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1694, 01 (Lyon)
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me.
R.P. Claudius Francifcus Meneſtrier Societatis
JESU Bibliothecam Collegii
Lugdunenfis SS. Trinitatis pio hoc
munere locupletavit.
807156
MERCURE
CollegiiLugdun. J. Triminfac
JopeErfuAlN!!T
Casati Infc.
DEDIE' A
ILLO
MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JANVIER
DE
O
品
LYON
1601893977lD
(
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere au Mercure Galant.
-
M. DC. XCIV .
Avee Privilege du Roy
د
LE LIBRAIRE
au Lecteur.
Eux qui voudront
3
le's Journaux
le
de I1693 .
L'on en trouvera pour 6. fols te
Cabieraußi bienque ceux de 1694.
LIVRES NOUVEAVX
de fanvier 1694.
Hommes Illuſtres de Plutar
que avec les Remarques , par M.
Acié , avec des figures inquarto,
6. liv. 10. fols.
Le troifiéme tome des Loix
Civiles dans leur ordre naturel ,
un tiers plus gros que les deux
premiers inquarto , 7. liv. les
ã 3
deux premiers ſe trouvent auſſi
dans la meſme boutique pour
12. livres .
Hiſtoire d'Henry III . par
M. Varillas , deux gros volumes
inquarto , un quart plus gros
que les autres volumes 1 3.liv.
Arlequeniana avec ſon Portrait
, ind. 36. fols .
L'Art de la Poësie Françoiſe &
Latine , & la Muſique avecdes
figures , par M.de laCroix
gros volume , ind. 2. liv .
400
un
Oeuvres Poſthume de M..
l'Abbé S. Real , indouze Lyon ,
20. fols.
Caractere naturel des Femmes
ind. 30. fols .
CO
Je vous envoiray dans deux
mois les Sermons fur tous les
Dimanches de l'Année du tres-
Reverend Pere Nicolas Capucin
Définiteur general de fon
Ordre , en trois gros volumes
in- octavo , le prix fera neuf livres
comme les Panegyriques
des Saints .
a
Avis pour placer les Figures.
La Medaille doit regarder la
paraChanfon doit regarder la
page
page 216.
I
MERCURE
GALANT
THEQUE DELA VE
JANVIER 1694.
LYON
N
*
1893*777
E ne puis , Madame ,
commencer à vous
écrire dans cette nouvelle
année, ſans vous
parler de celle qui vient de finir.
Jamais depuis que le Ciel
a donné des Souverains à la
terre , on n'en vit une ſi heureuſe
pour aucun Monarque,
que celle-là l'a eſté pour l'Au-
Ianvier 1694. A
2 MERCURE
guste Roy dont nous admirons
tous les jours le Regne ,quin'eſt
qu'un enchainement continuel
de profperitez . La mer & la terre
, l'Allemagne & l'Italie , la
Flandre & la Catalogne l'ont
vû triompher;& la nature ayant
manqué de produire dans la
mefme année tout ce qui eſtoit
neceſſaire pour la ſubſiſtance
de ſes Peuples , ce Prince , aprés
avoir par ſes liberalitez foulagé
ceux qui avoient le plus de befoin
de ſecours , a pris des ſoins
accompagnez de tant de pru
dence , & d'une vigilance fi
exacte , qu'il eſt enfin
bout de remettre l'abondance
dans ſes Erats. Sa moderation
nous promet encore plus pour
le repos de l'Europe, dans l'année
où nous entrons . Ce n'eſt
point à moy à penetrer plus
1
venu a
છુ છે છે ????
GALANT.
3
>
avant ,& il ne m'eſt pas meſme
permis de rien dire davantage ,
mais peut- eſtre qu'avant que
d'eſtre obligé de fermer ma Lettre
, les évenemens me donneront
lieu de m'expliquer d'une
autre maniere . Le détail que je
vous envoyay le mois dernier
de ce qui s'eſt paſſé devant Saint
Malo , s'eſtant trouvé auſſi long
que curieux ,je fus contraintde
remettre àvous parler des Ouvrages
qui ont eſté faits ſur le
bombardement de cette Place .
Je vous les promis , & je vous
tiens aujourd'huy parole. L'Epiſtre
que vous allez lire eſt de M.
Robbe,connu par des Pieces de
Theatre , & d'autres Ouvrages
qui ont paru avec beaucoup de
fuccés.
i
A2
4
MERCVRE
!
* **********
A MESSIEURS
de S. Malo.
Argonautes fameux, de qui la
Renommée
Eftpar tout l'Univers avecgloire
Semée;
Vous qui faites trembler deux fieres
Nations,
Dont l'infolent orgueil depuis long.
temps afpire,
Atenirſous leurs Loixles humides
fillons ,
Four exercerfur eux leurtirannique
empire ,
Rendez grace auTres Haut du celefte
ecours ,
Qui détourna l'effort de l'infernal
Ouvrage,
Dont un traiſtre conduit parson brutal
courage
GALANT .
5
Esperoit renverſer vos redoutables
tours.
Un boulet meurtrier party devos
murailles ,
Apun, le forfait deson barbare
Autheur ,
Et la Machine mesme afait auCon
ducteur
Rencontrer dans la Merses propres
funerailles.
Vn Rocher favorable a brisé le
Vaisseau,
Qui conduifoitvers vous cet appareil
funeste,
Lesbombes, les boulets , la poudre ,
tout lerefte
Tirerentfans effet, ou coulerentfous
l'Eau.
Neconnoiſſez vous pas àces ſenſi.
blesmarques ,
LamainduTout Puiſſant quiprotegevos
murs ,
Les fidelles Sujets dup'us Granddes
Monarques
A 3
6 MERCURE
Trouvent toûjours pour eux ces fecoursprompts
furs.
Pour l'intereſt du Ciel ce Grand Roy
plein de zele ,
Braveseul les efforts de trente Totentats
,
Et d'un Roy détrôneſouſtenant la
querelle ,
Rendpourses interests les plus justes
combats.
Les Conquestesqu'ilfait neſontpoint
Sans miracles :
La valeurdes François paſſe l'esprit
humain ,
Ils triomphent partout , malgré tous
les obstacles ,
Parleviſible appuy d'une invisible
main.
Sans doute que l'ardeur de vos coeurs
intrepides
Vous porte à vous vangerde ces peu .
ples perfides ,
Pour avoir découvert deux chetives
maisons ,
GALANT.
1
Enfoncé leurs planchers , caffé
quelques vitres ;
Ces maux, quoy que legers vont vous
Servir de titres ,
Pour vous dédommagersurleurs riches
trisons.
Mais, croyez moy , quittez leſoin
devos vangeances .
De vos nobles projets vous devez
le rayer.
Nassau , bienmieux que vous sçaura
faire payer
Le tort qu'on vous afait parfon in .
telligence.
Aucun de vos Bourgeois n'est ny
bleße ny mort ,
Vingt millefrancsau lus repareront
letort.
Au centupl déja vous avez par
avance
Fait couteraux Anglois cettefoible
dépense
Par le riche butin des Vaiſſeau pris
fur eux.
A 4
8 MERCURE
Guillaumefans argent ,&tout cou.
vert de blâme ,
N'avoit pour tout espoir que cette
niretrame ,
Pour vuider les tresors de tous c.S
malheureux.
Qu'yqu'ilait échoüé danssa folle
entreprise,
Ilſcaure profter de leur credulite.
Leseul bruit,quoy que faux , de cet
exploit vant
Les feradépouiller jusques à la chemie
Decent fois le centuple ilfera rem.
boursé;
Les Milords,les Marchands,lesDames
, les Bourgeoises ,
Payerontfur cepied chaqueplancher
percé,
Chaque panneau devitre,& chaque
cent d'ardoiſes.
Avec vostre valeur, je doute queja
mais
GALANT.
Vous puißiez vous vanger ainsi de
la laTamise ;
Qu'i sbombardent nosPortsàceprix
deformais,
Ils ne sçauroientplus cherpajer la
marchandise.
Voicy deux Sonnets dont
Ics Auteurs me font inconnus.
SUR
LE BOMBARDEMENT
✓✓ de Saint Malo .
LEs crimes réunis parles noeuds
d'une Ligue ,
Quifait tousses efforts pourfoutenir
Nassau ,
Nous font representezpar Iinfernal
Vaisseau,
Qui fait ledeſeſpoir d'une nouvelle
intrigue.
As
MERCURE
Rougiffez, Alliez de la haine prodigue
Qui vousfait tout tenterfurlaterre
Est-ceainsiqu'unTiran veut estre
nostre fleau ,
Lors qu'en devains projetsſafureur
Lefatigue ? ..
Son Brulot tout fumant ,fur lepoint
d'approcher ,
AuPort de Saint Malo rencontre le
rocher;
L'Ingenieurperit,Dieuconfond l'entreprise.
**
Telfera vostrefort , fameux furpateur.
LOVIS eft le rocher l'écueilde
L'erreur,
Ceft à luy d'écrafer l'Ennemi de
l'Eglife.
i
GALANT. II
1
Sur les differens Bombardemens
de Genes , d'Alger ,
& de S. Malo .
DE Genes & d'Alger un Heros
irrite
Détruifit les Palais,les fit reduire en
cendre.
L
De leurs fuperbes murs queferoit-il
refte
Si LOV I Sen couroux n'eust voulu
rien entendre ?
Lors que deſesſuccés il devoit tout
attendre, bho
P
Que la mer les vents estoient de
Son costé
Quefes tropjustes coups luyfaisoient
tout prétendre ,
Parsa propre clemence ilſe vit arrefté.
6
12. MERCURE
Pourperdre Saint Malo tu tefersde
fesarmes,
Guillaume&crois parlànous don .
ner des alarmes ,
Mais en vain partes feux tu fais
tremblerla mer.
Personne ne te craint , quoy qu'ar
mede lafoudre ,
Laquestion n'estpas difficile à resou
dre ,
Ilfaut pours'enservir le bras de fu.
piter.
Le Madrigal qui fuit ces
Sonnets , eſtde M. Diereville..
AU PRINCE D'ORANGE
fur la Machine de S.Malo.
N
Affau , ton borrible Machine
Asesfeuls Conducteurs a donné le
trepas
GALANT.
13
Lors que tes foudroyans éclats
Devoient de Saint Malo nous caufer
La ruine.
LesVaisseaux de LOVISn'empéchoient
point l'effet
Deſon detestable projet ;
Tu l'entrepris àlafourdine ,
Etcependant tu n'as rienfait.
Deton esprit oste le voile , 2
Et reconnois enfinlepouvoirde mon
Roy ;
Tuvoisque ce Heros pour triompher
de toy ,
N'a besoin que de fon Etoile.
Comme la Machine que les
Anglois avoient préparée , &
qui leur a fi mal reuſſi , a donné
lieu de parler de celle d'Anvers,
qui atantfaitde bruit autrefois,
& que vous ſouhaitez ſçavoir
ce que ceux qui ont ecrit l'Hif
toire des Guerres de Flandre en
14 MERCURE
ont dit , je vais fatisfaire voſtre
curiofité fut cet article. E
Toute la Flandre eſtoit en
mouvement parla guerre qu'avoit
excitée le Party des Confederez
, qui vouloient détruire
la Religion Catholique. Anvers
s'eſtoit declaré pour eux , &
Alexandre de Parme , Gou--
verneur des PaysBas pour le
Roy d'Eſpagne Philippe 11. refolut
d'en former le Siege . Pour
cela il falloit fermer la Riviere
de l'Efcaut , afin d'empêcher
les Ennemis de recevoir du ſe .
cours . Le Pont qu'il entreprit.
de conſtruire fur ce Fleuve ,
eftoit un ouvrage que l'on ne
pouvoit executer qu'en furmontant
des difficultez extraordinaires
. Auffi fut- il regarde
de tout le monde avec admiration.
Il eſt à propos de
}
vous
シ
GALANT.
15
en donner l'idée , pour vous
faire mieux comprendre les
effets de la Machine qui fut
employée pour le renverſer.
Voicy ce qu'en dit Strada.
Aprés que l'on cut bâti deux
Forts de part & d'autre à l'entrée
du Pont que l'on meditoit
de faire , l'un du coſté de las
Flandre appellé de Sainte Marie
, & l'autre du coſté du Bra
bant , nomme le Fort Philippe,
on planta d'abord dans le Fleuve
trois pieces de bois du coſté du
Fort de Sainte Marie également
éloignées du bord. Enfuite il y
en avoit autant , éloignées des
premieres de onze pieds ,& l'une
de l'autre de cinq pieds. Aprés,
ily avoit trois autres pieces de
bois,éloignéesdu ſecod rang de
treize pieds,& enfuite trois attres
diſtantes de onze pieds ; &
ainſi il y en avoit d'autres , &
2
16 MERCVRE
>
encore d'autres , les unes éloignées
de onze pieds , les autres
de treize , qui s'avançoient dans
la largeur de la Riviete , auffi
avant que le permettoient la rapidité&
la profondeur de l'eau.
Cette eſpece de cloſture eſtoit
terminée par douze grandes
poutres plantées dans l'eau ;
chacune de'ſoixante & dix pieds
de haut , diſpoſées preſque en
quarré , pour ſervir à faire un
Fort. D'autres pieces de bois
eſtoient, couchées en long fur
celles-là , & on mit des ais en
travers bien liez les uns avecles
autres , qui faisoient le chemin
pourpaffer par deſſus le Pont.
Entre chaque rang de ces pieces
de bois , diſtant l'un de l'au.
tre , ou d'onze , ou de treize
pieds , ily avoit endehorsd'autres
poutres,plantées dans l'eau,
GALAN T.
17
, ap-
&éloignées de cinq pieds des
autres qui avec deux pieces
debois,comme avec deux puiffans
bras qui ſe fuſſent etendus
de part & d'autre
puyoient celles dontje viens
de vous parler , & lioient toute
cette Machine. Le mesme
ordre fut obfervede part &
d'autre . On mit encore de chaque
coſté , mais plus en dehors ,
un autre ragde poutres vis à vis
de celles qui estoient par rang
éloignées d'onze & de treize
pieds. Du bas de ces poutres
vers la fuperficie de l'eau , il
s'éle voit de grandes pieces de
borsqui paffoient en braifant
pardeſſous le Pont le long des
pieux , qui eneſtoient comme
les piliers , & fe croifoient en
fe rencontrant à la poutre du
milieu , de forte qu'elles les
18 MERCURE
4
lioient enſemble & fortifioient
puiſſamment tout l'édifice . Les
choſes ayant été diſpoſées ainſi
on étendit de fortes planches
fur les poutres qui traverſoient
d'un pilier à l'autre , & par ce
moyen on fit un chemin pour
paſſer par deſſus le Pont. Des
ais à l'épreuve du Mouſquet ,
qui faisoient comme un parapec
de cinq pieds de haut , furent
mis de part& d'autre pour fervir
de garde- foux. On fit de la
mefme forte le Fort qui fut deftiné
pour ſervir de place d'armes
à l'extremité de cet Ouvrage.
Le chemin qui estoit fur
le Pont eſtoit large de douze
pieds ; huit hommes pouvoient
aiſément y paſſer de front , &
le Fort , ou Corps de garde , qui
avoit quarante pieds de large ,
&cinquante-deux de long, conGALANT.
19
기
es
{
S
e
1
tenoit prés de cinquante hommes
. Le meſme travail fut fait
de l'autre coſté vers le Fort Philippe
, ſi ce n'est qu'à cauſe que
l'eau estoit moins profonde , on
mena bien plus avant l'édifice
des pilotis . Il avoit de ce coſtélà
neuf cens pieds de long , &
n'en avoit que deux cens de
l'autre.Cette eſpece de barriere
fut appellée l'Eſtacade par les
Soldats; mais le milieu, c'eſt à dire,
la plus grande partie du Fleuve
demeuroit encore ouverte ,
&l'eſpace qu'il y avoit entre
l'une & l'autre extremité de
l'Estacade , estoit de plus de
douze cens cinquante pieds.
Ainfi comme le Fleuve eſtoit fi
rapide& fi profond en cet endroit
là , qu'on n'y pouvoit ny
battre,nyplanter des pieux , cet
eſpace fut fermé par trente-deux
P
20 MERCURE
Vaiſſeaux mis à coſté les uns des
autres . Chacun avoit ſoixante
&fix piedsde long ,&douze de
large , & ils eſtoient éloignez
l'un de l'autre de vingt pieds ,
& attachez enſemble avec qua-
- tre gros cables , & avec des chaines
qui prenoient les flancs , de
: la pouppe &de la pronë. Outre
cela , chaque Vaiſſeau avo it une
ancie à chaque bout , & cette
- ancre eſtoitdiſpoſée de telle for-
-te que par l'adreſſe des Marelots
les cordes s'en lâchoient à
meſure que l'eau croiffoit , & le
Pont ſe ſoulevoit fans que les
Vaiſſeaux en receuffent aucun
dommage. Il y avoit dans l'ef.
pace qui estoit entre les Vaifſeaux
, de fortes pieces de bois
qui alloient de lun à l'autre ,
avec des planches de travers au
deſſus , en forte que par ce
GALANT. 2 I
s moyen on paſſoit de tillac en
tillac de c chaque Vaiſſeau. Ainfi
e
,
.
le chemin qui eſtoit entre les
z deux Forts avoit treize cens
pieds de longueur. Il y avoit à
ce Pontdes Garde-foux comme
aux deux autres , dont il faiſoit
le milieu. On fit un nouveau
travail pour ſa défenſe. Il conſiſtoit
en trente trois Barques ,
que l'on mit devant le Pont à
-coſté les unes des autres , environ
à la portée d'un trait dans
la largeur de la Riviere. Elles
eſtoient attachées trois à trois
avec des pieces de bois & des
maſts de Vaiſſeaux , qui paffoient
pardeſſus en travers, mais
elles eſtoient un peu éloignées
les unes des autres . Ainſi il y
avoit onze rangs de ces Barques,
& le meſme eſpace entre chaque
rang. Il ſortoit de chaque
22 MERCVRE
!
,
rang de ces Barques quatorze
longues pieces de bois , ferrées
en pointe par le bout , qui empêchoient
les Ennemis d'approcher.
Ces Barques eſtoient pleines
de futailles vuides , & arrêtées
avec des ancres de part &
d'autre , de peur que la rapidité
duFleuve , ou que le flux de la
mer neles emportaft ; & comme
les cordes en estoient lâches
elles ſe baiffoient ou ſe haufſoient
avec le Fleuve , ce qui les
fit appeller les Flottes . Ces Machines
,dont ily en avoit une du
coſté d'Anvers , & une autre du
coſté de la mer , avoient chacune
douze cens cinquantedeux
pieds de long , & couvroient
tout le Pontde Vaiſſeaux
& quelque partie des Forts qui
eſtoient au bout de chaque Eftacade
. Enfin le Prince de Parme
GALANT. 23
cheva ce merveilleux ouvrage
24. Fevrier 1585. dans le
eptième mois du Siege d'Aners
,&par lemoyen de ce Pont
ui avoit de longueur deux mile
quatre cens pieds,& qui estoit
fort & fi ferme , qu'on faioit
paffer par deſſus tout ce qui
'enoit de la Flandre & du Braant
dans les Camps de part &
l'autre , les Troupes de gens
le pied & de cheval ,les chariots
½ le Canon, il ferma la Riviere
ux Ennemis , & ofta à ceux
l'Anvers toute eſperance de
commerce du coſté de la mer .
Ce fut contre ce Pont d'une
conſtruction ſi rare & fi furprehante,
que les Affiegez prépare .
ent la Machine dont vous vouez
ſçavoir les effets . Elle eſtoit
de l'invention de Federic Jembelli
, excellent Ingenieur pour
1
f
2.4
MERCVRE
les choſesde la guere,qui eſtan
paſſe d'Italie en Eſpagne pour
offrirſes ſervices au Koy Philippe
II piqué de quelque mépris
que l'on fit de luy en cette Cour
là , alla à Anvers , où il fut ravi
de trouver l'occaſion de faire
paroiſtre ſa vangeance en faveur
desConfederez. II fit conſtruire
quatre Bateaux , dont les fonds
eſtoient plats & les coſtez afſez
hauts, mais plus fermes qu'ils
ne le ſont ordinairement. Enfuite
il fit faire des Mines dans
l'eau mesme , ſi l'on peut parler
ainfi ,& je vais vous dire de quelle
maniere il y travailla, Premierement
il fit faire au fond
du Vaiſſeau un mur de chaux&
de brique , comme pour ſervir
de plancher & de fondement .
Ce mur avoit un pied d'épaifſeur,&
eſtoit large de cinq pieds
1
&
GALANT .
25
&de lameſme longueur que le
Bateau. Aprés cela il fit baſtir
toutalentour des murailles, felon
la grandeur dela baſe , & ayant
fait couvrir cette eſpece de Baſtiment,
il laiſſa pardeſſous comme
une Mine haute & large de
trois pieds, & il la remplitd'une
quantité de la plus fine poudreà
Canon,qu'il avoit faite luy-mefme
, & dont il n'avoit appris la
compoſition à perſonne. Cette
Mine eſtoit couverte de grandes
tombes, de meules de moulin ,
&de pierres d'une grandeurexexceffive
Il éleva auſſi un toit
par deſſus avec de groffes pierres&
des meules,dont il fit comme
un comble qui faiſoit un angle
aigupar le faiſte,& ſe laiſſoit !
aller enpente de part & d'autre ,
afin que cette Machine produiſiſt
non ſeulement ſon effet
Janv. 1694. B
.
26 MERCURE
en ligne droite , mais qu'elle le
fiſt éclater en travers de part &
d'autre par le moyen des boulets
de fer & de marbre, des chaines
des crochets , des clouds , des
couteaux , & toutes les autres
choſes nuiſibles qu'il avoit imaginées
, & miſes au deſſous du
comble de cette Machine. Il fit
2
remplir l'eſpace qui eſtoit entre
les bords de ces Bateaux , le muri
& le toit de cette mine ,
pierres diſpoſées en quarré , &A
des poutres attachées aveddu
fer furent miſes par deſſus . Enfin
aprés avoir couvert toutes
ces choſes avec degrosais ,&
d'un plancher de brique , il fic
allumer un bucher au milieu ,
pour faire croirequ'on envoyoit
ces Bateaux afin de bruler le
Pont; mais il y avoitpar deſſous
une matiere de poix & de fouGALANT
.
27
phre , qui ne devoit finir que
lors que le feu auroit pris à la
Mine , l'Inventeur de cet ouvrage
ayant pratiqué deux divers
moyens d'y mettre le feu.
Il yavoit quelques Bateaux où
ilavoit mis un fil amorcé , qui
paſſoit par le fond juſque dans
laMine , & comme il avoit é
prouvé combien il ſe bruleroit
de ce fil pendant que ces Ba
teaux iroient juſqu'au Pont ,
cette méche eſtoit auſſi longue
qu'il pouvoit en eſtre brulé
dans tout ce temps-là. Il ſe ſervit
en d'autres de cette eſpece
d'horloges qui allument de nuit
la chandelle , & fervent de Réveille-
matin. Il avoit d'ailleurs
ajuſte ſa Machine de telle forte ,
que les rouës ne devoient tourner
que lentement tandis quele
Bateau iroit vers le Pont , & fe
da
3
B 2
28 MERCURE
lâchant tout d'un coup fi-toſt
qu'il en ſeroit proche, elles devoient
produire des étincelles
à la rencontre d'un caillou ,&
ces étincelles ſe communiquant
parmy du ſouphre & de la poudre
répanduë au meſme lieu ,
ne pouvoientmanquer de porter
le feu juſque dans la Mine,
Çes quatreBateaux eſtantconf.
truits , l'Ingenieur y en ajoûta
treize plus petits ,où il n'y avoit
rien de caché que l'on euſt à
craindre, mais qui étoient remplis
ſeulement de feux. Les Afſiegeans
ayant appris qu'on
preparoit des Vaiſſeaux dans la
Ville , & s'imaginant que cet
appreſt ſe faiſoit ſeulemens
pourattaquer le Pontd'un coſté,
tandis que les Hollandois & les
Zelandois l'attaqueroient d'un
autre, ne ſoupçonnerentriende
GALAN T. 29
la Mine qu'ils cachoient. Ainfi
le Prince de Parme redoubla les
gardes parles Forts & les levées ,
&fit venir les meilleures de ſes
Troupes pour la défenſe du
Pont, En meſme temps on vit
paroiſtre de la Ville trois Bateaux
en feu,enfuite d'autres ,
& encore d'autres.On cria auffitoſt
aux armes dans le Camp ,
& le Pont fut rempli de gens
de guerre Ces Bateaux deſcendoient
le long de l'Escaut deux
à deux & trois à trois , avec
quelque ordre en apparence ,
parce qu'il y avoit alors des
Mariniers qui les conduiſoient.
Ils jettoient de ſi grandes flames
, qu'ils ſembloient bruler
eux - meſmes plûtoſt que de
venir bruler le Pont ,& on cust
cru voir des embraſemens Aoter.
Déja cette eſpece deFlote
B 3
30
MERCURE
ardente eſtoit à deux mille pas
du Pont quand ceux qui les
conduiſoient mirent dans le fil
del'eau les grands Bateaux où il
y avoit des Mines, ſans ſe ſoucier
des plus petits ,& ayant mis
le feu à la méche qui devoit les
faire jouër, ils ſauterent promptement
dans d'autres , pour
voirde loinle fuccés de cet artifice,
Ces Bateaux que perfonne
ne conduiſoit, ne prirent
pas tous la mesme route. Les
petits , pour la pluſpart, donnerentcontre
lesFlotes qui étoient
au devant du Pont,ou s'arreſterent
fur les bords du Fleuve.
Des quatre grands dans lesquels
ce qui devoit ruiner le Pont ,
étoit enfermé , il y en cut un
qui ayantpris eau par quelques
fentes , neproduiſit aucun autre
effet que de la fumée , & fut
29
GALANT. 31I
enſevelidans les ondes. Le ſecond
&le troiſiéme furent poufſez
par un vent qui s'éleva du
coſté de Brabant , ſur le rivage
de Flandre vers Callo , qui eſt
l'endroit le plus rapide &le plus
profond du Fleuve. Il ſembloit
meſmeque le quatriéme ne feroit
pas un plus grand effet,parce
qu'il eſtoit auſſi tourné vers
le rivage de la Flandre , & qu'il
avoitheurté avec violence contre
les Flotes , où il s'eſtoit arreſté.
Ainſi ceux qui tenoient
Anvers aſſiegé , voyant que le
feu s'affaibliſſoit, ou s'éteignoit
dansla pluſpartdes Bateaux , ſe
moquerent d'un appareil qui
ne promettoit aucun ſuccés ;
mais comme le quatrième eſtoit
plus grand & plus fort que tous
les autres , il rompit les 'Flots
qui empêchoient ſon paſſage ,
B4
32
MERCVRE
&defcendit vers le Pont avec
une impetuoſité qui commença
à faire tout craindre. Le Prince
de Parme qui vouloit eſtre par
tout , accourut au cry qui ſe fit ,
où il y avoit apparece que ce Bateau
s'attacheroit ,& commanda
à quelques Matelots d'entrerdedans
, d'abattre le bucher , d'éteindre
le feu , & aux autres, de
l'arreſter avec des crocs pouren
detourner l'effet. Cependant on
l'obligea malgré luy de ſe retirer
de cet endroit ; & à peine
eſtoit il entré dans le Fort de
Sainte Marie , fur le rivage de la
Flandre , que ce grand Vaiffeau
crava avec un bruit ſi épouvantable
, que la terreur en fut répanduë
par tour . Cette tempeſte de
chaines , de boulets , de pierres,
fit un effet ſi prodigieux , qu'on
ne croit la choſe poſſible que parGALANT.
33
ce qu'elle eſt arrivée. Le Fort
où ce Bateau infernal s'eſtoit
venu attacher , les barrieres du
Pont vers le Fortde Sainte Ma
rie ,&l'endroit du Pont de Vaiffeaux
qui touchoir au Fort , tout
fut emporté avec les Soldats, les
Capitaines , les Matelots , le
Canon , les atmes , avec autant
de facilité que les feüilles ſont
emportées par le vent. Le Fleuve
s'en ouvritd'une maniere qui
laiſſa voir le fond de ſon lit. II
ſe répandit enmeſme tempsfur
fes bords ,& s'égalant aux levées
qui le reſſferroient , il remplit
d'un pied de haut le Fort de
Sainte Marie. Laterre en trembla
juſques à neuf milles de cet
endroit , & on trouva à mille pas
de la Riviere,des pierres, & mef
me quelques-unes des plus grandes
tombes,qui estoient entrées
BS
34 MERCURE
dans terre de deux pieds en quelques
endroits. Mais il n'y eut
rie de plus déplorable que ce qui
arriva aux hommes. La violencedu
feu en confuma tout d'un
coup quelques-uns, & en enleva
d'autres par fon impetuoſité.Elle
en jetta pluſieurs en l'air avec le
bois & les pierres ,& en meſime
temps comme parun tourbillon,
elle les fit tomber à terre , ou les
fubmergea dans le Fleuve. Le
vent empeſté de cet orage en
tua d'autres , qui demeurerent
entiers, & le Fleuve meſme qui
s'eſtoit élevé par deſſus ſes bords
en brula beaucoup par ſes eaux
boüillantes qu'il avoit étenduës
de part & d'autre. Ily en eut un
grand nombre d'aſſommez par
les pierres qui retomberent , &
quelques uns ſe trouverent enſevelis
ſous les tombes qui les
GALANT. 35
avoient accablez Ce qu'on regarda
comme un accident tresfurprenant
, ce fut celuy du Vicomte
de Bruxelles , qui ayant
eſté emporté d'un Vaiſſeau , retomba
dans un autre qui en étoit
fort éloigné ſans recevoir aucune
bleffure. Ce tourbillon enleva
un Capitaine chargé de ſes
armes, & l'ayant tenu quelque
temps ſuſpendu en l'air , il le fit
deſcendre au milieu du Fleuve
plutoſt qu'il ne l'y laiſſa tomber.
Ce Capitaine qui ſçavoit nager,
gagna l'un des bords , malgré la
peſanteur de ſes armes. Un autre
Officier fut tranſporté du rivage
de Flandre au rivage duBrabant
& ne fut bleſſe que legerement
à l'épaule dont il toucha la terre
en tombant. Il dit aprés ſa cheute
, que quand il fut emporté par
deffus le Fleuve , il s'imaginoit
B 6
36 MERCVRE
eſtre un bouletqui euſt efté tiré
d'un Canon,tant la violence qui
le pouſſa en avant eſtoit extraordinaire.
Le nombre des morts
allajuſques à huit cens,fans comprendre
les bleſſez , & ceux qui
demeurerent privez de leurs
membres . Le Prince de Parme
qu'on avoit contraint de fe retirer
du Pont , fut envelopé par
la violence de l'air ému, comme
fi c'euſt eſté un tourbillon,dans
le moment qu'il entroit au Fort
de Sainte Marie , & en meſme
temps une ſolive le frapa par le
cafque & par l'épaule ,"& le ren .
verſa par terre. On le trouva
l'épée nuë à la main ,& auprés
de luy deux Officiers , l'un qui
le tenoit embraſfé par les genotix
,& l'autre bleſſé à la teſte
d'un coup de pierre . On reconnut
le lendemain que ce grand
GALANT.
37
déſaſtre ne venoit pas ſeulement
du Bateau qui s'eſtoit attaché au
Pont , mais auſſi de celuy qui
eſtoit demeuré au rivage , & qui
en crevantavoit fait perir beaucoup
de monde. Voilà quel fus
l'effet de l'épouvantableMachine
employée contre ce Pont Ap .
paremment les Anglois en efperoient
un ſemblable de celle
qu'ils avoient préparée pour détruire
S. Malo , mars heureuſement
elle n'a agy que contre
eux-meſmes , & par les Relations
que je vous en envoyay le
mois paſſe , vous avez connu
qu'elle n'a caufé nul dommage.
dans la Ville,
Il n'y a rien de plus curieux
que l'Ouvrage que vous allez
lire ,& qui m'eſt ' tombé par hazard
entre les mains, Les marieres
qui y font traitées feront
38 MERCURE
beaucoup de plaifir à tous les
Sçavans de voſtre Province. Ils
ne trouveront dans ce que je
vous envoye que la premiere
Partie de ce qui eft contenu
dans tout l'Ouvrage.
GALANT.
39
5
******* **
LETTRE EN FORME
de Differtation de M. Mariguer
. Sr du Plessis , Ruel &Billouard
, Avocat au Parlemen
de Paris ,adreſsee à M. Charles
de Voland de Marberon , Sei
gneur d'Aubenas , de Salignac ,
& d'Entrepierre , Gentilhomme
de Provence, ſur les Creatures
des Elemens & autres ſujets inviſibles
, corporels ou Spirituels ,
Jurles Stryges de Russie , &far
la Physique Occulte de la Baguette.
MONSIEUR
Vous voulez ſçavoir mes
ſentimens fur pluſieurs matieres
, touchant leſquelles je me
م
40 MERCVRE
perfuadois qu'un homme ſçavant
comme vous, & infiniment
plus éclairé que je ne ſuis , ſe
contenteroit de ce que je luy en
ay fait voir dans les Lettres que
j'ay écrites à noſtre illuſtre Amy
M. Defnoyers , Premier Secretaire
de la feuë Reine de Pologne.
Cependant il faut
obeir nonobſtant la foibleffe de
mon âge , dena main & de ma
ſanté , puis que voſtre modeſtie
vous fait eſtimer les lumieres
d'autruy plus que les voſtres.
vous
Je commence par ce qui regarde
les Creatures des Elemens.
ou Eſprits corporels & autres
ſujets inviſibles & fpirituels conjoints
aux corps , ou qui en font
ſeparez , & vais vous entretenir
premierement de la diviſion &
fubordination des ſubſtances
purement corporelles ; ſeconde
GALANT. 41
- ment de celles qui ſont pure-
- ment ſpirituelles , & troifiémeement
de celles qui participent
des deux , afin de vous réveiller
- les differentes idées que l'ondoit
- avoir des Creaturesdes Elemens
& autres ſubſtances extraordi
naires , ſous les figures deſquelles
plufieurs Philoſophes anciens
&modernes ont voilé les ſecrets
de leur ſcience .
Dans ce deſſein & pour l'executer
avec plus de netteté ,
vous trouverez bon , Monfieur,
que je vous remette devant les
yeux l'idée generale que nous
avons des choſes erées,dont l'un
des extrêmes eſt le corporel , &
l'autre eſt le ſpirituel. En effet,
nous reduiſons toutes nos connoiſſances
au corporel & au ſpirituel.
Secondement , que le cor
42 MERCURE
porelconſiſte au'corps purement
corps , comme les Elemens élementez,
les Meteores,les quatre
grands genres de mixtes , & le
Ciel qui eſt le ſujet mitoyen
d'entre les corps.
Troifiémement, que dans les
differens genresdes Mixtes ily
ades eſprits, plus ou moins corporels
, à commencer dans les
pierres & dans les Métaux , où
les eſprits ſont tres-groſſiers ,
mais ſedégageant peu à peu de
leur extrême groſſiereté , ils
montent juſques à la perfection
des eſprits vegetaux , & des animaux
, où ces eſprits corporels
font en plus grande quantité , &
yregnent avecbien plus de noblefſſe
que dans les genres inferieurs
; car dans le genre inanimé
, les eſprits corporels font
feulement capables des mouveGALANT.
43
en mens d'attraction ,de digeftion
d'expulfion , & de retention ;
maisdans les vegetaux , outre
| ces fortes de mouvemens , leurs
eſprits corporels tendent & arrivent
à la vegetation & à la production
de leur ſemblable.
4
Et à l'égard des animaux,outre
ces mouvemens & facultez
de l'attractive , de la digestive ,
de l'expulſive , de la retentive ,
de la vegetative ,& de la generative
, ils ont les mouvemens
de la ſenſitive & de l'imaginative
, leſquels y font plus ou moins
nobles , felon la difference des
eſpeces , où ils ſe rencontrent ,
juſques à celle de l'homme excluſivement
, dans laquelle tous
les eſprits corporels qui ſervent
aux mouvemens naturels ſuſdits
font beaucoup plus nobles que
dans les eſpeces inferieures .
44
MERCVRE
Car dans l'eſpece humaine
il ſe rencontre encore des efprits
corporels , bien plus parfaits
que les precedens , quiéleventnon
ſeulement noſtre puifſance
imaginative beaucoup au
deſſus de celle des Brutes , mais
qui ſervent à la puiſſance difcurſive&
àl'intellective de l'ame
humaine , & differencient
eſſentiellement l'homme d'avec
les autres animaux , quoy qu'il
y en ait qui paroiſſent avoirune
eſpece de raiſon , ou instinct au
deſſus des ſens exterieurs , qui
leur fertde conduitedansles neceſſitez
où ils ſe trouvent, pour
ſe conſerver la vie animale ; &
voilà en quoy conſiſte l'échelle
de la nature corporelle , compoſée
de quatre échelons de l'élementative
ou naturelle inanimée
, de la vegetative ,de la
GALAN T.
45
ſenſitive; & de l'imaginative ,
par rapport aux quatre Elemens,
de la Terre , de l'Eau , de l'Air,
&du Feu , qui par leur circula
tion continuelle ſe convertif
ſent l'un à l'autre , car des efpritspurement
naturels & inanimez
, il s'en fait des eſprits
vegetaux , puisdes ſenſitifs ,&
enſuite des imaginatifs , audefſus
deſquels quatre échelons ,
l'eſpece humaine s'éleve par les
puiſſances difcurfive & intellective
, que l'homme poſſede à
l'excluſion des animaux des ef
peces inferieures .
Pour ce qui eſt du ſpirituel ,
il conſiſte premierementen ſubſtances
purement ſpirituelles ,
qui n'ont point de commerce
avec les corps , que nous nommons
Anges , ou Eſprits bienheureux.
46 MERCURE
Secondement , en ſubſtances
ſpirituelles , ayant commerce
avecle corps de l'homme ſeulement
, commel'ame humaine ,
qui eſt immediatement au deffous
de la ſubſtance Angelique,
& au deſſus du plus fubtil du
corporel des puiſſances fuperieures
de l'homme. Troifiémement
, en ſubſtances ou eſprits
malheureux' , ſoumis à tout ce
qu'il y a de plus groſſier dans le
corporel du plus bas degré , ce
qui eſt une peine & ſouffrance
la plus terrible de toutes , à raiſonde
l'oppoſition qu'il y a entre
le pur ſpirituel , & le plus
corporelqui ſerencontrentconjoints
en cet endroit , c'eſt à dire
dans l'abiſme , auquel les Demons
ont eſté précipitez par
leur orgueil & rebellion contre
leur Createur. Nous pouvons
GALANT.
47
encore confiderer l'ame humainenon
ſeulement comme le lien
du fuperieur avec l'inferieurde
la nature créée , mais encore
comme pouvant poſſeder trois
differens eſtats .
Premierement, pendant la viec
temporelle , où elle a la liberté
d'exercer ſes trois puiſſances
ſpirituelles , l'Entendement , la
Memoire, &la Volonté,juſques
aujourde la mort temporelle de
ſon groffier corps .
Secondement , aprés la mort
temporelle , comme joüiffant
de la viſion beatifique avec les
Anges.
Troiſièmement , comme étant
précipitée avec le Demon
dans l'enfer , pour ſouffrir la
punition éternelle duë à ſes
crimes,
Quatrièmement , comme ef
48 MERCURE
tantplacée entre les deux extrêmes
de la punition & de la récompenſe
, pour ſouffrir les peines
à elle ordonnées pendant
un temps , afin d'expier ſes fautes
,& de ſe purifier , ainſi que
l'Egliſe nous l'enſeigne , & que
les anciens Philoſophes , fans
eſtre éclairez de la Foy , nous
l'ont dit , ſe fondant ſur ce que
lors qu'on connoiſt bien un extrême
, l'on découvre en meſme
temps l'autre extrême qui luy
eft oppoſe , & par confequent
unmilieu entre ces deux extrê
mes ; c'eſt à dire que reconnoiſſant
qu'il y avoit un lieu de
récompenfe& de delices , qu'ils
appelloient les Champs Eliſées,
deſtiné pour le ſejour des ames
de ceux , qui dans la vie temporelle
avoient eſté bons , juſtes
& venueux , & qu'il y avoit
auffi
GALANT. 49
auſſi un lieu de fupplices & de
tourmens , qu'ils appelloient les
Enfers , deſtiné pour les injuftes
, méchans & vicieux , ils tiroient
leur conſequence , qu'il
y avoit un eſtat mitoyen entre
la punition & la récompenſe ,
qui eſt noſtre Purgatoire. 1
Ces propoſitions ainſi ſuppoſées&
établies avec certitude
, font autant de principes ,
qui nous font diftinguer toutes
les Creatures les unesdes autres
&ſont ſuffiſantes pour nous défendre
des tromperies , dans
leſquelles l'erreur & la malice ,
des Anciens & des Modernes
pourroient nous faire tomber
fur ces matieres , attendu que
les Creatures inviſibles , ou ſpirituelles
, qu'ils ont fait paſſfer
pour des Larves , & Lemures ;
des Harpies , des Dieux Pena-
Janv.1694. C
50
MERCURE
tes , des Pytons , des Oracles ,
des Eſprits malins & nocturnes ,
des Loups-garoux , & autres
fujets de cette nature , ne peuvent
eſtre que des Demons &
des ames condamnées & malheureuſes
,qui ſelon le degré
de leur cheute , & de leur con
damnation , ſont attachées par
punition aux parties les plus
groſſieres des Elemens , comme
les minieres , pierres , rochers ,
montagnes , foreſts , ou dans les
caux , & dans les airs , où s
excitent des orages , des trem -
blemens de terre , des tempe .
ſtes. Spiritus procellarum.
Nous avons dans l'Ecriture
despreuves & des exemples de
tous ces differens eſtats malheureux
, puiſqu'elle nous marque
qu'ily a des Demons qui vaguent
fur la terre & qui cherGALANT.
SI
chent à faire du mal aux Hommes
, foit en les tentant, enies
tranſportant, ou en les affligeant
en leur corps, ſoit par la permifſion
divine , ſoit parce qu'ils ſe
font volontairement ſoumis au
Demon.
Aproportion dequoy , ceux
qui font des pactes avec luy ,
comme les Sorciers , Magiciens
&autres leurs émiſſaires , eſtant
inſtruits de divers malefices &
poiſons , font pluſieurs maux
aux hommes & aux beftiaux ,
auſſi bien qu'aux fruits .
Et à l'égard des ames condamnées
au Purgatoire , elles peu
vent auſſi caufer quelque defordre
, comme les cruels Stryges
de Ruſſie , ou les eſprits familiers
, les genies , les eſprits follets
, & autres qui ne ſont point
malfaifans ; & qui ont meſme
1
C 2
52
MERCURE
1
de l'inclination à ſervir l'homme
, ou qui ſe plaiſent avec les
beſtiaux , & en ont du ſoin , &
qui peuvent eſtre les ames les
moins criminelles , condamnées
pour un temps à ces eſtats &
peines , ainſi que quelques experiences
le font connoiſtre
quelquefois dans des maiſons
particulieres , où ces fortes d'Efprits
habitent & agiffent pendant
quelques années , & enfin
ceffent.
Mais jamais toutes ces fortes
de creatures ne paſſeront pour
des hommes vivans ; réels &
effectifs , quelque choſe que
Paracelſe & autres , ayent vou
lu perfuader ſur leurs creatures
desElemens .
Il eſt vray neanmoins que
ces fortes d'eſprits vagabons ,
follets , familiers , ou non , peuGALANT.
53
1
vent avoir eſté des hommes qui
fe font fi fort enfoncez dans le
dereglement , que lors de leur
mort temporelle , leur imagination
s'eſtant trouvée degradée
&abaiffée au point de l'imperfection
de celle de quelquesanimaux
, ils en ont confervé les
inclinations aprés la mort, & fe
portent à faire une choſe , ou
une autre , par rapport à cela ,
ou par punition ; car alors la liberté
de l'homme ceffe , & il
agit par force & neceffairement,
&non avec choix.
Il y a meſme des hommes qui
pendantleur vie tombent en de
pareilsinconveniens, qui ayant
perdu l'uſage du ſens commun ,
par le renverſementde leurtemperament
, deviennent fous &
extravagans , au point qu'ils
paffent pour des beſtes , & en
C3
54
MERCVRE
font lesactions. Nous en avons
des exemples dans la perſonne
de Nabuchodonofor , lequel à
raiſon de la degradation des
qualitez naturelles de fes puifſances
intellective", & difcurfive
, & des qualitez même de
ſon imagination humaine , où
ſes vices l'avoient reduit , creut
pendant ſept ans eſtre devenu
boeuf, & en faifoit toutes les
actions animales, beuvoit,mangeoit
& broutoit l'herbe & le
foin comme un Boeuf, couchoit
au dehors à la campagne , jour
& nuit , avec les brutes , ainſi
qu'il ſe voit dans l'Ecriture au
Livre de Daniel chapitre 4.
Il ſe rencontre auſſi des hommes
, qu'on nomme Sorciers ou
Magiciens , qui paſſent bien
ſouvent pour les Eſprits malins
&Loups-garoux , cy deſſus reGALANT.
55
marquez , & qui ſe transforment
en Boeufs répondant à leurs
mauvaiſes inclinations , pour
executer les commandemens
qu'ils reçoivent du Demon de
faire divers malefices , fur les
hommes , ſur les beftiaux & fur
les fruits.
Tous ces changemens ou efpeces
de metamorphoſes ſe ſont
faites & pratiquées il y a pluſieurs
fiècles Virgile en parle ,
& Ovide dans ſes Metamorphoſes
en donne des exemples, comme
celuy de Lycaon en Loup , à
raiſon de la cruauté qu'il exer
çoit ſur ſes Hoftes , & pluſieurs
autres fables , qui ne font
pas fans fondement tout à fait ,
& ces effets extraordinaires ne
font pas au deſſus de la nature.
Ellene fait pas à la verité tous
les jours des Geans , des Nains,
C +
6
56 MERCURE
desHommes marins ,ou des Tritons
, ny des Syrenes , & autres
creatures ; ce ſont des monftres
qui arrivent contre ſes routes ordinaires
& par des obſtacles ou
des furabondances qu'elle évite
autant qu'elle peut. Il ne faut
donc pas avoir recours aux miracles
, ou à la ſcience & malice
du Demon à tous momens,
& lors que nous ne connoiffons
pas les cauſes occultes des effets
ordinaires ou extraordinaires
que nous voyons . Le Demon
tout ſçavant qu'il puiffe eſtre
des ſecrets de la nature ( quoi
qu'il y ait lieu d'en douter ) ne
ſçauroit agir ſur nous qu'en appliquant
les actifs aux paflifs , &
qu'aprés une permiffion exprefſe
du Souverain Createur , ou
une foumiſion volontaire que
nous luy faifons ; au contraire,
>
GALANT. 57
c'eſt à l'homme vertueux &
juſte à luy commander en vertu
de la ſeigneurie où Dieu la
conſtitué fur toutes les chofes
inferieures . Nous en ſommes
convaincuspar les miracles des
Apoftres , Diſciples & Miniſtres
de la Sainte Eglife,à l'imitation
deſquels les hommes de Dieu
font ces merveilles contre la
refiſtance & rage du Demon , &
le forcent à obeïr . Les effets
étranges de l'imagination hu
maine , foit pour le bien , ſoit
pour le mal , nous feront aſſez
connus fi nous prenons garde
qu'ils peuvent arriver, non ſeu
lement par les cauſes cy-deſſus ,
mais encore par des cas fortuits ,
comme lors qu'un homme eſt
frappé du venin de la Tarentu .
le,par lequel il perd le jugement.
&tombe dans un fommeil le-
CS
588 MERCURE .
thargique , dont pour le guerir
on le tientréveillé en le tour .
mentant , ou le faiſant danſer au
fon de la voix , ou de quelque
inſtrument melodieux, qui convienne
à ſon temperament,c'eſt
àdire d'une harmonie grave s'il
eſt melancolique , d'une douce
& temperée s'il eſt ſanguin , &
d'une plus élevée s'il eſt colerique
;& quoiqu'il foit gueri du
mal que luy cauſoit ce venin ,
l'impreſſion qui en eſt demeurée
dans ſon imagination, &de
laquelle il ne s'apperçoit point
fait qu'il ne manque pas au
temps que l'accident luy eſt arrivé,
d'avoir une envie extreme
de danſer, & il danſe s'il trouve
des danſes , des chants ou des
fons d'inſtrumens qui luy
agréent , & il a meſme de la
peine à s'en abſtenir entout aus
GALANT.
59
tre temps , lorſqu'il en trouve
l'occaſion .
Le Sieur Borelle , Medecin
du Roy , dans l'obſervation 68 .
du troiſiéme livre de ſes Centuries
, rapporte une expe
rience d'un homme mordu par
un chien enrage,duquel labave,
par ſon venin,avoit bleſſe l'imagination
de cet homme,de forte
que dans les intervalles , où les
Priſmes de la rage ne le teno
it pas , il aboyoit , & chaffoit
le gibier à la campagne . II
fentoit venir de loin ſes Amis
ſans les appercevoir , & quoy
que fort éloignez
qu'un chien fait fon Maiſtre ;
bref il confervoit toujours l'hydrophobie
du chien qui l'avoit
mordu.
tout ainfi
De forte que les cauſes de ces
metamorphofes& changemens,
Cen
60 MERCURE
ſedoivent attribuer à des chofes
naturelles, ou contre naturelles,
mais corporelles , & non pas à
desmiracles & effets furnaturels
ny à la ſcience ou puiſſance du
Demon , en quoy je ne pretens
pas comprendre les Oracles &
fauſſes Divinitez des Payens ,
par leſquels le Demon , & fes
Emiſſaires , les trompoient , ou
tourmentoient , commefornis
à luy ;& c'eſt par où je firme:
que j'avois à vous dire ,Monteur
fur les Creatures ſpirituelles &
immortelles en general, conformement
& par rapport aux.
principes de noſtre Foy.
Il me reſte donc à vous exprimer
mes penſées ſur les
Creatures des Elemens,deſquels
les Anciens,& particulierement
Paracelſe , nous ont parlé,comme
de Creatures humaines &
effectives .
GALANT. 6г
Il nous a d'abord comme érabliun
genre d'hommes extraordinaires
, qu'il appelle des Gnomes
, & enfrite des differentes ,
eſpeces qu'il nomme des Py
gmées , des Undenes , ou Nym.
phes , des Sylphes , & des Vul
caniens ou Salamandres , à tous
leſquels il attribuë la figure &
les qualitez corporelles de
l'homme , & plus excellentes au
delàde celles que nous poffedons.
Mais ils ne peuvenc'eſtre
que les eſprits corporels des
quatre Elemens , comme il ſera
cy-apres remarqué , & leſquels
les Romans Ppilofophiques fone
paſſer pour des Fées, ou pour des
enchantemens , que Polyphile
appelle ve itez menſongeres
ou menfonges veritables .
Paracelſe neanmoins , pour
donner quelque credit à ſa doc62
MERCURE
و
trine , a rapportéles témoignages
de Saint Hierôme & Saint
-Augustin , qui diſent , ſçavoir
Saint Hierôme , que SaintAntoine
eſtantdans ſon deſert , y a
vû un Pygmée en forme de
Satyre , qui l'aborda au lieu de
fuir ; auquel Saint Antoine
ayant demandé quel il eſtoit , il
luy répondit qu'il eſtoit un
mortel habitant dans ce defert
avecpluſieursde fon eſpecesque
les Payens les prenoient pour
des Dieux, maisqu'iln'en eſtoit
rien ,& qu'ils ne vouloient pas
paſſer pour cela ;qu'il eſtoit envoyé
par ceux de ſa troupe à
Saint Antoine , pour le prier
*d'interceder pour eux auprés
du vray Dieu , & de l'adorer
parce qu'ils avoient eſté informez
que Dieu s'eſtoit incarné
pour la redemption de tout le
monde.
GALANT. 63
Et S. Auguſtin au livre de la
Cité de Dieu , chapitre 15. affure
avoir veu un Satyre ou
Faune vivant.
Auſquels deux témoignages
joignant tous ceuxdel'antiquité
qui parlent affirmativement de
la realité des Pygmées & des
Nains , des Nymphes,Nayades , »
Sirenes Tritons , des Sylphes
Faunes , Satyres & Geans , des
hommes Vulcaniens , Cyclopes,
& des Salamandres , Paracelſe
pretend appuyer & perfuader
fortement , ce qu'il avance de
la nature& des qualitez de creatures
des Elemens maſles & femelles
,& fait pour cela diverſes
hiſtoires , plus romaneſques
& divertiſſantes , que viritables.
Sur quoy mon deſſein principal
eſt de détromper les ef64
MERCURE
prits des curieux , qui pourroient
s'engager , comme plufleurs
ontinutilement fait, dans
la recherche des grands avantages
, qu'il infinuë devoir naiſtre
de la connoiſſance de ces creatures
& pour cela je prétens
faire connoiſtre aux gens éclairez
& aux mediocres aufſi , qu'il
n'y peut avoir d'autres eſpeces
d'hommes que ceux qui ont
paru depuis la Creation du
Monde , & que ces pretenduës
creatures fontpurement metaphoriques
, & vous en ferez le
Juge.
Je n'ay qu'à vous faire remarquer
, que felon les principes de
ma Phyſique , il y a quatre genres
des mixtes , par rapport aux
quatre Elemens ; ſçavoir , les
pierres par rapport àla terre & à
ſa ſechereſſe ; les métaux pan
GALAN T.
65
rapport à l'eau & à ſa froideur
lesvegetaux par rapport à l'air
& à fon humidité , & les Animaux
ou fenfitifs , par rapport
au feu & à fa chaleur..
Que dans chacun de ces grands
genres il y a quatre genres fubalternes
, chacun deſquels a
plus ou moins de rapport à l'un
des quatre Elemens. Par exempledans
le grandgenre de l'animal
, l'un de ſes genres ſubalternes
regarde la terre , & eft compoſé
des Animaux reptiles ; le
ſecond regarde l'Element de
l'eau & eſt compoſé des Poiſſons
le troiſiéme regarde l'air , & eſt
compoſé des Animaux volatifs,
& le quatrième regarde le feu ,
qui eſt le genre , compofé de
tous les Animaux progreffifs ,
qui ne font ny Oiseaux , ny
Poiffons , ny Reptiles.
"
66 MERCURE
Chacun de ces quatre genres
ſubalternes de l'animal , ſe diviſe
en quatre grandes eſpeces ;
au delà deſquelles il n'y a plus
de diviſion à faire
, parce que
dans ces trois fortes d'ordres &
de diviſions , fe rencontre le ſu
perieur , l'inferieur , & le mitoyen
, parrapport auffi aux trois
principes de nature , matiere ,
forme , & moyen ; car la forme
ſe rencontre plus noble dans
lordre des eſpeces animales ,
que dans les quatre genres fubalternes
, ny que dans le grand
genre animal , ce grand genre
répondant à la matiere , parce
que le mélange de l'Element du
Feuy eſt tres groffier,& fa qualité
chaude ,tres - intenfe,à comparaiſon
du mélange dece mefme
Element igné , qui ſe rencontre
dans les quatre genres fit
GALANT.
67
balternes répondant au principe
mitoyen , qui eſt au deſſus
de la matiere , & au deſſous de
la forme .
Pour ce qui eſt des genres
fubalternes , ils répondent par
conſequent au principe mitoyen
, parce que les qualitez
ignées de l'animal y ſouffrent
bien plus de refraction que
dans le grand genre à raiſon
de la delicateſſe & exactitude
de la mixtion , qui regne dans
les genres fubalternes ,pour aler
fe terminer dans les eſpeces ,
comme à leur fin & terme, auquel
ils tendent.
Et enfin les eſpeces faiſant le
troifiéme ordre de diviſion , répondent
à la forme , d'autant
que dans cette forme l'intenſité
de la qualité ignée de l'animal
fetrouvant en ſa derniere re68
MERCURE
fraction , la mixtion y eſt plus
noble & plus parfaite , que dans
les genres fubalternes , deſquels
elles defcendent ; & ainſi à
proportion dans les trois autres
grands genres ,dans chacun defquels
il y a quatre genres fubalternes
,& feize grandes eſpeces,
cequi fait le nombre de foixante
& quatre eſpeces,qui comprennenttout
ce qu'ily a de differences
effentielles dans l'étenduë
des mixtes de la nature, par rapportau
nombre quaternaire des
Elemens , ce qui eſt la ſource
quarrée du nombre foixante &
quatre , auquel dans la nature
fe reduir le nombre des efpeces,
ſans augmentation ny diminution
, qui fert d'original à laracine
quarrée des Mathematiques
, & de l'Arithmetique ,de
même que le ternaire des prinGALANT
. 69
cipes a ſervi de patron à la regle
de trois , & à la proportion
harmonique.
Cette enchaiſnure des genres
&des eſpeces de lanature , que
je viens de vous repreſenteren .
racourcy , vous doit convaincre
, à mon avis , qu'il ne peut
yavoir qu'une eſpece humaine
veritable , & non pluſieurs ,
quoy que Paracelſe ait voulu
établir les Gnomes comme un
genre particulier , & les Pygmées
, Nymphes , Sylphes , &
Salamandres , comme des eſpeces
répondant aux quatre Elemens
par les differentes habita-
Lions qu'illeur donne.
Mais vous m'objecterez ,peut
eſtre , que Paracelſe n'est pas
ſeulde ce ſentiment , & que les
Philoſophes y confentent , outre
que l'experience nous a fait
70
MERCURE
voir qu'il y a de petits hommes
dansles Mines , que les Mineurs
voyent quelquefois , que lors
qu'ils paroiffent d'abord à l'ouverture
de la Mine , celeur eſt
une preuve certaine de l'abondance
& richeſſe de la Mine ;
que ces Mineurs les entendent
travailler à la Mine , ce qui leur
eſt un avertiſſement que laMine
eſt proche de ſa fin , ou que
les terres menacent de ruine ,
&que ces petits hommes fouſterrains
vivent d'inſectes , com .
me de rats , de fouris ,& autres
de cette nature .
Que l'on a vu quelquefois de
ces petits hommes fur la terre
&dans les jardins , ſe divertir
avec des enfans , diſparoiſſant
quand il leur plaiſt tout d'un
coup, comme s'ils s'enfonçoient
dans les pores de la terree, fans
GALANT .
71
qu'il y paroiſſe aucune ouverture
ou paſſage.
Qu'il y a des Gnomes qui
converſent avec les hommes ,
qu'ils ont des femmes & des enfans
, qu'ils fontheureux & forsunez
dans les chofes mondaines
, & en font meſme part à
ceux qui les obligent , ouqu'ils
prennent en affection boivent
maugent comme nous ,& font
toutes les actions corporelles de .
l'humanité.
,
Enfin qu'il y a des Faunes , des .
Satires,des Centaures , desGeans
des Nains & autres , faiſant les
fonctions animales de l'homme ,
&que de ces fortes d'hommes &
de femmes , il y a une infinité
d'hiſtoires & de relations qui ne
ſçauroient pas eſtre toutes ſoupçonnées
de fauffeté.
Atoutes ces fortes d'hiſtoires
72 MERCVRE
ſuppoſe qu'elles fuſſent toutes
veritables , ce qu'on ne peut
dire ( car il arrive ſouvent en
ces matieres , que l'on donne
l'effort à ſon imagination pour
s'égayer & ſe divertir des autres
) c'eſt une neceffitéquetoutes
ces creatures folent autane
de monstres , ou des effets de
l'imagination depravée d'une
femme qui conçoit , ou qui eſt
groffe , qui ne laiſſent point de.
lignée , ny de poſterité , com-
• meje vous l'ay dit. Autrement
les eſpeces ſe multipliroient à
l'infini , & il n'y auroit plus d'ordredansla
nature. Ainſi la beauté
de l'Univers, qui conſiſte dans
l'atrangement merveilleux de
ſes parties , & dans leurs proportions
harmonique , geometrique
& arithmetique , feroit
ancantie contre la volonté du
CreaGALANT.
73
S
لا
0
t
t
コ
e
Createur qui les a ainſi ordonnées.
,
4
Le grand nombre d'individus
d'hommes rangez ſous l'eſpece
humaine , ne doit pas caufer de
confufion puiſqu'ils s'excedentles
uns les autres , en vertus
& qualitez actives , depuis
le plus bas degré de l'eſpece ,
juſques au plus noble & plus
parfait ; mais cette quantité
d'hommes marquel'élevationde
l'entiré au deſſus de ſon eſſence,
qu'elle reçoit du feu & de l'air ,
& qu'elle poſſede au deſſus des
autres eſpeces ,& du genre fubalterne
progreſſifanimal, à meſfme
proportion que le feu furpaſſe
en fubtilité & activité lesaus
autres Elemens : car les parties
ou portions qui compofent le
corps du feu , eſtant de figure
triangulaire aiguë , elles ſont
Janv. 1694. D
74
MERCVRE
plus petites en étenduë que la
figure triangulaire equilaterale
attribuée à l'air, ny queletriangle
obtus attribué & naturel à
l'eau, & le cube ou quarré plein ;
àla terre.
Il ne faut qu'un Individu ,
pour ſauver l'eſpece , ainſi le
grand nombre d'Individusn'augmente
ny ne diminuëla perfection
de l'eſpece tant en eſſence
, qu'en entité. Ils ont tous
une effence commune & égale
entre eux , laquelle eſt toujours
indiviſible & fans mouvement
juſques à ce que par un furcroift
de qualitez actives au deſſus de
l'eſſence , elle puiſſe agir & fe
communiquer , qui eſt ce que
Pon appelle l'entité , laquelle
eſt accidentelle , paſſagere &diviſible,
à la difference de l'eſſence,
ainſi queje l'ay montré dans
GALANT.
75
a ma Phyſique ; de forte que les
Individus ne different que par
la differente participation de
{ l'entité de leur eſpece partagée
inegalement dans tous les individus
de cette eſpece qui les
fait differer",& ſuppoſe qu'il
n'yeuſt qu'un Individu , comme
Adam , lors de la creation
cet Individu poſſcderoit à mefme
proportion qu'Adam toute
l'eſſence & l'entité de ſon eſpe-
= ce; c'eſt à dire toute la perfec-
- tion dont l'humanité eſt capable.
:
-
Et pour prouver demonſtrativement
que la veritable eſpece
de l'homme n'eſt pasde lanature
des eſpeces humaines que
Paracelſe ſuppoſé , c'eſt qu'il
convient que les creatures des
Elemens avec leur corps ſpirituel
, n'ont point une ame im
1
D 2
76 MERCURE
mortelle comme nous , & meurent
comme fontles beſtes .
En effet , ce qui nous donne
le ſpecifique de l'homme , n'eſt
pas ſeulement le corps de l'homme
bien qualifié & organisé ;
mais c'eſt noſtre ame immortel-
,
le jointe à noſtre corps , ce
qui fait que la definition que
l'on donne ordinairement de
l'homme en diſant qu'il eſt
un animal raisonnable , n'eſt
pas legitime , & n'eſt pas com- .
poſée de genre & de difference
; car le raisonnable eft
participé en quelque maniere
par les brutes ſous le
d'inſtinct , & c'eſt pour cela que
quelques uns ontdit que la raifon
ne nous élevoit pas effentiellement
au deſſus des brutes,
qui font des eſpeces approchan -
tes de l'eſpece de l'homme, n'y
nom
GALANT. 77
ayant que du plus ou du moins
de raiſon dans les uns & dans
les autres . Mais ils ne confiderent
pas que la veritable difference
eſſentielle qu'il y a entre
l'homme & la brute, eſt fondée
folidement ſur l'intelligence de
Thomme , car ſa puiſſance intellective
, & diſcurſive meſime
font particulieres à l'homme , à
l'exclufion de la brute, de quelque
eſpece parfaite qu'elle puifſe
eſtre , comme le Singe , le
Chien , l'Elephant , le Renard ,
le Cheval , & autres animaux
difciplinables.
>
La reflexion que l'entendement
fait ſur ſes connoiſſances )
foit qu'elles viennent des ſens
exterieurs , ou de ſa ſeule imagination
, à l'égard des chofes
corporelles ) ſoit de ſa raiſon ,
ou puiſſance diſcurſive , à l'é-
D
3
78 MERCVRE
4
gard des choſes corporelles &
ſpirituelles conjointes ; ſoit à
l'égardde l'entendement meſime
pour les choſes purement ſpirituelles
ſeules , nous éleve fans
doute au deſſus des actions des
Brutes , de forte qu'elles n'y
ſçauroient atteindre ,& ne connoiſſent
pas qu'elles connoiffent
& qu'elles font ſans aucunereflexion,
& tout ce que leur inſtinct
ou raiſon tres-imparfaite
qui reſide dans leur imaginatiõ ,
leur donne , eſt de choiſir dans
leur corporel ce qui leur eſt
convenant, ou de fuir ce qu'elles
ſentent actuellement leur
eſtre nuiſible .
Le Singe, par exemple ,quoy
quetres- aviſe ſe voyantdansun
miroir ne connoiſt pas que c'eſt
fon image , & va chercher au
derriere du miroir le Singe
GALANT.
79
र étranger , qu'il s'imagine avoir
vû,& reitereroit ſans ceſſe cette
action , ſans jamais ſe détromper
, & ainſi du chien,lequel ſe
voyant dans un miroir , aboyera
& grondera toujours contre fon
image ſans la connoiſtre ; en la
prenant pour un chien étranger
fans pouvoir connoiftre l'erreur
de fon imagination, n'ayant pas
de puiſſance fuperieure qui
puiſſe la redreſſer par aucune
reflexion .Et dans l'homme mef.
me, celui qui eſt trompé par fon
imagination &par fon raifonnement
,ne reviendra pas de fon
erreur s'il n'eſt ſecouru par
quelqu'un qui ait l'imaginative
ou la difcurfive plus élevée que
la fienne , & qui connoiſſe la
fource de fon erreur, & luy faffe
connoiſtre la verité.
D6
-80 MERCURE
A quoy ajoûtant en faveur
de l'homme la liberté qu'il a de
faire, ou de ne pas faire les choſes
qui font en ſa puiſſance ,
& quoy qu'il connoiffe parfaitement
le bien & le mal , le
plaifir & le danger qui ſe prefentent
l'execution de ſa volonté
, c'eſt une prérogative toute
ſpirituelle , dépendant abfolument
de la volonté de ſon ame ;
elle établitune ſi grande diffe
rence entre l'homme & la brute
, qu'il n'yanulle comparaiſon
à faire entre l'une &l'autre ,
c'eſt à dire , entre le corporel de
la brute, & la ſpiritualité de l'ame,
parce qu'il n'y a aucune
proportion entre elle & aucun
corps de la nature , finon avec
celuy de l'homme, eſtant le plus
parfait de tous les corps , ce qui
eſt une prérogative eminentif-
-
GALANT. 81
fime que l'homme poſſede , entre
les puiſſances de ſon ame ,
conſiſtantdans la pure & libre
volonté ,& amour qu'elle a receuë
de Dieu , qui eſt le ſeul
& veritable principe de la charité
pour noſtre prochain , &
de l'amourde retour pour noſtre
Createur.
Au lieu que dans les Brutes
toutes les actions ſont forcées ,
&faites par neceflité , parce
que leur connoiſſance ou inf
tinct. dépand abſolument de
leurs ſens & de leur imagination,
qui les entraiſnent avec
violence vers l'objet corporel ,
qui eſt le plus convenant à leur
nature , fans pouvoir faire aucune
reflexion ny choix volontaire.
Enfin , ſi aprés toutes cesdémonstrations
il y a un hom-
DS
82 MERCVRE
me affez malheureux pour ne
pas eſtre convaincu de la ſpiritualité
, de l'intelligence , de
la reflexion , & de la libertéde
fon ame , ou qu'il veüille ſe
priver luy- meſmede ſes avantages
, je ſuis bien d'avis qu'on
le relegue à la qualité des Brutes
avec Nabuchodonofor
qu'il broute les herbes & mange
le foin comme les boeufs ,
&qu'il vive avec eux à l'injure
du temps , nuit &jour , ainſk
qu'eux , comme celuy que Virgile
appelle ,
Semi -bovemque virum , semivi
rumque bovem.
Et ainſi il fouffrira une puni
tion qui luy fera bien deuë, jufques
à ce qu'il fost revenu à luy
meſme , & à la connoiſſance
de l'immortalité de ſon ame , à
l'imitation de ce Roy , en ſe
GALANT. 83
foumettant aux preceptes de la
Loy , & aux avertiſſemens &
remontrancesdes Prophetes .
Mais quiconque voudra ſe
conſerver les prérogatives de
ſes puiſſances ſuperieures , il
commencera par ſe connoiſtre
luy meſme dans ſon exterieur
& dans ſon interieur, Nofce teipfum;
car il eſt plus prompt &
plus facile de ſentir ſon corps ,
& les mouvemens qui s'y forment
, que ceux qui luy font
étrangers , & horsde luy- mefme
, dans les ſujets voiſins , foit
pour le ſpirituel; il entrera ſans
peine dans la connoiſſance de
l'enchaifoure des genres & des
efpeces de la nature dont il vient
d'eſtre parlé , & l'on ne pourra
pas luy multiplier les eſtres mal
à propos , c'eſt à dire , d'une efpece
ſeule , l'on neluy en for
D6
84 MERCURE
mera pas pluſieurs , comme il arriveroit
, ſi l'on s'arreſtoit à la
lettre aux diſcours que l'on attribue
à Paracelſe ſur ce ſujet.
Alors il connoiſtra clairement
qu'il ne peut y avoir qu'une eſpece
humaine , bien que fon
étenduë ſoit ſi grande , & que
ſes individus , qui ſont en fi
grand nombre , nous paroiffent
fi differens les uns des autres ,
carils onttous uneeffence commune
& ſpecifique , laquelle
eſt compoſée de fix degrez un
quartde qualitez actives , chaleur
& humidité , ainſi que je
vous l'ay fait voir , lorsque j'ay.
eu l'honneur de vous commu-.
niquer ma Phyſique , qui vous
aappris que les quatre qualitez
premieres élementaires , & par
confequent les Elemens ont eſté
-établies par les quatre differenGALANT.
85
tes impreſſions de l'Esprit de
Dieu , qui a actué la matiere
premiere du cachos lors de la
Creation.
Que de ces quatre Elemens
font fortis les trois principes,
ou fubalternes naturels par l'affemblage
deſquels le point phyfique
a eſté composé , dans lequel
il n'y avoit qu'un indiviſi
ble , c'eſt à dire ,la ſimple eſſence
de chacune des quatre qualitez
au deſſous de laquelle l'on ne
pouvoitpas deſcendreſanstomber
dans le neant.
Que ce point contenoitvistuellement
le nombre de dix ,
en vertu de laquelle puiſſance
il s'eſt multiplié juſques à dix ,
pour compoſer la ligne ;la ligne
s'eſt multipliée juſques à dix
autres lignes , pour compoſer
la furface , & ainſi dix ſurfaces.
$6 MERCURE
1
pour compoſer le corps abſtrait ,
ou l'eſſence du corps , auquel la
nature ayant ajoûté le double
de l'eſſence , pour former fon
entité , il ſe trouve que le corps
naturel eſtant de la forte compoſé
de deux mille points , dans
chacun deſquels il y avoit quatre
indiviſibles des ſuſdites qualitez
premieres , il poſſede &
contient huit mille indiviſibles
de qualitez premieres actives
&paffives . Enfin que tous ces
indiviſibles de qualitez ſe trouvent
partagez en dix degrez
dans tous les ſujets corporels ,
par la vertu decennaire du point
qui a regné dans les lignes,dans
les ſurfaces , &dans le corps abſtrait&
concret , ſçavoir quatre
degrez pour la qualité propre
&dominante , trois pour l'appropriée
,deux pour la conve
GALANT. 87
nante ,& une pour la contraire
& ce nombre de dix degrez de
qualitez ſe trouve en chacun
des differens ſujets corporels
qui compoſent le monde , mais
differemment , ou également
diſtribuées.
: Et parce que les qualitez actives
, dontil vient d'eſtre parlé ,
montent dans l'eſpece humaine
juſques à ſept degrez & demy ,
pour avec deux degrez & demi
de qualitez paſſives faire les dix
degrez de toutes les qualitez
premieres élementaires , actives
& paſſives , diverſement diſtribuées
dans les genres & eſpeces
de la nature ,& qu'au contraire
il y a ſept degrez & demy de
qualitez paſſives dans les genres
de la pierre&du métal, &deux
degrez & demy ſeulement de
qualitez actives , qui peu à peu
88 MERCURE
augmentent & furpaffent le
nombre des qualitez paſſives
dans les genres du vivre & du
fentir , ainſi qu'il eſt prouvé
dans ma Phyſique , il s'enfuit
quepour l'entité de l'eſpece humaine
il y a un degré un quare
de qualitez actives chaleur &
humidité , qui ſe diſtribuë à
chacun des individus de l'eſpece,
ſelonle degré auquel ils s'y
rencontrent en particulier &
individuellement.
Or comme cedegré un quart
pour l'entité humaine, eſt compoſé
de mille indiviſibles de
qualitez actives ,chaleur & hu
midité; il ne faut pas s'eſtonner
en premier lieu , s'il y a un
grand nombre d'individus dans
Feſpece humaine , car ilne faut
qu'un indiviſible de qualité
pour faire differer un homme
GALANT. 89
d'avec un autre , qui eſt la raiſon
pour laquelle chaque homme
eſt nommé un Individu , qui ne
poſſede pas l'indiviſible de qualité
, par lequel il furmonte un
autre , ou en eſt ſurmonté , &
ſi vous conſiderez que les vingtquatre
lettres de notre alphabet
diverſement diſpoſées fourniffent
unſi grand nombre de mots
dont on s'eſt ſervi , dont on ſe
fert ,& dont on ſe ſervira en
noſtre langue & en d'autres
l'on peut bien conjecturer que
ces mille indiviſibles de qualité,
diverſement diſpoſez & diſtribuez
en autant de manieres
qu'ils le peuvent eſtre , produiront
un nombre prefque infini
diodividus
,
En ſecond lieu , ces mille indiviſibles
d'entité doivent nous
faire connoiſtre que l'entité de
१०
MEROURE
Ihomme,eſt la plus haute entité
ho
qu'il y ait dans le genre animal,
puiſque dans les eſpeces inferieures
à celles de l'homme , l'en
tité ne peuteſtreque d'un quart
de degré& un indiviſible , c'eſt
àdire, deux cens & un indiviſi .
ble de qualitez actives ,au lieu
des mille qui font dans l'eſpece
de l'homme,deſquels mille indiviſibles
,il y en a une partie qui
fert à compoſer ſes puiſſances
corporelles des ſens & de l'imagination,
une autre partie àcompoſer
ſa puiſſance diſcurſive ,&
le faire raiſonner corporellement
& fpirituellement : &
enfin l'autre partie ( c'eſt à dire
le quart de ces mille indiviſibles
) qui eſt la plus épurée , &
lamoins corporelle , ſert immediatementà
l'ame à ſpiritualiſer
toutes les eſpeces corporelles.
GALANT . 91
ou
qui luy font envoyées par las
puiſſances inferieures , & à les
rendre propres aux actions les
plus ſpirituelles de l'entendement
, en forte qu'elle puiſſe
connoître d'abord ſans raiſonner
, & intuitivement comme
l'Ange à proportion gardée.
En troiſime lieu , fi les Brutes
raiſonnoient ſpirituellement ,
connoiffoient fans raiſonner , à
nôtre imitation, elles ſe feroient
entendre à nous par leurs
actions , & par certains difcours,
commeun homme ſe fait entendre
à un autre , qui n'eſt pas
demeſme langue, plus ou moins
felon leurs capacitez refpectives
, mais il y a trop de
diſproportion entre les brutes
&nous par les mille indiviſibles
de qualitez actives d'intervalle
,&de difference , qu'il y
92
MERCVKE
a entre leur entité & la noſtre ,
à mefme proportion que l'Ele -
ment du feu eſt au deſſus des antres
Elemens en vertu & vigueur.
C'eſt pour cela que
noſtre imagination a quatre fois
plus d'activité que nos fens exterieurs
, ny que l'imagination
des brutes ; noſtre puiſſance
diſcurſive a de l'activité & de la
fubtilité quatre fois plus que
noſtre imagination . Auſſi noſtre
imagination s'arreſte à la couleur
& à la figure exterieure
des corps feulement , & n'entre
nullement dans les effences des
choſes que noſtre raiſonnement
ou puiſſancedifcurfive penetre;
& enfin noftre puiſſance intellective
eſt quatre fois plus noble
& p'us parfaite que la difcurſive
, quoy que la difcurfive
connoiſſe les eſſences
GALANT.
93
- des chofes corporelles , car l'en .
tendement connoiſt les ſpiri.
tuelles ſans raiſonner , chacune
de nos puiſſances demeurant
dans ſon détroit , fans que l'inferieure
forte ou aille au deſſus
de ſes limites & de ſa ſphere
d'activité.
Enfin nous n'avons point découvert
juſques à preſent , aucune
marque de l'intelligence
des beſtes , ny de la connoiſſance
qu'ils ayent eu de l'eſſence
d'aucune choſe. Si elle en avoient
eu , elles nous auroient
quelquefois commandé à leur
tour ,&nous en auroient com .
muniqué par leurs actions , ou
autrement des preuves , ainfi
que les hommes ſuperieurs dans
leur eſpece commandent , & fe
font connoiſtre à ceux de leur
meſme eſpece qui leur font inferieurs.
94
MERCURE
Ayant donc fait remarquer
les differences eſſentielles d'entre
les eſpeces des brutes , &
l'eſpece del'hommedont les Individus
ne different point efſentiellement
entre eux , ny par
leur corps , ny par leur eſprit ,
mais que leurdiverſité provient
ſeulement de leur entité corporelle
, qui eſt differente en chacun
d'eux , & qui dépend des
differentes conſtellations qui
ont preſidé à leur naiſſance ,
des differentes parties du ciel ,
fous leſquelles ils vivent , & des
differens climats qu'ils habitent
l'on ne sçauroit pas raiſonnablement
ſe perfuader qu'il y a
des hommes d'une autre nature
que ceux qui ont paru juſques
icy.
La diverſité d'individus fe
rencontre auſſi biendans lesauGALANT.
95
- tres eſpeces que dans celle de
- l'homme. Par exemple , dans
l'eſpece du chien font renfermez
tous les differens chiensde
chaſſe , le barbet, le chien domeſtique
, le chien fauvage , le
chien & dogue d'Angleterre
tres feroce , le petit chien de
Bologne , fi doux & fi delicat ,
le loup , le renard & autres ,
qui font fi fort differens les uns
des autres que la plupart des
hommes qui ne ſont pas inſtruits.
des principes de la Phyſique, les
prennent pour de differentes efpeces
, & ne sçavent pas que
chaque eſpece a trois ordres par
leſquels elle ſetermine&fe conſtitue
, ſçavoir le ſuperieur, l'inferieur
, & le mitoyen à meſme
proportion que le total de l'Univers
,&que ſelon ledegréde
ces trois ordres où un Individu 1
96 MERCURE
ſe rencontre ,il poſſede plusou
moins de perfection de l'entité
de ſon eſpece , & cela fait paroiſtre
d'abord de ſecondes efpeces
qui feront au nombrede
trois , par rapport aux qualitez
& au nombre des trois principes
de la nature ſuperieur , inferieur
, & mitoyen ; & de ces
trois ſecondes eſpeces , il en
peutfortirencored'autresdifferentes
qui paſſeront pour de
troiſièmes eſpeces , qui par rapport
au nombre quaternaire des
Elemens , feront diviſées chacune
en quatre petites , eſpeces ,
ce qui produira le nombre de
douze , & ainſi ces douze eſpeces
jointes aux trois de la fufdite
premiere diviſion ternaire,
& à la principale & plus grande
eſpece de l'homme , feront
paroiſtre ſeize eſpeces humat
nes ,
GALANT.
97
nes , tant grandes que moyennes
& plus petites , qui ne fe-
-ront pas des differences eſſen-
- tielles , mais ſimplement acci-
- dentelles .
Il ya meſme des animaux qui
ſe trouvantdans le plus bas degré
de la grande eſpece , participent
du degré ſuperieur de
l'eſpece infericure , quant à
l'exterieur ; de maniere que
l'on a de la peine à diſtinguer
de laquelle des deux eſpeces ſu
perieure , ou inferieure ils font,
comme le Borrachet parmy les
plantes , les Zoophyres , & autres
depareille nature , qui pour
cela ne forment pas une differente
eſpece , ou qui ſoit nouvelle
autrement les eſpeces
multipliroient à l'infiny , comme
j'ay dit , ne pouvant trop le
repeter , pour éviter l'erreur.
Janu.1694. E
98
MERCURE
Quoy que les hommes me
diocres ou vulgaires tombent
ordinairement dans cette mépriſe
, il n'y a pas d'apparence
que Paracelſe , qui eſtoitle plus
profondPhyſicien de ſon ſecle ,
ait veritablement crû que les
Creatures des Elemens , dont il
fait la deſcription , ayent eſté
de veritables hommes , ou des
eſpeces particulieres & extraordinaires
.
Ainſi il ne faut pas s'arreſter
à la lettre ny à l'ecorce des ter
mes dont il s'eſt ſervy , ny aux
diverſes hiſtoires romaneſques
qu'il a faites fur ce ſujer,mais
ileft neceffaire d'obſerver dahs
quel eſprit il a parlé de ces for
resde Creatures ; de leur natureactions
, inclinations , & politique
& de leurs differens
THEO
ZYON
Sexes.
2
491
GALANT.
qu
07THEQUE DELA VEZ
engeneral , eſt de leurdonner
lenom de Gnomes , auſquels il
attribuë un corps ſpirituel , penetrable
,& penetrant fans peine
, ou paſſant au travers des
montagnes , rochers & maiſons
qu'ils habitent , ſans rien rompre
ny faire d'ouverture , &
avecautant de facilité que l'Oiſeau
dans l'air, & le Poiffon dans
l'eau , ſoit au Sexe maſculini,
foit au feminin , mais qu'ils
n'ont point l'ame immortelle ,
finon en cas qu'ils ſe marient
avec nous , & que leurs enfans
auront auſſi une ame immortelle
auditicas .
Enſuite il donne aux Pygmées
ou Nains, qui habitent les
Mines & lieux ſouſterrains,une
nature terreſtre'; aux Nymphes
une nature aquatique,les faiſant
E 2
100 4
MERCURE
tres belles , pures & nettes ,
préſidant aux eaux , mais tres
fieres , imperieuſes , & jalouſes
de leur parole,& de la foy qu'on
leur donne , ſans pouvoir fouffrir
aucune choſe d'étranger &
d'impur ; aux Sylphes & Sylphines
une nature aërienne , tenant
par leur Sexe femininaux Nymphes
, & par le mafculin aux
Salamandres ; & enfin aux Salamandres
une nature ignée ,
contenant la nature & la perfection
des précedentes Creatures
, ſoit qu'elles foient pures
Salamandres , masculines ,
foit qu'elles foient feminines, &
participantun peu de la nature
aërienne.
Avant Paracelſe , ces Creatures
mafculines & feminines
ont eſté reduites à deux extrêGALANT.
101
,
mais
mes oppoſez , ſçavoir les Pygmées
de petite ſtature
fermes & terreſtres;& les Gruës
qui deſcendoient du Ciel en
grand nombre pour combattre
& furmonter les Pygmées , ainſi
qu'Homere l'a expoſé dans ſon
Odyffée .
Ovide,dans la Fable de Phaëton
, a décrit ces Creatures &
Elemens,ſous le nom des quatre
chevauxdu chariot du Soleil ,
fçavoir Pyrhoeis , Eous, Athon
&Phlegmon , tout celeſtes &
pleins de vigueur & d'action .
Poliphile dans ſon Songe , a
décrit ces quatre Elemens trespurs
& tres nobles , avec leur
quinteſſence , ſous les figures &
perfonnes de cinq Demoiselles
de haute qualité , la premiere
deſquelles il nomme Geufie ,
E 3
102
MERCURE
pour exprimer la Terre , à la
quelle ſe rapporte le ſens du
goust .
La ſeconde Ophrafie , pour
fignifier l'Eau , à laquelle ſe rapporte
l'odorat .
La troiſième Acoé
د pour
fignifier l'Air , par rapport à
l'Ouie .
La quatrième Horafie , pour
fignifier le Feu , par rapport à
la veuë.
Et Aphaé , pour fignifier la
quinteffence des Elemens , par
rapport au Tact , ſans lequel les
autres ſensn'ont point d'action
non plus que les Elemens fans
l'aidede la quinteſſence , qui les
met en mouvement.
Remond- Lulle veut auſſi que
les quatre Elemens groffiers &
impurs comme ils ſont dans le
globe de la Terre & de l'Eau 2
GALAN T.
103
foient fubtiliſez & dépoüillez
de la corporalité , ſans neanmoins
crever la boëte de la
quinteſſence , c'eſt à dire , le
fubtil corporel où elle eſt enfermée.
Ce font ces fortes d'idées ,
& autres encore plus occultes ,
fous leſquelles les Philofophes
les plus veridiques , predecef
feurs & fucceffeurs de Remond
Lulle &de Paracelſe , qui ont
entrepris de faire l'excellent
Ouvrage qu'ils appellent leur
petit Ciel , ou Medecine Univerfelle
, ont prétendu dans
leurs écrits , nous perfuader
que leur veritable matiere eſtoit
de nature celeſte , quoy que
provenantdu centre de la Terre
& de l'Eau du grand nombre
où la quinteſſence eſt engagée
& arrêtée , que c'eſt delà qu'ils
>
م ت
E 4
104
MERCVRE
)
tirent tout ce dont ils ont befoin,
ſans avoir recours à aucun
mineral , ou mixte parfait &
déterminé , lequel leur ſeroit
abſolument nuiſible; que de cette
matiere par leur art , & l'aide
dela nature,ils ſeparent laTerre
, l'Eau , l'Air , & le Feu ; que
l'Eau eſtant impreignée du feu
de la Terre, calcine & fubtilife
parfaitement en poudre impal.
pable cette terre , qu'elle diviſe
enterre mafculine & feminine,
&ainfides autres Elemens , affurant
qu'il s'y rencontre toujours
deux Sexes , qui forment
les eaux ſimples & fubtiles , leurs
Eaux de vie ,& Laits virginaux,
leurs Mercures purs,& quinteffence
de ces Mercures & Souphres
qu'ils appellent le ſel de
Nature & des Sages , avec lef
quels Elemens & diffolvans, on
GALANT.
105
menſtruës , ils diſſolvent ce fel,
& en font les ames des ſept
Planetes , les nourriſſent d'abord
de viandes delicates , puis
de plus folides , & ainſi arrivent
à la perfection de cet oeuvre
merveilleux & inconnu à la
pluſpart des hommes , mefine
aux plus intelligens , fi ce n'eſt
parune grace particuliere d'en
haut,Pauci quos aquusamavit Iupi .
ter.
د
Ainſi les creatures des Elemens
de Paracelſe ne peuvent
eſtre que les matieres ,quiviennent
d'eſtre remarquées , qui
font les eſprits corporels à la
verité des quatre Elemens tres
proches ( & fans moyen) à la
quinteffenec celefte , & non
pas de veritables creatures humaines
, deſquelles il n'a emprunté
la figure & la reffem-
ES
106 MERCURE
blance , que pour marquer laa
nobleffe & excellence de ces
Elemens , comparable à la dignité
de l'homme , ou du moins
de fon corps.
Ces Philoſophes ajoûtent que
la nature immortelle , que les
creatures des Elemens acquierent
par le mariage ,& qui patle
à leurs enfans , n'eſt ſimplement
que la veritable conjonction &
union infeparable des Elemens
fixes avec les volatiles , que la
beauté des Nymphes,leur fierté
& leur pouvoir abfolu avec
leur jaloufie & vangeance , lors
qu'on ne leur tient pas la parole
& la foy qui leura eſté donnée,
marquent l'avantage qu'elles
ont ſur les autres creatures des
Elemens , pendant tout le cours
de l'ouvrage ; qu'elles ſont dégagées
de la groſſiereté de la
د
GALANT. 107
matiere , qu'elles font toutes
celeftes , & l'un des extrêmes
de leur oeuvre; c'eſt à dire qu'elles
y tiennent lieu de cet coeu
vre,& contiennent beaucoupde
l'eſprit univerſel , pour avec les
Pygmées qui reprefentent la
terre & le fixe , compofer les
Sylphes , Sylphines , Salamandrines
, ufant par cette voye du
pouvoir , que les corps celestes
ont fur la terre & les autres
Elemens , qu'elle contient , en
les preparant , & diſpoſant à
une forme plus noble de regi.
me en regime , juſques à ce
qu'elles ayent donné au fouffre
( qui eft leur ferviteur rouge )
la moitié de leur autorité , &
que par la continuation & fidelité
de leur mary,elles ne foient
plus obligées à faire divorce ,&c
Loient unies infeparablement
1
E6
108 MERCURE
avec luy , pour acquerir à eux
& à leurs enfans , un corps immortel
, c'eſt à dire tout à fait
fixe , car autrement & en cas
qu'elles ſentent quelque ſujet
eſtranger avec lequel leur mari
&ferviteur ſe veüille allier&
conjoindre, elles l'abandonnent
fans eſperance de retour,& ainſs
il demeure privé de tous les
avantages qu'il pouvoit eſperer
de leur mariage & fidelité reciproque.
: Que le grand nombre d'hiſtoires
, que Paracelſe fait , des,
amours & avantures des Nym..
phes , & de Melusine , n'eſt à
autre deſſein , que pour avertir
les artiſtes , des écueils, qui les
menacent , comme la viſite
du Roy Helmas mari de Perfina
pendant ſes couches , &
celle du Comte Remond de fa
Y
GALANT . 109
femme Melufine , pendant ſes
bains , le Samedy , ce qui irrita
ces deux Nymphes , parce que
leurs maris leuravoient promis
le contraire , & qu'ils ne les
viſiteroient point en ces tempslà;
mais les laiſſeroient en repos
, & elles abandonnerent
leurs maris par cette raiſon , &
lesrendirent miferables , ce qui
fignifie , ſelon tous les Sçavans
fur cette matiere , qu'il ne faut
pas remuerle vaiſſeau pendant
le regne de Saturne, c'eſt à dire
pendant la putrefaction, auquel
ces mouvemens de nature font .
dediez & que l'on ne doit pas
les troubler,mais bien les laiſſer
agir en liberté, ainſique Perfina
pendant ſes couches , & Me-
Iuſine pendant fes bains du Samedy,
vouloient faire pourpouvoir
bienſe purger & nettoyer..
FIO MERCURE
)
Que les Syrenes marquent
l'état dangereux auquel eſt cet
oeuvre , lorſque l'eau brillante
&éclatante comme la lumiere
regne , car à moins que l'on n'imite
Uliffe , lequel pour ſe deffendre
de leurs beautez & de
leurs voix charmantes , fit bou
cher de cire les oreilles de fes
Nautonniers , & au mesme inſtant
ſe fit lier & attacher au
mats de fon vaiſſeau , & évita
par ce moyen le peril , auquel
l'approche de ces Syrenes avec
leurs charmes l'auroit reduit
c'eſt à dire , que lors que l'eau
du ſujet paroiſt blanche comme
une piece de cristal brillante &
lumineuſe , il faut la lier étroitement
comme Uliſſe le fur au
mats de fon Vaiſſeau , luy adminiſtrer
de la terre tres pure ,
arreſter par ce moyen lemouGALANT.
vementtrop grand de cette eau,
finon l'ouvrage ſe diffipe en fumée
, & au contraire ſi dans une
autre occafion , l'on adminiſtre
trop de terre , le feu qui s'y ren
contre , brûle & confume en
cendre le ſujet , c'eſt pourquoys
l'on doit exactement balancer
la terre avec l'eau..
Que l'immortalité des Gnomes
conſiſte dans la fixité tem
perée;& la conjonction.intime
de ces deux Elemens , aipfis
qu'on peut conjecturer , par ce
qui vient d'eſtre dir..
Enfin que le ſecret que demandent
les Nymphes , eſt le
Symbole de celuy , qui eft abſolument
neceſſaire dans l'entrepriſe
, conduite , perfection &
uſagede cette medecine, autrement
la perte de l'operateur est
inevitable. 專業1.
FF2 MERCURE
i
Et au contraire toute ſortede
bonheur & l'intelligence luy
font aſſurez , il peut s'élever à
la ſcience de la cabale toute divine,
ſelon Remond Lulle,quoy
que l'Auteur du Livre duComte
Gabalis l'ait tournée en ridicule
avec tous les Cabaliſtes
& les Prophetes divins , fans
épargner Adam , Noé , les trois
enfans,& leurs femmes ,& plu--
ſieurs autres dont l'Ecriture
parle.
Je vous ay rapporté , Monſieur
, toutes ces particularitez,
plûtoſt pour fatisfaire à voſtre
curioſité , que pour vous perfuader
, attendu les labyrinthes
tres obfcurs& facheux , dans
leſquels tous ces Philoſophes
Hermetiques ont , embaraſlé.
leur ſcience , ce qu'ils reconnoiffent
affez bien en diſant
GALANT.
113
- qu'il faut eſtre inſtruit par un
fidellej Amy , ou par quelque
revelation particuliere d'en
haut , ou par une parfaite connoiſſance
de la Nature , & cela
nous conduit à une impoffibilité
morale d'acquetir ce trefor
facré.
Je finis en vous fuppliant
d'excuſer la foibleſſe de mes
penſées & de mes expreſſions ,
répondant à celles de mon âge ,
de ma ſanté , & de mamain ,
dontje vous ay avertydans le
commencementde cette Lettre,
&fuis voſtre , &c.
Je referve pour l'une de mes
premieres Lettres , le ſecond
article de ce Traité , qui eſt
fur ce qui regarde les Stryges
de Ruffie.
Vous avez appris par less
114 MERCVRE
Nouvelles publiques que Madame
la Ducheſſe de Chartres
eſtoit accouchée le mois paffé
d'une Princeſſe , qu'on appelle
Mademoiselle de Valois . C'eſt
ce qui a donné ſujet à M. Robinet
de marquer fon zele à
Leurs AlteſſesRoyales , par les
Vers que je vous envoye, comme
il a coutumede le faire dans
toutes les occafions qui fe prefentent.
GALANT.
115
**************
ASON ALTESSE ROYALE
MONSIEUR LE DUC
DE CHARTRES ,
Sur la Naiſſance de Mademoifelle
de Valois.
Eune Heros qui cherchez de
Bellonne
Les dangereux Lauriers qu'en ses
champs on moiffonne ,
Voſtregloire est pleine ence jour.
Auxfameux exploits de la Guerre,
Où vous estes unvray Tonnerre ,
Vous avezjoint ceux del' Amour.
Onen voit une Grace naistre,
Qui fait paroiſtre
Que vous estes , tour à tour 20
1
116 MERCVRE
En Guerre,en Amourdéja Maiſtre.
A Son Alteſſe Royale Madame
la Ducheſſe de Chartres .
Eune & charmante Princeße
IlluftreSangde l' Auguste Louis
Qu'en nostre cour vous causez
d'allegreffe !
Les coeurs de joyeysont épanoüis.
Vous luy faites voir uneGrace
Pourpremierfruit de vos amours ;
Avec un Prince en qui le Dieu
deThrace
Allumetous fes feux désſes plus
jeunesjours.
Tarlasplendeur du Sang au plus
baut rang cenduite ,
On attend devous dans lasuite
Levray chef-d'oeuvre de l' .Amour.
C'estun Filsſemblable àfon Pere ,
Comme la Fille estſemblable à la
Mere
GALANT .
117
Haftez vous preſſez- vous de le produire
au jour.
Quellegloire pour vous!quel plaifir
pour la Cour!
A Leurs Alteſſes Royales
Monfieur & Madame .
Auguftes Alteffes Royales ,
Que les prosperitez,
Quelles felicitez.
Aux vostressont egales ?
Vousaveztout ce que voussouhaitez,
Vous voila Grand Pere &Grand
Mere.
Enlaſaiſon de vos beaux jours ,
Vousvoyez de vostre Hymenée
Vnebrillante Lignée
Qui va croiſtre toujours.
Vous y verrez des Graces
Amours,
DesHeros des Heroines,
2
des
IS MERCURE
Veüille le Ciel ,àses faveurs divines
,
Pour remplir vos souhaits , donner
unfort long cours.
Le defaut des plaisirs , c'est fouvent
d'eftre courts.
A
Lesmalheureux ne ſçachant
à qui ſe prendre de leurs difgraces
, accuſent ſouvent les
innocens ; c'eſt ce qui a attiré
à Monfieur le Marquis de Gaf.
tanaga , cy-devant Gouverneur
des Pays - Bas pour Sa Majesté
Catholique , les affaires dont
il eſt heureuſement forty.Voicy
ce que l'on écrit furce ſujet.
ENfin
les traverſes que Monfieur
le Marquisde Gafłanaga qui est
preſentement à Madrid , afouffertes
avec tant defermeté ,font heureusement
finies. Le Roy l'a reçen
GALANT.
119
1
avec des marques toutes particulieres
defa bienveillance, il a eu l'hon .
neurpluſieurs fois de luy baijer la
main , celles des deux Reines.
Depuisson arrivée tousles Seigneurs
du Conseil d'Estat l'ont estévoir ainſi
quetousles autres Ministres, Grands
d'Espagne &Ministres des Princes
Estrangers , l'on peut dire que
juſques àpreſent il nes'est veu aucunVaſſa
du Roy qui ait efté reçen
univerſellement avec un accueil plus
Satisfaisant, ny avec des marques
de civilité plus obligeantes , non
feulement en cette Cour; mais dans
toutes les Villes lieux d'Espagne
où il a passé esté en arrest, en
pluſienrs autres que l'on a sceu ,
avoircelebré en cerencontre labonne
justice de Sa Majesté,par des
demonstrations publiques qui ont
marqué lasatisfaction & l'applau
diffement univerſel avec lequel on
120 MERCVRE
prouve en Espagne la force & le
pouvoir de laverité , d'autant plus
qu'il est manifeſte que le tout s'est
pafféfans que ceMarquis ait eu la
moindre communication des calom.
nies qu'on luy avoit imposées , ny
pu rendre aucun dévoir pour s'en
justifier ou deffendre , ny mesme
fçeulesujet deson arrest. Enfin l'on
pourra connoistre parles clauses fi
expreſſives fatisfaisantes desDecrets
ou Declarations que le Roy a
faites enſafaveur,lajuſte confiance
quesa Majesté a enſa perſonne
les honneurs graces que ce Mar
quisen doit enpeut attendre,
Traduction de l'Eſpagnol du
-" Decret envoyé par le Roy au
Conſeil d'Estat.
A
Yantfait voir dans une Ionte
des Ministres d'Estat, deguer-
Te
GALANT. 121
re & de justice de mon entiere approbation
pour leur experience , in
tegrité doctrine , l'information
faiteparle Sur- Intendant General
de la Justice Militaire au Pays - Bas
fur les charges dont l'on avoit accu-
Se le Marquis de Gastanaga au regard
desonprocedédans les Gouvernemens
des Pays. Bas ,
confidere
ayant
examiné la matiere
avec toute l'attention & circonspection
proportionnées àfon importance,
j'ay refolu de declarer en fuftice que
le Marquisafatisfait entierement
aux obligations de sonsang & agi
comme bon General & Gouverneur ,
s'aquittant en cet employ & dans
tous les autres que j'avois confiezà
fes experiences Militaires ,avectout
le zele que j'avois attendu de luy ,
dont je me tiens pour bien fatisfait,
en consequence dequoy je l'ab .
fous, le declare libre de toutes
Lanvier 1694. F
122 MERCURE
les calomnies &chargesqu'on luy a
faites en ladite cause , le tenant
pourſes longs &agreables ſervices
pourtres digne de tous les honneurs
faveurs de ma gratitude ainſi
qu'il l'experimentera dans les occafions
qui s'offriront deſa convenance.
Le Conseil d'Estatse tiendra pour
informé pour plus grande fatisfaction
& reputation du Marquis ,
j'ay ordonnéque dans les Aites de
cette cause en tous autres endroits
où il conviendra , ſoit tenuë Note
de cette resolution , en telle forte
qu'il en confte entouttemps.
Ce Decret eſtoit écrit de la
main de ſa Majesté datté de
Madrid du 20. Octobre 1693 ,
& adreſſe à Dom Criſpin
Gonzales Botello , Secretaire
du Conseil d'Estat .
Traduction de la Lettre de
GALAN T.
123
Dom CriſpinGonzales Botello,
Secretaire d'Estat , que , ( par
ordre de ſa Majesté ) le Conſeil
d'Estat de la Monarchie , a
fait écrire au Marquis de Gaftanaga
enſuite dudit Decret du
Roy.
EXCELLENTISSIME SEIGNEUR
ERoynoftre Sire, ayant
Lné de
ordon
Mi- former une Ionte de
nistres d'Estat , de Guerre , & de
Iuftice,defon entieresatisfaction ,
à cause de leur integrité& experience
, afin qu'on y vist comme l'on
afait , l'information , que le Sur-
Intendant General de la JusticeMi
litaire au Pays Bas,y avoit dreſſée,
par ordre de sa Majesté ,sur les
charges que l'on avoit imposées à
vostre Excellence , touchant ce qui
s'estoit paffé pendant fon Gou
F 2
122 MERCVRE
vernement des Pays Bas ,& l'affaire
ayant esté venë & examinée avec
l'attention & circonspection que
l'importance da cas exigeoit ,sa
Majesté a bien voulu declarer en
Iustice , que vostre Excellence s'est
parfaitement acquitée , de fon devoir
, & afatisfait aux obligations
de fa qualité , ayant agy en bon
General &Gouverneur , & merité
parfon zele , la confiance que fa
Majesté luy avoit faite de ces employ
,de mesme qu'en tout autre,
qu'elle a confié à ses experiences
Militaires , dont Sa Majesté est
pleinement satisfaite ,& se tient
pour bienſervie ; de forte qu'elle abfout
& décharge vostre Excellence
de toutes les calomnics & charges
qu'on luy avoit imposées dans la
causefufdite, declarant voſtre Excellence
digne pour ses longs & agreables
Services ,de tous les honcurs
GALANT.
125
& faveurs de fa Koyale gratitude,
ainsi que vostre Excellence l'experimentera
aux occaſions deſa convenance
; ce que sa Majesté a bien
voulu faire connoistre àfon Confeil
d'EstatparSon Royal Decret du 20 .
du courant & ordonner que pour la
plus grandesatisfaction & credit de
vostre Excellence , cette refolution
foit annotée au Procés , & en tout
autre endroit qu'il conviendra , afin
qu'il en conste en tout temps, l'en
averiis voſtre Excellence , & lug
en ſouhaite à la bonne heure , me
rejo ſſant que les contretemps que
voſtre Excellence afoufferts , fe font
enfin terminez , ainsi que je l'avois
toujours esperé , par une fin si
glorieuse & honorable;esperant aussi
de luy pouvoir reiterer les mesmes
Souhaits pour d'autres faveurs que
vostre Excellence peut & doit attendre
avec tant de justice de la
L
F
3
126 MERCURE
Supreme équité ,de sa Majesté.
Nostre Seigneur ait voftre Excellence
enſaſainte garde &c. De Madrid
le 21. d'Octobre 1693. Signé
Dom Crispin Gonzales Botello; la
Suſcription parle Roy au Marquis
de Gastanaga mon Parent ,à Segovie.
k
Le je ne ſçay quoy dansune
Perfonne que l'on trouve aimable
, fait quelquefois tout d'un
coup des impreſſions ſi vives ,
que quelque effortque l'on faſſe
pour les affoiblir , il n'eſt pas
poffible d'en venir à bout. Un
Officier revêtu d'une Charge
tres- confiderable dans la Robe ,
en a fait l'épreuve depuis quelquetemps.
Il eſtoir dans le defſein
de ſe marier & l'ayant
communiqué à un Amy dont il
prenoit les avis en toutes choſes,
,
GALANT.
127
cet Amy luy propoſa une Fille
de naiſſance ,dont ildevoit avoir
lieu d'eſtre content , & pour le
bien , & pour la beauté. Le
Partyluy ayant paru atſez convenable
de toutes manieres , il
ne fut plus queſtion que de ſçavoir
ſi la Demoiselle auroit à
fes yeux tous les agrémens que
fon Amy lui donnoit. Comme
ce ſontde ces choſes qui dépen
dent purement du gouſt ,il voulut
voir, avant que de confentir
à ſe declarer, quel effer feroient
fur luy les charmes qu'on luy
peignoit ft touchans. Ce qu'il
fouhaitoit eſtant fort juſte , ſon
Amy luy apprit Theure où
cette aimable perſonne alloit
tous les jours à une Eglife qu il
luy nomma & en luy marquant
la place où elle avoit accoutumé
de ſe mettre , il ajoût
د
F4
128 MERCURE
Γ
ta qu'il luy ſeroit fort aiſé de
la connoiſtre par un Laquais
d'une livrée affez finguliere
pour la diftinguer ſans peine .
L'Officier prévenu par ſon Amy
de ſentimens favorables pour la
Belle ,ne manqua pas dès le lendemain
d'aller à l'Egliſe où il
efperoit la voir , & le Laquais
de livrée l'ayant frapé , dés
qu'il jetta les yeux vers l'endroit
marqué , il vit devant le meſme
Laquais une jeune Demoiselle
d'une taille fine &dégagée , qui
répondoit à ce qu'on lui enavoir
dit. Il s'avança pour eſtre en état
de pouvoir obſerver ſes traits
plus cómodemet,& il les trouva
fi doux & fi piquans tout enſemble,
que ne pouvant ſe laſſer
de la regarder , on peut dire
qu'il ne vit qu'elle dans toute
l'Eglife . Aprés qu'il eut jouy
GALANT. 129
1
quelque temps de cette charmante
veuë , il fut abordé par
fon Amy , qui luy demanda s'il
eſtoit content. L'Officier l'embraſſa
avec tranſport & luy
avouant qu'il eſtoit charmé , il
l'affura qu'il luy devroit tout s'il
faiſoit conclurre au plûtoſt le
mariage. Son Amy voulut l'em
mener hors de l'Egliſe pour conferer
avec plus de liberté ſur les
meſures qui estoient à prendre ,
& l'Officier répondit qu'iln'eſtoit
pas affez ennemy de ſon
bonheur , pour fe priver du plaifir
de voir la Belle , tant qu'elle
demeureroit dans le lieu où elle
eſtoit. Ces paroles étonnerent
fon Amy , qui venoit de rencontrer
dans la ruë celle qu'il vouloit
luy faire époufer ; & fur ce qu'il
luy en dit , l'Officier qui ne vit
plus de Laquais derriere la Belle
Fs
130 MERCURE
qui avoit attiré tous fes regards ,
fut convaincu qu'il s'eſtoit trompé
, mais la tromperie ne changea
rien dans ſes ſentimens , il
conſerva tout l'amour qu'il avoit
pris , & en priant ſon Amyde
Jetter les yeux fur cette belle
perſonne , il luy demanda s'il la
connoiffoir. Son Amy luy répondit
, que ne l'ayant jamais
veuë , il ne croyoit pas qu'elle
fuſt de ce quartier , mais quoy
qu'il tombaſt d'accord qu'elle
eſtoit bien faite & avoit de la
beauté , il dit que la Demoiſell:e
dont illuy avoitparlé n'en ſeroit :
pas effacée , & qu'il vouloit vemir
avec luy le lendemain dans;
le meſme lieu pour la lay montrer.
L'Officier n'écouta rien. II
avoit l'eſprit entierement occupéde
celle qu'il trouvoit fidigne
de fon admiration , & la regarGALANT.
131
danttoujours , il s'en remplit tellement
le coeur , qu'il fut incapable
de penſer à autre choſe..
Dans ce moment , deux Dames
d'une qualité fort distinguée
vinrent dire quelque choſe à
l'Officier ,& l'honneſteté l'ayant
obligé à écouter tout ce qu'elles
avoientà luy dire ſur une affaire
qui les regardoit , il interrompit
malgré luy l'application qu'il
avoit à tenir les yeux tournez
du coſté où alloient tous ſes defirs
,en forte que quand elles
eurent achevé de luy parler , il
ne vit plus l'aimable perſonne
qui avoit gagnéſon coeur.Ce fut
pour luy un chagrin inconcevable.
Il courut hors de l'Eglife
fort afſfeuré de la reconnoiſtre
s'il pouvoit l'appercevoir , mais
comme il y avoitdifferentes por
tes , il la chercha d'un coſté tan,
7
E6
132 MERCURE
dis qu'elle alloit de l'autre . Son
empreſſement às'informer d'elle
chez tous les voiſins qui la
pouvoient avoir remarquée , parut
une choſe rare à fon amy. II
luy demanda comment it ſe pouvoit
faire qu'il euſt pris feu d'une
maniere ſi vive par une premiere
veuë, fur tout quand il
pouvoit bien s'imaginer , que
quelque belle que fuſt l'Inconnuë
, elle n'auroit ny le bien ny
lanaiſſance qui ſe rencontroient
dans la Demoiselle qu'il avoit
pretendu luy faire voir . L'Officier
luy repondit qu'il eſtoit
bon quelquefois de s'abandonner
à fon étoile , & que la fienne
l'entraînoit avec tant de violence
, qu'il n'eſtoit pas en pouvoir
de luy reſiſter. Cependant
toutes ſes recherches ayant eſté
inutiles , il s'en confola par l'ef
GALANT.
133
perance de revoir la Belle dans
le meſme lieu d'où elle venoit
de luy échaper. Il y retournale
lendemain & les jours ſuivans ,,
&quelques curieux regards qu'il
jetaſt par tout , il ne put la découvrir.
Le malheur de nel'y pas
rencontrer luy fut d'autant plus:
ſenſible qu'il faifoit ſon ſeul plaifir
d'entretenir les idées Aareu
ſes qu'il en avoit confervées..
Rien , ſelonluy n'approchoit de
Tinconnue. Les plus brillantes
beautez Iny paroiffoient.
fades lors qu'il en faifoit la
comparaiſon & il temarqua
plus d'une fois la jeune
perſonne pour qui fonAmy
s'intereſſoit , ſans qu'illuytrou--
vaſt un trait dont il puſt eſtre
touché . Il avoüoit qu'il n'eſtoit
pas raisonnable , & reconnoif
fant luy-mefme l'inutilité de
134 MERCURE
ſes ſentimens , il cherchoit à ſe
defaire d'une paſſion dont il ne
pouvoit attendre qu'un trouble
d'eſprit continuel , de l'inquietude
& du chagrin , mais les
combats qu'il rendoit augmentoient
ſa peine , & ne ſervoient
qu'à le rendre encore plus malheureux.
Enfin des Dames de
ſes parentes , pleines d'eſprit ,
& qu'un enjoüement tout agreable
faiſoit rechercher de
tout le monde, voulant diſſiper
ſa melancolie , l'engagerent à
une partiede campagne , où el.
les devoient paffer quelques
jours. Il ne conſentit à les y
accompagner , que parce qu'il
cruty eſtre plus libre à entre.
tenir ſes reſveries . Quoy qu'--
elles cherchaſſent à luy procurer
differens plaisirs ,il n'aimoit
tien tant que les promenades.
GALANT.
135
folitaires.C'eſtoitlà qu'il ſe repreſentoit
fans nulle contrainte,
4 les charmes de ſon aimable In-
- connue , & vous pouvez croire
que ſon imagination s'échauf-
- fant , il ſe la peignoit mille fois.
plus belle qu'il ne l'avoit venë.
- Il y avoit huit ou dix jours .
qu'il eſtoit en ce lieu là, lors .
que ſes Parentes furent invitées .
à une fort grande Feſte qui ſe
preparoitdans un Village voi,
fio. Il refufa fort long - temps .
d'aller prendre part à ce diver
tiſſement , & fi elles n'euſſents
ufé d'une autorité qui eſt per .
miſe au beau ſexe , il feroit demeuré
ſeul abandonné à luymeſme
, ce qui luy auroit fait
un fort grand plaifir. On le
reçut dans la mathon où il fut
mené,comme un homme qui
tenoitun rang tres confidera
136 MERCURE
ble ,& dont le credit eſtoit eftimé
. Chacun s'empreſſant à
luy faire honneur , on luy adreſſoit
toujours la parole , &
vous jugez bien qu'ayant l'efprit
occupé , il ſouffroit beaucoup
d'une converſation qu'il
ne pouvoit interrompre .L'heure
du dîné eſtant venuë , on
eſtoit preſt à ſervir ſur table ,
lors qu'on vit encore entrer
quelques Dames qui avoient
eſté priées de la mefme Feſte.
Elles avoient fait leur compliment
au Maiſtre de la Maiſon
ſans que l'Officier euſt jetté les
yeux fur elles , & le hazard,fans
aucune curioſité les luy ayant
fait enfin tourner du coſté où
elles étoient , il reſſentit tout
d'un coup une émotion ſecrete ,
& crut remarquer la belle perfonne
qu'il avoit cherchée in
GALANT. 137
-
utilement. La crainte qu'il eut
de ſe méprendre , luy fit avoir
- une attention extraordinaire à
l'examiner , & aprés l'avoir bien
- regardée , ſon coeur l'affeura ſi
- fortement que c'eſtoit elle , qu'il
n'eut aucun ſujet d'en douter. II
crutavoir fait un fonge , tant la
rencontre luy paroiſſoit ſurprenante
. Il ne put ſe rendre maiſtre
de luy-meſme , & s'aprochant
d'elle dans le meſme inſtant
, il luy dit qu'il n'y avoit
point lieu de s'eſtonner fi elle ne
s'eſtoit pas montrée pluſtoſt ,
puiſqu'il eſtoit juſte que les belles
perſonnes ſe fiffent attendre.
Elle répondit fort civilement à
cette galanterie , & il fit ſi bien
enfuite qu'il ſe plaça auprés
d'elle pour l'entretenir pendant
le repas . Ses Parentes , fort éloignées
de rien ſoupçonner de
F38 MERCURE
cette avanture , furentbien aifes
de voir qu'il ſe diffipoit avec la
Belle ,qui de fon côté trouvoit
de la gloire , à recevoir les foins
&les complaiſances d'unhome
de fon caractere. Il apprit d'elle
qu'elle demeuroit dans ce voifinage
de' campagne , & ne faifoit
à Paris que de courts voyages
, logeant chez une Damede
ſes Amies dans le quartier où
eſtoit l'Egliſe don l'Officier luy
parla. Ils'informa curieuſement
aprés le repas de toutes les choſes
qui la regardoient , & fi ce
qu'on luy donnoit en mariage
ne rempliffoit pas les pretentions
qu'il pouvoitavoir , il avoit
au moins tout ſujet d'être content
du coſté de ſa naiſſance. Il
demeura toujours auprés d'elle
juſqu'à ce que la compagnie ſe
feparaft ,& comme tout plaiſt
ーベ
GALANT. 139
dans la perſonne qu'on aime ,
elle ne dit rien qu'il n'applatt.
diſt. Ses Parentes ayant remarqué
le plaiſir qu'il avoit pris à
l'entretenir , plaiſanterent au
retour ſur la facilité qu'elle
avoit euë à le détourner de ſes
idées amoureuſes , & furent
-fort étonnées quand il leur
apprit que cette belle perſonne
eſtoit la meſme qu'il n'avoit pu
oſter de ſon ſouvenir. Il avoit
pris ſes meſures pour aller la
voir le lendemain & la manieredontil
fut receu luy fit connoiſtre
avec combien de diſtin-
Aion on le regardoit. Il dit
mille choſes obligeantes à la
Belle , dontla modeſtie accompagnée
de beaucoup de vivacité
dans ſes réponſes , fut pour
luy un nouveau charme , &
aprés luy avoir donné de gran140
MERCURE
des loüanges ſur ſa beauté , fur
la delicateſſe d'eſprit qu'elle luy
faiſoit paroiſtre dans cette ſeconde
conversation , & fur fes
manieres engageantes , il pria
fon Pere de vouloir bien luy
permettre de ſe chargerdu ſoin
de la marier. La réponſe fur
qu'il ne pouvoit arriver rien
qui ne fuſt avantageux à ſa
Fille , s'il daignoit entrerdans
fes intereſts , & qu'il en ſeroit
le maiſtre quand il voudroit
bien penſer à ſon établiſſement..
L'entretien ayant continuéſur
cette matiere , il demanda ſi un
homme ayant à peu prés ſon
âge , & poffedant une charge
pareille à la ſienne , feroit en
pouvoir de la rendre heureuſe,
&enfin forcé par ſa paffion , il
fe declara luy meſme pour l'Amantqu'il
vouloitoffrir à cette
ANGLORVM·ET·
BATAVCLASSE
MERSA ·ETFVGATA
..
ADORASANGLIAE
MDCXC
FErtinger.J
GALAN T.
141
i
aimable perſonne. Il parla d'un
ton ſi ſerieux qu'on fut obligé
de l'écouter ſerieuſement. Il
propoſa des conditions fort
avantageuſes pour la Belle , &
il ne la quitta pointqu'il n'euſt
pris jour pour le mariage. Cet
heureux jour arrive ,&jamais
affaire ne fut terminée avec
tant de joye , ny avec une plus
entiere fatisfaction des deux
parties.
Je vous envoye une Medaille
àmon ordinaire. On y voit la
Victoire debout au deſſus d'un
trophée maritime ,tenant d'une
mainune couronne de Laurier,
& de l'autre une palme , avec
ces mots , Merfa & fugata Anglorum
& Batavorum Claffe , &
dans l'Exergue , Ad auras Anglie
1680. Cette Medaille ,
quoy que frapée depuis peu de
/
142
MERCVRE
temps , eſt faite au ſujet de la
Victoire navale remportée par
l'Armée du Roy , commandée
parM. de Tourville , à preſent
Maréchal de France , qui en
1680. attaqua & défit au Cap
deBenefiere, fur les coſtes d'Angleterre,
les Anglois& les Hollandois
joints enſemble .
L'attachement de M. le Comte
de Teſffé au ſervice du Roy,
ayant juſques icy empêché
qu'il ne receuſt la Croix de
l'Ordre du Saint Eſprit , des
mains de Sa Majefté , il eut
cet honneur le jour de la Fefte
de la Circoncifion , & partic
auffitoſt pour aller commander
l'Armée de M.de Catinat
Il eſt Lieutenant general des
Armées du Roy. Il joint la
conduite à la valeur,& s'eſtant
distingué en mille occafions ,
GALAN T.
143
il a fait voir en dernier lieu par
la défenſe de Pignerol , qu'il
n'eſt pas moins intelligent que
brave dans le Métier de la guerre.
د
M. le Cardinal de Furſtemberg
. Eveſque de Strasbourg ,
Abbé de Saint Germain des
Prez fut nommé le meſme
jour par le Roy , pour remplir
la place de Commandeur du
Saint Eſprit ,vacante par le deceds
de feu M. l'Archeveſque
de Lyon . Il eſt Neveu de feu
M. l'Eveſque de Strasbourg ,
recommandable par son atta
chement inviolable aux intereſts
de la France .
Sa Majesté nomma dans le
mefme Chapitre , M.le Marquis
d'Arquien,Pere de la Reine
de Pologne , poureſtre Chevalier
de ſesOrdres , & choiſit
144
MERCURE
1
M.de la Neuville , Gentilhomme
de la Chambre de Sa Majesté
Polonoiſe , pour luy porter la
Croix& le Cordon bleu , qu'il
doitrecevoir du Roy de Pologne
, Chevalier du meſme Ordre.
Il n'y a rien de plus glorieux
à cet Ordre que de voir
pluſieurs Rois dans ſon Corps,
&d'y avoir toujours eu des
Souverains&des Etrangers de
la plus haute distinction .
Je vous ay marqué dans ma
Lettredu mois de May dernier,
l'embarras où se trouvoit une
aimable & fpirituelle perſonne
qui aimant un Cavalier abſolument
pour luy-meſme ,& luy
voyant prendre de l'attachement
préjudiciable à celuy
qu'il avoit fait paroiſtre longtemps
pour elle , ne ſçavoit fi
elle devoit l'en détourner , ou
l'abanGALANT.
145
donner à ſon panchant , puis
qu'il luy faiſoit plaifir. Elle a
demandé conſeil ,& voicy ce
qu'a penſé là deſſus M. de la
Ferrerie.
RESPONSE
Touchant l'embarras où ſe
trouve une Dame , à l'égard
de fon Amant. 5.
Douvez- vous avec tout l'efprie
avez , à ce qu'on
Paroistre tant embarassée ?
Tircis eſt inſenſible , belas
Chaffez- le de vostre pensée ,
Et vous n'aurezplus d'embarras.
dit
Mais pais-jebannir de mon coeur
Cet aimable&charmant vainqueur
Que j'aime d'une amour fi pure ?
Plus l'amour a de pureté,
Plus il eſt ſenſible à l'injure
Jany. 1694. G
t
146
MERCURE
Qui vient de l'infidelige.tennab
4
:
Il est vray, mais innocemment .
JeSuis cause du changement
Dont jemeplains, &qui m'offense.
Faitesfur vous un noble effort ,
Portez ce malenpatience,
Ilfaut souffrir quandonatort.
Peut-estre est-ce pourſevanger,
Qu'il feint ailleurs de s'engager .
Et dans le fond,qu'il est fidalle ,
Pourquoy donc vous tant chagriner?
Delicate , ſpirituelle ,
Vous avezdû le deuiner ,
Ouy, mais fiveritablement .
Tircis que j'aime tendrement ,
Eftoit inconstant Guplaga
Hé bien , changez à vostre tour-
Ondis que vous estesſi ſage .
Quandon estfage, adiem L'amour ,
R_AR ?????? ?????
D
GALANT
147
Helas ! ce confeil est bien dur ,
Mon engagement est sipur,
Et j'ay l'ameferme& constante.
Aimez ſouffrez, perfeverez,
C'est là d'une parfaite Amante
Lemerite oùvous aspiraz.
Mais n'oferois -je faire voir,
Sans faire tort à mon davoir ,
Combien ce changement me bleffe ?
Si vous aimiez groffierement,
Sans égard, ſans delicateſſe ,
Vousle pourrichfort librement.
Helas ! jesens que mon amour ,
Mille fois plus pur que le jour ,
Ne peus souffrirnulle foibleffe
Sufpendez donc vostre douleurys
Et que toute vostre tendreſſe
N'éclate que dans vostre caur no
***
Malgréson infideline
zing
up wat
C 2
1.48 MERCURE
I'ay tant degenerofité ,
Que je le cedeà ma Rivale.
C'est là beaucoup vous avancer ,
Vostre tendreffe est fans égale ,
Et rienne peut la furpaſſer.
Non,je n'ay point d'autre defir,
Quededonner àfon plaisir
Toute ce qui peur lefatisfaire.
Cesentimentest genereux ,
Vous ne pouvez jamais rien faire
Qui vous fois plus avantageux.
Ie ne verray donc plus Tircis ,
Et tranquille avecſon Iris ,
Il triomphera de ma flame ?
C'est à quoy je veux vous porter ,
Mais confuliezencor vostre ame
Avant que de l'executer.
Non , non ,je ne me flate point
Iepuis en veniràce point ,
Sans qu'aucun retour me démente.
GALANT.
149
وہ
S'il est ainsi , conſolez-vous ,
Lug content , vous ferez contente
Plus que s'il estoit voſtre Epoux.
**
C'est donc là voſtre ſentiment ,
Que jedois ſuivreaveuglement ,
Si je veux conferver ma gloire ;
S'il en couteàvoſtre vertu ,
Vous n'aurezjamais la victoire
Qu'aprés avoir bien combattu .
François Marie de Lorraine,
Prince de Liflebonne , mourut
icy le 9. de ce mois , dans ſa
ſoixante & ſeptième année. I1
eſtoitFilsde Charles de Lorrainell
. du nom , Duc dilbeuf ,
&de Catherine Henriette legitimée
de France , Fille naruselle
de Henry IV. & de Gabrielle
d'Eſtrées , Ducheſſe de
Beaufort. Il avoit épousé le 8.
Sept. 1658.Chriſtine d'Eſtrées
1 G3
MERCVRE
ſa couſine fille du feu Maréchal
d'Eſtrées , morte le 18. Decembre
ſuivant , & il prit une
ſeconde alliance en 1660.avec
Anne de Lorraine , Fille legitimée
de Charles III. Duc de
Lorraine , & de Beatrix de Cuſance,
PrinceſſedeCantecroix,
dont il a eu Charles , Prince
de Commercy , né en 1661.&
le Prince Paul , tué à la Bataille
de Neervvinde, & deux Filles ,
qui foutMademoiselle de Liſlebonne
, &Madame la Princeſſe
d'Epinoy . Ce Prince eſt d'autant
plus regreté , qu'il ſouſtenoitadmirablement
la politeſſe,
l'honneſteté, &toutes les grandes
qualitez qui ſont attachées
aux Princes de la Maiſon de
Lorraine. Il eſtoit entré dans
le ſervice dés l'âge de treize
ans,& avoit receu vingt-deux
GALANT.
IST
-
;
Bleffures , s'eſtant trouvé à
un pareil nombre de Batailles ,
àcinquante Combats ,& à plus
de centSieges .
Voicy les noms de pluſieurs
autres perſonnes confiderables
de l'un& de l'atitre Sexe , mortes
environ dans le même temps.
Meſſire Henry de Villars ,
Archeveſque de Vienne , mort
dans fonDioceſe , où il a donné
pendanttoute la vie des marques
d'une pieté exemplaire. Il eſtoit
Frere de M.le Marquis de Vil
lars , Chevalier des Ordres du
Rov , qui aeſté cy devant Amballadeur
pour Sa Majesté en
Eſpagne , en Dannemark , &
en Savoye , & qui eſt à preſent
Conſeiller d'Etat d'Epée , Chevailler
d'honneur de Madanie la
Ducheffe de Chartres , & On
ele de M. le Marquisde Villars,
G4
L
152. MERCVRE
Commiſſaire de la Cavalerie,
Lieutenant Generaldes Armées
du Roy , & Gouverneur de Fribourg.
Ce Prelat fut nomméen
1652. à la Coadjutorerie de
l'Archeveſche de Vienne ,qu'
avoit Meffire Pierre de Villars
fon Oncle, auquel il ſucceda en
1655. Ce Pierre de Villars avoit
eſté pareillement Coadjuteur
en 1612. de Jerôme de Villars
fon Coufin , Chanoine & Conſeiller
au Parlement de Paris ,&
il lui fucceda en 1615. Jerôme
fucceda de la meſme forte dans
cet Archeveſché en 1601. à
Pierre de Villars , lequel avoit
auſſi ſucedéà un autre Pierre de
Villars , qui fut nommé Archeveſque
en 1582. & mourut en
1592. de forte que l'Archeveſ
ché de Vienne a eſté rempli
pendant cent douze ans , fans
GALANT. 193
Y
interruption , par cinq Archeveſques
du nom de Villars. On
trouve dans le treſor des Chartres
du Roy à Paris , au Regiſtre
de Charles V. dit le Sage , que
le Cardinal François de Tuderte
, qu'on nommoit alors le Cardinal
de Florence , à cauſe qu'il
eſtoit Archeveſque de Florence
lors qu'il fut fait Cardinal, ayant
eſté transferé par le Pape Innocent
VI.au Siege Archiepifcopal
& Primatial de Vienne ,
& l'ayant tenu quelque tempsen
Commande avecun autre Evefché
qu'il poſſede en titre , euc
pour fucceffeur aprés fa mort
dans cet Archeveſché de Vienne
ſous lameſme qualité , Loüis
de Villars , Eveſque titulaire de
Valence & de Die . Jean Colombi
parle avec éloge de ce Prelar,
dans ſon troifiéme Livre de l'hi
G
I144 MERCVRE
A
1
ftoire & des actions memorables
des Eveſquesde Valence.
Dame Anne Phelypeaux ,
Comteffe de Chavigny & de
Buzançois , Veuve de Meire
Leon Bouthillier , Conte de
Chavigny. Elle estoit Fille unique
de M. &de Madame de Villeſavin,&
quoy qu'elle foit morre
à l'âge de quatre-vingt & un
an , elle à pourtant moins vêcu
que Madame de Villeſavin ſa
Mere , qui eſt morte âgée de
quatre vingt treize ans. Feu M..
deChavigny , fon Mary , avoit
Deſté Ministre & Secretaire d'Eſtat
, Treforier des Ordres du
Roy , Gouverneur des Ville &
Citadelle d'Antibes , & du Chaſteau
de Vincennes , Chancelier
de Son Alteſſe Royale feu Monfheur
le Duc d'Orleans , & moututen
1652, âgé feulement de
GALANT.
quarante quatre ans. Il eſtoit
Fils de feu M. de Bouthilier ,
Surintendant des Finances. Du
Mariage de M. & de Madame
de Chavigny ſont ſortis dix
oudouze Enfans. M. l'Evefque
de Troye en eſt un. Il ya eu
quatre Filles , dont l'aînée époufa
M. le Maréchal de Clerambaut;
la ſeconde , qui eſt morte ,
fut mariée à M. le Comte de
Brienne , Miniſtre & Secretaire
d'Estat ; la troiſieme , à un Prefident
à Mortier du Parlementde
Rouen , & la quatrième , au dernier
Premier Preſident du ParlementdeDijon..
Jeanne d'Aumale , Demoifelle
de Haucour. C'eſtoit une
vieille fille , foeur aînée de feuë
Sufanne d'Aumale feconde
2
femme du dernier Maréchal de
Schomberg , dont elle n'a point.
156 MERCURE
eu d'enfans. Mademoiselle de
Haucourt avoir un Frere marié
en Hollande , qui a laiſſé un fils
&deux filles , dont la cadette a
épouseM. le Comtede Noyelle,
Brigadier d'Infanterie , dans le
ſervice des Estats Generaux .
Meſſire Louis de Voyer de
Paulmy d'Argençon Abbé de
Beaulieu , & Doyen de l'Eglife
Royale, Collegiale & Paroiffiale
de Saint Germain de l'Auxerrois
. Il eſtoit fils & Frere de Mrs
d'Argençon , qui ont eſté Ambaſſadeurs
pour le Roy à Veniſe.
Ila laiſſé un tres-beau Cabinet
rempli d'excellens Tableaux ,
& de quantité d'ouvrages cu-..
rieux. Le Chapitre Royal de
Saint Germain , ſuivant fon.
droit de conferer le Doyenné ,
ànommé M. l'Abbé d'Argençon
Neveudu deffunt Doyen, pour
remplir ſa place.
GALANT .
157
M. de la Bourlie, Gouverneur:
de Sedan. Il eſtoit dans un âge
extremement avancé , & avoit
eu l'honneur d'eſtre Sous-Gouverneur
de Sa Majeſté. Cet employ
fait fon éloge , puiſqu'on
ne choiſit que des perſonnes
d'un merite diſtingué pour infpirer
aux Souverains les ſentimens
fur leſquels ils ſe forment.
Ileſtoit Beaupere de M. le Comte
de Guifcard , cy- devant Gouverneur
de Dinant , & prefentement
de Namur. On ne peut
ſervir avec plus de valeur& de
diſtinction qu'il a toujours fait,
ce qui luy a attiré l'eſtime du
Roy, & les recompenfedont fa
Majesté l'a honoré. ヤ
Dame Thereſe Angelique de
Bourlon . Elle estoit Veuve de
Mre Louis Charles Marquis de
Maridort , & auparavant , de
58
MERCURE
Mre Charles de Riante , Comte
de Regmalat.
M. de Bellenave , Brigadier &
Lieutenant Colonel du Regiment
de la Marine. Il eſt mort
à Pignerol des bleſſures qu'il a
receuës à la bataille de la Marfaille.
Ila eſté regreté du Roy
pour ſon grand merite , & de
tous ceux qui le connoiffoient.
C'eſtoit un des meilleurs Of
ficiers que fa Majesté euſt dans
fes Troupes .
Dame Marie Molé Elle eſtoit
veuve de Mre George de Monchy
, Marquis d'Hoquincourt ,
Chevalier & Commandeur des
Ordres du Roy , LieutenantGeneral
de ſes Armées , Gouver
neur , Grand Bailly & Lieute
nant General de la Province de
Peronne , Mondidier , & Roye...
Mre Jean Molé fieur de JuseanGALANT.
159
}
vigny , Preſident aux Requeſtes
eutdeux filles de Gabrielle Molé
ſa Coufine , dont la puiſnée
épouſa M. le Marquis d'Ho .
quincourt. La Malon de Molé
eft tres illuftre dans la Robe où
elle a poffedé & poffede encore
les plus grandes Charges , telles
que font celles de ProcureurGeneral
, de Prefident au Mortier
&de Garde des Sceaux. M. le
Marquis d'Hocquincourt eſtoit
fils de Charles d'Hocquincourt,
Maréchal de Franee .
>
Le Pere Anfelme , Auguftin
Dechauffé , fi connu & fi eftimé
• de tous les Sçavans par ſes Onvrages
Hiftoriques & Genealo
giques. Heſt mort àParis le 17 .
de ce mois âgé de foixante &
neufans , dont il en ,apaffé cinquante
avecune entiere édificationde
ſes Fretes dans un detaF60
MERCVRE
'chement de toutes les Charges
Monaſtiques , s'appliquant uniquement
aux devoirs de la vie
Religieuſe ,& à la compoſition
des Ouvrages dont le public a
eſté ſi ſatisfait. Il eſtoit preſt de
donner une ſeconde edition de
fon Hiſtoire Genealogique de
la Maiſon Royale de France , &
des Grands Officiers de la Couronne
, avec des corrections &
des augmentations , auſquelles
il travailloir depuis long- temps,
ainſi qu'à un nouvel Ouvrage
qui traite de toutes les Maiſons
fouveraines & des plus illuſtres
del'Europe ,& dont il a laiſſe le
Manufcrit dans ſa perfection . Il
a eſté fort regretté de fon Ordre
,& de toutes les perſonnes
qui connoiſſoient fon merite &
fapieté . I.
La. Republique des Lettres.a
GALAN T. 161
= fait une autre perte en la perſonne
de Mre Jean Rochette , Seigneur
de Malauſat , Treforier
de France dans la Generalité de
Rion , fils de noble Maurice Rochette
, Seigneur de Malauſat ,
cy -devant Procureur du Royau
Prefidial de Rion , & Intendant
des Maiſons de M. le Duc de
Boüillon & de M. le Cardinal
fon frere , & de Marie Faydie.
C'eſtoit un jeune homme plein
d'efprit & de ſçavoir. Il eſt l'Auteur
de l'éloge hiſtorique de M.
Bocager qui a recen une approbation
generale de tous les Sçavants.
Ce fut luy auffi qui compoſal'Almanach
galant qui plut
fi fort à toutes les Dames d'efprit
qui le lurent . Il a eu encore
bonne part à quantité de pieces
fort eſtimées dans le monde
qui n'ont pas paru fous ſonnoma
S
L
1162 MERCURE
Il eſt mort dans la fleur de fa
jeuneſſe le douziéme de ce mois
àParis ,fortregreté de tous ceux
qui l'ont connu .
J'oubliay à vous apprendre
le mois paffé que le Royavoit
donné le Regimentde Cavalerie
de Belivieres à Mre Charles
Bariot, Comte d'Honneuil ,
cy-devant LieutenantColonel
du Regiment, Mestre de Camp
General de la Cavalerie Lege.
re. C'eſt un des plus beaux Regimens
de l'armée &des plus
complets , auquel il ne manque
pas dix hommes en tout. Auffi
peut on dire que file preſent
eſt beau , celny de qui le Roya
fait choix pour luy en faire
don , eſt un des plus braves
hommes de France , & qui le
meritoit le mieux , s'eſtant diſtingué
en pluſieurs occafions.
GALANT. 163
Il eſt Cadet de Mre François
Bariot, Comte de Mazy , Chevalier
d'honneur , & premier
Ecuyer de feuë Mademoiselle
d'Orleans , qu'il a ſervie pendant
plus de trente ans en cette
qualitéavec une fidelité &
un attachement qui luy avoit
attiré la confiance de cene
Princeffe , & les loüanges de
toute la Cour. La Maiſon des
Bariots , Comtes d'Honneuil ,
eft tres ancienne , & tres diftinguée
parmy la Nobleſſe du
Bugey &de Breffe. Ils tirent
leur origine des Maiſons de
Vayras , Varranbon & la Palue.
Les Marquis de Mouſſy
font les aînez , & leurs terres
font en Touraine. Les Comtes
d'Honneuil ſont les Cadets , &
font établis en Picardie. Ce
n'est pas ſeulement dans la pro-
1
164
MERCURE
feſſion des Armes qu'ils ont
paru , c'eſtauſſi dans les dignitez
de l'Eglife & de la Robe.
Mrs les Abbaz de Mouſſy , &
d'Honneuil ſont eſtimez dans
le Clergé pour le bon uſage
qu'ils font des Abbayes Commandataires
que le Roy leur a
données. Le dernier eſt encore
Chanoine de la Sainte Chapelle
de Paris . Leur Triſayeul
paternel quitta la profeſſion des
Armes pour eſtre Conſeiller
au Parlement de Paris , & s'y
diſtingua par ſa probité & par
fon integrité .Cette Maiſon eſt
alliée à celles de la Fayette ,
de Montbel , d'Entremont , de
Taligny , d'Arbalete ,de Melun
, de Bochart- Champigny ,
de Mesme d'Avaux , & du
Tremblay. La Lettre dont je
vous envoyay la coppie au
GALANT.
*
165
- mois dernier , ſur la mort de
M. le Chevalierde Pompone ,
marquoit que ſon quatrième
Ayeul paternel Hery Arnauld,
avoit épouséCatherine Bariot.
Comme le nom eſtoit malécrit,
l'Imprimeur qui ne put le lite ,
mit Baciot par erreur , au lieu
de Bariot. Cette faute eſt grande
, mais elle n'approche pas
de celle qui ſe gliſſa je ne ſçay
comment dans le meſme article
, où l'on mit le Poëte Prudence
pour le Poëte Fortunat ,
& la Ville d'Uzez pour celle
d'Vffel.
Le 3. de ce mois , jour de
SainteGeneviève , M. l'Archevêque
d'Alby facra M. l'Abbé
de Verthamont Evêque de
Pamiez , & M.I'Abbé d'Estaing-
Saillant , Eveſque de Saint-
Flour , dans l'Egliſe du Novi-
備
166 MERCURE
tiat des leſuites . Comme ces:
deux Prelats ſont des meilleures
Maiſons dela Robe & de l'Epée,
ils attirerent à cette Ceremonie
une fi grande foule
de gens de marque, qu'il y eut
des Ducheſſes qui ne purent
entrer , ny trouver place. Il y
avoit vingt huit Eveſques ,
ayantM. le Nonce àleur teſte.
M. l'Abbé de Verthamont,
comme plus ancien Preſtre que
M. l'Abbé Comte d'Estaing, fut
ſacré le premier.Il ſeroit inutile
de vous parler de la grandeur
de la Maiſon de ce dernier.
Tout le monde ſçait que pour
avoir ſauvé l'Ecu & l'Etendart
de France dans la Bataille de
Bovines , l'an 1214. Philippen
Auguſte accorda le privilege
aux Deſcendans du Comte
d'Estaing , qui avoit fait cette 4
GALANT.
167
action , de porter l'Ecu & les
Armes de France pleines , au,
chef d'or , qui eſt d'Estaings
mais vous ferez bien aiſe de
ſçavoir l'obſervation que fit un
homme d'eſprit , en voyant fai
crer M. d'Estaing Eveſque de
S. Flour , & Monfieur le Marquisde
Montboiffier Canillac
fon Beau frere , faire les hon-)
neurs de cette ceremonie. H
dit que le Cardinal Pierre
d'Estaing avoit commencé , d'a
bord par l'Eveſché de Saints
Flour , qu'il avoit ensuite eſté
Archeveſque de Bourge ,& puis
Eveſque d'Oſtie trois ans ,aprés
qu'il cút eſté fait Cardinal en
1370. par Urbain V. & quec'ef
toit deux Papes de la Maiſonde
Beaufort Canillac , ſçavoir Clement
VI . & Gregoire XI. qui
luy avoientdonné cestrois Evef168
MERCURE
1
)
chez. Il ajoûta que la Maiſon
d'Estaing eſtoit fi illuſtre du
temps deChales V. dir le Sage ,
que le Pape Gregoire XI . envoyant
le Cardinal d'Estaing en
Italie pour fon Legatà Latere ,
&écrivant aux Seigneurs & au
Peuple de Florence pour le leur
recommander , marqua que ce
Cardinal estoit d'une des plus nobles
des plus illustres Maisons de
France. Il y a eu pluſieurs Eveſ.
ques de cette Maiſon , & entre
autres un François d'Estaing ,
Eveſque de Rhodez , mort en
odeur de ſainteté , dont la vie a
eſté écrite par Ioannes Baptista
Bellus avec beaucoup de ſincerité
& de netteté . Celuy qui vient
d'eſtre ſacré Eveſquede S. Flour
eſt frere de M. le Marquis du
Terrail , de M.le Comte de Sail -
lant ,de Mrs les Abbez de Mont
peroux
GALANT.
169
peroux & de S. Vincentde Senlis
, & de M. la Marquiſe de
Montboiffier Canillac , & tous
font fils de M. le Comte de Sail-.
lant , Cadet de la Maiſon d'Eſtaing
, & d'une du Terrail de
Bayard , petite niece du fameux
Chevalier Bayard. Cette bran-
- che des Cadets d'Estaing eſt
eſtablie en Auvergne , au lieu
que les aînez font de Rouergue .
Le nouvel Eveſque de Saint
Flour eſt Comte de Lyon. Ce
Benefice eſt , pour ainſi dire ,
hereditaire dans la Maiſon d'Eſtaing,
ayant paffé depuis plus
de trois cens ans ſans interruption
de l'oncle au Neveu. C'eſt
un Prelat quia toujours fort édifié
par la pieté& par ſes Predications.
Vous avez raiſon , Madame,
d'eſtre inquiete de la ſanté d'une
Janv.1694. H
+
1 MERCURE 170-
1
des plus illuſtres perſonnes de
voſtre ſexe Madame des Houlieres
, dont on a publié la mort
dans voſtre Province , eſt encore
pleine de vie ; maiselle eſt
toujours attaquée d'un mal fa
cheux qui alarme fesamis , quoy
qu'il y ait tout lieu d'efperer
que les remedes &les foins que
prennent d'elle des Medecins
tres-habiles la retabliront dans
ſa premiere ſanté . Comme vous
recherchez curieuſement tous
ſes ouvrages , je vous envoye
l'Epitre que vous m'avez demandée.
C'est une réponſe à une
Lettre que Madame la Comteffe
d'Alegre luy avoit écrite ſur l'Epitre
àM. Arnaut , Fermier General
, où elle la louoit de ce
qu'elle y avoit trouvé tous les
Trefors des Indes,
-
1
GALANT.
171
*
**
Ic
A MADAME
LA COMTESSE
D'ALEGRE .
Non , charmante Iris , dans
ma Lettre ,
Ie n'ay point employé les précieux
trefors
Que l'Inde étalefurſes bords.
Quand on veut parler juſte ,
Sçauroit les mettre
on ne
Que dans l'expreffion des brillantes
couleurs,
Quifont que les plus vivesfleurs
Avec vostre beau teint n'oferoient
Secommettre.
S'ilarrive qu'unjourje chante dans
mes Vers
H2
172 MERCURE
Ce teint toujours vainqueur des plus
affreux hivers ,
Quene pourray-jepoint là-deſſus me
prometire?
Des rofes dontà fonréveil
La jeune Amantede Gephale
Seme la route du Soleil , A
Des pleurs dont s'enrichit la Mer
Orientale,
Lors que son tendre coeur déteste le
Sommeil
D'un vieux Epoux contraint de devenir
Cigale ,
Ie prendray la fraiſcheur , le blanc,
&le vermeil ,
Pourcompoferun teint àvostre teint
pareil ,
Et je ne feray rien cependant qui
l'égale.
Ces precieusesgouttes d'eau ,
Que la brulante ardeur du celeste
flambeau
GALANT. 173
Durcitdans leſein de la terre ,
Les Diamans, ces beaux cailloux
Dufeu de vos regards , ce feu brillant&
doux ,
Plus à craindre par tout que le feu
du Tonnerre ,
Serviront à peindre l'éclat ,
Etdans la duretéqui leur est naturelles
Peut - estre trouverois- je à faire un
parallele
D'un coeur que milleAmans accufent
d'estre ingrat.
Pourpeindre la beauté de cette treffe
blonde,
Que les jeunes Zephirs , ces petits
imprudens ,
Rendent quelquefois vagabonde.
Le prendray le Soleil , lors qu'auforsir
de l'onde
Lebain aura rendu ſes rayons plus
ardens.
H3
174
MERCVRE
Iris , quand je voudray parler de
vostre bouche,
Lerouge da Rubis fera d'un grand
Secours,
Ce beau rouge ſi vif, qu'on crains
presque toûjours
Deſebruler quand ony touche.
Voilàpourvous , aimable Iris ,
Cequ'on peut emprunterfurle Riva
ge More,
Mais à ce riche amas de rayons , de
Rubis ,
De Diamans , defleurs , qu'on vient
de voir éclore ,
Et de Perles que font les larmesde
l'Aurore ,
Lors qu'elle les répand dans le ſein
de Thetis ,
Ilmanquequelque chose encore.
C'estun espritſolide,agreable, élevé,
Qui ne cherche point àparoiſtre ,
GALANT.
175
Etquipar unexcellent Maistre
Fut désleberceau cultivé.
C'est un coeurgenereux,fincere, adroit
&tendre ,
Toujourspar la vertu conduit&préfervé
D'un dangereuxpoison pour lescoeurs
reservé,
Qui d'abord les reduit en cendre,
Outout cela peut- ilse prendre ?
Iris , quand je l'auray trouvé ,
Le portrait que pour vous je brule
d'entreprendre ,
Serasi ressemblant&fi bien achevé
Qu'on ne pourra pas s'y méprendre.
Mademoiselle de Mauny ,
ſeconde fille de M. le Marquis
d'Etampes , Chevalier des Or- /
dres du Roy , & premier Capitaine
des Gardes de ſon Alteſſe
Royale Monfieur , a pris depuis
peu l'habit de Religieuſe
1
H 4
176 MERCURE
dans l'Abbaye du Lieu Noſtre-
Dame, dont l'Abeſſe eſt ſoeur de
Madame la Marquise d'Etampes
,& ainſi fille de M. le Marquis
de Droué , aîné de la Maifon
de Raynier. M. l'Abbé Nadal
qui fit l'exhortation , pric
pour ſon texte ces paroles de
S. Mathieu. Maria optimam partemelegit
, qua non auferetur ab
ea , & diviſa ſon diſcoursen
deux parties , l'uneſur ce que
Mademoiselle deMauny quittoit
le Monde , parce qu'elle le
regardoit comme un des plus
grands obſtacles à fon falut , &
l'autre ,fur ce qu'elle entroit
dans la Religion, à cauſe qu'el
le l'enviſageoit comme un des:
moyens les plus efficaces du
falut. Il dit que non ſeulement
Je Chreſtien éclairé deslumieres
de la foy ne trouvoit pas
GALAN T. 177
affez de ſoliditédans les biens
du Monde pour s'y attacher ,
mais que les Philoſophes mefmes
, fur les feules lumieres de
la raiſon , n'avoient pas cru
qu'ils en duſſent faire l'objetde
leurs recherches; qu'ils avoient
placé le ſouverain bonheur
dans le mépris de ces biens ,&
que ce qu'il y avoit de remar
quable , & qui feroit un ſujet
éternel de confufion pour nous,
c'eſt qu'ils avoient fait paroiftre
cette moderation & ce defintereſſement
ſans avoir des
veuës & des fins auſſi relevées
que celles de la pieté des Chrétiens;
qu'ainſi rien n'étoit plus
capable de nous détromper du
monde que le monde meſme ,
qui nous fourniſloit fans ceſſe
des armes pour le combatre
dont cependant noſtre foibleffe
Η
2
178 MERCURE
pous empêchoit de nous prevaloir,
la Providence éternelle
ſemblant le permettre ainſi ,
pour tirer du fond meſme de la!
corruption du monde , des remedes
contre lemonde meſme,
& faire fervir les vices des
hommes à leur propre ſanctification
. En effet , ajouta-t- il , ce
qu'il y a dans le Monde de plus
illustre de plussacré , la vertu ,
n'estpas toujours si digne que l'on
diroit bien des éloges dont on a tâché
danstous lesfiecles d'en relever le
merite , &d'en consacrer l'excellence
. Remontez àlasource des actions
les plus éclatantes , vous la trouverez
toujours corrompuë. Attachezvous
à deméler les principes
motifs qui nous font agir , vous
cornoiſtrezque le crime entrepresque
toujours dans toutes les vertus du
fiecle. Le defintereſſement n'est qu'un
les
GALANT.
179
interest caché ; la modestie qu'une
vanité enveloppée ;laſageſſe qu'un
effetde l'orgueil ; la liberalité
qu'une pure oftentation ; la pudeur
qu'une affectation veritable l'amitiequ'un
intereſt delicat qui nous
trompe ; la valeur qu'un effet d'une
ambition demeſurée dans les uns
de brutalité , d'émulation, d'avarice
dans les autres ,& dans tous , une
foibleße qui se confacre elle-mesme ,
un monstrueux oubly defoy mefme.
La Religion enfin neft plus
qu un voile dont l'ambitieux
l'ufurpateur couvrent leurs démarches
, qu'une voye detournée pour
aller à des fins criminelles , qu'un
moyenplus efficace defairevaloirſes
interests , qu'un de ein formé de
trabır le Ciel & de tromperles hommes
. Tel est le caractere ,
fauffeté des vertus humaines. Quelques
- unssupendus entre le monde
la
H6
180 MERCURE
Dieu ne trouvent rien de plus
doux que de les reunir penfant accorderainſi
leur devoir & leur incli -
nation , consacrerles richesses &les
plaisirs , reconcilier la confcience
Tinterest , allierla vanitédu monde
avec la verité de Dieu , le culte
des Demons le culte du Sauveur,
Sans confidererque ces alliances font
monstrueuses ; qu'il faut glorifier
Dieu aux dépens du monde,ou poffeder
le monde aux dépens de Dieu.
Aurestecette comparaiſon des biens
des miſeres de ce monde cette
fubordination qui s'y rencontre parmy
les hommes , les empechera toujours.
defe croire heureux , & de l'eftre
en effet . La distance que la fortune,
oupluſtoſt que la divine Providence
amiseentre leTeuple les Grands,
se rencontre la mesme , entre les
Grands & le Prince. Les uns trou
vent toujours dequoy irriter leur
GALANT. IS
envie, & les autres dequoy mortifier
leur orgueil &piquer leur ambition
Ou les richeſſes qui luy manquent ,
ou la veue de souveraine grandeur ,
tiennent, pour ainsi dire , l'homme
toujours en baleine & luy donnent
toujours lieu de ſe plaindre ou de
Souhaiter. D'ailleurs le Peuple regarde
comme un veritable bonheur
des Grands , la jouissance des biens
qu'iln'a pas: Oles Grands comp .
tent pourrien les biens avec lesquels
ils sont nez,
pourrien ceux qu'ils ont receus de la
favear ou de la fortune , estant or
dinaire à l homme de ſes familiari.
Seravec les biens qui leur viennent ,
de perdre bientoſt le gouft de sa
nouvelle grandeur,plus heureux par
l'esperance que parla poffeßion , ne
font plus touchezque de l'ambition
qui les tiranniſe ,& deviennent la
proye des defirs toujours nouveauxde
Leurcooeur.Ny l'avarice
comptent mesme
l'ambition
182 MERCURE
dont les unsfont tourmenternefoulagent
point la mifere des autres, ny
laveuëdetantdemalheureuxn'augmente
point la felicité des Grands.
Ily a quelque diverſité dans les objetsqui
les frapent, mais lespaſſions
font toujours les mesmes,leurs defirs
font differens , mais leur mifere eft
égale.Telle est la distributionque la
fageffedeDieu afaite des places
desfortunes des hommes,qu'ellefait
ferviràl'accompliſſement deſes decrets
éternels, dont ellesefertpour
élever le coeurhumainà une fortune
plussouveraine, pour nous perfuadertout
du moinsque ce que le monde
appellegrandeur felicité ,n'a
defondement de réalité quedans
la fantaisie
hommes.
l'imagination des
Aprés avoir fait à cette zelée
Poftulante cette peinture
generaledes hommes , M.l'AbGALANT.
183
bé Nadal luy fit voir qu'il y avoitune
forte de monde où fa
naiſſance ſembloit l'avoir deſtinée
à vivre , & dont le ſejour
eſtoit bien plus gliffant , & le
commerce plus dangereux. Il
fit un détail de tous les écueils
qui ſe trouvent à la Cour. Là ,
dit-il , chacunse rend maistre de
ſesyeux&de ses mouvemens regle
fon coeur&son visagesur ses inte.
rests, leperfide ou dijjimulé ,flate ou
careffſe ſes ennemis , abandonne
facrifieſes Amis mesme ,sourità
tout le monde,
Jonne souple &different selon les
tems differens ,fage & devot par
mode ou par interest. Quelle émulation
parmy le Sexe ! Les fontanges
des unes piquent l'envie & la
delicateffe des autres le vainmerite
d'une beauté perißable se fait mille
ennemiessecretes . Quelssoins étu
n'affectionne per184
MERCVRE
diezde plaire où l'artifice embellit
repare la nature ! Quels defirs
de voir d'eſtre venë,deſirs également
criminels selon Tertullien !
Quelplaisir d'allumer ou de ref-
Sentir ces paßions funestes ces traits .
defeu dont parle l'Apostre ;Tela
nequiſſima ignea! Là enfin nulle
confiance , nulle liaison que celle
que forme l'intereſt ou la volupté ,
toutes les amitiez fausses , &les
Haines veritables les devoirs lesplus
Sacrez violez, attaches criminelles,
lafortune adorée , Dieutoujours
oubliéTel est leſejour où vous renoncez.
Quelle esperance defalut dans
un lieu oùse trouvent des exemples
fi pernicieux ? Quelle focieté pour
une ame penetrée des veritez de la
Religion, quiſçait qu'ilfautporter
Sa croix ,ſe conſoler au milieu des
maux ,ſe rejouir dans les afflictions,
mesurersa felicitéàses souffrances
GALANT. 185
la grandeur à la misere , hair
foy mesme,aimerſes ennemis ; prier
pour ceux qui nous persecutent
nous calomnient , mouvemens du
coeur inconnus à toute la ſageffe
humaine! Quel fejour enfin pour
une ame Chrefiienne &persuadée
qu'ilfaut avoir de la clemence , de
lafimplicité de coeur d'esprit ,
l'innocence mesme des Enfans ,de .
venir lesferviteurs des autres pour
- devenir les Disciples de Jesus Christ,
joindre les lumieres de l'esprit نم
l'humilité de coeur ; détruire la vo
lupté par les mortifications,
gueilparles idées de la grandeur
de Dieu par la veuë de nostre
baßeffe , urifier son coeur ſa
confcience , aimer Dieu par deſſus
toutes choses , s'élever au deſſus de
fes paßions pourporterl'image le
caractere de ce mesme Dieu,
l'orpour
vivre conformement àſaloy eternelle
186 MERCURE
८
parla justice la moderation qu'il
ne doit enfin y avoir ny haine ny
jalousie , ny concurence , que la charité
doit nous rendre tout propre ,
confondre nos biens nos interests,
nous faire égalerce que les pas-
•fions des hommes distinguent . Il fit
voir dans ſa feconde partie les
avantages de la retraite . Non
Seulement , dit- il le Monde nous
detache de Dieu , mais il nous
enleveà nous-mesmes ,&fl'intervalle
,ou pluſtoſt le degoust des
plaisirs nous livre quelquefois, c'est
pournous rendre la proye d'une in.
finité de remords qui nous déchirent
Sans ceffe , qui nous obligent à
nous fuir encore davantage Ne pouvant
fouffrir la veue deſoy-mesme,
oncherche àse repandre au dehors ,
mais ta retraite nous rend à nous
mesmes à Dieu , & nous ramene
des reflexions à la pratique , ou du
GALANT. 187
moins àl'examen de nos devoirs. Nos
paßionstoujours irritées par la prefence
des objets qui les allument ,
reveillées par mille occafions delicates
, confirmées parde dangereux
exemples, nourriespar des esperances
flattées , rejettent les inspirations
du Ciel , refiftent à la Grace , condamnent
uneReligion qui les con
damne,,ou taſchent de les afſujetir à
leur interest , estouffant la voix de
la nature les mouvemens de la
conscience ,&tous ces principes de
droiture de religion que Dien
a mis dans lecoeur de tous les hommes
, qui pour parler le langage
du Sauveur mesme , reçoivent laſemence
c est à direla parole de Dieu
parmi des épines , mais en qui les
inquietudes du fiecle & l'illusion
desricheſſes l'étouffent ensuite ,
la rendent infructueuse ; principes ,
mouvemens , graces inspirations que
د
188 MERCVRE
la retraite fait revivre si beureuse
ment. Quoy que l'homme traifne par
toutses paßions , qu'il ait dans le
coeur des objets qu'il écarte de ſes
yeux , & qu'il les reçoive dans la
retraite comme dansle monde , il est
pourtant ,vray qu'ils n'agiffent pas
fur luy avec un empirefisouverain.
Lafolitude qui aigrit les paßions
dans quelques- uns les diminuë pref
quedans tout le monde, fila vertu
ferelaſche danslesdelices,lespaßions
s'affoibliffent par l'austerité. Tous
cesfantômes dufiecle s'évanouiffent
font place à des objets plus inno.
cens , & l'homme qui dépend des
lieuxpour le coeur &pour l'esprit ,
devient bientoft dans la retraite
tout different de luy- mesme. C'est
làque Dieuparle au coeurdes Vierges
Chrestiennes ,qu'elles trouvent
dans un entretien ſi cher tout ce qui
les peut satisfaire , ques'ouvre pour
GALAN T. 189
elles le chemin d'une esperancefoli.
de , &que la joye qu'elles ygouftent
après leurfortie du monde, est
égaleàlajoye d'Iſraël aufortir de
l'Egypte. L'Eglise a veu paroiftre
de temps en temps des hommes extraordinaires,
inspirez de Dieu pour
l'executiondeses deſſeins éternels,
fuir le monde dont ils reconnoiffoient
les écueils , raffemblezdans la re
traite des ames Chrestiennes ,y devenir,
comme Abrabam, la tige
les Chefs d'un Peuple faint occupé
dans la meditation de la parole
de Dieu ,qui plus particuliere.
ment à luy que le reste des hommes
qu'ils éclairoient parleurs lumieres,
conduifoïentpar leur prudence, animoient
par leur ferveurfoutencient
par leur charité , édifioient par
leur exemple,ont fait de cesfaintes
Cominunautez comme un aple sacré
de l'innocence & de laReligion.
190 MERCURE
2
Il ajoûta à toutes ces chofes ,
que ce n'eſtoit pas aſſez d'avoir
triomphe du monde , & de l'avoir
abandonné pour ſe renfermerdans
un Cloiſtre , qu'il falloitne
le revoir jamais , s'il eſtoit
poſſible , oudu moins bien rarement
, & craindre les converfationsles
plus innocentes. Vaines,
on plustost dangereuses resourcesde
la pluſpart des personnes Religieufes,
continua-til , qui pour foulager
les austeritez de la Religion ,se
livrent aumonde quelquefois ? Que
ne réveillent point en nons les conversations
? Quelles dangereuses
images ne rapporte-t- on point dans
laretraite , où le coeur.&l'imagination
portent encore de nouveaux
traits ! Quelles paroles n'y recueille-
t-onpoint, dont onfait tant d'applications
differentes , & toujours fi
pareuses? Paroles quel'on conferve
GALANT.
191
e
plus précieusement que la parole de
Dieu. L'esprit du fieclene segliffe
que trop dans le fond mesme des
Oloistres , &n'y voit- on pas regner
lavanité , lajalousie , la cabale
l'intrigue ? Les plus faintes obligations
de la Religion ne sont souvent
que des actions purement exterieures
, & les relâches de l'esprit que
des diffipations du coeur. La devosion
n'est pour quelques unes qu'un
prétextespecieux , & oferois-je le
dire , le Tribunalmesme de la Penirence
nefere pas toujours à entendre
les gemiſſemens de la componction.
Cette peinture generale fut fuivie
de l'éloge de la pięte & de
la vertu des ſaintes Filles qui
l'écoutoient , & vous ne devez
pas eſtre ſurpriſe des applaudisſemens
que ce Diſcours attira.
àM. l'Abbé Nadal , puis que
les morceaux quej'ay pris foin >
1
192
MERCURE
d'en extraire , vousen fontconnoiſtre
la beauté .
Le Roy adonné la Charge de
Medecin Major de ſes Camps ,
Hôpitaux & Armées à M. Pro-
Denza , premier Medecin de
feuë Mademoiselle d'Orleans.
Elle eſtoit vacante par la promotion
de M. du Cheſne à celle
de Premier Medecin de Meſſeigoeurs
les Princes. M. Pronenza
, dont je vous ay fait connoiſtre
la capacité & le merite
dans l'une de mes Lettres , a cu
l'honneur d'eſtre preſenté au
Roy par M. de Barbefieux, pour
le remercier de ceite grace.
Sa Majesté a donné en même
temps la Charge de Medecin
ordinaire de l'Hoſtel des Invalides
, à M. Guiart , Docteur
Regent de la Faculté de Medecine
de Paris , & Gendre du
mefme
GALANT.. 193
i
meſme M. du Cheſne , à qui
Ellea voulu donner des marques
de ſon eſtime , en remettantcette
Charge dans la Famille
, qui l'a ſi dignement exercée
depuis l'établiſſement de
cet Hoſtel, M. Guiart luy fuccede
avec tous les avantages
qu'il pouvoit ſouhaiter , eſtant
fort conſideré de tous les Officiers
& Soldats de cette Maiſon ,
à qui ſon experience doit eſtre
connuë , puis qu'ila rempli les
fonctions de cette Charge pendant
pluſieurs années , en l'abſence
de fon Beau- pere , lors
qu'il eſtoit obligé d'aller à l'Armée.
M. du Cheſne , dont je
viens de vous parler , a preſté
ferment de la Charge dont le
Roy l'a honoré , entré les mains
de M. Fagon , Premier Medecin
de Sa Majeſté. 2
Janv. 1694. I
194
MERCVRE
M. le Curé de Saint Jacques
ayant eſté receu Curé de Saint
Germain l'Auxerrois , toute la
Paroiſſe en a témoigné une joye
qu'il ſeroit difficile d'exprimer.
C'eſt un Pasteur entierement
détaché du monde , &tout appliqué
à fon Troupeau. Il n'a
rien à luy , & donne aux Pauvres
tout ce qu'il reçoit , ne ſe
reſervantqu'à peine pour vivre
&donnant meſme ſouvent ce
qu'il a reſervé pour ſa ſubſiſtance
, lors qu'on vient luy parler
de quelques pauvres honteux ,
qui font dans une neceffité preffante.
J'en dirois davantage ſi
je ne craignois de faire ſouffrir
ſa modeſtie. On peut juger avec
combien de joye ſes nouveaux
Paroiffiensl'ontreceu.L'empreſſement
à lui en donner des marques
a eſté ſi grand,que les En
GALAN T.
195
fansmesme de la Paroiſſe de S.
Germain ont eſté luy témoigner
en Corps , le plaiſir qu'ils ont
reſſenty de l'avoir pour leur
Curé , Voicy de quelle maniere
M. l'Abbé Cadot , âgé ſeulement
de dixans , luy paria à la
teſte de la Jeuneſſe , le jour de ſa
reception. ?
Ous estes fans doute furpris ,
,
d'Innocens unir leur voix aux acclamations
publiques que vous recevez
aujourd'huy dans cetteRoyale Paroiffe.
Ce font les agneaux du troupeau
qui cherchent leur Pasteur ;
cefont les Vierges de l'Evangile
qui viennent au devant de l'Epoux.
les Enfans de la Maison de Dieu
qui veulent embrasser leur Peres
c'est en un motla charmante innocence
qui vient rendre hommage
I 2
196 MERCURE
àson nouveau Protecteur. Elle gemiſſoit
il y a quelques jours , cette
aimable vertu , ellese voyoit expo
Séc aunaufrage , & connoiffant la
capacité du Pilote qui la conduifoit
dans sa route , & la perte qu'elle
faisoit du noble & illustre Deffenfeur
qu'elle s'estoit acquis , faut - il
s'étonner si le trouble & la crainte
occupoient ses principauxsoins , &
Sijalouſe des beautezqu'il luy avoit
procurées partant defaintes instru-
Etions, elle détachoit à tous momens
fon innocente curiosité , pour decouvrir
quelferoit le conducteur à qui
fon Dieu voudroit bien confierſa conduite
, & poursçavoir s'il auroit la
mesme tendreſſe, le mesme amour
&les mesmes empreſſemens poursa
défense. Mais enfin ce jour heureux
rendses voeux satisfaits , il diffipe
fesinquietudes , & voyant le Ciel
reparer avecun plus grand avansaGALANT
.
197
4
ge sa disgrace imaginaire , elle
changesessoupirs en de nouveaux
Souhaits , & beniſſant mille fois
T'heureux échange que la Providente
vient de faire enſa faveur , loin
de plaindre lefort qu'elle avoit d'abord
crû fatal & funeste àſa gloire,
elles'applaudit dansl'erreur qui l'avoit
decenë , &se voit obligée àde
nouvelles reconnoiſſances pour le
nouvel avantage que luy procure
SonSage Conducteur. Elle voit avec
plaisir qu'il ne quite l'innocence que
pour courirde nouveau à l'innocent,
quefon zele infatigable le demande
en plus d'un endroit , & que lafageſſe
qui a toujours conduirsesintenzions
luy a fait prendre des mesures
fijuſtes &fi certaines pour lafeuretéde
cette vertu , qu'elle espere dorénavant
n'avoir aucun lieu de
craindre les infultes deses plus redoutables
ennemis. En effet , que
I3
198 MERCURE
pouvoit faire de mieux ce noble &
vigilant Pasteur pour l'avantage
de cette Paroiſſe , que de regler fon
troupeau Selon l'ordre qu'il en avoit
receu de lafageſſe éternelle, &de le
remettre entre les mains d'un ſecond
Pasteur choisi , parfait , & con-
Jommé dans l'exercice de toutes les
vertus , d'un Pasteur recommandable
par sasagesse , illustre par sa
pieté, &dont onnesçauroit expri
mer le zele & la charité, d'un Paſteur
qui ne connoist point lefordide
interest , qui mépriſe lesfelicitezde
la vie , toujours actif, toujours vigilant
,& quine garde point de me.
fures , quandils'agit de faire triom
pher la verta , d'un Pasteur enfin
dont la doctrine craint l'admiration
, la modestie les éloges ,& le
meritel'honneur & lerespect , prudent
dans ſes entrepriſes , admirable
danssa conduite & charmant
dansses entretiens ?
GALANT. 199
C'est luy que le Ciel destinoit
pour recevoir au nombredeſes oüail_
les le Monarque le plus Grand & le
Plus Pieux qui ait jamaisparu parmy
les hommes , un Roy qui par sao
Sageſſe fait la joye& l'admiration
du Ciel , tandis qu'ilfait l'étonnement
de toute la Terreparfon courage
& sa puissance ; peut- estre
que charméde fes heroïques vertus,
&éblouy de tant de perfections que
le Ciel a répandues sur sa facrée
personne , vous abandonnerez tout
pour vous attacher uniquement a
admirer ſes grandeurs. Non , non ,
Sage&vigilant Pasteur , ce Grand
Royne veut pas que vous abandonniez
l'innocence. Permettez-moy de
vous dire qu'il n'a pas besoin du
mesmesecours que nous pourse conduire
, luy qui parsa faze &admirable
conduite regle & modere les
destinées de l'Univers . Ne quittez
I 4
200 MERCURE
pas l'Innocent pour aller aprèsce
Conquerant , vous auriez de la
peine à le ſuivre dans la rapidité
deſes Victoires , & ne voyez vous
"pas que l'innocent tremble , tandis
que ce Grand Monarquefait tremblr
ſes fiers Ennemis , qu'il est in-
-trepide, tandis que nous chancelons
presqu'à tous les pas de nostre carm
riere , que luy seul reſiſte à tous
tandis que nous tous ne sçaurions red
sisterà un seul ,&qu'il écarte glorieusement
lesredoutables furiesque
lay a fuscitées l'Enfer jaloux desa
gloire, tandis que nous avons de la
-peineà éviterles pieges que le Monde
& la vanité dreffentfans ceße à
-nostre innocence.
F
Laissezluy donc mediter de nouvelles
conquestes , & preparez de
nouveaux triomphes à la Religion.
Faites latriompher vous mesme dans
Sa Paroisse que Sa Majesté vient
GALANT. 201
1
elle.mesme de vous recommander
avectant de témoignages d'amour.
N'oubliez pas , en nous excitant à
l'amour de Dieu , de nous exciter
auffià l'amour de ce Grand Prince
que l'innocence reconnoist pour son
illustre Protecteur , & recevezl'é
litede vostre troupeau , recevez la
charmante innocence qui se proſter
ne àvos pieds. Conduisez la où la
gloire du Seigneur l'appelle. Sa foid
bleſſene l'empêcherapas devousfuiure
partout , fans crainte& fans
apprehension,& elle attend que vous
ouvrirez la bouche pourſçavoirpar
quelles routes vous defirez qu'elle
marche.
Approchezdonc , innocente Trou
pe. Supplions ce charitable Conduc_
teur de nous procurer les mesmes
avantages qu'il a déja procurez à
tantd'innocens. Prions lede nous inſtruire
toujours avec amour , de nous
Is
۳۰
MERCURE
202
animer parses bons exemples & de
jester continuellement dans nos tendres
esprits les femences d'une pieté
folide , pour y faire germer la
vertu & luy faire produire dans ſon
temps des fruits de bonne odeur pour
l'Eglise & pourla Religion. Prions
le que parses lumieres , ilnous em.
péche de nous égarer dans les routes
obscures de l'erreur , & que nous
mattant dans les voyes qui menent
-àla vie , il n'obmette rien de tout ce
qui peut nous rendre agreables aux
yeux du Pasteur des Pafieurs.
Et en reconnoiſſance d'unsi grand
bien fait que nous recevons aujourd'huy
, uniſſons nos coeurs & nos
voix , & faisons retentir cet augufte
temple d'acclamations & de cris
d'allegreffe. Disons , mais avec plus
defincerité que les Enfans desHebreux
, Benedictus qui venit in
nomine Domini .
GALANT.
203
Etvous , aimables Vierges ,fervez
d'écho aux Cantiques de joye
que nostrevoix pouſſe vers le Ciel ,
&portons tous nos voeux &nos refpectsjusqu'aux
Autels pour deman
der au grand Protecteur de l'Innocence
lacontinuation des merveilles
qu'il opere depuis fi long- temps
dans la perſonne de cet aimable Pere
qui nous voyantſoumis & proſternez
àses genoux,ne nous refuſera pas la
benediction que je luy demande treshumblement
pourvous &pour moy.
M. Le Curé ayant répondu à
ce compliment par un diſcours
éloquent & plein de tendreſſe
& de charité , finit en diſant
Pour remercier Dieu qui m'envoye
en cette Royale Paroiffe ,
de tous les miracles qu'ily opere
depuis le chef& le premier
juſqu'aux plus petits de mes Paroiffiens
, c'eſtà dire , depuis la
16
204 MERCVRE
facrée Perfonne du Roy , dont
la ſageffe & la pieté ſont ſans
exemple , juſqu'à cette aimable
jeuneſſe dont le zele innocent
m'eſt d'autant plus agreable qu'il
eſt ſans flatterie , & de ce que
du nombre de ces enfans j'en
viens d'entendre un qui par les
talens merveilleux qu'il a déja
fait paroiſtre en d'autres occafions
, eſt auſſi admirable que
foninnocence , dont ſon âge répond
, & que je prie le Treshaut
de luy conſerver , eſt digne
de louanges , diſons luy , TE
DEUM LAUDAMus.
Ce Cantique commencé par
toute l'Afſemblée , & fuivi des
Prieres qu'il fit faire pour Sa
Maj ſté , & de la Benediction
qu'il donna à toute la jeuneſſe de
la Paroiſſe qui eſtoit devant luy.
Le jeune Enfant qui prononça
1
GALANT . 20 .
cediſcours , eſt le fils de M. Ca
dot , Conſeiller en la Cour des
Monnoyes , perſonne diftinguée
dans ſa Compagnie par fon merite
. Quoy qu'il foit encore dans
ſa plus tendre jeuneſſe , il prononça
le jour dernier des Saints
Innocens leur Panegyrique à.
Fontainebleau devant M. le
Generale des Mathurins , & le
jour de leur Octave dans l'Egliſe
de cette Ville qui porte leur
nom , avec des applaudiſſemens
incroyables de tous ceux qui
l'entendirent.
De tous les Livres qui s'impriment
, ceux quiſontles plus
utiles au Public doivent eſtre
les plus eſtimez . Il en paroiſt
un depuis peu ,dont le Public
doit tirer de grands avantages.
Il eſt intitulé , Histoire generale
des Drogues ,traitant des Plantes.
206 MERCURE
des Animaux , & des Mineraux,
Ouvrage enrichi de plus de quatre
cens figures en taille douce , tirées
d'après nature , avec un discours
qui explique leurs differens noms ,
les Pays d'où ellesviennent , la maniere
de connoiſtre les veritables
d'avec les falsifiées,& leurs proprietez
, où l'on découvre l'erreur des
Anciens & des Modernes ; le tout
tres- utile au Public ; Parle sieur
Pierre Pomet , Marchand Epicior
& Droguiste. Le deſſein de l'Auteur
, lors qu'il a entrepris cet
Ouvrage , a eſté de developer
la mauvaiſe foy de ceux qui
vendent des Drogues falſifiées ,
ce qui eſtd'un grand préjudice
àla fauté des hommes . Le Public
luy doit eſtre obligé , non
feulement de ſes ſoins & de ſon
travail , mais encore de la dés
penſe où le zele qu'il a pour le
GALANT. 207
bien general l'a ſeul engage.On
trouve ce Livre dans la grande
Salle du Palais , chez le Sieur
Brunet.
Je croy que vous recevrez
preſque auſſitoſt que ma Lettre,
un autre Livre intitulé Arle
quiniana, qu'on acheve d'impri
mer . Vous jugez bien par fon
titre qu'il doit renfermer tous
les bons mots de feu Arlequin,
qui pendant un grand nombre
d'années ont diverty la Cour
& la Ville. On y doit trouver
beaucoup de bonnes choſes , &
une grande varieté,parce qu'ils
ne viennent pas d'une ſeule
perfonne. Les Auteurs qui ont
donné des Pieces aux Italiens ,
en onttrouvé une bonne partie.
Arlequin qui estoit eſtimé , &
qui voyoit beaucoup d'honneftes
gens,en a ramaſſe beaucoup
:
208 MERCURE
dans le monde; & comme il
avoit de l'eſprit naturellement,
& qu'il s'eſtoit fait outre cela ,
un eſprit d'acquiſition pour ces
fortes de chofes , parce qu'elles
luy eſtoient utiles à cauſede ſa
profeſſion ,il en alay - meſme
trouvé quantité , qui ne cedent
point à ceux qui ont paru dans
beaucoup de Volumes , quoy
qu'ils viennent de perſonnes
qu'on peut appeller Grands
hommes , ſi on les confidere du
coſté de leur érudition . On
trouvera auffi dans le meſme
Livre quantité de bons mots
rapportez par celuy qui a pris
le ſoin de remarquer tous ceux
qui compoſent cetouvrageC. e
Livre ſe debitera chez Michel
Brunet ,grande Salle du Palais ,
au Mercure Galant , & chez
Florentin &Pierre de Laune ,
Place de Sorbonne.
1
GALANT. 20
Dix huit Irlandois détermi
nez ſe rendirent il y a quelque
temps à Londres , où ils ont
demeuré pendant quelques
jours , ſe transformant tantoſt
en Matelots , tantoſt en Marchands
, ou d'autres manieres.
pour s'introduire en differentes
Auberges , afin de voir ce
qui ſe paſſoit , & de trouver le
moyen d'entreprendre quelque
choſe. Quatre d'entre eux acheterent
enfuite un petit Baftiment
, qu'ils chargerent de
Houblon , parce que cette marchandiſe
coute peu . Avec ce
petit Baſtiment ils deſcendirent
aux Dunes , où ils en
rencontrerent un qu'ils cherchoient
, & qui alloit porter à
bord du Vaiſſeau qu'ils chargeoient
pour la Coſte d'Eſpagne
, des Draps & des Bas de
210 MERCURE
laine & de ſoyc,& d'autres marchandiſes
de prix. Ils prierent
le Maiſtre du petit Baſtimentde
les recevoir , & de les paſſer en
Eſpagne. D'abord il s'excuſa
fur ce qu'il n'avoit pas de proviſions
pour eux ; mais ils répondirent
qu'ils acheteroient
au premier endroit qu'ils trouveroient
tout ce qui leur manquoit.
Il les recent ,& fit avec
eux une fi grande débauche ,
ainſi que ſon Equipage , qu'il
falut dormir & cuver le vin.
Pendant qu'ils eſtoient en cet
eſtat , les quatre Irlandois fermerent
& cloüerent les Epontilles
fur eux , couperent les
cables , mirent à la voile,& vinrent
à Boulogne.On ne ſçaitpas
ce que les quatorze autres fea
Font à Londres .
Ceux qui ont expliqué l'EGALAN
T. 211
nigme du dernier mois , fur la
Cremailliere , qui en eſtoit le
vray ſens , font Mrs de Frenay-
Fauvel ,Avocat au Siege Prefidial
de Caën:Gangnot d'Amboife
: Congis & Levée de Paris
: A. M. Dugain : du Pleſſis
C & Meſdemoiselles d'Aflfé
Godard du Mans : Beauregard
de la ruë neuve S. Roch : le
Chevalier Boberel de Crecy :
Jacques François de la ruë neuve
Noſtre-Dame Antoine Benard
de la rue neuve Noſtre-
Dame : l'Avocat de Limoges :
les grands amis Charpentier ,
d'Anet & Roume : Ricard , de
la Colombiere , l'Amant de la
rue S. Martin & la plus belle
des eſperances : Barbé le fils
Peintre,& fa femme: Prud'hommel'Aftrologue
:Bithorra le Pere
de l'agreable famille : Ber
212 MERCVRE
:
thier Marchand de vin.Imbert,
l'aimable Chreſtien & les Demoiſelles
des Foreſts & Tetis ,
tous de la rue du Sepulchre
du Faux bourg S. Germain
Juilet Fagu de la Lizardiere à
Blois: les Inſpecteurs de la Ville
de Mante : Moriencourt Apoticaire
, & Amillard : le Docteur
Ganga de la Place Royale :
l'Alcoran d'Abbeville de la rue
dela Coutellerie : la Cramaillere
: le Chevalier de l'Amour &
la Princeſſe Olive : l'Inconnu
de la rue des quatre Fils : leChevalier
du Soleil & la Guerriere
Claridiane : l'Exilé Roſiclair &
la belle Princeſſe Briane : le
ſage Hirgandée de Soiffons Veret
Imprimeur : l'Amant fecret
de l'aimable blonde de la rue de
la Tifferanderie , & la charmante
Brune de la rue S. Antoine :
GALANT.
213
l'Amy de la plus belle Veſtale
de Brie : l'Archange de la rue
de Grenelle : les quatre Habitans
du Chaſteau de Ripaille :
le Chevalier de la Rocheverte :
le beau Prin-temps de la belle
Suiſſeſſe de la rue Monconſeil :
l'Apollon de la rue ſainte Croix,
& la petite Nymphe aux yeux
bleus de la rue Bardubecq : l'Incertain
& la Solitaire des Bois
de Mante : l'Inclination du So
litaire de Saumur. Meſdemoifelles
de Bellefonds du Chaſteau
de Chambord : Thierry de la
rue Beaubourg : & fon Berger
fidelle Faragorce Braſſac foeur
deM. le Comte de Gallard , Ca
pitaine dans le Regiment d'In
fanterie du Roy : l'aimable Mariane
de Nogent le Rotrou &
fon Amant : la belle Veronneau
de Blois ; les deux échapées de
214 MERCURE
1'Hoſtel des Urſins : l'aimable
petiteM, au coeur bleſſé par l'amour
, & l'Amant traveſti du
rendez- vous : l'Amante du bon
Berger Ganimede : la Veuve
aux yeux doux , & l'aimable
Fanchette du Quay de l'Horloge
: la grande Tuchette dugrand
Moyfe : l'heureuſe indifferente;
ſes trois charmantes foeurs de la
rue Michel le Comte , de Lavois
de la meſme rue : la veritable
aux petits yeux brillans : la pafſionnée
Adelaide& fa charmans
te foeur F. B. la brunette Baudoüin
: Fanchon Benard du Palais
: Cato beaux yeux du Palais
&Monginot; la Calote de laine
de la rue S. Jacques , &la cornette
ſans dentelle.
Vos Amies vous diront leur
ſentiment ſur l'Enigme nouvelleque
je vous envoye.
GALANT. 215
**************
V
ENIGME ,
NAſtre des plus éclatans ,
Nonpas toujours,mais en de certains
temps , e
Represente affezmafigure.
lefuis de matiere tres dure ,
Et l'on me fait avec grandbruit,
le confervece que je couvre ,
Et mon utilité , dont chacun est inftruit
,
Par tout me donne entrée, & mesme
dansle Louvre,
Les Vers ſuvans fuirent faits
dans le temps qu'on affiegeoit
Charleroy , & ils ont eſté mis en
Air par un de nos plus habiles
Muſiciens .
216 MERCURE
L
AIR A BOIRE .
Oin des fureurs de Mars &
deBellonne
Cherchons , cherchons un doux
repos.
Armons- nous, chers Amis,de verres
7
&depots ,
Campons à l'ombred'une tonne.
Laiſſons au Grand Louis & le ſoin &
lagloire
Deporter en tous lieux & le trouble
&l'effroy.
Laiſſons- luy prendre Charleroy ,
Tandis quenousprendrons à boire.
د
le
La mortde M. de la Vauguion
ayant fait vacquer une place de
Conſeiller d'Estat d'épée
Roy a nommé pour la remplir
Mre René Martel , Comte
d'Anſy , Chevalier des Ordres
de
GALANT. 217
de Sa Majesté ,& Gouverneur
de Mo
G
Loinendouxrepos, armons
nous cobre d'v_ne tonne,Loin
ne
ter entoulieux et le
trouble
ons a botre, larssons tuy
preno boi re ,
LYONE
1888
ques , l'allemblée nombreuſe, &
fort parce,& il s'y trouvabeaucoup
de Maſques . On dança
Janv. 1694. K
216
MERCURE
er d'Eſtat d'épée ,le
nommé pour la remplir
René Martel , Comte
y , Chevalier des Ordres
de
GALANT. 217
de Sa Majesté , & Gouverneur
de Monfieur le Duc de Chartres.
Il a été Meſtre de Camp du
Regiment de Conty , & Envoyé
auprés de l'Electeur de Mayence&
des Princes de Brunſvick.
Il a eſté auſſi Ambaſſadeur auprés
de Monfieur le Duc de
Savoye , où il a demeuré pendantpluſieurs
années .
Les divertiſſemens du Car
naval ont commencé au Palais
Royal par un Bal que Monſieur
a donné à Monſeigneur le
Dauphin. Monfieur le Duc de
Chartres & Mademoiselle ouvrirent
le bal , avec la bonne
grace qui leur eſtſi naturelle.
Leurs habits eſtoient magnifiques
, l'aſſemblée nombreuſe, &
fort parce,& il s'y trouva beaucoup
de Maſques . On dança
Janv. 1694. K
218 MERCVRE
dans la Galerie & dans deux
pieces du grand appartement
deMonfieur.
J'ay encore à vous apprendre
une mort . C'eſt celle de
Meſſire Gilles , Marquis d'Hautefort
, Lieutenant General des
Camps & Armées de Sa Majeſté.
Il eſt mort âgé de qua
tre vingt & un an La Maiſon
dont il eſtoit , eſt ſi ancienne
qu'il justifioit ſa Genealogie
par titres autentiques , & fans
aucune intermiffion depuis
l'an 1025. ainſi que je l'ay fait
voir dans ma Lettre de Novembre
1680. en vous apprenant
la mort de Mr le Marquis
d'Hautefort ſon Frere. La Terre
d'Hautefort , poſſedée depuis
plus de fix cens ans par ceux
de cette Famille , fut erigée
en Marquiſat fous le regne
GALANT. 219
,adu
feu Roy . M. d'Hautefort
qui vient de mourira eſté premier
Ecuyer de la Reine
prés la mort de laquelle il a
perdu cette charge. 11 a laiffé
ſept fils & fix Filles. Des ſept
garçons ily en a fix dans le
ſervices ſçavoir ,M. le Comte
d'Hautefort Colonel du Regiment
d'Anjou , & Brigadier
des Camps & Armées du Roy ,
M.le Marquisde Surville , Colonel
du Regiment de Sa Majeſté,&
Brigadier de ſes Camps
& Armées . M. le Comte de
Montignac , Colonel du Regiment
du Verin ; M. le Chevalier
d'Hautefort , Capitaine
de Vaiſſeau , M. de la Flotte ,
Lieutenant de Vaiſſeau , & Mr
le Chevalier de Montignac
Colonel du Regiment de Charolois.
M. le Comtede Montignac
K2
220 MERCURE
que je viens de vous nommer ,
mourut le 18. de ce mois d'une
fievre maligne dans ſa trenteuniéme
année. Il y avoitdixſeptans
qu'ileſtoit dans le fervice
, àquinze ans Moufquetaire ,
&Colonela vingt deux. On ne
peut dire trop de bien de ce jeune
Comte qui estoit dans une
eftime generale. Il s'eſt trouvé à
une infinité d'occaſions , dont
il eſt toujours forty glorieuſement
,& hors ſa derniere campagne
il a fait toutes celles d'Iralie
fous M. de Catinat , qui a
rendu compte au Roy de ſa conduite
& de ſa valeur. Sa Majesté
adonné ſon Regiment à M. de
la Flotte ſon Frere , Lieutenant
-de Vaiſſeau .
Il y a eu pluſieurs changemens
dans les Intendances.M.
Bignon , Neveu de M. de Pontand
chrome of
GALANT. 227
chartrain, quitte celle de Roüen
pour eſtreIntendant en Picardie
M. d'Ormeſſon va à Roüen en
ſaplace.
M. de Bouville quitte Limoges
pour aller à Orleans , M. de
Bernage va à Limoges.
M. Ferrand va eſtre Intendant
en Bourgogne , M. Pelletier de
la Houſſaye à Soiffons ,&M. le
Vayer à Moulins.
Vous ne ferez pas fachée de
voir les Vers que je vous envoye.
On leur a donné pour
titre ,
LES DEMARCHES
du Prince d'Orange.
Toujoursvaincu , iamais vaina
queur,
Naſſau va fon chemin de Flandre
enAngleterre,
:
K3
222 MERCVRE
Laisse pasfer l'hiver , puis revient
àlaguerre,
Quandles prez& lesbois ont changéde
couleur.
Les Alliez las de leur destinée ,
Etpeu coutens que chaque année,
Par de magnifiques apprests ,
Illes mene battre à grands frais,
MurmurentenSecret de l'efperance
vaine ,
Dontsursa foy chacun d'eux s'eff
flate,
Guillaumese rit de leurpeine ,
Etne paroist pas plus baſté
Asefairepar la victoire
Vn glorieux nom dans l'Histoire
Ildécampe en Hiver pour camper
4
en Esté ,
Etfouffre en paixque la Ligueſe
plaigne ,
Ilſe promene,ilserepose ilregne,
C'est tout ce qu'il a fouhaité.
Pourhafter ces Milords qui vousfons
trop attendre ,
GALANT. 2.2.3
Et vous empefchent de paſſer
L'an prochain de bonne heure en
Flandre,
Ne sçauriez-vous , Nassau , leur
faireentendre
Qu'ilreste à Saint Malo des vitres
àcaffer?
On a eu nouvelles que M
l'Abbé de Maupeou a eſté facré
Evefque de Caſtres , dans l'Egliſe
Metropolitaine de Saint Juft
de Narbonne , par M. le Cardinal
de Bonzy , Preſident né
des Eſtats qui ſe tiennent dans
la meſme Ville . Ce Cardinal
eſtoit aſſiſté des Eveſques de
Mende & de Lodeve , & la Ceremonie
ſe fit en preſence de
tous les Corp's des Estats de la
Province , & d'un grand nombre
de Perſonnes qualifiées , qu'il
traita magnifiquement.
K 4
2245 MERCURE
On ne parle chez tous les Alliez
que de preparatifs de guerre.
Ils paſſent tous les hivers à
nous menacer , & nous employons
tous les Eſtez à les battre.
Les Presbiterienseſtant les plus
forts dans le Parlement d'Angleterre
, & voulant aneantir
la Religion Catholique , & fur
tout l'Anglicane , accordent au
Prince d'Orangela plus grande
partiedes ſommes qu'il demande
pour la continuation de la
guerre , mais comme il eſt plus
aiſé de dire que de faire , il eſt
plus faciled'accorder del'argent
que de le lever. Les Peuples
font fi mécontens de ce qui ſe
paffe au Parlement , que la plufpart
des Deputez des Villes
s'en fontretirez . Il ne faut pas
s'en étonner , les Presbiteriens
regnent à Londres , les AugliGALANT.
225
cans àla campagne , & ces Deputez
craignantque leur conduite
ne foit un jour blamée
par d'autresParlemens , ne veulent
point ſe trouver aux déliberations
: de forte que de plus
de ſept cens Deputez qui devroient
eſtre au Parlement , il
n'y en a guere plus de trois cens
Il y a beaucoup de voix acheptées
par le Prince d'Orange , il
en paya au Parlement dermer
cinquante qui luy couſterent
centcinquante mille livres Sterlin.
C'eſt un fait conſtant dont
jay une entiere certitude . Ainf
les intereſts du Prince d'Orange,
& ceux des particuliers abîment
la Nation. Il faut qu'elle
payele Duc de Savoye , & l'Empereur
qui diſent hautement
qu'ils ne peuvent foûtenir la
Guerre fion ne leur donne de
226 MERCURE
1
grandes ſommes,& ce n'eſt que
pouren demander que le Prince
de Bade a paſſé en Angletere ,
Ainſi lors que l'Angleterre s'épuiſe
, elle a encore le chagrin
devoir ſon commerce beaucoup
diminué . Quand on donne
beaucoup & qu'on ne reçoit
rien , il faut à la fin fuccomber,
&le parti Prefbyterien qui ne
veut pas avoir le dementy ,
achevera bien-toſt de ruiner
l'Angleterre. On y exagere la
diſettedes bleds en France, mais
ce n'eſt qu'un accident dont les
mauvaiſes ſuites font preſque
routes paſſées , les bleds qu'ont
apportez les Flotes de Suede &
de Dannemark ont preſque remisl'abondance
, & fait dimi
nuer le prix du bled ; de forte
que le pain ne vaut plus à
Rouen que deux fols ou fix
GALANT.
227
Blanes la livre .On attend à tout
moment un grand nombre de
Vaiſſeaux chargez de bled fous
l'eſcorte du Capitaine Bart ,&
il y en a outre cela trente fept
Vaiſſeaux chargez pour Francedans
le Port de Copenhague.
L'eſperance de la recolse future
eſt belle , & quand il ne croiftroit
pas un grain de bled en
France , en prenant les meſures
debonne heure , on n'en manquera
jamais . Il abonde enHollande
oùil n'en croiſt pas un
grain. Les François ne feront
pas moins habiles lors qu'il fera
queſtion d'en faire venir. Je
fuis , Madame , vôtre &c .
THÈQUE
LYON
*
189309
VIL
TABLE .
Relude
Epiſtre.
Sonnets.
Madrigal.
4
و
12
Description de la Machine d'An-
Ders
13
Lettre en forme de Differtation
fur les Creatures des Elemens.
39
Madrigal fur la naiſſancedeMademoiselle
de Valois .
Nouvellesd'Espagne. 118
Histoire. 126
Croix de l'Ordre du S. Eſprit donnée
parle RoyàM.le ComtedeTeffé.
142
Nouveaux Chevaliers du mesme
Ordre
143
Réponse touchant l'embarras oitſe
TABLE.
trouve une Dame à l'égard defon
Amant. 144
Morts. 149
Regiment donné par le Roy. 162
Sacre des Evesques de Pamiez&de
Lettre en Vers deMadame des Houlieres,
m ウエ
Profeffion de Mademoisellede Mauby
avec un Discours faitsur ce
fujer. I
75
Charges de Medecin Major des
Camps ,Hospitaux ,& Armées
du Roy ,&de Medecin ordinaire
de l'Hostel des Invalides , données
parleRoy. 192
Reception faite au nouveau Curé de
Saint Germain l'Auxerrois. 1.94
Hiſtoire generale des Drogues. 205
Arlequiniana . 207
Priſefaite par dix huit Irlandois.
Article des Enigmes. 214
209
TABLE.
Charge donnéeà M. le Comted'Arfy.
216
Bal donnépar Monfieur. 217
Mort deM.le Marquisde Hautefort
218
Nouveaux Intendans nommez par
leRoy. 220
Démarches du Prince d'Orange. 2 21
Sacre de M. l'Evesque de Caftres,
223
Nouvelles de divers endroits. 224
Fin de la Table.
THEQUE DE
LYON
*
1893*
R.P. Claudius Francifcus Meneſtrier Societatis
JESU Bibliothecam Collegii
Lugdunenfis SS. Trinitatis pio hoc
munere locupletavit.
807156
MERCURE
CollegiiLugdun. J. Triminfac
JopeErfuAlN!!T
Casati Infc.
DEDIE' A
ILLO
MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JANVIER
DE
O
品
LYON
1601893977lD
(
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere au Mercure Galant.
-
M. DC. XCIV .
Avee Privilege du Roy
د
LE LIBRAIRE
au Lecteur.
Eux qui voudront
3
le's Journaux
le
de I1693 .
L'on en trouvera pour 6. fols te
Cabieraußi bienque ceux de 1694.
LIVRES NOUVEAVX
de fanvier 1694.
Hommes Illuſtres de Plutar
que avec les Remarques , par M.
Acié , avec des figures inquarto,
6. liv. 10. fols.
Le troifiéme tome des Loix
Civiles dans leur ordre naturel ,
un tiers plus gros que les deux
premiers inquarto , 7. liv. les
ã 3
deux premiers ſe trouvent auſſi
dans la meſme boutique pour
12. livres .
Hiſtoire d'Henry III . par
M. Varillas , deux gros volumes
inquarto , un quart plus gros
que les autres volumes 1 3.liv.
Arlequeniana avec ſon Portrait
, ind. 36. fols .
L'Art de la Poësie Françoiſe &
Latine , & la Muſique avecdes
figures , par M.de laCroix
gros volume , ind. 2. liv .
400
un
Oeuvres Poſthume de M..
l'Abbé S. Real , indouze Lyon ,
20. fols.
Caractere naturel des Femmes
ind. 30. fols .
CO
Je vous envoiray dans deux
mois les Sermons fur tous les
Dimanches de l'Année du tres-
Reverend Pere Nicolas Capucin
Définiteur general de fon
Ordre , en trois gros volumes
in- octavo , le prix fera neuf livres
comme les Panegyriques
des Saints .
a
Avis pour placer les Figures.
La Medaille doit regarder la
paraChanfon doit regarder la
page
page 216.
I
MERCURE
GALANT
THEQUE DELA VE
JANVIER 1694.
LYON
N
*
1893*777
E ne puis , Madame ,
commencer à vous
écrire dans cette nouvelle
année, ſans vous
parler de celle qui vient de finir.
Jamais depuis que le Ciel
a donné des Souverains à la
terre , on n'en vit une ſi heureuſe
pour aucun Monarque,
que celle-là l'a eſté pour l'Au-
Ianvier 1694. A
2 MERCURE
guste Roy dont nous admirons
tous les jours le Regne ,quin'eſt
qu'un enchainement continuel
de profperitez . La mer & la terre
, l'Allemagne & l'Italie , la
Flandre & la Catalogne l'ont
vû triompher;& la nature ayant
manqué de produire dans la
mefme année tout ce qui eſtoit
neceſſaire pour la ſubſiſtance
de ſes Peuples , ce Prince , aprés
avoir par ſes liberalitez foulagé
ceux qui avoient le plus de befoin
de ſecours , a pris des ſoins
accompagnez de tant de pru
dence , & d'une vigilance fi
exacte , qu'il eſt enfin
bout de remettre l'abondance
dans ſes Erats. Sa moderation
nous promet encore plus pour
le repos de l'Europe, dans l'année
où nous entrons . Ce n'eſt
point à moy à penetrer plus
1
venu a
છુ છે છે ????
GALANT.
3
>
avant ,& il ne m'eſt pas meſme
permis de rien dire davantage ,
mais peut- eſtre qu'avant que
d'eſtre obligé de fermer ma Lettre
, les évenemens me donneront
lieu de m'expliquer d'une
autre maniere . Le détail que je
vous envoyay le mois dernier
de ce qui s'eſt paſſé devant Saint
Malo , s'eſtant trouvé auſſi long
que curieux ,je fus contraintde
remettre àvous parler des Ouvrages
qui ont eſté faits ſur le
bombardement de cette Place .
Je vous les promis , & je vous
tiens aujourd'huy parole. L'Epiſtre
que vous allez lire eſt de M.
Robbe,connu par des Pieces de
Theatre , & d'autres Ouvrages
qui ont paru avec beaucoup de
fuccés.
i
A2
4
MERCVRE
!
* **********
A MESSIEURS
de S. Malo.
Argonautes fameux, de qui la
Renommée
Eftpar tout l'Univers avecgloire
Semée;
Vous qui faites trembler deux fieres
Nations,
Dont l'infolent orgueil depuis long.
temps afpire,
Atenirſous leurs Loixles humides
fillons ,
Four exercerfur eux leurtirannique
empire ,
Rendez grace auTres Haut du celefte
ecours ,
Qui détourna l'effort de l'infernal
Ouvrage,
Dont un traiſtre conduit parson brutal
courage
GALANT .
5
Esperoit renverſer vos redoutables
tours.
Un boulet meurtrier party devos
murailles ,
Apun, le forfait deson barbare
Autheur ,
Et la Machine mesme afait auCon
ducteur
Rencontrer dans la Merses propres
funerailles.
Vn Rocher favorable a brisé le
Vaisseau,
Qui conduifoitvers vous cet appareil
funeste,
Lesbombes, les boulets , la poudre ,
tout lerefte
Tirerentfans effet, ou coulerentfous
l'Eau.
Neconnoiſſez vous pas àces ſenſi.
blesmarques ,
LamainduTout Puiſſant quiprotegevos
murs ,
Les fidelles Sujets dup'us Granddes
Monarques
A 3
6 MERCURE
Trouvent toûjours pour eux ces fecoursprompts
furs.
Pour l'intereſt du Ciel ce Grand Roy
plein de zele ,
Braveseul les efforts de trente Totentats
,
Et d'un Roy détrôneſouſtenant la
querelle ,
Rendpourses interests les plus justes
combats.
Les Conquestesqu'ilfait neſontpoint
Sans miracles :
La valeurdes François paſſe l'esprit
humain ,
Ils triomphent partout , malgré tous
les obstacles ,
Parleviſible appuy d'une invisible
main.
Sans doute que l'ardeur de vos coeurs
intrepides
Vous porte à vous vangerde ces peu .
ples perfides ,
Pour avoir découvert deux chetives
maisons ,
GALANT.
1
Enfoncé leurs planchers , caffé
quelques vitres ;
Ces maux, quoy que legers vont vous
Servir de titres ,
Pour vous dédommagersurleurs riches
trisons.
Mais, croyez moy , quittez leſoin
devos vangeances .
De vos nobles projets vous devez
le rayer.
Nassau , bienmieux que vous sçaura
faire payer
Le tort qu'on vous afait parfon in .
telligence.
Aucun de vos Bourgeois n'est ny
bleße ny mort ,
Vingt millefrancsau lus repareront
letort.
Au centupl déja vous avez par
avance
Fait couteraux Anglois cettefoible
dépense
Par le riche butin des Vaiſſeau pris
fur eux.
A 4
8 MERCURE
Guillaumefans argent ,&tout cou.
vert de blâme ,
N'avoit pour tout espoir que cette
niretrame ,
Pour vuider les tresors de tous c.S
malheureux.
Qu'yqu'ilait échoüé danssa folle
entreprise,
Ilſcaure profter de leur credulite.
Leseul bruit,quoy que faux , de cet
exploit vant
Les feradépouiller jusques à la chemie
Decent fois le centuple ilfera rem.
boursé;
Les Milords,les Marchands,lesDames
, les Bourgeoises ,
Payerontfur cepied chaqueplancher
percé,
Chaque panneau devitre,& chaque
cent d'ardoiſes.
Avec vostre valeur, je doute queja
mais
GALANT.
Vous puißiez vous vanger ainsi de
la laTamise ;
Qu'i sbombardent nosPortsàceprix
deformais,
Ils ne sçauroientplus cherpajer la
marchandise.
Voicy deux Sonnets dont
Ics Auteurs me font inconnus.
SUR
LE BOMBARDEMENT
✓✓ de Saint Malo .
LEs crimes réunis parles noeuds
d'une Ligue ,
Quifait tousses efforts pourfoutenir
Nassau ,
Nous font representezpar Iinfernal
Vaisseau,
Qui fait ledeſeſpoir d'une nouvelle
intrigue.
As
MERCURE
Rougiffez, Alliez de la haine prodigue
Qui vousfait tout tenterfurlaterre
Est-ceainsiqu'unTiran veut estre
nostre fleau ,
Lors qu'en devains projetsſafureur
Lefatigue ? ..
Son Brulot tout fumant ,fur lepoint
d'approcher ,
AuPort de Saint Malo rencontre le
rocher;
L'Ingenieurperit,Dieuconfond l'entreprise.
**
Telfera vostrefort , fameux furpateur.
LOVIS eft le rocher l'écueilde
L'erreur,
Ceft à luy d'écrafer l'Ennemi de
l'Eglife.
i
GALANT. II
1
Sur les differens Bombardemens
de Genes , d'Alger ,
& de S. Malo .
DE Genes & d'Alger un Heros
irrite
Détruifit les Palais,les fit reduire en
cendre.
L
De leurs fuperbes murs queferoit-il
refte
Si LOV I Sen couroux n'eust voulu
rien entendre ?
Lors que deſesſuccés il devoit tout
attendre, bho
P
Que la mer les vents estoient de
Son costé
Quefes tropjustes coups luyfaisoient
tout prétendre ,
Parsa propre clemence ilſe vit arrefté.
6
12. MERCURE
Pourperdre Saint Malo tu tefersde
fesarmes,
Guillaume&crois parlànous don .
ner des alarmes ,
Mais en vain partes feux tu fais
tremblerla mer.
Personne ne te craint , quoy qu'ar
mede lafoudre ,
Laquestion n'estpas difficile à resou
dre ,
Ilfaut pours'enservir le bras de fu.
piter.
Le Madrigal qui fuit ces
Sonnets , eſtde M. Diereville..
AU PRINCE D'ORANGE
fur la Machine de S.Malo.
N
Affau , ton borrible Machine
Asesfeuls Conducteurs a donné le
trepas
GALANT.
13
Lors que tes foudroyans éclats
Devoient de Saint Malo nous caufer
La ruine.
LesVaisseaux de LOVISn'empéchoient
point l'effet
Deſon detestable projet ;
Tu l'entrepris àlafourdine ,
Etcependant tu n'as rienfait.
Deton esprit oste le voile , 2
Et reconnois enfinlepouvoirde mon
Roy ;
Tuvoisque ce Heros pour triompher
de toy ,
N'a besoin que de fon Etoile.
Comme la Machine que les
Anglois avoient préparée , &
qui leur a fi mal reuſſi , a donné
lieu de parler de celle d'Anvers,
qui atantfaitde bruit autrefois,
& que vous ſouhaitez ſçavoir
ce que ceux qui ont ecrit l'Hif
toire des Guerres de Flandre en
14 MERCURE
ont dit , je vais fatisfaire voſtre
curiofité fut cet article. E
Toute la Flandre eſtoit en
mouvement parla guerre qu'avoit
excitée le Party des Confederez
, qui vouloient détruire
la Religion Catholique. Anvers
s'eſtoit declaré pour eux , &
Alexandre de Parme , Gou--
verneur des PaysBas pour le
Roy d'Eſpagne Philippe 11. refolut
d'en former le Siege . Pour
cela il falloit fermer la Riviere
de l'Efcaut , afin d'empêcher
les Ennemis de recevoir du ſe .
cours . Le Pont qu'il entreprit.
de conſtruire fur ce Fleuve ,
eftoit un ouvrage que l'on ne
pouvoit executer qu'en furmontant
des difficultez extraordinaires
. Auffi fut- il regarde
de tout le monde avec admiration.
Il eſt à propos de
}
vous
シ
GALANT.
15
en donner l'idée , pour vous
faire mieux comprendre les
effets de la Machine qui fut
employée pour le renverſer.
Voicy ce qu'en dit Strada.
Aprés que l'on cut bâti deux
Forts de part & d'autre à l'entrée
du Pont que l'on meditoit
de faire , l'un du coſté de las
Flandre appellé de Sainte Marie
, & l'autre du coſté du Bra
bant , nomme le Fort Philippe,
on planta d'abord dans le Fleuve
trois pieces de bois du coſté du
Fort de Sainte Marie également
éloignées du bord. Enfuite il y
en avoit autant , éloignées des
premieres de onze pieds ,& l'une
de l'autre de cinq pieds. Aprés,
ily avoit trois autres pieces de
bois,éloignéesdu ſecod rang de
treize pieds,& enfuite trois attres
diſtantes de onze pieds ; &
ainſi il y en avoit d'autres , &
2
16 MERCVRE
>
encore d'autres , les unes éloignées
de onze pieds , les autres
de treize , qui s'avançoient dans
la largeur de la Riviete , auffi
avant que le permettoient la rapidité&
la profondeur de l'eau.
Cette eſpece de cloſture eſtoit
terminée par douze grandes
poutres plantées dans l'eau ;
chacune de'ſoixante & dix pieds
de haut , diſpoſées preſque en
quarré , pour ſervir à faire un
Fort. D'autres pieces de bois
eſtoient, couchées en long fur
celles-là , & on mit des ais en
travers bien liez les uns avecles
autres , qui faisoient le chemin
pourpaffer par deſſus le Pont.
Entre chaque rang de ces pieces
de bois , diſtant l'un de l'au.
tre , ou d'onze , ou de treize
pieds , ily avoit endehorsd'autres
poutres,plantées dans l'eau,
GALAN T.
17
, ap-
&éloignées de cinq pieds des
autres qui avec deux pieces
debois,comme avec deux puiffans
bras qui ſe fuſſent etendus
de part & d'autre
puyoient celles dontje viens
de vous parler , & lioient toute
cette Machine. Le mesme
ordre fut obfervede part &
d'autre . On mit encore de chaque
coſté , mais plus en dehors ,
un autre ragde poutres vis à vis
de celles qui estoient par rang
éloignées d'onze & de treize
pieds. Du bas de ces poutres
vers la fuperficie de l'eau , il
s'éle voit de grandes pieces de
borsqui paffoient en braifant
pardeſſous le Pont le long des
pieux , qui eneſtoient comme
les piliers , & fe croifoient en
fe rencontrant à la poutre du
milieu , de forte qu'elles les
18 MERCURE
4
lioient enſemble & fortifioient
puiſſamment tout l'édifice . Les
choſes ayant été diſpoſées ainſi
on étendit de fortes planches
fur les poutres qui traverſoient
d'un pilier à l'autre , & par ce
moyen on fit un chemin pour
paſſer par deſſus le Pont. Des
ais à l'épreuve du Mouſquet ,
qui faisoient comme un parapec
de cinq pieds de haut , furent
mis de part& d'autre pour fervir
de garde- foux. On fit de la
mefme forte le Fort qui fut deftiné
pour ſervir de place d'armes
à l'extremité de cet Ouvrage.
Le chemin qui estoit fur
le Pont eſtoit large de douze
pieds ; huit hommes pouvoient
aiſément y paſſer de front , &
le Fort , ou Corps de garde , qui
avoit quarante pieds de large ,
&cinquante-deux de long, conGALANT.
19
기
es
{
S
e
1
tenoit prés de cinquante hommes
. Le meſme travail fut fait
de l'autre coſté vers le Fort Philippe
, ſi ce n'est qu'à cauſe que
l'eau estoit moins profonde , on
mena bien plus avant l'édifice
des pilotis . Il avoit de ce coſtélà
neuf cens pieds de long , &
n'en avoit que deux cens de
l'autre.Cette eſpece de barriere
fut appellée l'Eſtacade par les
Soldats; mais le milieu, c'eſt à dire,
la plus grande partie du Fleuve
demeuroit encore ouverte ,
&l'eſpace qu'il y avoit entre
l'une & l'autre extremité de
l'Estacade , estoit de plus de
douze cens cinquante pieds.
Ainfi comme le Fleuve eſtoit fi
rapide& fi profond en cet endroit
là , qu'on n'y pouvoit ny
battre,nyplanter des pieux , cet
eſpace fut fermé par trente-deux
P
20 MERCURE
Vaiſſeaux mis à coſté les uns des
autres . Chacun avoit ſoixante
&fix piedsde long ,&douze de
large , & ils eſtoient éloignez
l'un de l'autre de vingt pieds ,
& attachez enſemble avec qua-
- tre gros cables , & avec des chaines
qui prenoient les flancs , de
: la pouppe &de la pronë. Outre
cela , chaque Vaiſſeau avo it une
ancie à chaque bout , & cette
- ancre eſtoitdiſpoſée de telle for-
-te que par l'adreſſe des Marelots
les cordes s'en lâchoient à
meſure que l'eau croiffoit , & le
Pont ſe ſoulevoit fans que les
Vaiſſeaux en receuffent aucun
dommage. Il y avoit dans l'ef.
pace qui estoit entre les Vaifſeaux
, de fortes pieces de bois
qui alloient de lun à l'autre ,
avec des planches de travers au
deſſus , en forte que par ce
GALANT. 2 I
s moyen on paſſoit de tillac en
tillac de c chaque Vaiſſeau. Ainfi
e
,
.
le chemin qui eſtoit entre les
z deux Forts avoit treize cens
pieds de longueur. Il y avoit à
ce Pontdes Garde-foux comme
aux deux autres , dont il faiſoit
le milieu. On fit un nouveau
travail pour ſa défenſe. Il conſiſtoit
en trente trois Barques ,
que l'on mit devant le Pont à
-coſté les unes des autres , environ
à la portée d'un trait dans
la largeur de la Riviere. Elles
eſtoient attachées trois à trois
avec des pieces de bois & des
maſts de Vaiſſeaux , qui paffoient
pardeſſus en travers, mais
elles eſtoient un peu éloignées
les unes des autres . Ainſi il y
avoit onze rangs de ces Barques,
& le meſme eſpace entre chaque
rang. Il ſortoit de chaque
22 MERCVRE
!
,
rang de ces Barques quatorze
longues pieces de bois , ferrées
en pointe par le bout , qui empêchoient
les Ennemis d'approcher.
Ces Barques eſtoient pleines
de futailles vuides , & arrêtées
avec des ancres de part &
d'autre , de peur que la rapidité
duFleuve , ou que le flux de la
mer neles emportaft ; & comme
les cordes en estoient lâches
elles ſe baiffoient ou ſe haufſoient
avec le Fleuve , ce qui les
fit appeller les Flottes . Ces Machines
,dont ily en avoit une du
coſté d'Anvers , & une autre du
coſté de la mer , avoient chacune
douze cens cinquantedeux
pieds de long , & couvroient
tout le Pontde Vaiſſeaux
& quelque partie des Forts qui
eſtoient au bout de chaque Eftacade
. Enfin le Prince de Parme
GALANT. 23
cheva ce merveilleux ouvrage
24. Fevrier 1585. dans le
eptième mois du Siege d'Aners
,&par lemoyen de ce Pont
ui avoit de longueur deux mile
quatre cens pieds,& qui estoit
fort & fi ferme , qu'on faioit
paffer par deſſus tout ce qui
'enoit de la Flandre & du Braant
dans les Camps de part &
l'autre , les Troupes de gens
le pied & de cheval ,les chariots
½ le Canon, il ferma la Riviere
ux Ennemis , & ofta à ceux
l'Anvers toute eſperance de
commerce du coſté de la mer .
Ce fut contre ce Pont d'une
conſtruction ſi rare & fi furprehante,
que les Affiegez prépare .
ent la Machine dont vous vouez
ſçavoir les effets . Elle eſtoit
de l'invention de Federic Jembelli
, excellent Ingenieur pour
1
f
2.4
MERCVRE
les choſesde la guere,qui eſtan
paſſe d'Italie en Eſpagne pour
offrirſes ſervices au Koy Philippe
II piqué de quelque mépris
que l'on fit de luy en cette Cour
là , alla à Anvers , où il fut ravi
de trouver l'occaſion de faire
paroiſtre ſa vangeance en faveur
desConfederez. II fit conſtruire
quatre Bateaux , dont les fonds
eſtoient plats & les coſtez afſez
hauts, mais plus fermes qu'ils
ne le ſont ordinairement. Enfuite
il fit faire des Mines dans
l'eau mesme , ſi l'on peut parler
ainfi ,& je vais vous dire de quelle
maniere il y travailla, Premierement
il fit faire au fond
du Vaiſſeau un mur de chaux&
de brique , comme pour ſervir
de plancher & de fondement .
Ce mur avoit un pied d'épaifſeur,&
eſtoit large de cinq pieds
1
&
GALANT .
25
&de lameſme longueur que le
Bateau. Aprés cela il fit baſtir
toutalentour des murailles, felon
la grandeur dela baſe , & ayant
fait couvrir cette eſpece de Baſtiment,
il laiſſa pardeſſous comme
une Mine haute & large de
trois pieds, & il la remplitd'une
quantité de la plus fine poudreà
Canon,qu'il avoit faite luy-mefme
, & dont il n'avoit appris la
compoſition à perſonne. Cette
Mine eſtoit couverte de grandes
tombes, de meules de moulin ,
&de pierres d'une grandeurexexceffive
Il éleva auſſi un toit
par deſſus avec de groffes pierres&
des meules,dont il fit comme
un comble qui faiſoit un angle
aigupar le faiſte,& ſe laiſſoit !
aller enpente de part & d'autre ,
afin que cette Machine produiſiſt
non ſeulement ſon effet
Janv. 1694. B
.
26 MERCURE
en ligne droite , mais qu'elle le
fiſt éclater en travers de part &
d'autre par le moyen des boulets
de fer & de marbre, des chaines
des crochets , des clouds , des
couteaux , & toutes les autres
choſes nuiſibles qu'il avoit imaginées
, & miſes au deſſous du
comble de cette Machine. Il fit
2
remplir l'eſpace qui eſtoit entre
les bords de ces Bateaux , le muri
& le toit de cette mine ,
pierres diſpoſées en quarré , &A
des poutres attachées aveddu
fer furent miſes par deſſus . Enfin
aprés avoir couvert toutes
ces choſes avec degrosais ,&
d'un plancher de brique , il fic
allumer un bucher au milieu ,
pour faire croirequ'on envoyoit
ces Bateaux afin de bruler le
Pont; mais il y avoitpar deſſous
une matiere de poix & de fouGALANT
.
27
phre , qui ne devoit finir que
lors que le feu auroit pris à la
Mine , l'Inventeur de cet ouvrage
ayant pratiqué deux divers
moyens d'y mettre le feu.
Il yavoit quelques Bateaux où
ilavoit mis un fil amorcé , qui
paſſoit par le fond juſque dans
laMine , & comme il avoit é
prouvé combien il ſe bruleroit
de ce fil pendant que ces Ba
teaux iroient juſqu'au Pont ,
cette méche eſtoit auſſi longue
qu'il pouvoit en eſtre brulé
dans tout ce temps-là. Il ſe ſervit
en d'autres de cette eſpece
d'horloges qui allument de nuit
la chandelle , & fervent de Réveille-
matin. Il avoit d'ailleurs
ajuſte ſa Machine de telle forte ,
que les rouës ne devoient tourner
que lentement tandis quele
Bateau iroit vers le Pont , & fe
da
3
B 2
28 MERCURE
lâchant tout d'un coup fi-toſt
qu'il en ſeroit proche, elles devoient
produire des étincelles
à la rencontre d'un caillou ,&
ces étincelles ſe communiquant
parmy du ſouphre & de la poudre
répanduë au meſme lieu ,
ne pouvoientmanquer de porter
le feu juſque dans la Mine,
Çes quatreBateaux eſtantconf.
truits , l'Ingenieur y en ajoûta
treize plus petits ,où il n'y avoit
rien de caché que l'on euſt à
craindre, mais qui étoient remplis
ſeulement de feux. Les Afſiegeans
ayant appris qu'on
preparoit des Vaiſſeaux dans la
Ville , & s'imaginant que cet
appreſt ſe faiſoit ſeulemens
pourattaquer le Pontd'un coſté,
tandis que les Hollandois & les
Zelandois l'attaqueroient d'un
autre, ne ſoupçonnerentriende
GALAN T. 29
la Mine qu'ils cachoient. Ainfi
le Prince de Parme redoubla les
gardes parles Forts & les levées ,
&fit venir les meilleures de ſes
Troupes pour la défenſe du
Pont, En meſme temps on vit
paroiſtre de la Ville trois Bateaux
en feu,enfuite d'autres ,
& encore d'autres.On cria auffitoſt
aux armes dans le Camp ,
& le Pont fut rempli de gens
de guerre Ces Bateaux deſcendoient
le long de l'Escaut deux
à deux & trois à trois , avec
quelque ordre en apparence ,
parce qu'il y avoit alors des
Mariniers qui les conduiſoient.
Ils jettoient de ſi grandes flames
, qu'ils ſembloient bruler
eux - meſmes plûtoſt que de
venir bruler le Pont ,& on cust
cru voir des embraſemens Aoter.
Déja cette eſpece deFlote
B 3
30
MERCURE
ardente eſtoit à deux mille pas
du Pont quand ceux qui les
conduiſoient mirent dans le fil
del'eau les grands Bateaux où il
y avoit des Mines, ſans ſe ſoucier
des plus petits ,& ayant mis
le feu à la méche qui devoit les
faire jouër, ils ſauterent promptement
dans d'autres , pour
voirde loinle fuccés de cet artifice,
Ces Bateaux que perfonne
ne conduiſoit, ne prirent
pas tous la mesme route. Les
petits , pour la pluſpart, donnerentcontre
lesFlotes qui étoient
au devant du Pont,ou s'arreſterent
fur les bords du Fleuve.
Des quatre grands dans lesquels
ce qui devoit ruiner le Pont ,
étoit enfermé , il y en cut un
qui ayantpris eau par quelques
fentes , neproduiſit aucun autre
effet que de la fumée , & fut
29
GALANT. 31I
enſevelidans les ondes. Le ſecond
&le troiſiéme furent poufſez
par un vent qui s'éleva du
coſté de Brabant , ſur le rivage
de Flandre vers Callo , qui eſt
l'endroit le plus rapide &le plus
profond du Fleuve. Il ſembloit
meſmeque le quatriéme ne feroit
pas un plus grand effet,parce
qu'il eſtoit auſſi tourné vers
le rivage de la Flandre , & qu'il
avoitheurté avec violence contre
les Flotes , où il s'eſtoit arreſté.
Ainſi ceux qui tenoient
Anvers aſſiegé , voyant que le
feu s'affaibliſſoit, ou s'éteignoit
dansla pluſpartdes Bateaux , ſe
moquerent d'un appareil qui
ne promettoit aucun ſuccés ;
mais comme le quatrième eſtoit
plus grand & plus fort que tous
les autres , il rompit les 'Flots
qui empêchoient ſon paſſage ,
B4
32
MERCVRE
&defcendit vers le Pont avec
une impetuoſité qui commença
à faire tout craindre. Le Prince
de Parme qui vouloit eſtre par
tout , accourut au cry qui ſe fit ,
où il y avoit apparece que ce Bateau
s'attacheroit ,& commanda
à quelques Matelots d'entrerdedans
, d'abattre le bucher , d'éteindre
le feu , & aux autres, de
l'arreſter avec des crocs pouren
detourner l'effet. Cependant on
l'obligea malgré luy de ſe retirer
de cet endroit ; & à peine
eſtoit il entré dans le Fort de
Sainte Marie , fur le rivage de la
Flandre , que ce grand Vaiffeau
crava avec un bruit ſi épouvantable
, que la terreur en fut répanduë
par tour . Cette tempeſte de
chaines , de boulets , de pierres,
fit un effet ſi prodigieux , qu'on
ne croit la choſe poſſible que parGALANT.
33
ce qu'elle eſt arrivée. Le Fort
où ce Bateau infernal s'eſtoit
venu attacher , les barrieres du
Pont vers le Fortde Sainte Ma
rie ,&l'endroit du Pont de Vaiffeaux
qui touchoir au Fort , tout
fut emporté avec les Soldats, les
Capitaines , les Matelots , le
Canon , les atmes , avec autant
de facilité que les feüilles ſont
emportées par le vent. Le Fleuve
s'en ouvritd'une maniere qui
laiſſa voir le fond de ſon lit. II
ſe répandit enmeſme tempsfur
fes bords ,& s'égalant aux levées
qui le reſſferroient , il remplit
d'un pied de haut le Fort de
Sainte Marie. Laterre en trembla
juſques à neuf milles de cet
endroit , & on trouva à mille pas
de la Riviere,des pierres, & mef
me quelques-unes des plus grandes
tombes,qui estoient entrées
BS
34 MERCURE
dans terre de deux pieds en quelques
endroits. Mais il n'y eut
rie de plus déplorable que ce qui
arriva aux hommes. La violencedu
feu en confuma tout d'un
coup quelques-uns, & en enleva
d'autres par fon impetuoſité.Elle
en jetta pluſieurs en l'air avec le
bois & les pierres ,& en meſime
temps comme parun tourbillon,
elle les fit tomber à terre , ou les
fubmergea dans le Fleuve. Le
vent empeſté de cet orage en
tua d'autres , qui demeurerent
entiers, & le Fleuve meſme qui
s'eſtoit élevé par deſſus ſes bords
en brula beaucoup par ſes eaux
boüillantes qu'il avoit étenduës
de part & d'autre. Ily en eut un
grand nombre d'aſſommez par
les pierres qui retomberent , &
quelques uns ſe trouverent enſevelis
ſous les tombes qui les
GALANT. 35
avoient accablez Ce qu'on regarda
comme un accident tresfurprenant
, ce fut celuy du Vicomte
de Bruxelles , qui ayant
eſté emporté d'un Vaiſſeau , retomba
dans un autre qui en étoit
fort éloigné ſans recevoir aucune
bleffure. Ce tourbillon enleva
un Capitaine chargé de ſes
armes, & l'ayant tenu quelque
temps ſuſpendu en l'air , il le fit
deſcendre au milieu du Fleuve
plutoſt qu'il ne l'y laiſſa tomber.
Ce Capitaine qui ſçavoit nager,
gagna l'un des bords , malgré la
peſanteur de ſes armes. Un autre
Officier fut tranſporté du rivage
de Flandre au rivage duBrabant
& ne fut bleſſe que legerement
à l'épaule dont il toucha la terre
en tombant. Il dit aprés ſa cheute
, que quand il fut emporté par
deffus le Fleuve , il s'imaginoit
B 6
36 MERCVRE
eſtre un bouletqui euſt efté tiré
d'un Canon,tant la violence qui
le pouſſa en avant eſtoit extraordinaire.
Le nombre des morts
allajuſques à huit cens,fans comprendre
les bleſſez , & ceux qui
demeurerent privez de leurs
membres . Le Prince de Parme
qu'on avoit contraint de fe retirer
du Pont , fut envelopé par
la violence de l'air ému, comme
fi c'euſt eſté un tourbillon,dans
le moment qu'il entroit au Fort
de Sainte Marie , & en meſme
temps une ſolive le frapa par le
cafque & par l'épaule ,"& le ren .
verſa par terre. On le trouva
l'épée nuë à la main ,& auprés
de luy deux Officiers , l'un qui
le tenoit embraſfé par les genotix
,& l'autre bleſſé à la teſte
d'un coup de pierre . On reconnut
le lendemain que ce grand
GALANT.
37
déſaſtre ne venoit pas ſeulement
du Bateau qui s'eſtoit attaché au
Pont , mais auſſi de celuy qui
eſtoit demeuré au rivage , & qui
en crevantavoit fait perir beaucoup
de monde. Voilà quel fus
l'effet de l'épouvantableMachine
employée contre ce Pont Ap .
paremment les Anglois en efperoient
un ſemblable de celle
qu'ils avoient préparée pour détruire
S. Malo , mars heureuſement
elle n'a agy que contre
eux-meſmes , & par les Relations
que je vous en envoyay le
mois paſſe , vous avez connu
qu'elle n'a caufé nul dommage.
dans la Ville,
Il n'y a rien de plus curieux
que l'Ouvrage que vous allez
lire ,& qui m'eſt ' tombé par hazard
entre les mains, Les marieres
qui y font traitées feront
38 MERCURE
beaucoup de plaifir à tous les
Sçavans de voſtre Province. Ils
ne trouveront dans ce que je
vous envoye que la premiere
Partie de ce qui eft contenu
dans tout l'Ouvrage.
GALANT.
39
5
******* **
LETTRE EN FORME
de Differtation de M. Mariguer
. Sr du Plessis , Ruel &Billouard
, Avocat au Parlemen
de Paris ,adreſsee à M. Charles
de Voland de Marberon , Sei
gneur d'Aubenas , de Salignac ,
& d'Entrepierre , Gentilhomme
de Provence, ſur les Creatures
des Elemens & autres ſujets inviſibles
, corporels ou Spirituels ,
Jurles Stryges de Russie , &far
la Physique Occulte de la Baguette.
MONSIEUR
Vous voulez ſçavoir mes
ſentimens fur pluſieurs matieres
, touchant leſquelles je me
م
40 MERCVRE
perfuadois qu'un homme ſçavant
comme vous, & infiniment
plus éclairé que je ne ſuis , ſe
contenteroit de ce que je luy en
ay fait voir dans les Lettres que
j'ay écrites à noſtre illuſtre Amy
M. Defnoyers , Premier Secretaire
de la feuë Reine de Pologne.
Cependant il faut
obeir nonobſtant la foibleffe de
mon âge , dena main & de ma
ſanté , puis que voſtre modeſtie
vous fait eſtimer les lumieres
d'autruy plus que les voſtres.
vous
Je commence par ce qui regarde
les Creatures des Elemens.
ou Eſprits corporels & autres
ſujets inviſibles & fpirituels conjoints
aux corps , ou qui en font
ſeparez , & vais vous entretenir
premierement de la diviſion &
fubordination des ſubſtances
purement corporelles ; ſeconde
GALANT. 41
- ment de celles qui ſont pure-
- ment ſpirituelles , & troifiémeement
de celles qui participent
des deux , afin de vous réveiller
- les differentes idées que l'ondoit
- avoir des Creaturesdes Elemens
& autres ſubſtances extraordi
naires , ſous les figures deſquelles
plufieurs Philoſophes anciens
&modernes ont voilé les ſecrets
de leur ſcience .
Dans ce deſſein & pour l'executer
avec plus de netteté ,
vous trouverez bon , Monfieur,
que je vous remette devant les
yeux l'idée generale que nous
avons des choſes erées,dont l'un
des extrêmes eſt le corporel , &
l'autre eſt le ſpirituel. En effet,
nous reduiſons toutes nos connoiſſances
au corporel & au ſpirituel.
Secondement , que le cor
42 MERCURE
porelconſiſte au'corps purement
corps , comme les Elemens élementez,
les Meteores,les quatre
grands genres de mixtes , & le
Ciel qui eſt le ſujet mitoyen
d'entre les corps.
Troifiémement, que dans les
differens genresdes Mixtes ily
ades eſprits, plus ou moins corporels
, à commencer dans les
pierres & dans les Métaux , où
les eſprits ſont tres-groſſiers ,
mais ſedégageant peu à peu de
leur extrême groſſiereté , ils
montent juſques à la perfection
des eſprits vegetaux , & des animaux
, où ces eſprits corporels
font en plus grande quantité , &
yregnent avecbien plus de noblefſſe
que dans les genres inferieurs
; car dans le genre inanimé
, les eſprits corporels font
feulement capables des mouveGALANT.
43
en mens d'attraction ,de digeftion
d'expulfion , & de retention ;
maisdans les vegetaux , outre
| ces fortes de mouvemens , leurs
eſprits corporels tendent & arrivent
à la vegetation & à la production
de leur ſemblable.
4
Et à l'égard des animaux,outre
ces mouvemens & facultez
de l'attractive , de la digestive ,
de l'expulſive , de la retentive ,
de la vegetative ,& de la generative
, ils ont les mouvemens
de la ſenſitive & de l'imaginative
, leſquels y font plus ou moins
nobles , felon la difference des
eſpeces , où ils ſe rencontrent ,
juſques à celle de l'homme excluſivement
, dans laquelle tous
les eſprits corporels qui ſervent
aux mouvemens naturels ſuſdits
font beaucoup plus nobles que
dans les eſpeces inferieures .
44
MERCVRE
Car dans l'eſpece humaine
il ſe rencontre encore des efprits
corporels , bien plus parfaits
que les precedens , quiéleventnon
ſeulement noſtre puifſance
imaginative beaucoup au
deſſus de celle des Brutes , mais
qui ſervent à la puiſſance difcurſive&
àl'intellective de l'ame
humaine , & differencient
eſſentiellement l'homme d'avec
les autres animaux , quoy qu'il
y en ait qui paroiſſent avoirune
eſpece de raiſon , ou instinct au
deſſus des ſens exterieurs , qui
leur fertde conduitedansles neceſſitez
où ils ſe trouvent, pour
ſe conſerver la vie animale ; &
voilà en quoy conſiſte l'échelle
de la nature corporelle , compoſée
de quatre échelons de l'élementative
ou naturelle inanimée
, de la vegetative ,de la
GALAN T.
45
ſenſitive; & de l'imaginative ,
par rapport aux quatre Elemens,
de la Terre , de l'Eau , de l'Air,
&du Feu , qui par leur circula
tion continuelle ſe convertif
ſent l'un à l'autre , car des efpritspurement
naturels & inanimez
, il s'en fait des eſprits
vegetaux , puisdes ſenſitifs ,&
enſuite des imaginatifs , audefſus
deſquels quatre échelons ,
l'eſpece humaine s'éleve par les
puiſſances difcurfive & intellective
, que l'homme poſſede à
l'excluſion des animaux des ef
peces inferieures .
Pour ce qui eſt du ſpirituel ,
il conſiſte premierementen ſubſtances
purement ſpirituelles ,
qui n'ont point de commerce
avec les corps , que nous nommons
Anges , ou Eſprits bienheureux.
46 MERCURE
Secondement , en ſubſtances
ſpirituelles , ayant commerce
avecle corps de l'homme ſeulement
, commel'ame humaine ,
qui eſt immediatement au deffous
de la ſubſtance Angelique,
& au deſſus du plus fubtil du
corporel des puiſſances fuperieures
de l'homme. Troifiémement
, en ſubſtances ou eſprits
malheureux' , ſoumis à tout ce
qu'il y a de plus groſſier dans le
corporel du plus bas degré , ce
qui eſt une peine & ſouffrance
la plus terrible de toutes , à raiſonde
l'oppoſition qu'il y a entre
le pur ſpirituel , & le plus
corporelqui ſerencontrentconjoints
en cet endroit , c'eſt à dire
dans l'abiſme , auquel les Demons
ont eſté précipitez par
leur orgueil & rebellion contre
leur Createur. Nous pouvons
GALANT.
47
encore confiderer l'ame humainenon
ſeulement comme le lien
du fuperieur avec l'inferieurde
la nature créée , mais encore
comme pouvant poſſeder trois
differens eſtats .
Premierement, pendant la viec
temporelle , où elle a la liberté
d'exercer ſes trois puiſſances
ſpirituelles , l'Entendement , la
Memoire, &la Volonté,juſques
aujourde la mort temporelle de
ſon groffier corps .
Secondement , aprés la mort
temporelle , comme joüiffant
de la viſion beatifique avec les
Anges.
Troiſièmement , comme étant
précipitée avec le Demon
dans l'enfer , pour ſouffrir la
punition éternelle duë à ſes
crimes,
Quatrièmement , comme ef
48 MERCURE
tantplacée entre les deux extrêmes
de la punition & de la récompenſe
, pour ſouffrir les peines
à elle ordonnées pendant
un temps , afin d'expier ſes fautes
,& de ſe purifier , ainſi que
l'Egliſe nous l'enſeigne , & que
les anciens Philoſophes , fans
eſtre éclairez de la Foy , nous
l'ont dit , ſe fondant ſur ce que
lors qu'on connoiſt bien un extrême
, l'on découvre en meſme
temps l'autre extrême qui luy
eft oppoſe , & par confequent
unmilieu entre ces deux extrê
mes ; c'eſt à dire que reconnoiſſant
qu'il y avoit un lieu de
récompenfe& de delices , qu'ils
appelloient les Champs Eliſées,
deſtiné pour le ſejour des ames
de ceux , qui dans la vie temporelle
avoient eſté bons , juſtes
& venueux , & qu'il y avoit
auffi
GALANT. 49
auſſi un lieu de fupplices & de
tourmens , qu'ils appelloient les
Enfers , deſtiné pour les injuftes
, méchans & vicieux , ils tiroient
leur conſequence , qu'il
y avoit un eſtat mitoyen entre
la punition & la récompenſe ,
qui eſt noſtre Purgatoire. 1
Ces propoſitions ainſi ſuppoſées&
établies avec certitude
, font autant de principes ,
qui nous font diftinguer toutes
les Creatures les unesdes autres
&ſont ſuffiſantes pour nous défendre
des tromperies , dans
leſquelles l'erreur & la malice ,
des Anciens & des Modernes
pourroient nous faire tomber
fur ces matieres , attendu que
les Creatures inviſibles , ou ſpirituelles
, qu'ils ont fait paſſfer
pour des Larves , & Lemures ;
des Harpies , des Dieux Pena-
Janv.1694. C
50
MERCURE
tes , des Pytons , des Oracles ,
des Eſprits malins & nocturnes ,
des Loups-garoux , & autres
fujets de cette nature , ne peuvent
eſtre que des Demons &
des ames condamnées & malheureuſes
,qui ſelon le degré
de leur cheute , & de leur con
damnation , ſont attachées par
punition aux parties les plus
groſſieres des Elemens , comme
les minieres , pierres , rochers ,
montagnes , foreſts , ou dans les
caux , & dans les airs , où s
excitent des orages , des trem -
blemens de terre , des tempe .
ſtes. Spiritus procellarum.
Nous avons dans l'Ecriture
despreuves & des exemples de
tous ces differens eſtats malheureux
, puiſqu'elle nous marque
qu'ily a des Demons qui vaguent
fur la terre & qui cherGALANT.
SI
chent à faire du mal aux Hommes
, foit en les tentant, enies
tranſportant, ou en les affligeant
en leur corps, ſoit par la permifſion
divine , ſoit parce qu'ils ſe
font volontairement ſoumis au
Demon.
Aproportion dequoy , ceux
qui font des pactes avec luy ,
comme les Sorciers , Magiciens
&autres leurs émiſſaires , eſtant
inſtruits de divers malefices &
poiſons , font pluſieurs maux
aux hommes & aux beftiaux ,
auſſi bien qu'aux fruits .
Et à l'égard des ames condamnées
au Purgatoire , elles peu
vent auſſi caufer quelque defordre
, comme les cruels Stryges
de Ruſſie , ou les eſprits familiers
, les genies , les eſprits follets
, & autres qui ne ſont point
malfaifans ; & qui ont meſme
1
C 2
52
MERCURE
1
de l'inclination à ſervir l'homme
, ou qui ſe plaiſent avec les
beſtiaux , & en ont du ſoin , &
qui peuvent eſtre les ames les
moins criminelles , condamnées
pour un temps à ces eſtats &
peines , ainſi que quelques experiences
le font connoiſtre
quelquefois dans des maiſons
particulieres , où ces fortes d'Efprits
habitent & agiffent pendant
quelques années , & enfin
ceffent.
Mais jamais toutes ces fortes
de creatures ne paſſeront pour
des hommes vivans ; réels &
effectifs , quelque choſe que
Paracelſe & autres , ayent vou
lu perfuader ſur leurs creatures
desElemens .
Il eſt vray neanmoins que
ces fortes d'eſprits vagabons ,
follets , familiers , ou non , peuGALANT.
53
1
vent avoir eſté des hommes qui
fe font fi fort enfoncez dans le
dereglement , que lors de leur
mort temporelle , leur imagination
s'eſtant trouvée degradée
&abaiffée au point de l'imperfection
de celle de quelquesanimaux
, ils en ont confervé les
inclinations aprés la mort, & fe
portent à faire une choſe , ou
une autre , par rapport à cela ,
ou par punition ; car alors la liberté
de l'homme ceffe , & il
agit par force & neceffairement,
&non avec choix.
Il y a meſme des hommes qui
pendantleur vie tombent en de
pareilsinconveniens, qui ayant
perdu l'uſage du ſens commun ,
par le renverſementde leurtemperament
, deviennent fous &
extravagans , au point qu'ils
paffent pour des beſtes , & en
C3
54
MERCVRE
font lesactions. Nous en avons
des exemples dans la perſonne
de Nabuchodonofor , lequel à
raiſon de la degradation des
qualitez naturelles de fes puifſances
intellective", & difcurfive
, & des qualitez même de
ſon imagination humaine , où
ſes vices l'avoient reduit , creut
pendant ſept ans eſtre devenu
boeuf, & en faifoit toutes les
actions animales, beuvoit,mangeoit
& broutoit l'herbe & le
foin comme un Boeuf, couchoit
au dehors à la campagne , jour
& nuit , avec les brutes , ainſi
qu'il ſe voit dans l'Ecriture au
Livre de Daniel chapitre 4.
Il ſe rencontre auſſi des hommes
, qu'on nomme Sorciers ou
Magiciens , qui paſſent bien
ſouvent pour les Eſprits malins
&Loups-garoux , cy deſſus reGALANT.
55
marquez , & qui ſe transforment
en Boeufs répondant à leurs
mauvaiſes inclinations , pour
executer les commandemens
qu'ils reçoivent du Demon de
faire divers malefices , fur les
hommes , ſur les beftiaux & fur
les fruits.
Tous ces changemens ou efpeces
de metamorphoſes ſe ſont
faites & pratiquées il y a pluſieurs
fiècles Virgile en parle ,
& Ovide dans ſes Metamorphoſes
en donne des exemples, comme
celuy de Lycaon en Loup , à
raiſon de la cruauté qu'il exer
çoit ſur ſes Hoftes , & pluſieurs
autres fables , qui ne font
pas fans fondement tout à fait ,
& ces effets extraordinaires ne
font pas au deſſus de la nature.
Ellene fait pas à la verité tous
les jours des Geans , des Nains,
C +
6
56 MERCURE
desHommes marins ,ou des Tritons
, ny des Syrenes , & autres
creatures ; ce ſont des monftres
qui arrivent contre ſes routes ordinaires
& par des obſtacles ou
des furabondances qu'elle évite
autant qu'elle peut. Il ne faut
donc pas avoir recours aux miracles
, ou à la ſcience & malice
du Demon à tous momens,
& lors que nous ne connoiffons
pas les cauſes occultes des effets
ordinaires ou extraordinaires
que nous voyons . Le Demon
tout ſçavant qu'il puiffe eſtre
des ſecrets de la nature ( quoi
qu'il y ait lieu d'en douter ) ne
ſçauroit agir ſur nous qu'en appliquant
les actifs aux paflifs , &
qu'aprés une permiffion exprefſe
du Souverain Createur , ou
une foumiſion volontaire que
nous luy faifons ; au contraire,
>
GALANT. 57
c'eſt à l'homme vertueux &
juſte à luy commander en vertu
de la ſeigneurie où Dieu la
conſtitué fur toutes les chofes
inferieures . Nous en ſommes
convaincuspar les miracles des
Apoftres , Diſciples & Miniſtres
de la Sainte Eglife,à l'imitation
deſquels les hommes de Dieu
font ces merveilles contre la
refiſtance & rage du Demon , &
le forcent à obeïr . Les effets
étranges de l'imagination hu
maine , foit pour le bien , ſoit
pour le mal , nous feront aſſez
connus fi nous prenons garde
qu'ils peuvent arriver, non ſeu
lement par les cauſes cy-deſſus ,
mais encore par des cas fortuits ,
comme lors qu'un homme eſt
frappé du venin de la Tarentu .
le,par lequel il perd le jugement.
&tombe dans un fommeil le-
CS
588 MERCURE .
thargique , dont pour le guerir
on le tientréveillé en le tour .
mentant , ou le faiſant danſer au
fon de la voix , ou de quelque
inſtrument melodieux, qui convienne
à ſon temperament,c'eſt
àdire d'une harmonie grave s'il
eſt melancolique , d'une douce
& temperée s'il eſt ſanguin , &
d'une plus élevée s'il eſt colerique
;& quoiqu'il foit gueri du
mal que luy cauſoit ce venin ,
l'impreſſion qui en eſt demeurée
dans ſon imagination, &de
laquelle il ne s'apperçoit point
fait qu'il ne manque pas au
temps que l'accident luy eſt arrivé,
d'avoir une envie extreme
de danſer, & il danſe s'il trouve
des danſes , des chants ou des
fons d'inſtrumens qui luy
agréent , & il a meſme de la
peine à s'en abſtenir entout aus
GALANT.
59
tre temps , lorſqu'il en trouve
l'occaſion .
Le Sieur Borelle , Medecin
du Roy , dans l'obſervation 68 .
du troiſiéme livre de ſes Centuries
, rapporte une expe
rience d'un homme mordu par
un chien enrage,duquel labave,
par ſon venin,avoit bleſſe l'imagination
de cet homme,de forte
que dans les intervalles , où les
Priſmes de la rage ne le teno
it pas , il aboyoit , & chaffoit
le gibier à la campagne . II
fentoit venir de loin ſes Amis
ſans les appercevoir , & quoy
que fort éloignez
qu'un chien fait fon Maiſtre ;
bref il confervoit toujours l'hydrophobie
du chien qui l'avoit
mordu.
tout ainfi
De forte que les cauſes de ces
metamorphofes& changemens,
Cen
60 MERCURE
ſedoivent attribuer à des chofes
naturelles, ou contre naturelles,
mais corporelles , & non pas à
desmiracles & effets furnaturels
ny à la ſcience ou puiſſance du
Demon , en quoy je ne pretens
pas comprendre les Oracles &
fauſſes Divinitez des Payens ,
par leſquels le Demon , & fes
Emiſſaires , les trompoient , ou
tourmentoient , commefornis
à luy ;& c'eſt par où je firme:
que j'avois à vous dire ,Monteur
fur les Creatures ſpirituelles &
immortelles en general, conformement
& par rapport aux.
principes de noſtre Foy.
Il me reſte donc à vous exprimer
mes penſées ſur les
Creatures des Elemens,deſquels
les Anciens,& particulierement
Paracelſe , nous ont parlé,comme
de Creatures humaines &
effectives .
GALANT. 6г
Il nous a d'abord comme érabliun
genre d'hommes extraordinaires
, qu'il appelle des Gnomes
, & enfrite des differentes ,
eſpeces qu'il nomme des Py
gmées , des Undenes , ou Nym.
phes , des Sylphes , & des Vul
caniens ou Salamandres , à tous
leſquels il attribuë la figure &
les qualitez corporelles de
l'homme , & plus excellentes au
delàde celles que nous poffedons.
Mais ils ne peuvenc'eſtre
que les eſprits corporels des
quatre Elemens , comme il ſera
cy-apres remarqué , & leſquels
les Romans Ppilofophiques fone
paſſer pour des Fées, ou pour des
enchantemens , que Polyphile
appelle ve itez menſongeres
ou menfonges veritables .
Paracelſe neanmoins , pour
donner quelque credit à ſa doc62
MERCURE
و
trine , a rapportéles témoignages
de Saint Hierôme & Saint
-Augustin , qui diſent , ſçavoir
Saint Hierôme , que SaintAntoine
eſtantdans ſon deſert , y a
vû un Pygmée en forme de
Satyre , qui l'aborda au lieu de
fuir ; auquel Saint Antoine
ayant demandé quel il eſtoit , il
luy répondit qu'il eſtoit un
mortel habitant dans ce defert
avecpluſieursde fon eſpecesque
les Payens les prenoient pour
des Dieux, maisqu'iln'en eſtoit
rien ,& qu'ils ne vouloient pas
paſſer pour cela ;qu'il eſtoit envoyé
par ceux de ſa troupe à
Saint Antoine , pour le prier
*d'interceder pour eux auprés
du vray Dieu , & de l'adorer
parce qu'ils avoient eſté informez
que Dieu s'eſtoit incarné
pour la redemption de tout le
monde.
GALANT. 63
Et S. Auguſtin au livre de la
Cité de Dieu , chapitre 15. affure
avoir veu un Satyre ou
Faune vivant.
Auſquels deux témoignages
joignant tous ceuxdel'antiquité
qui parlent affirmativement de
la realité des Pygmées & des
Nains , des Nymphes,Nayades , »
Sirenes Tritons , des Sylphes
Faunes , Satyres & Geans , des
hommes Vulcaniens , Cyclopes,
& des Salamandres , Paracelſe
pretend appuyer & perfuader
fortement , ce qu'il avance de
la nature& des qualitez de creatures
des Elemens maſles & femelles
,& fait pour cela diverſes
hiſtoires , plus romaneſques
& divertiſſantes , que viritables.
Sur quoy mon deſſein principal
eſt de détromper les ef64
MERCURE
prits des curieux , qui pourroient
s'engager , comme plufleurs
ontinutilement fait, dans
la recherche des grands avantages
, qu'il infinuë devoir naiſtre
de la connoiſſance de ces creatures
& pour cela je prétens
faire connoiſtre aux gens éclairez
& aux mediocres aufſi , qu'il
n'y peut avoir d'autres eſpeces
d'hommes que ceux qui ont
paru depuis la Creation du
Monde , & que ces pretenduës
creatures fontpurement metaphoriques
, & vous en ferez le
Juge.
Je n'ay qu'à vous faire remarquer
, que felon les principes de
ma Phyſique , il y a quatre genres
des mixtes , par rapport aux
quatre Elemens ; ſçavoir , les
pierres par rapport àla terre & à
ſa ſechereſſe ; les métaux pan
GALAN T.
65
rapport à l'eau & à ſa froideur
lesvegetaux par rapport à l'air
& à fon humidité , & les Animaux
ou fenfitifs , par rapport
au feu & à fa chaleur..
Que dans chacun de ces grands
genres il y a quatre genres fubalternes
, chacun deſquels a
plus ou moins de rapport à l'un
des quatre Elemens. Par exempledans
le grandgenre de l'animal
, l'un de ſes genres ſubalternes
regarde la terre , & eft compoſé
des Animaux reptiles ; le
ſecond regarde l'Element de
l'eau & eſt compoſé des Poiſſons
le troiſiéme regarde l'air , & eſt
compoſé des Animaux volatifs,
& le quatrième regarde le feu ,
qui eſt le genre , compofé de
tous les Animaux progreffifs ,
qui ne font ny Oiseaux , ny
Poiffons , ny Reptiles.
"
66 MERCURE
Chacun de ces quatre genres
ſubalternes de l'animal , ſe diviſe
en quatre grandes eſpeces ;
au delà deſquelles il n'y a plus
de diviſion à faire
, parce que
dans ces trois fortes d'ordres &
de diviſions , fe rencontre le ſu
perieur , l'inferieur , & le mitoyen
, parrapport auffi aux trois
principes de nature , matiere ,
forme , & moyen ; car la forme
ſe rencontre plus noble dans
lordre des eſpeces animales ,
que dans les quatre genres fubalternes
, ny que dans le grand
genre animal , ce grand genre
répondant à la matiere , parce
que le mélange de l'Element du
Feuy eſt tres groffier,& fa qualité
chaude ,tres - intenfe,à comparaiſon
du mélange dece mefme
Element igné , qui ſe rencontre
dans les quatre genres fit
GALANT.
67
balternes répondant au principe
mitoyen , qui eſt au deſſus
de la matiere , & au deſſous de
la forme .
Pour ce qui eſt des genres
fubalternes , ils répondent par
conſequent au principe mitoyen
, parce que les qualitez
ignées de l'animal y ſouffrent
bien plus de refraction que
dans le grand genre à raiſon
de la delicateſſe & exactitude
de la mixtion , qui regne dans
les genres fubalternes ,pour aler
fe terminer dans les eſpeces ,
comme à leur fin & terme, auquel
ils tendent.
Et enfin les eſpeces faiſant le
troifiéme ordre de diviſion , répondent
à la forme , d'autant
que dans cette forme l'intenſité
de la qualité ignée de l'animal
fetrouvant en ſa derniere re68
MERCURE
fraction , la mixtion y eſt plus
noble & plus parfaite , que dans
les genres fubalternes , deſquels
elles defcendent ; & ainſi à
proportion dans les trois autres
grands genres ,dans chacun defquels
il y a quatre genres fubalternes
,& feize grandes eſpeces,
cequi fait le nombre de foixante
& quatre eſpeces,qui comprennenttout
ce qu'ily a de differences
effentielles dans l'étenduë
des mixtes de la nature, par rapportau
nombre quaternaire des
Elemens , ce qui eſt la ſource
quarrée du nombre foixante &
quatre , auquel dans la nature
fe reduir le nombre des efpeces,
ſans augmentation ny diminution
, qui fert d'original à laracine
quarrée des Mathematiques
, & de l'Arithmetique ,de
même que le ternaire des prinGALANT
. 69
cipes a ſervi de patron à la regle
de trois , & à la proportion
harmonique.
Cette enchaiſnure des genres
&des eſpeces de lanature , que
je viens de vous repreſenteren .
racourcy , vous doit convaincre
, à mon avis , qu'il ne peut
yavoir qu'une eſpece humaine
veritable , & non pluſieurs ,
quoy que Paracelſe ait voulu
établir les Gnomes comme un
genre particulier , & les Pygmées
, Nymphes , Sylphes , &
Salamandres , comme des eſpeces
répondant aux quatre Elemens
par les differentes habita-
Lions qu'illeur donne.
Mais vous m'objecterez ,peut
eſtre , que Paracelſe n'est pas
ſeulde ce ſentiment , & que les
Philoſophes y confentent , outre
que l'experience nous a fait
70
MERCURE
voir qu'il y a de petits hommes
dansles Mines , que les Mineurs
voyent quelquefois , que lors
qu'ils paroiffent d'abord à l'ouverture
de la Mine , celeur eſt
une preuve certaine de l'abondance
& richeſſe de la Mine ;
que ces Mineurs les entendent
travailler à la Mine , ce qui leur
eſt un avertiſſement que laMine
eſt proche de ſa fin , ou que
les terres menacent de ruine ,
&que ces petits hommes fouſterrains
vivent d'inſectes , com .
me de rats , de fouris ,& autres
de cette nature .
Que l'on a vu quelquefois de
ces petits hommes fur la terre
&dans les jardins , ſe divertir
avec des enfans , diſparoiſſant
quand il leur plaiſt tout d'un
coup, comme s'ils s'enfonçoient
dans les pores de la terree, fans
GALANT .
71
qu'il y paroiſſe aucune ouverture
ou paſſage.
Qu'il y a des Gnomes qui
converſent avec les hommes ,
qu'ils ont des femmes & des enfans
, qu'ils fontheureux & forsunez
dans les chofes mondaines
, & en font meſme part à
ceux qui les obligent , ouqu'ils
prennent en affection boivent
maugent comme nous ,& font
toutes les actions corporelles de .
l'humanité.
,
Enfin qu'il y a des Faunes , des .
Satires,des Centaures , desGeans
des Nains & autres , faiſant les
fonctions animales de l'homme ,
&que de ces fortes d'hommes &
de femmes , il y a une infinité
d'hiſtoires & de relations qui ne
ſçauroient pas eſtre toutes ſoupçonnées
de fauffeté.
Atoutes ces fortes d'hiſtoires
72 MERCVRE
ſuppoſe qu'elles fuſſent toutes
veritables , ce qu'on ne peut
dire ( car il arrive ſouvent en
ces matieres , que l'on donne
l'effort à ſon imagination pour
s'égayer & ſe divertir des autres
) c'eſt une neceffitéquetoutes
ces creatures folent autane
de monstres , ou des effets de
l'imagination depravée d'une
femme qui conçoit , ou qui eſt
groffe , qui ne laiſſent point de.
lignée , ny de poſterité , com-
• meje vous l'ay dit. Autrement
les eſpeces ſe multipliroient à
l'infini , & il n'y auroit plus d'ordredansla
nature. Ainſi la beauté
de l'Univers, qui conſiſte dans
l'atrangement merveilleux de
ſes parties , & dans leurs proportions
harmonique , geometrique
& arithmetique , feroit
ancantie contre la volonté du
CreaGALANT.
73
S
لا
0
t
t
コ
e
Createur qui les a ainſi ordonnées.
,
4
Le grand nombre d'individus
d'hommes rangez ſous l'eſpece
humaine , ne doit pas caufer de
confufion puiſqu'ils s'excedentles
uns les autres , en vertus
& qualitez actives , depuis
le plus bas degré de l'eſpece ,
juſques au plus noble & plus
parfait ; mais cette quantité
d'hommes marquel'élevationde
l'entiré au deſſus de ſon eſſence,
qu'elle reçoit du feu & de l'air ,
& qu'elle poſſede au deſſus des
autres eſpeces ,& du genre fubalterne
progreſſifanimal, à meſfme
proportion que le feu furpaſſe
en fubtilité & activité lesaus
autres Elemens : car les parties
ou portions qui compofent le
corps du feu , eſtant de figure
triangulaire aiguë , elles ſont
Janv. 1694. D
74
MERCVRE
plus petites en étenduë que la
figure triangulaire equilaterale
attribuée à l'air, ny queletriangle
obtus attribué & naturel à
l'eau, & le cube ou quarré plein ;
àla terre.
Il ne faut qu'un Individu ,
pour ſauver l'eſpece , ainſi le
grand nombre d'Individusn'augmente
ny ne diminuëla perfection
de l'eſpece tant en eſſence
, qu'en entité. Ils ont tous
une effence commune & égale
entre eux , laquelle eſt toujours
indiviſible & fans mouvement
juſques à ce que par un furcroift
de qualitez actives au deſſus de
l'eſſence , elle puiſſe agir & fe
communiquer , qui eſt ce que
Pon appelle l'entité , laquelle
eſt accidentelle , paſſagere &diviſible,
à la difference de l'eſſence,
ainſi queje l'ay montré dans
GALANT.
75
a ma Phyſique ; de forte que les
Individus ne different que par
la differente participation de
{ l'entité de leur eſpece partagée
inegalement dans tous les individus
de cette eſpece qui les
fait differer",& ſuppoſe qu'il
n'yeuſt qu'un Individu , comme
Adam , lors de la creation
cet Individu poſſcderoit à mefme
proportion qu'Adam toute
l'eſſence & l'entité de ſon eſpe-
= ce; c'eſt à dire toute la perfec-
- tion dont l'humanité eſt capable.
:
-
Et pour prouver demonſtrativement
que la veritable eſpece
de l'homme n'eſt pasde lanature
des eſpeces humaines que
Paracelſe ſuppoſé , c'eſt qu'il
convient que les creatures des
Elemens avec leur corps ſpirituel
, n'ont point une ame im
1
D 2
76 MERCURE
mortelle comme nous , & meurent
comme fontles beſtes .
En effet , ce qui nous donne
le ſpecifique de l'homme , n'eſt
pas ſeulement le corps de l'homme
bien qualifié & organisé ;
mais c'eſt noſtre ame immortel-
,
le jointe à noſtre corps , ce
qui fait que la definition que
l'on donne ordinairement de
l'homme en diſant qu'il eſt
un animal raisonnable , n'eſt
pas legitime , & n'eſt pas com- .
poſée de genre & de difference
; car le raisonnable eft
participé en quelque maniere
par les brutes ſous le
d'inſtinct , & c'eſt pour cela que
quelques uns ontdit que la raifon
ne nous élevoit pas effentiellement
au deſſus des brutes,
qui font des eſpeces approchan -
tes de l'eſpece de l'homme, n'y
nom
GALANT. 77
ayant que du plus ou du moins
de raiſon dans les uns & dans
les autres . Mais ils ne confiderent
pas que la veritable difference
eſſentielle qu'il y a entre
l'homme & la brute, eſt fondée
folidement ſur l'intelligence de
Thomme , car ſa puiſſance intellective
, & diſcurſive meſime
font particulieres à l'homme , à
l'exclufion de la brute, de quelque
eſpece parfaite qu'elle puifſe
eſtre , comme le Singe , le
Chien , l'Elephant , le Renard ,
le Cheval , & autres animaux
difciplinables.
>
La reflexion que l'entendement
fait ſur ſes connoiſſances )
foit qu'elles viennent des ſens
exterieurs , ou de ſa ſeule imagination
, à l'égard des chofes
corporelles ) ſoit de ſa raiſon ,
ou puiſſance diſcurſive , à l'é-
D
3
78 MERCVRE
4
gard des choſes corporelles &
ſpirituelles conjointes ; ſoit à
l'égardde l'entendement meſime
pour les choſes purement ſpirituelles
ſeules , nous éleve fans
doute au deſſus des actions des
Brutes , de forte qu'elles n'y
ſçauroient atteindre ,& ne connoiſſent
pas qu'elles connoiffent
& qu'elles font ſans aucunereflexion,
& tout ce que leur inſtinct
ou raiſon tres-imparfaite
qui reſide dans leur imaginatiõ ,
leur donne , eſt de choiſir dans
leur corporel ce qui leur eſt
convenant, ou de fuir ce qu'elles
ſentent actuellement leur
eſtre nuiſible .
Le Singe, par exemple ,quoy
quetres- aviſe ſe voyantdansun
miroir ne connoiſt pas que c'eſt
fon image , & va chercher au
derriere du miroir le Singe
GALANT.
79
र étranger , qu'il s'imagine avoir
vû,& reitereroit ſans ceſſe cette
action , ſans jamais ſe détromper
, & ainſi du chien,lequel ſe
voyant dans un miroir , aboyera
& grondera toujours contre fon
image ſans la connoiſtre ; en la
prenant pour un chien étranger
fans pouvoir connoiftre l'erreur
de fon imagination, n'ayant pas
de puiſſance fuperieure qui
puiſſe la redreſſer par aucune
reflexion .Et dans l'homme mef.
me, celui qui eſt trompé par fon
imagination &par fon raifonnement
,ne reviendra pas de fon
erreur s'il n'eſt ſecouru par
quelqu'un qui ait l'imaginative
ou la difcurfive plus élevée que
la fienne , & qui connoiſſe la
fource de fon erreur, & luy faffe
connoiſtre la verité.
D6
-80 MERCURE
A quoy ajoûtant en faveur
de l'homme la liberté qu'il a de
faire, ou de ne pas faire les choſes
qui font en ſa puiſſance ,
& quoy qu'il connoiffe parfaitement
le bien & le mal , le
plaifir & le danger qui ſe prefentent
l'execution de ſa volonté
, c'eſt une prérogative toute
ſpirituelle , dépendant abfolument
de la volonté de ſon ame ;
elle établitune ſi grande diffe
rence entre l'homme & la brute
, qu'il n'yanulle comparaiſon
à faire entre l'une &l'autre ,
c'eſt à dire , entre le corporel de
la brute, & la ſpiritualité de l'ame,
parce qu'il n'y a aucune
proportion entre elle & aucun
corps de la nature , finon avec
celuy de l'homme, eſtant le plus
parfait de tous les corps , ce qui
eſt une prérogative eminentif-
-
GALANT. 81
fime que l'homme poſſede , entre
les puiſſances de ſon ame ,
conſiſtantdans la pure & libre
volonté ,& amour qu'elle a receuë
de Dieu , qui eſt le ſeul
& veritable principe de la charité
pour noſtre prochain , &
de l'amourde retour pour noſtre
Createur.
Au lieu que dans les Brutes
toutes les actions ſont forcées ,
&faites par neceflité , parce
que leur connoiſſance ou inf
tinct. dépand abſolument de
leurs ſens & de leur imagination,
qui les entraiſnent avec
violence vers l'objet corporel ,
qui eſt le plus convenant à leur
nature , fans pouvoir faire aucune
reflexion ny choix volontaire.
Enfin , ſi aprés toutes cesdémonstrations
il y a un hom-
DS
82 MERCVRE
me affez malheureux pour ne
pas eſtre convaincu de la ſpiritualité
, de l'intelligence , de
la reflexion , & de la libertéde
fon ame , ou qu'il veüille ſe
priver luy- meſmede ſes avantages
, je ſuis bien d'avis qu'on
le relegue à la qualité des Brutes
avec Nabuchodonofor
qu'il broute les herbes & mange
le foin comme les boeufs ,
&qu'il vive avec eux à l'injure
du temps , nuit &jour , ainſk
qu'eux , comme celuy que Virgile
appelle ,
Semi -bovemque virum , semivi
rumque bovem.
Et ainſi il fouffrira une puni
tion qui luy fera bien deuë, jufques
à ce qu'il fost revenu à luy
meſme , & à la connoiſſance
de l'immortalité de ſon ame , à
l'imitation de ce Roy , en ſe
GALANT. 83
foumettant aux preceptes de la
Loy , & aux avertiſſemens &
remontrancesdes Prophetes .
Mais quiconque voudra ſe
conſerver les prérogatives de
ſes puiſſances ſuperieures , il
commencera par ſe connoiſtre
luy meſme dans ſon exterieur
& dans ſon interieur, Nofce teipfum;
car il eſt plus prompt &
plus facile de ſentir ſon corps ,
& les mouvemens qui s'y forment
, que ceux qui luy font
étrangers , & horsde luy- mefme
, dans les ſujets voiſins , foit
pour le ſpirituel; il entrera ſans
peine dans la connoiſſance de
l'enchaifoure des genres & des
efpeces de la nature dont il vient
d'eſtre parlé , & l'on ne pourra
pas luy multiplier les eſtres mal
à propos , c'eſt à dire , d'une efpece
ſeule , l'on neluy en for
D6
84 MERCURE
mera pas pluſieurs , comme il arriveroit
, ſi l'on s'arreſtoit à la
lettre aux diſcours que l'on attribue
à Paracelſe ſur ce ſujet.
Alors il connoiſtra clairement
qu'il ne peut y avoir qu'une eſpece
humaine , bien que fon
étenduë ſoit ſi grande , & que
ſes individus , qui ſont en fi
grand nombre , nous paroiffent
fi differens les uns des autres ,
carils onttous uneeffence commune
& ſpecifique , laquelle
eſt compoſée de fix degrez un
quartde qualitez actives , chaleur
& humidité , ainſi que je
vous l'ay fait voir , lorsque j'ay.
eu l'honneur de vous commu-.
niquer ma Phyſique , qui vous
aappris que les quatre qualitez
premieres élementaires , & par
confequent les Elemens ont eſté
-établies par les quatre differenGALANT.
85
tes impreſſions de l'Esprit de
Dieu , qui a actué la matiere
premiere du cachos lors de la
Creation.
Que de ces quatre Elemens
font fortis les trois principes,
ou fubalternes naturels par l'affemblage
deſquels le point phyfique
a eſté composé , dans lequel
il n'y avoit qu'un indiviſi
ble , c'eſt à dire ,la ſimple eſſence
de chacune des quatre qualitez
au deſſous de laquelle l'on ne
pouvoitpas deſcendreſanstomber
dans le neant.
Que ce point contenoitvistuellement
le nombre de dix ,
en vertu de laquelle puiſſance
il s'eſt multiplié juſques à dix ,
pour compoſer la ligne ;la ligne
s'eſt multipliée juſques à dix
autres lignes , pour compoſer
la furface , & ainſi dix ſurfaces.
$6 MERCURE
1
pour compoſer le corps abſtrait ,
ou l'eſſence du corps , auquel la
nature ayant ajoûté le double
de l'eſſence , pour former fon
entité , il ſe trouve que le corps
naturel eſtant de la forte compoſé
de deux mille points , dans
chacun deſquels il y avoit quatre
indiviſibles des ſuſdites qualitez
premieres , il poſſede &
contient huit mille indiviſibles
de qualitez premieres actives
&paffives . Enfin que tous ces
indiviſibles de qualitez ſe trouvent
partagez en dix degrez
dans tous les ſujets corporels ,
par la vertu decennaire du point
qui a regné dans les lignes,dans
les ſurfaces , &dans le corps abſtrait&
concret , ſçavoir quatre
degrez pour la qualité propre
&dominante , trois pour l'appropriée
,deux pour la conve
GALANT. 87
nante ,& une pour la contraire
& ce nombre de dix degrez de
qualitez ſe trouve en chacun
des differens ſujets corporels
qui compoſent le monde , mais
differemment , ou également
diſtribuées.
: Et parce que les qualitez actives
, dontil vient d'eſtre parlé ,
montent dans l'eſpece humaine
juſques à ſept degrez & demy ,
pour avec deux degrez & demi
de qualitez paſſives faire les dix
degrez de toutes les qualitez
premieres élementaires , actives
& paſſives , diverſement diſtribuées
dans les genres & eſpeces
de la nature ,& qu'au contraire
il y a ſept degrez & demy de
qualitez paſſives dans les genres
de la pierre&du métal, &deux
degrez & demy ſeulement de
qualitez actives , qui peu à peu
88 MERCURE
augmentent & furpaffent le
nombre des qualitez paſſives
dans les genres du vivre & du
fentir , ainſi qu'il eſt prouvé
dans ma Phyſique , il s'enfuit
quepour l'entité de l'eſpece humaine
il y a un degré un quare
de qualitez actives chaleur &
humidité , qui ſe diſtribuë à
chacun des individus de l'eſpece,
ſelonle degré auquel ils s'y
rencontrent en particulier &
individuellement.
Or comme cedegré un quart
pour l'entité humaine, eſt compoſé
de mille indiviſibles de
qualitez actives ,chaleur & hu
midité; il ne faut pas s'eſtonner
en premier lieu , s'il y a un
grand nombre d'individus dans
Feſpece humaine , car ilne faut
qu'un indiviſible de qualité
pour faire differer un homme
GALANT. 89
d'avec un autre , qui eſt la raiſon
pour laquelle chaque homme
eſt nommé un Individu , qui ne
poſſede pas l'indiviſible de qualité
, par lequel il furmonte un
autre , ou en eſt ſurmonté , &
ſi vous conſiderez que les vingtquatre
lettres de notre alphabet
diverſement diſpoſées fourniffent
unſi grand nombre de mots
dont on s'eſt ſervi , dont on ſe
fert ,& dont on ſe ſervira en
noſtre langue & en d'autres
l'on peut bien conjecturer que
ces mille indiviſibles de qualité,
diverſement diſpoſez & diſtribuez
en autant de manieres
qu'ils le peuvent eſtre , produiront
un nombre prefque infini
diodividus
,
En ſecond lieu , ces mille indiviſibles
d'entité doivent nous
faire connoiſtre que l'entité de
१०
MEROURE
Ihomme,eſt la plus haute entité
ho
qu'il y ait dans le genre animal,
puiſque dans les eſpeces inferieures
à celles de l'homme , l'en
tité ne peuteſtreque d'un quart
de degré& un indiviſible , c'eſt
àdire, deux cens & un indiviſi .
ble de qualitez actives ,au lieu
des mille qui font dans l'eſpece
de l'homme,deſquels mille indiviſibles
,il y en a une partie qui
fert à compoſer ſes puiſſances
corporelles des ſens & de l'imagination,
une autre partie àcompoſer
ſa puiſſance diſcurſive ,&
le faire raiſonner corporellement
& fpirituellement : &
enfin l'autre partie ( c'eſt à dire
le quart de ces mille indiviſibles
) qui eſt la plus épurée , &
lamoins corporelle , ſert immediatementà
l'ame à ſpiritualiſer
toutes les eſpeces corporelles.
GALANT . 91
ou
qui luy font envoyées par las
puiſſances inferieures , & à les
rendre propres aux actions les
plus ſpirituelles de l'entendement
, en forte qu'elle puiſſe
connoître d'abord ſans raiſonner
, & intuitivement comme
l'Ange à proportion gardée.
En troiſime lieu , fi les Brutes
raiſonnoient ſpirituellement ,
connoiffoient fans raiſonner , à
nôtre imitation, elles ſe feroient
entendre à nous par leurs
actions , & par certains difcours,
commeun homme ſe fait entendre
à un autre , qui n'eſt pas
demeſme langue, plus ou moins
felon leurs capacitez refpectives
, mais il y a trop de
diſproportion entre les brutes
&nous par les mille indiviſibles
de qualitez actives d'intervalle
,&de difference , qu'il y
92
MERCVKE
a entre leur entité & la noſtre ,
à mefme proportion que l'Ele -
ment du feu eſt au deſſus des antres
Elemens en vertu & vigueur.
C'eſt pour cela que
noſtre imagination a quatre fois
plus d'activité que nos fens exterieurs
, ny que l'imagination
des brutes ; noſtre puiſſance
diſcurſive a de l'activité & de la
fubtilité quatre fois plus que
noſtre imagination . Auſſi noſtre
imagination s'arreſte à la couleur
& à la figure exterieure
des corps feulement , & n'entre
nullement dans les effences des
choſes que noſtre raiſonnement
ou puiſſancedifcurfive penetre;
& enfin noftre puiſſance intellective
eſt quatre fois plus noble
& p'us parfaite que la difcurſive
, quoy que la difcurfive
connoiſſe les eſſences
GALANT.
93
- des chofes corporelles , car l'en .
tendement connoiſt les ſpiri.
tuelles ſans raiſonner , chacune
de nos puiſſances demeurant
dans ſon détroit , fans que l'inferieure
forte ou aille au deſſus
de ſes limites & de ſa ſphere
d'activité.
Enfin nous n'avons point découvert
juſques à preſent , aucune
marque de l'intelligence
des beſtes , ny de la connoiſſance
qu'ils ayent eu de l'eſſence
d'aucune choſe. Si elle en avoient
eu , elles nous auroient
quelquefois commandé à leur
tour ,&nous en auroient com .
muniqué par leurs actions , ou
autrement des preuves , ainfi
que les hommes ſuperieurs dans
leur eſpece commandent , & fe
font connoiſtre à ceux de leur
meſme eſpece qui leur font inferieurs.
94
MERCURE
Ayant donc fait remarquer
les differences eſſentielles d'entre
les eſpeces des brutes , &
l'eſpece del'hommedont les Individus
ne different point efſentiellement
entre eux , ny par
leur corps , ny par leur eſprit ,
mais que leurdiverſité provient
ſeulement de leur entité corporelle
, qui eſt differente en chacun
d'eux , & qui dépend des
differentes conſtellations qui
ont preſidé à leur naiſſance ,
des differentes parties du ciel ,
fous leſquelles ils vivent , & des
differens climats qu'ils habitent
l'on ne sçauroit pas raiſonnablement
ſe perfuader qu'il y a
des hommes d'une autre nature
que ceux qui ont paru juſques
icy.
La diverſité d'individus fe
rencontre auſſi biendans lesauGALANT.
95
- tres eſpeces que dans celle de
- l'homme. Par exemple , dans
l'eſpece du chien font renfermez
tous les differens chiensde
chaſſe , le barbet, le chien domeſtique
, le chien fauvage , le
chien & dogue d'Angleterre
tres feroce , le petit chien de
Bologne , fi doux & fi delicat ,
le loup , le renard & autres ,
qui font fi fort differens les uns
des autres que la plupart des
hommes qui ne ſont pas inſtruits.
des principes de la Phyſique, les
prennent pour de differentes efpeces
, & ne sçavent pas que
chaque eſpece a trois ordres par
leſquels elle ſetermine&fe conſtitue
, ſçavoir le ſuperieur, l'inferieur
, & le mitoyen à meſme
proportion que le total de l'Univers
,&que ſelon ledegréde
ces trois ordres où un Individu 1
96 MERCURE
ſe rencontre ,il poſſede plusou
moins de perfection de l'entité
de ſon eſpece , & cela fait paroiſtre
d'abord de ſecondes efpeces
qui feront au nombrede
trois , par rapport aux qualitez
& au nombre des trois principes
de la nature ſuperieur , inferieur
, & mitoyen ; & de ces
trois ſecondes eſpeces , il en
peutfortirencored'autresdifferentes
qui paſſeront pour de
troiſièmes eſpeces , qui par rapport
au nombre quaternaire des
Elemens , feront diviſées chacune
en quatre petites , eſpeces ,
ce qui produira le nombre de
douze , & ainſi ces douze eſpeces
jointes aux trois de la fufdite
premiere diviſion ternaire,
& à la principale & plus grande
eſpece de l'homme , feront
paroiſtre ſeize eſpeces humat
nes ,
GALANT.
97
nes , tant grandes que moyennes
& plus petites , qui ne fe-
-ront pas des differences eſſen-
- tielles , mais ſimplement acci-
- dentelles .
Il ya meſme des animaux qui
ſe trouvantdans le plus bas degré
de la grande eſpece , participent
du degré ſuperieur de
l'eſpece infericure , quant à
l'exterieur ; de maniere que
l'on a de la peine à diſtinguer
de laquelle des deux eſpeces ſu
perieure , ou inferieure ils font,
comme le Borrachet parmy les
plantes , les Zoophyres , & autres
depareille nature , qui pour
cela ne forment pas une differente
eſpece , ou qui ſoit nouvelle
autrement les eſpeces
multipliroient à l'infiny , comme
j'ay dit , ne pouvant trop le
repeter , pour éviter l'erreur.
Janu.1694. E
98
MERCURE
Quoy que les hommes me
diocres ou vulgaires tombent
ordinairement dans cette mépriſe
, il n'y a pas d'apparence
que Paracelſe , qui eſtoitle plus
profondPhyſicien de ſon ſecle ,
ait veritablement crû que les
Creatures des Elemens , dont il
fait la deſcription , ayent eſté
de veritables hommes , ou des
eſpeces particulieres & extraordinaires
.
Ainſi il ne faut pas s'arreſter
à la lettre ny à l'ecorce des ter
mes dont il s'eſt ſervy , ny aux
diverſes hiſtoires romaneſques
qu'il a faites fur ce ſujer,mais
ileft neceffaire d'obſerver dahs
quel eſprit il a parlé de ces for
resde Creatures ; de leur natureactions
, inclinations , & politique
& de leurs differens
THEO
ZYON
Sexes.
2
491
GALANT.
qu
07THEQUE DELA VEZ
engeneral , eſt de leurdonner
lenom de Gnomes , auſquels il
attribuë un corps ſpirituel , penetrable
,& penetrant fans peine
, ou paſſant au travers des
montagnes , rochers & maiſons
qu'ils habitent , ſans rien rompre
ny faire d'ouverture , &
avecautant de facilité que l'Oiſeau
dans l'air, & le Poiffon dans
l'eau , ſoit au Sexe maſculini,
foit au feminin , mais qu'ils
n'ont point l'ame immortelle ,
finon en cas qu'ils ſe marient
avec nous , & que leurs enfans
auront auſſi une ame immortelle
auditicas .
Enſuite il donne aux Pygmées
ou Nains, qui habitent les
Mines & lieux ſouſterrains,une
nature terreſtre'; aux Nymphes
une nature aquatique,les faiſant
E 2
100 4
MERCURE
tres belles , pures & nettes ,
préſidant aux eaux , mais tres
fieres , imperieuſes , & jalouſes
de leur parole,& de la foy qu'on
leur donne , ſans pouvoir fouffrir
aucune choſe d'étranger &
d'impur ; aux Sylphes & Sylphines
une nature aërienne , tenant
par leur Sexe femininaux Nymphes
, & par le mafculin aux
Salamandres ; & enfin aux Salamandres
une nature ignée ,
contenant la nature & la perfection
des précedentes Creatures
, ſoit qu'elles foient pures
Salamandres , masculines ,
foit qu'elles foient feminines, &
participantun peu de la nature
aërienne.
Avant Paracelſe , ces Creatures
mafculines & feminines
ont eſté reduites à deux extrêGALANT.
101
,
mais
mes oppoſez , ſçavoir les Pygmées
de petite ſtature
fermes & terreſtres;& les Gruës
qui deſcendoient du Ciel en
grand nombre pour combattre
& furmonter les Pygmées , ainſi
qu'Homere l'a expoſé dans ſon
Odyffée .
Ovide,dans la Fable de Phaëton
, a décrit ces Creatures &
Elemens,ſous le nom des quatre
chevauxdu chariot du Soleil ,
fçavoir Pyrhoeis , Eous, Athon
&Phlegmon , tout celeſtes &
pleins de vigueur & d'action .
Poliphile dans ſon Songe , a
décrit ces quatre Elemens trespurs
& tres nobles , avec leur
quinteſſence , ſous les figures &
perfonnes de cinq Demoiselles
de haute qualité , la premiere
deſquelles il nomme Geufie ,
E 3
102
MERCURE
pour exprimer la Terre , à la
quelle ſe rapporte le ſens du
goust .
La ſeconde Ophrafie , pour
fignifier l'Eau , à laquelle ſe rapporte
l'odorat .
La troiſième Acoé
د pour
fignifier l'Air , par rapport à
l'Ouie .
La quatrième Horafie , pour
fignifier le Feu , par rapport à
la veuë.
Et Aphaé , pour fignifier la
quinteffence des Elemens , par
rapport au Tact , ſans lequel les
autres ſensn'ont point d'action
non plus que les Elemens fans
l'aidede la quinteſſence , qui les
met en mouvement.
Remond- Lulle veut auſſi que
les quatre Elemens groffiers &
impurs comme ils ſont dans le
globe de la Terre & de l'Eau 2
GALAN T.
103
foient fubtiliſez & dépoüillez
de la corporalité , ſans neanmoins
crever la boëte de la
quinteſſence , c'eſt à dire , le
fubtil corporel où elle eſt enfermée.
Ce font ces fortes d'idées ,
& autres encore plus occultes ,
fous leſquelles les Philofophes
les plus veridiques , predecef
feurs & fucceffeurs de Remond
Lulle &de Paracelſe , qui ont
entrepris de faire l'excellent
Ouvrage qu'ils appellent leur
petit Ciel , ou Medecine Univerfelle
, ont prétendu dans
leurs écrits , nous perfuader
que leur veritable matiere eſtoit
de nature celeſte , quoy que
provenantdu centre de la Terre
& de l'Eau du grand nombre
où la quinteſſence eſt engagée
& arrêtée , que c'eſt delà qu'ils
>
م ت
E 4
104
MERCVRE
)
tirent tout ce dont ils ont befoin,
ſans avoir recours à aucun
mineral , ou mixte parfait &
déterminé , lequel leur ſeroit
abſolument nuiſible; que de cette
matiere par leur art , & l'aide
dela nature,ils ſeparent laTerre
, l'Eau , l'Air , & le Feu ; que
l'Eau eſtant impreignée du feu
de la Terre, calcine & fubtilife
parfaitement en poudre impal.
pable cette terre , qu'elle diviſe
enterre mafculine & feminine,
&ainfides autres Elemens , affurant
qu'il s'y rencontre toujours
deux Sexes , qui forment
les eaux ſimples & fubtiles , leurs
Eaux de vie ,& Laits virginaux,
leurs Mercures purs,& quinteffence
de ces Mercures & Souphres
qu'ils appellent le ſel de
Nature & des Sages , avec lef
quels Elemens & diffolvans, on
GALANT.
105
menſtruës , ils diſſolvent ce fel,
& en font les ames des ſept
Planetes , les nourriſſent d'abord
de viandes delicates , puis
de plus folides , & ainſi arrivent
à la perfection de cet oeuvre
merveilleux & inconnu à la
pluſpart des hommes , mefine
aux plus intelligens , fi ce n'eſt
parune grace particuliere d'en
haut,Pauci quos aquusamavit Iupi .
ter.
د
Ainſi les creatures des Elemens
de Paracelſe ne peuvent
eſtre que les matieres ,quiviennent
d'eſtre remarquées , qui
font les eſprits corporels à la
verité des quatre Elemens tres
proches ( & fans moyen) à la
quinteffenec celefte , & non
pas de veritables creatures humaines
, deſquelles il n'a emprunté
la figure & la reffem-
ES
106 MERCURE
blance , que pour marquer laa
nobleffe & excellence de ces
Elemens , comparable à la dignité
de l'homme , ou du moins
de fon corps.
Ces Philoſophes ajoûtent que
la nature immortelle , que les
creatures des Elemens acquierent
par le mariage ,& qui patle
à leurs enfans , n'eſt ſimplement
que la veritable conjonction &
union infeparable des Elemens
fixes avec les volatiles , que la
beauté des Nymphes,leur fierté
& leur pouvoir abfolu avec
leur jaloufie & vangeance , lors
qu'on ne leur tient pas la parole
& la foy qui leura eſté donnée,
marquent l'avantage qu'elles
ont ſur les autres creatures des
Elemens , pendant tout le cours
de l'ouvrage ; qu'elles ſont dégagées
de la groſſiereté de la
د
GALANT. 107
matiere , qu'elles font toutes
celeftes , & l'un des extrêmes
de leur oeuvre; c'eſt à dire qu'elles
y tiennent lieu de cet coeu
vre,& contiennent beaucoupde
l'eſprit univerſel , pour avec les
Pygmées qui reprefentent la
terre & le fixe , compofer les
Sylphes , Sylphines , Salamandrines
, ufant par cette voye du
pouvoir , que les corps celestes
ont fur la terre & les autres
Elemens , qu'elle contient , en
les preparant , & diſpoſant à
une forme plus noble de regi.
me en regime , juſques à ce
qu'elles ayent donné au fouffre
( qui eft leur ferviteur rouge )
la moitié de leur autorité , &
que par la continuation & fidelité
de leur mary,elles ne foient
plus obligées à faire divorce ,&c
Loient unies infeparablement
1
E6
108 MERCURE
avec luy , pour acquerir à eux
& à leurs enfans , un corps immortel
, c'eſt à dire tout à fait
fixe , car autrement & en cas
qu'elles ſentent quelque ſujet
eſtranger avec lequel leur mari
&ferviteur ſe veüille allier&
conjoindre, elles l'abandonnent
fans eſperance de retour,& ainſs
il demeure privé de tous les
avantages qu'il pouvoit eſperer
de leur mariage & fidelité reciproque.
: Que le grand nombre d'hiſtoires
, que Paracelſe fait , des,
amours & avantures des Nym..
phes , & de Melusine , n'eſt à
autre deſſein , que pour avertir
les artiſtes , des écueils, qui les
menacent , comme la viſite
du Roy Helmas mari de Perfina
pendant ſes couches , &
celle du Comte Remond de fa
Y
GALANT . 109
femme Melufine , pendant ſes
bains , le Samedy , ce qui irrita
ces deux Nymphes , parce que
leurs maris leuravoient promis
le contraire , & qu'ils ne les
viſiteroient point en ces tempslà;
mais les laiſſeroient en repos
, & elles abandonnerent
leurs maris par cette raiſon , &
lesrendirent miferables , ce qui
fignifie , ſelon tous les Sçavans
fur cette matiere , qu'il ne faut
pas remuerle vaiſſeau pendant
le regne de Saturne, c'eſt à dire
pendant la putrefaction, auquel
ces mouvemens de nature font .
dediez & que l'on ne doit pas
les troubler,mais bien les laiſſer
agir en liberté, ainſique Perfina
pendant ſes couches , & Me-
Iuſine pendant fes bains du Samedy,
vouloient faire pourpouvoir
bienſe purger & nettoyer..
FIO MERCURE
)
Que les Syrenes marquent
l'état dangereux auquel eſt cet
oeuvre , lorſque l'eau brillante
&éclatante comme la lumiere
regne , car à moins que l'on n'imite
Uliffe , lequel pour ſe deffendre
de leurs beautez & de
leurs voix charmantes , fit bou
cher de cire les oreilles de fes
Nautonniers , & au mesme inſtant
ſe fit lier & attacher au
mats de fon vaiſſeau , & évita
par ce moyen le peril , auquel
l'approche de ces Syrenes avec
leurs charmes l'auroit reduit
c'eſt à dire , que lors que l'eau
du ſujet paroiſt blanche comme
une piece de cristal brillante &
lumineuſe , il faut la lier étroitement
comme Uliſſe le fur au
mats de fon Vaiſſeau , luy adminiſtrer
de la terre tres pure ,
arreſter par ce moyen lemouGALANT.
vementtrop grand de cette eau,
finon l'ouvrage ſe diffipe en fumée
, & au contraire ſi dans une
autre occafion , l'on adminiſtre
trop de terre , le feu qui s'y ren
contre , brûle & confume en
cendre le ſujet , c'eſt pourquoys
l'on doit exactement balancer
la terre avec l'eau..
Que l'immortalité des Gnomes
conſiſte dans la fixité tem
perée;& la conjonction.intime
de ces deux Elemens , aipfis
qu'on peut conjecturer , par ce
qui vient d'eſtre dir..
Enfin que le ſecret que demandent
les Nymphes , eſt le
Symbole de celuy , qui eft abſolument
neceſſaire dans l'entrepriſe
, conduite , perfection &
uſagede cette medecine, autrement
la perte de l'operateur est
inevitable. 專業1.
FF2 MERCURE
i
Et au contraire toute ſortede
bonheur & l'intelligence luy
font aſſurez , il peut s'élever à
la ſcience de la cabale toute divine,
ſelon Remond Lulle,quoy
que l'Auteur du Livre duComte
Gabalis l'ait tournée en ridicule
avec tous les Cabaliſtes
& les Prophetes divins , fans
épargner Adam , Noé , les trois
enfans,& leurs femmes ,& plu--
ſieurs autres dont l'Ecriture
parle.
Je vous ay rapporté , Monſieur
, toutes ces particularitez,
plûtoſt pour fatisfaire à voſtre
curioſité , que pour vous perfuader
, attendu les labyrinthes
tres obfcurs& facheux , dans
leſquels tous ces Philoſophes
Hermetiques ont , embaraſlé.
leur ſcience , ce qu'ils reconnoiffent
affez bien en diſant
GALANT.
113
- qu'il faut eſtre inſtruit par un
fidellej Amy , ou par quelque
revelation particuliere d'en
haut , ou par une parfaite connoiſſance
de la Nature , & cela
nous conduit à une impoffibilité
morale d'acquetir ce trefor
facré.
Je finis en vous fuppliant
d'excuſer la foibleſſe de mes
penſées & de mes expreſſions ,
répondant à celles de mon âge ,
de ma ſanté , & de mamain ,
dontje vous ay avertydans le
commencementde cette Lettre,
&fuis voſtre , &c.
Je referve pour l'une de mes
premieres Lettres , le ſecond
article de ce Traité , qui eſt
fur ce qui regarde les Stryges
de Ruffie.
Vous avez appris par less
114 MERCVRE
Nouvelles publiques que Madame
la Ducheſſe de Chartres
eſtoit accouchée le mois paffé
d'une Princeſſe , qu'on appelle
Mademoiselle de Valois . C'eſt
ce qui a donné ſujet à M. Robinet
de marquer fon zele à
Leurs AlteſſesRoyales , par les
Vers que je vous envoye, comme
il a coutumede le faire dans
toutes les occafions qui fe prefentent.
GALANT.
115
**************
ASON ALTESSE ROYALE
MONSIEUR LE DUC
DE CHARTRES ,
Sur la Naiſſance de Mademoifelle
de Valois.
Eune Heros qui cherchez de
Bellonne
Les dangereux Lauriers qu'en ses
champs on moiffonne ,
Voſtregloire est pleine ence jour.
Auxfameux exploits de la Guerre,
Où vous estes unvray Tonnerre ,
Vous avezjoint ceux del' Amour.
Onen voit une Grace naistre,
Qui fait paroiſtre
Que vous estes , tour à tour 20
1
116 MERCVRE
En Guerre,en Amourdéja Maiſtre.
A Son Alteſſe Royale Madame
la Ducheſſe de Chartres .
Eune & charmante Princeße
IlluftreSangde l' Auguste Louis
Qu'en nostre cour vous causez
d'allegreffe !
Les coeurs de joyeysont épanoüis.
Vous luy faites voir uneGrace
Pourpremierfruit de vos amours ;
Avec un Prince en qui le Dieu
deThrace
Allumetous fes feux désſes plus
jeunesjours.
Tarlasplendeur du Sang au plus
baut rang cenduite ,
On attend devous dans lasuite
Levray chef-d'oeuvre de l' .Amour.
C'estun Filsſemblable àfon Pere ,
Comme la Fille estſemblable à la
Mere
GALANT .
117
Haftez vous preſſez- vous de le produire
au jour.
Quellegloire pour vous!quel plaifir
pour la Cour!
A Leurs Alteſſes Royales
Monfieur & Madame .
Auguftes Alteffes Royales ,
Que les prosperitez,
Quelles felicitez.
Aux vostressont egales ?
Vousaveztout ce que voussouhaitez,
Vous voila Grand Pere &Grand
Mere.
Enlaſaiſon de vos beaux jours ,
Vousvoyez de vostre Hymenée
Vnebrillante Lignée
Qui va croiſtre toujours.
Vous y verrez des Graces
Amours,
DesHeros des Heroines,
2
des
IS MERCURE
Veüille le Ciel ,àses faveurs divines
,
Pour remplir vos souhaits , donner
unfort long cours.
Le defaut des plaisirs , c'est fouvent
d'eftre courts.
A
Lesmalheureux ne ſçachant
à qui ſe prendre de leurs difgraces
, accuſent ſouvent les
innocens ; c'eſt ce qui a attiré
à Monfieur le Marquis de Gaf.
tanaga , cy-devant Gouverneur
des Pays - Bas pour Sa Majesté
Catholique , les affaires dont
il eſt heureuſement forty.Voicy
ce que l'on écrit furce ſujet.
ENfin
les traverſes que Monfieur
le Marquisde Gafłanaga qui est
preſentement à Madrid , afouffertes
avec tant defermeté ,font heureusement
finies. Le Roy l'a reçen
GALANT.
119
1
avec des marques toutes particulieres
defa bienveillance, il a eu l'hon .
neurpluſieurs fois de luy baijer la
main , celles des deux Reines.
Depuisson arrivée tousles Seigneurs
du Conseil d'Estat l'ont estévoir ainſi
quetousles autres Ministres, Grands
d'Espagne &Ministres des Princes
Estrangers , l'on peut dire que
juſques àpreſent il nes'est veu aucunVaſſa
du Roy qui ait efté reçen
univerſellement avec un accueil plus
Satisfaisant, ny avec des marques
de civilité plus obligeantes , non
feulement en cette Cour; mais dans
toutes les Villes lieux d'Espagne
où il a passé esté en arrest, en
pluſienrs autres que l'on a sceu ,
avoircelebré en cerencontre labonne
justice de Sa Majesté,par des
demonstrations publiques qui ont
marqué lasatisfaction & l'applau
diffement univerſel avec lequel on
120 MERCVRE
prouve en Espagne la force & le
pouvoir de laverité , d'autant plus
qu'il est manifeſte que le tout s'est
pafféfans que ceMarquis ait eu la
moindre communication des calom.
nies qu'on luy avoit imposées , ny
pu rendre aucun dévoir pour s'en
justifier ou deffendre , ny mesme
fçeulesujet deson arrest. Enfin l'on
pourra connoistre parles clauses fi
expreſſives fatisfaisantes desDecrets
ou Declarations que le Roy a
faites enſafaveur,lajuſte confiance
quesa Majesté a enſa perſonne
les honneurs graces que ce Mar
quisen doit enpeut attendre,
Traduction de l'Eſpagnol du
-" Decret envoyé par le Roy au
Conſeil d'Estat.
A
Yantfait voir dans une Ionte
des Ministres d'Estat, deguer-
Te
GALANT. 121
re & de justice de mon entiere approbation
pour leur experience , in
tegrité doctrine , l'information
faiteparle Sur- Intendant General
de la Justice Militaire au Pays - Bas
fur les charges dont l'on avoit accu-
Se le Marquis de Gastanaga au regard
desonprocedédans les Gouvernemens
des Pays. Bas ,
confidere
ayant
examiné la matiere
avec toute l'attention & circonspection
proportionnées àfon importance,
j'ay refolu de declarer en fuftice que
le Marquisafatisfait entierement
aux obligations de sonsang & agi
comme bon General & Gouverneur ,
s'aquittant en cet employ & dans
tous les autres que j'avois confiezà
fes experiences Militaires ,avectout
le zele que j'avois attendu de luy ,
dont je me tiens pour bien fatisfait,
en consequence dequoy je l'ab .
fous, le declare libre de toutes
Lanvier 1694. F
122 MERCURE
les calomnies &chargesqu'on luy a
faites en ladite cause , le tenant
pourſes longs &agreables ſervices
pourtres digne de tous les honneurs
faveurs de ma gratitude ainſi
qu'il l'experimentera dans les occafions
qui s'offriront deſa convenance.
Le Conseil d'Estatse tiendra pour
informé pour plus grande fatisfaction
& reputation du Marquis ,
j'ay ordonnéque dans les Aites de
cette cause en tous autres endroits
où il conviendra , ſoit tenuë Note
de cette resolution , en telle forte
qu'il en confte entouttemps.
Ce Decret eſtoit écrit de la
main de ſa Majesté datté de
Madrid du 20. Octobre 1693 ,
& adreſſe à Dom Criſpin
Gonzales Botello , Secretaire
du Conseil d'Estat .
Traduction de la Lettre de
GALAN T.
123
Dom CriſpinGonzales Botello,
Secretaire d'Estat , que , ( par
ordre de ſa Majesté ) le Conſeil
d'Estat de la Monarchie , a
fait écrire au Marquis de Gaftanaga
enſuite dudit Decret du
Roy.
EXCELLENTISSIME SEIGNEUR
ERoynoftre Sire, ayant
Lné de
ordon
Mi- former une Ionte de
nistres d'Estat , de Guerre , & de
Iuftice,defon entieresatisfaction ,
à cause de leur integrité& experience
, afin qu'on y vist comme l'on
afait , l'information , que le Sur-
Intendant General de la JusticeMi
litaire au Pays Bas,y avoit dreſſée,
par ordre de sa Majesté ,sur les
charges que l'on avoit imposées à
vostre Excellence , touchant ce qui
s'estoit paffé pendant fon Gou
F 2
122 MERCVRE
vernement des Pays Bas ,& l'affaire
ayant esté venë & examinée avec
l'attention & circonspection que
l'importance da cas exigeoit ,sa
Majesté a bien voulu declarer en
Iustice , que vostre Excellence s'est
parfaitement acquitée , de fon devoir
, & afatisfait aux obligations
de fa qualité , ayant agy en bon
General &Gouverneur , & merité
parfon zele , la confiance que fa
Majesté luy avoit faite de ces employ
,de mesme qu'en tout autre,
qu'elle a confié à ses experiences
Militaires , dont Sa Majesté est
pleinement satisfaite ,& se tient
pour bienſervie ; de forte qu'elle abfout
& décharge vostre Excellence
de toutes les calomnics & charges
qu'on luy avoit imposées dans la
causefufdite, declarant voſtre Excellence
digne pour ses longs & agreables
Services ,de tous les honcurs
GALANT.
125
& faveurs de fa Koyale gratitude,
ainsi que vostre Excellence l'experimentera
aux occaſions deſa convenance
; ce que sa Majesté a bien
voulu faire connoistre àfon Confeil
d'EstatparSon Royal Decret du 20 .
du courant & ordonner que pour la
plus grandesatisfaction & credit de
vostre Excellence , cette refolution
foit annotée au Procés , & en tout
autre endroit qu'il conviendra , afin
qu'il en conste en tout temps, l'en
averiis voſtre Excellence , & lug
en ſouhaite à la bonne heure , me
rejo ſſant que les contretemps que
voſtre Excellence afoufferts , fe font
enfin terminez , ainsi que je l'avois
toujours esperé , par une fin si
glorieuse & honorable;esperant aussi
de luy pouvoir reiterer les mesmes
Souhaits pour d'autres faveurs que
vostre Excellence peut & doit attendre
avec tant de justice de la
L
F
3
126 MERCURE
Supreme équité ,de sa Majesté.
Nostre Seigneur ait voftre Excellence
enſaſainte garde &c. De Madrid
le 21. d'Octobre 1693. Signé
Dom Crispin Gonzales Botello; la
Suſcription parle Roy au Marquis
de Gastanaga mon Parent ,à Segovie.
k
Le je ne ſçay quoy dansune
Perfonne que l'on trouve aimable
, fait quelquefois tout d'un
coup des impreſſions ſi vives ,
que quelque effortque l'on faſſe
pour les affoiblir , il n'eſt pas
poffible d'en venir à bout. Un
Officier revêtu d'une Charge
tres- confiderable dans la Robe ,
en a fait l'épreuve depuis quelquetemps.
Il eſtoir dans le defſein
de ſe marier & l'ayant
communiqué à un Amy dont il
prenoit les avis en toutes choſes,
,
GALANT.
127
cet Amy luy propoſa une Fille
de naiſſance ,dont ildevoit avoir
lieu d'eſtre content , & pour le
bien , & pour la beauté. Le
Partyluy ayant paru atſez convenable
de toutes manieres , il
ne fut plus queſtion que de ſçavoir
ſi la Demoiselle auroit à
fes yeux tous les agrémens que
fon Amy lui donnoit. Comme
ce ſontde ces choſes qui dépen
dent purement du gouſt ,il voulut
voir, avant que de confentir
à ſe declarer, quel effer feroient
fur luy les charmes qu'on luy
peignoit ft touchans. Ce qu'il
fouhaitoit eſtant fort juſte , ſon
Amy luy apprit Theure où
cette aimable perſonne alloit
tous les jours à une Eglife qu il
luy nomma & en luy marquant
la place où elle avoit accoutumé
de ſe mettre , il ajoût
د
F4
128 MERCURE
Γ
ta qu'il luy ſeroit fort aiſé de
la connoiſtre par un Laquais
d'une livrée affez finguliere
pour la diftinguer ſans peine .
L'Officier prévenu par ſon Amy
de ſentimens favorables pour la
Belle ,ne manqua pas dès le lendemain
d'aller à l'Egliſe où il
efperoit la voir , & le Laquais
de livrée l'ayant frapé , dés
qu'il jetta les yeux vers l'endroit
marqué , il vit devant le meſme
Laquais une jeune Demoiselle
d'une taille fine &dégagée , qui
répondoit à ce qu'on lui enavoir
dit. Il s'avança pour eſtre en état
de pouvoir obſerver ſes traits
plus cómodemet,& il les trouva
fi doux & fi piquans tout enſemble,
que ne pouvant ſe laſſer
de la regarder , on peut dire
qu'il ne vit qu'elle dans toute
l'Eglife . Aprés qu'il eut jouy
GALANT. 129
1
quelque temps de cette charmante
veuë , il fut abordé par
fon Amy , qui luy demanda s'il
eſtoit content. L'Officier l'embraſſa
avec tranſport & luy
avouant qu'il eſtoit charmé , il
l'affura qu'il luy devroit tout s'il
faiſoit conclurre au plûtoſt le
mariage. Son Amy voulut l'em
mener hors de l'Egliſe pour conferer
avec plus de liberté ſur les
meſures qui estoient à prendre ,
& l'Officier répondit qu'iln'eſtoit
pas affez ennemy de ſon
bonheur , pour fe priver du plaifir
de voir la Belle , tant qu'elle
demeureroit dans le lieu où elle
eſtoit. Ces paroles étonnerent
fon Amy , qui venoit de rencontrer
dans la ruë celle qu'il vouloit
luy faire époufer ; & fur ce qu'il
luy en dit , l'Officier qui ne vit
plus de Laquais derriere la Belle
Fs
130 MERCURE
qui avoit attiré tous fes regards ,
fut convaincu qu'il s'eſtoit trompé
, mais la tromperie ne changea
rien dans ſes ſentimens , il
conſerva tout l'amour qu'il avoit
pris , & en priant ſon Amyde
Jetter les yeux fur cette belle
perſonne , il luy demanda s'il la
connoiffoir. Son Amy luy répondit
, que ne l'ayant jamais
veuë , il ne croyoit pas qu'elle
fuſt de ce quartier , mais quoy
qu'il tombaſt d'accord qu'elle
eſtoit bien faite & avoit de la
beauté , il dit que la Demoiſell:e
dont illuy avoitparlé n'en ſeroit :
pas effacée , & qu'il vouloit vemir
avec luy le lendemain dans;
le meſme lieu pour la lay montrer.
L'Officier n'écouta rien. II
avoit l'eſprit entierement occupéde
celle qu'il trouvoit fidigne
de fon admiration , & la regarGALANT.
131
danttoujours , il s'en remplit tellement
le coeur , qu'il fut incapable
de penſer à autre choſe..
Dans ce moment , deux Dames
d'une qualité fort distinguée
vinrent dire quelque choſe à
l'Officier ,& l'honneſteté l'ayant
obligé à écouter tout ce qu'elles
avoientà luy dire ſur une affaire
qui les regardoit , il interrompit
malgré luy l'application qu'il
avoit à tenir les yeux tournez
du coſté où alloient tous ſes defirs
,en forte que quand elles
eurent achevé de luy parler , il
ne vit plus l'aimable perſonne
qui avoit gagnéſon coeur.Ce fut
pour luy un chagrin inconcevable.
Il courut hors de l'Eglife
fort afſfeuré de la reconnoiſtre
s'il pouvoit l'appercevoir , mais
comme il y avoitdifferentes por
tes , il la chercha d'un coſté tan,
7
E6
132 MERCURE
dis qu'elle alloit de l'autre . Son
empreſſement às'informer d'elle
chez tous les voiſins qui la
pouvoient avoir remarquée , parut
une choſe rare à fon amy. II
luy demanda comment it ſe pouvoit
faire qu'il euſt pris feu d'une
maniere ſi vive par une premiere
veuë, fur tout quand il
pouvoit bien s'imaginer , que
quelque belle que fuſt l'Inconnuë
, elle n'auroit ny le bien ny
lanaiſſance qui ſe rencontroient
dans la Demoiselle qu'il avoit
pretendu luy faire voir . L'Officier
luy repondit qu'il eſtoit
bon quelquefois de s'abandonner
à fon étoile , & que la fienne
l'entraînoit avec tant de violence
, qu'il n'eſtoit pas en pouvoir
de luy reſiſter. Cependant
toutes ſes recherches ayant eſté
inutiles , il s'en confola par l'ef
GALANT.
133
perance de revoir la Belle dans
le meſme lieu d'où elle venoit
de luy échaper. Il y retournale
lendemain & les jours ſuivans ,,
&quelques curieux regards qu'il
jetaſt par tout , il ne put la découvrir.
Le malheur de nel'y pas
rencontrer luy fut d'autant plus:
ſenſible qu'il faifoit ſon ſeul plaifir
d'entretenir les idées Aareu
ſes qu'il en avoit confervées..
Rien , ſelonluy n'approchoit de
Tinconnue. Les plus brillantes
beautez Iny paroiffoient.
fades lors qu'il en faifoit la
comparaiſon & il temarqua
plus d'une fois la jeune
perſonne pour qui fonAmy
s'intereſſoit , ſans qu'illuytrou--
vaſt un trait dont il puſt eſtre
touché . Il avoüoit qu'il n'eſtoit
pas raisonnable , & reconnoif
fant luy-mefme l'inutilité de
134 MERCURE
ſes ſentimens , il cherchoit à ſe
defaire d'une paſſion dont il ne
pouvoit attendre qu'un trouble
d'eſprit continuel , de l'inquietude
& du chagrin , mais les
combats qu'il rendoit augmentoient
ſa peine , & ne ſervoient
qu'à le rendre encore plus malheureux.
Enfin des Dames de
ſes parentes , pleines d'eſprit ,
& qu'un enjoüement tout agreable
faiſoit rechercher de
tout le monde, voulant diſſiper
ſa melancolie , l'engagerent à
une partiede campagne , où el.
les devoient paffer quelques
jours. Il ne conſentit à les y
accompagner , que parce qu'il
cruty eſtre plus libre à entre.
tenir ſes reſveries . Quoy qu'--
elles cherchaſſent à luy procurer
differens plaisirs ,il n'aimoit
tien tant que les promenades.
GALANT.
135
folitaires.C'eſtoitlà qu'il ſe repreſentoit
fans nulle contrainte,
4 les charmes de ſon aimable In-
- connue , & vous pouvez croire
que ſon imagination s'échauf-
- fant , il ſe la peignoit mille fois.
plus belle qu'il ne l'avoit venë.
- Il y avoit huit ou dix jours .
qu'il eſtoit en ce lieu là, lors .
que ſes Parentes furent invitées .
à une fort grande Feſte qui ſe
preparoitdans un Village voi,
fio. Il refufa fort long - temps .
d'aller prendre part à ce diver
tiſſement , & fi elles n'euſſents
ufé d'une autorité qui eſt per .
miſe au beau ſexe , il feroit demeuré
ſeul abandonné à luymeſme
, ce qui luy auroit fait
un fort grand plaifir. On le
reçut dans la mathon où il fut
mené,comme un homme qui
tenoitun rang tres confidera
136 MERCURE
ble ,& dont le credit eſtoit eftimé
. Chacun s'empreſſant à
luy faire honneur , on luy adreſſoit
toujours la parole , &
vous jugez bien qu'ayant l'efprit
occupé , il ſouffroit beaucoup
d'une converſation qu'il
ne pouvoit interrompre .L'heure
du dîné eſtant venuë , on
eſtoit preſt à ſervir ſur table ,
lors qu'on vit encore entrer
quelques Dames qui avoient
eſté priées de la mefme Feſte.
Elles avoient fait leur compliment
au Maiſtre de la Maiſon
ſans que l'Officier euſt jetté les
yeux fur elles , & le hazard,fans
aucune curioſité les luy ayant
fait enfin tourner du coſté où
elles étoient , il reſſentit tout
d'un coup une émotion ſecrete ,
& crut remarquer la belle perfonne
qu'il avoit cherchée in
GALANT. 137
-
utilement. La crainte qu'il eut
de ſe méprendre , luy fit avoir
- une attention extraordinaire à
l'examiner , & aprés l'avoir bien
- regardée , ſon coeur l'affeura ſi
- fortement que c'eſtoit elle , qu'il
n'eut aucun ſujet d'en douter. II
crutavoir fait un fonge , tant la
rencontre luy paroiſſoit ſurprenante
. Il ne put ſe rendre maiſtre
de luy-meſme , & s'aprochant
d'elle dans le meſme inſtant
, il luy dit qu'il n'y avoit
point lieu de s'eſtonner fi elle ne
s'eſtoit pas montrée pluſtoſt ,
puiſqu'il eſtoit juſte que les belles
perſonnes ſe fiffent attendre.
Elle répondit fort civilement à
cette galanterie , & il fit ſi bien
enfuite qu'il ſe plaça auprés
d'elle pour l'entretenir pendant
le repas . Ses Parentes , fort éloignées
de rien ſoupçonner de
F38 MERCURE
cette avanture , furentbien aifes
de voir qu'il ſe diffipoit avec la
Belle ,qui de fon côté trouvoit
de la gloire , à recevoir les foins
&les complaiſances d'unhome
de fon caractere. Il apprit d'elle
qu'elle demeuroit dans ce voifinage
de' campagne , & ne faifoit
à Paris que de courts voyages
, logeant chez une Damede
ſes Amies dans le quartier où
eſtoit l'Egliſe don l'Officier luy
parla. Ils'informa curieuſement
aprés le repas de toutes les choſes
qui la regardoient , & fi ce
qu'on luy donnoit en mariage
ne rempliffoit pas les pretentions
qu'il pouvoitavoir , il avoit
au moins tout ſujet d'être content
du coſté de ſa naiſſance. Il
demeura toujours auprés d'elle
juſqu'à ce que la compagnie ſe
feparaft ,& comme tout plaiſt
ーベ
GALANT. 139
dans la perſonne qu'on aime ,
elle ne dit rien qu'il n'applatt.
diſt. Ses Parentes ayant remarqué
le plaiſir qu'il avoit pris à
l'entretenir , plaiſanterent au
retour ſur la facilité qu'elle
avoit euë à le détourner de ſes
idées amoureuſes , & furent
-fort étonnées quand il leur
apprit que cette belle perſonne
eſtoit la meſme qu'il n'avoit pu
oſter de ſon ſouvenir. Il avoit
pris ſes meſures pour aller la
voir le lendemain & la manieredontil
fut receu luy fit connoiſtre
avec combien de diſtin-
Aion on le regardoit. Il dit
mille choſes obligeantes à la
Belle , dontla modeſtie accompagnée
de beaucoup de vivacité
dans ſes réponſes , fut pour
luy un nouveau charme , &
aprés luy avoir donné de gran140
MERCURE
des loüanges ſur ſa beauté , fur
la delicateſſe d'eſprit qu'elle luy
faiſoit paroiſtre dans cette ſeconde
conversation , & fur fes
manieres engageantes , il pria
fon Pere de vouloir bien luy
permettre de ſe chargerdu ſoin
de la marier. La réponſe fur
qu'il ne pouvoit arriver rien
qui ne fuſt avantageux à ſa
Fille , s'il daignoit entrerdans
fes intereſts , & qu'il en ſeroit
le maiſtre quand il voudroit
bien penſer à ſon établiſſement..
L'entretien ayant continuéſur
cette matiere , il demanda ſi un
homme ayant à peu prés ſon
âge , & poffedant une charge
pareille à la ſienne , feroit en
pouvoir de la rendre heureuſe,
&enfin forcé par ſa paffion , il
fe declara luy meſme pour l'Amantqu'il
vouloitoffrir à cette
ANGLORVM·ET·
BATAVCLASSE
MERSA ·ETFVGATA
..
ADORASANGLIAE
MDCXC
FErtinger.J
GALAN T.
141
i
aimable perſonne. Il parla d'un
ton ſi ſerieux qu'on fut obligé
de l'écouter ſerieuſement. Il
propoſa des conditions fort
avantageuſes pour la Belle , &
il ne la quitta pointqu'il n'euſt
pris jour pour le mariage. Cet
heureux jour arrive ,&jamais
affaire ne fut terminée avec
tant de joye , ny avec une plus
entiere fatisfaction des deux
parties.
Je vous envoye une Medaille
àmon ordinaire. On y voit la
Victoire debout au deſſus d'un
trophée maritime ,tenant d'une
mainune couronne de Laurier,
& de l'autre une palme , avec
ces mots , Merfa & fugata Anglorum
& Batavorum Claffe , &
dans l'Exergue , Ad auras Anglie
1680. Cette Medaille ,
quoy que frapée depuis peu de
/
142
MERCVRE
temps , eſt faite au ſujet de la
Victoire navale remportée par
l'Armée du Roy , commandée
parM. de Tourville , à preſent
Maréchal de France , qui en
1680. attaqua & défit au Cap
deBenefiere, fur les coſtes d'Angleterre,
les Anglois& les Hollandois
joints enſemble .
L'attachement de M. le Comte
de Teſffé au ſervice du Roy,
ayant juſques icy empêché
qu'il ne receuſt la Croix de
l'Ordre du Saint Eſprit , des
mains de Sa Majefté , il eut
cet honneur le jour de la Fefte
de la Circoncifion , & partic
auffitoſt pour aller commander
l'Armée de M.de Catinat
Il eſt Lieutenant general des
Armées du Roy. Il joint la
conduite à la valeur,& s'eſtant
distingué en mille occafions ,
GALAN T.
143
il a fait voir en dernier lieu par
la défenſe de Pignerol , qu'il
n'eſt pas moins intelligent que
brave dans le Métier de la guerre.
د
M. le Cardinal de Furſtemberg
. Eveſque de Strasbourg ,
Abbé de Saint Germain des
Prez fut nommé le meſme
jour par le Roy , pour remplir
la place de Commandeur du
Saint Eſprit ,vacante par le deceds
de feu M. l'Archeveſque
de Lyon . Il eſt Neveu de feu
M. l'Eveſque de Strasbourg ,
recommandable par son atta
chement inviolable aux intereſts
de la France .
Sa Majesté nomma dans le
mefme Chapitre , M.le Marquis
d'Arquien,Pere de la Reine
de Pologne , poureſtre Chevalier
de ſesOrdres , & choiſit
144
MERCURE
1
M.de la Neuville , Gentilhomme
de la Chambre de Sa Majesté
Polonoiſe , pour luy porter la
Croix& le Cordon bleu , qu'il
doitrecevoir du Roy de Pologne
, Chevalier du meſme Ordre.
Il n'y a rien de plus glorieux
à cet Ordre que de voir
pluſieurs Rois dans ſon Corps,
&d'y avoir toujours eu des
Souverains&des Etrangers de
la plus haute distinction .
Je vous ay marqué dans ma
Lettredu mois de May dernier,
l'embarras où se trouvoit une
aimable & fpirituelle perſonne
qui aimant un Cavalier abſolument
pour luy-meſme ,& luy
voyant prendre de l'attachement
préjudiciable à celuy
qu'il avoit fait paroiſtre longtemps
pour elle , ne ſçavoit fi
elle devoit l'en détourner , ou
l'abanGALANT.
145
donner à ſon panchant , puis
qu'il luy faiſoit plaifir. Elle a
demandé conſeil ,& voicy ce
qu'a penſé là deſſus M. de la
Ferrerie.
RESPONSE
Touchant l'embarras où ſe
trouve une Dame , à l'égard
de fon Amant. 5.
Douvez- vous avec tout l'efprie
avez , à ce qu'on
Paroistre tant embarassée ?
Tircis eſt inſenſible , belas
Chaffez- le de vostre pensée ,
Et vous n'aurezplus d'embarras.
dit
Mais pais-jebannir de mon coeur
Cet aimable&charmant vainqueur
Que j'aime d'une amour fi pure ?
Plus l'amour a de pureté,
Plus il eſt ſenſible à l'injure
Jany. 1694. G
t
146
MERCURE
Qui vient de l'infidelige.tennab
4
:
Il est vray, mais innocemment .
JeSuis cause du changement
Dont jemeplains, &qui m'offense.
Faitesfur vous un noble effort ,
Portez ce malenpatience,
Ilfaut souffrir quandonatort.
Peut-estre est-ce pourſevanger,
Qu'il feint ailleurs de s'engager .
Et dans le fond,qu'il est fidalle ,
Pourquoy donc vous tant chagriner?
Delicate , ſpirituelle ,
Vous avezdû le deuiner ,
Ouy, mais fiveritablement .
Tircis que j'aime tendrement ,
Eftoit inconstant Guplaga
Hé bien , changez à vostre tour-
Ondis que vous estesſi ſage .
Quandon estfage, adiem L'amour ,
R_AR ?????? ?????
D
GALANT
147
Helas ! ce confeil est bien dur ,
Mon engagement est sipur,
Et j'ay l'ameferme& constante.
Aimez ſouffrez, perfeverez,
C'est là d'une parfaite Amante
Lemerite oùvous aspiraz.
Mais n'oferois -je faire voir,
Sans faire tort à mon davoir ,
Combien ce changement me bleffe ?
Si vous aimiez groffierement,
Sans égard, ſans delicateſſe ,
Vousle pourrichfort librement.
Helas ! jesens que mon amour ,
Mille fois plus pur que le jour ,
Ne peus souffrirnulle foibleffe
Sufpendez donc vostre douleurys
Et que toute vostre tendreſſe
N'éclate que dans vostre caur no
***
Malgréson infideline
zing
up wat
C 2
1.48 MERCURE
I'ay tant degenerofité ,
Que je le cedeà ma Rivale.
C'est là beaucoup vous avancer ,
Vostre tendreffe est fans égale ,
Et rienne peut la furpaſſer.
Non,je n'ay point d'autre defir,
Quededonner àfon plaisir
Toute ce qui peur lefatisfaire.
Cesentimentest genereux ,
Vous ne pouvez jamais rien faire
Qui vous fois plus avantageux.
Ie ne verray donc plus Tircis ,
Et tranquille avecſon Iris ,
Il triomphera de ma flame ?
C'est à quoy je veux vous porter ,
Mais confuliezencor vostre ame
Avant que de l'executer.
Non , non ,je ne me flate point
Iepuis en veniràce point ,
Sans qu'aucun retour me démente.
GALANT.
149
وہ
S'il est ainsi , conſolez-vous ,
Lug content , vous ferez contente
Plus que s'il estoit voſtre Epoux.
**
C'est donc là voſtre ſentiment ,
Que jedois ſuivreaveuglement ,
Si je veux conferver ma gloire ;
S'il en couteàvoſtre vertu ,
Vous n'aurezjamais la victoire
Qu'aprés avoir bien combattu .
François Marie de Lorraine,
Prince de Liflebonne , mourut
icy le 9. de ce mois , dans ſa
ſoixante & ſeptième année. I1
eſtoitFilsde Charles de Lorrainell
. du nom , Duc dilbeuf ,
&de Catherine Henriette legitimée
de France , Fille naruselle
de Henry IV. & de Gabrielle
d'Eſtrées , Ducheſſe de
Beaufort. Il avoit épousé le 8.
Sept. 1658.Chriſtine d'Eſtrées
1 G3
MERCVRE
ſa couſine fille du feu Maréchal
d'Eſtrées , morte le 18. Decembre
ſuivant , & il prit une
ſeconde alliance en 1660.avec
Anne de Lorraine , Fille legitimée
de Charles III. Duc de
Lorraine , & de Beatrix de Cuſance,
PrinceſſedeCantecroix,
dont il a eu Charles , Prince
de Commercy , né en 1661.&
le Prince Paul , tué à la Bataille
de Neervvinde, & deux Filles ,
qui foutMademoiselle de Liſlebonne
, &Madame la Princeſſe
d'Epinoy . Ce Prince eſt d'autant
plus regreté , qu'il ſouſtenoitadmirablement
la politeſſe,
l'honneſteté, &toutes les grandes
qualitez qui ſont attachées
aux Princes de la Maiſon de
Lorraine. Il eſtoit entré dans
le ſervice dés l'âge de treize
ans,& avoit receu vingt-deux
GALANT.
IST
-
;
Bleffures , s'eſtant trouvé à
un pareil nombre de Batailles ,
àcinquante Combats ,& à plus
de centSieges .
Voicy les noms de pluſieurs
autres perſonnes confiderables
de l'un& de l'atitre Sexe , mortes
environ dans le même temps.
Meſſire Henry de Villars ,
Archeveſque de Vienne , mort
dans fonDioceſe , où il a donné
pendanttoute la vie des marques
d'une pieté exemplaire. Il eſtoit
Frere de M.le Marquis de Vil
lars , Chevalier des Ordres du
Rov , qui aeſté cy devant Amballadeur
pour Sa Majesté en
Eſpagne , en Dannemark , &
en Savoye , & qui eſt à preſent
Conſeiller d'Etat d'Epée , Chevailler
d'honneur de Madanie la
Ducheffe de Chartres , & On
ele de M. le Marquisde Villars,
G4
L
152. MERCVRE
Commiſſaire de la Cavalerie,
Lieutenant Generaldes Armées
du Roy , & Gouverneur de Fribourg.
Ce Prelat fut nomméen
1652. à la Coadjutorerie de
l'Archeveſche de Vienne ,qu'
avoit Meffire Pierre de Villars
fon Oncle, auquel il ſucceda en
1655. Ce Pierre de Villars avoit
eſté pareillement Coadjuteur
en 1612. de Jerôme de Villars
fon Coufin , Chanoine & Conſeiller
au Parlement de Paris ,&
il lui fucceda en 1615. Jerôme
fucceda de la meſme forte dans
cet Archeveſché en 1601. à
Pierre de Villars , lequel avoit
auſſi ſucedéà un autre Pierre de
Villars , qui fut nommé Archeveſque
en 1582. & mourut en
1592. de forte que l'Archeveſ
ché de Vienne a eſté rempli
pendant cent douze ans , fans
GALANT. 193
Y
interruption , par cinq Archeveſques
du nom de Villars. On
trouve dans le treſor des Chartres
du Roy à Paris , au Regiſtre
de Charles V. dit le Sage , que
le Cardinal François de Tuderte
, qu'on nommoit alors le Cardinal
de Florence , à cauſe qu'il
eſtoit Archeveſque de Florence
lors qu'il fut fait Cardinal, ayant
eſté transferé par le Pape Innocent
VI.au Siege Archiepifcopal
& Primatial de Vienne ,
& l'ayant tenu quelque tempsen
Commande avecun autre Evefché
qu'il poſſede en titre , euc
pour fucceffeur aprés fa mort
dans cet Archeveſché de Vienne
ſous lameſme qualité , Loüis
de Villars , Eveſque titulaire de
Valence & de Die . Jean Colombi
parle avec éloge de ce Prelar,
dans ſon troifiéme Livre de l'hi
G
I144 MERCVRE
A
1
ftoire & des actions memorables
des Eveſquesde Valence.
Dame Anne Phelypeaux ,
Comteffe de Chavigny & de
Buzançois , Veuve de Meire
Leon Bouthillier , Conte de
Chavigny. Elle estoit Fille unique
de M. &de Madame de Villeſavin,&
quoy qu'elle foit morre
à l'âge de quatre-vingt & un
an , elle à pourtant moins vêcu
que Madame de Villeſavin ſa
Mere , qui eſt morte âgée de
quatre vingt treize ans. Feu M..
deChavigny , fon Mary , avoit
Deſté Ministre & Secretaire d'Eſtat
, Treforier des Ordres du
Roy , Gouverneur des Ville &
Citadelle d'Antibes , & du Chaſteau
de Vincennes , Chancelier
de Son Alteſſe Royale feu Monfheur
le Duc d'Orleans , & moututen
1652, âgé feulement de
GALANT.
quarante quatre ans. Il eſtoit
Fils de feu M. de Bouthilier ,
Surintendant des Finances. Du
Mariage de M. & de Madame
de Chavigny ſont ſortis dix
oudouze Enfans. M. l'Evefque
de Troye en eſt un. Il ya eu
quatre Filles , dont l'aînée époufa
M. le Maréchal de Clerambaut;
la ſeconde , qui eſt morte ,
fut mariée à M. le Comte de
Brienne , Miniſtre & Secretaire
d'Estat ; la troiſieme , à un Prefident
à Mortier du Parlementde
Rouen , & la quatrième , au dernier
Premier Preſident du ParlementdeDijon..
Jeanne d'Aumale , Demoifelle
de Haucour. C'eſtoit une
vieille fille , foeur aînée de feuë
Sufanne d'Aumale feconde
2
femme du dernier Maréchal de
Schomberg , dont elle n'a point.
156 MERCURE
eu d'enfans. Mademoiselle de
Haucourt avoir un Frere marié
en Hollande , qui a laiſſé un fils
&deux filles , dont la cadette a
épouseM. le Comtede Noyelle,
Brigadier d'Infanterie , dans le
ſervice des Estats Generaux .
Meſſire Louis de Voyer de
Paulmy d'Argençon Abbé de
Beaulieu , & Doyen de l'Eglife
Royale, Collegiale & Paroiffiale
de Saint Germain de l'Auxerrois
. Il eſtoit fils & Frere de Mrs
d'Argençon , qui ont eſté Ambaſſadeurs
pour le Roy à Veniſe.
Ila laiſſé un tres-beau Cabinet
rempli d'excellens Tableaux ,
& de quantité d'ouvrages cu-..
rieux. Le Chapitre Royal de
Saint Germain , ſuivant fon.
droit de conferer le Doyenné ,
ànommé M. l'Abbé d'Argençon
Neveudu deffunt Doyen, pour
remplir ſa place.
GALANT .
157
M. de la Bourlie, Gouverneur:
de Sedan. Il eſtoit dans un âge
extremement avancé , & avoit
eu l'honneur d'eſtre Sous-Gouverneur
de Sa Majeſté. Cet employ
fait fon éloge , puiſqu'on
ne choiſit que des perſonnes
d'un merite diſtingué pour infpirer
aux Souverains les ſentimens
fur leſquels ils ſe forment.
Ileſtoit Beaupere de M. le Comte
de Guifcard , cy- devant Gouverneur
de Dinant , & prefentement
de Namur. On ne peut
ſervir avec plus de valeur& de
diſtinction qu'il a toujours fait,
ce qui luy a attiré l'eſtime du
Roy, & les recompenfedont fa
Majesté l'a honoré. ヤ
Dame Thereſe Angelique de
Bourlon . Elle estoit Veuve de
Mre Louis Charles Marquis de
Maridort , & auparavant , de
58
MERCURE
Mre Charles de Riante , Comte
de Regmalat.
M. de Bellenave , Brigadier &
Lieutenant Colonel du Regiment
de la Marine. Il eſt mort
à Pignerol des bleſſures qu'il a
receuës à la bataille de la Marfaille.
Ila eſté regreté du Roy
pour ſon grand merite , & de
tous ceux qui le connoiffoient.
C'eſtoit un des meilleurs Of
ficiers que fa Majesté euſt dans
fes Troupes .
Dame Marie Molé Elle eſtoit
veuve de Mre George de Monchy
, Marquis d'Hoquincourt ,
Chevalier & Commandeur des
Ordres du Roy , LieutenantGeneral
de ſes Armées , Gouver
neur , Grand Bailly & Lieute
nant General de la Province de
Peronne , Mondidier , & Roye...
Mre Jean Molé fieur de JuseanGALANT.
159
}
vigny , Preſident aux Requeſtes
eutdeux filles de Gabrielle Molé
ſa Coufine , dont la puiſnée
épouſa M. le Marquis d'Ho .
quincourt. La Malon de Molé
eft tres illuftre dans la Robe où
elle a poffedé & poffede encore
les plus grandes Charges , telles
que font celles de ProcureurGeneral
, de Prefident au Mortier
&de Garde des Sceaux. M. le
Marquis d'Hocquincourt eſtoit
fils de Charles d'Hocquincourt,
Maréchal de Franee .
>
Le Pere Anfelme , Auguftin
Dechauffé , fi connu & fi eftimé
• de tous les Sçavans par ſes Onvrages
Hiftoriques & Genealo
giques. Heſt mort àParis le 17 .
de ce mois âgé de foixante &
neufans , dont il en ,apaffé cinquante
avecune entiere édificationde
ſes Fretes dans un detaF60
MERCVRE
'chement de toutes les Charges
Monaſtiques , s'appliquant uniquement
aux devoirs de la vie
Religieuſe ,& à la compoſition
des Ouvrages dont le public a
eſté ſi ſatisfait. Il eſtoit preſt de
donner une ſeconde edition de
fon Hiſtoire Genealogique de
la Maiſon Royale de France , &
des Grands Officiers de la Couronne
, avec des corrections &
des augmentations , auſquelles
il travailloir depuis long- temps,
ainſi qu'à un nouvel Ouvrage
qui traite de toutes les Maiſons
fouveraines & des plus illuſtres
del'Europe ,& dont il a laiſſe le
Manufcrit dans ſa perfection . Il
a eſté fort regretté de fon Ordre
,& de toutes les perſonnes
qui connoiſſoient fon merite &
fapieté . I.
La. Republique des Lettres.a
GALAN T. 161
= fait une autre perte en la perſonne
de Mre Jean Rochette , Seigneur
de Malauſat , Treforier
de France dans la Generalité de
Rion , fils de noble Maurice Rochette
, Seigneur de Malauſat ,
cy -devant Procureur du Royau
Prefidial de Rion , & Intendant
des Maiſons de M. le Duc de
Boüillon & de M. le Cardinal
fon frere , & de Marie Faydie.
C'eſtoit un jeune homme plein
d'efprit & de ſçavoir. Il eſt l'Auteur
de l'éloge hiſtorique de M.
Bocager qui a recen une approbation
generale de tous les Sçavants.
Ce fut luy auffi qui compoſal'Almanach
galant qui plut
fi fort à toutes les Dames d'efprit
qui le lurent . Il a eu encore
bonne part à quantité de pieces
fort eſtimées dans le monde
qui n'ont pas paru fous ſonnoma
S
L
1162 MERCURE
Il eſt mort dans la fleur de fa
jeuneſſe le douziéme de ce mois
àParis ,fortregreté de tous ceux
qui l'ont connu .
J'oubliay à vous apprendre
le mois paffé que le Royavoit
donné le Regimentde Cavalerie
de Belivieres à Mre Charles
Bariot, Comte d'Honneuil ,
cy-devant LieutenantColonel
du Regiment, Mestre de Camp
General de la Cavalerie Lege.
re. C'eſt un des plus beaux Regimens
de l'armée &des plus
complets , auquel il ne manque
pas dix hommes en tout. Auffi
peut on dire que file preſent
eſt beau , celny de qui le Roya
fait choix pour luy en faire
don , eſt un des plus braves
hommes de France , & qui le
meritoit le mieux , s'eſtant diſtingué
en pluſieurs occafions.
GALANT. 163
Il eſt Cadet de Mre François
Bariot, Comte de Mazy , Chevalier
d'honneur , & premier
Ecuyer de feuë Mademoiselle
d'Orleans , qu'il a ſervie pendant
plus de trente ans en cette
qualitéavec une fidelité &
un attachement qui luy avoit
attiré la confiance de cene
Princeffe , & les loüanges de
toute la Cour. La Maiſon des
Bariots , Comtes d'Honneuil ,
eft tres ancienne , & tres diftinguée
parmy la Nobleſſe du
Bugey &de Breffe. Ils tirent
leur origine des Maiſons de
Vayras , Varranbon & la Palue.
Les Marquis de Mouſſy
font les aînez , & leurs terres
font en Touraine. Les Comtes
d'Honneuil ſont les Cadets , &
font établis en Picardie. Ce
n'est pas ſeulement dans la pro-
1
164
MERCURE
feſſion des Armes qu'ils ont
paru , c'eſtauſſi dans les dignitez
de l'Eglife & de la Robe.
Mrs les Abbaz de Mouſſy , &
d'Honneuil ſont eſtimez dans
le Clergé pour le bon uſage
qu'ils font des Abbayes Commandataires
que le Roy leur a
données. Le dernier eſt encore
Chanoine de la Sainte Chapelle
de Paris . Leur Triſayeul
paternel quitta la profeſſion des
Armes pour eſtre Conſeiller
au Parlement de Paris , & s'y
diſtingua par ſa probité & par
fon integrité .Cette Maiſon eſt
alliée à celles de la Fayette ,
de Montbel , d'Entremont , de
Taligny , d'Arbalete ,de Melun
, de Bochart- Champigny ,
de Mesme d'Avaux , & du
Tremblay. La Lettre dont je
vous envoyay la coppie au
GALANT.
*
165
- mois dernier , ſur la mort de
M. le Chevalierde Pompone ,
marquoit que ſon quatrième
Ayeul paternel Hery Arnauld,
avoit épouséCatherine Bariot.
Comme le nom eſtoit malécrit,
l'Imprimeur qui ne put le lite ,
mit Baciot par erreur , au lieu
de Bariot. Cette faute eſt grande
, mais elle n'approche pas
de celle qui ſe gliſſa je ne ſçay
comment dans le meſme article
, où l'on mit le Poëte Prudence
pour le Poëte Fortunat ,
& la Ville d'Uzez pour celle
d'Vffel.
Le 3. de ce mois , jour de
SainteGeneviève , M. l'Archevêque
d'Alby facra M. l'Abbé
de Verthamont Evêque de
Pamiez , & M.I'Abbé d'Estaing-
Saillant , Eveſque de Saint-
Flour , dans l'Egliſe du Novi-
備
166 MERCURE
tiat des leſuites . Comme ces:
deux Prelats ſont des meilleures
Maiſons dela Robe & de l'Epée,
ils attirerent à cette Ceremonie
une fi grande foule
de gens de marque, qu'il y eut
des Ducheſſes qui ne purent
entrer , ny trouver place. Il y
avoit vingt huit Eveſques ,
ayantM. le Nonce àleur teſte.
M. l'Abbé de Verthamont,
comme plus ancien Preſtre que
M. l'Abbé Comte d'Estaing, fut
ſacré le premier.Il ſeroit inutile
de vous parler de la grandeur
de la Maiſon de ce dernier.
Tout le monde ſçait que pour
avoir ſauvé l'Ecu & l'Etendart
de France dans la Bataille de
Bovines , l'an 1214. Philippen
Auguſte accorda le privilege
aux Deſcendans du Comte
d'Estaing , qui avoit fait cette 4
GALANT.
167
action , de porter l'Ecu & les
Armes de France pleines , au,
chef d'or , qui eſt d'Estaings
mais vous ferez bien aiſe de
ſçavoir l'obſervation que fit un
homme d'eſprit , en voyant fai
crer M. d'Estaing Eveſque de
S. Flour , & Monfieur le Marquisde
Montboiffier Canillac
fon Beau frere , faire les hon-)
neurs de cette ceremonie. H
dit que le Cardinal Pierre
d'Estaing avoit commencé , d'a
bord par l'Eveſché de Saints
Flour , qu'il avoit ensuite eſté
Archeveſque de Bourge ,& puis
Eveſque d'Oſtie trois ans ,aprés
qu'il cút eſté fait Cardinal en
1370. par Urbain V. & quec'ef
toit deux Papes de la Maiſonde
Beaufort Canillac , ſçavoir Clement
VI . & Gregoire XI. qui
luy avoientdonné cestrois Evef168
MERCURE
1
)
chez. Il ajoûta que la Maiſon
d'Estaing eſtoit fi illuſtre du
temps deChales V. dir le Sage ,
que le Pape Gregoire XI . envoyant
le Cardinal d'Estaing en
Italie pour fon Legatà Latere ,
&écrivant aux Seigneurs & au
Peuple de Florence pour le leur
recommander , marqua que ce
Cardinal estoit d'une des plus nobles
des plus illustres Maisons de
France. Il y a eu pluſieurs Eveſ.
ques de cette Maiſon , & entre
autres un François d'Estaing ,
Eveſque de Rhodez , mort en
odeur de ſainteté , dont la vie a
eſté écrite par Ioannes Baptista
Bellus avec beaucoup de ſincerité
& de netteté . Celuy qui vient
d'eſtre ſacré Eveſquede S. Flour
eſt frere de M. le Marquis du
Terrail , de M.le Comte de Sail -
lant ,de Mrs les Abbez de Mont
peroux
GALANT.
169
peroux & de S. Vincentde Senlis
, & de M. la Marquiſe de
Montboiffier Canillac , & tous
font fils de M. le Comte de Sail-.
lant , Cadet de la Maiſon d'Eſtaing
, & d'une du Terrail de
Bayard , petite niece du fameux
Chevalier Bayard. Cette bran-
- che des Cadets d'Estaing eſt
eſtablie en Auvergne , au lieu
que les aînez font de Rouergue .
Le nouvel Eveſque de Saint
Flour eſt Comte de Lyon. Ce
Benefice eſt , pour ainſi dire ,
hereditaire dans la Maiſon d'Eſtaing,
ayant paffé depuis plus
de trois cens ans ſans interruption
de l'oncle au Neveu. C'eſt
un Prelat quia toujours fort édifié
par la pieté& par ſes Predications.
Vous avez raiſon , Madame,
d'eſtre inquiete de la ſanté d'une
Janv.1694. H
+
1 MERCURE 170-
1
des plus illuſtres perſonnes de
voſtre ſexe Madame des Houlieres
, dont on a publié la mort
dans voſtre Province , eſt encore
pleine de vie ; maiselle eſt
toujours attaquée d'un mal fa
cheux qui alarme fesamis , quoy
qu'il y ait tout lieu d'efperer
que les remedes &les foins que
prennent d'elle des Medecins
tres-habiles la retabliront dans
ſa premiere ſanté . Comme vous
recherchez curieuſement tous
ſes ouvrages , je vous envoye
l'Epitre que vous m'avez demandée.
C'est une réponſe à une
Lettre que Madame la Comteffe
d'Alegre luy avoit écrite ſur l'Epitre
àM. Arnaut , Fermier General
, où elle la louoit de ce
qu'elle y avoit trouvé tous les
Trefors des Indes,
-
1
GALANT.
171
*
**
Ic
A MADAME
LA COMTESSE
D'ALEGRE .
Non , charmante Iris , dans
ma Lettre ,
Ie n'ay point employé les précieux
trefors
Que l'Inde étalefurſes bords.
Quand on veut parler juſte ,
Sçauroit les mettre
on ne
Que dans l'expreffion des brillantes
couleurs,
Quifont que les plus vivesfleurs
Avec vostre beau teint n'oferoient
Secommettre.
S'ilarrive qu'unjourje chante dans
mes Vers
H2
172 MERCURE
Ce teint toujours vainqueur des plus
affreux hivers ,
Quene pourray-jepoint là-deſſus me
prometire?
Des rofes dontà fonréveil
La jeune Amantede Gephale
Seme la route du Soleil , A
Des pleurs dont s'enrichit la Mer
Orientale,
Lors que son tendre coeur déteste le
Sommeil
D'un vieux Epoux contraint de devenir
Cigale ,
Ie prendray la fraiſcheur , le blanc,
&le vermeil ,
Pourcompoferun teint àvostre teint
pareil ,
Et je ne feray rien cependant qui
l'égale.
Ces precieusesgouttes d'eau ,
Que la brulante ardeur du celeste
flambeau
GALANT. 173
Durcitdans leſein de la terre ,
Les Diamans, ces beaux cailloux
Dufeu de vos regards , ce feu brillant&
doux ,
Plus à craindre par tout que le feu
du Tonnerre ,
Serviront à peindre l'éclat ,
Etdans la duretéqui leur est naturelles
Peut - estre trouverois- je à faire un
parallele
D'un coeur que milleAmans accufent
d'estre ingrat.
Pourpeindre la beauté de cette treffe
blonde,
Que les jeunes Zephirs , ces petits
imprudens ,
Rendent quelquefois vagabonde.
Le prendray le Soleil , lors qu'auforsir
de l'onde
Lebain aura rendu ſes rayons plus
ardens.
H3
174
MERCVRE
Iris , quand je voudray parler de
vostre bouche,
Lerouge da Rubis fera d'un grand
Secours,
Ce beau rouge ſi vif, qu'on crains
presque toûjours
Deſebruler quand ony touche.
Voilàpourvous , aimable Iris ,
Cequ'on peut emprunterfurle Riva
ge More,
Mais à ce riche amas de rayons , de
Rubis ,
De Diamans , defleurs , qu'on vient
de voir éclore ,
Et de Perles que font les larmesde
l'Aurore ,
Lors qu'elle les répand dans le ſein
de Thetis ,
Ilmanquequelque chose encore.
C'estun espritſolide,agreable, élevé,
Qui ne cherche point àparoiſtre ,
GALANT.
175
Etquipar unexcellent Maistre
Fut désleberceau cultivé.
C'est un coeurgenereux,fincere, adroit
&tendre ,
Toujourspar la vertu conduit&préfervé
D'un dangereuxpoison pour lescoeurs
reservé,
Qui d'abord les reduit en cendre,
Outout cela peut- ilse prendre ?
Iris , quand je l'auray trouvé ,
Le portrait que pour vous je brule
d'entreprendre ,
Serasi ressemblant&fi bien achevé
Qu'on ne pourra pas s'y méprendre.
Mademoiselle de Mauny ,
ſeconde fille de M. le Marquis
d'Etampes , Chevalier des Or- /
dres du Roy , & premier Capitaine
des Gardes de ſon Alteſſe
Royale Monfieur , a pris depuis
peu l'habit de Religieuſe
1
H 4
176 MERCURE
dans l'Abbaye du Lieu Noſtre-
Dame, dont l'Abeſſe eſt ſoeur de
Madame la Marquise d'Etampes
,& ainſi fille de M. le Marquis
de Droué , aîné de la Maifon
de Raynier. M. l'Abbé Nadal
qui fit l'exhortation , pric
pour ſon texte ces paroles de
S. Mathieu. Maria optimam partemelegit
, qua non auferetur ab
ea , & diviſa ſon diſcoursen
deux parties , l'uneſur ce que
Mademoiselle deMauny quittoit
le Monde , parce qu'elle le
regardoit comme un des plus
grands obſtacles à fon falut , &
l'autre ,fur ce qu'elle entroit
dans la Religion, à cauſe qu'el
le l'enviſageoit comme un des:
moyens les plus efficaces du
falut. Il dit que non ſeulement
Je Chreſtien éclairé deslumieres
de la foy ne trouvoit pas
GALAN T. 177
affez de ſoliditédans les biens
du Monde pour s'y attacher ,
mais que les Philoſophes mefmes
, fur les feules lumieres de
la raiſon , n'avoient pas cru
qu'ils en duſſent faire l'objetde
leurs recherches; qu'ils avoient
placé le ſouverain bonheur
dans le mépris de ces biens ,&
que ce qu'il y avoit de remar
quable , & qui feroit un ſujet
éternel de confufion pour nous,
c'eſt qu'ils avoient fait paroiftre
cette moderation & ce defintereſſement
ſans avoir des
veuës & des fins auſſi relevées
que celles de la pieté des Chrétiens;
qu'ainſi rien n'étoit plus
capable de nous détromper du
monde que le monde meſme ,
qui nous fourniſloit fans ceſſe
des armes pour le combatre
dont cependant noſtre foibleffe
Η
2
178 MERCURE
pous empêchoit de nous prevaloir,
la Providence éternelle
ſemblant le permettre ainſi ,
pour tirer du fond meſme de la!
corruption du monde , des remedes
contre lemonde meſme,
& faire fervir les vices des
hommes à leur propre ſanctification
. En effet , ajouta-t- il , ce
qu'il y a dans le Monde de plus
illustre de plussacré , la vertu ,
n'estpas toujours si digne que l'on
diroit bien des éloges dont on a tâché
danstous lesfiecles d'en relever le
merite , &d'en consacrer l'excellence
. Remontez àlasource des actions
les plus éclatantes , vous la trouverez
toujours corrompuë. Attachezvous
à deméler les principes
motifs qui nous font agir , vous
cornoiſtrezque le crime entrepresque
toujours dans toutes les vertus du
fiecle. Le defintereſſement n'est qu'un
les
GALANT.
179
interest caché ; la modestie qu'une
vanité enveloppée ;laſageſſe qu'un
effetde l'orgueil ; la liberalité
qu'une pure oftentation ; la pudeur
qu'une affectation veritable l'amitiequ'un
intereſt delicat qui nous
trompe ; la valeur qu'un effet d'une
ambition demeſurée dans les uns
de brutalité , d'émulation, d'avarice
dans les autres ,& dans tous , une
foibleße qui se confacre elle-mesme ,
un monstrueux oubly defoy mefme.
La Religion enfin neft plus
qu un voile dont l'ambitieux
l'ufurpateur couvrent leurs démarches
, qu'une voye detournée pour
aller à des fins criminelles , qu'un
moyenplus efficace defairevaloirſes
interests , qu'un de ein formé de
trabır le Ciel & de tromperles hommes
. Tel est le caractere ,
fauffeté des vertus humaines. Quelques
- unssupendus entre le monde
la
H6
180 MERCURE
Dieu ne trouvent rien de plus
doux que de les reunir penfant accorderainſi
leur devoir & leur incli -
nation , consacrerles richesses &les
plaisirs , reconcilier la confcience
Tinterest , allierla vanitédu monde
avec la verité de Dieu , le culte
des Demons le culte du Sauveur,
Sans confidererque ces alliances font
monstrueuses ; qu'il faut glorifier
Dieu aux dépens du monde,ou poffeder
le monde aux dépens de Dieu.
Aurestecette comparaiſon des biens
des miſeres de ce monde cette
fubordination qui s'y rencontre parmy
les hommes , les empechera toujours.
defe croire heureux , & de l'eftre
en effet . La distance que la fortune,
oupluſtoſt que la divine Providence
amiseentre leTeuple les Grands,
se rencontre la mesme , entre les
Grands & le Prince. Les uns trou
vent toujours dequoy irriter leur
GALANT. IS
envie, & les autres dequoy mortifier
leur orgueil &piquer leur ambition
Ou les richeſſes qui luy manquent ,
ou la veue de souveraine grandeur ,
tiennent, pour ainsi dire , l'homme
toujours en baleine & luy donnent
toujours lieu de ſe plaindre ou de
Souhaiter. D'ailleurs le Peuple regarde
comme un veritable bonheur
des Grands , la jouissance des biens
qu'iln'a pas: Oles Grands comp .
tent pourrien les biens avec lesquels
ils sont nez,
pourrien ceux qu'ils ont receus de la
favear ou de la fortune , estant or
dinaire à l homme de ſes familiari.
Seravec les biens qui leur viennent ,
de perdre bientoſt le gouft de sa
nouvelle grandeur,plus heureux par
l'esperance que parla poffeßion , ne
font plus touchezque de l'ambition
qui les tiranniſe ,& deviennent la
proye des defirs toujours nouveauxde
Leurcooeur.Ny l'avarice
comptent mesme
l'ambition
182 MERCURE
dont les unsfont tourmenternefoulagent
point la mifere des autres, ny
laveuëdetantdemalheureuxn'augmente
point la felicité des Grands.
Ily a quelque diverſité dans les objetsqui
les frapent, mais lespaſſions
font toujours les mesmes,leurs defirs
font differens , mais leur mifere eft
égale.Telle est la distributionque la
fageffedeDieu afaite des places
desfortunes des hommes,qu'ellefait
ferviràl'accompliſſement deſes decrets
éternels, dont ellesefertpour
élever le coeurhumainà une fortune
plussouveraine, pour nous perfuadertout
du moinsque ce que le monde
appellegrandeur felicité ,n'a
defondement de réalité quedans
la fantaisie
hommes.
l'imagination des
Aprés avoir fait à cette zelée
Poftulante cette peinture
generaledes hommes , M.l'AbGALANT.
183
bé Nadal luy fit voir qu'il y avoitune
forte de monde où fa
naiſſance ſembloit l'avoir deſtinée
à vivre , & dont le ſejour
eſtoit bien plus gliffant , & le
commerce plus dangereux. Il
fit un détail de tous les écueils
qui ſe trouvent à la Cour. Là ,
dit-il , chacunse rend maistre de
ſesyeux&de ses mouvemens regle
fon coeur&son visagesur ses inte.
rests, leperfide ou dijjimulé ,flate ou
careffſe ſes ennemis , abandonne
facrifieſes Amis mesme ,sourità
tout le monde,
Jonne souple &different selon les
tems differens ,fage & devot par
mode ou par interest. Quelle émulation
parmy le Sexe ! Les fontanges
des unes piquent l'envie & la
delicateffe des autres le vainmerite
d'une beauté perißable se fait mille
ennemiessecretes . Quelssoins étu
n'affectionne per184
MERCVRE
diezde plaire où l'artifice embellit
repare la nature ! Quels defirs
de voir d'eſtre venë,deſirs également
criminels selon Tertullien !
Quelplaisir d'allumer ou de ref-
Sentir ces paßions funestes ces traits .
defeu dont parle l'Apostre ;Tela
nequiſſima ignea! Là enfin nulle
confiance , nulle liaison que celle
que forme l'intereſt ou la volupté ,
toutes les amitiez fausses , &les
Haines veritables les devoirs lesplus
Sacrez violez, attaches criminelles,
lafortune adorée , Dieutoujours
oubliéTel est leſejour où vous renoncez.
Quelle esperance defalut dans
un lieu oùse trouvent des exemples
fi pernicieux ? Quelle focieté pour
une ame penetrée des veritez de la
Religion, quiſçait qu'ilfautporter
Sa croix ,ſe conſoler au milieu des
maux ,ſe rejouir dans les afflictions,
mesurersa felicitéàses souffrances
GALANT. 185
la grandeur à la misere , hair
foy mesme,aimerſes ennemis ; prier
pour ceux qui nous persecutent
nous calomnient , mouvemens du
coeur inconnus à toute la ſageffe
humaine! Quel fejour enfin pour
une ame Chrefiienne &persuadée
qu'ilfaut avoir de la clemence , de
lafimplicité de coeur d'esprit ,
l'innocence mesme des Enfans ,de .
venir lesferviteurs des autres pour
- devenir les Disciples de Jesus Christ,
joindre les lumieres de l'esprit نم
l'humilité de coeur ; détruire la vo
lupté par les mortifications,
gueilparles idées de la grandeur
de Dieu par la veuë de nostre
baßeffe , urifier son coeur ſa
confcience , aimer Dieu par deſſus
toutes choses , s'élever au deſſus de
fes paßions pourporterl'image le
caractere de ce mesme Dieu,
l'orpour
vivre conformement àſaloy eternelle
186 MERCURE
८
parla justice la moderation qu'il
ne doit enfin y avoir ny haine ny
jalousie , ny concurence , que la charité
doit nous rendre tout propre ,
confondre nos biens nos interests,
nous faire égalerce que les pas-
•fions des hommes distinguent . Il fit
voir dans ſa feconde partie les
avantages de la retraite . Non
Seulement , dit- il le Monde nous
detache de Dieu , mais il nous
enleveà nous-mesmes ,&fl'intervalle
,ou pluſtoſt le degoust des
plaisirs nous livre quelquefois, c'est
pournous rendre la proye d'une in.
finité de remords qui nous déchirent
Sans ceffe , qui nous obligent à
nous fuir encore davantage Ne pouvant
fouffrir la veue deſoy-mesme,
oncherche àse repandre au dehors ,
mais ta retraite nous rend à nous
mesmes à Dieu , & nous ramene
des reflexions à la pratique , ou du
GALANT. 187
moins àl'examen de nos devoirs. Nos
paßionstoujours irritées par la prefence
des objets qui les allument ,
reveillées par mille occafions delicates
, confirmées parde dangereux
exemples, nourriespar des esperances
flattées , rejettent les inspirations
du Ciel , refiftent à la Grace , condamnent
uneReligion qui les con
damne,,ou taſchent de les afſujetir à
leur interest , estouffant la voix de
la nature les mouvemens de la
conscience ,&tous ces principes de
droiture de religion que Dien
a mis dans lecoeur de tous les hommes
, qui pour parler le langage
du Sauveur mesme , reçoivent laſemence
c est à direla parole de Dieu
parmi des épines , mais en qui les
inquietudes du fiecle & l'illusion
desricheſſes l'étouffent ensuite ,
la rendent infructueuse ; principes ,
mouvemens , graces inspirations que
د
188 MERCVRE
la retraite fait revivre si beureuse
ment. Quoy que l'homme traifne par
toutses paßions , qu'il ait dans le
coeur des objets qu'il écarte de ſes
yeux , & qu'il les reçoive dans la
retraite comme dansle monde , il est
pourtant ,vray qu'ils n'agiffent pas
fur luy avec un empirefisouverain.
Lafolitude qui aigrit les paßions
dans quelques- uns les diminuë pref
quedans tout le monde, fila vertu
ferelaſche danslesdelices,lespaßions
s'affoibliffent par l'austerité. Tous
cesfantômes dufiecle s'évanouiffent
font place à des objets plus inno.
cens , & l'homme qui dépend des
lieuxpour le coeur &pour l'esprit ,
devient bientoft dans la retraite
tout different de luy- mesme. C'est
làque Dieuparle au coeurdes Vierges
Chrestiennes ,qu'elles trouvent
dans un entretien ſi cher tout ce qui
les peut satisfaire , ques'ouvre pour
GALAN T. 189
elles le chemin d'une esperancefoli.
de , &que la joye qu'elles ygouftent
après leurfortie du monde, est
égaleàlajoye d'Iſraël aufortir de
l'Egypte. L'Eglise a veu paroiftre
de temps en temps des hommes extraordinaires,
inspirez de Dieu pour
l'executiondeses deſſeins éternels,
fuir le monde dont ils reconnoiffoient
les écueils , raffemblezdans la re
traite des ames Chrestiennes ,y devenir,
comme Abrabam, la tige
les Chefs d'un Peuple faint occupé
dans la meditation de la parole
de Dieu ,qui plus particuliere.
ment à luy que le reste des hommes
qu'ils éclairoient parleurs lumieres,
conduifoïentpar leur prudence, animoient
par leur ferveurfoutencient
par leur charité , édifioient par
leur exemple,ont fait de cesfaintes
Cominunautez comme un aple sacré
de l'innocence & de laReligion.
190 MERCURE
2
Il ajoûta à toutes ces chofes ,
que ce n'eſtoit pas aſſez d'avoir
triomphe du monde , & de l'avoir
abandonné pour ſe renfermerdans
un Cloiſtre , qu'il falloitne
le revoir jamais , s'il eſtoit
poſſible , oudu moins bien rarement
, & craindre les converfationsles
plus innocentes. Vaines,
on plustost dangereuses resourcesde
la pluſpart des personnes Religieufes,
continua-til , qui pour foulager
les austeritez de la Religion ,se
livrent aumonde quelquefois ? Que
ne réveillent point en nons les conversations
? Quelles dangereuses
images ne rapporte-t- on point dans
laretraite , où le coeur.&l'imagination
portent encore de nouveaux
traits ! Quelles paroles n'y recueille-
t-onpoint, dont onfait tant d'applications
differentes , & toujours fi
pareuses? Paroles quel'on conferve
GALANT.
191
e
plus précieusement que la parole de
Dieu. L'esprit du fieclene segliffe
que trop dans le fond mesme des
Oloistres , &n'y voit- on pas regner
lavanité , lajalousie , la cabale
l'intrigue ? Les plus faintes obligations
de la Religion ne sont souvent
que des actions purement exterieures
, & les relâches de l'esprit que
des diffipations du coeur. La devosion
n'est pour quelques unes qu'un
prétextespecieux , & oferois-je le
dire , le Tribunalmesme de la Penirence
nefere pas toujours à entendre
les gemiſſemens de la componction.
Cette peinture generale fut fuivie
de l'éloge de la pięte & de
la vertu des ſaintes Filles qui
l'écoutoient , & vous ne devez
pas eſtre ſurpriſe des applaudisſemens
que ce Diſcours attira.
àM. l'Abbé Nadal , puis que
les morceaux quej'ay pris foin >
1
192
MERCURE
d'en extraire , vousen fontconnoiſtre
la beauté .
Le Roy adonné la Charge de
Medecin Major de ſes Camps ,
Hôpitaux & Armées à M. Pro-
Denza , premier Medecin de
feuë Mademoiselle d'Orleans.
Elle eſtoit vacante par la promotion
de M. du Cheſne à celle
de Premier Medecin de Meſſeigoeurs
les Princes. M. Pronenza
, dont je vous ay fait connoiſtre
la capacité & le merite
dans l'une de mes Lettres , a cu
l'honneur d'eſtre preſenté au
Roy par M. de Barbefieux, pour
le remercier de ceite grace.
Sa Majesté a donné en même
temps la Charge de Medecin
ordinaire de l'Hoſtel des Invalides
, à M. Guiart , Docteur
Regent de la Faculté de Medecine
de Paris , & Gendre du
mefme
GALANT.. 193
i
meſme M. du Cheſne , à qui
Ellea voulu donner des marques
de ſon eſtime , en remettantcette
Charge dans la Famille
, qui l'a ſi dignement exercée
depuis l'établiſſement de
cet Hoſtel, M. Guiart luy fuccede
avec tous les avantages
qu'il pouvoit ſouhaiter , eſtant
fort conſideré de tous les Officiers
& Soldats de cette Maiſon ,
à qui ſon experience doit eſtre
connuë , puis qu'ila rempli les
fonctions de cette Charge pendant
pluſieurs années , en l'abſence
de fon Beau- pere , lors
qu'il eſtoit obligé d'aller à l'Armée.
M. du Cheſne , dont je
viens de vous parler , a preſté
ferment de la Charge dont le
Roy l'a honoré , entré les mains
de M. Fagon , Premier Medecin
de Sa Majeſté. 2
Janv. 1694. I
194
MERCVRE
M. le Curé de Saint Jacques
ayant eſté receu Curé de Saint
Germain l'Auxerrois , toute la
Paroiſſe en a témoigné une joye
qu'il ſeroit difficile d'exprimer.
C'eſt un Pasteur entierement
détaché du monde , &tout appliqué
à fon Troupeau. Il n'a
rien à luy , & donne aux Pauvres
tout ce qu'il reçoit , ne ſe
reſervantqu'à peine pour vivre
&donnant meſme ſouvent ce
qu'il a reſervé pour ſa ſubſiſtance
, lors qu'on vient luy parler
de quelques pauvres honteux ,
qui font dans une neceffité preffante.
J'en dirois davantage ſi
je ne craignois de faire ſouffrir
ſa modeſtie. On peut juger avec
combien de joye ſes nouveaux
Paroiffiensl'ontreceu.L'empreſſement
à lui en donner des marques
a eſté ſi grand,que les En
GALAN T.
195
fansmesme de la Paroiſſe de S.
Germain ont eſté luy témoigner
en Corps , le plaiſir qu'ils ont
reſſenty de l'avoir pour leur
Curé , Voicy de quelle maniere
M. l'Abbé Cadot , âgé ſeulement
de dixans , luy paria à la
teſte de la Jeuneſſe , le jour de ſa
reception. ?
Ous estes fans doute furpris ,
,
d'Innocens unir leur voix aux acclamations
publiques que vous recevez
aujourd'huy dans cetteRoyale Paroiffe.
Ce font les agneaux du troupeau
qui cherchent leur Pasteur ;
cefont les Vierges de l'Evangile
qui viennent au devant de l'Epoux.
les Enfans de la Maison de Dieu
qui veulent embrasser leur Peres
c'est en un motla charmante innocence
qui vient rendre hommage
I 2
196 MERCURE
àson nouveau Protecteur. Elle gemiſſoit
il y a quelques jours , cette
aimable vertu , ellese voyoit expo
Séc aunaufrage , & connoiffant la
capacité du Pilote qui la conduifoit
dans sa route , & la perte qu'elle
faisoit du noble & illustre Deffenfeur
qu'elle s'estoit acquis , faut - il
s'étonner si le trouble & la crainte
occupoient ses principauxsoins , &
Sijalouſe des beautezqu'il luy avoit
procurées partant defaintes instru-
Etions, elle détachoit à tous momens
fon innocente curiosité , pour decouvrir
quelferoit le conducteur à qui
fon Dieu voudroit bien confierſa conduite
, & poursçavoir s'il auroit la
mesme tendreſſe, le mesme amour
&les mesmes empreſſemens poursa
défense. Mais enfin ce jour heureux
rendses voeux satisfaits , il diffipe
fesinquietudes , & voyant le Ciel
reparer avecun plus grand avansaGALANT
.
197
4
ge sa disgrace imaginaire , elle
changesessoupirs en de nouveaux
Souhaits , & beniſſant mille fois
T'heureux échange que la Providente
vient de faire enſa faveur , loin
de plaindre lefort qu'elle avoit d'abord
crû fatal & funeste àſa gloire,
elles'applaudit dansl'erreur qui l'avoit
decenë , &se voit obligée àde
nouvelles reconnoiſſances pour le
nouvel avantage que luy procure
SonSage Conducteur. Elle voit avec
plaisir qu'il ne quite l'innocence que
pour courirde nouveau à l'innocent,
quefon zele infatigable le demande
en plus d'un endroit , & que lafageſſe
qui a toujours conduirsesintenzions
luy a fait prendre des mesures
fijuſtes &fi certaines pour lafeuretéde
cette vertu , qu'elle espere dorénavant
n'avoir aucun lieu de
craindre les infultes deses plus redoutables
ennemis. En effet , que
I3
198 MERCURE
pouvoit faire de mieux ce noble &
vigilant Pasteur pour l'avantage
de cette Paroiſſe , que de regler fon
troupeau Selon l'ordre qu'il en avoit
receu de lafageſſe éternelle, &de le
remettre entre les mains d'un ſecond
Pasteur choisi , parfait , & con-
Jommé dans l'exercice de toutes les
vertus , d'un Pasteur recommandable
par sasagesse , illustre par sa
pieté, &dont onnesçauroit expri
mer le zele & la charité, d'un Paſteur
qui ne connoist point lefordide
interest , qui mépriſe lesfelicitezde
la vie , toujours actif, toujours vigilant
,& quine garde point de me.
fures , quandils'agit de faire triom
pher la verta , d'un Pasteur enfin
dont la doctrine craint l'admiration
, la modestie les éloges ,& le
meritel'honneur & lerespect , prudent
dans ſes entrepriſes , admirable
danssa conduite & charmant
dansses entretiens ?
GALANT. 199
C'est luy que le Ciel destinoit
pour recevoir au nombredeſes oüail_
les le Monarque le plus Grand & le
Plus Pieux qui ait jamaisparu parmy
les hommes , un Roy qui par sao
Sageſſe fait la joye& l'admiration
du Ciel , tandis qu'ilfait l'étonnement
de toute la Terreparfon courage
& sa puissance ; peut- estre
que charméde fes heroïques vertus,
&éblouy de tant de perfections que
le Ciel a répandues sur sa facrée
personne , vous abandonnerez tout
pour vous attacher uniquement a
admirer ſes grandeurs. Non , non ,
Sage&vigilant Pasteur , ce Grand
Royne veut pas que vous abandonniez
l'innocence. Permettez-moy de
vous dire qu'il n'a pas besoin du
mesmesecours que nous pourse conduire
, luy qui parsa faze &admirable
conduite regle & modere les
destinées de l'Univers . Ne quittez
I 4
200 MERCURE
pas l'Innocent pour aller aprèsce
Conquerant , vous auriez de la
peine à le ſuivre dans la rapidité
deſes Victoires , & ne voyez vous
"pas que l'innocent tremble , tandis
que ce Grand Monarquefait tremblr
ſes fiers Ennemis , qu'il est in-
-trepide, tandis que nous chancelons
presqu'à tous les pas de nostre carm
riere , que luy seul reſiſte à tous
tandis que nous tous ne sçaurions red
sisterà un seul ,&qu'il écarte glorieusement
lesredoutables furiesque
lay a fuscitées l'Enfer jaloux desa
gloire, tandis que nous avons de la
-peineà éviterles pieges que le Monde
& la vanité dreffentfans ceße à
-nostre innocence.
F
Laissezluy donc mediter de nouvelles
conquestes , & preparez de
nouveaux triomphes à la Religion.
Faites latriompher vous mesme dans
Sa Paroisse que Sa Majesté vient
GALANT. 201
1
elle.mesme de vous recommander
avectant de témoignages d'amour.
N'oubliez pas , en nous excitant à
l'amour de Dieu , de nous exciter
auffià l'amour de ce Grand Prince
que l'innocence reconnoist pour son
illustre Protecteur , & recevezl'é
litede vostre troupeau , recevez la
charmante innocence qui se proſter
ne àvos pieds. Conduisez la où la
gloire du Seigneur l'appelle. Sa foid
bleſſene l'empêcherapas devousfuiure
partout , fans crainte& fans
apprehension,& elle attend que vous
ouvrirez la bouche pourſçavoirpar
quelles routes vous defirez qu'elle
marche.
Approchezdonc , innocente Trou
pe. Supplions ce charitable Conduc_
teur de nous procurer les mesmes
avantages qu'il a déja procurez à
tantd'innocens. Prions lede nous inſtruire
toujours avec amour , de nous
Is
۳۰
MERCURE
202
animer parses bons exemples & de
jester continuellement dans nos tendres
esprits les femences d'une pieté
folide , pour y faire germer la
vertu & luy faire produire dans ſon
temps des fruits de bonne odeur pour
l'Eglise & pourla Religion. Prions
le que parses lumieres , ilnous em.
péche de nous égarer dans les routes
obscures de l'erreur , & que nous
mattant dans les voyes qui menent
-àla vie , il n'obmette rien de tout ce
qui peut nous rendre agreables aux
yeux du Pasteur des Pafieurs.
Et en reconnoiſſance d'unsi grand
bien fait que nous recevons aujourd'huy
, uniſſons nos coeurs & nos
voix , & faisons retentir cet augufte
temple d'acclamations & de cris
d'allegreffe. Disons , mais avec plus
defincerité que les Enfans desHebreux
, Benedictus qui venit in
nomine Domini .
GALANT.
203
Etvous , aimables Vierges ,fervez
d'écho aux Cantiques de joye
que nostrevoix pouſſe vers le Ciel ,
&portons tous nos voeux &nos refpectsjusqu'aux
Autels pour deman
der au grand Protecteur de l'Innocence
lacontinuation des merveilles
qu'il opere depuis fi long- temps
dans la perſonne de cet aimable Pere
qui nous voyantſoumis & proſternez
àses genoux,ne nous refuſera pas la
benediction que je luy demande treshumblement
pourvous &pour moy.
M. Le Curé ayant répondu à
ce compliment par un diſcours
éloquent & plein de tendreſſe
& de charité , finit en diſant
Pour remercier Dieu qui m'envoye
en cette Royale Paroiffe ,
de tous les miracles qu'ily opere
depuis le chef& le premier
juſqu'aux plus petits de mes Paroiffiens
, c'eſtà dire , depuis la
16
204 MERCVRE
facrée Perfonne du Roy , dont
la ſageffe & la pieté ſont ſans
exemple , juſqu'à cette aimable
jeuneſſe dont le zele innocent
m'eſt d'autant plus agreable qu'il
eſt ſans flatterie , & de ce que
du nombre de ces enfans j'en
viens d'entendre un qui par les
talens merveilleux qu'il a déja
fait paroiſtre en d'autres occafions
, eſt auſſi admirable que
foninnocence , dont ſon âge répond
, & que je prie le Treshaut
de luy conſerver , eſt digne
de louanges , diſons luy , TE
DEUM LAUDAMus.
Ce Cantique commencé par
toute l'Afſemblée , & fuivi des
Prieres qu'il fit faire pour Sa
Maj ſté , & de la Benediction
qu'il donna à toute la jeuneſſe de
la Paroiſſe qui eſtoit devant luy.
Le jeune Enfant qui prononça
1
GALANT . 20 .
cediſcours , eſt le fils de M. Ca
dot , Conſeiller en la Cour des
Monnoyes , perſonne diftinguée
dans ſa Compagnie par fon merite
. Quoy qu'il foit encore dans
ſa plus tendre jeuneſſe , il prononça
le jour dernier des Saints
Innocens leur Panegyrique à.
Fontainebleau devant M. le
Generale des Mathurins , & le
jour de leur Octave dans l'Egliſe
de cette Ville qui porte leur
nom , avec des applaudiſſemens
incroyables de tous ceux qui
l'entendirent.
De tous les Livres qui s'impriment
, ceux quiſontles plus
utiles au Public doivent eſtre
les plus eſtimez . Il en paroiſt
un depuis peu ,dont le Public
doit tirer de grands avantages.
Il eſt intitulé , Histoire generale
des Drogues ,traitant des Plantes.
206 MERCURE
des Animaux , & des Mineraux,
Ouvrage enrichi de plus de quatre
cens figures en taille douce , tirées
d'après nature , avec un discours
qui explique leurs differens noms ,
les Pays d'où ellesviennent , la maniere
de connoiſtre les veritables
d'avec les falsifiées,& leurs proprietez
, où l'on découvre l'erreur des
Anciens & des Modernes ; le tout
tres- utile au Public ; Parle sieur
Pierre Pomet , Marchand Epicior
& Droguiste. Le deſſein de l'Auteur
, lors qu'il a entrepris cet
Ouvrage , a eſté de developer
la mauvaiſe foy de ceux qui
vendent des Drogues falſifiées ,
ce qui eſtd'un grand préjudice
àla fauté des hommes . Le Public
luy doit eſtre obligé , non
feulement de ſes ſoins & de ſon
travail , mais encore de la dés
penſe où le zele qu'il a pour le
GALANT. 207
bien general l'a ſeul engage.On
trouve ce Livre dans la grande
Salle du Palais , chez le Sieur
Brunet.
Je croy que vous recevrez
preſque auſſitoſt que ma Lettre,
un autre Livre intitulé Arle
quiniana, qu'on acheve d'impri
mer . Vous jugez bien par fon
titre qu'il doit renfermer tous
les bons mots de feu Arlequin,
qui pendant un grand nombre
d'années ont diverty la Cour
& la Ville. On y doit trouver
beaucoup de bonnes choſes , &
une grande varieté,parce qu'ils
ne viennent pas d'une ſeule
perfonne. Les Auteurs qui ont
donné des Pieces aux Italiens ,
en onttrouvé une bonne partie.
Arlequin qui estoit eſtimé , &
qui voyoit beaucoup d'honneftes
gens,en a ramaſſe beaucoup
:
208 MERCURE
dans le monde; & comme il
avoit de l'eſprit naturellement,
& qu'il s'eſtoit fait outre cela ,
un eſprit d'acquiſition pour ces
fortes de chofes , parce qu'elles
luy eſtoient utiles à cauſede ſa
profeſſion ,il en alay - meſme
trouvé quantité , qui ne cedent
point à ceux qui ont paru dans
beaucoup de Volumes , quoy
qu'ils viennent de perſonnes
qu'on peut appeller Grands
hommes , ſi on les confidere du
coſté de leur érudition . On
trouvera auffi dans le meſme
Livre quantité de bons mots
rapportez par celuy qui a pris
le ſoin de remarquer tous ceux
qui compoſent cetouvrageC. e
Livre ſe debitera chez Michel
Brunet ,grande Salle du Palais ,
au Mercure Galant , & chez
Florentin &Pierre de Laune ,
Place de Sorbonne.
1
GALANT. 20
Dix huit Irlandois détermi
nez ſe rendirent il y a quelque
temps à Londres , où ils ont
demeuré pendant quelques
jours , ſe transformant tantoſt
en Matelots , tantoſt en Marchands
, ou d'autres manieres.
pour s'introduire en differentes
Auberges , afin de voir ce
qui ſe paſſoit , & de trouver le
moyen d'entreprendre quelque
choſe. Quatre d'entre eux acheterent
enfuite un petit Baftiment
, qu'ils chargerent de
Houblon , parce que cette marchandiſe
coute peu . Avec ce
petit Baſtiment ils deſcendirent
aux Dunes , où ils en
rencontrerent un qu'ils cherchoient
, & qui alloit porter à
bord du Vaiſſeau qu'ils chargeoient
pour la Coſte d'Eſpagne
, des Draps & des Bas de
210 MERCURE
laine & de ſoyc,& d'autres marchandiſes
de prix. Ils prierent
le Maiſtre du petit Baſtimentde
les recevoir , & de les paſſer en
Eſpagne. D'abord il s'excuſa
fur ce qu'il n'avoit pas de proviſions
pour eux ; mais ils répondirent
qu'ils acheteroient
au premier endroit qu'ils trouveroient
tout ce qui leur manquoit.
Il les recent ,& fit avec
eux une fi grande débauche ,
ainſi que ſon Equipage , qu'il
falut dormir & cuver le vin.
Pendant qu'ils eſtoient en cet
eſtat , les quatre Irlandois fermerent
& cloüerent les Epontilles
fur eux , couperent les
cables , mirent à la voile,& vinrent
à Boulogne.On ne ſçaitpas
ce que les quatorze autres fea
Font à Londres .
Ceux qui ont expliqué l'EGALAN
T. 211
nigme du dernier mois , fur la
Cremailliere , qui en eſtoit le
vray ſens , font Mrs de Frenay-
Fauvel ,Avocat au Siege Prefidial
de Caën:Gangnot d'Amboife
: Congis & Levée de Paris
: A. M. Dugain : du Pleſſis
C & Meſdemoiselles d'Aflfé
Godard du Mans : Beauregard
de la ruë neuve S. Roch : le
Chevalier Boberel de Crecy :
Jacques François de la ruë neuve
Noſtre-Dame Antoine Benard
de la rue neuve Noſtre-
Dame : l'Avocat de Limoges :
les grands amis Charpentier ,
d'Anet & Roume : Ricard , de
la Colombiere , l'Amant de la
rue S. Martin & la plus belle
des eſperances : Barbé le fils
Peintre,& fa femme: Prud'hommel'Aftrologue
:Bithorra le Pere
de l'agreable famille : Ber
212 MERCVRE
:
thier Marchand de vin.Imbert,
l'aimable Chreſtien & les Demoiſelles
des Foreſts & Tetis ,
tous de la rue du Sepulchre
du Faux bourg S. Germain
Juilet Fagu de la Lizardiere à
Blois: les Inſpecteurs de la Ville
de Mante : Moriencourt Apoticaire
, & Amillard : le Docteur
Ganga de la Place Royale :
l'Alcoran d'Abbeville de la rue
dela Coutellerie : la Cramaillere
: le Chevalier de l'Amour &
la Princeſſe Olive : l'Inconnu
de la rue des quatre Fils : leChevalier
du Soleil & la Guerriere
Claridiane : l'Exilé Roſiclair &
la belle Princeſſe Briane : le
ſage Hirgandée de Soiffons Veret
Imprimeur : l'Amant fecret
de l'aimable blonde de la rue de
la Tifferanderie , & la charmante
Brune de la rue S. Antoine :
GALANT.
213
l'Amy de la plus belle Veſtale
de Brie : l'Archange de la rue
de Grenelle : les quatre Habitans
du Chaſteau de Ripaille :
le Chevalier de la Rocheverte :
le beau Prin-temps de la belle
Suiſſeſſe de la rue Monconſeil :
l'Apollon de la rue ſainte Croix,
& la petite Nymphe aux yeux
bleus de la rue Bardubecq : l'Incertain
& la Solitaire des Bois
de Mante : l'Inclination du So
litaire de Saumur. Meſdemoifelles
de Bellefonds du Chaſteau
de Chambord : Thierry de la
rue Beaubourg : & fon Berger
fidelle Faragorce Braſſac foeur
deM. le Comte de Gallard , Ca
pitaine dans le Regiment d'In
fanterie du Roy : l'aimable Mariane
de Nogent le Rotrou &
fon Amant : la belle Veronneau
de Blois ; les deux échapées de
214 MERCURE
1'Hoſtel des Urſins : l'aimable
petiteM, au coeur bleſſé par l'amour
, & l'Amant traveſti du
rendez- vous : l'Amante du bon
Berger Ganimede : la Veuve
aux yeux doux , & l'aimable
Fanchette du Quay de l'Horloge
: la grande Tuchette dugrand
Moyfe : l'heureuſe indifferente;
ſes trois charmantes foeurs de la
rue Michel le Comte , de Lavois
de la meſme rue : la veritable
aux petits yeux brillans : la pafſionnée
Adelaide& fa charmans
te foeur F. B. la brunette Baudoüin
: Fanchon Benard du Palais
: Cato beaux yeux du Palais
&Monginot; la Calote de laine
de la rue S. Jacques , &la cornette
ſans dentelle.
Vos Amies vous diront leur
ſentiment ſur l'Enigme nouvelleque
je vous envoye.
GALANT. 215
**************
V
ENIGME ,
NAſtre des plus éclatans ,
Nonpas toujours,mais en de certains
temps , e
Represente affezmafigure.
lefuis de matiere tres dure ,
Et l'on me fait avec grandbruit,
le confervece que je couvre ,
Et mon utilité , dont chacun est inftruit
,
Par tout me donne entrée, & mesme
dansle Louvre,
Les Vers ſuvans fuirent faits
dans le temps qu'on affiegeoit
Charleroy , & ils ont eſté mis en
Air par un de nos plus habiles
Muſiciens .
216 MERCURE
L
AIR A BOIRE .
Oin des fureurs de Mars &
deBellonne
Cherchons , cherchons un doux
repos.
Armons- nous, chers Amis,de verres
7
&depots ,
Campons à l'ombred'une tonne.
Laiſſons au Grand Louis & le ſoin &
lagloire
Deporter en tous lieux & le trouble
&l'effroy.
Laiſſons- luy prendre Charleroy ,
Tandis quenousprendrons à boire.
د
le
La mortde M. de la Vauguion
ayant fait vacquer une place de
Conſeiller d'Estat d'épée
Roy a nommé pour la remplir
Mre René Martel , Comte
d'Anſy , Chevalier des Ordres
de
GALANT. 217
de Sa Majesté ,& Gouverneur
de Mo
G
Loinendouxrepos, armons
nous cobre d'v_ne tonne,Loin
ne
ter entoulieux et le
trouble
ons a botre, larssons tuy
preno boi re ,
LYONE
1888
ques , l'allemblée nombreuſe, &
fort parce,& il s'y trouvabeaucoup
de Maſques . On dança
Janv. 1694. K
216
MERCURE
er d'Eſtat d'épée ,le
nommé pour la remplir
René Martel , Comte
y , Chevalier des Ordres
de
GALANT. 217
de Sa Majesté , & Gouverneur
de Monfieur le Duc de Chartres.
Il a été Meſtre de Camp du
Regiment de Conty , & Envoyé
auprés de l'Electeur de Mayence&
des Princes de Brunſvick.
Il a eſté auſſi Ambaſſadeur auprés
de Monfieur le Duc de
Savoye , où il a demeuré pendantpluſieurs
années .
Les divertiſſemens du Car
naval ont commencé au Palais
Royal par un Bal que Monſieur
a donné à Monſeigneur le
Dauphin. Monfieur le Duc de
Chartres & Mademoiselle ouvrirent
le bal , avec la bonne
grace qui leur eſtſi naturelle.
Leurs habits eſtoient magnifiques
, l'aſſemblée nombreuſe, &
fort parce,& il s'y trouva beaucoup
de Maſques . On dança
Janv. 1694. K
218 MERCVRE
dans la Galerie & dans deux
pieces du grand appartement
deMonfieur.
J'ay encore à vous apprendre
une mort . C'eſt celle de
Meſſire Gilles , Marquis d'Hautefort
, Lieutenant General des
Camps & Armées de Sa Majeſté.
Il eſt mort âgé de qua
tre vingt & un an La Maiſon
dont il eſtoit , eſt ſi ancienne
qu'il justifioit ſa Genealogie
par titres autentiques , & fans
aucune intermiffion depuis
l'an 1025. ainſi que je l'ay fait
voir dans ma Lettre de Novembre
1680. en vous apprenant
la mort de Mr le Marquis
d'Hautefort ſon Frere. La Terre
d'Hautefort , poſſedée depuis
plus de fix cens ans par ceux
de cette Famille , fut erigée
en Marquiſat fous le regne
GALANT. 219
,adu
feu Roy . M. d'Hautefort
qui vient de mourira eſté premier
Ecuyer de la Reine
prés la mort de laquelle il a
perdu cette charge. 11 a laiffé
ſept fils & fix Filles. Des ſept
garçons ily en a fix dans le
ſervices ſçavoir ,M. le Comte
d'Hautefort Colonel du Regiment
d'Anjou , & Brigadier
des Camps & Armées du Roy ,
M.le Marquisde Surville , Colonel
du Regiment de Sa Majeſté,&
Brigadier de ſes Camps
& Armées . M. le Comte de
Montignac , Colonel du Regiment
du Verin ; M. le Chevalier
d'Hautefort , Capitaine
de Vaiſſeau , M. de la Flotte ,
Lieutenant de Vaiſſeau , & Mr
le Chevalier de Montignac
Colonel du Regiment de Charolois.
M. le Comtede Montignac
K2
220 MERCURE
que je viens de vous nommer ,
mourut le 18. de ce mois d'une
fievre maligne dans ſa trenteuniéme
année. Il y avoitdixſeptans
qu'ileſtoit dans le fervice
, àquinze ans Moufquetaire ,
&Colonela vingt deux. On ne
peut dire trop de bien de ce jeune
Comte qui estoit dans une
eftime generale. Il s'eſt trouvé à
une infinité d'occaſions , dont
il eſt toujours forty glorieuſement
,& hors ſa derniere campagne
il a fait toutes celles d'Iralie
fous M. de Catinat , qui a
rendu compte au Roy de ſa conduite
& de ſa valeur. Sa Majesté
adonné ſon Regiment à M. de
la Flotte ſon Frere , Lieutenant
-de Vaiſſeau .
Il y a eu pluſieurs changemens
dans les Intendances.M.
Bignon , Neveu de M. de Pontand
chrome of
GALANT. 227
chartrain, quitte celle de Roüen
pour eſtreIntendant en Picardie
M. d'Ormeſſon va à Roüen en
ſaplace.
M. de Bouville quitte Limoges
pour aller à Orleans , M. de
Bernage va à Limoges.
M. Ferrand va eſtre Intendant
en Bourgogne , M. Pelletier de
la Houſſaye à Soiffons ,&M. le
Vayer à Moulins.
Vous ne ferez pas fachée de
voir les Vers que je vous envoye.
On leur a donné pour
titre ,
LES DEMARCHES
du Prince d'Orange.
Toujoursvaincu , iamais vaina
queur,
Naſſau va fon chemin de Flandre
enAngleterre,
:
K3
222 MERCVRE
Laisse pasfer l'hiver , puis revient
àlaguerre,
Quandles prez& lesbois ont changéde
couleur.
Les Alliez las de leur destinée ,
Etpeu coutens que chaque année,
Par de magnifiques apprests ,
Illes mene battre à grands frais,
MurmurentenSecret de l'efperance
vaine ,
Dontsursa foy chacun d'eux s'eff
flate,
Guillaumese rit de leurpeine ,
Etne paroist pas plus baſté
Asefairepar la victoire
Vn glorieux nom dans l'Histoire
Ildécampe en Hiver pour camper
4
en Esté ,
Etfouffre en paixque la Ligueſe
plaigne ,
Ilſe promene,ilserepose ilregne,
C'est tout ce qu'il a fouhaité.
Pourhafter ces Milords qui vousfons
trop attendre ,
GALANT. 2.2.3
Et vous empefchent de paſſer
L'an prochain de bonne heure en
Flandre,
Ne sçauriez-vous , Nassau , leur
faireentendre
Qu'ilreste à Saint Malo des vitres
àcaffer?
On a eu nouvelles que M
l'Abbé de Maupeou a eſté facré
Evefque de Caſtres , dans l'Egliſe
Metropolitaine de Saint Juft
de Narbonne , par M. le Cardinal
de Bonzy , Preſident né
des Eſtats qui ſe tiennent dans
la meſme Ville . Ce Cardinal
eſtoit aſſiſté des Eveſques de
Mende & de Lodeve , & la Ceremonie
ſe fit en preſence de
tous les Corp's des Estats de la
Province , & d'un grand nombre
de Perſonnes qualifiées , qu'il
traita magnifiquement.
K 4
2245 MERCURE
On ne parle chez tous les Alliez
que de preparatifs de guerre.
Ils paſſent tous les hivers à
nous menacer , & nous employons
tous les Eſtez à les battre.
Les Presbiterienseſtant les plus
forts dans le Parlement d'Angleterre
, & voulant aneantir
la Religion Catholique , & fur
tout l'Anglicane , accordent au
Prince d'Orangela plus grande
partiedes ſommes qu'il demande
pour la continuation de la
guerre , mais comme il eſt plus
aiſé de dire que de faire , il eſt
plus faciled'accorder del'argent
que de le lever. Les Peuples
font fi mécontens de ce qui ſe
paffe au Parlement , que la plufpart
des Deputez des Villes
s'en fontretirez . Il ne faut pas
s'en étonner , les Presbiteriens
regnent à Londres , les AugliGALANT.
225
cans àla campagne , & ces Deputez
craignantque leur conduite
ne foit un jour blamée
par d'autresParlemens , ne veulent
point ſe trouver aux déliberations
: de forte que de plus
de ſept cens Deputez qui devroient
eſtre au Parlement , il
n'y en a guere plus de trois cens
Il y a beaucoup de voix acheptées
par le Prince d'Orange , il
en paya au Parlement dermer
cinquante qui luy couſterent
centcinquante mille livres Sterlin.
C'eſt un fait conſtant dont
jay une entiere certitude . Ainf
les intereſts du Prince d'Orange,
& ceux des particuliers abîment
la Nation. Il faut qu'elle
payele Duc de Savoye , & l'Empereur
qui diſent hautement
qu'ils ne peuvent foûtenir la
Guerre fion ne leur donne de
226 MERCURE
1
grandes ſommes,& ce n'eſt que
pouren demander que le Prince
de Bade a paſſé en Angletere ,
Ainſi lors que l'Angleterre s'épuiſe
, elle a encore le chagrin
devoir ſon commerce beaucoup
diminué . Quand on donne
beaucoup & qu'on ne reçoit
rien , il faut à la fin fuccomber,
&le parti Prefbyterien qui ne
veut pas avoir le dementy ,
achevera bien-toſt de ruiner
l'Angleterre. On y exagere la
diſettedes bleds en France, mais
ce n'eſt qu'un accident dont les
mauvaiſes ſuites font preſque
routes paſſées , les bleds qu'ont
apportez les Flotes de Suede &
de Dannemark ont preſque remisl'abondance
, & fait dimi
nuer le prix du bled ; de forte
que le pain ne vaut plus à
Rouen que deux fols ou fix
GALANT.
227
Blanes la livre .On attend à tout
moment un grand nombre de
Vaiſſeaux chargez de bled fous
l'eſcorte du Capitaine Bart ,&
il y en a outre cela trente fept
Vaiſſeaux chargez pour Francedans
le Port de Copenhague.
L'eſperance de la recolse future
eſt belle , & quand il ne croiftroit
pas un grain de bled en
France , en prenant les meſures
debonne heure , on n'en manquera
jamais . Il abonde enHollande
oùil n'en croiſt pas un
grain. Les François ne feront
pas moins habiles lors qu'il fera
queſtion d'en faire venir. Je
fuis , Madame , vôtre &c .
THÈQUE
LYON
*
189309
VIL
TABLE .
Relude
Epiſtre.
Sonnets.
Madrigal.
4
و
12
Description de la Machine d'An-
Ders
13
Lettre en forme de Differtation
fur les Creatures des Elemens.
39
Madrigal fur la naiſſancedeMademoiselle
de Valois .
Nouvellesd'Espagne. 118
Histoire. 126
Croix de l'Ordre du S. Eſprit donnée
parle RoyàM.le ComtedeTeffé.
142
Nouveaux Chevaliers du mesme
Ordre
143
Réponse touchant l'embarras oitſe
TABLE.
trouve une Dame à l'égard defon
Amant. 144
Morts. 149
Regiment donné par le Roy. 162
Sacre des Evesques de Pamiez&de
Lettre en Vers deMadame des Houlieres,
m ウエ
Profeffion de Mademoisellede Mauby
avec un Discours faitsur ce
fujer. I
75
Charges de Medecin Major des
Camps ,Hospitaux ,& Armées
du Roy ,&de Medecin ordinaire
de l'Hostel des Invalides , données
parleRoy. 192
Reception faite au nouveau Curé de
Saint Germain l'Auxerrois. 1.94
Hiſtoire generale des Drogues. 205
Arlequiniana . 207
Priſefaite par dix huit Irlandois.
Article des Enigmes. 214
209
TABLE.
Charge donnéeà M. le Comted'Arfy.
216
Bal donnépar Monfieur. 217
Mort deM.le Marquisde Hautefort
218
Nouveaux Intendans nommez par
leRoy. 220
Démarches du Prince d'Orange. 2 21
Sacre de M. l'Evesque de Caftres,
223
Nouvelles de divers endroits. 224
Fin de la Table.
THEQUE DE
LYON
*
1893*
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