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1694, 07 (Lyon)
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me.


807156
MERCURE
Colleg. Lugdun. S. Trinichfoc
JopeGALANT Carol Inserip.
DEDIE A MONSEIGNEUR
' LE DAUPHIN
JUILLET 169年, LYON
DE
*
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere au Mercure Galant..
Avec Privilege du Roy.
M. DC. XCIV.
EV
G
**************
LE LIBRAIRE
au Lecteur .
L'on continue de diftribuer le
fit fols chacun.
Sçavans, pour
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de luillet . 1694.
Singe
Ermons ſur les Evangiles de
tous
nées , par le T. R. P. Nicolas
de Dijon Capucin Definiteur
General de ſon Ordre avec le
portrait de l'Auteur , trois volumes
in octavo , 9. liv.
Les Panegyriques des Saints
ſe trouvent auſſi dans la meſime
boutique auſſi pour 9. liv.
L'Important Comedie 20. f.
Le Confert ridicule Comedie
20. f.
Attendez -moy ſous l'Orme
Comedie 20.f.
Le Ballet extravagant Come t
die 20. f.
Les petits Maiſtres Satyres,
inquarto 20. f.
TABLE
Prelude.
Sonnet qui a remporté le Prix
de l'Academie des Lanterni.
ftes. 2
Discours de la même Academie.
De l'Immortalitéde l'Ame.
4
Comoy de Madame la Comteſſe de
laVauguion,
Plan de la Ville de Palamos .
20
LaVictoire de la Marseille. Ouvraqui
a remporté le Prix de ge ,
Vers de l'Academie d'Angers.
SE
Lettre de Senlis: 62
Discours à lagloire du Roy , fur la
TABLE .
Victoire remportée en Catalogue.
Morts.
66
80
Madrigal. 88
Sonnets
89
Histoire. 95
Nouvelle d'Allemagne. 117
Prix de Proſe de l'Academie de
Toulouse. 128
Détail curieux nouveau du com.
batdu hevalierBart contre une
Eftadre de Hollande . 146
LesPetits Maistres. 175
Epigrammeſur le même sujet . 177
Lettre de l'.Auteur de la Satyre des
Petits Maistres. idem.
Autre articlede Morts. 186
Journal du Siege de Gironne. 196
Article concernant quelques particularitez
touchant le Prince
Tla Frinceffe d'Orange .
Article des Enigmes . des Enigmes.
223
229
Journal de ce qui s'est passe àl'ArTABLE.
mée de Monseigneur , depuis
celuy du dernier Mercure. 230
Nouvelles d'Allemagne. 242
Nouvelles d'Italie. 250
Article curieux , où il estparlédu
Bombardement de Dieppe. 249
Nouvelles de la Recolte. 258
LeDefenseur des Dames. 259.
Terte des Anglois devant le Havre
deGrace. 260
Décampement des Armées doFlan.
8
Avis pour placer lesFigures,
Le Plan de Palamos doit regar
der la page so.
Le Plan de Gironne doit regar
der la page 200
MERCURE
THEQUE DE
GALANT. LYON
JUILLET 1694.
J
**
E fatisfais , Madame , à
ce que vous avez fouhaité
de moy , en vous
envoyant le Sonnet qui
a remporté le Prix ſur le ſujet
propoſé par l'Academiede Toulouſe
, qui a pris le nomde Lanternistes.
Comme il eſt à la
loüange du Roy , & qu'on y
trouve en quatorze Vers un Por
Iuillet 1694. 1 A
2 MERCURE
trait de ce Monarque auffi vif
que reſſemblant , je ne puis donner
à cette Lettre un commencement
qui vous ſoit plus agreable
. Liſez ; vous l'auriez vousmeſme
trouvé digne du prix
dont on l'a récompensé , ſi vous
aviez eſté du nombre des
Juges...
SONNET.
Grand Roy, dont jadis Rome
cust adoré le Bufte,
Tusçais malgré l'horreur des frimats,
des glaçons ,
Hater de tes Lauriers les fertiles
moiffons ,
Mars ne parut jamuis sifier ny fi
robufte.
Tout tremble ; tout se rend à ton
aspect
10
auguſte,
GALANT.
3
Ton exemple fournit d'heroiques
leçons.
Teut on affezvanter par de nobles
chanfons ,
Vn Vainqueur comme toy sage,
intrepide, juſte ?
Decent Peuples unistu romps tous
les, refforts ,
Et ton coeur attendri du sang qui
fe prodigue ,
Sacrifie à la Paix ſes plus vaitlans
* tranſports,
f
PRIERE
Seigneur , daigne appaiser tame
d'horribles tempeftes ;
Prens foin d'un Roy fameux par
mille exploits dive
Il est preſt à borner le cours defes
conquestes ,
Pour le repos de l'Univers.
A 2
4 MERCURE
Mrs de l'Academie des Lanterniſtes
ayant voulu rendre ce
Sonnet public , l'ont fait préceder
par ce que vous allez lire.
denere
Nous avons en cette année un se
grand nombre de Sonnets , qu'onpeut
croire que nostre deffein n'a pas déplûaux
bonnestes gens, &particu
lierement à ceux qui font profeſpon
des belles Lettres. On a examinéavec
beaucoup d'exactitude tous les Onvrages
qui nous ont esté envoyer.
C'est une loy parmy nous ,
garderque le merite des Vers
pour n'avoir rien à nous reprocher
dans cesfortes de décisions, onafoin
d'y appeller des Perſonnes de qualité
, &dont le goust exquis
rudition profonde ont dequoy garantir
nostre conduite , &prévenir toutes
les plaintes qu'on pourroit faire
là deſſus . Mr le Chevalier Dupont
زوم
l'éGALAN
T.
de Castelfarraſi, & Major d'Infanterie
en Dannemark , a remportele
Prix. On a mis icyſon Sonnet accom
pagnéde deux autres. Nous aurions
Souhaité d'y joindre encore tous ceux
qui nous restent, mais il auroit fallu
faire un volume. Il ne s'est jamais
vù une sigrande émulation far le
Parnaſſe. On s'est piqué à l'envi de
remplir nos Bouts rimezproposezàla
loüange du Roy ; il a bienparu
que les Auteurs estoient moins animez
par l'espoir de la récompense
que nous avions promise , que par
L'ardeur du zele que tout le monde
Sent naturellement pour la gloire
d'un Prince qu'on ne peut affez
Louër.
Pour vous faire mieux con.
noître Mile ChevalierDupont,
dont il vient d'eſtre parlé , je
vous diray qu'il eſt de Caſtelfarraſi
en Languedoc , Major
1
A 3
6 MERCURE
d'Infanterie en Dannemarck, &
Ajutant general de Mr le Duc
de Guldenleu, Viceroy de Norvvege
, & Generaliſſime des Armées
de S.M. Danoise. Mr Dupont
de Bay- Surbay- Rochefort,
Seigneur de Viviers & Miremont
, Chevalier de l'Ordre du
Roy , & Capitaine des Grenadiers
du Baraillon Colonel de
Navarre , eſt Frere de ce Chevalier.
J'ajoûte les deux autres Sonnets
, que l'Academie des Lanterniſtes
a fait imprimer avec
celuy qui a remporté le prix.
SONNET.
V'en tous lieux de Louïs on
Q élevele Buſte,
CePrince tous les ans au méprisdes
glaçons,
GALANT. 7
En cueillant de Lauriers lesfertiles
moiffons,
Dans les travaux de Mars laffe le
plus robufte.
Alexandre , Hannibal ,&le fameux
Auguſte,
De ce fier Conquerant auroientpris
des leçons .
Ses hauts faits , des neuf Soeurs
épuisent los chanfons,
Louis est un Heros plus grandplus
julte.
De tousses Ennemis il abattra l'-
orgueil,
* Ils iront àſes pieds tenter un doux
accueil,
de
Cetorrent de valeur ne trouve point
Contre luy vainement ils meuvent
digue.
Leurs refforts ;
A4
8 MERCURE
Iln'a pas un Sujet qui defon fang
prodigue,
Ne cherche àluy marquerjes plus
ardens
tranſports.
PRIERE.
1
Conferve nous , Seigneur , le plus
grand des Humains,
Le foutien de l'Etat , l'appuy de
ton Eglife ,
Et nesouffre jamais qu'un Ennemi
détruiſe
Ce bel Ouvrage de tes mains.
AUTRE .
Grand Roy , qu'on doit d'honneuràton
nom, à ton Buſte !
En dépit des torrens , des frimats ,
des
glaçons
telles moiffons,
Tufais au champ de Mars d'immorGALANT
.
9
L. Aiglen'est devant toy vaillante,
ny robufte.
ただ
Ta conduite à la foissage , pruden.
te, auguſte ,
bles
Dugrand art de regnerfait de no-
Lesplus fameux Tinceaux , les plus
leçons ,
doctes chanfons ,
N'ont rien pour te louër d'aſſezvif,
d'affez jufte.
Tu triomphes toujours fans faste
fans orgueil,
Terriblepar ton bras , charmant par
ton accueil,
Tes rapides exploits netrouvent point
de
digue .
20
D'une Ligue en fureur tu briſes les
refforts,
Etpendant que le CielSa faveur te
prodigue,
AS
10
MERCURE
Naſſau confusse livre auxplus ja-
Loux tranſports.
PRIERE.
Seigneur , qui de Louis vois l'ar.
deur lafoy ,
Daigne benir toujours fes deffeins
fon zele ,
Puis qu'àtes Saintes Loixfidelle,
Il combat moins pour luy qu'il ne
combat pour toy.
L'Ouvrage qui ſuit eſt deMr
Verduc le jeune. La matiere en
eft fi belle & fi noble , qu'elle
doit vous faire juger de fon ef
prit , puis qu'il n'y a jamais eu
que d'habiles hommes qui ayent
entrepris de la traiter
GALANT. LI-
**************
DE L'IMMORTALITE
de l'Ame..
Ly a eu peu de Philosophes an.
ciens qui n'ayent crû l'immortalité
de &Ame ; car pour les autres qui
L'ont niée, ce n'a estéque pour n'avoirpas
connusa nature, qui la fait
effentiellement differer du corps
außi pour avoir trop attribué aux
perceptions dessens. Marsfans nous
arreſter àrefuter leurs erreurs , con
fiderons premierement quelle peut
eftre l'effence de l'.Ame , &voyons
fideſon idée mus pourrions conclure
qu'elle doit effre immortelle.
Il est naturellement connu que le
neantn''aa aucune proprieté, caronne
peut pas dire que le rien échauffe ,
refroidiffe , qu'il entend qu'il
A 6
12 MER CURE
veut ; mais que par tout où l'ontrou.
ve quelques proprietez, il faut qu'il
y ait un sujet dont elles dépendent .
La même lumiere nous apprend que
deux substances sont differentes ,
quand les proprietez de l'une neſe
peuvent rapporterà celles de l'autre.
Ainsi, puis que la pensée ou l'in
telligence ne renferme rien de corpo
rel dans son idée , & que l'idée du
corps n'enferme außi pareillement
aucune chose qui pense , nous devons
conclure que lajubſtance penſante
la ſubſtance corporelle font entierement
differentes l'une de l'autre ,
que par confequent nostre Ame est
réellement distincte de nostre corps.
De ne croy pas qu'on nie cette diflin-
Etion qui est entre l'ame le corps,
pourvû que l'on examinefoigneufement
toutes les proprietezde l'une
de l'autre. Par exemple , la prin
cipale proprieté du corps est destre
GALANT.
13
uneſubſtance étenduë en longueur,
Largeur& profondeur , qui eft capablede
recevoir diverſes figures ,
qui est avec cela indifferente au mou
vement au repos. Voilà ce qui
convient generalement à toutes fortes
de corps. Nous dijons que c'est une
Substance, parce que nous la conce
vons ſubſiſter par soy même , sans
qu'elle ait beſoin des autres choses
créées pour estre , quoy que cependant
elle ne puiſſe efire un moment
Sans le secours de celuy qui La
créée.
de l'ame, ame,lapro- Pour ce qui est
prieté effentielle est la pensée,
tout ce qu'on peut raisonnablement
luy attribuer contient en soy de la
pensée; comme , par exemple ,lesen
timent, l'imagination &la volonté
nesçauroient estreſans uneſubſtance
penfante,à cause quele neant ne peut
avoir aucune proprieté. Treſentement
F
14.
MERCURE
que nous connoiffons la difference qui
eft entre l'ame & le corps,il neſera
pasdifficiledefaire voirqu elle doit
éternellement ſubſifier, carspachant
une fois que Dieu qui en est l'Auteur
est immuable , & qu'il agit
toujours d'une méme forte , l'on doit
conclure qu'elle est immortelle.
res
Iln'ya rien dans le mondequi ne
prouve cette façon d'agir qui est en
Dieu, à des personnes attentives qui
mettent bas leurs préjugez,&qui
ne raisonnent que fur les idées claidistinctes
qu'elles ont des cho.
fes ; car en effet pourquoy un corps
continue to il toujours deje mouvoir,
quand ilne trouve rien enfon chemin
qui l'arreſte , finon qu'à cause que
Dieu estant la veritable cause defon
mouvement, le veut toujours en même
estat ?
Dieu qui conferve l'ame , comme
nous venons de dire ,ne peutpas ne
GALANT.
lavouloirplus conſerver, quand nous
fortons de cettevie,àcause qu'il agit
toujours d'une mêmeforte, quela
mort n'étant rien autre chose que la
diffolution des organes du corps , à
l'occaſion desquels nostre ame recevoit
plufieurs fortes de pensées , ne peut
la détruire , ny empêcher que Dieu
ne la conferve toujours ..
DE L'EXISTENCE
de noſtre Corps , & de
celle de noftre Ame..
Voy que les anciens Thilofophes
ayent diftingué entoutes
chofes leffence de l'existence , nous
dirons que c'est mal à propos , puis
que l'effence&l'existence du corps
nefont qu'une même chose; car l'étendue
estant l'effence du corps, en
aft en même temps l'existence , vil
qu'uncorps ceffant d'eſtre étendun eft
16 MERCURE
plus. It en est de même de l'effence
de l'existence de l'ame , qui ne
confiftent que dans la pensée. Il eft
Vray que le Corps & l'Ame font
deux choses fort differentes , & qui
n'ont nul rapport entre elles , mais
cela n'empêche pas que l'effence
l'existence du corps ne confiftent dans
L'étenduë , L'effence & l'existen
ce de l'Ame dans la pensée.
Luant à l'essence & l'existence
du corps humain , on peut dire avec
beaucoup de raison qu'il a estédés la
Creation au monde dans un parfait
arrangement de toutes ses parties.
Il nesemble pas qu'on puiſſe dire la
même chose au regard de l'Ame ;
Sçavoir , qu'elle a esté jointe dès le
commencement du monde au corps ,
car il est vray emblable que Dieu ne
L'a créée , & jointe à nos corps que
dans le temps qu'ilssefont developez,
&qu'ils ont cu unegroſſeurconfideGALANT
.
17
tres ,
rable. Pour vous prouver que nous
Sommes organisezdés la creation du
monde , il n'y a qu'à vous faire voir
que la generation des animaux ſe
fait dans des oeufs,où ils ſontrenfermez.
L'exemple des animaux , tant
aquatiques que volatiles & terrefnous
en fournira une preuve
convaincante , car cequ'on nomme la
graine dans les plantes , n'est autre
chose que la plante toute entiere ,puis
qu'en la regardant avec un bon Microscope
, on la voit toute formée, La
même chosese voit encore dans les
( oeufs des Animaux. Si l'onse donne
la peine de regarder avec unMicrofcope
un oeuf de grenoüille, I on verra
que la grenoüilley est toute entiere,
parfaitement bien formée.Ainfi
ily a lieu de penser affez raisonnablement
que Dieu créa au commencement
du monde tous les Animauх
que nous voyons s'engendrer,&qu'il
18 MERCVRE
les renferma dans des ſemences qui
deviennent fecondes avec le temps,
& qui s'augmentent tellement peu
àpeu , qu'enfin les animaux caiy
Sont renfermez deviennentſenſibles,
fortent de leurs coquilles.
Si ce raisonnement parcist paradoxe
àquelques perſonnes , on lesprie
de confiderer que la puiſſance de
Dieu est infinie ; que l'esprit de
Ihomme eft finy & borné dans fes
connoiſſances , & qu'enfin ily adans
lemonde une infinite de chosesque
nous concevons distinctement , quoy
que nous ne les comprenions pas tou
tes d'abord. Ne concevons nous pas
que lamoindreportion de matiere est
diviſible en deux autres , dont chacune
peut encore eftre diviséepar la
moitié , neanmoinsqui est cequi
peut comprendrecomment cefait cet
te diviſion indefinie ?
Si nous voulions parler icy des
GA LANT .
19
parties qui entrent dans la compofi.
tion d'un Ciron , comme, parexem
ple, deson cerveau,de fon estomach,
deſon coeur, defonfoye , enun mot,
de toutes lesparties qui fervent àle
fairevivre, neferions nous pas con.
trains d'avouerfranchement la peti .
teſſe de nostre esprit , qui nesçauroit
comprendre celle que doivent avoir
lesdernieres partiesqui entrert en la
compofition d'un Ciceron , enmê
me temps d'admirer combien est
grande la puiſſance du Createuren
ce qu'il a fait ?
Cet exemple nous doit fervir à
mieux juger des oeuvres de Dieu ,
&àne pas penser que les choses que
nous ne sçaurions embrasser de l'efpritne
font pas , comme il arrive.
roit ,si nous oſions affurer qu'il ne se !
peutfaire , qu'un arbre , par exem
ple , en contienne un nombre inde
finy d'autres renfermez dans desfem
10. MERCURE
mences, car ce seroit prescrive des
bornes à l'action de Dieu , & croire
qu'il n'y a rien quifurpaſſe la capacité
de l'esprit humain.
Il y a quelques mois que je
vous appris la mort de Madame
la Comteſſe de la Vauguion ,
Princeffe de Carancy , Marquiſe
de Saint Megrin , & Heritiere
de ces trois Maiſons .Son corps
fut mis d'abord en dépoſt ſous
unDais au milieu de la Chapelle
du Chaſteau de Saint- Megrin en
Xaintonge , ſur une eſtrade de
trois marches , couverte de noir,
& entourée de pluſieurs flambeaux
d'argent. La Chapelle
étoit tenduëde drapnoirdepuis
le haut juſqu'au bas , & le Corps,
auprés duquel deux Recollets
prioient jour & nuit , y eftant
reſté jusqu'au 23. de May , ce
GALANT. 21
jour là , aprés un Service ſolemnel
qu'on celebra dans cette
Chapelle , il en fut tiré pour être
conduitdans celle du Chaſteau
de la Vauguion en Poitou , dans
da maniere qui ſuit. Un Caroſſe
drapé à fix chevaux enharnachez
de noir,dans lequel étoient
Mrle Prieur de Buxerolles , &
Mr le Curé de Saint-Megrin ,
marchoit le premier . On voyoit
enſuite pluſieurs hommes à cheval,
veſtus de noir avec de grands
crefpes à leurs chapeaux , tous
Domeſtiques de cette Comteffe,
&de Mr le Comte de la Vauguion
fon Fils , & portant chacun
un gros flambeau de cire
blanche allumé. Immediatement
aprés eux marchoit le Corps de
Madame de la Vauguion , dans
un chariot à fix chevaux , drapé
de noir , fur lequel eſtoit une re22
MERCVRE
4
preſentation couverte de Ve
lours noir , croiſé de moire d'argent,
bordé d'hermine , & ayant
aux quatre coins les Armes de
cette Comteffe , qui ſont d'Efcars-
la Vauguion , écartelées de
BourbonCarency , & fur le tout
de Stuer , partie de Quelen de
Broutay , qui font les Armes de
fon premier Mary , couronné
d'une Couronne Comtale , furmontée
de Fleurs de Lis ; comme
eſtant iſſue & Heritiere du
Prince de Bourbon Carency , &
aprés le Chariot eſtoient deux
Gentilshommes de la meſme
Dame , ſuivis d'un autre Gentilhomme
de Mr le Comte de la
Vauguion , qui avoit la charge
du Convoy. Il paſſa le meſme
jour à Angouleſme , & il y fut
receu avec la plus grande affluence
de peuple qu'on y ait jamais
GALANT.
23
vû , par tous les Curez , & au
fon de toutes les Cloches de la
Ville.
Le lendemain , à deux lieuës
du Chaſteau de la Vaugion , il
ſe trouva plus de deux cens
Chevaux de la Terre de la Vauguion
, pour faire honneur au
Corps de cette Dame , & le tout
marchant en tres-bon ordre arrivaàce
Chaſteau ſur le ſoir. Un
grand nombre de Curez , conviez
pour l'enterrement,allerent
à cinq cens pas au devant du
Corps , ſuivis du Capitaine du
Chaſteau de la Vauguion à la
teſte des Gardes Chaſſe de ce
Comté , des Senechaux de la
Vauguion ,du Broutay, de Saint-
Megrin& de Varaignes , & du
Maistre d'Hoſtel de Mr de la
Vauguion , portant une Couronne
fur un carreau de velours
1
24
MERCURE
noir , couverte d'un grand crefpe.
Le tout rentra dans le Château
de la Vauguion en l'ordre
ſuivant. Le Clergé le premier ,
le Capitaine du Chaſteau ſuivi
de ſes Gardes enſuite , & aprés
luy les Domeſtiques qui étoient
deſcendus de cheval , & qui portoient
toujours leurs flambeaux
de cire blanche. Ils précedoient
le Maistre d'Hoſtel de Mr de la
Vauguion , portant la Couronne,&
fuivi du Corps couvert du
Poële , dont les quatre coins
eftoient portez par les quatre
Senechaux cy-deſſus , aprés lequel
marchoient les trois Gentilshommes
dont on a parlé. En
rentrant dans la Baſſe -court du
Chaſteau , il ſe fituunnee décharge
de trois pieces de Canon. La
porte duDonjon de ce Chaſteau
eſtoit tenduë de noir , ayant un
grand
GALANT, 49
grand Ecuffon de toutes les Alliances
de feuë Madame de la
Vauguion. La cour du Donjon
eſtoit tenduë d'un lez d'étoffe
noire , & la Chapelle de ce Château
; qui eſt fort grande & formagnifique
, eſtoit toute tenduë
de noir depuis le haut juſques au
bas , avec un grand nombre de
Cierges. Au milieu il y avoitune
eſtradede trois marches, couverte
de noir à frange d'argent fous
lequel fut mis le Corps , & dans
ce moment il y eut une ſeconde
décharge de Canon du même
Chaſteau , qui en fit une troifiéme
quand le Corps fut enterré.
Letout ſe fit par les foins de
M. le Marquis de S. Megrin, Fils
unique de Madame de la Vauguion,
&de feu M. le Comte du
Broutey, ſon premier Mary , lequel
dés la mort deM.de la Vau-
Juillet 1694 . B
50
MERCVRE
A
guion , a pris le nom de Comte
de la Vauguion, comme en étant
heritier & poffeſſeur.
Je vous envoye le Plan de la
Ville de Palamos , avec les Travaux
qui ont été faits pendant
le Siege. Je puis vous aſſurer que
c'eſt celuy qui a été levé ſur les
lieux . Si ceux qui ont été donnez
au Public eſtoient veritables , on
y auroit marqué les Travaux ;
mais pour fatisfaire fa curiofité ,
on luy donne des Plans imaginaires
, dans le moment même
qu'on apprend la nouvelle de la
priſe d'une Ville , fans faire relexion
qu'on n'a pas encore eu
le temps de les apporter. On a
joint le Chaſteau à la Ville dans
Je Premier Plan qui a eſté donné
Lau Public, & qu'on ſuppoſe avoir
eſté levé par ordre du Roy. Ce107
LYON
*1893*
VILLE
c

GALANT.
SE
pendant vous pouvez voir par
celuy que je vous envoye , de
combien il en eſt éloigné.
Je vous ay ſouvent parlé de
l'Academie d'Angers. Elle continuë
à ſe diftinguer , & s'applique
àtout ce qui regarde les belles
Lettres , avec un ſoin tresparticulier.
Elle vient de diſtribuer
les Prix donnez par M. le
Pelletier,Eveſque d'Angers , qui
eſt de ceCorps illuſtre . Celuy
de Vers a eſté remporté par M.
l'Abbé Bardou . Vous jugerez de
la beauté de ſa Piece en la lifane.
LA VICTOIRE
de la Marſaille.
Voy , toujours des Combats ?
toujours dans lavictoire
B2
52
MERCURE
Nousverrons nous reduits à chercher
noſtre gloire ,
Et pour nous aujourd hay n'eft.ilplus
d'autre employ ,
Que de porter par tout le carnage
l'effroy ?
Dans ses retranchemens profonds ,
inacceffibles ,
Naſſau voit penetrer nos Escadrons
terribles ;
Ses Bataillons rompus , dans l'onde
renverſez,
Les morts & les mourans l'unfur
P'autre entaſſez,
Sur le Fleuve großi du sang
carnage ,
du
paffage.
Luyfont danssa déroute un horrible
Mais , Vainqueurs à regret ,
cruels malgré nous ,
نم
Nervinde , tu devois finir noſtre
courroux.
Quel nouveau temeraire au champ
dela Marsaille
GALANT.
53
Anos Chefs redoutez vient offrir
La Bataille , fureur,
Da Francois adouci ralumer la
Et fournir coupfur coup matiere àfa
valeur?
Contre nous jeune Prince , écoute
moins ta haine.
Je vois sur quel espoir tu descens
dans laplaine.
Tu crois pouvoir combattre de
faireunparty,
Où l'on ne voit briller ny Chartres
ny Conty ,
Maisloind'eux vainement tavaleur
Sehazarde :
Tu vas trouver encor le Vainqueur
de Stafarde ,
Qui brûle de payer par un nouvel
2
exploit ,
Lesfaveurs qu'àſon Roy tout recemment
ildoit.
Connois par tes malbears ce Heros
magnanime ;
1
B3
ف
54
MERCURE
De Turenne Condé le double
efprit l'anime.
Attentif aux deſſeins qu'illuy faut
mediter ,
Prompt àfai (ir l'inſtant qu'il doit
executer ;
Toujours quelque action deciſive ,
éclatante,
Vient de ses longs projets récompenser
l'attente.
Voy deux Freres vaillans , digne
Sangdes Bourbons ,
e
D'un air qui promet tout , ranger
nos Bataillons...
Cheztous la mesme ardeur dans les
yeux se remarque ,
Tu connois à ces traits le bonheur
du Monarque ;
Ailleurs plus neceſſaire, àfesmoindres
Soldats
Ilsemble avoir prefté fon courage
fon bras.
Son Armée enfureur inſpire la vengeance
GALANT.
55
Louis s'est à luy seul reservé la
clemence .
Mais , clemence inutile àton coeur
obstiné.
Déja pour le Combat lesignal est
donne.
Je vois au premier fon des
Trompettes bruyantes ,
Marcher vers l'Ennemi nos Troupes
foudroyantes.
Catinat , àla droite , attache le
combat ,
Vendoſme,fur lagauche,anime le
Soldat .
Tout s'émeut , tout s'ébranle ,&du
choc leplusrude
De Salpestre allumédevient l'affreux
prelude.
Mais les François d'abord , pour
affurerses coups ,
Du fer étincelant veut armerfon
courroux .
En vain du plomb mortel l'effroyable
tempeste ,
B4
MERCURE
Dans fon abord affreux semble luy
dire , arreſte ?
Fidelle àſon devoir , ſon invincible
coeur ,
Ainsi qu'à la pitie , devient fourd à
la peur.
D'un air impetueux ,
intrepide ,
&d'un air
Ilporte dans les rangs le tranchant
homicide.
Qui le fuit,ſur ſes pas fent voler
2
Qui veut lny refifter perit un peu
le poignard;
plus tard.
flame ,
LeSageGenerat , parmy le fer , la
Dansun noblefangfroid ſçait maintenirson
ame.
Vol, en butte aux fureur des Aquilons
divers,
L'Aigle tranquille & fier plane au
milieu des airs .
Bientoſt , ſous nos efforts , tout
s'enfonce , tout plie ;
GALANT. 57
Schomberg pour quelque-sems foutient&
se rallie.
Da Prince enſa déroute il est encor
l'espoir;
Sansnous nos Revoltezfont trop bien
leur devoir.
Soumis par leur revolte aux loix
d'un nouveau maistre ,
Leur valeur pour François les fait
toujours connoistre.
On s'arreste , onse trouble à leur
premier afpect:
Leurs visages , leurs noms tiennent
dans le respect.
L'unyvoitson Ami , l'autrey remar
que un Frere ,
Chacun se trouve en teste un trop
cher adverfaire.
Mais à leur perfidie on ouvre.enfin
lesyeux ,
La noire trahison nous les rend
odieux.
Plusfort que l'amitié, l'amour dela
justice
Bv
58
MERCURE
Porte au fond de nos coeurs l'Arrest
de leurfupplice ;
Et d'un bras que conduit l'heroïque
fierté,
Sur eux , au mesme instant , il eft
executé.
Ainsi vit Ifraëlfous une main
bardie ,
Expirer du Veau d'or l'adorateur
impie...
L'Hebrew contre l'Hebreu faintement
inhumaini
Dans leſang leplus cher ofa tremper
Samain.
Lanature en fremit , mais une Log
pluspure
Impoſa dans les coeurs filence à la
nature.
François , vous imitez leur pieufe
fureur,
Comme eux vous consacrez vostre
main au Seigneur ;
Afon Prince , àson Dieu , cette
groupe rebelle ,
GALANT .
59
Vous couvre avec Son Sang d'une
gloire immortelle ,
Et quand vous immolez ces fameux
criminels,
Vous vangeztout d'un coup leTrône
&les Autels.
Decet heureux fuccésfouffre qu'on
t'applaudisse..
Grand Roy , nepermet pas que ton
coeur en gemiſſe ,
Luy-même en ses malheurs il s'est
precipité,
Ce Prince qui vouloit épargner ta
bonté.
Ceflambeau , dont l'orgueil a nourri
la matiere ,
D'un double embrajement menaçoit
la Frontiere,
Etdansſes vains projets la detestable
erreur
Devoit estre en entrant compagne à
lafureur,
Mais enfin dans le Pô cesseflame
est éteinte:
B6
60 MERCURE
Il n'est plus pour ton Peuple aucun
Sujet de crainte.
De tes mains malgré tog le foudre est
échapé ,
Et le vray khaëton vient d'en estre
frapé.
Priere pour le Roy.
Au bien de l'Univers prest d'immoler
sa gloire ,
Grand Dieu , ce Roy puissant renonce
à la victoire
La Paix fait du Vainqueur le plus
ardent defor
EnchaineparJes mains le Demon de
la guerre.
Fais - luy goûter encor l'heroïque
pla fir,
Dedonner la Paix à la terre.
Vous me demandez ce que
c'eſt que le Miracle que l'on puGALANT.
61
blie avoir eſté fait à Senlis , &
dont le bruit s'eſt répandu jufques
dans votre Province . Cette
nouvelle eſt de celles que l'on ne
doit point mander d'abord , &
qui demandent de grandes confirmations.
Voicy la Lettre qui
fut écrite là deſſus huit jours
aprés , &fur laquelle vous ferez
tels raiſonnemens qu'il vous plaira.
Tout ce qui me paroiſt , c'eſt
que la Malade eſt de naiſſance,
qu'elle eft connuë ; que fon mak
eſtoit avere , & public depuis
long- temps , & que hors le foulagement
que luy donne ſa gueriton
, elle n'en tire aucun autre
bien. Ce font de grandes raiſons.
pour empêcher qu'on ne la foupconne
de ſupercherie.
62 MERCURE
ASenlis ce 3. Juin 1694.
Ous ferez bien- aife, Monsieur,
d'apprendre un Miracle arrivé
ily a aujourd'huy buit jours , en la
perſonne d'une Religieuse delaPre-
Sentation , percluë de tont fon corps
depuis quatre mois , enforte qu'elle
ne pouvoitfefoutenirſurſes pieds,
nyseservir deses mains. Ainsi il
falloit en avoir le mesmefoin que
Fallo
d'un enfantnouveau né. Sonnom de
Famille est Roujauls. Elleaun Frere
Confeillerau Parlement,&fa Soeur
avoit épouséM.Pucelle, mort depuis
peu premier President au Parlement
deGrenoble. Elle est âgée detrentetrois
ans, a beaucoup d'esprit ,&fa
conduite atoujours esté tres-édifian
te. Le jour que l'on porta àParis la
Chaffe de Sainte Geneviève M. le
Curé de Sainte Geneviève decette
Ville, cut devotion deporter enProceffion
laRelique qu'il presend ausin
GAL ANT .
63
1
danssa Paroiffe , qui est un os du
doigt de cette sainte...La Proceffion.
devoit entrer au Convent de la Pre
sentation , ce qui ayant esté sçu de
cette Religieuse, elle cut une forteim
ſpiration d'aller veverer & baiser
cesteRelique. Pleine de confiance e
La Sainte, elle priafon Infirmiere de
I'habiller,&de la conduire au Choeur
où elle se traîna comme elle put, porsant
fes potences fosus ses aiffelles
parce qu'il luy estoit impoſſible de
s'aider affezdeses mains pour les tenir.
Eftant parvenue en cet état jusquà
lagrille du Choeur, par laquelle
on avoitpaffe le petit Reliquaire,elle
s'en approcha avec beaucoup de reſpect,&
une grande foy,produisant
des actes fervensde contrition. Toute
Sa priere fus qu'elle ne demandoit
rien pour elle , mais seulement la
gloire de Dieu , & celle de Sainte
Genevieve, & qu'elle étoit contente
64
MERCVRE
de paſſer ſa vie dans l'infirmité où
elle étoit, si c'étoit ſa volonté. Dans
ces sentimens de defintereſſement &
d'humilité , elle baifa le Reliquaire,
&se sentit soulagée dés ce moment.
Elle redoubla sa foy & ses baisers
juſques à trois fois , aprés quoy tout
d'un coup elle se leva , laiſſa ſes
potences , & retourna au bout du
Choeur, marchant touteseule, cequi
fut rû par tous ceux qui assisterent
àcette Proceßion ; &pour confirmation
du Miracle, elle monta außi
toute seule à l'orgue , &comme elle
en joue fort bien , elle joša deux ou
trois verfets du Te Deum , qu'on
chanta en action degraces pour cette
quer iſon miraculeuse.Yousremarquerez
que pendant la maladie elle
ne pouvoit porterses mains à sa bouche
, ayant besoin de celles d'autruy
quand il falloit qu'elle prit de la
nourriture. Depuis cetemps-là elle
..
' GALANT . 63
Se porte fort bien , & je l'ay veuë
encore aujourd'huy marcher comme
-fi ellen'avoit jamais été malade. Ce
Miracle fait qu'on a dans toute la
Villeunefort grande devotion à Sainte
Geneviève.
Cette Lettre eſt écrite par
M. Peliffier , ancien Chanoine
de l'Egliſe Cathedrale de Senlis ,
Confeffeur & Directeur des Dames
Religieuſes de la Preſentation,
qui a vû tout ce qu'il a écrit
à M.le Vaſſeur , ancien Avocat
au Parlement de Paris, Pere d'un
des Sous-Gouverneurs des Pages
de laGrande Ecurie.
A peine la nouvelle de la Victoire
remportée en Catalogne,
par M.de Noailles , fut elle arrivée
icy, que Madame de Pringy,
qui ne fait pas moins briller fon
eſprit que fon zele pour le Roy,
dans toutes les occaſions qui s'en
66 MERCURE
preſentent , fit l'Ouvrage que
vous allez lire .
DISCOURS
Alagloire du Roy,fur laVictoire
remportée en Catalogne.
milieu de la craintedu
penla
Victoire vient d'annoncer
le bonheur des Armes du plus
grand Roy de l'Univers, dans le tems
même où la durée de la Guerrefemble
avoir diminué la tranquillité
publique. Vn champ de corps morts
condamne aujourd'huy l'injustice des
vivans ; & cette premiere défaite
prépare un fortsemblable àtout cet
aſſemblage d'Illustres Têtes qui nous
outragent. Le Ciel enfin ceffant de
faire attendre ſes oracles àcePrince
qui le preſſe parfapieté, vientde
GALANT. 67
manifeſterſes deſſeins , & nous promet
un triomphe general par cette
Victoire qui nous l'annonce ; car qui
auroit oséſeflaterde pouvoircourirà
la gloirefans riſquersonsang&Sa
vie ;& quel autre queleTout-Puisfant
eût pû mettre tout le peril d'un
côté,&tout l'avantage de l'autre ?
C'est ce que nous venons de voir au
bordde cetteEau attentive au bruit
de nos Armes , ilſembloit qu'ellefafpenditfon
mouvement pour leprêterànostrevaleur
, commesi elle ent
pû reſſentir de la joye de nostre vi-
Etoire. Mais ce n'est passeulement
cet heureux fuccez des Armes do
France, qui nous doit affurer d'une
Campagne tiffuë de Victoires; deplus
fort préjugez nous fervent de garants
, &ta lustice des ordres de nôtre
Prince est un gage affeuré du
bonheurde nostre obéissance. Ya-t-il
rien de plus grand que de fuivre les
68 MERCVRE
loix d'un Monarque, qui neſoutient
laGuerre que par les justes raiſons
qui l'y forcent , qui cherit la Paix
dansson coeur ,& qui cherche toutes
lesvoyes de la faire goûter à tout fon
peuple ? s'il Sçais vaiacre dans les
Combats, ilfait encore mieux pardonnerdans
les Victoires;& s'il con.
tinuëſes Conquestes, c'est moins pour
Sagloire , que pour un interest plus
fort.
La cause de Dieu est unie ala
fienne. C'est lepatrimoine des Elûs
qu'il deffend avec lefien,&la Religion
méprisée dans un Prince détrôné
, réveillefans ceſſe en luy an
zele fort , unefainte fureur qui le
porte àdétruire les Ennemis de la
Loy , en combattant les Ennemis de
l'Etat. La Ligue injuste qui a aſſocié
la lumiere avec les tenebres , &
qui a mêlépar une même volonté la
Sainteté de nos Mysteres avec la
3
GALANT. 69
profanation de l'Erreur , aung des
hommesfi differens en doctrine , &
aseparé en quelque maniere le Fils
du Pere , en deſuniſſant les Princes,
qui estant de même Religion , de.
voient estre de méme sentiment.
Pourquoy la France qui n'est pasſeule
Catholiquefera- t-ellefeule àproseger
la Catholicité ? Les autres
Princes qui ont lebonheur d'estre de
la Religion dont nous sommes , deprosent
avoir la raison d'imiter l'exemple
, s'il n'ont pas eu la force
de le donner. Qu'ils suivent Ložis
leGrand dansfes maximes , s'ils ne
l'évitentpas par les leurs , & qu'il
apprennent leur Religion defa pieté
leurs devoirs de sa generofité&
defa constance. Faut- il toujours du
Sangpour les éclairer ?N'est- cepoint
affezque celuy qui estrépanda , &
ce monceau decorps jonchez fur terre
qui crie mifericorde pour les vi70
MERCURE
vans, plutoſt que vangeance pour les
morts, ne leurfuffit il point pour les
rappeller à leurs devoirs , & pour
Les faireſouvenir de l'interest qu'ils
ont de demander la paix ! C
Du tems que les Egiptiens étoient
enguerre avec les Iraëlites , jamais
lepeuplede Dieu ne livroit combat
Sansl'avoir consulté , nele conful.
toit jamais sans confiance &Sans
Soumißion , außi ne combattoit ilja.
mais ſans Victoire. C'est une leçon
dans laquelle Louis le Grand s'inf.
truit deſes devoirs , qui trop ou
bliéeparles Ennemis de la France,
ne leur apprend, lors qu'ils la con-
Sultent trop tard , que lajustice de la
confufion qu'ils reçoivent pourne l'avoirpas
consulté. Dans quelétonnement
doit eftre tout l'Univers de voir
L'impuiſſance de tant de forces unies
ensemble, & qu'un ſeul contretout
foutienne l'effort de tant d'injustice ,
GALANT.
71
que Louisſansse laffer de deffendre
Jajuste cause , confonde la témerité
dejes Ennemis parson courage ,
relévefon courageparsavertu! Qu'il
est rare d'admirer la vertu qui nous
condamne,&defoutenir le bras qui
nous a vaincu ? Cependant lagloire
de Louis le Grand est une gloire fi
pure, que l'envie nepeut affembler
un affez grand nombre d'Ennemis
pour la ternir , &chacun deſes Ennemis
seroit contraint de l'admirer
enparticulier, s'ils ne lattaquoient
en comman. Quelfurcroift de honte
pour les vaincus que cettesanglante
défaite ? N'ont-ils pû prévenir leur
malheur , ne diminuera t-il rien
de leur temerité ? C'est au fond du
coeur de Louis le Grand qu'est le
Trône de la Paix. C'est là qu'ildoi.
vent chercher avec empreſſement les
moyens d'arreſter lesſuites d'unbon
beurqui les accable; mais le Cielqui
MERCURE
7,2
répond à nos esperances ſemblesefermer
pour les leurs ,&ne les endurcit
que pour nous élever ; & je ne voy
ces préparatifs terribles d'armes
de corps qui s'affemblent de tous côtez
pours'opposer aux charmes de la
Paix , qu'afin d'entendre la Renomméeſe
plaindre que le nombre de
nos Victoiresfurpaffe celuy deſes voix,
qu'elle nesçauroit fournir àpublier
tout ce que Louis execute. Ce
Monarque est admirable. On le voit
Soutenirſans peine la haine & l'effort
de tant d'Ennemis , qui ſont
encore moins témeraires que jaloux.
Il est des victoires de Louis le
Grandàpeu près comme des Etoiles,
on en voit bien l'éclat , on n'en
fçauroit compter le nombre ; plus on
les examine,plus ellesse multiplient,
onpeut bien les admirer& les
dépeindre , mais on ne sçauroit én
approcher. Trop de glorieuses circonstances
GALANT.
73
constances accompagnentses deffeins ;
fortifient ses entrepriſes , pour
- qu'il fust poßible à d'autres mortels
de monter au sommet de la gloire ,
où le Ciel l'a élevé. Le defir qu'ils en
ont est tout ce qu'ils en peuvent
avoir , &la puissance d'estregrand
parde merveilleuses qualitez, eft
le partage du Monarque des Lis.
C'eſt luy qui ſçait unir ensemble la
Victoire la tranquillité , &qui
trouvantsa felicité dans toutes les
vertus , accorde Bellone & Themis
ne s'amuse à vaincre ceux dont
la témeritél'oblige à combattre ,que
Lors que l'équité l'engage àpréferer
le Laurier à l'Olive ,&à goûter le
triomphe de la victoire en attendant
les douceurs de laPaix.Quelprodige
pourles temeraires esperances de nos
Ennemis quelefuccés beureux de nos
armes ! Leur étonnement doit égaler
leurdouleur, comme ilsſeflattene
Juillet 1694.
C
74
MERCVRE
Sans raiſon , leur surprise außi bien
que leur deſeſpoir les préparent a de
plusgrands malheurs en lesjortifiant
dans l'obstination qui lesy précipite.
Le murmure enfin confus de
leurs plaintes &de leurs defirspeut
moins les corriger que les feduire,
la voix tumultueuse de cegrand
nombre de Liguez contre les interests
de la France, n'augmente ny leurs
forces, ny leur bonheur , & ne fait
que redoubler ja puissance
gloire. Onse peat-il trouver main.
tenant des François affez timides
pour s'effrayer des perils de Mars,
àqui lapoudre lefeu puffent
inspirer de laches mouvemens de
craintes affermis par tant deVictoirès
? Ils ne sçauroient plus douter de
Laprotection de Dieu , ny apprehen.
der que les armes journalieres , ne
leur préparent ce qu'ils font éprou.
ver.Trop de marques de la benediction
sa
2
<
GALANT.
75
du Ciel par la conſtance d'uneprofperité
guerriere leur affurent des
Combats glorieux & des Victoires
futures. La durée d'une querre qui
nous exalte fans nous affoiblir , l'onverture
de la Campagne quisefait
par une Victoire qui ne coute que la
peine de l'aller chercher , & la facilité
que tous les Elemens nous of.
frent pour vaincre , ne laiſſent plus
dans le coeur de nos Citoyens ces re
ftes de foiblesse que le courage im
mole à la vertu . On ne voit plus
qu'un Zele uniforme qui anime , &
Sans la moderation qui nous retient,
on ne nous empêcherois point cesfutures
conquestes qui nous appellent.
C'eſt icy où la valeur des François
faithonte à l'antiquité . Ilne faut
qu'un courage témerare pour enfla
mer les coeurs , lors qu'une grande
occaſion les anime , mais pourfoutenir
les diverſes attaques d'une en
C 2
26
MERCURE
nuyeuse guerre , dont la durée laffe
beaucoup plus que les rigueurs, qui
l'accompagnent , pour conferver
toujours le mêmefeu dans les differentes
occafions qui se preſentent , il
faut des courages intrepides ; car les
armes neserepolent que pourſeprepareràun
exercice d'autant plus violent
, qu'elles ne ſuſpendent leurs
mouvemens quepour augmenter ceux
dont elles doivent tirer leur origine.
C'est à ces occaſions où l'on reconnoît
laveritable valeur, cette valeur, qui
fansfe rebuterpar le temps nyparla
peine ,montre qu'elle (çait toujours
vaincre lors qu'il est juste de combattre
, c'est ce qu'on a veu parmy
nous. On n'a point entendu defou.
baits imprudens pour des batailles ,
tout est demeure tranquillejusqu'au
moment que nos Chefs inftruits de la
Giustion des lieux , de l'estat des
Troupes , ont ordonné ce qu'ils ont
GALANT.
77
jugé à propos de faire ; alors de
ce calme profond où tout le Camp
fembloit estre , il s'est élevé un bruit
que le mouvement afait naiſtre , qui
s'augmentant par l'obéiffance , n'a
eſté que lorsque la Victoire nous a
obligez de prendre durepos. On a été
moins fatigué , qu'animé par lafatigue
des Ennemis &la Victoire ,
Sans bornerle courage , nous a laissé
retourner moins las , que glorieux.
C'est ainsi que la France en use.
Peuple ennemy de sa gloire , vous
venez encore déprouver comme elle
commencesa course. Defitristespréludes
vous doivent faire apprehender
qu'elle nefiniffe voſtrefort avec cette
Campagne, &fiLoüisle Grandn'a
pas épuiséfes bontezparson attente,
que vostre intereſt vous oblige àforcersaclémence
par un prompt retour
à vous accorder une paix dont vous
Avezbesoin. Ilatant degloire ,mê.
C3
78 MERCURE
me dansson repos , qu'il nesçauroit
refuſer les douceurs d'une tranquillite
qu'il cherit luy-même au milieu de
ſes Victoires;maisfi la grandeur de
jes bontezn'est pas un attrait affez
puissant pour vous faire aimer la
Paix , que la crainte des malheurs
qui vous menacent , vous oblige àles
éviter, Vous n'avezrien veu que de
grand dans celuy que vous attaquez,
vos entrepriſes ont toujours esté fans
Juccez,& vous ne devez rien efperer
que de funefte fi vous attendez
que le Ciel ceffe de protegerce Prince,
qui ne ceffe point de luy obeïr ,
qui combat moins pour conferver
fes droits quefes vertus โร
Voicy l'explication du Plan
de Palamos , que j'ay oublié de
vous donner lors que je vous ay
parle de ce Plans
1. La Paroiffe.
2.Le Marché.
GALANT.
79
1
1
2
3. Maiſon du Gouverneur.
4. Maiſon du Major.
5. Porte de la Mer.
6. Porte du Mole.
7. Le Mole.
8. Moulin à vent .
9. Batteries .
10. Fontaines.
11. Le Fer àcheval.
12. Le Reduit.
13. Magazin à Poudre.
14. L'Hoſpital.
Is. La Fontaine.
16. Porte de terre.
17.
Bréche à reparer de Fafci-
18. La Citadelle.ste
19. Les Auguſtins.
20. Batteries qui dominent la
Place à deux cens quarante
toiſes.H.৪১১২
21. Terrain tout de roc entre la
Ville & la Citadelle.b
C4
80 MERCURE
22. Hauteur au-delà des Travaux.
L'abondance de la matiere
m'empêcha le mois paſſe de vous
parler de la mort de pluſieurs
perſonnes d'im rang diftingué.
M. le Ducde Sully dontle nom
eſtoit Maximilien-Pierre- François
de Bethune , mourut dans
fa maiſon de Sully , âgé de cinquante-
quatre- ans. Il eſtoit Pair
de France , Chevalier des Ordres
du Roy , & Fils de Maximilien
François de Bethune ,
Duc de Sully Pair de France ,
Prince d'Enrichemont , & de
Charlote Seguier , Fille de Pierre
Duc de Villemor , Pair &
Chancelierde France , qui étant
demeurée Veuve en 1661.épouſa
en 1668. Henry legitimé de
France, Duc de Verneüil ; Fils
du Roy Henry 1 V. Ayeul de
GALANT.
Sa Majesté , Mr le Ducde Sully
qui vientde mourir , eſtoit Frere
de Madame la Ducheſſe du
Lude , auparavant Comteſſe de
Guiche. Il avoit pris alliance en
1658. avec Marie-Antoinette
Servient , Fille d'Abel , Marquis
deSablé , Sur- Intendant des Finances,&
il en a eu entre autres
Enfans M..le Prince d'Enrichemontqui
épouſa Mademoiselle
de Coiflin il y a quelques années.
La Maiſon de Bethune eſt
fi connuë ,&je vous en ay parlé
tant de fois , qu'il me feroit inutile
de rien ajouſter à ce que je
vous en ay déja dit. M. le Duc
de Sully ,eſtant Gouverneur du
Vexin François , M. le Noir
en qualité de Maire de la Ville
de Mante , fit faire le 6. de ce
moisunService folemnel , pour
lerepos de ſon ame , dans l'E
C
১১
82 MERCURE
gliſe Royale & Collegiale de ce
lieu. Meſſieurs du Prefidial , &
toutes les autres Compagniesty
aſſiſterent en corps , ainſi que les
Echevins & Arquebufiers dela
Ville. Toute l'Egliſe eſtoit tenduëde
drop noir , avec des Armoiries
de diſtance en diſtance,
& on avoit elevé un ſuperbe
Mauzolée au milieu du Choeur ,
éclairé d'un tres grand nombre
de Cierges. La Muſique qu'on
entendit à la Melle répondit
parfaitement aux magnifiques
preparatifs que l'on avou faits.
Meffire François de Pas-Feuquieres
Comte de Rebenac ,
Lieutenant General pour le Roy
au Gouvernement de la haute &
baffe Navarre , Bearn , Province
deToul, & Senéchal de Bearn ,
mourut icy le 22. du mois paffé
en ſa quarante- cinquième année .
GALANT. 83
-

a
1
1
1
$
-
1
Il avoit été Ambaſſadeur Extraordinaire
en Eſpagne & en Piedmont
, & Envoyé Extraordinai.
re en pluſieurs Cours de l'Europe
, où il s'eſtoit acquité de ces
grands emplois avec beaucoup
de fatisfaction de Sa Majesté ,
qui pour reconnoiſtre ſes ſervices
, a donné permiffion à une
de ſes Filles de vendre la Lieutenance
de Roy dont il joüifſoir,
afin d'aider à la marier . Il portoit
le nom de Rebenac , à cauſe
de M.de Rebenac fon Beaupere ,
qui l'avoit choiſy pour luy faire
épouſer ſa Fille avec de grands
biens , à condition qu'il pren
droit fon nom.an
-
Le mefme jour 22. Dame
Marguerite de Joyeuse , Femme
de Meſſire Armand de Joyeuſe,
Chevalier des Ordres du Roy ,
& Maréchal de France , mourut
C6
84 MERCVRE
auſſi à Paris aprés une longue
maladie , pendant laquelle elle
avoit donnéde grandes marques
de conſtance & de refignation.
Elle estoit de la Branche des
Seigneurs de Verpel Cadette de
celle de M. le Maréchal de Joyeuſe
ſon Mary , dont elle estoit
Coufine au quatriéme degré
Cette Maiſon , illuftre dans tous
les temps , a eſté honorée de
deuxalliances directes de la mais
fon de Bourbon , & a produit un
Cardinal , pluſieurs Ducs &
Pairs , trois Maréchauxde France,
un Amiral , quatre ou cinq
Chevaliers du Saint Efprit , &
des Gouverneurs de Normandie
& de Languedoc..
On a encore perdu dans le
même mois , M. l'Abbé de Chavigni
, qui par la vie exemplaire
qual menoit , & quil'avoit enGALANT.
85
S
ב
tierement détaché du monde ,
s'eſtoit acquis une eſtime gene.
rale. Il eſtoit Fils poſthume de
M. de Chavigni, Secretaire d'Etat,
morten 1653.& Grand Vi
caire de M. l'Evêque de Troye,
fon Frere .
M. Froiſſar de Broiſſia , Abbé
de Charlieu , Prieur de Layal ,
Chanoine & Grand Chantre de
l'Eglife Metropolitaine de Befançon
,& Camerier de N.S. P..
le Pape , eſt mort environ dans
le meſme temps. Toute cette
Ville fait une perte fort confiderable
, & l'on peut dire mê
me , toute la Province , puis
qu'il eſtoit le Pere des Pauvres,
& qu'il faifoit élever un grand
nombre de jeunes gens dans l'Etude&
dans la vertu. Il en avoit
formé une Communauté , à la
quelle il a laiſſé tous ſes biens..
86 MERCURE
Il eſtoit d'une Famille illuſtre
&dans laquelle la pieté eſt hereditaire.
Il laiſſe deux Freres ,.
dont l'Aîné eſt Maistre des Requeſtes
au Parlement de Beſançon,&
l'autre eſt M. le Marquis
de Broiffia , Major du Regiment
de Saint Maurice.
J'ay encore à vous apprendre
lamort de Madame Maréchal ,
Veuve de M. Maréchal , vivant
Premierde la Chambre des Comptes
du Comté de Bourgogne ,
dont je vous ay parlé autrefois
àl'occaſion de M. l'Abbé Marechalde
Mortau , Grand Archidiacre
de Beſançon.. Madame
Maréchal eſtoit Sooeur de M.Philippe
, Prefident à Mortier au
Parlementde Besançon, & d'une
Famille qui a toujours eſté particulierement
dévoüée à l'Estat.
Elle estoit d'ailleurs d'une pieté
GALANT 87
-
exemplaire , & d'une tres-grande
vertu .
M. Roffignol , Preſident des
Comptes , fort eſtimé dans ſa
Chambre , & Fils de M. Roffignol
, qui par le moyen de fes
merveilleux talens à ſouvent
rendu d'importans fervices àl'Etat
, a épousé Mademoiselle de
Pomereu , Fille de M. de Pomereu
, Conſeiller d'Estat ordinai
re , & cy devant Prevoſt des
Marchands. Il a un Fils Intene
dant à Alençon , & fa Fille aînée
a épousé M. le Févre Deau
bonne.
Voicy des Vers de Mademoifelle
de Scudery , furla Victoire
remportée parM.le maréchalde
Noailles , & fur les Vaiſſeaux
brûlez par M. de Chaſteaure88
MERCURE
J
MADRIGAL.
Evous l'avois bien dit , Ennemis
demonRoy,
LeCiel combat pour luy , tout reconnoistsa
loy,
Etfur la Mer fur la Terre,
Malgré les vains efforts de lafiere
Angleterre,
Et de tous les Auteurs de cette in
jufte guerre.
Vous pourriezle flechir en deman
dant la Paix
Mais les armes en main vous ne
vaincrez jamais ,
Et L'on verra toujours la charmante
Victoire
Le suivre constamment au Temple
de lagloire.
- Ce Madrigal a donné lieu à
cet autre de M. Boſquillon , de
L'Academic Royale de Soiſſons.
E
GALANT. 89
L
OVIS triomphe encor
mer sur terre ,
fur
.. MilleEnnemis liguezpourluyfaive
:
laguerre.
De fes Faits immortels n'arrestent
point le cours :
Que peut ilmanquer àsagloire?
Seul il a des faveurs de la fiere
Victoire,
Et la main de Sapho le couronne
toujours.
Les Vers qui ſuivent ſur cette
meſme Victoire , ſont de Mademoiſelle
Itie , qui fit il y a deux
ans cette celebre Chanfon , qui
a eſté chantée dans toute l'Europe
, & où il y avoit pour refrein
à chaque couplet , Tout le
longde la Riviere. Ce fut lors que
le Prince d'Orange avec cent
mille hommes regarda prendre
५०
MERCVRE
Namur, couvert de la Mehagne,
qu'il feignoit toujours de vouloir
paffer , & que pourtant il
ne paſſa point.
IEs deſſfeins de Ložis font fecondez
des Creux ,
Il vient de remporter une grande
victoire,
Et malgrésesfiers envieux
Il est toujours couvert degloire.
Ils ont beauje liguer pour rompre
Sesprojets,
Par mille inventions effrayer fes
Sujets.
C'est envain, rien ne peut ébranler
Jon courage.
e
On levoit constamment marcher d'un
pas égal.
Et ce que contre luy peut inventer
leur rage ,
Pour euxseuls est toujoursfatal.
GALANT.
१०
SUR LA VICTOIRE
de M. le Maréchal
de Noailles .
VNHeros n'estHeros parfait
Que lors que tous fes pasfont
conduits parsa teste ,
Etque de conqueste en conqueste ,
La ſageſſe en tous lieux répond de
ce qu'il fait.
Ce n'est pas tout , ilfaut dans cette
,
Où tous ſes Ennemis demeurent abatus
,
Que l'aspect du Herosfoit la terreur
du Vice ,
Et que son grand nom ne s'uniſſfe
Qu'au nom des plus grandes vertus.
Dans ses travaux , dans ses Batailles
,
Dans tousſesſuccés innoüis ,
92 MERCURE
Tel est toujours le grand Louis,
Et tel est aujour'dbuyNoailles.
Q
A LA FRANCE.
Velle rapidité dans toutes vos
conquestes!
Quel excés de valeur dans tousvos
Generaux!
France ,que vous avez d'habiles
Maréchaux ?
Ilsemble que Louis aft toujours à
leurs teftes.
Je vous envoye encore deux
Sonnets fur les Boutrimez de
l'Academie des Lanterniſtes. Le
premier eſt de M. David , de
Bordeaux , & l'autre de M. Hir
suge , d'Orleans.
GALANT. 93
SONNET.
)
C'estau famewe * Rigandà mon
trer dans un Buſte,
Que Louis ne craint pas les plus
affreux glaçons,
Qu'il triomphe en bivercomme au
temps des moiffons ,
En le representant vaillant , fort
robuſte,
Les traits les couleurs de cePor
trait auguſte , 1
Seront pour l'avenir de sçavantes
leçons .
e Les exploits des Cefars nefont que
des
τ
chanfons ,
Sous unRoy reconnu fifort figrand,
how , juſte
* M.Rigaud , Peintre fort eftimé, a
fait depuis peu le Portrait du Roy.

94
MERCURE
Ason aspect on voit l'Ennemi de
Γ orgueil.
accueil,
Son port majestueux ,fon favorable
Opposent à l'envie une puiffante
digue.
C'est ainsi que le cielpar de charmans
refforts ,
Toujours en ſa faveur liberal
prodigue ,
L'a rendu le ſujet de nos plus doux
accords.
AUTRE.
O
Ve l'on place en tous lieux du
Buſte,
Que la Zone torride , & celle des
I
grand Loüis le
glaçons.
jours de
i
moiſſons,
Scachent que tous ses jours font des
ا ل ض ف
GALANT.
95
On ses fiers Ennemis sentent fon
bras robuſte.
<
**
Que l'Univers inftruit par ce Monarque
auguſte,
fes
En guerre comme en paix propose
leçons ,
Et marque à l'avenir dans cent
doctes chanfons,
Que paisible ou vainqueur on le
N
reconnoist juſte.
e
A *L'amour eſt une paffion violente
qui n'écoute point les conſeils
de la raiſon , mais quelque
rapide que ſoit ce torrent , il
n'eſt pas toujours impoſſible de
l'arreſter , pourvû que l'on s'y
conduiſe avec prudence . L'avanture
que je vais vous raconter
vous en ſervira de preuve. Un
Cavalier des plus accomplis, ſoit
- pour ſon eſprit , ſoit pour ſa per-
S
96
MERCVRE
fonne , aprés pluſieurs années
paffées agreablement dans le
commerce des Dames , ſans aucun
attachement qui euſt eſté
remarquable , donna enfin tous
ſes ſoins àunejeune Demoiselle
qui les meritoitde toutes manieres.
Elle estoit belle ,fort riche,
&d'une naiſſance aſſez diſtinguée
, mais ce qui faisoit ſon
principal caractere , elle avoit
l'eſprit bien fait, & une douceur
charmante , qui luy attiroit l'eftime
de tous ceux qui la voioient.
Avec un merite ſi eſſentiel,vous
jugez bien qu'elle ne pouvoir
manquer d'Amans. Ainſi il s'agiffoit
pour le Cavalier de luy
plaire affez pour l'emporter fur
tous ſes Rivaux . Il n'oublia rien
de ce qui pouvoit perfuader à la
Belle qu'il la rendroit maiſtreſſe
abſoluë de toutes ſes volontez
&il le fit fi heureuſement , que
GALANT.
.97
a
a
ſes affiduitez , & les témoignages
continuels qu'il luy donnoit
de l'amour le plus foumis & le
- plus fincere , luy acquirent dans
fon coeur le rang glorieux qu'il
cherchoit à y tenir. Il eut pourtant
à combattre l'obſtacle facheux
de quelques Parens , qui
propoſoient pour la Belle divers
- partis , dont elle euſt pû tirer
■ des avantages plus grands du
coſté de la fortune ; mais rien ne
le rebuta, & continuanttoujours
à aimer avec une ardeur qui ne
ſe démentoit point , ſa perſeve-
■ rance lui fit enfin obtenir le confentement
qu'on luy avoit longtemps
refuſe . Le mariage ſe fit,
& il fut ſuivide tout lebonheur
que peur cauſer l'union la plus
parfaite. Latendrefle de laBel-
■ le , & fa complaiſance à s'accommoder
entierement à l'humeur
Juillet 1694.
D
98
MERCVRE
du Cavalier,le rendirent attentif
à faire de ſon côté tout ce qu'il
croyoit luy devoir eſtre agreable
, & il ſembloit qu'ils combatiffent
enſemble à qui pourtost
ſedonnerde plus fortes marques
de l'échange mutuel qui s'eſtoit
fait de leurs coeurs . Un estat fi
doux meritoitd'eſtre envié. Cependant
, comme avec le temps
on s'accoutume au bonheur , &
que l'habituded'en joüir le rend
moins ſenſible , le Cavalier commença
à prendre gouft à la converſation
d'une affez jolie perfonne
qui avoit pour luy un
charme particulier.C'étoit celuy
de la voix,qu'elle accompagnoit
admirablement du Tuorbe. Le
hazard feul lui en aïant donné la
connoiffance , il luy rendit quelques
vifites d'abordd'une maniere
qui ne marquoit rien par delà
DE
DELA VILLE
HEQUE LE
f
S
S
d
1-
1
۲۰
20
ll
Le
la
ele
GALANT .
د l'amusement,maisàforcedela
voir & de l'entendre chanter, il
ſentit ſon coeur touché pour elle ,
& fans fonger à quoy cet engagement
le meneroit , il ne ſe put
empêcher de luy parler une langue
qui luy fit connoiſtre ce
qu'elle pouvoit fur luy . La Demoiſelle
ne fut point fâchée d'avoir
fait cette conqueſte , & s'atacha
d'autant plus à ſe l'aſſurer,
que ſa Mere qui avoit fort peu
de bien , & qui regloit ſa conduite
,luy fit comprendre que le
Cavalier eſtant fort riche , elles
en pourroient tirer d'utiles ſecours,
fi elle venoit à boutde s'en
faire aimer veritablement . Le
Cavalier enflammé par les complaiſances
qu'on avoit pour luy ,
s'abandonna ſans reflexion à fa
paffion naiſſante, & comme il eſt
impoſſible de ne pas rêver quand
D 2
100 MERCVRE
on a quelque choſe dans le coeur,
ſa Femme qui trouva quelque
changement dans ſes manieres,
ſe plaignit à luy du relâchement
de fon amour. Il lui proteſta qu'il
avoit toujours pour elle & le même
coeur , & les mêmes ſentimens.
Ce fut affez pour luy remettre
l'eſprit dansſa premiere
tranquillité , & elle ne la perdit
que quand la nouvelle paffion
du Cavalier eut fait affez de bruit
dans le monde , pour ne lui plus
laiffer ignorer qu'il avoit une
Maiſtreſſe. Le coup luy fut tresſenſible,
mais comme il eſt dangereux
d'aigrir unMari en s'opofantavectrop
d'empire, & d'une
maniere trop impetueuſe à des
fentimens qui flatent le coeur,elle
lui parlade l'injuſtice de ceux
qui condamnoient ſa conduite,
comme si elle eûteſté veritableGALANT.
ΙΟΙ
/
ment perfuadée que toutes les
viſites qu'il rendoit eſtoient innocentes
, & qu'elles n'avoient
pour veuë que leplaifir d'entendre
une belle voix. Le Cavalier
ravi de la voir fans jaloufie , luy
avoua qu'il ne croyoit pas qu'on
luy dût défendre d'aller quelquefois
chez une perſonne qui
avoit beaucoup de talens pour
la Muſique , qu'il avoit toûjours
aimée paffionnement , & qu'ily
avoit ſi peu de miſtere dans l'atachement
qu'on ſembloitlui reprocher
, qu'il n'auroit point de
-peine à le rompre , fi elle vonloit
l'exiger de luy. La Dame
lui répondit , que ne cherchant
qu'à le voir heureux,elle n'avoit
rien à luy preſcrire ; qu'elle le
croyoit trop raiſonnable pour
vouloir permettre qu'on luidé.
robat ſon coeur,& qu'il connoif
D 3
102 MERCVRE
foit mieux que perſonne ce que
fa tendreſſe meritoit de lui.Certe
matiere ne fut pas pouffée
plus loin. La Dame ſe contenta
de s'eſtre miſe en droit de parler
, & employa pendant quelque-
temps les manieres les plus
tendres & les plus douces pour
ramener ſon Mary à elle ; mais
ayant connu que ſon engagement
augmentoit , & que fes vifites
chez la Demoiselle etoient
plus frequentes & plus longues,
elle crut luy devoir ouvrir ſon
coeur d'une maniere un peu fe--
rieufe. Elle l'affura que fon interêt
ne l'obligeoit à aucune plainze
,&que fi tout le monde vouloit
juger de ſes fentimensaufli
favorablement qu'elle faiſoit, elleverroit
ſans en murmurer,qu'il
ſe fuſt fait un amusement , qui
luy faifoit paffer agreablement
GALANT.
103
quelques heures inutiles , mais
elle le pria au même temps de
confiderer l'injure qu'on lui faifoit
lors qu'on l'accuſoit d'un
engagement injuſte, & qu'il devoit
pour luy-méme ceſſer de
donner occafionà des bruits qui
ne luy pouvoient eſtre que defavantageux
, Quoyque cette remontrance
fût auffi juſte qu'honnête,
le Cavalier s'en ſentit blefſe,&
la ſouffrant impatiemment,
il interrompit la Dame pour luy
dire qu'il n'avoit qu'elle ſeulea
fatisfaire, ſans qu'il dûts'inquie.
ter de ceux qui condamnoient
fa conduite & qu'il croyoit
qu'elle avoit tout lieu de s'en
loüer , puis qu'il ne la consraignoit
en aucunes choſes ,& qu'il
l'aimoit toujours avec une tresgrande
tendreſſe, dont ilne pouvoit
luy donner de meilleures

D 4
104
MERCURE
4
marques qu'en la laiſſant en poud
voir de faire telle dépenſe qu'elle
ſouhaitoit , comme il le trourvoit
fort juſte , ayant eu beaucoup
de bien d'elle en l'époufant.
Cela fut dit un peu aigrement,
& la Dame qui étoit fort
douce , comprit qu'il luy feroit
inutile de combattre alors plus
fortement une paffion qu'elle
voyoit dans ſa violence. Ainfi
elle refolut de fermer les yeux
furl'aveuglement où il étoit , &
de tâcher de rappeller toute ſa
tendreſſe par un redoublement
de marques d'amour &de complaifance.
Dans ce deffein , elle
Içut fi bien ſe moderer , qu'il ne
luy échapa aucune choſe qui dó -
nâtla moindre marque de ce que
les égaremens del ſon Mary luy
faifoient fouffrir . Elle l'excuſoit
quandſesAmies vouloient qu'elGALANT,
1ος
-
e
X
1
2
-
a
te ſe plaigniſt,& trouvoit qu'on
avoit tort de blamer le choix
qu'on avoit fait d'une Amie. Un
procedé fi touchant troubloit le
bonheur du Cavalier , qui fe reprochant
ſon injustice ; ne jouiffoit
pas tranquillement de l'entiere
liberté qu'elle luy laiſſoit
de voir la perſonne qui avoit
touché ſon coeur. La jalouſie lui
ôta bien tôt aprés le peu de repos
qu'il eſſayoit de ſe conſerver.
Lors qu'il avoit commencé à
rendre des foins à laDemoiselle ,
il l'avoit trouvée preſque ſans
meubles , & tout d'un coup illui
vit une affez belle tapifferie , &
tout ce qui pouvoit fervir à ren .
dre propre un appartement. It
demanda d'où cela venoit , & la
Demoiselle répondit , qu'un inconnu
avoit fait donner le toutà
-fa Mere , & qu'il y avoit beau
DW
1
106 MERCURE
coup d'apparence que c'étoit un
preſent qu'il avoit voulu lui faire
d'une maniere galante. Le chagrin
qu'il lui marqua à l'une & à
P'autre , leur fit bien connoiſtre
qu'il n'avoit aucune part à cette
galanterie; & fur ce qu'il prit
ſon ſerieux, la Mere luy dit que
laperſonne qui avoit envoyé ces
meubles,les avoit fait laiſſfer fans
rien dire;que dans l'embarras de
leurs affaires, ſa Fille ne ſe trouvoit
point en estat de refuſer
ces fortesde choſes ,àmoins qu'il
ne vouluſt luy donner moyen
de s'en paſſer , ce qu'il pouvoit
faire dans les grands biens qu'il
avoit, ſans s'incommoder en aucune
forte Cette declarationluy
ferma la bouche.On fit de nouveaux
prefens , & ce fut encore
un nouveau fujet de jalousie, Le
même Inconnu conduiſu la cho
GALANT. 107

e
a
2.
te
11
e
es
He
et
ſe avec la Mere , qui n'en put
avoir d'autres éclairciſſemens , finon
qu'il avoit un ordre exprés
de ſe taire , & que le temps luy
découvriroit ce qu'elle vouloie
ſçavoir. Cette réponſe luydonna
ſujet de croire qu'un Amant
caché vouloit gagner le coeur
de ſa Fille par ces liberalitez
avant qu'il ſe déclaraſt ouvertement
,& la Demoiselle qui
croyoit la meſme choſe , s'ap .
plaudiſſoit en fecret de ce pré-
| rendu triomphe. Il arriva une
choſe qui les confirma dans cette
penſée . LeCavalier les ayant
menné , peu de temps aprés à
une maiſon des environs de Paris
, qu'elles l'avoient prié de
leur faire voir , à leur retour de
la promenade qu'elle firent dans
les Jardins, elles trouverent dans
un Salon magnifique , une tres
D 6
108 MERCVRE
belle collation ſervie d'une maniere
fort propre. Elles ne douterent
point qu'elles ne ladûfſent
auxordres du Cavalier,mais
le chagrin qui l'empêcha de
manger leur ayant fait voir
qu'elles ſe trompoient , on demanda
à celuy qui avoir le foin
de cette maiſon , d'où pouvoit
venir la feſte , & l'on devina par
ſa réponſe qu'elle avoit eſté or->
donnée par celuy meſme qui
avoit fait les prefens. Le Cavalier
fit de longues plaintes à la
Demoiselle de l'infulte qu'elle
fouffroit qu'on luy fift , & me--
naça de rompre avec elle ,fi on
luy faifoit plus long temps mif
tere d'une intrigue qu'il voyoit
bien qu'on ſe plaiſoit à entretenir.
Elle kıy jura cent fois qu'elle
n'en ſçavoit que ce qu'il ſcavoit
luy même , eſtant auffi furpriſe
GALANT. 109
que luy de tout ce qu'elle voyoit..
Comme il jugea bien qu'il ne
feroit pas poſſible de ſe déguiſer
toujours , il reſiſta à la jalouſie
dont il eſtoit tourmenté , & obſerva
avee foin juſqu'aux moindres
choses qui pouvoient contribuer
à luy faire découvrirde
Rival qui fe cachoit. Ses inquietudes
furent violentes , & il les
ſentit augmenter beaucoup un
foir , qu'ayant foupé chez la Demoifelle
,un concert de Violons
&de Hautbois vint la divertir
fous ſes feneftres. Le concert fut
accompagné d'un air qu'on
chanta fort rempli de paffion ,
ce qui mitle Cavalier dans un
nouveau trouble , qui le fit fortir
tout en colere , & proteftant
qu'il ſe gueriroit de fa paffion,
La Demoifelle , aprés avoir tâ
ché inutilement de l'appaiſer ,
DIO MERCVRE
craignit d'autant moins fon
changement , qu'elle estoit perfuadée
que l'Amant qui ne ſe
declaroit point , ne cherchoit
qu'à l'éloigner , afin de prendre
fa place. Cependant le Cavalier,
qui avoit l'eſprit entierement
occupé de ſon avanture , fut extremement
ſurpris lors qu'il receutun
billet , par lequel une
femme luy faiſoit ſçavoir , que
-tout ce qu'il imputoit à un Rival
, avoit eſté fait pour luysque
l'on avoit fait meubler exprés
un appartement , afin qu'il euſt
le plaifir de ſe voir dans un lieu
propre ; que la feſte dont il s'étoit
plaint n'avoit nul rapport à
la Demoiselle , & que la chanfon
qui l'avoit rendu jaloux, luy
marquoit les fentimens qu'une
Dame avoit pour luy; que cette
Dame meritoit peut eſtre bien
GALANT
fon entier attachement , qui ne
feroit jamais, tort à ce qu'il devoit
d'ailleurs par une obligation
indiſpenſable , & qu'il ne
devoit point pretendre qu'elle
ſe reſoluſt à ſe declarer,tant qu'o
le verroit dans l'engagement
qu'il avoit pris. Le Cavalier
ayant releu pluſieurs fois la Lettre,
fit cent queſtions àceluyqui
en eſtoit le porteur, &n'en ayat
pûtirer autre choſe,ſinon qu'on
attendoit faréponſe, il ſe ſentit
entraîné par un mouvement ſecret
à fuivre cette avanture. Il
promit pour premiere marque
dereconnoiffance,de n'aller plus
que de temps en temps chez la
Demoiselle , & feulement pour
joüir du plaifir de voir ſes eſperances
trompées , lors que les
foins qu'elle croyoit luy eſtre
zendus par un Amant inconnu ,
112 MERCURE
cefſferoient entierement.La correſpondance
ſe forma par Lettres
d'une maniere tres-vive. Il
y avoit un tour d'eſprit délicat
dans toutes celles que l'on apportoit
au Cavalier , & comme
lon luy declaroit qu'on n'aſparoit
avec luy qu'à une liaiſon étroite
de coeur , qui n'auroit jamais de
ſuite qu'on puſt condamner, on
ne faifoit point difficulté de
l'aſſeurer d'une tendreſſe éternelle
,& de s'expliquer fur cette
affeurance dans les termes
les plus forts; mais la Dame
sobſtinoit à demeurer inviſib'e
, & il ſembloit huy fuffire
qu'elle luy appriſt qu'il eſtoit
aimé. Elle luy demandoit quelquefois
fi la Demoiselle rece.
voit encore des foins de fon
Amant inconnu . Il en parloit
luy-même à la Demoiselle , qui
GALANT.
113
:
1
tantôt lui répondoit qu'elle avoit
renoncé à tout commerce pour
luy ofter tout ſujet de jalousie ,
& qui luy diſoit une autrefois
qu'elle conduiſoit les choſes
avec le miſtere qui luy convenoit;
& qu'il ne tenoit qu'à elle
qu'elles n'éclataſſent. Le Cavalier
qui voyoit de l'artifice dans
cette diverſité de réponſes , &
qui ſe perfuada que les viſites ,
qu'il continuoit à rendre , empeſchoient
la Dame inconnuë
de ſe découvrir , rompit entierement
cette intrigue ,& ne chercha
plus qu'à meriter qu'on le
vouluſt éclaircir ſur ſa nouvelle
conqueſte.Il preſſa pourtant inutilement
pour l'obtenir. LaDameluy
répondit, que quoy qu'elle
fuſt ravie de le voir tiré d'un
engagement qui luy faiſoit honte
, elle ne pouvoit ſe reſoudre
114
MERCURE
1
qu'avec peine à luy déclarer qui
elle eſtoit ; qu'elle ſe croyoit
neanmoins affez bien faite pour
ne pas craindre de bleſſer ſes
yeux ! mais que ne cherchant
que l'union de l'eſprit , des
raiſons particulieres & importantes
pourelle, l'obligeoient
àfe cacher encore quelque- tems.
Le jour de la feſte du Cavalier
étantarrivé pédant qu'elle s'obſtinoit
à le laiſſer dans l'inquie.
tude , il reçut d'elle un bouquer ,
dont la richeſſe égaloit la galanterie&
le bon gouft . Toutes les
choſes qu'elle avoit faite pour
luy , luy donnant lieu de penſer
qu'elles venoient d'une Femme
d'un rang distingué, & qui étoit
en eſtat de faire de ladépenſe , il
forma differentes conjectures ,&
ne ſçachant à laquelle s'arrêter,
il confulta un de ſes amis fur
GALANT. MIS
-
l'embarras où il ſe trouvoit. Il
lui expliqua fon avanture dans
toutes ſes circonstances, lui montra
les Lettres qu'il avoit requës,
& luy nomma pluſieurs Dames
furqui ſes ſoupçons étoienttom .
bez.Son Ami qui étoit ſage,réva
long-temps ſur la choſe; & aprés
luy avoir dit que toutes les femmes
que la paſſion entraîne,n'en
ſont point aſſez maîtreſſes , pour
- ſe poſſeder autant que faifoit cel-
- le qui avoit commencé à luidon
ner des marques de la fienne ,
dans le temps même qu'elle le
voyoit dans un autre attache
ment , fans luy avoir demandé
aucun facrifice pour le prix da
coeur qu'elle vouloit luy donner,
il conclut qu'il falloit neceſſairement
que ce fuſt ſa propre Femme
qui joüaſt ce perſonnage , Il
- lay fit examiner qu'étant d'une
S
,
116 MERCURE
humeur fort douce , pleine de
fagetſe , & l'ayant toujours aimé
fort tendrement malgré l'infide +
lité qu'il luy avoit faite , & dont
elle avoit ceſſé de luy rien dire,
dés qu'elle avoit reconnu que fes
remonftrances l'aigriffoient , il
n'y avoit qu'elle ſeule qui eût pû
eftrecapabled'envoyer des meubles
pour rendre propre un appartement
où ilpaſſoit la plupart
des jours . Le Cavalier trouva les
reflexions de ſon Amy fort juftes.
Il s'en fentit frapé tout à
coup ,& rapellant plufieurs choſes
qui estoient entierement du
caractere de fa Femme dans le
veritable amour qu'elle avoit
pour luy , il ne chercha plus ailleurs
la Dame qui ne vouloit
point fe faire connoiſtre.Dés ce
jour-là même , il alla luy dire
qu'il vouloit luy faire un fort
GALANT.
117
beau prefent , & luy ayant montré
le riche bijou qu'il avoit reçu
le jour de ſa Feſte , il la vit aſſez
décocertée, pour demeurer convaincu
que ce bijou venoit d'elle .
■ Il l'embraffa avec toute la tendreſſe
que meritoit une femme,
qui s'étoit uniquement apliquée
a ne le point perdre de venë
dans ſes égaremens,&aprés qu'il
l'eut afſfeurée cent fois qu'il n'aimeroit
jamais qu'elle , elle demeura
d'accord de l'innocent
artifice dont elle s'eſtoit ſervie
pour amortir ſon injuſte paſſion,
ce qu'elle eſtoit reſoluë de continuer
ſans luy faire aucun reproche
, tant qu'il feroit demeuré
dans le malheureux enteſtement
dont ſa patience l'avoit re
tiré.
1
S
1
a
a
Je laiſſay le 23. du mois dernier,
M. le Maréchal de Lorges
118 >
MERCVRE
fur les bords du Nekre , ayant
tous ſes pontsdreſſez pour faire
paſſer l'Armée dans le Bergſtrat.
Ilavoit fait prendre plufieurs
Redoutes , & quelques
petites Places , par des Troupes
qu'il y avoit envoyées , & qui
occupoient ces poſtes. Ces
Troupes avoient ordre des'eteadre
dans le Pays , afin d'en
ſçavoir l'eſtat , ce General ne
voulantpoint y faire paſſer toute
l'Armée avant que d'avoir
ſceu fi elle pourroit y ſubſiſter.
Il apprit par les Troupes qui
avoient executé ſes ordres , 80
vécu huit jours dans le Berg.
feat , qu'on n'avoit point ſemé
en beaucoup d'endroits , & que
le pays eſtant ruiné , il ſeroit
impoffible que l'Armée n'y ſouffriſt
pas . M. de Lorges ordonna
aux Détachemens qu'il avoit
GALANT. 19
1
!
1
1
יח
e
2
faits poury fourager, d'achever
de confumer ce qui reſtoitde
fourages , & refolut en meſme
temps de faire repaſſer l'Armée
endeça du Rhin. A peine les
Troupes eurent- elle achevé de
faire le degaſt qui leur avoit
eſté ordonné , que ce General
ayant cu avis que les Ennemis
avoient marché , & qu'ils étoient
à deux lieuës & demie.
décampa de Vvibelingen , & fic
monter toute fon Armée àcheval
lejour de la Feſte de S. Jean
fur les neufheures du foir. On
marcha toute la nuit , & tout le
lendemain juſques à trois heures
aprés midy Cependant M.
le Maréchl de Lorge d'etacha
M. de Barbezieres avec ſeize
cens Chevaux pour aller à
Vvaltorff , afin de foutenir un
poſte que nous yavions ,& de
120 MERCVRE
donner des nouvelles de la fi
tuation du Camp des Ennemis .
Sur les neufheures du ſoir, toute
l'Armée marcha . M. de Lorge
à la teſte de la Gendarmerie ,
avec les Officiers Generaux
marquez par l'ordre de Bataille,
menoit la droite , & M. le maréchal
de Joyeuſe la gauche. Les
autres Officiers Generaux étoient
chacun à leur poſte , &
tous marchoient de front , &
en Bataille; ſçavoir la Cavalerie
fur trois colomnes en même
hauteur , avec du Canon , dont
il y avoit dix pieces à chaque
aile . L'Infanterie marchoit fur
quatre colomnes avec le reſte
de l'Artillerie . Le Corps de reſerve
eſtoit commandé par M.
de Romainville, qui eſtoit chargé
des gros & menus Equipages
de l'Armée , qui estoient reſtez
dans
GALANT. 121
dans le Camp. L'Armée ayant
marché dans cet ordre , paſſa
prés Schevvetzinguen & Hockenum
, la Riviere ſur trois
ponts à fix heures du matin.
Enſuite on fit alte dans la plaine
, pour donner le temps aux
Troupes de ſuivre , & de ſe
joindre. M. de Lorge envoya
ordre à M. de Romainville de
conduire les Bagages aux Capucins
en de ça de Phil ſbourg ,
&détacha M.de Saint Fremont ,
MaréchaldeCamp dejour,avec
les Brigades ordinaires, pour aller
marquer le Camp prés de
VViſlock,voulant par cette proximité
donner occafion à M.de
Bade de ſe battre , s'il en avoit
quelque envie. M.de Barbezieres,
qui avoit eſté détaché, comme
je vous l'ay déja marqué, fit
Içavoir à M. de Lorge que les
Juillet 1694. E
122 MERCURE
Ennemis estoient campez derriere
Viſlock, ayant leur droite
àune petite demi -lieuë de cette
Ville-là, leur gauche à Santzen ,
&dans le fond à la teſte de leur
droite , un bon ruſſeau . Le
Camp eſtant marqué , on
marcha pour s'y rendre. On apperçut
en arrivant quatre cens
Chevaux des Ennemis , qui fouragcoient
dans la plaine ſous
VViſlock,ſoutenus par cent cinquante
Huffars, commandez par
le Comte de Mercy , Officier
general,& Fils du General Mer.
cy. Quand les Ennemis virent
arriver les Troupes de M. de S.
Fremont, ils firent réforcer leurs
gens de quelques Huffars , & de
quatre cens Chevaux. On a ſçu
depuis que le Prince de Bade , &
des,Officiers generaux vinrent
ſe promener vers VVillock ,
GALANT.
123
pour examiner nôtre contenance.
Les Huſſars en approchant
effrayerent quelques Valets, qui
conduifoient les Equipages , &
qui appellerent la Cavalerie à
leur fecours. M. le Maréchal de
Joyeuſe,qui pour lors avoit joint
M.le Maréchal de Lorges , ayant
entendu ce bruit , pritdes Eſcadrons
de la droite de la ſeconde
ligne,& pouffa du coſté du bruit .
M. de Lorges en fit fuivre jufques
à huit, fit faire alte au reſte
qu'il refervoit pour quelque
choſe de mieux , & marcha luymême
par la gauche entre VValtroff
& Roo , droit à la plaine de
Viſlock , avec les Brigades de
Mongommery , & de Caieux . Il
trouva que M. le Marquis de
Villars s'eſtoit rendu maiſtre des
défilez , & en avoit chaffé les
Huffars . Il y avoit un pont de ce
E 2
124
MERCURE
côté. la bordé de hayes , où les
Ennemis avoient quatre troupes
de Cavalerie,une de Dragons &
une de Huſſars. M. de Villars
futcommandé avec de la Cavalerie
, & unetroupe de Gendarmerie
, & l'on fit grand feu de
part & d'autre. On attendoit
L'arrivée des Dragons. Aufſi toft
qu'ils furent arrivez , on en fit
marcher deux Efcadrons , commandez
par M. le Comte d'Auvergne
, foutenus de quelques
autres troupes , qui acheverent
dechaffer I Infanterie des inne .
mis , qui s'eſtoit coulée dans les
hayes. Pendant cetteexpedition ,
les Ennemis étoient à cheval ſur
la hauteur tout ce qui s'en trouva
dans cet endroit fut entierement
défait. Il y en eut environ
cing cens de tuez , & quarante
prifonniers,& le Comte deMer
GALANT . 125
cy fut bleſſé avec quelques Officiers.
Oo prit quelques étendarts
&pluſieurs chevaux. Un Officier
priſonnier rapporta que le Prince
de Bade eſtoit tres- proche de
lui quand il fut pris.Nous avons
perdu en cette occafion M. le
Comte d'Averne , Colonel de
Dragons , qui reçut un coup at
milieu de l'eſtomach , qui traverſoit
de part en part . M. de la
Tuilliere,Capitaine deDragons
de la Mestre de Camp , M. de S.
Gravé , Lieutenant du même
Regiment, le premier Capitaine
de la Lande tué , M. de la Fourguette
, du Regiment du Chatelet
, le bras caffé , un Lieutenant
des Grenadiers de Picardie , les
deux mains percées. M. le Mar-
コquis de Villars y a eu un cheval
tué ſous luy. Il s'y eſt diſtingué
avec Mrs de S. Fremont, de Bar-
-
S
-
E 3
126 MERCURE
bezieres , & du Chatelet , & M.
de Caſſabone. Les Eſcadrons de
la Mestre de Camp Generale ,&
les Dragons de la Lande , qui
ont combattu en cette occafion,
ſe ſont extrement distinguez .
L'action eſt des plus vigoureu .
ſes qu'on ait faites depuis longtemps
, & elle est accompagnée
de circonstances qui meritent
biend'eſtre remarquées , &que
vous connoîtrez en faiſant attention
ſur ce qui fuit.M.de Lorges
marcha du côté de Manheim, t
gagnale long du Rhin , comme
s'il euſt voulu prendre le chemin
de Philisbourg , & toutes fes
Troupes mêmele crurent , &en
marquerent du chagrin, tant elles
avoient envie de combattre
mais il les trompa par la route
qu il prit enſuite ,& trompa les
Ennemis par la diligence qu'il
GALANT. 127
fit,de forte qu'il occupa le Camp
dont ils vouloient ſe ſaiſir , pretendant
ſe mettre entre Philisbourg
& noſtre Armée. Il eſt
aiſe de remarquer par toutes les
circonſtances de l'action qui ſe
paſſa depuis,dont vous venez de
lire le détail, que M.de Bade n'a
point voulu accepter le combat
qu'on luy a offert , puis qu'on
pouſſa juſques dans ſon Camp
toutcequi ne fut pas pris ou tué,
même en prefence de ſes Officiers
generaux qui étoient for
tis de leur Camp, ce qui fait voir
le ridicule des Relations imprimées
chez les Alliez , qui publient
que le Prince de Bade a
offert le combat , quoy qu'il l'ait
refuſé , aimant mieux laiſſerbattre
les Troupes qu'il avoit détachées
, que d'en faire venir d'autres
à leurs fecours,qui auroient

E 4
128 MERCVRE
pû engager une affairegenerale.
Quoy que vous receviez cette
Relation un peu tard , elle doit
vous paroiſtre nouvelle , puis
que l'on n'en a point encore vâ
le détail. Vous trouverez dans
la finde cette Lettre tout ce qui
aura ſuivi cette action .
Je vous avois fait le plan des
Conferences Academiques que
Mrs Peliffon & de Malepeyre
avoient établies à Toulouſe,peu
de temps aprés l'inſtitution de
l'Academie Françoiſe,& que ce
dernier n'a pas peu contribué à
rétablirdans leur premier éclat .
Je vous avois même appris le
nom de pluſieurs de ces Illuftres
, qui par divers Ouvrages
en Profe & en Versenrichiffent
tous les jours la Republique
des Lettres.Je dois aujourd'huy
vous dire ce qui s'eſt pallé dans
GALANT.
СГ29
eur Academie , le premier de
ce mois.Comme ils ſe ſont toujours
distinguez par un grand
zele pour la gloire du Roy, dont
ils prononcent tous les ans le
Panegyrique , ils n'avoient pu
enviſager les offres genereuſes
de paix que ce Prince fait à ſes
Ennemis , fans porter fes Sujets
à loüer une moderation i heroïque.
Ils firent donc publier
un Ecrit il y a quelques mois ,
qui fut répandu dans les principales
Villes du Royaume, par
lequel ils propofoient un prix
pour celuy qui feroit le meilleur
Difcours fur une fi belle matiere
Le prix devoit eſtre uneMedaille
d'or de la valeur de dix
Louis , où l'on voyoit d'un côté
l'image du Roy en Buſte parfaitement
belle , avec ces paroless.
Ludovico magno ſemper invicto,Eu
ES •
130
MERCURE
rope pacem piè offerenti c'eſt à dire,
ALouis le Grand, toujours invincible
offrant avec bonté la Paix àl'Europe.
Le revers de cette medaille
repreſentoit la Pallas de Toulouſe
, tenant en l'une de ſes
mains une corne d'abondance ,
avec ces mors , Olim flores , nunc
fructus. Autrefois des fleurs, main.
tenant des fruits , pour face entendre
que cette Pallas , qui ne
formoit auparavant que des
Poëtes par les prix qu'on propoſe
tous les ans , qui font des
fleurs d'argent, produiroit àl'avenir
desOrateurs,dont les pro
ductions font plus ſolides.
Le jour de la diſtribution du
prix avoit eſté marqué au premier
de ce mois. Ces Memeurs
ayane! & examinéen pluſieurs
Seances avec beaucoup d'exac
titude les Difcours qu'on leur
حب
GALANT.
434
5
$
avoit envoyez en grand nombre
des Villes les plus celebres
du Royaume , donnerent leurs
fuffrages à celuy qui avoit pour
Sentence , Dißipagentes quæbel
lavolunt. Its ſe rendirent le premier
de ce mois chez M.de ма
lepeyre ,Doyen de cette Compagnie
, qui eſt luy même un
des plus ſçavans hommes, & un
des plus beaux eſprits de ſon
fiecle. On avoit choiſi une fort
belle Sale,où l'on avoit placédes
fauteüils autourd'une table pour
ces Academiciens, en la maniere
ordinaire de leurs Conferenees
academiques. Il y avoit des
fieges pour les Dames qui avoient
quelque interés d'aſſiſter
àcette action , quelques - unes
ayant envoyé leurs Difcours,&
pour toutes les perſonnes de
qualité & de merite qui s'y
A
E6
132 MERCURE
trouverent en grand nombre
avec tout ce qu'il y a de plus
fçavant& de plus poli dans cette
grande Ville , & pluſieurs
Religieux de distinction , entre
autres le R. Pere Cambolas ,
Carme , qui par ſon ſçavoir &
par ſa vertu ; dont ila donné
despreuves éclatantesen France&
en Italie , a merité que Sa
Sainteté luy ait accordé un
Bref , pour jouïr des honneurs
du Generalat de fon Ordre . M.
Martel , Secretaire de ceite
Compagnies, & agrege à l'Academie
de Kicoprati de Padouë,
qui y avoit prononcé l'annéс
dernière avec beaucoup d'applaudiſſement
, l'Eloge de M.
Pellffon, aprés la mort de cet
illuſtre Academicien ,avec qui
il entretenoit commerce de
Lettres , ouvrirla Séance par
f
GALANT. 133.
un fortbeau difcours fur l'Eloquence.
Il dit dans fon exorde,
qu'il ne croyoit pas pouvoir
mieux louer , & les genereux
Atheles quiavolent couru dans
cone Carriere; & les Reſtaurateurs
de ces ſcavantes Confssences
, qu'en leur renouvellant
les nobles idées de l'Eloquence,
qui faifoit leurs delices .. lofit
voir enfuite de quelle manicre
elle avoin palle des Grecs aux
Romains , comment les Muſes
pendant pluſieurs ficclesd'igno .
rance& de barbarie , refugiées
en un coin de la Grece, dans
les Cabinets de quelques Curieuxe,
furentstranſportées en
Itahe , aprés la décadence de
l'Empire d'Orient , avec quels
honneurs ellesy furentteceuës,
&& protegéespar le fameux Lau
sentde Medicis ,& à fonexem.
34 MERCVRE
ple par les princes Vorſins , qui
favoriterent l'établiſſement de
tant de celebres Academies ,
d'où elles paſſerenten France,
fous le Regne de François I. le
pere&leReſtaurateur des belles
Lettres ,& qui ayant ſeeu charmerle
beau Sexe , n'eurent pas
depeineà s'introduire dans une
Cour , où regnoit la délicateffe
&le bon gouft. Il fit remarquer
Pinſtitution de l'Academie Fra
çoiſe ſous Loüis le Juſte , par la
protection que luy donne le
grand Cardinal de Richelieu.
s'arreſta davantage au Regue
preſent. Il dit que ſous le plus
fage & le plus vaillantdes Rois,
les belles Lettres avoient acquis
leur dérniere perfection , que
commel'on avoit vû par le paſſe
que lesplus celebres Ecrivains
avoient paru ſous les plus grāds
GALANT. 139
Princes , lan'y avoit pas lieu de
s'étonnerique ce Regne fuſt fertileenAcademies,
qui s'élevoiét
dans toutes les provinces. II.
ajouſta que c'eſtoit dans ces
Academies que l'Eloquence ſe
pur fioit ,& fe confervoir, que
c'eſtois-làqueles Ouvrages dés
poüillez des graces de la pros
nonciation qui impofent quelo
quefors, ne paroiſfoient qu'avec
leurs beautez vrayes , & natu
relles ,& ne ſe ſourenoient que
par leur merite,aprèsavoirpallé
par une fevere Critique. C'eſt
ce qui luy donna occafion de
toucher tes preceptes les plus
fins de l'Art . Il for voir que n
tre fiecle nous donnoit desOra
teurs parfaits que les Balzacs,
les Vaugelas , & tes Voitures 5
les Patrus,& les Petiffons , les
Flechiers& les Bouhours, nous

136 MERCURE
donnoient chacun en leur genrele
modele de la veritable éloquence.
Il ajoûta enfin que l'eloquence
s'exerçant principalement
fur les grands ſujets , ils
avoient choifi la moderation de
Loüts le grand dans les offres
avantageuſes de Paix qu'il fais
à ſes Ennemis , dans un temps
où ſes Victoires & les progez de
ſes Armes luy promettent de
plus grands fuccez , factifiant
atnſi ſa propre gloire au repos
des peuples , & au bien de la
Chreſtienté , par un Art de ſe
vaincre inconnu an Heros des
fiecles paſſez Lors qu'il eut fini ,
M. l'Abbé Tournier , Conſeiller
au Parlement , qui avec pluſieurs
autres grandes qualitez,
a celle de travailler heureuſemet
à l'inſtructiõ des nouveaux
Catholiques , s'eſtant employé
(GALANT. 137
avec beaucoup de zele dans les
Miſſions de Xaintonge , prit le
Diſcours qu'on avoit jugé digne
du prix,& en fit la lecture
à toute l'Aſſemblée, qui ne pouvoit
luy refuſer les applaudifſemens
qu'il meritoit , étant en
effet fort beau , plein d'élevation
&de délicateſſe. L'Auteur
qui en avoit eſté averty la veille
par le bruit public, eſtoit preſent
à l'Affemblée. C'eſt M. Com
paing , Beneficier de l'Egliſe
Metropolitaine de Toulouſe
âgéde 27.ans. Il eſt d'autant plus
eftimable , que c'eſt preſque ſon
coup d'eifay , & qu'on aprend
que pluſieurs perſonnes de beau
coup de merite avoient travaillé
ſur le même ſujet. Il eſt Frerede
M. Compaing , Chanoine de la
même Egliſe , qui par ſes Predis
cations & ſes autres talens , s'eft
1
138 MERCURE
de
acquis une reputation univerſelle.
Cederniereſt de la Compagnie,
mais il n'a pas eu le plaifir de
l'approbation quele Difcours
M. Ion Frere a meritée , eſtant
abſent dans le tems qu'on a examiné
les Diſcours & diſtribué
leprix. Je vous envoye quelques
traits de celuy de M.Compaing.
Il dit d'abord que la plus noble
idéequ'on ſe peut former de la
valeur , étoit de la confiderer
comme une vertu magnanime ,
qui ſçait ſe preſcrire des bornes
dans le cours de la Victoire , &
qui n'a pour fin que le repos &
la felicité des peuples ; qu'un
Conquerant , aprés s'eſtre fait
craindre par ſes conqueſtes, doit
ſe faire aimer par ſa moderation,
que la Victoire même feroitutile
à peu de perſonnes , fi la moderation
ne l'accompagnoit , &
GALANT. 139
fi le repos ne devoit la ſuivre
que l'unique moyen de la rendre
utile à tout le monde , eſt de
la faire ſervir à l'établiſſement
de la Paix , parceque la Paixeſt
un bien commun qui comprend
également les Amis & les Ennemis,
les victorieux & les vain.
cus , les Sujets & les Etrangers.
Il dit enſuite que c'eſtoit là le
caractere du Roy d'unir la moderation
à la valeur,que ledefirde
la Paix, qui naiſt ordinairement
du mauvais eftat des affaires ,
naiſt ici au milieu des plus écla
tantes conqueftes. Nous voyons,
continua t- il , la France élevéeau
plus haut point de sa gloire preste
à tous facrifier pous fon Roy , des
Troupes aguerries, des Generaux ex
perimentez , des Flotes nombreuses
des Soldats accoutumez à vaincre
&que nuls dangers n'étonnent à le S
140
MERCVRE
Prince luy même les animant par
fon exemple , & partageant les perils
avec eux ; un Etat puiſſant,dont
toutes les parties font parfaitement
unies , tranquille au dedans , redoutable
au dehors , les frontieres couvertes
de Places également fortifiées
par la nature&par l'artzdes Grands
qui ne se distinguent pas des moindres
Sujets dans l'obeiſſance ; des richeſſes
presque immenses&toujours
Seares;des Ennemis au contraire laf-
Sez& rebutezpar des pertes continuelles
, diviſez par des interests
differents & des jalousies fecretes ;
un corps composé de trop de pieces
pour agir avee un mouvement regulier
: enfin , quevoyons nousdans
tes prosperitez dupassé que l'avenir
ne nous prometre ? Il fit voir enfuite
que le Roy ne confultoit dans
cette occafion ny la foibleſſe de
ſesEnnemis , ny ſa propre puifGALANT.
141
ſance , qu'il n'écoute que fabonté.
Il n'oublia pas de parler de.
l'obſtination de nos Ennemis à
refuſer la Paix que le Roy leur
offre , dans l'eſtat le plus florifſant
où la gloire de ſes armes ait
eſtéjamais portée. Ildit qu'ils ne
pouvoient fonder l'eſperancede
reparer leurs pertes paffées , que
fur la moderation du Roy ; qu'ils
l'attendoient en vain des ſuccés
douteux de la guerre contre un
Prince qui ſçait fixer la deſtinée
des Combats , & rendre les évenemens
ſouples à ſes defirs . Il
oppoſa enfuite la moderation du
Roy à l'ambition d'Alexandre ,
Et certainement, ajoûta- t- il, eft- ce
pour dépcupler la terre , & porter
la deſolation par tout , que les Conquerans
doivent prendre les armes ?
Laiffons aux Attilas , aux Tamerlans
, aux Alexandres mémes cette
142
MERCVRE
11
A
valeur ambitieuse,quifais autantde
malheureux qu'ellese soumet d'Enmemis.
Pournous , instruits par l'exemplede
Louis le Grand, à regarder
la valeur comme une vertu bienfai-
Sante,qui combat moins pourfapropre
gloire , que pour le bonheur& le
ropos des peuples , nous sçavons que
des vertus qui font les bons Princes,
valent mieux que celles qui forment
LesConquerans que la veritablegrandeurnese
mesure pas tant au nombre
des victoires , à l'étenduë de la
domination, qu'à la ſageſſe de la
conduite , qu outre cettepartie de
lafcience des Rois, &de l'art de
regner qui gagne les Batailles ,
qui fait les Heros , il en est une infiniment
plus relevée qui gagne les
coeurs,qui tarit lasource des mifeves
publiques , & répand lafelicité
partout. Ildit enfuite que la Paix
que le Roy ſe propoſoit de donGA
LANT.
143
ner à toute l'Europe , n'eſtoit pas
une Paix particuliere , utile aux
uns , dangereuſe pour les autres ;
une Paix où l'on cherche à ramaſſer
ſes forces que les diviſions
affoibliffent , pour accabler plus
facilement ceux avec lesquels
onneveut point de traité , qu'il
vouloit faire regner la Paix par
tout où la guerre avoit exercé
fon empire , comme s'il eſtoit né
pour le bien commun de tous
les hommes,& qu'il fuſt redevablede
ſon ſecours à tous les mal
heureux , de même que l'Aſtre
du jour,deja connu pour le ſym
bole de ce Prince, n'éclaire pas
ſeulement une partie du monde,
mais répand ſa lumiere en tous
lieux. Il ajoûta que le defir de la
Paix n'excluant pas la prévoya.
ce , il eſtoit de la prudence du
Royde tenir ſes Armées prêtes
144
MERCURE
pour diffiper les vains projetsde
ſes Ennemis , & foumettre par
ſes armes ceux que ſes bienfaits
ne pouvoient gagner. Il dit enſuite
qu'un des caracteres de la
moderation du Roy estoit de
travailler , non ſeulement au repos
& à la ſeureté de ſes Ennemis
, mais encore à leur utilité
& à leur gloire ; que ce n'eſtoit
point parune habile prévoyace ,
mais par une ſage moderation
qu'il offroit la Paix à ſes Ennemis
, & qu'il trouvoit en luy.
même des principes de moderation
plus feurs & plus heroïques .
Il finit par une eſpece de priere
à Dieu , qui répondit parfaitement
àtout ce qu'on avoit déja
entendu.
En vous parlant des Academies
, je vous diray que celle
des Ricovrati de Padouë a receu
M.
GALANT.
145
M. Giffon, qui eſt Secretaire de
l'Academie Royale d'Arles , à la
place de feu M.le Marquis de Robias
d'Eſtoublon , & que Mrsde
l'Academie de Villefranche ont
perdu deux de leurs Sujets, l'un
Meſſire Charles de Bernage,Seigneur
de Tavets , Conſeiller &
Secretaire du Roy , âgé de quatre
vingt ans , qui avoit l'eſprit
ſi preſent , & la memoire fi heureuſe
, qu'il a achevé les Fables
de Phedre en Rondeaux. L'autre
eſt Meffire Laurent Bottu , Seigneur
d'Arciſtes de la Barmondiere,
Chervinges,& autres lieux
Preſident à Mortier au Parlemét
de Dombes , cy devant Conſeiller&
Secretaire duRoy,fon Pro
cureur au Bailliage de Baujollois,
& Confeiller és Conſeils de Son
Alteſſe R. Mademoiselle .C'étoit
un homme qui avoit aurant de
Juillet 1694 . F
ةيج
146
MERCVRE
د
l'un
vertu que de ſcience & d'eſprit.
Il eſtoit Frere de l'ancien Curé
de S.Sulpice,qui eſt un modele
de picté.Mrs de l'Academie leur
ont fait faire des Services avec
toute la pompe deuë à leur qualité&
à leur merite. Monfieur
de Mignot de Buffy
des principaux ornemens de
cette Compagnie,& qui en eſt
maintenantle Directeur , aprésavoir
donné de nouvelles preuves
de ſon éloquente amitie à la
memoire de M. de Bernage , en
donna de nouvelles de ſa Veine
inépuiſable pour honorer les
Manes de Madela Barmondiere,
qui vit toûjours dans ſon coeur,
• Vous avez fçû le grand avantage
remporté ſur une Eſcadre
deHollande, àla fin du mois dernier,
par M.Bart,mais toutes les
circonstances de cette action ,
GALANT. $47
T'une des plus glorieuſes qui
ayent jamais eſté faites,n'ayant
pas encore eſté renduës publiques
, je croy que pour vous la
faire pleinement connoiſtre , je
ne puis rien faire de mieux,que
de vous envoyer deux Relatios
fur ce ſujet. Elles ſont ſi belles ,
&remplies chacune de faits fi
curieux , qu'aucune ne me paroiſſant
meriter la preference
fur l'autre, je n'ay pû me refoudre
à les confondre enſemble ,
pour n'en fairequ'une de toutes
les deux. Il feroir à fouhaiter
qu'on ſe vouluſt donner la peined'envoyer
des Relationsauffi
bien circonstanciées ſurtous les
grands évenemens quiarrivent.
La premiere de ces Relations eſt
conccuë en ces termes.
eining ob zu his Forg
148 MERCURE
છે, ?? ?????? ??????'/
MRle Chevalier Bart partit de
Dunkerque le 17.Iuin avec les
fix Vaiffeaux de Guerre & les deux
Flutes du Roy cy aprés nommées,
pour aller chercherune Flote chargée
de bled, & d'autres Marchandises
du Nord , qui devoit venirſous l'efcorte
de denx Vaisseaux de guerre
Suedois , Danois. Le 19. à la
hauteur du Texel seize lieues au
Large Sud eft & Nord VVest , on
apperceut environ cent voiles. M.
Bart d'étacha, M. Dumesnil Chamblage,
commandant d'une barque
longue, pour les aller reconnoiſtre.
Il s'en acquittatres- bien , ayant parléau
Commandant de l'un des Vaisfeaux
Marchands qui luy dit , que
Ja pluſpart des Navires de la
Flotte eſtoient déja pris par
huit gros Vaiſſeaux de guerre
Hollandois qu'il voyoit parmy
GALANT .
149
cetteFlotte , ceque M.Chamblageayant
rapporté, M. Bart fit venir
tous lesCapitaines des Vaiſſeaux du
Royà fon Bord ; pour leur dire ,
qu'il falloit combattre & re
prendre la Flotte , où y reſter ,
dequoy tout le monde estant convenu,
chacunje retira àfon bord. Pendans
ce temps les Ennemis ne perdorent
pas un momont , & forçoient de
voiles , pour joindre nos Vaiſſeaux
dansle maſme deffein, de quoyM.
Bart s'estant apperceu ; voyant
qu'ils estoient superieurs en nombre
groffeur,il fit paffer tout l'équi
page de la Fluttele Bienvenufur le
Portefaix pourla renforcer ,
voya M. de la Brujere ,son premier
Lieutenant, pour la commander
la faire mettre en ligne ; ce qui
ayant esté fait , chacun se remit à
fon pofte , l'on arrivafurfur les
Ennemis. Sitoft que nos Vaisseaus
en
F3
150
MERCVRE
furent à portée de leur Canon , ils
commencérent à tirer &àfaire un
feu continuel ,sans qu'on leur tiraft
unfeul coup de nos Vaiffeaux, qu'on
ne fust à boust portant. M. de la
Peaudiere qui avoit l'Avantgarde,
s'estant plutoft trouvé engagé que
Les autres , commencale Combatpar
unfeuqui n'a jamais eu de pareil.
AlorsM. Bart royant que lesEnne
mis estoient les plus forts en Artil
lerie,fit fignal d'aborder ,&d'aler
Le Sabre à la main , ce que tout le
monde se mit en devoir de faire ;
mais comme la Flute le Porte-fait
nemarchoitpas des mieux, elle man
qua fon abordage , & ainſitomba
fous levent des Ennemis M. de la
Brujere qui la commandoit, voyant
qu'ilalloit estre mis entre deux feux,
Tiſqua àrevirer de bord&paffa en
tre le troisième le quatrième
Vaiſſeaux des Ennemis après avoir
GALANT,
t
toupé leur ligne , se vint remettre
enfon Pofte. Cefut alors que M.
Bart commença de preffer le Commandant
, l'aborda , quoy qu'il
euft cinquante buit Canons ,&fon
équipage ayant paffé le Sabre àla
mrin, conduit par M. du conseil,
Enseigne deVaisseau , on s'enrendit
maiſtre , en une demi heure aprés
un carnage époventable des Ennemis
qui eurent deux tens hommes
tant tuezque bleffez, M. Bart deux
tuez vint trois bleffez. Celuy qui
le commandoit estoit Contre amiral
de Hollande portantPavillon quarré
au maſt d'artimon. Les autres
Vaiffeaux Ennemis voyantleurCom
mandantfort embarassé preſtaſe
vendre se détacherent au nombre de
trois pour le secourir, pour abismer
M.Bart , àquiseul ils en vouloient;
mais M.de Saint Paul les ayant coupez,
aborda le plus gros qui estoit de
F4 .
MERCURE
د l'enleva ConquantefixCanons
aprés un rude Combot. C'eſt où l'on
peut dire qu'on a vû paroiſtre toute
la bravoure que l'on pouvoit souhaiter.
Vn Garde marine entr'autres fort
petit,âgé de dix -sept ans,ayantsauté
dans un Vaiſſeau ennemy,avec d'autres
gens de l'équipage , eut affaire
feulcontrelepremier Lieutenant
an Matelot Hollandois. Il caſſa la
tête d'abord au Matelot d'un coup de
pistolet, se battit pendant unedemi-
heure contre le Lieutenant qu'il
bleſſa à mort de deux coups de Sabre;
mais il ne jožira pas des recompen.
fes qu'il auroit pû esperer , ayant
eſté bleßé mortellement en trois en.
droits, tant du Lieutenant que d'un
coup de Fufil qui vint du Chasteau
d'arriere ,ſans qu'on l'ait jamais pu
fecourir, chacun ayantson homme en
teste à combattre, M.de Saint Paul
Da euplus de cinquante hommes
GALANT.
153
M. de
bleſſezde coups de Sabre, beaucoup
d'autres qui ont este tuez
bleffezpar le Canon & la mouſque.
terie. Si on se battoit bien en cet en.
droit,l'on nese battoitpas moins bien
ailleurs . M.de Benneville qui avoit
àfaire à deux à la fois , en aborda
un, lenleva. M. de Fricambaut,
Sonpremier Lieutenant ,
Gabaret,Enseigne ayantsauté àl'abordage
avec plusieurs Matelots
Soldats qui les ſuivoient , furent repouffez,
&se trouverent seuls avec
deux Soldats , ce qui fit que les Ennemis
eftant fortis du Chasteau de
derriere, tuerent M.de Fricambaut,
les deux Soldats à coups d'efponton
, blefferent M. Gabaret legerement,
lorſqu'ils estoient prests dese
rendre maistres du Chasteau d'avant.
M.de Gabaret voyant qu'il n'y avoit
pasde quartier pour luy , quoy que
bleße,se jetta à la mer , ſe ſauva
E
154
MERCVRE
àla nage.Alors l'on retournaà l'abordage,
ce Vaisseaufut enleve
en peu de temps. Les François à leur
tour firent fort peu de quartier. M.
Dorogne qui s'estoit trouvé entre
deux feux , avoit beaucoup fouffert.
Enfin lorſque M. de la Peaudiere
estoit presque maistre d'un autre
Vaisseau de cinquante Canons, un
coup de Canon luy coupa forgripin
d'abordage , ce qui donna lieu à ce
Vaisseau de s'échaper avec quatre
autres qui prirent la fuite en mesme
temps.M. Bart ayant tousses masts
endommagez ne pouvant lespour-
Suivre longtemps,se contenta de profiter
utilement des fruits defa
vitoire , qui furent de se rendre
mustre des priſes que les Hollandois
avoient frites auparavant. Pen.
dint toute cette action, les Convois
Suedois Danois se contenterent
GALANT. 155
d'eſtre ſpectateurs , & de fairefaire
voile toujours aureste de leur Flotte.
Une partie des Vaisseaux chargez
de blé est allée au Havre & a Dieppe
, & l'autre est arrivée heureusement
à Dunquerque avec les trois
Vaiſſeaux de guerre Hollandois qui
ont estépris.
Je paſſe à l'autre Relation ,dont
je ne vous dis rien , afin de vous
laiſſer laliberté d'en juger.
fix vaiſſeaux, un de cinquantequatre
pieces de Canon , un de cin
quante- deux,un de quarante-deux,
& trois de quarante , & d'une Cor
wette de fix pieces , mit à ta voile
de larade de Dunkerque le 26.Juin,
ayant avec elle deux Flustes , dont
l'une, nommé le Portefaix, comman
dée par M. de la Brucere porte qua
sorze pieces. Les fix Vaisseaux é
756 MERCVRE
toient le Maure,le Fortané, le Gerzé
le Comté, le Mognon& l'Adroit. Ils
estoient commandez par Mrs Bart,
La Peaudiere , de Pontal , d'Orogne;
Saint Paul d'Hericourt & de Benneville.
Le vent estant àlaBandede
l'Est, cette Escadre mois llale même
jour fur lesfept heures dufor entre
les bancs au delàde larade . Le 2.8 ..
estant hors des bancs , & le vent
ayant fauté à l'Ouest , elle fit route
au Nord , quart Nord- est , & an
Nord-est jusqu'au 29 , au matin ,
qu'estant Quest Sud-Ouest duTexel
environ douze lieuës au large , ella
découvrit une Flotte de plus de cens
voiles. Comme elle altoit au Nord
pour y prendre plusieurs Vaisseaux
chargez de bled &les mener à Dun
kerque , M. Bart fit donner chaſſe à
sette Flotte pour la reconnoistre ,
enfin on reconnut qu'elle étoit escor
tie de deux Vaiffeauxde guerre, Lua
?
GALANT. 157
Suedois & l'autre Danois , &&ddee
buit autres Vaisseaux Hollandois; qui
voyant approcher l'Escadre du Roy ſe
mirent en ligne à la queuë de la
Flotte , environ à la porté de deux
canons. M.Bart mit en panne & fit
fignal pour faire venir tous les Ca-
I pitaines àfon Bord , afin de tenir
Confeil, ayant cependant envoyé la
Corvette , commandée par M. Dumoſnil
à bord du Commandant Danois
, pourſçavoir fi les Vaiſſeaux
chargezde blé,que l'Escadre du Roy
alloit chercher , estoient dans cette
Flotte. Les Capitaines rendus à bord,
on tint Confeil , où il fut unanimement
resolu , suivant l'avis de-M..
Bart , que fices Vaiſſeaux qu'on alloit
chercher estoient parmy cette
Flotte, il falloit attaquer les Vaiffeaux
ennemis, & pour cela les brufquer
, en attaquant chacun lefien...
On refolut encore d'envoyer quaran158
MERCVRE
tehommes à bord de la Flute lePorrefaix
, avec M. de la Brugere ,
premier Lieutenant du vaiſſeau le
Maure , que commandeM. Bart
pour la commander.. L'ardeur avec.
laquelle chacun fortit du Conseil, fit
bunjugerde l'événement,&la Corveste
estant de retour,&ayantrapporté
que deux Maistres de vais-
Seaux Danois qu'il avoit abordez
luy avoient dis que les Vaisseaux
destinez pour Dunquerque estoient
dans la Flotté,&que tous les autres
estoient destinez pour les Costes de
France,n'ayant på aborder le Commandant
Danois , à cauſe que les
Canons des Vaiſſeaux Hollandois l'en
empécherent , chaque Capitaine s'en
retourna dans ſon bord avec deffein
de bien faire comme ils ont tous
fait. Il y avoit deux jours que les
Vaiſſeaux Hollandois s'étoient emparezde
ceste Flotte & ilsavoient
GALANT . 159
3
- déja donné leurs ordres & pris leurs
mesures pour la faire entrer au Texel.
Le temps qu'ilfalut pour mettre
Les quarantehommes àbord du Por
te faix , fit que l'Escadre se tint en
panne jusqu'à ce qu'on eust jugé
qu'elle fust en estat de combattre,&
cependant les Vaiſſeaux Hollandois
firent porter avec leurs mizaines
pourse tenirfur levent ce qui oblis
gea M. Bars de faire fervir sur les
Ennemis , forçant voile pour les doum
bler & leur gagner le vent ,
même temps ilfit signal au Vaisseau
le Fortuné de revirer, pour empêcher
les Ennemis de couper l'Arrieregarde
, ce que fit M. de la Peaudiere,
qui cominande ce Kaisseau , les empéchant
par cette maneuvre de cou
per levent, s'étant ainsi trouvéàla
teste , tous les Vaisseaux revirerent:
de même que lay, par une contremar
chi .. La Flute par cette maneuvre
1
&en
160 MERCURE
s'étant trouvée un peu sous le vent.
fut doublée pardeux Vaiffeaux Hot..
Landois à la teſte, qui luy lâcherent
leurs bordés. M. Bart ayant en même_
temps fait le signal pour l'abordage,
toute l'Escadre arriva fur les
Ennemis, Quoyque fon Vaiſſeau ne
fust que de cinquante Canons , il
aborda le Commandant ennemi, qui
portoitle Pavillon de Contr'Amiral
cinquante-buit canons & chacun
choisit lefien. Le Fortuné en aborda
un autre de même force que celuy
qu'avoit aborde M. Bart , duquel il
futfeparéparle canon des deux au
tres Vaiſſeaux ennemis, qui coupa la
chaine du grapın avec lequel il l'avoit
accroché , qui est resté à bord
du Hollandois,lequelavoitdéja été
obligé d'abandonner ſon Chasteau
d'avant par les grenades qu'on lug
avoit jettées,ce qui lui fit faire vent
arriere en arrivant tout cours :
GALANT . 161
comme les autres Vaiſleaux ennemis
tenoient le vent pourgagnerl'Arriegarde
én arrivant , & aller à M.
Bart , qui tenoit accroché leur Com-
- mandant , le Capitaine du Fortune
tint le vent au plus prés pour empécher
ce deffein , ce qui fit qu'il se
trouva entre trois Vaiſſeaux ennemis ,
dont l'un s'eſtant qu'à la portée du
piſtolet, reçût toute fabordée, ce qui
le fit incontinent refter de l'arriere
avec les voiles fur les masts,& celai
qui étoitsous le vent faisant force de
voile pour le baller au vent , reçut
encore toute la bordée du Fortuné,
- estant presque bord à bord , ce qui le
fit arriver vent arriere à joindre le
premier Vaiſſeau qui avoit arrivé.
Comme les autres Vaiſſeauxfaisoient
toujours force de voile , pour continuer
leur mesme defſſeins on ne pour.
Suivit point ceux qui étoient arrivez,
&le Fortuné revira contre un
162 MERCURE
Vaiſſeau de cinquante pieces qui te
noit le vent , & l'ayant doublé il lui
paſſa vergue à vergue ſans pouvoir
l'aborder , estant tout desemparé de
Ses' manoeuvres , à cauſe que les Ennemis
n'avoient qu'à demaster. Le
Fortune luy donna cependant encore
toute sa bordée , &il laiſſa toutes
Ses voilesfur les mats. M. de Saint
Paul qui commande le mignon ,
s'eſtant alors trouvé au vent , laborda
leprit ,&le Fortuné arrivafur
un autre Vaiffeau de trente-fixpieces
, qu'il prit aussi. Pendant ce
temps , les autres Vaiſſeaux duRoy
attaquoient les autres Vaiſſeaux ennemis
avec toute l'ardeur lavigueur
poßible ; mais comme il est
difficiled'aborder un Vaisseau,quand
celuy qui le commande veut éviter
l'abordage , les autres Vaisseaux
ennemis n'ayant rien oublié pour
L'éviter,quoy que les autresVaifſſeaux
GALANT. 163
fißent leur poßible pour les aborder,
ils ne purent que cribler les Ennemis
de coups de canons, degrena
des de mousqueterie , l'on peut
-dire que chacun a fait des merveilles
. M.Bart a enlevé leCommandant
qu'il a abordé , ce qui fut fait en
moins d'une demi beure , par un feu
fi terrible , que l'équipage ennemy
enfut tout furpris . Celuv cy ne fit
pas comme les autres Vaiffeaux Hollandois
qui avoient fuy l'abordage
-- au contraire , au mesine temps que
M. Bart luy fit jetterſongrapin , il
luy en fit pareillement jetter un
ayant unefortepaßion d'avoir affaire
à ce Commandant. Außi le Contre-
Amiralqui commandoit ce Vaisseau
eſtun des plus braves homes qu'ayent
Les EstatsGeneraux. Ilne s'est jamais
vu un combat plus accompagné de
fea, de lang, poussé avec plus
de vigueur. Vn des Contremaîtres de
164 MERCVRE
د
M.Bart, qui est unsimple Marinier,
Provençal de nation , a fait pendant
le combat une action qui merite
d'estre publiée ,&qui a contribué à
faire plutoftrendre le Vaiffeau ennemy.
M. Bart en abordant , dit àfon
équipage qu'il donneroit dix piſtoles
àceluy qui luy apporteroit le Pavil
lon deContre- amiral ,&fix pistoles
à celuy qui luy apporteroit celuy de
Pouppe. CeMarinier excitéparcette
gratification,se jetta außi toſt que
les autres dans le Vaisseau cunemy ,
monta au maſt pour en ôter le
Pavillon, LeContre Amiral l'ayant
apperçû , luy tira luy mesme un coup
de fufil, dont il luy perça la main
d'une balle , la cuiffe d'une autre.
Ce Marinier d'unsang froid , enve
loppasa main d'un mouchoir sa
cuiſſe deſa cravatte, continua ensuite
de monter , enleva le Pavillon
dont ilfefit une ceinture ,aprèsquoy
GALANT . 165
ildefcendit ,&non contentde cela,
il allasur la Dunette&se mit en
eftat d'y enlever le Pavillon de la
Pauppe. Il l'avoit à moitié défait ,
lersque le Contre Amiral, qui s'en
apperçut encore, lay lança un coup
d'efponton dans la feffe ;mais ceMa
rinier s'eſtant retourné, ayant pris
une Hache d'armes qu'il avoitpoffée
àson côté , en déchargea unfigrand
coup du Picà la tefte du Contre-
Amiral , qu'il le renverſapar terre,
-Luy ayant du coup crevéun oeil; aprés
-quoy il retourna froidement achever
- d'ôter le Pavillon qu'il ajoûta àsa
- ceinture,& ensuite il alla remettre
ces deux Pavillon à M. Bart. Les
Equipages ayant remarqué la perte
de leurs Pavillons , perdirent courage,&
les autres Vaiffeaux ennemis
L'ayant vû pris, cefferent de tenter
de lefecourir. Le combat a duré deux
beures,chacun jusqu'aux Equipages
166 MERCURE
deux
y ayant fait defon mieux. Außi
l'Escadre du Roy attaqua fi brufque.
ment les Ennemis , qu'ellene leur a
pasdonné le temps dese reconnoistre,
quoy que leur force fustfuperieure ,
car ils estoient buit Vaisseaux de
guerrecontre fix, deux de cinquantebuit
, un de cinquante- quatre ,
de cinquante , un de quarante-fix ,
un de quarante , & un detrente-fix
pieces de Canon , ainsiplus fort que
l'Escadre de M. Bart de cent quatorze
pieces de Canon. Le Comman.
dant de cinquante huit pieces , un
autre de cinquante ,
trente fix ont esté pris &amenerà
Dunkerque , les cing autres s'étant
Sauveztout delabrez. On les auroit
pris infailliblement fi on les avoit
fuivis , mais la principale affaire
estant d'amener la Flote de blé en
France ,M. Bart fit tirerun coup de
canon pour faire ceffer la chasse à
celuy de
GALANT.
167
envi
ceux qui les poursuivoient. Il n'y a eu
dans l'Escadre du Roy , d'Officiers ,
que M. de Fricambaut , Lieutenant
de Vaiffeau,de tue, M.Gabaret, En
feigne, legerement bleße ,
ron trente Mariniers tuez, qua
rante bleffez . Les Ennemisyont perdu
presque tous leurs Officiers ,
- plus de la moitiéde leurs Equipages,
ce qui doit allerà environ douze cens
hommes tuez ou bleffez. Le com.
mandant a eu cent dix hommes de
Luez,&cent de bleßez le contre
Amiralest lay me me blessédeplu
fieurs coups, dont ily en ade mortels.
Ila eu le bras droit emporté, un coup
de balle dansle costéau doffous de la
mamelle, ur autre àla cuiffe, le coup
debache d'armes qui luy a crevé un
oeil & deux autres coups defabre à
Lateste. Cependant M. Bart , qui l'a
pris, n'a eu aucun Officier bleßé,
Seulement trois Mariniers tuez,
168 MERCURE
1
vingtdeux bleſſez.LeContreAmiral
avoue qu'il n'a jamais esté à unefe
bellefeste,ny veûdes hommesse battre
avec tant d'ardeur , &faire un
figrand carnage. Il dit mille chofes
àl'avantage de M.Bart , a écrit
enHollande , que la confolation
qu'il a,eſt d'avoir été vaiueu par
des Heros. Si M.Bart a montré en
ce combat tout cequiſepeut de mieux
Suivy deplus valeureux , on peut
dire que Dieu qui accompagne en
tout la justice des Armes duRoya
come conduit M.Bart à cette action,
pour mieux faire voir ce qu'il vaut ,
puisque s'il estoit arrivé trois heures
plus tard , la Flotte destinée pour la
France estoit perduë entierement. Cependant
non feulement il l'a ſauvée
Sans perdre unseul Vaiſſeau , en la
tirant des mains des Ennemis, prests
à la faire entrer dans leurs Ports,
mais il leur a pris trois de leursVais.
feaux
GALANT.
169
feaux deguerre lesplus confiderables
, mis les autres hors d'eftat,
d'eſtreremis à la mer, du moins de
cetteCampagne. Ilyade cette Flotte
trenteVaisseaux Marchands mouillezenrade,
qui vont entrer inceffam
ment, qu'on dit contenir cinquante
mille razieres de blé, soixante dix
qui ont poursuivy leur route pour
France, escortez des deux Vaißeaux
de guerre de Suede & de Danne.
mark, qui ontvu tranquillement ce
combat fans s'y intereßer en aucune
forte.
L'action de M. Bart eſt d'autant
plus glorieuse , qu'on effuya
tout le feu des Ennemis fans tirer
que lors qu'on fut à bout
portant ; que chacun aborda le
Vaiſſeau qui luy eſtoit oppoſe,
& que le choc fut fi bruſque,
que les Ennemis qui préten
G
170
MERCVRE
doient nous prévenir , ſe voyant
ſuperieurs , perdirent contenance.
On ne peut se figurer fans
Lavoir vû , l'horreurd'un combat
d'une demi- heure ,fur un Vaifſeau
abordé , où fix ou fept cens
hommes ſe trouvent mélez,dans
un eſpace d'environ fix - vinge
pieds de long , & de trente de
large, s'écharpant de coupsde haches
& de fabres , s'éventrant de
coups d'eſpontons & de Hallebardes
, s'affommant de boulets,
& ſe mutilant par des éclats de
grenades. Cela joint au bruit du
Canon & des cris des mourans ,
forme un ſpectacle & un bruit
qui ne ſe peuvent décrire .La même
choſe feroit arrivée du moins
dans fix des Vaiſſeaux ennemis,
fi tous nos grapins euffent tenu
l'abordage. Rien n'eſt égal à la
valeur de M.le Chevalier de Fri
GALANT . 171
cambaut, lequel encore que percé
de pluſieurs coups, ne voulut
pas ſe retirer, & ne ceſſa de combattre
que lors qu'il ceſſa de vivre.
Un Garde de Marine,Gentilhomme
Irlandois , âgé de dixſeptadix-
huit ans, y fit voir une
bravoure toute extraordinaire .
Ayant ſauté des premiers dans
un Vaiſſeau ennemi , & y ayant
quatre coups de fabre,il fendit la
preſſe pour joindre le Lieutenant
du Vaiſſeau,qu'il crut ſeul digne
de ſon courage.Il lui donnatrois
coups d'épée , & ne le quitta
point qu'ilne fût horsde défenſe.
Le Roy a fait Enſeigne de
Vaiſſeau le Fils de M.Bart , qui a
aporté la nouvelle de cette actió,
& Sa Majesté a donné des Lettres
de Nobleſſe à fon Pere. Le
Garde Marine Irlandois a auffi
eſté nommé Enſeigne de Vaiſ.
G 2
172 MERCURE
ſeau . Le Contre Amiral Hollan
dois,qui commandoit toute l'Efcadre,
eſt mort à Dunkerque,des
bleſſures qu'il a receuës dans le
combat, & le Pavillon qui a eſté
pris ſur ſon Vaiſſeau a eſté apporté
ici , & mis dans l'Egliſe
de Noftre-Dame, Cette pene a
eſté d'autant plus ſenſible aux
Hollandois , qu'ils n'ont jamais
perdu de PavillonAmiral,& c'en
eſtoit un que portoit le Contre-
Amiral de Frife . C'eſt ce que
marquent les Lettres de Hollande
, qui diſent que l'Etat estant informé
de l'Escadre qui se préparoit
pour le Nord donna ſes ordres à l' Amirauté,
pour attendre Bart au pas-
Jage,allant au Nord,& la Flottede
Norvege venant de France ; qu'on
devoit employer treize Navives ; que
cependant iln'y en eus que buit,ſous
lecommandement de Hidde de Vries;
queSon Vaisseau senommoit le PrinGALANT.
173
ce Cazimir , qu'il estoit percépour
Soixante & douze canons , &n'en
avoit que cinquantehuit ; qu'ils apperçurent
le 27. la Flotte venant du
Nord, avec cent & dix Voiles,qu'ils
prirent,& que cinquante-huit Navires
estoient dėja confiſquez , lorfque
le 29. au matin Bart parut au
deßus du vent , avecſept Fregates,
une Flute, & un Brulot ; que chacun
choiſit ſon homme; que l'Amiral Hollandois
donna à Bartfes bordées,que
Bart y répondit avec sa mousqueterie
, mais fi heureusement , qu'àla
premiere décharge l'Amiralayat eté
bleße,son vaisseau fut abordé, accroché,
& pris en fort peu de tems,que
Stalende fut pris de même avec Zé
rip ; que les autres Vaisseaux retournerent
au Texel en tres. mauvais orordre
,& que jamais affaire n'avoit
donné plus de caagrin , parce qu'on
n'a jamais pris le Pavillon Amiral,
G3
174 MERCURE
ce qui fut cauſe que l'Amirauté
fut aſſemblée trois jours de ſuite , &
les cinq Capitaines mandez pour
rendre compte de leur conduite .
On a appris depuis par d'autres
Lettres de Hollande , que
deux de ces cinq Capitaines y
eſtant arrivez , les Femmes des
Matelots qui ont perdu leurs
Maris dans ce Combat,emeurent
une ſedition en voyant paſſer
ces Capitaines dans les ruësique
la populace s'y joignit ; qu'elle
leur jetta quantité de pierres ,&
qu'ils furent contraints de s'enfermer
dans un Cabaret,pour ſe
mettre à couvert de leur fureur ,
mais que le tumulte augmentar,
l'Amirauté fut obligée de les
envoyer dégager avec main forte
, & même de les faire garder
enſuite juſqu'à ce qu'elle les eût
renvoyez . Le nom de Bart eſt ſi
GALANT.
175
redoutable en Hollande , qu'on
y arme une Eſcadre uniquement
contre luy.
Les Vers que vous allez lire,
font de M. de Senecé , premier
Valet de Chambre de la fenë
Reine .
LES PETITS MAISTRES ,
A M. de Bellocq.
Vraiment , vous estes fort bois-
Bellocq , & vous avezraiſon
Denous avoir lavé la tešte
En Enfans de bonne Maison.
Depuis le trépas de Moliere
Denostre merite enteſtez,
Sans jugement &sans lumiere ,
Nous devenions Enfans gâtez

Iel quinous aimee , nous châtie
G4
176 MERCURE
Nous devons beaucoup à ceſoin.
D'un Professeur en modestie
Nous avions unfort grand besoin.
:
Vousmeritez qu'on vous écoute ,
Vos traits penetrent jusqu'au vif,
Et nous obligeront ſans doute ,
Aprendre un airmoins décisif.
La Poësie & la Musique ;
Et leurs Eleves outragez,
Auront un destin moins inique ,
Et librede nos préjugez
Pour vos avis de consequence ,
Dont leprofit est fingulier ,
Recevez la reconnoiffance
D'un remerciment Cavalier.
2
Mais ne croyez pas pouvoir faire
Qu'aprésnous avoir corrigez.
De gens de nostre caractere,
Les temps àvenir foient pergez .
GALANT. 177

C'est une esperance inutile ,
Et pour vous le dire en deux mots,
LaCour , aussi bien que la Ville ,
Aura toujours de jeunes fots.
J'ajoûte une Epigramme , addreſſée
au mêmepar un Inconnu.
BEllocq, ton nom devoit paroiſtre
Au bas de tes charmans Ecrits,
Tu ſçais y parler en grand Maistre
En parlant fi bien des Petits.
Vous ne ferez pas fachée de
voir la Lettre qui ſuit. Elle a été
écrite à M. de Senecé, par M. de
Bellocq.
J
Ecroyois , Monfieur , qu'apréss. la
fameuse défaite des Bouts- rimez
parle General Sarazin,ilsnesereleveroient
jamais de leur chase. Ce-
GS
178 MERCVRE
vous rependant
les voicy qui paroiſſent en
corps d' Armée plus nombreux & plus
formidables qu'ils n'estoient , & qui
menacent l'Etat des Muses d'une
außi perilleuse inondation, que lefut
autrefois pour l'Empire Romain celle
des Nations barbares ; &fi
marquez ce danger dans les circonſtances
qui les accompagnent , vous
Brouverez que ma compara fon pe
manque pas de juſteſſe. Les Barbares
n'avsient rien de cette veritable valeur
qui agit avec connoissance &
reflexion ; l'impetuosité&la fureur
estoient leur partage. LesBouts-rimezn'ont
rien duſage genie , qui
doit conduire les . Ouvrages & Sprit
cen'est que le caprice,que le feul ba
zard qui les fait réußir. Cestou la
difette des choses necessaires à la
vie, quiforçoit les Barbares à quitser
leurs Pays pour venir chercher des
chimals plus beureux. C'est la pan
GALAN T.
179
R vreté des esprits , &la difette d'invention
, qui fait fortir les Boutsrimiz
du zenie aride&fterile qui
leur donne la naiſſance , pour faire
irruption dans les champs oùse recueillent
les fertiles moiſſons de l'honneur
& de la gloive. Enfin , pour
achever mon Paralelle, c'est de l'ancien
Royaume des Visigots quefortent
aujourd'huy les Bouts-rimez , pour
venirfouragerſur les terres du Patrimoine
d'Apollon. le prie Mrs les
Lanternistes de me pardonner cette
petiteplaifanterie. Cesontgens que
d'ailleurs jereconnois pleins de merite
, & dignes de beaucoup de loüanges
; mais de bonnefoy , auriez vous
cru que les Bouts rimez puſſent jamais
devenir des ennemis affez redoutables
pournous reduire à les attaquer
dans les formes ? Cependant,
je vois que cette bizare compofition
S'accredite à la Cour, aussi bien qu'à
:
G6
180 MERCURE
1
la Ville , qu'ellese répand dans les
Provinces , & que si l'on n'y prend
garde, elle va bien- tôt faire autant
deravage, qu'en firent les Vers Burlesques
, il y a trente ou quarante
années , lors qu'insensiblement tout
le Parnaſſe fut étonné de se voir
devenu Bateleur , & que les Muses
gemirent de se trouver reduites à
parler lelangagedes Halles. Aquoy
bon,je vous prie géner les espritspar
l'extravagance contrainte de ces rimes
diſpoſées au hazard ? Les regles
Severes du Sonnet nesont-elles pas
elles- mêmes une gênesuffisante ?Ce
n'est pas assezpour en composer un
exellent , de remplir quatorze Vers
de termes magnifiques, ou de Phra-
Ses empoulées. Il faus , s'ilse pent,
qu'il contienne une pensée originalo,
que tous les Veis la préparent par
degrez, que tous les termesy répondent
cependantſans lafairedeviner
GALANT. 181
afin qu'elle frape avec plus d'effort ,
qu'elle brille avec plus d'éclat..
S'il est permis de comparer les petits
Ouvrages aux grands , il en est du
Sonnet comme de la Tragedie , dont
les incidens doivent inſenſiblement
diſpoſer la catastrophe, ce sont ces
loix rigoureuses , lesquelles ajoûtées
aux autres contraintes de la constru
Etion du Sonnet,font qu'il s'en ren.
contrefipeudebons .Et le moyenque
des rimes témerairement afſfemblées,
puiffent fervirde dignes materiaux
pour unsi noble édifice?Tensez vous
qu'un Architecte pustjamais réüßir
dans la construction d'unfuperbePalais,
s'il en jettoit les fondemens
en élevoit les murailles ,sansfonger
aux entrées ny aux iſſuës , fons examiner
où il placeroit son ecalier, où
il prendroit ses jours où il ménageroit
Jesdégagements ? Ie vous avoue que
ne puis fouffrir que la gloire dia
182 MERCURE
Royfoit confiée au caprice , que
Lastatuë majestueusesoit appuyéesur
ane base d'argile. Onn'apas tropde
toutson esprit de toutesa liberté,
pour traiter les misteres defagrandeur
; ce Conquerant , qui ne
vouloit estre peint que de la main
d.Apelle , & qui avoit toujours
Homere fous fon chevet , n'auroit
jamais fouffert que l'on celebrast en
Bouts rimez, la Bataille d'Arbelles
,ou le paffage duGranique. Pour
moy , j'estime que toute la grace
que l'on peut faire aux Bouts- rimez,
c'est de les reduire aux sujets
Burlesques ou Satiriques, comme les
Crotesquesfont releguezaux bordures
des Tapiſſeries.Ilfaut convenir que
la louange déplaist naturellement
parla malignitéde I esprit humain,
qui trouve de l'abaiffement dans l'é.
levation d'un autre. Il faut donc
beaucoup d'art pour la fairejuppor
GALANT. 183
ter,beaucoup de ſel pour en releverle
goust. Peut elle attendre un telfe.
cours des fades, des infipides Boutsrimez
? Après toutes ces reflexions , )
que direz- vous de mo ,Monfieur de
trouverun Sonnet de cette especeàla
findema Lettre ?Vous direz,avec
justice,que je me laisse entrainer au
torrent , que j'ai voulu extravagueravec
les autres.Iln'y a riende
plus déconcerté qu'un homme qui ſe
trouve deſens froid parmi une troupedegens
échaufezde ladébambe;
ilfaut en prendre une petite pointe
pourse pouvoiraccommoderavec eux.
Souffrez moi donc , je vous prie , ce
petit accés de la fureur des Bouts .
rimez. On en a fait plusieurs pour
Madame la Princeffe de Conti.
Pourquoi n'oferai je pas tenter d'en
faire un pour un fi beau sujet Dans
La difficulté d'atteindre àla hauteur
d'une si noble entrepriſe,je mefas
184 MERCVRE
verai du moins parl'excuse de la con.
trainte , &je m'efforcerai defaire
croire que j'aurois mieux reüßi dans.
uneplus grande liberté. C'est àvous,
Monfieur,à qui il est reſervédefaire
quelque ouvrage pour elle,qui aitde
laproportion avec ces brillantes qualitez,
qui font l'admiration de toutelaterre.
Ie vous invite à ce tra
vail, comme au plus digne ſujet de
vos veilles , ou plutoſt c'est lagloire
qui vous y invite. Cesera pour lors
que la louange ne pourra déplaire ,
que l'envie meſme fera charmée
des grandes qualitezde l'Heroine,&
dunoble tour que vous aurez
fceu leur donner.
Sur les Bouts- rimez preſcrits par
Meſſieurs les Academiciens
Lanterniſtes de Toulouſe.
Tour S. A. Madame la Princeffe
deConty
GALANT .
185
SONNET.
Frappez une medaille , ou mode. un Buſte,
Doctes Soeurs ; méditez jusqu'aw
temps des glaçons ,
Vn deſſein, qu'auront peu commen.
cerles moiffons,
De tendre Poesie , ou de Profe
robuſte .
Vous devezplus encore à la Princeffe
auguſte,
des
tervos
Dont le fublime eſprit vous feroit
L'honneur qu'elle vous fait d'écou
Devosplusgrands efforts est unmoleçons
.
chanfons,
tif trop juste.
Loignez l'airde Minerve àfon Illuftre
orgueil.
Les graces de Venus à fon riant
accueil
186 MERCVRE
De voſtre art trop borné , Muses ,
forcezla digue.
Et vous globes brillants , barmonieux
refforts ,
Pour celebrer les dons que le Ciel
luy prodigue,
AuParnaffe impuissant umiſſez vos
accords .
Peut estre me trouverez vous har.
dy , de donner à la Proje l'Epithete
de Robuste,mais on dit bien un ſtile
mafle, un ſtile vigoureux. Pourquoy
ne dira- t'on pas außi bien Robuste ?
C'estla mesme espèce de metaphore .
Lespremiers qui ont hazardé ces ex.
preſſions ont paru témeraires ,L'oreille
s'y fait. A dire le vray , peut estre
que ſans la contrainte des Bouts.ri.
mez, je ne l'aurois pas choify.
Il me reſte encore à vous ap
prendre la mort de pluſieurs perGALANT,
187
ſonnes confiderables de l'un &
de l'autre ſexe , dont voicy les
noms.
Meffire François d'Epinay ,
Marquis de Saint Luc. Il eſtoit
Fils du feu Marquis de Saint
Luc , Chevalier des Ordres du
Roy , feul Lieutenant General
au Gouvernement de Guyenne,
& d'Anne de Buade , Fille de
Henry , Comte de Palluau , &
Petit- fils deTimoleon d'Epinay,
Seigneur de Saint Luc , Comte
d'Eſtalen, Mareſchal de France ,
Gouverneur de Broüage , &
. Lieutenant General au Gouvernement
de Guyenne,& de Henriette
de Baſſompierre, Soeur du
Mareſchal de ce nom.Ce Maréchal
de Saint Luc eſtoit fils de
François d'Epinay, Grand'Maitre
de l'Artillerie,Chevalier des
Ordres du Roy,LieutenantGe-
1
188- MERCVRE
neral au Gouvernement de Bretagne,&
Gouverneur de Broüage
, qui fut tué au Siege d'Anvers,
d'un coup de mouſquet àla
teſte en 1597.M.le Marquis de
Saint Luc, qui vient de mourir,
eſtoit ledernier maſle de ſa Maiſon,
& n'a laiffé qu'une fille de
fon mariage avec Marie de Põpadour,
Fille aînée du feu Marquis
de Pompadour , Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant
General au Gouvernement de
Limofin,dont la cadette a épousé
M. le Marquis de Hautefort ,
Colonel du Regimentd'Anjou ,
&Mareſchal de Camp.
Dame Françoiſe le Tellier.Elle
eſtoit veuve de Meſſire Jacques
Dyel , Seigneur de Miromeſnil,
de Condecour, & autres
lieux,Conſeiller d'Etat ordinaire,&
Oncle de M. de MiromefGALANT.
189
nil , Maistre des Requeſtes , In
tendant de Iuftice en Touraine.
Milord Moncaſſel. C'eſt le fameux
Macarty,qui s'eſt ſouvent
diſtingué en Irlande au ſervice
du Roy d'Angleterre.Il y eſtoit
eſtimé & craint,& il y a fait des
actions fort hardies. Quand Sa
Majesté Britannique donna au
Roy cing mille Irlandois pour
les François qui estoient en Irlande,
il les commandoit enqualité
de Brigadier. Il s'eſt ſignalé
en plufieurs rencontres , en Savoye,
où il a eſté bleſſfé. Il a toû-
- jours ſervy depuis ce temps- là
avec beaucoup de distinction,&
devoit ſervir cette année en Allemagne.
Ses bleſſures ſe ſont
couvertes aux caux de Barrege ,
& ily eſt mort. Il eſtoit magnifique
& liberal , & tres- fidelle à
ſon Roy , qui l'a fait Milord en
France.
=
-
190 MERCURE
Madame de Montelon,femme
de M. de Montelon , Premier
Preſident au Parlemet de Rouen ,
&Soeur de M.de la Guillaumie,
Conſeiller au Parlement de Paris.
Elle estoit jeune , & tres -agrable
de ſa perfonne; il n'y a eu
qu'un ſeul ſentiment dans toute
la Province, fur cette mort imprévûë.
Tout le monde en a eſté
vivementtouché,&fans aucune
exageration , il y a eu beaucoup
de larmes répanduës. Elle avoit
une pieté ſolide,qui donnoit un
grand exemple dans la place
qu'elletenoit,&en même temps
elle faifoir les honneurs de cette
place , avec toute la dignité ,&
tout l'agrément imaginable . Jamais
perſonne n'a obligé de fi
bonne grace , & quand les occafions
ne s'en preſentoient pas ,
jamais perſonne n'a ſi bien fait
GALANT.
191
ſentir l'envie qu'elle auroit euë
d'obliger. Sa politeſſe n'étoit
. point dans de vains dehors , elle
partoit du fond de fon coeur , &
Juy donnoit un charme qui luy
eſtoit tout particulier. On ne
fortoit guere d'avec elle , fans
en eſtre touché.
Je vous ay parlé pluſieurs fois
tres-amplement de ce qui regarde
la Famille de M. de Montelon,&
fur tout lors qu'il fut fait
Premier Preſident du Parlement
de Rouen.
11-
M. de Pertuis , Marechal de
Camp, & Capitaine des Gardes
de feu M. le Mareſchal de Tu
renne . Il eſt mort dans ſon Gouvernement
de Menin fur la Lis.
M. le Marquis du Freſnoy, Seigneur
de Neuilly , & autres
lieux, & cy-devant Cornette des
Chevaux - Legers de Monſei
gneur le Daughin
192
MERCVRE
Meſſire François Quatre
Hommes , Preſtre , Docteur de la
Maiſon & Societé de Sorbonne.
Meffire Jean Jacques le Mairat
de Verville , Seigneur de Beaupré.
Il étoit Conſeiller au Grand
Conſeil, & n'a l'aifflé qu'une Fille,
qui eſt un tres -grand party .
Meffire Melchior de Harod
de Senevas , Marquis de Saint
Romain, Confeiller d'Etat ordi
naire , & cy-devant Ambaſſadeur
en Portugal, Suiffe, & Allemagne
. Il eſt mort âgé de quatre-
vingt trois ans , & poffedoit
les Abbayes de Purreau & de
Corbigny. Il commença à entrer
dans les negociations durant les
guerres d'Allemagne , par un
Traité qu'il fit avec le Chancelier
Oxenſtem , Directeur des
affaires de Suede en Allemagne ,
pendant la minorité de la Reine
Chriſtine.
A
GALANT. 193
1
en
Chriſtine. Enfuite il fut Refi
dent de France à Hambourg ,&
s'y trouva dans le temps que l'on
y fit le Traité préliminaire de
Paix. Ilvint avec lamefme qua
lité à Munſter pendant l'Affemblée
de la Paix , & ily futem
ployé en des negociations importantes,&
principalement
Suede , où on lenvoya penetrer
les intentions de cette Cour, au
ſujetde la Paix. Quelque temps
- aprés la paix des Pyrenées, comme
il eſtoit en réputation d'un
tres -habile Negociateur , il fut .
choifi pour aller en Portugal,en
qualité d'Ambaſſadeur ordinaire.
A peine futil de retour
qu'on le nomma Ambaſſadeur
extraordinaire auprés des Can
tons Suiſſes, où il rendit un fervice
tres -important à l'Etat, au
ſujet de la Franche-Comté. Les
Zuillet 1694.
H
194
MERCURE
differens qui ſurvinrent entre la
France & l'Empire,laprés le
Traité de Nimegue, ayant dõné
lieu auxConferances de Francfort,
il fut nommé en 1681.pour
lepremier Ambaſſadeurextraor
dinaire , & Plenipotentiaire que
leRoy y envoya. Les difficultez
&les incidensque les Miniſtres
de l'Empereur y firent naiſtre ,
afin d'engager les Etats de l'Empire
dans la guerre contre la
France , obligerent le Royde le
rappeller au commencement de
Decembre 1682.Il eſtoit d'une
ancienne Maiſon du Lyonnois .
M. de Pracontal eſt ſon Neven.,
& ſon heritier.Vous ſçavez qu'il
a épousé Mademoiselle de Monchevreuil,&
qu'il s'eſt diſtingué
par ſa valeur, par ſes emplois, &c
par ſes Services dans les Troupes.
GALANT
Meſſire Charles Joſeph Mareſchal,
Seigneur de Veſet&de
+ Thiſe , Conſeiller du Roy en ſa
Courde Parlementde Besançon,
& l'un desMagiſtrats de l'Hôtel
de Ville.C'eſtoitun parfaitemet
honneſte homme,reconnu Amy
genereux & fincere , & univer
ſellement eſtimé, de qui l'a fait
regreter de tout le monde.
eſtoit Frere de feu M. Maref
chal,Premier de la Chambre des
Comptes de Dole , & de Madame
Marefchal,dont je vous ayr
appris la mort au commencement
de cette Lentre 33
2 Je finis par une autre qui a
fort touché Mrs de l'Academic
Françoise. G'oft colle de Mr du
Bois, mort d'une Fievne maligue
le premier jour de ce mois.
C'eſtoit un homme d'un eſprit
fort net , & qui joignoir une
H 2
T96 MERCURE

pieté ſolide à une parfaite connoiffance
de tout ce qu'une longue
application peut faire acquerir
de vives lumieres dans
les belles Lettres. De fi grandes
qualisez l'avoiene faie choiſir
pourGouverneur de feu M. de
Guife . Il nous a donné la Traduction
des Lettres , des Confeffions
& de quelques Sermons
de S. Auguftio , celles des
Offices & des Traitez de l'Amizié&
de la Vieilleſſe , de Ciceron
Tous ces Ouvrages font
accompagnez de Notes ſçavantes
& curieufes. Il s'appelloit
Philippe Goibaut , & il eſtoit
d'une fort bonne Famille de Poitiers.
Il n'y avoit que neufmois
qu'il avoit cſté receu à l'Academic.
Il n'y a rien de plus glorieux
que de gagnerdesBatailles,mais
GALANT .
197
S
- lagloire du Vainqueur est fort
augmentée, quand elles ont des
fuites avantageuſes." Afdrubal
reprochoit à Annibal qu'il ſçavoit
vaincre, mais qu'il ne ſça
voit pas joüir de ſa Victoire .
On ne fera point de pareils re
proches à M. le Maréchal de
Noailles, puifqu'à peine a-t'on
appris le gain de la Bataille de
Ter,qu'on aſceula priſe dePa
lamos , Place accompagnéed'une
forte Citadelle, & munte d'u
neGarntfon nombreuſe , & de
toutes les chofes neceſſaires
pour une vigoureuſe défenſe,
Ce premier fruit de la Victoire
- a eſte ſuivi d'un fecond, encore
plus glorieux. C'eſt celuy de la
fameuſe Ville de Gironne, qui ,
fi l'onen veut croire fes Regiſtres,
a eſté aſſiegée vingt& une
fois, ſans avoir jamais eſté pri
*
198 MERCVRE
ſe. Elle estoit défenduë par ce
luy qui ſoutintledernier Siege,
&qui n'avoit rien oublié pour
faire une forte reſiſtance, ayant
fait fairediverſes coupures,barxieres
& retranchemens dans
la Ville , où le grand nombre de
Forts & de Redoutes qui la défendoient,
joint à celuy de la fizuation
, la mettoit en eſtat de
foutenirdivers affauts . La Ville
eſt ſituée dans un vallon,& croifée
par leTer. Cette Riviere en
joint une autre , qui vientde la
montagne de France. Ilya trois
Forts , dont un eſt à quatre Baftions
reguliers , & fort vaſtes.
Les logemens font de maſſif, de
maſſonnerie, & pratiquez dans
l'épaiffeur des ramparts. Il eſt
appellé FortRouge, àcauſe qu'il
eſt baſty de brique . Le ſecond
eſt celuy de la Citadelle. Il eſt
GALANT.
199
irregulier ; mais flanqué parde
bous Baltions , & reveſtu de
pierres de taille. Les Ennemis
ont fait baſtir quatre Redoutes
autour de ce Fort , & elles
font reveſtsës. Il y a auffi de
Fort du Calvaire , ſans com
pter un retranchement que
les Ennemis ont fait fur la
hauteur des Capucins , & qui
peut tenir place parmi les Forts,
eſtant tres-eſcarpé d'un côté, &
flanqué de l'autre par des Forts
&des Redoutes . Ces Forts font
éloignez les uns des autresd'environ
deux cens toiſes . Il y a de
diſtance en diſtance des Redoutes
fort incommodes qui enfiloient
les Tranchées , & qu'on
ne pouvoit attaquer ſans être expoſé
àpluſieurs feux. La Ville
n'eſt fortifiée,du côté de la montagne
, que par des Tours & un
H 4
2.00 MERCVRE
Foffé ſec , & il a du côté de la
Plaine , des Baſtions , Demi lu
nes , Contregardes , Foffez , &
Chemins couverts. 3.
• Avant que de lire le détailde
ce Siege , jettez , s'il vous plaiſt
Les yeux , fur le Plande la Ville
& des Forts , que j'ay fait graver
exprés pour vous l'envoyer .Come
il a eſté fait ſur les lieux , par
les plus habiles Ingenieurs, pour
la fatisfaction des perſonnes du
premier ordre , qui l'ont voulu
voir , la connoiſſance qu'il vous
donnera de la ſituation de la Placesvous
doit faire prendre plus
de plaiſir à la lecture de ce que
vous trouverez enſuite.
1. La Ville .
Autre partie de la Ville.
3. Fort, ou Retranchement des
Capucins
THEQUE
DELA
VILLE

LYON
*
1000 *
C
F
V
d
5
d
V
1
2
3
GALANT. 201
4. Fort du Conneſtable.bd 201
5. FortduCalvaire.or
6. Redoute de la Villeando ol
7. Redoute du Capitouho st
8. Baſtion des CarmesILTONS
9. Fortde Mont- Jouy, ou Fort-
Rouge...
10. Redoute à Plate-forme.via
11. Redoure de Bournonville .
11. Reduit des Allemansecoli
13. Ravines pour communiquer
aux attaques .
14. Chemin fait pour monter
sale Canon à l'attaque du
Conneſtable obre
15. Autre Chemin pour faire la
Batterie contre les Capucins.
16. Batteries qui n'ont point
Sertiré
Après la reduction de la Ville
&la Citadelle de Palamos,pen
dant que M.le Meréchal Duc de
Noailles , fit travailler à reparer
His
MERCURE
les bréches,& à rétablir les Fortifications
de la Place , il donna
le change aux Ennemis , en faiſant
répandre le bruit , en habile
General, qu'il alloit faire le Siege
de Barcelone , afin de les inquieter,
& de les engager à faire
diverſion de leurs Troupes. Il fic
plus encore , car aprés que la
Flotte eur débarqué le gros Canon,
pour le Siege de Gironne,
il l'envoya devant Barcelone ; ca
qui empêcha le Viceroy de dé.
garnir cette Place , & d'aller au
fecours de Gironne. Lapremiere
de ces Places fut dans de continuelles
inquietudes, tant qu'elle
vit la Flotte devant fes mars ,
pour les continuer , & même
pour les redoubler , M. le Maréchal
de Tourville fit des décentes,&
alla dans de gros Villages,
fauez au bord de la mer,dont les
GALANT. 203
Habitans luy dirent qu'ilsſouhar
toient d'estre au plutôt ſous l'obéis
fance du Roy parce qu'ils étoient fort
maltraitez des Espagnols.
M.de Noailles étant décampé
le 17.vint camper à Sainte Chirſtine
, & le 18. à Caſa de la Sal .
va, d'où il fit partir à onze heu.
res du ſoir dix- huit cens hom.
mes d'Infanterie , & deux mille
Chevaux, ſous les ordres de M.
de Saint Silvestre , Lieutenant
General,pour inveſtir Gironne.
M. de Noailles y arriva le 19.
avec le reſte de l'Armée . L'ar+
tillerie y arriva le 20. & ceGe
neral employa les deux jours
fuivans àreconnoiſtre la Place. Il
fitfairedes chemins dans la моп-
tagne pour paffer du Canon
qu'on mit for lahauteur des Capucins,&
furune autre vis- à- vis;
ce qui ne ſe fit pas fans beaucoup
H6
204 MERCURE
de peine & de travail , parce
qu'il falut l'y voiturer à force de
bras , & dreſſer de batteries avec
des facs à terre . M. de Noailles
ordonna auſſi qu'on fiſt un pont
fur la Riviere du Ter. Le poſte
des Capucins ayant été battu du
Canon, le 22.on commanda fur
les trois heures aprés midy un
détachement d'Infanterie. & de
Miquelets pour l'attaquer ; mais
les Ennemis voyant qu'on alloit.
à eux la Bayonnette au bout du
fufil , l'abandonnerent avecune
redoute voiſine , fans faire pref.
que aucune refiſtance. Il n'y eus:
qu'un Soldat tué , & quatre ou
cinq bleffeze πολυτή καινίσ
-Avant l'ouverture de la tran.
chée,les Ennemis firent unefors
tie de leur Cavalerie , pour fou
tenir leurs fourageurs , mais on
ne put les aprocher, parce qu'ils.
GALANT. 205
eſtoient prés de leurs remparts,
&qu'ils fe retirerent avec preci
pitation.
Le 2.3 . on dreſſa de nouvelles
batteries contre la Ville & con
tre le fort du Connétable.c
Le 24. la tranchée fut montée
par M. de Chafferon, Lieutenant
General , & par M.de Longueuil
avec fix bataillons . On l'ouvrit
en fourche au Fort du Connétable
, afin d'aller par la droite &
par la gauche droit à la Ville.La
tranchée fut foutenuë par le canon
& par les bombes . Les Ennemis
firentune ſortie d'environ
cinquante hommes d'Infanterie
vers la hauteur des Capucins, fur
nos gens qui estoient dans des
poſtes avancez du coſté du Fort
du Connetable .. Un Lieutenant .
du Regiment de Noailles fut
tué , &M. de Monluc Colonel
206 MERCVRE
d'Infanterie bleffé. Ily eut fix
foldats tuez ou bleſſez , & les
Ennemis furent contraints de ſe
retirer .C'eſt le ſeul exploit qu'ils
ayent fait pendant le Siege. Ils
raillerent beaucoup ce jour là, à
l'occaſion de la Feſte de S. Jean ,
tirerent pluſieurs coups de Ganonfans
balle, & firent des feux
de joye. Comme on trouva du
roc par tout fur la hauteur des
Capucins , on y mit pluſieurs
mortiers en batterie
Le 25. ces Batteries tirerent
des bombes fur les huit heures
du matin. On fit ce jour- làune
autre batterie de quatre mortiers
au bas de la montagne , & la
tranchée fut montée par M. de
Saint Silvestre & par M.de Genlis
, avec fix Bataillons . On mit
quatorze piece de Canon en batterie
fur la hauteur des Capu
ns
GALANTA
107
:
Le 26. la tranchée fut montée
par M. de Quinfon , & par
M. de Prechac. Les deffenfesdu
Fort du Connétable, furent battuës
par les quatorze Canons
dont je viens de parler , auffi
bien qu'une Redoute qui eſt au
deffous du coſté de la Ville. Le
Canon ayant ruiné une partie
des defenfesde ces ouvrages,&
fait une breche à la face du ba
tion du Fort où un homme ne
pouvoit monterque tres-diffici .
lement,& audevant de laquelle
ily avoit un Foffe , & un fore
bon chemin couvert;& noftre
tranchée eſtant encore éloignée
d'nviron cent cinquante pasi
Les Ennemis ne laifferent pas
d'abandonner ce Fort & cesRedoutes
ſur lesdix à onze heures
dir ſoir do 27. aprés que latranchée
cuteſtémontée parM. la
1
20 MERCURE
Comte de Coigny & par M. de
Reynac qui curent l'avantage
de ſe rendre maiſtres de ces poſtes,
dont les Ennemis avoient
tranſporté le Canodans laVille .
On apprit cette nouvelle par les
rendus quel'on conduifit àM.le
Comte de Coigny, fon quartier,
eſtant au bas de la Montagne
proche de la Ville , où il receut
le meſme avis de M. de Reynaci
qui commandoit fur la hauteur
des Capucins. M. deCoigny en
avertit Mide Noailles, &fi- toſt
qu'il eut receu les ordres de ce
General, il envoya des troupes
qui en prirentpoffeffion, & crie.
rent Vive le Roy dans l'un &
dans l'autre Forma
Le 28. la tranche fut montée
par M.deChaſeron,& parM.le
Marquis deNoailles .Onmiten
batterie prés des murailles de
I
GALANT. 20
e
2
laVille 20 groffes pieces deCaut
non , dont quatorze eſtoient fu
perieures à la Ville , & feizes
Mortiers , qui firent un feu com
tinuel. Le Canon fit deux bre
ches aux murailles de la Ville,
qui n'ont n'y rempart ny chemin
couvert dece coſté- là, par
ce que l'on ne croyoit pas que
la Ville puſt eſtre attaquée par
cet endroit àcauſedesForts qui
la couvrenr. Les Bombes fireme
auſſi leur effet , & mirent le feu
à plufieurs maiſons qui furent
brulées. Latranchée étoit ſi prés
des bréches ,qu'on pouvoit mon.
ter à l'effſaut ; de forte que les
Ennemis l'apprehendant ,
ſçachant qu'on étoit ſur le point
d'attacher trois mineurs batirent
la chamade. M. de Noailles
envoya auſſi -toſt M. de Lapaга
dans la Place ,ou aprés une in
210 MERCURE
finité d'allées & de venues ,il
conclut la Capitulation ſuivante
avecDom Carlos de Suero,
Meſtre de Camp General de
l'Armée du Roy Catolique , en
Catalogne , & Dom Horacio
Copula ,General de Batailledu
meſmeRoy Catholique,&Gou .
verneurdeGironne.
Que le 30. du mois de Iuin courant,
àdix heures du matin , ilferoit
remis liwé aux Troupes de Sa
Majesté tres Chreftienne, que M. le
Mareschal de Noailles trouveroit à
propos d'y envoyer, unedes Portesde
LaVille, une de chacun des Forts
Redoutes qui restoient encore au
pouvoirdes Troupes du Roy Catholi
que. 13
Que le 1. de Iuillet , Dom Car-
Los Suero , Dom HoraciodeCopu-
In, avec tous les Officiers & Soldats,
qui composent la Garnison de laVille
GALAN T. 211
-
Forts aux environs de laditePlace,
fortiroient avec leurs armes
bagages, les Officiers avec leurs che
vaux , les Cavaliers avec leurs
armes.
Que tout l'argent&effets ,
toutes les munitionsde boucheode
guerre ,&generalemont toutes les
choses appartenantes au RoyCatholi
que ,feroient de bonne foy remifes
entre les mains des Commiffaires des
Guerres,&autres personnes queM.
leMaréchal deNoailles deftineroit,
qu'à cet effet les clefs desMagafins,&
autres endroits leurferoient
remisess だ初
2
Quetous les Chevaux des Compagnies
duTerſe de Cavalerie,&d'autres
, qui avoient composé la Garnifon,
seroient remis ledit jour premier
Iuillet , avec lears felles barnois
entreles mains des personnes que M.
Le Maréchal destineroit pour les ve
1
212 MERCURE
#
cevoir , àla réserve de dix Chevrax
parCompagnie àcondition pourtant
gac le nombre ne pourroit exceder ce
luy de cent-buit.
QueDomCarlos Suero, Dom
Horacio Copala avectous les Officiers
Soldats, dont ba Garnison estoit
composée, accompagné de l'escorte
quorleur donneroit, proient en Arragon
, par ba Cerdagne , tenant lo
chemin de Gironne auPont Major
àMadigna,Vallée de Cornella, Tont
d'Agnolle , Saint Pau , Campredon,
Pardme , Ruies , Palau, Montalla,
la Seu d'Vigel , Organna Alcana,
Pont Dolagner, Tamarra, àAr
ragondelget
Que Dom Carlos Suero , Dom
Horacio de Copula , les Officiers
des Regimens d'Infanterie , Dom
Thomas de Cabos de la députation de
Catalogne , de Dom Gaspard
Osio ,Dom Louis de Avena , Dom
2
GALANTS
213
Francisco de Luna, Espagnols ;d'Ef
pinoufe de Becq de Caberia,Al
Lemans , du Prince de Macha de
Moushafgui , Italiens, les onze
Compagnies da Terſe de Cavalerie,
les quatre compagnies de Miquelets
, qui avoient permißion de
Sortir, pourroient emmener vingtper-
Sonnes maſquéesρη όπο
-Que Dom Carlos Suero & Dom
Horacio Copala, laiſſeroient desOfficiers
de la Garnison pour ôtage ,
jusqu'au retour de l'Escorte.
LaCapitulation ayant été ainfi
arrêtée le 29. de Juin au foir, les
Ennemis remirent une Porte de
laVille,& le FortRouge, le 30.
& fortirent de la Place le pre
mier de Juillet, par la Porte qui
eſt à coſté du Pont- Major.M.de
Noailles fit beaucoup d'honnê
retez au Gouverneur , qui eft
d'un âge fort avancé. Ce Gou
214 MERCVRE
veraeur marqua qu'il étoit char
mé des manieresde ce General.,
Il fortit de la Place , trois mille
cinq cens hommes. Ilen avoit
deſerténeufcens pendant leSicge.
Il y avoit autre cela quatre
mille Bourgeois dans la Place,
qui avoient pris les Armes , c
même formé pluſieurs Regimes.
LesTroupes qui enfortirent prirent
leur marche entre deux li
gnes , formées d'une partie de
celles de noſtra Armée , qui étoient
en Bataille dans une petite
Plaine . M. le Maréchal aprés
avoir quitté le Gouverneur, qui
avoit pris le devant , avecla Cavalerie
démontée , vit paſſer le
reſte de la Garniſon. Il ne reſtoit
que cent quatre- vingt hommes
d'un Regiment Allemand , &
d'un Napolitain , qui faisoient
enſemble plus de mille hommes
GALANT.
2
au commencement du Siege. La
defertion cõtinua dans leur marche,&
il ſe redic parmi nosTroupes,
non feulement pluſieurs Soldats
de cette Garnison , mais en
core de celle de Barcelone,& du
peu qui reſte des Troupes aux
EnnemisenCampagne . L'EvêquedeGironne,
qui eſt Corde-
- lier , vine fauer M. de Noailles.r
Il en futtres bien reçû. LeClergé
, & tous les Ordres s'eſtoient
- déja acquittez de ce devoir, auffi-
- bien que les Confuls , & M. let
Maréchal les affura tous qu'il les
protegeroit , pourvû qu'ils de
meuraffentdans leur devoir.
Jis'eft trouvée trois censtren
te deux Chevaux dans la Place
que la Cavalerie avoit laiſſez,felon
la Capitulation , &M. de
- Noailles les a fait diſtribuer aux
Officiers de fon Armée, Les En16
MERCVRE
nemisy ont laiſſe quarante-deux
pieces de Canon , dont il y en a
vingt fix de fonte , & une mar
quées aux Armes de France,deux
mortiersà la maniere d'Eſpagne,
foixante-douze milliers de poudre
, quarante- ſept milliers de
plomb , &quarante-huit demeches,
avec quantité d'autresmunitions
de guerre & de bouche ,
M. leMarquisdeGenlis,Maréchal
de Camp, Commande dans
cette Place , Rien n'eſt en meil-.
leur eſtat que les Troupes ; elles
font au milieu du plus beau froment
du monde , & elles n'ont
pasdemie lieuë à faire pour aller
au fourage. Le commencement
de cette Campagne eft tres glo
rieux à M. le Maréchal. Depuis
le 27. de May juſqu'au 30. de
Juin ; ce General a gagné une
Bataille , pris deux Villes , une
Cita
GALANT . 217
Citadelle,trois Forts ,& pluſieurs
Redoutes où les Ennemis ont
= perdu plus de quinze mille hommes
,& tout cela avec une perte
ſi mediocre de noſtre part , qu'à
peine peut- on dire qu'on ait rien
perdu. Depuis la ſeule priſe de
Gironne , noſtre Armée a eſté
groffie de treize cens deſerteurs
des Ennemis, ſans compter ceux
qui estoient venus s'y rendre
aprés la perte de la Bataille , &
la priſede Palamos.Tous ces Déſerteurs
ont aſſuré que leur Armée
eſtoit de vingt deux mille
hommes avantla Bataille du 1er.
La perte de Gironne chagime
d'autant plus la Cour de Madrid
qu'elle regardoit cette Place cóme
le Boulvard de l'Eſpagne,
& qu'elle la croyoit imprenable
à cauſe du grand nombre de Sie .
ges qu'elle a foutenus en diffe
Iuillet 1694. I
218 MERCURE
rentes occafions, ſans avoir eſtè
reduite : Cependant cette gran--
de Conqueſte qui aſſure toutes
celles du Roy en Catalogne,a été
faite en moins de cinq jours de
trachée ouverte,& n'a couté que
foixante hommes. La prompti .
tude de ce ſuccez eſt deuë à l'a
tivité de M. de Noailles , qui
bien qu'incommodé d'un Rhumatiſme,
s'eſt trouvépar tout, &
s'eſt fait porter aux endroits où
il ne pouvoit aller. Son affabilité
, & la douceur de fon Com
mandement , gagnant tellement
les Troupes , quoy qu'ilne ſe relache
en rien de la diſcipline,
qu'il n'y a aucune entrepriſe
qu'elles ne foient preſtesde tenter
fous ſes ordres,
Je viens d'apprendre quelques
circonſtances nouvelles qui ne
doivent pas eſtre oubliées. Elles
GALANT . 219
font voir que quoy que la Place
ait été priſe en fort peu de tems ,
elle en auroit encore moins cou
té, ſans l'obſtacle qu'on fut obli
gé de ſurmonter . L'endroit où
l'on avoit refolu d'ouvrir laTran-
.chée s'étant trouvé preſque tout
roc , on n'y peût creuſer la terre ,
de forte qu'il y fallut porter de la
terre avec un nombre de fafcines
&de gabions , pour faire des
épaulemens. Cela demandoit du
travail & de ladiligence , & l'on
en fit tant en cette occaſion, que
l'ouverture de la tranchée ne fut
reculée que d'un jour . 7
Je dois ajoûter qu'à la Sortie
que les Ennemis firent pour reprendre
le retranchement des
Capucins , où ils furent vigou .
reuſement repouſſez ,M.le Marquis
de la Garde fut bleſſé , &
que c'eſt tout le ſang que nous a
couté ce poſte .
220 MERCURE
Les Habitans de Gironne é
toient perfuadez qu'eſtant ſous
la protection de S.Narciffe,dont
ils ont le corps, leur Ville ne ſeroit
jamais priſe , & qu'il continueroit
à interceder pour eux ,
come il avoit fait toutes les fois
qu'elle avoit été attaquée , mais
ils atribuent preſentemetla cauſe
de ſa reductio ,à ce que le Roy
de France combat pour la gloire
& le maintien de la vraye
Religion. L'Inquifition d'Eſpa .
gne eſt du meſme ſentiment,&
fouhaite la paix , pour voir refleurir
la vraye Eglife. Le Roy
d'Eſpagne la voudroit auffi; mais
les deux Reines , dont l'une eſt
Soeur , & l'autre Belle- foeur de
l'Empereur s'y oppoſent fortement
, & n'oublient rien pour
mettre dans leur party tous les
Seigneurs du Conſeil d'Etat . Le
GALANT. 22
e
1
X
1
Duc d'Oſſonne y eſtoit entierement
oppofé , ainſi que Dom
Emmanuel de Lira , Secretaire
des Dépeſches univerſelles . Ce
dernier mourut il y a quelques
mois affez ſubitement, & l'autre
vient de mourir d'une mort en
core plus prompte ; les efforts
qu'il fit pour éternuer aprés.
avoir pris du Tabac , furentfi
grands , qu'il en cat l'épine du
dos rompuë. Sa langue fortit de.
fa bouche,& fes yeux de ſa teſte,
qui ſe fendit en deux.Je finis de
peur de raiſonner fur des morts:
ſi peu ordinaires ,dontje ne veux
accuſer perſonne.
Pendant que la conſternacion
rempliſſoit la Ville de Madrid ,
lajoye éclatoit à Paris ,& on s'y
préparoit à faire des feux de
joye , & à chanter leTeDeum..
13
222 MERCVRE
}
Voicy la Lettre du Roy écrite
fur de ſujet à M. l'Archeveſque
de Paris.
Mon Cousin. Ie nepuis eftre in.
ſenſible à la joye d'avoir remporté
un avantageque lefortdesArmes
m'avoit autrefois refuse. Iefuis
Maistrede Gironne. Cette Place a
esté aßiegée le 24. du mois dernier,
par mon Cousin le Maréchal Duc de
Nozilles, quoy qu'ellefustdéfen
duë par les avantages de ſa ſituation
par une Garnison deprés de cing
mille hommes , &par la réputation
qu'elle s'estoit acquiſe, elle s'est ren.
duë après cing jours seulement de
tranchée ouverte , aux conditions
qu'on a voulu luy impofer.Plus cette
conqueſte a esté facile , plus je me
(ens obligé d'en rendre graces au
Ciel qui en épargnant lefang de mes
Sujets , ajoûte à la gloire du succés
GALANT.
223
une faveur qui m'est plus precieuse
que toutes les autres qu'il m'accorde.
Ie vous écris donc cette Lettre , pour
vous dire que mon intention eft, que
vous faffiez chanter le Te Deum
dans l'Eglife Cathedrale demabonne
Ville de Paris, le 14. de ce mois,
àl'heure que le GrandMaistreou le
Maiftre des Ceremonies vous dira de
ma part , &je donne ordre à mes
Cours d'y aßiſter en la maniere ac -
coutumée, Surce je prie Dieu qu'il
vous ait , mon Coulin, enſaſainte
digne garde. Ecrit àVersailles le
12. jour de Iuillet 1694. Signé
LOVIS. Et plus bas, Phelypeaux.
Quoyque perſonne n'ait parlé
plus amplement que moy de la
defcente faite à Camaret, par les
Anglois & Hollandois joints
enſemble , je dois encore vous
dire qu'il y a pluſieurs années
que l'AmiralAlmonde,qui com
1
224
MERCURE
mande la Flote de Hollande;
s'eſtoit mis cedeſſein en teſte ,&
il avoit pris tant de meſures pour
y réuſſir , qu'il en croyoit le ſuccés
infaillible . Ainſi c'eſt à luy
en partie qu'eſt duë la honte de
cette action , & la perte qu'on y a
faite, qui de jour en jour a part
plus grande, tant parle nombre
des Vaiſſeaux perdus ou endommagez
, que par la mort des perſonnes
de conſideration parmy
les Ennemis. Vous ſçavez combien
y font regrettez le General
Talmach , & l'Ingenieur la Mothe.
On a ſceu depuis ce tempslà
qu'ils avoient auffi perdu en
cette occafion le Sieur Dupuy ,
Ingenieur François , dont ils faifoient
un cas tout particulier.
Tout ce qui estoit à ſouhaiter
pour nous en cette entrepriſe ,
C'eſt que les Ennemis fuſſent ve,
GALANT .
225
nus en plus grand nombre , puis
que, ſelon toutes les apparences,
il n'en feroit reſté aucun , tant
les ordres estoient bien donnez
par tout pour les recevoir. M.de
Vauban, comme Lieutenant General
, eſtoit à Breſt, & M. le
Comte de Servon , Maréchal de
Camp, qui commandoit ſous lay
les Troupes reglées. La Nobleſſe
& les Milices du Pays , eſtoient
fur les coſtes. Il fit mettre avec
une diligence incroyable la Cavalerie
en bataille ſur la hauteur
de Camaret , à la veuë de l'Armée
ennemie , & les Milices
dans les retranchemens , tout le
long de la coſte,de maniere qu'il
eſtoit abfolument impoſſible que
l'entrepriſe des Ennemis euft
aucun ſuccés . On a depuis ledépart
des Anglois , placé encore
vingt pieces de Canon à Cama
226 MERCURE
ret. La Ligue eſt d'autant plus
déconcertée du malheur de cette
affaire, que c'eſtoit le ſeul moyen
qui reſtoit au Prince , d'Orange,
de tous ceux par où il avoit crû
entamerla France . Il avoit affuré
les Alliez que les François
n'auroient point cette année
d'Armée en Campagne en Flandre
, & que leurs Troupes demeureroient
ſur la défenfive
dans les Villes frontieres. Go .
pendant c'eſt luyqui ydemeure,
eſtant , quoy qu'en campagne ,
auſſi enfermé dans ſes retranchemens
, que s'il eſtoitdans une
Ville , pendant que noſtre Arméea
toujours demeuré découverte
, & mangé tout le Pays des
Princes qu'il force àdemeurer
dans la Ligue. Tant de mauvais
fuccés ont fort affoibliſon party ,
caforte qu'on a fait àLondres un
GALANT.
227
Libelle fort ſanglant contre luy,
& contre leGouvernement preſent,
ſous le titre deDialogue entre
Olivier Cromyel , & le Frince d'Orange;
& que la Princeſſe d'Orange
eſtant allée un matin à
l'Eglife , elle ne ſe trouva ſuivie
que de deux ou trois Dames
qui luy ſont des plus affectionnées.
Tout le reſte s'eſtant abſenté
, elle ordonna qu'on viendroit
ſe juſtifier à laCour du Tapis
vert,&dit que ſi ellesymanquoient
, elle les aſſigneroit à la
Chambre des Comptes.Ce font
des manieres de proceder en
Angleterre en des pareilles occaſions
. La Comteſſe de Malboroug
eſt cauſe en partie de ce mépris
qu'on a fait paroître pour la
Princeſſed'Oarnge.On comence
à en marquer beaucoup en Hollande
pour le Prince ſon Mary ,
1
16
228 MERCVRE
&l'on vientd'y faire fraperune
Medaille, où d'un coſté on voit
ſon Buſte ,ſans qu'il y ait aucune
Inſcription autour. Ily aun tambout
au revers ,au deſſus duquel
font deux Baguettes croifées , &
autour ces paroles , Il estfait pour
eftre battu. Comme il n'y a point
d'année depuis l'ouverture de
cette guerre, qui n'ait donné occafion
à une pareille Medaille, il
y a long temps qu'elle eſtoit inventée
, mais on ne l'avoit pas
encore fait fraper..
On s'eſt plaint que les Enigs
mes qu'on propoſoit , eſtoient
trop faciles,& depuis deux mois
on commence à dire qu'elles ne
font pas bonnes , à cauſe qu'on
n'en peut trouver le fens. Une
feule perfonne , fous le nom dur
Berger de Flore , a trouvé celuy
de la derniere , &l'a expliquée
par ces deux Vers..
GALANT. 229
:
Ieveux que Mercure mereffe ,
Si l'Enigmen'est d'un Careffe.
Le Caroſſe eſtant composé de
Moutons , les mene quand il va
à la campagne. On a affez marqué
que le mot de Moutons devoit
eſtre pris dans un ſens different
de ceux d'un Berger , en
commençant l'Enigme par ce
demi Vers.
Sans garder de Troupeaux.
L'enigme qui fuit eſt deM.
David de Bourdeaux .
ENIGME .
Senselat
Ans pompe , fans éclat , sans
,
Cequi fert d ornement est souvent à
ma fuite ,
Sans yeux ſans conduite
Le conduis tout ce qui me fuit.
Dans mes travaux jamais je neme
Le
230
MERCVRE
Le sçayrépandre avec égalité
Ma liberalité
Par tous les endroits oùjepaſſe.
Sous une autre figure ,
autre employ
dans un
L'apprens souvent ce qu'on ignore.
L'on me regle, je regle encore
Ceux qui se reglent avec moy.
Pour reprendre la ſuite de ce
que je vous manday le mois
dernier , Monſeigneur le Dauphineſtantfortmal
logé à Brueftein,&
la plupart des Officiers
Generaux eſtant auffi tres-incommodement
dans leurs poftes
, ce Prince reſolut , plutoſt
pour leur faire plaifir,que pour
s'en faire à luy-même,s'accommodant
aisément de tout , de
venir loger dans l'Abbaye de
Saint Tronice qu'il fit le 24. du
mois paſſé au grand contente
GALANT, 231
ment de toute l'Armée ; chacun
eſtant parfaitement bien logé ,
tant dans l'Abbaye qui eſt confiderable
, que dans la Ville. Avant
que de ſe rendre à Saint
Tron qui estoit à la droite de
l'Armée,Monſeigneur alla viſiser
toute la gauche ,y donner ſes
Ordres,& voir particulierement
l'Infanterie de la premiere ligne,&
le Camp de l'Arméeque
Commande M. le Maréchal de
Bouflers,dont le quartier general
étoit àVVarem jamais il ne
s'eſt rien veu de ſi beau que les
Troupes de ces deux Armées ,
tant Infanterie que Cavalerie;
elle est tres bien montée ,& les
Gardes du Roy ne l'ont jamais
eſté mieux. Il ne s'eſt rien veu
de plus beau que les Carabiniers.
Le Camp de Saint Tron
eftoit au deſſus de celuy da
232
MERCVRE
Prince d'Orange , à ſept lieuës
de Maſtrik,à ſept de Liege,& à
trois des Ennemis.Ils demeurerent
toûjours campez au même
endroit , ayant Tillemont devất
eux,& eſtant dans un Camp
fort avantageux,où ils s'étoient
extraordinairement fortifiez .
Le 25. ſurun avis que les Ennemis
avoient fait un gros détachement
pour aller du côté des
lignes , Monſeigneur détacha de
fon Armée les Regimens de
Dragons de Qelus, Chantran ,&
Saint Hermine , pour aller à
Mons , & plus avant fien effet
les Ennemis s'avançoient vers
nos Lignes , ce que n'ayant osé
faire , ces Regimens revinrent
joindre l'Armée,
Le 26. Monſeigneur alla voir
l'Infanterie de la feconde ligne,
que ce Prince viſua avec toute
GALANT .
233
l'exactitude que doit avoir un
bon General . La principale rai
fon qui l'avoit engagé à faire fi
exactement cette reveuë , eſtoir
à cauſe de la défertion , qui s'étoit
miſe dans les Troupes,qu'il
vouloit abſolument arreſter , &
comme elle estoit dans la Cavalerie,
ainſi que dans l'Infanterie,
ce Prince employa le 29. & le
50. à voir toute la Cavalerie , de
même qu'il avoit veu l'Infanterie
, & donna de fi bons ordres
pour l'une & pour l'autre , que
la déſertion a ceſſé depuis .
Aprés la Reveuë,Monſeigneur
alla dîner chez M. le Duc du
Mayne , qui avoit ſon quartier à
la gauche. Ils eſtoient douze à
table ; les cinq Princes , les trois
Maréchaux de France , M. le
Comte de Brienne , M. le Premier
& M. le Marquis de Ville
234
MERCURE
quier. Il y avoit outre cela deux
tables de douze couverts chacune.
Monſeigneur a ſouvent mangé
chez M.de Luxembourg ; ce
Prince a auſſi ſoupé chez M. le
Maréchal de Villeroy qui l'a
magnifiquement regaléice repas
aeſté accompagné d'une grande
Simphonie de Tambours , de
Trompettes &de Haut-Bois.
Comme la Bataillede Nervinde
a fait beaucoup de bruit , &
qu'il n'eſt pas moins glorieux
d'avoir eſté attaquer ſes Ennemis
dansdes retranchemens naturellement
fortifiez pareux-mêmes,
& auſquels ils avoient ajoûté
pluſieurs fortifications , que ſi on
les euſt attaquez dans une Place
forte , Monſeigneur voulut aller
fur le lieu pour examiner luymême
comment tout s'étoitpaffé
; & en effet il y alla le 24. &
GALANT.
235
remarqua ſi bien toutes choſes,
que ſes principaux Officiers qui
avoient eſté à l'action , furent
furpris de tout ce que ce Prince
leur diſoit là- deſſus. La pluſpare
des fortifications eſtoient encore
en eftat ; & on y a trouvé des
monceaux de cadavres fort ſecs.
Les Ennensis ſe tenant toujours
dans le mefme camp , Monfeigneur
crut qu'en allant fourrager
de leur coſté , il en fortiroit au
moins quelques Partis. Ce qui
obligea ce Prince d'aller luymême
le deux & le trois de ce
mois, faire fourrager la droite&
la gauche de l'Armée , le plus
avant qu'on pourroit du côté des
Ennemis , mais ils ne firent pas
paroiſtre la moindre Troupe. Il
n'en fur pas de meſme du coſté
de M. le Mareſchal de Bouflers,
car ayant envoyé un Party com.
236 MERCURE
mandé par M. du Roſel , Brigadier
de Cavalerie , du coſté de
Liege , il tomba ſur les Fourrageurs
des Troupes qui ſont dans
les lignes de Liege,batit l'Eſcorte
, prit plus de trois cens Chevaux,
& fit plufieurs Prifonniers.
Les Ennemis eurent plus de cent
hommes tuez en cette occafion,
avec le Commandant du Party .
M. le Marquis de Blanchefort,
Brigadier de Cavalerie , ſecond
fils de feu M. le Mareſchal de
Crequy , donna en ce rencontre
des preuves d'une grande valeur,
& d'une prudence conſommée.
Les fourages eſtant preſques
tous confommez dans les environs
de Saint Tron,Monſeigneur
reſolut d'en faire faire un general
du coſté de Nervvinde jufques
fur la Geette , & ce Prince
GALANT.
237
y alla luy mefme le ſept à la vûë
des Ennemis : mais loin de faire
aucun mouvement pour s'y oppoſer
: ils ne firent pas meſme
fortir aucun party , il en parut
feulement un du coſté de Landen
qui fut pouffé & battu par
nos Huſſars. Il arriva ce jour- là
beaucoupd'argent auCamppour
le payement des Troupes , &
pluſieurs Rendus bien montez,
aſſurerentque le Prince d'Orange
faiſoit chaque jour augmenter
les fortifications de ſonCamp.
Le 8. Monſeigneur ayant reçû
la nouvelle dela priſe de Gironne,
donna ordre en même temps
pour en faire la réjoüiſſance le
lendemain , ce qui fut executé,
Monſeigneur étantaccompagné
de tous ce qu'il y a de perſonnes
confiderables dans l'Armée . On
fit trois décharges à l'ordinaire
238 MERCVRE
qui furent commencées par
l'Artillerie.
Monſeigneur ayant fait confommer
tous les fourages des
environs de S. Tron, & meſme
juſques àune portée de moufquet
du Camp des Ennemis ,
crutqu'ilétoit àpropos que l'Armée
décampaſt,&donna le 10.
ſes ordres,pour la faire marcher
le à deux heures du matin.
Elle marcha ſur quatre Colomnes
toûjours dans la Plaine,ſans
que les Ennemis fiſſent lemoindre
mouvement, pour inquieter
ſa marche,
Monseigneur,M.le Maréchal
de Luxembourg , Monfieur le
Duc de Chartres , Monfieur le
Prince de Conty,&Monfieur le
Comte de Toulouſe , eſtoient à
l'Avantgarde. Iltombaune pluye
tres-froide ,qui ne ceſſa point
GALANT. 239
pendant tout le temps que la
marche dura. Enfin on arriva à
Oerle ſur le Jecker , qui eſt le
quartier general,ſagauche àFiles
,& la droite àune lieuë &demie
de Tongres . On conftruifit
auffi-toſt des Fours à Tongres ,
pour yfaire cuire le pain demu.
nition , & huit cens Chariots
qui estoient à Huy , ſervirent
pour le tranſport des farines ,&
de toutes les choſes neceffaires
pour cuire le pain.
Le 12.l'Armée de M. le Maréchal
de Bouflers quitta ſon
Camp de Vvarem , & vint camper
ſa droite à une portée de
Mouſquet de l'Armée deMonſeigneur.
Le même jour ce prin
ce vit la gauche & le Camp de
M. de Bouflers .
Le 13. Monſeigneur alla voir
le droite. Ce Prince monte tous
*
240 MERCURE
les jours à cheval pour voir tout
fon Camp , & tous les lieux des
environs. M. le Marquis d'Harcour
vint en meſme temps avec
ſon Camp volant prés deHuy en
deça de la Meuſe , pour couvrir
tout ce qui va de Huy au Camp
de Monſeigneur.
د
La nuit du 15. au 16.M.d'Ar.
tagnan , en qualité de Brigadier
d'Infanterie, commandant mille
hommes tant Infanterie que
Cavalerie , ayant avec luy M. le
Duc de Valentinois ,M. le Marquis
de la Valliere , & quelques
autres Colonels , alla à une lieuë
deHuy , recevoir le Trefor , &
foixante &dix Caiſſons. Ils conduiſirent
le Convoy au Camp
avec douze Prisonniers , & le
Commandant d'un Party de Liege
, qui s'eſtoit embusqué dans
un Village.
e
C
GALANT.
241
ر
&
Le 20. le même M. d'Arta .
gnan ayant avec luy cinquante
Maiſtres , & cent Dragons , M.
de Souſternon , Brigadier de Cavalerie
; M. de Surville Colonel
du Regiment du Roy, Brigadier
d'Infanterie , M. de Canillac ,
Enſeigne des Mouſquetaires,
pluſieurs autres allerent pour reconnoiſtre
les fourages , & en
Jaiſſant Tongres ſur leur droite,
pafferent la Cenſe de Monico à
Beaumerceau , laiſſant le grand
Loo fur leur gauche. On marqua
les endroits où on devoit poſter
le lendemain laCavalerie & l' Infanterie
quidevoient couvrir les
Fourageurs. Ilsdonneret lachaf.
de àunParty de Maſtrick. On
devoit aller le lendemain faire
ce fourage , mais on apprit que
les Payſans du coſté de Maſtrik
coupoient les Seigles , & Mong
Iuillet 1694. K
MERCURE
1
+
242
feigneur voulut aller luy-même
fourager de ce coſté là, & remit
au jour ſuivant le fourage qui
avoit eſté marqué .
Ce Prince a toujours eſté regulierement
informé de l'eſtat
desEnnemis. Il a tous les jours
tenu Conſeil pour deliberer fur
ce qu'il y avoit à faire , & fes
foins & ſa prévoyance ont embraffé
ce qui pouvoit regarder le
bien du ſervice.lin
Il ne s'est rien , paffé de con
fiderable en Allemagne depuis
l'action de Vviflock,qui ſe fit en
prefence de tous les Generaux
des deux Armées,& où nos gens
repoufferent les Ennemis, qui ſe
retirerentjuſqu'à leur Montagne
où eſtoit une partie de leur
Camp , ce qui auroit dû obliger
le Prince Loüisde Bade à s'engager
àune plus groſſe action ,pour
32
GALANT.
243
peu qu'il euſt eu envie de com
battre,ce que M. le Maréchalde
Lorge avoit cru , & qu'il defiroit
fi fort, qu'aprés cela il voulut demeurer
deux jours entiers dans
le même campement,quoy qu'il
en eust confommé tous les fourages,
pour attendre ſi l'Ennemi
defcendroit dans la Plaine , où il
auroit pû à ſon aiſe ſe mettre en
bataille, ayant l'avantage du lieu
fur nous , & beaucoup plus d'artillerie
dreſſée dans des endroits
tres-avantageux. M.le Maréchal
pour leur donner l'occaſion encore
plus favorable , voulut décamper
le troifiéme à dix heures
du matin. Letems eſtoit beau
& ferein , & propre pour une
action , eſperant que te Prince
Loüis de Bade feroit charger fon
Arrieregarde ,& qu'il ſe trouveroit
engagé au combat.C'eſt auſſi
K 2
144
MERCVRE
pour cela qu'il avoit ordonné
qu'au premier mouvement que
les Ennemis feroient pour aller
à luy,on retournaſt ſur ſes pas , &
qu'on l'obligeaſt à ſe battre.Cependant
il décampa Tambour
battant ,& avec toute l'aſſurance
d'un General qui n'auroit pas eu
un ſeul homme derriere luy,ſans
que qui que ce foit ſe mît en état
de l'inſulter , il repaſſa le Khin
aumeſme lieu où il l'avoit paſſé
pour profiter des fourages & des
vivres qui eſtoient en abondance
; ce qu'il fitfià propos , que
les Payſans commençoient déja
à couper les fourages,&à tranfporter
tous les grains & autres
munitionsdans les Iles du Rhin .
&de l'autre coſté de ce Fleuve,
que M. le Mareſchal avoit eſté
manger. Il eſt àpropos que vous
ſçachiez que le Bergeſtrat étoit
GALANT.
245
fans fourage,comme je vous l'ay
déja marqué,que Mile Maréchal
de Joyeuſe avoit eſté lui-même
pour s'en affurer;que tout le Païs
n'en auroit pas fourny pour un
jour à noſtre Armée , & que la
belle marche que fit M. le Maréchal
de Lorge pour venir des
bords du Neckre à Vviflok empêcha
le Prince Louis de Bade
de ſe rendre maiſtre des paffages
, pour empêcher noſtre Armée
de repaſſer le Rhin auffi- tôt
qu'elle fit , afin de donner le tems
aux Habitans du Palatinat qui
ſont en deça de ce Fleuve , de
fourager tout le Pais,& d'en enlever
cette abondance de grains
que nous y avons trouvées. Dés
que noſtre Armée fut paffée en
deçà, elle s'aſſura detout le Païs,
& empêcha l'Ennemy de paſſer
proche l'Ifle de SaintHoven,par
K3
246 MERCURE
des Ouvrages que l'on rétablit,
& dautres nouveaux queM. le
Maréchal ordonnapour cet éfet.
On fit camper aux environs toute
l'Infanterie , & toute la Cavalerie
plus bas,dont une partie alla
juſques dans laPlaine de Mayence
, à la porté du Canon de cette
Ville, y couper tous les fourages
& les blés , & y enlever tous les
vivres qu'on commençoit àtranfporter;
ſi bien que noſtre Armée
entrepaſſant s'eſt aſſurée des vivres
& des autres choſes necef
faires pour le reſte de laCampagne,&
vit chez les Ennemis,fans.
qu'ils oſent s'y oppoſer , ce qui |
ne ſe peut faire à moins que le
Prince Louis de Bade ne faſſe un
Pont fur le Rhin , pour venir à
nous, où ne pallſe à celuy de Mayence,
pour nous faire déloger :.
c'eſt où l'on l'attend, &il eſt fur,
GALANT . 247
que s'il fait un pas en avant , on
en fera cent pour le joindre, &
l'engager à un Combat. 3
Je crois devoir ajoûter ici l'extrait
d'une Lettre du 10. dattée
du Camp de Genheim.
Nous sommes depuis trois jours
dans ce camp , où il paroist par là
quantité de fourage qu'ont fait amaffer
les Generaux, que l'ony sera
le plus long-temps que l'on pourra s
en cas que les Ennemis ne nous obli
gent d'en fortir,s'ils faisoient un pont
fur le Rhin, ce qui feroit plaisir à
noſtre General à toutes ses Troupes,
qui ne refpirent que le combat ;
Car ce païsicy est moins fourré que
de l'autre costé du Rhin , quoy que
bon pour la fureté d'une Armée
quand elle est une fois campée , à
cause des ruiffeaux des marais
dont nous ne voulons point nous fervir
,puisque l'on fait faire des ponts
1
K 4
143 MERCURE
-
partout, abatre les hayes, combler le
fameux foße du Landevert , ra
commoder les digues &qu'enfin on
applanit tant qu'on peut les chemins
aux Ennemis pour les engager au
combat. Mais avec tout cela onpeut
juger à la contenance qu'ils ont te
nuëquand nous eſtions àportée,qu'ils
ne nous approcherontpas , ques'ils
paffent leRhin ce nefera que pour
nous empêcherd'allerplus avant dans
leur païs , &qu'ils le repafferont
avant que nous puißions les joindre.
Ainsi ayant un außi bon retranchement
devant eux que le Rhin l'on
peut croirequ'il nesepaffera riende
confiderable cette campagne.Hier 9 .
ils blefferent d'un petit camp devers
Mayence, de l'autre costé duRhin
le cheval d'un Dragon qui estoitde
l'escorte de noſtre General,qui alloit
visiter les postes qu'il fait occuper
entreSon Camp &Mayence. L'on
GALANT. 249
mépriſa tellement les Ennemis, que
personnene leur tira. Cependant ils
tirerent plus de quatre cens coups
Sans faire autre chose que de bleffer
le cheval d'un Dragon.
Cette Lettre , & ce qui la precede
, vous marque affez bien la
ſituation des affaires d'Allemagne.
Pluſieurs autres portent ,
- que le pain ne vaut tout au plus
qu'un fol marqué la livre dans
noſtre Armée , & le reſte des
vivres à proportion.
Depuis que toutes ces Lettres
ont eſté reçuës , il y en adu dixſept
qui portent que M. de Lorgesa
fait ſous Mayence , un des
plus grands fourages dont on ait
parlé depuis long- temps , nonſeulement
chaque Cavalier en a
emporté la quantité que fon cheval
enporte ordinairement,mais
on a auſſi amené fix mille ſacs de
K
250
MERCURE
blé au Camp , aprés avoir fait le
dégaſt du reſte , ſans qu'il foit
forty aucun Party de Mayence
pour inquieter les Fourageurs.
LesA ffaires des Alliez en Italie
n'eſtoient pas plus avancées
le 21. de ce mois , qu'à la fin du
mois paffé . Leurs Troupes ont
toûjours marché pour le Ren;
dez -vous general , fans avoir fair
beaucoup de chemin. Par les dernieres
Lettres , les Alliez attendoient
encore un Regiment de
Hongrois & unde Saxons. Les.
Eſpagnols font fort chagrins du
Commandement que l'Empereur
a donné au Prince Eugene..
H eft, non-feulement d'un âge
trop peu avance pour un Commandement
general ; mais tout
eſt à craindre de ſon impetuo.
fire , & l'aſfait qu'il fitodonner
L'année derniere au Fortde Sain
GALANT. 254
te Brigide , ſans qu'il y euſt de
bréche , fait connoiſtre que la
prudence eſt plus neceſſaire à
un general , que la valeur, Les
Alliez ont de la peine à conve
nir de la Place qu'ils attaqueront.
L'Empereurdemade qu'on
aſſiege Cazal , il a fes raiſons ,&
il acheveroit par-là d'aſſujettir
les Princes d'Italie , qu'il a ſi mal
traitez depuis le commencement
de cette guerre. Le Duc
de Savoye voudroit Pignerol ,
& les Eſpagnols qui craignent
l'agrandiſſement de ce Prince ,
ſe trouvent fort embaraſſez , &
ils aimeroient mieux qu'on entraft
en France , mais le fuccez:
de cette entrepriſe eſt fort douteux.
L'armée des Alliez eft
beaucoup plus foible que l'année
derniere. L'Eſpagne avec
touslesefforts qu'ellea faits dans
K6
252
MERCURE
toute l'étenduë de ſa Monar
chie n'a pu rétablir entierement
les Troupes du Milanois , & les
Allemands avec toutes les violences
qu'ils ont faites tant aux
Seculiers , qu'aux Eccleſiaſti
ques, en Lombardie , & chez les
Feudataires , pour avoir de l'argent,
ne fontgueresen meilleur
eſtat . Ils font ſortis tardde leurs
quartiers par impuiſſance , ils
n'ont point de reſſource , & les
affaires de Catalogne augmententla
diviſon dans leurs Conſeils
. Le Duc de Savoye eſperoit
d'abord beaucoup de la
Flotte des Alliez ; mais comme
il n'en avoit point encore de
nouvelles le 20. de ce mois , il
commence à croire qu'elle luy
fera peu utile , quand même elle
arriveroit heureusement , puif
qu'à peine ſera- t-elle arrivée
1
:
!
1
GALANT. 253
qu'elle fera obligée de s'en retourner
, la ſaiſon eſtant fort avancée
; d'ailleurs Nice eſt en
fort bon estat,& M.de Vendôme
eſt de ce coſte-là. Ilade la valeur
, de la conduite , de l'expe
rience , & des Troupes. M.le
Comte de Grignan eſt à Antibe,
il a fous lui M.de Villepion,Brigadier
de Cavalerie ,avec ſon Regiment
de Cavalerie ,& celui de
Joffreville . Il y en a deux de
Dragons àValence avecCatinar,
&pluſieurs Bataillons. Enfin, il y
a trente à quarate mille hommes
fur les Côtes de Provence , où
l'on a rompu tous les Ponts , Pafſages
& Moulins qui auroient
pû favoriſer les deſſeins des Ennemis.
M. de Catinat de ſon côté
donne beaucoup d'inquietude
aux Alliez , parce qu'êtant plus
fort que l'année derniere, ils ap
254 ERC VRE
prehendent que lors qu'ils auront
formé quelque Siege , il ne
raſſemble ſes Troupes , & ne les
oblige à le lever,comme ils firent
l'année derniere, celui de Pignerol.
Les Lettres de Marseille dattées
du 21. de ce mois, portent
qu'on n'y avoit aucunes nouvelles
de la Flotte de l'Amiral Ruffel,&
que le Duc de Savoye voyant
ces retardemens ; commençoit
à faire défiler ſes Troupes
du coſté de Pignerol , quoy que
les Alliez fuffent encore incertains
du Siege qu'ils devoient
faire .M.de Tourville a eu ordre:
de ſe preparer pour retourner en
Mer: ainfinoſtreCampagnen'eſt
pas finie de ce coſté là.
On ne peut fans étonnement
faire reflexion ſur les pertes que
lesFrançois ont caufé cette an
GALANT..
255
née aux Anglois, aux Eſpagnols,
&aux Hollandois , ſur l'une &
l'autre mer. Le nombre en eſt ſi
grand , qu'à peine s'en peut- on
ſouvenir. M. le Chevalier de
Chaſteaurenaud a eu le premier
avantage,& fon trajetdans la mediterranée
a couſté quatre Vaif
feaux aux Hollandois,& les quatre
plus gros Vaiſſeaux de laFlot.
te d'Eſpagne.. M.le Chevalier
Renaut en fit en même temps
couler à fond unAnglois reve.)
nant des Indes , dont la charge
montoit à pluſieurs millions . La
deſcente de Breſt a fait perir trois
Vaiſſeaux de guerre Anglois, &
le Chevalier Bart en a pris trois
Hollandois , dans l'affaire écla
tante qu'il a euë depuis avec le
Vice-Amiral de Friſe;& la perte
recente des Vaiſſeaux. Le Rotserdam
& le Dauphin, chargezs
256 MERCURE
i
de tant d'argent monnoyé , de
lingots, de pierreries,&de paffagersde
confideration , deſole en
même-temps les Anglois & les
Hollandois. La priſe de treize
autresVaiſſeaux venus de Cadix,
dont la charge eſt eſtimée cinq.
cens mille écus a ſuccedé à toutes
ces pertes . Je ne parle point
d'un nombre infini de Bâtimens
pris par nos Armateurs , parce
qu'il faudroitun volume pour en
contenir la liste mais je doisa
joûter icila grande perte que les
Anglois viennent de faire dans
laJamaïque.M.du Caffe Gouver-,
neur de la Martinique, ayant eſté
avec quatre mille hommes dans
cetteColonie, en a entierement
ruiné toutes les habitations , &
pris deux mille Negres , que les
Anglois yavoient; ce qui mõte à
200. mille écus , fuivant le prix
}
GALANT.
257
ordinaire . Comme il partoit
tous les ans une groſſe Flotte de
la Jamaique pour l'Angleterre;
la perte que les Anglois y ont
faite leur doit eſtre plus ſenſible,
que l'infructueux bonbardement
de Dieppe , qui ne leur
peut eſtre d'aucune utilité. Ce
ne font que desmaiſons de bois
bruflées ,dont on avoit retiré les
effets,& ce bonbardement aprés
le mauvais fuccés de la deſcente
de Breſt, fait voir que les Anglois
renoncent aux deſcentes,
parce qu'il leur eſt abſoulument
impoſſible d'y réüffir , & qu'ils
n'oſeroient en venir aux coups
demain avec les François. Cet
inutille! exploit qui ne change
en rien l'heureuſe ſituation des
affaires de France , doit ruiner
celles du Prince d'Orangeauprés
des Alliez, qui doivent en
258
MERCVRE
?
fin ouvrir les yeux , pour voir
qu'il n'entamerajamais la France;
& qu'ainſe il fait inutilement
verſer le ſang de toute
l'Europe pour ſes propres intereſts
. C'eſt aux Anglois à pleu.
rer les maifons de Dieppe, qui
leur ont mille fois plus couſté
àdétruire, qu'elles ne couteront
à rebâtir , & dont on leur fera
encore payer la ruine au prochain
Parlement , ſans qu'ils tirent
aucun fruit de tant de richeſſes
perduës dans leur Vaifſeaux
, & de la deſtruction de
leur colonie de la Jamaïque , qui
ne leur rapportera plus rien.
Lajoye que nos Ennemis ont
euë du Bonbardement de Dieppe
a eſté bien moderée par
l'abondance de noſtre Recolte.
Vous ne devez pas ignorer
que quatre années enſeme
GALANT. 259
r
ble , n'ont jamais fourny une
plus abondante maifon ; de forte
que d'un jour de marché à
l'autre, on a vendu dans Amiens
une piſtole , ce qui en valoit
quatre le jour precedent. Les
Habitans en ont en tantdejoye,
qu'en action de graces , ils y ont
fait chanter le Te Deum ; & cet
exemple a déja eſté ſuivy par
pluſieurs Villes. Puiſque nous
ſommes fur le chapitre de la
joye , je vous diray que la Comedie
Italienne , dont vous me
parlez , & qui a pour titre , le
Deffenseur des Dames , a fore
réuffi , & qu'elle a eſté joüéc
plus de trente fois de ſuite ,
avec une petite piece du même
Auteur , où les hommes ne
font pas moins agreablement
attaquez que les femmes , dans
260 MERCVRE
premiere , on y voit un jeune
Acteur qui promet beaucoup ,
& qui chate fort agreablement .
Il eſt fils de Maiſtre , puiſqu'il
eſt fils de M. Cinthio , qui vous
a ſouvent diverty de plus d'une
maniere fur le Theatre , eſtane
le premier de ceux qui ont travaillé
avec ſuccez dans le gouſt
François.
Les Ennemis fiers d'un exploit
dont il ne leur reſte rien,
n'ont pas été ſi heureux devant
le Havre de Grace que devant
Dieppe , ſi toutefois , c'eſt un
bonheur que d'avoir ruiné quelques
maiſons vuides , & qui
n'eſtoient que de bois.A peine
leurs bombes font-elles tombées
dans la Ville , que Monfieur
Languillet leur en a jetté
une , qui a fait fauter en l'air
GALANT. 261
/
leur principaleGaliote, qui jet
toit leurs plus groſſes bõbes.On
a même remarqué un vuide afſez
grand dans la lignede leurs
Galiotes,pour faire croire qu'ellen'a
pas ſauté ſeule. Ils ſe ſont
retirez aprés cette perte , qui
doit eſtre plus confiderable qu'
elle ne nous paroift.
Le grand Fourage queMonſeigneur
fit le 31. à la vûë de
Maſtric , alarma d'autant plus le
Prince d'Orange , que le Gouverneur
luy manda qu'il croyoit
eſtre inveſti ; ayant remarque lés
Etendarts de l'Armée de моп-
ſeigneur. Le Prince d'Orange
marcha aufli- tôt , & Monſeigneur,
dont la vigilance eſt extrême
, & qui n'épargne rien pour
avoir de bons avis , apprit en
même temps ſa marche,&don262
MERCURE
na des ordres pour faire auſſi dé
camper fon Armée ; de maniere
qu'elle eft preſentement campée
à Vignamont , à une lieuë , &
prés l'emboucheurede la Mehaigne
, ayant la droite au deſſus
de Vignamont , & fa gauche à
Feumal. Le Prince d'Orange eſt
campé à Franquez ſur la Mehaigne.
Son Armée s'étend jufques
au Mont Saint André ſur la
Geette. Sa droite eſt entre l'Abbaye
de Bonef & Nouille , & fa
gauche tire du coſté de Janche.
Monſeigneur ayant envoyé en
méme- tems cinq Partis en campagne
, ils font tous revenus
avec des chevaux , & des Prifonniers
, quoy que tous cinq inferieurs
en nombre aux Partis
qu'ils ont battus. Je ſuis Madame
,&c.
A Paris ce 31. Fuiller 1694 .
LYON
#
1883
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le