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1694, 05 (Lyon)
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Ix Dono
R.P. Cl. Franc.
Menestrier Soc.Jesu.


807156
1-
MERCURE
QUE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
AVILL
LE DAUPHIN
Colleg. Lugdun. fod.
Jepe Catal. Inje .
DE
LA
160
LYON
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere au Mercure Galant...
Avec Privilege du Roy...
M. DC. XCIV..
DI
I
MERCURETHEQUE DEL
GALANT
ΜΑΥ 1694.
LYON
*
1893*
Ln'y a perſonne qui
ne demeure d'accord
que le Roy eſt le plus
grand Prince que
Dieu ait jamais donné à la terre.
Ses qualitez toutes merveilleuſes
ſurprennent toûjours , & ne
cauſent pas moins d'admiration
que d'étonnement. Ainſi , quoy
que la plus grande partie de
May 1694. A
2
MERCURE
l'Europe ſoit declarée contre
luy , s'il a beaucoup de Nations
à combattre , c'eſt , pour ainſi
dire, ſans s'eſtre fait d'Ennemis ,
toutes les Puiſſances liguées
l'eſtant bien plûtoſt contre ſa
gloire ,qu'elles ne le ſont contre
ſa perfonne. Aufſi voyons- nous
que les Etrangers n'ont pas
moins d'ardeur à le loüer , que
ceux qui vivent ſous ſa domination
. Le Sonnet Italien que je
vous envoye en eſt une preuve.
Il eſt del Cavaliere Nicolai.
ALLA SACRA .
REAL MAESTA
di Ludovico Magno.
SONETTO.
HEroe guerriere ,
Jourano
il cui valor
La Fama ogn'or nell' univerſo in
tuont;
GALAN T.
3
Ogni potenza a te reſiſte invano.

Ingemma ognor la tua vittrice
mano
Dell' Imperio de Franchi la Corond;
S'adora il tuo gran nome in ogni
Zona,
L'arbitrofattoſei del nume Giano .
Lauri eterni al tuo crin cinge la
gloria ,
Ogni clima nemico a te fi cole ,
Che nato a un partofel con la
Vittoria ?
EgiaSpennata l'Aquilafi duole,
Con le cui penneſerivera l'historia
L'inaudito valordel Franco Sole.
Vous lirez avec plaifir cet
autre Sonnet , vous qui eſtes
dans une apprehenfion perpe-
Az
MERCVRE
tuelle que les fatigues où Sa
Majesté s'expoſe dans chaque
Campagne, n'alterent une ſanté
fi pretieuſe à l'Etat .
Tvte
AU ROY.
, Vte trouves grand Prince,
ausommet de la gloire ,
L'état où tu tevois est le plus élevé
Où jamais icy bas Mortelfoit arrivé
,
Etcependant tu cours fans ceſſeàla
Victoire.
**
Veux tu que fur les murs du Templede
Memoire
Autre nom que le tien ne puiße
eftregravé?
Quoy ,pourton cher Dauphin n'aurois
tu referve
Que l'unique plaisir de lire ton
Hiftoire ?
GALANT.
Mets-luy la foudre en main , &
luy laiſſe lefoin
Deporter, s'ilsepeut , tes conques.
tes plus loin ;
Tu vois pour les Combats le beau
feu qui le brûle.
Ilsemble qu'à ta gloireil ne manque
aujourd'huy ,
Après avoir dompté plus de Mon.
Stres qu'Hercule,
Que de sçavoir, grand Roy , te
bornercomme luy.
Il ſemble que l'Auteur de ce
Sonnet ait prévû , en le faiſant ,
que leRoy nommeroit Monfeigneur
le Dauphin pour aller en
Flandre , où ce Monarque luy a
remis le commandement de fon
Armée. Je vous parleray du départ
de ce jeune Prince avant
A3
6 MERCURE
quede finir cette Lettre ;& pour
ne pas finir ſitoſt un article qui
regarde la gloire de Sa Majesté ,
je vais vous faire part d'une Lettre
écrite par M. l'Abbédes Landes,
Grand Archidiacre & Chanoine
de Treguier. Tout ce que
je vous ay envoyé de luy vousa
paru plein d'érudition & d'invention,&
connoiſſant la juſteſ-
* ſe de voſtre difcernement, j'ay
fujet de croire que vous ferez
fatisfaite de ce que vous allez
lire.
**************
AM. LE CHEV A LIER
DES LAND ES .
De j'ay eu de joye , mon cher
Ove
Neveu, de voir icy l'un de vos
Officiers Vous estes heureux defaire
GALANT.
1 -7
vôtre Noviciat de Marineſous des
Maistres qui nese forment point
d'autre paßion que celle de donner
lears applications , leursang&leur
vie pourfoûtenir avec éclat leRegné
de Louis le Grand.
parufi Vous
Mais que pourrez vous penſer de
ma curiosité ? Cet Officier a laiffé
fes Tablettes dans mon Cabinet, fy
ay trouvé ce fragment , & il ma
bienpensé,que j'ay crû
le devoir communiquer, Souvenez
vous que vous m'avez appris qu'il
faut profiter de toutes choses. Voicy
lefragment. 1
Les neuf Scoeurs se promenant un
jour dans unecharmante allée ,sefi
rent un defy à qui feroit le mieux un
Idille àla gloire de Louis le Grand.
Ilfut arreſtéqu'elles choiſiroient des
Sujets differens parrapport aux Vic--
toires & aux admirables qualitez
de cegrand Monarque, Dans ce mo-
A 4
8 MERCURE
ment l'une de ces aimables Filles apperceut
Apollono Mars qui s'al
loientretirer àla fraicheurdans une
grotte qui est située dans un Valon
au deſſous du Parnasse. Ab , dit
cette aimable Fille , Apollon
Mars ont voulu souvent sçavoirde
nosfecrets,eſſayons à nostre tourd'ap.
prendre de leurs nouvelles Tirons au
- fort , mettons huit Roses un Lis
dans cettecorbeille àqui le Lis tomberasous
lamainſegliſſera ,&nous
redira ce qu'ils font allez decider
dans cettegrotte. Celle àqui le Lis
tombaſous la main s'estant cachée
fousun Mirthe proche de lagrotte ,
elle entendit Appellon , qui continuantfon
discours , difcit à Mars ,
qu'il ne trouvoit point de Heros au
monde, plus digne de l'estime des
Dieux , que l'Empereur des François.
Ce grand Prince réunit toutes
vos belles qualitez toutes les
GALANT.
نو
miennes. Ab, pour moy, dit Mars
en enfonçant sont casque, j'aime ce
Guerriercomme mon Camarade;vous
fçavezce que noussçavons faire
dans peu vous verrezcette belle Ligued'Ausbourg
s'en aller enfumée.
Puisque vous me parlezde cette Lique
,reprit Apollon, il faut que je
vous faffe partde mes reflexions, La
Ligue d'Ausbourg est un Corps
Politique qui est monstrueux puis.
qu'il est composédemembres quifont
animezde differens effprits.
L'Empereur des Allemans , le
Roy d'Espagne les autres ريا
liez d'une mesme Religion ont cra
qu'unaniment la Ligue n'avoit pour
fin que l'affoibliſſement de la Monarchie
Françoise ; c'est le piege
que l'on a tendu. Mois qui ignore
que le vray deffein de la Ligue est
La destruction de la Maison d'.Au-
Ariche,&qu'onsefert deses pro
A 3
ΙΟ MERCURE
pres armes poursa ruine ?La France
eft preſentement le seul rampart
qui reſiſte aux Protestans; la France
( eſt l'unique azile de la Religion ;
les Autels ne ſubſiſtent plus que
Sous laprotection des Lis. Un visurpateur,
foutenu des Protestans comme
leparty le plus fort ,n'a en vue que
l'anéantiſſement de laReligionRomaine.
L'Empereur d'Allemagne
Ole Roy d'Espagnesontforttrom..
pez en s'imaginant que le Prince
d'Orangeles ménageroit , s'il avoit
L'avantagefurla France. Ilsferoient
les premieres victimes de fon ambition.
Lebonſensne doit ilpas leur
dicter qu'un Vjurpateur n'aura pas
plusd'égards pourdes Trinces Allemans&
Espagnols,qu'il en a eupour
leRoyd'Angleterre fon Oncle
Jon Beau-pere ? Peuvent-ilsseflatterqu'il
en uferamieux avec cux
parce qu'ils ont esté ses complices
GALANT, II
1
qu'un
4
dans sa premiere ufurpation ? Tour
my je suis persuadéqu'iln'a que dù
mépris pour ces Espagnols & ces
Allemansqu'il tient danssadépen
dence,&dont il connoist lafoibleſſe.
Ilfaut à ce sujet que je vous montre
un raretableau un Genie m'ap.
portailya buit jours . Ily avoit aux
champs Elisées un differend entre
tous les Peintres qui avient excellé,
àquiseroit le plus proche du siege
d Appelles;je donnay mon Ordonnance
enfaveurdu Brun. Cefameux
Peintre ayant sçu queje ne regardois
qu'avec indignation un Prince Vjurpateur
qui troubloit la tranquillité
de IVnivers , &dont tout le deffein
estoit d'effu ettirla Maisond' Autriche
, voicy l'idée que ce Peintre fi
celebre s'eſtformée pour ſervir d'inf.
truction aux Ministres Allemans
Espagnols, Regardes ce Tygre
casheſous des feuilles. A levoir,
A 6
12 MERCVRE
/
voir , vous croiriez qu'il dort , oa
qu'il nepense qu'àse reposer. Voyez
plus loin cet Elephant quiſe croit en
ſeureté il nese défie derien. Ilfaut
que voussçachiez que le Tygre
l'Elephantfont ennemisparantipatbie.
LeTygreſçait bien quefaforce
eft inutilepourſurmonter l'Elephant.
L'Elephant a deux terribles armes ,
fes deffenfes &sa trompe. Cette
trompe est encore plus à craindreque
fesdeffenfes. Quefait leTygre ? Il
ſegliffe de buiſſon en buiffon ; ilse
cacheſous les feüilles , &dès le
moment qu'il peut furprendre l'Elephant
ilse jetteſurſa trompe , le
dechire ledevore.
Si vous voulezsçavoir comment on
afceu aux Champs Elisées queje n'avois
aucune estime pour la Maison
d'Autriche , parce qu'elle a obey
à un Trince qu'elle devoit regardercommeſon
Sujet , voicy comment
Lepoſſa la chose.
GALANT .
13
le
Trois celebres Obfervateurs , Gaf
(endy,Descartes &Ticobrabé,ayant
remarqué quelque interruption dans
mes rayons sur quelques rochers ,
m'envoyerentprierde leur endive la
raison. Comme j'ay de l'estime pour
ces Phyficiens ,je leur mandayqu'à
l'heure deleurobſervation , j'avoiseu
hontedevoirl'empressement deDom
Pedro Ronquillo , Ambassadeur
du Roy d'Espagne , qui s'alla jetter
àla botteda Prince d'Orange,
feliciter avec des démonstrations à
l'Espagnole ,furson avenement àla
Couronne d'Angleterre, femus l'a
vouë ,je retiray mes rayons,
lantpas les rendre complices de la
mauvaise foy de cet Amb ff deur ,
qui écrivit à ſon Maiſtre , que dans
cetterevolutionla ReligionGatheliquen'avoit
pointfoufert Cependant
tors qu'il envoyoit un Courier le Feuple
avoit pillé , ruins , détruit la
neyou14
MERCURE
Chapelle de cet Ambassadeur ,
celle de toute la Ville de Londres
furent démolies ; on fit revivre les
Loixfanguinaires contre tous les Catholiques
on en fit une pour exclureàjamais
de laCouronne d'Angleterre
tout Succeffeur catholique.
Iugez maintenant de la bonnefoy
de Dom Pedro de Ronquillo , lors
qu'il affure l'Empereur des Allemans,
le Roy d'Espagne , que la
Religion Catholique n'avoit rien
fouffert dans ce changement. En ce
mesme temps , des Ministres amufoient
leurs Maistres , comme de bons
Princes , à qui ils perfuadoient que
ce mouvement nesefaisoit contre le
Roy d'Angleterre , queparce qu'il
s'estoit rendu garant de la Paix de
Nimegue , ce qui estoit une autre
fauffeté.LeRoyd Angleterre n'e.
ſtoit pas surleTrône quand la Paix
de Nimeguefut conclue . Sur de par
GALANT.
15
reils contes le Trince Allemand
leTrinceEspagnolſe ſont endormis
fort tranquillement. Ces Trinces ont
bien toſtoubliéladelivrance miraculeuse
de Vienne , au Siege que les
Ottomans enfirent en 1683. Comment
ofent ils s'unir avec les Enne
mis jurezde cettefuprême puiſſance,
qui adétournéce terrible coup defou
dre?
Ceferoit s'aveuglerde s'imaginer
que ces Ennemis ayent aucune bonne
intention. Ils'agitseulement d'examiner
un article qui estde la derniere
conſequence. Si dans la Ligue
d'Ausbourgles Catholiques y font
Lesplusforts.
C'eſticy oùl'on remarquela jaloufie
de la Maison d' Auftriche , qui
aime mieux hazarderſapropre ruine,
que de voir l'Empire des François.
dans l'éclat , dans l'abondance ,
dans La: tranquillité.
16
MERCURE
me
Ily a quelques jours qu'un Ministre
Espagnol,dont les avis ne plûrent
pas aux Proteftans de la Ligue , me
parlant de celle d'Ausbourg ,
diſoit : Elle doit estre appellée une
Ligue Protestante,puis que le Corps
politique des Proteftansy est leplus
puiſſant.Pour ce qui est des forces de
mer , il n'y a nulle proportion entre
les deux puiſſances car onpeutpresque
compter pour rien ce qu'en ont les
Catholiques,tandisque lesProteftans
en ont de confiderables.
voicy
Iel'engageay inſenſiblement àme
parlerdesforces maritimes ,
àprés cequ'il me dit . La Navigation
est le plus nobleeffet de l'industrie
des hommes, laplus illustre marque
de la fermeté de leurs courages.
L'anciennepolitique nous a appris
que lesRomains nesefont rendus les
GALANT.
17
maiſtres du monde que par lesforces
navales. Ilsfubjuguerent l'Espagne
la Sicile ,ſous prétexte de les
proteger. Les Carthaginois s'estant
mis en merpourdisputer aux Romains
l'Empire de l'univers l'on vit
un prodige incroyable.Les Romains
voyant qu'il s'agiffoit de la Monarchie
universelle , mirent à la voile
cent foixante Vaisseaux , pour la
confiruction desquels le premier coup
de coignée ne fut donné que deux
mois auparavant , pour abattre les
boisqu'ony devoit employer. En effet
cette premiereguerre Punique leur
ayant réussi , ils virent augmenter
leur puissance & leur ambitionde
telleforte , qu'en moins de deux cens
ans l'Empire du monde fut entre les
mains de ceuxqui en cing fiecles
avoiet eu de lapeine àſe rendre maistres
de l'Italie. .Außi leur politique
ne trouva point de moyen plus affure
28 MERCURE
pour conferver cette grandeur immense
, que de tenir toujours deux
Arméesen estat ,dont l'une avoit
Sonposte à Brunduse,pourfaire la loy
àtout l'Orient , l'autre àRavenne
pour tenir en bride les Feuples d'Occident
; & nous remarquons en la décadence
de cet Empire , qu'il n'ya
en que lesVilles maritimes qui ayent
donné le moyen d'arreſter les inon .
dations des Nations Septentrionales.
L'Empire des Ottomans n'avoit
qu'unegrandeur mediocre , tant qu'il
estoit renfermé dans les mauvaises
rades dela Mernoire , il s'estaccru
en cent ans aprés la prise de la
Morée de Constantinople , plus
qu'il n'avoit fait en fix cens ans au
paravant Nefust cepasparlesſages
conseils d'un Miniſtre que Char es le
Sage , Empereur des François,dreſſa
une Armée navale qui luy fervit à
GALANT.
19
A
chaffer les Anglois , àse rendre
leRoyde la mer ? Fut il jamais
une puiſſance plus abattuë que celle
des Venitiens , aprés la ſanglan e
te journée de la Giraddade , qui lear
fitperdre tous leurs Estats de terre
ferme ? Mais ayant confervé leurs
Iſles&leurs Villes maritimes ,ils
ne refifterent pas seulement à cette
formidable Liguequi avoit juré leur
perte mais ils chafferent peude temps
après les princes Iguez de toutes
leurs conquestes.
Malthe qui n'est qu'un écueil
fortifié ,& une Isle que l'ancienne
Geographie ne connoissoit presque
pas , tient aujourd'huy en échec les
coftes da plus formidable Empire du
monde. Ce fut à ces endroit que ce
Ministre Espagnol s'arresta quel
quetemps , & puis il me dit en foupirant;
On m'eust laissé vivre , so
je m'estois contenté de parler enge20
MERCURE
neral des forces maritimes , mais
transporté d'un vray Zele pour ma
Religion&pourma Patrie,jereprefentay
fortement au Confeil, qu'une
premiere faute n'estoit pasun engagement
d'enfaireunefec.nie ; qu'il
estoit de l'honneur , de la gloire ,
&de la grandeurdu Roy d'Espagne,
de se retirerde cette Ligue. Et continuant
mon discours desforces maritimes
, je m'échauffay en disant
que c'estoitfort inutilement que l'on
s'opiniatroit de prétendre affoiblirl'Empiredes
François. Ie fis ouvrir
les Archives , & je fis lecture de la
Ligue que toute l'Europe avoit
faite contre la France en 1283 .
L'Espagne estoitla plus animée , &
elle nedoutoitpoint de la destruction
decetteMonarchie, lefis remarquer
que pour lors la France n'avoit point
lamesme étendue . LaBretagne estoit
foumise àSon Prince , qui ne portcit
GALANT. 21
que le titre de Comte de Bretagne,
& qui pour avoir méprisé les recherches
d'Espagne , & pour avoir
Servifidellement la France,de Comtefut
fait Duc.
Cette formidable Ligue , où generalement
toutel'Europe avoit entre
,sans en excepter le Souverain
Pontife,ſe diſſipa avechonte par la
Seule Victoire que l'Empereur des
François remporta par mer fur les
Anglois , qui avoient cra que leur
Flote , commandée par Edmond ,
Frere de leur Roy , devoit aſſujettir
tout l'Univers , & en m'adreſſant à
, je leur dis ,
Lifez vos Archives , approchez &
voyezsi de cette formidable Flote
Angloise, ildemeura unseul Vaiffeau
, & de là jugezde la France
dans l'estat preſent.Si cepremier articlene
plut pas en voicy unsecond
qui plut encore moins.
certains Ministres
22 MERCVRE

Nous avons presque vú la petite
&foible naiſſancede la Republique
Hollandoife. Nous avonsvû en mefme
temps les progrez de ce morceau
deterre à demy noyé , dans l'Europe
& dans le nouveau Monde; progrez
fi furprenans que ces Republicains
onsforcé l'Espagnemalgrésa fierté
detraiterde Souverains ceux qu'elle
vouloit chaſtiercomme des sujets rebelles
, & ils ne l'y ont forcée que
par cette feule raison que la Hollande
est si puiſſantefur mer.Mais
pour mieux comprendre quel effet
peut avoir mesme sur terre , cette
Superioritésur mer , on n'a qu'à se
Souvenir dequelle manierela Monarchie
d'Espagne est déchûë depuis
le temps que ses forces maritimes
furent deffaires en l'année 158 3 .
Au regard des forces de terre ,
lesProtestans font les plus forts, cor
Sansy comprendre la Suede & le
GALANT .
23
-
Danemark , les autres Protestans
fontfuperieurs en puissance , estant
en plusgrandnombre & plus riches,
estant bien mieux intentionnez pour
leur Scate que les Catholiques pour
leur Religion . C'est cependant le
zele pour cette Religion qui a place
Sur le Trône la Maison d'Austri
che.
Ne me parlez point , dit Mars ,
de ces Princes de la Maison d'Au
triche, dont je connois mieux la foibleffe
que personne. Parlez-moy plûsoft
de l'Empereur des François , le
plus grand Roy de la terre.
Maisdites-moy , d'où peut venir
une charmante voix qui m'enchante
? Il faut , dit Apollon , que ce
Soit quelqu'une des neuf Soeurs qui
Sefoitretiréeàl'écart pour mediter,
& qui ſe divertit en chantant. Ce
Sera peut-estre celle qui avoit choisi
le Duc de Savoye pour fon galand,
24
MERCVRE
&qui touchée de compaßion pour
ce Prince , medite quelque ouvrage
pour luy envoyer ,&pour luyfervir
d'inſtruction &d'avertiſſement. Il
y a quelque temps que les neufsaurs
propoferent deſe choisir à chacune
d'elles ungalanddela Courde France,
le Duc de Savoyeyfut compris.
Cessçavantes &aimbles Filles ne se
contenterent pas de faire des Vers ,
decomposer des Airs qui expliquent
les qualitezde ceux qu'elles nom.
ment leurs galands ; comme elles
Scavent parfaitement la Peinture ,
elles ont des Tableaux en forme
d'Enigmes , & voicy le Tableau qui
doitestre envoyéà ce Duc , qui luy
fora bienmieux entendre qu'aucun
Orateur,les malheurs qu'ils'eft attirezparson
imprudence. CeTableau
representel'Amourdéguisé enſauvageou
en Satyre. Cet Amour déguisé
en Sauvage a un bandeau fur les
yux
GALANT, 2
$
,
yeux. Il a un flambeau de cire, mais
ce flambeau est renversé & qui se
consume en faisant une agitation
violente . Aubas duflambeau , on lit
ces paroles de Plaute qui expliquent
merveilleusement bien l'état pre-
. Sent où est reduit ce pauvre Prince.
Quod nutrit, extinguit.
2
,
$
,
Si la devotion porte toujours
les vrais Fidelles à ſe trouver
aux Ceremonies ordinaires de
la Religion Catholique , la curioſité
y attire affez ſouvent
ceux meſmes qui en profeſſent
une contraire , quand la nouveauté
les accompagne . C'eſt
ce qui eſt arrivé depuis peu
dans la premiere Meſſe de M.
l'Abbé d'Auvergne , dont vous
allez lire le détail. Je l'ay tiré
d'une Lettre écrite par unBourgeois
de Strafbourg , à un de ſes
Amis de Paris. Il la finit par ces
termes .
May 1694. B
16 MERCURE
le profite du reſte de mon papier
pourvous apprendre une nouvelle.
Le 25. de Mars jour de l'Annonciation
de la Vierge , M. le
PrinceHenryd'Auvergne,Chanoine
Capitulaire dela Cathedrale de cet.
te Ville , celebra fa premiere Meſſe
avec un grand éclat. Meffieurs de
l'Estat Major, & du Magistrat y
affisterent , aussi bien que tout ce
qu'ilvavoit de plus diftingué dans
la Ville dans la Garnison. L'on
nesesouvient pas d'avoir jamais vû
un concoursfi prodigieux , bien des
gensy estant venus de dehors ,
beaucoup de Lutheriens s'estantjoints
aux Catholiques pourvoir une Ceremonie
qui n'avoit point esté pratiquéedepuisfort
long temps ; carj'ay
ony dire qu'il y avoit plus de deux
cens ans que la Meſſe n'avoit esté
dite par aucun de Mrs les Grands
Chanoinesdela Cathedrale , M.
G'ALANT.
27
e
1
こん
• le Prince Henry est encore le seul
Preftre aujourd buy dans leChapitre.
2. Il paffe pour estrefort regulier dans
ſa conduite , &fort liberal envers
toute forte de Pauvres. A la fin de
Sa Meffe , qui fut chantée par une
tres-belle Musique, accompagnéede
Symphonie , Madame laPrinceffe de
Feldens Palatine nouvellement con.
vertie , Madame la Marquisede
Chamilly , Gouvernante de laPlace,
1 communierent , ainsi que beaucoup
d'autres Perſones de confiderationde
l'unol 'autre Sexe fans compter tous
les Seminaristes. Ce Prince officia
avecla mesme modestie le reſte du
jour,la Semainesainte les Festes
Il a soussa conduite le Prince Fredericfon
Frere , qui n'apasplus de
douze ans , qui promet beaucoup.
Cejeune Prince ayant été ciuChanoineDomiciliaire
de la mesme Eglife
Cathedrale de Strasbourg le 25. de
B2
28 MERCURE
Février,fut mis enpoſſeßion defon
Canonicat par M. le Grand Doyen,en
preſence des principaux Officiers de
la Ville Refuis , Monsieur , voſtre,
c . A Strasbourg le 15. Avril
1694.
Je pourroisajoûter beaucoup
de choſes à cet article touchant
la haute naiſſance de M. l'Abbé
d'Auvergne , & la vie exemplaire
qu'il a toûjours menée, ſi d'un
coſté quelqu'un ignoroit dans le
monde que la Maiſon de la Tour
d'Auvergne tire ſon origine des
anciens Comtes Souverains d'Auvergne
, qu'elle a des alliances
avec toutes les Couronnes de
l'Europe , qu'elle a toujours produit
des hommes rares , &qu'elle
poſſede encore àpreſent de grandes
Charges ; & fi d'un autre
coftécet illuftre Abbé ne mettoit
pas fa gloire à meriter plûGALANT.
29
-
toſt des éloges qu'à les entendre,
eſtant ſi attaché à ſon eftat , que
quoy qu'on l'ait vû devenir-l'aîné
de ſa Maiſon , avant mefine
que d'avoir ny Ordres ſacrez ,
ny Benefices , on ne l'a pas vû
pour cela balancerd'un moment
dans le choix qu'il pouvoit faire ,
ou du monde , ou de l'Eglife . Il
eſt demeuré ferme dans ſa vocation
, il y a tout lieu de croire
- qu'il la remplira juſqu'à la fin à
- l'édification du Chapitre de
Strasbourg , qui eſt le plus noble
qui ſoit en Europe , & où l'on a
beſoin d'une haute naiſſance
pour y eſtre admis . L'habit ordinaire
du Choeur répond parfaitement
à la dignité des Chanoines
, leur robe eſtant de velours
= rouge , avec des agrémens d'or ,
& le Camail d'hermine. L'Egli-
-ſe eſt une choſe admirable pour
B 3
30
MERCURE
ladelicateffe de l'Edifice , & fur
tout de la grande Tour , qui n'a
pas fa pareille en Europe. Elle
a couté des ſommes immenfes à
baftir , & on y a employé plufieurs
fiecles . La Ville de Straf
bourg eſt pareillement recommandable
par ſon ancienneté ,
fagrandeur , fon commerce , &
ſa force , mais encore plus par
ſa Foy , eſtantune des premieres
Villes qui ayent embraflé laReligion
enAllemagne; car on voit
undeſes Eveſques dans un Concile
de Cologne dés le quatriéme
fiecle . Ilest vray que la Religion
Catholique a eu , s'il faut
ainſi parler , ſes tenebres , &
comme ſes éclipſes dans cette
Capitale d'Alface , puis que le
Senat ayant abrogé , ou plûtoſt
ſuſpendu la Meſſe en 1528. les
Chanoines en furent chaſſez
1
GALANT.
31
T
juſques à l'Interim de Charles-
Quint , à la faveur duquel ils y
rentrerent fur la fin de l'année
1549. mais avant qu'on fuſt en
eſtat d'y celebrer la Meſſe , ils
ſe virent une ſeconde fois con-
_traints d'en fortir , parune infulte
qu'on leur fit au commencement
de l'année 1550. Ils y furent
neanmoins rétablis la mefme
année par l'ordre de l'Empereur.
Cependant comme prefque
tout le peup'e avoit embraſſé le
Lutheraniſme , on leur fit tant
d'avanies , qu'ils ſe trouverent
obligez dix ans aprés de l'aban .
donner entierement , juſques à
ces dernieres années , qu'elle
leur fut renduë par le Traitéque
le Roy fit avec la Ville , & qui
ſubſiſte encore aujourd'huy.
S
Je vous envoye une Satyre
dont l'Auteur m'eſt inconnu .
B4
32
MERCURE
Vous y trouverez beaucoup de
chofes , dont ceux quiont à choi
fir une profeſſion , doivent profiter
.
**************
A MONSIEUR DAMON,
SATYRE.
AMyjeune & prudent , qui dés
tatendre enfance .
Des plus hautes vertus nous donnois
Vefperance.
Et qui dans l'age encore où mille
vains defirs
Nousfont tout negliger pour courir
aux plaisirs ,
Animé seulement de l'amour de la
gloire ,
Fais tout pour conferuer ton nom
&ta memoire ,
Appliquéfans relâche à débroüiller
les Loix ,
GALANT. 33
e
1
Tu peux déjaremplir les plasvastes
emplois.
Pour condamner le crime , &fauver
l'innocence
Tes mains peuvent déja foutenir
la balance.
Damon, nous te verrons habile Senaleur
A la Cour de Themis paroiftre avee
honneur.
Dans ces premiers Conſeils brillera
laſageſſe ,
Que donne rarement la derniere
vieilleffe [litez
La Déeſſe admirant toutes tes qua-
V'n jour fera sur toy pleuvoirfes
dignite.z
Un jour des orphelins tu feras le
refuge;
On trouve en ta perſonne un veritable
luge..
La prudence, l'esprit ,laprobité, la
for
B
34 MERCURE
L'équité , la douceur , tout se ren
contre en toy.
Tu n'imiteras point ce luge mer
cenaire ,
Que l'or parson éclat rend facile
ou fevere ;
Qu'un regardamoureux a toujours
defarmé ,
Par quile Pauvre enfin est toujours
opprimé...
Rien ne seflechira que lafeule innocence
,
Entout temps , en tout lieu tu pren.
drasfadéfense
Pourſuis donc , cher Damon ,pour
fuisfans balancer.
C'est là le feut pasty que tu dois
embraffer.
Les unsfont pour la Paix,les autres
pour laguerre.
Luxembourgde Louis peut porter
le sonnerre.
Talon , dans le Palais le digne
appuy des Loix,
GALANT.
35
Peut aux luges charmez faire entendreſavoix.
Quintin ,à qui leſang&l'amitié
i'engage ,
Lors que quelques Printemps auront
meuryson âge ,
Pourra le fer en main , comme tous
Ses Ayeux ,
Chercher,nouvel Achille , un destin
glorieux.
Quant à toy , dans un Camp tu ne
dois point paroiſtre.
C'est pour laseule Baix que le Ciel
t'afait naiſtre.
Neva pas imiter ces esprits incon-
Stans
Qui dans leur propre estat nefont
jamais contens .
L'un né pour le Barreau , dont il
feroit la gloire ,
Veut dans les champs de Mars
voler àla victoire.
L'autre , dont la vigueur pourroit
vanger les Rois
B
36 MERCURE
L
م
Aime à nous ennuyer d'un longrecit
de Loix.
Vn Misantrope affreuxvient parmy
le beau monde ,
Lors qu'il devroit chercher quelque
grotteprofonde.
Vn jeune Damoiseau qui ne vit
que d'amour ,
Pour aller dans un Cloiſtre abandonnela
Cour,
Et de tousſes defirs traîne avec luy
Vescorte.
Enfin on voit par tout des esprits
delaforte..
Si je parlois de tous
nombrement
, ce long de-
Pourroit laffer R** qui parle inceffamment.
Que ces mots font divins ! Prens
ſoin de te connoiſtre ,
Voy quels font tes defirs ,& ce
que tu peux eſtre .
L'homme devroit toujours les porter
dans son coeur ,
GALANT .
37
%

}
4
Soit que de la retraite il cherchast
la douceur ,
Soit que l'Himen pour luy parast
avoirdes charmes ,
On qu'un bozillant transport luy
miſt en main les armes.
Prens ſoin de teconnoiſtre.Aprés
qu'un trait cruel
Eut du Fils de Thetis frapé l'en--
droitmortel,
Therfite ne vintpas ,sans coeur ,fins
éloquence ,
Surle vaillant Ajax briguer la
preference,
Et demander un prix qu'Vliſſe
chancelant
Noſoit aux yeux des Grecs demonder
qu' n tremblant .
L'un prétend aux Chrestiens annon .
cer l'Evangile ,
Et leur tracer du Cie! la route difficile.
Se connoist il lux mesme ? A-t- il
regléſes moeurs ?
38 MERCVRE
Croit-il que ses discours toucheront
les Pecheurs ?
Peut- il comme Boileau , Seanon ,.
Bourdalouë ,
Meriterqu'en tous lieux on l'admire,
on le louë ?
Abis'il n'est tout au plus qu'un **
qu'un P..
Dont l'unique talent n'est que de
crier baut ,
Il ne doitpas allerſous de mauvais
auspices ,
Par de fades Sermonsfaire laguerre
auxvices.
Cet autre de Bartole endoffant le
harnois,
Se promet au Palais de glorieux
exploits
Peut il par le secours d'une vive
éloquence
D'un labirinthe affreux retirer l'in
nocence?
Peut-ilse distinguerde ces Grimaux
glacez2
GALANT.
39
Qui dans leurs Plaidoyers toujours
embaraffez
Sans expliquer lefait vont battre la
campagne.
Tantoſt dans le Iapon , tantoſt dans
l'Allemagne ?
+ Ne le verrons nous pas encor aprés
vingt ans ,
Se cacher inconnu parmy les écou
tans ?
D'où vient qu'on entreprend plus
qu'on ne devroit faire ?
- Je ne puis un moment demeurer
folitaire ..
Quoy , pour avoir un froc ne
m'eſt- il pas permis
D'avoirquelque amourette , &
de voir mes Amis ?
On ne peut vivre seul , pourquoy se
faireMoine?
Fourquoy comme D.... vouloir cftre
Chanoine,
Si l'on ne veut jamais en remplir le
devoir ,
40
MERC VRE
Si l'on ne voit leChoeur que pour s'y
faire voir?
A Matines , grand Dieu ! qui
moy ? qu'oſez - vous dire ?
Est-ce donc une Loy qu'on me
doive preſcrire !
Je vais juſqu'à minuit joüer ,
faire l'amour ,
Puis je aprés m'éveiller à la
pointe du jour ?
• Encor ſi j'eſperois au retour de
l'Aurore
Trouver dans noſtre Choeurla
Beauté que j'adore ,
J'irois par des regards encor
pleins de langueur
Me rendre adroitementle maiftrede
fon coeur.
Voila , voila lesfoins où son ame
estsensible ;
Heureux ,fi connoißant son pan.
chant invincible,
Au pied de nos Autels iln'eustpass
fait des voeux .
GALANT.
41
Dont la mortseule a droit dedélier
les noeuds.
Mais quoy,medira t on, vous qui
parlez en maiſtre ,
Qui voulez que chacun apprenne
à ſe connoiſtre ,
Vous connoiſſez- vous bien ?On
diroit à vous voir
Prendre à nous diriger un abe
folu pouvoir ,
Qu'ainſi qu'un Dépreaux vous
pouvez nous réprendre .
Et ne craignez vous pas d'ofer
trop entreprendre ?
Pense- t-on que mes Vers n'auront
pasdeLecteurs ?
Nous voyons tous les jours mille méchans
Auteurs ,
Après quelques Sonnets fiflezſur le
Parnaffe,
Iuſques au Poëme Epique élever
leur audace ,
Et qui fçachant à peine ébaucher
quelques traits ,
4.2
MERCURE
Se flatent d'égaler les plus hardis
Portraits
Un jour dans un employ quand tu
Seras tranquille ,
Tu m'as chez toy , Damon, promis
undoux azile
Làfans ambition;&fans craindre
lafaim ,
Sur les Peintres fameux jeformeray
ma main.
Tantoſt pour te louër je poliray mes
rimes.
Et j'iray quelquefois lever le mafque
aux crimes ,
Et des coeurs vicieux penetrant les
fecrets,
Contre tous les R ... j'aiguiferay
mestraits.
Les Maladies ſont ſi frequentes&
fi malignes cette année ,
qu'elles caufent une infinité de
morts. C'eſt ce qui m'engage à
GALANT .
43
vous parler dés le commencementde
cette Lettre de quelques
unes de celles qui font arrivées
depuis ma derniere.
Meſſire Michel Phelypeaux
de la Vriliere , Archevefque de
Bourges, mourut icy d'une mort
ſubite le 28 du mois paffé. Il
avoit eſté auparavant Confeiller
au Parlement de Paris , & Evefque
d'Ufez , & il eſtoit Abbéde
Noſtre-Dame de l'Abſie , de
Saint Vincent , de Quincy , de
Niort , &de S. Lo . Ildefcendoit
deRemondPhelypeaux S.d'Herbaut
, de la Vriliere , & du Verger
, qui ayant eſté Secretaire
des Finances , puis Secretaire du
Roy , Treſorier des Parties Cafuelles
en 1590. & enfin Treforier
de l'Epargne en 1591. s'ef
toit acquitté de tous ces emplois
avec tant d'honneur & de pro
44 MERCURE
bité , qu'aprés la mort de Paul
Phelypeaux , S. de Pontchartrain
, Secretaire d'Estat , fon
Frere , le feu Roy luy fit remplir
cette grande Charge , & luy
donna le départementdes Affaires
étrangeres en 1626. Il mourut
à Suzeen 1629. & eut entreautres
Enfans de Claude Gobelin
, ſa Femme , Balthazar &
Loüis Phelypeaux. Le premier
futConſeiller au Parlement de
Paris , puis Treforier de l'Epargne
, & enfin Conſeiller d'Estat,
& mouruten 1663. Loüis Phelipeaux
, Sr de la Vriliere & de
Chaſteauneufſur Loire, fut premierement
pourveu de la Chargede
Greffier du Privé Conſeil
en 1619. & l'année ſuivante ,
decellede Confeiller d'Estat.Enfuite
il s'attacha avec une ſi forte
application auprés de Remond
GALANT.
45
Phelypeaux ſon Pere , & fit paroiſtre
tant d'intelligence & de
conduite dans les affaires , que le
Cardinal de Richelieu l'ayant
jugé digne de luy fucceder en
la Charge de Secretaire d'Estat ,
luy en fitaccorder les proviſions
en 1629. par le feu Roy , qui le
nomma Prevoſt & Grand-Maiſtre
des Ceremonies de ſes Ordres
en 1643. Il avoit épousé
en 1635. Marie Particelli , Fille
de Michel , S. d'Hemery & de
Thoré , Sur- Intendant des Finances
, & il en a eu pluſieurs
Enfans . C'eſt de ce mariage que
ſont ſortis M. l'Archeveſque de
Bourges qui vient de mourir , &
M. le Marquis de Chaſteau-neuf,
aujourd'huy Secretaire d'Estat &
des Ordres du Roy , receu en
1669. en furvivance de la Charge
de M. de la Vriliere, fon Pere,
mort en 1681 .
46
MERCURE
Meffire Jean Bentivoglio ,
Abbé Commendataire de Saint
Valery & de Nant , mourut le 2 .
de ce mois,âgé de quatre- vingtneuf
ans. Il eſtoit Neveu du
Cardinal Guy Bentivoglio , fi
fameux par ſes grandes qualitez ,
& par les Ouvrages qu'il adonnez
au Public. Les plus importans
font l'Hiſtoire de Flandre,
la Relation de France, des Lettres
& des Memoires. Ce Guy
Bentivoglio ayant eſté envoyé
Nonce en Flandre , & enfuite
en France , s'acquitta ſi -biende
ces emplois , que le Pape Paul
V. le fit Cardinal. Le Roy Loüis
XIII . auprés duquel il eſtoit
alors , le chargea de la proteaion
de France en la Cour de
Rome , & l'estime qu'il s'acquit
par tout fut telle , qu'on ne donta
point qu'il ne duſt eſtre élevé
GALANT. 47
danslaChaire de S. Pierre aprés
la mort d'Urbain VIII . arrivée
le 29. Juillet 1644. mais eſtant
entrédans leConclave, lesgrandes
chaleurs de cette ſaiſon luy
cauſerent une infomnie quiluy
donna la Fiévre ,& il en mourut
le 7. Septembre de la mefme
année , âgé de ſoixante &
cinq ans. La Famille des Bentivoglio
, l'une des plus nobles
&des plus confiderables de toute
l'Italie , tire ſon nom d'un
Bourg dans le Boulonnois du
coſté de Ferrare,appellé Bentivoglio,
& a eu affez long temps
la Seigneurie de laville de Bologne.
Antoine Bentivoglio ,
auſſi riche que vertueux , fut
extremement confideré ſur la
fin du quatorziéme fiecle . Ileut
de Zanna , ſa Femme , Jean
Bentivoglio I. du nom , quis'ef
48 MERCURE
tant rendu maiſtre de la Ville de
Bologne en 1400. fut tue vers
l'an 1402.aprés avoir perdu une
Baraille. Les Bentivoglio s'étant
rétablis depuis Annibal Bentivoglio
ſe rendit encore maiſtre de
Bologne,& y commanda juſque
vers l'an 1445.qu'il fut aſſaffiné
dans l'Egliſe de Saint Jean , par
les Cannetules les Gifleri. Jean
Bentivoglio II . du nom , fut fon
Fils. La politique l'obligea de
faire mourir pluſieurs des Malvezzi
, & de chaſſer les Marefcotti
, à cauſe des ſecretes cabales
qu'ils faifoient pour lay
ofter le Gouvernement. Il fot
chaffé de Bologne avec toute
ſa Famille par le Pape Jule I I.
& il ſe retira , les uns diſent à
Milan , & les autres à Baffetti
dans le Parmesan , où il mouruten
1508. âgé de foixante
dix ans . Le reſte de la Famille
/
Benti
GALANT. 49
12
Bentivoglio s'établit à Ferrare.
Cornelio Bentivoglio , qui fut
deux fois Lieutenant en Italie
pour le Roy de France , & qui
eut beaucoup de part dans l'eſtime
des Princes de la Maiſon de
Guiſe , s'acquit une grande reputation
dans les guerres de Toſcane
, & fut depuis Generaliſſime
d'Alphonse II . Duc de Ferrare .
Ilépouſa Elifabeth Bendadei , &
il en eut entre autres Enfans Guy
- Bentivog'io , Cardinal , & le
Marquis Bentivoglio , qut aprés
la mort d'Alphonſe, Duc de Ferrare
, prit le party de Cefar fon
Cousin , qui prétendoit luy fucceder
,& fe mit à la teſte de ſes
Troupes. M. l'Abbé Bentivoglio
, dont la mort donne lieu à
cet article , avoit eſté des Amis
particuliers de M. le Cardinal
Mazarin. Il aimoit fur tout la
May 1694. C
50
MERCVRE
Muſique , & content de ſa fortu
ne , il n'a jamais cherché à s'élevenau
déla de celle que ſa naifſanceluy
avoit procurée.
Madame la Maréchale de
Grancé eſt morte auſſi au commencement
de ce mois .Son corps
fut porté avecbeaucoup de pompe
de l'Egliſe de Saint Eustache
à celle des Capucines , où elle a
eſté inhumée. Elle estoit Gouvernante
de Mademoiselle, s'appelloit
Charlotte de Mornay , &
eſtoit Fille de Pierre de Mornay ,
S. de Villarceau , & d'Anne-
Olivier de Leuville. Elle avoit
épousé en 1648.Jacques Rouxel,
Comte de Grance & de Medavi ,
Veufde Catherine de Monchy ,
Soeur deCharles ,Marquis d'Hocquincourt
, Maréchal de France ,
qu'il avoit épousée en 1624 .
Feu M. de Grancé , fon Mary ,
GALANT.
51
fut fait Maréchal de Camp en
1636. Gouverneur de Gravelinesen
1644. Lieutenant General
, & Maréchal de France en
1651. Il fut étably enſuite Gouverneur
de Thionville , & créé
Chevalier des Ordres du Roy en
1663. Ila eu de ſa premiere Femme
, Pierre Rouxel II. du nom ,
Comte de Grancé , & de la ſeconde
, dont je vous apprens la
mort , M. l'Abbé de Grancé ,
premier Aumônier de Monfieur;
Marie Loüife Rouxel , mariée
en 1665. à Joſeph Rouxel,Comte
de Marey, fon Coufin , qui
fut tué au Siege de Candie en
1668. trois Filles Religieuſes',
l'une à Vignats , & les deux au
tres à l'Abbaye de Gomer- Fontaine,&
Marie Louiſe de Gran+
có , Dame d'Atour de la fenë
Reine d'Eſpagne. Madame la
1
*
C2
52
MERCVRE
Comteffe de Marey a efté nom
mée par Monfieur , pour remplir
la place de Gouvernante de Mademoiselle
, que poſſedoit fenë
Madame la Maréchale de Grancé
, ſa Mere.
La petite Verole , qui n'a pas
moins regné cette année que les
Fiévres malignes , a emporté
dans ce meſme temps Madame
la Marquiſe de Barbefieux , âgée
ſeulement de vingt ans . Elle avoit
tout ce qu'on peut ſouhaiter
en une Femme , pour la rendre
aimable , & pour vous faire fon
éloge en peu de mots , je vous
apprendray que le Roy a dit en
parlant d'elle , que M. de Barbefieux
ne perdoit pas seul à cette
mort , mais que toute la Coury perdoit
außi. Aprés un témoignage
fi avantageux je dois me taire ,
puis que je nepourrois rien dire
GALAN T.
53
qui fuſt plus à ſagloire.Vous fçavez
qu'elle eſtoit Fille de feu M.
le Duc d Uſez . Je vous ay fi fouvent
parléde cette Maiſon , qu'il
me ſeroit inutile de repeter ce
queje vous ay déia dit. Madame
de Barbefieux n'a laiſſé qu'une
Fillede fon mariage.
Ceux qui aiment le merite ,
feront touchez de la mort de M.
de Silvecane . Il eſtoit Prefident
en la Cour des Monnoyes , & avoit
eſté Prevoſt des Marchands
deLyon. Il avoit beaucoup d'amour
pour les belles Lettres , &
la connoiffance qu'il en avoit ,
luy avoit fait entreprendre les
traductions de Juvenal & de Perfe
qu'il a données au Public en
Vers François. Les Notes , dont
il a embelly ces deux Ouvrages
font fort curieufes & tres cftimées
, Il eſtoit honneſte , bien-
C 2
54
MERC VRE
faifant ,bon Amy , & la droiture
de fon ame égaloit la beauté
de foneſprit.
J'ay encore à vous apprendre
la mort dedeux perſonnes de voſtre
Sexe. L'uneeſt Dame Françoiſe
Briçonnet , Fille de Meffire
Thomas Briçonnet , Conſeiller
en la Cour des Aides , & deDame
Marguerite le Picard , &
Veuve de Meſſire René le Tel.
lier , Seigneur de Mordan , d'Oi
fou , & autres lieux , Conſeiller
duRoyen fa Cour des Aides de
Paris , & Fils de Charles le Tellier
, Maiſtre des Comptes. Ce
Charles le Tellier eſtoit Frere
deMichel le Tellier , Conſeiller
en la Cour des Aides , & Pere
de M. le Chancelier le Tellier.
L'autreeſt Dame Elifabeth . Catherine
de Rouffeler , Femme
de Meffire Robert Couſiner
GALANT.
55
Conſeiller du Roy , MMaaiiſttrree
Ordinaire en ſa Chambre des
Comptes de Paris .
Le Conte que vous allez lire
eſt de M. Fournier de Villecerf.
GROS - JEAN ET SON CURE' .
CONTE .
Ce n'est point d'aujourd'huy que
Les productionsde l'esprit .
Les meilleures ſouvent éprouvent
lamorſure
De force Sots que le bon sens
aigrit.
Leontequifuit doit t'inſtruire ,
Lecteur de cette verité. ,
Il peut faire plaisir à qui voudra
le lire ,
Et guerir un Cerveau gaste
Dafot enteſtement de dire
C 4
56 'MERCURE
Sonsentiment précipié.
**
A
En l'un des Bourgs de Sologne
Logeoit certain Paysan ,
Nomm Gros Iean ,
Homme de bonne humeur , passablementyvrogne
,
Qui sçavoit lire en Francois , en
Latin,
Chantoit l'Epiſtre à la grand-
Meffe ,
Et jouiffet comme par droit d'aineffe
,
De l'Intendance du Lutrin.
Apec ces beaux talens boufi de
vainegloire ,
Ilse croyoit un esprit ſans pareil,
Le plussavant qu'eust vå le rivage
de Loire ,
Depuis qu'y luiſoit le Soleil.
Le Curé deson Bourg , homme d'un
Vray merite ,
GALANT.
57
Docteurde l'Univerſité,
Pleinde vertus , deprobité ,
Paroiſſoit à Gros.Iean de ſcience
petite.
CeCuré fit un Sermon
Lejour de la Dedicace ;
Tout ce qu'il dit fut fort bun ,
Il prescha mesme avec grace ,
Etfon discourssibien ravit ,
Que pendant qu'il dura perſonne
ne dormit ,
Chose pourtant fort difficile à
croire ,
Car Bourdalouë a vû plus d'une
fois ,
Malgrésa Rhetorique &Sa charmante
voix ,
Dormirgens de fon Auditoire.
Enfin bref,le Sermon fing ,
Le bon Curé va changer de chemise,
Puis revient dans la chambre , où
La table estoit mife.
CS
58
MERCURE
Et le bufet pourla foifbiengarni.
D'abord on applaudit à sa baute
Science,
Etsursa Déclamation
Chacun tâcha de mettre en évidence
Ce qu'il sçavoit en cette occa.
fion.
Gros lean qui ne manqua jamais
aucune feſte ,
Estoit auſſi monté pour estre du
repas;
Et quelqu'un remarquant qu'il fecoepit
la teſte ,
Hauſſoit l'épaule , & n'applaus
diffoitpas
De cette piece d'éloquence ,
Luy dit- il , là , que penses- tu ?
Moy, dit Gros-Lean ?jay piquié
quand j'y pense ,
Ellene vaut pas un festu.
Harde, tené,lebeau préchage
L'entendions tout ce qu'il dijous
2 J
GALANT. 59
Palfanguié faut- ilpas estre un fin
personnage
Pour farmonner comme il faifoit
2 Pour moy j'aime bien mieux
Monsieur nostre Vicaire ,
le ne sçavons ce qu'il nous
diti
Il n'a pas dit trois nots, bredouillantfon
affaire,
Que toutle mondes'aſſoupit.
Vous voyez ce que c'est de parler ,
ou d'écrire ,
Reprit alors le bon Pasteur.
Ie vous parois affez bon Orateur,
Et je ſuis pour Gros. Iean un fujt
de Saiye.
Des qu'au public on s'est livré,
Onsexpose àla cenfure.
Tel merite est admiré ,
Qui d'abordreçoit injure
60 MERCURE
D'un ignorant averé.
Ce n'est nouvelle avanture
De trouver que Gros- lean remontre
àfon Curé.
Le Comté de Soüabe eſt une
Region oùles Armées ont roulé
pendant pluſieurs Campagnes
, & particulierement la
derniere. Le Sieur de Feracru
que les Officiers , auſſi bien que
les Curicux , ne seroient pas
fâchez d'avoir ce beau & malheureux
Pays fort bien détaillé
en quatre feüilles , avec une
Carte tres-particuliere du Duché
de VVirtemberg , en une
grande füille . C'eſt ce qu'il
vient dedonner au Public ,ca
attendant dans peu de jours fa
Mappemonde ſur les nouvelles
Obfervations, & la fixieme partie
des forces de l'Europe. Ces
1
GALAN T. 61
nouvelles Cartes fe trouvent
chez l'Auteur , dans l'Iſle du
Palais , à la Sphere Royale .Tous
les Ouvrages du S. de Fer ont
eſté ſi bien receus juſques à
preſent, qu'il ſuffit qu'on ſcache
qu'il en ait mis de nouveaux
au jour , pour les vouloir acheter.
Vous avez ſouvent oüy parler
des Tableaux de feu M. de
Vandermeulen , qui reprefentent
les Conqueſtes du Roy.
Rien n'eſt ſi bean en ce genre ,
&comme ils font à Sa Majesté,
&trop grands pour eſtre copiez
ils ont eſté gravez la
pluſpart, pour fatisfaire les Cu-
< rieux , & les Etrangers.La venë
de Luxembourg , qui ne l'avoit
pas eſté du vivant de feu
M. de Vandermeulen , viene
de l'eſtre par le S. Nicolas Bon-
,
62- MERCURE
part l'Aîné , qui la debite à la
ruë S. lacques , à l'Aigle d'or ,
avec toutes les autres Estampes
de ce Peintre ingenieux.
Les nouvelles Reflexions
ou Sentences & Maximes
morales & politiques , dédiées,
à Madame de Maintenon , par
M. de Vernage , Docteur en
Theologie , & Chanoine de l'Egliſe
Royale de Saint Quentin ,
paroiſſent depuis peu dans une
troifiéme Edition , augmentée
d'un tiers,&de trois petits Traitez
nouveaux ſur la briéveté de
la vie , furles Maladies & fur la
Mort. Ces trois Editions ont eſté
faites depuis l'année 1690. ce
qui fait voir que le debit de ce
Livre a eſté fort grand , & en
marque en même temps labonté
, puis que les Ouvrages aufquels
on court avec tant d'emGALANT.
63
preſſement , ne font jamais mediocres
, tout le Publicne ſe pouvant
abufer , & rien n'eſtant afſez
fort pour détruire l'eſtime
que l'on ajuſtement pour ce qui
eſt univerſellement approuvé.
La troiſiéme Edition dont je
vous parle a eſté faite par le S.
Amaulry , Libraire à Lyon , &
il la fait debiter à Paris chez le
S. Lambin , ruë S. Jacques , a
l'Enſeigne du Miroir.
Le fort & la marque des
bons Livres eſtant d'être imprimez
pluſieurs fois , il ne faut
pas s'étonner fi les Entretiensfur
la pluralité des Mondes , de M.
de Fontenelle , ont eſté imprimez
pour la troiſieme fois , augmentez
d'un nouvel Entretien..
Ils ſe vendent chez le S. Brunet
au Palais , auſſi -bien que les Dialoguesdes
Morts , imprimez pour
4
64
MERCURE
1
la quatrième fois , & tous les
Ouvrages du mefme Auteur.
C'eſt pour les Sçavans de
voſtre Province , qui aiment les
découvertes de Phyſique , que
je vous envoye la petite hiſtoire
anatomique qui ſuit cet article.
Elle eſt de M. Poupart , qui a
déja fait pluſieurs Trastez curieux
, que le Publica fort bien
reçûs.
L'ANALYSE
Des Vaiſſeaux prolifiques du
Limaçon de Jardin.
J
Ene sçaurois donner une idéeplus
claire des Vaisseaux prolifiques du
Limaçon , qu'en les comparant àun
magnifique groupe que la ſe vante
main du Sculpteur a tiré d'un feul
bloc de matiere, L'Uterus ou l'Ovaire
, le Canal que j'appelle Preparant- k
GALANT .
65
graiſſaux , qui se va perdre dans le
foye, un gros morceau de graiſſe qui
fait l'ooffffiicceede proſtates ,untesticule
&son vaiſſeau defferant, deux petits
arbres fort branchus , la verge ,
fes deux ligamens ,&un cul de (ac
dans lequel est renfermée une épée
écailleuse,sont les organesque la nature
a tirezd'un même tronc pourla
perpetuitéde l'eſpece du Limaçon.
L'Ovaire ou l'uterus a deux pouces
de long. C'est un large canalfraise
qui va percer le col de l'animal ,
tout auprès de ſa bouche. Il est enveloppé
dans une membrane délico ,
va finir au commencement d'un
gros morceau de graiſſe blanche.
C'est dans ce vaste canalquefont envelopper
les petits Limacons avec
leurcoquille , que l'animal enfante
dans uneſaiſon favorable. Le Limaçon
participe si également de l'un
de l'autre sexe , qu'unovairetout
يل
66 MERCURE
un
simple, un testiculeſituéſous le
cooeur, &aßissur un gros morceau
degraiffe blanche qui le tientſouple,
onctueux , & luyfert de coußinet.
Ce testicule n'est point un lacis ou
entortillement de vaiffeaux comme
danslhomme; cen'est que lefond
dilaté de son vaiſſferu defferant . Ce
canal defferant est long de deux
pouces, il rampe sous la membrane
de l'ovoire auquel il est attaché par
pluſieurs petits vaisseaux ou ligamens.
Dans le temps des amours de
cet animalfon testicule estgro com.
me un petit pois rempli d'une
matiere fi éparfſfe fitenice quil
auroit este imposible qu'elle cust på
couler dans defilongs canaux , s'ils
n'avoient pas estégraffez d'une bumeur
onctueuse que leur fournit le
canal preparant graißeux. Ce canal
eft long de 4. pouces. Il rampe ſous
la membrane de l'ovaire , puis il
GALAN T. 62
vapafferau travers d'un gros morceau
de graiffe blanche, à lajortie dela.
quelle il eſt tortille Pondé dans l'efpacede
deux ou trois lignes , aprés
lequelil entre dans lefoye , où il
Se perd. Ce canal le defferant
aboutiffent à un conduit commun
longd'envirofix lignes,&finit à ce
luy de l'ovaire.Ces deux derniers ont
encore un tuyau commun qui vafor
tir par le col de l'animal pour faire
Lentréede l'uteras. Vncy l'usage du
canal réparant graiffeux. Le foye
dans lequel ilſe perd est le jource
dins laquelle ilpuiſse lavertu prolifique
: ausi elle lui est toute sembla
ble en couleur presque en confi-
Stance. En chemin faisant elle rencontre
le cimaldefferant,dans lequel
elle tombe parſon propre poids , d'où
elle etportée dansle testicule. La
graiffe au travers de laquelle paſſe
cegrand canal,fait loffice de prof68
MERCVRE
tates. Elle luy fournit une liqueur
onctueuse laquelle eſt portée dans les
canaux par où doit couler l'humeur
prolifique pour les rendre ſouples
gliſſans , afin que toute épaiffe
tenace qu'elle est , elle y puiffe aifemeut
couler. Les deux arbres blancs
font plantez furle commencement de
L'ovaire, leurs troncs se diviſent en
cent petits rameaux flotans&fans
attackes. Ce font des canaux , car
quand on les laiſſe tremperdins l'ens
ils serempliffent &deviennent fez
gros. te préfume que l'humeur pro
lifi u pourroit bien recevoir des preparations
en circulant dans ces labyvintes
. La verge a quatre ou cing
pouces de long. Elle est conſtruite de
pluſieurs petites fibres,fituées prefque
parallelement , creusées tout
au long , de maniere qu'on y peut
aisément introduire unegroffefoye de
cochon, Elle estliée à deuxgrands
GALANT. 69
luy
muscles ou ligamens , distans l'un de
l'autre de trois ouquatre lignes . Un
de ces muscles est attaché vers le
costé gauche de l'animal , au fac
membraneux qu'il porteſur ſon dos.
L'autrepoffe tout proche l'oesophage,
au travers de quelques membranes
qui luy fontfaire un angle ,
Serventdepoulie pour tirer obliquement
commefait legrandoblique de
l'oeil, Leur fituation me fait croire
qu'un de ces muscles fert à tirer la
verge en dedans , lors qu'elle estfortie
, & que l'autre aide à la faire
Jortir dehors quand il est neceffaire.
Iayvudans le temps de l'automne ,
tout au long de la verge la mesme
humeur qu'on trouve dans letesticule
de l'animal. Le fourreau blanc
cartilagineux a lafigure d'unepetite
poire longuette. Il renfermeuneépée
blanche, écailleuse rabotue comme
du chagrin,longue de deux ou trois
70. MERCURE
lignes , extrémement pointuë ,
plantée dans une petite glande .
C'est avec cette épée qu'il pique
qu'ilaiguillonne l'animal quand il
estmarié , parce qu'estant fort lent
pareſſeux , la matiere prolifi
que épaisse& tenace les bleffures
qu'il enreçoit leréveillent le mettent
en jeu, en amour, & en mouvement.
Ie neveuxpoint de l'honneur
qui nem'appartient pas . M. Lifier ,
dela SocietéRoyale des Sciencesde
Londres, a vul'épée écailleusefortie
del'animal,mais ilnesçait cequ'elle
devient lors qu'elle estrentrée. Il a
connu lavergefans I examiner autrement
que cet animal estoit
bermaphrodite par fon mutuel ac .
couplement.
T
Je vous feray fans doute plaifir
en vous faiſant part d'une avanture
des plus fingulieres ,
GALANT.
71
contenuë dans une Lettre de
Londres . Il y a peu de Villes
où le Vin de Canarie ſoit
plus aimé , & où l'on en trouve
davantage. Un Particulier
en ayant une Pipe à ſa Cave
quicontenoit pluſieurs muids ,
fut fort furpris lors qu'on luy
vint dire un jour , que ſon Vin
ne venoit plus. Ce Vin eſtoit
excellent , & il y avoit ſi peu de
temps qu'il eſtoit en perce ,qu'il
ne put croire ce qu'on luydiſoit.
Ilcourut à ſon tonneau , frapa
contre ,& le fon qu'il rendit luy
fit connoiſtre qu'il n'eftoit pas
vuide. Il fourraun baſton par le
bondon , & ce baſton trouva de
la reſiſtance . Après avoir ouvert
encoreune fois le robinet , fans
que le Vin coulaſt, il voulut fçavoir
ce qui pouvoit en eſtre la
72 MERCURE
cauſe. Il fit défoncer la Pipe.
Quelle ſurpriſe , lors qu'on vit
un Eſpagnol qui estoit aſſis dedans
! Il avoit le teint fort frais,
la barbe bien faite à l'Eſpagnole
,&la Gonille autour du col .
On l'examina avec grande attention
, & on découvrit enfin
qu'il avoit eſté affaffiné. On
en a fait graver des Portraits ,
qu'on a envoyez dans toute l'Efpagna.
Autre avanture dont
trouverez
vous
les circonstances
dans la Lettre que vous allez lire .
Elle fera faire de grands raiſonnemens
,& excitera bien des
diſputes.A la verité elle contient
des choſes bien ſurprenantes, &
ce qui me le paroiſt davantage ,
c'eſt qu'elle a un air de verité
qui doit embaraſſer les plus incredules
. L'affaire eſt recente ,
les
GALANT.
73
les lieux font nommez ,& les
témoins aiſez à trouver. Pour
moy , je ne prens aucun party ,
& n'ay garde de decider entre
les Parlemens , qui ne reconnoiſſent
point de Sorciers , &
ceux qui les condamnent à mort.
Je vous envoye ſeulement la Lettre
dans la meſme fimplicité naturelle
qu'elle a eſté écrite . Elle
estd'un Commis des vivres .
A Beauvais , ce 25. Avril 1694 .
Emeferois rendu icy plutoſtſans
ledefordrequi est arrivé dans l'équipage
de Bonnefoy,qui est à Gournay
, maisje mesuis jugé plus ne
ceffaire à chercher le remede qui
convenoit à la gueriſon de vos Chevaux
, & à force de courir je l'ay
trouvé. En voicy les particularitez.
Ily avoit vingt cing Chevaux de
May 1694. D
74
MERCURE
cet équipage enforcelez, & il n'en
aurcit réchapé aucun si je n'euffe
fait la découvertedu Mareschal de
Saint Germer qui eft celuy qui entreprend
de les defenforceler ; plufieurs
Mare chaux que j'ay fait effembler
desplus experimentez de laProvince
, n'avoient på rien deciderfur
leur maladie , & ne s'accordoient
en vien. Dans cet intervalle de
temps , ilvous est mort quatre Chevaux.
Ce Mareschal , quoy que contre
mon opinion , paſſe pour I ennemy
des Sorciers. Voicy comme il s'y est
prispourdeviner la cause de lamaladie
de ces Chevaux, UnCierge benit
de l'Eau benite , avec un ſeau
d'eau desparoles , ont fait l'affaire.
L'estois present à cette belle
expedition le tenois le cierge. Le
Mareschal fit tomberquatre ou cing
goutes de cire dans l'eau, qui formerent
en mesme temps des couleu
GALANT.
71
wes , & ensuite le ciergeſe ſouffla
brusquement. Ie vous avoue que les
cheveux me drefferent à la teſte ,
en craignant que le Diable nese
mépriſtje fortis au plus viste de la
Chambre où l'on avoit fermé tout ,
avec une bonne resolution de n'y plus
rentrer.Après cela,le Mareſchil en
question fit ouvrir les Chevaux morts,
enfit prendre les coeurs , qui furent
coupez chacun en quatre. Il en
fortit des couleurres vivantes, ce qui
avoit estéfiguré auparavant par les
gouttes de cire. Cela s'est fait àla
ve de vingt perſonnes , de vos
Officiers,de forte que le charme a
ceßé , à l'exception d'un Cheved ou
deux, de la gueriſon defquels il ne
répondpas précisement , parce que le
fort est trop invetere.Le mesme Marefchal
avoit fait plas. Le ſieurVernier
, Receveur de M.1 Abbé Lacquier
, avoit tous fes bestiaux enfor-
D 2
76
MERCURE
celez depuis peu de jours. Le Ma
reſchal de Saint Germer a trouvé le
Secret defairevenir les Sorciers chez
le Sr Vernier mesme. Ils ont esté arrestez
& conduits depuis quinze
jours aux priſons de Gournay , cù ils
ont avoué leurs crimes. Ce Marechal
nous a dit außi qu'il fera venir jus.
ques dans la courd'Elbeuf, l'auteur
du fortilege Si MI AbbéLacquier
vouloit se donnerla peine d'écrire à
Son Receveur, il en apprendra encoredavantage.
*** La place que la mort de M.
l'Abbé de la Vau avoit laiſſée
vacante àl'Academie Françoiſe ,
a eſté remplie par le choix qu'-
Selle a faitde M. l'Abbé de Cau-
-martin. Il y vint prendre ſeance
le Samedy. 8. de ce mois , & fit
-un remerciement plein d'eſprit,
&tourné d'une maniere ſi deli
GALANT.
77
care,qu'il remplit avecbeaucoup
de gloire pour luy , l'opinion
avantageuſe quil'avoit fait trouverdigne
d'eſtre receu dans ce
Corps illuftre. Après avoir dit
que pour remercier dignement
ceux quile compoſent , il auroit
falu les faire parler eux mefmes,
ou du moins attendre que le
commerce avec ces Maiſtres de
la parole , luy euſt donné quelquelegere
teinture de l'Eloquence,
il dit que le filence euſt eſté
le ſeul party qu'il auroit dû
prendre , s'il luy euſt eſté poffible
de ſe taire au milieude tant
de ſujets de loüanges qui s'offroient
à luy de toutes parts . Il
fit voir qu'encore que le Cardinal
de Richelieu euſt droit de
pretendre à l'immortalité par les
grandes actions qu'il avoit faites
, il ſe l'eſtoit moins affeurée
D3
78 MERCURE
par t'ordre qu'il avoit rétabli
dans les differens Corps de l'Eftat
, & Par la crainte qu'il avoit
infpirée à nos Voiſins , que par
Pétabliſſement de l'Academie ,
ayant moins fait pour ſa gloire,
on abattant cette eſpece de Republique
, que l'Hereſie avoit
formée au milieu du Royaume,
qu'en raſſemblant les Muſes difperfees
, animant luy-mefine
leurs concerts , & par ſesbienfaits
les encourageant à chanter
les merveilles qui ſe faifoient
par fes conſeils,& les préparant
a en celebrer de plus grandes
qui devoient venir aprés luy . II
n'oublia pas , felon la coutume ,
I'Lloge du Chancelier Seguier ,
fecond Protecteur de l'Academie
, que les premiers emplois
de la Juſtice &de la Guerre,
réunis pour la premiere fois en
GALANT.
79
د ſa perſonne avoient rendu
moins digne d'un titre fi glorieux
, que des talens cultivez
dans l'Academie meſme; qu'une
éloquence qui foutenoit toujours
la majeſté de la parole du
Prince dont il eſtoit l'organe;
qu'un difcernement admirable ,
qui dans les Affemblées des
Academiciens , le faifoit décider
auſſi ſainement fur les Ouvrages
d'eſprit , qu'il le faifoit
dans les Conſeils fur les fortunes
des Particuliers. Il paffa de
làau Roy , qui en ſe declarant
Protecteur de l'Academie , n'a
point cru indigne deluy unequalité
qui avoit eſté poſſedée par
ſes Sujets. Aprésavoir dit qu'Alexandre
n'a point eu plus de
rapidité dans ſes Conqueſtes ,
ny Cefar plus de ſageſſe dans la
conduite de ſes Armées , & que
D 4
80 MERCURE
l'Eglife n'a jamais trouvé ny
plus de zele pour ſon agrandifſement
dans Conſtantin, ny plus
d'attachement à ſes regles dans
Theodofe , Icy , continua-t'il ,
nous voyons noſtrefiecle vangéde ces
zelez défenſeurs de l'Antiquité. Ils
ne contestent plus ſon avantagefur
les autresfiecles, S'ils doutent qu'il
ait celuy de donner des loüanges ,
its sontforcezd'y reconnoistre celuy
de les meriter.S'ilsfont trop modestes
pour avouer l'un , la verité a trop
deforce pour ne les pasfaire convenir
de l'autre. Envain chercheroitt-
on dans les temps paſſez , quel
exemple trouver d'an Prince que
toute l'Europe conjurée ne peuté.
branler , qui ſeul environne d'Ennemis
innombrables , force des Places
,gagne des Batailles, faitdans
une seule Campagne des Conquestes
dignes d'acquerir le titre de Con-
1
GALANT. 81
querant àdes Princes qui enferoient
autant dans tout le cours de leur
vie. Approchez en de plus prés
Messieurs , ne craignez rien ; par
tout il est dans son point de venë.
Cenefont point de ces fauffes grandeurs
dont l'éloignement cache les
imperfections. Ce ne font point de
foibles beautez dont la distance con.
fond les traits. Vous le verrezpar
tout le mesme dansſes Confeils où
la lustice preſide toujours ; au milieu
de fes Courtisans , écoutant
leurs prieres , rendant les uns heureux
enleur accordant les graces ,
les autres contens , mesme en les refufant
;àlatestedefes Arméesfai-
Sant tremblerfes Ennemis, tournant
des yeux de Pere sur un Peuple qui
fouffre tous les maux inseparables
de la guerre ; trouvant la gloire bien
chere à ce prix , & disposé dans
fon coeur àdonner le foulagement de
DS
82 MERC VRE
Jes sujets ce que tant de Princes liguez
contre luy ne pourroient jamais
bug arracher. M. l'Abbé de Caumartin
finit par les loüanges de
M. de la Vau , ſon Prédeceſſeur,
Amy vif & empreſſé , en qui
on a toujours reconnu une vivacité
ſurprenante , & toujours
nouvelle pour tout ce qui luy
paroiſſoit regarder la gloire de
I'Academie , & il affura cette
Compagnie , qu'en imitant celuy
à qui il fuccedoit ,dans l'attachement
extrême qu'il avoit
toujours eu pour elle , il tâcheroit
de ſe rendre digne de l'honneur
qu'elle luy avoit fait de le
choiſir pour remplir fa place.
M. Perraut , Chancelier de
l'Academie, répondità M. l'Abbé
de Caumartin en l'absence
de M. le Comte de Crecy , qui
eneſt prefentement Directeur .
GALANT . 83
Il loüa le ſens exquis , la vaſte
&profonde érudition , & enfin
toutes les belles connoiſſances.
qui rendent ce jeune Abbé
l'admiration de tousles Sçavans
& dit que l'éloge qu'il avoit
fait du grand Cardinal de Richelieu,
luy auroit paru incom.
parable ,s'il n'avoit point eſté
ſuivyde celuy de l'Auguſte Protecteur
de l'Academie , où fon
éloquence s'étoit élevée en
quelque fortejuſqu'à la hauteur
de ſon ſujer. Illaiſſa aux vaillans
hommes , qui ont ſuivi le Roy
dans ſes conqueſtes , & fur qui
s'eſt répanduë une portion de
la gloire dont ils l'ont vu tour
environné , le ſoin de dire la ſa
geffe & la beauté de fon commandement
, qui porte l'ordre,
la confiance &le courage ; & à
ceux qui ont le bonheur de le
D6
84 MERCURE
ſervir dans des emplois qui les
approchent de ſa Perfonne , la
joyede publier ſa bonté,ſa douceur
& fon affabilité , qui font
trouver plus de charmes à luy
obeir qu'à commander par tout
ailleurs , & qui dans le meſme
temps qu'elles ſemblent l'abaiffer
au rang de fes Sujets , le rendent
encore plus Augufte , &
l'élevent au deſſus de tous les
autres hommes . Les Academiciens
font deſtinez à cultiver
l'art de la parole ; & comme il
parloit devant une Affemblée
qui en fait ſon étude & fes deli--
ces , il ne voulut regarder le
Roy que du coſté de ce fublime
& précieux avantage. C'est à ce
Monarque , dit- il , qu'aesté donné
particulierement le glorieux privilege
de regner sur les efprits par la
force de la parole. Ses discours
GALANT. 85
toujours dans les bornes d'une briewere
majestueuse , & dont on ne
Scauroit rien retrancher , comme on
le diſoit de ceux de Demoſtene , de
mesme qu'on n'y peut rien ayoldier ,
comme on l'a dit de ceuxde Ciceron,
renferment en pea de mois plus de
chofes, plus de substance , que tous
l'ambitieux amas des periodesnombreuſes
des Orateurs. Il n'y entre de
paroles qu'autant qu'ilen faut pour
exprimer la pensée ,de mesme qu'on
n'employe autourdes Pierres pretieu
fes qu'autant d'or qu'il enfautpour
les mettre en oeuvre. Telle est l'elo
quence, lors qu'elle part
du premier ordre , lors qu'elle est la
fruit de la fageſſe ,ou p'ûtost qu'elle
en est la fleur , qui s'épanche au dehors.
Qu'onregarde toutes ces profo
fusions de graces qui tombent sans
ceffe de ses mains liberales fur la
vertu&fur le merise, on n'en verra
d'une ame
86 MERCURE
point,quelquegrandes qu'ellessoient
qui valent lamaniere dont ellesfons
faises ,& qui ne soient accompagnées
deparoles cent fois plus pretieusesque
le bienfait mesme. Qu'on
interroge ceux qui reçoiventſes inftructions
fur les affaires dont il les
charge ; ils dirons qu'aprés les avoir
reçûes , ils fefont trouvez comme
changez en d'autres hommes , tant
les parolesdu Prince avoientrépan
dude lumiere dans leur esprit , &
pavoient fait germer de grandes
&de nobles pensées.Confultons ceux
que le marine fait entrer dans ſes
Confeils , ils avuiseront que leur
furprise , loin de diminuer , augmente
tous les jours àlaveuë de fo
Sageffe, qui prevoit tout , &y pour
voit en mesme temps ,dont les projets
ne manquent jamais leur effer aux
momens qu'il leur a marquez , &
que leur feule execution découvre
GALANT . 87
aux yeux des hommes. Ils confeffent
qu'étonnezde la facilité avec la
quelle il penetre les affaires les plus
obscures , & démeste les plus embaraffées
, ils comprennent encore
moins avec quelle netteté & avec
qu'elle précision il les décide. Que
fi le témoignage de ſes sujets nous
estoit suspect , nous n'aurions qu'à
écouter celuy de tant d'Ambaſſadeurs
, quivenus avec des Instruc
Bons pleines d'adreſſe politique, ont
efté déconcertez dés la premiere
Audience , qui se font vûs doucement
contraints de quitter leur propropre
volonté pour prendre celle du
Prince qui leur parloit , & qui re
tournezen leurs Pays ne se laſſent
point de redire les merveilles qu'ils
ont ouies de fa bouche , fans estre
jamais contens de l'idée qu'ils en don
ment. Après avoir remarquél'usage
merveilleux que noſtre Princeſcait
88 MERCURE
fairede la parole , n'oublions pasde
direqu'il ne luy arrivejamais d'en
abuser,&que jamais , parce qu'il
en connoist trop &la force &lepoids
ilne l'a prestée ny àfà colere , ny à
fon mépris. Si mon discours n'a pas
formé une affez grande idée de ce
Heros ,il nefaut que jetter les yeux
fur lasituation où il se trouve. Le
Ciel a permis que toute l'Europe se
Soit foulevée contre luy , que la Sterilité
mesme foit venue encore le
combattre , & il ne l'a permis que
pourfaire voir qu'il l'a comblé de
vertusfuperieures , &à tant d'Ennemis
, & à toute l'inclemence des
Saisons . C'est un spectacle que le
Cieldonne à l'Univers , pour faire
eclater lemerite &la grandeur de
fon Chefd'oeuvre ;spectacle quifera
bien toſtſuivi d'un autre plus glo.
rieux encore,où nous verrons la Paix
accompagnée de l'abondance couronGALANT.
89
nerfestravaux beroiques,Grépandrefur
nous tous les biens qu'ellepeut
donnerà la terre,
Toute l'Afſemblée , qui estoit
illustre & nombreuſe , donna de
grands applaudiſſemens à ces
deux Difcours , & ne fortir pas
moins fatisfaite d'une traduction
en Vers du Miserere , faite par
M. Boyer , que leut enſuite M.
l'AbbéTallemand.
Mrs de l'Academie Royale de
Villefranche ont fait faire un
Service folemnel pour le repos
de l'ame de M. de Villeroy , Archeveſque
de Lyon , leur Protecteur
. Un de leurs Academiciens
y prononça l'Eloge funebrede
ce Prelat avec autant d'éloquence
que de zele . Quelques
jours aprés , le fils de M. de Beffié
du Peloux , Secretaire perpetuel
de cette Compagnie ,
9,0
MERCURE
2
ſoûtint publiquement au Colle-..
gedes Peres Jefuites de Lyon ,
des Theſes de Philofophie , avec
beaucoup d'éclat & de fuccez .
L'Aſſemblée y fut nombreuſe &
choifie. La Planche n'eſt pas
moins confiderable par ladépenſe
, qu'elle est agreable par l'invention.
La Figure principale
eſtune Dame , qui a l'air , où
l'on voit la Majeſté mêlée avec
la douceur , & qui par ce mélange
heureux , repreſente l'Academie.
Elle tient en ſa main
droite une Plume , & en fagauche
un Livre , qui est le Recueil
des Pieces d'Eloquence & de
Poësie , faites par les Academiciens
, à la gloire du Roy ,
comme le Pere des Lettres , &
le modeledes Monarques , figuré
ſous le ſymbole du Soleil ,
dont les rayons éclairent le
GALANT.
91
Templede laGloire. Le dehors
pompeux & magnifique de ce
Temple , luy eſt montré par un
petit Genie , qui tient la deviſe
de cette Academie , dont le
corps eſt une Rofe de Diamans ,
&quia ces mots pour ame,Mutuo
clarefcimus igne. La Barbarie
: paroiſt renverſée ſous de vieilles
maſures d'Architecture ancienne.
On apperçoit dans l'air
au deſſus du Temple, la Renommée
qui embouche une trompette
,& qui en tient une autre
pour s'en ſervir tour à tour dans
les deux Mondes en faveur de
• LOUIS LE GRAND ,
& pour y publier ſes nouvelles
Conqueftes. Comme cette Theſe
eſt dediée à Mrs de l'Academiede
Villefranche , ont a pris
ſoin degraver aux quatre coſtez
des Concluſions de Philofophic,
9.2
MERCVRE
furdes branches de laurier , les
armes , les noms , & les qualitez
de Mrs les Academiciens.
M. d'Haurmont , l'un des
Academiciens de cette Compagnie
, a fait le Sonnet qui fuit ,
pour la medaille duRoypropo.
ſée par Mrs les Lanternistes de
Toulouſe , fur leurs Bouts Rimez
. Vous vous ſouvenez de ce
que je vous ay dit de ces Lan.
terniſtes , dans l'une de mes dernieres
Lettres.
A LA GLOIRE DU ROY.
SO NNET.
Qu'au Temple de la Gloire , on
élevele Bufte
Du Heros qui cent fois dans l'horreurdes
glaçons ,
lantes moiffons ,
Cent fois parmy les feux des bru-
1
3
GALANT.
93
&.
Lion robuſte .
A dompté l'Aigle fire , &le
Plus qu' Alexandre en guerre , en
paix plus grand qu'Auguſte ,
Ses faits à tous les Rois ferviront
de leçons ,
Aux neuf Soeurs , dematieres àde
doctes chanfons
Al'honneur defon regne außi bril
lant que julte.
Lâches adorateurs du crime de
Γ
orgueïl,
Qui fuyez de la Paix le favorable
accueil,
LOVIS parle , tremblez , son
bras estnostre digue
D'une Ligue infidelle il confond
les
refforts ,
Et bien toſt ſa valeur en miracle
prodigue ,
94
MERCVRE

Va da Monde Chreftien rétablir
les accords .
PRIERE POUR LE ROY.
Les deffeins de Louis tendent à
voftregloire
SEIGNEUR ,fur ce grand Ry ,
redoublezvos bienfaits ,
Etlemenant toûjours de victoire en
victoire ,
Couronnezſes travauxpar une heureuse
paix.
Cornua peccatorum confringam
, & exaltabuntur cornua
juſti. Pf. 4. v. 10 .
Un illustre Inconnu , ſous le
nom du Chevalier de l'Etoile ,
aadreſſé à ces nouveaux Aca-
'demiciens , le Sonnet ſuivant ,
qu'il a fait impromptu, àla confideration
de quelques Dames
fcavantes , avec lesquelles il eut
GALANT.
25
a le plaiſir de dîner ces jours
paffez.
SONNET.
Aoquelde nos iferos est de l'hon
neurdu Buſte ?
C'est fans doute à celuy qui malgré
les
Delauriers immortelsfaitpar tout
des
Et qui plus qu'un Alcide eft vail.
glaçons
moiffons,
lant robuſte.
En clemence LOVIS furpasse
mesme Auguſte ,
Cefar fur la valeur prendroit de
fes leçons.
Formons pour luy des voeux redoublonsnos
chanfons
Enl'honneur d'un Monarque fi
grand fi jufte.
96 MERCURE
Il pardonne aux soumis , mais il
punit l' orgueïl.
Ilfait toûjours aux fiens unfavorable
accueil ,
Il oppoſe à l'envie une invincible

digue.
Ilmeutfans se mouvoir mille
mille reffors.
Le Ciel en le formant de ſes dons
fut prodigue ,
Etſes donsfont en luy de merveil.
leux accors.
PRIERE POUR LE ROY,
Nousreconnoiffons icy-bas
Louis pour ta fidelle image ;
Puisque c'est ton plus bel ouvrage ,
SEIGNEUR , ne l'abandonne pas.
Exaudiet illum de coelo ſancto ſuo ,
in potentatibus ſalus dexteræ ejus .
Μ.
GALANT.
97
M. le Preſident de Reffeguier
, l'un des ſept Mainteneurs
des Jeux Floraux de Toulouſe,
eſtant mort , M.de Refle.
guier le Conſeiller en fit l'ouverture
par un beau Diſcours
à la loüange du Roy
le 15 .
d'Avril dernier ; & le premier
de cemois on donna les trois
Fleurs à Mrs Crozat, Gourdou ,
& Colomiez , pour leurs Chants
Royaux & leurs Sonnets .
د
Je vous parlay il y a quelque
temps d'un Eſſay de Pleaumes
&deCantiques,queMademoifelle
Cheron a mis en Vers ,
enrichis d'un grand nombre de
Figures. Je ne sçaurois mieux
justifier ce que je vous en dis
d'avantageux , qu'en vous envoyant
les Vers que M. de Sennecé
a faits ſur cette excellente
Verſion. Jugez de la beauté des
May 1694.E
98 MERCURE
Ouvrages qu'il abandonne au
Public , quand ils ſont ſurd'autres
matieres que la louange
d'un Livre.
SUR UNE TRADUCTION
des Preaumes , faite en Vers
parMademoifelle Cheron.
ODE
QuitableRenommée ,
Qui du naufrage des temps ,
Parlemerite charmée ,
Sauves lesnomséclatans ;
Suspensta voix de tonnerre ,
Qui vedoublede laguerre
Le tumultueux effroy ,
Et d'un accent pleindegrace
Viens celebrer au Parnaffe
Vne Femme comme toy.
81
*
flame Le beau Sexe dont la
LYON
GALANT.CUE BELA
LYON
*
7098 * Prend ſaſource dans les
Ne captivepoint nostre ame
Par leseulplaisirdesyeux.
chezluy la delicateffe,
Le bon goust , la politeffe
Regnent d'un air élevé.
Sansfecours &fans culture
Ilreçoit de la Nature
Un esprit tout cultivé.
Sapho n'est point obscurcic
Des ombres de deux mille ans ,
Et Rome , de Sulpicie
Honore encor les talens.
La Greque de sa tendrefe,
Avec art , avec fineſſe ,
Peint les transports aveuglez;
Et la Romaine plus ſage ,
Des douceurs du Mari ge
Charme les efprits regler.
Et toy , France, dont lagloire
Fournit tant de grands objets ,
E 2.
100 MERCURE
Tour embellir ton Histoire
Manqueras tudeſujets ?
Al'Italie , à la Grece ,
Superbes pour la Noblesse
De quelque nom favory,
Oppose en troupe confuse
Bernard,Des-jardins , la Suze,
Des Houlieres , Scudery.
Mais quelleEtoile nouvelle
Brilleà mesyeux étonnez,
Dont la fplendeur immortelle
Rendra nos Fastes ornez?
Est- ce une chafteDéesse ?
Eft ce Anne la Propheteffe ,
Soeur& Compagne d'Aron ,
Quiſous unbabit deMuse ,
Parune pieuse rufe ,
Sefait appeller Cheron ?
Cheron, Muse , onPropheteffe ,
Quel'Efprit Saint dans tes Vers
Affermit bien la foibleffse
GALANT. 101
D'un coeur accablé de fers !
Soit qu'ils decrivent l'atteinte
Du remords de la crainte
Qui ſuit l'Impie en tout lieu ,
Soit que leur sainte énergie
Nous faffe l'Apologie
De la conduite de Dieu.
David , que larepentance
Deſon crime avoit purgé ,
Al'amere penitence
Partes Vers est rengagé.
Dans le comble de la gloire
Vne touchante memoire
Attendrit cefageRoy ,
Et taVerfionfidelle
Luy rendsa douleur fibelle ,
Qu'ilpleure encoravec toy.
ز
Les Hebreux dans leurs fouffrances
AleurPatrie arrachez,
Aiment par tes remontrances
E 3
102
MERCVRE
La peine de leurs pecher.
Ce Peuple que ta voix flate ,
Nabborre plus tant l'Euphrate ,
Ennobly de tes chansons.
Et voudr itfur fonrivage
Vivre encor dans l'esclavage
Eclairéparte lecons.
*
O beautez , qui du Parnaffe
Avez connu l'art touchant,
A Cheron qui vous efface ,
Cedez la gra e du Chant .
Les éclatantes merveilles ,
Qui font l'objet de ses veilles ,
L'élevent juſques aux Cieux ,
Et fagloire nous devance ,
CommeleDieuqu'elle encense
Devance les autres Dieux.
**
Vole , Déesse , où t'engage
Leſoindenosinterest .
Le Rhin, la Meuse , le Tage ,
Friffonnent denos apprests.
GALANT.
103
Recommencelafatigue,
Qu'àla bonte de la Ligue
LOVIS te donne aujourd bay ;
Seulil te met hors d'haleine ,
Et tes cent bouches àpeine
Suffifent e les pour luy.
Les malheurs qui arrivent
tous les jours par les mariages
mal - aſſortis , ne font point
des exemples affez forts pour
empeſcher que l'intereſt ou
l'ambition ne prévalent toûjours
aux motifs d'eſtime , de rapport
d'humeur , & de ſimpatie , qui
devroient former ces fortes
d'engagemens. Ce que je vais
vous conter en eſt une preuve.
Un Officier revêtu d'une Charge
tres- confiderable dans la Robe,&
d'une Famille où de grandes
dignitez avoient mis beau104
MERCVRE
coup d'éclat , jetta la vûë pour
fe marier ſur unejeune perſonne
dont la naiffante beauté commençoit
déja à faire force conqueſtes
. Cet avantage eſtoit foutenu
d'une fortune , qui l'auroit
fait rechercher quand elle n'auroit
pas eu tous les agrémens qui
brilloient dans ſa perſonne . If
eſt vray que ſa naiſſance eſtoir
allez mediocre , mais ce deffaut
n'eſt pas grand lors que l'argent
a dequoy le reparer , & l'Officier
qui eſtoit avare le compta pour
rien . Comme il ſe laiſſoit conduire
à l'intereſt ſeul, il s'adreſſa
à fon Pere , ſans ſe mettre en
peine s'il pourroit toucher le
coeur de cette jolie perſonne .
Le Pere qui de ſon coſté s'abandonna
à l'ambition , fut ravy
d'une alliance qui mettoit fa
Fille dans un rang fort élevé ,
GALANT.
τος
,
&fansluy rien dire de la propoſition
qu'on luy faiſoit , il arſta
toutes chofes avec l'Officier
qui ne voulant point joüer le
perſonnage d'Amant preffa
fortement la concluſion de fon
mariage. Ainfila Belle fut fort
étonnée quandon luy vint and
noncer qu'elle eſtoit promiſe ,
&qu'elle devoit eſtre mariée
dans quatre ou cinq jours . Un
terme fi court luy fit frayeur.
Quoy que fon coeur foſt un
coeur tout neuf, qui n'ayant jamais
aimé devoit eſtre indifferent
au choix que fon Pere avoit
fait pourelle , illuy parut qu'elle
avoit le principal intereſt dans
cette affaire , & elle luy dit que
s'il vouloit bien luy donner un
peu de temps pour s'accoutu
mer àla vûë d'un homme qui
ES
106 MERCURE
luy eſtoit entierement inconnu,
elle engageroit la liberté avec
moins de repugnance. Il luy répondit
que c'eſtoit à elle à obeïr,
& qu'il ſçavoit bien ce qu'il
faifoit , & la peur qu'il eut
que le party ne luy échapaſt, luy
fit uſer de la pleine autorité de
Pere pour tenir parole à FOfficier.
Toutes les larmes de la
Belle furét inutiles pour obtenir
le moindre delay. Le mariage ſe
fit preſque auffi-toſt qu'il fut
propoſé , & vous pouvez vous
imaginer dans quel tiſte eſtat
elle ſe trouva ,lors qu'elle fe vis
au pouvoir d'un homme , qui
ne l'ayant point choiſie par
amour , ne luy fit paroiſtre dans
fes manieres d'agir,aucun de ces
tendres fentimens qui peuvent
gagner les jeunes perſonnes. Il
GALANT. 107
-
n'y eut jamais une plus grande
oppofition que celle qui ſe rencontra
dans leur humeur. La
Belle eſtoit douce , il eſtoit fort
turbulent. Elle ſe ſentoit portée
àune dépenfe honneſte ,rien ne
luy ayant eſte épargné dés ſes,
plus jeunes années , & il ſe privoit
de tout pour faire toûjours
quelque nouvelle acquifition. Il
eſtoit fur tout fi contrariant ,
qu'il fuffifoitqu'elle te moignaſt
avoir envied'une chofe,pour l'o
bliger àne vouloir pas fouffrir
qu'elle ſe puſt ſatisfaire. Cette
conduite luy fit prendre malgré
elleun fi granddegouft pour loy
que tout fon attachement à bien
remplir ſes devoirs , ne fut point
capable d'étouffer la fecrerte
averſion qu'elle fentoit dans
fon coeur. L'enjoûment qui
E6
108 MERCVRE
luy eſtoit naturel fe changea
bientoſt en un chagrin fombre,
qui la rendoit infenfible à tous
les honneurs que fon rang luy
attiroit. Son teint vif& éclatant
ſe trouva terny ,elle devint maigre,&
le peu de ſoin qu'elle pric
d'elle, laiſſa évanouir ſa beauté.
Elle paſſa quatre ou cinq années
de cette forte , & ce qui la fit.
fouffrir davantage , c'eſt qu'é--
tant d'une merveilleuſe propreté,
elle ne put par ſes douces remontrances
obtenir de fon Maryqu'il
priſt quelque ſoin de ſe
rendre propre. Enfin une mala
die ſurvenuë fort à propos l'en
delivra , dans le temps que le
chagrin qui la devoroit, la menaçoit
elle meſime d'une mort prochaine.
Quoy qu'elle paruſt fort
moderée dans la joye que ce
changement luy devoit caufer ,
GALANT. 109
elle gouſta d'autant plus la douceur
de ſe voir Veuve , que
n'ayant point eu d'Enfans , elle
ſe trouva ſans aucune charge,&
maiſtreſſe d'elle- meſme, Son Pere
n'eut plus de pouvoir furelle ,
&tous les partis qu'il luy pro
poſa bien- toft apres furent rejettez.
Elle fe voyoit beaucoup
de bien avecun rang diftingué ,
& pour former des pretentions
encore plus hautes , elle n'avoit
qu'à attendre le retour de fa
beauté. Le repos & la fatis- faction
d'eſprit où elle vivoit , luy
redonnerent en. fort peu de
temps les vives couleurs qu'elle
avoit perduës , & l'embonpoint
qui luy avoit manqué dans tout
le temps de fon mariage, s'eſtant
joint aux charmes que la nature
avoit répandus ſur ſa perſonne ,
elle fut regardée de tous côtez
110 MERCURE
commelamerveille de fon Sexe.
Elle n'avoit alors que vingt ans,
& comprenant que l'eſtime
qu'on auroit pour elle dépendroit
de ſa conduite , elle s'obſerva
fi bien , qu'il n'y en eut
point de plus reguliere. On la
rencontroit chez ſes Amis , mais
on la voyoit rarement chez elle.
Les viſites affidues bleſſoient
ce qu'elle devoit à ſa réputation ,
&ce fut ce qui enflamma encore
davantage beaucoup d'Amans
qu'elle fit. Plus elle marquoit
de retenuë , plus ils s'empreffoient
à fe trouver dans les
lieux où ils ſçavoient qu'elle
alloit le plus ſouvent ,& c'eſtoit
à qui pourroit luy donner de
plus fortes marques de la paffion
que chacun d'eux avoit de luy
plaire. Elle payoit leurs galantes
declarations par toute ThonGALANT.
III
neſteté qu'ils pouvoient atten.
dred'elle; mais fans dire qu'elle
renonçoit àun ſecond mariage,
elle faifoit concevoir que les
chagrins que le premier luy avoit
cauſez , la rendroient difficile
fur le choix , & on voyoit bien
que ſa conqueſte ne ſeroit pas
une choſe aisée . Elle avoit raifon
de ne rien précipiter. Son
eftat eſtoit heureux , & à moins
d'une fortune extraordinaire
ou que 1 Etoile n'agiſt,il luy devoit
eſtre avantageux de garder
le nom de Veuve. Il y avoit déja
deux, années entieres qu'elle
conſervoit cette prérieuſe qualité
, ſansavoir eu aucune tentatió
de s'en de faire, lors que s'eftant
trouvée en un lieu où l'on
donnoit une grande feſte , elle y
remarquaunjeune Marquis,dont
l'air commença à luy impofer.
Irz MERCURE
avoit la taille fine & fort dégagée
, & ce qui eſtoit le plus capable
de la toucher , ſon ajuſtement
eſtoit ſi bien entendu ,&
marquoit une perfonne fi propre
, qu'elle ne put reſiſter à la
curioſité qui la porta à vouloir
fçavoir fon nom. Ce qu'elle en
aprit , foit pour le bien , foit pour
la naiſſance, ne put que luy don.
ner des impreſſions favorables
au Marquis qui l'ayant diſtinguéed'abordparmy
celles de ſon
Sexe , ne fut pas moins empreffé
à demander qui elle eſtoir.
Ce rapport de ſentimens dans
leur curiofité , en produiſit dans
Feſtime qu'ils ſentirent l'un pour
l'autre dés cette premiere veue..
Le Marquis la fir paroître en
s'approchant de la jeune Veuve,,
&cherchant toujours à luy par
ler.Elle répondit avec eſprit aux
GALANT. 113
S
choſes flatteuſes qu'il prit plaifir
à luy dire , & elle le fit d'une
maniere qui ne luy donna pas
lieu de faire diverſion. La feſte
ayant finy par le Bal, il la mena
danfer pluſieurs fois , & s'en
acquitta avec tant de grace ,
qu'elle ne pût ſe défendre de le
regaler de quelque douceur ſur
.fon air aisé. Comme il n'eſt pas
s difficile de remarquer quand on
plaiſt , le Marquis ſe ſepara de
la Veuve perfuadé qu'il n'eſtoit
pas mal dans ſon eſprit. Voulant
profiter de cet avantage ,
il s'attacha à luy rendre quelquesfoins
, & s'il ne pût l'obligerà
luy permettre des viſites
auſſi affiduës qu'il les vouloit rendre
, il eut au moins l'heureux
privilege de ſe faire recevoir
beaucoup plus ſouvent que tous
fes Rivaux. Hne put la voir long114
MERCURE
temps fans s'abandonner à tout
ce que fait fentir la plus forte
paffion . Comme il ſe ſentit
tres - amoureux , il reſolut de
ſe faire aimer , & n'oublia rien
de ce qui pouvoit luy faire acquerir
quelque empire fur fon
coeur. Il eut quelque lieu de ſe
later d'avoir réuffi . Plus l'aimable
Veuve le voyoit plus ſes
manieres polies , ſa converfation
aifee & galante , & furtout
ſa propreté ,ébranloient infenfib'ement
le deſſein où elle estoit
de ne ſe point rendre . Elle s'en
appercevoit , & s'accufoit de
foibleſſe , en ſe demandant à
elle- meſme ce qui luy manquoit
dans la ſituation où la mettoir
le Veuvage , maisen concevant
le peril qu'elle couroit , elle fen.
toit bien qu'elle n'avoit pas la
force de faire tout ce qu'il faloit
GALANT
1

pour l'éviter , & quoy qu'elle
ne diſt rien de poſitif au Mar-
- quis, le peu de ſoin qu'elle prenoit
de le fuir , luy faifoit affez
connoiſtre que pour l'obliger à
prendre un entier engagément ,
il n'avoit beſoin que d'un peu
de temps. Les choses estoient
en cet eftat , lors qu'on luy fi,t
une affaire , où un des plus particuliers
Amis du Marquis la
pouvoit fervir utilement. Elle
refolut de le prier de tâcher à
mettre cet Amy dans ſes inte
refts , &quoy qu'elle ſceuſt que
luy vouloir avoir obligation ,
c'eſtoit s'engager à l'écouter encore
plus favorablement qu'elle
n'avoit fait , elle ne balança
point à luy rendre une viſite ,
afin que ſa priere fuft faite dans
toutes les formes . Elle alla chez
luy à neufheures du matin , &
(
116 MERCUR E
2
ſes Laquais luy ayant ouvert l'ap
partement où entroient ceux
qui avoient à luy parler , coururent
à la chambre de leur
Maiſtre pour l'avertir de cette
viſite. Comme elle jugea qu'il
n'eſtoit pas habillé , & qu'il la
feroitattendre , elle s'en voulur
épargner l'ennuy , & montant
auffi toſt qu'eux , elle le trouva
en robe de chambre. Il ſe plaignitdu
mauvais tour qu'elle luy
faiſoit en le ſurprenant ainſi en
defordre , & venant au devant
d'elle pour l'empêcher d'avancer
il la voulut mener dans un
autre lieu , mais il le voulut inutilement.
Elle prit un fiegedans
fa chambre , où tout luy parut
fi mal arangé & fi mal propre ,
qu'elle fut bien aiſe de s'en im-
Primer fortement l'idée , pour
trouver par elle la gueriſon de
د
GALANT.
117
1
fon coeur. Il eſtoit luy- meſme
dans un deshabillé dégoûtant ,
qui luy fit chercher en luy ce
Marquis toujours ſi paré & fi
magnifique , quand il rendoit
des viſites , ou qu'il ſe montroit
dans un lieu public. Ce fut pour
elle enceteſtatnegligéunhom.
me tout autre que celuy qu'-
elle avoit vû juſque-là ,& elle
avoit peine à le reconnoiſtre .
Cet incident luy fit faire de
grandes reflexions. Elle fut perfuadée
que ſa parure n'eſtoit
qu'un effet de ſa vanité ; que
la propreté ne luy eſtoit point
naturelle, & que quand il ceſſeroit
de chercher à plaire , il
n'auroit plus aucun ſoin de ſa
perfonne. Il ne fallut rien de
plus pour la refroidir dans ſes
ſentimens. Le Marquis luy demanda
ce qu'elle venoit luy orMERCVRE
donner , & fans luy rien dire
du beſoin qu'elle avoit de fon
Amı , elle répondit qu'elle s'eftoit
creuë obligée de payer au
moins par une viſite toutes celles
qu'elle avoit receuës de luy.
Hine ſcent que s'imaginer de
cette réponſe , & fut étonné
en la revoyant,de ne plus trou
ver en elle un certain air gracieux
qui luy répondoit de
l'agrément qu'elle donnoit à ſes
foins. Il avoit beau estre reguher
dans ſa parure & dans ſon
ajuſtement ; tout ſembloit affectation
à la jeune Veuve , &
en ſe repreſentant ſon deshabillé
, & le deſordre qu'elle avoit
vû dans ſa chambre , elle n'eſtoit
plus ſenſible au plaifir que
luy avoit faitd'abord ſa propreté
, qui commença à luy paroiſtretrop
étudiée . La froideur
GALANT.
119


1
qu'elle luy marqua l'ayant furpris
, il crut que c'eſtoit l'effet
d'une humeur bizarre , & qu'il
ne falloit , pour la fairerevenir,
queluy donnerde la jaloufie. If
s'attacha pour cela à une jolie
perſonne qui luy convenoit en
toutes manieres , & il lay fit
mefme des avances aſſez fortes,
afin quele bruit s'en répandant,
elle puſt s'en alarmer, ce qui luy
redonneroit la premiere place
qu'il avoit eue dans ſon coeur ;
mais cet artifice n'eut aucun
fuccés. Le nouvel attachement
duMarquis ne luy donna pointe
d'inquietude ,& elle levit , non
feulement ſans s'en plaindre ,
mais fans changer ſes manieres
avec luy. Enfin , voulant s'é
claircir entierement des fen
timens de la Dame , illuy fit
dire par une de ſes Amies , que
120 MERCURE
dans quelque engagement qu'il
ſe fuſt mis , ileſtoit preſt de le
rompre , ſi elle vouloit confentir
à l'épouſer . La belle Veuve ,
à qui le dégouſt qu'elle avoit
pris avoit rendu toute fa raiſon,
répondit à cette Amie , que
le Marquis avoit fait un trop
bon choix pour y vouloir renoncer
, & que l'amour qu'il
ſembloit , avoir pour elle , devoitd'autant
moins ſervir d'obſtacle
à ce que ſes intereſts
demandoient qu'il fiſt , que
l'heureuſe qualité de Veuve ,
qui la rendoit maiſtreſſe abfoluë
de ſes volontez , luy paroifſoit
préferable à tout . Cette réponſe
détermina le Marquis. II
ſe maria quelques jours aprés ,
&la Dame s'eſtant expliquée
ſur ſon avanture , avona que ce
qu'elle avoit vû de mal propre
dans
e
TREQUE
DE
S
LYON
E
*18.93*
+
FEfu
GALANT . 121
dans la viſite qu'elle luy avoit
renduë , luy faiſant mal juger
là deſſus de tous les hommes ,
quin'avoient attention qu'à des
dehors apparens , l'avoit guerie
pour toujours de la tentation
de ſonger à un ſecond mariage.
Quoy que je vous aye déja
parlé de l'affaire de Liege , je
n'ay pas prétendu l'avoir traitée
avec toute l'étenduë que vous
attendez de moy, ny vous avoir
expliqué les diverſes circonſtances
, qui miſes enſemble doivent
faire un morceau d'hiſtoire.
Il faut du temps pour les recueillir.
Il ne s'agiſſoit , quand
je vous en ay parlé, que de fatisfaire
une premiere curiofité,qui
ne demande d'abord qu'un éclairciſſement
general fur ce
qui fait bruit par tout . Je viens
donc au particulier de cette af-
May 1694. F
(
122 MERCURE
faire , & je commence par ce
que c'eſt que l'Etat de Liege.
C'eſt un Duché en la haute
Allemagne , compris dans les
Pays-bas . Il eſt entre le Brabant,
la Meuſe , &le Comté de Namur
, & une partie de celuy de
Gueldre & du Luxembourg.
L'Eveſque dont il dépend , eſt
Prince du Saint Empire,& prend
le titre de Duc de Builon , de
Marquis de Franchimont ,& de
Comte de Lonts & de Haſbain ,
qui font des Seigneuries dans
le Pays de Liege, où l'on compte
cinquante - deux principalesBaronnies
, vingt - quatre Villes
cloſes , & plus de quatre cens
Villages. Les principales Villes
font Tongres , Huy , Maſtrich ,
Dinant , Builon,Fumay, Thuin ,
Saint Hubert & Rochefort.
Celle de Liege , qui eſt la CaGALANT
.
I 2.3
pitalede tout le Pays , eſt tres-
2. ancienne , & quelques • uns
e croyent qu'elle a eſté baſtie par
es Ambiorix , Prince Gaulois,dont
Cefar parle dans ſes Commentaires.
Le Palais de l'Eveſque eſt
tres- magnifique. Ses Sales & fes
2-
D
d
d
3:
Galeries ſont preſque à perte de
vûë , & les yeux ont de quoy
ſe fatisfaire dans la beauté des
appartemens. Il n'y a rien de ſi
beau que les Parterres de ſes Jardins
, ſans vous parler des Jets
d'eau & des Fontaines . Au de.
vant de l'Egliſe Cathedrale de
Saint Lambert , l'une des plus
belles & des plus ſpatieuſes de
l'Europe , eſt le Cloiſtre des
Chanoines , qui ont le privilege
d'élire l'Eveſque , lors que le
Siege eſt vacant . Ce Chapitre ,
qui eſt tres - celebre dans la Ch.
reſtienté , eſt compoſé de Prin
F 2
224
MERCVRE
ces , de Cardinaux ,& d'autres
perſonnes diftinguées par la
Nobleſſe ou par les Lettres.
L'Eveſché eſt Suffragant deCologne
, & ayant eſté premierement
àTongres,& enſuite à Maſtrich
, il fut tranſporté à Liege
par Saint Hubert, Succeſſeur de
Saint Lambert. L'Election de
l'Evêque y cauſa de grands defordres
dans le quinziéme fiecle.
Jean de Baviere gouvernant
depuis longtemps l'Egliſe de
Liege , les Liegeois luy firent
la guerre , & l'aſſiegerent dans
Maſtrich,où Jeande Bourgogne
le vint dégager. Il tuatrente- fix
mille Liegeois dans une Bataille
l'an 409. & ayant obligé
les autres à ſe ſoumettre , il
entra dans la Ville , & fit précipiter
dans la Meuſe les plus
GALANT.
125
e
e
e
لا
de
1
ک
coupables des Revoltez . Il y a
eu auffi dans ce ſiecle de grands
differends entre les Liegeois &
leur Evefque,& ils ſont connus
de tout le monde. Le dernier
mort avoit eſté élu par les brigues
du Prince d'Orange & des
Hollandois , qui ne vouloient
point de ces grandes Familles
de Princes & de Souverains
d'Allemagne , qui en s'uniſſant
enſemble auroient pu leur tenir
teſte . C'eſtoit un bon homme
fort âgé , occupé entierement à
prier Dieu, & qui pleuroit d'autant
plus amerement les malheurs
deſon Eftat,que M.Mean,
Grand Doyen , qui le gouvernoit
, & l'obſedoit, & qui eſtoit
abſolument au Prince d'Orange
,luy faiſoit croire qu'on n'y
pouvoit apporteraucun remede.
D'ailleurs , les Liegeois n'ef-
F 3
126 MERCURE
toient pas maiſtres chez eux , &
les Troupes du Prince d'Orange,
dont leur Pays ſe trouvoit
rempli , n'eſtoient pas moins
pour les tenir en bride eux - mêmes
, que pour les garder. La
Neutralité les accommodoit
mais elle n'accommodoit pas les
Alliez. Les choſes eſtoientdans
cette ſituation quand l'Eveſque
mourut fubitement. Les mêmes
intereſts & la meſme politique
àl'égard du Prince d'Orange &
des Hollandois , ſubſiſtant toujours
, il eſtoit à croire qu'on ſe
donneroit les mêmes mouvemens
pour l'Election d'un Succeffeur
, & que les mêmes brigues
ſe faiſant on chercheroit
des prétextes pour empêcher
M. le Cardinal de Bouillon ,
Grand Prevoſtde Liege, d'y afifter
, tant parce qu'il eſt fort
GALAN T.
127
S
e
S
aimé du Peuple & du Chapitre,
que parce qu'il eſtoit ſeur que fa
• voix,& celles de ſes Amis n'auroient
pas eſté pour ceux du
Prince d'Orange. L'Election
ayant eſté arreſtée pour le 20 .
d'Avril dernier, M. le Cardinal
de Boüillon partit pour ſe rendre
à Liege, ou du moins àportée
d'y entrer , fi la face des affaires
changeoir.Eftant arrivé à
Huy , accompagné de M. Vaillant
, tres habile pour répondre
aux chicanes qu'il eſtoit hors de
doute qu'on lui feroit , il trouva
qu'il ne s'eſtoit pas trompé dans
ce qu'il avoit prévû , & c'eſt ce
que vous allez voir dans la Pro
teſtation qu'il fit,& dont je vous
envoïe la copie.
C
F4
128 MERCURE
PROTESTATION
& Acte d'Appel interjetté à
Nôtre S. Pere le Pape Innocent
XI I. & au S. Siege , par
fon Alteſſe Eminentiſſime
Monſeigneur le Cardinal de
Boüillon , Grand Prevoſt de
Liege.
Avnom de
Vnom de Dieu ſcachent tous
ceux qui liront, ou verront , o18
entendront lire le present Acte public,&
qu'il leurſoit connu avec
évidence , que dans cette année
1694. latroisième du Pontificat de
nostre tres faint Pere le Tape Innocent
XII, indiction seconde ,& le
neuvième du mois d'Avril est com
paru par devant moy , Notaire pablic
Apostolique , étably en la
Ville de Huy , Diocese de Liege,
les témoinssoußignez, SerenißiGALANT.
129
e
e
C
me Prince & Eminentißime Cardi
nal Emmanuel Theodose de la Tour
d'Auvergne , Evesque Cardinal ,
ſous le titre del'Eglise & Eveſché
d'Albane , Grand Prevost , Treſorier
& chanoine de la tres illuftre
Eglise Cathedrale de Liege , estant
de preſent logé en ladite Ville de
Huy , dans la rue des Chevaliers ,
Paroiffe deSaint Denis ;lequel Eminentißime
Cardinal de Bouillona
dit declaré devantmoy Notaire
lestémoinssoußignez, qu'außi.
toſtqu'il a appris la mort deson Al
teffel Evesque& Princede Liege ,
Louis , Baron d'Elderen, d'heureuse
memoire, il est partyſans aucun de.
Layde la CourduRoytres- Chreftien
s'est mis en chemin des le 11 .
Févrierdernier, afin de venir aßiſter
en perſonne à l'élection prochaine
d'un Evesque &Trince de Liege ,
àlaquelle de droit il doit aßifter
FS
2
130
MERCURE
comme estant du Corps dudit Chapi
treàcause desa Dignité de grand
Prevost, qui est dans laditeEglife
lapremiere Dignité après l'Epiſco.
pale ,& encore de l'office ou Dignité
de Treforier &de Chanoine
qu'ilpoffede paisiblemet depuis long
temps. Mais comme àcause des difficulter
des chemins dans le temps
de l'hiver, ledit Seigneur Cardinal
ne pouvoit pasfaire une si grande
diligence , il avoit dépêché par
avance un Gentilhomme qu'il avoit
fait partir en pofte pour rendre une
lettre audit Chapitre , par laquelle
illuy donnoit avis qu'il arriveroit
bien toſt dans le Diocese , mesme
dans la Ville de Liege , ſi cela lay
estoitpermis , afin qu'il nesepaſſaſt
rienfans l'appeller touchant la pro.
chaine élection ; mais les Generaux
qui commandent les Troupes dans
ladite Ville de Liege , & qui y
2
GALANT. 131
0
71
1
1
exercent touteforte d'empire , ayant
refusé l'entrée à ce Gentilhomme .
il a esté obligé de renvoyer ladite
lettrepar un Trompette de la GarniſondeNamur
à laquelle le chapitren'afait
d'autre réponſe,ſi ce n'est
qu'eſtant occupé à la ceremoniefunebre
pour les obſeques du deffunt
Evesque , & eftant employé à d'autres
affaires , il ne pouvoit fonger à
d'autres choses pour lepreſent.
Et bien que presque dans le mefmetemps
, ledit Seigneur Cardinal
deBoüillon ait récrit audit Chapitre,
pour luy donner avis qu'il estoit arrivé
dans la Ville de Huy , qui eft
du Diocese de Liegele vingt deuxième
du mois de Fevrier , &qu'il
luy demandoit tres instamment des
paffeports pour se rendre à Liege ;
en l'effurant qu'il n'iroit
meureroit qu'avec ſesſeuls domesti
ques,ſansse mêler d'autres affaires
ny de
F6
132
MERCURE
que de celle qui concernoit l'élection,
àlaquelle il vouloit s'appliquer uniquement
pour lebien l'avantage
du Pays , & de l'Eglise de Liege ;
neanmoins bien que le gouverne.
ment du temporel de l'Etat appartienne
de droit au Chapitre durant
la vacance du SiegeEpiscopal ,
que mesme ils'enfort mis enpoßeffion,
ayant außi toſt après la mort
de l'Evesque & Princede Liege
exigé le ferment de fidelité , que
le General Commandant des Troupes
quifont dans la Ville luy a preſté ,
& qu'il ait même commisdesChanoines
du corps du Chapitre , pour
veiller à la garde de la Citadelle
des autres Fortereffes & de La
Ville &de l'Etat ; &que meſme
tous les paſſeportsfoient actuellement
expediez par le Commandant
des Troupes , au nom du Doyen
du Chapitre de Liege , le SiegevaGALAN
T.
133
3
1
1
ز
رب
f
art
74
cant ; toutefois ledit Chapitre arefu.
féd'en accorderaucun audit Seigneur
Cardinal , afin que ce refus eust
quelque pretexte il a répondu audit
Seigneur Cardinal qu'il n'appartenoit
pas audit Chapitre de délivrer
lesdits paſſeports, mais qu'il devoit
lesobtenir des Princes Confederez.
épou-
Toutes lesquelles choses luy ont
an affezfait connoiſtre que le Chapitre
de Liegeſetrouvant obſedé
vanté par les Troupes composées la
pluſpart de soldats d'uneReligion
opposée àcelle de la veritable Eglife,
n'avoit n'auroit à l'aveniraucune
liberté dans ses déliberations: ce qui
a obligé ledit Seigneur Cardinal de
témoigner par trois lettres confecutives
qu'il a envoyées par le mesme
Trompette au Chapitre de Liege ,
n'y ayant pas d'autre voye , qu'il
prendroit volontierstouslesexpediens
tous les temperamens qui pou
134
MERCVRE
voient concourir à maintenirlapaix
la concorde : afin de réünir les
efprits pourtravaillerdeconcert pour
le bien commun & l'avantage du
Pays de l'Eglise de Liege ; mais
tous ces avis qui estoient donnezdans
un efprit de paix ayant esté rejettez,
on asuggere au tres illustre Chapi.
tre de Liege, qu'ilfalloit par toute
fortede voye empêcher l'entrée dans
la Ville de Liege , mesme priver
ledit SeigneurCardinal de Boüillon
de voix active dansla prochaine élection
,& l'ons'eſtſervy pour cela du
pretexte d'un prétendu Statut ,par
lequel on a prétendu que ne s'estant
point representé en personne , oupar
Procureur, dans le dernierChapitre
de lafaint Gille , il devoit estre traitécommeForan
.
Ledit Seigneur Cardinal a toujours
continué ses instances auprés
dudit Chapitre , afin qu'il luy fust
GALANT.
135
ل ا
三类
11
الا
permis de propoſerſes exceptions &
fes deffenfes , qu'on ne peut jamais
luy ofter ,qu'aprés les avoir examinéesmurement
& avec uneferieuse
reflexion : mais la mesme crainte &
la mesme oppreſſion que le Chapitre
fouffredes Troupes qui font dans la
Ville de Liege , prévalant à toutes
les loix& àla libertéEcclefiastique
il n'a jamais pû obtenir la permisfion
du Chapitre pour pouvoirfeulementproposer
aucune deffense dans
leChapitre , au contraire tous les
temperamens par luy proposez avec
toutes les feurerezneceſſaires ont esté
rejettezusqu'àpresent , & mesme
jusqu'à d'aujourd'huy. Il se trouve
tellement méprisé dans l'élection .
quele Chapitre n'a pas encorevoulu
le convoquer pour aſſiſter à l'élection
prochaine,bien qu'ilsoit depuis prés
dedeux mois dans le Diocese de-Lie
ge,& que mesme il ait offers tous
136 MERCURE
les paſſeports neceſſaires à ceux du
Chapitre qu'il voudroit députer
pour conferer amiablement dans la
Ville de Huy fur les raisons qu'il
avoit à leur proposer ,&qu'il leur
ait donné connoiſſance d'une Declaration
tres-autentique de fa Ma
jesté tres- Chestienne, qu'ilamesme
renduë publique , en donnant ordre
qu'elle ait eftè affichée aux portes
del'Eglife Cathedrale de Liege &
dans tous les lieux circonvoisins, par
laquelle DeclarationSa Majestépar
un pur Zele pour maintenir la liberté
& l'immunité Eccleſiaſtique ,aca
corde une Treve& une entiere neutralité
à tout le Pays &Eftat de
Liege ,&une ſuſpenſion de toutes
fortes d'actes d'hostilité durant tout
le temps de l'Election & jusqu'au
primier May prochain , avec des
Saufconduits,Sauvegardes &paffe-
Partspour tous les Capitulaires.
GALANT.
137
Tous lesquels refus faisant bien
100 voir audit Seigneur Cardinal de
Bozillon , que dans la prochaine
Election tout sefera par la crainte
quin'est pas vaine & imaginaire,
Ir mais quipeut émouvoir l'esprit de
de l'homme le plus constant , & que
d'ailleurs tout s'y executera par l'ım .
dit preſſion & l'entrepriſe des Puiſſances
Seculieres ; afin de ne point manquer
au devoir auquelilſe croit obligé,
non seulement en qualité de
Grand Prevost de l'Eglise de Liege,
mais encore en qualitéde Cardinal
* de l'Eglise Romaine , qui l'engage à
maintenir les droits & les libertez
I de l'Eglife , se trouvant enfin contraint
& excité par l'obligation de
fon ministere , & poussé d'un desir
tres- empreſſé de faire recouvrer à
l'Eglise de Liege ſon ancienne liberté
, & afin qu'il ne se faſſe rien
decontraire àfon droit & aux Ca138
MERCURE
nons de l'Eglise ledit Seigneur Cardinal
proteſte de nullité de tout ce
qui a esté fait , ſtatué &ordonnépar
le tres Illustre Chapitre de Liege ,
Sansy estre appellé , depuis qu'il a
eu connoissance de fon arrivée dans
fonDiocese.
Neanmoins bien qu'il ſemble dangereux
dans la conjoncture de ces
temps difficiles , de pouvoir faire
une Election quipuiſſe estre regardée
comme libre & canonique , &
qu'ainsi il seroit peut estre plus à
propos de s'addreffer au tres-Excellent
Nonce du Saint Siege Apoftolique
qui est à Cologne ,& s'informer
delay si Nostre tres Saint
Perele Pape Innocent XII. qui
comme un Pere communfonge à tous
les besoins & aux avantages des
Eglifes particulieres , ne lay auroit
point donne pouvoir de proroger l'Election
dans un temps plus commode,
GALANT.
139
fi le Chapitre de Liege veut em
Jpeſcher que l'Eglise de Liege neſouf-
DA fre quelque inconvenient d'une lonque
vacance , & que sous ceux en
general &en particulier qui doi
vent avoir voix active dans l'Election
prochaine, veuillent conveinir
d'un lieu seur & affeuré dans
- lequel on ne puiſſe apprehender au .
Alcune oppreffion , ledit Eminentiffime
Cardinal de Bouillon est preft , a
Nom de Sa Majesté tres-Chretien.
ne , dont ila déja envoyé au Cha
* pitre une Declaration autentique ,
de fournir toute forte d'afſurance
pour tous les Capitulaires , tant pour
venir que pour retourner , mesme de
leur fournir des Paſſeporis particu
liers , & juſqu'à ce que le Chapitre
I foit convens d'un lieu feur, comme
il eft connu de tout le monde que les
Capitulaires ne peuvent pas dire
leurssentimens ny porter leurs fuf
140 MERCURE
frages avec liberté dans une Ville
qui est remplie de Troupes , & où la
puiſſance des Princes confederez , qui
n'ont aucune confideration pour la
Liberté Ecclefiastique , comme cequi
s'est paßé cy- devant le justifie, donne
de l'épouvante ,& que leſouvenir
de l'emprisonnement violent des
Archidiacres de ladite Eglise de
Liege , qui ont esté conduitsdansles
Prisons deMastricht ſous lepouvoir
de la domination des Puiſſances qui
font attachées à une Religion oppofèe
àle Catholique , où ils ont esté
traitezavec tant de dureté, que l'un
d'eux , surnomméde Liverlo, dont
la memoirefera en benediction à la
posterité, par leZele inviolable qu'il
a témoignépour maintenir la liberté
de l'Eglife, est mort en prison,imprime
une telleterreur àtous les Capitulairers,
que mesme ils n'ofent s'expliquer
entr'euxsice n'est pour dire
GALANT.
141
4
1
1
A
1
les choses qui peuvent estre agreables
& avantageuses aux Princes
confederez .
C'est pourquoyſi dans trois jours.
prochains, à compter de l'intimation
quifera faite des Preſentes au Cha
- pitre de Liege , par la voye qu'on
pourra prendre , en telleforte qu'elles
puiſſent veniràſa connoissance,
il ne veut convenir d'un autre licu
aſſuré dans lequel tous les Capitulairespuſſent
convenir tant en gene.
ral qu'en particulier , ledit Seigneur
Cardinal proteste de nullité de l'Election
qui pourraeftrefaite au préjudice
de la presente interpretation
& protestation ; & en outre , ledit
Seigneur Cardinal declare dés à pre-
Sent comme pour lors , en la meilleure
forme de droit qu'il le peut & qu'il
Le doit , qu'il appelleà nostre tres-
Saint PerelePape Innocent XII. &
- au Saint Siege Apostolique& à la
142
MERCVRE
CourdeRome, comme defait ilap-
Pelleparces Presentes, tant des pretendus
Statuts comme nuls & invalides
, en vertu defquelsle Chapitre
prétend l'empeſcherd'aſſiſter comme
Foran à la prochaine Election de
l'Evefque &Prince de Liege;&م
en outre, du prétendu Decret prononcé
par le Chapitre de Liegele 27
Fevrier dernier ,par lequelfans l'avoir
voulu entendre ,il l'a declaré
Foran , & comme tel,prétend avoir
pû prononcer qu'ilseroit privé de
voix active dans l'Election de l'E
vesque & Prince de Liege , lequel
Decret ne luy a esté exhibé que le
jour d'hierpar la Lettre dudit Chapiire
du 7. du preſent mois d'Avril,
& qu'en adherant il appelle auffi
de tous les traitez préliminaires &
indictions qui ont estéfaites pour
parvenir à l'Election & fans qu'il
yait esté appellé ,& de tous les
GALANT.
143
autres actes qui ont esté faits ou
peuvent estre faius cy aprés àfon
préjudice& au mépris de (a dignité
de Cardinal; qu'il appelle auſſicomme
de dény de Justice de la part du
Chapitre, bien qu'elle luy ait estè
demandée pluſieurs fois .
Et afin qu'on ne luy puiſſe pas
fairede nouveaux griefs, il declare
que par toutes voyes ,& dans toutes
les manieres & dans les formes
qu'il le peut faire , le plus valable.
ment & le plus efficacement qu'il
lepeut & le doit , il appelle de
tout ce qui s'est fait à noſtre Saint
Pere lePape & à fon Siege Apo-
Stolique ,& proteste de nullité de
tout ce qui s'estfait ouse feraparle
Chapitre de Liege, dans la prochaine
Election d'un Evefque & Prince
de Liege,&de tout autre griefqui
en pourroit reſulter contre l'Eglise
deLiege, contre luy & contrefes
144
MERCURE
autres Confreres , &qu'en tant que
besoin est ou seroit ,il en appelle par
cespresentes à nofire tres Saint Pere
leTape, demandant au Chapitre de
Liege une premierefois , unefeconde,
une troisième, instamment plus
instamment , qu'il luy accorde les
Lettres dimifforiales qu'on appelle
Apoſtres ,pourfon appel , comme il
est requis de droit , & comme le
Chapitrey est obligé ; protestant solemnellement
de nullité de tout cequi
pourroit estre fait au préjudice des
preſentes, Protestation , Declaration
de nullité , & appelle au S. Siege
juſqu'àce qu'il en ait esté autrement
Statue ordonné par nofire tres.
Saint Perele Pape ,& que s'ilfait
quelque chose au préjudice , il en
poursuivra la nullité comme d'un attentat
&d'une entrepriſe , &qu'il
les tiendra reputera nuls de
nul effet ,se refervant en outre ledie
Seigneur
GALANT.
145
Seigneur Cardinal de Bouillon , tous
Les autres moyens de droit & defast
permis pour reparer les griefs , &les
mullitez qui ſe rencontrent dans le
procedé dudit Chapitre ; & afin
-que toutes les choses ay deſſus exposées&
declarées puiſſent estre connuës
à tout le monde , & qu'elles
puissent estre auſſi notifiées audit
Chapitre de Liege , ledis Seigneur
Cardinal m'a requis de dreffer le
presentAfte ,& de l'inferer dans
mes minutes , afin que j'en puiſſe
faire ane ou plusieurs expeditions
quifaffentpartout une plaine&entierefoy
; comme auffi il m'a requis
que je demandaſſe à Moſſicurs les
Venerables le Doyen & les Chanomesde
l'Eglife Collegiale de cette
Eglise de Noftre Dame de Huy ,
à Messieurs les Mayeur , Eche
wins & Magistrats Seculiers de
La presente Ville , qu'il a mandez
May 1694. : G
146 MERCURE
àcet effet dans lelogis où il demeure,
s'ilsn'ont pas connoissance de ce que
deſſus , &principalement du jour
defon arrivée à Huy , tous lesquels
Susnommez ont répondu unanimement
qu'ils ont connoissance , ینم
qu'ils font preſts de l'affirmer par
tout où besoinfera , que ledit Sei
gneur Eminentißime Cardinal de
Beüillonest arrivédans la Ville de
Huy le vingt deuxième Février
dernier , & qu'ily est toujours demeuré
jusqu'àpresent , & que pendant
ce temps il a envoyé plusieurs
Lettres au Chapitre de Liege , dont
quelques unesmesme ont esté impri
mées , & que la Declaration du
Royconcernant la Neutralitéaccordée
au Pays de Liege , a esté affichée
aux portes des Eglifes de cette
Villede Huy. Comme auſſi ledit Scigneur
Cardinal de Boüillon m'a requis
d'interroger pardevant les cyGALANT.
147
deſſus nommez, le Trompette de la
* Garnison de Namur lequel Trompete,
appellé Degranges , a declare qu'il
- aesté cing fois porter des Lettres
- dudit Seigneur Cardinal de Bouil
lon audin Chapitre de Liege.
en
Ledit Seigneur Cardinal m'a
auſſi ordonné de delivrer une expedi
tion des preſentes au CourierouMef-
Sager qui va porter les Lettres de
Huy à Liege, lequel Courier , nommé
Pinet , j'ay fait venir ;
presence de tous les ſuſnommez,je
luy , ay remis une expedition des
Presentes , signées mesme dudit
Seigneur Cardinal , comme elle est
dans la minute restéepardevers moy,
que j'ay mis dans un paquet qu'il a
juré promis de porter inceſſamment
au Chapitre de Liege.
I'ay esté encore requisparleSeigneur
Cardinal d'enremettre une autre expeditionau
Trompete de la Garnison
G 2
148 MERCURE
deNamur,ſuſnommé pour le porter
enme me temps au Chapitre de Liege,&
d'en remettre aussi une entre
lesmains du Directeur des Totes
de cette Ville , pour l'envoyerpar les
Couriersordinaires au tres Excellent
Nonce duPape àCologne ,& qui
puiffe en envoyer un à Rome ,
que je dreſſaſſe des actes autentiques
pour prouver laremife qui avoit esté
faite des Actes entre les mains des
fusnommer, ce que j'ay promis de
faire; ont lesdits Sieurs Doyen
chamoines Mayeur Echevins
Magiftrats, Seculiers, lesdits
Trompete courier ou Meffager,
mesmele Directeur des Poſtes,signé
en laminute des Alles , avec ledit
Eminentissime Cardinal de Bouillon,
en presence de M. Jean Chrestien ,
ancien Doclear en Medecine
ancien Conful de cette Ville de Huy
de Leonard Françoisde Bra,Clerc
GALAN T.
149
S
du Diocese de Liege témoins qui ont
esté mindezà cet effet & qui me
font connus , qui ont tous signé en
la Minute originale des Preſentes ;
ainfisigné.
Emmanuel Theodoſe de la
Tour d'Auvergne , Cardinal de
la fainte Eglife Romaine ,Grand
Trevoft
Liege.
Chanoine de l'Eglisede
Sacr. Ducquet , Doyen de l'Eglife
de Huy.
Melchior de la Tour, Chanoine
deHuy.
Engelbert Lantremenge, chanoine
&Ecolastre .
Jean Melchior , Chanoine
Official.
VV. Federic B.de Fleron, de
Melin, Chancine,
Octave d'Ebelsbacht , Cha
noine.
Antoine Hocx, Consul de Huy.
4. G3
150
MERCURE
Loüis Prud'homme, Conſeiller.
Gille Debra , Confeiller.
Pierre Thomas , confeiller.
Jean François Collard.
Conseiller.
PA Hauzeur.
Jean François Duſart .
Deſgranges , Trompete.
Marque † d'Antoine Pinet ,
Courier.
Jean Pierre Chalon, Maistre de
laToftedeHuy.
Leonard Debra , Clerc , témoin.
Parce que may Francotte , Notaive
Public Apostolique , i'ay
viaßisté àtout ce que deſſus ,
entendu je les ay redigezdans
le preſent instrument, en ayant esté
prié requis , le jour le mois
an que deſſus Signé,FRANCOTTE ,
Notaire Apostolique , in finem .
Je ne vous dis rien de cette
Proteſtation. Sa lecture vous
a fait connoiſtre le peude fonGALANT.
151
dement qu'il y avoit de refuſer
à M. le Cardinal de Boüillon la
permiffion d'entrer dans Liege ;
& ſi ſuppoſé que les raiſons du
Chapitre fuffent bonnes, ce qui
n'eſt pas , l'entrée de la Ville ne
devoit pas eſtre interdite à ce
Cardinal , qui a la qualité de
Grand Prevôt du Chapitre .
Les premieres reſolutions des
Hollandois , & du Prince d'Orange
, furent de faire le Grand
- Doyen Mean , leur Ami , Evefque.
Ils tâterent le Chapitre , &
ſemerent de l'argent , mais ayant
apperceu qu'ils échoueroient ,
les Pretendans eſtant trop qualifiez
& trop puiſſans , ils refolurent
d'agir pour le Grand
Maiſtre de l'Ordre Teutonique,
Beau- frerede l'Empereur , contre
le Prince Clement Frere
de l'Electeur de Baviere , mais
,
G4
1572
MERCVRE
pourtant fans ſedeclarer ouvertement,
pour ne pas choquer ces
Princes ,avec qui ils font liguez .
Ils eſtoient pourtant refolus de
n'oublier aucunes pratiques ſecreates
contre le Prince Clement
parce que l'Electorat de Baviere,
celuy de Cologne , la Principautéde
Liege,&le Gouvernement
General des Pays Bas leur
faifoient ombrage , en formant
contre eux une eſpece de barriere,
qui les inquiete beaucoup.
Enfin le jour de l'élection approchant
,& chaque party ayant
fortement follicité , il n'y en
avoit aucun des deux qui n'eust
ſujet d'eſperer que l'élection luy
feroit favorable. En effet , les.
voix eſtoient affez partagées
pour faire croire à ceux de chaque
party que leurs voix l'emporteroient.
Ainſi on ſe trouva
:
GALANT.
153
S
f
dans le Chapitre à jour nommé,
qui eſtoit le 20. d'Avril dernier
, & le Grand Doyen Mean
ayant penetré avant l'élection
de quel coſté elle tomberoit ,
leva le maſque contre le Prince
Clement , parce qu'il ne pouvoit
plus agir d'une autre maniere
,& prit pour caufe de la
proteſtation qu'il fit avec ceux
de ſon party , que le Brefd'éligibilité
que le Pape Innocent
XI. avoit donné au Prince Cle-
- ment ne valoit rien. Le party
contraire foutint qu il eſtoitbon
& vingt- quatre s'eftant trouvez
pour ce Prince contre vingtdeux
, le Grand Doyen fortic
endiſant qu'il falloit examiner
ce Bref,& proteſtant contre l'é
lectionqu'on alloit faire, ce que
firent auſſi ceux de fon party,
Le Pape par l'Indult ou Bref
G
د
154
MERCVRE
d'éligibilité dont je viens de
vous parler , rend capable le
Prince Clement de poffeder les
Eglifes de Cologne , de Hildesheim,&
de Liege , & luy donne
droit de pouvoir eſtre élu Archeveſque
ou Eveſque de l'une
ou de toutes ces Eglifes , quoy
qu'il n'ait pas l'âge marqué dans
les Canons, qu'il ne foit pas encore
entré dans les Ordres facrez
,& qu'il ne foit du Corps
d'aucun de ces Chapitres , où il
n'a eujuſques à preſent ,& n'a
pû avoir aucune voix active ou
paffive,conformement à la difpoſitiondes
ſaintsCanons , des
Ordonnances ,& autres Reglemens
de l'Eglife . Enfin , quoy
qu'il ait déja l'adminiſtration
des Eveſchez de Ratiſbonne &
de Frifingue , il le rend habile à
pouvoir eſtre élu pour l'une de
GALANT.
ISS
e
e
أ
لا
ces Egliſes en particulier , ou
pour toutes les trois enſemble ,
commes'il avoit eſté Chanoine,
ſansque les deux Eveſchez dont
il eſt déja pourvû , puiſſent porter
préjudice en aucune maniere
à ſon Election pour les autres
Cathedrales en forte toutesfois
qu'auſſi - toſt que le Saint Siege
aura confirmé ſon élection pour
l'une , ou pour toutes les trois
enſemble , celles de Ratiſbonne
&de Friſingue , dont il eſt déja
pourvû,feront cenſees vacantes,
Sa Sainteté le diſpenſant de tou
tes les oppoſitions , contraditions,
empêchemens à naiſtre,
& generalement de tous les de
fauts qui pourroient rendre nul
le ou défectueuſe l'Election
qu'on auroit faite deluy pour
ces Cathedrales .
Voilà la teneur du Bref d'é-
G6
156 MERCURE
ligibilité que le Pape Innocent
XI . donna au Prince Clement
deBaviere le 19. Juin 1688. &
c'eſt ce Bref, où il eſt auſſi parlé
de l'Eveſché de Liege , que le
Grand Doyen Mean , & ceux
de fon party ne trouvent pasbon.
Vous en pouvez voir les caufes
dans le grand nombre de Difpenſes
qui y font marquées , &
toutes de la plus grande impor.
tace, qui font accordées au Prince
qu'Innocent XI. vouloit rendre
éligible. Le Party contraire
au Prince Clement s'eſtant donc
oppoſé à ſon élection , fortit en
proteſtant contre ce que la par.
tie reſtante du Chapitre alloit
faire en vertu de ce Bref que
Je Grand Doyen trouvoit defectueux-
M. Mean ayant quitté l'Af
ſemblée avec ceux de fon

GALANT 157
ב
party , les vingt- quatre Chanoines
qui demeurerent élurent
le Prince Clement de Baviere
pour Prince de Liege ; aprés
quoy on alla chanter leTeDeum
à l'egliſe , & mettre ce nouvel
Evefque en poffeffion. On le
1 mena de là dîner au Palais , où
tout eſtoit préparé , & où il fut
falué Prince & Evefquede Liege,
par les Corps de Ville , &
mefme parM.Dikvvelt,Envoyé
des Hollandois. Le Canon tira ,
& il y eut de grandes réjoüilfances.
Le lendemain 21. d'Avril.
M. Mean accompagné de
vingeChanoines alla au Chapitre
, où se trouverent auffi tous
ceux qui avoient élu l'Electeur
de Cologne. Ainſi il fut obligé
de ſe retirer , aprés qu'ils luy eurent
dit qu'ils avoient droit d'eftre
au Chapitre auffi- bien que
1.
158
MERCVRE
A
luy ,&tous ceux de ſon party ,
&que s'il y avoit quelque choſe
à faire , il falloit aller aux voix.
M. Mean eſtant de retour chez
luy avec les vingt qui le ſecondoient
, élurent dans la Salle le
Grand Maistre de l'Ordre Teutonique
pour Prince de Liege ,
& allerent enfuite ſe preſenter
à la porte de l'Eglife , pour le
mettre en poffeffion del'Eveſché
mais des Gardes qui l'occupoient
leur en refuſerent l'entrée
, & ils ne purent non plus
entrer au Palais , où le nouvel
Eveſque les devoit traiter . Il n'y
eut que le Canon de la Chartreuſe,
dont le Gouverneureſtoit
dans ſes intereſts , qui tira pendant
ce temps. Le 22. les deux
Partis s'eſtant trouvez au Chapitre
, on parla de la ſeconde
Election faite par M. Mean
GALANT .
1
בי
dans ſa maiſon , & ceux qui
avoient élû le Prince Clement
lacafferent,avec défenſes de reconnoiſtre
pour Prince de Liege
, le Grand Maiſtre , de l'Ordre
Teutonique. Les Placards
qui avoient eſté affichez en fa
faveur,& qui parloient de cette
ſeconde Election , furent déchirez
par ordre de l'Electeur
de Cologne , auquel le Grand
Maiſtre rendit viſite , ſuivant
les intentions de l'Empereur ,
pour luy dire qu'il ne falloit
pas que leur demeflé préjudiciaſt
à la caufe commune ,
& qu'ils devoient s'en remettre
à la déciſion de Sa Sainteté.
Le meſme jour 22. M.le Cardinal
de Boüillon fit proteſtation
de nullité , & interjetta appel
au Pape, des deux Elections faites
par le Chapitre de Liege.
160 MERC VRE
Voicy les termes de cette nottvelle
Proteftation .
A
Unom de Dieu $ que tout le
monde Scache qu'en l'année
1694 la troisième du Pontificatde
noftre tresfaintPere le Pape Innocent
XII. indiction ſeconde , & le
vingt deuxième dumois d'Avril eft
comparu devant moy , Notaire public
Apostolique , les témoinsfoufignez
, SerenißimePrince&
Eminentißime Cardinal Em
manuelTheodoſe de la Tour d'Auvergne
, Evesque Cardinal , fous le
titre de l'Eglise & Eveſché d'Albane
, Grand Trevos,t Treforier
Chanoine de l'Eglise Cathedrale de
Liege, estant de preſent demeurant
dans la Ville de Huy, Diocese de
Liege, rue des hevaliers , Paroiffe
faint Denis , lequel Eminentißime
Cardinal de Boüillon m'a declaré
GALANT. 161
qu'il est venu àſa connoiſſance , qu'à
cause du tumulte causépar lesgens
deguerre , ce quise devoit touchant
L'élection d'un Evesque & Prince
de Liege, felon les Loix&lesCanons
de l'Eglise , s'eſt paffé dans la
discorde la diviſion mesme des
Capitulaires , Dieu l'ayant ainfipermis
, pour confondre ceux mesmes
qui ont tâché de femerla zizanie ;
carbien que le Chapitre de Liege ne
dût entreprendre deproceder à aucu.
ne élection par attentat aux appella
tions interjettées par ledit Seigneur
Cardinal , & au préjudice des protestations
de nullité tant defois reiterées
ſignifiées audit Chapitre ,
neanmoins iln'apas luffé de proce
derà une prétendue élection levingtième
du prefent mois , au mépris de
La déjerence qu'il devoit àl'autorité
du S.Siege obien que parce moyen
tout le pouvoir du Chapitre , concer
162 MERCURE
nant ladite pretenduë election fuſt
de fait con'ommé parla publication
qu'il avoit fait faire de ladite éle-
Etionàmain armée contre toute
forte de droit , cependant quelques
Chanoines qui avoient protesté ledit
jour vingtième .Avril, contre l'éle
Etion que les autres Capitulaires vou
loient faire au préjudice desdites
Protestations de nullité & appellations
dévolues au Saint Siege , ont
entreprisle 21. de ce mois de s'af.
sembler , dese retirer dans une
imaison particuliere", là estant
affemblez hors du Chapitre , ont procedé
à une nouvelle élection d'une
autre perſonne , qu'ils ont außi annoncée
au peuple , nonobstant la difcordeſurvenue
entre les Capitulaires:
comme cette conduite marque le
Schisme qui s'eft formédans l'Eglise
de Liege ,& fait aßer connoistre
qu'on ne pouvoit proceder dans la
GALANT .
163
Vil'e de Liege, outout se traitepar
laforce des armes ,& point du tout
felon les loix Canoniques ,àaucune
te élection quipût estre libre canonique
, ledit Seigneur Cardinalde
Boüillon , pour ces causes autres
qu'il prétend expliquer plus ample.
60
ment en temps lieu , se trouve
4
à
derechef obligé de declarer qu'il a
appellé de ces deux prétendues élec
tions , comme nulles , invalides
Schifmatiques , comme par ces Pre-
Sentes , il en appelle à moſtre tres-
Saint Pere le Pape Innocent XII. &
aufaint Siege Apoftolique ,
la Courde Rome ; & afin que l'E.
gliſe de Liege, qui demeure toûjours
destituée d'un legitime Pasteur, ne
puiffe recevoir aucun desavantage
durant ce schisme, ledit Seigneur
Cardinal de Bouillon croyant qu'il
eſt de son devoir , en qualité de
GrandPrevost de ladite Eglife , qui
164
MERCURE
Le conftituë lapremiere dignitéaprès
L'Episcopale , d'empefcher que durant
tout le temps que durera ce
Schifme, ilnefefaſſerien qui puiſſe
bleffer les droits & libertez de ladite
Eglife, ſetrouve obligé de protefter
de nullité de tous les Decrets,
Deliberations, Conventionsou Trai
tezqui pourront estre faits au nom
dudit Chapitre de Liege ,jusqu'à
ce qu'il ait plû à nostre tres faint
Perele Pape , ſuivat sa vigilance
pastoralefur toutes les Eglifes,de
pourvoirà l' Administration de cel.
le de Liege , qui est restée veuve
dépourvuë de Pasteur , en
outre, ledit Seigneur Cardinal declavequ'ilproteste
de nullité de tout ce
qui a estefait , ſefera à I avenir
par ledit Chapitre , qu'il s'oppofe
formellement à ce an'on reconnoiffe
les deux prétendus élus dans
la difcorde & dans le schisme ,
3
GALANT.
165
qu'on leur rende aucune déferece dans
- ladite Eglise en laditequalité,ſans
toutefois manquer au respect qui
leur est da ,à cause de leurs autres
dignitez, de l'éclat de laſplendeur
de leurs naiffances , & qu'il
empesche außi qu'ils s entremettent
dans l'administration du temporel
des droits de ladite Eglife,re.
querant en tant que besoin est ou
feroit , & en adberant àfes prece-
" dentes protestations appellations,
que le Chapitre de Liege luy accor ...
de des Lettres dimifforiales , qu'il
luy demande, instamment, plus in.f
tamment tres instamment ;
" afin que le present Acte public con.
tenant les protestations réïterées de
nullité , l'appellation en adherant
aux precedentes interjettées par
ledit Seigneur Cardinal de Bouillon,
Soitsuffisamment notifi audit Chapitie
, &mesme qu'il puiffe estre rei166
MERCURE
teré renouvellé dans l'Affemblée
dudit Chapitre de Liege , & qu'on
puiffe enfaire dreſſerun ou plus curs
actes , ledit Seigneur Cardinal de
Bouillon a constitué &confituefon
Procureur general (pecial ....
en outre le orteurdes preſentes,
ausquels à chacun d'eux il a donné
pouvoir&mandementſpecial defai.
re tout ce que deſſus , avectoutes les
clauses neceſſaires, les plus preffantes
requiſes de droit, enlameilleu.
re forme qu'elles puiffent valoir,promettant,
&c. obligeant &c. Fast &
paßéen presence de Jean Resteau , &
de Leonard François de Bra, Bourgeois
de la Ville de Huy , témoins à
ce prefens&appellez, l'an, le mois,
Le jour & au lieu cy-deſſus deſignez .
Ainsi ligné à l'original Emmanuel
Theodose de la Tour d'Auvergne ,
Grand Prevost & Chanoine de l'Egliſe
de Liege, Jean de Resteau,&
GALANT . 167
t
10
A
Leonard François de Bra , témoins , –
& parce que moy Jean François
Francote , Notaire Apostolique , ay
aſſiſtéà ces preſentes , & que j'ap
vû & entendu les ſuſdites Declarations,
Protestations & Appellations,
j'aydreßé le present Acte public ,
que j'ay écrit &souscrit , en ayant
esté requis l'an , le mois ,lejour ,
l'année du Pontificat & l'indiction
cy- de(Jus marquées. Ainſiſignė,Jean
François Francotte Notaire , pour
faire foy en public.
Lepreſent Acte a ešte porté au
Chapitre, notifié & publié dans
l'Afſsemblée tenue le 23. Avril
1694.
On aſſure que quand l'Empereur
apprit l'Election du
Prince Clement de Baviere , il
en eut un chagrin ſi violent ,
qu'il ne put s'empêcher de le

168 MERCVRE
marquer , quoy qu'il ne ſoit ,
ny de la decence , ny de la politique
des Souverains de faire
paroiſtre ce qu'ils penſent de
quantité de choſes qui ſe font
contre leur gré. Sa Majesté Imperiale
a cu depuis un chagrin
encore plus grand, puis qu'une
fiévre maligne caufée par le
*mauvais air qui regne à Liege,
attaqua le 26. du meſme mois
le Grand Maistre de l'Ordre
Teutonique,& qu'il en mourac
le 4. de celuy- cy. Le chagrin
d'avoir eu moins de voix qu'il
ne croyoit , peut avoir contribué
à ſa mort , auffi bien que le
grand repas qu'il donna à ceux
-qui l'avoient élu , où il affecta
de boire longtemps , afin de
montrer au party contraire une
joye qu'il n'avoit pas . Il eſtoit
Coadjuteur de Mayence , &
Fils
GALANT .
169
1
د
Fils du feu Duc de Neubourg ;
qui a fi mal reconnu les obligations
qu'il avoit au Roy , oubliant
que Sa Majefté avoit fi
genereusement appuyé ſes intereſts
pour la Couronne de
Pologne & donné l'Abbaye
- de Feſcamp au Prince Loüis
Antoine , Prince Palatin du
Rhin , qui eſt ce meſme Grand
Maiſtre qui vient de mourir .
Ce Duc de Neubourg , qu'on
appelloit Philippes Guillaume ,
& qui eſt mort Electeur Palatin ,
avoitépousé en ſecondes Noces
- Elifabeth . Amalie de Heffe-
| Darmſtat , Fille du Landgrave
- George , & de Sophie Elco
nor. Il en a eu huit Garçons
& cinq Filles ; ſçavoir Jean-
Guillaume - Jofeph . Ignace
Prince de Neubourg , né en
1618. & marié en 1678. avec
May1694. H
170
MERCURE
Marie- Anne. Joſephd'Auſtri
che , Fille de l'Empereur Ferdinand
III . Volfang -Guillaume
né en 1659. Louis-Antoine
qui vient de mourir , né en
1660. Charles-Philippe, né en
1661. Alexandre - Sigismond ,
néen 1663. François- Loüis,né
en 1664. Frideric-Guillaume ,
néen 1665. & Philippe-Guillaume-
Auguste , né en 1668 .
Il y a un de ces Princes qui a
épousé une Fille du Duc de
Saxe - Lavvembourg , & un autre
qui eſt Veuf de la Princeſſe
de Radzevvil . Il y en a auſſi deux
Eveſques , l'un de Breflau , &
l'autre d'Auſbourg ; ſans compter
un premier Evefque de
Breſlau , auquel celuy- cyafuccedé,
Les Filles font Anne-Ma--
rie Joſeph , née en 1655. & mariée
à l'Empereur Leopold en
GALANT.

0
1676. Marie - Sophie. Elifabeth
, née en 1666. Marie-Anne
née en 1667. Dorothée Sophie
née en 1670. & Hedvvige Eliſabeth
Amelie née en 1673 .
L'ane de ces Princeſſes eſt Reine
d'Eſpagne , une autre Reine
de Portugal , une autre Veuve
duDucde Parme, & la derniere
a épousé le Prince Jacques, Fils
aiſné du Roy de Pologne.Charles
deBaviere, Electeur Palatin,
Frere de Madame , eſtant mort
fans avoir laiſſe d'enfans de
Guillemette Erneſtine de Danemark
, Fille de Frederic III.
& Soeur de Chreſtien V. Rois
de Danemark , Philippe Guillaume
, Duc de Neubourg, Pere
des treize Princes & Princefſes
queje viens de vous nommer,
luy fucceda à l'Electorat ,
la Maiſon de Neubourg eſtant
H 2
172
MERCURE
une branche de celle de Baviere
, par Eſtienne de Baviere ſecond
fils de l'Empereur Robert
le Petit , qui laiſſa Frederic &
Louis le Noir. Frederic III . ifu
de ce Frederic , aîné de Louis
le Noir , fucceda en 1559. à
Henry Othon , Electeur Palatin,
qui estoit deſcendu en ligne
directe de Louis le Barbu , Fils
aîné du meſme Empereur Robert
le Petit , & qui estoit mort
ſans poſterité.Celle de Frederic
III . ayant fini par la mort de
Charles , Electeur Palatin ,Frere
de Madame , on a eſté obligé
d'avoir recours à la branche de
Louis le noir , ſecond Fils d'Eftienne.
Ce Louisle Noir lailla
Alexandre le Boiteux , Duc de
Deuxponts , Pere de Louis II .
qui eut Volfang,morten France
en 1569. Volfang eut deux
GALANT . A
173
1
1
fils , Philippe Louis , tige des
Ducs de Neubourg , & Jean
Duc de Deux ponts. Philippe
Louis , Duc de Neubourg , fut
Pere de Volfang Guillaume, qui
eut grande part aux affaires
d'Allemagne,& qui laiſſa de fon
premier mariage avec Madelaine
, Fille de Guillaume , Duc
de Baviere , Philippe Guillaume,
dernier Duc de Neubourg,
Pere du Grand Maiſtre de l'Ordre
Teutonique , dont je vous
apprens la mort.
: Comme vous pouvez ne pas
ſçavoir ce que c'eſt que cet Ordre
, ny ce qui a donné lieu à
fon établiſſement , je vais vous
l'apprendre en peu de mots . Un
Allemand d'une grande pieté ,
s'eſtant retiré à Jerufalem avec
fa famille , aprés la Conqueſte
de la Terre- Sainte , employa
H3
174
MERCURE
ſes biens à recevoir & à nourrir
les pelerins de ſa Nation , qui
venoient viſiter les Saints Lieux
dans la paleſtine , & qui n'ensendoient
pas la Langue du
pays. pour pouvoir plus facilement
exercer ſa charité , il obtint
du patriarche de Jerufalem,
la permiſſion de bâtir un Hôpital
avec une Chapelle à
l'honneur de la Vierge. plufhoursGentilshommes
Allemans
que pouſſale meſme zele , s'ef
tantjoints à luy pour cette bonne
oeuvre , firent leur unique
attachement d'avoir ſoin de
ceux que la devotion obligeoit
à faire le voyage d'outremer.
Quelques riches Citoyens des
Villes de Bremen & de Lubec ,
qui estoient en Levant , s'affocierent
avec ces premiers , &
vers l'an 1171.ils firent bâtir un
GALANT.
175

10
0
d
of
1
magnifique Hôpital en la Ville
d'Acre , prenant tous le Titre de
Chevaliers Teutons , & la Regle
de Saint Auguſtin. Ce nom
de Teutons eſt celuy qui fut
donné aux anciens Allemans ,
voiſins des Cimbres , qui habitoient
les Ifles de Fuinen & de
Selande ou Seeland en Danemark.
C'eſt de ces Teutons que
les Allemans ont depuis eu le
nom de Teutach . L'habit de ces
Chevaliers fut une robe & un
manteau blanc , & ils eurent
pour armes une Croix potencée
de ſable , chargée d'une autre
Croix d'argent. Il y en a qui affurent
que le Roy S. Louis , lors
qu'il eut paffe la mer , ajoûta le
Chef de France , portant cette
Croix fur l'eſtomac. Ils firent
profeffion & voeu de pauvreté ,
de chaſteré,& d'obéïſſance , en.
H 4
1
176 MERCURE
tre les mains du Patriarche de
Jerufalem , qu'on nommoit Heraclius,&
compoférent leur Regle
fur le modele de celle des
Chevaliers Hoſpitaliers de S.
Jean & des Templiers , dont les
premiers panſoient les malades ,
&les autres avoient ſoin detenir
les chemins ſeurs contre les
courſes des Sarrazins. En 1195 .
le Pape Celeſtin approuva l'établiſſement
de cet Ordre Teutonique
, obligeant les Chevaliers
àdire chaque jour certaines
Prieres , leur commandant de
laiffer croiſtre leurs barbes à la
maniere des Hermites de Saint
Augustin , & deffendant qu'aucun
ne fuſt reçû en cetOrdre , à
moins qu'il ne fuſt Gentilhomme
& Allemand. Henry de Valpot
en fut le premier Grand-
Maiſtre , & ce fut de ſon temps
GALANT. 177
es
S
|
9
12
e
1
que l'on baſtit le grand Hôpital
d'Acre. Othon de Kerpen
lay fucceda , & aprés ſa mort on
élut Herman de Bart , qui eut
pour Succeſſeur Herman de Saltza
. L'Empereur Frideric III.
ayant fait le voyage d'outremer,
demanda ce Grand Maistre des
Chevaliers Teutons , qu'il amena
avec luy , & eſtant arrivé
en Allemagne , il leur donna
à conquerir la Province de
Boruffie , appellée la Pruffe ,
dont les habitans étoient Idolatres
,& ravageoient & pilloient
ſouvent le Pays de Saxe. Les
Chevaliers Teutons ſe porterent
avec courage à cette entrepriſe,
&s'eftantrendus maiſtres de la
Pruffe, ils y baſtirentla Ville de
Mariembourg , & un Temple..
magnifique ſous l'invocationde
la Vierge . Cette Place fut de-
Η
178 MERCURE '
puis le Chefde leur Ordre . Les
Pruffrens ſe révolterent pluſieurs
fois , & dés qu'ils trouvoient
l'occaſion de ſecoüer le
joug des Teuroniques , ils retomboient
dans les ſuperftitions
du Paganiſme. Enfin ſe voyant
trop foibles pour reſiſter à cet
Ordre, ils ſe donnerent au Roy
de Pologne en 1420. Ce futun
nouveau ſujet de guerre qui
couta beaucoup de fang aux
deux partis ; mais enfin les Chevaliers
, malgré les pertes fort
confiderables qu'ils firent , ne
laifferent pas de reſter les maiftres
, par les foins de leur Grand
Maiſtre Louis d'Ertihuſen , qui
obtint la Paix à condition d'abandonner
la Pruffe Royale aux
Polonois , & de leur rendre
hommage du reſte. L'an 1500.
Volfang ,Grand Maistre des
GALANT. 179
10
k
02
Ri
1
1
Teutoniques triompha desMofcovites
, qui s'eſtoient jettez
dans la Lithuanie & dans la
Prufſe . Albert de Brandebourg,
Fils de Frideric , Marquis de
Brandebourg , ayant eſté éln
Grand Maistre de l'Ordre Teutonique
vers l'an 1511. aprés
Fridericde Saxe , refuſa de rendre
hommage pour la Pruſſe à
Sigifmond fon Onele , Roy de
Pologne , ce qui luy attira la
guerre , qui fut fuivie d'une
Treve de quatre ans. Albert
ayant malheureuſement goûté
les nouvelles opinions de
Luther , forma le deſſein de les
embrafler , & fit la paix avec
Sigifmond en r525 . Tout l'Or-
-dre y trouva fa perte , puis que
la qualité de Grand Maistre de
Pruffe dont il jouiffon , & qui
eſtoit élective , fut changée en
H6
180 MERCURE
6
titre de Duché hereditaire, ſous
l'hommage du Roy & de laCou.
ronne de Pologne. Il ſe maria
l'année ſuivante ,& les Chevaliers
Teutoniques ayant élu
Albert de Volfang pour leur
-Grand Maiſtre, furent cõtraints
de quitter la Pruffe , & ſe retirer
en Allemagne,où ils avoient de
grandsbiens& des Benefices dõt
ils jouiffent encore.Maximilien
d'Auſtriche , Frere des Empe.
reurs Rodolphe II . & Mathias,
fucceda à Volfang. L'Archiduc.
Leopold Guillaume qui eſtoit
Eveſque de Strasbourg ,
de
Halberstadt , de Paſſau &
d'Olmurz , fur declaré Coadju .
teur de Gaspard de Stadion ,
Grand Maistre de l'Ordre Teutonique
, à Vienne le 20. Septembre
1639. Il entra dans la
regence aprés la mort de Stadion
, & il mourut le 20. Noyembre
166 2. Le Chapitre Ge
GALANT. 181
neral de l'Ordre éluten ſa place
d'Archiduc Charles Joſeph , Fils
de l'Empereur Ferdinand II I.
& de l'Archiducheſſe Marie
Leopoldine ſa ſeconde femme ,
-Evefque de Paffau & de Bref-
-lavv. Il mourut le 27. Janvier
1664. & le meſme Chapitre
ayant eſté convoqué à Mariendal
en Franconie, élut pour
Administrateur Jean Gaſpard
d'Ambringens , qui eſtoit Commandeur
Provincial du Bailliage
d'Autriche. Ce Prince fit élire
-pour fon Coadjuteur en 1680 ..
Louis Antoine , Comte Palatin
de Neubourg , qui par ſa mort
laiſſe la grande Maiſtriſe de
l'Ordre Teutonique vacante .
On a eu avis que la nouvelle de
cette mort ayant eſté portée à
Vienne , l'Imperatrice a obligé
Sa Majesté Imperiale de preffer
le Chapitre de Liege de proce
182 MERCURE
deràune troiſième élection ,
qui pourroit tomber fur l'Everque
de Breslau , Frere de cette
Princeffe. Ondit que les Hollandoisy
donnent les mains par
les raiſons que je vous ay expliquées
. Cependant c'eſt ſe declarer
ouvertement contre M.
de Baviere , leur Allié, quia expofé
cent fois ſa vie depuis le
commencement de cette guerre,
qui adépenſé des fommes immenfes
que le feu Electeur ſon
Pere luy avoit laiſſées , & qui
s'eſt d'ailleurs beaucoup engagé;
mais dans une Ligue chacun
ne regarde que ſes propres intereſts
,& tout le fruit qu'on en
tire eft bien ſouvent de l'in.
gratitude Aprés vous avoir parlé
amplement de l'Ordre Teutonique,
j'ay crû vous faire plaifir
de faire graver la Croix que
GALANT. 183
Si
Π
,ne
portent les.Chevaliers de cet
Ordre , & je vous l'envoye.
• L'Affaire des Subfides fut enfin
terminée en Angleterre le
4. de ce mois , & le Prince d'O
range, quin'attendoit autre chofe
, qui s'intereffe peu dans les
Actes& les Reglemens qui regardent
le bien de l'Etat
manqua pas le lendemain s.de
proroger le Parlement . Il remercia
les deux Chambres , & particulierement
celle des Communes
, des grands fecours qu'elles
luy avoient donnez , & ce n'eftoit
pas fans raiſon , puis que
cette Chambre avoit ſurmonté
les plus grandes difficultez , &
employé toutes fortesde moyens
quelque onereux qu'ils fuſſent ,
pour le fatisfaire. Ces circonftances
neanmoins font affez
connoiſtre l'epuiſement & le
(
184 MERCURE
mauvais eſtat où les Anglois
ont eſté reduits par celuy qu'ils
ont choisi pour le Reſtaurateur
de leurs biens & de leurs libertez
. On en étoit déja convaincu
par la quantité d'argent &
d'hommes qui ſont ſortis du
Royaume , & qui n'y rentreront
jamais , par la perte de plus de
2000. Vaiſſeaux depuis s . ou
6. années , & par celle de plus
de cent milions que les Marchands
de ce Royaume là ont
faite. Mais deux particularitez
qui regardent les Subſides accordez
au Prince d'Orange , en
font encore une preuve tresévidente.
La premiere conſiſte
dans la longueur desdeliberations
que le Parlement a employées
pour trouver ces Subfi
des ,& la ſeconde dans les mauvais
fonds fur lesquels ils font
GALANT. 1851
établis. Il eft certain qu'au commencement
de la guerre , les
1 Anglois s'eſtant enrichis par la
liberté du commerce , dont ils
avoient joüy preſque ſans interruption
depuis plus de trente
de

ans , les fonds des Subſides ef
toient trouvez& reglez preſque
auſſitôt qu'on les demandoit ,
fans prendre aucune précaution
fur le bon ou le mauvais uſage
qu'on en pouvoit faire ; mais depuis
trois ans les choſes ſontbien
changées ,& il a fallu y apporter
bien plus de ceremonies , à
cauſe des difficultez que le Parlement
trouvoit à lever tant de
milions , qui n'ont ſervi qu'à
maintenir l'Ufurpateur , qui en
a ſeul le profit , & à ruiner prefque
entierement le commerce
d'Angleterre. On a obligé le
Prince d'Orange à communi.
۱
186 MERCVRE
quer les Traitez faits avec ſes
Alliez , afin de ſçavoir ce que
chacun eſtoit obligé de fournir
&de regler les Subſides fur ce
piedla; àdonner des Liſtes des
forces de mer & de terre qu'il
devoitavoir , & à faire voir l'eftatdesdépenſes
de chaque Campagnes.
Ces précautions ont
donné lieu au Parlementde n'ac
corder que les ſommes neceſſaires
, mais elles n'en ont pas empêché
la deſtination en faveur
desAlliez , &des Creaturesdu
Prince d'Orange. Eltes n'ont pas
non plus empêché les plaintes
d'une infinité de gens ruinez
pour avoir fait des fournitures
& des avances , & frêté leurs
Vaiſſeaux , dont le fret leur eſt
encore dû depuis la guerred Irlande
; ny que ce Prince ne foit
redevablede plus de fix millions
GALAN T.
187
الا
لا
100
del.ſt. Ces deſordres ont enfin
obligé le Parlement à nommer
ſept Commiſſaires pour examiner
de plus prés les compres de
la recette & de la dépenſe. Cependant
il a travaillé ſans relâche
à établir les fonds des Subfides
, mais avec cette difference ,
que l'impuiffance où les peuples
* font reduits , prolonge tous les
ans de plus en plus les Seances
& les deliberations , ce qu'il eſt
aifé de connoiſtre par la compara
fon des quatre dernieres
années. En 169 1. toutes les affaires
furent terminées , & le
Parlement prorogé dés le 15 .
de Janvier. En 2692. il ne fut
congedié que le 4. de Mars En
1693. il ne fut feparé que le 24.
dumeſme mois de Mars , & en
1694. les fonds n'ont eſté trouvez
, & le Parlement n'a eſté
1
188 MERCVRE
prorogé que le 5. de May.
Al'égard des fonds ſur lefquels
les Subfides ont eſté établis
, ils font tous extraordinai.
res , à cauſe que preſque toutes
fortes d'Impofts avoient eſté
pouffez au plus haut point qu'ils
pouvoient aller. Les Subſides
pour cette année montent à environ
cinq millions cinq cens
mille livres ſterlin , en y comprenant
quelques non valeurs
qu'il a fallu remplacer. Les
moyens dent on a reſolu de ſe
ſervir pour les lever ſont de
deux fortes. Les premiers doivent
produire le capital d'un
peu plus de la moitié des Subfides
, ſçavoir la taxe ſur les terres
, deux millions ſterlin , & la
taxe parteſte unmillion ; mais
on ſçait par l'experience faite
les années précedentes ( ces taGALANT.
189
e
na
el

id
CE
10
er
1
1
xes , auſſi odieuſes qu'onereuſes,
&dont perſonne n'eſt exemt ,
ayant eſté employées tous les
ans ) qu'elles ne rendront pas les
trois quarts de ce qu'elles font
eſtimées. Les autres moyens ne
pourront fournir que les interefts
des deux millions & demy
reſtans , & qu'il faudra emprunter
par divers artifices , dont
l'un eſt une Lotterie d'un million
de livres ſterlin , établie
aux conditions ſuivantes.
Cette Lotterie ſera compoſée
de de cent mille billets de dix livres
ſterlin chacun. Les particuliers
pourront prendre tant de
lots qu'il leur plaira .
Il y aura pour l'amorce 2500 .
lots , qui feront compoſez comme
il s'enfuit. Celuy qui tirera
1 le premier billet , ſoit que ce
billet ſoit blanc ou rempli , aura
190
MERCURE
par an outre la fomme qui fera
Ipecifiée dans le billet , une au -
tre fomme de cent cinquante liv,
ſterl. de rente pendant ſeize années.
cy 150. 1. ſt.
Le gros lot ſera de mille livres
ſterlin de rente par an ,
1000. livres.
Neuf lots , chacun de cinq
cens liv, ſt. de rente , 4500.1.
Vingt lots , chacun de cent
liv. ſterlin de rente , 2000. 1.
Quatre-vingt lots , chacun
de cinquante livres ſterlin de
rente , 4000.1.
Quatre- vingt-dix lots , chacun
de vingt-cinq livres ſterlin
de rente , 2250.1.
vingtlivres ſterlin.
dix livres ſterlin ,
1
Trois cens lots chacun de
Deux mille lots , chacun de
Celuy qui tirera le dernier
6000.1.
20000.1.
GALANT. 191
A
el
billet , ſoit qu'il foit blanc ou
e rempli , aura en outre une ſomme
de cent livres ſterlin de reneb
te,
30
pa
D
100.1.
Deux mille cinq cens lots ou
billets remplis , 40000.l.ft.
Quatre vingt-dix- sept mille
cinq cens billets blancs.
Tous ceux qui auront tiré des
billets blancs,recevront l'interêt
et de leur argent à quatorze pour
cent chaque année , pendant
ſeize ans. Ainſi ce temps étant
expiré , leur capital ſera rentré
en leurs mains ,& ils auront eu
( largement un intereſt de ſix
pour cent pendant ce temps .
Cette Lotterie fe doit tirer à
Londres le 18. Octobre , ſup .
poſé qu'elle foit remplie,à quoy
peut ſervir d'obſtacle la crainte
que ceux qui y porteront leur
argent , doiventavoir de le per-
ا
192
MERCVRE
dre, ſi la ſituation du gouvernement
d'Angleterre vient à changer.
Leſecond moyen eſt un empruntde
troiscens mille liv . ft.
à fond perdu , à quatorze pour
cent d'intereſt; c'eſt àdire prefque
au denier ſept. Letrorfiéme
eſt une Banque ou Caiſſe des
emprunts de douze cens mille
livres ſterlin , à huit pour cent
d'intereſt , mais avec cette condition,
que ceux qui fourniront
lesſommes neceſſaires pour la
remplir , ne pourront que dans
onze ans retirer leur capital.n
peut juger par avance combien
tous ces fonds ſont mauvais
parla lenteur avec laquelle on
portede l'argent à l'Echiquier ;
quoi que ce soit l'usage que
:
ceux qui font les premieres avances
, ſont auſſi les premiers
rembour
GALANT. 193
C
rembourſez ; mais on ſçait par
experience , comme je l'ay deja
dit, que les taxes ſur les terres ,
&par teſte n'ontpu produire ce
qu'on les avoit eſtimées à pluſieurs
millions prés , dans des
temps où le commerce eſtoit
en bien meilleur eſtat , & l'aregent
beaucoup plus commun ,
- & qu'ainſi ceux qui feroient les
dernieres avances courroient
riſque de n'eſtre jamais rembourſez
, ou du moins de ne l'eftre
de longtemps. On connoist
auſſi le peu d'avantage que les
Alliez ont remporté ſur la France,
qui au contraire a conquis
tant de Places imprenables ,
&que parconſequent la fuite
de la guerre peut cauſer la ruine
du prince d'Orange . Ainfi il y
aura ſans doute une infinité de
01
لا
gens qui ne voudront pas s'in-
May 1694. I
194
MERCVRE
tereffer dans une Lotterie qui
ne pourroit leur produire leur
capital , avec un mediocre intereſt
, que dans ſeize ans ,à la
reſerve des billets noirs qui
n'en font que la quarantiéme
partie ,& dontmeſme il n'y en
a que dix fur cent mille qui
puiſſent rendre un revenu un
peu confiderable.C'eſt la même
choſedela caiſſe des emprunts,
où peu de gens veulent mettre
leur argentpour ne le retirer
que dans onze ans , pouvant le
faire valoir dans le commerce
avecplus de profit ,&en eſtre
toûjours les maiſtres. On pour-
Foitfaire pluſieurs autres reflexions
fur la nature de ces fonds :
mais celles cy ſuffiſent pour
faire connoiſtre que le prince
d'Orange en tirera moinsde ſecours
que de ceux des années
GALANT.
195
هللا
precedentes , quoy qu'il en ait
plus de beſoin que jamais , &
qu'il ſeradans de fort grands em .
barras l'année prochaine pour
obtenirde nouveaux ſubſides .
Vous avez oüi parler de ce
qui s'eſt paffé au Parlement à
l'égard de Monfieur le Ducdu
-Maine,& de Monfieur le Comte
de Touloufe. Voicy deux Declarations
qui vousapprendront
toute cette affaire . La premiere
eſt de Henry IV. & la ſeconde
eft duRoy.
H
ENRY, &c. Ayant plúàDieu
avant l'heureux mariaged'entre
Noas & la Reine nostre tMESchere&
tres- amée Compagne , nous
donnerun Fils iffu denous & de feu
nostre tres - chere Cousine la Ducheffe
de Beaufort, Nous aurions pour bonnes,
grandes& importantes confide-
I 2
196 MERCURE
rations iceluy legitimé parnos Let
tres Patentes données à Paris au
mois de lanvier 1595. lesquelles
ont esté verifiées, registrées où beſoin
a estés ensuite de quoy nous aurions
* fait don à nostre-dit Fils à perpetuité,
pour luy & ses enfans nez en
loyal mariage,du Duchéde Vendofme,
membres, appartenances,& dé-
-pendances d'iceluy , qui est une des
premieres & plus anciennes Pairies
denoftredit Royaume , de l'ancien
patrimoine&domaine de la Branche&
Maison Royale dont now
ſommes iſſus,de laquelle commenous
avons voulu que luy & lesfiens prif-
Sent&portaffent à l'avenir leNom
&les Armes & poſſedaſſent leurs
Duché, ainsi qu'il est porté par nos
Lettres de Donation , auffiavonsnous
prétendu que luy &fefdits en-
-fans jouiffent des préeminences,grades;
rangs,appartenans audisDu-
7
GALANT .
197
4
che,& à ladite Pai ie; & bien qu'en
cette confideration , comme pour
avoir l'honneur d'estre foriy de
Nous ;tels droits de preſſeance ne
lug puiffent estre legitimament debatus
& contestezpar aucuns Princes,
ny autres perſonnes de quelque qualité
& condition qu'elles soient en
cettuy noſtre Royaume aprés les Princes
denostre Sang , auſquels nous entendons
que luy & les fienscedent
comme les autres , Scavoir faiſons
que nous defirans faire revive
le nom & latige des Ducs de Vendofme,
de laquelle nous sommesforsis,
en la perſonne de nostrediu fils le
Duc de Vendosme, la perpetuer en fa
posterité,& luy témoigner de plus en
plus nostre paternelle affection , pour
L'esperance que nous avons qu'il se
vendra toûjours plus utile au bien de
noftre tres- cher & tres amé bon Fils
LeDauphin, comme de nos autresen-
13
198 MERCURE
fans,&denostre dit Royaume. A
CES CAUSES , Nous avons de no.
(tre propre mouvement , certaine
Science, pleine Puissance& autoritéRoyale,
dit & declare , diſons &
declarons,voulons&nous plaiſt,que
doreſnavant nostredit fils te Duc de
Vendofme&fesdits enfans,quinais.
tront en loyal mariage , ayent , tiennent,&
poffedent lepremier rang&
la preffeance immediatement aprés
les Princes de nostre sang devant
tous les autres Princes & Seigneurs
de nostredis Royaume, entous lieuse
aftes & endroits , tant militaires ,
qu'aux Ceremonies publiques &privées
,auſquelles on a accoustumé,
&fera requis de tenir rang,nonobstant
toutes autres Declarations de
préeminences expediées en faveur
de quelques personnes , & pour
quelque cauſe que ce soit , que ne
voulons empefcher l'effet de cesdites
GALANT. 192REQUE
Presentes . Si donnons en
Mande
LYON
0
LA
VILLE
ment à nos amez &feaux les Gen
&c. Données à Paris le quinten203*3
jour d'Avril mil fix cens dix ,& de
nostre Regne le vingt - un. Signé.
HENRY , & fur lereply,Parle Roy,
Brulart, & fcellées du grand Sceau
de cire jaune ,
EXTRAIT DES REGISTRES
de Parlement .
VEV par la Cour ,les Grand-
Chambre , Tournelle ,& de
l'Edit affemblées , les Lestres Patentes
de 15. de ce mois ,par lef...
quelles pour les causesycontenuës, le
Roy veut & ordonne que fon Fils
naturel & legitimeCefar Duc de
Vendofme ,&c.
Tout confiberé , la Cour a ordonné
& ordonne que lesdites Lettres
feront luës , publiées ,& registrées
en icelle,oici le Procureur General
du Roy , pour jouir par l'impetrant
14
200 MERCURE
&ses enfans qui naiſtront en loyat
mariage , du contenu en icelles ,felon
leurforme& teneur. Fait en Parlement
le trentième Avril, mil fix
cens dix , Signé , Voifin .
Collationné à l'Original par
moy Conſeiller Secretaire du
Roy,& de ſes Finances .Loys .
LOVIS par la grace de Dien
Roy de France& de Navarre:
Atous ceux qui ces presentes Lettres
verront , Salut . Le rang qu'ont
toûjours tenu dans le Royaume,les
enfans naturels des Rois nosPredeceffeurs
, l'affection qui estsi naturelle
que les Peres ayent pourleurs
enfans , ayant obligé le feu Roy
Henry IV. noftre Ayeul de tresglorieuse
memoire , d'ordonner par
les Lettres patentes du 15. Avril
1610. que nostre tres- cher &bien
GALANT. 201
amé Oncle le Duc de Vendosme
fes enfans qui naiſtroient de luy en
loyal mariage , tiendroient le premier
rang immediatement après les
Princes denostre Sang ,&auroient
laprefféance en tous lieux & alles
fur lesPrinces desMaiſons étrangeres
établis dans leRoyaume , fur
tous les autres Seigneurs de quelque
qualité qu'ils puffent estre, ces Let
tres furent enregistrées en nostre
Cour de Parlement de Paris le4.
Maysuivant , noftredit Oncle le
DucdeVendoſme a joüi de cettepref-
Seance enplusieurs Lits de Luftice
en beaucoup d'autres seances
occaſions , quoique nous n'eußions
pas besoind'exemple pour donnerdes
rangs deshonneur qui dépendent
fiparticulierement de la puiſſance
Royale, neanmoins comme nous ai
mons encore mieux fonderſur la ju
ſtice ,& mesme ſur l'usage quesus
202 MERCURE
bien
notre autorité , des graces que nous
faiſons aux perſonnes qui nous font
lesplus cheres , nous avons efté bien.
aiſes de fuivre l'exemple d'un fo
grand Roy , o de déclarer enla
mesme maniere qu'il lefit en 1610.
àl'égard de nostre dit Onclele Dus
de Vendofme , nostre intentionfur
levang qui appartient ,&que nous
voulons que tiennent dans nôtre
Royaume nos tres - chers
amer Fils naturels legitimer
Loüis .Augustede Bourbon, Duc du
Maine Louis ,Alexadre de Bourbon,
Comte de Toulouse ,&nous le
faisons d'autant plus volontiers , que
lesgrades qualitezqu'il aplû àDieu
de mettre en leurs perſonnesfont aisément
reconnoiſtre le ſang dont ils
ont l'honneur d'eftre iffus, que les
épreuves que nous avons de leurpaleur
en plusieurs occafions font juger
außi avantageusement des fervices
GALANT. 203
qu'ilsfont capables de nous rendre ,
àl'Etat .A ces causes autres
confiderations à ce nous mouvant, de
noſtre grace ſpeciale pleine puiſfan.
ce autorité roiale Nous avons dit
declaré , diſons & declaronspar
ces preſentes fignées denostre main ,
voulons & nous plaist que nosdits
Fils naturels , Lovis Auguste de
Bourbon , Due du Maine ,
Alexandre de Bourbon , comtede
Toulouse , ayent , tiennent
dent entous lieux & Altes , le premierrang
immediatement après les
Trinces de nostre Sang , & qu'ils
précederont entous lieux, o remomes
Affemblées publiques
Louis
poffe
pr
ticulieres , mesme ennofire Cour
deTarlementdeParis, ailleurs
entous Actes de Pairies , qu'ilsen
auront tous lesPrinces qui aurent des
Maions , qui ont des Souvertincter
Lors de nostre Royaume , tous au
16
204 MERCVRE
tres Seigneurs , de quelque qualité
dignité qu'ils puiſſent estre , nonobſtant
toutes Lettres & declarations
, fiaucunesyavoit à ce contraires
, &quand les Pairies des Princes
Seigneurs fetrouveroient plus
anciennes que celles de noſdits Fils
naturels legitimez, &de leurs
Enfans. Si donnons en mandement à
nos amez & feaux Confeillers , les
Genstenant nostre Cour , &c .
Donné à Versailles le s. May
1694. de nostre Regnele cinquante&
unieme Signé , LOVIS.
Et plusbas , Phelypeaux. Etfcelle
dugrand Sceau de cirejaune.
Veu les Lettres la Requeste
preſentée à la Courpar ledit Meßire
Louis Auguste de Bourbon , Duc du
Maine , afin d'enregistrement d'icelles,
le tout à moi communiqué ,
je n'empêche pour le Roy lesdites
Lettrespatentes eftre enregistrées au
GALANT.
205
Greffe de la Cour, pourjouirparledit
Meßire Louis Auguste de Bourbon,
Duc du Maine , Louis .Alexandre
deBourbon, Comte deToulouse,
leurs Enfans qui naistront entegitimemariage
, de leur effet
contenu, eftre executéesfelonleur
forme&teneur. Signé, delaBriffe,
ProcureurGeneral.
LOVISpar la grace de Dieu
Roy de France & de Navarre , A
tous ceux qui ces presentes Lettres
verront , Salut. Noftre tres cher
bien amé Fils naturel & legitimé ,
Louis Augustede Bourbon , Duc d'a
Maine , nous ayant reprefenté que
feuë noſtre tres chere& tres amée
Cousine Anne Marie Louise d'Or.
leans estant preſted'acquerirle comtéPairie
d'Eu , dont on poursuivoit
ba vente par decret en nostre cour
de Parlement de Paris. Nous lui
aurions accordé par nos Lettrespa206
MERCURE
}
tentes , données à S. Ican de Luzte
15. May 1692. enregistrées en
noſtre dite Cour le 30. Iuillet fuivant
la continuation pour elle ses
hoirs ayant cause , mâles & femelles
duTitre du Comté & Pairie
d'Eu pour en jouir au mesme rang
honneur que les anciens Comtes
d'Eu avoient faitdepuis lapremiere
erection de 1458. &commesi elle
yestoit venuë par voye de fucceßion ,
que noftredite cousine s'en eftant renduë
adjudicataire levingtAoustde
la mesme année ,sous leTitre de
Comté Pairie, elle la luy auroit
vendue avec la mesme qualité le 2 .
Février 1681. pardevant Chappin
Son compagnon Notaire auChaffe
Let de Paris , moyennant le prix de
1600000 1v. s'en trouvent
ainsi poffeffeur oor mesme voye da.
chat que noftredite Confine ilnous
atres-humblementSuppliédevouloir
GALANT. 207
bien luy accorderla mesmegrace,
deluy en continuerl'ancienTitre,
comelattachement que noftredit Fils
naturellegitimé, Louis- Auguste
de Bourbon Duc du Maine, a pour
noftre Perfonne ,fes bonnes qualitez
lesfervice qu'il nous rend dans
nos Armées depuisplusieurs années,
avec unevaleurdignedesa naiſſance
une capacité qui furpaffe beau
coup fonage , meritent que nous luy
donnions en toute occafion des marques
de nofire eftime , aussi bienque
de nostre tendreffe . A ces Causes,
autres confiderations à ce nous
mouvant , de nostre grace speciale ,
pleine puissance , autorité oyate,
Nous avons par ces Presentes
fignées de nôtre main , concedé
accordé à noſtre Fils naturel Louis-
Auguste de Bourbon Duc du Maine,
la continuation pour luy, fes
boirs ayans caufe, males fea
208 MERCVRE
melles , du Titre ancien du Comté
airie d'Eu , pour en joüird'orefnavant
aux rangs , & droits , bon
neurs prerogatives, préeminences,
tels & femblables que nostre dite
feuë Cousine,& avant elle nos feus
Cousins les Ducs de Loyeuse&de
Guiſe , leurs Predeceßeurs males
femelles , Comtes & Comteſſes
d'Eu , comme si ledit Duc du
Maine en estoit devenu proprietaire
par voye de fucceßion , aux termes
dudit ancien établiſſement fans aucune
restriction ni limitation.Si donnons
en Mandement à nos amez
feaux Confeillers les Gens tenant noftre
Cour, c.Donné à Versailles les
May 1694. Et de nostre regne le
51.fignė, LOVIS, plus basPhelypeaux.
Et fcelle du grand Sceau de
cirejaune.
Veu lesdites Lettres la Requête
preſentée à la Cour par ledit mef-
7
GALANT. 20
fire Losis- Auguste de Bourbon ,
Ducdu Maine , afin d'enregiſtre.
ment d'icelles , le tout à moy com
muniquées,je n'empeschepourleRoy
lesdites Lettres patentes estre enre_
giftrées au Greffe de la Cour , pour
joüirpar ledit Meßire Louis Au.
gustedeBourbon Duc du Maine, de
leur effet & contenu & eftre executées
selon leur forme & teneur.
Signé , de la Briffe, ProcureurGe
neral.
M. le premier Preſident fit un
fortbel éloge de Monfieur le
Duc du Maine,& de Monfieur
le Comte de Toulouſe ,& il ne
ditriendont ils ne fufſent tres-:
dignes , puis que peut eſtre jamais
n'a t- on vû de Princes , qui
dans un âge fi peu avancé ſe
foient trouvez en tant d'occafions
perilleuſes. Ils furent re210
MERCURE
conduits par un Huiſſier , pour
les diſtinguer des Ducs &Pairs.
M. l'Ambaſſadeur de Veniſe
ayant euſon Audiencede congé
du Roy ,& de toute la Maiſon
Royale , alla rendre viſire à l'un
&à l'autre de ces deux Princes
aprés avoir eſté chez les Princesdu
Sang. Ilya quelque temps
que M. le Nonce fit la même
choſe , mais non pas en pareille.
occafion.
Vous avez ſans doute oüy parler
du mariage de M.le Marquis
de laChaſtre & de Mademoifelle
de Lavardin. Ce Marquis eſt
Colonel d'un Regiment qui
porte fon nom , & s'eſt acquis
une eſtime generale, en haute&
baffe Bretagne & Ambaffadeur
Extraordinaire à Rome , & elle
eſt ſortie de ſon premier mariage
avecMademoiselle d'Albert,
GALANT. 211:
1-
Fille aînée de Loüis Charles
d'Albert , Duc de Luines , Pair
de France. La Maiſon de la
Chaſtre , auſſi ancienne qu'illuſtre
, a pris fon nom d'un grand
Bourgdu Berry,appellé la Chaftre,
ſur la riviere d'Indre ,vers les
frontieres de la Marche. Sans
parler de Pierre de la Chaſtre ,
Archeveſque de Bourges , &
d'Aimeric de la Chaſtre, Chancelier
& Cardinal de l'Egliſe
Romaine , mort en 1148. Philippe
de la Chaſtre , Chambellandu
Comte d'Anjou , vivoit
en 1350. & laiſſa Guillaume de
laChaſtre ,Chambellan du Comte
de Poitiers , & Pere de Jean
de la Chaſtre. Pierre de laChaſtre,
Sr de Nancey , Fils de Jean
fut Capitaine de la groſſe Tour
de Bourges , & des Gardes du
Corps du Roy Charles VIII.&
A
212.. MERCURE
eutde Catherinede Menou,Gabriel
de la Chaſtre , qui poſſeda
les meſimes emplois ſous Loüis
XII.&François I. Gabriellaiſſa
Joachim & Claude de la Chaftre
qui ont fait deux Branches Joachim
,qui estoit l'aîné, fut Capitaine
des Gardes du Roy ,
Provoſt de l'Ordre de S. Michel
, Gouverneur d'Orleans ,
Bailly de Thien,& Pere de Gafpardde
la Chaſtre ,Chevalier de
l'Ordre du Roy , & Capitaine
de ſesGardes . Henry de la Chaſtre
, Filsde Gaſpard , eut de fa
premiere Femme Marie de la
Gueſle , Edme de la Chaſtre ,
Maiſtrede la Garderobe du Roy
& enfuite Colonel General des
Suiſſes,qui mourut des bleſſures
qu'il avoit receuës à la Bataille
deNorlinguen en 1645. laiſſant
de Françoiſe de Cugnac Louis
GALANT.
1213
1
de la Chaſtre , Gouverneur de
Bapaume, tué à Gigery en Afrique
en 1664. C'eſtoit le Pere
deM. le Marquis de la Chaſtre,
qui vient de ſe marier. Claude
de la Chaſtre,Fils puiſné de Gabriel
, qui a fait une autre Branche
, laiſſa Claudede la Chaſtre
III . du nom , Chevalier des Ordres
du Roy & Maréchal de
France , quieur de Jeanne Chabot,
Fille de Guy , Sr de Jarnac
Louis de la Chaſtre , Baron de
Maiſonfort , Chevalier des Ordres
du Roy. Ce Loüis de la
Chaſtre fut fait auſſi Maréchal
deFrance en 1616. & mourut
en 16 30. ne laiſſant d'Elifabeth
d'Eſtampes , Fille aînée de Jean ,
S.de Valençay,qu'une ſeule Fille
mariée en troisièmes Noces à
ClaudePot, Srde khodes ,Grand
Maiſtre des Ceremonies , qui
214 MERCURE
la fit mere de Marie - Louiſe
Henriette AiméePot,qui épouſa
en 1646. François -Marie de
l'Hospital ,Duc de Vitry.
Le 10. de ce mois ,M. le Duc
-de Rohan , comme Procureur de
-DomAlphonse de Vasconcellos .
Comte de Calhera, fiança Emilie
-Sophronie de Rohan , Fille de
M.le Prince de Soubiſe. Il y avoit
peude temps qu'elle eſtoit fortie
d'un Convent, où elle avoit eſté
élevée dés ſa plus tendre jeuneffe.
M. le Cardinal d'Eſtrées ,
fon Parent,& Protecteur des affaires
de Portugal à Rome, fit la
ceremonie des Fiançailles dans
le Cabinet du Roy, en prefence
de Sa Majesté ,des Princes de la
Maiſon Royale,&des perſonnes
les plus confiderables de la Cour.
Je n'ay rien àajoûter à ce que je
vous ay dit pluſieurs fois de la..
GALANT .
215
grandeur de la Maiſon de Rohan
M. leComte de Calhera eſt Fils
aîné du Comte de Caſtelmehor,
Grand de Portugal , Confeiller
d'Estat & Grand Maistre de la
Garderobe du Roy de Portu
gal ...
Les emplois de M. de S. Olon
Gentilhomme ordinaire de la
Maiſonde S. M. m'ont ſouvent
donnéoccaſion de vous parlerde
la maniere dont il s'en eſt acquitté.
C'a été toûjours avec une
telle fatisfaction du Roy , qu'il
le nomma l'année derniere Ambaſſadeur
auprés du Roy de
Maroc. Non ſeulement il a ren
du un compte exact & fidelle
de fon Ambaſſade , à Sa Majesté
mais il vient de donner au Public
un livre , ſur l'état preſent de
cet Empire. Ce livre eſt remply
deneuf figures en taille douce ,
216 MERCVRE
&contient auſſi tout ce qui s'eſt
paffé aux Audiences qui luy ont
été dõnées par le Roy de Maroc,
pluſieurs lettres de ce Prince ,
&de fes Miniſtres , & beancoup
de particularitez touchant
ſa parſonne , avec des Obfervations
qui peuvent ſervir deMemoires
pour negocier en cette
Cour. Quand on acquiert en fi
peudetemps de fi parfaites connoiffances
de l'Etat où l'on eſt
envoyé , on est bien digne d'un
pareil employ. ?
Vous devez recevoir preſque
auffitoſt que ma Lettre , un autre
livre intitulé les Parolesremarquables,
les Bons Motsdes Orientaux.
Cet Ouvrage renferme
une ſeconde Partie, oùl'on trouve
un grand nombre de Maximes
des meſmes Orientaux. On
y voit quel eſt leur efprit , &
leur
GALANT.
117
"
leur genie. Les paroles remarquables
font connoiſtre ſeulement
la droiture , & l'équité de
l'ame , & les Bons mots mar.
quent la vivacité , la fubtilité ,
& meſme la groſſiereté , & la
fimplicité de l'eſprit , fur tout
un penchant à railler& à piquer.
L'Auteur a diftingué ces deux
caracteres , qui font bien differens
l'un de l'autre . On pourra
connoiſtre par ce double titre
que les Orientaux n'ont pas l'efprit
moins droit , & moins vif
que les Peuples du Couchant ,
& l'on remarquera que ſous le
nom d'Orientaux l'Auteur ne
comprend pas ſeulement les
Arabes , & les Perfans , mais encore
les Turcs , & les Tartares,
& preſque tous les Peuples de
l'Afie , juſques à la Chine. Il
ajoute des remarques pleines
May 1694. K
د
218 MERCURE
1
d'érudition , qu'il a cruës neceffaires
pour l'intelligence entiere
des paroles remarquables , &
des Bons Mots , ce qu'il y a de
plus curieux dans les livres Ara- ›
bes , Perſans & Turcs , ainſi que
dans leurs manuscrits ,& nomme
les Auteurs des uns & des
autres . Il marque les temps aufquels
vivoient les Califes , les
Sultans & les Princes qui ont
dit les paroles remarquables , &,
les bons mots qu'il rapporte, ce
qui apprend une partie de leur
Hiſtoire d'une maniere fort
agreable . On ne vit jamais tant
d'erudition dans un livre qui
ne ſemble fait que pour amuſer
& pour divertir. On y apprend
fans y penſer l'Hiſtoire de plufieurs
ficcles , en forte qu'il faudroit
pluſieurs années de lecture
pour faire autant de remarques
لو
GALANT.
219
qu'on en trouvera en ce ſeul
ouvrage. Parmy le grand nombre
de Maximes qui font dans
la Seconde Partie, il y en a quan
tité d'une tres grande beauté,&
l'on a tout lieu de croire que le
Public ne ſera pas moins content
de ce Livre que plufieurs Sçavans
de Cabinet & du monde ,
qui en ont lû le manufcrit avec
un extrême plaiſir. Il eſt de M.
Galant qui ayant demeuré
pendant pluſieurs années à
Conftantinople,doit mieux connoiſtre
qu'un autre la matiere
qu'il a traitée , ce qui luy a fait
trouver plus facilement les Auteurs
qui en ont parlé ,& fait
faire le grand nombre de remarques
remplies d'érudition ,
dont il a embelly ſon livre. Il ſe
vend auffi bien que l'Etat preſent
de l'Empire de Maroc, à l'Enſeigne
د
K 2
220
MERCURE
eſt
du Mercure Galant , chez le Sr
Brunet , qui les a fait imprimer.
Il debite auſſi un autre Ouvrage
fort à la mode , qui ſe vend à la
ruë S. Jacques , chez le Sr Benard
, aux Armes du Roy & de
la Ville . Il eſt intitule ,Histoire
Secrete de Bourgogne. C'eſt un
Roman , où l'Hiſtoire ſe trouve
ingenieuſement meſlée avec les
agrémens de l'imagination.Il
attachant , & rempli d'incidens
qui font plaifir , & de pluſieurs
hiſtoires , dont la varieté eſt
tres agreable . On y trouve des
penſées neuves ,& un ſtile fort
vif en beaucoup d'endroits , fur
tout quand il s'agit de paffion.
Ainfi l'on ne doit pas s'étonner
du grand fuccés de cet Ouvrage ,
& de l'approbation que la Cour
luy a donnée . Il ſemble qu'il ne
ſeroit pas aiſé detrouver unema
GALANT. 221
tiere fur laquelle on n'ait pas
fait de Livres ; cependant per
ſonne ne s'eſtoit encore avife
d'écrire contre le luxe des coeffures
, dont il paroiſt depuis peu
un Traité fort ample . L'ardeur
du zele de l'Auteur l'a emporté
loin contre les Dames qui parent
leur teſte avec excés. Elles peuvent
ne pas demeurer d'acord
de tout ce qu'il avance , & peut
eſtre ont ellesde bonnes raiſons
pour ſe défendre d'une partie ,
mais l'Auteur n'ayant travaillé
que pour remplir fon miniſtere,
ne peutmeriter que des loüanges
.
Voicy les noms de quelques
autres perſonnes conſiderables ,
mortes depuisquelque temps.
Meffire Pierre Savary , Seigneur
de Saint Juſt , de Boutevilliers
, & autres lieux. Il ef-
K3
222 MERCVRE
1
toit Grand Maiſtre general des
Eaux & Foreſts de France au
département de Normandie.
Meffire Antoinele Maiſtre ,
Seigneur de Bellejamme . Il eftoit
Fils de feu Meſſire Jerôme
le Maiſtre de Belle jamme , Prefident
aux Enqueſtes.
Meffire Louis Brice,Seigneur
de Mirmon , Lieutenant pour le
Roy , & Commandant en l'ifle
de Rhé.
Meffire Philippe Chapelier de
Bournonville , Abbé de Belle-
Etoile , & ancien Chanoine de
Saint Germain l'Auxerrois.
Meffire Eustache de Senechal
de Kercado , Evefque &
Comte de Treguier . Abbé de
Geraſton.Il eſt mort ſubitement
àParis , où il eſtoit Député des
Eſtats de Bretagne. Avant qu'il
fuſt parvenu à l'Epiſcopat , on
GALANT.
223
l'a veu long-temps Aumônier
cordinaire de la feuë Reinemeredu
Roy. Il avoit un Frere
& deux Neveux,qui ſe ſont ſignalez
au ſervice de Sa Majeſté
,& il ne reſte plus qu'un
nde ſes Neveux.
5
>
Meſſire Alexandre Gafpard ,
Comte de Coligny , Mestre de
Camp du Regiment de Cavalerie
de Condé , mort de la Fié..
vre à Reims âgé ſeulement
de trente - deux ans. Il eſtoit
Chefdu nom & des Armes de la
Maiſon de Coligny , Fils du
fameux Comte de Coligny, qui
commandoit les Troupes du
Roy à la Bataille de Raab , &
qui mourut il y a quelques années
. En vous apprenant fa
mort,je vous parlay amplement
de cette illuftre Maiſon , qui
eft finicavec celuy qui vient de
K 4
224
MERCURE
mourir , Madame la Marquiſe
de Nefle , ſa Scoeur,étant morte
l'année derniere. Il avoit épouſé
Mademoiselle de Laſſfé , dont
il n'a point eu d'enfans.
On a eu avis de la mort de
M. l'Electeur de Saxe , que la
petite verole a emporté à l'âge
de vingt- quatre ans. Je vous en
entretiendray la premiere fois ,
& vous apprendray quel Succef
feur il a eu dans l'Electorat , cet
Electeur étant mort ſans laiſſer
d'enfans .
la
Aprés vous avoir parléde tant
demorts, il faut que je reffufcite
un homme utile au Public.C'eſt
M. Gervasiou Gervais,M. Gervais
Medecin eſtant mort ,
reſſemblance du nom à donné
lieuà ſes envieux de faire mou
rir M. Gervafi au lieu de luy.
Vous ſçavez que je vous entreGALANT.
225
4
4
tiens rarement de perſonnesqui
ontdes ſecrets , & que meſme
j'y ajoute peu de foy. Ainſi
quand cela m'arrive , c'eſt avec
une entiere certitudede la verité.
M. Gervaſi a guery plus de
fix mille perſonnesde toutes les
tumeurs froides qui ſont confonduës
fous lenom de louppes,
&de toutes fortes d'excrefcen
ces de chair , renfermées fous
differens noms , en forte que les
cures éclatantes qu'il a faites àla
Cour , luy ont attiré l'honneur
d'en eſtre felicité par Sa Majefté
. Il loge au bout de la ruë
Guenegaud , joignant la ruë
Mazarine .
L'Enigme du mois paſſé a
eſté expliquée fur le Moulin .
qui en eſtoit le vray mot , par
Mrs Giraud, Marchand Gantier
Parfumeur , procheles Quinze
KS
226 MERCURE
vingts , & fon Amy Babille ;
l'Abbé Locques de la Ville d'Eu
les deux Jurifconfultes & veritables
Amis de Loüans & de Chevilly
; l'agreable Rouffel & fa
Silvie ,le Chevalier de la langue
docile ; le Chevalier amoureux
de Nemours ; le Chevalier de
bonne foy , l'Amant tranfi ; le
So itaire & l'agreable Brunette ;
les Curez de Bonneboſt, Faguets
la Porte ; & le Danois Dauvilliers
; Boüillerie de Rumeni; des
AunozdeCorbon du Dioceſe de
Lifieux ; l'Amoureuxtranquille;
le Berger amant de la Roſe de
S. Hilaire ; le Petit coq réveille
matin de la porte S, Jacques ;
l'Abbé Irlandois de Quimperlé
en Bretagne , l'Abbé S. Martin
; Baſſet ; Fournier ; la
Compagnie gaillarde du chapeau
couronné de Rouen ; Dom
GALANT.
227
Jouan de Bragmordo , Noble
d'Eſpagne ; l'Amant de la belle
Afſurée , & la Blonde au petit
oeil mourant , de Rouën;le jeune
, fobre & modeſte du Miroir
de Vertu ; l'Amoureux de la
belle Cecile de la Moutonniere;
le gros Controlleurila Cabale de
groffe dépenſe de la ruë du
Mouton ; le Pere de l'agreable
Famille ; le Philoſophe difcret ;
Barbé le fils Peintre ,& fa Fem .
me;Berthier , Marchand de vin ;
Hubert le bon Chreftien & bon
voiſin ; le prudent & fage Halnaſt
la Chapelle ; le galant Mitron
; Prudhomme l'Aftrologue
fincere , honneſte & difcret,
tous de la rue du Sepulcre.Fauxbourg
S. Germain ; l'Amant revoqué
, & l'Amante infenfible .
Meſdemoiselles Bago , du Chaf.
teau de Bonne boſt ; de Rouvie-
K- 6
228 MERCVRE
re : de Toraltier Janſon de
Troyes : la belle Berniere du
College de la Marche : la Belle
du Carré Sainte Genevićveila
Belle à l'Anagramme aimer
eſt ſa vertu : la Conſtante à l'Anagramme
j'ay l'esperance , & fon
heureux Berger : les ſages Demoiſelles
de Forest & de Thetis
: les charmantes du Cloiſtre
Sainte Opportune:les charmantes
Soeurs Cybelle & Thetis :
la petite Veuve du bout de la
rue Percée ,& fon aimable Finette
; la voltigeante Dorigny :
Les Solitaires de las longue allée
: la Melancolique de la
Traillele: l'Engageante du Diogene
: la nouvelle Mariće defla
rue du Cygne :la dolente Bourguignon:
la Veuve du cul de ſac
S. Magloire : les quatre Bergeres
à l'ombre de lanoble épine
GALANT. 229
du Bois de Vincennes : Angeli
que Bobinette , Rofettte & Ca
tin de la meſme rue: les quatre
indifferentesde la rue des Foffoyeurs
: la Blondine le Noir à
la teſte naiſſante , ruë S. Honoré,&
les quatre Heroïnes d'Aufone
, de laruë Quinquempoix.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye eſt de M. Fautrart
de Loudun.
ENIGME.
L
M.Algréle destin & lefort
L'éleve desgensfur le Trône ,
I'en réduits d'autres à l'aumône
Et jefaisrevivre le mort.
د
Vous ferez ſans doute conten
tedel'Air nouveau que je vous
cavoye.
0230 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Veillez, cueillez, jeunesA-
-Les fleurs de l'aimable Printemps ,
Neperdezpas uneſaiſon fi belles
Quand l'Amour vous appelle ,
Goutezles charmantes douceurs ;
Aimer, tendres coeurs .
Les beautezde Flore
Commencent d'éclorre.
Aimez; lasaison des Amours,
Nedure pas toûjours.
Les Seances du Parlement
d'Angleterre eſtant finies, comme
je vous l'ay marqué,le Prin
ce d'Orange partit de Londres
pour ſe rendre en Hollande
ayant receu divers Couriers ,
par leſquels il apprit que ſa prefence
y estoit abſolument necef
>
te
be
LYON
*


GALANT.
231
faire, parce que l'on y parlour
fort de Paix dans l'Aſſembléc
des Miniſtres des Alliez,& qu'il
eſtoit à craindre qu'on n'y priſt
quelques reſolutionscontraires
à ſes intereſts avant ſon arrivée.
Cependant eſtant fur le
pointde s'embarquer,il fut contraintde
revenir à Kinfington,
les vents n'ayant pas favoriſé
l'ardeur qu'il avoit de paſſer la
mer. Ils changerent aprés luy
avoir eſté deux fois contraires
, il s'embarqual , & il eut
lieu d'en eſtre affez contentjuf
ques à huitlieuës de terre,qu'ils
l'empêcherent d'avancer. La
crainte d'eſtre obligé de retourner
en Angleterre luy cauſa
d'autant plus d'inquietude, que
fur le point de s'embarquer , it
avoit receu de nouvelles Lettres
deHollande , par leſquelles on
232
MERCURE
huy mandoit que le Miniſtre de
l'Empereur avoit declaré qu'il
ne pouvoit plus continuer la
guerre , à moins qu'on ne luy
accordaſt des Subſides extraordinaires
, & quantité d'autres
choſes que l'Angleterre , & la
Hollande ne ſom, pas en eſtat
de luy donner. Ainfi le Prince
d'Orange jugeant ſa prefence
entierement neceſſaire à la
Haye,fit remplirdouze Barques
de mouſqueterie , ſe mit dans
l'une,& arriva le 17.de ce mois
fur les cinq heures du ſoir à
OrangePolder. Il ſoupa à Honflardück.
d'où il ſe rendit à une
heure aprés minuit à la Haye ,
tant il avoit d'impatience d'y
arriver.On n'a pas encore ſceu
ce qu'il a dit aux Alliez , pour les
engager dans la continuation
d'une guerre qui le fait regner
GALANT.
233
!
pendant qu'elle ruine tous les
Etats , & l'Angleterre mesme ,
où le party des Proteftans , cy
devant appellez Non Conformiſtes
, qui eſt entierement oppoſé
à la Religion Anglicane ,
ayant eu le deſſus dans le dernier
Parlement, afait donnerla plufpart
des grandes Charges & des
grans Emplois àceux qui le ſurivent
; ce qui a tellement mortifié
les Anglicans, qu'il eſt hors
de doute que ces deux Partis
jetteront laNation dans de nouveaux
malheurs dont le Prince
d'Orange fera cauſe puis qu'au
préjudice de ſes fermens il a fi
peu d'égard pour la Religion
Anglicane. Il a trouvé plus d'affaires
en Holande qu'il n'avoit
cru . Ses Emiſſaires y avoient
exageré les maux que la diſette
debleds a cauſez en France ,&
234
MERCURE
ils s'eſtoient efforcez de faire
croire qu'elle ne s'en pourroit
jamais relever : mais il a appris à
fon arrivée à la Haye , que l'on
y avoit ſceu que de tous coſtez
il arrivoit des bledsdans ce Royaume
, & que de plus tous les
biens de la terre y estoient fi
:beaux,qu'ily avoit lieu d'eſperer
que la recolte y feroit plus que
double , ce qui faiſoit d'autant
plus ſouhaiter la Paix aux Hollandois
, qu'il y avoit apparence
que la France ſeroit encore cette
année ſuperieureà ſes Ennemis
par tout où les Alliez ont des
Troupes. On a eſté bien furpris
à la Haye d'apprendre que l'Amiral
Ruffel eſtoit parti avec
quarante Vaiſſeaux,pour ſe rendredevant
Brest , & empêcher
M. de Chasteaurenault d'en fortir,
dans le temps qu'il doit arriGALANT.
235
ver au détroit. C'eſt une bevenë
pareille à celle que l'Amiral
Rock fit l'année derniere. Les
Anglois ſe peuvent promener
dans l'Ocean , où il n'y a rien à
faire pour eux, toutes nos Coſtes
eſtant bien gardées , & nos Places
bien munies . Il y a par tout
de bons Commandans,& le Roy
vient de nommer M. le Comte
de Servonpour commander dans
Breſt. M. de Vauban commandeles
Troupes qui ſont enBretagne
, & M. le Mareſchal de
Choiſeul , celles qui font fur les
Coſtes de Normandie. Pendant
que l'armement des Anglois &
des Hollandois eſt ſi peu avancé,
M.de Chaſteaurenault doit eſtre
arrivé dans la Mediterranée.M .
le Maréchal de Tourville fortit
de Toulon le 19. de ce mois avec
l'Eſcadre de Vaiſſeaux qui y
236 MERCURE
ont eſtéarmez ,& le meſimejour
les Galeres du Roy partirent de
Marseille , de ſorte qu'il n'y a
point àdouter que les Troupes
du Roy n'ayent preſentement
commencé un Siege en Catalogne
, ce qui eſt honteux aux Efpagnols,
toute l'Eſpagne s'eſtant
préparée depuis un an à faire
dans cette Campagne des efforts
extraordinaires en Catalogne :
cependat il ne paroiſt pas qu'elle
ypuitſe avoirplus detreizemille
hommes. Les Peuples y demandent
la Paix, le Roy Catholique
la ſouhaite ,& les deux Reines
s'y oppoſent, l'une étant Soeur de
l'empereur , & l'autre Soeur de
Imperatrice.Peut- eſtre qu'elles.
changeront bien toſt de ſentiment.
L'empereur commençant
àſouhaiter la Paix , le Peuple
de Thurin qui l'a ſceu , a marGALANT.
237
qué publiquement ſa joye , &
le Ducde Savoye en a paru chagrin.
Il fait travailler nuit &
jour , Feſtes &Dimanches , aux
fortifications de Thurin. Il a
fait la reveuë des Troupes qui
doivent compoſer ſon Armée ,
&les a trouvées en fort mauvais
eſtat. Ily a des Compagnies qui
n'ont que trente hommes . Les
Eſpagnols & les Allemans ne
font enſemble que quinze mille
hommes , & les Troupes de Savoyedix
mille.
Monſeigneur le Dauphin eſt
parti aujourd'hui à une heure du
matin, pour aller coucher àGuife.
La traite eſt longue , mais lors
qu'il s'agit d'acquerit de la gloire
, ce Prince ne marche pas ,
il vole.
Le Jeudy 27. de ce mois , il ſe
fiticy une Proceffion tres- folem
238
MERCUREnelle
, où les Chaſſes de Sainte
Geneviève & de Saint Marcel
furent portées avectoutes les ceremonies
qui s'obfervent dans
ces fortes d'occaſions . C'eſt le
Roy qui a ſouhaité qu'elle ſe fift.
On ne defcend jamais la Chaffe
de Sainte Geneviève que pour
des beſoins preſſans , & comme
on avoit eu de la pluye fi -toſt
qu'on l'eut découverte , & que
les biens de la terre eſtoient devenus
fort beaux , on peut dire
que cette Proceſſion ne s'eſt faiteque
pour remercier Dieu des
graces qu'il a bien voulu accor
der par l'interceffion de la Sainte.
Je croyois vous donner dans
cette lettre un détail de la priſe
des Ifles & des Forts de Senega
& de Gorée , dont j'ay une Relation
tres- curieuſe , mais le
GALANT .
2399
temps & la place qui me manquent
, m'obligentà la remettre
juſqu'au mois prochain. Je ſuis ,
Madame , voſtre , &c.
A Paris le 31. May 1694 .
I'ay à vous avertir de quelques
omißions qui ont esté faites dans ce
que je vous dis la derniere fois des
Obfeques de Madamela grande Du .
cheffe de Toscane. Les quatre Grands
croix del'Ordre de S. Eftiennefou
tenoient les coins du Poësle qui .
couvroit le Cercueil quand on le def
cenditpour le mettresur les brancards
de la Litiere , & non pas dansla
Litiere. Ona dit la ConfairiedeFlorence
pour la Confrairie des Floren
tins , & au lieu des chevaliers de
l'ordre de Tiſe on a dû dire la No
bleſſede la Ville, puisqu'iln'y a au
cun Ordre de Chevalerie en Toscane

240
MERCVRE
on
que celuy de S. Eftienne. On a oublié
lesTrabans de la Garde àpied , le
Page di Valigia , qui est le premierPage
, Le Lance ſpezzate ,
quifont des Gardes à cheval ,&les
Carroffes drapez de laPrinceffe. On
aaußi oubliéde direquele Clergéde
Pife portoit degrands flambeaux de
cire blanche àla Venitienne ;
n'arien dit du Chapitre del Duomo
c'est à dire , de la Cathedrale. Ceux
dont ce Chapitre est composé font au
nombre detrois cens , ils avoient
tousdes flambeaux de cire blanche.
Quand on aparlé de la Couronne
des Grands Ducs de Toscane , &non
pasune fimple Couronne Ducale. Par
le mot de Chaperon , qui a esté mi.
en parlant des Cuirasiers, on a vous
ludire IEtendart de la Compagnic.
Le Dais fut porté , non seulement
par les Gentilshommes de la Chambre
du Grand Duc , & des Princes ſes
Fils,
GALANT.
241
Fils , mais außipar ceux des autres
Princes defa Maison. Les robes or
dinaires des Senateurs qui dans cette
occaſion estoient de drap noir ,à cause
qu'ils aßistoient àune Pompe funebre,
font de moire rouge. Onn'apoint
dit que plus de mille Gentilshommes
Florentins, tous vestus de deüil, accompagnerentle
Corps , portant des
flambeaux de cire blanche ce qui faifoit
un fort grand spectacle. Les
Huißiers dont on a parlé , estoient
Huißers duConfeil. On avoit dreßeun
Trône ,&non pas un Priedieu ,au
lieu où le Cardinal de Medicisfut
conduit Pendant la fonction à la
quelle il aßista,&qui dura juſques
àdeux heures apres midy , toutela
Gardeà cheval en écharpes dedevil
demeura en bataillesur la Flace.
Au lieu de capuchon d'hermines ,
ilfaut lire d'Armoijin. Le mot de
May 1694. L
i
242
MERCVRE
laDevise de la Princeffe n'est pus
Odor in candore , mais Dos in
candore.
BL
THEONE
LYON
# 6681*
DELA
VILL
****** *
Prelude
TABLE.
Sonnet Italien. 2
Sonnet. 2.
4
Lettre à Mrdes Landes 6
Premiere Meffe dite à Strasbourg
par M. l'Abbé d'Auvergne ,
avec plufieurs particulariteztres .
curieuses. 25
Satyre. 32
Morts. 42
Conte.
55
Cartes du Comte de Souabe , du
Duché de Virtemberg. 60
Viie de Luxembourg grawepar le
fieurBonnart. 61
Nouvelles Reflexions ou Sentences ,
Maximes morales politiques.
62
Analyse des Vaifſfeaux prolifiques
TABLE
du Limaçon de jardin.
Aventure tres finguliere.
64
70
72
Ce qui s'estpassé àl'Academie le
Autre tres urprenante.
jourde la reception de M. Abbé
de Caumartin.
76
Servicefait par l'ordre de Mis de
I.Academie de Villefranche. 89
Theses foutenues à Lyon. १०
Sonnet pour la Medaille du Roy ,
propofée par Mrs de l'Academie
des Lanternistes de Toulouse. 92
Autre.
95
Discoursfait àlaloüange du Roy,à
L'ouverture des jeux Floraux. 97
Ode.. 98
Histoire. 103
1
Détail de tout ce qui s'eſtpaſſe touchant
l'Evesque de Liege , ce
qui a fuivi cette élection , ce
qui regarde l'ordre Teutoni.
que. 121
Article tres-curieux touchant les
TABLE
fubfides d'Angleterre. 183
Explication de la Lotterie d'Angleterre.
188
Ce qui s'est paffé au Parlementà
l'égard de Monsieur le Ducdu
Maine &de Monfieur leComte
deToulouse , avec les Declarations
de Henry IV. &du Roy.
195
Viſite renduë à Monfieur le Duc
du Maine & à Monfieur leComtede
Toulouse , par l'Ambaſſadeur
de Venise.
Mariages.
210
211
Etatde l'Empire de Maroc. 215
Paroles remarquables , & bons
216
Histoirefecrettede Bourgogne. 21.9
moss des Orientaux,
Luxedecoeffures. 220
Morts. 221
Fauffemort. 224
Articledes Enigmes .
228
TABLE
Situation des Affairesde l'Europe.
230
Proceſſion folemnelle. 237
Prife des Isles & des Forts du Senega&
deGorec... 23.8
TREQUE Fin de la Table..
LAVILLA
3
LYONF
*
1833
Avis pour placer les Figures.
La Medaille doit regarder la
page 121 .
L'Air doitregarder lapage 230.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le