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1693, 03 (Lyon)
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MERCURE
VILLEO
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHINMARS
1693.807156
'A LYON,
BIBLIO
LYON
1
*1893*
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC. XCIII..
Avec Privilege du Roy..
hhhhì沸沸****
LE LIBRAIRE
au Lecteur.
CEux qui ont le l'Etat present
des Affaires de l'Europe ont
avoüé n'avoir rien lû de mieux
Ecrit & la premiere Edition a
esté venduë en moins d'un Mois,
Leprix est 20.fols relié..
LIVRES NOUVEAUX
depuis Lanvier 1693. iusqu'à
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Hiſtoire du Roy Loüisle Grand par les
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+
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neuf volumes indouze 27. liv .
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Fable Italienne , ind. 30. fols.
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2. liv.
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20. fols..
Hiſtoire des Revolutions d'Angleterre de
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22. liv
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8. livres.
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La Ducheſſe de Medo nouvelle Hiſtorique,
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des Hommesdans la voye du Salut , parM.
l'abbé de Villiers , en 2. volumes indouze,
2. liv. 10. fols.
LesDéfauts d'autruy du même autheur
indouze 20, fols .
A
Inſtruction fur l'Hiſtoire des Empereurs
d'Occident depuis Charlemagne juſqu'à
Leopol I. aujourd'huy regnant par demande
& réponſe , ind. 30. fols.
L'idée ou deſſeins de Sermons ſur les Mifteres
de Nôtre- Seigneur, inoctavo 3.liv .
Maniere de ſe preparer à la Mort pendant
ſa vie,par le Pere Neveu , leſuiſte, indouze
30. fols.
Boudondu reſpect deu aux Egliſes , in 24.
15. fols.
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moyende faire un parfait Notaire , contenant
les Ordonnances arrêts & Reglemens rendus
touchant la fonction des Notaires avec les
Formules &une facile inſtruction pour dreffer
toutes fortes d'actes , Contracts , Teſtamens&
autres ſuivant l'uſage& ſtile des Provinces
du Droit écrit par M. Ferriere , inquarto
, 6. liv.
Les Nouveaux CaracteresdeTheophrafte
avec les moeurs de ce Siccle , indouze 32.fols
augmenté de la moitié.
Les Panegyriques des Saints, prêchez par
le tres-Reverend Pere Nicolas de Dijon ČapucinDéfiniteur
general de fon Ordre entrois
volumes in-octavo , 9.liv .
LeGalant Nouveliſte , indouze 30.f.
Tolerance desReligions , lettre de M. dé
Leibuix&réponſes deM.Pelliſſon, indouze
39. fols.
MERCURE
Q
GALANTE
MARS 1693 .
DEL
E
*
1893*
UAND le Sonnet
que je vous envoye
au commencement de
cette Lettre, ne feroit
pas auffi beau qu'il l'eſt parluymeſme,
la matiere en eſt ſi noble
, que vous le liriez avec
plaifir . Le Pere Mourgues, Jeſuite,
en eſt l'Auteur.Vous ſçavez
combien l'entrepriſe & la
Mars 1693 .
A
2
MERCURE
conduite du ſuperbe Canal qui
joint les deux Mers , l'ont fait
eftimer .
SONNET.
VNRey de fon Empire extermi
ne l'Erreur ,
Elle arme contre luy le reſte dela
terre ;
Et les bras qu'elle employe àfervir
Sa fureur
Devoient estre employezàluy faire
la guerre.
Toutseprête &se livre au fier USurpateur,
Qui ravage àson gré la perfide
Angleterre
Tant d'Ennemis faisoient craindre
un communmalheur
Pour le Trône François,&le Siege
dePierre.
GALANT .
乘火
Maisde tant defuccés le Ciel com
ble nos voeux ,
Qu'ils pafferoient pour fable auprés
de nos Neveux ,
S'ils ne sçavoientse dire enleuriaſteſurpriſe;
LOVIS regnoit alors dans l'Empire
des Lis ;
PIGNATELLI menoit le
Vaiſſeau de l'Eglise,
Et les deux plus grands Coeurs étoient
les plus unis.
Je vous ay déja fait part d'un
Traité qui vous a fait voir
combien il eſt rare que la Feſte
de Paſque ſoit celebrée le 22 .
deMars , comme il eſt arrivé
dans cette année . Envoicy un
autre qui établit un Calendrier
perpetuel , en fixant pour tou-
3
T
A2
4
MERCURE
jours les Feſtes mobiles qui
dépendent du jour de Paſque ,
dont il fixe la celebration au
cinquième d'Avril . Perſonne
ne doutera que ce Traité ne
foit fort ſcavant & curieux ,
quand il apprendra qu'il eſt du
fameux Aveugle M. Comiers ,
dont la profonde érudition eſt
fi connuë.
:
CALENDRIER
PERPETUEL
ET
INVARIABLE ,
Tant pour l'Année Civile , que pour .
l'Année Eccleſiaſtique.
SIRE.
IRE ,
Commè Dieu nous a donné le
GALANT.
J
!
Soleil & la Lune pour distinguer
les temps , lesjours , & les années ,
les Astronomes ont travaillé à connoiſtre
précisément laduréedu mouvement
de ces deux Luminaires ,
&parce que la Lune a de frequens
& viſibles changemens , les Hebreux
& les Grecs s'en ſontſervis
pour diftinguer les mois & les années.
Solon , grand Legislateur des
Atheniens , regla l'année & les
jours des Equinoxes , par l'avis
de Thales. Ce reglement fut ſuivy
pendant deux fiecles, aprés lesquels,
du tempsdu Divin Platon , onfui
vit la correctionfaite par Eudoxe .
Les années estoient de differentes
Longueurs chez les Egyptiens , les
Grecs , & les Arabes , & les mois
ne commençoient pas le même jour ,
ce qui estoit tres - incommode dans
Le commerce , & dans les affaires
publiques.
A 3
6 MERCVRE
Les Juifs avoient deux fortes
d'années. Leur année Civile commençoit
à la nouvelle Lune dumois
Tiſry de l'Equinoxe d'Automne,
à cause de leur année Sabbatique ,
autrement ils auroient esté deux
ans fans faire recolte. Leur année
facrée commençoit à la nouvelle
Lune du mois Nifan de l'Equi
noxe du Printemps , depuis l'Or--
donnance que Dieu leurfit lors de
lafortie d'Egypte , 1698. ans:
@vant la naiſſance de I.C.
LesHebreux commencentàcompter
leurs années des lafortie dEgypte
: par unesemblable raifon
les Mahometans commencent à
compter les leurs de l'Hegire , ou
fuitedeMahomet hors dela Mecque
en la nouvelle Lune ,le Vendredy
16.Juillet 622.en laquelle
on comptoit to.d'Indiction, 15
de Nombre d'Or , comme außi 15 .
GALANT . 7
de Cycle folaire , & on celebroit la
Pasque le 4. d' .Avril.
LesGrecs comptoient par Olympiades
, qui commençoient par les
Solstices d'Este,& leur Cycle estoit
de quatre ans. Elles furent rétablies
776. ans avant la naiſſance
de I.C.laquelle arriva enla 124 .
Olympiade.Et les annéesde la fondation
de Rome commençoientaux
Festes appellées Palilies , qu'on
celebroit à l'honneur de laDéeſſe
Pales , le 12. Avil.
Pour remedier à ce defordre il
nefalloit pas moins que l'esprit du
premier des Cefars ,
Qui media inter prælia
femper
Stellarum , cælique plagis , Superiſque
vacabar.
Ce premier Empereur des Romains,
par le conseil de l'.Aftronome
Soſigenes , en l'année 45.a- .
A. 4
8 MERCURE
vant la Circonciſion de I.C. inſtitux
l'année Julienne,qui commence au
premier Ianvier, par cetteforme
d'années les mois commencerent le
mesme iourdans toute lavaſte éten
duë de fon Empire. Ilne futpas
fi heureux à regler la longueur de
l'année Tropique, puis qu'il la croyoit
estre précisément de trois cens
foixante -cing iours &fix heures ;
c'est pourqu y de ces fix heures il
forma de quatre en quatre ans un
iour entier , qu'il ordonna estre intercalé
entre le 23. le 24. Fevwier.
Ce iour fut appelléBiffexto
Kalendas Martii; 23.Fevrier
le iour intercalé , estoient l'un
l'autre appellez fixiéme des Calendes
de Mars , c'est à dire , le
fixième iour avant les Calendes de
Mars , par conſequent l'année
Biſſextile estoit de 366.iours . Ce
bel ordre fut bien-tost interrompu
GALANT.
9
parl'ignorance desPontifes,qui intercalerent
à chaque quatrième an
née priſe incluſivement. C'estpourquoy
dans trente-fix ans ils avoient
intercalé douze iours , c'est à dire ,
trois tours de trop ; mais Auguste
corrigea cette erreur en la troisieme
année de I.C. ayant ordonneque
pendant douze ans il n'y auroit
point d'année Eiffextile.
Cette reforme neput long-temps
Satisfaire aux Chrestiens , pourſçavvirle
quatorziéme iour de la Lune
d'après l'Equinoxe du Printemps ,
afin de celebrer laPâque Chrestienne
le mesme iourqueI.C.l'inſtitua,
aprés qu'il eut fait laPasque Le
gale en même temps que les luifs ,
ce que Saint Luc a remarquépar
Les deux Coupes.
Le défaut du Calendrier Ro
main vient de deux Chefs. Fremiérement
, de ce que l'Equinoxe, du
A.
10 MERCVRE
Printemps anticipoit d'un iourentier
en 1 30. ans le veritable Equinoxe
, parce que l'année Tropique
n'eſtant que de 365. iours, 5 ..
heures presque 49. minutes
les ij, minutes 54.fecondes prifes
de trop chaque année forment
en 130. ans un iour de trop ,
par confequent font anticiper d'un
iour entier l'Equinoxe. Secondement
de ce que le Cycle Lunaire ,
inventé par Meton Athenien,
L'année 430. avant la naiſſance de
Lesus-Christ , dont on écrivoit les
19. nombres en lettres d'or, ne marquoit
pas précisément dansle Calendrier
les jours des Lunaiſons , puisque
dans 19. ans il s'enfaut une
heure 27. minutes 32. Secon...
des , d'oùprocedoit que dans 312 .
ans le nombre d'or faisoit antici..
perd'un iour les verioables Lunai
fons.
T
GALANT. II
Deces deux erreurs font nées en
tre les Chreftiens tant de difficul
tez de differends pour la cele
bration de la Pasque , qu'en l'année
1582. le Pape GregoireXIII.
prit comme Alphonse, Roy d'Arragon
, l'année Tropique de 365 .
iours 5. heures 49. minutes ,
quelques ſecondes , tellement qu'il
ne s'en faut pas ii , minutes que
L'année Tropique ne foit de 365 .
iours 6. heures , & par con .
Sequent à chaque année Biffextile
on ne prend pas 44. minutes de
trop . CePape , pour ramener l'Equinoxe
en fon veritable iour ,
trancha les dix iours anticipez de
puis l'année 325. du Concile de
Nicée , pour cela le lendemain
du 4. CF bre fut compté le 15.du
mesme mois , c'est pourquoy dans
I'.Angleterre , dans la Suede
autres endroits , où l'on n'a pasre
re..
2
A6
12 MERCURE
22
ceule Calendrier Gregorien , on se
fert de double datte du iour du
mois. Le iour du vieux ſtile eft
écrit sur une ligne ; & le iour ,
ſuivant le nouveaustile , est placé
au deffus de la même ligne..Ainsi
pour marquer la datte d'auiourdhuy
22. Decembre 1692.on
écrit Pour remedier au défaut
des nombres d'or , on a substitue les
Epactes, & outre ces deux remedes
il faut encore obſerver que les an
nees 1700.1800 .
feront pas Biffextiles, avec toutes
ces précautions on n'a jamais précisément
le jour des Lunaisns ,
puis qu'à laseule inspection de la
Lune , on reconnoist que les Epa.
Etes avancent ou reculent de deux à
trois jours les Lunaiſons. Par con
fequent il eft neceffaire de ſubſtituer
un nouveau Calendrier auGre
gorien.
1900.ne
GALANT.
13
Il y a lieu d'efperer , SIRE ,
qu'aprés que Vostre Maiesté , qui
est autant formidable dans toute
IEurope aux Ennemis de la France,
que le fut sous l Empire de Ti--
bere aux Peuple d'Asie , le tremblement
de terre qui dans une nuit
renverſa douze de leurs plus belles
Villes , au rapport de Pline ; Maximus
terræ memoria mortalium
extitit motus , Tiberii
Cæfaris Principatu , 12. urbibus
Afiæ una nocte proſtratis ,
ilya , dis - ie , lieu d'efperer que
quand Vostre Maiesté aura fait
ceffer le bruit des armes dans toute
l'Europe , on dira d'Elle ce que
l'Histoire des Machabées dans
Le 1. Chap. dit d'Alexandre le
Grand, Siluit terra in confpectu
}
ejus , toutes les Puiſſances de la
terre ont mis les armes bas en fa
presence. Aprés quoy Voftre.Ma
14 MERCURE
ieſté ordonnerapour l'année 1700.
un Calendrier civil & Ecclefiaftique
, perpetuel & invariable , ce
que tous les enciens avoient fouhaite
, & dont l'executionſe doit fairefous
vôtre Regne plein de miracles
, dans lequel Pallas & Minervefefont
reünies pourfaire fleurir
en mesme temps les Arts , les
Sciences , la guerre, car Vostre
Maiestearemply ceque lePolitique
Florentin foubaitoit à fon Prince..
Deve ancora un Principe moſtrarfi
amatore delle virtu , &
honorare li excellenti in ciafcunaarte.
Etfiquelque virtuoſo
n'a point de part à vos royales li
beralitez , il peut dire comme le
Paralitiqueprés de laFiſcine miraculeuse
de Ierufalem ; Non habeo
hominem , Ien'ay point de
Patron. Ainsi Abdolomin avant
qu'il fust connu d'Alexandre. lee
GALANT.
15
Grand ment une vie cachée ,
dans la neceßité , maissa pauvreté
luy fut honorable , puis qu'au rapport
de 2. Curce lib. 5. Caufa ei
paupertatis , ficut plerifque ;
probitas erat. Il estoit pauvre ,
parcequ'il estoit homme debien,
Vostre Majestéqui nese trompe
jamais enſon choix , a pour espions
du Ciel qui est la veritableTerre de
Promiffion, les plus sçavans & les
plus vigilans Astronomes. Ils ont
ce qui manquoit à ceux des fiecles
paßez, je veux dire , lemoyen de
faire parles grandes Lunettes de
nouvelles découvertes dans les
Cieux , & d'observer avec la Pendule
précisément le Diſque &le
Diamettredela Lune par le temps .
queson image employe à paffer un
brin de ſoye plate , tendu vertica-.
lement parle foyer du verre ob-...
jectifde la Lunette ,composéede
16 MERCVRE
deux verres convexes. Ainsiàpreſent
l'Astronomie.
Tranſcendit ad Aſtra
Diſciplina audax
ſedula motus ,
د inquirit
Veſtigatque fitus , oculis nova
fidera luſtrat ,
Et gemino fubnixa vitro miracula
pandit ,
Fay donné en l'année 1665 .
dans mon Livre de la nature &du
preſagedes Cometes , la conſtruction
des grandes Lunettes , &le moyen
de s'en servir ſans tuyau pour ob-
Server les Astres. J'ay depuis don
né & démontré tout ce qui concer
ne la veuë , les Lunettes , & leurs
differens usages. Le tout est inferé
dans onze Mercures Extraordinai
res , depuis le 19. Tome jusqu'au
31. inclusivement , & dans le
Mercure de Septembre 1 683. l'ay
dedié cet Ouvrage à Monseigneurs
GALANT.
17
le Duc de Bourgogne , parce que
mens præſaga futuri , me le fit
voir homme dans le berceau , & ce
Princese trouve digne Fils du Pere
& du Grand Pere , Quo necmeliorem
dedere Dii, nec potuere
dare. Ce font les termes du jeune
Pline dans le Panegyrique de
l'Empereur Trajan. Revenons main-
*renant à nostresujet .
د
Les premiers Chrestiens comproient
differemment leurs années ,
ne convenant pas d'Epoque ; ils
differoient auſſidu jour&du temps
de la celebration de Pasque . Les
Grecs comptoient par les Olympia.
des ,&fefervoient du Calendrier
des fuifs ; & entre les Latins ; les
unsſeſervoient de l'Epoque de la
Fondation de Rome ; les autres
comptoient par les années du Regne
de l'Empereur Auguste. Ils dat-
Loient les Actes par ces mots , An-
2
18 MERCVRE
nus erat regnantis Auguſti ,
c'est à dire , en telle annéedu Regne
d' Auguste : c'est pourquoy par
abbreviation on n'écrivoit que les
lettres initiales de cette maniere j
A. E. R. A. ce qui adonné le mot
Æra , qui n'est qu'une denomination.
En l'année 437. de I. C. Saint
Cyrille introduisit l'Epoque Diocletienne
, ou de la persecution
faiteaux Chrestiens par l'Empereur
Diocletien , qui a esté l'Antechrift,
dont Saint fean a parlé dansfon
Apocalypse , ce que j'ay démontre
dans mon Traité des Propheties,
inferè dans les Mercures des mois
d'Aoust , Septembre , & Decembre
de l'année 1689. & dansle Mercure
de Septembre 1690. Enl'annèe
444. les Tables Pafchales des
Grecs & des Latins convenoient fi
mal , que ceux- cy celebroient la
1
GALANT.
19
Pâque le 26. d'Avril. Pour accommoder
le differend d'entre les Tables
Pafchales des Grecs &des Latins ,
Victorin d'Aquitaine employa en
463. le Cycle Lunaire &le Solaire,
Pourformer la periode de 532. ans,
croyant que le Dimanchede pasque
reviendroit au même jour,& declara
qu'on ne la pouvoit celebrer
ny pluſtoſt que le 23. de Mars , ny
plus tard que le 24. d'Avril. Es
mesme-tempsilintroduiſit l'Epoque
A paſſo Chriſto. Cette Epoque
&ces Tables Pafchales , quoy que
faites par l'ordre du Pape S. Leon,
&defon succeſſeur Hilaire
furent receuës qu'en France , parle
Second Concile d'Orleans en l'an
542. C'est pourquoy juſques en
l'an 814. les François compterent
les années A Chriſto paſſo , depuis
la mort de f. C.
ne
En l'année 525. Denisle Petit,
20 MERCVRE
"
AbbéRomain , continua les Tables
de faint Cyrille , & donna au
Calendrier le Nombre d'Or & les
Lettres Dominicales. Ilprit pour
Epoque l'Incarnation du Verbe
Ab Incarnato Verbo ; c'est pourquoy
ces années commençoient le
25. de Mars . Peu à peu on quitta
l'Are Diocletienne , & enfin onse
feruit de l'Ære Dionisienne ou
Chrestienne : mais conformement
au fecond Concile d'Orleans de
l'an 542. on continua de commencer
l'année par le jour de Pasque ,
ce qui a esté pratiquéjusqu'en l'année
1563. que Charles IX. par
l'Editde Rouſſillon , ordonna de la
commencer au premier de Ianvier.
Ces obfervations font neceffaires
pour verifier les dattes des
anciens Edits , Arrests & Actes
publics , afin de n'être pastrompé
par ceux que l'onfabrique àplaisir..
2
GALANT. 21
l'en dis autant pour les Bulles , Indults
, Brefs &Refcrits de Rome ,
estant à obferver qu'à Rome on
commence les années en troismanieres
, sçavoir , l'année facrée du
mois de Mars , à cause de l'Incarnation
du Verbe , l'année civile par
Ianvier , &les Papes , par l'année
de leur élevation au Pontificat ,
comme leRoy comptepresentement
la cinquantiéme année de ſon Regne..
Le differend entre les premiers
Chreftiens a esté plus grand & plus
important ausujet du temps & du
jour de la celebration de la Pasque.
Les uns la celebroientle leudy , jour
auquel I. C. l'inſtitua. Quelquesunsà
cause des termes , Cecy eſt
le paſſage du Seigneur, qui font
dans l'Exode ch. 1 2. verf. 27.fai-
Soient Pâquele Vendredy , parce
que ce fut un Vendredy que1. C.
22 MERCURE
paſſa de la vie à la mort. Les autres
par lesmêmes termes , Hoc eſt
tranfitus Domini , parce que I.
C. ayant paffé de la mortà la vie,
reßufcita le jour du Soleil, qui estoit
le premier jour ou Ferie de la
Semaine, ils la nommerent Dies
Domini , jour du Seigneur , ou
Dies Dominica , Dimanche ,
auquel jour ils fixerent la celebrationde
la Paſque ; ce qui fut approuvé
par le Pape Pie en l'année
150. & en l'année 196. Theophilede
Caſarée avec quelques autres
Evesques aſſemblez par l'ordre du
PapeVictor , reglerent qu'on neferoit
point la Paſque avant le 22 .
de Mars , & depuis S. Ambroise.
ajouta qu'on ne la pourroit celebrer
plus tard que le 25. d'Avril.
Les Eglises Asiatiques alleguant
lapratiquede S. Iean , celebroient
laPaſqueavecles Iluifs indifferem-
品
2
GALANT. 23
ment au jour de la ſemaine , qui
arrivoit le quatorziéme jour de la
Lune d'aprés l'Equinoxe du Prinsemps
, & pour cela ilsfarent appellezQuartadecimani
, dans le
premier Concile de Nicée , qui en
l'année 315. ordonna qu'onferoit
la Paſquele Dimanche d'aprés le
quatorziéme de la Lune qui arriveroit
après l'Equinoxe du Printemps.
La difficultérefta àdéterminer
lejour de l'Equinoxe , & le
quatorzième de cette Lane d'aprés
l'Equinoxe. Le Concile en laiffale
foin à l'evesqued' Alexandrie , où
l'astronomie floriffois. Il envoyoit
à Rome tous les ans au Papele jour
trouvépar le calcul Astronomique,
&au jour de l'Epiphanie le Diacre
l'annonçoit au Peuple.
Pourrendre tous àlafois leCalendrier
commode pour l'année Ecclefiaftique&
Civile , ilfaut ac24
MERCURE
commoder l'année au coursdu Soleil
&commencerle moisde lanvierpar
Lejour du Tropique d'hiver. Ilfaus
aussi , autant qu'on peut , rendre
les mois reguliers : & comme de
l'Equinoxe du Printemps àl'Equinoxe
d'Automne , il y a plus de
jours que de l'Equinoxed'Automne
à celuy du Printemps , il faut
renger ces jours qui excedent , du
coſté du Tropique d'Eté. Ainsidepuis
le Solstice d'hiver de l'année
1691. qui arrive le 20. Decembre
à 7. heures 56. minutes aprés
midy , juſques à l'Equinoxe du
Printemps , qui est arrivé le 19 .
Mars 1693. à 9. heures 41. minutes
du (oir , il n'y a que 90. jours
ou 3. mois chacun de 30. jours. C'est
pourquoy je rejette les jours qui
excedent , du coſté du Tropique
d'Eté, ce qui rendra les mois plus reguliers
, donnant 30. jours auxmois
de
GALANT.
25
de lanvier , Fevrier & Mars
31. jours aux mois d'Avril , May ,
Iuin , Juillet & Aouft , & trente
jours auxmois de Septembre, d'Octobre
, Novembre & Decembre ,
lequel de 4. en 4. ans en aura 31 .
pour le jour intercalé , quand l'annéefera
de 366. jours. Le ne croispas
qu'on faſſe ſcrupule de rendre au
mois de Fevrier les deux joursdont
on l'avoit mutile , pour augmenser
d'un jour le cinquiéme &le
Sixièmemois de l'annéequi commençoit
par le mois de Mars , carles
Romainspourhonorer leurspremiers
Empereurs , changerent à ces deux
mois , Quintilis & Sextilis , leur
anciennom , & leur donnerent celuy
de Julius & d'Auguſtus , que
nous appellons Iuiller &Aoust.
Pourfixer la Paſque au Diman.
che d'après l'Equinoxe du Printemps
, le premier jour de Ianvier
Mars 1693 . B
26 MERCURE
fera toujours un leudy ,le premier
de Fevrier un Samedy , &le premier
d'Avril fera toujours un
Mercredy , & l'Equinoxe nefera
iamais beaucoup eloignéda premier
d'Avril, &par confequent letroifiéme
d'Avril fera un Vendredy ,
& le cinquième joursera le Dimanche
de Pasque, &parce moyen
l'Eglife celebrera toujours lafolemnité
des Myſteres , aux mesmes
jours qu'ils ont esté operez, estant
vray que I. C. fut crucifie le3 .
d'Avril , iourde Vendredy , & qu'il
reffufcita le Dimanche 5. du mesme
mois ; ce que ic demontreray
aprés ; & afin que le premier jour
de l'an ſoit toujoursun leudy&le
cinquième d' Avril un Dimanche,
le dernier iour de l'anfera un Ieudy
, & de quatre en quatre ansle
mois de Decembre aura trente-un
iour ,& cetrente-unieme jour in.
GALAN T.
27
tercalé Sera encore un Icudy ; &
par confequent de 4. en 4. ans on
aura uneſemaine de trois leadis ,
pendant lequels on celebrera la
Feſte de la Trinité.
Le Mercredy des Cendresfera
toniours le 19. Fevrier , ainſi il n'y
aurapoint de Festes Mobiles. L'Office
Divin ne changera plus , &
Les Mysteres de nôtre Religionferont
celebrez aux mesmes iours
qu'ils ont esté operez. le ne diray
Pas icy les avantages que l'année
Civile, la Navigation & l'Horolographie
recevront de ce Calendrier
Perpetuel & Invariable.
Bien que dans mon Calendrier
perpetuel & invariable ie n'aye
Pas besoin du Cycle Lunaire ny d
Solaire d'Epactes , de lettres Dominicales
, ny de l'Indiction , neanmoinsparce
que le Concile deTrense
dans le chap. 18. de la Section
B2
2.8 MERCURE
23. ordonne que dans les Seminaires
on enseignerale Comput Ecclefiastique,
en voicy deux manieres ;
l'une est generale , & l'autre particuliere.
La maniere generale de trouver
pour chaque année proposée lenombre
du Cycle Lunaire , appelléle
Nombre d'Or , le nombre du Cycle
Solaire, &lenombre de l'Indiction,
qui font trou caracteres , par lefquels
tous les ans ſont distinguez
pendantſept milleneufcens quatre
vingt années , qui est la Periode
Iulienne formée du nombre 19. du
Cycle Lunaire , multiplié par 28.
qui est le nombre du Cycle Solaire ,
&leur produit 532. multipliépar
15. Cycle de l'Indiction , cette Periode
commence , l'année , en laquelle
si le monde avoit esté , on
auroit compté'un de chaque Cycle.
C'estpourquoySpachant que la preGALANT.
29
miere année du monde est la 765 .
de la Periode Iulienne , on auroit
compté s . de nombre d'Or. 9. de
- Cycle Solaire , & 15. d'Indiction ,
en divifant 765. par 19. par 28 .
&par 15. De mesme comme lapremiere
annéede l'Ere commune de
I. C. est la 4714. de la Periode
Iulienne , ſi on divise 4714. par
19. par 28. & par 15. restera 2
de nombre d'Or , 10. de Cycle Solaire
, & 4. d'Indiction . Ainfi en
la preſente année 1693. quiest la
6406. année de la Periode Iulienne
, diviſant 6406. par 19. par
28. & par 15. reste 3. de nombre
d'Or , 22. de Cycle Solaire , & I.
d'Indiction .
Or pour trouver quelle année de
La Periode Iulienne est l'annéeprefente
1693. ajoûtez47 1 3. qui
fontles années dela Periode Iulienne
avant la naiſſance de leſus
B 3
30
MERCVRE
Chrift , vous aurez 6406. de la
Periode Iulienne , &pour sçavoir
quelle année depuis la creation du
monde est l'année courante de I.
C. 1693 , ôtez de 6406. de nostre
Periode Iulienne , les 764. ansdont
la Periode Iulienne devance la
creation du monde , il reste 5642.
qui est l'âge du monde, ou les années
depuis fa creation.
Ilyaplus de calcul à faire pour
trouver l'année à laquelleconvien
nent lesnombres des trois Cyclesque
L'on propose. Par exemple , on demande
quelle est l'année , qui a 10.
du Nombre d'Or , 1. de Cycle Solaire,
& 8. d'Indiction. Multipliez4200
par 10. de Nombre d'Or , vous aurez
42000. Multipliez4845.
par 1. nombre du Cycle Solaire ,
vous aurez4845. Multipliezaussi
6916. par 8. de l'Indiction , vous
aurez 55328. Ajoûtez ces trois
GALAN T.
31
produits 42000. 4845-55328 .
& divisezleur fomme 102173 .
par 7980. qui est la Periode lulienne
, le nombre restant est l'annéedela
Periode Iulienne , daquel
nombre 6413. oftez764. quisont
les années de la Periode avant la
creation du monde , restera $ 649 .
nombre des années du monde. Que
fi du mesme nombre 643. vous
ostez47 13. quisont les annéesdepuislecommencemeni
de la Periode
juſques àla naiſſancede 1. C.refte
l'année 1700. qui aura 10. de
Nombre d'Or , de Cycle Solaire ,&
8. d'Indiction.
Voicy les manieres particulieres
de trouverà chaque annéeſonNomere
d'Or , de Cycle folaire , d'Indi
Etion , & d'Epacte , prenant pour
exemple l'annéepresente 1693.qui
est la s 642.de la creation dumonde
en laquelle nous avons pour <
B4
32
MERCURE
nombre d'Or 3. Epacte 3. Cycleſo-
Indiction Romaine 1 . laire 22 .
Lettre Dominicale D.
Trouver à chaque année propoſée
le nombre de l'Indiction .
La premiere année de l'Indiction
commence au 1. de Septembre de
L'année 313. en memoire de ce
qu'en cette année là Constantinſe
fit chrestien , après avoir fous le
Labarum , Etendard de la Croix,
combana & defait Maxence ,
mais les Papes commencent l'Indiction
, Cycle ; Periode ou Revolution
de 15 ans du 1. Ianvier de
l'année 313. Ajoutez toujours 3 .
àl'année proposée , & diviſez la
Somme par 15. le nombre restant
fera l'année de l'Indiction. Ainsi
divifant 1696. par 15. reste 1 .
pour l'Indiction de l'année presente
1693 .
GALANT.
33
Trouver le Nombre d'Or ,
qui est le Cycle Lunaire, Periode ,
ou Revolution de 19. ans..Aioutez
1. à l'année proposéee, & divisez
lasomme par 19. le nombre
restant fera le Nombre d'Or , &
ainsi divisant 1694.par 19.refte
3. nombre d'Or de Iannée presente
1693 .
Trouver l'Epacte de cha
que année propoſée.Ilfaut premierement
avoir trouvé le Nombre
d'Or de la même année puis élevez
les trois premiers doigts de la main
gauche fur lesquels en commençant
par le pouce , comptez le Nombre
d'or, silfinitfur le pouce , le
Nombre d'or ſera l'Epacte. Que
s'il finitfur l'Index,aioûtez 10 .
au Nombre d'or , & vous aurez
l'Epacte. Que s'il finit au doigt
Medius , aioutez 20. au Nombre
dor , vous aurez l'Epacte
B. S
34
MERCVRE
lors que laſommepaſſe 30 le nombre
excedant fera celuy de l'Epa-
Ete. Ainsi pour l'année preſente
1693. le nombre d'Or 3. estant
compté fur les doigts il finit au
doigt medius, c'estpourquoy aioutant
20. aux 3. du nombre d'Or ,
nous avons 23.d'Epacte.
Trouver plus precisément
l'âge de la Lune . Ilfaut commen
cer par le mois de Ianvier à compter
l'Epacte,puis aicuterà l'Epa-
Ete le quantième du mois , & enfin
aiouterle nombre que i'appelle convenable
à chaque mois , sçavoir rien
pour Ianvier, 1.pour Fevrier, rieu
pour Mars , 1.pour Avril , 2.pour
May 3. pour lain , 4.pour luillet,
5.pour Aoust, 7. pour le mois de
Septembre , 7.pour Octobre enfin
9.pour Novembre, 9.pourlemois
de Decembre.Voicy le tout pour ai
der la memoire.
GALANT.
35
Janus O , Febru un , MartiusO,
numerato deinde ,
Un,deux,trois,quatre, cinq, feptembis,
atque novembis.
Ainsi poursçavoir en l'annéeprefente
1693. l'âge de la Lunele
22.Mars, ajoutez aux 23.de l'Epacte
les 22.du mis , vous aurez
45. dont ayant ôté 30. reſte 15 .
iours de l'âge de la Lune ; donc la
Lune eſt pleine le 22. de Mars,
Außi le calcul Astronomique la
donne pleine le mesme iour à une
heure 46. minutes du matin ,
comme cette pleine Lune est après
L'Equinoxe qui arrive le 1 9. Mars
à9 heures 41 minutes du foir,cettepleine
Lune estant aprés l'Equinoxe
, & le jour de Dimanche , est
Paschale, par conſequentPâque
estant le 22.Mars,le iour des Cendres
a esté le 4. de Fevrier,
Pour trouver le nombre du
B 6
36 MERCURE
f
Cycle ſolaire , qui est la Periode
ou la Revolution de 28.ans, après
lesquels les mêmes lettres Dominicales
recommencent leur Revolution.
Cesont les ſept premieres lettres
de l'Alphabet,apposées àcha
que iour du Calendrier, commençat
parla lettre A, vis àvis dupremier
de Lanvier, comme l'année
commune eft de 365.iours lesquels
diviſez par 7. donnent 52.Semaines
, ilreste un iour, qui est le com
mencement de la cinquante-troifiéme
semaine ,&parconsequent
dans l'année commune le dernieriour
de l'an est de même nom que
Sonpremier iour,d'où il s'enfuit que
le premier iour de l'an estun autre
iour de laſemaine, parconfequet
la Lettre Dominicale n'est pas la
mesme que celle de l'année precedente.
Cette Revolution s'acheve
roit dans lesſept ans, maisà cause
GALANT.
37
+
du iour Biffextil , quor intercale
de quatre enquatre ans la Periode
des Lettres Dominicales ne s'ache...
ve que dans vingt-huit ans, les
années Biffextiles ont deux Lettres
Dominicales , dont la premiere ne
fert que iusqu'au 24. Fevrier,
La seconde indique le Dimanche
pendant le reste de l'année. Ce Cycle
des lettres Dominicales est appelle
Cycle Solaire du jour de Dimanche,
qui est le iour du Soleil, de
mesme que les autres jours de la
Semaine ont le nom d'une autre des
Sept Planetes.
Pour trouver le nombre du
Cycle Solaire , par ce nombre
La lettre Dominicale , oftez unde
L'année proposée , diviſezle nombre
restant par quatre , &fans avoir
égard à ce qui reſte , aioutez le
quotient au mesme nombre divisé ;
de la somme pour les années
38 MERCVRE
enfin
depuis 1582. oftez 10. pour le
nombre des dix iours retranchezpar
le Calendrier Gregorien ;
diviſez le reste parſept,lenombre
reſtantsera le quantiéme iourde la
Semaine , à compter depuis leDimanche.
Ainsi,pouravoirla lettre
Dominicale de l'année presente
1693. diviſez 1692. pav quatre;
le quotient est 423. qui estant
aiouté à 1692. fait 2115. dont
ayant ôtez dix , reste 2105. qui
estant diviséparſept , reste 5.qui
indiquent que le cinquième jour ,
à compter parle Dimanche est le
premier iourde l'an. Or ce cinquié
me iour est un Leudy. Si le premier
iourde l'an qui a toujours la lettre
A est un Ieudy , donc B marque -
ra leVendredy, C le Samedy ,
par confequent D. eft lettre Dominicale
pour l'année preſente 1693 .
Cette connoiſſance des lettres Do
GALANT.
39
minicales fert biensouvent à con
vaincre defauſſetéplusieurs.Actes.
La fuite des lettres Dominicales
ferainterrompuë en l'année 1700 .
parce que n'estant pas Biffextile ,
ellen'aura que la lettre C. pourDominicale.
Pour trouver quelle lettre du
Calendrier eſt au premier jour
de chaque mois,prenezles lettres
initiales des douze motsſuivans ,
Lepremier motpourle mois de Lan
vier , ainsi deſuite.
Au Dos. D'un Gros . Boeuf.
Eft . Gros. Cuir. Fort. Au..
Droit. Fil. Ou bien les lettres initiales
de ces deux Vers Latins,
Alta Domat Dominus Gratis
Beat Equa Gerentes..
Contemnit Fictos , Angebit
Dona Fideli.
AinfiScachant la lettre du premier
iour du mois , onsçaura quel
40 MERCVRE
iour il est de lasemaine,par le
moyen dela lettre Dominicale.C'eſt
pourquoy dans l'année presente
1693. la lettre D du mot Dos ,
qui appartient au premier iour du
mois de Fevrier, estant außi lalettre
Dominicale , lepremier icurde
Fevrier est un Dimanche ,
confequent le 4. est le Mercredy
desCendres,
par
Pour trouver le Dimanche
Pafchal . Ilfaut obſerver , que par
Le premierConcile General, tenu à
Nicée en 325. auquel , enpresence
de l'EmpereurConstantin , OZius,
Evesque de Cordouë , preſida au
nomdu Pape Silveftre , les Afiati
ques voulcient que laPasquesefist
le 14. de la Lune , quelque iour
qu'ilfust de lasemaine , &ilfut
ordonné,qu'onnnee la celebreroitque
leDimanche d'aprés la pleine Lune
, qui arriveroit après l'Equinoxe
GALANT . 41
lequel fut reglé au 21. de Mars.
L'Evesque d'Alexandrie, oul'AStronomie
florifſoit , fut , comme
nous avons déia dit , chargé d'enpoyer
tous les ans à Rome , avant
l'Epiphanie, le calcul des Equinoxes
, & de la pleine Lune ; ce
que le Diacre publioit à la Feste
desRois.
Trouvezpremierement la lettre
Dominicale de l'année proposée ,
puis trouvez le quantième de la
Lune & le 21.de Mars,car fielle
a du moins quatorze iours , le Dimanche
ſuivantsera le iourdePâ
que, Que si avant le 21.de Mars
Le quatorzième de la Lune n'est
pas arrivé , il ne faudra celebrer
La Pasque que le Dimanche d'aprés
Le quatorzième de la Lune fuivante
. C'est pourquoy en l'année
1666. la Pasque ne fut celebrée
que le 25 , du mois d'Avril , qui
42
MERCURE
est leplus tard qu'elle puiſſe estre
lors que la nouvelle Lune arrive
le 7.d'Avril; & au contraire, en
l'année courante on l'a celebrée le
22.de Mars, qui est le plutoſt qu'
elle puiſſe arriver, lors que la nou
velle Lune arrive le 8 de Mars, fi
on observe le Decret du Concile.
Syſtême du Calendrier perpe .
tuel & invariable .
L'embarras des variations qui
Setrouventdansle CalendrierRomain
parles changemens des jours
de lasemaine , & des Festes mobiles
de l'année Eccleſiaſtique ,
qui varient mesme de trente cinq
jours , eſt ôtépar cenouveau Calendrier
, dans lequel les années
commencent toujours par le feudy.
premier Janvier , & ba Pasque
est fixée au Dimanche , quifera
toujours le cinquème jour du mois
d'Avril : ce qui n'apportera auGALANT.
43
cune alteration à l'année Civile ,
&rendra les Offices du Service
Divin plus faciles & reguliers ,
eftant exempts des Rubriques
dans tous les fiecles à venir , &
les Festes folemnelles feront celebrées
aux jours que les Mysteres
de nostre Religion ont este ope
rez : ce que je crois avantageux
pour la predication de l'Evangile.
C'est pour celaqu'en l'année 1653 .
j'avois inventé ce Calendrier invariable
, dans le deffeinde paſſer
aux Indes Orientales avec l'Apoftre
du Tonguin ,le R. P. Alexandre
de Rhodes , de la Compagnie
de Jesus. Or d'autant quela Pasque
eft la principale denos folemnitez,
&qu'elle regle le temps des autres
Festes mobiles , il est neceſſaire de
Scavoir que leſus - Chriſt nâquit la
quarante- cinquième année Iulienne
, le Samedy 25. Decembre ,
44
MERCURE
le lendemain la Lune éclipsa ; qu'il
fat circoncis le premier Ianvier de
la quarante-fixième année lulienne
e , qui est le commencement , ou
premiere année de l'Ere commune.
Ilfaut encore établirdans quelle
année , quel mois , & quels jours
I. C. est mort & reffufcité. Pour
parvenirà cela , on doit faire convenir
quatre caracteres , ou mar.
ques effentielles . Les deuxpremieres
Sont dans l'Evangile de Saint Luc.
Que I. C. Souffrit en la fixième
Ferie , qui est le Vendredy ; que
les tenebres furent faitessur toute
laterre , & qu'il reffufcita le troiſiême
jour , qui est la premiere
Ferie , ou jour du Soleil , qui estoit
chezles Hebreux le premier jourde
Laſemaine. La troiſiéme marque est
tirée de l'Histoire de Phlegon , Affranchy
de l'Empereur Adrien ,IL
GALANT.
45
faitmention de ces tenebres extra .
ordinaires dont a parlé Saint Luci
ce qu'on voit encore par l'Extrait
que lean Philoponon en fit ſur l'Original.
C'est pourquoy Tertullienin
Apologetico , renvoye les Payens
Romains à leurs Archives. Le qua
triéme caractere est tiré de la Pro..
phetie de Daniel, Que le Chriſt
ſouffriroit au milieu de la 70mg
Semaine.
Ortous ces caracteres concourent
au 3. Avril , fixième Ferie , ou
iour de Vendredy en la trente
troisième année de I. C. 15. de la
Lune apres l'Equinoxe du Printemps,
& cette Eclipse , ou ces tenebres
miraculeuses ,font rapportées
par Phlegon au mesme iour de la
quatrieme année de la 202 Olym
piade, qui est la 3 3º de I.C.la 789
année Iulienne, & la 19º de Tibere,
le Soleil eftant au premier de
46
MERCVRE
gré trente minutes & vingt- quazre
fecondes d'Aries& la veritable
pleine Lune en lerufalem,dont
la latitude eft trente- deux degrez
dix minutes , estant au premier
degré dix neuf minutes 54. Secondes
de la Balance. C'est pourquoy
ces tenebres miraculeuses qui
furent faites fur toute la furface
de la terre, ne furent pascausées
par l'Eclipse ordinaire du Soleil, ésant
àremarquer que dans le Vieux,
nydans le Nouveau Testament , il
n'estfait mention d'aucuneEclipse,
maisces épaiſſes tenebres qui durerent
depuis midy , oufix heures de
l'Horloge Judaïque ,jusques àneuf
ou trois heures du foirsur toute la
furface de la terre , s'expliquent
facilement ; parce que la Lune
estantpleine , l'Hemisphere inferieur
ceßa d'en estre éclairé , dés le
}
47
GALANT .
moment qu'elle ceffa derecevoir la
lumiere du Soleil qu'il avoit luymesmeperduë;
&personnen'ignore
lesbeaux termes dont Saint Denis
IAreopagite ſe ſervis , écrivant
àSaint Polycarpe, au sujet de cette
Eclipse miraculeuse.
Quant à la prophetic des 70 .
Semaines de Daniel,qui font 490 .
années communes,& qui commencerent
quatre cens cinquante qua
tre ans avant la Circoncifion de I.
C.&finirent en la 36° année de
l'Ære commune, I.C. est par confequent
mort en fa 33 année qui
estoit la 487 année de la Prophetie,
c'est à dire en la quatriéme
année après lafoixante-neuvieme
semaine , & au milieu de la 70e
Semaine.
Cela posé pour fondement incontestable,
ie fixe le jour de Pâque
au cinquième d'Avril qui fera
48
MERCVRE
jours un jourde Dimanche. Ainfile
Vendredyse trouvera pareillement
le 3- d'Avril , semblable jour de
l'anSolaire , auquelf. C. fut crucifié
: aprés quoy il est facile de
fixer perpetuellement à même jour
les Festes qui en dependent , comme
auſfile jour des Cendres , qui fera
de même perpetuellement le Mercredy
19. de Feurier , & les trois
premiers moisde l'année estant chacun
de trente jours , comme j'ay
déja dit , le premier jour del'année
Seraun Ieudy , & par consequent
le premier de Fevrier fera toujours
un Samedy , comme aussi le premier
jourde Marsſera toujours un Lundy,
& le premierd'Avrilun Mercredy
, &le jour de Noël 25. Decembre
fera toujours un Vendredy.
Par ce Calendrier perpetuel
invariable , on rendra l'année Civile,
l'année Eccleſiaſtique trescommodes,
GALANT.
49
commodes , on evitera mille embarras,
les disputes qui detemps
en temps sontsurvenues à l'Eglise
pour leiour de la celebration de la
Pasque, comme ilparoist parl'Hi-
Stoire,
L'Apostre S. Iean IEvangelifte
fouffrit aux Eglifes Asiatiques,
de celebrer la Paſque le 14. de la
Lune aprés l'Equinoxe,fur quoi les
Quartadecimani sefondoient en
l'année 325. dans lepremierCon
cile de Nicée. Les Crientaux en
L'année. 417. la celebrerent le 22 .
Awil, & les Occidentanx le 25 .
Mars. Semblable difficulté arriva
en l'année 453. & le Tape S.
Leon en l'année 455.eut debat
contre les Orientaux ,fur le iour de
la celebration de Pasque. En l'année
541. ily eut außi debat ,
il fut reglé par un Concile d'Or.
leans. On s'y trompa à Constanti-
Mars 1693 . C
50
MERCVRE
nople enl'année 546. Les François
& les Espagnols n'en furent pas
d'accord en l'année 577.
Gregoire de Tours afſeure qu'en
T'année 490. Ola 15. de Chilpericc,,
on ne convintpas en Francedu
iour de Pasque : car lesuns la celebrerent
le 26. Mars 15 de la
Lune , & les autres le 2. Avril.
Il rapporte außi qu'en l'année
594. ilyeutfur la Feste dePåque
grand debat entre les François
les Espagnols. Ceux- cy frent
Pasque le 21. Mars &les Françoisle
18. Avril. Enfin on s'y est
trompé ordinairement iusques en
l'année. 1582. ce quife demontre
par la reforme du Calendrier faite
en la mesme année , puis que les
Equinoxes avoient anticipé de dix
iours.
Noftre nouveau Calendrier ne
fora point fuiet à ces difficuliez.
GALAN T.
51
de
L'année Ecclefiaftiquefera exemp
te de tant de Rubriques embaraffantes
, l'office Divinse fera
uniformement par toute la Terre.
Il y a lieu d'esperer que l'Eglise
autorifera ce Calendrier, afin de
fixerpour toujours au Dimanche 5 .
Awil lafolemnité de Pasque qui
avoit cause tant de debats
diffentions entre l'Eglise Orientale
Occidentale,que pour les terminer
ilfallut en l'année 325.convoquer
le premier Concile general,
composé de trois cens dix-huit
Evesques , pour interpofer leur autorité
, &faire un reglement de
discipline ce , qui paroist par les
termessuivants ,tirezde l'Histoi
re de ce Concile. Cæterum , &c .
rendus ainſi en François. Au
refte , pour ne laiſſer quelque
occafion de diſſention , il eſt
ordonné que la ſolemnité de
C2
52
MERCURE
Paſque , de laquelle peu auparavant
les Egliſes diſputoient ,
fera celebrée , non ſuivant le
Rit Judaïque , mais ſuivant l'Apoftolique.
C'est ce que i'observe
dans mon Calendrier invariable
fixant la Pâque au Dimanche 5 ..
Avril, qui fera toniours après l'Equinoxe
duPrintemps , & ie n'ay
point égard au 14. iour de cette
pleine Lune de Nifan , que les
Iuifs font leur Pasque. Ie n'obve
donc rien du Rit Iudaique
, mais fuivant la tradition
apostolique des Peres , iefixe Pafque
au Dimanche, en quoy iefatisfais
àtous lespoints du Concile , Le
remarque qu'avant ce Concile iln'y
avoit point de iour fixe pour la Pasque
autrement iln'y auroitpoint
eu de diffention entre les Eglifes
d'Orient celles d Occident ,
onne doitpoint reglerlaPâquepax
GALANT.
53
le 14. de cette pleine Lune , qui
n'estqu'une ceremonie des Iuifs que
I. C. a abolie , puis que Chrift
noſtre Paſque eſt l'Agneau qui
a eſté immolé depuisle commencement
du monde , comme
il eft dit dans l'Apocalypse. Enfin
ce point du Concilede Nicée par..
lant de lapleine Lune d'après l'Equinoxe
, est uneſanction
nancedePolitique de discipline
que le Pape peut abroger , puis
qu'onesthors des occafions de diſſen..
tion , qui avoient porté ce Concile
à faire cette prudente Ordonordon
nance de discipline Eccleſiaſtique.
Elle peut estre außi changée en ce
temps pour la facilité &les avantages
que i' ay cy devant remarquez.
C'est ainsi que les Apostres mêmes
S ont changé leur Ordonnance de difcipline,
permettant de manger du
Sang, qu'ils avoient défendu au
C 3
54
MERCURE
paravant ; l'ordonnance quifut
faite à tous de boire àla coupe du
Seigneur, pour reconnoistre les He
retiques Manichéens , a esté abro
gée , même l'usage en a esté
interdit aux Laiques ,le Concilede
Trente ayant declaré que le Pape
pouvoit en ordonner l'usage , fui
vant qu'il le trouseroit à propos.
Lestermes du Decret de ce Concile,
qui est à lafin du Chapitre 11 .
Seßion 22. font trop beaux pour
n'estre pas icy rapportez. Nunc
eorum , pro quibus petitur ſaluti
confultum volens decrevit ,
integrum ad ſanctiffimum Dominum
noftrum Papam eſſe
referendum , prout præfenti
decreto refert , qui profua fingulari
prudentia id efficiat ,
quod utile Reipublicæ Chri
ftianæ , & falutare petentibus
ufum calicis fore judicaverit.
GALANT.
55
Le Ciel ayant heureusement uny
pour le bien de la Creſtienté , le
coeur duPape, Pere commundetous
les Fidelles ,au coeur de Vostre Maieſté,
Fils aîné de l'Eglife , vous
ferez, SIRE , l'Hercule Chre-
Stien. Le Bras du Tout-Puiſſant
Sera vostre ferme appuy , & combattra
toujours avec vous pour la
deffenſe deſon Eglise & l'interest
defes Oints. C'estpourquoy .
Credite me vobis Folium
recitare Sybillæ.
Lefuis avec tres profond respect ,
SIRE,
Devostre Maiesté ,
Tres-humble , tres obeïſſant & tres
fidelle Serviteur & Sujet ,
L'AVEUGLE COMIERS , Preſtre
dans l'Hôpital Royal des Quinze- Vingts .
C 4
56 MERCURE
Je vous envoye un Article
qui vous fera connoiſtre combien
l'Eſpagne a beſoin d'argent
pour la guerre preſente ,
&qu'elle achevera bientoſt de
ruiner les Païs-Bas. Après avoir
tiré fur eux les ſubſides ordinaires
& s'eſtre ſouvent fait
donner extraordinairement de
grandes fommes pour la guerre
, on furcharge encore les Etats
de Brabant d'une taxe par
teſte, d'autant plus onereuſe
que la Femme paye auffi -bien
que le Mary, & que quoy que
les ſommes paroiffent modiques
ſeparément , elles font
neanmoins tres-grandes pour
un ſeul menage , puis que le
Cheval , le Boeuf , l'Ane , le
Mouton , l'Agneau , le Cochon
, & le Cochon de lait ,
tout paye juſqu'aux moindres
>
GALANT.
57
animaux, de forte qu'ilſetrouvera
qu'un homme payera dix
fois autant pour les Animaux
qu'il nourrit, que pour ſa perfonne.
ORDOΝΝΑΝCE
ET INSTRUCTION .
De la part des Sieurs d'Etat
des Pays & Duchez de Brabant
, pour lever la Taxe
par teſte , comme auſſi ſur
les Chevaux , Beſtiaux , &
toutes perſonnes de quelle
qualité & conditionqu'elles
foient, les Hôpitaux,Villes,
&Plat Pays.
Les Abbez , Abbeſſes chacun
par tefte. 100.livres .
Tous les Nobles qui compoſent
l'Etat,chacun. 100.liv..
CS
58
MERCURE
4
Les Particuliers des Bourgs ,
Villages ou Seigneuries, ayant
Entrée dans leſdits Etats, chacun.
75.liv.
• Les Prevoſts & Doyens des
Chapitres,Colleges , les Prieurs
& Prieures des Chanoines Reguliers
, chacun . 25. liv.
18.liv.
Commandeurs & Protonotaires
, chacun.
-Les Perfonats , Treſoriers ,
Chantres, Regens & Vicaires,
chacun. 18.liv.
Les Receveurs , Secretaires
des Monaſteres , Chapitres ,
OEconomes , Facteurs Ou
Agents. 6.liv.
Les Dames de Nivelle.100.1 .
Le Prevoſt . 25.liv.
LesChanoines&Chanoineffes
de Nivelle, chacun . 18.1.
Les Curez , chacun. 6. liv .
LesChanoines des Chapitres
i
)
GALANT .
59
des petites Villes & Plat Pays,
chacun . 8.liv.
Les Vicaires & Chapelains ,
chacun. 3. liv.
Les Chapelains particuliers .
chacun. Lliv. 10.fols ,
Les Monafteres , chacun 1 .
liv. 6. fols.
Les Religieux, Religieuſes ,
chacun. 2.liv. 1 2.fols,
Tous les Religieux , tant
Hommes que Femmes , qui
poſſedent du bien d'heritage,
1.liv.
Les Beguines & Filles devozes,
chacune. 1.liv. 6.fols .
Les Officiers Generaux. 9.1 .
Les Bourguemeſtres,chacun .
9. liv.
Les Echevins Jurez,Conſeillers
, Treſoriers dans les petites
Villes & Bourgs , chacun.
4. liv .
C6
6.0 MERCURE
Les Penſionnaires , Secretai
res & Greffiers des petites Villes
& Bourgs,chacun. 5.liv .
Leſcault , Droffarts & Baillifs
dans le Plat Pays , chacun .
1.liv . 12. fols 6.den.
Les Secretaires & Greffiers,
chacun. 3. liv..
Tous les Bourgeois & Habitans
des petites Villes , tant
hommes que femmes qui exercent
quelque Profeſſion , Métier
ou Negoce,chacun. 2.liv.
Chaque Noble , Rentier ou
Marchand dans les petites
Villes ou Plat-Pays . 3. liv.
Tous ceux qui portent l'épée
Nobles & non Nobles.
Chaque Dame ou Demoiſelchacun.
3. liv.
le qui ſe dit Noble . 2. liv.
Chaque Avocat & Medecin. 1
3. livO
GALANT. 6
Chaque Chirurgien & Barbier.
1.1. 16.f..
Chaque Procureur & Notaire.
2.1. 12.f.
Chaque Huiffier , 1.1. 16.f.
Chaque Braffeur dans les petites
Villes . 8.1.
Chaque Fermier , Laboureur
. 1.1.16.f..
Chaque Braffeur dans le
Plat-Païs . 6.1.
Chaque Cabaretier dans les
petites Villes & Plat- Pays. 3.1 .
Tous ceux qui font quelque
Trafic dans le Plat-Pays fans
labourer, chacun 1.1.10.f.
Tous gens de Métier , Coffars
& Serviteurs , tant Hom
mes que Femmes,& les Enfans
ſervant leurs Peres , âgez de
15.ans.
1.1.
Toutes les Femmes mariées
payeront la moitié de ce à
62 MERCURE
quoy leurs Maris auront eſté
taxez .
Pour tout Enfant , tant Garçon
que Fille , âgez de 1 4.ans
ou plus , qui n'ont point eſté
taxez cl-devant,ſera payé 10.f.
Tous les Enfans au deſſus &
an deſſous de 14.ans , qui heritent
de quelqu'un , payeront
ce qu'auroit payé celuy dont
ils heritent.
Sur les Chevaux &Bestiaux.
Pour chaque Cheval, âgé de
trois ans , à quelque uſage qu'il
foit , fera payé 1.1.6.f.
Pour chaque Poulain,depuis
l'âge d'un an juſqu'à trois ſera
payé 13. f.
Pour chaque Veau . 6. f.
Pour chaque Mouton Mafle
ou Femelle. 1.f. 6.d.
Pour chaque Agneau , Capret&
Cochon de lait. 3.liards.
GALANT. 63
Pour chaque beſte à corne,
foit Booeuf , Taureau ou Vache.
16.f.
Pour chaque Cochon. 3. f.
Chaque Beſte à corne , au defſous
d'un an, ſera eſtimée pour
un Veau , & depuis un an jufqu'à
trois , il ſera payé 8. f.
Le Titre de l'Ouvrage qui
fuit vous fera connoiſtre , qu'il
eſt de ſaiſon . M.de Vin qui en
eft l'Auteur , auroit travaillé
fort utilement , ſi la profane &
ſcandaleuſe habitude qu'on a
de cauſer dans nos Eglifes ,ſans
aucun reſpect pour les ſaints
Myfteres , pouvoit eſtre réprimée
par la crainte de trouver
derriere ſoy quelque Uranie
qui fiſt le contedes chofesridicules
dont on s'y entretient la
plupart du temps,
A
64
MERCVRE
4
ےن
LE SERMON.
S'Accommoder au temps est un
trait politique.
Pendant le cours du Carnaval ,
Chacun fansfcrupule s'applique.
Aux douceurs des Jeux & du Bal,
Et dans cette faison qui leur est
consacrée.
Tous les coeurs ouvertsauxplaisirs,
S'étonnent du Carême , &s'enfont
une idée
Qui , mesme en les goûtant , leur
coute des foupirs.
Unfombre &noir chagrin, une douleur
profonde
Saifit à fon aspect les Amateurs,
du Monde ,
Ils tremblent à le voir de près.
La frayeur qu'ils en ont leur prêche
par avance.
GALANT. 65
La retraite , la penitence,
Et tout ce qui combat leurs coupables
excés.
Plus il approche, plus leur trouble
Les agite en fecret plus leur crainteredouble
,
Plus ce chaffe-plaiſirs leur devient
odieux ,
Et plus leurs alarmes terribles
Servent , quoy qu'entraiſnez vers
eux .
Ales y rendre moins ſenſibles.
Cependant dés qu'il est venu ,
La coutume & la bien-Seance ,
Veulent qu'onfauve l'apparence
Et que dans l'égliſe on foit vû.
Ons'empreffeàs'y rendre, on s'y pare
d'un zele
Qui duvray ,quoy quefaux,prend
les airs& lenom ;
Et, la cloche tintante , il n'estpas
uneBelle
Qui du lit ne caure au Sermon .
66 MERCVRE
Cen'est pas que l'on ait envie
D'abandonnerſi toſt les plaiſirs de
LaViei
Ilen couteroit trop par un tel abandon
,
Maisymanquer, qu'endiroit-on?
Ceferoitfourniraux Critiques
Des armes & des traits pour infulterſafoy
,
Etfur tout dans un temps funeste
aux Heretiques ,
On neveutpointdu tourfaire parlerdefoy.
Unjour,suivant cette methode.
Iris,fansnulégard pour le Prédicateur
Qu'elleinterrompt,qu'elle incommode
,
Et moins encor pour l'Auditeur,
DontSa pareſſefatigante
Irriteà contre-temps l'hamear impatiente;
Un jour, dis-je,après l'Avé dit,
GALANT. 67
Iris arrive , &s'applaudit
Des regards qu'on jettefur elle,
Et qui , quoy qu'irritez, luy difent
qu'elle est belle.
Quel plaisir pour ſa vanité !
Alafinfurfa chaise ayantprisfa
posture ,
Lefilence revient après quelque
murmare ,
Et l Orateur est écouté.
Dansen endroitfortpathetique.
Oùsa pieuse gravité
S'étendoitd'un style emphatique
Sur le peu defolidité
Des biens que nous offre lemonde,
Etfur l'immense quantité
Desmaux cuiſansdont ilabonde
Helas ! ma chere,il est bienvray,
Dit tout bas Iris à Climene ,
L'imposteurn'a pour nous que tra
verſes , que peine ,
Etje viens d'en faire l'eſſay.
68 MERCVRE
Quelque bonheur qu'il nous promette
,
Malheur à qui s'y fic ! helas !
Favois peu de raison d'en estresatisfaite
,
Et j'ignoroisſes faux appas.
Mais, graces à Dieu ,détrompée,
C'en est fait,& des aujourd'huy
Fe romps pour toujours avec luy
Et jen'en seray plus dupée.
Le traiſtre ! le perfide ! Aurois je
crû jamais
Devoirſentir ainſi lapointe deſes
4
traits?
O Ciel! quel ton de lèremie
Prens- tu là , répondSon Amie?
Qui t'afflige ? qu'as-tu ? pourroiton
le sçavoir ?
Tircis feroit-il infidelle ?
1. Non, mesine cematinfon ardeur
m'a fait voir
Que j'avois toutſujet de la croise
éternelle.
-
GALANT. 69
C. Peut-estre un motifplus chreftien
Tedonne-t- ildu monde un dégoust
Salutaire ,
Et t'en a- t il fait voir le néant,
lamifere?
Tant mieux, mais non, iln'en est
rien ,
le me trompe , & dans tajeuneffe
On nese pique point d'une tellefa
geffe .
Tugemis cependant , toy née avec
du bien ,
Et tout ce que l'esprit& le corps
ont de charmes .
Quoy,le vieux Lycidas t'ofteroit il
lefien ?
I. Non, jesuis là- deſſusſans trouble
, ſans alarmes ;
Mon Oncle,je leſçais,m'aime trop ,
il est bon ,
70
MERCVRE
Etj'ay licu de comptersursafucceffion.
C. De quoy pourrois - tu donc te
plaindre?
Te trouverois-tu mal, & queme
fais-tu craindre?
Parle, ou me laiffe enfin entendre
leSermon .
I. Helas ma chere, belas ! mapau
ure Chienne est morte ,
F'ensuis inconsolable , & ce Predicateur
Araiſon ..... Ouy ce Monde est un
fourbe , un trompeur.
Perdre Bichonne de la forte !
Quelle douleur ? queldeſeſpoir !
Aces mots un foupir luy tranche la
parole ,
Elle verſe des pleurs , elleprend fon
mouchoir ;
Et d'une perte fi frivole
Climene en souriant de ſon mieux
laconsole.
GALANT.
71.
Ce Dialogue estoit trop plaisant ,
tropbouffon ,
Pour nepas l'écouter ,& la fage
Vranie ,
Derriere Iris & fon Amie ,
Neput , quoy qu'ellefist , s'appliquer
au Sermon.
Le respect que l'on doit àlafainte
Eloquence
Retintſeul les éclats que cette extravagance
Meritoit d'attirer ſurſoy ,
Etj'avoueray de bonne foy
Quej'aurois à sa place oublié ma
prudence.
Autant qu'elle fit lors il faut se
poffeder ,
Ettout autreſur ſoy n'eut pas en
tantdeforce :
Mais d'en rive tout haut resistant
àl'amorce ,
Elleferra les dents , &bien loin d'y
ceder,
72
MERCURE
Ne lefit qu'entre cuir & chair.
M. Comier eſt univerſel.
Vous avez vû au commencement
de cette Lettre , un ſçavant
Traité de ſa leçon ſur un
Calendrier fixe & perpetuel.
En voicy un autre pour réponſe
à ce que le Pere le Brun , Jefuite,
& le Pere de Mallebranche,
de l'Oratoire , ont écrit ſur la
Baguette.Quoy qu'il ſoitAveugle
, il voit tout , & rien n'échape
à la penetration de fon
efprit.
LA
GALANT.
73
LA BAGUETTE
JUSTIFIE΄Ε ,
ET
Ses effets démontrez naturels.
AMesfire Jules Loüis Bolé ,Marquis
de Chamlay , Conseiller du
Roy en fes Conseils , Marechal
General des Camps & Armées
de Sa Majesté.
E fuis perfuadé , Monfieur ,
pasbeſoin
vins, ny de leur Baguette,pour
apprendre les obligations que
je vous ay , & que je publie
par tout ; mais je croy que la
lie
Baguette qui fait tant de bruit,
Mars 1693 . D
74
MERCURE
auroit grand beſoin de voſtre
approbation.Si ce bonheur luy
arrive , perſonne n'en ofera
condamner l'uſage , car toute
l'Europe eſt convaincuë que
par voſtre penetration d'eſprit ,
vous découvrez ſi parfaitement
le vrai & le faux , que vous
n'eſtes jamais trompé partles
ſpecieuſes apparences de l'un
ny de l'autre.
Les Sçavans diſoient hardiment
que la Divination par la
Baguette avoit des cauſes Phyſiques
, pour produire ſans aucun
mélange de Pacte explicite
ou implicite , tant de faits furprenans
; mais le Pere le Brun
ayant écrit de Grenoble , &
demandé au Pere de Malebranche
ſon ſentiment ſur les plus
grandes difficultez des effets
qu'elle produit , il n'en a receu
GALANT .
75
d'autre réponſe , ſinon qu'ils
eſtoient diaboliques ; & comme
j'apprehende que l'on ne
traite de meſme l'Homme arti.
ficiel Anemoscope , Prophete Phy.
fique du changementde temps,que
j'aydonné dans le Mercure du
mois de Mars de l'année 168 3 .
& dans la 26. page de Atta
Eruditorum , imprimé à Leipfic
en l'année 1684. je veux répondre
phyſiquement aux de .
mandes du Pere le Brun, afin'de
detromper ceux qui ſe laiſſant
entraîner par le poids du ſentimentde
ce Philofophe , d'un
ſçavoir & d'un merite diſtıngué
, feroient de ſiniſtres jugemens
contre un grand nombre
de gens de Robe & d'Epée ,
tousd'une probité connuë , qui
ont le même talent que Jacques
Aymar Vernay , de Saint
D2
76
MERCURE
Veran , prés de S. Marcellin
en Dauphiné. M. l'Eveſque
de Morienne , & M. Galet ,
celebre Aſtronome , & grand
Penitencier de Carpentras, ont
le meſme talent que Jacques
Aimar , auffi bien que l'Eclefiaſtique
de Lyon, que M. Panthot,
Doyen des Medecins , dans ſa
Lettre écrite à M. Daquin ,
premier Medecin du Roy , affure
trouver l'endroit où ſont
les corps des Noyez .
Dans les choſes obfcures
& embarraſſées de difficultez ,
je ſuſpens monjugement , pour
donner lieu à l'Accuſé de défendre
ſa cauſe , ou pour at
tendre que quelqu'un parle
pour luy. Cette maxime eſt de
Droit naturel ; c'eſt pourquoy
Senéque le Tragique diſoit .
Parte alterâ inaudita juſtum licet
)
GALANT.
ſtatuat ,
77
haud aquum judicat,
Pourquoy doncaccuſer d'abord
de diablerie ce pauvre
Aimar & fa Baguette ? C'eſt
agir contre les maximes du
Droit , car pour prononcer fur
de telles matieres de Pacte avec
les Demons , Argumenta debent
eſſefole meridiano clariora , outre
que Odia funt reftringenda , favores
ampliandı. Ce fut fur ce
principe qu'à des Dames plus
ſçavantes en ſcrupules , que
dans la connoiſſance de la belle
Phyſique , je fus obligé , pour
fatisfaire à leurs demandes , de
leur rendre les effets de la Baguette
hors de ſoupçon de
diablerie ; & cela fut cauſe que
je m'expliquay comme il s'enfuit.
Dieu dont les ſecrets font
impenetrables a permis aux
D3
78
MERCURE
Ames des deux perſonnesaffaffinées
dansleur cave à Lyon ,
le's Juillet dernier, de demeurer
auprés de leurs corps , en
attendant l'occaſion de faire
connoiſtre à tout le monde ,
qu'il voit , & qu'ildécouvre ,
quand bon luy ſemble , les cri
mes les plus cachez . Ainfi Jacques
Aimar étant deſcendu
dans cette cave , & ces Ames
demandant vangeance de leur
fang , comme il eſt dit dans l'Apocalypfe
, elles ſont entrées
dans la glande pineale de fonCerveau
, & en remuant à propos
les nerfs & les eſprits animaux ,
elles luy ont caufé ces grands
maux de coeur , & aprés ce Signal
ou avertiſſement interieur
, ces Ames dégagées de
la matiere , connoiſſant la route
des Aſſaſſins de leurs corps ,
(
GALANT .
79
ontremué les nerfs de Jacques
Aimar en la maniere neceſſaire
, pour diriger ſur terre fa
Baguette ſur les pas des Aſſaffins
, & fur la route qu'ils avoienttenuë
fur le Rhône &
fur la Mer. Ma pensée, quoy
que telle quelle , leur parut
plus raisonnable , que d'attribuer
au Demon les effets de la
Baguette , d'autant que le MalinEſprit
nelivre jamais entre
les mains de la luſtice les Impies
& les Scelerats de profeffion
; ainſi l'homme d'iniquité
a eu ſes Protecteurs .
l'eſpere guérir par des démõftrations
Phyſiques ces Scrupuleux
, dans la ſuite de ma Medecine
Univerſelle , dont on a
veu les commencemens dans
les Mercures des mois de luin,
C4
80 MERCVRE
Juillet , Aouſt , & Novembre
1687. où je démontreray fenſiblement
tout ce que Lemnius
rapporte De occultis Naturay miraculis
, tout ce que le grand
Medecin Fernela dit , Deabditis
rerum caufis , tout ce que
Fromondus avance dans ſon
Livre De fascinatione , toutes
les vertus Medicinales & proprietez
curieuſes qu'Anſelme
Boëce de Boot , Medecin de
l'Empereur Rodolphe II.attribuë
aux pierres precieuſes, &
enfin tout ce que l'on peut
croire,De transplantatione morborum
, dont le Sçavant Tenzilius
& le docte & curieux M.
Bartholin ont écrit .
l'examineray en dernier lieu
ce qui oblige à preſent les Polonois
à couper la teſte aux
corps morts de leurs parens
1
GALANT . 81
د
avant qu'on les mette en terre;
ou à leur mettre un hauſſecol
afin qu'ils ne machent point
leur fuaire ou drap dans lequel
ils font enſevelis , & pour empêcher
que par quelque ſympathie,
diſent- ils , ils n'attirent
le ſang de leurs parens , dont
les corpsenterrezonteſté trouvez
par tout couverts de ſang .
On attribuoit autrefois aux
Sorciers ce ſuccement du ſang
des veines.
Pour ce qui concerne l'art de
trouver les Sources , cela appartient
à monTraité de l'Elevation
des eaux, dont les principes
ſont dans mes Lettres ,
inferées aux Mercures d'Avril
&de Septembre 1688. & dans
le 18.Tome extraordinaire. Ie
n'ay rien a ajouter concernant
les veritables & les faux Pro-
DS
82 MERCVRE
phetes , les Devins , & les Pytons
, m'en eſtant aſſez expliqué
dans mon Traité des Propheties
, inferé dans les Mercures
du mois d'Août , Septembre
& Decembre de l'année
1689. & dans celuy de
Septembre 1690 .
à
le me reſſerre donc icy à la
Divination par la Baguette. Je
dis que la Baguette n'eſt point
abfolument neceſſaire , mais
qu'elle ſert,comme la longueur
d'une aiguille d'Horloge
rendre plus ſenſible lemouvement
de l'impreſſion , qui eſt
d'autant plus grande,qu'on ferre
plus fortement les deux cornes
de la Baguette , de même
qu'en preffant fortement avec
le pouce & le doigt Index , le
filetqui ſuſpend une bague au
milicu d'un verre à boire ,la
C
GALANT.
83
circulation du ſang s'y fait
eſſentir davantage, il ébranle
peu à peu le filet , & enfin la
bague par ſes vibrations , va
heurter les bordsinterieurs du
verre, & lors qu'on a compté
l'heure que l'on croit qu'il ſoit,
l'imagination ſuſpend ce propt
mouvement du fang , & on
ceſſe de preſſer le filet ; c'eſt
pourquoy les vibrations finiffent,&
labague ne frappe plus
contre le verre.
Ie dis encore,quela Baguette
peut fervir à la conduite
des corpufcules , juſque dans
lamain, demême qu'un qu'unbalay
trempé dans l'eau , mis en la
cheminée le manche en bas ,
ſert à attirer la fumée en haut ,
ce qui a donné lien aux ignorans
de dire que les Sorciers
ayant un Balay entre jambes ,
D6
4 MERCURE
0
les
montoient par la cheminée
pour aller au Sabat. De plus ,
je dis que l'homme armé des
deux cornes de la Baguette ,
doiteſtre conſideré comme un
Ayman armé , dont la force eſt
tres- notablement augmentée
Enfin je remarque avec le P.
de Chales leſuite , dans fon
Mundus Mathematicus , que
Baguettes priſes ſur les differens
arbres qui croiſſent ſur
differentes eſpeces de Mines,
font plus propres pour trouver
la même eſpece de métal , &
de ſes Mines , parce que les
pores de cesbois font plus conformes
à recevoir les corpufcules
de même métal, autour du
quel il ſe fait un tourbillon
ſemblable à celuy de la pierre
d'Ayman. Ce pere , qui est
d'un ſçavoir ,d'une probité,
GALANT .
85
L
11
۱۰
:
&d'une vertu conſommée, ne
traite pas de diablerie l'uſage
des Baguettes , pour trouver
les Mines & les Sources d'eau
ce qui fait queje ne crains pas
de dire , que l'effet de la Baguette
n'est pas plus criminel
que celuy de la Baguette de
Moïſe, qui trouvade l'eaudans
leRocher.
Enfin il eſt conſtant , que
dans tous lesfiecles on a parlé
de la Baguette de Coudre. Virgile
dans le II . Livre des Georgiques
dit Pinguaque cum verubus
torremns exta coturnis. Agricoladans
ſon Livrede ReMetallica
, n'a pas oublié de parler
de l'uſage de la Baguette de
Coudre & de renvoyer les
Sçavans curieux au Livre que
le Docte Anglois Flud a intitu-
Le Philofophia Mofaica, ils ſerone
86 MERCURE
د
ſatisfaits au ſujet de cette Des
vination par la Baguette de
Coudre. C'eſt un bois dont la
contexture des fibresadurapport
à une corde. C'eſt pourquoyſi
avec cette Baguette on
embroche quelque petite oifeau
cette broche tournera
d'elle .même , aprés qu'elle aura
eſtétres bien échaufée , car
l'humidité du corps de l'oiſeau
s'infinuantle long des fibres de
la broche , les détordra , & elle
tournerad'elle-même. Cela me
fait ſouvenir que les luifs pour
roſtir l'Agneau Pafchal , attachoient
les deux pieds dederriere
au montans de la Croix ,
& les deux pieds de devant
étendus ſur la traverſe , &
tournoient verticalement la
Croix.
C'eſt un fait incontestable ,
GALANT. 87
que l'uſage de la Baguette pour
trouver les Sources d'eau , les
Mines & les Trefors , ou les
Métaux cachez , étoit connu
dans toutes les Provinces de
l'Europe ; & il eſt vray que
Jacques Aimar eſt le premier
qui par hazard a remarqué que
ceux qui ont le talent de trouver
les Sources d'eaur,l'ont auſſi
pour ſuivre les Voleurs & les
Affaffins , en marchant par terre
ſur leurs veſtiges & ſuivant
leur route ſur la Riviere & fur
la Mer. Il l'a fait voir par experience
, ayant ſuivy par ordre
de la Justice au mois de
Juillet dernier , depuis Lyon
juſques à Beaucaire les trois
Aſſaſſins , tous trois natifs de
Toulon. Il trouva dans les Prifons
de Beaucaire le plus jeune,
nommé Joſeph Arnoul,bof
88 MERCVRE
fu . On le ramena à Lyon , où il
fut roüé le 30. Aouſt dernier, à
l'âge de dix - neuf ans . Aimar
donna la chaſſe aux deux autres
Affaffins, l'un nommé Thomas ,
Marinier de Galere , & l'autre
appellé André Peſe , Prevoſt
de Sale , marié à Toulon. Ils
étoient fortis du Port quelques
heures avant l'arrivée de Jacques
Aimar , qui les pourſuivit
juſqu'à l'entrée des Terresde
Gennes , ayant reconnu l'endroit
où ils avoient débarqué ,,
& les Oliviers ſous leſquels ils.
avoient couché .
Voicy comment Jacques
Aimar s'apperceut pour la premiere
fois qu'il pouvoit trouver
les corps afſaffinez & cachez
fous terre , & pourſuivre & reconnoître
les Aſſaſſins .
Jacques Aimar naquit
GALAN T. 89
Saint Veran , prés de S. Marcellin
en Dauphiné , le 8. Septembre
1662. entre minuit
& une heure. Ceux qui meritent
un logement dans les petites
Maiſons , je veux dire les
Aftrologues , font charitablement
avertis , que le Frere du
même Aimar , né deux ans
aprés dans le même lieu , & au
même mois de Septembre , n'a
point le même talent. Qu'ils
n'attribuent donc pas à l'influence
des Aftres ce dont ils
ignorent la veritable caufe. II
n'y a que le Soleil & la Lune
qu'on doit confiderer dans la
Medecine , dans l'Agriculture
&dans la Navigation.
Noſtre Jacques Aimar dans
fa 18.année cherchant de l'eau
dans une cave avec ſa Baguetſe
ſentit interieurement
te ,
१० ' MERCVRE
agité avec plus de violence
qu'à l'ordinaire , & dit qu'il y
avoit une abondante Source
d'eau en ce lieu là. On creufa
&l'on fut étrangement ſurpris
de trouver dans un Tonneau le
corps d'une Femme , fuſé dans
de la chaux on y trouva auſſi la
corde avec laquelle elle avoit
été étranglée, & cette Femme
avoit diſparu il y avoit quatre
mois . La Baguette fit des mouvemens
extraordinaires contre .
ſon Mary,qui ſe voyant décou-,
vert prit la fuite. Ce fut donc
par hazard , que J. Aimar reconnutque
ſon talent de trouver
des Sources d'eau , s'étendoit
à trouver les corps affaffinez
, à pourſuivre les Aſſaſſins
& les Voleurs , & à les reconnoiſtre
, aprés avoir receu la
premiereimpreſſion , & s'eftre,
GALANT . 91
pour ainſi dire , aymanté au lieu
où l'affaffinat & le vol ont été
commis ; cár étant ainſi comme
impregné des corpufcules &
fels volatils ou fixes émanez du
corps des Voleurs ou Affaffins .
Il reſſent la même agitation ,
lors qu'il marche fur leurs veſtiges
, & cette agitation interieure
eſt ſi violente , lors qu'il met
fon pied fur celuy du Criminel ,
qu'il tombe endéfaillance .
Ie répons maintenant article
par article aux demandes &
aux difficultez du R.P.le Brun ,
propoſées au R. P. de Malebranche.
La Baguette étant
fourchuë on met de l'or ou de
l'argent dans les mains. Pour
lors ſi le métal caché eſt de
même eſpece que celui qu'on
a dans les mains , la Baguette
tourne avec plus de force , &
92
MERCURE
l'on juge de la quantité & de
l'eſpece du métal caché, ce qui
a toûjours réufſſi à l'Aſtronome
M. Galet, grand Penitencier à
Carpentras ; la raiſon en eſt
évidente . Il ſe fait autour de
chaque métal , de même qu'autour
de toutes les pierres d'Aiman,
un tourbillon de certains
corpufcules , finguliers à chaque
métal . C'eſt pourquoy fi
le métal qui eſt dans la main ,
eſt de la nature du métal caché
, ils s'uniſſent & font une
impreſſion plus grande. L'exemple
eſt évidenten l'Ayman
armé , dont la preſence agite
davantage l'aiguille de la Bouffole
, attire de plus loin ,& retient
plus fortement le fer ; &
lors que le métal caché eſt
d'autre eſpece,que celuy qu'on
a dans les mains,la Baguette ne
GALANT.
93
fait aucun mouvement , parce
que les tourbillons de differens
métaux, ſont de differente cố-
figuration , & par conſequent
leurs effets ſont differens ; ce
qui paroiſt viſiblement par
l'eau forte , laquelle diſſout
l'argent & les autres métaux
moins nobles que l'or , auquel
elle ne touche pas. Que fi à la
méme eau forte on ajoute l'efprit
de ſel commun , on fait
l'eau Regale , dont les parties
acides du Nitre,devenuës plus
groffieres , font dans les larges
pores de l'or, l'effet des coings ,
en ſeparant les parties compates
de ce Roy des métaux , ce
que l'eau forte n'avoit pu faire,
parce que les parties acides du
Nitre étant plus minces paffoient
librement par les pores
de l'or ,& ne pouvoient paſſer
94
MERCVRE
par les pores plus étroits de
l'argent , ſans en ébranler les
parties compactes & diſſoudre
ſa maſſe; & par une raiſon contraire,
comme les parties acides
de l'eau Regale font plus groffieres
, elles ne peuvent entrer
dans les petits pores de l'argent
& ne peuvent par conſequent
le diſſfoudre .
Les larges pores de l'or font
que le Mercure monte tout à
coup le long d'une verge d'or ,
de même que l'encre monte
dans le tuyau de la plume par
la fente , quand elle n'eſt pas
trop ſeche , ce qui eſt encore
une autre raiſon de ce que le
Mercure ne s'inſinuë que tresdifficilement
dans le fer , dans
l'argent , & dans le cuivre , qui
ont les pores plus ſecs & plus
étroits que les pores de l'or.
GALANT. 95
ou
J'ajoûteicy une curiofité qui
me ſert à faire connoiſtre que
les corpufcules émanez des Mines
, des Méraux fondus , des
corps afſfaffinez , & de l'eau ,
modifiez , eftant entrez par les
pores de noſtre corps, yproduiſent
des agitations interieures,
en alterant , fermentant ,
coagulant le fang , les humeurs,
&les eſprits vitaux & animaux.
On fait des mouches ,
ou autres petits animaux que
l'air ſoutient & agite.En voicy
la maniere . Ces mouches font
premierement fonduës en argent
, puis couvertes d'une dorure
un peu épaiſſe;aprés quoy
ayant fait quelques petits trous
dans les parties les plus cachées
de lamouche,on la jette
dans de l'eau forte qui diſſout
tout l'argent , & ne laiffe que
96 MERCURE
!
i
l'épaiſſeur de l'or , qui eſt ,
pour ainſi dire , l'epiderme de
la mouche , eſtant comme la
dépouille du Serpent , ou de la
Cigale.
Quand à la demande pourquoy
tous les hommes n'ont pas
les mêmes talens que Jacques
Aimar , & pourquoy lors qu'il
eſt ſur l'eau découverte , il ne
ſent pas les mêmes émotions ,
qu'ilreſſent quand il ſe trouve
au deſſus des ſources d'eau cachées
en terre , & comment on
peut juger de l'abondance de la
Source , de ſa profondeur , &
des differentes terres qu'on
trouvera en creuſant , je répons
quetous n'ont pas les pores configurez
pour donner entrée à
ces atomes , & que les pores de
leurs eſprits animaux ſont configurez
de telle maniere , qu'ils
n'en
GALANT.
97
n'en peuvent eſtre ébranlez ny
alterez. Pour la preuve de cela
s'employe l'exemple de l'Eauforte
, qui diſſout l'argent& les
Metaux moins nobles, ſans tou .
cher à l'or , dont les pores font
differens de ceux des autres
Metaux , & au contraire les
atomes de l'Eau Regale eſtant
porportionnez aux pores de
l'or , en font la diffolution , &
ne pouvant s'inſinuer dans les
pores trop étroits des autres
Metaux , ils n'en peuvent é .
branler les parties ny en diſſoudre
la maffe . Je pourrois ajoûter
qu'il y a pluſieurs perſonnes
qui tombent en défaillance à
certaines odeurs de fleurs, comme
de la Tubereuſe , & autres ,
bien qu'elles foient cachées , &
que les mêmes odeurs plaiſent
ou foient indifferentes à d'au-
Mars 1693 . E
98
MERCVRE
tres. Enfin qu'il y a des yeux
tendres , ſur leſquels les yeux
d'autruy , principalement des
vieilles Femmes mal faines ,
font de malignes impreſſions ,
fur quoy les Parens diſent que
leurs Enfans ont eſté enforcelez
, ceque Virgile n'a pas ignoré
, puis qu'il a dit ,
Nefcio quis teneros oculus mihi
fascinatagnos.
Au ſecond Article , Pourquoy
l'eau qui eſt à découvert
ne fait point reſſentir les mêmes
émotions que les Sources
cachées , je dis que ſur l'eau à
découvert on ne ſentrien pour
trop ſentir, que les Sources fous
terre ont toujours quelque degré
de chaleur , & que ces vapeurs
traverſant la terre chan .
gent la configuration , ainſi
que l'eau , le vin & le vinaigre
THEQUE DE
DE
LA
VILLA
IYON
THEODE
DE GALANT. LBON
de
terres
diſtilez , la Rofée du mo
May , & le Serein du foir . Ces
vapeurs s'impregnent & fe
chargent de ſels ou atomes de
differente nature des
qu'ils traverſent en montant.
Cette differente modification
que l'eau reçoit par ladifferente
filtration de la diverſité des
pores de la racine des arbres des
plantes,produit la differece des
herbes des fleurs , & des fruits.
De même la differente modification
des vapeurs & des exhalaiſons
des Sources & des
Mines , fait ſentir differentes
émotions aux Devins à la Baguette
, fur leſquelles émotions
de même que les Medecins fur
les differens Battemens du
pouls , aprés de longues experiences
, forment des regles
pour juger de la quantité &
E
E 2
TOO MERCVRE
profondeur des Mines , des
Métaux cachez , & des Sources
& de la differente nature ,
ou eſpece de terre qu'on trouvera
en creuſant .
Les Devins à la Baguette ne
peuvent ſentir d'émotion ſur
l'eau decouverte , parce que les
parties cylindriques n'étantmodifiées
ny impregnées d'aucun
fel terreſtre , ne peuvent alterer
ny faire fermenter le ſang,
les humeurs , ny les eſprits animaux
, & cependant ils découvrent
la vaiſſelle, l'or & l'argent
monnoyé , en quelque part
qu'ils foient cachez en terre ,
ou en autre endroit , parce que
les Métaux eſtant forgez , frapez
, & battus acquierent' ,
demêmeque le fer trempé , des
tourbillons ſemblables à ceux
de la pierre d'Aiman , & d'au
GALANT. ΙΟΙ
tant que les corpufcules qui
émanent des Métaux forgez ,
font durs , inflexibles , & infiniment
plus fubtils que ceux
de l'eau , ils produiſent ſans autre
ſecours les alterations &
émotions en la perſonne des
Devins à la Baguette .
د
Ala demande, Comment ces
corpufcules ou ſels fixes ou
volatils , émanez du corps des
affaffins peuvent ſubſiſter
fur la terre fur l'eau , & fur
la mer
د
د
malgré les vents &
2
les orages , je répons qu'ils
ſubſiſtent de même que les
tourbillons de la matiere ma .
gnetique autour de l'Aiman
& que ceux qui ſont émanez
du Lievre & du Cerffubfiftent
fur les Rivieres & fur les Etags ,
dont les chiens reffentent l'impreffion
, ces corpufcules cau-
E3
102 MERCURE
fant des effervescences ſemblables
à celles qui proviennent
du mélange de l'eſprit de
Vitriol avec l'huile de Tartre,
ou de tout autre fel Acide avec
un fel vuide , ou Alkali. Il ya
plus de cinquante fix ans que
j'avois un Barbet qui alloit
chercher , & trouvoit dans le
fond de la Durance entre un
million de cailloux , celuy que
j'y avois jetté, aprés que je l'avois
tenu quelque temps dans
la main. Cela me fait ſouvenir
d'avoir lû dans Vvandelmont
quelque choſe de plus furprenant.
Il dit qu'ayant mis dans
fa main certaine herbe, & tenu
enfuite quelque temps la patte
d'un petit chien, il l'aimanta fi
fort, pour ainſi dire ,que la Maiſtreſſe
du chien ne pût l'empêcher
de le ſuivre,quoy que luy -
1
103 . GALANT
même le maltraitaſt .
Ladurée de ces corpufcules
& leurs effets ſe prouvent par
l'exemple des corpufcules de la
Lepre qui demeuroient attachez
aux murailles , ce que
Moyſe aſſure dans le Levitique .
Apreſent les Marfillois , où la
Phtiſie eſt fort commune , raclent
religieuſement les murailles
des chambres habitées
par des gens infectez de cette
maladie.
J'ay connu des perſonnes qui
ont eſté attaquées de la Goute
pour s'eſtre ſervies du fauteüil
d'un Gouteux , leſquelles en
furent delivrées aprés avoir
brûlé la chaiſe . Ainfi Hyppocrate
confuma par de grands
feux les atomes de la Pefte.
L'experience a fait voir que fur
les ſieges de ceux qui ſouffrent
歲E 4
104 MERCURE
4
,
des Hemorroïdes , ou la Diſſenterie
, il y demeure des corpufcules
qui communiquent le
même mal aux autres ; & pour
faire connoiſtre la force que
ces corpufcules émanez de
l'eau , des Métaux cachez &
des corps des Afſaffins , ont de
faire reſſentir de violentes impreſſions
& alterations aux
corps des Devins à la Baguette,
il ſuffit d'avoir remarqué que
lors qu'une Femme en certain
eſtat entre dans une cave, tout
le vin ſe gâte,& le Pourceau fe
corrompt d'une étrange ſorte
dans le ſaloir .Enfin , pour démontrer
que les corpufcules
dont il s'agit, ſubſiſtent malgré
les vents & les orages ,il ne faut
que faire reflexion,quede chaque
point des objets , méme les
plus éloignez , par une pyramiGALANT.
105
de de rayons,dont la baze étant
entrée par la prunelle de l'oeil
fur le criſtallin , forme par la
pointe de la même pyramide
renverſée, ou Pinceau optique,
le même point de l'objet ſur la
Retine, ſans que les vents puifſent
détourner ces rayons qui
viennent en ligne droite. On
voit avec plaiſir tout le miſtere
des eſpeces ou peintures des
objets ſur un drap , ou papier
blanc dans une chambre obſcure;
& ce que tous les Philoſophes
ont de la peine à expliquer
c'eſt que dans le même
trou toutes les images des differens
objets ſe trouvent confonduës,
& aprés s'eſtre entrecroiſées
, ſe débaraſſent à certaine
diſtance , ſuivant la longueur
du foyer ſolaire du verre
convexe , qu'on a mis ſur le
E
S
106 MERCURE
trou fait au voler de la chambre
obfcure , pour ſe peindre fur le
drap ou papier blanc,avec leurs
vives couleurs, mais en ſituatio
renversée. Pour expliquer ce
qu'il y a de plus difficile dans
l'Auguſte Sacrement du Corps
de J. C. j'ay employé cette experience
dans
Instruction pour réunir les Eglifes
P. R. à l'Eglise Romaine. Ce Livre
eſt imprimé en 1678.par
le Sr Pepie au grand S. Bafile ,
ruë Saint Jacques .
ma nouvelle
Je ne puis croire ce que le
Pere le Brun avance , que le
confentement de deux Voifins
à ne plus ſe ſervir des bornes
plantées , ofte la premiere convention
, àmoins quede reconnoiſtre
avec les Payens les
Dieux Thermes , & le pouvoir
de les attacher à des bornes , &
GALANT.
107
de les congedier quand on ne
voudroit plus s'en ſervir .
Si lemeſme Pere parle juſte ,
lors qu'il dit que c'eſt un fair
conftant , que les Devins à la
Baguette trouvent les chemins
perdus , il eſt auſſi vray de dire
que.
Les Peuples affranchis de l'Empire
Iberous ,
Qui soumis à Nassau ont ceffé
d'estreRois .
( J'entens les Hollandóis par
ces Peuples ) auroient grand
beſoin de Jacques Aimar pour
trouver la hauteur de la route ,
par laquelle eſtant vivement
pourſuivis par les Vaifſeaux
Anglois , ils abregerent leurs
voyages en venant du Japon par
les Mers Septentrionales.
Voicy quelque chofede plus
confiderable&de plus poſitif.
E6
108 MERCURE
J'ay leu'autrefois dans le ſecond
Livre des Machabées , Chapitre
2. depuis le 4. verſet , quavant
, que Nabucodonozor prift
Jerufalem , Le Prophete Jeremie
fit par l'ordrede Dieu tranfporter
le Tabernacle , l'Arche
d'Alliance , & l'Autel des parfuns
, & qu'il les cacha dans une
Caverne de la Montagne du
haut de laquelle Moyſe avoit
vû la Terre de Promiffion ; mais
comme quelques Juifs l'avoient
ſuivy à ſon infçen , pour remarquer
l'endroit , Jeremie les reprit
aigrement , proteſta que ce
lieu ne feroit point decouvert
que vers la findu monde . Or
cette Montagne eſt appellée
Nebo dans le dernier Chapitre
du Deuteronome.En voila affez
pour porter nos Devins à la
Baguette à faire un voyage en
GALANT. 109
Jerufalem pour trouver le plus
riche & le plus facré des Trefors
caché depuis deux mille
trois cens quatre ans .
Si. M. Panthot , Doyen au
College de Medecine à Lyon
ne s'eſt pas trompé dans ſa Lettre
, à M. Daquin , premier
Medecindu Roy, affſeurant que
la Baguette tourne ſur les Femmes
& fur les Maris qui ont
fauffé la foy promiſe au Sacrement
de Mariage , les deux
Sexes vivront dans une recipro -
que fidelité , & on n'aura plus
beſoin du facrifice de jaloufie ,
ny des eaux ameres que la Femme
ſoupçonée étoit obligée de
boire en preſence du Preſtre
& de ſon Mary , ſuivant Tordonnance
de Moyſe , écrite au
long dans le 1. Chapitre du
Livre des Nombres . LeGrand
T
:
MERCVRE
:
Aufone dans fon Idile 15. digne
de la Muſe Françoiſe de
Madamedes Houlieres , ne diroit
plus .
Quodvita Sectabor iter , ſi ....
.... Pænaque graves in cælibe
vitâ
Conjugis , at gravior custodia
vana maritis .
La crainte du mouvement
de la Baguette ſuſfiroit au Mary
pour retenir ſa Femme dans
le devoir conjugal , & par ce
moyen il vivroit tranquillement
dans fon ménage , pourvû
que luy- même fuſt dans ſa
conduite tel qu'il veut paroître
dans l'eſprit de ſa Femme .
Je dis que le talent des Devins
à la Baguette peut eſtre
alteré , & même ſe perdre par
le changement d'air , de nourriture,
& par les agrémens du
GALANT. III
mariage , parce que leur temperament
venant à changer ,
les eſprits vitaux & animaux
ehangent de configuration . Je
dis outre cela,que les Devins à
la Baguette peuvent eſtre en
défaut , lors que des perſonnes
d'autorité les infultent ou les
raillent; car pour lors la crainte
cauſant en eux de fortes & interieures
émotions, ils ne peuvent
reſſentir celles des corpufcules
étrangers , émanez
des pieces d'or cachées en terre.
Par la même raiſon les Medecins
ſont ſouvent trompez
au jugement des maladies par
les prompts & differens battemens
du pouls,que la memoire ,
ou la preſence d'une perſonne
aimée, caufent. Les Anciens
nous fourniſſent pour exemple
ce Prince qui par une agitation
112 MERCVRE
extraordinaire de pouls à la
preſence de ſa Belle- Mere , fit
connoiſtre àfon Medecin qu'il
en eſtoit ſecretement amoureux
, ce qui porta fon Pere à la
luy ceder afin de luy faire recouvrer
ſa ſanté perduë. Je dis
encore que pluſieurs perſonnes
ont ſans le ſçavoir, le mêmetalent
que Jacques Aimar , &
pour le reconnoiſtre , qu'ils
prennent ma Baguette. C'eſt
un jet de Coudre,les branches
forment la lettre Y. Le tronc a
un pied de longueur , & une
des cornes en a autant,car l'autre
eſt coupée à trois pouces
prés du tronc . Qu'ils empoignent
d'une main le tronc de
la Baguette,& de l'autre la longue
corne, la paume des mains
tournée vers le Ciel,la Baguette
tournera ſur l'or , de même
GALANT.
113
1
que la broche de Coudre tourne
auprés du feu. J'ajoute enfin
qu'on peut facilement voir
l'experience de la Divination
par la Baguette.M.Geofroy,un
des plus Sçavans Apoticaires
de l'Europe , a chez luy un
Garçon , nommé Pierre Tonnelier,
de Nogent ſur Seine,né
le 24. Septembre de l'année
1669. Ce Garçon a les che .
veux noirs & la barbe rouſſe ,
&fans ſe ſervir d'aucune Baguette
, il ſent des palpitations
de coeur , lors qu'il eſt deſſus
ou fort prés de quelques pieces
d'or que l'on a cachées en
terre. M.Geoffroy m'a aſſeuré
en avoir vû pluſieurs fois l'experience
, lors même que ce
jeune homme n'eſtoit point
averty qu'il euſt caché de l'or
dans ſon Jardin . Letalent de ce
114 MERCURE
Pierre Tonnelier a quelque
choſe de plus fingulier que celuy
de lacques Aimar, puis que
ſans Baguette il trouve l'or caché
en terre. Il en a fait voir
l'experience à Madame de Louvois
en ſa maiſon , enſuite à
M. l'Abbé de Louvois dans
le lardin de l'Academie des
Sciences , où à la verité il
manqua au premier coup par
les railleries , & les brocards de
quelques-uns de la compagnie,
mais ſes eſprits étant remis , il
réüſſit un quart d'heure aprés ,
puis qu'il trouva pluſieurs fois
l'or que l'on avoit caché. Ila
encore depuis prouvé ſon talent
chez M.le Preſidet Nicolaï
où l'on employa toutes fortes de
rufes pour le tromper & pour
le furprendre , & depuis pou
de jours il a encore réuſſi ſans
GALANT . 115
hefiter , ayant trouvé deux
Lois d'or que Madame de
Morangis avoit elle même cachez
en deux differensendroits
du Jardin de ſa maiſon ruë S.
Louis , prés la Place Royale.
Cejeune homme vient ſouvent
chez moy , je l'ay examiné à
fond , & l'ay trouvé un bon
Iſraëlite , dans lequel il n'y a
point de fraude, &je fuis preſt
quoy qu'Aveugle , à luy donneren
qualité de Docteur en
Theologie , & de Chevalier de
l'Inquifition du S. Office , à luy
donner dis -je , mon Approbation
, & atteſter que la Divination
par la Baguette a ſes cauſes
Phyſiques naturelles , fans
mélange de pacte explicite, ou
implicite.
l'ay cru, Monfieur , ne devoir
rien obmettre de ce qui
116 MERCURE
peut ſervir à l'éclairciſſement
de la Phyſique des effets de
la Baguette. C'eſt pourquoy
je joint icy la copiede la Lettre
que je viens de recevoir. Elle
eftde M. Geoffroy le Fils , aux
Etudes de Medecine à Montpellier.
Je ſuis avec beaucoup
de reſpect , Voſtre tres , &c .
L'AVEUGLE COMIERS ,
Preſtre dans l'Hôpital Royal
des Quinze-vingts .
GALANT . 117
:
LETTRE
CONCERNANT
LA DIVINATION
PAR LA BAGUETTE.
Ecrite de Montpellier par M. E.
F. G. à M. Comiers,Preſtre,
Docteur en Theologie .
MONSIEVR ,
Ie mesuis déja acquité de la
promeſſe que je vous avois faite
en partant de Paris , de vous
rendre compte de ce que je verrois
de remarquable dans mon
voyage. Vous avez pû voir les
petites Relacions que j'en ay en
118 MERCURE
voyées , & il ne me reſtoit plus
qu'à vous mander ce que j'avois
pû apprendre touchant cette avansure
, fi extraordinaire , arrivée
à Lyon , & dont on commençoit
àparler à Paris dans le temps
de mon départ. le voulois vous
écrire ce qu'on pensoit là- deſſus
dans ces quartiers , mais ayant
vú , que quelques-uns , sans se
donner la peine de refléchir deſſus,
croyoient avoir pluſtoſt fait d'accufer
Aimar de Magie & de
Pacte avec le Diable ; que d'autres
rapportoient cette vertu à la
Constellation; que quelques autres,
qui nefontpas les moins finceres ,
avonoient leur ignorance ,
qu'enfin les plus habilesgens d'icy
Suſpendoient encore leur jugement
& vouloient en avoir une entiere
certitude , je me fuis crú obligé ,
Monfieur,fans attendre les fen-
نم
GALANT. 119
timens des autres , d'examiner moy
mesme avec methode un fait fi ex-
- traordinaire , & de vous mander
ce que j'en pensois. Comme ie ne
doute pas que vous n'ayez eu des
descriptions fort exactes de lamaniere
dont on découvrit à Lyon le
meurtre du Cabaretier & de fa
Femme ,ie ne m'arréteray pas à
vous en marquer les circonstances ;
iene m'attacherayseulement qu'à
ce qui regarde l'homme &Sa Baguette-
Jacques Aimar Vernay ,
âgé de trente ans ou environ;natif
de S. Veran ,prés de S. Marcellin
en Dauphiné , a lafaculté de découvrir
les endroits de la terre on
font les eaux , les Metaux ,
bornes des terres qui ont esté changées,
les Voleurs,les linges& nipes
cachées,les Meurtriers & les corps
assassinez& cachez, & non -seulement
cet homme a cettefaculté ,
les
:
120 MERCVRE
mais plusieurs personnes l'ont comme
luy ,& voicy comme ils procedent
pour découvrir ces choses.
Pour trouver les eaux & les
Metaux,ilsprennent uneBaguette
fourchue de la figure d'un Y , &
tenant les deux branches dans
leurs mains , ilsse promenent infqu'à
ce que la troisième pointe j'inclinant
iusqu'à estre preste àrompre
, indique le lieu precisement
oùsont les eaux & les Metaux.
Quelques - uns pour le mesme effet
Sefervent d'unefimple Baguette ,
qu'ilstiennent par l'une des extremitez,
ou qu'ilsſuſpendent parle
milicufurle bout du doigt en forte
que l'un des bouts ſoit tourné vers
eux ,&lors qu'ils paſſentſur l'eau
onfur les Mines, l'autre bout de la
Baguette se baiffe , & montre par
Saplusfoible ou forte inclinaison le
plus ou le moins deprofondeur dela
maticre
GALANT . 121
:
- matiere qu'on cherche. Pour trou .
ver les Meurtriers & les corps
afſaſſinez, cet hommefait pluſieurs
tours dansle lieu où a esté fait
l'assassinat jusqu'à ce qu'ayant
trouvé precisement l'endroit du
-- Meurtre , tant par l'inclinaison de
la Baguette que par un reffentiment
dans lequelfon pouls devient
extraordinairement agité, ilpâlit,
il tombe ensueur , &mesme en défaillance
, s'ily reſte long- temps.
De-làposant les pieds ſur lesveftigesdes
Meurtriers,illesfuit ainfi
pas àpas reſſentant à chaque pas.
de l'émotion & le mouvement de la
Baguette. Les eaux qui pourroient
Serencontrer au paſſage , n'empeschent
point que cet homme ne decouvre
les veſtiges des Meurtriers,
car ilfent les mémes agitations ſur
l'eau dans les endroits où ces gens
ont paffé. Cette émotions'augmente
Mars 1693 . :
F
122
MERCVRE
à mesure qu'ilapproche des Criminels
, iusques à tomber en deffail
lance quandil en est fort proche,&
pour se remettre il est obligé de
quitter leurs traces.
Pour trouver la chose derobée;
il se transporte fur le lieu où elle
a estépriſe. Sa Baguette tourne ,
& l'agitation interney commence.
Ilſuit la piste du Voleur qu'il connoist
infailliblement , en mettant
fonpiedfur lefien , car pour lors ,
&fon agitation augmente &sa
Baguettetourne fur le Voleur. Ce
font. là les principales circonstarces
du fait dont il s'agit auiourd'huy
, & que plusieurs regardent
commefurnaturel. Pourmoy , qui
fuis tres- convaincu du peu de connoißance
que nous avonsdes effets
que la Naturepeut produire , ie ne
vais pasſiviſte,& crois que quand
nous nepouvons pas en decouvrir
GALANT. 123
les refforts cachez , ilvaut mieux
avouer nostre ignorance que de
pretendre renverfertout le bel or
dre étably dans les chofes , &les
Loix inviolables de la Nature.
Examinonsdoncfans preoccupation.
& avec exactitude, de quelle maniere
les causes naturelles feules
peuvent concourir à tous ces effets,
que l'on auroit attribuezautrefois
àlasympathie , & pour commencer,
conſiderons d'abord que
A Tous les hommes n'ont pas la
faculté de trouver les eaux.
Que plusieurs de ceux qui ont
la faculté de trouver les eaux &
lesMetaux, ont aufficelle de trouver
les Voleurs ,les Meurtriers ,
&les corps afſaſſinez& cachez .
Queceux qui veulent decouvrir
ces choses, prennent une Baguette
enmainquife courbe fur le lieu du
Meurtre , oudu Vol, ou fur les inf
F 2
124 MERCURE
trumens ou lespas des Criminels&نم
Surles Criminels mesme.
Ils doivent commencer par se
transporter fur le lieu où le crimé a
esté commis , & de là suivre les
Criminels , enmettant les piedsfur
les pas des Criminels qui leurfont
indiquez par la Baguette.
,
Iln'importe de quel bois , ou de
quelle figure foit la Baguette.
Ceux qui ont cette vertu
estrnt sur le lieu où le meurtre
aura esté commis , ou estant fur
Les traces des Criminels , souffrent
des agitations , telles qu'unhomme
qui entre dans lafievre ; leur pouls
s'éleve , & il leur prend quelquefois
desſueurs &des défaillances .
Ils peuvent distinguer les traces
de differens Criminels par les agitations
plus ou moins fortes qu'ils
reffentent fur les unes &fur les
autres ,& par la violence avec
GALANT. 12
laquelle la Baguetteſe baiſſe vers
les uns & vers les autres.
out
Avant que de rendre raiſon de
ce que je viens d'avancer ,
on tombera d'accord avec moy .
1. Qu'il part de tous les corps
animezou inanimez , des corpuscules
dontpluſieurs nes'écartent que
jusqu'à une certaine distance des
corps d'oùilsfont partis,& peuvent
y retourner auffi tost , & que quelques
uns de ces corpuscules en font
écartez& jettez au hazard en
differens endroits,ce que l'on m'accordera
fans peine , ſi l'on considere
que n'y ayant point decorps, quel
quesolide qu'ilfoit , que la Matierefubtile
ne penetre continuelil
lement est impoſſible qu'en
,
Sortant avec impetuofité de ces
corps , elle n'en enleve des parties
qu'elles en detache ,& dont elle
quitte les unes aussi - tost qu'elles
E 3
126 MERCVRE
fontforties, leur laiſſant la liberté
de retourner vers leur tout , & en
pouffe quelques autres affez loin
pour les empeſcher de revenir ,&
ces parties estant ensuite abandonnées
par la matierefubtile s'attachent
aux corps qu'elles rencontrent.
2. Qu'il part beaucoup de ces
corpuscules des liquides , ce qui
est confirmé par leur diminution
Senfible.
3. Qu'il en part une tres-grande
quantité des corps vivans ,ce
qui provient du grand mouvement
quiſe paſſe continuellement au dedans
de ces corps.
4. Que dans ces hommes ces
partiesfont ordinairement fulphureuſes
, ce que je conjecture des excremens
Sulphureux , qui fortant
du corps par les pores de la peau.
faliffent les linges dont le corps eft
couvert.
1
GALANT.
127
5. Que cessoupbres quifont pour
l'ordinairela baze de ces écoule
mens ,font souvent mélangezde
differentesparties , comme de fels
ou fixes ou volatiles , de parties
terrestres ou de parties ſpiritueuses,
Suivant les differentes habitudes
du corps.
6. Que ces parties , doivent
s'embiraffer dans lespores du corps
qu'elles rencontrent, &y rester un
tres long-temps , à moins que les
parties de ce corps ne foient détruites.
7. Que quoy qu'ilfoit fort difficile
deconcevoircomment ces parties
pourroient reſterſur l'eau ,
dans l'airquifont dans une continuelle
agitation , ellesy restent cependant
, ce qui nese peut faire
que parla liaison là connexité
que ces parties,que n'us avons dit
efire fulphureuses , ont entr'elles
E 4
128 MERCURE
qui forment comme une chaîne
qui estant d'ailleurs affezfubtiles,
échaperont aisément aux parties
de l'air de l'eau.
8. Que dans ces liquides ,
particulierement dans l'eau , les
parties qui en exhalent font les
parties mesme du liquide, qui ne
changent point de nature , & qui
font enlevées parla matiere Subtile.
9. Que dans les Métaux ,
furtout dans leurs Mines , ily a
beaucoup de Souphres qui peuvent
s'élever avec quelques autres parties
de ces Métaux , &former ces
écoulemens métalliques , ce qui est
encore confirmé par les odeurs que
rendent l'argent , le cuivre ,
fer.
le
Cela posé,nous commencerons par
rendre raison du mouvement de la
GALANT.
129
Baguette entre les mains de certainesgens,
en certains endroits ,
non en d'autres ,
mains.
en d'autres
Nous chercherons ensuite quelle
est la cauſe qui la peut faire courbersurles
Eaux&fur les Mines
en certaines mains , enfin nous
tacherons d'expliquer la cause du
mouvement de la mesme Baguette,
des agitations que reffentent
certaines gensfurles lieux où quelque
crime a esté commis ,fur les
traces des Criminels , fur les
Criminels mesmes.
Quant au premier chef, nous
avons dit quil partoit de tous ces
corps, des écoulements fortfubtils.
Cesparties rencontrant au tour des
Corps l'air qui ne leur donne pas
un paffage tout à fait libre ;font
repoussées en quelque façon par cet
airvers le corps d'où ellesfont par-
E.
130 MERCURE
par
ties. Si ces écoulemens enfortant
du corpsde l'homme rencontrent un
autre corps qui ait des pores des
canaux , & dont laſtructure leur
favorise le paffage ,il arrive fans
douteque la plus grande partie de
ces émanations coulera ,
les canaux ou poresde e corps ,
lelongdece corps, end'autantplus
grandequantité; que l'airreſiſtera
aucours de ces émanations. Or rien
n'est plus propre , à faciliter ce
pelige à ces parties qu'une Ba...
guette,quelque figure quelle puiffe
avoir, car personne n'ignore que
les arbres,comne tous les vegetaux ,
ont des canauxdans lesquels circule
une liqueur qui vade la racinevers
les extremitezdes branches ,
de ces mesmes extremitez vers la
racine. Il arrivera donc que lors
qu'un homme tiendra une Baguetse
en main ; les parties qui forti-
7
GALANT.
131
en
ront defa main entreront dans les
canaux , se glifferont le long
de la Baguette jusques à l'extre -
mité ,& par unefuite neceſſaire
il s'y ioindra auſſi quelques autres
partiesqui émanent du corps ,
cas que ces parties ayent affezde
fubtilité de mouvement pour
aller au-delàde la Baguette. Ie
dis , encas que ces parties foient
affezfubtiles , avent affez de
mouvement , parce que ie pretens
que ces écoulemens ne soient pas
Les meſmes dans tous les hommes,
comme iel'ay dit dans la cinquiéme
demande.
Le crois doncque quoy que dans
tout les hommes ces emanations
foient composées de souphres des
parsies falines , Spiritueuses
terrestres , cependant dans quelques-
unes iln'y a presque que des
Souphres tres-peu des fels
E6
132
MERCURE
d'esprits. Dans d'autres cesfouphres
font en moindre quantité , ou plus
exalterCes écoulemens contiennent
plus d'efpr.ts , oupeut-estre plus de
Sels volatils. Si donc ces émanations
font fort craßes , elles ne
pourront pas s'étendre fort loin ;
il n'y en aura qu'une tres - petite
quantité qui s'engagera dans les
poresde la Baguette; encore mesme
T'air leur resistant au fortir de
cette Baguette , empefchera que
cesemanations ne produisent aucun
effet. Si au contraire ces parties
fontfortfubtiles &affez en mu
vement pour s'estendre affez loin
bors le corps , elles entreront en
quantité د avec impetuſité
dans les pores de la Baguette ,
mesme se glifſferont le long des
fibres exterieures , les premieres
feront ſuivies de la meilleure par
tie des écoulemens des autres par
GALANT. 133
ties du corps qui se trouveront engagées
àsuivre ces premieres vers
La Baguette , & estant arrivées
à l'extremité de la Baguette , leur
actionſera encore plus forte four
produire ces effets dont il s'agit ,
premierement pourquoy La Baguette
s'émeurfur les eaux &Sur
les Mines, nous avons dit dans la
Seconde demande qu'il partoit des
corpuscules de tous les liquides ,
entre autres de l'eau ,
huitième,que ces corpuscules n'eftoient
autre chose que ces parties
mefmes du liquide.
dans ta
Il arrivera donc que dans les
lieux où ily aura de l'eau,il s'éle
vera une vapeur quise fait méme
voir quelquefois ; que ces vapeurs
feront plus condensées proche de
la terre que dans l'air. Confiderons
avec cela que ces émanations qui
fortent de l'extremité de la Ba
134
MERCVRE
guette , rencontrant ces parties
d'eau , doivent trouver un paffage
beaucoup plus libre entre ces parties
, qui estant plus groſſieres que
celles de l'air , ont außi de plus
grands pores , &que d'ailleurs ces
vapeurs ne permettant pas à ces é
culemens de s'écarterſi loin , les
tiennent plus refferrées ,& font
qu'ils ont plus de force pour agir
ques'ilsfer pandcient de tous cotez.
Outre cela ces émanationstrou
vant lesparties d'eau plus condenféesvers
la terre, s'avanceront tou
iours entre les pores où elles rencontreront
moins de parties d'air. Ces
emanations enfortant de laBaguette
ayant une fois pris leur cours
vers un certain coſté , doivent agir
fur les parties de la Baguette du
cofté de leur pente , les pouffer à
Suivre leur détermination ,
écartant l'aird un coſtéobligerse.
e
EQUR DE
LYON
*
1893*
GALANT.
135
luy qui pese fur la Baguette de
l'autre costé de la determiner à
Suivre le cours de ces écoulemens ;
ce que l'on verra plus clairement
parunefigure .
Soit A. B. C.une Baguetteque
ieſuppoſe creuse. Lesprints,G.font
Les écoulemens quiſont determinez
àcouler vers F. Ils font efforfur la
partie interne du coſté C. de la
Baguette, commençant ày don
ner la premiere determinationpour
La courbervers F. les écoulemens en
foriant de laBaguette avec rapidité
écartent unpeu les parties d'airqui
fontfous G. quifont representez
par lespoints ... E. d'où il s'enfui
proit que l'effort quefont les autres
partiesd'airſurlecosté A. de la
Baguette nestant plus contreba-
Lancéen G. poußera encore la Baguette
vers F. ce qui se fera
avec d'autant pluside force que la
Baguette feralongue..
136
MERCURE
4
La raison pour laquelle les mê .
mes choses arrivent sur les Mines
Sur les Metaux , n'est pas fort
differente . Nous avons dit qu'il
partoit des corps Metalliques des
écoulemens , que ces écoulemens
font engrande quantité,puis qu'ils
Se font sentir par l'odorat dans
L'argent ,le fer & le cuivre,&qu'ils
Sont composez, autant que nous le
pouvons conjecturer , de beaucoup
desouphres , de quelques fels &de
terre . Cela posé ,les parties Subtiles
&Spiritueuses rencontrant, lors
qu'ellesfortent de la Baguette , les
emanations des Metaux s'embarafſferont
dans les pores des parties
Sulphureuses qu'elles diviferont par
leur activité , à quoyelles feront
encore aidées par quelques parties.
Salines qu'elles debarafferont , ce
qui fera une espece de fermentation
, quiestant une fois commen--
GALANT.
137
cée en cet endroit , fera jour aux
autres parties qui fortiront de la
Baguetie , & qui ayant pris leur
determination vers ce costé obli
geront la Baguette de s'y pancher,
comme nous l'avons fait voir cydeſſus.
Nous avons encoreà expliquer la
cauſe du mouvement de la Baguette
entre les mains de certaines per-
Sonnes & les agitations qu'elles
reffententfur les lieux où quelque
crimea esté commis , far les traces
des Criminels & fur les Criminels
mèmes ,& pour cela je n'ay que
deux choses à confiderer ,sçavoir
les corpuscules qui partent du corps
de celuy qui veut decouvrir,& ceux
qui partent des corps des Criminels,
&qu'ils ont laißezdans les endroits
où ils ont passé.
Quant aux écoulemens quipartent
du corps de celuy qui decouvre,
138
MERCVRE
j'ay dit que je croy qu'ils doivent
estre fort subtils , & composez de
parties spiritueuses
Suffit.
ce qui me
Pour les autres , après avoir
examinéquelle peut estre la difference
d'un criminel à un autre
homme,je ne trouve rien qui puiſſe
changer l'habitude de fon corps
que ce quiſepaſſeen lay , lors qu'il
commet un crime qu'il sçait estre
crime , ce que je croy fort capable
defaire en luy unfortgrand changement.
Lors qu'unhomme commet
un crime,il est agité d'une crainte
accompagnée d'une eſpece de colere
Noussçavons quequand l'ame est
agitée de crainte , cette crainte
empeſche que les esprits ne soient .
portez en affez grande quantité
vers les extremitez , ce qui fait
que le plus souvent nous voyons les
gens agitez decette violentepaſſion
GALANT. 139
paflirzleurs extremitez deviennent
froides& ils ont peine àſeſoutenir
&à agir par le defaut d'eſprits
Dans la colere , les esprits font
ordinairement portezavec rapidisépar
tout. Lesang coule avecimpetuosité
dans les vaisseaux. On
voit à ces gens -làles yeux&levi.
Sages'enflamer, lors que cette paffion
est fente , mais lors qu'elle se
trouvé jointe avec l'autre que nous
venons d'expliquer , pour lors les
espritsnesont pouffezqu'avec peine
vers les extremitez; mais ils
coulent abondamment versle coeur.
Lefang coule tres-lentement dans
les vaiſſeaux un peu éloignez da
coeur , & comme il fort abondamment
du coeur, & que trouwant
les vaisseaux encore pleins il le
gonfle extrémement & cause au
coeur lespalpitations par les efforts
qu'ilfaitpour vuiderlefang que
;
140
MERCURE
celuy des vaißeaux empefche de
fortir, auſſi voyons-nous cesgens-là
devenir bouffis , ne respirer qu'avec
peine, &reßentir quelque fois
degrands battemens de coeur. Je
Sçaybien que dans tous les Criminels
il ne s'y paſſe pas toujours des
mouvemens fi confiderables , mais
onne peutpas nier qu'il ne s'y paſſe
quelquechose à peu-prés demesme.
Or l'habitude de leur corps ne
peut estre alterée, que les corpuscules
quien émanent ne souffrent
auffi quelque changement , & je
crois pouvoir affigner avec quelque
vrayfemblance,la nature des écoulemens
des corps de ceux qui commettent
quelque crime, en disant
qu'ils contiennent beaucoup de
parties Sulphureuſes fort craßes
qui envelopperont quelques parties
falines& tres-peu volatiles. Ces
Emanations Sulphureuses s'atta
GALANT.
141
cheront aisément aux corps qui
toucheront les Criminels aux endroits
où ilsmettront les pieds , &
où ils paſſeront , &y resteront un
tres- long tempsfans s'exhaler , &
principalement lors que la paſſion
aura estéviolente, comme dans un
meurtre qui fe manifeste mesme de
temps en temps au dehors parquelque
triſteſſe on inquietude qu'ils ne
peuvent pas toujours cacher, ce
qui fait que les corpuscules qui
Sortiront de leurs corps pendant
an long- temps ,seront à peu-prés
de la mesme nature que ceux qui
fortoient pendant l'action.
Nous n'aurons pas de peine à
concevoir presentement comment
l'hommeà la Baguette , ou autre
qui ait la mesme vertu ,se transportant
dans un endroit où un
meurtre aura esté commis, ou quelque
autre crime , decouvrira pre
142
MERCURE
ciſement avec la Baguettele lien
ducrime , car les ecoulemens qui
partent desoncorps ,&que nous
avons dit estre fort subtils,venant
àrencontrer cessouphres , s'embaraffent
dans leurs branches, &par
leur activité les écarteront & les
exalteront ,&feront encoreaidez
par les parties falines qui se degageront
pour lors desſouphres,&
fices gens ont une baguette dans
leurs mains , estant une fois determinezvers
ces écoulemens du Criminel
, ils determineront auſſi la
baguetteà sepancher de ce côté
là, de mesme que nous avons dis
qu'il arriveroità la decouvertedes
Eaux& des Mines . Les agitations,
les fueurs & les défaillances que
Souffre cet homme à la Baguette.
doiventſuivre cette fermentation,
en ce que ces Souphres exaltez pas-
Sent dans le corps de cet homme .
GALANT. 143
foit par la refpiration , foit aussi
par les pores cutanées , &se meslant
dans lamaſſedusang , lavendent
plus craffe , & cauſent quel
ques obstructionsdans les vaiſſeaux
des poumons , cequi doit produire
d'abord de grands &frequens battemens
de coeur , parce que le coeur
nepouvant wuider tout lefangqu'il
contient,à cause que lefangne
coule que tres- lentement dans le
poumon , le ventricule du coeur qui
fournit lepoumon,se trouve rempli
presque auffi-tost qu'il afait effort
pouruid.rquelque peu de ce qu'il
contenoit , ce qui l'oblige àfaire
des battemens frequens, jusqu'à ce
qu'enfin les accidens augmentant
sonjours,le coeurse trouvera fitendu
parla quantité de sang qui
viendra s'y décharger,&dont il
ne pourra vaider qu'une petite
portion, que fou mouvement restera
144
MERCVRE
fuſpendu , & l'homme tombera en
fincope , quiſera accompagnée de
Sueur,parce que le mouvement du
fang estant tres- foible , le mouvement
du coeur eft auffi affoibli, d'où
il s'enfuivra que les orifices des
vaißeauxlimphatiques & des
glandesrépandues fur lasuperficie
de la peau , estant relâchez par le
defaut d'esprits,laiſſeront couler la
limphe qu'ils contiennent , & cet
hommenefortira de cet état que
lorſque lesang estant un peuécoulédes
petits vaißeaux du poumon ,
permettraàceluy du coeur de reprendreſa
place ,&pour lors les
fels que contient lesang qui aura
Séjourné dans le coeur , s'eftant developpez
parune petite fermentation
, obligeront le coeuràfaire
de nouveaux efforts , &se mêlant
ensuite dans le reste de la maſſe ,
la Subtiliferont &la rétabliront
dans
GALANT .
145
dansson état naturel.
Lamaſſe dusang de cet homme
estant unefois disposéeàse coaguler
, pourra ſouffris de nouveau
les meſmes accidens , quoiqu'il ne
ferencontre qu'une causefort foible,
comme les traces du Criminel,
qui ne les euffent peut- être pas pû
produire dans cette premiere difpofitiondansleſang.
Ces agitations
doivent estre confiderables vers
l'endroit où l'on a caché les corps
des gens tuez , car comme lesplus
grandes agitations que les Criminels
ayent fouffertessefont paffées
proche de ces corps , auſſi les émanations
doivent être en grande
quantité , & toutes presque fu!-
phureuses ,&lorsque cet homme
approchera des Criminels , ces agitations
doivent estre plus grandes
àcause de l'abondance des corpuscules
,&fur tout fi cet homme est
Mars 1693 .
G
146
MERCURE
arreſté, ou s'il ſçait qu'on le pour-
-fuit ; car la crainte qu'il aura remettrafonfang
presque au mesme
état où il étoit au moment du
-
meurtre.
On pourra maintenant donner
les raiſons des antipaties & des
fimpaties qui sont entre certaines
chofes , de l'amour & de la haine
entre les homes,leſuis vôtreE.F.G.
Cette Lettre contient des
Demonstrations Phyſiques. La
reſtitution du vol guérira la
confciencede ceux qui parla
crainte de la Baguette décrient
Iacques Aimar; & je renvoye
les Scrupuleux au R.P. De Chales,
leſuite , lequel dans la page
190. du ſecond Tome de fon
Mundus Mathematicus , affure
qu'ayant caché de l'or&de l'ar
gent , un Gentilhomme de ſos
Amis le trouva , s'eſtant ſervi
GALANT.
147
d'une Baguette fourchuë de
Coudre.dont les Cornesétoient
i d'un an , &le Tronc de l'année
précédente. Surquoy il ajoûte,
Sunt tam multa in rerum natura
quorum causas ignoramus , utsi
proptereà ea Suspecta haberemus
quod captum nostrum superant ,
vix pedem movere liceret. C'eſt
pourquoy je dis que laDivination
parla Baguette n'a rien de
diablerie , non plus que celuy
qui avec l'Eguille de laBouſſole
montreroit & ſuivroit la ligne
Meridienne , ou une pierre
d'Ayman qu'on porteroit devant
la Bouſſole. Tel eſt mon
fentiment. C. COMIERS, Prestre,
Docteur en Theologie.
Le vray merite a des charmes
auſquels il eſt mal aiſé de
réſiſter . L'impreſſion qu'en reçoit
un coeur bien fait , a quel-
G 2
148 MERCVRE
1
quefois tant de force , qu'elle
engage les perſonnes les plus
raifonnables à des réſolutions
donton les croit entierement
éloignées , & c'eſt ce qui a paru
dans l'avanture dont je vais
vous apprendre le détail . Une
Dame d'un eſprit &d'une conduite
eſtimée par tout , s'eſtoit
attiré beaucoup de loüanges
par l'entiereapplication qu'elle
avoit toujours montrée à ne
rien faire qui puſt faire tort àſa
réputation , ou eſtre contraire
à quelqu'un de ſes devoirs . Elle
eſtoit demeurée Veuve depuis
huit ou dix années , & comme
elle avoit encore aſſez de jeuneſſe
& beaucoup de bien , il
s'eſtoit offert divers Partis , qui
auroient fans doute engagé
toute autre qu'elle à un ſecond
mariage , mais la maniere dont
i 149
GALANT.
}
1
elle avoit toujours répondu fur
lespropoſitions decette nature ,
avoit fait affez connoiſtre , que
l'état de Veuve luy paroiffoit
un eſtat heureux , & qu'on auroit
peine à l'y faire renoncer.
Ilest vray que le deſſeinde bien
marier une Fille unique qui
luy eſtoit demeurée de ſon mariage
, pouvoit y avoir contribué,
Elle avoit donné des ſoins
tres - particuliers à ſon éducation
, mais les diſpoſitions ne
s'étant pas trouvées favorables ,
elle n'avoit pû la rendre auffi
accomplie qu'elle auroit eſté , ſi
elle euſt voulu profiter de ſes
leçons . C'eſtoit un eſprit imperieux
& bizarre , qui ſe réi
voltoit dés la moindre violence
qu'on tâchoit de faire à ſes înclinations
. Ses fantaisies lay
fervoientde regle ; & quandon
G3
I50
MERCURE
l'avoitune fois choquée , il falloit
du temps pour la faire revenir.
Cequ'ily avoit de plus
facheux , c'eſt qu'elle avoit ind
ſenſiblement atteint l'âge de
ſeize ans , & que fon humeur
devenoitde plus en plus difficile&
violente. Quand àla perfonne
, elle estoit d'une taille
fine& grande , affez agreable ,
mais moins belle que bienfaite.
Sa Mere que ſa tendreſſe n'ébloüiffoit
point , n'oublioit rien
pour la corriger de ſes defauts,
&luy faifoit voirqu'ayantbien
toſt à ſe marier , elle ne pouvoit
ny eſtre heureuſe , ny rendre
un Mary heureux , ſi elle n'avoitmille
complaifances,qu'on
voyoitquiluy manquoient ,&
qu'elle devoit tâcher d'avoir
pour eſtre aimée ,& ſe fairedes
Amis. Ces fortes d'avis eſtoient
GALANT.
ISI:
bien ou mal receus , ſelon l'humeur
fiere qui la dominoit , &
fielle ſe domptoit aſſez quelquefois
poury faire attention ,
elle retournoit preſque auſſitoſt
dans ſes'inégalitez. Il vous.
eſt facile de juger quele bien.
que fon Pere luy avoit laiſſé ,&
celuy qu'elle auendoit encore
de fa Mere , luy donnoit beau.
coup d'Amans . Leur nombre
Aattoit ſa vanité , mais elle
eſtoit dédaigneufe , &dans la
penſée qu'elle en auroit toujours
affez pour choiſir , elle
ſe plaifoit à n'en ménager aucun
, laiſſant agir ſes bizarreries,
fans ſe mettre en peine fi
fes manieres trop dures , &
quelquefois méptiſantes ,les
obligeoient à fe retirer. LaDame
qui avoit pitié de ſa foiblefſe
, s'attacha fortement en bon-
:
G4
152
MERCURE
ne Mere , à luy trouver un Mary
qui luy fuſt propre , c'eſt à
dire un homme ſage , capable
de manier ſon eſprit , & de refrener
par ſa douceur les faillies
impetueuſes qui luy échapoientde
temps en temps. Elle
jetta les yeux pour cela ſur un
Cavalier un peu âgé , dont le
bien & la naiſſance répondoientaſſezaux
avantages qu'il
devoit trouver dans le Mariage
de fa Fille. Elle l'avoit veu
dans quelques rencontres , &
l'eſtime generale où il eſtoit ,
luy ayant fait ſouhaiter d'en
faire fon Gendre , elle pria un
de ſes Amis , de vouloir bien
l'amener chez elle. Le Cavalier
ne fut pas faché qu'on luy
procuraſt cette connoiſſance.
La reputation de la Dame l'avoit
frappé. Il connoiffoit fa
GALANT.
153
vertu , & c'étoit un agreable
commerce qu'il s'établiſſoit en
la voyant. Quelque prevenu
qu'il fuſt pour elle , il trouva
encore dans ſon eſprit , & plus
de delicateſſe , & plus de ſolidité
qu'il n'avoit crû. Il avoit
beaucoup d'égards pour ſa Fille
qu'il traitoit avec une grande
honneſteté , mais il ne cherchoit
aucun entretien particulier
avec elle , & n'ayant nulle
penſée pour le Mariage , il ſe
contentoit de ce qui pouvoit
fatisfaire ſon eſprit , ſans que
ſon coeur priſt part aux viſites
qu'il ne laiſſoit pas de rendre
avec beaucoup de plaiſir . Elles
devinrent inſenſiblement fort
affiduës , & comme il connut à
fondle merite de la Dame , la
1. Dame de ſon coſté fut fort penetrée
de ſes belles qualitez.::
GS
:
154
MERCVRE
mais plus le Cavalier luy paroiſſoitdignede
ce qu'elleavoit
refolu de faire pour luy , plus
il luy eſtoit fâcheux qu'il ne
fongeaſt qu'à eſtre de ſes Amis,.
fans faire voir aucun panchant
pour ſa Fille ,qui fur ſes conſeils
s'eſtoit affez bien con
trainte pour luy cacher ſes de
fauts . Celal'obligea enfin à luy
parler ſans déguisement. Elle
établit pour maxime generale
que la bienfeance obligeoit
chacun de rendre compte au
Public de ſa conduite ,&aprés
luy avoir dit , qu'on venoit de
toutes parts la feliciter fur ce
qu'il alloit épouſer ſa Fille, elle
ajouſta , que ſes affiduitez ayant
donné lieu de le penfer , il luy
feroit biendefagreable d'avoir
àſe priver du plaifir qu'elle prenoit
à le voir ſouvent, s'il eſtoir
GALANT.
155
vray qu'il ſe trouvaſt incapable
d'aucun fentiment d'amour;
qu'elle ſe croyoit affez de fes
Amies pour luy pouvoir dire
que le party luy ſeroit avantageux,
puis qu'outre le bien que
fa Fille avoit par elle-même ,
elle confentiroit volontiers à
luy faire en ſa faveur telles
avances qu'il pourroit luy demander
, & qu'il devoit fonger
ferieusement à la propoſition
qu'elle luy faiſoir . Le Cavalier
que la declaration embaraſſa ,
ne put cacher à la Dame qu'il
trouvoit tant d'avantage à eſtre
de ſes Amis , qu'il n'avoit enviſagé
rien de plus en s'attachant
à la voir. Il luy dit enfuite
qu'il n'aimoit pas naturellement
les jeunes perſonnes , qui
n'ayant rien de ſolide , dégoûtoient
ſouventau lieude plaire,
G6 :
136 MERCURE
&que ſi ſa Fille avoit vingtcinqans
, elle luy conviendroit
mieux , que cependant les
bontez qu'elle luy faifoit paroiftre
l'engageoient à des ſentimens
fi forts de reconnoiffance
, que pour la douceur de faire
avec elle une union que le
temps ne puſt détruire , il ſe
vaincroit fur ce qu'il ſentoit de
répugnance , & regarderoit fa
Fille à l'avenir avec d'autres.
yeux qu'il n'avoiteusjuſque-là,
mais que s'agiſſant d'un engagement
qui devoitdurer autant
que leur vie , il falloit voir fi
leurs humeurs ſimpatiſeroient
affez pour leur laiſſer efperer
qu'ils vivroient, heureux enſemble.
Ce qu'il demandoit
eſtoit trop juſte , pour n'en pas
tomber d'accord . Il fit l'Amant
de la Demoiselle , & luy dit
GALANT .
157
/
beatucoup de choſes flateuſes.
qu'elle écouta gracieuſement.
L'honneſteté qu'elle luy marqua
, luy en attira bientoſt de
plus fortes , & l'amour commençant
veritablement à naiſtre
dans le coeur du Cavalier
il fut fort content pendant un
mois , & de fon eſprit , & de fes
manieres. Il lay procura tous
les plaiſirs qu'il ſe put imaginer
par des parties agreables , &
l'éclat qu'il fit par là ne permit
plus de douter que ce mariage
ne ſe duft conclurre . Sa Mere
qui luy vantant à toute heure
le merite diftinguédu Cavalier,
luydonnoit auſſi inceſſamment
des conſeils , fur le ſoin qu'elle
devoit prendre de ne luy faire
paroiſtre aucun inégalité d'humeur
, crut enfin qu'elle s'eſtoit
renduë raiſonnable , & avoir
158 MERCVRE
connu le tort que lay pouvoient
faire fes bizarreries , mais elle
eſtoit bien éloignée de pene--
trer par quel motif cette bizarre
perſonne avoit cherché à
toucher le Cavalier , & s'eſtoit
fait violence pour luy donner
de l'amour. Elle avoit eſtéblefſée
cruellement de ce qu'il s'eſtoit
d'abord attaché à voir fa
Mere , ſans luy parler qu'aſſez
indifferemment. Cette injure
luy avoit eſté ſenſible , & ne
s'eſtoit pû imaginer un meilleur
moyen d'en avoir raifon ,
que de le faire devenir amoureux
d'elle , pour luy faire enſuite
ſentir ſes méprisavec plus
de force. En effet , elle ne crut
pas pluſtoſt avoir du pouvoir
furluy , qu'elle ſuivit ſes caprices,
enluydonnant mille ſujets
de ſe plaindre. La Dame quine
GALANT.
159
douta pas que le Cavalier ne ſe
dégoutaſt , luy reprefenta fort
vivement qu'elle n'avoit qu'à
continuer fi elle vouloit le perdre
; toute la réponſe qu'elle en
eur, ce für , que c'étoit affez
qu'il fût aimé de la Mere , &
que s'il l'eſtoit autant de laFille
, il ſe trouveroit accablé d'amour.
Un reproche ſi piquant
luy fit connoître combien fon
éprit étoit indocile , & le peu
qu'elledevoitgarder d'efperance
de la voir jamais capable de
ſe rendre à la raiſon. Le Cavalier
rebuté dit à laDame; qu'il
la connoiſſoit trop juſte , pour
luydemander un plus long engagement;
qu'il eſtoit fâché de
l'avoir fait éclater , puis qu'il
ſembloit qu'aprés la rupture il
ne luy devoit plus eſtre permis
de la voir , que cependant
160 MERCVRE .
1
ily avoit un moyen certain de
rendre eternel l'attachement
qu'il luy promettoit , fi elle
avoit aſſez d'eſtime pour luy ,
pour ſe réfoudre elle-même à
l'épouſer. La Dame rougit , &
luy ayant dit en termes embaraffez
, qu'elle croyoit que fa
gloire l'obligeoit de renoncer
pour toujours au mariage , elle
le pria de ſe contraindre enco-
• re quelque temps , pour voir fi
ſes ſoins ne changeroient point
l'eſpritde ſa Fille. Le Cavalier
qui estoit habile , tira avantage
de cette rougeur , & jugeant à
cettemarque qu'il pourroit tou -
cher le coeur de la Dame , il
conſentit àtout ce qu'elle voulut
. Il continua de faire auprés
de la Fille le perſonnage d'A--
mant , & feignant que ſes froideurs
, quelque dures qu'elles
2.
GALANT. 161
fuſſent , ne le pouvoient détacher
, il luy affuroit un faux
triomphe dont elle s'applaudiffoit
. Ces froideurs , loin de luy
eſtre ſenſibles , luy donnoient
un vrai plaifir , puis que marquant
à la Mere que c'étoit pour
elle qu'il ſe contraignoit à les
fouffrir , il entroit de plus en
plus dans ſon coeur. Ainfi il
pouſſa ſi loin les choſes , qu'il
l'engagea enfin àluy dire qu'elle
pourroit confentir à l'époufer
; mais qu'elle fentoit qu'il
luy feroit impoffible d'executer
ce deſſein tant que fa Fille ne
feroit point mariée. Aprés une
pareille declaration , il n'y avoit
plus que des meſures à
prendre pour bien conduire
l'affaire ſelon le projet qui fut
formé. La Dame dit à ſa Fille
qu'elle voyoit bien que le Ca
162 MERCVRE
valier ne luy plaifoit pas , &
qu'elle estoit reſoluë de ne plus
parler pour luy , mais que s'ennuyant
de la garder , & d'avoir
toujours à effuyer ſa méchante
humeur , elle vouloit qu'elle
fiſtun choix parmy tant d'autres
Amans qui ſe preſentoient
pour elle. La Fille luy répon
dit que ſi elle l'aimoit veritablement
, elle avoüeroit qu'elle
avoit raiſonde haïr le Cavalier;
que s'il luy avoit rendu
quelques foins , ce n'avoit
pointeſté de fon mouvement ;
que c'eſtoit elle qui l'y avoit
engagé , & qu'elle trouvoit en
cela un ſi grand outrage , que
pour s'en vanger avec plus d'éclat
, elle confentoit àfe done!
ner à celuy de ſes Amansqu'elle
luy conſeilleroit de choifir ,
pourveu que le mariage ſe
GALANT.
163
fift en fecret , afin que ce jour
là même elle puſt obliger le
Cavalier à luy donnerune Fefte
, aprés laquelle elle fe feroit
un triomphe de luy pouvoir
dire , qu'il ne devoit plus rien
efperer , & qu'elle avoit épou
sé un de ſes Rivaux. H n'y avoit
rien de fibizarre que ce qu'elle
propoſoit , mais elle ouvroit à
fa Mere une voye fenre de venirà
bout de ſes deſſeins . Elle
avoüa à ſa Fille que le Cavalier
n'euſt jamais pensé à elle , fi
jugeant qu'elle feroit heureuſe
avec luy , elle ne luy avoit
en quelque façon mis dans le
coeur tous les ſentimens qu'il
luy avoit expliquez . Elle loua
fa delicateſſe ſur ce que cette
conduite luy avoit donné de
☐ l'averſion pour luy ,& feignant
d'entrer dans les raiſons qu'el
: 164 MERCVRE
le prétendoit avoir de s'en
vanger , elle la détermina à
époufer un forthonneſte homme
qui luy parut le plus propre
à ſupporter ſes bizarreries.
On traita l'affaire fort ſecrettement
, & afin que le Cavalier
n'en ſoupçonnaſt rien,laDame
conſeilla à ſa Fille de moderer
un peu fon aigreur , & d'avoir
pour luy plus de complaiſance
qu'elle n'enavoit de puis long
temps . On agifſſoit contre luy
en apparence , & c'eſtoit travailler
à ſon bonheur. La
Dame qui l'avoit averty de
tout luy promit fans peine de
l'indemnifer de la vangeance
que fa Fille méditoit . Ils convinrent
des moyens qu'il falloit
mettre en pratique pour
undouble mariage , & il fut
aisé de ménager celuy de la
GALANT.
165
Fille avec tout le miſtere
qu'elle y demandoit, puis que
le Cavalier fermoit les yeux
volontairement fur beaucoup
de choſes , qui luy auroient
fait découvrir la verité s'il
n'euſt pas eſtébeſoin qu'il euſt
feint de l'ignorer. La Demoiſelle,
ayant affecté d'avoir avec
luy des manieres moins hautaines
& plus raifonnables , fut
perfuadée qu'il eſtoit la dupe
de ſa tromperie ,tant il témoignoit
eſtre charmé d'un
changement qu'il ne devoit
pas attendre. Ainſi quand elle
exigea de luy une grande
Feſte , rien n'approche de la
joye qu'elle eut de l'empreſſement
qu'il fit paroiſtre à la
fatisfaire. Cette Feſte fut un
Bal où il l'affeura qu'il auroit
ſoin de ne laiſſer rien manquer
166 MERCURE
afin de luy faire plus d'honneur
. Ce divertiſſement eſtoit
un de ceux de la ſaiſon . Il luy
demanda fon jour & elle
choifit celuy qu'elle avoit pris
avec ſon Amant pour ſe marier
, ce qui fut fait de fort
grand matin , & avec tant de
ſecret que perſonne ne le
ſceut . Il alla la voir l'aprésdînée
, & elle luy dit mille
choſes obligeantes. Il parut
le foir avec un habit fort magnifique
, & commença le
Bal avec elle. Les Maſques y
vinrent en confufion, & pour
leur laiſſer la liberté de danſer,
on entra une heure aprés dans
une chambre où une ſuperbe
collation ſe trouva ſervie pour
les Dames conviées. Tandis
que chacun eſtoit occupé aux
plaiſirs de cette Feſte , dont la
-
)
GALANT. 167
Demoiſeille faiſoit les honneurs
, ſa Mere & le Cavalier
n'eurentpas de peine à diſparoiſtre.
Il eſtoit plus de minuit
, & on les attendoit à l'Ἐ-
glife , où ayant eſté mariez , ils
revinrent ſe montrer dans
l'Aſſemblée . La Feſte finie , la
Demoiſelle appella le Cavalier
, qu'elle remercia du regale
qu'il avoit bien voulu luy
donner , l'aſſeurant que ce
ſeroit le dernier qu'elle recevroitde
kay puis qu'elle s'eſtoit
mariée ce jour - là méme, avec
un forthonneſte Homme,dont
elle preferoit la tendreſſe à
toutes chofes. Elle luy dit ,
commeen l'inſultant , les raiſons
qu'elle avoit enës de luy
en faire un fecret juſqu'à ce
moment , & choiſit pour s'expliquer
les termes les plus facheux
qui pouvoient la fatis
168 MERCURE
faire. Le Cavalier la laiſſa parler
tant qu'elle voulut fans
l'interrompre , & luy dit en .
ſuite , qu'il vouloit luy rendre
confidence pour confidence ,
en lay apprenant que fon bonheur
eſtoit tel , que depuis une
heure il avoit épousé ſa Mere,
dont le merite , l'eſprit , la fageffe
& la vertu luy tenoient
lieude tous les trefors du monde.
Elle écouta d'abord ce qu'il
luy apprit , comme une choſe
qui ne pouvoit être , mais ce
qui ſuivit ne lay ayant pas permis
d'en douter , elle fut audeſeſpoir
qu'on luy euſt fait perdre
fi cruellement la gloire de
fon triompe.Outre une eſpece
d'affront que ce mariage luy
faiſoit , elle avoit pluſieurs raifons
de n'en eſtre pas con
tente . Sa Mere eſtoit encore
affez
GALANT. 169
aſſez jeune pour pouvoir avoir
d'autres enfans ,& il falloit, fi
elle n'en avoit pas ,que pour
ménager ſes intereſts, elle fuft
enquelque forte dans la dépendance
du Cavalier qu'elle
avoit cru braver en ſe mariant,
mais il n'y avoit aucun remede
àla choſe , & le meilleur party
qu'elle pouvoit prendre , c'eſtoit
de cacher le chagrin qu'-
- elleen avoit .
Si vous avez des Amies qui
n'ayent point encore connu
l'amour , elles en trouveront
une agreable deſcription dans
le petit Ouvrage que vous allez
lire,
L
I'vrée
IDILLE.
àladouleur amere
Venusvient deperdrefon Fils ;
Quivoudra le rendre àſa Mere ,
Mars 1693 .
H
170
MERCURE
Doit s'affurer d'un rare prix.
Venus le declare ; elle est preste
A comblerfes voeux les plus doux.
Leune Iris, mettez-vous en queſte,
Mais ce Fils, le connoiffez-vous?
復
Cest un Enfant ſimple &timide,
Mais fidelle iusqu'au trépas ;
LaBeauté l'attire le guide ,
La douceur arreſtefes pas.
Il s'infinuë, il plaist, il touche ,
En trouble auiourd'huy , demain
mieux;
Tous les charmesfont danssabouche,
Toutes les graces danssesyeux.
秀
Il est difcret , il estfincere ,
C'est lafoy fur tout qui luy plaift.
Hélquel mal voudroit- on luy faire, ?
Tendre & delicat comme il eft?
:
GALANT.
171
Ilse bleffe affez de ſes armes,
Mais on l'outrage tous les iours ,
Et ce n'est qu'auxsoupirs , aux larmes,
Qu'en ses chagrins il a recours.
Dans l'offense laplus cruelle
Soumis, puis qu'on veut le punir ,
Il attendque l'on le rappelle ,
Touiours tout preſt àrevenir.
,
Cherchons ce Dieu , mais loin des
Villes,
Loin de leur tumulte confus ,
Tous nos foins feroient inutiles ,
L'Amour ne s'y retrouve plus.
Le Roy ayant eſté informé
de ce qu'avoit fait Mr l'Evéque
de Laon en faveur des
Pauvres de ſon Dioceſe, a fait
écrire àtous les Evêques par
172
MERCVRE
un Secretaire d'Etat , pour les
engager à l'imiter. Voicy une
copie de la Lettre .
MONSIEUR,
Monsieur l'Evêque de Laon ,
preffé d'un mouvement de charitéconvenable
à son merite
à son caractere , ayant pen-
Se aux moyens efficaces de fou
lager les Pauvres de son Diccese,
àcause de la cherté des bleds,afait
une.Affemblée du Chapitre,desParoiſſes
, des Communautez de
Laon,pourles exciterày contribuer
avec luy, pour donner l'exemple,
il s'est obligé d'entretenir cent cinquante
pauvrespar iour, Le Chapi .
tre a contribué quinze cens livres
par Acte Capitulaire , &il s'est
fait unequeste parmy les Chanoines
,qui a produit deux mille cing
GALANT . 173
cens livres. Les Communautez les
Abbayes, les Seculiers ont con...
tribué d'ailleurs prés devingt mille
livres , en forte que l'on nourrit
tous les jours depuis 2. mois douze
cens Pauvres de la Ville de Laon,
l'on soulage à trois lieuës aux
environs ceux de la campagne,
comme la ſeule Ville Episcopale ne
peut pas contribuer à tous les be.
Soins des Pauvres des lieux éloignez,
il a écrit à ceux qui poffedent
des biens confiderables dans le
Diocese , aux Communauter
autres , pour les exciter àsuivre
l'exemple du clergé de laVille
de Laon. Quelques-uns ont déia
commencé , & il eſpere que iufqu'au
mois d'Avril prochain les
Pauvres defon Dioceseferont tresbien
secourus, Sa Maiesté a esté
fi fatisfaite de ce zele vraiment
Episcopal , a trouvéla conduite
H3
174
MERCUR E
qu'il a tenuë en cette occafion fi
remplie de charité& deſageffe ,
qu'Elle m'a ordonné de vousécrire,
de vous dire qu'encore qu'Elle
Soitpersuadée quevous estes animé
du mesme esprit pour les Pauvres
devostre Dioceze , Elle ne peut
s'empêcherde réveiller voſtre zele
en cette occafion,afin que vous vous
appliquiez encore plus s'il est poffible
,dansle temps de diſettedes
bleds , àexciter le Clergé ,
Communauter Seculieres & Regulieres
tous ceux qui poffedent
des biens confiderables dans vostre
Diocese, àsuivre l'exemple de ce
qui s'est pratiqué à Laon, Sa Maiesté
m'ayant donnéordre de vous
affurer que vous ne pouvez rien
faire en ce rencontre , qui luy foit
plus agreable. Iefuis , &c.
les
Il ne ſe peut rien de plus
terrible ny de plus épouvantaa
GALANT.
175
1
ble que la déſolation que le
Tremblement de terre arrivé
au commencement de Janvier,
a cauſée dans la Sicile . Il commença
à ſe faire fentit le 9. fur
le 23. heures , & ne fit point
d'autre mal que d'ébranler les
maiſons , mais le Dimanche
11. du meſme mois , il ſe fir
ſentir ſur les 21. heures avec
beaucoup plus de violence , &
dura un quart d'heure plus
que le premier , abîmant maifons
, Eglifes , Monaſteres , &
Villes entieres . Celle de Catania
fut reduite en un monceau
de pierres , & de vingt - deux
mille perſonnes, il ne s'en fauva
qu'environ deux mille. La
Cathedrale fut toute renversée
,à l'exception de trois Chapelles.
Le Monastere de Saint
Nicolas della Ritta fut abîmé
H 4
176 MERCURE
vez
د
& de cent Religieux qu'il y
avoit de l'Ordre de S. Benoît ,
iln'en échapa que quatre. De
dix huit Monafteres de Filles ,
il n'y en eut que cinq de ſau-
& les deux mille perſonnes
qui eurent le bonheur
dene pas perir , fe font trouvées
toutes , ou bleſſées , ou
eſtropiées. Il ne ſe ſauva qui
que ce foit de la maiſon des Jefuites.
Au premier tremblement
la Mer ſe retira présd'un
mille & emporta huit Felouques.
Cette Ville , que le martyre
de Sainte Agathe , dont
elle avoit les Reliques & le
Voile , rendoit celebre , eſtoir
dejatres - confiderable en 287 .
de Rome , que le Roy Hieron
ymourut. On y voyoit encore
les reſtes d'un Amphitheatre ,
& pluſieurs Inſcriptions qui
GALANT. 177
6
faifoient connoiſtre ſon ancie
neté. C'eſtoit une des plus
grandes de la Sicile , ayant un
Chafteau élevé ſur un rocher
qui défendoit l'entrée de fon
Port. La plupart des ruës , qui
eſtoient longues & droites
aboutiſſoient àune grande Place
où il y avoit de belles maifons
. Dix colomnesde marbre
ſoûtenoient l'entrée de l'Egliſe
Cathedrale, qui eſtoit tres magnifique.
On aeu nouvellequ'il
n'yeſtreſtéque la Chapelle
Sainte Agathe , & que tout le
reſte a eſté abîmé , en forte
qu'ils'y eſt fait un Lac d'environ
quatre milles de circuit.
Voicy ce que M. le Cheva-
• lier de la Salle a écrit d'Agouſte
du 25. de Janvier.
de
Ie fuis de retour depuis hier
d'Agouste, i'ay esté témoin
Η
178
MERCURE
oculaire de ſon entiere deſtruction.
Nous estions fous cette Ville avec
nos Galeres , lors qu'après plusieurs
tremblemens de terre , qui avoient
abattu la moitié des Temples
des maisons , il en vint un si épou
vantable , que ne laiſſantpasseulement
une apparence de Ville,il enfevelit
la plus grande partie du
Peuple. En mesme temps unevapeurdefoupbre
qu'exhaloit la ter .
re , qui estoit entre - ouverte en
mille endroits , mit le feu à la
munition de la Fortereffe ,&faifinttirertout
d'un coupl'artillerie,
éleva iusques aux nuës unesigran .
de quantité de Bombes,de Crenades
& de pierres , que nos Galerres
qui estoient dans lePort , en furent
notablement endommagées. Heureuſement
il avoit eftédéfendu aux
Chevaliers François de descendre à
terre. Sans cette défenſe nous en
GALANT.
179
aurionsperdu la pluſpart dans la
Ville carce desordre arriva à deux
beures aprés midy.Iln'yavit alors
que moy seul enterre pour les in.
terests du Tresor , en qualité de
Revisiteur. Lesgens qui m'avoient
accompagnéfont tous, u morts , ou
bleſſez. L'Ordre ya perdu quatrevingt-
dix hommes , ou Soldats , ou
Mariniers , quarante- deux Esclayes
, trente-cing dangereusement
bleffez, que ie fis enfuite
retirer de deſſous lesruines. Monbonheur
voulut queie n'avois pas
encore dîné à cette heure là, ce
qui m'avoit faitfortir de la Ville ,
pouraller manger un morceaufur
les Galeres, Catane , la noble
ancienne Syracuse , quantitéd'au
tres petitesVilles des environs du
Mont-Gibel, ont eu le mesmemal..
beur. Nous nesçavons rien encore
de Meffine , ie croy qu'elle n'aura
4
H 6
180 MERCURE
pas estéplus heureuse. Ce tremblement
aſuivy dans toutela Calabre
iusqu'au Golphe de Venise , où les
Baſtimens qui estoient enmer l'ont
reffenty,
Quelques-uns écrivent à
l'égard du Château d'Agouſte,
qu'il fut renversé par le ſecond
tremblement , que comme en
ce Païs- là la plûpart des pierres
ſont des cailloux ſemblables
à des pierres à fufil, quel
ques-unes ſe touchant les unes
les autres firent feu , & le mirent
aux poudres du Magazin.
Dés le tremblement du 9. la
troiſième partie de la Ville avoit
eſté renverſée, ce qui obligea
leGouverneur à faire faire
desTentes à la campagne,&c
on en dreſſa meſme par ſon ordre
pour ſa Famille. Les Galeres
de Malte qui estoient au
GALANT. 181
Port , la Chiourme eſtant en
partie dans la Ville à charier
le Biscuit pour Malte , furent
obligées de couper promptement
leurs cables qui estoient
liez en terre , parce quela Mer
ſe retiroit au large , & qu'elles
feroient demeurées à ſec.
Saragouſſe a eſté auſſi abimée
entierement . C'eſtoit autrefois
la fameuſe Siracuſe qui
eſtoit parvenuë à un tel point
de grandeur , qu'on la diviſoit
en quatre parties , qui faisoient
quatre Villes , appelées , A cradine:
Naples , Tiche & Ortygie.
Aprésavoir eſté ſouvent
affiegée ſans eſtre priſe , elle
fut enfin emportée en 542. de
Rome , malgré tout le ſçavoir
d'Archimede . Saragouffſe eſtoit
aujourd'huy ſituée dans une
prefqu'Iſle de pur Rocher , qui
182 MERCVRE
f
la rendoit extrémement forte
avec un Chaſteau ſur un Rocher
détaché de la Ville , par
un Foffe. Il y avoit diverſes
Eglifes , de belles Maiſons , &
un Port tres- commode . L'Egliſe
Epifcopale de Sainte Luce ,
eſtoit anciennement le Palais
de Diane . Rienn'y eſt demeurédebout.
Le Mont Gibel fit un bruit
épouvantable , qui fut entendu
juſqu'àMeſſine , ce qui n'eſtoit
jamais arrivé . Par le ſecond
Tremblement , la Mer s'eſtant
retirée on vitles poiſſons à ſec,
& enfuite elle retourna avec
une telle furie , qu'elle entra
dansla Citadelle , & paſſant par
deffus les murailles , elle jetta
des poiffons dedans. Il tomba
plus de quarante Palais dans
Meſſine. Vous ſçavez combien
GALAN T. 183
cette Ville là eſt importante ,
& que fon Phare ou Canal eſt.
le paſſage de tous les Vaiſſeaux
qui viennent du Levant.
Je ſerois trop long à vous
peindre les horreurs dont ce
Tremblement a eſté ſuivy.
Ceux qui ont pû s'en ſauver ,
n'oſant rentrer dans les Bourgs
ny dans les Villes , on a celebré
l'Office dans les Champs , & le
faint Sacrement y a eſté expoſé
par tour. Ce qu'il y avoit de
bien déplorable , c'eſt que la
plupart de ces malheureux y
mouroient de faim ,& pour fur
croiſtde miſere eſtoient expofez
à la fureur des Bandits.
Ces Villes ne font pas les
feules que le Tremplement ait
abimée ou détruites dans la
Sicile. Voicy le nom de plufieurs
autres qui ont eu la îmême
deſtinée .
184 MERC VRE
Iaci . Noto.
Lentini. Modica .
Carlentini . Cicli.
Naguzza .
Vizzini .
Linguagroſſa .
Catalanoſatta .
Mineo .
Il y a eu encore pluſieurs
autres lieux , ou détruits ou
abimez , ſçavoir ,
Catalabiano.
Mafcare.
S. Antonio .
LaCattina .
Trecastagni.
Viagrande.
La Pedaia .
S. Gioanni la
punto.
Belvedere.
S.Gregorio.
Tremiſtieri.
Merelli..
Aula.
S. Agata.
Li Plaghi.
Monpeflieri.
Mifuercianchi.
Motta di San
Anaftafio.
Telue Moncada.
S. GioGalerno.
La Vittoria.
Monteroffo.
Nicodia.
GALANT. 185
Spoacca Forno.
La Ferla .
Lucaffero.
Bichierie .
Graratana .
Palazzola .
Luciola.
Pallagonia.
Milerello.
Scardia .
Francofonde.
Chiaramonte . Gaggi.
Les Villes où il y a eu quelques
Eglifes & des maiſons
renverſées , &où il n'a pas peryun
fi grand nombre d'Habitans
, font ,
Melazzo,avec fix autres Villes
Cefalu .
Termini.
Palermo.
Monreale.
Trapani avec d'autres lieux و
& quelques Villes voiſines .
Il y en a eu d'autres à demy
détruites , & ce font ,
Mandazzo . Caſtro Gio-
Paterno. ann.
186 MERCURE
Cartagerona.
Caftrorao.
Bronti .
Piazza .
Trancavilla.
La Novara.
Adorno.
S. Philippo
d'Airo.
, on
Il ne faut pass'étonnet aprés
cela , ſi on fait monter à cent
cinquante mille perſonnes le
nombre de ceux qui ont pery.
Ainſi dans la deſolation où eſt
preſentement la Sicile
peut dire , que c'eſt un Royaume
perdu en quelque façon
pour la Monarchie d'Eſpagne.
Elle est divisée entrois vallées.
Le Valde Noto eſt tout ruiné,
&tous les arbres ont eſte déracinez
. Le Val de Move n'a
eſté guere mieux traité, &dans
le Val de Mazara , il n'y a eu
que quelques maiſonsabbatuës.
Le Tremblement fe fit fentir
le 9. à Palerme , deux fois le
GALANT. 187
reur ,
11. le matin & le foir le 12. &
ſeulement le matin le 13. mais
il n'y eut que la premiere ſecouſſe
qui donna quelque ter-
& le dommage ne fur
qu'enquelques Maiſons & Edifices
de la Ville , & fort peu conſiderable
. Le Viceroy ne laiſſa
pas d'aller coucher dans une
Galere avec toute ſa Famille ,
& quantité de perſonnes ſemirent
dans des carroſſes au mineuuciaCommone
.
La Ville de Malte a eu pare
au tremblement. Il commença
à s'y faire ſentir le 9. de Jan.
vier fur le minuit , &de nouveau
fur les trois heures du
matin . Ces ſecouſſes ébranlerent
les maiſons avec tant de
force , que dés que le jour parut,
tout le Peuple prit le party
de ſe retirer à la Campagne.
188 MERCURE
Elles durerent tout le jour ſuivant,
mais moderées , & le II .
fur les deux heures aprés midy
, il y en eut une ſi violente ,
qu'en moins d'un quart d'heurela
vieille Ville fut entierement
ruinée. L'air devint
comme en feu , & on ſentoit
une odeur de ſouphre qu'on
ne pouvoit ſupporter. Toutes
les cloches ayant tinté d'elles.
mêmes dans la Ville neuve
par l'ébranlement des Eglifes,
&de la plus grande partie des
maiſons ,le Dome de Notre-
Dame du Polar tomba , & la
Sacriſtie de l'Egliſe de S. Laurent
du Bourg, fut abbatuë par
les pierres qui se détacherent
du clocher. Les Galeres qui
revinrent d'Agouſte à Malte,
y amenerent le Gouverneur
de cette premiere. Ville avec
GALANT. 189
ſa Femme , leurs Enfans ayant
eſté écraſez ſous les ruines du
Chaſteau , quand le feu y
prit.
Tout ce queje viens de vous
conter à dû vous donner des
idées ſi triſtes , qu'il me paroiſt
qu'il n'y a qu'une matiere galante
qui ſoit capable de vous
entirer. C'eſt ce qui m'oblige
à vous faire part de la piece
que vous allez lire. Elle eſt
d'un jeune Cavalier de Riom ,
qui l'envoya à une fort aimable
perſonne de Province , le
jour de ſa Feſte.
190
MERCVRE
:
A
MADEMOISELLE RO***
: Imagination Galante.
IE Sommeil dont les dons
nous ſont ſi precicux .
Apeine cette nuit m'avoit fermé
les yeux ,
Que jecrus traverſer de riantes
Prairies ,
Etjeme figuray,marchant d'un
pas compté ,
Que jem'abandonnois enplei.
neliberté
Ad'agreables rêveries.
Belle Philis , vous en eſtiez
l'objet ,
Je me repreſentois vos charmes
,
GALANT .
191 I
Et me livrois à de douces alarmes
,
En m'occupant d'un ſi tendre
fujer.
l'en estois donc , Mademoille ,
àdes reflexions fur vos agrémens ,
&fur ces manieres aisées & naturelles
auſquelles feules j'attribuë
presque la perte entiere de
mon coeur , lors qu'inſenſibloment
je me trouvay à l'entrée d'un petit
bois. Le Soleil qui me ſembloit déja
fort élevé,l'épaisseur des arbres qui
rendoient ce lieu des plusfombres,le
filence qui me paroiſſoityregner,les
idées dont pour lors estoit repliemon
imagination , tout me determina
ày allerpaffer quelques heures. I'ay
choisis d'abord les routes les plus
écartées ,&là, hors du brait , یم
entrainépar les douceurs innocentes
d'un repos champestre , j'examinois
192
MERCURE
l'état de mon coeur. Je me rendois
compte à moy-mesme deſesſentimens
, & ravy de les trouver à mon
gré , déja seformoient milleprojets
d'un attachement eternel , quand
je mevis à l'extremité de la Forest.
Là s'élevoit un Temel à demy
ruiné ,
Qui jadis eſtoit deſtiné
Pourfaire tous les ans les Feſtes
de Minerve ,
Dont la figure encore s'y conferve.
Amesure que je m'en approchois
pour confiderer deprés les anciens
reftes de ceſuperbe édifice, que vous
euffiez mieux merité que cette
Deeffe de la sagesse ,j'entendois
comme des gemiſſemens d'enfant ,
&ma curiosité m'ayantportévers
l'endroit d'où ils me fembloient venir
, j'y vis l'Amour , & je le vis
dans ladernieredefolation ,abba-
14
GALANT.
193
zapar unexcés de douleur. Il eſtoit
appuyécontreunvieux Mirthe, Son
bandeau tout moüillé de larmes me
fit juger qu'il avoit pleuré longtemps
; mais quelque triſteſſe qui
parust dansses yeux , tant de douceur
s'y meſloit , queje regarday
ces petits defeſpoirs comme lesfuites
d'une tendreſſe contrariée ,&
parcertaines plaintes qui luy echaperent
, j'entrevis que son coeur
irrité cherchoit à ſe revolter contre
un joug incommode & opposé à
tous les pas que commençoit àluy
faire faire sa paſſion. Voyez , je
vous prie , si je me trompois dans
mes conjectures. Lepauvre Enfant!
Il m'avoua ingenuëment , qu'il
avoit esté fort maltraité de sa
Mere; quecetteDeeſſe , poussée par
Lesmouvemens de ſa jalousie ordinaire
, menaçoit de l'abandonner
s'ilne brifoit tout. à-fait ses chat-
Mars 1693 . I
194
MERCVRE
nes , & que dans l'aveugle prevention
où il la ſçavoit , que hors
fes charmes rien au monde n'estoit
digne d'estre aimé , une obstination
d'attachement pour une Philis dont
elle ne pouvoitfouffrir ne la beauté
ny le merite , ny manqueroit pas
de la rendre plus furieuse , & dele
perdre pour toujours. Ces dernieres
paroles furent suivies de quelques
Soupirs, &d'un moment de réverie
où l'entrainerent ses diverses reflexions.
Puis revenant tout à coup
comme d'un profond aſſoupilement,
il s'écria.
J'aime bien mieux renoncer à
mesdroits
Que d'abandonner ce que j'aime.
Je ne vois rien que de doux
dans mes loix ,
Etje veux les fubir moy-même.
GALANT.
11se plaignit ensuite de l'imjustice
&de l'enteſtement préformptueux
de Venus ,& pourferuflifier
revenant toujours au merite de
Sa Philis , il luy donnoit dans fes
manieres , des airs de grandeur i
dans son esprit , du bon goust ,&
de la delicateſſes danssa conduite
une égalité d'humeur ,& des
actions des plus reglées ; dans la
tendreſſe , du rafinement ,& de
la circonspection. Il la representoit
refervéesans fingularité , & enjouée
ſans diſſipation. Illamontroit
autantrempliede douceur que de
politesse . & d'un ton d'Oracle il
ajoûtoit , que si le coeur de cette
belle Perſonne venoit un jour àſe
laiſſer toucher , on le trouveroit
aimableparsa nouveauté , aſſuré
par sa bonne foy , inebranlable
parsa constance , tendrefans paffion
,& delicatfans jalousie; &
I 2
196 MERCVRE
pour me faire voir qu'à toutes ces
qualitezse joignoient encore une
beauté des plus touchantes ,& un
je nesçay quoy dans l'exterieur qui
intereſſoit d'abord , ce petit Dieu
vira defon Carquois une boëte , &
l'ouvrit. Eb qui vis-je ? Vousmême
, Mademoiselle , & peinte
par les mains de l'Amour. Je fus
interdit à cette veuë , mais heuveux
alors , pour ne point paroiſtre
Saspect , d'avoir pû trouver dans
l'admiration que s'attiroit cette
peinture , un prétexteàmon étonnement.
Tous vos traits estoient
vivans. Ce Peintre habile vous
avoit donné uneparure de Déeſſe
qui vous fied parfaitement ; vous
paroiſſezdans les airs sur une efpecede
charà la Romaine , trainépardes
Cignes. A ce char étoit
enchaîné l'Amour , qui bien loin
d'eſtre honteux de fa défaite,n'en
GALANT.
197
ffaaiifsooiitt,,ccee ſfeemble ,que rire ,&
Son arc, fesfleches &son bandeau,
qu'on vous voyoit entre les mains,
vous fervoient plûcoſt dejouët que
de trophées.Sur la bordure estoient
écrits ces mots , Triomphe de
la belle Ro ... ſur l'Amour.
Et au bas ces Vers.
Venus n'eutjamais tant de
charmes
د
Auſſi jamais Venus ne triompha
fi bien.
Ce Dieu , Maistre des coeurs ,
par l'effort de ſes armes ,
N'a donc pû garantir le ſien.
Pourmontrer ensuite que l'A.
mour tout .Amour qu'ilest ne peut
estre à l'épreuve de ses propre
cours , qu'après avoir inspiré
de la tendreſſe aux autres, il n'est
pas impoffible qu'il enreffente en ..
fin àson tour fur le reversde cette
J3
198. MERCURE
mesme Boëte estoit un embléme
dont le corps repreſentoit un Cupidon
pleurant , &ses larmes venoient
d'une douleur causée par
une bleßure qu'il s'estoit faite en
tirant de fon arc , avec ces mots
pour ame.
Je ne ſuis point invulnerable.
Au deſſous estoient gravez ces
Vers.
Je puis aimer , & j'aime un
objet tout aimable .
Ie fuis ſenſible à ſes appas,
Et par un fort inévitable ,
Mes fléches ne m'épargnent
pas.
Cerevers de boëte estoit bordé de
mille petits ornemens . I'y admiray
fur tout vofire chifre ,&celuy de
l'Amour , qui entrelacez ingenieusement
par des branches de
Mirthe embelliffoient ,&donnoient
du prix à tout le reste.
GALANT .
Commeiefongevis àme
retterYON
pour réver à mon aiſe à ce que # 993
venois de voir, tant cette avın.
ture me furprenit , Zephire arri
va,qui de la part de Flere portoit
à ce petit Dieu une corbeille
defleurs. Ie pris garde qu'il les
reçut avec un vray plaifir. Le connus
mesmeparfa maniere de remercier
, que ce preſent avoit esté
demandé, & Iuſtemdnt ces fleurs
vous estoient destinées ; maisl'Amour
ne sçavoit commentvous les
envoyer. Ie le vis ladeſſus dans de
petites inquietudes. Ilſentoit qu'il
ne pouvoit diſpoſer de quique ce
Soit,parce que Venus irritée avoit
déia donnéſes ordres. Ainsi les
Ris , les Graces , personne ne
devoit agir pour luy. Le pauvre
Enfant me toucha. Ces manieres
me parurent trop dures , ie le previnsie
m'engageay àvous faire
*
>
14
200
MERCVRE
rendre les liberalitez, ou plutoft le
tribut de cette Deeffe du Printemps
: foitque veritablement
il me cruft dans ses interests, ou
qu'unie nesçay quoym'eust attiré
Ja confiance , mes offres furent acceptées
, il m'embraßamille fois ,
tant il m'en ſceut bongré, & enfin
nous nous separâmes , aprés que
des remercimens faits dela meilleuregrace
du monde eureut fuccedé
à ces temoignages de gratitude.
des
Ie profite donc de la conioncture
temps ,
ie veux dire Made.
moiselle , dela belle Feste d'auiourd'huy
, pour m'acquitter d'une
commißiondont mon coeur fait
Sonaffaire, Convaincuë de la force
de mes sentimens , par confequent
de la iustice que ie rens à
vos charmes , qui fçait fivous ne
me trouverez point troppeu de de
GALANT. 201
licateſſe , vous approuverez le
personnage que ie fais à l'heure
qu'il est? Onpourroit rafiner dans
d'autres rencontres, ie leſçay mais
icy , fongez que la tendreſſe que
l'Amourinſpire nesefixe pas ordinairement
fur luy , que de ses
progrés dependent peut- eftre les
miens, que toutes les demarches
que luy ferafaire dans lafuitefon
penchant ,peuvent netendre qu'à
mſſeurer quelque iour l'entiere
poffeſſion d'un bien qui est l'obiet
detous mes defirs.
Le Roy donna au commencement
de ce mois Audience
aux Deputez d'Artois , qui
furent preſentez par Mr le
Duc d'Elbeuf, Gouverneur de
la province,& conduits par M.
le Marquis de Blainville,Grand
Maiſtredes Ceremonies ,& par
Mr Deſgranges , Maiſtre des
IS
202 MERCURE
Ceremonies. Mr l'Abbé de
Dompmartin , Deputé du
Clergé , porta la parole. Il eftoit
accompagné de Mr le
Marquis de Saint Floris, Deputéde
la Nobleſſe , & de Mr
Douay de Baiſnes , Deputé du
Tiers Eftat , Eſchevin de la
Ville d'Arras .On peut dire à la
gloire de cette Province , qu'elle
s'eſt toûjours diſtinguée dans
ſes deputations par le bon
choix qu'elle a fait des perfonnes
qu'elle a deputées . C'eſt
une choſe donton ne ſçauroit
douter , puiſque ceux qui ont
eu l'honneur de porter la parole
, ont toujours receu
grands applaudiſſemens . Ie
vous ay fouvent envoyé leurs
Difcours entiers, que vous avez
admirez . Le dernier n'a pas eſté
moins applaudy que les autres ,
de
GALANT.
203
& vous devez croire qu'il le
meritoit , puiſque l'on n'eſt
pas prodigue de loüanges dans
un lieu où regnent la delicateffe&
le bon gouft . S'il eſtoit
tombé entre mes mains , je
-vous en aurois fait part .
On a parlé depuis pluſieurs
années d'un Ouvrage confiderable
, pour l'embelliffement
-& l'utilité de la Ville de Paris .
Les Peuples le ſouhaitoient,&
eſtoient chagrins qu'on n'en
diſt plus rien;mais enfin le Roy
qui ne ſe plaiſt qu'à faire du
bien,tant au generalqu'au particulier,
acorda ces jours paſſez
àM. le Maréchal Duc de Luxembourg
, la permiffion de
faire travailler à ce grand Ouvrage.
Ainfi il va faire conſtruire
un Pont de Bateaux
flotant fur la Riviere de Seine,
16
204
MERCURE
qui aboutira vis à vis leGuichetde
la ruë S. Thomas du
Louvre, Les Deſſeins ont eſté
faits par M. du Val , Architecte
des Baſtimens du Roy,dont
T'habileté eſt connuë , & à qui
le Val de Grace doit une partie
de ſes beautez . Ce nouveau
paſſage ſera d'un fort grand
ſecours pouravoir la communicationdes
Quartiers circonvoifins,
tantdu coſté de S.Honoré,
que du coſté de l'Abbaye S.
Germain,qui font les plus peuplez
deParis. On ſe diſpoſe à
travailler
ce merveilleux Ouvrage , dont
le Public attend l'execution
avec tant d'impatience. Vous.
pe devez pas vous étonner ſije
luydonnele nom de merveilleux.
Ce ne fera pas un Pontde
Bateaux ordinaire, & il n'aura
inceſſamment à
GALANT.
205
rien de ſemblable à ceux qu'on
adéja vûs de cette nature. Outre
les ornemens qui feront une
agreable décoration fur laRiviere,
il y auraquantité de commoditez
des Bains publics , &
pluſieurs Boutiques , non pas à
la maniere de celles du Pontneuf
, mais auſquelles feront
joints des logemens , & de fort
belles Pieces , où ceux qui ſe
baigneront pourront s'alfer repofer.
Ce qu'il y a d'admirable
dans ce deſſein , c'eſt que le toit
de ces Boutiques n'excedera
point le niveau du Pont , fur
lequel il y aura deux Parapets
pour plus de commodité , quoy
que les Carroffes ne doivent
pas y paffer. Toutes ces choſes.
font difficiles à faire comprendre
, principalement pour ce
qui concerne les Boutiques ,
206 MERCVRE
mais je croy que le Public en
verra un Deſſein gravé avant
qu'on ait achevé ce Pont. Il ne
ſervira pas ſeulement de paffage
, mais de décoration à laVille
, &de promenade , & fi l'execution
répond à ce que j'en ay
vû , il y en aura peu de plus
agreables .
J'ay à vous apprendre la mort
de Meffire Jacques de Sens
Marquis de Folleville , arrivée
le 28. du mois paffé. Le Roy ,
dont il avoit eu l'honneur d'eſtre
Page , luy avoit donné
l'Enſeigne Colonelle de fon
Regiment , à l'âge de dix neuf
ans. Enſuite il fut Capitaine
dans le même Regiment , &
comme il ſe diftingua en toutes
fortes d'occaſions , Sa Majefté
le fit Colonel , du Regimenz
de Flandre , à la teſte duquel il
a fait beaucoup d'actions reGALANT.
207
marquables , tant dans le Vivarés
où il commandoit en chef
qu'à la Bataille de Staffarde , &
aux Sieges d'Italie. Il eſt mort
âgé ſeulement de trente-cinq
ans , & eſtoit Fils de Meffire
Guillaume Sens , Chevalier de
l'Ordre du Roy , Marquis de
Folleville , Lieutenant General
des Camps & Armées de Sa
Majeſté . Les ſervices confiderables
que ce Guillaume de
Sens a rendus à la Couronne ,
l'avoient fait honorer de pluſieurs
Commiſſions importantes
, fous le Regne du feu Roy,
& pendant la Regence de la
Reine Anne d'Auſtriche. Il a
ſervy trente-neuf ans fans difcontinuer
, ce qquuiiaavvooiitt obligé
Sa Majesté à luy donner le
Gouvernement de Vitry le
François , & celuy de Saverne
208 MERCVRE
en Allemagne. Le Regiment
de Flandre qu'avoit M. le Marquis
de Folleville , fon Fils
eſté donné à M. le Marquis de
Tors .
2
Ona eu nouvelles , que M.
le Vidame d'Eſneval , l'Ambaffadeur
de France en Pologne ,
y eſtoit mort en fort peu de
jours. Il avoit eſté invité aux
Nôces du Grand Enſeigne de
Pologne , qui ſe firent à Grodnau
, le 1. du mois paffé. Une
Auxion qui te ſurprit ne luy
permit pas de s'y trouver , mais
s'eſtant fenti mieux le lendemain
, il aſſiſta à la fuite des réjouiſſances.
Sa fluxion augmenca
le jour ſuivant, accompagnée
d'une fiévre ſi violente , qu'il
mourut le 8. Il eſtoit Petit
Fils de Robert le Roux de Til.
ly, quien 1199.épouſa Marie
GALANT.
209
de Bellievre , Fille de Pompone
de Bellievre , Ambaffadeur
en Suiſſe , en Pologne &
en Angleterre , Plenipotentiaire
à la Paix de Vervins & enfin
Chancelier de France. De ce
mariage fortit entre autres Enfans
Claude le Roux , Baron
d'Aquigni , Chaſtelain de Cambremont
, & du Meſnil-Jourdain
, Seigneur de Becdal ,
Vironucy , la Metairie , Conſeiller
au Parlement de Roüen,
qui prit alliance avec Madeleine
de Tournebu , Fille d'Anne
de Tournebu , Baron de Livet
, Seigneur de Bouges , &
de Françoiſe de Prunelé , dont
laBiſayeule eſtoit Madame Anne
de Dreux , Princeſſe du
SangRoyal de France , Vidame
de Normandie , Baronne
d'Eſneval , Chaſtelaine de Pa
210 MERCURE
villy. M. le Vidame d'Eſneval,
Ambaſſadeur en Portugal, puis
en Pologne , Fils de ce Claude
le Roux , & de Madeleine de
Tournebu , avoit épousé Anne
Marie Madeleine de Canouville
, Fille d'Adrien de Canouville
, Seigneur de Gromeſnil,
& de Marie Elifabeth Bretel ,
& il en a eu un Fils , Claude
Adrien le Roux , né à Lisbonne
le 9. Fevrier 1689 .
Je puis joindre à cette mort
celle du Marquis de Fleury ,
Amiral des Bateaux armez en
guerreque l'Empereur fit équi.
per l'année derniere ſur le Danube.
Ce Marquis eſtoit Piedmontois
, & avoit eſté Capiraine
des Gardes du feu Duc de
Savoye , & fon Rival , ce qui
l'avoit obligé de fe fauver de ſa
Cour. Il fit aprés cela diverſes
GALANT. ZII
figures dans le monde , fans ſçavoir
où il pourroit s'eftablir ,
mais ayant eſté mieux recen
dans la Cour Imperiale , qu'en
aucune autre , il tacha par fes
foins d'y meriter de nouveau
les faveurs de la fortune que
fon amour luy avoit fait perdre
, & enfin il avoit pensé à
un armement ſur le Danube ,
pluſtoſt pour fon intereſt que
pour celuy de l'Empereur. Il
s'eſtoit donné de grands mou .
vemens pour cet Armement ,
dont l'utilité n'a pas répondu
à la dépenſe . Tout l'avantage
que Sa Majesté Imperiale en
peut tirer eſt de compter un
Amiral parmy ſes Officiers , &
des Baſtimens fur l'eau qui ſeront
peu ſujets aux tempeſtes
qui regnent preſque toujours
fur les Mers .
212 MERCURE
Ily a eu beaucoup de Malades
depuis quelque temps , &
leurs maladies ont eſté fort
courtes . M. du Mars , Greffier
du Conſeil , a eſté du nombre
de ceux qui font morts , fans
avoir eſté malade que fort peu
de jours. Il avoit la reputation
d'eſtre fort honneſte homme ,
ce qui luy avoit acquis l'eſtime
dequantitéde perſonnes diftinguées
. Il étoit beau-Frere de
M.d'Herville , Gouverneur de
Pignerol , & il a laiſſé un Fils
Confeiller au Parlement.
>
On écrit de Tours que le
9. de ce mois , Meffire Gilles
de Pontz - Rafbré , Marquis de
la Falden , Fils ainé de Meſſire
Gilles de Pontz Rafbré , Baron
de Chantelou , avoit épousé
Mademoiselle de Saint André
de Boisrougeron , Fille unique
GALANT.
213
de Meffire Jean de Saint André
de Boisrougeron , premierCapitaine
dans le Regiment de
Surlaube , qui s'eſt diſtingué
en Irlande à la Bataille de
Boiſne , & de Dame Marie
de Valfocé. Monfieur de Saint
André deſcend de Meſſire Fraçois
de Saint André Preſident à
Mortier, qui l'an 1560. fut afſaffiné
à coups de piſtolet,comme
il fortoit du Palais, pendant
les premieres guerres de la Religion.
Cette maiſon eſt originairedeToulouze
,& elle atoûjours
eſté inviolablement attachée
au ſervice de ſes Princes
legitimes. La mariée , qui eſt
d'un tres-grand merite & d'une
beauté parfaite , eſt unique
Heritiere de Meſſire Jean de
Valfocé , Lieutenant Colonel
du Regiment de l'Iſle , fon
214
MERCURE
Ayeul Maternel , qui poffede
de grands biens. La Ceremonie
de ce Mariage fut faite
par M. l'Abbé Martin , Docteur
en Theologie , & grand Archidiacre
de l'Egliſe de Tours , en
prefence d'un fort grand nombre
de perſonnes de qualité qui
s'y eſtoient renduës.
Les Reveuës que le Roy fait
de toutes ſes Troupes , & particulierement
de celles de ſa
Maiſon, ſont cauſe que tous les
Commandans redoublent leurs
foins , afin qu'elles ſoient toujours
en eſtat . Sa Majesté pour
ne pas fatiguer la Cavalerie de
Sa Maiſon , en la faiſant venir
aux environs de Versailles , a
bienvoulu ſe donner la peine
d'aller juſqu'à Chantilly , pour
en faire la reveuë dans la plaine
de Senlis , où ces Troupes
GALANT.
215
avoient ordre de ſe rendre. Le
Roy y eſtant arrivé le Jeudy 5 .
de ce mois, fitdés le lendemain
la reveuë des quatre Compagnies
des Gardes du Corps. Le
jour ſuivant , Sa Majesté vit
encore tous les Gardes , ainſi
que tous les chevaux qui avoient'eſté
achetez pour la remonte
. Le même jour , Elle fit
la reveuëdes Grenadiers à
pied , & aprés leur avoir fait
faire diverſes évolutions , Elle
vit ſes Gardes , Brigade par
Brigade , à pied , l'épée à la
main. Enfuite ils monterent
tous à cheval , & defilerent par
Compagnies , & aprés cela par
Brigades ,& l'on peut dire que
Sa Majesté les examina un àun .
M. le Maréchal Duc de Duras
commandoit ce jour là tout
le Corps , M. le Duc de Noail216
MERCURE
les ayant le Baſton. Mrs les
Maréchaux Ducs de Luxembourg
& de Lorges eſtoient
àla teſtede leurs Compagnies .
Tous les Capitaines des Gardes
avoient des manteaux
bleus , qui font preſentement
des ornemens à Brevet. Les
Officiers en avoient auſſi , mais
les ornemens eſtoient differens.
Le Dimanche , le Roy
alla à la Chaſſe de la Fauconnerie
, où toutes les Dames ſe
trouverent en habits d'Amazones
des plus magnifiques . Le
Jeudy , le Roy vit la Gendarmerie.
Les Gendarmes.
Les Gendarmes Ecoſſfois.
Anglois.
Bourguignons.
De Flandre .
De la Reine.
DauGALANT.
217
Dauphins.
Berry.
D'Anjou.
D'Orleans .
Les Chevaux - Legers.
Chevaux- Legers de la Reine.
Dauphins .
DeBourgogne,
De Flandre.
D'Anjou .
De Berry .
D'Orleans.
Toutes ces Compagnies eftoient
commandées par M. le
Comte deMarfin ,Brigadier des
Camps & Armées du Roy.
Monſeigneur leDauphin ſalüa
l'épée à la main , toutes les
fois que ces Compagnies paſſerent
devant Sa Majeſté. Mr le
Nonce ayant ſouhaité de voir
toutes ces Reveuës , ne manqua
pas de s'y trouver,& aprés
Mars 1693 . K
1
4
1
218 MERCURE
1
avoir parlé pluſieurs fois de la
beauté des Troupes , il dit au
Roy , qu'il estoit impofſſible de les
voirfans que leur prefence imprimalt
du courage aux plus poltrons.
Le Roy luy avoit fait donner
un des chevaux qui luy fervent
de monture , & comme
ce cheval eſtoit un peu vif ,
M. le Nonce dit , que c'estoit
un Bucephale , qui ne connoiſſoit
qu'Alexandre . Monfieur le
Prince le regala magnifiquement.
Le Roy alloit à la Chaffe
du Chien courant au retour de
toutes les reveuës ,qui auroient
deu le fatiguer , s'il n'avoit pas
toujours , la meſine vigueur ,
& s'il n'avoit pas eſté dans une
ſanté parfaite. Le Mardy, S.M.
chaſſadepuis onze heures jufqu'à
fix heures du foir , & au
retour en rentrant dans le petit
GALANT .
219
Parc, Monfieur le Prince donna
au Roy & àMonſeigneur le
plaifir d'une battuë dans un
petit bois , d'où il fortit plus de
deux mille Faifans ,& autant
de Perdrix. Quoy que tous les
Officiers du Roy fufſfent à
Chantilly , & qu'il y fuſt ſervy
comme à Versailles , Monfieur
le Prince n'a pas laiſſé dimaginer
mille choſes pour faire tous
les jours trouver à Sa Majesté,
& à toute la Cour , des agrémens
nouveaux dans cette delicieuſe
Maiſon. Le Mercredy
on vola à l'ordinaire. Le Jeudy ,
leRoy fit la reveuë de ſes deux
Compagnies des Mouſquetaires
, où les Officiers nouveaux
que Sa Majefté avoit fait recevoirà
la dînée à Ecoüan en
allant à Chantilly , parurent
avec beaucoup de magnificen
K 2
220 MERCURE
ce. Enſuite le Roy alla aux
Toiles dans l'enceinte,deſquelles
ce Prince ne voulut point
qu'on couruſt les Sangliers ;
mais il les fit courre en pleine
campagne avec des Levriers
corps à corps , fans que perfonne
en tuaſt aucun avec l'épée
, comme cela ſe pratique
ordinairement. Le Vendredy,
le Roy alla à la chaſſe du vol ,
&partit le Samedy pour retourner
à Versailles. Tant que
la Cour a demeuré à Chantilly ,
il y a eu tous les foirs appartement
, & grand jeu dans la
Galerie. Monſeigneurle Dauphin
a couru tous les jours le
Cerf ou le Loup , avec les équipages
de S.M.qu'on appelle
les grands chiens , fon équipage
du Loup , l'equipage de M:
leDucdu Mayne pour le Cerf,
GALANT . 211
l'equipage de M. le Chevalier
de Loraine pour le Cerf , qui
a toujours demeuré à Royaumont
avec celuy de M. le Duc
du Mayne.Quoy que les Troupes
ayent eſté charmées des
manieres du Roy , la reſpectueuſeeſtime,&
l'amour qu'elles
ont pour ce Monarque ont
encore redoublé dans ces dernieres
Revuës.
Je ne dois pas oublier de vous
dire icy qu'aux environs d'Ecouan
en allant àChantilly,une
chaine de quarante à cinquante
Galeriens , fut fi heureuſe
qu'elle rencontra le Roy. Ils
donnerent des marques de leur
joye , & firent entendre,quoy
que de loin, qu'ils efperoient
que leur peine leur feroit remife.
Le Roy qui ne fait rien
avec precipitation , les laiſſa
K 3
222 MERCURE
7
paffer; & le foir s'eſtant informé
de leurs crimes , declara
qu'il leur faifoit grace , à l'exception
de quelques - uns , à
condition néanmoins qu'ils
ferviroient fix ans dans ſes.
Troupes.
pas
Je vous ay parlé des nouveaux
Officiers des Mouſquetaires
en vousparlant de laRevûë
de ce Corps , mais je n'ay
pas crû vous les devoir nommer
dans cet article , pour ne
interrompre le fil du détail
que j'avois à vous faire,detout
ce qui s'eſt paſſé au voyage du
Roy , à Chantilly. Au mois de
May de l'année derniere , Sa
Majesté allant à Namur, fit une
augmentation de deux Maréchaux
des logis dans chacune
de ſes Compagnies de Moufquetaires
.Ceux dela premiere,
GALANT .
223
furent Mrs de la Roque & de
Malleville,& les Brigadiers qui
priret leurs places , Mrs le Chevalier
Deſcluſel & Dumas . Les
Maréchaux des logis de la ſeconde
, furent Mrs de Combes
& Baron,& les Brigadiers , Mrs
Doucette & Grandchamp . M.
de Jauvelle eſtant mort quelques
jours aprés ,M.le Marquis
de Vins fut nommé pour remplir
ce poſte,& M.de Rigauville,
alors Cornette, fut fait Sous-
Lieutenant ,& reçû le 1 3. Juin
à la tête du détachement, commandé
pour attaquer lesEnnemis
dans des carrieres ; où ils
eſtoient bien retranchez , &
d'où ils furent chaſſez . Au mois
de Fevrier dernier, Sa Majesté
declara qu'Elle vouloitdoubler
les Officiers à hauſſecol, & nó
ma M.d'Artagnan , alors Cor-
K 4
224
MERCURE
nette,ſecond Sous-Lieutenant ,
M.de Janſſon , alors Capitaine
de Chevaux,premier Enſeigne
&M.de la Luzerne, alors Colonel
d'Infanterie, ſecond Enſeigne,
Mrs d'Aigrebert &des Aubrieres
, alors Maréchaux des
logis , Cornette de la premiere
Compagnie, & pour la ſeconde
M. le Marquis de Mirepoix ,
alors Enſeigne de la premiere ,
fecond Sous- Lieutenant, M. de
Canillac , alors Capitaine aux
Gardes , premier Enſeigne , M.
d'Hautefort , alors Lieutenant
deGrenadiers au même Regiment
, ſecond Enſeigne , M. de
Curly &de Galiber , Maréchaux
des logis , Cornettes ; &
les.decemoisen allant àChantilly
, paſſant à la teſte dela premiere
Compagnie , M. deMaupertuis
fit recevoir en ſa preGALANT
.
225
e
4
e
Tence Mrs d'Aigrebert & des
Aubrieres , les autres eſtant
abſens . M. de la Luzerne a eſté
receu depuis à la reveuë quele
Roy fitdes deux Compagnies ,
le leudy avant fon retour , ou
Sa Majesté donna des penſions
auxMaréchaux des logis , qu'il
avoit nouvellement créez . Mrs
de Paule & Crené furent auſſi
receus Maréchaux des logis ;
Mrs des Mauveziniere & de
Lâge Brigadiers , Mrs de Panffier
, laChaſſetiere ,Dormé &...
Sous - Brigadiers . De- là venant
àla teſtede la ſeconde , Sa Majeſtéreceut
M.de Vins , qui fit
recevoiraprés M. de Canillac ,
Mrs de Curly & de Galibert ,
(M. d'Hautefort eſtoit abſens ,)
& pour Maréchaux des logis ,
Mrs de Reillac , Doucette &
Grandchamp, pourBrigadiers ,
K
226 MERC VRE
Mrs de Maffé , Montholon
Chalais &S. Laurens , Sous-
Brigadiers , Mrs de Keringard ,
du Vignault , Beauxhoſtes
Montaran , Batrada & Marbeuf
& comme Mrs lauvelle , de
Vins & Barriere avoient des
Brevets de retenuë fur leurs
Charges , le Roy a voulu pour
les acquiter , & afin que les Officiers
du Corps puiffent monter
fans argentquand leur tour
viendra , que les deux Enſeignes
de chaque Compagnie
fuſſent venduës , non pas ce
qu'elles valent , mais chacune
trente-cinq mille livres , pour
faire la ſomme de 140000.livres
qu'il falloit donner , ſçavoir
40000. livres aux heritiers
de M. de lauvelle. 50000 .
livres à M.de Vins , & autape
à M. de Barriere.
GALANT .
227
+
L'Enigmedu moispaſſé a eſté
expliquéeſur la Cendre , quien
eſtoit le vray mot , parMrsGilles
David , de la rue S. Martin ;
l'Abbé Magnau , Alger & Larimon
, de la ruë de la vieille
Monnoye ; de Hautotel de
Rouen , & la Belle l'Anagramme
, Excite à l'amour ; le Berger
Tircis à l'Anagramme , Siecle
d'amour ; la Marquiſe à l'Anagramme,
pure Image de vertu;
Diane de la Foreſt d'Alcleon
le Chevalier inviſible de la Bague
de Gigés , la Nymphe aimantée
; l'Abſente aux jours
filez de ſoye ; le Berger aux
Chataignes ; l'aimable Nocloiſe
à l'Anagramme , Le vray merite
Bourgeois ; le bon Sujet; le
Fidelle de la charmante Nymphe
des Bois de Lyon , le Blondin
Serville de la ruede Poitou ,
ز
K 6
228 MERCVRE
& ſon inſeparable Amy Chambelin
; la Garniſon du Fort de
Meulan , le ſpirituel Robin de
la'ruë de la Coutellerie ; l'Amy
de la plus belle Veſtalede Brie ;
le gros Contrôleur à l'Amoureux
de Chatou ; le petit leufneur
, de Versailles ; le petit
Coq reveille matin du Fauxbourg
S. Antoine ; le joly &
fpirituel Avocat de la ruë de la
Tifferanderie ; l'aimablele Miredelaruë
des Arcis ; l'Amoureux
P. à la Deviſe , cen'est pecher
d'aimerſa commere; les deux
Voiſins du Roy Henry ; Che
villard, & le Griſon de la même
ruë ; le Secretaire des Lettres
amoureuſes du Palais ; l'Amane
de fix ans , & ſon aimable Etiennette
de la Porte de Paris
le Diſſimulé Amoureux de la
rue de la Pelleterie ; l'Amateur
1
{
GALANT.
229
des ſciences de la ruë dela Lanterne
, le Satirique ridicule à
contre-temps ; le Poëte amoureux
& fon Indifferente , dela
vieille ruë du Temple , & Mefdemoiselles
leanne, Angelique
Trocquet , de la vieille Place
aux Veaux ; Marianne & Madelon
, de la ruë de la vieille
Monnoye ; Loüife Marie Infpectrice
de la nouvelle Societé
du lardin de Lyon , & ſes Compagnes
; l'Eſprit tardif de la
nouvelle Societé de Beauregard
, ruë d'Enfer ; Gaudiche
d'Orleans , & le petit Pere en
ſecet du même lieu ; la complaiſante
Boupion de la ruës.
Antoine; les deux Inſeparables
de la ruë S. Hiacinte , & leur
Amy la Servitude ; l'incomparable
Danſeuſe du Bal du Pont
auChange ; la Gottique & les
230
MERCVRE
deux Veſtales de lalõgue Allée,
& la Compagnie des Affurances
& groſſes Avantures , de la
meſme ruë ; le ſpirituel André
Bernon , de la Rochelle ; le
Chevalier de Leſta , & ſon Amy
Deſbricé ; la Societé nouvelle
des Celestins , & M. Ronfelin
de celle des Tailleurs ; Hutuge
d'Orleans ; l'Empreſſe de la
nouvelle alliance ; le grand ва-
vard du Marais , & Julliot Af
ſeſſeur du Comté de Benon .
Icn'ay rien à vous dire de
l'Enigme nouvelle que je vous
envoye , finon qu'elle vient de
fortbon lieu .
ENIGME,
ENoor que de la fermeté de
Noftrefigure foit le symbole ordi
BAITE D
GALANT. 231
Parnoſtre usage on connoist qu'au
contraire,
Chacun de nous n'est fait que pour
estre agitė..
Il arriveſouvent, lors qu'ànous on
s'applique ,
Que nous chagrinons bien des.
gens..
Sur tout ceux quidesyeuxſuivant
nos mouvemens
Netrouventpasleur compte ànostre
Arithmetique.
Pour nous mieux tourmenter les
Barbares Humains ,
Non contensd'employer les effortsde
leurs mains ,
Nous jettent dans lefond d'unepri-
Son obscure ,
Où quand ils nous ont bien bernez,
Ils nous en font fortir,& pour com
ble d'injure
232
MERCUR E
Viennent effrontement nous regar
derau nez.
J'ajouſte à ces Vers les paroles
d'un Air à boire que vous
chanterez avec plaifir .
AIR NOUVEAU.
A
H ! Bacchus , pourquoy dans
ces lieux ,
Nous rens- tuta liqueurfi vare?
Du plus agreable des Dieux ,
Deviendras- tu leplus barbare?
Fais-noussentir ta liberalitė ,
En répandanttafaveurfur nos.
Vignes,
2
Et nous tepromettons que nous nONS
rendrons dignes ,
Divin Bacchus , de ta bonté,
Le Roy a nommé M. l'Abbé
de Polignac , Ambaſſadeur en
Pologne. Ilademeuré pluſieurs
D
L rare, duplus agreabledesi
tes faver pla en répandant
gne enous nousrendre digně,devinE
dix-hu
rusnous rendredignes dirvin Bachus
qui ne penſe pas moins à
conduite des ames de ſes
a
1
jets , qu'à leur gloire
devoir travailler à l'érecti
d'un nouvel Evêché , po
foulager M.l'Evefquede Cha
tres,& pour cet effet , Sa Ma
jeſté a nommé M. l'Abbé Ber
thier Evefque de Blois . Il eſt
Dieizdevi
ursur n
'achusd
de ta bi
一
0
FIEL
pare:
Sentir ta liberalizė ,
dantta faveurſur nos.
pes,
promettons que nous nous
tons dignes ,
Bacchus ,de ta bonte
Koya nommé M.l'Abbé
lignac , Ambaſſadeur en
gne.Ilademeuré pluſieurs
GALANT .
233
années à Rome , & s'eſt acquis
beaucoup de reputation dans
cette Cour , où l'on n'eſtime
que le folide merite . Cet Abbé
eſt Fils de M. le Vicomte
de Polignac, Commandeur des
Ordres du Roy & Gouverneur
du Puy. Madame de Polignac,
fa Mere , eſt de la Maiſon du
Roure . M. de Polignac , fon
Frére , a épousé Mademoiselle
de Rambures .
L'Eveſché de Chartres ayant
dix-huit cens Paroiſſes,le Roy
qui ne penſe pas moins à la
conduite des ames de ſes Sujets
, qu'à leur gloire , a crû
devoir travailler à l'érection
d'un nouvel Evêché , pour
foulager M.l'Evefque de Chartres,&
pour cet effet , Sa Majeſté
a nommé M. l'AbbéBerthier
Evefque de Blois . Il eſt
234
MERCVRE
Neveu de Mr l'Eveſque de
Montauban , & Parent de M.
l'Evefque de Rieux. Son grand
Pere eſtoit premier Preſident
au Parlement de Thoulouſe . Il
a toutes les qualitez requiſes
pour avoir ſoin des ames , & la
vie exemplaire qu'on luy voit
mener en eſt une preuve. Le
Roy a donné pour faire partie
de la fondation de l'Eveſché de
Blois, l'Abbaye de S. Laumer ,
& de Bourg - moyen de Blois . Sa
Majesté a auſſi donné à Mr
l'Abbé de Luxembourg , l'Abbaye
d'Orcamp, vacante par la
mort de M. l'Abbé d'Elbeuf ,
fur laquelle il a mis deux mille
écus de penfion pour Mr l'AbbéMerille
qui luy a remiscelle
de S. Laumer. M. l'Abbé
de Polignac dont je viens de
vous parler a eu l'Abbaye de
GALANT.
235
Bonport , que Mr l'Abbé Colbert
, dernier Fils de feu M..
Colbert,Miniftre & Secretaire
d'Etat, a remis entre les mains
de S. M. pour prendre le party
des armes .
M.l'Abbé de Noailles , Frere
du Duc de ce nom, & qui ſoutient
le caractere de pieté qui
a toujors brillé dans toute cette
Maiſon , a eſté nommé à l'abbaye
de Montier- Ramey , qui
étoit à Mr l'abbé de Luxembourg.
Celle de Gimont que la
mort de M. Peliſſon alaiffée
vacante , a eſté donnée à M.
l'Abbé Roquette, Neveu de M.
l'Eveſque d'Autun; celle des
Religieuſes de S. Julien d'Auxerre
à Madame de Chanlay ,
Soeur de Mr de Chanlay , fi
diftingué par les fervices qu'il
rend au Roy & à l'Etat ,& celle
236
MERCURE
d'Effey prés d'Alençon à Madame
d'Ofmont- d'Aubry , Religieuſe
dans
maifon .
cette mefme
Aprés avoir fait ſes largeſſes
à la Robe , le Roy n'a pas oublié
l'Epée , & a donnéle Gouvernementde
Caſtillon en Gafcogne
, à M. Polaſtron , Lieutenant
Colonel du Regiment
du Roy.
Le Gouvernementde Mont-
Dauphin en Dauphiné , à M.
de Larré,Maréchal de Camp.
La Lieutenance de Roy de
Mont Dauphin , à M. d'Augery ,
Major du Regiment du Roy.
Le Gouvernement de Ham ,
à M. de la mothe - Vatteville ,
Maréchal de Camp.
Le Gouvernementde Dinan
enBretagne, à M.de la Bretonniere
, Lieutenant- colonel du
GALANT.
237
Regiment de Cavalerie de S.
Simon.
Le Gouvernement de Brian
çon en Dauphiné , à M. de S.
Silvestre ,Maréchal de Camp.
Le Gouvernement de Creſt ,
à M. du Meſnil .
Le Regiment du Roy , à M.
de Surville , Colonel de celuy
de Toulouze , Fils de M.le Marquis
de Hautefort , & Gendre
de M. le Maréchal de Humic-
-res .
La Lieutenance Colonelle
du Regiment du Roy , à M. de
Lignieres , premier Capitaine
de ceRegiment.
Le Regiment de Toulouze , a
M. de Cadrieux , Lieutenantcolonel
du meſme Regiment.
Le Regiment de la Reine,à M.
de Chamarante ,Colonel de celuy
de Perigord.
238 MERCVRE
Le Regiment de Perigord à
M. de Chemeraut, Colonel de
celuy de Foreſts .
Le Regiment de Foreſts à
м. de Montmorency , Capitaine
dans le Regiment du Roy.
Le Regiment Royal d'Infanterie
a eſté acheté par M. de
Calvo . Il y a dix milles livres
d'appointement aux Gouvernemens
de Briançon & de
Montdauphin.
Le 18. de ce mois , M. le
Marquis de Soudeille prêta le
ferment de fidelité pour la
Charge de Lieutenant de Roy
du Bas Limoſin .
Vous avez ſçeu la Maladie
de Mademoiselle d'Orleans ,
Fillede feu Monfieur le Duc
d'Orleans , & Coufine germaine
du Roy.Cette maladieacſté
plus dangereuſe que longue ,
GALANT.
239
&il a falu cing priſes d'Emetique
, dont la derniere a eſté
donnée ſans preparation , pour
ſauver cette Princeſſe. Aprés
cela la vigueur de ſon bon temperament
ayant paru , ſa ſanté
à commencé à ſe rétablir , &
la Cour& la Ville à en témoigner
ſa joye . L'affluence a été
grande au Palais de Luxem.
bourg pour ſçavoir des nouvelles
dela ſantéde cette Princeffe.
Toute la Cour,& tous les
Princes y fontvenus pluſieurs
fois , & le Roy luy a fait l'honneur
d'y venir luy-même,Mõſieur
& Madame y ont ététous
les jours. Je vous envoye des
Vers qui ont eſté faits ſur cette
maladie par M. l'Abbé Grener .
Quoy qu'il parle en Vers , ce
qu'il dit n'eſt point une fic
tion.
240 MERCURE
qui ttoouutteechoſe abonde
Toy dans qui Sejour des plus grands Roisdu
monde ,
Paris , agreable Cité ,
Il nefaut plus verſer de larmes.
Tu peuxſortir de tes alarmes ,
Etreprendre ton calme&ta tranquillité.
La Princeſſe n'est plus en proye
A l'impitoyable douleur ;
Le Cielveut encor qu'on la voye;
Ce qui cauſoit noftre malheur
Eft lesujet de nostre joye.
Que cette Cour dans la triſteſſe,
Preſentoitun ſpectacle affreux !
L'une vangeoitsur ses cheveux
Lemal quefouffroit la Princeſſe.
L'autre plus belle que le jour,
Faite par les mains del'Amour,
D'un ongle qu'animoit la rage ,
Pourmieux exprimerson malbeur,
En
GALANT. 241
En ſe déchirant levisage
Vouloity graverfa douleur .
Loin d'icy ces tristes images ,
Lenuage s'est écarté,
Etdeformais pourſaſanté
Nousn'avons qued'heureuxpré-
Sages.
Chacundans peu , Princeſſe,espere
dese voir.
Alorsma voix mieux arrangée,
Sansſeſentir du trouble où ton mal
l'aplongée,
S'acquitera deson devoir.
Quoy que le temps de l'ouverture
de la Campagne approche
, il ſeroit malaiſé de
vous en parler juſte pour des
raiſons bien oppoſées. On ne
dit rien enFrance, où le ſecret
eſt impenetrable & les Ennemis
ſont ſi empreſſez quand il
s'agit de faire des menaces ,
Mars 1693 .
L
242.
MERCVRE
qu'ils parlent toujours trop toſt
pour eſtre crus . Tout ce que les
Allemans ont dit depuis un
mois , eſt reduit à rien ,quoy
qu'ils ayentbeaucoup parlé , &
tout ce que l'on en peut conclure
eſt qu'ils ne ſont pas peu
embaraſſez . Ils n'écoutent que
leur paffion ,& prennent trop
toſt des reſolutions pour n'en
pas changer. Il y a deux mois.
qu'ilsdevoientenvoyer ungros
Cops de Troupes en Piémont.
Enſuite la reſolution fut priſe
d'en retirer au lieu d'y en envoyer.
Ils crurent aprés cela
que les Turcs auroient peu de
forces en Hongrie ;& menacerentde
paroiſtre ſur le Haut
&fur le Bas Rhin , avec des
Armées tres - nombreuſes. Ils
changentde langage preſentement
, & doutent s'ils en feGALANT.
243
ront revenir leurs vieilles
Troupes. Ils nous menacent
par tout du Prince de Bade , &
aprés avoir dit qu'il commanderoit
fur le Rhin, ilsont publié
qu'il iroiten Piemont , &
ils ne ſçavent à preſent où il
commandera, à cauſe que l'Electeur
de Saxe ne veut pas luy
obéïr. Aprés toutun homme
ſeul n'eſt pascapable d'intimider
la France , & nous avons
peut- eſtre cent Officiers Generaux
qui ne luy cederoient
pas. Ils'eſt rendu conſiderable,
parce qu'il eſt Soldat , & qu'il a
remporté quelques avantages
fur les Turcs pendant leur plus
grande foibleſſe. Il craint tellement
de manquer de Troupes
& de munitions , qu'il
refuſe de venir, lors qu'il croit
qu'il doit luy manquer quelque
L 2
244
MERCURE
choſe. Il n'eſt pas merveilleux
de ſe distinguer quand on a tout
à ſouhait.
Le temps me preſſe fi fort
que je vous diray fort peu de
choſe de M. le Preſident de
Neſmond dont la mort a eſté
fort prompte. Il eſtoit zelé pour
la Juſtice ,& écoutoit les parties
avec bonté. On a apporté
fon corps aux Religieuſes de la
Conception , & rien n'a manqué
au Convoy funebre pour
le rendre magnifique . Le Parlementa
eſté en Corps luyjetter
de l'eau-beniſte. Il eſtoit
Frere de M. l'Evefque de Bayeux.
M. de Lamoignon , Avocat
General,monte en ſa place.
M. Robert ,Grand Penitencier
eſt mort dans le meſme
tems. Il eſtoit Frere de M.
Robert , Procureur du Roy &
GALAN T.
245
du celebre Avocat qui porte le
mefme nom. Il avoit eſté Archidiacre
de Chartres d'où fon
merite le fit appeller,pour être
Grand Penitencier à Paris. Son
Archidiaconé de Chartres fut
donnéàun de ſes Freres auquel
il a reſigné ſa maiſon de Chanoine.
M. l'Archeveſque a donné
ſa Chanoinie à ce meſme
Frere.OnpeutdiredeMrs Robert
, qu'ils font d'une Famille,
où regnent l'érudition , la fageffe,
la probité & la pieré.
M. Frefon., Conſeiller de la
Grand Chambre du Parlement
de Paris , & M. Henin , Con
feiller dans le meſme Parlement
, font morts auffi depuis
peu de jours. M. Clin , Doyen
des Enquestes , eſt monté à la
Grand Chambre , à la place de
M. Freſon. Je vous en diray da-
L3
246 MERCURE
vantage dans ma Lettre du mois
prochain.
Au lieu de faire l'Eloge de
M. l'Abbé Boileau , comme je
m'y eſtois preparé , en vous
écrivant ſa mort le mois paffé ,
j'ay la joye de vous apprendre
que cet illuſtre Abbé ſe porte
fort bien. Si j'endiſois davantage
, je bleſſerois ſa modeſtie.
Il vit , & fes doctes , Predications
vous feront ſouvent fon
Eloge.
Dans le moment que j'allois
fermer ma Lettre , j'ay ſceu
que le Roy avoit fait ſept Maréchaux
de France , dont je
vous envoye ſeulement les
noms fans ordre ; le temps ne
me permettant rien davantage.
Ce font,
GALANT.
247
M. le Duc de Noailles .
M. le Duc de Villeroy.
M. le Comte de Tourville .
M.le Marquis de Bouflers .
M. de Catinat.
M. de Joyeuse.
M. le Comte de Choiſeul .
• Lieutenans Generaux.
Mrs Bertillac .
Vatteville.
Monteverelle.
Tallard.
Lavaller.
Briffac.
Feuquieres.
Gatfé.
Villars .
Melac.
Ximenes . S. Silvestre.
Monpertuis.
De Vins.
Cognis.
Thinfon.
LaHoguette.
Burcar.
Guifcard.
Le Grand. Prieur.
Montchevreüil. De Baronie.
Harcour . Buſenval.
Crenau
Larré.
De la Breteſche.
Nonéan..
28.
L 4
248 MERCURE
Maréchaux de Camps.
Mrs Lagnion. Preſchac.
Marfin. Comtede Sors.
Sernon. Caftre.
Florenfac. Précomtal.
Varenne. Comte du Bourg.
Comoria. Daleigre.
Bezon. S. Fremont.
Comte la Motte. Mailly.
Lignery. Naffau.
Vendeuil . Davejean.
Medany. Duc de Montmo
Genelis. rency.
Renac. Milord Lucan.
Le Ch. de la Fare . 26.
Brigadier de Cavalerie.
Mrs Montrevel . Ymecourt.
Dupleſſis. Meranville.
Valfan. De Binis .
Libourg
Grammont.
Mazer.
Blanchefort.
Marivaux .
S. Liviez.
Du Chambou.
Légode.
GALANT.
239
Latal. Serignan .
Flamanville. La Faffe .
Preffe. Rocmery.
Comte de Rouſſis. Leſtrade.
Langalleric. Cheldon.
Quilus. 27.
Dauvergne.
Brigadiers a'Infanterie .
Mrs Surville. Herly.
Blainville. Xainthon.
Vaguenie. Duligny.
Alincourt. Baudumont,
Turry. Novion.
D'Antin . Vervin .
Pomponne.
Sabis .
Bailleuil. La Chaloigne..
Gravezon. Charſaugne.
Charrot . Blanzac.
La Chaftre . Dorenne .
Hange.
Nicolay.
Bouligneux.
Chamilly.
La Fayette.
Belnave.
Des Alluers ,
Fourille.
Valliere.
Arbouville.
Lailly.
Cadrieux
250 MERCURE
Ou à Coq. 36.
Vigny.
Je ſuis faché , d'eſtre obligé
de vous dire , quedepuis ce que
je vous ay marqué de l'état de
la ſanté de Mademoiselle d'Orleans
, le Ciel en a diſpoſé au→
trement .
Je ſuis , madame , Voſtre tres ,
&c.
১
AParis ce 31. Mars 1693 .
Je ne suis point surpris que le
Volume de l'Estat des Affaires de
l'Europe aitfait tant de bruitdans
voſtre Province ; on a tant écrit
dans toute l'Europefur les Affaires
d'aujourd'huy , qu'on ne croyoit pas
Pouvoir aprendre quelque chose de
nouveaufur cette matiere, Cepen.
dant on a esté étonné d'y voir l'interieur
de pluſieurs Cours & fur
GALANT.
25
sout de celles de Vienne ,&de Ma
drid. Le Public n'a rien apprisde
plus curieux depuisle commencement
de la Guerrepreſente. Il peus
là- deſſusſe former des plans pour
ce quipeut arriver dans lasuite de
la Guerre& touchant la Paix ,&
ilfera aisé de raisonner , connois
Sant le caractere depluſieurs Souverains,
celuy de leurs Ministres , &
Surtout, les interests qu'ils prennent
&les raisons qui les obligent à les
embraffer. Enfin je ne sçaurois
m'empeſcher de dire , que perſonne
n'a lù ce Livre ſans en avoir témoignéde
lafatisfaction . Si c'estoit
un Ouvrage où l'invention eust contribué
, je n'aurois garde d'en parcetteforte,
maisje puis donner
quelques louanges à ce qui ne
vient que de l'exactitude des recherches
,&des bonnes correspondances.
lerde
LYON
*1898
TABLE.
Prelude.
Sonnet.
Calendrier perpetuel& invariable,
2
tant pour l'année Civile quepour
l'annéeEcclesiastique. 4
Article tres-curieux touchant les
démontreznaturels.
levées d'argent faites dans les
Pays-Bas.
Le Sermon .
57
64
LaBaguettejustifiée ,&fes effets
73
Lettreconcernant ladivinationpar
LaBaguette. 117
Histoire.
147
Idille. 169
Lettre écriteà tous les Evesques.
172
TABLE.
Détaildu dernier Tremblement de
terre
175
Imagination galante. 190
Audience donnée aux Députez
d'Artois. 201
Pont de Bateauxflotantfur laRiviere
de Seine
203
Articlede Morts. 208
Mariage. 212-
Voyagedu Roy à Chantilly , & tout
ce qui s'gestpassé.
Nouveaux Officiers des deux Compagnies
desMousquetaires. 222
214
Article des Enigmes. 230
Serment de fidelité prêté entre les
mainsdu Roy. 233
Maladie de Mademoiselle d'or-
Cleans. 238
Nouvellesd' Allemagne.
Second article de Morts.
241
243
Retour au monde de M. l'Abbé Boileau.
LIOTHEQUE
N
343
◎
LYON
E
*1893
*
TABLE .
Maréchaux de Francenommezpar
leRoy
Finde la Table.
Avis pour placerles Figures.
La Medaille doit regarder la
page 1 35.
L'air doit regarder la page 2 3 2
VILLEO
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHINMARS
1693.807156
'A LYON,
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LYON
1
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A
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MERCURE
Q
GALANTE
MARS 1693 .
DEL
E
*
1893*
UAND le Sonnet
que je vous envoye
au commencement de
cette Lettre, ne feroit
pas auffi beau qu'il l'eſt parluymeſme,
la matiere en eſt ſi noble
, que vous le liriez avec
plaifir . Le Pere Mourgues, Jeſuite,
en eſt l'Auteur.Vous ſçavez
combien l'entrepriſe & la
Mars 1693 .
A
2
MERCURE
conduite du ſuperbe Canal qui
joint les deux Mers , l'ont fait
eftimer .
SONNET.
VNRey de fon Empire extermi
ne l'Erreur ,
Elle arme contre luy le reſte dela
terre ;
Et les bras qu'elle employe àfervir
Sa fureur
Devoient estre employezàluy faire
la guerre.
Toutseprête &se livre au fier USurpateur,
Qui ravage àson gré la perfide
Angleterre
Tant d'Ennemis faisoient craindre
un communmalheur
Pour le Trône François,&le Siege
dePierre.
GALANT .
乘火
Maisde tant defuccés le Ciel com
ble nos voeux ,
Qu'ils pafferoient pour fable auprés
de nos Neveux ,
S'ils ne sçavoientse dire enleuriaſteſurpriſe;
LOVIS regnoit alors dans l'Empire
des Lis ;
PIGNATELLI menoit le
Vaiſſeau de l'Eglise,
Et les deux plus grands Coeurs étoient
les plus unis.
Je vous ay déja fait part d'un
Traité qui vous a fait voir
combien il eſt rare que la Feſte
de Paſque ſoit celebrée le 22 .
deMars , comme il eſt arrivé
dans cette année . Envoicy un
autre qui établit un Calendrier
perpetuel , en fixant pour tou-
3
T
A2
4
MERCURE
jours les Feſtes mobiles qui
dépendent du jour de Paſque ,
dont il fixe la celebration au
cinquième d'Avril . Perſonne
ne doutera que ce Traité ne
foit fort ſcavant & curieux ,
quand il apprendra qu'il eſt du
fameux Aveugle M. Comiers ,
dont la profonde érudition eſt
fi connuë.
:
CALENDRIER
PERPETUEL
ET
INVARIABLE ,
Tant pour l'Année Civile , que pour .
l'Année Eccleſiaſtique.
SIRE.
IRE ,
Commè Dieu nous a donné le
GALANT.
J
!
Soleil & la Lune pour distinguer
les temps , lesjours , & les années ,
les Astronomes ont travaillé à connoiſtre
précisément laduréedu mouvement
de ces deux Luminaires ,
&parce que la Lune a de frequens
& viſibles changemens , les Hebreux
& les Grecs s'en ſontſervis
pour diftinguer les mois & les années.
Solon , grand Legislateur des
Atheniens , regla l'année & les
jours des Equinoxes , par l'avis
de Thales. Ce reglement fut ſuivy
pendant deux fiecles, aprés lesquels,
du tempsdu Divin Platon , onfui
vit la correctionfaite par Eudoxe .
Les années estoient de differentes
Longueurs chez les Egyptiens , les
Grecs , & les Arabes , & les mois
ne commençoient pas le même jour ,
ce qui estoit tres - incommode dans
Le commerce , & dans les affaires
publiques.
A 3
6 MERCVRE
Les Juifs avoient deux fortes
d'années. Leur année Civile commençoit
à la nouvelle Lune dumois
Tiſry de l'Equinoxe d'Automne,
à cause de leur année Sabbatique ,
autrement ils auroient esté deux
ans fans faire recolte. Leur année
facrée commençoit à la nouvelle
Lune du mois Nifan de l'Equi
noxe du Printemps , depuis l'Or--
donnance que Dieu leurfit lors de
lafortie d'Egypte , 1698. ans:
@vant la naiſſance de I.C.
LesHebreux commencentàcompter
leurs années des lafortie dEgypte
: par unesemblable raifon
les Mahometans commencent à
compter les leurs de l'Hegire , ou
fuitedeMahomet hors dela Mecque
en la nouvelle Lune ,le Vendredy
16.Juillet 622.en laquelle
on comptoit to.d'Indiction, 15
de Nombre d'Or , comme außi 15 .
GALANT . 7
de Cycle folaire , & on celebroit la
Pasque le 4. d' .Avril.
LesGrecs comptoient par Olympiades
, qui commençoient par les
Solstices d'Este,& leur Cycle estoit
de quatre ans. Elles furent rétablies
776. ans avant la naiſſance
de I.C.laquelle arriva enla 124 .
Olympiade.Et les annéesde la fondation
de Rome commençoientaux
Festes appellées Palilies , qu'on
celebroit à l'honneur de laDéeſſe
Pales , le 12. Avil.
Pour remedier à ce defordre il
nefalloit pas moins que l'esprit du
premier des Cefars ,
Qui media inter prælia
femper
Stellarum , cælique plagis , Superiſque
vacabar.
Ce premier Empereur des Romains,
par le conseil de l'.Aftronome
Soſigenes , en l'année 45.a- .
A. 4
8 MERCURE
vant la Circonciſion de I.C. inſtitux
l'année Julienne,qui commence au
premier Ianvier, par cetteforme
d'années les mois commencerent le
mesme iourdans toute lavaſte éten
duë de fon Empire. Ilne futpas
fi heureux à regler la longueur de
l'année Tropique, puis qu'il la croyoit
estre précisément de trois cens
foixante -cing iours &fix heures ;
c'est pourqu y de ces fix heures il
forma de quatre en quatre ans un
iour entier , qu'il ordonna estre intercalé
entre le 23. le 24. Fevwier.
Ce iour fut appelléBiffexto
Kalendas Martii; 23.Fevrier
le iour intercalé , estoient l'un
l'autre appellez fixiéme des Calendes
de Mars , c'est à dire , le
fixième iour avant les Calendes de
Mars , par conſequent l'année
Biſſextile estoit de 366.iours . Ce
bel ordre fut bien-tost interrompu
GALANT.
9
parl'ignorance desPontifes,qui intercalerent
à chaque quatrième an
née priſe incluſivement. C'estpourquoy
dans trente-fix ans ils avoient
intercalé douze iours , c'est à dire ,
trois tours de trop ; mais Auguste
corrigea cette erreur en la troisieme
année de I.C. ayant ordonneque
pendant douze ans il n'y auroit
point d'année Eiffextile.
Cette reforme neput long-temps
Satisfaire aux Chrestiens , pourſçavvirle
quatorziéme iour de la Lune
d'après l'Equinoxe du Printemps ,
afin de celebrer laPâque Chrestienne
le mesme iourqueI.C.l'inſtitua,
aprés qu'il eut fait laPasque Le
gale en même temps que les luifs ,
ce que Saint Luc a remarquépar
Les deux Coupes.
Le défaut du Calendrier Ro
main vient de deux Chefs. Fremiérement
, de ce que l'Equinoxe, du
A.
10 MERCVRE
Printemps anticipoit d'un iourentier
en 1 30. ans le veritable Equinoxe
, parce que l'année Tropique
n'eſtant que de 365. iours, 5 ..
heures presque 49. minutes
les ij, minutes 54.fecondes prifes
de trop chaque année forment
en 130. ans un iour de trop ,
par confequent font anticiper d'un
iour entier l'Equinoxe. Secondement
de ce que le Cycle Lunaire ,
inventé par Meton Athenien,
L'année 430. avant la naiſſance de
Lesus-Christ , dont on écrivoit les
19. nombres en lettres d'or, ne marquoit
pas précisément dansle Calendrier
les jours des Lunaiſons , puisque
dans 19. ans il s'enfaut une
heure 27. minutes 32. Secon...
des , d'oùprocedoit que dans 312 .
ans le nombre d'or faisoit antici..
perd'un iour les verioables Lunai
fons.
T
GALANT. II
Deces deux erreurs font nées en
tre les Chreftiens tant de difficul
tez de differends pour la cele
bration de la Pasque , qu'en l'année
1582. le Pape GregoireXIII.
prit comme Alphonse, Roy d'Arragon
, l'année Tropique de 365 .
iours 5. heures 49. minutes ,
quelques ſecondes , tellement qu'il
ne s'en faut pas ii , minutes que
L'année Tropique ne foit de 365 .
iours 6. heures , & par con .
Sequent à chaque année Biffextile
on ne prend pas 44. minutes de
trop . CePape , pour ramener l'Equinoxe
en fon veritable iour ,
trancha les dix iours anticipez de
puis l'année 325. du Concile de
Nicée , pour cela le lendemain
du 4. CF bre fut compté le 15.du
mesme mois , c'est pourquoy dans
I'.Angleterre , dans la Suede
autres endroits , où l'on n'a pasre
re..
2
A6
12 MERCURE
22
ceule Calendrier Gregorien , on se
fert de double datte du iour du
mois. Le iour du vieux ſtile eft
écrit sur une ligne ; & le iour ,
ſuivant le nouveaustile , est placé
au deffus de la même ligne..Ainsi
pour marquer la datte d'auiourdhuy
22. Decembre 1692.on
écrit Pour remedier au défaut
des nombres d'or , on a substitue les
Epactes, & outre ces deux remedes
il faut encore obſerver que les an
nees 1700.1800 .
feront pas Biffextiles, avec toutes
ces précautions on n'a jamais précisément
le jour des Lunaisns ,
puis qu'à laseule inspection de la
Lune , on reconnoist que les Epa.
Etes avancent ou reculent de deux à
trois jours les Lunaiſons. Par con
fequent il eft neceffaire de ſubſtituer
un nouveau Calendrier auGre
gorien.
1900.ne
GALANT.
13
Il y a lieu d'efperer , SIRE ,
qu'aprés que Vostre Maiesté , qui
est autant formidable dans toute
IEurope aux Ennemis de la France,
que le fut sous l Empire de Ti--
bere aux Peuple d'Asie , le tremblement
de terre qui dans une nuit
renverſa douze de leurs plus belles
Villes , au rapport de Pline ; Maximus
terræ memoria mortalium
extitit motus , Tiberii
Cæfaris Principatu , 12. urbibus
Afiæ una nocte proſtratis ,
ilya , dis - ie , lieu d'efperer que
quand Vostre Maiesté aura fait
ceffer le bruit des armes dans toute
l'Europe , on dira d'Elle ce que
l'Histoire des Machabées dans
Le 1. Chap. dit d'Alexandre le
Grand, Siluit terra in confpectu
}
ejus , toutes les Puiſſances de la
terre ont mis les armes bas en fa
presence. Aprés quoy Voftre.Ma
14 MERCURE
ieſté ordonnerapour l'année 1700.
un Calendrier civil & Ecclefiaftique
, perpetuel & invariable , ce
que tous les enciens avoient fouhaite
, & dont l'executionſe doit fairefous
vôtre Regne plein de miracles
, dans lequel Pallas & Minervefefont
reünies pourfaire fleurir
en mesme temps les Arts , les
Sciences , la guerre, car Vostre
Maiestearemply ceque lePolitique
Florentin foubaitoit à fon Prince..
Deve ancora un Principe moſtrarfi
amatore delle virtu , &
honorare li excellenti in ciafcunaarte.
Etfiquelque virtuoſo
n'a point de part à vos royales li
beralitez , il peut dire comme le
Paralitiqueprés de laFiſcine miraculeuse
de Ierufalem ; Non habeo
hominem , Ien'ay point de
Patron. Ainsi Abdolomin avant
qu'il fust connu d'Alexandre. lee
GALANT.
15
Grand ment une vie cachée ,
dans la neceßité , maissa pauvreté
luy fut honorable , puis qu'au rapport
de 2. Curce lib. 5. Caufa ei
paupertatis , ficut plerifque ;
probitas erat. Il estoit pauvre ,
parcequ'il estoit homme debien,
Vostre Majestéqui nese trompe
jamais enſon choix , a pour espions
du Ciel qui est la veritableTerre de
Promiffion, les plus sçavans & les
plus vigilans Astronomes. Ils ont
ce qui manquoit à ceux des fiecles
paßez, je veux dire , lemoyen de
faire parles grandes Lunettes de
nouvelles découvertes dans les
Cieux , & d'observer avec la Pendule
précisément le Diſque &le
Diamettredela Lune par le temps .
queson image employe à paffer un
brin de ſoye plate , tendu vertica-.
lement parle foyer du verre ob-...
jectifde la Lunette ,composéede
16 MERCVRE
deux verres convexes. Ainsiàpreſent
l'Astronomie.
Tranſcendit ad Aſtra
Diſciplina audax
ſedula motus ,
د inquirit
Veſtigatque fitus , oculis nova
fidera luſtrat ,
Et gemino fubnixa vitro miracula
pandit ,
Fay donné en l'année 1665 .
dans mon Livre de la nature &du
preſagedes Cometes , la conſtruction
des grandes Lunettes , &le moyen
de s'en servir ſans tuyau pour ob-
Server les Astres. J'ay depuis don
né & démontré tout ce qui concer
ne la veuë , les Lunettes , & leurs
differens usages. Le tout est inferé
dans onze Mercures Extraordinai
res , depuis le 19. Tome jusqu'au
31. inclusivement , & dans le
Mercure de Septembre 1 683. l'ay
dedié cet Ouvrage à Monseigneurs
GALANT.
17
le Duc de Bourgogne , parce que
mens præſaga futuri , me le fit
voir homme dans le berceau , & ce
Princese trouve digne Fils du Pere
& du Grand Pere , Quo necmeliorem
dedere Dii, nec potuere
dare. Ce font les termes du jeune
Pline dans le Panegyrique de
l'Empereur Trajan. Revenons main-
*renant à nostresujet .
د
Les premiers Chrestiens comproient
differemment leurs années ,
ne convenant pas d'Epoque ; ils
differoient auſſidu jour&du temps
de la celebration de Pasque . Les
Grecs comptoient par les Olympia.
des ,&fefervoient du Calendrier
des fuifs ; & entre les Latins ; les
unsſeſervoient de l'Epoque de la
Fondation de Rome ; les autres
comptoient par les années du Regne
de l'Empereur Auguste. Ils dat-
Loient les Actes par ces mots , An-
2
18 MERCVRE
nus erat regnantis Auguſti ,
c'est à dire , en telle annéedu Regne
d' Auguste : c'est pourquoy par
abbreviation on n'écrivoit que les
lettres initiales de cette maniere j
A. E. R. A. ce qui adonné le mot
Æra , qui n'est qu'une denomination.
En l'année 437. de I. C. Saint
Cyrille introduisit l'Epoque Diocletienne
, ou de la persecution
faiteaux Chrestiens par l'Empereur
Diocletien , qui a esté l'Antechrift,
dont Saint fean a parlé dansfon
Apocalypse , ce que j'ay démontre
dans mon Traité des Propheties,
inferè dans les Mercures des mois
d'Aoust , Septembre , & Decembre
de l'année 1689. & dansle Mercure
de Septembre 1690. Enl'annèe
444. les Tables Pafchales des
Grecs & des Latins convenoient fi
mal , que ceux- cy celebroient la
1
GALANT.
19
Pâque le 26. d'Avril. Pour accommoder
le differend d'entre les Tables
Pafchales des Grecs &des Latins ,
Victorin d'Aquitaine employa en
463. le Cycle Lunaire &le Solaire,
Pourformer la periode de 532. ans,
croyant que le Dimanchede pasque
reviendroit au même jour,& declara
qu'on ne la pouvoit celebrer
ny pluſtoſt que le 23. de Mars , ny
plus tard que le 24. d'Avril. Es
mesme-tempsilintroduiſit l'Epoque
A paſſo Chriſto. Cette Epoque
&ces Tables Pafchales , quoy que
faites par l'ordre du Pape S. Leon,
&defon succeſſeur Hilaire
furent receuës qu'en France , parle
Second Concile d'Orleans en l'an
542. C'est pourquoy juſques en
l'an 814. les François compterent
les années A Chriſto paſſo , depuis
la mort de f. C.
ne
En l'année 525. Denisle Petit,
20 MERCVRE
"
AbbéRomain , continua les Tables
de faint Cyrille , & donna au
Calendrier le Nombre d'Or & les
Lettres Dominicales. Ilprit pour
Epoque l'Incarnation du Verbe
Ab Incarnato Verbo ; c'est pourquoy
ces années commençoient le
25. de Mars . Peu à peu on quitta
l'Are Diocletienne , & enfin onse
feruit de l'Ære Dionisienne ou
Chrestienne : mais conformement
au fecond Concile d'Orleans de
l'an 542. on continua de commencer
l'année par le jour de Pasque ,
ce qui a esté pratiquéjusqu'en l'année
1563. que Charles IX. par
l'Editde Rouſſillon , ordonna de la
commencer au premier de Ianvier.
Ces obfervations font neceffaires
pour verifier les dattes des
anciens Edits , Arrests & Actes
publics , afin de n'être pastrompé
par ceux que l'onfabrique àplaisir..
2
GALANT. 21
l'en dis autant pour les Bulles , Indults
, Brefs &Refcrits de Rome ,
estant à obferver qu'à Rome on
commence les années en troismanieres
, sçavoir , l'année facrée du
mois de Mars , à cause de l'Incarnation
du Verbe , l'année civile par
Ianvier , &les Papes , par l'année
de leur élevation au Pontificat ,
comme leRoy comptepresentement
la cinquantiéme année de ſon Regne..
Le differend entre les premiers
Chreftiens a esté plus grand & plus
important ausujet du temps & du
jour de la celebration de la Pasque.
Les uns la celebroientle leudy , jour
auquel I. C. l'inſtitua. Quelquesunsà
cause des termes , Cecy eſt
le paſſage du Seigneur, qui font
dans l'Exode ch. 1 2. verf. 27.fai-
Soient Pâquele Vendredy , parce
que ce fut un Vendredy que1. C.
22 MERCURE
paſſa de la vie à la mort. Les autres
par lesmêmes termes , Hoc eſt
tranfitus Domini , parce que I.
C. ayant paffé de la mortà la vie,
reßufcita le jour du Soleil, qui estoit
le premier jour ou Ferie de la
Semaine, ils la nommerent Dies
Domini , jour du Seigneur , ou
Dies Dominica , Dimanche ,
auquel jour ils fixerent la celebrationde
la Paſque ; ce qui fut approuvé
par le Pape Pie en l'année
150. & en l'année 196. Theophilede
Caſarée avec quelques autres
Evesques aſſemblez par l'ordre du
PapeVictor , reglerent qu'on neferoit
point la Paſque avant le 22 .
de Mars , & depuis S. Ambroise.
ajouta qu'on ne la pourroit celebrer
plus tard que le 25. d'Avril.
Les Eglises Asiatiques alleguant
lapratiquede S. Iean , celebroient
laPaſqueavecles Iluifs indifferem-
品
2
GALANT. 23
ment au jour de la ſemaine , qui
arrivoit le quatorziéme jour de la
Lune d'aprés l'Equinoxe du Prinsemps
, & pour cela ilsfarent appellezQuartadecimani
, dans le
premier Concile de Nicée , qui en
l'année 315. ordonna qu'onferoit
la Paſquele Dimanche d'aprés le
quatorziéme de la Lune qui arriveroit
après l'Equinoxe du Printemps.
La difficultérefta àdéterminer
lejour de l'Equinoxe , & le
quatorzième de cette Lane d'aprés
l'Equinoxe. Le Concile en laiffale
foin à l'evesqued' Alexandrie , où
l'astronomie floriffois. Il envoyoit
à Rome tous les ans au Papele jour
trouvépar le calcul Astronomique,
&au jour de l'Epiphanie le Diacre
l'annonçoit au Peuple.
Pourrendre tous àlafois leCalendrier
commode pour l'année Ecclefiaftique&
Civile , ilfaut ac24
MERCURE
commoder l'année au coursdu Soleil
&commencerle moisde lanvierpar
Lejour du Tropique d'hiver. Ilfaus
aussi , autant qu'on peut , rendre
les mois reguliers : & comme de
l'Equinoxe du Printemps àl'Equinoxe
d'Automne , il y a plus de
jours que de l'Equinoxed'Automne
à celuy du Printemps , il faut
renger ces jours qui excedent , du
coſté du Tropique d'Eté. Ainsidepuis
le Solstice d'hiver de l'année
1691. qui arrive le 20. Decembre
à 7. heures 56. minutes aprés
midy , juſques à l'Equinoxe du
Printemps , qui est arrivé le 19 .
Mars 1693. à 9. heures 41. minutes
du (oir , il n'y a que 90. jours
ou 3. mois chacun de 30. jours. C'est
pourquoy je rejette les jours qui
excedent , du coſté du Tropique
d'Eté, ce qui rendra les mois plus reguliers
, donnant 30. jours auxmois
de
GALANT.
25
de lanvier , Fevrier & Mars
31. jours aux mois d'Avril , May ,
Iuin , Juillet & Aouft , & trente
jours auxmois de Septembre, d'Octobre
, Novembre & Decembre ,
lequel de 4. en 4. ans en aura 31 .
pour le jour intercalé , quand l'annéefera
de 366. jours. Le ne croispas
qu'on faſſe ſcrupule de rendre au
mois de Fevrier les deux joursdont
on l'avoit mutile , pour augmenser
d'un jour le cinquiéme &le
Sixièmemois de l'annéequi commençoit
par le mois de Mars , carles
Romainspourhonorer leurspremiers
Empereurs , changerent à ces deux
mois , Quintilis & Sextilis , leur
anciennom , & leur donnerent celuy
de Julius & d'Auguſtus , que
nous appellons Iuiller &Aoust.
Pourfixer la Paſque au Diman.
che d'après l'Equinoxe du Printemps
, le premier jour de Ianvier
Mars 1693 . B
26 MERCURE
fera toujours un leudy ,le premier
de Fevrier un Samedy , &le premier
d'Avril fera toujours un
Mercredy , & l'Equinoxe nefera
iamais beaucoup eloignéda premier
d'Avril, &par confequent letroifiéme
d'Avril fera un Vendredy ,
& le cinquième joursera le Dimanche
de Pasque, &parce moyen
l'Eglife celebrera toujours lafolemnité
des Myſteres , aux mesmes
jours qu'ils ont esté operez, estant
vray que I. C. fut crucifie le3 .
d'Avril , iourde Vendredy , & qu'il
reffufcita le Dimanche 5. du mesme
mois ; ce que ic demontreray
aprés ; & afin que le premier jour
de l'an ſoit toujoursun leudy&le
cinquième d' Avril un Dimanche,
le dernier iour de l'anfera un Ieudy
, & de quatre en quatre ansle
mois de Decembre aura trente-un
iour ,& cetrente-unieme jour in.
GALAN T.
27
tercalé Sera encore un Icudy ; &
par confequent de 4. en 4. ans on
aura uneſemaine de trois leadis ,
pendant lequels on celebrera la
Feſte de la Trinité.
Le Mercredy des Cendresfera
toniours le 19. Fevrier , ainſi il n'y
aurapoint de Festes Mobiles. L'Office
Divin ne changera plus , &
Les Mysteres de nôtre Religionferont
celebrez aux mesmes iours
qu'ils ont esté operez. le ne diray
Pas icy les avantages que l'année
Civile, la Navigation & l'Horolographie
recevront de ce Calendrier
Perpetuel & Invariable.
Bien que dans mon Calendrier
perpetuel & invariable ie n'aye
Pas besoin du Cycle Lunaire ny d
Solaire d'Epactes , de lettres Dominicales
, ny de l'Indiction , neanmoinsparce
que le Concile deTrense
dans le chap. 18. de la Section
B2
2.8 MERCURE
23. ordonne que dans les Seminaires
on enseignerale Comput Ecclefiastique,
en voicy deux manieres ;
l'une est generale , & l'autre particuliere.
La maniere generale de trouver
pour chaque année proposée lenombre
du Cycle Lunaire , appelléle
Nombre d'Or , le nombre du Cycle
Solaire, &lenombre de l'Indiction,
qui font trou caracteres , par lefquels
tous les ans ſont distinguez
pendantſept milleneufcens quatre
vingt années , qui est la Periode
Iulienne formée du nombre 19. du
Cycle Lunaire , multiplié par 28.
qui est le nombre du Cycle Solaire ,
&leur produit 532. multipliépar
15. Cycle de l'Indiction , cette Periode
commence , l'année , en laquelle
si le monde avoit esté , on
auroit compté'un de chaque Cycle.
C'estpourquoySpachant que la preGALANT.
29
miere année du monde est la 765 .
de la Periode Iulienne , on auroit
compté s . de nombre d'Or. 9. de
- Cycle Solaire , & 15. d'Indiction ,
en divifant 765. par 19. par 28 .
&par 15. De mesme comme lapremiere
annéede l'Ere commune de
I. C. est la 4714. de la Periode
Iulienne , ſi on divise 4714. par
19. par 28. & par 15. restera 2
de nombre d'Or , 10. de Cycle Solaire
, & 4. d'Indiction . Ainfi en
la preſente année 1693. quiest la
6406. année de la Periode Iulienne
, diviſant 6406. par 19. par
28. & par 15. reste 3. de nombre
d'Or , 22. de Cycle Solaire , & I.
d'Indiction .
Or pour trouver quelle année de
La Periode Iulienne est l'annéeprefente
1693. ajoûtez47 1 3. qui
fontles années dela Periode Iulienne
avant la naiſſance de leſus
B 3
30
MERCVRE
Chrift , vous aurez 6406. de la
Periode Iulienne , &pour sçavoir
quelle année depuis la creation du
monde est l'année courante de I.
C. 1693 , ôtez de 6406. de nostre
Periode Iulienne , les 764. ansdont
la Periode Iulienne devance la
creation du monde , il reste 5642.
qui est l'âge du monde, ou les années
depuis fa creation.
Ilyaplus de calcul à faire pour
trouver l'année à laquelleconvien
nent lesnombres des trois Cyclesque
L'on propose. Par exemple , on demande
quelle est l'année , qui a 10.
du Nombre d'Or , 1. de Cycle Solaire,
& 8. d'Indiction. Multipliez4200
par 10. de Nombre d'Or , vous aurez
42000. Multipliez4845.
par 1. nombre du Cycle Solaire ,
vous aurez4845. Multipliezaussi
6916. par 8. de l'Indiction , vous
aurez 55328. Ajoûtez ces trois
GALAN T.
31
produits 42000. 4845-55328 .
& divisezleur fomme 102173 .
par 7980. qui est la Periode lulienne
, le nombre restant est l'annéedela
Periode Iulienne , daquel
nombre 6413. oftez764. quisont
les années de la Periode avant la
creation du monde , restera $ 649 .
nombre des années du monde. Que
fi du mesme nombre 643. vous
ostez47 13. quisont les annéesdepuislecommencemeni
de la Periode
juſques àla naiſſancede 1. C.refte
l'année 1700. qui aura 10. de
Nombre d'Or , de Cycle Solaire ,&
8. d'Indiction.
Voicy les manieres particulieres
de trouverà chaque annéeſonNomere
d'Or , de Cycle folaire , d'Indi
Etion , & d'Epacte , prenant pour
exemple l'annéepresente 1693.qui
est la s 642.de la creation dumonde
en laquelle nous avons pour <
B4
32
MERCURE
nombre d'Or 3. Epacte 3. Cycleſo-
Indiction Romaine 1 . laire 22 .
Lettre Dominicale D.
Trouver à chaque année propoſée
le nombre de l'Indiction .
La premiere année de l'Indiction
commence au 1. de Septembre de
L'année 313. en memoire de ce
qu'en cette année là Constantinſe
fit chrestien , après avoir fous le
Labarum , Etendard de la Croix,
combana & defait Maxence ,
mais les Papes commencent l'Indiction
, Cycle ; Periode ou Revolution
de 15 ans du 1. Ianvier de
l'année 313. Ajoutez toujours 3 .
àl'année proposée , & diviſez la
Somme par 15. le nombre restant
fera l'année de l'Indiction. Ainsi
divifant 1696. par 15. reste 1 .
pour l'Indiction de l'année presente
1693 .
GALANT.
33
Trouver le Nombre d'Or ,
qui est le Cycle Lunaire, Periode ,
ou Revolution de 19. ans..Aioutez
1. à l'année proposéee, & divisez
lasomme par 19. le nombre
restant fera le Nombre d'Or , &
ainsi divisant 1694.par 19.refte
3. nombre d'Or de Iannée presente
1693 .
Trouver l'Epacte de cha
que année propoſée.Ilfaut premierement
avoir trouvé le Nombre
d'Or de la même année puis élevez
les trois premiers doigts de la main
gauche fur lesquels en commençant
par le pouce , comptez le Nombre
d'or, silfinitfur le pouce , le
Nombre d'or ſera l'Epacte. Que
s'il finitfur l'Index,aioûtez 10 .
au Nombre d'or , & vous aurez
l'Epacte. Que s'il finit au doigt
Medius , aioutez 20. au Nombre
dor , vous aurez l'Epacte
B. S
34
MERCVRE
lors que laſommepaſſe 30 le nombre
excedant fera celuy de l'Epa-
Ete. Ainsi pour l'année preſente
1693. le nombre d'Or 3. estant
compté fur les doigts il finit au
doigt medius, c'estpourquoy aioutant
20. aux 3. du nombre d'Or ,
nous avons 23.d'Epacte.
Trouver plus precisément
l'âge de la Lune . Ilfaut commen
cer par le mois de Ianvier à compter
l'Epacte,puis aicuterà l'Epa-
Ete le quantième du mois , & enfin
aiouterle nombre que i'appelle convenable
à chaque mois , sçavoir rien
pour Ianvier, 1.pour Fevrier, rieu
pour Mars , 1.pour Avril , 2.pour
May 3. pour lain , 4.pour luillet,
5.pour Aoust, 7. pour le mois de
Septembre , 7.pour Octobre enfin
9.pour Novembre, 9.pourlemois
de Decembre.Voicy le tout pour ai
der la memoire.
GALANT.
35
Janus O , Febru un , MartiusO,
numerato deinde ,
Un,deux,trois,quatre, cinq, feptembis,
atque novembis.
Ainsi poursçavoir en l'annéeprefente
1693. l'âge de la Lunele
22.Mars, ajoutez aux 23.de l'Epacte
les 22.du mis , vous aurez
45. dont ayant ôté 30. reſte 15 .
iours de l'âge de la Lune ; donc la
Lune eſt pleine le 22. de Mars,
Außi le calcul Astronomique la
donne pleine le mesme iour à une
heure 46. minutes du matin ,
comme cette pleine Lune est après
L'Equinoxe qui arrive le 1 9. Mars
à9 heures 41 minutes du foir,cettepleine
Lune estant aprés l'Equinoxe
, & le jour de Dimanche , est
Paschale, par conſequentPâque
estant le 22.Mars,le iour des Cendres
a esté le 4. de Fevrier,
Pour trouver le nombre du
B 6
36 MERCURE
f
Cycle ſolaire , qui est la Periode
ou la Revolution de 28.ans, après
lesquels les mêmes lettres Dominicales
recommencent leur Revolution.
Cesont les ſept premieres lettres
de l'Alphabet,apposées àcha
que iour du Calendrier, commençat
parla lettre A, vis àvis dupremier
de Lanvier, comme l'année
commune eft de 365.iours lesquels
diviſez par 7. donnent 52.Semaines
, ilreste un iour, qui est le com
mencement de la cinquante-troifiéme
semaine ,&parconsequent
dans l'année commune le dernieriour
de l'an est de même nom que
Sonpremier iour,d'où il s'enfuit que
le premier iour de l'an estun autre
iour de laſemaine, parconfequet
la Lettre Dominicale n'est pas la
mesme que celle de l'année precedente.
Cette Revolution s'acheve
roit dans lesſept ans, maisà cause
GALANT.
37
+
du iour Biffextil , quor intercale
de quatre enquatre ans la Periode
des Lettres Dominicales ne s'ache...
ve que dans vingt-huit ans, les
années Biffextiles ont deux Lettres
Dominicales , dont la premiere ne
fert que iusqu'au 24. Fevrier,
La seconde indique le Dimanche
pendant le reste de l'année. Ce Cycle
des lettres Dominicales est appelle
Cycle Solaire du jour de Dimanche,
qui est le iour du Soleil, de
mesme que les autres jours de la
Semaine ont le nom d'une autre des
Sept Planetes.
Pour trouver le nombre du
Cycle Solaire , par ce nombre
La lettre Dominicale , oftez unde
L'année proposée , diviſezle nombre
restant par quatre , &fans avoir
égard à ce qui reſte , aioutez le
quotient au mesme nombre divisé ;
de la somme pour les années
38 MERCVRE
enfin
depuis 1582. oftez 10. pour le
nombre des dix iours retranchezpar
le Calendrier Gregorien ;
diviſez le reste parſept,lenombre
reſtantsera le quantiéme iourde la
Semaine , à compter depuis leDimanche.
Ainsi,pouravoirla lettre
Dominicale de l'année presente
1693. diviſez 1692. pav quatre;
le quotient est 423. qui estant
aiouté à 1692. fait 2115. dont
ayant ôtez dix , reste 2105. qui
estant diviséparſept , reste 5.qui
indiquent que le cinquième jour ,
à compter parle Dimanche est le
premier iourde l'an. Or ce cinquié
me iour est un Leudy. Si le premier
iourde l'an qui a toujours la lettre
A est un Ieudy , donc B marque -
ra leVendredy, C le Samedy ,
par confequent D. eft lettre Dominicale
pour l'année preſente 1693 .
Cette connoiſſance des lettres Do
GALANT.
39
minicales fert biensouvent à con
vaincre defauſſetéplusieurs.Actes.
La fuite des lettres Dominicales
ferainterrompuë en l'année 1700 .
parce que n'estant pas Biffextile ,
ellen'aura que la lettre C. pourDominicale.
Pour trouver quelle lettre du
Calendrier eſt au premier jour
de chaque mois,prenezles lettres
initiales des douze motsſuivans ,
Lepremier motpourle mois de Lan
vier , ainsi deſuite.
Au Dos. D'un Gros . Boeuf.
Eft . Gros. Cuir. Fort. Au..
Droit. Fil. Ou bien les lettres initiales
de ces deux Vers Latins,
Alta Domat Dominus Gratis
Beat Equa Gerentes..
Contemnit Fictos , Angebit
Dona Fideli.
AinfiScachant la lettre du premier
iour du mois , onsçaura quel
40 MERCVRE
iour il est de lasemaine,par le
moyen dela lettre Dominicale.C'eſt
pourquoy dans l'année presente
1693. la lettre D du mot Dos ,
qui appartient au premier iour du
mois de Fevrier, estant außi lalettre
Dominicale , lepremier icurde
Fevrier est un Dimanche ,
confequent le 4. est le Mercredy
desCendres,
par
Pour trouver le Dimanche
Pafchal . Ilfaut obſerver , que par
Le premierConcile General, tenu à
Nicée en 325. auquel , enpresence
de l'EmpereurConstantin , OZius,
Evesque de Cordouë , preſida au
nomdu Pape Silveftre , les Afiati
ques voulcient que laPasquesefist
le 14. de la Lune , quelque iour
qu'ilfust de lasemaine , &ilfut
ordonné,qu'onnnee la celebreroitque
leDimanche d'aprés la pleine Lune
, qui arriveroit après l'Equinoxe
GALANT . 41
lequel fut reglé au 21. de Mars.
L'Evesque d'Alexandrie, oul'AStronomie
florifſoit , fut , comme
nous avons déia dit , chargé d'enpoyer
tous les ans à Rome , avant
l'Epiphanie, le calcul des Equinoxes
, & de la pleine Lune ; ce
que le Diacre publioit à la Feste
desRois.
Trouvezpremierement la lettre
Dominicale de l'année proposée ,
puis trouvez le quantième de la
Lune & le 21.de Mars,car fielle
a du moins quatorze iours , le Dimanche
ſuivantsera le iourdePâ
que, Que si avant le 21.de Mars
Le quatorzième de la Lune n'est
pas arrivé , il ne faudra celebrer
La Pasque que le Dimanche d'aprés
Le quatorzième de la Lune fuivante
. C'est pourquoy en l'année
1666. la Pasque ne fut celebrée
que le 25 , du mois d'Avril , qui
42
MERCURE
est leplus tard qu'elle puiſſe estre
lors que la nouvelle Lune arrive
le 7.d'Avril; & au contraire, en
l'année courante on l'a celebrée le
22.de Mars, qui est le plutoſt qu'
elle puiſſe arriver, lors que la nou
velle Lune arrive le 8 de Mars, fi
on observe le Decret du Concile.
Syſtême du Calendrier perpe .
tuel & invariable .
L'embarras des variations qui
Setrouventdansle CalendrierRomain
parles changemens des jours
de lasemaine , & des Festes mobiles
de l'année Eccleſiaſtique ,
qui varient mesme de trente cinq
jours , eſt ôtépar cenouveau Calendrier
, dans lequel les années
commencent toujours par le feudy.
premier Janvier , & ba Pasque
est fixée au Dimanche , quifera
toujours le cinquème jour du mois
d'Avril : ce qui n'apportera auGALANT.
43
cune alteration à l'année Civile ,
&rendra les Offices du Service
Divin plus faciles & reguliers ,
eftant exempts des Rubriques
dans tous les fiecles à venir , &
les Festes folemnelles feront celebrées
aux jours que les Mysteres
de nostre Religion ont este ope
rez : ce que je crois avantageux
pour la predication de l'Evangile.
C'est pour celaqu'en l'année 1653 .
j'avois inventé ce Calendrier invariable
, dans le deffeinde paſſer
aux Indes Orientales avec l'Apoftre
du Tonguin ,le R. P. Alexandre
de Rhodes , de la Compagnie
de Jesus. Or d'autant quela Pasque
eft la principale denos folemnitez,
&qu'elle regle le temps des autres
Festes mobiles , il est neceſſaire de
Scavoir que leſus - Chriſt nâquit la
quarante- cinquième année Iulienne
, le Samedy 25. Decembre ,
44
MERCURE
le lendemain la Lune éclipsa ; qu'il
fat circoncis le premier Ianvier de
la quarante-fixième année lulienne
e , qui est le commencement , ou
premiere année de l'Ere commune.
Ilfaut encore établirdans quelle
année , quel mois , & quels jours
I. C. est mort & reffufcité. Pour
parvenirà cela , on doit faire convenir
quatre caracteres , ou mar.
ques effentielles . Les deuxpremieres
Sont dans l'Evangile de Saint Luc.
Que I. C. Souffrit en la fixième
Ferie , qui est le Vendredy ; que
les tenebres furent faitessur toute
laterre , & qu'il reffufcita le troiſiême
jour , qui est la premiere
Ferie , ou jour du Soleil , qui estoit
chezles Hebreux le premier jourde
Laſemaine. La troiſiéme marque est
tirée de l'Histoire de Phlegon , Affranchy
de l'Empereur Adrien ,IL
GALANT.
45
faitmention de ces tenebres extra .
ordinaires dont a parlé Saint Luci
ce qu'on voit encore par l'Extrait
que lean Philoponon en fit ſur l'Original.
C'est pourquoy Tertullienin
Apologetico , renvoye les Payens
Romains à leurs Archives. Le qua
triéme caractere est tiré de la Pro..
phetie de Daniel, Que le Chriſt
ſouffriroit au milieu de la 70mg
Semaine.
Ortous ces caracteres concourent
au 3. Avril , fixième Ferie , ou
iour de Vendredy en la trente
troisième année de I. C. 15. de la
Lune apres l'Equinoxe du Printemps,
& cette Eclipse , ou ces tenebres
miraculeuses ,font rapportées
par Phlegon au mesme iour de la
quatrieme année de la 202 Olym
piade, qui est la 3 3º de I.C.la 789
année Iulienne, & la 19º de Tibere,
le Soleil eftant au premier de
46
MERCVRE
gré trente minutes & vingt- quazre
fecondes d'Aries& la veritable
pleine Lune en lerufalem,dont
la latitude eft trente- deux degrez
dix minutes , estant au premier
degré dix neuf minutes 54. Secondes
de la Balance. C'est pourquoy
ces tenebres miraculeuses qui
furent faites fur toute la furface
de la terre, ne furent pascausées
par l'Eclipse ordinaire du Soleil, ésant
àremarquer que dans le Vieux,
nydans le Nouveau Testament , il
n'estfait mention d'aucuneEclipse,
maisces épaiſſes tenebres qui durerent
depuis midy , oufix heures de
l'Horloge Judaïque ,jusques àneuf
ou trois heures du foirsur toute la
furface de la terre , s'expliquent
facilement ; parce que la Lune
estantpleine , l'Hemisphere inferieur
ceßa d'en estre éclairé , dés le
}
47
GALANT .
moment qu'elle ceffa derecevoir la
lumiere du Soleil qu'il avoit luymesmeperduë;
&personnen'ignore
lesbeaux termes dont Saint Denis
IAreopagite ſe ſervis , écrivant
àSaint Polycarpe, au sujet de cette
Eclipse miraculeuse.
Quant à la prophetic des 70 .
Semaines de Daniel,qui font 490 .
années communes,& qui commencerent
quatre cens cinquante qua
tre ans avant la Circoncifion de I.
C.&finirent en la 36° année de
l'Ære commune, I.C. est par confequent
mort en fa 33 année qui
estoit la 487 année de la Prophetie,
c'est à dire en la quatriéme
année après lafoixante-neuvieme
semaine , & au milieu de la 70e
Semaine.
Cela posé pour fondement incontestable,
ie fixe le jour de Pâque
au cinquième d'Avril qui fera
48
MERCVRE
jours un jourde Dimanche. Ainfile
Vendredyse trouvera pareillement
le 3- d'Avril , semblable jour de
l'anSolaire , auquelf. C. fut crucifié
: aprés quoy il est facile de
fixer perpetuellement à même jour
les Festes qui en dependent , comme
auſfile jour des Cendres , qui fera
de même perpetuellement le Mercredy
19. de Feurier , & les trois
premiers moisde l'année estant chacun
de trente jours , comme j'ay
déja dit , le premier jour del'année
Seraun Ieudy , & par consequent
le premier de Fevrier fera toujours
un Samedy , comme aussi le premier
jourde Marsſera toujours un Lundy,
& le premierd'Avrilun Mercredy
, &le jour de Noël 25. Decembre
fera toujours un Vendredy.
Par ce Calendrier perpetuel
invariable , on rendra l'année Civile,
l'année Eccleſiaſtique trescommodes,
GALANT.
49
commodes , on evitera mille embarras,
les disputes qui detemps
en temps sontsurvenues à l'Eglise
pour leiour de la celebration de la
Pasque, comme ilparoist parl'Hi-
Stoire,
L'Apostre S. Iean IEvangelifte
fouffrit aux Eglifes Asiatiques,
de celebrer la Paſque le 14. de la
Lune aprés l'Equinoxe,fur quoi les
Quartadecimani sefondoient en
l'année 325. dans lepremierCon
cile de Nicée. Les Crientaux en
L'année. 417. la celebrerent le 22 .
Awil, & les Occidentanx le 25 .
Mars. Semblable difficulté arriva
en l'année 453. & le Tape S.
Leon en l'année 455.eut debat
contre les Orientaux ,fur le iour de
la celebration de Pasque. En l'année
541. ily eut außi debat ,
il fut reglé par un Concile d'Or.
leans. On s'y trompa à Constanti-
Mars 1693 . C
50
MERCVRE
nople enl'année 546. Les François
& les Espagnols n'en furent pas
d'accord en l'année 577.
Gregoire de Tours afſeure qu'en
T'année 490. Ola 15. de Chilpericc,,
on ne convintpas en Francedu
iour de Pasque : car lesuns la celebrerent
le 26. Mars 15 de la
Lune , & les autres le 2. Avril.
Il rapporte außi qu'en l'année
594. ilyeutfur la Feste dePåque
grand debat entre les François
les Espagnols. Ceux- cy frent
Pasque le 21. Mars &les Françoisle
18. Avril. Enfin on s'y est
trompé ordinairement iusques en
l'année. 1582. ce quife demontre
par la reforme du Calendrier faite
en la mesme année , puis que les
Equinoxes avoient anticipé de dix
iours.
Noftre nouveau Calendrier ne
fora point fuiet à ces difficuliez.
GALAN T.
51
de
L'année Ecclefiaftiquefera exemp
te de tant de Rubriques embaraffantes
, l'office Divinse fera
uniformement par toute la Terre.
Il y a lieu d'esperer que l'Eglise
autorifera ce Calendrier, afin de
fixerpour toujours au Dimanche 5 .
Awil lafolemnité de Pasque qui
avoit cause tant de debats
diffentions entre l'Eglise Orientale
Occidentale,que pour les terminer
ilfallut en l'année 325.convoquer
le premier Concile general,
composé de trois cens dix-huit
Evesques , pour interpofer leur autorité
, &faire un reglement de
discipline ce , qui paroist par les
termessuivants ,tirezde l'Histoi
re de ce Concile. Cæterum , &c .
rendus ainſi en François. Au
refte , pour ne laiſſer quelque
occafion de diſſention , il eſt
ordonné que la ſolemnité de
C2
52
MERCURE
Paſque , de laquelle peu auparavant
les Egliſes diſputoient ,
fera celebrée , non ſuivant le
Rit Judaïque , mais ſuivant l'Apoftolique.
C'est ce que i'observe
dans mon Calendrier invariable
fixant la Pâque au Dimanche 5 ..
Avril, qui fera toniours après l'Equinoxe
duPrintemps , & ie n'ay
point égard au 14. iour de cette
pleine Lune de Nifan , que les
Iuifs font leur Pasque. Ie n'obve
donc rien du Rit Iudaique
, mais fuivant la tradition
apostolique des Peres , iefixe Pafque
au Dimanche, en quoy iefatisfais
àtous lespoints du Concile , Le
remarque qu'avant ce Concile iln'y
avoit point de iour fixe pour la Pasque
autrement iln'y auroitpoint
eu de diffention entre les Eglifes
d'Orient celles d Occident ,
onne doitpoint reglerlaPâquepax
GALANT.
53
le 14. de cette pleine Lune , qui
n'estqu'une ceremonie des Iuifs que
I. C. a abolie , puis que Chrift
noſtre Paſque eſt l'Agneau qui
a eſté immolé depuisle commencement
du monde , comme
il eft dit dans l'Apocalypse. Enfin
ce point du Concilede Nicée par..
lant de lapleine Lune d'après l'Equinoxe
, est uneſanction
nancedePolitique de discipline
que le Pape peut abroger , puis
qu'onesthors des occafions de diſſen..
tion , qui avoient porté ce Concile
à faire cette prudente Ordonordon
nance de discipline Eccleſiaſtique.
Elle peut estre außi changée en ce
temps pour la facilité &les avantages
que i' ay cy devant remarquez.
C'est ainsi que les Apostres mêmes
S ont changé leur Ordonnance de difcipline,
permettant de manger du
Sang, qu'ils avoient défendu au
C 3
54
MERCURE
paravant ; l'ordonnance quifut
faite à tous de boire àla coupe du
Seigneur, pour reconnoistre les He
retiques Manichéens , a esté abro
gée , même l'usage en a esté
interdit aux Laiques ,le Concilede
Trente ayant declaré que le Pape
pouvoit en ordonner l'usage , fui
vant qu'il le trouseroit à propos.
Lestermes du Decret de ce Concile,
qui est à lafin du Chapitre 11 .
Seßion 22. font trop beaux pour
n'estre pas icy rapportez. Nunc
eorum , pro quibus petitur ſaluti
confultum volens decrevit ,
integrum ad ſanctiffimum Dominum
noftrum Papam eſſe
referendum , prout præfenti
decreto refert , qui profua fingulari
prudentia id efficiat ,
quod utile Reipublicæ Chri
ftianæ , & falutare petentibus
ufum calicis fore judicaverit.
GALANT.
55
Le Ciel ayant heureusement uny
pour le bien de la Creſtienté , le
coeur duPape, Pere commundetous
les Fidelles ,au coeur de Vostre Maieſté,
Fils aîné de l'Eglife , vous
ferez, SIRE , l'Hercule Chre-
Stien. Le Bras du Tout-Puiſſant
Sera vostre ferme appuy , & combattra
toujours avec vous pour la
deffenſe deſon Eglise & l'interest
defes Oints. C'estpourquoy .
Credite me vobis Folium
recitare Sybillæ.
Lefuis avec tres profond respect ,
SIRE,
Devostre Maiesté ,
Tres-humble , tres obeïſſant & tres
fidelle Serviteur & Sujet ,
L'AVEUGLE COMIERS , Preſtre
dans l'Hôpital Royal des Quinze- Vingts .
C 4
56 MERCURE
Je vous envoye un Article
qui vous fera connoiſtre combien
l'Eſpagne a beſoin d'argent
pour la guerre preſente ,
&qu'elle achevera bientoſt de
ruiner les Païs-Bas. Après avoir
tiré fur eux les ſubſides ordinaires
& s'eſtre ſouvent fait
donner extraordinairement de
grandes fommes pour la guerre
, on furcharge encore les Etats
de Brabant d'une taxe par
teſte, d'autant plus onereuſe
que la Femme paye auffi -bien
que le Mary, & que quoy que
les ſommes paroiffent modiques
ſeparément , elles font
neanmoins tres-grandes pour
un ſeul menage , puis que le
Cheval , le Boeuf , l'Ane , le
Mouton , l'Agneau , le Cochon
, & le Cochon de lait ,
tout paye juſqu'aux moindres
>
GALANT.
57
animaux, de forte qu'ilſetrouvera
qu'un homme payera dix
fois autant pour les Animaux
qu'il nourrit, que pour ſa perfonne.
ORDOΝΝΑΝCE
ET INSTRUCTION .
De la part des Sieurs d'Etat
des Pays & Duchez de Brabant
, pour lever la Taxe
par teſte , comme auſſi ſur
les Chevaux , Beſtiaux , &
toutes perſonnes de quelle
qualité & conditionqu'elles
foient, les Hôpitaux,Villes,
&Plat Pays.
Les Abbez , Abbeſſes chacun
par tefte. 100.livres .
Tous les Nobles qui compoſent
l'Etat,chacun. 100.liv..
CS
58
MERCURE
4
Les Particuliers des Bourgs ,
Villages ou Seigneuries, ayant
Entrée dans leſdits Etats, chacun.
75.liv.
• Les Prevoſts & Doyens des
Chapitres,Colleges , les Prieurs
& Prieures des Chanoines Reguliers
, chacun . 25. liv.
18.liv.
Commandeurs & Protonotaires
, chacun.
-Les Perfonats , Treſoriers ,
Chantres, Regens & Vicaires,
chacun. 18.liv.
Les Receveurs , Secretaires
des Monaſteres , Chapitres ,
OEconomes , Facteurs Ou
Agents. 6.liv.
Les Dames de Nivelle.100.1 .
Le Prevoſt . 25.liv.
LesChanoines&Chanoineffes
de Nivelle, chacun . 18.1.
Les Curez , chacun. 6. liv .
LesChanoines des Chapitres
i
)
GALANT .
59
des petites Villes & Plat Pays,
chacun . 8.liv.
Les Vicaires & Chapelains ,
chacun. 3. liv.
Les Chapelains particuliers .
chacun. Lliv. 10.fols ,
Les Monafteres , chacun 1 .
liv. 6. fols.
Les Religieux, Religieuſes ,
chacun. 2.liv. 1 2.fols,
Tous les Religieux , tant
Hommes que Femmes , qui
poſſedent du bien d'heritage,
1.liv.
Les Beguines & Filles devozes,
chacune. 1.liv. 6.fols .
Les Officiers Generaux. 9.1 .
Les Bourguemeſtres,chacun .
9. liv.
Les Echevins Jurez,Conſeillers
, Treſoriers dans les petites
Villes & Bourgs , chacun.
4. liv .
C6
6.0 MERCURE
Les Penſionnaires , Secretai
res & Greffiers des petites Villes
& Bourgs,chacun. 5.liv .
Leſcault , Droffarts & Baillifs
dans le Plat Pays , chacun .
1.liv . 12. fols 6.den.
Les Secretaires & Greffiers,
chacun. 3. liv..
Tous les Bourgeois & Habitans
des petites Villes , tant
hommes que femmes qui exercent
quelque Profeſſion , Métier
ou Negoce,chacun. 2.liv.
Chaque Noble , Rentier ou
Marchand dans les petites
Villes ou Plat-Pays . 3. liv.
Tous ceux qui portent l'épée
Nobles & non Nobles.
Chaque Dame ou Demoiſelchacun.
3. liv.
le qui ſe dit Noble . 2. liv.
Chaque Avocat & Medecin. 1
3. livO
GALANT. 6
Chaque Chirurgien & Barbier.
1.1. 16.f..
Chaque Procureur & Notaire.
2.1. 12.f.
Chaque Huiffier , 1.1. 16.f.
Chaque Braffeur dans les petites
Villes . 8.1.
Chaque Fermier , Laboureur
. 1.1.16.f..
Chaque Braffeur dans le
Plat-Païs . 6.1.
Chaque Cabaretier dans les
petites Villes & Plat- Pays. 3.1 .
Tous ceux qui font quelque
Trafic dans le Plat-Pays fans
labourer, chacun 1.1.10.f.
Tous gens de Métier , Coffars
& Serviteurs , tant Hom
mes que Femmes,& les Enfans
ſervant leurs Peres , âgez de
15.ans.
1.1.
Toutes les Femmes mariées
payeront la moitié de ce à
62 MERCURE
quoy leurs Maris auront eſté
taxez .
Pour tout Enfant , tant Garçon
que Fille , âgez de 1 4.ans
ou plus , qui n'ont point eſté
taxez cl-devant,ſera payé 10.f.
Tous les Enfans au deſſus &
an deſſous de 14.ans , qui heritent
de quelqu'un , payeront
ce qu'auroit payé celuy dont
ils heritent.
Sur les Chevaux &Bestiaux.
Pour chaque Cheval, âgé de
trois ans , à quelque uſage qu'il
foit , fera payé 1.1.6.f.
Pour chaque Poulain,depuis
l'âge d'un an juſqu'à trois ſera
payé 13. f.
Pour chaque Veau . 6. f.
Pour chaque Mouton Mafle
ou Femelle. 1.f. 6.d.
Pour chaque Agneau , Capret&
Cochon de lait. 3.liards.
GALANT. 63
Pour chaque beſte à corne,
foit Booeuf , Taureau ou Vache.
16.f.
Pour chaque Cochon. 3. f.
Chaque Beſte à corne , au defſous
d'un an, ſera eſtimée pour
un Veau , & depuis un an jufqu'à
trois , il ſera payé 8. f.
Le Titre de l'Ouvrage qui
fuit vous fera connoiſtre , qu'il
eſt de ſaiſon . M.de Vin qui en
eft l'Auteur , auroit travaillé
fort utilement , ſi la profane &
ſcandaleuſe habitude qu'on a
de cauſer dans nos Eglifes ,ſans
aucun reſpect pour les ſaints
Myfteres , pouvoit eſtre réprimée
par la crainte de trouver
derriere ſoy quelque Uranie
qui fiſt le contedes chofesridicules
dont on s'y entretient la
plupart du temps,
A
64
MERCVRE
4
ےن
LE SERMON.
S'Accommoder au temps est un
trait politique.
Pendant le cours du Carnaval ,
Chacun fansfcrupule s'applique.
Aux douceurs des Jeux & du Bal,
Et dans cette faison qui leur est
consacrée.
Tous les coeurs ouvertsauxplaisirs,
S'étonnent du Carême , &s'enfont
une idée
Qui , mesme en les goûtant , leur
coute des foupirs.
Unfombre &noir chagrin, une douleur
profonde
Saifit à fon aspect les Amateurs,
du Monde ,
Ils tremblent à le voir de près.
La frayeur qu'ils en ont leur prêche
par avance.
GALANT. 65
La retraite , la penitence,
Et tout ce qui combat leurs coupables
excés.
Plus il approche, plus leur trouble
Les agite en fecret plus leur crainteredouble
,
Plus ce chaffe-plaiſirs leur devient
odieux ,
Et plus leurs alarmes terribles
Servent , quoy qu'entraiſnez vers
eux .
Ales y rendre moins ſenſibles.
Cependant dés qu'il est venu ,
La coutume & la bien-Seance ,
Veulent qu'onfauve l'apparence
Et que dans l'égliſe on foit vû.
Ons'empreffeàs'y rendre, on s'y pare
d'un zele
Qui duvray ,quoy quefaux,prend
les airs& lenom ;
Et, la cloche tintante , il n'estpas
uneBelle
Qui du lit ne caure au Sermon .
66 MERCVRE
Cen'est pas que l'on ait envie
D'abandonnerſi toſt les plaiſirs de
LaViei
Ilen couteroit trop par un tel abandon
,
Maisymanquer, qu'endiroit-on?
Ceferoitfourniraux Critiques
Des armes & des traits pour infulterſafoy
,
Etfur tout dans un temps funeste
aux Heretiques ,
On neveutpointdu tourfaire parlerdefoy.
Unjour,suivant cette methode.
Iris,fansnulégard pour le Prédicateur
Qu'elleinterrompt,qu'elle incommode
,
Et moins encor pour l'Auditeur,
DontSa pareſſefatigante
Irriteà contre-temps l'hamear impatiente;
Un jour, dis-je,après l'Avé dit,
GALANT. 67
Iris arrive , &s'applaudit
Des regards qu'on jettefur elle,
Et qui , quoy qu'irritez, luy difent
qu'elle est belle.
Quel plaisir pour ſa vanité !
Alafinfurfa chaise ayantprisfa
posture ,
Lefilence revient après quelque
murmare ,
Et l Orateur est écouté.
Dansen endroitfortpathetique.
Oùsa pieuse gravité
S'étendoitd'un style emphatique
Sur le peu defolidité
Des biens que nous offre lemonde,
Etfur l'immense quantité
Desmaux cuiſansdont ilabonde
Helas ! ma chere,il est bienvray,
Dit tout bas Iris à Climene ,
L'imposteurn'a pour nous que tra
verſes , que peine ,
Etje viens d'en faire l'eſſay.
68 MERCVRE
Quelque bonheur qu'il nous promette
,
Malheur à qui s'y fic ! helas !
Favois peu de raison d'en estresatisfaite
,
Et j'ignoroisſes faux appas.
Mais, graces à Dieu ,détrompée,
C'en est fait,& des aujourd'huy
Fe romps pour toujours avec luy
Et jen'en seray plus dupée.
Le traiſtre ! le perfide ! Aurois je
crû jamais
Devoirſentir ainſi lapointe deſes
4
traits?
O Ciel! quel ton de lèremie
Prens- tu là , répondSon Amie?
Qui t'afflige ? qu'as-tu ? pourroiton
le sçavoir ?
Tircis feroit-il infidelle ?
1. Non, mesine cematinfon ardeur
m'a fait voir
Que j'avois toutſujet de la croise
éternelle.
-
GALANT. 69
C. Peut-estre un motifplus chreftien
Tedonne-t- ildu monde un dégoust
Salutaire ,
Et t'en a- t il fait voir le néant,
lamifere?
Tant mieux, mais non, iln'en est
rien ,
le me trompe , & dans tajeuneffe
On nese pique point d'une tellefa
geffe .
Tugemis cependant , toy née avec
du bien ,
Et tout ce que l'esprit& le corps
ont de charmes .
Quoy,le vieux Lycidas t'ofteroit il
lefien ?
I. Non, jesuis là- deſſusſans trouble
, ſans alarmes ;
Mon Oncle,je leſçais,m'aime trop ,
il est bon ,
70
MERCVRE
Etj'ay licu de comptersursafucceffion.
C. De quoy pourrois - tu donc te
plaindre?
Te trouverois-tu mal, & queme
fais-tu craindre?
Parle, ou me laiffe enfin entendre
leSermon .
I. Helas ma chere, belas ! mapau
ure Chienne est morte ,
F'ensuis inconsolable , & ce Predicateur
Araiſon ..... Ouy ce Monde est un
fourbe , un trompeur.
Perdre Bichonne de la forte !
Quelle douleur ? queldeſeſpoir !
Aces mots un foupir luy tranche la
parole ,
Elle verſe des pleurs , elleprend fon
mouchoir ;
Et d'une perte fi frivole
Climene en souriant de ſon mieux
laconsole.
GALANT.
71.
Ce Dialogue estoit trop plaisant ,
tropbouffon ,
Pour nepas l'écouter ,& la fage
Vranie ,
Derriere Iris & fon Amie ,
Neput , quoy qu'ellefist , s'appliquer
au Sermon.
Le respect que l'on doit àlafainte
Eloquence
Retintſeul les éclats que cette extravagance
Meritoit d'attirer ſurſoy ,
Etj'avoueray de bonne foy
Quej'aurois à sa place oublié ma
prudence.
Autant qu'elle fit lors il faut se
poffeder ,
Ettout autreſur ſoy n'eut pas en
tantdeforce :
Mais d'en rive tout haut resistant
àl'amorce ,
Elleferra les dents , &bien loin d'y
ceder,
72
MERCURE
Ne lefit qu'entre cuir & chair.
M. Comier eſt univerſel.
Vous avez vû au commencement
de cette Lettre , un ſçavant
Traité de ſa leçon ſur un
Calendrier fixe & perpetuel.
En voicy un autre pour réponſe
à ce que le Pere le Brun , Jefuite,
& le Pere de Mallebranche,
de l'Oratoire , ont écrit ſur la
Baguette.Quoy qu'il ſoitAveugle
, il voit tout , & rien n'échape
à la penetration de fon
efprit.
LA
GALANT.
73
LA BAGUETTE
JUSTIFIE΄Ε ,
ET
Ses effets démontrez naturels.
AMesfire Jules Loüis Bolé ,Marquis
de Chamlay , Conseiller du
Roy en fes Conseils , Marechal
General des Camps & Armées
de Sa Majesté.
E fuis perfuadé , Monfieur ,
pasbeſoin
vins, ny de leur Baguette,pour
apprendre les obligations que
je vous ay , & que je publie
par tout ; mais je croy que la
lie
Baguette qui fait tant de bruit,
Mars 1693 . D
74
MERCURE
auroit grand beſoin de voſtre
approbation.Si ce bonheur luy
arrive , perſonne n'en ofera
condamner l'uſage , car toute
l'Europe eſt convaincuë que
par voſtre penetration d'eſprit ,
vous découvrez ſi parfaitement
le vrai & le faux , que vous
n'eſtes jamais trompé partles
ſpecieuſes apparences de l'un
ny de l'autre.
Les Sçavans diſoient hardiment
que la Divination par la
Baguette avoit des cauſes Phyſiques
, pour produire ſans aucun
mélange de Pacte explicite
ou implicite , tant de faits furprenans
; mais le Pere le Brun
ayant écrit de Grenoble , &
demandé au Pere de Malebranche
ſon ſentiment ſur les plus
grandes difficultez des effets
qu'elle produit , il n'en a receu
GALANT .
75
d'autre réponſe , ſinon qu'ils
eſtoient diaboliques ; & comme
j'apprehende que l'on ne
traite de meſme l'Homme arti.
ficiel Anemoscope , Prophete Phy.
fique du changementde temps,que
j'aydonné dans le Mercure du
mois de Mars de l'année 168 3 .
& dans la 26. page de Atta
Eruditorum , imprimé à Leipfic
en l'année 1684. je veux répondre
phyſiquement aux de .
mandes du Pere le Brun, afin'de
detromper ceux qui ſe laiſſant
entraîner par le poids du ſentimentde
ce Philofophe , d'un
ſçavoir & d'un merite diſtıngué
, feroient de ſiniſtres jugemens
contre un grand nombre
de gens de Robe & d'Epée ,
tousd'une probité connuë , qui
ont le même talent que Jacques
Aymar Vernay , de Saint
D2
76
MERCURE
Veran , prés de S. Marcellin
en Dauphiné. M. l'Eveſque
de Morienne , & M. Galet ,
celebre Aſtronome , & grand
Penitencier de Carpentras, ont
le meſme talent que Jacques
Aimar , auffi bien que l'Eclefiaſtique
de Lyon, que M. Panthot,
Doyen des Medecins , dans ſa
Lettre écrite à M. Daquin ,
premier Medecin du Roy , affure
trouver l'endroit où ſont
les corps des Noyez .
Dans les choſes obfcures
& embarraſſées de difficultez ,
je ſuſpens monjugement , pour
donner lieu à l'Accuſé de défendre
ſa cauſe , ou pour at
tendre que quelqu'un parle
pour luy. Cette maxime eſt de
Droit naturel ; c'eſt pourquoy
Senéque le Tragique diſoit .
Parte alterâ inaudita juſtum licet
)
GALANT.
ſtatuat ,
77
haud aquum judicat,
Pourquoy doncaccuſer d'abord
de diablerie ce pauvre
Aimar & fa Baguette ? C'eſt
agir contre les maximes du
Droit , car pour prononcer fur
de telles matieres de Pacte avec
les Demons , Argumenta debent
eſſefole meridiano clariora , outre
que Odia funt reftringenda , favores
ampliandı. Ce fut fur ce
principe qu'à des Dames plus
ſçavantes en ſcrupules , que
dans la connoiſſance de la belle
Phyſique , je fus obligé , pour
fatisfaire à leurs demandes , de
leur rendre les effets de la Baguette
hors de ſoupçon de
diablerie ; & cela fut cauſe que
je m'expliquay comme il s'enfuit.
Dieu dont les ſecrets font
impenetrables a permis aux
D3
78
MERCURE
Ames des deux perſonnesaffaffinées
dansleur cave à Lyon ,
le's Juillet dernier, de demeurer
auprés de leurs corps , en
attendant l'occaſion de faire
connoiſtre à tout le monde ,
qu'il voit , & qu'ildécouvre ,
quand bon luy ſemble , les cri
mes les plus cachez . Ainfi Jacques
Aimar étant deſcendu
dans cette cave , & ces Ames
demandant vangeance de leur
fang , comme il eſt dit dans l'Apocalypfe
, elles ſont entrées
dans la glande pineale de fonCerveau
, & en remuant à propos
les nerfs & les eſprits animaux ,
elles luy ont caufé ces grands
maux de coeur , & aprés ce Signal
ou avertiſſement interieur
, ces Ames dégagées de
la matiere , connoiſſant la route
des Aſſaſſins de leurs corps ,
(
GALANT .
79
ontremué les nerfs de Jacques
Aimar en la maniere neceſſaire
, pour diriger ſur terre fa
Baguette ſur les pas des Aſſaffins
, & fur la route qu'ils avoienttenuë
fur le Rhône &
fur la Mer. Ma pensée, quoy
que telle quelle , leur parut
plus raisonnable , que d'attribuer
au Demon les effets de la
Baguette , d'autant que le MalinEſprit
nelivre jamais entre
les mains de la luſtice les Impies
& les Scelerats de profeffion
; ainſi l'homme d'iniquité
a eu ſes Protecteurs .
l'eſpere guérir par des démõftrations
Phyſiques ces Scrupuleux
, dans la ſuite de ma Medecine
Univerſelle , dont on a
veu les commencemens dans
les Mercures des mois de luin,
C4
80 MERCVRE
Juillet , Aouſt , & Novembre
1687. où je démontreray fenſiblement
tout ce que Lemnius
rapporte De occultis Naturay miraculis
, tout ce que le grand
Medecin Fernela dit , Deabditis
rerum caufis , tout ce que
Fromondus avance dans ſon
Livre De fascinatione , toutes
les vertus Medicinales & proprietez
curieuſes qu'Anſelme
Boëce de Boot , Medecin de
l'Empereur Rodolphe II.attribuë
aux pierres precieuſes, &
enfin tout ce que l'on peut
croire,De transplantatione morborum
, dont le Sçavant Tenzilius
& le docte & curieux M.
Bartholin ont écrit .
l'examineray en dernier lieu
ce qui oblige à preſent les Polonois
à couper la teſte aux
corps morts de leurs parens
1
GALANT . 81
د
avant qu'on les mette en terre;
ou à leur mettre un hauſſecol
afin qu'ils ne machent point
leur fuaire ou drap dans lequel
ils font enſevelis , & pour empêcher
que par quelque ſympathie,
diſent- ils , ils n'attirent
le ſang de leurs parens , dont
les corpsenterrezonteſté trouvez
par tout couverts de ſang .
On attribuoit autrefois aux
Sorciers ce ſuccement du ſang
des veines.
Pour ce qui concerne l'art de
trouver les Sources , cela appartient
à monTraité de l'Elevation
des eaux, dont les principes
ſont dans mes Lettres ,
inferées aux Mercures d'Avril
&de Septembre 1688. & dans
le 18.Tome extraordinaire. Ie
n'ay rien a ajouter concernant
les veritables & les faux Pro-
DS
82 MERCVRE
phetes , les Devins , & les Pytons
, m'en eſtant aſſez expliqué
dans mon Traité des Propheties
, inferé dans les Mercures
du mois d'Août , Septembre
& Decembre de l'année
1689. & dans celuy de
Septembre 1690 .
à
le me reſſerre donc icy à la
Divination par la Baguette. Je
dis que la Baguette n'eſt point
abfolument neceſſaire , mais
qu'elle ſert,comme la longueur
d'une aiguille d'Horloge
rendre plus ſenſible lemouvement
de l'impreſſion , qui eſt
d'autant plus grande,qu'on ferre
plus fortement les deux cornes
de la Baguette , de même
qu'en preffant fortement avec
le pouce & le doigt Index , le
filetqui ſuſpend une bague au
milicu d'un verre à boire ,la
C
GALANT.
83
circulation du ſang s'y fait
eſſentir davantage, il ébranle
peu à peu le filet , & enfin la
bague par ſes vibrations , va
heurter les bordsinterieurs du
verre, & lors qu'on a compté
l'heure que l'on croit qu'il ſoit,
l'imagination ſuſpend ce propt
mouvement du fang , & on
ceſſe de preſſer le filet ; c'eſt
pourquoy les vibrations finiffent,&
labague ne frappe plus
contre le verre.
Ie dis encore,quela Baguette
peut fervir à la conduite
des corpufcules , juſque dans
lamain, demême qu'un qu'unbalay
trempé dans l'eau , mis en la
cheminée le manche en bas ,
ſert à attirer la fumée en haut ,
ce qui a donné lien aux ignorans
de dire que les Sorciers
ayant un Balay entre jambes ,
D6
4 MERCURE
0
les
montoient par la cheminée
pour aller au Sabat. De plus ,
je dis que l'homme armé des
deux cornes de la Baguette ,
doiteſtre conſideré comme un
Ayman armé , dont la force eſt
tres- notablement augmentée
Enfin je remarque avec le P.
de Chales leſuite , dans fon
Mundus Mathematicus , que
Baguettes priſes ſur les differens
arbres qui croiſſent ſur
differentes eſpeces de Mines,
font plus propres pour trouver
la même eſpece de métal , &
de ſes Mines , parce que les
pores de cesbois font plus conformes
à recevoir les corpufcules
de même métal, autour du
quel il ſe fait un tourbillon
ſemblable à celuy de la pierre
d'Ayman. Ce pere , qui est
d'un ſçavoir ,d'une probité,
GALANT .
85
L
11
۱۰
:
&d'une vertu conſommée, ne
traite pas de diablerie l'uſage
des Baguettes , pour trouver
les Mines & les Sources d'eau
ce qui fait queje ne crains pas
de dire , que l'effet de la Baguette
n'est pas plus criminel
que celuy de la Baguette de
Moïſe, qui trouvade l'eaudans
leRocher.
Enfin il eſt conſtant , que
dans tous lesfiecles on a parlé
de la Baguette de Coudre. Virgile
dans le II . Livre des Georgiques
dit Pinguaque cum verubus
torremns exta coturnis. Agricoladans
ſon Livrede ReMetallica
, n'a pas oublié de parler
de l'uſage de la Baguette de
Coudre & de renvoyer les
Sçavans curieux au Livre que
le Docte Anglois Flud a intitu-
Le Philofophia Mofaica, ils ſerone
86 MERCURE
د
ſatisfaits au ſujet de cette Des
vination par la Baguette de
Coudre. C'eſt un bois dont la
contexture des fibresadurapport
à une corde. C'eſt pourquoyſi
avec cette Baguette on
embroche quelque petite oifeau
cette broche tournera
d'elle .même , aprés qu'elle aura
eſtétres bien échaufée , car
l'humidité du corps de l'oiſeau
s'infinuantle long des fibres de
la broche , les détordra , & elle
tournerad'elle-même. Cela me
fait ſouvenir que les luifs pour
roſtir l'Agneau Pafchal , attachoient
les deux pieds dederriere
au montans de la Croix ,
& les deux pieds de devant
étendus ſur la traverſe , &
tournoient verticalement la
Croix.
C'eſt un fait incontestable ,
GALANT. 87
que l'uſage de la Baguette pour
trouver les Sources d'eau , les
Mines & les Trefors , ou les
Métaux cachez , étoit connu
dans toutes les Provinces de
l'Europe ; & il eſt vray que
Jacques Aimar eſt le premier
qui par hazard a remarqué que
ceux qui ont le talent de trouver
les Sources d'eaur,l'ont auſſi
pour ſuivre les Voleurs & les
Affaffins , en marchant par terre
ſur leurs veſtiges & ſuivant
leur route ſur la Riviere & fur
la Mer. Il l'a fait voir par experience
, ayant ſuivy par ordre
de la Justice au mois de
Juillet dernier , depuis Lyon
juſques à Beaucaire les trois
Aſſaſſins , tous trois natifs de
Toulon. Il trouva dans les Prifons
de Beaucaire le plus jeune,
nommé Joſeph Arnoul,bof
88 MERCVRE
fu . On le ramena à Lyon , où il
fut roüé le 30. Aouſt dernier, à
l'âge de dix - neuf ans . Aimar
donna la chaſſe aux deux autres
Affaffins, l'un nommé Thomas ,
Marinier de Galere , & l'autre
appellé André Peſe , Prevoſt
de Sale , marié à Toulon. Ils
étoient fortis du Port quelques
heures avant l'arrivée de Jacques
Aimar , qui les pourſuivit
juſqu'à l'entrée des Terresde
Gennes , ayant reconnu l'endroit
où ils avoient débarqué ,,
& les Oliviers ſous leſquels ils.
avoient couché .
Voicy comment Jacques
Aimar s'apperceut pour la premiere
fois qu'il pouvoit trouver
les corps afſaffinez & cachez
fous terre , & pourſuivre & reconnoître
les Aſſaſſins .
Jacques Aimar naquit
GALAN T. 89
Saint Veran , prés de S. Marcellin
en Dauphiné , le 8. Septembre
1662. entre minuit
& une heure. Ceux qui meritent
un logement dans les petites
Maiſons , je veux dire les
Aftrologues , font charitablement
avertis , que le Frere du
même Aimar , né deux ans
aprés dans le même lieu , & au
même mois de Septembre , n'a
point le même talent. Qu'ils
n'attribuent donc pas à l'influence
des Aftres ce dont ils
ignorent la veritable caufe. II
n'y a que le Soleil & la Lune
qu'on doit confiderer dans la
Medecine , dans l'Agriculture
&dans la Navigation.
Noſtre Jacques Aimar dans
fa 18.année cherchant de l'eau
dans une cave avec ſa Baguetſe
ſentit interieurement
te ,
१० ' MERCVRE
agité avec plus de violence
qu'à l'ordinaire , & dit qu'il y
avoit une abondante Source
d'eau en ce lieu là. On creufa
&l'on fut étrangement ſurpris
de trouver dans un Tonneau le
corps d'une Femme , fuſé dans
de la chaux on y trouva auſſi la
corde avec laquelle elle avoit
été étranglée, & cette Femme
avoit diſparu il y avoit quatre
mois . La Baguette fit des mouvemens
extraordinaires contre .
ſon Mary,qui ſe voyant décou-,
vert prit la fuite. Ce fut donc
par hazard , que J. Aimar reconnutque
ſon talent de trouver
des Sources d'eau , s'étendoit
à trouver les corps affaffinez
, à pourſuivre les Aſſaſſins
& les Voleurs , & à les reconnoiſtre
, aprés avoir receu la
premiereimpreſſion , & s'eftre,
GALANT . 91
pour ainſi dire , aymanté au lieu
où l'affaffinat & le vol ont été
commis ; cár étant ainſi comme
impregné des corpufcules &
fels volatils ou fixes émanez du
corps des Voleurs ou Affaffins .
Il reſſent la même agitation ,
lors qu'il marche fur leurs veſtiges
, & cette agitation interieure
eſt ſi violente , lors qu'il met
fon pied fur celuy du Criminel ,
qu'il tombe endéfaillance .
Ie répons maintenant article
par article aux demandes &
aux difficultez du R.P.le Brun ,
propoſées au R. P. de Malebranche.
La Baguette étant
fourchuë on met de l'or ou de
l'argent dans les mains. Pour
lors ſi le métal caché eſt de
même eſpece que celui qu'on
a dans les mains , la Baguette
tourne avec plus de force , &
92
MERCURE
l'on juge de la quantité & de
l'eſpece du métal caché, ce qui
a toûjours réufſſi à l'Aſtronome
M. Galet, grand Penitencier à
Carpentras ; la raiſon en eſt
évidente . Il ſe fait autour de
chaque métal , de même qu'autour
de toutes les pierres d'Aiman,
un tourbillon de certains
corpufcules , finguliers à chaque
métal . C'eſt pourquoy fi
le métal qui eſt dans la main ,
eſt de la nature du métal caché
, ils s'uniſſent & font une
impreſſion plus grande. L'exemple
eſt évidenten l'Ayman
armé , dont la preſence agite
davantage l'aiguille de la Bouffole
, attire de plus loin ,& retient
plus fortement le fer ; &
lors que le métal caché eſt
d'autre eſpece,que celuy qu'on
a dans les mains,la Baguette ne
GALANT.
93
fait aucun mouvement , parce
que les tourbillons de differens
métaux, ſont de differente cố-
figuration , & par conſequent
leurs effets ſont differens ; ce
qui paroiſt viſiblement par
l'eau forte , laquelle diſſout
l'argent & les autres métaux
moins nobles que l'or , auquel
elle ne touche pas. Que fi à la
méme eau forte on ajoute l'efprit
de ſel commun , on fait
l'eau Regale , dont les parties
acides du Nitre,devenuës plus
groffieres , font dans les larges
pores de l'or, l'effet des coings ,
en ſeparant les parties compates
de ce Roy des métaux , ce
que l'eau forte n'avoit pu faire,
parce que les parties acides du
Nitre étant plus minces paffoient
librement par les pores
de l'or ,& ne pouvoient paſſer
94
MERCVRE
par les pores plus étroits de
l'argent , ſans en ébranler les
parties compactes & diſſoudre
ſa maſſe; & par une raiſon contraire,
comme les parties acides
de l'eau Regale font plus groffieres
, elles ne peuvent entrer
dans les petits pores de l'argent
& ne peuvent par conſequent
le diſſfoudre .
Les larges pores de l'or font
que le Mercure monte tout à
coup le long d'une verge d'or ,
de même que l'encre monte
dans le tuyau de la plume par
la fente , quand elle n'eſt pas
trop ſeche , ce qui eſt encore
une autre raiſon de ce que le
Mercure ne s'inſinuë que tresdifficilement
dans le fer , dans
l'argent , & dans le cuivre , qui
ont les pores plus ſecs & plus
étroits que les pores de l'or.
GALANT. 95
ou
J'ajoûteicy une curiofité qui
me ſert à faire connoiſtre que
les corpufcules émanez des Mines
, des Méraux fondus , des
corps afſfaffinez , & de l'eau ,
modifiez , eftant entrez par les
pores de noſtre corps, yproduiſent
des agitations interieures,
en alterant , fermentant ,
coagulant le fang , les humeurs,
&les eſprits vitaux & animaux.
On fait des mouches ,
ou autres petits animaux que
l'air ſoutient & agite.En voicy
la maniere . Ces mouches font
premierement fonduës en argent
, puis couvertes d'une dorure
un peu épaiſſe;aprés quoy
ayant fait quelques petits trous
dans les parties les plus cachées
de lamouche,on la jette
dans de l'eau forte qui diſſout
tout l'argent , & ne laiffe que
96 MERCURE
!
i
l'épaiſſeur de l'or , qui eſt ,
pour ainſi dire , l'epiderme de
la mouche , eſtant comme la
dépouille du Serpent , ou de la
Cigale.
Quand à la demande pourquoy
tous les hommes n'ont pas
les mêmes talens que Jacques
Aimar , & pourquoy lors qu'il
eſt ſur l'eau découverte , il ne
ſent pas les mêmes émotions ,
qu'ilreſſent quand il ſe trouve
au deſſus des ſources d'eau cachées
en terre , & comment on
peut juger de l'abondance de la
Source , de ſa profondeur , &
des differentes terres qu'on
trouvera en creuſant , je répons
quetous n'ont pas les pores configurez
pour donner entrée à
ces atomes , & que les pores de
leurs eſprits animaux ſont configurez
de telle maniere , qu'ils
n'en
GALANT.
97
n'en peuvent eſtre ébranlez ny
alterez. Pour la preuve de cela
s'employe l'exemple de l'Eauforte
, qui diſſout l'argent& les
Metaux moins nobles, ſans tou .
cher à l'or , dont les pores font
differens de ceux des autres
Metaux , & au contraire les
atomes de l'Eau Regale eſtant
porportionnez aux pores de
l'or , en font la diffolution , &
ne pouvant s'inſinuer dans les
pores trop étroits des autres
Metaux , ils n'en peuvent é .
branler les parties ny en diſſoudre
la maffe . Je pourrois ajoûter
qu'il y a pluſieurs perſonnes
qui tombent en défaillance à
certaines odeurs de fleurs, comme
de la Tubereuſe , & autres ,
bien qu'elles foient cachées , &
que les mêmes odeurs plaiſent
ou foient indifferentes à d'au-
Mars 1693 . E
98
MERCVRE
tres. Enfin qu'il y a des yeux
tendres , ſur leſquels les yeux
d'autruy , principalement des
vieilles Femmes mal faines ,
font de malignes impreſſions ,
fur quoy les Parens diſent que
leurs Enfans ont eſté enforcelez
, ceque Virgile n'a pas ignoré
, puis qu'il a dit ,
Nefcio quis teneros oculus mihi
fascinatagnos.
Au ſecond Article , Pourquoy
l'eau qui eſt à découvert
ne fait point reſſentir les mêmes
émotions que les Sources
cachées , je dis que ſur l'eau à
découvert on ne ſentrien pour
trop ſentir, que les Sources fous
terre ont toujours quelque degré
de chaleur , & que ces vapeurs
traverſant la terre chan .
gent la configuration , ainſi
que l'eau , le vin & le vinaigre
THEQUE DE
DE
LA
VILLA
IYON
THEODE
DE GALANT. LBON
de
terres
diſtilez , la Rofée du mo
May , & le Serein du foir . Ces
vapeurs s'impregnent & fe
chargent de ſels ou atomes de
differente nature des
qu'ils traverſent en montant.
Cette differente modification
que l'eau reçoit par ladifferente
filtration de la diverſité des
pores de la racine des arbres des
plantes,produit la differece des
herbes des fleurs , & des fruits.
De même la differente modification
des vapeurs & des exhalaiſons
des Sources & des
Mines , fait ſentir differentes
émotions aux Devins à la Baguette
, fur leſquelles émotions
de même que les Medecins fur
les differens Battemens du
pouls , aprés de longues experiences
, forment des regles
pour juger de la quantité &
E
E 2
TOO MERCVRE
profondeur des Mines , des
Métaux cachez , & des Sources
& de la differente nature ,
ou eſpece de terre qu'on trouvera
en creuſant .
Les Devins à la Baguette ne
peuvent ſentir d'émotion ſur
l'eau decouverte , parce que les
parties cylindriques n'étantmodifiées
ny impregnées d'aucun
fel terreſtre , ne peuvent alterer
ny faire fermenter le ſang,
les humeurs , ny les eſprits animaux
, & cependant ils découvrent
la vaiſſelle, l'or & l'argent
monnoyé , en quelque part
qu'ils foient cachez en terre ,
ou en autre endroit , parce que
les Métaux eſtant forgez , frapez
, & battus acquierent' ,
demêmeque le fer trempé , des
tourbillons ſemblables à ceux
de la pierre d'Aiman , & d'au
GALANT. ΙΟΙ
tant que les corpufcules qui
émanent des Métaux forgez ,
font durs , inflexibles , & infiniment
plus fubtils que ceux
de l'eau , ils produiſent ſans autre
ſecours les alterations &
émotions en la perſonne des
Devins à la Baguette .
د
Ala demande, Comment ces
corpufcules ou ſels fixes ou
volatils , émanez du corps des
affaffins peuvent ſubſiſter
fur la terre fur l'eau , & fur
la mer
د
د
malgré les vents &
2
les orages , je répons qu'ils
ſubſiſtent de même que les
tourbillons de la matiere ma .
gnetique autour de l'Aiman
& que ceux qui ſont émanez
du Lievre & du Cerffubfiftent
fur les Rivieres & fur les Etags ,
dont les chiens reffentent l'impreffion
, ces corpufcules cau-
E3
102 MERCURE
fant des effervescences ſemblables
à celles qui proviennent
du mélange de l'eſprit de
Vitriol avec l'huile de Tartre,
ou de tout autre fel Acide avec
un fel vuide , ou Alkali. Il ya
plus de cinquante fix ans que
j'avois un Barbet qui alloit
chercher , & trouvoit dans le
fond de la Durance entre un
million de cailloux , celuy que
j'y avois jetté, aprés que je l'avois
tenu quelque temps dans
la main. Cela me fait ſouvenir
d'avoir lû dans Vvandelmont
quelque choſe de plus furprenant.
Il dit qu'ayant mis dans
fa main certaine herbe, & tenu
enfuite quelque temps la patte
d'un petit chien, il l'aimanta fi
fort, pour ainſi dire ,que la Maiſtreſſe
du chien ne pût l'empêcher
de le ſuivre,quoy que luy -
1
103 . GALANT
même le maltraitaſt .
Ladurée de ces corpufcules
& leurs effets ſe prouvent par
l'exemple des corpufcules de la
Lepre qui demeuroient attachez
aux murailles , ce que
Moyſe aſſure dans le Levitique .
Apreſent les Marfillois , où la
Phtiſie eſt fort commune , raclent
religieuſement les murailles
des chambres habitées
par des gens infectez de cette
maladie.
J'ay connu des perſonnes qui
ont eſté attaquées de la Goute
pour s'eſtre ſervies du fauteüil
d'un Gouteux , leſquelles en
furent delivrées aprés avoir
brûlé la chaiſe . Ainfi Hyppocrate
confuma par de grands
feux les atomes de la Pefte.
L'experience a fait voir que fur
les ſieges de ceux qui ſouffrent
歲E 4
104 MERCURE
4
,
des Hemorroïdes , ou la Diſſenterie
, il y demeure des corpufcules
qui communiquent le
même mal aux autres ; & pour
faire connoiſtre la force que
ces corpufcules émanez de
l'eau , des Métaux cachez &
des corps des Afſaffins , ont de
faire reſſentir de violentes impreſſions
& alterations aux
corps des Devins à la Baguette,
il ſuffit d'avoir remarqué que
lors qu'une Femme en certain
eſtat entre dans une cave, tout
le vin ſe gâte,& le Pourceau fe
corrompt d'une étrange ſorte
dans le ſaloir .Enfin , pour démontrer
que les corpufcules
dont il s'agit, ſubſiſtent malgré
les vents & les orages ,il ne faut
que faire reflexion,quede chaque
point des objets , méme les
plus éloignez , par une pyramiGALANT.
105
de de rayons,dont la baze étant
entrée par la prunelle de l'oeil
fur le criſtallin , forme par la
pointe de la même pyramide
renverſée, ou Pinceau optique,
le même point de l'objet ſur la
Retine, ſans que les vents puifſent
détourner ces rayons qui
viennent en ligne droite. On
voit avec plaiſir tout le miſtere
des eſpeces ou peintures des
objets ſur un drap , ou papier
blanc dans une chambre obſcure;
& ce que tous les Philoſophes
ont de la peine à expliquer
c'eſt que dans le même
trou toutes les images des differens
objets ſe trouvent confonduës,
& aprés s'eſtre entrecroiſées
, ſe débaraſſent à certaine
diſtance , ſuivant la longueur
du foyer ſolaire du verre
convexe , qu'on a mis ſur le
E
S
106 MERCURE
trou fait au voler de la chambre
obfcure , pour ſe peindre fur le
drap ou papier blanc,avec leurs
vives couleurs, mais en ſituatio
renversée. Pour expliquer ce
qu'il y a de plus difficile dans
l'Auguſte Sacrement du Corps
de J. C. j'ay employé cette experience
dans
Instruction pour réunir les Eglifes
P. R. à l'Eglise Romaine. Ce Livre
eſt imprimé en 1678.par
le Sr Pepie au grand S. Bafile ,
ruë Saint Jacques .
ma nouvelle
Je ne puis croire ce que le
Pere le Brun avance , que le
confentement de deux Voifins
à ne plus ſe ſervir des bornes
plantées , ofte la premiere convention
, àmoins quede reconnoiſtre
avec les Payens les
Dieux Thermes , & le pouvoir
de les attacher à des bornes , &
GALANT.
107
de les congedier quand on ne
voudroit plus s'en ſervir .
Si lemeſme Pere parle juſte ,
lors qu'il dit que c'eſt un fair
conftant , que les Devins à la
Baguette trouvent les chemins
perdus , il eſt auſſi vray de dire
que.
Les Peuples affranchis de l'Empire
Iberous ,
Qui soumis à Nassau ont ceffé
d'estreRois .
( J'entens les Hollandóis par
ces Peuples ) auroient grand
beſoin de Jacques Aimar pour
trouver la hauteur de la route ,
par laquelle eſtant vivement
pourſuivis par les Vaifſeaux
Anglois , ils abregerent leurs
voyages en venant du Japon par
les Mers Septentrionales.
Voicy quelque chofede plus
confiderable&de plus poſitif.
E6
108 MERCURE
J'ay leu'autrefois dans le ſecond
Livre des Machabées , Chapitre
2. depuis le 4. verſet , quavant
, que Nabucodonozor prift
Jerufalem , Le Prophete Jeremie
fit par l'ordrede Dieu tranfporter
le Tabernacle , l'Arche
d'Alliance , & l'Autel des parfuns
, & qu'il les cacha dans une
Caverne de la Montagne du
haut de laquelle Moyſe avoit
vû la Terre de Promiffion ; mais
comme quelques Juifs l'avoient
ſuivy à ſon infçen , pour remarquer
l'endroit , Jeremie les reprit
aigrement , proteſta que ce
lieu ne feroit point decouvert
que vers la findu monde . Or
cette Montagne eſt appellée
Nebo dans le dernier Chapitre
du Deuteronome.En voila affez
pour porter nos Devins à la
Baguette à faire un voyage en
GALANT. 109
Jerufalem pour trouver le plus
riche & le plus facré des Trefors
caché depuis deux mille
trois cens quatre ans .
Si. M. Panthot , Doyen au
College de Medecine à Lyon
ne s'eſt pas trompé dans ſa Lettre
, à M. Daquin , premier
Medecindu Roy, affſeurant que
la Baguette tourne ſur les Femmes
& fur les Maris qui ont
fauffé la foy promiſe au Sacrement
de Mariage , les deux
Sexes vivront dans une recipro -
que fidelité , & on n'aura plus
beſoin du facrifice de jaloufie ,
ny des eaux ameres que la Femme
ſoupçonée étoit obligée de
boire en preſence du Preſtre
& de ſon Mary , ſuivant Tordonnance
de Moyſe , écrite au
long dans le 1. Chapitre du
Livre des Nombres . LeGrand
T
:
MERCVRE
:
Aufone dans fon Idile 15. digne
de la Muſe Françoiſe de
Madamedes Houlieres , ne diroit
plus .
Quodvita Sectabor iter , ſi ....
.... Pænaque graves in cælibe
vitâ
Conjugis , at gravior custodia
vana maritis .
La crainte du mouvement
de la Baguette ſuſfiroit au Mary
pour retenir ſa Femme dans
le devoir conjugal , & par ce
moyen il vivroit tranquillement
dans fon ménage , pourvû
que luy- même fuſt dans ſa
conduite tel qu'il veut paroître
dans l'eſprit de ſa Femme .
Je dis que le talent des Devins
à la Baguette peut eſtre
alteré , & même ſe perdre par
le changement d'air , de nourriture,
& par les agrémens du
GALANT. III
mariage , parce que leur temperament
venant à changer ,
les eſprits vitaux & animaux
ehangent de configuration . Je
dis outre cela,que les Devins à
la Baguette peuvent eſtre en
défaut , lors que des perſonnes
d'autorité les infultent ou les
raillent; car pour lors la crainte
cauſant en eux de fortes & interieures
émotions, ils ne peuvent
reſſentir celles des corpufcules
étrangers , émanez
des pieces d'or cachées en terre.
Par la même raiſon les Medecins
ſont ſouvent trompez
au jugement des maladies par
les prompts & differens battemens
du pouls,que la memoire ,
ou la preſence d'une perſonne
aimée, caufent. Les Anciens
nous fourniſſent pour exemple
ce Prince qui par une agitation
112 MERCVRE
extraordinaire de pouls à la
preſence de ſa Belle- Mere , fit
connoiſtre àfon Medecin qu'il
en eſtoit ſecretement amoureux
, ce qui porta fon Pere à la
luy ceder afin de luy faire recouvrer
ſa ſanté perduë. Je dis
encore que pluſieurs perſonnes
ont ſans le ſçavoir, le mêmetalent
que Jacques Aimar , &
pour le reconnoiſtre , qu'ils
prennent ma Baguette. C'eſt
un jet de Coudre,les branches
forment la lettre Y. Le tronc a
un pied de longueur , & une
des cornes en a autant,car l'autre
eſt coupée à trois pouces
prés du tronc . Qu'ils empoignent
d'une main le tronc de
la Baguette,& de l'autre la longue
corne, la paume des mains
tournée vers le Ciel,la Baguette
tournera ſur l'or , de même
GALANT.
113
1
que la broche de Coudre tourne
auprés du feu. J'ajoute enfin
qu'on peut facilement voir
l'experience de la Divination
par la Baguette.M.Geofroy,un
des plus Sçavans Apoticaires
de l'Europe , a chez luy un
Garçon , nommé Pierre Tonnelier,
de Nogent ſur Seine,né
le 24. Septembre de l'année
1669. Ce Garçon a les che .
veux noirs & la barbe rouſſe ,
&fans ſe ſervir d'aucune Baguette
, il ſent des palpitations
de coeur , lors qu'il eſt deſſus
ou fort prés de quelques pieces
d'or que l'on a cachées en
terre. M.Geoffroy m'a aſſeuré
en avoir vû pluſieurs fois l'experience
, lors même que ce
jeune homme n'eſtoit point
averty qu'il euſt caché de l'or
dans ſon Jardin . Letalent de ce
114 MERCURE
Pierre Tonnelier a quelque
choſe de plus fingulier que celuy
de lacques Aimar, puis que
ſans Baguette il trouve l'or caché
en terre. Il en a fait voir
l'experience à Madame de Louvois
en ſa maiſon , enſuite à
M. l'Abbé de Louvois dans
le lardin de l'Academie des
Sciences , où à la verité il
manqua au premier coup par
les railleries , & les brocards de
quelques-uns de la compagnie,
mais ſes eſprits étant remis , il
réüſſit un quart d'heure aprés ,
puis qu'il trouva pluſieurs fois
l'or que l'on avoit caché. Ila
encore depuis prouvé ſon talent
chez M.le Preſidet Nicolaï
où l'on employa toutes fortes de
rufes pour le tromper & pour
le furprendre , & depuis pou
de jours il a encore réuſſi ſans
GALANT . 115
hefiter , ayant trouvé deux
Lois d'or que Madame de
Morangis avoit elle même cachez
en deux differensendroits
du Jardin de ſa maiſon ruë S.
Louis , prés la Place Royale.
Cejeune homme vient ſouvent
chez moy , je l'ay examiné à
fond , & l'ay trouvé un bon
Iſraëlite , dans lequel il n'y a
point de fraude, &je fuis preſt
quoy qu'Aveugle , à luy donneren
qualité de Docteur en
Theologie , & de Chevalier de
l'Inquifition du S. Office , à luy
donner dis -je , mon Approbation
, & atteſter que la Divination
par la Baguette a ſes cauſes
Phyſiques naturelles , fans
mélange de pacte explicite, ou
implicite.
l'ay cru, Monfieur , ne devoir
rien obmettre de ce qui
116 MERCURE
peut ſervir à l'éclairciſſement
de la Phyſique des effets de
la Baguette. C'eſt pourquoy
je joint icy la copiede la Lettre
que je viens de recevoir. Elle
eftde M. Geoffroy le Fils , aux
Etudes de Medecine à Montpellier.
Je ſuis avec beaucoup
de reſpect , Voſtre tres , &c .
L'AVEUGLE COMIERS ,
Preſtre dans l'Hôpital Royal
des Quinze-vingts .
GALANT . 117
:
LETTRE
CONCERNANT
LA DIVINATION
PAR LA BAGUETTE.
Ecrite de Montpellier par M. E.
F. G. à M. Comiers,Preſtre,
Docteur en Theologie .
MONSIEVR ,
Ie mesuis déja acquité de la
promeſſe que je vous avois faite
en partant de Paris , de vous
rendre compte de ce que je verrois
de remarquable dans mon
voyage. Vous avez pû voir les
petites Relacions que j'en ay en
118 MERCURE
voyées , & il ne me reſtoit plus
qu'à vous mander ce que j'avois
pû apprendre touchant cette avansure
, fi extraordinaire , arrivée
à Lyon , & dont on commençoit
àparler à Paris dans le temps
de mon départ. le voulois vous
écrire ce qu'on pensoit là- deſſus
dans ces quartiers , mais ayant
vú , que quelques-uns , sans se
donner la peine de refléchir deſſus,
croyoient avoir pluſtoſt fait d'accufer
Aimar de Magie & de
Pacte avec le Diable ; que d'autres
rapportoient cette vertu à la
Constellation; que quelques autres,
qui nefontpas les moins finceres ,
avonoient leur ignorance ,
qu'enfin les plus habilesgens d'icy
Suſpendoient encore leur jugement
& vouloient en avoir une entiere
certitude , je me fuis crú obligé ,
Monfieur,fans attendre les fen-
نم
GALANT. 119
timens des autres , d'examiner moy
mesme avec methode un fait fi ex-
- traordinaire , & de vous mander
ce que j'en pensois. Comme ie ne
doute pas que vous n'ayez eu des
descriptions fort exactes de lamaniere
dont on découvrit à Lyon le
meurtre du Cabaretier & de fa
Femme ,ie ne m'arréteray pas à
vous en marquer les circonstances ;
iene m'attacherayseulement qu'à
ce qui regarde l'homme &Sa Baguette-
Jacques Aimar Vernay ,
âgé de trente ans ou environ;natif
de S. Veran ,prés de S. Marcellin
en Dauphiné , a lafaculté de découvrir
les endroits de la terre on
font les eaux , les Metaux ,
bornes des terres qui ont esté changées,
les Voleurs,les linges& nipes
cachées,les Meurtriers & les corps
assassinez& cachez, & non -seulement
cet homme a cettefaculté ,
les
:
120 MERCVRE
mais plusieurs personnes l'ont comme
luy ,& voicy comme ils procedent
pour découvrir ces choses.
Pour trouver les eaux & les
Metaux,ilsprennent uneBaguette
fourchue de la figure d'un Y , &
tenant les deux branches dans
leurs mains , ilsse promenent infqu'à
ce que la troisième pointe j'inclinant
iusqu'à estre preste àrompre
, indique le lieu precisement
oùsont les eaux & les Metaux.
Quelques - uns pour le mesme effet
Sefervent d'unefimple Baguette ,
qu'ilstiennent par l'une des extremitez,
ou qu'ilsſuſpendent parle
milicufurle bout du doigt en forte
que l'un des bouts ſoit tourné vers
eux ,&lors qu'ils paſſentſur l'eau
onfur les Mines, l'autre bout de la
Baguette se baiffe , & montre par
Saplusfoible ou forte inclinaison le
plus ou le moins deprofondeur dela
maticre
GALANT . 121
:
- matiere qu'on cherche. Pour trou .
ver les Meurtriers & les corps
afſaſſinez, cet hommefait pluſieurs
tours dansle lieu où a esté fait
l'assassinat jusqu'à ce qu'ayant
trouvé precisement l'endroit du
-- Meurtre , tant par l'inclinaison de
la Baguette que par un reffentiment
dans lequelfon pouls devient
extraordinairement agité, ilpâlit,
il tombe ensueur , &mesme en défaillance
, s'ily reſte long- temps.
De-làposant les pieds ſur lesveftigesdes
Meurtriers,illesfuit ainfi
pas àpas reſſentant à chaque pas.
de l'émotion & le mouvement de la
Baguette. Les eaux qui pourroient
Serencontrer au paſſage , n'empeschent
point que cet homme ne decouvre
les veſtiges des Meurtriers,
car ilfent les mémes agitations ſur
l'eau dans les endroits où ces gens
ont paffé. Cette émotions'augmente
Mars 1693 . :
F
122
MERCVRE
à mesure qu'ilapproche des Criminels
, iusques à tomber en deffail
lance quandil en est fort proche,&
pour se remettre il est obligé de
quitter leurs traces.
Pour trouver la chose derobée;
il se transporte fur le lieu où elle
a estépriſe. Sa Baguette tourne ,
& l'agitation interney commence.
Ilſuit la piste du Voleur qu'il connoist
infailliblement , en mettant
fonpiedfur lefien , car pour lors ,
&fon agitation augmente &sa
Baguettetourne fur le Voleur. Ce
font. là les principales circonstarces
du fait dont il s'agit auiourd'huy
, & que plusieurs regardent
commefurnaturel. Pourmoy , qui
fuis tres- convaincu du peu de connoißance
que nous avonsdes effets
que la Naturepeut produire , ie ne
vais pasſiviſte,& crois que quand
nous nepouvons pas en decouvrir
GALANT. 123
les refforts cachez , ilvaut mieux
avouer nostre ignorance que de
pretendre renverfertout le bel or
dre étably dans les chofes , &les
Loix inviolables de la Nature.
Examinonsdoncfans preoccupation.
& avec exactitude, de quelle maniere
les causes naturelles feules
peuvent concourir à tous ces effets,
que l'on auroit attribuezautrefois
àlasympathie , & pour commencer,
conſiderons d'abord que
A Tous les hommes n'ont pas la
faculté de trouver les eaux.
Que plusieurs de ceux qui ont
la faculté de trouver les eaux &
lesMetaux, ont aufficelle de trouver
les Voleurs ,les Meurtriers ,
&les corps afſaſſinez& cachez .
Queceux qui veulent decouvrir
ces choses, prennent une Baguette
enmainquife courbe fur le lieu du
Meurtre , oudu Vol, ou fur les inf
F 2
124 MERCURE
trumens ou lespas des Criminels&نم
Surles Criminels mesme.
Ils doivent commencer par se
transporter fur le lieu où le crimé a
esté commis , & de là suivre les
Criminels , enmettant les piedsfur
les pas des Criminels qui leurfont
indiquez par la Baguette.
,
Iln'importe de quel bois , ou de
quelle figure foit la Baguette.
Ceux qui ont cette vertu
estrnt sur le lieu où le meurtre
aura esté commis , ou estant fur
Les traces des Criminels , souffrent
des agitations , telles qu'unhomme
qui entre dans lafievre ; leur pouls
s'éleve , & il leur prend quelquefois
desſueurs &des défaillances .
Ils peuvent distinguer les traces
de differens Criminels par les agitations
plus ou moins fortes qu'ils
reffentent fur les unes &fur les
autres ,& par la violence avec
GALANT. 12
laquelle la Baguetteſe baiſſe vers
les uns & vers les autres.
out
Avant que de rendre raiſon de
ce que je viens d'avancer ,
on tombera d'accord avec moy .
1. Qu'il part de tous les corps
animezou inanimez , des corpuscules
dontpluſieurs nes'écartent que
jusqu'à une certaine distance des
corps d'oùilsfont partis,& peuvent
y retourner auffi tost , & que quelques
uns de ces corpuscules en font
écartez& jettez au hazard en
differens endroits,ce que l'on m'accordera
fans peine , ſi l'on considere
que n'y ayant point decorps, quel
quesolide qu'ilfoit , que la Matierefubtile
ne penetre continuelil
lement est impoſſible qu'en
,
Sortant avec impetuofité de ces
corps , elle n'en enleve des parties
qu'elles en detache ,& dont elle
quitte les unes aussi - tost qu'elles
E 3
126 MERCVRE
fontforties, leur laiſſant la liberté
de retourner vers leur tout , & en
pouffe quelques autres affez loin
pour les empeſcher de revenir ,&
ces parties estant ensuite abandonnées
par la matierefubtile s'attachent
aux corps qu'elles rencontrent.
2. Qu'il part beaucoup de ces
corpuscules des liquides , ce qui
est confirmé par leur diminution
Senfible.
3. Qu'il en part une tres-grande
quantité des corps vivans ,ce
qui provient du grand mouvement
quiſe paſſe continuellement au dedans
de ces corps.
4. Que dans ces hommes ces
partiesfont ordinairement fulphureuſes
, ce que je conjecture des excremens
Sulphureux , qui fortant
du corps par les pores de la peau.
faliffent les linges dont le corps eft
couvert.
1
GALANT.
127
5. Que cessoupbres quifont pour
l'ordinairela baze de ces écoule
mens ,font souvent mélangezde
differentesparties , comme de fels
ou fixes ou volatiles , de parties
terrestres ou de parties ſpiritueuses,
Suivant les differentes habitudes
du corps.
6. Que ces parties , doivent
s'embiraffer dans lespores du corps
qu'elles rencontrent, &y rester un
tres long-temps , à moins que les
parties de ce corps ne foient détruites.
7. Que quoy qu'ilfoit fort difficile
deconcevoircomment ces parties
pourroient reſterſur l'eau ,
dans l'airquifont dans une continuelle
agitation , ellesy restent cependant
, ce qui nese peut faire
que parla liaison là connexité
que ces parties,que n'us avons dit
efire fulphureuses , ont entr'elles
E 4
128 MERCURE
qui forment comme une chaîne
qui estant d'ailleurs affezfubtiles,
échaperont aisément aux parties
de l'air de l'eau.
8. Que dans ces liquides ,
particulierement dans l'eau , les
parties qui en exhalent font les
parties mesme du liquide, qui ne
changent point de nature , & qui
font enlevées parla matiere Subtile.
9. Que dans les Métaux ,
furtout dans leurs Mines , ily a
beaucoup de Souphres qui peuvent
s'élever avec quelques autres parties
de ces Métaux , &former ces
écoulemens métalliques , ce qui est
encore confirmé par les odeurs que
rendent l'argent , le cuivre ,
fer.
le
Cela posé,nous commencerons par
rendre raison du mouvement de la
GALANT.
129
Baguette entre les mains de certainesgens,
en certains endroits ,
non en d'autres ,
mains.
en d'autres
Nous chercherons ensuite quelle
est la cauſe qui la peut faire courbersurles
Eaux&fur les Mines
en certaines mains , enfin nous
tacherons d'expliquer la cause du
mouvement de la mesme Baguette,
des agitations que reffentent
certaines gensfurles lieux où quelque
crime a esté commis ,fur les
traces des Criminels , fur les
Criminels mesmes.
Quant au premier chef, nous
avons dit quil partoit de tous ces
corps, des écoulements fortfubtils.
Cesparties rencontrant au tour des
Corps l'air qui ne leur donne pas
un paffage tout à fait libre ;font
repoussées en quelque façon par cet
airvers le corps d'où ellesfont par-
E.
130 MERCURE
par
ties. Si ces écoulemens enfortant
du corpsde l'homme rencontrent un
autre corps qui ait des pores des
canaux , & dont laſtructure leur
favorise le paffage ,il arrive fans
douteque la plus grande partie de
ces émanations coulera ,
les canaux ou poresde e corps ,
lelongdece corps, end'autantplus
grandequantité; que l'airreſiſtera
aucours de ces émanations. Or rien
n'est plus propre , à faciliter ce
pelige à ces parties qu'une Ba...
guette,quelque figure quelle puiffe
avoir, car personne n'ignore que
les arbres,comne tous les vegetaux ,
ont des canauxdans lesquels circule
une liqueur qui vade la racinevers
les extremitezdes branches ,
de ces mesmes extremitez vers la
racine. Il arrivera donc que lors
qu'un homme tiendra une Baguetse
en main ; les parties qui forti-
7
GALANT.
131
en
ront defa main entreront dans les
canaux , se glifferont le long
de la Baguette jusques à l'extre -
mité ,& par unefuite neceſſaire
il s'y ioindra auſſi quelques autres
partiesqui émanent du corps ,
cas que ces parties ayent affezde
fubtilité de mouvement pour
aller au-delàde la Baguette. Ie
dis , encas que ces parties foient
affezfubtiles , avent affez de
mouvement , parce que ie pretens
que ces écoulemens ne soient pas
Les meſmes dans tous les hommes,
comme iel'ay dit dans la cinquiéme
demande.
Le crois doncque quoy que dans
tout les hommes ces emanations
foient composées de souphres des
parsies falines , Spiritueuses
terrestres , cependant dans quelques-
unes iln'y a presque que des
Souphres tres-peu des fels
E6
132
MERCURE
d'esprits. Dans d'autres cesfouphres
font en moindre quantité , ou plus
exalterCes écoulemens contiennent
plus d'efpr.ts , oupeut-estre plus de
Sels volatils. Si donc ces émanations
font fort craßes , elles ne
pourront pas s'étendre fort loin ;
il n'y en aura qu'une tres - petite
quantité qui s'engagera dans les
poresde la Baguette; encore mesme
T'air leur resistant au fortir de
cette Baguette , empefchera que
cesemanations ne produisent aucun
effet. Si au contraire ces parties
fontfortfubtiles &affez en mu
vement pour s'estendre affez loin
bors le corps , elles entreront en
quantité د avec impetuſité
dans les pores de la Baguette ,
mesme se glifſferont le long des
fibres exterieures , les premieres
feront ſuivies de la meilleure par
tie des écoulemens des autres par
GALANT. 133
ties du corps qui se trouveront engagées
àsuivre ces premieres vers
La Baguette , & estant arrivées
à l'extremité de la Baguette , leur
actionſera encore plus forte four
produire ces effets dont il s'agit ,
premierement pourquoy La Baguette
s'émeurfur les eaux &Sur
les Mines, nous avons dit dans la
Seconde demande qu'il partoit des
corpuscules de tous les liquides ,
entre autres de l'eau ,
huitième,que ces corpuscules n'eftoient
autre chose que ces parties
mefmes du liquide.
dans ta
Il arrivera donc que dans les
lieux où ily aura de l'eau,il s'éle
vera une vapeur quise fait méme
voir quelquefois ; que ces vapeurs
feront plus condensées proche de
la terre que dans l'air. Confiderons
avec cela que ces émanations qui
fortent de l'extremité de la Ba
134
MERCVRE
guette , rencontrant ces parties
d'eau , doivent trouver un paffage
beaucoup plus libre entre ces parties
, qui estant plus groſſieres que
celles de l'air , ont außi de plus
grands pores , &que d'ailleurs ces
vapeurs ne permettant pas à ces é
culemens de s'écarterſi loin , les
tiennent plus refferrées ,& font
qu'ils ont plus de force pour agir
ques'ilsfer pandcient de tous cotez.
Outre cela ces émanationstrou
vant lesparties d'eau plus condenféesvers
la terre, s'avanceront tou
iours entre les pores où elles rencontreront
moins de parties d'air. Ces
emanations enfortant de laBaguette
ayant une fois pris leur cours
vers un certain coſté , doivent agir
fur les parties de la Baguette du
cofté de leur pente , les pouffer à
Suivre leur détermination ,
écartant l'aird un coſtéobligerse.
e
EQUR DE
LYON
*
1893*
GALANT.
135
luy qui pese fur la Baguette de
l'autre costé de la determiner à
Suivre le cours de ces écoulemens ;
ce que l'on verra plus clairement
parunefigure .
Soit A. B. C.une Baguetteque
ieſuppoſe creuse. Lesprints,G.font
Les écoulemens quiſont determinez
àcouler vers F. Ils font efforfur la
partie interne du coſté C. de la
Baguette, commençant ày don
ner la premiere determinationpour
La courbervers F. les écoulemens en
foriant de laBaguette avec rapidité
écartent unpeu les parties d'airqui
fontfous G. quifont representez
par lespoints ... E. d'où il s'enfui
proit que l'effort quefont les autres
partiesd'airſurlecosté A. de la
Baguette nestant plus contreba-
Lancéen G. poußera encore la Baguette
vers F. ce qui se fera
avec d'autant pluside force que la
Baguette feralongue..
136
MERCURE
4
La raison pour laquelle les mê .
mes choses arrivent sur les Mines
Sur les Metaux , n'est pas fort
differente . Nous avons dit qu'il
partoit des corps Metalliques des
écoulemens , que ces écoulemens
font engrande quantité,puis qu'ils
Se font sentir par l'odorat dans
L'argent ,le fer & le cuivre,&qu'ils
Sont composez, autant que nous le
pouvons conjecturer , de beaucoup
desouphres , de quelques fels &de
terre . Cela posé ,les parties Subtiles
&Spiritueuses rencontrant, lors
qu'ellesfortent de la Baguette , les
emanations des Metaux s'embarafſferont
dans les pores des parties
Sulphureuses qu'elles diviferont par
leur activité , à quoyelles feront
encore aidées par quelques parties.
Salines qu'elles debarafferont , ce
qui fera une espece de fermentation
, quiestant une fois commen--
GALANT.
137
cée en cet endroit , fera jour aux
autres parties qui fortiront de la
Baguetie , & qui ayant pris leur
determination vers ce costé obli
geront la Baguette de s'y pancher,
comme nous l'avons fait voir cydeſſus.
Nous avons encoreà expliquer la
cauſe du mouvement de la Baguette
entre les mains de certaines per-
Sonnes & les agitations qu'elles
reffententfur les lieux où quelque
crimea esté commis , far les traces
des Criminels & fur les Criminels
mèmes ,& pour cela je n'ay que
deux choses à confiderer ,sçavoir
les corpuscules qui partent du corps
de celuy qui veut decouvrir,& ceux
qui partent des corps des Criminels,
&qu'ils ont laißezdans les endroits
où ils ont passé.
Quant aux écoulemens quipartent
du corps de celuy qui decouvre,
138
MERCVRE
j'ay dit que je croy qu'ils doivent
estre fort subtils , & composez de
parties spiritueuses
Suffit.
ce qui me
Pour les autres , après avoir
examinéquelle peut estre la difference
d'un criminel à un autre
homme,je ne trouve rien qui puiſſe
changer l'habitude de fon corps
que ce quiſepaſſeen lay , lors qu'il
commet un crime qu'il sçait estre
crime , ce que je croy fort capable
defaire en luy unfortgrand changement.
Lors qu'unhomme commet
un crime,il est agité d'une crainte
accompagnée d'une eſpece de colere
Noussçavons quequand l'ame est
agitée de crainte , cette crainte
empeſche que les esprits ne soient .
portez en affez grande quantité
vers les extremitez , ce qui fait
que le plus souvent nous voyons les
gens agitez decette violentepaſſion
GALANT. 139
paflirzleurs extremitez deviennent
froides& ils ont peine àſeſoutenir
&à agir par le defaut d'eſprits
Dans la colere , les esprits font
ordinairement portezavec rapidisépar
tout. Lesang coule avecimpetuosité
dans les vaisseaux. On
voit à ces gens -làles yeux&levi.
Sages'enflamer, lors que cette paffion
est fente , mais lors qu'elle se
trouvé jointe avec l'autre que nous
venons d'expliquer , pour lors les
espritsnesont pouffezqu'avec peine
vers les extremitez; mais ils
coulent abondamment versle coeur.
Lefang coule tres-lentement dans
les vaiſſeaux un peu éloignez da
coeur , & comme il fort abondamment
du coeur, & que trouwant
les vaisseaux encore pleins il le
gonfle extrémement & cause au
coeur lespalpitations par les efforts
qu'ilfaitpour vuiderlefang que
;
140
MERCURE
celuy des vaißeaux empefche de
fortir, auſſi voyons-nous cesgens-là
devenir bouffis , ne respirer qu'avec
peine, &reßentir quelque fois
degrands battemens de coeur. Je
Sçaybien que dans tous les Criminels
il ne s'y paſſe pas toujours des
mouvemens fi confiderables , mais
onne peutpas nier qu'il ne s'y paſſe
quelquechose à peu-prés demesme.
Or l'habitude de leur corps ne
peut estre alterée, que les corpuscules
quien émanent ne souffrent
auffi quelque changement , & je
crois pouvoir affigner avec quelque
vrayfemblance,la nature des écoulemens
des corps de ceux qui commettent
quelque crime, en disant
qu'ils contiennent beaucoup de
parties Sulphureuſes fort craßes
qui envelopperont quelques parties
falines& tres-peu volatiles. Ces
Emanations Sulphureuses s'atta
GALANT.
141
cheront aisément aux corps qui
toucheront les Criminels aux endroits
où ilsmettront les pieds , &
où ils paſſeront , &y resteront un
tres- long tempsfans s'exhaler , &
principalement lors que la paſſion
aura estéviolente, comme dans un
meurtre qui fe manifeste mesme de
temps en temps au dehors parquelque
triſteſſe on inquietude qu'ils ne
peuvent pas toujours cacher, ce
qui fait que les corpuscules qui
Sortiront de leurs corps pendant
an long- temps ,seront à peu-prés
de la mesme nature que ceux qui
fortoient pendant l'action.
Nous n'aurons pas de peine à
concevoir presentement comment
l'hommeà la Baguette , ou autre
qui ait la mesme vertu ,se transportant
dans un endroit où un
meurtre aura esté commis, ou quelque
autre crime , decouvrira pre
142
MERCURE
ciſement avec la Baguettele lien
ducrime , car les ecoulemens qui
partent desoncorps ,&que nous
avons dit estre fort subtils,venant
àrencontrer cessouphres , s'embaraffent
dans leurs branches, &par
leur activité les écarteront & les
exalteront ,&feront encoreaidez
par les parties falines qui se degageront
pour lors desſouphres,&
fices gens ont une baguette dans
leurs mains , estant une fois determinezvers
ces écoulemens du Criminel
, ils determineront auſſi la
baguetteà sepancher de ce côté
là, de mesme que nous avons dis
qu'il arriveroità la decouvertedes
Eaux& des Mines . Les agitations,
les fueurs & les défaillances que
Souffre cet homme à la Baguette.
doiventſuivre cette fermentation,
en ce que ces Souphres exaltez pas-
Sent dans le corps de cet homme .
GALANT. 143
foit par la refpiration , foit aussi
par les pores cutanées , &se meslant
dans lamaſſedusang , lavendent
plus craffe , & cauſent quel
ques obstructionsdans les vaiſſeaux
des poumons , cequi doit produire
d'abord de grands &frequens battemens
de coeur , parce que le coeur
nepouvant wuider tout lefangqu'il
contient,à cause que lefangne
coule que tres- lentement dans le
poumon , le ventricule du coeur qui
fournit lepoumon,se trouve rempli
presque auffi-tost qu'il afait effort
pouruid.rquelque peu de ce qu'il
contenoit , ce qui l'oblige àfaire
des battemens frequens, jusqu'à ce
qu'enfin les accidens augmentant
sonjours,le coeurse trouvera fitendu
parla quantité de sang qui
viendra s'y décharger,&dont il
ne pourra vaider qu'une petite
portion, que fou mouvement restera
144
MERCVRE
fuſpendu , & l'homme tombera en
fincope , quiſera accompagnée de
Sueur,parce que le mouvement du
fang estant tres- foible , le mouvement
du coeur eft auffi affoibli, d'où
il s'enfuivra que les orifices des
vaißeauxlimphatiques & des
glandesrépandues fur lasuperficie
de la peau , estant relâchez par le
defaut d'esprits,laiſſeront couler la
limphe qu'ils contiennent , & cet
hommenefortira de cet état que
lorſque lesang estant un peuécoulédes
petits vaißeaux du poumon ,
permettraàceluy du coeur de reprendreſa
place ,&pour lors les
fels que contient lesang qui aura
Séjourné dans le coeur , s'eftant developpez
parune petite fermentation
, obligeront le coeuràfaire
de nouveaux efforts , &se mêlant
ensuite dans le reste de la maſſe ,
la Subtiliferont &la rétabliront
dans
GALANT .
145
dansson état naturel.
Lamaſſe dusang de cet homme
estant unefois disposéeàse coaguler
, pourra ſouffris de nouveau
les meſmes accidens , quoiqu'il ne
ferencontre qu'une causefort foible,
comme les traces du Criminel,
qui ne les euffent peut- être pas pû
produire dans cette premiere difpofitiondansleſang.
Ces agitations
doivent estre confiderables vers
l'endroit où l'on a caché les corps
des gens tuez , car comme lesplus
grandes agitations que les Criminels
ayent fouffertessefont paffées
proche de ces corps , auſſi les émanations
doivent être en grande
quantité , & toutes presque fu!-
phureuses ,&lorsque cet homme
approchera des Criminels , ces agitations
doivent estre plus grandes
àcause de l'abondance des corpuscules
,&fur tout fi cet homme est
Mars 1693 .
G
146
MERCURE
arreſté, ou s'il ſçait qu'on le pour-
-fuit ; car la crainte qu'il aura remettrafonfang
presque au mesme
état où il étoit au moment du
-
meurtre.
On pourra maintenant donner
les raiſons des antipaties & des
fimpaties qui sont entre certaines
chofes , de l'amour & de la haine
entre les homes,leſuis vôtreE.F.G.
Cette Lettre contient des
Demonstrations Phyſiques. La
reſtitution du vol guérira la
confciencede ceux qui parla
crainte de la Baguette décrient
Iacques Aimar; & je renvoye
les Scrupuleux au R.P. De Chales,
leſuite , lequel dans la page
190. du ſecond Tome de fon
Mundus Mathematicus , affure
qu'ayant caché de l'or&de l'ar
gent , un Gentilhomme de ſos
Amis le trouva , s'eſtant ſervi
GALANT.
147
d'une Baguette fourchuë de
Coudre.dont les Cornesétoient
i d'un an , &le Tronc de l'année
précédente. Surquoy il ajoûte,
Sunt tam multa in rerum natura
quorum causas ignoramus , utsi
proptereà ea Suspecta haberemus
quod captum nostrum superant ,
vix pedem movere liceret. C'eſt
pourquoy je dis que laDivination
parla Baguette n'a rien de
diablerie , non plus que celuy
qui avec l'Eguille de laBouſſole
montreroit & ſuivroit la ligne
Meridienne , ou une pierre
d'Ayman qu'on porteroit devant
la Bouſſole. Tel eſt mon
fentiment. C. COMIERS, Prestre,
Docteur en Theologie.
Le vray merite a des charmes
auſquels il eſt mal aiſé de
réſiſter . L'impreſſion qu'en reçoit
un coeur bien fait , a quel-
G 2
148 MERCVRE
1
quefois tant de force , qu'elle
engage les perſonnes les plus
raifonnables à des réſolutions
donton les croit entierement
éloignées , & c'eſt ce qui a paru
dans l'avanture dont je vais
vous apprendre le détail . Une
Dame d'un eſprit &d'une conduite
eſtimée par tout , s'eſtoit
attiré beaucoup de loüanges
par l'entiereapplication qu'elle
avoit toujours montrée à ne
rien faire qui puſt faire tort àſa
réputation , ou eſtre contraire
à quelqu'un de ſes devoirs . Elle
eſtoit demeurée Veuve depuis
huit ou dix années , & comme
elle avoit encore aſſez de jeuneſſe
& beaucoup de bien , il
s'eſtoit offert divers Partis , qui
auroient fans doute engagé
toute autre qu'elle à un ſecond
mariage , mais la maniere dont
i 149
GALANT.
}
1
elle avoit toujours répondu fur
lespropoſitions decette nature ,
avoit fait affez connoiſtre , que
l'état de Veuve luy paroiffoit
un eſtat heureux , & qu'on auroit
peine à l'y faire renoncer.
Ilest vray que le deſſeinde bien
marier une Fille unique qui
luy eſtoit demeurée de ſon mariage
, pouvoit y avoir contribué,
Elle avoit donné des ſoins
tres - particuliers à ſon éducation
, mais les diſpoſitions ne
s'étant pas trouvées favorables ,
elle n'avoit pû la rendre auffi
accomplie qu'elle auroit eſté , ſi
elle euſt voulu profiter de ſes
leçons . C'eſtoit un eſprit imperieux
& bizarre , qui ſe réi
voltoit dés la moindre violence
qu'on tâchoit de faire à ſes înclinations
. Ses fantaisies lay
fervoientde regle ; & quandon
G3
I50
MERCURE
l'avoitune fois choquée , il falloit
du temps pour la faire revenir.
Cequ'ily avoit de plus
facheux , c'eſt qu'elle avoit ind
ſenſiblement atteint l'âge de
ſeize ans , & que fon humeur
devenoitde plus en plus difficile&
violente. Quand àla perfonne
, elle estoit d'une taille
fine& grande , affez agreable ,
mais moins belle que bienfaite.
Sa Mere que ſa tendreſſe n'ébloüiffoit
point , n'oublioit rien
pour la corriger de ſes defauts,
&luy faifoit voirqu'ayantbien
toſt à ſe marier , elle ne pouvoit
ny eſtre heureuſe , ny rendre
un Mary heureux , ſi elle n'avoitmille
complaifances,qu'on
voyoitquiluy manquoient ,&
qu'elle devoit tâcher d'avoir
pour eſtre aimée ,& ſe fairedes
Amis. Ces fortes d'avis eſtoient
GALANT.
ISI:
bien ou mal receus , ſelon l'humeur
fiere qui la dominoit , &
fielle ſe domptoit aſſez quelquefois
poury faire attention ,
elle retournoit preſque auſſitoſt
dans ſes'inégalitez. Il vous.
eſt facile de juger quele bien.
que fon Pere luy avoit laiſſé ,&
celuy qu'elle auendoit encore
de fa Mere , luy donnoit beau.
coup d'Amans . Leur nombre
Aattoit ſa vanité , mais elle
eſtoit dédaigneufe , &dans la
penſée qu'elle en auroit toujours
affez pour choiſir , elle
ſe plaifoit à n'en ménager aucun
, laiſſant agir ſes bizarreries,
fans ſe mettre en peine fi
fes manieres trop dures , &
quelquefois méptiſantes ,les
obligeoient à fe retirer. LaDame
qui avoit pitié de ſa foiblefſe
, s'attacha fortement en bon-
:
G4
152
MERCURE
ne Mere , à luy trouver un Mary
qui luy fuſt propre , c'eſt à
dire un homme ſage , capable
de manier ſon eſprit , & de refrener
par ſa douceur les faillies
impetueuſes qui luy échapoientde
temps en temps. Elle
jetta les yeux pour cela ſur un
Cavalier un peu âgé , dont le
bien & la naiſſance répondoientaſſezaux
avantages qu'il
devoit trouver dans le Mariage
de fa Fille. Elle l'avoit veu
dans quelques rencontres , &
l'eſtime generale où il eſtoit ,
luy ayant fait ſouhaiter d'en
faire fon Gendre , elle pria un
de ſes Amis , de vouloir bien
l'amener chez elle. Le Cavalier
ne fut pas faché qu'on luy
procuraſt cette connoiſſance.
La reputation de la Dame l'avoit
frappé. Il connoiffoit fa
GALANT.
153
vertu , & c'étoit un agreable
commerce qu'il s'établiſſoit en
la voyant. Quelque prevenu
qu'il fuſt pour elle , il trouva
encore dans ſon eſprit , & plus
de delicateſſe , & plus de ſolidité
qu'il n'avoit crû. Il avoit
beaucoup d'égards pour ſa Fille
qu'il traitoit avec une grande
honneſteté , mais il ne cherchoit
aucun entretien particulier
avec elle , & n'ayant nulle
penſée pour le Mariage , il ſe
contentoit de ce qui pouvoit
fatisfaire ſon eſprit , ſans que
ſon coeur priſt part aux viſites
qu'il ne laiſſoit pas de rendre
avec beaucoup de plaiſir . Elles
devinrent inſenſiblement fort
affiduës , & comme il connut à
fondle merite de la Dame , la
1. Dame de ſon coſté fut fort penetrée
de ſes belles qualitez.::
GS
:
154
MERCVRE
mais plus le Cavalier luy paroiſſoitdignede
ce qu'elleavoit
refolu de faire pour luy , plus
il luy eſtoit fâcheux qu'il ne
fongeaſt qu'à eſtre de ſes Amis,.
fans faire voir aucun panchant
pour ſa Fille ,qui fur ſes conſeils
s'eſtoit affez bien con
trainte pour luy cacher ſes de
fauts . Celal'obligea enfin à luy
parler ſans déguisement. Elle
établit pour maxime generale
que la bienfeance obligeoit
chacun de rendre compte au
Public de ſa conduite ,&aprés
luy avoir dit , qu'on venoit de
toutes parts la feliciter fur ce
qu'il alloit épouſer ſa Fille, elle
ajouſta , que ſes affiduitez ayant
donné lieu de le penfer , il luy
feroit biendefagreable d'avoir
àſe priver du plaifir qu'elle prenoit
à le voir ſouvent, s'il eſtoir
GALANT.
155
vray qu'il ſe trouvaſt incapable
d'aucun fentiment d'amour;
qu'elle ſe croyoit affez de fes
Amies pour luy pouvoir dire
que le party luy ſeroit avantageux,
puis qu'outre le bien que
fa Fille avoit par elle-même ,
elle confentiroit volontiers à
luy faire en ſa faveur telles
avances qu'il pourroit luy demander
, & qu'il devoit fonger
ferieusement à la propoſition
qu'elle luy faiſoir . Le Cavalier
que la declaration embaraſſa ,
ne put cacher à la Dame qu'il
trouvoit tant d'avantage à eſtre
de ſes Amis , qu'il n'avoit enviſagé
rien de plus en s'attachant
à la voir. Il luy dit enfuite
qu'il n'aimoit pas naturellement
les jeunes perſonnes , qui
n'ayant rien de ſolide , dégoûtoient
ſouventau lieude plaire,
G6 :
136 MERCURE
&que ſi ſa Fille avoit vingtcinqans
, elle luy conviendroit
mieux , que cependant les
bontez qu'elle luy faifoit paroiftre
l'engageoient à des ſentimens
fi forts de reconnoiffance
, que pour la douceur de faire
avec elle une union que le
temps ne puſt détruire , il ſe
vaincroit fur ce qu'il ſentoit de
répugnance , & regarderoit fa
Fille à l'avenir avec d'autres.
yeux qu'il n'avoiteusjuſque-là,
mais que s'agiſſant d'un engagement
qui devoitdurer autant
que leur vie , il falloit voir fi
leurs humeurs ſimpatiſeroient
affez pour leur laiſſer efperer
qu'ils vivroient, heureux enſemble.
Ce qu'il demandoit
eſtoit trop juſte , pour n'en pas
tomber d'accord . Il fit l'Amant
de la Demoiselle , & luy dit
GALANT .
157
/
beatucoup de choſes flateuſes.
qu'elle écouta gracieuſement.
L'honneſteté qu'elle luy marqua
, luy en attira bientoſt de
plus fortes , & l'amour commençant
veritablement à naiſtre
dans le coeur du Cavalier
il fut fort content pendant un
mois , & de fon eſprit , & de fes
manieres. Il lay procura tous
les plaiſirs qu'il ſe put imaginer
par des parties agreables , &
l'éclat qu'il fit par là ne permit
plus de douter que ce mariage
ne ſe duft conclurre . Sa Mere
qui luy vantant à toute heure
le merite diftinguédu Cavalier,
luydonnoit auſſi inceſſamment
des conſeils , fur le ſoin qu'elle
devoit prendre de ne luy faire
paroiſtre aucun inégalité d'humeur
, crut enfin qu'elle s'eſtoit
renduë raiſonnable , & avoir
158 MERCVRE
connu le tort que lay pouvoient
faire fes bizarreries , mais elle
eſtoit bien éloignée de pene--
trer par quel motif cette bizarre
perſonne avoit cherché à
toucher le Cavalier , & s'eſtoit
fait violence pour luy donner
de l'amour. Elle avoit eſtéblefſée
cruellement de ce qu'il s'eſtoit
d'abord attaché à voir fa
Mere , ſans luy parler qu'aſſez
indifferemment. Cette injure
luy avoit eſté ſenſible , & ne
s'eſtoit pû imaginer un meilleur
moyen d'en avoir raifon ,
que de le faire devenir amoureux
d'elle , pour luy faire enſuite
ſentir ſes méprisavec plus
de force. En effet , elle ne crut
pas pluſtoſt avoir du pouvoir
furluy , qu'elle ſuivit ſes caprices,
enluydonnant mille ſujets
de ſe plaindre. La Dame quine
GALANT.
159
douta pas que le Cavalier ne ſe
dégoutaſt , luy reprefenta fort
vivement qu'elle n'avoit qu'à
continuer fi elle vouloit le perdre
; toute la réponſe qu'elle en
eur, ce für , que c'étoit affez
qu'il fût aimé de la Mere , &
que s'il l'eſtoit autant de laFille
, il ſe trouveroit accablé d'amour.
Un reproche ſi piquant
luy fit connoître combien fon
éprit étoit indocile , & le peu
qu'elledevoitgarder d'efperance
de la voir jamais capable de
ſe rendre à la raiſon. Le Cavalier
rebuté dit à laDame; qu'il
la connoiſſoit trop juſte , pour
luydemander un plus long engagement;
qu'il eſtoit fâché de
l'avoir fait éclater , puis qu'il
ſembloit qu'aprés la rupture il
ne luy devoit plus eſtre permis
de la voir , que cependant
160 MERCVRE .
1
ily avoit un moyen certain de
rendre eternel l'attachement
qu'il luy promettoit , fi elle
avoit aſſez d'eſtime pour luy ,
pour ſe réfoudre elle-même à
l'épouſer. La Dame rougit , &
luy ayant dit en termes embaraffez
, qu'elle croyoit que fa
gloire l'obligeoit de renoncer
pour toujours au mariage , elle
le pria de ſe contraindre enco-
• re quelque temps , pour voir fi
ſes ſoins ne changeroient point
l'eſpritde ſa Fille. Le Cavalier
qui estoit habile , tira avantage
de cette rougeur , & jugeant à
cettemarque qu'il pourroit tou -
cher le coeur de la Dame , il
conſentit àtout ce qu'elle voulut
. Il continua de faire auprés
de la Fille le perſonnage d'A--
mant , & feignant que ſes froideurs
, quelque dures qu'elles
2.
GALANT. 161
fuſſent , ne le pouvoient détacher
, il luy affuroit un faux
triomphe dont elle s'applaudiffoit
. Ces froideurs , loin de luy
eſtre ſenſibles , luy donnoient
un vrai plaifir , puis que marquant
à la Mere que c'étoit pour
elle qu'il ſe contraignoit à les
fouffrir , il entroit de plus en
plus dans ſon coeur. Ainfi il
pouſſa ſi loin les choſes , qu'il
l'engagea enfin àluy dire qu'elle
pourroit confentir à l'époufer
; mais qu'elle fentoit qu'il
luy feroit impoffible d'executer
ce deſſein tant que fa Fille ne
feroit point mariée. Aprés une
pareille declaration , il n'y avoit
plus que des meſures à
prendre pour bien conduire
l'affaire ſelon le projet qui fut
formé. La Dame dit à ſa Fille
qu'elle voyoit bien que le Ca
162 MERCVRE
valier ne luy plaifoit pas , &
qu'elle estoit reſoluë de ne plus
parler pour luy , mais que s'ennuyant
de la garder , & d'avoir
toujours à effuyer ſa méchante
humeur , elle vouloit qu'elle
fiſtun choix parmy tant d'autres
Amans qui ſe preſentoient
pour elle. La Fille luy répon
dit que ſi elle l'aimoit veritablement
, elle avoüeroit qu'elle
avoit raiſonde haïr le Cavalier;
que s'il luy avoit rendu
quelques foins , ce n'avoit
pointeſté de fon mouvement ;
que c'eſtoit elle qui l'y avoit
engagé , & qu'elle trouvoit en
cela un ſi grand outrage , que
pour s'en vanger avec plus d'éclat
, elle confentoit àfe done!
ner à celuy de ſes Amansqu'elle
luy conſeilleroit de choifir ,
pourveu que le mariage ſe
GALANT.
163
fift en fecret , afin que ce jour
là même elle puſt obliger le
Cavalier à luy donnerune Fefte
, aprés laquelle elle fe feroit
un triomphe de luy pouvoir
dire , qu'il ne devoit plus rien
efperer , & qu'elle avoit épou
sé un de ſes Rivaux. H n'y avoit
rien de fibizarre que ce qu'elle
propoſoit , mais elle ouvroit à
fa Mere une voye fenre de venirà
bout de ſes deſſeins . Elle
avoüa à ſa Fille que le Cavalier
n'euſt jamais pensé à elle , fi
jugeant qu'elle feroit heureuſe
avec luy , elle ne luy avoit
en quelque façon mis dans le
coeur tous les ſentimens qu'il
luy avoit expliquez . Elle loua
fa delicateſſe ſur ce que cette
conduite luy avoit donné de
☐ l'averſion pour luy ,& feignant
d'entrer dans les raiſons qu'el
: 164 MERCVRE
le prétendoit avoir de s'en
vanger , elle la détermina à
époufer un forthonneſte homme
qui luy parut le plus propre
à ſupporter ſes bizarreries.
On traita l'affaire fort ſecrettement
, & afin que le Cavalier
n'en ſoupçonnaſt rien,laDame
conſeilla à ſa Fille de moderer
un peu fon aigreur , & d'avoir
pour luy plus de complaiſance
qu'elle n'enavoit de puis long
temps . On agifſſoit contre luy
en apparence , & c'eſtoit travailler
à ſon bonheur. La
Dame qui l'avoit averty de
tout luy promit fans peine de
l'indemnifer de la vangeance
que fa Fille méditoit . Ils convinrent
des moyens qu'il falloit
mettre en pratique pour
undouble mariage , & il fut
aisé de ménager celuy de la
GALANT.
165
Fille avec tout le miſtere
qu'elle y demandoit, puis que
le Cavalier fermoit les yeux
volontairement fur beaucoup
de choſes , qui luy auroient
fait découvrir la verité s'il
n'euſt pas eſtébeſoin qu'il euſt
feint de l'ignorer. La Demoiſelle,
ayant affecté d'avoir avec
luy des manieres moins hautaines
& plus raifonnables , fut
perfuadée qu'il eſtoit la dupe
de ſa tromperie ,tant il témoignoit
eſtre charmé d'un
changement qu'il ne devoit
pas attendre. Ainſi quand elle
exigea de luy une grande
Feſte , rien n'approche de la
joye qu'elle eut de l'empreſſement
qu'il fit paroiſtre à la
fatisfaire. Cette Feſte fut un
Bal où il l'affeura qu'il auroit
ſoin de ne laiſſer rien manquer
166 MERCURE
afin de luy faire plus d'honneur
. Ce divertiſſement eſtoit
un de ceux de la ſaiſon . Il luy
demanda fon jour & elle
choifit celuy qu'elle avoit pris
avec ſon Amant pour ſe marier
, ce qui fut fait de fort
grand matin , & avec tant de
ſecret que perſonne ne le
ſceut . Il alla la voir l'aprésdînée
, & elle luy dit mille
choſes obligeantes. Il parut
le foir avec un habit fort magnifique
, & commença le
Bal avec elle. Les Maſques y
vinrent en confufion, & pour
leur laiſſer la liberté de danſer,
on entra une heure aprés dans
une chambre où une ſuperbe
collation ſe trouva ſervie pour
les Dames conviées. Tandis
que chacun eſtoit occupé aux
plaiſirs de cette Feſte , dont la
-
)
GALANT. 167
Demoiſeille faiſoit les honneurs
, ſa Mere & le Cavalier
n'eurentpas de peine à diſparoiſtre.
Il eſtoit plus de minuit
, & on les attendoit à l'Ἐ-
glife , où ayant eſté mariez , ils
revinrent ſe montrer dans
l'Aſſemblée . La Feſte finie , la
Demoiſelle appella le Cavalier
, qu'elle remercia du regale
qu'il avoit bien voulu luy
donner , l'aſſeurant que ce
ſeroit le dernier qu'elle recevroitde
kay puis qu'elle s'eſtoit
mariée ce jour - là méme, avec
un forthonneſte Homme,dont
elle preferoit la tendreſſe à
toutes chofes. Elle luy dit ,
commeen l'inſultant , les raiſons
qu'elle avoit enës de luy
en faire un fecret juſqu'à ce
moment , & choiſit pour s'expliquer
les termes les plus facheux
qui pouvoient la fatis
168 MERCURE
faire. Le Cavalier la laiſſa parler
tant qu'elle voulut fans
l'interrompre , & luy dit en .
ſuite , qu'il vouloit luy rendre
confidence pour confidence ,
en lay apprenant que fon bonheur
eſtoit tel , que depuis une
heure il avoit épousé ſa Mere,
dont le merite , l'eſprit , la fageffe
& la vertu luy tenoient
lieude tous les trefors du monde.
Elle écouta d'abord ce qu'il
luy apprit , comme une choſe
qui ne pouvoit être , mais ce
qui ſuivit ne lay ayant pas permis
d'en douter , elle fut audeſeſpoir
qu'on luy euſt fait perdre
fi cruellement la gloire de
fon triompe.Outre une eſpece
d'affront que ce mariage luy
faiſoit , elle avoit pluſieurs raifons
de n'en eſtre pas con
tente . Sa Mere eſtoit encore
affez
GALANT. 169
aſſez jeune pour pouvoir avoir
d'autres enfans ,& il falloit, fi
elle n'en avoit pas ,que pour
ménager ſes intereſts, elle fuft
enquelque forte dans la dépendance
du Cavalier qu'elle
avoit cru braver en ſe mariant,
mais il n'y avoit aucun remede
àla choſe , & le meilleur party
qu'elle pouvoit prendre , c'eſtoit
de cacher le chagrin qu'-
- elleen avoit .
Si vous avez des Amies qui
n'ayent point encore connu
l'amour , elles en trouveront
une agreable deſcription dans
le petit Ouvrage que vous allez
lire,
L
I'vrée
IDILLE.
àladouleur amere
Venusvient deperdrefon Fils ;
Quivoudra le rendre àſa Mere ,
Mars 1693 .
H
170
MERCURE
Doit s'affurer d'un rare prix.
Venus le declare ; elle est preste
A comblerfes voeux les plus doux.
Leune Iris, mettez-vous en queſte,
Mais ce Fils, le connoiffez-vous?
復
Cest un Enfant ſimple &timide,
Mais fidelle iusqu'au trépas ;
LaBeauté l'attire le guide ,
La douceur arreſtefes pas.
Il s'infinuë, il plaist, il touche ,
En trouble auiourd'huy , demain
mieux;
Tous les charmesfont danssabouche,
Toutes les graces danssesyeux.
秀
Il est difcret , il estfincere ,
C'est lafoy fur tout qui luy plaift.
Hélquel mal voudroit- on luy faire, ?
Tendre & delicat comme il eft?
:
GALANT.
171
Ilse bleffe affez de ſes armes,
Mais on l'outrage tous les iours ,
Et ce n'est qu'auxsoupirs , aux larmes,
Qu'en ses chagrins il a recours.
Dans l'offense laplus cruelle
Soumis, puis qu'on veut le punir ,
Il attendque l'on le rappelle ,
Touiours tout preſt àrevenir.
,
Cherchons ce Dieu , mais loin des
Villes,
Loin de leur tumulte confus ,
Tous nos foins feroient inutiles ,
L'Amour ne s'y retrouve plus.
Le Roy ayant eſté informé
de ce qu'avoit fait Mr l'Evéque
de Laon en faveur des
Pauvres de ſon Dioceſe, a fait
écrire àtous les Evêques par
172
MERCVRE
un Secretaire d'Etat , pour les
engager à l'imiter. Voicy une
copie de la Lettre .
MONSIEUR,
Monsieur l'Evêque de Laon ,
preffé d'un mouvement de charitéconvenable
à son merite
à son caractere , ayant pen-
Se aux moyens efficaces de fou
lager les Pauvres de son Diccese,
àcause de la cherté des bleds,afait
une.Affemblée du Chapitre,desParoiſſes
, des Communautez de
Laon,pourles exciterày contribuer
avec luy, pour donner l'exemple,
il s'est obligé d'entretenir cent cinquante
pauvrespar iour, Le Chapi .
tre a contribué quinze cens livres
par Acte Capitulaire , &il s'est
fait unequeste parmy les Chanoines
,qui a produit deux mille cing
GALANT . 173
cens livres. Les Communautez les
Abbayes, les Seculiers ont con...
tribué d'ailleurs prés devingt mille
livres , en forte que l'on nourrit
tous les jours depuis 2. mois douze
cens Pauvres de la Ville de Laon,
l'on soulage à trois lieuës aux
environs ceux de la campagne,
comme la ſeule Ville Episcopale ne
peut pas contribuer à tous les be.
Soins des Pauvres des lieux éloignez,
il a écrit à ceux qui poffedent
des biens confiderables dans le
Diocese , aux Communauter
autres , pour les exciter àsuivre
l'exemple du clergé de laVille
de Laon. Quelques-uns ont déia
commencé , & il eſpere que iufqu'au
mois d'Avril prochain les
Pauvres defon Dioceseferont tresbien
secourus, Sa Maiesté a esté
fi fatisfaite de ce zele vraiment
Episcopal , a trouvéla conduite
H3
174
MERCUR E
qu'il a tenuë en cette occafion fi
remplie de charité& deſageffe ,
qu'Elle m'a ordonné de vousécrire,
de vous dire qu'encore qu'Elle
Soitpersuadée quevous estes animé
du mesme esprit pour les Pauvres
devostre Dioceze , Elle ne peut
s'empêcherde réveiller voſtre zele
en cette occafion,afin que vous vous
appliquiez encore plus s'il est poffible
,dansle temps de diſettedes
bleds , àexciter le Clergé ,
Communauter Seculieres & Regulieres
tous ceux qui poffedent
des biens confiderables dans vostre
Diocese, àsuivre l'exemple de ce
qui s'est pratiqué à Laon, Sa Maiesté
m'ayant donnéordre de vous
affurer que vous ne pouvez rien
faire en ce rencontre , qui luy foit
plus agreable. Iefuis , &c.
les
Il ne ſe peut rien de plus
terrible ny de plus épouvantaa
GALANT.
175
1
ble que la déſolation que le
Tremblement de terre arrivé
au commencement de Janvier,
a cauſée dans la Sicile . Il commença
à ſe faire fentit le 9. fur
le 23. heures , & ne fit point
d'autre mal que d'ébranler les
maiſons , mais le Dimanche
11. du meſme mois , il ſe fir
ſentir ſur les 21. heures avec
beaucoup plus de violence , &
dura un quart d'heure plus
que le premier , abîmant maifons
, Eglifes , Monaſteres , &
Villes entieres . Celle de Catania
fut reduite en un monceau
de pierres , & de vingt - deux
mille perſonnes, il ne s'en fauva
qu'environ deux mille. La
Cathedrale fut toute renversée
,à l'exception de trois Chapelles.
Le Monastere de Saint
Nicolas della Ritta fut abîmé
H 4
176 MERCURE
vez
د
& de cent Religieux qu'il y
avoit de l'Ordre de S. Benoît ,
iln'en échapa que quatre. De
dix huit Monafteres de Filles ,
il n'y en eut que cinq de ſau-
& les deux mille perſonnes
qui eurent le bonheur
dene pas perir , fe font trouvées
toutes , ou bleſſées , ou
eſtropiées. Il ne ſe ſauva qui
que ce foit de la maiſon des Jefuites.
Au premier tremblement
la Mer ſe retira présd'un
mille & emporta huit Felouques.
Cette Ville , que le martyre
de Sainte Agathe , dont
elle avoit les Reliques & le
Voile , rendoit celebre , eſtoir
dejatres - confiderable en 287 .
de Rome , que le Roy Hieron
ymourut. On y voyoit encore
les reſtes d'un Amphitheatre ,
& pluſieurs Inſcriptions qui
GALANT. 177
6
faifoient connoiſtre ſon ancie
neté. C'eſtoit une des plus
grandes de la Sicile , ayant un
Chafteau élevé ſur un rocher
qui défendoit l'entrée de fon
Port. La plupart des ruës , qui
eſtoient longues & droites
aboutiſſoient àune grande Place
où il y avoit de belles maifons
. Dix colomnesde marbre
ſoûtenoient l'entrée de l'Egliſe
Cathedrale, qui eſtoit tres magnifique.
On aeu nouvellequ'il
n'yeſtreſtéque la Chapelle
Sainte Agathe , & que tout le
reſte a eſté abîmé , en forte
qu'ils'y eſt fait un Lac d'environ
quatre milles de circuit.
Voicy ce que M. le Cheva-
• lier de la Salle a écrit d'Agouſte
du 25. de Janvier.
de
Ie fuis de retour depuis hier
d'Agouste, i'ay esté témoin
Η
178
MERCURE
oculaire de ſon entiere deſtruction.
Nous estions fous cette Ville avec
nos Galeres , lors qu'après plusieurs
tremblemens de terre , qui avoient
abattu la moitié des Temples
des maisons , il en vint un si épou
vantable , que ne laiſſantpasseulement
une apparence de Ville,il enfevelit
la plus grande partie du
Peuple. En mesme temps unevapeurdefoupbre
qu'exhaloit la ter .
re , qui estoit entre - ouverte en
mille endroits , mit le feu à la
munition de la Fortereffe ,&faifinttirertout
d'un coupl'artillerie,
éleva iusques aux nuës unesigran .
de quantité de Bombes,de Crenades
& de pierres , que nos Galerres
qui estoient dans lePort , en furent
notablement endommagées. Heureuſement
il avoit eftédéfendu aux
Chevaliers François de descendre à
terre. Sans cette défenſe nous en
GALANT.
179
aurionsperdu la pluſpart dans la
Ville carce desordre arriva à deux
beures aprés midy.Iln'yavit alors
que moy seul enterre pour les in.
terests du Tresor , en qualité de
Revisiteur. Lesgens qui m'avoient
accompagnéfont tous, u morts , ou
bleſſez. L'Ordre ya perdu quatrevingt-
dix hommes , ou Soldats , ou
Mariniers , quarante- deux Esclayes
, trente-cing dangereusement
bleffez, que ie fis enfuite
retirer de deſſous lesruines. Monbonheur
voulut queie n'avois pas
encore dîné à cette heure là, ce
qui m'avoit faitfortir de la Ville ,
pouraller manger un morceaufur
les Galeres, Catane , la noble
ancienne Syracuse , quantitéd'au
tres petitesVilles des environs du
Mont-Gibel, ont eu le mesmemal..
beur. Nous nesçavons rien encore
de Meffine , ie croy qu'elle n'aura
4
H 6
180 MERCURE
pas estéplus heureuse. Ce tremblement
aſuivy dans toutela Calabre
iusqu'au Golphe de Venise , où les
Baſtimens qui estoient enmer l'ont
reffenty,
Quelques-uns écrivent à
l'égard du Château d'Agouſte,
qu'il fut renversé par le ſecond
tremblement , que comme en
ce Païs- là la plûpart des pierres
ſont des cailloux ſemblables
à des pierres à fufil, quel
ques-unes ſe touchant les unes
les autres firent feu , & le mirent
aux poudres du Magazin.
Dés le tremblement du 9. la
troiſième partie de la Ville avoit
eſté renverſée, ce qui obligea
leGouverneur à faire faire
desTentes à la campagne,&c
on en dreſſa meſme par ſon ordre
pour ſa Famille. Les Galeres
de Malte qui estoient au
GALANT. 181
Port , la Chiourme eſtant en
partie dans la Ville à charier
le Biscuit pour Malte , furent
obligées de couper promptement
leurs cables qui estoient
liez en terre , parce quela Mer
ſe retiroit au large , & qu'elles
feroient demeurées à ſec.
Saragouſſe a eſté auſſi abimée
entierement . C'eſtoit autrefois
la fameuſe Siracuſe qui
eſtoit parvenuë à un tel point
de grandeur , qu'on la diviſoit
en quatre parties , qui faisoient
quatre Villes , appelées , A cradine:
Naples , Tiche & Ortygie.
Aprésavoir eſté ſouvent
affiegée ſans eſtre priſe , elle
fut enfin emportée en 542. de
Rome , malgré tout le ſçavoir
d'Archimede . Saragouffſe eſtoit
aujourd'huy ſituée dans une
prefqu'Iſle de pur Rocher , qui
182 MERCVRE
f
la rendoit extrémement forte
avec un Chaſteau ſur un Rocher
détaché de la Ville , par
un Foffe. Il y avoit diverſes
Eglifes , de belles Maiſons , &
un Port tres- commode . L'Egliſe
Epifcopale de Sainte Luce ,
eſtoit anciennement le Palais
de Diane . Rienn'y eſt demeurédebout.
Le Mont Gibel fit un bruit
épouvantable , qui fut entendu
juſqu'àMeſſine , ce qui n'eſtoit
jamais arrivé . Par le ſecond
Tremblement , la Mer s'eſtant
retirée on vitles poiſſons à ſec,
& enfuite elle retourna avec
une telle furie , qu'elle entra
dansla Citadelle , & paſſant par
deffus les murailles , elle jetta
des poiffons dedans. Il tomba
plus de quarante Palais dans
Meſſine. Vous ſçavez combien
GALAN T. 183
cette Ville là eſt importante ,
& que fon Phare ou Canal eſt.
le paſſage de tous les Vaiſſeaux
qui viennent du Levant.
Je ſerois trop long à vous
peindre les horreurs dont ce
Tremblement a eſté ſuivy.
Ceux qui ont pû s'en ſauver ,
n'oſant rentrer dans les Bourgs
ny dans les Villes , on a celebré
l'Office dans les Champs , & le
faint Sacrement y a eſté expoſé
par tour. Ce qu'il y avoit de
bien déplorable , c'eſt que la
plupart de ces malheureux y
mouroient de faim ,& pour fur
croiſtde miſere eſtoient expofez
à la fureur des Bandits.
Ces Villes ne font pas les
feules que le Tremplement ait
abimée ou détruites dans la
Sicile. Voicy le nom de plufieurs
autres qui ont eu la îmême
deſtinée .
184 MERC VRE
Iaci . Noto.
Lentini. Modica .
Carlentini . Cicli.
Naguzza .
Vizzini .
Linguagroſſa .
Catalanoſatta .
Mineo .
Il y a eu encore pluſieurs
autres lieux , ou détruits ou
abimez , ſçavoir ,
Catalabiano.
Mafcare.
S. Antonio .
LaCattina .
Trecastagni.
Viagrande.
La Pedaia .
S. Gioanni la
punto.
Belvedere.
S.Gregorio.
Tremiſtieri.
Merelli..
Aula.
S. Agata.
Li Plaghi.
Monpeflieri.
Mifuercianchi.
Motta di San
Anaftafio.
Telue Moncada.
S. GioGalerno.
La Vittoria.
Monteroffo.
Nicodia.
GALANT. 185
Spoacca Forno.
La Ferla .
Lucaffero.
Bichierie .
Graratana .
Palazzola .
Luciola.
Pallagonia.
Milerello.
Scardia .
Francofonde.
Chiaramonte . Gaggi.
Les Villes où il y a eu quelques
Eglifes & des maiſons
renverſées , &où il n'a pas peryun
fi grand nombre d'Habitans
, font ,
Melazzo,avec fix autres Villes
Cefalu .
Termini.
Palermo.
Monreale.
Trapani avec d'autres lieux و
& quelques Villes voiſines .
Il y en a eu d'autres à demy
détruites , & ce font ,
Mandazzo . Caſtro Gio-
Paterno. ann.
186 MERCURE
Cartagerona.
Caftrorao.
Bronti .
Piazza .
Trancavilla.
La Novara.
Adorno.
S. Philippo
d'Airo.
, on
Il ne faut pass'étonnet aprés
cela , ſi on fait monter à cent
cinquante mille perſonnes le
nombre de ceux qui ont pery.
Ainſi dans la deſolation où eſt
preſentement la Sicile
peut dire , que c'eſt un Royaume
perdu en quelque façon
pour la Monarchie d'Eſpagne.
Elle est divisée entrois vallées.
Le Valde Noto eſt tout ruiné,
&tous les arbres ont eſte déracinez
. Le Val de Move n'a
eſté guere mieux traité, &dans
le Val de Mazara , il n'y a eu
que quelques maiſonsabbatuës.
Le Tremblement fe fit fentir
le 9. à Palerme , deux fois le
GALANT. 187
reur ,
11. le matin & le foir le 12. &
ſeulement le matin le 13. mais
il n'y eut que la premiere ſecouſſe
qui donna quelque ter-
& le dommage ne fur
qu'enquelques Maiſons & Edifices
de la Ville , & fort peu conſiderable
. Le Viceroy ne laiſſa
pas d'aller coucher dans une
Galere avec toute ſa Famille ,
& quantité de perſonnes ſemirent
dans des carroſſes au mineuuciaCommone
.
La Ville de Malte a eu pare
au tremblement. Il commença
à s'y faire ſentir le 9. de Jan.
vier fur le minuit , &de nouveau
fur les trois heures du
matin . Ces ſecouſſes ébranlerent
les maiſons avec tant de
force , que dés que le jour parut,
tout le Peuple prit le party
de ſe retirer à la Campagne.
188 MERCURE
Elles durerent tout le jour ſuivant,
mais moderées , & le II .
fur les deux heures aprés midy
, il y en eut une ſi violente ,
qu'en moins d'un quart d'heurela
vieille Ville fut entierement
ruinée. L'air devint
comme en feu , & on ſentoit
une odeur de ſouphre qu'on
ne pouvoit ſupporter. Toutes
les cloches ayant tinté d'elles.
mêmes dans la Ville neuve
par l'ébranlement des Eglifes,
&de la plus grande partie des
maiſons ,le Dome de Notre-
Dame du Polar tomba , & la
Sacriſtie de l'Egliſe de S. Laurent
du Bourg, fut abbatuë par
les pierres qui se détacherent
du clocher. Les Galeres qui
revinrent d'Agouſte à Malte,
y amenerent le Gouverneur
de cette premiere. Ville avec
GALANT. 189
ſa Femme , leurs Enfans ayant
eſté écraſez ſous les ruines du
Chaſteau , quand le feu y
prit.
Tout ce queje viens de vous
conter à dû vous donner des
idées ſi triſtes , qu'il me paroiſt
qu'il n'y a qu'une matiere galante
qui ſoit capable de vous
entirer. C'eſt ce qui m'oblige
à vous faire part de la piece
que vous allez lire. Elle eſt
d'un jeune Cavalier de Riom ,
qui l'envoya à une fort aimable
perſonne de Province , le
jour de ſa Feſte.
190
MERCVRE
:
A
MADEMOISELLE RO***
: Imagination Galante.
IE Sommeil dont les dons
nous ſont ſi precicux .
Apeine cette nuit m'avoit fermé
les yeux ,
Que jecrus traverſer de riantes
Prairies ,
Etjeme figuray,marchant d'un
pas compté ,
Que jem'abandonnois enplei.
neliberté
Ad'agreables rêveries.
Belle Philis , vous en eſtiez
l'objet ,
Je me repreſentois vos charmes
,
GALANT .
191 I
Et me livrois à de douces alarmes
,
En m'occupant d'un ſi tendre
fujer.
l'en estois donc , Mademoille ,
àdes reflexions fur vos agrémens ,
&fur ces manieres aisées & naturelles
auſquelles feules j'attribuë
presque la perte entiere de
mon coeur , lors qu'inſenſibloment
je me trouvay à l'entrée d'un petit
bois. Le Soleil qui me ſembloit déja
fort élevé,l'épaisseur des arbres qui
rendoient ce lieu des plusfombres,le
filence qui me paroiſſoityregner,les
idées dont pour lors estoit repliemon
imagination , tout me determina
ày allerpaffer quelques heures. I'ay
choisis d'abord les routes les plus
écartées ,&là, hors du brait , یم
entrainépar les douceurs innocentes
d'un repos champestre , j'examinois
192
MERCURE
l'état de mon coeur. Je me rendois
compte à moy-mesme deſesſentimens
, & ravy de les trouver à mon
gré , déja seformoient milleprojets
d'un attachement eternel , quand
je mevis à l'extremité de la Forest.
Là s'élevoit un Temel à demy
ruiné ,
Qui jadis eſtoit deſtiné
Pourfaire tous les ans les Feſtes
de Minerve ,
Dont la figure encore s'y conferve.
Amesure que je m'en approchois
pour confiderer deprés les anciens
reftes de ceſuperbe édifice, que vous
euffiez mieux merité que cette
Deeffe de la sagesse ,j'entendois
comme des gemiſſemens d'enfant ,
&ma curiosité m'ayantportévers
l'endroit d'où ils me fembloient venir
, j'y vis l'Amour , & je le vis
dans ladernieredefolation ,abba-
14
GALANT.
193
zapar unexcés de douleur. Il eſtoit
appuyécontreunvieux Mirthe, Son
bandeau tout moüillé de larmes me
fit juger qu'il avoit pleuré longtemps
; mais quelque triſteſſe qui
parust dansses yeux , tant de douceur
s'y meſloit , queje regarday
ces petits defeſpoirs comme lesfuites
d'une tendreſſe contrariée ,&
parcertaines plaintes qui luy echaperent
, j'entrevis que son coeur
irrité cherchoit à ſe revolter contre
un joug incommode & opposé à
tous les pas que commençoit àluy
faire faire sa paſſion. Voyez , je
vous prie , si je me trompois dans
mes conjectures. Lepauvre Enfant!
Il m'avoua ingenuëment , qu'il
avoit esté fort maltraité de sa
Mere; quecetteDeeſſe , poussée par
Lesmouvemens de ſa jalousie ordinaire
, menaçoit de l'abandonner
s'ilne brifoit tout. à-fait ses chat-
Mars 1693 . I
194
MERCVRE
nes , & que dans l'aveugle prevention
où il la ſçavoit , que hors
fes charmes rien au monde n'estoit
digne d'estre aimé , une obstination
d'attachement pour une Philis dont
elle ne pouvoitfouffrir ne la beauté
ny le merite , ny manqueroit pas
de la rendre plus furieuse , & dele
perdre pour toujours. Ces dernieres
paroles furent suivies de quelques
Soupirs, &d'un moment de réverie
où l'entrainerent ses diverses reflexions.
Puis revenant tout à coup
comme d'un profond aſſoupilement,
il s'écria.
J'aime bien mieux renoncer à
mesdroits
Que d'abandonner ce que j'aime.
Je ne vois rien que de doux
dans mes loix ,
Etje veux les fubir moy-même.
GALANT.
11se plaignit ensuite de l'imjustice
&de l'enteſtement préformptueux
de Venus ,& pourferuflifier
revenant toujours au merite de
Sa Philis , il luy donnoit dans fes
manieres , des airs de grandeur i
dans son esprit , du bon goust ,&
de la delicateſſes danssa conduite
une égalité d'humeur ,& des
actions des plus reglées ; dans la
tendreſſe , du rafinement ,& de
la circonspection. Il la representoit
refervéesans fingularité , & enjouée
ſans diſſipation. Illamontroit
autantrempliede douceur que de
politesse . & d'un ton d'Oracle il
ajoûtoit , que si le coeur de cette
belle Perſonne venoit un jour àſe
laiſſer toucher , on le trouveroit
aimableparsa nouveauté , aſſuré
par sa bonne foy , inebranlable
parsa constance , tendrefans paffion
,& delicatfans jalousie; &
I 2
196 MERCVRE
pour me faire voir qu'à toutes ces
qualitezse joignoient encore une
beauté des plus touchantes ,& un
je nesçay quoy dans l'exterieur qui
intereſſoit d'abord , ce petit Dieu
vira defon Carquois une boëte , &
l'ouvrit. Eb qui vis-je ? Vousmême
, Mademoiselle , & peinte
par les mains de l'Amour. Je fus
interdit à cette veuë , mais heuveux
alors , pour ne point paroiſtre
Saspect , d'avoir pû trouver dans
l'admiration que s'attiroit cette
peinture , un prétexteàmon étonnement.
Tous vos traits estoient
vivans. Ce Peintre habile vous
avoit donné uneparure de Déeſſe
qui vous fied parfaitement ; vous
paroiſſezdans les airs sur une efpecede
charà la Romaine , trainépardes
Cignes. A ce char étoit
enchaîné l'Amour , qui bien loin
d'eſtre honteux de fa défaite,n'en
GALANT.
197
ffaaiifsooiitt,,ccee ſfeemble ,que rire ,&
Son arc, fesfleches &son bandeau,
qu'on vous voyoit entre les mains,
vous fervoient plûcoſt dejouët que
de trophées.Sur la bordure estoient
écrits ces mots , Triomphe de
la belle Ro ... ſur l'Amour.
Et au bas ces Vers.
Venus n'eutjamais tant de
charmes
د
Auſſi jamais Venus ne triompha
fi bien.
Ce Dieu , Maistre des coeurs ,
par l'effort de ſes armes ,
N'a donc pû garantir le ſien.
Pourmontrer ensuite que l'A.
mour tout .Amour qu'ilest ne peut
estre à l'épreuve de ses propre
cours , qu'après avoir inspiré
de la tendreſſe aux autres, il n'est
pas impoffible qu'il enreffente en ..
fin àson tour fur le reversde cette
J3
198. MERCURE
mesme Boëte estoit un embléme
dont le corps repreſentoit un Cupidon
pleurant , &ses larmes venoient
d'une douleur causée par
une bleßure qu'il s'estoit faite en
tirant de fon arc , avec ces mots
pour ame.
Je ne ſuis point invulnerable.
Au deſſous estoient gravez ces
Vers.
Je puis aimer , & j'aime un
objet tout aimable .
Ie fuis ſenſible à ſes appas,
Et par un fort inévitable ,
Mes fléches ne m'épargnent
pas.
Cerevers de boëte estoit bordé de
mille petits ornemens . I'y admiray
fur tout vofire chifre ,&celuy de
l'Amour , qui entrelacez ingenieusement
par des branches de
Mirthe embelliffoient ,&donnoient
du prix à tout le reste.
GALANT .
Commeiefongevis àme
retterYON
pour réver à mon aiſe à ce que # 993
venois de voir, tant cette avın.
ture me furprenit , Zephire arri
va,qui de la part de Flere portoit
à ce petit Dieu une corbeille
defleurs. Ie pris garde qu'il les
reçut avec un vray plaifir. Le connus
mesmeparfa maniere de remercier
, que ce preſent avoit esté
demandé, & Iuſtemdnt ces fleurs
vous estoient destinées ; maisl'Amour
ne sçavoit commentvous les
envoyer. Ie le vis ladeſſus dans de
petites inquietudes. Ilſentoit qu'il
ne pouvoit diſpoſer de quique ce
Soit,parce que Venus irritée avoit
déia donnéſes ordres. Ainsi les
Ris , les Graces , personne ne
devoit agir pour luy. Le pauvre
Enfant me toucha. Ces manieres
me parurent trop dures , ie le previnsie
m'engageay àvous faire
*
>
14
200
MERCVRE
rendre les liberalitez, ou plutoft le
tribut de cette Deeffe du Printemps
: foitque veritablement
il me cruft dans ses interests, ou
qu'unie nesçay quoym'eust attiré
Ja confiance , mes offres furent acceptées
, il m'embraßamille fois ,
tant il m'en ſceut bongré, & enfin
nous nous separâmes , aprés que
des remercimens faits dela meilleuregrace
du monde eureut fuccedé
à ces temoignages de gratitude.
des
Ie profite donc de la conioncture
temps ,
ie veux dire Made.
moiselle , dela belle Feste d'auiourd'huy
, pour m'acquitter d'une
commißiondont mon coeur fait
Sonaffaire, Convaincuë de la force
de mes sentimens , par confequent
de la iustice que ie rens à
vos charmes , qui fçait fivous ne
me trouverez point troppeu de de
GALANT. 201
licateſſe , vous approuverez le
personnage que ie fais à l'heure
qu'il est? Onpourroit rafiner dans
d'autres rencontres, ie leſçay mais
icy , fongez que la tendreſſe que
l'Amourinſpire nesefixe pas ordinairement
fur luy , que de ses
progrés dependent peut- eftre les
miens, que toutes les demarches
que luy ferafaire dans lafuitefon
penchant ,peuvent netendre qu'à
mſſeurer quelque iour l'entiere
poffeſſion d'un bien qui est l'obiet
detous mes defirs.
Le Roy donna au commencement
de ce mois Audience
aux Deputez d'Artois , qui
furent preſentez par Mr le
Duc d'Elbeuf, Gouverneur de
la province,& conduits par M.
le Marquis de Blainville,Grand
Maiſtredes Ceremonies ,& par
Mr Deſgranges , Maiſtre des
IS
202 MERCURE
Ceremonies. Mr l'Abbé de
Dompmartin , Deputé du
Clergé , porta la parole. Il eftoit
accompagné de Mr le
Marquis de Saint Floris, Deputéde
la Nobleſſe , & de Mr
Douay de Baiſnes , Deputé du
Tiers Eftat , Eſchevin de la
Ville d'Arras .On peut dire à la
gloire de cette Province , qu'elle
s'eſt toûjours diſtinguée dans
ſes deputations par le bon
choix qu'elle a fait des perfonnes
qu'elle a deputées . C'eſt
une choſe donton ne ſçauroit
douter , puiſque ceux qui ont
eu l'honneur de porter la parole
, ont toujours receu
grands applaudiſſemens . Ie
vous ay fouvent envoyé leurs
Difcours entiers, que vous avez
admirez . Le dernier n'a pas eſté
moins applaudy que les autres ,
de
GALANT.
203
& vous devez croire qu'il le
meritoit , puiſque l'on n'eſt
pas prodigue de loüanges dans
un lieu où regnent la delicateffe&
le bon gouft . S'il eſtoit
tombé entre mes mains , je
-vous en aurois fait part .
On a parlé depuis pluſieurs
années d'un Ouvrage confiderable
, pour l'embelliffement
-& l'utilité de la Ville de Paris .
Les Peuples le ſouhaitoient,&
eſtoient chagrins qu'on n'en
diſt plus rien;mais enfin le Roy
qui ne ſe plaiſt qu'à faire du
bien,tant au generalqu'au particulier,
acorda ces jours paſſez
àM. le Maréchal Duc de Luxembourg
, la permiffion de
faire travailler à ce grand Ouvrage.
Ainfi il va faire conſtruire
un Pont de Bateaux
flotant fur la Riviere de Seine,
16
204
MERCURE
qui aboutira vis à vis leGuichetde
la ruë S. Thomas du
Louvre, Les Deſſeins ont eſté
faits par M. du Val , Architecte
des Baſtimens du Roy,dont
T'habileté eſt connuë , & à qui
le Val de Grace doit une partie
de ſes beautez . Ce nouveau
paſſage ſera d'un fort grand
ſecours pouravoir la communicationdes
Quartiers circonvoifins,
tantdu coſté de S.Honoré,
que du coſté de l'Abbaye S.
Germain,qui font les plus peuplez
deParis. On ſe diſpoſe à
travailler
ce merveilleux Ouvrage , dont
le Public attend l'execution
avec tant d'impatience. Vous.
pe devez pas vous étonner ſije
luydonnele nom de merveilleux.
Ce ne fera pas un Pontde
Bateaux ordinaire, & il n'aura
inceſſamment à
GALANT.
205
rien de ſemblable à ceux qu'on
adéja vûs de cette nature. Outre
les ornemens qui feront une
agreable décoration fur laRiviere,
il y auraquantité de commoditez
des Bains publics , &
pluſieurs Boutiques , non pas à
la maniere de celles du Pontneuf
, mais auſquelles feront
joints des logemens , & de fort
belles Pieces , où ceux qui ſe
baigneront pourront s'alfer repofer.
Ce qu'il y a d'admirable
dans ce deſſein , c'eſt que le toit
de ces Boutiques n'excedera
point le niveau du Pont , fur
lequel il y aura deux Parapets
pour plus de commodité , quoy
que les Carroffes ne doivent
pas y paffer. Toutes ces choſes.
font difficiles à faire comprendre
, principalement pour ce
qui concerne les Boutiques ,
206 MERCVRE
mais je croy que le Public en
verra un Deſſein gravé avant
qu'on ait achevé ce Pont. Il ne
ſervira pas ſeulement de paffage
, mais de décoration à laVille
, &de promenade , & fi l'execution
répond à ce que j'en ay
vû , il y en aura peu de plus
agreables .
J'ay à vous apprendre la mort
de Meffire Jacques de Sens
Marquis de Folleville , arrivée
le 28. du mois paffé. Le Roy ,
dont il avoit eu l'honneur d'eſtre
Page , luy avoit donné
l'Enſeigne Colonelle de fon
Regiment , à l'âge de dix neuf
ans. Enſuite il fut Capitaine
dans le même Regiment , &
comme il ſe diftingua en toutes
fortes d'occaſions , Sa Majefté
le fit Colonel , du Regimenz
de Flandre , à la teſte duquel il
a fait beaucoup d'actions reGALANT.
207
marquables , tant dans le Vivarés
où il commandoit en chef
qu'à la Bataille de Staffarde , &
aux Sieges d'Italie. Il eſt mort
âgé ſeulement de trente-cinq
ans , & eſtoit Fils de Meffire
Guillaume Sens , Chevalier de
l'Ordre du Roy , Marquis de
Folleville , Lieutenant General
des Camps & Armées de Sa
Majeſté . Les ſervices confiderables
que ce Guillaume de
Sens a rendus à la Couronne ,
l'avoient fait honorer de pluſieurs
Commiſſions importantes
, fous le Regne du feu Roy,
& pendant la Regence de la
Reine Anne d'Auſtriche. Il a
ſervy trente-neuf ans fans difcontinuer
, ce qquuiiaavvooiitt obligé
Sa Majesté à luy donner le
Gouvernement de Vitry le
François , & celuy de Saverne
208 MERCVRE
en Allemagne. Le Regiment
de Flandre qu'avoit M. le Marquis
de Folleville , fon Fils
eſté donné à M. le Marquis de
Tors .
2
Ona eu nouvelles , que M.
le Vidame d'Eſneval , l'Ambaffadeur
de France en Pologne ,
y eſtoit mort en fort peu de
jours. Il avoit eſté invité aux
Nôces du Grand Enſeigne de
Pologne , qui ſe firent à Grodnau
, le 1. du mois paffé. Une
Auxion qui te ſurprit ne luy
permit pas de s'y trouver , mais
s'eſtant fenti mieux le lendemain
, il aſſiſta à la fuite des réjouiſſances.
Sa fluxion augmenca
le jour ſuivant, accompagnée
d'une fiévre ſi violente , qu'il
mourut le 8. Il eſtoit Petit
Fils de Robert le Roux de Til.
ly, quien 1199.épouſa Marie
GALANT.
209
de Bellievre , Fille de Pompone
de Bellievre , Ambaffadeur
en Suiſſe , en Pologne &
en Angleterre , Plenipotentiaire
à la Paix de Vervins & enfin
Chancelier de France. De ce
mariage fortit entre autres Enfans
Claude le Roux , Baron
d'Aquigni , Chaſtelain de Cambremont
, & du Meſnil-Jourdain
, Seigneur de Becdal ,
Vironucy , la Metairie , Conſeiller
au Parlement de Roüen,
qui prit alliance avec Madeleine
de Tournebu , Fille d'Anne
de Tournebu , Baron de Livet
, Seigneur de Bouges , &
de Françoiſe de Prunelé , dont
laBiſayeule eſtoit Madame Anne
de Dreux , Princeſſe du
SangRoyal de France , Vidame
de Normandie , Baronne
d'Eſneval , Chaſtelaine de Pa
210 MERCURE
villy. M. le Vidame d'Eſneval,
Ambaſſadeur en Portugal, puis
en Pologne , Fils de ce Claude
le Roux , & de Madeleine de
Tournebu , avoit épousé Anne
Marie Madeleine de Canouville
, Fille d'Adrien de Canouville
, Seigneur de Gromeſnil,
& de Marie Elifabeth Bretel ,
& il en a eu un Fils , Claude
Adrien le Roux , né à Lisbonne
le 9. Fevrier 1689 .
Je puis joindre à cette mort
celle du Marquis de Fleury ,
Amiral des Bateaux armez en
guerreque l'Empereur fit équi.
per l'année derniere ſur le Danube.
Ce Marquis eſtoit Piedmontois
, & avoit eſté Capiraine
des Gardes du feu Duc de
Savoye , & fon Rival , ce qui
l'avoit obligé de fe fauver de ſa
Cour. Il fit aprés cela diverſes
GALANT. ZII
figures dans le monde , fans ſçavoir
où il pourroit s'eftablir ,
mais ayant eſté mieux recen
dans la Cour Imperiale , qu'en
aucune autre , il tacha par fes
foins d'y meriter de nouveau
les faveurs de la fortune que
fon amour luy avoit fait perdre
, & enfin il avoit pensé à
un armement ſur le Danube ,
pluſtoſt pour fon intereſt que
pour celuy de l'Empereur. Il
s'eſtoit donné de grands mou .
vemens pour cet Armement ,
dont l'utilité n'a pas répondu
à la dépenſe . Tout l'avantage
que Sa Majesté Imperiale en
peut tirer eſt de compter un
Amiral parmy ſes Officiers , &
des Baſtimens fur l'eau qui ſeront
peu ſujets aux tempeſtes
qui regnent preſque toujours
fur les Mers .
212 MERCURE
Ily a eu beaucoup de Malades
depuis quelque temps , &
leurs maladies ont eſté fort
courtes . M. du Mars , Greffier
du Conſeil , a eſté du nombre
de ceux qui font morts , fans
avoir eſté malade que fort peu
de jours. Il avoit la reputation
d'eſtre fort honneſte homme ,
ce qui luy avoit acquis l'eſtime
dequantitéde perſonnes diftinguées
. Il étoit beau-Frere de
M.d'Herville , Gouverneur de
Pignerol , & il a laiſſé un Fils
Confeiller au Parlement.
>
On écrit de Tours que le
9. de ce mois , Meffire Gilles
de Pontz - Rafbré , Marquis de
la Falden , Fils ainé de Meſſire
Gilles de Pontz Rafbré , Baron
de Chantelou , avoit épousé
Mademoiselle de Saint André
de Boisrougeron , Fille unique
GALANT.
213
de Meffire Jean de Saint André
de Boisrougeron , premierCapitaine
dans le Regiment de
Surlaube , qui s'eſt diſtingué
en Irlande à la Bataille de
Boiſne , & de Dame Marie
de Valfocé. Monfieur de Saint
André deſcend de Meſſire Fraçois
de Saint André Preſident à
Mortier, qui l'an 1560. fut afſaffiné
à coups de piſtolet,comme
il fortoit du Palais, pendant
les premieres guerres de la Religion.
Cette maiſon eſt originairedeToulouze
,& elle atoûjours
eſté inviolablement attachée
au ſervice de ſes Princes
legitimes. La mariée , qui eſt
d'un tres-grand merite & d'une
beauté parfaite , eſt unique
Heritiere de Meſſire Jean de
Valfocé , Lieutenant Colonel
du Regiment de l'Iſle , fon
214
MERCURE
Ayeul Maternel , qui poffede
de grands biens. La Ceremonie
de ce Mariage fut faite
par M. l'Abbé Martin , Docteur
en Theologie , & grand Archidiacre
de l'Egliſe de Tours , en
prefence d'un fort grand nombre
de perſonnes de qualité qui
s'y eſtoient renduës.
Les Reveuës que le Roy fait
de toutes ſes Troupes , & particulierement
de celles de ſa
Maiſon, ſont cauſe que tous les
Commandans redoublent leurs
foins , afin qu'elles ſoient toujours
en eſtat . Sa Majesté pour
ne pas fatiguer la Cavalerie de
Sa Maiſon , en la faiſant venir
aux environs de Versailles , a
bienvoulu ſe donner la peine
d'aller juſqu'à Chantilly , pour
en faire la reveuë dans la plaine
de Senlis , où ces Troupes
GALANT.
215
avoient ordre de ſe rendre. Le
Roy y eſtant arrivé le Jeudy 5 .
de ce mois, fitdés le lendemain
la reveuë des quatre Compagnies
des Gardes du Corps. Le
jour ſuivant , Sa Majesté vit
encore tous les Gardes , ainſi
que tous les chevaux qui avoient'eſté
achetez pour la remonte
. Le même jour , Elle fit
la reveuëdes Grenadiers à
pied , & aprés leur avoir fait
faire diverſes évolutions , Elle
vit ſes Gardes , Brigade par
Brigade , à pied , l'épée à la
main. Enfuite ils monterent
tous à cheval , & defilerent par
Compagnies , & aprés cela par
Brigades ,& l'on peut dire que
Sa Majesté les examina un àun .
M. le Maréchal Duc de Duras
commandoit ce jour là tout
le Corps , M. le Duc de Noail216
MERCURE
les ayant le Baſton. Mrs les
Maréchaux Ducs de Luxembourg
& de Lorges eſtoient
àla teſtede leurs Compagnies .
Tous les Capitaines des Gardes
avoient des manteaux
bleus , qui font preſentement
des ornemens à Brevet. Les
Officiers en avoient auſſi , mais
les ornemens eſtoient differens.
Le Dimanche , le Roy
alla à la Chaſſe de la Fauconnerie
, où toutes les Dames ſe
trouverent en habits d'Amazones
des plus magnifiques . Le
Jeudy , le Roy vit la Gendarmerie.
Les Gendarmes.
Les Gendarmes Ecoſſfois.
Anglois.
Bourguignons.
De Flandre .
De la Reine.
DauGALANT.
217
Dauphins.
Berry.
D'Anjou.
D'Orleans .
Les Chevaux - Legers.
Chevaux- Legers de la Reine.
Dauphins .
DeBourgogne,
De Flandre.
D'Anjou .
De Berry .
D'Orleans.
Toutes ces Compagnies eftoient
commandées par M. le
Comte deMarfin ,Brigadier des
Camps & Armées du Roy.
Monſeigneur leDauphin ſalüa
l'épée à la main , toutes les
fois que ces Compagnies paſſerent
devant Sa Majeſté. Mr le
Nonce ayant ſouhaité de voir
toutes ces Reveuës , ne manqua
pas de s'y trouver,& aprés
Mars 1693 . K
1
4
1
218 MERCURE
1
avoir parlé pluſieurs fois de la
beauté des Troupes , il dit au
Roy , qu'il estoit impofſſible de les
voirfans que leur prefence imprimalt
du courage aux plus poltrons.
Le Roy luy avoit fait donner
un des chevaux qui luy fervent
de monture , & comme
ce cheval eſtoit un peu vif ,
M. le Nonce dit , que c'estoit
un Bucephale , qui ne connoiſſoit
qu'Alexandre . Monfieur le
Prince le regala magnifiquement.
Le Roy alloit à la Chaffe
du Chien courant au retour de
toutes les reveuës ,qui auroient
deu le fatiguer , s'il n'avoit pas
toujours , la meſine vigueur ,
& s'il n'avoit pas eſté dans une
ſanté parfaite. Le Mardy, S.M.
chaſſadepuis onze heures jufqu'à
fix heures du foir , & au
retour en rentrant dans le petit
GALANT .
219
Parc, Monfieur le Prince donna
au Roy & àMonſeigneur le
plaifir d'une battuë dans un
petit bois , d'où il fortit plus de
deux mille Faifans ,& autant
de Perdrix. Quoy que tous les
Officiers du Roy fufſfent à
Chantilly , & qu'il y fuſt ſervy
comme à Versailles , Monfieur
le Prince n'a pas laiſſé dimaginer
mille choſes pour faire tous
les jours trouver à Sa Majesté,
& à toute la Cour , des agrémens
nouveaux dans cette delicieuſe
Maiſon. Le Mercredy
on vola à l'ordinaire. Le Jeudy ,
leRoy fit la reveuë de ſes deux
Compagnies des Mouſquetaires
, où les Officiers nouveaux
que Sa Majefté avoit fait recevoirà
la dînée à Ecoüan en
allant à Chantilly , parurent
avec beaucoup de magnificen
K 2
220 MERCURE
ce. Enſuite le Roy alla aux
Toiles dans l'enceinte,deſquelles
ce Prince ne voulut point
qu'on couruſt les Sangliers ;
mais il les fit courre en pleine
campagne avec des Levriers
corps à corps , fans que perfonne
en tuaſt aucun avec l'épée
, comme cela ſe pratique
ordinairement. Le Vendredy,
le Roy alla à la chaſſe du vol ,
&partit le Samedy pour retourner
à Versailles. Tant que
la Cour a demeuré à Chantilly ,
il y a eu tous les foirs appartement
, & grand jeu dans la
Galerie. Monſeigneurle Dauphin
a couru tous les jours le
Cerf ou le Loup , avec les équipages
de S.M.qu'on appelle
les grands chiens , fon équipage
du Loup , l'equipage de M:
leDucdu Mayne pour le Cerf,
GALANT . 211
l'equipage de M. le Chevalier
de Loraine pour le Cerf , qui
a toujours demeuré à Royaumont
avec celuy de M. le Duc
du Mayne.Quoy que les Troupes
ayent eſté charmées des
manieres du Roy , la reſpectueuſeeſtime,&
l'amour qu'elles
ont pour ce Monarque ont
encore redoublé dans ces dernieres
Revuës.
Je ne dois pas oublier de vous
dire icy qu'aux environs d'Ecouan
en allant àChantilly,une
chaine de quarante à cinquante
Galeriens , fut fi heureuſe
qu'elle rencontra le Roy. Ils
donnerent des marques de leur
joye , & firent entendre,quoy
que de loin, qu'ils efperoient
que leur peine leur feroit remife.
Le Roy qui ne fait rien
avec precipitation , les laiſſa
K 3
222 MERCURE
7
paffer; & le foir s'eſtant informé
de leurs crimes , declara
qu'il leur faifoit grace , à l'exception
de quelques - uns , à
condition néanmoins qu'ils
ferviroient fix ans dans ſes.
Troupes.
pas
Je vous ay parlé des nouveaux
Officiers des Mouſquetaires
en vousparlant de laRevûë
de ce Corps , mais je n'ay
pas crû vous les devoir nommer
dans cet article , pour ne
interrompre le fil du détail
que j'avois à vous faire,detout
ce qui s'eſt paſſé au voyage du
Roy , à Chantilly. Au mois de
May de l'année derniere , Sa
Majesté allant à Namur, fit une
augmentation de deux Maréchaux
des logis dans chacune
de ſes Compagnies de Moufquetaires
.Ceux dela premiere,
GALANT .
223
furent Mrs de la Roque & de
Malleville,& les Brigadiers qui
priret leurs places , Mrs le Chevalier
Deſcluſel & Dumas . Les
Maréchaux des logis de la ſeconde
, furent Mrs de Combes
& Baron,& les Brigadiers , Mrs
Doucette & Grandchamp . M.
de Jauvelle eſtant mort quelques
jours aprés ,M.le Marquis
de Vins fut nommé pour remplir
ce poſte,& M.de Rigauville,
alors Cornette, fut fait Sous-
Lieutenant ,& reçû le 1 3. Juin
à la tête du détachement, commandé
pour attaquer lesEnnemis
dans des carrieres ; où ils
eſtoient bien retranchez , &
d'où ils furent chaſſez . Au mois
de Fevrier dernier, Sa Majesté
declara qu'Elle vouloitdoubler
les Officiers à hauſſecol, & nó
ma M.d'Artagnan , alors Cor-
K 4
224
MERCURE
nette,ſecond Sous-Lieutenant ,
M.de Janſſon , alors Capitaine
de Chevaux,premier Enſeigne
&M.de la Luzerne, alors Colonel
d'Infanterie, ſecond Enſeigne,
Mrs d'Aigrebert &des Aubrieres
, alors Maréchaux des
logis , Cornette de la premiere
Compagnie, & pour la ſeconde
M. le Marquis de Mirepoix ,
alors Enſeigne de la premiere ,
fecond Sous- Lieutenant, M. de
Canillac , alors Capitaine aux
Gardes , premier Enſeigne , M.
d'Hautefort , alors Lieutenant
deGrenadiers au même Regiment
, ſecond Enſeigne , M. de
Curly &de Galiber , Maréchaux
des logis , Cornettes ; &
les.decemoisen allant àChantilly
, paſſant à la teſte dela premiere
Compagnie , M. deMaupertuis
fit recevoir en ſa preGALANT
.
225
e
4
e
Tence Mrs d'Aigrebert & des
Aubrieres , les autres eſtant
abſens . M. de la Luzerne a eſté
receu depuis à la reveuë quele
Roy fitdes deux Compagnies ,
le leudy avant fon retour , ou
Sa Majesté donna des penſions
auxMaréchaux des logis , qu'il
avoit nouvellement créez . Mrs
de Paule & Crené furent auſſi
receus Maréchaux des logis ;
Mrs des Mauveziniere & de
Lâge Brigadiers , Mrs de Panffier
, laChaſſetiere ,Dormé &...
Sous - Brigadiers . De- là venant
àla teſtede la ſeconde , Sa Majeſtéreceut
M.de Vins , qui fit
recevoiraprés M. de Canillac ,
Mrs de Curly & de Galibert ,
(M. d'Hautefort eſtoit abſens ,)
& pour Maréchaux des logis ,
Mrs de Reillac , Doucette &
Grandchamp, pourBrigadiers ,
K
226 MERC VRE
Mrs de Maffé , Montholon
Chalais &S. Laurens , Sous-
Brigadiers , Mrs de Keringard ,
du Vignault , Beauxhoſtes
Montaran , Batrada & Marbeuf
& comme Mrs lauvelle , de
Vins & Barriere avoient des
Brevets de retenuë fur leurs
Charges , le Roy a voulu pour
les acquiter , & afin que les Officiers
du Corps puiffent monter
fans argentquand leur tour
viendra , que les deux Enſeignes
de chaque Compagnie
fuſſent venduës , non pas ce
qu'elles valent , mais chacune
trente-cinq mille livres , pour
faire la ſomme de 140000.livres
qu'il falloit donner , ſçavoir
40000. livres aux heritiers
de M. de lauvelle. 50000 .
livres à M.de Vins , & autape
à M. de Barriere.
GALANT .
227
+
L'Enigmedu moispaſſé a eſté
expliquéeſur la Cendre , quien
eſtoit le vray mot , parMrsGilles
David , de la rue S. Martin ;
l'Abbé Magnau , Alger & Larimon
, de la ruë de la vieille
Monnoye ; de Hautotel de
Rouen , & la Belle l'Anagramme
, Excite à l'amour ; le Berger
Tircis à l'Anagramme , Siecle
d'amour ; la Marquiſe à l'Anagramme,
pure Image de vertu;
Diane de la Foreſt d'Alcleon
le Chevalier inviſible de la Bague
de Gigés , la Nymphe aimantée
; l'Abſente aux jours
filez de ſoye ; le Berger aux
Chataignes ; l'aimable Nocloiſe
à l'Anagramme , Le vray merite
Bourgeois ; le bon Sujet; le
Fidelle de la charmante Nymphe
des Bois de Lyon , le Blondin
Serville de la ruede Poitou ,
ز
K 6
228 MERCVRE
& ſon inſeparable Amy Chambelin
; la Garniſon du Fort de
Meulan , le ſpirituel Robin de
la'ruë de la Coutellerie ; l'Amy
de la plus belle Veſtalede Brie ;
le gros Contrôleur à l'Amoureux
de Chatou ; le petit leufneur
, de Versailles ; le petit
Coq reveille matin du Fauxbourg
S. Antoine ; le joly &
fpirituel Avocat de la ruë de la
Tifferanderie ; l'aimablele Miredelaruë
des Arcis ; l'Amoureux
P. à la Deviſe , cen'est pecher
d'aimerſa commere; les deux
Voiſins du Roy Henry ; Che
villard, & le Griſon de la même
ruë ; le Secretaire des Lettres
amoureuſes du Palais ; l'Amane
de fix ans , & ſon aimable Etiennette
de la Porte de Paris
le Diſſimulé Amoureux de la
rue de la Pelleterie ; l'Amateur
1
{
GALANT.
229
des ſciences de la ruë dela Lanterne
, le Satirique ridicule à
contre-temps ; le Poëte amoureux
& fon Indifferente , dela
vieille ruë du Temple , & Mefdemoiselles
leanne, Angelique
Trocquet , de la vieille Place
aux Veaux ; Marianne & Madelon
, de la ruë de la vieille
Monnoye ; Loüife Marie Infpectrice
de la nouvelle Societé
du lardin de Lyon , & ſes Compagnes
; l'Eſprit tardif de la
nouvelle Societé de Beauregard
, ruë d'Enfer ; Gaudiche
d'Orleans , & le petit Pere en
ſecet du même lieu ; la complaiſante
Boupion de la ruës.
Antoine; les deux Inſeparables
de la ruë S. Hiacinte , & leur
Amy la Servitude ; l'incomparable
Danſeuſe du Bal du Pont
auChange ; la Gottique & les
230
MERCVRE
deux Veſtales de lalõgue Allée,
& la Compagnie des Affurances
& groſſes Avantures , de la
meſme ruë ; le ſpirituel André
Bernon , de la Rochelle ; le
Chevalier de Leſta , & ſon Amy
Deſbricé ; la Societé nouvelle
des Celestins , & M. Ronfelin
de celle des Tailleurs ; Hutuge
d'Orleans ; l'Empreſſe de la
nouvelle alliance ; le grand ва-
vard du Marais , & Julliot Af
ſeſſeur du Comté de Benon .
Icn'ay rien à vous dire de
l'Enigme nouvelle que je vous
envoye , finon qu'elle vient de
fortbon lieu .
ENIGME,
ENoor que de la fermeté de
Noftrefigure foit le symbole ordi
BAITE D
GALANT. 231
Parnoſtre usage on connoist qu'au
contraire,
Chacun de nous n'est fait que pour
estre agitė..
Il arriveſouvent, lors qu'ànous on
s'applique ,
Que nous chagrinons bien des.
gens..
Sur tout ceux quidesyeuxſuivant
nos mouvemens
Netrouventpasleur compte ànostre
Arithmetique.
Pour nous mieux tourmenter les
Barbares Humains ,
Non contensd'employer les effortsde
leurs mains ,
Nous jettent dans lefond d'unepri-
Son obscure ,
Où quand ils nous ont bien bernez,
Ils nous en font fortir,& pour com
ble d'injure
232
MERCUR E
Viennent effrontement nous regar
derau nez.
J'ajouſte à ces Vers les paroles
d'un Air à boire que vous
chanterez avec plaifir .
AIR NOUVEAU.
A
H ! Bacchus , pourquoy dans
ces lieux ,
Nous rens- tuta liqueurfi vare?
Du plus agreable des Dieux ,
Deviendras- tu leplus barbare?
Fais-noussentir ta liberalitė ,
En répandanttafaveurfur nos.
Vignes,
2
Et nous tepromettons que nous nONS
rendrons dignes ,
Divin Bacchus , de ta bonté,
Le Roy a nommé M. l'Abbé
de Polignac , Ambaſſadeur en
Pologne. Ilademeuré pluſieurs
D
L rare, duplus agreabledesi
tes faver pla en répandant
gne enous nousrendre digně,devinE
dix-hu
rusnous rendredignes dirvin Bachus
qui ne penſe pas moins à
conduite des ames de ſes
a
1
jets , qu'à leur gloire
devoir travailler à l'érecti
d'un nouvel Evêché , po
foulager M.l'Evefquede Cha
tres,& pour cet effet , Sa Ma
jeſté a nommé M. l'Abbé Ber
thier Evefque de Blois . Il eſt
Dieizdevi
ursur n
'achusd
de ta bi
一
0
FIEL
pare:
Sentir ta liberalizė ,
dantta faveurſur nos.
pes,
promettons que nous nous
tons dignes ,
Bacchus ,de ta bonte
Koya nommé M.l'Abbé
lignac , Ambaſſadeur en
gne.Ilademeuré pluſieurs
GALANT .
233
années à Rome , & s'eſt acquis
beaucoup de reputation dans
cette Cour , où l'on n'eſtime
que le folide merite . Cet Abbé
eſt Fils de M. le Vicomte
de Polignac, Commandeur des
Ordres du Roy & Gouverneur
du Puy. Madame de Polignac,
fa Mere , eſt de la Maiſon du
Roure . M. de Polignac , fon
Frére , a épousé Mademoiselle
de Rambures .
L'Eveſché de Chartres ayant
dix-huit cens Paroiſſes,le Roy
qui ne penſe pas moins à la
conduite des ames de ſes Sujets
, qu'à leur gloire , a crû
devoir travailler à l'érection
d'un nouvel Evêché , pour
foulager M.l'Evefque de Chartres,&
pour cet effet , Sa Majeſté
a nommé M. l'AbbéBerthier
Evefque de Blois . Il eſt
234
MERCVRE
Neveu de Mr l'Eveſque de
Montauban , & Parent de M.
l'Evefque de Rieux. Son grand
Pere eſtoit premier Preſident
au Parlement de Thoulouſe . Il
a toutes les qualitez requiſes
pour avoir ſoin des ames , & la
vie exemplaire qu'on luy voit
mener en eſt une preuve. Le
Roy a donné pour faire partie
de la fondation de l'Eveſché de
Blois, l'Abbaye de S. Laumer ,
& de Bourg - moyen de Blois . Sa
Majesté a auſſi donné à Mr
l'Abbé de Luxembourg , l'Abbaye
d'Orcamp, vacante par la
mort de M. l'Abbé d'Elbeuf ,
fur laquelle il a mis deux mille
écus de penfion pour Mr l'AbbéMerille
qui luy a remiscelle
de S. Laumer. M. l'Abbé
de Polignac dont je viens de
vous parler a eu l'Abbaye de
GALANT.
235
Bonport , que Mr l'Abbé Colbert
, dernier Fils de feu M..
Colbert,Miniftre & Secretaire
d'Etat, a remis entre les mains
de S. M. pour prendre le party
des armes .
M.l'Abbé de Noailles , Frere
du Duc de ce nom, & qui ſoutient
le caractere de pieté qui
a toujors brillé dans toute cette
Maiſon , a eſté nommé à l'abbaye
de Montier- Ramey , qui
étoit à Mr l'abbé de Luxembourg.
Celle de Gimont que la
mort de M. Peliſſon alaiffée
vacante , a eſté donnée à M.
l'Abbé Roquette, Neveu de M.
l'Eveſque d'Autun; celle des
Religieuſes de S. Julien d'Auxerre
à Madame de Chanlay ,
Soeur de Mr de Chanlay , fi
diftingué par les fervices qu'il
rend au Roy & à l'Etat ,& celle
236
MERCURE
d'Effey prés d'Alençon à Madame
d'Ofmont- d'Aubry , Religieuſe
dans
maifon .
cette mefme
Aprés avoir fait ſes largeſſes
à la Robe , le Roy n'a pas oublié
l'Epée , & a donnéle Gouvernementde
Caſtillon en Gafcogne
, à M. Polaſtron , Lieutenant
Colonel du Regiment
du Roy.
Le Gouvernementde Mont-
Dauphin en Dauphiné , à M.
de Larré,Maréchal de Camp.
La Lieutenance de Roy de
Mont Dauphin , à M. d'Augery ,
Major du Regiment du Roy.
Le Gouvernement de Ham ,
à M. de la mothe - Vatteville ,
Maréchal de Camp.
Le Gouvernementde Dinan
enBretagne, à M.de la Bretonniere
, Lieutenant- colonel du
GALANT.
237
Regiment de Cavalerie de S.
Simon.
Le Gouvernement de Brian
çon en Dauphiné , à M. de S.
Silvestre ,Maréchal de Camp.
Le Gouvernement de Creſt ,
à M. du Meſnil .
Le Regiment du Roy , à M.
de Surville , Colonel de celuy
de Toulouze , Fils de M.le Marquis
de Hautefort , & Gendre
de M. le Maréchal de Humic-
-res .
La Lieutenance Colonelle
du Regiment du Roy , à M. de
Lignieres , premier Capitaine
de ceRegiment.
Le Regiment de Toulouze , a
M. de Cadrieux , Lieutenantcolonel
du meſme Regiment.
Le Regiment de la Reine,à M.
de Chamarante ,Colonel de celuy
de Perigord.
238 MERCVRE
Le Regiment de Perigord à
M. de Chemeraut, Colonel de
celuy de Foreſts .
Le Regiment de Foreſts à
м. de Montmorency , Capitaine
dans le Regiment du Roy.
Le Regiment Royal d'Infanterie
a eſté acheté par M. de
Calvo . Il y a dix milles livres
d'appointement aux Gouvernemens
de Briançon & de
Montdauphin.
Le 18. de ce mois , M. le
Marquis de Soudeille prêta le
ferment de fidelité pour la
Charge de Lieutenant de Roy
du Bas Limoſin .
Vous avez ſçeu la Maladie
de Mademoiselle d'Orleans ,
Fillede feu Monfieur le Duc
d'Orleans , & Coufine germaine
du Roy.Cette maladieacſté
plus dangereuſe que longue ,
GALANT.
239
&il a falu cing priſes d'Emetique
, dont la derniere a eſté
donnée ſans preparation , pour
ſauver cette Princeſſe. Aprés
cela la vigueur de ſon bon temperament
ayant paru , ſa ſanté
à commencé à ſe rétablir , &
la Cour& la Ville à en témoigner
ſa joye . L'affluence a été
grande au Palais de Luxem.
bourg pour ſçavoir des nouvelles
dela ſantéde cette Princeffe.
Toute la Cour,& tous les
Princes y fontvenus pluſieurs
fois , & le Roy luy a fait l'honneur
d'y venir luy-même,Mõſieur
& Madame y ont ététous
les jours. Je vous envoye des
Vers qui ont eſté faits ſur cette
maladie par M. l'Abbé Grener .
Quoy qu'il parle en Vers , ce
qu'il dit n'eſt point une fic
tion.
240 MERCURE
qui ttoouutteechoſe abonde
Toy dans qui Sejour des plus grands Roisdu
monde ,
Paris , agreable Cité ,
Il nefaut plus verſer de larmes.
Tu peuxſortir de tes alarmes ,
Etreprendre ton calme&ta tranquillité.
La Princeſſe n'est plus en proye
A l'impitoyable douleur ;
Le Cielveut encor qu'on la voye;
Ce qui cauſoit noftre malheur
Eft lesujet de nostre joye.
Que cette Cour dans la triſteſſe,
Preſentoitun ſpectacle affreux !
L'une vangeoitsur ses cheveux
Lemal quefouffroit la Princeſſe.
L'autre plus belle que le jour,
Faite par les mains del'Amour,
D'un ongle qu'animoit la rage ,
Pourmieux exprimerson malbeur,
En
GALANT. 241
En ſe déchirant levisage
Vouloity graverfa douleur .
Loin d'icy ces tristes images ,
Lenuage s'est écarté,
Etdeformais pourſaſanté
Nousn'avons qued'heureuxpré-
Sages.
Chacundans peu , Princeſſe,espere
dese voir.
Alorsma voix mieux arrangée,
Sansſeſentir du trouble où ton mal
l'aplongée,
S'acquitera deson devoir.
Quoy que le temps de l'ouverture
de la Campagne approche
, il ſeroit malaiſé de
vous en parler juſte pour des
raiſons bien oppoſées. On ne
dit rien enFrance, où le ſecret
eſt impenetrable & les Ennemis
ſont ſi empreſſez quand il
s'agit de faire des menaces ,
Mars 1693 .
L
242.
MERCVRE
qu'ils parlent toujours trop toſt
pour eſtre crus . Tout ce que les
Allemans ont dit depuis un
mois , eſt reduit à rien ,quoy
qu'ils ayentbeaucoup parlé , &
tout ce que l'on en peut conclure
eſt qu'ils ne ſont pas peu
embaraſſez . Ils n'écoutent que
leur paffion ,& prennent trop
toſt des reſolutions pour n'en
pas changer. Il y a deux mois.
qu'ilsdevoientenvoyer ungros
Cops de Troupes en Piémont.
Enſuite la reſolution fut priſe
d'en retirer au lieu d'y en envoyer.
Ils crurent aprés cela
que les Turcs auroient peu de
forces en Hongrie ;& menacerentde
paroiſtre ſur le Haut
&fur le Bas Rhin , avec des
Armées tres - nombreuſes. Ils
changentde langage preſentement
, & doutent s'ils en feGALANT.
243
ront revenir leurs vieilles
Troupes. Ils nous menacent
par tout du Prince de Bade , &
aprés avoir dit qu'il commanderoit
fur le Rhin, ilsont publié
qu'il iroiten Piemont , &
ils ne ſçavent à preſent où il
commandera, à cauſe que l'Electeur
de Saxe ne veut pas luy
obéïr. Aprés toutun homme
ſeul n'eſt pascapable d'intimider
la France , & nous avons
peut- eſtre cent Officiers Generaux
qui ne luy cederoient
pas. Ils'eſt rendu conſiderable,
parce qu'il eſt Soldat , & qu'il a
remporté quelques avantages
fur les Turcs pendant leur plus
grande foibleſſe. Il craint tellement
de manquer de Troupes
& de munitions , qu'il
refuſe de venir, lors qu'il croit
qu'il doit luy manquer quelque
L 2
244
MERCURE
choſe. Il n'eſt pas merveilleux
de ſe distinguer quand on a tout
à ſouhait.
Le temps me preſſe fi fort
que je vous diray fort peu de
choſe de M. le Preſident de
Neſmond dont la mort a eſté
fort prompte. Il eſtoit zelé pour
la Juſtice ,& écoutoit les parties
avec bonté. On a apporté
fon corps aux Religieuſes de la
Conception , & rien n'a manqué
au Convoy funebre pour
le rendre magnifique . Le Parlementa
eſté en Corps luyjetter
de l'eau-beniſte. Il eſtoit
Frere de M. l'Evefque de Bayeux.
M. de Lamoignon , Avocat
General,monte en ſa place.
M. Robert ,Grand Penitencier
eſt mort dans le meſme
tems. Il eſtoit Frere de M.
Robert , Procureur du Roy &
GALAN T.
245
du celebre Avocat qui porte le
mefme nom. Il avoit eſté Archidiacre
de Chartres d'où fon
merite le fit appeller,pour être
Grand Penitencier à Paris. Son
Archidiaconé de Chartres fut
donnéàun de ſes Freres auquel
il a reſigné ſa maiſon de Chanoine.
M. l'Archeveſque a donné
ſa Chanoinie à ce meſme
Frere.OnpeutdiredeMrs Robert
, qu'ils font d'une Famille,
où regnent l'érudition , la fageffe,
la probité & la pieré.
M. Frefon., Conſeiller de la
Grand Chambre du Parlement
de Paris , & M. Henin , Con
feiller dans le meſme Parlement
, font morts auffi depuis
peu de jours. M. Clin , Doyen
des Enquestes , eſt monté à la
Grand Chambre , à la place de
M. Freſon. Je vous en diray da-
L3
246 MERCURE
vantage dans ma Lettre du mois
prochain.
Au lieu de faire l'Eloge de
M. l'Abbé Boileau , comme je
m'y eſtois preparé , en vous
écrivant ſa mort le mois paffé ,
j'ay la joye de vous apprendre
que cet illuſtre Abbé ſe porte
fort bien. Si j'endiſois davantage
, je bleſſerois ſa modeſtie.
Il vit , & fes doctes , Predications
vous feront ſouvent fon
Eloge.
Dans le moment que j'allois
fermer ma Lettre , j'ay ſceu
que le Roy avoit fait ſept Maréchaux
de France , dont je
vous envoye ſeulement les
noms fans ordre ; le temps ne
me permettant rien davantage.
Ce font,
GALANT.
247
M. le Duc de Noailles .
M. le Duc de Villeroy.
M. le Comte de Tourville .
M.le Marquis de Bouflers .
M. de Catinat.
M. de Joyeuse.
M. le Comte de Choiſeul .
• Lieutenans Generaux.
Mrs Bertillac .
Vatteville.
Monteverelle.
Tallard.
Lavaller.
Briffac.
Feuquieres.
Gatfé.
Villars .
Melac.
Ximenes . S. Silvestre.
Monpertuis.
De Vins.
Cognis.
Thinfon.
LaHoguette.
Burcar.
Guifcard.
Le Grand. Prieur.
Montchevreüil. De Baronie.
Harcour . Buſenval.
Crenau
Larré.
De la Breteſche.
Nonéan..
28.
L 4
248 MERCURE
Maréchaux de Camps.
Mrs Lagnion. Preſchac.
Marfin. Comtede Sors.
Sernon. Caftre.
Florenfac. Précomtal.
Varenne. Comte du Bourg.
Comoria. Daleigre.
Bezon. S. Fremont.
Comte la Motte. Mailly.
Lignery. Naffau.
Vendeuil . Davejean.
Medany. Duc de Montmo
Genelis. rency.
Renac. Milord Lucan.
Le Ch. de la Fare . 26.
Brigadier de Cavalerie.
Mrs Montrevel . Ymecourt.
Dupleſſis. Meranville.
Valfan. De Binis .
Libourg
Grammont.
Mazer.
Blanchefort.
Marivaux .
S. Liviez.
Du Chambou.
Légode.
GALANT.
239
Latal. Serignan .
Flamanville. La Faffe .
Preffe. Rocmery.
Comte de Rouſſis. Leſtrade.
Langalleric. Cheldon.
Quilus. 27.
Dauvergne.
Brigadiers a'Infanterie .
Mrs Surville. Herly.
Blainville. Xainthon.
Vaguenie. Duligny.
Alincourt. Baudumont,
Turry. Novion.
D'Antin . Vervin .
Pomponne.
Sabis .
Bailleuil. La Chaloigne..
Gravezon. Charſaugne.
Charrot . Blanzac.
La Chaftre . Dorenne .
Hange.
Nicolay.
Bouligneux.
Chamilly.
La Fayette.
Belnave.
Des Alluers ,
Fourille.
Valliere.
Arbouville.
Lailly.
Cadrieux
250 MERCURE
Ou à Coq. 36.
Vigny.
Je ſuis faché , d'eſtre obligé
de vous dire , quedepuis ce que
je vous ay marqué de l'état de
la ſanté de Mademoiselle d'Orleans
, le Ciel en a diſpoſé au→
trement .
Je ſuis , madame , Voſtre tres ,
&c.
১
AParis ce 31. Mars 1693 .
Je ne suis point surpris que le
Volume de l'Estat des Affaires de
l'Europe aitfait tant de bruitdans
voſtre Province ; on a tant écrit
dans toute l'Europefur les Affaires
d'aujourd'huy , qu'on ne croyoit pas
Pouvoir aprendre quelque chose de
nouveaufur cette matiere, Cepen.
dant on a esté étonné d'y voir l'interieur
de pluſieurs Cours & fur
GALANT.
25
sout de celles de Vienne ,&de Ma
drid. Le Public n'a rien apprisde
plus curieux depuisle commencement
de la Guerrepreſente. Il peus
là- deſſusſe former des plans pour
ce quipeut arriver dans lasuite de
la Guerre& touchant la Paix ,&
ilfera aisé de raisonner , connois
Sant le caractere depluſieurs Souverains,
celuy de leurs Ministres , &
Surtout, les interests qu'ils prennent
&les raisons qui les obligent à les
embraffer. Enfin je ne sçaurois
m'empeſcher de dire , que perſonne
n'a lù ce Livre ſans en avoir témoignéde
lafatisfaction . Si c'estoit
un Ouvrage où l'invention eust contribué
, je n'aurois garde d'en parcetteforte,
maisje puis donner
quelques louanges à ce qui ne
vient que de l'exactitude des recherches
,&des bonnes correspondances.
lerde
LYON
*1898
TABLE.
Prelude.
Sonnet.
Calendrier perpetuel& invariable,
2
tant pour l'année Civile quepour
l'annéeEcclesiastique. 4
Article tres-curieux touchant les
démontreznaturels.
levées d'argent faites dans les
Pays-Bas.
Le Sermon .
57
64
LaBaguettejustifiée ,&fes effets
73
Lettreconcernant ladivinationpar
LaBaguette. 117
Histoire.
147
Idille. 169
Lettre écriteà tous les Evesques.
172
TABLE.
Détaildu dernier Tremblement de
terre
175
Imagination galante. 190
Audience donnée aux Députez
d'Artois. 201
Pont de Bateauxflotantfur laRiviere
de Seine
203
Articlede Morts. 208
Mariage. 212-
Voyagedu Roy à Chantilly , & tout
ce qui s'gestpassé.
Nouveaux Officiers des deux Compagnies
desMousquetaires. 222
214
Article des Enigmes. 230
Serment de fidelité prêté entre les
mainsdu Roy. 233
Maladie de Mademoiselle d'or-
Cleans. 238
Nouvellesd' Allemagne.
Second article de Morts.
241
243
Retour au monde de M. l'Abbé Boileau.
LIOTHEQUE
N
343
◎
LYON
E
*1893
*
TABLE .
Maréchaux de Francenommezpar
leRoy
Finde la Table.
Avis pour placerles Figures.
La Medaille doit regarder la
page 1 35.
L'air doit regarder la page 2 3 2
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