diſtance ne luy permit pas
de pouvoir uſer d'autre diligence
, que de celle du Pays , eftant
parti dés leMercredy 2.Septembre
il n'arriva que le Vendredy
au matin 4. au Campdu Prin-
& parce que cejour eſt leur Di.
manche,& que les Mahometans
ne ſe communiquent pas le jour
BS
34
MERCVRE
de leur Feſte , & que le Samedy
ſuivant c'étoit encore une autre
Feſte , il eut recours au General
de laCavalerie , auprés duquel il
avoit une habitude d'amitié &
d'eſtime .Cet illuſtre General in .
formé de l'importace de la Mifſion
de ce Pere, luy procura une
audience particuliere & fecrete
avec le Prince , qui luy accorda
cette grace , & par une diſtinction
tres finguliere il le fit affeoir
& couvrir , & aprés plus
d'une heure d'entretien , où le
Prince fut informé de la trahifon
de Ram Raja , & de la voye de
corruption dont s'étoient ſervis
les Hollandois , qui preſſoient le
Siege avecardeur, ſe fiant à leurs
forces nombreuſes , pour le petit
nombre des Afliegez , il luy promit
de donner ordre inceflamment
pour un détachement de
GALANT.
35
Troupes de ſon Camp , pour le
fecours d'une Nation auffi belliqueuſe
que la Françoiſe , &
qu'en cas de mauvais fort , il
offroit une retraite à M. Martin ,
& à ſes gens dans Meliapour
fous ſa protection , avec promeffe
, aprés le Siege de Gingy ,
d'aller luy. meſme à la conqueſte
des Places que Ram Raja le rebelle
occupoit à la coſte de Coromandel
,& de reſtituer à noftre
Nation le meſme poſte pour
la continuation de ſon Commerce
; & pour témoigner la fatisfaction
qu'il avoit de la conference
qu'il venoit d'avoir avec
le Miſſionnaire, il luy fit preſent
d'une piece de Brocart d'or &
couleur de feu , d'une ceinture
& de deux Bonnets , l'un rayé
d'or & de vert , & l'autre d'une
étoffe de laine brune , mais fi
A 6
36
MERCURE
4
fine,qu'elle eſt plus eſtimée que
les plus riches étoffes d'or & de
ſoye : & pour ſeureté de ſon retour
il luy fit expedier un paſſeport
authentique , & luy offrit
un Officier qui porteroit l'Etendart
du Mogol , à la veuëduquel
les Peuples qui le reconnoiſſent
ſont dans un reſpect
comme ſi l'Empereur eſtoit preſent,
promettant d'écrire au Directeur
une Lettre qui confirmeroit
ſes bonnes volontez . Une
negociation fi bien conduite
n'auroit pû manquer d'avoir un
ſuccés qui euſt répondu à ce
qu'on en attendoit , ſi elle euſt
prevenu le tempsdu Siege ;mais
au fortir de cette audience le
Pere Dolu eut des nouvellesque
l'on ne tiroit plus au Siege , &
delà il comprit la reddition de
la Place ,ce qui fit que prenant
1
GALAN T.
37
congé defon Ami le General de
la Cavalerie , quiluy donna parole
de luy envoyer la Lettre du
Prince à M. Martin , il retourna
à Saint Thomé avec ſon paſſeport
& ſes prefens , où il fut informé
que les Hollandois à l'ouverture
de leurs Tranchées du
coſté des terres,avoient fouffert ,
ſans ofer fortir,pluſieurs attaques
des Affiegez ,& que du Jardin de
l'Hospice desCapucins joignant
la Cour des Peres Jeſuites , l'on
y avoit élevéunCavalier, ſur le
quel on avoit fait une Batterie
de deux pieces de Canon , qui
voyant à revers les retranchemens
des Ennemis , les incommodoient
fort , & qu'ayant fait
enunjour uneBatterie de douze
Canons d'un autre coſté , ils en
avoient tiré plus de cinq cens
volées , dont les Soldats Mores
38 MERCVRE
eſtant épouvantez , la pluſpart
avoient pris le party de fe retirer,
&d'abandonner la Place ; & que
pour enlever le poſte du Jardin
des Capucins , ils avoient fait
un détachement de cinq cens
hommesde leurs Troupes d'élite
à l'attaque duquel poſte vingt
çois commandez par un Capitaine
Baſque , brave & experimenté
, furent détachez pour
la défenſe du Jardin & de la
Batterie , foutenus par quelques
Soldats Mores. Le malheur voulut
que le Capitaine Baſque
nommé Lacomme , fut tué dés la
premiere décharge , & que les
Mores abandonnerent les François
; ce qui fit que le peu
de Soldats qui reſterent nepouvant
reſiſter aux attaquans , furent
dans la neceffité de ſe retiavec
cette circonstance ,
qu'un Caporal François avant la
rer ,
GALAN T. 39
retraite ayant voulu mettre le
feu à des méches préparées
pour faire fauter par quelques
mines la Batterie , elles ſe trouverent
mouillées par un des Mores
que les Hollandois avoient
corrompu ,& ainſi les Affiegeans
maiſtres de la Batterie,tournerét
les deux pieces de Canon contre
un des Baſtions du Reduit , qui
n'étant que de murailles ſeches ,
fut en peu de temps renverſé ,
auſſi bien que les autres corps du
Reduit par le Canon des Ennemis.
Malgré tous ces def.
avantages , les Afſfiegez ne laifferent
pas de faire par pluſieurs
décharges une reſiſtance au delà
de leurs forces , mais enfin ils ſe
trouverent dans l'obligation de
capituler , & ils le firent avec
toutes les conditions les plus honorables
que l'on pratique en
40 MERCURE
Europe aux Sieges de conſequence
, puiſque par les articles
de cette capitulation, M. Martin
&fa Garniſon ſortirent avec armes
,& tambour battant , Enſeignes
déployées , deux pieces de
Canon;& commeon leur refuſade
fe retirer où bon leur fembleroit
, les Hollandois s'obligerent
de les ramener en France
fur leurs Vaiſſeaux,& de les conduire
àBatavia,pour y eſtre embarquez
fur ceux de la Flote de
la Compagnie , dontle départ
deBatavia eſt fixé regulierement
au mois de Janvier. A l'égard
desMiſſionnaires, on leur refufa,
ainſi qu'à M. Martin,la permiffion
de ſe retirer en quelques
Miſſions de la Coſte ,& il fallut
qu'ils acceptaſſent le meſme
party. La confideration qu'ils
eurent pour M. Martin , par le
GALANT.
41
merite qu'il s'eſtoit acquis depuis
tant d'années , fit qu'ils luy accorderent
le paſſage en France ,
de ſa Femme & de fa petite Fille
avec tous les effets qui estoient
à luy , ceux de la Compagnie
ayant eſté reſervez comme appartenans
aux Hollandois. Ce
fut le 3. Septembre que cette
Capitulation fut ſignée dans le
temps même que le Pere Dolu
avoit obtenu du Prince Fils du
Mogol , la parole d'un ſecours ;
& c'eſt de cette maniere que
Pondicheri à eſté enlevé à la
Compagnie d'Orient de France ,
dont le peu de circonſtances que
l'on en rapporte ont eſté en.
voyées icy par la voye d'un Vaifſeau
Danois , party le 24. Septembre
du Port appartenant à la
Compagnie de Dannemark , à
cinquante lieuës de Pondicheri ,
1
42 MERCURE
à la même Coſte de Coromandel.
Le Pere Tachart, Superieur
de cette Miſſion , ſi fameux &
ſi connu par les Relations de
trois Voyages qu'il a faits au
Royaume de Siam , & M. Martin
, Directeur , à leur retour ,
qui doit eſtre dans la fin d'Aouſt,
ou au mois de Septembre , nous
informeront plus particulierement
de tout le détail de ce Siege.
Les Pauvres du Dioceſe
d'Auch ont couté cette année
vingt mille livres à M. leur Archeveſque
, pour les chauffer &
pour les nourrir pendant fix
mois , à commencer du premier
jour de Janvier dernier . C'eſt
ſur cette édifiante charité qu'a
eſté fait le Sonnet ſuivant, fur
les Bouts- rimez propoſez pour
le Roy, par l'Academie des Lanterniſtes
de Toulouſe .
GALANT.
43
Dreſſons , Necessiteux , à Sure
un digne Buſte ,
Il nous a rachetez dans le temps
des glaçons ,
moiffons ,
Livré dans noſtre faim largement
Ses
Par là le moribond est devenu robufte.
Que ce Prelat est grand ! En luy
tout est augufte.
Sa vie est un tifſſu d'excellentes.
leçons;
Ilregarda toujours comme ſimples
chanfons ,
Ce qui ne paroist point folide , noble;
jufte.
Ennemidetout temps dufaste&de
L
orgueil ,
Ilfait à tout venans un favorable
accueil .
4
44
MERCVRE
Et ne connut jamais que la raison
4
pour digue.
Außi fans le secours d'aucunsfecrets
refforts ,
Decent talens pour luy la nature
prodigue
tranſports .
Fait voler sur ses pas nos coeurs
pleins de
Voicy un autre Sonnet ſur les
mêmes Bouts rimez , touchant
la glorieuſe Campagne de M.
le Maréchal Ducde Noailles en
Catalogne.
HEros , c'est peu pour toy que les
honneurs d'un Buſte .
Ta gloire percera la Zone des
glaçons ,
Et pour groſſir encor tes guerrieres
moiffons ,
Ton coeur est affez grand , ton bras
affez robuſte.
GALANT.
45
Tes triomphes nouveaux seroient .
dignes d' Auguſte .
Donne aux Enfans de MarsSouvent
de tes leçons ,
Iln'estplus qu'.Apollonparses Vers,
fes chanfons,
Qui tes faits éclatans puiſſe nous
peindre au juſte.
**
Quelplaisirde te voirbrillant d'un 1
noble orgueil
Faire aux fiers Espagnols un fou
droyant accueil,
Opposant à leurs traits ton courage
pour digue.
C'est à toy d'une Armée àmouvoir
les refforts .
Mais au moins de tes jours ne fois
pas trop prodigue ;
Rien ne pourroit calmer nos doua
loureux tranſports.
46
MERCURE
:
Ce troiſiéme ' Sonnet eſt ſur
ces meſmes progrés du Roy en
Catalogne. Il eſt de M. Janiffon
leFils.
H
AUX PRINCES
de l'Europe .
E' bien que dites- yous, Potentats
, Princes ; Rois ;
Vous voyez que de vous s'éloigne
laVictoire ,
Par tout Louis le Crand aura tou.
jours lagloire ,
Et par tout il sçaura donner ses
justes loix.
Deux Villes , un combat remporté
dansunmois ,
Orneront à jamais une si belle biftoire
;
Et l'occupation des Filles de Me
moires
GALANT.
47
Sera de retirer ses glorieux exploits.
Palamos est à nous außi.bien que
Gironne,
Noaille àfon grand cooeur en Heros
s'abandonne,
Ilſçait de noſtre Prince accomplir
lesJouhaits.
Admirezsa valeur , redoutezsa
puiſſance ,
Regardezses bontez , implorezsa
clemence,
Quipour vous rendre heureux n'afpire
qu'à laPaix.
M. Robinet zeléà ſon or
dinairequandil ſe preſente quelque
occaſion de celebrer la gloire
du Roy , ne s'eſt pas teu fur
laglorieuſe Campagne de Catalogne
, qui luy adonné lieu de
faire l'Ouvrage qui fuit.
48 MERCURE
ODE.
Pour la troisième fois , que de
bruit dans les airs !
En un beau jour lanuitse change.
Que defeux éclatans ! que de brillans
éclairs !
Que de concerts par tout de joye
de loüange !
Quelgrand évenement cauſetous ces
transports ,
Oùpoursefignalerchacunfait des ef.
forts?
Onparle de Bataille & de Place
gagnée.
Abcesont les exploits d'un Duc
digne d'amour ,
Qu'encor toutde nouveau l'on celebre
en ce jour ,
Et dont jusqu'à Madrid l'Espagne
eft consternée.
Ses
GALANT. 49
Ses Troupes à couvert d'un grand
Retranchement ,
Et d'une humide&vaste Plaine
Craignoient peu d'un combat le
triſte évenement ,
Et triomphoient déja par une au.
dace vaine.
Elles croyoient pour nous unfuccés
malheureux ;
Mais auVainqueur
Ducgenereux,
de Rofe, à ce
Les deſtins de Louis afſfuroient la
Victoire.
Vainement le Ter s'enfle , &forme
defes bords
Vne double barriere àses heureux
Plus
efforts ;
il trouve d'Obstacle ,
il a de gloire.
plus
Außi- tost qu'il l'ordonne on voit
fendre les flots ,
Aoust 1694.
2
C
50
MERCURE
Par tout nos Braves à la nage ,
Et le moindre Soldat paroist comme
un Heros ,
Dans les nobles transports de fon
boüillant courage.
Ilsemble que le Fleuve enſent ſa
forte ardeur ,
Que d'en eftre embrasé tous ému
par la peur ,
Il veut précipiter la courſe de ſon
onde ,
Leflottant Element est donc vaincu
d'abord.
L'Armée en triomphant arrive à
l'autre bord ,
Ou pour elle en Lauriers la Victoire
eft feconde ,
L'Ibere à peine croit ce qui fait
fon effroy ,
L'intrepidité d'une Armée ,
Quiſous les Etendarts d'un invin .
cible Roy ,
GALANT.
SI
S'avance vers fon Camp de la forte
animée
Il voudroit en fuyant éviter le
malheur.
Il ramaffe pourtant ce qu'il peut
1 devaleur.
Pour n'estre pas vaincu tout àfait
avechonte.
Ilse defend außi d'abord fort fie
rement.
Mais bien- toſton leforce enfon retranchement
,
Et jamais on n'a vù de defaite plus
prompte.
DeMorts de Mourans tout le
champ est couvert ;
Pluſieurs qui pensent par la
fuite
Trouver à leurſalut quelque refuge
ouvert ,
Sont encor immolez dans l'ardente
poursuite.
C2
52
MERCURE
Če merveilleux fuccés a tout fon
plein éclat :
On y voit pour trophée , & pour
gain du combat ,
Prisonniers , Etendarts , enfin armes
, bagages .
Mais il ne remplit pas les projets
du Vainqueur ;
Il ne fait qu'animerson zele &fa
valeur ,
A qui d'autres progrés ilfert comme
de gages .
La Victoire àsongrẻ bienplus loin
leconduit ,
APalamos elle l'appelle.
Il ne balance point , à l'instant il
la fuit,
Certain qu'à son ardeur elle fera
fidelle:
A peine nostre Armée arrive au
pied des murs ,
Que les vaillans Soldats , qui de
vaincrefont furs,
GALANT. $3
Lefer brillant en main escaladent
laPlace.
L'effroy qui se faiſit du coeur des
défenseurs,
Aide les Affaillans àſe rendre
vainqueurs ;
C'en est fait , & tout cede à leur
guerriere audace.
Quelle rapidité de ſurprenans exploits!
Queles ennemis elle étonne!
En moins d'un mois , ce Duc vainqueur
jusqu'à troisfois ,
A l'Empire des LisJoumet encor
Gironne ,
Gironne , devant qui deuxfameux
Generaux.
Ont d'un Siege chacunfait envain
:
lestravaux.
Aquel point aujourdbuy veit on
montersagloire?
Gagner une Bataille , &forcer les
remparts
C 3
54
MERCVRE
Dedeux Places ensuite , on croiroit
quec'estMars
Quiſefait , comme il veut , ſuivre
de la Victoire.
Bien tost de toutes partsse répand
laterreur
Par ces trois premiers coups de
foudre.
L'Espagne si superbe en estfrapée
au coeur,
Son grand Confeil en tremble ,
nesçait que refoudre ,
Il penſe déja voir nos valeureux
Guerriers
Faire de tous coſtez des moiſſons de
Lauriers ,
1
Rouges du sang persé dans mille
funerailles ,
Il croit les voir déja planter leurs
Etendart;
Sur tous ſes Bastions , sur tous
Ses remparts,
GALANT. 55
Et mesme de Madrid foudroyer les
murailles.
L'épouvante de là chez lePeuple
Germain ,
Le Piedmontois , & le Belgique,
Vole , & dans tous les cooeurs s'ouvre
un large chemin ,
Chacun friffonne &craint uneſcene
tragique.
Naſſau mesme fremit malgré tout
Sonorgueil ,
Il croit ses hauts projets menacez
d'un écacil,
EtSa Ligue, en un mot en demeure
étonnée,
Reconnoiffez enfin , aveugles En.
nemis ,
Qu'au plus grand des Heros tout
peut etresoumis,
Et qu'en vain vous croyez voir fa
gloirebornée.
C 4
56
MERCVRE
La Paix seule pourroit defarmer ce
Vainqueur ,
Elle afait taireſon tonnerre
Déja plus d'une fois , pour rendre le
-bonheur
A cent Teuples laſſezdel'effroyable
guerre.
Il estprest ce Heros par tout vi-
Forieux ,
Aprés tant desuccés sigrands ,si
glorieux.
De lafaire pour vous du Ciel encor
descendre.
Ceffez, ceſſez de fuivre un Prince
Vfurpateur ;
Et d'un Roy triomphant recherchezla
faveur.
Quel plus digne parti pouvezvous
jamais prendre ?
Quo , ne pouvez-vous rompre un
foible enchaînemement ?
GALANT. 57
Quels sont les puiſſans caracteres
,
Par qui cet enchanteur fait voſtre
enteſtement?
Est- ce que vous aimez les pompeu-
Ses chimeres ?
A quoy bon vous nourrirde belles
fictions :
Gagne til vofire eſtime avec des
viſions ;
Ses grands progrés à Brest doivent
vousfatisfaire.
On vient d'y repouſſerſes Troupes ,
Ses Vaisseaux ,
Et dufang des Anglois faire rougirles
eaux.
Sa victoire est ainſi par tout imaginaire.
>
Toy , Noailles ,fans ceffe augmente
tonrenom
Pardes conquestes de laforce
Des exploits dont tu viens d'honorer
tonBaston,
CS
58 MERCVRE
:
Et d'un deſtin fameux,fuy la charmante
amorce .
Ungrand champ de Lauriers à ton
bras eftouvert ,
Montre nous des plus beaux encor
ton front couvert ,
Ta place eſt aſſurée au Temple de
Memoire ,
Mais quand on t'y verrajoindre avec
lavaleur ,
Vne haute ſageſſe , une aimable
douceur,
Enfin , ta pieté , quoy ! le pourra
t'on croire ?
CesOuvrages , qui n'avoient
pûjuſqu'icy trouver place dans.
mes Lettres , à cauſe de l'abondance
de la matiere , rappellant
le ſouvenir de la fameuſe Bataille
du Ter , je croy que vous ne
ſerez pas fachée que je vous apprenne
ce qui arriva dans cette
GALANT .
ی و
importante occafion àun jeune
Cavalier qui n'a encore que donze
ans . Il eſt Fils de M. le Baron
de Velle ; & comme il fut des
premiers à paſſer la Riviere du
Ter , il receut un coupde Moufquet
d'une balle groſſe comme
un oeuf à travers la jambe . M.de
Velle , fon Pere, le voyant bleffé
, luy ordonna de repaſſer la
Riviere, & il feignit de vouloir
executer cet ordre ; mais fi -toſt
qu'il s'apperceut qu'il n'eſtoit
plus remarqué , ayant connu que
l'Escadron de M. de Courcelles
cherchoit les Ennemis , ilbaiſſa
la main à fon cheval ,& alla combattre
à lateſte de cet Eſcadron ..
Vous n'aurez point à douter
qu'il ne s'y foit fignalé, quandje
vous diray que fon cheval fut
tué ſous luy .Lors qu'il fût à pied
le Trompette de M. de Velle
S
L
60 MER CURE
& un Carabinier le prirent , &
le porterent à Tourelle au delà
du Ter , où on luy fit une incifion.
On ne trouva nyos , ny
nerf offenfé , ce qui rend ſa
playe aiſée à guerir. Tant de
bravoure dans un âge ſi peu
avancé , donne ſujet d'attendre
de luy les actions les plus glorieuſes.
Je vous envoye une lettre de
M. l'Abbé Nadal. Elle fait voir
ſon ſçavoir , & fa religion , &
devroit eſtre luë ſouvent par
ceux qui , pour paroiſtre eſprits
forts , font connoiſtre la foiblefſe
de leur jugement.
A M. L'ABBE' DE PIBRAC ,
Maistre de la Chapelle
de ſon Alteſſe .
E fremis encore , Monsieur , de la
A
a
GALAN Τ. 61
M. de...... je vis dans toutſon jour,
cette incredulité qui vousſcandalife.
Ces mesmas bien-Seances du
fiécle que vous m'accujez de garder
quelquefois trop scrupuleusement
n'ont pû me retenir dans lefilence ,
ny me porter à trahir des veritez
aussi faintes que celles qu'il aitaquoit.
Sensible à l'injure qu'il faisait
à la Religion ,jeſentis moins la dignité
de ſa perſonne. Foubliay que
j'avois àrépondre à un homme d'une
condition Superieure; je fongeay
Seulement que j'avois à foûtenir la
cause de Dieu . Vn si grand interest
réveilla en may toute la vivacitė
dont je suis capable. Avoüons-le ,
Monsieur , l'incredulité dans les
matieres de la Religion ne fait pas
beaucoup d'honneur Elle porte avec
foy un caractere d'ignorance &de
libertinage. Onhazarde des choses
fur le chapitrede la Religion , que
62 MERCURE
l'on n'oferoit avancerfur desſujets
moins effentiels. Aprés tout , laplûpartdesperſonnes
qui parlent contre
elle avec leplus de chaleur ,& qui
Se repaiſſentdeje ne sçay quel triophe
,n'ont jamais étudiéferieusement
les veritez qu'ils combattent ,
&n'en jugent ordinairement qu'aprés
une premiere vûë. On neſuit
pas affez les lumieresde l'esprit ,&
quelque vif que fois lesentiment
dans le coeur des incredules , il eft
étouffé par des paſſions encore plus
vives. La veritéde l'existence d'un
Dieua esté la creance de tous les
bommes , & la Doctrine de tous les
Siecles. La face du monde a changé
plusieurs fois , & les revolutions
qui ont enseveli toutes chofes , n'ont
point touché à cette verité. Aprés
mille changemens éclatans ,ſubſi.
ftant toûjours fans alteration , elle
n'a pas eu besoin que les lumieres &
GALANT .
63
l'étude des hommes la fiffent revivre..
Liée étroitement au coeur, proporvionnée
à l'esprit , puisée dans leſein
de la nature , établie dans les religions
& dans la ſocieté,priſe,enfin ,
dans la Philofophie mesme,elle n'est
redevable ny à l'exemple , ny àl'éducation
, ſouvent contraires aux
vûës de la Politique, & toûjours indépendante
deſes deffeins. C'est du
fond mesme de fon ignorance , que
l'incredulité tire ses principes ,
&ses preuves , & ne pouvant penen.
trer dans les miſteres de la nature ,
elle s'en fert pour justifier ſes doutes
, & pour combattre tant de caracteres
de Divinitéqu'elley trouve
répandus.. Incertaine des vues de
Dieu & de la destination de quel
ques creatures jelle accuſeſa sagesse
&ſa Providence ,ou elle en rejette
Les ouvrages fur une destinée aven
64 MERCURE
gle&capricieuse,fur le pur hazard,
termes quides defens, viens préoccupans&
specieux , vains fantômes
de l'imagination lareſſourceéternellede
l'ignorance. On peut encore,
Monfieur , opposer à l'incredulise
vôtre vive persuasion Un esprit
auſſi ſuperieur que le vostre , fait
honneurà la Religion qu'il adore ,
&lasaintetéde vostre aie nous répond
dela Foy defes Oracles.Jesuis
vostre , &c .
J'ay à vous entretenir d'un
orage dont les effets ont eſté ſi
prodigieux & fi furprenans, que
dans les fiecles paſſez,onn'a rien
vû de ſemblable. Le 2 3. de Juin
dernier il s'éleva vers les fept
heures du ſoir, une nuée épaiſſe,
meſlée d'éclairs & de foudre, fur
un Village,appellé Saint Martin
de Vers , àtrois lieuës de Cahors
en remontant le long de la riGALANT.
65
viere de Lot. Cette nuée devint
enfuite enflammée comme du
feu , ce qui jetta la terreur dans
l'eſprit des Habitans qui ſe
renfermerent dans leurs maifons.
Elles estoient juſqu'au
nombre de ſoixante , & celuy
des Habitans eſtoit à proportion
; c'eſt - à - dire , qu'on
y en comptoit plus de quatre
cens. Quant au Village , il ſe
trouvoit ſitué entre deux monta .
gnes dans un valon aſſez étroit ,
arroſé par un ruiſſeau ſur lequel
il y avoit pluſieurs Moulins , &
particulierement une Papeterie,
qui appartenoit à M. le Comte
de Cabreres . La nuit eſtant furvenuë
, on entendit tout à coup
un gros air qui renverſa tous
les toits. La nuée fondit bientoſt
en grefle & en pluye. Cette
grefle eſtoit auffi groſſe que le
66 MERCVRE
poing & en fi grande abondance,
qu'on la voit encore en ce
lieu & dans deux Paroiffes des
environs , de la hauteurdu plus
de quatre coudées , mais fur
tout la pluye tomba avec tant de
violence , que les eaux ramaſſfées
dans le valon , &jointes à celles
du ruitſeau , formerent en peu
de temps untorrent dont la ra.
pi lité emporta preſque en un
inſtant toutes les maiſons de ce
Village , avec la Papeterie &
tous les Moulins ; de forte que
dans le lieu meſme où il eſtoit
ſitué on n'y peut plus reconnoiſtre
la moindre trace d'aucun baſtiment.
On n'y voit qu'un roc
&des ravines affreuſes , & ce
qu'ily a de plusdeplorable , c'eſt
que tous les Habitans ont eſté
enveloppez dans cette inondation
, fans qu'il en ſoit échapé
GALANT. 67
un ſeul. Ce torrent ayant ſuivy
le cours du ruiſſeau , entraîna
fur fon paſſage environ trente
maiſons ou granges , & alla ſe
jetter dans le Lot , qui n'eſt éloigné
que d'un quart de lieuë du
Village de Saint Martinde Vers.
Vous pouvez juger dans quel
étonnement on fut à Cahors ,
voyant la riviere couverte de
debris de baſtimens , de meubles
, & de corps morts qui flottoient.
Si toſt qu'on en eut appris
la cauſe , les Confuls end
voyerent diverſes perſonnes fur
des bateaux , quiarreſterent pluſieurs
cadavres qu'on a enterrez
avecles ceremonies ordinaires,
&quătité de meubles qu'on doit
rendre à ceux à qui on ſçaura
qu'ils appartiendront. M. Vinhart
, Curé du Village , fut trouvé
mortſur le gravier , ainſi que
68 MERCVRE
le ſieur Druy Notaire , qui avoit
une infinité de regiſtres fort importans
, & le S. Rous avec toute
ſa famille . Des circonstances
extraordinaires ſuivirent l'inondation.
Le torrent meſlé avec les
eaux de la riviere de Lot leur
communiqua une puateur qu'on
ne pouvoit fupporter. Ainfielles
ſe trouverent fi empoisonnées
par la malignité de l'exhalaiſon ,
qui avoit ſervi de matiere à la
nuée , que les poiſſons ſe jettoientfur
lebord de tous coſtez .
On y a trouvé plus de mille
quintaux de carpes & d'autres
poiffons morts dont perſonne
n'a eutentation'de manger. Ce
recit eſt fort fidelle ,& vient de
gens tres-dignes de foy , qui ont
vû tout ce defordre .
Voicy un nouvel ouvrage de
M. de Vin. Je n'ay rien à vous
GALANT. 69
en dire aprés vous avoir nommé
l'Auteur .
LES SOTS DE BEAUNE.
Chacun connoist du Ciel la fan
tale puissance ,
Et l'onſçait qu'une bonne ou mauvaiſe
influence
Produit fur toutes les Citez,
Ces differentes qualiter,
Qui dés le point de leurnaiſſance
Font de leurs Citoyens la honte on
l'excellence .
Aleurs Aſtres malins Beaune doit
tousfes Sots ,
LesPorffarts leurorgueil , les Langrois
leurfolie ,
Les Gantois leur mutinerie ,
Lagnyses paresseux , & Parisſes
Badauts.
70
MERCURE
1
De tous les quolibets qu'on donne
à chaque Ville ,
Peut estre qu'on pourroit faire un
plaisant recit,
Mais celaferoit inutile ,
Et ce peu que j'en dit ſuffit.
Reprenons Beaune. Un tres grand
Prince ,
Dont lagloire& le nom, neperiront
jamais ,
Condé , des Bourguignons visitant
laProvince ,
rfut diſner un jour ,
ou trois traits
par deux
Connut defon impertinence
Que les Contes plaisans qui couroient
parla France ,
N'estoient dans le fond que trop
vrais,
Ses Echevins le regalerent
D'un ample compliment qui leurconta
desſoins ,
Mais qui valoit pourtant bien
moins
GALANT.

Que le Vin qu'ils luy preſenterent.
Cegrand Prince en sçavoit la repus
tation ;
Et comme il le trouva fort bon ,
Vn d'eux qui pensoit estre habile
autant que noble ,
Et par là faire honneur à leur
heureux Vignoble ,
Luy répondit AbMonseigneur,
Nous en avons bien de meilleur.
Ien'ay pas de peine à le croire ,..
Reprit en jouriant ce Vainqueur
deRocroy ,
Mais vous attendez pour le boire
Vnplus honneste homme que moy.
C'est en user avec prudence ,
Etje voisbien par ce bonjens
Quevous estes d'habilesgens.
D'une profonde reverence
Meßieurs les Echevins payerent cet
encens
,
Et de cetrait railleur loin de voir
lafineffe,
72
MERCURE
Descendirent tous fort - contens
De leur Vin & de Son Alteſſe.
Mais à peine estoient ilsfortis ,
Qu'au milieu de la cour par quelqu'un
avertis ,
Que pour laver sa bouche un peu
deleur eau priſe
Avoitparcegrand Prince esté nom.
mée exquise ,
Ils crurent là deſſus qu'avant qu'il
s'en allast
Il estoit bon aussi que l'on l'en regalast.
Außitost à perte d'haleine
Par leur ordre donné l'on cours àla
Fontaine,
Et de cette eau par vingt garçons
,
Gemiſſfans ſous lepoids&fuans de
forbleffe,
Font de retour chezson Alteſſe
Porier avec eux cent flacons.
Le Prince alors àlafenestre
Caufoit
GALAN T.
73
Cauſoit avec un grand Seigneur ,
Et dit en les voyant , peut estre
Est-ce là de ce Vin qu'ils nous ont
ditmeilleur.
Ils s'en avisent tard , jay disné ,
mais n'importe,
Allons voir ce preſent nouveau ;
Qu'en sigrand haste on nous ap.
porte,
Voila, luy dirent-ils , Monseigneur,
decette eau
QueVostre Alteffe vient de trouver
excellente ,
Et que la Villevous preſente.
Elle euſt accompagné nos Bouteilles
deVin,
Si plûtoft on eust sceuson fortuné
destin ,
Mais à vous l'apporter on a fait
diligence,
Si- tost qu'on nous en a donné la
connoissance.
Ah! vous avezraison, Meßieurs,
Aoust 1694. D
74 MERCVRE
S'écria Son Alteße , rien n'est
plushonneste
Que de m'offrir dequoy rabattre ſes
vapeurs.
I'en aurois eu mal à la teſte ,
Et cette eau ne pouvoit venir plus
àpropos.
Il est vray que la doze à licu de me
Surprendre ;
Mais tant mieux , si lafoif s'avise
de nous prendre ,
Nous n'en manquerons point , ny
moy , ny mes chevaux.
LE JEU DE PAUME.
TAndis que je tiens ces
Beaunois ,
Souffre , Lecleur , que je te diſe
Encore un trait deleursottise.
L'un des plus justes de nos Rois
Curieux de voirfon Royaume
Paſſa chez eux. Hé-bien, leur ditil
endiſnant ,
GALANT .
75
Verions nous vostre leu de
Paume
Dont vous parliez tantoſt , & que
vous vantieztant ?
Dès qu'il vous plaira , Sire. Allez
qu'on le prepare ;
Ie veux avant que de partir
M'exercer & m'y diverir.
Ravis qu'ils en estoient leur troupe
Sesepare ,
Etchacun vadeſon costé
Détendrefatapiſſerie.
Pour quoy faire ? Ah ! Lecteur ,
t'enserois tu doute ?
Iusqu'à ceuxdelagalerie
Les murs de ce Tripot en furent
tapiſſez
Et quand le Roy , venu pour joüer
Sapartie ,
S'informa de ces inſenſez
S'ils joüoient de cette maniere ,
Non, Sire ; avec naiveté
Répond leur impertinent Maire,
D 2
76 MERCVRE
Mais par là nous avons cru
faire
Honneurà voſtre Majesté,
Le vous fuis obligé , reprit ceRoy
SiSage
Et qu'on ne peut affez loüer.
Ie vous l'aurois esté cependant davantage
Si ce Ieu n'estoit pas hors d'eſtat
d'y jouer ,
Aces mots plus confus qu'un souffleurnepeut
l'estre
Quand il voit envapeursfon esprit
disparciſtré ,
Nos pauvres Beaunois toujours
fots ,
Sans dire motſe regarderent.
Ils rougifferent de bonte , & jamais
n'oublierent
Qu'il ne faut point tapiſſer les
Tripots.
L'approbation que le Public
t
GALANT. 77
د
Les
donna au Deſſein du Feu de
joye fait à Lyon en l'année
1692. dont le ſujet eſtoit
vains efforts de l'Europe conjurée
contre la France , repreſentez par
une fiction tiree desinventions
ingenieuſes d'Homere ; où ce
Poëte nous fait voirJupiter victorieux
de toutes les Puiſſances
de la Terre , qui avoient entrepris
de le détrôner , a porté le
Sr Sevin ', qui en avoit fait le
Defſſein & la Peinture , d'offrir
ſes ſoins à Mrs du Confulat ,
pour le Feu dejoye de cette année.
Il s'eſt attaché au ſuccés
des Armes victorieuſes du Roy,
& a choisi pour ſujet , La Seureté
de la France au milieu de tant
d'Ennemis, appuyée ſur l'intre
pidité , la valeur , & le bonheur
des Armes de Sa Majesté , qui
après avoir offert ſi genereuſe
D 3
م
78 MERCURE
ment la Paix à ceux qu'il eſten
poſſeſſion de vaincre & de battre
de tous coſtez , ne vient de
reprendre les armes que pour
aſſurer le repos de ſes Peuples.
UnMars reprefentant lekoy ,
qu'on voyoit tranquillement
affis fur un globe azuré, remply
de trois Fleurs de Lis , ſymbole
des trois Auguſtes Perſonnes
de la France , le Roy , Monſeigneur
, & Monſeigneur le Duc
de Bourgogne , deſignez par
cette Deviſe , Tresorbem implent,
apprenoit que ces trois Auguſtes
Teſtes rempliſſent les voeux
de la France , comme les trois
Fleurs de Lis , anciens ſymboles
de l'Esperance dans les Medailles
des Empereurs Romains ,
rempliffoient le globe ſur lequel
Mars eſtoit aſſis. L'Inſcription
qui regnoit ſur la Friſe , eſtoit
GALANT. 79
l'ame de tout ce Deſſein .
SUB LUDOVICO MAGNO
ARMATO GALLIÆ
SECURITAS.
Elle estoit expliquée par ces
quatre Vers.
En cete posture tranquille
Oùſe voit le Dieu des Combats
,
Ložis procure à cette Ville
La douceur du Repos que luymesme
n'a pas .
UnePique , fur laquelle Mars
eſtoitappuyé , marquoit la fermeté
conſtante du Roy au milieu
de tant d'ennemis conjurez
comme fon Bouclier eſtoit le
ſymbole de la ſageſſe , qui rend
inutiles tous les efforts de ceux
quiconſpirent contreluy.
Surle Bouclier de Marseſtoit
le Signe celeſte du Lion, le plus
chaud de tous les Signes , ſym-
1
D 4
80 MERCURE -
bole de la fidelité , & du zele de
la Ville de Lyon pour le ſervice
de Sa Majesté , ce qu'exprimoient
ces mots ſur la bordure
du Bouclier.
Pour moy , de tous le plus ardent.
Ce Bouclier en forme de
Soleil , faiſoit voir la Deviſe
du Roy , & fervoit à faire connoiſtre
quel eſtoit ce Mars , qui
noustient ſous ſa protection.
Les Aigles & les Lions effrayez
repreſentoient les Ennemis
de la France ; l'Eſpagne ,
laMaiſon de Haſpourg , la Hollande
, la Savoye , la Baviere ,
-l'Angleterre , avoient des Lions
pour Armoiries , pour Supports,
ou pour Devife. Aufſi peut-on
dire que la Ligue eſt une Socie
té Leonine. Nous apprenons
par Efope quelle eſt cette Societé,&
il eſt aisé de deviner qui
GALANT. 81
eſtleLion, qui eſt l'Aſne , & qui
eſt le Renard.
Les Armes des Provinces de
Franceeſtoient blazonnées ſur
les Etendarts , Cornettes ,Guidons
&Drapeaux,qui font comme
autantde défenſes contre les
Ennemis du Royaume , repreſenté
par le Globe , ſur lequel
eſtoit afſfis le Mars François .
Le Dauphiné , porte de France
écartelé d'or auDauphin d'azur
lampaſſe lorré & oreillé de
gueules.
La Bretagne , d'argent ſemé
d'Hermines.
| La Bourgogne , bande d'or &
d'azur à la bordure de gueules
componée d'argent & de gueule
, qui eſt Bourgogne moderne.
Guyenne
Leopardd'or.
د de gueules au
DS
82 MERCVRE
Normandie , degueules à deux
Leopards d'or , l'un ſur l'autre .
Provence , d'azur à une Fleur
de Lis d'or , ſurmontée d'un
lambel de gueules .
Languedoc,de gueules à laCroix
clechée , vuidée & pommettée
d'or.
Poitou ,
Tours d'or poſées en ſautoir.
Champagne , d'azurà la Cottice
d'argent , accompagnée de
deux autres Cottices potencées
&contre- potencées d'or.
Auvergne , d'or au Gonfanon
de gueules , frangé de ſinople.
Bearn , d'or à deux Vaches de
gueules accolées , accornées &
clarinéesd'azur écartelé .
de gueules à cinq
De Foix , qui eſt d'or à trois
paux de gueules.
Picardie, de France , écartelé
d'argent à trois Lionceaux de
gueules
GALANT .
83
Lyonnois , de gueules au Lyon
d'argent couronné d'or.
Forest , de gueules au Dauphin
paſmé d'or , lorré & oreilléd'azur.
Beaujolois , d'or au Lion de
fable , armé & lampaffé de
gueules , briſé d'un lambel de
cinq pendans de meſme.
Les Armes de la Ville de
Lyon , ſur la clef de l'arceau,
eſtoient de gueules au Lion d'ar
gent,au chefcouſu d'azur à trois
Fleurs de Lis d'or .
Au deſſus eſtoient les Armes
de M. le Maréchal Duc de Villeroy
, d'azur au chevron d'or,
accompagné de trois Croix ancrées
d'or .
Celles de M. le Comte de
Canaples eſtoient d'or au Crequier
de gueules .
Les autres eſtoient allegori
D6
84 MERCVRE
& les
ques. L'aigle à deux teſtes
éployée eſtoit pour l'Empire ; le
Lion pour l'Eſpagne
Faiſceaux de Fléches pour la
Hollande . La Savoye avoit les
ſiennes ſous les pieces principales
qu'elle porte dans ſes Alliances.
La ſeconde face de la Machine
repreſentoit Bellone , Déeſſe
de la Guerre , ſur ſon Char attelé
de deux Coqs heriffez , ſymbole
de l'activité & de la vigilance
de nos Generaux , qui portent
par tout le fer & le feu , commeBellone
, qui lance des traits
detous coſtez . Le Cartel avertif.
foit les Ennemis de détourner les
coups qui les menacent s'ils n'acceptent
promptement les offres
genereuſes que le Roy leur a
faites , facrifiant ſa propre gloire
au repos de ſes Sujets.
GALANT.
85
Fiers Ennemis , retirez vous ,
Loüis de toutes parts va lancerfon
tonnerre ,
Si pour en détourner les coups ,
Vous n'acceptezla Paix de ce Dieu
de la Guerre.
Mercure & l'Abondance qui
tenoient ce Cartel , faifoient
voirles ſecours que la Ville de
Lion fournit aux Armées du
Roy , pour l'entretien de ſes
Troupes par le moyen de fon
commerce & de ſes denrées
particulierement pour le Piedmont&
la Catalogne.
2
Les deux Palmiers & les Cou-
,
ود ronnes Roſtrales , Murales
Obfidionales , Caftrenfes & Triomphales
enfilées dans les
troncs de deux Palmiers , qui
formoientune eſpece d'Arc de
Triomphe , marquoient les Victoires
continuelles & les Con
68 MERCURE
queſtes du Roy ; ce qu'exprimoient
deux rouleaux voltigeansentre
les Palmes , avec ces
mots des Medailles antiques des
Empereurs.
VICTORI PERPETUO.
TRIVMPHATORI PERPETVO .
Au victorieux perpetuel. A celag
qui triomphe toujours.
On voyoit des Vents qui
foufloient contrele foleil, & des
vapeurs qui s'elevoient de la
terre & des marais avec ces
motsd'un ancien Proverbe .
FRVSTRA ADVERSVS SOLEM.
Envaincontre le Soleil.
د
Ce que nous éprouvons heureuſement
dans les vains efforts
de nos Ennemis contrele Roy;
&nous voyons aujourd'huy renou
veller la gloire du nomFrançois
, quieſtoit déja du temps
des Grecs & des Romains ,
1
GALAN T. 87
terreur de toutela Terre, commele
bonheur de leurs Armes
eſt invincible.
Terror Gallici nominis ,
Armorum invicta felicitas,
Une Colombe venoitſe poſer
fur le Bouclier de Mars , avec
un rameau d'Olive, ce qui eſtoic
un préſagedela Paix fidefirée ,
& de la tranquillité qui doit
fucceder à la victoire , comme
elles étoient repreſentées en
deux Medailles qui avoient
pour legendes , Victoria Augusta
Tranquillitas Augusta.
و
M. le Comte de Saint George
nouvel Archeveſque de
Lyon , n'eut pas plutoſt pris pofſeſſion
de fon Eglife , qu'il alla
au College des Peres Jeſuites ,
où des complimens luy furent
faits en toutes fortes de Lan88
MERCVRE
gues. Les louanges qu'on luy
donna ne pouvoient paroiſtre
affectées , puiſque ſa vaſte erudition
eſt connuë de tout le
monde . Ce Prelat excelle fur
tout dans la connoiſſance de
'Hiſtoire Eccleſiaſtique , du
Droit Canon , des Conciles ,des
Mathematiques , de la Langue
Greque & de l'Hebraïque.
Voicy unepartiedecequ'on luy
diten Vers François
,
MADRIGAL.
Vandleſage Louis remplifſſant
Vous confia cette Eglise impor.
tante ,
On crut qu'au ſeul merite il vouloit
faire honneur;
Détrompons nous , c'est une ers
reur.
GALANT . 89
Iln'entra dans ce choix justice , ny
faveur;
Il avoit un motif qui plus prés
l'intereffe.
Parun choix fi judicieux
Il vouloit faire honneur àſa propre
sageffe.
Iln'apaspû s'yprendre mieux.
AUTRE.
Lorsque le plus fage des
Parmi cent Concurrents de vous
Seulafait choix ,
Pour remplir cette illuftre place ,
Iln'a point prétendu de vous faire
unegrace.
S'il vous cheifit par deſſustous ,
C'estqu'iln'en connoiftpoint de plus
digne que vous.
१० MERCURE
STANCES.
PRelat, l'ornement de la France,
Etles delicesde ces lieux ,
Vous ramenez la Paix , le calme ,
&l'esperance ,
En vous faisant voir à nosyeux.
**
i
Affer& trop long temps une importune
abjence
Atroublé nosplus doux plaiſirs ,
Ilest temps quevostre presence
Rempliffe nos plas chers defirs.
Clermont l'heureux Tours ont eu
Seuls l'avantage
D'avoir esté dix ans voſtre ſejour ,
Il faut bienque Lyonpartage
Le mesme bonheur àfontour.
CetteVille autrefois ſi chere à voſtre
enfance
GALANT.
91
/
Cultiva pour les Arts vostre heureusenaiſſance.
Et vous fit d' Appollon goûter le
doux repos.
Elle compte à present
apparence ,
avec quelque
D'avoir bien plus de droit qu'aucune
autre de France ,
De profiterdevos travaux .
**
Sans effort ,Sans murmure , ellefera
docile
Aux fidelles avis deſonſage Pafteur;
La choſen'estpas difficile.
Quand on a par avance , l'estime
lecoeur.
Lagrace, l'art , &la nature
Ont versé dans vous fans mesu
re
Tout ce qui fait un grand Pre-
Lat
2
92
MERCVRE
L
Lavertu, leſprit , la noblesse ,
Leprefondsçavoir, laſageſſfe ,
Ladiciture ,la politeffe ,
Et tous les grands talens qui donnentde
l'éclat .
Aprés qu'on eut fait l'éloge
de ce Prelat, en Vers Grecs , on
luy recita ce Madrigal .
CIIppoouurrvvoouuss faire compliment
S
Nous empruntons des Grecs
l'agreable langage ,
Ce n'est pas , Grand Prelat , Sans
quelque fondement ,
Il est vray que le Grec ne fercit pas
d'usage
Pour baranguer toute forte de
gens ,
Mais il convient bien aux Sçavans.
1
La langue de Platon & d'Homere
est la voſtre ;
Vous la parlez außi bien que la
noftre.
GALANT.
93
-
Nous le ſcapons , & nous l'admirons
tous ,
Ce qu'on appelle Grec , eft du Grec
pour tout autre ;
Mais c'est du pur François pour
vous.
Les Vers que vous allez lire ,
furent les derniers qu'on luy fit
entendre.
LEPublicqui prétend vous connoiſtre
fort bien ,
Affure , Grand Prelat , que vous
n'ignorez rien :
Que l'Histoire , les Arts , & les
Languessçavantes ,
Les Langues mortes vivan.
tes ,
Ce que les Anciensont écrit ,
Cequ'ils ontfait , ce qu'ils ont
dit,
Tout est sans embarras rangé dans
vostre esprit.
94 MERCURE
On ditqu'enfait de Loix , de Canons,
deConciles , A
Vousfaites peur aux plus habiles ;
Que vous avez appris , penetré ,
medite
Lesfecrets de l'Antiquité
Les plus abstrus & les plus difficiles
;
En un mot , que voussçaveztout ,
Que vous aveztout lû de l'un à
l'autre bout.
Voilà ce que de vous par tout on
entend dire.
N'en déplaiſe au Tublic , pour qui
i'aygrandrespect,
Contrefon temoignage enfaux j'ofe
m'inscrire.
Vn tel discours m'estfort supect.
Ie puis nommer plus de vingt
chofes
Qui font pourvous des lettres cloſes ,
Etfans craindre de m'abuser ,
Le gage cent contre un qu'avec
voſtreſcience ,
GALANT.
95
Vous ignorez autant plus qu'-
hommede France ,
L'art de se contrefaire , & de se
déguiser ,
De donnertout àl'apparence ,
Le grand art de thefauriſer ,
L'art mesme devous reposer ,
Celuy de conduire une intrigue ,
Deménager unefecrette brigue ,
L'artſi commun deſe vanter ,
L'art commode de ce flatter ,
L'artfacile de s'enteſter.
Mais sans qu'icy je vous fatigue
Par un long &facheux amas
De ce que vous nesçavezpas ,
L'oſe du moins dire avec affurance
Quels que foient les talens enquoy
vous excellez ,
Que vous nesçavezpas deux choses
d'importance:
Cest combien on vous aime ,
combien vous valez.
96 MERCURE
Malgrévostre vastegenie ,
Qui penetre , qui creuse avec tant
de clartez
Les plusgrandes difficultez,
Le vous donne aujourd'huy vingt
ans de vostre vie,
Toursçavoir ces deux veritez.
Comme je connois voſtre
curiofité fur toutes les choſes
qui en font dignes , je vous fais
part d'un Traité ſommaire des
Abeilles à miel , qui vous fera
connoiſtre les avantages , & les
revenus confiderables que l'on
peuttirer de leur travail.
DES MOUCHES
à Miel .
Ous les Auteurs qui ont écrit
Tfurlesujet des Mouches àMiel
fe
GALANT.
97
fa-
4
ſeſont contentezdedécrire avecbeau
coup deſoins toutes les particularitez
de leur origine , leurs moeurs
çons de vie, leur æconomie dans leurs
actions ,leur grande application au
travail, leursoumißion à leur Roy ,
lafubordination qu'elles gardent en .
tre elles ,&beaucoup d'autres belles
qualitez qu'ils ont remarquées dans
ces agreables ménageres dont ils ont
parlé avec beaucoup d'éloges ; mais
ces mêmes Auteurs ne ſe ſont pas
affezétendus à nous faire connoiſtre
Je revenu , les grandes richeſſes
qu'on en peut tirer annuellement
Sans faire beaucoup de dépense autreque
celle d'avoir des Ruches d'une
nouvelle maniere & tres agreable,
inventéespar M. Duval , Ingenieur
& Architecte des Bâtimens
du Roy , qu'il a bien voulu
rendre publique , pour ne rien laifferàdefirer
dansunsujet außi im .
Aoust 1694. E
9.8 MERCVRE
portant que celuy dont il s'agit.
Personne nedoute que les Mouches
à mi el nefoient d'untres.grand
rapport, lors qu'elles sont bien gouvernées
, Il ne restoit donc plus pour
laperfection de cet ouvrage qu'à
trouver les moyens faciles & affurez
pour arrester la perte continuellequi
Je fait des jettons & Effeins provenans
de ces Mouches,qui ordinairement
s'écartent du lieu de leurnais-
Sance pour aller travailler ailleurs
ou s'arrestentfur la cime dequelque
arbre inaccessible , aux trous des
murailles ou en d'autres endroits ,
d'où on nepeut les recueillir. Ce qui
eft confiderable c'est d'avoir trouvé
les moyens de n'estre plus obligé de
faire perir cruellement ces admirables
Ouvrieres en les étouffant
pour pouvoir profiter de leur travail.
TALOOL
eft
,
indubitable qu'en évitant
tous ces facheux accidens
LYON
د
on aura
GALANT . THECO
trouve les moyens afſfurez de ingdes
TILLE
revenus confiderables , sans are en
gagé à unegrande dépense. In
point d'Effeinqu'on aura biengouver
né qui ne rapporte du moins chaque
année laſomme de quinze livres ; de
forteque mille Ruches peuvent produire
tous les ans lasomme de quinze
mille livres , & ainſi en multipliant
le nombre des Ruches, on multipliera
les revenus à proportion , ce qui peut
aller presque jusqu'à l'infini.
de
Les Curieux , außib- ien que les
Communautez de Religieux
Religieuses qui ont pour l'ordinaire
de grandes étendues de jardinages
de cloſtures ,pourront profiter de
ces avantages plus commodement que
les autres personnes feculieres , qui
n'ont pas ordinairement toutes ces
étenduës que demanderoit un grand
nombre de Ruches , quoy que nean
moins elles n'occupent pas beaucoup
de place. Ce qui est particuliere-
E 2
100 MERCVRE
ment à confiderer , s'est qu'il y a
dans toutes les parties du monde des
Mouches à miel,dont l'on pourra ti.
rer le mejmeprofit.
Le dessein de la nouvellefabrique
des Ruches , est tres-facile à
executer pour ne plus perdre les Ef-
Seins, qui ne pourront plus s'écarter
de leur premiere demeure , & dont
on pourra diſpoſer facilement dans
lesſaiſons convenables , fans estre
obligé de les faire mourir en les
étouffant , comme il a fallu le faire
jusques à preſent.
Ceste Ruche est disposée de maniere
qu'on voit travailler lesMouches
,&toutes leurs actions , fans
s'expoſer au dangerd'en estre piqué.
CetteRuche est d'une tres- mediocregrandeur
,& tient peu deplace,
n'ayantqueseize pouces de diametre
&dix huit de hauteur. Elle est divifée
en trois parties. La premiere
GALANT.
& la plus baſſe , quin'a qu'un pouce
&demy de hauteur , fert d'office ,
où l'on met quelque provision , comme
miel,farine de feves , pourſuppléer
au defaut deleur nourriture ,
n'ayant pas affez de temps dans les
arriere-faisons pourfaire une recolte
Suffisance pour lesnourrirpendant la
rigueur & longue durée d'ungrand
hiver. Sans cepetit Secours ellesferoient
en danger de mourir. Le deffusde
cesoffices est le lieu où les Monches
ouvrieres reçoivent les jeunes ,
qui apportent tout ce qu'elles ont pù
recueillir dans la campagne& dans
les fleurs d'où allesreviennent chargées
de butin , pour estre employé à
faire les cives & le miel , ce que les
anciennes mettent en oeuvre avec
bien de l'affiduité & de l'industrie,
attachant tout leurs ouvrages à des
échelettes &à de petites traverſes
disposées pour cet effet. Lapartie la
E
3
102 MER CURE
-plus haute est la demeure de leur
便Roy , avec les Officieres , ce qu'on
nesçauroit affez admirer , & qui
ne peut paſſer que pour un prodige
Sans exemple.
Il feroit malaisé de bien comprendre
toutes ces particularitez ,
fans eftre aidé du Deffcin gravéque
M.Duval donnera au Public , avec
un petit discours suffisant pourfaire
concevoir toutes les choses qui concernent
les Mouches à miel , renvoyant
pour lefurplus les Curicux,
qui en voudront prendreplus de con.
noiffance, aux Auteurs qui ontparlé
des Abeilles dans toute leur évenduë.
Les modelles de la Ruchefont
faits,&on les voit chez le Sr Leli.
bon , Maistre Menuisier,àl'Enseigne
du Grand Charlemagne , grande
Tue du Fauxbourg S. AntoineaParis.
GALANT. 103
Soit que le Roy inſpire à
ceux qui l'approchent les ſenti-.
mens de bonté qu'il a pour fon
Peuple , foit qu'ils ſe faſſent une
gloire de les ſuivre , il eſt ordinaire
, & comme naturel aux
perſonnes de qualité qui font à
la Cour , de faire du bien par
tout où elles vont. Ce qui s'eſt
paſſé il n'y alpas long temps en
Touraine en eſt une preuve. M.
le Marquis de Dangeau , Gouverneur
de cette province , s'y
rendit au mois de Juin avec Ma
dame la Marquiſe de Dangeau ,
Madame la Ducheffe de Montfort
, M. le Prince de Morbac ,
Frere de Madame de Dangeau ,
& M. l'Abbé de Dangeau , dont
vous connoifſſez le rare merite.
A peine y fut- il arrivé dans ſa
belle maiſon de laBourdaifiere,
qu'il y ordonna des ouvrages;
E 4
104 MERCVRE
afin que les pauvres Païfans pufſent
gagner dequoį vivre .Le 20
Juin il vint àTours aux acclamations
du Peuple,pour faire chater
endifferes jours le TeDeum,pour
la nouvelle Victoire de Catalogne
, dans les deux grandes Egli.
fes de S. Gatien & de S. Martin ,
& il y afſiſta avec ſa compagnie ,
& les Corps de la Ville. Il vifita
l'Hoſtel- Dieu & l'Hôpital General
, qu'il combla d'aumônes
& de liberalitez , & peu de jours
aprés eſtant allé voir le Chaſteau
des Ducs de Luines , qui eſt ſur
la coſte de la Loire , la charité
le pouſſa plus loin , & s'eſtant
fait rendre compte des ravages
que font audelà de la petite Villede
Langeais pluſieurs beſtes
farouches , qui depuis dix huit
mois y ont devoré plus de trois
cens perſonnes , il confola les
2
GALANT.
105
Habitans du Pays ; & depuis il
leur a procuré les Equipages de
Monſeigneur pour la Chaſſe du
Loup.
Vous ſçavez le nouvel Edir du
Roy touchant la creation des
Charges de Maire. La Cour
ayant à remplir celle de Maire
de Tours , a jetté les yeux fur
M. Defloges , ancien Echevin
de la Ville , & Frere d'un fameux
Avocat au Parlement . Comme
il pouvoit y avoir quelques difi
cultez touchant le lieu de la preſtation
du ferment , que lesMaires
de Tours , depuis leur pre .
mier établiſſement , ont coutu
me de faire dans les Galeries de
l'ancienne Egliſe de Saint Martin
, ce qui fut meſme confirine
par un Arreſt contradictoire que
le Roy Henry le Grand rendit
fur ce ſujet dans ſon Confeil le
ES
(
106 MERCURE
23. Mars de l'année 1607. M.
l'Abbé Milon , Chanoine & Prevoſt
d'Oé dans cette celebre Eglife
, fit connoiſtre le droit & la
poffeffion où elle eſt à cet égard ,
à M. le Marquis de Dangeau ;
qui en ayant informé la Cour,
dés qu'il en eut receu les ordres,
ſe rendit le matin du 8. Juillet à
S. Martin pour y faire la ceremonie
de prendre le nouveau
ferment.
Les Députez du Chapitre ,
qui eſt tres nombreux , le receurent
à la portede l'Eglife , & M.
l'Abbé de Galliezon , Grand
Chantre, le complimenta. Tous
enfuite le conduiſirent au lieu
du ferment , où en preſence du
Prefidial , du Corps de Ville , &
d'un tres -grand concours de peuple
, M. Defloges prêta le ferment
accoutumé entre les mains
GALANT.
107
1
de M. le Marquis de Dangeau ;
& ayant fait un Diſcours tresreſpectueux
, M. de Dangeau y
répondit en des termes charmans
pleins de foumiſſions aux ordres
du Roy , de bonté pour le peuplede
Tours , &d'eſtime pour le
nouveau Maire. La ceremonie
eſtant faite , ce Marquis , tou outs
conduit par lesDéputez du Chapitre
, vint avec toute fa compagnie
devant le grand Autel entendre
la grande Meſſe ; qui fut
chantée par la Mufique. Les
Corps y aſſiſterent felon la coutume.
A la fin les meſmes Députez
le conduiſirent à fes Caroffes
, où aprés leur avoir té
moigné fon zele pour l'honneur
de leur Eglife , il s'en retourna
à la Bourdaifiere , & de là en
Cour.
1
On vend chez le Sr Guerin
E 6
108 MERCURE
Libraire ruë S. Jacques à Paris ,
quelques Lettres des Papes Leon
VII . Alexandre III . & Innocent
III . & d'autres monumens curieux
tirez des Archives de l'Egliſe
de Saint Martin de Tours.
Ce Recueilde Lettres eſt adreſſe
àM. l'Abbé de Lorraine , Fils de
M. le Grand.
Il paroiſt depuis peu un Livre
in douze , dont le grand
nombre d'Editions marque la
bonté & l'utilité. C'eſt l'Etat de
la France , qui vient d'eſtre imprimé
pour la dix huitième fois,
& dont depuis trente - quatre
ans chaque Edition a toujours
paru nouvelle , tant l'Auteur a
pris ſoin de le rendre curieux ,
en l'augmentant chaque fois
par de nouvelles recherches ;,en
forte qu'il n'y a point de Charges
dans la maiſon du Roy , &
GALAN T. 109
des Enfans de France , dont on
n'apprenne dans ce Livre les
fonctions , & les noms de ceux
quiles poffedent. On y voit de
mefine tout ce qui regarde les
Princes ,les grands Officiers de
la Couronne , les Conſeils du
Roy , les Gouvernemens , les
Jurisdictions , & une infinité
d'autres choſes curieuſes, dont il
faudroit un volume , pour vous
en faire undénombrement, puis
qu'on ne peut ſouhaiter d'eſtre
éclairci d'aucune particularité
qui regarde l'Etat de la France ;
qu'on ne la trouve dans cetOuvrage
, qui fait d'autant plus
connoiſtre la grandeur du Roy ,
que les Officiers de tous les autres
Souverains de l'Europe enſemble
ſont en moins grand
nombre que ceux de la Maiſon
de Sa Majesté. Ce Livre ſe vend
ΙΙΟ MERCVRE
chez le Sr de Luynes, au Palais,
au bout de la Galeriedes Merciers
, à la Juſtice. Vous ferez
bien aiſede ſçavoir en mefme
temps , que la quatrième partie
desVoyages Historiques de l'Europe,
commence à ſe debiter. Elle
comprend tout ce qu'il y a de
plus curieux dans les Royaumes
d'Angleterre , d'Irlande , & d'Ecoffe.
L'accueil que le Publica
fait aux trois premieres parties
de cet Ouvrage , luy en a faitdemander
la quatrième avec empreſſement
. On la trouve chez
le Sr le Gras , au troiſiéme pilier
de la grande Salle du Palais , à
la couronne ..
Il y a long - temps que les
Sçavans , les Voyageurs , & les
CurieuxenGeographie, ſouhai
toient une Mappe-monde , fuivant
les dernieres Obſervations
GALANT. ۱۳ ITI
faites en pluſieurs endroits de
la terre , par les PP. Jefuites , par
Mrs de l'Academie Royale des
ſciences , & par les Voyageurs
modernes .
د
Tous ces Meſſieursayant eu la
bonté de communiquer leurs
Memoires au Sr de Fer , qui de
fon coſté avoit fait quelques decouvertes
il a fait travailler
avec grand foin & beaucoup-de
dépenſe à la Mappemonde qu'il
vient de mettre au jour , dans laquelle
on trouvera toutes les
longitudes & les latitudes des
principaux lieux de noſtre Continent
changées & la maſſe des
terres de ce meſme continent refferrée
de pluſieurs centaines de
lieuës .
Le Cap verd deux degrez
plus occidental que ne le donnent
les Cartes terreſtres impri
112 MERCVRE
mées en France, n'y ayantqu'un
degré de difference de l'Iſle de
Fer à ce Cap , felon les meilleurs
Pilottes , & les Cartes marines
des Portugais , Hollandois
&c. la mer du Sud plus étenduë
de vingt- deux degrez .
L'Iſſe des Chiens , ſituée dans
la meſme mer, éloignée des coftes
de l'Amerique meridionale ,
quatre cens lieuës plus que les
Cartes ordinaires ne l'ont marqué
ce qui eſtoit contraire au
fentiment & au rapport de Guil.
Jaume Schouten , qui le premier
l'a découverte ,& placée telle qu'-
elle ſe voit dans cette Carte- Les
routes de Guillaume Schouten
faites, en 1616. & celles de M..
Chaumont , faites en 1685. y
font marquées,& font connoiſtre
qu'on a eu tort d'élargir les terres
de l'Afie,& de diminuer l'é

GALANT.
113
tenduë de la mer du Sud.
La Tartarie n'a rien de ſemblable
à toutes celles qui ont
paru . Elle eſt prife d'aprés celles
que les Moſcovites ont fait
dreffer avec beaucoup de ſoin.
Les ornemens utiles n'eſtant
point deſagreables à une Carte ,
on a enrichi celle- cy de quelques-
uns qui paroiffent y convenir
, puis qu'ils comprennent
engeneral cequi eſt de plus efſentiel
au mouvement de cette
machinedu monde.
Dans la partie haute ou Septentrionale
,on voit les Elemens ,
les Saiſons , les Solſtices , les
Equinoxes , le jour , la nuit , les
Crepuscules, les Vents ,& les Planetes
avec leurs macules .
Aubas de la Carte , ou dans la
partie meridionale on donne
idée de ce qui ſe paſſe en ce
114
MERCVRE
monde terrestre , par les repreſentations
des quatre differens
eſtats de la Vie activé , contemplative,
inquiete& voluptueuſe ,
& cela par des attributs tres bien
gravez , & dont l'invention &
le deſſein répondent aux foins
& à la grande dépense que l'Auteur
a eſté obligé de faire.
Cette Carte eſt entourée de
deſcriptions. Le coſté gauche
en regardant la Carte , eſt une
introduction à la Geographie ,
tres correcte. Le coſté droit eft
rempli de deſcriptions des ornemens
, des avertiſſemens , &
des changemens quiſe trouvent
dans la Carte.
On voit dans le bas la valeur
de la circõference de la terre,du
diametre , d'un degré , d'une
lieuë,& enfin,toutes les meſures
GALANT.
étrangeres , connuës par Mefſieurs
de l'Academie Royale des
" Sciences , au rapport de la toiſfe
&du pied du Chaſtelet de Paris
qui eſtune choſe auſſi utile que
curieuſe.
>
Cet Ouvrage , quoy que tresconſiderable
, n'est qu'une tentative,&
un Prelude d'une fuite
que l'Auteur s'eſt proposé de
faire , & à laquelle il travaille
actuellement . Il ſe vend à Paris ,
dans l'ifle du Palais, à la Sphere
Royale , au logis de l'Auteur
qui ne doute point qu'une pareille
nouveauté ne luy attire la
* cenſure & la critique de pluſieurs
perſonnes ; mais il ſupplie
ceux qui voudront parler ou
écrire en public fur ce ſujet ,
de vouloir le faire avec la moderation
qui convientaux honneſtes
gens , & il fera fon pof116
MERCURE
fible pour leur répondre dans le
meſme eſprit , & avec des raiſons
dont il eſpere qu'ils feront
fatisfaits.
L'Ouvrage qui ſuit eſt du
Pere Durand , leſuite , Profeffeur
de Rhetorique du College
de Saintes .
CONSEIL A L'ESPAGNE
d'accepter la Paix.
Orgueilleuse Hefperie, autre- foisformidable ,
Par le bruit de tes grands exploits;
Qui mesmeofois braverle pouvoirde
nosRots;
déplorable !
Que tonfort aujourd'huy me paroist
Vois- tu tes champs jadis fifeconds
en Guerriers ,
Devenir des terres defertes ,
GALANT.
117
Destheatres fameux de tes honteuſespertes,
Etse changer pour nous en moiſſons
de Lauriers ;
Vois tu les bords du Ter tout fumans
de carnages?
Vois-tuſes flots tout teints dusang
de tes Soldats ,
Coulerlelongdetes rivages,
Et fremir de couroux d'aller de nos
Combats
A cent Teuples divers porter les
avantages?
De quel oeil as tu va ces Boulevars
QuePalamos crut invincibles ,
affreux
Abaiffer leurorgueil leursfastes
terribles
Devant nos Legions , trembler
àleursyeux?
Regarde àson tour Barcelone
Palir d'effroy dansſes ramparsi
118 MERCURE
Vois yfes habitans courirde toutes
parts ,
Reclamer le secours de Mars & de
Bellone.
Quetous ces glorieux progrés
Aveugle&Superbe Hesperie ,
Triomphent de ta noire envie ,
Et te portent enfin à demander la
Paix.
C'estleseulendroit qui te refle
Pourte mettre à couvert d'un orage
funeste ;
Carn'attens plus du Ciel de fecours
nyd'appuy .
Il combattit , je le sçay , pour ta
gloire,
Pendant que tu lefis pourluy .
Mais il a de tes mains enlevé la
victoire,
Pour lasoumettre à d'autres loix ,
Lors qu'il t'a vû trabirles plusſaints
deſes droits;
F
GALANT.
119
Et ternir de ton nom l'éclat la
memoire.
Tefaut il un meilleurgarant
Pour te prouver qu'il t'aban.
donne ,
Que lefameux renverſement
Des Superbes ramparts de la fiere
Gironne?
Tule vois , ce faint Protecteur ,
Qui faisoit de tout temps sa plus
ferme esperance,
Vient de l'abandonner àson propre
malheur ,
Et negligeant leſoindesadéfense.
Qui l'a pû détacherdefes chers interests
,
Luy qui leurfut toujours propice ?
En voicy les motifssecrets ,
Cest qu'elle foutenoit aujourd'huy
L'injustice.
Vois donc par tous ces coupsquelest
deton Vainqueur
120 MERCURE
Et lebonheur la puiſſance.
Après avoiréprouvésavaleur ,
A la fin resous toy d'éprouversa
clemence.
S'il Sçait humilierſes plusfiersEn.
nemis,
1
IISçait leur pardonnerquand il les
afoumis. 1
Le Pere Mourgues , Jeſuite ,
Profeſſeur Royal des Mathematiques
à Toulouſe , qui a donné
les Regles de la Poëfie Françoiſe
, & mis au jour differens.
Ouvrages en Profe & en Vers ,
a fait imprimer depuis peu de
jours des Apophtegmes , où brillent
également l'eſprit & la delicateſſe
de l'Art poëtique. Voicyun
Sonnet de ſa façon à M.
le Maréchal Duc de Noailles ,
Viceroy de Catalogne.
SONNET
GALANT. 121
SONNET.
ATitre de Vainqueur devensa
Viceroy,
Tontriomphe est completfur leDuc
d'Escalone ,
Noailles , il t'évite , & couvre
Barcelone ,
Tandis qu'à Palamos tu vas porter
l'effroy.
Ta valeur deformais te donne un
libre employ,
Ton bras n'a qu'à choisir les Lanriers
qu'il moiſſonne.
L'écueil de vingt Heros : l'imprenableGironne
,
De vingt Sieges sauvée
jours eftatoy.
د encing
Combattant pour Louis la fortune
teguide,
Aoust 1694.
C
F
122 MERCURE
Le cours de tes progrés n'estguere
moins rapide ,
L'Espagne a cru le voir foudroyer
Sesrampars.
Ony , tes exploits des fiens nous
tracent quelque image,
Et c'est en unseul mot , te loüer
davantage ,
Que si je te mettois au deſſus des
Cefars.
Le Pere l'Heritier , Jeſuite ,
de la Maiſon Profeſſe de Toulouſe
, homme diſtingué dans
cettecelebre Compagnie , ayant
fait une Anagramme en Vers Latins
fur les Mouches de S. Narciſſe
, le Pere Mourgues en a
rendu toutes les beautez en noſtre
Langue , par ces quatre
Vers.
Tant qu'un zele pieux arma vos
Efcadrons,
GALANT.
123
Les Moucherons pour vous furent
des gens deguerre ;
Mais lors que vousservezle Tyran
d'Angleterre ,
Vos Gueriers font des Moucherons.
L'avanture que je vais vous
raconter a des circonstances af
ſez fingulieres pour meriter que
je vous en faſſe le détail. Une
Dame , demeurée Veuve dans
un âge où les conqueſtes font
encore aiſées à faire , faiſoit fon
plaifir d'avoir une groſſe Cour.
Le merite de ſa perſonne pouvoit
avoir part aux foins qu'on
s'empreſſoit à luy rendre , mais
une raiſon plus forte luy attiroic
un fortgrand nombre d'Amans .
Elle avoit beaucoup de bien ;
pourvû qu'on euſt l'adreſſe de
ménager ſon eſprit , elle eſtoit
A
{
F 2
124
MERCURE
capable de ſe laiſſer prendre ,
&de renoncer à l'heureux eſtat
d'indépendance où l'avoit miſe
la mort de fon Mary , dont elle
s'étoit conſolée enpeude temps.
Deux ou trois de ceux qui s'atracherent
le plus à gagner ſon
coeur , réuſſirent fucceſſivement
àle toucher , & elle entra avec
euxdans des engagemens affez
forts pour leur donner lieu de
croire que le mariage dont elle
arreſtoit les conditions auroit
ſon effet , mais ils ne ſongerent
pas que la paffion qu'ils luy infpiroient
eſtant violente , eſtoit
ſujette à n'eſtre pas de durée ,
& faute de la preffer de conclurre
ſi toſt qu'elle avoit promis ,
ils luy laifſferent le temps de ſe
dégoûter , & de ſe défaire des
ſentimens favorables dont elle
avoit eſté prévenuë d'abord
GALAN T.
125
pour eux. Ces experiences
ayant rebuté la pluſpart de ſes
Amans , elle commençoit à ſe
trouver ſeule , & à ſe faire une
honte de ne plus avoir d'adorateurs.
Ses pretendus Heritiers
ſe réjouiſſoient de ſon caractere ,
qui ſembloit les afſſurer quejamais
elle ne fuccomberoit à la
dangereuſe tentation de prendre
un ſecond Mary , lors qu'un
jour elle vint prier une Dame de
fes Parentes ,de venir paffer huit
jours avec elle à une Terrequ' .
elle avoit à douze lieuës de Paris
. La Dame eſtoit toute pleine
d'agrémens ,avoit une vivacité
d'eſprit merveilleuſe , & faiſoit
la joye de toutes les ſocietez
qui la recherchoient. Comme
elle joignoit une grande complaiſance
à mille autres qua
litez qui la rendoient eſtimable ,
F 3
126 MERCVRE
elle conſentit à ce que voulut la
Veuve , & ſe laiſſa emmener
dans le meſme inſtant , parce
qu'on vouloit l'entreteniràloiſir
d'un fort important fecret ,
qu'on ne vouloit confier qu'à
elle ſeule. Elle arriva chez la
Veuve, dont le premier foin fut
de prendre un habit fort magnifique
, de ſe parer d'une maniere
extraordinaire. La joye
qu'elle vit d'ailleurs briller dans
ſesyeux,luy fit demander la cauſe
de tout cet ajustement , & la
Veuve répondit qu'elle l'avoit
amenée pour ſigner à ſon Traité
de mariage ,que le Notaire avoit
ordre de dreſſer ſuivant les articles
qu'on luy avoit mis entre
les mains ; qu'elle devoit épouſer
le lendemain de fort
grand matin , un Cavalier tresbien
fait , qu'elle avoit rendu
GALANT.
127
éperdûment amoureux,& qu'incontinent
aprés ils partiroient
tous pour la Campagne . La Dame
qui ſe trouvoitde noces lors
qu'elle y penſoit le moins , tuy fit
quantité de queſtions fur le Cavalier
,& apprit d'elle qu'il n'y
avoit que huitjours qu'ils ſe connoiffoient,
& qu'un homme ſage
qu'elle verroit avec luy , avoit
conduit cette affaire. La Dame
luy dit en riant qu'elle voyoit
bienque leCavalier avoit de l'efprit
puis qu'il l'avoit obligée à
conclure promptement , & qu'
elle n'avoit rien à luy conſeiller,
les choſes eſtant trop avancées
poury vouloir apporter du retardement.
La Veuve l'ayant
affeurée qu'elle approuveroit fon
choix, &qu'elle n'avoit rien fait
qu'avec une attention tres- ferieuſe
ſur l'importance de l'en-
F4
128 MERCURE
gagement qu'elle avoit pris ,
elle applaudit à ſes ſentimens &
ne voulut point combattre inutilement
une paſſion qui luy paroiſſoit
tres vive. Peu de temps
aprés entrerent le Cavalier &
l'Entremetteur , accompagnez
du Noraire qui avoit eſté
chargé du Traité de mariage.
Le Cavalier que la Veuve pre
fenta d'abord à ſa Parente
n'avoit pas plus de trente ans .
Il eſtoit affez bien fait , & à
n'en juger que par la mine , il
pouvoit n'eſtre pas indigne
qu'on l'aimaſt. Le contrat fut
lû , & comme il portoit tous
les avantages que l'on peut faire
à un homme , la Parente de la
Veuve dit au Cavalier , qu'un
procede fi honneſte & fi genereux
, devoit l'engager à une é
ternelle reconnoiffance. Il ne
GALANT. 129
répondit qu'en prenant la main
de la Veuve , qu'il baifa avec
beaucoup de reſpect , & le Notaire
ayant preſenté la plume ,
les intereſſez ſignerent , ainſi
que la Parente & l'Entremetteur
qui ſervirent de témoins . On
foupa bien- toſt aprés , & la Parente
qui ne connutpas un fort
grand genie dans le Cavalier ,
ledéconcerta par ſon enjoûment
en luydiſant cent choſes plaifantes
où ſouvent il ne ſçavoit
querépondre. Pour le confoler
de ſondefordre, elle prétendoit
que ce fuſt la marque d'un coeur
tout remplyd'amour , qui eftant
entierement occupé de fonob
jet , n'aimoit point à s'en diſtraire.
On ſe ſepara aprés avoir donné
l'heure pour le lendemain de
tres-grand matin. Cependant
laVeuve eſtantdemeurée ſeule
F
130
MERCURE
avec ſa Parente , luy demanda
ce qu'elle penſoit de ſon Amant,
àquoy elle répondit qu'il n'eftoit
pas ſurprenant qu'un excés
d'amour luy euſt étouffé l'efprit
, & qu'ainſi elle n'en pouvoit
rien dire , puiſqu'il n'eſtoit
pasdans ſon eſtat naturel . Elles
coucherent enſemble , & continuerent
d'en parler , juſqu'a
ce que laDame ſe fut endormie.
Sonfommeil ne dura pas fort
longtemps. La Veuve fit refle
xion ſur le peu d'eſprit qu'avoit
fait voir fon Amant devant fa
Parente , & aprés pluſieurs choſes
agitées en elle meſme , elle
commença à diretout haut qu'il
ne devoit point pretendre qu'-
une femme auſſi riche & auffi
bien faite qu'elle eftoit ,ſe reſoluſt
á eſtre la femme d'un malheureux
qui eſtoir ſans aucun
GALANT. 131
bien , & qui ne pouvoit que luy
faire honte . La Dame éveillée
par ſon ſoliloque , luy demanda
s'il eſtoit temps de fe repentir ,
& fi elle croyoit pouvoir rom
preun Contrat ſigné , fans s'expoſer
à payer de gros intereſts .
Cette legere oppoſition à fes
fentimens ne fit que l'affermir
davantage dans la reſolution de
ne ſe pas marier. Elle fe fit un
portrait hideux de fon Amant ,
& il commença à luy paroiſtre
le plus mépriſable de tous les
hommes. Son idée ſe rempliffant
des mauvaiſes qualitez qu'elle
luy donnoit , elle ne pouvoit ſe
pardonner ſon aveuglement
de s'eſtre caché ſes deffauts pendant
huit jours. Quatre heures
fonnerent dans le temps qu'elle
diſputoit avec ſa Parente ; & le
Cavalier attentif à l'heure don-
>
F6
132 MERCVRE
née pour le mariage , vint pref
que auffi toft. Il luy rendit comptede
ſa diligence à tenir tout
preſt dans l'Eglife , où celuy qui
lesdevoit marier les attendoit.
La Veuve luy répondit fierement
qu'elle ignoroit cequi luy
donnoit la liberté d'entrer dans
ſa chambre tandis qu'elle estoit
encore au lit ; qu'elle avoit bien
d'autres choſes dans la teſte que
de ſonger à ſe marier ; & que s'il
avoit tant d'impatience d'avoir
une Femme , rien ne l'empêchoitde
l'aller chercherailleurs.
Un changement & peu attendu
mit le Cavalier dans une ſurpriſe
qui le rendit quelque temps
muet. Il voulut ſçavoir fon crime
, & plus il parla en Amant
ſoumis ,plus il fut traité deſobligeamment
. L'Entremetteur qui
Paccompagnoit toujours , ne
GALANT.
133
put s'empêcherde dire, qu'aprés
les meſures qu'elle avoit ſouffert
qu'on priſt , un femblable procedé
eſtoit trop injurieux pour
le ſouffrir fans s'en plaindre , &
cesparoles luy en attirerent de
faigres , qu'il fut obligé de ſe
retirer dans l'antichambre , où
le Cavalier & luy tinrent confeil
. Les Dames les entendirent
raiſonner longtemps , & par
une forte de diſpute qu'ils eurent
enſemble , elles comprirent
que le Cavalier s'oppoſoit à ce
que l'Entremetteur avoit reſolu
de faire. La Parente priée par la
Veuve, ſortit du litpromptement,
&à demy habillée elle alla leur
dire , qu'il leur eſtoit inutile de
pretendre qu'on luy fiſt perdre
fi-toſt le dégoust où elle eſtoit ;
que certaines choſes qui luy
avoient paſſé par l'eſprit dans le
134
MERCURE
moment qu'elle eſtoit le plus reſoluë
au mariage,luy en faifoient
apprehender l'embarras , & qu'il
n'y avoit que des manieres honneſtes
& un peu de temps qui la
pûffent ramener. L'Entremetteur
, aprés pluſieurs plaintes
fur l'affront qu'alloit recevoir le
Cavalier , à qui elle n'avoit jamais
demandé le fecret ſur cette
affaire , s'échapa à dire qu'il
auroit au moins fujet de ſe confoler
par mille piſtoles qu'il faudroit
qu'elle payaſt , ſi elle vouloit
manquer à l'engagement
qu'elle avoit pris. Il n'avança
rien ſans le prouver. La Dame
fut fort ſurpriſe de voirun Dedit
ſigné par la Veuve,à qui elle alla
demander ſur l'heure pourquoy
elle maltraitoit desgens qui pouvoient
agir contre elle pour mille
piſtoles. Elle expliqua cette
Enigme , & en luy parlant du
GALANT.
135
د
Billet ſigné qu'elle avoit vû, elle
la mit dans une colere quine ſe
peut exprimer. La Veuve fe fouvintd'avoir
mis fon nom au bas
d'une Lettre qu'on luy avoit preſentée
comme une réponſe
qu'elle faiſoit à un compliment
de civilité qu'elle avoit receu
fur fon mariage , d'un Parent
duCavalier. Elle avoit figné fans
lire,ſuivat ſa maniere bruſque de
faire beaucoup de choſes ,& l'Entremetteur
qu'on avoit inftruit
de ſon peu de fermeté das ſes reſolutions,
avoit cru venir à bout
de fixer fon inconſtance en fe
ſervant de cette ſurpriſe pour luy
faire ſigner un dédit. Elle fe leva
fort promtement pour aller deliberer
fur ce qu'elle avoit à faire
& trouvant dans l'antichambre
ceux qui estoient ſaiſis du Billet,
elle en demanda une lecture .
136 MERCVRE
Elle luy fut refuſée ,& ce refus
excita la plus piquante diſpute
qui ſoit jamais arrivée. Ce qui
ſeditdefacheux & de cruel ne
finit que par la fuite de l'Entremetteur
, qui ſe laſſant d'eſtre
maltraité , s'échapa ſans plus répondre.
La Veuve ſortit preſque
enmêmetemps ,& laiſſa le Cavalier
, qui avoit tâché inutile .
ment de l'adoucir , dans une efpece
d'évanoüiſſement qui luy
fit avoir beſoin du ſecours que
luy preſterent ſes gens. La perte
d'une fortune qu'il avoit cruë affurée,
le mit dans un ſaiſiſſement
dedouleur inconcevable. Ilpoufſa
de longs ſoupirs,& il les pouffa
fi haut , que la Parente , demeurée
au lit pour prendre un
peu de repos , aprés une nuit entiere
paſſée ſans dormir , le pria
le plus honneſtement qu'il luy
GALANT.
137
fut poſſible , de moderer ſes chagrins
, ou s'il vouloit s'y abandonner
, de vouloir au moins
foupirer un peu plus bas. Cela
luy donna lieu d'entrer dans ſa
chambre.Illui peignit en dester
mes fort touchans l'indigne maniere
d'agir de la Venve , fit des
lamentations tres- pitoyables , &
aprés qu'il l'eut aſſurée plus d'une
fois qu'il fentoit bien qu'il
mourroit de cette affaire, la Dame
luydit qu'elle ne luy conſeil
loit de mourir que dans la derniere
neceſſité ; mais que ſi c'eſtoit
une choſe qu'il fuſt abſolument
refolu de faire, il l'obligeroit tres .
fort d'aller mourir en quelque
autre lieu , parce que c'eſtoit
un ſpectacle qui n'eſtoit point
du tout de fon goust. Il fortit
enfin , & de ſa chambre & de la
maiſon . Elle s'endormit , & ne
138 MERCVRE
s'éveilla que lors quela Veuve
revint.Ceux qu'elle avoit cõſaltez
trouvoient fon affaire tresfacheuſe
, s'il eſtoit vray qu'elle
euſt ſigné un dédit , & pour
chercher les moyens de l'en tirer
, il falloit attendrequ'on luy
euſt communiqué le Billet. Elle
ſe reſolvoit quelquefois à époufer
le Cavalier , pour ne point
payer les mille piſtoles , & en
mefme tempselle proteſtoit que
ce ſeroit pour le rendre le plus
malheureux de tous les hommes
Six jours ſe paſferent fans qu'elle
entendiſt parler de rien;&
enfin onlay vint dire quele Cavalier
eſtoit à l'extrémité , &
qu'il n'y avoit aucune eſperance
qu'il en échapaſt . Un fi rare
excés d'amour renverſatous les
deſſeins de vangeance qu'elle
avoit formez . Elle en fut touGALAN
T. 139
chée , & obligea ſa Parente d'aller
luy dire , que s'il vouloittravailler
à ſa gueriſon , elle acheveroit
le mariage. La Parente
eut de la peine à ſe chargerde
- cette parole , mais elle fongea
qu'elle ſauveroit peut-eſtre la
vieau Cavalier par cette nou-
- velle. Elle la donna trop tard ,
& la joye mêlée d'agitation
- qu'il en fit paroiſtre en la recevant
, ne fit peut eſtre qu'avancer
la mort , qui arriva trois
heures aprés . Ainſi la Veuve
n'eut point de procés à effuyer,
& celay fut un grand ſujet de
- triomphe d'avoir réduit un Amant
à moutir d'amour pour
elle.
L'Illuſtre à qui nous devons
la Lettre en Proſe contre les
Bouts-rimez que je vous envoyay
le mois paffé , en ayant
140 MERCURE
receu d'aſſez difficiles à remplir
a répondu par le Rondeau que
vous allez lire , à celuy quiles
luy avoit envoyez .
A
E
RONDE AU.
N liberté permettez que je
rime ;
Vos mots preſcrits font émoußer ma
lime,
L'abus m'en choque , & du plus
granddesRois
En Bouts- rimer celebrer les Exploits
,
Amy Vetron , croyez-moy , c'est
un crime.
Pegase estfier ; quand un beaufew
l'anime ,
Du ſeul caprice il reconnoist les
loix
Et veut monter à l'espece fublime
Enliberté.
GALANT.
141
N'esperez pas que changeant de
maxime ,
Les fers aux pieds je coure aprés
l'estime.
Chantons Loüis avec art
choix.
avec
Ce grand nom seul est un afſſez
grandpoids;
A ce Heros offrons noftre victime
Enliberté,
Le même a rempli en même
temps les Bouts rimez par le
Sonnet ſuivant , qui fait connoiſtre
qu'il eſt toujours dans
le même ſentiment contre les
Bouts- rimez. Cependant il a fi
bien réuſſi , qu'il les fait aimer
dans le même temps qu'il écrit
contre. Ce Sonnet en eſt unc
preuve. Ila receu degrands applaudiſſemens
,& fait ſouhaiter
142
MER CURE
,
de voir comment des rimes fi
bizarres peuvent eſtre remplies
Je n'oſerois toutefois les propofer
au Public , les Ouvrages de
cette nature n'ayant pas eſté
ſi -toſt propoſez que l'on en eſt
inonde . Il m'en reſte plus de
centfur les Bouts-rimez de Mrs
de l'Academie des Lanterniſtes ,
parmy leſquels il y en a un
grand nombre de tres-bons
mais ayant connu quele Public
commençoit à s'en laſſer, je n'ay
pas cru en devoir donner davantage.
On en peut faire fur
les rimes nouvelles , & chacun
ſe peut choiſirun ſujet pour les
remplir. Cette diverſité fera
peut-eſtreque le Public les verra
en plus grand nombre avec
plaiſir. Ceux qui voudront bien
y travailler ſont avertis que
jen'en mettray pas plus de huit
ژ
GALANT.
143
oudix dans mes Lettres , ainſi
les Auteurs qui ne ſerontpas de
ce nombre, ne devront pas avoir
moins bonne opinion de leurs
Ouvrages , puis qu'il n'y aura
que la grande quantité qui aura
empêché leurs Sonnets d'avoir
place parmy les autres .
SONNET.
Contre les Bouts- rimez .
✓Iſages que Bacchus a teints en
écarlate,
Esprits nezpour le joug à l'exempledu.
boeuf,
Des fades Bouts.rimez vantez le
Mithridate
Et vendezvostre drogue aux Chalandsdu
Pont neuf.
I'aime mieuxles concerts des Amans
d'une
Chatte,
144
MERCURE
Oule chant de la Poule aprés qu '-
elle a fait l' oeuf.
Le François par cet art va devenir
Sarmate,
SaMuse eft expirante , fon Parnaffe
Veuf.
3
Sarrazinpour conde s'élevant comme
un Aigle
En vain des Vers pompeux nous a
fourny la regle ,
Du Lot qu'il a vaincu s'échape des
Enfers.
Nédans l'extremité lemal gagne
le
centre.
Obongoust ! ô raison que l'on veut
fers ,
antre...
L'orage sera court ,ſauvons- nous
mettre aux
dans quelque
Le 2. de ce mois, M. le Chevalier
de Courtaluert de Pezé
foûtint
GALANT
145
foûtint au Mans la premiere
Theſe de Mathematique quiait
eſté ſoûtenuë dans cette Ville
là , fur les Fortifications & la
Marine. Il parla pendant trois
heures , & répondit avec une
grande prefence d'eſprit à toutes
gran
les difficultez qu'on luy propoſa.
Quoi qu'il ne foit âgé que d'onze
ans , il fit paroiſtre autant de ju
gement que s'il euſt eu un plus
grand nombre d'années . Il n'avança
aucune propoſition dont
il ne donnaſt à meſme temps la
raiſon ,& le plus ſouvent il apportoit
trois ou quatre raiſons
d'une mefme choſe ,& cela avec
tant de facilité & de bonne grace
, que les plus conſommez
dans ces Sciences en estoient
charmez , ne pouvant ſe perfuader
avant cet Acte public,qu'un
enfant puſt avoir tant de pene-
Aouft 1694 . G
146 ERCURE
tration pour des Sciences fi difficiles
. Il expliqua le Triangle
Loxodromique , la Derive du
Vaitſeau , le moyen de la corriger
, les Rumbs de la Boufſole
,l'uſage des Voiles , le moyen
de s'en ſervir le plus avantagcuſement
, avec pluſieurs
autres propoſitions de Marine,
&de l'Artde fortifier les Places.
Toutes les perſonnes de qualité
dela Ville du Mans qui ſe trouverent
à cette action publique,
eſtoient ravies de voir ce jeune
Gentilhome expliquer avec tant
d'agrément toutes les differentes
manieres de fortifier les Places ,
leurs avantages& deſavantages,
ce qu'il accompagnoit toûjours
du recit de quelques Hiſtoires
arrivées dans les Sieges , & dans
les Batailles données depuis le
GALANT. 147
commencementde cette guerre ,
faiſant remarquer les fautes que
les Ennemis avoient faites,& lc
profitque nos Generaux en avoient
retiré. Il rapporta auſſi
quelques Obſervations de Mrs
de l'Academie des Sciences , &
les Relations les plus curieuſes
des plus fameux Voyageurs. Il
exp'iqua avec une grande netteté
la maniere de tracerun Plan
de Ville ſur le Papier , & fur le
Terrain , d'eſtimer la dépenſe ,
defaire le Toiſé des ouvrages ,
d'empeſcher l'entrée d'un Royaume
, de lever le Plan d'une
Place acceſſible ou inacceſſible ,
de faire la poudre, à Canon de
conduire la Tranchée , la ma.
niere de deffendre & d'attaquer
les Places , & pluſieurs autres
Problêmes de l'Art de fortifier ,
G2
148 MERCVRE
&de la Marine , qui font dans la
Theſe qui contient douze pages
in octavode petit Romain. Outre
cequi eſtoit dans la Theſe, il
démontra les plus difficiles PropoſitionsdeGeometrie;
comme,
que tout Triangle eſt égal à deux
droits , quel'angle au centre eft
double de l'Angle inſcrit eftant
fur meſme baze , que le quarré
fait ſur l'Hypothenuſe da Triangle
Rectangle eſt égal aux
quarrez faits ſur les deux autres
coſtez , avec des pratiques de
Longimetrie , de Stereometrie,
& Planimetrie. L'Aſſemblée
prenoit un tres-grand plaifir
a voir ce jeune enfant tantoſt
manier des inftrumens , & montrer
la maniere de s'en ſervir ,
tantoft tracer des figures de
Geometrie , de Marine , & de
GALANT. 149
Fortifications , & les démontrer
à meſme temps , tantoſt reſoudre
les difficultez que des perſonnes
ſçavantes & diftinguées
par leur merite , leur naiſſance ,
& leurs emplois , propoſoient
contre les Propoſitions de ſa
Theſe. Il répondoit folidement
& fortagreablement . :
Voicy les noms des Perſonnes
confiderables , dont j'ay oublié
de vous apprendre la mortdans
ma Lettre de Juillet.
Meffire Armand- Augustin
Baudon , Seigneur de Neuville,
la Ferriere , & autres lieux. Il
eſtoit Conſeiller.
Meffire Françoisde Beaulac ,
Chevalier , Marquis de Pezene ,
Baron de Montesquieu , Sengneur
de Veirac,& autres lieux .
C'eſtoit le Pere de feu M. l'Ab .
G
3
150
MERCVRE
bé de Pezene , qui preſcha avec
un ſi grand fuccés il y a quelques
années le jour de la Feſte
de S. Louis , dans la Chapelle du
Louvre , devant Mrs de l'Academie
Françoife .
Dame Françoiſe Ribeyre,
Epouſe de MeffireCharles Honoré
Barentin, Sr d'Hardivilier,
Hetomenil , les Belles Auriez ,
Maderez , Monoye, Conſeiller
du Parlement,& Cõmiſſaire aux
-Requeſtes du Palais . Elle n'eftoit
âgée que de vingt fix ans.
M. Barentin qu'elle laiſſe Veuf,
eſt Fils de feu M. Barentin,premier
Preſident du Grand- Conſeil;
& elle fille de M. Ribeyre
Conſeiller d'Estat , qui a épousé
une Fille de feu M. de Novion ,
premier Preſident.
Meffire Pierre- Hierôme Hofdier
, Abbé de la Frenade &
GALANT.
Chanoine de l'Egliſe de Paris. II
eſtoit âgé de trente-cinq ans,&
Frerede M. Hofdier , premier
Preſident de la Cour des Monnoyes
.
Mademoiselle Leſchaffier
Directrice de la Communauté
des Filles de l'Inſtruction , éra
blie ruëdu Geindre,Faux-bourg
Saint Germain,&des Filles Orphelines
de la Paroiſſe de Saint
Sulpice . Elle estoit Soeur de M.
Leſchaffier , Conſeiller au Parlement
.
J'ay auſſi oublié depuis deux
mois à vous apprendre la mort
deMadame de Gordes, Abbeffe
de Nonenques. Le ſeul nom de
Gordes vous fait connoiſtre ſa
haute naiſſance . Elle estoit Fille
de M. le Marquis de Gordes ,
Capitaine des Gardes du Corps
G4
152
MERCURE A
de la Garde Ecoſſoiſe du feu
Roy , Chevalier des Ordres de
Sa Majesté , Chevalier d'honneur
de la Reyne , Grand Senechal
de Provence , Lieutenant
general dans lameſme Province
&Gouverneur de la Ville & Citadelle
du Pont S. Eſprit , qui
de Dame Gabrielle de Pontheves,
Comteffe de Carce , Soeur
du Compte de Carce , qui s'eſt
ſignalé en plufieurs occafions ,
eut ſept Enfans , deux Fils &
cinq Filles . L'ainé des Fils estoit
feu M. le Marquis de Gordes ,
Chevaliersdes Ordres du Roy ,
Chevalier d'honneur de la Reine,
Grand Senechal de Proven
ce , Lieutenant general dans la
même Province , & Gouverneur
de la Ville & Citadelle du
Pont Saint Efprit. Le ſecondeſt
GALANT. 153
M. l'Eveſque & Duc de Lant
gres , Pair de France , premier
Aumônier de la feuë Reine ,
connu par ſon merite & par fon
rang , qu'ilme ſeroit inutile de
vous en rien dire davantage .Les
cinq Filles font Madame la
Marquiſe de Thor & de Caderouffe
, Mere du Duc de ce
nom; auffi connuë parla fublimité
de ſon eſprit & de fon genie
, que par la conſtance & la
force d'ame avec laquelle elle
foutient depuis beaucoup d'années
une vie pleine de fouffrances
, par des maladies facheuſes ,
qui toutefois ne luy oſtentpoirt
le ſoin de faire un contiouel
exercice d'oeuvres de charité
& de generofité ; Madame
l'Abbeffe d'Annonay , Madame
l'Abbeſſe de Saint Co
GS
154
MERCVRE
lombe de Vienne , Madame de
Gordes , Carmelite à Aix , cù
elle eſt en veneration pour ſa
vietoute pleine de pieté,&Madame
l'Abbeſſe de Nonenques ,
qui mourut au mois de May
dernier d'une fiévre pourprée ,
dans l'Abbaye de Sainte Colombe.
Elle avoit fuccedé à Madame
de Pontheves de Carce fa
Tante , Fille du Maréchal de
Montpeſat , & de Madame de
Pontheves , Comteſſe de Carce,
qui avoit épousé en premieres
Noces M. le Duc du Maine .
Nonenques eſt une des plus riches
Abbayes du Royaume ,
ſituée dans le Roüergue , Dioceſe
de Vabres , où Madame de
Gordes a laiſſé des monumens
éternels de ſa magnificence
& oùelle a établi par ſon exem-
9
GALANT .
55
ple une regularité des plus parfaites
parmy fes Religieuſes ,
ayant toujours eſté des plusattentives
aux Exercices de ſa
vocation , & ſi aſſiduë , lors qu'-
elle eſtoit reſidente , à tous les
Offices divins ,qu'on l'y voyoit
toujours la premiere , même
dans les plus grandes rigueurs
de l'hiver . Elle a donné dans
tout le coursde ſa maladie , des
marques d'une pieté ſinguliere ,
& d'une refignation qui ne ſe
voit d'ordinaire que dans les
perſonnes qui font vraiment
appliquées à Dieu. Je ne fais
pas la genealogie de la Maiſon
deGordes. Vous ſçavez qu'elle
eſt une des plus anciennes , des
plusilluftres & des plus riches
du Royaume . Ellca pour Cadets
les Pianeſſes & les Simianes, &
G6
156 MERCVRE
fes Predeceffeurs eſtoient Princes
d'Apt en Provence.
Les Scavans ont beaucoup
perdu en la perſonne de M.
Verduc le Fils , Docteur en Medecine.
Il mourut le 29. de May
dernier, âgé de trente - deux ans ,
d'une maladie de poumon qui
luy a duré trois mois. Sa maladie
n'eſt venuë que d'ane trop
grande application à ſes exercices
ſur la Medecine & fur la
Chirurgie. Il paſſoit les jours
& les nuits à travailler ,
fans ſe donner de relâche . Sa
paffion eſtoit pour l'Histoire
naturelle , qu'il cultivoit avec
un extrême ſoin. On peut
juger des grands progrés qu'il
y avoit fatis par les Ouvrages
qu'il nous a laiſſez. Nous
avonsun Traité de l'Oſteolo
১০
GALANT.
157
gie , où il expliquemécaniquement
la formation & la nourriture
des os , avec le Squelete
du foetus , & une Differtation
tres-ſcavante & trés- curicufe
fur le marcher de l'Homme &
des Animaux , ſur le vol des Oiſeaux
,& furle nager des Poiffons.
Nous avons auſſi deluy un
Corpsde Chirurgie moderne ,
où toutes les maladies externes
du corps humain , font expli .
quées ſelon les principes de la
Phyſique du celebre M. Defcartes.
Il en a en meſme temps
donné les remedes. Il paroiſtra
encore bien toſt un excellent
Ouvrage de ſa façon. C'eſt un
Livre de l'uſage des parties ,
qu'il avoit compoſe avant qu'il
tombast malade . L'Auteur explique
les fonctions du corps
par des principes tres- clairs ,
158 MERCVRE
qu'il fonde même ſur des Obſervationsde
pratique , & fur ce
qu'il y a d'incontestable dans
l'Anatomiemoderne.On y trouvera
encore une ample explication
des organes des ſens externes&
internes. Ledeſſein de M.
Verduc eſtoit de donner une
Pathologie de Medecine fur
les principes de la Chirurgie ,
&de compoſer une Hiſtoire naturelle
; il ſe promettoit d'en
faire voir l'eſſay dans un petit
Traité,par unejuſte application
des Mecaniques à la ſtructure
des parties des Animaux , en
rendant raiſon de leurs mouvemens.
C'eſtoit aller plus loin
que Borelli , mais la mort , en
nous raviſſant un homme ſiex.
cellent à la fleur de ſon âge ,
nous a privez de l'execution de
ſesdeſſeins.
GALANT.
159
Le Roy de Danemarck a fait
de nouveauxChevaliers de l'Ordre
de l'Elephant , & j'ay à vous
apprendre les Ceremonies que
l'on y a obſervées . Cet Ordre fut
établi en 1478. par Chriſtierne
I. dit le Riche , Roy de Da
nemarck , de Suede & de Nordvvege
, ſous l'invocation de la
Vierge , la Religion Catholique
ayant eſté celle de ces Peuples
depuis Herold , qui commença
de regnervers l'an 930. & qui
ſe fit baptifer , juſqu'à Frideric
I. qui en 1523. ayant eſté mis
enla place de Chriſtierne II . fon
Neveu,que l'on dépoſa,& qu'on
appelloit le Neron du Nort, introduifit
le Lutheraniſme dans
fes Etats .Les Chavaliers de l'Ordre
de Danemarck portent au
cou une chaine d'or , au bout de
laquelle pend ſur l'eſtomac un
160 MERCVRE
Elephant d'or , émaillé de blanc
( c'eſtoit autrefois une Image de
la Vierge ) mis ſur une terraſſe
de Sinople , émaillée de fleurs.
Cet animal porte ſur le dos un
Chaſteau d'argent maçonné de
fable . Le premier Chapitre de
cet Ordre fut celebré en l'Egliſe
Metropolitaine de Luden ,
l'une des principales Villes de
Danemarck , à la folemnité du
mariage de Jean , Filsde Chriftierne
I. avec la Fille d'Ernest
Ducde Saxe. Depuis ce tempslà
cet Ordre a eſté conferé par
les Rois fes Succeſſeurs aux Prin
ces & Senateurs du Pays ſeulement,
le jour qu'ils ont eſté couronnez
. Je vous en envoye l'Eftampe
que j'ay fait graver. La
Ceremonie des nouveaux Chevaliers
fut commencée le 14. du
1
GALANT . 161
mois paſſé par une excellente
Muſique , qui ſe fit entendre dés
le grand matin. Le Docteur Petri
fit une Predication fur ces
paroles du Pſeaume 15. Ie prens
mon plaifiraux Saints & aux Ver.
tueux qui font fur la terre. Pendant
ce Sermon , le Roy de Danemarck
estoit aſſis dans le large
eſpace qui eſt devant l'Autel,
&qu'on avoit préparé pour l'Afſemblée
des Chevaliers. On y
Kavoit poſe un Trône fort ma.
gnifique ſous un Dais de velours
cramoiſi & de fatin blanc en bro .
derie d'or. Au deſſus du Roy
eſtoient les Armoiries de Sa Majeſté
, reprefentées en ovale.
L'Ecu eſtoit entouré d'une
chaîne d'or de l'Ordre ſelon la
coutume , avec la Deviſe de ce
Prince , Pietate juftitia , comme
Chef de l'Ordre . Il eſtoit vê162
MERCURE
tu à la Romaine. Son habit eſtoit
tres- riche , de ſatin blanc en
broderie d'or , parſemé de Pierreries
en pluſieurs endroits ,
avec le Collier de l'Ordre fait de
pur or au col & fur les épaules .
Les chaînons eſtoient entremêlez
de petits Elephans &
de Tours & il avoit for fa
teſte un petit caſque tout couvert
de plumes blanches , du
milieu deſquelles fortoit un
Heron noir avec des plumes
d'Autruche. Le long manteau de
l'Ordre des Chevaliers eſtoit de
rouge cramoiſi , doublé de ſatin
blanc en broderie d'or ; la queuë
avoit deux aunes de long , &
eſtoit portée par deux Comtes ,
le Comte Lurvvick & le Comte
de Tricten, & autres grands Seigneurs.
Aux coſtez du Roy
C
GALANT.
163
eſtoient aſſis les Princes de la
Couronne & tous les autres
Chevaliers de l'Ordre . Les chaiſes
pour ceux de l'Ordre eſtoient
avec des houſſes par deſſus au
nombre detrente , toutes de velours
rouge cramoiſi en broderie
d'or. Cependant il ne s'y
trouva que neuf Chevaliers veſtus
de pareille étoffe que le Roy
& de la meſme maniere , à la
referve que leurs petits cafques
n'avoientque des plumes rouges
&des plumes blanches. Au def.
fusde chacune de ces chaiſes étoient
ſuſpenduës les Armoiries
des Electeurs,des Princes & Seigneurs,
Membres du même Ordre
, dans un Tableau en ovale ,
avec leurs noms , leurs Deviſes,
&tout ce qui ſe trouvoit de plus
remarquable. Auſſi tout cet Ort
164 MERCURE
1
drene conſiſtoit qu'en Perſonnes
du rang d'Electeurs & de
Princes ; comme auſſi aprés
ceux- là il n'y en avoit point qui
ne fuffent d'extraction & de
Prince. Le Sermon eſtant finy ,
la Muſique recommença , aprés
quoy le Sr Marc Gioé l'un des
Chevaliers , fit ſa harangue treséloquente
en la langue du pays,
& s'étendit ſimplement fur tout
ce qui regardoit la gloire de Sa
Majesté Danoiſe ſur les grandes
actions des Rois ſes Predeceffeurs
, fur l'origine de l'Ordre
de l'Elephant ,& fur le merite
de tous ceux qu'on y avoit reçûs
Chevaliers. Après ce Diſcours
qui dura deuxheures , un Secretaire
& le Maître des Ceremo .
nies de l'Ordre qui avoient tous
deux de longs manteaux d'écarGALANT.
165
late , s'avancerent vis à vis du
Trône du Roy , & ſe tenant
debout , ils firent lecture des
Statuts , parlant à haute voix ,
& prononçant distinctement les
noms & les qualitez de tous
les membres de l'Ordre. Cela
fait , on entendit un grand bruit
de Trompettes & de Tymbales ,
aprés quoy Sa Majesté ſortit
de l'Eglife , & alla ſe mettre
à table , où Elle fut conduite
par un Heraut & par deux
Maiſtres des Ceremonies. La
table où le Roy traita tous les
Chevaliers preſens , eſtoit dreſfſée
dans la grande Salle des Balets
, en forme de demy lune .
Il y eut fix-vingt plats portez
à chaque ſervice , & les Trompettes
& les Timbales ne cefferent
point de ſe faire en166
MERCURE
د
tendre pendant le feſtin , ſur
tout aux fantez qui furent
buës & portées. Ce fut ainſi
que ſe termina le premier
jour de cette ſolemnité. Le
lendemain 15. deux Herauts
& douze Trompettes à cheval
, & le Timbalier du Roy
avec trois Carroſſes de Sa
Majesté , chacun attelé de fix
chevaux s'en allérent à la
Ville pour amener les Chevaliers
qui s'y trouvoient
les Procureurs de ceux qui
devoient recevoir cet Ordre
par Deputez . Comme c'eſtoient
des Princes Etrangers
, leurs Procureurs furent
reçus au bas de l'Eſcalier par
deux Maiſtres des Ceremonies
& conduits juſque
dans l'Egliſe , vis-à- vis du Trô-
,
د
&
GALANT.
167
,
و
du
ne du Roy au bruit des
Trompettes & des Timbales
. ils reçûrent l'Ordre des
mains de Sa Majesté au nom
du Duc de Saxe Gotha , du
Duc de Holſtein - Bek
Landgrave de Heffe- Darmſtadt
, du Prince Philippe de
Heſſe Caffel , ſecond Frere
de la Reine de Danemark ,
du Prince d'Oſtvrieſtant , &
des deux Ducs de VVirtemberg.
Ceux qui reçurent cet
Ordre en perſonne furent le
Comte de Revenklavy , le Sr
VValter , le Baron de Geirzmeyer
, & le Grand- Maiſtre
de la Maiſon de la Reine de
Danemark . Ils furent enfuite
magnifiquement traitez
par les autres Chevaliers dans
leur grande Salle , ayant
168: MERCURE
alors leurs habits de ceremonie.
Je me fuis trompé en vous
mandant dans ma Lettre de
Juin , que M. l'Abbé de Kervillion
, nommé à l'Eveſché
de Treguier , avoit eſté Avocat
General au Parlement de
Bretagne . On m'a fait connoiſtre
mon erreur , & je me
dédis. Ce qu'il y a de certain ,
c'eſt que cet Abbé eſt un
Gentilhomme extremement
diſtingué par fon merite , &
proche Parent de M. le Marquis
de la Coſte , Lieutenant
de Roy de quatre Eveſchez
en Bretagne . Madame ſa
Mere eſt de la Maiſon de
Budes , dont le Maréchal de
Guebriant eſt ſorty. Il faut encore
vous dire que M. l'Abbé
de Kervillion eſt Docteur
de
IBLIO
*
VILLB
M
de
py
d
C
GALANT. 169
A
de Sorbonne , Grand Archidiacre
de Kemper , & qu'il a travaillé
fort utilement à la parfaite
converſion d'un fort grand nombre
de ceux qui ont abjuré le
Calviniſme . Il y a un Preſident
au Parlement de Bretagne de
cette Maiſon & deux Chevaliers
de Malte de nos jours.
Kervillion porte d'argent au greflier
de Sable , couronné de quatre
tablettes d'azur , chacune chargée
d'une croix pommetéed'or.
,
Vous ne ferez pas fachée de
chanter dans vos agreables parties
de Province , des Vers qui
onteſté faits fur nos dernieres
Conqueſtes.
AIR NOUVEAU.
Es François ont du courage.
Vin.
Sept. 1694 H
170
MERCVRE
N'ont ils pas porté fur le Rhin
L'horreur & le carnage !
Foudres , muids & tonneaux , ils
ont tout mis àſec ;
Ilsont donnéle meſme échec
Aux gros celiers de Catalogne,
Palamos est déja vuidé ,
Et le Soldat affriandé
Dans Gironne en repos est à rougir
Sa trogne;
Etpourfaire un entierregal,
Il ira s'enyvrer juqu'à l'Escarial.
Le vray mot de l'Enigme du
mois paſſe eſtoit l'Aiguille.
Ceux qui l'ont trouvé , ſont M.
Brioreau , Avocat à Bergerac ;
Joſeph de la ruë Saint Martin ,
le Chevalier pacifique; leMoufquetaire
de Diogene ; le Docteur
de la rue des Anglois ,
d'Orleans ; Meſdemoiselles Angelique
; Mariane , & MargoGALANT.
171
ton : les deux Soeurs du Quay
des Auguſtins : Roſette , Catin ,
& les quatre Soeurs les plus penetrées
d'amour,de la ruë Quinquempois
: la belle Limonadiere
d'Orleans : les Cheres bonnes
des trois Cornets de la ruë
des Bourdonnois , & les trois
Soeurs du rendez- vous.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye vient de fort bon
lieu ,& merite l'application de
vos amis , pour en découvrir
le ſens.
ENIGME .
D'une immortelle main mon
Frerefut formé ;
Pourmoy , l'air& le feu me don.
nent la naiſſance ;
Et quoy que luy, vivant , je fois
inanimé ,
H2
172
MERCURE
On voit entre nous deux parfaite
reſſemblance .
Pour certaines beautez je suis d'un
grandſecours ,
Autour d'elles,fans moy , l'on verroit
peu d'amours ;
Mais de quelque agrément quefoit
mon Ministere ,
C'est toujours malgré soy qu'à moy
l'on a recours ,
Le plaisir de m'avoirsuppose une
mifere.
En vain vous prétendez dans ces
Vers tenebreux ,
Démeſlerce que je puis eftre.
Dans le poste éminent où l'on me
voit paroistre ,
Avec un air brillant & Daidegneux
,
Il arrive ſouvent que je frape les
yeux ,
GALANT.
173
Sans qu'on puiſſe me reconnoiſtre.
Meſſire Antoine Arnaud ,
Preſtre , Docteur en Theologie ,
de la Maiſon & Societé de Sorbonne
, eſt mort au commencement
de ce mois. Il dit encore
la Meſſe le Dimanche 1. jour
d'Aouſt , & les deux jours fuivans.
Le Mecredy 4. il fut attaqué
d'une fluxion ſur la poitrine
, qui ne l'empêcha pas de ſe
lever , & le lendemain , les remedes
qu'il prit ne l'ayant pas
foulagé , on luy donna le Saint
Viatique, & l'Extrême- Onction
le Vendredy 6 Il receut ces Sacremens
avec un jugementtres
fain & beaucoup de pieté . II
dit encore ſon Breviaire le Samedy
7. & la nuit de ce meſme
jour au Dimanche , il monrut
fur le minuit , âgé de quatre.
H 3
174 MERCURE
vingt deux ans fix mois & dix
jours eſtant né à Paris le 6. Février
1612 .
Vous ſçavez , Madame,qu'on
élit tous les deux ans un nouveau
Prevoſt des Marchands , &
deux nouveaux Echevins. Il n'y
en a jamais quatre , & chaque
année il en entre deux, & il en
fort deux autres. Comme il y a
deux ans que M. du Bois,Procureur
General de la Cour des
Aides,eftPrevoſt des Marchands ,
on a procedé le 18. de ce mois à
une nouvelle élection , & il
fut confirmé tout d'une voix
dans la meſme Charge encore
pour deux années. Le
Roy en a témoigné beaucoup
de fatisfacation & le Public
une grande joye . Ainfi il y
a apparence qu'il fera encore
continué pluſieurs fois , ce qui
GALANT.
175
arrive ordinairement quand les
Sujets le meritent. Des deux
nouveaux Echevins qui ont eſté
élus , le premier eſt M. de Sainfray
, Quartenier , qui a eu foixante
voix , & le ſecond M. Baudrand
, Subſtitut de Mile Procu
reur Generalde laCour des Aides,
qui ena eu quarante. Ils font
entrez en la place de Meſſieurs
Moufle & Tartarin . Ils allerent
le meſmejour à Verſailles , prefter
le fermententre les mains de
Sa Majesté , le Scrutin eſtant
porté par M. Turgot , Maiſtre
des Requeſtes , qui fit un tresbeau
Diſcours fur ce ſujet , &
un éloge du Roy , qui luy attira
applaudiſſemens de toute la
Cour. Il fit voir dans ce Diſcours
tout ce que Sa Majeſté a fait en
les
faveur des Pauvres pendant la
و ک
diſette debleds , n'ayant épargne
H 4
176
MERCVRE
ny ſes ſoins , ny ſes trefors pour
les fecourir .
Je vous parlay le mois paſſfé à
la fin de l'article d'Allemagne ,
du grand fourage qui fut fait le
16. de Juillet entre Oppenheim
&Mayence . Il ne s'eſt pas feulement
trouvé important par la
quantité de grains qu'on en rapporta
, mais encore par le degaſt
qu'on fit de ce qui reſtoit , &
qui auroit eſté d'une grande utilité
aux Ennemis. Tout fut fi
bien ordonné pour ce fourrage,
qu'on eut le temps de couper &
de battre les grains fans eftre
inquieté par la Garniſon deMayence
, qui , felon les nouvelles
publiques des Alliez , fait fouvent
des courſes avantageuſes ,
dont on n'entend point parler:
dans noſtre Camp. Pendant que
noſtre Armée ne manquoit de
GALANT .
177
rien , & qu'elle avoit meſine des
fourrages de reſte aux dépens
desEnnemis , ils eſtoient campez
vis-à- vis de Spires où ils
ſouffroient beaucoup, ayant eſté
contraints , faute de fourrages,
d'envoyer couper des roſeaux
dans les marais des environs de
Philifbourg , dont nos chevaux
n'auroient pas voulu goûter.
Le 2. de ce mois , M. le
Marefchal de Lorge fit faire un
fourrage juſques fou Niderulm
& refolut en mefme temps, pour
épargnerde la fatigue auxTroupes
, de pendre les Huffars qui
fe trouveroient avoir paffé l'Anneau
, & leruiffeaude Niderulm .
Pour cet effet il envoya ordre à
M. de la Rare , qui gardoit les
poſtes depuis le Rhin le long du
ruiſſeau de Niderulm , de faire
couper des arbres pour fermer
Η
178 MERCURE
les Pontsde ce ruiſſeau ; & à Alcez
à M. de Bourneuf , qui gardoit
depuis Alcez les poftes jufques
à Stadex , de faire la mefme
choſe , & le plus tard qu'ils
pourroient. Ils acheverent à minuit
, & reçurent ordre à une
heure de marcher chacun du lieu
où il eſtoit juſqu'à Niderulm ,
&de prendre garde aux Huſſars ,
qu'ils devoient rencontrer teſte
pour teſte. Cela réuffit ſelon le
projetde ce General , car ayant
fait marcher l'eſcorte des Fourrageurs
par la droite du ruiſſeau ,
commandée par Mrs de Barbefieres
, & de Melac , qui marchoient
fur la gauche , comme
les Fourrageurs inondoient tout
le pays , trois cens Huſſars qui
avoient couché à demi-lieuë du
Camp , pour prendre quelques
chevaux qui estoient à la pafture
GALANT.
179
fongerent à s'en éloigner , n'ayant
attention , que ſur les Troupes
du Camp qu'ils craignoient
uniquement. Aprés qu'ils eurent
marché juſques à fix heures du
matin ,ils furent ſurpris de voir
des Troupes qui venoient à eux
teſte pour teſte. Ils voulurent
couper au premier Pont ; ils le
trouvérent fermé ,& ainſi d'un
autre à un autre. Cela les fic
aller à toutes jambes pour arriver
à un autre ; de forte qu'ayant le
devant , ils mirent pied à terre ,
& rangerent les arbres. M. de
Ricarville , Lieutenant de M.
de la Rare , y arriva avec dix Cavaliers
qui l'avoient ſuivy , &
chargea ce qui reſtoit à paſſer . II
fit quelques priſonniers , & en
tua huit & un Officier. Quoy
que la perte des Huſſarts n'ait
pas eſtéencette occafion fi gran
H 6
180 MERCVRE
de qu'elle devoit eſtre felon les
meſures que M. de Lorges avoit
priſes , cela n'a pas laiſſe de
faire un tres - bon effet , les
Huſſarts n'eſtant point revenus .
On ne perdit au fourrage que
deux Cavaliers de la Garde
; & un de Talmont , parce
qu'ils s'eſtoient éloignez d'une
lieuë & demie. Rien n'égale la
prudence & les foins avec lefquels
M. de Lorge s'eſt appliqué
pour empefcher que les Ennemis
ne dreſſaſſent un Pont où ils
avoient accoutumé de paffer le
Rhin ; car outre les deffenfes
les redoutes , & les autres ouvrages
qu'il a fait conſtruire , on
aauſſi armé quelques Bateaux
pour bruler ou couler à fond ,
ceux que les Ennemis pourroient
jetter ſur cette Riviere
pourconſtruire un Pont.
د
GALANT. 181
M. Marfal , Vaguemeſtre de
l'Armée , eſtant tombé dans une
embuſcaque de cent cinquante
Huſſarts , fut mené au Prince
Louis de Bade qui l'interrogea
devant tous fes Officiers Gene.
raux , fur la marche que M. le
Mareſchal de Lorge avoit faite
pour aller à luy , & fur fa retraite.
M. Marſal luy dit l'ordre
dans lequel l'Armée avoit marché
, ſurquoy le Prince deBade
dit tout haut , Hebien , Meßieurs,
fijevous avois crů,où enferionsnous?
M. le Mareschal de Lorge ne nous
auroit il pas battus ? Il faut voir à
qui l'on a affaire , &ne croire pas
gườiln'y a qu'àmarcher,nous ne fom.
mespas en Hongrie. On voit par
là que bien que les Ennemis
foient plus forts que nous ,
Prince de Bade croit avoir fait
ſagement de n'avoir pas reçû
le
182 MERCURE
le combat que M.de Lorge luy
offrit quand il vint à luy au
Camp de Vvilnock , & qu'il eſt
perfuadé que c'eſt avoir fait un
grand coup que d'avoir empefché
qu'on ne l'attaquaſt dans ſa
retraite , ne doutant point que
les François ne l'euſſent défait .
M. de Lorge eſt toujours
campé àGavv.Bockleim où ſon
Armée ne manque de rien. Le
7. de cemois il fit un détachement
qui alla piller un Village
juſque ſous le canon de Mayence.
Les. Huffars fortirent pour
s'y oppoſer , mais les François
ayant appris leur manége , &
ne les craignant plus , les repouſſerent
juſqu'à la barriere de
la Ville. Les Partis de la garnifon
de Philifbourg ont remporté
divers avantages ſur les Ennemis
, qui en deux occafions
GALANT. 183
ont perdu fix à ſept vingt chevaux
, & plufieurs mulets , &
dans une troiſieme , ils ont deffait
un gros Party de Huffſarts ,
& en ont pris trente. Le Prince
de Bade avoit fait travailler
au rétabliſſement des fortifications
de Manheim , qu'ila eſté
contraint de faire demolir faute
d'argent.. Rien ne ſçauroit
mieux marquer l'état déplorable
où ſe trouve l'Empire. La
diſette de fourrage l'a auſſi obli .
gé de décamper , & d'abandonner
la reſolution de paſſer le
Rhin à Mayence , M. de Lorge
ayant pris toutes les meſures neceſſaires
pour l'en empeſcher ,
de forte qu'il a eſté contraint de
faire remonter ſon Armée de
l'autre coſté du Rhin , de faire
ramener tous ſes Bateaux à Heil
bron , & de renoncer à tous ſes
184 MERCVRE
projets. ainſi il partit le 4. de
ce mois de Langenbrick , & alla
camper à Bruchfal , d'où il a
continué ſa marche dans le Marquiſat
de Bade. Par les Lettres
du 16.M.de Lorge eſtoit encore
dans ſon Camp de Gavv-Bochleim
, où l'on croyoit pouvoir
encore demeurer juſqu'àla fin
de ce mois. Voicy l'Extrait d'une
Lettre du Camp du Prince de
Bade, queje vousdonne dans les
meſmes termes . On n'est pas icy
cötent des demarches de M.lePrince
Loüis de Bade , de ce qu'il n'a
point combattu M. leMaréchal de
Lorges aprés l'action du Pont de
Vvilnock ayant esté deux jours com.
me en presence, de ce qu'il la laiffé
décamper en plein jour devant
luy, quoy qu'il euſt une .Arméeplus
nombreuſe que la fienne ,&dans
une situation mesme avantageuse.
GALANT .
139
Cen'est pas ce qu'il avoit promis aux
Alliez, s'estant excusé d'avoirdemeuré
l'année derniere dans des retranchemens
à cauſe deſa foibleſſe,
ayant affure que s'ils vouloient
luy donner pour celle- cy ſeulement
un nombre égal deTroupes , il obligeroit
le Maréchal deLorges de ne
pas demeurer un moment sur leurs
Terres , & qu'il le battroit infailliblement.
Cependant avec toutes ces
promeſſes , quoy qu'il ait beaucoup
plus de Troupes qu'il n'a demande ,
il le laiſſe vivre à discretion chez
eux, & maistre de tout lePalatinat
en dela , où il ſubſiſte graffement .
On ne peut faire trop de reflexions
ſur l'avantage que les François
ont de vivre par tout aux
dépens de leurs Ennemis . Ce
ſontdes faits quine ſe peuvent
nier.
Si on raſſembloit toutes les ac186
MERCURE
17
tions éclatantes que les Partis
de nos Troupes font pendant le
cours de chaque Campagne , on
trouveroit que ces divers avantages
mis enſemble valentbien
ſouvent le gain d'une Bataille.
Je vous parleray , avant que de
finir ma Lettre ,de pluſieurs de
ceux de l'Armée de Monfeigneur.
Cependantje ne dois pas
oublier ce qu'a fait un Party de
Mont- royal au commencement
de ce mois. C'eſt une choſequi
paffel'imagination , puis que ce
Party ayant paſſé le Rhin à
deux lieuës & demieau delà de
Coblents , entre Andernack &
la Tour-blanche , eſtant entré
dans Neuvvik , l'un des plus
beaux& des plus riches Bourgs
d'Allemagne , qui avoit refuſé
de contribuer , il y fit un butin
confiderable ; & après avoir
)
GALANT. 187
brûlé une partie de ce Bourg ,
auſſi bien que le Chaſteau , &
vingt-cing des plus belles maifons,
il repaſſa la meſme Riviere,
& revint à Mont- royal fans aucune
perte. Il eſt inouy qu'un
Party qui n'eſtoit que de cent
cinquantehommes , ait penetre
ſiavant dans l'Allemagne, ayant
le Rhin à repaffer,qui se trouve
pluſieurs fois plus large que la
Seine.
Le Pape a écrit au Duc de Savoyeun
ſecond Bref, par lequel
illui reprochele peu de cas qu'il
a fait de celuy qu'il luy avoit
envoyé d'abord au fujet des
Proteſtans , à qui ce Prince a
permisun libre exercice de leur
Religion ,& qui non contens
d'avoirobtenu cette liberté, font
mille irreverences dans les Egliſes
des Catholiques Romains.
a
188 MERCURE
3
Sa Sainteté marque dans ce
Bref, qu'Elle estfſurpriſe qu'il n'ait
pasvoulu prêter l'oreille àsesremontrances
, dans une affaireoùil s'agit
de l'honneur de l'Eglife, de laquelle
il devroit estre le Protecteur, Elle
ajoûte , que s'il n'y met ordre , il
L'obligeraà retirerfon Nonce d'auprés
de luy ,&àſeſervir des armes
de l'Eglise , comme le merite une
action de cette confequence , &contre
laquelle toute l'Europeſeſoüleve.
Le Pape menace dans le meſme
Brefle Duc de Savoye,de revoquer
l'Indult que le Saint Siege
luy a cy- devantaccordé ſur toutes
les Decimes Eccleſiaſtiques
de ſes Etats , pour l'extirpation
de l'Herefie ,& particulierement
pour la guerre des Vaudois , qui
aeſté le principal motifdes Papes
ſes Predeceffeurs pour luy
accorder cet Indult.
6
GALANT. 189
Toute l'Europe doit eſtre ſur.
priſe que lesTroupes de l'Empereur
, du Roy d'Eſpagne , du
Duc de Savoye , & du Prince
d'Orange en Italie n'ayent encore
fait aucune entrepriſe. En
voicy la raiſon . L'Empereur
n'ayant que ſes propres intereſts
en vûë , & voulant ſeſervirde
la conjoncture preſente ,pour
rendre les Princes d'Italie tributaires
,& ſe conſerver quatre
millions , qu'il en tire tous les
ans depuis le commencement
de cette guerre , quia eſté entrepriſe
contre la Religion par
le Prince d'Orange , avec lequel
il a bien voulu ſe liguer ,
pour faire rétablir la Proteſtanteen
France ; l'Empereur , disje,
agiſſant ſelon toutes ces confiderations
, avoit fortement refolu
le Siege de Caſal dés l'an-
م
190
MER CURE
née derniere ; & leDuc de Savoye
avoit fait folliciter à la
Courde Vienne pour l'empêcher.
L'Empereur ayant écouté
ſes raiſons , remit au Printemps
à en décider , &ditenfuite que
lePrince Eugene , qui devoit
aller commander ſes Troupes
en Italie, luy porteroit ſa réponſe
.Ce Prince arriva enfin , aprés
s'eſtre fait attendre long-temps,
parce que l'Empereur ne vouloit
ſe declarer que ſur le point
d'entreprendre , afin de ne pas
chagriner le Duc de Savoye , &
ne luypas donner le temps de
prendre des meſures contraires
aux projets de la Cour de Vienne.
Le Prince Eugene ayant de
claré que l'Empereur eſtoit
toûjours determiné pour le
Siege de Caſal, le Ducde Savoye
en parut outré de douleur , &
GALANT. 191
dit, qu'iln'y conſentiroit point que le
Prince Eugene n'eust envoyé un
Courrier à Vienne , pour tâcher
d'obtenir larevocation de ces ordres.
Aprés le retour du Courier , on
dit au Duc Savoye que le fuccez
du Siege de Pignerol,ſeſtant
fort douteux , on eſtoit refolu
d'aſſieger Nice. On croyoit alors
tirer des avantages de la Flote
commandée par l'Amiral Ruſſel,
que l'on attendoit inceſſamment
; mais beaucoup de temps
s'étant écoulé fars qu'on euſt
meſme de ſes nouvelles , on
reprit la reſolution d'aſſieger
Caſal. On en renforça le blocus
, & l'on dirigea toutes
choſes pour cette entrepriſe ,
& c'eſt celle à quoy les Alliez
en Italie paroiſſent encore
s'opiniaſtrer aujourd'huy . On
pourroit croire que l'entrée de
192 MERCURE
i
1
Ruffel dans la Mediterranée
pourroit faire changer encore
une fois de reſolution , mais il
eſt arrivé ſi tard , & par confe
quent le ſecours qu'on en pent
tirer eſt ſi peu conſiderable , que
ledeſſein formé ſur Caſſal femble
ſubſiſter toûjours. Si j'apprends
, avant que de fermer
cette Lettre , qu'on en ait changé,
je ne manqueray pas de vous
le faire ſçavoir. Cependant je
vous diray que les Ennemis s'eſtant
retirez à deux lieuës du
territoire de Pignerol , le Duc
de Savoye alla à Saluffe , & les
Allemans & les Eſpagnols du
coſté de Coni , pour achever de
manger les fourages de ces deux
endroits. Le 18. de ce mois la
groſſe Artillerie eſtoit encore
dans laPlace de Saint Charlesa
Turin , avec toutes les autres
choles
GALANT.
193
choſes neceſſaires pour un Siege,
chargées ſur des Chariots.
Le 16. le Prince Eugene partit ,
felonqu'on en fit courir le bruit,
pour aller diſpoſer toutes choſes
pour le Siege de Cazal , & pour
prendre le Chaſteau de Saint
Georges , en attendant la marche
des Eſpagnols qui devoit
commencer au premier jour . Ils
s'eſtoient meſine approchez du
Pô afin d'embarquer l'Infanterie.
Le Camp de Son Alteſſe
Royale eſtoit à Caours , dont
on devoit détacher les Regimens
de Taf, Monteculli&Palfi
, pour aller au Siege ,& M.de
Savoye devoit laiſſer ſesTroupes
àportée de Pignerol , avec l'Infanterie
Religionnaire , les deux
Regimens deDragons de l'Empereur
, & celuy des Huſſarts &
de Baltazard , ce qu'on fait mon-
Aoust 1694. I
194
MERCVRE
J
ter à environ trente deux ou
trente quatre Efcadrons , & à
vingt- quatre Bataillons. On affure
qu'il y aura auffi un détachement
qui ira à Trin , où le
Duc de Savoye doit envoyer
Hes équipages , pour estrea portée
du Siege desCazal , auquel
Bon dit qu'il ne doit point aſſiſter
ce Siege ſe faiſant contre fes
intentions. On a marqué un
-Camp de Cavalerie à Saint Antoine
, au deſſus de Veillane ,
& l'on a fait ſçavoir aux Communautez
de Javan & de Coaffe
de preparer des fourages.
Jamais Republique n'a moins
eſté Republique que celle de
Hollande; elle n'en porte que
lenom,& on ne voir point d'Etat
plus dépendant. Il eſt auourd'huy
si chargé des ſommes
que le Princed'Orange l'a forcé
I
GALANT.
195
d'emprunter pour une guerre
qui ruine les Hollandois , loin
de leur eſtre d'aucune utilité ,
que les plus habiles de cette
Republique eſclave affurent que
l'Etat ne pourroit payer les ſommes
qu'il emprunte , quand mef
me la Paix ſe faifant demain ,
elle impoſeroit pendant dix ans
ledeux centiéme denier , qui
eſt une charge exorbitante pour
l'Etat , fans compter les autres
dont il ſe trouve accablé , &
qui vont à l'infiny. Il eſt vray
que les Creatures du Prince
d'Orange les payent facilement,
mais comme ils reçoivent de
ce Prince plus qu'ils ne donnent
pour ces charges , ils y trouvent
toujours leur compte &
_ engagent les autres , à de
meurer dans une dépendance
auſſi ſervile que ruineuſe , & qui
a
12
196 MERCURE
n'a aucun rapport à un Etat re
publicain. On ne peut eſtre plus
ruiné que le ſont les peuples de
la campagne,parce qu'ils ne font
aucun commerce , outre que
les ſommes auſquelles ils font
taxez , montent ſi haut , qu'-
ayant ſouvent excedé les biens
de pluſieurs , la pluſpart ont eſté
contraints de les abandonner .
Ceux de la Ville continuent à
faire leur commerce ; mais quel
commerce ? La guerre rend les
Matelots bien plus chers qu'en
tempsde Paix , &plus difficiles
à trouver. Il faut beaucoup de
Vaiſſeaux d'eſcorte ; il faut fouventpayer
des Officiers , & toutes
ces choſes jointes aux Vaifſeaux
qu'on perd , car on voit
fort rarement qu'une Flote arrive
entiere , abſorbent tout le
gain qu'on pourroit faire. Le
GALANT. 197
Prince d'Orange n'en eſt pas faché
il a ſa politique , & il
craindroit que ſi l'Etat eſtoittrop
puiffant, il ne ſecoüaſt plus aiſément
le joug qu'il luy impofe .
Ce Prince voyant qu'il y avoit
l'hiver dernier quelques difpoſitions
à la Paix , & que l'Empereur
n'ayant pû trouver les
fonds neceſſaires pour cette
-Campagne , eftoit en quelque
façon porté à confentir au bien
de la Chreſtienté , s'eſt donné
des mouvemens extraordinaires
pour détruire ce qu'on avoit
avancé pour cettePaix. Il aſſura
meline avant l'ouverture de cette
Campagne , qu'il accableroit
la France , ſi les Alliez vouloient
encore la faire. Il promettoit
qu'il y feroit des deſcentes , qu'il
donneroit moyen au Prince
Loüis de Bade d'y entrer de fon
I 3
198 MERCVRE
,
د
coſté , en prenant des meſures
pour luy faire avoir une Armée
plus nombreuſe que celle de M.
leMaréchal de Lorge , & qu'il
en auroit une ſi puiſſante en
Flandre , que s'il ne prenoic pas
quelques-unes de nos Places , il
nousreduiroit du moins à vivre
chez nous, Il a fait des dépenſes
immenfes & auſquelles il ne
peut plus revenir , & il a mis tou
tes chofes en eſtat pour l'executtion
de ſes projets , mais ils ont
échoué par tout. Le mauvaisfuccés
dela defcente à Camaret luy
afait voir qu'il eſtoit impoſſible
d'en faire en France ,& inutile
mefme d'en tenter. Le Prince
de Bade avec une Armée plus
nombreuſe que celle de M. de
Lorge , n'a pû empêcher nos
Troupes de vivre pendant toute
la Campagne aux dépens des
GALANT 199
Ennemis , tant en delà qu'en deça
du Rhin , & luy meſme en Flandre
, avecune Armée plus forte
que celle de Monſeigneur le
Dauphin , n'a pû nous oſterales
moyens de vivre,depuis que la
Campagne eſt ouverte,laux de
pens du pays qu'il pretendoit,
conferver , & à laruine duquel
on peut dire qu'il a aidé ,puis
qu'il a eſté obligé d'y vivre aufli
bien que nous. Il n'y a pas d'apparence
qu'il ait plus d'avantage
dans le reſte de cette mesme
Campagne , qu'il regardoit com
me fa derniere reffource.Ce qui
luy reſte d'eſperance eſt dans la
Flote commandée par Ruffel
maiselle est arrivée & tard dan's,
la Mediterranée , qu'il niet
plus queſtion que de ſonger où !
elle hivernera. Le Prince d'O
rangea reſolu que les vingt Vaif
1.4
200 MERCURE
ſeaux à trois ponts , qui font
dans cette Flote , repaſſeroient
le Détroit , & que le reſte hiverneroit
dans la Mediterranées
mais ila bien de la peine àobte
nir le conſentement des Anglois
& des Hollandois , tant parce
qu'il faut des ſommes immenfes
pour les Equipages qu'il faudra
payer tout l'hiver , & à qui
l'on ne donne rien quand la
Flote eſt defarmée , qu'à cauſe
que le changement de climat
fera mourir une partie des E
quipages , & qu'ils trouveront
difficilement dequoy fubfifter.
Cette Flote estoit encore le 19 .
de ce mois devant Barcelone ,
où elle avoit débarqué deux
mille malades , dans ceux qu'elle
a laiſſez dans les autres Ports
d'Eſpagne. Cependant elle n'a
encore eſté d'aucune utilité aux
GALANT. 201
Ennemis , & ne dérange rien de
nos affaires en Catalogne , les
chaleurs du pays obligeant de
mettre les Troupes en quartier
de rafraîchiſſement pendant les
mois d'Aouſt & de Septembre .
Le Jeudy 19. decemois , M.
l'Abbé Boileau , celebre Prédi
cateur ,& qui a rempli avec un
ſi grand ſuccés les meilleures
Chaires de Paris , fut receu à
l'Academie Françoiſe , en la
placede feu M.du Bois.Comme
la voix du Public s'étoittrouvée
conforme à celle des Academi
ciens , dontil avoit eu tous les
fuffrages, l'affemblée fut extrémement
nombreuſe ,& compoſée
de quantité de Perſonnes ,
auſſi diſtinguées par leurs emplois&
leurs dignitez , que par
leur ſçavoir& leurmerite,Vous
ſçavezMadame, que M. l'Abbé
IS
202 MERCVRE
Boileau a le talent de donner
des couleurs fort vives à tous:
cequ'il peint. On s'en apperçue
dans cette Seance , puis qu'it
n'oublia rien de ce qui pouvoit
ſe dire à la gloire du grandCardinal
de Richelieu , Fondateur
fous l'autorité du feu Roy , cl
premier Protecteur de cette
ſçavante Compagnie , àlaquel
le il fit un remerciement , qui -
ne laiſſa point douter qu'il ne
fuſt touché ſenſiblementedu
choix que l'on avoit fait deluy.
Vous jugez bien qu'ayant autant
d'éloquence qu'il ena , il
la fit briller avec beaucoup d'avantage
dans tout ce qu'il dir
de noſtre Auguſte Monarque .
La matiere eſtoit riche & abondante
,& l'Orateur plein de fineſſe
& d'efprit ; de forte que
l'on remarqua dans ſon difcours
GALANT.
1203
une infinité de ces beaux cn.
droits , qui rempliffant l'imagination
, laiſſent à penſer plus
qu'ils nediffent. L'attention fro
extraordinaire,&' il n'y fue que
les applaudiſſemens quil'intesrompirent.
Le temps me preſſe
fi fort , que je fuis contraint de
remettre au mois prochain à
vous faire part de quelqueន
morceaux de cet excellentDif
EDM. de Tourreils prefente
mentDirecteur de l'Academie,
fit une réponſe digne de l'illuftreCorpsqu'il
repreſentoit.tle
fut juſte , éloquente, & plen
de feu ;& l'éloge qu'ily fit du
Roy luy attira l'approbation de
tous ceux qui l'entendirent. Ces
deux Discours ayant eſté pro
noncez ,M. Charpentier ,Dor
yen de la Compagnie , leykun
16
204
MERCURE
petit Poëmeſurla Vie ruſtique,
&fit voir par là qu'il n'a pas
moins de talent à donner aux
Vers ce tour agreable , qui flate
Toreille , qu'à faire valoir les
beautez de noſtre Langue , dans
ſes Ouvragesde Profe. M. l'Abbé
Tallemant leut enfuite une
ParaphrafeduPater noster& de
l'Ave Maria , de la compofition
de M. Boyer, & tout le monde
demeura d'accord qu'il n'a jamais
fait de Vers plus nets,plus
forts,&plus chaſtiezi dass
Le 25. jour de la Feſte de S.
Loüis , l'Academie Françoiſe
la folemniſa ,ſelon ſa coutume,
dans la Chapelle du Louvre . M.
l'Abbé Teſtu de Mauroy,ancien
Aumooier ordinaire de Madame,&
l'un desquaranteAcademiciens
, celebrala Meſſe,pendant
laquelle une excellente
GALANT.
205
Muſique chanta un Motetqu'avoit
composé M. Oudot , &
qui fut trouvé tres digne
de luy. Vous ſcavez ce que valent
fes Ouvrages , & la ré
putation qu'il s'eſt acquiſe par
les Choeurs de Jephté & de
Judith , dont il a faitlaMuſique.
M. Boyer eſt l'Auteur de ces
deux Pieces . La Meſſe finie , M.
l'Abbéd'Eſtorc monta en Chaire
&prononça avec un applaudif
ſement general le Panegyrique
de S. Loüis. Il le divifa en trois
parties ,& fit voir dans la pre
miere que ce Monarque avoir
eſté un grand Roy ; dans la fe
conde , qu'il avoiteſté un grand
Conquerant;& dans la troifiéme
,qu'il avoit eſté un grand
Saint.Cene fut pasfans detresjuftes
applications au Roy , &
degrands éloges pour l'Academie.
206 MERCURE
Enfin,Madame, toute la France
va eſtre contente. Cette Aca
demie qui travaille depuis tant
d'années àun Dictionnaire , attendu
& ſouhaité de toutes parts
eſt prête à le publier , & vous
n'en douterez point quand je
vous auray dit qu'elle cut 1 honneur
de le preſenter, au Roy le
24. de ce mois , jour de la Feſte
de S. Barthelemy , && veille de
celle de S. Louis . C'eſt un Livre
infolio , diviſé en deux volumes.
Sa Majeſté qui avoit voulu qu'il
n'y euſt qu'un petit nombre d'Academiciens
qui accompagnaf
fentM. de Tourreil,Directeur
qui devoit le preſenter, leuravoit
donné l'heure pour cela au fortir
de ſon Prie-Dieu . Ils ne manquerent
pas de s'y rendre.M. le
Ducde Coiflin qui s'y rencon
tra, prit parmy cux fa place de
GALAN T. 207
Sous Doyen de la Compagnie.
Si- toſt que le Roy les vit ,M.de
Tourreil commençant às'avancer
pour luy faire fon complis
iment , Sa Majesté leur dirs
avec cet air de bonté & d'hon
neſteté qui luy eſt particulier ,
qu'Elle les recevroit mieux dans
fon Cabinet. Ils y entrerent , &
alorsM. deTourreil dit au Roy,
que l'Ouvrage que Sa Majefté
vouloir bien leur permettre de
luy preſenter , avoit eſté achevé
dans ſon Palais , par fon ordre ,
& ſous fa protection ; à quoy il
ajoûta. Pourrions nous , Sire ,
n'avoir pas réuffi ? Nous avions
pour gage du ſuccés le zele at
tentif qu'infpire l'ambition de
vous fatisfaire , & la gloire de
vous obeïr. Il nous eſt donc per
mis de nous flater que noftre
Ouvrage explique les termést
208 MERCURE
develope les beautez , découvre
les delicateſſesque vousdoitune
Langue qui ſe perfectionne autant
de fois que vous la parlez ,
ou qu'elle parle de Vous. Le
refte du Compliment renfermoit
des fentimens pleins d'un
reſpect affectueux & tendre
pour la Perſonne de Sa Majesté.
LeRoy ayant écouté ce compliment
, répondit tout haut en
ces propres termes. Meßieurs ,
voicy un Ouvrage attendu depuis
longtemps. Puis que tant d'babiles
gensy ont travaillé , je ne doute
point qu'il nefoit tres beau
utile pour la Langue. Le lereçois
agreablement ; je le liray à mes
beures de loi fir , je tâcheray d'en
profiter. Des paroles ſi obligeantes
furent un prix glorieux de
leur travail. Le Sr Coignard ,
Libraire de l'Academie , ne
fort
GALANT.
209
s'occupe maintenant qu'à faire
relier un grand nombre d'exemplaires
de cet excellentDictionnaire
, que tout le monde s'empreffe
à luy venir demander , &
qu'il commencera à debiterdans
les premiers jours du mois prochain.
Vous ne ferez pas fachée d'apprendre
qu'il debitera dans le
mefme tempsun Dictionnaire
univerſel des Termes, des Arts,
des Sciences , divife auffi en
deux volumes. Il a eſté entrepris
par un Particulier de la
Compagnie , qui aidé des lu
mieres de quelques autres Academiciens
, & de celles des plus
habiles de ceux qui fe font appliquez
à la connoiffance des
Arts , s'eft attaché depuis un fort
grand nombre d'années à la
compoſition de ce curieuxDic210-
MERCURE
1
$
tionnaire . Outre les termes quiz
font propres à chaque Artsiil
contient comme un Abregé de
l'Histoire naturelle des Plantes:
des Animaux , des Oiseaux, des
Poiffons , & 'quantité d'autres
chofes fort utiles pour ceux qui !
veulent ſçavoir l'origine des Ordres
Religieux , & de tous ceux
de Chevalerie , avec les opi
nions des differens Herefiarques
, qui ont paru dans l'Eglife
depuis la naiſſance du Sauveur
Ainsi , les Curieux qui achete
ront ces quatre Volumes,pourronts'allurer
d'avoir le plus ample
Dictionnaire qui ait paru
juſqu'icy. Je ne vous dis rien,de,
particulier de celuy de Lacade-i
mie Françoiſe. Vous n'aurez
beſoin que d'en lire quelques
mots pour demeurer convaincuë
qu'ilieſt au deffus de tous
GALANT. 211
ceux qui ont traité des mots
ſimples de la Langue , foit par
ſes définitions , ſoit par lesdif
ferentes fignifications de chaque
que mot , expliquées avec une
entiere netteté , ſoit par l'abondance
& l'agreable varieté de
fesPhrafes.
Le Sr Coignard commence
auffi àdebiter . La troiſième Partie
dela Geographie ancienne , modernehistorique
, de M. d'Audifray ,
enrichie d'un fort grand nom
bre de Cartes. Le grand fuccez
qu'ont eu les deux premieres ,
vous doit perfuader de la beautél
de cette troiſième .
Je finis ma Lettre du mois
paffé en vous marquant l'arrivée
de Monseigneur , au Camp de
Vignamont. La diligence que
fit ce Prince pour s'y rendre ,
rompit tous les deffeins du Prin212
MERCVRE
ce d'Orange , de forte que la
grande affaire des deux Armées
fut alors de trouver les moyens
de ſubſiſter dans les Poſtes qu'-
elles avoient pris, &d'y fubfifter
long- temps , les Generaux ſe
faiſant une honte de décamper
les premiers . Tout l'avantage
eſtoit pourle Prince d'Orange ,
&toute lahonte a eſté pourluy .
Son Armée estoit plus forte que
celle de Monſeigneur , qui pour
furcroiſt de deſavantage , fe
trouvoit comme enfermé entre
deux Armées , auſquelles il falloitqu'il
fiſtreſte , ayant vingtquatre
mille hommes derriere
luy dans les lignes de Liege ; ce
qui le devoit embaraffer beaucoup
pour les fourages. Cependantla
conduite , & la prudence
jointes à la valeur Françoife ,
ont fait qu'il a beaucoup mieux
1
GALANT.
213
>
ſubſiſté que les Ennemis , &
qu'il n'a manqué de rien
au lieu que leurs chevaux ont
eſté obligez de paiſtre faute
de fourages , & de manger de
la paille hachée. Ils en ont perdu
une ſi grande quantité , que
tout ce qu'il y avoit de Cavaliers
dans l'Armée qui avoient
de méchans chevaux , ou qui les
avoient perdus , ou par mort, ou
à quelques fourages ont eſté demontez
, ce qui a beaucoup chagriné
le Prince d'Orange', qui
aprés une infinité de pertes a
eſté obligé de décamper le premier.
Voicy les principaux fourages
qui ont eſté faits pendant
qu'on a ſejourné dans le Camp
deVignamont,& une partie des
actions d'éclat qui s'y ſont faites.
L'Armée de Monſeigneur eſtant
entre deux Armées ennemies ,
214 MERICURE
ainſi que je l'ay déja marqué , ce
Prince fit camper le Corps que
commandoit M. de Bouflers,à ſa
droite , faiſant teſte à Liege ,&
celuy de M. d'Harcourt , ſur les
hauteurs & de l'autre coſté de
Huy faiſant auſſi teſte à Liege.
Le 28. il fit partir pour Namur
tous les gros équipages Generaux,
afin qu'ils n'embaraſſaſſent
point en cas qu'on en vinſt à
quelque action generale. C'eftoit
le but de ce Prince,qui donnabeaucoup
d'ordres ce jour-là
comme s'il avoit voulu décamper,
afin que le Prince d'Orange
donnant ſur ſon arriere-garde ,
le Combat puſt eſtre engagé ;
&pour faire mieux croire qu'il
décampoit effectivement, il envoya
une partie de ſes farines
fur laMeuſe; mais plus le Prince
d'Orange en fut perfuadé,moins
GALANT.
215
il fit faire de mouvemens à fes
Troupes, qui puſſent engager la
moindre action , depeur qu'elle
ne devinſt generale. Monfeigneur
voyant qu'en reculant il
ne pouvoitl'engager à combatre
voulut l'y exciter par un mouvement
contraire , & le piquer
d'honneur, ou bienle couvrirde
honte , s'ille fouffroit Pour cet
effet il alla le 29. avec tous les
Princes , & tous les Officiers
generaux, fourageren ſa preſence,
qui caufa de grandes alarmes
dans fonCamp. Ses Troupes ſe
mirent en bataille ſur les hau!
teurs de la Mehaigne , où el
les demeurerent tant que dura
le fourrage. Quelques Efcadrons
qui s'eſtoient approchez pour
découvrir la marche de Monſei
gneur , ne donnerent pas le
temps de les charger ,ayant pris
216 MERCVRE
la fuite à la vûë de quelques Cavaliers
qui s'eſtoient avancez
unpeu loin de nos Troupes. Le
31. les Princes , & tous les Generaux
, allerent faire un fourrage
prés de Liege. Les Ennemis
avoient hors de leurs retranchemens
vingt à vingt- cinq mille
hommes , Cavalerie & Infanterie.
On fourragea en leur prefence,
& à portée de mouſquet
de leurs Lignes . On tira de part
& d'autre avec peu d'effet , &
on fit quelques Priſonniers. Le
premierde ce mois , on détacha
le Regiment de Huſſarts avec
quelques Eſcadrons pour Namur.
Ils allerent preſquetous les
jours en party,& il ne s'eſt point
paffé de jour qu'ils n'ayent pris
cinquante à ſoixante chevaux
auxEnnemis. Le 5. M. le Maréréchal
de Villeroy , & les cinq
Princes
GALANT .
د
217
Princes allerent faire un fourrage
ſous les Lignes de Liege , &
plus de trois mille fourrageurs
partirent à deux heures aprés
minuit Comme il n'y a point
d'Armée qui ne ſoit remplie
d'Eſpions , & que l'on vouloit
cacher ce fourage on dit à l'ordre
que l'on battroit la generale le
lendemain à la pointe du jour.
Les Troupes de Liege ſe mirent
en bataille à leur ordinaire ,
mais ſeulement pour eſtre té.
moins de ce qui ſe paſſeroit ,
n'ayant ofé avancer , quoy qu'ils
fuſſent quatre contre un. Nos
Carabiniers leur tuerent quelque
monde , & le fourrage ache
vé , on ſe retira en bataille.
Le 6. un de nos Partis pritquatre
Cavaliers , cinq chevaux ,
& quatorze Soldats . Le meſime
jour , un autre Party prit huit
Sept. 1694 K
218 MERCURE
Cavaliers & dix ſept chevaux
Anglois , beaux & bien faits ,
dont Monseigneur choiſit quelques
uns pour la Chaſſe du Loup..
Le 7. les Huſſarts de Namur ,
qui eſtoient allez en party , revinrent
à dix heures du foir ,
avecdix -neuf chevaux & quatre
Dragons , qui rapporterent
qu'ils eſtoient vingt au fourage ,
& que les Huſſarts avoient
coupé la teſte aux feize autres ,
de forte que des vingt chevaux ,
& des vingt Cavaliers,il ne leur
échapa qu'un cheval. Dans une
ſeule ſemaine , avec ſes Partis
de Namur , ils ont pris plus de
quatre cens chevaux , & fait
prés de trois cens Priſonniers.
Le 7. & le 9. on fit de grands
fourrages dans le Condros au
delà de la Meuſe , M. le leMarquis
d'Harcour s'eſtant aupara-
4
GALANT . 219
vant fait informer de tous les
lieux où l'on en pourroit trouver.
Voicy quelques actions éclatantes
queje n'ay pas crû devoir
oublier bien que je n'aye pû en
ſçavoir la datte. M.de Guifcar ,
Gouverneur de Namur , ayant
appris que les Ennemis devoient
faire un grand fourage aux environs
de cette Place , détacha
toute la Cavalerie de Namur ,
commandée par M. de Vaillac .
Il trouva la Garde des Fourra
geurs , & la chargea fi vigoureuſement
qu'il la culbuta. Pluſieurs
furent tuez , il fit deux
cens Priſonniers , & ramena cent
trente chevaux .
Un Capitaine de Carabiniers
avec cinquante Maiſtres , rencontra
fix troupes des Ennemis
qui marchoient à luy avec bon.
K 2
220 MERCURE
ne contenance , & l'envelope
rent. Il fit fix troupes de la ſien .
ne , & attaqua la premiere de
celles des Ennemis ſi à propos ,
qu'il la culbuta ,& enfuite les
autres , qui prirent la fuite. Il y
eut trente à quarante des Ennemis
de tuez , douze Priſonniers ,
&quinze chevaux de pris.
UnGarde du Roy eſtant allé
en party avec cinquante Maiſtres
, prit neuf chevaux , & coupa
les jarets à plus de trois cens ,
qui eſtoient à la pâture enchaînez
deux àdeux , & cadenaffez .
Je ne dois pas oublier de vous
direicy que les Ennemis n'avoient
décampé de leur ancien
Camp de Louvain,& n'eſtoient
venus au Mont Saint-André
que dans la penſée de couper à
l'Armée de Monſeigneur les
Convois qui luy venoient de
GALANT. 221
Namur & d'Huy , en s'approchant
encore plus présde cette
derniere Place ; mais Monfeigneureſtant
venu promptement
camper à Vignamont , à demi
lieuë de Huy , ôta par ce moyen
aux Ennemis, l'eſperance d'empêcher
ſes Convois. Ce Camp
paroiſſant fort ſec , ils ne croyoient
pas que noſtre Armée y
puſt ſubſiſter long-temps à cauſe
du peu de fourage , & ils prétendoient
en avoir beaucoup
en comparaiſon de noſtre Armée,
ce qui leur fit croire qu'elle
ſeroitobligée à paſſer la Meuſe .
Je vous ay marqué tout ce que
Monseigneur a fait pour les engager
à décāper les premiers ,&
les beaux fourages dont ce Prince
a quelquefois eſté témoin.
Il n'a rien oubliéde tout ce qu'il
eſtoit à propos quefiſt un ha
K3
222 MERCURE
bile General. Dans le temps
que l'Armée vint camper à Vi
gnamont,M. le Marquis d'Harcourt
eſtoit au delà de la Meuſe
, à l'égard de l'armée , avec
fon Camp volant , & l'Armée
que commandoit M. le Mareſchal
de Bouflers, n'eſtoit qu'à
une portée de canon de l'autres
mais Monſeigneur trouvant à
propos d'en diſpoſer'autrement,
donna ſes ordres pour faire entrer
dans for. Camp l'Infanterie
de cette Armée , & M. de Bouflers
s'en alla dans les Fauxbourgs
d'Huy. Une partie de la
Cavalerie entra dans l'Armée
de Monseigneur , & une autre
grofit le Camp volant de M.
d'Harcourt , qui changea de
Camp, s'avançant dans le Condros
àune grande lieuë de Huy.
Monseigneur fit enſuite des dé
GALAN T.
223
tachemens pour Namur,& pour
Chaleroy,le dernier ſous le commandement
de M. le Comte de
la Motte & en vuë de le faire
avancer ſelon les mouvemens
des Ennemis , pour joindre le
Corps que commandoit M.de la
Vallette , jugeant que les Ennemis
ne pouvoient avoir d'autre
deſſein que de tâcher d'occu
per le Camp de Courtray,d'une
grande conſequence pour les
deux Partis , fur tout nous en
voyant beaucoup plus éloignez
qu'eux. La ſuite a fait voir que
les conjectures deMonſeigneur
eſtoientjuſtes,
L'Armée ſubſiſtoit commodement
au Camp de Vignamont
où les Ennemis ne croyoient pas
que Monſeigneur puſt demeurer
fix jours , & pour une plus grande
facilité d'avoir des fourages ,
K 4
224 MERCVRE
ce Prince avoit fait faire des
Ponts fur la Meuſe & fur la Mehaigne
,ainſi rienne luy manquoit.
Cependant les Ennemis
qui prétendoient qu'il décamperoit
faute de trouver à fubfifter,
furent obligez de décam .
per les premiers . Ce fut le 18 .
de ce mois , pendant que toute
ladroite de l'Armée de Monfeigneur
& le quartier General
eſtoient allez fort loin au fourage.
Sur l'avis que ce Prince eur
de leur marche , il fit tirer le
Canon pour faire revenir les
fourageurs,& donna ordre pour
décamper , mais il fut impoffible
de marcher que ſur les cinq heures
du ſoir , avec peu de Troupes
, & le reſte ne put partir
que le lendemain. Son intention
eſtoit d'aller camper cejour là à
Aufſoy ; mais il n'y eut pas mo
GALANT.
225
yen. Le temps devint mauvais,
la nuit tres-obfcure , & les chemins
étoient fort méchans.Ainfi
il falut demeurer au Chaſteau
de Froimont , autrement Nerville
les Bois , où Monſeigneur
n'ayant pû avoir ny mulets , ny
petit équipage , coucha fur de
la pailledans une grange.Le 19 .
il fit une grande marche , & vint
coucher à vûë des Ennemis, au
Chaſteau de Soye ſur Sambre ,
deux lieuës au-deſſus de Namur.
Il commanda en meſmetemps
qu'on fiſt des Ponts fur cette
riviere ,car il eſtoit important
de la paſſer , & de marcher
promptement pour prévenir
l'Ennemy. Les Ponts furent
faits avec une diligence extraordinaire
, & l'aîle droite de l'Armée
paſſa la riviere , & le reſte
le lendemain 20. Pendant ce
Ks
226 MERCVRE
temps- là , Monſeigneur alla à
l'Arrieregarde pour la foutenir ,
fi les Ennemis paroiſſoient , mais
ils n'y penſerent ſeulement pas.
Si toſt que tout fut paffé , Monſeigneur
fit marcher l'Armée
par Brigades , afin qu'on fiſt plus
de diligence . Chacun eut ſes ordres
& fes quartiers , & M. le
Mareſchal de Villeroy prit les
devants avec quarante Efcadrons
pour joindre M. de la Valette , &
s'oppoſer aux Ennemis , s'ils vouloient
tenter de paffer l'Eſcaur.
Monſeigneurcampa cejour-là au
Chaſteau de Saraſtache , deux ou
trois lieuës au deſſus de Charleroy
, & le lendemain 21. il fit
une fort longue marche avec la
feuleMaiſon du Roy, repaſſa la
Sambre à la Buffiere ,& alla concher
à Mons , où ce Prince ſejourna
le 2 2. pour donner temps
GALANT.
227
aux Troupes de s'avancer , voyant
que les Ennemis marchoient
en diligence pour gagner le Poſte
de Courtray. Le meſime jour
il donna fes ordres pour envoyer
les gros Bagages par Valenciennes
, afin de ſe rendre à Tournay,
& pour tout ce qui pouvoit aider
l'Infanterie dans ſes marches ex-
*traordinaires qu'elle avoit faites
& qu'elle faiſoit , & mefme pour
faire trouver affez de bateaux à
Condé pour la tranſporter jufques
à Tournay , où il vint cou
cherle 25. Le Corps que commandoit
M. le Marefchal de Villeroy
eſtoit déja avancé juſques
au Pont d'Eſpieres , & celuy de
M. de la Valette un peu plus
avant vers Courtray , & on ſout
que les Ennemis qui avoient fait
avancer le Corps que commandoit
le Duc de Virtemberg , &
K 6
228 MERCVRE
le Comte de Thian , pour aller
vers Tournay , ayant paffé l'Ef.
caut à Oudernade , marchoient
avec toute leur Armée , dans le
deſſein de paſſer l'Escaut au delà
du Pont d'Eſpieres , entre les Villages
de Hauterive & de Boffu.
Monſeigneur y marcha en diligence
le 24. & la teſte de l'Armée
des Ennemis y arrivant
avec des Pontons pour faire des
Ponts ſur l'Eſcaut , fut extrêmement
ſurpriſe de voir de l'autre
coſté ſoixante - dix ou quatrevingt
Eſcadrons en bataille , &
queMonseigneur y eſtoit arrivé
un peu auparavant, avec la Maifon
du Roy & des Dragons .D'abord
M. l'Electeur de Baviere
qui commandoit l'Avantgarde ,
ne le voulut pas croire,& moins
encore le Prince d'Orange,mais
ils en demeurerent convaincus
BOUR
DELI
LYON
F
7203
*
F.ErtmgerSo
GALAN Τ. 229
par leurs propres yeux.Monfeigneur
commanda que les Troupes
fe retiraſſent pour laiſſer la
liberté aux Ennemis de faire autantde
Ponts qu'ils voudroient.
Ils en firent quelques- uns , mais
ils n'oferent tenter d'y faire paffer
perſonne. On ſe tira de part
& d'autre quelques coups deCanon.
On campa les uns d'un côté
de l'Eſcaut ,& les autres de l'autre
, & pendant toute la nuit les
Ennemis ne fongerent pas à donner
la moindre alarme. Le lendemain
25. la meilleure partie
de l'Infanterie arriva fur les dix
à onze heures du matin. Son
zele pour le Service du Roy , &
les foins de Monfieur le Prince
de Conty luy avoient fait faire
cette diligence . Jamais on n'a
fait de fi longues marches avec
tant de viteſſe , ny avec tant de
230
MERCURE
joye , malgré le mauvais temps,
que dans l'efperance de combatre
les Ennemis ſous les ordres de
Monſeigneur , qui alla de fon
coſté camper à Courtray , &
rompit par là les grands deſſeins
que les Ennemis avoient formez
Onavoit fait venir de la Ville de
Tournay des rafraiſchiſſemens
pour les Troupes qui pafferent
par là . Elles estoient ſur le point
d'en prendre , quand le bruit
courut que Monseigneur pouvoit
eſtre aux mains ; ce qui fit
qu'elles pafferent outre ſans vouloir
s'arreſter un ſeul inſtant .
J'ajoute icy une Lettre écrite
à un Prince du Premier ordre ,
fur cette glorieuſe marche .
GALANT.
23
Du Campde Boffu,ce 25.Aouft.
ONSEIGNEVR ,
L'extrême diligence quon a faite
pourvenir icy , a eu tout le succés
que l'on pouvoit efperer. On partit
bier matın de Tournay pour obferver
les Ennemis , & venir joindre
M. le Maréchal de Villeroy. Comme
on arriva à Hauterive , deux
petites lieuës au deſſus d'Epierre , on
vit une colomne des Ennemis arriver
enmesme temps de l'autre coſté de
l'Escaut , s'étendre fur le bord.
Apeine les premieres Troupes furent
mises en bataille , qu'elles tra
vaillerent àétablir une Batterie de
Sept àbuit pieces de Canon pourbattre
leVillage deHauterive,
pêcher noftre Infanteriede s'en approcher.
Elles commencerent à faire
em232
MERCURE
desponts.Elles avoient deſſein dese
faifirdaChasteau deHauterive ,
àla faveurdes Troupesqu'ellesyjetteroient
, on pretendoit faireſept ou
buit ponts,furlesquels elles auroient
paffe , comptant qu'elles ne pouvoient
trouver icy que les Troupes de
Mrde la Valette ,ou celles de M.
leMaréchaldeVilleroy. LeurCanon
n'empécha pasqu'on ne s'établiſt
qu'on nese retranchast dans leVillage.
Onfit ensuite une Batterie defix
pieces deCanon , qu'on avoit mené
deTournay , sur le premierbruit
du deſſein des Ennemis , les Troupesqui
marchoient jour & nuit de.
puis Vignamont firent de nouveaux
efforts , & toute la Cavalerie de la
gauche, peu de temps après celle
dela droite , avec la Brigade des
Gardes le RegimentdeMagalotti
, qui arriverent avant midy ,
remplirent toute la plaine qui
GALANT.
233
3
à ce
eſtoit vis à vis des Ennemis , qui
paroiffoient estre tout au plus buit
ou dix mille hommes ; mais on ne
Sçavoit pas si le reste de l'Armée
n'estoit point derriere eux. La journée
ſe paſſaſans que cela großist .
Ils tirerent moins qüils n'avoient
fait lematin. Ils nefirent plus que
deux ou trois ponts , & enfin ce matin
ils ſe ſont retirez, & ont joint
leur Armée quiva camper ,
que l'on dit , à René. Ce n'estoit
qu'une teste , qui fur la confiance
qu'ils avoient qu'il ne pouvoit y
avoir icy que les Troupes de M. de
Villeroy, venoit pourfaire unpaſſageàtouteleur.
Armée, On dit qu'un
autre détachement s'estoit avancéjus.
qu'à Oudenarde , y avoit passé ;
maisła diligence incroyable que l'on
a faite les a déconcertez ,
a rejoint leur Armée. Monseigneur
Le Duc de Chartres s'est donné des
tout
234 MERCURE
peines infinies, dans tous les mouvemens
précipitezqui ont estéfaits.
Je croy vous devoir parler de
Padreſſe de deux Carabiniers de
noſtre Armée , qui voyant deux
Officiers qui ſe donnoient de
grands mouvemens dans celle
des Ennemis , qui paroiſſoit ſuivre
leurs ordres , en choiſirent
chacun un que l'on vit auffitoſt
tomber& emporter,& toute
l'Armée Ennemie demeura ſans
action .
Jene ſçaurois trop vous entretenir
de la marche de Monſeigneur
, dont on ne voit point
d'exemple dans aucune Hiſtoire
. Ce Prince fit prés de huit
lieuës dans la ſeule journée de
Saraſtache à Mons . Cela eſt
inouy pour une grande Armée ,
qui ſouvent ne fait que deux
lieuës par jour. Ainfi ces granGALANT.
235
des marches ne ſont dûes qu'aux
foins , & aux précautions de
Monseigneur pour la faire avancer.
Trois choſes devoient faire
arriver le Prince d'Orange
le premier à Courtray. Il avoit
une journée d'avance ; il marchoit
par une eſpece de ligne
droite , & Monseigneur avoit
à paſſer , & à repaffer le Sambre,
ce qui fait perdre beaucoup
de temps à des Troupes.Cependant
ce Prince aprés avoir fait
cinquante cinq lieuës en cinq
jours , a prévenu les Ennemis
qui prétendoient paffer l'Eſcaut
les premiers , entrer dans nos
lignes ,& s'emparer de Courtray
où Monſeigneur arriva le 26.
&l'Infanterie le 27. & le 28 .
Le Prince d'Orange perfuadé
que fon deffein réüſſiroit , avoit
fait partir de Liegele 24. dou-
1
236 MERCVRE
ze Regimens d'Infanterie , &
deux de Cavalerie ,& quatre autres
Regimens de Maſtric , qui
le devoient joindre dans nos
lignes ,& qui luy ferontpreſentement
à charge. Il eſtoit campé
le 27. à VVorteghen à une lieue
au delà d'Oudenarde au couchant.
Monſeigneur eſtoit campélemeſmejour
ſous Courtray ,
le longde la riviere du coſté de
Harlebec.
Je croyois avoir finy cetArticle,
maisdenouvelles circonſtances
m'obligent à le reprendre.M.
de Virtemberg avoit paſſé l'Efcaut
à Oudenarde avec dix mille
Chevaux , M. de Baviere devoit
jetter des ponts , & paffer cette
Riviere à la faveur du Canon ,
pour enlever M.de la Valette , &
les huit mille hommes qu'il commandoit
. Ils devoient enſuite
12
GALANT.
237
on
s'emparer de Courtray , rompre
& ruiner toutes les Lignes , demander
quatre ou cinq millions
de contribution ,& faire le Siege
d'Ipres ; c'eſt ce qu'on a appris de
leurs deſſeins .Je reviens à ce qui
regarde la prudence & la conduite
deMonſeigneur.Jamais
n'a vu tant de meſures differentes
priſes en même temps ; les
unes pour que les Troupes marchaffent
par differentes routes ,
afin qu'elles ne s'embaraſſent
point dans leur marche ; les autres
, pour en jetter dans Courtray
, où les Regimens des Gardes
Françoiſes & Suiſſes entrerent
avant l'arrivée des Ennemis ,
& les autres enfin pour faire
trouver du Canon ſur le bord de
l'Eſcaut , celuy de l'Armée ne
pouvant ſuivre affez viſte. Mr
de l'Arteloire Commiſſaire
de l'Artillerie à Tournay , y en
238 MERCVRE
amena.Onfe canonna de part&
d'autre . Nous n'avons perdu, en
cette occafion qu'un Capitaine
de Maulevrier , & quelques Soldats
. La perte des ennemisaparu
plus grande.
,
Le 27.lePrince d'Orange n'avoit
pas encore paffé l'Eſcaut.
Monſeigneurfit diftribuer à toute
l'Armée qui défila par Condé,
du Brandevin & de la Bierre
dont chaque Soldat eut une mefure
raifonnable. Ce Prince donna
ordre auſſi , que les Troupes
trouvaſſent des Chariots , fournis
par les Payſans , pour tranfporter
les hardes de chaque Regiment.
Je croy devoir vous parler encore
, en fermant ma lettre de
la fituation où se trouvent les
affaires generales. L'Armée de
Monſeigneur a fait un grand
GALANT. 239
fourage à Saint Eloyvive. Le
bruit court que le Prince d'Orange
a paffé l'Escaut àOudenarde&
aux environs,& qu ilmarche
meſme pour paſſer la Lys .
Monſeigneur a envoyé à Furnes
pluſieurs Ingenieurs , & des
Troupes pour en réforcer la garniſon
, qui eſt preſentement de
plus de deux mille hommes . Il
y a un grand nombre de Pionniers
dans l'Armée des Ennemis .
Le Prince d'Orange voyant ſon
premier deſſein rompu , voudroit
bien prendre de plus juſtes
meſures , pour rétablir fa repu..
tation , & remporter quelque
avantage cette Campagne. Il
luy ſera difficile d'en rendre un
bon compte aux Alliez & il eſt
ſurprenant qu'avec un Armée
beaucoup plus nombreuſe que
celle de Monſeigneur, il ait laif-
1s
240
MERCURE
enſé
manger tous les Pays Bas ,
parles François ; ce qui doit faireconnoiſtre
à la Ligue qu'elle
n'executera jamais aucun des
projets formez contre laFrance.
Le 25.de ce mois , toutes les
Troupes de Piémonteſtoient
core dans leurs meſmes Camps.
LeDuc de Savoye à enfin commencé
à ſe démentit , & ce
Prince accompagné du Prince
Eugene , s'eſtant approché de
Caſal, comme pour reconnoiſtre
le lieu par où on pourroit l'attaquer
, on luy tira quelques volées
de Canon , enſuite de quoy
il ſe retira.Quoy quelaPlace ſoit
fort ferrée , M. de Crenant en
ayant fait fortir deux Partis , ils
font revenus avec un grand
nombre de boeufs . M. de Savoye
n'oublie rien pour cacherle def-.
ſein qu'il a d'attaquer Suze au
commence
(
GALANT.
1
241
commencement de l'Hiver.Il ſe
perfuade que nos Troupes ne
pouvant en ce temps- là demeurer
fur la montagne , il luy fera
aiſé de venir à bout de ſon entrepriſe
;mais il y a long-temps
qu'il prendde fauſſes mefures !
Le 14.de ce mois, douze Gale
res d'Eſpagne canonnerent quele
ques Tartanes dans le Port He
Blanes , elles s'éloignerent aprés
avoir inutilement tiré deux
cent volées de canon. Elles
avoient deſſein de brûter ces
Tartanes , mais elles n'oferent
l'entreprendre . M. de Noailles
ayant fait garnir de moufquctai
res quelques rochers voiſins .Les
Habitans de Barcelone difent
que ſoloFlote fe retire,ils fereni
dront à M. de Noailles . Les Ge
nois apprehendant qu'on ne leur
fatfe uire querelle d'Allemand
Aoust 1694. L
1
242
MERCURE
ont mis deux cent pieces de canon
,&trente-fix mortiers fur
leurs ramparts: lisont neufmille
hommes dans leur Ville.
La Flote de Barcley aeſté vûe
devantHuiſſant proche de Boulogne
, elle a toujours eſté battuë
des vents depuis qu'elle
s'eſt remiſe en mer.
* Les affaires d'Allemagne font
dans l'état que je vous lay marqué.
On ajoute feulement que
versla fin du mois, l'Armée pourra
marcher du coſté de Sobernheim.
Rien ne marque mieux la
foibleſſe de l'Armée de l'Empereur
enHongrie que fon inaction
. L'Arméedes Turcs n'eſtant
pas encore arrivée elle auroitagy
i elle avoit eſté en estat d'entreprendre.
Le Grand Vizir devoit
partir le 10. de Juillet. Il n'a accepté
ce grandemploy qu'à conGALANT.
243
dition qu'il mettroit ſes amis
dans tous les Poſtes importans.
Ainſi il ne craint point de cabables.
Le Grand Seigneur eft guery
de ſon enflure , il monte à
cheval ,& ne reſpire que la guerre.
Il vaſouvent viſiter ſon Camp
incognito , pour examiner ſi les
Troupes font en bon eſtar.
J'apprends en ce momentla
mort de M. le Mareſchal de Humieres
; je vous en entretiendray
le mois prochain. Je ſuis, Madame
, & c .
A Paris ce 31. Aoust 1694 .
THEQUE
DEL
LYON
A
TABLE .
PreRleuluddee,
Sonnet. 5
Détail du Siege de Pondichery , 7
Sonnetsfur diversſujets,
Ode.
Belle action
43-
48
58
Letttre de M. Abbé Nadal . 60
Crage.
Les Sots de Beaune.
Le Ieu dePaume.
64
69
74
Deſſein du Feu de Loye fait à
Lyon 76
Madrigaux. 88
Stances.
१०
Autres Madrigaux. 92
Traité des Mouches à miel. 96
Nouvelles de Touraine..
103
Recueil des Lettres de divers PaTABLE.
pes. 107
Nouvel Estat de la France. 108
Historiques.
Mappemonde nouvelle.
Conseil donné àl'Espagne.
Quatrième Partie des Voyages
Sonnet du Pere Mourgues à M. de
III
116
Noailles. 121
Anagramme du Pere l'Heritier.
122
Histoire. 123
Rondeau. 140
Nouveaux Bouts rimez. 143
These de Mathematique. 144
Morts. 149
Ceremonies faites à la reception
des nouveaux Chevaliers de l'or
dre de l'Elephant 159
Enigme. 171
Autre Article de Morts.
173
Election de deux nouveaux Echevins.
174
Nouvelles d' Alemagne. 176
TABLE.
$
Nouvellesde Hollande , 189
Reception de M. l'Abbé Boileau à
l'Academie Françoise. 201
Ce qui s'est passe à l'Academie
Françoise le jour de Saint Louis.
204
Dictionaire de la mesme Academie
preſenté au Roy. 206
Dictionaire univerſel des termes
des Arts des Sciences.
Troiſième partie de la Geographie
209
ancienne , moderne , &historique.
211
Iournal del' Arméede Flandre. 212
Nouvelles de divers endroits.
Fin de la Table.
LYON
Avis pour placer les Figures.
La Figure doit regarder la page.
229 .
L'Air doitregarder la page 169 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le