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1694, 06 (Lyon)
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rne
Ex Dono
R. P. Claud. Franc.
Menestrier Soc.Jesec .


807156
MERCURE
Collegii Lugdun. II. Trinit.fod.
GALANTHOU
JesuCatal. Inger'p.
DEDIE' A MMOONNSSEEIIGGNNEEUUE
LE DAUPHIN
JUIN 1694 1
LYON
LOUED
!
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere au Mercure Galant .
Aves Privilege du Roy.
M. DC. XCIV .

***
LIVRES NOUVEAUX
du mois de Juin 1694.
Ermons fur les Evangiles de tous
Sles Dimanches de l'année par le
tres-R. P. Nicolas de Dijon Capucin
Définiteur general de ſon Ordre , en
trois gros volumes in- octavo tres- bien
imprimé . liv. les Panegyriques des
Saints fe vendent auſſi du même Autheur
pour 9. liv .
Diſcours du Comtede Buſſy Rabutin
-à ſes enfans ſur les divers évenemens
de ſa vie & le bon uſage des adverſitez
indouze 30. fols.
Le Duc de Guiſe ſurnommé le Balafré
, ind. 36. fols.
Nouveau recueil des plus beaux Secrets
de Medecine pour la guerifon de
toutes lesmaladies, bleſſures & autres
accidens qui ſurviennent au corps humain,
& la maniere de preparer facile-
•ment dans les familles les remedes &
medicamens qui yfont ncceſſaires, comme
auſſi pluſieurs Secrets curieux avec
ã ,
un Traité contre la peſte , fievres peftilencielles
, pourpre & toutes maladies
contagieuſes , 2.v. ind. so.ſols.
Medecin des Riches & des Pauvres ,
expliquant les fignes , les cauſes & les
remedes des maladies , ind . 2.liv.
L'Anatomie de l'homme ſuivant la
circulation du ſang , & les dernieres
découvertes demontrées au Jardin
Royal,par M.Dionis, feconde Edition
augmenté & corrigé , avec des figures
in-octavo 3. liv. 1o.f.
Lagueriſon du Cancer au ſein , ind.
20. fols.
Nouvelles experiences ſur laVipere ,
par M. Charas avec des figures , inoctavo
, z . liv.
Traité contre le luxe des Coeffures ,
ind. 25. f.
Nouveau Traité des décentes,de leurs
differentes eſpeces & de leur parfaite
guerifon avecun autre Traité des maux
de ventre ou Maladies inteſtinales &
des moyens de les guerir, ind. 36. f.
Le Manuel du Chirurgien d'Armée
où l'art de guerir Methodiquement les
playes,&c. ind. 30.f. /
I
MERCURE
THEROS DEL
GALAN
LYON
JVIN
J
169
*1893 *8
E ne ſçaurois commencer
ma Lettre d'une
maniere plus agreable
pour vous , qu'en vous
faiſant part de celle que le Pere
Morgues , Jefuite , a depuis
peu écrite à M. Guyonnet de
Vertron. Je ſuis fort certain que
la matiere ſera de vôtre gouft.
Voicy cette Lettre.
Juin 1694. A
L
2 MERCURE
.
VouOuss ttrraayvaillez, Monsieur , au
Portrait duRoy. Ie vous avouë
que cela me paroist effrayant. L'ay
doutéjuſques icy que l'on pust peindrenoſtre
Auguste Monarque ,ſoit
avec des couleurs , foit mesme avec
des paroles . Les Teintres sçavent
bien que tout tient du mouvement
&de l'efprit dans cette heroique
physionomie ; le Pinceau n'attrape
point cela. UnePlumeferaplusheureuse,
mais prenez garde encore ;
vous ferez un Eloge au lieu d'un
Portrait . Il est malaisé d'eſtre_moderéſur
les qualitezde ce corps
de cette Ame. Il mesemble que ſes
traits ses verius nefont pas com.
me ce qu'on trouve dans les autres
hommes. On est trop touché außi tost
que l'on y pense , on répandfur le
papierce que l'on sent avec ceque
L'onvoit , &deflors ce n'estpluspeinGALAN
T.
3
dre , c'est lover. Mais quand vous
pourriez faire taire voſtre coeur , je
vous affure que la Poſterité , ( tar
vous travaillez pour la Pofterité)
vous croira toujours extaſiede vostre
objet. Vous ne pouvezdire les choses
que comme elles font ,&il vous arrivera
de paroiſtre flateur , quand
vous n'aurez eſtéque naïf. Ilpourra
mesme arriver que vous en direz
trop peu pour cefiecle , trop pour
lesfieclesfuivans.Croyezmoy ,Monfieur,
deformais ceſera une veritable
affaire que d'avoir à parler du Roy.
L'idéede ce fublime merite a pris le
deſſusfurtoutes les expreßions, que
l'admiration mesme fournit , l'Eloquence
est à bout , chacun en pense
plusque l'on ne luy en peut dire avec
les paroles les plus pathetiques . Il
yapluſieurs années que ce merite eft
complet. LOUIS LE GRAND
fournira chaque jour de nouvelles
A 2
4 MERCURE
1
chofes , mais non de plus glorieuses ,
parce quesa gloire est à fon comble.
Ces Heros estoient bien plus commodes
pour eftre loüez , qui croiffoient
engloirejusqu'à lafin de leurs jours,
dont la vertu avoitſesâges, ainsi
que tout le reſte ; leurs Portraits ef-
Stoient toujours nouveaux , & toujours
differens. Quoy qu'il en soit ,
je vous prie , Monfieur, de me com.
muniquer ce difficile Portrait du
Heros dusiècle , où pour meſervirde
vos termes , de l'Homme Immortel
, & du plus Grand des Grands ,
dont vous avezfibienprouvéla grandeurſuprême
dans cet admirable Pa.
rallelede Sa Majesté avec les Princesqui
ont eu ce glorieux surnom.
le conferveray ce Portrait encore plus
précieusement que ce beau Tableau ,
dont il vous plût de recompenser
quelques Vers , que vous fêtesvaloir
àvotre gre. Vôtre coeur a paru dans
GALANT.
5
le premier present , vêtre esprit, écla
tera dans leſecond , car je ne vous
ay parlé des difficultez que je vois
àvôtre deſſein , que pour vousfaire
connoître comment je suis preparé à
admirer la maniere glorieuse , dont
vous l'aurez executé. Croyez qu'on
ne peut rien ajoûter àla parfaite
eſtime avec laquelle jefuis , &c.
LE PORTRAIT
DU ROY.
ParMonfieur de Vertron.
E ne m'arreſteray point aux
qualitez du corps , qui répondentà
celles de l'ame de noſtre
Auguſte Monarque. Son air
martial & heureux , fon port
majestueux & libre , fon gefte
noble & modeſte , ſa taille riche
&dégagée ; toutes ces marques
A 3
6 MERCURE
exterieures , qui font les moindres
de ſes perfections , le feroient
reconnoître pour Roy ,
quand on n'auroit jamais eu le
bonheur de le voir ; car enfin
ce n'eſt ny la magnificence de
ſes habits , ny la foule de ſes
Courtiſans , qui le distinguent
de ſes Sujets.Ses manieres Roya
les&famine relevée font ſa diftinction
& fon ornement. Quoique
ſon regard foit fier , cette
fierté neanmoins eſt temperée
d'une certaine douceur , qui
permet qu'on le conſidere à tra
versleschangemens qui arrivent
dans les affaires . Comme il n'en
arrive point dans for ame , il
n'en paroiſt aucun fur fon viſage.
La couleur de ſon teint vive
& brune ( marque de fon humeur
guerriere ) eſtune teinture
qu'il a priſe dans fes CamGALANT.
7
pagnes glorieuſes , expoſé aux
ardeurs du Soleil, mais que disje
? Il eſt luy-même le Soleil de
la France ,& lors qu'il ne prend
pas ſoinde cacher tout fon éclat ,
on ne peut foûtenir le brillant
de ſes yeux , qui font autant de
perçans rayons.
Les Ambaſſadeurs des Na.
tions les plus éloignéés ont eſté
ébloüis de ſa prefence , charmez
de ſes bontez , comblez de ſes
faveurs. Tous ont avoüé que
LOUIS LE GRAND
avoit quelque choſe de plus qu'-
humain ; & les hommages qu'ils
ont rendus à fon Auguſte Majeſté
, leur ont donné unejoye extrême
, à la vûë du plus bel aſtre
qui ſoit au monde. On ne doit
pas s'étonner , fil'on eft venu de
toutes les parties de l'Univers ,
pour rechercher avec empreſſe-
7
A 4
8 MERCVRE
ment l'amitié & la protection
du plus grand Prince de la terre ,
puiſque ſes vertus luy ontjuſtement
acquis le refpect & l'amour
de ſes Sujets , l'eſtime & l'admiration
des Etrangers .
Ouy , fans doute , l'Empereur
des François eſt le modelle achevé
des vertus Chreftiennes , politiques
, morales , & militaires.
Sa Majesté peut ſeule en fournir
des exemples à tous ceux qui afpirent
au Grand & à l'Heroïque.
On voit en fa Perſonne ſacrée
une pieté ſincere , une équité
incorruptible , une égalité parune
faite bonté ſouveraine ,
د
د une une douceur charmante
prudence achevée , une valeur
infurmontable ,une difcretion
entiere , une fermeté inébranlable
, une moderation exerêGALANT.
و
me , & une magnificence inimitable
.
Pour preuve de la fidelité du
Portrait de Loüis le Grand , il
ne faut qu'obſerver ſa conduite
ſuivre ſes pas , regarder ſes actions
, écouter ſes diſcours , peſer
fes bienfaits , examiner fes deffeins
, lire fes Ordonnances , &
nombrer ſes conqueſtes
L'Europe reſpecte noſtre incomparable
Souverain , l'Afie
l'honore , l'Afrique le redoute ,
l'Amerique le revere , tout l'Univers
l'aime,le craint, l'admire.
Et qui n'aimeroit l'ornement du
monde ? qui ne craindroit la
foudrede laguerre ? qui n'admireroit
un Prince qui a receu du
Ciel en partage, comme Salomon
, une ſageſſe conſommée ,
& un eſprit univerfel ?
Il ne fut jamais de coeur plus
AS
10 MERCURE
C
magnanime d'entendement
د
1
plus éclairé , ny de volonté
mieux reglée . Si ce grandMonarque
eſt prompt à concevoir ,
ilne reſout qu'aprés de ſerieuſes
reflexions ; il attend les occaſions
les plus favorables pour
executer , & menageant toutes
les circonstances , il ſçait balancer
ſes deſſeins au poids d'une
conduite tres- exacte ; car dans
fa façon d'agir on n'apperçoit ny
trop de lenteur , ny trop d'empreſſement;
& comme ilne veut
rien que de juſte , il ne fait
rien que de loüable. L'alliance
heureuſe de ſon jugement & de
fa memoire , luy tient lieu de
cette experience , que les autres
n'acquierent que par une longue
ſuite d'années . Sa raiſonmodere
la vivacité de ſon imagination
; enfin il eſt autant le maiGALAN
T.
II
ſtre de ſes paffions que de ſes
Ennemis .
Jamais Prince n'a eu plus de
connoiſſance des droits de fon
Royaume , plus d'application à
les faire valoir , plus de fermeté
à les maintenir.
Ecouter en tout temps les
malheureux ; ſecourir en tous
lieux les foibles ; relever genereuſement
les opprimez ; deffendre
hautement l'innocence ;
foûtenir puiſſamment la juſtice
; diftinguer parfaitement le
vray merite , le recompenfer
liberalement ; proteger vniverfellement
la Religio & les droits
des Rois , voila les occupations
de LOUIS LE GRAND . Ce
font là les merveilles , où pour
mieux dire , les miracles , qui
l'affleurent de l'immortalité , &
quiluy ont fait donner le titre
A6
12 MERCURE
d'Homme Immortel.
JUGEMENT
DU P. MOUR GUES ,
JESUITE ,
Sur le Portrait de Sa Majeſté.
E
Nfin, Peintre heureux& hardy ,
vous êtes venu à bout de l'excellent
Chef d'oeuvre que je vous avois
faitfi dificile,le m'imagineque vous
vous savez bon gré d'infulter
maintenant à mes defiances paſſsées..
Avec cela je ne m'en dedis point ,
vous aviez troposé , & Regulierement
parlant , vous deviez ſuccomber
dans une telle entreprise. It
est des temeritez heureuses , &
celles qui reuſſiſſent ont toûjours un
fuccés d'éclat , comme la vôtre , le
Sçavois que vous eſtiez chargé de
GALANT. 13
l'Histoire Latinede LOUIS LE
GRAND , &j'estois bien für
que jamais Duvrierne ſe preſcrivois
une si forte tâche dans l'Empire
Latin : mais enfin il est naturelde
representer en grand les grands
objets , comme l'on fait dans une
Histoire. La difficultépour les Peintres
eft de réduire les grandesfigures
en petitſans les brouiller &fans
les estropier. Il faut un bon cristal
bienpoly & bien façonné pour af-
Sembler en un seulpoint les rayonsdu
Soleil , &ilfaloit un esprit de fine
trempe , & d'une grande culture
telle que la vôtre , pour ramaffer
tout l'éclat d'une vie si glorieuse
dans les bornes d'unfimple Portrait .
Aureste , Monsieur , vous avezfait
en homme adroit & habile de faire
fuiure ce Portrait aprés la differtation
sur le titre de l'Homme immortel.
Votre Prose & vos Vers
14
MERCURE
avoient dit les meilleures choses du
mondefar cesujet : mais lavuë du
Heros decide tout. Ie me represente
Enée , qui fort toutà coupde la nuë
tandis qu'on est en peine de luy , &
qui eſtſemblable à un Dieu par les
traitsdu visage, &par la taille,Os
humeroſque Deo fimilis.Voila en
effer,Monfieur,commevous avezfçû
peindre d'aprés Virgile , & vous
voyez que le sentiment naturel
qu'excita la vie du Heros Troyen
futde le faire regarder ainſi qu' n
Immortel. N'en deplaiſe à Virgile;
l'Immortalité est aussi bien acquise
à nôtre Heros qu'ausien. l'augure
mesme qu'il sefera un écoulement
d'Immortalité de vostre Prototype
fur vous , & que la Posterité plus
raiſonable que vos fcrupuleux , vous
nommera (ans ſcrupule. Le Peintre
Immortel de l'Homme Immortel
GALANT.
Σ
Mr l'abbé Regnier Des-
Mareſts . Secretaire perpetuel
del'Academie Françoiſe&Academicien
de laCruſca , a fait,
comme vous ſçavez , les belles
Inſcriptions du fuperbeMonument
élevé à la Gloire du Roy
dans la Place des Victoire . Le
titre de Viro Immortali a donné
occafion à Mr de Vertron de
faire un ſi grand ouvrage pous
lejuſtifier. On y verra en François
& en Latin l'abregé de
l'Hiſtoire de cet incomparable
Monarque.
Mr l'abbé Saurio , l'un des
Academiciens de l'Academie
Royale de Niſmes , Auteur des
Traductions des Hymnes &
des belles Inſcriptions de I'lluftre
Mr de Santeüil
2 a fait
le Sonnet ſuivant , qui eſt une
Priere pour le Roy.
16 MERCURE
SONNET.
Arbitre tout puiſſant des Arbitres
du monde
Qui du plus grand des Rois affermis
la grandeur ,
Quiſoûstiens par ton bras fon invincible
coeur ,
Et le fait triompher ſur la terre &
Surl'onde,
C'est en toy seul , Seigneur , que
Son espoirsefonde ,
Detoy feul il attendsa gloire&fon
bonheur.
Ce Monarque zelé combat en ta
faveur ,
Inspire-luy toûjours ta fageſſe profonde..
Il vange tes Autels ; couronne fos
hautsfaits..
GALAN T.
17
Qu'enestat de tout vaincre il donne
encor la Paix
A tous les Potentats de l'Europe
allarmée.
Puisqu'il est icy- basle Protecteur
des Rois ,
Fais que defes vertus la terre enfin
charmée
Reçoive defa main tes Souveraines
Loix.
Voicy une Deviſe faite par
Mr de Hericourtde l'Academie
de Soiſſons à la gloire de Monſeigneur
le Dauphin .
Le Corps eſt un Aigle , qui
en preſence d'un plus grand en
combat pluſieurs autres.
Elle a pour ame ces paroles
Patre auspice tantis
Haud impar.
Eclairé des regards d'un Peregenereux
18 MERCURE
Qui domine par tout ,à qui tous
rendhommage ,
Contre tant d'enemis & fiers &
valeureux
L'éprouve avec plaisir ma force &
mon courage ,
Etje m'enſens affezpour eux.
On a cu nouvelles par les
Vaiſſeaux la Perle & l'Ameri
quain , venus des Ifles de l'Amerique
à la Rochelle& àMarſeille
, que le Vaiſſeau du Roy
le Leger , commandé par le Sr
Antoine Bernard , eſtoit arrivé
à la Martinique le 14. Février
dernier , richement chargé ,
avec une priſe Hollandoiſe,
qu'il avoit faite à la coſte d'Afrique,
après avoir repris fur les
Anglois au mois d'Aouſt
1693. les Iles & les Forts de
Senega & Görée , dont ils s'é-
,
GALANT.
19
toient rendus les maiſtres au
commencement de la meſine
année , par la perfidie de celuy
qui les y conduifit;& qui connoiſſant
le Pays , pour y avoir
commandé quelque temps en
qualité de Sous-Lieutenant , &
enfuite ayant trouvé l'occaſion
de paffer en Angleterre , s'imagina
que ce ſeroit faire une reparation
à la Religion Prote
ſtante qu'il avoit abjurée , de
trahir ſon Roy , ſa Patrie , & ſes
Maiſtres , ce qu'il fit pendant
l'absence du Gouverneur general
, abuſantaiſémentdela credulité
de ceux qui eſtoientdans
les habitations , & qui luy faciliterent
l'entrée ſur les fauſſes
Lettres qu'il leur montra , faifant
paroiſtre àbord du Vaiſſeau
qu'il diſoit appartenir à laCompagnie
Royale d'Afrique , un
20 MERCVRE
Equipage composé de Proteſtans
François, Commeles Anglois
croyoient le Fortdu Senega
imprenable , à moins qu'on
n'y euſt quelque intelligence au
dedans , & qu'ils regardoient
ce poſte , comme leur eſtant
beaucoup plus avantageux pour
le commerce que celuy qu'ils
ontdans la Riviere de Gambie,
ils y avoient fait porter quantité
d'effets, qui s'y ſont trouvez ,
lors que le S. Bernard l'a reconquis
. Cette action eſt d'autant
P p
lus glorieuſe pour ceux qui
l'ont executée , que ce Vaiſſeau
n'avoit point eſté armé dans la
veuë de cette entrepriſe, étant
party de la Rochelle plus de
deux mois avant qu'on cuſt
appris la perte de cetteColonie.
Le Roy qui veille toujours au
bien de ſes Sujets , & que les
ד
GALAN Τ . 21
2
ſoins de la guerre ne diſpenſent
point de fonger à tout ce qui
peut apporter l'abondance dans
l'Etat ; ayant accordé ſous les
ordres de Mr de Ponchartrain,
un Vaiſſeau à Mr d'Appoigny ,
Conſeiller Secretaire de Sa Majeſté
, Fermier general, & Chef
de la Compagnie d'Afrique
pour y continuer ſon negoce
avec plus d'avantage , les Intereffez
en cette Compagnie
avoient eu ſeulement la précaution
d'y faire paſſer beaucoup
de monde , pour relever ceux
qui y étoient , qui ayant prefque
tous finy leur temps , demandoient
à revenir. Auffi
ceux qui s'embarquerent ne
croyoient- ils y aller que pour y
trafiquer , & ce ne fut que par
la prudence des Officiers de ce
Vaiſſeau ; qui ſçavoient qu'il
22 MERCURE
eſt toujours bon de ſe tenir ſur
ſes gardes , qu'ils ne furent pas
furpris ; car eſtant à quatre
lieuës de l'habitation du Senega
le Capitaine fit mettre Pavillon
& Enſeigne Anglois , ce qu'ayant
continué pendant une
lieuë , & voyant que du Fort on
n'en mettoit aucun, il fit amener
le Pavillon d'Angleterre , arborer
le François, tirer trois coups de
Canon , & carguer les deux baffes
Voiles. Il eut alors la douleur
de voir hiſſer le Pavilon Anglois,&
tirer un coup de Canon
du Fort ; ſur quoy ayant afſfemblé
les Officiers, & tenu conſeil,
&parune Barque qu'ils envoye .
rent à la découverte , ayant ap .
pris des Negres de la Coſte , qui
tous haiſſent les Anglois , l'eſtat
de leurs forces , ils jugerent à
propos de les attaquer , mettant
GALAN T.
23
à cet effet ſoixante hommes
dans une Chaloupe & dans une
Barque , auſquels malgré la refiſtance
& le Canon , ils firent
paffer la barre qui défend l'approche
du Fort , & aprés qu'ils
furent entrez dans la Riviere ,
les Anglois voyant la contenance
des noſtres , ſe rendirent,
& furent faits priſonniers de
guerre. Le Sr Bernard ayant
tout remis dans lebon ordre , &
pourvû les habitations de ce qui
eſt neceſſaire pour leur déffenſe
, & pour le bien du commer.
ce a fait ſa retraite le long de la
Coſte , & a paffé aux Iſles avec
ſes Prifonniers , & fa charge de
Negres , de Cire , de cuirs , de
gomme & d'Ivoire ; de forte que
les Vaiſſeaux de guerre que Sa
Majesté a eu la bonté de faire
donner depuis à la Compagnie ,
24
MERCVRE
1
pour reprendre ces deux Iſles
du Senega& Gorée , ne ſervi .
ront qu'à y porter l'abondance,
&les mettre en état de ne rien
craindre de la part des Ennemis.
Cette conqueſte eſt d'autant
plus importante , que le trafic
qui ſe fait fur cette Coſte eſt
d'une grande utilité pour le
Royaume. Le Pays où l'on va
negocier eſt peu éloigné , les
voyages en ſont faciles
marchandiſes qu'on y porte font
de peu de conſequence , & la
pluſpart ſe fabriquent en France.
Celles qui en viennent font
toujours promptement venduës
chez nous ou chez nos voiſins ;
& à l'égard des Negres qui ſe
prennent à la Cofte d'Afrique ,
& qui ſe menent aux Ifles de
l'Amerique , ils y font indiſpen-
2 les
fablement neceſſaires pour la
culture
GALANT. 25
-
culture des terres , & pour le
foutien des Colonies, auffi c'eſt
par ces confiderations que Mr
de Pontchartrain ; dont le zele
& la vigilance s'étendent fur
tout , n'a pas perdu l'occafion de
procurer à cette Compagnie les
fecours dont elle avoit beſoin
pour rentrer dans un Pays qui
luy avoit eſteſi lâchement enlevé
, & qu'elle poſſedoit à
juſte titre.
Quelques Marchands de
Dieppe , de temps immemorial,
ont heureuſement negotié fur
cette Cofte. Ils n'avoient alors
pour tout lieu qu'un Fort dans
une petite Ifle , qu'ils appellerent
l'Ifſlette de Saint Louis , fituée
à quinze degrez au deça
de la Ligne Equinoctiale , à
l'emboucheure du fleuve Niger,
nommé autrement en cet en-
Iuin 1694. B
26 MERCVRE
droit la Riviere du Senega.
Des Marchands de Rouën
acquirent depuis de ceux de
Dieppe ce Fort, connu à preſent
ſous le nom du Senega , & y
continuerent le commerce avec
fuccés juſqu'au mois de May
1664. que le Roy ayant érigé
une Compagnie des Indes Occidentales
, elle fit comprendre
dans les lieux de ſa conceffion
la Coſte d'Afrique,& elle achetadans
la mesme année de ces
Negocians de Rouën , leur habitation
du Senega .
Les Directeurs de cette Com
pagnie des Indes d'Occident
vendirent depuis en 1673. cette
meſime habitation & le droitd'y
faire le commerce ,& fur toute
la Coſte d'Afrique , exclufivement
à tous les autres à trois
Particuliers , qui en ont joüis
د
GALANT. 27
juſqu'en 1681 .
La guerre qui estoit en 1673.-
entre la France , l'Eſpagne , &
la Hollande , ayant excité des
mouvemens à la Coſte , où les
Hollandois avoient deux Forts ,
l'un ſitué au Cap Verd ſur l'Iſle
de Gorée , & l'autre à Arguin,
ce premier fut emporté par la
Flote du Roy , commandée par
Mr le Maréchal d'Eftrées , & Sa
Majesté le donna à la Compagnie
du Senega,& le Fort d'Arguin
fut pris par cette meſme
Compagnie , qui y envoya des
Vaiſſeaux à ſes frais . Auſfi elle
demeura en poffeffion de tout
ce Pays , où elle fut confirmée
par l'Article 7. du traité de Paix
conclu àNimegue le 10. Aouft
1678. portant que chacun joüira
des Pays , Terres & Seigneuries,
tant au dedans qu'au dehors
>
B 2
28 MERCURE
de l'Europe , qu'il tenoit & pofſedoit
quand ce Traité de Paix
futconclu.
Elle fit de plus en l'année.
1679. des Traitez de Paix avec
les Rois de Rufiſque , Portudat
& Jouelle , par leſquels il eſt
ſtipulé eurre autres chofes , que
la Coſte de terre ferme depuis
le Cap Verd &juſques à la Riviere
de Gambie , luy demeureraen
proprieté , qui eſt environ
trente lieuës de Coſte ſur le rivage
de la mer , & fix lieuës de
profondeur dans les terres ,qu'elle
feradoreſnavant ſeule enpoffeffion
de tout le commerce du
Pays , & que les François ne
payeroient jamais aucun tribus
ny coutumes à ces meſmes Rois,
ny à leurs Succeffeurs .
Mais comme cette Compagnie
de trois perſonnes parut
GALANT.
29
trop foible aux yeux de Sa Majeſté
qui vouloit après avoir
donné la Paix à l'Europe , faire
joüir ſes Sujets du rops qu'elle
apporte, & étendrele commerce
au dedans de ſes Etats , Elle
chargea feu Mr Colbert de
choiſir des perſonnes capables
de foutenir avec éclat celuy de
la Coſte d'Afrique. Ce Miniſtre
engagea ceux qui y font intereflez
aujourd'huy, d'acheter les
habitations, les effets ;& les privileges
dont joüiffoiet ces trois
Particuliers.LeContrat de vente
en fut paffé le 2. Juillet 1681 .
&fut confirmé par Lettres pa.
tentes de Sa Majeſté du meſme
mois, par leſquelles Elle en proroge
les privileges pour trente
ans en y comprenant ce qui en
reſtoit à expirer.
Vous ſçavez ,Madame , que
B 3
30
MERCURE
le mois pafflé le Roy eut quelques
legers accés de Fiévre , qui
en firent craindre la ſuite , parce
que la moindre alteration donne
ſujet de trembler pour une
ſanté ſi précieuſe. Ces accés
ayant ceſſé preſque auſſi toſt
Mademoiselle de Scudery, dont
les années n'affoibliſſent ny le
zele ny les lumieres , fit le
Madrigal que vous allez lire fur
la gueriſon de ce Monarque .
Vous y trouverez une maniere
de prédiction de la Bataille qui
vient d'eftre gagnée en Catalogne.
Vand un leger friffon troublant
nostre repos ,
Nousfit craindre un grand malpour
nostre grand Heros ,
Tousles Ennemis de la France ,
Dans leurs camps , dans leurs Forts
GALANT.
comptoient furjonabsence ,
Etse réjouifſſoient avec temerité
Mais ,grace au juste Ciel , ils ont
tous mal compté.
Tremblez, fiers Ennemis , LOVIS
est enſanté.
Vous refuser la Paix & bien toſt
la victoire
Va vous couvrirdebonte, lecom.
bler degloire.
Et de cemesme bras qui vous vain.
quit cent fois ,
Il va reduire enfin voſtre Ligue
aux abois ,
Etparde nouvelles conquestes
Achever d'étouffer cette bydre
tant de teftes.
Voicy d'autres Vers que la
mefme Mademoiselle de Scu
dery a addreſſez à Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , fur une
Traduction qu'il a faite.
B 4
32 MERCURE
QVVoy ! Prince merveilleux
un âgesi tendre ,
Vous estes unfidelle
Traducteur.
,
en
charmant
Et vous savez bien plus que ne
Sceut Alexandre ,
Aprés tant de leçons defon grand
Trecepteur?
Mais je prévois pour vous encore
unevictoire.
Vous allezsurpasser le premierdes 1
Cefars,
Histoire
Qui d'une mesme main écrivitson
Vainquit ſes Ennemis , &força

des remparts.
Aimez, aimeztoujoursles Filles de
Memoire ;
Imitez bien Loüis dans les guerriers
hazards.
Nuln'a ſçeu comme luy lechemin
de lagloire ;
GALANT.
33
Vous ferez favory , d'.Appollon
deMars,
Il n'y a perſonne à qui le
Dialogue d'Acante & de la Fauvette
ne foit connu. On ſçait
qui eſt ce fameux Acante , & la
Fauvette , que ſes Vers ont
rendu fi confiderable , meritoit
bien ceux que Mr de Boſquillon ,
l'undes Academiciens de l'Academie
Royale de Soiffons , luy
vient d'adreſſer ſous ce titre.
DAPHNIS
A LA FAUVETTE
De l'Illuſtre Sapho..
SI le
I toſt que le Zephircommence
Soupirer
Pourles jeunes attraits de la charmante
Flore ,
Le zele ardent qui te devore,
BS
34
MERCURE
Tous les ans vers Sapho prend ſoin
de t'ativer
L'excés d'une amitié fi conſtante fi
bale ,
Parolſt à nostre fiecle unspectacle
nouveau ;
Mais ta Maitresse eſt ton modele.
Son coeur, pourses Amis, genereux
fidelle ,
Sçait porter la tendreſſe au delà du
tombeau.
Mademoiſelle de Seudery à
fait répondre ainſi la Fauvette.
REPONSE
De la Fauvette à Daphnis.
OVy , ma Maistreffe eft mon
modele;
Mais ſi je veux la contenter ,
Il faut que je chante comme elle,
Les vertus de celuy qui m'apprit à
chanter
2
GALANT .
65
Car avant le fameux Acante ,
Ie chantois dansfon bois , mais comme
une ignorante ,
Et me taiſois tous les Hivers :
Mais parses admirables Vers
Ma voixfera douce & charmante
Iusqu'à lafin de l'Univers.
Commentpourrois je eftre incon.
Stante ?
Ne me loüez plus tant de ma fidelité
,
Ie luy dois l'immortalité.
Mr de Boſquillon ayant eſté
dangereuſement malade il y a
quelques mois , fut traité parMr
Moreau , Docteur en Medecine
, qui par ſes ſoins luy fit recouvrer
ſa ſanté. C'eſt le ſujet
de ce Madrigal, qu'il luy envoya
avec quelques Ouvrages de fa
façon en Profe & en Vers.
B6
36
MERCVRE
D
Es hommes & des Dieux je
parle le langage i
د
Et pour toy , cher Moreau
coeur reconnoiſſant
Pretend bien mettre un jour l'un
l'autre en usage.
mon
Ie vanteray tes soins & ton zele
agiſſant ,
Tonsçavoir, ta prudence au deſſus de
ton age ;
Car fousle poids des maux je tombois
affciblis
Sans toy j'allois pafſfer dans lafataleBarque
,
Maissi tu m'assauvédes fureursde
la Parque ,
LeSauveray ton nom des horreurs de
l'oubli.
J'oubliay de vous dire dans
ma Lettredu mois paffé, que Mr
Hofdier a eſté receu premier
GALANT.
37
Preſident en laCour des Monnoyes
, en la place de feu Mr
Cotignon deChauvry. Ilabeaucoup
d'eſprit &de delicateffe ,
& de grades connoiſſances dans
les belles Lettres , & entend parfaitement
les affaires . Il eſtoit
Confeiller de la Cour des Aides
depuis l'Année 1684. & avoit
eſté employé auparavant en
diverſes affaires de conſequen .
ce par feu Mr Colbert , qui en
faiſoit une eſtime particuliere,
&le regardoit comme une perfonne
d'un merite tres diſtingué..
Ila un Frere , Jerôme
Hofdier Chanoine de Noſtre-
Dame , Abbé de la Frenade en
Xaintonge , & conſeiller de la
Chambre Souveraine des Decimes
, Mademoiselle Hofdier fa
foeur morte depuis quelque
temps , avoit épousé René de
,
38 MERCURE
د
Ragaru , Seigneur de Bellaſſiſe,
Maiſtre des Requeſtes , & auparavant
Confeiller au Parlement
de Metz &Grand Audiencier
de France, Meſſire Pier.
re Hofdier , fon Pere , mourut
en 1679. Ilestoit Secretaire du
Roy , & Secretaire ordinaire
de laReine- mere défunte. Les
Miniſtres qui avoient reconnu
en luy beaucoup de capacité &
de probite , luy donnerent divers
emplois confiderables. Ce
fut luy quien 1666. tint le Re
giſtre de toutes les Deliberations
& Expeditions que l'on fit
en execution du Teſtament de
la Reine Mere du Roy , ayant
eſté commis Greffier à cet effet,
de forte que l'inventaire des
meubles de la Reine , qui ſe
trouverent en ſes appartemens.
au Chaſteau du Louvre à Paris ,
GALANT. 39
& aux autres Maiſons Royales
de Sa Majesté , fut receu par
luy , ainſi que toutes les Deliberations
& Ordonnances , & autres
Actes faits en conſequence.
Les Religieux de l'Obſervance
de Saint François de la Province
de Touraine Pictavienne,
ont fait une grande perte en la
perfonne du Pere Vincent de
Hirberc , qui mourut au Convent
de Breſſuire le 14.du mois
dernier , en odeur de fainteté.
Je ne puis mieux vous marquer
l'eſtime que ſes grandes qualitez
luy avoient acquiſe , qu'en vous
faiſant part de la Lettre Circulaire
que le Pere Nicolas Roulland
, Vicaire Provinciat , à envoyée
à tous les Convens de
cette Province qui font du même
Ordre . En voicy les ter
mes .
40
MERCURE
M
E'S REVERENDS PERES
& tres chers Freres en nô
tre Seigneur.
*
La perte que tout l'Ordre vient
de faire, & particulierement nostre
Province , nous touche ſi ſenſiblement
, que nous n'avons pas de termes
pour vous exprimer nostre douleur.
La mort en oftant de ce monde
le tres - Reverend Pere Vincent de
Hirbera, nous a enlevé ce digne
Pasteur , que la Providence , qui
avoit éprouvé sa fidelité dans le
Ministere , nous avoit donné pour
la troisième fois.Elle vient d'arracher
d'entre nos bras ce Pere charitable
, qui n'avoit attiré par Sa
douceur la corfiance de tous ses
Enfans que pour estre leur confolateur.
Elle nous aravice Conducteur
fi prudent &ſi ſage , qui ne travailloit
que pour entretenir la paixs.
L'union & la concorde entre les Fre
GALANT.
41
res , & nous sommes d'autant plus
vivement penetrez de regret , que
nous n'avons jamais mieux reconnu
fa vertu qu'en le perdant . Ilafais
connoistre que lafermeté qu'on ad.
miroit dansſa conduite, venoit d'une
vertu vraiment Chreftienne ,
ی م
de ce courage avec lequel il afouffert
pendant vingt - deux jours une
oppreſſion de poitrine, & une violente
fièvre , sans faire paroistre le
moindrefigne defa douleurque pour
Setourner vers un Crucifix avec ces
paroles du Prophete : Ab ipfo patentia
mea. Cette douceur quifema
bloit eſtre ſon naturel &fon tempe
rament, estoit ſans doute l'effet d'une
ardente charité qui brûloit dansfon
coeur , & qui poussant fur la fin de
Sa vie ſes plus douces flames , l'obligeoit
à nous embraſſer en nous conjurant
de n'enviſager que Dieu ſeul
dans les fonctions de nostre Charge
42
MERCURE
defaire nos efforts pour procurer fa
gloire , & porter nos Freres a lefervir
dignement dans l'Etat de la
Sainte Religion où nous sommes appellez
nous repetantfans ceſſe,pour
nous confoler dans l'affliction où il
nous voyoit , qu'iln'avoit de volonté
que celle du Seigneur & que nous
n'endevions pas avoir d'autre. Ila
enfin estéfidellejusqu'à la mortdans
les devoirs de la pieté chrestienne,
&de l'observance reguliere, ayant
demandé plusieurs fois lesfaints SAcremens,
&les ayant receus aute
une tendreſſe de devotion qui attic
roit les larmes des aſſiſtans , nous
protestant qu'il vouloit mourir avec
fonPere Saint Françoisſous lefac&
la cendre , détaché de tout ce qu'il
y a au monde. C'est ainſi qu'ilnous
aquittez dans le Convent de Bref-
Suire , le Vendredy 14. du mois de
May , embraſfantle Crucifix . Auſſi
GALANT.
43
devons nous croire que Dieu luy a
donnéla couronned'une vieéternelle
qu'il luy avoit préparée. Si toutefoisson
Ame est encore arrestée pour
l'expiation des fautes que peutestre
nous luy avons fait commettre ; nous
luy devons le secours de nos prieres,
qu'il a instamment demandé à toute
la Province , &dans lesquelles il
nous a marqué avoir beaucoup de
confiance.C'est pourquoy nousfouhaitons
que dans chaque Convent de
noſtre Provincele premier jour
nón empêché de Feste folemnelle , il
foit fait un Service à trois grandes
Meſſes , qui sera annoncé le jour
precedent par lefon de la clochepens
dant une heure & precedé d'une
Vigile à neuf Leçons ſur les cinq
heures du foir ; que chaque Prefire
celebre trois Meſſes , & que tous les
Freres Clercs & Laiques recitent
les prieres accoutumées . Queles
44 MERCURE
1
Reverendes Meres Superieures des
Monafteres de nostre Direction
faſſent faire le Service , & dire les
Suffrages marquez dans leurs Conftitutions
, afin que demandanttous
ensemble , nous obtenions de la
mifericorde de Dieule foulagement
dont fon ame a besoin & fan repos
éternel.
Je vous entretins le mois der
nier de la mort de M. l'Eveſque
& Comte de Treguier. Je vous
envoye un diſcours , où il en eſt
encore parlé. Je ne doute point
que vous ne ſoyez d'abord perfuadée
en lifant le nom de l'Auteur
, dont vous aimez tous les
Ouvrages , que vous y trouverez
beaucoup d'érudition , & plufieurs
chofes curieuſes. M. des
Landes , Grand Archidiacre &
Chanoine de Treguier , Vicaire
General , s'étant diſpoſé à prê
GALANT.
45
cher dans la Cathedrale le jour
de l'Afcenfion , on y reçût le
mefme jour la nouvelle de la
mort de M. l'Evefque de Treguier,
arrivée icy,où il eſtoit venu
comme Deputé des Eſtats de
Bretagne. Voicy l'exorde dont
ſe ſervit M.des Landes , ayant
pris pour Texte ces paroles du
Pfalmiſte. Exaltare fuper omnes
cooelos , Deus , in omnem terram
gloriatua. L'ayforty de mafolitude ,
dit le Prophete , j'ay voulu voirce
quiſe paſſe dans le monde ; je me
Suis infinué àla Cour des Princes ;
j'ay entré dans le Palais des Magiftrats
; jay mesme voulu obſerver ce
qui se paffe dans les Armées ; mais
partout je n'y ay remarquéquegrandeur
, que pompe , qu'éclat , que
fierté. Tranſivi & ecce non erat ;
i'ay paſſsé quelque temps après ,
j'ay vu que toute cette gloire estoit
1
46
MERCURE
disparue comme une vapeur, Grands
du monde , vous n'eſtes que terre ,
vous retournerezenterre , Sceptres,
Couronnes , Thiares , Mitres , Orne
mens degloire ,vous estes portezpar
des hommes qui nesont qu'un peu de
pouffiere organizée. Cefars , Empereurs
, Magistrats , Generaux d' .Armées
, vous serez arrachez de vos
Tribunaux , de vos Champs de Bataille
, vous descendrez dans le tombeau
, tout voſtre éclat fera diffopé
comme unnuage,Il n'ya que vôtre
gloire , & mon adorable Sauveur !
iln'y a que vostre triomphe qui ſoit
éternel. Ie vous l'avoue , Chestiens.
C'est un bonheur aux Crateurs ortho.
doxes de n'avoir que des choses an
greables à dire à leurs Auditeurs.
Moïsen'osant refuſer l'ordre da ciel,
qui portoit d'eller reprocher à un
Princesa dureté pourlePeuplechoifi,
prit pour excuse qu'il n'estoitpas né
تف
GALANT.
47
د
éloquent , Nefcio loqui. Dieu or.
donna à un Prophete d'aller avertir
un Prince de fes injustices ; mais le
Prophete estant dans le chemin , prit
la reſolution de parlerà ce Souverain,
par enigmes , par paraboles . Un
Angemesmese contenta d'écrirefur
une muraille l'arrestque le Ciel avoit
donnécontre unPrince qui avoitprofanéles
Vasesfacrez.
Ie n'avois mes Freres , à vous
parlerque de choses que je sçavois
vous devoir eſtre agreables. Laſolemnité
& la feste de Saint Yves
noftre Patron , l'ouverture du Jubilé,
léMystere de l'Ascension , dont je
doi's vous entretenir , ne m'avoient
donné que de tranquilles idées ;
c'estoit pour moy une joye toute particuliere
d'entendre le divin Apostre
qui infultoit la mort : O mors , ubi
eſt victoria tua ? Mais voicy une
cruelle infulte , que nous fait la mort;
C
48 MERCURE
elle nous enleve M. de Carcado ,
Evesque Comte de Treguier. Ie
juge devofire douleurparla mienne.
Et que monfort est facheux , de me
voirobligé d'annocerà des Enfans la
mortde leurPere ! Ie devrois imiter
l'Apoftre, qui descendit de chaire
ayant commencé son discours. Il re.
marqua qu'un de ses Auditeurs
estoit tombé mort ; d'où S. Chry-
Softomeapris occafion de dire, Cafus
prooratore fuit . Ha! Chrestiens ,
le decés ſubit , &non imprévû , de
noſtre illustre Prelat est un éloquent
preßat discourspour nous bienper-
Suaderde l'inconſtance de la vie . Il
meseroit facile de vous parler des
grandes qualitezdeM. de Treguier,
deſa haute naiſſance , qui n'a rienau
deffus d'elle que la Souveraineté ; de
Sa charité, deson application pour
tousles besoins deſon Diocese ; mais
Meßieurs , les vertus extraordinaires
Cont
4
GALANT. 49
font , dit Caßiodore ,comme les Aftres
lesfleurs, qui n'ontpas besoin
d'Orateurs- Aftra & Aores non indigent
interprete , C'est dans le
Ciel que cet illuftre&grand Trelat
reçoit la recompense deſes travaux.
Mais , Chreftiens ,je me vois interrompu,
j'entens unecharmanteMusi
que cesont les Anges , qui accom
pagnant 7. C. dansson Afcenfion .
forment un concert , ſe demandent
les uns aux autres par admiration ,
quis eft iſte Rex gloriæ Vn Ar
change répond, Dominus virtutű,
c'est le Seigneur des vertus. Cest te
mesme , dit cette Intelligence , qui
a esté conceu dans le ſein d'une
Vierge , lors que je luy dis avec ſoumißon
respect
MARIA.
>
AVEAprés
que Mr des Landes eut
prouvé que l'Aſcenſſion eſtoit
un miſtere de juſtice , d'amira-
Inin 1694. C
50
MERCURE
tion& de gloire il crut devoir
parler de l'ouverture du Jubilé
dont il expliqua la nature , les
effets& les motifs . Il s'appliqua
à faire voir la douleur de l't glife.
L'Eglise demande la Paix pour
vous , &pour elle- mejme. Il compara
l'Egliſe à cette Mere , qui
voyant que fon Enfant s'eſtoit
dérobé d'auprés d'elle , & s'eſtoit
traîné ſur le bord d'un précipice
bien loin d'épouvanter cet Enfant
, luy montra ſon ſein , &lay
parlant avec douceur , l'appella
d'un ton d'amitié & de careffe.
L'Eglise est inconsolable , con .
tinua t - il , Vox in Rama audita
eft ,& ululatus , Rachel plorans
filios fuos , noluit confolari, quia
non funt. Qui pourroit exprimerl'imagesanglante
de la guerre , qui a
faitperirplus defix millions de per-
Sonnes? L'Eglisepourroit ſe conſoler,
GALANT.
51
s'iln'y avoit queſes Ennemis declarezqui
luyfißent laguerre; mais elle
gemit de douleur voyant quefon Fils
Aîné est attaquépardes Princes qui
devroient le regarder avec admiration.
Le Lubilé n'est autre chose que
l'application du Sangde 1. C. LesInterpretes
demandent d'où laFontaine
Probatique pouvoit avoir la verta de
guerirtoutesles maladies. Les uns ont
cruque cette vertu luy estoit donnée
par un Ange ,qui venoit à certains
jours , qui donnoit dumouvement
àl'eau de cette miraculeuse Fontaine
D'autres ontdit qu'ily avoit descanaux
fousterrains qui recevoient le
Sangdes victimes qui estoient im.
molées dans le Temple ,
fangimprimoit cettevertu aux eaux
de cette Fontaine.Ab, Chreftiens, fi
lesang des agneaux des autres
Victimes, qui n'estoient que lafigure
quece
C 2
52.
MERCURE
de 1. C.fi ceſang mêlé à ces eaux a
pû guerirtoutes fortes de maladies ,
LeSangde 1. C. qui est appliquédans
lefaint temps du jubile , n'aura t'il
pas plus deforce devertu que le
SangdesVictimes ?
Il dit en finiſſant qu'il avoit
deſſein d'accorder le premier
des Martirs& le Diſciple bienaimé
. Le premier des Martirs dit
qu'il a vû les Cieux ouverts , & I.
C. debout : & Jeſum ſtantem ; le
Disciple bien-aimé dit qu'il a vû
les Cieux ouverts , & I. C. comme
un agneau , tanquam occifum.
Tout cela est vray, Chrestiens , I. C.
est dans le Ciel comme un agneau ,
qui soumis au Pere Eternel luy offre
les meritesde ſes ſouffances ; mais
il est debout comme un Mediateur
qui parle en faveur des Pecheurs .
Ab, Chrestiens , ce font nos crimes,
cefont nos injustices qui ont attiré la
GALAN T.
53
colere du Ciel . Nous dormons tranquillement
comme lonasdans lefond
d'un Vaiſſeau , dans nos mauvaises
habitudes ,& nous avons émû cette
horrible tempeste. Video cælos
apertos & Jeſum ſtantem . Adorable
Sauveur ; je vous vois dans le
Ciel élevésur une wue. Descendez
comme autrefois pour terraffer l'Ennemy
de vostre Epouse. Parlez ,frapez
, Seigneur , Ego ſum Jeſus
quem tu perſequeris . Terraſſez
cet usurpateur qui trou
blela tranquillité de tout l'Univers;
mais , adorable Iefus , en terraſſant
cet vfurpateur,convertifferfon coeur
comme vous changeâtes celuy de
Saul. Divine Mere de mon Dieu,
proſternéàvos pieds je vous demandelaconſervation
du Roy & de toute
laMaiſon Royale, Paroiffez , Sainte
Vierge,comme une aurore s pour
dißipertous ces nuages ; fortezde
t
C 3
54
MERCVRE
l'Arche comme une belle Colombe
avec le rameau d'Olive ,fymbolede
la Paix ; paroiffez comme l'Arc enciel
, ces heureux phenomene , qui
est unsigne de reconciliation . Don
nez nous la paix dans cette vie ,
pour joüir d'unepaix éternelle.
Vous n'aurez point à douter,
Madame , de la parfaite ſanté
du Roy quandje vous diray que
la veille de la Pentecofte , Sa
Majesté ,aprés avoir fait ſes devotions
, toucha plus de quinze
cens Malades. La fatigue eſt
grande , & le mauvais air dangereux
; cependant ce Prince
fans apprehender pour ſa ſanté,
ny craindre cette fatigue , s'acquitta
de cette fonction avec
fon zele ordinaire , & de cette
maniere aifée qu'il fait voir en
toutes choſes .L'apréſdînée de ce
mème jour , Sa Majesté enten .
?
GALAN T.
55
dit la Predication de Mr l'Abbé
de Riquety , cy-devant Aumônierde
l'Armée du Roy en Flandre
, qui n'ayant eu que deux
jours à ſe preparer , parce que
M. le Cardinal de Boüillon le
propoſa comme pouvant remplacer
fur l'heure le Predicateur
qui avoit manqué , fit un Dif
cours fi vif & fi remply d'éo.
quence,que le Roy lay en mar.
qua ſa fatisfaction par les paroles
les plus obligeantes. Cet Abbé
eut l'honneur de prefcher le Careſme
dernier devant Leurs
Majeftez Britanniques , & s'eſt
attiré de grands applaudiſſemens
dans toutes les occafions où il a
monté en Chaire. Vous vous
fouvenez des beaux morceaux
queje vous envoyay il y a qua
tre ou cinq ans ,du sermon qu'il
prefcha au Louvre le jour de la
C 4
56
MERCVRE
Feſte de Saint Louis , devant
Mrs de l'Academie Françoiſe.
Le meſime jour de la Pente
cofte , Sa Majesté , aprés avoir
entendu Vefpres chantées par la
Muſique , où officia M. l'Archeveſque
de Reims , nomma M.
l'Abbé de Gefvres à l'Archevefche
de Bourges. Il eſt Filsde M.
le Duc de Gefvres premier
Gentilhomme de la Chambre ,
& Gouverneur de Paris. Cet
Abbé eſtant à Rome y a fait voir
dés fa plus grande jeuneſſe la fageffe
& la prudence qui ne ſe
ordinairement que
dansun âge plus avancé , ce qui
luy fit acquerir une eſtime generale.
Sa Majeſté donnaen meſme
temps l'Eveſché de Treguier
à M. l'Abbé de Kervillio ,Avocat
General du Parlement de
Bretagne , tres- eſtimé dans fon
trouvent
GALANT.
57
Corps ,& dont la réputation
d'honneſte homme eſt ſi établie,
qu'il n'a point eu d'autre recommandation
auprés du Roy , qui
ne le connoiſſoit que par là. M.
Coupillet , cy- devant Maiſtre
de Muſique de la Chapelle de
Sa Majesté , fut pourvû ce mefme
jour d'un Canonicat de l'Egliſe
Royale de Saint Quentin ,
outre une penſion de deux mille
livres qu'Elle luy avoit donnée
ily aquelques mois , pour mar
quer qu'Elle étoit contente de
ſes ſervices. Elle nomma auſſi à
l'Abbayede NonenqueMadame
deToiras,&Madame de Pibrac à
celle de Levignac. Il reſtoit plufieurs
Abbayes à remplir , mais
Sa Majesté ,pour des raiſons que
fa prudence & fa charité luy ont
inſpirées , a differé juſques à
Noël à y nommer .
L'article ſuivant efſt ſur une
CS
58 MERCVRE
mariere peu galante ; mais comme
ceux qui contribuent à la
ſanté des hommes en peuvent
tirer de l'utilité , & que par cette
raifon il peut devenir avantageux
au Public , j'ay cru que
je luy pouvois donner place
icy.
EXTRAIT
D'une Lettre de M. Droüin ,
Maiſtre Chirurgien Juré à
Paris , & Major de l'Hôpital
Royal de Landau , à M. Fa
gon , premier Medecin de Sa
Majeſté.
M
ONSIEVR ,
Vous sçaver mieux que moy qu'il
i'yapoint de maladie qui demante
un plus prompt ſecours que la reven.
tion durine , que ceux qui enjont
GALANT.
ی و
attaquezsouffrent des douleurs tres.
vehementes , & qu'ungrand nombre
periffent faute de leurfaire l'opera.
tion dans le temps neceffaire. On
tente avec raiſon plusieurs moyens
avant que d'en venirà cette opera.
tion, comme les faignées reiterées
pluſieurs foisſelontesforces du Malade
lesjuleps aperitifs les emulsions
avec les quatre ſemences froides, le
petit lit avec leſel vegetable ,
enfin les dernier font les bains pris
plufeurs fois en un jour , Tous ces
remedes font bien ſouvent inutiles;
deforte au'on est obligé , mais quelquefois
trop tard , den venir à l'operation
que je propoje.
La memiere avec laquelle je la
pratique est bien diferentede celle
des Chirurgiens tant anciens que
modernes c'est ce que e veux
avır l'honneur de vous communi -
quer, afin d'enfaire part au Tublis
G6
60 MERCURE
Sivous l'approuvez. Maisje dois expoferauparavant
la maniere ordinai
re de lafaire , afin que chacun puiſſe
juger qu'on s'embaraffefouvent dans
les operations manque d'avoir medi
té. Cette operation se pratique au
Perinée à trois lignes , & à costé
d'une raye qu'on nommefuture. La
fituation du Malade est d'avoir les
cuiffes écartées l'une de l'autre ,je
pafferay fort fuperficiellement for
quantité de circonstancesqu'on obferve,
qui nesontpas dagrande importance.
Le Chirurgien a une lancette
largegarniede linge , de ma
niere qu'iln'y ait que deux ou tout
au plus trois peiits travers de doigts
detrenchant libre. Il la plonge à
l'endroit qu'il a esté dit, juſquedans
laveßie, ce qu'il connoist par l'uri
ne qui en fort, puisfans tirer la lan
cette , il y introduit un ſtilet àla
faveurduplat de la lancetie,dans
GALAN T.
laveſſie. Ensuite il retire la lancet
te, &paffe leſtilet par dedans une
cannule d'argent ou de plomb ,
lefaifantglifferſur leſtilet;il l'in
troduit dans la vessie. Vous voyez
mieux que moy Monfieur , que cette
maniere eſt aſſez embaraſſante pour
ceux qui ne font pas verjezdans la
pratique de la Chirurgie ,
cette operation laiße le plus souvent
après elle unefistule qui ne seguerit
que tres difficilement , ce qui fait
mener aux Malades une vie lan.
guiſſante , en ce qu'ils font obligez
dese retirerde la conversation des
hommes.
que
Voyez en peu de mots comment
je pratique cette opration, & je certifie
l'avoir faite pluſieurs fois,
toujours avec succès. Le me ſers du
Trois Cars que je plonge auperince,
en obſervant toutes les circonstances
qu'on observe ordinairement à la
62 MERCURE
Paracenthese , c'est à dire que lors
qu'on est dans la veßre on retirele
Treis Cars onliffe la canule,
lors que l'on a vuidé laveßie defon
urine , on met fur le trou unpetit
plunaſſeau de charpie , une emplaftre
de Diapalme , onfait le
band geenT. Si c'est une pierre qui
Je trouveàl'entrée du comil on fait
L'operation du petit appareil en in.
troduisant deux doigts dans l'nus,
frisant l'incaſion ſur la pierre
St ce font de glaires , comme
cela arrive ſouvent , elles forient
per la canule du Trois Cars ,
fin fi ce sont des carnofitez dans
le emilde la vesie , comme cela arvive
rusi fort fouvent sux muben
reux en amour, on reitere cetteponc .
tion autant de fois que lanece,sitele
en
requiert perdant que l'onconfume les
cornofter avec les remedes con
venables. Iay pratiqué cette mesme
GALANT. 63
operation avec le Trois Cars fur deux
Malades attaquez d'un empyeme ,
en le plongeant entre la trois
quatrième des fauffes costes , comp
tant debasenbaut , dont j'ay cu bon
fuccés, le suis , Monsieur , vôtre ,
८.
Les enteſtemens font dan
gereux , & quand on s'est trop
préoccupé de certaines chofes ,
cequi affoiblit ou détruit entierement
les impreffions qu'on
en a priſes , porte quelquefois
des coup fi cruels , qu'on a de
la peine à y reſiſter Ce que je
vais vous conteren eſtune preuve
qui vous furprendra. Un
Gentilhomme fort riche ,& affez
bien fait pour eſtre alluré de
plaire par tour , ſe trouva fenfi
bie à la beauté d'une de fes plus
proches Parentes , qui dans un
âge brillant avoit tour l'éclat
64 MERCURE
7
que peut avoir une tres-belle
perfonne. Comme il faiſoit fa
fortune , il luy fut aiſé de faire
agréer ſa paffion . On eut bear
luy dire que les mariages de cette
nature avoient quelquefois
des ſuites fort malheureuſes , &
qu'il trouveroit ailleurs des
avantages , qui répondroient au
bien qu'il avoir. Il ne fongea
qu'à ce qui touchoit fon coeur ,
& fit venir la diſpenſe necefſaire
. Il épouſa ſa belle Parente
, & il n'y eut jamais rien
d'égarà leur union. Le Gentilhomme
ſouhaitoit paſſionnement
d'avoir des Enfans. Il fut
fatisfait ,& il s'en vit fix en ſept
années ; mais ſi ce fut pour luy
un ſujet de joye , cette joye luy
dura peu , puis qu'il n'y en eut
aucun qui allaſt juſqu'à dix ans .
Sa Femme eſtoit groffe lors.
GALANT.
65
qu'il perdit le dernier. Elle accouchad'une
Fille, & cette Fille
ſe trouvant unique ,vous pouvezjuger
des foins qu'on en eut.
Ils furent d'autant plus grands ,
que rienn'approchoit de ſa beauté
. Le Gentilhomme ne la vol
yoit croiſtre qu'en tremblant ,
perfuadé que quand elle feroit
fortie de l'enfance , il la perdroit
comme il avoit fait ſes autres
Enfans . Il ne laiſſa pas de s'y attacher
auffi fortement que s'il
n'euſt fait aucune épreuve facheuſe,
& comença à touteſperer
quand elle eut finy fa douziéme
année . Il la faiſoit voir à
tous ſes Amis comme un trefor
precieux , qu'il plaiſoit à Dieu
de lui conſerver , & refolu de la
marier de fort bonne heure , il
ne fut pas faché que la Femme
qui aimoit le monde , receuſt
66 MERCURE
des viſites de beaucoup de gens.
C'eſtoit faire connoiſtre ſa Fille,
&luy attirer des Adorateurs. Il
s'en trouva pour elle en grand
nombre , & quand fon miroir
ne luy cuſt pas dit. ce qu'elle
valoit , les loüanges que tout le
monde luy donnoit ſur ſa beauté
, qui ſembloit augmenter de
jour en jour , l'auroient aifément
perfuadée du plaifir que
l'on prenoit à la regarder.
Elle en avoit un ſenſible à
entendre ce qu'on luy diſoit de
tous coſtez , & dans cet accablement
d'admiration & de
louanges , elle ſe remplit ſi bien
d'elle meſme qu'elle , croyoit
qu'un de ſes regards eftoit un
bonheur tres-grand pour celuy
qui l'obtenoit. Il y avoit un peu
de fierté dans ſes manieres, mais
comme on pardonne tout aux
GALANT. 67
belles perſonnes s'eſtoit à qui
pourroit eſtre affez heureux
pour ſe mettrebien dans ſon efprit.
Tandis que quantité de
jeunes Amans d'un bien &d'une
naiſſance fort confiderable , tâ
choient de gagner la Mere, pour
trouver quelque fecours auprés
de la Fille , un Marquis d'une
humeur fort retirée s'adreſſa au
Pere , & luy demanda fon agrément.
Tour ſe rencontroit en
hay,le rang ,l'alliance , unebelle
Charge, &le Gentilhomme en
fut fi bien ébloüy , qu'il conclut
l'affaire. Sa Fille n'avoit pas encore
ſeize ans , & n'eſtoit qu'au
commencement de ce beau regne
, où le grand brillant de la
beauté afſujertit tous les cooeurs
La Mere , qui fur ce qui luy fur
dit des manieres du Marquis,
comprit que ce ſeroit unhomme
68 MERCURE
ſauvage , qui ne voudroit pas
que ſa Femme ſe donnaſt aux
plaiſirs du monde , s'oppoſa de
toute ſa force à ce Mariage , &
la Belle qui jugea de fon coſté
qu'eſtant obligée de vivre dans
une maniere de retraite , elle
perdroit le plaifir de s'entendre
dire à tous momens , & par differentes
bouches , qu'il n'y avoit
rien au monde qui égalaſt ſa
beauté , prit pour le Marquis une
averſion ſecrete, qui l'obligea de
prier fon Pere de la vouloirbien
laiffer encore quelque temps
dans l'heureux eſtat où elle
étoit. LeGentilhomme qui avoit
deſſein d'en faire une Femme
raiſonnable , & qui voyoit que la
complaiſance que ſa Mere avoit
pour ſes ſentimens , ne pouvoit
aboutir à autre choſe qu'à en faire
une coquette , luy repreſenta
GALANT.
69
avec beaucoup de tendreſſe les
avantages qu'elle pouvoit eſperer
en éponſant le Marquis , &
fans s'étonner de la repugnance
qu'elle luy marquoit , il luy dit
qu'il ſçavoit mieux qu'elle ce
qui devoit faire ſon veritable
bonheur. Ainſi il arreſta les articles
avec le Marquis ,& le jour
eſtoit déja pris pour le mariage,
lors qu'il fut furpris d'une maladie
aiguë qui l'emporta en fix
jours. La Belle , quoy que fort
touchée de cett mort , en ſentit
beaucoup diminuer la douleur
par la joye qu'elle eut de ſe voir
maiſtreſſe de ſes volontez , ne
doutant point que ſa Mere n'appuyaſt
la reſolution qu'elle prit
de rompre avec le Marquis , à
qui elle dit fort,honneſtement,
qu'elle luy eſtoit tres- obligéede
P'honneur qu'il luy faiſoit , mais
70
MERCURE
د
quedans l'affliction que luy cauſoit
la perte qu'elle avoit faite
il luy eſtoit impoffible de ſonger
fi-toſt à ſe marier. Le Marquis
ayant compristout cequ'on vouloit
qu'il entendiſt , ne s'obſtina
point dans cette affaire. Il laiſſa
la place àceux qui furent moins
ſages , ou plus amoureux que
luy ,& le grand bien de la Belle,
qui estoit preſent , donnant un
plus grand éclat à ſa beauté , il y
cut redoublement d'affiduitez
&de Pretendans. La Mere qui
trouvoit ſon compte à ſe voir
faire, la cour , inſinuoit adroitement
à ſa Fille , que ſe marier ſi
jeune c'eſtoit mourirauxplaiſirs;
qu'elle avoit beaucoup de belles
années àdonner à ce qui pouvoit
la toucher le plus , ſans dépendre
de perſonne , & qu'en
tout temps , eſtant auffi riche
GALAN T...
71
qu'elle estoit , elle feroit enpouvoirde
faire un heureux , quand
elle voudroit choiſir. La Belle
ſuivit cette politique . Elle presta
l'oreille aux douceurs fans rebuter
perſonne par la préference
&laiſſant également ſujet d'efperer
à tous , elle mena une vie
toute charmante, par la diverſité
des hommages qu'elle recevoit
de toutes parts. Cependant comme
elle ne les vouloit attribuer
qu'à la beauté ſeule , elle prenoit
des ſoins extraordinaires de la
conferver ,& ces foins alloient
juſqu'à l'excés. Ainſi on pouvoit
l'en nommer l'esclave . Elle ne
fortoit jamais qu'à certaines
heures où elle croyoit n'avoir
rien à craindre du Soleil ny du
ferein , & fi quelquefois elle
ſe mettoit àune feneftre , c'eſtoic
avec des précautions contre le
72
MERCVRE
grand air , qui tenoient un
peu de la folie ; mais à quoy
n'aime- t- on pas à s'aſſujettir
pour demeurer toujours belle ?
Vous vous imaginez bien dans
ce grand ſoin les inquietudes
qu'elle avoit fur la petite Verole
qui a eſté cette année une maladie
commune. Il n'eſtoit permis
à aucun de ſes Amans de la voir
qu'en atteſtant qu'il n'avoit
dans ſa Famille aucune perſon .
ne qui fuſt attaquée de ce vilain
mal , qui luy faifoit tant
d'horreur , qu'à peine en pouvoit-
t- elle entendre prononcer
le nom. Elle demandoit des
préſervatifs à tout le monde,&
tous ceux qu'on huy apprenoit
eſtoient pratiquez . A
force'de prendre des potions
contraires peut- eſtre les unes
د
aux autres, elles'échauffa fi bien
qu'elle
GALANT.
73
qu'elle eut quelque accés de
Fiévre. D'abord les effrayantes
idées de la petite Verole la ſaifirent
malgré elle. On eut beau
luy dire que c'eſtoit affez pour
ſe l'attirer que de ſe mettre en
l'eſprit les terreurs paniques
dont elle estoit agitée ; elle en
crut avoir tous les accidens , &
eſtant delivrée de cette Fievre,
elle reſolut de ſe ménager encore
davantage qu'elle n'avoit
fait, mais ce qu'elle fit fut inuti
le . La petite Verolę ne luy partit
point de la penſée,& le moindre
malde coeur la faiſant trem -
bler , elleen eut enfin qui furent
de vrais pronoſtics de ce qu'elle
apprehendoit. On la traita d'a
bord fans luy vouloir dire que ce
fût le mal qu'elle avoit craint ,
mais eny fongeant fans ceffe ,
elle devina ce que l'on tâchoit
Iuin 1694. D
74
MERCVRE
de luy cacher , & aprés qu'on
Juy eut dit que ce ne feroit guere
plus que ce qu'on appelle Verole
volante , elle pria que fans
avoir égard à ſa vie , on s'appliquât
feulement à empêcher
que ſon viſage n'en portât des
marques. Sa Mere qui l'aimoit
uniquement , & qui avoit ellemême
grand intereſt à la conſervation
de ſa beauté , qui luy
attirant une groffe Cour , ne la
laiſſoit point manquer de plaiſirs ,
en prit des foins extraordinaires
; mais peut-eftre fit-on trop
pour empêcher les marques
qu'elle apprehendoit. Il luyen
demeura beaucoup fur le nez ,
&en general il y eut quelque
changement dans fon viſage.
La plupart de ſes Amans, qui
attachez par fon bien le regardoient
comme une choſe ſolide
৬০১
GALANT .
75
qui ne pouvoit recevoir aucun
-changement , ſe montrerent
empreſſez à l'envy les uns des
autres à venir ſans ceſſe s'informer
de l'état où elle étoit , mais
ils demanderent inutilement à
la voir , elle ne voulut ſe montrer
à aucun d'eux avant que
fes yeux l'euſſentaſſeurée qu'elle
auroit encore cet air brillant,
dont on ſe hazardoit à luy repondre
pour l'obliger à ſouffrir
que l'on mit ſa vie en ſeureté.
Elle demeura affez en repos
pendant fix femaines ; mais
quand fon miroir lui eut appris
qu'on l'avoit flattée ; & qu'en
fe cherchant enelle-même, elle
ne retrouva plus ce teint délicat,
qui estoit le charme de tous
ceux qui la voyoient , elle tomba
dans un deſeſpoir que rien
ne peut égaler. Toutes les con-
D 2
76
MERCURE
folations qu'on chercha à luy
donner , & fur le ſecours du
temps qui luy ôteroit les rougeurs
qui l'étonnoient ,& fur
cequ'étant riche & de naiſſance
, quand il ne luy reſteroit ny
richeſſe ny beauté , elle trouveroit
toujours à ſe marier avec
beaucoup d'avantage , furent
fans aucun effet. Elle dit avec
une eſpéce de fureur qui l'em .
portoit malgré elle , qu'elle ne
devoit ſonger qu'à mourir , &
que ſi quelqu'un pouvoit ſe refoudre
à l'épouſer étant auſſi
laide qu'elle eſtoit , ce ne seroit
que pour eſtre maître de fon
bien , & devenir ſon Tyran
enſuite, Dans ces ſentimens, un
chagrin fombre s'empara de fon
eſprit. Elle ne voulut ſe laiſſer
voir à perſonne , & ne mangeant
preſque plus , elle donna lieu
GALANT.
77
de craindre qu'un épuiſement
de forces ne la jettât dans une
langueur dont on auroit , peine
àlatirer. Réveuſe, abatuë, plei .
ne de mépris pour elle-même,
elle ne pouvoit fouffrir qu'on
lay propoſât aucun-divertiſſement
, & ſe ſentant trop génée
par le foin continuel qu'elle
avoitde ſe cacher, elle ſouhaita
d'aller à la campagne , ou rien
nela contraindroit. Sa Mere la
mena à une Terre, où elle s'obſtina
à refuſer toute forte de
vifites . La maiſon étoit tresbelle
,& les jardins agréables.
Elle alloitde temps en temps y
reſvera fon malheur , & diſant
toûjours qu'il falloit maquer de
coeur pour aimer à vivre quand
on étoit laide , elle s'abîmoit de
plus en plus dans les cruelles
reflexions qui la tourmen-
D 3
78
MERCURE
toient. Il étoit inutille de luy
dire qu'elle ſe perfuadoit cequi
n'eſtoit pas , & que malgré tout
le changement qu'elle croyoit
eſtre dans ſes traits , elle avoit
encore de quoy effacer la plufpart
de celles qui ſe piquolent
de beauté. Elle prenoit un miroir,&
le caffant de depit aprés
s'eſtre regardée, elle s'abandon
noit encore plusſenſiblement à
fon déplaiſir. Un jour qu'une
Demoiselle qui estoit à elle ,&
qui la ſuivoit toujours dans ſes
promenades de jardins , s'étoit
éloignée de trente pas pour
oucillir des fleurs, elle entendit
tout à coup beaucoup de bruic
dans un baffin d'eau , & vit fa
Maîtreſſe qui s'y debattoit. Elle
cria au ſecours , on accourut,
& on l'en tira à demy noyée.
On la porta dans ſa chambre, où
7.
GALANT.
79
ر
elle futmise au lit avant qu'elle
fuſt revenue à elle . On la rechauffa
, & quand on luy cut
fait rendre la pluſpart de l'eau
qu'elle avoit beuë , elle ouvrit
les yeux , & demanda ce qu'on
avoit fait de ſon Raviſſeur . Elle
ajouſta qu'un fort vilain hom
me l'ayant pourfſuivie pourl'enlever
, elle l'avoit évité en ſe
jettant dans une Riviere qu'el
le avoit heureuſemeut paffée à
la nage. On connut par là que
ſon cerveau s'eſtoit alteré par le
peu de nourriture qu'elle prenoit
depuis quelque temps , &
ce fut un nouveau mal auquel
on tâcha d'apporter remede.On
n'y a point encore réuſſi puis
qu'il augmente plûtoſt qu'il ne
diminuë. La crainte qu'elle a
qu'on ne vienne àbout de l'enlever,
fait qu'elle s'obſtine à ne
D4
80 MERCVRE
plus quitter ſon appartement ,
fans vouloir fouffrir qu'on ouvre
à perſonne qu'avec des précautions
qui la mettent à couvert
des inſultes qu'elle craint.
Il y a prés de deux mois qu'elle
eſt dans cette folie , diſant toujours
que puis qu'elle eſt aſſez
laide pour ne devoir plus ſe
montrer au monde, elle veut au
moins ſe choiſir une prifon,
ſans qu'on l'enferme de force,
comme on feroit ſi ſes ennemis
ſe pouvoient ſaiſir de ſa perfonne.
Toulouſe , Capitale de Languedoc
, fi fertile en beaux efprits
, eft furnommée avec beau
coup de juſtice , Palladienne ,
parce que de tout temps les
Sciences & les beaux Arts y ont
fAcury, & qu'ils y fleuriſſent plus
que jamais , par la noble émula、
GALAN T. 81
tion qu'il y a entre les Poëtes ,
& les Orateurs , qui s'excitent
entre eux , & qui excitent les
autres à travailler pour la gloire
du Roy , en propoſant des Prix
pour ceux qui excelleront , ſoit
en Proſe ,ſoit en Vers. Je vous
ay ſouvent parlé de la Compa.
gnie ancienne des Jeux Floraux
, inſtituée par Dame Clemence,
du Teſtamentde laquelle
les Capitoux ſont executeurs.
Vous ſçavez qu'il y a ſept
Mainteneurs , qui font des perfonnes
de merite & de diſtinction
; un Chancelier perpetuel ,
qui eſt aujourd'huy M. de Manisban
, Prefident à Mortier de
ce Parlement , où en qualité
d'Avocat General , il a longtemps
fait admirer ſes rares talens
, fa vive éloquence , & fes
grandes qualitez . Cet illuſtre
Ds
82 MERCURE
Magiſtrat eſt le cinquiéme des
Preſidens à Mortier qui ont eu
celle de Chancelier dans ces
Jeux ,fi propres à animer la Jeu
neſſe Vous n'ignorez pas non
plus que ceux qui remportent
les Fleurs pour des Chants Royaux
, ont l'honneur d'y eftre
receus Maiſtres.On les appelle
tous communement Floriftes . Il
y aencore en la mefme Ville
deux autres Compagnies de
gens de Lettres , Les uns s'affem
blent chez M. de Carrieres , au
nombre de douze, dontM. Martel
eſt le digne Secretaire. On
leurdonne le nom d'Oranistes ,&
leur principale occupation eſt
l'Eloquence. M. de Rocoles s'y
eſt diſtingué par pluſieurs beaux
Difcours qu'il y a prononcezen
public . M.. Tournier , autrefois
Miſſionnaire Royal, & Confeil
GALAN T. 83
ler en cet auguſte Parlement ,
& M. Compin , Chanoine de
l'Egliſe de Saint Eſtienne , qui a
fouvent balancé les ſuffrages de
Mrs de l'Academie Françoiſe ,
en compoſantpour les Prix d'Eloquence
, y ont fait éclater la
leur par des pieces achevées . I
reſte à vous dire un mot de dix
autres perſonnes choiſies , qui
s'aſſemblent de temps en temps
pour la belle Poësie Françoiſe ,
chez M. Lucas,Conſeiller Clerc
en ce Parlement . Je vous ay déja
mandé qu'à l'imitation des Academiciens
d'Italie ils ont pris le
nom de Lanternistes & qu'ils
avoient propoſe une Medaille
d'argent pour celuy qui rempliroit
le mieux leurs Bouts
rimez . M. d'Haumont , dont je
vous envoyay le Sonnet le dernier
mois , a eu l'honneur de le
د
D6
82 MERCURE
lire à Sa Majesté ,& celuy qui a
paru en meſme temps ſous le
nom du Chevalier de l'Etoile , a
réveillé les Muſes. On doute
qu'elles en faffent de meilleurs.
Cependant vous jugerez des
nouveaux que je vous envoye .
Ils ont eſté faits ſur les meſmes
rimes , pour le meſme Prix , &
ſur le meſme ſujet. M. l'Abbé
Saurin , Academicien de l'Academie
Royale de Niſmes , a fait
le premier , & M. Gillet le Fils,
Avocatau Parlement de Dijon ,
a fait leſecond.
I.
LA FRANCE
AUX ALLIEZ .
Flers oneplus d'in
Lers ennemis d'un Roy digne.
Buftea
GALANT.
83
Qui malgré les frimats ,les neiges
les
glaçons
Fait dans le champ de Mars defi
belles moiffons
D'une main en tout temps également
robuſte.
Voulez vous triompher de ce Vainqueur
Auguſte ?
Avec docilité recevezmes leçons;
Gardez vous de traiter mes avis
de chanfons
Ceque je vais vous direest aussi vray
que juste.
Implorezsa clemence ,
Briguer prés de ce Prince unfavovenez
Sans
rable accueil :
Au torrent qui vous perd vous mettrezune
digue,
La douceur la Paixfont les plus
Surs refforts
orgueïl
86 MERCURE
Pour vous ouwir un coeur de ses
bien faits prodigue
Et vous unir à luy par d'aimables
accords.
PRIERE POUR LE ROY.
Veille, Dieu tout puiſſant , pour
le Salut d'unRoy
Aimé pourses vertus , & craint
pourson courage ,
Et qui te fait un humble hom
mage
Des Victoires qu'il tient de
toy.
II.
ALAGLOIRE
DU ROΥ.
FLevons des Autels , confa
crons us Bufte
GALANT 87
Al'Hercule François qui malgré
Yes glaçons
Fait de ſes ennemis deſanglan.
tes moiffons
Etse montre en tous lieux & vailt
lant
だけ
robufte
Pour loüer les exploits de ceHe-
Quifeulau monde entier peut donros
Auguſte
le cons
chanfonss
nerdes
Redoublons pour LOUIS nos
voeux nos
Il eſt ſage , prudent , il est pieux,
juſte.
De la Ligue infolente il renverse
orgueil ,
Il ne sçait ce que c'est qu'au vice
faire saccueil
Contre ses envieux la prudence est
S digue..
88 MERCVRE
Il détruit leurs deffeins par de secrets
refforts .
En ce grand Prince enfin la nature
prodigue
Ioint toutes les vertus parde charmans
accords.
PRIERE .
Seigneur ,le Grand Louis dont ta
main a fait choix
Sert aux Rois ici bas d'exemple
demodele.
En conſervant ſes jours , conferve
luy fon zele ,
Pour deffendre ta cause , & nous
donner des loix.
III.
L'Aiglepalit d'effroy,mesmeen
voyant le
D'un Roy qui lapoursuit au milieu.
des glaçons.
1
GALANT.
89
Avec la même ardeur qu'il foule
Ses moiffons,
Dansles travaux de Mars Hercule
est moins robuſte.
QuelFrince a mieux rempli la qua
litéd'
). Auguſte ?
On vient du bout du monde écouter
fes leçons.
Les Muses à l'envy composent
des chanfons
Pour vanter un Monarque & fi
grand&fi juste.
Decent Princes liguez, LOUIS
dompte l' orgueil,
Tout plaiſt en ce Heros , l'air , la
taille,l' accueil,
En vain à sa valeur on oppose
une digue.
Il triomphe en tous lieux par differens
refforts.
MERCURE
fut
Deses dons en naissant le Ciel luy
prodigue,
Luy seul de l'Heresie à détruit
les 7 accords .
PRIERE.
Ciel , conduisez les redoutables
coups
Du plus grand Prince de la
Terre.
Pour foûtenir vos droits il entre
prend laguerre,
En combatant pour luy , vous com
batrez pour vous.
Ce troifiéme Sonnet eſt de
Mademoiselle de Cance , & un
Galant Auteur qui ne veut pas
encore eſtre nommé, a fait les
trois que vous allez lire , & le
dernier a eſté fait par un autre
Inconnu.
GALANT.
و
Q
LV
Velle marque d'honneur , quel
monument , quel Bufte,
Pour un Roy qui bravant les cha .
leurs, les glaçons ,
Afait aux champs de Mars de lau.
riers cent moiffons ,
e! Plus qu'un ſimple Soldat fatiguant
robufte?
Sous fon Regne plus beau, que le
regne d' Auguſte ,
Les exploits des Cefars font de fotbles
leçons,
Les vertus des Herosfont de vieil
les chanfons ,
Il est plus sage qu'eux ,plus vail.
1 lant, plus juſte.
S
Deſes fiers ennemis il ſçait dom-
2
pter l' orgueïl.
A ceux qu'il a vaincus il fait un
doux accueil,
2 MERCURE
Contre une si grande ame il n'est
rempart , ny digue .
Et quandle Ciel pritsoin d'en former
les refforts
Ily voulut verſer , en se montrant
prodigue,
De toutes les vertus les celeftes
accords.
PRIERE.
i
De ta grace , Seigneur , accorde
nous des marques
Qui distinguent leRoy des autres.
Potentats.
Queta droite attentive au bien de
fesEtats د
Se declare en faveur du plus grand
des Monarques.
V.
Pourhonorer LOUIS ceferoit
peu qu'un Buſte,
GALANT.
93
Si les Peuples du Nord exposez
aux glaçons
moiffons ,
Ne quittoient pourle voir leur terve
leurs
Le More , l'Indien , & le Scythe

robufte.
L'éclat majestueux de sa prefence
auguſte
Des plus hautes vertus inspire les
leçons.
leurs
Les Muses pour luy seul épuisent
Ettout l'encens du monde est un tri-
L
chanfons ,
buttres juſte.
L'Africain ,le Genois abaiſſent
leur orgueil,
Tour calmerſa colere , & briguer
accueil ;
Perſonne à ce torrent nose opposer
deve excertif est bila digue.
94
MERCURE
De la Ligue en fureur it brife les
refforts ,
En Pere de fon peuple de ses
- foinsprodigue
De ses vastes Etats il regle les
PRIERE.
accords.
Queta bonto,Seigneur,desarme
ta justice,
Et quand nostre Monarque au pied
detes Autels,
Pour fon peuple & pour lay fait
des voeuxfolemnels ,
Quele Ciel applaudiffe à ce grand
facrifice.
AV Autels duRoy le
ex voto , posons
504
Burte
Et tant que les bivers produiront
glaçons , les
T
95
GALANT.
Et que l'Astre du jour jaunira les
moiffons,
Demandons pour ce Prince une
Santé robufte.
Fuyez, laches Mortels, loin defon
Trône
auguſte,
Vous duerime & du mal qui donnez
des leleçons.
Ses armes ny ses loix ne font pas
des chanfons,

Dans la Paix , dans la guerre il est
fevere
jufte.
Ilfçait punirfansfiel , vaincre
Sans orgueil,
Il fait teste au fuperbe , à l'humble
en
il fait accueil
Sa valeur dans son cours ne trouve
point de digue.
Son air charme les coeurs par de
sinfecretsist es refforts.
ender
96
MERCURE
Heureuxpour le ložer à qui Phooeprodigue
bus
Ses aimables fureurs , ses divins
PRIERE .
accords.
Seigneur, fais quele Roy triomphe
de l'Envie.
Et que depuis fon Sacre on compte
un fiecle entier ,
Sans que lefort jaloux ose affez
s'oublier,
Pour troubler le repos d'unefi belle
vie.
VII .
I'Histoire de Lois est un excellent
Buſte ,
On y voit ce Heros au milieu des
glaçons
Se couvrir de lauriers comme au
temps des
moiffons;
Son esprit vaste & ferme anime
ウィ
un corps
robuſte.
Dans
GALANT.
97
Dans son air , dans ses moeurs on
reconnoist Auguſte ;
Au plus fin Politique il feroit des
leçons .
Muses , consacrez luy vos Vers
vos chanfons,
Dites qu'il est par tout grand , in .
vincible , juſte.
**
Humain Sans s'abaiſſer , Maiſtre
Sans orgueil,
Honorant la vertu d'un veritable
accueil ,
La paix de ſes Exploits ſera l'heureuse
digue ,
Pour elle ilfait agir les plus puis-
Sans refforts ,
Pour mieux la ménager il ſemble
eftre prodigue.
Ciel , répons à ses voeux par tes
divins accords.
Iuin 1694 E
98 MERCURE
PRIERE .
Avec tes Ennemis qui haïffent la
paix ,
Tu vois , Seigneur , que je suis
pacifique,
En leur parlant , avant que je
m'expliqne,
Contre moySans raiſon ils ont lancé
leurs traits.
Le Pere Raphaël , Auguſtin
Déchauffé d'Aix , a fait ce dernier
Sonnet.
VIII .
DE l'Hercule vivant on voit
icy le Bufte.
De Loüis , qui triomphe au milieu
des glaçons ,
moiffons
Qui n'attendpas toujours la ſaiſon
des
Pour faire aux plus vaillansfentir
Son
Son bras
THEOUN
DE
aireftfier
LYON
tial
**
robuſte.
doux baut ,marauguſte
THEQUE
AVILLE
A
GALANT.
S
LYON
*
cent peuples liguezil donne des
leçons,
Et s'ils n'estoient payez par Guillaumeen
chanfons ,
Il verroient que luyſeul dans ses
deffeins eft juſte
Les plus fameux exploits ne lenflent
point d' orgueil,
Au Prince détrônefeul ilfait bon
accueil,
Luy mesme àfon Royaume il fert
deforte digue
**
En vain la Liguefait joüer tous
fes refforts ,
Tous ses tresors en vain l'Angleterre
prodigue
On doit mieux ménager , ou crain
drefes accords .
PRIERE.
Seigneur , qui tiens en mainle coeur
de tous les Rois ,
F 2
100 MERCURE
Qui connois le coeur droit du Mo ,
narque de France ,
Protege ce grand Roy qui seul
prend ta defense,
Contre les tranfgreffeurs detes plus
Saintes loixi
Ily va de ta gloire & de ta pro .
vidence .
Avant que de paffer à un Article
nouveau,il faut que j'ajoûte
à ce queje vous ay déjadit de la
priſe du Senega , dont je vous
ay parlé dans cette Lettre , que
depuis on a receu les procés verbaux
, par leſquels il paroiſt qu'il
ne s'y eft trouvé aucuns effets
appartenans aux Anglois , mais
qu'ils attendoient deux Vaifſeaux
chargez de munitions &
de marchandiſes pour cette habitation
, qu'ils avoient demandez
en Angleterre , en donnant
GALANT.
101
:
}
avis de cette expedition. Comme
le Baſtiment qui en portoit
la nouvelle fut attaqué par deux
Armateurs François , & que le
Capitaine Anglois mit le feu à
ſes poudres , & aima mieux ſe
faire perir que de ſe rendre ; la
perte que fit la Compagnie
d'Angleterre ayant apparemment
retardé l'execution de ce
projet , eſt cauſe qu'il ne s'eſt
trouvé dans les Forts aucuns autres
effets que ceux que les Angloisy
avoient trouvez , appartenans
à la Compagnie de France.
Ils en avoient ſeulementenlevé
une partie des marchandiſes
negociées , pour les apporter en
Europe , & employé quelquesautres
pour le commerce& pour
des vivres, Cette repriſe eſt
d'autant plus honteuſe pour eux,
que le Vaiſſeau le Leger n'avoit
point eſté armé dans cette veuë ,
3
3
E 3
102
MERCURE
eſtantparty de la Rochelle,commeje
vous l'ay déja marqué,plus
de deux mois avant que l'on
euſt appris la perte de cette Colonie
. Le Roy , qui veille toujours
au bien de ſes Sujers , &
queles foins de la guerre ne difpenſent
point de s'appliquer à
tout ce qui peut apporter l'abondance
dans l'Estat , ayant accordé
ce Vaiſſeau à M. d'Appougny
, Fermier general , pour y
continuer fon negoce avec plus
d'avantage , & pour le foulager
dans les grandes avances où il a
eſté obligé d'entrer,afin de foutenir
ces Colonies & ces habitations
pendant la guerre , les
Intereſſez en cette Compagnie,
qui firent équiper ce Vaiſſeau ,
avoient eu ſeulement la précaution
d'y faire paſſer beaucoup
de monde pour relever ceux qui
GALANT.
103
y eſtoient , & qui ayant preſque
tous fini leur temps , demandoient
à revenir ; auſſi ceux qui
s'embarquerent n'y croyoient
aller que pour trafiquer, & ce ne
fut que par la prudence de M.
Chambonneau , Commandant
pour la Compagnie , qui paſſoit
fur ce Vaiſſean , & qui ſçavoit
qu'il est bon de ſe tenir toujours
ſur ſes gardes , qu'ils ne furent
pas ſurpris. Je vous ay dit combien
il eut de douleur , lors
qu'ayant fait arborer le Pavillon
François , à deux ou trois lieuës
del'habitation du Senega , il vit
hiffer le Pavillon Anglois
entendit tirer un coup de Canon,
du Fort. Il aſſembla auſſi - toſt les
Officiers pour tenir conſeil , &
apprit des Negres de la Coſte ,
par une Barque qu'ils envoyerent
à la découverte , l'eſtat des
د
&
E 4
104
MERCVRE
forces ennemies. Ces Negres ,
qui haiſſent mortellement les
Anglois , ayanttémoigné beaucoup
de joye de revoir les
noſtres ,& leur ayant offert toute
forte de ſecours , meſme le Roy
de Brac , ayant aſſuré M. Tambonneau
que fans courir aucun
riſque il les remettroit luy ſeülen
poffeffion , il fut jugé à propos
d'aller attaquer le Fort dir
Senega. Vous en ſçavez le ſuccés
par les circonstances que
contient mon premierarticle.
Le 13. Avril dernier , le Roy
de Pologne fit à Holkien la ceremonie
de donner l'Ordre du
S. Efprit à M. le Marquis d'Arquien.
Le jour precedent , ce
Prince en fortant de la Meſſe , le
fit Chevalier de S. Michel dans
la chambre de la Reine. M
d'Arquien ſe mit à genoux,& le
GALANT.
LOS
Roy debout & couvert tira fon
Sabre , & luy en donnant deux
coups fur l'une & fur l'autre
épaule,ildit Enveriu dupouvoirque
leRoy de France m'a donné , depar
Saint Michel Saint Geroges , je
vousfais Chevalier. Enfuite Sa Majeſté
Polonoiſe l'embraſſa deux
fois , & l'aida , à ſe relever..
Cela ſe fit en particulier , & en
habit ordinaire. Le lendemain
on alla à la peroiſſe de Holkien ,
& le Roy pour rendre cette
action plus éclatante , voulut en
faire le chemin à pied. On avoit
mis au milieu du Choeur un
Priedieu pour ce Monarque , &
un fauteüil derniere. Sur la gauche
un peu plus haut , du coſté
de l'Evangile eſtoit un autre
fauteüil fur le milieu d'une eſtraa
de élevée de quatre marches ,
couverte d'un magnifique tapis
Es
106 MERCVRE
dePerſe , un carreau au bas du
fauteüil , & un Dais audeſſus .
Ala droite du Priedieu tirant
vers l'Autel , on avoit rangé fix
tabourets , quatre devant pour
les grands Officiers de l'Ordre ;
ſçavoir leChancelier, repreſenté
par M. l'Abbé de Polignac ,
Ambaſſadeur de France ; le
grand Treforier, par M. le Palatin
de Mazovie ; le Prevoſt
Maistre des Ceremonies › par
M. le Caſtelan de Dantzic, & le
grand Secretaire , par M. le Re
ferendaire de la Couronne . Les.
deux autres tabourets estoient
derriere , l'un pour le Heraut ,
repreſenté par M. de la Neuville
, l'autre pour l'Huifier ,
quereprefentoit M. du Heaume,
ancien Gentilhomme de M. le
Marquis d'Arquien ; & enfin il
y avoit un ſeptiéme tabouret à
GALANT . 107
gauche proche le Priedieu du
Roy , & vis à vis le Chancelier ,
pour ce Marquis. Le Roy avoit
ordonné que ce jour-là toute ſa
Garde , compoſée de Rheitres ,
de Heiducs , de Janiſſaires & de
Hongrois , tant à piedqu'à cheval
, fuſt ſous les armes , en forte
que depuis le haut de l'Escalier
du Palais juſqu'à la Paroiffe , la
marche ſe fit entre deux hayes
de Soldateſque fort ferrée. Les
Gardes de la Reine avoient occupé
les dehors & les dedans de
l'Egliſe , qui estoit tenduë deriches
tapiſſeries , & l'Autel paré
de ſes plus riches ornemens . A
neufheures & demie, le Maiſtre
des Ceremonies , ſuivi du Heraut
& de l'Huiffier , alla prendre
M. le Marquis d'Arquien ,
qui eſtoit en habit de Novice , &
le conduifit à l'appartement du
1
E6
108 MER CURE
)
Roy , qui l'attendoit reveſtu du
grandmanteau & du grand Collier
de l'Ordre , & les reveren
ces eſtant faites,on défila de cet
te maniere . L'Huiffier précede
de quantité de Tambours , de
Trompettes , de Hautbois , &
de Clairons à l'Allemande , àla
Turque , à la Polonoiſe , & à la
Hongroiſe,marchoît le premier,
ſuivi du Heraut , à quatre pas
du Prevoſt Maiſtre des Cerez
monies , du grand Treſorier , &
du Secretaire , rous trois de front,
le premier au milieu , le grand
Treforier à ſa droite ,& le Secre
taire à ſa gauche ; enſuite le
Chancelior féul ; M. le Marquis
d'Arquien feul aufli , & le Roy,
dont M. de Matigny , Frere de
la Reine , portoit le Manteati.
Les Senateurs , & autres Grands
du Royaume , ſuivoient chacun
GALANT. 109
1
enſon rang. On arriva à l'Eglife .
Le Service commença par un
Sermon Polonois, que fit le Pere
Balouski , Jefuite , fur la Cere.
monie quife preparoit. La Prédication
eftant achevée, le Preftre
vint à l'Autel , où il entonna
le Veni Creator, qui par f'ordre de
la Reine ne fut chanté qu'en
plein Chant , aprés quoy on
commença une Meſſe baffe ,
pendant laquelle la Muſique
Françoife chanta des Motets. La
Meffe finie , les reverences fus
rent faites ſuivant l'inſtruction
venuë de la Cour de France , que
M. Faitout, Secretaire de M.
d'Arquien tenoit à la main , &
la Ceremoie s'acheva à l'ordinaire
. On fortit de l'Eglife
dans le mefme ordre qu'on y
eſtoit venu &fon remena le
Roy dans fon appartement. Ce
د
110 MERCURE
Prince ayant quitté ſes habits de
l'Ordre , on pafla dans l'antichambre
de la Reine , où l'on
trouva unegrande table en quarré
long , couverte des mets les
plus exquis . Lors que le Roy eut
pris place , la Reine ſe mit à ſa
droite M. le Marquis d'Arquien
, le Prince Alexandre
aprés , & enſuite M. l'Abbé de
Polignac , M. le Comte de Malagri,&
M. le Comte de Bethune
, Neveu de la Reine ; à la
gauche de cette Princeſſe , la
Princeſſe Royale &le plus
jeunes des Princes , vis à vis
deſquels le Palatin de Mazovie,
& le Caſtelan de Dantzic étoient.
Il n'y avoit perſonne vis
à vis du Roy & de la Reine, Le
Prince Ainé ne s'y trouva pas ,
&Mr le Marquis d'Arquien fut
placé avant le Prince Alexane
>
GALANT. IT
S
-
S
4
dre , parce que Mr l'Ambaſſadeur
, qui ne donne la main à
perſonne qu'à la Famille Royale,
devoit prendre place immediatement
aprés ce Prince. Ily
avoit dans la Salle des Gardes
une autre table d'égale grandeur
, & preſque ſervie également
,dont le haut bout eftoit
occupé par les Filles d'honneur
de la Reine au nombre de fix , &
par tous les Officiers de la Cou
ronne. Ces Filles d'honneur
font Filles des Seigneurs des
plus qualifiez de Pologne. Le
Roy bût deux fois la fanté de
Sa Majeſte Tres- Chreftienne ,
& demeura toujours debout &
decouvert juſqu'à ce que tous
ceux de la table l'euſſent bûë.ll
avoit une aigrette & une attache
d'un prix inestimable . C'étoit
un Diamant en table lon
112 MERCURE
gue d'un pouce de Roy , & large
d'un pouce. La Toque deMrle
Marquis d'Arquin pouvoit bien
valoir deux millions. Outre le
cordons & l'attache de gros
Diamans , il y avoit une aigrette
magnifique , foutenuë d'une
Perle unique de la groffeur d'un
oeufde Pigeon . Elle eſt eſtimée
plus de cinq cens mille écus.
Son épée en valoit du moins
cinquante mille , la poignée la
garde le crochet , & le bout
eſtoient tout couverts de gros
Diamans . Toutes ces Pierreries
eſtoient à la Reine,qui en eſtoit
auſſi toute couverte , auffi-bien
que la Princeſſe , & les jeunes
Princes à l'attache de leur robe ,
à l'aigrette de leurs bonnets , à
leurs ceintures , & à leurs fabres .
Le jours ſuivant , M. le Marquis
d'Arquien regala magnifiqueGALANT.
-113
ment toute la Cour.
こL'Ode qui fuit eſt de M. de
Senecé . Ses Ouvrages font fi
generalement eſtimez , que je
croiray toujours vous faire plaifir
en vous envoyant tous ceux
qui me tomberont entre les
mains.
**************
/
A M. LE MARQUIS
DE LA VRILLIERE.
ODE.
AvPalais dela Fortune
L'honneur laprobité,
Malgré la plainte commune ,
Detout temps ont habité,
Parmylevulgaire inique ,
Plus d'ungrandcoeury pratique
Lessentiersles moins battus ,
८८
514 1
MERCVRE
Etgrace aux deſtins propices,
La Cour , comme de grands vices ,
Nourrit de grandesvertus.
Iamaisla Magistrature
Echauffant l'ambition ,
Nefit fortir de mesure
Aristide&Phocion.
Ciceron de gloire avide ,
Naturellement timide ,
Fut Confulferme&hardy.
Ettoy , Caton , l'on atteste
Quetufus toujours modefte,
Quoy que toujours applaudi .
L'ame la plus élevée
Quegêne unfort limité,
Detout mouvementprivée
Languit dans l'obscutité.
CeDieu,qui danssa carriere
Des spheres de la lumiere
Regloit les celestessons ,
Devenu Berger d'Admete
Futreduit au Mont Hymete
100
%
GALANT. DIS
Ade rustiques chansons .
Quelspectacle davantage
PlaiſtàlaDivinité ,
Que devoir lutterle Sage
Contre la profperité ?
Pourcombattre la disgrace
L'ame aisémentſeramaſſe ,
Et triomphe avec honneur?
Mais l'effortdesapuiſſance ,
C'estdegarder l'innocence
Dansle comble du bonheur.
VI.
Oraceen Herosfeconde ,
Noblefang des Thelypeaux ,
Quiſanss'épuiser , aumonde
Fournisdes ſages nouveaux ,
QuelPhebus ,quelle Vranie
Elevera mon genie
Pourte chanterdignement ,
Nombrillant , Nom plein de gloire,
Nom de qui mesme l'histoire
N'est qu'unfoible monument ?
Venerable laVrilliere ,
1
116 MERCURE
Toy , dont la posterité
Dans le ſein de lalumiere
Accroist la felicité ;
Que Chateauneuf eft fidelle
A conferver pour modelle
Tes exemples folemnels ,
Qui dans un poste sublime
Ne s'enrichit que d'eſtime ,
Content des biens paternels !
Chez luy , manieres honnestes ,
Libre accés,humanité
D'unfiecle émeu de tempeftes
Temperent la dureté.
Dans la carriere gliſſante
Où la faveur chancelante
Marche d'unpas égaré ,
Maistre de ſes destinées ,
Il a couru trente années
D'un pasferme mesuré.
r
Heritier de leur merite
Soutenez, jeune Marquis ,
Legrand poids où vous invite
GALANT. 3117
Tant d'honneur qu'ils ont acquis.
Non ; vous nepouvezfans honte
Manquer de rendre bon compte
De l'eclat de vos Ayeux ,
Dont la maxime fevere
Defend la vertu vulgaire
Aux enfans des Demi dieux.
Mais quelfoucy t'inquiete
Et te trouble fans raison ?
Supprime , Muſe indifcrette ,
Tes avis hors de saison .
Plein de l'esprit defes Peres,
Ses talent béréditaires
N'attendent pas ton conseil,
Et pour prouversa naiſſance
Cet Aigle désfon enfance
Aregardé le Soleil.
I'ay veu chez l'Auguste Reine
Que jepleure à tous momens ,
La Cour fuffire avec peine
A louer ses begaimens.
Comme au jardin d'Hesperie ,
118 MERCURE
La plante a peine fleurie
Nous offre un pretieux fruit ;
Comme le fils duTonnerre ,
Il naift frappe la terre
Et de lumiere de bruit.
Poursuivez avec constance ,
Marquis , meritezle choix ,
Meritezla confiance
Du plus éclairé desRois,
Foulezla fameuse trace
Que bat vostre illustre race ,
Meditezces grands objets ;
Et comme eux piquez vous d'estre
Toujours zélépour le Maistre ,
Toujours bon pourles Sujets.
Mais lorsqu'enfon Apogée
Brilleravoſtre credit ,
Nelaiffezpas negligée
La Musequi l'apredit .
Sans elle , il faut qu'on periſſe ;
Sans elle , prudent Vliffe ,
Tu ne vivrois pas encor ,
GALANT .
-
Et Lethe ,cette eau profonde,
Eust englouti dansson onde
L'éloquence de Neftor.
,
Je vous envoye un détail fort
exact de ce qui s'eſt paffé au
Voyage de M. de Chaſteaurenaut
depuis Breſt juſqu'à
Colioure . 'Il a eſté ſi heureux ,
que le ſuccésde cetre Navigation
a fait prédire à l'Auteur le
bonheur de la Campagne de
Catalogne , comme vous allez
voir en lifant ce qui fuit
A Colioure le 27. May 1694.
O
Nne peut avoir une Navigation
plus heureuse que celle
que nous avons eve jusqu'à present,
&fila suite répond au commencement
de cette Campagne , elle fera
une des plus belles &des plus glo120
MERCURE
3
rieuses qui se soient faites depuis
long-temps. Vous sçavez que nous
Sommes partis de la Rade de
Bertaume le Vendredy 7. May
Le Vendredy suivant 14. nous
paßâmes le Détroit ,&le Dimanche
16. nous estions ſous le Cap
de Palle , où M. de Chasteaurenaut
ayant eu avis parle Diamant,
qui amena deux Priſes Angloiſes
, qu'il y avoit plusieurs
Bastimens Marchands dans le Pors
Maille , qui est à l'oüest du cap
de Palle , & qu'ils estoient gardez
par le Content ,le Marquis ,
Trident , & le Bon , il ordonna à
M.Monier de déforcer de voiles ,
pour aller dire à ceux qui commandoient
ces Vaiſſeaux , qu'ils en uſaf-
Sent comme ils jugeroient à propos
mais le vent nous ayant refuſez ,
nous ne pûmes doubler le Cap de
Palle. La nuit , & le lendemain
le
matiu,
GALANT. 121
matin , nous cûmes du calme ,&
voyant une Caiche qui cingloit le
long de terre , nous bordâmes nos
avirons , & luy donnâmes chaſſeſi
heureusement , qu'estant venu à
fraîchir , comme elle vit qu'elle me
pouvoit éviter d'estre priſe , elle
mit Pavillon Anglois , & alla
échouer toutes voiles dehors . L'équipage
s'estant embarqué dans le
Canot ,ſe ſauva à terre. Fallay
aussi- toftà bord , & ayant fait porter
une ancre àtouer au large , je
fis virer autant qu'il me fut poſſible.
mais fort inutilement , de forte que
nous fümes obligez de l'alleger , &
pour cela , de jetter à la mer tout ce
qui s'y pût jetter. Onfit enfoncer des
Bottes de vin &d'Eau de vic, dont
elle estoit chargée , & elles ne furent
pas plûtost pompées , que le
Bastiment vint à flot , ne faisant
pas unegoute d'eau . Nous le primes .
Iuin 1694.
T
F
122
MERCURE
1
à la remorque , & nous l'amenâmes
à l'Armée , que nous ne pûmes join.
dre à cause des calmes , que le Samedy
22. aux Alfagues de Tortofe, où
nous la trouvâmes moüillée. м.
Monier ayant esté à l' Amiral, M.
de Chasteaurenaut luy demanda s'il
connoiſſoit l'entréedu Port quefor.
ment les Alfagues , & s'il pouvoit y
faire entrer des Vaisseaux,pour in-
Sulter deux Navires Elpagnols qui
estoient mouillez dedans. M.Monier
l'ayant aſſuré qu'ily avoit estéplufieurs
fois avec les Galeres , & que
rienn'estoitsi facile que d'y entrer
y ayant par tout vingt deux, vingt ,
& au moins dixneuf pieds d'eau ,
s'offrit d'aller avecfa Fregate jetter
bones pour marquerle chaval jus
qu'à bord de ces Vaiſſeaux , ce que
M. de Chasteaurenaut lay ordonna,
differant d'appareiller , comme il en
avoit le desfein ,jusqu'à son retour.
GALANT.
123
M. du Challard qui commande le
Content,s'estant trouvé là avec M.
de la Roche- Allard , Capitaine de
Pavillon de M. de Villette , & M.
Desgranges , Lieutenant de Vais
Sean, ils s'embarquerent tous trois
avecnous . Nous entrâmes dans ce
Port,& comme le vent estoit preft,
nousy fimes pluſieurs bords, laiſſant
des bouës par tout oùnous trouvions
la mesme eau que cy- diffus .
Ennemis nous voyant à portée de
fufil , nous prirent pour un Brulot,
ce qui leur fit mettre le feu au plus
gros de leurs Vaiſſeaux , qui estoit le
plus au large , &qui avoit laflâme.
Ce Vaiffeau ayant fauté. Cela nous
donna occafion de nous approcher de
fort prés de l'autre, qui estou le plus
proche de terrefous une petite Fortereffe
, d'où ils nous tiroient in-
*ceſſamment du Canon
qu'il estoit abandonné
Les
, voyant
د nous
F2
124
MERCURE
estions dans le deffein d'aller àbord ,
pour nous en rendre les maistres ,
croyant que les Ennemis n'y avoient
pas mis le feu , lors que nous vimes.
une petite Caïque Espagnole qui
alla à bord , d'où nous vîmes embarquer
un homme dans le Vaisseau ,
qui portoit quelque chose dans sa
bouche. Cethomme ne fut pasplûtoft
fur le Gaillard de ce Vaisseau ,
que toute la pouppe&le corps jus
qu'au mast de Mizaine Jausa en
L'air. La fumée estant paßée ,
ne paroiſſant point de feu , le mast
de Mizaine estant encore tout entier
, nous apperçumes cet homme
Sur un fabord, qui faisoit signe de
lamain. M. de la Roche-Allar&
M. Desgranges s'embarquerent
dans le Canot pour l'aller prendre ,
&mettre le feu à ce Vaiſſeau , pour
achever de brûler ce qui reſtoit . Ils.
executerent ce deffein , & apporGALANT
.
125
terent àbord un Espagnol qui avoit
le bras caffé en pluſieurs endroits.
Aprés qu'on l'eut fait panser , il
nous dit , que le premier Vaisseau
brûlé estoit de quatre vingt preces
de Canon , & l'autre de soixante ;
que les Espagnols en l'abandonnant
avoient mis un bout de méche à un
barilde poudre pour lefaire sauter
mais que voyant l'effet trop lent ,
&croyant quele feu s'estoit éteint,
la crainte que nous ne nous en rendiſſions
les maistres , l'avoit obligé
d'y retourner afin d'y mettre le feu ,
&qu'à peine avoit il eſté dans le
bord , quele Vaisseau avoit fauté ,
ainsique nous avions vû. Cependant
plufieurs Chaloupes de l' Armée
estant venues , M. du Challard
les envoyaprendreplusieurs Barques
qui estoient à terre hors la portéedu
Canon de la Fortereffe , les unes
ayant Pavillon Genois , les autres
F3
126 MERCURE
Malthois , & une Eſpagnole ; &
comme lefeu n'avoit pas pris dans
le mast de Mizaine de ce Vaiffeau,
M.de laRoche-Allard&M.Def
grang sretournerentpour l'y mettre.
Ensuite ayant esté reconnoistre les
Ennem's ,qui paroiffoient en grand
nombre fur la marine , pourdéfendreuneBarque
échouéesous le Fort ,
où ily a apparence qu'ils avoient
mis les meilleurs effets de ces vais-
Seaux , dont ils ne s'approcherent
qu'à grande portée de mousquet,
comme ils revenoient à bord demander
permission à M. du Challard
d'aller prendre ou brûler cette Barque
, uncoup de Canon du Fort donnadans
leur Canot , dont M. de la
Roche Allard fut sué , & deux
Matelots , ce qui fit que M. du
Challard ne jugeant pas que cela
valuſt la peine de faire tuer du monde,
défendit auxChaloupes d'y aller.
GALANT.
127
L'autre Barque Espagnole estant
échonée, M. de la Luzerne embar
quadans les Chaloupes quatre Ca.
nons defonte qui s'y trouverent ,&
ensuitey mit lefeu. Nous mimes en
panne travers , & tirâmes pluſieurs
coups de Canonſurl'Infanterie , qui
estoit en bataille fur la marine ,&
enfuite nous nous retirames , t
voyant plus rien à faire. Ces deux
Vaiſſeaux , avec deux autres de
pareille force , &quatre Galeres
venoient de Barcelone débarquerdes
Troupes , & ayans esté rencontrezla
veillepar nos Coureurs , ils avoient
efté tellement preſſez , que deux
n'avoientpåsegarantir de s'échouer
àla plage de Vignerolles,&de mettre
le feu ; &ces deux autres avec
les Galeres s'estoient refugiez dans
le Port desAlfagues , où les Galeres
nesecroyant pas enſeureté , firenz
route à minuit pour Alicante ,ran
F4
128 MERCURE
geant la terredefi prés , qu'on ne les
vit point de l'Armée. M. du Chali
lard nous apprit qu'il avoit brûlé
dansle Port Maille où nous avions
eu ordre de l'aller joindré , buit
Barques , deux Bâtimens Anglois ,
& deux qu'il a amenez , Les Bastimens
s'estant range tres-prochede
la terre , on y allaavec des Chalou
pes. L'action fut fort chaudeM. de
Loube , Lieutenaat de Vaisseau ,
fut tue avec pluſieurs Gardes de la
Marine,& ily eut quarante Matelots
tuez on bleſſez .
Je ne vous ay rien dit de particulierde
la Proceffion follemnelle
qui s'eſt faite enſuite de la
defcente de la Chaſſe de Sainte
Geneviève. C'eſt un détail qui
a eſté trop public pour eſtre
ignoré dans voſtre Province. Je
vous diray ſeulement que Dieu
exauça les Prieres qui furent
GALANT.
129
faites dans cetteoccafion , puifque
la pluye commença auflitoſt
aprés que la Proceſſion fut finie ,
&qu'elle continua toute la nuit.
Il y en eut encore enſuite pendant
pluſieurs jours , tant aux
environs de Paris qu'en differens
endroits du Royaume , où
l'on a ſçu qu'elle avoit eſté fort
abondante. On doit auſſi remarquer
que dans le temps que la
Proceſſion ſe faiſoit les Troupes
de Sa Majesté eſtoient aux mains
en Catalogne , & que combattant
avec autant d'ardeur que le
peuple de Paris avoit de zele à
prier , elles y ont gagné une
grande Bataille , qui nous fait
voir que le Ciel continuë à proteger
& à benir les Armes d'un
Roy qui ne combat que pour fa
gloire , & l'intereſt de l'Eglife.
Pluſieurs perfonesayant témoi
E5
130
MERC VRE
gné avoir envie de ſçavoir qui
font ceux qui portent la Chaſſe
de Sainte Geneviève je croy que
vous ne ferez pas fâchée que je
vous l'apprenne.Ils font quarante,
tous bons Bourgeois & natifs
de la Ville de Paris , ce qui eſt
eſſenciel pour eſtre reçû dans
leur Compagnie. Il faut d'ailleurs
que ce foient gens fans reproche
, & du nombre des fix
Corps des Marchands. S'il s'en
rencontre quelqu'un qui n'en
foit pas , il doit eſtre au moins
de ceux qui peuvent parvenir
au Confulat. Il n'y en a point
dans ce nombre de quarantequi
ne foit de bon exemple , & qui
n'ait une devotion toute particuliere
pour Sainte Geneviève ..
Quand quelque preffante neceflité
oblige à faire defcendre
Le Chaffe , ils ſe conforment aux
GALANT. 131
2
Religieux de l'Abbaye, imitant
autant qu'ils le peuvent , les
jeûnes & les Prieres que font ces
Religieux avant la Proceffion.
En y allant , ils font reveſtus
d'Aubes blanches avec une
ceinture de meſme couleur qui
leur ceint le corps , & à laquelle
eft attaché un Chapelet blanc.
Ils marchent pieds nuds & teſte
nuë , ayant ſeulement une couronne
de fleurs blanches. Leurs
cheveux ou ceux de leurs Perruques
ſont courts , & au lieu de
fraizes qu'ils portoient anciennement,
ils ont un rabat modeſte.
C'eſt en cet eſtat qu'ils vont
en Proceſſion. Une partie porte
laChaſſede la Sainte ,& l'autre
marche immediatement devant,
chacun tenant un cierge à la
main. Ils font precedez par un
de leurs Confreres , qui porte
F6
132
MERCVRE
un gros cierge ,appellé vulgairement
le cierge de Sainte Geneviéve
. Lors qu'ils font arrivez
à Noſtre Dame , ils prennent
leurs places fur des bancs mis
exprés pour eux , & dans l'Egliſe
de Sainte Geneviève ils occupent
les chaiſes baſſes du Choeur.
Quoy que peu accoûtumez à
une grande fatigue , ils ne laiffent
pas de ſupporter avec joye,
celle qu'ils reçoivent le jour
que ſe fait la Proceffion; ce qui
eſt un témoignage que ce peu
que l'on fait pour Dieu ne coûte
rien.
On a appris de Salé que le
Roy de Maroc, aprés avoir reçu
des prefensdes Hollandois pour
remettre en liberté ſoixante
Eſclaves Flamans , n'a point eu
d'égard à la promeffe qu'il en
avoit faite . Au contraire il adon
GALANT .
133
né des ordres nouveaux pour la
guerre qu'il leur a declarée il y
aenviron un mois , enjoignant
à tous ſes Capitaines de Vaif.
feaux & Corfaires de prendre
fur eux. Le General de ſes Vaifſeaux
a beaucoup contribué à
cette rupture , en luy faiſant
croire qu'il feroit des priſes confiderables,
à cauſe du Commerce
de Hollande. Il eſt forty de
la riviere de Salé un Vaiffcau
Corfaire , & il en doit encore
fortir fix autres au premier beau
temps. Le Roy d'Alger ayant
envoyé quatre Turcs depuis
quelques mois , pour affurer
celuy de Maroc que l'armement
qu'il faiſoit eſtant deſtiné pour
Oran , il ne devoit pas en prendre
d'ombrage , & que bien loin
de fonger à avoir la guerre avec...
luy , il les avoit chargez de luy
134
MERCURE
demander un ſecours de ſes
meilleurs Noirs. Le Royde Maroc
ſe laiſſa perfuader , & fit
ceſſer ſes preparatifs de guerre ;
mais ayant reconnu aprés leur
départ qu'ils l'avoiet trompé,&
que c'étoient des Epions , il fit
continuer ſes préparatifs avec
plus de diligence , eſperant que
fon armée qu'on dit eſtre de
quarante mille hommes fera
dans fort peu de temps au delà
de la Teſſa. On a pû voir par
l'Estat de Maroc que M. de Saint
Olon vient de donner au public,
& où se trouve tout ce qui s'eſt
paſſé pendant le cours de fon
Ambaſſade , qu'il n'y apoint de
Royaume où la mauvaiſe foy
foit plus en regne ny de Souverainqui
ſoit moins religieux à
obſerver ſa parole que ce Roy.
Rien n'eſt plus indigne que le
1
GALANT. 135
,
procedè qu'il tient aujourd'huy
avec les Hollandois , qui pour
conclurre le Traité qu'il n'a pas
voulu tenir ont eu chez eux
pendant pluſieurs mois un de ſes
Ambaſſadeurs. Cet Ambaffadeur
eſtoit un Juif , Favory du
Roy de Maroc , qui a tiré d'eux
beaucoup d'argent pour ſes
nourritures , en les affurant que
ce Prince preferoit leur alliance
à celle de tous les Souverains de
l'Europe. Cependant il ne les
amuſoit de cette forte , que pour
entirerde plus groſſes ſommes .
Vous ſçavez la mort de M.
l'Electeur de Saxe , arrivée à
Dreſde le 7.du mois paffé .C'eftoitun
Prince d'une complexion
tres foible , & l'on peut croire
que c'eſt ce qui la rendu plus
fufceptible de la petite Verole ,
qu'il a gagnée en allant voir la
1
:
136 MERCVRE
Comteffe de Roclitz , qui en eftoit
attaquée , & qui en eſt
morte. Il avoit un fort grand
attachement pour cette Comteffe
, quoy que l'Electeur Jean-
George , ſon Pere , luy euſt recommandé
en mourant de n'avoir
jamais pour elle aucune
confideration particuliere ; s'il
ſe ſentoit capable de prendre
pour quelque Dame des ſentimens
plus forts que l'eſtime. Ce
pendant la grande beauté luy
fit oublier ce qui luy avoit eſté
dit là deſſus , ſans qu'on en ſçache
la cauſe , chacun en parlant
diverſement. Ce Prince fem.
bloit eſtre affez bien le jour qu'il
mourur. Il te leva ,ſe promena
dans ſes appartemens , & donna
mefme divers ordres à ſes Miniſtres
, mais tout d'un coup il tomba
dans une grande foibleffe ,,
GALANT . 137
-
-
t
4
1
1
1
>
qui l'obligea de ſe remettre au
lit ,& il mourut ſur les fix heu
res du foir. Il eſtoit né le 7 .
Octobre 1668. & avoit époufé
le 27. d'Avril 1692. Eleonor .
Erdmude - Loüiſe de Saxe-Eifenach
, Fille du défunt Duc de
Saxe- Eisenach , qui commandant
en 1677. une petite Armée
ſur le Rhin , fut bloqué
dans une Iſle prés de Strasbourg
par feu M. le Marechal de Crequi.
Cette Princeſſe eſt fort
belle , & née en premieres Noces
à Jean Frideric , Marquis
d'Anſpach , Prince de la Maid
fon de Brandebourg , dont elle
n'apoint eu d'Enfans. M. l'Electeur
de Baviere eſtoit devenu
amoureux d'elle , mais comme
elle eſt Lutherienne , il ne voulut
l'épouſer qu'à condition
qu'elle abjureroit le Lutheranif138
MERCVRE
C
me. La fermeté de cette Princeſſe
dans la Religion où elle
étoit née , empêcha ce mariage,
qui luy euſt été tres avantageux.
Le Prince Frideric - Augaſte,
frere du feu Electeur de
Saxe , a fuccedé par ſa mortà
l'Electorat . Il nâquit le 12.
May 1670. & le 18. Janvier
1693. il épouſa la Fille aînée
du Marquis de Brandebourg-
Bareith ,dont il n'a point encore
d'enfans. Ce Prince eſt d'une
conſtitution tres - robuſte
s'il mouroit ſans laiſſer un Fils ,
il auroit pour Succeſſeur le Duc
Jean Adolphe de Saxe Hall , fon
Oncle à la mode de Bretagne,
né le 2. d'Aouſt 1649. Je me
ſouviens de vous avoir parlé
amplement de cette Maiſon
quand je vous appris la mort
de l'Electeur Jean George, Pere
> &
>
GALANT . 139
de l'Electeur d'aujourd'huy.
mort depuis fort peu d'années.
Ainſi je vous diray ſeulement
que la Saxe propre , qui eſt le
Duché & l'Electorat de Saxe,
eſt une petite Province d'Allemagne
prés de l'Elbe , & que le
Duc eſt le huitième Electeur
de l'Empire. CePays paſſadans
le dixiéme fiecle , des Succeffeurs
de Rudolphe , Neveu de
VVltikind , Chef des Saxons' ,
qui ſe ſignala contre Charlemagne
, à ceux d'Herman de
Bilehguen , & enfuite dans la
= Maiſon de Supplimberg l'an
1106. en la perſonne de Lothaire
, qui fut depuis Empereur
, &qui donna ſa Fille avec
la Saxe à Henry le Superbe,
Duc de Baviere. En 1424.
l'Empereur Sigifmond, pour recompenfer
les grands ſervices
140
MERCURE
que Frederic le Belliqueux ,
Marquis de Meſnie , luy avoit
rendus , luy donna l'Electorat
de Saxe . vacant par la mort
d'Albert I V.mort ſans Enfans,
Maurice , arriere Petit fils de
Frederic II. en ayant eſté inveſti
, le tranfmit aux Enfans
d'Auguſte ſon Frere , juſqu'à
Jean -George , dont le Prince
Frederic Auguſte , preſentement
Electeur de Saxe , eſt le
Fls puiſné . On a eſte fort furpris
que depuis la mortde l'Electeur
fon Frere ,il ait fait arreſter
M. Neira , Pere de la Comreffe
de Roclitz : C'eſt un miſte
re que le temps éclaircira. On
vient d'apprendre que la Mere
de cette Comteſſe , qui avoit
eſté auſſi arreſtée , eſt morte ſfubitement
en prifon .
Voicy les noms des perſonnes
GALANT. 141
confiderables de l'un & de l'aumortes
depuis ma tre Sexe , mo
Letre de May.
Meſſire René de Maupeou ,
Seigneur de Bruieres , & autres
lieux. Il eſtoit Conſeiller
d'honneur au Parlement , apréavoir
eſté Preſident en la premiere
des Enqueſtes. Il eſt mort
âgé de quatre- vingt douze ans .
Cette Famille eſt nombreuſe ,
tres confiderable dans la robe ,
- & a fait ſouvent parler d'elle
- dans l'épée . Vous vous ſouve-
- nez de pluſieurs articles de mes
- Lettres , qui en ont fait men-
- tion .
Dame Marie de Saint Gelais
de Luſignan . Elle estoit Veuve
de Meſſire Jean de Fradet , de
- Saint Aouſt , de Saint Janvrin ,
& autres lieux, Comte de Chafteaumeillan
, Baron de Bourde142
MERCURE
1
let , Vicomte de Villemenard ,
Maréchal des Camps & Armées
du Roy , & Lieutenant
General de l'Artillerie de France.
Elle eſt morte dans un âge
extrémement avancé. Madame
la Marquiſe de Nonant eſt ſa
Fille.
Meſſire Jean Guillemin de
Courchamp, Secretaire du Roy.
Il eſtoit Pere de M. de Courchamp,
Maiſtre des Requeſtes
qui a épousé Mademoiselle de
Bailleul , Fille de M. de Bailleul
Preſidentà Mortier.
Dame Antoinette le Comte
de Montauglan , Marquiſe de
Novion . Elle étoit Fille unique
& heritiere de feu Meffire
Charle le Comte , Seigneur de
Montauglan &de Germonville,
Conſeiller au Parlement de
Paris &de Dame Antoinette.
GALANT.
143
de la Barde , Fille de M. de la
Barde , Marquis de Marolles ,
Ambaſſadeur Extraordinaire en
Suiffe. Cette Marquiſe eſtoit
jeune , belle & bien faite , &
ne faisoit que d'entrer dans la
vingt-quatrième année de ſon
âge .Come ſa maladie á eſté longue,
elle en a profité pour ſe difpoſer
à la mort. Elles'y eſt pre-
: parée avec des ſentimens d'une
= pieté toute particuliere , & a
1 témoigné une reſignation à la
volonté de Dieu , qui a édifié
toutes les perſonnes qui en ont
eſté témoins . Elle avoit eſté
mariée en 1685. avec M. le
■ Marquis de Novion , Meſtre de
Camp du Regiment de Bretagne
, Brigadier des Armées du
Roy, Frere puiſoé de M. de
Novion , qui eſt aujourd'huy
Preſident à Mortier au Parle-

e
4
144
MERCURE
ment de Paris. Elle a laiſſé cinq
enfans en bas âge avec de grands
biens qui luy ſont échus tant
de la ſucceſſion de fon Frere
& de fa Mere , que de ceux de
feuë Madame Regnoüart,Dame
Antoinette Charreton , fa grande
Tante , qui avoit fait ce mariage.
Je ne vous dis rien de
toutes ces Familles ; elles ſont ſi
connuës dans Paris , & je vous
en ay ſi ſouvent entretenue dans
mes precedentes Lettres , que
je n'ay rien à y ajoûter .
Meffire Jean Baptiste Vallor ,
Marquis de Neuville ,Capitaine
du Voldes Chaſſes du Roy ,
& cy-devant Capitaine au Regiment
des Gardes. Il eſtoit
Fils de feu M. Vallot , Premier
Medecin de Sa Majesté,& Frere
de M. l'Eveſque de Nevers , de
M. l'Abbé Vallot , Conſeiller
Clerc,
GALANT.
145
Clerc, & de Madame d'Avejan ,
Femme de M. d'Avejan , Commandeur
de l'Ordre de Saint
Louis , Gouverneur de Furnes,
Officier General , eſtimé par ſa
valeur & par la ſageſſe.
Meſſire René de Gruel, Comte
de Lonzac la Frette ,
3
Dame Charlotte de Gondy .
-Elle estoit Femme de Meffire
Pierre Stoppe , Seigneur de
Campreux , Colonel du Regiment
des Gardes Suiffes , &
Lieutenant General des Armées
duRoy.
S
(
2
11
Meſſire Louis de Cruſſol ,
Abbé d'Uſez , mort dans ſa dixſeptième
année. Il eſtoit Fils
i de feu Emmanuel de Cruffol,
Duc d'Uſez , & de Marie Julie
- de Sainte Maure. Il n'y a rien
de plus connu que ces deux
et Maiſons, dont je vous ay parlé
ما
2
こInin 1694. G
L
146
MERCURE
*
plufieurs fois. Madame la Ducheſſe
d'Uzez a eu la douleur
de perdre trois de ſes Enfans ,
preſque auffi- toſt qu'elle a eſté
Veuve. M.leDuc d'Vzez fon
Fils aîné , fur tué en Flandre
dans la derniere Campagne .
Madame la Marquiſe de Barbe.
fieux mourut il y a deux mois
de la petite verole,& M. l'Abbé
d'Vzez vient de mourir d'un
débordement d'eaux.
M. le Marquis d'Arcy , Che
valier des Ordres du Roy ,Conſeiller
d'Estat ordinaire , cydevant
Gouverneur de Monfieur
le Duc de Chartres , mort
en deux jours à Maubeuge . Il
eſtoit aîné de M. le Comte de
Fontaine Martel , l'une des plus
illuftres Maiſons de France , &
avoit été Envoyé du Roy en
diverfes Cours, & Ambaſſadeur
GALANT.
147
1
2
--
11
en Savoye. Il s'eſtoit tres-digne
ment acquitté de ſes emplois ,
& n'avoit pas ſeulement ſervy
dans les negociations , mais
auſſi dans les Armées de Sa
Majefté.
M. de Cornoüailles , Vicaire
de SaintEustache. Il eſtoit treseſtimé
dans cette Paroiſſe, zelé,
agiſſant , toûjours prompt à fecourir,&
donnoit aux Pauvres
tout ce qu'il avoit.Vous pouvez
juger par là combien il eſt regrevé.
J'ay a vous entretenir , Madame
, d'une des plus ſurpre
nantes choſes dont vous ayez
| jamais entendu parler ; cepen
dant ce n'eſt que d'une Canne.
Elle eſt d'un jet à l'ordinaire ,
qui a ſa poignée ou ſon man
eche, de la forme à peu prés d'un
bec de Corbin. Cette Canne eſt
G 2
148
MERCURE
legere , qu'une Dame & un
Enfant la peuvent porter. L'u
ſage en eſt auſſi fort aiſe ,& l'un
&l'autre peuvent s'en ſervir ,
&faire toutes les demonſtrations
des ſciences qu'elle renferme
, ſans avoir beſoin d'aucunprincipe
, ny de ſe donner
beaucoup d'application.Cependant
on apprend par fon moyen
à s'orienter , à ſe conduire dans
un bois & dans des carrieres ,
& à connoiſtre l'heure qu'il peut
eſtre , non ſeulement à Paris ,
mais dans toutes les Capitales
du monde , à la faveur d'un
hemiſphere gravé ſur une plaque
qui ſert de couvercle au
Cadran. On y trouve tous les
uſages de la Lunette,d'approche
, comme de decouvrir les
objets de loin ,de prendre les
diſtances & les hauteurs accef
GALANT. 149
fibles & inacceſſibles , de lever
un plan de fortification & de
Geographie , & de niveler à
l'aide d'un plomb. Il y a encore
la valeur de toutes fortes de me
- ſures les plus ufitées , la maniere
de former des Cadrans verti
caux& horizontaux ,les diſtances
des Etoiles fixes & des Planetes
, leur nombre , & le temps
de leur revolution , à quelle
5 heure le Soleil fe couche & fer
leve en entrant dans chaque
Signe , à quelle heure chaque
Planete domine tous les jours ,
la raiſon pourquoy les jours fe
. fuccedent naturellement com-

S
1
1
sa
me ils font, & auffi toutes les faces
des Lunes , & dans quel
• Signe & quel degré la Lune ſe
trouve chaque jour , outreplu.
ſieurs autres petits uſages qui
- ſont d'utilité en une infinité.
5
$
'occaſions.
G3
150
MERCURE

Vous devez eſtre ſurpriſe de
tout ce que vous venez de lire,
maisje croy que vous ne dou
terez pas que tout ne ſoit vray,
quand vous ſçaurez que cet
Ouvrage eſt de M. de Jaugeon ,
de l'Academie des Arts. Il adéja
fait pluſieurs Ouvrages de cette
nature,dont je vous ay ſouvent
entretenuë . Jamais homme n'a
eſté plusinyentif, nyn'a trouvé
moyen demettre plus de choſes.
enſemble,pour l'inſtruction du
Public , foit dans des Cartes ,
foirſurdes matieres plus folides,
foitdans des Jeux, comme celuy
du monde ,où en ſe divertiſſant
on apprend la Geographie d'une
maniere qui attache telle
ment , qu'on ne sçauroit ſe refoudre
à quitter le Jeu ; ce qui
fait que plus on jouë , plus on
s'inſtruit .
1
GALANT. ISL
}
1
2
C
a
,
لو
د
,
Je ſuis ravi que vos Amis
foient auffi contens du Livre
que vend le Sieur Brunet , contenant
lesparoles remarquables, les
bons mots & les maximes des
Orientaux, que je l'avois eſperé.
Comme c'eſt une Traduction
des Ouvrages qu'ils ont faits
en Arabe , en Perfan & en
Ture , accompagnée de Remarques
, il eſt impoſſible de
trouver dans un ſeul Livre plus
d'érudition , & plus de choſes ,
dont toutes fortes de gens peuvent
tirer de l'utilné. Auſſi
tous ceux qui le liſent icy , demeurent
d'accord qu'on n'en a
point imprimé depuis long,
temps qui ait une ſi grande variete
, & qui divertiſſe davantage.
Lemeſme Libraire debite
un Livre intitulé, l'Etat prefent
de l'Armenie, tant pour le temporel
G4
152
MERCURE
que pour le spirituel , avec une
defcription du Pays & des moeurs
de ceux qui l'habitent.
Le S. de Fer a donné ces derniers
jours la fixiéme partie des
forces de l'Europe , compoſée
des Plans de Bruxelles ,'Saint-
Omer , Gand , Philippeville ,
Charlemont , Manhein , Scheleftat
, Aufbourg , Hambourg ,
Rouen , Port- Louis ,Antibes,
Civita-Vechia, Perpignan,Prats
de Monliou , Campredon , Roſes
, Puicerda, Bellegarde , Fontarabie
, le Port du Paffage ,&
Tripoli . Le meſme Auteur vient
dedonnerune Carte particuliere
des Frontieres de France &
d'Eſpagne , qui contient la Catalogne
, l'Arragon , le Rouffillon
, le Lampourdan , la Cerdagne
, la Biſcaye , & une partie
du Gouvernement de Gaſcogne.
GA LANT .
153
& de Languedoc , avecla Haute
& Baffle Navarre . On y trouve
les Cols , Paſſages , Ponts &
Pertuis des Pyrenées , avec les
Plans des Places les plus confiderables
de ces Provinces. C'eſt
un preſent fort agreable au Public
, qui dans l'heureuſe ſituation
oû font les armes du Roy
en Catalogne, ſouhaitoit d'avoir
une Carte quiluy donnaſt une
parfaite connoiſſance du Pays.
Au mois de Juillet prochain ,
- fans aucun retardement , il donnera
fa grande Mappe. monde ,
= ſuivant les dernieres obſervations.
1
S
J'oubliay le mois dernier à
vous parler d'une action qui s'eſt
- paſſée ſur la fin du même mois
- & qui meritebien d'eſtre ſceunë.
M. de la Motte , Capitaine ,
-eſtant allé en party au delà de
G
1
154
MERCVRE
Liege , en ramena ſeize cens
vingt vaches . Cette capture eſt
confiderable , & jamais party
n'en avoit fait une ſi groſſe en
beſtail . Si les Ennemis avoient
eſté aſſez heureux pour remporter
un avantage pareil , leurs
Nouvelles publiques en feroient
longtemps remplies.
Le Roy ayant fait beaucoup
d'Officiers generaux les années
précedentes,n'a point fait cellecy
de nouveaux Lieutenans Generaux
, ny de Maréchaux de
Camp , mais Sa Majesté vient
de nommer des Brigadiers , &
on a marqué dans leur Brevet
les Armées où ils ſont deſtinez à
ſervir cette Campagne. Je vous
en envoye l'état.
Pour l'Armée de Flandre.
INFANTERIE.
Mrsde Saillan.
GALANT.
155
2
e
Le Comte de Vaudray , Colonel
du Regiment de la Sarre .
De la Batie , Lieutenant Colonel
du Reg , de Guiche.
De Bohan .
De Montigni
و
Colonel du
Regiment d'Artillerie .
Dorigton .
Ce derniern'a qu'un Brevet.
CAVALERIE .
Mrs de Lagni , Mestre de
Camp .
De Praſlin , Meſtre de Camp
du Royal Rouſſillon.
e
De Monteſſon .
Le Chevalier du Meſnil , des
Carabiniers .
e
De Cheladet , Meſtre de Camp
du Regiment de Cavalerie
du Maine .
De Souſternon ,Meſtre de Camp
Lieutenant du Regiment de
Cavalerie de Toulouſe .
G6
7156
MERCURE
DRAGONS .
M. le Chevalier d'Asfeld.
Pour les Costes.
M. de Moncaud .
Armée d'Allemagne .
CAVALERIE .
Mrs de Murce , Meſtre de
Camp du Regiment de Cavalerie
Dauphin.
D'Eſtain .
Forzat ,Mestre de Camp.
De Virieux.
De Galmoi.
De Bretoncelle
, Meſtre de
Camp.
Armée d'Italie.
INFANTERIE .
Mrs de Goetbrian, Colonel du
Regiment de Berri.
De Vibray , Colonel du Regiment
de Boul...
De la Maſſaye , Colonel du Regimentde
l'lfle de France.
GALANT. 157
De Belſunce , Colonel du Regi.
ment de Nivernois.
De Lee,Colonel d'un Regiment
Irlandois ..
De Talbot , Colonel du Regi
ment Irlandois de Limerik
De Poitiers , Colonel d'un Regiment.
De Berule , Colonel du Regiment
de Beaujolois.
Armée de Roußillon.
INFANTERIE .
Mrs Ferrand,Major General .
He Chelleberg .
is
CAVALERIE .
Mrs de Bercour.
De Narbonne..
u Je viens à la Bataille gagnéé
par M. le Maréchal Duc de
Noailles , & vais vous en door
ner un détail beaucoup plus
ample que tout ce qui apary
158
MERCVRE
juſques à preſent , mais avant
que d'y entrer ,je crois qu'il eſt
à propos de vous dire un mot
de la Catalogne. C'eſt une province
d'eſpagne avec titre de
Principauté. Elle a les Monts
Pyrenées & les Provinces de
France au Nord , les Royaumes
d'Arragon & de Valence au
Couchant , & la mer Mediterranée
au Levant & au Midy .
La Capitale eſt Barcelone, avee
un beau Port. Le Pays eſt tres
fertile , quoy que couvert de
montagnes en certains endroits.
Loüis le Debonnaire ayantpris
Barcelone ſur les Mores , qui
avoient établi leur Empire en
Eſpagne , la Catalogne eut des
Princes particuliers juſqu'à ce
qu'elle fut unte à l'arragon .
Geoffroyle Velu ,premier Comte
Hereditaire de Catalogne >
GALANT . 159
=
Cl
e
di
S
is


0
ou de Barcelone , eſt tige des
Princes qui ont poſſedé ce païs
là. Les Catalans ſe donnerent
en 1640. au Koy Tres-Chrêtien
, & par le Traité de paix
faiten 1659.entre les Couronnes
de France & d'Eſpagne , on
declara que les Monts pyrenées
feroient la diviſion des deux
Royaumes . Ainfi la Catalogne
& le Comté de Cerdaña , qui
fontdelales Monts , furent adjugez
aux Eſpagnols , & les
Comtez de Rouffillon & de
Conflans , qui ſont deça ces
meſmes Monts , demeurerent
aux François .
Voicy un petit détail de la
marche de l'Arme du Roy en
Catalogne . Elle fut aſſemblée
le 15. du mois paſſe au Camp
du Boulou , où les Troupes arriverent
des quartiers où elles
160 MERCURE
t
eſtoient dans la plaine de Rouffillon
. M.le Marechal en vitune
partie le meſme jour , & entre
autres fon Regiment de Cavalerie,
qu'il trouva tres-beau. M.
leComte d'Ayen , ſon Fils , quoy
que dans un âge tres-peu avancé,
y parut à la teſte de ſa Compagnie
avec une noble &douce
fierté , & une contenance qui
marquoient le plaiſir qu'il prend
déja dans le métier de la guerre.
L'Armée ſejourna le 16. au
Boulou.M.le Maréchal alla dans
le Camp faire la revûë du reſte
des Troupes , qui n'avoient pas
encore paru devant luy. Il ordonna
à l'Artillerie de marcher
le mefme jour . Elle défila dans
la montagne par le Col de Pertus
, & alla camper ſous Bellegarde
avec un Bataillon de Fufiliers
, & deux Compagniesde
GALANT. 161
e
2
ال
e
S
et
1
Canonniers & de Bombardiers.
: L'Armée décampa le 17. à la
pointe du jour , & marcha fur
deux Colones & les Bagages fur
une autre ; la Cavalerie & les
Dragons fur la droite par le col
de Portelle , laiſſant Bellegarde
à gauche ; l'Infanterie parleCol
de Paniffas , & les Bagages par
où avoit défilé l'Artillerie. Le
rout ſe rejoignit à la Junquiere
où l'Armée campa entre les
montagnes , le long d'un petit
ruiſſeau . Le 18. elle marcha en
core fur deux Colones, la Cavalerie
& les Dragonstoûjours fur
la droite avec vingt pieces de
Canon à la teſte, portées ſur des
Mulets . L'Infanterie marchoit
dans le Valon avec vingt autres
pieces de Canon , & les autres
munitions .
La teſte de l'Armée arriva au
162
MERCVRE
bord de la Plaine , ſur les ſept
heures du matin . M. de Noailles
fit faire alte aux Troupes , &
mettre laCavalerie & les Dragos
en bataille pour attendre ſon
Infanterie & fon Canon. Ildonna
en attendant un grand re
pas ,quoy que dans un Pays affez
defert. Les Officiers Generaux
& beaucoup d'autres Officiers
s'y trouverent. Enſuite l'Armée
continua fa marche pour aller
camper àFiguieres : mais com.
me il ſe trouva que l'eau y manquoit,
M. le Mareſchal ordonna
qu'on allaſt marquer le Camp
à Buraffa , où toute l'Armée arrivade
bonne heure, & où elle
fejournale 19. & les trois jours
fuivans.
Dés le 13. & le 14. on avoit
fait partir de Perpignan pour
Colioure,quinze pieces de gros
GALANT. 163
r
Canon de batterie, douze Mortiers
, trente affuts pour ſervir ,
outre quantité de Boulets & de
Bombes , qu'il y avoit plus de
dix jours qu'on y voituroit pour
les embarquer & les conduire
à Roſes , où il y avoit déja beau
coup deCanon &de Munitions.
L'Armée décampa le 2 3. de
1 Buraſſa pour aller camper à San-
Pere Peſcador,au bordde la Fulvia
, fur laquelle M. le Maréchal
fit faire deux Ponts .
Le 24. il parut fur le midy
deux Vaiſſeaux de guerre de
1 noſtre Armée Navale , qui vinrrent
moüiller dans le Golfe de
Rofes . M.le Mareſchal de Tourville
y arriva ſur le ſoir avec
fept autres gros Vaiſſeaux &
# ſept Baſtimens, & pluſieurs Of-
■ ficiers de Marine vinrent rendre
leurs devoirs à M. le Maréchal
de Noailles.
164 MERCURE
Le 25. M.de Tourville vint le
voir avec un grand cortége.
Aprés le dîné , M. de Noailles
luy fit donner des chevaux & a
toute fa fuite , pour s'en retourner
, & le conduifit luy-meſme
juſques au bord de la Mer.
Le 26. l'Armée décampa de
San Pere Peſcador. L'Infanterie
paſſa la Fluvia fur un Pont ,
la Cavalerie , l'Artillerie , & les
Bagages , augué. L'avantgarde
del'armée arriva fur les neuf
heures du matin à Verge , fur le
bord du Ter , où les Ennemis étoient
en bataille de l'autre coſté
de la Riviere , derriere des retranchemensqu'ils
avoient faits
devant ungrandgué.Nos Troupes
ſe mettoient en bataille à
meſure qu'elles arrivoient , &
on commençade part & d'autre
à s'eſcarmoucher au travers de
GALAN T.
165
la Riviere . M. le Mareſchal fit
avancer nôtre Canon ſur le bord
de cette Riviere. Il tira juſqu'à la
- nuit , & fit retirer les Ennemis
derriere des hauteurs; en forte
qu'ils reſterent ſeulement dans
les retranchemens ,& à quelques
batteries de Canon qu'ils a
voient.
t
M. le Mareſchal les amuſa
ainſi pendant le jour, & leur cafcha
ſon deſſein.lls eſtoient plus
de dix huir mille hommes , leur;
- en eſtant venu quatre à cinq
mille de renfort , qu'avoient débarquez
les Vaiſſeaux que M.
de Chaſteaurenaud a brûlez
depuis .
e
2
:
La nuit du 26.au 27. M. de
Noailles fit avancer de Verge
proche Toroëlle de Mongri,les
Troupes qui devoient avoir l'Avantgarde,
Toute l'Armée ſui-
7
166 MERCURE
vit& demeura en bataille toute
la nuit. M. le Mareſchal ayant
ordonné de faire marcher l'Artillerie
, & tous les Bagages ,
monta à cheval ſur les onze
heures , pour aller joindre la
teſte de fon Armée, où eſtant
arrivé , il mit pied à terre , afin
de diſpoſer la marche des Troupes
qui devoient charger les premieres
. Ses ordres eſtantdonnez
il remonta à cheval & fe trouva
à leur teſte à la pointe du jour
contre les murailles de Torrella,
où il en vit défiler une partie
avec l'Artillerie , qui allerent ſe
mettre en bataille fur le bord de
la Riviere , où le Canon fut mis
en meſme temps entre les ruines
d'un pont de pierre , & les
Carabiniers qui étoient fur la
droite du guéoù l'on devoit paffer.
Les Ennemis pendant ce
1
GALANT. 167
temps-la firent un grandfeu de
mouſqueterie ſur lesTroupes du
Roy ; elles ne répondirent qu'avec
leur Canon , qui ne tira pas
longtemps , parce que les Carabiniers
, & les autres Troupes
qui les ſuivoient , paſſoient dans
les Batteries pour aller ſe jetter
dans le gué , qui estoit à moins
de deux cens pas fur la gauche,
les Troupes marchant ſuivant
T'ordre qu'elles avoient receu.
Vous apprendrez le reſte dans
la Relation du Combat qui à
ſuivi cette mache , mais il faut
I auparavant vous faire part de la
Lettre que M. le Maréchal de
Noailles a écrite auRoy fur cette
grande action , & je me croy
d'autant plus obligé de vous en
envoyer une copie , qu'elle a
paru fort défectueuſe dans plufieurs
Nouvelles Etrangeres im -
168 MERCURE
primées, la pluſpart des endroits
qui estoient glorieux aux Troupes
du Roy , & qui marquoient
trop la perte des Eſpagnols , en
ayant eſté retranchez. Voicy
cette Lettre .
SIRE ,
L'Armée de Vostre Majesté
estant arrivée bier vers leſoirfur le
Ter, nous trouvames celle des Espa.
gnols campée de l'autre coſté ,
retranchée àtous les guez, ce que
je ne croyois pas , quoy que j'en euffe
esté averti.
Les Troupes de V. M. ne purent
arriver d'aßès bonne heure,pour pou
voir les attaquer hier 26. de May,
la journée ſe paſſa à cannoner
de part d'autre , avecun grand
avantage pourtant de la part de
l'Artillerie de V. M. qui estoitsuperieure
àcelle des Ennemis.
Eftant
GALANT . 169
Eftant fort exactement informé
-de tous les guez qu'il pouvoit y
avoir , nous primes la reſolution de
paffer au gué de Torroella de Mongry
, qui paroiſſoit le plus large,
lemoinsgarde.
L'Armée de V. M. Se mit en
marche à dix heures du soir, afin de
couvrir noſtre deſſein aux Ennemis
Nous sommes arrivez un peu avant
lejour àTorroella. Comme les Troupes
deV. M. Se mettoient enbataille
, & que le jour approchoit , elles
ont eſte découvertes , & ont effuye
unfeu tres rude tres - violent
pendantplus d'une heure , que l'on
cherchoit le paffage avec des Pay-
Sans. Ils estoient tous tres- mauvais,
mais enfin les Carabiniers , à lateſte
desquels estoit M. de Chazeron ,
lesGrenadiers de l'Armée avec le
Regiment des Dragons de la Reine.
d'Angletere , qui est une excellen-
Iuin 1694. H
170
MERCVRE
te Troupe , que M. de S. Silvestre
avoit voulu mener , parce qu'il commande
l'Infanterie ,sefont jettezà
l'eau avec une rigueur extraordinai -
re ,&ont forcé les Ennemis d'a.
bandonner leurs retranchemens, on
ne peut voir une action plus vigoureuse,
mieux conduite de la part
de ces officiers
Lepauvre Druy , qui avoit voulu
paffer avec les Carabiniers , ya recen
un coup de mousquet ; dont il faut
le trepaner. DuBourg , Maréchal
de Camp de lagauche ,&qui fai-
Soit I attaque,y aeste blessé mortellement
, n'ira pas plus loin que
cette nuit , Baudumant , Brigadier
de jour , bon Officier , qui s'est plufieurs
fois diftingué , est außi dangereusement
bleffé.
Apres que les Troupes ont efte
paffées ont s'est mis en bataillejur
plusieurs lignes , on a marché
GALANT . 171
-
aux Ennemis , qui s'y estoient außi
mis de leur coſté , pour donner le
temps à leur Infanterie dese retirer.
Il s'est fait de tres belles charges
de part d'autre , mais le
Comtede Cogni en afait pluſieurs à
la teſte de la Cavalerie , avec beaucoupde
valeur de Conduite. Genlis
a fait außi merveilles , außi
a bien que le bon homme Quinçon ,
qui a eu deux coups depistolet & de
el Sabre dansson chapeau. Il avoit aussi
- passé àlateſte des Carabiniers,
t
!
M. le Marquis de Cambout y a
fait àson ordinaire. Ie ne puis dire à
V.M. affer de biendes Carabiniers,
de leurs Officiers , mais fur tout
du chevalier de Courcelle , qui s'est
conduit en homme de valeur , .
s'eſt diſtingué trois fois dans cette
occasion .
Les Grenadiers y ont fait des
1
H 2
172
MERCVRÈ
choses extraordinaires,fur tout dans
le paſſage de la Riviere. Enfin tout
lemondea cherchéàfaire connoistre
Jonzele àVoftreMajesté.
M.de Chazeron afait tout cequ'on
peut attendre d un hommedefon me.
rite , M. de Saint Silvestre ne
peut esire trop loze entout ce qu'il a
fait.
L'Armée de V. M. a suivi celle
des Ennemis pendant quatre licuës
de France, la Cavalerie d'Espagne
tournant teste fortſouvent , & celle
deV. M. la chargeant & pouffant
_toujours devant elle .
Lors que j'ay vù que le chemin
parlequel nous poursuivions les En .
nemis , estoit devenu un defilé de
deux à deux depuisplus d'une demi.
licuë , que cela augmentoit, j'ay
crû qu'il estoit temps de moderer
I'ardeur des Troupes & des Officiers ,
defonger àne pas gâter une
affairefibeureuse.
GALANT . 173
ё
M
زو
1.
Les Ennemis ont perdu leurs
Equipages , parmy lesquels estoient
ceux du Viceroy de Catalogne ,
les Soldats ontpris tous fes Papiers.
Les Espagnols ont abandonné toutes
leurs munitions de guerre & de
bouche. On a trouvé des avant trains
des affuts ; ce qui mefait croire
qu'ils ont enterré leur Canon , que
jevais faire chercher. On apris cinquante
charettes de vivres.
L'envoye àV.M.Seize Drapeaux,
je croy qu'ily adeux mille deux
cens Prisonniers , du nombre desquels
est le Marquis de Grigni , autrefois
Comte de Euy , General de leur
Cavalerie,&le Commiſſaire Geneval
du Terce des Allemans ,
pluſieurs Mestres de C mp & capitaines.
L'auray l'honneur d'envoyer un
estat au juste àV. M. de ce qu'Elle
aperda , qui jusqu'à cette heure ne
H3
174
MERCURE
va pas à trois cens hommes ,parmy
lesquels ily a des Officiers degrand
merite ; favoir le Marquis de la
Salle , Brigadier , tué en rompant
un Bataillon avecſon Escadron. Sibourg
de Solns , qui afait de tres.
belles charges avecſon Regiment ,
aesté blessé.
Les Espagnols ont perdu beau .
coup de monde,&ily en aaumoins
quatre à cing mille,tant tuez que
bleffez
L'ay estéfort content dedu Breüil
de Ferrand , qui ont tres - bien
Servi dans leurs emplois & mont
eftéfort utiles.
Lapara , qui m'a ſervi d'.Aide
de Camp , en attendant qu'il faſſe
un autre employ , s'en est tres - bien
acquitté. Ce fut luy qui alla bien
reconnoiſtre le gué avecle Chevalier
de Cheladet.
Le ne puis dire aßez de bien des
GALANT.
175
4
.
S
*
4
ء ا
t
Officiers Generaux , & des Troupes
de V. M. Longueval , Prechac ,
Preignac font tres- mortifiezde n'avoir
pû charger comme les autres ,
àcause des postes oùje les avois mis .
L'affaire a commencé à lapointe
du jour, entre trois quatre heures,
n'a entierement fini qu'à onze
heures du matin ,
:
Parce que j'ay d'Espagnols ,
parcequ'ont rapporté ceux qui me
donnent les meilleures nouvelles ,
ils avoient plus deſeize mille hom .
mes.
LaRiviere duTer a plus de cent
vingt toises de large. Il vaudroit
bienmieux en paffer une alanage ,
que d'avoir à paffer celle là, dont le
fond est unfablemouvant, où l'onfe
perd aisément Cependant toute l'Infanterie
l'a paffée, ayant de l'eau
jusqu'au deſſus de la ceinture.
Ie vay travailler à remettre un
H4
176 MERCURE
peusée, qui est tres fatiguée,
je ne rendray devant Palamos,
dont je croy que le Siege ne ſera pas
long ; & ensuite je feray de mon
mieux pour executer les ordres de
VostreMajesté.
Cette Lettre fut apportée au
Roy par M.le Marquisde Noailles.
Sa Majesté la reçût avec
beaucoup de joye , mais av
moderation quiluy eſt naturelle,
& ſes premiers foins eſtant toûjours
de faire rendre des Actions
de graces à Dieu , Elle écrivit
la Lettre fuivante à M. l'Archeveſque
de Paris .
MoNCoufin. Apeine la Cam
pagne est elle commencée,que
je reçois la nouvelle d'une Bataillegagnée
par mes Troupes en Catalo .
gne le vingt ſeptième du mois derGALANT
. 177
AM
ar
ec
e,
-
IS
it
l
nier , ſous le commandement de mon
Cousin le Mareschal Duc de Noailles.
Il forma le deſſein le jour precedent
d'attaquer l' .Armée Espagnole,
retranchée de l'autre coſté du Ter ;
toute mon Armée paſſa la Riviere
àla vûë sous lefeu des Ennemis.
Ils furent forcez dans leurs retran
chemens , mis en deroute , poursuivis
pendant quatre lieuës,& mon Armée
ne s'arrestaquequand des defilez
impraticables les luy eurent derobez.
Leurperte est au moins de cingoufix
mille hommes tuez , ou faits prisonniers.
Ils ont abandonné leurs Equipages,
leurs Munitions ont esté enlevées
, jamais Victoire n'a esté plus
complete. I'ay lieu de croire , qu'un
fiheureux commencement m'annon
cedes fuites encore plus heureuſes,
non seulement dans la Catalogne ,
mais dans les autres lieux où jesuis
obligé de porter mes Armes;
Η
178 MERCURE
que l'Espagne inſenſible aux coups
qu'on luy porte dans des lieux trop
éloignezne le ſerapas àceux qu'elle
reçoit ſi prés du coeur deses Estats .
Des marques fi viſibles de la protec.
tion finguliere que Dieu donne à la
justice de mes Armes , m'obligent
de luy enrendregraces , de luy en
demander la continuation. C'est pourqury
je vous écris cette Lettrepour
vous dire que mon intention est ,que
vous faßiezchanter le Te Deum
dansl Eglise Cathedraledemabonne
Ville de Paris,au jour à l'heure
que le Grand Maistre ou leMaistre
des Ceremonies vous dira de mapart;
je donne ordre à mes Cours d'y
aßiſter en la maniere accoustumée.
Sur ce , je prieDieu qu'il vous ait ,
mon cousin, ensa sainte digne
de. Ecrit à Versailles le 7. Juin
1694. Signé, LOUIS ,
bas Phelypeaux.
plus
GALANT. 179
م
ز
Le Roy pour marquer la fatisfaction
que le gain de cette Bataille
luy avoit donnée , nomma
M. le Marquis de Noailles ,
quiluy en avoit apporté la premiere
nouvelle , Mareſchal de
ſes Camps & Armées, & luy fit
donner une groſſe gratification
pour les fraisde ſon voyage. Cependant
on commença à avoir
plus d'éclairciſſement de la Bataille
, dont M. de Noailles n'a
voit donné que la ſimple nouvelle
,tant parce qu'il eſt difficile
d'entrer dans tout le détail
d'une fi grande action, le meſime
jour qu'elle s'eſt donnée , que
parce que M. de Noailles qui
avoit eſté l'ame de tout , n'en
pouvoit donner , fans marquer
tout ce que fa prudence & ſa valeur
avoient fait en cette oc.
cafion , qui ne s'accordoit pas
H 6
180 MERCURE
avec ſamodeſtie. Voicy l'extrait
d'une Lettre par où l'on commença
d'apprendre avee un peu
plus de détail cequi s'eſtoit paf
fé en cette Bataille .
LEs Ennemis qui estoient campez
de l'autre cofté de lariviere da
Ter,ont aſſuréqu'ils estoient 5000 .
chevaux 15000 mille hommes
depied commandezparle Duc d'Efcalona
, autrement le Marquis de
Villienez, Viceroy de Catalogne ,
lequel s'estoit dispos à la conserva
tion de trois Guezprincipauxfur lef
quels nonſeulement il s estoit retran
ché , y avoit mis du Canon, mais
mesme ils'y estoit ménagé deuxfeux
Superieurs auxretranchemenspar des
Dunes des hauteurs qui se trou
voient sur le terrain, beaucoup plus
élevées que les retranchemens mesmes:
que les Ennemis avoient remplis de
GALANT . 181
leur Infanterie , & dont il fortoit
un tres grandfeu. Cette Infanterie
estoitſoûtenue de leur Cavalerie
toute leurdiſpoſition estoit außibonne
qu'elle pouvoit l'estre pour une
deffente tres vigoureuſe.
Nostre Armée estoit encore fort
éloignée de Verges , quand M. le
Maréchal de Noailles apperceut que
les Ennemis estoient dedans. Aussi
toſt il ordonna à M. le Comte de
Cogny , Lieutenant General , d'entrer
dans le Village avec les Miquelets
de fon Armée , qui marchoient
ce jour làà la teſte de tous ,
il lesfit foutenir partrois troupes
de Dragons qu'il ordonna à M. le
Marquisde Cambout d'y mener.
Les Ennemis ſe retirérent à l'approche
de ces Troupes repafferent
La Rivere außi toft. M. le Maref.
obalpaffale Villageſuivi de quelques
Troupes de Dragons de Caran
182 L MERCVRE
biniers , &a'la visiter luy meſme
laRiviere,qu'il reſolut de paſſer à
an guéqui estoit sur la gauche de
Jon Armée, du coſtéde Torroellade
Mongri , &qui estoit pourtant tres
difficile ; mais c'estoit l'endroit le
plus propre, à ce qu'il luy paroiffoit,
àmanierſes Troupes&fon Artilleriefans
aucune confusion.
Il rentra incontinent aprés dans le
Village , & envoya ordre à M.
Dandigny de faire avancerfon Artillerie.
Il avoit reſolu de commencer
l'attaque ce jour là , mais toute fon
Armée n'ayant pû arriver assez à
temps il remit l'affaire au lendemain
27. Cependant les deux Arméesje
canonoient de part d'autre
, ce qui durale reste du jour,fans
autre ſuccés pour les Ennemis que
quelques chevaux du Regiment de
Dragons de Bretagne tuez, & des
Carabiniers , quelques Grenadiers
GALANT. 183
mais pas un Officier que l'Aidemajor
des Fufiliers .
Le lendemainſi tost que le jour
parut , M. le Maréchal fit mettre :
en bataille le long de la Riviere les
Carabiniers , qu'ilvouloit fairefervir
les premiers , ayant à leur tefte
Mrs de Chazeron & de Quinson.
Les Carabiniers estoientfoutenus de
buit cens Grenadiers de l'Armée ,
ayantà leur teste M. de S. Silvestre ,
qui semit feul à cheval dans la
-Riviere, les guidant &les encourageant
sous un feu terrible de moufqueterre.
Avec les Grenadiers estoit le
Bataillon de Dragons à pied de
la Reine d' Angleterre , fuivi de la
Brigade des Dragons de la Salle ,
*& tout de ſuite par la gauche , des
Brigades de Cavalerie & d'Infanteriefelon
l'ordre de leurs campemens
184 MERCVRE
,
de
Dans cette diſpoſition ils fejetterent
tous à l'eau en mesme temps
avec une valeur Surprenante. Les
Ennemis les receurent avec de
grands bruits de Tambours
Trompettes & de Hauthois , montrant
toute la fierté poſſible , mais
les Troupes du Roy les attaquerent
de mesme. Tous les retranchemens
furent emportezmalgré leur grand
feu. Toute l'Infanterie qui y estoit
fut taillée en pieces ,&la Cavalerie
qui lafoutenoit cut le mesmefort.
Au fortir de ces retranchemens
on entra dans une grande plaine , où
L'on trouva la Cavalerie des Ennemis
en bataille. On fut long- temps
pour aller à eux,à cause d'un grand
Ruiſſeau de plus de vingt pieds de
large par le haut , & de plus de
dix par le fond , qu'il falloit paſſfer
furdeux pontsfort éloignez les uns
des autres , & où l'on ne pouvois
1
1
GALAN T. 185
$
paſſer que deux à deux , mais malgré
tant d'obstacles , tous ces défilez
estant passez, l'on chargea cette
Cavalerie avec tant de vigueur
&onla battit de selle maniere ,
qu'elle paffa une haye , un foffé ,&
un chemin impraticable à d'autres
shevais qu'aux leurs ,&se jetta
dans le Village avec un defordre &
uneconfusion tres grande. Ils yper-
I dirent beaucoup d'Officiers reformez,
& M. du Buy , commandant leur
Cavalerie , & an de leurs Commisfaires
Generanx ,furent faits pri
fonniers. M. de Sibourg fut bleſſé
- à cette charge à lateste de ſon Re-
ل
giment.
Aussi tost Male Maréchal donna
ordre à M. du Cambout d'entrer
par la droite dans ce Village avec
les Dragons , & d'en occuper les
maisons , où deux Bataillons rouges
des Ennemis paroiffoient vouloir se
186 MERCVRE
poster pour faciliter leur retraite ,
mais ces Bataillons ne prirent pas
ce partilà , voyant qu'on alloit s'en
emparer. Ils tâcherent à rejoindre
leurs Troupes par des hayes, des foffez,
& des chemins où les chevaux
nepouvoient paſſer .
On ne laiſſa pas de les poursuivre
, & Mrs de Cogny & de Genlis
agant ramassé quelques Escadrons
de Dragons & de Cavalerie , ils
pafferent le Village , & rejoignirent
M. du Cambout , avec lequel ils
poufferent cette Arviere garde jus.
que fur les hauteurs pendant trois
lienes, privent & tuerent quantité
de gens,pillerent tous leurs équipages,
leurs Mulets , & toutesleurs
charettes d' Artillerie ; aprés quoyils
revinvent joindre M. le Maréchal,
comme il leur avoit envoyé dire.
Il ya eu dans cette occasion trois
mille cing cens Prisonniers,un grand
GALANT. 187
nombre de tuez , & l'on peut dire à
l'honneur de M. le Chevalier de
Courcelles , qu'il s'y est extrémement
diftingué , car outre que c'est
luy qui a paßé le premier la Riviere
à la teſte des Carabiniers , il
a chargépluſieurs fois avec toute la
distinction poffible , tant parsa valeur
que par son experience & fa
conduite , & il amesme tué à coups
d'épée ,l'Officier des Ennemis qui fe
presenta fur le bord de l'eau , & qui
Secolleta avecluy .
L'on a pris tous les équipagesdes
Ennemis , celuy da Viceroy, la Vaif
felle d'argent de Monfieusle Marquis
de Conflans , toutes les Tentes
del Armée , Seize Drapeaux , &
toutes leurs poudres. Nos Troupes fons
riches de leurs dépoüilles .
Nous ne pouvons pas sçavoir à
quoy se monte leur perte , mais les
Trompettes des leurs qui font re
188 MERCURE

venus,aſſurent que cette affaire leur
coûte jusques à present fept mille
hommes qu'ils trouvent de moins
dans leur Armée. L'épouvanteestoit
figrandeparmy eux qu'une Compagnie
d'Infanterie Napolitaine s'eft
venue rendre armes & bagages
prisonnierede guerre à Rofes..
Voicy une Relation plus am -
ple & dont la lecture ne vous
doitpas donnermoins de plaiſir .
I Armée du Roy ayantfejourné
'le 25.deMay au Campde Sen-
Pere Pescador , pour achever ses
ponts , afin de paſſerla Riviere de
Fluvia , en partit le 26. à deffein
d'allercamper à Torroella de Mon.
gri defaire ensuite des ponts pour
paſſerla Riviere du Ter , qui eft de
plus de cent toiſes de largeur ,
dont le fondest defable mouvant
GALANT. 189

particulierement dans cette ſaiſon ,
où les pluiesfontfrequentes ,
les neiges fondant dans les Montagnes
großiffent les Rivieres ,
remuent tous leurs fables ; deforte
que jusqu'à ce qu'ilssoient affaiffez
raffermis les guezn'ensontpoint
pratiquables. M. le Maréchal de
Noailles n'eût pas plutôt paßé la
Fluvia qu'il aprit que les Ennemis
avient tiré toute l'Infanterie des
- garnisons de leurs Places , &raffemblé
toutes leurs forces avec toute leur
Cavalerie au delà du Ter ,
bordoient cette Riviere pour nous en
disputer le paſſege. Nôtre avantgarde
découvrit sur les éminences
prés deVerges quelques Troupes ennemies
qui avoient paſſela Riviere,
-quilarepajferent d'abord àungué
qu'ily afans nous attendre.
Nous ne fûmes pas plutôt arrivez
àVerges, que nous reconnûmes que
qu'ils
190
MERCURE
lesEnnemisse retranchoient au de
lade la Riviere , vis à vis du Gué,
M.le Marêchalfit ſuivre la Rivierejusqu'à
Torroella , pour reconnoître
des guez des Ennemis qui
étoient poſtez de l'autre côté à un
quart de lieuëaudeßus. On trouva le
guéd'EncoloùlesEnnemisſe retranchoient
pareillement , d'où ils.
firent grand feu sur ceux qui les
vinrent reconnoistre. Ils firent la
méme choſe au Gué Doüilla , visà-
vis duquel le Vice Roy de Catalogne
avoit son quartier, A demielieuë
plus bas , on trouva le Gué de
Torroella ,derrierre lequel les Ennemisſe
retranchoient außi , mais il
ne nousparut pas si bien gardé
garni demondeque les autres , fur
leraportqui enfutfait , on crût que
l'on pourroit avoirplus de facilité
deforcer le paſſage dans cet endroitlàqu'ailleurs,
Pendant ce temps le
GALANT.
191
i
F
Canon & la teste de l'Iufanterie arriverent
à Verges. Onfit avancer le
Canonfur le bord du Gué d'où l'on
commençade canonner les Ennemis
qui étoient en bataille de l'autre
côté, &qui répondirentparquelques
epieces de Canon qu'ilsy avoient. On
refolut deforcer le paſſage de la kiviere
; mais il falut attendre pour
cela que toute l'Infanterie fût arrivée.
On trouva même à propos de
changer l'ordre de Bataille,suivant
_ lequel les Troupes avoient marché ,
&d'entremeſler les brigades de Cavalerie
d'Infanterie. La brigade
des Carabiniers tous les
Grenadiers de l'Arméefurent postez
àl'aile droite ,vis à vis le Gué de
Verges , fur lequel les Ennemis paroiſſoient
avoir le plus d'attention ,
& on étendit le reste de l'Armée jus--
que vis-à- legué Doüilla , vers le
quelles Ennemis avoient encore du
Canon.
192
MERCURE
Tout le monde avoit grande envie
de combatre , mais cela ne se put
faire,la nuit s'approchant , &les
Troupes venant d'arriverfans avoir
eu aucun repos. Ainsi on refolut de
remettre l'affaire au lendemain , &
comme on avoit remarqué pendant
le reste du jour que les Ennemis
s'imaginoientquenousavions deſſein
depaſſer le qué à Verges , où nostre
Artillerir estoit postée & d'où elle
avoit fait unfort grand feu , M.le
Mareschal trouva àpropos de dérober
une marchependant toutela nuit
&de faire paſſer tous les Carabi
niers , tous les Grenadiers & le Canon
,ſuivis de toute l'Armée jusqu'à
Torroella de Mongri . Cette
marcheréuffit parfaitement! Le 27 .
à la petite pointe du jour les premieres
Troupesſe mirent en Bataille
le long de ce qué ,& paſſerent la
riviere heureusement , malgré le
gros
GA LANT.
193
1
gros feu des Ennemis qui avoient
trois Bataillons retranchezà l'autre
bord,foutenus de dix Escadrons.
Toute l'Infanterie fut d'abord taillée
en pieces & prisonniere deguerre.
La Cavalerie branla au premeir
mouvement de nos escadrons de Carabiniers
qui marchoient à elle,&م
lâcha le pied. On les fit ſuivre par
le premier escadron , &par le Regiment
de Dragons de la Salle que
l'on fit débander ſur cesfuyards. Ce-
- pendant nos Troupes qui paſſoient
toujours àforce ,formerent d'abord
deux lignes de vingt escadrons, pour
estre en estat de foutenir les Ennemis
qui venoient au secours de ce
poste avec une bonne partie de leur
Cavalerie au grand trot , mais ils
virent à la fin qu'il n'estoit plus
-temps,&nos gens s'avancerent vers
eux bien en bataille , l'Infanterie
entre meſléedans la Cavalerie. Les
Lin 1694.
لا
لا
I
194
MERCURE
h

,
en re-
Troupes continuant toujours de paſſer
&de ſe mettre en bataille à mesure,
les Ennemis nefongerent plus qu'à
la retraite , & à sauver ce qu'ils
pourroient de leur Armée
gagnantle chemin de Gironne. Nos
Troupes ajant remonté la riviere à
leur droite en les ſuivant , trouverent
une partie de l'infanterie ennemie
dans un bois qui estoit à la
deffenſe du Gue Douilla, On la prit
enflanc , & voulant faire ferme à
L'arrivée des Dragons de la Salle
&des Grenadiers de l'Armée,aufquels
on avoit joint les Dragons à
pied de la Reine d'Angleterre , elle
fut auffi taillée en pieces & faite
prifonniere. M. le Marefibal donna
ordre ausfitoft aux Brigades de
Cavalerie &d'Infanterie de l'Armée
qui estoient àportée du Gué, de
le paſſer , & il y paſſa liy mesme à
bateſtepour pouvoir ſuivre les EnneGALANT
.
195
mis de plus près , & avec plus de
Troupes. Deux Colonnesy pafférentàla
fois , une de Cavalerie&
L'autre d'Infanterie , de mesme que
l'on avoit fait à Torroella. Les En
nemis pendant ce temps-là se remirent
en bataille vis à vis de Verges ,
Cavalerie&Infanterie , ayant dewant
cuxun Canalfort profond ,&
les bords fort releve,z La Cavalerie
nepouvant paffer ce canal que par
unseulPont,qui estoitfur la gauche,
les Grenadiers le paſſerent comme ils
purent en descendant& remontant
Les bords avec beaucoup de peine,&
Pendantque la Cavalerie defitoit
furle Pont , les Ennemis profiterent
de ce temps pour se retirer. On ne
laiſſa pas de les ſuivre , quoy que le
Paysſeſoit rencontréfort entrecoupé
depetits canaux. Les Ennemis avoient
outre cela pluſieurs hauteurs
Avec des Villages dont ils profiterent,
I 2
196
MERCURE
14
mais la terreur estoit si grandeparmy
eux, que fept de leurs escadrons
avec un bataillon à la droite,&
un à la gauche , ayant eſte ſuivis
par trois escadrons de Carabiniers
ils furent obligezde combattre ,&
pliérent aprés un rude choc,dans lequel
le Generalde la CavalerieEfpagnole,
&le Commiſſaire General
qui y combattoient demeurerent pri-
Jonniers. L'Infanterie ſe jetta dans
des chemins creux ,
vâmes pas à propos dela forcerque
nous n'cuſſions de l'Infanterie arrivée,
ce qui luy donna le temps de
feretirer dans la montagne& dans
les bois. On continua de fuivre les
Ennemisdansces montagnes , où ils
acheverent deſe retirer à la débandade
, ayant abandonné une partie
de leur bagage qu'ils avoient envoyé
dewant eux ,& qui fut pillé. On
fuivit encore quelque temps les En
ou nous ne trouGALAN
T. 197
nemis , & après avoirfait quantité
de prisonniers,& les Troupes estant
fort fatiguées, on jugea à propos de
revenir camper dans le Camp des
Ennemis , où l'on trouva encore une
partie de leurs bagages , pluſieurs
tentes , la vaisselle d'argent & la
caffette des papiers du Viceroy. On
ne sçait ce que leur Canon est devenu
, estant impoſſible qu'ils l'agent
emmené. Le nombre des Prisonniers
eſt de plus de trois mille juſques à
preſent.On compte qu'ils ont perdu la
moitié de leur Infanterie dans cette
occafio'n , ily a eu feize Drapeaux
depris , & nous avons cu deux cens
cinquantehommes detuezou bleſſez.
On vient d'apporter encore deux
Drapeaux prisfur les Ennemis.
Vous verrez dans l'Extrait
ſuivant que celuy qui a écrit la
Lettre dont il a eſté tiré, ſe plaît
à rendre Juſtice.
I3
198. MERCURE
Il est bon de vous parlerde nosGeneraux
en gros & en détail , & je
commence par M. de Noailles qui
prend aussi bien son party , & avec
autant de bravoure qu'aucun General.
Il a conduit cette affaire avec
beaucoup de tête , ayant donné le
changeàses Ennemis pendant le 26 .
àfa droite , leur faisant croire qu'il
les vouloit attaquer par cet endroitlà
. Cependant il nous a amenez toute
la nuit à la gauche& a donné
fes ordres avec tant d'exactitude &
de regularité , que tout s'est trouvé
au temps qu'il a ſouhaitéau paſſage
de la Riviere,où il a esté despremiers
à essuyer le feu comme nousmêmesSans
aucune inquietude. Il a
paſſsé leTeraprés nos Escadrons pour
donnerſes ordres ,& s'est trouvé à
toutes les charges , & par tout où
il s'est passé quelque chose. M. de
Quinfon qui étoitde jour à la tête
GALANT . 199
* - de nôtre Cavalerie , y aafait
- ordinaire en tres brave homme ,
M.le Comte de Cogny y a brillé ,
s'étant mis à la teſte de trois petites
-troupes. M. de Chazeron est celuy qui
- les a fait pouſſer fort vertement,difant
qu'il falloit tout tuer ; il eſtoit
toûjours à la teste. M. de Saint Silvestre
qui avoit son poste à l'Infanzerie,
apaſſe la nuit avec les Grena-
-diers , avec la plus grande bravoure
dumonde,Nos Mareschauxde Camp
- ne s'y sont point endormis , puiſque
M. du Bourg qui estoit de joury areceu
un coup de feuàtravers le corps,
- qui luy a percé les poumons de part
en part. M. le Comte de Druy,noftre
Generale de Cavalerie , bleſſé comme
luy àla teste dans la Riviere. Il
ya en trois Officiers de Grenadiers
tuez , dont l'un estoit Capitaine &
Les autres Lieutenans. Les Cara
biniers y ont perdu M. de Montifroy
14
200 MERCURE
Capitaine. M.de Rouffe , auffi capitaine
,y acu un grand coup de
Mousquet dans le ventre. Mrs le
Chevalier de Villelongue , & le Baron
de Ville , ont une contusion an
genožil. Cing Lieutenans des mêmes
Carabiners y ontestébleſſez , quatre
Cornettes & quelques Maréchaux
des Logis , Leurs bleßuressont confiderables
, la plupart des balles des
Ennemis s'estant trouvées groffes
commes des oeufs.
Peut eſtre trouverez vous l'exageration
un peu forte , mais il
eſt conſtant qu'on en a trouvé
qui peſoient plus de quatre onces,&
que l'on en peut mettre de
fortgroſſes dans des Arquebuſes
àcroc; les Eſpagnols en avoient
beaucoup. Ce qui fuitachevera
de vous faire connoiſtre que
l'Armée des Eſpagnols eſtoit
nombreuſe & compoſéede fort
GALANT . 201
bonnes Troupes. Je l'ay tiré
d'une Lettre d'une perſonne digne
de foy.
Nous devons remercier Dieu d'avoir
conſervé noſtre General dans une
aufi grande action que celle qui se
paſſa bier. On peut mesme dire tresgrande
, à cause des difficultezqui
Se rencontroient dans l'execution. M.
de Noailles a furmonté tout cela ,
avec ſon application ordinaire. Le
l'ay entendu animer les' Troupes qui
ont bien fait & ont bienrépondu aux
honneſtetezqu'il leur faisoit. C'est
beaucoup entreprendre , &on ne poit
guere qu'une Armée paſſe une riviere
devant une autre qui est retranchée
de l'autre coſté , &de peu
moinsforte que celle qui veut paffer.
Si M. le Duc d'Escalona eust attendu
qu'on eust esté attachéà quel
que Siege , il auroitpûbeaucoup in.
commoder avec une Armée außi
ΙΣ
202 MERCURE
nombreuſe&d'affezbonnesTroupes.
Ie vous écris ce que j'en sçay , en
ayant vù une bonne partie.
Il eſt certain quel'Armée que
le Ducd'Eſcalona commandoit,
eſtoit forte. Le Conſeil d'Eſpagne
s'eſtoit appliqué depuis une
année, à la rendre conſiderable,
&elle venoit d'eſtre renforcée
dequatre à cinq mille hommes
nouvellemet débarquez par les
Vaffeaux Eſpagnols ; en forte
que toutes leurstroupes étoient
jointes, àla referve detrois mille
hommes de celles d'Andaloufie.
Il n'y avoitpoint de Milices.
dans cette Armée , ce qui eſt
remarquable . Si elle ne
s'eſtoit pas cruë en état de vainere,
elle n'auroit pas attendu la
noſtre , ny donné une efpece
d'aubade avec des Muſettes, lors
que les François commence
fort y
GALANT. 203
rent à entrer dans le Ter. Ils avoient
raiſon leurs troupes eftoient
bonnes , & en nombre
ſuffisant pour nous arreſter.
Elles eſtoient retranchées , &
pouvoient défaire en détail des
troupes fatiguées du paſſage de
la Riviere , qui avoient déja
eſſuyé pluſieurs de leurs décharges
fans pouvoir ſe défendre ,&
qui devoient eſtre peu en eſtat
d'agir , à cauſe de la peſanteur
que l'eau donnoit àleurs habits;
mais elles eſtoient Francoiſes ,
& cela balançoit bien tous les
grands avantages des Ennemis..
Comme ils ont été battus avant
que la meilleure partie de
noſtre Armée euſt achevé de
paſſer , il demeure conſtant
qu'encore qu'ils fuſſent retranchez
,ils n'ont pas laiſſe d'eſtre
défaits par des troupes beau
16
204 MERCURE

coup moins nombreuſes , fatiguées
, moüillées , & découvertes
.On doit auſſi remarquer,
qu'aprés le paſſagedu Ter , nos
troupes furent encore obligées
de traverſer un ruiſſeau plus
difficile que cette Riviere , à
cauſe de la hauteur dont ſes
bords estoient eſcarpez ; d'un
foſſé qu'il falloit paſſer un à un ,
& d'un pont où il ne pouvoit
paffer que deux hommes de
front devantune ligne des Ennemis
en bataille. Cependant
on a forcé tantde paſſages & de
retranchemens , fans perdre de
monde , car le peu que nous
avons eu de morts & de bleff z
n'eſt pro ſque rien,ſi on le compare
au grand avantage que
nous avons remporté. C'eſt ce
qui maten eſtat de joüir de la
victoire ,& de faire des con
GALANT . 205
queſtes. Il n'y avoitque fixjours
que les Ennemis estoientaffemblez
quand la Bataille s'eſt donnée.
Cela fait voirque M. de
Noailles n'a point perdu de
temps à les poursuivre , Son
application a égalé la fatigue
qu'il s'eſt donnée , ayant demeuré
trente - cing heures à
cheval . Entreles Regimens d'Infanterie
ennemie qui ont eſté
entierement défaits , du nombre
deſquels ſont ceux qui
gardoient les guez , on compte
le Regiment de Grenade,& celuy
d'Arragon . Les Priſonniers
ont tous dit qu'ils avoient eſté
furpris de la diligence de M. de
Noailles ,& quele butin qu'on a
falt fur eux , peut monter à un
million ou environ. On affure
qu'il ya des Regimens qui ont
profitéde plus de quatre- vingt
1
206 MERCURE
mille livres. On a trouvé des
mulets chargez & attachez au
Piquet. Pluſieurs Fantaſſins en
ont donné la chargé pour deux
ou trois piſtoles , ſans ſçavoir ce
qu'elle cotenoit.On campa aprés
le Combat dans le Champ de
Bataille. Le 30. on envoya par
mer à Colioure deux mille ſept
cens Prifonniers , & il en reſta
ſept cens de bleſſez au Camp. Je
dois ajoüter icy à la gloire de
ceux qui ſe ſont ſignalez , que
MilordClare, qui commande les
Dragons de la Reine d'Angleterre
, les mena au combat avec
beaucoup de valeur & de conduite,&
fit toutceque l'on pouvoit
attendre d'un auſſi brave
homme que luy en chargeans
pluſieurs fois les Ennemis.
M. leComte d'Ayen a toujours.
agi avec une valeur & une in
5
GALANT. 207
trepidité beaucoup au deſſus de
fon âge. La brigade d'Alface , à
la teſte de laquelle eſtoit M.
Regnac , fut la premiere troupe
d'infanterie qui paſſa la
riviere pour foutenir les Grenadiers.
M. de la Caloniere , un des
Gentilshommes de M.de Noailles
a eſté bleſſe au viſage,& M.
leChevalier de la Marche,Capitaine
des Grenadiers , a eſté tué.
M. le Commandeur de Courcelles
à la teſte de deux Efcadrons
fut receu par quatre ou
cinq Eſcadrons Ennemis au bort
de l'eau. Il ſe mêla parmi eux
l'épée à la main , & les repouſſa
environ trois cens pas dans des
gorges de Dunes
Le ſecond efcadron des Carabiniers
, commandé par un de
Guittorin, Lieutenant Colonel,
+
208 MERCVRE
1
ayant pris la droite de l'eſcadron
de M. de Courcelles , ils firent
plier les Ennemis , qui s'eſtant
ralliez derriere des rideaux voulurent
encore faire ferme , mais
ils prirent enfin la fuite , diſant
que c'eſtoient des Bouchers.Enfin
les Carabiniersavec le Regiment
de la Salle , poufférent
la Cavalerie Eſpagnole pendant
prés de trois quarts de lieuë ,
mais comme ils ne ſuffifoient
-pas pour remplir une Plaine
où tous les ennemis s'étoient
raſsemblez en Corps de Bataille,
ils firent alte,& ayanteſté joints
des Brigades de Noailles & de
Sibourg , ils marcherent à eux
tout de front , & comme le pays
ſe reſſeroit , ils firent marcher
les Carabiniers qui paſſerent les
défilez en leur prefence ; ce que
les Ennemis laifferent faire fort
د
GALANT.
209
tranquillement , & fi toſt qu'ils
furent paſſez , M. de Courcelles
marcha droit à eux. Comme il
n'avoit que cinq petits eſcadrons
, les Ennemis qui en avoient
quinze , vinrent à eux
prétendant les engloutir ; mais
M. de Courcelles les ayant rom
pus l'épée à la main , & s'eſtant
fait jour parmy eux , prit luymeſme
leur General , Sa priſe fit
débander toute leur Cavalerie ,
qui ayant pris la fuire , & traverſé
un Village qui estoit ſur
une hauteur , ſe ſauvajuſqu'a
Gironne. On les pourſuivit l'épée
à la main pendant prés d'une
lieuë. Le Regimet de Sibourg
ſe ſignala beaucoup en cette oc、
caſion ; car dans le temps que les
Carabiniers eſtoient meſlez
avecles Ennemis , ils les prirent
en flanc ce qui les força de
doubler le pas.
210 MERCURE
Aprés vous avoir parlé de cette
Bataille , je croy que vous prendrez
plus de plaifir à en voir le
Plan.Je vous en envoye un. Je ne
vous affure pas qu'il ſoit dans la
derniere exactitude. Si j'avois
differé à le faire graver , il feroit
peut- eſtre plus juſte , mais le
defir de fatisfaire voſtre curioſité
m'en a empêché. En voicy
l'explication .
ARetranchement des Eſpagnols
àgaucheddeoleurCampdevant
le gué de Verges.
B Retranchement à leur droite
devant un autre gué , où une
partie de l'Armée du Roy a
paffé , aprés que le paſſage de
Mongri eut eſté forcé.
CAutre retranchement éloigné
de leur Canon , devant le gué
de Mongri , où l'action s'eſt
paffée.
BIBLIA TRIQUE
DE
LA
VOLLE
LYON
=
*1893 *
219
A
Bara
dre
Pla
VOLU
der
dift
pet
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fité
l'ex
AI
a
T
IB
1
C
GALANT. 211
Les Eſpagnols occupoient le 2 6.
le terrain d'A & de B, avec un
détachement à C.
Les guez du Ter ſont de fable
mouvant,où il y ajuſqu'à trois
piedsd'eau .
D Lieu juſqu'où l'on a poufféles
Ennemis .
F Lieu où l'Armée du Roy a
campéaprés l'action.
H Lieu où l'Armée du Roy eftoit
enbataille avant l'action.
Le Ruiſſeau de Gualta a par
tout 24. pieds de large,& fixde
profondeur. Il eſt eſcarpe des
deux coſtez , & le fond en eft
bourbeux.
Le 30. M. de Chazeron, Lieu .
tenant General. , ayant marché
toute la nuit , inveſtit Palamos
fur les neufheures du matin.
M. de Noailles aprés avoir
ſejourné deux jours fur le champ
212 MERC VRE
4
i
!
de Bataille,pour faire repoſer les
Troupes . ſe rendit devant cette
Place , & y arriva le 3. àmidy ,
avecfort peu de Troupes, ayant
laiſſé l'Armée derriere luy , qui
n'arriva que lejour ſuivant.L'Armée
Navale , commandée par
M. le Maréchal de Tourville
arriva le meſme jour. Il y avoit
cinquante deux gros Vaiſſeaux ,
&vingt cinqGaleres, commandées
parM. le Baillyde Noailles,
Lieutenant General .
M. le Mareſchal de Noailles
établit ſon quartier à Saint Jean
de Palamos,ſous le feu du canon
de la Place . Un boulet tomba
dans ſa chambre, & alla mourir
ſur ſon lit. Ce boulet donna en
entrant contre une poutre , dont
les éclats le bleſſerent legere.
ment.

Dés le meſme jour il reconnut
2
GALANT.
213
la Place. & ordonna une batterie
de quatre pieces de Canon aux
trois Croix. C'eſt un lieu fort
ſuperieur à la Ville. Cette batterie
commença à tirer dés le
lendemain. Les Ennemis firent
fortir ce mefme jour une vingtaine
d'Officiers reformez pour
venir reconnoiſtre ſi effectivement
on faiſoit une Batterie aux
troisCroix.
La nuit du 30.au 31 .
* M. de Noailles ordonna une
Batterie de quatre pieces de Canon
, & à droite & à gauche de
cette Batterie , des logemens
pourmettre des Carabiniers, qui
ne commencerent à tirer que le
matin du 31. Le canon des Ennemis
tira frequemment , meſ
e fur le quartier general.
Le31 .
Onfit un boyau ſur un pen214
MERCURE
chant qui regardoit la Ville . Il
fut achevé la meſme nuit ,& on
mit le long de ce boyau cinq
piecesde gros Canon & quatre
gros Mortiers , qui voyant à revers
les Ouvrages de la Ville ,
l'incommoderent fort . M. Dallard
, Commiſſaire d'Artillerie ,
y fut bleſſé legerement à la
main.
La nuit du 31 au 1. deIuin.
On fit deux autres Batteries ,
l'une de cinq pieces de ſeize livres
de boulet , à la gauche des
troisCroix : l'autre à la droite,de
huit pieces , avec une Batterie de
quatre mortiers entre les deux ,
Les Mortiers commencerent à
tirer ſur les onze heures du matin
; ils brûlerentun petit magazin
de poudre aux Ennemis
dans lesdehors ,& renverſerent
quelques pieces de leur canon,
GALANT.
215
Un Rendu dit à M. de Noailles
que la Bataille coutoit aux Ennemis
huit à neuf mille hommes.
Le r. Iuin.
Le gros Canon commença à
tirer fur les quatre heures du ſoir
&à faire taire le canon des Ennemis.
On avoit fait quelques
boyaux de Tranchée pour la
communicationdes Batteries.
J'ay oublié de vousdire que la
Place eſtreveſtuë , qu'elle aune
bonne Contreſcarpe , & un bon
chemin couvert, &bié palifſadé ,
qu'on en avoit fait fortir tous les
Habitans, qu'il y avoit trois mille
hommes deGarnifon , & que
le Gouverneur eſtoit un Italien,
nommé Pignatelli .
Lanuit du 1. au 2 .
La Tranchée fut ouverte par
1.
216 MERCVRE
attaques , l'une à droite par la
Plaine coulant le long de la Place
pour aller gagner la Mer ; &
l'autre à la Place , que l'on tira
du boyau qui estoit lelong de la
mõtagne,&qui venoit rejoindre
lateſtedu Travailde la gauche.
A l'attaque de la droite M. de
Chazeron monta la Tranchée
avec M. de Famechon,Brigadier
avec le premier Bataillon de
Sault, & un de Famechon, & M.
de Longueval Mareſchal de
Camp,avec le premier Bataillon
de Vaubecourt , &un d'Alface
montérent à la gauche. Il n'y eut
cette nuit-là que quatre Soldats
bleſſez & un Capitaine de Milice
tué. On fit quatre cens toiſes
de Tranchée. Ily avoit àla droite
douze cens Travailleurs &
fixcens à lagauche.
Le 2 .
Les Ennemis firent une fortie
fur
GALANT.
217
1
fur les dix heures du matin , de
cent cinquante hommes . Onze
rendus aſſurérent qu'il y avois
trois mille hommes dans la Place
Nos Batteries deſolérent les Ennemis
par mer , & par terre .
Lanuit du 2.au 3 .
La Tranchée fut relevée par
deux Bataillons de Sault à la
droite, ayant M. de Nanclas pour
Officier general , & celle de la
gauche par le ſecond Bataillon
de Vaubecourt ,& le troifiéme
Bataillon d'Alface , ayant M. de
Gentis pour Mareſchal de Camp
Il n'y eut pendant la nuit que fix
Soldats tuez , & fept ou huitbleffez.
Trois Officiers d'Alface
bleſſez, & M. de la Verge Ingenieur,
bleſſe à la teſte. Il y avoir
à la droite fix cens Travailleurs ,
& quatre cens à la gauche.
Le 3 .
Les premieres Batteries de ca
Iuin 1694. K
218 MERCVRE
non & de mortiers qui avoient
eſté faites ſur les hauteurs pour
battre les deffenfes,furent changées
pour les approcher de la
Place , d'où elles commencerent
àtirer contre un Baſtion ,qu'on
ne jugea pas à propos de ruiner ;
ainſi l'on ceſſa d'y tirer pour
s'attacher à faire brêche à un
autre.
Lanuit du 3.au 4 .
Les Ennemis firent une fortie
&donnerent dans les batteries ,
&à la teſte de latranchée, où il
yeut d'abord un peu de confufion.
Cependant M.le Comte de
Coigny , quoy qu'il ne fuſt pas
de jour , s'y eſtant trouvé, remit
en peu de temps toutes choſes
en leur premier état. Pluſieurs
des Ennemis y reſterent morts
furla place ou faits priſonniers.
On y perdit M. Marion , Major
GALANT . 219
du Regiment d'Alface , qui fut
tué avec quelques ſoldats ; il y
eut fort peu d'Officiers & de
foldats bleſſez .
Le4.
On continua toûjours à tirer
du Canon & des Bombes par mer
& par terre, ce qui obligea beaucoup
de ſoldats ennemis à fortir
du chemin couvert pour ſe jetter
dans la tranchée , de maniere
qu'il n'y a point eu de jour qu'il
ne s'y en ſoit venu rendre plus
de quinze ou vingt.
La nuit du 4. au 5.
La tranchée fut poufféejufques
au bas du glacis , & on fit
une batterie de fix piecesde Canon
de 24. fur la droite de l'Attaque
pour faire breche au corps
de laPlace.
Lanuit das. au 6 .
On ouvrit deux ſapes pour

K 2
220 MERCURE
embraſſer le chemin couvert de
laPlace.
Le 6. aufoir.
M. de Noailles diſpoſa toutes
choſes pour emporter le chemin
couvert. On fit de grandes places
d'armes avec des banquettes
pour fortir en bataille , & des
materiaux à la teſtedu travail.
Le 7.
A la pointe du jour, les Compagnies
des Grenadiers détachez
& le Regiment de Noailles
Infanterie fortirent de la tranchée
l'épée à la main & la
bayonnette au bout du fufil , &
donnerent dans le chemin couvert
qu'ils emporterent. Ils pafferent
enfuite de la dans une
Demilune de terre & enfin
,
dans la Ville , par la brêche que
noſtre Canon avoit faite , tuant
tout ce qui leur reſiſtoit , & faiGALANT.
221
fant mettre les armes bas à ceux
qui leur demandoient quartier.
Vous trouverez un détail exact
de la priſe de cette Place dans
la Lettre écrite au Roy par M.
de Noailles. En voicy une copie.
Du Camp devant Palamos ,
le 7.àminuit.
SIRE,
L'ay eu l'honneur de rendre compte
àVostre Majestépar l'ordinaire
du s.de l'estat où nous estions devant
cette Place. On ouvrit cette mesme
nuit deux Sapes , par lesquelles on
continua de marcher en avant
d'embraffer le chemin couvert de
l'.Attaque.Lajournéed'hierfut em.
ployéeafairedegrandesPlaces d'Ames
avec des banquettes pour pouvoirfortir
en Bataille ,&faire de
grands amas de materiaux àlateſte
duTravail.Pendant cetemps, noſtre
K 3
222 MERCVRE
Artillerie battoit le Corpsde laPla
ce.Le diſpoſay hier aufoir tout ce qui
estoit neceſſaire pourfaire l'attaque
du chemin couvert aujourd'huy àla
pointe du jour , ce qui nous afibien
reußi que nos Grenadiers s'en font
rendus maistres , ont paſſséplus avant,
ont trouvémoyend'entrerpardeux
briches que le canon avoit faites ,
vis il ne pouvoit pafferqu'un homme
de front, &ilsfont entrez dans la
Ville.
M. de S. Silvestre est arrivépref
que außi toſt que les Bataillons qui
estoient degarde aussi bien queMrs.
de Genlis Nanclas. On ne peut
mieux faire qu'ils ont fait ,&files
Troupes de V. M. eußent eu besoin
d'estre animées , elles l'auroient esté
par leur exemple ; mais je puis affurerV.
M. qu'ilnese peut rien ajou
ter à la vigueur avec laquelle elles
ont execute cetteentreprise. Le Sieur
GALAN T.
223
Chelberg ,qui monta à la teſte du
premierBataillon deson Regiment,
quoy qu'il ne fust pas de jour ,y a
parfaitement fait son devoir. Lapparaatres
bien conduit cette affaire,
V. M. en doit estrefort contente
außi bienque des Ingenieurs quisont
Sous luy. Ila eu deux coups tre: favorables
, dont l'un lui a percéfon
chapeau , l'autre luy a coupéfa
cravate. Les Ennemis ont euplusde
trois cens hommes tuez ,&fix cens
prisonniers, parmy lesquelsfont deux
Colonels cinquante- cing autres
Officiers. I'en viens de faire partis
cing cent trente cing preſentement
il en reſte ſoixante dix-huit dans
la Ville. Nous allons travailler à
l'attaque du Chasteau , tâcher de
n'y point perdre de temps. V. M.me
permettra de luyfaire faire reflexion
qu'ily avoit trois mille hommes dans
cettePlace , qui n'avoient qu'untres.
د

K 4
224 MER CU RE
petit front àgarder ;&j'oferay en
mesme temps luy dire que parmi les
Rendus les Prisonniers que nous
avons , ily a effectivement des hommes
tres beaux &bien faits ,
qu'il n'y en aurcit pas de meilleurs,
sils estoient bien conduits I'en.
voyeray unepartie des Officiers blef-
Jezà Gironne , fur leur parole. La
Compagnie des Grenadiers de mon
Regiment qui adonné avec les Dragons
de la Reine d'Angleterre ,
afait des merveilles , aufi bien que
les autres Nous n'avons pas plus de
cent cinquante bleßez de ce Siege ,
Oenvironsoixante dix de tuez,
T'ay cra qu'il estoit bon d'envoyer un
Exprezà V. M. pour l'informer de
cette action qui m'aparu affezbrillante
pour cela , de nature à ne
pas attendre l'ordinaire. Nousfommes
maistres de S. Felien &de
Quixols ,les Ennemis ayant retiré
GALAN T. 225
laGarnison qui y estoit. Ly ay envoyé
des Dragons jusqu'à ce que j'y
mette de l'Infanterie ; nous y avons
trouvé de lorge , quiſervirapourvostre
Cavalerie.
Aprés la priſe de cette Place
la conſternation continua dans
tout le pays , & les Conſuls des
environs vinrent faire leurs foumiſſions
à M.de Noailles. L'épouvante
n'eſt pas moins grande
parmy les Troupes que dans
le Pays , & l'on a eu des nouvelles
aſſurées,qui portent qu'aprésle
Combat il deferta quinze
cens Soldats des Ennemis ; il
eſt ſeur qu'ilena paffé deux cens
àToulon pour retourner en
Italie. M. de Noailles voulant
enhabileGeneral profiter de la
conſternation de l'Armée ennemie
, fit ouvrir la tranchée devantlaFortereſſe
de Palamos, le
KS
226 MERCURE
jour meſme que la Ville futemportée.
Cette Fortereſſe eſt ſeparée
de la Ville par un fond.
Elle a quatre bons baftions , &
il y avoit prés de deux mille
hommes de garniſon Onla battit
par mer & par terre pendant
deux jours avec pluſieurs Batteriesde
canon& le travail ayant
eſté pouffé juſqu'au glacis du
chemin couvert , la garniſon affoiblie
de prés de quatre cens
hommes,voyant qu'elle ne pouvoit
refifter plus longtemps aux
ravages que faifoient lesbombes
preſſa le Sieur d'Avellaneda ,
Gouverneur , de capituler. Il
reſiſta quelque temps,mais enfin
s'y trouvant comme forcé , il ſe
rendit le 10. priſonnier de guerre
avec quatorze cens hommes
qui luy reſtoient,n'ayant pû obtenir
de meilleure capitulation
GALANT. 227
Il demanda à M. de Noailles la
permiffion d'aller à Gironne fur
ſa parole ,avec les Officiers bleffez
. M. de Noailles ayant ſcen
qu'il eſtoit malade , luy accorda
cette grace. Ce Maréchal a mis
pourGouverneurdans Palamos,
M. de Nanclas , Brigadier d'Infanterie
, Mr le Chevalier de
Clais pour Lieutenant de Roy ,
M. de Pernay , Ingenieurbleſſé
au Siege , en qualité de Major,
&M. de Senega pour Commandant
dans la Fortereſſe. Laveille
de fa reddition ilarriva à M. de
Noailles quinze Tartanes &
huitBrulors chargez de boulets,
de bombes,de gros canon,& de
mortiers .
Le Roy voulant faire chanter
leTeDeum en action de grace de
la priſe de la Ville & du Chafteau
de Palamos , écrivit la Let
K6
228 MERCURE
1
tre ſuivante à M. l'Archeveſque
de Paris .
MON Cousin Le ne doute pas
que mes Ennemis eux - mesmes
nesefoient attendus à voir la
derniere Victoire que je viens de
remporter en Catalogne ,ſuivie de
présparlaprisede Palamos, qu'aprés
la prise de Palamos ils ne s'attendent
encore à des pertes plus confiderables
plusſenſibles. Ce font
außi les esperances que cette conqueste
me donne qui en font le plus
grand prix , quoy que d'ailleurs
ellefoit accompagnée de circonstan
ces affezglorieuses. La Ville a esté
prise d'affaut , qucy que defenduë
ppaarrpplluussdetrois millehommes. Plus
defix censy ont esté tuez autant
faits prisonniers Lereste s'étant retiré
dans le basteau y a esté preßé
fi vivement ,qu après avoir imutile-
3
GALANT .
229
!
mentdemandéà capituler , le Gouverneur
& quatorze cens hommes
qui luy reſtoient sefont rendus Prifonniers
de Guerrre. Le bonheur de
mes Armes neſe dement point ,
unesi longue prosperité seroit étonnante,
fielle n'estoit dûë à lajustice
de la cauſe que jeſouſtiens. C'eſt pour
en rendregraces à celuy qui s'y intereſſepar
des marques fiviſibles de
Ja continuelleprotection , que je vous
fais cette Lettre,pourvous dire que
mon intention est , que vous faſſiez
chanterleTe Deum dans l'Eglife
Cathedrale de ma bonne Ville de
Paris, levingt troisième de ce mois,
àl'heure que leGrand Maiſtre ou le
Maistre des Ceremonies vousdira de
mapart,vous avertiffint que je donne
ordre à mes Cours dy aßister en la
maniere accoustumée. Sur ce,je prie
Dieu qu il vous ait , mon Cousin , em
Lafainte digne garde. Ecrit à
230 MERCURE
Versailles le vingt-deuxième luin
milfix cens quatre- vingt quatorze.
Signé LOVIS , & plus bas Phelypeaux.
La Lettre qui ſuit vous fera
connoiſtre combien S. M. eft.
fatisfaite des ſervices que M. le
Maréchal de Noailles luy a rendus.
Lettre du Roy à Madame laDucheſſe
Douairiere de Noailles.
Eservice que le Maréchal de
ficonfiderable, peut avoir de fi
grandes fuites , que je ne sçaurois
mempefcher de vous en témoigner
majoye , s'il se peut , augmenter
Lavostre en vous afſfürant que j'ay
pour luy l'estime
merite , que je suis tres-fatisfait
de la maniere dont il s'est conduit
l'amitié qu'il
GALA NT.
231
La Bataille qu'il agagnéeme fait
croire que je ne mesuis pas trompé à
ceque j'ay toûjourspenséde luy.C'est
en cecy un effet de vos prieresque je
croy que vous faites de bon coeurpour
nous deux. Dites à M. de Chalons
que j'ay aussi grande confiance aux
fiennes, que je me réjouis avecluy
de cequefonFrere vient defaire. Il
ne me reste plus qu'à vous afſfürer
qu'on ne peut avoirplus d'estime
de confideration que j'en aypour vous
pour vostre pieté. Le croy que vous
neserezpas fachée d'aprendre que
jay fait te Marquis de Noailles
Marefchal de Camp.Signé, LOVIS.
Il faut vous parler de la def
cente des Ennemis à Breſt, & je
commence par l'etat de cette
Place. On a mis une nouvelle
batterie de fix mortiers das l'enceinte
de la Ville , qui battent
larade,outre ſept quiestoient
232
MERCURE
déja au lieu appellé Recovrance,&
deux au Chaſteau . On en
aauſſi mis deux dans le foſſé de
la Ville, trois àla pointe des Efpagnols
, deux ſur l'ifle longue,
&deux autres au Portzie. Ily
en avoit déja dix en differens .
endroits, qui battent generalementtoute
la rade de Bertaume
&de Camaret.On ajoint à cetteprécaution
contre le bombardement
une nouvelle batterie
de ſeize pieces de canon & de
fix mortiers ſur le rempartde
la Ville en deça du Chaſteau;
uneautre ſurſſelongue de hoit
canons& de deux mortiers ,&
une au Port- zie de huit canons
de 64.1.de balle. Les Vaffeaux
fontdans l'enceinte de la Ville,
&la Ville ade bellés Fortifications,
de fortes murailles , & de
bons ramparts ,degrands foſſez
GALANT.
233
&tres profonds, coupez dans le
roc , des Baftions & des Demilunes
de diſtance en distance ,&
le tout tres regulier . On a eu
ſoin de démaſter les Vaiſſeaux
de leurs Beauprés, afin qu'ils ne
tiennent pastant de place ,& on
les a menez le plus haut qu'ila
eſté poſſible , pour les éloigner
de la bombe. Voila les nouvelles
qu'on receut de Breſt quelques
jours avant le bombardement.
La veille, Sa Majesté eut
desnouvelles de M. de Vauban
qui mandoit , qu'il avoit mis les
Souterrains du Chasteau à couvert
de la Bombe,qu'ilavoitdisposéaußi
quatre-vingt- dix mortiers , & trois
cens pieces de canon ; qu'il n'y avoit
plus que deux Vaisseaux à remonter
dans la Riviere ; que tout le reste
estoit horsde la portée des Bombes ;
qu'à l'égard des Troupes elles estoient
234
MERCURE
en bon ordre ; qu'ily avoit quatorze
cens Bombarbiers ,trois mille Gentils.
hommes des environs , quatre mille
hommes de Troupes reglées , & un
Regiment de Dragons qui venoit
d'arriver.
C'eſtainſi qu'on eftoit preparé
à recevoir les Ennemis lors
qu'ils parurent le 16. à la veuë
d'Oueſſant,d'où on fic les fignaux
pour en avertir.Le 17.on les
vit entrer dés le matin dans l'Iroiſe.
On mitauſfi - toſt à la pointe
de Minou , &à la pointe des
Eſpagnols un Pavillon blanc
quarré , & un Pavillon quarré
rouge , ſur deux differens batons
de Pavillon. Ces fignaux
apprirent d'abord que les Ennemis
entroient , & avertirent
les Troupes , campées en differens
lieux , de ſe mettre en
marche ſans attendre d'autres
GALANT.
235
ordres & de s'avancer aux lieux
de leur deſtination , les unes
vers Camaret , & les autresvers
le Conquet.Ce ſignal eſtoit auffi
pour avertir les Milices. Les
Paroiſſes ayant fonné le tocfin,
tous les Payſans ſe rendirent
chez leurs Capitaines , & marcherentvers
la coſte , armezde
fufils,de piques &de hallebardes,
marquant une forte reſolu
tió de ſe bien défendre. LeJuffan
ayantſerviles Ennemis,&eſtant
pout lors à lamer à l'Oüeft , ils
vinrent moüiller aux Pierres
Noires , où le vent les refuſa ,
&lamarée auſſi,le ventétant au
Nord , & affez frais. Ceux qui
eſtoient de l'arriere louvoyerent
long-temps pour venir moüiller
dans un bon fond En effet la
meilleure partie eſtoit bien ,
mais beaucoup moüllerent fur
136 MERCURE
C
les roches , ce qui dans la ſuite
adû leur faire perdre beaucoup
de cables . Le luſſan eſtant venu
le 17. à neuf heures du foir ,ils
s'approcherent un peu plus prés
du Goulet ; quoy que le vent
fût toûjours cõtraire,& moüillerent
fort confufément. On leur
tira des Bombes de diverſes Batteries
, dont une étant tombée
proche de l'Amiral,il appareilla
auſſi tôt pour ſe mettre au large,
de mêmeque tous les autres .
Toute la nuit étant calme il ne
ſe paſſa rien, ſinon queles Ennemis
ſe laifferent dériver affez
loin , pour ſe mettre tout à fait
hors de la portée des Bombes.Le
fond étantde roche en ce lieu
là, ils doivent avoir perdu bien
des ancres & des cables . Leur
nombre parut de 36. Vaiſſeaux
de guerre , de 12. Galiotes à
GALANT.
137
Bombes , & d'environ 80.petits
Bâtimens , ayant la forme de
Heus . Ils avoient auſſi une grande
quantité de Chaloupes .
Le 1 8. au matin l'Amiral arbora
le Pavillon de Conſeil, &
on remarqua que toutes les Chaloupes
alloient à l'ordre, & comme
il eſtoit calme , à dix heures
du matin le vent remit encore
au Nord,& fut fort foible. Aprés
qu'on les eut vû appariller à
onze heure , il parut ſur une lignehuit
gros Vaiſſeaux , & euviron
cent Baſtimens plus gros
que des Chaloupes , & maſtez
comme des Heus. Ils les firent
approcher le plus pres qu'ils pûrent
de Camaret ; en forte qu'il
y en avoit la moitié à la portée
du mouſquet. Laction commeça
fur le midy & demy par une canonnade
qui dura prés de deux
238 MERCURE
heures. Ils effuyerent, pendant
ce temps le feu des Batteries &
des Retranchemens , qui eftoient
garnis d'un Bataillon de
la Marine, & de quelques Milices
du Pays , ſous les ordres de
M. le Marquis de Langeron.
Enſuite de quoy tous les petits
Baſtimens firent voile pour ſe
rendre dans l'ance de Camaret.
Le vent ne leur permit pas d'y
entrer d'abord; mais ayant changé
tout à coup , ils y entrerent
dans le deſſeinde débarquer leur
Troupes . Les plusavancez jettérent
à terre huit à neuf cens
hommes,avec pluſieurs Officiers
à leur teſte ; ils deſcendirent
avec beaucoup de hardieſſe,mais
en meſme temps avec beaucoup
de confufion. Le feu dura affez
long- temps de part & d'autre ,&
l'on remarqua quelque defordre
GALANT . 239
S
P
1
e
parmy les Troupes qui étoient
deſcenduës , qui tiroient avec
beaucoup d'inégalité, & paroiffoient
incertaines du party qu'-
elles devoient prendre . M. Benoiſe
Capitaine d'une Compagnie
franche de Marine l'ayant
reconnu, fortit l'épée à la main à
la teſte de cinquante hommes ,
foutenus par M.de la Couſſe,Capitaine
d'une autre Compagnie
de Marine, avec un pareil nombre
de Soldats , & il chargea les
Ennemis avectantde reſolution,
qu'il les renverſa,en tua un grad
nombre. Il les pourſuivit juſqu'à
leurs Chaloupes ; mais comme
une partie de ces Bâtimens s'étoit
retirée,& qu'il n'en reſtoit
que ſept, ils s'y jetterent en grad
nombre , & la mer baiſſant en
même temps , ils demeurerent
échoüez . Alors M. le Comte de
و
240
MERCVRE
C
Servon,Mareſchal de Camp ,M.
de la Vaiſſe,Brigadier d'Infanterie,&
M.du Pleſſis , Brigadier de
Cavalerie, qui s'eſtoient rendus
fur les retranchemens avec le
Regiment de Cavalerie du Plefſis,
ſur les avis qu'ils avoient eus
par les fignaux,firent marcherun
eſcadron ſur la greve . Ainſi les
Troupes qui ſe trouverent dans
les Bâtimens échoüez , ne voyat
aucun ſalut à eſperer, demanderent
quartier, ce qui leur fut accordé.
Les Soldats qui n'avoient
pas encore débarqué , craignant
d'avoirunemême deſtinée ,ſe retirérent
avec précipitation à la
faveur de leurs Vaiſſeaux qui
continuoientde canonner la Batterie
& les Retranchemens de
Camaret,qui leurrépondoit ſans
ceſſe avec ſuperiorité. Un Vaifſeau
Hollandois de 34.Canons,
qu i
GALANT.
241
qui s'eſtoit approché trop prés
deter
de terre , & qui avoit appareillé !
trop tard, s'eſtant échoué,M.de
la Gondiniere , Capitaine d'une
Compagnie de Marine,qui s'en
apperçut, ſe poſta avec quelques
Mouſquetaires ſur les rochers
voiſins,qui le dominoient,& l'obligea
à ſe rendre. Il y avoit quarante
hommes de tuez , du nombre
deſquels eſtoitle Capitaine,
&foixante quatre autres qu'on
fit priſonniers. On juge par l'eſtat
où l'on trouva ce Vaiffeau,
que ceux qui estoient expoſez
au meſme feu , doivent avoir
beaucoup fouffert ; ce qu'on apprendra
dans la ſuite,ne pouvant
eſtre ſçu que par eux. On affure
que nous avons fait cinq cens
quarante-huit prisonniers , &
qu'il y a eu quatre à cinq censdes
Ennemis tuez ou noyez . Un Of-
Juin 1694. L
242.
MERCURE
e
ficier prifonnier rapporte que
le General Talmash qui com.
mandoit les Troupes de débarquement,
a eſté tué. Cer Officier
ſe dit ſon Lieutenant .Nous n'a
vons eu que quarante cinq hommes
tuez ou bleſſez , entre lefquelsM.
de la Couffe Capitaine ,
&. M. de la Vallette Enfeigne,
ont efté bleſſez . M. de la Tra
verſe Ingenieur, acu unbras emporté.
Une de nos Bombes étant
tombée fur une Galiotte chargée
de Soldats, & une autre for
unbateau plat, ces deux Baſtimens
coulerent à fond... מ
Le 19. àla pointe du jour,les
Vaiſſeaux Hollandois qui faiffoient
l'Arrieregarde , mirent à
lavoile,avec tous leurs Bâtimens,
de charge ,& ils furent fuivis du
refle de la Flote,qui ſe retira par
je paſſage de l'Iroife. Onenten-
2
GALAN T.
243
dit le même jour un fort grand
bruit du coſté du Conquest.
Voicy l'extrait d'une Lettre
de Breſt du 2 1. qui vous apprendrades
chofes tres- curieuſes ,&
qui ne fontdans aucune Relation
Depuis ma derniere, les Ennemis
sesont tout àfait retirezfans avoir
rien tentéau Conquest, comme on l avoit
publié. Le bruit du Canon qu'on
entendoit delà estoit des ſignaux que
les Ennemisfaisoient. On n'a tuéfur
la place que trois à quatre cens des
Ennemis , & fait cing cens qua
rante prisonniers & quarante officiers
,fans compter les noyez qui
font engrand nombre , & ceux qu'on
aàbord des Vaiſſeaux des Cha
loupes. Iln'y aeu que quatre cens
hommes de nos Troupes de Marine
qui ont fait tout ce fracas , quatre
cens autres vinrent à la fin . A
l'égard des Vaisseaux,on a pris celuy
qui estoit échoné , on l'a conduit
L 2
244
MERCVRE
dans ce Port : Il est de trente deux
pieces de Canon, monté tout neuf.
C'est un tres beau Navire , qui pourroit
en porter cinquante. L'ay esté à
bord. Il est criblede coups de Canon.
Le Capitainey a esté tué avec quarante
hommes. Le reste s'est rendu
aw nombre de ſoixante , tousbleffez.
On remarqua la nuit aprés l'action,
que les Ennemis brûlerent unde leurs
Vaiſſeaux , qu'on ajugé eſtre celuy
qui fut demaste deson mast de Mi-
Saine. Ily eneut un autre demaſté
desonBeaupré ,& un autre defon
grand Hunier Ceux d'Oueffent rapportent
que lorsqu'ils pajferent dans
l'Ircise, ily avoit un Varſſeau qui
paroiſſoit außigros que celuy qu'ils
brulerent, d'environfoixante Canons,
lequel eſtant remorqué par les cha-
Loupes , coula àfond aprés en avoir
esté abandonné, Les Bombes d'ailleurs
ont dit on , coulé àfond trois
GALAN T.
245
1
C
il
Bastimens , l'un desquels estoit une
Galiote où l'on a jugé qu'ily avoit
plus de cinq cens hommes qui ont
tous efté noyez. Sans faire aucune
exageration ,les Ennemis ont perdu
deux millehommes dans cette occa
fion en comptant tout. C'estoient les
plus beaux hommes les mieux
faits qu'ilest poßible de voir ,
est tres-affearé que c'est l'élite de
toutes les Troupes de leurpays.Leur
deffein estoitdeprendre tout le coſté
de Cornoüailles , d'encloäer les
Canons des batteries quifont le long
de cette Coste dans le Goulet , afin
queleurs Vaiſſeaux n'enfuffent pas
incommoder en entrant. Far ce
moyen passant par la paffe de Cor
nouailles , les batteries qui font du
côté de Leon ne pouvoient plusſervir,
parce que c'eſt hors de portée. D'ailleurs
c'est unepreſqu'iſle qu'ils auroient
puiſoler. & deffendre avec
246 MERCURE
C
deux mille hommes contre trente
mille , l'auroient gardée tant
qu'ils auroient voulu : Voila leur
deffein qui eftoit tres-beaubon fi
lefuccés l'eastjuivi. On affure que le
GeneralTalmash qui commandoit la
Descenteaesté tué , & des Prifon.
niers que j'ay interrogez, m'ont dit
l'avoirveu tomberaleur coſté. Ilya
eſté tué außi pluſieurs François de la
Religion , &anenapris onze qui
font parmi les Prisonniers , qu'on en.
oie àNantes. Les Ennemis s'estant
retirer le vingt , nous n'en avons
aucune nouvelledepuis,finon qu'ils
faiforent routepour la Manche,ap.
paremment pour gagner promptement
leurpays.
T
D'autres Lettres portent,qu'on
atrouvéfur lesPrisonniers desplans
des Batteries , de tout ce qu'on
afait de nouveaux Ouvrages àBrest;
que plusieurs Soldats de la Marine
font revestusdes habits des bonnets
GALANT.
247
des Ennemis , pour marquer lear
triomphe , queM. de Vauban
fut contraint d'allersur les lieux ,
aprés que les Ennemis se furent retirez,
pour arreſterles Paysans
les Milices du Pays , qui ne leur
vouloient faire aucun quartier ; que
toute la coſte estoit pleine de corps
morts ; que les quatre Galeres qu'on
attendoit à Bresty sont arrivées ,
que c'estoit le Vice Amiral Barklay
qui commandoit la Flote ennemie.
M. de la Ferriere ayant eſté
dépêché pour apporter au Roy
ledétail de ce qui s'eſt fait à la
defcente des Ennemis , le Roy
l'a fait Capitaine de Vaiffeaus
& luy a donné en mefme
temps une groſſe gratification.
Sa modeſtie l'empêchant de ſe
nommer dans le recit qu'il faifoit
de la valeur des Troupes ,
Sa Majefté , dont les manieres
font toujours honneſtes & obli
L4
248
MERCURE
geantes , fit connoiſtre à toute
la Cour que bien qu'il ne parlaſ
point de luy , on lay mandoit
qu'il s'eſtoit extrêmement diftingué..
Les Ennemis voulant brûler Saint
Malo, y ont fait jetter de l'artifice dans
quelques caves par des Incendiaires. Il y
en a une où l'on a trouvé un fil de ſouphre.
Cingmaiſons ont eſté brûlées.On
ne ſorit ſi c'eſt par accident,ou ſi le feu
eft provenu de cet artifice,mais on a cru
àpropos de faire fermer tous les foupiraux
des caves. M. le Duc de Chaunes
eſt toujours à S. Malo,& il y commande
avec M. Polaſtron ; ils y font accompagnez
de pluſieurs Officiers de Marine.
LaPlace eſt en tres bon estat & tres bien
fortifiée à tous les endroits par où l'on
pourroit l'attaquer. Il y a un Regiment
de Dragons , un Regiment d'Infanterie
dehuit cens hommes , & un autre qui
vient d'arriver. Deux Galeres ſont dans
le Port avec trois Brulots,quelques Fregates
,& pluſieurs Chaloupes , outre
trois pour la découverte. Toutes les
menaces des Ennemis n'empêchent pas
GA LANT. 249
i
qu'il ne ſoit forty depuis peu de cette
Place huit ou dix Baſtimens pour aller
en courſe , & il y en a encore cinq ou
fix qui ſont preſts à faire voile .
le ren-
Voicyun Journal fort curieux de la
marche de Monſeigneur le Dauphin en
Flandre . Ce Prince partit de Verfailles
en poſte le 31. May , & vint coucher à
Guiſe. Le lendemain il dîna à Avenes ,
on M. Voiſin , Intendant de Mons , luy
donna un grand repas , parce que ſes
Officiers n'y eſtoient pas. Le ſoir il vint
coucher á Maubeuge , où eſtoit
dez -vous. Il y trouva les Officiers Generaux,
& l'Armée qui avoit eſté afſem
blée auparavant par M. Rofen , estoit
cantonnée dans tout le Pays des envi
rons , où elle vivoit doucement ,mangeat
les herbes ſans toucher aux bleds.
Monſeigneur fut receu àMaubeuge par
M. de Ximenes ,qui en eſt Gouverneur,
au bruit du Canon , dont l'on fit trois
décharges. Enfuite ce Gouverneur
preſenta àMonſeigneur l'Abbeſſe & les
Chanoineſſes de Maubeuge , dont le
Chapitre eſt ſi conſiderable , Elles vinrent
lay rendre leurs reſpects , & Monſeigneur
leur fit l'honneur de les ſalues
Ls
250 MERCURE
toutes. Pendant que les Troupes
eſtoient dans leurs cantons , Monfcigneur
en fit faire la reveue par les Commiffaires
, & comme on luy raportaque
la Cavalerie ſe racommodoit fort , il
reſolut de laiſſer les Troupes dans leurs
L
quartiers.
Les Juin on Courier du Cabinet
luyayant apporté la nouvelle du gain
de la Bataille de Catalogne ,Monfeigneur
fit auffitoft chanter le Te Deums
dans l'Egliſe des Chanoineſſes de Maubeuge
,& le ſoir on en fit la réjoüiflance,
non ſeulement dans la Ville de Maubeuge
, mais dans tous les lieux où
eſtoient les Troupes. Le jour de la Feſte
de Dieu Monseigneur fit ſes devotions,
communia dans l'Egliſe des Jeſuites
de Maubeuge par les mains de M. l'Abbé
de Tonnerre , & enſuite alla à la
Proceſſion du S. Sacrement , qui ſe fic
dans l'Egliſe des Chanoineſſes , àcauſe
du mauvais temps . Il eſtoit accompagné
des Princes du Sang qui font auprés de
luy , &des Officiers Generaux.
Pendat tout letemps queMon.
feigneur eft demeuré àMaubeuGALANT.
251
7
ge , ſa Cour a eſté fort Groffe,
tous les Officiers venant de leurs
quartiers chacun à fon tour . IH
parloit à tous pour ſavoir l'état de
leurstroupes & meſloit toujours
à ce qu'il leur diſoit pour le fervice
,beaucoup de marques de
bonté , diſant à chacun avec di
ſtinction ce qui luy convenoſt.
Le 13. Monſeigneur partit de
Maubeuge, & paſſa par Charleroy
où il fut receu par M. de
Boiſſelau , au bruit du Canon. II .
fit le tour de la Place endehors ,
pour en voir, non ſeulement les
fortifications , mais encore les
attaques du dernier Siege. Ce
Prince alla enfuite camper àFarcienne
, où il ſejourna le 13. &
le 14. Il vir les Carabiniers ,qu'il
trouva parfaitement beaux , foft
pour les hommes , ſoit pour les
chevaux.
Leus, ilvint camper en front
252 MERCVRE
de bandiere à l'Abbaye deGen.
blours , où il eut avis que les
Ennemis qui s'étoient aſſemblez
àLouvain , s'étoient avancez vers
Tourine Bevechain , où ils ſe
retranchoient. Il y ſejourna le
16. & le 17. Le 18. il paſſa les
Cinq Etoiles dont le Princed'O
range vouloit difputer le paſſage-
Il n'y trouva perſonne ,& vint
camper à Jaudrin, où il ſejourna
le lendemain , Le 20. il fit mar
cher l'Armée ſur quatre colonnes,
& vint camper à Breuſtein
proche Saint Cron , où eſt la
droite .On fit pour cela une gran. >
de marche , mais elle estoit ne
ceffaire par la confideration da
poſte qui le rend maître du
Pays, pour y faire ſubſiſter l'Armée
aux dépens des Ennemis .
La marche de Monſeigneur leur
fut cachée ,parce qu'on craignoit
que le prince d'Orange ne fift
GALANT.
253
occuper ce Camp , qui eſt fort
avantageux . Cette marche eſt
une des plus belles qui ſe ſoient
faites depuis longtemps. Monſeigneur
fit marcher deux mille
Chevaux dés la nuit du 19.pour
la couvrir,& pour faire les pafſages
neceffaires afin que les
Troupes ne fuffent point retardées,
parce qu'en fortant de Jaudrin
elles devoient paffer parun
défilé d'une lieuë .L'Arméeen fir
cinq avecun ſi bon ordre , qu'elle
ne s'apperceut pas qu'elle euſt
fait une ſi longue traite .L'avantgarde
partit le 20. dés quatre
heures du matin.Elle estoit com
mandée par M.de Luxembourg.
Monfieur le Duc de Chartres ,
Monfieur le Duc , Monfieur le
Prince de Conti ,& Monfieur le
Comte de Toulouſe eſtoient auſſi
àlateſte. Si les Ennemis euffent
paru toutes les colonnes au
254
MERCVRE
1
roient d'abord formé deux li
gnes,& marché à eux, rien n'ef.
toit mieux ordonné. On paſſa à
deux lieuës de leur Armée,dont
on voyoit aiſément le Camp. Ils
firent paroiſtre quelques Eſcadrons.
On détacha cinquante
Huffarts , & ils difparurent.
Le 21. Monſeigneur fit faire
la réjoüiſſance pour la priſe de la
Ville & du Chaſteau de Palamos.
Les Ennemis en entendirent
aiſement le bruit , car ils
eſtoient aſſez prés , n'ayant fait
qu'unpetit mouvement de leut
droite à leur gauche,& leur droi
te eſtant àTillemont .
Le 22.un Party prit à la teſte du
Camp des Ennemis, 28. beaux chevaux
&17. hommes..
Je donnerois des loüanges àMonſeigneur
, fi je croyois pouvoir faire des
éloges dignes de ce Prince .Ce qu'il fait
dit plus que je ne pourrois dire..Toutes
les fois que l'Armée campe ,ecPrince
GALANT. 255
-nevient point chez luy ſans avoir examiné
le Camp, & vû ſi les Gardes ſont
bien poſées . Il donne des ordres fort
exacts à tous les Officiers , & fait publier
des bans pour empêcher leCavalier&
le Soldat de courir , c'eſt a dire
d'aller en maraude. D'ailleurs il regle ſi'
bien ſon temps , qu'il voit les choſes
luy meſme ,donne ordre à tout , & en
rend tous les jours compte à Sa Majesté
Il ſe communique avec bonté& facilité,
nonſeulement aux principaux Officiers,
mais àtous,& leur parle principalement
de ce qui regarde le ſervice. Quoy qu'il
n'aime point le Jeu , il joue pour faire
plaiſir à ceux qui veulent prendre ce divertiſſement
avec luy.
Le 23. Monſeigneur alla viſiter les
deux Lignes ,& l'on peut dire que ja
mais les troupes n'ont été plus belles.
Elles ont une joye extrême de ſe voit
ſous le commandement de ce Prince.
Le Prince d'Orange n'est pas ſeulement
couvert de la petite Riviere de
Geete , mais fix Deſerteurs raporterent
le 2.5 . qu'il avoit toujours cinq ou fix
mille Pionniers à la teſte de ſesTroupes,
pourfairedes retranchemens fi-tôt qu'il
256 MERCURE
occupe un Camp. Comme il veut accouſtumer
ſes nouvelles levées au bruit
du Canon , il en fait tirer chaque jour
trente ou quarante volées , en forte
que dans les premiers le bruit ſe répandit
juſques àNamur qu'on estoit aux
mains , le Canon de ce Prince ayant
tiré pendant plus de trois heures. Toute
fon application eſt à éviter le Combat.
Quelques jours aprés qu'il fut arrivé à
l'Armée , il ſçeut que le Roy d'Eſpagne
luy devoit faire dire que ce n'eſtoit pas
ſon intention qu'on donnaſt bataille ,
&il prit fi bien ſes meſures ,qu'il reçut
l'Envoyé en plein Conſeil de guerre.
Cet Envoyé luy dit que le Roy fon Maiftrene
consentiroit point que l'on donnaft
de bataille , puisqu'en la perdant , cette
perte attireroit celle de ſes Places , qui
demeureroient découvertes,& que comme
ily a le principal interest , il estoit juste
qu'on suiviſt ſon ſentiment.On ne doute
point qu'il ne ſoit ſuivy ,& l'on a tout
lieu de croire que le Prince d'Orange
ne ſe mettra pas en eſtant d'eſtre ſurpris.
Le Roy d'Eſpagne faiſant reflexion fur
ce que luy coûre cette Guerre , &
jugeant que les affaires pourroient
1
GALANT.
257
prendre un auſſi mauvais train en Catalogne
qu'en Flandre, marqua beaucoup
d'inquietude lors qu'il eut apppris que
M. de Noailles aſſembloit une Armée
plus forte qu'à l'ordinaire pour y entrer
&s'éveillant ſouvent la nuit , il demandoit
s'il n'en estoit point venu quelque
Courier. Il ſembloit qu'il previſt le malheur
qui luy devoit arriver par la perte
d'une Bataile. Ce coup l'accabla ,& il
dit qu'il y avoit trop longtemps qu'on l'amujoit,
qu'il vouloitſonger ferieusement
à la Paix ,&prier le Pape d'en estre
mediateur . Il écrivit au Prince d'Orange
qu'il ne pouvoit plus ſouſtenir les
pertes qu'il luy laiſſoit faire tranquillement
depuis pluſieurs années , & quefi
onn'entroit pas en negociation pour la
paix,il la feroit enſon particulier.ll écrivit
àpeu prés les meſimes choſes à l'Em .
pereur. La Reine ſa Mere toute allarmée
le vint trouver avec l'Envoyé du
Prince d'Orange ; & ils luy repetêrent
ce qu'ils luy ont dit tant de fois , des
Projets du Prince d'Orange pour accabler
la France , & ajouſterent , que les
Descentes que la Flotte d'Angleterre
estoitsur le point de faire , alloient luy
2
158 MERCVRE
porter le coup mortel.Le Roy d'Eſpagne
ne ſe paya point de ces raiſons , & dit ,
quele Prince d'Orange n'avoit que trop
laiſſsé prendrede ſes Places , qu'il n'en
avoit plus de fortes en Flandre , & qu'on
venoit l'attaquer juſque dans le coeur de
fes Etats. Les pertes qu'il a faites en
Catalogne depuis celle de la Bataille ,
&le mauvais ſuccés de la Deſcente des
Anglois , doivent avoir augmenté le
defir que ce Prince marque de faire la
Paix avec la France.
Le Ducde Savoye ne ſe trouve
pas moins embaraſſé. Ses Alliez
luy ont laiffé faire de beaux
projets pour cette Campagne ,
&l'ont flatédans ſes efperances.
Cependant nous entrons dans le
mois de Juillet,& fon Armée eſt
à peine aſſemblée . Il eſt mefme
perfuadé qu'elle n'eſt pas affez
forte pour rien entreprendre ſur
Cazal & fur Pignerol. Ainſitoutes
les troupes des Alliez ne ferviront
cette campagne qu'àman
ةيم
G'ALANT
259
ger le Piedmont. Il ſuffiradeles
laiſſer faire;nous ne le pourrions
fi bien ruiner que les Allemands
Ils font en horreur dans toute l'I .
talie , à cauſe des abominations
qu'ils ontcommiſes chez tous les
Princes , & particulierement à
Matouë,où l'Eveſque aeſté obli
gé de fulminer une excom
munication contr'eux . On peut
juger par là combien le Duc de
Savoye qui les y a attirez eſt
peu aimé. Il a perdu toute eſperance
depuis le ſuccés des armes
de France enCatalogne, perfuadé
que le Roy d'Eſpagne emploira
plûtoſt ſon argent & fes
forces à fecourir le coeur de ſes
Erats qu'à deffendrele Piemont.
Ce n'eſt pas feulement en Catalogne
& en Flandre que nous
vivons chez nos Ennemis , mais
encore enAllemagne.M. le Maréchalde
Lorges ayant paſſe le
260 MERCURE
C
Rhin , quoyque les Ennemis ſe
fuffent vantez pendant tout l'hi
ver de l'en empécher , & meſme
d'entreprendre quelque chofe
fur nous , nos troupes n'ontpas
eſté ſitoſt audelà de ce Fleuve ,
que le Prince de Bade a eu récours
aux Pionniers , comme le
Prince d'Orange,pour ſe cacher
au lieu que les nostres cher.
chant toûjours à combattre, loin
de faire aucuns retranchemens ,
ſe ſont étenduës de tous coſtez ,
& que nos Partis ont triomphé
par tout, pendant que le Prince
de Bade trembloit dans ſes retranchemens.
Toutes ſes troupes
l'avoient joint le 17. de ce
mois ,& l'Electeur de Saxe étoit
arrivé dés le 15. à ſon Armée,où
ils ſevantoient de faire bien- tôt
repaſſer le Rhin à M. de Lorges .
Le 18. au ſoir on fit un détachement
de quatre mille hom
GALANT. 261
mes ſous les ordres de M. de
Chamilly avec deux pieces de
Canon de 24.& cinq autres pieces.
Il marcha depuis le 18. jufques
au 19. fans qu'on ſoût la
route qu'il devoit tenir. Le 19 .
au matin l'Armée marcha,& l'on
apprit que ce détachement étoit
arrivé fur les bords du Neckre
entre Heidelbreg & Ladembourg,
où les Dragons paſſerent
ce Fleuve au Gué , au ſignal de
cinq coups de Canon , à la faveur
da feu des Grenadiers du détachement
afin d'ataquer les retranchemens
que les Ennemis
avoient faits de l'autre côté pour
couvrir le Bergſtrat. On prit
tout ce qui ſe trouva dans ces retranchemens.
Le poſte de Ladembourg
ne tint pas plus longtemps;
il étoit plus difficile à forcer
, car il falut paſſer le Fleuve à
la nage.On prit enſuitedeux pe262
MERCURE
C
tits poſtes qui reſtoient le long
du Neckre juſques au Rhin.Ainfi
enune demi-journée on s'eſt
rendu maître des bords de cette
Riviere, & on s'eſt ouvert l'entrée
du Bergſtrat,dont plus de la
moitié n'a point encore fouffert
par les troupes.M.de Montgommery
avec ſa Brigade de Cavalerie
a infulté Veinem dans la
mefme Province.
Il y a d'autres Lettres dattées du 20.
de ce mois du Camp de Vibelingen au
deſſous d'Heidelberg , qui portent ,
que M. de Lorges marcha le 16. &
campa le 20. àVibetingen , que M. de
Chamilly estoit party à dix heures du ſoir
avecungros Détachement pour prendre
lesdevans, que les Ennemis avoientfait.
des redoutes le long du Neckre , depuis
Heidelberg jusqu'à Manheim pour difputer
le paſſage de cette Riviere;que ces
redoutes avoient esté priſes ſans que nous
euſſions perdu unseul homme,&que tous
ceux qui les gardoient estoient demeurez
prisonniers de guerre ; que les Troupes
;
GALANT 2637
qui estoient dans ces Redoutes du bas
Neckre auroient eu le meſme fort,ſi elles
ne les avoient pas abandonnées ; qu'il
faut apreſent que le Prince de Bade repaſſe
le Neckredu coſté de Vuimpfen,
faſſe plus de quarantelienës avec toute
Son Armée,pour couvrir les pays de
Mayence au deça du Rhin , & celny de
Francfort ,ne pouvantſuivre M. de
Lorgepar le chemin qu'il tient , à cause
qu'il ne pourroit trouver de fourages
aprés luy , ny tirer de pain des Places
quiluy en auroient pû fournir ; qu'enfin
on ne croit pas qu'il ait envie de ſe mettre
à portée de donner Combat , puisque
dans la Marche de M. de Lorge il n'a
paru aucunes Troupes deleur Arinée;
&qu'au contraire pour empefcher les
François de marcher à eux , ils avoient
rompu tous les ponts qu'ils avoient faits
Sur la Riviere d'Elfatz, fait faire des
abatisdans les bois par où ils craignoient
qu'on n'allaſt à eux.
Une autre Lettre de la meſme datte
porte , que l'Armée du Roy estant arrivée
fur les bords du Nerkre , M. de
Tallard à la teſte de deux cens Dragons,
le paſſa àla nege , malgré le feu de cent
264 MERCURE
hommes qui estoient de l'autre coſté bien
retranchez dans une Redoute ; qu'ilsfurent
presque tous tuez, & qu'ily avoit
cent vingt-cing hommes dans Ladembourgpris
par M. de Chamilly , qui
avoient mis les armes bas , & s'estoient
rendus prisonniers de guerre. Enfin toutes
les Lettres diſent en propres termes,
que le Prince de Bade a este pris pour
dupe , en ſe laiſſant dérober la marche
deM. de Lorge.
L'Enigme du mois paffé , qui estoit
ſeulement de quatre Vers , n'a eſté expliquée
dans ſon vray ſens que par une
ſeule perſonne, ſous le nomdu Jardinier
de la belle Tour de Rheins C'eſtoit le
Songe.
Je vous en envoye une nouvelle, qui
embarraſſera peut-eſtre moins vos
Amies.
ENIGME.
Ans garder de Troupeaux , allant à
la campagne ,
l'yfais ce que fait un Berger ,
Et l'airſimple ou brillant qu'on voit qui
m'accompagne ,
DuMaistre que je fers donne droit de
juger.
Ie
SLYON
*
1883
*

GALANT. 265
Iemarche lentement ou vite ,
Selon laforce qui me ment.
Demoy-mesme pourtant jamais je ne
m'agite ,
Mais telqu'unjeunefou , que malgré
moyj'imite ,
Le me laiſſe entrainer , &je vais où l'on
veut.
On m'a aſſuré que la Chanſon nouvelle
que je vous envoye , eſt d'un fort
habile Maiſtre .
AIR NOUVEAU.
ABſence , qui m'avez cent fois
Flatédu doux eſpoir de barnir ma tendreffe
,
Ie n'écoute plus voſtre voix ,
Vous me trompezfans ceffe.
Vousfeignez quelquefois de répondre à
mes voeux :
Mais un moment aprés vous augmentez
mesfeux ,
Le ne puis oublier mon aimable inhumaine.
Helas ! loin deses yeux ,
Mes ennuis,& ma peine ,
Ainsi que mon amour ,
S'augmentent chaque jour.
Juin 1694. M
266 MERCURE
Les affaires de la Guerre m'ont empeſché
de donner place dans cette Lettre
à pluſieurs Ouvrages d'érudition qui
auront leur tour . Elles m'obligent auſſi
de remettre juſqu'au mois prochain à
vous parler de pluſieurs Illuſtres Morts
du nombre deſquels ſont M. le Duc de
Sully,Madame la Mareſchale de Joycufe&
M. de Rebenac .
M. de Bouflers eſt campé à Horion,
àdeux lieuës de la gauche de l'Armée
de Monſeigneur & à deux lieuës de
Liege. Mrs d'Harcourt & de la Valette
ydoivent eſtre preſentement avec les
corps qu'ils commandent.Pour peu que
l'ontire deTroupes des garnisons voifines
pour joindre à ces trois corps , ils
feront une forte Armée. Elle se trouve
proche de Liege , couverte par celle de
Monseigneur , &Monseigneur est entre
le Prince d'Orange & cette Armée.
Cela merite vos reflexions,
M. de Noailles paſſant de victoire en
victoire ſansreprendre haleine , a mis
le Siege devant Gironne le 19. de ce
mois. Il y a trois mille hommes d'Infanterie
,& fept à huit cens Chevaux dans
la Place. C'eſt dequoy augmenter la
GALANT.
167
gloire de ce General & celle de ſes
Troupes.
Avant que d'aller du côté de Gironne,
M. de Noailles avoit feint d'aller à
Barcelone. Cette feinte a fait fortir une
partie du peuple de cette derniere Ville.
Ce peuple s'eſt répandu dans les
Provinces voiſines , & la terreur qu'il
y a portée empêche les levées pour le
Roy d'Eſpagne de réuſſir.Ceux qui refuſent
de s'enrôler , diſent qu'il ſeroit
inutile d'oppoſer de nouvelles Troupes
& en moindre nombre,à une Armée de
vieillesTroupes victorieuſes & Françoiſes,
& qu'il n'y a que la Paix qui puiffe
arreſter une Armée conquerate,qui femblable
à un torrent emporte tout ce qu'
elle rencontre.LesTroupes des Ennemis
deſertent en fi grande quantité , qu'on
fait grace à leurs deſerteurs de les recevoir.
Nos Michelets ayant rencontré le
Courier de Madrid,luy ont pris quarante
mille piſtoles , & ſes dépêches qui
donnent des lumieres de l'eſtat du Pays ,
Le Duc de Savoye n'eſtant pas en
eftat de rien entreprendre , menace
tout; & c'eſt par cette raiſon que le 18 .
de ce mois on fit entrer dans Nice un
M
286 MERCURE
Regiment de Dragons, & un d'Infanterie.
L'Armée du Roy eſt à Feneſtrelles, à
Suze,à la Perouſe,àTournous,à Frejus,
& ſous Pignerol;& la Cavalerie au Cấp
des Sablons . Les Bandits de l'Etat de
Gennes ont enlevé au Duc de Savoye
& conduit dans les montagnes 250.
Mulets chargez de poudre ; il en fait
grand bruit , mais il crie en vain depuis
qu'il a perdu la plus grande partie de
ſes Etats.
Par des Lettres nouvellement arrivées
de Conſtantinople , on apprend
qu'il y a eu de nouveaux mouvemens
au Serail depuis que le Grand Viſir a
eſté dépoſſedé. Le Chef des Eunuques
Noirs s'eſtoit declaré contre le Mufti &
les Gens de la Loy. Ces derniers ont eu
tout l'avantage , ce qui adonné beaucoup
de chagrin à l'Ambaſſadeur de
Hollande , & à l'Envoyé du Prince
d'Orange. Les Gens de la Loy , qui ſe
font toujours oppoſez à la Paix avec
le Chreftiens , prétendent que les Turcs
ne la peuvent faire qu'à des conditions,
qui , ſelon toutesles apparences,ne leur
feront jamaccordées. Je ſuis Madame,
voſtrees bumble , &c.
AParisle 30. Juin 1694
TABLE.
Prelude.
Lettre du Pere Mourgues , lefuite.
2
PortraitduRoy. 12
Sonnets. 16
Détailde ce qui s'estpasséàlaprise
des Isles & Fort de Senega &
de Gorée. 18
Madrigaux de Mademoiselle de
Scudery .
Autres àSapho.
31
33
M. Hofdier est receu premier Profi
dent en la Cour des Monnoyes. 36
Lettre Circulaire aux Religieux
de l'Observance de S. François.
39
DiscoursprononcéparM. des Landes.
44
Sermon préchédevant leRoy. 54
Benefices donnezpar le Roy. 56
Extrait d'une Lettre deM. Drouin

TABLE
Histoire . 63
Divers Sonnets fur les rimes proposées
par l' Academie des Lanternistes
de Toulouse. 82
Additions àlaprise du Senega. 100
Ceremonie faite à la Cour de Polo-.
gne. 104
Ode
113
Détailexact de ce qui s'est passé au
voyage de M. de Chasteaurenaut
depuis Brest jusques à Colioure.
119
Remarques curieuses. 128
Nouvelles de Salé. 132
Morts. 2
141
Ouvrage tres- curieux & tres- utile.
Bonsmots des Orientaux.
147
Sixième partie des forces de l'Europe.
152
Carte nouvelle de Catalogne , par
Mode Fer.193
Liste des nouveaux Brigadiers..
2
TABLE
ھجم
nommez par S. M.
Détail detout ce qui s'est passé àla
154
Bataille gagnéeparM.de Noail
les , avec diverſes Relations touchant
cette Bataille.
/ 159
Journaldu Siegede Palamos. 211
Siege de la Fortereffe. 225
Lettre du RoyàMadame laDuchef-
SeDouairiere de Noailles. 230
Détailde tout cequi s'est passé à la
defcente des Anglois& des Hollandois
àBrest. 231
Artifice jettédans lescaves de Saint
Malo.
248
Iournal de ce qu'a fait Monfeigneuren
Flandre. 249
Nouvelles d'Espagne . 255
Nouvelles de Piedmont, 258
Nouvelles d'Allemagne 259
Enigme. 264
Articles remis. 265
Autre qui donne àdeviner , idem.
Siege de Gironne. 267

TABLE
Autresnouvelles de Piedmont, 268
Nouvelles de Conftantinople. 268
Finde laTable.
THEQUE DE
BIBLIO
YON
1893* T
E
Avis pour placer les Figures.
Le Plande laBataille doit regarder
la page 210
L'Air doit regarder la page 265
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le