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1693, 10 (Lyon)
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807156
MERCURE
GALANT.
DEDIEA MONSEIGNEUR

LE DAUPHIN.
OCTOBRE
THEQUE DELAVILA
*
9BN
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruëMerciere au Mercure Galant.
L
M.DC. XCIILA
Aves Privilege du Roy.
Avis pour placer les Figures.
L'Air Nouveau doit regarder la
page. 12 .
La Medaille doit regarder la
page. 237.
LE LIBRAIRE
au Lecteur.
JE vous envoy
un Catbalogue de plufieurs
Livres Nouveaux & autres nouvellement
apporté de Paris.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Novembre 1693 .
A
RE Campagne Elationdela deMrde Catinat
en Piedmont , avec la Bataille de Marfaille,
de l'an 1693. ind. 20. fols.
Rcueil des pieces d'Eloquence & de Poëfie
qui ont remporrté le prix donnez par
l'Academie Françoife en l'année 1693.avec
plufieurs difcours qui ont étéprononcez &
autres pieces , ind. 2 livre,
Nouv.Oeuvres mélées de S.Evremont, ind.36.f.
Recueil d'Arreſts du Parlement de Paris , par
M. Bardet, fol . 2.vol . 15 liv.
Plaidoyez de M. de Corberon Avocat General
4.6. liv.
Caracteres, pensées, maximes & fentimens dedié
à M. de la Rochefoucaut, ind. 30. fols.
Analyſedes Epîtres S. Paul&des EpitresCanoniques
avec des Differtations ſur les lieux
difficiles , deuxième édition , ind . 2.v.5.liv.
L'on acheved'imprimer le vieux Teſtament en
3.v. pour 7 liv , 10.f.
ViedeMadame de Bellefons , par le Pere Bou
hours , 8.45.f.
a 2
Ordonnance des cinq groffes Fermes,ind.2 .
Ordonnances des Gabelles & Aydes,ind 3.vol.
3.1.15.f. 72
VicReglédes Dames , ind. 25.f.
Prône de M. Joly, tome 3.8.3.1.
Ordonnances du Roy pour la guerre , ind. 9.v.
27.liv.
StilleUniverſelle Civil & Criminel de Gauret,
4.2. vol. 10.L
Les Meditations de Dupont nouvelle Edition ,
par le P. Brigeon, ind. 6. vol . 10.1. 10 f.
Abregédes Meditations de Dupont , ind. 3. 1.
Methode d'étudier & d'enſeigner chretiennement
les Hiſtoriens profanes , par rapport
à la Religion , par M. Thomaffinde l'Ora.
toire , 8. 2.vol. 6.1.
:
Pratique de Pieté pour honorer leS.Sacrement,
tirées de la doctrine des Conciles C &des
Saints Peres , 8, 1
Agneau Pafchal ou explication des ceremonies
queles Juifs obtervoient en la manducation
de l'Agneau de Paſque , 8.5.1.
Du bon & du mauvais uſage dans les manie
resdes'exprimer des façons deparlerBourgeoiſes
& coquoy elles font differentes de
celles de la Cour,fuitte des Mots à la Mode,
ind. 3.1 .
Reflexions ou Sentences Morales de Mr. la
Rochefoucaut , fixieme édition , ind. 30.f.
Reflexions ſur les défauts d'autruy en deux
vol. ind . 30. f.
Egaremens des hommes dans les voyes du
Salut , ind . 2. vol . 5o.f.
Duhamel Theologia , 8.7.vol.21.1.
Chimie de l'Emeri , nouvelle édition , 8.3.1.
1
1
Guide Spirituel de Dupont , nouvelle édition,
8.2. vol. 6.1.
Nouveau Art de la Guerre on la maniere de
faire faire la fonction aux Soldats ſuivant les
Ordonnance du Roy, par M. Gaya, ind. 30.f.
Conference Ecclefiaftique de M. de Perigueux,
ind. 3. vol. 4.1.1o.f.
Traité de l'Amitié, dedié àM Deffiat, ind.20.f.
Reflexions fur ce qui peut plaire , ind. 3. vol.
4.1 10.fols.
Coutume de Paris , de Ferrier, ind . 2. vol.4.1.
Lenouveau Praticien François deM..Ferrier,
ſuivant l'Ordonnance , 4. 6.1.
Jurisprudence du Code de Ferierre ,4. 2, vol.
12. liv.
du Digeſte , 44.. 2. vol. 12. liv.
les nouvelles . 4. 2. vol 12.1.
Inſtruction du Droit François, par Ferrier, ind.
2. vol. 4.1 .
Inſtruction à la Pratique , par Ferriere, ind. 2.1.
DevoirsdelaVieCivile, ind. z.v.
Regledela VieCivile , in ind. 33
6 6
.f.
3.liv
NouveauTeſt.du P. Queſnel 8.4.7. 18. liv.
Idée de la Bible ,20.f.
La belle Education , 25.f.
Portraitd'unhommeſteHomnie,ind.30..fols.
-du m même celuy d'
ind. 30. fols .
d'une honnefte Femme,
Natures des Fiévres , ind. 30.f.
Menagiana, ind, a.l.
Antimenagiana , ind. 36.f..
Hiſtoire de Juſtin avecdes Remarques , ind.
2
Les chagrins & agrémens du Mariage , ind.
₫ 3
1
Les Oeuvres de M. Capiſtron avec Tiridate ,
ind. 4.1.
Nouvelle Edition des Harangues de Vaumoriere
, 4.7.1.
Art de plaire dans la conversation, 2. liv .
Galant nouveliſte, ind . 1.1. 10.f.
Maxime du Droit Canoniques, ind. 2.vol.4.1 .
Paralelle de M. Peraut , ind. 3. vol.4.1.10.f.
Nouvelle Relation des Indes , ind. 30.f.
Voyage fait à la Mer du Sud, 2. liv.
Caractere naturel des Hommes , ind. 30. f.
Architecture deBullet. fig. 8. 3.liv .
Avanture de la Mer Auſtrale ,de Sadeur , ind.
30. fols.
Caractere de Theophraſte, 7. édirion. 1.1.16 f.
Dictionaire Pharmaceutique,augmenté. 4.6.1.
Comedies nouvelles de differens Auteurs .
Le Grondeur , ind . 1. liv.
Le Muët , ind . 1. liv .
L'impromptu de Garniſon, ind.r.liv.
Les Bourgeoiſes de qualité , ind. 1.liv.
Les Bourgeoiſes àla Mode, ind. 1.liv.
L'Opera de Village , ind. 1. liv.
_La Baguette de Vulcain , ind. 15. f.
Cuiſinier Royal & Bourgeois , ind. 1. liv. 16.f.
Les Oeuvres de St. Evremont , 4.2.vol.12.1 .
le meſme , ind . 4. vol . 8.1 .
Dictionnaire des Termes du Palais, fol. 12. liv.
Civil & Canonique, 4. 6. liv.
-
des Rimes de Richelet , ind. 2.liv . γ.δ.
Ducheſſe de Medo,ind. 2.vol. 3.liv. 10.f.
Nouvelles Hiſtorique , ind. 2. vol.2.1.
Dialogue contre la Médiſance, ind, liv.
Medecine à la Mode , 25. fols .
Nouvelles Fables de la Fontaine, ind . fig.2.liv.
-Nouvelles en Vers, ind. 30.f.
Diverſes Italiennes & Françoiſes, ind, 30.f.
Geographie ancienne & moderne, fig.4.2.v.12.1.
Guide desNegocians, ind. 1. liv. 10. f.
Hiſtoire du Cardinal Ximenes , par l'Eveſque
de Niſmes , 4.6. liv.
la même , ind . 2. vol. 3. liv .
Jeu de Cartes du Blaſon du Pere Meneftrier ,
in16. 3. liv.
Les Mots à la Mode, ind . 1. liv . Lyon.
- Le mêmedes bons Mots & desbons
Contes, ind.1. liv .
LoixCiviles dans leur ordre naturel,4.2.v.12.1 .
Dans quinze jours le 3. tome pour 6. liv .
Meditations du P. Haineufve , ind.4.vol.8.liv.
Methode du Blaſon du Pere Meneſtrier, ind.2.1.
Oeuvres d'Ettmuller en Latin , fol.2.vol.18.1 .
en François , ſçavoir la Pratique génerale de
toutleCorps humain , 8.2.v. 5. liv.
La Pratique Speciale ſur les maladies propres
desHommes,des Femmes, &c. 8. 2.1 . 10.f.
Les Inſtituts de Medecine ,8.2.1. 10.
La nouvelle Chimie raiſonnée, ind . 1. liv. 10.f.
La nouyelle Chirurgie Medicale & raiſonnée ,
indouze , 1. liv. 10. f.
Ocuvresde Corneille , ind. 10.7. 18.liv.
-de Baquet, fol. 15.
deM. de la Suze , ind. 4. vol. 4.1.
Oeuvres de Madame la Comteſſe Daunoy ,
contenant
Les Memoires d'Eſpagne , ind. 2.vol. 3.1.10.f.
Jean de Bourbon, ind. 3.vol. 4.l. 10 f.
Nouvelle Eſpagnole, ind. 2.v. 3.liv. 10/
Hypolite ComteDuglas , ind. 2 .vol.3 .
LesMemoiresHiſtoriques, ind, 2.vol. 3110
Voyage d'Eſpagne,ind. 3.vol. 4.liv. 10.
Panegyriquesdes Saintsdu ReverendP. Nico-
Naass Capucin,8.3.vol.99.. 1.
e
Souffrancesde Nôtre- Seigneur , ind.2.vol.4.1.
Syroés&Myramehiſtoire Perfane, ind. 2.v.3.1 .
Tolerance des Religions , ind. 30. folsa
Operations deChirurgie ddee Verduc, 8.2.
Voyages Hi
4.
Hiſtoriques de l'Europe , ind . 3. vol.
MaiſonReglée, ind fols
Plaidoyede le'Maiftre , 4.
Offices de Ciceron , 8. 3.liv .
1.3 .
du même ſur la sicilleſſe, 8. 3.liv. s
Catechiſme d'Amiens , ind. 25. f. I
Pratique Judiciaire pour les Procuteurs ind.
Cols .
Sermons furles principales vertus, parM. de
la Volpillicte ,
Traité des Lettres de Change, parM. Depuis,
85
Journaldes Audiances du Parlement en quatresvol.
infol. 45.1.
Molinei Opera , fol. f. vol. 66. 1.
Remarque Critique ſur la Langue, ind. 1.10
Hiftoired'Hollande , ind. 4, vol. 7. liveby
Relationde la Campagne deM. de Catinat en
Piémont , ind. 20. 1.
L'on vend auſſi de toutes ſortes d'Heures de
Paris, tant en Chagrin qu'en Maroquin
L'ondonnerainceſſamment le grand Dictionnaiirreeddeell'AcademieFrançoifeT
Le3.tome des LoixCiviles ,
Les Sermons de M. Dubois. 1
T
L'Hiſtoire d'Henry III . par M. deVatillas ,&
pluſieurs autres nouveautez, sepatull
MERCURE
GALANT.
OCTOBRE 1693 .
C
THEQUE
LYONE
*1893 *
A eſté un grand ſujet
d'admiration pour tou-
Le l'Europe il y a quelques
années , de voir le Roy
borner ſes conqueſtes par le ſeul
plaiſir de luy donner le repos
dont il connoiſſoit qu'elle avoit
beſoin , lors qu'il eſtoit en pouvoir
d'aſſujettir tout ce qu'il auroit
voulu attaquer . Cette mo-
Octobre 1699 . I
2
MERCURE
deration eſt un genre de vertu
dont juſqu'à fon regne on ne
trouve point d'exemples ; mais
c'eſt encore un fujet beaucoup
plus grand de ſurpriſe, lors que
tous ſes Ennemis font liguez
contre luy ſeul , dans la penſée
qu'ils affoibliront ſa gloire , de
voir ce Monarque confondre
tous leurs projets , & faire tout
de nouveau les plus difficiles &
les plus grandes conqueſtes ,ſans
en vouloir recevoir d'autres
louanges que celles qu'il ne
fçauroit ſe refufer àluy-meſme
&qu'il eſt contraint de ſe donner
en ſecret , puis qu'il ne peut
ſe cacher , que jamais Heros
D'a triomphe tant de fois , ny
d'une maniere ſi avantageuſe.
Lifez l'Ouvrage qui fuit , &
vous connoiſtrez ſi j'ay raiſon
de parler de cette forte...
GALANT.
3
LA MODESTIE
DE
LOUIS LE GRAND .
Sur les Rocs de Namur, la Difcordeorgueilleuse
S'applaudiffoit de voir laTerremalheureuse
,
Quandfon oeil tout àcoup autour de
Ses ramparts,
Voit floter des François les heureux
Etendarts.
C'est , dit- elle , LOVIS ; la noble
impatience
Qui brille enfes Soldats m'annonce
Saprefence.
Faut-il ,quand tant de Rois meprodiguent
l'encens ,
1
A 2
4 MERCURE
Voir icy mon pouvoir s'affciblir tous
lesans?
C'est trop peu que de Mons la con.
queste facile
En dix jours m'ait ôté mon plus fidelle
azile ;
Dans mes rocs , dans Namur
voudroit meforcer.
on
La Flandre est monPays ,pretend on
m'en chaffer?
N'efpere pas,Louis, unefacilegloire,
Leperil est certain , mais non pasla
Victoire. C
Sur les rocs où tu veux moiffonner
des lauriers,
Lamais n'en ont cueilly lesplus braves
Guerriers.
Nafſau l'aime, elle part pourexciter
fon zele ;
Naffau de ses Autels l'appuy le
plus fidelle ,
Qui desſes premiers anspar d'illu-
Stres forfaits
GALANT.
r
Atoujours signalésa baine pour
Paix.
Allons, dit-elle , allons , Loüisveut
nous furprendre.
Il attaque Namur, cours,ilfaut le
défendre :
Viens, troublantſes deſſeins , fignaler
tavaleur ,
Et n'enfoispas toujours timideſpe-
Etateur.
Songe que Namurpris , noſtre perte
est certaine,
Si je tombe,ilfaudraque ma cheute
t'entraine ,
Nos perilsfont communs ;fans moy ,
fansmonfecours,
Pour te chaffer du Trône , il nefaut
que deux jours .
Elle dit , & luyjoufle une jalouse
rage.
Le dépit chezNiffaufait l'effet dis
courage;
A 3
6 MERCVRE
Il part , mais à l'aspect defonfier
Ennemy ,
Ilsent bien-toft tremblerfon coeur
mal affermy.
Lapeurglace lefeudefararevaillanoe
,
Et borneſes exploits àſapropre dé
fenfe.
Mais Louis cependant achevefestravaux.
Sousfesyeuxfes Soldatsfont autant
deHeros.
Envainpeines,dangers àl'envyfem
blent naiſtre,
Al'aspect du peril on voit leur ardeur
croiftre,
On les voit fans terreur affronter le
trépas.
Craindroit- onfous Louis, s'ilnes'expoſoitpas?
Sa vertu force enfin la Victoire à le
Suivre ,
GALANT.
7
Nafſau fuit , defa peurſa bonté le
delivre.
D'autres foins pour Louis ont depref-
Sans appas.
Namurpris , il revient ausein deses
Etats ;
Ses Sujets à l'envy celebrent fa con .
queſte ,
Etfon beureux retour en redouble la
Fefte.
Ceux qu'un vang élevé , le sçavoir,
ou l'employ ,
Approchent deplusprés de cet Auguste
Roy,
Veulent par des Discours dignes de
Sa Victoire,
Etaler àſes yeux tout le prix de ſa
gloire ,
Lesplus fameux Heros fousſon nom
abbatus ,
Sans avoir leurs defauts ,
pas leursvertus ?
natil
A4
3 MERCVRE
Gardezpourd'autres temps ces beaux
fruitsdevos veilles.
Louis à vos tributs refuſeſes oreilles ,
Parunfibel encensfon coeurn'estpas
tente,
Louis eftfatisfait de l'avoir merité.
Déja, quandsa valeurforça Mons à
Serendre ,
En vain à cet honneur vous ofastes
prétendre,
Sa moderation refusa vos discours ;
Ainsi que ses lauriers, elle augmente
toujours.
Quitte quitte,grandRoy , ce deffein
tropfuneste ;
Tour un si grand Vainqueur , c'est
eftre trop modeste ,
Ettagloirejamais n'exigea ce refus,
Elle a pourse parer affez d'autres
vertus.
Ouy,fi le Ciel pournous moinsrem.
plyde tendreffe
GALANT.
9
T'eust produit autrefois àRome, ou
dans la Grece ,
Tesyeux , tes propres yeux euffent
veulesMortels
Ates moindres vertus érigerdes au
tels.
Ne refuſe donc plus un encens legi.
time ,
Tupeux le recevoir , nous , le rendre
Sans crime.
LeCiel qui conduifit, ton bras
tes coups ,
Puisqu'onlelovë en toy , n'en peut
estre jaloux.
Ces discours devant toy prononcezà
tagloire
Doivent cheznos Neveux appuyer
tonHistoire.
Daigneles écouterinefera-t- ilpermis
De te lover preſent qu'à tes seuls
Ennemis ?
AS
10 MERCURE
Le recit de tes faits, plus il eſtveri .
table ,
Plus ce recit grand Roy , paroist
estre une Fable.
Ilfaut que ton aveu , prompt à le
Soutenir ,
Dépose en sa faveur aux fiecles à
venir.
Alors,fi des jaloux l'accuſent de
mensonge ,
S'ils traitent tes exploits deRomans
de songe ,
Louis , leur dira- t- on, dont lafince
rite
20
Nefouffrit jamais rien contre laverité
,
Ne put , oyant louërſes exploits admirables
,
Dire qu'on inventoit des faitsfipen
croyables.
CegrandPrince entendoitseulement
raconter
GALANT. II
(
Ce que ſes Ennemis ne pouvoient
contester.
Avoüez,Madame,que les furprenans
& cótinuels triomphes
du Roy l'élevent fi fort au defſus
des autres Princes , qu'on
peutdire avec juſtice qu'ilmerite
ſeul l'Empire de l'Univers.
C'eſt dans cette penſée qu'on a
fait une Deviſe,qui fait voir en
quelque forte l'eſtat glorieux où
ceMonarque ſe trouve aujourd'huy
. C'eſt un Soleil dans ſon
midy , brillant de lumiere , &
éclairant ſeul toute la terre.Ces
mots luy ſervent d'ame , Conten
tafit uno , & on les a expliquez
par ces quatre Vers .
Louisparses exploits deguerre,
Devient toujours plus glorieux ,
Et fait voir qu'il ne faut fur
terre
A 6
12 MERCURE
Qu'un Roy , comme un Soleil
aux Cieux .
Cependant le Roy , dont la moderation
n'eut jamais d'égale ,
eſt bien éloigné de ces ſentimens
, puis que dans le temps
qu'on lejuge dignede comman
der à toute la terre , il ne veut
pascequ'il peut , afin de donner
encore une fois la Paix à l'Europe.
Ce n'eſt pas ſeulement aux
Deviſes que la grandeur du Roy
donne licu , ſa bonté fournit
une ample matiere aux Muſes ,
& ces Vers de M. Iſambert , mis
en Muſique par M. de Gilliers ,
en ſont une preuve .
AIR NOUVEAU.
LOVI Soleplus grand Roy dumonde
LYON
*1890 *
12
2
C
de
e
m
qu
de
pa
en
ro
D
dc
uf
&
er
er
GALANT .
13
Tout triomphant qu'il estfur la ter
re &fur l'onde ,
Aux Ennemis vaincus veut accorder
laPaix.
Alliez, vostre Ligue, Alliez, vos
projets
Contre un Roy ſi puiſſant n'ont que
de l'impuiſſance.
Aimezvostre Vainqueur , acceptez
Sa clemence ;
Gardez vous contre luy de vous liguer
jamais.
Louis,le plus grand Roy du monde,
Tout triomphant qu'il eftfur la terre
fur l'onde ,
Aux Ennemisvaincus veut accorder
LaPaix.
Vous avez ouy parler de
deux Lettres en forme de differtation
, écrites à M. le Cardinal
de Furſtemberg , ſur l'état de ſa
maladie,& l'approbation qu'elles
14
MERCURE
ont reçuë dans le monde , vous
a fait ſouhaiterde les voir . Comme
vous n'avez pas eu ſeule la
même curioſité , on a eſté obligé
de les faire imprimer pour
fatisfaire l'empreſſement du public
, & elles paroiſſent dans un
Livre qui a pour Titre , l'Ancienne
Medecine à la mode , ou le
Sentiment uniforme d'Hipocrate
de Galien , fur les Acides & les
Alkalis ,parM. AignanMedecin
du Roy ,& Docteurde la Faculté
dePadoüe. Ce Livre ſe trouve
chez le ſieur d'Houry ruë S.
Jacques au S. Eſprit. Ces fortes
d'ouvrages font d'autant plus
utiles,& on trouve d'autant plus
de fatisfaction dans leur lecture ,
qu'entrant dans nos maux d'une
maniere aiſée & naturelle , ils
nous les font concevoir
nous apprennent en meſme
,
2
&
temps les Remedes, dont nous
GALANT.
nousdevons ſervir pourles guerir,
deforte que ſi on en avoit
fouvent fur plaſicurs fortes de
maladies , nous deviendrions
bien- toft Medecins de nous
mefmes.
Les Sçavans de voſtre Pros
vince auront ſans doute appris
aveejoye , que ce qui manquois
au fameux Petrone , a eſté enfin
recouvré pendant ces dernieres
Guerres de Hongrie par les
foins de M. Naudot , & qu'il a
eſté imprimé entier depuis
quelques mois. Ceux qui iront
au Palais acheter ce Livre , apprendront
par une Lettre àM.
Charpentier , Doyen de l'Academie
Françoiſe, qu'ils y liront
au commencement , de quelle
maniere on a trouvé les fragments
qui rempliffent les endroits
qui estoient defectueux
16 MERCVRE
dans cet ouvrage. On peut dire
que c'eſt un Treſor qui vient
d'enrichir les belles Lettres , &
qu'il n'y a point de Curieux ,
qui ne doive y prendre part.
Aprés la fameuſe Bataille de
Caffel , ſon Alteſſe Royale,Monſieur
, fit baſtir une Egliſe au
Collegedes Barnabites de Montargis
, Ville de ſon appanage ,
en action de graces de la Victoire
qu'il avoit remportée. La
premiere Pierre y avoit eſté miſe
au nom de ce Prince , & ΙΕ-
difice eſtant achevé , on en fit
la Benediction le 24. du mois
d'Aouſt dernier , & le lendemain
, Feſte de S. Louis , ſous
l'Invocation duquel cetteEgliſe
eſt conſacrée à Dieu , l'ouverture
en fut faite avec beaucoup
demagnificence. La Ceremonie
commença par une Proceffion
GALANT.
17
du S. Sacrement , depuis l'ancienne
Egliſe du College juſqu'à
la nouvelle , où l'on celebra
enfuite folemnellement la premiere
Meſſe en Muſique. Les
Veſpres furent auſſi chantées
par la Muſique , & le Clergé, le
Prefidial, la Prevoſte ,& l'Elec
tion y aſſiſterent en Corps. Les
Habitans ſe mirent ſous les Atmes,
& le Maire, les Echevins,
& les Capitaines des Quartiers
qui s'y rendirent auſſi avec leurs
Compagnies,y tinrent leurrang
de l'un & de l'autre coſté du
Dais , ſous lequel on avoit mis
le Portrait de ſon Alteffe Royale.
Aprés Veſpres le Pere Dom
Eustache Bonnet , Barnabite ,
fit le Panegyrique de Saint
Louis , où ayant fait paroiſtre
ce Saint Roy dans deux états
bien differens ; fur le premier
18 MERCURE
1
ma-
Trône du monde , & ſous le
poids d'une dure captivité ,
toujours égal à luy meſme, toujours
grand dans l'une comme
dans l'autre fortune , toujours
tres Chréſtien , il ajoûta pour
conclure. Ie devrois finir icy mon
Discours , Meſſieurs , mais la Ceremonie
qui vous afſsemble ,
vertit que ce seroit laiffer I Eloge
de Saint Louis imparfait , ſi jou.
bliois celuy d'un de ses Petits.
fils , qui ajoûte au bonheur de
compter ce faint Roy parmy ses
Augustes Ayeux , le bonheur en.
coreplusgranddese rendre unfidelleimitateur
deſes Royales Vertus.
Vous le sçavez, Messieurs , je
ne crains point d'employer la chaire
de l'Evangile pour vous parler
aujourd'huy devant la Majesté du
Dieu que nous adorons , du Prince
à qui nous sommes redevables de
GALANT.
19
l'avantage de l'adorer en ce faint
lieu, de le voir exposésur cet Autel
, de luy offrirdes Sacrifices ,
de chanter ses loüanges infinies ;
avantage que vous nous , avons si
ardemment defiré si longtemps attendu
,& qui se perpetuera dans
tous les fiecles , pour ceux qui nai .
front aprés nous.
Cest le moindre tribut que noftre
reconnoiſſauce doive aux magnifiques
bontezde Son AlteſſeRoyale , que
de vous faire souvenir en ce jour
folemnel de ce que vous ne devez
jamais oublier , rappellant à vos efpritsl'idée
d'un Prince dont la pre.
Sencefur nos frontieres a fait durant
cette Campagne lafeureté de l'Etat
, & dont l'heureux retour vient
defaireles delices de noſtre invincible
Monarque , l'ornement de la
Cour ,& la joyede tout fon Peu20
MERCURE
د
ple ; d'un Prince intrepide , qui
après avoir attaqueun Ennemi , que
le nombre la force deſes Troupes
auroient renduredoutable à tout au.
tre qu'au Frere de Loüis le Grand
après avoir battu & mis en fuite
ce Prince ambitieux que nous
voyons encore aujourd'huy troubler
toute l'Europe , vient poſer dans ce
Sanctuaireſes Armes victorieuses ,
presenter au Seigneur les Lauriers
qu'il a cueillis à la fameuse
Journée de Caffel semblable à ces
glorieux Vieillards que S. Jean vit
dansson Apocalipse ,qui venoient
mettre leurs Couronnes aux pieds du
Trône de l'Agneau d'un Prince
humble reconnoiffant , qui ren.
voyant àDieu tout l'honneur defes
glorieux exploits dans la prise de
Rhimberg ,de Zutphen, de Bouchain
&de S. Omer,fait connoistre
àtoute la Franceparcefaint Edifice,
GALANT . 21
qu'il prefere les actions de graces
qut font deuës au Dieu des Ar .
mées , àtous les Arcsde triomphe ;
monumens periſſables de l'ambition
des Conquerans comme celuy.cy
Seraun monument eternel de lapieté
de Philippe ; d'un Prince enfin toujours
religieux , toujours Chrestien,
à qui le Sauveur du Monde prepare
dans le Ciel une demeure d'autant
plus glorieuse plus élevée , qu'il
a esté plein de zele, pour en donner
une à I.C. fur laterre, plus convenableàlagrandeurdeson
infinie Majefté.
د
Ouy , Grand Prince cefacrétrophée
de vos Victoires vous est mille
fois plusglorieux , que ne l'ont esté
aux anciens Conquerans tous ces Obe
liſques queRome admiroit autrefois,
qui paſſoient pour des merveilles
de l'Univers. Ceux là faisoient connoistre
que tous ces Hercs triom
22 MERCURE
phoient en hommes, celuy- cy fait
connoître que vous triomphez en
Chrestien. Aussi ceux-là ont eupour
Lapluſpart lefort communàtousles
hommes;ils ont été détruits parle
temps ,& leur memoire a esté effacéede
deſſus la terre ; au lieu que le
Seigneur mesme est , si j'ofe le dire ,
obligé pour la gloire de fon nom,de
fairefubfifter celuy cy dans tous les
Siecles. Ilfubfiftera , grand Prince ,
quand toutes les Hiftoires viendroient
à ſe perdre , les Pierres qui
compofoient ce Saint Edifice , feront
comme autant de Lettres animéesqui
composeront un Eloge éternel à voſtre
pieté triomphante ; ilfubfiftera ,
ce grand nombre de Fidelles que je
vois affemblez, viendront en ce Saint
lieu , y feront tant que vous viwezdes
voeux pourvostre Salut Eter.
nel , quand Dieu aura recompen
se vos vertus d'une Couronne incorj
23
GALANT.
ruptible , les enfans qui naiſtront
d'eux viendront s'y acquitterde ce
mesme devoir pour les enfans qui
naiſtront de vous , dans lafucceßion
de tous les ages.
Peuple qui m'écoutez, vous de
vez cettereconnoissance àvostrePrin.
ce, & la protection dont il vous bonore
, & les bienfaits dont il vous
comble tous les jours , exigent de
vous ce Tribut de vostre pieté; mais
guand vous manqueriezàleluy ren
dre , jamais les Religieux à qui ce
Sanctuaire est confié , ne cefferont d'y
offrir des facrifices , d'y faire des
voeux pourson auguste&pieux Fondateur.
Dieu tout puiſſant , exaucer, s'il
vous plaift , ceux que nous avons com.
mencé à vous y offrir aujourd buy.
ComblezcegrandPrince devos Bene
dictions Versezvosgracessurfon Au
guste Famille döneztous les jours de
24
MERCURE
nouveaux accroiſſemens à cet efprit
de foy , de piete , & de religion ,
qui le rendent unPrince tres Chre.
Stien, digne Frere du plus Chrestien
duplus religieux desRois. Augmentezfans
ceffe en luy cette dou
ceur qui charme tous ceux qui ont
l'honneur d'approcherdefa personne ,
cette bonté fi genereuse qui fait
Sonparticulier caractere , &qui est
Sansdoute une emanation toute pure
de cette perfection que nous adorons
en vous comme celle qui vous rend
leplus aimable. Enfin , recompensez,
Seigneur , d'une demeure éternelle
dans le fejour de vostre gloire , la
pieté d'un Prince qui vous a baſty
parmy nous celuy dont nous efperons
que ladurée égalera celle de tous les
Siecles.
Ce Diſcours eſtant achevé ,
on chanta le Te Deum ; il ſe fit
pluſieurs ſalves de Mouſquete
rie ,
GALANT.
25
rie , & les Feux de joye qu'on
alluma dans la Villeterminerent
toute cette Feſte.
Le 7. du mois paſſeM.Bignon,
Premier Preſident au Grand
Confeil, auffi connu par ſon équité
& ſa pieté , que pour ſa
capacité,&la connoiſſance univerſelle
qu'il ades belles Lettres
fut éleû tout d'une voix Doyen
de la grande Confrairie de Noſtre
Dameaux Seigneurs , Preſtres
& Bourgeois de Paris , en
la place de feu M. de Novion ,
cy-devant Premier Preſidentau
Parlement de Paris. La Meſſe
du S. Eſprit fut celebrée pontificalement
par M. l'Eveſquede
Bethleem à laquelle aſſiſterent
les Chanoines de l'Egliſe de Paris
, avec les Curez de cette Ville
, & pluſieurs Magiſtrats &
Confreres Laïques. Je croy, Ma
Octob. 1693 . B
26 MERCURE
dame , que cette Confrairie
vous eſt inconnuë ainſi qu'à
beaucoup de monde . Cependant
c'eſt une des plus anciennes
& des plus illuſtres Affemblées
Chreſtiennes de ce Royaume
, puiſque , ſi toſt qu'on y eut
planté la Foy, de pieux Eccleſiaſtiques
& quelques Bourgeois
de Paris , firent entre-cux une
eſpece de Congregation de ſoixante
& douze perſonnes , qui
à l'imitation des ſeptante &
deux Diſciples , faifoient profeſſion
d'eſtre plus particulierement
attachez au Divin Auteur
de noſtre justification .
Le bruit des excellentes vertus
de ce petit Troupeau s'eſtant
bientoſt repandu , pluſieurs perfonnes
confiderables curent de
l'empreſſement pour elite receus
dans cette Societé , & les
-
GALANT.
27
Rois meſmes furent bien aiſes
d'en eſtre les membres . Philppe
Auguſte , Saint Loüis , Philippele
Bel , & Charles V. y ont
laiſſé des marques de leur liberalité
, & le Roy meſme ,
qui n'eſt attaqué des Ennemis
communs de la Religion & de
la France , que parce qu'il eſt
Grand & veritablement tres-
Chreſtien , eſt le blus bel ornement
de cette pieuſeCongre
gation. Elle est composée d'Ecclefiaſtiques
& de Laïques , &
elle a deux Dignitez principales
, dont celle d'Abbé eſt la
premiere. La Dignité de Doyen
qui eſt la ſeconde , vient
d'eſtre remplie par Mr Bignon,
qui aprés qu'il eut eſté éleu
par le Scrutin , preſta le Serment
entre les mains de Mr
l'Eveſque de Bethleem. Ce
B 2
28 MERCURE
Prélat eſtoit aſſis dans un Fauteüil
adoſſe contre l'Autel , &
reveſtu de ſes habits Pontificaux
. Après le Serment preſté,
-on chanta le Te Deum , qui fut
ſuivi des Prieres pour le Roy
&pourta Paix. Enfuite on conduifit
Mr Bignon au Bureau ,
où il fut inſtallé en ſa place de
Doyen. Mr le Blanc Maiſtre
des Requeſtes , qui ſe trouva
-le plus ancien des Magiſtrats ,
-le complimenta , & Mr Bignon
luy répondit. Vous jugez bien
que l'un & l'autre diſcours ne
manqua pas de recevoir beaucoup
d'applaudiſſemens. Outre
les deux Dignitez principales
dont je viens de vous parler ,
il y a un Receveur qui reçoit
le Revenu de la Confrairie , &
un Greffier qui redige les deliberations
du Bureau , ou il ſe
GALANT.
29
trouve tous les premiers mardis
de chaque mois , ſeizeou dixhuit
perſonnes choiſies de tous
les Ordres du nombre des Confreres
, pour refoudre ce qu'il y
adeplus important à examiner.
Ily a auffi trente Eccleſiaſtiques
qui font le Service tous les
jours de l'année dans pluſieurs
Egliſes de Paris , & particulierement
en l'Egliſe Paroiſſia.
le de Sainte Madeleine de la
Cité , où l'on celebre folennellement
la Meſſe toutes les Feftes
de la Vierge. Cette Confrairie
dans laquelle ſe font recevoir
les Chanoines de l'Egliſe
Metropolitaine , & les Curez
de , Paris a des Titres fort
anciens ,& Cenſive dans la Vil
le & les Fauxbourgs . Mr l'Archeveſque
en eſt aujourd'huy
Abbé , & a ſuccedé à Mr de
B
3
30
MERCURE
Perefixe , avant lequel Meſſfire
Jean François de Gondi avoit
eu cette meſme qualité . L'Auteur
des Antiquitez de Paris dit
que ſes Statuts furent renouvelez
en 1468. environ trois
cens ans aprés ſon Inſtitution.
Le Roy S. Loüis la dota de
pluſieurs Heritages en 1258 .
auſſi bien que le Roy Philippe
IV. en 1293. Tous les ans les
Confreres font une Proceffion
folemnelle en une des Egliſes
qu'ils choiſiſſent dans
l'Octave de l'Aſſomption , &
tous les Eccleſiaſtiques ont
droit d'y porter l'Etole . On y
fait les Prieres pour le Roy ,
pour toute la Famille Royale ,
pour la profperité du Royaume
&pour la conſervation de
la Ville de Paris . Voila bien
des choſes qui vous eſtoient
3

31
GALANT.
inconnues , & que vous ne ſerez
pas fâchée de ſçavoir.
Quand une Vocation eſt
veritable , il n'y a rien qui la
puiſſe rompre. Mademoiselle
de Bequin , Fille de Madame la
Marquife de la Marfiliere ,
avoit pris l'habit de Religieuſe
ily a un an , dans le Monaſtere
du Calvaire de St Malo .
Le jeune Marquis de la Marſiliere
ſon Frere eſt mort depuis
ce temps- là ,& tous les moyens
dont on s'eſt ſervy pour l'obliger
à ſortirde ſon Covent,n'ont
pû ébranlerla reſolution qu'elle
avoit priſe de ſe conſacrer à
Dieu . Madame de la Marfiliere
en allant à St Malo pour aſſiſter
à la Profeſſion qu'elle a voulu
faire , paſſa par Mayenne avec
Madame la Marquiſe de Morné
ſa Fille , ou elles firent une
B 4
32
MERCURE
د en action tres-Chrétienne
dotant trois Demoiselles d'Irlande,
qui ayant eſté contraintes
d'abandonner leur Pays par les
defordres de la Guerre ont
trouvé un ſeur azyle dans le
Convent du Calvaire de cette
Ville là . Elles y prirent toutes
trois l'habit le 24. d'Aouſt dernier,
& cette Ceremonie eut
beaucoup d'éclat. Madame la
Marquise de la Marfiliere donna
le Voile à la premiere de
ces Demoiselles . Madame la
Marquise de Morné le donna
à la ſeconde , & ce fut Mademoiſelle
du Bordage qui le preſenta
à la troiſieme . Le Pere
Arcange de Laval , Capucin ,
fit l'Exhortation , qui ne toucha
pas moins qu'elle édifia toute
l'Aſſemblée .
Le Roy a accordé depuis peu
A
GALANT.
33
de temps des Lettres Patentes à
une Abbeffe d'un fort grand
merite , & d'une naiſſance diftinguée
, pour quitter un lieu
champestre , où ſon Couvent
*eſtoit ſitué , & ſe venir établir
dans la Capitaled'une Province .
C'eſt là- deſſus qu'on a fait l'Ouvrage
que vous allez lire .
ALLEGORIE .
DEs Abeilles, Filles duCiel,
Depuis longtempsfaisoient leur
miel
Dans unlieu defert
Vne Reine discrete
Sauvage.
fage ,
Sansorgueil,fans faste sans fiel ,
Prefidoit seule à tout l'Ouvrage.
Chacune respectoit la loy
D'une fi douce Souveraine.
Un autre l'appelleroit Roy ;
Il est mieux de l'appellerReine.
BS
34
MERCVRE
Ades Vierges , Filles des Cieux ,
Une Reinefied beaucoup mieux .
Sous cette Reinenompareille
Onvoyoit mainte &mainte Abeille
Acourir de tout l'Univers ,
Et dans un fi charmant Empire
Goûter des plaiſirs que mes Vers
Ne sçauroit dignement décrire,
Pour comble de felicité ,
Auprés d'elle une jeune .Abeille ,
Pleine degrace & de beauté ,
Enfin , une jeune Merveille
Croiſſoit ainsi qu'unrejetton ,
Ou d'une rose le bouton ,
L'or dont la Souveraine brille ,
Et chacune ladestinoit
Aurang que laTante temit.
Un jour de laſaiſon nouvelle ,
Lour,où ſur lesfleurs d'alentour
Voloit laTroupe tour àtour ,
Du Ciel une .Abeille immortelle
Séleve d'un rapide cours
Ainsi qu'un éclair dans la nuë
GALANT.
35
Et prés dela Reine venuë ,
Lu tient àpeuprès ce discours.
Dieuvous gard , aimable Princeſſe ,
I'ay pensé dire , aimable Abbeffe ,
Digne de regner en des lieux
Plus fleuris , plus delicieux ,
Digne enfin de regner aux Cieux,
Ecoutez ce que vous commande
Le Souverain de vostre bande ,
Et Souverain de l'Univers.
Nimphe , abandonnez ces deserts ,
Allezchercher dans une Ville
Vnſejour qui ſoit plus tranquille ,
Quitſoitplus commode plus doux,
Digne des vostres &de vous .
Cest là que les deſtins propices
Vouspréparent tant de delices ,
Que vos voeuxseront furpaffez.
C'est affezdit , obeiſſez.
Außi tostd'une aile legere
Cette charmanteMessagere ,
Traçant unfillonradieux ,
S'envolepardeffusles Cieux.
B 6
36 MERCURE
Surprise de tant de merveilles ,
LaReineavecqueſes Abeilles ;
Nousobeiffons à tes loix ,
Ciel, dit elle ,&ſuivons tavoix.
Adorons cet heureuxpréſage ,
Mes Soeurs,mettons- nous en voyage,
Allons chercherce beausejour ,
Que le Ciel nous offre en ce jour.
A ces motslaTroupe s'affemble ,
Tout l'Effain part & vole ensemble,
L'airbrille d'un éclat nouveau ,
Etravy d'un objet fi beau ,
Denouveauxrayons de lumiere
Le Soleilparefa carriere.
Zephirles regarde voler .
Et tout charmé n'oſe ſoufler.
Chaque Abeille al envy s'empreffe
D'approcher deprésSa Maistreffe..
Si-toſtque lefejour paroît ,
Que le destein luy preparoit,
Non loin des ripesde Garonne,
LaPrinceffe difpofe , ordonne.
Toute la Troupe arreſte là
GALANT.
37
4
chantede joje , Alleluia.
Chacune en l'ardeur qui la brule
Travaille àfaireſa cellule,
Aremplirfa ruche de fleurs
A l'embaumer de mille odeurs .
Les Abeilles duVoisinage
Cependant leurrendenthommage ,
Sortentde leurruche à deſſein
D'admirerce nouvelEffin ,
Le trouvent charmant à merveilles ,
Et le plus beau que les .Abeilles
Aientformé dans ce beau fejour,
Et dans tous les lieux d'alentour ,
Parlent du douxair qu'on refpire
Dans ce doux & charmant Empire ,
Desa douceur, deson plaisir ,
Que mes Vers diront à loiſir.
Je vous envoye une Eglogue
de Bergers, faite pour eſtre miſe
en Muſique. Elle eſt de M. de
Guitrandi d'Avignõ,dont vous
avez déja vû d'autres Ouvra
38 MERCURE
ges . Lecommencement eſt tiré
du premier Coeur de "Hercule
Furens de Seneque, ce qui fuit
de l'Ode d'Horace, Beatus ille ,
& la fin eſt toute à luy , ainſi
que l'invention de la Piece .
1
EGLOGUE.
TIRSIS , DAMON
L
DAPHNIS.
Troupe de Bergers.
DAMON.
Anuit cacheſes feux errans,
Etſes Lampes déja commencent à
s'éteindre;
Fuyez viste fuyez , Aftrespetits
: grands ,
2
GALAN Τ .
39
L'Aurorefurfon charſemble enfin
vous contraindre
A luy laiſſer remplir vos rangs.
DAPHNIS .
Je la vois qui fournitsa pompeuse
carriere,
Mais un feu plus puissant effacesa
lumiere.
DAMON.
Levons-nous, Bergers, levons- nous ,
Haſtons nous de jouir d'un Soleil
aussi doux.
DAPHNIS .
Ab , quelle fera la journée
D'une aussi belle matinée ?
TIRSIS .
Voyez-vous le Char duSoleil ?
Ses Chevaux vont courant les celestes
campagnes ,
Etdéjafonéclat vermeil
Dore lesommet des montagnes.
DAMON, DAPHNIS.
LaNatures'éveille,
nos Bois
nos Monts,
40
MERCURE
Semblent se réjoüirdu jour qui les
éclaire ,
Et la Lune aux derniers abois
Cede l'horison àfon Frere.
Tous les Bergers.
-La Nature s'éveille ,
TIRSIS .
c .
Le dur travailſe leve , & les foins
rebutans
Exercent en tous lieux leur tiranniqueempire.
Teuparmy les Mortelssçavent vivre
contens.
DAMON.
Nous le fçaurions ſans l'amoureux
martire.
TIRSIS.
Ab, que le destind'un Berger
Qui peut voir fans brûler les yeux
d'une Silvie ,
Etqui paffetoute savie
Content du doux repos qu'il peutse
menager
GALANT.
41
Estun destin digne d'envie ?
DAMOT
Commeles premiers des Mortels
Cultivant les champspaternels ,
Il eſtioyeux , il a cequ'il souhaite.
LeTambour effrayant ; laguerriere
Trompette
Ne l'éveillent jamais dans ſon lit en
Sursaut ,
Il neredoute aucun affaut ,
Et tel qu'il est il est dansson aßiette
Tous les Bergers .
Ah,qu'un Bergerſe rend heureux,
Quand ilsçait s'affranchirdu tourment
amoureux !
DAPHNIS .
Ilvoit,fansse troubler les campagnes
Salées
De l'humide Ocean parlesvents agitées
,
Et s'éloignant des grandes aſſemblées
Ilvit en pleine liberté.
42
MERCURE
TIRSIS .
Sans crainte il contemple du Port
Les divers orages dufort ;
Il voit comme des grands la Fortune
Se jouë ,
Et que tel qui paroist s'élever jusqu'aux
Cieux ,
Tombe incontinent dans la bouë ,
Augré de tous ses envieux,
DAPHNIS .
Ainfidonc ilpréfere auPalais magnifiques,
Où logent les Grands de la Cour ,
Son humble rustiqueſejour ;
Et s'il n'y trouve point de fi belles
fabriques ,
Ily joüit d'un plus beaujour.
DAMON.
Il joüit d'un plaisir, que laſaiſon
nuvelle
Ramene toujours avec elle ,
Quand les champs , les monts, les
forests
GALANT.
43
Reprendront leurs nouveaux attraits.
DAPHNIS .
Ilales fleurs les fruits , ainsi que la
Nature
Les donneàses justes ſouhaits ,
- Lors que les Grandsdans leurs Ta-
Lais
Lesontſeulement en peinture.
☐TIR SIS .
Tantoſt nostre Bergerheureux.
Aßisfurle coupeaud'uneverte colline
Ou bien à l'ombre au comble defes
жеих ,
Voit errer ſon troupeau dans laplainevoifine.
DAMON.
Coupant tantoſt lesfterilesrameaux
De lavignefeconde ,
Ilen replante de nouveaux ,
Dont lajeuneſſe àson eſpoir réponde
DAPHNIS .
Ou bien preſſant l'heureux travail.
1 MERCURE
44
Quel'Abeillecompofe ,
* Dans des bois purs commee l'émail
Ilrenferme lefuc du Thin & de la
Rofe ;
Oufaisant tondreſes Brebis,
Ilramafſſe à mainpleine
Lalaine
Dontsefontses habits.
TIRSIS .
Mais quand lafeconde Deefſſe ,
Qui fait l'espoirdu Laboureur ,
Parſes riches dons s'intereſſe
A recompenserſon labeur ,
Quel plaifir , quelle allegreſſe ,
Devoirle Moiffonneur
Qui s'empreffe
A recueillir legrainmeur ,
Qui furpaſſe la promeffe
Du bled danssa fleur !
DAPHNIS .
Et lors quel'Automne
Ameuri les tresors
De la richePomone ,
3
GALANT. 45
:
Quelplaifir alors ,
Quand l'oeilse promene
Sur tant de coſteaux ,
Dont les arbriffeaux
Offrent à douzaine
Mille fruits nouveaux !
DAMON .
Mais tout cede à la joye
Oùfon coeursenoye ,
Quandle divinjus
DeBachus
Fait que le Vandangeur playe
Sous les paniers pleins
De raisins.
Tous les Bergers .
Ab,que le destin d'un Berger,
Qui peut voirfans brûler les jeux
d'une Silvie ,
Et qui paſſe toutesa vie
Content du doux repos qu'ilſçait
ſe ménager,
Est un destin digne d'envie !
Deux Bergers.
46
MERCURE
Ab qu'un Bergerſe rend heureux
Quand ilfçait s'affranchirdes tourmens
amoureux !
DAMON , DAPHNIS .
Ouy, l'amourgrafte tout , reſiſtons à
Ses charmes ,
L'amourſeulparſes traits puiſſans,
Peut nous donner des alarmes ,
Il peut luyſeul troubler nos plaiſirs
innocens.
Ony, luyseulfait verſerdes larmes
A ceux dont une fois il a ravy les
Sens.
TIRSIS.
C'est un cruel Tiran dont le dehors
aimable
A
Cache tout ce qu'il a de fiel ;
Avec une bouche de miel
Ilſoufle un venin redoutable.
Non , non , parmy les amoureux
On ne voitpoint d'hommes heureus
Tous les Bergers.
Non , non , parmy les amoureux
GALANT.
47
On ne voit point d'hommes heureux.
TIRSI S.
Helas ! fi la jeune Silvie
N'eust point de Lyciſcas trouble
l'heureux repos ,
Lyciscas aujourd'buy frais ,gaillard
dispos ,
foüiroit encor de la vie.
Non,non, parmy les amoureux
On ne voit point d'hommes heureux .
DAPHNIS .
Fuyos l'amour,cetiran de laterre,
Banniſſons-le tous de nos coeurs.
Reſiſtons fortement àses appas trom.
peurs ,
Et nenous laſſons point de luy faire
laguerre..
Heureux qui reſiſte àses traits !
Plus heureux mille fois qui ne les
Sent jamais !
TIRSIS .
Reſiſtons à l'amour , détestons Sa
puissance ,
48 MERCVRE
Tout dépend de la réſiſtance.
Tels qui déja croyoient en eftre les
Vainqueurs ,
Pour avoirſeulement trop tost quittéles
armes ,
Ontpayéfes douceurs
Parun amertorrent de larmes,
Non, non , parmy les amoureux
Onnevoit point d'hommes heureux.
DAMON.
Auplaisir de la chaſſe il n'est rien
qui ne cede.
Le travailàson tour
Biensouvent nous aide
Adompter l'amour ,
L'amourqui peut luyſeul troubler le
plus beaujour.
TIRSIS .
Ala Chasse , au travaililn'eſtrien
qui ne cede,
A la Chaffe ,au travail employons
donc cejour,
Etfans nous amuser àparler de l'amour
,
Allons
GALANT.
49
Allons tous contre luy nousservir du
remede
Que nos Champsnos Bois mus
offrent tourà tour.
Mr le Prince Philippes de
Savoye , Frere de Mrle Comte
de Soiſſions , mourut icy , au
commencement de ce mois , de
la petite Verole. Il n'eſtoit que
dans ſa trente- cinquiéme année
, & poffedoit des Benefices
tres- confiderables , entre lefquels
estoit l'Abbaye de St Pierre
de Corbie , que Sa Majefté a
donnéc à Mr le Cardinal de
Janfon. Ce Prince eſtoit petit
Fils de Thomas François de Savoye
, Prince de Carignan ,
Chevalier de l'Ordre de l'Annonciade
, Grand Maistre de
France , & General des Armées .
de Sa Majesté , l'un des plus
Octobre 1693 . C
So MERCURE
grandsCapitaines de fon temps.
mais malheureux en ſesentrepriſes
, ce qu'il a eu de com
munavec tous les Princes de fa
Maiſon qui ont porté le nom de
Thomas. C'eſtoit le cinquiéme
Fils de Charles Emanuel Duc
de Savoye , & de Catherine
Michelle d'Auſtriche , Infante
d'Epagne,ſeconde filledePhilippes
II.Roy d'Eſpagne,& d'Elifabeth
de France. Il mourut le
22. Janvier de l'année 1656 .
laiſſant de Marie de Bourbon ,
Fille de Charles de Bourbon ,
Comte de Soiffons , Prince du
Sang, Pair &Grand Maistre de
France , qu'il avoitépousée en
1624.Emanuel PhilibertAmedée
de Savoye, Prince de Carignan,
qui est encore vivant, Jo
ſeph Emanuel Jean de Savoye
mort à Turin en 1656. & EuGALANT.
gene Maurice de Savoye,Comte
de Soiffons, Colonel general
des Suiſſes & Grifons de France,
&Grand Maiſtre de la Maiſon
du Roy , Prince auſſi aimé
qu'eſtimé , brave , intelligent
dans la Guerre , & qui auroit
eſté loin , ſi la mort dans ſes
plus belles années n'avoit pas
mis fin aux eſperances que fa
valeur ,& ſa conduite avoient
fait ſi juſtement concevoir de
luy. Il avoit épousé en 1657 .
Olimpe de Mancini , Niece de
M. le Cardinal Mazarini,& en
a laiffé trois Fils& deux Filles ,
ſçavoir le Prince Thomas Loüis
de Savoye, aujourd'huy Comte
de Soiſſons , le Prince Eugene
de Savoye , & le Prince Philippes
qui vient de mourir , &
qui avoit ſervi avec gloire dans
l'Armée des Venitiens contre
C 2
52
MERCURE
les Turcs , Meſdemois les de
Soiffonsqui ont demeuré avec
Madame la Princeſſe de Carignan
leurGrand- Mere ,juſqu'à
ſa mort , ont choiſi leurdemeure
dans un Convent depuis ce
temps-là.
l'ay encore à vous appren
dre lamortde Meſſire Sebastien
de Rofmadec , Marquis deMolac
, Seigneur de Tyvarlan , de
Ponte croix , de Tregouay , de
Kergournades , arrivéeicy le 6.
decemois. Il eſtoit Lieutenane
General de Bretagne , & Gouverneur
des Chaſteaux , Villes
&Comté de Nantes ,& vivoit
avec beaucoup de magnificence
tenantbonne Table , faiſantdes
Fêtes dignes des Princes , donnant
des Spectacles ,& regalant
les Etrangers & les Voyageurs.
Il eſt mort agé de foiGALAN
T.
55
xante & quatre ans , laiſſant
deux Fils & trois Filles de Renée
Budes , Marquise de Sacé
&Comteffe de Guebriant. Mr
le Marquis de Molac ſon Fils
Ainé , Meſtre de Camp d'un
Regiment de Cavalerie ,& qui
depuis dix neufans ſert le Roy
dans ſes Armées , avoit eu la
furvivance de ſes Gouvernemens
, en époufant Caterine
Gaſpare de Scoraille , Soeur de
feuë Madame la Ducheſſe de
Fontange . Mr le Comte de
Guebriant ſon ſecond Fils ,
Colonel d'un Regiment d'Infanterie
, fert preſentement en
Piémond , & s'eſt ſignalé à la
Bataille de Marſaille qui s'eſt
donnée le 4. de ce mois. Les
trois Filles font Religieuſes dans
l'Abbaye de Lecoa en Breta-
C3
54 MERCVRE
gne. La Maiſon de Rofmadec
eſt l'une des premieres de cette
Province- là,&des plus illuftres
de France. La Grand Mere de
feu Mr le Marquis de Molac ,
eſtoit Françoiſe de Montmorency,
Grande-Tante de Mr le
Marechal Duc de Luxembourg.
Comme vous aimez les Ouvrages
qui ſont ſur des matieres
pareilles à celle du Traité
qui fuit , je ne fais point difficulté
de vous l'envoyer.
DE LA NATURE
DU FE U.
TEVuide est une chose (i défec-
'sueusedans laNature,que cela a
donné lieu de croire aux Cerveaux
GALAN T.
:
les mieuxsensez, qu'il n'y en avoi
point ,& mesme qu'il estoit impos
fible qu'ily en eust. On voit quel.
Nature a unson particulierd'em .
pescherSon existence par la liaiſon
neceffaire qu'elle met entre les
Elemens quifont fi unis ensemble ,
que l'Eau s'éleve plûsoft contrefa
nature pourse lier avec l'Air , qui
est tiré par les efforts d'unepompe.
Quelques-uns ont cru que si le Vaide
ne pouvoit estre dans la Nature ,
ily avoit un certain dehors en elle
qui ſembloit devoir eſtre vuide ,
c'est à dire , privé des qualitez
elementaires , parcequ'onsepreſcrit
un certain espace qui détermine
renferme l'étendue poffible des Ele
mensjusqu'à la region aterée . C'est
ainsi qu'on s'est plûtost attaché à
recherchers'ily avoit du Vuide en
la Nature , que de s'appliquer à
découvrir ce que c'est proprement
C4
56
1
MERCURE
que le Vuide , qui est le veritable
chemin quipeut conduire àdécider
de son existence. Il est d'autant
plusdifficilede concevoir la nature
du neant on du Vuide , qu'onreconnoiſt
comme la privation de l'estre ,
qu'eſtant privéde toutes les circonf
tances qui conviennent à lafubftance
,on nepeut avoir aucune priſe
deſſus , (i bien que tout rien qu'on
lefaſſe, ilsemble neceffaire que ce
fois quelque chose , s'il est vray
qu'il occupe de l'espace , & qu'il
existe.
Ceux qui ne peuvent envisager
la Nature avec ce defaut , qu'ils
croyent qu'elle a en horreur , n'ont
pas remarqué la neceſſitédes contraires
qui en fontvoir une infinitė;
&que comme iln'y a rienqui n'ait,
ou son contraire ,ouson opposé,ſon
extremité , ou sa privation , l'estre
pris par differens degrez de plus on
GALANT .
57
moins parfaits , constituë neceſſairement
Ss deux extrémitez d'un
lieu tres -bien rempli par un estre
tres-parfait & tres-composé ,& un
qui sera non seulement la diminution
d'une substance au centiéme
degré moins parfait ; mais la privation
entiere de cette substance ,
après avoir esté la quaſi privation.
On pourra comprendre plus facile .
ment cela par les modes ſous lefquels
la Nature a renfernsé l'estre
depuis l'excés le plus parfait de la
composition jusqu'à l'excés de la
fimplicité. On verra une certaine
continuitédans cette difference , qui
doit aller d'une extremise à l'autre
en liant ces deux contraires ,le rien
avec l'estre réel , par deux autres
corps & Substances , dont l'une
participe moitié à la composition ,
&l'autre moitié au neantou quide
estant unisenfemble par une qualité
CS
58
MERCVRE
de corps simple , qui est propre à
l'an& àl'autre , c'est à dire que
l'air eſt demy fimple d'une part ,&
demy vuide de l'autre , & l'Eau
est aussi demy simple& demy composée,
ce qui paroist , en ce qu'elle
reçoit l'impreſſion des couleurs
qu'elle n'a pas proprement à cause
de fa nature simple , mais qu'elle
peut avoir à cause de fa qualité
qui la fait participer moitié à la
composition.Un corpscomposé eſtdoué
d'une nature solide ; le corps liquide
tenant le milieuentre leſolide le
fluide n'est plus qu'un demy compofe.
Orle Vuide , qui n'est ny folide ,
nyfluide ; doit estre l'Ennemi
contraire de l'Eau,àcause desa nature
contraire , par consequent
c'est le Feu , qui n'est autre chose
qu'une extremité , opposéde la com
poſition l'excés de la ſimplicité.
Sil'Air eft pris communement pour
le
GALANT.
59
leVuide , à cause desagrandefimplicité,
àcauſequ'il cede lapla .
ceàun corps ſolide , commeplus di.
gnede l'occuper, le Feu qui estproprement
le point extréme de lafimplicité,
&de la moitié plus fimple
que l'.Air , doit donc eftre le Vuide
tout à fait , le veritable Vuide
de nosPhilofophes. On verrafacile.
ment par quatre circonstances qui
conviennent tout ensemble au Feu
an Vuide , que ces deux chofes
qu'on a cruës jusqu'à aujourd buy
d'une nature bien differente,font la
mesme. L'exces de lafimplicité en
eft une qui convient à tous les deux ,
qui les confond en une seule
chose. L'action destructive du Feu
lors qu il confume les corps mixtes .
eft non seulement une marque de ſa
qualité d'extreme fimplicité , mais
un effet qui reſulte neceſſairement
du neant , puis qu'il aneantit , ce
C6
60 MERCVRE
qui ne prouve que trop que c'est le
Vuide. La troifiéme eft , que si le
Vuide ne peut pas fubfifter , on voit
que le Feu acedefaut,&cette im
puiſſance de n'ofer occuper & remplir
un lieu preferablement àl' Air
qui le tuë , pour en prendre laplace
Enfin la lumiere ,qui est une chose
qui convient parfaitement bien au
Feu au Vuide tout ensemble ,
doit nous confirmer que le Feu est le
Veritable vuide. La blancheur n'est
pas une couleur, c'est plûtoſt lapri
vation des couleurs, fibien quefi le
Vuide est l'excés de la fimplicité il
doit efire l'excés de la privation des
couleurs qui ne conviennent qu'aux
corps composez; & par confequent
ildoit eftre l'excés de la blancheur ,
en mesme temps la lumiere qui
refulte del'excés de cette blancheur.
Si la neige estoit au dixième degré
deſimplicité de ſechereffe, elle
GALAN Τ . 61
feroit außi au dixième degré de
blancheur , par conſequent elle
produiroit une lumiere dix fois plus
parfaitequ'elle nefait. On ne doute
pas que la lumiere ne refulte du
Feu ; il nefaut pas douter außi que
fileFeun estoit pasle Vuide , qu'il
euſt quelque degré de compoſitionou
de ſubſiſtance , il auroit auſſi quelque
degré de couleur , par confequent
cette blancheur ébloüiffante qu'il
communique à l'air est une demi-
Substance. Ily eft communiqué , non
comme une qualité émanée de luymesme
; ou comme un accident , mais
comme la chose mesme , ou une par
tie de cette blancheur , qui n'est au
tre chose que le Vuide repandu dans
l'air ; & de mesme qu'une liqueur
rouge ne communique point (a rougeuràl'eau
, que lors qu'on les mé-
LLaannggee, elle reçoit non seulement
L'accident de la chose , mais außi la
62 MERCURE
Substance , l'Air étant un demi
vuide, ne peut recevoirqu'unedemiblancheur
ou lumiere.
Il estaisé de concevoirque lalu.
miere la chaleur quifont des qualitez
qui ſemblent devoir conftituer
naturellement uneſubſtance aufeu ,
naiſſent fimplement de deux circonftances
qui n'ont aucun degré de
fubstance, carlablancheur qui cause
la lumiere n'est pas une ſubſtance ,
puis qu'elle estplûtoft la marquede
laprivation de substance parsa pribation
de couleur ; la chaleur
qui a pour principe le mouvement ,
ne conftitue aucunement de jubſtan_
ce au feu, de forteque rien n'em.
pesche qu'on ne reconnoiffe le feu
pourle VuidedesPhilosophes, qu'on
ne leplace au centre du mondedans
Fespace qu'occupe leſoleil , &qu'on
ne luy donne le nom de Phebuse
&Apollon.
GALANT. 63
i
Il mesemble qu'il n'est plus ne.
ceffaire de faire voir que le Vuide
est d'une nature chaude seche ,
pourperfuader entierement que c'est
Le Feu mesme, Cela est aisé , il ne
faut que raiſonnerde la forte. Si la
pesanteur est la cause du repos,le
Vuide qui est l'excez de la legereté,
doit estre un mouvement violent,
parce que le repos estla cauſede
Lafroideur, le Vuide estant un mouvement
extrême , il doit estre une
chaleur exceffive. Ce qui donne l'excez
à la chaleur, c'est lafechereffe
reſte à voir file Vuide a cette qualité.
Onraiſonne encorede cetteforte.
Siles corps les plus composez ont le
plus d'bumide , le Vuide qui est be
plusfimple doit donc eftre leplusſec ,
files corps lesplus peſans font lesplus
froid , le Vuide qui est tres legerdoit
donc efire leplus chaud. Enfin siles
Corps les plus humides font les plus
64 MERCURE
pefans le Vuide qui est tres leger ,
doit donc eftrele plussec ,fibienque
fi le Vuide est tres-chaud tresfec,
ce sont les deux qualitez qui
font exifter le Feu ausentiment de
tout lemonde,
C'est une plaifante antitheſe de
dire quelerienfoit quelque chose ,
où que le neant produiſe ces deux
beaux effets de chaleur delumiere
C'est auſſi un paradoxe affezestrange
de pretendrequele Feu nefoit rien,
que ce ne soit autre chose qu'un
espace privé deſubſtance. Cefentimentparoistra
d'abord choquant chez
ceux qui jugent des choses par prevention
, qui n'aiment pas la nouveauté
, ou qui ne se laiffent pas
facilement gagner par la raison.
Quoy qu'il enfort , les reflexions
m'ont porté à cesentiment , les
apparences les plus plausibles me
font croire que cela est ainsi que
GALANT .
65
la nature aſoin de corrigerles chofes
lesplus deffectueuses par des apantages
qui accompagnent ses vices,
lors qu'elle ne peut les empescher
d'exister. Elle tire de l'utilité de
T'erreur qui cauſe tout l'éclat ,
toute la beauté de la verité. Elle
fait des choses irregulieres ,afin de
donner lieu au mouvement
نب
l'action des hommes qui font des
choses qui n'existeroientpoint si elle
n'avoit laiße rien à faire. Ellera
introduit lafaim qui nous paroist un
defaut ou un mal. Cependant ce
n'en est pas un , puiſqueſans la faim
nous n'avonspas le plaisirdu goust ,
nous ne trouvons rien de bon.
Elle adonné latriſteſſe & le chagrin
, mais elle repare ce mal par
une justice admirable inconnuë
aux hommes , en distribuant à
chacun autant de joye qu'il a eu de
chagrin ,& autant de plaisir qu el.
66 MERCURE
le a permis que l'on ait fouffert de
peine,Elle a mis lafroideur comme
une chose incommode & nuiſible.
Cependant elle est tres utile ,
auſſi neceffaire que le chaud , puis
qu'elle le modere , car s'iln'y avoit
point d'Hiver , mais un Esté con.
tinuel , laterreferoit bien toftfeche,
aride brulée , sibien qu'elle ne
produiroit rien. Elle fait auſſi profit
duVuide ,puisqu'ellefait qu'il doit
estreneceffrirement l'excés de blan...
cheur qui produit la lumiere qui
nous fait vivre,puis quefon extrême
fimplicité&legereté , luy cause
un mouvement violent , qui fait
naiſire la chaleur , laquelle fait
naiſtre toutes choses enfaisant renaistre
le Printemps.
Si les coeurstendres trouvent
de la douceur à aimer , il arrive
rarement que cette douceur ne
foit pas ſuivie de quelqueamerGALANT.
67
tume , ſoit par les obſtacles que
les Amans trouvent à leur paffion
, ſoit par l'infidelité quieft
preſque toûjours inevitable , fitoſt
que le temps commence à
rallentir leur premiere ardeur.
Une jeune Demoiselle, confiderable
par les agrémens de ſa perfonne,&
par fon eſprit,& d'une
naiſſance affez diftinguée pour
autorifer les ſentimens de fierté
qui luy estoient naturels,menoit
une vie tranquille auprés d'une
Mere , qui voyoit avec plaiſir
l'heureux penchant qu'elle avoit
pour la Vertu. La Coqueterie
eſtoit ſon averfion ,& loin de
chercher à s'attirer des Adorateurs
par des complaiſances qui
ne fuffent pas tout à fait dans
l'ordre ; la lecture & les ouvrages
auſquels les Filles ont accoutumé
de s'occuper , étoient ſes
68 MERCURE
1
plus ordinaires divertiſſemens.
Quoy que ſa conduite fuſt fort
reguliere , & accompagnée d'une
tres- grande referve , ſes manieres
engageantes & honneſtes
n'avoient pas laiſfé de luy donner
une Amie d'un caractere entierement
oppoſé , à qui elle faifoit
ſouvent des reproches de ce
qu'elle mettoit tous ſes ſoins à
plaire , fans fonger à autre choſe
qu'à des parties de plaifir , & à
mandier en quelque forte les
douceurs qu'on luy diſoit. Elle
diſoit meſme quelquefois qu'elle
ne comprenoit pas comment il
s'eſtoit formé de l'intelligence
entre-elles , puis que leurs humeurs
avoient ſi peu de rapport,
mais l'efprit de cette Amie eſtoit
tellement infinuant, & l'enjoüemet
qu'elle avoit furtouteschoſes
la faifoit toûjours trouver
GALANT.
69
d'une converſation ſi agreable ,
que la Mere meſme,toute ferieuſe
qu'elle eſtoit , ne pouvoit ſe
paſſer d'elle. Il n'eſtoit pas pour.
tant aiſé de l'avoir auſſi ſouvent
qu'elles l'auroient ſouhaitté , à
cauſe que cherchant à ſe divertir
par tout , elle ſe laiſſoit entraîner
par les plaiſirs. Tandis qu'elle
s'y donnoit entierement , la
Demoiſeſle demeuroit en ſolitude
, ne voyant preſque perfonne
, à l'exception d'un Cavalier ,
quidepuis trois ans avoit un ap.
partementdans la maiſon où elle
logeoit. C'eſtoit un homme qui
ſe piquoit de naiſſance , & qui
n'eſtantpas mal fait , prefumoir
beaucoup de fon merite. Ildebi.
toit affez bien les chofes , & fon
entretien n'eſtoit pas defagrea
ble.Comme la maiſon leur étoit
commune, il ne faut pas s'éton-
4
70 MERCURE
ner ſi le Voiſinage luy facilita
un fort grand accés chez la De.
moiſelle. Il la voyoit tres-fouvent,
& la Mere auroit eu mauvaiſe
grace de refufer ſes viſites,
qui quoy que frequentes, étoient
tres -refpectueuſes , & ne pouvoient
donner à parler, puiſque
c'eſtoit un commerce ignoré de
tout le monde. Sa Fille ayant
beaucoup de merite , & une figure
des plus avenantes , elle ſe
flata que le Cavalier en deviendroit
amoureux . Ils avoient le
temps de ſe connoiſtre l'un l'autre
, & c'eſt ainſi que ſe font la
plupart des Mariages. En effet,
le Cavalier s'accouſtumoit peu
à peu à dire à la Demoiselle
qu'on ne pouvoit la voir fans
l'aimer , & fi la Demoiselle ne
répondoit rien qui luy marquaſt
qu'il pourroit toucher ſon coeur,
GALANT.
71
I au moins luy faifoit elle paroiftre
que ſes viſites luy faifoient
plaifir. Les choſes n'avoient pas
encore eſté plus avant , lorſque
la Mere voulant ſe loger plus
commodementchangea de quar.
tier ,& choiſit une maiſon dans
un autre qui estoit fort éloigné
de celuy qu'elle quittoit .Ce chagement
chagrina le Cavalier
qui ſe voyoit par là privé du
plaiſir de voir à toute heure la
perfonne qu'il aimoit. Cepen
dant comme il ſe ſentoit touché
de ſes belles qualitez , il ne laiſſa
pas de luy rendre encore de tresfrequentes
viſites. La Mereſouffrit
les premieres , avec le même
agrément qu'elle avoit fouffert
toutes les autres,mais voyat
qu'il continuoit ſes empreſſemens,
elle eut enfinun entretien
particulier avec luy ,& luy ayant
72
MERCURE
dit que ſes aſliduitez , qui n'é .
toient pas remarquées lors qu'ils
demeuroient dans une meſme
maiſon , pouvoient alors donner
ſujet de parler audeſavantagede
ſa Fille , elle le pria de s'expliquer
fur les ſentimens qu'il avoit
pour elle. Le Cavalier ne balança
point à luy répondre ,qu'aïant
connu dans ſa Fille tout ce qui
pouvoit luy attirer la parfaite
eſtime du plus honneſte homme
, il ne s'eſtoit fait un plaifir
de luy donner tous ſes ſoins que
dans le deſſein de l'épouſer , mais
qu'il dépendoit d'une Mere imperieuſe
, qui ayant beaucoup
de bien , pourroit luy en faire
perdre la plus confiderable partie
, s'il faiſoit ce Mariage ſans
avoir eû fon confentement;qu'il
avoit déja mis en uſage differens
moyens pour tâcher de l'obtenir ,
&
GALANT .
73
& qu'auffi-toſt qu'il auroit pû
* gagner fon eſprit , il luy feroit
voir qu'il ne pouvoit eſtre heureux
que par l'honneur de fon
alliance . La Mere ne l'ayant pû
obliger à ſe déclarer plus préciſement
, l'affeura que quandil
ſe verroit en eſtat de diſpoſerde
luy- meſme , il feroit toujours
écouté avec plaiſir , mais comme
elle n'aimoit pas les mauvais
contes , elle le pria de ne
plus venir chez elle qu'une fois
en quinze jours , & cela fut dit
d'une maniere fi abſoluë , que le
Cavalier ne douta point qu'il ne
fuſt tres- mal receu s'il en vouloit
ufer autrement. Ilſe plaignit
à la Belle des defenfes rigoureuſes
de fa Mere , & la Belle luy répondit
un peu fierement , quoy
qu'avec beaucoup d'honneſteté,
que s'il l'aimoit veritablement ,
Ctob . 1693 . D
74
MERCURE
il prendroit des meſures affez
promptes , pour ne laiffer pas
durer long temps le chagrinqu'il
luy marquoit d'eſtre obligé de
diminuer le nombre de ſes viſites ,
que l'intereſt de ſa gloire devoit
l'emporter ſur toutes chofes , &
valoit bien qu'il ſe contraigniſt
juſqu'à ce qu'il fuſt en pouvoir
de luyprouverqu'il n'avoit pour
elle que des veuës tres - legitimes.
Le Cavalier pria de nouveau
, & ce qu'il vouloit ne luy
fut point accordé. On ne luy
permit que trois viſites par mois,
&il s'en écoula deux de cette
forte . La Belle qui ne s'eſtoit pas
affez connuë juſque là , ſentit
qu'il luy manquoit quelque choſe
poureſtre contente. Elle examina
fon coeur ſerieuſement , &
aprés pluſieurs reflexions ,quoy
que ſa fierté s'efforçaſt de rejet .
GALANT.
75
rer ce qu'elles luy apprenoient ,
elleneput ſe cacher que l'amour
du Cavalieravoit fait ſur elle des
impreſſions plus fortes qu'elle
n'avoit cru . Les reproches qu'elle
ſe fit là deſſus à elle-meſme ,
&l'impuiſſance où elle ſe trouva
de s'en détacher affez pour le
pouvoir perdre , ſans qu'elle en
ſouffriſt , la firent tomber dans
un chagrin qui parut aux yeux
de fon Amie. Elle s'obſtina en
vain à luy vouloir faire croire
qu'elle eſtoit toûjours dans la
meſme ſituation d'eſprit. Cette
Amie qui avoit de fort bons
yeux , tourna fi habilement ſes
conjectures , qu'en gardant toûjours
ſon enjouëment ordinaire,
elle luy fit enfin avoüer que la
folitude eſtoit trop forte pour
elle depuis que ſa Mere avoit
éloigné le Cavalier. Elle n'eut
D 2
76 MERCURE
pas ſi toſt découvert le mal , qu'-
elle fongea au remede. Elle fit
voir à la Belle , que puiſque le
Cavalier avoit des intentions
tres - legitimes , & que ſes chagrins
luy faifoient ſentir les favorablesdiſpoſitions
qu'elle avoit
pour luy , c'eſtoit ſe rendre ennemie
de fon bonheur , que de ſe
priverdu plaifir ſenſible qu'elle
trouvoit à le voir ; qu'il ne falloit
pasaller contre l'ordre de ſa Mere
, qui mal à propos s'eſtoit fait
unpoint d'honneur de n'en plus
fouffrir de viſites affiduës , mais
qu'elle pouvoit venir fort fouvent
chez elle , où elle eſtoit
ſeure que le Cavalier ſetrouveroit
toutes les fois qu'elle voudroit
bien qu'on l'avertiſt . La
Belle parut d'abord effrayée de
la propoſition , mais fon Amie la
-traitant de prude àcontre temps
GALANT .
77
luy leva fi bien tous ſes ſcrupules
, que s'eſtantlaiſſe perfuader,
elle confentit aux rendez vous .
Ce fut pour le Cavalier unejoye
inconcevable. L'air de miſtere
qui entroit dans toutes leurs entreveues
, eſtoit un doux affaiſonnement
, qui en augmentoit
le prix. Il l'affura mille fois qu'il
viendroit à boutde cette Mere
facheuſe , qui luy vouloit choiſir
une Femme , & comme il avoit
une veritable eſtime pour la Demoiſelle
, il faisoit paroiſtre une
veritable paffion . Cependant les
choſes demeuroient toujours
dans le meſme eſtat. Ils ſe voyoient
fort ſouvent , fans que
l'un ny l'autre en fuſt plus heureux.
Le Cavalier ne furmontoit
point l'obstacle qui l'arreſtoir ,
& la Belle qui estoit trop fiere
pour ſe laiſſer ſeduire par fon
D 3
78 MERCURE
amour, continuoitde vivre avec
luy dans une reſerve qui luy
défendoit toute forte d'efperance
, s'il n'obtenoit pas le conſentement
dont il ſe flatoit. Malheureuſement
pour cette aimableperfonne
, ſon Amie , chez
qui ſe donnoient ces rendezvous,
ne put ſe contraindre plus
longtemps , & s'abandonna à
ſon caractere , qui estoit d'enlever
tous les Amans qu'elle vo .
yoit jour à s'approprier . Latrop
auſtere vertu de la Demoiselle
donna ſouvent lieu au Cavalier
de s'en plaindre , & l'Amie ne
trouva point de meilleur moyen
de l'en conſoler , qu'en luy faifant
voir qu'il trouveroit mieux
ſon compte avec elle . Le Cavalier
fut aſſez content de ne luy
pas voir de ſi ſeveres ſcrupules,
&les petites avances qui luy
GALANT. 79
furent faites , l'eurent bien- toft
engagé à tourner ſes voeux de
ce coſté- là. L'Amie les recent
agreablement , & il ne luy rendit
pas de bien longs ſervices ,
ſans eſtre recõpenſé.Sonenjoûment
eſtoit un grand charme,&
vous jugez bien qu'ayant commencé
à vouloir plaire , elle ne
manqua pas de le redoubler. La
nouvelle paſſion qu'elle alluma
dans le coeur du Cavalier , ne
luy laiſſa preſque plus ſentir la
premiere ; la Belle le remarqua,
& ne ſcachant à quoy imputer
ce changement , elle repaſſoit
dans ſon eſprit toutes ſes manieres
pour voir s'il avoit ſujet
d'en eſtre choqué. Elle conſulta
ſa fauſſe Amie , qui luy avoüa
qu'elle s'eſtoit apperçuë depuis
long temps de fon refroidiffe
ment , ſans avoir voulu luy en
D 4
.80 MERCVRE
age
rien dire .Elle ajoûta que c'eſtoit
l'ordinaire procedé des hommes
; qu'ils ſe dégoûtoient ,
ou par les faveurs , s'ils pouvoient
en obtenir , ou par le
refus qu'on leur en faiſoit; que
puis que le Cavalier ne luy parloit
plus de mariage , il eſtoic
aiſé de voir qu'il ne fongeoit
qu'à ſe dégager , que ſi elle
croyoit fon conſeil , comme ſa
fierté le demandoit , elle rom .
proit avec luy fans attendre
qu'elle en fuſt abandonnée ;
qu'il y alloit de ſa gloire de le
prévenir , n'y ayantaucun fojet
de douter qu'il ne trouvaſtbien
toſt des prétextes pour ne la plus
voir. LaBelle croyant fon Amie
entierementincapable de ſe détacher
de ſes intereſts , & animée
par toutes les choſes qu'elle
luy diſoit , fit des reproches
GALAN Τ. 81
au Cavalier , ſur leſquels il prit
peu de ſoin de la fatisfaire . Ce
futalf z pour luy faire voir qu'-
elle n'avoit plus qu'un pouvoir
bien foible ſur ſon coeur. Cependant
comme il n'ya que le temps
qui nous falle vaincre une forte
paſſion , elle ne put tout d'un
coupſe refoudre à la rupture ;
mais quelle fut ſa ſurpriſe,quand
lajaloufie luy faiſant examiner
juſques aux moindres regards
de fon infidelle Amant , elle découvrit
qu'ill'abandonnoit pout
ſa fauſſe Amie Elle eut la force
de diffimuler , & eſtant un jour
venue chez elle deux heures
p'ûtoſt qu'à l'ordinaire , elle l'y
trouva déja arrivé , & tousles
deux dans un embarras , quiluy
diſoit plus qu'elle ne vouloit
ſçavoir. Elle commença alors à
ſe ſervir d'eſpions , & elle apprit,
DS
82 MERCURE
non ſeulement qu'il venoit toujours
au rendez- vous longtemps
avant elle , mais qu'il ne manquoit
jamais à rentrer chez ſon
Amie , aprés qu'elles s'eſtoient
ſeparées. La lâcheté de l'un &
de l'autre contribua plus à la
guerir , que tout l'effort qu'elle
auroit pu faire pour obtenir ce
triomphe. Il luy parut qu'il
falloit manquer de coeur pour
aimer une perſonne qu'il devoit
croire indigne delluy puis qu'elle
avoit la baſſeſſe de la trahir
&d'abuſer de ſa confiance , &
cela luy donna tant de mépris
pour le Cavalier , que quand il
auroit voulu revenir à elle , ce
qu'elle- devoit à ſa gloire'n'auroit
pas permis qu'elle luy cuſt
pardonné. Ainſi elle luy marqua
une heure pour ledernier
rendez vous qu'elle vouloitluy
GALANT
83
donner , & dedaignant de luy
reprocher ſa perfidie , elle ſe
contentade luy dire qu'elle l'avoit
appellé pour luy déclarer
qu'il ne falloit plus qu'il ſe contraignît
, qu'elle eſtoit trop
éclairée pour n'avoir pas veu
qu'il avoit le coeur touché pour
fon Amie ; qu'il pouvoit continuer
cet attachement , fans
apprehender qu'elle y apportaſt
jamais aucun obſtacle , & qu'elle
luy diſoit adieu pour jamais,
pleinement vangée de ſon inconſtance
, puis qu'il la quittoit
pourune perſonne dont le
temps luy découvriroit le vray
merite. Elle fortit ſans leur rien
dire de plus , & ils la laiſſerent
aller l'un & l'autre fort fatisfaits
de ſe voirdans l'entiere liberté
de s'abandonner à leur paſſion.
La fauſſe Amie ne laiſſa pas de
D6
84 MERCURE
ſe ſentir vivement bleſſée du
mépris que la Belle luy avoit
marqué par ſes dernieres paroles
, & pour s'en vanger , elle
inventa les chofes les plus fâ.
cheuſes qu'elle luy fit dire de
pluſieurs perſonnes , qui metitoient
qu'on les épargnaſt . Les
Parties intereſſées s'en plaignirent
à la Belle , quiétant bien
fortepar ſon innocence, ne manqua
pas de rejetter hautement
la calomnie ſur celle qui l'avoit
faite , & cette malicieuſe perfonne
, cherchant à mettre le
Cavalier hors d'eſtat de renoüer
jamais avec elle , aſſeura avec
une effronterie qui ne ſe peut
concevoir , qu'elle avoit fait
devant luy les mediſances dont
on ſe plaignoit. Le Cavalier
bien aiſe de plaire àſa nouvelle
Maiſtreſſe , parla le meſmelanGALANT.
85
gage , & la Belle outrée d'une
tellelâcheté ; l'ayant rencontré
un jour dans une maiſon où
élle alla , luy demanda en preſenced'une
grande Compagnie,
s'il eſtoit vray qu'il luy cult
entendu dire les choses qui fe
debitoient contre-elle. Il eut la
baſſeſſe de le ſouſtenir , & la
Belle,que l'intereſt de la verité,
& le ſouvenir de fa trahifon
portoient à ne pas fouffrir l'iniure
qu'il luy oſoit faire ,la repouſſa
par un dementy qui fut
accompagné d'un Souflet qu'elle
luy donna de toute ſa force .
Le Cavalier demeura ſi interdit
d'un emportement ſi pou attendu
, que tandis qu'il s'occupoit
à ſonger de quelle maniere
il s'en vangeroit , elle eut le
temps de jetter la main fur fon
Epée qu'elle luy oſta. Tous ceux
86 MERCVRE
qui estoient preſens l'environnerent
, dans la crainte qu'elle
ne vouluſt aller au delà du ſouffletdonné
. Le Cavalier revenu
de fon étourdiſſement , ditqu'il
n'ignoroit pas comment on devoit
agir avec une Femme , &
demanda ſon épée. La Belle luy
répondit' fierement qu'il eſtoit
vaincu , puis qu'il s'eſtoit laiſſé
defarmer , & que les Vaincus
eſtant obligez de demander la
vie aux Vainqueurs , elle ne
fe deſſaiſiroit jamais de cette
marque de ſa Victoire , qu'ik
n'euſt declaré que tout ce qu'il
avoit dit d'elle estoit une Calomnie.
On diſputa fort longtemps
ſur cet accommodement,
& enfin , commeil devoit eſtre
forthonteux au Cavalier, qu'on
publiaſt dans le monde qu'il
euſt laiſſe ſon Epée entre les
GALANT. 87
mains d'une Femme, il ſe reſolut
à faire une partie de la fatisfaction
qu'elle demandoit. La
fauſſe Amie , qui n'eſt point
encore revenuë de la Campagne
où elle eſt depuis un mois
y a receu la nouvelle de cette
avanture , & on tient qu'elle
fulminede la bonne forte contre
la conduite du Cavalier , quia
donné tant d'avantage ſur luy à
fa Rivale. Cela produira peuteſtre
encore quelque Scene ,
dontj'auray ſoin de vous faire
part.
Les matieres curieuſes ont
toujours l'avantage de vous
plaire,& je eroy qu'iln'y a rien
deplus curieux que ce que
vous allez lire . Ce font des
Remarques de Mr Poupart.
88 MERCURE
ANALYSE .
Des Cornes du Limaçon de
jardin , avec la raiſon méchanique
de leur mouvement.
1Ln'y a rien deplus connuque
l'exterieurdes cornes du Limaçon.
Elles attirent lesregards des Curieux,
ellesfont le divertiſſement des Enfans
, elles ont merité les reflexions
des Sçavans . On connoist d'uneseule
veuë que cet animal a quatre cornes
chaperonnées , unetache à leur extremité,
une ligne noire tout au long
de leur cavité , unrentrement de dehors
en dedans , de dedans endehors,
comme celuy d'un bas deſove
qu'une main tire par dedans , ore -
pouffe en debors . L'Analyseque j'en
GALAN T. 89
ay faite m'apprend que cette ligne
noire qu'on voit à lafaveur de cette
transparence , est un petit muscle en-
-velopé dans sa tunique , fortement
attaché au sommet de la corne , tout
au long de laquelle il regne à fon
aiſe,ſans contrainte ,Sans attache ,
continuë sa route par le coljufqu'
au milieu desa buse , qu'il aban
donnepour entrer dans la coquille , à
laquelle ils'attache vers lespremieres
volutes de laſpirale.
Ceft ce muscle qui tire la corne du
Limaçon en dedans avec tant de
viſteſſe , qui la fait badiner , foüeter
, ſonder en haut , enbas , à droit,
à gauche avec tant devivacité; car
ſil'on emporte l'extremitédu muscle
, il ſe retire de la corne avec une
viſteſſe extraordinaire , il n'y paroist
plus. La corne demeure lâche , languiffante
, oi five. On ne la voit plus
dans cette belle & vive activité ,
! MERCURE
१०
quoy qu'elle ait encore quelque mou .
vement parsa vertu musculeuse. La
petite tachequ'on voit ausommetde
la corne , n'est qu un peloton , un
lacis , un entortillement de l'extremité
des fibres du muscle. En voicy
la preuve. Si l'on débaraſſe adroitement
le muscledeſa tunique , onvoit
la continuité du muscle avec le corpufcule
noir. Si fans détacher lepe-
Lotonon le metfur longle ,& qu'on
lefrotte doucement avec le doigt, il
sefait un developement de ce petit
lecis. Si on touche à la corne , fon
enfoncement commence toujours par
ce petitpoint noir. Si on le lieparſa
baze iln'y a que cette tache qu'on
voit àson aiſe enfoncée , ridée qui
faffe effort . Ceglobule n'est donc que
l'extremité des fibres du muscle ; car
de croire avec le curieux Lifter , de
l'Academie Royale des Sciencesde
Londres, que ce corpuscule noir foit
GALANT.
91
l'oeil de l'animal , je nesçauroismy
refoudre . Quelque objetqu'onluy pre-
Senteſans le toucher , il ne donne aucune
marque qu'il l'apperçoive.
Cen'est pas une merveille de voir
un organe s' acquitter deſesfonctions ,
lorsqu'il eſtarmé de tousſes muscles,
mais de levoir privé de cesecours ,
obeir auxordres de l'animal, c'est
un paradoxe pour tous les Anatomi-
Stes.
Obelle Nature ,que d économie dans
vostre gouvernement ! Que defagefſedans
toutes vos actions ! Que de
grandeur dans vos moindres productions
! Cette admirable Artiſanne
quiſe plaiſt àvarierſes Ouvrages,
qui peut estre en cette occafion , n'a
pû commodement mettre en usage la
regle generale des muscles pour faire
mouvoir de dedans endehors les quatreſenſibles
bâtons dont elle a pourveu
fon petit aveugle , a eu recours à une
92 MERCURE
Machine hydraulique . Les cornes du
Limaçon enfont lespompes,fabouche
ſes levres les pistons qui refoulent
l'eau dansses canaux par quatre ouverturesſenſibles
qu'ils ontsous la levrefuperieure.
Cestpar ce refoulement
d eau que lescornes du Limaçon
ont lancées en dehors avec tant de
biteſſe, aprés que lepetit muscle les
a retirées en dedans. Les experiences
qui ſuivent vont démontrer cette verité.
Iay coupé lemoinsque j'ay pû dune
corne parson extremité , elles eft
vuidée dequatitéd'eau à cause de la
grande contraction &du rentrement
quel'animalfaisoit dansſa coquille.
Quelque temps aprésla corne aparu,
s'estremplie d'eau, parce que l'ouverture
estoit ſi petite , que l'animal
en pompoit davantagequ'iln'en perdoit.
Ie l'ay comprimée entre les
doigts ; cette compreßion aproduit
7
GALANT .
93
un grandjet d'eau bleuastre , limpide
transparente, qui n'avoit rien d'analogue
avec cette liqueur gluante
qui ſort de l'animal quand ilsecontracte.
I'ay fait une ouverture longi
tudinale au milieu d'une autre corne
, l'eau en est toutefortie , la corne
Se renfla mollement , tomboit en
bas , l'animal fourniſſant un peuplus
d'eau qu'il ne s'en écouloitpar l'ou.
verture.Enfin j'ay fait unegrade in.
ciſion dans la baze d une corneſaine
Elle s'est defemplie , na plus
paru , parcequ'ilse perdoit autant
d'eau par l'ouverture que la pompe
enfourniff it.Pour ce qui est d'unpe
tit chapiteau qu'on voit à l extremi .
té de la corn' , ce n'est qu'une dila-
- tation de la peau , que l'eau fait
bourſoufler par son refoulement. Il
faut de la patience & de l'exactitude
pour faire ces experiences. Ie
nedejefperepas que cette ingenieuse
94
MERCURE
pompe neſerve de principepour ren .
dre raison de plusieurs mouvemens
qu'on attribuë peut -eftre trop legerement
à laction des muscles.
,
Je vous envoye des Vers de
Madame des Houlieres &
non ſeulement ce ſontdes Vers
dignes d'elle , ce qui doit vous
en donner la plus grande idée ,
mais vous les admirerez d'autant
plus ,que quoy qu'ils foient
faits ſur une matiere qui ſemble
ſterile , elle y a meflé les
penſées du monde les plus agreables
, & en fortgrand nombre
; mais que ne peut pas un
genie auſſi élevé & auſſi beau
que le fien ! Elle ſe plaignoit du
mauvais Vin de l'année derniere
, & Mr Arnaud , Fermier
General , toujours genereux
pour ſes Amis ,& ne negligeant
GALANT.
95
aucune occaſion de les obliger,
luy en envoya un muidavec du
Caffé. C'eſt pour l'en remercier
que. Madame des Houlieres a
faitles Vers que vous allez lire.
EPISTRE .
APrésque tous les Elemens ,
Par d'horribles dereglemens ,
Nous ontfait une longue guerre,
Lors qu'ilsemble que le Soleil
N'estplus amoureux de laTerre
Parquelcharme ay-je à mon reveil
Vne piece de Vin pareil
Au précieux Nectar du Maistre du
Tonnerre ?
Quel genereux Mortel peut avoir
pris cefoin ,
Dont nos modernes Esculapes
S'aviſent de trouver que j'aytant de
besoin ,
96 MERCURE
Quand on n'a tiréde nos grapes
Qu'un Vin , qui froid &vert du
Verjus n'est pas loin ?
Ce nepeut estre que Timandre ;
A ce goust de n'épargner rien
Quand on trouve un service à
rendre ,
Et defaire toujours du bien ,
On ne sçauroit pas se méprendre ;
Peu de coeurs là deſſusſontfaitscommelefien.
Ouy , Timandre , c'est vous , &de
lillustre Race.
Dont le Ciel vous a fait fortir ,
Vous ſuivezpas à pas la glorieuse
trace.
On ne voit rien en vous qui puiſſe
démentir
La pieté,la noble audace ,
Lagenerosité l'éclat
Deces Arcs boutans de l'Etat ,
Ny de ces Heros de la Grace ; 1
Qui
GALANT.
97
Qui pour les Concerts du Parnasse
Eurent toujours un goust si fin,
fidelicat.
C eft ace doux panchant qu'ils ont cu
pourles Muſes ,
Qui d'euxa passé jusqu'àvous ,
Queje dois l'amitié quise forme
entre nous ,
Et qui vous fait chercher tant d'agreablesruses
,
Pour faire que chez moy l'on trouve
tous les jours
DeCaffe,de liqueurs unepleineabondance;
Et de ce vin dont l'excellence,
Pourmaſanté , dit-on , Sera d'un
grand fecours .
Quoy que I Hiſtoire en puiffe dire,
Le vin qui jadis dans Tibur
D'Horace égayoit la Satyre ,
Le vin qu'Anacreon celebroitſurſa
Lyre ,
Oct. 1693 . E
&
98 MERCURE
NOATE
Nestoit ny si beau, nyfi pur.
A des rubis fondus fa coulear est
Semblable ,
Iltient ce que promet Sa brillante
couleur:
Vne utile douce chaleur
Fait qu'onpenſe aufortirdetable,
Avoirpris de cet Orpotable ,
Qui triomphe des ans , qui chaſſe la
douleur
Qui fait tout , qui par malbeur
N'a jamais eftéqu'uneFable,
Cependant quelque precieux.
Quefoit un tel breuvage ,unzele
ardent tendre
Tour le Tublic lefait répandre ,
Quand LOVIS est victorieux.
Les muids font défoncez dans les
brillantes Festes,
pour luy l'on rend grace aux
BEQUE DALA
GALANTE LYO
Et tandis que le bruit deses grandes
conquestes ,
Troubleſes Ennemis defa gloire envieux
,
Vostre excellent vin dans ces lieux
Trouble un nombre infini de teftes.
Qui l'auroit pupenfer : moy ,qui dés
le berceau
Suis en habitude de boire
Avec les Filles de Memoire ,
Et dem'enyvrerde cette cau,
Qui des tenebres du tombeau
Ale don de fauver la gloire ,...
Enfin , moy , quijusqu'aujourd'huy
N'avois avec Bacchus presque point
decommerce ,
I'ay fait connoiffance avec luy.
Heureuse fi ce Dieu peut dißiper
l'ennuy
Du mauditfort qui me traverſe ,
Et d'unesantéfoible eftre leferme
appuy.
E 2
100 MERCURE
1
Quand jeSongepourtant enperſonne
Sensée
Avostrepresent merveilleux ,
Anevous rien cacher, il me vient
en pensée
Qu'ilpeut , tout beau qu'il est , estre
un peudangereux .
On ne pourroit pas mieux s'yprendre
Pourfaire une galante & douce trahifon.
Quelqueforce qu'ait la raison ,
Helas , contre le Vin peut- elle fe
défendre ?
Non, Souvent l'Amourmeflepour
nous surprendre,
Dans le vinsonsubtil poison ;
Maispar bonheurpour moy , Timandre
,
Vous eſtes plusſage que tendre ,
Et dailleurs , jesuis loin de la belle
Saiſon ,
GALANT. ΙΟΙ
Cù les piegesfont bons à tendre.
La Place d'Auditeur de Rote
eſtant demeurée vacante par la
nomination de Mr l'Abbé
d'Ervault à l'Evêché de Condon
, le Roy a jugé qu'elle ne
pouvoit eſtre mieux remplie
que par Mr l'Abbé de Noirmonſtier.
C'eſt un avantage
qu'il ne doit , ny à la grandeur
de ſaMaiſon,illustre par ſon an -
cienne origine , ( vous ſçavez
que cette Maiſon eſt celle de la
Trimouille ) , & encore plus
illuſtre par les ſervices rendus
àl'Etat, qui luy ont faitmeriter
les plus grands Emplois , les
Charges les plus confiderables ,
& les Dignitez les plus diſtinguées
, ny à l'alliance de Mrle
Duc de Bracciano , Chefde la
Maiſon des Urſips , dont il eſt
E 3
102 MERCURE
Beaufrere , ny à cellede Mr le
Duc Lenti , Prince de Belmont,
qui a épousé Mademoiselle de
Noirmonſtier , Cadette de
Madame la Ducheſſe de Bracciano
, il ne le doit qu'à ſon ſeul
merite , s'eſtant monſtre digne
de tout à Rome où il a eſté
long temps. Il eſt. Docteur en
Theologie de la FacultédeParis
& a paru ſur les bancs comme
un homme qui auroit attendu
ſa fortune de la doctrine qu'il y
auroit fait paroiſtre. Il a gouverné
le Dioceze de Laon en
qualité de Vicaire General
avec toute l'application que
peut demander une fonction
ſi importante. Je ne vous dis
riende fon eſprit , ill'a aisé , &
une fineſſe de goût qui paroiſt
en toutes choses .
Ie vous fais plaifir ſans douGALANT.
103
te , à vous qui aimez à reflechir
fur vous mesme , en vous ap
prenant qu'on a fait unenouvelle
Edition des Reflexions fur les
Defauts d'Autruy de Mr l'Abbé
de Villiers , & qu'il l'a augmenséed'une
ſeconde partie. Quoy
que cet Ouvrage ne ſoit qu'un
amuſement par lequel il ſe délaſ
ſe d'un travail plus ferieux , on
nelaiſſe pas d'y rencontrer tout
ce qui peut le rendre agréable
& instructif. On y remarque
furtout le caractere d'un parfaitement
honneſte homme
quipropoſe ſes pensées ſansenteſtement
, & fans partialité
choſe rare dans les Auteurs des
Livres de Critique.
د
2
2.Il l'eſt beaucoup qu'à douze
anson puiſſe faire des Versauſſi
bien tournez que ceux que
vous allez lire. Cependant ils
E 4
104 MERCVRE
fontd'un Enfantde qualité qui
n'a que cetage ,& ont eſté faits
pour une petite perſonne qui
n'eſt de meſme que dans ſa dou.
zićme année.lls luy furentenvoyez
avecune Corbeille fort
galante remplie de tous les
fruits que l'Automne peut donner,
BOUQUET SANS FLEURS.
DAPHNIS.
Duis que Floren'a plus nyfes Lits
ny ſes Roses ,
Qu'elle a perdu ſes brillantes
couleurs ,
Quisçavent peindre aux yeux les
Sentimens des coeurs ,
Qu'efin elle afait place à de plus
belles choses ,
:
GALANT.
105
Toy ,dont les dons charment tout
l'Univers s
Deeffede l'Automne ,
Je t'invoque en ces Vers
Abondante Pomone ,
Aide-moy dans cejour
A marquer à Philis un innocent
amour.
POMONE.
Amarquer ton amourjeſeray tou
joursprefte.
Jesçay que de Philis c'est autourd'huy
la Feſte ;
Cette jeune Philis , dont la rendre
beauté
Par des charmes secrets tient ton
coeur enchanté.
Ouy,je connois , Daphnis, l'objetde
ta tendreffe ,
Maistreffe ,
£
J'ay vû dās mes jardins ton aimable
Flore dansfes beaux jours ne l'effaceroit
pas
1
E5
106 MERCVRE
Et la fiere Diane envieroitfes appas
DAPHN IS.
En vain , Pomone , en vain tu voudrois
nous décrive
Des charmes que l'on fent,& que
l'on nepeut dire ,
Laiſſelà ce dessein ,fais moy faire
un Bouquet.
POMONE.
Ouy je le veux , Daphnis. Pour
cet aimable objet ,
Queles Raisins , la Peſche ,& les
fruits queje donne ,
Prodiguez à l'envy forment une
Couronne
La Republiquedes Belles Lettres
vient de faire une perte
veritable , par la mort de Mrde
Vaumoriere. C'eſtoit un Gentilhomme
illuſtre par ſa naiffance,
&diftingué par un grand
nombre d'ouvrages eſtimez. Sa
C
GALANT. 107
moindre qualité eſtoit ſon bel
eſprit. Il brilloit par tout , mais
il eſtoit encore plus honneſte
hommequ'il n'eſtoit homme de
Lettres . Il avoit l'eſprit vif&
aifé , les ſentimens naturels &
nobles , les idées juſtes & diftinguées
, les expreſſions gayes
&hardies , les manieres douces
&engageantes ,le cocur au def
fus de ſon pouvoir&de ſon êtat,
genereux , empreſſé ,noble ,
prevenant,ne connoiſſantd'autre
intereſt que celuy de fes
amis , & d'autre plaifir que celuyd'en
faire. Il n'avoit rien à
luy , tous ceux qui le connoif
foient eſtantplus maîtresde ſon
bien que luy mefme. Il diſoit
toujours que l'argent& le coeur
ne fontbons que lors qu'on les
donne , à quoy il ajoûtoit que
c'eſtoit un moindre mal d'être
: E6
- 108 MERCURE
dupe que de craindre toujours
d'eſtre dupé, Dans un âge forc
avancé , il conſervoit tout le
feu d'une belle jeuneſſe. Il eſtoit
enjoüé & galant dans les ruelles
, modeſte avec les gens d'ef
prit , réjouifant& folide avec
lesjeunesgens , toujours poly ,
toujours agréable en toutes fortes
de ſocietez. Il portoit la joye
& le plaiſir avec luy. Sa ſeule
preſence avoit l'art de reveillerune
converſation aſſoupie; il
avoit & des idées & des termes
que perſonne ne pourroit prevoir
,& c'eſtoit toujours choſe
nouvelle. Comme jamais homme
n'a eſté plus generalement
approuvé , plus generalement
aimé , & plus generalemene
recherché , autli jamais homme
n'a eſté plus generalement regretté.
Sa maniere de vie eſtoit
1
GALANT. 109
commune ; la conduite égale
ſa morale douce , ſes reflexions
eſtoient utiles, Simple , familier
humain , ſage , complaiſant , éclairé
, il inſtruiſoit lors mê
me qu'il amuſoit davantage.Les
graces ornoiet tous ſes difcours
&la douceur de ſon naturel ſe
repandoit ſur ſes paroles. Ilparloit
bien , il écoutoit encore
mieux , & ſa complaiſance deterroit
ſouvent dans les gens ,
certain merite & certain tour
d'eſprit qu'ils ne ſe connoif
foient paseux mêmes. Le don de
converſation n'a jamais eſté prodigué
avec plus d'avantage par
la nature. Sa facilité étoit ſoûte .
nuë d'un fond qu'on ne trouve
guere. Il avoitune connoiffance
parfaite de l'antiquité. Il n'ya
pasunnom connu dans l'Hiſtoire,
fur lequel ilne ſcenſt undê
110 MERCVRE
tail curieux , & peu connu. II
ſçavoit mettre entre l'Hiſtoire
&la Fableunrapport vray-femblable
, qui perfuadoit agreable.
ment. Il eſtoit vif& précis dans
ſes narrations , ſurprenant dans
ſes peintures ,ſcavant dans ſes remarques
, ennemi des parenthefes
, enjoüé , naturel , éloquent,
&fuivi par tout . A
Ce font des reflexions faites
par tous ceux qui l'ont connu ,
&que feront toujours ceux qui
liront ſes Ouvrages. Le Scipion
qu'ilnousdonnadansſajeuneſſe,
& les cinq derniers Tomes de
Pharamond , font un Portrait
naturel & reſſemblant de ce genie
heureux qu'on luy a trouvé
le reſte de ſa vie. Il adonné au
Public un afſfez grand nombre
d'autres Ouvrages d'Hiſtoire &
de Galanterie ,où il s'eſt tou-
1
GALANT TIT
1
jours foutenu . On a lû avec plaifirDiane
de France , la Galanterie
des Anciens , Adelaïde de
Champagne , Agiatis , l'Art de
plaire dans la Conversation , &
deuxVolumes de Harangues fur
tous les genresd'Eloquence. On
trouve du tour & de l'art dans
tout ce qui vientde luy. Il s'expliquoit
fans peine , mais il penfoit
en homme qui fe plaiſoit à
écrire , c'eſt àdire , qu'ilne penfoit
guere pour luy feul. Il nous
a donné depuis peu de temps
deux Volumesde Lettres fur toutes
fortes de ſujets . Iladonné à
ces ſujets un ordre , & aux Lettres
des regles pour ce genre
d'écrire , Ouvrage utile hardy ,
neceſſaire , que perfonne n'avoit
entrepris , & qui manquoit à
noſtre Langue. Rien ne luy cou
toit que le choix destitres & des
112 MERCURE
matieres qu'il vouloit traiter,ſon
imagination estoit vaſte & fertile.
Il ſçavoit beaucoup , & fa
memoire fourniſſoit avec choix
& avec fidelité à toutes ſes idées .
Il reſte bien des choſes à dire de
fon eſprit & de ſa ſcience . Un
caractere auſſi heureux & autfi
riche voudroit être un peu plus
étendu. S'il faut parler de ce
qu'on appelle l'homme du monde,
on peut dire que jamais perfonne
n'a eu tantde talens , tant
de fortes d'eſprits , & tant de caracteres
differens . Il prenoit celuy
qu'il vouloit , & pafſoit de
l'un à l'autre ſans emprunter ces
tranſitions a dangereuſes en
mille gens de Lettres. C'eſtoitun
Protée qui donnoit à fon
eſprit mille formes differentes ,
& qui toujours le meſme le refſembloit
par tout , & n'eſtoit
<GALANT.
113
inégal fur rien. Il ſçavoit la pureté
& la fineſſe de noſtre Langue
, & il écrivoit avecune juſteſſe
& une facilité égale en
Profe & en Vers. De pareils
hommes devroient toujours vi
vre , fi la mort ne leur afſfuroit
une vie plus douce & plus tranquille.
La mort de M. de Vaumoriere
aeſté ſuivie de celle d'un homme
que tous les Sçavans doivent
regretter. Le fameux M. Comiers
, Docteur en Theologie,
fi connu dans toute l'Europe, &
dont les Etrangers ont recueilly
avec tant de ſoin tout ce que je
vousay envoyé de luy , foit dans
mes Lettres Ordinaires, foit dans
les Extraordinaires , a finy ſes
jours dans l'Hôpital Royaldes
Quinze- vingts , où il s'eſtoit re
tirédepuis qu'il avoit eſté affez
114 MERCURE
malheureux pour eſtre devenu
aveugle. La perte de ſa venë ne
l'empêchoit point de s'appliquer
encore à divers Ouvrages , &
tout ce qui regarde les Mathematiques
, la Medecine , & la
pluſpart des autres Sciences ,
eſtoittoujours ſi preſent à famemoire
, qu'il n'eſtoit point obligéde
ſe faire lire les Auteurs ,
pour en parler avec certitude.
Aufſi ſa profonde érudition luy
avoit elle fait acquerir l'eſtime
& la bienveillance de pluſieurs
perſonnes d'un rang diſtingué ,
qui par leurs foins & leurs libe .
ralitez contribuoient à le foulager
dans le triſte eſtat où il ſe
trouvoit. Il eſtoitd'un commerce
aifé &fort obligeant , & ceux
qui avoient beſoin de ſes lumieres
, ne les demandoient jamais
inutilement.
;
GALANT. 115
J'ay à vous parler d'un Ouvrage
nouveau de M. de Fer
intitulé la France Triomphante
Sous le regne de Loüis le Grand.
Quoy que je vous en puſſe di
re d'avantageux , il me feroit
extremement difficile de vous
en donner une Idée , qui puſt
vous le repreſenter tel qu'il eſt
fans vous en donner le détail.
CetOuvrage eſt une Carte qui
acing pieds de long & trois de
haut , & qui n'a pas moins
d'un pied de tous coſtez , fans
la Bordure , qui est compoſée,
de plus de deux cens Cartouches
remplis des Portraits de
nos Rois,tirez des Tombeaux ,
Medailles & autres Monumens
antiques . Chacun de ces Rois
eſt accompagné de deux ou trois
des principales actions de ſon
Regne en figures , dont les ha
116 MERCURE
billemens ſont contemporains ,
tres proprement deſſinez &
gravez , & tous differents. Les
deſcriptions qui ſont placées
dans d'autres Cartouches, font
connoiſtre le commencement
&la fin de leur Regne , leur âge,
&le lieu de leur ſepulture,avec
des lettres de Renvoy pour
trouver facilement 'ces actions
&le temps qu'elles ſe ſont pafſées.
Au haut eſt le Portrait du
Roy en Euſte, & celuy de Mon.
ſeigneuren Medaille , ainſi que
des trois Princes , & dans le
fond& fur le devant de ce Trophée
, lesactions Heroïques de
Sa Majesté pendant la Guerre
&pendant la Paix , font repreſentées
par des Baſtimens de
diverſe nature , par les Duels
deffendus , l'Hereſie chaffée ,
les Ecoles des Cadets établies ,
GALANT .
117
>
& c . Les Poftes & grandes Routes
font marquées d'un trait noir
dans la Carte , & le Cartouche
du Titre eſt compoſé des Armes
de toutes les Provinces qui
compoſent ce Royaume . Entrela
Carte & la Bordure on a
placé des Tables tres utiles
pour trouver en peu de temps
les Prerogatives dont elles font
honorées , comme Archevêché,
Eveché , Univerſité , Parlement ,
Chambre des Comptes , Cour
des Aides , Courdes Monnoyes,
Generalité, Election , Bailliage.
Cette Carte eſt la plus riche &
faite avec le plus de travail & de
dépenſe qu'il en ait paru jufqu'à
preſent, en forte qu'on peut
affeurer , qu'on trouveroit dif-
' ficilement aucun Ouvrage où il
y euſt plus d'imagination , qui
fiſt voir plus de parties differen
118 MERCURE
tes , & qui épargnaſt plus de recherches
à ceux qui ont beſoin:
demettre les chofes qui ſont contenuës
dans celuy-cy. Il a eſté
parfaitemet bien receu de toute
la Cour. Ceux de vos Amis qui
voudront l'avoir , le trouveront
chez l'Auteur dans l'Iſle du Palais
fur le Quay de l'Horloge , à
la Sphere Royale.
Jevous parlay amplementdans
ma Lettre du mois paſſé de la
mort de M. de Ratabon , Envoyé
extraordinaire de France àGennes.
Cette place a eſté remplie
par M. de Lucienne , Gentilhomme
Ordinaire de la Maifon
du Roy , qui avoit la meſme qualité
auprés de M. le Duc de Mantoüe.
Il joint beaucoup de fagef
ſe àbeaucoup d'eſprit. Ainſi ce
choix convient à cet Envoyé , &
àla Republique de Gennes. On
GALANT.
119
a nommé pour remplir la place
qu'il occupoit à la Cour deMantoüe.
M. du Pré , Reſident à
Strasbourg,avant que cettePlace
fuſt ſous l'obeiſſance du Roy , &
enfuite à Geneve . Il avoit eſté
nommé Envoyé auprés de l'Electeur
de Mayence , mais la
derniere Guere qui ſurvint peu
de temps aprés , empêcha qu'il
ne partiſt. Ces divers Emplois
vous font connoiſtre qu'on eſt
fatisfait de la maniere dont cet
Envoyé s'en aquité . Il eſt d'une
Famille toute pleined'eſprit.
Il y a preſentement un neuviéme
lieu vacant dans le Sacré
College , par la mort de M. le
Cardinal Chigi , arrivée à Rome
le 1 3. du mois paſſé. Il eſtoit
Neveu du Pape Alexandre VIII.
qui l'avoit envoyé en France en
qualité de Legat à Latere , aprés
120 MERCURE
Y
le Traité fait à Pize , pour la reparation
de l'attentat commisle
20. Aouſt 1662. par la Compagnie
des Corſes de la Garde
de ſa Sainteté, qui ſous pretexte.
que des Gentilshommes François
s'étoient refugiez dans le
Palais de M. le Duc de Crequi ,
Ambaſſadeur Extraordinaire du
Royà Rome , en vinrent Tambour
battant & Enſeignes déployées
inveſtir toutes les avenuës
, & poferent huit Corps
de Garde aux environs , pour
empeſcher qu'on n'en approchaft.
Mr le Duc de Crequi
ayant paru ſur un Balcon , afin
d'arreſter par ſa preſence l'infolence
de ces Corſes , ils tirerent
contre ſes Feneſtres &
ſur ſa perſonne , & ayant rencontré
Madame la Ducheffe de
Crequi qui revenoit de S.Cha ->
les de
GALANT. 121
de Gaſtinari dans ſon Carroſſe,
ils uferentde la meſine violence
contre elle ,juſque à tuer à coups
de Mouſquet un de ſes Pages
qui estoit à l'une des Portieres.
Mr de Crequi s'eſtant retiré en
France par l'ordre du Roy , Sa
Sainteté qui fut informée du
crime , nomma Mr Raſponi fon
Plenipotentiaire ,& Mr de Bourlemont
, Auditeur de Rote , le
fut de la partdu Roy , pour trai.
ter l'accommodement que ces
Miniſtres ſignerent à Pife , par
lequel il fut arreſté entre autres
chofes ,que toute la NationCorſe
ſeroit declarée incapable de
fervir jamais dans Rome , ny
dans tout l'Estat Eccleſiaſtique ,
&qu'on éleveroitune Pyramide
devant leur ancien Corps de
Garde , fur le Piedestal delaquelle
on graveroit une Inſcription
Octobre 1693 . F
122 MERCURE
, Latine contenant le Decret
rendu contre les Corſes , ce qui
fut executé , aprés quoy Mrle
Duc deCrequi retournaàRome
où il fut receu avec les plus ,
grands honneurs , & Mr le Cardinal
Chigi vint en France.Vous
fçavez, Madame, que Sa Majesté
extraordinairement fatisfaite
de ce qu'il luy dit de la part du
Pape , le traita avec une pompe
vraiment Royale , & luy fit donner
tous les divertiſſemens poffibles
. Il eſt mortaprés une longue
maladie en ſa ſoixante &
troifiéme année. Le 14.qui fuc
le lendemain du jour de fa mort
on porta fon Corps en l'Egliſe
deNoſtre Dame del Popolo , où
ceux de ſa Maiſon ont leur Sepulture.
Il a inſtitué par ſon
Testament Dom Agostino
Chigi fon Cousin , Heritier de
1
GALANT.
123
tous ſes biens meubles & immeubles
dans l'Estat Eccleſiaſti.
que , & a donné tous ceux qu'il
poſſedoit dans les Etats du
Grand Duc de Toscane , au
Marquis de Zandedara , fon
Beaufrere , & à ſes Enfans , àla
charge qu'ils quitteront leur
nom pour prendre celuy de
Chigi . Il a laiſſe en particulier à
Zandedara ſon Neveu , tous les
revenus qui estoient échus de
ſes Abbayes ,& qui montent à
prés de cent mille francs . U luy
alaiſſé auſſi un Servicede Vaifſelle
d'argent , obligeant ſes
Heritiers à luy fournir les meubles
qui luy pourront eſtre neceſſaire
pour meubler un Palais
dans Rome. Il faiſoittouslesans
de grandes aumônes aux Pauvres
, auſquels on diſtribuoit
par fon ordre des ſommes fort
E 2
124
MERCURE
confiderables. Il n'a pas oublié
les Cardinaux,Creatures d'Alexandre
VII. & en laiſſant un
Tableau au Pape , il leur en a
laiſſé auſſi un à Chacun,&d'autres
aux Cardinaux Mareſcotti,
Caſanata , Acciaioli ,Medici &
Aſtalli. La Maiſon de Chigi
dans la Toscane , commença à
eſtre élevée en la perſonne
d'Auguſtin Chigi , ſous Jule II.
qui ayant recõnu ſon integrité
au maniment des Finances de
l'Estat Ecclefiaſtique dans la
Charge de Treſorier General ,
l'adoptaluy & tous ſes Deſcendans
dans la Maiſon de la Rouere
, dont ils ont porté depuis
cetemps-là lesArmes écartelées
avec celles de leur Famille .
Ceux qui lay fuccederent
menerent pourtant une vie
privée pendant plus d'un fiecle
,
GALANT.
125
7 juſqu'à l'exaltation du Cardinal
Fabio Chigi , qui ayant eſté
placé dans la Chaire de St Pierre
, prit le Nom d'Alexandre
VII. Les Obſeques du Cardinal
Flavio Chigi ſon Neveu ,
qui vientde mourir furent faitesle
15. du dernier mois avec
beaucoup de magnificence. Je
ne vous puis dire preciſément
en quoy elle conſiſta , mais elle
ne fut pas beaucoup éloignée
des honneurs qu'on rend aux
Cardinaux qui meurent reveſtus
des quatre grandes
Charges & dignitez qui ſont attachées
à la Pourpre du Cardinalat
, ſçavoir au Doyen du
Sacré College, au Camerlingue
dela Sainte Eglife , au Vice-
Chancelier , & au grand Penitencier.
Voicy ce que l'on
obſerve quand on les enterre .
F
3
126 MERCURE
Les petits Enfans de l'Hôpital
de Sainte Marie de la Charité
, appellez communement
les Lettrez , qui ſont de pauvres
petits Enfanserrans , & abandonnez
de leur Pere & de leur
Mere , marchent les premiers
avec des robes & des chapeaux
gris , le premier tenant une
Croix de bois , & les autres
ayant chacun un cierge à la
main , & ils font ſuivis des petits
Enfans Orphelins del'Hô
pital de Sainte Marie in Acquavio
, avec des robes & des chapeaux
blancs , chacun un cierge
à la main. Les principales
Confrairies de la Ville vont enfuite
; fçavoir , les Freres ou
Confreres de l'Archiconfrairie
de l'Oraiſon , appellez autrementles
Freres de la Mort , veſtus
de ſacsde toile noire , avce
1
GALANT. 127
un Capuchon long & pointu
qui leur couvrele viſage , ayant
fur l'estomach une croix blanche
, une horloge de ſable , &
une teſte de mort Les Freres
de l'Archiconfrairie du Suffrage
, veſtus de ſacs de toile
blanche ,la teſte & le viſage
caché , un camail , une ceintu
& un chapeau noir , avec un
gros Chapelet à leur ceinture
Ils tiennent chacun un bourdon
noir , comme des Pelerins de la
Mort , qui vont prier pour le
ſoulagement des Ames du Purgatoire.
Les Freres de l'Archiconfrairie
des Agoniſans ,
veſtus de ſacs de toile blanche,
la teſte& le viſage couvertd'un
long capuchonblanc avec une
ceinture & un camail violet
Les Freres de l'Archiconfrairie
des Stigmates de S. François ,
F 4
1
128 MERCVRE
veſtus de ſacs de toile couleur
de cendre , avec un long capuchon
de meſme , qui leur
couvre auſſi la teſte & le viſage,
une groſſe corde pour ceinture,
où ſont paſſées une croix & des
patenoſtres , ayant les pieds
nuds dans leurs ſandales Les
Freres de l'Archiconfrairie de
Sainte Marie du Mont Carmel,
veſtus de ſacs tanez ou Minimes
, le viſage couvert d'un
capuchon de meſime étoffe ,
avec un camail blanc & une
ceinture noire. Les Freres de
l'Archiconfrairie dela Trinité,
nommée communement la Confrairie
des Pelerins & des Convalefcens
, veſtus de ſacs de
toile rouge , le viſage découvert
, un capuchon renversé
derrierele dos , un chapeau fur
la teſte avec une Figure de la
GALANT. 129
Sainte Trinité fur feſtomach.
Une partie des Freres del'Archiconfrairie
du Confalon
veſtus de ſacs blancs , le viſafage
couvert d'un long capuchon
, avec une croix , un
Chapelet& une diſcipline, tout
cela paſſé dans la ceinture. Il
faut vous dire dans quel ordre
va chacune de ces Confrairies.
Les Bedeaux vont les premierspour
faire ranger le monde. De
cing Confreres qui marchent
aprés ſur la même ligne, les trois
du milieu portent alternativemene
un Crucifix de bois de
huit à neuf pieds de haut ,&
les deux autres tiennent de
gros flambeaux de cire blanche.
Les autres Confreres les fuivent
deux à deux chacun un
cierge à la main , & à la fin eſt
le Chapelain de la Compagnie
FS
130
MERCURE
en Surplis , au milieu de deux
des Gardiensou Maiſtres de la
Confrairie,qui portent de longs
baſtõs pour marque de l'autorité
qu'ils ont.Aprés eux marche le
Clergé Regulier , chacun felon
fon rang ſçavoir les Religieux
de S.François duTiers Ordre de
la Penitence de Noſtre Dame
desMiracles;les Religieux de S.
François de Paule , communement
appellez Minimes ; les
Freres Mineurs Conventuels ,
connus en France ſous le nom
de Cordeliers à la grande
Manche ; les Freres Mineurs
Obfervantins , autrement dits
Cordeliers i les Religieux Hermites
de Saint Auguſtin , les
Religieux Carmes ; les Relia
gieux Servites , nommez par
le Peuple Serviteurs dela Vierge
Marie& les FF. Preſcheurs
Domiquains Tous ces Reli
GALANT.
131
gieux ſuivent la Croix de leur
Convent ,& onl preſque tous
un chapeau ſur leur capuchon.
Enſuite marche le Clergé Secudierau
milieu de trois cens autres
Freresde l'Archiconfrairie
du Confalon , qui vont en haye
des deux coſtez de la ruë, tenant
chacun un gros flambeau de
cireblanche à la main. La Croix
Patriarchale de Saint Jean de
Latran précede , portée par
un Preſtre en Surplis , & plufieurs
Bedeaux en robes violetes
avecdes manches pendantes
&des Maſſes d'argent , allant
devant. Cette Egliſe eſt reconnuë
des Papes pour la premiere
Egliſe du monde. Elle
arbore les Armes de France à
coſté de celles de Sa Sainteté ,
en reconnoiſſance des bienfaits
qu'elle a receus duRoy
F6
132
MERCURE
Henry IV . Ayeul de Sa Majeſté .
Les Preſtres de la Paroiſſe dans
laquelle eſt ſitué le Palais du
Cardinal défunt , marchent en
Surplis deux à deux , chacun
auffi un cierge à la main , &
précedent le Camerlingue du
Clergé de Rome , qui a à fa
droite le Curé de S. Catherine,
&à ſa gauche celuy de la Paroiffe
du Cardinal , tous trois
en Surplis & en Etole , avec n
cierge à la main. Ce Camerlingue
eſt éleu tous lesans , &
ſe prend alternativement du
Corps des Chanoines des Collegiales
& des Curez de la Ville
, pour regler les differends
qui peuvent naiſtre dans les
Proceſſions , dans les Convois,
&dans d'autres Ceremonies
publiques où se trouve leCiergé.
Les Muſiciensdu Chapitte
} GALANT . 133
SaintJeande Latran marchent
- aprés en Surplis & en chapeau ,
chacun un cierge à la main ,
faiſant tous enſemble un Choeur
deMuſique triſte & languiſſant
qui convient à cette lugubre
Ceremonie. Ils ſont ſuivis des
Chapelains de Saint Jean de
Latran , des Clercs Beneficiers,
& des Beneficiers en Surplis ,
marchant auſſi deux à deux ,
chacun un cierge à la main. Les
Chanoines de la meſme Eglife
de Saint Iean de Latran en
rochet de toile pliſſé , avec un
Surplis pardeſſus , vont pareillement
deux à deux, chacunun
Cierge à la main
enfuiteà cheval l'un des Miniftres
des Ceremonies de Sa Sainteté
en Soutane de ſoye violette
avec une Veſte ſans manches
pardeſſus de ferge de meſme
C On voir
134
MERCURE
couleur,& un chapeau noir. Les
Valets de pié & Eſtafiers duCardinal
défunt, en habit de deüil,
l'épée au coſté , & les derniers
ayans de longs manteaux de
drap noir , marchent à pied
tous enſembledevant le Corps,
qui eſt portépar douzeConfreres
du Confalon , ſur un grand
lit de parade fort élevé. Ses
Pages veſtus de deüil ſouſtiennentles
coins & les coſtez du
Poeſle , qui eſt d'ordinaire d'étoffe
d'or , bordée de velours
noir , & quatre Eſtafiers en
longs manteaux noirs , marchent
aux quatre coinstenans
chacunungrand Ventarol , qui
eſtune eſpece de Banderole de
taffetas noir , aux armes de la
Maiſon du défunt , qu'ils agitent
continuellement autourdu
Corps. On pratiquoit anciennement
la mesme choſe quand
GALANT.
135
on faisoit l'Apotheoſe d'un Empereur.
Le reſte des Confreres
du Confalon environne le
Corps , chacun un Flambeau à
la main,& enſuite marchent les
Officiers & les Gentilshommes
du défunt ,avec delongs Manteaux
& des Creſpes trainans
juſqu'à terre. La Maiſon du
Pape fuit au milieu des Suiſſes
de ſa Garde ,& tous ceux qui
la compoſent marchenten haye
des deux coſtez de la ruë,ayant
fur leurs habits des bandes rouges
,jaunes & bleuës ,& portantlahallebarde
ſur l'épaule.Le
Capitaine des Suiſſes va le premier
à cheval en manteau noir
&en épée. Deux Clavigere , oυ
Huiffiersde Sa Sainteté ſuivent
auffi à cheval , en habits noirs &
caſaques dedrap violet,avecdes
manches pendantes fort lon
136
MERCVRE
gues , le bord de la caſaque &
les manches chamarrées de velours
noir , & chacun d'eux tenant
une Maſſe d'argent aux
Armes de Sa Sainteté. Un autre
Maistre des Ceremonies du Pape
marche encore à cheval ,
veſtu comme le premier , & il
eſt ſuivi du Maggiordome de Sa
Sainteté en habit violet , & en
chaperon noir , au milieu de
deux Prelats ,tous deux Aſſiſtans
du Pape , veſtus auſſi de violet
avec des chapeaux verts . Ils
font tous trois montez far des
Mules , & aprés eux viennent
les Protonotaires Apostoliques
en habits violets , avec des chaperons
noirs , bordez de couleur
ſeche , & en cordons de ſoye
de même couleur , allant fur
des Mules deux à deux. Les
Chapelains du Commun de Sa
GALAN T. 137
Sainteté paroiſſent enſuite , al
lant autfi deux à deux fur des
Mules . Ils font veſtus de rouge,
& ont le capuchon doublé de
fourure blanche , & marchent
devant les Cameriers extra muros
, & les Ecuyers du Pape en
habits rouges , pareillement fur
des Mules.La Cavalcade eſt fer.
mée par un grand nombre de
Suſſes du Pape. Les mêmes.ce .
remonies s'obſervent aux Obſeques
des Ambaſſadeurs des
Teſtes couronnées , & elles furent
obſervées au Convoy de
feu M. le Duc d'Eſtrées , dont
le Corps fut porté en l'Egliſe
de S. Loüis le 7. Fevrier 1687 .
La Ville de Riom en Auver
gne a perdu un grand homme
de bien dansla perſonne du Sr
Amable Faydit, ſurnommé,l'Avocat
des Pauvres , qui mourut
138 MERCVRE
les.de ce mois , dans ſa qua .
tre- vingt & uniéme année, regreté
univerſellement de toute
la Province , pour ſa ſageſſe ,ſa
charité , ſa capacité & ſon experience
dans les affaires , &
fur tout pour ſon extréme modeſtie
, qui luy fit refuſer en
1636, des Lettres d'ennobliſſement
, que le fameux Pere Sirmond
, lefuite , ſon Oncle ;
Confeffeur du feu Roy , luy
avoit procurées . Il dit qu'iln'ef.
toit pas meilleur quefes Ancestres ,
qui tous detemps immemorial s'eftoient
contentezde la ſimple qualité
d'Avocat & avoient bornéfucceffivement
l'un après l'autre touteleur
ambition à s'acquitteravec honneur
probitéde cette profeßion. Cela
eſt tout à fait fingulier & remarquable
, n'y ayant guere
de Familles dans le Royaume ,
GALANT. 139
,
qui dans la ſuite des temps ne
hauffent , ou ne baiſſent,aulieu
que celle- cy a des preuves &
des titres qui font voir que de,
puis plus de trois cens ans
la profeſſion d'Avocat & de
Iurifconfulte y eft hereditaires
& y a toujours pallé de Pere
enFils fans interruption , juſ
qu'à celuy dont je vous apprens
la mort. Il faut qu'il ſe ſoit acquittéde
cet employ avec beaucoup
de defintereſſement & de
probité puis qu'aprés avoir
travaillé fans relâche pendant
foixante & douze années , il
n'a laiſſe d'autre bien àſes En.
fans que celuy de ſes bons
exemples , & l'honneur d'eſtre
allié à des perſonnes tres diftinguées
dans la Robe.
On ne sçauroit afſſez admirer
les ſoins extraordinaires du Roy
140
MERCURE
&fa vigilance pour tout ce qui
regarde le bien de l'Etat & le
foulagement de ſes Peuples. H
eſt certain que pluſieurs Particuliers
& Laboureurs , qui ne
ſçavent pas que ſi le bled eſt
par tout ſi cher, cela ne provient
que de l'artifice des Marchands
qui en font commerce , & qui
les ont recelez afin d'en faire augmenter
le prix , s'eſtoient propoſé
de ne point ſemer leurs terres
, dans la crainte qu'aprés les
avoir enſemencées , il ne leur
reſtaſt pas affez de bled pour
fournir toute l'année à la ſubſiſtance
de leurs Familles ,& vous
jugez bien que par la ſuite cela
auroit , non ſeulement caufé
leur ruine , mais fait un préju
dice confiderable au Public. Sa
Majeſté informée de ce défordre
,& ayant d'ailleurs reconnu,
L
i 141
GALANT .
en examinant les Procés verbaux
qui ſe font journellement
en vertu de l'Ordonnance du s .
Septembre dernier,qu'il y a fuffifamment
des bleds dans le
Royaume, & pour les ſemences ,
&pour la nourriture entiere des
Peuples , a fait rendre un Arrêt
de ſon Confeil d'Etat , le 13. de
ce mois, par lequel Elle enjoint
à tous Laboureurs Fermiers , &
autres Perfonnes tenant & faiſant
valoir leurs terres par leurs
mains , de ſemer toutes celles
qui parl'uſage du Pays & des
cantons doivent eſtre ſemées ,
& cela , dans le temps conve
nable , ſuivantla nature des
grains,&la couſtume des lieux ,
ainſiqu'il leur doit être plus particuliermentpreferit
par lesOrdonnances
que Meſſieurs les
Intendans & Commiſſaires ,
142
MERCURE
2
rendront dans chaque Province;&
faute par les Particuliers
& Laboureurs d'y fatisfaire , Sa
Majesté permet à toutes fortes
de perſonnes de les enſemencer,
moyennant quoy ils en recueilleront
tous les fruits ,ſans qu'ils
foient tenus d'en donner aucune
partou portion aux Proprietaires
ou Fermiers de ces
meſmes terres,ny d'en payer aucune
rente ny , redevance aux
Seigneuts , en la cenſive defquels
elles font , ny à toutes autres
perſonnes qui ſeroientcreanciers
de quelques rentes fon-,
cieres ſur ces terres . A l'égard
des Proprietaires des terres pofſedées
en comun , qui font obligez
ſolidairement à ces rentes&
redevances , Sa Majesté ordonne
que ceux d'entre euxqui voudront
enſemencer ces terres au f

۱
GALANT.
143
defaut ou refus des autres Pro->
prietaires , feront déchargez de
lafolidité du payement des rentes
ou redevances qu'elles doivent
, en payant leur part& portion
, de toutes leſquelles rentes
& redevances , tant nobles que
roturieres , ceux parqui ces terres
auront eſté enſemencées, demeurerontdéchargez
pour cette
année ſeulemet,ſans tirer à con
ſequence , & ne pourront eſtre
augmentez à la Taille , fous pretexte
de cette augmentation de
biens ou teneurs . Sa Majesté per .
met auffi à toutes perſonnes
d'emprunter les deniers qui leur
feront neceffaires pour l'achat
des bleds qu'il leur faudra pour
ſemer les terres , ordonnant que
ceuxqui les preſteront , auront
un privilege ſpecial , & feront
préferez à tous autres Crean144
MERCURE
ciers , mefme au Proprietairede,
la terre , ſur les fruits qui en
pourront provenir. Il eſt fait défenſe
par le meſme Arreſt à toutes
perſonnes ,de quelque qualité&
condition qu'elles foient
de ſaiſir aucuns grains , meſme
pour la Tailie , &autres deniers
Royaux , juſques au premierDecembre
prochain. Il n'y a pas
de marque plus grande de la
bonté extrême du Roy pour ſes
Sujets , que d'entrer ainſi dans
les plus menus détails de ce qui
eſt pour leurs avantages .
Les François continuent toujours
à faire grand nombre de
Priſes fur les Ennemis , & l'Efpion
, Armateur de Saint Malo,
y amené une Fluſte de cent cin .
quante Tonneaux. Elle estoit
chargée de Tabac de Virginie ,
& autresdiverſes Marchandifes .
f
La
4
GALANT.
145
La Marguerite a pris une Fregate
Angloiſe de vingt- fix Pieces
de Canon , appellée l'Anne Bonaventure
. Elle venoir des Barbades
& on y a trouvé cent
marcs de Poudre d'or , des dents
d'Elephant , du Sucre , du Coton,
& du Gingembre.
,
Une autre Fregate Angloiſe
de vingt quatre Pieces de Canon
a eſté amenée à Saint Jean de
Luz , ayant eſté priſe ſur lacoſte
d'Eſpagne , par le Vaiſſeau du
Roy , l'Adroit , que M. de Saint
Clair commande .
On a amené à Roſcot une
Priſe Angloiſe de ſoixante-dix
Tonneaux. Elle a eſté faite par
un Armateur de Saint Malo ,
nommé la Pucelle d'Orleans .
Sa charge eſtoit de Tabac , On
a amene au meſme lieu une au
tre Priſe Angloiſe de cent cin-
Octob . 1693 . G
146 MERCURE
quante Tonneaux chargée auffi
de Tabac , & on y en attendoit
trois autres que le meſme Armateur
avoit faites .
Le 30. du mois paffé le Phelypeaux
, Navire de SaintMalo
, de quarante-quatre Canons,
commandé par M. de Vaujoyeux
, en Compagnie du Grenedanmontéde
trente Canons , &
commandé par M. Vaghan , venant
des Mers du Nord , apperceut
à cinq heures du matin ,
vingt lieuës à l'Oueſt du Cap
blanc , une Flote dedouze Vaifſeaux
faiſant partie d'une plus
nombreuſe , partie des Barbades
qui s'eſtoit écartée par la tempeſte.
Sur le midy le Grenedan
alla paffer Vergue à Vergue du
Vaifſſeau de Guerre Anglois ,
leur Conſerve, armédecinquan-
Le cing Canons , & de cent foiGALANT.
V
147
xante & quatorze hommes , &
luy donna ſa bordée. Ils diſputerent
d'abord le terrain , & nous
tuerent du monde , mais cela ne
dura qu'une demi heure aprés
quoy ils ſe retirerent entre les
Ponts où l'on en tua un grand
nombre avec des Grenades . Le
Brulot qui vint pour ſecourir ſon
Vaiſſeau de Guerre , fut pris luy
meſme affez bruſquement. Les
Vaiſſeaux Marchands eftant encore
tres- proche , on en prit autant
que l'on en put joindre. II
y en eut cinq d'enlevez, les deux
Vaiſſeaux de Guerre ayant eſté
contraints de ſe rendre . On trouva
dans le plus grand fix cens
Marcs de poudre d'or ,cinq ou fix
coffres de Piastres & vaiſſelle
d'argent , ſubſide que les Barbades
envoyoient au Prince d'Orange,
& pour dix ou douze mil-
!
G 2
148 MERCURE
le ecus d'Indigo , qui devoient
eſtre pour le Capitaine . Les autres
eſtoient chargez de Sucres
, deCotons & d'Indigo.
On a amené à Pimbeuf une
Priſe Hollandoiſe ; une autre de
deux cens ſoixante tonneaux , &
deux moindres qui ont eſté faites
par la Madeleine & la Ville
de Namur , Armateurs de Saint
Malo. Il y en a eu une autre de
cent foixante tonneaux , faite
par la Noſtre Dame de bon voyage
, qui a pris auſſi les Six Amis
de Londre de trois cens tonneaux
. Ces Vaiſſeaux eſtoient
chargez de poudre d'or , de vaiffelle
& d'argent en eſpeces , de
Sucre , de Cacao , de Gingembre
, d'Indigo , & autres narchandises
confiderables , & la
plus part venoient des Barbades,
de Nieves , & d'autres Colonies
de l'Amerique .
GALANT .
149
1
:
La petite Ile deLondey , qui
eſt dans le Canal de Bristol à
deux lieuës de la Terre ferme, a
eſté pillée entierement , le Dragon
, Armateur de faint Malo ,
-de douze canons , & de quatrevingt-
dix hommes d'équipage ,
ayant fait deſcente dans cette
Iſſe , où les François ſe ſont rendus
Maiſtres du Fort , quoy
qu'il fuſt defendu parneufpieces
de canon. Ce Vaiſſeau que
M. Michau commande , eſt arrivé
àfaint Malo chargé de butin,
Le premier de ce mois , un
petit Corfaire de dix à douze canons
amena au meſme Port une
Prife Angloiſe chargée de quatre
cens Boucauts de Tabac , &
le 3.un autre Corſaire de vingtquatre
canons , en amena une de
la meſme Nation , où il y avoit
environ quatre cens Boucauts de
150
MERCURE
Sucre , du Coton , du Morphi ,
du Gingembre , & cent cinq
Maresd or.
Il y atoûjours quelques eſprits
qui s'égayent fur les affaires du
remps. La matiere fournit beaucoup,
rien n'eſtant ſi ſurprenant
que de voir un ſeul Etattenir
teſtes à la plus grande , & la
plus forte partie de l'Europe.
C'eſt une choſe tellement honteuſe
à ceux qui ſe ſont liguez ,
qu'on ne doit pas s'étonner'ſion
voit ſouventplufieurs Pieces où
l'on aime à ſe divertir à leurs
dépens . Je vous en envoye une
de ce caractere qui m'eſt tom
bée entre les mains. l'ay crû en
devoir retrancher pluſieurs endroits
, auſſi plaiſans que ſinceres,
ne voulant point parler contre
les Souverains , ny me fervir
en cette occaſion des privileges
que donne laGuerre.
1
GALANT.
ISI
CATALOGUE
De quelques Livres curieux qui
ſe trouvent dans la Bibliotheque
de M.de S. E. à Londres.
Exploits memorables des Espagnols
contre la France ,ſous le
Regne de Loüis le Grand.
Commentairefur ces paroles de
Saint Pierre , Craignez Dieu ,
honorez le Roy , dédié au Parlement
d'Angleterre , par le Comte
de Nottingam.
, Oraiſons Funebres de la France
prononcées dans toutes les Cours de
l'Europe , par les Emiffaires des
Princes liguez.
Compte durevenu de divers Fiefs
de l'Empire , rendu aux Commiſſai-
G4
152
MERCVRE
res de l'Empereur , par les Sieurs de
Parme , de Modene , & autres
Fermiers generaux de Sa Majesté
Imperiale en Italie.
De la Caftrametation , par le
Prince d'Orange , inspecteur general
des Camps&Armées de Sa MajeftéT.
C.
Lettre des Bourguemestres de
Hollande , Commis au Bureau des
Imposts du Prince d'Orange , aux
Milords d'Angleterre , Treforiers de
l'Extraordinaire des Guerres de ce
Prince.
Les Conquestes de la Ligue
d'Ausbourg.
Nouvelle maniere d'attaquer
& de prendre les Places , par M.
Le StatouderdeHollande , commente
GALANT.
153
Par Mile LandgravedeHeffe-Caffel.
Le Commerce floriſſant , dédié
aux Marchands de Londres &
d' Amſterdam ,par les Armateurs
François.
Reflexions morales & politiques
fur la generosité des Anglois , lefquels
en quatre ou cinq ans ont
donné liberalement au Prince d'O-
-range plus d'argent , que les quatre
ou cinq derniers Rois d'Angleterre
n'en avoient levé en un Siecle.
Etat abregé du profit que l'Angleterre
aretirédecette prodigieuse
dépense.
Pensées diverſes ſur l'estat floriffant
des- Pays bas Espagnols ,
GS
dediées au Magistrat de Bruf
154
MERCURE
Selles ,par un Bourgeois de Cambray.
Relation fuccincte des exploits
du Prince d'Orange.
Les Constitutions de l'Empire ,
nouvelle Edition , dedié au col.
lege des Electeurs , par le Duc de
Hanover .
2
Nouvelle preparation de l'on
guent pour la brûlure , par DiegodelFuego,
cy-devantApothicaire
d'Alicante , puis de Barcelone ,
ن م
enfuite de Rofes
Le Republicain , Ouvrage wile,
où l'on traite des moyens de mettre
ordre aux affaires de la Republique
de Hollande , pour l'empefcher de
faire banqueroute , dedié aux Etats
Generanx des Provinces Unies.
GALANT .
155
Les dits & falus du Prince d'Orange
, nouvelle Edition , augmentée
dequelques discours hardis qu'il a
faits au Parlement d'Angleterre ,
d'unrecit duſuccésdefa defcente en
France , & des divers mouvemens
deſon Armée dans les Pays-bas.
Iurieu Prophete , ou l'accomplisfementdeſes
Propheties ,justifié par
l'Histoire da Temps , dedié aux
François refugiez, pour les confoler
dans leur exil..
Lettres Paftorales du Loup aux
Brebis,par le mesme.
Ie ne vous parle point dans
tette Lettre de la Bataille donnée
à la Marſaille en Piedmont,
parce que je vous en envoye
une Lettre ſeparée, qui contient
un Volume , dans lequel vous
1
G6
156 MERCURE
1
trouverez , non ſeulement un
détail de cette Bataille , avec
un grand nombre de circonftances
curieuſes , dont les nouvelles
publiques n'ont point
parté , mais auſſi un Iournal du
Siege de Sainte Brigide , qui l'a
précedée. C'eſt une choſe qui
tient du prodige , & dont
aucune Hiſtoire ancienne ny
moderne ne fournitd'exemple .
En effet , ce Siege eſt plus étonnant
, que la fameuſe action qui
ſe paſſa autrefois aux Thermopyles
,& il eſt inouy qu'un petit
Fort attaqué par quarante mille
hommes , & qui eſtoit à peine
commencé à conſtruire quand
les Ennemis fe font mis en
marche pour le venir ataquer,
ſe ſoit défendu pendant quinze
jours & ſeize nuits , &qu'aprés
tant detemps les Ennemis
GALANT .
157
1
ne ſe ſoient trouvez maiſtres
que d'un monceau de prierres ,
qu'ils n'y ayent trouvé ny Canon
, ny munitions , ny vivres,
& qu'ils n'ayent pas fait un ſeul
Prifonnier de guerre. Vous aurez
le plaifir de voir dans le Volume
dont je viens de vous
parler , jour par jour ,nuit par
nuit,ou plutoſt heure par heure
tout ce qui s'eſt paſſé pendant
le cours de ce Siege, & de voir
les noms de tous ceux qui l'ont
foutenu , avecle détail de toutes
lesactions qu'ils y ont faites. Il
auroit eſté facheux pour la
France qu'un ſi beau morceau
d'Histoire euſt eſté ignoré de
la Pofterné . Cependantje vous
envoye des Vers qui ont eſté
faits fur la derniere Bataille . Le
premier Madrigal eſt de Mademoiselle
de Scuderi .
! MERCURE
SUR LA DEFAΙΤΕ
des Alliez en Piedmont.
Tous les Frincesliguezfont prêts
de s' abismer ,
L'unveut paffer le Pô , l'autrepaffe
lamer.
Malgréleurs mouvemens, leurs projets,
leurs menaces ,
Nous Sauvons Pignerol, nous leur
prenons des Places ; 2
Inſpirezpar Loüis commeparleDieu
Mars ,
Aux portes deTurin unegrande Vi-
Etoire
Couvre encor les François d'une nou
velle gloire ,
Et nousvoyons enfin paincus de toutesparts
Les Aigles,les Lions , les fiers
Leopards.
GALANT.
159
Voicy un autre Madrigal fur
cette même défaite . Il eſt de
Madame des Houlieres.
AUROY.
LOVIS , que vous imitez
bien
Cet Eftre indépendant dont vous estes
l'Image
Comme luy des Rois qu'on outrage
Vous estes le vengeur
Soutien.
l'unique
Comme luy , vostre main foudroye
Ces coupables Mortels,dont les noires
fureurs
Ont mis toute l'Europe en proye,
A ce que la guerre a d'horreurs.
Commeluy, remplyde clemence,
Quelque douceur qu' sit la vangeance,
Vous estes prest àpardonner;
Et fur les bords duTô , du Rhin,
de laMeufe2
160 MERCURE
Vous ne les accablez que pour les
amener
Par un prompt repentir,à cette Paix
heureuse,
Quevousseulpouvezleur donner.
Il faut pour la gloire de vôtre
ſexe joindre à ces Vers ceux que
la Bataille donnée en Piémont a
fait faire à une jeune Perſonne
deQualité , qui n'a que quinze
-ans.
LALustice du Cielfe declarepour
nous,
Rien ne peut refifter à l'effort denos
armes,
Et la Ligue après mille alarmes
Expireparnos derniers coups.
Peuples, ne craignezplus queſarage
mourante
Trouble vostre repos , Sa douceur
charmante
GALAN T. 161
Dont vousjoüirez deſormais.
Aprés cette cheute mortelle ,
Sin us entendons parler d'elle,
Ce ſera ſeulement pour demander la
Paix.
Vous ne ferez pas fachée de
voirce qu'a fait M. Diereville,
fur la Campagne de Monſicur le
Duc de Savoye.
LIEEfameux
brun ,
(
Conquerant d' Am
Tout fier d'une telle Victoire ,
Préfumant qu' affieger&prendre, ce
n'est qu'un
د
Veut par un nouveau Siege éternifer
Sagloire
Et nesçauroit se rebuter
Par la difficulté des grandes entrepriſes.
Son deſſein eſt formé , ſes mesures
font prises ,
Il nefautplus qu'executer.
162 MERCVRE
Il part ; cent mille brasfuivent cet
intrepide.
Etsefl tant d'avoir la Victoirepour
guide,
Il declare cu'ilvasoumettre Pignerol
Mais le Fort de Seinte Brigide
L'arreſte dans unſibeau vol.
Cenest pas là , dit il , un obstacle
invincible ,
Il va bientoft cederà ma boüillante
ardeur:
Pours'en rendre le maistre ilfait un
feu terrible ,
Etsefert , mais en vain , de toute
Savaleur.
Chaquejour fansfuccès autourdefes
murailles
Ilvoit dejes Soldats les triſtesfunerailles.
Sous mille coups divers ils tombent
par monceaux .
L' Aſtre brillant qui donne lalumiere
Plus de vingtfois aremplifa carriere
GALANT .
163
Sans voir avancer leurs travaux.
Teffe dont la noble vaillance
En defend si longtemps l'abord ,
Obtenant ce qu'ilveutpartant de re-
Ruine
fiftance,
quitte enfin cet imprena
ble Fort.
Désqu'il n'est plusgarde,monHeros
s'enempare ,
Et pour s'y maintenir il prend de
Soins поиделих
Il ordonne qu'on le repare ,
Ilfait tout visiter ,ſes yeux enfont
témoins ;
Mais il voit par malheur qu'on a
ſceu tout détruire .
De de espoir il ſe retire
Avec dix mille bras de moins.
C'est pour le coupagir en hommehabile
;
Ilconnoistpar ce Fort ce qu'eust fait
une Ville.
L'espoirde l'emporterpeut estre decevant
,
164
MERCURE
L
Il ne faut pas toujours écouter fon
courage ,
Les François l'abattentsouvent .
S'il eust voulu porterſes armes plus
avant ,
Il aurcit perdu davantage.
Heureux ! maisplus heureux mille
foisſesSoldats ,
S'il avoitfait alors une entiere retraite
!
Sans avoir trop perdusa Campagne
estoit faite ,
Mais des coups du deſtin on ne s'exemptepas.
Helas ! on ne peut s'en défen
dre ;
De Pignerol il s'éloigne à regret,
Ildevoit l'affieger&qui plus est, le
prendre.
Il s'en vafans oferseulement len.
treprendre ,
GALANT 165
Et s'enfait à luy mesme unreproche
fecret.
Il s'arreste , confulte , &forme le
projet
De Lallerbombarder , &le reduire
en cendre.
Tout estant prest pour cet effet ,
Devant la Place ilvase rendre.
Quel appareil prodigieux
Decesglobes defeuplus craints que
le Tonnerre
د Quiſemblent menacerles Cieux
Et ne foudroyent que la terre !
On en jette par tout ; des milliers à
La fois
Tombent &crevent sur laVille,
Et n'abatent que quelques toits.
C'est ainsique leCielprotegeant les
Francois,
D'un nombre d'Ennemis rend la Ligue
inutile.
Cependant le Heros content de fes
exploits ,
166 MERCUR E
T
S'en retourne plusfier qu'Achille.
Mais il ne va pas loin sansse voir
trop punir
Du peu de mal qu'ilvient de faire.
Le fameux Catinat l'engage enune
affaire ,
Dont il confervera longtemps lefouvenir.
Ily perdſes Canons , ſes Drapeaux ,
Ses Timbales,
Des vaincus dépoüilles fatales ,
Etjes plus braves Officiers
Trouventpar d'inconnussentiers
Sur les rives du Tôles rives infernales.
Les Francis en tous lieux àvaincre
accoutumez,
Iolux d'ansigrand avantage,
Comme des iions animez ,
Deſes meilleurs Soldats font un affreux
carnage..
Apeine évite-t- il leur déplorable
fort.
GALAN T.
167
1
Helas! plus de neuf mille étendus
fur la terre
Victimes d'une injure guerre ,
Semblent luy reprocher leur mort.
Les autresprennent lépouvante ,
Toutefon,Armée est errante ,
Il nesçauroit la rallier ,
Et luy- mesme il se trouve obligéde
plier.
Enfinsadéfaite est entiere ;
ANervvinde Nassau ne futs
mieux battu.
S'il comptoit plus ſurſa vertu,
Queldesespoirpourune amefifiere!
Il eujt évité ce chagrin ,
Si de gloire un peumoins avide,
Ausortir de Sainte Brigide ,
Il eust esté revoirTurin ,
On a eu avis de Xaintes que
Dame Marie Stuart de Cauffas
de , Comteffe de la Vauguyor .
Princeſſede Carency , Marqu
168 MERCVRE
ſe de Saint Megrin , Heritiere
de ces trois Maiſons , Veuve
du Comte du Houſſay , Lieutenant
General des Armées du
Roy , tué au Siege de Doüay ,
Soeur du Marquis de Saint Megrin
, Capitaine general des
Armées & des Chevaux- Legers
de la Garde du Roy , tué à la
Bataille de S. Antoine , & enterré
par l'ordre de Sa Majesté,
dans l'egliſe de Saint Denis ,
eſtoit morte en ſon Chaſteau
de Saint Megrin , le 1.3 . de ce
mois. Elle avoit épousé en ſecondes
Noces Mr.de Fremanteau,
Chevalier des Ordres du
Roy Ambaſſadeur Extraor- ,
dinaire pour Sa Majesté en Efpagne
, & qui a etté honoré de
pluſieurs Emplois de cete nature
, dont il s'eſt toujours par
faitement
GALANT. 169
faitement bien acquitté.
Le 3. dece mois , Dame Catherine
Carnegy de Souchesk,
Comteſſe d'Artol , Gouvernante
de Monfieut le Prince
de Galles , & des Enfans de
leurs Majeſtez Britanniques ,
mourut au Chaſteau de Saint
Garmain en Laye , âgée de
cinquante-fix ans. Elle eſtoit
Veuvede Meſſire Gilbert d'Artol
, Grand Conneſtable Hereditaire
d'Ecoffe . Sa pieté ,& ſes
ſentimens Chreſtiens dans ſa
foumiffion aux ordres de Dieu,
ne l'ont pas fait moins admirer
dans ſa mort , que fon zele &
ſa fidelité pour le ſervice du
Roy de la Grand' Bretagne ,
l'ont fait eſtimer depuis les revolutions
d'Angleterre.
Le 9. de ce meſme mois ,
Meffire Charles de la Porte de
Octobre 1693 . H
170
4 MERCURE
4
Veſins, mourut à Toulon , âgé
ſeulement de quarante- cinq ans
dont il en avoitpaſſe vingt cinq
au ſervice de Sa Majesté. II
eſtoit Chef d'Eſcadre des Armées
Navales du Roy ,
s'eſtoit ſignalé à huit Batailles ,
& en pluſieurs autres occaſions,
en forre qu'il arrive à peu de
perfondesdeſe pouvoirdiſtinguer
en de grandes Actions
avec autant d'avantage.
Meſfire Henry de Roigerde
Marigny , Enſeigne aux Gardes
, a eſté tué au commence .
ment du Siege de Charleroy .
Ileſtoit Fils de Henry deRoiger
de Marigny, St de ce lieu &
de la Guſtiereen Touraine ,
Baron de la Boutelaye en Poi- .
tou ; & de Madeleine d'Aguefſeau
, & Petit fils de lean de
Roiger de Marigny , & de
GALANT.
74
,
Gou-
Marie Martin , Fille de Mathieu
Martin , Sr de Maleffy ,
Chevalier de l'Ordre du Roy ,
Maistre d'Hoſtel ordinaire de
Sa Majesté , & Gouverneur de
la Ville de la Capelle , & de
Madeleine d'Almary
vernante des Filles de la Rei .
ne . Madeleine d'Agueſſeau eft
Fillede François d'Agueſſcau ,
de Pizieux , Maiſtre des Comptes
à Paris , & de Catherine
Godet, d'une tres noble Famil
le de Champagne. Elle eſt Soeur
de Marguerite d'Agueſſeau Dame
de Pizieux, Epouſe de Michel
de Conflans , Vicomte
d'Auchy, Marquis de Saint Remi
, & Coufine Germaine de
Marguerite d'Agueſſeau , Veus
ve deClaude du Houſſet, Marquis
de Trichaſteau,Chancelier
de Monfieur , Frere Uuique du
i
G 2
172
MERCURE
Roy , & de Henry d'Agueſſeau
Conſeiller d'Etat, Pere de François
d'Agueſſeau , Avocat General
au Parlement de Paris.
Le premier de ce mois , Mrs
de la Faculté de Theologie affemblez
en Sorbonne , ont éleu
tout d'une voix pour Sindic
deleur Faculté , M. Garfon ,
Curédela Paroiſſe de S. Landry,
& Sous Chancelier de l'Egliſe
de Paris . Son éloquence & ſa
capacité ont paru en divers
Sermons qu'il a faits dans les
meilleures Chaires de Paris .
Son merite joint à une pieté
extraordinaire , qui édifie tous
ceux qui ont l'avantage de le
connoiltre ,luy a attiré un fuffrage
fi general
le vous envoye une Lettre qui
vous fera voir la ſituation des
GALANT. 173
1
Affaires de Catalogne , où les
Efpagnols s'eſtoient propoſé
de finir la Campagne par quelque
exploit confiderable qui
reparaſt des pertes qu'ils ont
faites au commencement.
Au Quartier general de Prades
le 9. Octobre 1693 .
Belver,
Les Ennemis ayant veuqu'on les
avoit prévenus de tous coſtez ,
qu'on avoit occupétous les postes qui
couvrent Praiz de mollo
leur ardeur s'est bien rallentie,نم
cette bonne diſpoſition où l'on a mis
toutes choses pour sopposer à leurs
deffeins , leur ayant fait voir plus
de difficultez à furmonter qu'ils ne
croyoient , ils ont perdu la pensée
d'executer ce qu'ils avoient projetté.
Ils ont donc prisleparty deſe retirer,
H 3
174
MERCURE
en decampant de Campredon ,
leurInfanterie a marchéà Ripoll ,
leur Cavalerie à Rives. Ainfi
voilà la Campagne finie de ce coſtélà.
Ilny a aucun 'ujetde douterque
les Ennemis n'euffent deffein d'ataquerl'une
de ces deux Places , par
les Magazins de munitions deguerre&
de bouche qu'ils avoientfaits ,
par les renforts de Troupes qui leur
estoient venues , par leurs marches
par les avis qu'on en avoit , mats
ilsont esté prévenus avec tant de di .
ligence fiapropos , qu'ils ont per
du l'esperance de réußir dans leur
entrepriſe , qu'ils nous voyoient dans
le deſſein d'empeſcher abſolument .
M. leMareschal alla bierſeparer le
Camp qui estoitſous Pratz- de - mollo.
Il en afait de mesme de Cerdagne ,
toutes les Troupes seront dans des
quartiers aujourd'huy &demain...
AGALANT
175
Il eſt à remarquer que l'Armée
de Catalogne avoit eſté
beaucoup affoiblie,par lesTroupes
quien avoient eſté détachéus
pour venir en Piedmont,
&que celle des Eſpagnols avoit
eſté augmentée de beaucoup ,
la priſe de Rofes ayant alarmé
toute l'Eſpagne , & engagé les
Eſpagnols à faire de tres grands
efforts , pour faire quelque choſe
d'éclatant de ce coſté-là . Cependant
ils n'ont pû venir à
bout d'aucune entrepriſe avec
uneArmée plus nombreuſe que
la noſtre,& l'on peutdire qu'avoir
fait avorter leurs deffeins,
lors que nous eſtions plus foibles
, c'eſt en avoir encore
triomphé...
Il eſt temps de reprendre le
détail du Siege de Charleroy ,
H 4
176 MERCURE
1
queje finis la derniere fois par
la priſe de la Redoute de l'Eftang,
faite le 24. du mois paffe .
La coupure qui estoit à coſté
fur la ligne de l'Eſtang , fut attaquée
dans le même temps ,&
auſſi mal défenduë que la Redoute
. On la raſa ſur le champ,
&on travailla enfuite à ſaigner
l'Eſtang , & à conduire plus
prés la Batterie de Canon que
nous avions de ce coſté-là, afin
de battre en breche la Demilune
qui eſt au bout de la ligne
de l'Eſtang . La Batterie de la
Garenne,qui eſtoit du coſté de
Darmé, fit au Baſtion de Sambre
une breche de quinze toiſes
enſorte que ſi la Tranchée euſt
été plus avancée de ce côté làs
onen auroit profité .
La nuit du 25.au 26.les En
GALANT.
177
nemis firentdeux forties à l'attaque
de la gauche ,&le Capitaine
des Grenadiers du Re
giment d'Anjou y fut tué. Il y
eut auſſi environ trente Soldats
tuez ou bleſſez . Le ſoir du
26. la Demi-lune de Darme ,
qui couvre la Digue du grand
Eſtang, fut emportée. Sixvingts
hommes qui étoient dedans , ſe
contenterent de faire une décharge
, & fe rendirent àdifcretion
, Nous euſmes fix ou
ſeptGrenadiers tuez .M. Chauffet
, Capitaine au Regiment
Royal Rouffillon , fut bletté
avec deux Ingenieurs. M.le
Marquis de Charroſt eſtoic
Brigadier de jour à cette at
taque , & il y receut une cons
tuſion au front. On pouffa unes
fappe au travers du foſſé de la
H
S
178
MERCVRE
demi-Contreſcarpe de l'attaque
de la gauche , & on commença
d'entrer dans le glacis,qui estoit
entre le front attaqué& legrand
Eſtang. 7
La nuit du 29 au 30. lesEnnemis
firent un fortgrand feu
de Grenades , dont quelques
Soldats furent bleſſez . Cependanton
prépara toutes chofes
pour faire jouer le lendemain.
un Fourneau ſous les deux traverſes
de la demi -Contreſcarpe
qui donnoit paſſage dans le
foffe.M. de Vauban faiſantconduire
un boyau entre le front
attaqué & le grand Estangon
commença par la gauche , & ih
devoit ſe communiquer par la
droite. Les Baſtions & la Coure
tine de ce front ſe trouverent
en fort mauvaiseſtat ,de forte
GALANT. 179
que l'on euſt pû aisément moner
àla breche,
Le 1 , de ce mois les Affiegez
continuerent à faire un grand
feu ,donttoutl'effet fut de blefferM.
de Baugé de Menville,
Lieutenant dans le Regiment
des Bombardiers , qui eſtant
dans la Tranchée , receut on
coup de Mouſquet àla teſte. Il
en mourutpeu de temps aprés.
Le 2. quinze cens hommes for.
tirent de la Place le matin , &
furent repouſſez avec vigueur.
Mr le Marquis de Pluvault ,
Colonel du Regiment de Chartres
d'Infanterie , fut bleſſé dans
l'occaſion de cette fortie ,&M.
Boulé , & M. de la Barberie ,
Ingenieurs , furent ruez. Il y en
eut auſſi trois autres bleſſez. L'a
préſdinée ,une Bombe des En-
H6
180 MERCURE
/
nemis eſtant tombée dans un
de nos magaſins de Grenades ,
ymitle feu , mais il n'y eut
perſonne bleſſé ,& le defordre
ne fut pas fort grand. On faignale
grand Eſtang avec beaucoup
de fuccés , & l'eau s'en
trouva preſque entierement écoulée.
:
Les Ennemis firent une for
tie la nuit du 3. & furent con
traints de ſe retirer avec perre.
On pouſſa le travail à l'ordinaire
,& for les deux heures
aprés midyson fit jouer une
mine pour faire fauter le Parapet
όταν
Le 4. on attaqua un loge.
ment qu'occupoient les Ennemis
fur le glacis oppofé au
grand Estang. Ce logement
nous empefchoit de pouvoin
GALANT. 181
joindre nos ſappes , pour nous
établir tout le long du bord de
*cet Eſtang . Il y avoit quarante
ou cinquante hommes , qui s'en
retirerent fi toſt que nos Gre .
nadiers parurent. Ils firent ſeulement
leur décharge , & remonterentdans
le chemin corvert.
Auſſi toſt aprés , un fourneau
fauta dans ce logement ,
&brûla quinze ou feize Soldats
du Regiment Royal du Roy.
Les Ennemis parurent vouloir
y revenir àla faveur de ce peu
de defordre , mais le feu de nô
treTranchée les fit retirer fort
promptement.On fe rendit aufſt
maiſtre du Moulin , & du're
tranchement qui le défendoit.
Les Ennemis ſe retirerent du
chemin couvert de la branche
droite du bas Ouvrage àcorne,
182 MERCURE
& on travailla à communiquer
la ſappe qui partoit du foflé de
lademi Contreſcarpe , aveccelle
qui venoit du bout de laDigue
du grand Eſtang. L'apréſdinée
de ce meſme jour , fur les trois
heures , huit Compagnies de
Grenadiers attaquerent l'Ou
vrage à corne & la demi lune
de la droite,& l'emporterent
l'épée à la main. Nous n'eusmes
que douze hommes tuez &
trente bleffez à cette attaque ,
& nous n'y euſſions pas perdu
un Soldat ,fi les .Ennemis , en
abandonnant cet ouvrage
n'euffent pas fairjouer un fourneau
qui en emporta, quel
ques-uns , & bleſſa les autres.
Aucun des Officiers commandez
ne fur bieffé . Tous nos
Generaux demeurerent dans
GALANT . 183
la Tranchée pendant l'action
& jamais on ne vit un plus
beau feu que celuy qui fe fit
de noſtre Canon & de nos
Mortiers , qui ne difcon.
tinuerent pasde tirer pendant
une heure & demie qu'elle
dura. Il fallut ce temps pour
chaffer les Ennemis de ces
deux poſtes , & pour y faire
un logement où nos gens fufſent
à couvert de toute infulte.
La communication des deux
Tranchées s'acheva la nuit
fuivante , & on travailla enfuite
à les augmenter & à faire
des boyaux pour attaquer la,
Contrefcarpe & le chemin
couvert. Les deux Compa
gnies de Grenadiers dont je
viens de vous parler , avoient
pour Marefchal de Camp
: 184 MERCURE
,
Monfieurle Comte de Loir ,
& pour Brigadier Monfieur
d'Albergotti . Il y eut un Ingenieur
tout grillé du fourneau
que les Ennemis firent ſauter.
On croit qu'il n'en mourra pas ,
non plus que Monfieur Defpeaux
Aide de Camp de
Monfieur le Maréchal Duc de
Villeroy , Capitaine dans le
Regiment de Lionnois. d'un
coup fort extraordinaire qu'il
receut à l'attaque du Moulin.
Ce fut un fort gros éclat de
Bombe qui lay tomba à plomb
fur le teſte , & qui l'ayant ren .
verſe , couvrit de ſon ſang
Monfieur le Prince de culdeoleu
, Fils natureldu Roy de
Dannemarck. Ce même éclat
alla bleffer 'fon Page , & emporta
le derriere du juſte au-
(
GALANT.
185
corps de celuy de Monfieur le
Mareſchal de Villeroy , qui
eſtoit à cette affaire.
Le 8. M. le Ducde Roquelaure
, & Mrs les Marquis de
Vatteville & de Hautefort ef
tant de jour , & les Regimens
de Navarre & de Thiange , de
Tranchée à la gauche , & ceux
de Piedmont & de Santerre à
ladroite , on fe logeafur le haut
du chemin couvert de tout le
front attaqué. Les Ennemis furentchaſſez
par fix Compagnies
de Grenadiers , & ils ſeretire
rentaprés avoir faitleur déchar.
ge , &jetté quelques Grenades.
Il y en cut pluſieurs de tuez par
les Grenadiers du Regiment /
de Humieres à l'entrée d'une
fauſſe porte qui estoit dans le
follé . On fit priſonniers deux
Officiers Eſpagnols , par lef186
MERCURE
quels on ſceut que les Affiegez
ayant eſté furpris , n'avoient
pû mettre le feu à des fourneaux
qu'ils avoient préparez ſous la i
Place d'armes, qui efl devant la
Courtine. Ils furent contraints
de ſe contenter de faire fauter
une fougade jau piedde la bréche
, & ils ſe poſterent fur les
creſtes des Bastions qu'ils a
voientfraiſées & paliſſadées . M.
de Baqueville , Capitaine de
Grenadiers du Regiment de
Humieres , & un Capitaine
Suiffe , furent dangereuſement
bleſſez
Le 9. la defcente du foſſé fut
faite furle foir , & on attacha le
Mineur aux reveſtemens du
Corps dela Place ,de forte que
les Ennemis voyant qu'on préparoit
toutes choſes pour don-
44
GALANT. 187
ner l'affaut , battirent la Chamadele
1. On travailla à re
gler les Articles de la Capitulation
, & il fut arreſté que la
Garnifonfortiroit tambourbat
tant , meche allumée , ballesen
bouche , Enſeigne déployée ,
avec quatre pieces deCanon ,
fans aucun Mortier , pour eſtre
conduite en quatre jours à Bruxelles
.On lay accorda cinquanteChariots
couverts . Il fut encore
arreſté que les Malades &
les Bleſſez demeureroient dans
la Place juſqu'à leur entiere
gueriſon ; qu'ils ſeroient défrayez
aux dépens du Roy , &
que M Moureau y demeureroit
auſſi pour ſeureté des dettes de
la Garniſon , juſqu'à ce qu'el .
les euffent eſté entierement ac
quittées. On executa toutes
ces chofes ,& laGarniſon for-..
188 MERCURE
tit le 1 3. reduite à douze cens
hommes , de quatre mille cinq
cens dont elle eſtoit compoſée
au commencement du Siege ,
où M. Billet , Ingenieur a eſté
tué.
Le 13. à midy , M. de Caraman
arriva à Fontainebleau;
& apporta à Sa Majesté la nou
velle de cette Conqueſte ,
le Gouverneur de Charleroy
n'ayant pas attendu à ſe
rendre que les Mineurs fufſent
attachez aux Baſtions .
Rien n'est plus avantageux
que de défendre une Place
juſques à l'extremité. On fait
perdre beaucoup de monde à
ſes Ennemis ; on en perd
moins ; on les met ſouvent
en eſtat de lever le Siege , ſoit
parce qu'ils ſe trouvent affoiGALANT.
189
blis par de longues pertes ,
ſoit par l'approche du ſecours
qu'ils apprehendent. Il eſt arrivé
tout le contraire à l'égard
de Charleroy . Nous perdions
beaucoup moins de monde
que les Affiegez , parce que
ne craignant point que la Place
fult fecourue , on s'en eſt
approché lentement , & à couvert
,& qu'on a donné lieu à
Monfieur de Vauban , de ſe
ſervir de toute l'adreſſe de ſon
Art ,& de toutes ſes grandes
-lumieres pour épargner le ſang
des Troupes. Ainſi l'on peut
dire que les Ennemis n'ont pas
ſeulement perdu une Place qui
leur eſtoit d'une grande utilité,
mais auſſi plus de trois mille
hommes de leurs meilleurs
-Troupes,qui auroient pû grof
190
MERCVRE
fir leur Armée ,s'ils ne ſe fuffent
point défendus trop longtemps
fans neceffité , puis qu'es
n'avoient aucune eſperance
d'eſtre ſecourus ,& que le Prin
ce d'Orange jugeant qu'il eſtoit
abſolument impoſſible detenter
le ſecours , avoit pris le party
de ſe retirer à Loo. On connoiſt
parlà la foibleſſe des Ennemis ,
qui n'ont pas meſme ofé entreprendre
la moindre diverſion .
S'ils avoient eſté auſſi forts que
leurs Ecrits l'avoient publié
aprés la Bataille de Neervvinde
, ils auroient non ſeulementeſté
en estat de ſecourir
Charleroy,mais encorede faire
quelque entrepriſe. Il eſt vrai
que leurs pertes ſembloient
reparées par le nombre , mais
non pas par la bonté des Trou-
د
&
GALANT.
191
pes . Le Prince d'Orange avoit
degarny toute la Hollande , &
fait venirdans ſon Armée , des
hommes & , non des Soldats .
Il pretendoit parlà ébloüir les
Peuples , & tromper mefme les
François , en étalant une Ars
mée nombreuſe , mais il ſcavoit
bien qu'elle n'eſtoit pas en
eltas d'agir,& l'a fait affez counoiſtre
en ſe retirant , pour
n'avoir pas l'affront de woir
perdre Charleroy qu'il ne pouvoit
ſecourir. Dom Castillo qui
commandoit dans cette Place ,
& qui avoit une autorité ſuperieure
à celle du Gouver
- Deur s'eſt plaint hautement
du procedédu Prince d'Orange
en cette occaſion ; il a declaré
qu'il ne vouloit plus ſervir ſous
ſous luy , & a demandé un
Paffeport pour retourner en
192
MERCURE
Eſpagne , afin d'en rendre com.
pte au Roy fon Maiſtre. Voicy
la Lettre écrite par le Roy à
M. l'Archeveſque de Paris
pour faire chanter le Te Deum ,
en action de graces de cette
conqueſte.
ON Cousin, l'ay crûne
MOONG
pou-
Campagne en
Flandre plus utilement , que par la
prise de Charleroy , qui acheve de
fermer aux Ennemis l'entrée des
Pays que j ay conquisfur eux. Mon
Cousin le MaréchalDuc de Luxembourg
en afait faire le Siege par
mes ordres ; laPlace a esté investie
le neuvième du mois paßé ,
rendue l'onzième de ce mois après
vingt fix jours de Tranchée ouverte,
Vue si longue resistance est moins
deuë à la valeur des Affiegez ,
qu'aufoin que j'ay pris de diminuer
s'est
à
GALANT .
193
àmesTroupesle perilla fatigue
de ce Siege , dans la certitude où
j'estois que les Ennemis battus à
Sainte Croix ou Neervvinde , effoient
bors d'eftat d'entreprendre defecourir
cette Place,&qu'aux Fortifications
quiy avoient esté faites par mes
ordres , & qui l'avoient renduë
imprenable à tous autres qu'à des
François. Après cette Conqueste je
ne dois pas manouerd'en rendregraces
à celuy qui envoye laVictoire cù
it bien voulu
fe
a luy plaist , qui
juſques à present l'attacher àlafuite
de mes Armes. C'est pourquoy je
defire que vous faffiez chamterle Te
Dum dans l'Eglije Cathedralede
ma bonne Ville de Paris , au jour
à l'heure que le Grand Maistre
ou le Maistre des Ceremonie vous
dira de ma partoje donne ordre
à mes cours dy ajsifier en la maniere
accoutumée sur ce je prie
Dieu cuil vous ait , mon Coun ,
Octob. 1693 . I
194
MERCURE
en Safainte dignegarde. Ecrit
àFontainebleau lefeizième Oftobre
milfix cens quatre-vingt-treize.
La priſede Charleroy a donnélieu
à Mr de Vin de faire
l'Ouvrage que vous allez lire,
BURNET , :
AU PRINCE D'ORANGE.
Sur le Siege & fur la Prife
deCharleroy.
Tout eftprestpour te recevoir
Accousumezà lear devoir ,
Ou plûtoft àleur forvitude,
Grand Prince , les sujets oubliant
leur malheur ,
Teverrontfans inquietude ,
Etmettront mesme leur étade
5
GALANT.
195
:
Aterendre icy tout l'honneur
Que tedoit leur vieille habitude.
Mons& Namur pris à sesyeux ,
Sitels , comme on le dit , que leur
Mer inconstante ,
Ils estoient d'une humeur&volage
&changeante,
Auroient dû te rendre odieux ,
Et te faire payer tout lesang que
leur couste
Dufuneste Fleurus lasanglantedéroute.
Cependant ton adreſſe,ou pluſtoſt ton
bonheur
Soutient encore en ta faveur
Leur attentat abominable ;
Malgré ces coups de fouet rien ne
branle chez eux ,
Et constans pour toy feul , tu vis ces
factieux
honorable.
T'offrir à deux genoux un Encens 2
A
Ne crains donc rien , grand Prince
affeure de leur foy,
I 2
196
MERCURE
Dufort qui tepoursuit reviens fur ce
C
rivage
Oublierle nouvel outrage
Et crois que ceux quit'ontfait Roy
Iusqu'au derniersoupirſoutiendront
leur ouvrage.
A faire tout cequi se plaist
Tu ne sçait que trop bien qu'ils ont
grand interest ,
Et que la crainte desfupplices
Sous zes feveres loix retiendra tes
complices.
Leur fructueux Commerce envain
est- il rompu ;
Envain aux colomnes d'Hercu'e
Voyent ils leur Flotte qui brusle
En vain , dis- je ,àNervinde es.tu
mesme baitu ;
Tout cela nefau rien,&faitsàl'efclavage
, :
Ils te verront àton retour
Avec les mesmes yeux que dans cet
heureux jour ,
GALANT
197
-Qui t'offrit leur premier hommage
Mais , diras tu LOUIS , attaque
Charleroy ;
Le laiſſeray jefaire , & s'il alloit le
prendre,
Quelle confusionseroit-ce encorpour
moy ?
Tres-grande , j'en conviens , mais
comment le deffendre ?
As tu pû desesmainssauverNamur
Mons ?
Dequoy leur ſervit tapresence ,
Etveux-tu partonimpuiſſance
Te couvrir de nouveaux affronts ?
DecetAuguste Roytout cede àlafortune
,
Des Places qu'ilattaque iln'en échappeaucune
Afon bras tousjours triomphant ,
Etſouvent tu l'as veu toy mesme ,
Au mépris deſon diademe ,
Affronter fans effroy le perille plus
grand.
I3
198 MERCURE
Ainsi ,loin de senter un effort inutile,
DeSa perteprochaine évite en Prin
cebabile A
Dete rendre encor le témoin.
Laiffe crierBaviere ,&sisa jeune
audace
Veut courir au ſecours de cesse forte
Place,
Queseul ,à la bonne beure , il en
prenne tefoin ,
Et par-là qu'ilse satisfaſſe.
C'estson affaire ,& Charleroy
Le regarde bien plus que soy ,
Qui , comme luy , pourſadeffence
N'as receu de Madrid ny troupes, ny
finance.
Quei'importesa perte ? Ilne t'appartientpas
;
Qu'il conserve fon bien s'il croit le
pouvoirfaire ,
Et s'il aime tant les combats ,
Luxembourgde pied ferme , attend
se temeraire ;
GALANT.
Qu'ilaille ,
THEQUE M
199
i'y confens , maisgrand
Prince,pour toy
VILLB
Ton unique interest est defaire le Roy,
Etdefomenter une guerre ,
Quifeule , en moins d'un mois , te
livra l'Angleterre.
Ce n'est pas que de ta valeur
Ellefoit un fruit legitime ,
Non ,tu ne la dois qu'à son crime,
Etfidefa révolte elle cuft eu quelque
horreur ,
Toute habile quefoit tateste ,
Iamais ton foible bras n'en eust fait
la Conqueste.
Mais quoiqu'elle ait plus d'unefois
Veu tromper la douce esperance ,
Qu'elle fondoit fur tes exploits ,
N'importe, viens en diligence ,
Te faire encor complimenter
Sur les perils que ta prudence
T'aſiſouvent fait éviter,
Et, content des honneurs qu'icy l'on
teprepare ,
14
200 MERCVRE
Net'embarraſſe point fi le plus grand
des Rois ,
f SiLOUIS unit ſous fes Loix
La Meuse& laSambre à la Sarre .
Il est bon cependant de feindre que
}
tuveux
Des champs Nervindiens reparer la
disgrace,
Etde tes Alliezfavoriſant lesvoeux,
DégagerCharleroy du fort qui le
menace ;
Mais c'est assezpour toy d'en repandrele
bruit ,
Car fi trop ardent à combattre ,
Pour laseconde fois tu t'alloisfaire
battr,e
1
En quel funeste eftat te verrois-tu
réduit ?
Peut-estre que la Ligue à ta ſeule
personne
Appliqueroit tout fon malheur ,
Et s'imagineroit, ent'oftant ta Cou
ronne
GALANT. 201
De le faire tomber sur son fatal
Auteur .
Ainside laſchetéfiBaviere t'accuſe
Des plus vaillans Heros affecte les
dehors.
Mais pour ne point combattre invente
quelque ruse ,
Et de ton eſprit finfaisjoner lesrefforts.
Viens pendant cet hiver de tonpeuple
credule
Enlever les riches Toiſons
Et le Printemps prochainmuny de
nouveaux fonds ,
Reprens tonfaux rôle d'Hercule.
Mais Burnet , diras-tu , c'est trop
charlataner ,
Et dans ce manege d'adreſſe ,
Quoique l'on m'ait instruit dés ma
rendre jeunesse ,
Magloire ne veut pas..... Ta gloire
eft de regner ;
N'est pas Roy qui veut ,&pour
l'estre
2
Ι
202 MERCVRE
Comme on ne t'avoit point veu
naistre ,
Puisqu'un capricicux deftin
T'a mis trois Scepires à la main,
Crois-tu , pour en jouir , eštre obligé
d'attendre
Que ce même destin te force de les
rendre?
Est- celà raiſonner?Non,grand Prince,
pourmog
Si jamais j'eſtois à ta place ,
De quelque vieux Guerrierme fiant
à l'audace ,
Et loin des perils qu'aprés foy
Traiſne d'un Generalle trop penible
employ
Ie me livrerois ſans grimace
Al'unique plaisirdefaire icy le Roy.
Auſſibien ( car je suissincere )
Soit defaut naturel de coeur ,
Soit ignorance militaire ,
Soit mesme, si l'on veut malheur23
Insqu'icy que t'a- t-on ven faire .
GALANT.
203
Qui t'ait acquis le moindre honneur
?
Steinquerque , Saint Denis, Saint
Omer& Nervinde
T'ontveu battre en personne , & ta
confusion
Retentit du Rhin jusqu'à l'Inde.
D'affieger une Place as tul'ambition,
Bien loin d'y faire mieux ton compre,
Charlerois par deux foisfur témoin
detahonte,
Et tu rougis encor d'avoir veu Limerik
Repousser tes efforts du mesme air
que Mastrik;
Carpour Beaumont , Furne , &
Dixmude,
Ah! grandPrince,fitu m'en crois
Neva pas lescompter pour de fameux
exploits ;
Nydeces coups de main vanter la
promptitude
204
MERCURE
On t'en railleroit en tous lieux,
Cependant de ton bras voilal'unique
gloire;
Pour ta teſte,on l'avouë,elle est bonne
,&l'Histoire
Par ce coſté , quoy qu'odieux ,
Tégalera peut-estre à ses braves
Ayeux.
Sers toy donc de ta politique ,
C'est ton fort , & que deformais
Au feut ſoin de regnerra Majesté
s'applique ;
Feins toujours de combattre , & ne
combatsjamais.
:
Tes ordres ont voulu que je fuffe
Sincere,
Iene leſuis que trop , grand Prince,
&tu peusvoir
Que je t'en donne icy la preuve la
plus claire.
Comblé de tes bienfaits,j'ay crû que
mon devoir
Vouloit que je te fatisfiſſe
i
GALANT. 205
Voila donc de mon coeur quel est le
Sentiment.
S'il est trop libre,au moins est-ilſans
artifice ,
Et j'obéis aveuglement.
De ces avis receus confultant Pimportance,
Alesfuivre , Nassau se fentit du
penchant 2
Et peut- estre cust il furlechamp
Contenté de Burnet la vive impatience,
Si des raifons de bien- féance
Ou plustost sa confusion ,
N'eust forcé pour buit joursson inclination.
Enfin dans son retour commeiltrouvoit
fon compte ,
Pour tousfes Alliez fans ardeur &
a
fans foy ,
Ilsemit , en partant , an deffusde
Eilaiffaprendre Charteray206
MERCURE
J'ajouſte des Vers propres à
eſtre mis en air , qui ont eſté
faits ſur le meſine Siege.
Loin des fureurs de Mars &
deBellonne ,
Cherchons , cherchons undoux repos;
Armonsnous , chers Amis , depintes
&depots,
Campons à l'ombre d'une tonne.
Laiſſons au Grand LOUIS &le
foin&la gloire,
Deporter en tous lieux &le trouble
&l'effroy
Laiſſons lny prendre Charleroy ,
Tandisque nous prendrons à boire.
Quoy que vous ne ſçachiez
qu'à peine que M. le Maréchal
de Tourville ſoit party de Toulon
, je puis vous apprendre fon
arrivée, à Breſt , par laquelle
vous verrez qu'il a fait ſept cens
GALANT.
207
lieuës en auſſi peu de temps
qu'il foit poſſible de les faire.
Čette Relation a eſté faite par
M. Benech , Ecrivain principal
de la Marine , qui avoit fait le
Journal qui eſt dans ma Lettre
d'Aouſt ,dans laquelle il n'a pas
eſténommé. Il ſeroità ſouhaiter
qu'on eneuſt ſouvent depareilles
, & avec un detail aufli
exact.
RELATION
T
Du Trajet de l'Armée du Roy »
de Toulon , commandée par M.
leMaréchal de Tourville.
E Soleil Royal eſtant for-
☐ ty de Toulon le 14. Septembre
1693. pour aller aux
Ifles d'Hieres , il y ent trentecinq
Vaiſſeaux qui vinrent nous
208 MERCURE
yjoindre , les uns aprés les autres
. Ily en feroit venu davantage
, ſi M. le Maréchal euſt attenduunjour
ou deux à ces Iſles ;
mais le vent eſtant venu à l'Est
le 16. au matin , d'abord affez
foible , la refolution de M. de
Tourville fut de partir incefſamment
fans attendre perſonne
, en cas que ce vent devinſt
plus fort & plus frais. A midy
le 16 ce vent d'Eſt ayant pris
force, on dreffa le petit Hunier
pour partir le lendemain au
matin. On de ſafourcha enfuite ,
& le 17 avant le jour on tira le
coup de parrance. Vers les fix
heures du matin, on fut fous voile
, mais on ne fit pas ſervir d'abord
, parce qu'on vouloit attendre
les autres Vaiſſeaux qui
n'avoient pû encore appareiller
Ahuit heures on fit fervir , le
GALAN Τ. 209
vent eſtant toûjours à l'eſt d'une
extréme violence , & le temps
fort couvert. Nous eſtions à la
teſte de tous les autres Vaiſſeaux
qui estoient attentifs à la manoeuvre
que nous ferions pou en
faire de meſme. On voulut d'abord
paſſer par la grande Paffe ,
quieſtun paſſage des trois qu'ily
a au travers des Ifles d'Hieres ;
mais comme ce paſſage eſtoit
au vent de nous , & que nous
ne pouvions y paffer fans courir
pluſieurs bordées , qui auroient
confumé la moitié de
ce jour là , voulant d'ailleurs
éviter le demaſtement ou le
fracas des vergues , on prit la
reſolution de paſſer par la petite
Paffe qui estoit ſous le vent à
nous . Tous les Vaiſſeaux en firent
de meſme , & nous arrivames
devant Toulon à neufheu
210 MERCURE
res , où l'on mit à la cape pour
attendre les autres Vaiſſeaux qui
auroient pû fortir. Iln'y en eut
que deux qui avec une peine
extrême ſortirent de la Rade
bord furbord. M. de Chasteaurenaud
avec le Royal Louis , ny
les antres Navires qui estoient
preſts dans le Port , ne purent
fortir , parce que le vent leur
eſtoit droit de bout , de façon
qu'ayant attendu juſqu'à onze
heures , on ſe mit en route , &
nous courumes toute la journée
à plus de deux lieuës par heure ,
juſqu'à dix heures du ſoir que
le vent devint calme. Dans le
reſte de la nuit,il varia beaucoup,
& fe mit enfin au Sud-
Eſt , puis au Sud , mais tresfoible.
Toute la journée du 18 .
fut de meſme ,&rien ne ſe pafſad'extraordinaire.
La nuit du
GALANT. 21
18.au 19.le vent ſe mit à l'Oueft
qui ne nous empefcha pas
de paffer le Golfe de Lion , &
le 19. fur le midy il rafraiſchit
beaucoup. Comme il nous reſtoit
contraire , nous courions
parbordées ,& le marin on découvritterre
àbas bord de nous;
c'eſtoient les hauteurs de Roſes .
Auffi- toft M. le Maréchal fit
oſter le Pavillon d'Amiral , &
&mettre en place une Flame
blanche au meſme endroit , afin
d'oſter à la terre la connoiffance
de ce que nous eſtions. M. de
Gabaret ofta ſon Pavillon blanc
de Mizaine , & mit une autre
Flame blanche en place ,&M.
de Villette en mit une autre à
fon Artimon. Le foir de ce jour,
nous eſtions dans la Baye de
Panemos àtrois lieuës an vent ,
où M. le Maréchal ordonna à
212 MERCVRE

M. de S. Pierre , Lieutenant du
Soleil Royal i, d'aller commander
l'Invincible à la place du
Chevalierde Chasteaurenaud , "
qui estoit demeuré malade à
Toulon . La nuit , y ayant peu
ou point devent, on ne fit prefque
point de chemin , non plus
que tout le jour du 20. dans
lequel on fit rencontre d'une
Tartane Genoiſe qui venoit
d'Alicante ; elle nous apprit
que Papachin eſtoit encore au
Port Mathon avec les Vaiſſeaux
& les Galeres d'Eſpagne. Au
coucher du Soleil ,un de nos
Vaiſſeaux de l'arriere garde mit
Pavillon rouge . pour avertir
qu'il voyoit des Navires. Il fit
ſignal de trois ſous le vent ce qui
nous fit juger que c'eſtoit M. de
Coetlogon & deux autres que
nous avions laiſſez aux Ifles
GALANT. 213
d'Hieres . Le 21 au matin,on les
envoya reconnoiſtre par la Fregate
l'Heroïne, commandée par
M. Monier , & dans la nuit ils
nous joignirent , parce qu'il ſe
levaune petite biſe de l'Eſt , qui
les mena inſenſiblement prés de
nous , pendant le temps que nous
avions un petit vent frais de
l'Ouest , qui étoit droit de bout
à noſtre route , lequel diminuoit
àmeſure que l'autre approchoit,
de forte que l'Armée eſtoit dans
un moment à la voile de bien des
differentes façons , les uns vent
arriere , les autres en calme , &
d'autres courant leurs bordées
d'un& d'autre bord au plus prés
du vent. Ce vent d'Est ne fut
pas de grande durée , il calma
dans deux heures pendant tout
-le reſte de la nuit ,& tout le jour .
du 22. juſqu'au ſoir qu'il fraif214
MERCURE
chit du Nord Est. Nous eſtions
par le traversde Barcelone , qui
eſt à coſtédu Mont Joint , d'où
il parut une grande fumée , apparemment
pour avertir la Coſte
qu'ils voyoient une Flote au large.
Lanuitſuivante , il fut enco.
re calme pendant le ſecond quart
qui eſt depuis minuit juſqu'à
quatre heures. Il reprit force enfuite,&
nous eſtimions le fillage
valoirune lieuë par heure , &
meſme quelque choſede plus. Le
23. il enfut meſme juſqu'aprés
midy ,qu'unvent de Sud-Oueſt
contraire commença a ſoufler.
Il devint enſuite toujours plus
fort , & à la fin force , fi bien
qu'il obligea toute l'Armée de
mettre à la cape. On ne voulut
point relaſcher a Salé ny à Roſes
, parce que ſuivant la coutume
ordinaire il y fait reguliere
GALANT.
215
menttoutes les nuits le long des
Coftesd'Eſpagne , un vent qu'on
appelle Vent de terre. Cependant
toute lanuit continuant au Sud
Oüeft , on battoit toujours la
mer en efperance de quelque
changement favorable , & l'opiniaſtreté
avec laquelle il dura le
24.& le 2 5. fit qu'iln'y eutprefque
point de Vaiſſeau dans l'Armée
qui n'euſt ſes Huniers enfoncez
, outre pluſieurs déchiruresde
nos baffes Voiles. Noſtre
grand Hunier fut rompu
tout à la fois en cinq ou fix endroits
depuis le haut juſqu'en
bas ; ainſi on fut obligé d'en
changer dans la nuit. Le vent
calma ,& nous eûmes pendant
cinq horloges le vent de terre ,
qui nousportoit largue. Il revint
enſuite contraire à l'Ouest
pendant tout le 2 5. & le 26.au
216 MERCVRE
2
,
:
ſoir il changea , & quoy que le
vent de terre nous avançaſt toujours
un peu , le jour nous courions
de grandes bordées , qui
nous faifoient gagner infenfiblement
le Cap de Palle. Le 27.1
nous miſmes les Ifles Fromen.
tieres fous le vent à nous , &
dans ce jour le Capable vint dire
àM. le Marefchal qu'il avoit fon
grand maſt rompu au pied
lequel luy donna ordre d'aller à
Toulon incontinent ; ainſi il
fit la route fur l'heure . Le Marquis
qui eſtoit au vent,fit ſignal
qu'il voyoit un Navire , auquel
il donna chaffe après , & le joignit
dans quatre ou cinq heures.
C'eſtoit un Malouin qui
venoit de Terreneuve ,chargé
de Moruës qui rapporta que les
Anglois estoient arrivez en Ganada
au nombre de dix, neuf

Navires ;
GALANT.
7
Navires; qu'il avoit eſté chaffe
par trois Vaiſſeaux de guerre
Anglois, au Détroit de Gibraltar,
& que meſme dans lanuit
s'étanttrouvé prés d'un il s'eſtoir
battu quelque temps , & fauvé
enfuite. Le Malouin estoit de
vingt-cinq à trente Canons, Le
28. nous eufmes calme de mef
me que le 30.ce qui nous donna
plusde loiſir que nous ne fouhai
tions , à confiderer le Mont Row
land , dont il eſt tant parlé dans
l'Histoire , & l'ifle de cemeſmer
nom qui eſt à coſté. Ce Mont
eſt à fix ou ſept lieuës d'Alicante.
Il est tres-haut , & ce qu'il a
deplus fingulier, c'eſt qu'on voit
àſon ſommet une grande entaillade
, que l'Hiſtoire ou la Fable
dit eſtre un coup d'épée de Roland.
Cette fente paroiſt à ladi
ſtance de fix lieuës , eſtre de la
Octobre 1693 . K
218 MERCURE
grandeur d'une croiſée d'apparrement
, & de quelque coſté de
la mer que l'on regarde ce Mont ,
ce coup d'épée de Roland paroiſt
toujours . A l'gard de l'Ine,
elle n'a rien de remarquable, La
terre en eſt un peu élevée , &
l'on peut la voir de fix à ſept
lieuës loin. Le 29. nous avions
eſperé que la Saint Michel auroit
produit le même effet ſur le
vent qu'à bien des Locataires de
maiſons qui delogent ce jour- là,
mais le Sud Oueſt vint encore
nous chagriner. L'aprés midy
fut calme , de meſme que le premier
Octobre , juſqu'à huit
heures du foir , que le vent ſe
rangea au Nord-Oueſt aſſez frais .
A onze heures il ſe mit Sud Eft,
& le matin au Nord , où il ſe
fixa. On courut toute la journée
au plus prés juſqu'au foir , que
GALANT
219
le Content nous joignit. Il eſtoit
party de Toulon le lendemain
du jour que nous appareillâmes ,
&rapporta que M. de Chaſteaurenaud
devoit partir le jour d'a.
prés, ce qui nous fit juger qu'il
n'eſtoit pas loin de nous , car la
houle qui venoit de l'Eſt , nous
apprenoit que ce vent avoit
ſouflé bien fort au large. Le 2 .
celuy de terre nous fervit pendant
une partie de ce jour , enſuite
il devint calme. A dix heures
du ſoir il ſe rangea auNord-
Eft ,& fraiſchitde plus en plus.
Nous dépaſſaſmes le Cap de
3.& le 4.
nousſeſtions àdix lieuës de Malgues
, où nous euſmes le calme
tout plat. Nous eſtions , à proprement
parler , à travers les
hautes montagnes de Grenade
qui estoient toutes convertes de
K 2
220 MERCURE
neiges. Elles font d'une hauteur
prodigieufe , & ce qu'il y a de
plus furprenant en cet endroit
de la Mediterranée, les courans
qui entrent ordinairement par
le Détroit , portent à l'Eſt , parce
que l'Ocean y entre toujours,
mais icy c'eſtle contraire ,&le
retour de ces courans fait le long
de la terre ils portent à l'Ouest
avecrant de rapidité , que quoy
quenous fuffions en calme , nous
fifmes dix- huit lieuës fans nous
en appercevoir , parce que la
terre estoit embrumee. Cela fit
queles Pilotes eurent beaucoup
de conteftation , à cauſe qu'ily
avoit d'autres gens à qui la pratique
ou la routine le leur avoit
appris , & qui reconnoiffoient
à travers cette brume les atterrages
de Malgue. De toute cette
difpute , le refultat fut pluſieurs
GALANT. 221
gageures qui fufent gagnées
par les moins habiles , & les
Pilotes avec toutes leurs regles
ſe trouverent les dupes. Le
5. deux Corvetes nous joignirent.
Elles venoient de Marſeille
où elles avoient appris
que M.de Chaſteaurenaud eſtoit
partyde Toulon il y avoit deux
jours ; neanmoins elles ne l'avoient
pas rencontré. Le 6. un
petit vent d'Eft qui ſuivant le
terme ſe leva en pantoufflié
c'eſt à dire ,peu à peu , ou inſenſiblement
, nous faifoit aller
le longde la Coſte une lieuë &
demie par heure. Ce jour-là un
Genois fut amené à bord par le
Content ,& quoy qu'il allaſt à
Londres , on le laiffa , parce que
ſes papiers juftifioient que la
Marchandise appartenoit aux
Genois. Le 7. l'Heroïne nous
K 3
222 MERCURE
amena un Corſaire Algerien
qu'elle trouva au vent de l'Armée
contre terre. C'eſtoit une
Tartane où il y avoit cent fix
hommes. Comme nous n'avons
point de guerre contre eux, on
la laiſſaaller , & M. le Maréchal
luyfit donner quelque piece de
cordage dont elle avoit beſoin .
Il n'y avoit pas long-temps que
celuy qui la commandoit avoit
pris une Tartane Eſpagnole ,où
il fit prés de cent Efclaves , &
comme nous étions en peine
d'un vent propre pour paſſer le
Détroit, il dit à M. le Maréchal,
Monfieur , je paſſferay le Détroit
avec vous cette nuit , car nostre coste
de Barbarie est couverte de Nuées
levent qui a commencé avec fi
peu deforcefouflera bien-fort. En
effet, nous n'eſtions pas à quatre
lieuës de Gibraltar , qu'il
1
GALANT.
t
223
eſtoit bien frais ,& enfin eftan
dans le Détroit où les Terre
ſe ferrent , il ſe trouva tres fort
fi bien qu'à dix heures du foir
rafraichiſſant toujours , nous
paſſames le Détroit fort heureufement.
Tout le jour du 8. il
ſoufla avec la mesme violence ,
de forte qu'on vit au coucher du
Soleil les hautes Terresdu Portugal
. A meſure que nous allions
de Levant , nous trouvions que
le vent ſe rangeoit de plus en
plus au Nord- Eft. On crut que
la cauſe en provenoit de la ſituation
des Terres.Il calma cependantun
peu juſqu'au lendemain
9. qu'il ſe remit encore au
Nord- Est , mais avecune extrê
me violence. Quoy qu'il fuft
contraire , il ne laiſſa pas de
nous élever toujours , & àmidy
le Marquis qui estoit allérecon.
K 4
224
MERCVRE
noiſtre le Cap de Saint Vincent,
vint nous joindre pour nous
dire qu'il l'avoit veu , & que
nous en eſtions à quatorze lienës
Nord & Sud. Le 10.1 &
12. le meſme vent continuant
on s'éleva touiours de plus en
plus pour ſe mettre dans les parages
des vents de Sud Oüeſt ,
Oüeft , ou Eft . On jugeoit eſtre
àcinquante cinq beuës Eft sc
Qüeft de Lifbonne. Ce jour ,le
Baſtiment de charge de M. le
Maréchal ,où font tous les em.
barras , tant du Vaiſſeau que
de ſa Table, eſtant àtroislicnës .
au vent , & ne voyant pas fon
ſignal , on luy tira deux coups
de Canon à boulet pour le faire
venir àbord. Le vent calma
dés le matin juſqu'au ſoir qu'il
ſe mit à l'Oueſt. Il eſtoit trop
foible pour nous faire efperer
GALANT.
225
qu'il nous feroit long temes
favorable. En effet le 13 .
matin , il ſe rangea au Sud , &
commença à fraiſchir , de maniere
que le Sillage eſtoit eſtimé
à cinq milles par heure. Le
14. 15. & 16. furent tres-heu
reux& tres-favorables , car le
vent ſe jettant du Sud au Sud-
Qüeft , & ainſide l'un àl'autre ,
il nous fit faire beaucoup de
chemin , parce qu'il nous eſtoit
ventarrierre & vent largue. Le
17. continuant de meſme avec
quelques broüillards , à la poin
te du jour on crut qu'il y avoir
quelque Flotte qui estoit pres
de nous, parce que l'on compta
quarante-ſept Vaiſſeaux
lieu de quarante -trois que nous
eſtions . D'abord on mit Payillon
rougeenpouppe &pavillon.
blanc au Maſt de Miſaine pour
KS
aus
226 MERCURE
avertir toute l'Armée de donner
chaſſe. A dix heures que le
broüillard fut élevé,&qu'on ne
vit point de Flotte , comme on
ſe l'eſtoit imaginé , on tira un
coup de Canon pour faire ceſſer
la chaſſe , mais vers le ſoir ,le
Content que nous croyions devant
nous , nous joignit par
derriere avec une petite Priſe
Hollandoiſe qu'il remorquoit.
M. d'Herbault , Commiſſaire
General de la Marine , embarqué
avec nous m'envoya incontinent
à ce Baſtiment pour
en faire l'Inventaire. Il eſtde 70 .
tonneaux. Il venoit de Roterdam
, alloit à Port à Port , c
avoit employé deux mois à ſa
route. Il eſtoit chargé de Douilles
, de Barriques de Fer Fromage
& quelque peu de Poudre
fine , & il nous aſſeura que la
1.
GALANT. 227
>
Flote Ennemie étoit rentrée dãs
leurs Ports,& que les Holladois
s'en étoient retournez en Hollande.
Le 18. Mrle Mareſchal
ordonna au Diamant d'aller reconnoiſtre
le ſoir la terre à la
fonde , & le lendemain à deux
heures avant lejour , il partic
pour aller reconnoiſtreles hauteurs
de Penmarck. Le 19 , le
vent s'eſtant jeté au Sud Eſt
nous faiſoit faire cing milles par
heure,& on eſperoit découvrir
la terre le lendemain matin . A
midy , M. le Maréchal fit mettre
au grand Maſt le Yack &
Pavillon en pouppe , qui eſtoit
leſignal de la ſeparation des
Vaſſeaux de Rochefort & da
Port- Loüis d'avec nous. Aufſitoſt
tous les Vaiſſeaux mirent
horsleurs Pavillons , & Mr de
Gabaret ſalua M. le Mareſchal
de treize coups de Canon ; il
K6
228 MERCURE
fut remercié par ſept, & enfuite
chacun fit faroute. La journée
eſtant embrumée ,&n'ayant pû
voir la terre , on jugea à propos
de reviter de bord , & de
mettre le cap au large juſqu'à
deux heuresaprés minuit,qu'on
ſe remit en route , le vent eftant
venu à l'Oüeſt aſſez foible ,Le
20toute la matinée fot fi pleine
de broüillards qu'on ne voyoir
pas une heuë& demie devant
nous.Nous courûmes juſques
donze heures avec beaucoup
de danger &d'inquietude fans
pouvoir découvrir la terre L'infinitéd'écueils
qu'il y a fur cette
coſte , nous donnoit de juſtes
apprehenfions ,& la precaution
que pritM.le Marefchal de faire
paffer loin devant luy d'autres
Vaiffeaux , eſtoit tres bon
ne. Ce furent eux qui nous
GALAN T. 229
firent les fignaux de terre , laquelle
ſe trouva entre Oüeflant
quinous reſtoit à quatre lieuës
auNord Est . Ainsi il ſe trouva
que nous portions droit fuc
Breſt. A midy le vent s'eſtant
un peu hauffé, nous découvrifmes
la terre , à deux heures f
flot nous portant,on vint mouiller
aux Pierres noires ,à quatre
henës de Berthaume. Je ne puis
finir ce petit Journal fans avouër
de meſme que tout le
monde , que Dieu nous a bien
favoriſez du beau-temps , puif-.
que depuis le commencement
juſqu'à cette heure , nous n'avons
pas veu un coup de vent ,
ny de pluye. l'attribuë encore
ce bonheur à la fortune de M. le
Mareſchal , & à ſa prudence ;
c'eſt affcurement le plus heureux
de tous les Hommes.
Comme les Armées,foit de terre,ſoic
230
MERCURE
demer,ne marchent jamais ſans un ordre
de Bataille , pour être preparées à
tout évenement, voicy celuy des Vaifſeaux
qui ont paffe le Détroit pour revenir
àBreſt.
ORDRE DE BATAILLE
aprés la feparation pour les Vaifſeaux
qui doivent aller à Breſt.
Brulots. Vaisseaux. Commandans.
Le Brillant Mrs le Commandeurs
de Combes .
LeMarquis Defangers.
Le Fulminant, De Modene.
Le Merveilleux, De Villette L.G.
Le Souverain , Machaut Bellemont..
LeHenry ,
LeMore,
De la Rocheallard.
Le Comtede Blenac,
Le Conſtant , Sainte Maure.
Le S. Loüis, De Rouvrois .
LeBien- L'Orgueilleux , Daligre,
venu,
Le Dur. Le Soleil Royal , Mrle Maréchal de
L'Heroïne Tourville.
Le Sceptre , De Septemes .
L'Eole , LaRongere.
Le Diamant , De Mons.
Le Fortuné, DeGenlis.
LaZelande , La Paliere.
L'Heureux , Serquigny.
Le Vainqueur, Coëtlogon .
Le Lis, Monbron,
L'Invincible , Le Chevalier de S.
Pierre,
Le Juſte , De Champigny ,
GALANT.
23F
Lors que le General mettra unYach
aubaſton du Pavillon du grand Maft,
ce ſera pour la ſeparation des Vaifſeaux
deſtinez pour Rochefort & Port-
Loüis.
ROCHEFORT .
Brulots. Vaiſſeaux. Commandans.
L'Impu- Le Victorieux , Mrs Gabaret , L.G:
dent , L'Intrepide , D'Amblimont ,
Le Colof. Le S.Eſprit , Belle- Ifle. Efrard,
fe. L'Aimable , De Realles ,
Le Vermandois , Du Palais,
Le Magnifique , De la Califfon-
La Sirene ,
niere,
D'Arbouville ,
Le Laurier , La Roquet Perrin ,
L'Excellent , Du Rivaut-Huer,
Le Bourbon , De Riberet.
Le Temeraire , Monbeau ,
Le Bizarre , La Vigerie ,
L'Envicux . Hautefort,
ROCHEFORT.
Le Prince , Bagneux.
Fait à bord du Soleil Royal le 20.
Septembre 1693 .
Le Maréchal de Tourville.
232
MERCURE
On attend inceſſamment à
Breſt le reſte des Vaiſſeaux qui
ſont commandez par M.le Comte
de Chaſteaurenaud , qui eft
party de Toulon huit jours aprés
M. le Maréchal de Tourville.
Des quatre- vingt- treize Vaiffeaux
de l'Armée Navale , il y
en a quarante qui deſarment à
Breſt , vingt-fix à Toulon,vingt
à Rochefort , & trois qui doivent
demeurer armez pendant
l'hiver dans la Mediterranée.
Le 25. de ce mois , le Roy
nomma M. d'Artagnan à la
Charge qui vaquoit par la mort
deM.de la Hoguette. Une perte
fi conſiderable eſt avantagenſement
reparée par là.Cette feule
Place a fair faire de grands chagemens
dans la premiere Compagnie
des Mouſquetaires. M.
d'Artagnan qui en eſtoit ſecond
GALANT.
233
Lieutenant , eft devenu le premier.
M. de Janſon qui eſtoit premier
Enfeigne , monte à la ſeconde
Sous- Lieutenance. C'eſt
un tres -bon Officier , honneſte ,
liberal & fort diftingué par ſes
manieres.
M.de la Luferne devient pre
mier Enſeigne, il n'eſtoit que le
ſecond. C'eſt un jeune Officier
qui donne de grandes efperances
, & qu'un merite reconnu
fait fort conſiderer dans ce
Corps.
M. d'Egreber premier Cor
nette,devient Enfeigne. Cet Officier
aun long fervice , &un
merite confirmépar ſa conduite,
par fon application , & par des
actions diftinguées .
M. de Loubieres ,ſecond Cornette,
devient le premier. Il eſt
234
MERCURE
i
1
eſtimable par bien des endroits,
mais la ſeule priſe de Valencienne
où tout le Corps eft perfuadé
qu'il entra tout le premier , devroit
le rendre Illuſtre , quoy
qu'il n'ait jamais voulu convenir
d'une action fi fameufe...
M. de Saint-Georges , qui
eſtoit premier Maréchalde Logis
, devient Enſeigne. Il eſt ſt
connu par ſa valeur , par ſes manieres
aiſées , & par mille belles
qualitez qu'il ſuffit ; de le nommer
, pour faire tomber d'accord
de tout ce que jedis de ſonmerite.
Le Roy luy rend la meſme
juſtice que luy rendentlesMoufquetaires.
Les autres ſept Marêchauxde
Logis avancent chacun
d'un rang.
2
M. le Chevalier de Cruſel
premier Brigadier, devient Maréchal
de Logis. C'eſt un Of-
۱
GALANT. 235
ficier hardi & intrepide dans
l'occaſion , honneſte & poli par
tout ailleurs ,
M. de la Grauffe de Caſteras,
premier fous- Brigadier .Il a toute
l'appplication & toutes les
lumieres d'un Officier , qui eſt
fait pour le ſervice, &qui l'aime,
& il eſt capable du détail de
toute une Armée.
Mrs de Marbal ,& de Bouffé
qui estoient PorteEtendars ,deviennent
ſous Brigadiers , &
cinquante- cing Penſionnaires
montent chacun àſon rang.
le
l'ay oublié de vous dire que
Gouvernementde Charleroy
a eſtédonné à M. de Boiſſelot ,
Capitaine aux Gardes. Il eſt
connu par mille éclatantes preuves
qu'il adonnées de fon courage,
& par la vigoureuſe defenfedeLime.
ik.
236 MERCURE
1
:

M. le Duc de Chartres étant
demeuré en Flandre pendant
toute la Campagne , s'eſt trouvé
à toutes les occafions , oùil y a
eu de la gloire à acquerir. Le
Roy l'ayant embraſſe à fon retour
, luy dit qu'il avoit beaucoup
fait parler de luy , remply tous
ſes devoirs , &qu'il enestoit fort
content. Jamais on n'a fait paroiſtre
une fi grande intrepidité
dans une ſi grande jeuneffe , &
l'on ne peut penſer ſans frayeur,
qu'un Prince de ſon ſaug ſe ſoit
meſlé parmy les.Ennemis à la
Bataille de Neervinde. La Relation
que j'en ay donnée , fait
voirun détail curieux de tous
les riſques où s'eſt exposé ce
Prince. Monfieur le Duc &
M. le Prince de Conty qui
font auffi de retour , de peuvent
eſtre affez admirez . Ileſt ſi ſeur
FAMES
TETATE PRINCIP SUBLEVATA
MDLXII .

GALANT. 237
queces Princes ont la plusgrande
part au gain des Batailles ,
que le Prince d'Orange a fouvent
die en parlant de quelques
endroits , où il voyoit ſes.
Troupes fouffrir , quefi les Trinces
y estoient , ellesse devoient tenir
perduës. :
Je vous envoye la Medaille
qui fut frapée en 1662. lors que
dans une diſette pareille à celle
de cette année , le Roy fit dif
tribuer du bled &du pain aux
Tuileries . On connoît par là&
par ce qui ſe paſſe aujourd'hui ,
que ce Monarque eſt toujours
preſt de foulager ſes Peuples ,&
de leur faire du bien lors que
l'occaſion s'en preſente.
Le vray mot de l'Enigme du
dernier mois eſtoit le Meurier,&
il a eſté trouvé par Mistſmonin,
Meſtivier d'Amboise , Du-
1
138 MERCURE
neſſe de la Foſſe de Nantes: le
petit: Cocq - Reveille - Matin
du Faux-bourg Saint Antoine:
l'Arcange de la rue, de Grenel
le : l'Affriquain de Saint Paul
d'Oricans : l'Eloquent de la
Judée: le Chevalier de l'Eſlu &
la Fauvette deſolée : le Curieux
d'Anguien & de Saint Brice :
l'Autheur du Traité des Plantes
de la Ville de Chartres : Mefdemoiselles
M. Peſchard : la
Nymphe d'Amboiſe : la triſte-
Furetiere : & la Brune imperceptible
La nouvelle Enigme que je
vous envoye eſt de M. de Boifſimon
d'Angers
ENIGME
S.Ans quejefois estropieć
Lefuisfans bras , je n'ay qu'un
:pié 2001
Mont Surtout de toile est modeste
Trop de pluye est pour moyfuneste. な
GALANT. 239
Immobile dans monemploy ,
Ledonne quelquefois legifte aux Hirondelles;
Außi bien qu'elles j'ay des ailes;
MonMaistren'en apoint ,
mieux que moy.
vole
Comme vous avez lû avce.
plaifir les deux premieres parties
de l'Histoirefommaire deNormandie,
faite par M. de Maſſevilte
, vous ferez bien-aiſe ſans
doute d'apprendre que le Sieur
Brunet, Libraire dans la grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant, commence à debiter la
troiſiéme partie de la même Hiſtoire,
qui n'eſt pas moins curieuſe
que les deux autres ,& qui
a eſté imprimée à Ronënpar le
Sr Ferrant Libraire . Elle contient
tout ce qui s'eſt paſſé de
plus remarquable en cette Provincedepuis
l'an 1270. juſqu'à
240- MERCURE
l'an 1380. fous les Regnes de
Philippele Hardy , de Philippele
Bel , de Louis Hutin , de
Philippe le Long , de Charles
le Bel , de Philippe de Valois,
de Jean ,&de Charles V. Rois
de France , avec des Remarques,&
Additions fort recherchées
.
L
Le St Amaury, Libraire à Lyon
achevé de donner auPublic les
Ouvragesde Michel Ettmuller,..
celebre Medecin , & Profeſſeur
de l'Univerſité de Leipfic , traduits
en François , en faiſant
paroiſtre ſesNouveaux Instituts de
Medecine, & fa Nouvelle Chimice
raisonnée, le qui avec la Pratique
GeneraledeMedecinedetout leCorps
humain, & la Trationeſpecialeda
mefme Auteurs sur les maladies
propres des Hommes , des Femmes ,
des petits Enfans , qui ont paru
en trois Volumes in octavo il
2
Y
GALANT. 241
ya déja deux ou trois années,forme un
Corps entier de Medecine , que debite
le Sr Brunet. Il y a auſſi une Nouvelle
Chirurgie Medicale & raisonnée , du
meſmeEttmuller,avec une Differtation
fur l'infuſion des liqueurs dans les
Vaiffeaux. J
Ontrouve chez le méme Libraire ,
un Jeude Cartes du Blaſon tres-utile
pour ceux qui veulent avoir quelque
connoillance des Armoiries ,avecun
Livre qui explique tout ce qui regarde
ce jeu. On a choiſy quatre Nations
differentes pour en compoſer les quatre
partics ,& au lieu des marques ordinaires
des quatre points,qui font les
Coeurs, les Piques, les Trefles & les Carreaux
, on s'eſt ſervy des Deviſes qui
diftinguent ces Nations , qui font la
Fleurde Lys pour la France , le Lyon ,
pour l'Eſpagne, l'Aigle pour l'Allemagne
, & la Rose pour l'Italie. Afin de
faire une plus grande distinction ,la
Fleur de Lis eſt d'or en ce jeu,la Roze
d'argent , le Lion de Gueules ,& l'Aigle
de Sable, qui ſont deux Métaux&
deux Couleurs , afin qu'en jouant on
puiffe diftinguer quand ou jouë de me
Octob.1693 . L
!
242 MERCURE
tal ou de couleur d'or , ou d'argent ,
de gueules ou de ſable. Ily a pluſieurs
avantages à tirer de l'uſage de ce jeu ;
ils font expliquez dans le petit Livre,
Le Roy a faitun Regiment de trois
mille Carabiniers , & l'a formé de
cet Compagnies , tirées dedivers Regimens.
M. le Duc du Maine en eſt
Colonel General , & ce Prince a ſous
luy cinq Commandans , qui font , M.
deBelgarde,M. le Chevalier du Roſel
&Mrs d'Achy , de Vertigny ,& du
Meſnil. Je fuis , Madame , Voſtre &c .
TABLE.
P 2
Le
Devise.
de Louis le Grand. 3
12
Lettreenforme de Differtation,écrite
àM leCardinal de Furſtemberg. 3
Fragmens de Petrone recouvrezpar
M.Baudot.
15
Ceremoniesfaites à Montargis. 16
AutreCeremoniefaite àParis. 25
Autrefaite àS. Malo. 31
Allegorie. 3'3
Eglogue. 38
TABLE.
Morts. 49
De la uxture duFeu. 54
Histoire. 66
Analyse. 88
Epiſtre de Mad. des Houlieres.95
M. l'Abbé de Noimonſtier estnomme
Auditeurde Rote.I
Reflex.fur les defauts d'autray. 102
Bouquet fans fleurs. 104
Autre article de Morts. 10.6
LaFrance triomphantefous le regne
de Louis leGrand.
115
EnvoyezExtraordinaires.nommez.par
le Roy, pour aller à Mantoue
àGenes. 118
Mort du Card. Chigi . Cet article eft
remply de pluffeurs.curiofitez. 119
Troisième article de Morts . 137
Arrest du Conseil d'Eftat. 139
Priſesfaitespar nos Armateurs. 14.4
Catalogue de Livres regardant les
affaires du temps . 151
Bataille de la Marfaille. 155
Divers Ouvrages fur la défaite des
TABLE.
Alliezen Piedmont. 158
Quatrièmearticle de Morts. 167
Election d'un Sindicde Sorbonne.172
Affairesde Catalogne. 173
Suitedu Siege de Charleroy. 175
cettePlace.
Autresurle mesmesujet
Ouvrage deM. de Vinfurlaprisede
194
206
Relation du Trajet de l'Armée du
RoydeToulon àBreft. 207
Officiers de la premiere Compagnie
des Mousquetaires , quifont montezpar
la mort deM. de la Hoguette.
232
Gouvernement de Charleroy donné à
M. de Boiffelot.
Retour de M. de Chartres
237
des
Princes, 238
Article des Exigmes. 239
Nouveautezdans lEmpire des Lettres.
240
WATREGUE
CMA
LYON-Fin de la Table .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le