→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Nom du fichier
1693, 11 (Lyon)
Taille
7.33 Mo
Format
Nombre de pages
249
Source
Année de téléchargement
Texte
me.
ex Dono
RaP.Claud. Franc.
Menestrierfoc.Jese


807156
MERCURE
GALANT
QUE
DE AVIE
DEDIE A
MONSEIGNEUR
Colleg.Lugd.SS. PrELJEDELA LE DAUPHIN
I NOVEMBRE
loc. qepe cal, i
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC. XCIII.
Avec Privilege du Roy.
-

LE LIBRAIRE
au Lecteur.
4

distribuer le
L
On continue à
6. fols 'Iournal des Scavans pour
le Cahier.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Novembre 1693 .
Meditations fur la Paffion de
Noftre Seigneur Jeſus- Chriſt ,
avec 34.figures en taille - douce
par Monfieur de Montagnon ,
Prêtre Curé de S.Miard & affocié
de S. Galmier indouze 30 .
fols.
Traité des Operations de la
Chirurgie par M. de laCharriere
ã 3
:
augmenté d'un traité des playes
avec la methode pour les bien
penſer & tout recorrigé par
l'Auteur de pluſieurs fautes qui
s'y eſtoit paffé , ind. 30.f.
L'art de ſe connoiſtre ſoymême
ou la recherche des Sources
de la Morale , par M. de la
Badie, ind. 30.f.
Relation ou Voyage de l'Iſle
deCeylan dans les Indes Orientales,
contenant une deſcription
de cette Iſle , la Coutume & la
Religion de ſes Habitans,& un
recitde la captivité de l'Auteur.
Avec pluſieurs figures en taille
douce, 2.v. fo . fols.
- La belle Education , par M.
Bordelon,ind. 1ιςιας ότα
La vie reglée des Dames,ind.
L'idée de la Bible où l'explication
en abregé & la divifion
de l'Ecriture Sainte, ind. 20.f.
Recueil du Prix de l'Academie
Françoiſe, 169.3.40.f.
Nouv. Ocuvres meflées de
S. Evremont , inde36: Con
Plaidoyers de M.Corberon,4.
6.liv.
Caracteres nouveaux dedié à
Mad-la Rochefoucautind. 30.f.
Analiſe des Epîtres S. Paul ,
deuxième édition,ind. 2.v. 5.1 .
Methode d'enſeigner & étudier
les Hiſtoriens prophanes ,
par M.Thomaſſin, 8.2.v.6.1 .
Du bon & mauvais uſage de
parler Bourgeoise , 12. Lyon ,
20.f. & Paris 30. f.
Les memoires Hiſtoriques de
Madame la Comteſſe d'Aunoy ,
Auteur des Memoires d'Eſpagne,
2. v. ind. Lyon 50. fols &
Paris 3.liv. 10.f.
5
1
Nouveau Art de la Guerre ,
par M.Gaya , ind. 30. f.
Les Agrémens & chagrins du
Mariage , ind.2.v. 50.f.
Nouvelles Fables de la Fontaine
, 12. avec figures , 2. liv.
Jeu de Cartes nouveau de
l'Auteur de la methode du Blafon
, ind. 3. liv.
En attendant pluſieurs Nouveautez
pour le Mois prochain.
Oeuvres Poſthumes de M.
l'Abbé S. Real , 12.30.f.
Connoiffance des temps de
1694.20. fols .
I
MERCURE
GALANT
THEQUE
E
LYON E
VIL
*
1893 87
NOVEMBRE 1693.
R
IEN n'eſt plus recherché
que la gloire.
Elle diſtingue les
Sçavans , les Guerriers
, & generalement toutes
les perſonnes en qui l'on reconnoiſt
du merite. Cependant on
peut dire qu'il n'y en a point
de plus brillante que celle qui
s'acquiert par les armes ; & en-
Νου. 1693 . A
1
2 MERCURE
tre les Souverains qui s'en font
couverts par cette voye, jamais
Monarque n'a fait des choſes ſi
furprenantes que le Roy pour
s'en rendre digne. Comme on
eſt perfuadé que la tranquillité
de l'Europe doit naiſtre de l'augmentation
de cette gloire , &
que les triomphes du Roy ſont
autant de pas qui le font avancer
dans une carriere au bout de
laquelle il doit impoſer la Paix
aux Princes affez aveuglez pour
préferer , leur jalouſe ambition
, au repos de leurs Sujets ,
onvoitpeu de Vers aujourd'huy
àlagloire de ce Prince , ſur le
ſujet de ſes Victoires , où cette
Paix que la plus belle partie du
monde n'attend que de ſa moderation
& de ſa bonté , n'ait la
plus grande part , & c'eſt ce qui
a fourny à M. de Monfort une
GALANT.
3.
partie des penſées dont il a enrichy
l'Ouvrage que vous allez
Lire.
****
AUROY,
Sur la Victoire de Piedmont.
Quel spectacle pompeux attire
nos regards?
Quel amasde Drapeaux quel nom
bre d'Etendars !
Eft . ce laPaix , ou la Victoire,
Qui conduit ce Trophée au Temple
deMemoire ?
Non , c'est un don acquis au way
Dieu des Combats;
Au Dieu que nostre Mars fait
Auteur desagloire ,
Et queſes Ennemis nereconnciffent
pas.1.
Tapiete , Grand Roy , leur estd'un
grand exemple.
A2
4
MERCVRE
Mais,pour toy, tu ne veux que com.
bler de bienfaits
Tous les Ennemis de ta gloire.
Tu ne cherches dans la Victoire
Que le paffage pour laPaix.
Fais la regner,grandRoy ,fur la
terre sur l'onde ,
Elleade quoy te couronner ,
Cette Paix durable &profonde,
Que le monde ne peut donner ,
Et qu'aprésDieu , toy seul peux redonneraumonde.
Je ne puis mieux fatisfaire
voſtre curiofité ſur toutes les
choſes qui ſe paſſent , qu'en
vous envoyant la Lettre qui |
fuit. Elle contient le Journal
du mouvement que les Ennemis
ont en Rade du Fort
Louis de Plaiſance en Terreneuve
,& vous y devez ajoû
fait
GALANT.
ter foy , puis qu'elle eſt écrite
par Mr de Brouillan , qui en
eſt le Gouverneur.
A MONSIE UR ***
Il est außi glorieux de chaffer
St Ennemyfans combattre , qu
est bonteux de ceder la Victoirefans
endifputer le prix , une Efcadre de
vingt quatre Navires Anglois a
prefere ce desavantage à celuy de
voir triompher les Armes du Roy
de toutes leurs forces. Le 28. du
mois d'Aoust , à trois beures aprés
midy , cette petite Armée , qui
devoit estre formidable à des Peu
ples,qui depuisdeux ann ess'estoient
veu pillerpar uneTroupe de Bandis,
parutfous Voiles aunombre de dixneuf
Vaiffeaux , qui rangez (ur une
ligne marchant en ordre de Combat,
fembloient estre disposez dans cemo
A 3
6 MERCVRE
mentàforcerl'entréede nostrePort.
Leur Manoeuvre devint en rade
moins hardie , ne jugeant pas à
propos de profiter du Vent & de la
Marée qui lesfavorisoient, ils fre
lerent leurs Voiles, & mouillerent
furles quatre heures duſoiràportée
deMousquet de l'anſe de la Fontai
ne.
Cet armement me paroiffant confiderable
, jefis aſſemblerMeßieurs
les Capitaines des Vaiſſeaux Marchands
, pour leur ordonner de ſe
mettre enligne dans le Port le plus
avantageusement qu'ilseroit poßible,
cequ ayant executé, ilsserendirentdans
le Fort avec leurs Equipages
, que je logeay dans les
poſtesoùje les crus neceffaires. Vne
partie des plus adroits Matelots
furent employezà traverſer de cables
au Goulet ,qui est l'entrée de
noſtre Baffin , & le reste des plus
GALAN Τ.
7
apparens furent partagez pour le
Canon & la Mousqueterie. Ienvoyay
le Sr de Coftebelle, Lieutenant
des Détachemens de la Marine,à
La teste d'un Détachement de cent
cinquante hommes , pour s'oppofer
aux descentes du coſté de la Fontaine.
Le Sieur de Saint Ovide ,En
Seigne d'Infanterie , eut la Rodou.
te enpartage. Iepaſſay le restedela
nuità mettre le dedans en estat de
Soutenirle plus rude choc des Enne
mis.
-
Voyant toutes choses avantageufement
disposées pour le combat,je
laiſſay lefoin à M. leBaron de la
Hontam , Lieutenant de Roy , de
veiller , & de faire agir dune
maniere que le Service de S. M. ne
fe negligeast point , à quoy il s'appliquafortement
pendant que jefus
occupé à faire mettre la Redoute
Royale en estat dedéfense, Mrs les
A 4
8 MERCURE
Capitaines des Navires Marchands
agirent à la teste de leurs Equipages
avecunefi grande diligence ,
qu'en dix huit heures de temps jy
eusfait construire une platte forme,
dreffe une batterie de quatre
pieces de Canon de dix à huit livres
de balle , que j'y fismonter par
le moyen des Caliournes Balans,
bien que la redoute foit baſtiefur
une montagne de quatre vingt toises
d'élevationen ligne perpendiculaire.
Le 29 , à quatre heures dufoir ,
un de leurs Navires mit àla voile ,
pouraller reconnoistre un Bastiment
qui estoit à deux lieuës auvent de
toute leur Escadre, peu de temps
aprés, trois Fregates qui parurent
de furcroift , vinrent moüiller en
rade. Apeine leurs ancres furentellesàfond
, que je me trouvay dans
le Fort . Ložis , d'où jugeant que
GALANT.
9
noſtre Canonpouvoit les incommoder
je fisfairefeu de toutes nos Batteries.
Lon fit également ſervir
cellede la Redoute avec affez de
Succés , pourqu'on s'apperceust que
l'Amiral , & un second Navire
estoient incommodez par la Sainte
Barbe, Une Galiote àBombes moüilléeſous
le Beaupré de l'Amiral ,
Setiradans le moment hors de la
portée , & pendant la nuit fui-
Vante, toute l Escadrese trouva à la
longueur de deux cables au large ,
ce qui ne favorisa pas leur mouillure,
estant contraints de refter en
rade foraine .
Le 30. ayant remis les ordres précedens
à vir de la Hontam ,je
remontay à la RedouteRoale pour
faire perfectionner les travaux
neceffaires , autant que le temps
pouvoit le permettre. La Galiote à
Bombessetrouvant encoreſous nofire
As
IO MERCVRE
portée je luyfis tirer quelques volées
de Canon , qui l'obligerent àfe retirer
avec précipitation , se ha .
lerfurungreflin Ie fis conftruire un
poste de Piquets à la portée du
Monsquet de la Redoute , que je
crus neceßrire pour faciliter la retraite
des détachemens avancez, en
cas qu'ils y fuſſent forcez, ayant
cependant donné le ſoin entier du
poste de la Fontaine , au commandement
à la bonne conduite du
SieurdeCoſtebelle, Ie me retirayfur
les cing heures du foir dans la ..
Place poury faire chanter le Te
Deum,dansl'Eglise du Fort Loüis,
en action degraces de la prise de
Roze de Heydelberg. CetteCeremoniefut
accompagnée d'ungrand
bruit de nostre Canon ,&de celuy
de tous les Naviresdu Fort, qui brulerent
agreablement de la poudre
en réjouiſſance de l'heureux fuccés
GALANT . II
des armes duRoy de France nostre
Maistre.
Le 30. l'Amiral tira un coup
decanon à neuf heures du matin ,
mit laflame d'ordre ; enfuite de
quoy les quatre plus gros Vaiſſeaux
Sepavoiferentdepouppe à prouë ,
firent des manoeuvres à perfuader
qu'ils avoient deffein de tenterquelque
entreprise . L'allay pour lors
visiter les postes les plus éloignez ,
queje trouvay en tres bon estat après
quoy je rentray dans la Place fur
L'avis que je receusdu Srde Coftbelle,
que les Ennemis manoeuvroient en
gensquivouloient entrerdans le Port
s'estant garmis degardes corps pour
la Mousqueterie ajant transportéle
jour précedent les Equipages
des Navires moins forts dans
ceux qui paroiſſfoient deſtinez pour
cette entreprise. Les difficultezque
jopposay àce paſſage , furent,je croy,
A 6
12 MERCURE
Suffisans pour lefaire échouer. L'ordonnay
au S. Grand Iean, Capitaine
Marchand , de mouiller ſon Bastiment
au milieu de l'entrée, &dele
coulerbas dans leCanal ,ſi les Ennemisse
preſentoient l'enfis armer
deux differensen Brulots , comman
dezparleurs capitaines , qui resterent
mouillez directement par le
travers le jugeay que leurs foins
joint à ceux de toute la Flote des
Navires n'auroient pas esté inutiles
dans cette occafion , où je ne doute
pis qu'une partiede l'Escadre n'eust
échouésous noftre Canon.
Tour empescher les Chaloupes
des Ennemisdefonder dans la rade,
je fis équiper deux Bastimens à ra
mes , armez de trente hommes , com.
mandez , I un par Michel Beraud,
lejecondpar Beroud Monsegur.
Ils demeurerent plufieurs nuits en
garde avancéepourdécouvrir la ma-
نم
GALANT. 13
noeuvre des Ennemis , qui ne firent
aucun mouvement que celuyde travailler
dans leurs Bords à des 06-
cupations , dont nous ne pûmes tirer
nulle connoissance.
L'estois dans unegrande impatience
d'estre informé de leurs deſſeins ,
lors qu'onm'envoya des Détachemens
de la Fontaine trois Prisonniers
François,fauvezà la nâgede l'Amiral
,le premier jour du mois de
Septembre , à fx heures du matin,
Je les interregeay fur tout ce qui
devoit me donner des lumieres de
leurs entreprises . Pappris que c'estoit
la mesme Escadre qui avoit eu ce
grand deſavantage dans la Martinique
, qu'elle venoit de Baston ,
où deux mois de repos n'avoientpas
eſteſuffiſans de remettre leurs Equi.
pages, qu'en n'avoit ſceu confiderablement
augmenterſur les costes de
Lanouvelle Angleterre , qu'ils
14
MERCURE
estoient fifoibles en Soldats & en
Matelots , qu'ils paroiffoient fort
embar ffez àse déterminer àquelqueaction
d'éclat.
La force de leurs Navires estoit
confiderable . L'Amiral & le Vice
Amiral portoientfoixantepieces de
Canon de vingt-quatre dixhuit
Guerre de cinquante quarante
livresde bale ,fept autres Navires de
pieces , deux Brulots , une Galiotte à
Bombes & douze autres Bastimens ,
moitié guerre , moitié marchandise ,
qui faisoient le nombre de vingtquatre
Voiles. Ils avoient envoyé
chercherdans les habitatiös du Nord
quelgnes renforts des Milices ,pour
faire une Descente confiderable ,
mais le secours estoit ſi mediocre ,
qu'ils n'en paroiſſoient guerre plus
bardis. Ils m'affurerent cependant
que les Vaiſſeaux deguerre avoient
raffemblé leurs Soldatsdiſperſez,
GALANT .
15
leplus de Matelots qu'ils avoientpû
tirer des differents Navires , pour
descendre ducoſté du Fort de Plai-
Sance , ce qu'ilsfirent semblant de
vouloir tenter vers le Midy, mais
nous n'eûmes pas leplaifirde lesvoir
approcher à laportée de nôtreMous
queterie , que le Sr de Coftebelle
avoit établie dans defibons retran.
chemensfur toute la coſte praticable,
qu'il estoit àfouhaiter que les En.
nemis euſſent donné avec autant de
fermeté, qu'ils en temoignerent peu
dans leur retraite, Les Prisonniers
me confirmerent que nous avions
parfaitementjugé de leurs deffeins,
qu'il eloit vray que lejourprecedent
l'Amiral avoit ordonné au Vice.
Amiral , de tenter l'entrée duGou
let , ſuivi de deux Fregattes ; mais
parle bruit commun des Equipages,
il s'en estoit honneſtement deffendu
n'ayant pasvoulu dérober àfon Com
16 MERCURE
mandant lagloire d'eftre lepremier
à forcer un fi dangereux passage
Toutes ces lumieres me laifferent
dans unediſpoſition à attendre avec
unfecret empreſſement l'approche des
Ennemis.Le prevoyois que cette oс-
cafion nous preparoit des fuites fi
glorieuses pour les Armes du Roy
deFrance nostre Maistre,qu'il m'estoit
aiſe de découvrir dans la conte.
nancede tous nos Officiers &Soldats,
l'infailliblefuccezd'une ampleVictoire.
Le deuxième ils demeurerent dans
la derniere tranquilité juſques au
Soir ,qu'un Orage de pluye sans un
tropgros ventde Sud Surouest,leurfit
un peu trop filer de cable pour nepas
s'appercevoir du dangereux mozillageoù
noſtreCanon les avoit reduits.
Le 3.au matin, le temps se remit
aubeau,le vent s'estant rangéauNo.
roueft qui leur fit viver la Pouppe
GALAN Τ .
17
.
affez en dedans de la rade , pour
eftre à bonne portée de nostre Batterie.
A dix heures du matin, l'Amiral
mit Flame d'ordre , qui me
persuadaqu'il ne laiſſeroit pasechaper
un ſibeau jour ,sans se determi
nerà nousfaire reſſentir le dernier
effort de leurs armes , ce qui me mit
en devoirde les prevenir par le feu
de nostre canon de la Redoute , qui
fit brusquement perfuader dans le
Conſeil de Guerre , qu'il estoit temps
de lever l'Ancre , ce que nos bouletsfirent
executer avec unesigrande
diligence , que le vent ne leur
fermettant point de mettre à la
voile de la bouée , ils ſe toüerent
tous en delà de la pointe verte, d'où
ils louvoyerent dans la Baye ànofire
veuë pendant deux jours entiers , en
attendant un vent plus favorable.
L'Amiral rangea fi fort la terre
en mettant à la voile qu'il eßuya
8 MERCVRE
une defagreable Mousqueterie dun
détachement devingt hommes.commandez
parun Sergent quise trouva
posté avantageusement pour les incommoder.
Depuis le depart de l'Escadre des
Navires Anglois , nous avons appris
par des Chaloupes arrivées des
Ifles Saint Pierre , que trois Vaif-
Seaux detachez ont esté bruler
pillerles Cabanes des Habitans , le
lieu estant sans deffence. Les Navires
Malouins qui estoient moüil.
lezdans le Havre ſe ſont ſauvez
dansles Bayes. 1
Par des Prisonniersqu'ilsontremis
àterre avant que de s'éloigner de
nos Costes, nous avonssceu que l'Amiral
Anglois avoit reçu quatre
coups de Canon dans ſon Bord, avec
perte de quelques Matelots.LeVice-
Amiraln'en apas esté exempt,mais
avecmoins d'incommodité.Lesmêmes
GALAN T.
OF
Prisonniers nous afſurerent qu'ils avoient
refolu de levertoutes les Milices
de leurs Costes , pour revenir
avec de plus grandes forces. Ils fe
font retirez dans le Port de Saint
Iean, quoique chacun eust jugé qu'ils
ne s'arreteroient pas dans ces Mers,
estantfort foiblesd'Equipages .
Au Fort- Loüis de Plaisance ce 4 .
Septembre 1693 .
S'il eſtoit permis de ſe ſervir
d'un Proverbe , je dirois , Madame
, que toute cette grande
& importante entrepriſe que
les Anglois avoient formée ſur
la Martinique & fur d'autres
lieux , s'en est allée en eau de
boudin. Cette expreffion viendra
pourtant affez à propos ,
ayant à vous faire part d'une
Hiſtoriette , dont un morceau
20 MERCURE
Boudin a fourny la matiere à un
excellent Ouvrier. Vous avez
leu quantité d'ouvrages de M.
Perrault de l'Academie Françoiſe
, qui vous ont fait voir la
beauté de ſon genie dans les
Sujets ferieux. En voicy un,
dont la lecture vous fera connoiſtre
qu'il ſçait badiner agreablement
quand il luy plaiſt.
LES SOUHAITS
RIDICULES .
CONTE.
7
AMademoiselle de la C.
S
I vous elicz moins raisonnable
,
FJeemegarderois bien de venir vous
cor ter
GALANT . 21
La folle& peugalante Fable ,
Que jem'en vais vous debiter.
Une aune de Boudin en fournit la
matiere ,
Une aune de Boudin , machere ,
Quelle pitié ! c'est une horreur!
S'écrieroitune Pretieuse ,
Qui toujours tendre &ferieuse,
Ne veut ouir parler que d'affaires
de coeur.
Mais vous qui mieux qu'autre
qui vive ,
Sçavez charmer en racontant ,
Et dont l'expreſſion est toujours fi
naive ,
Que l'on croit voir ce qu'on entend
,
Qui sçavezque c'est la maniere
Dont quelque choſe eſt inventé ,
Quibeaucoup plus que la matiere
Detout recitfait la beauté ,
Vous aimerezma Fable &Samoralité?
22 MERCURE
I'en ay,j'ofe le dire , une afſurance
entiere..
Il estoit unefois un pauvre Bucheron
,
Qui las deſa peniblevie ,
Avoit , diſoit-il , grande envie
Des'aller reposer aux bords de l'A-
とcheron,
Representantdans sa douleurprofonde,
Que depuis qu'il eſtoit au monde ,
Le Ciel cruel n'avoit jamais
Voulu remplir un seul de ses foubaits.
Unjour que dans le bois ilse mit à
Seplaindre ,
A luy la foudre en main Jupiter

s'aparut.
On auroit peine à bien dépeindre
Lapeur que le bon homme en eut.
Je ne veux rien,dit-il,en ſejettant
Parterre ,
GALANT.
23
1
Point deſouhaits , point de Tonnerre
,
Seigneur, demeurons but àbut.
Ceffe d'avoir aucune crainte ,
Je viens , dit lupiter , touché deta
complainte ,
Te faire voir le tort que tume fais.
Ecoute donc ,jete promets ,
Moyqui du monde entierfuis leſouverain
Maistre,
D'exaucer pleinement les trois pres
miers souhaits
Que tuvoudras formersur quoy que
ce puiffe estre.
Voy ce qui peut te rendre heureux,
Voyce qui peut te fatisfaire ,
Et comme ton bonheur dépend tout
detesvaux ,
1 Songesy bien avant que de les faire
Aces mots lupiter dans les Cieux
remonta ,
Et le gay Bucheron embraſſant fa
falourde,
24 MERCURE
Pour retourner chez luy ſur ſon dos
la jetta.
Cette charge jamais ne luy parut
moins lourde .
Il nefaut pas,diſoit- il en trotant
Detout cecy rien faire àla legere.
Il faut, le cas est important ,
Enprendre avis de nostre Menagere.
C'a , dit il en entrant ſous fon toit
de feagere ,
Faiſons,Fanchon, grandfeu grand
chere ,
1
Noussommes riches deformais,
Et nous n'avons qu'àfaire desfouha'ts.
Là deſſus fort au long tout le fait
il luy conce.
Acerecit,l'Epouse vive&prompte
Forma dansson esprit mille vastes
projets ,
Mais confiderant l'importance
De s'y conduire avec prudence,
Blaise,mon cherAmy , dit- elle àfon
Ероих ,
Ne
GALANT .
25
Ne gastons vien par nostre impatience
,
Examinons bien entre nous
Ce qu'il faut faire en pareille occu
৫১
rence.
Remettons àdemain nostrepremier
fonbait,
Et confultons noſtre chevet.
le l'entens bien ainsi , dit le bon
homme Blaise ,
Mais va tirer du vin derriere ces
fagots.
Ason retour il but , & goustant à
Sonaiſe
Prés d'un grand feu la douceur du
repos ,
Il dit en s'appuyantsur le dosdefa
chaife,
Pendant que nous avons unefi bonne
braise ,
Une aune de Boudin viendroit bien
propos.
Apeine achova-t-ilde prononcer ces
mots,
Novemb. 1693 . B
26 1 MERCURE
t.
Quefa Femme appercent , grande .
ment étonnée ,
Un Boudin fort long , qui partant
D'un des coinsde la cheminée,
S'approchoit d'elle en ferpentant-
Elle fit un cry dans l'instant ,
Mais jugeant que cette avanture
Avoit pour cause lesouhait
Que pour bestife toute pure
Son homme imprudent avoit fait ,
Iln'est point de pouille , d'injure ,
Que de depit&decouroux
Elle ne diſt àfon Epoux.
Quand on peut , difoit-elle obtenir
un Empire ,
De l'Or , des Perles , des Rubis ,
Des Diamans , de beaux Habits,
El . ce alors du Boudin qu'il faut que
l'on defive ?
Et bien ,j'ay tort , dit - il, jay mal
placemon choix.
L'ay commis une faute énorme,
le foray mieux une autrefois.
GALANT.
27
A
Bon , bon , dit-elle, attendez- moy
Sous l'orme.
Pour faire un telfoubait , il faut
estre bien Boeuf.
L'Epoux plus d'une fois emportéde
colere
Penſafaire tous bas leſouhaitd'eftwe
Veufs.
Etpeut-estre entre nousnepouvoitil
mieux faire,
Leshommes, diſoit - il, pourſouffrir
fontbienne.z
Peste fort du Boudin , &du Boudin
encore.
Pluſt à Dieu maudite Pecore,
Qu'ilte pendist au bout danez!
***
La Priere auffitoft du Cielfut écoutée
Et dès quele Mary la parole laſchas -
Au nezde l'Epouse irritée
L'Aune de Boudin s'attacha.
Ce prodige impreveu grandement le
facha.
B2
28 MERCURE
La Femme estoit jolie,elle avoit bon,
negrace ,
5
Et pour direfansfard la verité du
fatt,
Cet ornement en cetteplace
Nefaisoit pas un bon effet ,
Si ce n'est qu'en pendantfur le bas
du visage
Et luyfermant la bouche àtout moment.
Il l'empefchoit deparler aisément,
Pour un Epoux merveilleux avan.
tage.
le pourrois bien , diſoit-il à part
foy
Pour me dédommagerd'un malheur
Si funeste ,
Avec le souhait qui me reſte
Tout d'un pleinfaut mefaire Roy ,
Rien n'égale,il est vray,la grandeur
Souveraine ,
Mais encore faut ilfonger
Commentferoitfaite la Reine ,
GALANT
29
Et dans quelle douleur ceferoit la
plonger,
De l'aller placersur un Trone
Avecun nez plus long qu'une aune.
Ilfaut l'écoutersur cela ;
Et qu'elle-mesme ellefoit la Maitreffe
De devenirune grande Princeſſse ,
En confervant l'horrible nez qu'ellea
,
Ou de demeurer Bucheronne ,
Avec un nez comme une autreper-
Sonne,
Et telqu'elle l'avoit avantcemalbeur-
là.
**
La choſebien examinée ,
Quoy qu'ellefocust d'un Steptre&
leprix& l'effet ,
Et que quand on est couronnée
On a toujours le nez bien fait ,
Comme au defir de plaire il
rien quine cede ,
n'est
B 3
30 MERCURE
Elle aima micux garderfon Bavolet
Que d'estre Reine &d'eftre laide.
Ainſi le Bucheron ne changea point
deftat ;
Ilne devint point Potentat ,
D'écus il n'emplit point sa Bourse ,
Trop heureux d'employer le defir qui
restoit,
Fraisle bonheur , pauvre reſſource ,
A remettre la Femme en l'estat
qu'elle estoit;
Tant il est vray qu'aux hommes miferables,
Aveugles, imprudens , inquiets,va
riables ,
Pas n'appartient de faire des fou
hairs,
Et que peu d'entre euxsont capables
De bienuſer des dons que le ciel leur
afait.
Je vous ay ſouvent envoyé des
GALAN T.
31
Lettres de M. Deflandes,Grand
Archidiacre & Chanoine de
Treguier , écrites à M. le Chevalier
Deflandes , fon Neveu ,
Garde Marine du Département
de Breft. Ce ſçavant homme a
trouvé moyen par ces Lettres
de rendre ce Neveu habile ,&
en luy écrivant familierement,
il luy apprend tout ce que les
Gouverneurs des jeunes Seigneurs
devroient enſeigner à
Ieurs Pupilles. Ainſi ſes Lettres
font remplies de morceaux d'éruditio,
dont la lecture doit faire
plaifir. Elles contiennent mille
choſes curieuſes pour ceux qui
les ignorent , & rafraichiffent
la memoire deceux qui les ont
ſceuës. Voicy encore une de ces
Letres , dont une copic eſt tombée
entre mes mains.
*
B 4
32
MERCURE
t
A M. LECHEVALIER
DESLANDES.
NSage Ministre du conseil
UaEspagne d'Espagne voyat que LaFrance
remportoit des avantagesſurprenans,
malgré toutes les forces de la Ligue
ditun jour à un Conseiller d'Eftat
qui s'estoit déchrifné pour le
Prince d'Orange ; Num quid
bonum tibi videtur ſi confilium
impiorum adjuves? Il faut avouer
que le conseild'Espagne est dansun
affsapisement dans un aveuglement
qui étonneront la Posterité. Il
falloitſuivre les avis de ceſage Ministre
dont je viens de parler , qui
dit à un Emiffaire du Prince d'Orange
, qui vouloit legagner,Non
tentabis Dominum tuu.m Ce
Ministre representa unjour au Con.
GALANT. 33
feil,que la Maison d' Auftriche ne
pouvoitfubfifter que par les mesmes
moyens qui l'avoient élevée àce haut
point de grandeur où ellese voyoit;
que manquant à la Religion , la
Religion luy manqueroit ,& que
neceſſairement la décadence de fa
Monarchie feroit infaillible ; qu il
ne faloit pas eftrefort penetrant pour
remarquer que le Syſteme interieur
du Prince d'Orange est d'affoiblir
toutes les Puiſſances , pour dominer,
pour mettre l'Empitre entre les
mains des Protestans ; poury
parvenir ilse fert de l'Empereur ,
qu ilfait le propre instrument de ſa
destruction.
L'intereſt de la Religion , la
gloire de la Nation , l'honneur de
l'Estat nevouloient pas que l'on enſt
aucune liaiſon avec un Vjurpateur ,
qui afuccé aveclelait l'averfion que
fes Predeceßeurs ont toujours eue
BS
34
MERCURE
contre laMaisond' Austriche. Charles
- Quint avoit raiſon de dire que
l'Histoire devoit estre l'occupation
d'un Prince ; qu'elle estoit un miroir
qui ne flatoit point ,& un Orateur
qui avertiſfeit bardiment un
Souverain de ses defauts. Cet Empereur,
comme Affuerus , lisoit à
Son reveil les Annales de ses Ancestres.
Lifez, dit ce Ministre un
peu émeu , l'Histoire de la Guerre
de Flandre , par le Cardinal Bentivoglio
,le Tacite defon Siecle , vous
y verrezà chaque Sommaire les maux
que les Predeceffeurs du Prince dOrange
ont cauſez dans les Pays qui
font de la dépendance d'Espagne.
Voila un Portrait en miniature que
le Corregidorde Seville m'envoye de
Rome , qui a esté trouvé dans le
Cabinet d'Annibal Carache , ce
fameux Peintre. Ceft la representa
tiond un triste Pelican, qui nourrit
GALANT .
35
de son propre sang un Afpic qui
s'est gliße dans son nid , & ces
paroles d'un Prophetefont infcrites
autour. Similis factus fum Pellicano
folitudinis. Cet embleme
s'explique de luy- mesme. Un de
mes étonnemens est devoir que le
Confeil qui est si penetrant , n'ait
pasopposé l'union du Prince d'Orangeavec
les Anglois. Eft- ce que de
noftretemps cette Nation cruelle
farouche n'a pas ruiné &defolé les
Villes , & les Isles qui font fur les
costes d'Andaloufie?Le Gouverneur
de Cadix me manda qu'il luy eust
eſté plus doux de voir cette Ville
Submergée , comme elle l'avoit esté
autrefois , que d'eſtreſoumise àla
barbariede cette Nation inhumaine
perfide.
Ie ne puis me ſouvenir qu'avec
douleur des Trocez verbeux que l'on
m'envoya , lors que les Ifles de la
B6
36 MERCURE
MerMexicaine estoient de mon département.
Cefut l'an 1655. que
les Anglois s'eſtant rendus les Maiftres
des Isles de l' Amerique Septentrionale
, chafferent les Espagnols de
la lamaique ,&exercerent fur eux
des cruautez inouies . C'est un abus ,
& c'est se tromper soy. mesme que
de s'aller imaginer que les forces de
la France s'épuiferont , que cet Etat
ne pourra pas toujours resister à
toute l'Europe liguée pour l'affoiblır.
Nenous aveuglons point , &jugeons
fans paffion des choses comme elles
Sont.Lifons nos propres Histoires, &
nous y verrons que sous le Regne de
Philippes IV. du nom , furno ume
le Bel , quarante&fix éme Roy de
France, qui commença àregner l'an
1283. toute l'Europe je fouleva
contre ce koy ,&generalement tous
les Princes , excepté le Comte de
Bretagne,signerent une Ligue offens
five contre cet Estat..
GALAN T.
37-
Gui , Comte de Flandre , maria
Sa Fille avec Edouard Roy d'Angleterre,
& ilsseparerent une ami .
tre éternelle, Guyjetta dans ses interests
les Ducs de Bar, de Brabant,
Les Comtes de lulliers , de Hollande,
de Haynaut , de Nevers & de Namur.
Edouard de son costé engagea
l'Empereur Adolphe,&le PapeBoniface
VIII. Tous ces Confederezse
promettoient des merveilles de leur
union, Entre autres , l'Empereur
Parlois d'an airfihaus &fifier, que
fes plus modestes paroles n'estoient
que des menaces. Il commença par
envoyer demander à Philippes la
Comtéde Provence & le Royaume
d'Arles qu'il pretendoit avoir efte
incorporezal Empire, Philippes pour
toute reponse ,& pour ferailler de
Ios menaces , luy envoya un papier
dans lequel il n'y avait rien d'écrit
& c'est de là qu'est venu ce Pre38
MERCURE
verbe quand nous diſons à quelqu'un
dont nous nous mettons peu en peine,
que nous luy donnons la Carte blanche.

Qu'arrivat-il de cette terrible
Ligue qui devoit mettre toute la
France àfeu & àfang ? Voicy l'effet
qu'elle produifit. Adolphe fut depof-
Sedé par les Allemands dans le
semps qu'ilse mettoit en état d'exe
cuter ſes Rodomontades . L'Anglois
fut baitu par mer e'& par terre; fon
Armée de mer commandée parfon
Frere Edmond fut defaite entierement
; on luy enleva par terre les
Fortereſſes de Rions , de Pondeſat ,
'de Saint Severe, & pluſieurs autres
Villes. Le Comte de Flandre fut en .
core plus maltrailte , car le Roy de
Francele dépouilla de fes Estars ,
& tous les Flamands s'emprefferent
de luy prester le sermentde Fideline.
Pour le Pape Boniface il mourut de
GALANT.
39
deplaisir & de douleur. Albert
d' Autriche qui fucceda à Añolphe
,voyant les forces inepusfables
du Royde France recherchafon amitié
, & pour ofter tout pretexte de
querelle , il envoya à Philippes un
acte par lequel il renonçoit àtoutes
les pretentions qu'il pourroit avoir
fur la Provence , &fur le Royaume
d'Arles.
Cefſſons donc de nous voir par
une fauffe esperance de l'afforbiiffement
de ce grand Corps politique.
Ne reſſemblons pas à ce Rustique
dont nous parle Horace & dont ilfe
raille , qui attendoit pour paſſerun
Fleuve , qu'il fuftecoulé.
Rufticus expectat dum de.
Auatamnis.
Les AlliezEnnemis de la Franne
sçavent que trop que les
forces de cet Etat fot comme ces
wapeurs qui fe tournent en rosée
40
MERCURE
pour les François , & en Foudre fur
les Ennemis de cette Monarchie. Il
est vray que le Royaume d'Espagne
eſt auſſi ancien que celuy du peuple
choifi; mais cette ancienne Nobleffe
neluyeſt pas fort avantageuse. Il
Suffit d'ouvrir l'Histoire Sainte des
Machabées , & onyverra une defolation
entiere de toute l'Espagne .
dont les Miniſtres touchezde jaloufie
, d'ambition , & d'interest particulier
, reduifirent la floriſſante
Monarchiefous lejoug honteux de
gens quin'avoient pour toute Religion
, que le defir de regner dans
zout l'Univers. Le Saint Esprit s'exprimed'une
maniere outrageante à
la Nation Espagnole , enparlant de
Safervitude ſous la domination des
Romains. Et quanta fecerunt in
regione Hifpaniæ , & quot in
poteſtatem redegerunt metalla
argenti & auri quæ illic funt, &
GALANT .
41
poſſederunt omnem locum con.
filio fuo & potentia. Remarquez
que le saint Esprit fait preceder la
Sageffe , la Prudencele Confeil ,
نم
parteensuitede la force,de la va
leur ,&de la puissance. C'est cet
Oracle de la prudence qu'il falloit
confulter avant que d'entrer dans
une Ligue bonteuse contre la France
quia toûjours esté Superieure , &
qui a la Victoire deson costé, parce
qu'elle a la luft.ce.
Vous sçavez , Meſſieurs , dit ce
Sage Ministreen finissant , que la
Paix est undon de Dieu .Da pacem
Domine. Ilfaut la luy demander.
Mon honneur , ma conscience , ma
baute naissance , mes anciens Em -
plois lerangque je tiens,m'ontobligé
de vous communiquer les reflexions
quej'ay faites fur les affairesprefentes.
Il eust esté avantageux àl'Efpagnede
s'estrelaiffé conduire par
42
MERCVRE
un Ministre auffi éclairé que celuy
dont je viens de vous träfcrire leju.
dicieux avis. Cefage Ministre n'a
voit- ilpas raison de regarder la
France comme le Trone du Soleil que
les Perses representoient defendu
pardes Lions ? Ces Lions nefont ils
pas les symboles de nos Officiers de
mer& de terre dont la valeur , la
vigilance & l'intrepidité étonnent
" les AllieZjaloux de lagloire de Louis
le Grand ?
M'occupant autre-fois à la connoiffance
des simples, je remarquay
une Fleur qui me dorina de l'attention
; je regarday , une tige de la
hauteur d'un Lis . Cette Tige estoit
furmontée d'une Fleur couronnée de
lacouleur des Lis champestres,dont
nous parte pline. Ce qu'ily avoit
de fingulier dans cette Fleur, c'est
qu'elle presentoit uneEtoile. Cen'est
pas cependant ce que j'admiray.
GALANT .
43
C'eſtoit un tas d'Epines qui fortoit
des Caieux de cette Tige , & qui
s'élevoit auſſi hautque la Fleurpour
luy ſervirde rempart. Peut- enrien
de plus juſte ? L'applicationen est
facile.Est- ce que les Alliezne de
vroient pas rougirde bonte aprésfix
Campagnes deſe voir batius par
mer & par terre ? La honte est de
toutes les paſſions celle qui fait le
plus d'impreffion; elleestseule capable
de corrigerl'homme raisonnable
de tous fes defordres. L'amour, cette
imperieuſe paſſion que l'on pretend
estre plus puiſſante que la mort,n'ofe
buy resister ; l'ambition avec toute
fa fiertése retire en sa presence ;
l'Envie , cette bestefarouche se cache
danssa caverne déste moment
qu'on la nomme. lly a esperance de
querir un homme de ſes paffions,tandis
qu'il est susceptible de pudeur ,
mais deur , mais dés l'inſtant que
44
MERCVRE
ce chaſte voile de la honte est osté ,
ce Malade estun Phrenetique Sans
esperance.
L'ay raison de croire que les Princes
Catholiquesfollicitez par le Pere
commun de tous les Fidelles Princes
rentreront en eux.mesmes & se diront
qu'ils doivent rougir de honte
devant Dieu & devant toutes les
Nations, d'estre entrez dans une Lique
avec un vfurpateur contrele
plus grand Roy du monde , dont la
pictéest l'ame de toutesses actions.
le suis vostre , &c.
Le premier jour de ce mois,
qui estoit celuy où l'on celebroit
la Feſte de tous les Saints le
Roy fit la diſtribution des Beneficesvacans
, & Sa Majesté honora
M. l'Abbé d'Ervault du
titred'Archeveſque, en luy donnant
l'Archeveſché de Tours .
Ainſi il quitte l'Eveſché de
GALANT.
45
Condom , où je vous manday la
derniere fois qu'il avoit eſté
nommé . Comme l'Archeveſché
de Tours n'eſt pas d'un grand
revenu , & qu'il faut foutenir
un rang ſi diſtingué dans l'Eglife
, M. l'Abbé d'Ervault fut en
mefme temps pourvû de l'Abbaye
de S. Maixant.
L'Eveſché de Condom fut
donné à M. l'Abbé Milon , Aumônier
du Roy , qui l'a merité
par ſes bonnes moeurs, & par fon
affiduité.
Mr l'Abbé de Pompone fut
gratifié de l'Abbaye de Saint
Medard de Soiffons , aprés avoir
remis celle de S. Maixant
entre les mains de Sa Majesté.
L'eſprit de la Famille, le merite
du Pere , & le ſçavoir du Fils ,
luy doivent faire tout efperer
des bontez d'un Roy , dont la
46 MERCURE
1
juſtice eſt égale à ſa grandeur.
M. de Sillery , Eveſque de
Soiffons , diſtingué par ſa naiffance
& par fon merite , fut
gratifié de l'Abbaye du Gard.
présd'Amiens.
M. l'Abbé Boileau , qui depuis
un ſi grand nombre d'années
a paru avec tant de gloire
&d'avantage dans les meilleures
Chaires de Paris , fut pourveu
de l'Abbaye de Beaulieu ,
prés Loches , le Roy voulant
honorer par là le Ministere de
cetAbbé, & encourager les Eccleſiaſtiques
à travailler pour
l'Egliſe ſelon la meſure de leurs
talens .
Le Roy donna en meſime
temps l'abbaye de Maures
Dioceſe de Langres, à M. l'Abbe
Chavaudon , cy- devant Aumônier
de la Reine. Rien ne
,

GALANT.
47
marque plus la justice , la bonté,&
les égards de ce Prince.
Il y eut trois Abbayes regulieres
données dans ce mefme
temps : celle de Moncels , Ordre
de Premonſtré, au Pere Remi
Cannelle , Prieur de S. Martin
de Laon ; celle des Religieuſes
de Bõnevoye dans le Luxembourg
, à Dame Marie - Agnés
de Piromboeuf, & celle de Noftre-
Dame de Meaux,à Madame
de Montchevreüil , Religieuſe
de Fontevrault.
1 M. l'Abbé de Fourcy eut le
Prieuré de Meinel, dit des Bons
hommes. Je vous ay déja parlé
de la distinction , de la fageffe ,
du merite & des grandes alliances
de cette Famille .
Le Prieuré d'Oulmes , de la
Ville Dieu. Datunay , Ordre de
Saint Auguſtin,Diocese de Sain-
}
48
MERCVRE
tes , fut donné à M. l'Abbé Marin
de la Chastaigneraye , Fils
deMeffire Arnoul Marin , Marquis
de la Chaſtaigneraye,Comte
Palatin , Maiſtre des Requeftes
ordinaire & honoraire de
l'Hoſtel du Roy , Conſeiller
d'Estat ordinaire , cy - devant
Confeiller au Parlement de
Mets ,Maiſtre des Requeſtes ordinaire
. Intendant de Juſtice ,
Police & Finance en la Generalité
d'Orleans , & Premier Prefident
au Parlement de Provence;&
Petit- fils de Meſſire Denis
Marin , Marquis dela Chaſtaigueraye
, Seigneur deMouilleron
,Noubert,Aubigny,& autres
lieux , Conſeiller d'Estat ordinaire
, & Intendant des Finances,
qui a eu quinze Intendances
d'Armées , & tenu pluſieurs foi
les Eſtats en Bretagne de la part
du
GALAN Τ .
49
و
du Roy. Je ne dis rien de pluſieurs
grandes Commiſſions
qu'il avoit euësdansle Royaume
pour le ſervice de Sa Majesté ,
auquel il a toujours eſté attaché
inviolablement dans les temps
les plus difficiles . Tout le monde
ſçait qu'il fut envoyé contre
les Rebelles en Guienne, & en
pluſieurs autres Provinces , avec
un tres grand pouvoir , & que
la fenë Reine l'honoroit de fon
eſtime & d'une confiance particuliere.
Il entendoit parfaitement
bien les affaires , avoit
une probité au deſſus du commun
, & un defintereſſement
ſi extraordinaire , qu'aprés avoir
gouverné les Finances pendant
quarante ans , il n'a laiſſe d'autre
bien à ſa Famille que beaucoup
d'honneur & de reputation.
Il eſtoit aimé du Peuple
Νου . 1693 . C

50
MERCURE
qu'il foulageoit dans toutes les
neceffitez , & des Grands Seigneurs
, à qui il rendoit ſervice
de la maniere du monde la plus
engageante & la plus fincere.
Enfin ,aprés avoir paſſé une longue&
honorable vie ,il eſt mort
poffedant toutes ſes Charges
âgé de foixante & dix huit ans
regreté de tout le Royaume . II
avoit épousé la Scoeur de M.Colbert
du Terron , Intendant de
Marine & de Terre,& Confeiller
d'Estat ordinaire . Elle eſtoit
Couſine Germaine de feu M.
Colbert, Miniſtre & Secretaire
d'Estat. Vous ferez - peut - eſtre
ſurpriſe que parmi les qualitez
de M. Marin,Premier Preſident
au Parlement d'Aix , jaye employé
celle de Comte Palatin Je
vous diray là deſſus qu'elle luy
vient d'un Bref tres-honorable
GALANT .
I
que le Pape Clement X. luy
envoya parM. le CardinalGrimaldi
Sa Sainteté l'ayant créé
par ce Bref , Comte Palatin
comme qui diroit Comte du
Palais . Cette dignité donne de
tres-grandes prerogatives , &
entre autres celles de porter au
deſſusdes Armes la Thiare du
Pape , & les Clefs de S. Pierre
en ſautoir, les honneurs du Louvre
chez le Pape , comme l'ont
les Ducs & Pairs en France , les
entrées dans la Chambre de Sa
Sainteté,& beaucoupd'immunitez
& de Privileges tres- confi
derables.
Puis que j'ay commencé à
vous dire des choſes particulieres
de la Famille de M. l'Abbé
Marin , quoy que je n'aye
ascoutumé d'entrer dans un
C2
52
: MERCURE
د
ſemblable détail , que dans les
occaſions de Mariage , ou de
mort , j'acheveray en vous difant
qu'il a pour Oncles Meffire
Pierre Marin , Marquis de la
Troufferie & de Montmarin
Maistre des Requeſtes ordinaire
de l'Hoſtel du Roy , & cу-
devant Conſeiller au Parlement
de Paris ,& M. Marin, Seigneur
de Moüilleron , Brigadier des
Armées de Sa Majesté , & premier
Lieutenant de ſes Gardes
du Corps dans la Compagnie
de Luxembourg. Il a paílé par
la pluſpart des degrez de l'Armée,
ayant eſté Enſeigne , Cornette
, Lieutenant , Capitaine
de Cavalerie , & Colonel d'un
Regiment.Il entra enſuite dans
la Maiſon du Roy ,' où il
a eſté Exempt , Enſeign
Sous - Lieutenant , & Lieute
GALANT.
53
nant des Gardes du Corps . Il
s'eſt trouvé à pluſieurs grandes
actions & Batailles ,& à celle
de Neervvinde il eut deux
chevaux tuez ſous luy, & reçut
une bleſſure tres-dangereuſe ,
dontil eſt demeuré eſtropié . M.
l'Abbé Marin àunFrere Moufquetaire
dans la premiere Compagnie
,& un autre Lieutenant
dansla Galere dite Reale , que
le Roy a nommé depuis peu de
temps pour aller commander
par terre une Compagnie de
cent hommes , dans l'Armée de
M. le Maréchal de Catinat,demeurant
pourtant toujoursOffcierde
Galere. Ila une Scoeur
mariée à un Conſeiller du Parlement
de Provence , & une
Lautre Penſionnaire en l'Abbaye
Royale de S. Barthelemy
àAix. Sonautre Soeur , appel
C3
54
MERCURE
1
lée Mademoiſelle de la Chastai
gneraye , eſt morte Religieuſe
Profeſſe de la Viſitation de
Sainte-Marie à Aix , âgée de
vingt ans , &déja en ordeur de
fainteté . M. Marin , Colonel
d'un Regiment de Cavalerie ,
& fon Cousin iſſu de Germain ,
a eſté tué à la Bataille de la
Marſaille en Piedmont. M. Marin,
Capitaine de Cavalerie,qui
fut tué à la Bataille de Staffarde
, eſtoit fon Cousin iſſu de
Germain. Ses Grands - oncles
eſtoient feu M. Daurat,Doyen
du Parlement de Paris, qui s'eſt
rendu ſi recommandable par ſa
probité, ſa capacité,& un merite
extraordinaire , & M. du
Tillet Conſeiller de la Grand
Chambre,& il a l'honneur d'ef
tre allié à pluſieurs Maiſons
tres - diftinguées dans la Robe ,
GALANT.
}
dans l'Epée &' dans le Ministere .
Outre les Benefices donnez
à la Feſte de tous les Saints , le
Roy avoit nomméle mois precedent
à l'Abbaye reguliere de
Saint Vaſt de Moreuil , Ordre
de Saint Benoist Dioceſé d'A
miens , DomJean François du
Croft de Montigny , Religieux
Benedictin de l'Ordre de
Cluny.
Vous ne sçauriez voir aſſez
ſouvent des ouvrages de l'Illuſtre
Madame des Houlieres ,
à Mademoiselle Cheron dont
tout Paris admire l'habileté
pour la Peinture , ayant faic
fon Portrait depuis quelque
temps , cela luy a donné lieu
de faire des Reflexions que
vous trouverez dignes d'elle ,
& auſſi noblement exprimées ,
qu'on le peut attendre de ce
C4
56 MERCURE
merveilleux genie , qui la rend
l'ornement de ſon Sexe & de fon
fiecle.
**************
REFLEXIONS MORALES
DE MADAME
DES • HOULIERRES
Surl'envie immoderée de faire
pafſſer ſon Nomà la Poſterité .
LA Sçavante CHERONpar fon
divin pinceau
Me redonne un éclat nouveau .
Elle force aujourd'huy les Graces,
Dont mes cruels ennuis & mes longues
douleurs ,
Laiſſent sur mon visage à peins
quelques traces ,
D'y venir reprendre leurs places
/
57
GALANT.
Elle me rend enfin mes premieres
couleurs.
Parfon art la race future
Connoîtra les prefens que me fit la
Nature ,
Et je puis esperer qu'avec un telſe-
COUYS ,
Tandis que j'errerayſur les fombres,
rivages,
Iepourray faire encor quelque honneurànos
jours.
Oùy , je puis m'en flater ; plaire &
durer toujours
Eſt le destin deſes ouvrages .
Fol orgueil ! & du coeur Humain
Aveugle&fatale foibleſſe !
Nous maturiferez- vous fans ceſſe,
Et n'aurons-nous jamais un genereux
dédain
Pour tout ce qui s'oppose aux loix
de laſageſſe ?
Non; l'amour propre en nous est toitjours
le plus fort ,
CS
58
MERCURE
1
Et malgré les combats que laſageſſe
livre ,
On croit se derober en partie à la
1
Quand dansquelque chose onpeut
Mort.
vivre.
Cetteagreable erreur est lasource
desfoins
Qui devorent le coeur desHommes.
Loinde sçavoir jouir de l'état où
noussommes
C'est à quoy nous penſons lemoins.
Vne gloire frivole &jamais poſſedée
,
Fait qu'en tous lieux , à tous momens
,
L'avenir remplit nôtre idée.
Il est l'unique but de nos empreſſemens
.
Pour obtenir qu'un journostre nom
yparvienne ,
Etpour nous l'aſſurer durable &
glorieux,
GALANT.
59
Nousperdons le present, ce tempsfi
precieux ,
Lefeul bien qui nous appartienent,
Et qui tel qu'un éclair diſparoiſt à
nosyeux.
Au bonheur desHumains leurs chimeres
s'oppoſent.
Victimes de leur vanité,
Iln'est chagrin , travail , danger ,
adverſité ,
A quoy les mortels ne s'exposent
Pour transmettre leurs noms à lapofterité
!
Aquel deffein, dans quelles vuës ,
Tant d'obelisques , de portraits ,
D'Arcs , de Medailles , de Statuës ,
De Villes,de Tombeaux, de Temples,
de Palais ,
Par leur ordre ont ils esté faits?
D'où vient que pour avoir un grand
nom dans l'Histoire
Ils ont à pleines mains répandu les
bienfaits ,
C 6
60 MERCURE
Si ce n'est dans l'eſpoir de rendre leur
memoire
Illustre &durable à jamais ?
Il est vray que ces esperances
Ont quelquefois ſervi de frein aux
paffions;
Que par elles les loix , les beaux
Arts, les Sciences ,
Ont formé les eſprits , poly lesNations
,
Embelli l'univers par des travaux
immenfes , :
Et porté les Heros aux grandes
actions.
Mais auſſi combien d'impostures ,
De Sacrileges , d'attentats ,
D'erreurs , de cruautez, de guerres,
de parjures ,
Aproduit le defir d'estre aprés le trépas
L'entretien des races futures !
Deux chemins differens & presque
auffibatius ,
1 GALANT. 61
Au Temple de Memoire également
conduisent.
Le nom de , Penelope, & le nom de
Titus
Avec ceux de Medée & de Neron
s'y lifent.
Les grands crimes immortalifent
Autant que les grandes vertus.
Jesçay que la gloire est trop belle
Pournepas inspirer deviolens defirs.
La chercher, l'acquerir, & pouvoir
jouira'elle ,
Eſt le plus parfait des plaiſirs.
Ouy, ce bonheur pour l'Homme est le
bonheurSuprême ,
Mais c'est la qu'ilfaut s'arrester.-
Tout charmé qu'il en est,àquelque
point qu'il l'aime ,
Il a peu de bon sens quand il va
s'enteſter
De la vanitéde porter.
Sa gloire au delàde lay mesme 3
62 MERCURE
Et quandtoûjours en proye à ce defir
extréme
Il perd le temps dela goûter.
Encorfidans les champs que le Com
cytearrofe
;
Dépouillé de toute autre chose ,
Il eſtoit permis d'esperer
De jouïr deſa Renommée
Feferois bien moins animée
Contre les foins qu'on prend pour la
fairedurer.
Mais quand nous defcendons dans
ces demeures fombres ,
Lagloire ne fut point nos ombres,
Nous perdons pour jamais tout ce
qu'ellea de doux ;
Et quelque bruit que le merite
La valeur , la beauté, puiffefaire
aprèsnous ,
Helas?on n'entendrienſur les bords
du Cocyte !
GALANT. 63
Paroù donc ces grands noms d'illuſtres
, defameux ,
Aprèsquoy lesmortels courent toute
leurvie ,
Avides de laiſſer un long ſouvenir
d'eux ,
Doivent- ils faire tant d'envie ?
Est-ce par interest pour d'indignes
Neveux
Qui ſeuls de ces grands noms
jouissent ,
Qui nelesfont valoir qu'en des difcourspompeux
,
Etqui toûjours plongezdans undefordre
affreux ,
Par des lachetezles flétriffent?
Deces heureux Mortels qui n'ont
point eû d'égaux
Tel est l'ordinairepartage.
Traitez par la Nature avec moins
aavantage
64 MERCURE
Que la plupart des Animaux ,
Leur Racedégénere,& l'on voit d'â
En
ge enåge
vaux.
elle s'effacer l'éclat de leurs tra.
Des choses d'icy-bas c'eſt levray caractere
;
Il est rare qu'un Filsmarche dans
leSentier
Queſuivoit un illustre Pere.
Desmoeurs commedes biens on n'est
pas heritier,
Et d'exemple on ne s'instruitquere.
Tandis que le Soleilſe leve encor
pour nous ,
Je conviens que rien n'est plus
doux
Que de pouvoirsûrement croire,
Qu'apre qu'un froid nuage aura
couvertnos yeux ,
Kien de lâche , rien d'odieux
Ne fouillera nostre memoire ;
GALANT.
65
Que regrettez par nos amis
Dans leur cooeur nous pirons encore;
Pour untel avenir tous lesfoins font
permis.
C'estparcet endroitſeul que l'amour
propre honore.
Ilfaut laiſſer le reste entre les mains
dufort ;
Quand le merite est vray, mille fameux
exemples
Ontfait voir que le temps neluyfait
point de tort ,
On refuse aux vivans des Temples
Qu'on leur éleve aprés leur
Mort.
Quoy,l'Homme , ce chef- d'oeuvre à
qui rien n'eſtſemblable !
Quoy,I'Hommepourquiſeulonforma
l'Univers !
Luy,dont l'oeil a percé le voile impenetrable
66 MERCURE
Dont les arrangemens&les refforts
divers
Dela Nature Cont couverts !
Luy, des Loix des Arts l'inven
teur admirable !
Aveugle pour luy seul ne peut - il
difcerner,
Quand il n'est question que de se
gouverner,
Le faux bien du bien veritable ?
Vaine reflexion ! inutile discours !
L'Homme malgrévoſtre ſecours
Du frivole avenirfera toûjours la
dupe,
Surses vrais interests ilcraint de voir
trop clair ,
Et dans la vanitéquifans ceffe l'cccupe
Ce nouvel Ixion n'embraffe que de
l'air.
N'estreplus qu'un peu de poußiere
Bleſſe l'orgueil dont l'homme eft
plein.
GALAN T.
67
-
Ila beau faire voir un visageserein,
Et traiter desang froid une telle
matiere.
Tout démentſes dehors , tout sert à
nous prouver ,
Quepar un nom celebre il cherche
àſeſauver
D'une destruction entiere.
Mais d'oùvient qu'aujourd'huy mon
esprit estsivain ?
Quefais.je! dequel droit est- ce
que je cenfure
Legoût de tout le genre humain
Cegoûtfavory qui luy dure
Depuis qu'une immortellemain
Du tenebreux cabos atiré la Nature
Ay je acquis dans le monde affez
dauthorité
Pour rendre mes raiſons utiles ,
Et pour détruire enluy cefond de
vanité
68 MERCURE
Qui ne luy peut laiſſer aucuns momenstranquilles
?
Non , mais un esprit d'équité
Acombattre le faux inceſſamment
m'attache ,
1
Et fait qu'à tout bazard j'écris ce
que m'arrache
La force de la verité !
Hé,comment pourrois je prétendre
Deguerir les mortels de cette vieille
erreur ,
Qu'ils aiment jusqu'àla fureur ;
Si moy qui la condamne ay peine à
m'endeffendre ?
Ce portrait dont Appelle auroit esté
jaloux
Meremplit malgrémoyde laflateu-
Seattente
Que je ne sçaurois voir dans autruy
fans couroux.
Foible raison que l'Homme vante ,
Voila quel est lefond qu'onpeutfai.
rejurvous,
1
GALAN T. 69
Toûjours vains , toûjoursfaux , toujours
pleins d'injustices ,
Nous crions dans tous nos difcours
Contre les paßions ,lesfoibleffes les
vices ;
Où nousfuccombons tous les jours.
La Gendarmerie ayant rempli
au Combat de la Marſaille ,
tout ce que l'on attendoitde la
valeur de ce Corps , elle a plus
perdu en cette occaſion que
tout le reſte de l'Armée enfemble,
s'eſtant trouvée expoſée au
feu du Canon des Eennemis ,
avant que la Bataille commençaſt,
ce qu'elle ſouffritavee une
fermeté inébranlable. La perte
qu'elle a faite a donné lieu à
quelques changemens dans les
Compagnies quila compoſent.
Voicy les noms de ceux à qui
70
MERCV RE
on a donnéde nouvelles Charges
dans ceCorps .
M. de Mezieresa eſté nommé
Capitaine- Lieutenant des
Gendarmes Anglois .
M. de la Riviere , Enſeigne
dela meſme Compagnie .
M. le Chevalier de Roye ,
Guidon des Gendarmes de la
Reine.
M. de Thoiras , Cornette des
Chevaux Legers Dauphins.
M. de Treſſan , Enſeigne des
Gendarmes de Bourgogne.
M. le Chevalier de Plancy ,
Capitaine .Lieutenant des Chevaux
Legers de Bourgogne .
_M. le Chevalier de lanſon ,
Guiddon des Gendarmes de la
meſme Compagnie .
M. le Chevalier du Fieſboy,
Enſeigne des Gendarmes d'Anjou.
GALANT .
71
M. de Sourdeac,Guidon des
Chevaux Legers Dauphins.
M. le Chevalier de Carman ,
Guidon des Gendarmes d'Anjou.
M. le Marquis de Villiers
Sous Lieutenant des Chevaux-
Legers de Berry .
M. du Rivau , Sous - LieutenantdesGendarmes
de Flandre .
M. de Vertilly , Major de la
Gendarmerie..
Ne croyez pas , Madame ,
qu'il ſoit pery dans l'affaire de
la Marſaille autant d'Officiers ,
que vous voyez icy de places
nouvellement remplies. La
mort d'un ſeul fait ſouvent un
auſſi grand changement dans un
Corps,& vous l'avez vûle mois
paſſé parle mouvementqui s'eſt
fait dans les Moufquetaires , à
l'occaſionde la mort de M. de la
72 MERCURE
Hoguette. Ce n'eſt pas que les
Gendarmes n'ayent beaucoup
ſouffert, comme je vous ay déja
fait voir en vous en marquant
la raiſon , mais tous les avantagesque
nos Ennemis ontpreſ
que toûjours avant le Combat,
ne ſervent qu'à augmenter la
gloire des François , qui défe .
roient trop ſeurement leurs Ennemis
, ſans que leur victoire
leur coûtaſt de ſang , ſi l'avantage
ſe trouvoit égal avant que
d'en venir aux mains .
Comme la diverſité de ma
Lettre eſt ce qui vous y plaiſt
davantage , & que vous fouhaittez
qu'elle foit remplie
d'ouvrages fur differentes matieres
, afin que chacun s'y puiſſe
divertir dans voſtre Province
felon fon eſprit & fon gouft , je
vous envoye de quoy occuper
un
GALANT.
73
anmoment ceux quiſe font un
plaisir de l'étudedela Phyſique.
Ce que vous allez lire eſt du
même M. Poupart , qui a déja
écrit fur le Limaçon.
LA PROGRESSION
du Limaçon aquatique ,dont
la Coquille eſt tournée en
Spirale conique.
Sa
Ile Limaçon n'avoit point ca
d'autre secours que le caprice
L'inconstance des eaux , pour estre
porté sur les differentes rives qui
- luy fourniffent la nourriture il auroit
estéſujet à bien des diſgraces ;
mais la nature qui n'a point de plus
preffins defirs , ny de plus nobles
passions que de triompher par ses
liberalitezy apourveu d'une maniere
bien obligeante. Elle luy a mis
fur le dos ungrandfac membraneux
-Νου. 1693 . D
74
MERCURED
qu'il vuide & remplit d'air quand
il veut , par une ouverture qu'il ouvre
, & qu'il ferme fi exactement
de debors en dedans, avec une ſoupas
pe à clapet , qu'il ne peut fortir ou
entrer le moindre globule d'airfans
le conſentement de l'animal. C'est
par cet, artifice qu'augmentant ou
diminuant le volume defon corps il
en augmente ou diminuë la pesanteur
par rapport à un pareilvolume
d'eau. Sa progresionse fait en qua
tre manieres. Il noge sur les eaux ;
il se précipite dans le fond; il mar
che ourampefur laglife , il monte
du fond à la fuperficie. Quand ce
petit Necher veut mettre à la wile,
ilje jette à moitié corps fur l'eau ,
ilse tournefur le dos pour entre porté
par lefac qu'il a refoule d'air.
Les enfans se mettent sur des gourdes
pour nager , & les hommes nagem
plus facilement fur le dos qu'en
5
GALANT .
75
toute autre ſituation. Sa base oufon
pied qu'il dilate le plus qu'il peut
Sur lafuperficie de l'eau , luy fert de
gouvernail, qu'il tourne en rond , à
droite à gauche ſelon qu'il veut
pointer son esquif.
Encet état le moindreſoufle s'entonnant
danssa Coquille qui luy ſert
de voile, le conduit dans le port
qu'il s'est proposé, Mais si une importune
boniffe s'oppose aux deffeins
de nôtre Tilote , il prend la rame.
Ilnena print d'autre que fon petit
corpsqu'il allonge fur lafuperficie
de l'eau en le tirant à moiti de sa
Coquille,à laquelle il donne une fe
couſſe pour la faire fuivre & pour
donner un favorable mouvement à
l'eau, s'allonge une seconde fois il
donne une nouvellefecouffe, il im .
prime un nouve au mouvement. Enfin
continuant cette maneuvre pendant
quelque temps il arrive Sur une
DA
76 MERCVRE
-
coste étrangere,cù il cherche à prendreſes
ébats , de nouveaux alimenson
àfaire quelque amoureuse con
queſte. Quand nôtre petit avanturier
veut se garantir des infultes defon
ennem, il cheffe promptement tout
l'air qui l'environne , &devenant
par ce moyenplus pesant qu'unpareil
volume d'eau , il eſtſubitement précifité
dans lefond ; mais außi il
a ce desavantage qu'il ne sçauroit
remonterqu'engrimpant sur quelque
plante , ou bien en rampant fur le
fond de la riviere. Il exécute fibabilement
cette progreßion qu'ilsem .
blepluſtoſtglifſferque marcherparce
quefaisant faire milie petites ondulations
presque inſenſibles à la
plante deson pied, elles sefuccedent
ſiimmediatement les unes aux autres,
qu'il n'y apoint d'inſtant de
repos danssaprogreßion. Außi toft
qu'il est arrivé à la fuperficie ,il
GALANT.
77
(
}
preſte le coſté , il ouvre la soupape
pourse remplir d'air,fans lequel il
nesçauroit vivre plus de deux jours ,
n; nagerſur les eaux; mais fiderechef
ilveut s'aller égayer dans le
fond ſans s'épuiser d'air , il faut
qu'il descende tout au long d'une
Plante,parce qu'en cet estat il est
plus leger que l'eau : mais en recompense
ila cet avantage ,que lors
qu'il veut remonter à la fuperficie ,
iln'a qu'àse laisſſer
portéavec viteffe.
aller, ily est
Au reste, ce petit animal nous
fournit l'occafion defaire des experiences
qui peuvent donner du jour
au fameux probleme qui demande
s'ilyadel'air dans l'eau , carfion
le tient dans le fond de l'eau ,
qu'onlepicotte pour le faire rentrer
danssa coquille , on verrafortir une
grande colonne d'airqui fait boüil-
Tonner l'eau. Si après l'avoir entiere
D 3
78 MERCVRE
ren
ment puisé d'air,on le lie en luy
donnant dujeu , de maniere qu il ne
puiße remonterjuſques àlasuperficie
del'eau ilneseremplit jamais d'air,
car fidetemps entemps onlepicotte,
afinde le faire contracter
trer dans ſa coquille,pour fairefortir
L'air qu'on pourroit prefumer qu'il
auroit puisé dans l'eau , il n'enfort
aucun globule , bien qu'il luy ſoit
absolument neceſſaire pour la vie ,
qu'il puiſſe ouvrir &fermer
la soupapede la maniere qu'il le
Deut.
M
Il est vray que les Poiſſons ont
toûjoursleurveßiepleine d'air mais
on ſcait qu'ils fautent , & qu'ils
viennent à lafuperficie.
Le Roy a donné le Gouvernement
de Fribourg à M. le
Marquis de Villars,Lieutenant
General de ſes Armées,& ComGALANT
79
L
1
1
miſſaire General de Cavalerie.
Il eſt Fils de M. le Marquis de
Villars, ey-devant Ambaſſadeur
Extraordinaire en Eſpagne , &
Chevalier d'Honneur de Madamę
la Ducheffe de Chartres.
Le Gouvernement de Phi
lippeville, a eſté donné à M. de
la Provenchere , cy - devant
Lieutenant Colonel du Regiment
de Mandofme , & Commandant
dans Scheleſtat . 2
M. le Chevalier de Gaſſion,
Lieutenant des Gardes du
Corps , a eu celuy de Mezieres.
Il a perdu un Frere à la Bataille
de Neervinde , qui estoit
Enſeigne dans le meſme Corps.
M. le Comte de Solre a eſté
gratifié de celuy de Peronne.
Il eſt d'une des plus illuftres
Familles de Flandre, Chevalier
des Ordres du Roy.
D 4
80 MERCURE
/
Les Gouvernemens de Niort,
de Feſcamp & de Bar-fur Aube
, ont eſté auſſi donuez , le
premier àMr de Lapara, fameux
Ingenieur qui a beaucoup contribué
à la priſe de Nice , & à
celle de Rofes; le ſecond , à M.
de la Motte , Lieutenant des
Gardes du Corps , Frere de M.
de Vatteville , LieutenantGeneral
des Armées du Roy , &
le troifiéme , à Mrs le Comte
de Breffay, Francontois , Maréchal
des Camps & Armées de
Sa Majesté , & cy devant Ingenieur
dans l'Armée d'Eſpagne ,
dont il a abandonné le party ,
comme Sujet du Roy .
Voila comme les ſervices
font toujours recompenfez.On
ne s'employe jamais inutilement
à faire triompher le Roy.
Outre le plaifir de bien remGALANT.
81
A
plir les devoirs d'unbon Sujet,
& la gloire quien eſt inſeparable
, il n'y a point d'actions d'éclat
qui ne foient fuivies de
biens & d'honneurs ſous le
regne de Louis le Grand.Comme
la justice eſt de ſon coſté ,
fes Victoires ſont toujours certaines.
Voicy un petit Dialogue
qui exprime bien la verité de
ce qui ſe paſſe aujourd'huy.
LA RENOMME'E
traverſant l'Allemagne .
Mpuiſſans Ennemis du grand Roy
que jefers ,
Dont je porte partout la gloire ,
De vos Princes liguez apprenezle
revers ;
levais au bout de l'Univers
De Lovis fur Nassau publier la
Victoire.
D
82 MERCURE
1
:
De Rozes , d'Heydelberg à peine de
retour,
Huy m'engage à faire une course
nouvelle.
Nervvinde àson tour me rappelle
Louis pour le repos ne me laiſſe aucun
your.
Affiegeant Charleroy sa conqueste
est certaine ,
Ie parts , le temps me preſſe , &je
n'auray qu'à peine
Le loisir d'achever mon tour.
L'ENVIE.
V
Qu'entens -je , cruelle, Ennemie
Quel bruitfatal viens tu répandre
dans ces lieux ?
Quoy, Loüis est victorieux ,
Malgré l'Enfer, malgré l' Envie.
Naffau , quim'avez mal ſervie
Que me fert - il d'avoir versé dans
vostre coeur
GALANT.
83
Tant dehaine & tant defureur?
Ien'auray doncformé voſtre Ligue
fatale ,
Que pour mieux fervirma Rivale
Au triomphe de ce Vainqueur.
Objet d'une indigne memoire ,
Quand j'attaque Louis mes coups
2
tombentSous moy . 1
Ah , parquelle invincible loy
Faut-il que cesoit moy qui le mene
àla gloire ?
Ie vous envoye deux Madrigaux,
dont on a trouvéles pen- .
ſées d'autant plus agreables ,
qu'elles fout tout à fait juftes.
M. Diereville en eſt l'Auteur.
SVR LA CAMPAGNE
du Prince Louis de Bade .
i
BAde,furleDanuble autrefois
grand Heros ,
Chirchoit les Ennemis ,&leur faifost
la guerres
D6
84
MERCURE
Aujourd buy fur le Rhin dans un
profond repos ,
Il évite les coups , &fe couvre de
terre.
On ne reconnoist point le bras de ce
4
Vainqueurs
Qui portois chezles Turcs l'épouvante
& l'horreur.
D'où vient ce changementdans cette
ameguerriere ?
En voicy la raison ; il aime les hazards
;
Mais qui peur du Croiſſant appro
cher lesregards ,
Nesçauroit du Soleil Supporter la
Lumiere,
AV DVCDECROY ,
fur la levée du Siege
de Belgrade .
Voy ! tu viens de lever le Sie-
Qey de Belgrade ? P
GALANT.
85
C'est mal debuté , Duc de Croy ,
Les Tures se prévaudrons d'une telle
cacade ,
Tavaleur dans leurs coeurs caufera
peu d'effroy
- On fera revenir de Bade
Aussi bien fur le Rhin se tient- il
clos& coy.
Ta gloire euſt este loin fans une telle
Ilfaut t'en confoler , c'est une dure
loy ,
Mais tous les Heros de la Ligue
Nefontpasplus beureux que toy
Il m'eſt tombé entre les
mains une Lettre ſur les Maladies
qui regnent aujourd'huy
dans l'Europe . Je vous en fais
part . Rien n'eſtant plus precieux
que la fanté , ce qui la regarde
eft toûjours d'une grande
utilité à ſçavoir
86 MERCURE
1
A MONSIEUR ***
Left vray , Monsieur, que tout le
monde voit avec peine mourir tous
les jours un grand nombre de per-
Sonnes. Comme fice n'estoit pas affez
de la Guerre , pour estre le Ministre
de la mort , dont elle execute les or
dres à la rigueur, les maladies Epidemiques
font venues de furcroift
pouraugmenter la mortalite. De dire
d'où viennent des Maladies uni -
verſelles qui regnent dans l'Europe ,
c'est ce qu onse demande les uns aux
autres , &qu'il n'estpasfacile de
découvrir. En effet , tout ce qui est
extraordinaire a une cause occulte ;
Oqui est ce qui peut trouver la
cauſe occulte ? Vous voulez pourtant
que je vous écrive une Lettre sur ce
Sujet, puis que vous levoulez, il
le faut faire ; car quoy que je ne
GALANT 87
:
fois pas de la Famille d'Esculape les
liens de Lettres ont un Brevet den.
trée dans toutes les Facultez, pour
dire leurs avis sur les matieres quise
preſentent. Ie vais donc chercherpartout
cette cause occulte , & peutestre
qu àforce de parcourirdiverſes
regions , ily en aura quelqu'une o
elleselaiſſera appercevoir.
C'estd'abord volerbien baut , que
des'éleverjusques auxEtoiles. Mais
ilfautpourtant que je me guinde là
poury reconnoistre l'Orion , autrement
la Canicule, Voussçavez qu ellea
esté cette année dans unterrible
ascendant , c'est de lapeut estre,
flon
qu'estvenu tout nostre mal, La Cani
cule a donc esté furieuse ,
peut ain figurerI action laſuite
deſes influences ; ce Chien enragéa
mordu une infinité de Gens qui en
font morts. Ce que j'attribue à la
Canicule, je le tiens d'Homere , c
88 MERCURE
geniefieſtiméde l'Antiquité Ildit
poſitivement au XXII. Livre de
Son Iliade , qu'elle menace de plu.
fieurs maladies mortelles. Ilpretend
qu'elle fait le même ravagefur la
terre que faisoit Achille dans le
Campdes Troyens , que cet Aftre
avecses flammes , n'estpas moins redoutable
au genre humain , que ce
Heros l'estoit aux Ennemis des Grecs
avecson Glaive. Il est donc constant
que la Canicule qui s'en est priſea
toute forte de gens ,Sans distinction
d'Etats n'y de lieux , n'a point esté
depuis plufieurs années ſi ardente
que celle cy. Noftre Zone temperce
estoit devenue une Zone Torride.
Le Soleil au lieu de rayons doux
falutaires, lançoit des Dards embraſez
, & nous avions des ours
d.Afrique dans le Climat de l'Europe,
Neferoient-cepoint les gran
des ardeurs de la Camcule, les cha
GALANT.
89
leurs brulantes de cet Aftre , qui
auroient allumé le feu de tant de
fievres ?
Avant les chaleurs exceßives de
I'Eté, nous avions eudes pluyes continuelles
dans le Trin-temps. Ce
n estoit que des Eaux dans l'air
furla terre, torrens,rivieres , inon
dations. On euſt dit qu'ily avoit une
revolution deseaux du Deluge.Tant
de pluyes ont fans doutegasté l'air,
lair gasté a beлисоир пиу аих
corps . Nous vivons dans l'air comme
lesPoiffons dans l'eau , car l'airnest
qu'une eau fubtile, comme l'eau est
un air épaisi coagule. Si donc ,
lorsque leauest corrompue les Poif-
Sons enfoufrent , il n'estpas étrange
que l'air estant corrompu , il ait fait
naistre de fâcheusesfrequentes
maladies , mêmefatales à ceux qui
en ont esté atteints. Comme nous
avons en Homere pourgarant du
9p
MERCURE
pouvoirde la Canicule à nuirefur la
terre, ily a außi un Auteur d'un
grand nom, qui impute aux pluyes
exteßives des fuites dangereuses
funestes. C'est Hippocrate , qui dans
la Sestion troisième , à l'Aphorifme
onzième, dit positivement , que
Lors qu'ily a de grandes pluies dans
le Printemps , il arrive neceffairement
dansl Eté desfievres malignes ,
Sur tout aux Femmes aux autres
perfonnes qui , commé elles , ont un
te nperament foible & delicat. Voi-
Lala Prediction de l'Oracle , voicy
L'accomplissement dans nostre tiste
experience. Les pluies font tombées
avec debordement en Awil
May. Les Fievresfont penuës en Iuin
& en fuillet , elles continuent
dans l'Automné. Il dit même que
lors que l'Hiver a estéfec,I accom
pagné de vent Septentrionaux , cette
fechereffe de Hiver se tourne en
en
GALANT.
91
t
grande humidité dans le Printemps,
que les vents Septentrionaux degenerent
en vents de Midy Cela est
arrivé ; tel a esté noſtre Hiver, tel
est devenu nostre Printemps. Le de .
rangement des Saiſons est rude ,
un corps außi infirme qu'est le corps
humain , nepeut pas toûjours refifter
à ces variations du temps. De cette
forte, letemps ayant elé indiſpoſé
dans l'Hiver, dansle Printem
dans l'Este, les Hommesontfuivi le
temps sont devenum lades. Ter
mettez mo de joindre à ce que je
Viens de dire une confider-tionThyfique.
Je rem roue je foutiens que
les grandes & continuelles pluyes
du Printemps ont trop love l'ir, com
meles Torrents dégraiffent les terres
où ils poffent , emportent leurs
Sels doù depend leur fecondité.
Les pluies ont enlevé à l'air son
Nitre , elles l'ont fait fondre , elles
1
22
MERCVRE
1
Font destitué de ſon esprit & de sa
vertu. L'air estant ainsi moyé ,
devenasterile & impuissant , que
pouvoient devenirles corps refpirans
cet air aride detruit ,finon languir
, tomber en foibleffe , & enfin
mourir? Cette obſervation trouvera
fon jour dans un exemple de la machinePneumatique.
Lors qu'on poufſe
l'airhors d'unvase de verre dans
lequel on a mis un Oiseau qui y a le
mesme espace que dans sa Cage pour
sy remuer &Sauter, il arrive à me .
fure que le reffort de la machine
jouë, que l'airfort du vase , que
l'Oiseau qui estoit gay , commence
àlanguir. Il ouvre font petit lec
n'en pouvant plus , il ſe laiſſe tomberfurle
dos de jes plumes , &fi
on ne se preffoit alors de 141ffer ren
trer l'air dans le vase , il mourroit
dans le moment . Voila le modele
precis de ce qu'ont fait les pluies.
GALANT.
93
Elles ont ,pour ainſidire , pomppéellee
Nitre hors de l air;elles luy ontfou-
Straitsa vertu elastique ,fon esprit
vifpuiffent ; elles luy ont fait
perdreſa force on eſſence. Quel
fort est celay des corps humains reduits
àrespirer un airqui n'est plus
airqui n'a plusfoname &son mouvement
, que d'estrefoibles , malades
, en danger de mort, à moins
d'avoir une vigueur extreme pourſe
Soutenir dans un pareil état , jusqu à
ce que l'air foit revivifié ,qu'ilsoit
rentré dans sa premiere composition,
& qu'il ait recouvré sa substance
nitreuse.
Aprés estre descendu des Aftres
dans l'air , il faut encore deſcen.
drede l'airfurla terre Ie meforme
icy une idée de laTerrecomme d une
Mere nourice. Le mauvais lait des
Nourrices ,fait perir les enfans , la
mauvaiſe nourriture qu'ontire de la
94
MERCURE
terrefait lemesme préjudiceà la vie
des perſonnes qui la reçoivent , on
foufre , on languit , & cela vafouvent
à la mort . Or à confiderer la
maniere dont on avécu , &la qualité
des alimens qu'on a pris cette
année , ona esté malſubſtante. Ceres
Bacchus , c'est àdire les champs
&les vignesne nous ont pas laissé
manquer depain & devin, mais le
pain n'a pas estéfait de bon Blé ,
le vin parune verdeur inufitée n'eftoitpas
potable.Les Legumes les
fruits n'ontpas acquis leurmaturité.
Ona mesme ob ervé avec des Mi
croscopes , qu'il y avoit furleur premiere
peau,depetits Vers qui estant
pris aveclesfruits &les Legumes
que l'on mangecit ,ſont devenus de
grands ennemis de lasantéà plufreurs
, &de la vie à quelques uns ,
comme il a paru dans les Malades
qui n'ont esté queris qu'en rendant
-
GALANT. 95
ſe
des vers , dans ceux qui ne les
ayant pasrendus enfont morts. La
viande nonplus , n'estoit pas de bon
fuc. Le Betail a langui cette année,
il a estemigre ,sans graiſſe ,
fentant des mauvais pascages. N'y
at-il pas en tout cela un ſujet
complet de Maladies ? Rien de bon
dans lepain , dans le vin , dans la
viande, dans les fruits , dans les le.
gumes , tout estant mal conditionné.
Enfin mauvaise nourriture, mauvais
lait de la Nourrice commune da
genre humain , ne pouvoit quefaire
languir enfin mourir plusieurs
Nourriçons.
Onpeut encore regarder la terre
dans la double impresion cu'elle a
recene des pluies continuelles du
Frintemps , &des grandes ch leurs
de l Eflé Le pluiesont noyéleterre,
qui enest devenue marecogeuse
L'on fait combien les Marais font
f
96 MERCVRE
mal fains. Leschaleursbrûlantesde
l'Eté leur ont fuccede , elles ont
trouvé les pores de la terreouverts,
elles en ont'élevé des vapeurs
des exhalaiſons mortelles , matieres
des fievres putrides des maladies
aigres ,&causes desfunerailles qui
s'en sont juivies . Enfin il paroist que
cette année estant si mal composée,
n'apû esire qu'une année demaladies
& de mortalité , ce qui fait la
Jante, la vie de l'homme , c'est
l'humide radical& la chaleur naturelle
dans un état juste & tem .
peré Si l'un l'autre tombent dans
T'excés , que l'humide radical foit
inondé de fluxions , & que la chaleur
naturelle foit augmentéeà un
degré extrême par un feu étranger,
iln'y a plus de temperament , c'est
un desordre , une revolte qui cau-
Se une guerre civile dans le corps.
Tel a esté, pour ainſi dire, l'humide
radical
GALANT.
C
97
radical la chaleurnaturelle des
Saiſons . Leur estat a esté troublépar
les pluges excesives du Printemps,
par les chaleurs extraordinaires
de l'Epé ; il n'y a plus eu de consti
tution d'air temperé.Ainsi leTemps
Se portant mal, on a eupart àcette
indiſpoſition , les maladies en font
nées , elles ont attaqué le Genre bumain,
elles ont couché pluſieurs per
ſonnes dans le lit , plusieurs dans
le tombeau.
Voilà, Monsieur, tous les Conjurezcontre
lasanté& contre lavie
de l'homme. La Caniculed'Homere,
les Pluyes d'Hippocrate , l'air desti
tuédefon Nitre, la Terre mauvai
Se Nourrice , & donnant de mauvais
lait , elle-mesme mal nourrie ,
n'estant point empregnée de Nitre
que l'Air a de coutume de luy donner
; enfin les vapeurs & les exha
laifons malignes quiſontſorties des
Novemb. 1693. E
98 MERCURE
entrailles de la Terre , & qui ont
infecté celles de l'homme ; que de
Conjurez ! Heureux ceux qui ont pu
ſa ſauverde leur attentat. Vous&
moy , Monsieur , sommes de ce perit
nombre d'heureux , & pour nous
conferver, je vaisfinir cetteLettre,
car s'ily adu risque en demeurant
trop longtemps auprès des Malades,
qu'on neprenne leur mat , ilpourroit
estredangereux d'avoirun plus long .
commerce avec les Ennemis de la
Santé&de lavie de l'homme.
On a receu des nouvelles
d'une mort , qui pourra faire
changer la ſituation des affaires
d'Allemagne . C'eſt celle du
Chancelier Stratınan , premier
Miniſtre de l'Empereur, qui entretenoitce
Princedans un efprit
de guerre , quoy qu'il foic
naturellement bon ,& qu'il ait
Beaucoup
de piete. Le Livre
LYON
THEQUE
GALANT.
ON
inritulé, Etat prefent desAfren
Ide LEurope, que je vous envo
au mois de Janvier dernier , a
dû vous faire connoiſtre à fond
ce Miniſtre qui vient de mourir,
&dont les conſeils ont eſté fi
ruineux à la Religion Catholi
que ,puis qu'ils ont engagé la
Maiſon d'Auſtriche,à maintenir
un Ufurpateur , qui comme
Chef du Party Proteftant , ne
cherche qu'à la détruire , & ne
tire d'argent de ceux qui font
entrez dans ſes intereſts , que
pour maintenir les Proteftans
I en perfecutant les Catholi
ques.
Jevous ay déja parlé des quatre
parties des Forces de l'Europe
,qui ont eſté données au
Public. La cinquiéme vient de
paroiſtre. On trouve d'abord
une Table diviſée en huit co
۱
E 2
100 MERCURE
lomnes, dont les cinq premieres
contiennent les noms des Plans
qui y font entrez. Ceux de la
cinquième partie que l'on vient
de mettre au jour , font le Plan
de Paris , trois feüilles du Canal
deMaintenon , Lifle,Liege,
Luxembourg , le Sas de Gand ,
Arras ; les Forts de la Kenoque ,
François , & Loüis , les environs
de Francfort , Heydelberg ,
Hailbron , Rheinfels , le Plan
de Fribourg, la veuë de Fribourg
Bafle , le Combat de Leuze &
celuy de Steinkerke; laBataille
de Neervvinde, Quebec affiegé
par les Anglois , & Charleroy.
Le Plan de Paris , qui ſe trouve
à la teſte de cette meſme partie
, quoy que petit , ne laiſſe
pas d'eſtre auſſi correct que le
grand, & il n'y manque ny ruës,
ny ruelles , ny Culs de fac. II
GALANT. ΙΟΙ
:
eſt de la plus belle graveure qui
aitjamais paru pour un Plan.
Ces cinq parties ſe vendent à
Paris chez l'Auteur ,dans l'ifle
du Palais , fur le Quay del'Horloge,
àla SphereRoyale. Ildonnera
d'année en année les trois
parties qui reſtent pour achever
cegrandOuvrage.
Le Jeudy 12. de ce mois , M.
du Bois , celebre par les excellentes
Traductions qu'il nous a
données des Lettres de Saint
Auguſtin,&de pluſieursTraitez
deCiceron , avec des Notes
auffi curieuses que ſçavantes, fut
receu en l'Academie Françoiſe,
à la place de feu M.de Novion,
premier Preſident au Parlement
de Paris . Son Diſcours receut de
grands applaudiſſemens, & il en
eſtoit tres digne. Après avoir
marqué avec beaucoup d'élo-
E 3
102 MERCURE
quence qu'il connoiffoittout le
prixde l'honneur qu'on luy faifoiten
l'admettant dans une
Compagnie illuftrée par les
-plus éminentes Dignitez de
-l'Eglife & de l'Etat , recevëdés
fa naiſſance dansle ſein dugrand
Cardinal de Richelieu , dont
elle avoit partagé les foins &
T'application , recueillie aprés fa
-mort par un Chancelier , d'un
merite égal à ſa dignité,& enfin
adoptée par le Roy meſme , qui
Labien voulu s'en declarer le
Protecteur , & en établir le Sicge
juſque dans le Sanctuaire de
la Majefté Royale , il dit que
cet honneur eſtoit encore rehauffé
par la place où il avoit
peine à foutenir de ſe voir
quand il penſoit qu'on l'avoit
veuë remplie par un Magiftrat
d'unmerite qui l'avoit élevé juft
>
GALANT.
103

1
ما
e
۱
t
qu'aufaifte du plus auguſteTri-.
bunal de la Juſtice ,d'un nom
en poffeffion des plus hautesdignitez
de l'Epée auſſi-bien que
dela Robe ,d'une fidelité hereditaire
& inviolable pour fon
Roy , dans les temps les plus
difficiles ; d'un eſprit aiſe ;d'une
éloquence vive & concife ;&
d'une capacité proportionnée à
la grandeur de ſes emplois ,&
dont les changemens de fortune
n'avoient ſervi qu'à faire connoiſtre
qu'il poſſedoit également
,& les vertus de la vie
privée,& celles de la Magiſtrature.
Il ajoûta , en parlant de ce
queMeſſieursde l'Academie ont
fait pour la Langue, en la fixant
par leDictionnaire qui eſt preſt
àvoir le jour , que ce n'eſtoit
que la moindre partie de ce que
l'Eloquence leur devoit ; qu'ils
E4
104 MERCURE
en avoient banny ces affectations
pueriles , qui estoient
commeſes joüets dans l'enfance
où ils l'avoient trouvée , & tout
ce faſte d'érudition , qui n'eſtoit
qu'un ſupplement à la diſette
des penſées ; qu'ils luy avoient
ofté cette vaine parurede grands
motsqui entretenoient la fauſſe
idée qu'on s'en eſtoit faite au
commencement de ce Siecle ,
& qu'ils l'avoient reduite à cette
noble ſimplicité , qui fure de
fon prix & de fon merite , dédaigne
tous les ornemens étrangers
;qu'enfin ils avoient appris
au Public , que pour parler éloquement
il ne faut que ſçavoir
Langue , &bien penſer , &que
le diſcours le plus parfait eſt celuy
où la ſublimité & la continuité
des penſées laiſſe le
moins faire d'attention aux,paroles
, & que la ſeule neceffité
GALANT. τος
de paſſer par les ſens pour allerà
l'eſprit, rend different du langage
des Anges. Il paffa de là à
FEloge de noſtre Auguſte Monarque
, &dit que bien loin de
chercherà relever l'éclat de ſes
actions par les fecours de l'Eloquence
on n'eſtoit en peine
que de le temperer juſqu'à la
portée de nos yeux. Et quels
yeux, continua- t- il , ne ſeroient
ébloüis de ce que le zele & l'amour
de la Religion ,autantque
le ſoindeſagloire&de fon Eſtat
Juy font faire pour rompre les
efforts d'une Ligue, qui par une
eſpece d'enchantement , a ſçeur
reunir tant d'intereſts oppoſez
& de Religions differentes , &
foulever contre luy preſquetoutes
les Puiſſances de l'Europea
Mais à quoy a- t elle ſervi , qu'à
tirer la valeurdu Roy de la contrainte
où la moderation de
ES .
106 MERCURE
tenoit depuis long- temps , & à
faire voir par les Conqueſtes
qu'il fait fur tantd'Ennemis af-
-ſemblez , cequ'il pourroit contre
chacun ; Combien de fuccez
furterre & fur mer dans certe
derniere Campagne ! Combiende
Villes conquiſes !Combien
de Batailles gagnées ! Et
quelle Victoire plus glorieuſe
&plus complette que celle que
leRoy vient de remporter en-
Piedmont ? En quel eſtat reduitelle
un Prince , qui fier d'une
Puiſſance empruntée , a ofé ſe
meſurer à celle de noftre
Maiſtre ? Heureux fi fes
diſgraces pouvoient luy faire
comprendre qu'il n'y a de falut
pour luy , que dans les bonnes
graces du Roy Toute
la vie de ce grand Monarque
eſt pleine de pareils Miracles
mais j'ofe dire que cequi fait la
,
>
GALANT. 107
gloire des autres Princes nuit à
la fienne ,& qu'il y a toûjours à
perdre pour luy, lorsque par le
bruit de ſes Exploits, il détourne
noſtre attention de ſes Vertus
interieures. Quel ſpectacle
offrent elles aux yeux de l'efprit
?Quel prodige , que l'Alliance
qu'il a ſceu faire dés fes
premieres années du Souverain
pouvoir ,&de la ſouverainemo
deration!Quel ſpectacleencore
une fois,qu'un pouvoir fansbornes
ſous le joug de la raiſon , &
ſiparfaitementaſſujettiaux Loix
les plus feveres , je ne dis pasde
l'humanité , mais de l'honneſteté
meſme & de la politeſſe que
dans toute la vie du Roy , il ne
luy eſt pas échapé une feule parole
qui puſtcontriſter le moindre
de ceux qui ont l'honneur
de l'approcher. Voila ce qui a
achevé dans le Roy, le caracte
E6
-108 MERCURE
re d'un veritable Heros , & qui
lediftingue ſi noblement de ces.
faux Heros , donttoute la vertu
n'eſt que hauteur & ferocité. Si
l'ont tient compte aux autres
hommes de ce qui paroiſt de
moderation en eux , quoy que
ce ne ſoit dans la plus part que
l'effet de leur foibleſſe & de leur
impuiſſance , qui peut jamais
affez admirer celle d'un Prince
qui n'a qu'à vouloir , & en qui
elle n'a point d'autre frein que ſa
Sageffe ? Quelle autre Vertu ſe
ſoutiendroit ſi elle estoit miſe à
une telle épreuve, & qui eſt - ce
qui ne fuccomberoit pas quelquefois
à l'envie trop naturelle
de faire fentir , aux dépens meſmede
l'humanité , qu'on eſt le
Maiſtre ?M. duBois finit endifant
à Mrs de l'Academie , qu'ils
devoient à la poſterité , le Por
GALANT. 0109
trait de cette grande Ame , &
que c'eſtoit à eux à luy tranfmet.
tre pour l'inſtruction des Rois ,
ce que nous admirons le plus
dansle noſtre ..
M l'Abbé Teſtu de Mauroy,
ancien Aumofnier de Madame,
& alors Directeur de l'Academie
, repondit à ce diſcours d'une
maniere qui fit connoiſtre
qu'il eſtoit tres digne de l'avantage
qu'il avoit de parler au
nom de la Compagnie. Il die
d'abord à M. du Bois , que l'Academie
Françoite , également
ſenſible à la perté & à l'acqui--
fition des Sujets qui la compofent,
ouvroit ce jour-là ſes Por
tes , pour témoigner publique
ment ſa joye& ſa douleur, affurée
que fou qu'elle celebraſt le
merite du Défunt luſtre dont
il templiffon la place , foit qu
C110 MERCURE
1
elle couronnaſt le ſien , elle trouveroit
autant d'approbateurs ,
qu'il y avoit de perſonnes diftinguées
dans la Republique
des Lettres . Il ajoûta au Portrait
qui avoit eſté deja fait des rares
qualitez de feu M. de Novion
, l'Eloge qui eſtoit deu à
la ſageſſe qui l'avoit fait deſcendredu
hautdegré où l'avoit élevé
ſon merite , en le mettant à
la teſte du plus auguſte Senat
monde. Il n'eſt pas ordinaire ,
dit-il ,detrouverdes perſonnes
capables des grands Emplois . Il
l'eſt moins encore de leur voir
garder une juſte moderation ,
lorsqu'ilsyfont une fois établis
mais il eſt ſurprenant qu'ils renoncent
à l'autorité , aprés en
avoir goûté les charmes. Le
poidsdes années a beau ſurvenir
àceluydes grandes Affaires; ils
GALANT . SIDI
-craînét les Liens d'Or & de Pourpre
qui les attachent , ſans avoir
la force de les rompre , & fi par
unbonheurqui n'arrive preſque
-jamais , ils entrevoyent l'Innocence&
ladouceurde la vie privée,
c'eſt toûjours fi inutilement
&fi tard ,que la ſeductionde
cettemême autorité qui leur a
fait tout entreprendre , ne leur
-ſçauroitpermettrede la quitter.
Il paſſade là à l'avantage queM.
-duBois avoit eu d'être Gou-
-verneur de feu M. le Duc de
Guiſe, Neveu de Mademoiselle
de Guife, quiavoit bien voulu ſe
ſervirde ſes Conſeils en toutes
-fortes d'occaſions , & en parlant
-des productions de fon genie , il
dit qu'elles n'étoient plus entierement
à luy,& que ces fidelles
Traductions des Lettres , des
Confeffions , & des autres Ouvrages
de Saint Auguſtin que le
ZII
MERCURE
AN
Public a receus avec tant d'applaudiſſement
les Offices de
Ciceron , fes beaux Traitez de
l'Amitié , de la Vieilleſſe ,&
des Paradoxes ſi ingenieuſement
enrichis de Remarques également
pieuſes & ſçavantes ,
eſtoient un bienque l'Academie
avoit droit de partager avecluy.
Il ajouſta qu'il la trouveroit ap .
pliquée à compoſer une Grammaire
de noſtre Langue , & fur
le pointde publier fon Dictionnaire
, mais que ce qui foccupoit
davantage ,eſtoit le ſoinde
travailler à la gloire du plus.
grand Roy du monde. Que le
Prince ambitieux , poursuivitil
, qui a déja ſeduit laplus grandepartie
des Puiſſances de l'Europe
, acheve de multiplier les
forces de fes Alliez , Louis le
Grand a trois Puiſſances avec
GALANT .
113
quoy il reduira toutes celles de
la terre , ſa Teſte ,le Bras de ſes
Generaux , & le Coeur de fes
Peuples . Avec cela , point de
Conſeils qu'il ne diſſipe , point
de Fortereſſe qu'il ne foudroye
point de Victoire qu'il ne remporte
. Roches eſcarpées que la
fituation rend audacieuſes , vous
n'eſtes plus imprenables Fameufes
journées de Staffarde ,
de Steinkerque , de Neervvinde
, de la Marſaille , vous ferez
éternellement memorables par
lahonte&par la defaite entiere
de ſes Ennemis. Voiles innombrables
, qui occupiez tout l'Ocean
pendant cette derniere
Campagne , & qui menaciez fi
fierement nos Coſtes , fuyez ,
rentrez dans vos Ports , le Frere
de Loüis le Grand eſt trop prés
de vous. Il finit en diſant àM..
114
MERCVRE
duBois, qu'ildevoit ſe ſouvenir
qu'un Academicien eſt un homme
conſacré à la Gloire du Roy
&que ficeux qui ſont témoins
de ſes grandes Actions ont tant
de peine à publier dignement
lesprodigesde ſon Regne , la
Poſteriten'en aura pas moinsà
les croire.
Ces deux Difcoursayanteſté
prononcez , M. l'Abbé Tallement
leut une ſuite du Pоёте
de la Creationdu monde de M.
Perraut. C'eſtoit l'endroit. du
Deluge. On ytrouva des defcriptions
tres-vives. Il leut enfuite
les Vers que je vous envoye.
Ils font de M. Boyer , &
furent extremement applaudis .
GALANT. Suus
A M. LE MARESCHAL
DECATINAT.
Trop foible pour pouvoir fuffire
Achanter les fameux Exploits ,
Par qui le Roy, wangeur des Rois,
Voit croiſtre tous les jours fon Nom
&Son Empire,
*
Ma Muse fatiguée estoit presque
aux abois ;
Cependant , Catinat ,ta derniere
Victoire
Meforce,malgré moy , de donner à
ta gloire
Lereste languiſſant d'une mourante
voix.
Un Prince infidelle à la France ,
Rompant une auguste Alliance ,
Pour s'unir àla Ligue expose ses
Etats,
Embrasse aveuglement fon projet
témtraire ,
116 MERCURE
Et sur une pompeuse & brilante
chimere MZIMA
Se preste contre nous à tous fes attentats.
Esclaveambitieux desfecours qu'on
luydonne,
Illaiſſe Amis,Sujets ,&fa propre
perfonne,
Gemir ſous unjoug inhumain ;
Et voit avec indifference ,
Tous fes Voiſins enproje à l'injuste
licence
وت
A toutes les fureurs du barbare Germain
LOVIS qui des Tirans aime à pur.
gerla terre ,
Choiſit sans balancer ,& trouve
en luy lamain L
Qui pouvoit fagement gouverner
Son Tonnerre
م
Ouy , c'est par toy , genereux Catinat
GALANT.
147
Queton Roy vveeuutt forcer l'azile ima
penetrable ,
Ounous voyons l'orgueil d'un Prince
igrat.
Ofer braverſafoudre inevitable.
Pourle combattre&vaincrefearement
,
Itoppose ton zele àson ingratitude,
Tapatience àson inquietude ,
Ei ta ſageſſe àson emportement.
Avec ces armes invincibles
On sevoit àchaque moment ,
Pourchercher l'Ennemy qui t'attend
fierement ,
Percer des lieux inacceſſibles .
Tous les ans les plus beaux Lauriers
Cuëillis fur des rochers horribles ,
Couronnent tes exploits querriers.
Lors que de l'Ennemy les Troupos
trop nombreuſes ,
De nos armes victorieuses
Bornant le cours précipité ,
118 MERCURE
Te reduisent à la déferfes
L'infatigable vigilance ,
Et lafage intrepidité ,
Font contre leurs efforts de puiſſanzes
barrieres ,
Bt. redonnent ànos Frontieres
Leur premiere tranquillité.
C'estalors quesçavant dans cetArt
militaire,
Quifçaitgagnerdutemps , &femble
nerienfaire,
Quandil agit avecque moins d'éclat,
Tu meditois ta derniere Victoire.
Et préparois si bien le ſuccès du
Combat,
Qu'elle t'afaitjouir de tout ce que
Lagloire
Adeplusprecieux&de plus delicas.
La Victoire jamais nese montra si
belle ,
Tu nous la fais paroiſtre avec tous
Ses appas.
GALANT. мя
Onla voit quelquefois auxdeuxpartis
cruelle ,
Balancer le fuccés , & ne s'expli
querpas.
Aujourd'huy toute entiereàton party
fidelle
Elleſçait ménager le sangde nos
Soldats ;
On ne murmureplus contre elle,
El ce n'est que pour toy , dès queta
voix l'appelle,
Qu'ellefuit d'un plein vol tes or
dres & tes pas.
Elle est entre tes mains juste,mo
deste ,fage ,
Et de tant d'Ennemis défaits ,
Neveut tirer auire avantage ,
Que d'estre enfin l'heureux paſſage
Des fureurs de la Guerre,aux douceurs
de la Paix.
Pourremplirde Lowisle deftin heroique
,
120
MERCURE
Songe qu'estre à la fois Roy , Conquerant
, Vainqueur,
Que tout ce que ces noms ont de plus
magnifique,
N'égale pointlenom de Pacificateur.
Pour répondre àses voeux ofe tout
2. entreprendre ,.
Il faut que ta teste ou ton bras
Forcent l'Ennemy dese rendre ;
Que faperte , ou la Paix , finiſſent
nos Combats.
Acheve ,ſi l'ingrat ofe encorſedefendre
,
La Paixſe prépareà descendre.
Que l'Ennemy la voye , & n'en
jouiffe pas.
Ouplûtoft Secondant lagrandeur de
courage,
Dont ton Roy fit toujours un ſiparfait
usage,
Quelque ardeur , quelque espoir
qui preſſe tavaleur ,
Croy
GALANT. 121
Croy qu'entre ses vertus la bonté
dansſon coeur
Occupela premierep'ase .
Dans quelque extremité, dans quelque
grand malheur
Que le Vaincu demandegrace ,
Nostre puiſſant Monarque estprest à
ladonner ,
Enfaveurde la Paixménagesa Vi
Etoire.
Vaincre pour ce Heros est une moindregloire
,
Que lagloirede pardonner
• Voicy une ſeconde Lettre de
M. l'Abbé Deſlandes , Grand
Archidiacre & Chanoine de
Treguier , dont on vient deme
faire part. Vous ne devez point
vous attacher à l'ordre des temps
où ces Lettres ont eſté écrites ,
mais ſeulement aux choſes cufieuſes
qu'elles contiennent.
Νου . 1693 . F
122 MERCURE
A M. LE CHEVALIER
DESLANDES
Gardede la Marine .
DAns le mesme temps que vous
m'écrivezde la merde devant
Cadix ,&que vous me mandez la
defaite de la Flotte destinée pour
Smirne ; nous recevons icy les nou.
velles d'une entiereVictoire que M.
le Marechalde Luxembourg a rem .
portéefur lesPrinces de Baviere
d'Orange. Ien'ay pû lire la Lettre
du Royqui en explique les circonftances
,que je n'aye en mesme temps
Soupiré vers le Ciel ,pour demander
au Dieudes Armées la confervation
d'un Monarque qui eftfavive Ima
ge,&fa parfaite representation.
Comme Louis le Grand n'a pris les
{
GALANT.
123
armes que pourfoûtenir lagloiredes
Autels, les interests de l'Eglise,
la verité de la Religion, le Ciel
par un retour de reconnoiffance , eft
obligé de proteger, d'aimer ,&de
conferverun Souverain , qui est dans
tout le monde l'unique azile des
Autels, de l'Eglise de laReligion.
Que de Sageffe, que deGrandeur
d'ame , que de moderation dans ce
Fils Aisne de l'Eglife! Vous avez
esté , mon cher Neveu , le Témoin
de la moderation du Roy , puis que
vous me mandez quepar une pure
compaßion pourle Peuple de Cadix
cette belle riche Ville ni apas esté
bombardée. Vous avez raison de me
dire que les ordres de Sa Majesté ne
pouvoientjamais estre mieux executez
que par M. le Maréchal de
Tourville. Demeurons d'accord que
L'Histoire du Roy fera l'étonnement
F2
124
MERCURE
de tous les fiecles , mais pourra- t on
parler de Louis le Grand , l'Empe
reur des François , le Roy de la
Mer,fans parler de M. le Marechal
de Tourville ?
Ie vous vois dans l'empreſſement
defcavoirl Histoire de ce Marechal
Sousqui vous avez1 bonneur defervir;
je vais vous en dire quelque chose.
Anne Hilarion coſtentin Comte de
Tourville , fut fait Chevalier de
Malteà l'âge de quatre ans.Il n'en
a pas fait les voeux , il s'eft fignalé
enplusieurs occafions. Ilfut lepremier
qui se jetta fur un Vaiffeau
Ture qu'on avoit abordé. Ildonna des
marques d'une valeur extraordinaire
dansunCombatparticulierde Galere
en Galere ; huit cens Ianiffaires qui
estoientfur la Galere Turque furent
faits Prisonniers. Après fes Caravanes
ilarma un Vaisseau en Course
avec le Chevalier d'Hoquincourt.
GALANT. 1.25
Ilsfirent des priſes confiderables. Ils
mirent bors de Combatſept Vaisseaux
d'Alger , & en enleverent trois.
Ilsfurent ensuite attaquezpartrente
Galeres,dont les principales allerent
les aborder. Aprés unsanglant combat
,les Galeres furent obligées de
faire une honteuse retraite.
En l'an 1667. le Roy le fit
Capitaine d'un de ses plus beaux
Vaisseaux, il s'est trouvé dans toutes
les Batailles navales , ou il s'est
toujours fort distingué ,Premierement
dans celle de Solsbey en Angleterre
,où il demeura en Ligne ,
quoy que son Vaiffeau fust percé de
coups de canon. Secondement dans
les Bancs de Hollande , où il fut detachépour
attaquer les Ennemis ,
enfin dans la Mediteranée où il
fut commandépour aller dans leGol-
Sede Venise. Là il brula un Vais
feauRagufois qui portoit des Trow-
F 3
し 126 MERCVRE
1
pes aux Ennemis , nonobstant le feu
que faisoit lefortereffe de Barlette.
Il enleva un Vaisseau de foixante
Canons chargé de bleds , dont ilfecourut
Meßine. Il entra le premier
dans le Tort d Agousie, après avoir
foudroyé la Ville de Reggio. Il
detachaſa Chaloupe commandéepar
lecomte de Coetlogon pour aller fous
le Fort d'Avolas , Ol ayantfuivy
dansson Canot ,ils contraignirent le
Fort de se rendre , & firent arborer
le Pavillon de France, Ayant enfuite
eſté commandé pour aller avec
le mesme Comte de Coetlogon, faire
de l'Eau à Malte , il eut avis qu
Y avoit dans le Port de Souffefur les
Costes de l' Affrique dix ſept Vaif
feaux Ennemis. Il fit Voile de ce
costé là. Il se mit dansſa Chaloupe à
l'entrée de la nuit. Il accompagna
fon Canot chargéde feux d'artifices ,
mit le feu dans une Polacre ,
u'il
GALANT.
127
brulapluſieurs Veiffeaux.
ne
En 1677. ilfut faitChefd'Efcadre
, Commandantsous leMa
rechal de Vivone. Ilse trouva de
Vant Palerme où il brula l'Amiral
d'Espagne avec neufdesplus beaux
Vaijjeaux, Dans leCombat des Isles
de Strombolly , il se détacha de sa
Ligne,accompagnafon Brulot, s'at.
tacha au Vaiffeaude Ruiter,
lequitta point qu'il ne l'euft ven
Sauter en l'air, En 1681. Ilfut
fait Lieutenant General. Ce fut luy
qui poſta la premiere Galiote pour
bombarder Alger en plein jour;
il contraignit cette Nation faroucheàvenirdemander
la Paix, dont
il dreſſa les Articles. I'oubliois de
vous dire qu'ilse trouvaau bombardement
de Gennes, que cefut luy
qui allalepremier l'épée à lamain
attaquer&forcerles Ennemis dans
leursRetranchements. En 1688.il
F 4
28 MERCURE
aborda Papachin; cefier Amiral
Espagnol, malgré sa fierté , fut
obligédefaluer le Pavillon de France.
Le Roy pourreconnoistre tant de
Signalezfervices le fit Vice Amival.
L'an 1690. le 20. de Juillet,
ilgagna , quoy que le vent luy fuft
contraire, la fameuse Bataille des
Isles de Vith fur les Flottes Hollandoiſes
Angloiſes. Il coula
bas seize de leurs gros Vaiffeaux ,
en brula pluſieurs , força les Ennemis
de fe retirer dans leurs Ports ,
demeura le Maistre de laMer ,
pour comble de gloire, ilfit en Angleterre
uneDefcente qui jetta la
terreur dans tout leRoyaume.
M. Charonnier Commiſſaire de la
Marine, & dont vous connoissezle
merite , me mande quele Parfait
qui est le Vaiſſeau que vousmontez
defarmera àToulon. Vous allezpas-
Servoſtre Hiver dans la plus belle
GALANT.
129
Province de l'Europe , Vous lirez
avec plaisir l'Histoire des Hommes
Illustres de Provence. L'Auteur est
fi conna &fi estimé dans le monde,
qu'itfuffit de nommer M. Moreri.
Ce fut chezM. de Pompone que je
fis connoissance avec ce Scavant Es
clefiaftique. Il medonna cetteHiſtoire
que je vous envoye & je luy fis
present d'un Livre qui luy avoit
echapé. C'estle Voyage en Tartarie
qu'avoit fait Guillaume de Rubruquis
, de l'Ordre des Freres Mineurs,
qu'il avoit entrepris par un ordre
exprés de S. Louis , à qui il dedia
fon Livre. Ildit dans fa Preface ,
que les Tartares quise rendoient fit
formidables à toutes les Nations, ne
redoutoient rien tant que les François
; & il ajoûte que cette eſtime des
-François aestéſigenerale, que l'Em
pereur Fridericfe declaraen faveus
de la Nation Françoise,& desChe-
FS
130
MERCVRE
valiers Français. Cefut dans cette
fameuse Chanson qu'il composa , en
Serejouiſſant avecſes Courtisans&
sous les Grands de l'Empire. Il la
compoſa en la Langue Provençale ,
qui estoit pour lors en vogue dans
soutes les Cours del'Europe. Cet Empereur
, après avoir loué toutes les
autres Nations , & expliqué leur
Caractere,se declara en commen.
çant & en finiſſant en faveur des
François,Plafami Cavalier Francez
, c'est ainsi qu'il commence&
qu'il finit. Vousferez bien aise , mon
cher Neven , deſcavoir les raiſons
qu'eut Frideric de faire un Feftin
public & general , de s'y réjouir ,
&d'y composer un Air à l'honneur
de la France. Cet Empereur s'eſtort
brouillé pour peu de choſe aves le
Pape. Ilavoit fait arreſter un Evefque
Anglois qui l'avoitſuivi àBefancon.
Le Pape Adrien le pria de
GALANT.
131
mettre ce Prelat enliberté , &pour
Lemieuxperfuader , il leprioit deſe
Souvenir que l'année precedente ,
il luy avcit donné la Couronne Im
periale. Ces paroles choquerent
l'Empereur , & il repondit dansſon
premier mouvement , qu'il ne tenoit
la Couronneque de Dieu &de l'Election
des Princes. Le Pape pour
l'adoucir s'expliqua en disant qu'il
luy avoit mis la Couronne Imperiale
fur la teste par une ſainte Ceremo
nie , & non pas de plein droit. Aprés
te decez d'Adrien , Alexandre III.
Son Succeſſeur , n'ayant pas eu les
mesmes menagemens, on wit laPaix
de toute l'Europe troublée ; l'Empepereur
prit les armes, &le Pape ent
recours aux anathemes. Frederic
s'estant declaré , pour l'Antipape
Victor , la France , refuge ordinaire
des Papes perfecutez, recent le Pape
avec autant de jove que de ref
F6
132
MERCURE
}
pect, & en même temps elle se declara
l'abitre entre Sa Sainteté&
l'Empereur. Cefage Princefut ravi
de trouver ce moyen pourse reconcilier
avec le Pape Clement VIII.
ce fut pour témoignerſa joje qu'il
fit cefameux Festin , où l'on chanta
en Langue Provençale cet air dont
je vous ay parlé. Vous voyez, mon
cher Neveu , que nous ne pouvons
ouvrir aucun Historien , quenous n'y
liſions toujours quelque chose à la
Louange de la Monarchie Françoise.
Frideric qui avoit beaucoup de
Sageffe , se laiſſa conduire par les
bons avis du Conseil de France , qui
luyfit entendreque c'eftcit une cho
je indigne de sa Religion defa
gloire , defon bonneur , du nom de
Pere de la Tatrie , dont ilse glorificit
,de proteger Victor qui estoit
un furpateur. Fridericfans balancer
abandonna cet Homme, qui estoit un
GALANT.
133
composé monstrueux de vanité , de
malice deſoupleſſe& d'irreligio.n
Cet Empereurſedonna biendegarde
de faire de l'Allemagne le Thea.
tresanglant de la Guerre.Bel exem
plepour la Maison d'.Auftriche,si
elle estoit capable de reflechirsurfes
propres malheurs . LaPoſterité pourrat-
elle le croire ? Fourra t on
s'imaginer que des Trinces qui ne
font élevezàce baut degré degrandeur
, que par le respect que leurs
Ancestres ont eu pour la vraye Religion
,soient affez foibles pour
s'unir étroitement avec l'Emnemy
jurédecette mesme Religion? Quelle
honte , quelle tache , quel reproche
éternel à la Maison d'Aus
triche , dese voirsoumise , reduite ,
forcée de nepouvoir plus agir que
par les refforts les mouvements
que luy donne un furpateur , un
bommeSans Religion.
34
MERCVRE
Loüis le Grand alloit donner le
dernier coup de maſſuëàla Religion
Protestante, nous allions tous,comme
de paisibles Agneaux,vivre agreablement
sous une même, Houlette.
Ovest cette fine Politique de Madrid
? Qu' est devenuë cette Religion,
ce Mystere , ce Rafinement
du Cabinet ? Ie le repete ,quel reproche
éternel , quelle imprudence !
Cecoup de maßue qui alloit tomber
fur la Religion Proteftante, tombe
Sur la Maison d' Auftriche. C'est
Louis leGrand,l'Empereurdes Franfois,
les delices deses Peuples , la
terreur deſes Ialoux ,ennemis defà
Gloire; c'eſt Louis le Grand qui n'a
rien äſe reprocher qu'un exoez de
bonté demoderation.
Ce mesme Academicien Anglois
dont je vous ay parlé , a repreſenté
la vie du Roypar un Fleuve
majestueux qui roule également
GALANT.
135
tranquillement ſes flots. Cesçavant
homme faisant reflexion sur ce
qu'a esté la Maison d' Austriche
dansson éclat ,&fur cequ'elle est
presentement dans une bonteuse
dépendance , s'estsouvenu du Portrait
de Cleopatre qu'un Empereur
fit trainer au jourdefon Triomphe.
Cette Princeffe estoit representée
dans les chaines, d'un air tranquille
Oriant , avec une Vipere qui luy
piquoit lefein.
Ma Lettre n'est déja que trop lon.
gue. Ie vous diray au prochain Ordinaire,
ce que Iacobus Primorofias
M. Boifle ont pensé de vospropoſitionsdePhysique.
Cesdeux Docteurs
Angloisfont d'un merite achevé,
vous rendront raiſon ſi
l'or est convertible en aliment ,fi
onseportemieux proche la Merque
lors que l'on en est éloigné. Ces deux
questions nous meneront bien loin.
136
MERCURE
Au regard de voſtre troisièmede
mande des effetssurprenans de l'amour
Conjugal , vous avez cité fort
à propos ce qui arriva àfeu M. le
Marquis de Charnaffe dont je vous
montray le Portrait aux Armes
d' .Angers,qui ayant efpouséuneFille
de Brezo, & estant en Allemagne
auprès de Gustave , Roy de Suede,
quiy estoit entré , &ayant appris
le decez de ſon Epouse , perdit
la parole pour toûjours. Lean Fernel,
cefameux Docteur, natifd' Amiens,
l'Oracle de fon fiecle , nefe contenta
pasde perdrelaparole, carayant esté
appellé à la Courpar une Princeffe ,
qui estoit désolée defa fterilité ,
a antsceu la mort defa Femme il
tomba aux pieds de cette Trinceffe
d'où on l'osta pour le porterau Tonbeau,
dansl'Eglise de Saint Facques
delaBoucherie. Lefuis , &c.
&
Quelque malheureux qu'on
GALANT. 137
6
foit, il faut taſcher de ſe mertre
au deſſus de ſes malheurs
ſans s'en laiſſer trop abattre. H
vient fouvent des reſſources
d'où l'on en doit eſperer le
moins , & l'étoile qui nousa
eſté long-temps contraire
change tout à coup la malignité
de ſes influences. Vn Cavalier
né avec toutes les qualitez eſti-
-mables qui font l'honneſte homme
, avoit fait de longs efforts
pour vaincre l'iniuſtice de la
fortune , qui ne luy ayantdonné
aucun bien , ſembloit ob .
ſtinée à s'oppoſer à tous les moyens
qu'il pouvoit tenter pour
en acquerir. On l'eſtimoit à la
Cour maisil n'avoit pû y reuffir
dans ce qui luy eſtoit propre
,& beaucoup d'affaires où
il avoit quelque part , s'eſtoiena
toujours terminées par de fi
138 MERCURE
mauvais ſuccez , qu'on pouvoit
dire que c'eſtoſt aſſez qu'il euſt
intereſt àune choſepour croire
qu'elle échoueroit. Comme ſa
naiſſance eſtoit fort confiderable
, & qu'il avoit l'eſpritdoux
fin , aisé ,& infinuant ,ſes Amis
luy perfuaderent qu'en faiſant
briller parmy le beau ſexe les
heureux talens qui le diſtinguoient
de la pluſpart de ceux
de ſon âge , il ſe tireroit d'affaires
par un mariage avantageux
, & trouveroit quelque
Fille riche & raisonnable , qui
s'attachant au merite preferablement
à tout , ne regarderoit
en luy que ſa perſonne.
Son genie eſtoit aſſez porté de
ce coſté-là. Il ſe mit dans le
commerce des Femmes , & il
'en fat vû d'unemaniere agréable.
Il ſe faifoit peu de parties
GALANT.
galantes& de divertiſſement ,
où il ne fuſt appellé. Il eſtort
l'ame de la conversation ,& ces
parties finiſſoient toujours trop
toſt par la joye qu'il répandoit
dans tous les lieux où il vouloit
ſe trouver.Grand agrément
par tout à le recevoir , mais
nulle foibleffe du coſté du
coeur. Toutes celles dont la fortune
auroit pû l'accommoder
ſe tenoient fort refervées ſur
les declarations qu'il leur pouvoit
faire , & les témoignages
du plaiſir qu'elles prenoient à
le voir , ne paſſoient point certains
obligeans dehors qui n'alloient
jamais à l'eſſentiel . Ainſi
il paffoit d'agréables jours mais
ſes affaires n'en eſtoient pas
dans un meillenr ordre. Parmy
les Dames qu'il voyoit ſouvent
il examina une aimable Brune
140
MERCVRE
qui parlantbien moins que toutes
les autres, ne diſoit rienque
de juſte quand il falloit qu'elle
répondiſt . La Belle de ſon coſté
eſtoit pour luy dans la meſme
attention ,& en faiſant ſes re-
Aexions , elle luy trouvoit un
genie ſi ſuperieur à tous les
autres , qu'il n'y avoit que luy
ſeul à qui elle cuſt voulu donner
toute ſon eſtime . Le Cavalier
qui crut voir en elle quelque
choſe de ſolide qu'il ne
voyoit pointailleurs , la voulut
connoiſtre mieux , & prenant
plaiſir à l'entretenir , il découvritdes
ſentimens ſi nobles &
fi élevez , & tant de droiture
d'ame , qu'inſenſiblement fon
plus grand plaiſir fut de luy
marquer la vraye eſtime qu'il
avoit pour elle. Il luy rendoit
de plus frequentes viſites qu'à
GALANT.
141
toutes les autres , & on nemanquura
pas de dire bien-tôt qu'il
en estoit amoureux . Il n'auroit
pas eu de peine a le devenir fi
ſa raiſon l'euſt permis , mais
quand la Belle auroit voulu écouter
ſa paſſion , le mariage
n'auroitpu ſervir qu'à les rendre
l'un & l'autre malheureux,
puiſque n'ayant qu'un bien mediocre,
qui ne ſuffifoit que pour
elle ſeule, elle n'cuſt pû l'époufer
, fans le mettre encore dans
un eſtat plus facheux que celuy
où il eſtoit .Elle estoit bien
aiſe de s'en voir aimée ,& les
foins qu'il lay rendoit avoient
quelque choſe qui flattoit ſa
vanité ; mais ne voulant en luy
qu'un Amy , elle veilloit fur
fon coeur pour l'empêcher d'aller
juſques à l'amour , & en
s'attirant ſa confiance , elle ne
$42
MERCURE
,
cherchoit rien au delà. La conformité
d'humeur ne pouvoit
eſtre plus grande qu'elle ſe trouvoitentre
eux , & le Cavalier
luy diſoit fincerement que la
connoiffant comme il faifoit, il
nemurmuroit de ſa mauvaiſe
fortune , que parce qu'il ne
pouvoit luy offrir un rang qui
luy feroitpeut eſtre agreable
s'il avoit de quoy le luy faire
foutenir. La Belle qui n'eſtoit
pas moins genereuſe , l'affuroit
avec la meſme fincerité ,que
fi elle avoit cent mille écus ,
elle l'en feroit le maiſtre , mais
qu'il falloit qu'ils te contentafſentd'eſtre
Amis, c'eſt à dire ,
de ces Amis qui ne changent &
point ,&qui n'ont en veuëque i
les avantagesde la perſone qu'
-its aiment. Ils s'en faifoient
tousles jours d'aſſez forts ferGALANT.
143
,
mens ; & la Belle quiſe fuſt
fait une joye ſenſible de tirer
le Cavalier de mille embarras
queluy cauſoit ſon peu de fortune
, fit ce qu'elle put pour luy
faire épouſer une affez riche
Heritiere, des Parensdequi elle
eſtoit Amie. La choſe alla mefme
affez avant,& l'affaire eſtoit
fur le point de ſe conclure
quand un Marquis vint à la traverſe
, & renverſa le projet qui
avoit eſté formé. Il fut préferé
par l'Heritiere , qui ſe laiſſa ébloüir
du titre ,& qui d'ailleurs
trouvoitun Mary avec quinze
mille livres de rentre . Le Cavalier
auſſi obligé à l'aimable
Brane,que ſi elle étoit venuëà
bout de ſon entrepriſe, faifoit
pour elle l'office d'un vrayAmy
en publiant ſon merite ,&tachant
mesme d'engager à ſa re
144
MERCURE
cherche certaines perſonnes
qui pouvoient luy faire de
grands avantages . Ellene peut
le ſçavoir ſans luy en faire des
plaintes. Elle luy marqua obli .
geamment qu'en luy cherchant
un party avantageux , il ne
ſçavoit pas juſqu'où alloit ſa
delicateſſe; qu'il l'avoit accoutumée
à connoiſtre ce qui eſtoit
digne de toucher un coeur bien
fait , & qu'à moins qu'elle ne
trouvaſt quelqu'un qui luy refſemblaſt
, ce ſeroit toujours inutilement
que la fortune s'offriroit
à elle. Des ſentimens fi
honneſtes avoient de grands
charmes pour le Cavalier , qui
eſtant toujours d'une humeur
fort agreable , dit un jour dans
une affez grande Compagnie ,
où l'enjoüement donnoit beaucoup
de vivacité à la converfation
,
GALANT.
145
ſation , qu'il avertiſſoit qu'il
alloit faire une Lotterie , dont
le nombre des Billets n'eſtoit
pas encore reglé. Chacun luy
promit d'en prendre , & on fut
furpris d'entendre dire qu'il n'y
en auroit que pour les Femmes,
&non pas pour toutes, parce
qu'il y en avoit d'une eſpecé à
qui ce qu'il y avoit a gagner
n'eſtoit pas propre. On raiſonna
fort longtemps ſur ce que ce
pouvoit eſtre & chacun en penſa
ce qu'il voulut, ſansqu'on le
puſt obliger à s'expliquer
mieux. Quelques jours aprés
s'eſtant trouvé ſeul avec pluſieurs
Femmes , elles luy parlerent
de ſa Lotterie. Il répondit
qu'il l'avoit reglée , qu'il y
avoit dix mille Billets , chacun
-de cent francs , qu'il ne feroit
qu'un seul lot , que s'il donnoit
Novemb. 1693. G
146 MERCURE
pour cent mille Francs, la choſe
qu'il livreroit à celle qui auroit
ce lot , il l'eſtimoit beaucoup
davantage , mais que dans
la neceſſité des affaires il y avoit
certainstemps ou l'on trafiquoit
de tout qu'ainſi elles n'avoient
qu'à avertir leurs Amies , afin
qu'elles envoyafſent prendre
des Billets & qu'il y auroit une
fidelité entiere dans la diſtribution
qui s'en feroit. Ce fut une
nouvelle Enigme pour toutes les
Dames , & aprés qu'il eut dit
cent choſes plaiſantes ſur ſa
Loterie , il leur declara que ce
qu'il mettroit pour ce lot unique
, eſtoit fa liberté qu'il eſtimoit
beaucoupaudela de cent
mille francs ,& qu'il promettoit
d'épouſer celle qui l'auroit gagné.
On connut par cet éclair
ciſſement pourquoy il n'y avoir
GALANT. 147
qu'un nombre de Femmes à
qui ſa Loterie pouvoit convenir
, puiſque la ploſpart en eftoient
excluës par le mariage.
Cette imagination de faire un
gros Lot de ſa perſonne leur
parût àtoutes une choſe ſi plaiſante
qu'ellesdemeurerent d'acordqu'il
meritoit les cent mil
le francs , à quoy il avoit voulu
en fixer le prix.La plaiſanterie
fit en peu de temps un fort
grand bruit dans la Ville. Le
Cavalier la fontintavec autant
de galanterie qu'il montroit
d'eſprit.& tout cequi s'en diſoit
luy donnoit de plus enplus occaſion
de badiner agreablement
fur ſa Lotterie. On en parloit
☐ depuis quelques jours , lors
qu'un Inconnu vintle trouver,
luy demanda trente billets
fous le nom de la Dame en-
G 2
148 MERCURE
chantée du vray merite. En
meſme temps il tira une bourfc
, & voulut compter mille
écus au Cavalier , qui prenant
la choſe pour un jeu de quelqueDame
de ſa connoiffance
qui avoit deſſein de ſe divertir
ſe contenta derépondre , qu'il
mettroit fon nom ſur ſon regiſtre
, pour faire une boëte de
trente billets , fur laquelle on
écriroit Numero premier , &
que l'on diſtribueroit dans un
certain temps avec les autres .
L'inconnu luy repliqua qu'il
avoit ordre de laiſſer l'argent
s'il netrouvoit point les billets
preſts , & qu'il reviendroit au
premier-jourdemander ſa boëte.
En diſant cela , il jetta la
bourſe ſur une table, & tandis
que leCavalier alla la prendre
pour la luy remettre entre les
GALANT.
149
e
mains, il s'échapa ſans luy rien
dire de plus. Le Cavalier fur-
-pris de cette avanture , crut
que quelque perſonne officieu-
-ſe ,le ſcachant dans l'embarrass
avoit voulu l'en tirer par
*ce moyen , qui luy épargnoit la
peine que cauſe toujours l'apprehenfion
d'eſtre refuſé quand
- on emprunte. Il alla conter à
fon Amie ce qui venoit de luy
arriver , & quelque raiſonnement
qu'ils fiffent , ils ne ſeeurent
l'un ny l'autre ſurqui jetter
leurs ſoupçons,ny conventr
du motif qui lay avoit faitenvoyerles
mille écus. La Belle
-luy foutenoit qu'il y avoit de
l'amour meſlé là dedans , & il
ne vouloit pas affez préſumer
deluy pour en demeurer d'accord.
Ce qu'ils penſerent tous
deux, c'eſt que l'avanture auf
G3
150 MERCURE
roit de la ſuite. Le Cavalier ne
la cacha pas ;& ſe retranchant
ſur ſa Lotterieil ne voyoit aucune
jolie perſonne à qui il ne
diſtd'un air enjoüé qu'elle idevoit
ſe haſterde retenir des Billets
parceque le gros lot eſtoit
couru. On prenoit cela pour
✓une choſe inventée qu'il diſoit
exprés pour foutenir la plaiſanterie
, mais huit jours aprés ,
le meſme Inconnurevint& luy
dit qu'il n'eſtoit plus queſtion
de Billets ,& qu'il venoit prendre
les dix mille , parce quc
laDame dont il luy avoit parlé
, vouloit eſtre ſeure d'emporter
de Lot. Ces paroles avoient
beſoin d'explication
l'Inconnu la donna au Cavalier
en luy diſant qu'une Veuveextremement
riche , touchée de fa
réputation & de ſon merite ,
>
>
GALAN T.
147
dontelleeſtoit particulierement
imformée , & connoiſfant d'ailleurs
ſa perſonne , eſtoit reſoluë
de l'épouſer , ſi ſon âge un peu
avancé ne l'empêchoit point d'y
confentir ; qu'elle paſſoit cinquante
ans, quoy qu'elle ne paruſt
pas les avoir ; que fon humeur
eſtoit douce, ſon eſpritaiſé
& fociable , & que n'ayant point
d'Enfans , ny aucun ſujet de
vouloir du bien à ſes Heritiers ,
elle luy donneroit non ſeulement
cinquante mille écus en
argent comptant , mais encore
tous ſes meubles , qui estoient
confiderables fans compter
beaucoupd'autres avantages qu'il
en pouvoit eſperer, ſelon la con .
duite qu'il tiendroit. Le Cavalier
preffa l'inconnu de luy apprendre
le nom de la Dame , &
il répondit qu'il ne le ſçauroit
,
G4
152 MERCURE
que d'elle meſme , & que sil
vouloit penſer ſerieuſement à
cette affaire , il viendroit le
prendre le lendemain pour le
conduire chez elle , où ils s'expliqueroient
l'un à l'autre fur ce
que chacun pourroit ſouhaiter.
L'heure fut donnée pour cette
viſite ,& le Cavalier alla confulter
ſon Amie à l'ordinaire , fur
le mariage qui luy eſtoit propofé
. La Belle ne balança point à
luy dire , que dans l'eſtat où il
ſe trouvoit ,il falloit , quelque
repugnance qu'il ſentiſt , s'atacher
à la fortune , puis qu'elle
s'offroit à luy d'une maniere fi
favorable , mais qu'il s'y falloit
attacher en honneſte homme ;
c'eſt à dire , que s'il épouſoit la
Veuve ; il devoit tâcher à mettre
pour elle dans ſon coeur plus
que de l'eſtime & de la reconGALANT.
153
.-
noiffance . La vieilleſſe de laDame
, qu'il croyoit âgée de plus
de ſoixante ans, luy faifoit beaucoup
de peine , & l'habitude
qu'il avoit priſe avecde jeunes
perſonnes , luy rendoit tout autre
commerce fort peu agreable,
mais fon Amie luy dit fortement
qu'il ne falloit point écou
ter ſon gouft , & elle ajoûta que
comme les vieilles perſonnes
font fort fufceptibles de jalousie,
s'il arrivoit que laVeuve montraſt
de l'inquietude pour les
marques d'amitié qu'il luy donnoit
par ſes ſoins , il faudroit , ou
qu'il ceſſaſt de la voir , ou qu'il
ne la viſt que fort rarement. Le
Cavalier ne pût paſſer cet article,
&fut mené chez la Veuve,dont
il ſe trouva beaucoup plus content
qu'il ne l'avoit eſpere. La
Dame n'avoit rien de dégouf
GS
1
150 MERCURE .
tant ,& toutes ſes manieres eftoient
d'une Femme qui meritoit
une vraye eſtime. Elle dit
au Cavalier , qu'aprés unVeuvagede
quinze ans , pendant lequel
on ne luy pouvoit reprocher
la moindre affaire , ildevoit
eſtre ſurpris qu'elle vouloit
ſe remarier , mais que ceux qui
attendoient ſa ſucceſſion , en avoient
toujours fi mal uſé avec
elle , qu'ils l'avoient forcée en
quelque forte àprendre cette reſolution
, & qu'ayant à faire un
choix , elle avoit crû ne pouvoir
contribuer à la fortune d'un plus
honneſte homme ; que cependant
il ne falloit point qu'il ſe
contraigniſt , & qu'il pouvoit
prendre autant de temps qu'il
voudroit pour ſe conſulter fur ce
mariage.Le Cavaliertrouva tant
d'honnêteté dans tout ce que la
GALANT.
ISI
A
Veuve lui dit,qu'il parutque fon
coeur parlaquand il l'aſſura qu'il
vouloit tout tenird'elle , &qu'ellepouvoitdés
ce moment, comme
maiſtreſſe abſoluë , ordonner
du temps où elle ſouhaiteroit
que l'affaire ſe concluſt.Elle
plaiſanta fur la Lotterie qui luy
avoit donné lieude penſer à luy,
&fans rien vouloir précipiter ,
afin qu'il eût le temps de la
mieux connoître , elle le laiſſa
un mois entier dans la liberté
d'examiner s'il pourroit vivre
heureux avec elle. Ainfi ce fut
luy qui la preſſa aprés des viſites
aſſiduës où il témoignoit ne s'ennuyer
pas. Enfin elle fit dreſſer
le Contract avec tous les avantages
qu'il luy eſtoit permis de
luy faire. Les cinquante mille
écusluy furent comprés, & elle
choiſit le jour pour le Mariage,
G6
156
MERCURE
mais une fievre qui la ſurprit
tout à coup , le fit differer. Les
accez en furent rudes , & donnerent
lieu d'apprehender pour
favie . Le Cavalier ne la quittoit
point , & les ſoins qu'il prenoit
d'elle luy furent fi agreables ,
que comme ilgagnoit beaucoup
en l'époufant , s'eſtant trouvée
avec un peu plus de tranquillité
pendant quelques jours , elle fit
faire la Ceremonie du Mariage
dans ſa Chambre , pour mourir
au moins avec la fatisfaction
d'eſtre ſa femme , ſi les remedes
ne pouvoient faire ceſſer la
langueur où ſon mal la reduifit .
Le Cavalier devenu Mary ,
doubla ſes ſoins avec les marques
les plus obligeantes du veritable
intereſt qu'il prenoit en
elle mais ils ne purent la tirer
d'affaire ,& tout l'Art des MereGALANT
.
57
د
decins s'eſtant trouvé inutile ,
elle fuccombla à ſa langueur
aprés avoir reſiſté pendant trois
mois . Les emprefſſemens du Cavalier
pendant cette maladie
furent affez bien recompenſez..
La Veuve luy donna encoreune
Caffette où il y avoit beaucoup
d'argent & des Diamans , & avec
les Meubles qu'on ne luy
put difputer , il ſe trouva riche
de cent mille écus . Vous jugez
bien qu'aimant autant qu'il faifoit
l'aimable Brune,il l'en rendit
la maiſtreſſe . Il l'a épousée
depuis quelque temps , & fait
pour elle ce qu'il eſtoit aſſuré
qu'elle auroit fait pour luy avec
joye , ſi la fortune luy avoit eſté
auſſi favorable.
L'eſtat que vous allez lire
fatisfera la curioſité de ceux qui
ne veulent rien ignorer de ce
qui regarde la Guerre.
154
MERCURE
ETAT DES OFFICIERS
Generaux quiferviront pandant
l'hiver prochain fur la Frontiere
,depuis la Merjuſques en
Luxembourg.
M. le Maréchal de Bouflers
aura le commandement general
, depuisla Mer juſques à la
Meuſe , remontant juſqu'à Sedan.
M. le Marquis de la Valette ,
Lieutenant General , commandera
ſous M. de Bouflers , depuis
la Mer juſques à Tournay
&compris le Lis.
Mile Comte de la Mote,Maréchal
de Camp ; M. de Phelypeaux
, Brigadier de Cavalerie,
&Mde Chamarante, Brigadier
ſerviront ſous M. de la Valette ,
du coſtéde la Mer.
GALANT.
155
M. de Pertuis commandera à
Courtray.
M.de Cadrieux à Dixmude .
M.le Marquis de Montrevert,
Lieut. G. commandera à Tour.
nay , & entre le Lis & l'Eſcaut
juſques à la Trouille , fous M.
de Bouflers.
M.le Comte de Mailly,Maréchal
de Camp,& M.de la Vaifſe
, Brigadier d'Infanterie , ferviront
fous M. de Montrevert.
M.de Ximenes,L.G.commandera
à Mons , Maubeuge.Charleroy,
au Queſnoy, à Landrecies ,
Aveſnes , & dans tous les lieux
du Hainaut , où il y aura des
Troupes , ſous M.de Bouflers.
M. de Pracontal , Mareſchal
deCamp; M.de Roſel, Brigadier
de Cavalerie, & M. de Cavois ,
Brigadier d'Infanterie , ſous M.
deXimenes.
160 MERCVRE
M. le Comte de Guiſcard,
Lieutenant General , commandera
à Namur , Huy , Dinan
Charlemont & Philipeville ſous
M. de Bouflers .
M. le Chevalier de Gaffion
Maréchal de Camp , M. de Blanchefort
, Brigadier de Cavalerie
, & M. de Laumont , Brigadier
d'Infanterie , ſous M. de
Guifcard ..
M.de Caraman, Brigadier d'Infanterie,
commandera à Huy .
M.le Comte de Gaffé, Lieute
nantGeneral , commandera ſur
la Meuſe en deſcendant juſques
& non compris Charlemont ,
fous M.de Bouflers.
M.le Marquis d'Alegre,Maréchal
de Camp ; & M. de Montgon
, Brigadier de Cavalerie ,
fous M. de Gaffé .
M. le Marquis d'Harcourt
GALANT. 161
Lieutenant General , commandera
en Luxembourg & fur la
Mozelle .
M. de Barbezieres , Marechal
deCamp , & M. de Courtebonne
, Brigadier deCavalerie , ſous
M. le Marquis d'Harcourt.
M. Bignon commandera à
Treves.
Le 30. du mois paſſe, le Pere
Alexandre Jacobin du grand
Convent , Docteur de laFaculté
de Paris , eut l'honneur de falüer
le Roy , &de luy offrir une
Theologie Dogmatique & Morale
qu'il adonnée au publicen
dix Volumes,ſur le Plan du Catechiſme
du Concile de Trente,
& qu'il a dediée à Sa Majefté .Je
laiſſe à l'Auteur du Journal des
Sçavans à parler de l'economie
& du merite de l'Ouvrage , &
me contente de vous envoyer la
158 MERCVRE
traduction de la Lettre Dédicatoire.
AURO Ys
SIRE
Comme Vostre Majesté n'a point
d'interests plus chers que ceux de
laReligion , qu'ellefoutient d'une
manieresiglorieuse ,j'efpere qu'Elle
aura la bonté d'agréer que je
consacre&que jededie àson Auguste
Nom un Ouvrage que j'ay
faitpourl'utilitédel'Eglise. Ilfaut
estre aveugle pour ne pas voir , injuste
pour ne pas publier, queVostre
Majesté a undroit fingulierfurtout
ce quisert à lagloire &à l'avantage
de la Religion. Se trouvera-
*-ilquelqu'un qui ait pensé ou meditéd'außi
grandes chosesque celles
que vous avezfaites jusqu'à prefent ,
GALANT.
159
$
que vous faites encorede jour en
jour poursa defense&poursonaccroiſſement
?Vousfoutenezvousfeul
lepoids d'une guerre qui n'eut jamais
de pareille dans les âges du
monde les plus guerriers , parce que
voſtre puiſſance voſtre vertu vous
rendent plus fort que tous vos Ennemis
anis ensemble Vous rendez inutiles
tous les efforts de ce grand
nombre de Princes , qui ont osése
liguer contre Vostre Majesté. Vous
renversez vous seul tous leurs def-
Seins; leur Ligue naſervi qu'à
les couvrirde confusion,&qu'àfaire
admirer vostre valeur beroïque ,
vostre Piete Tres-Chrétienne.
Tout lemonde Sçait qui est celuy
qui a allumé la guerre , & qui a
engage dans cette Ligue impie
malheureuſe les Princes Confederez.
Vous avez prevû, Sire , cettefurieu.
Setempestquiseformost contre vostre
164 MERCURE
Royaume,lorsque vous secourier
fouteniezla Religion ,&que vous
vous oppoficz comme un Rampart
invincible aux Ennemis de laMaifon
de Dieu.Cette penetrationincom.
parable qui vous fait tout prévoir ,
vous mit devant les yeux les mou-
-vemens de toute l'Europe ,les def-
Seins des Princes jaloux de vostre
puissance devostre gloire ,&les
maux dont ils menaçoient laFrance
mais la même cauſe qui vous rend
maintenant victorieux , vous rendit
Lors intrepide. Ces menaces ne vous
empêcherent pas de prendre les
interests d'unRoy que vous estimez ,
que vous confiderezencore plus
pour sa pieté poursa valeur ,
que pour fon alliance avec vostre
Maison Royale. Vous luy donnâtes
un azile , quand l'infidelitė
revolte deſes Sujets accoûtumez àrejetterlejoug
de leurs Souverains,com.
la
GALANT. 165
me celay de Dieu,l'eurent exilé de
Son Royaume en haine de la Religion
, pour laquelle il leur parciſſoit
avoir trop d'attachement trop de
zele. On arma ensuite de tous coftez
contre Vostre Majesté , Celuy à qui
Lambition de regner fit violer les
droits les plusfacrez , n'eut point de
honte de vouloir engager dans le
party deson crime , des Princes Catholiques
, à qui laReligion en devoit
inspirerde l'horreur. Vn Gendre
perfide ,un Vfurpateur denature du
Royaume deson Beaupere n'estoit
pas d'humeuràrespecterlapiete dans
les autres. L'abolition de l'Edit de
Nantes, le banniſſement éternelde
la Sectede Calvin de tous vos Etats,
animoient fon reſſentiment & sa
fureur. Un grand nombre d'Heretiques
mal convertis mécontens,
luyfaisoit espererunsoulevemet dans
lesein du Royaume , maisjes efpe
162 MERCURE
rances ont este vaines. Quel autre
effet ont eu ces entrepriſes malcon.
certées , que de faire connoistre à
tout le monde que vous estès leplus
Grand des Rois ,par laſageſſede
vos confeils ,&parlaforce invinci
ble de vos armes, toujours benies م
favoriséesde Dieu , que de jetterla
terreur dans les coeurs dans les
Etats devos Ennemis , &de vous
faire admirer devos Sujets ?
La Pofterité pourra.t- elle croire
fanspeine ce que nous entendons
ce que nous voyons , & que V tre
Majesté a dompté en même temps
les Savoyars , vaincu les Allemans,
defait les Flamans , conſterné les
Holandois , terraffe les Espagnols?
Mais ilne paroîtra pas incroyable
aux Siècles à venir, qu'Elle ait pris
fipromptement tant deVilles forti.
fiées parla nature &par l'art ,
defenduës parde nombreuſes GarniGALANT.
163
fons , comme Philisbourg' , Montmelian
, Nice, Villefranche, Hay-
Namur ,
delberg , Rose , puisque nous luy
avonsvu prendre Mons
ces Villes fameuses , ces boulevars
des Pais Bas , que tout le monde
jugeoit imprenables ? Que dirai -je
des Batailles celebres de Fleurus ,de
Leuze,de Stenkerke , de Neervvin .
de ,& de plusieurs autres que nos
Ennemis nous ont voulu donnerpar
Surprise , quoi qu'avec crainte , ou
que les Troupes de Vostre Majesté
leuront livrées enles allant chercher
genereusement , qui ont toutes esté
fuivies d'unfucceztres heureux م
tres glorieux pour la France ?Vnfi
grandnombrede Combats de Victoires
mefait presque oublier l'ebraſement
la deroute de la Flote de
Smirne au Detroit dela MerdeCadix:
avantage d'autant plus confiderable
, que votre Flote victorieuse
168 MERCVRE
I'a remporté sur des Ennemis qui
nous infultoient inſolemment à l'occafion
dun evenement de l'année
derniere , auquelleur paleur n'avoit
point eu de part , pour effacer , s'il
Leur cust estépoßible , leſouvenir
lahonte de toutes leursdefaites, Ce
pendant , que pouvoient ils repro.
cher aux François ,qu'un trop grand
mépris du peril , qui leurfit foute-
Bir le Combat avec une vigueur
une fermeté incroyable contre une
t
Flote incomparablement plus nom .
breuſe Sans qu'elle pust attirer à
fon party laVictoire que Dieu a attachéeàla
justice de la cause pour
laquelle vous combatez?
Ces grandes Actions , "Sire qui
rendent voſtre Nom immortel , ne
mettent pas lecomble àvotre gloire,
c'est le mépris genereux que vous en
faites. Tertullien dit fort à propos
d'Alexandre , qui vous reſſembloit
par
GA'LANT.
165
par la grandeur deson nom & de
Ses Conquestes , que la gloireſeule
estoit plus grande que luy ; folâ
gloria minor ; mais on peut dire
de Vostre Majesté,fansestresoupçonne
de flaterie , que vous eſtes plus
grand que vostre propre gloire , que
Ihumilité chrestienne vous faitsacrifier
à celle de Dieu. Vous en
avezſouvent donnédes preuves ,par
ticulierement quand vous retournates
victorieux du Siège de Na
mur. Tous les Corps venant en foule
feliciter Voftre Majesté,Elle defendit
tres expreſſement qu'on luy don .
nast deslouanges , & toute la Cour
fut ravie d'admiration d'entendre
fortirde vôtre auguſte bouche cesparoles
presque divines : J'ay combatu
pourDieu il m'a fait vaincre,
c'eſt diminuer ſa gloire & me
deplaire , que d'attribuer l'honneur
de la Victoire àd'autre qu'à
Νου. 1693. H
4
166 MERCURE
Dieu , à qui j'en fuis uniquementredevable.
٢٠
Pendant que Monseigneur qui
Suit par l'imitation de vas Vertus
Royales de vos Victoires les
traces glorieuses que vous luy avez
marquées , qui entre dans ces divins
sentimens , commande vostre
Armée audelà du Rhin , que ne
doivent pas craindre vos Ennemis ?
L'experience leur a déja fait connoiſtre
qu'ils peuvent s'aßurer- de
deux choses ; la premiere , Que la
Religion defendue par les armes
des François sera éternelle ;laſeconde
, Que ces mêmes armes que
Vostre Majesté faitservir àladefen
se de la Religion , seront toujours
invincibles,foit que laguerre con
tinüe par l'opiniatreté des Princes
Confederez,foit que la Paixfefeffe
bientoftaux conditions tres-justesque
Vostre Majesté leur offive encore an
:
GALANT.
167
milieu deſes triomphes, comme l'Ar
bitre le Maistre de leurfort.
Quoy qu'il arrive , Grand
incomparable Monarque , Défenseur
tres puiſſant de la Religion , nous
tâcherons , nous qui faisons profef
fion de cultiver les Lettres , debien
employer le repos que vossoins in
fatigables nous procurent dans le
temps mesme de laguerre ,&dont
mussommes affurez, pourveu que
Dieu écoutant favorablement nos
voeux & nos prieres , conſerve voftre
PerſonneSacrée pour le bien de l'ES
tat de l'Eglife. Pour moy,Sire je
ne puis oublier l'obligation que nous
avons de travailler pour l'Eglise
Sousun Monarque qui n'a rien de
plus cherque les interests de laReli
gion; comme Vostre Majejlé
m'afait l'honneur la grace de
recevoir avec des témoignages d'ef
time & de bonté mes Remarques
H 2
168 MERCURE
1
4
ment
mes Differtationsfur l'Histoire
del'Eglise & de I AncienTestajoje
prendre la liberté de
luy offrir encore ce troisième Ouvra
ge. C'estune
,
1 Theologie d'une nou -
velle methode divisée encing Livres
fur lePlan du Catechisme du Concile
deTrente. L'y explique en dix
Volumes tous les Mysteres & tou
1
tes les Veritez de nostre Religion
toutes les Maximes , tous les
Points de la Morale Chreftienne par
les paroles de l'Ecriture Sainte , des
Peres de l'Eglife , des Conciles , des
Saints Decrets , des Auteurs
dont la ſainteté est reconnue. L'efpere
qu'estant puisée dans ces Sources
divines , dégagée des fubtilitez
des disputes del Ecole , ellefera
utile pour l'instruction de tous les
Eccleſiaſtiques , des Pasteurs , des
Confeffeurs , des Predicateurs ,
detous ceux quifont obligezde traGALANT.
169
vailler au Salut des ames par le devoir
de leur Ministere .
Si Voštre Majesté mefait l'hon
neur de prendre feulement une fois
set Ouvrage entre ſes Mains Augufies
qui ont moiſſonne tant de
Palmes , ces Mains Sacrées qui ont
abbatu l'Heresie ,& qui foutiennent
la Religion ces Mains redoutables
à l'impieté à toute forte
de vices ,je ne doute point que tout
lemonde ne reçoitve tres agreable.
ment ce témoignage publicdu tresprofond
respect, de la reconnoißance,
duzele avec lequel je fuis,
SIRE,
DE VOTRE MAJESTE
Le tres humble , tres- obeïſſant
& tres- fidelle Serviteur &
Süiet.
F. NOEL ALEXANDRE
Religieux de S. Dominique,
H3
170
MERCURE
M. l'Archeveſque de Paris ,
qui ſe fait un planir d'honnorer
les Gensde Lettres de fabienveillance
& de ſa protection ,
&de faire connoiſtre à Sa Majeſté
ceux qui travaillent) utile.
ment pour l'Eglife , fit l'hon-
Deur au Pere Alexandre de le
preſenter au Roy. Ce Pere ſe
ſervitde ces termes dansle com
pliment qu'il fit à Sa Majeſté ;
2
SIRE
Vn Ouvrage qui explique tous les
Mysteres toutes les Veritezde
noftre Religion , tous les points
toutes les maximes de la Morale
Chrestienne, devoit eftre dedié àun
Prince qui a toûjours protegé l'Egliſe
, qui a aimé la Iustice&bay
L'iniquité , depuis que Dieu l'afacré
d'une huile miraculeuse , pour
estre le plus Grand des Rois, le
GALANT .
171
Defenseur de la Foy , le Conservateur
de la France , & le Vainqueur
des Nations. Cet Ouvrage qui fera
porté dans tout le monde Chrétien
rempli de lagrandeur de vostre ,Au
guste Nom , étonné devostre fageffe
incomparable, de vostre valeurberoique
, & du glorieux fuccez de
vos Armes toûjours victorieuses
toûjours invincibles , fera connoistre
partout que j'ay fait mon devoir en
lepreſentant au plusgrand Monarque
de la terre , qui unit ensa Per-
Sonne Sacrée , la pieté & le zele du
Sacerdoce avec toutes les Vertus
Royales. Ces Livres publieront en
mesme temps letres -profond reſpect
que j'ay pour Elle , I mon attachement
tres fidelle à sonservice pen..
dant que je continueray d'offrir mes
Voeux à Dieu pourſa confervationfi
neceffrire à l'Eglise & à l'Etat ,
que je le prieray avec toute la
G4
172
MERCURE
ferveurqui meferapoſſible , de verſer
àpleines mainsses benedictions fur
La Maison Royale , furles Armes
deVtore Majesté pour la mettre
en état par unesuite de Victoires ,
dedonner la Paix à l'Europe ,
d'en faire goûter les fruits à vostre
Peuples,felon les defirs que l'Esprit
deDieuforme dans vostre coeurtres-
Chrestien.
Le Roy luy fit l'honneur de
luy répondre , qu'il ſouhaitoit
que ce qu'il venoitde luy dire
arrivaſt bien- toſt ; que M. l'Archeveſque
l'avoit informé de
l'utilité de ſes Ouvrages , & de
ſa conduite , qu'il luy donneroit
des marques de ſon eſtime,
& qu'il ſe recommandoit à ſes
Prieres.
Vous ne ſerez pas fachée
d'apprendre ce qui fuit touchant
les Carabiniers du Roy,
GALANT. 173
1
2
dont je vous ay deja parlé . Le
Regiment eſt composé de cent
Compagnies de Carabiniers ,
de trente Maiſtres chacune
faiſant en tout trois mille Carabiniers
& quatre cens Officiers
, y compris le Meſtre de
Campenpied, les cing Meſtres
deCamp ſous luy les cinq Lieutenans
Colonels , les cinq Majors
, & les cinq Aides Majors.
Ils feront vingt Eſcadrons de
sinq Compagnies chacun,dont
il y en aura deux des vieux
Regimens & trois des nouveaux.
Le Meſtre de Camp en pied
aura l'inspection ſurtout le Re
giment ,& les autres l'auront
feulement fur vingt Compagnies
faiſantquatre Efcadrons,
& cela par police & pour la comodité
du ſervice , car ils aue
H
174 MERCVRE
rontauſſi autorité ſur tout également
ſelon leurs emplois &
leur ancienneté , auſſi bien que
les Lieutenans Colonels , les
Majors& les Aides Majors .
Quand on ſeparera le Regiment
dans differentes Armées ,
on mettra toujours un Meſtre
de Camp pour commander les
differens Corps , & les autres
Officiers de l'Estat Major à proportion.
Le ſervice ſe fera comme les
Carabiniers l'ont fait juſques à
preſent , tant pour les Gardes
que pour les détachemens.
Les Compagnies feront entretenues
par tous les Regimens
François de Cavaleriequi fourniront
à tour de Rôle des Recruës
neceffaires , tant
Officiers que pour les Cavaliers ,
àmoins que leRoy n'en ordonnaſt
autrement.
pour les
GALANT.
175
Le Regiment ſera habillé de
bleu doublé de rouge,les Cavaliers
d'un bon drap uny , & les
Officiers de meſme,à la referve
des Boutons d'argent filé qu'ils
auront, & un galon d'argent fur
les manches , & au Colet des
manteanx qui feront bleus comme
ceux des Cavaliers .
Le Chapeau fera bordé d'un
Galon d'argent plus large que
celuy des Cavaliers .
Les Houffes des Cavaliers
bleuës , toutes unies , bordées
d'un galon de ſoye blanche , &
les Bourſesde Piſtolets tout de
meme ; leur Ceinturon de Buffle
avec un bord de cuir blanc ,
& la Bandouliere de meſine; les
Gands& les Cravates noires.
Les Officiers en auront auſſi , excepté
que ce qui eft blanc aux
Cavaliers ils l'auront d'argent ,
H6
1
176 MERCURE
i
Les Teſtieres des Chevaux propres
& toutes unies ; des Bofſettes
dorées toutes unies lauffi ;
des Epées de meſme longueur
& largeur , des Carabines rayées
pareilles , & tout ce qu'il faut
pour les charger, obſervant d'avoir
des bales de deux Calibres,
les unes pour entrer à force
avec le marteau & la baguette
de fert , & les autres plus petites
pour recharger plus promptement
fi on en a beſoin.
Les Piſtolets les meilleurs
qu'on pourratrouver de quinze
pouces de longueur .
Y
Les Chevaux tous de mefme
& taille , à longue quenë ,
l'ayant retrouſſee de meſme,fans
rubans nytrouffe queuë. A chaque
quatre Eſcadrons il y aura
un Timbalier à la Compagnie
du Mestre de Champ , habillé
GALANT .
177
}
1
L
1.
de la Livrée du Roy , fans or ny
argent,aufſi -bien que les Trompettes
de toutes les Compagnies
, movi
Il y aura auffi à chaque quatre
Efcadrons un Aumônier , à
qui on donnera une Chapelle.
On aura grand ſoin de n'avoir
que de bons chevaux , afin que
la Troupe ſoit toujours bien en
eſtat d'entreprendre ce qu'on
luy ordonnera.
Le Mestre de Camp en chef ,
&les autres Meſtres de Camp
fous luy , tiendront la main qu'il
n'y ait aucun Officier mal monté&
qui ne ſoit ſur un cheval
debonne taille .
Les Officiers auront le moins
de bagage qu'ils pourront , rien
que des chevaux de baſts ,ou des
Mulets, & point du tout de cha
riots , de charettes, ny de Surtout.
378 MERCURE
i
On fera les Détachemens par
Chambrées , de maniere que le
Cavalier qui ſera commandé ne
porte que cequi luy ſera neceffaire
,&laiſſe les autres hardes à
ceuxde ſa Chambrée , qui demeureront
au Corps du Regiment.
Les Compagnies , fans avoir
égard au Regiment d'où ils fortent,
prendront leurancienneté
de leur Capitaine , à la reſerve
de celles des Meſtres de Camp
&desLieutenans .
S'il y a des Commiſſions de
meſine datte , & des rang incertains
, on entendra les raiſons
d'un chacun , qui ſe debiteront
fans aigreur nydifpute , pour en
rendre compte au Roy, afin que
Sa Majesté en décide promp .
tement. A
L'intention du Roy eſt que
GALANT . 179
**
ce Regiment ne faſſe jamais de
difficultez en tout ce qui regardera
le Service , & que la difcipline
yſoit obſervée fort exa
ctement ,
Il faut deux Etendarts pour
chaque Efcadron, avec une Deviſébien
choifie , quiait un Soleil
pour corps d'un coſté , &de
l'autre des Fleurs de Lis parſemées
comme a la pluſpart des
autres Regimens du Roy.
Les Cavaliers n'auront que
des boutons d'étain.
Outre les cing Regimens de
Carabiniers dontje vous ay déja
parlé ,&dont Monfieur leDue
du Maine eſt Meſtre de Camp
General,il s'eſt encore fait d'autres
changemens dans les Troupes.
Le Regiment de Courcelles
a eſté donné à M.de Vienne,
180 MERCURE
Lieutenant Colonel d'Anjou .
M.de S. Lieu a le Regiment
de Pudion,& M.Pudion a Bourgogne.
M. Serezy a Deſville & M.
Deſville eſt Enſeigne des GardesduCorps.
M. le Duc de S. Simon a le
Regiment de du Rozel
M. de Souternon commande
le Regiment de Toulouſe , cydevant
de Praflin,& Souternon
eſt donné à M. Pujol.
M. Bins a le Regiment de
M. de Sainte Liviere , qui eſt
mort.
M. Latié a le Regiment de
Bellegarde . 1
M. de Pracontal , Maréchal
des Camps& Armées du Roy ,
& Neveu de M. de S. Romain ,
fameux par ſes Ambaſſades , &
ſesNegociations , a épousé Ma-
1
GALANT. 181
demoiselle de Mornay,Fille de
M. de Mornay , Marquis de
Monchevreüil , Chevalier des
Ordres du Roy , Gouverneur
de Saint Germain en Laye , cy
devant Gouverneur de Monfieur
le Comte de Vermandois ,
&deMonfieur le Duc du Maine,
la ſageſſe & la vertu faiſant
le caractere principal du Pere
&de la Mere de cette nouvelle
Mariée , il n'y a point à douter
que marchant ſur leurs traces
elle ne ſerve d'exemple dans
un lieu , où tous ceux que l'on
yvoir ne font pas à ſuivre . M.
l'Abbé de Monchevreüil a eſté
pourvû par M. l'Archeveſque
de Paris , d'aneChanoinie de
Noſtre Dame , vacante par la
mort de M. l'Abbé de Romilly.
Si quand les Dames ſe mêlent
d'écrire ,elles ont une fineffe &
182 MERCVRE
une delicateſſe d'efprit qui leur
eſt naturelle ,&que les hommes
ont de la peine à imiter , elles
réuffiffent encore mieux , qu²-
elles traitent des matieres dont
elles ont une connoiffance parziculiere.
C'eſt ce que vient de
faire Madame de Pringy , en
nous donnant les differens ca-
1
Tacteres des Femmes du fiecle ,
avecla defoription de l'Amour
propre, contenant fix caracteres ,
& fix perfections . }
۴
!
CARACTERES.
Les Coquettes, Les Bigotes .
Les Spirituelles. Les Oeconomes.
2
Les Jalouſes . Les Plaideuſes.
PERFECTIONS .
La Modeſtie . La Pieté.
La Science. La Regle.
L'Occupation . La Paix .
Tout cela eſt traité avec
GALANT.
183
beaucoup de fineffe & de naturel
, & remply de pensées
neuves , quoy que tirées du
fujet, en forteque les Portraits
des Caracteres qui y font de
peints ,rempliffent agreablement
la curioſité qu'ils exci-
-tent.
Meſſire Daniel Voiſin , Seigneur
de Cerifay , Confeiller
d'Estat , mourut icy le 22. de
ce mois . Il a eſté Maistre des
Requeſtes , Prevoſt des Marchands
durant fix ans , puis
Conſeiller d'eſtat ordinaire .
Il avoit épousé en premieres
Noces Ieanne de Broela Guette
, Fille de Bon- François de
Broé Seigneur de la Guette ,
Préſident aux Requeſtes du
Palais , & de Denise Briffon ,
dontil n'a point eu d'Enfans ,
& en ſecondes Noces , Marie
184 MERCURE
f
Talon,Fille d'OmerTalon Avo
cat General au Parlement,& de
Françoiſe Doujat , & Soeur de
Denis Talon , auſſi AvocatGeneral
au Parlement , puis Prefident
au Mortier. De ce ſecond
Mariage , il n'a qu'une Fille qui
a épouſe Chrétien François de
Lamoignon, Conſeiller au Parlement,
Maître des Requeſtes ,
puis Avocat General au Parlement.
Il avoit entre autres deux
Freres qui fontdecedez ; le premier
, Charles Voiſin, Seigneur
de la Breſtiere , Confeiller au
Parlement , qui avoit époufé
Marguerite Marcel Dame de
Bouqueval,dont ſont venus trois
Enfans , ſçavoir Claude Charles
Voyfin, Seigneur de Bouqueval
decedé premier Avocat General
au Grand Confeil. N. Voyfin
, Capitaine aux Gardes ,&
GALANT. 185
>
une Fille , Femme de Denis
Feydeau de Brou , Maiſtre des
Requeftes , Frere de M. l'Evefque
d'Amiens. L'autre Frere de
M. Voyfin,Conſeiller d Erat, étoit
J.Baptifte Voyfin, Seigneur
de la Noraye, Cõſeiller au Grad
Conſeil , puis Maiſtre des Requeſtes
, Intendantde Juſticeen
Anjou , Touraine , & Pays du
Mayne , qui avoit épousé Madame
Guillard , Soeur de Claude
Guillard Conſeiller en la
Grand Chambre,dont ſont auſſi
venus trois Enfans , qui font ,
M. Voyfin , Conſeiller au Parlement,
puis Maiſtre des Requeſtes
,& Intendant en Haynaut
, M. Voyfin Conſeiller
Clorc au Grand Conſeil, qui
eſt decedé , & Mademoiselle
Voyfin qui a épousé Jean Bapriſte
des marais de Vaubourg
186 MERCURE
!
t
1
Conſeiller au Parlement , puis
Maistre des Requeſtes , & Intendant
de Juſtice en Lorraine
LeurPerecommunétoitDaniel
Voyfin , Steur de Cerifay , &
leur mere marguerite de Verthamon
, Fille de François de
V-erthamonConſeiller au Parlement
, &de Marie de Verforis .
Cette:Marguerite de Vertha-.
mon eſtant Veuvede M. Vorfin
épouſa en ſecondes Noces Mace
Bertrand , Seigneur de la
Baziniere , Treſorier de l'Epar
gne,dont font venus Mace Ber- >
trand, Seigneur de la Baziniere,
aufli Treſorier de l'Epargne ,
& Marie Bertrand de la Bafiniere
, Femme de Guillaume
de Bauttu , Seigneur de Ser
rant, Conſeiller duRoy en ſes :
Confeils. Les Armes de M.
Voiſinſont d'Azur à la Croix en.
GALANT. 187
grefl'e d'argent cantonnéede quatre
Croiſſans montans d'or.
M. le Boindre , Doyen du
Parlement , eſt mort à ſa Maiſon
de Campagne. Sa grande
droiture d'eſprit& de coeur le
fait regretter de tous ceux qui
l'ontconnu. Le Roy venoit de
luy donner des marques de fon
eſtime , en le gratifiant de la
Penſion , que Sa Majesté accorde
à ceux qui remplaſſent
cene place ,& dont les ſervices
luy fontagreables . Il eſtoit
habile , infatigable ,& fort appliqué
aux affaires , & laiffe
M. le Boindre fon Fils Confeil.
ler au Parlement , qui fuivant
l'exemple d'un Pere plein de
merite , ſe donne tout entier
aux devoirs de la Place qu'it
occupe. M. le Vayer
tre des Requeſtes ,a épousé ſa
Mai188
MERCURE
Fille aînée. Ie vous ay toujours
veüe ſi remplie d'eſtime
pour M. le Vayer & fi parfaitement
informée de ſon merite
& de ſa probité , que je n'ay
rien à vous en dire de plus. Il
reſte encore une Fille de M. le
Boindre à établir. M. Doujat eſt
devenu Doyen de la Grand'
Chambre , par la mort de M. le
Boindre.
M. de Langallerie , l'un des
plus anciens Officiers Generaux
, & fort eſtimé parmy les
Troupes , eſt mort de maladie
il y a fort peu de jours. Il laiſſe
un Fils dans le Service , qui a
paru avec distinction .
Ona eu auſſi avis dela mort
de Dom Emanuel de Lira , Secretaire
d'Etat des Depeſches
univerſelles de la Monarchie
d'Eſpagne. Il eſtoit intelligent
dans
GALANT. 189
dans les affaires , zelé pour la
Patrie , & l'Employ qu'il poffedoit
depuis un grand nombre
d'années , luy ayant fait con
noiſtre l'état où eſt ce Royaume
que l'on deguiſe à ſon Roy , &
le beſoin qu'il a de la Paix , il la
ſouhaitoit , & en parloit meſme
trop hautement pour vivre plus
long temps qu'il n'a vêcu.
L'Hiſtoire developera un jour
des choſes ſurprenantes , qui
découvriront ce qui ſe paſſe aujourd'huy
, pour empêcher que
le Roy Catholique n'aſſure le
repos de fes Sujets , & tous les
reffortsqu'on faitmouvoir,pour
luy déguiſer des veritez qu'il
luy ſeroit tres important de
ſçavoir , mais ayant une Mere
& une Femme Allemande , &
dans les intereſts de leur Patrie,
plus que dans les fiens , l'Eſpa-
Novemb. 1693. I
190 MERCV RE
gne ne doit attendre que la continuation
d'uneGuerre qui luy
eſt ſi ruineuse. Il y a quelque
temps , que le Roy ayant dit
qu'il vouloit ſerieuſement penſer
à la Paix , la Reine quelques
jours aprés feignit d'eſtre grofſe
, & dit qu'elle ſentoit bien
qu'elle mourroit ſi la Paix ſe
faifoit. Le Roy ceſſad'en parler,
& onne dit plus rien de ſa pretenduëgroſſeſſe.
Le Prince d'Orange
n'épargne point les Penfions
pour faire taire ceux qui
pourroient parler de la Paix.
Les particuliers s'enrichiront ,
&le Royachevera de perdre la
Flandre.
Sa Majesté ayant choiſi"M.
Fagon , Docteur de la Faculté
de Paris , premier Medecin de
la Reine & des EnfansideFrance,
GALANT. 191
pour fon premier Medecin , il
en receut les complimens de
toute la Cour , d'autant plus finceres
, que ſa profonde érudition
fon affabilité , & la croyance
que l'on a enluy pour tout ce
qui regarde ſon Art , l'ont toujours
fait confulter , non ſeule
ment par les Perſonnes les plus
diftinguées , mais meſme par
celles d'un moindre rang , qu'il
a toujours écoutées avec bonté.
La Compagnie des Chirurgiens
du Roy , Princes & Princeſſes
du Sang Royal,n'eut pas plûtoſt
appris cette nouvelle qu'elle
alla en Corps luy faire ſes complimens.
La parole fut portée
par M. Lattet. La modeftie de
M. Fagon , ennemy des loüanges
, l'obligea à l'interrompre ,
parce qu'ilne vouloit point de
compliment dans les formes,
I 2
192 MERCVRE
Cela n'empeſche pas que la
Faculté de Paris n'ait reſolu de
luy en faire , & que M. Berger ,
Doyen de la meſme Faculté ,
ne foit chargé de porter la parole
, accompagné de pluſieurs
Députez. Il ne manquera pas
de matiere pour faire un bel
Eloge , le ſçavoir de M. Fagon
s'étend loin. Il n'y a point
d'homme au monde qui connoiſſe
mieux les plantes. Il s'applique
encore tous les jours à en
chercher les vertus , qui font
d'une telle utilité pour les hommes
, qu'on peutdire qu'un Medecin
qui ne connoiſt pas les
Simples, ignore la plus belle &la
plus importante partie de ſon
Art. On peut voir un bel Eloge
de M. Fagon , dans l'Epiſtre dédicatoire
du Live intitulé , La
Fratique des Accouchemens , que
GALANT. 193
,
M. Peu , Maiſtre Chirurgien ,
& ancien Prevoſt, & Garde des
Maiſtres Chirurgiens à Paris
luy a adreſſée meſime avant que
le Roy luy euſt fait l'honneur de
le choiſir pour fon premier Medecin.
Ainfi ce n'eſt point ſa
nouvelle dignité qui luy a fait
dédier ce Livre. J'aurois à vous
en parlericy , mais il me feroit
difficile de luy donner d'auſſi
beaux Eloges que ceux que.Mrs
Lienard, ancien Profeſſeurde la
Faculté , Creffé & Goüel , Docteurs
de la meſme Faculté ,
luy ont donnez dans leurs Approbations
, pour en permettre
l'impreſſion .Cet Ouvrage eſt diviſé
en deux parties. La premiere
contient l'Enfantement
naturel ; & la ſeconde , l'Accouchement
laborieux .
M. Bonet , Docteur de la Fa-
I3
194
MERCURE
culté de Paris,ancien Profeſſeur,
Medecin ordinaire de la Reine,
& Neveu de l'illustre M. Bourdelot
, a eu l'agrément de la
Charge de Medecin ordinaire
du Roy. C'eſt un homme fort
eſtimé , & fort attaché à l'Etude
de fon Art.
a
M. Ducheſne , Medecin Major
des Camps & Armées du
Roy & de fon Hoſtel des Invalides
, Docteur de la Faculté de
Medecine de Montpellier
eſté choiſy par Sa Majesté , pour
remplir la Place de Premier
Medecin des Enfans de France .
C'eſt un homme d'une grande
erudition qui avoit déja eu
l'honneur d'eſtre appellé lors
que Monseigneur fut malade,
& pendant la maladie de feu ë
Madame la Dauphine . Sa Majeſté
connoillant ſa capacité &
GALANT.
195
1 .
ſon merite , l'a voulu honorer
de cette importante Charge en
luy confiant la fanté des trois
jeunes Princes. Il a déja eu
l'honneur de voir tous les Princes
& les Princeſſes du Sang
lors qu'ils ont eſté malades , &
ila toujours eſté auprés de feuë
Mademoiselle d'Orleans pendant
la maladie dont elle eſt
morte . C'eſt un parfaitement
honneſte homme ,& qui a toutes
les qualitaz requiſes pour eftre
àlaCour .
Rien n'égale l'intrepidité
des François en quelque lieu
qu'ils ſe trouvent. Vous en allez
eſtre convaincuë en liſant l'Ar
ticle qui fuit M. Martin , Direc
teur General de la Compagnie
Françoiſe aux Indes Orientales
mande par ſa Lettre du 23 .
de Septembre 1692. écrite de
14
196 MERCURE
Pondichery à la coſte de Coromandel
, qu'un petit Vaiſſeau
François nommé le Poſtillon ,
monté de vingi cinq hommes
d'équipages & de ſix Canons ,
luy avoit eſté expedié par la
Compagnie de Paris pour luy
porter des nouvelles ; qu'il y
eſtoit arrivé le 13 , de Juin de
l'année derniere , ce qui ayans
eſté ſçeu par les Hollandois qui
ont nombre 'de Comptoirs dans
pluſieurs endroits de cette ,
Coſte de Coromandel , ils avoient
équipé un de leurs plus
gros Vaiſſeaux monté de cinquante
hommes d'équipage &
de foldateſque pour enlever le
petit Vaiſſeau François. Celuy
qui le commandoit en ayant
eſté averty, loin de ſe retirer ſous
la fortereſſe du lieu ,ſortit ſur le
Vaiſſeau Hollandois, qui ne juGALANT.
197
gea pas à propos'de lui preſter le
coſté ,& fe retira honteuſement
à Madraſpatan en prenant le
large , à la veuë d'un nombre
prodigieux de Peuple & d'Etrangers
qui estoient fortis de la
Ville pour voir ce Combat , fur
l'avis qu'il yavoit des paris confiderables
, entre les Anglois &
les Hollandois qui ſont àPondichery
,ces premiers ſoutenant
quenon ſeulement le François
ne ſeroit pas enlevé , mais que
mefme s'il y avoit Combat , il
ſe rendroit maiſtre du Navire
Hollandois. Cela a fait un éclat
fi confiderable en faveur des
François , qu'ils y font regardés
comme des gens tout à fait extraordinaires
. En effet la Ville
de Gingy qui eft à ſept lieues
de Pondichery eſtant affiegée
depuis deux années par le Mo
Is
198
MERCURE
gol,ſans qu'il ait encore pûl'emporter
, a fait ſouvent ſouhaiter
aux Afliegeans & aux Afliegez
de mettre dans leur party les
François , que commande . M.
Martin au nombre de cent cinquante
, & il n'a pas eu de peine
juſques à preſent à ſe conſerver
dans la neutralité qu'il veut obferver.
Les Lettres du P. Tachard
Superieur des Jeſuites à
Pondichery, & celles du P. Dolu
de la mefme Compagnie , du
17. Septembre 1690. diſent la
mefme choſe de ce Combat ,
auſſibien quele P. le Comte Jefuite
qui a apporté ces Lettres
depuis , à fon retour de la Chine,
& qui a eſté Spectateur de la
fierté du Capitaine François ,
&de la honteuſe retraite des
Hollandois.
Les Cours fupericures ayane
GALANT. I
BIBLIO
recommancé leurs Seancese
vais vous entretenir de ce qui
s'eſt paffé en cette occafion. La
Cour des Aides rentra à ſon ordinaire
le lendemain de la Saint
Martin , & l'ouverture
s'en fit
paruntres-beau Diſcours , prononcé
par M. le Camus , ſon
premier Prefident. Comme ces
Diſcours ne ſe font , qu'afin de
repreſenter aux Juges tout ce
qui peut contribuer à leur faire.
rendre la luſtice , & qu'on ne
peut trop repeter les meſmes
choſes quand elles peuvent
eſtre utiles , & qu'elles font fur
un point fi delicat, m.leCamus
en repeta beaucoup qu'il avoit
dites les années dernieres , &
cela pour faire voir qu'il avoie
reconnu depuis, que le bon uſagedes
paffions pouvoit produire
de bons effets dans le coeur
16
200 MERCURE
d'un Juge, & qu'elles pouvoient
toutes le porter à rendre la luſtice
, ce qu'il demontra d'une
maniere qui fit beaucoup de
plaiſir à entendre. Il dit par
exemple en parlant de l'Amour
qu'un Homme qui avoit le coeur
naturellement rendre , estoit plus
propre à fentir de la pitié pour les
malheureux , & à leurrendre justice..
Il fit pluſieurs autres applications
auſſi naturelles , ce qui
parut auſſi ſpirituel que bien
imaginé & nouveau .
M. Delpeſche , AvocatGeneral
, parla enſuite. Il fit voir
que tous les hommes veulent trawailler
à acquerir de la belle Gloire
, & à vaincre leurs paffions ,
mais que rien n'est plüs difficile ;
que l'exemple est ce qui peur le
plus en cette occafion , & qu'il ne
peur jamais manquer de produire
GALANT. και
de bons effets , puisque fi l'on n'acquiert
pas la perfection de ceux
qu'on s'est proposé de furpaſſer , on
peut parvenir jufques à les imiten ;
que rien n'anime davantage que
Exemple,& ne donne plusd'emulation
, mais que si le bon exemple
excite à bien faire , leméchantpeut
produire un contraire effet ,& que
lecoeur foible&corrompu s'en laiſſe
feduire tres -facilement . It fit un
tres-beau Portrait du Roy en
le propoſant pour exemple. Il
parla des Heros qui ſe ſont
formez fur ce grand Prince, &
qui attaquent & battent tous
les jours ſes Ennemis avec une
intrepidité toute heroïque. M
fit voirque ceMonarque infatiga.
ble travaille aux affaires de l'interieur
defon Etat , comme s'il n'a
voit point d'affaires au dehors ,&
à celles du dehors ,comme s'il n'a
202 MERCURE ٦
voitpoint d'affaires au dedans. Il
parla de l'exemple que M. le
premier Preſident de ſa Chambre
donnoit aux luges , & de
celuy que les Juges donnoient
eux- mêmes , & marqua qu'il en
avoit un beau devant les yeux,
qu'il s'efforceroit deſuivre , & qui
estoit celuydeM. Bignon dont ilpof-
Sedoit la Charge. L'ouverture du
Parlement ſe fit le meſme jour,
& commença par une Meſſe
ſelemnelle qu'on appelle ordinairement
la Meſſe Rouge,àcauſe
que les Preſidens & les Confeillers
y aſſiſtent en Robes
rouges. Elle fut celebrée par
M. de Saillants Eveſque dePoitiers.
A l'iffuë de cette Meffe
Mrs du Parlement rentrerent
dans la Grand Chambre,où M.
3
le premier Preſident fit un
GALANT.
203
Compliment à ce Prelat , fur
l'action qu'il venoir de faire
qui devoit attirer les Benedictions
du Ciel fur la Compagnie.
Ill'en remercia dans des termes
remplis de l'Eloquence qu'il fait
briller dans tous ſes diſcours ,
& finit en diſant qu'ayant l'hon
neur de luy appartenir ,par la Parenté
qui estoit entre- eux, il imiteroit
sa modestie , & ne s'étendroit
point sur fon Eloge qui demandoit
un discours long & veritable.
M. l'Eveſquede Poitiers repondit
à ce Compliment & remercia
l'auguſte Compagnie
qui l'avoit choiſi pour cette
Ceremonie,del'honneur qu'elle
luy avoit fait , lors qu'ilyL
penſoitle moins, n'eſtant venu
àParis que pour ſes affaires . Il
dit, qu'ilsesouviendroit éternellement
de cet honneur , & marqua
204
MERCURE
que c'estoit parle plus grand des
facrifices qu'il venoit d'offrir que
l'on pouvoit demander à Dieu les
graces neceſſaires pourrendre cette
justice que leplus grand ,& le plus
pieux des Rois avoit confiée à cet
Auguste Corps,qui larendoit avec
une pureté une exactitude , & une
application qui faisoit le bonheur
des Peuples ,&dont fon Eglise de
Poitiers , & les autres recevoient
Souvent desmarques, par la proteczion
qu'illeur donnoit,& dont illuy
demandoit la continuation .
Autrefois les Audiences ne
commençoient que le Lundy
de la huitaine franche aprés la
Saint Martin , mais M. le premier
Preſident , remply d'un
zele infatigable ,& tout appliqué
àl'expedition des affaires ,
&au foulagement des parties ,
a retranché cet uſage , en ſorte
GALANT .
205
que les Audiences commencerentle
Lundy 15.de ce meſme
mois par un éloquent Diſcours
que M. d'Agueſſeau , Avocat
General adreſſa aux Avocats ,
& qu'il prononça avec beaucoup
de grace, & toutes les parties
d'un Orateur accomply ,.
ce qui eſt d'autant plus extraordinaire
, qu'elle luy eſt toute
naturelle , ce Magiſtrat n'ayant
pas plûtoſt paru dans lesCharges
d'Avocat du Roy au Cha-
Aelet , & d'Avocat General au
Parlement ; avant qu'il euſt atteint
l'âge de vingt cinq ans ,
qu'il fut l'objet de l'admiration
de tous ceux qui l'entendoient.
Il fit voirque les hommes aſpiroient
naturellement à l'independance
& à la liberté , mais
qu'ils ſe ſervoient de differens,
moyens pour ſe la procurer
206 MERCURE
que cependant ils perdoient
cette meſmeliberté dansles emplois
où l'ambition , le luxe ,
l'avarice , & les autres paſſions
leur faiforent perdre le repos &
la tranquillité qui faisoient l'efſentiel
de l'independance & le
bonheur de la liberté , & que
plus les hommes eſtoient élevez
, plus ils eſtoient dépendans
& atachez à remplir les devoirs
de leurs profeffions ,&que flattez
de la grandeur de leur rang
&remplis de la puiſſance qu'ils
exerçoient ſur le Public , ils
eſtoient la plufpart eſclaves
d'eux meſmes , & du Public ;
qu'ils foupiroſent ſouventaprés
la folitude , comme ſeule capable
de leur donner cette liberté
perduë , qu'ils regretoient interieurement
, & s'adreſſant en-
;
GALANT.
207
ſuite aux Avocats, il leur marqua
, que leur Ordre estoit aussi ancien
que la Magistrature , aussi
noble que la vertu ,& qu'ils partageoit
les exercices de la lunftice
: que leur profeſſion estoit
éclatante , & qu'en remplissant
lears devoirs avec honneur , & en
s'attachant à la vertu , ils jouif.
foient decette libertéqui les rendoit
indépendansde leurs paffions. Ilfit
des portraits ingenieux des differens
caracteres des Avocats ,
dont les uns brilloient dans
leurs Plaidoyers , les autres fe
ſignaloient dans des Ouvrages
d'érudition,& les autres exceldoient
dans les Conſultations ,
&ditque comme il falloit une
infinite de parties pour rendre
unOrateur parfait, on ne devoir
pas s'étonner s'il falloit des fie
208 MERCVRE
cles entiers pour en trouver
d'accomplis , puis qu'aprés les
Cicerons & les Demofthenes ,
il s'en eſtoit paſſé un ſi grand
nombre ſans qu'il s'en fuſt rencontré
qui les égalaſſenti que
cependant on ne devoit point
perdre courage dans une ſi belle
carriere ,& que s'il y avoit de la
gloire à pouvoir parvenir au premier
degré , il y en avoit auſſi à
fuivre quoy qu'un peu de loin
les traces de ces premiers ;que
dans les routes differentes & le
grand nombre , le merite eſtoit
toujours reconnu fidellement
par le Public , qui ſçavoit donner
& non pas vendre lesloüages.
Tous les Portraits & les
Caracteres ayant pour objet la
vertu , qui ſeule eſt capable de
procurer la liberté , il s'étendit
GALANT.
209
fur les avantages que l'on y pouvoit
trouver , puis que dans
toutes fortes de Profeſſions
elle rendoit l'homme parfait ,
& recommandable , & en faifant
l'application de tous les
effets de la vertu , par rapport à
toutes fortes de profeſſions , il
tomba ingenieuſement ſur l'Eloge
du Roy , d'une maniere
toute brillante,& fit voir que ce
Prince toûjours maiſtre de luy- .
meſme , facrifioit ſon repos , ſa
gloire , & fa liberté pour le bien
de ſes peuples , & la défenſe de
la veritable Religion. Il dit que
de mesme que l'Eſtre Eternel indépendant
se renfermoit dans les
decrets de fa Providence , le Roy
s'impoſoit un travail auquel il s'af-
Sujettiffoit. Il parla de ce travail
&de la grandeur de ce prince,
210 MERCVRE
qui ſçavoit le mettre au deſſus
de ſes Victoires ,& finit par une
exhortation aux Avocats , de
remplir tous les devoirs de leur
profeffion , avec zele & defintereſſement
, application & foumiſſion
aux déciſions des Juges .
Il adreſſa enſuite la parole aux
Procureurs , & fit voir que
quoy que leur profeſſion ne
fuſt pas fi élevée que celle des
Avocats ils pouvoient ſe
faire l'application de ce qu'il
venoit de dire , par le rapport
qui estoit entre ces deux
profeffions , & qu'en continuant
à s'attacher exactement à
l'obſervation des Reglemens ,
ils devoient efperer la continuation
de la protection de la
د
Cour , qui leur en donnoit fi
ſouvent desmarques. Quoy que
GALANT. III
1
tout ce que je viens de vous dire
doive vous paroiſtre beau , vous
devez eſtre perfuadée que cette
maniere d'extrait n'approche
pas des beautez de ce qui fut
prononcé ; que je ne vous en
ay parlé que fort imparfaitement,&
que tout ce que je vous
ay dit ne peut vous donner une
idée affez forte de la juſteſſe
avec laquelle M. Dagueſſeau
parla .
Son diſcours fut ſuivi d'un
autre , que M. le premier Preſident
prononça & dans lequel
il fit voir qu'encore que ce fuft
ungrnd avantage à ceux qui parloient
en public , que de faire
l'Eloge de la perfection de la
plus part de ceux qui les écoutoient
, on ne pouvoit rien ajouter
à l'éloquent Diſcours qui
52
-
MERCURE
venoit d'être prononcé par les
Gens du Roy , qu'encore qu'il y
euſt beaucoup de loüanges , ces
meſineslouanges fervoient d'avertiſſement
à ceux qui ne
s'en rendoient pas dignes. Il
marqua de quelle maniere on
devoit profiter de ces fortes de
diſcours, que les uns venoient
entendre par curioſité , & les
autres par coûtume & que tout
l'uſage que l'on en faiſoit ordinairement
eſtoit d'en difcourir,
chacun ſuivantſes paſſions, ſans
ſemettre en état d'en profiter.
Paſſant enſuite à l'Eloge de M.
Dagueſſeau , il dit que l'action
qu'il venoit de faire estoit glorieuse
àſa Famille , avantageuse au Public,&
honorable pour le Parlement.
Ille propoſa enfuite pour modele
aux Magiſtrats & aux Avocats
,
7
4 GALANT. 213
/
cats , & finit par une Exhortation
, tant à ces derniers qu'aux
Procureurs , de s'acquitter dignement
de leurs Profeffions ,
de ſuivre les Reglemens de la
Cour; &d'exercer fidellement
la Convention qu'ils avoient
faite enſemble ſur le fait des éoritures.
On appella enſuite uneCaufe
du Role , & elle fut plardée
par M. Portail Avocat , Filsde
M. Portail Conſeiller en la
Grand' Chambre. Quoy que
ce fuſt la premiere fois qu'il paruſt
au Bareau , il attira l'admiration
de ſes Auditeurs , ayant
parlé avec toute l'éloquence ,
la netteté ,& l'habileté poſſible
ce qui luy attira un Compliment
de M. le premier Prefident.
Il marche ſur les glorieuſestraces
de M. Portrail ſon Pe-
Νου. 1693 . K
214 MERCURE
re qui eſt generalement reconnu
pour undes plus habiles ,des
plus éclairez ; &des plus integres
Magiſtrats de ce ſiecle.
Le Mercredy ſuivant , la
grand' Chambre retentit des
nouveaux applaudiſſemens qui
y furent donnez à M. le premier
Preſident , & à M. de la
Briffe , Procureur General. Les
Diſcours qu'ils firent devoient
eſtre prononcez dés le.Mercredy
,& font nommez Mercuriales
, mais Mr le premier
Preſidents'eſtant trouvé incommodé
, ils furent remis juſques
au Vendredy. Ce jour là , ce
Chef du plus auguſte Senat
du monde , en fit unfur
l'exactitude avec laquelle les Juges
doivent rendre la justice. Il
fitvoir qu'onn'en pouvoit trop avoir;
que quelque éclairéqu'onfust onn'eftoit
pas infaillible, que lors qu'on
GALANT.
215
doit avoir tout mis enusage pourvoir
clair dans une affaire , on ne laiſſe
pas de faire des injustices en croyant
neprononcer que des Arrests équita
bles , ce qui s'est veu dans la Cause
defeu M. de Langlade , où toutes
les lumieres des Iuges , & toutes
celles quils purent chercher pour
éclaircir la verité , n'avoient på les
empeſcherde condamnerun innocent ,
ce qu'ils avoient tachéà reparerpar
leur Arrest. Le Diſcours de.M.
le Procureur General roula fur
la droiture d'eſprit que doivent
avoir les Juges , & fit voir que les
grandes lumieres d'un Iugene luy
fervoient derien pour rendre la justicefans
cette droiture ; que cette
partie luy estoit absolument necef
Saire,& qu'elleestoit à preferer à
l'éloquence , & mesme à la plus
profonde erudition. Il parla en pluſieurs
endroits de la droiture
K2
216 MERCURE
d'eſprit du Roy qu'ildonna pour
exemple.
M. le Pelletier de Souſy , Free
re de M. le Pelletier , Miniftre
d'Etat , eſtmonté à la place de
Conſeiller d'Etat ordinaire qu'avoit
feu M. Voiſin , & M. de
Phelypeaux , Intendant de la
Generalité de Paris & Frere de
M. de Pontchartrain a eſté faic
Conſeiller d'Etat de Semestre .
J'oubliois à vous apprendre
lamorr de M. de la Motte , Intendantdes
Baſtimens & Jardins
de Sa Majesté , Arts & Manufactures
,& cellede M. de Maneffier
, S. d'Hemimont , Treforier
General de ces meſmes
Baſtimens , & Receveur General
des Finances de la Generalitéde
Moulins. Ils font morts à
peu de jours l'un de l'autre . M.
de laMotte eſtoit Frere de feu
1
GALANT. 217
1
M. l'Abbé de la Motte , Chanoine
& Archidiacre de Noftre
Dame.
L'Enigme du Mois paſſe avoit
eſté faite fur le Moulins à vent ,
&ceux qui ont trouvé ce mot
fontMrs Chaillou de Bordeaux
Froger Avocat , l'Aigle ; le Fevre
dans la Cour des Barnabites
; Barthelemy & ſa CharmanteEpouſes
le petitCoq Reveille
matin du faux bourg ſaint Antoine
; Alphebe ; Roſiclair , l'amy
de la plus belle Veſtale de
BriesEſope des grandes Pieces;
le Poëte à la mode ; les Guerriers
de Blois ; le fidelle Amy
du Brey prés ſaint Maxens &
ſa chere moitié à Bordeaux ;
l'Indifferent ou le Chaſſeur
> Mainbert ; l'afflige Courtiſan
dela ruë Berdubecq ; l'aimable
Marie Anne ; le nouveau venu
K 3
218 MERCURE
de la foſſe de Nantes ; Meſdemoiſelles
de Corbeille ; Babet.
de ſaint Leu; l'aimable Fanchonnette
; l'aimable de Mazion de
la ruë du Parlement de Bordeaux
; la Spirituelle des Galeries
du Louvre , les Princeſſes
Olive& Claridiane : l'aimable
Accordée de lajoyeuſe compagnie
de Nefle : l'Inſenſible des
agreables Cantons de Brie; la
petite Precicuſe du Carrefour
fainte Avoye : la Charmante
Solitaire de la ruë de la Vieille
Boucherie : Veret Imprimeur
ruë ſaintJacques: Mademoiselle
Plaignac : l'Archange de la-ruë
de Grenelle : du Coudray de
Nantes.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye vient de bonne
main , & vous en avez déja
veu pluſieurs du meſme Aus
teur.
C
GALANT. 219
4 ENIGME.
Nouspaffonsfortfouventpar les
pplluussvviillees mains ,
Et sommes toujours mal traitées.
دن Onnous choque ,onnousbeurte
parlesfots humains ,
Toutes nos cheutes ſont comptées,
Nous formons d'ordinaire un Bataillon
quarré ;
Maisqui n'est pas si bien ferré,
Que l'Ennemy par tout n'y faſſe
des desastres.
Quoy que sans influence , &quoy
que sans pouvoir ,
Onpeut bien en un sens nous comparer
aux Aftres ,
Puis qu'un globe nous fait mouvoir.
Vous vous connoiffez trop
bien en Muſique , pour n'eſtre
K 4
220 MERCURE
pas contente de la Chanſon
nouvelle queje vous envoye.
AIR NOUVEAU.
Que vostre éloignement me
Souffrir peine !
fait
En vain je prétendois vous lefaire
Sçavoir
Par un triſte recit de tout mon de
Sespoir.
Juger en seulement , aimable Celimene,
Par l'extrême plaisir que j'ay de
vous revoir.
Les ſuites de la Bataille ga
gnée en piedmont ont eſté toutà-
fait avantageuſes au Roy,puifque
Caſal a eſté ravitaillé , ſans
qu'il en ait rien coûté à Sa Majeſté
; que depuis fon ravitaillement
, ily est encore entré ſept
le
n
-
-
017819
THEQUA
1-
n
It
LYON Y
a
la
e
1-
trouvera
en partie chez eux , lors qu'on
voudray faire repaſſer la Cavalerie
au Printemps..
Les affaires commencent à fe
brouiller beaucoup en Angle-
KS

GALANT. 228
cens charretées de Fourage que
les Ennemis avoient - laiſſées à
Fraiſſinet du Pô ,& que ce qu'on
a mis dans les Magaſins de Pignerol
aux dépens des Ennemis
, monte à plus de trois millions.
Vous jugez bien qu'un
petitpaysdont on atanttiré,doit
eſtre bien ruiné . C'eſt pourquoy
on a jugé à propos de s'en éloigner
, mais comme on laiſſera
une grande partie de l'Infanterie
& des Dragons dans la
Vallée de Suſe ,& dans cellede
Barcelonette , pour lesquels on ,
fait des Cabanes ,oninquierera
beaucoup les Ennemis pendant
l'Hiver , & l'on ſe trouvera
en partie chez eux , lors qu'on
voudray faire repaſſer la Cavalerie
au Printemps.
Les affaires commencent à fe
brouiller beaucoup en Angle-
KS
222 MERCURE
terre. Les. Presbiteriens , autrement
, les Non- conformistes ,
qui font de la Secte des Proteftans
de France ont tous les
jours tant d'avantage ſur les
Epifcopaux , qui ſont ceux de la
Religion Anglicane , qu'il eſt à
craindre que ces derniers , laſſez
de tantde mauvais traitemens ,
ne fecouent lejoug qu'ils ſe ſont
malheureuſement impofé. Les
premiers ,aprés avoir eu le credit
de faire nommer un Maire
de leur Corps viennent encore
de faire choiſir le Milord Ruflel
pour commander la Flote la
Campagne prochaine. Ils font
les plus puiffans dans Londres ,
& ont le plus d'argent , eſtant la
pluſpart du nombre des plus gros
Marchands , qui peuvent faire
des avances;mais lesEpiſcopaux
l'emportent dans le reſte du
GALANT.
223
Royaume , eſtant quatre contre
un : de forteque le Prince d'Orange
ne ſe trouve pas peu embaraffe
. Il panche pour les
Presbiteriens , qui font unis
avec le reſte des Proteftans de
l'Europe ; ainſi la Religion Anglicane
ne doit attendre du
Prince d'Orange que fa ruine
entiere , dés qu'il ſe trouvera
aſſez puiſſant pour l'accabler.
Je ſuis, Madame , voſtre , &c .
:
AParis, ce 30. Novembre 1693 .
LYON
*
1

APOSTILLE.
Neſcachant ou adreſſer marépon-
Se à l'Illustre quim'a envoyé un bel
Article qui devoit eſtre inſeredans
celuy des Benefices ,avec une Lettre
fur une autre matiere,il apprendra
icy que l'Articledes Benefices estoit
déja imprimé quand j'ay receu fon
Memoire qu'àl'égarddela Lettre
,plusieursraisons ne mepermettentpas
d'enparler. Les deuxprinci
palessont les louanges qu'il m'y
donne , dont je ne me trouvepoint
digne , ce qu'il y dit deM. de
LaBruyere. Comme je n'ay pointparlede
luy pourdire du mal de mon
prochain , en faire uneSatire ,
maisseulement pour défendre tout
ce qui entredans le Mercure ,
qui n'est pas de moy,je ne croy pas
en devoirparler davantage , à moins
qu'il ne m'attaque de nouveau , je
n'ay nul deßein d'inſulter jamais
personne, ce caractere estant indigne
d'unbonneste homme je me referve
feulement à repouffer les outrages ,
cequeje feray d'une maniere , adon
nerplus de chagrin à ceux qui m'attaqueront
, qu'ils ne croiront m'en
avoirdonné
********* ややややや
TABLE.
Relude.
Apistre en Vers . 3
Lettre concernant le Journal dumouvement
que les Ennemis ont fait
enrade du Fort - Louis de Plaifan .
ce de Terre neuve. 5
Les Souhaits ridicules. 20
Lettre de M.Deſlandes. 32
Benefices donnez par le Roy. 44
Reflexions morales de Madame des
Houlieres. 56
Changemens faits dans les Compa.
gnies de la Gendarmerie . 69
Ouvrage pour les Thiſiciens. 73
Gouvernemens donnezparle Roy.77
Dialogue.
78
Madrigal.
81
Lettrefur les maladies du temps.86
TABLE.
Mort du Chancelier Stratman . 98
Cinquiémepartie des Forcesde l'Europe.
99
Tout cequi s'estpassé à l'.Academie
Françoise, le jour de la reception
de M. du Bois. F22
Seconde Lettre deM.Deflandes.155
Histoire. 136
Etat des Officiers Generaux qui ferviront
l'Hiver prochain fur la
Frontiere,depuis la Mer jusques
à Luxembourg. 157
Epiftre auRoy. 158
Compliment fait au Roy,par le Pere
Alexandre,Iacobin . 170
Etat des Regimens de Carabiers,
172
Mariage. 180
Caracteres des Femmes du Siecle.18 1
Morts . 188
M. Fagon est nommépremierMedecin
du Roy. 190 THEQUE
DE
=
LYON
E
* 1893 *
TABLE .
Agrément de la Charge de Medecin
ordinaire de S. M. donné àM.
Bonet.
193
M. duChesne est faitpremierMedecin
des enfans de France. 194
Belle action d'unVaiſſeau François,
195
Détailde ce qui s'est passé à louverture
du Parlement , avec des
Harangues . 1,98
Nouveaux Confeillers d'Etat. 216
Autre Article de Morts , 217
Article des Enigmes. 218
Nouvelles de Piedmont. 220
Nouvelles d'Angleterre. 221
Fin de la Table.
L'Air doit regarder la pag.120
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le