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1693, 06 (Lyon)
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me
807156
1
MERCURE
Colleg. Lugd . M. Trinit.
GALANT Socich.Yete cat.
ALVILI.E
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPUN
LYON
JUIN 1693
DE
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC. XCIII.
Avec Privilege du Roy..
1
Avis pour placer les Figures.
La Figure doit regarder la pagc44-
L'Air doit regarder lapag. 226
Le Libraire au Lecteur.
Ous recevrez àla fin le nouvean
YOU Blafon,duR.Pare
Menestrier , vous verrez que cet un chefdoeuvre
de l'Auteur ,&un ouvrage ac
compli. Il y a l'histoire & les armes do
tou. Les Souverains de l'Europe, aveolaur
Portraits ,&ceux des personnes de la
premiere qualité , leurs Familles. Le touger
en cinquante-deux figures en taille-douce.
LIVRES NOUVEAUX
du mois de luin
NaveeThi oide
Ouveau Jeu de Cartes du Blafon,
detousles Souverains,
&perſonnes de la premiere quad
lité de l'Europe ,avec leurs familles ,
enrichi de fa. figures en tailledouce.
Par le R. P.Menestrier. 3. liv.
Nouvelle Traduction de l'hiſtoire
Univerſelle de Juſtin, traduction nous
velle, avecdesremarques; en deux vo
lumes indouze , 3.liv. 10.f.
Traité des Mouche à mick , ou less
regles pour les bien gouverner , & le
moyen de tirer un profit confiderable ,
avee la methode de nourrir toutes forzes
d'oyſeaux de ramage ; & un traité
ホン2
4
des Chafies. De la Venerie, & Fauconneric,&
autres, ind. 20.f.
Menagiana ou les bons Mots deMr
Ménage, ind. 40. f.
*Sorberiana , par Mr Graverol Avoeat
de Niſmes, ind. go. f
Hiſtoire de Hollande, depuis laTréve
de 1609. ou finit Grotnis , juſqu'
nôtre tems, par Mr de la Neuville ; en
4.vol.ind. 7.1. ८
Recueil des Traitésde Paix deTréve,
de Neutralité , de Confederation ,
d'Alliance, deCommerce ; fait par les
Rois de France , avec tous les Potentats
de l'Europe , depuis prés de trois
fiecles, inquarto 6.vol.36.1 .
Le Parfumeur François,qui enſeigne
toutes les manieres , de tires les odeurs
des fleurs ,& à faire toutes fortes des
compoſitions de Parfums ; avec le ſecret
de purger le tabacen poudre ,&
le parfumer de toutes ſortes d'odeurs
ind. 16.f.
Portrait d'un honnefte homme , feconde
Edition , augmenté. 32. f.
AirsNouveaux de Muſiquel, compo
ſé par Mr du Pleſſis , qui en donnera
tous les mois un livre pour 8, fol cha
cun....
!
LINDA
THEQUE DEL
LYON
*
MERCURE
GALANT 1.5
JUIN 169
4
E ne purs mieux com-
Jmencer ma
Lettre de ce
que mois-cy , que parun
Ouvrage de la nature
de celuy quevous allez lire.Non
feulement il eſtde ſaiſon', mais
il fait voir juſqu'on va l'ardeur
du zele des Sujets du Roy, pour
un Prince fi digne de leur admiration
, de leurs voeux , & de
leur amour.
Iuin 1693 . A
1
MERCVRE
1
PRIERE POUR LE ROY.
Souverain des Mortels, qui d'une
feconde ,
Astirédu neant les merveilles du
monde, す
Toyqui tiens dansses bords l'Ocean
limité,د
Etguides duSoleille Charprécipité
Si ton bras , pourſauverune infidelle
Race,
Des Peuples du Lourdain dompta
jadis l'audace ,
Etfi les voeux ardens que poufſoit
un Mortel .
Liwerent Amalec au glaive d'Ifraël
Grand Dieu,pour proteger leHeros
dela France,
Arme ce mesme bras de ta toute
puiffince
Etne rejettepas les voeux réiterez
GALANT.
3
Qui s'élevent à toyde nosTemples
Sacrez
CCeeppiiceuuxx CCoonnqquuerant que haïtla
pâle Envie,
Etqui contrefa rage en toyseulse
confie
Adétruitpourjamais l'Empire du
Demon,
Etforce l'Heretique àréverer ton
nom.
- Tandisquenos Vriſins demaſquant
leurfauxzele ,
Adorent le Veau d'or àleur bonte
éternelle ,
Ces Laches deserteursde la causedes
Rois,
Sans craindreta colere, infultent à
tes Loix.
A ces nouveaux Titans fais donc
mordre la poudre ;
- Plonge-lesſous les eaux , brûle-les
deta foudre.
-Aſſer trop longtemps unPrince
audacieux
A 2
4
MERCURE
Avioléles droits de la terre des
Cieux
Ceſſe deſeparer le crime dufupplice ,
Etfur les Criminelssignale ta ju
ftice.
Maisfitant decombats qu'il t'a
plû de benir ,
Peuvent estre garans d'un heureux
avenir,
Quel espoir trop flateur , pourfinir
nosalarmes ,
Doitla France attaquée interdire à
Sesarmes?
Qu'a produit jusqu'icy ce redoutable
ainas
Des Guerriers afſfemblezde cent divers
climats ?
Pouffé du vain defir d'envahir nos
rivages ,
LeBatavea quittéſes bourbeux marécages.
L'Ibere bazané ,bien que cent fois
batta
GALAN T.
Sy
Ranime contre noussamourantevertu.
Le belliqueux Germain , l'effroy des
Ianiffaires,
- Fait luire aux bords du Rhinses
glaivesfanguinaires.
Le fier ufurpateur qui commande
aux Anglois ,
Medite jour&nuit de tragiques
exploits ,
Et dessommets neigeux defesfroides
montagnes
L'Allobroge descend dans nos richescampagnes
.
Mais malgré leurs efforts tesfoudroyantesmains
Ont toujours renversé des projetsfo
bautains.
Ces fieres Nations contre nousfoûlevées
,
Ont vû de jour en jour leurs Places
enlevées;
j
Et Staffarde Fleurus blancsde
leurs ofſfemens ,
A3
6 MERCURE
Sont de noſtre valeur d'éternels mo
numens.
Ainsi, que l'Ennemyfaſſe autour
denosteftes
Tonnerle bruit affreux des plus noi
1 res tempeftes ,
Sur tonfecours la France êtablitfon
epoir,
Et l'Univers armée nesçauroit l'emouvoir.
Tel un ferme rocher , au milieu de
L'orage ,
Des Autans & desflots dompte
l'aveuglerage.
Tandis que dans les yeux de nos
braves Guerriers
Brilleun noble defir de cueillirdes
Lauriers ,
Onvoit nos champs couverts des Laboureurs
tranquilles;
Lecommerce entretient l'abondance
en nosVilles.
Le Roy d'un front égal trace de
grands deffeins,
73
<
GALANT.
15
5
1
Et la guerre en fureur ne nuit qu'à
nos Voifins
Nous lesverrons bien toft, ces cohortesfifieres,
Loin de nous attaquer, tremblerpour
leursfrontieres.
L'hiverfuit, déjaj'apperçois dans
lesairs
Un terrible appareil defondres&
d'éclairs.
Oùfendra cet orage , &qui detant
dePrinces
Doit voirfes Etats mis au rang de
nosProvinces ?.
De l'unc àl'autre Mertout est remply
d'effroy ;
Et la pâle terreur donnepar tout la
loy
Le Savoy and glacé sur les Alpes
chenuës
Croit voir à tous momens crever le
Sein des nuës.
Puiſſant Dicu des Combats,quelque
partque LOVIS
A 4
8 MERCVRE
Aillese faire craindre
terſes Lis POR
replan
Tour lebien de la France& l'honneur
de l'Eglife
Donne une fin beureuse àsa baute
entreprise,
Fais quefes Ennemisgemiffent dans
lesfers,
Et confons leur audace aux yeux de
Univers.co
Sur tout dans ce long cour's d'une
guerre inhumaines, ch
Sauve le desperils oùsa valear l'entraiſne.
Queles Anges armezsuivent fes
Etendarts,
EtgardentSaperſonne au milieudes
hazards.
Cependant , puis qu' ainſi taſageſſe
l'ordonne
Que toujours le Combat précede la
Couronne είδη
Les travaux glorieux de ce fage
Heros demptog
GALANT .
Conduiront ſes Sujets dans un heu.
reux repos.
Alors nous fentirons l'effet de tes
paroles.
Tu chafferas la guerre au de là des
deuxPoles.
Le fer nefervira qu'à tondre nos
moutons,
Afendre nos querets , à couper nos
moiffons.
Du métierde combattre on perdrala
memoire;
-Leshommeschercheront une plus juſtegloire;
Et leurs esprits charmezparune lon
gue Paix ,
S'uniront pour benir l'Auteur de ces
bienfaits.
Jamais Monarque n'ayant fait
tant de choſes extraordinaires
que leRoy pour élever laFran--
ce au deſſus de toutes les Na--
A
10 MERCURE
tions du monde , il ne faut pas
s'eſtonner ſi la France fait de
fon côté des choſes extraordinaires
pour ce Monarque . C'eſt
ce qui a obligé la Ville de Paris
à fonder un Panegyrique que
le Resteur de l'Univerſité doit
prononcer tous les ans , le 14 .
de May , jour où a commencé
le Regne de Sa Majesté, Comme
il invite toujours la Villede
s'y trouver , celuy qui a eſtéDéputé
cette année pour faire cette
invitation , eſt M. des Au-
-trieux , fous - Principal du College
de Harcourt ,& Procureur
dela Nation Normande. Voicy
le Difcours qu'il fit à Meſſieurs
les Prevoſt & Echevins.
3M
ESSIEURS ,
CetteVille,Capitale du Royau
me, la premiere de l'Vivers
GALAN T. II
-
tenant toutesagloire&fafelicité
duregne de Louis le Grand , à crû
ne pouvoir mieux marquersa reconnoiſſance
àson incomparableMonarque
, qu'en faisant éclater tous les
ansses louanges dans le plus celebre
- Auditoire defon Université , pour
lesfaire delàretentir jusqu'aux dernieres
extremitezde la Terre, Cette
noble institution , Meßieurs , n'est
- pas seulement l'ouvrage de vostre
prudence consommée ; mais un illu-
- ſtre témoignage de vostre zele pour
lagloire de cet Auguste Trince ,
qui por la puissance de ses Armes
s'est rendu la terreur & l'étonnement
de ſes Ennemis ; parsa Religion
,perse justice , prsa clemence
, l'amour du Ciel
Terre , &perle refus des honneurs
de la
des applaudiſſemens , lors meſme
quil les a mieux meritez , le
dignesujet des plus grands Eloges.
A6
12 MERCURE
Quelque beaux , quelque folides
quefoient tous ces Portraitsgravez
furleMarbre,furle bronze ,&fur
l'Or mesme, ce nefont que desPein
tures muettes qui n'expriment tour
au plus que les traits exterieurs des
perſonnes qu'ils representent ; mais
les Ouvrages de l'Eloquence font des
Imagesvivantesqui rendentL'action
laparole aux Heros , &qui en
nous exposant les avantages de leurs
corps , nous découvrent , &lessentimens
de leurs coeeuarrss , toutes les
vertus de leurs ames. Ce font la,
Meßieurs, ces trophées parlans, ces
monumens animz quevous dreffez
àlamenoire de Louis le Grand.
Rien n'est àlaveritéſipeu estendu
fi peu durable que la voix ;
ce n'est qu'une Image legere , qui
n'a pour tout appuy qu'unpeu d'air,
un peu de vent , &dont les impreffionsſe
perdent presqu'außi - toft
GALANTA 13
qu'elles échapent de nôtre bouches
mais en vous fervant de l'organe de
: cette fameuse Univerſité , que tou
tesles Nations reconnoiffent pour la
-regle la plus certaine de la verité ,
- vous avez trouvé lesecret de donner
àlapar lel'étendue du monde mê-
- me , & la duréedetous lesfiecles,
Quedis-je , Meßieurs ? Enfaisant
- renouveller tous les anspar la bouche
- de nos Recteurs le Panegyrique de
Louis le Grand , ce qui peut avoir
étécubliépar l'un estant reparépar
l'autre , vous avezrencontré le mo-
-yen d'achever un ouvrage que nul
- homme en particulier n'auroit ja
maispifaire , par ces nouveaux
-traits que vous faites ajoûter àfon
- Eloge ,vous joignezà l'éternitéde
Sagloire , lagrace d'une perpetuelle
nouveauté,
Voila, Messieurs , quel est l'esprit
devôtre Institution , vous pour--
14
MERCURE
rez voir au premier jour , avec quel
zele cette Mere des Sciences s'acquitera
de l'employ dont elles'estagreablement
chargée. Comme vous estes
les Fondateurs de cette éclatante
action, nous esperons quevous voudrezbien
vous enrendre les témoins,
que vous viendrez nous honorer
de vostre presence . Quelle joye ,
4. Meßieurs , pour noftre Corps , de
vous recevoir avec cet illuftre Chef,
queſonſeul merite a élevé dans cette
premiere placequ'il occupefidignement
, de qui lavigilance procure
tous les jours de nouveaux ornemens
, le repos à cette fuperbe
Ville , qui parson Eloquence
autant que par la folidité de fes
Iugemens , s'attire l'admiration ,
l'estime, lerespect , l'amour de
tout ce grand Peuple ? Mais de
quelle ardeur ousi l'Orateur luymême
ne sesentira t - il point ani
GALANT . I
e
e
mé parvostre presence , Monsieur ?
Bien loinque la grandeur de vostre
merite l'étonne , l'idée de vostreéloesquencefoûtiendra
, relevera la fienne
, sefaiſant un effort pourdire
des choses dignes de vous ,il en dira
Sans doute quiseront dignes de tout
tfon auditoire . Cestdonc , Monsieur,
pourvous inviter , vous postre
Illustre Compagnie , au Panegyrique
de Louis le Grand que je viens
- aujourd'huy vous porter cetteſemon
ce de la part de nostre Vniverſité,
- vous affurant de l'extrême plaisir
- qu'elle se fera toûjours de ſeconder
vos nobles inclinations , de re-
- pondre àvoſtre zele ;furtout quand
-ils'agira de comtribuer en quelque
eboſe àlagloire de nostre invincible
Monarque,
1
Ce que je vais vous apprendre
ne vous fera pas tout-a fait
nouveau , puis que c'eſt une
16 MERCURE
matiere dont je vous entretiens
tous les ans. Cependant comme
je ſçay que c'eſt vous faire plaifir
que de continuer à vous faire
partdes foins que l'on prend
pour inſtruire la Jeuneſſe de
qualité ſur les exercices qui font
dignes d'elle ,je vous diray que
le 6. du mois paſſe il ſe fit un
Carouzel en l'Academie de M.
de Vandeüil &Davricour. La
reputation de ces habiles Ecuyers
leur attire beaucoup de
Gentilshommes , que l'ardeur
de la Guerre leur enleve au
commencement de la Campagne
, & qu'ils ne laiſſent point
fortir de leur Academie , ſans y
avoir auparavant donné des
marques en public , de leur
adreſſe dans les Exercices qu'ils>
leur apprennent. Ce fut dans
cette veüequ'ils firent preparer
GALANT.
17
S
e
1
e
[
2
des Fauteüils ſous leur Manege
couvert , qui furent remplis
ipar quantité de perſonnes d'un
rang diftingué , qui s'intereffoient
à la plus- partde ces Gen-
✓ tilshommes. La Feſte commen
ça partune Courſe de Baguet
dontM. Chelton,Fils duGrand
Ecuyer du Roy d'Angleterre ,
1 remporta l'honneur . Le prix
eſtoit une Epée enrichie de
figures tres delicates qui luy fur
donnée par Mademoiselle la
Princeſſe de Carignan . Auffi
toſt que cette Courſe fut ache
vée , les plus habiles Gentilshommes
changerent de che
vaux , & aprés s'eſtre mis en
ordre , ils commencerent une
marche autour du Manege découvert
, qui eſt bordé de chaque
côté de trois rangées d'Arbres
qui formentune Perſpecti
コ
e
1
(
S
3
18 MERCURE
ve tres- agreable. M. de Vandeüil
eſtoit à leur teſte , monté
fur un Chevaldu Haras du Roy.
Les Gentilshommes parurent
enſuite fur des Chevaux d'éco.
le, dontles crins eſtoient ornez
de rubansde toute forte de com
leurs . M. Davricour fermoit
la marche. Ils paſſerentdevant
les Dames , & aprés les avoir
faluées de fort bonne grace , ils
entrerent dans le Manege découvert
en gardant toûjours le
meſme rang. M. de Vandeüil
commença par une galopade ,
&finit pardesPiroüettes& des
Voltes , qui firent connoiſtre
aux ſpectateurs , que les Chevaux
de France font auffi propresauManege
, que ceux d'Efpagne
& de Barbarie , quand ils
font dreſſez par de ſçavans Maitres
. M. Davricour parut en.
GALANT.
19
ſuite. Sa fermeté , ſa bonnegrace&
fon bon air , le firent plus
admirer que ſa hardieffe , quoy
qu'elle ſemblaſt pouffée un peu
trop loin. Il montoit un Cheval
d'Eſpagne des plus vigoureux
, qu'il ne retenoit qu'avec
un ſimple ruban qu'il luy avoit
- paſſé dans la bouche. Il le fit
manier de cette façon avec toute
la vigueur & toute la juſtefſe
imaginable. Les differents
maneges qu'il luy fit faire en
obſervant toujours les temps ,
firent recrier les connoiffeurs ,
& ilacheva de charmer tout le
monde par un Arreſt quirepondoit
à tout ce qu'il avoit déja
fait. On jugea bien alors , que
lesGentilshommes qui apprennent
fous d'auffi bons Ecuyers
ne pouvoient manquer de ſe
ſignaler. En effet quinze des
1
20 MERCVRE
3
plus ſçavans firent des merveil-
Jesdans lesGalopades ,dont les
changemens de main & les Capriolles
furenttres-bien executées
. Ce plaiſir ne fut pas plutôt,
fini que M.le Chevalier de
Luxembourg , Mrs les Marquis
de Cludon & Dauroy & le Frere
de M. Davricour , qui eftoient
les quatre plus anciens ,
parurent fur d'autres Chevaux
pour courre les teftes. Ce fut
dans cette Courſe , que M. le
Chevalier de Luxembourg fit
voir toute l'adreſſe & la bonne
grace qu'on peut ſouhaitter
dans un jeune Seigneur. Vous
fçavez qu'il a deja fait une Campagne
, qu'il eſtoir Aide de
Camp de M. le Maréchal fon
Pere dans la Bataille de Stein-
V
querke , dans laquelle il donna
des preuves de ſa valeur & de
GALANT. 21
1
S
fon courage , & qu'on leremit
à la fin de la Campagne en l'Academie
, pour ſe perfectionner
dans l'art de monter à cheval
qu'il poſſede à preſent. Ildif
puta l'honneur de la Courſe
pendant une heure & demie
contre les trois autres , & l'euſt
entierement remporté , s'il n'avoit
eu affaire à M. Davricour
le Cadet , qui fit voir dans cette
action les bons effets des ſçavantes
leçonsde M. fon Frere ,
qui s'applique tous les jours à
le rendre parfait dans la Cavalerie
. Comme cette Courſe
avoit donné beaucoup de fatis-
-faction aux Dames , Madame
la Ducheſſe de Nevers , dont
l'efprit eſt auſſi delicat que les
manieres ſont obligeantes , fit
un compliment en donnant l'Epée
à M. Davricour le Gadet ,
t
1
S
e
コ
1
22 MERCVRE
qui luy fit plusde plaifir que les
applaudiſſemensd'un tresgrand
nombre de gens de qualité , qui
vinrent le feliciter ſur ſa nouvelle
victoire . Pendant que tout
le monde s'entretenoit ſur l'habilité
des quatre Academiſtes ,
qui ne manquerent pas trois
teſtesdans dix ſept ou dix.huit
courſes qu'ils firent , on fut fort
furprisde voir fortirdes Ecuries
pour la troiſiéme fois , neuf
Gentilshommes montez fur des
Chevaux garnis d'aigrettes , de
plumes&dehouſſes caparaconnées
, tres riches & fort bien
ajuſtées. Trois ſe placerent au
milieu , deux dans les côtez ,
& les quatre autres dans les
coins. Ils commencerent au pas
leur Manege , & un moment
aprés Mrs Davricour &de Vandeüil
, les firent partir tous en
GALANT.
23
la
meſme temps , ſçavoir les trois
du milieu fur les voltes , & les
fix autres ſur les demy voltes
- avec tant d'ordre & fi peu de
confufion , que tout le monde
s'en retourna tres-fatisfait de
capacité des Ecuyers , & de l'adreſſe
des Gentils - hommes
Les noms de tous ceux qui ont
paru dans ce Carrousel , rendroient
cet Article plus parfait,
{ fi j'avois pû les avoir. J'auray
foin l'année prochaine qu'il n'y
manquerien. νοιι πιποι της ε
Nous avons eu le Printemps
-ſi tard , que vous ne devez pas
eſtre étonnée de la Piece que
je vous envoye quand l'Eſté
S
commence.
८
24
MERCURE
R058 253 2548??
SUR LE PRINTEMPS.
sbriom el soυ σαραολυτ
AMufe, du
M
Printemps ref
fens- tu lepouvoir
Quoy, cettesaison fifeconde
Qui redonne la vie au monde
-Ne sçauroit- elle t'émouvoir?
Pendant que l'Hiver danssesgla-
α
L
Tenoit la Nature enprison ,
Pourjustifier tes disgracesTOURI
Iem'enfaifois une raison.
Legrandfroid parſa violence
Rendoit perclus chaque Element.
Tout paroiffoit muet , dans ce
changement
Texcufois pour lors ton filence ;
Maisle Printemps estde retour,
Cette belleſaiſonfollicite taVeine,
Elle tefournira cent ſujets chaque
T
jour.
Serois
GALANT.
Scrois-tu plus longtempsfansforce
fans haleine ?
Teins nous de ces beaux jours l'enchantement
nouveau ,
Le doux bruit desruiffeaux lesfleurs
la verdure , DU
Muse, fais-nous un fidelle Tableau
Des embelliffemens qui parent la
Nature.
Loin de laneige desglaçons,
Dis-nous comment laroſe eſtſur le
point declore,
Comme quoy les Zephirsſe joignant
avec Flere,
Echauffent à l'envi les naiffantes
moiffons.
Vry les Ciseaux dans cebocage
Qui chantent leurs tendres ar.
deurs,
Leurs chants n'auroient point ces
douceurs
Si l'aimable Printemps ne formcit
leur langage.
Juin 1693 Bre
26 MERCURE
Apprens-nous le bonheur des hoftes
de ces bois.myo
L'amourn'apoint de dures loix.
Pourleurs coeurs quandilles enchaine,
rinos at
Rien ne s'oppose à leurs defirs ,
Lefeulpanchant qui les entraine
Sert de mesure à leurs plaisirs .
Entens tu ce Berger aßis fous ce
vieux chefne ?
Que ses accens font doux qu'il
chante tendrement !
L'eau quifortde cette fontaine
Semblepourl'écoutercoulerplus len.
tement .
L'Hiveravoit interditsaMusette,
Leſeul Printeps aſceu le vanimer,
Muse,àtontour ceffe d'eftre muette
-Ne saurois-tu terefoudre àrimer?
Pourvanterle Printemps,ab,ſi rien
net excite
Parmy tant deſujets divers ,
Ecoute celuy cy ,jesuis feur qu'il
merite
Tout l'encens detesVers.
GALANT .
27
th
L'invincible LOVIS , qui fixe la
Victoire,
Qui fait depuis longtemps trembler
lemonde entier ,
Quoy que l'hiver par un nouveau
Sentier
Souvent le conduiſe àlagloire ,
Decegrand fameux Heros
C'est toujours au Printemps que la
valeur commence
Aporter laterreur,à troublerle repos
Chezles Ennemis de la France.
Peuples liguez , dont l'aveugle
fureur
Pretend en vain nous donnerdes
alarmes,
Le retour des Zephirs voue cause autant
d'horreur ,
Qu'il ramene cheznous de plaiſirs
decharmes.61440
C'estdans cetemps que nos Guerriers
,
B2
28 MERCURE
Superbes de mille conquestes,
Vontfe couronner de Lauriers
Dont la Gloire ceindra leurs teftes
LaMeuse, l'Escaut leRhin
Nesçauroient arrêter leur courage
intrepide,
Animezparle Souverain
Quiles commande quiles guide,
On leur reſiſteroit en vain.
Ames brûlans defirs fais que ton
feu réponde ,
Muse, toy que l'on vit m'obeir au
trefois;
Aujourd'hay prête-moy ta veix
Tour celebrer le plus grandRoy
dumonde.
Mais, bel von m'emporte un projet
infense?
Amesvoeux trop hardis garde toy
de te rendre,
Regle toy fur le temps passé,
Où le feul Appellés pouvat peinadre
alexandres
GALANT. 29
Vousne ferez pas fachée ſans
doute , de voir l'Ouvrage qui
To fuit.Il a été fait à l'occaſion des
pluyes qui font tombées au
commencement du Printemps ;
&il est fort curieux , mais l'on
ne doit pas le regarder commefi
les pluyes avoient continué ,
puis que nous avons eu plusde
#beaux jours qu'il n'y avoit d'abord
lieu d'en efperer.
112
R
2
A MADEMOISELLE
DE M.****
1L n'est pas aisé, Mademoiselle,
de vous fatisfaire fur l'étonnement
où vous eſtes avec tout lemon
de , de ce qu'aprés tant de pluyes
que nous avons euës l'eſtépaffé , il
continue celuy cy de pleuvoir de
mesme; car enfin , lefroid
pluyesfont des rigueurs de l'hiver ,
les
B3
30
MERCURE
I'hiver la chaleur lebeau teps
font l'appanage de l'Esté. Ainsi
cette inondationsurvenue dans l'air
où coulent des Torrens de pluye ,
dansunefaiſon où il doit estre tout
brillant des rayons du Soleil , est
un accident tout-à-faitsurprenant ,
un prodige de temps , dont on ne
ſçait où trouver la cause.
Cherchera-t- on cette cauſe enbas
dans la terre , pour dire qu'il en
estforti une infinité de vapeurs ,
qui se font ensuite condensées en
pluyes ? Mais c'est affirmer une
choſe ſans preuve. Nos yeux n'en
peuvent estre témoins , car lors que
les vapeursfortent de la terre , elles
font fi fubtiles qu'elles échapent à
noſtre veüe , nous ne les appercevonsque
lors qu'elles
bléesen
corps,
Se font affem
qu'elles ont composé
dans l'airdegroffes nuées.Mais
quand même on auroit pufaire une
GALANT. 31
コ
- observation sensible de cet amas
extraordinaire de vapeurs , vous
auriez toujours ſujet , Mademoisel
le , de demander qui est- ce qui a
excité cette grande abondance de
Vapeurs , plutost l'Etépaffé & celuy
cy , que les autres Efter; car
l'Estén'estpas laſaiſonnaturelle des
vapeurs.
Si de la Terre on remonte en
- baut , qu'on s'eleve dans uneregion
de l'air , peut on avancer , que
divers corpuscules , dont les pluyes
font composées,y ont paru l'Esté paf
fé & celuy- cy , en beaucoup plus-
- grand nombre qu'auparavant ,
= qu'ilsfont lamatiere le principe
-de ces playes continuelles durant
l'Esté,qui font tant depeine àtoute
forte degens ? Mais qui est- ce qui
a remarqué cet amas prodigieux
d'Atomes imbriferes , de corpuscu
les chargez de pluyes ? Quel Te
>
B 4
32
MERCURE
T
lescopelesadécouverts ?& quand
cela seroit , Mademoiselle ,n'est
on pastoujours endroit de s'enquerir,
d'cùsont venuës les legions de ces
atomes inondez,
les apu ſſembler
qui est ce qui
multiplierlau
tre Esté
dans les autres Estezprecedens ?
On peut encore , Mademoiselle,
aller chercherdans le Soleil unenouvelle
pensée sur ce sujet. Il ya des
Thilosophes qui ſoutiennent que ce
grand Aftre n'est qu'une masse
concave de feu , qu'une Fournaise
qui exhale inceſſamment dufeu
de la flamme , &qu'il excite quelquefois
tant d'exhalaiſons & de
fumées, qu'il s'en forme alors des
nuées plus frequentes &plus épaisſes
qu'à l'ordinaire, que c'est là ce
quifaittomber des Deluges depluies
; mais cette nouvelle bypothese
n'est pas probable à tout le monde ,
celuy- cy , plutost que
GALANT.
33
2
1
1
C
cette idée du Soleil est extravagante
, de faire de ce bel Aftre
les
une fournaise , comme le Mont-
Vesuve & le Mont Etna ; & mêmepuis
que les exhalaiſons
fumées du Mont -Ethna , ne sont
pas l'origine des pluyes extraordinaires
,il n'y auroit pas lieu de le
croire de celles du Soleil,
Faut il s'élever encore plushaut,
confulter les Aftres du Firmament
? Il estvrayque nousytrouvons
fept Etoiles àla teste du Taureau ,
qui s'appellent les Hyades ,&que
ces Etoiles , s'il en faut croire le
nomqu'elles portent , les difcours
des Astrologues ,font venirlaplu
ye, lors qu'elles se levent fur lHo
rison , &lors qu'elles s'en retirent ,
mais supposé tout cela , ilnya
pourtant là aucune raison precise ,
qui nous montre laſource des pluies
continuelles de nostre Esté , car les
BS
34
MERCVRE
Hyades n'ontpas changé le temps
de leur lever de leur coucher
I autre année celle- cy . Elles se
levent toujours vers lafin d'Octobre ,
elles ſe retirent àlafin d'Avril.
Or à la bonne beure qu'ellesfaffent
Fleuvoir en Octobre & en Avril.
Awil & Octobre nefont pasdes
mois d'Esté , ils'agit icy de plu
ies extraordinaires durant l'Esté.
Les Chevreauxque l'on baptise außi
du nom de pluvieuſes , se levent à
la my Septembre , & se cou
chent le lendemain , si bien que ,fi
elles font pleuvoir , c'est en Automne
, non pas en Esté , ce n'est
qu'un jour ou deux , nous voyons
des pluyes perpetuelles. Il n'y a pas
plus de raison d'alleguer l'Etoile
d'Arcturus , que l'onerigeen Etoi
leorageuse ; car outre qu'un Orage
nefait que paſſer , & que nos plu
yes ne ceffent point , c'est qu'Ar
GALANT
35
-Elurus ſe leve en Septembre , ن
- fe couche en Avril , qui font des
mois horsde l'Eté.
1
S
M'est - il permis , Mademoiselle
, de recourir encore au Soleil?
F'entens dire dans le monde , qu'il
ya des gens qui publient , que le
Soleil est malade , qu'il est foible ,
que comme on perd lesforces ,
dans la maladie , ceft ce qui fait
qu'il ne peut pas à present chaffer
verslaregionpolaire du Septentrion
des nuées groffes
pluses , qui n'en doivent revenirque
- dans l'hiver; mais ceux qui avec le
enceintes de
Philosophe , foutiennent que les
- Cieux font incorruptibles , qu'il
ne s'yfait ny generation , ny cor-
- ruption , ne conviendront pas d'un
Symptome aussi étrange qu'estceluy
de la maladie du Soleil , sans en
aßignerla cauſe par quelque Ecli
pfe extraordinaire , ou quelque
•
B6
36
MERCVRE
indiſpoſe , ſans
Phenomene febricitant. Certes fi le
Soleil estoit malade , toute la Nature
leſercit ; car puis qu'il est le
principe de la vie de la ſanté ,
peut on concevoir ce grand principe
estre infirme
que tout le Genre humain enfouffre,
quesesinfluences fi douces&fi
Salutaires en deviennent malignes
mortelles ? Vous particulierement
, Mademoiselle,qui par l'eclat
de vostre beauté , avez tant de
conformité avee ce bel Aftre dont
on vous donnefi ſouvent le nom
yous enreffentiriez un grand chan
gement dans vostre personne. Ainfi
puis que l'estat de voſtre ſantén'est
pas different cette année de celuy
de l'annéepffe , que vous bril
lez éblouiffez toujours comme le
Soleil , il est tres évident que le
Soleil n'est pas malade.
Ily a quelques mois qu'on ap
GALANT.
37
prit les funestes nouvelles desfeux
effroyables qui cauferent des désolations
extrêmes dans la Lamaique ;
peudetemps aprés ily eut außi
des feux terribles dans la Sicile ,
qui en souffrit de grandes ruines,
Cesfeuxsouterrains extraordinaires
qui embrasoient la terre,auroient-ils
-tiré de ses entrailles l'humidité cen
trale pour l'élever en nuées capables
de répandre toutes cespluyes intem
pestives, qui font tant craindre pour
La corruption &la perte des fruits
denos champs de nos Vignes?Cette
cause est trop éloignée,Mademoi
felle pour luy imputer les peines
les dommages que nous fouffrons de
nos grandes pluyes. La Lamique eft
dans le nouveau Monde, la Sicile
eſt ſeparée de nous por une vaste
étenduë de terre de mer. Puis
que nous n'avons point de part aux
tremblemens de terre que ces feux
38
MERCURE
le
ont causer avec des calamitez fi
tragiques il n'est pas raisonnable de
faire venirdesiloin le dégaft
defordre qui nous arrivent dans les
pluyes continuelles.Mais enfin,sijus
ques icy il n'y a rien de positif
de convainquantpour trouver la cauſe
des grandes pluyes de l'Esté , ny
dans la terre , ny dans laregion de
l'air , ny dans les Etoiles des Hyades,
nydans celles des Chevreaux
d'Arcturus,ni dans le Soleil même,
non plus que dans le prodige des
feuxqui ont fait perir tant d'édifi
ces & tant de perſonnes , que nous
n'appercevons par tout là aucune lu
miere , aucun rayon , pourtirer de
L'obscurité la question des grandes
exceßives pluyes de noftre Efte,..
n'y at il point de nouvelles obfer- *
faire quelque autre part ? bations à faire que
Le sçay bien qu'on dit qu'il pleut
beaucoup dans l'Arabie dans
3
GALANT. 39
l'Ethiopie durant l'Esté , mais c'est
parce qu'il n'y pleut point du tout
durant l'hiver ; mais nous qui avons
- des Hipers ois les pluyes coulent
comme des fleuves, pourquoy avonsnous
encore des Eftez außi inondez
-depluyes que les Hivers ?
I'a ouë, Mademoiselle, qu'il est
- difficile d'apporter icy aucune raiſon
decisive , qui ait le fond d'une
verité incontestable.Neanmoinspour
- ne demeurerpas, comme l'on dit, en
fibeau chemin,joſe proposer encore
un nouvel article de ceDiscours,qui
Sera comme l'apostille de la Lettre
qui lecontient Il me vient dans l'efprit
quelque chose defingulier ,
qui ade la convenance avec l'étatdu
Siecle,Nous enſommes donc aux der
nieres années du Siecle , comme
nous éprouvons que les derniers mois
de l'annéesont toujours facheux
inondez de frimis,ne pourrions-nous
40
MERCURE
pas dire qu'il en est de même des
dernieres années du Siecle , qu'elles
ont außi leur renversement de temps,
Leurs accidens tristes affligeans?
La derniereſaiſonde l'année eft affreuse,
nous enfouffrons des peines
des rigueurs extrêmes; pourquoy
Laderniereſaiſon du Sieclen'auroitellepas
außiſesſymptomes étonnans,
fesfunestes changemens de ſcene ,
comme il arrive dans la vieilleffe?
Etsiaprès avoir comparé la fin du
Siecleavec celle de l'année,nous en
continuons la comparaison avec lafin
de l'homme , qui est la vieilleffe, il
parciſtra un nouveau jour pour l'éclairciffement
dusujet present ,
de fa matiere. Les dernieres années
de l'homme , qui sont celles de la
vieilleſſe , l'inondent de toutes fortes
de phlegmes de fluxions,de rhumes,
de cithares ,&luy font fouffrirde
grands defordres, degrandes perGALANT.
41
tes dans son corps. Voila l'idée juste
reſſemblante dela vieilleſſede
nostre Siecle.Nos playes horribles
continuelles qui effrayent tout le
monde,&qui menacent de faire pe
rirtous les biens dels terre font les
phlegmes,les flucions les rhumes,
les caberres d'un Siecle caduc ,
qui est à laveille desa fin.. Ainsi ce
qai ne nous furprend point dans la
vieilleffe de l'homme, pourquoy nous
étonneroit-il dans celle du Siecle car
ce qui arrive en l'une &enl'autre
vieillesse, de l'homme du Siecle,
a affez de conformité, Laiſſons done
pleuvoir tant qu'il voudra pleuvoir ;
il faut que ce periode de lavieillefse
de la caducité du Siecle ſe
poffe.Vous qui estesjeune,Mademoi-
Selle, qui meriteriez d'estre im
mortelle , vous verrez finir ce vieux
Saturne, ce Siecle défaillant ,
vous verrez naistre les beauxjours ,
a
42.
MERCUR E
•
les beaux mois, lesbelles années du
nouveau Siecle qui doit bien toft
commencer.Horace compoſa autrefois
un Poëme Seculaire pour honorer le
commencement d'un Siecle qui arrivade
fon temps. Il infera dans ce
Siecle Seculaire , qui estson Chefd'oeuvre,
les Victoires de CesarAuguste,
vil engageabes Dames il-
Juſtres à marquer leur zele pour la
profperitéde l'Empire Romain.Vous
qui estes, Mademoiselle, par toutes
lesgraces du corps&de l'efprit, le
plus bel ornement de vostre Sexe ,
vousferez témoin des Hymnes Seculaires
qui celebreront le commen. "
cement de noſtre Siecle. Ces Hymnes
d'une composition admirable , con .
tiendront le's fameuses Conquestes,
les glorieux Triomphes de Loüisle
Grand, & les voeux ardens auſquels
vous prendrez part avec paßion pour
La conservation de laPerſonneSacrée
GALANT.
43
S
d'un Monarque incomparable ,
pour la profperité de l'état floriſſant
deli Frince,dont les armes toujours
terribles victorieuses , obfcurcif
- fent, étonnent , abattent la Ligue de
efes Ennemis,
a
Je vous ay déja mandé que
- M. l'Abbé de Lavau avoit fait
voir à l'Academie Françoiſe ,
le jour que M.l'Abbé de la Motte
Fenelon y futreceu , uneDeviſe
qu'il avoit faite àl'occa
fion de cette Ligne. Elle fat
generalement applaudie . C'eſtoit
un Soleil environné de
nuages épais & d'éclairs qui
fortoient de ces nuages. Ils eftoient
auſſi remplis de grefle &
de pluye , avec ces paroles ,
Nec conjurata morantur .
M. l'Abbé Lavau les expliqua
Par ces Vers.
44
MERCURE
Les Ennemis liguez, &laNature
entiere
S'efforcent vainement desuspendre
fon cours;
Sansjamais s'affoiblir , &fansautre
fecours
Que celuy qu'it reçoit deſa propre
lumiere ,
D'unpas toujours égal il fournitfa
carriere,
Et leMonde entier voit toujours
De cet Aftre puiſſant dépendre les
beauxjours.
Vous trouverez icy cette
Deviſegravée.
le vous envoye un nouvel
Ouvrage de M. Comiers , qui
vous apprendra des choſes fort
curieuſes touchant lesTrefors.
Ainſi vous ne devez point le
regarder comme eſtant faitpurement
ſur la Baguette. C'eſt
NEC CONIURATA
MORANTUR
GALANT.
45
ſeulement par occafion qu'il
reprend cette matiere , aprés
avoir répondu amplement le
mois paſſé aux Lettres écrites
contre ceux qui en ſoutiennent
l'uſage. Il reſtoit quelques ar
ticlesſur leſquels il s'eſtoit teu,
& qui demandoient l'éclaircif
ſement qu'il va vous donner.
OBSERVATIONS
touchant les Trefors
cachez .
I'vfage de la Baguette qui de
couvre les sources d'eaux , les
Mines, les Metaux cachez , les le
gitimes Bornes des heritages , les
Voleurs ,les Meurtriers , & lesEm
porfonneurs , est si avantageux au
Public , qu'on ne sçauroit trop exa46
MERCVRE
•
miner, fi l' Auteur des Lettres contenant
les prétendues Illuſions des
Philoſophes , a droit de l'appeller
Diabolique.
On peut dire que cet Anonime
aimemieuxsecacherdans les tenebres,
que de paroiſtre au jour , &
qu'il bait la verité pour foutenir
leparty du mensonge. Iltraitede
ridicules les veritables sçavans.
l'avois finy mon Traitéde laBa
guette justifiéepar les beaux termes
du Pere Milletde Chales , lesuite ,
qui parlant dela Baguette dans la
Pege 160. defon Mundus Mathematicus
, dit, qu'ily atantde
chofes dans la Nature , dont nous
ignorons les causes , quesi pour cela
nous tenionspoursuspect tout ce qui
Surpaſſenostre entendement, àpeine
pourrions- nous remuer les pieds. A
ceste puiſſante raiſon d'un homme
auſſi illustre par sa naissance que
GALANT. 47
par fon vaste genie , l' Anonimerepondfroidement
danssapage 294.
que le Pere de Chales a crû que
de tout temps le Coudre avoit
ſervi à trouver les Sources , en
quoy il a fait connoiſtre qu'il
n'eſtoit pas ſi verſe dans Hiſtoire
naturelle , que dans les
Mathematiques. Enfin l'Anonime
s'efforce d'oser à la Nature , &
-par confequent à Dieu , l'honneur
des effetssurprenans de la Baguet
te, pour les attribuerau Demon.
-C'eſt luy , dit-il , qui agit fur
la Baguette en vertu d'un pate
, du moins implicite & tacite.
C'est ce qui luy fait dire dans
la page 43. Je ſuis convaincu
de la diablerie. Si le Demon , que
I'Anonime perche comme un Fagotinfur
la Baguette , eft auffireconnoiffant
de l'honneur de cet employ,
que le fut Belphegor envers le
48 MERCURE
Paysan fon Compere , qui l'avoie
caché & dérobé à la poursuite des
Sergens, cet Auteur pourra unjour
faire des merveilles.
La censure que l'Anonimefait
des Philosophes , ne peut servir qu'à
dérober à la luſtice les Voleurs , les
Meurtriers , &les Empoisonneurs,
condamnant ceux qui lesdécouvrent
&qui les dénoncent. Nous devons
rendre graces à l'Auteurde laNatuvedenous
avoirdonnédes moyens
purement Physiques pour découvrir
Les Voleurs,&lesfaire rigoureusement
punir, C'est ainsi qu'en usa
Jofuć ,legrand Capitainedu Peaple
d'Ifraël , envers Acham , qui
au pillage de Iericho avoit dérobé
une regle d'or , deux cens Sicles
d'argent , & un manteau d'écarlate.
Dieu dit , àJosué. On adérobé
& caché le larcin , que
celuy qui s'eſt ſoüillé d'un tel
crime
GALANT.
49
crime ſoit exterminé . Josué
ayant appliqué lefort à chaque Tri.
bu , reconnut qu'Acham estoit le
Voleur , & luy dit. Avouëton crime
pour rendre gloire au Seigneur
Dieu d'Iſraël . Il le fiten.
Suite lapider avec sa Famille , &
fit consumerpar le fou leurs Tentes
&tous leurs biens , dans le vallon
qu'on a depuis appellé. Achor , du
nom du Voleur Acham.
Devrois-jefaire quelque reflexion
Sur cet Ouvragede l'Anonime,pour
luy rendre ce qu'il m'a prešte lors
qu'ilaparle ainſi page 244. ? Ic
vous avoue queje ſuis fortembaraflé
quandje metrouve obligé
de répondre à certaines preces
, dans lesquelles le ridicule
domine.. Il dit page 62. Celuy
qui cherche avec la Baguette ,
doit eſtre cenſe eſtre en commerce
avec le Demon. Voicy
Iuin 1693 . C
SO
MERCVRE
don , ajoûte- til , comment ſe
contracte le pacte. L'un tient la
Baguette , l'autre la fait mouvoir
, voila le commerce. Dans
la page 266. it affure qu'il arriva
il y a prés de deux ans qu'une
Famille nombreuſe trouva unc
mort ſoudaine là où la Baguetteluy
avoit faiteſperer detrou-
- ver un Treſor. Je vous en diray
, ajoûte-t - il , le détail quand
il vous plaira. S'ilfait ce détail
au juste , il nous apprendra Sans
doute qu'on n'employa point la Bagueste
, ou que celuy qui s'enſervoit
n'ayant pas le don de la Nature,y
employa , comme on dit , les Grimoires,
l'impieté &le ſacrilege,à
quoy ilfaut imputer leurfin malheureuſe
, ou à du charbon allumé dans
une cave , ou à quelque exhalaiſon
venimeuse qui fortit lors qu'ils creufoient
la terre,
2
GALANT. 1
Ceux que la Nature a favorifez
de cet heureux talent pour trouver
des Trefors cachez , n'ont jamais
estémaltraitezpar le Demon , non
plus que ceux qui par hazard , ou
parquelque autre indice , ont creusé
la terre& enlevéles Trefors.
L'histoire dù Trefor trouvépar
Esopeest tres connue ,aussi bien que
celle que Sigebert rapportedansses
Chroniques dans l'an 1038. Un
Astronome Arabe , prisonnier de
guerre de Robert Viscart , Duc
de Normandie , ayant remarqué
dans la Pouilleune Statuë de mar-y
bre , dont la tefte estoit d'airain,
avec cette inscription , Au lever
du Soleil aux Kalendes de May
j'auray la teſte d'or , trouva un
gros Tresor , ayant fait creuser à
l'endroit où l'ombre de cette tefte
Se terminoit ,le premier de May
au Soleillevé. C'est ce que Marti-
C 2
52
MERCVRE
nus Polonus confirme dans le quawieme
Livre de ſes Chroniques.
Plutarque rapporte dans la Vie
de Pompée , qu'eſtant paßé en Egypre
avec fix Legions. Romaines ,
quelques Soldats partagerent entre
eux un Trefors qu'ils avoient trouvé
, qui fut cauſe que toutes les
Troupes , malgré leur General,
-s'occuperent pendant plusieurs jours,
à ouvrirla terre , dans l'esperance
de découvrir d'autres Trefors . Ce
grand Capitaine se promenoit autour
defon Armée ,& rioit de voir
des milliers d'hommes attachez
àcreufer la terre. Ces Soldats voyant
leur efperance deceuë dirent à Pompée
, Mene- nous où tu voudras,
nous ſommes affez punis de
noſtre folie.
24
Tasite dit queNeron donna dans
les illufions de Cecellius Baſſus ,
qui l'aſſuroit d'unfortgrand Trefor,
GALANT.
53
que Didon fuyant de Tyr , avoit
enfeveli dans la terre. Il la fit ouwrir
inutilement en mille endroits ,
&Tacite ajoûte , que l'attente de
ce Tresor avoit esté une des principates
causes de la pauvreté de l'Etat.
८
L'Empereur Tibere , furnommé
l' Aumômer, fut plus heureux , puis
que Gregoire de Tours , fon contem
porain, dit dans le 1 9. ch. du 5.
Liv, de l'Hist , des François , que ce
Religieux Prince ayant remarqué
une Croix gravée sur unpavé de
marbredefon Palais, s'écria , Cruce
tua , Domine , frontem no
ſtram munimus & pectora , &
ecce crucem fub pedibus conculcamus.
Il fit d'abord enlever
ce marbre , & deux autres qui eftoient
au dessous , & trouva une
tres-grande quantité d'or & d'argent
monnoyé , qu'il distribua aux
1
C3
54
MERCURE
Pauvres. Le mesme Historien af
fure qu'un Vieillard luy découvrit
l'immense Tresor que Narſes avoit
caché dans une Cisterne. C'est ce
que Paul Diacre confirme dans ſon
Histoire des Lombards.
Faites , s'ilvous plaist , reflexion
que les Demons ne maltraiterent
aucunde ces Chercheurs de Tresors,
-&ne les empêcherent point de les
enlever, parce qu'aucun n'usa d'impicté
nydefacrilege.
Biendes gens crogent que les Dem
mons que Laurentius Ananias ,
au liv. 4. de natura Dæmonum
dit s'appeller Thelchines , font
gardiens des Trefors cachez, pour
les livrer aux mains de l'Ante-
Christ. C'est lesentiment de S. An-
Selme in Elucidario , que tout l'or
& l'argent caché luysera décou
vert , & par ce moyen il engagera
tous les grands Princes dans ſes inGALAN
Τ .
55
terests. Petrus Comeſtor , dans
Son Hoſtoire Scholastiquefur lechapitre
7. de Daniel , dit que l'Ante-
Christ trouvera les Trefors cachez,
d'où je conclus que la Baguette doit
estre mise en usagepar les Chré.
tiens,pour ofter par avance lesTrefors
cachezà l'Ante- Christ , puis
qu'ils luy doivent fervir de moyens
pourcorrompre& attirer dans fon
partypluſieur grands Princescontre
les Oints du Seigneur , &le Fils
ainé de l'Eglise , qui est le Monar-e
que ſuivant le coeurdeDieu.
L'ajouſte quesi la Baguette dés
couvre les Tresors cachez, cen'est
Paspar l'intervention &parlemanege
du Demon, puis qu'il agiroit
contreſes interests& ceux de l'An .
techrift,&qu'il détruiroitfon Regne.
Le plus riche &le plus facré
des Trefors qui ſoit caché en terre
par main d'homme , est celuy que
C 4
56 MERCVRE
<
depuis 2034. ans , le Prophete lea
remie par l'Ordre de Dieu , cacha
_dans une des Cavernes de la Montagne
Nebo ; avant que Nabuchodonofor
eust pillé la Ville de lerufalem.
Ce Trésor contient le Tabernacle
, l'Arche d'Alliance , &
l'Autel des Parfums , ainsi qu'il
est porté par leſecond Chapitre du
Second Livre des Machabèes.
Le plus grand des Trefors profa
wes , eft celuy que les Goths après le
Sacagement de Rome que j'ay décrit
dans mon Traitédes Propheties , ene
terrerent avec le Corps de leur
Roy Alaric. Voicy comment Paul
Diacrele raconte, liva 3. Miſcel.
cap. 28. Alaric mourut sabitement
dans Constance. Les Goths par le
travailde leurs Efclaves detourne .
vent la Riviere de Basense & enfevelirent
au milieu du lit fet de
cette Rivierele corps d'Alaric avec
GALANT.
57
"desTrefors immenfes , aprésquoy ils
firent reprendre à la Riviere fon
ancien cours , le ne doute pas qu'on
netrouve facilement cegrand Tréfor
cachésous ceste Riviere , puis
que l' Anonime affure dans la page
281. qu'à Grenoble la Fille d'un
Marchand nommé Martin fut la
premierefur qui on jetta les yeux
pour une recherche de cette nature.
Elle estoit , dit-il , d'une habileté
connuë par quantité d'épreuves.
Elle avoit ſouvent dé--
couvert des métaux dans la
Cave , à la ville& à la campagne
, & il y a peu de temps
qu'on luy avoit fait chercher
uneCloche cachée ſous l'eau
depuis le debordement de la
Riviere qui avoit emporté le
Pont du Faubourg. On l'avoit
menée dans un Batteau , & la
Baguette avoit deſigné precife--
G
58
MERCVRE
ment l'endroit où eſtoit la Cloche.
Pour mettre au grand jour les
Illuſions de nôtre Anonime Cenfeur
des Philosophes , j'employe ses termes
de lapage 243. Il y a , dit- il ,
une infinité de gens qui n'ont
aucun gouſt ny aucunejuſteſſe
d'eſprit , & qui font neanmoins
les plus deciſifs du monde
ſur ce qui les paſſe , dont la
teſte eſt un magaſin de plufieurs
choſes mal digerées ;&
qu'ils appliquent ordinaire.
mentde travers . Ie convains l'Anonime
d'Illuſion dès la 1 4. pagede
JaPreface. UnArcher du Guet
avoit été tué de quinze ou feize
coups d'épée dans la ruë
Saint Denis , & il avoit répandu
toutſon ſang. Cela , dit l'Ananime
, donnoit lieu de croire
que ce licu eſtoit fort propre
-
GALANT. 59
pour faire impreſſion ſur Aimar
armé de ſa Baguette . On le
fait paſſer pluſieurs fois ſur le
même endroit, mais la Baguette
eſt immobile , & ſon ſang n'eſt
point agité. l'Anonime applique
icyde travers l'usagede la Baguette,
car aucun Philofophe n'a dit que la
Baguette tournaſt ſur leſang repandu
par le moyen de ce qui en
exhale , maispar le moyen des Corpufcules
exhalez par ceux qui ont
commis le meurtre avec crainte &
cruauté. C'est pourquoy Aimar ré
ponditjuste par les termes que M.
Robert , Procureur du Roy au Cha-
Steles de Paris , rapporte dansla lettreinferéedans
le Mercure du mois
d'Avril , que la Baguette ne faiſoitpoint
d'effet pour leMeurtre
commis par un mouvement
de colere ou d'yvrognerie ,mais
ſeulement pour des aſſaffinats.
60 MERCURE
premeditez , commis avec
cruauté. L' Anonime dans la page
13. dit , qu'à Chantilly la Baguette
n'avoit tourné en au- -
cun endroit de la terraſſe , ſous
laquelle la riviere coule.
I'ay dit dans maBaguette juftifice,
que la Baguette ne tourneſurles
fources, que par le moyen des Vapeurs
que la chaleur foûterraine
pouffe comme un jet d'eau , impreg
nées des fels autres parties terrefires,
l'eau qui coule à découvert
n'a pas desemblables vapeurs , outre
qu'elle s'échape le long delayoute
de la terraffe , ne pouvaut penetrer
les pierres . L'Anonime ajoûte que
dans un autre Jardin de Chantil
ly , la Baguette n'avoit tourné
que fur le trou recouvert de
terre, dans lequelun facde pierres
avoit eſté caché .
On nie l'excluſion qu'il allegue
GALANT. 1
jeſoutiens que la Baguette adi
tourner preferablementfur cegrand
- trou , dans lequelon avoit caché des
- pierres , parce que ce fut le premier
endroit par lequel on fit paffer Iacques
Aimar , & par la grande
quantité de vapeurs qui enfortoient,
ce qui arrive dans tous les endroits
où l'on creuse la terre,je ne doute
pas qu'à cette occafion , Lacques
Aimar estant raillé devant un fi
grand Prince nefût troublé&que
Sasensation ne fuft moins vivepour
eftre émeu par les exalaiſons
pufcules des metaux cachezen terre.
La mesme chose arriva au nommé
Pierre Tonnelier dans le Iardin de
la Bibliotheque Royale , de quoy
pay fait mention dans ma Baguette
justifiée, Par ces trois rencontres ,où
La Baguette fut fans mouvement ,
l'Anonime peut-il conclure que l'ufage
de la Baguette est diabolique ?
Cor-
1
62 MERCURE
Quelle Illusion pour lui ,qui dans
lapage 262.a dit que celuy qui
cherche avec la Baguette , doit
eſtre cenſé agir de commerce
avec le Demon ? Voicy donc ,
ajoute-t'il , comment ſe contra.
cte ce Pacte. L'un tient la Baguette
, l'autre la fait tourner ,
voila le commerce. L'infere des
propres termes de l' .Anonime ,que
l'usage de la Baguette n'est point
diabolique, puis qu'iln'a pas tourné
fur lefang répandu de l'Archer du
Guet, nyfur la Terraffe de Chantillyparce
que les causes Physiques du
mouvement de la Baguette ne s'
rencontroient pas .
Voici deplusgrandes Illufions de
l'Anonime,Dans lapage 24.defa
Préface , il se déchaine contre ma
Medecine univerſelle ,& l'artde
fe conſerver en ſanté & de prolonger
la vie.Comme Dieu a comGALANT.
63
1
4
'
mandéà chacun d'avoirfoin defon
Prochain, unicuique Deus mandavit
de proximo fuo , jedonnay
aupublicfans nul interest ma Medecine
univerſelle dans les Mercures
desmois de Iuin,Iuillet , Aouft
Novembre de l'an 1687.à l'occafion
de Loüis GualdoquelaGa-
Zette de Hollande du 3. Avril
1687.enl Article deVenisedu 7 .
Mars , où il avoit paßé , dit avoir
donné des preuves incontestables de
fon âge de quatre cens ans. L'.Anonime
tombe d'abord dans les illu
fions. Unhomme , dit-il , paſſe à
Paris , & ſe donne quatre cens
ans ; (il prend Paris pourVenise.)
Voila d'abord de groſſes differtations
pour prouver que cela
eft poffible, & pour indiquer , il
met à la marge ces deux lettres M.
C.Il poursuitson illusion par les termesſuivans.
On prouvera même,
64
MERCURE
fi vous voulez , qu'un homme
peut vivre toûjours . C'est une Illufion
de l' Anonime I'ay dit entermes
formels que ma Medecine
Univerſelle ne pouvoit pas procurer
l'Immortalité. C'est bien affez
quelle gueriffe tres promptement
Les plus dangereuses maladies ,fans
travailler les Malades. M.Dolede ,
premier Prefident du Parlement de
Bordeaux, l'a experimenté pluſieurs
fois enſa perſonne dans fa famille.
Les Lettres dece Sçavant Magiftrat
font inferées dans divers
Mercures.CeRemedecontientlaver--
tu de tous les autres, Glauber dans
fon Miracle du monde, en a donné
une description , quoy qu'enigmatiquement
en termes voilez. Voicy
comme il conclud. Medicina erit
nulli præterquam Philofophorum
lapidi ſecunda,poft centum
annos ejufdem cum primo con
GALANT .
65
t
efectionis die bonitatis , pro quâ
1. dignas Deo gratias , nemo unquam
mortalium perfolverit .
Quel interêt peut avoir porté l'Anonime
d'envier au public ce Remede
Univerſel. Est- ce parce que j'ag
dit que pour vivre longuement
en santé, il faut vivre Sic . Aprés
tant d'illusions , peut- il efpererque
les honnêtes gens foffent quelque
estime deses opinionsfi contraires à
la verité & au bien public ?
Entrons maintenant dans le corps
du Livre de l'. Anonime nousverrons
- que dans les choses qui lefurpaſſent
il employe à tort àtravers fon
magasin de choſes mal digerées. Il
fait un grand fond furlesentiment
deM. Abbé de laTrappe. Envoicy
les termes en lapage 51. Je croy
qu'il ſe peut faire par une verta
naturelle que la Baguette ſe remuë
fur l'Eau & fur les metaux,
66 MERCVRE
1
३
qu'elle les decouvre , & qu'elle -
les faſſe connoiſtre .Cela ne paroiſt
pas eſtreau- deſſus des for- /
cés de la nature,& ne ſeroit pas
plus extraordinaire que le mou- F
vement de l'Aiguille qui a été
touchée d'une pierre d'Aiman.g
La croyance deceTrelat est conforme
àcellede M. Galet,grandTheolo- :
giene Penitencier àCarpentras,à
M.Coñade ,& enfin à tous les vrais
Sçavans Philosophes &doctes Theologiens.
Mais que la Baguette ſe
remuë , ajoute M. l'Abbé de la
Trappe,qu'elle deſigneunVoleur
entre ceux qui ne le font pas ,
qu'elle marque une borne qui a
eſté changée , & qu'elle ne la
marque pas lors qu'on n'a pas
intention de la trouver , c'eſt ce
qui eſt impoſſible à la nature.
L'ay autant de veneration pour
cegrandPrelat quepour Saint AuGALANT
.
67
コム
نا
N
4
1
gustin , maisje ne laiſſe pasde croire
qu'ily a des Antipodes , & des cau
fes purement Physiques qui defignent
les Voleurs&les Meurtriers
Parle mouvement de la Baguette ,
comme aussi les bornes , parce que
quand on plante une borne , on fait
un creux profond dans lequelon jette
du Charbon, & la borne qui doit
Sortirhorsde terre, eft appuyée de
deux ou trois autres pierres qu'on
appelle Temoins, & par le moyen du
Charbon, cet endroit de la terre eft
moins compacte , & les vapeurs en
Sortent plus abondamment . f'ay declaré
dans ma Baguette justifiée,
que c'est un contefait àplaisir, que
La Baguette ne tourne pas fur une
Borne, lors que les Intereffezcon
viennent de ne s'en plus servir;
carcette convention ou moraliténe
changerien à la diſpoſition Physique
de la borne. C'est un Axiome ge68
MERCVRE
neral, qu'ilfaut expliquer les chofes
en bonne part , quand on n'apas
de bonnes raisons pour prouver le
contraire , car pour accufer du cri.
me de Diablerie.. debent effe
argumenta fole meridiano clariora,&
avant que de prononcer
fur la cause du mouvement de la
Baguette , on doit connoiſtre toutes
les causes naturelles qui peuvent
produire les effets de la Baguene ,
&aprés les avoir meurement examinées,
si l'on demonire qu'aucune
ne peut y avoir contribué, on aura
droit de conclure que ces effetssont
au-de- là de la force de lanature.
Comme il ne reſte dans l'esprit
de ces Meffieurs qu'à pouvoir pene.
trer comment l'homme à la Baguette
peut distinguer une chose volée,
un Voleur ,& un Meurtrier , entre
oeux qui ne lefont pas , & mesme
indiquerle chemin par lequel ils
GALANT. 69
ef
لا
. ont passé , je répons que le Chien le
A fare par le feul odorat , difcernant
son Maistre&fes bardes entreplufieurs
autres . L'Histoiredes Antil-
Les nous apprend queles Negies ont
l'odorat fi fubtil , qu'ils distinguent
* les vestiges d'un Negre, d'un Espagnol
, où d'un François , enſentant
Seulement la place où ils ont marché
, ở M. de la Motthe le Vayer
dit que les Guides dont onse fert
pour paffer les mers de fable & les
deferis de l'Afrique , trouvent les
chemins en flairant le terrain , On
vois à Orleans , dans la Salle du
Palais , l'histoire peinte d'un Chien
qui reconnus, combattit & defit en
duel, en prefence de la Cour , celuy
qui avoit afſaffiné fon Maistre. Ie
dis premierement que l'homme à la
Baguette ne peut suivre ny connoître
toutes fortes de Meurtriers ,
maisfeulement ceux qui d'un deſſein
70)
MERCVRE
prémedite commettent un assassinat
avec crainte,frayeur & cruauté ,
parcequ'ils exhalent dans cet état
des corpuscules qui font la cause
Physique du mouvement de la Baquette.
Ie dispar la mesme raison
que l'homme à la Baguettene peut
connoistre la chose volée, ny laperfonne
qui afait levol en plaifantant
; c'est pourquoy la Baguette
de Jacques Aimar ne tourna point
contreMadamela LieutenanteGenerale
de Lyon , qui avoit pris en
plaisantant la bourse de M. Puget.
La raiſon en est évidente&recon
nuë , mesme par l' Anonime , puis.
quepage 164. il dit , Un homme
entre dans une chambre fans
aucun méchant deſſein , il voit
fur la table une Montre , il la
preud , la met dans ſa poche ,
&s'en va. Croyez vous , Mon--
ficur , que cet hommequi n'eſt
GALANT.
71
1
pas agité luy- meſme dans ce
. moment , laiſſe ſur latable un
• fond ſuffisant de corpufcules
qui durent des années entieres,
&qui puiſſent agiter un homme
à Baguette ? Je tombe d'accord
de tout cela avec luy , &ce Voleur
- ne pourra estre connu , non plus
qu'un Meurtrier qui tuë de sang
froid.
Les partisans de la Diablerie
n'ont pas affezde genie pour appro.
fondir le miſtere de la Nature. Ils
aiment mieux mettre le Diable en
jeu , le percher ſur la Baguette,
puis que l' Anonime dans lapage
43. dit , Je ſuis convaincude la
Diablerie , & pour le prouver,
dans la page , 150. il emplye ces
termes , qu'un principe. C'eſt
qu'une cauſe Phyſique & materielle
agit toujours de la mefme
maniere dans les meſmes
72 MERCUR E
circonstances Phyſiques. Ceprincipe
est beau &bon , mais l'Anonimenes'enfert
pas en Philosophe ;
cardans tous les effets particuliers
de la Baguette , qu'ilfait examiner
, il ſuppoſe que les circonstances
Thysiques font toujours les mêmesi
ce qui est tres-faux , comme il me
feraaisédele démontrer ; car deux
aiguilles de Bouffole avant que
d'eftre aimentées , demeurent immobiles
quand on leurpreſente une
Baguette defer. Quesi une de ces
aiguilles est touchée par la pierre
d'Aiman , bien qu'on n'y puiſſe
appercevoir aucun changement „ elle
tourneraen luy presentant une Baguette
defer , & l'autre aiguille
demeurera immobile ,parce que ces
deux aiguilles nesont plus dans les
mêmes ſituations Physiques , l'une
estant aimantée , l'autre nele
Stant pas de mesme, Si ayantfrotté
avec
GALANT.
73
1.
?
9
F
avec un pied de Liewefur la moitié
d'un papier la poudre faite avec
noix degalle , vitriol & un peu
de gomme , vous écrivez avec de
L'eau commune , les lettres devien
dront noires si l'on paſſe les
doigts fuans ou grasfur la moitié
d'une page de papier , la mesme
main , la mesme plume , & la
mesme ancre n'y pourront écrire ,
parce que les choses n'y sont plus
dans les mesmes circonstancesThyfiques.
C'estparunesemblable raiſon
que la Baguette a tourné , comme
dit l' Anonime ,fur les pieces d'or
d'argent qu'on avoit dérobées à
MadamedeBourlemont , même
fur les pieces que les Voleurs
avoient changées à l'Hostel de la
Monnoye, parce que lors qu'il les
touchoit les manioit , craignant
d'estre découvert , il exhaloit les
mesmes corpuscules gluans , lesquels
Juin 1693 .
D
74
MERCURE
s'étoient attachez aux pieces qu'il
avoittouchées. 1
Ie répons en peu de mots àla demande
pourquoi la Baguette , qui
avoit tourné contre tous ceux qui a
voient del'argent dans la main, ne
tourna plus fur perſonne lors que
Madame la Lieutenante Generale
fit chercherpar Lacques Aimar la
perſonne qui avoit dérobé là bourse
de M. Puget. C'est que leDevin
changeant la direction d'intention ,
mit adroitement dans chaque main
quelque morceau de fer , ce qui empescha
que la Baguette ne tournast
pour l'argent , ainsique j'ay dit dans
ma Baguettejustifiée. Ilfit la mesme
chofe lors qu'il voulut distinguer
les pieces dor d'argent qui
avoient esté volées , comme dit l'Anonime
dans la page 21. car la
Baguette avoit tourné fur l'or &
L'argent caché en terre ,par l'odeur
د
GALANT.
75
-
a
-
,
des Metaux , &ayant du fer dans
les mains , l'odeur de ces Metaux
ne pouvant agirfur la Baguette, il
n'y eut que les parties graffes
Sulphureuses que le Voleur avoit
Laiffées, fur les pieces volées qui
agireutfur la Baguette. Voila en
quoy conſiſte la direction de l'inten
tion. L'Anonime mesme , dans la
page 287. dit que la Fille d'un
Marchand nommé Martin mettoit
Secretement quelque chose dans la
main , pour deviner de quelle effece
estoit leMétal caché , dans la
page 287. il dit , Remarquez
cecy ; quand la Baguetre tourne
ſur un Loüis d'or une épingle
qui la toucheroit l'arreſteroit
tout court. L'ey déja donné
laraison de cet effet dans ma Baguettejustifiée.
Les Curieuxsçavent
qu'une epingle empêche cue l'enne
faffe lebeurre. Lefer arrête les ef
D 2
76 MERCUR E
prits arsenicaux du charbon allumé,
empêche que le tonnere nefaſſe
tourner levin. Sil' Anonime estoit
dans un Pays d'Inquisition , ilfe
repentiroit bien toſtd'avoiremployé
ſiſouvent le Diable de la Baguette
pour difcerner les faintes Reliques
d'avec les choses communes. Voicy
festermes dans lapage 286. On
poſe ſurun bancun Reliquaire
qui contenoit pluſieurs offemens
venus de Rome. La Fille
d'unMarchand , nommé Martin
; prend la Baguette. Tout à
coup on la voit tourner avec
plus d'impetuoſité qu'elle n'avoit
fait juſques alors . Voicy la
raison Physique du tournement de
la Baguettefur ce Reliquaire. Le
Scelerat qui l'avoit manié dans le
defſfein d'impieté & d'irreligion ,
de difcerner par le moyen du Demonfi
ces oſſemens estoient deveGALANT.
77
1
ritables Reliques de Saints , fut
faiſi de crainte de frayeur d'un
prompt ch ſtiment de Dieu ,
dans cet estat , par une agitation
tres vehemente il avoit exhalé des
corpuscules fulphureux &gluants ,
qui s'estoient attachezau Reliquaire
qu'il avoit tenu dans les mains.
Ces corpuscules estant de mesme nature
que ceux que les Voleurs
les Meurtriers laiſſentſur les cho-
Ses qu'ils touchent , ou qu'ils ont
dérobées , la Baguette tournafur
ce Reliquaire par la mesme raiſon
Phyſique , qu'elle tourneſur ce qui
a esté derobé ou touché par les Voleurs
lesMeurtriers. L'Anoni
me ajoûte que , La Baguette n'eut
preſque point de mouvement ,
loin de tourner pluſieurs fois
avec vîteſſe ſur un paquet qui
necontenoit que quelques morceaux
d'étoffe qui avoient ſervi
1
D3
78 MERCURE
àune Carmelite de Beaune
morte en odeur de grande pieté.
La raison Physique est évidente.
Celuy qui faisoitfaire cet effayplein
d'impiete , n'avoit esté qu'un peu
agitéparunecrainte legere en maniant
cepaguet , &par consequent
fes mains n'avoient pas laißé écoulerces
vapeursgluantes neceffaires
pour exciterlemouvement de la Baguette.
L'Anonime dans la page 261 .
dit qu'il eſt témoin que la Baguette
n'a point tourné aprés
qu'on a renoncé au Pacte & au
Diable , dans lapage 262. il
ajoute. On a beau dire que l'on
renonce à tout Pacte , les paroles
font démenties par les actions
. Le Demon a fuffisamment
averti qu'il agifſſoit dans cette
pratique. Voila des contradictions
manifestes, Neanmoins voici la raiGALANT.
79
۱
+
-
S
Son Physique, par laquelle le mouve
ment de la Baguettea cefféentre les
mains de ceux qui renonçoient au
Pacte & au Diable. C'estque dans
la crainte frayeur que l'usage de
la Baguette ne fust diabolique , le
fangse retira dans le coeur , ils
changerent tout à coup pour quel
que temps de temperament , estant
dans un estat contraire au talent
naturel pour faire tourner la Baguette.
Lefinis par les termes de la page
21. de l'.Anonime. Si la Baguette
produit un effet determiné
envertu d'un Pacte exprés ou tacite,
cet effet doit estre produit entre les
mains de quelque perſonne que ce
foit. Pourquoy le même Palle n'opepereroit
il pas de même maniere
dans les Perſonnes qui ont les mêmes
defirs , les mêmes intentions ?
Cependant de cent perſonnes qui ef-
D 4
80 MERCURE
2 fayeront si la Baguette leurtourne ,
quisouhaiteroient même de bon
ne foy qu'elle leurtournist , il n'y
en aura pas deux à qui elle tourne.
Iln'enestpas de méme , ajoûtel Anonime
, de quantité d'effets que
produisent bien des gens de la campagne,
par certaines paroles oufigures.
Il en estpeu qui en uſent ſans
oferer les mêmes effets , d'où je conclus
que le tournement de la Baguette
afes causes purement Phyfiques.
C'est si vous voulez, un de ces
donsparticuliers que Dieu communique
quelque fois aux hommes.
L'AVEUGLE COMIERS
M.de Bonrepaux , Ambaſſa
deur Extraordinaire de Sa Majeſté
en Dandemarck , fit fon
Entrée publique à Coppenhague
le Lundy 18. du mois pallé
, avec toutes les ceremonics
1
GALANT. 81
. qui ſe pratiquenten cette Cour
- là dans ces fortes de receptions.
En voicy un détail exact où je
puis dire que rien n'eſt obmis.
Ce jour là, ſur les deux heures
aprés midy , M. l'Ambaſſadeur
- ſortit de ſa Maiſon de Copen-
- hague,pour ſe rendre dans une
autre , éloignée d'un quart de
- lieuë de la Ville, qui avoit eſté
- preparée pour cela , & d'où
toute la Marche devoit commencer.
Il s'y rendit dans l'or-
- dre ſuivant. Son Ecuyer ſuivi
de ſes quatre Pages à cheval,&
aprés ceux- cy , de deux Palefreniers
qui conduiſoient deux
chevaux de main, eſtoit à cheval
à la teſte de tout le Cortege.
Douze de ſes Valets de pied
marchoiétenfuite deux à deux
devant ſon premier Carroſſe,
qui estoit couver d'uneHouſſe
5
DS
82 MERCURE
L
vede
velours Cramoiſi , avec une
Crepine d'or. M. de Bonrepaux:
eſtoit dedans avec M. de Pradals
, Gentilhomme François,
& fon Parent. Son ſecond &
fon troiſiéme Carroſſe
noient aprés ce premier, remplis
de ſes Gentilhommes ,
Secretaires & autres. Il fortic
de la Ville en cet ordre par la
porte de l'Ert ,& lors qu'il fut
arrivé dans la Maiſon qu'on
luy avoit preparée , M. Vonflocken
, faisant la fonction de
Maiſtre des Ceremonies , vine
l'avertir que leRoy de Dannemarckluyenvoyoit
M.Gueux,
Confeiller Privé , Chevalier
de l'Ordre de Danſbroé , avec
M. Erenchil , ce dernier faifant
la fonction de Grand Maiſtre
des Ceremonies pour le
complimenterde ſa part fur fon
GALANT. 83
>
د
arrivée , & le conduire dans ſes
Carroffes , & ceux dela Cour
dans une Maiſon que Sa Majeſté
Danoiſe luy avoitdeſtinée
dans Copenhague. En effetles
Carroſſes arriverent peu de
temps aprésau nombre de neuf,
, ſçavoir, le premier Carroſſe du
Roy avec une houffe develour,
rouge , le premier Carroſſe de
la Reine avec une Houſſe
ſemblable , le ſecond Carroffe
du Roy , le ſecond Carroffe de
la Reine , le Carroſſe du Prince
Royal de Dannemarck , lo
Carroffe du Prince Chriſtian,
le Carroffedu Prince Charles,
le Caeroffe du Prince Guillaume
, & le Carroſſe de la Prin
ceffe de Dannemarck.Ces Car
roffes eftant arrivez , M. l'Ambaſſadeur
qui fut averti par M.
Vonſtocken , que M. Gueux
D6
84
MERCURE
eſtoit là fortit & monta dans le
Carroſſe du Roy , où ſe placerent
enſuite M. Gueux à fa
gauche , & M. Erenchild ſur le
devant. La Reine ayant fouhaitué
que M. l'Ambaſſadeur .
mît deux de ſes Gentilshommes
dansfon premier Carroſſe , ils
y furent placez dans le fond,
&le Maistre des Ceremonies
fur le devant. Le Roy de Dannemark
avoit permisaux Gentilshommes
François qui ſont
dans ſes Troupes , de ſe trouver
au Cortege de M. l'Ambaſſadeur.
Ainfiils furent placez
avec ſes Gentilshommes dans
les ſeconds Carroffes du Roy
&de la Reine , & des Princes ,
&dans ceux de M. de Bon
repaux.
Sur les cinq heures tout
eſtantenordre, lepremier Car
GALANT. 85
: roſſe du Roy dans lequel eſtoit.
M. l'Ambaſſadeur , ſe mit en
marche , precedé d'un Maréchal
à cheval , & fuivi du pre-
- mier Carroſſe de la Reine , des
- ſeconds Carroſſes du Roy& de
S
S
-
la Reine , de celuy du Prince
5 Royal , de ceux des Princes
, Chriſtian , Charles & Guil-
☑ laume ; & du Carroffe de l'a
Princeffe . Les trois de M. l'Ambaſſadeur
marchoient enſuite ,
= precedez comme auparavant
parfon Ecuyer , ſes quatre Pa
ges , ſes Palefreniers conduifant
ſes chevaux de main , &
fes douze Valets de pied allant
toûjours deux à deux devant
ſon premier Carroffe. Aprés
ces trois Carroffesque rempliffoient
quelques- uns de fes
Gentilshommes & de ſes premiers
, Domestiques , venoient.
86 MERCVRE
ceux de M. de Guldenlevy ,
Frere naturel du Roy de Dannemarck,
du Comte de Revent
lavv, premier Miniſtre , & des
autres perſonnes de qualité de
la Cour , au nombre de ſeize ,
ce qui faisoit en tout vingthuit
Carroffes à fix chevaux ,
avec les neufde la Cour , & les
trois de M. l'Ambaſſadeur . Le
Major General Schaq ſe trouva
à cheval avec les Officiers
Majors de laPlace , hors laPor-:
te de la Ville , pour y ſaluer
M. l'Ambaſſadeur , & lors qu'il
entra dans la Ville , il le ſalüa
encore une fois . Si toſt qu'on
fut à la veuë de la Rade , qui
eſt àdeux cents pas de la porte
de l'Oüeft , par laquelle on devoit
entrer , un Vaiſſeau de
Guerre du Royde Dannemararmé
exprés & placé en
GALANT. 87
,
1
1
cet endroit , ſalia M. l'Ambar-
• ſadeur , de neuf coups de Canon
, & lors qu'il fut dans les
premiers dehors de la Ville, on
le ſalua de vingt ſept coups de
Canon des Remparts . Dans la
premiere place qui estoit ſur ſa
route dans la Ville , on avoit
Spoſté un Bataillon Tabour bat-
: tant , Enſeignes deployées ,
• preſentant les Armes , & les
Officiers ſaluant M. l'Abaffa .
- deuravec la Pique. La meſme:
= choſe ſe fit dans une ſeconde
Place qui ſe rencontre fur fon
chemin .Enfin ayant traverſéla
meilleure partie de la Ville , il
arriva aprés deux heures de
marche dans une grande mai
fon , meublée des meubles du
Roy de Dannemarck , que ce
Prince luy avoit fait preparer,
pour y eſtre traité trois jours.
88 MERCVRE
く
de ſuite felon la coutume.
Il y trouva trois Gentilshommes
de la Cour qui l'y attendoient
, ſavoir M. Rabe , faifant
la fonction de Marechal
de la Cour, M. Troll. faiſant
celle d'Echanſon , & M. Straldorf
, faiſant celle d'Ecuyer
tranchant , nommez tous trois
par le Roy de Dannemarck à
ces emplois qu'ils exercerent,
tant que dura la ceremonie.
Dans tous les endroits de cette
maiſon par où M.l'Ambaſſadeur
devoit paſſer, on avoit poſté des
Trabans ou Gardes du Corps
de Sa Majesté Danoiſe , pour
fa garde , avec un Officier &
quelques Soldats à la porte de
ſa maiſon . Quelque temps aprés
M. le Comte de Friſe , Chancelier
du Roy de Dannemarck,
vingt le complimenter de la
GALANT. 9
■
< part de ce Prince, M. Geismard
Surintendant de la Maiſon de
1 la Reine , de la part de cette
Princeſſe ; M. Hann , de la part
du Prince Royal , M. Fiteck
de la part du Prince Chriſtian ,
M. le Baron Vedell , de la part
* du Prince Charles ; M. Serteu,
de la part du Prince Guillaume
,& M. Alder , de la part de
( la Princeſſe de Dannemarck .
= Surle foir ,le Maréchal vint
demander à M. l'Ambaſſadeur
- à quelle heure il vouloit ſouper
, & lors qu'il eut fait ſervir
les viandes , il luy en donna
-avis. La table eſtoit de dix huit
couverts , placée ſous un Dais
de velours. Il y avoit au milieu
un Fauteüil pour M. l'Ambaffadeur
, avec une place vuide
de chaque coſté ,& il fut ſervi
de la meſme maniere que l'on
१० MERCURE
fert le Roy de Dannemarck.
Le Marechal de la Cour ,
aprés luy avoir preſenté laferviette
pour laver les mains , &
avoir indiqué les places aux
Perſonnes de qualité qui étoient
nommées pour manger
à cette table , chacune felon fon
rang , alla enfuite tenir une
ſeconde table , qui estoit auffi
de dix huit couverts , pour les
Gentishommes de M. l'Ambaffadeur.
Le Gentilhomme qui
faisoit la fonction d'Echanfon,
aprés eſtre demeuré derriere
fon Fauteüil juſqu'à ce qu'il
euſt demandé à boire , & qu'il
luy euſt donné & repris le vercre
, ſe rendit auſſi à cette ſecon
de table. Deux Pages du Roy
de Dannemarck ſervirent M.
Ambaladeur en ſon abfence
pendant tout le reſte du repas,
GALANT.
91
6
qui fut accompagné de Trompettes
de violons , & d'autres
inſtrumens de la Muſique du
Roy ; & du Prince Royal. L'Ecuyer
Tranchant eſtoit au milieu
de la table,debout vis à vis
de M.l'Ambaſſadeur, & fervoit
les viandes .Toutes ces ceremo
nies s'obſervent à celle de Sa
Majeſté Danoiſe. On ſervit en
mefme temps une troiſiéme table
pour les Pages de M.l'Ambaſſadeur,
où ceux du Roy nã-
- gerent auſſi ; une quatrième
pourles Officiers qui fervoient
M.'Ambaſſadeur , &une cinquiéme
pour ſes Valets de pied.
Ceux du Roy de Dannemarck,
_ qui avoient ſervy , mangerent
- auſſi à cette derniere. La même
choſe s'obſerva pendant les
-cinq repas que M. l'Ambaſfa-
-deur fit dans cette Maiſon , où
92
MERCURE
les trois Gentilshommes de la
Cour marchoient toujours devantluy
, ainſi que les deux
Maiſtres des Ceremonies . Us
l'alloient tous recevoir à fon
Carroffe , & ils l'y reconduifoient
lors qu'il entroit ou fortoit.
د
Le Mecredy 20. du même
mois , aprés le diſner M.
Toul , Conſeiller Privé , Grand
Amiral de Dannemrck , &
Chevalier de l'Ordre de l'Elcphant,
vintdans le Carroſſe du
Roy , ſuivi des huit autres de
la Cour , dans le meſme ordre
que le jour de l'Entrée , & dit
à M. l'Ambaſſadeurque leRoy
de Dannemarck avoit grande
impatience de le voir ,& qu'il
eſtoit preſt à le recevoir. Aprés
cela il monta en Carroſſe à la
gauche de M. l'Ambaſſadeur..
GALANT.
93
ل ا
0
Ce Cortege de douzeCarroffes,
daprés avoir faitun fort grand
tour dans la Ville , entra dans
le Chaſteau avectous ceux qui
les rempliffoient , n'y ayant
plus perſonne à cheval . Les
quatre Pages de M. l'Ambaſſadeur
eſtoient à ſon premier
er Carroſſe , deux devant & deux
derriere , & l'Ecuyer eſtoit
a placé dans le premier Caroffe
de la Reine. Il n'y avoit plus
- auffi aucun Caroſſede Miniftre
, ny de grand Seigneur.
Tout le Regiment des Gardes
eſtoit rangé en forme de Croiſſant
dans la place du Chaſteau ,
Tambours battans. Enſeignes
déployées , preſentant les armes
, & les Officiers ſaliantM.
l'Ambaſſadeur avec la pique .
Sur le pont qui eſt entre la premiere
porte du Chaſteau , &
94
MERCVRE
celle de laCourdu meſme Chaſteau
, on avoit poſté un double
rang de Gardes à pied,Tambours
battans , Enſeignes déployées
, & dans la court du
Chasteau , une double haye de
Gardes du Corps à cheval , en
bottes,avec leurs Carabines.M .
l'Ambassadeur fut receu au bas
de l'Escalier , par M. Rabe , Maréchal
de la Cour , accompagné
des Gentilshommes de la
Cour, & du Grand-Maistre des
Ceremonies avec lesquels il
marcha devant M. l'Ambaſsadeur
qui avoit M. Toul. à fon
coſté. A la porte de la Salle des
Trabans ou Gardes du Corps,
M. Knout , faiſant la fonction
de Grand Maréchal de la Maiſon
du Roy , vint recevoir M.
l'Ambassadeur , & le conduifit
dans un Sallon , où il y avoit
,
GALANT.
95
1
a
E
un Fauteüil pour luy. Pendant
quele Maistre des Ceremonies
alla avertir le Roy de ſon arri
vée , l'Amiral Toul,M. Knout,
- le Grand Maréchal de la Cour,
& le Grand Maiſtre des Ceremonies
, demeurerent à l'entretenir.
Le Maiſtre des Ceremonies
eſtant venu dire que
le Roy l'attendoit , il fortit de
ce Sallon , ayant à ſes coſtez
Mr Toul & Mr Knout,& eftant
précedé par ſes Gentilshommes
, le Maréchal de la Cour ,
le Grand Maiſtre & le Maiſtre
des Ceremonies. En entrant
dans l'Antichambre du
Roy , Mr l'Ambaffadeur fut receu
& complimenté par le Fils
du Maréchal Vedell , qui l'act
compagna auſſi à l'Audience .
Dans le moment que M.
l'Ambassadeur parut à la Salle
96 MERCURE
1
d'audiance , le Roy de Dannemarck
qui y eſtoit aſſis fur
une Eſtrade élevée d'un demy
pied , ſe leva , & à la feconde
reverence qui luy fut faite , il
s'avança juſque , ſur le bordde
cette Eſtrade , fur laquelle M.
l'Ambassadeur ayant monté , &
s'eſtant couvert, il luy fit fon
Compliment de la part du Roy
fon Maiſtre , aprés quoy il luy
rendit ſa Lettre de Creance , &
luy fit les Complimens de la
part de Monseigneur le Dauphin
, de Monfieur & de Madame.
Le Roy de Dannemark repondit
en Danois ſelon la couſtume
M. l'Ambassadeur eſtant
pafilé de là à l'appartement de
la reine ,il y fut receu à la porte
de ſa Chambre par M. Geif.
mard , Surintendant de ſa Maifon
. Cette Princeſſe qui eſtoit
auſſi
GALANT.
97
auſſi ſur une Eſtrade , ſe leva
dés qu'il parut ,& s'avança
juſques au bord de l'Eſtrade
pour l'y recevoir. M. l'Ambaffadeur
y eſtant monté , luy fit -
ſa troifiéme reverence , & aprés
avoir porté ſon chapeau for la
teſte , & l'avoir ofté au meſme
inftant , il la complimenta de
la part du Roy, lay remit ſa
Lettre de Creance, & comme
elle neparle point Danois , elle
fit répondre en cette langue
a par M. Gueux. M. l'Ambaſſadeurpaſſa
en ſuite chez le Prinfce
Royal . M. Hann , Marechal,
le receut à la porte de fon Appartement
, & enfuite M. le
Comte d'Alsfeld à la porte de
fon Antichambre. Ce Prince
luy répondit en Danois. M.
l'Ambſſadeur alla au fortirde là
àl'appartementdu PrinceChri-
Iuin 1693 . F
A
i
9 MERCVRE
ſtian , où M. Fireck , le receut.
Ce Prince répondit auſſi en
Danois , & comme les petits
Princes Charles & Guillaume
eſtoient malades , M. l'Ambaf-.
fadeur ne les vit point , quoy
qu'ils euſſent envoyé leurses
Carroſſes au devant de luy , &
qu'ils l'euſſent fait complimenter.
Il paſſa de là chez la Princeffe
de Dannemark , où il furs !
receu par M. Chell , cy-devant
Ecuyer du Roy de Dannemar- 1
cken Angleterre , & Chevalier.
de l'Ordre de Danſbroé . Cette
Princeſſe ne ſcachant pas le
Danois , il repondit pour elle
en cette langue. Enfin on remonta
en Carroſſe dans le
meſme ordrequ'on eſtoit venust
& M. l'Ambaffadeur fut remené
dans la même maiſon d'où il
pour aller à l'AU- eſtoit
LYON
forti
DELA
5
5
JO THEQUE
M
GALANT.
*
L
dience. Cette longue deigma
nie s'y termina par un foupe,
qui dura juſqu'à minuit , ainſi
queles precédens .
Π
La varieté des matieres de
mes Lettres , eſtant cauſe qu'il
n'y aperſonne de quelque gouſt
qu'il puiſſe eſtre, qui n'y trouve
quelque choſe qui luy convienne,
je croy queles Sçavans d'un
certain genre , & les amateurs
de la Santé, ferontbien aiſes d'y
voir cequi ſuit.
A MONSIEUR DE S ....
Sur la Pathologie des Maladies
externes du corps
humain.
MONSIEUR,
Lene doutepointque le livre de
E 2
100 MERCURE
M. Verduc , Docteur en Medecine ,
n'ait esté receu favorablement du
public; ily avoit longtemps qu'on
l'attendoit avec impatience. Cet ouwage
renferme toute la Pathologie
des maladies externes avec leurs remedes
, expliqués selon les Principesde
laThysique moderne. Ily a
trois ansqu'il donna au public un
Traité fort curieuxfur l'osteologie ,
où il explique mécaniquement la
formation & la nourriture des os ,
avec le Squelete du Fooetus , & une
Sçavante differtationfur le marcher
de l'homme & des animaux ,fur le
veldes oiseaux , &fur le nager des
Foiffons.
Maintenant pourvous dire quel
que choſe du plan deſon Syſteme ,
des plus beaux endroits de cet
ouvrage, il s'étonne que la Chirurgie
foit demeurée ſi imparfaite ,
dans untems où la Philofophie mo
GALANT . ΙΟΙ
derne a fait tant de progrez. Il dit
cependant , qu'on ne doit pas en
estre surpris ,si l'on confidere que
lesprincipes qui ont toûjoursfervi de
fondement à la Medecine, font obfcurs
, embarrassez & tres faux.
C'est pourquoy , ajoute t-il , tout
ce que l'on a bâti depuis tant de
fieclesfur ces principes , tombe en
ruine. Il fait voir que la Medecine
la Chirurgie font inseparables
de la Philofophie, Eneffet, la Medecine
& la Chirurgieſeparées de
la Philosophie, ne peuvent non plus
recevoir d'accroiſſement qu'une
branche d'arbreſeparée deſon tronc .
La Philofophie à laquelle il veut
qu'ons'applique n'estpascelle d'Ariftote
que l'on enseigne encoreparmi
la pousfiere des Ecoles , parce
qu'elle est toute remplie d'erreurs
groſſieres ; mais laPhilosophie qu'il
recommande d'étudier , est celle du
102 MERCURE
2.
celebre Mr Descartes , qui a décou
vert les veritables principes de la
Physique. C'est pour avoirsuivi des
principes certains & indubitables ,
qu'il est venu àboutde donner toute
une Pathologie , où iln'avance rien
qui nesoitsoûtenu de bonnesraiſons,
tant pour ce qui regarde les causes
desMaladies , que pourles Remedes
quifervent àleurguérison.
Vous Scavez , Monsieur qu'ila
raison de dire,qu'encore qu'il n'ait
rien avancéque de clair d'évides
endent
, il est persuadé qu'ily aura
pourtant des opiniatres
testez, qui ne voudront pointquitter
leurs anciennes erreurs ; mais il
efpere auſſi qu'il s'en trouvera beaucoup
d'autres qui seront tout preſts à
Se defaire de leurs prejugez, lors
qu'ils appercevront la verité. Tout
Son Syſteme des maladies n'eftfondé
GALANT. : 103
1
que sur une seule hypothese qui
-consiste dans le changement des
tuyaux des liqueurs des parties
de notre corps. Il dit qu'afin qu'il
n'arrive point de changement dans
les tuyaux dans les veſſicules
qui composent la substance des partiessolides
,il faut que leurs ouver
-turesfoient égales par tout ; ilfaut
que ces caплих ne ſoventpointrompus,
qu'ilssoient toûjours flexibles pour
laiffer coulerlibrement les liqueurs;
qu'ilsayent affezde force pourrefifterà
leur m uvement . Enfin il est
neceffrireque tous ces petits tubes
ayent du reffort pour chaffer les liqueurs
nourricieres , carfans cela il
n'y auroit point de circulation. Lorsque
cette diſpoſition naturelle ne ſe
rencontrepas dans les vaiſſeaux , il
en arrive plusieurs changemens qui
font les causes des maladies.
E4
104
MERCVRE
:
Le premier est une obstruction
dansles tu aux qui empeche le pas-
Sage des liqueurs nourricieres , ou
bien elles s'écoulent , parce que les
Canaux ont esté coupez par une
playe , ou de quelqu'autre maniere,
ce qui est cause qu'elles s'extrava-
Sent. Quelque fois cespetits Tubes
qui composent laſubſtance des parties
s'endurciffent , de forte qu'ils
perdent leur reffort , &fouvent ils
deviennent fi minces qu'ils se rompent
parcequ'ils nesçauroientfoûte
nir lafermentation desſucs.
Après avoirfait voir les changemens
qui arrivent aux tuyaих
aux veſſicules qui composent la
Substancedes parties de noſtre corps,
on examine les changemens qui arrivent
aux liqueurs qui coulent dans
tous ces petits tuyaux . On dit qu'ellessont
quelquefois en petite quan .
tité , qu'elles deviennent fouGALANT.
1ος
vent acres د qu'elles peuvent
encore perdre leur mouvementpar la
diffipation de leurs particules fpiritueuses,
ce qui est cauſe qu elles s'épaiſſiffent.
Si les liqueurs nourricieres
nesont pas en aßer grandequan..
tité , elles s'arrestent enfeifent des
obstructions dans les tuyaux ; fielles
deviennent acres , elles dechirent le
tifſſu des parties ; enfin si elles ont
peude mouvement , elles ne paſſeront
qu'avec peine, elles s'épaißiront
ense coagulant.
Voila,Monsieur, le plan defon
Syſteme , qui merite bien qu'on
lifel'ouvrage tout entier.Samodeftie
luy fait dire que s'il a avancé des
chosesqui neſeſoutiennent pas affez
il merite bien qu'on les luy pardonne
puis qu'avent luy personne n'avoit
rompu la glace dans une matiere
auſſi difficile&aussi embrouillée
que le Systeme des maladies. Ie
Es
106 MERCVRE
دvous diray encore enpaſſant que les
Chirurgiens trouveront de quoy se
contenter. Mr Verduc leur donne
d'abord lesoperatios qu'ils font obligezdefaire
tous les jours. Il les remplit
de toutes les Observations qu'il
acru neceffaires pour confirmerleur
pratique, Enfuite ilpaffe à l'explication
des tumeurs , des playes , des
ulceres , desfractures & des luxa .
tions , & comme les bandagesfont:
les plus grands remedes delamaladie
des os il s'attache à les decrire
le plus exactement qu'il est
poßible. Maisparce qu'il estsouvent
neceffaire defaire de fortes extenfions
pour remettre les os démis ou
caßez, il explique auparavant les
principales machinesdeMécanique,
quelon employepourleur reduction .
Cela luy donne occasion de parler
de cettepartie de Mathematique ,
qu'on appelle Mécanique , qui
GALANT.
107
traite des forces mouvantes .
Lasecondepartiede fon Ouvrage
renferme toutes les maladies exter-
-nes depuis lateste jusqu'aux pieds,Il
examine les moindres accidens qui
arrivent àtoutes les parties : ilgarde
pourtant l'ordre analytique , en
donnant d'abord une description de
La maladie , quelquefois auſi
il parle deson étimologie. En uite
ilpaſſe auxfignes que les Mede.
cins appellent Diagnostiques , qui
caracteriſent chaque maladie en expliquantsa
cause son prognostic ,
le regime que doit garder le
Malade dans chaque indiſpoſition.
Il s'attache pour la derniere chose à
la guerifon de la maladie , qui est
la principalefin que le Medecin
le Chirurgiense proposent. Ilcom
mence par les remedes internes pour
paffer aux externes , en prescrivant
la dose des uns des autres. Il
E6
108 MERCVRE
choifit toujours les meilleurs Medicamens
de la chymie des plus
bibiles Praticiens de l Europe. C'est
làqu'il bannit toute cette pernicieu--
Se pratique des Anciens , fondée
fur leur fauffe theorie; car il est
étrange de voir pratiquer encore aujourd
buy , comme si l'on ignorcit
Les découvertes d'Anatomie de
Chymie.
Aprés veus aveir entretenu au
long du plandefon Ouvrage , je ne
Sçaurois mieux finir qu'en vous en
faisant remarquerquelques endroits
des plus curieux. Vous jugerez vousmesme
, Monsieur ,fil' Auteurentend
la Physique . En parlant de
L'utilité des Cauteres ,pour faire
comprendre comment ils purifient le
Sang, ilfefert de l'experience que
L'on voit faire aux Chymistes , lors
qu'ils veulent separer une liqueur
maigre d'avec une liqueurgraffe : -
GALANT. 10
-
F
F
commepar exemple, de l'huile
de l'eau meflées ensemble. Si c'est
l'eau qu'ils veulent separer d'avec
Thuile, ils moüillent leur cornet de
papier gris dans de l'eau ; au contrairefic
eft delbaile qu'ils veulent
Separer de l'eau , ils ne manquent
pas d'humeter leurcornet d'huile.
Tour expliquer clairement ce
Phenomene, M. Verduc dit que les
pores de l'eau de l'huilefont differens
, que la matiere fubtile qui
paffesutravers des parties branchuës
de l'huile, est differente de celle
qui coule au travers des parties delicates&
poliesde l'eau. C'estpour
quoy lors que le cornet eft mouillé
d'eau , c'est l'eau qui doit pafer ,
&non pas l'huile , parce que la
matierefubtile quifort de l'eau qui :
remplit les pares dupapier ; ne pou
vant pafferparles pores de l'huile ,
ellene manquepas de repouffer l'hui
rio MERCURE
Le aux coſtez du cornet , & l'on a
leplaisir de voir l'eause filtrer ,
l'huilerefter dans le cornetfanspaffer.
Aucontraire fil'onfrote le cornet
d'huile , l'eau ne pofferapoint ,
il n'y aura que l'huile qui coulera
facilement , parce que la matiere
Subtile qui paffe dans l'huile est
differente de celle qui traverſe l'eau,
à cause de la difference des pores
deces deux liqueurs .
Après avoir fait reflexion sur
cette experience ilſemble dit l'.Auteur,
que l'on n'aura plus de peine
dexpliquer l'utilité duCautere dans
Les mal dies où le sang est acide ,
car en faisant l'application du cornet
des Chymiftes avec l'ulcere que
Le Cautere a fait a lapeau , les humeurs
qui circulent librement dans
le braspar exemple, où eft leCautere,
venant à estre interrompues
dans leur cours par l'ulcere , elless
১
GALANT. ri
A
aigriffent par leursejour , & crou
piffant au fond del'ulcere , ilsefait
unferment acide qui enduit lespores
du Cautere,
les
Si donc le fang qui passe dans
toutes lesparties de nofire corps,
qui est composé de particules differentes,
les unes graffes , les autres
Sereuses,les autres ameres ,
autres acides, fait effort pourpaffer
au traver des pores du Cautere , qui
font imbus de ce ferment acide , on
poit bien qu'il n'y aura que l'acide
-de la maſſe dusangqui paſſera au
travers de ces pores , &que les ma-
- tieres graffes balsamiques du
-Sangseront repousées par la matie
refubtile , de la mesme maniere que
vous avezvi que lafiltrationsefai
ſoit au travers du papiergris.
Il ajoûte que l'experience de
I.Aiman favoriſe ſon explication ,
-car deux Aimans s'approchant mu
112 MERCURE
2
ou
tuellement l'un de l'autre , enchas-
Santl'airqui est entre deux,lorsque
les parties canneléesquifortent des
poresde l'un , trouvent les pores de
L'autre ſemblables pourſon paſſage.
De mesme außi l'onvoit qu'un Aimanrep
uſſe un autre Aiman ,
lefer, lorsque lesparties cannelées
qui fortent des pores d'un Aimin
ne sçauroient entrer par les pores
d'un auire. Toutes ces experiences
luy ſervent à prouver comment nos
humeurssefiltrent par le Cautere;
combien ce remede est utile dans
toutes les mal dies longuesou rebelles
, où l'acide domine dans leſang.
En effet le fang se purge tous les
jours en paſſant par le Cautere ,
ense déchargeant d'une grande
partie de l'acide , il en devient plus
doux plus ftride ,& toutes les
obstructionsceſſent . C'est encore pour
le mesme effet que les Lardiniers
GALANT .
113
ont coûtumes de percer les pieds des
arbres fruitiers avec une tariere ,
pour donner écoulement à la ſeve ,
afin de la purifier lors qu'elle devient
acre , l'experience leur ayant fait
connoiſtre que c'estoit là levray moyen
defaireprofiter les arbres.
A l'occasion des veficatoires ;
l'on trouve beaucoup de choses curieuſesſur
les Cantharides,les Sang-
1. Suës , & les autres Infectes qui piquent
avec leurs trompes & leurs
aiguillons . Il fait remarquer que
les Cantharides n'ulcerent feulement
pas la Veßie eny causant de
l'inflammation car l'experience
fait voir que ceux qui ont avalédes
Cantharides , quoy qu'en petite
dose , sentent une grande douleur
d'estomac , avec beaucoup d'ardeur
à lagorge , ce qui ne peut venirque
d'une inflammation de l'estomac
des intestins , qui se communique
,
114 MERCVRE
aux reins & à la vesie , parce que
lefel acre des cantharides , en pas
Sant dans les reins , a corrode ouelque
petit vaiffeau. C'est ce qui fait
que les urines font quelquefois fanglantes,&
la roifon pour laquelle
on fent plus de douleurà la vejšie
qu aux autres parties;nevient que
dufel avec des Cantharides qui se
diffout dans l'urine, qui I entraîne
desreins dans la veßre ,sur laquelle
cefel caustique agit avecviolence.
Au reste, les Cantharidesfont
firongeantes , qu'estant appliquées
exterieurementsur une playe , elles
cauſent quelquefois une ardeur d'urine&
d'autres facheuxſymptomes
qu'on ne peut attribuerqu'aufel cor-
•rofifdes Cantharides , qui se mêle
dans lesang, passant enfuitte
avec laferofitédans la veßie produit
les effets que je viens de dire. Ceft
pourquoy il ne faut employer cesre
GALANT.
medes qu'avec beaucoup de precaution.
La filtration parle Setons'explique
comme celle quisefait par
la languette de drip , ou parlesyphon
, car c'est la mesme chose , puis
que cette languette ne differe point
dusyphon.
Ce qu'il dit des Sangfuës lors
- qu'elles s'attachent à la peau ou
aux côtezd'une fiole , est tout à
fait curieux . Voussçavez qu'on a
bien de la peineà les en arracher
Elles s'attachent à la peau & an
verre, parce que leur teste s'applatit
comme un petit bourlet . Ensuite
venant à respirer, leur corps s'enfle
beaucoup , ce qui determine le poids
de l'air à les approcher plus intimement
contre la peau ou contre
le verre, & comme iln'y aplus d'air
entre leur teſte à l'endroit où elle
s'attache , la pesanteur de l'air exterieur
les tient fortement attachées,
116 MERCURE
de même qu'un cuir mosillé que
l'on appliquesur un pare bien poli,
s'y colle st fortement , qu'on a bien
de lapeine àtefeparer. C'est lamême
chose pour deux Marbres polis
qui tiennent ensemble ; quand on
les veut ſeparer , onsent une grande
reſiſtance , à cause du poids de
l'air qui les unit l'un contre l'autre.
Lorsque la Sangfue est ainsi colléeàla
peau , il fort de sa teste un
aiguillon qui n'est que la pointe de
la trompe , laquelle étant comme un
tuyau disposé de maniere qu'il se
pliffe pour s'accourcir,&qu'il étend
fes plis pour s'allonger , lorsque la
Sangfue veut tirer du fang , elle
allonge sa trompe en chichant
dans la peau un pore ouvert pour
D'y introduire , & l'y fourrer affez.
avant pour trouver le fang qui
monte dans la trompe , à cause de
GALANT.
117
la dilatation du corps de l'animal.
Pour bien examiner la ſtructure
des partiesde la Sangsuë , on ne le
sçauroit mieux faire que far celle
qui s'attache au Poißon Xiphias , -
qu'on appelle Heron de Mer ,
parce que cette Sangfue ayant qua
tre ou cinq pouces de long , est bien
plus grande que les Sangsuesde riviere.
On voit facilement la ftruiture
de fa trompe , & des autres
vifceres de cet animal. Sa trompe est
enspirale, de maniere qu'elle entre
dans la chair comme un Vilebrequin
entre dans du bois . Il ya
lieu de conjecturer que la trompe
des Sangsues de riviere , est faite
comme celle de la Sangfuë de mer.
Il ajoûte que les Puces & les cou
fins nous piquent avec unetrompe
femblable, avec cette difference qu'à
La piquure des Cousins il ſurvient
ane erflure affezconsiderable, où la
-
120 MERCURE
pardes principes naturels la caufe
Physique de ces difformitez monstrueuses
, & des autres taches que
nous apportons duventre de la Mere.
Il entre dans le Systeme du Pere
de Mallebranche , mais il expliquepluſieurs
choses dont cesçavant Philosophe
n'a point parlé, commepourquoi
un Enfantvient au mondeſans
bras &Sans jambes , comme si l'on
avoit coupé cesparties avec un couteau,&
fidans ce moment là l'Enfantfort
duventre de la mere , on
voit avec horreur cette partie coupéequi
ſaigne encore ; maissi l'Enfant
reste dans la matrice jusqu'au
temps de l'accouchement, le bout qui
reste de la partie coupée,commele
bras ou la jambe , se cicatriſe ſi
bien, qu'il semble que la partie n'a
jamais étéentiere,&la partie coupée
qui reſte dans les envelopes du
foetus ,fe reduit en humidité , &
disparoit
T
GALANT. 121
disparoist à la fin entierement.
C'est un fait qu'il prouve par des
experiences incontestables .
Les explications de ces Phenomenes
donnent à l'esprit une idée fi
claire & fi méchanique , qu'iln'y
aperſonne qui ne soit capable d'entendre
tout ce qu'il en dit ; comme
pourquoy cestaches n'arrivent que
dans l'Enfant , &non pas dans la
Mere; pourquoy elles font de differentes
figures ; d'où vient qu'elles
ont tantoft du relief , & tantost
qu'elles font plattes & larges ; enfin
pourquoy elles portent toujours la
reffemblance de ce que la Mere a
Jouhaite.
Mais une chose qui furprend ,
c'est de voir que ces marques chan.
gent de figure & de couleur, qu'elles
Jontplus vermeilles & plus relevées
dans un temps que dans un autre.
L'Auteur explique ce Phenomine
Juin 1693 .
F
122 MERCVRE
avec beaucoup de clarté. Il parle
des effets que l'on attribue à l'imagination
, quoy qu'ils n'en dépendent
pas, comme ce que l'on dit des
Oiseaux & des Ours blancs du
Groenland. On pretend que cette
blancheur est un effet de l'imagination
desfemelles, quiſont continuellement
dans les neiges de ce Pays
froid , mais il explique autrement
ce Phenomene fans avoir recours à
L'imagination. Pour ce que l'on rapporte
des Brebis de Jacob, qui naif-
Soient de differentes couleurs , parce
qu'on avoit ſoin de mettre des baguettes
printes auprés de leurs eaux,
ilfait dépendre cet effet de l'imagination.
Apres qu'il a fait voir les effets
de l'imagination de la Mere fur le
corps de ſon Enfant , il examine le
pouvoir de l'imagination fur nousmêmes
pour nous rendre malades ;
A
GALANT. 123
& comme de toutes les obſervations
de Medecine , il n'y en a point qui
fafle mieux àſon ſujet que l'obfervation
troisième de Kerkerin defon
Spicilegium anatomicum , il la
rapporte pourfervir depreuve àform
Systeme.
En parlant de la Lepre , il dit
qu'ily a eu des Ladres qui ontpa
ru lumineux la nuit , & que leur
corps étoit un phosphore. Ilexpli
que ce Phenomene comme la lumiere
qui paroiſt dans les poiſſonsSa
lez,le bois pourry, la pierre de Bow
logne,& tous les autres phosphores,
c'est à dire,par des parties falines
&Sulphureuſes quifortent du corps
des Lepreux ,lesquelles par la vi
reffe de leur mouvement& par la
figure de leurs particulesfalinesfont
autant de petits dards qui s'avancent
hors de la fuperficie de lapeau,
&qui pouſſent avec impetuosité le
L
F 2
124 MERCVRE
Jecond Element qui se trouve dans
les pores de l'air d'alentour ; car
vous sçavez, Monsieur , qu'il ne
faut autre chose pour nous faire
voir de la lumiere que la preſſion du
Second Element par la matiere du
premier.
1
Ilrapporte encore une belle obfervation
de Marcel Donat , dufang
d'un Ladrequ'on venoit deſaigner,
qui glaça l'eau dans laquelle on le
verſa. Il rend raison de ce Phenomene
de la mesme maniere que
l'eau ou les autres liqueursse glacent
en Esté , quand on met autour
du Vaisseau dusalpestre , &de
la neige ou de la glace , pilez en
parties égales. La liqueur du vais-
Seauseglace lors que la neige vient
àse fondre, parce que la matiere
tres fubtile qui estoit dans les pores
de la neige & du salpestre paſſe
dans l'eau , & en arreste lemouve
GALANT.
125
ment . Faisant l'application de cet
effet naturel à ce qui arriva alcan
qui fut glacéepar lefang dece Lepreux,
cesang qui contenoit beaucoupde
nitre , ayant esté versé tout
d'un coupdans de l'eau froide , ilſe
coagula ,& toutes les particules
nitreuſes s'estant approchées de plus.
prés , les pores en devinrent plus és
troits , & la matiere fubtile qui en
fortisn'ayantpas eu laforce d'entretenir
la liquidité de l'eau , ce fut
une necessité qu'elle se glaçast,car
l'eauneseglasejamais que la matierefubtile
quien entretient le mouvement
, ne devienne plus subtile
ou moins agitée.
Je me ferois un grand plaisir de
parcourir le reste des obſervations
que M. Verduc fait sur les maladies;
elles sont toutes tres-belles ,
mais l'idée generale que je viens de
vous donner, eſtſuffisante pour vous
4
F 3
126 MERCURE
faire connoiſtre le merite defon Liure.
Il fait esperer dans quelque
temps une Pathologie de Medecine
fur lesprincipes de celle- cy. Comme
ils'eft toûjours appliquéà la Phyſi.
que& à l'Histoirenaturelle, il promet
encore un Traitéſur les Animaux
, qui ne sera d'abord qu'un
eſſay ; il fera une application des
Mecaniques à la ſtructure des parties
internes & externes des Animaux
, en rendant raison de leurs
mouvemens. Ce sera faire ce que
M. Borelli n'a fait qu'en general.
Ces effais feront d'un grandsecours
dans l' Anatomie pour expliquer l'ufagedes
parties. Personne n'estant
plus capable de juger de ces matieres
que Meſſieurs de l'Academie Royale
des Sciences , ce ſera à cettesçavante
Societé que l'Auteurpresenterasa
Dißertation , comme à des fuges.
Souverains qui ont droit de prononGALANT.
127
cer fur les Sciences. En voilà ben
affezpour une Lettre. Jefuis , Mon.
ficur,vostre,&c .
1
Voicy les noms de plufieurs
perſonnes confiderables de l'un
&de l'autre ſexe,mortes depuis
peu detemps.
Meffire Camille de Neuville
de Villeroy , Archeveſque de
Lion, commandeur desOrdres
de Sa Maieſté , & Lieutenant
General au Gouvernement de
Lionnois , Foreſts & Baujolois .
Il eſtoit aimé & craint dans
Lyon , où il eſt mort agé de
quatre vingt ſept ans , aprés
avoir toujours vecu avec un
éclat digne de ſon rang & de
fa Naiſſance. La Maiſon de
Neufville dont il eſtoit , a produit
de fort grands hommes .
Nicolas de Neufville , I. du
:
F4
128 MERCVRE
nom , à qui Pierre le Gendre,
Treſorier de France , donna la
terre de Villeroy, fut Secretaire
des Finances , & Treſorier de
l'Ordinaire des Guerres,Lieutenant
General au Gouvernement
de l'Iſle de France , Gour
verneur de Pontoiſe , Mante
& Meulan , & Prevoſt des Marchands
de la Ville de Paris , &
laiſſa Nicolas de Neufville II .
du nom, Secretaire d'Estat , &
Grand Treſorier des Ordres du
Roy, qui s'acquit beaucoup de
reputation , & une merveilleuſe
experience des affaires , par
cinquante fix années de ſervice
ſous quatre de nos Rois . Ce
dernieravoit épousé Madeleine
de Laubeſpine , Fille de Claude
Srde Chaſteauneuf , Secretaire
d'Estat , & mourut en 1617 .
laiſſant Charles de Neufville ,
GALANT.
12.9
Marquis d'Alincourt , Sr de
Villeroy &de Magny, & Gouverneur
de la Ville de Lyon ,du
Lyonnois,Foreſt & Beaujolois.
Celuy- cy épouſa en ſecondes
Noces Jaqueline de Harlay ,
Fille de Nicolas Sr de Sancy
Chevalier des Ordres du Roy ,
&il en eut Nicolas de Neufville
III . du nom, Duc de Villeroy
, Pair & Marchal de France,
Marquisd'Alincourt , Chevalier
des Ordres du Roy,mort
depuis quelques années ; Camille
, Archeveſque de Lyon
qui vient de mourir ,& Ferdinand
, Eveſque de Chartres,
mort auſſi ily a quelques années
, & tous dans un age fore
avancé . Feu Mr le Marechal
Duc de Villeroy , avoit épousé
en 1617. Madeleine de Crequi
fſeconde Fille de Charles. Sire
F
130
MERCVRE
de Crequi , Duc de Leſdiguie
res,Pair& Marechal de France,
&de ce Mariage eſt forty François
de Neuveille Duc de Villeroy
, qui a eſté fait Marechal
de France dans la derniere
nomination.ll épouſa en 1662.
Marie Marguerite de Coffé ,
Fillede Loüis. Duc de Briffac,
& de Catherine de Gondy , &
il en a eu entre autres Enfans ,
François, Marquis d'Alincourt,
queMrl'ArcheveſquedeLyon
fon grand Oncle , a inſtitué ſon
Heritier.
M. du Fay , Gouverneur de
Fribourg. Il s'étoitacquisbeaucoupde
gloire au Siege de Philisbourg
que firent les Ennemis
. Ildefendit cette Place pendant
pluſieurs mois ,& ruina
leur Atmée à ce Siege .
Meffire Hieromede la Mothe
GALANT. 131
Houdancour , Eveſque de S.
Flour. Il eſt mort agé de foixante
& ſeize ans , aprés en avoir
refidé vingt neufdans ſonDioceſe
ſansen fortir . Philippes Sr
de la Mothe Houdancour ,
épouſa Loüife Charles duPleſſis
Picquet,& il en cut Antoine St
de la Mothe Houdancour, mort
en 1672. Philippes Duc de
Cardonne , Comte de Beaumont
ſur Oife,Viceroy & Lieutenant
General des Armées de
Sa Majeſté enCatalogne,& Marechal
de France,morten 1657 .
Daniel Eveſque de Mendes
Henry , Archeveſque d'Auch,
Commandeur des Ordres du
Roy , morts auffi tous deux , &
Hierome , ſacré à Compiegne
Eveſque de St Flour en 1664..
c'eſt celuy dont je vous apprens
la mort. Antoine de la
F6
132
MERCURE
:
Frere Mothe Houdancour و
ainé du Marechal , a laiſſé de
Catherine de Beaujeu Antoine
II. Marquis de la Mothe-
Houdancour , Gouverneur de
Corbie. Feu Mr le Marechal de
la Mothe-Houdancour, épouſa
en 1650. Louiſe de Prie , depuisGouvernante
de Monſeigneur
le Dauphin & des Enfansde
France , Fille de Louis
de Prie , Marquis de Toucy ,
& de Françoiſe de S. Gelais-
Luſignan , & il en cut Françoiſe
- Angelique , mariée à Loüis
Marie , Duc d'Aumont , Pair
de France , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy;
Charlote Eleonor Madelaine ,
mariée à Loüis Charles de
Levy , Duc de Ventadour,Pair
de France , & Marie - Iſabel-
Gabrielle , dite Mademoiselle
GALANT..
13.3
de Toucy , mariée à Henry de
Senneterre , Duc de la Ferté
Senneterre , Pair de France.
Dame Marguerite de la
Vergne. Elle eſtoit Veuve de
Mr le Comte de la Fayette , &
tellement diftinguée par ſon
eſprit & par ſon merite , qu'-
elle s'eſtoit acquis l'eſtime &
la confideration de tout ce qu'il
y avoit de plus grand en France.
Lors que ſa ſanté ne luya
plus permis d'aller à la Cour ,
on peut dire que toute la Cour
a eſté chez elle , de forte que
ſans fortir de ſa chambre , elle
avoit par tout un grand credit,
dont elle ne faifoit uſage que
pour rendre fervice à tout le
monde. On tient qu'elle a eu
part à quelques Ouvrages qui
ont eſté leus du Public avec
plaifir & avec admiration. Elle a
.
134
MERCURE
laiſſé deux Fils. L'un eſt Mr
l'Abbé de la Fayette , & l'autreMrle
Comte de la Fayette ,
qui a épousé Mademoiselle de
Marillac , & qui ſert prefentementdans
l'Armée d'Allemagne
en qualité de Maréchal de
Camp.
Dame Catherine Boucherat.
Elle estoit Abbeſſe de S. Michel
de la Ferte Milon , & Soeur de
M. de Boucherat, qu'un merite
diſtingué a fait élever àladignité
deChancelier de Frace.
Meſſire Edoüard - François
Colbert Commandeur des
Ordres du Roy,Comte de Maulevrier
, Baron de la Frogere ,
Seigneur de la Foreſterie , la
Charte Bouchere , Villepreu ,
la Haye- - Bergerie ,& autres
heux.. Il fat fait Lieutenant
General des Armées duRoy en
GALANT.
135
1676. & Gouverneur des Ville
& Citadelle de Tournay en
1682. Il a eſté Capitaine Lieutenant
de la premiere Compa-
-gnie desMouſquetaires,& c'eftoit
diſtingué par des actions
d'éclat en toutes fortes d'occafions
. Il fit des merveilles en
Hollande , où il commandoit
un corps de Troupes , que le
Roy avoitenvoyées au ſecours
des Hollandois , dans le temps
que le feu Eveſque de Munfter
les attaqua. Il s'eſt auſſi extrémement
ſignalé aux Sièges
de Candie , d'Ipre & de Fribourg
, & a fait paroiſtre en
pluſieurs autres rencontres,un
courage plein de fermeté , &
une intrepidité ſurprenante..
C'eſtoit le dernier des Freres
de feu Mr Colbert, Miniſtre &
Secretaired'Etat. Ilavoitépou
136
MERCURE
ſé Madeleine de Bautru , Fille
de Mr le Comte de Serrant ,
dont entre autres Enfans il a
eu une Fille , mariée à Mr de
Medavi , Fils de Mrle Comte
de Grancey , & petit - Fils de
feu Mr le Maréchal de Grancey.
Il a laiſſé encore d'autres
Filles, & un Fils qui commande
un Regiment .
Le Gouvernement de Tournay
, vacant par ſa mort , a eſté
donné à Mr le Marquis de
Beuvron -d'Harcourt, qui joint
beaucoup de prudence & de
valeur à une fortgrande experience.
Ila commandé , & commande
encore actuellement en
Chef, & poffede toutes les qualitez
qu'on peut demander pour
devenir un jour un grandGe-
Beral d'Armée.
Il me reſte à ajoûter icy la
3
GALANT .
137
mort de Dame Catherine le
Mairat , Femme de Mr Boulanger
, Seigneur de Hacqueville
, Maistre des Requeſtes
Honoraire ; & celle de Dame
Marguerite Maillard , remme
de Mr le Marquis du Freſnoy
Je vous ay déja parlé de ces
Familles , & il eſt temps que
cette matiere faſſe place à des
articles d'une autre nature.
Je vous envoyay le mois paſſe ,
ce que M. de Comiers a écrit
fur les Lettres des Illuſions des
Philoſophes touchant la Baguette.
Voicy ce que l'Auteur
de ces Lettres y a répondu..
138 MERCURE
4
RE'PONSE
A MONSIEUR
DE COMIERS.
1Ene say , Monfieur , comment
vous l'entender ?Remplir d'injures
une Lettre desoixante pages ,
parce que vous croyez qu'on vousa
dit une dureté , cela n'est nullement
dans l'ordre. Vous paroissez
émů d'une force qui ne vous laissé
garderni mesure ni vrai ſemblance,
qui me mettroit dans un fort
grand embarras , si j'avois donné
lieu à vostre colere . Par bonheur vôtre
aigreur n'a pour fondement que
vostre méprise. Après avoir dit mon
Jentiment ſur tous les Syſtemes qui
GALANT.
139
ontparuſur la Baguette, j'ay ajouté
queje n'avois rien à dire fur les
diſcours en l'air que font certains
grands parleurs , dont la
teſte eſt un Magaſin de plufieurs
chofes mal digerées , &
qu'ilsappliquent ordinairement
de travers . Vous avezcru voir v০-
ftreportrait dans ces paroles , mais
je n'ay point de part à l'application
que vous en avezfaite , &fi vos
Lecteurs ne vous ont pas fait prendre
le change , vous avezdû voir que
cet endroit ne vous regarde point ,
ny personne enparticulier ,& qu'on
neparle de vous , qu'après avoirfini
tout ce qu'on avoit à direfur ces
fortes degens. Enfin ai-je dit enfuite
, il y en a qui écrivent ou
pour ſe divertir , ou pour faire
plaifir à quelques perſonnes ,
ou pour ſe decharger viſte des
premieres penſées qui leur font
140 MERCURE
}
3
venuës dans l'eſprit . C'est là le
Seul endroit où l'on indique vôtre
ouvrage , & puis qu'il ne paroist
pas que cet endroit vous ait fait de
lapeine , mevoila hors de toutfcrupule.
Lesuis ravi de ne vous avoir
donné aucune occafion de chagrin ,
je ne laiſſe pas d'êtrefâché que
vous voussoyezmis en mauvaiſehumeursur
un endroit que vous n'avez
pû vous appliquersans vousfaire
tort. C'est cependant cet endroit
que vous repetezſiſouvent ,&qui
vousfait dire tant d'injures. Ne.
craignezpas que je les repoussepar
d'autres injures. Ce langagemest
inconnu ; jesçay d'ailleurs à quoyla
Religion nous oblige en ces rencon
tres, jeveux oublier tout ce que
vous m'avez dit de deſobligeant.
Puisque vous avoüez que vous ne
Sçavezqui jefuis , il auroit esté à
propos que vous n'cußiez rien dit
-
GALANT .
141
de perſonnel, Si vous avezparléfur
des memoires , ils font affûrement
infidelles , je ne m'y reconnois point.
Ie ne connois point cette perſonne
qui court les Bibliotheques pour me
faire plaifir; je nesçay ny jeu de
dez, n, jeu de cartes , les railleries
que vous faites là-deffus ne
peuvent me convenir.
N'aurois-jepas außi droit de me
plaindre de ce que vous vous exercez
à deviner sur ce que j'ay dit de
quelques Ecoliers de Philoſophie ?
Eft il raisonnable d'en faire l'application
à un jeune homme bien
elevéqui est depuis long- temps hors
dePhilofophie ? Voila , Monfieur ,
ceque j'ay cru d'abord devoir vous
dire. Ie ne voulois pas vous entrete -
nir plus long - temps , parce que
vous voyantfifort en colere , je craignois
que vous ne prißiez en muvaisepart
ce que je vous dirois dans
L
142 MERCURE
lafuite ; mais je fais reflexion que
voſtre émotion est peut-estre appaifée,
& que le mépris avec lequel
vous me traitez , doit m'eſtre un
engagement à vous répondre , de
peurque vous nepreniezmonfilence
pour un mépris reciproque. Ie vais
doncfatisfaire à ce que vous critiquez
L'endroit que vous attaqueravec
le plus de reſolution , c'est l'Entretien
d'Ariſte , de Theodule , &
de Ménalque. Vous ne connoiffez
point,dites vous, cestrois Meßieurs
Il paroiſſent tout d'un coup ,
comme trois Carabins , qui tirent
leur coup de Piſtolet , &
puis qui ſe retirent , ſans qu'on
puiſſe deviner ni d'où ils viennent
, ni où ils s'en vont.
Quoy , Monsieur , un Dialogue
nepeut- il vous plaire à moins qu'en
we diſe , d'où viennent ceux quiparGALANT
.
143
lent , & où ils vont ? Si tel eſt vo
ſtre goust , je ne sçais qu'y faire.
En cas que vous faßiezdes Dialogues,
je confens que vous leſuiviez.
Vous pourriezpeindre ceux qui parlent
,décrire tout ce qu'ils ont de
particulier , & faire mesme leur
Genealogie , que je n'y trouverois
point à redire. AgréezSeulement
que je neſuivepas cette methode ,
- que je prefere celle de Platon ,
- de Ciceron, de Lucien , & de tant
d'autres qui paſſent pour bons connoiffeurs.
Dans lefond vous n'exigezpas
toujours qu'on diſe d'où on vient , ni
enquelendroit onse retire. Dumoins
ne vous plaignez-vouspas de ce que
je n'aypoint dit monlogis. Il vous
prendfeulement envie de demander
ce que je faisois dans cettebelle con .
versation avec ces trois Meßieurs.
Apprenez moy un peu , pour144
MERCURE
Juivez vous, quel eſtoit là voſtre
perſonnage ; car vous n'y dites
pas un petit mot. Vous nous
avertiſſez ſeulement qu'Ariſte
vous mena chez Theodule. La
converſation mefme s'y échaufa
; il n'ya que vous qui eſtes là
froid comme un Eſpagnol. A
vous voir remuer la tête ſans
jamais defferrer les dents , on
vous prendroit pour une Pagodede
la Chine.
Aquoy pensez vous , Monfieur ?
Dans un Dialogue de douze ou
treize pages, je parle jusqu'àſept
fois ; vous , pour avoir lieu de
coudre ensemble quelques quolibets
, vous avancez que jene dis pas
unſeul mot dans cette conversation.
Lefuisfurpris quesur une faußeté
quipeut estre fiaisémentdécouverte,
vous avezpris occafion de remplir
pluſieurs pages de froides railleries.
GALANTA
145
vies. Est-ce que vos Lecteurs vous
trompent , ou que vous croyant offense
, vous n'avezpas l'esprit affez
librepourécouter ce qu'on vouslit ?
Si vous avieztant d'enviede cri .
tiquer te Dialogue , que ne l'examiniez
- vous avec attention ? Vous
enfezveu à la page 180. ligne
6. unMenalque mis au lieu de
Theodule. Comme cette faute dé
range tout dans ce Dialogue,vous
auriez eu quelque droit d'y faire
remarquerdu defordre de la con
fusion &je n'aurois répondu à
voire Critique , qu'en vous priant
d'effacer Menalque ,&de mettre
au - deffus Theodule. Mais emû
au point que vous l'estes, il n'est
pas poffible de voir lesobjetstels
qu'ils font . N'appercevant pas les
fautes réelles , vous encroyez voirlà
où il n'y en cut jamais , vous
portezle troublejusqu'àm'accuſerde
Juin 1693 . G
146 MERCVRE
garderle filence, lors mesme que
vous attaquer mes propres paroles ,
dites en premiere perfonne dans ce
Dialogue, we
Après ou Arifte a rapporté ce
qui est dit dans laThysique Occulte,
àl'occaſion d'un homme égorgé, qui
paroiffint la nuit à son ami ,vient
luy dire qu'on a mis fon corps dans
un Chariot , &que s'il se rend de
bon matin dans l'endroit qu'il luy
marque , il y trouvera le Chariot
chargé de fumier , dans lequel on
L'acaché comme on pretend attri
buer à la tranſpiration inſenſible ,
l'apparition le détail de toutes
ces circonstances ,furpris d'une
explication fi bardie , ou plustoft
d'une idée fi extraordinire , me
tournant vers le defenseur de la
Thyfione Occulte ; Ah, Menalque,
luydis-je,que cela eſt admirablet
Des Corpufcules qui viennent
છછછછછ છ છે
GALANT.
147
dire qu'un homme eſt aux
priſes avec fon Hoſte , qu'il a
eſté tué , qu'on l'a couvert de
fumier , & qu'on le trouvera
à la porte. Rien n'est plus clair
que c'est moy qui parle en cette oc
cafion comme enbien d'autres ; mais
s'il est eſtonnant que vous ne l'ayez
pas remarqué , il l'est encore bien
davantage que vous avez voulu relevercet
endroit , & que l'Auteur
de la Physique Occulte ne vous en ait
pas détourne.
Parun men-gement tout particulier
dont je puis donner des preuves
parlantes ,j'avois paſſefur bien
des choses , je nefaifois quegliffersurcette
explicationſans en developerl'absurdité.
Il falloit aßurement
, Monsieur , vous contenter
des égards que j'avois eus , & ne
pas traiter de Soldat armé à la
legere , & d'ignorant qui veut
G 2
148 MERCVRE
faire le bel eſprit , celuy qu'une
telle explicationfait sourire.
Croyez-vous qu'ilsoitfort raisonnable
defuppofer que la transpiration
de w's corpsva dans un instantfaire
impreſſionfur nos Amis , quoy qu'éloignezde
nous ? une tellefuppofition
peut elle , à vostre avis , estre
faite par un Auteur qui pretend
que la transpiration des hommes demeurefixe
enfortant du corps , qu'el
le ne s'écarte point , & qu'elle ne
peut estre portée ailleurs , ny par les
vent , ny par les tempestes , ny par
quelque autre cauſe que cesoit ? Et
quand ilferoit permis defaire deux
ſuppoſitionsſi opposées l'une à l'autre
, concevez-vous bien que la
tranſpiration de nos corps puiße nous
faire voir à nos Amis absens ,
les avertirde ce quiſe paſſeennous?
Est-ce que vous estes bien persuadé
que comme nous pouvonsfaire enten.
GALANT
149
dre nospensées par nosparoles , nous
puißions de mesmepar la tranſpiration
donnerànos Amis tel avis qu'il
n'us plaira, ou apprendreparcequ'ils
exhelent , tout ce qui leur arrive ?
S'ilvous échapoit jamais de dire que
fansfortirde vostre chambre vous auriez
appris des nouvelles parle moyen
de certains corſpuſcules exhalez du
corps d'un Nouvelliſte qui se promenoit
dans le jardin duTalais Royal,
quevous entrepriſſiez defoûtenir
une imagination ſi chimerique ,
quelle idee pensez vous qu'on auroit
de vostre habileté dans la Thyſique
?
Le n'inſiſterty pas davantage làdeffus,
ie me contente de vous renvoyeràCiceron.
Il refute affezagreablement
ceux qui ofent faire dessy-
Stemes de cette nature , außi- bien
que ceux qui penſeroient * que les
* L 2. de Divinat. n. 136. & feq
G3
150
MERCURE
i
images qui nous viennent en dormant,
font forméespar ce quise détache
des mesmes corps dont nous
croyons voir lafigure.
Peut efire vous ay-je déja fatigussur
cet article , car fivous me
traitezde Soldat armés à la legere
, lors que j'use de quelque ménagement,
toujoursportéà critiquer ,
fans craindre de vous comredire ,
vous grondez d'ailleurs de ce que
j'entreprens avec trop d'appareil de
détruire neuf ou dix systemes ,
de ce que jeparois trop bien informe
furlamatièreenquestion.
Il faut, dises- vous , avoir employé
quatre ou cinq ans à faire
des experiences fur la Baguette
, pour dire ſi poſitivement
qu'elle tourne indifferemment
à des perſonnes d'un ,
temperament different, & aux
mêmes perſonnes , en destems
GALANT.
ISK
où la diſpoſition de leur corps
n'eſt pas la même qu'elle tourne
à l'âge de dix ans comme à
celuy de foixante , pendant la
maladie comme dans une parfate
ſanté , à jeun auſſi-bien
qu'aprés avoir mangé .
Non , Monfieur , il n'a pas fallu
quaire ou cing ans pourfaire cette
remarque ; iln'a fallu qu'un demiquart
d'heurezcar ilnefaut pas plus
de temps pour lire deux Relations
auſſicourses que lefont celles deM.
IAbbé de la Garde , & de M. le
Procureur du Roy. Vous deviczfaive
attention que je ne me fers des
Paroles citées qu'aprés ces Meffieurs.
Ils ont fait ces obfervations en moins
d'unesemaine , &dans les endroits
où l'on trouve un grand nombre de
gensqui sefervem de la Baguette.
Onpeut les faire en moins de deux
jours.
G4
152
MERCURE
" Mais à quoy aboutifſſent les reflexions
que vous faites fur ce qu'on
avoit traité la question ily a quel
ques années ? Quel inconvenient
trouviez vous, qu'aprés l'avoirexaminéeily
a quatre ans,& écrit pour
Lors deux Lettres fur cette matiere,
onfaſſeà present imprimer ces deux
Lettres , & qu'on montre en même
temps les défauts de tous les systemes
qui viennent de paroiſtre ſux
ce sujet ? Comme l'on m'avoit demandé
plusieurs fois quelque chose
de plus étendu que ce qui est dans
ces premieres Lettres , pout - oftre
avois- jepromis d'y travailler ; mais
Si je n'ay pumy determiner qu'aprés
avoirvûparoistre les nouveaux
Systèmes , a- i'on quelque sujet d'y
trouver à redire ?
Quel inconvenient trouvez- vous
vencore, que pour examiner ce qu'on
doit penſer des ſyſtemes fur le fair
0
GALANT .
153
de Lyon, j'examine les circonstances
qui se trouvent dans les diverſes
Relations , ou dans les obfervations
que nous ont données les Auteurs
de ces ſyſtemes ?
Il ya , dites-vous, dans toutes
ces Relations des choſes outrées
; il y en a de fauſfes ; il y
ades contradictions manifeſtes ,
& ſur tout cela vous pretendez
pourtant décider ce qu'on doit
juger de nos ſyſtemes . Nos fy-
Stemes ! Est-ce que vous en avez
fait un , & que vous estes charge
par les autres Auteurs de plaider
La cauſe commune ? Quoy qu'il en
foit, voyezà quoy vous exposez ce
que vous m'oppoſez . Si vous pretendez
que ces choses ontrées , ces
contradictions manifestes partena
de l'ignorance ou de la malice de
oeux qui les rapportent , je vous
zenvoye à Mel Abbé de la Garde
GS
154
MERCURE
Me le Chevalier deMongiraut,
Mele Procureur du Roy , à M.
Panthot , & à M. Garnier , & fi
des Relations font fidelles , comme je
ne puis en douter , persuadé de la
bonne foy , & de l'exactitude de
tous ces Meſſieurs , ces contradictions
manifestes se trouvent dans
l'usage de la Baguette ?El qu'y a
1-il de plus décisifpour montrerque
le mouvement de cette Baguette
v'est pas naturel , &qu'ilne peut
estre que l'effet d'un esprit capable
de mentir , & de se contredire ?
Qu'on l'attribue à la fourberie des
bommes ,ou à celle des efprits déreglez,
il m'importe peu. On doit
toûjours conclurre qu'un tel usage
ne peut- être mis au nombre desfearets
de Phyfique; c'est tous ce que
j'ayvouluprouver.
Remarquez, Monsieur , l'usage
que j'ay fait de toutes ces Relations,
GALANT.
155
-
&ce quej'ay observé dans l'examendetous
cesſyſtemes. En exami
nant unſyſteme ; ie ne mesuis fervi
que des faiis & des principes re
ceus par l'Auteur; & lors que l'ag
montré qu'il n'estoit pas possible
qu'on expliquast iamais physique
ment les Phenomenes de laBaguettes
ien'ay raisonné que fur les obfervationsrapportées
de la même maniere
dans toutes ces diverses Relations
: Ce que l'ay dit est affez
clair , & iene croy pas qu'ony oppose
jamau rien defolide.
I'apprens tous les jours que de
tres-habiles Phyficiensfont dans le
Sentiment que j'ay ſuivi . M. Chatelain
, Docteur en. Medecine, dent
l'habileté doit vous eftre connue per
fesOuvrages &par sa reputation ,
vient de mettre au jour une Differtation
Physique, où il prouve fort
ſolidement l'impoßibilité de faire
e
G6
156 MERCVRE
unſyſtemefurlaBaguette , fi la
pluſpart des Scavans nient abfolument
tous ces faits , nonseulement
ce qu'on raconte d'Aimar , mais
generalement tout ce qu'on dit des
Thenomenes de la Baguette, c'est
qu'ils croyent impoßible qu'une Baguette
tenuë des deux mainspuiſſe
naturellementse mouvoir&se tordre
de la maniere qu'on le dit.
Comment ofez- vous donc traiter
de dupes , de viſionnaires *
mauvais Phyficiens ceux qui font
dans l'opinion quej'aysuivie ? Pretendez-
vous estre en droitde traiter
ainsi les Auteurs Iefuites dont j'ay
rapporté lesentiment ; & vous imaginez
vous faire prendre le change
au Public en mettant les Iefuites
au nombre de ceux que j'attaque ?
Ie ne pense pas qu'on vous croye.
Comme on afujet de se défier de vo-
* Page 17
ة ب ع ل ل ا
多
de
GALANT.
157
ftre témoignage , on ira confulter la
buitième Lettre des Illuſions des
Philoſophes ſur la Baguette ,
ony verraqu'outre les dix Au
teurs Iefuites que jecite , je dis net.
tement qu'à la reserve du Pere de
Chales , qui n'a ofé décider , je ne
connois aucun autre Iefuite qui n'ait
condamnél'usagede la Baguette.
Peut- estre après cela ne voudrat-
on pas vous croire , lorsque vous
dites que j'ay maltraittele P. Schott
dans un feuillet qui ne paroist plus ;
mais je veux estre vostre Cautionfur
cet article. L'avoże donc que dans
lefeüillet qui n'apas deuparoistre
dés quele Livrea esté mis en vente ;
jay parlédes Ouvrages de ce Pere ,
comme de Recueils où l'exactitude
le discernement ne regnentpas
toujours ; je l'ay dit , &je n'ay pas
changé de sentiment. Distinguez
bien le Pere André Schoot d'avec
158 MERCURE
lePere Gaspar Schott. Celui cy est
d'un caractere fort different du pre
mier, Ledefir d'imiterle PereKir
eher dont il avoit esté Collegue à
Rome, luy fit prendre le deffeinde
ramafferbeaucoup de chosesfurlHiftoire
naturelle,&quoy qu'ilsçeust
les Mathematiques , il s'appliqua
davantage à compiler beaucoup de
chofes, qu'à difcerner le way d'avec
le faux. Cent Iefuites vous diront
la mesme chose , vous avoüeront
qu'ilne faut pas prendre pour des
veritez tout cequise trouve dansfes
ouvrages.
Aureste , je vous prie de vous
accorder avec vous mefmeſur leſujet
de ce Tere. D'un costé vousfaites
femblant deprendrefon party contre
moy , &de l'autre vous le mettez
au nombre des Duppes , des Viſionnaires
, des mauvais Phyfaciens.
Carprenezygarde ,Mon
GALANT
159
ficur fonsentimentfur la Baguette
n'est point different de celuy que j'ay
Suivi. Voyezle dans la fource , ou
dans ceque j'en ay fidellement rapporté
, & faites corriger l'endroit
dela Phyſique Occulte , où il eft
dit que le P. Schott a changé de
fentiment. C'est une erreur; il est
vray que si le paßage cité dans la
- Phyſique Occulte estoit fidelle ,
on auroit fujet de le pen er ainsi,
mais il eſttronqué , onya retranché
an femper , Toujours ,
quidem non perfuaferunt ,
cette omißion fait tout un autre
Sens.
qui
Le beau champqu'auroit euvostre
humeur critique , fi vous aviez pu
rencontrerune tellefaute dans les
Illufions de la Baguette ! Par
bonheur, il ne s'y trouve rien qui
vousaitdonné priſe , &vous n'avez
pu vous emporter quejur desjuppo160
MERCVRE
fitions&des fautes, dont vous eſtes
vous-mesme l'Auteur.
Souvenez - vous que vous estes
cause que j'ay parlé de cette faute ,
qu'on pourroit appeller une infidelité
? Elleme determina à faire un
Carton , mais n'osant ouvertement
lafaire connoistre ,je me contentai
de distinguer Toujoursparunplus
gros caractere.
Une autre raiſon m'engagea à
faire ce changement. C'est qu'il
estoit àpropos de ne pas parler du
Pere Shott , d'une maniere qui eust
pûfaire de la peine àquelques per-
Sonnes , vous auriez bien du ne
pas reveler ce que j'avois condamné
àne point paroiſtre.
Voila l'unique changement que
i'ayefait, mais si j'avois pu prevoir
que l'endroit que vous vous appliquez
vous eust fait de la peine ,je
I'aurois afſfurément retranché. L'au
GALANT. 161
roisfait unſecond Carton ,prefi à en
fire untroisième &unquatrième,
àpffer l'épongefurtout le Li-
Dre,playioft que de faire de la peine
à qui que cefort
2 Tuis que vous avezvu les Illufions
defi bonne heure , que ne me
fai fiez vous direparle Libraire que
vous vousy croyiezmaltraitté ?Vn
tel avion'auroit pas esté außi inutile
que celuy que vous me donnez
dansvostre Lettre.Vous ne gardez
pas alfez , dites vous , la vrayfemblance
dans vos fictions.
Penſez vous que ce ſoit une
choſe bien imaginée que voſtre
Lettre écrite de Paris à un Chanoine
de Grenoble , pour l'inftruire
de ce qui s'eſt paſſé dans
Grenoble meme ?
Je ne ſeay d'envient qu'il ne
vous paroist pas vraysemblable, que
j'écrive deParis à une perſonne de
-
162 MERCURE
Grenoble,ce quise poffa il ya quatre
ans dans Grenoble mejme ,
queje luy nomme les personnes qui
furent témrins du fait außi bien
Sicela n'est pas pray femblable
,il est certain que cela est
que moy,
La Lettre dont vous parlo la
fuivante ont été écrites le mois de
Fewier dernier à M. Lions , Chanoine
de Grenoble. Ces Letires furent
leuës par ceux quiy sont nommez,
&comme ils sçavent mieux
quevous ce queje devois dire cutai
re le cas de conscience,& les re
flexions que vous faites là-deffus
font fort inutiles.
Pour la contradiction que vous
ero ezvoir, vous ne la verrez plus
fi vous donner quelque attention à
ce que j'ay dit à le page 260 .
En un mot, on ne doit jamais se
fervir de la Baguette, lors qu'on est
GALANT.
163
perfuadé qu'elle ne peut tourner na...
turellement . Quand on en doute ,
vien n'empêche de voir Iexperience,
d'enobſerver tous les phenomenes.
Comment s'affurer autrement
s'ily a de la fourberie , ou si tout ,
estPhysique ? Et àl'égard de ceux
qui s'en fervent communément ,
pourquoy ne les porteroit-on pes à
demander à Dieu defaire ceffer ce
mouvement, en cas que le Demony
ait part ? Trier de cette maniere
ce n'est pas tenter Dieu , mais demandersa
protection contre les illu
fions duTentateur,
Pourquoy me demandez vous
qu'est- ce que j'entens parlesPhenomenes
de la Baguette , qui
lont ou faux ou furnaturels 2
Cette expression ne se trouve print
dans mes lettres. Ien y donc qu'à
vous expliquer ce que j'entens par
farnaturel; puis quevousy trouvez
1
164
MERCURE
C
tant de difficulté. Ie n'entens pas
par ce terme ce qui est produit par
le Demon, mais en general , tout
ce qui n'estpas naturel, c'est à dire
tout ce qui n'est pas fait paruneſuite
des Loix que Dieu a établies
pour la communication des mouve.
mens. Quelquefois on restraint le
terme naturel ,& quelquefois on
luydonne uneplus grande étenduë.
On pourroit absolument dire que
tout ce qui fefaitpar les Anges
les Demons est naturel , parce que
s'ilsont le pouvoir de remuerlesCorps,
il est auji naturel qu'une pierre
s'éleve en l'air lors qu'ils le defirent,
qu'il est naturel que noftre brasse
lors que nous le voulons.
remue
1 Mais communement on entendpar
naturel, ce qui se fait par la rencontre
& le choc des corps ,fans que
les.Anges ou les Demons s'en melent.
C'est en cesens que je prens ce
GALANT.
165
terme. Le croy devoir m'arreſter icy.
Si j'en difcis davintage,j'ircispeut-
-estre plus loin que vous ne foubaittez,
car vous ne parciffezpas d'hu
meurà penetrer un principe , nyd
Suivre un raisonnement. Ie ne puis
entrer dans lefond de la question ,
parce quevous ne l'avezpas touchée,
cetteseule raison devroit bien
me diſpenſer de vous faire aucune
réponse. Serieusement , Monfieur , à
quoy aboutit tout ce que vous reprenezdans
les Lettres qui decou
vrent l'illuſiondes Philofophes
ſur la Baguette ! Quand ce que
vous avez critiqué ne roulercit pas
furdefaussesfuppofitions , quand il
feroitvray que j'aurois gardé le fi-
-lence dans une conversation , ou que
i'aurois usede quelque fictionen écri
vant une Lettre,qu'est ce que cela
feroit au point conteste? Il s'agit de
sçavoir s'il est poßible , qu'un écou
166 MERCVRE
lement depetits corps ait fait tournerla
Baguette . La cuestion nest
point embrouillée ; elle est reduite
àdeux points * dans l'examen des
Systemes de Mr huvin , de Mr
Garnier , 29 de l' .Auteur de la
Thysique Occulte. C'est là où il en
falloit venir , & auxreflexions que
jayfaites , pour montrer que dans
Fusage de la Boguette il, a des
moraliter incompatibles avec res
couses Thysiques. Ne dites pas , je
vous prie,que je ne distingue pas affer
l'usage que quelques- uns font
de la Baguette en dirigeant leur
intention, d'avec ce qu'observent les
autresfans former aucun defir.Toar
peuqu'on lifeles Illuſions fur la
Baguette , on fera convaincu du
contraire. Il est arar que je montre
pardes faits incontestables que la
* Pag. 82. & 206.
C
GALANT.
167
S
Baguette s'accommodeſouvent aux
defirs &à l'intention de ceux qui
s'enservent , mais lorsque j'ex mine
les trois Syſtemes dont je viens de
parler,je ne dis pas un mot de l'intention.
Leraiſonnefurles principes
des.Auteurs mêmes des Syſtemes
La conclufion que je tire , eft fondée
fur des preuves purement Physiques.
Si l'on ne vient à l Examen de
ces diverses preuves , tout ce qu'on
objectera fera inutile.
Recourir aux injures ,&n'oppo
fer que des mots vagues , c'est miter
les deffenseurs de l'Aftrologie judi
ciaire , toujours profts à appeller
Duppes , les Auteurs qui ont déwust
les principes de cet art chimerique
,& quien ont découvert les
illusions & les mensonges. Chicaner
Surcertaines choses qui nefont rien
à le question , c'est perdre le temps
&lefaireperdre aux autres. Mais
168 MERCURE
jugeons de ce que vous feriez dans
l'examen de la question principale,
par ce que vous faites dans tout ce
que vous attaquez. Combien de fois
avez- vous pris le change ? Voyez
quelles ont isté vos reffources ; de
fauſſes ſuppoſitions relevées par de
pures badineries. En dis- je trop ?.
N'est-ce pas tout au moins badiner
que dese faire un Phantôme pour
s'endivertir , que defe forger une
Statue , & un Muet qui re
muëla teſte ſans defferrer les
dents , pourpouvoir l'appeller Efpagnol
, Pagode de la Chine ,
& tout cequ'il vous plaist.
Ce qui est affez singulier , c'est
qu'avec tout cela vous parlez com
mesi vous estiez bien redoutable.
Que vous estes heureux d'avoin
affaire à une personne qui répond
fimplament à ce que vous opposez
& quiseferoit un fcrupale de vous
attaquer
GALANT.
169
attaquersur quoy que cesoit. 11feroit
afſeurément tres-facile de vous
pouffer rudement , mais à Dieu ne
plaiſeque jeprenne ceparty ; l'aimerois
bien mieux prendre celuy de
garder le filence, il me paroist , le
meilleur , & je nesçay d'oùvient
que bien des gens souhaitent , que
jevous réponde. La manierefimple
aveclaquelleje lefais ne leurplaira
peut- estre pas , mais pourven
qu'elle ſerve à me tenir dans les bor .
nes de la moderation , & d'une juste
deffense, c'est tout ce que je cher
che.
Ilferoit àsouhaitter , Monsieur,
que vous vous fuſſicz prescrit de
telles bornes en composantvôtre Lettre
, & que vous cuffiez aussi fait
reflexion qu'on ne doit jamais écrire
lors qu'on ſe ſent émù. Ie n'oferois
vous donner des avis ; les Livres
Saints vous enfourniront d'admira-
Juin 1693 . H
170
MERCURE
1
bles , & fi vous en voulezde moins
parfaits, Seneque vous en donnera
qui ne laiſſentpas d'estre salutaires.
f'on trouve deux , dans leſecond
Livre de la Colere , dont je
croy devoir profiter. Le premier est
de ramenerpar de bons offices , ceux
qui se mettent en colerecontre nous,
&lesecond , de s'eloigner d'eux ,
quand ils veulent nous frapper. Je
nepourray peut- estre faire usage dis
premier que par mes defirs , mais
jobſerveray exactement leſecond ,
en gardant lefilence ,ſi vous écrivez
de nouveau contre moy .
On a rétably le commerce
entre les Pays bas Eſpagnols &
les Pays Conquis. Le Prince
d'Orange en a eu beaucoup de
chagrin .Il s'eſtoitimaginé dans
le commencement de cette
guerre , qu'il prendroit ſi bien
-ſes meſures , que la France fe
GALANT .
171
roit ruinée faute de Commerce.
Cependant, quelle que ſoit
l'autorité arbitraire qu'ila ufurpée
ſur les Hollandois,il n'a pû
empêcher celuy de Lettres de
cette Republique avec la France;
& quoy qu'il ſoit défendu
en Angleterre , toutes les Lettres
des trois Royaumes nous
viennent par la Hollande.
Nous n'avons manqué de rien
depuis l'ouverture de la guerre
, que ſes intereſts luy font
chercher à continuer , le grand
nombre de Priſes que nous
avons faites ſur mer, & que
nous faiſons encore tous les
jours, nousayant fournyabondamment
de toutes choses ; &
c'eſt par cette raiſon que les
Armateurs qui avoient accoutumé
de defarmer pendant que
les Flotes eſtoient en mer , ont
Η 2
172 -MERCURE
eu ordre de la tenir cette année.
C'eſt une marque évidente
que nous ne manquons
point de Matelots , puis que
ſuivant l'uſage , on auroit pris
ceux des Armateurs dont on
avoit accoutumé de ſe ſervir ,
comme faisoient les Anglois
pendant que les Flotes eſtoient
en mer.
Les Religieux Hoſpitaliers
del'Ordre du Saint Eſprit ne
ſont pas les ſeuls qui ayent rendu
au Roy leurs tres - humbles
actions de graces , de la bonté
que Sa Majesté a euë de rétablir
cet Ordre dans tous ſes
droits. J'oubliay de vous dire il
ya quelque temps que les Chevaliers&
Officiers Laïques du
mefme Ordre ont eu part à cet
honneur , & que Mr le Chevalier
Huë , un des anciens Ba
GALANT .
173
ron's de Courſan en Auxerrois ,
Commandeur de Saint Pourfain
, Sous -Vicaire general , &
premier Officier d'Epée du
mefme Ordre , accompagné de
pluſieurs Chevaliers & Officiers
, fut prefenté à Sa Majeſté
par Mr le Maréchal Duc
de Duras , pour la remercier ,
non ſeulement du rétabliſſement
deleur Ordre , mais encore
de la grace qu'Elle leur a
faite , en agréant le Regiment
qu'ils luy ont offert par le Placet
rapporté par Mr de Barbe
Geux.
Le Roy a donné plufieurs Benefices
ce mois cy . Mrl'Abbé
de la Luzerne a eſté pourvû de
l'Eveſché de Cahors .Il eſt homme
de qualité. Mr le Marquis
de la Luzerne , ſon Pere , avoit
eſté Gouverneur de feu Mr le
H 3
174
MERCURE
Duc de Vermandois .Il eſt Docteur
de la Faculté de Paris,tres
eſtimé pourſes bonnes moeurs .
Il eſtoit Aumônier de Madame
la Dauphine. Mr le Comte
de la Chaiſe a épousé la foeur
de ce nouveau Prelat.
L'Eveſché de Cominges a
eſté donné à Mr l'Abbé Dé .
nonville , qui aeſté longtemps.
Grand - Vicaire de Chartres.
Mr Dénonville fon Frere eſt
Aumônier de Monſeigneur le
Ducd'Anjou , & a eſté Viceroy
de Canada.
L'Abbaye de Ligny a eſté
donnée à M. l'Abbé de Camps
d'Amiens. Je ne pourrois rien
dire de ce qui le regarde , qui
ne ſoitconnu de toutle monde.
Mrl'Abbé de Candau a eu
l'Abbaye de l'lfle Chauvet
Mr l'Abbé de Meſchatin,ComGALANT.
175
te de Lyon , celle de Memac, &
Mrl'Abbé de Sanſay , celle de
Moreau. Il eſt Neveu de Mr de
Coulange , & Parent de Mrs
d'Eſtrées . Mr Bitault a eſté
pourveu del'Abbaye de Poultiere.
Ilaun Frere Capitaine
aux Gardes ,& un autre Con.
feiller au Grand Conſeil, Mr
l'Abbé Deſtain , Comte de
Lyon , a eu le Prieuré de S. Irenée
de Lyon. Il eſt Frerede Mr
de Saillant , Capitaine auxGardes.
Je vous ay déja entretenuë
fortau longdela Maiſon d'Eftain
, l'une des plus illuftres
de France. Le Prieuré de
Partenay a eſté donné à Mr
l'Abbé du Rofel , Fils d'un ancien
Officier de distinction . Il
a deux Freres Colonels . Mr
l'Abbé Duché a eſté pourvû
de celuy de Charrais. Il eſt Fils .
Η 4
176 MERCURE
4
de feu M. Duché , Contrôleur
General de l'Argenterie. Le
Prieuré de S.Florentin à Rodez
a eſté donné àMrl'Abbé d'Airesceluy
d'Argues à Rodez , à
Mr de la Bordenne , Aumônier
de la ſeconde Compagnie des
Moufquetaires ; & celuy de
Marmande , à Mr l'Abbé de
Paris , Fils de Mr de Paris ,
Maistre des Comptes Il avoit
une Chanoinie de la Sainte
Chapelle, que le Roy a donnée
à Mr Boileau , Doyen de l'Ἐ-
gliſe de Sens , & Frere de Mr
Dépreaux. C'eſt un homme
d'un grand merite , & d'une
grande érudition. Il ne faut
pas s'en étonner, l'eſprit eſtant
hereditaire dans toute cette
Famille . La Chanoinie qu'avoit
feu Mr l'Abbé Langlois dans.
le même Chapitre , a eſté don-
८
GALANT.
177
née au Fils de Mr Bufire , Offcier
de la Chambre du Roy .
Le Lundy 15. de ce mois ,
M. l'Abbé Bignon , &M. de la
Bruyere furent receus à l'Aca
demie Françoiſe . M. l'Abbé
Bignon parla le premier , & fit
unDiſcours , où l'on n'admira
pas moins l'ordre , & la liaiſon
ingenieuſe de chaque matiere
quela beauté de l'expreſſion ,
&le tour agreable des penſées.
Il remercia M. de l'Academie ,
ſelon la couſtume , de ce qu'ils
l'avoient admis dans leur corps,
& par une modeſtie digne d'un
homme , qui dans un âge fort
peu avancé, poſſede avec beaucoup
de diſtinction tout ce
qu'il y a dans les belles Lettres
qui puiſſe contribuer à polir &
&àélever l'eſprit, ne ſe voulant
pas croire digne de ce choix
H
4
178 MERCVRE
il dit qu'il ne doutoit point que
la confideration qu'on avoit
pour ſa Famille , n'y cuſt eu
beaucoup de part,& qu'on n'euft
voulu faire grace à la perſonne
en faveur du nom. Quoy que
l'Eloquenc regnaſt dans tout fon
diſcours , elle n'eut aucun pouvoirà
légard de cet article , &
ne perfuada point. Avec comhien
de delicateſſe entrat il
dans les loüanges de M. le Comte
de Buſſi , dont il rempliſſoit
la place , & avec quelle fineſſe
fit-il fentir que fil'Ouvrage qui
avoit caufé tous ſes malheurs ,
avoit merité lacenſure de tous.
les gens ſages , on ne pouvoit
au moins donner affez de loüanges
au repentir qu'il avoit marquéde
l'avoir fair. Il fit enfuite
PEloge de M. le Cardinal de
Richelieu , Fondateurde l'Aca
GALANT.
179
demie , d'où il paſſa à celuy du
Roy , qu'illoüa tres-dignement
fi ce grand Monarque peut jamais
être affez dignement loué.
Ce Difcours prononcé fort noblement,
charma toute l'Affem .
blée , & ce qui vous convaincra
, que les applaudiſſemens
furent finceres , c'eſt que M.
l'Archeveſque de Paris eftant
arrivé quand M. l'Abbé Bignon
eſtoit tout preſt de finir , on le
pria de ne le pas priver de la
fatisfaction d'entendre , ce qui
venoit d'avoir une approbation
generale. Ce grand Prelat joignit
ſes prieres à l'empreſſement
que chacun faifoit paroi,
ſtre de joüir encore du meſme
plaifir , & M. l'Abbé Bignon
ne luypouvant refufer ce qu'il
demandoit fi obligeamment, recommença
fon Diſcours . L'ap
H6
180 MERCVRE
playdiſſement fut encore plus
fortqu'il n'avoit eſté la premiere
fois , & l'on n'y trouva pour
tout defaut , que celuy d'eſtre
trop court.
M. de la Bruyere y parla en
fuite , & quand j'ay à vous rendre
compte du fuccez qu'eut le
Compliment qu'il fit à l'Academie
, voſtre ſurpriſe ſera grande
de me voir fortir de mon ca
ractere , mais j'eſpere que vous
voudrezbien me faire la grace
de ſuſpendre voſtre jugement ,
juſques à la fin de cet article.
M. de la Bruyere a fait une
Traduction des caracteres de
Theophrafte , & il y a joint un
recueil de Portraits ſatyriques ,
dont la pluſpart font faux , &
les autres tellement outrez ,
qu'il a eſté aisé de connoiſtre
qu'il a voulu faire reuffir ſon LiGALANT.
181
,
vre à force de dire du mal de
de ſon Prochain. Cette voyeeſt
en effet plus feure que celle de
la moderation ,&des loüanges,
pour le debit d'un Ouvrage. On
courtacheteren foule ces fortes
de Livres non pas qu'on les
trouve ny beaux ny folides , mais
par le defir empreſſe qu'on a
de voir le mal que l'on a dit d'une
Infinité de perſonnes diftins
guées. Je me trouvay à la Cour
le premier jour que les Carac
teres parurent , & je remarquay
de tous coſtez des pelotons
où l'on éclatoit de rire. Les uns
difoient , Ce Portrait est outre ?
les autres , en voila un qui l'est
encore davantage. On dit telle chose
deMadame une telle , diſoit un
autre , & Monfieur un tel , quoy
que le plus bonneste homme du monde,
est tres. mal traité dans un au182
MERCVRE
tre endroit. Enfin la conclufion
eſtoit qu'il faloit acheter au
pluſtoſt ce Livre , pour voir les
Portraits dont il eſt remply ,
de crainte que le Librairen euſt
ordre d'en retrancher la meilleure
partie .Voila les effets que
la Satyre produit. Les Auteurs
en font ſouvent ébloüis , & attribuent
à la beautéde leurs ouvrages
, ce qui n'eſt deu qu'au
mal qu'ils diſent de quantité de
perſonnes. Un des Illuftres de
ce temps , homme de naiſſance
&d'érudition ,& quia l'honneur
d'eſtre auprés d'un Princedu
Sang Royal en qualité
d'homme de Lettres, ayant traité
ferieuſement un ouvrage inticulé
Discours fur les Anciens ,
qu'il pouvoit égayer de quelques
traits de Satyre , dit page
115.Leſcay tous les avantages que
GALAN T. 183
d'agrement
i'aurois trouvez à donner un tour
plusgay à ce discours. Iesçay com
bien la raillerie a de charmes pour
Les Lecteurs lesplus chagrins , com.
bienil est agreable de rire , de
faire rire aux dépens d'autruy , com.
bien defeu , de vie ,
unpareil tour répand dans tout un
ouvrage. Le sçay que le ridicule est
Souvent plus capable de perfuader ,
de tirer d'un pas gliffant , que
les raisonnements les plus forts ,
.... Le meſime dit page
231. En réjouissantle public , on
eft toûjoursſeurduſuccez deſa cauje.
On chatouille le coeur, on attache
, on plaist infailliblement. La
ploiſanterie denneun air aux choses
quifait tout paper , fouvent en
faveur d'un bon mot , un Lecteur
ne voit pas , ou ne veut pas voir le
défaut d'exactitude , plus ſenſible
àson plaisir , qu'àson utilité , mais
184
MERCURE
quand on parle d'un tonſerieux, les
choses changent bien de face. Foint
d'égard , point de grace ; point d'indulgence
, il faut toujours fraper au
but toujoursfairesentirla droite rai
fon,& toujoursfaire brillerla verité.
Ces derniers mots font affez
connoiſtre que la verité ne
regne guere dans les Satyres ,
& l'on voit en general dans
ces deux endroits , les privileges
de ce genred'écrire, & qu'il
eſt aisé d'y reuſſir , parce que
la mediſance groffit toûjours les
objets , mais comme ce party
couſte fort cher à la gloire , à
l'honneſte homme,& aux bonnes
moeurs , il ſe trouve peu
d'Auteurs qui le veuillent
embraffer. Je ne pretens attaquericy
perſonne en particuher,
je parle de la Satyre en general.
Ceux qui s'attachentà
:
GALANT. 185
ce genre d'écrire , devroient
eſtre perfuadez qu'elle fait
fouffrir la Pieté du Roy , & faire
reflexion que l'on n'a jamais
ouy ce Monarque rien dire de
deſobligeant à perſonne. La
- Satyre n'eſtoit pas du gouſt de
feuë Madamela Dauphine ;
j'avois commencé une reponſe
aux Caracteres des moeurs du
- vivant de cettePrinceſſe,qu'el-
- le avoit fort approuvée , &
qu'elle devoit prendre ſous fa
protection , parce qu'elle res
pouſſoit la Médiſance. L'ouvrage
de Mr de la Bruyere ne
- peut eſtre appellé Livre , que
parce qu'il a une couverture ,
& qu'il eſt relié comme les auere
Livres. Ce n'est qu'un amas
de pieces detachées , qui ne
peut faire connoiſtre ſi celuy
qui les a faites , auroit aſſez de
186
1 MERCURE
!
genie& de lumieres, pour bien
conduire un ouvrage qui feroit
furvi. Rienn'eſt plus aiſé , que
de faire trois ou quatre pages
d'un Portrait qui ne demande
point d'ordre , & il n'y a point
de genie ſi borné , qui ne ſoit
capable de coudre enſemble ,
quelques mediſances de fon
Prochain , & d'y ajoûter ce qui
luy paroiſt capable de faire rire.
Ainfi , il n'y a pas lieu decroire
qu'un pareil recueil , qui
choque les bonnes moeurs , ait
fait obtenir à Mr de la Bruyere,
la place qu'il a dans l'Academie.
Il a peint les autres dans
* ſon amas d'Invectives , &dans
le Difcours qu'il a prononcé, il
s'eſt peint luy-meſme , & aprés
avoir tâché de prouver que les
placesde l'Academie ne ſe donnoient
qu'au merite , il a dit
1
GALANT . 187
1
que la ſienne ne luy avoit couté
aucunes follicitations , aucune
démarche,quoy qu'il foit conftant
qu'il ne l'a obtenuë que
par les plus fortes brigues qui
- ayentjamais été faites .Quelle
difference des deux Diſcours
qui ont eſté prononcez en mefme
jour , & des manieres des
deux nouveaux Academiciense
Mr l'Abbé Bignon témoigne
beaucoup de reconnoiffance
pour la place qu'on luy donne,
Mr de la Bruyere fe croit ſi digne
du choix qu'on a fait de
- luy , par la haute reputation
qu'il pretend que fes caracteres
luy ont acquiſe , qu'il n'a
daigné faire nul remerciement.
Mr l'Abbé Bignon , auſſi modeſte
qu'ileſt diſtingué par fon
- fçavoir , ne veut point devoir
ſa place à fon merite , mais à la
$
188 MERCVRE
4
confideration que l'Academie
a pour ſa Famille ; Mr de la
Bruyere , fier de ſept Editions
que ſes Portraits ſatyriques ont
fait faire de ſon merveilleux
Ouvrage , exagere ſon merite,
& fait entendre que c'eſt à ce
ſeul merite qu'il doit la place
où il eſt receu . Je n'entre point
dans le détail du reſte de fon
Diſcours , puis que toute l'Afſemblée
a jugé qu'il estoit directement
au deffous de rien. Il auroit
tort de ſe plaindre de la maniere
dont j'en parle. Je me fers
des propres termes dont il s'eſt
ſervi , quand il luy a pleu de
ſe divertir à parler hors de propos
du Mercure Galant , & je
veux bien mettre icy le même
galimatias , pour ne dire ny
plus ny moins. Il n'y a dans
ees paroles que l'intention qui
GALAN T. 189
_ m'offence , car elles ne me regardent
pas , & je n'aurois ja-
- mais cherché à les relever fi
j'eſtois ſeul offence. Le Mercure
n'eſt point compoſé de mes
Ouvrages , & l'on ne me doit
regarder que comme une Bouquetiere
qui lie les Fleurs des
autres , qui font leurs Ouvra-
✓ges. Ils conſiſtent dans ce que
font de plus beau les plus illuſtres
Orateurs de France, & les
Poëtes les plus distinguez. On
- n'y voit que des Harangues faites
au Roy ou à l'ouverture des
Parlemens , ou à la reception
des Academiciens François ,
- des Fragmens des plus beaux
Sermons , ou des Oraiſons Funebres,
des Relations de guerre
faites ſouvent par desGeneraux
d'Armées même , des Ouvrages
d'éloquence,& des Dif-
S
1१० MERCURE
fertations ſur tout ce que le
hazard fast naiſtre de plus curieux&
de plus beau. On ne
peut dire que tant de beaux
Ouvrages foient directement au
defſous de rien , à moins que de
vouloir faire entendre qu'il n'y
a pas un ſeul homme en France
capable de bien écrire, & commele
contraire paroiſt viſiblement
, il ſuffit d'expoſer le fait ,
pour faire voir que M. de la
Bruyere n'a pû mettrele Mercure
au deſſous de rien , ſans y
mettre en meſme temps tout ce
qu'il contient , c'eſt à dire ,
une infinité de belles Pieces ;
tant en Vers qu'en Profe. Il
n'a pas crû ce qu'il a écrit , &
s'il n'avoittrouvé de la réputation
à ce recueilde tant d'admirables
Ouvrages , il l'auroit ju.
gé indigne de ſa colere. C'eſt la
GALANT.
191
-
= maniere de tous les nouveaux
1
L
Auteurs. Ils s'imaginent qu'ils
brilleront ſeuls quand ils auront
porté des coups qu'ils
croyent mortels à ce qu'ils
trouvent étably . Il y a dix- ſept
ans que le Mercure eſt au goust
du Public , il eſt un peu tard
pour l'attaquer. Le Public voit
clair , vous le ſçavez sil a de
bons yeux ,& en grand nombre
,& s'il ſe laiſſe quelquefois
ſurprendre, ce n'eſtjamais pour
long-teps. Je ſuis faché du cha-
( grinque cetarticle pourra donner
à Mr de la Bruyere. Cependant,
je le repere,il aura tort s'il
ſe plaint, puis que c'eſtluy qui
eſt l'agreſſeur. Quand il calomnie
toute la terre, il ne doit pas
vouloir empêcher une legere
ébauche de ce qu'on luy 'répondra,
s'il s'explique ,ous'ila-
1
192 MERCURE
.
:
joûte lemoindre mot dans ſon
Livre , à ce que ſa vanité luya
fait dire de gayeté de coeur
contre moy , quine me fuis
rendu digne par aucun endroit
des plaiſanteries qui
l'ont réjoüy. Quand on infulte
les autres , il faut eſtre préparé
à tout,& ne pas donner
la Comedie au Public en ſe
fachant comme les Enfans , qui
ont ſouvent peur , quoy qu'on
ne faſſe que les regarder. S'il ſe
plaint, j'ay la juſtice pour moy.
Il m'a attaqué ſans nulle raiſon,
jefuis offencé ,& je défens une
infinité de perſonnes cruellement
outragées dans les Caracteres
des moeurs . Un Ancien
recommandable dans l'Eglife ,
ordonne d'attaquer ces fortes
d'Ouvrages de crainte que les
Auteurs ne s'enorgueilliffent ,
dans
GALANT.
193
-
M.
dans la penſée que le merne
de leurs Ecrits les fait acheter ,
quoy quele debit n'en ſoit dû
qu'à lamédiſance , qui excite
une curiofité à laquelle la foibleſſe
humainene peut reſiſter.
Charpentier répondit
aux Discours de M. l'Abbé Bignon
& de M. de la Bruyere ,
en qualité de Doyen de l'Academie
, en l'absence du Directeur
& du Chancelier. Tant
d'Ouvrages de cette natureque
que vous avez veus de lui , vous
ont fibien perfuadée de ſon élo-
-quence & de ſa profonde éru-
- dition , que je n'ny rien à vous
en dire aujourd'huy , finon
qu'il remplit dignement l'avantage
qu'il a d'eſtre à la teſte de
ace Corps illustre . M. l'Abbé de
da Vauleûtenfuite trois Pieces
de Vers qui donnerent beau-
Iuin 1693 . I
194
MERCURE
coupde plaifir aux auditeurs ,
chacune en ſon genre. La premiere
fut la Paraphrafe du Dies
ire , dies illa , de la Fontaine ,
la ſeconde , une faite des Caracteres
de l'amour , dont M.
Boyer avoit fait voir le com-
-mencement dans la derniere
Aſſembléé publique , & latroi.
fiéme, le ſecond Chantdu Pоё-
meque M.Perrault a fait de la
Creation du monde. Tout y
Toûtint avec avantage la gloire
de leurs Auteurs , à qui les ap-
-plaudiſſemens ne furent point
épargnez.
200Les Bleds s'eſtant trouvez
rares cette année en pluſieurs
-Etats de L'Europe , les Peuples
en ontbeaucoup fouffert,& for
tout en Eſpagne où ils ſe ſont
avendis quatre fois autant qu'en
France. Ainsi , quoy que nos
-GALANT.
195
l
Provinces n'en fullent pas fournies
abondamment , on n'a pas
laiſſfé d'y en porter , a cauſe du
grand gain qu'on y faiſoit. La
diſette a eſté auſſi fort grande
en Angleterre , & les Nouvel.
les publiques nous ont appris
les Soulevemens qui y font arrivez
en pluſieurs endroits à ce
ſujet, La France comme plus
-peuplée , a fait voir plus de malheureux
qui avoient beſoin
d'eſtre ſecourus , & les Ennemis
qui ne peuvent vanter
leurs Victoires , n'ont pas manqué
de publier qu'elle estoit accablée
, que la Guerre avoit
cauſe ce malheur , & qu'elle
eſtoit hors d'eſtat d'en ſouſte-
Dirles dépenſes , comme ſi un
pareil accident n'eſtant que
pour un temps , les choſes ne
devoient pas rentrer aprés
I 2
196 MERCURE
l'aouſt dans leur premiere fituation
, ſuppoſé que la Recolte
foit bonne comme ily a lieu
de l'efperer , Paris eftant le refuge
de la plus partdes malheureuxà
cauſedes grandes charitez
qui's'y font ,ily en estve.
nu de toutes parts chercher
du foulagement. Il sagiffoit de
les ſecourir. Ils tronvoient déja
de grands adouciſſements àleur
miſere dans les aumofres des
particuliers , mais cela ne fuffifoit
pas. Les Mandiansde profeffion
enlevoient ce qui estoit
destiné auxvrais malheureux ,
&parmy vtars malheureux
il y en avoit qui perdoient leur
temps , & qu'on pouvoit em.
ployer. Dans cette embarrafſante
confufion , les Echevins ,
tant anciens que ceux qui ſont
en charge , les Conſeillers de
GALANT. 197
Ville& les Quarteniers s'eſtant
aſſemblez dans l'Hoſtel de Ville,
ſur la fin du mois paffé , M. du
Bois , Prevoſt des Marchands ,
leur fit connoiſtre par un Difcours
fort pathetique , & qui,
fut generalement applaudi , la
neceffué qu'il y avoit d'employer
aux travaux publics les Mandians
-valides qui estoient pour lors en fort
grand nombre à Paris , pour donner
les moyens de fubfifter , & bannir
en mesme tempsle libertinage. Il
offrit de fournir aux frais d'une
partie de la dépense que les
Travaux devoient couſter , &
fa propoſition fut fi agreablement
receuë , que tous ceux
qui compoſoient l'Aſſemblée ,
contribuerenten mefme temps
àune charité ſi neceſſaire au
- public. Le bruitde cette Aſſemblée
; & des bons effets qu'elle
I 3
198 MERCURE
avoit produits , s'étant répandu
, divers Particuliersont en
voyé de l'argent fans fe faire
connoiſtre,&l'onamesmereçu
des Pierreries , fans qu'on ſçache
de quelle part elles viennent.
Les malheureux ſferont
fecourus plus longtemps , &
nonſeulement ceux qui font à
Parisdoivent leur foulagement
au diſcours de M. du Bois,mais
ceux mefmequi ſontdemeurez
dans les Provinces luy font redevables
, ſon exemple ayant
produit de pareils ſecours en
divers endroits.
Le détail de ce qui s'eſt paſſé
au Voyage de Monfieur enBretagne
eft trop curieux pour ne
vous en pas faire part. Comme
il n'eſt pas ordinaireà ces Peuples
devoir le Roy ny les Princesde
fon Sang, leurjoyeaparu
GALANT. 199
exceſſive. Le peuple bordoit les
chemins, qu'il couvroit d'herbes
& de fleurs en criant Vive leRoy
Monsieur. Son Alteſſe Royale,
a fait de grandes tiberalitez fur,
toute ſa route. Les Bourgeois ſe
font mis ſous les armes dans
toutes les Villes où Elle a
paffé; les Corps de Ville l'ont
haranguée , & luy ont fait des,
Preſen's ,& les Intendants l'ont
fuivie dans leurs départemens ,
ainſi que les Lieutenants de
Roy pour recevoir ſes ordres .
Tous les Gardes des Maréchauſſées
de chaque Province
à deux lieuës de Vitré. La
Ville eſtoit renduë des plus
riches Tapiſſeries , lors que S.
A. R. y arriva , & toutes les
ruës ſe trouverent couvertes de
Fleurs. Ce Prince eut une Garde
d'Infanterie , & une de Ca
3
I 4
200 MERCVRE
valerie . Le 2. de ce mois Monfieur
étant monté a cheval , alla
marquer un Camp à trois quarts
delieuë de Vitre ,& fit faire
des défences ſous peine de la
vie , de commettre aucun de- _
fordre .On ne peut- rien ajouter
àla magnificence des repas que
Mr le Duc de Chaulnes luy a
donnez . Il a regalé toute la
Maiſon de cePrince ,& pendant
le Voyage qu'il a fait à Saint
Malo pour y porter ſes ordres ,
& faire tout preparer pour fa
reception en ce lieu là , ſes tables
ont toûjours eſté ſervies à
Vitré de meſme que fi ce Duc
n'en eſtoit point party.
Monfieur alla le 7. à Saint
Malo ,dont l'Eveſque le vint
recevoir à quatre lieuës. Il y
avoit à deux lieues hors les
portes , une infinité de peuple
GALANT 201
quibordoit le chemin , & S. A.
Royale rencontraà une lieuë de
la Ville , Mr le Duc de Chaulne
à la teſte de la Nobleffe à
cheval. Elle fut haranguée hors
la porte de la Ville. On luy en
preſenta les Clefs ,& un Dais
quieſtoit porté par fix des plus
anciens Sindics. Lors que ce
Prince apperçuurlesClefs, ildir,
Vous gardeztrop bien voſtre Ville ,
Messieurs, pour nevous en pas laiffer
les Clefs , Continuezà la bien
conserver, & àfaire toûjours paroiftre
lemesme Zelepour le Roy. A
l'égard du Dais , il témoigna
qu'ilvouloit continuer fa route
fanslidefcendre de Carroffe. Mr
leChevalier de Lorraine,& Mr
le Marquis Déffiat eſtoient dans
le meſme Carroſſe. Les ruës
étoient teduës de Tapifſſeries , &
il y avoit des Tapis aux Fenef
15 .
202 MERCVRE
tres , qui estoient toutes rem
plies de monde , ainſi que les
rues.'l y en avoit meſime juſque
fur les toits;toute laBourgeoifie
eſtoit ſous les Armes , & les
ruës en estoient bordées. S. A.
R. fut reçuë au bruit du Canon
&de la Moufqueterie. Il ſe .
roit fort difficile de vous bien
exprimer les acclamations publiques
, & les cris de Vive le
Roy , Monsieur & la Maison de
Bourbon.. Monfieur faisoit de
temps en temps au Peuple des
inclinations de tefte fort obli
geantes. Il eſtoit environ deux
heures quandice Prince arriva à
'Hotel de Chaûnes , où il de
voitdiner. Ilne trouva qu'un
Couvert fur la table qui luy ef.
toit deſtinée,& il ordonna d'en
mettre dix. Il fitaffeoir Madame
la Ducheffe de Chaunes à fa11
GALANT .
203
droite , & Madamede Nointel
à ſagauche . Il y avoit un eſpace
de chaque coſté entre Monfieur
&ces deux Dames .Monfieur de
Chaunes fut placé auprés de
Madame ſa Femme , & Mr de
SaintMalo auprés de Madame
de Nointel , puis des deux cofrez
,MrleChevalier de Lorraine
, Mr le Marquis Deffiat ,
Mr le Marquis de la Fare , Mr
de Polaftron , & une autre perfonnede
qualité. S. A. R. die
mille choſes agreables & obligeantes
pendant le repas & regardant
la profuſion des Mets ,
& la magnificence des Services,
Elle dit en ſe retournant vers
Mr de Chaunes , Si mon Neven,le
Prince d'Orange ,vient en France ,
je l'ameneray chez vous , car ony
fait bonne chere. Comme le licu
où l'on mangeoit eſtoit remple
16
204
MERCVRE
4
de monde , Mr de Chaulnes
demanda àMonfieurfi S. A. R.
vouloit qu'on le fit fortir à cauſe
de la chaleur. Non Madame ,
répondit ce Prince , c'est une
marque du zele qu'ils ont pour Sa
Majesté, Mr de Chaunes fit fervir
le meſme jour trente deux
Tables à quatre Services , où
l'onbutd'un tres-grand nombre
de differens , Vins. Le Diner
fini , Monfieur alla au Palais
Epiſcopal , où il requt les complimens
de ceux qui eurent
Ihonneur de l'y venir ſalüer.Il
leur tépondit fort obligeamment
à tous , & ſes réponſes
parurent d'autant plus honnef
tes , & judicieuſes , qu'il les fit
avec distinction , S. A. R. ayant
viſité tous les environs de la
Place , ſe rendit en un endroit
fortifié de la Ville ,qquu'oonn nom
GALANT. 205
me vulgairement le Rempart,
d'où l'on voit la Merde tous cof.
tez . Il y avoit làune infinité de
peuple aſſemblé ,& ce Prince
eſtoit encore ſuivy d'une grande
multitude , de forte que les.
Suiſſes voulurent les faire écarter
en les menaçant, avec leurs
Hallebardes , mais Monfieur
les en empêcha en parlant fort
obligeamment de la curiofité
de ce peuple . D'abord que S.A.
R. fut arrivée en ce lieu- là , les
Fregates ,les Galeres , les Bars
ques Longues,& les autres
Bâtimens deſtinez pour la dé.
fenſe du Port , qui estoient à la
Voile dans la Rade, firent une
décharge de tout leur Canon,
Celuy des Forts Royaux qui
font fur des Rochers fortifiez ,
tira enfuite. Ils s'étendent envi
ron cing à fix lieuës ,&il y en
206 MERCURE
1
R
ade diſtants d'une lieuë , d'une
demi-lieuë , & d'un quart de
lieuë. Quand le premier de ces
Forts a tiré , tous les autres ſe
répondent. A l'endroit où les
Ennemis peuvent venir plus
facilement avec la Marée , on
avoit ancré un Bateau , fur lequel
onjetta pluſieurs Bombes ..
La premiere tomba à la portée
du Piſtolet par delà le Bateau ,
la feconde creva en l'air , & la
troifiéme tomba à deux braſſes
du Bateau , ce qui fit connoiſtre
que si c'euſt eſtéun Navire,elle
auroit fait tout l'effet que l'on
enpouvoit attendre. Il y en eut
une tirée à trait perdu , qui
tomba à trois quarts de lieuë de
l'endroit de ſon départ,de forte
que fi les Ennemisſe preſentent
pour bombarder Saint Malo , on
nent les ruiner àcoups de Bom-
ز
GALANT.
207
bes , fans qu'ils puiſſent infulter
la Place , puis que les Mortiers
ſont placez au pied du Fort
qui eſt détaché de la Ville , à
la diſtance d'une portée de Canon,&
fituéſurle Bord de la
Mer qui l'environne. Ce..Fort.
qui s'appelloit auparavant Lifelet,
eft preſentement nommé ,
FortRoyal Sto
Monfieur eſtant de retour fur
les fept heures du foir, fit affembler
tout ce qui estoit reſté à
Saint Malo de perſonnes intelligentes
dans la Marine,& leur
fit diverſes queſtions . Il tint enfuite
unConſeil particulier,qui
ne fut compoſé que de ſept ou
huit. Deux. Compagnies de
Grenadiers eftant venues pour
monter la Garde à l'Eveſché où
devoir coucher ce Prince , illes
remercia avec beaucoup d'hon
208 MERCVRE
1
4
ול
4
neſteté ,& dit qu'il vouloit eftre
gardéparMeſſieursde Saint Malo.
On détacha auſſi - toſt deux
Compagnies de la Bourgeoifie
qui furent relevées le lendemain
par deux autres.LeLundy
8.le Corps de Ville alla le faluer
,& luy preſenta quantité
de Confitures ſeches & liquides
, du Thé , du Caffé , du
Chocolat , des Eaux de ſenteur,
des Paſtilles ,& pluſieurs autres
choſesde cette nature , avec un
petit Catalogue pour trouver
chaque choſe dans ſon ordre.
Le remerciement de Monfieur
fut fort obligeant.On eut l'honneur
de de voir juſques à dix
heures ,&toutes les perſonnes
diſtinguées de la Ville & des
environs firent leur Cour à ce
Prince. D'autres Particuliersluy
firent preſentde quelques rares
GALANT.
209
tez , & furent charmez de ſa
converſation & de ſes bontez .
Monfieur en quittant la Compagnie
alla àCancall , qui eſt
environ à deux lieuës de S.Malo
.Les Ennemis auroient pû
deſcendre en ce lieu - là avec
quelque facilité , mais on y a
fait des foffez & des Batteries ,
où l'on a mis ſoixante àquatrevingt
pieces de Canon. Son A.
R.en vifita toutes les avenues ,
les Batteries , & les retranchemens
, dont Elle parut fort fatis
faite ,& demeura plus de cinq
heures à cheval . Elle revint fur
les cinq heures , & alla chez M.
le Duc de Chaulnes, où l'Aſſemblée
ſe trouva tres - nombreuſe
pour la voir fouper . Ce Prince
fit connoiſtre pendant le repas
qu'il eſtoit fort content desHabitans
de S.Malo , & dit plu210
MERCURE
ſieurs chofes obligeantes à leur
avantage. Quand on eut ſervi le
fruit, il donna beaucoup de confitures
ſeches aux Dames ; mais
s'il parut galant envers le beau
Sexe, il fit voir qu'il diftinguoit
le merite , & parla obligeamment
à toutes les Perſonnes diſtinguées.
On tira encorequelques
Bombes aprés le ſouper ,
& il y en eut une qui tomba fi
proche du Bateau dont je vous
ay déja parlé , qu'elle fit entrer
beaucoup d'eaudedans.Ce Prince
ne voulant pas partir fans
avoir vutout ce que le ſervice
du Roy demandoit qu'il vifitât,.
alla le lendemain au Château ,
& en ayant examiné les fortifications
, il ordonna quelques
Ouvrages pour les rendre plus
parfaits. Il partit le meſine jour,
& dit qu'il témoigneroit au Roy
GALANT 211
-
qu'il ne croyoit pas que SaMajesté
euft des sujets plus zelez& plus
attachez àfon service, que lesHabitans
de S. Malo. Ce Prince ne
voulut point qu'on tiraſt le Canon
à ſa fortie. Il paſſa par Dol,
&alla coucher au Bois-Geffray ,
&le jour ſuivant à Vitré, d'oùil
- devoit aller voir l'Armée qui
s'aſſembloit àPontorfon,&dont
les Troupes font tres belles ,&
ne reſpirent que la prefencedes
- Ennemis .
Je ne vous parleray point
- aujourd'huy du grand deſavan-
= tage qu'ont eu les Anglois dans
la Martinique , & des pertes
qu'ils y ont faites. Il en a paru
des détails ,& il y en a même
d'imprimez qui ne ſe trouvent
pas juſtes. On m'en a promis
un que je croy fidelle , ce qui
m'oblige d'attendre juſques aus
212 MERCVRE
1
mois prochain à vous en entretenir.
Cependant je vous diray
que perſonne n'eſt ſurpris que
Mr de Gabaret , Gouverneur
de cette Ifle , ait donné dans
cette occaſion des marques de
ſon intrepidité ordinaire . Il eſt
d'un nom qu'il ſuffit de prononcer
pour fairel'éloge de ceux
qui le portent ;& en défendant
la Martinique avec tant de
conduite& de courage,il vient
de faire connoiſtre que ſa Mai
fon peut avoir de gands hommes
ſur terre , ainſi que fur
mer.
もJe vous envoye une Lenre,
où vous verrez en original ce
que vous n'avez appris jul.
qu'icy qu'imparfaitement.
GALANT. 213
D'Andrinople le 29. Mars
?
1693 .
L'audience du Grand Seigneur
qui avoit estépromife à Milord
Paget get, fut remife au 6. de ce mois.
Il eexpliqurin à Sa Hauteffe l'ordre
quil avoit eu de M. le P. d'Orange
fon Maistre , de travailler à
ménager unepaix entre cet Empire ,
LesAllemans les Allier,
n'entra dans aucun détail des conditions
. Le Grand Seigneur luy repondit,
Noussommes Amis des
Amis,&quandMilord Pagetse
retira , il luy dit de prier Dieu
pour ſa profperité .
MilordPaget s'expliqua le
dece mois, dans une Audienceparticuliere
du Grand Vifir en presence
du Muphti, des propoſitionsdePaix,
dont l'Empereur & les Alliezl'a214
MERCURE
ام
1
ils
voient chargé ellesse reduisent àce
que chacun garde ce qu'ila conquis,
outre cela que Kaminietsfera
rendu aux Poloncis, Si toſt queMi-
LordPagetfut retiré,les deux Cadileskers
& le Ianiſſaire Agase
rendirent chez le GrandVisir,
confererent ensemblefur les propofi.
tions de Milord Paget. Ils convinrent
que le Grand Vifir devoit tenir
conseil general , dans lequel il
manderoit les trois Ambasadeurs
d'Angleterre de Hollande qui
font icy ,& les feroit expliquer en
prefence detous les Chefsde cetEmpire
, ce qui fut execute trois jours
aprés. On ne leur rendit point réponſe
fur le champ , quoy qu'ils preffaffentfort
pour l'obtenir. Ellefera encore
differée de quelques jours àcause
de la deposition du CrandVifir; qui
vient d'arriver , pour av ir refifté
trop ouvertement au deffein que le
GALANT...
215
Grand Seigneur avoit de perdre le
Tefterdar, ou grand Treforier de
I'Empire , à cause deſes extorsions.
--Le Caimacan du Grand Seigneura
este fait Grand Vifir. Il est Beaufreredesa
Hauteffe , dont ilaobtewu
lagrace desonTredeceffeur déposé
, qu' Elle vouloit faire mourir.
C'est le feul fruit que ce Ministre
infortuné retirera del'alliance qu'il
avoit contractée depuis peu avec celuy
qui luy asuccedé. Lamaniere
dont leCaimacan a chaßé legrand
Visir eft finguliere en ce Pays. Ils
fortirent tous deux de chez le Grand
Seigneur , comme ſiderienn'estoit ,
non seulement ils allerentfouper
ensemble , mais ils coucherent dans
la mesme maison , qui est celle du
déposé. Ilsy ont dîné aujourd'huy ,
pendant qu'on démenagecit lesmeubles
de l'ancien , pour les porter
dansla maisondu nouveau. Celuy cy
216 MERCURE
عيم
!
1
est marié à la Soeur du grand Seigneur.
Cettealliance n'empêchapas ce
Prince de faire un compliment bien
extraordinaire à ce nouveau Miniftre,
lors qu'il luy demanda lagracedefon
Predeceffeur. Et qui eftce,
luy dit il, qui me demandera
grace pour toy,quandje voι-
dray te faire perir , ſi tu ne fais
pas ton devoir ? Le Grand Vifira
étéSelictar de Sultan Mehemet,
apaßépar tous les grands emplois,
Ilestoit Capitan Bachadu tempsque
M.du Quesne bombarda Scio ,
avoit déja pour lors le mesme Kiaia
qu'il a aujourd buy .
107 Dansles propoſitions que l'Empereur
afait faire à la Porte , il n'ob-
C
met rien des pretentions exorbitantes
desPolonois des Venitiens, à desfeinfans
doute defaire valoir aux
Tures la resolution ois il est d abandonner
ses alliez,pour obtenir plus
aisément
GALANT .
217
aisément de la Porte ce qu'ilsoubaite
, qui est de garder ce qu'il a pris,
& à toute extremite , autant que je
puis le penetrer , de ceder la Tran
filvanie , comme elle estoit avant la
guerre, c'est à dire , dépendante des
deux Empires , tributaire du
Grand Seigneur.
Le 2. de ce mois , les Auguſtins
de la Ville de S. Fargeau
voulant dõner des marques pu-
- bliques de leur reconnoiſſance
des bienfaits qu'ils ont receus
- de feuë Mademoiselle d'Or-
- leans , leur Fondatrice , firent
dans leur Egliſe un Service
tres- folemnel pour le repos de
fon ame. Il y avoit un lit de parade
de Damasavec une crépi
ne d'argent . Les quatre faces
eſtoient chargées chacuned'un
Ecuſſon , en relif d'or & de
foye , & les quatre colomnes ;
Juin 1693 . 기
K
218 MERCURE
1
H
1
ornées en haut d'aigrettes & de
panaches blancs & noirs. Defſous
il y avoit une grande eſtrade
à quatre gradins , couverts
de blanc , & garnis de flambeaux
d'argent & de chandeliers
de differentes grandeurs
avec leurs cierges . Sur cette
eſtrade qui estoitbarrée de bandes
de crêpe , il yavoit une Repreſentation
avec un magnifiquedrap
de velours , chargé de
quatre grands Ecuſſons de la
Princeſſe , en reliefde fil d'or ,
une Couronne couverte d'un
crefpe . L'Egliſe eſtoit toute tenduë
de noir , auſſi bien que les
Autels , & fort éclairée . Mrsde
Ville , de Juſtice , & du Grenier
à ſel , aſſiſterent en Corps
àce Service en habits de ceremonie.
Ils occuperent la gauche
du Mauſolée , & les ChaGALANT.
219
1
noines , qui estoient en habit
long , leur Doyen à la teſte ,
furent placez à la droite. Les
Curés des Paroiſſes dépendantes
du Duché y aſſiſterent auſſi ,
& un grand nombre de Religieux
Auguſtins des Couvents
circonvoiſius , qui s'eſtoient
rendus à celuy de S. Fargeau ,
contribuerent à la folemnité
du Service.Ce fut un Religieux
du meſme Couvent qui prononça
l'Oraiſon funebre.
Les Religieux de l'Obſer .
vance de S. François ont celebré
à la Rochelle , la Feſte de
la Canoniſation de S. Iean de
Capiſtran & de Saint Pafchal
, Religieux de leur Ordre
avec beaucoup de magnificence.
Je vous ay entretenue tant
de fois des Feſtes de cette pature
, queje ne repete point que
K 2
220 MERCURE
:
')
pl
1
-
1
r
divers Corps Eccleſiaſtiques &
Religieux y allerent faire le
Service pendant l'Octave , &
qu'il y eut chaque jour differens
Predicateurs qui prononcerent
le Panegyrique des
deux Saints avec une entiere
fatisfaction de leur Auditoire.
On a cu avis de Collioure
que le Roy fait nettoyer le Port
Vendre. Comme c'eſt le plus
conſiderable qu'ait Sa Majeſté
fur la Mediterranée . Elle fait
conſtruire à ſon emboucheure
un Fort pour contenir trois
cens hommes , & quarante pieces
de Canon , avec cinq Redoutes.
Elle a donné le commandement
de cette Place à M.
du Pelloux , cydevant Officier
Major à Coullioure, Ses longs
ſervices luy ont attiré cette
recompenfe.
GALANT. , 221
Voicy le noms de ceux qui
ont explique l'Enigme du mois
paſſe ſur un on Lavement, qui en
eſtoitle vray mot. Mrs Bernard,
de Clermont en Auvergne , de
la Poupardiere de Rouen ; de
Guilleberi de S. Lo ; Macé de
Cairon de Caën , le Chevalier
du Rocher de Mortain; de Val
lemont ; Julliot Affeffeur du
Comté de Benon ; le Chevallier
d'Amonville ; l'Aimable du
Cloiſtre S. Honoré ; l'Abbé de
S. Jacques du Bourg deTroyes;
Bonnard de l'Hoſtel Bruſlard;
la Carrierede Caën ; Thurrault
= de la Coſfonniere Chanoine de
S. Pierre du Mans ; Berthier
demeurant à Rouvray en Bourgogne
; la charmante Madelon
de S. Andheux ; l'Amant caché
de et la ruë des Rofiers , & la
S. charmante (Brune du Palais
K 3
222 MERCVRE .
1
4
enchanté; le Railleur de la ruë
des vieilles Etuves , & ſa jolie
Commere : la charmante Marianeſa
voiſine : le Gros Controlleur
; le Juré de Foin du Bureau
de Surenne , le charmant
Epoux de la belle Maconnoiſe :
le Chevalier de Clodoré , & l'aimable
Louïſon de Mante : l'Afſeſſeur
nouveau de Mante , &
fa riche Mineure ; Louis le Fidelle
, & fon engageante Bergerede
Lion ; l'Abbé de S. Laurent
les Tours , & les aimables
Soeurs prés S. Roch : le Breton
à l'Anagramme Gé mille Charmes;
le Philofophe à l'Anagramme ,
ton malfera mechant, le Spirituel
Prieur de S. Germain de Secqueval
; le petit Coq Reveille
matin du Fauxbourg S. Antoine
; le petit Arreil de la rue
Geoffroy Langevin : l'ancien
GALANT.
223
Commiſſaire à Soiffon H. Le
Chevalier Fleurant de Sens ; le
Philoſophe Bouru ruë d'Avignon
: l'infortuné témoin du
bonheur de ſon Rival : Billeheu
furnommé l'Esprit de la rue ſaint
Martin : le nouveau Penfionnaire
duCollege de la Marche.
Berangier de Soiſſon le fidelle
Amant de l'Hoſtel des Urfins :
l'aimable folitaire de Villeblevins
; les heritiers brouillez de
Soiffons : l'amyde la plus belle
Veſtale de Brie : le ſieur de la
Rochelle :Meſdemoiselles Trunnau
: la Calandoiſe de Villefranche
; Fanchon Pichart :
Troplier de la rue de la Truandrie,
la ſpirituelleEtiennettede
la Porte de Paris : la belle Bataille
, & la jolie Cauvry : la
jeune Nanette du Couvent de
la folitude agreable , & Manon
K4
224
MERCURE
1
鏡
1
:
àlabelle taille : La jolie& tresdevote
Brune du Jardinet de la
rue neuve ſaint Etienne : La
nouvelle focieté du Jardin de
Lion. Les deux charmantes de
la rue neuve Noſtre Dame à
l'Anagrame. Le Soleil des François
a borné la Mer. La plus aimable
&la plus aimée des Nanettes :
La jeune Uranie à l'Anagrame
La terre ne m'est rien. La charmante
Illuftrede Cloiſtre Noſtre
Dame : Le Blanc , ruë des
Coquilles : le Berger Tirfisa
l'Anagrame fiecle d'amour , Diane
de la Foreſt d'Alcleon : Le
Chevalier inviſible de la Bague
deGigés: la Nymphe aimantée:
L'aimable Nocloüe à l'anagramme
, Le vray merite Bourgeois.
La nouvelle Enigme que je
vous envoye , merite bien l'ap
GALANT. 225
plication qu'y donneront vos
Amies.
ENIGME.
DE forme plus bizarre il n'en
estpoint au monde ,
Que celle dont jesuis.
Chez-moy je paße & les jours
les nuits ,
Dans une paix aßezprofonde ,
Quoy que mon lieu natalfoit ordinairement
Dansun étrange mouvement.
Ma maison de cent chiens pourra
bien me défendre ,
me
Ils nefaurontparou prendre's
Mais de l'homme cruel l'impitoyable
main
Me plonge lefer dans lefein ,
Et ce harbare y trouveplace
Par le defaut de ma cuiraffe.
Souvent ainsiqu'auNoble onme livre
au Bourgeois ,
K
226 MER CUR E
Et juſou à des Porte-mandilles ;
Mais il estdes climats oùje produis
des Filles
Qui tiennent bien leur rang dans
les Palais des Rois.
Les Vers de la novelle Chansõ
que je vous envoye; ont été
faits par Mr Marcel ,& c'eſt Mr
dela Tour qui les a mis enMufique.
AIR NOUVEAU.
Vos concerts autrefois , aimable
Philomele ,
Annonçoient lesplaisirs de laſaiſon
nouvelle ,
du Printemps.
Et preparoient nos coeurs au retour
:48
Tout est change; les Tambours les
trompettes
Parleurs bruits éclatans
Vousfont taire dans vos retraites,
Et LOVISſeul qui part nous marque
lePrintemps,
GALAN T.
227
La priſe de Heidelberg eſtant
d'autant plus importante,qu'elle
n'a preſque point coutéde ſang
aux Troupes du Roy , on en a
rendu graces à Dieu dans tou
tes les Villes du Royaume. Son
A. R. Monfieur fit chanter le
Te Deum dans l'Egliſe de Noftre
-Dame de Vitté ,le 21. de ce
mois , Ce Prince s'y rendit au
travers de la Bourgeoifie , qui
eſtoiten armes depuis le Chafteau
où il logeoit, juſques à l'Eglife.
Monfieur monta enſuite
à cheval avec toute ſa Cour
qui eſtoit magnifique & nom
breuſe , & ſe rendit au Camp
qui eſt aux environs de cette
Ville là,où il trouvales Troupes
en bataille ſur une Ligne ,
&ſe mit à leur teſte. Il viſita
enfuite le parc de l'Artillerie,&
revint voir les Troupes, La Ca-
K6
228 MERCVRE
valerie fut admirée pour fa
beauté. Ily avoit douze Bataillons
, dont les Officiers ſaluérent
Son A. R. avec l'Epée . Toutes
les Troupes firent trois ſalves
en répondant au Canon qui leur
ſervoit de ſignal; elles marquent
beaucoup de chagrin de voir
que le Prince d'Orange les rend
inutiles en maquant à ſa parole ,
& la Cour de Monfieur , qui en
eſt encore plus chagrine , em--
ploye au jeu le loiſir que ce mefme
Prince luy laiſſe . Il y eut le
foir des feux par toute la Ville ,
& un grand Bal , où l'on danſa.
juſques à cinq heures du matin ..
Laguerre preſente doit eſtre
regardée d'une autre maniere
que beaucoup d'autres.LePrince
d'Orange ne pouvant fe
maintenir fur un Trône ufurpé
qu'en mettant 1 Europe en are
GALANT. 229
mes , a troublé le reposque le
Roy luy avoit donné. Comme
ce Monarque ne fait la guerre
que pour rétablir ce repos , il
n'a en veuë que les Conqueſtes
qui peuvent avancer la Paix ,
& non celles par leſquelles il
peut acquerir le plus degloire ,
& agrandir fes Etats . Ainſi il
luy a paru plus avantageux de
tourner cette année ſes efforts
du coſté d'Allemagne. Il empêchera
parlà l'Empereur de
donner des Troupesau Duc de
Savoye , il mettra pluſieurs des
Princes d'Allemagne , qui en
fourniſſoient au Prince d'Orange,
hors d'état de luy en envoyer
à l'avenir ; il fera prendre
la neutralité aux Cercles & aux
Villes d'Allemagne , qui en
fourniſſoient à l'Empereur , de
forte qu'il deviendra difficile à
→
L
230 MERCVRE
i
S. M. I. d'avoir une armée fur
le Rhin, ſes Troupes n'ayant accoutumé
que d'en faire la
moindre partie . Le Roy s'ouvrira
de plus de nouveaux pafſages
en Allemagne , & fermera
par les Conquestes que
Monſeigneur va faire , les paſſa
ges aux Allemans en France ;
de maniere que ſi toutes ces
choſes ne produiſent pas laPaix
à la finde cette Campagne ,elles
l'avanceront beaucoup la Campagne
prochaine , puis que Sa
Majesté n'aura plus beſoin
d'employer ſes forces da coſté
d'Allemagne, & que la pluſpart
des Alliez que le Prince d'Orange
a de ce coſté- là,ne pourront
plusluy envoyer de Troupes,
àcauſe qu'Elle ſe ſera ſaiſie
de leurs Places , ou les aura forcez
àprendre la neutralitéz,ou
GALANT .
231
å ſe ranger de ſon party.Quand
les chofes feront en cet eſtat
comme il arrivera àla fin de la
Campagne ,le Roy n'ayant plus
à réſiſter à tant d'Ennemis ,
pourra réunir la plus grande
partie de ſes Troupes,& pouffer
le Prince d'Orrange en Flandre
, & ce ſera alors que Sa M.
pourra preſque ſe répondre de
redonner encor une fois la Paix
a l'Europe . Je ne vous manderois
pas toutes ces choſes , ſi je
croyois qu'il fuſt poſſible au
Prince d'Orange de parer les
coups que le Roy luy doit porter
par là. Iln'eſt plus en fon
pouvoir de le faire , Monfeigneur
le Dauphin eſt tropavancé.
Il falloit , pour préparerun
auffi grand coup,tout le manege
que le Roy s'eſt donné la
peine de faire luy - meſme en
i MERCURE
232
is
+
Flandre , parce que fi on avoit
découvert fon deſſein , il ſeroit
arrivé deux choſes qui auroient
rompu ſes meſures. L'Empereur
auroit moins fait marcher
de Troupes en Hongrie , & le
Prince d'Orange en auroit
moins fait venir d'Allemagne.
Ainſi le Roy a fait tout ce qu'il
a ſouhaité , & ce Prince a préparé
de ſeures voyes pour une:
prompte Paix . Quand on a déclaré
le voyage de Monſeigneur
, il y avoit long - temps
qu'il eſtoit arreſté , & que l'on
avoit chargé une infinité de
chariots à Namur. Il n'a fallus
que les atteler. Les Ingenieurs
qui marchent avec ce Prince
ſe ſont trouvez dans la mefine
Ville preſts à partir , lors qu'ils
ont eſté nommez..
Je vous donnay le détail de
GALAN Τ .
233
e
la priſe de Heidelberg dans ma
Lettre du mois paflé. La Garniſon
ne fut pas conduite jufques
à Hailbron, comme il étoit
porté par la Capitulation. Le
Prince de Bade apprehendant
que l'on ne connuſt l'état de
ſon Armée , envoya le Comte
de Furſtembergune demi lieuë
au devant de l'Eſcorte , pour
l'empêcher d'avancer. On ſe fit
des honneſtetez de part & d'autre
des rafraichiſſemens fu
rent apportez aux Troupes , &
on regala les Officiers qui furent
fervis par les gens de Livrée
du Prince de Bade . Cette
Livrée eſtoit fort nombreuſe &
magnifique.
M. le Maréchal de Lorge
eſtant arrivé quelques jours
aprés à ſonCamp ſous Hailbron,
il examina celuy des Ennemis ,
1
234 MERCURE
1.
i
וי
& fit venir du Canon pour les
en chaffer . On le pointa fur la
gauche où estoient les Huſſarts
Ils en furent tellement incommodez
, qu'ils décamperent ſans
ſe donner le temps de rien emporterde
ce qui estoitdansleut
Camp.Quand ils furent décampez
, on pointa le Canon ſur le
quartier de l'Empereur , & ce
fut pour lors qu'on vitles Soldats
qui ſe ſauvoient en courant
de toutes leurs forces , les
Cavaliers au grand galop ; &
d'autres dans des Carroffes . On
remarqua que les chariots ſe
culbutoient en ſe diſputantl'avantage
de paſſer les premiers,
&que pendant cette confufion,
le Canon emportoit des moitiez
de chariots , des charettes , des
chevaux& des hommes .Iamais
l'Artillerie ne fut mieux ſervie.
GALANT.
235
Les Ennemis ayant abandonné
leur Camp, ſe mirent en bataille
au deſſus de leur quartier general
, mais ils ne s'y tinrent pas
longtemps. On dreſſa une Batterie
qui les culbuta ,& en emporta
beaucoup , en forte qu'ils
furent contraints de ſe retirer
dans un Camp plus éloigné. Le
Prince de Bade auroit pû éviter
cette canonnade ,s'il euſt voulu
ſe ranger du ſentiment des
Officiers generaux de fon Armée
, qui avoient eſté d'avis de
| décamper plûtoſt . M.de Lorges
ayant marché depuis ce temps
là du coſté du VVirtemberg, les
Partis de ſon Armée ont eſté
juſques à trois lieuës de Stugard.
Pluſieurs Villes & Baillia-
( gesont traité des contributions ,
& la Ville de Stugard a eſté
( obligée de payer mille Florins
236 MERCURE
J
1
en huit jours. Le Prince de ва-
de ayant pris pour la teſte de
l'Armée les Partis qui ont eſté
de ce coſté - là , y a envoyé une
partie de ſes Troupes , dont il a
eſté depuis fort chagrin , ayant
appris que toute cette manoeuvre
n'avoit eſté que pour l'engager
à faire le faux pas qu'il a
fait ,& que M. de Lorge ayant
changé de route , ce Maréchal
a trois journées d'avance fur
luy&pourra par ce moyen laiffertoujours
un corps entre l'Armée
de ce Prince & la Place
queles François auront ordre
d'attaquer.
Il ya eu de tres groſſes pasoles
entre M.le Ducde Savoye,
&le Marquis de Leganez , au
føjet des entrepriſes de cette
Campagne. Les Alliez , aulieu
d'agir pour recouvrer les Etats
GALANT.
237
리
de ce Duc , voudroient faire
des Conquestes qui les enfermaffent
, & ce Duc demande
qu'on aſſiege quelqu'unes des
Places que la France poſſede ,
ou que l'on tâche à penetrer
encore une fois en ce Royaume
là . Ce demeſlé s'êtantéchauffé,
M. de Savoye a dit au Marquis
de Léganez qu'il eust à sçavoir
une fois pour toutes , qu'il estoit le
Maistre, ce qui a obligé ce Marquis
d'envoyer des Couriers à
Vienne & à Madrid pour porter
ſes plaintes . Le Prince Eugene
eſtant cependant arrivé , les a
appaiſez en apparence , mais il
faut plus que des paroles à Mr
de Savoye. Depuis ce temps là ,
on a tenu un grand Confeil à
Milan , dans lequel Dom Louis
de Ferrat,Gouverneur du Chafteau
, a repreſenté fortement ,
4
238 MERCURE
i
} .
gu'il eſtoit des interests du Roy
Catholique , de differer d'entrer en
Provence , à moins que l'on neſceust
poſitivement l'arrivée dans la Mediterannée
, dela Flotepromise par
lePrince d'Orange ,& que jusqu'alorson
n'avoit pas deforcesfuffifantes.
Sur cela , il fut refolu
d'attendre la reponſe des Couriers
envoyez à Vienne & à
Madrid. Les Eſpagnols n'ont
point encore joint leurs troupes
aux Allemandes , & à celles de
Savoye , & ces derniers ſont au
Camp de Buriaſque , avec celles
de Savoye . On affure que
Mrde Vandoſme eſt party le
19. pour Provence ,& que Mr
le Grand Prieur demeure auprés
de Mr de Catinat. La Fievre
a repris à Mr de Savoye.
Il ne doit plus eſperer que les
Allemans puiſſent conquerir ſes
1
GALANT .
239
Etats pour les luy rendre , puis
qu'ils ne peuvent eux- mefines
ſe garantir des forces de France
en Catalogne & fur le Rhin.
D'ailleurs , les Allemans n'ont
fait juſqu'icy ſubſiſter leurs
Troupes en Piedmont , qu'aux
dépens des Princes d'Italie , &
comme en les ruinant ils lesont
mis hors d'eſtat de leur rien
fournir à l'avenir , il n'y a pas
d'apparence que cette Campagne
faite , ils puiſſent encore
demeurer en Italie .
Le 17. de ce mois, les Vaiffeaux
commandez par Mr le
Comte d'Eſtrées , fortirent avec
un vent favorable du Golfe de
Rofe , pour aller joindre Mr de
Tourville, qui l'attendoit le 1 2 .
au Cap. St Vincent fort proche
-de Cadix . Il y a apparence que
ces Flotes font jointes preſentet
240
MERCURE
ment. La noſtre l'a eſté par dix
Fregates & fix Barques longues
chargées de toutes fortes de
munitions. La Princeſſe d'Orange
ayant appris que la Flote
de France avoit pris la route de
Cadix , a donné ordre que l'on
debarquaſt tout ce que l'on
ſuppoſoit eſtre ſur la Flote
d'Angleterre pour faire une
defcente en France , & que les
Flotes d'Angleterre & de Hollande
allaſſent juſques à Cadix
eſcorter leur Flote Marchande.
S'il eftoit vray que les Anglois
euſſent eu deſſein de faire une
Defcente en France , & que
leurs preparatifs euffent eſté
aſſez grands pour cela , ils auroient
pû la tenter pendant l'éloignement
de noſtre Flote , &
on leur a fait voir en l'envoyant
à Cadix , que l'on ne les craignoit
pas,
Monſeigneur
GALANT.
241
Monſeigneur le Dauphin eſt preſentement
par de là Mont-Royal. Rien
n'égale l'activité de ce Prince infatigable.
Il ſe leve tous les jours à une
heure aprés minuit, & monte à cheval
àdeux. Il a fait ſur ſa route la reveue
de deux Compagnies qui font en garniſon
au Chaſteau de la Roche , &
commandées par Mr de Claroix , fameux
Partiſan. Il y en a une de Cavalerie
,& l'autre d'Infanterie. Tous
ceux qui les compoſent ſont gens bienfaits,
intrepides, &fort leſtes.
Jallois vous faire un détail du S'ege
de Roſe, lors que jay reçu une Lertre
de Catalogne , qui m'oblige à differer
,juſqu'à ce que l'on m'ait envoyé
de nouvelles particularitez . Une Relationdu
Siege de Roſe paroîtra vieille
le mois prochain , ſi on n'en examine
que le titre,mais on la trouvera fort
nouvelle quand on lira ce qu'elle doit
contenir.
Je vous ay mandé dans quelque endroit
de cette Lettre , que Mr du Fay
Gouverneur de Fribourg , étoit morr.
Iuin 1693 . L
!
رم
242 MERCVRE,
1
:
1
On m'affeure que le bruit qui s'en eft
répandu eft faux.
4
Ce que vous aviez jugé du Portrait
de l' Houneste Homme de Mr l'Abbé
Gouffaut , eft arrivé. Vous avez crû
que ce devoit étre un meuble pour tous
les honneftes gens. Votre ſentiment a
été ſuivi. On eſt venu l'acheter en foule,&
l'Edition ayant manqué en fort
peudetems , le Sieur Brunet ena fait
une nouvelle augmentée de troisChapitres,
dont le dernier contientle Portraitdu
plus honneſte homme qui foit
fur laterre. Je m'explique affez pour
vousfaire entendre que c'eſt decelui du
Roy que je vous parle. Qu'ay-je à vous
direde plus pour exciter vôtre curiofité.
Il ſe vend à Lyon chez le Sicur
Amaulry.
L'Auteur de la réponse à Mr. Co
miers employée dans cette Lettre , ne
voulant rien dire qui puiſſe bleſſerperſonne,
m'a faitprier de tendre public.
P'article que vous allez lite. C'eſt en
parlant de cette Réponſe.
Ily a trois endroits que is voudrois
GALANT. 243
pouvoir corriger. L'un on ieme suis fervi
du mot de ridicule en parlant des consequences
qu'on pourroit tirerde certaines
fuppofitions. Ceterme eft dur de quelque
manierequ'on s'on serve , ie le condamne.
L'autre regarde la Phyſique occulte.
L'ay dità la fin du Dialogue , qu'il y a
quelques endroits dont plusieurs persone
-nes s'entretiendroient difficilement, lans
que la Satyre & la raillerie encraffent
dans la Converſation. Ces paroles ont
faitde lapeineà lAnteur de la Phyſique
Occulte , levoudrois les avoir omi-
Jes. L'ay examiné exactement tout le Syſteme,
& ic pouvois m'en tenir là fans
soncher à ce qui est hors d'amore.
A
Le troisième endroit ost celui des
grands parleurs, dont la teſte , &ει
Comme il n'est pas possible qu'il n'y ait
danslemondeun affez grand nombre de
perſonnesde ce caractere , i'ay cau qu'en
m'énonçant d'une maniere ft vague , per
fonne en particulierne voudroitse l'appli
quer ; mais fi vous avez crû que le mon
depenseroit pluſtoſt à vous qu'à tout au
tres puis que vous avez vù les Illukons
L 2.
344
MERCVRE
defi bonne heure, que ne me faifiez- VONS
avertir par le Libraire ? Un tel avis no
Sexoitpas demeuré inutile.
J
Il me reſte pluſieurs Ouvrages curieux
& remplis d'érudition, qui n'ont
pû trouver place dans ma Lettre ; j'el-,
pere vous en faire part le mois prochain.
Il y en a d'aſſez difficiles à lire,
pour me faire douter ſi je vous les envoyeray.
Je ſuis voſtre, &c.
AParis ce 30. Iuin 169.3 .
APOSTILLE .
Mr de Luxembourg ayant envoyé
Mr le Chevalier de Pompone avec un
détachement , pour ſe ſaiſir de Tillemont,
ce Chevalier s'en eſt rendu maître
; il y a trouvé beaucoup de proviſions.
Les fourages font tres- rares dans le
Camp du Prince d'Orange , de forte
qu'il ſe trouve obligé de décamper,mais
il apprehende beaucoup, parce que Mr
de Luxembourg le ferre de fort prés.
Il lui eſt honteux d'être ainſi ſur ladé
GALANT.
245
fenſive , & de voir les Alliez faire des
pertes de toutes parts, aprés leur avoir
promis la ruine totale de la France en
les engageant dans cette guerre.
MrleMarquis de Laray eſt entré dans
la Vallée de Barcelonnette ; il y a for
cé cinq Retranchemens , & a efté jufques
àMeyroles &Arches.
Les Flottes Angloiſe & Hollandoiſe
étoient encore le 24. à la hauteur de
Oiffant.
=
LYON
E
*
18938
TABLE.
Relude.
Priere pour le Roy
Discoursfaità Mrs les Prevost des
Marchands & Echevins. 10
Carrouzelfaità l'Academie deMrs
de Vandeüil & Dauricour. 15
Printemps. 24
Lettre en Profefur le mêmesujet.29
Observations touchans les Trefors
cacheK 48
Détailde l'Entrée de Mr de Bonrepaux
à Copenhague. 80
Lettrefur la Pathologic.. 99
Article de Morts. 100
RéponseàMrdeComiers,par l'Auzeur
des Lettres des illufions fue
LaBaguette. 1.2701
Rétabliſſement du Commerce entre
Les Pays bas Espagnols & less
TABLE
Pays-bas conquis 170.
Remerciment fait au Roy par les
Chevaliers & Officiers Laïques
de l'Ordre du S. Esprit. 172
Benefices donnez parleRoy. 173
Détail de ce quis'est passéà l'Academie
Françoise, le jour de la reception
de Mr l'Abbé Bignon &
deMr de la Bruyere,
Ce qui s'est paffle à l'Hostel de Ville
le jour de In proposition faire par
Mr le Prevost des Marchands,
pour lefoulagement des Panures.
194
177
Détaildu Voyage de Monfieur en
198
Affaires de la Martinique. 211
Bretagn.e
Lestre d'Andrinople. 2273
Servicefait à S.Fargeau. 217
Ceremoniefait àlaRochelle. 219
Fors construit à l'emboucheure du
PorsdeVendre.
Article des Enigmes.
220
225
TABLE.
Suite du Voyage de Monfieur. 227
Article touchant le retour du Roy.
228
Suitede la Campagne d'Allemagne
depuis la prise de Heidelberg. 32 2
Nouvelles de Piedmont , 2361
Nouvelles des Flotes de France. 239
Nouvelles de lamarche de MonfeigneurleDauphin
241
Nouvelles du Siege de Rose. 241
Retour de Mrdu Fay cu ce monde.
:
idem.
Nouvena Portrait de l'honneste
Homme 242
Fragment d'une Lettre de l'Auteur
des Lettres des l'illuſions fur la
Baguette.
Apostilles.
F
*
243
244
Ja Table.
LYO
807156
1
MERCURE
Colleg. Lugd . M. Trinit.
GALANT Socich.Yete cat.
ALVILI.E
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPUN
LYON
JUIN 1693
DE
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC. XCIII.
Avec Privilege du Roy..
1
Avis pour placer les Figures.
La Figure doit regarder la pagc44-
L'Air doit regarder lapag. 226
Le Libraire au Lecteur.
Ous recevrez àla fin le nouvean
YOU Blafon,duR.Pare
Menestrier , vous verrez que cet un chefdoeuvre
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NaveeThi oide
Ouveau Jeu de Cartes du Blafon,
detousles Souverains,
&perſonnes de la premiere quad
lité de l'Europe ,avec leurs familles ,
enrichi de fa. figures en tailledouce.
Par le R. P.Menestrier. 3. liv.
Nouvelle Traduction de l'hiſtoire
Univerſelle de Juſtin, traduction nous
velle, avecdesremarques; en deux vo
lumes indouze , 3.liv. 10.f.
Traité des Mouche à mick , ou less
regles pour les bien gouverner , & le
moyen de tirer un profit confiderable ,
avee la methode de nourrir toutes forzes
d'oyſeaux de ramage ; & un traité
ホン2
4
des Chafies. De la Venerie, & Fauconneric,&
autres, ind. 20.f.
Menagiana ou les bons Mots deMr
Ménage, ind. 40. f.
*Sorberiana , par Mr Graverol Avoeat
de Niſmes, ind. go. f
Hiſtoire de Hollande, depuis laTréve
de 1609. ou finit Grotnis , juſqu'
nôtre tems, par Mr de la Neuville ; en
4.vol.ind. 7.1. ८
Recueil des Traitésde Paix deTréve,
de Neutralité , de Confederation ,
d'Alliance, deCommerce ; fait par les
Rois de France , avec tous les Potentats
de l'Europe , depuis prés de trois
fiecles, inquarto 6.vol.36.1 .
Le Parfumeur François,qui enſeigne
toutes les manieres , de tires les odeurs
des fleurs ,& à faire toutes fortes des
compoſitions de Parfums ; avec le ſecret
de purger le tabacen poudre ,&
le parfumer de toutes ſortes d'odeurs
ind. 16.f.
Portrait d'un honnefte homme , feconde
Edition , augmenté. 32. f.
AirsNouveaux de Muſiquel, compo
ſé par Mr du Pleſſis , qui en donnera
tous les mois un livre pour 8, fol cha
cun....
!
LINDA
THEQUE DEL
LYON
*
MERCURE
GALANT 1.5
JUIN 169
4
E ne purs mieux com-
Jmencer ma
Lettre de ce
que mois-cy , que parun
Ouvrage de la nature
de celuy quevous allez lire.Non
feulement il eſtde ſaiſon', mais
il fait voir juſqu'on va l'ardeur
du zele des Sujets du Roy, pour
un Prince fi digne de leur admiration
, de leurs voeux , & de
leur amour.
Iuin 1693 . A
1
MERCVRE
1
PRIERE POUR LE ROY.
Souverain des Mortels, qui d'une
feconde ,
Astirédu neant les merveilles du
monde, す
Toyqui tiens dansses bords l'Ocean
limité,د
Etguides duSoleille Charprécipité
Si ton bras , pourſauverune infidelle
Race,
Des Peuples du Lourdain dompta
jadis l'audace ,
Etfi les voeux ardens que poufſoit
un Mortel .
Liwerent Amalec au glaive d'Ifraël
Grand Dieu,pour proteger leHeros
dela France,
Arme ce mesme bras de ta toute
puiffince
Etne rejettepas les voeux réiterez
GALANT.
3
Qui s'élevent à toyde nosTemples
Sacrez
CCeeppiiceuuxx CCoonnqquuerant que haïtla
pâle Envie,
Etqui contrefa rage en toyseulse
confie
Adétruitpourjamais l'Empire du
Demon,
Etforce l'Heretique àréverer ton
nom.
- Tandisquenos Vriſins demaſquant
leurfauxzele ,
Adorent le Veau d'or àleur bonte
éternelle ,
Ces Laches deserteursde la causedes
Rois,
Sans craindreta colere, infultent à
tes Loix.
A ces nouveaux Titans fais donc
mordre la poudre ;
- Plonge-lesſous les eaux , brûle-les
deta foudre.
-Aſſer trop longtemps unPrince
audacieux
A 2
4
MERCURE
Avioléles droits de la terre des
Cieux
Ceſſe deſeparer le crime dufupplice ,
Etfur les Criminelssignale ta ju
ftice.
Maisfitant decombats qu'il t'a
plû de benir ,
Peuvent estre garans d'un heureux
avenir,
Quel espoir trop flateur , pourfinir
nosalarmes ,
Doitla France attaquée interdire à
Sesarmes?
Qu'a produit jusqu'icy ce redoutable
ainas
Des Guerriers afſfemblezde cent divers
climats ?
Pouffé du vain defir d'envahir nos
rivages ,
LeBatavea quittéſes bourbeux marécages.
L'Ibere bazané ,bien que cent fois
batta
GALAN T.
Sy
Ranime contre noussamourantevertu.
Le belliqueux Germain , l'effroy des
Ianiffaires,
- Fait luire aux bords du Rhinses
glaivesfanguinaires.
Le fier ufurpateur qui commande
aux Anglois ,
Medite jour&nuit de tragiques
exploits ,
Et dessommets neigeux defesfroides
montagnes
L'Allobroge descend dans nos richescampagnes
.
Mais malgré leurs efforts tesfoudroyantesmains
Ont toujours renversé des projetsfo
bautains.
Ces fieres Nations contre nousfoûlevées
,
Ont vû de jour en jour leurs Places
enlevées;
j
Et Staffarde Fleurus blancsde
leurs ofſfemens ,
A3
6 MERCURE
Sont de noſtre valeur d'éternels mo
numens.
Ainsi, que l'Ennemyfaſſe autour
denosteftes
Tonnerle bruit affreux des plus noi
1 res tempeftes ,
Sur tonfecours la France êtablitfon
epoir,
Et l'Univers armée nesçauroit l'emouvoir.
Tel un ferme rocher , au milieu de
L'orage ,
Des Autans & desflots dompte
l'aveuglerage.
Tandis que dans les yeux de nos
braves Guerriers
Brilleun noble defir de cueillirdes
Lauriers ,
Onvoit nos champs couverts des Laboureurs
tranquilles;
Lecommerce entretient l'abondance
en nosVilles.
Le Roy d'un front égal trace de
grands deffeins,
73
<
GALANT.
15
5
1
Et la guerre en fureur ne nuit qu'à
nos Voifins
Nous lesverrons bien toft, ces cohortesfifieres,
Loin de nous attaquer, tremblerpour
leursfrontieres.
L'hiverfuit, déjaj'apperçois dans
lesairs
Un terrible appareil defondres&
d'éclairs.
Oùfendra cet orage , &qui detant
dePrinces
Doit voirfes Etats mis au rang de
nosProvinces ?.
De l'unc àl'autre Mertout est remply
d'effroy ;
Et la pâle terreur donnepar tout la
loy
Le Savoy and glacé sur les Alpes
chenuës
Croit voir à tous momens crever le
Sein des nuës.
Puiſſant Dicu des Combats,quelque
partque LOVIS
A 4
8 MERCVRE
Aillese faire craindre
terſes Lis POR
replan
Tour lebien de la France& l'honneur
de l'Eglife
Donne une fin beureuse àsa baute
entreprise,
Fais quefes Ennemisgemiffent dans
lesfers,
Et confons leur audace aux yeux de
Univers.co
Sur tout dans ce long cour's d'une
guerre inhumaines, ch
Sauve le desperils oùsa valear l'entraiſne.
Queles Anges armezsuivent fes
Etendarts,
EtgardentSaperſonne au milieudes
hazards.
Cependant , puis qu' ainſi taſageſſe
l'ordonne
Que toujours le Combat précede la
Couronne είδη
Les travaux glorieux de ce fage
Heros demptog
GALANT .
Conduiront ſes Sujets dans un heu.
reux repos.
Alors nous fentirons l'effet de tes
paroles.
Tu chafferas la guerre au de là des
deuxPoles.
Le fer nefervira qu'à tondre nos
moutons,
Afendre nos querets , à couper nos
moiffons.
Du métierde combattre on perdrala
memoire;
-Leshommeschercheront une plus juſtegloire;
Et leurs esprits charmezparune lon
gue Paix ,
S'uniront pour benir l'Auteur de ces
bienfaits.
Jamais Monarque n'ayant fait
tant de choſes extraordinaires
que leRoy pour élever laFran--
ce au deſſus de toutes les Na--
A
10 MERCURE
tions du monde , il ne faut pas
s'eſtonner ſi la France fait de
fon côté des choſes extraordinaires
pour ce Monarque . C'eſt
ce qui a obligé la Ville de Paris
à fonder un Panegyrique que
le Resteur de l'Univerſité doit
prononcer tous les ans , le 14 .
de May , jour où a commencé
le Regne de Sa Majesté, Comme
il invite toujours la Villede
s'y trouver , celuy qui a eſtéDéputé
cette année pour faire cette
invitation , eſt M. des Au-
-trieux , fous - Principal du College
de Harcourt ,& Procureur
dela Nation Normande. Voicy
le Difcours qu'il fit à Meſſieurs
les Prevoſt & Echevins.
3M
ESSIEURS ,
CetteVille,Capitale du Royau
me, la premiere de l'Vivers
GALAN T. II
-
tenant toutesagloire&fafelicité
duregne de Louis le Grand , à crû
ne pouvoir mieux marquersa reconnoiſſance
àson incomparableMonarque
, qu'en faisant éclater tous les
ansses louanges dans le plus celebre
- Auditoire defon Université , pour
lesfaire delàretentir jusqu'aux dernieres
extremitezde la Terre, Cette
noble institution , Meßieurs , n'est
- pas seulement l'ouvrage de vostre
prudence consommée ; mais un illu-
- ſtre témoignage de vostre zele pour
lagloire de cet Auguste Trince ,
qui por la puissance de ses Armes
s'est rendu la terreur & l'étonnement
de ſes Ennemis ; parsa Religion
,perse justice , prsa clemence
, l'amour du Ciel
Terre , &perle refus des honneurs
de la
des applaudiſſemens , lors meſme
quil les a mieux meritez , le
dignesujet des plus grands Eloges.
A6
12 MERCURE
Quelque beaux , quelque folides
quefoient tous ces Portraitsgravez
furleMarbre,furle bronze ,&fur
l'Or mesme, ce nefont que desPein
tures muettes qui n'expriment tour
au plus que les traits exterieurs des
perſonnes qu'ils representent ; mais
les Ouvrages de l'Eloquence font des
Imagesvivantesqui rendentL'action
laparole aux Heros , &qui en
nous exposant les avantages de leurs
corps , nous découvrent , &lessentimens
de leurs coeeuarrss , toutes les
vertus de leurs ames. Ce font la,
Meßieurs, ces trophées parlans, ces
monumens animz quevous dreffez
àlamenoire de Louis le Grand.
Rien n'est àlaveritéſipeu estendu
fi peu durable que la voix ;
ce n'est qu'une Image legere , qui
n'a pour tout appuy qu'unpeu d'air,
un peu de vent , &dont les impreffionsſe
perdent presqu'außi - toft
GALANTA 13
qu'elles échapent de nôtre bouches
mais en vous fervant de l'organe de
: cette fameuse Univerſité , que tou
tesles Nations reconnoiffent pour la
-regle la plus certaine de la verité ,
- vous avez trouvé lesecret de donner
àlapar lel'étendue du monde mê-
- me , & la duréedetous lesfiecles,
Quedis-je , Meßieurs ? Enfaisant
- renouveller tous les anspar la bouche
- de nos Recteurs le Panegyrique de
Louis le Grand , ce qui peut avoir
étécubliépar l'un estant reparépar
l'autre , vous avezrencontré le mo-
-yen d'achever un ouvrage que nul
- homme en particulier n'auroit ja
maispifaire , par ces nouveaux
-traits que vous faites ajoûter àfon
- Eloge ,vous joignezà l'éternitéde
Sagloire , lagrace d'une perpetuelle
nouveauté,
Voila, Messieurs , quel est l'esprit
devôtre Institution , vous pour--
14
MERCURE
rez voir au premier jour , avec quel
zele cette Mere des Sciences s'acquitera
de l'employ dont elles'estagreablement
chargée. Comme vous estes
les Fondateurs de cette éclatante
action, nous esperons quevous voudrezbien
vous enrendre les témoins,
que vous viendrez nous honorer
de vostre presence . Quelle joye ,
4. Meßieurs , pour noftre Corps , de
vous recevoir avec cet illuftre Chef,
queſonſeul merite a élevé dans cette
premiere placequ'il occupefidignement
, de qui lavigilance procure
tous les jours de nouveaux ornemens
, le repos à cette fuperbe
Ville , qui parson Eloquence
autant que par la folidité de fes
Iugemens , s'attire l'admiration ,
l'estime, lerespect , l'amour de
tout ce grand Peuple ? Mais de
quelle ardeur ousi l'Orateur luymême
ne sesentira t - il point ani
GALANT . I
e
e
mé parvostre presence , Monsieur ?
Bien loinque la grandeur de vostre
merite l'étonne , l'idée de vostreéloesquencefoûtiendra
, relevera la fienne
, sefaiſant un effort pourdire
des choses dignes de vous ,il en dira
Sans doute quiseront dignes de tout
tfon auditoire . Cestdonc , Monsieur,
pourvous inviter , vous postre
Illustre Compagnie , au Panegyrique
de Louis le Grand que je viens
- aujourd'huy vous porter cetteſemon
ce de la part de nostre Vniverſité,
- vous affurant de l'extrême plaisir
- qu'elle se fera toûjours de ſeconder
vos nobles inclinations , de re-
- pondre àvoſtre zele ;furtout quand
-ils'agira de comtribuer en quelque
eboſe àlagloire de nostre invincible
Monarque,
1
Ce que je vais vous apprendre
ne vous fera pas tout-a fait
nouveau , puis que c'eſt une
16 MERCURE
matiere dont je vous entretiens
tous les ans. Cependant comme
je ſçay que c'eſt vous faire plaifir
que de continuer à vous faire
partdes foins que l'on prend
pour inſtruire la Jeuneſſe de
qualité ſur les exercices qui font
dignes d'elle ,je vous diray que
le 6. du mois paſſe il ſe fit un
Carouzel en l'Academie de M.
de Vandeüil &Davricour. La
reputation de ces habiles Ecuyers
leur attire beaucoup de
Gentilshommes , que l'ardeur
de la Guerre leur enleve au
commencement de la Campagne
, & qu'ils ne laiſſent point
fortir de leur Academie , ſans y
avoir auparavant donné des
marques en public , de leur
adreſſe dans les Exercices qu'ils>
leur apprennent. Ce fut dans
cette veüequ'ils firent preparer
GALANT.
17
S
e
1
e
[
2
des Fauteüils ſous leur Manege
couvert , qui furent remplis
ipar quantité de perſonnes d'un
rang diftingué , qui s'intereffoient
à la plus- partde ces Gen-
✓ tilshommes. La Feſte commen
ça partune Courſe de Baguet
dontM. Chelton,Fils duGrand
Ecuyer du Roy d'Angleterre ,
1 remporta l'honneur . Le prix
eſtoit une Epée enrichie de
figures tres delicates qui luy fur
donnée par Mademoiselle la
Princeſſe de Carignan . Auffi
toſt que cette Courſe fut ache
vée , les plus habiles Gentilshommes
changerent de che
vaux , & aprés s'eſtre mis en
ordre , ils commencerent une
marche autour du Manege découvert
, qui eſt bordé de chaque
côté de trois rangées d'Arbres
qui formentune Perſpecti
コ
e
1
(
S
3
18 MERCURE
ve tres- agreable. M. de Vandeüil
eſtoit à leur teſte , monté
fur un Chevaldu Haras du Roy.
Les Gentilshommes parurent
enſuite fur des Chevaux d'éco.
le, dontles crins eſtoient ornez
de rubansde toute forte de com
leurs . M. Davricour fermoit
la marche. Ils paſſerentdevant
les Dames , & aprés les avoir
faluées de fort bonne grace , ils
entrerent dans le Manege découvert
en gardant toûjours le
meſme rang. M. de Vandeüil
commença par une galopade ,
&finit pardesPiroüettes& des
Voltes , qui firent connoiſtre
aux ſpectateurs , que les Chevaux
de France font auffi propresauManege
, que ceux d'Efpagne
& de Barbarie , quand ils
font dreſſez par de ſçavans Maitres
. M. Davricour parut en.
GALANT.
19
ſuite. Sa fermeté , ſa bonnegrace&
fon bon air , le firent plus
admirer que ſa hardieffe , quoy
qu'elle ſemblaſt pouffée un peu
trop loin. Il montoit un Cheval
d'Eſpagne des plus vigoureux
, qu'il ne retenoit qu'avec
un ſimple ruban qu'il luy avoit
- paſſé dans la bouche. Il le fit
manier de cette façon avec toute
la vigueur & toute la juſtefſe
imaginable. Les differents
maneges qu'il luy fit faire en
obſervant toujours les temps ,
firent recrier les connoiffeurs ,
& ilacheva de charmer tout le
monde par un Arreſt quirepondoit
à tout ce qu'il avoit déja
fait. On jugea bien alors , que
lesGentilshommes qui apprennent
fous d'auffi bons Ecuyers
ne pouvoient manquer de ſe
ſignaler. En effet quinze des
1
20 MERCVRE
3
plus ſçavans firent des merveil-
Jesdans lesGalopades ,dont les
changemens de main & les Capriolles
furenttres-bien executées
. Ce plaiſir ne fut pas plutôt,
fini que M.le Chevalier de
Luxembourg , Mrs les Marquis
de Cludon & Dauroy & le Frere
de M. Davricour , qui eftoient
les quatre plus anciens ,
parurent fur d'autres Chevaux
pour courre les teftes. Ce fut
dans cette Courſe , que M. le
Chevalier de Luxembourg fit
voir toute l'adreſſe & la bonne
grace qu'on peut ſouhaitter
dans un jeune Seigneur. Vous
fçavez qu'il a deja fait une Campagne
, qu'il eſtoir Aide de
Camp de M. le Maréchal fon
Pere dans la Bataille de Stein-
V
querke , dans laquelle il donna
des preuves de ſa valeur & de
GALANT. 21
1
S
fon courage , & qu'on leremit
à la fin de la Campagne en l'Academie
, pour ſe perfectionner
dans l'art de monter à cheval
qu'il poſſede à preſent. Ildif
puta l'honneur de la Courſe
pendant une heure & demie
contre les trois autres , & l'euſt
entierement remporté , s'il n'avoit
eu affaire à M. Davricour
le Cadet , qui fit voir dans cette
action les bons effets des ſçavantes
leçonsde M. fon Frere ,
qui s'applique tous les jours à
le rendre parfait dans la Cavalerie
. Comme cette Courſe
avoit donné beaucoup de fatis-
-faction aux Dames , Madame
la Ducheſſe de Nevers , dont
l'efprit eſt auſſi delicat que les
manieres ſont obligeantes , fit
un compliment en donnant l'Epée
à M. Davricour le Gadet ,
t
1
S
e
コ
1
22 MERCVRE
qui luy fit plusde plaifir que les
applaudiſſemensd'un tresgrand
nombre de gens de qualité , qui
vinrent le feliciter ſur ſa nouvelle
victoire . Pendant que tout
le monde s'entretenoit ſur l'habilité
des quatre Academiſtes ,
qui ne manquerent pas trois
teſtesdans dix ſept ou dix.huit
courſes qu'ils firent , on fut fort
furprisde voir fortirdes Ecuries
pour la troiſiéme fois , neuf
Gentilshommes montez fur des
Chevaux garnis d'aigrettes , de
plumes&dehouſſes caparaconnées
, tres riches & fort bien
ajuſtées. Trois ſe placerent au
milieu , deux dans les côtez ,
& les quatre autres dans les
coins. Ils commencerent au pas
leur Manege , & un moment
aprés Mrs Davricour &de Vandeüil
, les firent partir tous en
GALANT.
23
la
meſme temps , ſçavoir les trois
du milieu fur les voltes , & les
fix autres ſur les demy voltes
- avec tant d'ordre & fi peu de
confufion , que tout le monde
s'en retourna tres-fatisfait de
capacité des Ecuyers , & de l'adreſſe
des Gentils - hommes
Les noms de tous ceux qui ont
paru dans ce Carrousel , rendroient
cet Article plus parfait,
{ fi j'avois pû les avoir. J'auray
foin l'année prochaine qu'il n'y
manquerien. νοιι πιποι της ε
Nous avons eu le Printemps
-ſi tard , que vous ne devez pas
eſtre étonnée de la Piece que
je vous envoye quand l'Eſté
S
commence.
८
24
MERCURE
R058 253 2548??
SUR LE PRINTEMPS.
sbriom el soυ σαραολυτ
AMufe, du
M
Printemps ref
fens- tu lepouvoir
Quoy, cettesaison fifeconde
Qui redonne la vie au monde
-Ne sçauroit- elle t'émouvoir?
Pendant que l'Hiver danssesgla-
α
L
Tenoit la Nature enprison ,
Pourjustifier tes disgracesTOURI
Iem'enfaifois une raison.
Legrandfroid parſa violence
Rendoit perclus chaque Element.
Tout paroiffoit muet , dans ce
changement
Texcufois pour lors ton filence ;
Maisle Printemps estde retour,
Cette belleſaiſonfollicite taVeine,
Elle tefournira cent ſujets chaque
T
jour.
Serois
GALANT.
Scrois-tu plus longtempsfansforce
fans haleine ?
Teins nous de ces beaux jours l'enchantement
nouveau ,
Le doux bruit desruiffeaux lesfleurs
la verdure , DU
Muse, fais-nous un fidelle Tableau
Des embelliffemens qui parent la
Nature.
Loin de laneige desglaçons,
Dis-nous comment laroſe eſtſur le
point declore,
Comme quoy les Zephirsſe joignant
avec Flere,
Echauffent à l'envi les naiffantes
moiffons.
Vry les Ciseaux dans cebocage
Qui chantent leurs tendres ar.
deurs,
Leurs chants n'auroient point ces
douceurs
Si l'aimable Printemps ne formcit
leur langage.
Juin 1693 Bre
26 MERCURE
Apprens-nous le bonheur des hoftes
de ces bois.myo
L'amourn'apoint de dures loix.
Pourleurs coeurs quandilles enchaine,
rinos at
Rien ne s'oppose à leurs defirs ,
Lefeulpanchant qui les entraine
Sert de mesure à leurs plaisirs .
Entens tu ce Berger aßis fous ce
vieux chefne ?
Que ses accens font doux qu'il
chante tendrement !
L'eau quifortde cette fontaine
Semblepourl'écoutercoulerplus len.
tement .
L'Hiveravoit interditsaMusette,
Leſeul Printeps aſceu le vanimer,
Muse,àtontour ceffe d'eftre muette
-Ne saurois-tu terefoudre àrimer?
Pourvanterle Printemps,ab,ſi rien
net excite
Parmy tant deſujets divers ,
Ecoute celuy cy ,jesuis feur qu'il
merite
Tout l'encens detesVers.
GALANT .
27
th
L'invincible LOVIS , qui fixe la
Victoire,
Qui fait depuis longtemps trembler
lemonde entier ,
Quoy que l'hiver par un nouveau
Sentier
Souvent le conduiſe àlagloire ,
Decegrand fameux Heros
C'est toujours au Printemps que la
valeur commence
Aporter laterreur,à troublerle repos
Chezles Ennemis de la France.
Peuples liguez , dont l'aveugle
fureur
Pretend en vain nous donnerdes
alarmes,
Le retour des Zephirs voue cause autant
d'horreur ,
Qu'il ramene cheznous de plaiſirs
decharmes.61440
C'estdans cetemps que nos Guerriers
,
B2
28 MERCURE
Superbes de mille conquestes,
Vontfe couronner de Lauriers
Dont la Gloire ceindra leurs teftes
LaMeuse, l'Escaut leRhin
Nesçauroient arrêter leur courage
intrepide,
Animezparle Souverain
Quiles commande quiles guide,
On leur reſiſteroit en vain.
Ames brûlans defirs fais que ton
feu réponde ,
Muse, toy que l'on vit m'obeir au
trefois;
Aujourd'hay prête-moy ta veix
Tour celebrer le plus grandRoy
dumonde.
Mais, bel von m'emporte un projet
infense?
Amesvoeux trop hardis garde toy
de te rendre,
Regle toy fur le temps passé,
Où le feul Appellés pouvat peinadre
alexandres
GALANT. 29
Vousne ferez pas fachée ſans
doute , de voir l'Ouvrage qui
To fuit.Il a été fait à l'occaſion des
pluyes qui font tombées au
commencement du Printemps ;
&il est fort curieux , mais l'on
ne doit pas le regarder commefi
les pluyes avoient continué ,
puis que nous avons eu plusde
#beaux jours qu'il n'y avoit d'abord
lieu d'en efperer.
112
R
2
A MADEMOISELLE
DE M.****
1L n'est pas aisé, Mademoiselle,
de vous fatisfaire fur l'étonnement
où vous eſtes avec tout lemon
de , de ce qu'aprés tant de pluyes
que nous avons euës l'eſtépaffé , il
continue celuy cy de pleuvoir de
mesme; car enfin , lefroid
pluyesfont des rigueurs de l'hiver ,
les
B3
30
MERCURE
I'hiver la chaleur lebeau teps
font l'appanage de l'Esté. Ainsi
cette inondationsurvenue dans l'air
où coulent des Torrens de pluye ,
dansunefaiſon où il doit estre tout
brillant des rayons du Soleil , est
un accident tout-à-faitsurprenant ,
un prodige de temps , dont on ne
ſçait où trouver la cause.
Cherchera-t- on cette cauſe enbas
dans la terre , pour dire qu'il en
estforti une infinité de vapeurs ,
qui se font ensuite condensées en
pluyes ? Mais c'est affirmer une
choſe ſans preuve. Nos yeux n'en
peuvent estre témoins , car lors que
les vapeursfortent de la terre , elles
font fi fubtiles qu'elles échapent à
noſtre veüe , nous ne les appercevonsque
lors qu'elles
bléesen
corps,
Se font affem
qu'elles ont composé
dans l'airdegroffes nuées.Mais
quand même on auroit pufaire une
GALANT. 31
コ
- observation sensible de cet amas
extraordinaire de vapeurs , vous
auriez toujours ſujet , Mademoisel
le , de demander qui est- ce qui a
excité cette grande abondance de
Vapeurs , plutost l'Etépaffé & celuy
cy , que les autres Efter; car
l'Estén'estpas laſaiſonnaturelle des
vapeurs.
Si de la Terre on remonte en
- baut , qu'on s'eleve dans uneregion
de l'air , peut on avancer , que
divers corpuscules , dont les pluyes
font composées,y ont paru l'Esté paf
fé & celuy- cy , en beaucoup plus-
- grand nombre qu'auparavant ,
= qu'ilsfont lamatiere le principe
-de ces playes continuelles durant
l'Esté,qui font tant depeine àtoute
forte degens ? Mais qui est- ce qui
a remarqué cet amas prodigieux
d'Atomes imbriferes , de corpuscu
les chargez de pluyes ? Quel Te
>
B 4
32
MERCURE
T
lescopelesadécouverts ?& quand
cela seroit , Mademoiselle ,n'est
on pastoujours endroit de s'enquerir,
d'cùsont venuës les legions de ces
atomes inondez,
les apu ſſembler
qui est ce qui
multiplierlau
tre Esté
dans les autres Estezprecedens ?
On peut encore , Mademoiselle,
aller chercherdans le Soleil unenouvelle
pensée sur ce sujet. Il ya des
Thilosophes qui ſoutiennent que ce
grand Aftre n'est qu'une masse
concave de feu , qu'une Fournaise
qui exhale inceſſamment dufeu
de la flamme , &qu'il excite quelquefois
tant d'exhalaiſons & de
fumées, qu'il s'en forme alors des
nuées plus frequentes &plus épaisſes
qu'à l'ordinaire, que c'est là ce
quifaittomber des Deluges depluies
; mais cette nouvelle bypothese
n'est pas probable à tout le monde ,
celuy- cy , plutost que
GALANT.
33
2
1
1
C
cette idée du Soleil est extravagante
, de faire de ce bel Aftre
les
une fournaise , comme le Mont-
Vesuve & le Mont Etna ; & mêmepuis
que les exhalaiſons
fumées du Mont -Ethna , ne sont
pas l'origine des pluyes extraordinaires
,il n'y auroit pas lieu de le
croire de celles du Soleil,
Faut il s'élever encore plushaut,
confulter les Aftres du Firmament
? Il estvrayque nousytrouvons
fept Etoiles àla teste du Taureau ,
qui s'appellent les Hyades ,&que
ces Etoiles , s'il en faut croire le
nomqu'elles portent , les difcours
des Astrologues ,font venirlaplu
ye, lors qu'elles se levent fur lHo
rison , &lors qu'elles s'en retirent ,
mais supposé tout cela , ilnya
pourtant là aucune raison precise ,
qui nous montre laſource des pluies
continuelles de nostre Esté , car les
BS
34
MERCVRE
Hyades n'ontpas changé le temps
de leur lever de leur coucher
I autre année celle- cy . Elles se
levent toujours vers lafin d'Octobre ,
elles ſe retirent àlafin d'Avril.
Or à la bonne beure qu'ellesfaffent
Fleuvoir en Octobre & en Avril.
Awil & Octobre nefont pasdes
mois d'Esté , ils'agit icy de plu
ies extraordinaires durant l'Esté.
Les Chevreauxque l'on baptise außi
du nom de pluvieuſes , se levent à
la my Septembre , & se cou
chent le lendemain , si bien que ,fi
elles font pleuvoir , c'est en Automne
, non pas en Esté , ce n'est
qu'un jour ou deux , nous voyons
des pluyes perpetuelles. Il n'y a pas
plus de raison d'alleguer l'Etoile
d'Arcturus , que l'onerigeen Etoi
leorageuse ; car outre qu'un Orage
nefait que paſſer , & que nos plu
yes ne ceffent point , c'est qu'Ar
GALANT
35
-Elurus ſe leve en Septembre , ن
- fe couche en Avril , qui font des
mois horsde l'Eté.
1
S
M'est - il permis , Mademoiselle
, de recourir encore au Soleil?
F'entens dire dans le monde , qu'il
ya des gens qui publient , que le
Soleil est malade , qu'il est foible ,
que comme on perd lesforces ,
dans la maladie , ceft ce qui fait
qu'il ne peut pas à present chaffer
verslaregionpolaire du Septentrion
des nuées groffes
pluses , qui n'en doivent revenirque
- dans l'hiver; mais ceux qui avec le
enceintes de
Philosophe , foutiennent que les
- Cieux font incorruptibles , qu'il
ne s'yfait ny generation , ny cor-
- ruption , ne conviendront pas d'un
Symptome aussi étrange qu'estceluy
de la maladie du Soleil , sans en
aßignerla cauſe par quelque Ecli
pfe extraordinaire , ou quelque
•
B6
36
MERCVRE
indiſpoſe , ſans
Phenomene febricitant. Certes fi le
Soleil estoit malade , toute la Nature
leſercit ; car puis qu'il est le
principe de la vie de la ſanté ,
peut on concevoir ce grand principe
estre infirme
que tout le Genre humain enfouffre,
quesesinfluences fi douces&fi
Salutaires en deviennent malignes
mortelles ? Vous particulierement
, Mademoiselle,qui par l'eclat
de vostre beauté , avez tant de
conformité avee ce bel Aftre dont
on vous donnefi ſouvent le nom
yous enreffentiriez un grand chan
gement dans vostre personne. Ainfi
puis que l'estat de voſtre ſantén'est
pas different cette année de celuy
de l'annéepffe , que vous bril
lez éblouiffez toujours comme le
Soleil , il est tres évident que le
Soleil n'est pas malade.
Ily a quelques mois qu'on ap
GALANT.
37
prit les funestes nouvelles desfeux
effroyables qui cauferent des désolations
extrêmes dans la Lamaique ;
peudetemps aprés ily eut außi
des feux terribles dans la Sicile ,
qui en souffrit de grandes ruines,
Cesfeuxsouterrains extraordinaires
qui embrasoient la terre,auroient-ils
-tiré de ses entrailles l'humidité cen
trale pour l'élever en nuées capables
de répandre toutes cespluyes intem
pestives, qui font tant craindre pour
La corruption &la perte des fruits
denos champs de nos Vignes?Cette
cause est trop éloignée,Mademoi
felle pour luy imputer les peines
les dommages que nous fouffrons de
nos grandes pluyes. La Lamique eft
dans le nouveau Monde, la Sicile
eſt ſeparée de nous por une vaste
étenduë de terre de mer. Puis
que nous n'avons point de part aux
tremblemens de terre que ces feux
38
MERCURE
le
ont causer avec des calamitez fi
tragiques il n'est pas raisonnable de
faire venirdesiloin le dégaft
defordre qui nous arrivent dans les
pluyes continuelles.Mais enfin,sijus
ques icy il n'y a rien de positif
de convainquantpour trouver la cauſe
des grandes pluyes de l'Esté , ny
dans la terre , ny dans laregion de
l'air , ny dans les Etoiles des Hyades,
nydans celles des Chevreaux
d'Arcturus,ni dans le Soleil même,
non plus que dans le prodige des
feuxqui ont fait perir tant d'édifi
ces & tant de perſonnes , que nous
n'appercevons par tout là aucune lu
miere , aucun rayon , pourtirer de
L'obscurité la question des grandes
exceßives pluyes de noftre Efte,..
n'y at il point de nouvelles obfer- *
faire quelque autre part ? bations à faire que
Le sçay bien qu'on dit qu'il pleut
beaucoup dans l'Arabie dans
3
GALANT. 39
l'Ethiopie durant l'Esté , mais c'est
parce qu'il n'y pleut point du tout
durant l'hiver ; mais nous qui avons
- des Hipers ois les pluyes coulent
comme des fleuves, pourquoy avonsnous
encore des Eftez außi inondez
-depluyes que les Hivers ?
I'a ouë, Mademoiselle, qu'il est
- difficile d'apporter icy aucune raiſon
decisive , qui ait le fond d'une
verité incontestable.Neanmoinspour
- ne demeurerpas, comme l'on dit, en
fibeau chemin,joſe proposer encore
un nouvel article de ceDiscours,qui
Sera comme l'apostille de la Lettre
qui lecontient Il me vient dans l'efprit
quelque chose defingulier ,
qui ade la convenance avec l'étatdu
Siecle,Nous enſommes donc aux der
nieres années du Siecle , comme
nous éprouvons que les derniers mois
de l'annéesont toujours facheux
inondez de frimis,ne pourrions-nous
40
MERCURE
pas dire qu'il en est de même des
dernieres années du Siecle , qu'elles
ont außi leur renversement de temps,
Leurs accidens tristes affligeans?
La derniereſaiſonde l'année eft affreuse,
nous enfouffrons des peines
des rigueurs extrêmes; pourquoy
Laderniereſaiſon du Sieclen'auroitellepas
außiſesſymptomes étonnans,
fesfunestes changemens de ſcene ,
comme il arrive dans la vieilleffe?
Etsiaprès avoir comparé la fin du
Siecleavec celle de l'année,nous en
continuons la comparaison avec lafin
de l'homme , qui est la vieilleffe, il
parciſtra un nouveau jour pour l'éclairciffement
dusujet present ,
de fa matiere. Les dernieres années
de l'homme , qui sont celles de la
vieilleſſe , l'inondent de toutes fortes
de phlegmes de fluxions,de rhumes,
de cithares ,&luy font fouffrirde
grands defordres, degrandes perGALANT.
41
tes dans son corps. Voila l'idée juste
reſſemblante dela vieilleſſede
nostre Siecle.Nos playes horribles
continuelles qui effrayent tout le
monde,&qui menacent de faire pe
rirtous les biens dels terre font les
phlegmes,les flucions les rhumes,
les caberres d'un Siecle caduc ,
qui est à laveille desa fin.. Ainsi ce
qai ne nous furprend point dans la
vieilleffe de l'homme, pourquoy nous
étonneroit-il dans celle du Siecle car
ce qui arrive en l'une &enl'autre
vieillesse, de l'homme du Siecle,
a affez de conformité, Laiſſons done
pleuvoir tant qu'il voudra pleuvoir ;
il faut que ce periode de lavieillefse
de la caducité du Siecle ſe
poffe.Vous qui estesjeune,Mademoi-
Selle, qui meriteriez d'estre im
mortelle , vous verrez finir ce vieux
Saturne, ce Siecle défaillant ,
vous verrez naistre les beauxjours ,
a
42.
MERCUR E
•
les beaux mois, lesbelles années du
nouveau Siecle qui doit bien toft
commencer.Horace compoſa autrefois
un Poëme Seculaire pour honorer le
commencement d'un Siecle qui arrivade
fon temps. Il infera dans ce
Siecle Seculaire , qui estson Chefd'oeuvre,
les Victoires de CesarAuguste,
vil engageabes Dames il-
Juſtres à marquer leur zele pour la
profperitéde l'Empire Romain.Vous
qui estes, Mademoiselle, par toutes
lesgraces du corps&de l'efprit, le
plus bel ornement de vostre Sexe ,
vousferez témoin des Hymnes Seculaires
qui celebreront le commen. "
cement de noſtre Siecle. Ces Hymnes
d'une composition admirable , con .
tiendront le's fameuses Conquestes,
les glorieux Triomphes de Loüisle
Grand, & les voeux ardens auſquels
vous prendrez part avec paßion pour
La conservation de laPerſonneSacrée
GALANT.
43
S
d'un Monarque incomparable ,
pour la profperité de l'état floriſſant
deli Frince,dont les armes toujours
terribles victorieuses , obfcurcif
- fent, étonnent , abattent la Ligue de
efes Ennemis,
a
Je vous ay déja mandé que
- M. l'Abbé de Lavau avoit fait
voir à l'Academie Françoiſe ,
le jour que M.l'Abbé de la Motte
Fenelon y futreceu , uneDeviſe
qu'il avoit faite àl'occa
fion de cette Ligne. Elle fat
generalement applaudie . C'eſtoit
un Soleil environné de
nuages épais & d'éclairs qui
fortoient de ces nuages. Ils eftoient
auſſi remplis de grefle &
de pluye , avec ces paroles ,
Nec conjurata morantur .
M. l'Abbé Lavau les expliqua
Par ces Vers.
44
MERCURE
Les Ennemis liguez, &laNature
entiere
S'efforcent vainement desuspendre
fon cours;
Sansjamais s'affoiblir , &fansautre
fecours
Que celuy qu'it reçoit deſa propre
lumiere ,
D'unpas toujours égal il fournitfa
carriere,
Et leMonde entier voit toujours
De cet Aftre puiſſant dépendre les
beauxjours.
Vous trouverez icy cette
Deviſegravée.
le vous envoye un nouvel
Ouvrage de M. Comiers , qui
vous apprendra des choſes fort
curieuſes touchant lesTrefors.
Ainſi vous ne devez point le
regarder comme eſtant faitpurement
ſur la Baguette. C'eſt
NEC CONIURATA
MORANTUR
GALANT.
45
ſeulement par occafion qu'il
reprend cette matiere , aprés
avoir répondu amplement le
mois paſſé aux Lettres écrites
contre ceux qui en ſoutiennent
l'uſage. Il reſtoit quelques ar
ticlesſur leſquels il s'eſtoit teu,
& qui demandoient l'éclaircif
ſement qu'il va vous donner.
OBSERVATIONS
touchant les Trefors
cachez .
I'vfage de la Baguette qui de
couvre les sources d'eaux , les
Mines, les Metaux cachez , les le
gitimes Bornes des heritages , les
Voleurs ,les Meurtriers , & lesEm
porfonneurs , est si avantageux au
Public , qu'on ne sçauroit trop exa46
MERCVRE
•
miner, fi l' Auteur des Lettres contenant
les prétendues Illuſions des
Philoſophes , a droit de l'appeller
Diabolique.
On peut dire que cet Anonime
aimemieuxsecacherdans les tenebres,
que de paroiſtre au jour , &
qu'il bait la verité pour foutenir
leparty du mensonge. Iltraitede
ridicules les veritables sçavans.
l'avois finy mon Traitéde laBa
guette justifiéepar les beaux termes
du Pere Milletde Chales , lesuite ,
qui parlant dela Baguette dans la
Pege 160. defon Mundus Mathematicus
, dit, qu'ily atantde
chofes dans la Nature , dont nous
ignorons les causes , quesi pour cela
nous tenionspoursuspect tout ce qui
Surpaſſenostre entendement, àpeine
pourrions- nous remuer les pieds. A
ceste puiſſante raiſon d'un homme
auſſi illustre par sa naissance que
GALANT. 47
par fon vaste genie , l' Anonimerepondfroidement
danssapage 294.
que le Pere de Chales a crû que
de tout temps le Coudre avoit
ſervi à trouver les Sources , en
quoy il a fait connoiſtre qu'il
n'eſtoit pas ſi verſe dans Hiſtoire
naturelle , que dans les
Mathematiques. Enfin l'Anonime
s'efforce d'oser à la Nature , &
-par confequent à Dieu , l'honneur
des effetssurprenans de la Baguet
te, pour les attribuerau Demon.
-C'eſt luy , dit-il , qui agit fur
la Baguette en vertu d'un pate
, du moins implicite & tacite.
C'est ce qui luy fait dire dans
la page 43. Je ſuis convaincu
de la diablerie. Si le Demon , que
I'Anonime perche comme un Fagotinfur
la Baguette , eft auffireconnoiffant
de l'honneur de cet employ,
que le fut Belphegor envers le
48 MERCURE
Paysan fon Compere , qui l'avoie
caché & dérobé à la poursuite des
Sergens, cet Auteur pourra unjour
faire des merveilles.
La censure que l'Anonimefait
des Philosophes , ne peut servir qu'à
dérober à la luſtice les Voleurs , les
Meurtriers , &les Empoisonneurs,
condamnant ceux qui lesdécouvrent
&qui les dénoncent. Nous devons
rendre graces à l'Auteurde laNatuvedenous
avoirdonnédes moyens
purement Physiques pour découvrir
Les Voleurs,&lesfaire rigoureusement
punir, C'est ainsi qu'en usa
Jofuć ,legrand Capitainedu Peaple
d'Ifraël , envers Acham , qui
au pillage de Iericho avoit dérobé
une regle d'or , deux cens Sicles
d'argent , & un manteau d'écarlate.
Dieu dit , àJosué. On adérobé
& caché le larcin , que
celuy qui s'eſt ſoüillé d'un tel
crime
GALANT.
49
crime ſoit exterminé . Josué
ayant appliqué lefort à chaque Tri.
bu , reconnut qu'Acham estoit le
Voleur , & luy dit. Avouëton crime
pour rendre gloire au Seigneur
Dieu d'Iſraël . Il le fiten.
Suite lapider avec sa Famille , &
fit consumerpar le fou leurs Tentes
&tous leurs biens , dans le vallon
qu'on a depuis appellé. Achor , du
nom du Voleur Acham.
Devrois-jefaire quelque reflexion
Sur cet Ouvragede l'Anonime,pour
luy rendre ce qu'il m'a prešte lors
qu'ilaparle ainſi page 244. ? Ic
vous avoue queje ſuis fortembaraflé
quandje metrouve obligé
de répondre à certaines preces
, dans lesquelles le ridicule
domine.. Il dit page 62. Celuy
qui cherche avec la Baguette ,
doit eſtre cenſe eſtre en commerce
avec le Demon. Voicy
Iuin 1693 . C
SO
MERCVRE
don , ajoûte- til , comment ſe
contracte le pacte. L'un tient la
Baguette , l'autre la fait mouvoir
, voila le commerce. Dans
la page 266. it affure qu'il arriva
il y a prés de deux ans qu'une
Famille nombreuſe trouva unc
mort ſoudaine là où la Baguetteluy
avoit faiteſperer detrou-
- ver un Treſor. Je vous en diray
, ajoûte-t - il , le détail quand
il vous plaira. S'ilfait ce détail
au juste , il nous apprendra Sans
doute qu'on n'employa point la Bagueste
, ou que celuy qui s'enſervoit
n'ayant pas le don de la Nature,y
employa , comme on dit , les Grimoires,
l'impieté &le ſacrilege,à
quoy ilfaut imputer leurfin malheureuſe
, ou à du charbon allumé dans
une cave , ou à quelque exhalaiſon
venimeuse qui fortit lors qu'ils creufoient
la terre,
2
GALANT. 1
Ceux que la Nature a favorifez
de cet heureux talent pour trouver
des Trefors cachez , n'ont jamais
estémaltraitezpar le Demon , non
plus que ceux qui par hazard , ou
parquelque autre indice , ont creusé
la terre& enlevéles Trefors.
L'histoire dù Trefor trouvépar
Esopeest tres connue ,aussi bien que
celle que Sigebert rapportedansses
Chroniques dans l'an 1038. Un
Astronome Arabe , prisonnier de
guerre de Robert Viscart , Duc
de Normandie , ayant remarqué
dans la Pouilleune Statuë de mar-y
bre , dont la tefte estoit d'airain,
avec cette inscription , Au lever
du Soleil aux Kalendes de May
j'auray la teſte d'or , trouva un
gros Tresor , ayant fait creuser à
l'endroit où l'ombre de cette tefte
Se terminoit ,le premier de May
au Soleillevé. C'est ce que Marti-
C 2
52
MERCVRE
nus Polonus confirme dans le quawieme
Livre de ſes Chroniques.
Plutarque rapporte dans la Vie
de Pompée , qu'eſtant paßé en Egypre
avec fix Legions. Romaines ,
quelques Soldats partagerent entre
eux un Trefors qu'ils avoient trouvé
, qui fut cauſe que toutes les
Troupes , malgré leur General,
-s'occuperent pendant plusieurs jours,
à ouvrirla terre , dans l'esperance
de découvrir d'autres Trefors . Ce
grand Capitaine se promenoit autour
defon Armée ,& rioit de voir
des milliers d'hommes attachez
àcreufer la terre. Ces Soldats voyant
leur efperance deceuë dirent à Pompée
, Mene- nous où tu voudras,
nous ſommes affez punis de
noſtre folie.
24
Tasite dit queNeron donna dans
les illufions de Cecellius Baſſus ,
qui l'aſſuroit d'unfortgrand Trefor,
GALANT.
53
que Didon fuyant de Tyr , avoit
enfeveli dans la terre. Il la fit ouwrir
inutilement en mille endroits ,
&Tacite ajoûte , que l'attente de
ce Tresor avoit esté une des principates
causes de la pauvreté de l'Etat.
८
L'Empereur Tibere , furnommé
l' Aumômer, fut plus heureux , puis
que Gregoire de Tours , fon contem
porain, dit dans le 1 9. ch. du 5.
Liv, de l'Hist , des François , que ce
Religieux Prince ayant remarqué
une Croix gravée sur unpavé de
marbredefon Palais, s'écria , Cruce
tua , Domine , frontem no
ſtram munimus & pectora , &
ecce crucem fub pedibus conculcamus.
Il fit d'abord enlever
ce marbre , & deux autres qui eftoient
au dessous , & trouva une
tres-grande quantité d'or & d'argent
monnoyé , qu'il distribua aux
1
C3
54
MERCURE
Pauvres. Le mesme Historien af
fure qu'un Vieillard luy découvrit
l'immense Tresor que Narſes avoit
caché dans une Cisterne. C'est ce
que Paul Diacre confirme dans ſon
Histoire des Lombards.
Faites , s'ilvous plaist , reflexion
que les Demons ne maltraiterent
aucunde ces Chercheurs de Tresors,
-&ne les empêcherent point de les
enlever, parce qu'aucun n'usa d'impicté
nydefacrilege.
Biendes gens crogent que les Dem
mons que Laurentius Ananias ,
au liv. 4. de natura Dæmonum
dit s'appeller Thelchines , font
gardiens des Trefors cachez, pour
les livrer aux mains de l'Ante-
Christ. C'est lesentiment de S. An-
Selme in Elucidario , que tout l'or
& l'argent caché luysera décou
vert , & par ce moyen il engagera
tous les grands Princes dans ſes inGALAN
Τ .
55
terests. Petrus Comeſtor , dans
Son Hoſtoire Scholastiquefur lechapitre
7. de Daniel , dit que l'Ante-
Christ trouvera les Trefors cachez,
d'où je conclus que la Baguette doit
estre mise en usagepar les Chré.
tiens,pour ofter par avance lesTrefors
cachezà l'Ante- Christ , puis
qu'ils luy doivent fervir de moyens
pourcorrompre& attirer dans fon
partypluſieur grands Princescontre
les Oints du Seigneur , &le Fils
ainé de l'Eglise , qui est le Monar-e
que ſuivant le coeurdeDieu.
L'ajouſte quesi la Baguette dés
couvre les Tresors cachez, cen'est
Paspar l'intervention &parlemanege
du Demon, puis qu'il agiroit
contreſes interests& ceux de l'An .
techrift,&qu'il détruiroitfon Regne.
Le plus riche &le plus facré
des Trefors qui ſoit caché en terre
par main d'homme , est celuy que
C 4
56 MERCVRE
<
depuis 2034. ans , le Prophete lea
remie par l'Ordre de Dieu , cacha
_dans une des Cavernes de la Montagne
Nebo ; avant que Nabuchodonofor
eust pillé la Ville de lerufalem.
Ce Trésor contient le Tabernacle
, l'Arche d'Alliance , &
l'Autel des Parfums , ainsi qu'il
est porté par leſecond Chapitre du
Second Livre des Machabèes.
Le plus grand des Trefors profa
wes , eft celuy que les Goths après le
Sacagement de Rome que j'ay décrit
dans mon Traitédes Propheties , ene
terrerent avec le Corps de leur
Roy Alaric. Voicy comment Paul
Diacrele raconte, liva 3. Miſcel.
cap. 28. Alaric mourut sabitement
dans Constance. Les Goths par le
travailde leurs Efclaves detourne .
vent la Riviere de Basense & enfevelirent
au milieu du lit fet de
cette Rivierele corps d'Alaric avec
GALANT.
57
"desTrefors immenfes , aprésquoy ils
firent reprendre à la Riviere fon
ancien cours , le ne doute pas qu'on
netrouve facilement cegrand Tréfor
cachésous ceste Riviere , puis
que l' Anonime affure dans la page
281. qu'à Grenoble la Fille d'un
Marchand nommé Martin fut la
premierefur qui on jetta les yeux
pour une recherche de cette nature.
Elle estoit , dit-il , d'une habileté
connuë par quantité d'épreuves.
Elle avoit ſouvent dé--
couvert des métaux dans la
Cave , à la ville& à la campagne
, & il y a peu de temps
qu'on luy avoit fait chercher
uneCloche cachée ſous l'eau
depuis le debordement de la
Riviere qui avoit emporté le
Pont du Faubourg. On l'avoit
menée dans un Batteau , & la
Baguette avoit deſigné precife--
G
58
MERCVRE
ment l'endroit où eſtoit la Cloche.
Pour mettre au grand jour les
Illuſions de nôtre Anonime Cenfeur
des Philosophes , j'employe ses termes
de lapage 243. Il y a , dit- il ,
une infinité de gens qui n'ont
aucun gouſt ny aucunejuſteſſe
d'eſprit , & qui font neanmoins
les plus deciſifs du monde
ſur ce qui les paſſe , dont la
teſte eſt un magaſin de plufieurs
choſes mal digerées ;&
qu'ils appliquent ordinaire.
mentde travers . Ie convains l'Anonime
d'Illuſion dès la 1 4. pagede
JaPreface. UnArcher du Guet
avoit été tué de quinze ou feize
coups d'épée dans la ruë
Saint Denis , & il avoit répandu
toutſon ſang. Cela , dit l'Ananime
, donnoit lieu de croire
que ce licu eſtoit fort propre
-
GALANT. 59
pour faire impreſſion ſur Aimar
armé de ſa Baguette . On le
fait paſſer pluſieurs fois ſur le
même endroit, mais la Baguette
eſt immobile , & ſon ſang n'eſt
point agité. l'Anonime applique
icyde travers l'usagede la Baguette,
car aucun Philofophe n'a dit que la
Baguette tournaſt ſur leſang repandu
par le moyen de ce qui en
exhale , maispar le moyen des Corpufcules
exhalez par ceux qui ont
commis le meurtre avec crainte &
cruauté. C'est pourquoy Aimar ré
ponditjuste par les termes que M.
Robert , Procureur du Roy au Cha-
Steles de Paris , rapporte dansla lettreinferéedans
le Mercure du mois
d'Avril , que la Baguette ne faiſoitpoint
d'effet pour leMeurtre
commis par un mouvement
de colere ou d'yvrognerie ,mais
ſeulement pour des aſſaffinats.
60 MERCURE
premeditez , commis avec
cruauté. L' Anonime dans la page
13. dit , qu'à Chantilly la Baguette
n'avoit tourné en au- -
cun endroit de la terraſſe , ſous
laquelle la riviere coule.
I'ay dit dans maBaguette juftifice,
que la Baguette ne tourneſurles
fources, que par le moyen des Vapeurs
que la chaleur foûterraine
pouffe comme un jet d'eau , impreg
nées des fels autres parties terrefires,
l'eau qui coule à découvert
n'a pas desemblables vapeurs , outre
qu'elle s'échape le long delayoute
de la terraffe , ne pouvaut penetrer
les pierres . L'Anonime ajoûte que
dans un autre Jardin de Chantil
ly , la Baguette n'avoit tourné
que fur le trou recouvert de
terre, dans lequelun facde pierres
avoit eſté caché .
On nie l'excluſion qu'il allegue
GALANT. 1
jeſoutiens que la Baguette adi
tourner preferablementfur cegrand
- trou , dans lequelon avoit caché des
- pierres , parce que ce fut le premier
endroit par lequel on fit paffer Iacques
Aimar , & par la grande
quantité de vapeurs qui enfortoient,
ce qui arrive dans tous les endroits
où l'on creuse la terre,je ne doute
pas qu'à cette occafion , Lacques
Aimar estant raillé devant un fi
grand Prince nefût troublé&que
Sasensation ne fuft moins vivepour
eftre émeu par les exalaiſons
pufcules des metaux cachezen terre.
La mesme chose arriva au nommé
Pierre Tonnelier dans le Iardin de
la Bibliotheque Royale , de quoy
pay fait mention dans ma Baguette
justifiée, Par ces trois rencontres ,où
La Baguette fut fans mouvement ,
l'Anonime peut-il conclure que l'ufage
de la Baguette est diabolique ?
Cor-
1
62 MERCURE
Quelle Illusion pour lui ,qui dans
lapage 262.a dit que celuy qui
cherche avec la Baguette , doit
eſtre cenſé agir de commerce
avec le Demon ? Voicy donc ,
ajoute-t'il , comment ſe contra.
cte ce Pacte. L'un tient la Baguette
, l'autre la fait tourner ,
voila le commerce. L'infere des
propres termes de l' .Anonime ,que
l'usage de la Baguette n'est point
diabolique, puis qu'iln'a pas tourné
fur lefang répandu de l'Archer du
Guet, nyfur la Terraffe de Chantillyparce
que les causes Physiques du
mouvement de la Baguette ne s'
rencontroient pas .
Voici deplusgrandes Illufions de
l'Anonime,Dans lapage 24.defa
Préface , il se déchaine contre ma
Medecine univerſelle ,& l'artde
fe conſerver en ſanté & de prolonger
la vie.Comme Dieu a comGALANT.
63
1
4
'
mandéà chacun d'avoirfoin defon
Prochain, unicuique Deus mandavit
de proximo fuo , jedonnay
aupublicfans nul interest ma Medecine
univerſelle dans les Mercures
desmois de Iuin,Iuillet , Aouft
Novembre de l'an 1687.à l'occafion
de Loüis GualdoquelaGa-
Zette de Hollande du 3. Avril
1687.enl Article deVenisedu 7 .
Mars , où il avoit paßé , dit avoir
donné des preuves incontestables de
fon âge de quatre cens ans. L'.Anonime
tombe d'abord dans les illu
fions. Unhomme , dit-il , paſſe à
Paris , & ſe donne quatre cens
ans ; (il prend Paris pourVenise.)
Voila d'abord de groſſes differtations
pour prouver que cela
eft poffible, & pour indiquer , il
met à la marge ces deux lettres M.
C.Il poursuitson illusion par les termesſuivans.
On prouvera même,
64
MERCURE
fi vous voulez , qu'un homme
peut vivre toûjours . C'est une Illufion
de l' Anonime I'ay dit entermes
formels que ma Medecine
Univerſelle ne pouvoit pas procurer
l'Immortalité. C'est bien affez
quelle gueriffe tres promptement
Les plus dangereuses maladies ,fans
travailler les Malades. M.Dolede ,
premier Prefident du Parlement de
Bordeaux, l'a experimenté pluſieurs
fois enſa perſonne dans fa famille.
Les Lettres dece Sçavant Magiftrat
font inferées dans divers
Mercures.CeRemedecontientlaver--
tu de tous les autres, Glauber dans
fon Miracle du monde, en a donné
une description , quoy qu'enigmatiquement
en termes voilez. Voicy
comme il conclud. Medicina erit
nulli præterquam Philofophorum
lapidi ſecunda,poft centum
annos ejufdem cum primo con
GALANT .
65
t
efectionis die bonitatis , pro quâ
1. dignas Deo gratias , nemo unquam
mortalium perfolverit .
Quel interêt peut avoir porté l'Anonime
d'envier au public ce Remede
Univerſel. Est- ce parce que j'ag
dit que pour vivre longuement
en santé, il faut vivre Sic . Aprés
tant d'illusions , peut- il efpererque
les honnêtes gens foffent quelque
estime deses opinionsfi contraires à
la verité & au bien public ?
Entrons maintenant dans le corps
du Livre de l'. Anonime nousverrons
- que dans les choses qui lefurpaſſent
il employe à tort àtravers fon
magasin de choſes mal digerées. Il
fait un grand fond furlesentiment
deM. Abbé de laTrappe. Envoicy
les termes en lapage 51. Je croy
qu'il ſe peut faire par une verta
naturelle que la Baguette ſe remuë
fur l'Eau & fur les metaux,
66 MERCVRE
1
३
qu'elle les decouvre , & qu'elle -
les faſſe connoiſtre .Cela ne paroiſt
pas eſtreau- deſſus des for- /
cés de la nature,& ne ſeroit pas
plus extraordinaire que le mou- F
vement de l'Aiguille qui a été
touchée d'une pierre d'Aiman.g
La croyance deceTrelat est conforme
àcellede M. Galet,grandTheolo- :
giene Penitencier àCarpentras,à
M.Coñade ,& enfin à tous les vrais
Sçavans Philosophes &doctes Theologiens.
Mais que la Baguette ſe
remuë , ajoute M. l'Abbé de la
Trappe,qu'elle deſigneunVoleur
entre ceux qui ne le font pas ,
qu'elle marque une borne qui a
eſté changée , & qu'elle ne la
marque pas lors qu'on n'a pas
intention de la trouver , c'eſt ce
qui eſt impoſſible à la nature.
L'ay autant de veneration pour
cegrandPrelat quepour Saint AuGALANT
.
67
コム
نا
N
4
1
gustin , maisje ne laiſſe pasde croire
qu'ily a des Antipodes , & des cau
fes purement Physiques qui defignent
les Voleurs&les Meurtriers
Parle mouvement de la Baguette ,
comme aussi les bornes , parce que
quand on plante une borne , on fait
un creux profond dans lequelon jette
du Charbon, & la borne qui doit
Sortirhorsde terre, eft appuyée de
deux ou trois autres pierres qu'on
appelle Temoins, & par le moyen du
Charbon, cet endroit de la terre eft
moins compacte , & les vapeurs en
Sortent plus abondamment . f'ay declaré
dans ma Baguette justifiée,
que c'est un contefait àplaisir, que
La Baguette ne tourne pas fur une
Borne, lors que les Intereffezcon
viennent de ne s'en plus servir;
carcette convention ou moraliténe
changerien à la diſpoſition Physique
de la borne. C'est un Axiome ge68
MERCVRE
neral, qu'ilfaut expliquer les chofes
en bonne part , quand on n'apas
de bonnes raisons pour prouver le
contraire , car pour accufer du cri.
me de Diablerie.. debent effe
argumenta fole meridiano clariora,&
avant que de prononcer
fur la cause du mouvement de la
Baguette , on doit connoiſtre toutes
les causes naturelles qui peuvent
produire les effets de la Baguene ,
&aprés les avoir meurement examinées,
si l'on demonire qu'aucune
ne peut y avoir contribué, on aura
droit de conclure que ces effetssont
au-de- là de la force de lanature.
Comme il ne reſte dans l'esprit
de ces Meffieurs qu'à pouvoir pene.
trer comment l'homme à la Baguette
peut distinguer une chose volée,
un Voleur ,& un Meurtrier , entre
oeux qui ne lefont pas , & mesme
indiquerle chemin par lequel ils
GALANT. 69
ef
لا
. ont passé , je répons que le Chien le
A fare par le feul odorat , difcernant
son Maistre&fes bardes entreplufieurs
autres . L'Histoiredes Antil-
Les nous apprend queles Negies ont
l'odorat fi fubtil , qu'ils distinguent
* les vestiges d'un Negre, d'un Espagnol
, où d'un François , enſentant
Seulement la place où ils ont marché
, ở M. de la Motthe le Vayer
dit que les Guides dont onse fert
pour paffer les mers de fable & les
deferis de l'Afrique , trouvent les
chemins en flairant le terrain , On
vois à Orleans , dans la Salle du
Palais , l'histoire peinte d'un Chien
qui reconnus, combattit & defit en
duel, en prefence de la Cour , celuy
qui avoit afſaffiné fon Maistre. Ie
dis premierement que l'homme à la
Baguette ne peut suivre ny connoître
toutes fortes de Meurtriers ,
maisfeulement ceux qui d'un deſſein
70)
MERCVRE
prémedite commettent un assassinat
avec crainte,frayeur & cruauté ,
parcequ'ils exhalent dans cet état
des corpuscules qui font la cause
Physique du mouvement de la Baquette.
Ie dispar la mesme raison
que l'homme à la Baguettene peut
connoistre la chose volée, ny laperfonne
qui afait levol en plaifantant
; c'est pourquoy la Baguette
de Jacques Aimar ne tourna point
contreMadamela LieutenanteGenerale
de Lyon , qui avoit pris en
plaisantant la bourse de M. Puget.
La raiſon en est évidente&recon
nuë , mesme par l' Anonime , puis.
quepage 164. il dit , Un homme
entre dans une chambre fans
aucun méchant deſſein , il voit
fur la table une Montre , il la
preud , la met dans ſa poche ,
&s'en va. Croyez vous , Mon--
ficur , que cet hommequi n'eſt
GALANT.
71
1
pas agité luy- meſme dans ce
. moment , laiſſe ſur latable un
• fond ſuffisant de corpufcules
qui durent des années entieres,
&qui puiſſent agiter un homme
à Baguette ? Je tombe d'accord
de tout cela avec luy , &ce Voleur
- ne pourra estre connu , non plus
qu'un Meurtrier qui tuë de sang
froid.
Les partisans de la Diablerie
n'ont pas affezde genie pour appro.
fondir le miſtere de la Nature. Ils
aiment mieux mettre le Diable en
jeu , le percher ſur la Baguette,
puis que l' Anonime dans lapage
43. dit , Je ſuis convaincude la
Diablerie , & pour le prouver,
dans la page , 150. il emplye ces
termes , qu'un principe. C'eſt
qu'une cauſe Phyſique & materielle
agit toujours de la mefme
maniere dans les meſmes
72 MERCUR E
circonstances Phyſiques. Ceprincipe
est beau &bon , mais l'Anonimenes'enfert
pas en Philosophe ;
cardans tous les effets particuliers
de la Baguette , qu'ilfait examiner
, il ſuppoſe que les circonstances
Thysiques font toujours les mêmesi
ce qui est tres-faux , comme il me
feraaisédele démontrer ; car deux
aiguilles de Bouffole avant que
d'eftre aimentées , demeurent immobiles
quand on leurpreſente une
Baguette defer. Quesi une de ces
aiguilles est touchée par la pierre
d'Aiman , bien qu'on n'y puiſſe
appercevoir aucun changement „ elle
tourneraen luy presentant une Baguette
defer , & l'autre aiguille
demeurera immobile ,parce que ces
deux aiguilles nesont plus dans les
mêmes ſituations Physiques , l'une
estant aimantée , l'autre nele
Stant pas de mesme, Si ayantfrotté
avec
GALANT.
73
1.
?
9
F
avec un pied de Liewefur la moitié
d'un papier la poudre faite avec
noix degalle , vitriol & un peu
de gomme , vous écrivez avec de
L'eau commune , les lettres devien
dront noires si l'on paſſe les
doigts fuans ou grasfur la moitié
d'une page de papier , la mesme
main , la mesme plume , & la
mesme ancre n'y pourront écrire ,
parce que les choses n'y sont plus
dans les mesmes circonstancesThyfiques.
C'estparunesemblable raiſon
que la Baguette a tourné , comme
dit l' Anonime ,fur les pieces d'or
d'argent qu'on avoit dérobées à
MadamedeBourlemont , même
fur les pieces que les Voleurs
avoient changées à l'Hostel de la
Monnoye, parce que lors qu'il les
touchoit les manioit , craignant
d'estre découvert , il exhaloit les
mesmes corpuscules gluans , lesquels
Juin 1693 .
D
74
MERCURE
s'étoient attachez aux pieces qu'il
avoittouchées. 1
Ie répons en peu de mots àla demande
pourquoi la Baguette , qui
avoit tourné contre tous ceux qui a
voient del'argent dans la main, ne
tourna plus fur perſonne lors que
Madame la Lieutenante Generale
fit chercherpar Lacques Aimar la
perſonne qui avoit dérobé là bourse
de M. Puget. C'est que leDevin
changeant la direction d'intention ,
mit adroitement dans chaque main
quelque morceau de fer , ce qui empescha
que la Baguette ne tournast
pour l'argent , ainsique j'ay dit dans
ma Baguettejustifiée. Ilfit la mesme
chofe lors qu'il voulut distinguer
les pieces dor d'argent qui
avoient esté volées , comme dit l'Anonime
dans la page 21. car la
Baguette avoit tourné fur l'or &
L'argent caché en terre ,par l'odeur
د
GALANT.
75
-
a
-
,
des Metaux , &ayant du fer dans
les mains , l'odeur de ces Metaux
ne pouvant agirfur la Baguette, il
n'y eut que les parties graffes
Sulphureuses que le Voleur avoit
Laiffées, fur les pieces volées qui
agireutfur la Baguette. Voila en
quoy conſiſte la direction de l'inten
tion. L'Anonime mesme , dans la
page 287. dit que la Fille d'un
Marchand nommé Martin mettoit
Secretement quelque chose dans la
main , pour deviner de quelle effece
estoit leMétal caché , dans la
page 287. il dit , Remarquez
cecy ; quand la Baguetre tourne
ſur un Loüis d'or une épingle
qui la toucheroit l'arreſteroit
tout court. L'ey déja donné
laraison de cet effet dans ma Baguettejustifiée.
Les Curieuxsçavent
qu'une epingle empêche cue l'enne
faffe lebeurre. Lefer arrête les ef
D 2
76 MERCUR E
prits arsenicaux du charbon allumé,
empêche que le tonnere nefaſſe
tourner levin. Sil' Anonime estoit
dans un Pays d'Inquisition , ilfe
repentiroit bien toſtd'avoiremployé
ſiſouvent le Diable de la Baguette
pour difcerner les faintes Reliques
d'avec les choses communes. Voicy
festermes dans lapage 286. On
poſe ſurun bancun Reliquaire
qui contenoit pluſieurs offemens
venus de Rome. La Fille
d'unMarchand , nommé Martin
; prend la Baguette. Tout à
coup on la voit tourner avec
plus d'impetuoſité qu'elle n'avoit
fait juſques alors . Voicy la
raison Physique du tournement de
la Baguettefur ce Reliquaire. Le
Scelerat qui l'avoit manié dans le
defſfein d'impieté & d'irreligion ,
de difcerner par le moyen du Demonfi
ces oſſemens estoient deveGALANT.
77
1
ritables Reliques de Saints , fut
faiſi de crainte de frayeur d'un
prompt ch ſtiment de Dieu ,
dans cet estat , par une agitation
tres vehemente il avoit exhalé des
corpuscules fulphureux &gluants ,
qui s'estoient attachezau Reliquaire
qu'il avoit tenu dans les mains.
Ces corpuscules estant de mesme nature
que ceux que les Voleurs
les Meurtriers laiſſentſur les cho-
Ses qu'ils touchent , ou qu'ils ont
dérobées , la Baguette tournafur
ce Reliquaire par la mesme raiſon
Phyſique , qu'elle tourneſur ce qui
a esté derobé ou touché par les Voleurs
lesMeurtriers. L'Anoni
me ajoûte que , La Baguette n'eut
preſque point de mouvement ,
loin de tourner pluſieurs fois
avec vîteſſe ſur un paquet qui
necontenoit que quelques morceaux
d'étoffe qui avoient ſervi
1
D3
78 MERCURE
àune Carmelite de Beaune
morte en odeur de grande pieté.
La raison Physique est évidente.
Celuy qui faisoitfaire cet effayplein
d'impiete , n'avoit esté qu'un peu
agitéparunecrainte legere en maniant
cepaguet , &par consequent
fes mains n'avoient pas laißé écoulerces
vapeursgluantes neceffaires
pour exciterlemouvement de la Baguette.
L'Anonime dans la page 261 .
dit qu'il eſt témoin que la Baguette
n'a point tourné aprés
qu'on a renoncé au Pacte & au
Diable , dans lapage 262. il
ajoute. On a beau dire que l'on
renonce à tout Pacte , les paroles
font démenties par les actions
. Le Demon a fuffisamment
averti qu'il agifſſoit dans cette
pratique. Voila des contradictions
manifestes, Neanmoins voici la raiGALANT.
79
۱
+
-
S
Son Physique, par laquelle le mouve
ment de la Baguettea cefféentre les
mains de ceux qui renonçoient au
Pacte & au Diable. C'estque dans
la crainte frayeur que l'usage de
la Baguette ne fust diabolique , le
fangse retira dans le coeur , ils
changerent tout à coup pour quel
que temps de temperament , estant
dans un estat contraire au talent
naturel pour faire tourner la Baguette.
Lefinis par les termes de la page
21. de l'.Anonime. Si la Baguette
produit un effet determiné
envertu d'un Pacte exprés ou tacite,
cet effet doit estre produit entre les
mains de quelque perſonne que ce
foit. Pourquoy le même Palle n'opepereroit
il pas de même maniere
dans les Perſonnes qui ont les mêmes
defirs , les mêmes intentions ?
Cependant de cent perſonnes qui ef-
D 4
80 MERCURE
2 fayeront si la Baguette leurtourne ,
quisouhaiteroient même de bon
ne foy qu'elle leurtournist , il n'y
en aura pas deux à qui elle tourne.
Iln'enestpas de méme , ajoûtel Anonime
, de quantité d'effets que
produisent bien des gens de la campagne,
par certaines paroles oufigures.
Il en estpeu qui en uſent ſans
oferer les mêmes effets , d'où je conclus
que le tournement de la Baguette
afes causes purement Phyfiques.
C'est si vous voulez, un de ces
donsparticuliers que Dieu communique
quelque fois aux hommes.
L'AVEUGLE COMIERS
M.de Bonrepaux , Ambaſſa
deur Extraordinaire de Sa Majeſté
en Dandemarck , fit fon
Entrée publique à Coppenhague
le Lundy 18. du mois pallé
, avec toutes les ceremonics
1
GALANT. 81
. qui ſe pratiquenten cette Cour
- là dans ces fortes de receptions.
En voicy un détail exact où je
puis dire que rien n'eſt obmis.
Ce jour là, ſur les deux heures
aprés midy , M. l'Ambaſſadeur
- ſortit de ſa Maiſon de Copen-
- hague,pour ſe rendre dans une
autre , éloignée d'un quart de
- lieuë de la Ville, qui avoit eſté
- preparée pour cela , & d'où
toute la Marche devoit commencer.
Il s'y rendit dans l'or-
- dre ſuivant. Son Ecuyer ſuivi
de ſes quatre Pages à cheval,&
aprés ceux- cy , de deux Palefreniers
qui conduiſoient deux
chevaux de main, eſtoit à cheval
à la teſte de tout le Cortege.
Douze de ſes Valets de pied
marchoiétenfuite deux à deux
devant ſon premier Carroſſe,
qui estoit couver d'uneHouſſe
5
DS
82 MERCURE
L
vede
velours Cramoiſi , avec une
Crepine d'or. M. de Bonrepaux:
eſtoit dedans avec M. de Pradals
, Gentilhomme François,
& fon Parent. Son ſecond &
fon troiſiéme Carroſſe
noient aprés ce premier, remplis
de ſes Gentilhommes ,
Secretaires & autres. Il fortic
de la Ville en cet ordre par la
porte de l'Ert ,& lors qu'il fut
arrivé dans la Maiſon qu'on
luy avoit preparée , M. Vonflocken
, faisant la fonction de
Maiſtre des Ceremonies , vine
l'avertir que leRoy de Dannemarckluyenvoyoit
M.Gueux,
Confeiller Privé , Chevalier
de l'Ordre de Danſbroé , avec
M. Erenchil , ce dernier faifant
la fonction de Grand Maiſtre
des Ceremonies pour le
complimenterde ſa part fur fon
GALANT. 83
>
د
arrivée , & le conduire dans ſes
Carroffes , & ceux dela Cour
dans une Maiſon que Sa Majeſté
Danoiſe luy avoitdeſtinée
dans Copenhague. En effetles
Carroſſes arriverent peu de
temps aprésau nombre de neuf,
, ſçavoir, le premier Carroſſe du
Roy avec une houffe develour,
rouge , le premier Carroſſe de
la Reine avec une Houſſe
ſemblable , le ſecond Carroffe
du Roy , le ſecond Carroffe de
la Reine , le Carroſſe du Prince
Royal de Dannemarck , lo
Carroffe du Prince Chriſtian,
le Carroffedu Prince Charles,
le Caeroffe du Prince Guillaume
, & le Carroſſe de la Prin
ceffe de Dannemarck.Ces Car
roffes eftant arrivez , M. l'Ambaſſadeur
qui fut averti par M.
Vonſtocken , que M. Gueux
D6
84
MERCURE
eſtoit là fortit & monta dans le
Carroſſe du Roy , où ſe placerent
enſuite M. Gueux à fa
gauche , & M. Erenchild ſur le
devant. La Reine ayant fouhaitué
que M. l'Ambaſſadeur .
mît deux de ſes Gentilshommes
dansfon premier Carroſſe , ils
y furent placez dans le fond,
&le Maistre des Ceremonies
fur le devant. Le Roy de Dannemark
avoit permisaux Gentilshommes
François qui ſont
dans ſes Troupes , de ſe trouver
au Cortege de M. l'Ambaſſadeur.
Ainfiils furent placez
avec ſes Gentilshommes dans
les ſeconds Carroffes du Roy
&de la Reine , & des Princes ,
&dans ceux de M. de Bon
repaux.
Sur les cinq heures tout
eſtantenordre, lepremier Car
GALANT. 85
: roſſe du Roy dans lequel eſtoit.
M. l'Ambaſſadeur , ſe mit en
marche , precedé d'un Maréchal
à cheval , & fuivi du pre-
- mier Carroſſe de la Reine , des
- ſeconds Carroſſes du Roy& de
S
S
-
la Reine , de celuy du Prince
5 Royal , de ceux des Princes
, Chriſtian , Charles & Guil-
☑ laume ; & du Carroffe de l'a
Princeffe . Les trois de M. l'Ambaſſadeur
marchoient enſuite ,
= precedez comme auparavant
parfon Ecuyer , ſes quatre Pa
ges , ſes Palefreniers conduifant
ſes chevaux de main , &
fes douze Valets de pied allant
toûjours deux à deux devant
ſon premier Carroffe. Aprés
ces trois Carroffesque rempliffoient
quelques- uns de fes
Gentilshommes & de ſes premiers
, Domestiques , venoient.
86 MERCVRE
ceux de M. de Guldenlevy ,
Frere naturel du Roy de Dannemarck,
du Comte de Revent
lavv, premier Miniſtre , & des
autres perſonnes de qualité de
la Cour , au nombre de ſeize ,
ce qui faisoit en tout vingthuit
Carroffes à fix chevaux ,
avec les neufde la Cour , & les
trois de M. l'Ambaſſadeur . Le
Major General Schaq ſe trouva
à cheval avec les Officiers
Majors de laPlace , hors laPor-:
te de la Ville , pour y ſaluer
M. l'Ambaſſadeur , & lors qu'il
entra dans la Ville , il le ſalüa
encore une fois . Si toſt qu'on
fut à la veuë de la Rade , qui
eſt àdeux cents pas de la porte
de l'Oüeft , par laquelle on devoit
entrer , un Vaiſſeau de
Guerre du Royde Dannemararmé
exprés & placé en
GALANT. 87
,
1
1
cet endroit , ſalia M. l'Ambar-
• ſadeur , de neuf coups de Canon
, & lors qu'il fut dans les
premiers dehors de la Ville, on
le ſalua de vingt ſept coups de
Canon des Remparts . Dans la
premiere place qui estoit ſur ſa
route dans la Ville , on avoit
Spoſté un Bataillon Tabour bat-
: tant , Enſeignes deployées ,
• preſentant les Armes , & les
Officiers ſaluant M. l'Abaffa .
- deuravec la Pique. La meſme:
= choſe ſe fit dans une ſeconde
Place qui ſe rencontre fur fon
chemin .Enfin ayant traverſéla
meilleure partie de la Ville , il
arriva aprés deux heures de
marche dans une grande mai
fon , meublée des meubles du
Roy de Dannemarck , que ce
Prince luy avoit fait preparer,
pour y eſtre traité trois jours.
88 MERCVRE
く
de ſuite felon la coutume.
Il y trouva trois Gentilshommes
de la Cour qui l'y attendoient
, ſavoir M. Rabe , faifant
la fonction de Marechal
de la Cour, M. Troll. faiſant
celle d'Echanſon , & M. Straldorf
, faiſant celle d'Ecuyer
tranchant , nommez tous trois
par le Roy de Dannemarck à
ces emplois qu'ils exercerent,
tant que dura la ceremonie.
Dans tous les endroits de cette
maiſon par où M.l'Ambaſſadeur
devoit paſſer, on avoit poſté des
Trabans ou Gardes du Corps
de Sa Majesté Danoiſe , pour
fa garde , avec un Officier &
quelques Soldats à la porte de
ſa maiſon . Quelque temps aprés
M. le Comte de Friſe , Chancelier
du Roy de Dannemarck,
vingt le complimenter de la
GALANT. 9
■
< part de ce Prince, M. Geismard
Surintendant de la Maiſon de
1 la Reine , de la part de cette
Princeſſe ; M. Hann , de la part
du Prince Royal , M. Fiteck
de la part du Prince Chriſtian ,
M. le Baron Vedell , de la part
* du Prince Charles ; M. Serteu,
de la part du Prince Guillaume
,& M. Alder , de la part de
( la Princeſſe de Dannemarck .
= Surle foir ,le Maréchal vint
demander à M. l'Ambaſſadeur
- à quelle heure il vouloit ſouper
, & lors qu'il eut fait ſervir
les viandes , il luy en donna
-avis. La table eſtoit de dix huit
couverts , placée ſous un Dais
de velours. Il y avoit au milieu
un Fauteüil pour M. l'Ambaffadeur
, avec une place vuide
de chaque coſté ,& il fut ſervi
de la meſme maniere que l'on
१० MERCURE
fert le Roy de Dannemarck.
Le Marechal de la Cour ,
aprés luy avoir preſenté laferviette
pour laver les mains , &
avoir indiqué les places aux
Perſonnes de qualité qui étoient
nommées pour manger
à cette table , chacune felon fon
rang , alla enfuite tenir une
ſeconde table , qui estoit auffi
de dix huit couverts , pour les
Gentishommes de M. l'Ambaffadeur.
Le Gentilhomme qui
faisoit la fonction d'Echanfon,
aprés eſtre demeuré derriere
fon Fauteüil juſqu'à ce qu'il
euſt demandé à boire , & qu'il
luy euſt donné & repris le vercre
, ſe rendit auſſi à cette ſecon
de table. Deux Pages du Roy
de Dannemarck ſervirent M.
Ambaladeur en ſon abfence
pendant tout le reſte du repas,
GALANT.
91
6
qui fut accompagné de Trompettes
de violons , & d'autres
inſtrumens de la Muſique du
Roy ; & du Prince Royal. L'Ecuyer
Tranchant eſtoit au milieu
de la table,debout vis à vis
de M.l'Ambaſſadeur, & fervoit
les viandes .Toutes ces ceremo
nies s'obſervent à celle de Sa
Majeſté Danoiſe. On ſervit en
mefme temps une troiſiéme table
pour les Pages de M.l'Ambaſſadeur,
où ceux du Roy nã-
- gerent auſſi ; une quatrième
pourles Officiers qui fervoient
M.'Ambaſſadeur , &une cinquiéme
pour ſes Valets de pied.
Ceux du Roy de Dannemarck,
_ qui avoient ſervy , mangerent
- auſſi à cette derniere. La même
choſe s'obſerva pendant les
-cinq repas que M. l'Ambaſfa-
-deur fit dans cette Maiſon , où
92
MERCURE
les trois Gentilshommes de la
Cour marchoient toujours devantluy
, ainſi que les deux
Maiſtres des Ceremonies . Us
l'alloient tous recevoir à fon
Carroffe , & ils l'y reconduifoient
lors qu'il entroit ou fortoit.
د
Le Mecredy 20. du même
mois , aprés le diſner M.
Toul , Conſeiller Privé , Grand
Amiral de Dannemrck , &
Chevalier de l'Ordre de l'Elcphant,
vintdans le Carroſſe du
Roy , ſuivi des huit autres de
la Cour , dans le meſme ordre
que le jour de l'Entrée , & dit
à M. l'Ambaſſadeurque leRoy
de Dannemarck avoit grande
impatience de le voir ,& qu'il
eſtoit preſt à le recevoir. Aprés
cela il monta en Carroſſe à la
gauche de M. l'Ambaſſadeur..
GALANT.
93
ل ا
0
Ce Cortege de douzeCarroffes,
daprés avoir faitun fort grand
tour dans la Ville , entra dans
le Chaſteau avectous ceux qui
les rempliffoient , n'y ayant
plus perſonne à cheval . Les
quatre Pages de M. l'Ambaſſadeur
eſtoient à ſon premier
er Carroſſe , deux devant & deux
derriere , & l'Ecuyer eſtoit
a placé dans le premier Caroffe
de la Reine. Il n'y avoit plus
- auffi aucun Caroſſede Miniftre
, ny de grand Seigneur.
Tout le Regiment des Gardes
eſtoit rangé en forme de Croiſſant
dans la place du Chaſteau ,
Tambours battans. Enſeignes
déployées , preſentant les armes
, & les Officiers ſaliantM.
l'Ambaſſadeur avec la pique .
Sur le pont qui eſt entre la premiere
porte du Chaſteau , &
94
MERCVRE
celle de laCourdu meſme Chaſteau
, on avoit poſté un double
rang de Gardes à pied,Tambours
battans , Enſeignes déployées
, & dans la court du
Chasteau , une double haye de
Gardes du Corps à cheval , en
bottes,avec leurs Carabines.M .
l'Ambassadeur fut receu au bas
de l'Escalier , par M. Rabe , Maréchal
de la Cour , accompagné
des Gentilshommes de la
Cour, & du Grand-Maistre des
Ceremonies avec lesquels il
marcha devant M. l'Ambaſsadeur
qui avoit M. Toul. à fon
coſté. A la porte de la Salle des
Trabans ou Gardes du Corps,
M. Knout , faiſant la fonction
de Grand Maréchal de la Maiſon
du Roy , vint recevoir M.
l'Ambassadeur , & le conduifit
dans un Sallon , où il y avoit
,
GALANT.
95
1
a
E
un Fauteüil pour luy. Pendant
quele Maistre des Ceremonies
alla avertir le Roy de ſon arri
vée , l'Amiral Toul,M. Knout,
- le Grand Maréchal de la Cour,
& le Grand Maiſtre des Ceremonies
, demeurerent à l'entretenir.
Le Maiſtre des Ceremonies
eſtant venu dire que
le Roy l'attendoit , il fortit de
ce Sallon , ayant à ſes coſtez
Mr Toul & Mr Knout,& eftant
précedé par ſes Gentilshommes
, le Maréchal de la Cour ,
le Grand Maiſtre & le Maiſtre
des Ceremonies. En entrant
dans l'Antichambre du
Roy , Mr l'Ambaffadeur fut receu
& complimenté par le Fils
du Maréchal Vedell , qui l'act
compagna auſſi à l'Audience .
Dans le moment que M.
l'Ambassadeur parut à la Salle
96 MERCURE
1
d'audiance , le Roy de Dannemarck
qui y eſtoit aſſis fur
une Eſtrade élevée d'un demy
pied , ſe leva , & à la feconde
reverence qui luy fut faite , il
s'avança juſque , ſur le bordde
cette Eſtrade , fur laquelle M.
l'Ambassadeur ayant monté , &
s'eſtant couvert, il luy fit fon
Compliment de la part du Roy
fon Maiſtre , aprés quoy il luy
rendit ſa Lettre de Creance , &
luy fit les Complimens de la
part de Monseigneur le Dauphin
, de Monfieur & de Madame.
Le Roy de Dannemark repondit
en Danois ſelon la couſtume
M. l'Ambassadeur eſtant
pafilé de là à l'appartement de
la reine ,il y fut receu à la porte
de ſa Chambre par M. Geif.
mard , Surintendant de ſa Maifon
. Cette Princeſſe qui eſtoit
auſſi
GALANT.
97
auſſi ſur une Eſtrade , ſe leva
dés qu'il parut ,& s'avança
juſques au bord de l'Eſtrade
pour l'y recevoir. M. l'Ambaffadeur
y eſtant monté , luy fit -
ſa troifiéme reverence , & aprés
avoir porté ſon chapeau for la
teſte , & l'avoir ofté au meſme
inftant , il la complimenta de
la part du Roy, lay remit ſa
Lettre de Creance, & comme
elle neparle point Danois , elle
fit répondre en cette langue
a par M. Gueux. M. l'Ambaſſadeurpaſſa
en ſuite chez le Prinfce
Royal . M. Hann , Marechal,
le receut à la porte de fon Appartement
, & enfuite M. le
Comte d'Alsfeld à la porte de
fon Antichambre. Ce Prince
luy répondit en Danois. M.
l'Ambſſadeur alla au fortirde là
àl'appartementdu PrinceChri-
Iuin 1693 . F
A
i
9 MERCVRE
ſtian , où M. Fireck , le receut.
Ce Prince répondit auſſi en
Danois , & comme les petits
Princes Charles & Guillaume
eſtoient malades , M. l'Ambaf-.
fadeur ne les vit point , quoy
qu'ils euſſent envoyé leurses
Carroſſes au devant de luy , &
qu'ils l'euſſent fait complimenter.
Il paſſa de là chez la Princeffe
de Dannemark , où il furs !
receu par M. Chell , cy-devant
Ecuyer du Roy de Dannemar- 1
cken Angleterre , & Chevalier.
de l'Ordre de Danſbroé . Cette
Princeſſe ne ſcachant pas le
Danois , il repondit pour elle
en cette langue. Enfin on remonta
en Carroſſe dans le
meſme ordrequ'on eſtoit venust
& M. l'Ambaffadeur fut remené
dans la même maiſon d'où il
pour aller à l'AU- eſtoit
LYON
forti
DELA
5
5
JO THEQUE
M
GALANT.
*
L
dience. Cette longue deigma
nie s'y termina par un foupe,
qui dura juſqu'à minuit , ainſi
queles precédens .
Π
La varieté des matieres de
mes Lettres , eſtant cauſe qu'il
n'y aperſonne de quelque gouſt
qu'il puiſſe eſtre, qui n'y trouve
quelque choſe qui luy convienne,
je croy queles Sçavans d'un
certain genre , & les amateurs
de la Santé, ferontbien aiſes d'y
voir cequi ſuit.
A MONSIEUR DE S ....
Sur la Pathologie des Maladies
externes du corps
humain.
MONSIEUR,
Lene doutepointque le livre de
E 2
100 MERCURE
M. Verduc , Docteur en Medecine ,
n'ait esté receu favorablement du
public; ily avoit longtemps qu'on
l'attendoit avec impatience. Cet ouwage
renferme toute la Pathologie
des maladies externes avec leurs remedes
, expliqués selon les Principesde
laThysique moderne. Ily a
trois ansqu'il donna au public un
Traité fort curieuxfur l'osteologie ,
où il explique mécaniquement la
formation & la nourriture des os ,
avec le Squelete du Fooetus , & une
Sçavante differtationfur le marcher
de l'homme & des animaux ,fur le
veldes oiseaux , &fur le nager des
Foiffons.
Maintenant pourvous dire quel
que choſe du plan deſon Syſteme ,
des plus beaux endroits de cet
ouvrage, il s'étonne que la Chirurgie
foit demeurée ſi imparfaite ,
dans untems où la Philofophie mo
GALANT . ΙΟΙ
derne a fait tant de progrez. Il dit
cependant , qu'on ne doit pas en
estre surpris ,si l'on confidere que
lesprincipes qui ont toûjoursfervi de
fondement à la Medecine, font obfcurs
, embarrassez & tres faux.
C'est pourquoy , ajoute t-il , tout
ce que l'on a bâti depuis tant de
fieclesfur ces principes , tombe en
ruine. Il fait voir que la Medecine
la Chirurgie font inseparables
de la Philofophie, Eneffet, la Medecine
& la Chirurgieſeparées de
la Philosophie, ne peuvent non plus
recevoir d'accroiſſement qu'une
branche d'arbreſeparée deſon tronc .
La Philofophie à laquelle il veut
qu'ons'applique n'estpascelle d'Ariftote
que l'on enseigne encoreparmi
la pousfiere des Ecoles , parce
qu'elle est toute remplie d'erreurs
groſſieres ; mais laPhilosophie qu'il
recommande d'étudier , est celle du
102 MERCURE
2.
celebre Mr Descartes , qui a décou
vert les veritables principes de la
Physique. C'est pour avoirsuivi des
principes certains & indubitables ,
qu'il est venu àboutde donner toute
une Pathologie , où iln'avance rien
qui nesoitsoûtenu de bonnesraiſons,
tant pour ce qui regarde les causes
desMaladies , que pourles Remedes
quifervent àleurguérison.
Vous Scavez , Monsieur qu'ila
raison de dire,qu'encore qu'il n'ait
rien avancéque de clair d'évides
endent
, il est persuadé qu'ily aura
pourtant des opiniatres
testez, qui ne voudront pointquitter
leurs anciennes erreurs ; mais il
efpere auſſi qu'il s'en trouvera beaucoup
d'autres qui seront tout preſts à
Se defaire de leurs prejugez, lors
qu'ils appercevront la verité. Tout
Son Syſteme des maladies n'eftfondé
GALANT. : 103
1
que sur une seule hypothese qui
-consiste dans le changement des
tuyaux des liqueurs des parties
de notre corps. Il dit qu'afin qu'il
n'arrive point de changement dans
les tuyaux dans les veſſicules
qui composent la substance des partiessolides
,il faut que leurs ouver
-turesfoient égales par tout ; ilfaut
que ces caплих ne ſoventpointrompus,
qu'ilssoient toûjours flexibles pour
laiffer coulerlibrement les liqueurs;
qu'ilsayent affezde force pourrefifterà
leur m uvement . Enfin il est
neceffrireque tous ces petits tubes
ayent du reffort pour chaffer les liqueurs
nourricieres , carfans cela il
n'y auroit point de circulation. Lorsque
cette diſpoſition naturelle ne ſe
rencontrepas dans les vaiſſeaux , il
en arrive plusieurs changemens qui
font les causes des maladies.
E4
104
MERCVRE
:
Le premier est une obstruction
dansles tu aux qui empeche le pas-
Sage des liqueurs nourricieres , ou
bien elles s'écoulent , parce que les
Canaux ont esté coupez par une
playe , ou de quelqu'autre maniere,
ce qui est cause qu'elles s'extrava-
Sent. Quelque fois cespetits Tubes
qui composent laſubſtance des parties
s'endurciffent , de forte qu'ils
perdent leur reffort , &fouvent ils
deviennent fi minces qu'ils se rompent
parcequ'ils nesçauroientfoûte
nir lafermentation desſucs.
Après avoirfait voir les changemens
qui arrivent aux tuyaих
aux veſſicules qui composent la
Substancedes parties de noſtre corps,
on examine les changemens qui arrivent
aux liqueurs qui coulent dans
tous ces petits tuyaux . On dit qu'ellessont
quelquefois en petite quan .
tité , qu'elles deviennent fouGALANT.
1ος
vent acres د qu'elles peuvent
encore perdre leur mouvementpar la
diffipation de leurs particules fpiritueuses,
ce qui est cauſe qu elles s'épaiſſiffent.
Si les liqueurs nourricieres
nesont pas en aßer grandequan..
tité , elles s'arrestent enfeifent des
obstructions dans les tuyaux ; fielles
deviennent acres , elles dechirent le
tifſſu des parties ; enfin si elles ont
peude mouvement , elles ne paſſeront
qu'avec peine, elles s'épaißiront
ense coagulant.
Voila,Monsieur, le plan defon
Syſteme , qui merite bien qu'on
lifel'ouvrage tout entier.Samodeftie
luy fait dire que s'il a avancé des
chosesqui neſeſoutiennent pas affez
il merite bien qu'on les luy pardonne
puis qu'avent luy personne n'avoit
rompu la glace dans une matiere
auſſi difficile&aussi embrouillée
que le Systeme des maladies. Ie
Es
106 MERCVRE
دvous diray encore enpaſſant que les
Chirurgiens trouveront de quoy se
contenter. Mr Verduc leur donne
d'abord lesoperatios qu'ils font obligezdefaire
tous les jours. Il les remplit
de toutes les Observations qu'il
acru neceffaires pour confirmerleur
pratique, Enfuite ilpaffe à l'explication
des tumeurs , des playes , des
ulceres , desfractures & des luxa .
tions , & comme les bandagesfont:
les plus grands remedes delamaladie
des os il s'attache à les decrire
le plus exactement qu'il est
poßible. Maisparce qu'il estsouvent
neceffaire defaire de fortes extenfions
pour remettre les os démis ou
caßez, il explique auparavant les
principales machinesdeMécanique,
quelon employepourleur reduction .
Cela luy donne occasion de parler
de cettepartie de Mathematique ,
qu'on appelle Mécanique , qui
GALANT.
107
traite des forces mouvantes .
Lasecondepartiede fon Ouvrage
renferme toutes les maladies exter-
-nes depuis lateste jusqu'aux pieds,Il
examine les moindres accidens qui
arrivent àtoutes les parties : ilgarde
pourtant l'ordre analytique , en
donnant d'abord une description de
La maladie , quelquefois auſi
il parle deson étimologie. En uite
ilpaſſe auxfignes que les Mede.
cins appellent Diagnostiques , qui
caracteriſent chaque maladie en expliquantsa
cause son prognostic ,
le regime que doit garder le
Malade dans chaque indiſpoſition.
Il s'attache pour la derniere chose à
la guerifon de la maladie , qui est
la principalefin que le Medecin
le Chirurgiense proposent. Ilcom
mence par les remedes internes pour
paffer aux externes , en prescrivant
la dose des uns des autres. Il
E6
108 MERCVRE
choifit toujours les meilleurs Medicamens
de la chymie des plus
bibiles Praticiens de l Europe. C'est
làqu'il bannit toute cette pernicieu--
Se pratique des Anciens , fondée
fur leur fauffe theorie; car il est
étrange de voir pratiquer encore aujourd
buy , comme si l'on ignorcit
Les découvertes d'Anatomie de
Chymie.
Aprés veus aveir entretenu au
long du plandefon Ouvrage , je ne
Sçaurois mieux finir qu'en vous en
faisant remarquerquelques endroits
des plus curieux. Vous jugerez vousmesme
, Monsieur ,fil' Auteurentend
la Physique . En parlant de
L'utilité des Cauteres ,pour faire
comprendre comment ils purifient le
Sang, ilfefert de l'experience que
L'on voit faire aux Chymistes , lors
qu'ils veulent separer une liqueur
maigre d'avec une liqueurgraffe : -
GALANT. 10
-
F
F
commepar exemple, de l'huile
de l'eau meflées ensemble. Si c'est
l'eau qu'ils veulent separer d'avec
Thuile, ils moüillent leur cornet de
papier gris dans de l'eau ; au contrairefic
eft delbaile qu'ils veulent
Separer de l'eau , ils ne manquent
pas d'humeter leurcornet d'huile.
Tour expliquer clairement ce
Phenomene, M. Verduc dit que les
pores de l'eau de l'huilefont differens
, que la matiere fubtile qui
paffesutravers des parties branchuës
de l'huile, est differente de celle
qui coule au travers des parties delicates&
poliesde l'eau. C'estpour
quoy lors que le cornet eft mouillé
d'eau , c'est l'eau qui doit pafer ,
&non pas l'huile , parce que la
matierefubtile quifort de l'eau qui :
remplit les pares dupapier ; ne pou
vant pafferparles pores de l'huile ,
ellene manquepas de repouffer l'hui
rio MERCURE
Le aux coſtez du cornet , & l'on a
leplaisir de voir l'eause filtrer ,
l'huilerefter dans le cornetfanspaffer.
Aucontraire fil'onfrote le cornet
d'huile , l'eau ne pofferapoint ,
il n'y aura que l'huile qui coulera
facilement , parce que la matiere
Subtile qui paffe dans l'huile est
differente de celle qui traverſe l'eau,
à cause de la difference des pores
deces deux liqueurs .
Après avoir fait reflexion sur
cette experience ilſemble dit l'.Auteur,
que l'on n'aura plus de peine
dexpliquer l'utilité duCautere dans
Les mal dies où le sang est acide ,
car en faisant l'application du cornet
des Chymiftes avec l'ulcere que
Le Cautere a fait a lapeau , les humeurs
qui circulent librement dans
le braspar exemple, où eft leCautere,
venant à estre interrompues
dans leur cours par l'ulcere , elless
১
GALANT. ri
A
aigriffent par leursejour , & crou
piffant au fond del'ulcere , ilsefait
unferment acide qui enduit lespores
du Cautere,
les
Si donc le fang qui passe dans
toutes lesparties de nofire corps,
qui est composé de particules differentes,
les unes graffes , les autres
Sereuses,les autres ameres ,
autres acides, fait effort pourpaffer
au traver des pores du Cautere , qui
font imbus de ce ferment acide , on
poit bien qu'il n'y aura que l'acide
-de la maſſe dusangqui paſſera au
travers de ces pores , &que les ma-
- tieres graffes balsamiques du
-Sangseront repousées par la matie
refubtile , de la mesme maniere que
vous avezvi que lafiltrationsefai
ſoit au travers du papiergris.
Il ajoûte que l'experience de
I.Aiman favoriſe ſon explication ,
-car deux Aimans s'approchant mu
112 MERCURE
2
ou
tuellement l'un de l'autre , enchas-
Santl'airqui est entre deux,lorsque
les parties canneléesquifortent des
poresde l'un , trouvent les pores de
L'autre ſemblables pourſon paſſage.
De mesme außi l'onvoit qu'un Aimanrep
uſſe un autre Aiman ,
lefer, lorsque lesparties cannelées
qui fortent des pores d'un Aimin
ne sçauroient entrer par les pores
d'un auire. Toutes ces experiences
luy ſervent à prouver comment nos
humeurssefiltrent par le Cautere;
combien ce remede est utile dans
toutes les mal dies longuesou rebelles
, où l'acide domine dans leſang.
En effet le fang se purge tous les
jours en paſſant par le Cautere ,
ense déchargeant d'une grande
partie de l'acide , il en devient plus
doux plus ftride ,& toutes les
obstructionsceſſent . C'est encore pour
le mesme effet que les Lardiniers
GALANT .
113
ont coûtumes de percer les pieds des
arbres fruitiers avec une tariere ,
pour donner écoulement à la ſeve ,
afin de la purifier lors qu'elle devient
acre , l'experience leur ayant fait
connoiſtre que c'estoit là levray moyen
defaireprofiter les arbres.
A l'occasion des veficatoires ;
l'on trouve beaucoup de choses curieuſesſur
les Cantharides,les Sang-
1. Suës , & les autres Infectes qui piquent
avec leurs trompes & leurs
aiguillons . Il fait remarquer que
les Cantharides n'ulcerent feulement
pas la Veßie eny causant de
l'inflammation car l'experience
fait voir que ceux qui ont avalédes
Cantharides , quoy qu'en petite
dose , sentent une grande douleur
d'estomac , avec beaucoup d'ardeur
à lagorge , ce qui ne peut venirque
d'une inflammation de l'estomac
des intestins , qui se communique
,
114 MERCVRE
aux reins & à la vesie , parce que
lefel acre des cantharides , en pas
Sant dans les reins , a corrode ouelque
petit vaiffeau. C'est ce qui fait
que les urines font quelquefois fanglantes,&
la roifon pour laquelle
on fent plus de douleurà la vejšie
qu aux autres parties;nevient que
dufel avec des Cantharides qui se
diffout dans l'urine, qui I entraîne
desreins dans la veßre ,sur laquelle
cefel caustique agit avecviolence.
Au reste, les Cantharidesfont
firongeantes , qu'estant appliquées
exterieurementsur une playe , elles
cauſent quelquefois une ardeur d'urine&
d'autres facheuxſymptomes
qu'on ne peut attribuerqu'aufel cor-
•rofifdes Cantharides , qui se mêle
dans lesang, passant enfuitte
avec laferofitédans la veßie produit
les effets que je viens de dire. Ceft
pourquoy il ne faut employer cesre
GALANT.
medes qu'avec beaucoup de precaution.
La filtration parle Setons'explique
comme celle quisefait par
la languette de drip , ou parlesyphon
, car c'est la mesme chose , puis
que cette languette ne differe point
dusyphon.
Ce qu'il dit des Sangfuës lors
- qu'elles s'attachent à la peau ou
aux côtezd'une fiole , est tout à
fait curieux . Voussçavez qu'on a
bien de la peineà les en arracher
Elles s'attachent à la peau & an
verre, parce que leur teste s'applatit
comme un petit bourlet . Ensuite
venant à respirer, leur corps s'enfle
beaucoup , ce qui determine le poids
de l'air à les approcher plus intimement
contre la peau ou contre
le verre, & comme iln'y aplus d'air
entre leur teſte à l'endroit où elle
s'attache , la pesanteur de l'air exterieur
les tient fortement attachées,
116 MERCURE
de même qu'un cuir mosillé que
l'on appliquesur un pare bien poli,
s'y colle st fortement , qu'on a bien
de lapeine àtefeparer. C'est lamême
chose pour deux Marbres polis
qui tiennent ensemble ; quand on
les veut ſeparer , onsent une grande
reſiſtance , à cause du poids de
l'air qui les unit l'un contre l'autre.
Lorsque la Sangfue est ainsi colléeàla
peau , il fort de sa teste un
aiguillon qui n'est que la pointe de
la trompe , laquelle étant comme un
tuyau disposé de maniere qu'il se
pliffe pour s'accourcir,&qu'il étend
fes plis pour s'allonger , lorsque la
Sangfue veut tirer du fang , elle
allonge sa trompe en chichant
dans la peau un pore ouvert pour
D'y introduire , & l'y fourrer affez.
avant pour trouver le fang qui
monte dans la trompe , à cause de
GALANT.
117
la dilatation du corps de l'animal.
Pour bien examiner la ſtructure
des partiesde la Sangsuë , on ne le
sçauroit mieux faire que far celle
qui s'attache au Poißon Xiphias , -
qu'on appelle Heron de Mer ,
parce que cette Sangfue ayant qua
tre ou cinq pouces de long , est bien
plus grande que les Sangsuesde riviere.
On voit facilement la ftruiture
de fa trompe , & des autres
vifceres de cet animal. Sa trompe est
enspirale, de maniere qu'elle entre
dans la chair comme un Vilebrequin
entre dans du bois . Il ya
lieu de conjecturer que la trompe
des Sangsues de riviere , est faite
comme celle de la Sangfuë de mer.
Il ajoûte que les Puces & les cou
fins nous piquent avec unetrompe
femblable, avec cette difference qu'à
La piquure des Cousins il ſurvient
ane erflure affezconsiderable, où la
-
120 MERCURE
pardes principes naturels la caufe
Physique de ces difformitez monstrueuses
, & des autres taches que
nous apportons duventre de la Mere.
Il entre dans le Systeme du Pere
de Mallebranche , mais il expliquepluſieurs
choses dont cesçavant Philosophe
n'a point parlé, commepourquoi
un Enfantvient au mondeſans
bras &Sans jambes , comme si l'on
avoit coupé cesparties avec un couteau,&
fidans ce moment là l'Enfantfort
duventre de la mere , on
voit avec horreur cette partie coupéequi
ſaigne encore ; maissi l'Enfant
reste dans la matrice jusqu'au
temps de l'accouchement, le bout qui
reste de la partie coupée,commele
bras ou la jambe , se cicatriſe ſi
bien, qu'il semble que la partie n'a
jamais étéentiere,&la partie coupée
qui reſte dans les envelopes du
foetus ,fe reduit en humidité , &
disparoit
T
GALANT. 121
disparoist à la fin entierement.
C'est un fait qu'il prouve par des
experiences incontestables .
Les explications de ces Phenomenes
donnent à l'esprit une idée fi
claire & fi méchanique , qu'iln'y
aperſonne qui ne soit capable d'entendre
tout ce qu'il en dit ; comme
pourquoy cestaches n'arrivent que
dans l'Enfant , &non pas dans la
Mere; pourquoy elles font de differentes
figures ; d'où vient qu'elles
ont tantoft du relief , & tantost
qu'elles font plattes & larges ; enfin
pourquoy elles portent toujours la
reffemblance de ce que la Mere a
Jouhaite.
Mais une chose qui furprend ,
c'est de voir que ces marques chan.
gent de figure & de couleur, qu'elles
Jontplus vermeilles & plus relevées
dans un temps que dans un autre.
L'Auteur explique ce Phenomine
Juin 1693 .
F
122 MERCVRE
avec beaucoup de clarté. Il parle
des effets que l'on attribue à l'imagination
, quoy qu'ils n'en dépendent
pas, comme ce que l'on dit des
Oiseaux & des Ours blancs du
Groenland. On pretend que cette
blancheur est un effet de l'imagination
desfemelles, quiſont continuellement
dans les neiges de ce Pays
froid , mais il explique autrement
ce Phenomene fans avoir recours à
L'imagination. Pour ce que l'on rapporte
des Brebis de Jacob, qui naif-
Soient de differentes couleurs , parce
qu'on avoit ſoin de mettre des baguettes
printes auprés de leurs eaux,
ilfait dépendre cet effet de l'imagination.
Apres qu'il a fait voir les effets
de l'imagination de la Mere fur le
corps de ſon Enfant , il examine le
pouvoir de l'imagination fur nousmêmes
pour nous rendre malades ;
A
GALANT. 123
& comme de toutes les obſervations
de Medecine , il n'y en a point qui
fafle mieux àſon ſujet que l'obfervation
troisième de Kerkerin defon
Spicilegium anatomicum , il la
rapporte pourfervir depreuve àform
Systeme.
En parlant de la Lepre , il dit
qu'ily a eu des Ladres qui ontpa
ru lumineux la nuit , & que leur
corps étoit un phosphore. Ilexpli
que ce Phenomene comme la lumiere
qui paroiſt dans les poiſſonsSa
lez,le bois pourry, la pierre de Bow
logne,& tous les autres phosphores,
c'est à dire,par des parties falines
&Sulphureuſes quifortent du corps
des Lepreux ,lesquelles par la vi
reffe de leur mouvement& par la
figure de leurs particulesfalinesfont
autant de petits dards qui s'avancent
hors de la fuperficie de lapeau,
&qui pouſſent avec impetuosité le
L
F 2
124 MERCVRE
Jecond Element qui se trouve dans
les pores de l'air d'alentour ; car
vous sçavez, Monsieur , qu'il ne
faut autre chose pour nous faire
voir de la lumiere que la preſſion du
Second Element par la matiere du
premier.
1
Ilrapporte encore une belle obfervation
de Marcel Donat , dufang
d'un Ladrequ'on venoit deſaigner,
qui glaça l'eau dans laquelle on le
verſa. Il rend raison de ce Phenomene
de la mesme maniere que
l'eau ou les autres liqueursse glacent
en Esté , quand on met autour
du Vaisseau dusalpestre , &de
la neige ou de la glace , pilez en
parties égales. La liqueur du vais-
Seauseglace lors que la neige vient
àse fondre, parce que la matiere
tres fubtile qui estoit dans les pores
de la neige & du salpestre paſſe
dans l'eau , & en arreste lemouve
GALANT.
125
ment . Faisant l'application de cet
effet naturel à ce qui arriva alcan
qui fut glacéepar lefang dece Lepreux,
cesang qui contenoit beaucoupde
nitre , ayant esté versé tout
d'un coupdans de l'eau froide , ilſe
coagula ,& toutes les particules
nitreuſes s'estant approchées de plus.
prés , les pores en devinrent plus és
troits , & la matiere fubtile qui en
fortisn'ayantpas eu laforce d'entretenir
la liquidité de l'eau , ce fut
une necessité qu'elle se glaçast,car
l'eauneseglasejamais que la matierefubtile
quien entretient le mouvement
, ne devienne plus subtile
ou moins agitée.
Je me ferois un grand plaisir de
parcourir le reste des obſervations
que M. Verduc fait sur les maladies;
elles sont toutes tres-belles ,
mais l'idée generale que je viens de
vous donner, eſtſuffisante pour vous
4
F 3
126 MERCURE
faire connoiſtre le merite defon Liure.
Il fait esperer dans quelque
temps une Pathologie de Medecine
fur lesprincipes de celle- cy. Comme
ils'eft toûjours appliquéà la Phyſi.
que& à l'Histoirenaturelle, il promet
encore un Traitéſur les Animaux
, qui ne sera d'abord qu'un
eſſay ; il fera une application des
Mecaniques à la ſtructure des parties
internes & externes des Animaux
, en rendant raison de leurs
mouvemens. Ce sera faire ce que
M. Borelli n'a fait qu'en general.
Ces effais feront d'un grandsecours
dans l' Anatomie pour expliquer l'ufagedes
parties. Personne n'estant
plus capable de juger de ces matieres
que Meſſieurs de l'Academie Royale
des Sciences , ce ſera à cettesçavante
Societé que l'Auteurpresenterasa
Dißertation , comme à des fuges.
Souverains qui ont droit de prononGALANT.
127
cer fur les Sciences. En voilà ben
affezpour une Lettre. Jefuis , Mon.
ficur,vostre,&c .
1
Voicy les noms de plufieurs
perſonnes confiderables de l'un
&de l'autre ſexe,mortes depuis
peu detemps.
Meffire Camille de Neuville
de Villeroy , Archeveſque de
Lion, commandeur desOrdres
de Sa Maieſté , & Lieutenant
General au Gouvernement de
Lionnois , Foreſts & Baujolois .
Il eſtoit aimé & craint dans
Lyon , où il eſt mort agé de
quatre vingt ſept ans , aprés
avoir toujours vecu avec un
éclat digne de ſon rang & de
fa Naiſſance. La Maiſon de
Neufville dont il eſtoit , a produit
de fort grands hommes .
Nicolas de Neufville , I. du
:
F4
128 MERCVRE
nom , à qui Pierre le Gendre,
Treſorier de France , donna la
terre de Villeroy, fut Secretaire
des Finances , & Treſorier de
l'Ordinaire des Guerres,Lieutenant
General au Gouvernement
de l'Iſle de France , Gour
verneur de Pontoiſe , Mante
& Meulan , & Prevoſt des Marchands
de la Ville de Paris , &
laiſſa Nicolas de Neufville II .
du nom, Secretaire d'Estat , &
Grand Treſorier des Ordres du
Roy, qui s'acquit beaucoup de
reputation , & une merveilleuſe
experience des affaires , par
cinquante fix années de ſervice
ſous quatre de nos Rois . Ce
dernieravoit épousé Madeleine
de Laubeſpine , Fille de Claude
Srde Chaſteauneuf , Secretaire
d'Estat , & mourut en 1617 .
laiſſant Charles de Neufville ,
GALANT.
12.9
Marquis d'Alincourt , Sr de
Villeroy &de Magny, & Gouverneur
de la Ville de Lyon ,du
Lyonnois,Foreſt & Beaujolois.
Celuy- cy épouſa en ſecondes
Noces Jaqueline de Harlay ,
Fille de Nicolas Sr de Sancy
Chevalier des Ordres du Roy ,
&il en eut Nicolas de Neufville
III . du nom, Duc de Villeroy
, Pair & Marchal de France,
Marquisd'Alincourt , Chevalier
des Ordres du Roy,mort
depuis quelques années ; Camille
, Archeveſque de Lyon
qui vient de mourir ,& Ferdinand
, Eveſque de Chartres,
mort auſſi ily a quelques années
, & tous dans un age fore
avancé . Feu Mr le Marechal
Duc de Villeroy , avoit épousé
en 1617. Madeleine de Crequi
fſeconde Fille de Charles. Sire
F
130
MERCVRE
de Crequi , Duc de Leſdiguie
res,Pair& Marechal de France,
&de ce Mariage eſt forty François
de Neuveille Duc de Villeroy
, qui a eſté fait Marechal
de France dans la derniere
nomination.ll épouſa en 1662.
Marie Marguerite de Coffé ,
Fillede Loüis. Duc de Briffac,
& de Catherine de Gondy , &
il en a eu entre autres Enfans ,
François, Marquis d'Alincourt,
queMrl'ArcheveſquedeLyon
fon grand Oncle , a inſtitué ſon
Heritier.
M. du Fay , Gouverneur de
Fribourg. Il s'étoitacquisbeaucoupde
gloire au Siege de Philisbourg
que firent les Ennemis
. Ildefendit cette Place pendant
pluſieurs mois ,& ruina
leur Atmée à ce Siege .
Meffire Hieromede la Mothe
GALANT. 131
Houdancour , Eveſque de S.
Flour. Il eſt mort agé de foixante
& ſeize ans , aprés en avoir
refidé vingt neufdans ſonDioceſe
ſansen fortir . Philippes Sr
de la Mothe Houdancour ,
épouſa Loüife Charles duPleſſis
Picquet,& il en cut Antoine St
de la Mothe Houdancour, mort
en 1672. Philippes Duc de
Cardonne , Comte de Beaumont
ſur Oife,Viceroy & Lieutenant
General des Armées de
Sa Majeſté enCatalogne,& Marechal
de France,morten 1657 .
Daniel Eveſque de Mendes
Henry , Archeveſque d'Auch,
Commandeur des Ordres du
Roy , morts auffi tous deux , &
Hierome , ſacré à Compiegne
Eveſque de St Flour en 1664..
c'eſt celuy dont je vous apprens
la mort. Antoine de la
F6
132
MERCURE
:
Frere Mothe Houdancour و
ainé du Marechal , a laiſſé de
Catherine de Beaujeu Antoine
II. Marquis de la Mothe-
Houdancour , Gouverneur de
Corbie. Feu Mr le Marechal de
la Mothe-Houdancour, épouſa
en 1650. Louiſe de Prie , depuisGouvernante
de Monſeigneur
le Dauphin & des Enfansde
France , Fille de Louis
de Prie , Marquis de Toucy ,
& de Françoiſe de S. Gelais-
Luſignan , & il en cut Françoiſe
- Angelique , mariée à Loüis
Marie , Duc d'Aumont , Pair
de France , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy;
Charlote Eleonor Madelaine ,
mariée à Loüis Charles de
Levy , Duc de Ventadour,Pair
de France , & Marie - Iſabel-
Gabrielle , dite Mademoiselle
GALANT..
13.3
de Toucy , mariée à Henry de
Senneterre , Duc de la Ferté
Senneterre , Pair de France.
Dame Marguerite de la
Vergne. Elle eſtoit Veuve de
Mr le Comte de la Fayette , &
tellement diftinguée par ſon
eſprit & par ſon merite , qu'-
elle s'eſtoit acquis l'eſtime &
la confideration de tout ce qu'il
y avoit de plus grand en France.
Lors que ſa ſanté ne luya
plus permis d'aller à la Cour ,
on peut dire que toute la Cour
a eſté chez elle , de forte que
ſans fortir de ſa chambre , elle
avoit par tout un grand credit,
dont elle ne faifoit uſage que
pour rendre fervice à tout le
monde. On tient qu'elle a eu
part à quelques Ouvrages qui
ont eſté leus du Public avec
plaifir & avec admiration. Elle a
.
134
MERCURE
laiſſé deux Fils. L'un eſt Mr
l'Abbé de la Fayette , & l'autreMrle
Comte de la Fayette ,
qui a épousé Mademoiselle de
Marillac , & qui ſert prefentementdans
l'Armée d'Allemagne
en qualité de Maréchal de
Camp.
Dame Catherine Boucherat.
Elle estoit Abbeſſe de S. Michel
de la Ferte Milon , & Soeur de
M. de Boucherat, qu'un merite
diſtingué a fait élever àladignité
deChancelier de Frace.
Meſſire Edoüard - François
Colbert Commandeur des
Ordres du Roy,Comte de Maulevrier
, Baron de la Frogere ,
Seigneur de la Foreſterie , la
Charte Bouchere , Villepreu ,
la Haye- - Bergerie ,& autres
heux.. Il fat fait Lieutenant
General des Armées duRoy en
GALANT.
135
1676. & Gouverneur des Ville
& Citadelle de Tournay en
1682. Il a eſté Capitaine Lieutenant
de la premiere Compa-
-gnie desMouſquetaires,& c'eftoit
diſtingué par des actions
d'éclat en toutes fortes d'occafions
. Il fit des merveilles en
Hollande , où il commandoit
un corps de Troupes , que le
Roy avoitenvoyées au ſecours
des Hollandois , dans le temps
que le feu Eveſque de Munfter
les attaqua. Il s'eſt auſſi extrémement
ſignalé aux Sièges
de Candie , d'Ipre & de Fribourg
, & a fait paroiſtre en
pluſieurs autres rencontres,un
courage plein de fermeté , &
une intrepidité ſurprenante..
C'eſtoit le dernier des Freres
de feu Mr Colbert, Miniſtre &
Secretaired'Etat. Ilavoitépou
136
MERCURE
ſé Madeleine de Bautru , Fille
de Mr le Comte de Serrant ,
dont entre autres Enfans il a
eu une Fille , mariée à Mr de
Medavi , Fils de Mrle Comte
de Grancey , & petit - Fils de
feu Mr le Maréchal de Grancey.
Il a laiſſé encore d'autres
Filles, & un Fils qui commande
un Regiment .
Le Gouvernement de Tournay
, vacant par ſa mort , a eſté
donné à Mr le Marquis de
Beuvron -d'Harcourt, qui joint
beaucoup de prudence & de
valeur à une fortgrande experience.
Ila commandé , & commande
encore actuellement en
Chef, & poffede toutes les qualitez
qu'on peut demander pour
devenir un jour un grandGe-
Beral d'Armée.
Il me reſte à ajoûter icy la
3
GALANT .
137
mort de Dame Catherine le
Mairat , Femme de Mr Boulanger
, Seigneur de Hacqueville
, Maistre des Requeſtes
Honoraire ; & celle de Dame
Marguerite Maillard , remme
de Mr le Marquis du Freſnoy
Je vous ay déja parlé de ces
Familles , & il eſt temps que
cette matiere faſſe place à des
articles d'une autre nature.
Je vous envoyay le mois paſſe ,
ce que M. de Comiers a écrit
fur les Lettres des Illuſions des
Philoſophes touchant la Baguette.
Voicy ce que l'Auteur
de ces Lettres y a répondu..
138 MERCURE
4
RE'PONSE
A MONSIEUR
DE COMIERS.
1Ene say , Monfieur , comment
vous l'entender ?Remplir d'injures
une Lettre desoixante pages ,
parce que vous croyez qu'on vousa
dit une dureté , cela n'est nullement
dans l'ordre. Vous paroissez
émů d'une force qui ne vous laissé
garderni mesure ni vrai ſemblance,
qui me mettroit dans un fort
grand embarras , si j'avois donné
lieu à vostre colere . Par bonheur vôtre
aigreur n'a pour fondement que
vostre méprise. Après avoir dit mon
Jentiment ſur tous les Syſtemes qui
GALANT.
139
ontparuſur la Baguette, j'ay ajouté
queje n'avois rien à dire fur les
diſcours en l'air que font certains
grands parleurs , dont la
teſte eſt un Magaſin de plufieurs
chofes mal digerées , &
qu'ilsappliquent ordinairement
de travers . Vous avezcru voir v০-
ftreportrait dans ces paroles , mais
je n'ay point de part à l'application
que vous en avezfaite , &fi vos
Lecteurs ne vous ont pas fait prendre
le change , vous avezdû voir que
cet endroit ne vous regarde point ,
ny personne enparticulier ,& qu'on
neparle de vous , qu'après avoirfini
tout ce qu'on avoit à direfur ces
fortes degens. Enfin ai-je dit enfuite
, il y en a qui écrivent ou
pour ſe divertir , ou pour faire
plaifir à quelques perſonnes ,
ou pour ſe decharger viſte des
premieres penſées qui leur font
140 MERCURE
}
3
venuës dans l'eſprit . C'est là le
Seul endroit où l'on indique vôtre
ouvrage , & puis qu'il ne paroist
pas que cet endroit vous ait fait de
lapeine , mevoila hors de toutfcrupule.
Lesuis ravi de ne vous avoir
donné aucune occafion de chagrin ,
je ne laiſſe pas d'êtrefâché que
vous voussoyezmis en mauvaiſehumeursur
un endroit que vous n'avez
pû vous appliquersans vousfaire
tort. C'est cependant cet endroit
que vous repetezſiſouvent ,&qui
vousfait dire tant d'injures. Ne.
craignezpas que je les repoussepar
d'autres injures. Ce langagemest
inconnu ; jesçay d'ailleurs à quoyla
Religion nous oblige en ces rencon
tres, jeveux oublier tout ce que
vous m'avez dit de deſobligeant.
Puisque vous avoüez que vous ne
Sçavezqui jefuis , il auroit esté à
propos que vous n'cußiez rien dit
-
GALANT .
141
de perſonnel, Si vous avezparléfur
des memoires , ils font affûrement
infidelles , je ne m'y reconnois point.
Ie ne connois point cette perſonne
qui court les Bibliotheques pour me
faire plaifir; je nesçay ny jeu de
dez, n, jeu de cartes , les railleries
que vous faites là-deffus ne
peuvent me convenir.
N'aurois-jepas außi droit de me
plaindre de ce que vous vous exercez
à deviner sur ce que j'ay dit de
quelques Ecoliers de Philoſophie ?
Eft il raisonnable d'en faire l'application
à un jeune homme bien
elevéqui est depuis long- temps hors
dePhilofophie ? Voila , Monfieur ,
ceque j'ay cru d'abord devoir vous
dire. Ie ne voulois pas vous entrete -
nir plus long - temps , parce que
vous voyantfifort en colere , je craignois
que vous ne prißiez en muvaisepart
ce que je vous dirois dans
L
142 MERCURE
lafuite ; mais je fais reflexion que
voſtre émotion est peut-estre appaifée,
& que le mépris avec lequel
vous me traitez , doit m'eſtre un
engagement à vous répondre , de
peurque vous nepreniezmonfilence
pour un mépris reciproque. Ie vais
doncfatisfaire à ce que vous critiquez
L'endroit que vous attaqueravec
le plus de reſolution , c'est l'Entretien
d'Ariſte , de Theodule , &
de Ménalque. Vous ne connoiffez
point,dites vous, cestrois Meßieurs
Il paroiſſent tout d'un coup ,
comme trois Carabins , qui tirent
leur coup de Piſtolet , &
puis qui ſe retirent , ſans qu'on
puiſſe deviner ni d'où ils viennent
, ni où ils s'en vont.
Quoy , Monsieur , un Dialogue
nepeut- il vous plaire à moins qu'en
we diſe , d'où viennent ceux quiparGALANT
.
143
lent , & où ils vont ? Si tel eſt vo
ſtre goust , je ne sçais qu'y faire.
En cas que vous faßiezdes Dialogues,
je confens que vous leſuiviez.
Vous pourriezpeindre ceux qui parlent
,décrire tout ce qu'ils ont de
particulier , & faire mesme leur
Genealogie , que je n'y trouverois
point à redire. AgréezSeulement
que je neſuivepas cette methode ,
- que je prefere celle de Platon ,
- de Ciceron, de Lucien , & de tant
d'autres qui paſſent pour bons connoiffeurs.
Dans lefond vous n'exigezpas
toujours qu'on diſe d'où on vient , ni
enquelendroit onse retire. Dumoins
ne vous plaignez-vouspas de ce que
je n'aypoint dit monlogis. Il vous
prendfeulement envie de demander
ce que je faisois dans cettebelle con .
versation avec ces trois Meßieurs.
Apprenez moy un peu , pour144
MERCURE
Juivez vous, quel eſtoit là voſtre
perſonnage ; car vous n'y dites
pas un petit mot. Vous nous
avertiſſez ſeulement qu'Ariſte
vous mena chez Theodule. La
converſation mefme s'y échaufa
; il n'ya que vous qui eſtes là
froid comme un Eſpagnol. A
vous voir remuer la tête ſans
jamais defferrer les dents , on
vous prendroit pour une Pagodede
la Chine.
Aquoy pensez vous , Monfieur ?
Dans un Dialogue de douze ou
treize pages, je parle jusqu'àſept
fois ; vous , pour avoir lieu de
coudre ensemble quelques quolibets
, vous avancez que jene dis pas
unſeul mot dans cette conversation.
Lefuisfurpris quesur une faußeté
quipeut estre fiaisémentdécouverte,
vous avezpris occafion de remplir
pluſieurs pages de froides railleries.
GALANTA
145
vies. Est-ce que vos Lecteurs vous
trompent , ou que vous croyant offense
, vous n'avezpas l'esprit affez
librepourécouter ce qu'on vouslit ?
Si vous avieztant d'enviede cri .
tiquer te Dialogue , que ne l'examiniez
- vous avec attention ? Vous
enfezveu à la page 180. ligne
6. unMenalque mis au lieu de
Theodule. Comme cette faute dé
range tout dans ce Dialogue,vous
auriez eu quelque droit d'y faire
remarquerdu defordre de la con
fusion &je n'aurois répondu à
voire Critique , qu'en vous priant
d'effacer Menalque ,&de mettre
au - deffus Theodule. Mais emû
au point que vous l'estes, il n'est
pas poffible de voir lesobjetstels
qu'ils font . N'appercevant pas les
fautes réelles , vous encroyez voirlà
où il n'y en cut jamais , vous
portezle troublejusqu'àm'accuſerde
Juin 1693 . G
146 MERCVRE
garderle filence, lors mesme que
vous attaquer mes propres paroles ,
dites en premiere perfonne dans ce
Dialogue, we
Après ou Arifte a rapporté ce
qui est dit dans laThysique Occulte,
àl'occaſion d'un homme égorgé, qui
paroiffint la nuit à son ami ,vient
luy dire qu'on a mis fon corps dans
un Chariot , &que s'il se rend de
bon matin dans l'endroit qu'il luy
marque , il y trouvera le Chariot
chargé de fumier , dans lequel on
L'acaché comme on pretend attri
buer à la tranſpiration inſenſible ,
l'apparition le détail de toutes
ces circonstances ,furpris d'une
explication fi bardie , ou plustoft
d'une idée fi extraordinire , me
tournant vers le defenseur de la
Thyfione Occulte ; Ah, Menalque,
luydis-je,que cela eſt admirablet
Des Corpufcules qui viennent
છછછછછ છ છે
GALANT.
147
dire qu'un homme eſt aux
priſes avec fon Hoſte , qu'il a
eſté tué , qu'on l'a couvert de
fumier , & qu'on le trouvera
à la porte. Rien n'est plus clair
que c'est moy qui parle en cette oc
cafion comme enbien d'autres ; mais
s'il est eſtonnant que vous ne l'ayez
pas remarqué , il l'est encore bien
davantage que vous avez voulu relevercet
endroit , & que l'Auteur
de la Physique Occulte ne vous en ait
pas détourne.
Parun men-gement tout particulier
dont je puis donner des preuves
parlantes ,j'avois paſſefur bien
des choses , je nefaifois quegliffersurcette
explicationſans en developerl'absurdité.
Il falloit aßurement
, Monsieur , vous contenter
des égards que j'avois eus , & ne
pas traiter de Soldat armé à la
legere , & d'ignorant qui veut
G 2
148 MERCVRE
faire le bel eſprit , celuy qu'une
telle explicationfait sourire.
Croyez-vous qu'ilsoitfort raisonnable
defuppofer que la transpiration
de w's corpsva dans un instantfaire
impreſſionfur nos Amis , quoy qu'éloignezde
nous ? une tellefuppofition
peut elle , à vostre avis , estre
faite par un Auteur qui pretend
que la transpiration des hommes demeurefixe
enfortant du corps , qu'el
le ne s'écarte point , & qu'elle ne
peut estre portée ailleurs , ny par les
vent , ny par les tempestes , ny par
quelque autre cauſe que cesoit ? Et
quand ilferoit permis defaire deux
ſuppoſitionsſi opposées l'une à l'autre
, concevez-vous bien que la
tranſpiration de nos corps puiße nous
faire voir à nos Amis absens ,
les avertirde ce quiſe paſſeennous?
Est-ce que vous estes bien persuadé
que comme nous pouvonsfaire enten.
GALANT
149
dre nospensées par nosparoles , nous
puißions de mesmepar la tranſpiration
donnerànos Amis tel avis qu'il
n'us plaira, ou apprendreparcequ'ils
exhelent , tout ce qui leur arrive ?
S'ilvous échapoit jamais de dire que
fansfortirde vostre chambre vous auriez
appris des nouvelles parle moyen
de certains corſpuſcules exhalez du
corps d'un Nouvelliſte qui se promenoit
dans le jardin duTalais Royal,
quevous entrepriſſiez defoûtenir
une imagination ſi chimerique ,
quelle idee pensez vous qu'on auroit
de vostre habileté dans la Thyſique
?
Le n'inſiſterty pas davantage làdeffus,
ie me contente de vous renvoyeràCiceron.
Il refute affezagreablement
ceux qui ofent faire dessy-
Stemes de cette nature , außi- bien
que ceux qui penſeroient * que les
* L 2. de Divinat. n. 136. & feq
G3
150
MERCURE
i
images qui nous viennent en dormant,
font forméespar ce quise détache
des mesmes corps dont nous
croyons voir lafigure.
Peut efire vous ay-je déja fatigussur
cet article , car fivous me
traitezde Soldat armés à la legere
, lors que j'use de quelque ménagement,
toujoursportéà critiquer ,
fans craindre de vous comredire ,
vous grondez d'ailleurs de ce que
j'entreprens avec trop d'appareil de
détruire neuf ou dix systemes ,
de ce que jeparois trop bien informe
furlamatièreenquestion.
Il faut, dises- vous , avoir employé
quatre ou cinq ans à faire
des experiences fur la Baguette
, pour dire ſi poſitivement
qu'elle tourne indifferemment
à des perſonnes d'un ,
temperament different, & aux
mêmes perſonnes , en destems
GALANT.
ISK
où la diſpoſition de leur corps
n'eſt pas la même qu'elle tourne
à l'âge de dix ans comme à
celuy de foixante , pendant la
maladie comme dans une parfate
ſanté , à jeun auſſi-bien
qu'aprés avoir mangé .
Non , Monfieur , il n'a pas fallu
quaire ou cing ans pourfaire cette
remarque ; iln'a fallu qu'un demiquart
d'heurezcar ilnefaut pas plus
de temps pour lire deux Relations
auſſicourses que lefont celles deM.
IAbbé de la Garde , & de M. le
Procureur du Roy. Vous deviczfaive
attention que je ne me fers des
Paroles citées qu'aprés ces Meffieurs.
Ils ont fait ces obfervations en moins
d'unesemaine , &dans les endroits
où l'on trouve un grand nombre de
gensqui sefervem de la Baguette.
Onpeut les faire en moins de deux
jours.
G4
152
MERCURE
" Mais à quoy aboutifſſent les reflexions
que vous faites fur ce qu'on
avoit traité la question ily a quel
ques années ? Quel inconvenient
trouviez vous, qu'aprés l'avoirexaminéeily
a quatre ans,& écrit pour
Lors deux Lettres fur cette matiere,
onfaſſeà present imprimer ces deux
Lettres , & qu'on montre en même
temps les défauts de tous les systemes
qui viennent de paroiſtre ſux
ce sujet ? Comme l'on m'avoit demandé
plusieurs fois quelque chose
de plus étendu que ce qui est dans
ces premieres Lettres , pout - oftre
avois- jepromis d'y travailler ; mais
Si je n'ay pumy determiner qu'aprés
avoirvûparoistre les nouveaux
Systèmes , a- i'on quelque sujet d'y
trouver à redire ?
Quel inconvenient trouvez- vous
vencore, que pour examiner ce qu'on
doit penſer des ſyſtemes fur le fair
0
GALANT .
153
de Lyon, j'examine les circonstances
qui se trouvent dans les diverſes
Relations , ou dans les obfervations
que nous ont données les Auteurs
de ces ſyſtemes ?
Il ya , dites-vous, dans toutes
ces Relations des choſes outrées
; il y en a de fauſfes ; il y
ades contradictions manifeſtes ,
& ſur tout cela vous pretendez
pourtant décider ce qu'on doit
juger de nos ſyſtemes . Nos fy-
Stemes ! Est-ce que vous en avez
fait un , & que vous estes charge
par les autres Auteurs de plaider
La cauſe commune ? Quoy qu'il en
foit, voyezà quoy vous exposez ce
que vous m'oppoſez . Si vous pretendez
que ces choses ontrées , ces
contradictions manifestes partena
de l'ignorance ou de la malice de
oeux qui les rapportent , je vous
zenvoye à Mel Abbé de la Garde
GS
154
MERCURE
Me le Chevalier deMongiraut,
Mele Procureur du Roy , à M.
Panthot , & à M. Garnier , & fi
des Relations font fidelles , comme je
ne puis en douter , persuadé de la
bonne foy , & de l'exactitude de
tous ces Meſſieurs , ces contradictions
manifestes se trouvent dans
l'usage de la Baguette ?El qu'y a
1-il de plus décisifpour montrerque
le mouvement de cette Baguette
v'est pas naturel , &qu'ilne peut
estre que l'effet d'un esprit capable
de mentir , & de se contredire ?
Qu'on l'attribue à la fourberie des
bommes ,ou à celle des efprits déreglez,
il m'importe peu. On doit
toûjours conclurre qu'un tel usage
ne peut- être mis au nombre desfearets
de Phyfique; c'est tous ce que
j'ayvouluprouver.
Remarquez, Monsieur , l'usage
que j'ay fait de toutes ces Relations,
GALANT.
155
-
&ce quej'ay observé dans l'examendetous
cesſyſtemes. En exami
nant unſyſteme ; ie ne mesuis fervi
que des faiis & des principes re
ceus par l'Auteur; & lors que l'ag
montré qu'il n'estoit pas possible
qu'on expliquast iamais physique
ment les Phenomenes de laBaguettes
ien'ay raisonné que fur les obfervationsrapportées
de la même maniere
dans toutes ces diverses Relations
: Ce que l'ay dit est affez
clair , & iene croy pas qu'ony oppose
jamau rien defolide.
I'apprens tous les jours que de
tres-habiles Phyficiensfont dans le
Sentiment que j'ay ſuivi . M. Chatelain
, Docteur en. Medecine, dent
l'habileté doit vous eftre connue per
fesOuvrages &par sa reputation ,
vient de mettre au jour une Differtation
Physique, où il prouve fort
ſolidement l'impoßibilité de faire
e
G6
156 MERCVRE
unſyſtemefurlaBaguette , fi la
pluſpart des Scavans nient abfolument
tous ces faits , nonseulement
ce qu'on raconte d'Aimar , mais
generalement tout ce qu'on dit des
Thenomenes de la Baguette, c'est
qu'ils croyent impoßible qu'une Baguette
tenuë des deux mainspuiſſe
naturellementse mouvoir&se tordre
de la maniere qu'on le dit.
Comment ofez- vous donc traiter
de dupes , de viſionnaires *
mauvais Phyficiens ceux qui font
dans l'opinion quej'aysuivie ? Pretendez-
vous estre en droitde traiter
ainsi les Auteurs Iefuites dont j'ay
rapporté lesentiment ; & vous imaginez
vous faire prendre le change
au Public en mettant les Iefuites
au nombre de ceux que j'attaque ?
Ie ne pense pas qu'on vous croye.
Comme on afujet de se défier de vo-
* Page 17
ة ب ع ل ل ا
多
de
GALANT.
157
ftre témoignage , on ira confulter la
buitième Lettre des Illuſions des
Philoſophes ſur la Baguette ,
ony verraqu'outre les dix Au
teurs Iefuites que jecite , je dis net.
tement qu'à la reserve du Pere de
Chales , qui n'a ofé décider , je ne
connois aucun autre Iefuite qui n'ait
condamnél'usagede la Baguette.
Peut- estre après cela ne voudrat-
on pas vous croire , lorsque vous
dites que j'ay maltraittele P. Schott
dans un feuillet qui ne paroist plus ;
mais je veux estre vostre Cautionfur
cet article. L'avoże donc que dans
lefeüillet qui n'apas deuparoistre
dés quele Livrea esté mis en vente ;
jay parlédes Ouvrages de ce Pere ,
comme de Recueils où l'exactitude
le discernement ne regnentpas
toujours ; je l'ay dit , &je n'ay pas
changé de sentiment. Distinguez
bien le Pere André Schoot d'avec
158 MERCURE
lePere Gaspar Schott. Celui cy est
d'un caractere fort different du pre
mier, Ledefir d'imiterle PereKir
eher dont il avoit esté Collegue à
Rome, luy fit prendre le deffeinde
ramafferbeaucoup de chosesfurlHiftoire
naturelle,&quoy qu'ilsçeust
les Mathematiques , il s'appliqua
davantage à compiler beaucoup de
chofes, qu'à difcerner le way d'avec
le faux. Cent Iefuites vous diront
la mesme chose , vous avoüeront
qu'ilne faut pas prendre pour des
veritez tout cequise trouve dansfes
ouvrages.
Aureste , je vous prie de vous
accorder avec vous mefmeſur leſujet
de ce Tere. D'un costé vousfaites
femblant deprendrefon party contre
moy , &de l'autre vous le mettez
au nombre des Duppes , des Viſionnaires
, des mauvais Phyfaciens.
Carprenezygarde ,Mon
GALANT
159
ficur fonsentimentfur la Baguette
n'est point different de celuy que j'ay
Suivi. Voyezle dans la fource , ou
dans ceque j'en ay fidellement rapporté
, & faites corriger l'endroit
dela Phyſique Occulte , où il eft
dit que le P. Schott a changé de
fentiment. C'est une erreur; il est
vray que si le paßage cité dans la
- Phyſique Occulte estoit fidelle ,
on auroit fujet de le pen er ainsi,
mais il eſttronqué , onya retranché
an femper , Toujours ,
quidem non perfuaferunt ,
cette omißion fait tout un autre
Sens.
qui
Le beau champqu'auroit euvostre
humeur critique , fi vous aviez pu
rencontrerune tellefaute dans les
Illufions de la Baguette ! Par
bonheur, il ne s'y trouve rien qui
vousaitdonné priſe , &vous n'avez
pu vous emporter quejur desjuppo160
MERCVRE
fitions&des fautes, dont vous eſtes
vous-mesme l'Auteur.
Souvenez - vous que vous estes
cause que j'ay parlé de cette faute ,
qu'on pourroit appeller une infidelité
? Elleme determina à faire un
Carton , mais n'osant ouvertement
lafaire connoistre ,je me contentai
de distinguer Toujoursparunplus
gros caractere.
Une autre raiſon m'engagea à
faire ce changement. C'est qu'il
estoit àpropos de ne pas parler du
Pere Shott , d'une maniere qui eust
pûfaire de la peine àquelques per-
Sonnes , vous auriez bien du ne
pas reveler ce que j'avois condamné
àne point paroiſtre.
Voila l'unique changement que
i'ayefait, mais si j'avois pu prevoir
que l'endroit que vous vous appliquez
vous eust fait de la peine ,je
I'aurois afſfurément retranché. L'au
GALANT. 161
roisfait unſecond Carton ,prefi à en
fire untroisième &unquatrième,
àpffer l'épongefurtout le Li-
Dre,playioft que de faire de la peine
à qui que cefort
2 Tuis que vous avezvu les Illufions
defi bonne heure , que ne me
fai fiez vous direparle Libraire que
vous vousy croyiezmaltraitté ?Vn
tel avion'auroit pas esté außi inutile
que celuy que vous me donnez
dansvostre Lettre.Vous ne gardez
pas alfez , dites vous , la vrayfemblance
dans vos fictions.
Penſez vous que ce ſoit une
choſe bien imaginée que voſtre
Lettre écrite de Paris à un Chanoine
de Grenoble , pour l'inftruire
de ce qui s'eſt paſſé dans
Grenoble meme ?
Je ne ſeay d'envient qu'il ne
vous paroist pas vraysemblable, que
j'écrive deParis à une perſonne de
-
162 MERCURE
Grenoble,ce quise poffa il ya quatre
ans dans Grenoble mejme ,
queje luy nomme les personnes qui
furent témrins du fait außi bien
Sicela n'est pas pray femblable
,il est certain que cela est
que moy,
La Lettre dont vous parlo la
fuivante ont été écrites le mois de
Fewier dernier à M. Lions , Chanoine
de Grenoble. Ces Letires furent
leuës par ceux quiy sont nommez,
&comme ils sçavent mieux
quevous ce queje devois dire cutai
re le cas de conscience,& les re
flexions que vous faites là-deffus
font fort inutiles.
Pour la contradiction que vous
ero ezvoir, vous ne la verrez plus
fi vous donner quelque attention à
ce que j'ay dit à le page 260 .
En un mot, on ne doit jamais se
fervir de la Baguette, lors qu'on est
GALANT.
163
perfuadé qu'elle ne peut tourner na...
turellement . Quand on en doute ,
vien n'empêche de voir Iexperience,
d'enobſerver tous les phenomenes.
Comment s'affurer autrement
s'ily a de la fourberie , ou si tout ,
estPhysique ? Et àl'égard de ceux
qui s'en fervent communément ,
pourquoy ne les porteroit-on pes à
demander à Dieu defaire ceffer ce
mouvement, en cas que le Demony
ait part ? Trier de cette maniere
ce n'est pas tenter Dieu , mais demandersa
protection contre les illu
fions duTentateur,
Pourquoy me demandez vous
qu'est- ce que j'entens parlesPhenomenes
de la Baguette , qui
lont ou faux ou furnaturels 2
Cette expression ne se trouve print
dans mes lettres. Ien y donc qu'à
vous expliquer ce que j'entens par
farnaturel; puis quevousy trouvez
1
164
MERCURE
C
tant de difficulté. Ie n'entens pas
par ce terme ce qui est produit par
le Demon, mais en general , tout
ce qui n'estpas naturel, c'est à dire
tout ce qui n'est pas fait paruneſuite
des Loix que Dieu a établies
pour la communication des mouve.
mens. Quelquefois on restraint le
terme naturel ,& quelquefois on
luydonne uneplus grande étenduë.
On pourroit absolument dire que
tout ce qui fefaitpar les Anges
les Demons est naturel , parce que
s'ilsont le pouvoir de remuerlesCorps,
il est auji naturel qu'une pierre
s'éleve en l'air lors qu'ils le defirent,
qu'il est naturel que noftre brasse
lors que nous le voulons.
remue
1 Mais communement on entendpar
naturel, ce qui se fait par la rencontre
& le choc des corps ,fans que
les.Anges ou les Demons s'en melent.
C'est en cesens que je prens ce
GALANT.
165
terme. Le croy devoir m'arreſter icy.
Si j'en difcis davintage,j'ircispeut-
-estre plus loin que vous ne foubaittez,
car vous ne parciffezpas d'hu
meurà penetrer un principe , nyd
Suivre un raisonnement. Ie ne puis
entrer dans lefond de la question ,
parce quevous ne l'avezpas touchée,
cetteseule raison devroit bien
me diſpenſer de vous faire aucune
réponse. Serieusement , Monfieur , à
quoy aboutit tout ce que vous reprenezdans
les Lettres qui decou
vrent l'illuſiondes Philofophes
ſur la Baguette ! Quand ce que
vous avez critiqué ne roulercit pas
furdefaussesfuppofitions , quand il
feroitvray que j'aurois gardé le fi-
-lence dans une conversation , ou que
i'aurois usede quelque fictionen écri
vant une Lettre,qu'est ce que cela
feroit au point conteste? Il s'agit de
sçavoir s'il est poßible , qu'un écou
166 MERCVRE
lement depetits corps ait fait tournerla
Baguette . La cuestion nest
point embrouillée ; elle est reduite
àdeux points * dans l'examen des
Systemes de Mr huvin , de Mr
Garnier , 29 de l' .Auteur de la
Thysique Occulte. C'est là où il en
falloit venir , & auxreflexions que
jayfaites , pour montrer que dans
Fusage de la Boguette il, a des
moraliter incompatibles avec res
couses Thysiques. Ne dites pas , je
vous prie,que je ne distingue pas affer
l'usage que quelques- uns font
de la Baguette en dirigeant leur
intention, d'avec ce qu'observent les
autresfans former aucun defir.Toar
peuqu'on lifeles Illuſions fur la
Baguette , on fera convaincu du
contraire. Il est arar que je montre
pardes faits incontestables que la
* Pag. 82. & 206.
C
GALANT.
167
S
Baguette s'accommodeſouvent aux
defirs &à l'intention de ceux qui
s'enservent , mais lorsque j'ex mine
les trois Syſtemes dont je viens de
parler,je ne dis pas un mot de l'intention.
Leraiſonnefurles principes
des.Auteurs mêmes des Syſtemes
La conclufion que je tire , eft fondée
fur des preuves purement Physiques.
Si l'on ne vient à l Examen de
ces diverses preuves , tout ce qu'on
objectera fera inutile.
Recourir aux injures ,&n'oppo
fer que des mots vagues , c'est miter
les deffenseurs de l'Aftrologie judi
ciaire , toujours profts à appeller
Duppes , les Auteurs qui ont déwust
les principes de cet art chimerique
,& quien ont découvert les
illusions & les mensonges. Chicaner
Surcertaines choses qui nefont rien
à le question , c'est perdre le temps
&lefaireperdre aux autres. Mais
168 MERCURE
jugeons de ce que vous feriez dans
l'examen de la question principale,
par ce que vous faites dans tout ce
que vous attaquez. Combien de fois
avez- vous pris le change ? Voyez
quelles ont isté vos reffources ; de
fauſſes ſuppoſitions relevées par de
pures badineries. En dis- je trop ?.
N'est-ce pas tout au moins badiner
que dese faire un Phantôme pour
s'endivertir , que defe forger une
Statue , & un Muet qui re
muëla teſte ſans defferrer les
dents , pourpouvoir l'appeller Efpagnol
, Pagode de la Chine ,
& tout cequ'il vous plaist.
Ce qui est affez singulier , c'est
qu'avec tout cela vous parlez com
mesi vous estiez bien redoutable.
Que vous estes heureux d'avoin
affaire à une personne qui répond
fimplament à ce que vous opposez
& quiseferoit un fcrupale de vous
attaquer
GALANT.
169
attaquersur quoy que cesoit. 11feroit
afſeurément tres-facile de vous
pouffer rudement , mais à Dieu ne
plaiſeque jeprenne ceparty ; l'aimerois
bien mieux prendre celuy de
garder le filence, il me paroist , le
meilleur , & je nesçay d'oùvient
que bien des gens souhaitent , que
jevous réponde. La manierefimple
aveclaquelleje lefais ne leurplaira
peut- estre pas , mais pourven
qu'elle ſerve à me tenir dans les bor .
nes de la moderation , & d'une juste
deffense, c'est tout ce que je cher
che.
Ilferoit àsouhaitter , Monsieur,
que vous vous fuſſicz prescrit de
telles bornes en composantvôtre Lettre
, & que vous cuffiez aussi fait
reflexion qu'on ne doit jamais écrire
lors qu'on ſe ſent émù. Ie n'oferois
vous donner des avis ; les Livres
Saints vous enfourniront d'admira-
Juin 1693 . H
170
MERCURE
1
bles , & fi vous en voulezde moins
parfaits, Seneque vous en donnera
qui ne laiſſentpas d'estre salutaires.
f'on trouve deux , dans leſecond
Livre de la Colere , dont je
croy devoir profiter. Le premier est
de ramenerpar de bons offices , ceux
qui se mettent en colerecontre nous,
&lesecond , de s'eloigner d'eux ,
quand ils veulent nous frapper. Je
nepourray peut- estre faire usage dis
premier que par mes defirs , mais
jobſerveray exactement leſecond ,
en gardant lefilence ,ſi vous écrivez
de nouveau contre moy .
On a rétably le commerce
entre les Pays bas Eſpagnols &
les Pays Conquis. Le Prince
d'Orange en a eu beaucoup de
chagrin .Il s'eſtoitimaginé dans
le commencement de cette
guerre , qu'il prendroit ſi bien
-ſes meſures , que la France fe
GALANT .
171
roit ruinée faute de Commerce.
Cependant, quelle que ſoit
l'autorité arbitraire qu'ila ufurpée
ſur les Hollandois,il n'a pû
empêcher celuy de Lettres de
cette Republique avec la France;
& quoy qu'il ſoit défendu
en Angleterre , toutes les Lettres
des trois Royaumes nous
viennent par la Hollande.
Nous n'avons manqué de rien
depuis l'ouverture de la guerre
, que ſes intereſts luy font
chercher à continuer , le grand
nombre de Priſes que nous
avons faites ſur mer, & que
nous faiſons encore tous les
jours, nousayant fournyabondamment
de toutes choses ; &
c'eſt par cette raiſon que les
Armateurs qui avoient accoutumé
de defarmer pendant que
les Flotes eſtoient en mer , ont
Η 2
172 -MERCURE
eu ordre de la tenir cette année.
C'eſt une marque évidente
que nous ne manquons
point de Matelots , puis que
ſuivant l'uſage , on auroit pris
ceux des Armateurs dont on
avoit accoutumé de ſe ſervir ,
comme faisoient les Anglois
pendant que les Flotes eſtoient
en mer.
Les Religieux Hoſpitaliers
del'Ordre du Saint Eſprit ne
ſont pas les ſeuls qui ayent rendu
au Roy leurs tres - humbles
actions de graces , de la bonté
que Sa Majesté a euë de rétablir
cet Ordre dans tous ſes
droits. J'oubliay de vous dire il
ya quelque temps que les Chevaliers&
Officiers Laïques du
mefme Ordre ont eu part à cet
honneur , & que Mr le Chevalier
Huë , un des anciens Ba
GALANT .
173
ron's de Courſan en Auxerrois ,
Commandeur de Saint Pourfain
, Sous -Vicaire general , &
premier Officier d'Epée du
mefme Ordre , accompagné de
pluſieurs Chevaliers & Officiers
, fut prefenté à Sa Majeſté
par Mr le Maréchal Duc
de Duras , pour la remercier ,
non ſeulement du rétabliſſement
deleur Ordre , mais encore
de la grace qu'Elle leur a
faite , en agréant le Regiment
qu'ils luy ont offert par le Placet
rapporté par Mr de Barbe
Geux.
Le Roy a donné plufieurs Benefices
ce mois cy . Mrl'Abbé
de la Luzerne a eſté pourvû de
l'Eveſché de Cahors .Il eſt homme
de qualité. Mr le Marquis
de la Luzerne , ſon Pere , avoit
eſté Gouverneur de feu Mr le
H 3
174
MERCURE
Duc de Vermandois .Il eſt Docteur
de la Faculté de Paris,tres
eſtimé pourſes bonnes moeurs .
Il eſtoit Aumônier de Madame
la Dauphine. Mr le Comte
de la Chaiſe a épousé la foeur
de ce nouveau Prelat.
L'Eveſché de Cominges a
eſté donné à Mr l'Abbé Dé .
nonville , qui aeſté longtemps.
Grand - Vicaire de Chartres.
Mr Dénonville fon Frere eſt
Aumônier de Monſeigneur le
Ducd'Anjou , & a eſté Viceroy
de Canada.
L'Abbaye de Ligny a eſté
donnée à M. l'Abbé de Camps
d'Amiens. Je ne pourrois rien
dire de ce qui le regarde , qui
ne ſoitconnu de toutle monde.
Mrl'Abbé de Candau a eu
l'Abbaye de l'lfle Chauvet
Mr l'Abbé de Meſchatin,ComGALANT.
175
te de Lyon , celle de Memac, &
Mrl'Abbé de Sanſay , celle de
Moreau. Il eſt Neveu de Mr de
Coulange , & Parent de Mrs
d'Eſtrées . Mr Bitault a eſté
pourveu del'Abbaye de Poultiere.
Ilaun Frere Capitaine
aux Gardes ,& un autre Con.
feiller au Grand Conſeil, Mr
l'Abbé Deſtain , Comte de
Lyon , a eu le Prieuré de S. Irenée
de Lyon. Il eſt Frerede Mr
de Saillant , Capitaine auxGardes.
Je vous ay déja entretenuë
fortau longdela Maiſon d'Eftain
, l'une des plus illuftres
de France. Le Prieuré de
Partenay a eſté donné à Mr
l'Abbé du Rofel , Fils d'un ancien
Officier de distinction . Il
a deux Freres Colonels . Mr
l'Abbé Duché a eſté pourvû
de celuy de Charrais. Il eſt Fils .
Η 4
176 MERCURE
4
de feu M. Duché , Contrôleur
General de l'Argenterie. Le
Prieuré de S.Florentin à Rodez
a eſté donné àMrl'Abbé d'Airesceluy
d'Argues à Rodez , à
Mr de la Bordenne , Aumônier
de la ſeconde Compagnie des
Moufquetaires ; & celuy de
Marmande , à Mr l'Abbé de
Paris , Fils de Mr de Paris ,
Maistre des Comptes Il avoit
une Chanoinie de la Sainte
Chapelle, que le Roy a donnée
à Mr Boileau , Doyen de l'Ἐ-
gliſe de Sens , & Frere de Mr
Dépreaux. C'eſt un homme
d'un grand merite , & d'une
grande érudition. Il ne faut
pas s'en étonner, l'eſprit eſtant
hereditaire dans toute cette
Famille . La Chanoinie qu'avoit
feu Mr l'Abbé Langlois dans.
le même Chapitre , a eſté don-
८
GALANT.
177
née au Fils de Mr Bufire , Offcier
de la Chambre du Roy .
Le Lundy 15. de ce mois ,
M. l'Abbé Bignon , &M. de la
Bruyere furent receus à l'Aca
demie Françoiſe . M. l'Abbé
Bignon parla le premier , & fit
unDiſcours , où l'on n'admira
pas moins l'ordre , & la liaiſon
ingenieuſe de chaque matiere
quela beauté de l'expreſſion ,
&le tour agreable des penſées.
Il remercia M. de l'Academie ,
ſelon la couſtume , de ce qu'ils
l'avoient admis dans leur corps,
& par une modeſtie digne d'un
homme , qui dans un âge fort
peu avancé, poſſede avec beaucoup
de diſtinction tout ce
qu'il y a dans les belles Lettres
qui puiſſe contribuer à polir &
&àélever l'eſprit, ne ſe voulant
pas croire digne de ce choix
H
4
178 MERCVRE
il dit qu'il ne doutoit point que
la confideration qu'on avoit
pour ſa Famille , n'y cuſt eu
beaucoup de part,& qu'on n'euft
voulu faire grace à la perſonne
en faveur du nom. Quoy que
l'Eloquenc regnaſt dans tout fon
diſcours , elle n'eut aucun pouvoirà
légard de cet article , &
ne perfuada point. Avec comhien
de delicateſſe entrat il
dans les loüanges de M. le Comte
de Buſſi , dont il rempliſſoit
la place , & avec quelle fineſſe
fit-il fentir que fil'Ouvrage qui
avoit caufé tous ſes malheurs ,
avoit merité lacenſure de tous.
les gens ſages , on ne pouvoit
au moins donner affez de loüanges
au repentir qu'il avoit marquéde
l'avoir fair. Il fit enfuite
PEloge de M. le Cardinal de
Richelieu , Fondateurde l'Aca
GALANT.
179
demie , d'où il paſſa à celuy du
Roy , qu'illoüa tres-dignement
fi ce grand Monarque peut jamais
être affez dignement loué.
Ce Difcours prononcé fort noblement,
charma toute l'Affem .
blée , & ce qui vous convaincra
, que les applaudiſſemens
furent finceres , c'eſt que M.
l'Archeveſque de Paris eftant
arrivé quand M. l'Abbé Bignon
eſtoit tout preſt de finir , on le
pria de ne le pas priver de la
fatisfaction d'entendre , ce qui
venoit d'avoir une approbation
generale. Ce grand Prelat joignit
ſes prieres à l'empreſſement
que chacun faifoit paroi,
ſtre de joüir encore du meſme
plaifir , & M. l'Abbé Bignon
ne luypouvant refufer ce qu'il
demandoit fi obligeamment, recommença
fon Diſcours . L'ap
H6
180 MERCVRE
playdiſſement fut encore plus
fortqu'il n'avoit eſté la premiere
fois , & l'on n'y trouva pour
tout defaut , que celuy d'eſtre
trop court.
M. de la Bruyere y parla en
fuite , & quand j'ay à vous rendre
compte du fuccez qu'eut le
Compliment qu'il fit à l'Academie
, voſtre ſurpriſe ſera grande
de me voir fortir de mon ca
ractere , mais j'eſpere que vous
voudrezbien me faire la grace
de ſuſpendre voſtre jugement ,
juſques à la fin de cet article.
M. de la Bruyere a fait une
Traduction des caracteres de
Theophrafte , & il y a joint un
recueil de Portraits ſatyriques ,
dont la pluſpart font faux , &
les autres tellement outrez ,
qu'il a eſté aisé de connoiſtre
qu'il a voulu faire reuffir ſon LiGALANT.
181
,
vre à force de dire du mal de
de ſon Prochain. Cette voyeeſt
en effet plus feure que celle de
la moderation ,&des loüanges,
pour le debit d'un Ouvrage. On
courtacheteren foule ces fortes
de Livres non pas qu'on les
trouve ny beaux ny folides , mais
par le defir empreſſe qu'on a
de voir le mal que l'on a dit d'une
Infinité de perſonnes diftins
guées. Je me trouvay à la Cour
le premier jour que les Carac
teres parurent , & je remarquay
de tous coſtez des pelotons
où l'on éclatoit de rire. Les uns
difoient , Ce Portrait est outre ?
les autres , en voila un qui l'est
encore davantage. On dit telle chose
deMadame une telle , diſoit un
autre , & Monfieur un tel , quoy
que le plus bonneste homme du monde,
est tres. mal traité dans un au182
MERCVRE
tre endroit. Enfin la conclufion
eſtoit qu'il faloit acheter au
pluſtoſt ce Livre , pour voir les
Portraits dont il eſt remply ,
de crainte que le Librairen euſt
ordre d'en retrancher la meilleure
partie .Voila les effets que
la Satyre produit. Les Auteurs
en font ſouvent ébloüis , & attribuent
à la beautéde leurs ouvrages
, ce qui n'eſt deu qu'au
mal qu'ils diſent de quantité de
perſonnes. Un des Illuftres de
ce temps , homme de naiſſance
&d'érudition ,& quia l'honneur
d'eſtre auprés d'un Princedu
Sang Royal en qualité
d'homme de Lettres, ayant traité
ferieuſement un ouvrage inticulé
Discours fur les Anciens ,
qu'il pouvoit égayer de quelques
traits de Satyre , dit page
115.Leſcay tous les avantages que
GALAN T. 183
d'agrement
i'aurois trouvez à donner un tour
plusgay à ce discours. Iesçay com
bien la raillerie a de charmes pour
Les Lecteurs lesplus chagrins , com.
bienil est agreable de rire , de
faire rire aux dépens d'autruy , com.
bien defeu , de vie ,
unpareil tour répand dans tout un
ouvrage. Le sçay que le ridicule est
Souvent plus capable de perfuader ,
de tirer d'un pas gliffant , que
les raisonnements les plus forts ,
.... Le meſime dit page
231. En réjouissantle public , on
eft toûjoursſeurduſuccez deſa cauje.
On chatouille le coeur, on attache
, on plaist infailliblement. La
ploiſanterie denneun air aux choses
quifait tout paper , fouvent en
faveur d'un bon mot , un Lecteur
ne voit pas , ou ne veut pas voir le
défaut d'exactitude , plus ſenſible
àson plaisir , qu'àson utilité , mais
184
MERCURE
quand on parle d'un tonſerieux, les
choses changent bien de face. Foint
d'égard , point de grace ; point d'indulgence
, il faut toujours fraper au
but toujoursfairesentirla droite rai
fon,& toujoursfaire brillerla verité.
Ces derniers mots font affez
connoiſtre que la verité ne
regne guere dans les Satyres ,
& l'on voit en general dans
ces deux endroits , les privileges
de ce genred'écrire, & qu'il
eſt aisé d'y reuſſir , parce que
la mediſance groffit toûjours les
objets , mais comme ce party
couſte fort cher à la gloire , à
l'honneſte homme,& aux bonnes
moeurs , il ſe trouve peu
d'Auteurs qui le veuillent
embraffer. Je ne pretens attaquericy
perſonne en particuher,
je parle de la Satyre en general.
Ceux qui s'attachentà
:
GALANT. 185
ce genre d'écrire , devroient
eſtre perfuadez qu'elle fait
fouffrir la Pieté du Roy , & faire
reflexion que l'on n'a jamais
ouy ce Monarque rien dire de
deſobligeant à perſonne. La
- Satyre n'eſtoit pas du gouſt de
feuë Madamela Dauphine ;
j'avois commencé une reponſe
aux Caracteres des moeurs du
- vivant de cettePrinceſſe,qu'el-
- le avoit fort approuvée , &
qu'elle devoit prendre ſous fa
protection , parce qu'elle res
pouſſoit la Médiſance. L'ouvrage
de Mr de la Bruyere ne
- peut eſtre appellé Livre , que
parce qu'il a une couverture ,
& qu'il eſt relié comme les auere
Livres. Ce n'est qu'un amas
de pieces detachées , qui ne
peut faire connoiſtre ſi celuy
qui les a faites , auroit aſſez de
186
1 MERCURE
!
genie& de lumieres, pour bien
conduire un ouvrage qui feroit
furvi. Rienn'eſt plus aiſé , que
de faire trois ou quatre pages
d'un Portrait qui ne demande
point d'ordre , & il n'y a point
de genie ſi borné , qui ne ſoit
capable de coudre enſemble ,
quelques mediſances de fon
Prochain , & d'y ajoûter ce qui
luy paroiſt capable de faire rire.
Ainfi , il n'y a pas lieu decroire
qu'un pareil recueil , qui
choque les bonnes moeurs , ait
fait obtenir à Mr de la Bruyere,
la place qu'il a dans l'Academie.
Il a peint les autres dans
* ſon amas d'Invectives , &dans
le Difcours qu'il a prononcé, il
s'eſt peint luy-meſme , & aprés
avoir tâché de prouver que les
placesde l'Academie ne ſe donnoient
qu'au merite , il a dit
1
GALANT . 187
1
que la ſienne ne luy avoit couté
aucunes follicitations , aucune
démarche,quoy qu'il foit conftant
qu'il ne l'a obtenuë que
par les plus fortes brigues qui
- ayentjamais été faites .Quelle
difference des deux Diſcours
qui ont eſté prononcez en mefme
jour , & des manieres des
deux nouveaux Academiciense
Mr l'Abbé Bignon témoigne
beaucoup de reconnoiffance
pour la place qu'on luy donne,
Mr de la Bruyere fe croit ſi digne
du choix qu'on a fait de
- luy , par la haute reputation
qu'il pretend que fes caracteres
luy ont acquiſe , qu'il n'a
daigné faire nul remerciement.
Mr l'Abbé Bignon , auſſi modeſte
qu'ileſt diſtingué par fon
- fçavoir , ne veut point devoir
ſa place à fon merite , mais à la
$
188 MERCVRE
4
confideration que l'Academie
a pour ſa Famille ; Mr de la
Bruyere , fier de ſept Editions
que ſes Portraits ſatyriques ont
fait faire de ſon merveilleux
Ouvrage , exagere ſon merite,
& fait entendre que c'eſt à ce
ſeul merite qu'il doit la place
où il eſt receu . Je n'entre point
dans le détail du reſte de fon
Diſcours , puis que toute l'Afſemblée
a jugé qu'il estoit directement
au deffous de rien. Il auroit
tort de ſe plaindre de la maniere
dont j'en parle. Je me fers
des propres termes dont il s'eſt
ſervi , quand il luy a pleu de
ſe divertir à parler hors de propos
du Mercure Galant , & je
veux bien mettre icy le même
galimatias , pour ne dire ny
plus ny moins. Il n'y a dans
ees paroles que l'intention qui
GALAN T. 189
_ m'offence , car elles ne me regardent
pas , & je n'aurois ja-
- mais cherché à les relever fi
j'eſtois ſeul offence. Le Mercure
n'eſt point compoſé de mes
Ouvrages , & l'on ne me doit
regarder que comme une Bouquetiere
qui lie les Fleurs des
autres , qui font leurs Ouvra-
✓ges. Ils conſiſtent dans ce que
font de plus beau les plus illuſtres
Orateurs de France, & les
Poëtes les plus distinguez. On
- n'y voit que des Harangues faites
au Roy ou à l'ouverture des
Parlemens , ou à la reception
des Academiciens François ,
- des Fragmens des plus beaux
Sermons , ou des Oraiſons Funebres,
des Relations de guerre
faites ſouvent par desGeneraux
d'Armées même , des Ouvrages
d'éloquence,& des Dif-
S
1१० MERCURE
fertations ſur tout ce que le
hazard fast naiſtre de plus curieux&
de plus beau. On ne
peut dire que tant de beaux
Ouvrages foient directement au
defſous de rien , à moins que de
vouloir faire entendre qu'il n'y
a pas un ſeul homme en France
capable de bien écrire, & commele
contraire paroiſt viſiblement
, il ſuffit d'expoſer le fait ,
pour faire voir que M. de la
Bruyere n'a pû mettrele Mercure
au deſſous de rien , ſans y
mettre en meſme temps tout ce
qu'il contient , c'eſt à dire ,
une infinité de belles Pieces ;
tant en Vers qu'en Profe. Il
n'a pas crû ce qu'il a écrit , &
s'il n'avoittrouvé de la réputation
à ce recueilde tant d'admirables
Ouvrages , il l'auroit ju.
gé indigne de ſa colere. C'eſt la
GALANT.
191
-
= maniere de tous les nouveaux
1
L
Auteurs. Ils s'imaginent qu'ils
brilleront ſeuls quand ils auront
porté des coups qu'ils
croyent mortels à ce qu'ils
trouvent étably . Il y a dix- ſept
ans que le Mercure eſt au goust
du Public , il eſt un peu tard
pour l'attaquer. Le Public voit
clair , vous le ſçavez sil a de
bons yeux ,& en grand nombre
,& s'il ſe laiſſe quelquefois
ſurprendre, ce n'eſtjamais pour
long-teps. Je ſuis faché du cha-
( grinque cetarticle pourra donner
à Mr de la Bruyere. Cependant,
je le repere,il aura tort s'il
ſe plaint, puis que c'eſtluy qui
eſt l'agreſſeur. Quand il calomnie
toute la terre, il ne doit pas
vouloir empêcher une legere
ébauche de ce qu'on luy 'répondra,
s'il s'explique ,ous'ila-
1
192 MERCURE
.
:
joûte lemoindre mot dans ſon
Livre , à ce que ſa vanité luya
fait dire de gayeté de coeur
contre moy , quine me fuis
rendu digne par aucun endroit
des plaiſanteries qui
l'ont réjoüy. Quand on infulte
les autres , il faut eſtre préparé
à tout,& ne pas donner
la Comedie au Public en ſe
fachant comme les Enfans , qui
ont ſouvent peur , quoy qu'on
ne faſſe que les regarder. S'il ſe
plaint, j'ay la juſtice pour moy.
Il m'a attaqué ſans nulle raiſon,
jefuis offencé ,& je défens une
infinité de perſonnes cruellement
outragées dans les Caracteres
des moeurs . Un Ancien
recommandable dans l'Eglife ,
ordonne d'attaquer ces fortes
d'Ouvrages de crainte que les
Auteurs ne s'enorgueilliffent ,
dans
GALANT.
193
-
M.
dans la penſée que le merne
de leurs Ecrits les fait acheter ,
quoy quele debit n'en ſoit dû
qu'à lamédiſance , qui excite
une curiofité à laquelle la foibleſſe
humainene peut reſiſter.
Charpentier répondit
aux Discours de M. l'Abbé Bignon
& de M. de la Bruyere ,
en qualité de Doyen de l'Academie
, en l'absence du Directeur
& du Chancelier. Tant
d'Ouvrages de cette natureque
que vous avez veus de lui , vous
ont fibien perfuadée de ſon élo-
-quence & de ſa profonde éru-
- dition , que je n'ny rien à vous
en dire aujourd'huy , finon
qu'il remplit dignement l'avantage
qu'il a d'eſtre à la teſte de
ace Corps illustre . M. l'Abbé de
da Vauleûtenfuite trois Pieces
de Vers qui donnerent beau-
Iuin 1693 . I
194
MERCURE
coupde plaifir aux auditeurs ,
chacune en ſon genre. La premiere
fut la Paraphrafe du Dies
ire , dies illa , de la Fontaine ,
la ſeconde , une faite des Caracteres
de l'amour , dont M.
Boyer avoit fait voir le com-
-mencement dans la derniere
Aſſembléé publique , & latroi.
fiéme, le ſecond Chantdu Pоё-
meque M.Perrault a fait de la
Creation du monde. Tout y
Toûtint avec avantage la gloire
de leurs Auteurs , à qui les ap-
-plaudiſſemens ne furent point
épargnez.
200Les Bleds s'eſtant trouvez
rares cette année en pluſieurs
-Etats de L'Europe , les Peuples
en ontbeaucoup fouffert,& for
tout en Eſpagne où ils ſe ſont
avendis quatre fois autant qu'en
France. Ainsi , quoy que nos
-GALANT.
195
l
Provinces n'en fullent pas fournies
abondamment , on n'a pas
laiſſfé d'y en porter , a cauſe du
grand gain qu'on y faiſoit. La
diſette a eſté auſſi fort grande
en Angleterre , & les Nouvel.
les publiques nous ont appris
les Soulevemens qui y font arrivez
en pluſieurs endroits à ce
ſujet, La France comme plus
-peuplée , a fait voir plus de malheureux
qui avoient beſoin
d'eſtre ſecourus , & les Ennemis
qui ne peuvent vanter
leurs Victoires , n'ont pas manqué
de publier qu'elle estoit accablée
, que la Guerre avoit
cauſe ce malheur , & qu'elle
eſtoit hors d'eſtat d'en ſouſte-
Dirles dépenſes , comme ſi un
pareil accident n'eſtant que
pour un temps , les choſes ne
devoient pas rentrer aprés
I 2
196 MERCURE
l'aouſt dans leur premiere fituation
, ſuppoſé que la Recolte
foit bonne comme ily a lieu
de l'efperer , Paris eftant le refuge
de la plus partdes malheureuxà
cauſedes grandes charitez
qui's'y font ,ily en estve.
nu de toutes parts chercher
du foulagement. Il sagiffoit de
les ſecourir. Ils tronvoient déja
de grands adouciſſements àleur
miſere dans les aumofres des
particuliers , mais cela ne fuffifoit
pas. Les Mandiansde profeffion
enlevoient ce qui estoit
destiné auxvrais malheureux ,
&parmy vtars malheureux
il y en avoit qui perdoient leur
temps , & qu'on pouvoit em.
ployer. Dans cette embarrafſante
confufion , les Echevins ,
tant anciens que ceux qui ſont
en charge , les Conſeillers de
GALANT. 197
Ville& les Quarteniers s'eſtant
aſſemblez dans l'Hoſtel de Ville,
ſur la fin du mois paffé , M. du
Bois , Prevoſt des Marchands ,
leur fit connoiſtre par un Difcours
fort pathetique , & qui,
fut generalement applaudi , la
neceffué qu'il y avoit d'employer
aux travaux publics les Mandians
-valides qui estoient pour lors en fort
grand nombre à Paris , pour donner
les moyens de fubfifter , & bannir
en mesme tempsle libertinage. Il
offrit de fournir aux frais d'une
partie de la dépense que les
Travaux devoient couſter , &
fa propoſition fut fi agreablement
receuë , que tous ceux
qui compoſoient l'Aſſemblée ,
contribuerenten mefme temps
àune charité ſi neceſſaire au
- public. Le bruitde cette Aſſemblée
; & des bons effets qu'elle
I 3
198 MERCURE
avoit produits , s'étant répandu
, divers Particuliersont en
voyé de l'argent fans fe faire
connoiſtre,&l'onamesmereçu
des Pierreries , fans qu'on ſçache
de quelle part elles viennent.
Les malheureux ſferont
fecourus plus longtemps , &
nonſeulement ceux qui font à
Parisdoivent leur foulagement
au diſcours de M. du Bois,mais
ceux mefmequi ſontdemeurez
dans les Provinces luy font redevables
, ſon exemple ayant
produit de pareils ſecours en
divers endroits.
Le détail de ce qui s'eſt paſſé
au Voyage de Monfieur enBretagne
eft trop curieux pour ne
vous en pas faire part. Comme
il n'eſt pas ordinaireà ces Peuples
devoir le Roy ny les Princesde
fon Sang, leurjoyeaparu
GALANT. 199
exceſſive. Le peuple bordoit les
chemins, qu'il couvroit d'herbes
& de fleurs en criant Vive leRoy
Monsieur. Son Alteſſe Royale,
a fait de grandes tiberalitez fur,
toute ſa route. Les Bourgeois ſe
font mis ſous les armes dans
toutes les Villes où Elle a
paffé; les Corps de Ville l'ont
haranguée , & luy ont fait des,
Preſen's ,& les Intendants l'ont
fuivie dans leurs départemens ,
ainſi que les Lieutenants de
Roy pour recevoir ſes ordres .
Tous les Gardes des Maréchauſſées
de chaque Province
à deux lieuës de Vitré. La
Ville eſtoit renduë des plus
riches Tapiſſeries , lors que S.
A. R. y arriva , & toutes les
ruës ſe trouverent couvertes de
Fleurs. Ce Prince eut une Garde
d'Infanterie , & une de Ca
3
I 4
200 MERCVRE
valerie . Le 2. de ce mois Monfieur
étant monté a cheval , alla
marquer un Camp à trois quarts
delieuë de Vitre ,& fit faire
des défences ſous peine de la
vie , de commettre aucun de- _
fordre .On ne peut- rien ajouter
àla magnificence des repas que
Mr le Duc de Chaulnes luy a
donnez . Il a regalé toute la
Maiſon de cePrince ,& pendant
le Voyage qu'il a fait à Saint
Malo pour y porter ſes ordres ,
& faire tout preparer pour fa
reception en ce lieu là , ſes tables
ont toûjours eſté ſervies à
Vitré de meſme que fi ce Duc
n'en eſtoit point party.
Monfieur alla le 7. à Saint
Malo ,dont l'Eveſque le vint
recevoir à quatre lieuës. Il y
avoit à deux lieues hors les
portes , une infinité de peuple
GALANT 201
quibordoit le chemin , & S. A.
Royale rencontraà une lieuë de
la Ville , Mr le Duc de Chaulne
à la teſte de la Nobleffe à
cheval. Elle fut haranguée hors
la porte de la Ville. On luy en
preſenta les Clefs ,& un Dais
quieſtoit porté par fix des plus
anciens Sindics. Lors que ce
Prince apperçuurlesClefs, ildir,
Vous gardeztrop bien voſtre Ville ,
Messieurs, pour nevous en pas laiffer
les Clefs , Continuezà la bien
conserver, & àfaire toûjours paroiftre
lemesme Zelepour le Roy. A
l'égard du Dais , il témoigna
qu'ilvouloit continuer fa route
fanslidefcendre de Carroffe. Mr
leChevalier de Lorraine,& Mr
le Marquis Déffiat eſtoient dans
le meſme Carroſſe. Les ruës
étoient teduës de Tapifſſeries , &
il y avoit des Tapis aux Fenef
15 .
202 MERCVRE
tres , qui estoient toutes rem
plies de monde , ainſi que les
rues.'l y en avoit meſime juſque
fur les toits;toute laBourgeoifie
eſtoit ſous les Armes , & les
ruës en estoient bordées. S. A.
R. fut reçuë au bruit du Canon
&de la Moufqueterie. Il ſe .
roit fort difficile de vous bien
exprimer les acclamations publiques
, & les cris de Vive le
Roy , Monsieur & la Maison de
Bourbon.. Monfieur faisoit de
temps en temps au Peuple des
inclinations de tefte fort obli
geantes. Il eſtoit environ deux
heures quandice Prince arriva à
'Hotel de Chaûnes , où il de
voitdiner. Ilne trouva qu'un
Couvert fur la table qui luy ef.
toit deſtinée,& il ordonna d'en
mettre dix. Il fitaffeoir Madame
la Ducheffe de Chaunes à fa11
GALANT .
203
droite , & Madamede Nointel
à ſagauche . Il y avoit un eſpace
de chaque coſté entre Monfieur
&ces deux Dames .Monfieur de
Chaunes fut placé auprés de
Madame ſa Femme , & Mr de
SaintMalo auprés de Madame
de Nointel , puis des deux cofrez
,MrleChevalier de Lorraine
, Mr le Marquis Deffiat ,
Mr le Marquis de la Fare , Mr
de Polaftron , & une autre perfonnede
qualité. S. A. R. die
mille choſes agreables & obligeantes
pendant le repas & regardant
la profuſion des Mets ,
& la magnificence des Services,
Elle dit en ſe retournant vers
Mr de Chaunes , Si mon Neven,le
Prince d'Orange ,vient en France ,
je l'ameneray chez vous , car ony
fait bonne chere. Comme le licu
où l'on mangeoit eſtoit remple
16
204
MERCVRE
4
de monde , Mr de Chaulnes
demanda àMonfieurfi S. A. R.
vouloit qu'on le fit fortir à cauſe
de la chaleur. Non Madame ,
répondit ce Prince , c'est une
marque du zele qu'ils ont pour Sa
Majesté, Mr de Chaunes fit fervir
le meſme jour trente deux
Tables à quatre Services , où
l'onbutd'un tres-grand nombre
de differens , Vins. Le Diner
fini , Monfieur alla au Palais
Epiſcopal , où il requt les complimens
de ceux qui eurent
Ihonneur de l'y venir ſalüer.Il
leur tépondit fort obligeamment
à tous , & ſes réponſes
parurent d'autant plus honnef
tes , & judicieuſes , qu'il les fit
avec distinction , S. A. R. ayant
viſité tous les environs de la
Place , ſe rendit en un endroit
fortifié de la Ville ,qquu'oonn nom
GALANT. 205
me vulgairement le Rempart,
d'où l'on voit la Merde tous cof.
tez . Il y avoit làune infinité de
peuple aſſemblé ,& ce Prince
eſtoit encore ſuivy d'une grande
multitude , de forte que les.
Suiſſes voulurent les faire écarter
en les menaçant, avec leurs
Hallebardes , mais Monfieur
les en empêcha en parlant fort
obligeamment de la curiofité
de ce peuple . D'abord que S.A.
R. fut arrivée en ce lieu- là , les
Fregates ,les Galeres , les Bars
ques Longues,& les autres
Bâtimens deſtinez pour la dé.
fenſe du Port , qui estoient à la
Voile dans la Rade, firent une
décharge de tout leur Canon,
Celuy des Forts Royaux qui
font fur des Rochers fortifiez ,
tira enfuite. Ils s'étendent envi
ron cing à fix lieuës ,&il y en
206 MERCURE
1
R
ade diſtants d'une lieuë , d'une
demi-lieuë , & d'un quart de
lieuë. Quand le premier de ces
Forts a tiré , tous les autres ſe
répondent. A l'endroit où les
Ennemis peuvent venir plus
facilement avec la Marée , on
avoit ancré un Bateau , fur lequel
onjetta pluſieurs Bombes ..
La premiere tomba à la portée
du Piſtolet par delà le Bateau ,
la feconde creva en l'air , & la
troifiéme tomba à deux braſſes
du Bateau , ce qui fit connoiſtre
que si c'euſt eſtéun Navire,elle
auroit fait tout l'effet que l'on
enpouvoit attendre. Il y en eut
une tirée à trait perdu , qui
tomba à trois quarts de lieuë de
l'endroit de ſon départ,de forte
que fi les Ennemisſe preſentent
pour bombarder Saint Malo , on
nent les ruiner àcoups de Bom-
ز
GALANT.
207
bes , fans qu'ils puiſſent infulter
la Place , puis que les Mortiers
ſont placez au pied du Fort
qui eſt détaché de la Ville , à
la diſtance d'une portée de Canon,&
fituéſurle Bord de la
Mer qui l'environne. Ce..Fort.
qui s'appelloit auparavant Lifelet,
eft preſentement nommé ,
FortRoyal Sto
Monfieur eſtant de retour fur
les fept heures du foir, fit affembler
tout ce qui estoit reſté à
Saint Malo de perſonnes intelligentes
dans la Marine,& leur
fit diverſes queſtions . Il tint enfuite
unConſeil particulier,qui
ne fut compoſé que de ſept ou
huit. Deux. Compagnies de
Grenadiers eftant venues pour
monter la Garde à l'Eveſché où
devoir coucher ce Prince , illes
remercia avec beaucoup d'hon
208 MERCVRE
1
4
ול
4
neſteté ,& dit qu'il vouloit eftre
gardéparMeſſieursde Saint Malo.
On détacha auſſi - toſt deux
Compagnies de la Bourgeoifie
qui furent relevées le lendemain
par deux autres.LeLundy
8.le Corps de Ville alla le faluer
,& luy preſenta quantité
de Confitures ſeches & liquides
, du Thé , du Caffé , du
Chocolat , des Eaux de ſenteur,
des Paſtilles ,& pluſieurs autres
choſesde cette nature , avec un
petit Catalogue pour trouver
chaque choſe dans ſon ordre.
Le remerciement de Monfieur
fut fort obligeant.On eut l'honneur
de de voir juſques à dix
heures ,&toutes les perſonnes
diſtinguées de la Ville & des
environs firent leur Cour à ce
Prince. D'autres Particuliersluy
firent preſentde quelques rares
GALANT.
209
tez , & furent charmez de ſa
converſation & de ſes bontez .
Monfieur en quittant la Compagnie
alla àCancall , qui eſt
environ à deux lieuës de S.Malo
.Les Ennemis auroient pû
deſcendre en ce lieu - là avec
quelque facilité , mais on y a
fait des foffez & des Batteries ,
où l'on a mis ſoixante àquatrevingt
pieces de Canon. Son A.
R.en vifita toutes les avenues ,
les Batteries , & les retranchemens
, dont Elle parut fort fatis
faite ,& demeura plus de cinq
heures à cheval . Elle revint fur
les cinq heures , & alla chez M.
le Duc de Chaulnes, où l'Aſſemblée
ſe trouva tres - nombreuſe
pour la voir fouper . Ce Prince
fit connoiſtre pendant le repas
qu'il eſtoit fort content desHabitans
de S.Malo , & dit plu210
MERCURE
ſieurs chofes obligeantes à leur
avantage. Quand on eut ſervi le
fruit, il donna beaucoup de confitures
ſeches aux Dames ; mais
s'il parut galant envers le beau
Sexe, il fit voir qu'il diftinguoit
le merite , & parla obligeamment
à toutes les Perſonnes diſtinguées.
On tira encorequelques
Bombes aprés le ſouper ,
& il y en eut une qui tomba fi
proche du Bateau dont je vous
ay déja parlé , qu'elle fit entrer
beaucoup d'eaudedans.Ce Prince
ne voulant pas partir fans
avoir vutout ce que le ſervice
du Roy demandoit qu'il vifitât,.
alla le lendemain au Château ,
& en ayant examiné les fortifications
, il ordonna quelques
Ouvrages pour les rendre plus
parfaits. Il partit le meſine jour,
& dit qu'il témoigneroit au Roy
GALANT 211
-
qu'il ne croyoit pas que SaMajesté
euft des sujets plus zelez& plus
attachez àfon service, que lesHabitans
de S. Malo. Ce Prince ne
voulut point qu'on tiraſt le Canon
à ſa fortie. Il paſſa par Dol,
&alla coucher au Bois-Geffray ,
&le jour ſuivant à Vitré, d'oùil
- devoit aller voir l'Armée qui
s'aſſembloit àPontorfon,&dont
les Troupes font tres belles ,&
ne reſpirent que la prefencedes
- Ennemis .
Je ne vous parleray point
- aujourd'huy du grand deſavan-
= tage qu'ont eu les Anglois dans
la Martinique , & des pertes
qu'ils y ont faites. Il en a paru
des détails ,& il y en a même
d'imprimez qui ne ſe trouvent
pas juſtes. On m'en a promis
un que je croy fidelle , ce qui
m'oblige d'attendre juſques aus
212 MERCVRE
1
mois prochain à vous en entretenir.
Cependant je vous diray
que perſonne n'eſt ſurpris que
Mr de Gabaret , Gouverneur
de cette Ifle , ait donné dans
cette occaſion des marques de
ſon intrepidité ordinaire . Il eſt
d'un nom qu'il ſuffit de prononcer
pour fairel'éloge de ceux
qui le portent ;& en défendant
la Martinique avec tant de
conduite& de courage,il vient
de faire connoiſtre que ſa Mai
fon peut avoir de gands hommes
ſur terre , ainſi que fur
mer.
もJe vous envoye une Lenre,
où vous verrez en original ce
que vous n'avez appris jul.
qu'icy qu'imparfaitement.
GALANT. 213
D'Andrinople le 29. Mars
?
1693 .
L'audience du Grand Seigneur
qui avoit estépromife à Milord
Paget get, fut remife au 6. de ce mois.
Il eexpliqurin à Sa Hauteffe l'ordre
quil avoit eu de M. le P. d'Orange
fon Maistre , de travailler à
ménager unepaix entre cet Empire ,
LesAllemans les Allier,
n'entra dans aucun détail des conditions
. Le Grand Seigneur luy repondit,
Noussommes Amis des
Amis,&quandMilord Pagetse
retira , il luy dit de prier Dieu
pour ſa profperité .
MilordPaget s'expliqua le
dece mois, dans une Audienceparticuliere
du Grand Vifir en presence
du Muphti, des propoſitionsdePaix,
dont l'Empereur & les Alliezl'a214
MERCURE
ام
1
ils
voient chargé ellesse reduisent àce
que chacun garde ce qu'ila conquis,
outre cela que Kaminietsfera
rendu aux Poloncis, Si toſt queMi-
LordPagetfut retiré,les deux Cadileskers
& le Ianiſſaire Agase
rendirent chez le GrandVisir,
confererent ensemblefur les propofi.
tions de Milord Paget. Ils convinrent
que le Grand Vifir devoit tenir
conseil general , dans lequel il
manderoit les trois Ambasadeurs
d'Angleterre de Hollande qui
font icy ,& les feroit expliquer en
prefence detous les Chefsde cetEmpire
, ce qui fut execute trois jours
aprés. On ne leur rendit point réponſe
fur le champ , quoy qu'ils preffaffentfort
pour l'obtenir. Ellefera encore
differée de quelques jours àcause
de la deposition du CrandVifir; qui
vient d'arriver , pour av ir refifté
trop ouvertement au deffein que le
GALANT...
215
Grand Seigneur avoit de perdre le
Tefterdar, ou grand Treforier de
I'Empire , à cause deſes extorsions.
--Le Caimacan du Grand Seigneura
este fait Grand Vifir. Il est Beaufreredesa
Hauteffe , dont ilaobtewu
lagrace desonTredeceffeur déposé
, qu' Elle vouloit faire mourir.
C'est le feul fruit que ce Ministre
infortuné retirera del'alliance qu'il
avoit contractée depuis peu avec celuy
qui luy asuccedé. Lamaniere
dont leCaimacan a chaßé legrand
Visir eft finguliere en ce Pays. Ils
fortirent tous deux de chez le Grand
Seigneur , comme ſiderienn'estoit ,
non seulement ils allerentfouper
ensemble , mais ils coucherent dans
la mesme maison , qui est celle du
déposé. Ilsy ont dîné aujourd'huy ,
pendant qu'on démenagecit lesmeubles
de l'ancien , pour les porter
dansla maisondu nouveau. Celuy cy
216 MERCURE
عيم
!
1
est marié à la Soeur du grand Seigneur.
Cettealliance n'empêchapas ce
Prince de faire un compliment bien
extraordinaire à ce nouveau Miniftre,
lors qu'il luy demanda lagracedefon
Predeceffeur. Et qui eftce,
luy dit il, qui me demandera
grace pour toy,quandje voι-
dray te faire perir , ſi tu ne fais
pas ton devoir ? Le Grand Vifira
étéSelictar de Sultan Mehemet,
apaßépar tous les grands emplois,
Ilestoit Capitan Bachadu tempsque
M.du Quesne bombarda Scio ,
avoit déja pour lors le mesme Kiaia
qu'il a aujourd buy .
107 Dansles propoſitions que l'Empereur
afait faire à la Porte , il n'ob-
C
met rien des pretentions exorbitantes
desPolonois des Venitiens, à desfeinfans
doute defaire valoir aux
Tures la resolution ois il est d abandonner
ses alliez,pour obtenir plus
aisément
GALANT .
217
aisément de la Porte ce qu'ilsoubaite
, qui est de garder ce qu'il a pris,
& à toute extremite , autant que je
puis le penetrer , de ceder la Tran
filvanie , comme elle estoit avant la
guerre, c'est à dire , dépendante des
deux Empires , tributaire du
Grand Seigneur.
Le 2. de ce mois , les Auguſtins
de la Ville de S. Fargeau
voulant dõner des marques pu-
- bliques de leur reconnoiſſance
des bienfaits qu'ils ont receus
- de feuë Mademoiselle d'Or-
- leans , leur Fondatrice , firent
dans leur Egliſe un Service
tres- folemnel pour le repos de
fon ame. Il y avoit un lit de parade
de Damasavec une crépi
ne d'argent . Les quatre faces
eſtoient chargées chacuned'un
Ecuſſon , en relif d'or & de
foye , & les quatre colomnes ;
Juin 1693 . 기
K
218 MERCURE
1
H
1
ornées en haut d'aigrettes & de
panaches blancs & noirs. Defſous
il y avoit une grande eſtrade
à quatre gradins , couverts
de blanc , & garnis de flambeaux
d'argent & de chandeliers
de differentes grandeurs
avec leurs cierges . Sur cette
eſtrade qui estoitbarrée de bandes
de crêpe , il yavoit une Repreſentation
avec un magnifiquedrap
de velours , chargé de
quatre grands Ecuſſons de la
Princeſſe , en reliefde fil d'or ,
une Couronne couverte d'un
crefpe . L'Egliſe eſtoit toute tenduë
de noir , auſſi bien que les
Autels , & fort éclairée . Mrsde
Ville , de Juſtice , & du Grenier
à ſel , aſſiſterent en Corps
àce Service en habits de ceremonie.
Ils occuperent la gauche
du Mauſolée , & les ChaGALANT.
219
1
noines , qui estoient en habit
long , leur Doyen à la teſte ,
furent placez à la droite. Les
Curés des Paroiſſes dépendantes
du Duché y aſſiſterent auſſi ,
& un grand nombre de Religieux
Auguſtins des Couvents
circonvoiſius , qui s'eſtoient
rendus à celuy de S. Fargeau ,
contribuerent à la folemnité
du Service.Ce fut un Religieux
du meſme Couvent qui prononça
l'Oraiſon funebre.
Les Religieux de l'Obſer .
vance de S. François ont celebré
à la Rochelle , la Feſte de
la Canoniſation de S. Iean de
Capiſtran & de Saint Pafchal
, Religieux de leur Ordre
avec beaucoup de magnificence.
Je vous ay entretenue tant
de fois des Feſtes de cette pature
, queje ne repete point que
K 2
220 MERCURE
:
')
pl
1
-
1
r
divers Corps Eccleſiaſtiques &
Religieux y allerent faire le
Service pendant l'Octave , &
qu'il y eut chaque jour differens
Predicateurs qui prononcerent
le Panegyrique des
deux Saints avec une entiere
fatisfaction de leur Auditoire.
On a cu avis de Collioure
que le Roy fait nettoyer le Port
Vendre. Comme c'eſt le plus
conſiderable qu'ait Sa Majeſté
fur la Mediterranée . Elle fait
conſtruire à ſon emboucheure
un Fort pour contenir trois
cens hommes , & quarante pieces
de Canon , avec cinq Redoutes.
Elle a donné le commandement
de cette Place à M.
du Pelloux , cydevant Officier
Major à Coullioure, Ses longs
ſervices luy ont attiré cette
recompenfe.
GALANT. , 221
Voicy le noms de ceux qui
ont explique l'Enigme du mois
paſſe ſur un on Lavement, qui en
eſtoitle vray mot. Mrs Bernard,
de Clermont en Auvergne , de
la Poupardiere de Rouen ; de
Guilleberi de S. Lo ; Macé de
Cairon de Caën , le Chevalier
du Rocher de Mortain; de Val
lemont ; Julliot Affeffeur du
Comté de Benon ; le Chevallier
d'Amonville ; l'Aimable du
Cloiſtre S. Honoré ; l'Abbé de
S. Jacques du Bourg deTroyes;
Bonnard de l'Hoſtel Bruſlard;
la Carrierede Caën ; Thurrault
= de la Coſfonniere Chanoine de
S. Pierre du Mans ; Berthier
demeurant à Rouvray en Bourgogne
; la charmante Madelon
de S. Andheux ; l'Amant caché
de et la ruë des Rofiers , & la
S. charmante (Brune du Palais
K 3
222 MERCVRE .
1
4
enchanté; le Railleur de la ruë
des vieilles Etuves , & ſa jolie
Commere : la charmante Marianeſa
voiſine : le Gros Controlleur
; le Juré de Foin du Bureau
de Surenne , le charmant
Epoux de la belle Maconnoiſe :
le Chevalier de Clodoré , & l'aimable
Louïſon de Mante : l'Afſeſſeur
nouveau de Mante , &
fa riche Mineure ; Louis le Fidelle
, & fon engageante Bergerede
Lion ; l'Abbé de S. Laurent
les Tours , & les aimables
Soeurs prés S. Roch : le Breton
à l'Anagramme Gé mille Charmes;
le Philofophe à l'Anagramme ,
ton malfera mechant, le Spirituel
Prieur de S. Germain de Secqueval
; le petit Coq Reveille
matin du Fauxbourg S. Antoine
; le petit Arreil de la rue
Geoffroy Langevin : l'ancien
GALANT.
223
Commiſſaire à Soiffon H. Le
Chevalier Fleurant de Sens ; le
Philoſophe Bouru ruë d'Avignon
: l'infortuné témoin du
bonheur de ſon Rival : Billeheu
furnommé l'Esprit de la rue ſaint
Martin : le nouveau Penfionnaire
duCollege de la Marche.
Berangier de Soiſſon le fidelle
Amant de l'Hoſtel des Urfins :
l'aimable folitaire de Villeblevins
; les heritiers brouillez de
Soiffons : l'amyde la plus belle
Veſtale de Brie : le ſieur de la
Rochelle :Meſdemoiselles Trunnau
: la Calandoiſe de Villefranche
; Fanchon Pichart :
Troplier de la rue de la Truandrie,
la ſpirituelleEtiennettede
la Porte de Paris : la belle Bataille
, & la jolie Cauvry : la
jeune Nanette du Couvent de
la folitude agreable , & Manon
K4
224
MERCURE
1
鏡
1
:
àlabelle taille : La jolie& tresdevote
Brune du Jardinet de la
rue neuve ſaint Etienne : La
nouvelle focieté du Jardin de
Lion. Les deux charmantes de
la rue neuve Noſtre Dame à
l'Anagrame. Le Soleil des François
a borné la Mer. La plus aimable
&la plus aimée des Nanettes :
La jeune Uranie à l'Anagrame
La terre ne m'est rien. La charmante
Illuftrede Cloiſtre Noſtre
Dame : Le Blanc , ruë des
Coquilles : le Berger Tirfisa
l'Anagrame fiecle d'amour , Diane
de la Foreſt d'Alcleon : Le
Chevalier inviſible de la Bague
deGigés: la Nymphe aimantée:
L'aimable Nocloüe à l'anagramme
, Le vray merite Bourgeois.
La nouvelle Enigme que je
vous envoye , merite bien l'ap
GALANT. 225
plication qu'y donneront vos
Amies.
ENIGME.
DE forme plus bizarre il n'en
estpoint au monde ,
Que celle dont jesuis.
Chez-moy je paße & les jours
les nuits ,
Dans une paix aßezprofonde ,
Quoy que mon lieu natalfoit ordinairement
Dansun étrange mouvement.
Ma maison de cent chiens pourra
bien me défendre ,
me
Ils nefaurontparou prendre's
Mais de l'homme cruel l'impitoyable
main
Me plonge lefer dans lefein ,
Et ce harbare y trouveplace
Par le defaut de ma cuiraffe.
Souvent ainsiqu'auNoble onme livre
au Bourgeois ,
K
226 MER CUR E
Et juſou à des Porte-mandilles ;
Mais il estdes climats oùje produis
des Filles
Qui tiennent bien leur rang dans
les Palais des Rois.
Les Vers de la novelle Chansõ
que je vous envoye; ont été
faits par Mr Marcel ,& c'eſt Mr
dela Tour qui les a mis enMufique.
AIR NOUVEAU.
Vos concerts autrefois , aimable
Philomele ,
Annonçoient lesplaisirs de laſaiſon
nouvelle ,
du Printemps.
Et preparoient nos coeurs au retour
:48
Tout est change; les Tambours les
trompettes
Parleurs bruits éclatans
Vousfont taire dans vos retraites,
Et LOVISſeul qui part nous marque
lePrintemps,
GALAN T.
227
La priſe de Heidelberg eſtant
d'autant plus importante,qu'elle
n'a preſque point coutéde ſang
aux Troupes du Roy , on en a
rendu graces à Dieu dans tou
tes les Villes du Royaume. Son
A. R. Monfieur fit chanter le
Te Deum dans l'Egliſe de Noftre
-Dame de Vitté ,le 21. de ce
mois , Ce Prince s'y rendit au
travers de la Bourgeoifie , qui
eſtoiten armes depuis le Chafteau
où il logeoit, juſques à l'Eglife.
Monfieur monta enſuite
à cheval avec toute ſa Cour
qui eſtoit magnifique & nom
breuſe , & ſe rendit au Camp
qui eſt aux environs de cette
Ville là,où il trouvales Troupes
en bataille ſur une Ligne ,
&ſe mit à leur teſte. Il viſita
enfuite le parc de l'Artillerie,&
revint voir les Troupes, La Ca-
K6
228 MERCVRE
valerie fut admirée pour fa
beauté. Ily avoit douze Bataillons
, dont les Officiers ſaluérent
Son A. R. avec l'Epée . Toutes
les Troupes firent trois ſalves
en répondant au Canon qui leur
ſervoit de ſignal; elles marquent
beaucoup de chagrin de voir
que le Prince d'Orange les rend
inutiles en maquant à ſa parole ,
& la Cour de Monfieur , qui en
eſt encore plus chagrine , em--
ploye au jeu le loiſir que ce mefme
Prince luy laiſſe . Il y eut le
foir des feux par toute la Ville ,
& un grand Bal , où l'on danſa.
juſques à cinq heures du matin ..
Laguerre preſente doit eſtre
regardée d'une autre maniere
que beaucoup d'autres.LePrince
d'Orange ne pouvant fe
maintenir fur un Trône ufurpé
qu'en mettant 1 Europe en are
GALANT. 229
mes , a troublé le reposque le
Roy luy avoit donné. Comme
ce Monarque ne fait la guerre
que pour rétablir ce repos , il
n'a en veuë que les Conqueſtes
qui peuvent avancer la Paix ,
& non celles par leſquelles il
peut acquerir le plus degloire ,
& agrandir fes Etats . Ainſi il
luy a paru plus avantageux de
tourner cette année ſes efforts
du coſté d'Allemagne. Il empêchera
parlà l'Empereur de
donner des Troupesau Duc de
Savoye , il mettra pluſieurs des
Princes d'Allemagne , qui en
fourniſſoient au Prince d'Orange,
hors d'état de luy en envoyer
à l'avenir ; il fera prendre
la neutralité aux Cercles & aux
Villes d'Allemagne , qui en
fourniſſoient à l'Empereur , de
forte qu'il deviendra difficile à
→
L
230 MERCVRE
i
S. M. I. d'avoir une armée fur
le Rhin, ſes Troupes n'ayant accoutumé
que d'en faire la
moindre partie . Le Roy s'ouvrira
de plus de nouveaux pafſages
en Allemagne , & fermera
par les Conquestes que
Monſeigneur va faire , les paſſa
ges aux Allemans en France ;
de maniere que ſi toutes ces
choſes ne produiſent pas laPaix
à la finde cette Campagne ,elles
l'avanceront beaucoup la Campagne
prochaine , puis que Sa
Majesté n'aura plus beſoin
d'employer ſes forces da coſté
d'Allemagne, & que la pluſpart
des Alliez que le Prince d'Orange
a de ce coſté- là,ne pourront
plusluy envoyer de Troupes,
àcauſe qu'Elle ſe ſera ſaiſie
de leurs Places , ou les aura forcez
àprendre la neutralitéz,ou
GALANT .
231
å ſe ranger de ſon party.Quand
les chofes feront en cet eſtat
comme il arrivera àla fin de la
Campagne ,le Roy n'ayant plus
à réſiſter à tant d'Ennemis ,
pourra réunir la plus grande
partie de ſes Troupes,& pouffer
le Prince d'Orrange en Flandre
, & ce ſera alors que Sa M.
pourra preſque ſe répondre de
redonner encor une fois la Paix
a l'Europe . Je ne vous manderois
pas toutes ces choſes , ſi je
croyois qu'il fuſt poſſible au
Prince d'Orange de parer les
coups que le Roy luy doit porter
par là. Iln'eſt plus en fon
pouvoir de le faire , Monfeigneur
le Dauphin eſt tropavancé.
Il falloit , pour préparerun
auffi grand coup,tout le manege
que le Roy s'eſt donné la
peine de faire luy - meſme en
i MERCURE
232
is
+
Flandre , parce que fi on avoit
découvert fon deſſein , il ſeroit
arrivé deux choſes qui auroient
rompu ſes meſures. L'Empereur
auroit moins fait marcher
de Troupes en Hongrie , & le
Prince d'Orange en auroit
moins fait venir d'Allemagne.
Ainſi le Roy a fait tout ce qu'il
a ſouhaité , & ce Prince a préparé
de ſeures voyes pour une:
prompte Paix . Quand on a déclaré
le voyage de Monſeigneur
, il y avoit long - temps
qu'il eſtoit arreſté , & que l'on
avoit chargé une infinité de
chariots à Namur. Il n'a fallus
que les atteler. Les Ingenieurs
qui marchent avec ce Prince
ſe ſont trouvez dans la mefine
Ville preſts à partir , lors qu'ils
ont eſté nommez..
Je vous donnay le détail de
GALAN Τ .
233
e
la priſe de Heidelberg dans ma
Lettre du mois paflé. La Garniſon
ne fut pas conduite jufques
à Hailbron, comme il étoit
porté par la Capitulation. Le
Prince de Bade apprehendant
que l'on ne connuſt l'état de
ſon Armée , envoya le Comte
de Furſtembergune demi lieuë
au devant de l'Eſcorte , pour
l'empêcher d'avancer. On ſe fit
des honneſtetez de part & d'autre
des rafraichiſſemens fu
rent apportez aux Troupes , &
on regala les Officiers qui furent
fervis par les gens de Livrée
du Prince de Bade . Cette
Livrée eſtoit fort nombreuſe &
magnifique.
M. le Maréchal de Lorge
eſtant arrivé quelques jours
aprés à ſonCamp ſous Hailbron,
il examina celuy des Ennemis ,
1
234 MERCURE
1.
i
וי
& fit venir du Canon pour les
en chaffer . On le pointa fur la
gauche où estoient les Huſſarts
Ils en furent tellement incommodez
, qu'ils décamperent ſans
ſe donner le temps de rien emporterde
ce qui estoitdansleut
Camp.Quand ils furent décampez
, on pointa le Canon ſur le
quartier de l'Empereur , & ce
fut pour lors qu'on vitles Soldats
qui ſe ſauvoient en courant
de toutes leurs forces , les
Cavaliers au grand galop ; &
d'autres dans des Carroffes . On
remarqua que les chariots ſe
culbutoient en ſe diſputantl'avantage
de paſſer les premiers,
&que pendant cette confufion,
le Canon emportoit des moitiez
de chariots , des charettes , des
chevaux& des hommes .Iamais
l'Artillerie ne fut mieux ſervie.
GALANT.
235
Les Ennemis ayant abandonné
leur Camp, ſe mirent en bataille
au deſſus de leur quartier general
, mais ils ne s'y tinrent pas
longtemps. On dreſſa une Batterie
qui les culbuta ,& en emporta
beaucoup , en forte qu'ils
furent contraints de ſe retirer
dans un Camp plus éloigné. Le
Prince de Bade auroit pû éviter
cette canonnade ,s'il euſt voulu
ſe ranger du ſentiment des
Officiers generaux de fon Armée
, qui avoient eſté d'avis de
| décamper plûtoſt . M.de Lorges
ayant marché depuis ce temps
là du coſté du VVirtemberg, les
Partis de ſon Armée ont eſté
juſques à trois lieuës de Stugard.
Pluſieurs Villes & Baillia-
( gesont traité des contributions ,
& la Ville de Stugard a eſté
( obligée de payer mille Florins
236 MERCURE
J
1
en huit jours. Le Prince de ва-
de ayant pris pour la teſte de
l'Armée les Partis qui ont eſté
de ce coſté - là , y a envoyé une
partie de ſes Troupes , dont il a
eſté depuis fort chagrin , ayant
appris que toute cette manoeuvre
n'avoit eſté que pour l'engager
à faire le faux pas qu'il a
fait ,& que M. de Lorge ayant
changé de route , ce Maréchal
a trois journées d'avance fur
luy&pourra par ce moyen laiffertoujours
un corps entre l'Armée
de ce Prince & la Place
queles François auront ordre
d'attaquer.
Il ya eu de tres groſſes pasoles
entre M.le Ducde Savoye,
&le Marquis de Leganez , au
føjet des entrepriſes de cette
Campagne. Les Alliez , aulieu
d'agir pour recouvrer les Etats
GALANT.
237
리
de ce Duc , voudroient faire
des Conquestes qui les enfermaffent
, & ce Duc demande
qu'on aſſiege quelqu'unes des
Places que la France poſſede ,
ou que l'on tâche à penetrer
encore une fois en ce Royaume
là . Ce demeſlé s'êtantéchauffé,
M. de Savoye a dit au Marquis
de Léganez qu'il eust à sçavoir
une fois pour toutes , qu'il estoit le
Maistre, ce qui a obligé ce Marquis
d'envoyer des Couriers à
Vienne & à Madrid pour porter
ſes plaintes . Le Prince Eugene
eſtant cependant arrivé , les a
appaiſez en apparence , mais il
faut plus que des paroles à Mr
de Savoye. Depuis ce temps là ,
on a tenu un grand Confeil à
Milan , dans lequel Dom Louis
de Ferrat,Gouverneur du Chafteau
, a repreſenté fortement ,
4
238 MERCURE
i
} .
gu'il eſtoit des interests du Roy
Catholique , de differer d'entrer en
Provence , à moins que l'on neſceust
poſitivement l'arrivée dans la Mediterannée
, dela Flotepromise par
lePrince d'Orange ,& que jusqu'alorson
n'avoit pas deforcesfuffifantes.
Sur cela , il fut refolu
d'attendre la reponſe des Couriers
envoyez à Vienne & à
Madrid. Les Eſpagnols n'ont
point encore joint leurs troupes
aux Allemandes , & à celles de
Savoye , & ces derniers ſont au
Camp de Buriaſque , avec celles
de Savoye . On affure que
Mrde Vandoſme eſt party le
19. pour Provence ,& que Mr
le Grand Prieur demeure auprés
de Mr de Catinat. La Fievre
a repris à Mr de Savoye.
Il ne doit plus eſperer que les
Allemans puiſſent conquerir ſes
1
GALANT .
239
Etats pour les luy rendre , puis
qu'ils ne peuvent eux- mefines
ſe garantir des forces de France
en Catalogne & fur le Rhin.
D'ailleurs , les Allemans n'ont
fait juſqu'icy ſubſiſter leurs
Troupes en Piedmont , qu'aux
dépens des Princes d'Italie , &
comme en les ruinant ils lesont
mis hors d'eſtat de leur rien
fournir à l'avenir , il n'y a pas
d'apparence que cette Campagne
faite , ils puiſſent encore
demeurer en Italie .
Le 17. de ce mois, les Vaiffeaux
commandez par Mr le
Comte d'Eſtrées , fortirent avec
un vent favorable du Golfe de
Rofe , pour aller joindre Mr de
Tourville, qui l'attendoit le 1 2 .
au Cap. St Vincent fort proche
-de Cadix . Il y a apparence que
ces Flotes font jointes preſentet
240
MERCURE
ment. La noſtre l'a eſté par dix
Fregates & fix Barques longues
chargées de toutes fortes de
munitions. La Princeſſe d'Orange
ayant appris que la Flote
de France avoit pris la route de
Cadix , a donné ordre que l'on
debarquaſt tout ce que l'on
ſuppoſoit eſtre ſur la Flote
d'Angleterre pour faire une
defcente en France , & que les
Flotes d'Angleterre & de Hollande
allaſſent juſques à Cadix
eſcorter leur Flote Marchande.
S'il eftoit vray que les Anglois
euſſent eu deſſein de faire une
Defcente en France , & que
leurs preparatifs euffent eſté
aſſez grands pour cela , ils auroient
pû la tenter pendant l'éloignement
de noſtre Flote , &
on leur a fait voir en l'envoyant
à Cadix , que l'on ne les craignoit
pas,
Monſeigneur
GALANT.
241
Monſeigneur le Dauphin eſt preſentement
par de là Mont-Royal. Rien
n'égale l'activité de ce Prince infatigable.
Il ſe leve tous les jours à une
heure aprés minuit, & monte à cheval
àdeux. Il a fait ſur ſa route la reveue
de deux Compagnies qui font en garniſon
au Chaſteau de la Roche , &
commandées par Mr de Claroix , fameux
Partiſan. Il y en a une de Cavalerie
,& l'autre d'Infanterie. Tous
ceux qui les compoſent ſont gens bienfaits,
intrepides, &fort leſtes.
Jallois vous faire un détail du S'ege
de Roſe, lors que jay reçu une Lertre
de Catalogne , qui m'oblige à differer
,juſqu'à ce que l'on m'ait envoyé
de nouvelles particularitez . Une Relationdu
Siege de Roſe paroîtra vieille
le mois prochain , ſi on n'en examine
que le titre,mais on la trouvera fort
nouvelle quand on lira ce qu'elle doit
contenir.
Je vous ay mandé dans quelque endroit
de cette Lettre , que Mr du Fay
Gouverneur de Fribourg , étoit morr.
Iuin 1693 . L
!
رم
242 MERCVRE,
1
:
1
On m'affeure que le bruit qui s'en eft
répandu eft faux.
4
Ce que vous aviez jugé du Portrait
de l' Houneste Homme de Mr l'Abbé
Gouffaut , eft arrivé. Vous avez crû
que ce devoit étre un meuble pour tous
les honneftes gens. Votre ſentiment a
été ſuivi. On eſt venu l'acheter en foule,&
l'Edition ayant manqué en fort
peudetems , le Sieur Brunet ena fait
une nouvelle augmentée de troisChapitres,
dont le dernier contientle Portraitdu
plus honneſte homme qui foit
fur laterre. Je m'explique affez pour
vousfaire entendre que c'eſt decelui du
Roy que je vous parle. Qu'ay-je à vous
direde plus pour exciter vôtre curiofité.
Il ſe vend à Lyon chez le Sicur
Amaulry.
L'Auteur de la réponse à Mr. Co
miers employée dans cette Lettre , ne
voulant rien dire qui puiſſe bleſſerperſonne,
m'a faitprier de tendre public.
P'article que vous allez lite. C'eſt en
parlant de cette Réponſe.
Ily a trois endroits que is voudrois
GALANT. 243
pouvoir corriger. L'un on ieme suis fervi
du mot de ridicule en parlant des consequences
qu'on pourroit tirerde certaines
fuppofitions. Ceterme eft dur de quelque
manierequ'on s'on serve , ie le condamne.
L'autre regarde la Phyſique occulte.
L'ay dità la fin du Dialogue , qu'il y a
quelques endroits dont plusieurs persone
-nes s'entretiendroient difficilement, lans
que la Satyre & la raillerie encraffent
dans la Converſation. Ces paroles ont
faitde lapeineà lAnteur de la Phyſique
Occulte , levoudrois les avoir omi-
Jes. L'ay examiné exactement tout le Syſteme,
& ic pouvois m'en tenir là fans
soncher à ce qui est hors d'amore.
A
Le troisième endroit ost celui des
grands parleurs, dont la teſte , &ει
Comme il n'est pas possible qu'il n'y ait
danslemondeun affez grand nombre de
perſonnesde ce caractere , i'ay cau qu'en
m'énonçant d'une maniere ft vague , per
fonne en particulierne voudroitse l'appli
quer ; mais fi vous avez crû que le mon
depenseroit pluſtoſt à vous qu'à tout au
tres puis que vous avez vù les Illukons
L 2.
344
MERCVRE
defi bonne heure, que ne me faifiez- VONS
avertir par le Libraire ? Un tel avis no
Sexoitpas demeuré inutile.
J
Il me reſte pluſieurs Ouvrages curieux
& remplis d'érudition, qui n'ont
pû trouver place dans ma Lettre ; j'el-,
pere vous en faire part le mois prochain.
Il y en a d'aſſez difficiles à lire,
pour me faire douter ſi je vous les envoyeray.
Je ſuis voſtre, &c.
AParis ce 30. Iuin 169.3 .
APOSTILLE .
Mr de Luxembourg ayant envoyé
Mr le Chevalier de Pompone avec un
détachement , pour ſe ſaiſir de Tillemont,
ce Chevalier s'en eſt rendu maître
; il y a trouvé beaucoup de proviſions.
Les fourages font tres- rares dans le
Camp du Prince d'Orange , de forte
qu'il ſe trouve obligé de décamper,mais
il apprehende beaucoup, parce que Mr
de Luxembourg le ferre de fort prés.
Il lui eſt honteux d'être ainſi ſur ladé
GALANT.
245
fenſive , & de voir les Alliez faire des
pertes de toutes parts, aprés leur avoir
promis la ruine totale de la France en
les engageant dans cette guerre.
MrleMarquis de Laray eſt entré dans
la Vallée de Barcelonnette ; il y a for
cé cinq Retranchemens , & a efté jufques
àMeyroles &Arches.
Les Flottes Angloiſe & Hollandoiſe
étoient encore le 24. à la hauteur de
Oiffant.
=
LYON
E
*
18938
TABLE.
Relude.
Priere pour le Roy
Discoursfaità Mrs les Prevost des
Marchands & Echevins. 10
Carrouzelfaità l'Academie deMrs
de Vandeüil & Dauricour. 15
Printemps. 24
Lettre en Profefur le mêmesujet.29
Observations touchans les Trefors
cacheK 48
Détailde l'Entrée de Mr de Bonrepaux
à Copenhague. 80
Lettrefur la Pathologic.. 99
Article de Morts. 100
RéponseàMrdeComiers,par l'Auzeur
des Lettres des illufions fue
LaBaguette. 1.2701
Rétabliſſement du Commerce entre
Les Pays bas Espagnols & less
TABLE
Pays-bas conquis 170.
Remerciment fait au Roy par les
Chevaliers & Officiers Laïques
de l'Ordre du S. Esprit. 172
Benefices donnez parleRoy. 173
Détail de ce quis'est passéà l'Academie
Françoise, le jour de la reception
de Mr l'Abbé Bignon &
deMr de la Bruyere,
Ce qui s'est paffle à l'Hostel de Ville
le jour de In proposition faire par
Mr le Prevost des Marchands,
pour lefoulagement des Panures.
194
177
Détaildu Voyage de Monfieur en
198
Affaires de la Martinique. 211
Bretagn.e
Lestre d'Andrinople. 2273
Servicefait à S.Fargeau. 217
Ceremoniefait àlaRochelle. 219
Fors construit à l'emboucheure du
PorsdeVendre.
Article des Enigmes.
220
225
TABLE.
Suite du Voyage de Monfieur. 227
Article touchant le retour du Roy.
228
Suitede la Campagne d'Allemagne
depuis la prise de Heidelberg. 32 2
Nouvelles de Piedmont , 2361
Nouvelles des Flotes de France. 239
Nouvelles de lamarche de MonfeigneurleDauphin
241
Nouvelles du Siege de Rose. 241
Retour de Mrdu Fay cu ce monde.
:
idem.
Nouvena Portrait de l'honneste
Homme 242
Fragment d'une Lettre de l'Auteur
des Lettres des l'illuſions fur la
Baguette.
Apostilles.
F
*
243
244
Ja Table.
LYO
Qualité de la reconnaissance optique de caractères