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1694, 03 (Lyon)
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MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MARS 1694.
DE
ZA
807156
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC. XCIV .
Avec Privilege du Roy.
*
LIVRES NOUVEAUX
S
du Mois de Mars 1694.
Ermons de ſaint Auguſtin
, traduits par Monſieur
Dubois Autheur des
Offices de Ciceron & des
Lettres de faint Augustin ,
en deux volumes in octavo ,
8. livres.
Les Oracles des Sibilles ,
ind. 30. fols.
Les Souffleurs Comedie ,
avec les Airs nottez en Mufique
, indouze 36. fols .
La Parifienne Comedie ,
ind. 20. fols.
ر
ä 2
Le Nouveau Jeu de l'Hombre
de la maniere qu'on le
joue à la Cour , indouze nou
velle Edition augmenté , 10.
fols.
Journal Campemens marches&
Barailles des Armées
du Roy en Flandres contre
celle des Alliez 40. ſols.
&
MERCURE
MERCURE
MARS 1694.
THEQUE
BIBL
*
LYGK
$18094*
L n'y a point d'Etats
qui nemanquentquelquefois
des chofes neceſſaires
à la vie ; fur
tout lors que la terre les produit,
on ne peut ſe répondre de ſa fecondité
, qui eſt toûjours incertaine
, mais elle donne fouvent
avec prodigalité les mefmes
chofes dont elle a été avare
Mars1694. A
2
MERCURE
les années précedentes . Ainfi
lors qu'un Etat ſouffre de ce
coſté-là , la faute en doit eſtre
imputée ſeulement à la Nature.
L'année derniere , la diſette
des bleds fut tres grande
en Eſpagne ; ce malheur a
paffé enfuite en France , où le
bled a neanmoins valu la moitié
moins que ce qu'il a couté
en Eſpagne. L'Angleterre
fouffre aujourd'huy la meſme
peine , & le pain y vaut fix
fols la livre. L'Eſpagne a beau
coup ſouffert , & le temps ſeul
a apporté des adouciſſemens à
la mifere de ces Peuples . On
ne peut dire encore comment
ceux d'Angleterre feront fecourus
, mais toute l'Europe
ſçaitque le Roy de France ayant
paru veritablement Pere de fes
Sujets en cette occafion , s'eſt
GALANT.
ſervi pour adoucir leur malheur,
de tous les moyens qui pouvoient
les foulager. Ce Prince
a fait d'abord des remiſes en
pluſieursProvinces d'une partie
des deniers qui luy eſtoient dûs.
Il a reculé le payement d'autres
ſommes qui luy eſtoient accordées,
pour fouteniruneGuerre
qui détruiroit la Religion
Catholique ,fi elle ne tournoit
pas à ſon avantage. Il a fait enſuite
de grandes aumônes aux
Pauvres honteux , leſquelles ſe
font aprés beaucoup étenduës ,
puis voyant la diſette augmenter,
il a fait conſtruire pluſieurs
Fours avecune grande dépenſe,
afin de faire diſtribuer du pain
aux plus neceffiteux. Ceux qui
pouvoient ſubſiſter ſans ce ſecoursy
ayantapporté de la confufion
,Sa Majesté le changea
A 2
4 MERCURE
{
enune ſomme de quarante mille
écus , qui a eſté tous les mois
delivrée aux Curez , pour eſtre
diſtribuée aux Pauvres de leurs
Paroiſſes , & pendant que ſa
charité agiſſoit ainſi d'un coſté ,
ſa prevoyance ſe faifoit remar
querd'un autre , pour faire venir
desbleds dans le Royaume , en
remettant une partie de ſesdroits
à ceux qui ſeroient affez heureux
pour y réuffir. Il donnoit
des eſcortes aux autres , & en
faiſoit venir àſes propres dépens
ce qui a fait diminuer notablement
la cherté du bled. Je
pourray vous endire davantage
en fermant ma Lettre , à laquelleje
ſuis obligéde travailler prefque
dés le commencement de
chaque mois. Cependant admirez
, Madame , la genereuſe
bonté du Roy , fon amour pour
GALANT.
5
fes Sujets , & fes ſoins & fa dé
pence pour les foulager , quoy
que d'ailleurs ce Monarque ait
toute l'Europe à combattre , &
la Religion Catholique à fou.
tenir.
La Relation que vous allez
lire , eſtant un fait connu dans
le lieu où la choſe s'eſt paſſée ,
j'ay crû ce fait d'autant plus
digne de la curiofité du Public ,
qu'il eſt utile qu'on ſcache tout
ce qui peut faire perdre la vie
aux hommes. La choſe à la
verité , n'eſt pas ordinaire , mais
iln'eſt pas impoſſible qu'elle arrive
encore ; ainſi les experiences
qui ont eſté faites , pourront
cenſerver pluſieurs perſonnes.
Ceux qui auront des lumieres
fur les morts precipitées , dont
les circonstances ſont contenuësdans
cette Relation , pour-
A 3
6 MERCVRE
ront donner leur fentiment ,
& j'auray ſoin d'en faire part
au Public .
RELATION
, D'un accident extraordinaire
arrivé au Fauxbourg de Sainte
Savine de Troyes en Cham->
pagne.
E 28. Juillet 1693. entre
Sept beures du foir ilar
riva qu'un enfunt , Petit fils d'Edme
Gilbert , Capitaine de Charrois
demeurant au Faux bourg de Sainte
Savine de Troyes , ayantlaiße tom.
ber par bazard , ou autrement , fa
Perruque dans un des puits de la
cour de ſamaison , où ily en a deux,
Son Neven domestique , appellé
GALAN T.
7
Jean Lumillard , âgé d'environ
vingt trois ans , qui revenoit dutravail
de la moiſſon , entendit dire
quily avoit une Perruque tombée
dansle puits. Ilse reſolut außi toft
ày descendre , pourreprendre laPerruque
; en presence du Maistre du
logis ,& autres personnes , il def
cendit effectivement dans le puits ,
àl'aidede la corde du tour,fervant
àtirer puiſer l'eau. Deux
ou trois personnes conduifoient le
tour , & il ne fut pas plûtoſt defcendu
vers l'eau , qu'aprés avoir dit
deuxfois,Mon Dieu jeme meurs,
il perdit &la parole la vie. On
l'appella inutilement à haute voix ,
il ne fit aucune réponse. Ceux qui
Setrouverentpreſensfirent leurs effort.s
pour le retirer ,mais ils ne purent.
envenir à bout , ce qui fit que le
Maistre du logis fortit , apres
qu'ilse fut ecrié devant sa porte ,
A 4
8 MERCURE
د
un nommé Pierre Terrançon , âgé
d'environ vingt deux ans natif
de Mafcon , Compagnon de vierre
Thomißin , Maréchal demeurant
proche le SrGilbert , accourut ,
preßépar la charitédeſauverla vie
àfon voisin,ilſebazarda à descendre
dansle puits ; ce qu'il executa avec
chaleur, ayant pris neanmoins la
précautionde lier aubout de la corde
unbaston affer fort pour l'enjamber,
s'afferir dessus pourse mettre en
Seuretéen tenant la cordedeſes deux
mains.On le descendit , lorsqu'il
fut prés de l'eau , il cria d'un ton
effrayé, Il eſt noyé,remõtez moy
viſte.A. peine eut ilprononcécepeu
de paroles qu'il tomba dans lepuits,
ayant laißé échaper la corde qu'iltenoit
en descendant . Un troiſieme, qui
eftant Cureurde puits,avoit plusieurs
fois curé celuy cy, fut appellé poury
décendre. Son nom estoit Laurent dit
۱
GALANT.
و
ins, comme avoit
Gaßion. Il estoit âgé d'environ cin
quante ans , Sonneur de l'Eglise de
Sainte Savine,&demeuroit au me.s...
me Fauxbourg , &proche la maison
du Sr Gilbert. Ce Cureur de puits
eftantaccouru , enjamba le mesme
baton , s'aßit deſſus, entenant la
cordedesdeux mains,
faitPierreTerrançon. Sitoſt qu'ilfat
au milieu du puits , il pouffe deux
ou trois soupirs , &se laisse tombercommeles
deux autres. Tous les
Spectateurs demeurerent fort furpris
de ce funeste accident , la
Seule reſolution que l'onput prendre,
ce fut de retirer promptement ces
trois malheureux ,pour voir s'ily en
auroit quelqu'un qui euft encore un
refte de vie. On ne perdit point de
temps On liauncrochet à la corde ,
onles retira morts avec le crochet
I'un après l'autre , l'un parlefoulier
L'autrepar le jaret , le troifie-
4
AS
10 MERCURE
me par la ceinture de fon tablier
ga il avoit mis. La Iustice fut appellée
pour faire les informations reguiſes
, proceder juridiquement.
Il fut ordonné que le lendemain
matin la visite & les rapports en
feroientfaitspar le conseiller Medecin
de Sa Majesté , lesChirur
giens Lurezdemeurant à Troyes , ce
qui fut executé. Voilà lefait.
Il s'agit preſentement desçavoir
comment est arrivée la mort fubite
de ces trois perſonnes tombées dans
le puits , ou plûtoſt par quelle cause
elle est arrivée. C'est ce qu'on ne
peut bien faire voir qu'aprés que
l'on aurarapportequelques remarques
qui ont este faitesfurlafituation
レ
1
façon du puits , quelques experiences
faites außi parle Conseiller
port de cestrois morts.
Medecin du Roy , qui a fait le rap-
Le puits afix toises de profon
GALANT. II
deur ,& dans le temps de cet accident
il n'y avoit pas dedans plus
de cinq pieds d'eau. Cette eau est
froide , n'est pas bien pure
bien limpide. On en tire peu , & il
n'y aque les Bestiaux qui enboivent,
tant à cause de la commodité que
l'on a d'un autre puits qui estdans la
mesme cour , dont l'eauſe trouve af
fez bonne,qu'à cause d'un grosfumierqui
est auprés de ce puits , où
depuisplus de trente aux on y en a
mis de mesme.
Un autre Cureur depuits que celuy
quiy est pery , a dit y estre defcendu
depuis douze ou quinze ans ,
aafſfuré qu'il n'est pas entierement
murépar le bas. C'est ce que l'on
nesçait pas avec une pleine certitude.
ce puits , qui est ouvert en haut ,
preſque également par tout de
quatre pieds en diametre , eft fitue
A 6
12 MERCURE
dans le milieu de la cour preſque
dans le lieu le plus bas.Sa couverture
eſt unpetit toit,élevéde terre de 7à
buitpieds deRoy, & ce toit est bien
garuy debois façon de tuiles, lereſte
de bois de charpente. On y a voulu
descendre unflambeaw bien allumé ,
ce flambeau nest pas descendu
dans le puits plus bas qu'une toiſe
Sans s'éteindre,quoy qu'on ne ſe ſoit
pas appercen que laflambeau ait esté
fort agitée. On l'a mesme descendu
pluſieurs foisbien allumé, & on n'a
pu paffer cet endroitsansque laflame
fefoit étouffée de la mesmeforte, Ce
qui est bien digne de remarque ,
c'est que le mesme flambeau allumé
àeſté descendu dans ce moment jusqu'à
l'eau de l'autre puits , qui est
dans la mesme cour, & qu'on l'a
remontéjusques en hautfans que la
flamesesoit éteinte, cet autre puits
et dans la placede la cour la plus
GALANT.
13
élevée , auprés d'une muraille
d'untoit de la maison qui luyfait
unpeu d'ombre. Il est bien muré,
n'a pas de toit particulier qui le
couvre comme l'autre . Il estpourle
moins außi profond ,&ses eaux ne
Sont pas moins basses que dans le
premier, oùl'on a auſſi deſcendu une
chandelle allumée dans une lanter
ne affezbien fermée de toutes parts,
ellea esté éteinte dans le mesme
endroit que le flambeau qu'on avoit
descendu. On y a jetté plusieurs fois
desfeuilles entiers de papier allis .
mées ,qui ont esté éteintes,laflume
s'estant étouffée außitostqu'ellesfont
defcenduës environ une toiſe dans le
puits.
On a voulu voirsi le Chien, ole
Chat qui alavie fort dure,y auroient
le mesme fort , y periroient aufi.
On adeſcendu premieremet un bien
qui estoit de mediocre taille , mais
14
MERCURE
on le
fort , lie dans un panier d'ozier,
jusqu'à la superficie de l'eau . Lors
que ce chien fut un peu plus haut
quele milieu dupuits, il poufla deux
outrois cris , l'ayant retiré incon.
tinent ,on l'exposa au grand Soleil,
qui le fit revenir en peu de temps
Eftant entierement revenu
defcendit uneſeconde fois jusqu'à
L'eau; ilpouffaencore quelques cris ,
eut ensuite des convulfions. On le
retira après l'y avoir laißé environ
autant de temps qu'il en faut pour
dire un Miferere , & il se trouva
froidsans mouvement: Neanmoins
le grand Soleil auquel il fut
exposé lefit encore revenir, mais avec
beaucoup de peine , la reſpiration
eſtant de temps àautre fortfrequente
difficile ,femblable à celle d'un
Asmatique lors qu'il est dans fon
paroxisme. On attendit qu'il eust reprisses
forces entieres pour l'y dé
GALANT.
IS
cendre une troifiéme fois , & ly
ayant laissé environ l'espace de deux
Miſerereun peuau deßus de l'eau,
on levit dans les premieres convulfion.
On le retira enfin mort
froid, les jambesun peu roides ;
del'écume autour de la gueule. Le
Soleilneput luy redonnerla vie cette
troisième fois , comme il avoit fait
la premiere la seconde. Pour ce
qui estdu Chat , onl'avoit enfermé
dans un panier d'ozier à falade avec
fon couvercle , mais ce couvercle ne
Setrouvant paraffezbienlié,leChat
ne fut pas plutoſt defcenduune toi.
fe, qu'ilfit un effort pourfortirdeSa
prison ,qu'il força. Il l'ouvrit parle
baut , eftantsauté dans lepuits ,
ily mourut fans pouffer de cris , ny
faire de mouvemens.
On ne s'estpas contenté des experiencesfaites
en Esté ; on a voulu
16 MERCURE
Au contraire
د
4
trois
en faire en Hiver , le 17. Ianvierdernier
, entre deux
heures aprés midy , lors qu'il faisoit
untres-grandfroid, on defcendit
remonta deux fois dans le mesme
puits jusqu'au fond , car ily a peu
d'eau preſentement, unflambeau allumésansque
laflame s'en éteignist
il ſembloit qu'à
mesure qu'on descendoit leflambeau
, ils'allumoit de plus en plus.
Ce mesmejour , après la descente du
flambeau , on defcendit dans lepuits
ane poule d'Inde , liée par les pattes
,&on la laiſſa au fond l'espace
d'un demy quart d'heure. Qury.
qu'elle ait la vie moins dureque le
chien , onla retira vivante ,&plus
vermeille qu'elle ne l'estoit avant
qu'on l'euft descenduë.
Ilfaifcit fort chaud le jour que
Iaccident arriva au mois de Iuillet .
L'un des trois qui ont pery dans le
GALAN T.
17
puits , avoit mis un méchant juſte
au corps fort leger,& percé enplufieurs
endroits ,&estoit pieds unds,
les deux autres estoient en chemiſe
lors qu'ils descendirent. L'un de
ces trois mangeoit une fouppe lors
qu'on l'appella pour y descendre.
L'autre avoit goûté , & le troifiéme
n'avoit pas mangé depuis fon
disner , ou s'il avoit mangé, il n'a.
roit que tres peu d'alimens , car il
s'est trouve dansson estomach fort
peudechyle.
Avant que d'exposer au Public
fonsentimentsur la cause de leur
mort ,il est àpropos de dire ce qui
s'est trouvédans le corps de ces trois
personnes, dont l'ouverture fut faite
le 29. Iuillet , lendemain de l'accident
à neufheures du matin On ne
peutpas dire qu'ils ayent esté noyez,
puis qu'onn'apas trouvé un semiverre
d eau dans l'estomach , dans les
*
18 MERCURE
intestins dans la capaciié de la
poitrinede trois cadavres peris dans
cepuits. On a remarqué toutes les
parties contenues dans les deux ven.
tres,savoir le milieu
fortſaines
inferieur ,
bien conformées ; ce
qu'onapû reconnoistre , c'est seulement
uneécume autour de la bouche ,
un sing épaisier figé dans les
wiſſeaux fanguiferes ,grands
petits, principalement dupoumon ce
qui peut estresuffisant pours'instruire
delacause de leur mort.
Quelques uns ont cru qu'il y
avoit dans ce puits un Bafilic , qui
qui ayant vù le premier ces hommes ,
les avoit tuez deſaveue ; mais outre
que chacun ne convientpas de cefait ,
quand on en voudroit ſuppoſer la verité
, cesentiment se renverse par la
mort du Chien , & par l'extinction
duflambeau de la chandelle , la
venë du Bafilic n'estant point caGALANT.
19
pabledeproduire ces effets.
meſlée
Les autres ont imputéla cause de
ces trois morts à unevapeur maligne
corrompuë , répanduë
avec l'airde ce puits,provenante du
fumier qui est amaßé auprés,mais
quelle apparence que toute cette vapeurmalignese
trouve renferméedas
ce puits, qui est affezouvert pour la
Laiffer fortir, lesvapeurs ainſi cor.
rompue estant affez en mouvement
pour n'estre pas toujours arreſtées
dans cet endroit ? L'air de la cour
où est ce fumier devroit
estre encore plus chargé,
plusdangereux cequi n'est pas; outre
que l'extinction du flambeau
circonstances qui accompagnent la
mort du chien, comme le froid
laroideurdefes membres detruiſent
Suffisamment cette opinion , car ces
vapeurs estant supposées chaudes ,
comme elles le doivent estre , n'é
teindront pas le flambeau allumé
en
ainsi
les
20 MERCVRE
Ja chandelle allumée, renfermée
dans la lanterne.
D'autres one pretendu parler
plus juste , en disant que c'est une
veine de la terre qui s'est fait une
ouverture dans ce puits ,&y pouffe
une vapeur chargée de quelque
Metal ou Mineral dangereux
lethifere ,comme de Mercure, Ar-
Senic , ou autre ; mais je croy que.
cesentiment peut estre encore detruit
par l'extinction du flambeau & de
la chandelle; car fi ces pretenduës .
vapeurs de Mercure ,
ou autres ,font capables de tuer
l'homme, elles nepeuvent pas éteindre
ceflambeau& cette chandelle
allumée , & renfermée dans une
lanterne. Il faut donc trouver une
cauſe qui soit capable d'oster la vie.
àl'homme en peu de temps , & qui
puiſſe produire les effets que l'on
vient de rapporter.
d'Arsenic ,
1
GALANT. 21
Ceux qui sçavent ce qu'un air
extremement chargé d'un nitre
groffier , épais & condensé , est capabledefaire
sur lefang de l'homme
vivant , tomberont d'accord
qu'il peut luy ravir la vie en pen
de semps , lors qu'il est parvenu
jusqu'à luy. Tel est , à mon sens ,
celuy qui est contenu dans ce puits ,
foit que cet airfroid vienneseulement
du puits , & de l'eau qu'il
contient ,foit qu'il en viennent de
laterre ouverte dans quelque endroit
de ce puits , qui meslez ensemble
composent un airsi froid , qu'il
estsuffisant pour coaguler& glacer
le fang, comme il a fait celuy de
ces trois perſonnes dans les vaisfeauxfanguiferes.
Ce froid exceffif
Sefait affezconnoistre par l'extinction
duflambeau & de la chandelle
allumée, qui s'éteignent & s'etouffent
en un instant , lors qu'ils font
22 MERCURE
descendus une totse seulement ,&
qui ne s'etcignent pas dans l'autre
puits de la mesme cour ,dont la profondeur,
commej'ay deja dit, st du
moins egale à l'autre, & qui a
fes eaux egalement baſſes.
Ceprincipe ainſi posé ,je dis que
les hommes quiſont defcendus dans
ce puits, avoientles pores de lapeau
fort ouverts , à cause de la grande
chaleur qui estoit en ce pays depuis
huitjours , & lefang estoit destitué
d'une partie de ſes esprits ,qui se
diſſipent aiſement parlachal ur &
par le travail, Ces hommes dond
peſſant en un instant d'un air extremement
chaud dans un air ax
tremement froid , cet air froid ,
quoy qu'epais , ayant trouvé les
poresde la peau fort ouverts ,
penetré avec ſon nitre acide groffierjusque
dans lesglandes milliai.
res de la peau ,&y ayant ren
4
GALANT.
23
ces
coacontré
quantité de petites veines
& arteres qui aboutissent à
glandes , il y afigé , epaissi
gulé le ſang. Le même effet a esté
produit en mesme temps dans lepoumon
; car le mesme air froid du
puitsy estart entré par lemoyen de
la respiration ,& ayant trouvé la
mefme difpofition , sçavoir une
grande ouverturedes poresde lafub-
Stance pulmonaire , il s'est aife
ment glissé dans lesang, &par
la force du nitre groffier dont il
estoit chargé , ila auffi figé& coagulé
cefangpassant par le poumon.
Or comme il est certain , au fenti
ment de la plus Saine partie des
Philoſophes & des Medecins modernes
, que la vie de l'homme depend&
conſiſte dans la circulation
& ta fermentation naturelle du
fang , l'une & l'autre ayant esté
detruite par ce nitre groffier &
24 MERCURE
condenséde l'air froid , on ne doit
pas estresurpris si la mort de ces
trois personnes est arrivée fubitement
de la maniere qu'on vient de
ledirecy devant.
Fay fait remarquer que par la
grande chaleur ilsefait unegrande
diſſipation d'esprits ,¬amment
dans les perſonnes qui s'exercent à
defortstravaux , tels quefont ceux
de la moiſſon ,& d'un Marechal ,
parce quejefuis perfuadé que fi le
Sang estoit remply d'une abondance
d'esprits, il feroit plus en estat de
reſiſter à la coagulation quiluy peut
arriver,& quipeus eftre causée par
un air froid , tel qu'est celuy de ce
puits.
Beaucoup de raiſons jointes aux
experiences qui ont estéfaites, principalement
du Chien , me portent à
croire quefi ces hommes fuffoquez
dans le puits avoient esté liez de
maniere
}
GALANT .
25
maniere qu'on cust pû les remonter
incontinent aprés qu'ils y ont esté
defcendus , on auroit pûles faire revenir
, en les exposant àun grand
feu,& leur faisant avaler s'ils n'avoient
pas esté entierement morts ,
quelques remedes chauds, comme les
Cordiaux & Sels volatiles & acres,
qui auroient esté capables de brifer
& de diviſer le nitre groffier qui
senoit le ſangglacé & coagule dans
les vaiſſeauxfanguiferes , de mesme
que le Chien eft revenu en vie à l'aidede
l'ardeur du Soleil,une premiere
&uneseconde fois , parce qu'il n'avoit
pas demeuréaffezde temps dans
le puits, pour queson sang fust entierement
figé & coagulé.
Voilà ce qu'on a pûdecouvrir juspreſent
dufait qu'à &de l'accident
qui eft arrivé en ce pays. La raiſon
pour laquelle on n'a pas envoyé
plutoft cette Relation, est que l'on a
Mars 1694. B
2
MERCVRE
attendu l'hiver , afin de s'afſurer en
quelque maniere de la cauſe de ces
mortsprecipitées , par les deux dernieres
experiences faites dansleplus
grand froid de cet hiver , que j'ay
rapportées , ce qui nous doit confirmer
que ce n'est que l'air froid qui
feretire pendant la grande chaleur
dans les lieux fouterrains , au lieu
que l'hiver pendant legrand froid ,
c'estla chaleur qui se trouve renfermée&
concentréedansces mêmes
lieux .
On prie les sçavans , comme on
Sçait que la France en est remplie ,
d'en donner leur sentiment au Public
, qui leur enfera obligé.
J'ay à vous faire part de pluſieurs
Vers d'une jeune Muſe ,
où vous trouverez beaucoup
d'eſprit , & fur leſquels il faut
vous donner quelques éclaircif.
GALANT.
3
ſemens. Un Marquis illuſtre
commandoit l'Eſté dernier la
Nobleſſe de ſon Canton pour
l'Arriereban , dans une petite
Ville de Normandie , où la politeſſe,
la galanterie,& le bel eſprit
ne regnent pas moins que dans
les plus grandes Villes du
Royaume . Il y fit pluſieurs habitudes
, & entre autres il lia une
amitié fort étroite avecun homme
de la Robe , auſſi diſtingué
par fon merite , que par fon
bien , & qui ayant épousé une
Femme de ſageſſe & de vertu ,
en aune Fille unique , qui pofſede
tous les charmes & tous
les agrémens qu'on peut fouhaiter
dans une jeune & fort
aimable perſonne. Le Marquis
en fut d'abord enchanté , & prit
pour elle la plus violente paſſion
qui fut jamais. Cependant la
B2
28 MERCURE
Belle ne s'applaudit pasde cette
prompte & importante conqueſte.
Il eſt marié , & déja fur
fon retour , & il n'avoit pas
affaire à des Provinciaux qui
fuffent capables de ſe laiſſer
ebloüir de l'éclat de ſa naiſſance ,
& de la groffe dépenſe qu'on
luy voyoit faire. Il fut donc contraint
de s'en tenir aux termes
d'une honneſte ſocieté , & d'avoir
meſime de ſi grands ménagemens
,que ce commerce n'euft
pas le moindre air de galanterie
amoureuſe , ſans neanmoins
en bannir les choſes qui pouvoient
le rendre plus agreable ,
& le faire durer plus longtemps .
Il continuë en effet toujours
avec beaucoup d'agrément de
part & d'autre , & on n'a pas
laiſſe paſſer l'occaſiondes Etrennes
ſans en donner d'obligeantes
GALANT.. 29
marques. LesDames luy envoye.
rent des Vers ſous les noms d'Uranie
& du Dragon vigilant,qui
font les noms qu'il leur a donnez ,
parles raiſons qu'il eſt fort aiſé
de s'imaginer. Il leur répondit
par d'autres Vers , & comme il
ne ſe pique pas de Poëſie , il pria
quelques- uns de ſes Amis,de luy
faire ſes Réponſes . L'un d'eux
qui prend beaucoup d'intereſt à
la charmante Uranie , ce qui
peut- eſtre aura de la ſuite , ſe
chargeade ce ſoin avec plaifir; &
les Dames ayant repliqué en
• s'adreſſant uniquement au Marquis
, comme Auteur des derniers
Vers un jeune Cavalier
, qui a beaucoup de brillant,
de vivacité & de genie pour la
Poësie , les ayant vûs s'eſt piqué
au jeu ,peut- eſtre autant du coeur
que de l'eſprit , & a fait les re-
د
B 3
30.
MERCURE
pliques qui finifſſent cetteeſpece
de petit Recueil,que l'on pourroit
appeller la Guirlande d'Vranie
, à l'imitation de laGuirlande
de Julie , ſi celebre autrefois
fur le Parnaſſe .
ESTRENNES
De Mademoiselle D. A. G.E.
à M. le Marquis de B.
Ve de prosperitez, cette nou-
Combleroient voſtre destinée ,
Marquis, que vousferiez heureuse
Sile Ciel exauçoit mes veux ,
-Carj'enfaispourvous plusdemille
Onje meſle toujours l'agreable&l'utile.
Non pas que vous ayez besoin
D'honneurs,de plaisirs,de richeſſess
Lafortune en apris le foin ,
GALANT.
31
Et vous accable de careſſes:
Mais dans le poste avantageux,
Où,selon vos deſirs, de tout elle difpofe
>
Vous m'avoûrez entre nous deux ,
Qu'il manque toûjours quelque
chofe
Aux grands coeurs , aux coeurs amoureux.
C'est quelquefois un Rien , mais ce
Rien inquiette;
Sans luy l'on se croit malheureux ,
Et la felicitéſans lug n'estpas parfaite.
C'estdon
-là que je veux,
C'est-là , ce que je vous jouwer
Mais quoy,me direzvous ! vraiment
me voilà bien ,
Vranie , ah ! la belle Eftrenne !
Pourpresent unſoubait, & cesouhait
eft Rien :
B4
-32 MERCURE
Cela ne valoitpas la peine
Defatiguer tant voſtre veine.
Je vous entens, Marquis,mais m'entendez
vous bien ?
Pensez-y plus d'unesemaine ,
Je vous donne beaucoup , en ne vous
donnant Rien.
La Mere de la jeune Demoi
ſelle écrivit ce Madrigal dans
lameſme feüille , ſous le nom
du Dragon vigilant.
JEEvoudrois bienfur ce Revers ,
Et tandis qu'Apollon vient nou
vrir leani
osenvoyer cinq ou fix Vers
Lejourde l'an,pour vostre Etrenne;
Car je sçay ce que je vous doy
Pour toutes les bontezque vousavez
pourmoy.
Et dont j'auray toujours de la reconnoiffance.
GALANT. 33
Aquoy donc est- ce que je pense ?
Ces Vers font de méchant aley :
C'estmal à propos se commettre.
Retirons-nous pour noſtre honneur
Ieveux un Madrigal,& je fais une
Lettre ,
Qui m'oblige à finir par ,je suisde
bon coeur ,&c .
Réponſe du Marquis fur les
mefmes Rimes .
A URANIE .
R
Ecevez lesſouhaits
cetteannée
demon coeur
Que mon amour répandfur vostre
deftinée ,
Et comprenez,belas ! que je ferois
heureux
Si je pouvois un jour vous adreffer
mes voeux ,
Car j'aurois avec vous des plaiſirs
plus de mille
د
BS
34 MERCVRE
Et je pourrais trouver leplaisant&
l'utile,
Pourvous apprendre au vray mon
extrémebesoin ,
Quin'estpas ,Selon vous , le manque
de richeſſes ;
C'est l'amour qui n'a pas,àmon gré,
tout lefoin
De mefaire obtenir vosplus tendres
careffes.
Parmy tant de Rivaux m'est-il
avantageux
Que ce cruelamour diſpoſe
De toutes vos bontez en faveur de
l'un d'eux,
A quijeparirois qu'il manque quelque
chose ,
Quandilferoit plus amoureux ?
**
Vn Rien tres-Souvent inquiette,
Mais par ce Rien j'entens une Fille
parfaites
GALANT .
35
C'est dans cesens que je le veux ,
Et c'est ceRienquejefonbaite.
On meverroit content fans bien
Si j'avois ce Rien pour Etrenne
Quelque perte que j'eusse,en confervant
ceRien ,
Ien'enfouffrirois pas la plus petite
peine.
Ie comprens , Vranie , & je vous
entens, bien, (lasemaine,
Jy rêveray cent fois tout au moins
Carvousme donnez tout en ne me
donnant Rien .
Au Dragon vigilant.
Comptez furma Medaille avec
-un beau Revers ,
On ne peut trop payer une li bonne
weine,
Et je voudrois par de tels Vers-
Pouvoir répondre à voſtre Eirenne.
B 6
36 MERCURE
Mais je vous le cede , &je doy ,
Sansfaire icy du quan: à moy ,
Vous marquer ma reconnoiſſance
EnProſeſeulement ; car enfin plus
i'y pense ,
Je trouve que la Proſe eft demeilleur
alloy ,
Tout preſt pour vous à me commeltre
,
Quand il m'en couteroit mon bien
Omonhonneur ,
Il est temps de finir, voicy presque
une Lettre ,
Sansrime , &fans raiſon , mais au
moins de bon coeur .
Autres réponſes de differens
Auteurs.
A URANIE.
Appellez vous un Rien ce qui
rend malheureux ?
Et quefeit un peu de richesses ,
GALANT. 1 37
Quand un coeur jour & nuit fais
d'inutiles voeux ,
Et qu'un cruel amour refuſe ſes careffes
?
Ce Rien que vous pouvez donner,
Ce Rien fi grand pour moy , qui me
manque & m'accable ,
Rendroitmon deſtin favorable ,
Si vous vouliezm'en étrenner.
Adorable Sapho,car pour vostre genie
,
Ce nomvous convient mieux que selay
d'Franie ,
Ainsi que cette Grecque admirable
en vosVers.
Vous allez avec mog charmer tout
Univers
Grands Dieux , vit-onjamais tand
dedelicateffe ,
Tant de brillant , tant de juſteſſe ?
L'en fuis , je le jure , enchanté
Autant que de vostre beauté2
38 MERCURE
Autant que devostre jeunesse ,
Maissij'ofois icy librement m'exprimer
,
Si j'ofois vous parler de cequim'inquiete
,
Jevous dirois , Sapho, que pour estre
parfaite
Il nevous manque plus que de ſçavoiraimer.
e
Ce n'est pas , direz-vous une fi
grande affaire ,
Mais cependant pensez -ybien.
Quelque tendreße est neceffaire
Autant que vostre aimable Rien,
CeRien que par bonté vostre coeur
me defire ,
:
Eft estiméde mon coeur amoureux ,
Cent fois plus qu'un puiſfant Em.
pire ,
Etfijamais l'amour favorable à mes
voeux ,
Meconduiſoit àceRienoinj'aspire,
GALANT.
39
Adorable Sapho , que jeferois ben
reux !
Au Dragon vigilant.
Ovous qui garderun trefor
Plusfameux que la Toison d'or,
Dragon , de qui lavigilance
A rendu jusqu'icy tous mesfoinsfuperflus
;
J'endormirayvostre prudence,
Bientoft vous ne veillerezplus.
Un charme que pour moy I'amoura
fait luy-mesme,
Meva rendre un nouveau Lafon ,
Et j'espere, assisté du Dieu qui fait
qu'on aime.
Enlever malgrévous cette aimable
toifon.
S'il faut vous rendre voeux pour
voeux , [ grande étenduë ,
Mesfouhaits font pour vous d'une
Et c'est une chose biendeme
40
MERCURE
Depayer dignement un cooeurfigenereux.
Que vos joursfoient filezdefoye ;
Que tout réponde àvos defirs ;
Que jamais le chagrinnefuccede à
la joye ,
Savourezmollement la douceur des
plaisirs.
Ayez la mesmevigilance ,
Et lesyeux außi bons qu'Argus ;
Que rien ne donne atteinte à voſtre
diligence ,
or, cequej'aime Etgardezcomme l'or,
leplus.
Replique d'Uranie au Marquis.
MArquis,jevous l'avois bien
dit ,
Qu'ily falloit penser , &plus d'unesemaine,
Avant que d'expliquer les Vers de
monEtrenne.
GALANT. 41
I' ay cependant quelque dépit
Qu'un Rien vous ait fait de la
peine;
Mais lors que d'autre chose ona la
testepleine ,
Il nefaut Rien dans un écrit ,
Pour arrester un bel esprit.
, ou par erreur ,
Enfin vous avez pris le change ,
Soit par malice
Et du nom de Sapbo croyant me faire
honneur ,
Dans defort inlio vers vous chanter
malouange ;
Mais je n'envieray point à d'autres
lebonheur
D'avoir de cette Grecque& l'esprit
le coeur.
Toute comparaison est toujours odieuſe,
Et celle- cy me fache tout de bor ;
Ie nesuis point Sapho , vous n'eſtes
point Phaon .
42 MERCURE
L'un estoit trop cruel , l'autre trop
amoureuse;
Dieu nous garde tous deux d'unſemblablerenom.
Ie cheriray toujours le beau nom d'Vranie
,
Vous me l'avez donné ,je le veux
bienporter.
Servez- vous- en ,je vous en prie ,
De luyſeul on me peut flater ,
Car il inſpire dans les ames
De pures de Saintes , flames ;
Heureuse si je puis un joui 1. meriter.
Replique du Dragon.
zy,je garderay comme l'or,
Ce cher precieuxtrefor ,
Dont leCielà mes voeux accorda la
C
naissance.
Rien nepourra jamais tromper ma
vigilance.
GALANT.
43.
Fußiez vous un autre lason ,
Vous n'aurezpas cette toiſon.
Quand on joint la vertu , l'honneur
laprudence ,
Vne Mere est toujours un terrible
Dragon.
Autres Repliques d'un autre
Auteur.
S
POUR URANIE.
Ivous me regardez, Marquis ,
comme un trefor,
Me faut il un Dragon comme à la
Toisond'or?
Toussesfoins savigilance
Seroient des fecours fuperflus ,
Et ce n'est pas sursa prudence
Que vous devez compter le plus.
Vous jugez d'autruy par vousmesme,
Vous avezl'air d'aimer ainſi qu'aimoit
Lafon ,
1
44
MERCURE
Nonpas à cauſe qu'on vous aime,
Mais de peur qu'un Rival n'enleve
latoifon.
Pour le Dragon.
10
VVaannddeennccoorrunefois , pourravir
montresor ,
L'amoureux Iupiterse changeroit en
or,
3
PourSurprendre ma vigilance ,
Ses effortsferoient fuperflus ;
Mais cen'est pas furma prudence
Que je me reposele plus.
Cet aimable treforse garde de luymesme,
Et fuffy-je Medée,&fußiez vous
Lafon ,
Eußiez vous les appas du Dieu qui
fait qu'on aime ,
Vous n'auriezpas encorpour cela la
toison.
1
GALANT .
45
رم
Vousferiezconvaincu du bien que je
vousveux ,
Si mon pouvoir estoit deplus grande
étendue ;
Et vous auriez , Marquis,la recom
penſe duë
Avossouhaitsfigenereux.
Vos jours feroient filez deſoje ,
Iepréviendrois tous vos defirs ,
Vous auriez chaque jour quelque
nouvelle joje ,
Vous goûteriezmille plaiſirs;
Car enfin j'ay pour vous la mesme
vigilance ,
Quepourplaire à Iunon, eut le fidelle
Argus ;
Maisquefervent cesfoins , quefert
ma diligence ,
Marquis , peut estre , belas ! nous
nevous verronsplus.
Je vous envoye un Ouvrage
}
46 MERCURE
de M. Verduc le jeune , pour
les Scavans de voſtre Province.
Je ne doute point qu'ils n'en
foient contens , ayant toujours
vû avecplaiſir tout ce qui eſt
forty de fa Plume ,
DISSERTATION
fur la nature du Feu .
SI nous voulons bien connoiſtre la
nature du Feu , il faut que nous
confiderions toutesses proprietez,
d'abort celle quiſepreſenteà nossens,
Sontsachaleur &falumiere, & enfin
lapuiſſance qu'il ad'agir fur les
corps qui nefontpoint trop durs ,
de les changer ensa propre nature.
Toutes ces principales qualiter du
Feuse reduisent àune seule chose ,
Scavoir au mouvement des petites
GALANT.
47
parties de fon corps.
Premierement,on ne peut douter
que la chaleur du Feu nevienne du
mouvement desespetites parties,fi
l'on confiderequepour enfaire naître
dans les corps où il n'y en a point ,
il nefaut que les agiter, ainsi que
l'experience le montre tous les jours
dans les corps quiferemuent extraordinairement
vite, comme par exemple,
dans le bouton d'une rouë de
caroſſe , qui roule extrêmementvite,
dansun temps chaud fec. L'on experimente
encorequ'enfciant du bois
fort dur , si l'on touche de la main
lefeüillet de la ſcie, en la retirant
auplus viſte de lafente qu'ellefait
dans une piece debois, on lefent fort
chaud. Toutes ces experiences prouvent
évidemmentqu'il ne faut que
du mouvement pour la chaleur des
corps , & qu'iln'estpas besoind'une
autre qualitépour la produire.
48 MERCVRE
1
Presentement que nous sommes
bienpersuadezde cette verité, ilfaut
chercherquelle forte de mouvement
eft neceſſaire pour produire de la
chaleur dans les corps ; caril est certain
que tout mouvement ne suffit
pas pour échauffer , puis que l'eau ,
qui est liquide ,& qui ne le peut
estreque parce que chacune de ses
petites parties ſe meut àpart , se
parement deses voisines ,n'est point
naturellement chaude.
Le mouvement dans les petites
parties du corps nepeut estre en general
que de deuxfortes , ou direct ,
ou autour du centre.
L'experience fait voirque le mouvement
en ligne droite de chaque
petite partie d'un corps ne produit
point de chaleur ; car fi ayant la
bouche fermée , l'onferre les levres ,
qu'on en faſſe fortir l'air fort
viste , onlefent froid : & de mesme
l'air
GALANT.
49
S
l'air qu'on pouffle avec un éventail
contreson visage, dans les plusgrandes
chaleurs de l'Esté , acquiert une
autre difpofition pourſe mouvoir ,
eftfenty froid. Or il estmanifeste
qu'en faisant fortir l'air desa bouche,
ouenle chaffant d'un ſouflet ,
oubien en le pouffantfort viste avec
-un éventail,ses petites parties ne
peuvent tournerfur leur centre , à
cauſe que la trop grande agitation
qu'elles acquierent,&qui les pouffe
également vers un méme coſté , les
empêchedeferemuer autour d'ellesmesmes,
comme onvoitſouvent qu'une
balequ'on chaffe fort viſte, avance
droit en ligne droite ,ſans tourner
furfon centre.
Aprés vous avoir fait voir que
le mouvement direct des parties d'un
corps ne produit point de chaleur ,
maisseulement qu'il excite da froid
dans ceux où ilſe rencontre, il faut
Mars 1694. C
}
50
MERCURE
yous montrerque le mouvement circulaire
des petitesparties d'un corps
excite de la chaleur.
est
L'experience fait voir que la fumée
,ou la vapeur qui fort d'une
liqueur que l'on a mis bouillir fur
lefeu , circule tourne en rond
enplaſieurs diverses manieres; ce qui
n'arriveroit pas , fi chaque petite
partiequi s'éleve au deſſus de la fuperficie
de la liqueur , nese remuoit
autourd'elle même , pour composer
ce petit tourbillon de fumée , qui
affezchaudpourse faire sentir;
mesme sans aller chercher ce mouvement
dans lafuméequifort d'une liqueur
ainfiémuë , ilfuffit de le remarquer
en elle - mesme pour s'en
convaincre : carcomment ſe pourroit -
il faire qu'une liqueur qui boult à
gros bouillons, qu'on voit tournoyer
fort viste , n'eust point ces petites
parties agitées enrond ? 3
GALANT .
51
Pourroit on bien croire aprés cette
experience , que la chaleur de la
flame du feu,vinst d'ailleurs que
du mouvement que chacune deses
particules fait surson centre ; car
enfin cettechaleurdufeu ou dequel
queautre corps, ne peut pas eftre ane
qualité differente du mouvement,
puis que nous ne concevons pas qu'il
yait dans le corps de qualité plus
contraire au mouvement , qui est
toujours neceffaire pour produire de
La chaleur, que le repos ; mais exce
pte les fubftances, leurs qualitez ,
ou leurs modes,nous ne concevons point
qu'ily ait d'autre genre de chofes,
Nouspouvons donc affurerque la chaleurdufeu
confifte dans le mouvement
que chacune deſes partiesfait
autourde fon propre centre.
Après avoir expliqué une des
proprietez du feu , qui se rapporte
ausens de l'attouchement , il faut
C2
52
MERCURE
paffer à cellequi le rend lumineux ;
mais comme il n'y a au monde que
deux fortes de corps dans lesquels
la lumierese trouve , àsçavoir les
Aſtres la flame , que les
Aftres font trop éloignez de nous ,
pour pouvoir remarquer , comme il
faut,la nature de la lumiere , il
ſemble qu'il n'y a point d'autre corps
fur la terre qui nous puiſſe ſervir de
Sujet pour l'examiner que la flame
même ,ou le feu dans lequel elle se
trouve car encore qu'ilyait plusieurs
autres corps qui font appercevoir de
la lumiere , comme les gouttes de
l'eaude meragitée parla tempefte ,
le bois pourry, de certains petits vers
deterre, les poiffonsfalez, &quancité
d'autres corps : neanmoins comme
cette lumiere paroist plus particuliere
& plus difficile à decouvrir
que celle qui est dans le feu , l'ordre
veut que l'on commence àexpliquer
GALANT.
53
celle qui se trouve dans lefeu.
Nousavons remarqué plus haut
que les parties du Feuferemuentfans
ceffe ,&que cemouvement produit
fa chaleur. Puis donc que les petites
parties du feuse remuentfort viſte
autour de leur centre ,& qu'elles
ne sont pas également groſſes
folides,il eftfaciledimaginerqu'en
Se remuant , elles pouffent lesparties
des corps qu'elles rencontrent car c'est
ainsi qu'en agitant celles de nostre
peau , elles nous échauffent , nous
brûlent quelquefois , lors qu'enestant
trop prés , elles ont affez de force
pourlesſeparerl'une de l'autre .
Les petites parties du Feules plus
agitéesferemuant tres viste autour
de leur centre, tendent toutes en.
Semble ,& de tous côtez, à s'en
éloignerſuivant des lignes droites
qui partent de ce centre , mais elles
ne peuvent tendre , ou faire effort
C3
54
MERCURE
pours'en éloigner ,qu'elles ne pouffent
en s'échapant du lieu où elles
font, lespetites parties d'unematiere
fubtile qui remplit les pores de l'air,
des autres corps transparens ,
qui s'étend fans interruption depuis
beflame, jusqu'aux yeux de ceux qui
apperçoivent la lumiere. Il faut
s'imaginer ces petites parties toutes
rondes comme des boules , quife remuent
fans ceffe dans les pores de la
pluspart des corps terrestres enpaffant
des uns dans les autres ,sans jamais
s'y arrefter davantage , que ce peu
de temps qu'on nomme un instant ,
de mesmeque l'eau qui estfous l'ar.
ched'un pont ne demeure jamais la
même unſeul moment,àcause qu'elle
s'écoule ailleurs ; mais comme nous
ne voyons point que l'eau qui coule
fous l'archedun pont ylaiffe duvaide,
à cauſe qu'ily ade nouvelles eaux
qui fuivent celle qui s'écoute , nous
GALAN T.
15
devons penserle même de la matiere
fubtile , àsçavoir qu'elle remplit
tous les pores qui se trouvent dans
Lescorps.
Nous avons dit que les petites
parties qui ſervent àtransmettre l action
de la lumiere ,fost rondes com
me des boules , & qu'elles remplis.
Sent toujours les pores de la plujpart
des corps. Il est vray que ces petites
parties occupent presque tous lespores
les intervalles qui se trouvent
autour des corps terrestres :mais ily
a encore tant d'autres pores dans
ces corps , qui pour estretrop petits, ne
peuvent les recevoir, qu'ilfaut neceffairement
qu'il y ait dans l'Univers
une autre matiere , dont les
parties foient fi extremement petites
fi agitées , qu'elles puiffent estre
divisées en d'autres plus petites ,qui
rempliffent toujours aussi justement
qu'il est poffib'e d'imaginer, tous les
C
4
56 MERCURE
plus petits angles ou recoins qui fe
trouvent autour des partiesdelamatiere
; car il faut neceſſairement
qu'ily ait une tellematiere dans le
monde , qui appartienne auxpetits
espaces quifont dans les corps ,puis
que nous concevons ces espaces qui
•font dans les corps , aussi bien que
les plus grands que nous puißions
imaginer , comme une chose réelle
étendue en longueur , largeur
profondeur ,&non pas comme un
vuide pur, qu'on s'imagine n'estre
viendu tout , qui n'est en effet
qu'unechimere.
C'estcette matiere tres -fubtilequi
remplit les petits espaces curvilignes
que les petites boules laiffent neceffairement
autourd'elles, quand elles
fe touchent ; car il est plus facile à
ces premieres , qui changent continuellement
lafigure de leurs petitesparties
, desegliſfer autour de
GALAN T.
57
ces autres quifont rondes pourrem
plirneceſſairement les espaces qu'elles
laiffent autour d'elles qu'à ces
autres , de changer la leur , pour
faire le mesme effet , c'est à dire pour
remplir ces espaces.
Avant que deparlerde la lumiere
quise remarque dans le bois pourry,
dans les poiſſonsfalez, dans lesgouttes
d'eau de mer, ilfaut encore dire
un mot de celle du feu , car tout ce
que nous en avons dit jusqu'icy , n'a
eſtéque pour en rendre la connoiffan
ce plus aisée.
Lespetitespartiesqui compoſent
le corps dela flamese remuant Sans
ceße autour de leur centre pouffent,
en faisant effort pour s'en éloigner ,
Les petites boules qui rempliffent les
pores des corps transparens,
dans l'effort que fait ainsi chacune
c'est
despetites parties dufeu,pour's'éloignerdeson
centre ,en quoy confifte
Sa lumiere.
C
58 MERCURE
Après avoir bien conceu ce que
c'est que la lumiere dufen ,il nous
Serafacile de comprendre comment
Seproduit celle des autres corps ,
mesme nous pourrons aisément entendre
commentſon action peut paſſer
en un instant par l'entremise des
corps transparens , carseachant que
les petites parties de la matierequi
transmet cette action ,font rondes
appuyées les unesfur les autres il
faut de neceßité qu'au mesme instant
qu'ily ena une de pouffée toutes les
autres qui la ſuivent lefoient außi
de même que l'action dont on remuё
le bout d'un bafton , paffe dins le
mêmetemps jusqu'à fon autre bout.
Pour la lumiere des poiffonsfalek.
des vers de terre ,& de quelques autres
corps, je crois que celavient de
ce qu'ilya dans les pores de ces corps
de petites parties, qui enſe remuant
àpeu prés comme celles de la flame,
GALANT. 59
pouffent enfortant des pores où ciles.
font,les petites boules dela matiere
Subtile , & c'est dans la preſſion de
ces boules que consiste la lumiere
Mais pour dire quelquechosede plus
particulier touchant la lumierede
ces fortes de corps, commençons d'abord
à expliquer celle qui se remarque
dans le bois pourry , pour de là
paſſerà l'explication de celle qui est
dans les autres corps dont nous venonsdeparler.
L'experience fait voir que le
bois pourry , qui est lumineux , est
plus legerque celuy qui ne l'eſt pas.
Cette legereténe peut venir que de
ce qu'ila perdu beaucoup de parties
ense corrompant,& qu'ila de grands
pares,pleins d'une matiere fort fluide
mais cespores en s'agrandiſſane , en
ont infailliblement retreay d'autres
; car pendant que le bois se corrompt
&Se pourrit,c'est à dire, pen-
C6
60- MERCVRE
dant que les parties d'eau , ou d'autres
d'ane nature differente qui sont
dans ces pores ,font agitées par la
matierefubtile,ſes plus petites parties
,àforce d'estre ébranlées &Secouées,
se détachent des autres ,&
paffent bien loin au delà dans l'air.
Mais cela ne peut arriver que quelques
pores du corps quife corrompt.
nes'étréciffent beaucoup , parce que
lesparties quise dérangent occupant .
plusde place qu'auparavant , presfent
leurs voisines contre quelques
autres , ce qui est cauſe que les porès
qui y sont deviennent plus étroits .
&que les boules de lamatierefubtile
enfortent toutes ,& comme il n'y a
point de vuide dans le monde , la
matiere la plus fubrile entre dans
ces pores avec impetuosité , pour
prendre la place des petites boules
quien fortent ,& coulant tout du
long,elle preffe les plus petites parties
GALANT. 61
!
du bois qu'elle trouve enfon che
min , lesquellesfortent plusieurs en
femble environnées de cette matiere
fort fubtile,dans laquelle ilſe trouwe
pourlors qu'elles nagent , elles
ont affez de force pour pouffer les
petites boules de la matierefubtile ,
&par consequent pour exciter de
lalumiere. La lumiere du bois pourry
conſiſte dans le mouvement de ces
Petitesparties que lamatiere la plus.
Subtile chaffe hors deſes pores , car
il faut remarquer qu'elles avancent
en tournoyant ,&qu'elles feremuent
àpeu prés comme celles de lafla
me.
Pour la lumiere qu'on remarque
dans les petits vers de terre , elle
peut venir de l'agitation d'une liqueursubtile
, qui participe de la
naturedes eſpritsfalins & volatiles..
Lesparties de cette liqueur fortant
par des conduits fort étroits ,&fe
62. MERCVRE
remuant auſſi tres - viste , pouſſent de
toute leur force les boules de la matiere
fubule , & c'est en cela que
conſiſte la lumierede ces petits Infectes.
Ilfaut remarquer qu'ils ne
luisent qu'autant de temps qu'ils
font vivans , & qu'aprés qu'ils
font morts ils perdent entierement
cette proprieté. La raison de cela est
peut- estre , que lors qu'ilfont vivans
, les parties de cette liqueur
fortent fans ceffe de leur corps ,à
cause de l'agitation quieft au dedans
, & que quand ils viennent à
mourir , elles abandonnent leur corps,
oùil ne reſte que les plus großieres,
qui nesçauroient agirfur les petites
boules de la matiereSubtile.
La lumiere des poiffons Salez,
quine luisent qu'autant de temps
que les parties du fel mettent à
entrer dans leurs pores , vient de
ceque ces parties qui font longues
GALAN T. 63
&roides , en penetrant dans les pores
des chairs , retreciſſent tellement
les autres où elles n'entrent point .
qu'ils ne peuvent contenir que la
matiere la plus fubtile ,laquelle
continuant de ſe mouvoir fort viſte,
fortde cespores avec affez de force
pour pouffer les petites boules de la
matiere subtile , qui font dans
les pores de l'air voisin de ces
corps , & aina exciter quelque lumiere.
Pour celle qui paroist autour des
gouttes de l'eau de mer , pendant
une grande tempeste , on peut croire
qu'elle ne vient que de ce que le
branle que l'agitation des vagues
donne aux gouttes qui s'enfeparent.
&qui s'éparpillent en l'air ; fair
que pendant que les parties qui ſe
plient ,& qui s'entrelaſſent ensemblepour
compofer une petite goutte
d'eau , les pointes des autres qui
64 MERCURE
font roides & inflexibles ,sedégagent
&s'avancent ainsi que des fléches
bors de la superficie de cesgouttes
d'eau, &pouffent affez impetueusement
les petites boules de lamatiere
Subtile.
Après avoir expliqué les prin.
cipales proprictez du Feu , que nous
remarquons par l'entremise de nas
fens,commesa lumiere&Sa chaleur
& aussi aprés avoir rendu raison
de celle qu'on remarque dans d'autres
corps , il ne nous reste plus
qu'à examiner la puiſſance qu'il a
d'agirſur les corps qui ne font point
Brop durs , &de les changer en fa
propre nature. Pour cela il faut remarquer
qu'il est beſoin d'une violente
agitation dans les parties terrestres
pour faire du feu , car puis
que toutes les petites parties qui
composent le corps de la flame se
remuent tres-viste ,&que ce mou
GALANT. 65
vement ne peut avoir estémis en
ellesfansuné grande force , nous devons
conclurre que les corps qui s'enflament
d'eux-mêmes,font dans une
agitation tout à fait grande ,&
qu'ilnefaut pourfaire du feu,qu'un
mouvement affezfort pourSeparer
lespetites parties des corps terrestres
qui se soutiennent toutes les unes
lesautres.
L'experience s'accorde parfaitement
bien avec nostre raisonne.
ment ; car elle nous montre que la
Seale agitation des corps suffit pour
les embrafer . En effet , ne voyonsnous
pastous les jours la preuve de
cecy,enfaisant naistre dufeu,quand
nous n'en avons point ; car le moyen
le plus ordinaire d'en avoir , quand
on en manque , est d'enfairefortir
d'un caillou , en lefrapant avec un
fufil, ou avec un autre caillou .
Orpeut- on douterque le feu ainſi
66 MERCURE
1
2
2
produit ne confiſte pas dans la violente
agitation qu'acquierent les
petites parties de la pierre qui ſe
rompent & se détachent de leurs
voisines, tombent en piroüettant ,
àcausedela violente agitation que ..
leur donne la matiere la plus fubtile
qui les environne de tous coſtez,
de même qu'un Bateau qui est au
milieu d'un torrent , ne peut s'empêcher
d'ensuivre le cours quand il
n'y apoint d'ancres , ny de cordesqui
le retiennent de même außi les pe
tites parties des corps qui sont envi .
ronnéesde la matiere la plusfubtile
doivent neceſſairement fuivre son
cours , & iln'y a point de cauſe qui
puiße détacherles petitespartie d'un
caillou , les separer des autres ,
que laforce du coup qu'on luy donne
en lefrapant avec un fusil ou bien
avecun autre caillou.
Pourroit-on bien croire, après cette
GALANT.
67
experience , qu'ilfant pour la production
dufeu, quelque chosedeplus
que la viſteſſe du mouvement dans
les parties inſenſibles d'un corps;com_
me par exemple , qu'il faut que le
bois qui brûle , outre l'agitation
lemouvement rapide deſes pluspe .
tites parties , ait encore laforme
dufeu , la qualité de la chaleur,
l'action qui le brûle ,qu'on imagine
comme des chofes toutes diverses ?
Car, je vous prie , de quelle nature
fereit cetteforme, cette qualité
de chaleur, si c'estoit quelque chose
de distingué de la groſſeur, de la
figure &du mouvement deſes parties
? Metterdufeutant qu'il vous
plaira à un morceau de bois , met.
tez y de la chaleur , & faites.. le
brûlerfivous nesupposez outre cela,
que ſes petites parties se vemuent
violemment , & se détachent des
autres , il demeurera éternellement
68 MERCURE
cequ'il estsans aucunement s'alterer;
tout au contraire oftez enlefeu,
la chaleur ,& empeschez qu'il ne
brûle , pourvû, que vous imaginiez
une puiſſance qui remuëviolemment
lesplussubtiles parties de ce bois ,
lessepare des plus großieres ,
vous trouverez infailliblement tous
les mêmes changemens qu'on experimente,
quand il est changé enfeu;
enfin vous penſerez que le feu
n'est rien dutout dans les corps qu'un
mouvement rapide de leurs plus petites
parties , & que la diverſité
des feux vient de la difference qui
Se trouvedans lagroßeur, lafigure ,
lafolidité , le mouvement des
petites parties qui composent ces
feux.
Je vous ay déja parléd'Etrennes.
Il ne faut pas oublier celles
que M. de Betouland envoya
de Bordeaux à Mademoiselle de
GALANT.
69
Scudery, le premierjour de cette
année . C'eſtoit une belle Cornaline
antique & Grecque, fur la
quelle le Temps eſt tres bien
gravé , avec ſes ailes déployées
& fa faux. Elle estoit accompagnée
de ces Vers.
LE TEMPS
4
A Mademoiselle de Scudery.
Ce n'est qu'un seul moment , Sapho
que je m'arreste ,
Etpour un vol leger mon aile est toujours
preſte;
Maismalgré mon chemin qu'on ne
voit point finir,
Et qui me conduira dans le vaſte
avenir
Pourray-je m'empefcher de respecter
Sans ceffe
Devostre esprit charmant l'aimable
politeffe ?
Deus?
70
MERCURE
De ma terrible faux ne craignez
point les coups ,
Elle ne peut agirsur LOVIS , ny
furvous.
celebres.
J'ay détruit mille Rois &mille Etats
Fay répandu fur eux d'éternelles
tenebres,
Leur nom mesme est perdu dans le
cabos des ans;
Mais Louis, que le Ciel guide àpas
éclatans ,
Doit-il craindre untelfort pouri'illuftre
carriere ,
Où tout n'estque triomphe, &miracle
&lumiere ?
La Victoireattachée àfon nom glorieux,
1
Le défendde l'oubly des hommes &
des Dieux.mrpos
Vous le sçavez, Sapho , mais un
instant volage ,
Apeine vous la fant remarquermon
vifage,
GALANT.
71
Et mefentant glifſferfous mes pieds
fugitifs,
Prindrois - je ce grand Roy de rayons
affez vifs ?
Ilfaut plus de repos , ma course est
trop rapide ,
Et vous racerez mieux ün si fameux
Alcide .
Racontez ſes hauts faits ; Echo de
voſtre voix
Dans lesfiecles futurs j'en instruiray
cent Rois ,
Qui malgré mille exploits d'immortelle
memoire ,
Ne pourront égaler la moitié de fa
gloire.
Réponſe de Sapho au Temps .
Vous qui paſſezfi wiſte , & pourtant
lentiment ,
Ne vous arreſtezpas , écoutezsenlement,
72
MERCVRE
P'ay mille graces à vous rendre
De l'Eloge charmant que j'acheve
d'entendre ,
Carle plus éloquent des Dieux ,
S'il parlois de LOVIS, n'en parleroit
pas mieux.
Je l'ay vù tout brillant d'une éclatante
gloire ,
Tel que les Filles de memoire
Le peignent tous les jours pour la
A
Posterité,
Sans en avoir pûfaire unseul Portrait
flate,
Et de vostre discours mon ame estsi
ravie,
Que j'enseray l'Echo le reste de ma
vie.
Parlerois -jefans vous du plus grand
des Mortels,
Qui du temps des Cefars auroit en
des Autels ?
Cette réponſe de Mademoifelle
GALANT.
73
felle de Scudery , a donné licu
à M. de Boiſquillon , tres- digne
Academicien de l'Academie
de Soiffons , de luy adreſſer
ce Madrigal.
Eces Eloges éclatans DEV
ous avez beau combler le
Temps ;
Contre luyjesuis en colere.
Sapho , loin de paſſer d'une aîle ſi
legere,
Il devroit s'arrester sur cent faits
inoüis.
Peut-il mieux s'employer qu'à celebrer
LOVIS?
Les Ouvrages de M. de la
Broſſe ſont ſi curieux & fi recherchez
, que je ne doute point
que celuy que je vous envoye
n'ait le meſme ſuccés , que ceux
dont je vous ay déja fait part . Ils
Mars 1694. D
74
MERCURE
doivent faire plaifir , non feulement
parce qu'ils regardent la
ſanté , ſi chere aux hommes ,
mais encore parce que l'Auteur
veut bien par une generofité finguliere
, joindre à ſes raiſonnemens
fur les maladies , les remedes
ſpecifiques ,qui felon luy,
en peuvent procurer la guerifon
L'Ouvrage que je vous envoye
roule fur les Fiévres malignes
qui ont regné cette année.
LETTRE.
DE M. DE LA BROSSE,
M. de Can , Docteur en Medecine
de la Faculté de Paris ,
concernant la Fiévre Maligne.
7
MONSIEUR,
Lagrande applicationà l'eſtuGALANT.
75
/
de de la Medecine jointe à la
force de voſtre genie,vous ayant
donné une connoiffance particuliere
de ce qu'il y a de plus
abſtrait & de plus caché dans
cette ſcience & tine intelligence
parfaite de la concordance
des choſes ſuperieures
avec les inferieures , j'ay cru
quejene pouvois choisir un ju
ge plus équitable , plus capable
& plus éclairé que vous ,
pour decider ſi mes reflexions
fur la Fiévre maligne , que je
veux mettre au jour en faveur
du public , peuvent y eſtre expoſées
avec quelque utilité , &
je ſuis tres perfuadé que voſtre
décifion ſerad'autant plusjuſte ,
l'autorité des anciens n'a lieu
chez vous , qu'en tant qu'elle eſt
conforme à la raiſon & à l'experience,
qui font le fondement
D 2
76 MERCURE
1
&la folidité de mon ſyſteme.
Les accidents ſurvenus àquelquesmalades
le mois paſſe eſtant
preſque des marques infaillibles
d'une fiévre maligne & contagieuſe
, m'ont porté à faire ces
-reflexions , & comme il eſt
avantageux à un malade d'eſtre
perfuadé que ſon Medecin con
noiſt la nature de fa maladie ,
-& le remede qui luy eſt con.
venable je me fuis perfuadé que
le public ne ſeroit pas faché de
ſçavoir que la maladie dont il
eſt menacé , n'eſt pas inconnuë
à tout le monde , non plus
que le remede qui luy eft
ſpecifique ; & afin qu'il en ſoit
mieux convaincu,je luy en veux
faire connoiſtre entierement
la nature , comme auſſi le reme- 、
de qui luy eſt propre, &jem'expliqueray
d'une telle maniere
GALANT.
77
que les plus groffiers n'auront
pas de peine à le comprendre ,
car qui bene fcit bene docet,& non
ſeulement j'enſeigneray le remede
pour la guerifon de cette
maladie , mais aufli je donneray
les moyens des'en garantir , en
quoy la precaution ſera d'autant
plus importante , que la pluſpart
de ceux qu'elle attaquera feront
enlevez dans quatre ou cinq
jours , à moins que d'avoir un
prompt ſecours.
On ne sçauroit donner une
idée plus parfaite de la nature
d'une maladie , qu'en faiſant
connoiſtre évidemment la matiere
qui la cauſe, & les accidens
qui l'accompagnent ; comme la
plusgrandepartie des Medecins
enignorent la cauſe ,il ne faut
pas trouver étrange ſi la mortfait
tantde ravage , & voicy , Mon
D3
78 MERCVRE
fieur,laroute que j'ay temrë pour
y parvenir .
Fay parcouru & recherché la
nature des venins qui font dans
les trois regnes ; ſçavoir , le vegetal,
Fanimal &le mineral, n'y
en ayant pas d'autre dans la nature.
J'ay conſideré qu'ily a des
vegetaux qui contiennent une
ſubſtance approchante de Farfenicale
, & que dans l'homme
mefine il ſe produit des ſels qui
cauſent des accidents ſemblables
à ceux que produisent les vapeurs
malignes de l'arſenic,mais
qui terminent leur malignite
dans le ſujetqui les produit, ſans
fe communiquer à un autre. Je
ſcay que le venin eſt une ſubſtance
ennemie du coeur & deftructrice
de la nature ,& qu'il
y a des venins ſpecifiques au
coeur qui l'attaquent par les
GALANT 79
veines , comme la piqueure du
Scorpion & la morſure de Viperes.
D'autres entreprennent le
cerveau , comme le Mercure &
l'Opium Le Liévre- Marin s'en
prend poumon , & les Cantarides
à la veſſie , mais je n'ay jamais
veu ny entendu dire que
ceux qui ont eſté infectez de ces)
venins les ayent communiquez
à quelqu'autre , & tous les vegetaux&
animaux enſemble ne font
pas capables d'infecter l'air , &
de le rendre contagieux , & tel!
qu'il puiffe cauſer des maladies
contagieuſes ; mais il n'en eſt pas
demeſme des vapeurs arſenicales
quis'eflevent de la terre.Elles
infectent tellement l'air , qu'eftant
agité par les vents ,il porte
ſa malignité en divers endroits
de la terre , & attaque toutes les
parties du corps humain. C'eſt
D. 4
80 MERCVRE
pour cela que nous voyons tant
de forte de maladies épidemiques
, car quand cet eſprit malin
qui infecte l'air, attaque les inteftins
, il cauſe la dyſſenterie qui
fait ſouvent tant de ravage ;
d'autres fois s'attaquant au cerveau
il cauſe des catharres .
Quand il s'en prend à la poitrine
il cauſe des inflammations de
poumon , & des pleurefies ,&
infectant la maſſe du ſang , il
cauſe des fiévres malignes , &
lors que quelques unes de ces
maladies regnent &attaquenten
mefine temps pluſieurs perfonnes
, nous lanominons Epidemique
, & nous y remarquons
toujours de la malignité, qui eſt
plus ou moins grande , felon que
l'air eſt plus ou moins infecté .
Nous n'aurons pas beaucoup de
peine à croire que toutes ces
GALANT. 81
コ
2
maladies font cauſées de cet efprit
arsenical , fi nous faiſons
reflexion que la peſte qui ne
differe de ces maladies que du
plus au moins, eſt tres frequente
aux endroits ſujets au tremble
ment de terre , & l'on voit ordinairement
quedans les lieux
où l'on remuë quantité de terres
il y regne des maladies
malignes , mais comme il ne
ſuffit pas de connoître ſuperficiellement
la cauſe d'une maladie,
j'en veuxdonner une idée
parfaite , autant que ma foible
capacité me le permettra , auffi
bien que du ſujet ſur lequel elle
agit , & pour cet effet je veux
faire connoître en quoy confifte
le principe de vie,& le principe
de mort , ce qui étantbien connu
nous conduira à la parfaite
D
82 MERCURE
connoiffance du remede necef
faire. Je dis done que la vie
conſiſte dans les efprits , car
fansles eſprits il n'y a point de
vie,&la vie cefle des que lesef.
prits ne peuvent plus operer ,
l'ame ne faiſant aucune fonction
que par le moyen des efprits .
Ainfi on peut definir la vie
l'Acte premier de l'eſprit , car
par tout où se trouve l'efprit , il
fait toutes les operations neceffaires
à la vie , mais la premiere
operation , c'eſt la vie , puiſque
F'eſprit eſt pleinde la lumiere
celeste , & c'eſt la lumiere celeſte
qui fait la vie de fa nature
propre,& les élemens inferieurs
n'ontde vie qu'en tant qu'ils font
impregnez de la lumiere & de
l'eſprit celeſte,& toute la nature
eſt pleinede cet efprit celeſte ,
&ne peut eſtre ſans cet eſprit
GALANT. 8:3
par le moyen duquel tous les
genres , tant animaux , que ve
getaux & mineraux , vivent,
* Or les eſprits du corps humain
font la quinteffence dun
fang, abondant en ſel & en fouphre
, d'une qualité tres douce
&benigne ; mais le principe de
mort eft abondant en ſel & en
fouphre , d'une qualité mordicante
& corrofive , & propre à
arreſter & détruire le mouvement
des eſprits. C'eſt un eſpric
Arfenical abondant dans tout le
genre mineral ; enfin nous pou
vons dire que ce qui eſt le plus
oppofé à noſtre vie eſt la cauſe
des maladies contagieufes . Or
l'efprit Arfenical eft celuy qui
luy eſt le plus oppofé & le plus
contraire dans toute ſa ſubſtan
ce. Ce fera donc cet eſprit Arfenical
qui ſera la veritable cau
D
84 MERCURE
4
ſe des fiévres malignes & contagieuſes
, lequel opere ſur nos
corps avec plus ou moins de violence,
qu'ilinfecte plus ou moins
l'air,& felonqu'il ſe trouve plus
fec , ou plus humide , ou plus
chargé de vapeurs , qui puiſſent
reprimer & émouſſer fa malignité,&
il eſt tres- conſtantque .
lors que pluſieurs perſonnes ſont
atteintes à meſme temps d'une
maladie , on n'en peut attribuer
la cauſe qu'à la choſe qui eſt
principalement commune ,& de
quoy tous les hommes ufent .Or
on ne peut revoquer en doute
que ce ne ſoit l'air que nous refpirons
; car de vouloir dire que
c'eſt le regime de vie , cela n'a
nulle apparence , d'autant que
ces Fiévres malignes s'attaquent
auſſi bien à ceux qui boivent du.
vin , qu'à ceux qui boivent de
GALANT. 85
l'eau ;auffi-bien à ceux qui uſent
des viandes exquiſes & delicates,
qu'à ceux qui uſentdes viandes
groſſieres & mal apreſtées.
Il eſt pourtant vray que le regime
de vie eſtant mauvais , cor
rompt les humeurs du corps , &
le diſpoſe à recevoir plus facilement
cette cauſe , laquelle n'a-
✓git pas tellement d'elle - meſme ,
que ſans l'aide& le fecours de
quelque précedente préparation
, elle puiffe produire fon
effet fur toute forte de ſujets,
autrement il s'enfuivroit que
tous ceuxqui habitentune Ville,
feroient atteintsde ces Fiévres
malignes , dés qu'ily en auroit
quelqu'un qui en ſeroit infecté,
ée qui eſt évidemment faux. Il
faut donc que cette cauſe, pour
faire ſon impreſſion ſurun corps,
le trouve plûtoſt diſpoſé à la
86 MERCVRE
recevoir , car l'action de ce qui
agit reſte ſans force & fans efficace,
fielle ne rencontre un ſujet
propre pour la recevoir. Or ce
mauvais regime de vie pouvant
alterer les humeurs , diſpoſe le
corps àrecevoir plus facilement
les impreſſions malignesde l'air,
& c'eſt pour cela que ceux qui
ont voulu mettre le regime de
vie entre les cauſes des maladies
contagieufes, l'ont appellé cauſe
preparante ;mais comme il eſt
impoſſible de donner une idée
parfaite de la Fiévre maligne ,
fans parler de la Fiévre en general
, je me crois obligé d'en dire
quelque choſe en paſſant.
Je dis donc que la Fiévre eſt
une action & irritation extraordinaire
des efprits , caufée par
une alteration du fang plus épais
& plus viſqueux qu'à l'ordinai.
:
GALANT. 87
re, ce qui donne lieu àun battement
plus frequent des arteres ,
accompagné de plufieurs fimptomes
, comme de froideur , de
chaleur , douleur de teſte , foif,
& plufieurs autres. Cette définition
explique parfaitement le
naturel de la Fievre, & indique
en mefme temps le remede qui
luy eſt convenable . Il reſte
maintenant à faire voir la verité
de cette définition , contraire à
celle des Anciens .
Je dis que les eſprits inferez
dans les muſcles du coeur , par
leur mouvement ordinaire ,
compriment les parties qui en
forment les ventricules , afin
que par cette compreſſion les
deux parties oppoſées venant à
s'entre toucher , chaſſentle fang
qui y eſt porté par la veine afcendante
, pour eſtre porté du
88 MERCURE
ventricule droit au poumon ,
par la veine arterieuſe , afin d'y
eſtre impregné de l'eſprit celeſte
quiy eſt introduit par le
moyen de l'air , & porté de là
par l'artere veneuſe au ventricule
gauche du coeur , d'où il eſt
pouffédans la grande artere,pour
eſtre diſtribué par tout le corps.
Ce fang rempli de ſels acres &
mordicans irrite les eſprits , ce
qui fait qu'ils agiſſent avec plus
d'impetuofité , & précipitent
leur mouvement d'autant plus ,
que le ſang eſt plus épais &
moins fluide qu'à l'ordinaire , &
c'eſt pour cela que pendant le
friſſon le pouls eſt petit , quoy
que viſte , & il n'eſt pas fort.
difficile à concevoir que les
eſprits ſont irritez dans le coeur
par des matieres heterogenes ,
qu'ils s'efforcent de les chaffer
GALANT. 89
,
plus promptement , & avecplus
de violence puis que nous
voyons journellement que les
eſprits eftant agitez dans le cerveau
par des poudres ſternutatoires
, les éternuëmens en
fontplus ou moins frequens &
violens ,que la poudre eft compoſée
de fubſtances plus ou
moins acres & mordicantes , &
par conſequentqui irritent plus
ou moins les eſprits. On peut
remarquer cette verité dans les
maladies où les eſprits ſont fort
embaraſſez , & ne peuvent pas
operer , comme l'onvoit en l'Apoplexie
, où les Sternutatoires
lesplus violensfontde nul effet.
Il n'eſt pas fort difficile par ce
Syſteme de donner raiſon de
tous les ſymptomes qui accompagnent
la Fiévre ; car fi on
demeure d'accord qu'il n'y a
१० MERCURE
que les parties où les eſprits reluiſent
qui ſoient capables de
douleur & de ſentiment,comme
il eſt évident , il s'enfuit que ce
font les ſeuls eſprits qui font la
douleur,& toute forte de ſen.:
ſations , ce qui peut eſtre faci.
lement reconnu , ſi on fait refle
xion que ceux qui font bleffez
ne fentent preſque point de douleurdans
le moment de leur bleffure
, mais dés que les bords de
cette bleſſure viennent à ſe tumefier
, ſoit par l'air , ſoit par les
humeurs qui s'y arreſtent , les
eſprits irritez par l'obstaclequ'ils
trouvent à leur courſe & action
ordinaire , agiſſent avec plus
d'impetuoſité , & font cette ſen .
fation de douleur .
Je ſuis ſurpris que les Anciens.
n'ayent pas defini la Fievre un
froid , puifque toutes les Fievres
J
GALANT . 91..
commencent par un froid , qui
fe fait fentirepar tout le corps ,
tantau dedans qu'au dehors ,jufqu'à
ceque lachaleur luy fuccede.
En verité ils auroient eu plus
de raiſon de definir la Fievreun
froid contre natuure diſperſé par
tout le corps , venant d'une matiere
corrompuë en quelque
partie du corps , auquel fuccede
une chaleur contre nature; mais
ce froid ne vient pas d'une matiere
putride ; non plus que la
chaleur qui luy fuccede; car l'un
& l'autre viennent des eſprits
qui fe fentaneattaquez par des
humeurs acres & mordicantes ,
ſe retirent vers les parties les
plus attaquées afin d'y eſtre plus
forts & vigoureux pour com
battre leur ennemi , de forte que
les parties demeurant moins
pourveuës d'efprits fentent un
92
MERCURE
grand froid,car ce ſont les eſprits
qui conſtituent la chaleur , &
il n'eſt pas fort difficile de juger
que c'eſt cette concentration
d'eſprits qui fait le froid, ſi nous
remarquons ce qui arrive à des
gens qui ont l'eſtomach debile ,
quis'eſtant remplis d'alimens au
delà de la portée de leur chaleur
naturelle , ſentent aprés
le repasun froid par tout le corps
ce qui vient de ce que les eſprits
ſe concentrent dans l'eſtomach
pour faire la coction des alimens.
Si vous voulez voir de vos
propres yeux la concentration
des eſprits de quelque mixte ,
prenez une cruche, remplifſſezlà
de vin , & expofez la pendant
deux ou trois jours à l'air
quand il gelle bien fort , le vin
ſe congelera, & au centre de ce
vin congelé , vous y trouverez
GALANT...
93
l'eſprit du vin plus fubtil que,
celuy que les meilleurs artiſtes
pourroient faire. Mais revenous
'ànoſtre matiere febrile , &diſons
que lors qu'elle ſe jette fur
quelque partie , comme fur le
Meſentere , au ventricule , aux
reins , &c. les eſprits s'y ramafſent
, s'ébranſlent , & fecouent
les nerfs pour ſe depêtrer & rejetter
par cet ébranlement les
humeurs morbifiques qui s'attachent
à ces parties , qui fait le
tremblement pendant le friſſon,
de meſime que les Araignées
ébranlent&fecouent leurs toiles
pour en rejetter la pouffiere,
Al'égard de la petiteffe &
viſteſſe du pouls pendant le
froid , cela provient de ce que
leſang eſtant coagulé par des ſels
acres & corrofifs , il n'obeït pas
fi facilement à la compreſſion
2
94
MERCURE
a
du coeur ,de forte que la compreffion
ne ſe faifant qu'àmoitié
à raiſon de la conſiſtance du
ſang , il ne faut que la moitié du
temps ou environ pour la faire ,
mais à force de circulations l'efprit
univerſel introduitpar , l'air
dans le poumon , eſtant meflé
avec le fang fortifie nos eſprits
&aide à faire la diffolution de
ce ſang , ce qui eſtant fait , il
s'enfuit la chaleur , parce que
les matieres eſtant attenuées &
rarefiéesdans tout le corps , non
toutefoisAau degré neceffaire
pour eftre facilement expulfées
àraiſonde leurviſcoſité , frapent
continuellement les fibres & les
membranes du corps , & font
cette ſenſation de chaleur de la
maniere que je l'ay declaré dans
ma Lettre écrite à M. de Cha
pelas , pour lors Curé de S. JacGALANT.
95
ques , & à preſent Curé de S.
Germain l'Auxerrois , inferée
dansle Mercure Galantdumois
de Mars 1691. où j'ay traité
cette matiere affez amplement.
Et pour avoir une idée plus par
faite de la petiteſſe du pouls , il
n'y aqu'à confidcrer qu'à meſure
qu'un malade approche de la
mort, le pouls devient petit ,
quoy que viſte , ce qui ne peut
provenirque de la coagulation
du fang , & auffi plus il ſe coagule
, plus le pouls devientpe
tit, conſervant ſa viſteſſe à pro
portion de la force des eſprits,
& les extremitez deviennent
froides , ce qui marque que les
eſprits ſe refferrent dans leur
centre , & nous fait voir clairement
que le fang ſe va
faitcoaguler, ce qui ſe manifefte
par le pouls ,que les Medecins
tout à
96
MERCURE
appellent vermiculant , qui eſt.
l'avantcoureur de la mort.
On me dira peut eſtre que
le Scorbut & l'action hypocondriaque
proviennent d'un ſang
coagulé par des acides , fans
que ces maladies foient ordi
nairement accompagnées de
la Fiévre , mais il eſt facile
de répondre à cette objection ,
en faiſant voir que la coagulationdu
ſangſe fait par le moyen
de diverſes ſubſtances ; que les
unes ſe détruiſent dans l'inſtant ,
ou cedent facilementaux compreſſions
; & les autres au contraire
reſiſtent beaucoup. De
l'eau mêlée avec de la terre ſe
forme une inaffe , qui ſe difſſout
dans l'inſtant avec de l'eau ,mais
il n'en eſt pas de meſme de la
terre mêlée avec de la Terebe
thine , car ces deux matieres
forment une maſſe bien plus
difficile
GALANT.
97
A
difficile à diſſoudre. Enfin avec
cinq voyelles on fait un nombre
infini de mots; ainſi de la diverfité
des humeurs excrementeuſes
, il ſe fait la diverſité des
coagulations du ſang.
Je croym'eſtre affez expliqué
dans la brieveté de mon Dif
cours pour faire connoiſtre la
matiere de la Fiévre en general,
c'eſt pourquoy je paſſe à la Fiévremaligne.
J'ay fait voir cy-deſſus que les
fels acres & corrofifs des humeurscoagulent
la maffe du ſang
&irritent les eſprits , & comme
je vous ay fait connoiſtre la nature
de l'eſprit arfenical qui
cauſe la fiévre maligne , vous
pouvez juger facilement que fa
malignité ſurpaſſant celle des
mauvaiſes humeurs de noſtre
corps,doit cauſer par conſequent
Mars 1694. E
98 MERCURE
de plus facheux accidens , ce qui
ſe remarque en ce que les efprits
ſont plûtoſt diſtinguez en cette
fiévre qu'en toute autre , parce
qu'ils fontattaquez avec plus de
violence.Auſſi font ils tant d'efforts
qu'ils fubliment & font
ſortir cet eſprit malin & fubtil
par la peau avec quelque peu de
la fleur du ſang. Cela ſe manifeſte
par des taches rouges ,
violettes , ou noires , car les efprits
travaillent inceſſamment à
ſe délivrer de leur ennemi , le
chaſſant du centre à la circonference
avecquelque petite portion
du ſang infecté , comme il
eft dit. Que ſi le ſang eſt beaucoup
infecté de cette malignité,
les taches font noires s'il l'eſt
moins , elles font violettes , &
ſi elles ſont rouges , cela marque
encore moins de maligni-
τέ.
THEQUE
VILLE
4
GALANT.
de
Medens
IN n'y a point
qui puiffent conteſter que ces
taches qui paroiſſent ſur le
corps, & qu'on appelle communement
Pourpre ne ſoient pro--
duites de la maniere que je
viens de le dire. Or cela êtant
vray,comme il eſt conſtant , certains
Medecins ont ils quelque
raiſon de faire ſaigner en cette
maladie , puis que la ſaignée eſt
oppoſée à ce mouvement de
nature ? Hipocrate a beau leur
recommander, quo natura tendit,
eovergere oportet. La nature tâche
d'expulſer le venin par les pores
du corps , ces Medecins au contraire
tâchent de le concentrer
au dedans par la ſaignée . La nature
fait tous ſes efforts àſubtilifer
les humeurs pour les expulſer
par l'émonctoire general ,
qui font les pores , & ils tâchent
E 2
100 MERCURE
de les condenſer par des rafraichiſſemens
, ou de les attirer au
dedans , & les precipiter par des
purgatifs .
Eſt-il poſſible que Dieu qui a
créé le Ciel & la Terre , & tout
cequiyeft contenu pour l'utilitéde
l'homme , ait créé tant
de fortes de vegetaux , d'ani
maux & de mineraux en vain ,
&que la lancette ſeule aitlebonheur
de renfermerdans ſa pointe
toute lavertu des Mixtes , & que
la plus grande partie desMedecins
en faſſent leur Panacée , ou
pluſtoſt leur Paſſeportpour l'autre
monde ? Les veritables
Phyſiciens qui ſe ſont adonnez à
la recherche de la vertu des
Mixtes,&qui ont joint la pratique
à l'étude ſçavent que Dieu
a mis enchaque Pays des Mixtes
capable de guerir les maladies
GALANT. 101
;
1
auſquelles chaque Climat eſt
ſujet, & ils s'en fervent fortheureuſement.
Il n'y a que le travail&
l'experience qui les en
ont convaincus , & c'eſt par leur
grande application ,&leurs obſervations
, qu'ils ont reconnu
que la quinteſſence de Pavot &
de Juſquiame appaiſe toute forte
de douleurs. Celle du Tabac
guerit les pâles couleurs,& provoque
le flux menſtrual ; celle
deThim guerir les Aſmatiques;
celle de Merthegueritdu vomifſement
& les douleurs de teſte ,
qui proviennent d'un eſtomach
qui digere mal ; celle de la grande
& petite Centaurée guerit
les aigreurs de l'eſtomach & le
dégouſt ; la quinteſſence du
Sureau guerit les Fiévres intermittentes
,& la fuffocation de :
matrice; celle de Perles,les Hec..
E 3
102 MERCVRE
tiques ; celle d'Aloës & de
Mirthe eſt excellente pour toute
forte de Fiévres malignes , mais
la quinteſſence de*.... dont
je veux que tout le monde ſoit
pleinement convaincu des effets
par leur propre experience , eſt
le veritable & ſpecifique pour
toute forte de Fiévres malignes
&contagieuſes. Le Mercure &
l'Antimoine gueriſſent radicalement
tous les maux Veneriens ;
le Plomb appaiſe toute forte
d'inflammations , & diſſout les
nodofitez de la Goutte; l'Etain
guerit toute forte d'hemorhagie
& le flux hepatique ; le Cuivre
guerit de la peſte ; l'Argent
guerit indubitablement des
vapeurs,de la Manie & de l'hydropiſie
; l'Or poſſede ſeul toutes
les vertus des tous les autres
Metaux. Enfin un vermiſſeau .
GALANT. 103
de terre appliqué ſur unPanaris ,
qui eſt ce mal qu'on appelle
d'Avanture , le guerit dans un
inftant , comme un enchante .
ment . On le laiſſe ſur le Panaris
juſqu'àce qu'il foit mort. Si le
ver eſt trop petit pour bien entourer
&garnir le doigt , il y en
faut mettre deux ou trois , &
enveloper le tout avec un linge.
Mais vous ſçavez bien , Monfieur,
que je n'entens pas qu'on
gueriffe ces fortes de maladies
par les Métaux dont je viens de
parler, eftant preparez , comme
l'on fait ordinairement ,car ils
ne ſervent de rien en cet eftat,
mais illes faut mettre en
quinreſſence , ou du moins en
avoir le ſel eſſentiel , & pour
Jors ils font immanquablement
tout ce que je viens de dire ; il
n'y aque le ver de terre qui n'a
E 4
104 MERCVRE
beſoin d'aucune preparation ,
car ilfaut qu'il ſoit en vie quand
on l'applique.
Quant aux ſymptomes les
plus funeſtes de cette Fiévre
maligne , ce font les frequens
fincopes,unegrande difficultéde
reſpirer , le flux de ventre , la
Phreneſie , & enfin la Lethargie
, qui eſt le vray avancoureur
de lamort ,car ellemarque que
les eſprits ſont ſurmontez par la
→malignité , &qu'ils ne font plus
en eſtat de rien operer.
Je paſſe maintenant à la cure
de cette Fiévre , & dis que
comme elle est causée par un
eſprit malin qui infecte toutes
les parties du corps par fa fub
tilité& malignité , il faut ſe
ſervir de remedes fubtils , qui
portent leur action dans toutes
les parties. Je vais en décrire
GALANT.
105
pluſieurs , afin que le Pauvre
auſſibien que le Riche en puiſſe
avoir.
Si-toſt qu'on ſe ſentira de
cette fiévre , il faut prendre de
Sel de coral , de Sel de perles ,
de Sel eſſentiel , de chardon
benit , de bezoard mineral , de
chacun huit grains peſant ,de
mettre en poudre , les meſler
enſemble , & les diſſoudre dans
deux ou trois onces d'eau de
chardon benit ou de ſcabieufe
ou bien les meſler avec un peu
de conſerve de roſes. Au lieu de
celaou pourra prendre dixgrains
deSel eſſentiel de chardon benit
&dix grains de bezoard mineral
, & les diſſoudre comme deffus,
ou bien prendre dix àdouze
grains peſant de Sel volatil de
Tang humain , ou à fon deffaut,
de Sel volatil de Vipere ou de,
Es
106 MERCURE
corne de cerf. Apres avoir pris
unde ces remedes , il faut ſe
faire bien couvrir ,& l'on fuera
immanquablement. On continuera
encore deux jours de
ſuite le remede ,& la malignité
ne manquera pas deſortir. Le
quatrième jour on prendra feulement
dix grains peſant de
l'une des deux premieres pou
dres ,& on en continuera l'uſage
juſques au ſeptième jour.
On uſera dans la ptiſane ordinaire
d'un peu d'eſprit de Sel ,
ou de Souphre , ou de Vitriol ,
en forte que cette ptiſane ſente
un peu l'aigrelet. Sur le declinde
la maladie , on ſe pourra
purger avec les pilulles de
ruffi , la doſe eſt demy grosjufques
àun gros. Pour la precaution
on prendra deux fois le
mois demy gros de ces pilulles
1
4
GALANT. 107
de ruffi , c'eſt un des bons prefervatifs
qu'il y ait. Elles font
compoſééeess demirrhe d'aloës
&de faffranjelles purgent dou.
cement ,
د
empefchent la corruption
des humeurs , & fortifient
l'eſtomach , ce qu'aucun
autre purgatif ne fait.On pourra
fe fervir journellement de l'eau
ſuivante. Prenez racine d'Angelique
& de Tormentille , de
chacune une once , une bonne
pincée degraine de geniévre &
trois gros de canelle ; concaf
fezunpeu les racines&la canelle
,& mettez le tout dans une
bouteille de verre.Verſez yuna
chopine d'eau de vie ,& le laif
ſez infufer pendant quatre jours ,
le remuant une fois le jour ,
aprés quoy vous y ajoûterez
quatre onces de fucre en poudre
& prendrez de cette liqueur
E6
108 MERCURE
une cuillerée chaque jour a
jeun. J'aurois donné volontiers
mon ſpecifique & mon prefervatif
au public , fitout le mon
deeſtoitcapablede le faire,mais
jen'en veux pas gratifier un parriculier.
Quant à ceux qui aimeront
d'eſtre purgez agréablement,&
avec toute la benignité
&delicateſſe poſſible , j'ay pour
celaunſucre preparé d'une telle
maniere qu'il n'eſt changé ny
de couleur ny de gouft , ny de
conſiſtance, &fe prend avecdu
Caffé ou du Chocolat au lieu
d'autre ſucre , ou bien avec du
bouillon.,
Comme tous le Amateurs des
Saignées ne manqueront d'employer
tous leurs efforts à faire
paſſer mon Syſteme pour une
viſion , je prie les perſonnes defintereſſées
de tenir leur refus
GALANT. 109
tation privée pour une marque
de leur ignorance ,ou de leur
malice,juſques à ce qu'ils ayene
misau jour des raiſons & des
experiences qui détruifent les
miennes,ce que je n'apprehende
guere ; mais comme le Publiceſt
extraordinairement prévenu
en faveur de la Saignée ,
jeveuxluy en faire connoiſtre
lemauvais uſage,par le recit de
ce qui eſt arrivé il ya peu de
jours en noſtre voiſinage ,à un
Pleuretique : mais permettezmoy
de vous donner auparavant
un exemple ſur la funeſte
pratique exercée envers ce
Pleuretique , qui vous pourra
porter à confiderer avec plus
d'attention les veritez que je
vous dis..
Il y avoit un Gentilhomme
qui couchoit ſeul dans ſa cham
MERCURE
bre,lequel ſe trouvant mal dans
la nuit,appella ſes Domeſtiques,
criant qu'il fuffoquoit. UnDomeſtique
y accourut avec un
paguet de clefs pour ouvrir la
chambre , &donner du ſecours
à fon Maiſtre. Ir met une des
clefs,qu'il croyoit cellede cette
chambre ,dans la ferrure , &
faitpluſieurs tours ſans pouvoir
ouvrir , & n'en eſſaye point
d'autre , tant il eſt prévenu que
celle dont il ſe ſert eſt la clef
-de cette chambre. Son Maiſtre
ſe plaint plus qu'il n'avoit fait
d'abord.Le Domeſtique redouble
avec plus d'empreſſement
les tours & retours ; & enfin
connoiſſant à la voix de fon
Maiſtre qu'il eſt aux abois , il
change de clef , mais celle qu'il
prend n'ouvrant pas mieux que
la premiere , il en prend une
GALANT. Fr
autre, qui n'eſt pas encore celle
qu'il faut.Enfin il prend la qua .
trième ,qui eſt la clefde cette
chambre. Il ouvre la porte , &
entre dedans , mais trop tard
pour le falut de ſon Maiſtre,qui
eſtoit agonizant. Ce Valet le
voyant en cet eſtat s'écrie, Apportezviste
de l'Eau de vie,de l'Eau
de la Reine de Hongrie. Mais toutes
ces eaux n'ont de rien ſervi,
car le Gentilhomme eſt mort
dans un moment. Voilà,Monſieur
, le modele , à mon avis ,
le plus convenable de ce qui
eſt arrivéà ce Pleuretique. Ilſe
fent oppreffé d'une douleur de
coſté ,il appelle des Medecins
à fon fecours , il en vient un
qui le fait d'abord faigner , &
reffaigner le meſme jour . Le
mal empire ,& le Medecin fortifié
de l'avis de quelque autre
12 MERCURE
fait faire douze faignées dans
cinqjours;mais malgré ce grand
nombre de ſaignées , le malade
vient aux abois. Ces Medecins
qui n'ont jamais entré dans le
Cabinet de la Nature , & qui
n'en connoiſſent pas la clef , les
afſſayent toutes. Voyant que la
ſaignée ne ſervoit de rien qu'à
précipiter le malade dans le
tombeau , ils ordonnent de la
Caffe , quelques heures aprés
la derniere ſaignée , mais ce
remede n'operant pas mieux
que le premier , ils ordonnent
l'Emetique , qui n'a pas un
meilleur fuccés que les autres.
Enfin ils ordonnent des crottes
de cheval , & j'avoue que ce
remede eſt convenable donné
au commencement de la maladie,
mais ce remede ne ſervant
de rien , le Medecin qui voit le
GALANT. 113
malade aux abois,s'écrie, Vite ,
vite de l'eau de Canelle , de l'cau
imperiale , mais tout cela n'a pas
empeíché que ce Pleuretique
ne ſoit mort quelques momens
aprés , de forte que ce malade
a receu dans un jour, qui eſtoit
le ſixième de ſa maladie , tous
les remedes en general que
poſſede laMedecine; fçavoir la
ſaignée, le purgatif,l'Emetique,
le ſudorifique , &le cardiaque.
Aprés cela peut on dire que les
Medecins qui en ufent ainfi
traittent methodiquement cette
maladie , & que la faignée ſoit
le veritable remede pour la
Pleureſic ? En verité il faut n'avoir
pasun grain de jugement
pour ne pas connoiſtre l'aveuglement
dans lequel ils ſont ,&
afin que tout le monde puiſſe
juger fi la ſaignéceſt faite avec
114 MERICURE
raifon , & fur quelque indica
tion,je dis que le fang peche en
qualité ou en quantité. Je ne
veux pas ,Monfieur , me ſervir
dans ce diſcours des termes de
Pletore& de Cachochimie , ny
de leurs fubdiviſions, parceque
voulant inſtruire le public , je
veux parlerd'une maniere que
chacun me puiffe bien comprendre.
Or ce Pleuretique a
commencéde ſe trouver mal le
Dimanche , eſtanten parfaite
ſantéle Vendredy & le Samedy
auparavant ,& ainfi fi le ſang
pechoit en quantité,ce ne pou
voit eſtre quede celuy qui avoit
eſté fait & augmenté du
Samedy au Dimanche, qui ne
ſcauroit eſtre de quatre onces.
Mais je veux, pour faire mieux
connoiſtreleur erreur,qu'il s'en
foit fait&produit huit onces ,
GALANT.
115
ce qui eſt pourtant impoffible ;
- le malade ayant eſte ſaigné
deux fois le Dimanche , & luy
ayant eſté tiré ſeize oncesde
fang , n'en pouvoit pas avoir
trop.Ainſi aprés cela il ſe devoit
auſſi bien porter qu'il faiſoit le
Vendredy ,& de meſme de tous
les autres malades qu'ils faignent
, mais au contraire il ſe
porteplusmal. Il faut parconſequent
que la maladie vienne
delamauvaiſe qualité du ſang ,
qui requiert ſeulement la correction
& purification. Or la
Pleureſie venant d'un ſang ar.
reſté dans la partie malade , ne
pouvant pas librement circuler
&paffer par les petits Vaifſeaux
, à raiſon de la viſcoſité ;
comme j'ay demonßré amplement
dans ma Lettre inferée
dans le Mercure Galantle mois
116 MERCURE
de Juillet 1691. il eſt facile de
juger qu'il faut un remede qui
abſorbe & deſtruiſe les acides ,
qui ont coagulé & rendu vifqueux
ce lang,& par ce moyen
la maſſe ſanguinaire devenant
fluide & en ſon premier eſtat ,
circulera librement , & la nature
attenuëra & diſſfoudra le peu
oni ſera reſté dans la partie
offencée , & l'évaporera par
les pores. Mais accordons àces
Meſſieurs , que deux ou trois
faignées ne portent pas un prejudice
conſiderable à raiſon de
l'évacuation du ſang , n'eſt ce
pas faire un grand mal que d'accabler
un malade par un remede
inutile , & l'empécher d'avoir
recours àd'autres remedes
qui legueriront immanquablement
, au lieu que les ſaignées
épuiſant les forces,rendent fouGALANT.
117
4
ventinutiles les remedes qu'on
donne aprés ? Mais paſſons plus
avant,& voyons ſi ces Meſſieurs
avoient raiſon de purger le
fixiéme jour de la maladie. Ils
pretendent que c'eſt dans le
ſangque reſide la cauſe du mal.
Or le purgatif n'eſt que pour
emporter les humeurs morbifiques
qui ſontdans les premieres
voyes & ſequeſtrées par la
nature , par conſequent il ne
ſçauroit agir dans les veines.
Que s'ils ſouſtiennent que la
nature les en a feparées , &
qu'ils ſuivent en cela le ſentiment
d'Hipocrate , qui dit ,
Concoctafunt medicanda ,il faut ,
cela eſtant , que le malade ſe
trouve mieux pour lors , car la
nature ne fait la ſeparationdes
mauvaiſes humeurs , que lors
qu'elle eſt victoricuſe . Or elle
118 MERCVRE
n'eſt pas victorieuſe , puis que
le malade ſe trouve plus mal ;
donc le Purgatif eſt donné mal
à propos. Après cela on donne
l'Emetique , qui a les mesmes
indications que le Purgatif, ſi
ce n'eſt qu'il évacuë particulierement
, & avec plus de
voilence les matieres les plus
viſqueuſes qui ſe trouventdans
l'eſtomach ; & il eſt d'autant
plus dangereux , que le malade
ayanı eſté épuisé de ſes forces
par les ſaignées, le Purgatifn'eſt
plus en eſtat de réſiſterà la violence
de ce remede, &il eſt auſſi
ridicule à un Medecin de tenter
ce remede,aprés avoir épuisé
les forces de ſon malade par les
ſaignées , qu'à un homme qui
ayant épuisé les forces de fon
cheval par la fatigue de la marche
d'une grande journée ,
GALANT.
119
1
voudroit à la fin de cette journée
pouſſer ſon chevel à toute
bride pendant une heure , car
ce cheval qui auroit bien fourny
à cela au commencement
de la journée , eſtant dans ſcs)
forces , crevera ſous l'homme
à la fin. Le mauvais uſage qu'on
fait de l'Emetique , qui eſt d'ailleurs
tres-bon en certaines maladies
, ſi on le donne bien à
propos , eſt cauſe qu'il eſt dé .
crié , & pour vous faire voir:
qu'on ſe ſert imprudemment
de ce remede, faute de connoi
ſtre la nature des maladies , il
n'y aqu'à conſiderer que la pluſpart
des Medecins s'en fervent
ufuellement pour l'Apoplexie ,
quoy qu'il n'y doive eſtre employé
que dans un certain rencontre
, parce que ce n'eſt pas
un remede qui porte ſon action
120 MERCURE
juſques à lacauſe de cettemaladie.
Par exemple , un homme
venantdediſner ou de ſouper ,
tombe en Apolexie ; il eſt confrant
que pour lors l'Emetique
eſt ſalutaire , parce que les ef
prits ayant perdu le mouvement
&ne faiſant plus de fonction
dans l'eſtomach , non plus que
dans les autres parties, l'aliment
s'y corromproitd'abord ,& por
teroit obſtacle à la gueriſon ;
mais dés que l'Emetique a fait
ſon effet , il faut ſans perdre
temps donner des remedes qui
combattent lacauſe de la maladie;
mais en tout autre temps
que l'Apoplexie ſurprend , l'Emetique
n'eſt d'aucun ſecours,
car l'Apoplexie n'eſt qu'une Paralyfie
univerſelle. C'eſt pour
cela que quand on guerit l'Apoplexie
, il reſte une paralyfie
particu
GALANT. 121.
particuliere en quelque partie
du corps. Ainſi il faut donner
d'abord des remedes penetrans
qui dégagent les eſprits ,& les
mettent en mouvement, à quoy
l'huile de Romarin eſt ſpecifique
, priſe de la quantité de
trente gouttes dans quelque
vehicule convenable . A l'égard
des crottes de cheval , données
aprés avoir épuisé les eſprits
partantde remedes contraires ,
c'eſt en uſer de meſme qu'un
homme qui en empoiſonneroit
un autre , auquel , aprés qu'il
le verroit accablé des accidens
du poiſon , ildonneroit du contrepoiſon
. Quand je vois donner
des Cordiaux aprés un
grand nombre de ſaignées , il
me ſemble voir un Duelliſte ,
qui ayant verſé tout le ſang de
ſon ennemi , s'en va querir du
Mars 1694. F
122 MERCURE
vin ou de l'Eau de vie au lieu
le plus proche, pour luy reparer
les eſprits , & afin qu'on puiſſe
verifier i ce que j'avance eſt
veritable , je veux donner à
chacun le moyen de ſe guerir
de la Pleurefie , ſans qu'il en
coute plusde cing ſols .
Dés que quelqu'un ſe trouvera
atteint de la Pleureſie , ou
de quelque mal de coſté que ce
puiſſe eſtre , il n'a qu'à prendre
la peſanteur d'un gros ou deux
de ſucre en poudre . Qu'il le
mette dans une petite taſſe ou
gobelet,& qu'il verſe ſur ce ſucre
vingt cinq ou trente gouttes
de veritable huile de Sauge,
ce ſucre s'imbibera de cette
huile. Demelez là un peu enſemble
, & jettez fur cette
mixtion deux ou trois cuillerées
d'eau de chardon benit, ou
GALANT.
423
de vin d'Eſpagne s'il n'y a point
de fievre ,& le fucre ſe fondra
dans l'eau avec l'huile, car fans
fucre elle furnageroit l'eau , &
après avoir pris ce remede , il
faut ſe bien couvrir dans le lit ,
& attendre la fueur qui furviendra
bien-toſt , & aprés la
fueur le malade ſe trouvera
gueri , ou du moins tellement
foulagé , qu'il ne doutera pas de
ſa parfaite gueriſon en repre
nant du mesme remede. En
voicy un autre qui n'eſt guere
moinsefficace. Prenez un gros
juſques à un gros & demi d'encens
maſleen poudre , meſlez
leavecun peu de pomme cuitte
pour leprendre comme un bolus
,& uſez en au ſurplus commede
l'autre.
Il ſeroit à ſouhaiter , pour le
bien public , que Meſſieurs les
:
F2
124
MERCURE
1
Magiſtrats de Police , fiſſent
fairel'experience des remedes
que je mets en avant; car ce
ſeroit le veritable moyen de faire
connoiſtre l'abus de la faignée
,&de porter Meſſieurs les
Medecins à la recherche des
remedes propres pour la gueriſon
des maladies . Cependant ,
j'oſe eſperer Monfieur , que ſi
j'ay le bonheur que mes ſentimensayent
voſtre approbation ,
ma Lettre ſera auffi utile au public
, que jeme le ſuis propoſé.
Je ſuis voſtre &c.
En vous parlant du changementquia
eſté fait dans les Intendances
,le vous ay mandé
que M. Ferrand avoit eu celle
de Dijon. La connoiſſance
qu'onade ſesgrandes qualitez
eſt cauſe que dans toute la Province
cette nomination a fait
GALANT.
125
donner de grandes marques de
joye . C'eſt ce qui a obligé M.
Blanchard à luy adreſſer ces
Vers .
A M. FERRAND ,
Intendant de Bourgogne &
deBreffe .
LOVIS , le plus grand de nos
Rois ,
Secondant les deſſeins les voeux
d'ungrandPrince ,
Tétablit dans cette Province ,
Pouvoit il faire un meilleur choix ?
Que deplaisirs pour nous ! quelle
Source de joye!
Lefameux Conquerant ,le Heros qui
t'envoye,
Illustre Sage Magistrat ,
Nepouvoit nous marquer avec que
plus d'éclat
F 3
26 MERCURE
Lesfoins dontſa bonté royale ,
Pour ſes Sujets toujours égale ,
Se charge parmyles horreurs
D'une Guerre , dontſaſageſſe
Ne nous laiſſe que les frayeurs,
Tandis queses Rivaux , honteux de
leur foibleffe ,
Enfuffrent tousles ans les cruelles
rigueurs.
Parton esprit si beau que rien ne
L'embaraffe ,
Par ta grande capacité
Fais brillertes talens encetteDignité
Où l' Auguste Loüis te place.
Fais voirpar cette habileté ,
Si naturelle dans ta Race ,
Que l'Aigle du Conseil a les yeux
Siperçans,
Que rien n'échape àſa lumiere.
Suy dans cette penible
carriere
brillante
Un naturel heureux l'équité , le bon
fens
GALANT. 127
:
Sourcedegloire inépuisable ,
Fidelles guides des Ferrands ,
D'unefageconduite infaillibles garans.
La faim toujours impitoyable ,
De Bellone deMars Compagneredoutable
,
Commençoit à nous alarmer,
Tu parois , & d'abord l'airſeul de
ton visage
Nous est un aſſuré préſage
Que tu viens pourla defarmer.
Nous ensentons déjal'agreable avantage,
Acheve d'arrester par ton integrité,
Par ton exactitude & par ta vigilance,
Ala gloire de nostre France ,
Et du regne de l'équité
Les defordres ,les maux qu'on craint
de tout coſté ,
Cruels enfants de l'indigence.
Par tesſages conſeils &par tafermeté,
F4
128 MERCVRE
Parton credit puiſſant dans une Cour
heureuse ,
Empêche de nos Bledsla traite dangereuse.
Suy dans uncours fi glorieux
Dufameux de Harlayles vertus émi
nentes ,
Parmy nous encorepreſentes.
Surun ſi beau modele on est toujours
heureux ,
L'amitié vous unitpar des chaiſnes
charmantes ,
Une mesme vertu vous anime tous
deux.
Faisque de ces climats l'abondance
exilée ,
Revienne inceſſamment par tesſoins
rappellée,
Et le Riche le Pauvre également
contens ,
Flatez de voir des jours plus ſeurs
plus tranquilles ,
Attendront que de meilleurs temps
GALANT. 129
Ramenent le repos la paix dans
lesVilles ,
Et la recolte heureuſe en nos fertiles
champs .
Voicy d'autres Vers qui ont
eſté faits en faveur d'une jeune
Veuve , qui n'ayant eu qu'une
ſanté languiſſante pendant trois
ou quatre années de mariage ,
a repris tout ſon brillant depuis
qu'elle eſt redevenuë maiſtreſſe
d'elle meſme .
Ous triomphez, charmante Iris
Vosapparte
Ramenent le printemps devos belles
années.
Ace rareplaisirje ne vois rien d'égal.
Vos graces estoient deſtin'es
Asurviwe unHymenqui leur estoit
fatal.
1
F
130 MERCVRE
Parvosfoins &par voſtre adreſſe,
Tout paroist refleurir chez vous ,
Mais craignezde l'Amourles charmes
les coups ,
Sage conſeil , mais la foibleſſe
Est naturelle à la zeuneſſe .
4
Les beaux jours , les airs conque .
rans
Par des chemins cachez menent à
Thymenée ,
Au Temple le concours d'Amis
deParens,
Le coeursurpris , la main donnée ,
Pourvos appas charmans trop cruelle
journée ,
leur perte prochaine infaillibles
garans.
Qu'on est heureuse, Iris , quand on
eftsa maistreffe !
Quel plaisir de paffersa brillante
jeunesse
Chezfoy,Sans maistre , en liberté,
Et jusqu'àsoixante ans conferver Sa
beaute !
GALANT . 131
Ona parlé ſi differemment de
la courſe qui s'eſt faite de Paris
à Versailles , & de Versailles à
Paris , que vous ne ferez pas fachée
d'en apprendre le veritable
détail. Six Jumens noires
ont fait cette courſe ; elles font
Hollandoiſes , leurs queuës étoient
coupées àl'Angloiſe,ainſi
queleur crin. Elles ont ſervy à
tirer le Canon du Prince d'Orange
,& ont eſté priſes à laBataille
de Steinkerke , & ayant
enſuite eſt expoſées en vente ,
M. le Duc d'Elbeuf en acheta
quatorze. Il fit un attelage de
fix desplus vigoureuſes avec
leſquelles il alloit ſouvent de
Paris à Verſailles , & en revenoit
en fort peu de temps. Ce
Prince eſtant un jour avec plu.
ſieurs Perſonnes de qualité , on
parla de la viteſſe &de l'haleine
F6
132
MERCURE
de ces Jumens , ce qui don
na lieu à un pary entre ce Duc
& M. de Chemeraut , de quatorze
cens Louis d'or neufs M.
de Chemeraut paria que les Jumens
de Mr le Duc d'Elbeuf en
partant de Paris de deſſous la
Porte de la Conference ,ne
pourroient aller juſques à la
grille de Versailles , où ce Duc
feroit obligé de faire tourner
fon Brancartavecles fix Jumens,
autourd'un pilier dreſſé devant
la premiere grille , repartir delà
pour Paris , & arriver en deux
heures de temps à la Portede la
Conference , où il feroitobligé
d'eſtre avant que la ſecondeheurefuſt
ſonnée. Les parties prierent
Monfieur le Prince de Conty
, dont la grande integrité eſt
connuë , de vouloir bien leur
GALANT.
133
f
faire l'honneur d'eſtre juge de
la courſe & du pary. M. d'El .
beuf & M. de Chemeraut
convinrent enſemble d'une
Pendule que l'on fit mettre à
coſté de la Porte de la Conference
, où Monfieur le Prince
de Conty voulut bien demeurer
pour voir commencer &
finir la courſe. Le Cocher de
M. le Duc d'Elbeuf mena les
Jumens à Verſailles avec le
Poſtillon de M. Bontemps le
jeune. Il y avoit un ſecond
Brancart attelé de quatre autres
Jumens , afin que ſi le premier
venoit à caffer , on puſt ſe ſervir
de celuy qui ſuivoit ; ſelon qu'il
avoit eſté arreſté par les Parieurs
Ce brancart eſtoit mené par le
Cocher , & par le Poſtillon de
M. le Comte de Rouſſy. Ils arriverent
à Verſailles une heure &
و
134 MERCURE
une minute aprés leur départ.
M. d'Elbeuf ſuivoit avec plufleurs
perſonesde qualité.Ilne fit
point preſſer ſes Chevaux en al.
lant ,& il eut la précautio de fai-
-re mettre ſon Poſtillon àgauche,
enallant & à droite en revenant .
-Si toſt que l'on eut tourne autour
du pilier où le Roy eſtoit ,
M. d'Elbeufmonta ſur le ſiege
du Cocher , & fit donner du
Vin d'Eſpagne à ſes Jumens par
fix Palfreniers , qui attendoient
pour cela. Il partit auſſi - roſt
aprés ,& toute la courſe , tant
pour aller que pour revenir , ne
duraqu'une heure & cinquantetrois
minutes. Ainfi ce Prince
gagna le Pary avec l'applaudifſement
de la Cour & du Peuple ,
dont le chemin fe trouva bordé
depuis Parisjuſques à Versailles.
Lintereſt n'a pas fait entreprenGALANT..
135
dre cette courſe à M. le Duc
d'Elbeuf,puis qu'elle luy a coute
plus de cinq cens piſtoles. II
fait nourrir onze Jumens au
Village de Neüilly, & pour les
-mettre en haleine, on leur don-
こnoit ſouvent la ſuée dans le Bois
de Bologne , où ce Prince avoit
fait arpenter la longueur du che
min de Versailles , pour voir
s'il réuffiroit . Il fit ce chemin
pluſieurs fois en moins de deux
heures ,& il alla meſme & revint
pluſieurs autre fois de Verfailles
en auli peu detemps avec
les quatre Jumens qui estoient
moins bonnes . Cependant il avoit
toujours à craindre , tous
les accidens eſtant contre luy ,
& devant faire gagner les Parieurs
. Cette courſe ſe fit le premierjour
de ce mois , le temps
étant tres-beau & tres - favorable .
136 MERCURE
5
Quoy que M. le Duc d'Elbeuf
ſe cruſt comme aſſure de remporter
l'avantage,il voulut bien
mettre de part avec luy dans la
gageure Madame de Bouillon ,
Madame de Polignac , Mademoiſelle
de Menetou , Flle de
Madamela Ducheſſe de la Ferté
, M. d'Armagnac , M. le Prince
Camille , & quelques autres;
maislors que le gain a eſté partagé
à tant de perſonnes , la
gloire de la courſe eſt demeurée
à luy ſeul. Ce Prince a fait
de grandes largeſſes,tant à ceux
qui ont eu ſoin de nourrir les
Jumens , qu'au Cocher & aux
Poſtillons qui les ont menées.
Voicy un impromptu fait par
M. de Vertron , ſur le ſujet de
cette courſe , adreſſé à M. le
Duc d'Elbeuf..
(
GALANT. 137
N
4
C'est un de mes étonnemens,
Qu'enmoins de deux heures
de temps ,
Vn train bien attelé s'en aille,
Etrevienneauffi tôt à Paris de Ver-
Saille.
Ma foy, les chevaux d'Apollon,
Aux prix des tiens ne valent pas
la maille ;
On en est tout chagrin dans leſacré
vallon ,
Et mesmele Cheval Pegase
Auprés de tes Chevaux paſſeroit
pour un Afe.
Le temeraire Phaëton.
Ne valoit pas ton Poftillon ;
De tes Chevaux chacun admire la
viſteſſe .
Pour moy, j'admire ton adreſſe,
Et fuis charméde ton grand coeur
QuiSoupirant pour la Victoire,
Court toûjours avec mêmeardeur
138 MERCVRE
Dans la carriere de la gloire.
Vous avez entendu parler d'un
grand nombre de Colonnes , qui
font àParis ſur le Quay, entre la
Porte de la Conference & le
Cours , dans une avant- court du
Palais des Thuileries , & dont
il reſte encore un fort grand
nombre à Toulon , qui doivent
eſtre tranſportées icy. Je croy
vous avoir déja dit que ces colomnes
viennent de Lebida, autrement
Leptis , Ville ancienne
détruite , & dont le Territoire
eſt aujourd'huy ſous le gouvernement
de l'Etat de Tripoly ;
mais voicy quelque choſe de
plus curieux fur ce ſujet. C'eſt
une Lettre de Mr Durand,jeune
Gentilhomme , qui ayant eſté à
Lebida , y a remarqué avec ſoin.
tout ce qu'il a cru digne de la
:
GALANT. 139
curioſité de ceux qui aiment
les Antiquitez , & en a fait une
Relation qu'il a envoyée de
Tripoly. On m'en a donné une
copie , dont je vous fais part.
LEBIDA , lieu fitué à trentecing
lieuës de Tripoly , au Levant ,
estoit premierement appellé Leptis ,
Suivant un vieil Auteur Anglois
qui parle en ces termes , de l'endroit
oùse voyent encore les debris dont
je vais vous parler. Voicy ce qu'il
dit.
Leptis magna eſtoit ainſi appellée
pour la diftinguer d'une
autre Leptisqui eſtoir tout proche
, de l'autre coſté de la Ri.
viere. Il y avoit un autre Bourg
appellé auſſi Leptis . Les Romains
s'eſtant rendus Maiſtres
de ce Pays , premierement occupé
par des Grecs , joignirent
140
MERCURE
ces Places enſemble , & en firent
une tres grande Ville , tres- riche
, & fort renommée , qu'ils
appellerent , Tripolis. Elle a eſté
détruite pluſieurs fois par l'irruption
des differents Peuples , rebaſtie
auſſi pluſieurs fois,& enfin
tout à fait abandonnée .
Tout se raporte à cela , les trois
Villesque lenom de Tripolis fignifie,
la fituation , la quantité prodigieuse
de debris le peu d'apparence
que les deux lieux qui font
nommer de ce nom ; sçavoir , cette
Ville & une autre petite habitation
à quarante lieuës dicy, au Ponant ,
appellée dans les Cartes Tripolis
Vetus , dans lesquels iln'y a nulle
marque d'antiquité , ny apparence
deRiviere, qui neſont pas dans la
ſituation dont il est parlé ; foient
autre chose que Leptis magna.
Quoy qu'il ensoit , il faut que
GALANT.
141
ce lieu ait esté extrémement superbe
puisque l'ony voit encore trois chofes
incomparables , la magnificence
du Port , qui eft entierement comblé,
un Cirque d'une grandeur prodi.
gieuse , que l'on distingue aisément
&un espace de prés de deux lieuës
le long de la Mer tout borde de
murailles , & d'une lieuë de largeur
en terre , &les environs de la
Ville tout remplis de Batiſſes &de
monumens. Le Port ressemble à la
Figure marquéeAdans la Planche.
Il est d'une étendue & d'un travail
prodigieux , tout entouré de pierres
zaillées au Ciseau. A l'emboucheure
eftoient deux Tours , qu'il est facile
de diftinguer ,& immediatement
aux deux coſtezde l'entrée , il y a
encore des degrez qui vont juſques
àla Mer. On voit auſſi encor là des
restes de Colomnes rompuës. Des
deux costezdu circuitdu Port ,on
1
142
MERCURE
,
trouve d'espace en espace des degrez
faits,mus nonpas si beaux que ceux
des terraſſes des Tuilleries,&tout autour
des Amares de pierres qui fervoient
autrefois aux Vaisseaux. Visà-
vis l'entrée du Port Le circuit
ſe reduit en quarré , & après une
platte forme , on y monte encore
vingt- cing degrez fort larges , derriere
lesquels il y a cing voûtes&
des debris de Marbre & de Colonnes.
Apparamment il y avoit là
quelque magnifique loge où les Baftimens
alloient rendre raiſon de leurs
voyages.
La raye que vous voyezdans le
circuit marque une ouverture particuliere
par où la Riviereſerendoit
dans la Mer fous une voute , pour
nepas gafter ny incommoder le Port,
qui est tout àfait comblé. Le Cirque
Situédu coftéda Levant le longdela,
Mer, est incomparable. Il est à peu
GALANT .
143
prèsde la Figure marquée B dans
La planche , ayant plus de douze
cens pasde longueur sur trois cens
de large. Il a quinze ou feize de
grez tout autour , presque encore
entiers. Le quarré en doça esfoiene
des arcades pardeſſous lesquelles on
paffois. Ily en a encore des reſtesfur
pied.
L'endroit que vous voyez marqué
au milieu , autour duquel ap
paremment les Chariots & Chevaux
couroient , estoit remply de
Colomnes , Piedeſtaux , & de Figures
de Marbre. On y en voit plu
ſieurs restes tout delabrez . Ily avoit
des traverſes d'espace en espace pour
deux perſonnes de front, & au bous
une espece d' Amphiteatre en rond.
Derriere, au bout du grand Cirque,
estoit une grande arcade qui fortoit
dehors.
Lecorpsde la Ville , comme on le
1
144
MERCURE
diftingue facilement , est presque de
deux licuës le long de la Mer , tout
borde de murailles de Pierre de taille;
en des endroits on voit encore le
cordon. Ily a dans cette muraille
des pierres avec des Inscriptions
Romaines, miſes ſans deſſus deſſous,
&Sans suite , qui marquent que
des Barbares les ont voutu renouveller.
Le plus large de la Ville en
serre n'estpas deplus d'une lieuë; la
Muraille se peut suivre presque
Par tout . Une des portes de la Ville
qui estoit de douze arcades , &dont
on en voit encore trois fur pied, reffemble
à un Arc de triomphe,& les
autresà demy.
On atiré de cette Porte plusieurs
Colomnes de Marbre , & trois entre
autres qui font encore àla Marive,
ở qu'on n'a pû embarquer à cause
de leur groffeur& longueur , estant
devingt-cingpans de toursur qua
rante
GALANT.
149
rante de long. Cette Porte répondoit
au Palais ,ou au Temple , ou peutestre
à tous deux ensemble ; quoy
qu'il en ſoit, il est impoſſible de vous
décrire la magnificence des restes de
celieu.
On n'y connoist aucune regularité.
C'est une ires vaſte étendue , pleine
deBatifles de groffes Pierres, espece
de Marbre , Sans chaux ny ciment,
mais qui estoient liées avec du fer,
& en dedans toutes couvertes d'un
Marbrevert dont on trouve quan
tité de morceaux de l'épaisseur d'un
doigt, qui la pluspari ont esté portez
àConstantinople. On a tiré de cet
endroit , tant pour Constantinople
autrefois , que pour nous à present
plus defepronhuitcens Colomnes ,
& ily en a encore plus de trois à
quatre cens ,tant enterrées , que
rompuës & mangées du temps. Ze
n'en ay veu que dix detres entieres.
Mars 1694. G
146 MERCURE
Cet endroit estoitfans doute le plus
fuperbe de la Ville.
Leveste est unemfinité de Bafti
mens les uns ſur les autres , moitié
comblez de fable ,&pluficurs raſez
jusqu'au fondement , mais tous do
Pierres detaille , &fur tout unesi
grande quantité de Colomnes de
soutes manieres,laplus grande par
tie de Marbre, rompuës& rongées,
qu'ilsemble que la Ville ait eftebafsiedeffus.
Ilyenaune douzaine qui
paroiffent entieres, maissi l'on creufoit
lefable , on en trouveroit quan
tité d'enfablées . Les environs de la
Villefont pleins de Batiſſes ruinées
&de restes d'habitations,dont voicy
lesprincipales. Une Muraille épouvantable
de quinze pas d'épaisseur
avec des foutiens d'espace en espace
dedouze pas en quarré. CetteMuraille
est encore de trois cons pas de
long , la Riviere dont elle desour
GALANT.
147
1
1
noit le cours l'ayant enfoncée,malgréson
épaisseur ; & quoy qu'il n'y
coule point d'eau l'Esté , c'estois pour
la destourner du Port , qu'elle na
laifſſoit pas d'incommoder. Elle està
demi-lieuë de la Ville. A un quart
de lievë, d'un autre costé , les debris
d'un Temple affez grand avec les
marques d'un Village ; trois Aqueducs
, un grand& deux petits , des
Bariſſes, figures de Tours en quarré,
avec des Figures du Soleil &d'animaux
, falles apparemment pour
orner les chemins , ou à la memoire
de quelqu'un; car ily en a quantité,
& qui sont tres-élevées , les unes
quarrées , les autres en pointes. A
une lieve au Ponant le long de la
Mer , les marques d'uunn tres-gros
Village bordé de murailles , restes de
Forts& de Citernes ; aux environs
de la Ville,les restes de quantitéde
Citernes Souterraines & magnifi
G 2
148 MERCURE
ques par leurgrandeur , mais toutes
comblées defable. Comme il ne pleut
pas icy l'Esté , cefont apparemment
toutes les Citernes de la Ville com .
blées qui ont fait abandonner un
Pays fi beau que celuy- là. Voicy les
inscriptions que j'y ay trouvées . Je
les ay tirées fidellement, Ily aſujet
de croire que les grands foins que
les Barbares, ont pris de lesdétruire,
ont fait qu'on n'en trouve pas de
plus confiderables, ny en plus grande
quantité , ellesfont
enfablées.
ou s'ily en a ,
Sur un piedestalde Marbre blanc,
de la hauteur de quatre pieds , en
écriture comme celle d'aujourd'huy ,
ainſi que toutes les autres , dont je
feray mention , on lit fur une des
Faces.
K
Divina ſtirpe progenito .
D. N. Fortiffimo Principi ,
Valentiniano. Victori pio ,
k
>
GALANT. 149
Felici.ac Triumphatori .
Semper Auguſto.
Flavius Benedictus , V. P.
Preſes Provinciæ
Tripolitano Numini ,
Majeſtati que ejus ,
Semper devotus.
Sur l'autre face du mesme Piedestal
il ya.41
Digniffimo , principali ,
Innocentiſſimo puero ,
T. Fabio Vabiano juniori ,
Pontifici Duro Viro filio ,
Ac Collego T. Flavi Frontini ,
Heraclii , in parvulis annis ,
Exibentio Aqualiter 1
Voluptatum genera Patris tech
Sui ſtudiis , populi fuffragio ,
Etdecreto Ordinis .
Sur plusieurs pierres au milieu
de la Ville, éparſes &fanssuite.
Trajano ,
Amilia
G3
150 MERCURE
Divi Trajani.
Nerva
Imp. VI. Cofu .
Imp. Galba
pro Repu .
C. Pomponius R.
Proimp. provive ,
Bombei , 10.-
Sari Divi Nervæ
Max. Trib, pot. XIIII .
Coloniæ Vulpiæ Tr.
Cum ornamento.
Q.Pompa
io , cerea
li , ex de
creto Or
dinisRom.
Surunepetite pierrequarrée.
Engroffe lettre sur le bord de
la Mer , les autres estant Sans
Juite.
IMP . CÆ S.
Hors la Ville , fur une pierre ,
GALANT.
тут 1
qui est preſentement dans une
muraille .
Pulcretio
Creffenti
Bono filio
Bono fratr .
Pulcretius ,
Rogatinus ,
Parer feci .
:
Sur une autre pierre , dont on
s'est fervy encore dans une mu.
raille.
Domitiæ Roga ,
Tul vixit ,
annis XXIII .
M. Jullius ,
Cethegus ,
Phiciſſiam. Uxori ,
Cariffimæ fecir .
Enunautre endroit.
D. M.
L. CL.
Perpe.
Tui pro
G4
152
MERCVRE
Bati
Vixit ann .
X X.
Sur une autrepierre, en Grec , Latin ,
Arabe.
Birichi Bafiliei ,
Mater flodi Medici.
DIOSIATROS en lettres
Grecques , le reste en Arabe.
En pleine campagne....
Rutilius Victor
Vixit annis X I.
La Chirurgie pouvant eſtre
miſe au nombre des choſes les
plus neceſſaires , & les plus utiles
à un Eftat,la Compagnie des
MaîtresChirurgienslurez deParis,
aprés avoir acquis un fondde
terre proche les Ecoles Royales
de Chirurgie , a crû ne le pouvoir
mieux employer qu'à la
conſtruction d'un Amphithéatre
GALANT.
153
Anatomique plus étendu & plus
commode que celuy où elle faifoit
autrefois ſes Actions publiques
, afinqu'il puiffe contenir
le grand nombre d'Ecoliers qui
viennent de toutes parts , dans
ledeſſein de s'inſtruire & profiter
des Leçons Anatomiques
& Chirurgicales que Meffieurs
Bienaiſe & Roberdeau ont fondées
, depuis quelques temps ,
pour eſtre faites aux deux principales
faiſons de l'année.
A peine commençoit on cet
Edifice que ſur le bruit qu'il fit
dans Paris , M. Perrault , de l'Academie
Françoiſe , envoya à
-la Compagnie le Madrigal que
vous allez lire .
On éleve en nos jours un vaste
Amphitheatre
PourlebelArt quiſçait guerir.
G
154
MERCVRE
Rome en faisoit conftruire enfon
culte idolatre
Pour des Gladiateurs qu'elley'faifoitmourir.
Redoublez vostre ardeur , signalez
vostre zele ,
Vous , qu'à ce granddeffein appelle
un heureuxfort.
On doitunegloire immortelle
Al'Art quifurmonte la mort.
Cet Amphitheatre enrichi
d'ornemens convenables , eſt
conſtruit à la maniere d'un
Temple antique. Ses principales
faces répondent aux quatre
Points du monde;il eſt de figure
octogone , & couvert d'une coupe
qui ſe termine par une lannerne
à l'imperiale , qui porte
une Couronne de France.
M. Meuriffe , Maiſtre Chirurgien
Juré à Paris , ayant faitgraFE
A
B
GALANT.
155
ver laveuëde cetAmphithéatre,
& l'ayant preſentée à M. du
Tertre , Chirurgien ordinaire
du Roy , fut engagé par luy à
donner l'explication de cette
Eſtampe , parce qu'elle peut fervir
de Leçon courte & ingenieuſe
, pour apprendre aux
jeunes Ecoliers qu'ils ne peuvent
jamais exceller dans leur
profeffion , ſi la nature , le ſçavoir
, & l'exercice ne travail .
lent de concert à les perfectionner
,
L'Eſtampe offre d'abord aux
yeux ,dans un rouleau, cet Amphithéatre
, au devant duquel ,
le Peintre par un trait ingenieux
de fon Art , a mis plu-
Geurs perſonnes de differentes.
Nations & detoutes fortes d'Etats
, pour deſigner la hauteur &
les autres dimenſions de cer
Edifice..
G6
156 MERCURE
e Ce deſſein eſt ſouſtenu par
quatre Figures allegoriques &
miſterieuſes , qui ont quelque
choſe de ſi agréable , qu'elles
font defirer à l'eſprit de ſçavoir
ce qu'elles ſignifient. L'une repreſente
Apollon , Dieu de la
Medecine & de la Chirurgie ,
attentifà confiderer la beauté de
cet Amphithéatre. Il eſt aſſis fur
un nuage ,ayant lateſte environnée
de lumieres , pour montrer
que c'eſt le Soleil qui par
ſa chaleur , échauffe la Natureen
general , & donne en particulierla
force & les vertus aux
Animaux , aux Vegetaux ,
aux Mineraux & aux Metéo--
res , dont l'on ſe ſert dans ces
profeſſions ,pour la gueriſon des
maladies . Ce Dieu tientdans ſa
main une Lire , instrument qui
marque la Paix , laquelle eft fi
GALANT .
157
-neceſſaire pour cultiver les
Sciences & les beaux Arts . L'habillement
d'Apollon eſt fait
d'une draperie changeante,pour
faire connoiſtre qu'il prefide à
la Medecine & à la Chirurgie ,
• comme à la Poësie & à la Mufique.
La Figure qu'on apperçoit
au deſſous d'Apollon , reprefente
la Chirurgie , ſous l'image
d'une perſonnejeune, bien faite ,
& dans une attitude majestueufe
On l'a peinte telle,pour ſignifier
qu'unejeuneſſe mûre & vigoureuſe
, a dans cet âge plus d'art
& de genie , qu'une vieilleſſe
qui eſt preſque toûjours ſuivie
de peſanteur & de foibleſſe. La
teſte lumineuſe de cette femme ,
affife ſur un nuage , montre l'excellence
de ſon origine. Il eſt
aifé de voir à ſon air qu'elle eſt
158 MERCURE
contente , particulierement depuis
que le Roy l'a protegée en
pluſieurs occafions , qu'elles a
eu l'honneur d'avoir contribué
de ſes ſoins àla ſantéde ce grand
Monarque , & qu'enfin ſon ſecours
eſt aujourd'huy fi utile
auxGeneraux , aux Officiers&
aux Soldats dans ſes Armées.
La Chirurgie donne des
marques de ſa joye , en montrant
de la main droite ,
nouveau Temple qu'on vient
d'élever à ſa gloire. L'oeil que
l'on remarque au milieu de certe
main, nous apprend que leChirurgien
ne va point , pour ainſi
parler , à tâtons dans ce qu'il
fait , mais que ſes operations
font preſque routes évidentes ,
fures & infaillibles . Elle tient
de la main gauche le Bâton d'Efculape
en forme de ſceptre
le
GALANT. 159
:
i
pour marquer l'autorité raiſonnable
qu'elle doit avoir fur les
Malades , lors qu'elle leur fait
comprendre la neceſſité de ſouffrir
les operations. Les noeuds
de ce Bâton ſont les difficultez
qu'il faut eſſuyer pour parvenir
à la perfection de l'Art. Le Serpent
fignifie , non ſeulement
que la chair ſalutaire de ce reptile
entre dans la compoſition
des Antidotes , mais encore que
toutes les applications de la
Chirurgie ne tendent qu'à renouveller
la ſanté des hommes ,
comme le Serpent renouvelle ſa
peau tous les Eſtez , & qu'enfin
ceux qui exercent cet Art , ont
beſoin de prudence , dont il eſt
le ſymbole. Les Livres d'Hipocrates
& de Galien , ſur lesquels
elle s'appuye , témoignent affez
que fi elle vient heureuſement
160 MERCVRE
1 à bout de ſes entrepriſes , ce ne
peut eſtre que par les conſeils
de ces Auteurs ſçavans & experimentez
, à la difference des
Empyriques, qui dans leurs manieres
, ne ſuivent ny methode,
ny autorité. Quoy que l'habitde
cette jeune Dame foit de pourpre
, l'éclat de cette éroffe n'eſt
pas tant pour marquer la couleur
du ſang qu'elle eſt ſouvent
forcée de répandre , comme le
vulgaire pourroit ſe l'imaginer,
que pour faire entendre qu'elle
n'a pas moins de zele que de
charité pour ſecourir les pauvres
, de meſme que les riches
dans les maladies les plus contagieuſes.
Cen'eſt pas encore fans
un miftere particulier , que l'agraphe
qui attache ſa draperie
fur fon fein , eft formée d'une
Fleur de lis rayonnante. Elle deGALANT.
161
clare par cette piece honorable ,
que la Compagnie des Maiſtres
Chirurgiens Jurez de Paris,doit
ſonjétabliſſement au plus ſaint
de nos Rois , & que Loüis
XII I. de triomphante memoire
abien voulu ajoûter en faveur
de fa naiſſance , une Fleur de lis
d'un caractere diſtingué , aux
Armes de cette Communauté .
La Boëte que la Chirurgie a auprés
d'elle , eſt pleine d'un baume
précieux , dont elle fe fert à
guerir les Playes ; & le Coq
qu'on voit à ſes coſtez , outre
qu'il eſtunOyſeau folaire , &
qu'on leſacrifioit à Apollon & à
Efculape , eſt encore le ſymbole
de la vigilance , vertu fi neceffaire
aux Chirurgiens.
La Figure qui eſt vis à vis
d'Apollon eſt le Genie de la
Chirurgie. Le Peintre l'a ref
162 MERCURE
preſentécomme unjeune homme
preſque nud , ayant des ailes
au dos , pour montrer qu'il
eſt élevé au deſſus du commun
des Arts par l'utilné de ſes inventions
, qui ont pour objet
le plus noble de tous les eſtres ,
pour faire connoiſtre que rien
ne doit l'embaraſſer dans ſes
reflexions,& quec'eſtdans l'âge
adulte , où le ſang faiſant plus
d'eſprits que dans la vieilleſſe ,
ces eſprits s'éleventauſſidans ce
temps- là avec plus de rapidité
au cerveau , pour inventer des
moyens qui le conduiſent aux
differentes fins qu'il ſe propoſe.
C'eſt en ce ſens qu'un Auteur
moderne a dit , que le Genie est
une diſpoſition heureuse de l'esprit ,
dont on est redevable àla Nature ,
& qui le rend propre à imaginer
promptement &facilementplusieurs
GALANT. 163
choses, afin de réüssir dans ses entrepriſes.
La flame ardente que
cejeunehomme a fur la teſte ,
marque le feu dont on doit eſtre
animé, pour ne ſe rebuter jamais
de la peine qu'il faut prendre ,
lors que l'on veut travailler aux
Découvertes Anatomiques , ou
quand il s'agit de ſuivre la Nature
dans ſon cours & dans ſes
mouvemens. On conçoit encorepar
ce feu qu'il eſt impoffible
de préparer une infinité de remedes
utiles ,& de faire beaucoup
d'operations , fans le ſecours
de cet Element. Sa robe
d'un vert naiſſant , ſignifie que
fi le Chirurgien s'étudie ſouvent
à corriger les defauts de
la Nature par l'excellence de
fon Art, ce n'eſt que dans l'efperance
qu'il a d'en tirer de la
gloire& une honneſte recom,
164 MERCURE
penſe , qui font les deux plus
puiſſans motifs pour aiguiſer
l'eſprit de l'homme , & le faire
réuſſir dans les ouvrages les plus
penibles.
Al'égard de la Renommée ,
placée au deſſous du Genie, elle
n'a preſque pas beſoin d'explication
, car il n'y a perſonne qui
ne ſcache que dans cette diſpoſition
, elle va publier par tout
la perfection oùla Chirurgie eſt
parvenue ſous un regne ſi éclai
ré . Sa draperie d'un Bleuceleſte,
fait connoiſtre qu'elle ne
repoſe jamais,& qu'elle eſt prefque
toujours dans le vague des
Airs , pour apprendre en tous
leslieux les nouvelles Découvertes
qui ont enrichi cet Art.
Quand l'Amphitheatre ſera
achevé,on en donnera une deſcription
plus eſtenduë & plus
fe
GALANT.
165
reguliere àla fin d'un Ouvrage
qui paroiſtra dans peu ,& qui
aura pour titre , Histoire de ta
Compagniedes Maistres Chirurgiens
de Paris , dans laquelle on fera
voir l'origine & l'excellencede
la Chirurgie ; le temps où l'on
préfume qu'elle fut ſeparée de
la Medecine ; l'établiſſement de
la Compagnie des Maiſtres
Chirurgiens de paris; ſon progrés
, & l'état où elle eſt aujourd'huy
. Cependant pour donner
un avant-goût des peintures
qui orneront le dedans de la
coupe , on peut dire qu'on y
verrales Medailles des Auteurs
les plus celebres de toutes les
Ecoles de l'Univers , avec des
inſcriptions convenables , au
deſſus deſquelles & dansle lieu
le plus élevé , la medaille du
Roy paroiſtra toute brillante
166 MERCURE
ſous la figure d'Apollon avec
cet Hemiſtiche à l'entour.
Nobisnon alter Apollo.
On l'a rendu en François par
par ces quatre vers.
Tandis qu'aux champs de Mars ,
animezpar la gloire ,
Nos Guerriers fous LOUIS VO
lentà la victoire ..
Nous travaillons en paix dans ce
docteSallon ,
Etnos Chirons François n'ont point
d'autreApollon.
Comme c'eſt à Paris que l'on
a conſtruit cet Amphitheatre
Anatomique , on a crû ne pouvoirmieuxremplir
ce qui reſtoit
de l'Estampe , que par la plus
belle des Vûës de cette grande
Ville , avec les Armes & la Deviſe
de la Compagnie. Cette
Vûë & le Profil de l'Amphitheatre
font du Sr Petolle , uniGALANT
167
que pour ces fortes d'Ouvrages ,
Pour les Figures , elles ont eſté
deſſinées par le Sieur Dieu,Peintre
tres habile ,& executées par
le Sieur Simonneau l'Ainé ,
Graveur du Roy , avee tout le
foin& toute la delicateſſe poffible.
M. de Santeüil, Chanoine de
Saint Victor , ſi celebre par les
belles Infcriptions en Vers Latins
, qu'on voit à la pluſpart des
Monumens qu'on a érigez ſous
ce Regne , a composé un Diſtique
pour celuy- cy. La Compa
gnie l'a trouvé ſi juſte , qu'elle
l'a fait graver en caracteres d'or
ſur une table de marbre , qu'on
a poſée au deſſus du Portail. Le
voicy.
Adcædes hominum prisca Amphi.
theatra patebant ;
Vtdifcant longum vivere , noftra
patent.
170 MERCURE
Ce Diſtique a eſté traduit ou
imité par Mrs de Vetron , de
Papuſſe , l'Abbé Bochard de Saron
, l'Abbé Saurin, Diereville ,
Boſquillon , LallementdeMeffange
, le Noble l'Abbé Girard
& des Nouës , tous connus dans
l'Empire des Lettres par les
beaux Ouvrages qu'ils ont donnez
- au Public. Chacun d'eux a
excellé dans cette traduction ,&
ne pouvantvous en donner qu'une
, à cauſe des autres articles
qui me reſtent , je choiſis celle
de M. Bochard de Saron , parce
qu'elle eſt la plus courte.
Dansfes Cirquesouverts , l'Antiquitébarbare,
Enseignoit aux Mortelsl' Art d'abregerleurs
jours ;
Icypar unfecret plus doux
plusrare,
3
On apprend le moyen d'en prolongerle
cours.
Je
GALANT . 171
A
Je vous envoye un Ouvrage
qui dit beaucoup en peu de paroles
, & qui peint un caractere
rare , quoy que le nombre des
parties qui le compoſent ne foit
pasgrand. C'eſt le Portrait du
Sage , qui trouveratoujours plus
d'Admirateurs que de Sectateurs
Il eſt de M. l'Abbé de Riupeirous
, quia fait paroiſtre ſon
eſprit par des Ouvrages de plus
longue haleine, & qui ont redeu
beaucoup d'applaudiſſemens .
S
LE PORTRAIT
Idans le
du Sage.
Mondeil estun Sage
Quiſcache modererses voeux
Seul il merite l'avantage
Deporterle titre d'heureux.
Ilvit contentdefafortune ;
Mars 1694. H
172
MERCURE
至
Quelque part que le Ciel l'ait mis ,
Lamaisfa plainte n'importune
Nyles Princes , nyfes. Amis.
Il ignore le vil commerce
Que les hommesfont de leur coeur ,
Et ne sçait point comment s'exerce
L'infame métier de flateur.
Tousſes deffeins font legitimes ,
Et conformes à laraison ;
Il est toujoursjuste ,
Ilignore mesme le nom.
des crimes
Dégagé detoute contrainte
Le repos faittoutsonplaisir ,
Et content, il voit tout ſans crainte,
Parce qu'il voit tout fans defir.
Il jouit d'une paix profonde,
Que nul revers ne peut troubler.
Et la cheute mesme du monde
Nepourroit le faire trembler.
GALANT.
173
Deux parens du même nom
ont eu le bonheur de ſe reffentir
en meſme temps des bontez du
Roy , vers la fin du mois paſſé ,
ayant eſté faits Colonels , l'un de
Cavalerie,& l'autre d'Infanteric .
Le premier eſt M. de Vienne
la Thuilerie , dont je vous appris
les heureux commencemens,
le courage , & la vigueur
extraordinaire dans ma Lettre
de Février 1680. Il eſtoit devenu
par ſes ſervices Lieutenant
Colonel du Royal d'Anjou .
Le Roy luy donna fon agrément
pour l'achat d'un Regiment , il
traita de celuy de M. le Chevalier
de Courcelles ,& quelque
temps aprés , Sa Majesté luy ace !
corda en pur don le Regiment
deMonbas qui vint pour lors
à vaquer. Le Colonel d'Infanterie
eſt M. de Vienne Profles , à
H2
174 MERCVRE
quile Roy donne l'agrémentdu
Regiment de Cambrefis. Il menoit
la gauche du premier Bataillon
de ce Regiment à la Bataille
de la Marſaille , & il y fit
également éclater ſa prudence
& fon courage. Ces deux Colonels
comptent entre leurs Anceſtres
, deux genereux Freres
qui cherchant à rendre un fervice
figalé au Roy Henry IV . à
fon avenementà la Couronne ,
entreprirent avec le Preſident
de Melgrigny leC
le Capitaine
Largentier ,& d'autres de leurs
Parens&de leurs Amis , de remettre
fous ſon obeïſſance la
Ville de Troyes qui avoit pris
le party de la Ligue , & entraifné
par ſon exemple toutes les
autres Villes de Champagne
dans ſa rebellion , excepté celle
de Châlons. A la veriné ils n'euGALANT.
175
rent pas d'abord le ſuccés qu'ils
s'eſtoient promis , appuyez par
le Comte de Grand pré , parMrs
de Brichanteau, dela Vauguyon
de Sautour,& parungrand nombre
de Troupes. Ils penetrerent
à main armée juſques au milieu
de Troyes ; mais ils ne purent
s'en rendre les Maiſtres , ayant
eſté repouffez; ce que l'Autheur
de Hiſtoire Eccleſiaſtique de ce
Dioceſe attribuë bien moins à
la deffence humaine , qu'à celle
desSaints Patrons de cette Ville .
Toutefois ces genereux courages
ne furent point rebutez par
ce manque de fuccés qui avoit
eſté accompagné de la mort de
Mony , Lieutenant de Sautour ,
Fils de l'un d'eux ; de celles de
Sautour meſme , & de pluſieurs
autres perſonnes confiderables ,
&qui fut encore ſuivy des maf.
H
3
176 MERCURE
facres d'un de leurs Freres , &
d'un de leurs Couſins ;de la perte
qu'ils fouffrirent en la pluſpart
de leurs biens , & de mille dangers
pour leur liberté & pour
leur vie.lls y perſevererent malgré
tous ces malheurs & tous
tes ces traverſes , & s'y appli
querent avec tant de zele& tant
de prudence , qu'enfin ils obtinrent
par les voyes de l'adreſ
ſe& de la douceur , ce qu'ils n'avoient
pû emporter par la force
des Armes , en ſorte que ſans
verſer une ſeule goutte de ſang,
ils firent ouvrir les Portes de
Troyes aux Troupes du Roy ,
obligerent le Prince de Joinville
d'en fortir avec les ſiennes &
avec ſes Ligueurs les plus enteſtez;
en quoy les Maire de cette
Ville , & le Sieur Paillot
,premier
Efchevin , homme de coeur
1
GALANT .
177
&de teſte , tres affectionné au
bon party , leur fureut d'un
grand fecours . Il y a cent ans
que cette heureuſe Reduction
arriva au grand contentement
duRoy & de tous les gens de
bien . Les Memoires de Sully en
rendent témoignage par le rapport
qu'ils font d'une Lettre de
ce Monarque à Meſſieurs de fon
Conſeil d'Estat & de Finance
du 28. Juillet 1597. Comme la
rebellion de Troyes avoit attiré
celle des autres Places de Champagne
, l'exemple de la reduc
tion de cette Capitale fit la leur ,
& le Roy attribua fi bien ces
heureuſes ſuites au ſervice que
Vienne luy avoit rendu , qu'il
en fut fait mention dans les
Lettres Parentes des dons qu'il
receut de Sa Majesté , lesquels
il partagea avec le Bifayeul de
M. de la Thuilerie , qui eftoit
H 4
78 MERCURE
l'autregenereux Frere dont j'ay
entendu parler.
Chacun a fon caractere , &
yous trouverez quelque choſe
d'aſſez fingulier dans celuy
d'une jeune Demoiselle , dont
je vais vous apprendre l'avanture
. Elle avoit pris dés ſes plus
tendres années une étroite liaifon
avec une Fille de ſon âge ,
qui demeurant dans une maifon
voiſine, eſtoir ſans ceſſe avec
elle , & partageoit tous ſes divertiſſemens
. Leur union ſe for.
tifia par ce commerce. La jeune
Demoiselle ſe fit une fi douce
habide de voir fſon Amie , qu'il
n'y avoit rien d'égal à l'attachement
qu'elle témoignoit pour
elle. Tous ſes ſecrets luy eſtoient
communiquez , & elle faiſoit
conſiſter ſes plus grands plaiſirs
dans l'épanchement mutuel de
cooeur, qui les engageoit à ſe deGALANT.
179
1
2
couvrir juſqu'à leurs moindres
penſées . Comme il eſt preſque
impoſſible d'aimer beaucoupfans
eſtrejaloux , la Belle ne pouvoit
fouffrir ſans des mouvemens
d'impatience que ſon Amie euſt
pour autre de certaines complaiſances
qui marquent plusque de
l'honneſteté &de l'eſtime. Je ne
ſçay meſme ſi elle auroit pû luy
pardonner d'avoir un Amant
qu'elle euſt écouté avec plaiſir.
Cet excés de delicateſſe dans
fon amitié cauſa quelquefois
entre eltes de petites broüilleries
qui s'appaifoient auſſi toſt ;mais
fon Amie ayant changé de quar
tier , & n'eſtant plus en pouvoir
de la voir auſſi ſouvent
qu'elle avoit fait juſque-là ,
| donna ſujet à de longues
plaintes . La Belle ſceut qu'elle
avoit fait habitude avec une
H
5
180 MERCURE
jeune Blonde d'une humeur
fort enjouée & affez ſpirituelle,
& la jalouſie s'eſtant emparée
de ſon eſprit , elle voulut l'obliger
ou à ceffer entierement de
voir cette Amie nouvelle , ou
du moins à ne la voir que fort
rarement. L'effort qu'elle fit
pour l'y engager fut inutile.Son
Amie luy dit qu'il eſtoit injuſte
qu'elle vouluſt la priver d'une
ſocieté agreable , qui ne faifoit
aucun tort aux ſentimens de
tendreſſe qu'elles s'eſtoient
promis reciproquement , fur
tout lors que l'éloignement
de quartier ne permettoit pas
qu'elles ſe viſſent à toute heure
comme elles faifoient auparavant
,& la reſiſtance qu'elle apporta
à ce que la Belle exigeoit
de fon aminé , la piqua fi fort,
que ne pouvant endurer cette
GALAN T. 181
concurrence , elle rompit avec
elle pour ne renouërjamais .Il eſt
certain que la Belle pouſſa la
choſe trop loin , mais le partage
ne pouvant l'accommoder , elle
aima mieux bannir tout d'un
coup par un effort violent ce
qu'elle avoit dans le coeur , que
d'eſtre expoſée ſans ceſſe à des
ſentimens d'indignation & de
colere , qui renaiſtroient auſſitoſt
qu'on les auroit étouffez
par de nouvelles afſurances
d'amitié .Cette rupture fit prendre
à la Belle la reſolution dene
plus aimer. On luy diſoit qu'on
luy pardonnoit de ne point donner
fon coeur à une amie ,
pourvû qu'elle le gardaſt pour
un amant qui le meriteroit
mieux. Elle jura que ſi jamais
elle en écoutoit quelqu'un , ce
ne ſeroit que dans la veuë d'un
1
H 6
182 MERCURE
étab'iſſement conſiderable, puis
que les hommes eſtant naturellement
changeans, elle ne pouvoit
prévoir qu'un fort grand
malheur pour elle , ſi elle avoit
lafoibleſſe de ſe laiſſer ſurprendre
à l'amour . Elle tint parole .
Il ſe preſenta divers partis , &
comme aucun ne la mettoit
dans un rang au deſſus de fa
naiſſance , & qu'elle avoit raifonnablement
du bien , elle
aima mieux mener une vie
tranquille avec ſa Mere , qui
l'aimoit fort tendrement , que
de s'aſſujettir aux caprices d'un
Mary qu'elle vouloit plûtoſt
eftimer qu'aimer. Elle menoit
une vie affez remplie de douceur.
L'agrément de fa perſonne,&
la delicateſſe de ſon eſprit
que la lecture avoit cultivé ,
attiroient chez elie affez bonne
GALANT. 183
compagnie , & quand on luy
reprochoit ſon indifference,elle
répondoit qu'on n'avoit qu'à
voir fon attachement pour une
petiteChienne , qui eſtoittoujours
entre ſes bras ; que les careffes
qu'elle en recevoit luy
faifoient un vray plaifir, & qu'
elle le gouſtoit d'autant plus
ſenſiblement , qu'elle estoit fort
aſſeurée qu'elle n'en feroit ja
mais trahie. Après qu'elle cut
refuſé quantité d'Amans , enfin
un Cavalier diſtingué par ſon
merite & par beaucoup d'avantages
du coſté de la fortune ,
s'accoûtuma à la voir , & fut
touché de ſes charmes .La Mere
voulut engager la Belle à des
complaiſances que l'honneſteté
permet , afin d'augmenter l'amour
qu'il commençoit à faire
Paroikre , mais ce fut un foint
184 MERCVRE
1
qu'elle dédaigna de prendre.
Elle diſoit au contraire qu'elle
ne craignoit rien tant que de
voir le Cavalier affez amoureux
pour ſe declarer , parce qu'elle
meſme ſe condamneroit ſi elle
n'acceptoit pas les avantages
qui luy estoient ſeurs par ſon alliance
, mais qu'en examinant
le fond de fon coeur , elle fouhaitoit
que rien ne s'offrift
pour elle qui la puſt tenter , afin
de pouvoir vivre toujours dans
l'eſtat heureux de liberté où ſa
mere la laiſſoit. Ses ſouhaits ne
furent point accomplis. LeCavalier
ne putreſiſter à ſa paſſion .,
Il pria la Mere de luy accorder
ſa Fille, & il leslaiſſa maiſtreſſes.
des conditions .LaBelle ſurpriſe
de la declaration , demanda du
temps pour ſe conſulter. Elle
De ſentoit aucun panchantpour
GALANT. 185
1
un engagementde cette nature,
& l'inconſtance de ſon Amie
luy faiſant enviſager l'obligationd'aimer
un Mary comme
un malheur qui auroit pour elle
des ſuites facheuſes, elle auroit
prié le Cavalier de changer de
ſentimens , ſi ſa Mere ,& tout
ce qu'elle avoit d'Amis , nelay
euſſent repreſenté le tort qu'-
elle auroit de s'oppoſer ellemeſme
à ſa fortune. Les propoſitions
du Cavalier furent,
acceptées , & comme il luy fut
permis d'expliquer tout ſon amour
, il eut du chagrin de voir
que la Belle n'y répondoit que
par des honneſtetez qu'il luy
eſtoit impoſſible de ne pas avoir.
Il eut beau luy reprocher unc
certaine froideurqu'elle ne prenoitaucun
foindeluy cacher ;
elle luy diſoit que les plus fortes
7
186 MERCURE
paſſionsdes hommes s'éteignant
en peu de temps , il eſtoit bon
qu'elle ménageaſt ſon coeur , &
c'eſt ce qu'elle faiſoit de telle
forte que bien ſouvent au lieu
d'écouter les tendres proteſtations
qu'il luy faifoit, elle carefſoit
ſa chienne qu'elle aimoit
éperduëment , juſqu'à donner
lieu au Cavalier d'en faire paroiſtre
de la jalouſie.Il luy diſoit
quelquefois par je ne ſçay quel
dépit de l'en voir ſi occupée ,
qu'il avoit peine à comprendre
comment on pouvoit careffer
tant une beſte , qui toute jolie
qu'elle pouvoit eſtre , ne meritoit
pas qu'on s'y attachaſt comme
fatſoient la plupart des
Femmes. La deſſus elle élevoit
la beauté & la fidelité de fa
chienne , & s'il vouloit luy faire
Ca cour , il falloit qu'il ſe conGALANT
. 187
:
traignît à la careſſfer comme elle .
Unjour que voulant luy plaire ,
il l'avoit miſe ſur ſes genoux ;
l'envie qu'elle eut de ſauter fur
ſa Maiſtreffe , fit qu'elle tomba
en cherchant à s'échaper , &
comme elle estoit tres petite &
délicate ,elle fit un cry qui dura
long-temps & donna ſujet
d'apprehender qu'elle ne ſe fuſt
bleſſfée . La Belle au deſeſpoir
de ſa cheute , querella le Cavalier
d'une maniere fort impe .
tueuse , & ne fut plus capable
d'entendre raiſon , voyant que
ſa chienne continuoit à ſe plaindre.
On luy apporta dequoy
manger , & elle détourna la
teſte de toutes les choſes qu'elle
aimoit le plus .Ce fut affez pour
faire dire à la Belle que tous ſes
plaiſirs eſtoient perdus , & que
la chienne eſtoit morte . Elle
188 MERCURE
mourut en effet deux jours aprés
, & quand la Belle auroit
perdu tout ce qu'elle avoit de
plus cher au monde, elle n'auroit
pas montré une plus ſenſible
affliction.On ne pouvoit eſſuyer
fes larmes ,& elle dit mille fois
que ce n'étoit point à elle à aimer
, puiſque ſes attachemens
luy couſtoient toujours ſi cher.
Le Cavalier voulut luy parler ,
& fi-toſt qu'il ſe montroitelle
fuyoit en diſant qu'elle ne pouvoit
ſupporter la veuë d'un
homme qui l'avoit privée de
ce qu'elle aimoit le plus. Elle
ajoûtoit qu'il l'avoit fait à defſein
par un pur motifde jaloufie.
Tout ce qu'on luy put dire
fur les contes qu'elle donneroit
fujet de faire ,quand on ſçauroit
que pour une Chienne morte ,
elle auroit rompu un mariage fi
GALANT. 189
avantageux pour elle , ne ſervit
qu'à l'affermir dans la reſolution
dene plus revoir le Cavalier.Des
ſentimens fi bizarres n'ont point
manqué de le rebuter . Il a obligé
laMere à lui rendre ſa parole
, & quand on voudroit conclurre
le mariage , on ne croit
pas qu'on puſt l'obliger à y con.
fentir.
Je vous fis l'année derniere
le détailde ce qui s'eſtoit paffé
à l'ouverture du Senatde Nice.
Vous en fuſtes ſi ſatisfaire , que
vous me priaſtes de continuer
les années ſuivantes.Je voudrois
avoir pû fatisfaire plûtoſt voſtre
curiofité , mais ſouvenez - vous,
que l'ouverture de ce Senat ſe
faitdeux mois plus tard que celle
de nos Parlemens , & que la
diſtance des lieux ne permet
pas que l'on foit fi-toſt éclaircy
<
190
MERCVRE
de ce qui s'y paſſe. Je vous fais
part de ce que j'en ay receu.
ANice le 26. Février 1694 .
'Ouverture du Senat ſefis icy,
Luivananttla coutume , le lende
main des Rois. Ily eut un concours
extraordinaire , & Mr de la Porte,
Premier President , parla d'une maniere
fort éloquente &fors polie.
Voicy lasubstance de ce qu'ildit. Le
Sujetdefon Discours fut de l'imporzance
defaire regner la Justice dans
un Elat,du caractere des Magistrats
qui la doivent rendre ,&des qualitez
qui leur font neceffaires pour
remplir leurs devoirs.
Après cette diviſion it dit qu'il
avoit parlé en Latin l'année derniere
, pourse conformer à l'usage
ordinaire du Senat
croyoit devoircommencer àsefervir
, mais qu'il
GALANT.
191
de la Langue Françoise , pourfuivre
ce qui se pratique dans tous les
Parlemens du Royaume ; que les
Romains, à mesure qu'ils établiſ-
Soient leur domination dans leurs
Conquestes , y introduisoient leur
Langage comme leurs Loix , &que
le Preteur de Sicile avoit repris
Ciceron , de ce qu'il avoit parlé
Grecau Senat de Syracuse , disant
qu'un Envoyé de Rome ne devoit
parlerdans une actionfolemnelleqüe
le Langagede la Republique ; mais
qu'il s'étoit bien moinsdéterminépar
ces exemples , que par les reflexions
qu'il avoitfaites, que le Senat tiens
fon Siege depuis trois ans fur les
Fleurs de lis , que la Langue Françoisey
est parfaitement entendue ,
&que cetteVille réunicàla France
en aimeroitsans doute le langage ,
comme elle en aimoit la domination.
192
MERCURE
Aprés ce préambule il expliqua
fa premiere proposition de l'imporrance
de la Justice dans un Etat ,
&pour la prouver il fit un détail
des defordres que l'amour propre est
capable de produire , des maux qui
fuivent les mouvemens des paſſions ,
&de tous les déreglemens qui troublent
la focieté civile. Il fit voir
combien la Iustice eft neceffaire pour
les reprimer ; il montra qu'elle conferve
les droits du Prince , qu'elle
defend ceux de l'Eglise, qu'elle mainvient
les Privileges de la Nobleffe ,
qu'elle fait la feureté des foibles ,
contre les entrepriſes des Grands.
Il parla du nombre d'Etats qui ont
pery dés que la lustice en a esté bannie
,& parcourant tout ce que Sa
Majesté a fait pour la reformation
des abus qui s'étoient introduits dans
La forme de lavendre, dans les Loix
&dans les Coutumes , ilfinit se pre
GALANT.
193
mier point en faisant voir que cette
Justice regneencoredavantage dans
Le coeur de cet invincible Monarque,
que dans ſon Royaume , & renouvella
leſouvenir desmarques particulières
que la Ville de Nice en
avoit recevës en deux occafions im-
Portantes.
Sur le caractere des Magistrats,
il dit que les Rois sont les Juges
naturels de leurs Sujets ; que lo
droit & le pouvoir qu'ils en ontfont
Laplus grandemarque de l'autorité
Souveraine ; que lors qu'il leur a
plû de la communiquer aux Magiftrats,
ils les ont honorez de la pourpre
& de l'hermine qui estoient des
ornemens de la Royauté, & les ont
placezsur des Tribunaux commefur
desTrônes ,pour montrer que dans
l'administration de la Justice ils repreſentoient
la majesté du Princes
qu'en effer larebellion àleurs ManMERCURE
194 *
জ
demens , & la violence contre ceux
qui les executent ,font par les Ordonnances
des crimes fans pardon ;
qu'outre la dignitéde leur caractere
ilsfont les Peres du Peuple , l'afile
dis Pauvres , de la Veuve , de l'orphelin
, la terreur des méchans,
l'appuy de l'innocence , & lasource
de la tranquillité publique. Enfin
il ajoûta que le Parlement de Paris,
ce premier Senat du Royaume,avoit
esté jugé digne d'habiter l'ancien
Palaisde nos Rois,& avoit eu l'konneur
de voir des Papes , & des Empereurs
sesoumettreàses décisions.
A l'égard des devoirs des Magiftrats
, il dit quele premier est
cette constante & perpetuelle vo
lonté de rendre à chacun ce qui luy
apartient ; qu'ils doivent éloigner
d'eux toutes les paffions , & pourse
fervirdes termes de l'Evangile, leur
oppofer la foifde la justice; que l'intereft
GALANT.
195
-
terest est un monstre qui peut rare-
-ment quelque chose fur des quges ,
particulierement fur ceux du premier
rang, mais qu'ils ne laiſſent
pas d'avoir d'autres ennemis dan-
-gereux, desseducteurs qui se trouvent
dans leurs propres familles ,
parmy leurs meilleurs amis , dans
Les lieux les plusSaints , des fuborneurs
agréables qui se prefentent
aux yeux , & qui corrompent la
volonté , fi le Magistrat n'y oppose
une fermetéinvincible ; que comme
il est au Public , il doit à tout le
monde un accés libre & facile , à
l'exempledes Magistrats Romains ,
qui donnoient Audience en tout
semps , en tous lieux , jusqu'à se
placer dans les festins prés de la
porte , suivant le témoignage de
Plutarque, pour estre plus à portée
d'entendre ceux quiavoient quelque
chose à leur dire . Il parla de la
Mars 1694.
196 MERCURE
necessitéde bien sçavoir les Loix &
les Ordonnances , du danger d'accabler
la raison par la multiplicitédes
Sentimens des Auteurs , de la longurur
des Procés , & du soin qu'un
Iuge doit prendre d'en prevenir les
abus. Il lowa les Officiers du Senat
de Nicefur leur probité , leur érudition
, & lapureté de leurs moeurs.
Il dit qu'il n'y avoit qu'à les propo-
Sereux-mesmes deux-meſmes comme
de parfaits modeles de ce qu'ils doivent
estre ; que dans la Conqueste
de leur Villele bonheur d'y avoir
trouvé de tels Magistrats n'est pas
un des moindres avantages du Roy ,
mais que le leur est grand d'y vivre
fous un fi grand Prince, qui protege
la justice , & qui ſçait la rendre
dans toutes les Profeſſions & à la
vertu; qu'il lefait par des bienfaus
Solides , & par d'utiles honneurs ;
que l'Ordre de Saint Louis qu'il a
GALANT. 197
nouvellement étably , les Commanderies
& les Places qui en dependent
ne font pas de ces Couronnes
infructueuses que donnoient les Romains
pour recompenses des bonnes
actions ; que cefont des Titresd'bon
neur ausquels S. M. a attaché des
biens confiderables , & qu'elle
distribue à ceux dont les ſervices
l'ont merité ; que cette justice dans
les recompenfes , dans l'obſervation
des Loix , dans la punition des crimes,
fait dans l'Etat unejusteharmonie,
quiest, pour ainſi dire, l'ame
des prosperitez de fon regne, dans
lequel on a veudes chosesfifurprenantes,
fimerveilleuses ,que ceux
mesme qui enont esté les témoins ne
pouventyfairereflexionſans étonnement;
quefans parler de ce qui s'est
paffé depuis le commencement de la
guerre, dont toutes les Campagnes
ont esté siglorieuses , iln'y aqu'à
T
2 I
198
MERCVRE
de la po
rapellerlesfuccés dela derniere ,la
prise d'Heydelberg , celles de Rose ,
d'Huy ,de Charleroy , les Victoires
deNeervvinde & de la Marſaille,
lesfuccés de la Mer dont plusieurs
Nations jointes enſembles ne sçau .
roient plus nous diſputer l'Empire :
qu'enfinil n'y a ny temps , ny lieux,
ny occasion où ce grand Monarque
ne triomphe des efforts
litiquede cet Amalecite , auquel les
Princes Catholiques ont eu l'aveuglement
de s'unir contre laveritable
Religion,Princes que cet ambitieux
afoulevezau peril de leurs Villes
de leurs Estats, pourſervirà ses interests
particuliers & dont les vains
effortsn'ontservi qu'à leur confusion,
Và la gloire de nôtre invincible
Monarques que ses Peuples font
beureux devivre sous sa domination,
que ceux de Nice partagent cette
bonne fortuneſous un Commandant
GALANT
vigilant , infatigable, ex
l'execution des ordres de Sa Ma
en
quefituezsur lafrontiere ils ne s'apperçoivent
de la guerre que par le
nombre des Troupes destinées pour
les défendre,fiſagespar la discipline
qu'elles obſervent , qu'on en pourroit
dire ce qu'on diſoit de celles d'A.
lexandre Severe , que ce sont autant
de Compagnies de Senateurs.
Faffe le Ciel , dit- il en finissant
Son Discours ,que tant de bonheurs
nous procurent la Paix , qu'ellefoit
le fruit de tant de Victoires , نم
qu'on la puiſe dans cette fource de
graces dont leChef visible de l'Egliſe
vient de faire part à la Chref.
tienté, que les voeux duſagePasteur
qui éclaire ce Dioce eparsa doctrine,
qui l'édifieparsa pieté par ses
exemples ,foient exaucer,& que
cet accompliſſement de tous les biens,
comme parle le Prophete Ifaye, foit
I 3
200 MERCVRE
la recompense des soins infatigables
deLouisle Grand.
Ce ſera ſans doute vous faire
plaiſir que de vous envoyer l'extraitd'un
Sermon de la Difcipline
Eccleſiaſtique , que M. l'Eveſque
& Comte de Noyon ,
Pair de France , Conſeiller ordinaire
du Roy en fon Confeil
d'Etat , prononça en l'Egliſe de
la Maiſon Profeſſe des Jeſuites ,
le Dimanche de la Quinquagefime.
Ce ſçavant Prelat ne por
tant encore que le nom d'Abbé
de Tonnere , a brillé autrefois
dans les meilleures Chaires de
Paris , & il a eu l'honneur de
prefcher des Avents & des Carêmes
entiers devant Leurs
Majeftez , avec un applaudifſement
ſi general , que quand fa
naiſſance ne l'auroit pas élevé
६.
GALANT. 201
2
aux plus hautes dignitez de l'Eglife
, on a tout ſujet de croire
que fon efprit ,& fon erudition
l'y auroient fait parvenir. On ſe
faitun ſi grand plaifir d'entendre
ſes doctes Predications, qu'il
eut trente- fix Eveſques pour
Auditeurs le jour que je viens
de vous marquer.Ce Sermon futv
extremement approuvé de toutes
les perſonnes d'autorité
de capacité&de pieté dans l'Egliſe
qui l'entendirent ,& ils le
jugerent d'autant plus utile,qu'il
faifoit connoiſtre le concert &
I'harmonie de la Diſcipline primitive
avec la Diſcipline prefente
, ſelon les faintes regles ,
que l'Eſprit de Dieu a dictées & ;
preſcrites dans le Concile de
Trente , par une perpetuelle&
mefme tradition .
M. l'Evefque de Noyon prit
14
202 MERCURE
ces paroles de Saint Luc pour
texte , Et erat verbum istud ab.
fconditum ab eis , & dit qu'en lifant
d'abord la Lettre du texte
ſans penetrer le fond du myſtere
, on eſtoit forcé d'avoüer que
l'on avoit cru trouver dans le
perſonnage que fourniſſoit l'Evangile
de ce jour , un Aveugle
à éclairer , un Pareſſeux à
exciter , & un Egaré à ramener
dans la voye , mais que l'Eſprit
de Dieu nous donnant preſentement
de plus grandes lumieres
, il alloit paffer tout d'un coup
de la lettre au myſtere , & faire
voir par trois changemens avantageux
que cet Aveugle eſtoit
un Penitent public, ce Pareſſeux
Catechumene , & cet Egaré
un Chreſtien parfait. Il commença
en diſant qu'il y a tant de
rapport entre le peche , qui eſt
lemal,lahonte,qui en eſt l'effet,
un
GALANT.
203
& la penitence qui en eſt le
remede,que le peché forme trois
differentes eſpeces de hontes &
de penitences,dont la premiere
eſt une honte orgueilleuſe qui
fait des Penitens muets, qui augmentent
leur crime par leur
filence ; la ſeconde une honte
timide , qui fait des Penitens
éloquens , & dont la parole
attire la grace , & la troiſieme
unehonte ſaintement impudente
,& dont l'exemple repare le
ſcandale injurieux à la gloire de
Dieu. Il donna Cain qui ne répondit
point quand Dieu luy
demanda des nouvelles d'Abel ,
poür exemple du Penitentmuet.
Penitens muets , pourſuivit- il,qui
voulezperir pour ſauver un honneur
imaginaire , vous épargner une
honte inevitable d'ailleurs ,Scachez
que vous ne ferez ny aveugles , ny
IS
2045 MERCURE
1
Sourds , ny inſenſibles , &que vous
verrez vous entendrez, &vous porterez
I horreurde vos crimespar tout.
Le remords de conscience estant une
Lumiere qui peut estreobscurcie,parce
qu'elle n'est pas Dieu, &qui pour
tant ne peut estre éteinte parce qu elle
vient de Dieu , éclaire toujours
affez pour vous découvrir la bonte
de vos plaisirs au milieu de l'obsonritéqui
les couvre. C'est unevoix qui
parle toujours , qui nese tait jamais,
qui vous reproche tout lemalque
vousfaites .C'est un poids qui charge
toujours , qui ne diminuëjamais ,
qui vous écrase. Funeste favorable
experience de DavidPecheur renitent,
c'est vous qui nous apprenez
que lefort du remords de confcience
eft different parrapport àtrois dif.
ferens états ,que tantost il est une
peine de lajustice de Dieu, tantoft
unegrace defamifericorde, qu'il
GALANT.
205
est ainsi, ou une lumiere qui éblouit,
unevoix qui menace ,& un poids
qui accable lespecheurs ; ou une lumiere
qui conduit une voix qui con
Sole les Penitens un poids qui ne
les charge qu' afin qu'ilsse relevent
plushumbles.
Aprés, avoir donné Adam,qui
accuſa Eve d'eſtre complice de
fon peché,pour exemple du Penitent
éloquent, dont la confefſion
merita que Dieu luy pardőnaft,&
nous apprend que ſi le ſilence
des Penitens muets attise
des maledictions , la parole des
Penitens éloquens en détourne
le cours ,il dit qu'il avoüoit que
Saint Paul ordonnoit à Timo .
thée d'impofer des penitences
publiques , & que la primitive
Egliſe eſtoit tous lesjours occupée
à ces ſaintes reconciliations.
Il fit voir que fi la penitence
16
206 MERCURE
Publique estun estat odieux , &
qui découvre de grands pechez
que l'homme hypocrite affecte
de cacher, c'eſt un estat de grace
refuſé auxAnges dans le Ciel ,
reſervé aux hommes ſur la terre ,
& que Dieu eſtime tant , qu'il
le préfere en quelque façon à
celuy d'innocence , comme s'il
aimoit mieux , ſauver les Vaif
ſeaux du naufrage , que de les
laiſſer en ſeureté dans le Port ,
aprés quoy il s'écria , Courage ,
Pecheurs publics ! N'eſtes- vous pas
Suffisamment convaincus de tous les
avantages de la grace ,de la jove ,
de lagloire de la penitence publique
? Entendez vous lesens du
mystere qui estoit cachésous lafigure
del Aveugle? Devenez&paroiffer
des penitens pubics, malgréles
avis les efforts de tous ceux qui
voudroient vous imposerfilence, criez
GALANT. 207
deplus enplus, ſans aucune bonte
avec le Penitent genereux de nostre
Evangile , Seigneur, ayez pitié de
moy.
1
M. l'Eveſque de Noyon fic
remarquer dans ſa ſeconde partie
, que le deſir de la ſcience ,
l'amour des plaifirs , & la fainteté
des matieres avoient formé
trois diffentes eſpeces des anciens
Catechumenes ; les curieux
qui pretendoient connoiftre
les myſteres que l'Egliſe leur
cachoit,& qu'elle reveloit uniquement
aux Fidelles;les parefſeux,
dont quelques-uns étoient
appellez Cliniques , parce qu'ils
differoient le Baptefme juſques
au lit de la mort , pour éviter le
long exerciced'une laboricuſe
penitence ,& fe fauver àtextremité
tout d'un coup ,& les
modeſtes qui refufoient tout ,
208 MERCURE
&ne demandoient rien. Il en fit
l'application ,& après avoir reconnu
des Catechumenes curieux,
qui veulent ſçavoir comment
la Religion Chreftienne
embraffe& foutienttantde contradictions
apparentes ,& plus ,
difficiles à croire que celle du
Buiſſon ardent qui bruloit tou- .
jours fans ſe conſumer , il vint
aux Catechumenes pareſſeux .
F'entens vostre langage, dit- il,hommes
delicieux inſenſibles àtout ,
que
pourveu que voussoyez couronnezde
rosesfans aucunes épines ,
vous viviezà vostre aise dans leſein
desplaisirs. Lesçaisla perilleuseref-
Source dubon Peccavi commefiun
miracle fingulier estoit un exemple
commun, & pouvoit tirer à confequence.
Tout le mondescandalisé retentit
de vos raisonnemens faux , ri
dicules , injurieux à la grande
GALANT 209
miſericerde du Sauveur. Nous vou
Lons toujours offenferDieu,parce que
nous pouvons toujours nous repentir.
Nous nous croyons les arbitres
denostre fort, maistres du crime
de la grace, amis ou ennemis de Dieu
quandnous voudrons , & la mesme
porten'est elle pas ouverte pour nous
au peché à lapenitence , à l'in
jure au pardons Il n'oublia pas
les Catechumenes modeftes ,&
ayant parlé des Benefices que
l'Egliſe primitive deſtinoit à
certains Catechumenes , qu'enfuite
elle faifortClercs , & atsachoit
au ſervice des Eglifes
particulieres;Relevons,pourfuivit-
il, les juſtes actions de graces
que l'Eglife Gallicane doit au Roy,
qui luyrend les Catechumenes modeftes
deses dignitez deses Benefices
parde longues épreuves de dignes
Sujets. Enfin , admirons l'infi210
MERCVRE
gnepietéduPrince , qui estant, pour
parlerdans les termes de Saint Lerome
,le plus Chrefiien de tous les
Grands,comme il estle plusgrandde
tous les Chreftiens,fait un sifaint
usagedu droitfacré de nommer aux
Prelatures , qu'il le regarde comme
un poids , dont il nepeut décharger
plusfeurement ſa conscience devant
Dieuque dans le temps précieux de
fesdevotions.
Ce Prelat trancha ſa troiſième
partieenpeu de mots,en faiſant
voir que les Chrêtiens peuvent
eſtre partagez en trois claſſes;les
mauvais,qui ſont froids;les mediocres
qui font tredes , & les
parfaits qui font ardens : & pour
ſçavoir ſi la parole de Dieu avoit
répandu ſes benedictions ſur
l'auditoire,il dit que pour enjuger,
il falloit que le Pecheur pu
blic devinſt un Penitent public
GALANT. 211
& s'écriaſt dans les termes de
Nabucodonefor reduit & touché
: L'estois cet homme riche
voluptueux , laseule regle de mes
volontezdéreglées. L'estois aveuglé
par mes propres defirs , auſquels ,
Dieu dejustice , vous m'aviezabandonné!
Vous estes un Dieu dont la
nature n'est qu'esprit ; j'estois tout à
La chair, pouvois je eſtre voſtre image?
Vous estes le maître de tout j'étois
T'esclavedu peché qui n'est rien,quel
rapport entre l'Original& la copie?
L'eftcis , belais ! que n'estois-je pas ?
L'estois un Aaron Idolâtre ,
fuis àpreſent le fidelle Moyfe. Iay
brulele Veau d'or , j'ay jettéles
cendres coupables de tant defeuxim.
purs dansletorrent deslarmes dema
penitence. L'ay fait deplus trois falutaires
efforts , qui m'ont relevéde
toutes mes funestes cheutes.Iaylevé
les yeux au Ciel, &je les ayfermez
je
212 MERCURE
à laterre.I ay fait revivre lessenti ..
mensqueele crime avoit étouffez. Ie
fuis tout renouvelle , j'ay repris
mon ancienne forme. Vous estes mon
Createur, jefuis homme, j'ay rappellémaraisonégarée.
Vouseſtes mon
Sauveur jesuis Creſtiens j'ay retracé
tous les traits de la Grace efficace,
parun beureux retourdes vertuspropres
à mon âge, àma condition,
àmonemploy , ma premiere
figure d'homme chrestien m'est revenue.
belle
Depuis ma derniere Lettre ,
j'ay à vous apprendre la mort de
pluſieurs perſonnes diftinguées
parleur naiſſance,par leurs em.
plois , & par leur merite. En
voicy les noms .
M.Pucelle, premier Preſident
au Parlement de Grenoble,où il
eſt mort d'une Fievre maligne
en cinq jours , fort regreté de 3
GALANT.
213
toute cette Province,& de tous
ceux qui avoient l'avantage de
le connoiſtre. Il eſtoit Neveu
deM. le Maréchal de Catinat ;
& laiſſe deux Freres , l'un Confeiller
Clerc au Parlement de
Paris ,& l'autre dans le ſervice .
M. Amelot , Abbé d'Evrop
Aumônier du Roy.llétoit Frere
M. Amelot , diſtingué par plufieurs
Ambaſſades,& prefentement
Ambaſſadeur Extraor
dinaire en Suiffe .L'eſprit, l'éloquence&
l'integrité fontle partage
de ceux de cette Famille ,,
qui eſt des plus illuſtres de la
Robe.
M. Parmentier , Doyen desi
Subſtituts de M. le Procureur
General.Il eſtoit âgé de quatre- .
vingt-fix- ans, & fi connu par le
grand nombre d'affaires qui luy
ont paffé entre les mains , qu'il
1
214
MERCURE
n'y a perſonne qui ne ſcache
tout ce que je pourrois vous
dire de luy .
Dame Marguerite-Charlote
deClerembaut. Elle avoit épouſé
M. de Vienne,Conſeiller en
la Cour , & Frere de Mrs de
Vienne dont je viens de vous
parler à l'occaſion des deux Regimens
qu'ils ont obtenus .
M. de Charanton , Maiſtre
d'Hoſtel du Roy. Il ſervoit auprés
de Monſeigneur le Duc de
Bourgogne , & ileſt mort fubitementd'apoplexię
à Versailles .
Le Pere Dom Placide de Porcheron
,Religieux Benedictin ,&
Bibliotequaire de l'Abbaye de
S.Germain Deſprez.Il eſtoit de
Chasteauroux,Dioceze de Berry
& avoit un genie d'une vivacité
extraordinaire ,une tres heureuſe
memoire,beaucoup de delica
GALANT. 215
teffe &de fineſſe d'eſprit , de la
politeſſe, ſçachant parfaitement
bien le monde, ce qui luy avoit
attiré l'eſtime & l'amitié de quatité
de perſonnestres-confiderables.
La ſcience du temps luy étoit
connue ,& il avoit de gran .
des lumieres ſur les intereſts des
Princes,n'ignorant rien des Genealogies
des plus grandes fa .
milles de toute l'Europe. Il pofſedoit
parfaitement la Geographie,&
a fait imprimer ſur l'ancienne
un vieux Manufcrit auquel
il a donné le nom de Ravenas
,& qu'il a enrichy d'un
tres -grand nombre de Notes curieuſes
& ſcavantes. Il étoitd'ailleurs
tres-bon Medailliſte , &
ſçavoit tres- bien l'Hiſtoire profane
, ancienne & moderne . Il
a eu grande part à l'Edition nou
vellede Saint Hilaire,& écrivoic
216 MERCURE
1
4
également bien en François &
en Latin. Il a donné une Education
d'un Prince en François ,
&a fait tout nouvellement un
Ouvrage Latin ſur l'ancienne
Geographie. Il ſera donné au
publicavec le temps. Il ſçavoit
la Lanque Grecque & l'Italienne,
& avoit une connoiſſance
particuliere des Livres &des anciens
Manufcrits. Enfin on trouvoit
en luy tout ce qui estoit neceffaire
pour s'acquiter dignement
de la Charge de Bibliotequairedans
une des plus fameu- .
ſes Biblioteques de France , tant
par fon antiquité , que par le
grand nombre de Livres des
meilleurs éditions , & de quantité
de Manufcrits des plus anciens
quil'enrichiffent.Unhomme
d'un ſi grand merite devoit
toujours vivre. Cependant il eſt
GALANT .
217
mortdans ſa quarante &uniéme
année.
Nous avons auſſi perdu un Avocat
fort celebre qui n'eſtoit
âgé que de quarante trois ans .
C'eſtoit M. de Rez. Je ne vous
en diray rien , me contentant
de vous en voyer les Vers que
M. de Vertron a faits fur cette
mort.
DLeurez, pleurez,pauvres Plai.
deurs ,
5
Postre Avocat est mort ,l'un de nos
grands Réteurs,
Assurément c'est une perte
Et pour vous,& pour leBarreau.
Themis d'un voile noir à la teste
couverte
VoyantdeRez dans le Tombeau .
De Rez avoit le ſtile, & l'esprit de
Pageau ,
DePatru la langue diferte ,
21.8 MERCURE
1
1
P
De Fourcroy la ſcience ; il estoit
jeune & beau .
Assurément c'est uneperte
Et pour vous , &pourle Barreau .
Pourfes Clients remplide Zele ,
Des Avocats il eſtoit le modele ;
Mais cet illustre Mort vivant dans
Ses écrits
Charmera toujours nos eſprits.
Si Paris eft une autreAthene,
De Rez estoitfon Demosthene .
Cet Orateur divin avoit un tour
nouveau ,
Le geſte aisé, l'air doux , la mine
ouverte
Afſurément c'est une perte
Et pour vous & pourle Barreau .
Conſolez- vous pourtant ,infortunez
Plaideurs ;
La Sale du Palais n'est pas encor
déserte,
Vous avez d'autres Orateurs ;
Au défaut d'un Le Maiſtre, au défaut
d'un Pucelle,
An
GALANT.
219
Au défaut d'un Langlois , vous
avezun Nivelle , :
Vn Sachot , un Robert, un Vaul
-tier , un Chardon ,
In Dumont , un Errard , qui tous
charment l'oreille.
こ
Ah! Sij'avois une langue pareille
,
On m'entendroit parler,comme eux,
en Ciceron.
L'étalerois les traits de labelle Eloquence,
Etpour meconſolerd'une Fatalité
Qui trop ſouvent, belas ! m'appelle
à l'Audience ,
le ferois voirla Verité ,
Avec l'Art enchanteur d'une brillanteProfe
Ie plaiderois moi- même, & gagnez
roisma Cause.
Je viens d'apprendre toutpre-
Mars 1694. K
t
120 MERCVRE
fentement deux autres morts,
L'une eſt cellede M.le Preſident
Baillet,& l'autre de M.le Comte
de Poitiers , Pere de M. l'Abbéde
Poitiers,Chanoine de Liege,
& de Mademoiselle de Poitiers
, qui brilloit à la Cour ily a
quelques années , eſtant Fille
d'honneur de Madame. 10
On a eu avis de la mort de la
Grande Ducheffe de Toscane la
Douairiere . Elle estoit Fille du
dernier Duc d'Urbin . L'Eſtat
d'Urbin a eſté poffedé par la
Maiſon de la Rovere , & quand
cette Maiſon a manqué,il eſt devolu
au Saint Siege ſous Vr
bain VIII.
DomCaſtillo qui commandoit
dans Charleroy avant la reduction
de cette Place ,ſouhaitant de
paſſer par laFrance pouretourGALANT
..
227
ner àMadrid , fit demander un
paſſeportau Roy,& ce paffe port
luy ayant eſté accordé , il a eu
T'honneur de faluër Sa Majesté ,
&d'en recevoirdes loüanges fur
le Siege de Charleroy qu'il a
foutenu beaucoup plus longtemps
que les Alliez n'ont fait
d'autres fieges , dans des Places
bien plus fortes. M.le Maréchal
Duc de Luxembourg , & M. le
Comte de Guiſcar l'ont regalé,
ainſi que plufieurs autres Seigneurs
de la Cour. Il a beaucoup
d'équité, & les manieres honnetes,
naturelles aux Eſpagnols.
M. l'Abbé de Mailly,Frerede
M. l'Eveſque de Lavaur , de feu
M. le Marquis de Nefle , tué au
Siege de Philisbourg,& de M.le
ComtedeMailly,Colonel general
des Dragons , a eſté nommé
K 2
222 MERCURE
it
par le Roy pour remplir la place
d'Aumônier de Sa Majesté , qui
eſtoit vacante par la mortde M.
l'Abbé Amelot. Ce jeune Abbé
ſoutient bien l'éclat de ſa naifſance,
qui eſt des plus illuftres de
Picardie,& marche ſur les traces
de ceux de cette Maiſon , tousjours
eſtimez dans leurs differens
emplois.
Il paroiſt depuis peu un Livre
intitulé,Journal des Marches,Campemens,
Batailles , Sieges &Mouvemensdes
Armées duRoy en Flan.
dre ,&de celles des Allier,depuis
l'année 1690 ,juſques à preſent. Il a
eſté preſenté au Roy par M.
Vaulier, Commiſſaire ordinaire
de l'Artillerie , & on y voit
les ordres & la conduite d'un General
, les Campemens , les marches
, la maniere de les affurer ,
GALANT.
223
}
&d'occuper un terrain à la veuë
de l'Ennemy , en quoy confifte
le ſecret de l'Art militaire , &
d'où dépend le ſuccés des grandes
actions . Il y a joint , par rapport
â nos mouvemens,tous ceux
des Ennemis qui ont eſté de
quelque importance , & leurs
diſpoſitions les mieux entenduës
dans les differentes occafions .
GetOuvrage eſt d'un ſtile concis
&accompagné d'une Cartè particuliere
des lieux de la Flandre
où ſe ſontpaſſez les mouvemens
dont l'Auteur parle . Cette Carte
a eſtédreſſée ſur ſes Memoires
par M. Moullart Sanfon ,Geographe
du Roy. Les Campemens
de chaque année y font marquez
pardes couleurs differentes . On
y a mis auſſi les Camps que les
Ennemisont occupez proche de
K
3
224
MERCVRE
nos Armées. Ainſi elle donnera
un plein éclairciſſement de tout
ce qu'on pourra ſouhaiter. Ce
Livre ſe vend chez le SrBrunet,
àl'Enſeigne du MercureGalant
au Palais , dans la grande Salle.
>
Il debite auſſi une Comedie
faite fur des Originaux dont
il ſe trouve dans tous les
eftats du monde ; elle eſt intitulée
Les Soufleurs , dont elle
fait voir une peinture fort divertiſſante.
Outre les Estampes
qui ſe trouvent dans cette Pie
ce , elle eft remplie de quan
tité d'Air notez , de forte qu'elle
ne plaiſt pas moins par ladiverfité
qui s'y rencontre , que par
les choſes plaiſantes que l'on a
tirées de ſon ſujet .
Le Roy partit de Verſailles le
GALANT.
225
is . de ce mois pour ſe rendre
à Ghantilly. Le 16, il fir la reveuë
des quatre Compagnies de
fes Gardes avecleurs Capitaines
à leur teſte ; & enſuiteilpric
avec les Princeſſes le divertiſſement
du Vol. Le 17. il vit encore
ſes Gardes , aprés quoy il
alla tirer. Le 18. ilarriva àCompiegne.
Le 19. il prit le diver
tiſſement du Vol avec les Prin
ceffes. Le 20. il alla tirer , &
le 21. il fit la reveuë de fon Re
giment,& alla encore tirer. Le
22. il fit lamême reveüe,& prit
le divertiſſement du Vol. Les
deux jours ſuivans il alla tirer,&
le 25.il prit encore le divertiſſement
du Vol. Le 26.& le 27.il
vit les Carabiniers , & le 28. il
alla coucher à Chantilly , eſtaut
fort fatisfaitdes Troupes qu'il a
K 4.
226 MERCURE
vües. Ce Prince y a demeuré le
29. & le 30. C'eſt un lieu fi
delicieux,& Monfieur le Prince
en fait ſi bien les honneurs ,
qu'on n'y peut eſtre qu'avec
une extrême fatisfaction . On
ne peut douter de la parfaite
ſanté du Roy , puiſque ce Prince
infatigable a toujours eſté
occupé à faire des reveuës ou à
chaffer , & qu'iln'a paslaiſſe de
tenir Conſeil dans les temps
qu'il n'eſtoit point occupé.
Le Careme eſtoit le vray mor
de l'Enigme du mois paſſé.Ceux
qui l'ont trouvé font Mrs du
Guain : de Mory: Cheſnebrun ,
Bailly de Nogent : Caffon:Cartillier
: Deſtival de l'Hoſtel
Serpente : M. Laval. Capitaine
de la troupe Angloiſe : de Siſepierre
: Mademoiselle de CorGALANT.
227
i
doüilles : le Berger Fleuriſte ,
le Bourgeois Fidelle de laMontagne
Sainte Geneviève : le
Berger Auteur des galantes
Cauſes de recufation , contre la
Bergere Galatée : la ſpirituelle
du Gain , & ſa chere compagne
: le gros Controlleur : le
Petit éveillé de Chatouë : le
Fils adopté de Montmorency :
l'aimable Rifole : Fanchon
Renard : l'Abbé de Galiotte ,
prés de Nogent le Rotrou :
le Difcret Bongart d'Orleans :
la Princeffe Olive : Claridiane :
Priappe : le Chevalier du Soleil
: le Chevalier Roſicler :
Brufeldore la Conſtante a
l'Anagrame j'ay l'esperance , &
fon heureux Berger : le genie
de la grande Ecurie : le Mary
de l'innocence opprimée : la
:
Ks
228 MERCURE
belle Mere de l'Hoſtel de Mars :
l'Aimable Fouques : le Che
valier Pacifique : le Pere de
l'agreable Famille : Bihoreau
l'aiſnée de la Theilleſt , & de
l'Hammeau : Hubert l'aimable ,
& bon Chreftien :Bertier , le
Marchand de Vin : Mademoifelle
de Beauffe du Gueſclin :
le Sage : la Chappelle : le Sculpteur
: Prud'homme : l'Aftro
logien fincere & difcret : la
Sage Mimie , & fon agreable
Amant perſeverant .
4
Vos Amies ſe divertiront fur
a nouvelle Enigme que je vous.
envoye .
GALANT. 229
A
ENIGME.
Deux chofes bien differentes
Un mesme nom convient ; ce noms
qu'il faut trouver ,
Sans lefecours des remarquesſuim
vantes ,
Pourroit , Lectcar , te faire trop
refver.
Pour te faciliter ce que tu te propoſes
Je te diray que l'une de ces choses
S'exprime en genre masculin ,
Et l'autre en genre feminin.
L'une eft gracieuse , agreable ,
D'un accueil doux &favorable ,
Et tres-volontiersſe produit.
۳
K 6
230 MERCURE
L'autre toûjours est tenebreuses
Timide, inquiete , ombrageuse ,
Et s'affaroucke au moindre bruit,
L'une fait toûjours bonne mine .
L'autre ne vit que de rapine ,
Et ravage par tout où fon corps peut
Paffer.
L'une enfin n'est qu'une gâte-menage
;
D'amour& d'amitié l'autre estun
témoignage,
Mais un moment aussi suffit pour
l'effacer.
Rien ne sçauroit eſtre plus de
ſaiſon que l'Air nouveau que je
vous envoye
AIR NOUVEAU.
Hretiens, aimez tous la fouffrance
2
10
LYON
AVILLE
TY
-de Savoye n'euſt aufl
FI
110
les
la
du
ez
их
de
Dir
ils
ce
nde
mi
ils
7.
20
Hreſtiens,aimez tous lafouffrance
GALANT . 231
Ou ceffez de porter un nomfi glorieux
,
Rienn'est plus affuré que le chemin
des Cieux
Eft celuy de la patience.
د
}
1
Je viens à la ſituation des
affaires de l'Europe touchant la
-Guerre prefente. Les Sujets du
Duc de Savoye s'eſtant flatez
fort long temps d'avoir la Paix
depuis la perte de la Bataille de
la Marſaille ont ceffé d'avoir
cette efperance , ſi toſt qu'ils
ont appris que leur Prince
*étoit allé à Milan , pour conferer
touchant les preparatifs de
la Campagne prochaine , ce qui
les a tellement chagrinez qu'ils
Font eſté ſur le pointde ſe foulever.
Cela feroit arrivé ſi le Duc
- de Savoye n'euſt auſſitoſt pris la
232 MERCURE
poſte pour retourner à Turin,
afin d'empêcher par ſa preſence
la fuite du mécontentement
de ſes Sujeis , qui ne font pas
moins ruinez par les Troupes
de leurs Alliez que par celles
de leurs Ennemis . Ils font auffi
deſolez par les partis de la Garniſon
de Pignerol , qui s'étendent
dans toute la pleine ,
& ne reviennent jamais -fans
un grand nombre de Priſonniers.
Il eſt mort une ſi grande
quantité d'Allemans dans le
Montferrat , qu'il eſt impoſſible
que l'Empereur ſoit en estat de
reparer cette perte , ayant luy
meſme beſoin de beaucoup de
Troupes , parce que les Tures
doivent eſtre beaucoup plus
forts la Campagne prochaine
que Sa Majesté Imperiale ne
GALAN T.
233
l'avoit crû. Depuis un mois
toutes les Lettres d'Allemagne
, de Hollande , de Bruxelles
, & meſme de toutes les
Cours des Allicz , en conviennent
, & toutes les correſpondancés
ſecretes que l'Empereur
a dans l'Empire Otoman en
font foy L'Empereur avoit crû
pouvoir épargner la dépenſe
d'une partie de ſa Flote fur le
Danube , mais les Turcs y font
un ſi grand armement ,que ce
Prince fe trouve obligé d'ajoûter
au ſien , non ſeulement
tout qu'il en avoit retranché ,
mais auffi de nouveaux Baſtimens
,pour lesquels il n'y
a point de fonds , non plus
que pour l'augmention des
Troupes de terre , ce qu'on
- avoit refolu demettre en cam234
MERCURE
pagne de ce coſté là ne ſuffifant
pas pour s'oppoſer aux
Armées du Grand Seigneur ,
qui doivent eſtre formidables.
Ce fontles propres termes des
Lettres écrites de Vienne , le
Grand Vifir ayant donné de
fon propre argent ,pour enga
ger les vieilles Troupes qui
avoient quitté le ſervice , à y
rentrer. On affure meſme que le
Grand Seigneur doit venir à
Belgrade , pour y demeurer
pendant la Campagne , afin de
donner plus de chaleur à ſes
Armées . Toutes ces choses ont
obligé l'Empereur d'envoyer en
poſte à Rome le Duc de Croy ,
pour demander un fecours
d'argent à Sa Sainteté. On luy
a repreſenté l'embarras de la
Chambre Apoftolique , & que
GALANT.
235
le Pape a trouvéfort mauvais que
La Maison d'Autriche ait voulu
écouter plûtoft que ses paternels
offices ,les promesses de l'Angleterre
de la Hollande , pour
Luyfaire continuer la guerre ,
refuser les propofitions de la France
pour la Paix. Ce font auſſi les
propres termes des Lettes de
Rome. Les affaires de l'Empereur
font en beaucoup plus
mauvais eftat depuis cette réponſe
, Sultan Galga avec
quatorze mille ,tant Turcs que
Tartares , & Mécontens de
Hongrie , eſtant entré
Tranfilvanie , par un paſſage
que gardoient les Milices du
Pays , qui l'ont laiſſe libre. On
les foupçonne d'avoir eſté d'intelligence
pour l'abandonner ,
eſtant fort las de la domination
en
236 MERCURE
des Imperiaux , qui leur est fort
à charge ,& qui ontperdu quatres
cens hommesten cettetoc
cafion avec l'équipage de quatre
Regimens. Il y a eu plufieurs
Villages pillez &brûlez , pen
dant fix jours que les Turcs&
lesTartares ont demeuré dans
le Pays , d'où ils ont amené
vingt mille eſclaves. Le Comte
de Veterani s'eſt trouvé engagé
de partager fes Troupes
pour envoyer garder ce paffage
, de forte qu'il a cſté cons
traint d'en envoyer demander
d'autres à la Cour de Vienne ;
ce qui l'embaraffe beaucoup
enayant grand beſoin ailleurs ,
ainſi que de Travailleurs. Les
Turcs la menacent de pluſieurs
Sieges à la fois , ce qui fait
qu'elle dégarnit les Travail.
GALANT
237
leurs d'une Place pour les envoyer
à d'autres , & qu'ancune
n'eſt achevée de fortifier. La
eherté des vivres eſt tres grandedans
toute l'Allemagne , &
le pain vaut cinq fols la livre
à Francfort . Le VVirtemberg
eft entierement ruiné , & ik
y'eſt mort foixante mille per .
fonnes.Il ne faut pas s'en étonner
, ce Pays ayant eſté obligé
de nourrir plus de quatre-vingt
mille hommes pendant la Cam
pagne derniere. Les autres
Etats d'Allemagne , où les
deux Armées ont paffé , ne font
guere en meilleur eftat. Les
affaires d'Angleterre vont
beaucoup plus lentement que
l'on n'avoit crû ; comme il man
1 que beaucoup de Membres au
parlement , on a mandé dans
238 MERCURE
les Comtez ceux qui ſe ſont
retirez . On croit que c'eſt à
cauſe du mécontentement
qu'ont les deux Chambres des
trois Bills qui ont eſté rejettez
par le prince d'Orange , & de
la difette des fonds pour trouver
les ſubſides accordez . Les
impoſitions propoſées ſur le
Sel , ſur les Bieres , fur les
Cuirs & fur le Savon , chagrinent
beaucoup les peuples ,
qui apprehendent qu'elles ne
foient éternelles . Un Membre
de la Chambre Baffe a fait un
grand Difcours fur ce ſujet , &
fait connoiſtre que ſi l'on ac
cordoit les Impoſitions au prince
d'Orange , il pouroit à l'avenir
ſe paſſfer d'un Parlement ,
& n'en convoqueroit plus , &
qu'ainſi cet Impoſt ne s'oſteGALANT.
239
ce
,
roit point , parce qu'il faut
qu'un parlement annulle
qu'un autre a fait. Cette affaire
n'eſt pas encore terminée. On
a mis en liberté tous ceux qui
avoient eſté enrollez par force
, tant Soldats que Matelots ;
les recruës vont lentement
& quoy qu'il y ait pluſieurs
Colonels nommez , on ne travaille
encore aux recreuës que
de trois Regimens. Les Troupes
de Hollande ne font augmentées
que d'un Regiment ,
& l'armement Naval ne ſera
pas plus fort que celuy de l'année
derniere. Outre le chagrin
qu'ont les Anglois , &
les Hollandois à cauſe des Bâtimens
que nous leur prenons
tous les jours , ils ont encore
eu celuy d'apprendre l'arrivée
240 MERCVRE
de noſtre Flote des Indes , &
l'on a cité à Londres , pour leur
faire leur procés , les Commandans
des Vaiſſeaux qui ont
laiffé entrer le Capitaine Bart
dans le Port de Dunkerque
fans l'attaquer..
Cinq Perſonnes ont fait banqueroute
à Madrid , Seville &
Cadix ,& on croit qu'elles en feront
faire pluſieurs autres en
Hollande , & que le commerce..
en ſouffrira beaucoup . Jamais
l'Eſpagne n'a eſté dans un ſimiferable
eſtat , & cette grande
Puiſſance ne peut qu'à peine
fournir dequoy deffendre la
Catalogne , où les François
n'envoient pas un grand nom
bre de Troupes.
Les affaires de Liege ſont dans
unefituation qui merite bien
GALANT
241
que je vous en entretienne.
Le nombre des Pretendans à
la Principauté de cet. Eftar eft
grand. L'Empereur follicite
pour deux de fes Cousins , &
les recommande à Rome . Ce
font l'Eveſque de Veſteflavie ,
& le Grand Maistre de l'Ors
dre Teutonique. L'Electeur
de Baviere recommande le
Prince Clement fon Frere ,
Etecteur de Cologne , & l'Angleterre&
la Hollande fontdeclarées
pour le Grand Doyen
de l'Egliſe de Liege , qui gouvernoit
fous le deffunt Evef
que. Outre qu'il eft tour à
eux ,les Hollandois ne veulent
point de Princes , dont la puif
ſance leur feroit ombrage ,
comme ſeroit celle de l'electeur
de Cologne. C'eſt ce qui les
1
242
MERCURE
oblige à remettre beaucoup
d'argentà Liege , pour ſoûtenir
leur party. La France qui ne
veut rien que d'équitable , remontre
ſeulement que le Pays
& la Ville eſtant remplis de
Troupes Etrangeres , on devroit
reculer l'élection juſques aprés
la guerre finie , puis que cette
élection ne ſcauroit eſtre preſentementny
libre , ny legitime
à moins que l'on n'aſſigne un
lieu franc & libre pour l'Affemblée
des Capitulaires , qu'on ne
relaſche deux Chanoines Capitulaires
, retenus prifonniers à
Maſtrik par les Hollandois , &
que les Cardinaux de Bouillon
& de Furſtemberg , qui font
auſſi Chanoines , ne ſe trouvent
à l'Election. Cela eſt ſans replique.
co 5
Le
GALANT.
243
Le Vaiſſeau le Diamant a
faitune Prife Angloiſe de vintcinq
à trente mille écus ; & les
Armateurs de S. Malo y ont
amené deux Priſes conſiderables
l'une Angloiſe & l'autre
Hollandoiſe. Je ſuis , Madame ,
voſtre , &c.
2
,
A Parisce 31. Mars 1694.
2
10 .
NEQUE
DE
LYON
E
*
L
T AJAD
TABLE.
e
3
Relatton d'un accident exextraordinaire
arrivé à Troyes en Champagne.
5
Recueil de Vers enforme d'histoires.
30
Differtation sur la nature du
46
LeTemps à Mademoiselle de Soudery.
69
I
Réponſe deSapho au Temps . 105
Madrigalfurle mesme sujet. 71
Lettre de M. de la Broffe à Mrde
Can , Docteur en Medecine de la
Faculté de Paris, concernant la
Fieure maligne.
Epiſtre envers.
74
124
TABLE .
Galanteric. 2510429
- Course faite deParis àVersailles,&
de Versailles à Paris . 131
Relation envoyéedeTripoly touchant
les antiquitez de Lebida,ou Le
ptis magna.
3138
Construction d'un nouvel Amphiteatre
Anatomique. 152
Le Portrait du Sage.
5
ヨー
0
466
-
Mrs de Vienne font pourveus de
deux Regimens.
Histoire,
173
174
L'ouverture du Senat de Nice.189
Extrait d'un Sermon prefché par M.
de Noyon auxgrands Iefuites.200
Mori .
212
DS Reception faite en France àDomCa-
1 Stillo , cy - devant Commandant
220
Charged'Aumonierdu Roy donnée à
M. l'Abbé de Mailly.
de
dans Charleroy .
la
la
4
4
L
221
TREQUE
DE
LA
VILLE
✓ LYON
=
*
*
1993
TA BLE.
Les Soufleurs.
Journal des marches & campomens
des Armées duRoy en Flandre.
222
224
Iournal du Poyage du Roy. 225
Article des Enigmes. 229
Situation des affaires de l'Europe.
232
Priſesfaites parnos Armateurs.243
Finde la Table.
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MARS 1694.
DE
ZA
807156
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC. XCIV .
Avec Privilege du Roy.
*
LIVRES NOUVEAUX
S
du Mois de Mars 1694.
Ermons de ſaint Auguſtin
, traduits par Monſieur
Dubois Autheur des
Offices de Ciceron & des
Lettres de faint Augustin ,
en deux volumes in octavo ,
8. livres.
Les Oracles des Sibilles ,
ind. 30. fols.
Les Souffleurs Comedie ,
avec les Airs nottez en Mufique
, indouze 36. fols .
La Parifienne Comedie ,
ind. 20. fols.
ر
ä 2
Le Nouveau Jeu de l'Hombre
de la maniere qu'on le
joue à la Cour , indouze nou
velle Edition augmenté , 10.
fols.
Journal Campemens marches&
Barailles des Armées
du Roy en Flandres contre
celle des Alliez 40. ſols.
&
MERCURE
MERCURE
MARS 1694.
THEQUE
BIBL
*
LYGK
$18094*
L n'y a point d'Etats
qui nemanquentquelquefois
des chofes neceſſaires
à la vie ; fur
tout lors que la terre les produit,
on ne peut ſe répondre de ſa fecondité
, qui eſt toûjours incertaine
, mais elle donne fouvent
avec prodigalité les mefmes
chofes dont elle a été avare
Mars1694. A
2
MERCURE
les années précedentes . Ainfi
lors qu'un Etat ſouffre de ce
coſté-là , la faute en doit eſtre
imputée ſeulement à la Nature.
L'année derniere , la diſette
des bleds fut tres grande
en Eſpagne ; ce malheur a
paffé enfuite en France , où le
bled a neanmoins valu la moitié
moins que ce qu'il a couté
en Eſpagne. L'Angleterre
fouffre aujourd'huy la meſme
peine , & le pain y vaut fix
fols la livre. L'Eſpagne a beau
coup ſouffert , & le temps ſeul
a apporté des adouciſſemens à
la mifere de ces Peuples . On
ne peut dire encore comment
ceux d'Angleterre feront fecourus
, mais toute l'Europe
ſçaitque le Roy de France ayant
paru veritablement Pere de fes
Sujets en cette occafion , s'eſt
GALANT.
ſervi pour adoucir leur malheur,
de tous les moyens qui pouvoient
les foulager. Ce Prince
a fait d'abord des remiſes en
pluſieursProvinces d'une partie
des deniers qui luy eſtoient dûs.
Il a reculé le payement d'autres
ſommes qui luy eſtoient accordées,
pour fouteniruneGuerre
qui détruiroit la Religion
Catholique ,fi elle ne tournoit
pas à ſon avantage. Il a fait enſuite
de grandes aumônes aux
Pauvres honteux , leſquelles ſe
font aprés beaucoup étenduës ,
puis voyant la diſette augmenter,
il a fait conſtruire pluſieurs
Fours avecune grande dépenſe,
afin de faire diſtribuer du pain
aux plus neceffiteux. Ceux qui
pouvoient ſubſiſter ſans ce ſecoursy
ayantapporté de la confufion
,Sa Majesté le changea
A 2
4 MERCURE
{
enune ſomme de quarante mille
écus , qui a eſté tous les mois
delivrée aux Curez , pour eſtre
diſtribuée aux Pauvres de leurs
Paroiſſes , & pendant que ſa
charité agiſſoit ainſi d'un coſté ,
ſa prevoyance ſe faifoit remar
querd'un autre , pour faire venir
desbleds dans le Royaume , en
remettant une partie de ſesdroits
à ceux qui ſeroient affez heureux
pour y réuffir. Il donnoit
des eſcortes aux autres , & en
faiſoit venir àſes propres dépens
ce qui a fait diminuer notablement
la cherté du bled. Je
pourray vous endire davantage
en fermant ma Lettre , à laquelleje
ſuis obligéde travailler prefque
dés le commencement de
chaque mois. Cependant admirez
, Madame , la genereuſe
bonté du Roy , fon amour pour
GALANT.
5
fes Sujets , & fes ſoins & fa dé
pence pour les foulager , quoy
que d'ailleurs ce Monarque ait
toute l'Europe à combattre , &
la Religion Catholique à fou.
tenir.
La Relation que vous allez
lire , eſtant un fait connu dans
le lieu où la choſe s'eſt paſſée ,
j'ay crû ce fait d'autant plus
digne de la curiofité du Public ,
qu'il eſt utile qu'on ſcache tout
ce qui peut faire perdre la vie
aux hommes. La choſe à la
verité , n'eſt pas ordinaire , mais
iln'eſt pas impoſſible qu'elle arrive
encore ; ainſi les experiences
qui ont eſté faites , pourront
cenſerver pluſieurs perſonnes.
Ceux qui auront des lumieres
fur les morts precipitées , dont
les circonstances ſont contenuësdans
cette Relation , pour-
A 3
6 MERCVRE
ront donner leur fentiment ,
& j'auray ſoin d'en faire part
au Public .
RELATION
, D'un accident extraordinaire
arrivé au Fauxbourg de Sainte
Savine de Troyes en Cham->
pagne.
E 28. Juillet 1693. entre
Sept beures du foir ilar
riva qu'un enfunt , Petit fils d'Edme
Gilbert , Capitaine de Charrois
demeurant au Faux bourg de Sainte
Savine de Troyes , ayantlaiße tom.
ber par bazard , ou autrement , fa
Perruque dans un des puits de la
cour de ſamaison , où ily en a deux,
Son Neven domestique , appellé
GALAN T.
7
Jean Lumillard , âgé d'environ
vingt trois ans , qui revenoit dutravail
de la moiſſon , entendit dire
quily avoit une Perruque tombée
dansle puits. Ilse reſolut außi toft
ày descendre , pourreprendre laPerruque
; en presence du Maistre du
logis ,& autres personnes , il def
cendit effectivement dans le puits ,
àl'aidede la corde du tour,fervant
àtirer puiſer l'eau. Deux
ou trois personnes conduifoient le
tour , & il ne fut pas plûtoſt defcendu
vers l'eau , qu'aprés avoir dit
deuxfois,Mon Dieu jeme meurs,
il perdit &la parole la vie. On
l'appella inutilement à haute voix ,
il ne fit aucune réponse. Ceux qui
Setrouverentpreſensfirent leurs effort.s
pour le retirer ,mais ils ne purent.
envenir à bout , ce qui fit que le
Maistre du logis fortit , apres
qu'ilse fut ecrié devant sa porte ,
A 4
8 MERCURE
د
un nommé Pierre Terrançon , âgé
d'environ vingt deux ans natif
de Mafcon , Compagnon de vierre
Thomißin , Maréchal demeurant
proche le SrGilbert , accourut ,
preßépar la charitédeſauverla vie
àfon voisin,ilſebazarda à descendre
dansle puits ; ce qu'il executa avec
chaleur, ayant pris neanmoins la
précautionde lier aubout de la corde
unbaston affer fort pour l'enjamber,
s'afferir dessus pourse mettre en
Seuretéen tenant la cordedeſes deux
mains.On le descendit , lorsqu'il
fut prés de l'eau , il cria d'un ton
effrayé, Il eſt noyé,remõtez moy
viſte.A. peine eut ilprononcécepeu
de paroles qu'il tomba dans lepuits,
ayant laißé échaper la corde qu'iltenoit
en descendant . Un troiſieme, qui
eftant Cureurde puits,avoit plusieurs
fois curé celuy cy, fut appellé poury
décendre. Son nom estoit Laurent dit
۱
GALANT.
و
ins, comme avoit
Gaßion. Il estoit âgé d'environ cin
quante ans , Sonneur de l'Eglise de
Sainte Savine,&demeuroit au me.s...
me Fauxbourg , &proche la maison
du Sr Gilbert. Ce Cureur de puits
eftantaccouru , enjamba le mesme
baton , s'aßit deſſus, entenant la
cordedesdeux mains,
faitPierreTerrançon. Sitoſt qu'ilfat
au milieu du puits , il pouffe deux
ou trois soupirs , &se laisse tombercommeles
deux autres. Tous les
Spectateurs demeurerent fort furpris
de ce funeste accident , la
Seule reſolution que l'onput prendre,
ce fut de retirer promptement ces
trois malheureux ,pour voir s'ily en
auroit quelqu'un qui euft encore un
refte de vie. On ne perdit point de
temps On liauncrochet à la corde ,
onles retira morts avec le crochet
I'un après l'autre , l'un parlefoulier
L'autrepar le jaret , le troifie-
4
AS
10 MERCURE
me par la ceinture de fon tablier
ga il avoit mis. La Iustice fut appellée
pour faire les informations reguiſes
, proceder juridiquement.
Il fut ordonné que le lendemain
matin la visite & les rapports en
feroientfaitspar le conseiller Medecin
de Sa Majesté , lesChirur
giens Lurezdemeurant à Troyes , ce
qui fut executé. Voilà lefait.
Il s'agit preſentement desçavoir
comment est arrivée la mort fubite
de ces trois perſonnes tombées dans
le puits , ou plûtoſt par quelle cause
elle est arrivée. C'est ce qu'on ne
peut bien faire voir qu'aprés que
l'on aurarapportequelques remarques
qui ont este faitesfurlafituation
レ
1
façon du puits , quelques experiences
faites außi parle Conseiller
port de cestrois morts.
Medecin du Roy , qui a fait le rap-
Le puits afix toises de profon
GALANT. II
deur ,& dans le temps de cet accident
il n'y avoit pas dedans plus
de cinq pieds d'eau. Cette eau est
froide , n'est pas bien pure
bien limpide. On en tire peu , & il
n'y aque les Bestiaux qui enboivent,
tant à cause de la commodité que
l'on a d'un autre puits qui estdans la
mesme cour , dont l'eauſe trouve af
fez bonne,qu'à cause d'un grosfumierqui
est auprés de ce puits , où
depuisplus de trente aux on y en a
mis de mesme.
Un autre Cureur depuits que celuy
quiy est pery , a dit y estre defcendu
depuis douze ou quinze ans ,
aafſfuré qu'il n'est pas entierement
murépar le bas. C'est ce que l'on
nesçait pas avec une pleine certitude.
ce puits , qui est ouvert en haut ,
preſque également par tout de
quatre pieds en diametre , eft fitue
A 6
12 MERCURE
dans le milieu de la cour preſque
dans le lieu le plus bas.Sa couverture
eſt unpetit toit,élevéde terre de 7à
buitpieds deRoy, & ce toit est bien
garuy debois façon de tuiles, lereſte
de bois de charpente. On y a voulu
descendre unflambeaw bien allumé ,
ce flambeau nest pas descendu
dans le puits plus bas qu'une toiſe
Sans s'éteindre,quoy qu'on ne ſe ſoit
pas appercen que laflambeau ait esté
fort agitée. On l'a mesme descendu
pluſieurs foisbien allumé, & on n'a
pu paffer cet endroitsansque laflame
fefoit étouffée de la mesmeforte, Ce
qui est bien digne de remarque ,
c'est que le mesme flambeau allumé
àeſté descendu dans ce moment jusqu'à
l'eau de l'autre puits , qui est
dans la mesme cour, & qu'on l'a
remontéjusques en hautfans que la
flamesesoit éteinte, cet autre puits
et dans la placede la cour la plus
GALANT.
13
élevée , auprés d'une muraille
d'untoit de la maison qui luyfait
unpeu d'ombre. Il est bien muré,
n'a pas de toit particulier qui le
couvre comme l'autre . Il estpourle
moins außi profond ,&ses eaux ne
Sont pas moins basses que dans le
premier, oùl'on a auſſi deſcendu une
chandelle allumée dans une lanter
ne affezbien fermée de toutes parts,
ellea esté éteinte dans le mesme
endroit que le flambeau qu'on avoit
descendu. On y a jetté plusieurs fois
desfeuilles entiers de papier allis .
mées ,qui ont esté éteintes,laflume
s'estant étouffée außitostqu'ellesfont
defcenduës environ une toiſe dans le
puits.
On a voulu voirsi le Chien, ole
Chat qui alavie fort dure,y auroient
le mesme fort , y periroient aufi.
On adeſcendu premieremet un bien
qui estoit de mediocre taille , mais
14
MERCURE
on le
fort , lie dans un panier d'ozier,
jusqu'à la superficie de l'eau . Lors
que ce chien fut un peu plus haut
quele milieu dupuits, il poufla deux
outrois cris , l'ayant retiré incon.
tinent ,on l'exposa au grand Soleil,
qui le fit revenir en peu de temps
Eftant entierement revenu
defcendit uneſeconde fois jusqu'à
L'eau; ilpouffaencore quelques cris ,
eut ensuite des convulfions. On le
retira après l'y avoir laißé environ
autant de temps qu'il en faut pour
dire un Miferere , & il se trouva
froidsans mouvement: Neanmoins
le grand Soleil auquel il fut
exposé lefit encore revenir, mais avec
beaucoup de peine , la reſpiration
eſtant de temps àautre fortfrequente
difficile ,femblable à celle d'un
Asmatique lors qu'il est dans fon
paroxisme. On attendit qu'il eust reprisses
forces entieres pour l'y dé
GALANT.
IS
cendre une troifiéme fois , & ly
ayant laissé environ l'espace de deux
Miſerereun peuau deßus de l'eau,
on levit dans les premieres convulfion.
On le retira enfin mort
froid, les jambesun peu roides ;
del'écume autour de la gueule. Le
Soleilneput luy redonnerla vie cette
troisième fois , comme il avoit fait
la premiere la seconde. Pour ce
qui estdu Chat , onl'avoit enfermé
dans un panier d'ozier à falade avec
fon couvercle , mais ce couvercle ne
Setrouvant paraffezbienlié,leChat
ne fut pas plutoſt defcenduune toi.
fe, qu'ilfit un effort pourfortirdeSa
prison ,qu'il força. Il l'ouvrit parle
baut , eftantsauté dans lepuits ,
ily mourut fans pouffer de cris , ny
faire de mouvemens.
On ne s'estpas contenté des experiencesfaites
en Esté ; on a voulu
16 MERCURE
Au contraire
د
4
trois
en faire en Hiver , le 17. Ianvierdernier
, entre deux
heures aprés midy , lors qu'il faisoit
untres-grandfroid, on defcendit
remonta deux fois dans le mesme
puits jusqu'au fond , car ily a peu
d'eau preſentement, unflambeau allumésansque
laflame s'en éteignist
il ſembloit qu'à
mesure qu'on descendoit leflambeau
, ils'allumoit de plus en plus.
Ce mesmejour , après la descente du
flambeau , on defcendit dans lepuits
ane poule d'Inde , liée par les pattes
,&on la laiſſa au fond l'espace
d'un demy quart d'heure. Qury.
qu'elle ait la vie moins dureque le
chien , onla retira vivante ,&plus
vermeille qu'elle ne l'estoit avant
qu'on l'euft descenduë.
Ilfaifcit fort chaud le jour que
Iaccident arriva au mois de Iuillet .
L'un des trois qui ont pery dans le
GALAN T.
17
puits , avoit mis un méchant juſte
au corps fort leger,& percé enplufieurs
endroits ,&estoit pieds unds,
les deux autres estoient en chemiſe
lors qu'ils descendirent. L'un de
ces trois mangeoit une fouppe lors
qu'on l'appella pour y descendre.
L'autre avoit goûté , & le troifiéme
n'avoit pas mangé depuis fon
disner , ou s'il avoit mangé, il n'a.
roit que tres peu d'alimens , car il
s'est trouve dansson estomach fort
peudechyle.
Avant que d'exposer au Public
fonsentimentsur la cause de leur
mort ,il est àpropos de dire ce qui
s'est trouvédans le corps de ces trois
personnes, dont l'ouverture fut faite
le 29. Iuillet , lendemain de l'accident
à neufheures du matin On ne
peutpas dire qu'ils ayent esté noyez,
puis qu'onn'apas trouvé un semiverre
d eau dans l'estomach , dans les
*
18 MERCURE
intestins dans la capaciié de la
poitrinede trois cadavres peris dans
cepuits. On a remarqué toutes les
parties contenues dans les deux ven.
tres,savoir le milieu
fortſaines
inferieur ,
bien conformées ; ce
qu'onapû reconnoistre , c'est seulement
uneécume autour de la bouche ,
un sing épaisier figé dans les
wiſſeaux fanguiferes ,grands
petits, principalement dupoumon ce
qui peut estresuffisant pours'instruire
delacause de leur mort.
Quelques uns ont cru qu'il y
avoit dans ce puits un Bafilic , qui
qui ayant vù le premier ces hommes ,
les avoit tuez deſaveue ; mais outre
que chacun ne convientpas de cefait ,
quand on en voudroit ſuppoſer la verité
, cesentiment se renverse par la
mort du Chien , & par l'extinction
duflambeau de la chandelle , la
venë du Bafilic n'estant point caGALANT.
19
pabledeproduire ces effets.
meſlée
Les autres ont imputéla cause de
ces trois morts à unevapeur maligne
corrompuë , répanduë
avec l'airde ce puits,provenante du
fumier qui est amaßé auprés,mais
quelle apparence que toute cette vapeurmalignese
trouve renferméedas
ce puits, qui est affezouvert pour la
Laiffer fortir, lesvapeurs ainſi cor.
rompue estant affez en mouvement
pour n'estre pas toujours arreſtées
dans cet endroit ? L'air de la cour
où est ce fumier devroit
estre encore plus chargé,
plusdangereux cequi n'est pas; outre
que l'extinction du flambeau
circonstances qui accompagnent la
mort du chien, comme le froid
laroideurdefes membres detruiſent
Suffisamment cette opinion , car ces
vapeurs estant supposées chaudes ,
comme elles le doivent estre , n'é
teindront pas le flambeau allumé
en
ainsi
les
20 MERCVRE
Ja chandelle allumée, renfermée
dans la lanterne.
D'autres one pretendu parler
plus juste , en disant que c'est une
veine de la terre qui s'est fait une
ouverture dans ce puits ,&y pouffe
une vapeur chargée de quelque
Metal ou Mineral dangereux
lethifere ,comme de Mercure, Ar-
Senic , ou autre ; mais je croy que.
cesentiment peut estre encore detruit
par l'extinction du flambeau & de
la chandelle; car fi ces pretenduës .
vapeurs de Mercure ,
ou autres ,font capables de tuer
l'homme, elles nepeuvent pas éteindre
ceflambeau& cette chandelle
allumée , & renfermée dans une
lanterne. Il faut donc trouver une
cauſe qui soit capable d'oster la vie.
àl'homme en peu de temps , & qui
puiſſe produire les effets que l'on
vient de rapporter.
d'Arsenic ,
1
GALANT. 21
Ceux qui sçavent ce qu'un air
extremement chargé d'un nitre
groffier , épais & condensé , est capabledefaire
sur lefang de l'homme
vivant , tomberont d'accord
qu'il peut luy ravir la vie en pen
de semps , lors qu'il est parvenu
jusqu'à luy. Tel est , à mon sens ,
celuy qui est contenu dans ce puits ,
foit que cet airfroid vienneseulement
du puits , & de l'eau qu'il
contient ,foit qu'il en viennent de
laterre ouverte dans quelque endroit
de ce puits , qui meslez ensemble
composent un airsi froid , qu'il
estsuffisant pour coaguler& glacer
le fang, comme il a fait celuy de
ces trois perſonnes dans les vaisfeauxfanguiferes.
Ce froid exceffif
Sefait affezconnoistre par l'extinction
duflambeau & de la chandelle
allumée, qui s'éteignent & s'etouffent
en un instant , lors qu'ils font
22 MERCURE
descendus une totse seulement ,&
qui ne s'etcignent pas dans l'autre
puits de la mesme cour ,dont la profondeur,
commej'ay deja dit, st du
moins egale à l'autre, & qui a
fes eaux egalement baſſes.
Ceprincipe ainſi posé ,je dis que
les hommes quiſont defcendus dans
ce puits, avoientles pores de lapeau
fort ouverts , à cause de la grande
chaleur qui estoit en ce pays depuis
huitjours , & lefang estoit destitué
d'une partie de ſes esprits ,qui se
diſſipent aiſement parlachal ur &
par le travail, Ces hommes dond
peſſant en un instant d'un air extremement
chaud dans un air ax
tremement froid , cet air froid ,
quoy qu'epais , ayant trouvé les
poresde la peau fort ouverts ,
penetré avec ſon nitre acide groffierjusque
dans lesglandes milliai.
res de la peau ,&y ayant ren
4
GALANT.
23
ces
coacontré
quantité de petites veines
& arteres qui aboutissent à
glandes , il y afigé , epaissi
gulé le ſang. Le même effet a esté
produit en mesme temps dans lepoumon
; car le mesme air froid du
puitsy estart entré par lemoyen de
la respiration ,& ayant trouvé la
mefme difpofition , sçavoir une
grande ouverturedes poresde lafub-
Stance pulmonaire , il s'est aife
ment glissé dans lesang, &par
la force du nitre groffier dont il
estoit chargé , ila auffi figé& coagulé
cefangpassant par le poumon.
Or comme il est certain , au fenti
ment de la plus Saine partie des
Philoſophes & des Medecins modernes
, que la vie de l'homme depend&
conſiſte dans la circulation
& ta fermentation naturelle du
fang , l'une & l'autre ayant esté
detruite par ce nitre groffier &
24 MERCURE
condenséde l'air froid , on ne doit
pas estresurpris si la mort de ces
trois personnes est arrivée fubitement
de la maniere qu'on vient de
ledirecy devant.
Fay fait remarquer que par la
grande chaleur ilsefait unegrande
diſſipation d'esprits ,¬amment
dans les perſonnes qui s'exercent à
defortstravaux , tels quefont ceux
de la moiſſon ,& d'un Marechal ,
parce quejefuis perfuadé que fi le
Sang estoit remply d'une abondance
d'esprits, il feroit plus en estat de
reſiſter à la coagulation quiluy peut
arriver,& quipeus eftre causée par
un air froid , tel qu'est celuy de ce
puits.
Beaucoup de raiſons jointes aux
experiences qui ont estéfaites, principalement
du Chien , me portent à
croire quefi ces hommes fuffoquez
dans le puits avoient esté liez de
maniere
}
GALANT .
25
maniere qu'on cust pû les remonter
incontinent aprés qu'ils y ont esté
defcendus , on auroit pûles faire revenir
, en les exposant àun grand
feu,& leur faisant avaler s'ils n'avoient
pas esté entierement morts ,
quelques remedes chauds, comme les
Cordiaux & Sels volatiles & acres,
qui auroient esté capables de brifer
& de diviſer le nitre groffier qui
senoit le ſangglacé & coagule dans
les vaiſſeauxfanguiferes , de mesme
que le Chien eft revenu en vie à l'aidede
l'ardeur du Soleil,une premiere
&uneseconde fois , parce qu'il n'avoit
pas demeuréaffezde temps dans
le puits, pour queson sang fust entierement
figé & coagulé.
Voilà ce qu'on a pûdecouvrir juspreſent
dufait qu'à &de l'accident
qui eft arrivé en ce pays. La raiſon
pour laquelle on n'a pas envoyé
plutoft cette Relation, est que l'on a
Mars 1694. B
2
MERCVRE
attendu l'hiver , afin de s'afſurer en
quelque maniere de la cauſe de ces
mortsprecipitées , par les deux dernieres
experiences faites dansleplus
grand froid de cet hiver , que j'ay
rapportées , ce qui nous doit confirmer
que ce n'est que l'air froid qui
feretire pendant la grande chaleur
dans les lieux fouterrains , au lieu
que l'hiver pendant legrand froid ,
c'estla chaleur qui se trouve renfermée&
concentréedansces mêmes
lieux .
On prie les sçavans , comme on
Sçait que la France en est remplie ,
d'en donner leur sentiment au Public
, qui leur enfera obligé.
J'ay à vous faire part de pluſieurs
Vers d'une jeune Muſe ,
où vous trouverez beaucoup
d'eſprit , & fur leſquels il faut
vous donner quelques éclaircif.
GALANT.
3
ſemens. Un Marquis illuſtre
commandoit l'Eſté dernier la
Nobleſſe de ſon Canton pour
l'Arriereban , dans une petite
Ville de Normandie , où la politeſſe,
la galanterie,& le bel eſprit
ne regnent pas moins que dans
les plus grandes Villes du
Royaume . Il y fit pluſieurs habitudes
, & entre autres il lia une
amitié fort étroite avecun homme
de la Robe , auſſi diſtingué
par fon merite , que par fon
bien , & qui ayant épousé une
Femme de ſageſſe & de vertu ,
en aune Fille unique , qui pofſede
tous les charmes & tous
les agrémens qu'on peut fouhaiter
dans une jeune & fort
aimable perſonne. Le Marquis
en fut d'abord enchanté , & prit
pour elle la plus violente paſſion
qui fut jamais. Cependant la
B2
28 MERCURE
Belle ne s'applaudit pasde cette
prompte & importante conqueſte.
Il eſt marié , & déja fur
fon retour , & il n'avoit pas
affaire à des Provinciaux qui
fuffent capables de ſe laiſſer
ebloüir de l'éclat de ſa naiſſance ,
& de la groffe dépenſe qu'on
luy voyoit faire. Il fut donc contraint
de s'en tenir aux termes
d'une honneſte ſocieté , & d'avoir
meſime de ſi grands ménagemens
,que ce commerce n'euft
pas le moindre air de galanterie
amoureuſe , ſans neanmoins
en bannir les choſes qui pouvoient
le rendre plus agreable ,
& le faire durer plus longtemps .
Il continuë en effet toujours
avec beaucoup d'agrément de
part & d'autre , & on n'a pas
laiſſe paſſer l'occaſiondes Etrennes
ſans en donner d'obligeantes
GALANT.. 29
marques. LesDames luy envoye.
rent des Vers ſous les noms d'Uranie
& du Dragon vigilant,qui
font les noms qu'il leur a donnez ,
parles raiſons qu'il eſt fort aiſé
de s'imaginer. Il leur répondit
par d'autres Vers , & comme il
ne ſe pique pas de Poëſie , il pria
quelques- uns de ſes Amis,de luy
faire ſes Réponſes . L'un d'eux
qui prend beaucoup d'intereſt à
la charmante Uranie , ce qui
peut- eſtre aura de la ſuite , ſe
chargeade ce ſoin avec plaifir; &
les Dames ayant repliqué en
• s'adreſſant uniquement au Marquis
, comme Auteur des derniers
Vers un jeune Cavalier
, qui a beaucoup de brillant,
de vivacité & de genie pour la
Poësie , les ayant vûs s'eſt piqué
au jeu ,peut- eſtre autant du coeur
que de l'eſprit , & a fait les re-
د
B 3
30.
MERCURE
pliques qui finifſſent cetteeſpece
de petit Recueil,que l'on pourroit
appeller la Guirlande d'Vranie
, à l'imitation de laGuirlande
de Julie , ſi celebre autrefois
fur le Parnaſſe .
ESTRENNES
De Mademoiselle D. A. G.E.
à M. le Marquis de B.
Ve de prosperitez, cette nou-
Combleroient voſtre destinée ,
Marquis, que vousferiez heureuse
Sile Ciel exauçoit mes veux ,
-Carj'enfaispourvous plusdemille
Onje meſle toujours l'agreable&l'utile.
Non pas que vous ayez besoin
D'honneurs,de plaisirs,de richeſſess
Lafortune en apris le foin ,
GALANT.
31
Et vous accable de careſſes:
Mais dans le poste avantageux,
Où,selon vos deſirs, de tout elle difpofe
>
Vous m'avoûrez entre nous deux ,
Qu'il manque toûjours quelque
chofe
Aux grands coeurs , aux coeurs amoureux.
C'est quelquefois un Rien , mais ce
Rien inquiette;
Sans luy l'on se croit malheureux ,
Et la felicitéſans lug n'estpas parfaite.
C'estdon
-là que je veux,
C'est-là , ce que je vous jouwer
Mais quoy,me direzvous ! vraiment
me voilà bien ,
Vranie , ah ! la belle Eftrenne !
Pourpresent unſoubait, & cesouhait
eft Rien :
B4
-32 MERCURE
Cela ne valoitpas la peine
Defatiguer tant voſtre veine.
Je vous entens, Marquis,mais m'entendez
vous bien ?
Pensez-y plus d'unesemaine ,
Je vous donne beaucoup , en ne vous
donnant Rien.
La Mere de la jeune Demoi
ſelle écrivit ce Madrigal dans
lameſme feüille , ſous le nom
du Dragon vigilant.
JEEvoudrois bienfur ce Revers ,
Et tandis qu'Apollon vient nou
vrir leani
osenvoyer cinq ou fix Vers
Lejourde l'an,pour vostre Etrenne;
Car je sçay ce que je vous doy
Pour toutes les bontezque vousavez
pourmoy.
Et dont j'auray toujours de la reconnoiffance.
GALANT. 33
Aquoy donc est- ce que je pense ?
Ces Vers font de méchant aley :
C'estmal à propos se commettre.
Retirons-nous pour noſtre honneur
Ieveux un Madrigal,& je fais une
Lettre ,
Qui m'oblige à finir par ,je suisde
bon coeur ,&c .
Réponſe du Marquis fur les
mefmes Rimes .
A URANIE .
R
Ecevez lesſouhaits
cetteannée
demon coeur
Que mon amour répandfur vostre
deftinée ,
Et comprenez,belas ! que je ferois
heureux
Si je pouvois un jour vous adreffer
mes voeux ,
Car j'aurois avec vous des plaiſirs
plus de mille
د
BS
34 MERCVRE
Et je pourrais trouver leplaisant&
l'utile,
Pourvous apprendre au vray mon
extrémebesoin ,
Quin'estpas ,Selon vous , le manque
de richeſſes ;
C'est l'amour qui n'a pas,àmon gré,
tout lefoin
De mefaire obtenir vosplus tendres
careffes.
Parmy tant de Rivaux m'est-il
avantageux
Que ce cruelamour diſpoſe
De toutes vos bontez en faveur de
l'un d'eux,
A quijeparirois qu'il manque quelque
chose ,
Quandilferoit plus amoureux ?
**
Vn Rien tres-Souvent inquiette,
Mais par ce Rien j'entens une Fille
parfaites
GALANT .
35
C'est dans cesens que je le veux ,
Et c'est ceRienquejefonbaite.
On meverroit content fans bien
Si j'avois ce Rien pour Etrenne
Quelque perte que j'eusse,en confervant
ceRien ,
Ien'enfouffrirois pas la plus petite
peine.
Ie comprens , Vranie , & je vous
entens, bien, (lasemaine,
Jy rêveray cent fois tout au moins
Carvousme donnez tout en ne me
donnant Rien .
Au Dragon vigilant.
Comptez furma Medaille avec
-un beau Revers ,
On ne peut trop payer une li bonne
weine,
Et je voudrois par de tels Vers-
Pouvoir répondre à voſtre Eirenne.
B 6
36 MERCURE
Mais je vous le cede , &je doy ,
Sansfaire icy du quan: à moy ,
Vous marquer ma reconnoiſſance
EnProſeſeulement ; car enfin plus
i'y pense ,
Je trouve que la Proſe eft demeilleur
alloy ,
Tout preſt pour vous à me commeltre
,
Quand il m'en couteroit mon bien
Omonhonneur ,
Il est temps de finir, voicy presque
une Lettre ,
Sansrime , &fans raiſon , mais au
moins de bon coeur .
Autres réponſes de differens
Auteurs.
A URANIE.
Appellez vous un Rien ce qui
rend malheureux ?
Et quefeit un peu de richesses ,
GALANT. 1 37
Quand un coeur jour & nuit fais
d'inutiles voeux ,
Et qu'un cruel amour refuſe ſes careffes
?
Ce Rien que vous pouvez donner,
Ce Rien fi grand pour moy , qui me
manque & m'accable ,
Rendroitmon deſtin favorable ,
Si vous vouliezm'en étrenner.
Adorable Sapho,car pour vostre genie
,
Ce nomvous convient mieux que selay
d'Franie ,
Ainsi que cette Grecque admirable
en vosVers.
Vous allez avec mog charmer tout
Univers
Grands Dieux , vit-onjamais tand
dedelicateffe ,
Tant de brillant , tant de juſteſſe ?
L'en fuis , je le jure , enchanté
Autant que de vostre beauté2
38 MERCURE
Autant que devostre jeunesse ,
Maissij'ofois icy librement m'exprimer
,
Si j'ofois vous parler de cequim'inquiete
,
Jevous dirois , Sapho, que pour estre
parfaite
Il nevous manque plus que de ſçavoiraimer.
e
Ce n'est pas , direz-vous une fi
grande affaire ,
Mais cependant pensez -ybien.
Quelque tendreße est neceffaire
Autant que vostre aimable Rien,
CeRien que par bonté vostre coeur
me defire ,
:
Eft estiméde mon coeur amoureux ,
Cent fois plus qu'un puiſfant Em.
pire ,
Etfijamais l'amour favorable à mes
voeux ,
Meconduiſoit àceRienoinj'aspire,
GALANT.
39
Adorable Sapho , que jeferois ben
reux !
Au Dragon vigilant.
Ovous qui garderun trefor
Plusfameux que la Toison d'or,
Dragon , de qui lavigilance
A rendu jusqu'icy tous mesfoinsfuperflus
;
J'endormirayvostre prudence,
Bientoft vous ne veillerezplus.
Un charme que pour moy I'amoura
fait luy-mesme,
Meva rendre un nouveau Lafon ,
Et j'espere, assisté du Dieu qui fait
qu'on aime.
Enlever malgrévous cette aimable
toifon.
S'il faut vous rendre voeux pour
voeux , [ grande étenduë ,
Mesfouhaits font pour vous d'une
Et c'est une chose biendeme
40
MERCURE
Depayer dignement un cooeurfigenereux.
Que vos joursfoient filezdefoye ;
Que tout réponde àvos defirs ;
Que jamais le chagrinnefuccede à
la joye ,
Savourezmollement la douceur des
plaisirs.
Ayez la mesmevigilance ,
Et lesyeux außi bons qu'Argus ;
Que rien ne donne atteinte à voſtre
diligence ,
or, cequej'aime Etgardezcomme l'or,
leplus.
Replique d'Uranie au Marquis.
MArquis,jevous l'avois bien
dit ,
Qu'ily falloit penser , &plus d'unesemaine,
Avant que d'expliquer les Vers de
monEtrenne.
GALANT. 41
I' ay cependant quelque dépit
Qu'un Rien vous ait fait de la
peine;
Mais lors que d'autre chose ona la
testepleine ,
Il nefaut Rien dans un écrit ,
Pour arrester un bel esprit.
, ou par erreur ,
Enfin vous avez pris le change ,
Soit par malice
Et du nom de Sapbo croyant me faire
honneur ,
Dans defort inlio vers vous chanter
malouange ;
Mais je n'envieray point à d'autres
lebonheur
D'avoir de cette Grecque& l'esprit
le coeur.
Toute comparaison est toujours odieuſe,
Et celle- cy me fache tout de bor ;
Ie nesuis point Sapho , vous n'eſtes
point Phaon .
42 MERCURE
L'un estoit trop cruel , l'autre trop
amoureuse;
Dieu nous garde tous deux d'unſemblablerenom.
Ie cheriray toujours le beau nom d'Vranie
,
Vous me l'avez donné ,je le veux
bienporter.
Servez- vous- en ,je vous en prie ,
De luyſeul on me peut flater ,
Car il inſpire dans les ames
De pures de Saintes , flames ;
Heureuse si je puis un joui 1. meriter.
Replique du Dragon.
zy,je garderay comme l'or,
Ce cher precieuxtrefor ,
Dont leCielà mes voeux accorda la
C
naissance.
Rien nepourra jamais tromper ma
vigilance.
GALANT.
43.
Fußiez vous un autre lason ,
Vous n'aurezpas cette toiſon.
Quand on joint la vertu , l'honneur
laprudence ,
Vne Mere est toujours un terrible
Dragon.
Autres Repliques d'un autre
Auteur.
S
POUR URANIE.
Ivous me regardez, Marquis ,
comme un trefor,
Me faut il un Dragon comme à la
Toisond'or?
Toussesfoins savigilance
Seroient des fecours fuperflus ,
Et ce n'est pas sursa prudence
Que vous devez compter le plus.
Vous jugez d'autruy par vousmesme,
Vous avezl'air d'aimer ainſi qu'aimoit
Lafon ,
1
44
MERCURE
Nonpas à cauſe qu'on vous aime,
Mais de peur qu'un Rival n'enleve
latoifon.
Pour le Dragon.
10
VVaannddeennccoorrunefois , pourravir
montresor ,
L'amoureux Iupiterse changeroit en
or,
3
PourSurprendre ma vigilance ,
Ses effortsferoient fuperflus ;
Mais cen'est pas furma prudence
Que je me reposele plus.
Cet aimable treforse garde de luymesme,
Et fuffy-je Medée,&fußiez vous
Lafon ,
Eußiez vous les appas du Dieu qui
fait qu'on aime ,
Vous n'auriezpas encorpour cela la
toison.
1
GALANT .
45
رم
Vousferiezconvaincu du bien que je
vousveux ,
Si mon pouvoir estoit deplus grande
étendue ;
Et vous auriez , Marquis,la recom
penſe duë
Avossouhaitsfigenereux.
Vos jours feroient filez deſoje ,
Iepréviendrois tous vos defirs ,
Vous auriez chaque jour quelque
nouvelle joje ,
Vous goûteriezmille plaiſirs;
Car enfin j'ay pour vous la mesme
vigilance ,
Quepourplaire à Iunon, eut le fidelle
Argus ;
Maisquefervent cesfoins , quefert
ma diligence ,
Marquis , peut estre , belas ! nous
nevous verronsplus.
Je vous envoye un Ouvrage
}
46 MERCURE
de M. Verduc le jeune , pour
les Scavans de voſtre Province.
Je ne doute point qu'ils n'en
foient contens , ayant toujours
vû avecplaiſir tout ce qui eſt
forty de fa Plume ,
DISSERTATION
fur la nature du Feu .
SI nous voulons bien connoiſtre la
nature du Feu , il faut que nous
confiderions toutesses proprietez,
d'abort celle quiſepreſenteà nossens,
Sontsachaleur &falumiere, & enfin
lapuiſſance qu'il ad'agir fur les
corps qui nefontpoint trop durs ,
de les changer ensa propre nature.
Toutes ces principales qualiter du
Feuse reduisent àune seule chose ,
Scavoir au mouvement des petites
GALANT.
47
parties de fon corps.
Premierement,on ne peut douter
que la chaleur du Feu nevienne du
mouvement desespetites parties,fi
l'on confiderequepour enfaire naître
dans les corps où il n'y en a point ,
il nefaut que les agiter, ainsi que
l'experience le montre tous les jours
dans les corps quiferemuent extraordinairement
vite, comme par exemple,
dans le bouton d'une rouë de
caroſſe , qui roule extrêmementvite,
dansun temps chaud fec. L'on experimente
encorequ'enfciant du bois
fort dur , si l'on touche de la main
lefeüillet de la ſcie, en la retirant
auplus viſte de lafente qu'ellefait
dans une piece debois, on lefent fort
chaud. Toutes ces experiences prouvent
évidemmentqu'il ne faut que
du mouvement pour la chaleur des
corps , & qu'iln'estpas besoind'une
autre qualitépour la produire.
48 MERCVRE
1
Presentement que nous sommes
bienpersuadezde cette verité, ilfaut
chercherquelle forte de mouvement
eft neceſſaire pour produire de la
chaleur dans les corps ; caril est certain
que tout mouvement ne suffit
pas pour échauffer , puis que l'eau ,
qui est liquide ,& qui ne le peut
estreque parce que chacune de ses
petites parties ſe meut àpart , se
parement deses voisines ,n'est point
naturellement chaude.
Le mouvement dans les petites
parties du corps nepeut estre en general
que de deuxfortes , ou direct ,
ou autour du centre.
L'experience fait voirque le mouvement
en ligne droite de chaque
petite partie d'un corps ne produit
point de chaleur ; car fi ayant la
bouche fermée , l'onferre les levres ,
qu'on en faſſe fortir l'air fort
viste , onlefent froid : & de mesme
l'air
GALANT.
49
S
l'air qu'on pouffle avec un éventail
contreson visage, dans les plusgrandes
chaleurs de l'Esté , acquiert une
autre difpofition pourſe mouvoir ,
eftfenty froid. Or il estmanifeste
qu'en faisant fortir l'air desa bouche,
ouenle chaffant d'un ſouflet ,
oubien en le pouffantfort viste avec
-un éventail,ses petites parties ne
peuvent tournerfur leur centre , à
cauſe que la trop grande agitation
qu'elles acquierent,&qui les pouffe
également vers un méme coſté , les
empêchedeferemuer autour d'ellesmesmes,
comme onvoitſouvent qu'une
balequ'on chaffe fort viſte, avance
droit en ligne droite ,ſans tourner
furfon centre.
Aprés vous avoir fait voir que
le mouvement direct des parties d'un
corps ne produit point de chaleur ,
maisseulement qu'il excite da froid
dans ceux où ilſe rencontre, il faut
Mars 1694. C
}
50
MERCURE
yous montrerque le mouvement circulaire
des petitesparties d'un corps
excite de la chaleur.
est
L'experience fait voir que la fumée
,ou la vapeur qui fort d'une
liqueur que l'on a mis bouillir fur
lefeu , circule tourne en rond
enplaſieurs diverses manieres; ce qui
n'arriveroit pas , fi chaque petite
partiequi s'éleve au deſſus de la fuperficie
de la liqueur , nese remuoit
autourd'elle même , pour composer
ce petit tourbillon de fumée , qui
affezchaudpourse faire sentir;
mesme sans aller chercher ce mouvement
dans lafuméequifort d'une liqueur
ainfiémuë , ilfuffit de le remarquer
en elle - mesme pour s'en
convaincre : carcomment ſe pourroit -
il faire qu'une liqueur qui boult à
gros bouillons, qu'on voit tournoyer
fort viste , n'eust point ces petites
parties agitées enrond ? 3
GALANT .
51
Pourroit on bien croire aprés cette
experience , que la chaleur de la
flame du feu,vinst d'ailleurs que
du mouvement que chacune deses
particules fait surson centre ; car
enfin cettechaleurdufeu ou dequel
queautre corps, ne peut pas eftre ane
qualité differente du mouvement,
puis que nous ne concevons pas qu'il
yait dans le corps de qualité plus
contraire au mouvement , qui est
toujours neceffaire pour produire de
La chaleur, que le repos ; mais exce
pte les fubftances, leurs qualitez ,
ou leurs modes,nous ne concevons point
qu'ily ait d'autre genre de chofes,
Nouspouvons donc affurerque la chaleurdufeu
confifte dans le mouvement
que chacune deſes partiesfait
autourde fon propre centre.
Après avoir expliqué une des
proprietez du feu , qui se rapporte
ausens de l'attouchement , il faut
C2
52
MERCURE
paffer à cellequi le rend lumineux ;
mais comme il n'y a au monde que
deux fortes de corps dans lesquels
la lumierese trouve , àsçavoir les
Aſtres la flame , que les
Aftres font trop éloignez de nous ,
pour pouvoir remarquer , comme il
faut,la nature de la lumiere , il
ſemble qu'il n'y a point d'autre corps
fur la terre qui nous puiſſe ſervir de
Sujet pour l'examiner que la flame
même ,ou le feu dans lequel elle se
trouve car encore qu'ilyait plusieurs
autres corps qui font appercevoir de
la lumiere , comme les gouttes de
l'eaude meragitée parla tempefte ,
le bois pourry, de certains petits vers
deterre, les poiffonsfalez, &quancité
d'autres corps : neanmoins comme
cette lumiere paroist plus particuliere
& plus difficile à decouvrir
que celle qui est dans le feu , l'ordre
veut que l'on commence àexpliquer
GALANT.
53
celle qui se trouve dans lefeu.
Nousavons remarqué plus haut
que les parties du Feuferemuentfans
ceffe ,&que cemouvement produit
fa chaleur. Puis donc que les petites
parties du feuse remuentfort viſte
autour de leur centre ,& qu'elles
ne sont pas également groſſes
folides,il eftfaciledimaginerqu'en
Se remuant , elles pouffent lesparties
des corps qu'elles rencontrent car c'est
ainsi qu'en agitant celles de nostre
peau , elles nous échauffent , nous
brûlent quelquefois , lors qu'enestant
trop prés , elles ont affez de force
pourlesſeparerl'une de l'autre .
Les petites parties du Feules plus
agitéesferemuant tres viste autour
de leur centre, tendent toutes en.
Semble ,& de tous côtez, à s'en
éloignerſuivant des lignes droites
qui partent de ce centre , mais elles
ne peuvent tendre , ou faire effort
C3
54
MERCURE
pours'en éloigner ,qu'elles ne pouffent
en s'échapant du lieu où elles
font, lespetites parties d'unematiere
fubtile qui remplit les pores de l'air,
des autres corps transparens ,
qui s'étend fans interruption depuis
beflame, jusqu'aux yeux de ceux qui
apperçoivent la lumiere. Il faut
s'imaginer ces petites parties toutes
rondes comme des boules , quife remuent
fans ceffe dans les pores de la
pluspart des corps terrestres enpaffant
des uns dans les autres ,sans jamais
s'y arrefter davantage , que ce peu
de temps qu'on nomme un instant ,
de mesmeque l'eau qui estfous l'ar.
ched'un pont ne demeure jamais la
même unſeul moment,àcause qu'elle
s'écoule ailleurs ; mais comme nous
ne voyons point que l'eau qui coule
fous l'archedun pont ylaiffe duvaide,
à cauſe qu'ily ade nouvelles eaux
qui fuivent celle qui s'écoute , nous
GALAN T.
15
devons penserle même de la matiere
fubtile , àsçavoir qu'elle remplit
tous les pores qui se trouvent dans
Lescorps.
Nous avons dit que les petites
parties qui ſervent àtransmettre l action
de la lumiere ,fost rondes com
me des boules , & qu'elles remplis.
Sent toujours les pores de la plujpart
des corps. Il est vray que ces petites
parties occupent presque tous lespores
les intervalles qui se trouvent
autour des corps terrestres :mais ily
a encore tant d'autres pores dans
ces corps , qui pour estretrop petits, ne
peuvent les recevoir, qu'ilfaut neceffairement
qu'il y ait dans l'Univers
une autre matiere , dont les
parties foient fi extremement petites
fi agitées , qu'elles puiffent estre
divisées en d'autres plus petites ,qui
rempliffent toujours aussi justement
qu'il est poffib'e d'imaginer, tous les
C
4
56 MERCURE
plus petits angles ou recoins qui fe
trouvent autour des partiesdelamatiere
; car il faut neceſſairement
qu'ily ait une tellematiere dans le
monde , qui appartienne auxpetits
espaces quifont dans les corps ,puis
que nous concevons ces espaces qui
•font dans les corps , aussi bien que
les plus grands que nous puißions
imaginer , comme une chose réelle
étendue en longueur , largeur
profondeur ,&non pas comme un
vuide pur, qu'on s'imagine n'estre
viendu tout , qui n'est en effet
qu'unechimere.
C'estcette matiere tres -fubtilequi
remplit les petits espaces curvilignes
que les petites boules laiffent neceffairement
autourd'elles, quand elles
fe touchent ; car il est plus facile à
ces premieres , qui changent continuellement
lafigure de leurs petitesparties
, desegliſfer autour de
GALAN T.
57
ces autres quifont rondes pourrem
plirneceſſairement les espaces qu'elles
laiffent autour d'elles qu'à ces
autres , de changer la leur , pour
faire le mesme effet , c'est à dire pour
remplir ces espaces.
Avant que deparlerde la lumiere
quise remarque dans le bois pourry,
dans les poiſſonsfalez, dans lesgouttes
d'eau de mer, ilfaut encore dire
un mot de celle du feu , car tout ce
que nous en avons dit jusqu'icy , n'a
eſtéque pour en rendre la connoiffan
ce plus aisée.
Lespetitespartiesqui compoſent
le corps dela flamese remuant Sans
ceße autour de leur centre pouffent,
en faisant effort pour s'en éloigner ,
Les petites boules qui rempliffent les
pores des corps transparens,
dans l'effort que fait ainsi chacune
c'est
despetites parties dufeu,pour's'éloignerdeson
centre ,en quoy confifte
Sa lumiere.
C
58 MERCURE
Après avoir bien conceu ce que
c'est que la lumiere dufen ,il nous
Serafacile de comprendre comment
Seproduit celle des autres corps ,
mesme nous pourrons aisément entendre
commentſon action peut paſſer
en un instant par l'entremise des
corps transparens , carseachant que
les petites parties de la matierequi
transmet cette action ,font rondes
appuyées les unesfur les autres il
faut de neceßité qu'au mesme instant
qu'ily ena une de pouffée toutes les
autres qui la ſuivent lefoient außi
de même que l'action dont on remuё
le bout d'un bafton , paffe dins le
mêmetemps jusqu'à fon autre bout.
Pour la lumiere des poiffonsfalek.
des vers de terre ,& de quelques autres
corps, je crois que celavient de
ce qu'ilya dans les pores de ces corps
de petites parties, qui enſe remuant
àpeu prés comme celles de la flame,
GALANT. 59
pouffent enfortant des pores où ciles.
font,les petites boules dela matiere
Subtile , & c'est dans la preſſion de
ces boules que consiste la lumiere
Mais pour dire quelquechosede plus
particulier touchant la lumierede
ces fortes de corps, commençons d'abord
à expliquer celle qui se remarque
dans le bois pourry , pour de là
paſſerà l'explication de celle qui est
dans les autres corps dont nous venonsdeparler.
L'experience fait voir que le
bois pourry , qui est lumineux , est
plus legerque celuy qui ne l'eſt pas.
Cette legereténe peut venir que de
ce qu'ila perdu beaucoup de parties
ense corrompant,& qu'ila de grands
pares,pleins d'une matiere fort fluide
mais cespores en s'agrandiſſane , en
ont infailliblement retreay d'autres
; car pendant que le bois se corrompt
&Se pourrit,c'est à dire, pen-
C6
60- MERCVRE
dant que les parties d'eau , ou d'autres
d'ane nature differente qui sont
dans ces pores ,font agitées par la
matierefubtile,ſes plus petites parties
,àforce d'estre ébranlées &Secouées,
se détachent des autres ,&
paffent bien loin au delà dans l'air.
Mais cela ne peut arriver que quelques
pores du corps quife corrompt.
nes'étréciffent beaucoup , parce que
lesparties quise dérangent occupant .
plusde place qu'auparavant , presfent
leurs voisines contre quelques
autres , ce qui est cauſe que les porès
qui y sont deviennent plus étroits .
&que les boules de lamatierefubtile
enfortent toutes ,& comme il n'y a
point de vuide dans le monde , la
matiere la plus fubrile entre dans
ces pores avec impetuosité , pour
prendre la place des petites boules
quien fortent ,& coulant tout du
long,elle preffe les plus petites parties
GALANT. 61
!
du bois qu'elle trouve enfon che
min , lesquellesfortent plusieurs en
femble environnées de cette matiere
fort fubtile,dans laquelle ilſe trouwe
pourlors qu'elles nagent , elles
ont affez de force pour pouffer les
petites boules de la matierefubtile ,
&par consequent pour exciter de
lalumiere. La lumiere du bois pourry
conſiſte dans le mouvement de ces
Petitesparties que lamatiere la plus.
Subtile chaffe hors deſes pores , car
il faut remarquer qu'elles avancent
en tournoyant ,&qu'elles feremuent
àpeu prés comme celles de lafla
me.
Pour la lumiere qu'on remarque
dans les petits vers de terre , elle
peut venir de l'agitation d'une liqueursubtile
, qui participe de la
naturedes eſpritsfalins & volatiles..
Lesparties de cette liqueur fortant
par des conduits fort étroits ,&fe
62. MERCVRE
remuant auſſi tres - viste , pouſſent de
toute leur force les boules de la matiere
fubule , & c'est en cela que
conſiſte la lumierede ces petits Infectes.
Ilfaut remarquer qu'ils ne
luisent qu'autant de temps qu'ils
font vivans , & qu'aprés qu'ils
font morts ils perdent entierement
cette proprieté. La raison de cela est
peut- estre , que lors qu'ilfont vivans
, les parties de cette liqueur
fortent fans ceffe de leur corps ,à
cause de l'agitation quieft au dedans
, & que quand ils viennent à
mourir , elles abandonnent leur corps,
oùil ne reſte que les plus großieres,
qui nesçauroient agirfur les petites
boules de la matiereSubtile.
La lumiere des poiffons Salez,
quine luisent qu'autant de temps
que les parties du fel mettent à
entrer dans leurs pores , vient de
ceque ces parties qui font longues
GALAN T. 63
&roides , en penetrant dans les pores
des chairs , retreciſſent tellement
les autres où elles n'entrent point .
qu'ils ne peuvent contenir que la
matiere la plus fubtile ,laquelle
continuant de ſe mouvoir fort viſte,
fortde cespores avec affez de force
pour pouffer les petites boules de la
matiere subtile , qui font dans
les pores de l'air voisin de ces
corps , & aina exciter quelque lumiere.
Pour celle qui paroist autour des
gouttes de l'eau de mer , pendant
une grande tempeste , on peut croire
qu'elle ne vient que de ce que le
branle que l'agitation des vagues
donne aux gouttes qui s'enfeparent.
&qui s'éparpillent en l'air ; fair
que pendant que les parties qui ſe
plient ,& qui s'entrelaſſent ensemblepour
compofer une petite goutte
d'eau , les pointes des autres qui
64 MERCURE
font roides & inflexibles ,sedégagent
&s'avancent ainsi que des fléches
bors de la superficie de cesgouttes
d'eau, &pouffent affez impetueusement
les petites boules de lamatiere
Subtile.
Après avoir expliqué les prin.
cipales proprictez du Feu , que nous
remarquons par l'entremise de nas
fens,commesa lumiere&Sa chaleur
& aussi aprés avoir rendu raison
de celle qu'on remarque dans d'autres
corps , il ne nous reste plus
qu'à examiner la puiſſance qu'il a
d'agirſur les corps qui ne font point
Brop durs , &de les changer en fa
propre nature. Pour cela il faut remarquer
qu'il est beſoin d'une violente
agitation dans les parties terrestres
pour faire du feu , car puis
que toutes les petites parties qui
composent le corps de la flame se
remuent tres-viste ,&que ce mou
GALANT. 65
vement ne peut avoir estémis en
ellesfansuné grande force , nous devons
conclurre que les corps qui s'enflament
d'eux-mêmes,font dans une
agitation tout à fait grande ,&
qu'ilnefaut pourfaire du feu,qu'un
mouvement affezfort pourSeparer
lespetites parties des corps terrestres
qui se soutiennent toutes les unes
lesautres.
L'experience s'accorde parfaitement
bien avec nostre raisonne.
ment ; car elle nous montre que la
Seale agitation des corps suffit pour
les embrafer . En effet , ne voyonsnous
pastous les jours la preuve de
cecy,enfaisant naistre dufeu,quand
nous n'en avons point ; car le moyen
le plus ordinaire d'en avoir , quand
on en manque , est d'enfairefortir
d'un caillou , en lefrapant avec un
fufil, ou avec un autre caillou .
Orpeut- on douterque le feu ainſi
66 MERCURE
1
2
2
produit ne confiſte pas dans la violente
agitation qu'acquierent les
petites parties de la pierre qui ſe
rompent & se détachent de leurs
voisines, tombent en piroüettant ,
àcausedela violente agitation que ..
leur donne la matiere la plus fubtile
qui les environne de tous coſtez,
de même qu'un Bateau qui est au
milieu d'un torrent , ne peut s'empêcher
d'ensuivre le cours quand il
n'y apoint d'ancres , ny de cordesqui
le retiennent de même außi les pe
tites parties des corps qui sont envi .
ronnéesde la matiere la plusfubtile
doivent neceſſairement fuivre son
cours , & iln'y a point de cauſe qui
puiße détacherles petitespartie d'un
caillou , les separer des autres ,
que laforce du coup qu'on luy donne
en lefrapant avec un fusil ou bien
avecun autre caillou.
Pourroit-on bien croire, après cette
GALANT.
67
experience , qu'ilfant pour la production
dufeu, quelque chosedeplus
que la viſteſſe du mouvement dans
les parties inſenſibles d'un corps;com_
me par exemple , qu'il faut que le
bois qui brûle , outre l'agitation
lemouvement rapide deſes pluspe .
tites parties , ait encore laforme
dufeu , la qualité de la chaleur,
l'action qui le brûle ,qu'on imagine
comme des chofes toutes diverses ?
Car, je vous prie , de quelle nature
fereit cetteforme, cette qualité
de chaleur, si c'estoit quelque chose
de distingué de la groſſeur, de la
figure &du mouvement deſes parties
? Metterdufeutant qu'il vous
plaira à un morceau de bois , met.
tez y de la chaleur , & faites.. le
brûlerfivous nesupposez outre cela,
que ſes petites parties se vemuent
violemment , & se détachent des
autres , il demeurera éternellement
68 MERCURE
cequ'il estsans aucunement s'alterer;
tout au contraire oftez enlefeu,
la chaleur ,& empeschez qu'il ne
brûle , pourvû, que vous imaginiez
une puiſſance qui remuëviolemment
lesplussubtiles parties de ce bois ,
lessepare des plus großieres ,
vous trouverez infailliblement tous
les mêmes changemens qu'on experimente,
quand il est changé enfeu;
enfin vous penſerez que le feu
n'est rien dutout dans les corps qu'un
mouvement rapide de leurs plus petites
parties , & que la diverſité
des feux vient de la difference qui
Se trouvedans lagroßeur, lafigure ,
lafolidité , le mouvement des
petites parties qui composent ces
feux.
Je vous ay déja parléd'Etrennes.
Il ne faut pas oublier celles
que M. de Betouland envoya
de Bordeaux à Mademoiselle de
GALANT.
69
Scudery, le premierjour de cette
année . C'eſtoit une belle Cornaline
antique & Grecque, fur la
quelle le Temps eſt tres bien
gravé , avec ſes ailes déployées
& fa faux. Elle estoit accompagnée
de ces Vers.
LE TEMPS
4
A Mademoiselle de Scudery.
Ce n'est qu'un seul moment , Sapho
que je m'arreste ,
Etpour un vol leger mon aile est toujours
preſte;
Maismalgré mon chemin qu'on ne
voit point finir,
Et qui me conduira dans le vaſte
avenir
Pourray-je m'empefcher de respecter
Sans ceffe
Devostre esprit charmant l'aimable
politeffe ?
Deus?
70
MERCURE
De ma terrible faux ne craignez
point les coups ,
Elle ne peut agirsur LOVIS , ny
furvous.
celebres.
J'ay détruit mille Rois &mille Etats
Fay répandu fur eux d'éternelles
tenebres,
Leur nom mesme est perdu dans le
cabos des ans;
Mais Louis, que le Ciel guide àpas
éclatans ,
Doit-il craindre untelfort pouri'illuftre
carriere ,
Où tout n'estque triomphe, &miracle
&lumiere ?
La Victoireattachée àfon nom glorieux,
1
Le défendde l'oubly des hommes &
des Dieux.mrpos
Vous le sçavez, Sapho , mais un
instant volage ,
Apeine vous la fant remarquermon
vifage,
GALANT.
71
Et mefentant glifſferfous mes pieds
fugitifs,
Prindrois - je ce grand Roy de rayons
affez vifs ?
Ilfaut plus de repos , ma course est
trop rapide ,
Et vous racerez mieux ün si fameux
Alcide .
Racontez ſes hauts faits ; Echo de
voſtre voix
Dans lesfiecles futurs j'en instruiray
cent Rois ,
Qui malgré mille exploits d'immortelle
memoire ,
Ne pourront égaler la moitié de fa
gloire.
Réponſe de Sapho au Temps .
Vous qui paſſezfi wiſte , & pourtant
lentiment ,
Ne vous arreſtezpas , écoutezsenlement,
72
MERCVRE
P'ay mille graces à vous rendre
De l'Eloge charmant que j'acheve
d'entendre ,
Carle plus éloquent des Dieux ,
S'il parlois de LOVIS, n'en parleroit
pas mieux.
Je l'ay vù tout brillant d'une éclatante
gloire ,
Tel que les Filles de memoire
Le peignent tous les jours pour la
A
Posterité,
Sans en avoir pûfaire unseul Portrait
flate,
Et de vostre discours mon ame estsi
ravie,
Que j'enseray l'Echo le reste de ma
vie.
Parlerois -jefans vous du plus grand
des Mortels,
Qui du temps des Cefars auroit en
des Autels ?
Cette réponſe de Mademoifelle
GALANT.
73
felle de Scudery , a donné licu
à M. de Boiſquillon , tres- digne
Academicien de l'Academie
de Soiffons , de luy adreſſer
ce Madrigal.
Eces Eloges éclatans DEV
ous avez beau combler le
Temps ;
Contre luyjesuis en colere.
Sapho , loin de paſſer d'une aîle ſi
legere,
Il devroit s'arrester sur cent faits
inoüis.
Peut-il mieux s'employer qu'à celebrer
LOVIS?
Les Ouvrages de M. de la
Broſſe ſont ſi curieux & fi recherchez
, que je ne doute point
que celuy que je vous envoye
n'ait le meſme ſuccés , que ceux
dont je vous ay déja fait part . Ils
Mars 1694. D
74
MERCURE
doivent faire plaifir , non feulement
parce qu'ils regardent la
ſanté , ſi chere aux hommes ,
mais encore parce que l'Auteur
veut bien par une generofité finguliere
, joindre à ſes raiſonnemens
fur les maladies , les remedes
ſpecifiques ,qui felon luy,
en peuvent procurer la guerifon
L'Ouvrage que je vous envoye
roule fur les Fiévres malignes
qui ont regné cette année.
LETTRE.
DE M. DE LA BROSSE,
M. de Can , Docteur en Medecine
de la Faculté de Paris ,
concernant la Fiévre Maligne.
7
MONSIEUR,
Lagrande applicationà l'eſtuGALANT.
75
/
de de la Medecine jointe à la
force de voſtre genie,vous ayant
donné une connoiffance particuliere
de ce qu'il y a de plus
abſtrait & de plus caché dans
cette ſcience & tine intelligence
parfaite de la concordance
des choſes ſuperieures
avec les inferieures , j'ay cru
quejene pouvois choisir un ju
ge plus équitable , plus capable
& plus éclairé que vous ,
pour decider ſi mes reflexions
fur la Fiévre maligne , que je
veux mettre au jour en faveur
du public , peuvent y eſtre expoſées
avec quelque utilité , &
je ſuis tres perfuadé que voſtre
décifion ſerad'autant plusjuſte ,
l'autorité des anciens n'a lieu
chez vous , qu'en tant qu'elle eſt
conforme à la raiſon & à l'experience,
qui font le fondement
D 2
76 MERCURE
1
&la folidité de mon ſyſteme.
Les accidents ſurvenus àquelquesmalades
le mois paſſe eſtant
preſque des marques infaillibles
d'une fiévre maligne & contagieuſe
, m'ont porté à faire ces
-reflexions , & comme il eſt
avantageux à un malade d'eſtre
perfuadé que ſon Medecin con
noiſt la nature de fa maladie ,
-& le remede qui luy eſt con.
venable je me fuis perfuadé que
le public ne ſeroit pas faché de
ſçavoir que la maladie dont il
eſt menacé , n'eſt pas inconnuë
à tout le monde , non plus
que le remede qui luy eft
ſpecifique ; & afin qu'il en ſoit
mieux convaincu,je luy en veux
faire connoiſtre entierement
la nature , comme auſſi le reme- 、
de qui luy eſt propre, &jem'expliqueray
d'une telle maniere
GALANT.
77
que les plus groffiers n'auront
pas de peine à le comprendre ,
car qui bene fcit bene docet,& non
ſeulement j'enſeigneray le remede
pour la guerifon de cette
maladie , mais aufli je donneray
les moyens des'en garantir , en
quoy la precaution ſera d'autant
plus importante , que la pluſpart
de ceux qu'elle attaquera feront
enlevez dans quatre ou cinq
jours , à moins que d'avoir un
prompt ſecours.
On ne sçauroit donner une
idée plus parfaite de la nature
d'une maladie , qu'en faiſant
connoiſtre évidemment la matiere
qui la cauſe, & les accidens
qui l'accompagnent ; comme la
plusgrandepartie des Medecins
enignorent la cauſe ,il ne faut
pas trouver étrange ſi la mortfait
tantde ravage , & voicy , Mon
D3
78 MERCVRE
fieur,laroute que j'ay temrë pour
y parvenir .
Fay parcouru & recherché la
nature des venins qui font dans
les trois regnes ; ſçavoir , le vegetal,
Fanimal &le mineral, n'y
en ayant pas d'autre dans la nature.
J'ay conſideré qu'ily a des
vegetaux qui contiennent une
ſubſtance approchante de Farfenicale
, & que dans l'homme
mefine il ſe produit des ſels qui
cauſent des accidents ſemblables
à ceux que produisent les vapeurs
malignes de l'arſenic,mais
qui terminent leur malignite
dans le ſujetqui les produit, ſans
fe communiquer à un autre. Je
ſcay que le venin eſt une ſubſtance
ennemie du coeur & deftructrice
de la nature ,& qu'il
y a des venins ſpecifiques au
coeur qui l'attaquent par les
GALANT 79
veines , comme la piqueure du
Scorpion & la morſure de Viperes.
D'autres entreprennent le
cerveau , comme le Mercure &
l'Opium Le Liévre- Marin s'en
prend poumon , & les Cantarides
à la veſſie , mais je n'ay jamais
veu ny entendu dire que
ceux qui ont eſté infectez de ces)
venins les ayent communiquez
à quelqu'autre , & tous les vegetaux&
animaux enſemble ne font
pas capables d'infecter l'air , &
de le rendre contagieux , & tel!
qu'il puiffe cauſer des maladies
contagieuſes ; mais il n'en eſt pas
demeſme des vapeurs arſenicales
quis'eflevent de la terre.Elles
infectent tellement l'air , qu'eftant
agité par les vents ,il porte
ſa malignité en divers endroits
de la terre , & attaque toutes les
parties du corps humain. C'eſt
D. 4
80 MERCVRE
pour cela que nous voyons tant
de forte de maladies épidemiques
, car quand cet eſprit malin
qui infecte l'air, attaque les inteftins
, il cauſe la dyſſenterie qui
fait ſouvent tant de ravage ;
d'autres fois s'attaquant au cerveau
il cauſe des catharres .
Quand il s'en prend à la poitrine
il cauſe des inflammations de
poumon , & des pleurefies ,&
infectant la maſſe du ſang , il
cauſe des fiévres malignes , &
lors que quelques unes de ces
maladies regnent &attaquenten
mefine temps pluſieurs perfonnes
, nous lanominons Epidemique
, & nous y remarquons
toujours de la malignité, qui eſt
plus ou moins grande , felon que
l'air eſt plus ou moins infecté .
Nous n'aurons pas beaucoup de
peine à croire que toutes ces
GALANT. 81
コ
2
maladies font cauſées de cet efprit
arsenical , fi nous faiſons
reflexion que la peſte qui ne
differe de ces maladies que du
plus au moins, eſt tres frequente
aux endroits ſujets au tremble
ment de terre , & l'on voit ordinairement
quedans les lieux
où l'on remuë quantité de terres
il y regne des maladies
malignes , mais comme il ne
ſuffit pas de connoître ſuperficiellement
la cauſe d'une maladie,
j'en veuxdonner une idée
parfaite , autant que ma foible
capacité me le permettra , auffi
bien que du ſujet ſur lequel elle
agit , & pour cet effet je veux
faire connoître en quoy confifte
le principe de vie,& le principe
de mort , ce qui étantbien connu
nous conduira à la parfaite
D
82 MERCURE
connoiffance du remede necef
faire. Je dis done que la vie
conſiſte dans les efprits , car
fansles eſprits il n'y a point de
vie,&la vie cefle des que lesef.
prits ne peuvent plus operer ,
l'ame ne faiſant aucune fonction
que par le moyen des efprits .
Ainfi on peut definir la vie
l'Acte premier de l'eſprit , car
par tout où se trouve l'efprit , il
fait toutes les operations neceffaires
à la vie , mais la premiere
operation , c'eſt la vie , puiſque
F'eſprit eſt pleinde la lumiere
celeste , & c'eſt la lumiere celeſte
qui fait la vie de fa nature
propre,& les élemens inferieurs
n'ontde vie qu'en tant qu'ils font
impregnez de la lumiere & de
l'eſprit celeſte,& toute la nature
eſt pleinede cet efprit celeſte ,
&ne peut eſtre ſans cet eſprit
GALANT. 8:3
par le moyen duquel tous les
genres , tant animaux , que ve
getaux & mineraux , vivent,
* Or les eſprits du corps humain
font la quinteffence dun
fang, abondant en ſel & en fouphre
, d'une qualité tres douce
&benigne ; mais le principe de
mort eft abondant en ſel & en
fouphre , d'une qualité mordicante
& corrofive , & propre à
arreſter & détruire le mouvement
des eſprits. C'eſt un eſpric
Arfenical abondant dans tout le
genre mineral ; enfin nous pou
vons dire que ce qui eſt le plus
oppofé à noſtre vie eſt la cauſe
des maladies contagieufes . Or
l'efprit Arfenical eft celuy qui
luy eſt le plus oppofé & le plus
contraire dans toute ſa ſubſtan
ce. Ce fera donc cet eſprit Arfenical
qui ſera la veritable cau
D
84 MERCURE
4
ſe des fiévres malignes & contagieuſes
, lequel opere ſur nos
corps avec plus ou moins de violence,
qu'ilinfecte plus ou moins
l'air,& felonqu'il ſe trouve plus
fec , ou plus humide , ou plus
chargé de vapeurs , qui puiſſent
reprimer & émouſſer fa malignité,&
il eſt tres- conſtantque .
lors que pluſieurs perſonnes ſont
atteintes à meſme temps d'une
maladie , on n'en peut attribuer
la cauſe qu'à la choſe qui eſt
principalement commune ,& de
quoy tous les hommes ufent .Or
on ne peut revoquer en doute
que ce ne ſoit l'air que nous refpirons
; car de vouloir dire que
c'eſt le regime de vie , cela n'a
nulle apparence , d'autant que
ces Fiévres malignes s'attaquent
auſſi bien à ceux qui boivent du.
vin , qu'à ceux qui boivent de
GALANT. 85
l'eau ;auffi-bien à ceux qui uſent
des viandes exquiſes & delicates,
qu'à ceux qui uſentdes viandes
groſſieres & mal apreſtées.
Il eſt pourtant vray que le regime
de vie eſtant mauvais , cor
rompt les humeurs du corps , &
le diſpoſe à recevoir plus facilement
cette cauſe , laquelle n'a-
✓git pas tellement d'elle - meſme ,
que ſans l'aide& le fecours de
quelque précedente préparation
, elle puiffe produire fon
effet fur toute forte de ſujets,
autrement il s'enfuivroit que
tous ceuxqui habitentune Ville,
feroient atteintsde ces Fiévres
malignes , dés qu'ily en auroit
quelqu'un qui en ſeroit infecté,
ée qui eſt évidemment faux. Il
faut donc que cette cauſe, pour
faire ſon impreſſion ſurun corps,
le trouve plûtoſt diſpoſé à la
86 MERCVRE
recevoir , car l'action de ce qui
agit reſte ſans force & fans efficace,
fielle ne rencontre un ſujet
propre pour la recevoir. Or ce
mauvais regime de vie pouvant
alterer les humeurs , diſpoſe le
corps àrecevoir plus facilement
les impreſſions malignesde l'air,
& c'eſt pour cela que ceux qui
ont voulu mettre le regime de
vie entre les cauſes des maladies
contagieufes, l'ont appellé cauſe
preparante ;mais comme il eſt
impoſſible de donner une idée
parfaite de la Fiévre maligne ,
fans parler de la Fiévre en general
, je me crois obligé d'en dire
quelque choſe en paſſant.
Je dis donc que la Fiévre eſt
une action & irritation extraordinaire
des efprits , caufée par
une alteration du fang plus épais
& plus viſqueux qu'à l'ordinai.
:
GALANT. 87
re, ce qui donne lieu àun battement
plus frequent des arteres ,
accompagné de plufieurs fimptomes
, comme de froideur , de
chaleur , douleur de teſte , foif,
& plufieurs autres. Cette définition
explique parfaitement le
naturel de la Fievre, & indique
en mefme temps le remede qui
luy eſt convenable . Il reſte
maintenant à faire voir la verité
de cette définition , contraire à
celle des Anciens .
Je dis que les eſprits inferez
dans les muſcles du coeur , par
leur mouvement ordinaire ,
compriment les parties qui en
forment les ventricules , afin
que par cette compreſſion les
deux parties oppoſées venant à
s'entre toucher , chaſſentle fang
qui y eſt porté par la veine afcendante
, pour eſtre porté du
88 MERCURE
ventricule droit au poumon ,
par la veine arterieuſe , afin d'y
eſtre impregné de l'eſprit celeſte
quiy eſt introduit par le
moyen de l'air , & porté de là
par l'artere veneuſe au ventricule
gauche du coeur , d'où il eſt
pouffédans la grande artere,pour
eſtre diſtribué par tout le corps.
Ce fang rempli de ſels acres &
mordicans irrite les eſprits , ce
qui fait qu'ils agiſſent avec plus
d'impetuofité , & précipitent
leur mouvement d'autant plus ,
que le ſang eſt plus épais &
moins fluide qu'à l'ordinaire , &
c'eſt pour cela que pendant le
friſſon le pouls eſt petit , quoy
que viſte , & il n'eſt pas fort.
difficile à concevoir que les
eſprits ſont irritez dans le coeur
par des matieres heterogenes ,
qu'ils s'efforcent de les chaffer
GALANT. 89
,
plus promptement , & avecplus
de violence puis que nous
voyons journellement que les
eſprits eftant agitez dans le cerveau
par des poudres ſternutatoires
, les éternuëmens en
fontplus ou moins frequens &
violens ,que la poudre eft compoſée
de fubſtances plus ou
moins acres & mordicantes , &
par conſequentqui irritent plus
ou moins les eſprits. On peut
remarquer cette verité dans les
maladies où les eſprits ſont fort
embaraſſez , & ne peuvent pas
operer , comme l'onvoit en l'Apoplexie
, où les Sternutatoires
lesplus violensfontde nul effet.
Il n'eſt pas fort difficile par ce
Syſteme de donner raiſon de
tous les ſymptomes qui accompagnent
la Fiévre ; car fi on
demeure d'accord qu'il n'y a
१० MERCURE
que les parties où les eſprits reluiſent
qui ſoient capables de
douleur & de ſentiment,comme
il eſt évident , il s'enfuit que ce
font les ſeuls eſprits qui font la
douleur,& toute forte de ſen.:
ſations , ce qui peut eſtre faci.
lement reconnu , ſi on fait refle
xion que ceux qui font bleffez
ne fentent preſque point de douleurdans
le moment de leur bleffure
, mais dés que les bords de
cette bleſſure viennent à ſe tumefier
, ſoit par l'air , ſoit par les
humeurs qui s'y arreſtent , les
eſprits irritez par l'obstaclequ'ils
trouvent à leur courſe & action
ordinaire , agiſſent avec plus
d'impetuoſité , & font cette ſen .
fation de douleur .
Je ſuis ſurpris que les Anciens.
n'ayent pas defini la Fievre un
froid , puifque toutes les Fievres
J
GALANT . 91..
commencent par un froid , qui
fe fait fentirepar tout le corps ,
tantau dedans qu'au dehors ,jufqu'à
ceque lachaleur luy fuccede.
En verité ils auroient eu plus
de raiſon de definir la Fievreun
froid contre natuure diſperſé par
tout le corps , venant d'une matiere
corrompuë en quelque
partie du corps , auquel fuccede
une chaleur contre nature; mais
ce froid ne vient pas d'une matiere
putride ; non plus que la
chaleur qui luy fuccede; car l'un
& l'autre viennent des eſprits
qui fe fentaneattaquez par des
humeurs acres & mordicantes ,
ſe retirent vers les parties les
plus attaquées afin d'y eſtre plus
forts & vigoureux pour com
battre leur ennemi , de forte que
les parties demeurant moins
pourveuës d'efprits fentent un
92
MERCURE
grand froid,car ce ſont les eſprits
qui conſtituent la chaleur , &
il n'eſt pas fort difficile de juger
que c'eſt cette concentration
d'eſprits qui fait le froid, ſi nous
remarquons ce qui arrive à des
gens qui ont l'eſtomach debile ,
quis'eſtant remplis d'alimens au
delà de la portée de leur chaleur
naturelle , ſentent aprés
le repasun froid par tout le corps
ce qui vient de ce que les eſprits
ſe concentrent dans l'eſtomach
pour faire la coction des alimens.
Si vous voulez voir de vos
propres yeux la concentration
des eſprits de quelque mixte ,
prenez une cruche, remplifſſezlà
de vin , & expofez la pendant
deux ou trois jours à l'air
quand il gelle bien fort , le vin
ſe congelera, & au centre de ce
vin congelé , vous y trouverez
GALANT...
93
l'eſprit du vin plus fubtil que,
celuy que les meilleurs artiſtes
pourroient faire. Mais revenous
'ànoſtre matiere febrile , &diſons
que lors qu'elle ſe jette fur
quelque partie , comme fur le
Meſentere , au ventricule , aux
reins , &c. les eſprits s'y ramafſent
, s'ébranſlent , & fecouent
les nerfs pour ſe depêtrer & rejetter
par cet ébranlement les
humeurs morbifiques qui s'attachent
à ces parties , qui fait le
tremblement pendant le friſſon,
de meſime que les Araignées
ébranlent&fecouent leurs toiles
pour en rejetter la pouffiere,
Al'égard de la petiteffe &
viſteſſe du pouls pendant le
froid , cela provient de ce que
leſang eſtant coagulé par des ſels
acres & corrofifs , il n'obeït pas
fi facilement à la compreſſion
2
94
MERCURE
a
du coeur ,de forte que la compreffion
ne ſe faifant qu'àmoitié
à raiſon de la conſiſtance du
ſang , il ne faut que la moitié du
temps ou environ pour la faire ,
mais à force de circulations l'efprit
univerſel introduitpar , l'air
dans le poumon , eſtant meflé
avec le fang fortifie nos eſprits
&aide à faire la diffolution de
ce ſang , ce qui eſtant fait , il
s'enfuit la chaleur , parce que
les matieres eſtant attenuées &
rarefiéesdans tout le corps , non
toutefoisAau degré neceffaire
pour eftre facilement expulfées
àraiſonde leurviſcoſité , frapent
continuellement les fibres & les
membranes du corps , & font
cette ſenſation de chaleur de la
maniere que je l'ay declaré dans
ma Lettre écrite à M. de Cha
pelas , pour lors Curé de S. JacGALANT.
95
ques , & à preſent Curé de S.
Germain l'Auxerrois , inferée
dansle Mercure Galantdumois
de Mars 1691. où j'ay traité
cette matiere affez amplement.
Et pour avoir une idée plus par
faite de la petiteſſe du pouls , il
n'y aqu'à confidcrer qu'à meſure
qu'un malade approche de la
mort, le pouls devient petit ,
quoy que viſte , ce qui ne peut
provenirque de la coagulation
du fang , & auffi plus il ſe coagule
, plus le pouls devientpe
tit, conſervant ſa viſteſſe à pro
portion de la force des eſprits,
& les extremitez deviennent
froides , ce qui marque que les
eſprits ſe refferrent dans leur
centre , & nous fait voir clairement
que le fang ſe va
faitcoaguler, ce qui ſe manifefte
par le pouls ,que les Medecins
tout à
96
MERCURE
appellent vermiculant , qui eſt.
l'avantcoureur de la mort.
On me dira peut eſtre que
le Scorbut & l'action hypocondriaque
proviennent d'un ſang
coagulé par des acides , fans
que ces maladies foient ordi
nairement accompagnées de
la Fiévre , mais il eſt facile
de répondre à cette objection ,
en faiſant voir que la coagulationdu
ſangſe fait par le moyen
de diverſes ſubſtances ; que les
unes ſe détruiſent dans l'inſtant ,
ou cedent facilementaux compreſſions
; & les autres au contraire
reſiſtent beaucoup. De
l'eau mêlée avec de la terre ſe
forme une inaffe , qui ſe difſſout
dans l'inſtant avec de l'eau ,mais
il n'en eſt pas de meſme de la
terre mêlée avec de la Terebe
thine , car ces deux matieres
forment une maſſe bien plus
difficile
GALANT.
97
A
difficile à diſſoudre. Enfin avec
cinq voyelles on fait un nombre
infini de mots; ainſi de la diverfité
des humeurs excrementeuſes
, il ſe fait la diverſité des
coagulations du ſang.
Je croym'eſtre affez expliqué
dans la brieveté de mon Dif
cours pour faire connoiſtre la
matiere de la Fiévre en general,
c'eſt pourquoy je paſſe à la Fiévremaligne.
J'ay fait voir cy-deſſus que les
fels acres & corrofifs des humeurscoagulent
la maffe du ſang
&irritent les eſprits , & comme
je vous ay fait connoiſtre la nature
de l'eſprit arfenical qui
cauſe la fiévre maligne , vous
pouvez juger facilement que fa
malignité ſurpaſſant celle des
mauvaiſes humeurs de noſtre
corps,doit cauſer par conſequent
Mars 1694. E
98 MERCURE
de plus facheux accidens , ce qui
ſe remarque en ce que les efprits
ſont plûtoſt diſtinguez en cette
fiévre qu'en toute autre , parce
qu'ils fontattaquez avec plus de
violence.Auſſi font ils tant d'efforts
qu'ils fubliment & font
ſortir cet eſprit malin & fubtil
par la peau avec quelque peu de
la fleur du ſang. Cela ſe manifeſte
par des taches rouges ,
violettes , ou noires , car les efprits
travaillent inceſſamment à
ſe délivrer de leur ennemi , le
chaſſant du centre à la circonference
avecquelque petite portion
du ſang infecté , comme il
eft dit. Que ſi le ſang eſt beaucoup
infecté de cette malignité,
les taches font noires s'il l'eſt
moins , elles font violettes , &
ſi elles ſont rouges , cela marque
encore moins de maligni-
τέ.
THEQUE
VILLE
4
GALANT.
de
Medens
IN n'y a point
qui puiffent conteſter que ces
taches qui paroiſſent ſur le
corps, & qu'on appelle communement
Pourpre ne ſoient pro--
duites de la maniere que je
viens de le dire. Or cela êtant
vray,comme il eſt conſtant , certains
Medecins ont ils quelque
raiſon de faire ſaigner en cette
maladie , puis que la ſaignée eſt
oppoſée à ce mouvement de
nature ? Hipocrate a beau leur
recommander, quo natura tendit,
eovergere oportet. La nature tâche
d'expulſer le venin par les pores
du corps , ces Medecins au contraire
tâchent de le concentrer
au dedans par la ſaignée . La nature
fait tous ſes efforts àſubtilifer
les humeurs pour les expulſer
par l'émonctoire general ,
qui font les pores , & ils tâchent
E 2
100 MERCURE
de les condenſer par des rafraichiſſemens
, ou de les attirer au
dedans , & les precipiter par des
purgatifs .
Eſt-il poſſible que Dieu qui a
créé le Ciel & la Terre , & tout
cequiyeft contenu pour l'utilitéde
l'homme , ait créé tant
de fortes de vegetaux , d'ani
maux & de mineraux en vain ,
&que la lancette ſeule aitlebonheur
de renfermerdans ſa pointe
toute lavertu des Mixtes , & que
la plus grande partie desMedecins
en faſſent leur Panacée , ou
pluſtoſt leur Paſſeportpour l'autre
monde ? Les veritables
Phyſiciens qui ſe ſont adonnez à
la recherche de la vertu des
Mixtes,&qui ont joint la pratique
à l'étude ſçavent que Dieu
a mis enchaque Pays des Mixtes
capable de guerir les maladies
GALANT. 101
;
1
auſquelles chaque Climat eſt
ſujet, & ils s'en fervent fortheureuſement.
Il n'y a que le travail&
l'experience qui les en
ont convaincus , & c'eſt par leur
grande application ,&leurs obſervations
, qu'ils ont reconnu
que la quinteſſence de Pavot &
de Juſquiame appaiſe toute forte
de douleurs. Celle du Tabac
guerit les pâles couleurs,& provoque
le flux menſtrual ; celle
deThim guerir les Aſmatiques;
celle de Merthegueritdu vomifſement
& les douleurs de teſte ,
qui proviennent d'un eſtomach
qui digere mal ; celle de la grande
& petite Centaurée guerit
les aigreurs de l'eſtomach & le
dégouſt ; la quinteſſence du
Sureau guerit les Fiévres intermittentes
,& la fuffocation de :
matrice; celle de Perles,les Hec..
E 3
102 MERCVRE
tiques ; celle d'Aloës & de
Mirthe eſt excellente pour toute
forte de Fiévres malignes , mais
la quinteſſence de*.... dont
je veux que tout le monde ſoit
pleinement convaincu des effets
par leur propre experience , eſt
le veritable & ſpecifique pour
toute forte de Fiévres malignes
&contagieuſes. Le Mercure &
l'Antimoine gueriſſent radicalement
tous les maux Veneriens ;
le Plomb appaiſe toute forte
d'inflammations , & diſſout les
nodofitez de la Goutte; l'Etain
guerit toute forte d'hemorhagie
& le flux hepatique ; le Cuivre
guerit de la peſte ; l'Argent
guerit indubitablement des
vapeurs,de la Manie & de l'hydropiſie
; l'Or poſſede ſeul toutes
les vertus des tous les autres
Metaux. Enfin un vermiſſeau .
GALANT. 103
de terre appliqué ſur unPanaris ,
qui eſt ce mal qu'on appelle
d'Avanture , le guerit dans un
inftant , comme un enchante .
ment . On le laiſſe ſur le Panaris
juſqu'àce qu'il foit mort. Si le
ver eſt trop petit pour bien entourer
&garnir le doigt , il y en
faut mettre deux ou trois , &
enveloper le tout avec un linge.
Mais vous ſçavez bien , Monfieur,
que je n'entens pas qu'on
gueriffe ces fortes de maladies
par les Métaux dont je viens de
parler, eftant preparez , comme
l'on fait ordinairement ,car ils
ne ſervent de rien en cet eftat,
mais illes faut mettre en
quinreſſence , ou du moins en
avoir le ſel eſſentiel , & pour
Jors ils font immanquablement
tout ce que je viens de dire ; il
n'y aque le ver de terre qui n'a
E 4
104 MERCVRE
beſoin d'aucune preparation ,
car ilfaut qu'il ſoit en vie quand
on l'applique.
Quant aux ſymptomes les
plus funeſtes de cette Fiévre
maligne , ce font les frequens
fincopes,unegrande difficultéde
reſpirer , le flux de ventre , la
Phreneſie , & enfin la Lethargie
, qui eſt le vray avancoureur
de lamort ,car ellemarque que
les eſprits ſont ſurmontez par la
→malignité , &qu'ils ne font plus
en eſtat de rien operer.
Je paſſe maintenant à la cure
de cette Fiévre , & dis que
comme elle est causée par un
eſprit malin qui infecte toutes
les parties du corps par fa fub
tilité& malignité , il faut ſe
ſervir de remedes fubtils , qui
portent leur action dans toutes
les parties. Je vais en décrire
GALANT.
105
pluſieurs , afin que le Pauvre
auſſibien que le Riche en puiſſe
avoir.
Si-toſt qu'on ſe ſentira de
cette fiévre , il faut prendre de
Sel de coral , de Sel de perles ,
de Sel eſſentiel , de chardon
benit , de bezoard mineral , de
chacun huit grains peſant ,de
mettre en poudre , les meſler
enſemble , & les diſſoudre dans
deux ou trois onces d'eau de
chardon benit ou de ſcabieufe
ou bien les meſler avec un peu
de conſerve de roſes. Au lieu de
celaou pourra prendre dixgrains
deSel eſſentiel de chardon benit
&dix grains de bezoard mineral
, & les diſſoudre comme deffus,
ou bien prendre dix àdouze
grains peſant de Sel volatil de
Tang humain , ou à fon deffaut,
de Sel volatil de Vipere ou de,
Es
106 MERCURE
corne de cerf. Apres avoir pris
unde ces remedes , il faut ſe
faire bien couvrir ,& l'on fuera
immanquablement. On continuera
encore deux jours de
ſuite le remede ,& la malignité
ne manquera pas deſortir. Le
quatrième jour on prendra feulement
dix grains peſant de
l'une des deux premieres pou
dres ,& on en continuera l'uſage
juſques au ſeptième jour.
On uſera dans la ptiſane ordinaire
d'un peu d'eſprit de Sel ,
ou de Souphre , ou de Vitriol ,
en forte que cette ptiſane ſente
un peu l'aigrelet. Sur le declinde
la maladie , on ſe pourra
purger avec les pilulles de
ruffi , la doſe eſt demy grosjufques
àun gros. Pour la precaution
on prendra deux fois le
mois demy gros de ces pilulles
1
4
GALANT. 107
de ruffi , c'eſt un des bons prefervatifs
qu'il y ait. Elles font
compoſééeess demirrhe d'aloës
&de faffranjelles purgent dou.
cement ,
د
empefchent la corruption
des humeurs , & fortifient
l'eſtomach , ce qu'aucun
autre purgatif ne fait.On pourra
fe fervir journellement de l'eau
ſuivante. Prenez racine d'Angelique
& de Tormentille , de
chacune une once , une bonne
pincée degraine de geniévre &
trois gros de canelle ; concaf
fezunpeu les racines&la canelle
,& mettez le tout dans une
bouteille de verre.Verſez yuna
chopine d'eau de vie ,& le laif
ſez infufer pendant quatre jours ,
le remuant une fois le jour ,
aprés quoy vous y ajoûterez
quatre onces de fucre en poudre
& prendrez de cette liqueur
E6
108 MERCURE
une cuillerée chaque jour a
jeun. J'aurois donné volontiers
mon ſpecifique & mon prefervatif
au public , fitout le mon
deeſtoitcapablede le faire,mais
jen'en veux pas gratifier un parriculier.
Quant à ceux qui aimeront
d'eſtre purgez agréablement,&
avec toute la benignité
&delicateſſe poſſible , j'ay pour
celaunſucre preparé d'une telle
maniere qu'il n'eſt changé ny
de couleur ny de gouft , ny de
conſiſtance, &fe prend avecdu
Caffé ou du Chocolat au lieu
d'autre ſucre , ou bien avec du
bouillon.,
Comme tous le Amateurs des
Saignées ne manqueront d'employer
tous leurs efforts à faire
paſſer mon Syſteme pour une
viſion , je prie les perſonnes defintereſſées
de tenir leur refus
GALANT. 109
tation privée pour une marque
de leur ignorance ,ou de leur
malice,juſques à ce qu'ils ayene
misau jour des raiſons & des
experiences qui détruifent les
miennes,ce que je n'apprehende
guere ; mais comme le Publiceſt
extraordinairement prévenu
en faveur de la Saignée ,
jeveuxluy en faire connoiſtre
lemauvais uſage,par le recit de
ce qui eſt arrivé il ya peu de
jours en noſtre voiſinage ,à un
Pleuretique : mais permettezmoy
de vous donner auparavant
un exemple ſur la funeſte
pratique exercée envers ce
Pleuretique , qui vous pourra
porter à confiderer avec plus
d'attention les veritez que je
vous dis..
Il y avoit un Gentilhomme
qui couchoit ſeul dans ſa cham
MERCURE
bre,lequel ſe trouvant mal dans
la nuit,appella ſes Domeſtiques,
criant qu'il fuffoquoit. UnDomeſtique
y accourut avec un
paguet de clefs pour ouvrir la
chambre , &donner du ſecours
à fon Maiſtre. Ir met une des
clefs,qu'il croyoit cellede cette
chambre ,dans la ferrure , &
faitpluſieurs tours ſans pouvoir
ouvrir , & n'en eſſaye point
d'autre , tant il eſt prévenu que
celle dont il ſe ſert eſt la clef
-de cette chambre. Son Maiſtre
ſe plaint plus qu'il n'avoit fait
d'abord.Le Domeſtique redouble
avec plus d'empreſſement
les tours & retours ; & enfin
connoiſſant à la voix de fon
Maiſtre qu'il eſt aux abois , il
change de clef , mais celle qu'il
prend n'ouvrant pas mieux que
la premiere , il en prend une
GALANT. Fr
autre, qui n'eſt pas encore celle
qu'il faut.Enfin il prend la qua .
trième ,qui eſt la clefde cette
chambre. Il ouvre la porte , &
entre dedans , mais trop tard
pour le falut de ſon Maiſtre,qui
eſtoit agonizant. Ce Valet le
voyant en cet eſtat s'écrie, Apportezviste
de l'Eau de vie,de l'Eau
de la Reine de Hongrie. Mais toutes
ces eaux n'ont de rien ſervi,
car le Gentilhomme eſt mort
dans un moment. Voilà,Monſieur
, le modele , à mon avis ,
le plus convenable de ce qui
eſt arrivéà ce Pleuretique. Ilſe
fent oppreffé d'une douleur de
coſté ,il appelle des Medecins
à fon fecours , il en vient un
qui le fait d'abord faigner , &
reffaigner le meſme jour . Le
mal empire ,& le Medecin fortifié
de l'avis de quelque autre
12 MERCURE
fait faire douze faignées dans
cinqjours;mais malgré ce grand
nombre de ſaignées , le malade
vient aux abois. Ces Medecins
qui n'ont jamais entré dans le
Cabinet de la Nature , & qui
n'en connoiſſent pas la clef , les
afſſayent toutes. Voyant que la
ſaignée ne ſervoit de rien qu'à
précipiter le malade dans le
tombeau , ils ordonnent de la
Caffe , quelques heures aprés
la derniere ſaignée , mais ce
remede n'operant pas mieux
que le premier , ils ordonnent
l'Emetique , qui n'a pas un
meilleur fuccés que les autres.
Enfin ils ordonnent des crottes
de cheval , & j'avoue que ce
remede eſt convenable donné
au commencement de la maladie,
mais ce remede ne ſervant
de rien , le Medecin qui voit le
GALANT. 113
malade aux abois,s'écrie, Vite ,
vite de l'eau de Canelle , de l'cau
imperiale , mais tout cela n'a pas
empeíché que ce Pleuretique
ne ſoit mort quelques momens
aprés , de forte que ce malade
a receu dans un jour, qui eſtoit
le ſixième de ſa maladie , tous
les remedes en general que
poſſede laMedecine; fçavoir la
ſaignée, le purgatif,l'Emetique,
le ſudorifique , &le cardiaque.
Aprés cela peut on dire que les
Medecins qui en ufent ainfi
traittent methodiquement cette
maladie , & que la faignée ſoit
le veritable remede pour la
Pleureſic ? En verité il faut n'avoir
pasun grain de jugement
pour ne pas connoiſtre l'aveuglement
dans lequel ils ſont ,&
afin que tout le monde puiſſe
juger fi la ſaignéceſt faite avec
114 MERICURE
raifon , & fur quelque indica
tion,je dis que le fang peche en
qualité ou en quantité. Je ne
veux pas ,Monfieur , me ſervir
dans ce diſcours des termes de
Pletore& de Cachochimie , ny
de leurs fubdiviſions, parceque
voulant inſtruire le public , je
veux parlerd'une maniere que
chacun me puiffe bien comprendre.
Or ce Pleuretique a
commencéde ſe trouver mal le
Dimanche , eſtanten parfaite
ſantéle Vendredy & le Samedy
auparavant ,& ainfi fi le ſang
pechoit en quantité,ce ne pou
voit eſtre quede celuy qui avoit
eſté fait & augmenté du
Samedy au Dimanche, qui ne
ſcauroit eſtre de quatre onces.
Mais je veux, pour faire mieux
connoiſtreleur erreur,qu'il s'en
foit fait&produit huit onces ,
GALANT.
115
ce qui eſt pourtant impoffible ;
- le malade ayant eſte ſaigné
deux fois le Dimanche , & luy
ayant eſté tiré ſeize oncesde
fang , n'en pouvoit pas avoir
trop.Ainſi aprés cela il ſe devoit
auſſi bien porter qu'il faiſoit le
Vendredy ,& de meſme de tous
les autres malades qu'ils faignent
, mais au contraire il ſe
porteplusmal. Il faut parconſequent
que la maladie vienne
delamauvaiſe qualité du ſang ,
qui requiert ſeulement la correction
& purification. Or la
Pleureſie venant d'un ſang ar.
reſté dans la partie malade , ne
pouvant pas librement circuler
&paffer par les petits Vaifſeaux
, à raiſon de la viſcoſité ;
comme j'ay demonßré amplement
dans ma Lettre inferée
dans le Mercure Galantle mois
116 MERCURE
de Juillet 1691. il eſt facile de
juger qu'il faut un remede qui
abſorbe & deſtruiſe les acides ,
qui ont coagulé & rendu vifqueux
ce lang,& par ce moyen
la maſſe ſanguinaire devenant
fluide & en ſon premier eſtat ,
circulera librement , & la nature
attenuëra & diſſfoudra le peu
oni ſera reſté dans la partie
offencée , & l'évaporera par
les pores. Mais accordons àces
Meſſieurs , que deux ou trois
faignées ne portent pas un prejudice
conſiderable à raiſon de
l'évacuation du ſang , n'eſt ce
pas faire un grand mal que d'accabler
un malade par un remede
inutile , & l'empécher d'avoir
recours àd'autres remedes
qui legueriront immanquablement
, au lieu que les ſaignées
épuiſant les forces,rendent fouGALANT.
117
4
ventinutiles les remedes qu'on
donne aprés ? Mais paſſons plus
avant,& voyons ſi ces Meſſieurs
avoient raiſon de purger le
fixiéme jour de la maladie. Ils
pretendent que c'eſt dans le
ſangque reſide la cauſe du mal.
Or le purgatif n'eſt que pour
emporter les humeurs morbifiques
qui ſontdans les premieres
voyes & ſequeſtrées par la
nature , par conſequent il ne
ſçauroit agir dans les veines.
Que s'ils ſouſtiennent que la
nature les en a feparées , &
qu'ils ſuivent en cela le ſentiment
d'Hipocrate , qui dit ,
Concoctafunt medicanda ,il faut ,
cela eſtant , que le malade ſe
trouve mieux pour lors , car la
nature ne fait la ſeparationdes
mauvaiſes humeurs , que lors
qu'elle eſt victoricuſe . Or elle
118 MERCVRE
n'eſt pas victorieuſe , puis que
le malade ſe trouve plus mal ;
donc le Purgatif eſt donné mal
à propos. Après cela on donne
l'Emetique , qui a les mesmes
indications que le Purgatif, ſi
ce n'eſt qu'il évacuë particulierement
, & avec plus de
voilence les matieres les plus
viſqueuſes qui ſe trouventdans
l'eſtomach ; & il eſt d'autant
plus dangereux , que le malade
ayanı eſté épuisé de ſes forces
par les ſaignées, le Purgatifn'eſt
plus en eſtat de réſiſterà la violence
de ce remede, &il eſt auſſi
ridicule à un Medecin de tenter
ce remede,aprés avoir épuisé
les forces de ſon malade par les
ſaignées , qu'à un homme qui
ayant épuisé les forces de fon
cheval par la fatigue de la marche
d'une grande journée ,
GALANT.
119
1
voudroit à la fin de cette journée
pouſſer ſon chevel à toute
bride pendant une heure , car
ce cheval qui auroit bien fourny
à cela au commencement
de la journée , eſtant dans ſcs)
forces , crevera ſous l'homme
à la fin. Le mauvais uſage qu'on
fait de l'Emetique , qui eſt d'ailleurs
tres-bon en certaines maladies
, ſi on le donne bien à
propos , eſt cauſe qu'il eſt dé .
crié , & pour vous faire voir:
qu'on ſe ſert imprudemment
de ce remede, faute de connoi
ſtre la nature des maladies , il
n'y aqu'à conſiderer que la pluſpart
des Medecins s'en fervent
ufuellement pour l'Apoplexie ,
quoy qu'il n'y doive eſtre employé
que dans un certain rencontre
, parce que ce n'eſt pas
un remede qui porte ſon action
120 MERCURE
juſques à lacauſe de cettemaladie.
Par exemple , un homme
venantdediſner ou de ſouper ,
tombe en Apolexie ; il eſt confrant
que pour lors l'Emetique
eſt ſalutaire , parce que les ef
prits ayant perdu le mouvement
&ne faiſant plus de fonction
dans l'eſtomach , non plus que
dans les autres parties, l'aliment
s'y corromproitd'abord ,& por
teroit obſtacle à la gueriſon ;
mais dés que l'Emetique a fait
ſon effet , il faut ſans perdre
temps donner des remedes qui
combattent lacauſe de la maladie;
mais en tout autre temps
que l'Apoplexie ſurprend , l'Emetique
n'eſt d'aucun ſecours,
car l'Apoplexie n'eſt qu'une Paralyfie
univerſelle. C'eſt pour
cela que quand on guerit l'Apoplexie
, il reſte une paralyfie
particu
GALANT. 121.
particuliere en quelque partie
du corps. Ainſi il faut donner
d'abord des remedes penetrans
qui dégagent les eſprits ,& les
mettent en mouvement, à quoy
l'huile de Romarin eſt ſpecifique
, priſe de la quantité de
trente gouttes dans quelque
vehicule convenable . A l'égard
des crottes de cheval , données
aprés avoir épuisé les eſprits
partantde remedes contraires ,
c'eſt en uſer de meſme qu'un
homme qui en empoiſonneroit
un autre , auquel , aprés qu'il
le verroit accablé des accidens
du poiſon , ildonneroit du contrepoiſon
. Quand je vois donner
des Cordiaux aprés un
grand nombre de ſaignées , il
me ſemble voir un Duelliſte ,
qui ayant verſé tout le ſang de
ſon ennemi , s'en va querir du
Mars 1694. F
122 MERCURE
vin ou de l'Eau de vie au lieu
le plus proche, pour luy reparer
les eſprits , & afin qu'on puiſſe
verifier i ce que j'avance eſt
veritable , je veux donner à
chacun le moyen de ſe guerir
de la Pleurefie , ſans qu'il en
coute plusde cing ſols .
Dés que quelqu'un ſe trouvera
atteint de la Pleureſie , ou
de quelque mal de coſté que ce
puiſſe eſtre , il n'a qu'à prendre
la peſanteur d'un gros ou deux
de ſucre en poudre . Qu'il le
mette dans une petite taſſe ou
gobelet,& qu'il verſe ſur ce ſucre
vingt cinq ou trente gouttes
de veritable huile de Sauge,
ce ſucre s'imbibera de cette
huile. Demelez là un peu enſemble
, & jettez fur cette
mixtion deux ou trois cuillerées
d'eau de chardon benit, ou
GALANT.
423
de vin d'Eſpagne s'il n'y a point
de fievre ,& le fucre ſe fondra
dans l'eau avec l'huile, car fans
fucre elle furnageroit l'eau , &
après avoir pris ce remede , il
faut ſe bien couvrir dans le lit ,
& attendre la fueur qui furviendra
bien-toſt , & aprés la
fueur le malade ſe trouvera
gueri , ou du moins tellement
foulagé , qu'il ne doutera pas de
ſa parfaite gueriſon en repre
nant du mesme remede. En
voicy un autre qui n'eſt guere
moinsefficace. Prenez un gros
juſques à un gros & demi d'encens
maſleen poudre , meſlez
leavecun peu de pomme cuitte
pour leprendre comme un bolus
,& uſez en au ſurplus commede
l'autre.
Il ſeroit à ſouhaiter , pour le
bien public , que Meſſieurs les
:
F2
124
MERCURE
1
Magiſtrats de Police , fiſſent
fairel'experience des remedes
que je mets en avant; car ce
ſeroit le veritable moyen de faire
connoiſtre l'abus de la faignée
,&de porter Meſſieurs les
Medecins à la recherche des
remedes propres pour la gueriſon
des maladies . Cependant ,
j'oſe eſperer Monfieur , que ſi
j'ay le bonheur que mes ſentimensayent
voſtre approbation ,
ma Lettre ſera auffi utile au public
, que jeme le ſuis propoſé.
Je ſuis voſtre &c.
En vous parlant du changementquia
eſté fait dans les Intendances
,le vous ay mandé
que M. Ferrand avoit eu celle
de Dijon. La connoiſſance
qu'onade ſesgrandes qualitez
eſt cauſe que dans toute la Province
cette nomination a fait
GALANT.
125
donner de grandes marques de
joye . C'eſt ce qui a obligé M.
Blanchard à luy adreſſer ces
Vers .
A M. FERRAND ,
Intendant de Bourgogne &
deBreffe .
LOVIS , le plus grand de nos
Rois ,
Secondant les deſſeins les voeux
d'ungrandPrince ,
Tétablit dans cette Province ,
Pouvoit il faire un meilleur choix ?
Que deplaisirs pour nous ! quelle
Source de joye!
Lefameux Conquerant ,le Heros qui
t'envoye,
Illustre Sage Magistrat ,
Nepouvoit nous marquer avec que
plus d'éclat
F 3
26 MERCURE
Lesfoins dontſa bonté royale ,
Pour ſes Sujets toujours égale ,
Se charge parmyles horreurs
D'une Guerre , dontſaſageſſe
Ne nous laiſſe que les frayeurs,
Tandis queses Rivaux , honteux de
leur foibleffe ,
Enfuffrent tousles ans les cruelles
rigueurs.
Parton esprit si beau que rien ne
L'embaraffe ,
Par ta grande capacité
Fais brillertes talens encetteDignité
Où l' Auguste Loüis te place.
Fais voirpar cette habileté ,
Si naturelle dans ta Race ,
Que l'Aigle du Conseil a les yeux
Siperçans,
Que rien n'échape àſa lumiere.
Suy dans cette penible
carriere
brillante
Un naturel heureux l'équité , le bon
fens
GALANT. 127
:
Sourcedegloire inépuisable ,
Fidelles guides des Ferrands ,
D'unefageconduite infaillibles garans.
La faim toujours impitoyable ,
De Bellone deMars Compagneredoutable
,
Commençoit à nous alarmer,
Tu parois , & d'abord l'airſeul de
ton visage
Nous est un aſſuré préſage
Que tu viens pourla defarmer.
Nous ensentons déjal'agreable avantage,
Acheve d'arrester par ton integrité,
Par ton exactitude & par ta vigilance,
Ala gloire de nostre France ,
Et du regne de l'équité
Les defordres ,les maux qu'on craint
de tout coſté ,
Cruels enfants de l'indigence.
Par tesſages conſeils &par tafermeté,
F4
128 MERCVRE
Parton credit puiſſant dans une Cour
heureuse ,
Empêche de nos Bledsla traite dangereuse.
Suy dans uncours fi glorieux
Dufameux de Harlayles vertus émi
nentes ,
Parmy nous encorepreſentes.
Surun ſi beau modele on est toujours
heureux ,
L'amitié vous unitpar des chaiſnes
charmantes ,
Une mesme vertu vous anime tous
deux.
Faisque de ces climats l'abondance
exilée ,
Revienne inceſſamment par tesſoins
rappellée,
Et le Riche le Pauvre également
contens ,
Flatez de voir des jours plus ſeurs
plus tranquilles ,
Attendront que de meilleurs temps
GALANT. 129
Ramenent le repos la paix dans
lesVilles ,
Et la recolte heureuſe en nos fertiles
champs .
Voicy d'autres Vers qui ont
eſté faits en faveur d'une jeune
Veuve , qui n'ayant eu qu'une
ſanté languiſſante pendant trois
ou quatre années de mariage ,
a repris tout ſon brillant depuis
qu'elle eſt redevenuë maiſtreſſe
d'elle meſme .
Ous triomphez, charmante Iris
Vosapparte
Ramenent le printemps devos belles
années.
Ace rareplaisirje ne vois rien d'égal.
Vos graces estoient deſtin'es
Asurviwe unHymenqui leur estoit
fatal.
1
F
130 MERCVRE
Parvosfoins &par voſtre adreſſe,
Tout paroist refleurir chez vous ,
Mais craignezde l'Amourles charmes
les coups ,
Sage conſeil , mais la foibleſſe
Est naturelle à la zeuneſſe .
4
Les beaux jours , les airs conque .
rans
Par des chemins cachez menent à
Thymenée ,
Au Temple le concours d'Amis
deParens,
Le coeursurpris , la main donnée ,
Pourvos appas charmans trop cruelle
journée ,
leur perte prochaine infaillibles
garans.
Qu'on est heureuse, Iris , quand on
eftsa maistreffe !
Quel plaisir de paffersa brillante
jeunesse
Chezfoy,Sans maistre , en liberté,
Et jusqu'àsoixante ans conferver Sa
beaute !
GALANT . 131
Ona parlé ſi differemment de
la courſe qui s'eſt faite de Paris
à Versailles , & de Versailles à
Paris , que vous ne ferez pas fachée
d'en apprendre le veritable
détail. Six Jumens noires
ont fait cette courſe ; elles font
Hollandoiſes , leurs queuës étoient
coupées àl'Angloiſe,ainſi
queleur crin. Elles ont ſervy à
tirer le Canon du Prince d'Orange
,& ont eſté priſes à laBataille
de Steinkerke , & ayant
enſuite eſt expoſées en vente ,
M. le Duc d'Elbeuf en acheta
quatorze. Il fit un attelage de
fix desplus vigoureuſes avec
leſquelles il alloit ſouvent de
Paris à Verſailles , & en revenoit
en fort peu de temps. Ce
Prince eſtant un jour avec plu.
ſieurs Perſonnes de qualité , on
parla de la viteſſe &de l'haleine
F6
132
MERCURE
de ces Jumens , ce qui don
na lieu à un pary entre ce Duc
& M. de Chemeraut , de quatorze
cens Louis d'or neufs M.
de Chemeraut paria que les Jumens
de Mr le Duc d'Elbeuf en
partant de Paris de deſſous la
Porte de la Conference ,ne
pourroient aller juſques à la
grille de Versailles , où ce Duc
feroit obligé de faire tourner
fon Brancartavecles fix Jumens,
autourd'un pilier dreſſé devant
la premiere grille , repartir delà
pour Paris , & arriver en deux
heures de temps à la Portede la
Conference , où il feroitobligé
d'eſtre avant que la ſecondeheurefuſt
ſonnée. Les parties prierent
Monfieur le Prince de Conty
, dont la grande integrité eſt
connuë , de vouloir bien leur
GALANT.
133
f
faire l'honneur d'eſtre juge de
la courſe & du pary. M. d'El .
beuf & M. de Chemeraut
convinrent enſemble d'une
Pendule que l'on fit mettre à
coſté de la Porte de la Conference
, où Monfieur le Prince
de Conty voulut bien demeurer
pour voir commencer &
finir la courſe. Le Cocher de
M. le Duc d'Elbeuf mena les
Jumens à Verſailles avec le
Poſtillon de M. Bontemps le
jeune. Il y avoit un ſecond
Brancart attelé de quatre autres
Jumens , afin que ſi le premier
venoit à caffer , on puſt ſe ſervir
de celuy qui ſuivoit ; ſelon qu'il
avoit eſté arreſté par les Parieurs
Ce brancart eſtoit mené par le
Cocher , & par le Poſtillon de
M. le Comte de Rouſſy. Ils arriverent
à Verſailles une heure &
و
134 MERCURE
une minute aprés leur départ.
M. d'Elbeuf ſuivoit avec plufleurs
perſonesde qualité.Ilne fit
point preſſer ſes Chevaux en al.
lant ,& il eut la précautio de fai-
-re mettre ſon Poſtillon àgauche,
enallant & à droite en revenant .
-Si toſt que l'on eut tourne autour
du pilier où le Roy eſtoit ,
M. d'Elbeufmonta ſur le ſiege
du Cocher , & fit donner du
Vin d'Eſpagne à ſes Jumens par
fix Palfreniers , qui attendoient
pour cela. Il partit auſſi - roſt
aprés ,& toute la courſe , tant
pour aller que pour revenir , ne
duraqu'une heure & cinquantetrois
minutes. Ainfi ce Prince
gagna le Pary avec l'applaudifſement
de la Cour & du Peuple ,
dont le chemin fe trouva bordé
depuis Parisjuſques à Versailles.
Lintereſt n'a pas fait entreprenGALANT..
135
dre cette courſe à M. le Duc
d'Elbeuf,puis qu'elle luy a coute
plus de cinq cens piſtoles. II
fait nourrir onze Jumens au
Village de Neüilly, & pour les
-mettre en haleine, on leur don-
こnoit ſouvent la ſuée dans le Bois
de Bologne , où ce Prince avoit
fait arpenter la longueur du che
min de Versailles , pour voir
s'il réuffiroit . Il fit ce chemin
pluſieurs fois en moins de deux
heures ,& il alla meſme & revint
pluſieurs autre fois de Verfailles
en auli peu detemps avec
les quatre Jumens qui estoient
moins bonnes . Cependant il avoit
toujours à craindre , tous
les accidens eſtant contre luy ,
& devant faire gagner les Parieurs
. Cette courſe ſe fit le premierjour
de ce mois , le temps
étant tres-beau & tres - favorable .
136 MERCURE
5
Quoy que M. le Duc d'Elbeuf
ſe cruſt comme aſſure de remporter
l'avantage,il voulut bien
mettre de part avec luy dans la
gageure Madame de Bouillon ,
Madame de Polignac , Mademoiſelle
de Menetou , Flle de
Madamela Ducheſſe de la Ferté
, M. d'Armagnac , M. le Prince
Camille , & quelques autres;
maislors que le gain a eſté partagé
à tant de perſonnes , la
gloire de la courſe eſt demeurée
à luy ſeul. Ce Prince a fait
de grandes largeſſes,tant à ceux
qui ont eu ſoin de nourrir les
Jumens , qu'au Cocher & aux
Poſtillons qui les ont menées.
Voicy un impromptu fait par
M. de Vertron , ſur le ſujet de
cette courſe , adreſſé à M. le
Duc d'Elbeuf..
(
GALANT. 137
N
4
C'est un de mes étonnemens,
Qu'enmoins de deux heures
de temps ,
Vn train bien attelé s'en aille,
Etrevienneauffi tôt à Paris de Ver-
Saille.
Ma foy, les chevaux d'Apollon,
Aux prix des tiens ne valent pas
la maille ;
On en est tout chagrin dans leſacré
vallon ,
Et mesmele Cheval Pegase
Auprés de tes Chevaux paſſeroit
pour un Afe.
Le temeraire Phaëton.
Ne valoit pas ton Poftillon ;
De tes Chevaux chacun admire la
viſteſſe .
Pour moy, j'admire ton adreſſe,
Et fuis charméde ton grand coeur
QuiSoupirant pour la Victoire,
Court toûjours avec mêmeardeur
138 MERCVRE
Dans la carriere de la gloire.
Vous avez entendu parler d'un
grand nombre de Colonnes , qui
font àParis ſur le Quay, entre la
Porte de la Conference & le
Cours , dans une avant- court du
Palais des Thuileries , & dont
il reſte encore un fort grand
nombre à Toulon , qui doivent
eſtre tranſportées icy. Je croy
vous avoir déja dit que ces colomnes
viennent de Lebida, autrement
Leptis , Ville ancienne
détruite , & dont le Territoire
eſt aujourd'huy ſous le gouvernement
de l'Etat de Tripoly ;
mais voicy quelque choſe de
plus curieux fur ce ſujet. C'eſt
une Lettre de Mr Durand,jeune
Gentilhomme , qui ayant eſté à
Lebida , y a remarqué avec ſoin.
tout ce qu'il a cru digne de la
:
GALANT. 139
curioſité de ceux qui aiment
les Antiquitez , & en a fait une
Relation qu'il a envoyée de
Tripoly. On m'en a donné une
copie , dont je vous fais part.
LEBIDA , lieu fitué à trentecing
lieuës de Tripoly , au Levant ,
estoit premierement appellé Leptis ,
Suivant un vieil Auteur Anglois
qui parle en ces termes , de l'endroit
oùse voyent encore les debris dont
je vais vous parler. Voicy ce qu'il
dit.
Leptis magna eſtoit ainſi appellée
pour la diftinguer d'une
autre Leptisqui eſtoir tout proche
, de l'autre coſté de la Ri.
viere. Il y avoit un autre Bourg
appellé auſſi Leptis . Les Romains
s'eſtant rendus Maiſtres
de ce Pays , premierement occupé
par des Grecs , joignirent
140
MERCURE
ces Places enſemble , & en firent
une tres grande Ville , tres- riche
, & fort renommée , qu'ils
appellerent , Tripolis. Elle a eſté
détruite pluſieurs fois par l'irruption
des differents Peuples , rebaſtie
auſſi pluſieurs fois,& enfin
tout à fait abandonnée .
Tout se raporte à cela , les trois
Villesque lenom de Tripolis fignifie,
la fituation , la quantité prodigieuse
de debris le peu d'apparence
que les deux lieux qui font
nommer de ce nom ; sçavoir , cette
Ville & une autre petite habitation
à quarante lieuës dicy, au Ponant ,
appellée dans les Cartes Tripolis
Vetus , dans lesquels iln'y a nulle
marque d'antiquité , ny apparence
deRiviere, qui neſont pas dans la
ſituation dont il est parlé ; foient
autre chose que Leptis magna.
Quoy qu'il ensoit , il faut que
GALANT.
141
ce lieu ait esté extrémement superbe
puisque l'ony voit encore trois chofes
incomparables , la magnificence
du Port , qui eft entierement comblé,
un Cirque d'une grandeur prodi.
gieuse , que l'on distingue aisément
&un espace de prés de deux lieuës
le long de la Mer tout borde de
murailles , & d'une lieuë de largeur
en terre , &les environs de la
Ville tout remplis de Batiſſes &de
monumens. Le Port ressemble à la
Figure marquéeAdans la Planche.
Il est d'une étendue & d'un travail
prodigieux , tout entouré de pierres
zaillées au Ciseau. A l'emboucheure
eftoient deux Tours , qu'il est facile
de diftinguer ,& immediatement
aux deux coſtezde l'entrée , il y a
encore des degrez qui vont juſques
àla Mer. On voit auſſi encor là des
restes de Colomnes rompuës. Des
deux costezdu circuitdu Port ,on
1
142
MERCURE
,
trouve d'espace en espace des degrez
faits,mus nonpas si beaux que ceux
des terraſſes des Tuilleries,&tout autour
des Amares de pierres qui fervoient
autrefois aux Vaisseaux. Visà-
vis l'entrée du Port Le circuit
ſe reduit en quarré , & après une
platte forme , on y monte encore
vingt- cing degrez fort larges , derriere
lesquels il y a cing voûtes&
des debris de Marbre & de Colonnes.
Apparamment il y avoit là
quelque magnifique loge où les Baftimens
alloient rendre raiſon de leurs
voyages.
La raye que vous voyezdans le
circuit marque une ouverture particuliere
par où la Riviereſerendoit
dans la Mer fous une voute , pour
nepas gafter ny incommoder le Port,
qui est tout àfait comblé. Le Cirque
Situédu coftéda Levant le longdela,
Mer, est incomparable. Il est à peu
GALANT .
143
prèsde la Figure marquée B dans
La planche , ayant plus de douze
cens pasde longueur sur trois cens
de large. Il a quinze ou feize de
grez tout autour , presque encore
entiers. Le quarré en doça esfoiene
des arcades pardeſſous lesquelles on
paffois. Ily en a encore des reſtesfur
pied.
L'endroit que vous voyez marqué
au milieu , autour duquel ap
paremment les Chariots & Chevaux
couroient , estoit remply de
Colomnes , Piedeſtaux , & de Figures
de Marbre. On y en voit plu
ſieurs restes tout delabrez . Ily avoit
des traverſes d'espace en espace pour
deux perſonnes de front, & au bous
une espece d' Amphiteatre en rond.
Derriere, au bout du grand Cirque,
estoit une grande arcade qui fortoit
dehors.
Lecorpsde la Ville , comme on le
1
144
MERCURE
diftingue facilement , est presque de
deux licuës le long de la Mer , tout
borde de murailles de Pierre de taille;
en des endroits on voit encore le
cordon. Ily a dans cette muraille
des pierres avec des Inscriptions
Romaines, miſes ſans deſſus deſſous,
&Sans suite , qui marquent que
des Barbares les ont voutu renouveller.
Le plus large de la Ville en
serre n'estpas deplus d'une lieuë; la
Muraille se peut suivre presque
Par tout . Une des portes de la Ville
qui estoit de douze arcades , &dont
on en voit encore trois fur pied, reffemble
à un Arc de triomphe,& les
autresà demy.
On atiré de cette Porte plusieurs
Colomnes de Marbre , & trois entre
autres qui font encore àla Marive,
ở qu'on n'a pû embarquer à cause
de leur groffeur& longueur , estant
devingt-cingpans de toursur qua
rante
GALANT.
149
rante de long. Cette Porte répondoit
au Palais ,ou au Temple , ou peutestre
à tous deux ensemble ; quoy
qu'il en ſoit, il est impoſſible de vous
décrire la magnificence des restes de
celieu.
On n'y connoist aucune regularité.
C'est une ires vaſte étendue , pleine
deBatifles de groffes Pierres, espece
de Marbre , Sans chaux ny ciment,
mais qui estoient liées avec du fer,
& en dedans toutes couvertes d'un
Marbrevert dont on trouve quan
tité de morceaux de l'épaisseur d'un
doigt, qui la pluspari ont esté portez
àConstantinople. On a tiré de cet
endroit , tant pour Constantinople
autrefois , que pour nous à present
plus defepronhuitcens Colomnes ,
& ily en a encore plus de trois à
quatre cens ,tant enterrées , que
rompuës & mangées du temps. Ze
n'en ay veu que dix detres entieres.
Mars 1694. G
146 MERCURE
Cet endroit estoitfans doute le plus
fuperbe de la Ville.
Leveste est unemfinité de Bafti
mens les uns ſur les autres , moitié
comblez de fable ,&pluficurs raſez
jusqu'au fondement , mais tous do
Pierres detaille , &fur tout unesi
grande quantité de Colomnes de
soutes manieres,laplus grande par
tie de Marbre, rompuës& rongées,
qu'ilsemble que la Ville ait eftebafsiedeffus.
Ilyenaune douzaine qui
paroiffent entieres, maissi l'on creufoit
lefable , on en trouveroit quan
tité d'enfablées . Les environs de la
Villefont pleins de Batiſſes ruinées
&de restes d'habitations,dont voicy
lesprincipales. Une Muraille épouvantable
de quinze pas d'épaisseur
avec des foutiens d'espace en espace
dedouze pas en quarré. CetteMuraille
est encore de trois cons pas de
long , la Riviere dont elle desour
GALANT.
147
1
1
noit le cours l'ayant enfoncée,malgréson
épaisseur ; & quoy qu'il n'y
coule point d'eau l'Esté , c'estois pour
la destourner du Port , qu'elle na
laifſſoit pas d'incommoder. Elle està
demi-lieuë de la Ville. A un quart
de lievë, d'un autre costé , les debris
d'un Temple affez grand avec les
marques d'un Village ; trois Aqueducs
, un grand& deux petits , des
Bariſſes, figures de Tours en quarré,
avec des Figures du Soleil &d'animaux
, falles apparemment pour
orner les chemins , ou à la memoire
de quelqu'un; car ily en a quantité,
& qui sont tres-élevées , les unes
quarrées , les autres en pointes. A
une lieve au Ponant le long de la
Mer , les marques d'uunn tres-gros
Village bordé de murailles , restes de
Forts& de Citernes ; aux environs
de la Ville,les restes de quantitéde
Citernes Souterraines & magnifi
G 2
148 MERCURE
ques par leurgrandeur , mais toutes
comblées defable. Comme il ne pleut
pas icy l'Esté , cefont apparemment
toutes les Citernes de la Ville com .
blées qui ont fait abandonner un
Pays fi beau que celuy- là. Voicy les
inscriptions que j'y ay trouvées . Je
les ay tirées fidellement, Ily aſujet
de croire que les grands foins que
les Barbares, ont pris de lesdétruire,
ont fait qu'on n'en trouve pas de
plus confiderables, ny en plus grande
quantité , ellesfont
enfablées.
ou s'ily en a ,
Sur un piedestalde Marbre blanc,
de la hauteur de quatre pieds , en
écriture comme celle d'aujourd'huy ,
ainſi que toutes les autres , dont je
feray mention , on lit fur une des
Faces.
K
Divina ſtirpe progenito .
D. N. Fortiffimo Principi ,
Valentiniano. Victori pio ,
k
>
GALANT. 149
Felici.ac Triumphatori .
Semper Auguſto.
Flavius Benedictus , V. P.
Preſes Provinciæ
Tripolitano Numini ,
Majeſtati que ejus ,
Semper devotus.
Sur l'autre face du mesme Piedestal
il ya.41
Digniffimo , principali ,
Innocentiſſimo puero ,
T. Fabio Vabiano juniori ,
Pontifici Duro Viro filio ,
Ac Collego T. Flavi Frontini ,
Heraclii , in parvulis annis ,
Exibentio Aqualiter 1
Voluptatum genera Patris tech
Sui ſtudiis , populi fuffragio ,
Etdecreto Ordinis .
Sur plusieurs pierres au milieu
de la Ville, éparſes &fanssuite.
Trajano ,
Amilia
G3
150 MERCURE
Divi Trajani.
Nerva
Imp. VI. Cofu .
Imp. Galba
pro Repu .
C. Pomponius R.
Proimp. provive ,
Bombei , 10.-
Sari Divi Nervæ
Max. Trib, pot. XIIII .
Coloniæ Vulpiæ Tr.
Cum ornamento.
Q.Pompa
io , cerea
li , ex de
creto Or
dinisRom.
Surunepetite pierrequarrée.
Engroffe lettre sur le bord de
la Mer , les autres estant Sans
Juite.
IMP . CÆ S.
Hors la Ville , fur une pierre ,
GALANT.
тут 1
qui est preſentement dans une
muraille .
Pulcretio
Creffenti
Bono filio
Bono fratr .
Pulcretius ,
Rogatinus ,
Parer feci .
:
Sur une autre pierre , dont on
s'est fervy encore dans une mu.
raille.
Domitiæ Roga ,
Tul vixit ,
annis XXIII .
M. Jullius ,
Cethegus ,
Phiciſſiam. Uxori ,
Cariffimæ fecir .
Enunautre endroit.
D. M.
L. CL.
Perpe.
Tui pro
G4
152
MERCVRE
Bati
Vixit ann .
X X.
Sur une autrepierre, en Grec , Latin ,
Arabe.
Birichi Bafiliei ,
Mater flodi Medici.
DIOSIATROS en lettres
Grecques , le reste en Arabe.
En pleine campagne....
Rutilius Victor
Vixit annis X I.
La Chirurgie pouvant eſtre
miſe au nombre des choſes les
plus neceſſaires , & les plus utiles
à un Eftat,la Compagnie des
MaîtresChirurgienslurez deParis,
aprés avoir acquis un fondde
terre proche les Ecoles Royales
de Chirurgie , a crû ne le pouvoir
mieux employer qu'à la
conſtruction d'un Amphithéatre
GALANT.
153
Anatomique plus étendu & plus
commode que celuy où elle faifoit
autrefois ſes Actions publiques
, afinqu'il puiffe contenir
le grand nombre d'Ecoliers qui
viennent de toutes parts , dans
ledeſſein de s'inſtruire & profiter
des Leçons Anatomiques
& Chirurgicales que Meffieurs
Bienaiſe & Roberdeau ont fondées
, depuis quelques temps ,
pour eſtre faites aux deux principales
faiſons de l'année.
A peine commençoit on cet
Edifice que ſur le bruit qu'il fit
dans Paris , M. Perrault , de l'Academie
Françoiſe , envoya à
-la Compagnie le Madrigal que
vous allez lire .
On éleve en nos jours un vaste
Amphitheatre
PourlebelArt quiſçait guerir.
G
154
MERCVRE
Rome en faisoit conftruire enfon
culte idolatre
Pour des Gladiateurs qu'elley'faifoitmourir.
Redoublez vostre ardeur , signalez
vostre zele ,
Vous , qu'à ce granddeffein appelle
un heureuxfort.
On doitunegloire immortelle
Al'Art quifurmonte la mort.
Cet Amphitheatre enrichi
d'ornemens convenables , eſt
conſtruit à la maniere d'un
Temple antique. Ses principales
faces répondent aux quatre
Points du monde;il eſt de figure
octogone , & couvert d'une coupe
qui ſe termine par une lannerne
à l'imperiale , qui porte
une Couronne de France.
M. Meuriffe , Maiſtre Chirurgien
Juré à Paris , ayant faitgraFE
A
B
GALANT.
155
ver laveuëde cetAmphithéatre,
& l'ayant preſentée à M. du
Tertre , Chirurgien ordinaire
du Roy , fut engagé par luy à
donner l'explication de cette
Eſtampe , parce qu'elle peut fervir
de Leçon courte & ingenieuſe
, pour apprendre aux
jeunes Ecoliers qu'ils ne peuvent
jamais exceller dans leur
profeffion , ſi la nature , le ſçavoir
, & l'exercice ne travail .
lent de concert à les perfectionner
,
L'Eſtampe offre d'abord aux
yeux ,dans un rouleau, cet Amphithéatre
, au devant duquel ,
le Peintre par un trait ingenieux
de fon Art , a mis plu-
Geurs perſonnes de differentes.
Nations & detoutes fortes d'Etats
, pour deſigner la hauteur &
les autres dimenſions de cer
Edifice..
G6
156 MERCURE
e Ce deſſein eſt ſouſtenu par
quatre Figures allegoriques &
miſterieuſes , qui ont quelque
choſe de ſi agréable , qu'elles
font defirer à l'eſprit de ſçavoir
ce qu'elles ſignifient. L'une repreſente
Apollon , Dieu de la
Medecine & de la Chirurgie ,
attentifà confiderer la beauté de
cet Amphithéatre. Il eſt aſſis fur
un nuage ,ayant lateſte environnée
de lumieres , pour montrer
que c'eſt le Soleil qui par
ſa chaleur , échauffe la Natureen
general , & donne en particulierla
force & les vertus aux
Animaux , aux Vegetaux ,
aux Mineraux & aux Metéo--
res , dont l'on ſe ſert dans ces
profeſſions ,pour la gueriſon des
maladies . Ce Dieu tientdans ſa
main une Lire , instrument qui
marque la Paix , laquelle eft fi
GALANT .
157
-neceſſaire pour cultiver les
Sciences & les beaux Arts . L'habillement
d'Apollon eſt fait
d'une draperie changeante,pour
faire connoiſtre qu'il prefide à
la Medecine & à la Chirurgie ,
• comme à la Poësie & à la Mufique.
La Figure qu'on apperçoit
au deſſous d'Apollon , reprefente
la Chirurgie , ſous l'image
d'une perſonnejeune, bien faite ,
& dans une attitude majestueufe
On l'a peinte telle,pour ſignifier
qu'unejeuneſſe mûre & vigoureuſe
, a dans cet âge plus d'art
& de genie , qu'une vieilleſſe
qui eſt preſque toûjours ſuivie
de peſanteur & de foibleſſe. La
teſte lumineuſe de cette femme ,
affife ſur un nuage , montre l'excellence
de ſon origine. Il eſt
aifé de voir à ſon air qu'elle eſt
158 MERCURE
contente , particulierement depuis
que le Roy l'a protegée en
pluſieurs occafions , qu'elles a
eu l'honneur d'avoir contribué
de ſes ſoins àla ſantéde ce grand
Monarque , & qu'enfin ſon ſecours
eſt aujourd'huy fi utile
auxGeneraux , aux Officiers&
aux Soldats dans ſes Armées.
La Chirurgie donne des
marques de ſa joye , en montrant
de la main droite ,
nouveau Temple qu'on vient
d'élever à ſa gloire. L'oeil que
l'on remarque au milieu de certe
main, nous apprend que leChirurgien
ne va point , pour ainſi
parler , à tâtons dans ce qu'il
fait , mais que ſes operations
font preſque routes évidentes ,
fures & infaillibles . Elle tient
de la main gauche le Bâton d'Efculape
en forme de ſceptre
le
GALANT. 159
:
i
pour marquer l'autorité raiſonnable
qu'elle doit avoir fur les
Malades , lors qu'elle leur fait
comprendre la neceſſité de ſouffrir
les operations. Les noeuds
de ce Bâton ſont les difficultez
qu'il faut eſſuyer pour parvenir
à la perfection de l'Art. Le Serpent
fignifie , non ſeulement
que la chair ſalutaire de ce reptile
entre dans la compoſition
des Antidotes , mais encore que
toutes les applications de la
Chirurgie ne tendent qu'à renouveller
la ſanté des hommes ,
comme le Serpent renouvelle ſa
peau tous les Eſtez , & qu'enfin
ceux qui exercent cet Art , ont
beſoin de prudence , dont il eſt
le ſymbole. Les Livres d'Hipocrates
& de Galien , ſur lesquels
elle s'appuye , témoignent affez
que fi elle vient heureuſement
160 MERCVRE
1 à bout de ſes entrepriſes , ce ne
peut eſtre que par les conſeils
de ces Auteurs ſçavans & experimentez
, à la difference des
Empyriques, qui dans leurs manieres
, ne ſuivent ny methode,
ny autorité. Quoy que l'habitde
cette jeune Dame foit de pourpre
, l'éclat de cette éroffe n'eſt
pas tant pour marquer la couleur
du ſang qu'elle eſt ſouvent
forcée de répandre , comme le
vulgaire pourroit ſe l'imaginer,
que pour faire entendre qu'elle
n'a pas moins de zele que de
charité pour ſecourir les pauvres
, de meſme que les riches
dans les maladies les plus contagieuſes.
Cen'eſt pas encore fans
un miftere particulier , que l'agraphe
qui attache ſa draperie
fur fon fein , eft formée d'une
Fleur de lis rayonnante. Elle deGALANT.
161
clare par cette piece honorable ,
que la Compagnie des Maiſtres
Chirurgiens Jurez de Paris,doit
ſonjétabliſſement au plus ſaint
de nos Rois , & que Loüis
XII I. de triomphante memoire
abien voulu ajoûter en faveur
de fa naiſſance , une Fleur de lis
d'un caractere diſtingué , aux
Armes de cette Communauté .
La Boëte que la Chirurgie a auprés
d'elle , eſt pleine d'un baume
précieux , dont elle fe fert à
guerir les Playes ; & le Coq
qu'on voit à ſes coſtez , outre
qu'il eſtunOyſeau folaire , &
qu'on leſacrifioit à Apollon & à
Efculape , eſt encore le ſymbole
de la vigilance , vertu fi neceffaire
aux Chirurgiens.
La Figure qui eſt vis à vis
d'Apollon eſt le Genie de la
Chirurgie. Le Peintre l'a ref
162 MERCURE
preſentécomme unjeune homme
preſque nud , ayant des ailes
au dos , pour montrer qu'il
eſt élevé au deſſus du commun
des Arts par l'utilné de ſes inventions
, qui ont pour objet
le plus noble de tous les eſtres ,
pour faire connoiſtre que rien
ne doit l'embaraſſer dans ſes
reflexions,& quec'eſtdans l'âge
adulte , où le ſang faiſant plus
d'eſprits que dans la vieilleſſe ,
ces eſprits s'éleventauſſidans ce
temps- là avec plus de rapidité
au cerveau , pour inventer des
moyens qui le conduiſent aux
differentes fins qu'il ſe propoſe.
C'eſt en ce ſens qu'un Auteur
moderne a dit , que le Genie est
une diſpoſition heureuse de l'esprit ,
dont on est redevable àla Nature ,
& qui le rend propre à imaginer
promptement &facilementplusieurs
GALANT. 163
choses, afin de réüssir dans ses entrepriſes.
La flame ardente que
cejeunehomme a fur la teſte ,
marque le feu dont on doit eſtre
animé, pour ne ſe rebuter jamais
de la peine qu'il faut prendre ,
lors que l'on veut travailler aux
Découvertes Anatomiques , ou
quand il s'agit de ſuivre la Nature
dans ſon cours & dans ſes
mouvemens. On conçoit encorepar
ce feu qu'il eſt impoffible
de préparer une infinité de remedes
utiles ,& de faire beaucoup
d'operations , fans le ſecours
de cet Element. Sa robe
d'un vert naiſſant , ſignifie que
fi le Chirurgien s'étudie ſouvent
à corriger les defauts de
la Nature par l'excellence de
fon Art, ce n'eſt que dans l'efperance
qu'il a d'en tirer de la
gloire& une honneſte recom,
164 MERCURE
penſe , qui font les deux plus
puiſſans motifs pour aiguiſer
l'eſprit de l'homme , & le faire
réuſſir dans les ouvrages les plus
penibles.
Al'égard de la Renommée ,
placée au deſſous du Genie, elle
n'a preſque pas beſoin d'explication
, car il n'y a perſonne qui
ne ſcache que dans cette diſpoſition
, elle va publier par tout
la perfection oùla Chirurgie eſt
parvenue ſous un regne ſi éclai
ré . Sa draperie d'un Bleuceleſte,
fait connoiſtre qu'elle ne
repoſe jamais,& qu'elle eſt prefque
toujours dans le vague des
Airs , pour apprendre en tous
leslieux les nouvelles Découvertes
qui ont enrichi cet Art.
Quand l'Amphitheatre ſera
achevé,on en donnera une deſcription
plus eſtenduë & plus
fe
GALANT.
165
reguliere àla fin d'un Ouvrage
qui paroiſtra dans peu ,& qui
aura pour titre , Histoire de ta
Compagniedes Maistres Chirurgiens
de Paris , dans laquelle on fera
voir l'origine & l'excellencede
la Chirurgie ; le temps où l'on
préfume qu'elle fut ſeparée de
la Medecine ; l'établiſſement de
la Compagnie des Maiſtres
Chirurgiens de paris; ſon progrés
, & l'état où elle eſt aujourd'huy
. Cependant pour donner
un avant-goût des peintures
qui orneront le dedans de la
coupe , on peut dire qu'on y
verrales Medailles des Auteurs
les plus celebres de toutes les
Ecoles de l'Univers , avec des
inſcriptions convenables , au
deſſus deſquelles & dansle lieu
le plus élevé , la medaille du
Roy paroiſtra toute brillante
166 MERCURE
ſous la figure d'Apollon avec
cet Hemiſtiche à l'entour.
Nobisnon alter Apollo.
On l'a rendu en François par
par ces quatre vers.
Tandis qu'aux champs de Mars ,
animezpar la gloire ,
Nos Guerriers fous LOUIS VO
lentà la victoire ..
Nous travaillons en paix dans ce
docteSallon ,
Etnos Chirons François n'ont point
d'autreApollon.
Comme c'eſt à Paris que l'on
a conſtruit cet Amphitheatre
Anatomique , on a crû ne pouvoirmieuxremplir
ce qui reſtoit
de l'Estampe , que par la plus
belle des Vûës de cette grande
Ville , avec les Armes & la Deviſe
de la Compagnie. Cette
Vûë & le Profil de l'Amphitheatre
font du Sr Petolle , uniGALANT
167
que pour ces fortes d'Ouvrages ,
Pour les Figures , elles ont eſté
deſſinées par le Sieur Dieu,Peintre
tres habile ,& executées par
le Sieur Simonneau l'Ainé ,
Graveur du Roy , avee tout le
foin& toute la delicateſſe poffible.
M. de Santeüil, Chanoine de
Saint Victor , ſi celebre par les
belles Infcriptions en Vers Latins
, qu'on voit à la pluſpart des
Monumens qu'on a érigez ſous
ce Regne , a composé un Diſtique
pour celuy- cy. La Compa
gnie l'a trouvé ſi juſte , qu'elle
l'a fait graver en caracteres d'or
ſur une table de marbre , qu'on
a poſée au deſſus du Portail. Le
voicy.
Adcædes hominum prisca Amphi.
theatra patebant ;
Vtdifcant longum vivere , noftra
patent.
170 MERCURE
Ce Diſtique a eſté traduit ou
imité par Mrs de Vetron , de
Papuſſe , l'Abbé Bochard de Saron
, l'Abbé Saurin, Diereville ,
Boſquillon , LallementdeMeffange
, le Noble l'Abbé Girard
& des Nouës , tous connus dans
l'Empire des Lettres par les
beaux Ouvrages qu'ils ont donnez
- au Public. Chacun d'eux a
excellé dans cette traduction ,&
ne pouvantvous en donner qu'une
, à cauſe des autres articles
qui me reſtent , je choiſis celle
de M. Bochard de Saron , parce
qu'elle eſt la plus courte.
Dansfes Cirquesouverts , l'Antiquitébarbare,
Enseignoit aux Mortelsl' Art d'abregerleurs
jours ;
Icypar unfecret plus doux
plusrare,
3
On apprend le moyen d'en prolongerle
cours.
Je
GALANT . 171
A
Je vous envoye un Ouvrage
qui dit beaucoup en peu de paroles
, & qui peint un caractere
rare , quoy que le nombre des
parties qui le compoſent ne foit
pasgrand. C'eſt le Portrait du
Sage , qui trouveratoujours plus
d'Admirateurs que de Sectateurs
Il eſt de M. l'Abbé de Riupeirous
, quia fait paroiſtre ſon
eſprit par des Ouvrages de plus
longue haleine, & qui ont redeu
beaucoup d'applaudiſſemens .
S
LE PORTRAIT
Idans le
du Sage.
Mondeil estun Sage
Quiſcache modererses voeux
Seul il merite l'avantage
Deporterle titre d'heureux.
Ilvit contentdefafortune ;
Mars 1694. H
172
MERCURE
至
Quelque part que le Ciel l'ait mis ,
Lamaisfa plainte n'importune
Nyles Princes , nyfes. Amis.
Il ignore le vil commerce
Que les hommesfont de leur coeur ,
Et ne sçait point comment s'exerce
L'infame métier de flateur.
Tousſes deffeins font legitimes ,
Et conformes à laraison ;
Il est toujoursjuste ,
Ilignore mesme le nom.
des crimes
Dégagé detoute contrainte
Le repos faittoutsonplaisir ,
Et content, il voit tout ſans crainte,
Parce qu'il voit tout fans defir.
Il jouit d'une paix profonde,
Que nul revers ne peut troubler.
Et la cheute mesme du monde
Nepourroit le faire trembler.
GALANT.
173
Deux parens du même nom
ont eu le bonheur de ſe reffentir
en meſme temps des bontez du
Roy , vers la fin du mois paſſé ,
ayant eſté faits Colonels , l'un de
Cavalerie,& l'autre d'Infanteric .
Le premier eſt M. de Vienne
la Thuilerie , dont je vous appris
les heureux commencemens,
le courage , & la vigueur
extraordinaire dans ma Lettre
de Février 1680. Il eſtoit devenu
par ſes ſervices Lieutenant
Colonel du Royal d'Anjou .
Le Roy luy donna fon agrément
pour l'achat d'un Regiment , il
traita de celuy de M. le Chevalier
de Courcelles ,& quelque
temps aprés , Sa Majesté luy ace !
corda en pur don le Regiment
deMonbas qui vint pour lors
à vaquer. Le Colonel d'Infanterie
eſt M. de Vienne Profles , à
H2
174 MERCVRE
quile Roy donne l'agrémentdu
Regiment de Cambrefis. Il menoit
la gauche du premier Bataillon
de ce Regiment à la Bataille
de la Marſaille , & il y fit
également éclater ſa prudence
& fon courage. Ces deux Colonels
comptent entre leurs Anceſtres
, deux genereux Freres
qui cherchant à rendre un fervice
figalé au Roy Henry IV . à
fon avenementà la Couronne ,
entreprirent avec le Preſident
de Melgrigny leC
le Capitaine
Largentier ,& d'autres de leurs
Parens&de leurs Amis , de remettre
fous ſon obeïſſance la
Ville de Troyes qui avoit pris
le party de la Ligue , & entraifné
par ſon exemple toutes les
autres Villes de Champagne
dans ſa rebellion , excepté celle
de Châlons. A la veriné ils n'euGALANT.
175
rent pas d'abord le ſuccés qu'ils
s'eſtoient promis , appuyez par
le Comte de Grand pré , parMrs
de Brichanteau, dela Vauguyon
de Sautour,& parungrand nombre
de Troupes. Ils penetrerent
à main armée juſques au milieu
de Troyes ; mais ils ne purent
s'en rendre les Maiſtres , ayant
eſté repouffez; ce que l'Autheur
de Hiſtoire Eccleſiaſtique de ce
Dioceſe attribuë bien moins à
la deffence humaine , qu'à celle
desSaints Patrons de cette Ville .
Toutefois ces genereux courages
ne furent point rebutez par
ce manque de fuccés qui avoit
eſté accompagné de la mort de
Mony , Lieutenant de Sautour ,
Fils de l'un d'eux ; de celles de
Sautour meſme , & de pluſieurs
autres perſonnes confiderables ,
&qui fut encore ſuivy des maf.
H
3
176 MERCURE
facres d'un de leurs Freres , &
d'un de leurs Couſins ;de la perte
qu'ils fouffrirent en la pluſpart
de leurs biens , & de mille dangers
pour leur liberté & pour
leur vie.lls y perſevererent malgré
tous ces malheurs & tous
tes ces traverſes , & s'y appli
querent avec tant de zele& tant
de prudence , qu'enfin ils obtinrent
par les voyes de l'adreſ
ſe& de la douceur , ce qu'ils n'avoient
pû emporter par la force
des Armes , en ſorte que ſans
verſer une ſeule goutte de ſang,
ils firent ouvrir les Portes de
Troyes aux Troupes du Roy ,
obligerent le Prince de Joinville
d'en fortir avec les ſiennes &
avec ſes Ligueurs les plus enteſtez;
en quoy les Maire de cette
Ville , & le Sieur Paillot
,premier
Efchevin , homme de coeur
1
GALANT .
177
&de teſte , tres affectionné au
bon party , leur fureut d'un
grand fecours . Il y a cent ans
que cette heureuſe Reduction
arriva au grand contentement
duRoy & de tous les gens de
bien . Les Memoires de Sully en
rendent témoignage par le rapport
qu'ils font d'une Lettre de
ce Monarque à Meſſieurs de fon
Conſeil d'Estat & de Finance
du 28. Juillet 1597. Comme la
rebellion de Troyes avoit attiré
celle des autres Places de Champagne
, l'exemple de la reduc
tion de cette Capitale fit la leur ,
& le Roy attribua fi bien ces
heureuſes ſuites au ſervice que
Vienne luy avoit rendu , qu'il
en fut fait mention dans les
Lettres Parentes des dons qu'il
receut de Sa Majesté , lesquels
il partagea avec le Bifayeul de
M. de la Thuilerie , qui eftoit
H 4
78 MERCURE
l'autregenereux Frere dont j'ay
entendu parler.
Chacun a fon caractere , &
yous trouverez quelque choſe
d'aſſez fingulier dans celuy
d'une jeune Demoiselle , dont
je vais vous apprendre l'avanture
. Elle avoit pris dés ſes plus
tendres années une étroite liaifon
avec une Fille de ſon âge ,
qui demeurant dans une maifon
voiſine, eſtoir ſans ceſſe avec
elle , & partageoit tous ſes divertiſſemens
. Leur union ſe for.
tifia par ce commerce. La jeune
Demoiselle ſe fit une fi douce
habide de voir fſon Amie , qu'il
n'y avoit rien d'égal à l'attachement
qu'elle témoignoit pour
elle. Tous ſes ſecrets luy eſtoient
communiquez , & elle faiſoit
conſiſter ſes plus grands plaiſirs
dans l'épanchement mutuel de
cooeur, qui les engageoit à ſe deGALANT.
179
1
2
couvrir juſqu'à leurs moindres
penſées . Comme il eſt preſque
impoſſible d'aimer beaucoupfans
eſtrejaloux , la Belle ne pouvoit
fouffrir ſans des mouvemens
d'impatience que ſon Amie euſt
pour autre de certaines complaiſances
qui marquent plusque de
l'honneſteté &de l'eſtime. Je ne
ſçay meſme ſi elle auroit pû luy
pardonner d'avoir un Amant
qu'elle euſt écouté avec plaiſir.
Cet excés de delicateſſe dans
fon amitié cauſa quelquefois
entre eltes de petites broüilleries
qui s'appaifoient auſſi toſt ;mais
fon Amie ayant changé de quar
tier , & n'eſtant plus en pouvoir
de la voir auſſi ſouvent
qu'elle avoit fait juſque-là ,
| donna ſujet à de longues
plaintes . La Belle ſceut qu'elle
avoit fait habitude avec une
H
5
180 MERCURE
jeune Blonde d'une humeur
fort enjouée & affez ſpirituelle,
& la jalouſie s'eſtant emparée
de ſon eſprit , elle voulut l'obliger
ou à ceffer entierement de
voir cette Amie nouvelle , ou
du moins à ne la voir que fort
rarement. L'effort qu'elle fit
pour l'y engager fut inutile.Son
Amie luy dit qu'il eſtoit injuſte
qu'elle vouluſt la priver d'une
ſocieté agreable , qui ne faifoit
aucun tort aux ſentimens de
tendreſſe qu'elles s'eſtoient
promis reciproquement , fur
tout lors que l'éloignement
de quartier ne permettoit pas
qu'elles ſe viſſent à toute heure
comme elles faifoient auparavant
,& la reſiſtance qu'elle apporta
à ce que la Belle exigeoit
de fon aminé , la piqua fi fort,
que ne pouvant endurer cette
GALAN T. 181
concurrence , elle rompit avec
elle pour ne renouërjamais .Il eſt
certain que la Belle pouſſa la
choſe trop loin , mais le partage
ne pouvant l'accommoder , elle
aima mieux bannir tout d'un
coup par un effort violent ce
qu'elle avoit dans le coeur , que
d'eſtre expoſée ſans ceſſe à des
ſentimens d'indignation & de
colere , qui renaiſtroient auſſitoſt
qu'on les auroit étouffez
par de nouvelles afſurances
d'amitié .Cette rupture fit prendre
à la Belle la reſolution dene
plus aimer. On luy diſoit qu'on
luy pardonnoit de ne point donner
fon coeur à une amie ,
pourvû qu'elle le gardaſt pour
un amant qui le meriteroit
mieux. Elle jura que ſi jamais
elle en écoutoit quelqu'un , ce
ne ſeroit que dans la veuë d'un
1
H 6
182 MERCURE
étab'iſſement conſiderable, puis
que les hommes eſtant naturellement
changeans, elle ne pouvoit
prévoir qu'un fort grand
malheur pour elle , ſi elle avoit
lafoibleſſe de ſe laiſſer ſurprendre
à l'amour . Elle tint parole .
Il ſe preſenta divers partis , &
comme aucun ne la mettoit
dans un rang au deſſus de fa
naiſſance , & qu'elle avoit raifonnablement
du bien , elle
aima mieux mener une vie
tranquille avec ſa Mere , qui
l'aimoit fort tendrement , que
de s'aſſujettir aux caprices d'un
Mary qu'elle vouloit plûtoſt
eftimer qu'aimer. Elle menoit
une vie affez remplie de douceur.
L'agrément de fa perſonne,&
la delicateſſe de ſon eſprit
que la lecture avoit cultivé ,
attiroient chez elie affez bonne
GALANT. 183
compagnie , & quand on luy
reprochoit ſon indifference,elle
répondoit qu'on n'avoit qu'à
voir fon attachement pour une
petiteChienne , qui eſtoittoujours
entre ſes bras ; que les careffes
qu'elle en recevoit luy
faifoient un vray plaifir, & qu'
elle le gouſtoit d'autant plus
ſenſiblement , qu'elle estoit fort
aſſeurée qu'elle n'en feroit ja
mais trahie. Après qu'elle cut
refuſé quantité d'Amans , enfin
un Cavalier diſtingué par ſon
merite & par beaucoup d'avantages
du coſté de la fortune ,
s'accoûtuma à la voir , & fut
touché de ſes charmes .La Mere
voulut engager la Belle à des
complaiſances que l'honneſteté
permet , afin d'augmenter l'amour
qu'il commençoit à faire
Paroikre , mais ce fut un foint
184 MERCVRE
1
qu'elle dédaigna de prendre.
Elle diſoit au contraire qu'elle
ne craignoit rien tant que de
voir le Cavalier affez amoureux
pour ſe declarer , parce qu'elle
meſme ſe condamneroit ſi elle
n'acceptoit pas les avantages
qui luy estoient ſeurs par ſon alliance
, mais qu'en examinant
le fond de fon coeur , elle fouhaitoit
que rien ne s'offrift
pour elle qui la puſt tenter , afin
de pouvoir vivre toujours dans
l'eſtat heureux de liberté où ſa
mere la laiſſoit. Ses ſouhaits ne
furent point accomplis. LeCavalier
ne putreſiſter à ſa paſſion .,
Il pria la Mere de luy accorder
ſa Fille, & il leslaiſſa maiſtreſſes.
des conditions .LaBelle ſurpriſe
de la declaration , demanda du
temps pour ſe conſulter. Elle
De ſentoit aucun panchantpour
GALANT. 185
1
un engagementde cette nature,
& l'inconſtance de ſon Amie
luy faiſant enviſager l'obligationd'aimer
un Mary comme
un malheur qui auroit pour elle
des ſuites facheuſes, elle auroit
prié le Cavalier de changer de
ſentimens , ſi ſa Mere ,& tout
ce qu'elle avoit d'Amis , nelay
euſſent repreſenté le tort qu'-
elle auroit de s'oppoſer ellemeſme
à ſa fortune. Les propoſitions
du Cavalier furent,
acceptées , & comme il luy fut
permis d'expliquer tout ſon amour
, il eut du chagrin de voir
que la Belle n'y répondoit que
par des honneſtetez qu'il luy
eſtoit impoſſible de ne pas avoir.
Il eut beau luy reprocher unc
certaine froideurqu'elle ne prenoitaucun
foindeluy cacher ;
elle luy diſoit que les plus fortes
7
186 MERCURE
paſſionsdes hommes s'éteignant
en peu de temps , il eſtoit bon
qu'elle ménageaſt ſon coeur , &
c'eſt ce qu'elle faiſoit de telle
forte que bien ſouvent au lieu
d'écouter les tendres proteſtations
qu'il luy faifoit, elle carefſoit
ſa chienne qu'elle aimoit
éperduëment , juſqu'à donner
lieu au Cavalier d'en faire paroiſtre
de la jalouſie.Il luy diſoit
quelquefois par je ne ſçay quel
dépit de l'en voir ſi occupée ,
qu'il avoit peine à comprendre
comment on pouvoit careffer
tant une beſte , qui toute jolie
qu'elle pouvoit eſtre , ne meritoit
pas qu'on s'y attachaſt comme
fatſoient la plupart des
Femmes. La deſſus elle élevoit
la beauté & la fidelité de fa
chienne , & s'il vouloit luy faire
Ca cour , il falloit qu'il ſe conGALANT
. 187
:
traignît à la careſſfer comme elle .
Unjour que voulant luy plaire ,
il l'avoit miſe ſur ſes genoux ;
l'envie qu'elle eut de ſauter fur
ſa Maiſtreffe , fit qu'elle tomba
en cherchant à s'échaper , &
comme elle estoit tres petite &
délicate ,elle fit un cry qui dura
long-temps & donna ſujet
d'apprehender qu'elle ne ſe fuſt
bleſſfée . La Belle au deſeſpoir
de ſa cheute , querella le Cavalier
d'une maniere fort impe .
tueuse , & ne fut plus capable
d'entendre raiſon , voyant que
ſa chienne continuoit à ſe plaindre.
On luy apporta dequoy
manger , & elle détourna la
teſte de toutes les choſes qu'elle
aimoit le plus .Ce fut affez pour
faire dire à la Belle que tous ſes
plaiſirs eſtoient perdus , & que
la chienne eſtoit morte . Elle
188 MERCURE
mourut en effet deux jours aprés
, & quand la Belle auroit
perdu tout ce qu'elle avoit de
plus cher au monde, elle n'auroit
pas montré une plus ſenſible
affliction.On ne pouvoit eſſuyer
fes larmes ,& elle dit mille fois
que ce n'étoit point à elle à aimer
, puiſque ſes attachemens
luy couſtoient toujours ſi cher.
Le Cavalier voulut luy parler ,
& fi-toſt qu'il ſe montroitelle
fuyoit en diſant qu'elle ne pouvoit
ſupporter la veuë d'un
homme qui l'avoit privée de
ce qu'elle aimoit le plus. Elle
ajoûtoit qu'il l'avoit fait à defſein
par un pur motifde jaloufie.
Tout ce qu'on luy put dire
fur les contes qu'elle donneroit
fujet de faire ,quand on ſçauroit
que pour une Chienne morte ,
elle auroit rompu un mariage fi
GALANT. 189
avantageux pour elle , ne ſervit
qu'à l'affermir dans la reſolution
dene plus revoir le Cavalier.Des
ſentimens fi bizarres n'ont point
manqué de le rebuter . Il a obligé
laMere à lui rendre ſa parole
, & quand on voudroit conclurre
le mariage , on ne croit
pas qu'on puſt l'obliger à y con.
fentir.
Je vous fis l'année derniere
le détailde ce qui s'eſtoit paffé
à l'ouverture du Senatde Nice.
Vous en fuſtes ſi ſatisfaire , que
vous me priaſtes de continuer
les années ſuivantes.Je voudrois
avoir pû fatisfaire plûtoſt voſtre
curiofité , mais ſouvenez - vous,
que l'ouverture de ce Senat ſe
faitdeux mois plus tard que celle
de nos Parlemens , & que la
diſtance des lieux ne permet
pas que l'on foit fi-toſt éclaircy
<
190
MERCVRE
de ce qui s'y paſſe. Je vous fais
part de ce que j'en ay receu.
ANice le 26. Février 1694 .
'Ouverture du Senat ſefis icy,
Luivananttla coutume , le lende
main des Rois. Ily eut un concours
extraordinaire , & Mr de la Porte,
Premier President , parla d'une maniere
fort éloquente &fors polie.
Voicy lasubstance de ce qu'ildit. Le
Sujetdefon Discours fut de l'imporzance
defaire regner la Justice dans
un Elat,du caractere des Magistrats
qui la doivent rendre ,&des qualitez
qui leur font neceffaires pour
remplir leurs devoirs.
Après cette diviſion it dit qu'il
avoit parlé en Latin l'année derniere
, pourse conformer à l'usage
ordinaire du Senat
croyoit devoircommencer àsefervir
, mais qu'il
GALANT.
191
de la Langue Françoise , pourfuivre
ce qui se pratique dans tous les
Parlemens du Royaume ; que les
Romains, à mesure qu'ils établiſ-
Soient leur domination dans leurs
Conquestes , y introduisoient leur
Langage comme leurs Loix , &que
le Preteur de Sicile avoit repris
Ciceron , de ce qu'il avoit parlé
Grecau Senat de Syracuse , disant
qu'un Envoyé de Rome ne devoit
parlerdans une actionfolemnelleqüe
le Langagede la Republique ; mais
qu'il s'étoit bien moinsdéterminépar
ces exemples , que par les reflexions
qu'il avoitfaites, que le Senat tiens
fon Siege depuis trois ans fur les
Fleurs de lis , que la Langue Françoisey
est parfaitement entendue ,
&que cetteVille réunicàla France
en aimeroitsans doute le langage ,
comme elle en aimoit la domination.
192
MERCURE
Aprés ce préambule il expliqua
fa premiere proposition de l'imporrance
de la Justice dans un Etat ,
&pour la prouver il fit un détail
des defordres que l'amour propre est
capable de produire , des maux qui
fuivent les mouvemens des paſſions ,
&de tous les déreglemens qui troublent
la focieté civile. Il fit voir
combien la Iustice eft neceffaire pour
les reprimer ; il montra qu'elle conferve
les droits du Prince , qu'elle
defend ceux de l'Eglise, qu'elle mainvient
les Privileges de la Nobleffe ,
qu'elle fait la feureté des foibles ,
contre les entrepriſes des Grands.
Il parla du nombre d'Etats qui ont
pery dés que la lustice en a esté bannie
,& parcourant tout ce que Sa
Majesté a fait pour la reformation
des abus qui s'étoient introduits dans
La forme de lavendre, dans les Loix
&dans les Coutumes , ilfinit se pre
GALANT.
193
mier point en faisant voir que cette
Justice regneencoredavantage dans
Le coeur de cet invincible Monarque,
que dans ſon Royaume , & renouvella
leſouvenir desmarques particulières
que la Ville de Nice en
avoit recevës en deux occafions im-
Portantes.
Sur le caractere des Magistrats,
il dit que les Rois sont les Juges
naturels de leurs Sujets ; que lo
droit & le pouvoir qu'ils en ontfont
Laplus grandemarque de l'autorité
Souveraine ; que lors qu'il leur a
plû de la communiquer aux Magiftrats,
ils les ont honorez de la pourpre
& de l'hermine qui estoient des
ornemens de la Royauté, & les ont
placezsur des Tribunaux commefur
desTrônes ,pour montrer que dans
l'administration de la Justice ils repreſentoient
la majesté du Princes
qu'en effer larebellion àleurs ManMERCURE
194 *
জ
demens , & la violence contre ceux
qui les executent ,font par les Ordonnances
des crimes fans pardon ;
qu'outre la dignitéde leur caractere
ilsfont les Peres du Peuple , l'afile
dis Pauvres , de la Veuve , de l'orphelin
, la terreur des méchans,
l'appuy de l'innocence , & lasource
de la tranquillité publique. Enfin
il ajoûta que le Parlement de Paris,
ce premier Senat du Royaume,avoit
esté jugé digne d'habiter l'ancien
Palaisde nos Rois,& avoit eu l'konneur
de voir des Papes , & des Empereurs
sesoumettreàses décisions.
A l'égard des devoirs des Magiftrats
, il dit quele premier est
cette constante & perpetuelle vo
lonté de rendre à chacun ce qui luy
apartient ; qu'ils doivent éloigner
d'eux toutes les paffions , & pourse
fervirdes termes de l'Evangile, leur
oppofer la foifde la justice; que l'intereft
GALANT.
195
-
terest est un monstre qui peut rare-
-ment quelque chose fur des quges ,
particulierement fur ceux du premier
rang, mais qu'ils ne laiſſent
pas d'avoir d'autres ennemis dan-
-gereux, desseducteurs qui se trouvent
dans leurs propres familles ,
parmy leurs meilleurs amis , dans
Les lieux les plusSaints , des fuborneurs
agréables qui se prefentent
aux yeux , & qui corrompent la
volonté , fi le Magistrat n'y oppose
une fermetéinvincible ; que comme
il est au Public , il doit à tout le
monde un accés libre & facile , à
l'exempledes Magistrats Romains ,
qui donnoient Audience en tout
semps , en tous lieux , jusqu'à se
placer dans les festins prés de la
porte , suivant le témoignage de
Plutarque, pour estre plus à portée
d'entendre ceux quiavoient quelque
chose à leur dire . Il parla de la
Mars 1694.
196 MERCURE
necessitéde bien sçavoir les Loix &
les Ordonnances , du danger d'accabler
la raison par la multiplicitédes
Sentimens des Auteurs , de la longurur
des Procés , & du soin qu'un
Iuge doit prendre d'en prevenir les
abus. Il lowa les Officiers du Senat
de Nicefur leur probité , leur érudition
, & lapureté de leurs moeurs.
Il dit qu'il n'y avoit qu'à les propo-
Sereux-mesmes deux-meſmes comme
de parfaits modeles de ce qu'ils doivent
estre ; que dans la Conqueste
de leur Villele bonheur d'y avoir
trouvé de tels Magistrats n'est pas
un des moindres avantages du Roy ,
mais que le leur est grand d'y vivre
fous un fi grand Prince, qui protege
la justice , & qui ſçait la rendre
dans toutes les Profeſſions & à la
vertu; qu'il lefait par des bienfaus
Solides , & par d'utiles honneurs ;
que l'Ordre de Saint Louis qu'il a
GALANT. 197
nouvellement étably , les Commanderies
& les Places qui en dependent
ne font pas de ces Couronnes
infructueuses que donnoient les Romains
pour recompenses des bonnes
actions ; que cefont des Titresd'bon
neur ausquels S. M. a attaché des
biens confiderables , & qu'elle
distribue à ceux dont les ſervices
l'ont merité ; que cette justice dans
les recompenfes , dans l'obſervation
des Loix , dans la punition des crimes,
fait dans l'Etat unejusteharmonie,
quiest, pour ainſi dire, l'ame
des prosperitez de fon regne, dans
lequel on a veudes chosesfifurprenantes,
fimerveilleuses ,que ceux
mesme qui enont esté les témoins ne
pouventyfairereflexionſans étonnement;
quefans parler de ce qui s'est
paffé depuis le commencement de la
guerre, dont toutes les Campagnes
ont esté siglorieuses , iln'y aqu'à
T
2 I
198
MERCVRE
de la po
rapellerlesfuccés dela derniere ,la
prise d'Heydelberg , celles de Rose ,
d'Huy ,de Charleroy , les Victoires
deNeervvinde & de la Marſaille,
lesfuccés de la Mer dont plusieurs
Nations jointes enſembles ne sçau .
roient plus nous diſputer l'Empire :
qu'enfinil n'y a ny temps , ny lieux,
ny occasion où ce grand Monarque
ne triomphe des efforts
litiquede cet Amalecite , auquel les
Princes Catholiques ont eu l'aveuglement
de s'unir contre laveritable
Religion,Princes que cet ambitieux
afoulevezau peril de leurs Villes
de leurs Estats, pourſervirà ses interests
particuliers & dont les vains
effortsn'ontservi qu'à leur confusion,
Và la gloire de nôtre invincible
Monarques que ses Peuples font
beureux devivre sous sa domination,
que ceux de Nice partagent cette
bonne fortuneſous un Commandant
GALANT
vigilant , infatigable, ex
l'execution des ordres de Sa Ma
en
quefituezsur lafrontiere ils ne s'apperçoivent
de la guerre que par le
nombre des Troupes destinées pour
les défendre,fiſagespar la discipline
qu'elles obſervent , qu'on en pourroit
dire ce qu'on diſoit de celles d'A.
lexandre Severe , que ce sont autant
de Compagnies de Senateurs.
Faffe le Ciel , dit- il en finissant
Son Discours ,que tant de bonheurs
nous procurent la Paix , qu'ellefoit
le fruit de tant de Victoires , نم
qu'on la puiſe dans cette fource de
graces dont leChef visible de l'Egliſe
vient de faire part à la Chref.
tienté, que les voeux duſagePasteur
qui éclaire ce Dioce eparsa doctrine,
qui l'édifieparsa pieté par ses
exemples ,foient exaucer,& que
cet accompliſſement de tous les biens,
comme parle le Prophete Ifaye, foit
I 3
200 MERCVRE
la recompense des soins infatigables
deLouisle Grand.
Ce ſera ſans doute vous faire
plaiſir que de vous envoyer l'extraitd'un
Sermon de la Difcipline
Eccleſiaſtique , que M. l'Eveſque
& Comte de Noyon ,
Pair de France , Conſeiller ordinaire
du Roy en fon Confeil
d'Etat , prononça en l'Egliſe de
la Maiſon Profeſſe des Jeſuites ,
le Dimanche de la Quinquagefime.
Ce ſçavant Prelat ne por
tant encore que le nom d'Abbé
de Tonnere , a brillé autrefois
dans les meilleures Chaires de
Paris , & il a eu l'honneur de
prefcher des Avents & des Carêmes
entiers devant Leurs
Majeftez , avec un applaudifſement
ſi general , que quand fa
naiſſance ne l'auroit pas élevé
६.
GALANT. 201
2
aux plus hautes dignitez de l'Eglife
, on a tout ſujet de croire
que fon efprit ,& fon erudition
l'y auroient fait parvenir. On ſe
faitun ſi grand plaifir d'entendre
ſes doctes Predications, qu'il
eut trente- fix Eveſques pour
Auditeurs le jour que je viens
de vous marquer.Ce Sermon futv
extremement approuvé de toutes
les perſonnes d'autorité
de capacité&de pieté dans l'Egliſe
qui l'entendirent ,& ils le
jugerent d'autant plus utile,qu'il
faifoit connoiſtre le concert &
I'harmonie de la Diſcipline primitive
avec la Diſcipline prefente
, ſelon les faintes regles ,
que l'Eſprit de Dieu a dictées & ;
preſcrites dans le Concile de
Trente , par une perpetuelle&
mefme tradition .
M. l'Evefque de Noyon prit
14
202 MERCURE
ces paroles de Saint Luc pour
texte , Et erat verbum istud ab.
fconditum ab eis , & dit qu'en lifant
d'abord la Lettre du texte
ſans penetrer le fond du myſtere
, on eſtoit forcé d'avoüer que
l'on avoit cru trouver dans le
perſonnage que fourniſſoit l'Evangile
de ce jour , un Aveugle
à éclairer , un Pareſſeux à
exciter , & un Egaré à ramener
dans la voye , mais que l'Eſprit
de Dieu nous donnant preſentement
de plus grandes lumieres
, il alloit paffer tout d'un coup
de la lettre au myſtere , & faire
voir par trois changemens avantageux
que cet Aveugle eſtoit
un Penitent public, ce Pareſſeux
Catechumene , & cet Egaré
un Chreſtien parfait. Il commença
en diſant qu'il y a tant de
rapport entre le peche , qui eſt
lemal,lahonte,qui en eſt l'effet,
un
GALANT.
203
& la penitence qui en eſt le
remede,que le peché forme trois
differentes eſpeces de hontes &
de penitences,dont la premiere
eſt une honte orgueilleuſe qui
fait des Penitens muets, qui augmentent
leur crime par leur
filence ; la ſeconde une honte
timide , qui fait des Penitens
éloquens , & dont la parole
attire la grace , & la troiſieme
unehonte ſaintement impudente
,& dont l'exemple repare le
ſcandale injurieux à la gloire de
Dieu. Il donna Cain qui ne répondit
point quand Dieu luy
demanda des nouvelles d'Abel ,
poür exemple du Penitentmuet.
Penitens muets , pourſuivit- il,qui
voulezperir pour ſauver un honneur
imaginaire , vous épargner une
honte inevitable d'ailleurs ,Scachez
que vous ne ferez ny aveugles , ny
IS
2045 MERCURE
1
Sourds , ny inſenſibles , &que vous
verrez vous entendrez, &vous porterez
I horreurde vos crimespar tout.
Le remords de conscience estant une
Lumiere qui peut estreobscurcie,parce
qu'elle n'est pas Dieu, &qui pour
tant ne peut estre éteinte parce qu elle
vient de Dieu , éclaire toujours
affez pour vous découvrir la bonte
de vos plaisirs au milieu de l'obsonritéqui
les couvre. C'est unevoix qui
parle toujours , qui nese tait jamais,
qui vous reproche tout lemalque
vousfaites .C'est un poids qui charge
toujours , qui ne diminuëjamais ,
qui vous écrase. Funeste favorable
experience de DavidPecheur renitent,
c'est vous qui nous apprenez
que lefort du remords de confcience
eft different parrapport àtrois dif.
ferens états ,que tantost il est une
peine de lajustice de Dieu, tantoft
unegrace defamifericorde, qu'il
GALANT.
205
est ainsi, ou une lumiere qui éblouit,
unevoix qui menace ,& un poids
qui accable lespecheurs ; ou une lumiere
qui conduit une voix qui con
Sole les Penitens un poids qui ne
les charge qu' afin qu'ilsse relevent
plushumbles.
Aprés, avoir donné Adam,qui
accuſa Eve d'eſtre complice de
fon peché,pour exemple du Penitent
éloquent, dont la confefſion
merita que Dieu luy pardőnaft,&
nous apprend que ſi le ſilence
des Penitens muets attise
des maledictions , la parole des
Penitens éloquens en détourne
le cours ,il dit qu'il avoüoit que
Saint Paul ordonnoit à Timo .
thée d'impofer des penitences
publiques , & que la primitive
Egliſe eſtoit tous lesjours occupée
à ces ſaintes reconciliations.
Il fit voir que fi la penitence
16
206 MERCURE
Publique estun estat odieux , &
qui découvre de grands pechez
que l'homme hypocrite affecte
de cacher, c'eſt un estat de grace
refuſé auxAnges dans le Ciel ,
reſervé aux hommes ſur la terre ,
& que Dieu eſtime tant , qu'il
le préfere en quelque façon à
celuy d'innocence , comme s'il
aimoit mieux , ſauver les Vaif
ſeaux du naufrage , que de les
laiſſer en ſeureté dans le Port ,
aprés quoy il s'écria , Courage ,
Pecheurs publics ! N'eſtes- vous pas
Suffisamment convaincus de tous les
avantages de la grace ,de la jove ,
de lagloire de la penitence publique
? Entendez vous lesens du
mystere qui estoit cachésous lafigure
del Aveugle? Devenez&paroiffer
des penitens pubics, malgréles
avis les efforts de tous ceux qui
voudroient vous imposerfilence, criez
GALANT. 207
deplus enplus, ſans aucune bonte
avec le Penitent genereux de nostre
Evangile , Seigneur, ayez pitié de
moy.
1
M. l'Eveſque de Noyon fic
remarquer dans ſa ſeconde partie
, que le deſir de la ſcience ,
l'amour des plaifirs , & la fainteté
des matieres avoient formé
trois diffentes eſpeces des anciens
Catechumenes ; les curieux
qui pretendoient connoiftre
les myſteres que l'Egliſe leur
cachoit,& qu'elle reveloit uniquement
aux Fidelles;les parefſeux,
dont quelques-uns étoient
appellez Cliniques , parce qu'ils
differoient le Baptefme juſques
au lit de la mort , pour éviter le
long exerciced'une laboricuſe
penitence ,& fe fauver àtextremité
tout d'un coup ,& les
modeſtes qui refufoient tout ,
208 MERCURE
&ne demandoient rien. Il en fit
l'application ,& après avoir reconnu
des Catechumenes curieux,
qui veulent ſçavoir comment
la Religion Chreftienne
embraffe& foutienttantde contradictions
apparentes ,& plus ,
difficiles à croire que celle du
Buiſſon ardent qui bruloit tou- .
jours fans ſe conſumer , il vint
aux Catechumenes pareſſeux .
F'entens vostre langage, dit- il,hommes
delicieux inſenſibles àtout ,
que
pourveu que voussoyez couronnezde
rosesfans aucunes épines ,
vous viviezà vostre aise dans leſein
desplaisirs. Lesçaisla perilleuseref-
Source dubon Peccavi commefiun
miracle fingulier estoit un exemple
commun, & pouvoit tirer à confequence.
Tout le mondescandalisé retentit
de vos raisonnemens faux , ri
dicules , injurieux à la grande
GALANT 209
miſericerde du Sauveur. Nous vou
Lons toujours offenferDieu,parce que
nous pouvons toujours nous repentir.
Nous nous croyons les arbitres
denostre fort, maistres du crime
de la grace, amis ou ennemis de Dieu
quandnous voudrons , & la mesme
porten'est elle pas ouverte pour nous
au peché à lapenitence , à l'in
jure au pardons Il n'oublia pas
les Catechumenes modeftes ,&
ayant parlé des Benefices que
l'Egliſe primitive deſtinoit à
certains Catechumenes , qu'enfuite
elle faifortClercs , & atsachoit
au ſervice des Eglifes
particulieres;Relevons,pourfuivit-
il, les juſtes actions de graces
que l'Eglife Gallicane doit au Roy,
qui luyrend les Catechumenes modeftes
deses dignitez deses Benefices
parde longues épreuves de dignes
Sujets. Enfin , admirons l'infi210
MERCVRE
gnepietéduPrince , qui estant, pour
parlerdans les termes de Saint Lerome
,le plus Chrefiien de tous les
Grands,comme il estle plusgrandde
tous les Chreftiens,fait un sifaint
usagedu droitfacré de nommer aux
Prelatures , qu'il le regarde comme
un poids , dont il nepeut décharger
plusfeurement ſa conscience devant
Dieuque dans le temps précieux de
fesdevotions.
Ce Prelat trancha ſa troiſième
partieenpeu de mots,en faiſant
voir que les Chrêtiens peuvent
eſtre partagez en trois claſſes;les
mauvais,qui ſont froids;les mediocres
qui font tredes , & les
parfaits qui font ardens : & pour
ſçavoir ſi la parole de Dieu avoit
répandu ſes benedictions ſur
l'auditoire,il dit que pour enjuger,
il falloit que le Pecheur pu
blic devinſt un Penitent public
GALANT. 211
& s'écriaſt dans les termes de
Nabucodonefor reduit & touché
: L'estois cet homme riche
voluptueux , laseule regle de mes
volontezdéreglées. L'estois aveuglé
par mes propres defirs , auſquels ,
Dieu dejustice , vous m'aviezabandonné!
Vous estes un Dieu dont la
nature n'est qu'esprit ; j'estois tout à
La chair, pouvois je eſtre voſtre image?
Vous estes le maître de tout j'étois
T'esclavedu peché qui n'est rien,quel
rapport entre l'Original& la copie?
L'eftcis , belais ! que n'estois-je pas ?
L'estois un Aaron Idolâtre ,
fuis àpreſent le fidelle Moyfe. Iay
brulele Veau d'or , j'ay jettéles
cendres coupables de tant defeuxim.
purs dansletorrent deslarmes dema
penitence. L'ay fait deplus trois falutaires
efforts , qui m'ont relevéde
toutes mes funestes cheutes.Iaylevé
les yeux au Ciel, &je les ayfermez
je
212 MERCURE
à laterre.I ay fait revivre lessenti ..
mensqueele crime avoit étouffez. Ie
fuis tout renouvelle , j'ay repris
mon ancienne forme. Vous estes mon
Createur, jefuis homme, j'ay rappellémaraisonégarée.
Vouseſtes mon
Sauveur jesuis Creſtiens j'ay retracé
tous les traits de la Grace efficace,
parun beureux retourdes vertuspropres
à mon âge, àma condition,
àmonemploy , ma premiere
figure d'homme chrestien m'est revenue.
belle
Depuis ma derniere Lettre ,
j'ay à vous apprendre la mort de
pluſieurs perſonnes diftinguées
parleur naiſſance,par leurs em.
plois , & par leur merite. En
voicy les noms .
M.Pucelle, premier Preſident
au Parlement de Grenoble,où il
eſt mort d'une Fievre maligne
en cinq jours , fort regreté de 3
GALANT.
213
toute cette Province,& de tous
ceux qui avoient l'avantage de
le connoiſtre. Il eſtoit Neveu
deM. le Maréchal de Catinat ;
& laiſſe deux Freres , l'un Confeiller
Clerc au Parlement de
Paris ,& l'autre dans le ſervice .
M. Amelot , Abbé d'Evrop
Aumônier du Roy.llétoit Frere
M. Amelot , diſtingué par plufieurs
Ambaſſades,& prefentement
Ambaſſadeur Extraor
dinaire en Suiffe .L'eſprit, l'éloquence&
l'integrité fontle partage
de ceux de cette Famille ,,
qui eſt des plus illuſtres de la
Robe.
M. Parmentier , Doyen desi
Subſtituts de M. le Procureur
General.Il eſtoit âgé de quatre- .
vingt-fix- ans, & fi connu par le
grand nombre d'affaires qui luy
ont paffé entre les mains , qu'il
1
214
MERCURE
n'y a perſonne qui ne ſcache
tout ce que je pourrois vous
dire de luy .
Dame Marguerite-Charlote
deClerembaut. Elle avoit épouſé
M. de Vienne,Conſeiller en
la Cour , & Frere de Mrs de
Vienne dont je viens de vous
parler à l'occaſion des deux Regimens
qu'ils ont obtenus .
M. de Charanton , Maiſtre
d'Hoſtel du Roy. Il ſervoit auprés
de Monſeigneur le Duc de
Bourgogne , & ileſt mort fubitementd'apoplexię
à Versailles .
Le Pere Dom Placide de Porcheron
,Religieux Benedictin ,&
Bibliotequaire de l'Abbaye de
S.Germain Deſprez.Il eſtoit de
Chasteauroux,Dioceze de Berry
& avoit un genie d'une vivacité
extraordinaire ,une tres heureuſe
memoire,beaucoup de delica
GALANT. 215
teffe &de fineſſe d'eſprit , de la
politeſſe, ſçachant parfaitement
bien le monde, ce qui luy avoit
attiré l'eſtime & l'amitié de quatité
de perſonnestres-confiderables.
La ſcience du temps luy étoit
connue ,& il avoit de gran .
des lumieres ſur les intereſts des
Princes,n'ignorant rien des Genealogies
des plus grandes fa .
milles de toute l'Europe. Il pofſedoit
parfaitement la Geographie,&
a fait imprimer ſur l'ancienne
un vieux Manufcrit auquel
il a donné le nom de Ravenas
,& qu'il a enrichy d'un
tres -grand nombre de Notes curieuſes
& ſcavantes. Il étoitd'ailleurs
tres-bon Medailliſte , &
ſçavoit tres- bien l'Hiſtoire profane
, ancienne & moderne . Il
a eu grande part à l'Edition nou
vellede Saint Hilaire,& écrivoic
216 MERCURE
1
4
également bien en François &
en Latin. Il a donné une Education
d'un Prince en François ,
&a fait tout nouvellement un
Ouvrage Latin ſur l'ancienne
Geographie. Il ſera donné au
publicavec le temps. Il ſçavoit
la Lanque Grecque & l'Italienne,
& avoit une connoiſſance
particuliere des Livres &des anciens
Manufcrits. Enfin on trouvoit
en luy tout ce qui estoit neceffaire
pour s'acquiter dignement
de la Charge de Bibliotequairedans
une des plus fameu- .
ſes Biblioteques de France , tant
par fon antiquité , que par le
grand nombre de Livres des
meilleurs éditions , & de quantité
de Manufcrits des plus anciens
quil'enrichiffent.Unhomme
d'un ſi grand merite devoit
toujours vivre. Cependant il eſt
GALANT .
217
mortdans ſa quarante &uniéme
année.
Nous avons auſſi perdu un Avocat
fort celebre qui n'eſtoit
âgé que de quarante trois ans .
C'eſtoit M. de Rez. Je ne vous
en diray rien , me contentant
de vous en voyer les Vers que
M. de Vertron a faits fur cette
mort.
DLeurez, pleurez,pauvres Plai.
deurs ,
5
Postre Avocat est mort ,l'un de nos
grands Réteurs,
Assurément c'est une perte
Et pour vous,& pour leBarreau.
Themis d'un voile noir à la teste
couverte
VoyantdeRez dans le Tombeau .
De Rez avoit le ſtile, & l'esprit de
Pageau ,
DePatru la langue diferte ,
21.8 MERCURE
1
1
P
De Fourcroy la ſcience ; il estoit
jeune & beau .
Assurément c'est uneperte
Et pour vous , &pourle Barreau .
Pourfes Clients remplide Zele ,
Des Avocats il eſtoit le modele ;
Mais cet illustre Mort vivant dans
Ses écrits
Charmera toujours nos eſprits.
Si Paris eft une autreAthene,
De Rez estoitfon Demosthene .
Cet Orateur divin avoit un tour
nouveau ,
Le geſte aisé, l'air doux , la mine
ouverte
Afſurément c'est une perte
Et pour vous & pourle Barreau .
Conſolez- vous pourtant ,infortunez
Plaideurs ;
La Sale du Palais n'est pas encor
déserte,
Vous avez d'autres Orateurs ;
Au défaut d'un Le Maiſtre, au défaut
d'un Pucelle,
An
GALANT.
219
Au défaut d'un Langlois , vous
avezun Nivelle , :
Vn Sachot , un Robert, un Vaul
-tier , un Chardon ,
In Dumont , un Errard , qui tous
charment l'oreille.
こ
Ah! Sij'avois une langue pareille
,
On m'entendroit parler,comme eux,
en Ciceron.
L'étalerois les traits de labelle Eloquence,
Etpour meconſolerd'une Fatalité
Qui trop ſouvent, belas ! m'appelle
à l'Audience ,
le ferois voirla Verité ,
Avec l'Art enchanteur d'une brillanteProfe
Ie plaiderois moi- même, & gagnez
roisma Cause.
Je viens d'apprendre toutpre-
Mars 1694. K
t
120 MERCVRE
fentement deux autres morts,
L'une eſt cellede M.le Preſident
Baillet,& l'autre de M.le Comte
de Poitiers , Pere de M. l'Abbéde
Poitiers,Chanoine de Liege,
& de Mademoiselle de Poitiers
, qui brilloit à la Cour ily a
quelques années , eſtant Fille
d'honneur de Madame. 10
On a eu avis de la mort de la
Grande Ducheffe de Toscane la
Douairiere . Elle estoit Fille du
dernier Duc d'Urbin . L'Eſtat
d'Urbin a eſté poffedé par la
Maiſon de la Rovere , & quand
cette Maiſon a manqué,il eſt devolu
au Saint Siege ſous Vr
bain VIII.
DomCaſtillo qui commandoit
dans Charleroy avant la reduction
de cette Place ,ſouhaitant de
paſſer par laFrance pouretourGALANT
..
227
ner àMadrid , fit demander un
paſſeportau Roy,& ce paffe port
luy ayant eſté accordé , il a eu
T'honneur de faluër Sa Majesté ,
&d'en recevoirdes loüanges fur
le Siege de Charleroy qu'il a
foutenu beaucoup plus longtemps
que les Alliez n'ont fait
d'autres fieges , dans des Places
bien plus fortes. M.le Maréchal
Duc de Luxembourg , & M. le
Comte de Guiſcar l'ont regalé,
ainſi que plufieurs autres Seigneurs
de la Cour. Il a beaucoup
d'équité, & les manieres honnetes,
naturelles aux Eſpagnols.
M. l'Abbé de Mailly,Frerede
M. l'Eveſque de Lavaur , de feu
M. le Marquis de Nefle , tué au
Siege de Philisbourg,& de M.le
ComtedeMailly,Colonel general
des Dragons , a eſté nommé
K 2
222 MERCURE
it
par le Roy pour remplir la place
d'Aumônier de Sa Majesté , qui
eſtoit vacante par la mortde M.
l'Abbé Amelot. Ce jeune Abbé
ſoutient bien l'éclat de ſa naifſance,
qui eſt des plus illuftres de
Picardie,& marche ſur les traces
de ceux de cette Maiſon , tousjours
eſtimez dans leurs differens
emplois.
Il paroiſt depuis peu un Livre
intitulé,Journal des Marches,Campemens,
Batailles , Sieges &Mouvemensdes
Armées duRoy en Flan.
dre ,&de celles des Allier,depuis
l'année 1690 ,juſques à preſent. Il a
eſté preſenté au Roy par M.
Vaulier, Commiſſaire ordinaire
de l'Artillerie , & on y voit
les ordres & la conduite d'un General
, les Campemens , les marches
, la maniere de les affurer ,
GALANT.
223
}
&d'occuper un terrain à la veuë
de l'Ennemy , en quoy confifte
le ſecret de l'Art militaire , &
d'où dépend le ſuccés des grandes
actions . Il y a joint , par rapport
â nos mouvemens,tous ceux
des Ennemis qui ont eſté de
quelque importance , & leurs
diſpoſitions les mieux entenduës
dans les differentes occafions .
GetOuvrage eſt d'un ſtile concis
&accompagné d'une Cartè particuliere
des lieux de la Flandre
où ſe ſontpaſſez les mouvemens
dont l'Auteur parle . Cette Carte
a eſtédreſſée ſur ſes Memoires
par M. Moullart Sanfon ,Geographe
du Roy. Les Campemens
de chaque année y font marquez
pardes couleurs differentes . On
y a mis auſſi les Camps que les
Ennemisont occupez proche de
K
3
224
MERCVRE
nos Armées. Ainſi elle donnera
un plein éclairciſſement de tout
ce qu'on pourra ſouhaiter. Ce
Livre ſe vend chez le SrBrunet,
àl'Enſeigne du MercureGalant
au Palais , dans la grande Salle.
>
Il debite auſſi une Comedie
faite fur des Originaux dont
il ſe trouve dans tous les
eftats du monde ; elle eſt intitulée
Les Soufleurs , dont elle
fait voir une peinture fort divertiſſante.
Outre les Estampes
qui ſe trouvent dans cette Pie
ce , elle eft remplie de quan
tité d'Air notez , de forte qu'elle
ne plaiſt pas moins par ladiverfité
qui s'y rencontre , que par
les choſes plaiſantes que l'on a
tirées de ſon ſujet .
Le Roy partit de Verſailles le
GALANT.
225
is . de ce mois pour ſe rendre
à Ghantilly. Le 16, il fir la reveuë
des quatre Compagnies de
fes Gardes avecleurs Capitaines
à leur teſte ; & enſuiteilpric
avec les Princeſſes le divertiſſement
du Vol. Le 17. il vit encore
ſes Gardes , aprés quoy il
alla tirer. Le 18. ilarriva àCompiegne.
Le 19. il prit le diver
tiſſement du Vol avec les Prin
ceffes. Le 20. il alla tirer , &
le 21. il fit la reveuë de fon Re
giment,& alla encore tirer. Le
22. il fit lamême reveüe,& prit
le divertiſſement du Vol. Les
deux jours ſuivans il alla tirer,&
le 25.il prit encore le divertiſſement
du Vol. Le 26.& le 27.il
vit les Carabiniers , & le 28. il
alla coucher à Chantilly , eſtaut
fort fatisfaitdes Troupes qu'il a
K 4.
226 MERCURE
vües. Ce Prince y a demeuré le
29. & le 30. C'eſt un lieu fi
delicieux,& Monfieur le Prince
en fait ſi bien les honneurs ,
qu'on n'y peut eſtre qu'avec
une extrême fatisfaction . On
ne peut douter de la parfaite
ſanté du Roy , puiſque ce Prince
infatigable a toujours eſté
occupé à faire des reveuës ou à
chaffer , & qu'iln'a paslaiſſe de
tenir Conſeil dans les temps
qu'il n'eſtoit point occupé.
Le Careme eſtoit le vray mor
de l'Enigme du mois paſſé.Ceux
qui l'ont trouvé font Mrs du
Guain : de Mory: Cheſnebrun ,
Bailly de Nogent : Caffon:Cartillier
: Deſtival de l'Hoſtel
Serpente : M. Laval. Capitaine
de la troupe Angloiſe : de Siſepierre
: Mademoiselle de CorGALANT.
227
i
doüilles : le Berger Fleuriſte ,
le Bourgeois Fidelle de laMontagne
Sainte Geneviève : le
Berger Auteur des galantes
Cauſes de recufation , contre la
Bergere Galatée : la ſpirituelle
du Gain , & ſa chere compagne
: le gros Controlleur : le
Petit éveillé de Chatouë : le
Fils adopté de Montmorency :
l'aimable Rifole : Fanchon
Renard : l'Abbé de Galiotte ,
prés de Nogent le Rotrou :
le Difcret Bongart d'Orleans :
la Princeffe Olive : Claridiane :
Priappe : le Chevalier du Soleil
: le Chevalier Roſicler :
Brufeldore la Conſtante a
l'Anagrame j'ay l'esperance , &
fon heureux Berger : le genie
de la grande Ecurie : le Mary
de l'innocence opprimée : la
:
Ks
228 MERCURE
belle Mere de l'Hoſtel de Mars :
l'Aimable Fouques : le Che
valier Pacifique : le Pere de
l'agreable Famille : Bihoreau
l'aiſnée de la Theilleſt , & de
l'Hammeau : Hubert l'aimable ,
& bon Chreftien :Bertier , le
Marchand de Vin : Mademoifelle
de Beauffe du Gueſclin :
le Sage : la Chappelle : le Sculpteur
: Prud'homme : l'Aftro
logien fincere & difcret : la
Sage Mimie , & fon agreable
Amant perſeverant .
4
Vos Amies ſe divertiront fur
a nouvelle Enigme que je vous.
envoye .
GALANT. 229
A
ENIGME.
Deux chofes bien differentes
Un mesme nom convient ; ce noms
qu'il faut trouver ,
Sans lefecours des remarquesſuim
vantes ,
Pourroit , Lectcar , te faire trop
refver.
Pour te faciliter ce que tu te propoſes
Je te diray que l'une de ces choses
S'exprime en genre masculin ,
Et l'autre en genre feminin.
L'une eft gracieuse , agreable ,
D'un accueil doux &favorable ,
Et tres-volontiersſe produit.
۳
K 6
230 MERCURE
L'autre toûjours est tenebreuses
Timide, inquiete , ombrageuse ,
Et s'affaroucke au moindre bruit,
L'une fait toûjours bonne mine .
L'autre ne vit que de rapine ,
Et ravage par tout où fon corps peut
Paffer.
L'une enfin n'est qu'une gâte-menage
;
D'amour& d'amitié l'autre estun
témoignage,
Mais un moment aussi suffit pour
l'effacer.
Rien ne sçauroit eſtre plus de
ſaiſon que l'Air nouveau que je
vous envoye
AIR NOUVEAU.
Hretiens, aimez tous la fouffrance
2
10
LYON
AVILLE
TY
-de Savoye n'euſt aufl
FI
110
les
la
du
ez
их
de
Dir
ils
ce
nde
mi
ils
7.
20
Hreſtiens,aimez tous lafouffrance
GALANT . 231
Ou ceffez de porter un nomfi glorieux
,
Rienn'est plus affuré que le chemin
des Cieux
Eft celuy de la patience.
د
}
1
Je viens à la ſituation des
affaires de l'Europe touchant la
-Guerre prefente. Les Sujets du
Duc de Savoye s'eſtant flatez
fort long temps d'avoir la Paix
depuis la perte de la Bataille de
la Marſaille ont ceffé d'avoir
cette efperance , ſi toſt qu'ils
ont appris que leur Prince
*étoit allé à Milan , pour conferer
touchant les preparatifs de
la Campagne prochaine , ce qui
les a tellement chagrinez qu'ils
Font eſté ſur le pointde ſe foulever.
Cela feroit arrivé ſi le Duc
- de Savoye n'euſt auſſitoſt pris la
232 MERCURE
poſte pour retourner à Turin,
afin d'empêcher par ſa preſence
la fuite du mécontentement
de ſes Sujeis , qui ne font pas
moins ruinez par les Troupes
de leurs Alliez que par celles
de leurs Ennemis . Ils font auffi
deſolez par les partis de la Garniſon
de Pignerol , qui s'étendent
dans toute la pleine ,
& ne reviennent jamais -fans
un grand nombre de Priſonniers.
Il eſt mort une ſi grande
quantité d'Allemans dans le
Montferrat , qu'il eſt impoſſible
que l'Empereur ſoit en estat de
reparer cette perte , ayant luy
meſme beſoin de beaucoup de
Troupes , parce que les Tures
doivent eſtre beaucoup plus
forts la Campagne prochaine
que Sa Majesté Imperiale ne
GALAN T.
233
l'avoit crû. Depuis un mois
toutes les Lettres d'Allemagne
, de Hollande , de Bruxelles
, & meſme de toutes les
Cours des Allicz , en conviennent
, & toutes les correſpondancés
ſecretes que l'Empereur
a dans l'Empire Otoman en
font foy L'Empereur avoit crû
pouvoir épargner la dépenſe
d'une partie de ſa Flote fur le
Danube , mais les Turcs y font
un ſi grand armement ,que ce
Prince fe trouve obligé d'ajoûter
au ſien , non ſeulement
tout qu'il en avoit retranché ,
mais auffi de nouveaux Baſtimens
,pour lesquels il n'y
a point de fonds , non plus
que pour l'augmention des
Troupes de terre , ce qu'on
- avoit refolu demettre en cam234
MERCURE
pagne de ce coſté là ne ſuffifant
pas pour s'oppoſer aux
Armées du Grand Seigneur ,
qui doivent eſtre formidables.
Ce fontles propres termes des
Lettres écrites de Vienne , le
Grand Vifir ayant donné de
fon propre argent ,pour enga
ger les vieilles Troupes qui
avoient quitté le ſervice , à y
rentrer. On affure meſme que le
Grand Seigneur doit venir à
Belgrade , pour y demeurer
pendant la Campagne , afin de
donner plus de chaleur à ſes
Armées . Toutes ces choses ont
obligé l'Empereur d'envoyer en
poſte à Rome le Duc de Croy ,
pour demander un fecours
d'argent à Sa Sainteté. On luy
a repreſenté l'embarras de la
Chambre Apoftolique , & que
GALANT.
235
le Pape a trouvéfort mauvais que
La Maison d'Autriche ait voulu
écouter plûtoft que ses paternels
offices ,les promesses de l'Angleterre
de la Hollande , pour
Luyfaire continuer la guerre ,
refuser les propofitions de la France
pour la Paix. Ce font auſſi les
propres termes des Lettes de
Rome. Les affaires de l'Empereur
font en beaucoup plus
mauvais eftat depuis cette réponſe
, Sultan Galga avec
quatorze mille ,tant Turcs que
Tartares , & Mécontens de
Hongrie , eſtant entré
Tranfilvanie , par un paſſage
que gardoient les Milices du
Pays , qui l'ont laiſſe libre. On
les foupçonne d'avoir eſté d'intelligence
pour l'abandonner ,
eſtant fort las de la domination
en
236 MERCURE
des Imperiaux , qui leur est fort
à charge ,& qui ontperdu quatres
cens hommesten cettetoc
cafion avec l'équipage de quatre
Regimens. Il y a eu plufieurs
Villages pillez &brûlez , pen
dant fix jours que les Turcs&
lesTartares ont demeuré dans
le Pays , d'où ils ont amené
vingt mille eſclaves. Le Comte
de Veterani s'eſt trouvé engagé
de partager fes Troupes
pour envoyer garder ce paffage
, de forte qu'il a cſté cons
traint d'en envoyer demander
d'autres à la Cour de Vienne ;
ce qui l'embaraffe beaucoup
enayant grand beſoin ailleurs ,
ainſi que de Travailleurs. Les
Turcs la menacent de pluſieurs
Sieges à la fois , ce qui fait
qu'elle dégarnit les Travail.
GALANT
237
leurs d'une Place pour les envoyer
à d'autres , & qu'ancune
n'eſt achevée de fortifier. La
eherté des vivres eſt tres grandedans
toute l'Allemagne , &
le pain vaut cinq fols la livre
à Francfort . Le VVirtemberg
eft entierement ruiné , & ik
y'eſt mort foixante mille per .
fonnes.Il ne faut pas s'en étonner
, ce Pays ayant eſté obligé
de nourrir plus de quatre-vingt
mille hommes pendant la Cam
pagne derniere. Les autres
Etats d'Allemagne , où les
deux Armées ont paffé , ne font
guere en meilleur eftat. Les
affaires d'Angleterre vont
beaucoup plus lentement que
l'on n'avoit crû ; comme il man
1 que beaucoup de Membres au
parlement , on a mandé dans
238 MERCURE
les Comtez ceux qui ſe ſont
retirez . On croit que c'eſt à
cauſe du mécontentement
qu'ont les deux Chambres des
trois Bills qui ont eſté rejettez
par le prince d'Orange , & de
la difette des fonds pour trouver
les ſubſides accordez . Les
impoſitions propoſées ſur le
Sel , ſur les Bieres , fur les
Cuirs & fur le Savon , chagrinent
beaucoup les peuples ,
qui apprehendent qu'elles ne
foient éternelles . Un Membre
de la Chambre Baffe a fait un
grand Difcours fur ce ſujet , &
fait connoiſtre que ſi l'on ac
cordoit les Impoſitions au prince
d'Orange , il pouroit à l'avenir
ſe paſſfer d'un Parlement ,
& n'en convoqueroit plus , &
qu'ainſi cet Impoſt ne s'oſteGALANT.
239
ce
,
roit point , parce qu'il faut
qu'un parlement annulle
qu'un autre a fait. Cette affaire
n'eſt pas encore terminée. On
a mis en liberté tous ceux qui
avoient eſté enrollez par force
, tant Soldats que Matelots ;
les recruës vont lentement
& quoy qu'il y ait pluſieurs
Colonels nommez , on ne travaille
encore aux recreuës que
de trois Regimens. Les Troupes
de Hollande ne font augmentées
que d'un Regiment ,
& l'armement Naval ne ſera
pas plus fort que celuy de l'année
derniere. Outre le chagrin
qu'ont les Anglois , &
les Hollandois à cauſe des Bâtimens
que nous leur prenons
tous les jours , ils ont encore
eu celuy d'apprendre l'arrivée
240 MERCVRE
de noſtre Flote des Indes , &
l'on a cité à Londres , pour leur
faire leur procés , les Commandans
des Vaiſſeaux qui ont
laiffé entrer le Capitaine Bart
dans le Port de Dunkerque
fans l'attaquer..
Cinq Perſonnes ont fait banqueroute
à Madrid , Seville &
Cadix ,& on croit qu'elles en feront
faire pluſieurs autres en
Hollande , & que le commerce..
en ſouffrira beaucoup . Jamais
l'Eſpagne n'a eſté dans un ſimiferable
eſtat , & cette grande
Puiſſance ne peut qu'à peine
fournir dequoy deffendre la
Catalogne , où les François
n'envoient pas un grand nom
bre de Troupes.
Les affaires de Liege ſont dans
unefituation qui merite bien
GALANT
241
que je vous en entretienne.
Le nombre des Pretendans à
la Principauté de cet. Eftar eft
grand. L'Empereur follicite
pour deux de fes Cousins , &
les recommande à Rome . Ce
font l'Eveſque de Veſteflavie ,
& le Grand Maistre de l'Ors
dre Teutonique. L'Electeur
de Baviere recommande le
Prince Clement fon Frere ,
Etecteur de Cologne , & l'Angleterre&
la Hollande fontdeclarées
pour le Grand Doyen
de l'Egliſe de Liege , qui gouvernoit
fous le deffunt Evef
que. Outre qu'il eft tour à
eux ,les Hollandois ne veulent
point de Princes , dont la puif
ſance leur feroit ombrage ,
comme ſeroit celle de l'electeur
de Cologne. C'eſt ce qui les
1
242
MERCURE
oblige à remettre beaucoup
d'argentà Liege , pour ſoûtenir
leur party. La France qui ne
veut rien que d'équitable , remontre
ſeulement que le Pays
& la Ville eſtant remplis de
Troupes Etrangeres , on devroit
reculer l'élection juſques aprés
la guerre finie , puis que cette
élection ne ſcauroit eſtre preſentementny
libre , ny legitime
à moins que l'on n'aſſigne un
lieu franc & libre pour l'Affemblée
des Capitulaires , qu'on ne
relaſche deux Chanoines Capitulaires
, retenus prifonniers à
Maſtrik par les Hollandois , &
que les Cardinaux de Bouillon
& de Furſtemberg , qui font
auſſi Chanoines , ne ſe trouvent
à l'Election. Cela eſt ſans replique.
co 5
Le
GALANT.
243
Le Vaiſſeau le Diamant a
faitune Prife Angloiſe de vintcinq
à trente mille écus ; & les
Armateurs de S. Malo y ont
amené deux Priſes conſiderables
l'une Angloiſe & l'autre
Hollandoiſe. Je ſuis , Madame ,
voſtre , &c.
2
,
A Parisce 31. Mars 1694.
2
10 .
NEQUE
DE
LYON
E
*
L
T AJAD
TABLE.
e
3
Relatton d'un accident exextraordinaire
arrivé à Troyes en Champagne.
5
Recueil de Vers enforme d'histoires.
30
Differtation sur la nature du
46
LeTemps à Mademoiselle de Soudery.
69
I
Réponſe deSapho au Temps . 105
Madrigalfurle mesme sujet. 71
Lettre de M. de la Broffe à Mrde
Can , Docteur en Medecine de la
Faculté de Paris, concernant la
Fieure maligne.
Epiſtre envers.
74
124
TABLE .
Galanteric. 2510429
- Course faite deParis àVersailles,&
de Versailles à Paris . 131
Relation envoyéedeTripoly touchant
les antiquitez de Lebida,ou Le
ptis magna.
3138
Construction d'un nouvel Amphiteatre
Anatomique. 152
Le Portrait du Sage.
5
ヨー
0
466
-
Mrs de Vienne font pourveus de
deux Regimens.
Histoire,
173
174
L'ouverture du Senat de Nice.189
Extrait d'un Sermon prefché par M.
de Noyon auxgrands Iefuites.200
Mori .
212
DS Reception faite en France àDomCa-
1 Stillo , cy - devant Commandant
220
Charged'Aumonierdu Roy donnée à
M. l'Abbé de Mailly.
de
dans Charleroy .
la
la
4
4
L
221
TREQUE
DE
LA
VILLE
✓ LYON
=
*
*
1993
TA BLE.
Les Soufleurs.
Journal des marches & campomens
des Armées duRoy en Flandre.
222
224
Iournal du Poyage du Roy. 225
Article des Enigmes. 229
Situation des affaires de l'Europe.
232
Priſesfaites parnos Armateurs.243
Finde la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères