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1692, 12 (Lyon)
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EXBIBLIOTHECA
AUGUSTINIANA
LVGDUNENSI
t
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
DECEMBRE I
THEQUE DE
DYN
$
1993
*
VILLE
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC . XCII .
Avec Privilege du Roy.
7
LE LIBRAIRE
au Lecteur.
Euxqui voudront les lournaux des
CEux qui
Scavans complet de 1692. les trouveront
chez le Sieur Amaulry , pourfix
fols chacun : ily en a quarante trois de
ladite années 1692. & l'on continuera la
distribution pour lemême prix , de même
que les Mercure Galant , pour 20.fols
chaque volume , il eſt inutile de les demanderà
meilleur marché , à moins que
l'on n'enprennep'us de cinquante exemplairesdes
anciens.
LIVRES NOUVEAUX
du Moisde Decembre 1692 .
Hiſtoire des Revolutions d'Angleterre
,depuis le commencement de la
Monarchie , par le Pere d'Orleans de
laCompagnie de Jesus , en deux vol.
inquarto 12.1.
Oeuvres de S. Evremont en 4. vol.
ind . 8. 1. les 3. & 4. ſe trouve auffi
ſeparé pour 4. 1. pour parfaire ceux
qui ont les premiers tome en petitvol .
L'on le trouve auſſi inquarto
en 2. vol. pour 12. 1 .
Connoillance des tems pour 1693 .
20. Γ.
Penfées& Reflexions fur les Egaremens
des hommes dans la voye du
Salut , par M. l'Abbé De Villiers en
2. vol. ind. 4. 1.
La Ducheſſe de Medo , nouvelle
hiſtorique en 2. vol. ind. 3. 1. 10. f.
Inſtruction fur l'Hiſtoire des Empereurs
d'Occident , depuis Charlemagne
juſqu'à Leopold I. aujourd'huy
regnant , par demande & par reponce
ind. 30. f.
L'idée ou deſſeins de Sermons fur
les miſteres de Nôtre Seigneur in octa-
το 3.1.
Maniere de ſe preparer à la Mort
pendant ſa vie , par le Pere Nepveu ,
ind. 30. f.
Boudon du reſpectdeu aux Eglifes,
in24. 15. L.
La Science parfaite des Notaires,
ou le moyen de faire un parfait Notaire
, contenant les. Ordonnances ,
Arrest & Reglemens rendus touchant
la fonction des Notaires ,avec les Formules
& une facile inſtruction pour
dreffer toutes fortes d'Actes, Contrats,
Teftament , & autres ſuivant l'uſage
&P'Eltile des Provinces ,de Droit écrit
par M. de Ferriere , inquarto 6.1.
TABLE.
Prelude,
Σ
Les Dils& Faits du Prince
d'Orange. 2
TABLE.
Beau Discoursfur la Coutume. II
Traduction du Chapitrree pprreemmierdu
Livre de Iob, mis en Vers. 59
Histoire. 70
Discours qui fera connoistre pourquoy
le Mardy dernier jour du
Carnaval , se trouve cette année
le lendemain de la Chandeleur.
93
Service fait à Tournon pour fou
M.le Prince de Turenne. 126
Eglogue. i
2 135
Elegie. 138
Vente des dernieres Marchandises
Orientales, arrivén en Hollan .
de. 148
Morts. ISI
Gouvernement de la Citadelle de
Dunkerque donné parle Roy. 152
Lettre écrite deQuebec . 153
M.Pucelle est nommé premierPrefident
au Parlement de Dauphine,
156
Mariage. 157
TABLE.
L
Traitéde la Transpiration des humeurs.
158
Mortde Madame la Duchesse de
Guastalla . 163
Reflexionsfur la promotion deMarine.
168
On ne doit faire aucune attention
à la promotion qui se trouve à
la page 171. on en trouvera une
plus correcte,&plus ampledans
lespages fuivantes.
Suite des Reflexions.
173
Don gratuit accordé au Roy par les
174 Etats de Languedoc.
La Ligue des Rats , Fable. 176
Détail touchantle Voyage&leſejour
de Mole Prince de Virtemberg
en France , 179
Etat oùse trouve Charleroy , & les
mouvemens des Ennemis à cette
occasion.
Neutralitéde Cazal.
190
194
LeDoze de Venise est élu Capitaine
General.
197
TABLE .
M.leMarquis de Vignole Lieute
nant de Roy de la Ville de Bordeaux.
199
Suite de l'Histoiredu Roy enTaillesdouces,
Lettres à M. de Comiers,
200
204
Laguerre n'empefche pas le Royde
faire fleurirles Arts . Tableau de
M. Coipel le Fils. 209
M. de S. Olon , Gentilhomme Ordinaire
de Sa Majesté , est nommé
pour aller à Maroc.
Nouvelles levées.
217
Article des Enigmes. 220
222
Pensées & reflexions sur l'égarement
des hommes dans les voies
de leurfalut. 224
Promotion de Marine.
227
Lettre écrite par M.le Chevalier
Forbin.
234
Morts. 237
Nouvelles d'Allemagne. 238
Autres nouvelles .
239
Apostille. 1-.
241
Fin de laTable.
I
MERCURE
GALANTE DE
LYON
BIBLIO
DECEMBRE 169
UOY que le titre
de l'Ouvrage par lequel
je commence
cette Lettre, marque
qu'il a eſté fait fur le Prince
d'Orange , il ne laiſſe pas d'être
à la gloire du Roy, perſonne
n'ayant jamais tant travaillé
à la faire briller que ce Prince.
Il eſt de M.l'Abbé Regnier,
Dec. 1692 . A
2 MERCURE
Secretaire perpetuel de l'Aca .
demie Françoiſe , dont vous
avez déja vû des Eloges de Sa--
Majesté , en pluſieurs fortes
de Langues. Ellea eſté extrêmement
fatisfaite de ce dernier
, qu'Elle a bien voulu en.
tendre de ſa bouche même , &
qu'Elle s'est fait relire enſuite .
C'eſt vous dire beaucoup à fon
avantage , & vous ne douteriez
pas de ſa beauté , aprés ce que
je vous dis , quand il ne parleroit
pas autant qu'il fait de luymême
.
LES DITS ET FAITS
du Prince d'Orange,
Cuillaume a dit , remply de
confiance.
GALANT .
3
Detoutes partsj'aßiegerayla Fran
се ,
F'inonderay fes Pays de Soldats ;
F'enleveray Tournay , Lille Ypre ,
Arras ,
Condé, Dunkerque , & les autres
barrieres ,
Qui peuvent mettre à couvertfes
frontieres ,
Pour envenirplusſeurement àbout;
En mesme tempsj'attaqueray par
tout ,
Par mer , par terre ; elle fera contrainte
Defuccomber àla premiereatteinte
De rendre tout . Voilà ce qu'en effet
Guillaume a dit voici cequ'ilafait.
Ouvrant d'abord pompeusement
la Scene ,
Del' Ocean il renverſe la plaine ,
Vient àlaHaye enfuperbe appareil,
Pourytenir unfastueux conſeil,
Etfairevoir à toute la Province,
A 2
4
MERCVRE
Dans leur Sujet , un grand &nouveau
Prince.
Aumêmelieu , pour le congratuler,
Luy rendre hommage , & l'entendre
parler ,
Viennent brillans , parez ,& magnifiques
,
Les Electeurs , les Princes Germa
niques ,
Qu'avecplaisir il voit de jour en
jour
Plus empreßez à luyfaire la Cour.
Aleurs respects répondent ses cariffes
;
Beau feu , grand chere , &fuperbes
promesses.
Princes , dit- il , n'épargnons point
les vins ,
Dans peu de temps nous en boirons
dansRheims,
La joye alors redouble , & l'Affemblée
,
Tout en beuvant ; prend la Ville
d'emblée;
GALANT.
5
Lors qu'un Courrier vient dire que
SousMons
LeRoy de France est avec cent Ca.
nons.
Onse regarde , on consulte , on propose,
Pour lesecours on regle toute choſe ;
Guillaume marche avec cent Bataillons
Guillaume arrive , &laiſſe prendreMons.
Mais de ces faits d'éternelle me.
moire
Ce n'est pas là que se borne l'hiftoire.
Pour achever de nous mettre aux
abois ,
IlacampéſousBruxelle deux fois,
Ilafait plus, il avers nosfrontieres
Fait avancerſes Brigades guerrieres
;
EtfurDinantlancé de toutes parts
Pendant un mois , de menaçansregards
,
A 3
6 MERCURE
Puis , pour mieux faire une autre
fois la guerre ,
Il a repris la route d'Angleterre.
France, tremblez le voilarevenus
Son Parlement en vain l'a retenu ;
Ilvient enfin dégagerſaparole ;
A la Victoire il marche , il court,il
vole :
Puis en chemin quand il est averty
Quedes FrançoisNamur est inveſty,
C'eſt là , dit-il , qu'échoüera leur
audace;
Vingt Bataillons répondent de la
Place.
D'aucunsecours ellen'aura beſoin
Que s'il enfaut,lesecours n'estpas
loin .
Etdeformais tout cequeje demande
C'estseulement quele Françoism'at.
tende.
Le Grand Loüisvaſon train cependant
,
Etsous Namur , infatigable , ar
dent ,
GALANT.
7
Present à tout ,preſſe, attaque ,foudroye
,
Remplis les fiens de courage & de
joye ,
Quiſousses yeux&ſousfon Etendars
Sont feurs de vaincre, &font autantde
Mars.
Quefait Guillaume ? Il fonge , il
delibere ,
Fette des ponts , veut donner, puis
differe ,
Etvoitenfin,ayantrompuses ponts
Tumber Namur , d'un peuplusprés
queMons.
Un moindre Chef, en voulant entreprendre
,
De leſauver,auroitperdu la Flandre.
Luy , plus profond, le laiſſe prendre
exprés,
Pour lafauver,&lereprědreaprés,
Dans cetteveue avec la confiance
A4
$ MERCURE
Que de Loüis luy redonne l'absence,
Iltient d'abord , parde longs campemens
,
Defes defſcins toutle monde enfufpens
.
Iltient aprés, par une marche lente,
Deſes deſſeins tout le monde en artente;
Puis tout d'un coup , pour jouer au
plus feur ,
Il se raviſe,&fait grace àNamur;
Songe à douner jalousie à Dunkerque
,
Et voit de loin le Combat de Stein.
kerke ,
Où , ſous l'acier de nosfiers Bataillons
,
L'Anglois rebelle a mordu les fitlons.
Alors outré , ne sçachant plus que
faire,
Il lâche enfin la bride àſa colere ;
Etfa colere à tel point l'emporta 7
GALANT.
Que brusquement sur Furne ilfe
jetta ,
Qui tout ouvert , dépourvû de défense
,
Et s'estimant de trop peu d'impor
tance,
S'étonne fort , & s'étonne aujourd'huy
,
Qu'un si grand Prince ait pûfonger
à luy.
Ainsi finit la superbe Campagne
Du Protecteurd' Angleterre &d'Ef
pagne.
Que s'ilrepaſſe encore un coup les
mers ,
L'efpere voir LOVIS maître d'Anvers..
Il m'eſt bien agreable, Madame
, de vous pouvoir fatisfaire.
Dans le temps que j'ay
receu voſtre Lettre, par laquel--
le , charmée encore de l'excel-
AS
10 MERCURE
lent Diſcours de M. Thiot
Confeiller & Avocat du Roy
au Prefidial de la Fléche , fur
l'Alliance de la Guerre & de la
Justise , que je vous envoyay au
mois de Decembre de l'année
derniere , vous me demandez
f vous ne verrez rien de luy
celle-cy , on m'a mis entre les
mains un autre Diſcours fur la
Coûtume , qu'il prononça le Jeudy
13 .. du mois paſſé , à l'ouverture
du meſme Prefidial ..
Cette Piece eſt d'autant plus
belle , que le ſujet ſera éternellement
à la mode . Quoy que la
matiere foit ſeche & aride ,tous
ceux qui ont parlé juſqu'a preſent
des Coutuines , n'ayant ofé
y toucher que ſuperficiellement
, & en paſſant , comme
eſtant fterile , & peu fufceptibledes
beautez de l'Eloquence ,,
GALAN T.
vous la verrez neanmoins traitée
icy noblement , & fort à
fond. Vous pouvez juger de
l'affluence que la réputation de
M. Thiot attira à cette ouverture
du Palais. Voicy les termes
dont il ſe fervit.
MESSIEURS.
{
Il y a des prodiges admira
bles & furprenans dans la Nature
, que la plufſpart des hommes
regardent ſans admiration.
Je remarque de meſme dans le
Palais une merveille que l'on
n'admire point , & que l'on ne
peut affez admirer. C'eſt une
Loy qui s'eſt faite d'elle-même,
une loy ſage &judicieuſe , établie
inſenſiblemet pendantune
longue ſuite d'années par le
tacite confentement des Peu
A6
12 MERCVRE
ples , & qui fert de regle à toute
la Province. Vous voyez
bien, Meffieurs , que c'eſt de la
Coutume , dont je pretens parler
, & dont je defire auſſi avoir
l'honneur de vous entretenir .
Ladifficulté du ſujet me rebute ,
mais la fimplicité de la Coutume
, que vous reconnoiſtrez
dans la fimplicitéde mes paroles
& de mes penſées , me donne
de l'aſſurance , & m'engage
à vous faire voir aujourd'huy
l'origine de la Coutume , fa
puiſſance , & l'obeiſſance que
nous luy devons..
Toutes less Loix ontun prin+
cipe convenable , & quelque
rapport dans leur principe. La
Loy éternelle & la.Loy naturelle
ont eſté formées par une ſuprême
raiſon , appellée par le
Docteur Angelique , Volonté da
GALANT.
3
Y
Dien. La Loy humaine a eſté
faite par la volonté de l'homme
conduite& reglée par la raiſon,
& la Coutume a eſté formée par
un uſage conſtant & perpetuel,
conforme à la raiſon , & autorifé
par le tacite conſentement du
Peuple . Cette regle & maniere
de vivre toûjours ſemblable
& uniforme , ufitée & pratiquée
de la meſime façon pendant
une longue & immemoriale
fuite d'années , que nous
appellons la Coutume, a autant
de force,que la loy humaine ,
parceque ces meſmes actes inceffamment
réiterez & multipliez
, & tranformez en habitudes
, ſemblent proceder d'une
meure déliberation faite avec
raiſon . Il ne faut pas s'imaginer
qu'une regle generale quis'eſt
ainſi faite d'elle meſme avec
14
MERCVRE
tant de fageffe & de conſtance ,
& qui paroift , pour ainſi dire ,
concertée avec tant d'harmo .
nie & de regularité , ait eſté
faite par hazard , & par une
conduite aveugle de la fortune ,
d'autant que la raiſon nous dictera
toujours qu'il doit y avoir
eu quelque agent fouverainement
intelligent , équitable &
puiſſant , qui ait inſpiré que
les choſes ſe fiſſent de cette maniere
, & non pas d'une autre ,
& encore bien que la Loy,pour
l'ordinaire , foit la regle des actions
des hommes, il arrive ſouvent
qu'elle eſt nuiſible ou inutile
en certaines occafions ,
d'autant que le Legiſlateur faifant
ſa Loy en general , & felon
ce qui arrive leplus communément,
n'y peut pas comprendre
toutes les differences des tems,
GALANT.
15
la diverſité des rencontres , &
la varieté des incidens & des
affaires qui naiſſent à tous mo
mens. De là vient que la Loy ſe
trouvant défectueuſe en pluſieurs
cas , & ne pouvant pas
eſtre obſervée en tout temps ,
ny en tous lieux , n'y dans les
differentes eſpeces qui ſe préfentent
, le manquement & le
defaut qui s'y trouve , eſt ſouvent
reparé & corrigé par la
Coutume autoriſée de la raiſon ,
qui établit pour cette fin un
nouvel uſage , ou pour mieux
dire , une nouvelle loy . L'on
ne viole point en cela l'autorité
du Prince qui ſeul peut faire les
Loix , parce que le Peuple par
fatolerance&par ſa permiffion
peut faire des Coutumes, d'où
il reſulte que la Coutume eſt
une regle inviolable , laquelle
16 MERCURE
a autant ou plus de force que la
Loy , & que fi le Prince eſt maiſtre
de la Loy , le Peuple autorifé
de fon Prince eſt maiſtre
de laCoutume.
Le Peuple dont je parle n'eſt
point l'amas de ce petit monde,
qui eſtaveugle , inconſtant,témeraire
, enjugementſans confeil
, en conſeil fans diſcours, en
diſcours fans raiſon . Ce que
j'appelle Peuple , ce font tous
leshommes de la Province , qui
par une heureuſe fatalité ont
rencontré dans les meſmes ſentimens
, & les ont exprimez
naturellement par leurs actions
& par un long uſage . Ce Peuple
conſideré en general , agit
fans ſcience & fans étude , mais
il eſt bien inſpiré . S'il n'entend
pas quelquefois ce qu'il fait, il
ne laiſſe pasde faire bien. NoGALANT.
17
ſtre gloire en étudiant ou en
jugeant , n'est pas de corriger
ſon ſçavoir faire , ny de parler
autrement que luy , mais d'expliquer
fes penſées & fes manieres
, & d'entrer dans ſes ſentimens
. Les maximes de ce Peuple
font les premiers principes
& les premieres & fondamentales
conclufions de la Loy municipale
, qui nous eft annoncée
par les moeurs de toute la Nation.
Ce qu'a fait la Nation , &
ce qu'elle a fait comme d'un
commun accord depuis plufieurs
recles ,elle l'a fait pouffée
par cette ſageſſe qui n'enſeigne
rien à l'homme , & qui ne luy
fait rien faire, que ce qu'il trouve
écrit par la maio de Dieu
dans l'eſprit de tous les hommes
. La voix de ce Peuple eſt
la voix de la Sageſſe infinie ,
18 MERC VR
qui ſepare les veritez des illufions
, qui donne des preceptes
de bien vivre , qui ne ſe peut
tromper , & qui a toujours eſté
la maiſtreſſe des Sçavans. La
voix de ce Peuple eſt la voix de
Dieu . Ce que la voix du S. Efprit
eft dans laTheologie , & la
voixde la confcience dans la
Morale , telle eſt la voix du
Peuple dans la Coutume , c'eſt
ellequi ena prononcé les decifions&
les Arreſts inconteſtables.
C'eſt cette voix que doivent
écouter tous les Sçavans qui
veulent apprendre ſa doctrine,
&qui afpirent à l'honneur de
devenir les Oracles de leur Nation.
C'eſt ſur cette voix publique
& univerſelle qu'ils doiver
appuyer leur ſcience. C'eſt cette
voix que les Juges doivent
GALANT.
19
,
entendre & qu'ils doivent
confulter avant que de juger.
C'eſt enfin ſur cette voix qu'ils
doivent établir , comme ſur un
principe divin,leurs Sentences
& Jugemens,& tous les ouvrages
de leur doctrine particuliere.
Si on veut élever une autre
opinion que celle que nous annonce
la voix de ce Peuple,on
tombe dans l'erreur & dans l'égarement
; au lieu de bâtir fur
la terre,on bâtit en l'air, & on
ne bâtit que comme les enfans,
des chaſteaux de carte . Si pour
faire briller fon eſprit,on veut
avancer une doctrine nouvelle
, & démentir la voix de ce
Peuple,& dire autrement qu'il
n'a dit , on n'avance que des
fonges , des ignorances , & des
pauvretez . Charlemagne n'étoit-
il pas convaincu de cette
20 MERCURE
verité , ordonnant au chapitre
douziéme de ſes Capitulaires ,
que le Peuple fuſt interrogé &
confulté ſur chaque article de
ſes Ordonnances ; de forte que
comme le Peuple eſt le premier
& le plus ancien de tous les
Legiſlateurs , la Coutume qui
eſt ſon ouvrage miſterieux, eſt
auſſi la plus ancienne de toutes
les Loix. Elle eſt fi ancienne ,
que l'on n'a nulle memoire de
fon origine .Nous ſçavons bien
en quel temps ont eſté faites
les Loix de Moyfe , de Draco ,
de Lycurgue , de Solon , de
Minos , des douze Tables , du
Code & du Digeſte , & les Ordonnances
de nos Rois . On
ſçait en quel tems la Coûtume
a eſté revûë & rédigée par écrit,
mais on ne ſçait point fon
origine.Elle eſt come ces grands.
f
GALANT. 21
Fleuves , dont on n'a jamais pû
connoiſtre la ſource .Sa naiſſance
eſt des plus anciennes & des
plus illuſtres .On pourroit dire
que la Coûtume eſt une auguſte
Princeſſe , de qui les cheveux
blancs n'ont point terny
l'éclat ny la beauté ; qu'elle eſt
Soeur du Soleil & la Fille du
Temps , qu'elle eſt du fiecle
d'or.Et de vray,elle eſt la pre .
miere & la plus éloignée de
toutes les choses . Tout eſt moderne
en comparaiſon ; avant
que les Gaules fuſſent policées ,
il y avoit déja des Uſages & des
Coûtumes .
Dans ſon commencement ,&
pendant pluſieurs fiecles , elle
n'eſtoit point écrite, & c'eſt elle
que le Droit Romain appelle
Droit non écrit. Elle estoit imprimée
ſeulement dans la me
22 MERCVRE
moire des hommes ; elle eſtoitla
placée comme dans un ſacré
depoſt. Elle regnoit noblement
dans cette belle partie de l'ame,
où elle faiſoit reſſouvenir l'home
à tout moment de ſon devoir.
La Coûtume non écrite
eſtoit deſlors plus forteque tous
les Ecrits du monde;mais comme
la memoire eſt la plus delicate&
la plus foible faculté de
l'ame , on a vû dans la ſuitedes
temps que la malice des hommes
& la licence des guerres ,
qui traînent ſouvent aprés ſoy
le crime &l'impunité,commencerent
à vouloir effacer de la
memoire les precieux caracteresde
la Coutume.Le Roy Philippe
le Bel s'en eſtant apperçû ,
fit une Ordonnance le Lundy
aprés la mi- Carême de l'année
1302.pour en arreſter les abus,
GALANT.
23
qui parurent encore plus viſiblement
ſous le Regne de
Charles VII, lequel aprés avoir
chaſſé les Anglois de la France ,
&voulant remettre toutes choſes
en ordre trouva que les
armes de nos Ennemis avoient
mis la confufion' par tout , que
les Coutumes devenoient douteuſes
, & que dans l'incertitude
les Juges en faiſoient faire
preuve par témoins , dont les
differentes depofitions par faveurou
par intereſt , rendoient
les Coutumes encore plus incertaines.
C'eſt pourquoy il ordonna
par ſes Lettres Patentes
données aux Montils lez Tours
aux mois d'Avril 1453. que
toutes les Coutumes du Royau
me fuffentaccordées en l'affemblée
des Coutumiers , Praticiens
, & Gens de chacun Bail-
:
24 MERCVRE
liage & Senechauffée , en prefence
des Deputez par Sa Majeſté
, & ce fait , redigées par
écrit , & publiées , pour eftre
gardées comme loy. Les grandes
affaires & la mort interrompirent
ſon deſſein . Les Rois
Louis XI. & Charles VIII . fes
Succeſſeurs , ordonnerent la
mefme chofe , & nous obeïmes
dans l'Anjou à leurs Ordonnan .
ces , car nous avons une Coutume
imprimée dés l'année
1483. regnant Charles VIII. la
quelle écrite de l'autorité du
Prince , a eſté deſormais noſtre
Loy municipale , felon la loy ,
omnes populi , Digestis de fustitia
&Jure. Mais comme elle n'avoit
pas eſté redigée dans toutes
les formes ne paroiffant
aucun Procés verbal , ny publication
, ny enregiſtrement , ny
dans
د
GALANT.
25
dans quel temps l'Aſſemblée
s'eſtoit faite , ny de l'Ordonnance
de quel Roy , Loüis XII.
voulant achever l'ouvrage commencé
par ſes Predeceffeurs ,
ordonna en l'année 1508. que
toutes les Coutumes fuſſent accordées
en preſence des trois
Etats de chaque Senechauffée
du Royaume, redigées par écrit
& en conſequence les trois
Etats de la Province furent afſemblez
en preſence des Commiſſaires
deputez par le Roy ,
pour relire les Statuts , Uſages
Coutumes , & voir s'il n'y en
avoit point d'injuſtes , ceux que
le non-uſage avoit abolis , ce
que doreſnavant il falloit obſerver
, & ce qui eſtoit utile ou
dommageable aux Habitans du
Pays ; & en prefence des Etats
elles furent accordées & arre
Dec. 1692 . B
26 MERCURE
ſtées d'un commun conſentement
, publiées , & enregiſtrées
au Parlement , pour eftre gardées
à l'avenir comme loy,avec
deffenſes d'en faire preuve autrement
que par l'extrait du
Regiſtre.
Dela on peut juger de quelleimportance
eſt la Coûtume .
Ce n'eſt pas une Loy faite depuis
trois jours. Quoy qu'elle
n'ait eſté redigée en ſa perfection
, publiée & enregiſtrée
qu'en l'année 1508. elle eſt
faite pluſieurs Siecles auparavant
,& on ne peut dire de fon
origine , finon qu'elle s'eſt établie
doucement par les moeurs
des hommes qui habiterent les
premiers cette Province. Elle a
ainſi pris ſa force peu-à- peu par
longues années & par le tacite
conſentement des peuples .Elle
GALAN T.
27
-nous eſt venuë de main en
main , de Succeſſeurs en Succeffeurs
fans laiſſer aucun intervalle
vuide depuis la naiffance
des Gaules juſqu'à nous.
Elle s'eſt ainſi conſervée depuis
pluſieurs Siecles juſqu'à cette
heure. Elle n'a point changé ,
quoyque les Gaules ayent changé
de face. Elle a precedé nos
Rois , & a ſurvêcu à toutes les
Puiſſances de la Terre. Les
Ordonnances n'eſtoient pas encore
faites , que les Coûtumes
ſervoient déja , à diriger les
Gaules avecéclat & fplendeur.
Le temps qui ronge le Fer ,
qui détruit les plus beaux ouvrages
qui renverſe les Empires
, & qui aneantit toutes cho .
ſes , bien loin de les abolir , n'a
fait que les perfectionner. Les
loix humaines ſont ſujettes au
B 2
28 MERCURE
,
changement, mais la Coutume ,
qui tient quelque choſe de la
Loy divine , & de la Loy naturelle
, eſt conftante , & pour
ainſi dire , immuable , & pour
marque de ſon immutabilité
plus elle eſt ancienne , & plus
elle a de force. Plus cette Princeſſe
eſt ridée , plus elle nous
ſemble belle , & au lieu d'eſtre
foible & caduque dans ſa vieil -
leffe , elle est encore plus paiffante
, & a davatage de vigueur,
O Coutume , que voſtre antiquité
eſt venerable & charmante
! La natures'en va piece
à piece , elle approche de fa
fin; mais vous , anciennes Conſtitutions
, vous triomphez des
années & destemps ; vous preſidez
à tous les âges du monde ,
& vous regnez en victorieuſes
fur les cendres de la nature
mourante,
GALANT .
29
Si l'extraction de la Coutume
eft fi noble & fi ancienne , ſa
puiſſance , Meſſieurs , n'eſt pas
moins ſurprenante par l'autorité
ſouveraine qu'elle exerce ſur
les Loix. Le droit municipal
n'eſt pointune inſtitution d'une
Juriſprudence arbitraire , mais
une tegle tellement necef
faire , que celuy qui n'en a
pas une parfaite intelligence ,
encore qu'il poſſede eminemment
l'eſprit des Loix Romaines
, eſt neanmoins peu éclairé
dans la conduite des affaires civiles.
Nos Rois qui reconnurent
cette verité, defendirent d'alleguer
les Loix Romaines contre
Ies Ordonnances & les Coutumes
de France. C'eſt pourquoy
nous n'obfervons point les maximes
du Droit Romain comme
faiſant loy , mais en tant
B 3
30 MERCURE
qu'il eſt fondé en raiſon , &
conforme à nos Coutumes & à
l'uſage du Royaume , & mefme
quand la Coutume ne decide
point de quelque matiere , l'on
n'a pas recours aux Loix Romaines
, mais à la Coutume
voiſine , ou à celle de Paris , car
encore bien que le Droit Civil
ſoit enſeigné par la tolerance
de nos Rois , dans les Ecoles
publiques ,& que les Juges &
les Avocats ne puiſſent eſtre
receusdans leurs Charges, fans
faire preuve qu'ils y ont étudié ,
& encore qu'il foit allegue par
tous lesBarreaux du Royaume,
c'eſt toutefois avec restriction,
qu'en France il fert de raiſon
fimple , & eft toujours ſubalterne
à nos Coutumes , qui ſont le
vray Droit Civil & commun
des Provinces , & quand les
GALANT .
31
Erections des Univerſitez des
Loix furent regiſtrées au Parlement
, on y ajouta cette modification
, que le Droit Romain
ne feroit aucunement loy dans
le Royaume. Et de fait , les
François s'oppoſerent refpectueufement
à Charlemagne ,
lors qu'il voulut introduire en
France les Loix de l'Empire.
Jules Cefar au livre premier de
la Guerre des Gaules , dit qu'-
encore que le Peuple Romain y
euſt acquis une tres-juſte Seigneurie
, neanmoins le Senat de
Rome permit qu'elles uſaſſent
toujours de leurs propres Loix,
fans les contraindre à recevoir
les Loix Romaines , auſquelles
certainement nos anciens Gaulois
, plus enclins à donner la
loy qu'à la recevoir , n'auroient
pas eſté d'humeur à ſe ſoumet-
1
B 4
32
MERCURE
1
2
tre , eux quilongtemps auparavant,
conduits par Brennus leur
General, avoient couru comme
un foudre , & deſolé toute l'Italie
, brûlé & mis en cendres la
Ville de Rome . Et je vous prie ,
comment aurions- nous emprunté
le Droit des Romains
nous qui avions des Loix tresjuſtes
, & les plus belles Coutu
mes , du monde ? Le ſage Solon
ne défendoit il pas d'aller puiſerde
l'eau au puits de ſon voifin
, quand on en avoit dans ſon
propre fond ? Et pourquoy
n'aurions- nous pas preferé la
Coutume ,que Pindare appelle
l'Emperiere du monde , à la
Loy qui eſt ſa Sujette , & qui
n'a ny puiſſance ny autorité
qui ne depende de nôtre aimable
Souveraine ?
Il ne doit donc pas ſembler
GALANT.
33
étrage ſi nos Roys, qui voyoient
de fi bonnes Coutumes dans le
Royaume , ont auſſi rejetté les
Lois des Empereurs , vû que
parmy les Empereurs, il s'en eſt
trouvé qui ont eudeſſein de les
abolir. Le meſme Jules Cefar ,
au rapport de Suetone , chapitre
44. avoit reſolu de les reformer
, & de choiſir dans cette
multitude preſque infinie de
Loix , le meilleur & le neceffaire
, pour le reduire en peu
de Volumes. Caligula voulut
ôter entierement les Reſponſes
des Juriſconſultes. L'Empereur
Macrinus , qui n'eſtoit pas peu
ſçavant dans le Droit , refolut
auſſi de fupprimer les Reſcrits
des Empereurs , diſant que c'eſtoit
un crime d'obſerver com
me loix les deteſtables volontez
de Commodus , de Caracalla
BS
34
MERCVRE
d'Heliogabale , de Neron , &
de ſemblables Tirans , dont l'ignorance
eſtoit jointe à lamalice.
Ce grand Legiſlateur Juſtinien
, qui a redigé le Code &
le Digeſte dans le bel ordre où:
nous l'avons maintenant , donneroit-
il à ſes Loix un fort plus
favorable au prejudice de nos
Coutumes , & ne ſeroit il point:
auſſi marqué du meſme caractere
des autres Empereurs ? Car
à l'égard des fiennes , Suidas.
l'appelle Analphahete , hom--
me ſans lettres & à l'égard des
moeurs , qui ne ſçait pas fes
injuſtices envers Beliffaire &
Narſez , Theodore , de Cefarée
&Tribonien, dépoüillant ceux
cy de leurs livres & du fruit
de leurs études , & ceux- là du
fruit & de l'honneur de leurs ,
GALANT.
35
victoires ? La Foy dont il fut
le Promoteur & l'Heretique ,
les Conciles qu'il defendit &
qu'il combattit , les Papes qu'il
remit ſur le Siege & qu'ilenvoya
en exil, l'onziéme & douziéme
livre du Code qu'il publia,
pour derober avec la Loy ,
mille Autels qu'il depouilla
pour bâtir une Eglife , & les
maiſons des riches qu'il vuida
pour remplir les Hôpitaux de
pauvres , pourroient nous decrediter
les Loix Romaines , &
nous faire croire que ce Legiflateur
fut injuſte dans la Juſti .
ce , impie dans la Piete , ſacrilegue
dans la Religion , & que
pendant qu'il ſembloit s'efforeer
de changer les vices en vertus
, de ſes fauſſes vertus il fit
deveritables vices. Quoy qu'il
en ſoit , pluſieurs Rois , comme
B6
36 MERCURE
a fait auffi Alaric , Roy des
Goths , ont defendu ſous de
grandes peines d'alleguer les
Loix Romaines dans les Jugemens
. Cette defenſe a eſté generale
dans l'Orient ,& a paffé
dans la plus grande partie de
l'Occident , & de l'Occident
dans le Septentrion , juſque-là
que dans la Suede c'eſt un crime
capital de les citer; & en
effet , cette Juriſprudence Romaine
fut enſevelie dans les
tenebres & dans le filence pendant
quelques fiecles , juſqu'à
ce que Lothaire ſecond , qui
fut Empereur vers l'an 1127 .
la reffufcita à l'inſtigation de
Vuerner, Jurifconfulte, ordonnant
qu'elle ſeroit de rechef
enſeignée , fans neanmoins ordonner
qu'elle ferviroit aux Jugemens
des affaires civiles , car
GALANT.
37
laCoutume a toujours triomphédes
Loix.Nous en avons un
aveu folemnel dans la Loy 32 .
Digestisde Legibus. La Coutume
leur donne , pour ainſi dire , la
vie ou la mort , quand il luy
plaiſt. Tantoſt elle les abroge ,
&leur impoſe filence , comme
ditCujat ſur la Loy 9. Digestis
de fustisiz & Fure ; tantoſt elle
empêche qu'elles ne foient abolies
, de forte que ſi les Loix
reſpirent quelquefois , fi elles
ſe font craindre & obeïr , c'eſt
parla permiſſion de la Coutume
de qui elles reçoivent la puiffance
comme de leur Souverai.
ne.Auffi luy rendentelles hommage
comme à celle qui leur
donne l'eſtre , & fans laquelle
-elles ſeroient fans force , fans
vigueur , & fans autorité . Les
Loix dans leur impuiſſance , ne
38 MER CVRE
reſſemblent- elles pas aux membres
du corps humain, qui d'eux
mêmes font inſenſibles & fans
action ; car ce ne font ny les
yeux qui voyent,ny les oreilles
qui entendent, ny les bras qui
ſe remuent; c'eſt l'eſprit , comme
dit un Poëte Grec , allégué
par Ariftote , c'eſt l'eſprit qui
fait cette manoeuvre. Sans luy
les yeux font aveugles, les oreil
les fourdes,les bras paralitiques .
Il eſt l'efprit & l'auteur de touteslesoperations
de l'homme.
Spiritus intus alit, totamque infu-
Saper artus
Mens agitat molem.
Tout de meſme les Loix font
impuiſſantes ſans l'Ufage & la
Coutume qui les met en credit,
accoutumant les hommes à leur
rendre une obeiſſance fidelle,de
maniere qu'il est vray de dire
GALANT.
39
que la Coutume eſt l'ame vivifiante
des Loix, qu'elle eſt l'efprit
qui les anime , & qu'enfin
c'eſt elle qui leur donne ce caratere
de puiſſance & d'autorité ,
& qui le leur ôte quand bon luy
femble.Oquelle force!ô quelle
puiſſance a la Coutume , de
donner la loy aux Loix, de les
abolir quand elle veut,d'effacer
quand il luy plaiſt ces précieux
& venerables caracteres de la
ſageſſe humaine , d'abroger les
Loix Imperiales , dans leſquel .
les la grandeur & la majeſté de
l'Empire Romain ſemblent refpirer
encore !O le prodige de
puiſſance !
Toutes les autres puiſſances
font foibles en comparaiſon de
celle de la Coûtume. La puiffance
humaine eſt une chofe
Lourde & materielle, qui traîne
40 MERCVRE
aprés ſoy un long équipage de
moyens humains, ſans lesquels
elle demeureroit immobile.Elle
n'agit qu'avec des armées de
mer & de terre. Pour marcher
il luy faut mille reſſorts , mille
rouës , mille machines, elle fait
un effort pour faire un pas ::
mais au contraire , la puiſſance
de la Coûtume qui tient de la
nature des choſes divines, opere
ſes miracles en repos, & n'a
beſoin ny d'inſtrumens , ny de
materiaux pour les operer.Elle
eſt forte , toute nue & toute
ſeule ; fon filence eſt plus efficace
que le bruit des armes ,
ſa ſimplicité eſt victorieuſe, &
toute deſarmée qu'elle eſt,nous
la voyons triomphante.
Le triomphe de la Coûtume,
qui n'étaleroit à vos yeux que
ſa ſouveraine puiſſance fur les
GALANT.
4
Loix ne ſeroit pas entier , ſi en
même temps la Coûtume ne
triomphoit égaleméi des coeurs
par l'obéïſſance filiale qu'elle
exige amoureuſement des Peuples
; car fi la Loy Eternelle eſt
le centre & l'abîme de toute
lumiere , candor lucis eterna , &
fi la Loy naturelle eſt un miroir
qui nous repreſente la majeſté
de Dieu, ſpeculum Dei majeftatis
,la Loy municipale eſt un
écoulement & une émanation
des lumieres du Tout- puiſſant;
emanatio claritatis omnipotentis
Dei ; émanation de lumiere qui
releve infiniment la Coûtume,
& qui la diftingue de toutes les
autres Loix de la terre ; parce
que , comme la douceur eſt le
proprede la lumiere, lumen dulce
&delectabile, ainſi que parle le
S. Eſprit dans l'Ecriture, auſſi la
42 MERCURE
Coûtume qui eſt un écoulement
de cette divine lumiere
pour éclairer les Nations,lumen
ad revelationem gentium, eſt établie
par la douceur & par le
commun confentement des
Peuples. C'eſt pourquoy elle ſe
fait obeïr par amour, elle gagne
le coeur par fes attraits , & les
porte inſenſiblement à l'obeïffance.
Elle ajoûte l'inclination à
nos obligations,& produit dans
nos coeurs par un charme ſecret
certains mouvemens qui
nous portent à la fuivre fans
repugnance, & àfaire ce qu'elle
veut.Nous luy obeïffons par
une affection naturelle , le devoir
eſt nôtre plaifir ; l'obeif
fance eſt nôtre liberté , nôtre
ame veutlebien que la Coûtume
inſpire ſans deliberer.Enfin
laCoûtume nous attire & nous
GALANT. 43
transforme tous en elle. Au
contraire , la Loy humaine imposée
par puiſſance,& ſouvent
avec rigueur ,& contre le gré
de la plupart des Peuples , agit
impericuſement ſur l'homme ,
&en menaçant le contraint à
luy obeïr , & bien loin d'échauffer
les coeurs,elle les glace
par l'apprehenfion & par la
crainte. La Coûtume avec ſa
naïveté ordinaire prend ſa force
peu à peu par longues années
, &par le tacite confentement
des Peuples , & s'infinuë
paiſiblement & fans violence.
La Loy au contraire fort en un
moment, comme un foudre qui
tuë, & prend ſa vigueur de celuy
qui a la puiſſance de commander
à tous.
Il eſt pourtant vray que les
Loix , comme des Aftres , nous
44 MERCURE
peuvent éclairer dans l'obſcuritédes
affaires de la vie civile ,
& nous conduire par leur lu .
miere dans les ſentiers de la Juſtice
, mais la Coutume, comme
un Soleil toujours ſur l'horifon
de cette Province , fait éclipſer
tous ces Aftres , & obfcurcit
leur lumiere. Elle brille nuit &
jourde ſes propres rayons . Sans
ſe mouvoir elle éclaire , elle
échauffe , elle illumine ; ce
grand flambeau ne ſe couche
jamais . La Coutume nous éclai-.
re en telle forte , qu'elle eſt
comme infuſe dans noſtre ame .
Nosſens & nos eſprits en font
prévenus ; l'air de la Province
que nous refpirons , nous l'infpire
encore & le viſage du
monde ſe reprefentant en cet
eſtat à noſtre premiere veuë en
entrant ſur la terre , il ſemble ,
GALANT.
45
comme en effet il eſt vray , que
nous ne ſommes nez qu'à condition
de la ſuivre , & que c'eſt
noſtre Loy generale & naturelle.
Noftre ame reçoit la Coutume
, comme l'oeil reçoit la
lumiere , c'eſt à dire , avec facilité
, naturellement , ſans études
fans art , & fans aucune
repugnance.
Ne m'avoüerez - vous pas ,
Meſſieurs , que nous recevons
en naiſſant la Coutume avec le
lait ? La Coutume dés le berceau
met l'homme ſous la conduite
de ſes Parens , ou des
Tuteurs ; qu'elle luy donne.
Avant qu'il commence à marcher,
elle le ſoutient & le prend
en ſa protection naturelle . Elle
marque avec les années celles
ſa majorité , enſuite elle luy
preſcrit les biens dont il peut
46 MERCVRE
jouir & difpofer. En luy parlant
de la terre , elle ne laiſſe
pasde luy donnerquelque teinture
de Religion. Elle luy infinuë
la fidelité envers Dieu &
envers le Roy , & luy enſeigne
poſitivement l'obeiffance qu'il
doit aux Seigneurs temporels .
Elle regle ſes devoirs , & dirige
ſes démarches dans les diverſes
routes de la vie civile , par les
Actes & par les Contrats dont
elle rend l'homme capable ; &
enfin aprés l'avoir accompagné
dans toutes ſes actions juſqu'au
tombeau , & reglé ſes funerailles
, elleluy redonne la vie , le
faiſant renaiſtre comme un
Phenix de ſes cendres , en la
perſonne des Heritiers ou des
Succeſſeurs qu'elle luy donne ,
& immortaliſant ſes volontez
par un ſage & judicieux teſtament
.
GALAN T.
47
Peut on voir une peinture
plus naïve de nos moeurs , &
une image plus fidelle de nos
actions que la Coutume ? Le
tableau eſt admirable , & tient
quelque choſe de l'enchantement
, puis qu'il nous repreſente
enmeſme temps l'hiſtoire
du paſſé , celle du preſent , &
les avantures des fiecles futurs .
On découvre le profil dans ce
rare & précieux tableau , comment
les particuliers & les Familles
entieres ſe ſont conduites
autrefois on y voit de
front & au vif la maniere en
laquelle on ſe gouverne aujourd'huy
, & on y apperçoit en
perſpective , comment on ſe
gouvernera à l'avenir,
د
,
De plus on voit dans la
Coutume desſentimens de bonté
, de juſtice & de verité . On
48 MERCVRE
y remarqueun certain air d'innocence,
un eſprit de droiture ,
& un temperament d'équité ,
qui developpe & decide les
queſtions les plus difficiles. On
y apperçoit un juſte difcerne .
ment du bond'avec le mauvais,
& unejudicieuſe diſtinction du
meilleur d'avec la bonne foy &
l'heureuſe ſimplicité de nos
Peres , que la fraude , l'ambition
, & l'intereſt n'ont point
alterées . Lalicence du fiecle ,
la corruption de la nature ,
relaſchement des moeurs , le
mauvais exemple , & le mauvais
conſeil , n'ont point eu de
part dans la Coutume. Tout y
eſt épuré ; noſtre Coutume ne
gemit point fous cet amas confus
de loix , de formalitez embaraffées
, & de procedures
obliques , dont les plus fubtils ſe
font
le
GALANT .
49
font ailleurs un art , pour ſe
ruiner les uns les autres par la
chicane . On voit dans la Coutume
, des rayons de la Majeſté
de Dieu temperez des ombres
de la foibleſſe des hommes. Ce
ne ſont point de ces loix belles
ſeulement en idée , admirables
dans la ſpeculation , & difficiles
ou impoffibles , pourainſi dire ,
dans la pratique , comme celles
de Platon & de Morus . La Coutume
s'humanife , pour ainſi
dire , avec nous , & ſe partageant
entre le bien Public & le
repos des particuliers , elle calme
par ſa prévoyance tous les
orages qui pourroient s'élever
dans la Province . Elle ſoutient
la Nobleſſe , commeundon de
Dieu & un fond propre pour la
vertu . Elle nous maintient dans
la poſſeſſion paiſible de nos
Dec. 1692 , C
50
MERCVRE
biens , & nous fait regarder celuy
des autres ſans envie. Elle ſe
communique à tous également ,
& fe fait une gloire de conferver
à un chacun ſes droits , &
les prerogatives & les dignitez
àceux à qui elles appartiennent .
Et de vray , y a- t- il Province
où l'équité regne davantage ?
Y a- t- il Province dont les Villes
ayent eſté placés ſous un
Ciel plus benin & plus favorable
? Cet heureux climat n'a- til
pas donné la naiſſance à pluſieurs
des plus grands Juſticiers
du Royaume ?
Peuples , ouvrez les yeux,
Contemplez ces auguſtes tribunaux
, où la Jukice rend fes
Oracles dans la Province ? Vous
y verrez le reſpect que l'on
porte à la Coutume ? Vous y
verrez les Dieux de la terre
GALANT.
51
dans une profonde ſoumiſion
enverselle ! Vous y verrez ces
Dieux de la terre religieux obſervateurs
de la Coutume , juger
ſans crainte , fans paffion ,
fans intereſt : O vous , doctes
Interpretes des volontez de la
Coutume , fidelles depofitaires
de ſes ſecrets , implacables vangeurs
de ſes deciſions mepriſées
, continuez à luy marquer
vos reſpects & voſtre obeiſſanee.
Les Peuples ont les yeux fur
vous , & vous regardent comme
le miroir de la Coutume.
Comme elle vous paroiſſez inflexibles
. Vous en imitez l'indépendance.
Comme elle vous
n'avez beſoin ny des hommes
nyde leurs preſens. Vous faites
justice comme elle à la Veuve
& au Pupille , qui n'implore
point en vain voſtre ſecours.
C2
52
MERCURE
Vousn'épargnez perſonne dans
vos Jugemens , aſſurez ,, que jamais
vous ne pouvez faillir en
gardant la Coutume , car les
Coutumes font des établiſſemens
generaux qui onteſté devant&
feront aprés nous , qui
doivent regler nos actions ſur
un ſi parfait original. Il s'eſt
forméune loy fainte & inviolable
dans nos Provinces , que la
fuite de tant de ſiecles n'a pîû
encoredétruire. Cette loy n'eſt
autre choſe que la Coutume , à
laquelle , ſuivant la penſée de
Balde , nous devons l'obeiſſance
, comme à noſtre Mere , en
quoy nous voyons la verité de
l'Oracle divin , que l'obeiſſance
que les Peuples rendent à la
Coutume , fert à prolonger la
durée des Etats. N'est- ce pas
l'obſervation des anciennes
GALANT. 53
Coutumes qui a maintenu autrefois
en ſa vigueur & fi longtemps
, la premiere Republiquedu
monde ?
Moribus antiquisſtatres 1
Romana , vigerque.
N'est- ce pas auſſi l'obſervation
de nos anciennes Coutumes qui
a maintenujuſqu'à cette heure
la Majesté de l'Empire François
? Car depuis douze- cens
ans& plus , que Dieu a fait
naiſtre ce grand Etat , qu'il l'a
preſervé de tant de perils , &
l'a rendu le plus illuſtre , le
plus redoutable , & le plus floriſſant
de toute la terre , on n'a
point veu abolir en aucun endroit
ſes uſages & Coutumes,
quelque differentes qu'elles
foient. Voilà le Gouvernement
le plus naturel & le plus ancien
le plus noble ,& le plus faint
C3
54
MERCURE
qui puiſſe eſtre . Nous ne ſommes
pas venus au monde pour
changer la Coutume , ny pour
la violer , mais pour luy obeir.
Nous ſommes obligez de nous
contenter d'elle , comme de la
terre de nos Peres & de leur
Soleil ,& certes puifque mefmeaux
choſes indifferentes la
nouveauté eſt blamée , a bien
plus forte raiſon devons-nous
conferver les anciens fondemens
de noſtre Jurisprudence
Municipale , qui eſt d'autant
plus pure & plus juſte , que par
ſa vieilleffe , elle s'approche de
l'origine des chofes , & qu'entr'elle
& le principe de tout
bien , il s'eſt paffé moins de
temps qui en ait pû corrompre
lapureté.
Au reſte, ne penſez pas que
la Coûtume n'ait d'autorité fur
GALANT.
SS
nous que dans le détroit de la
Province . Elle a bien une plus
grande étenduë ; car nous ne
fçaurions jamais nous ſouſtraire
de ſa puiſſance,& nous éloigner
impunément de l'obeïfſanceque
nous luy devons .Elle
nous ſuivra en quelque endroit
de la terre que nous allions , &
ne nous abandonnera jamais ,
témoin les venditions , les donations,
les Testamens , & autres
diſpoſitions de nos biens ,
faites dans les Païs Etrangers ,
qui font nulles , eſtant faites
contre la diſpoſition de nos
Coûtumes .
Concluons donc, quela plus
grande felicité de l'homme
conſiſte à marcher dans les
voyes de la Juſtice, c'est - à-dire,
dans l'obſervation des Coûtumes
de ſon Païs. En effet , fi
C 4
56 MERCVRE
tous les hommes demeurent
d'accord qu'il faut vivre à Rome
à la Romaine , à Conſtantinople
à la Turque , en ce qui
regarde les choſes civiles& politiques
, nous devons ſuivre
dans la Province nos Coûtumes
, & pratiquer les anciens
uſages.Ceux qui y contreviennent
choquent la nature, condamnent
la ſage Antiquité , &
s'oppoſent à la pratique univerſelle
de tout le monde.Jeſus-
Chriſt , le Souverain Legiflateur
, ne ſe ſoumit- il pas aux
Coûtumes du Païs où il pric
naiſſance,ſans vouloir enfraindre
aucune des Coûtumes de la
Synagogue, juſqu'à- ce qu'il eût
publié ſa Loy ?Certes, on neſe
peut diſpenſer ſans crime de
ſuivre les Coûtumes . C'eſt le
Teſtament de nos Peres que
GALANT. 57
nous devons accomplir; c'eſt le
reſultat de leur ſageſſe,où nous
devons apprendre quelle doit
être nôtre conduite dant les af
faires civiles ; c'eſt la regle la
plus facile , n'ayant pour principe,
que les actions les plus ordinaires
des hommes , faites
dans leur plus grande liberté ;
en quoy on ne peut aſſez admirer
la debonnaireté de nos
Rois, qui ayant accordé à leurs
Sujets de ſe faire des Loix à
leur gré , & de conſerver leurs
Coûtumes , leur ont pour ainſfi
dire , communiqué une partic
de leur puiſſance & de la dignité
Royale. O qu'il eſt doux
d'être ſoumis à une neceffité
volontaire , & d'être gouverné
par une Loy, de laquelle eſtant
les Auteurs, nous aurions honse
de l'accuſer d'être injuſte ou
C
$8 MERCURE
ſevere ! Suivons donc nos anciennes
Coutumes ; ne nous
détournons point du chemin
batu ; prenons pour regle , l'exemple
de ceux qui nous ont
devancez , marchons ſur leurs :
pas; adorons leurs veſtiges;admirons
l'antiquité & la puifſance
de la Coutume , proteſtonsluy
de luy rendre l'obeïfſance
filiale qu'elle defire de
nous . Les Ordonnances de nos
Rois nous y obligent ; c'eſt
pourquoy nous demandons
fuivant l'ancienne Coutume
que les Avocats & Procureurs
faſſentle Serment accouſtumé ,.
de garder les Ordonnances ..
9
Je vous envoye la Traduction
du premier Chapitre du
Livre de Job . Elle a eſté faite
par un jeune Provençal , dont
vous avez déja veu quelques
GALANT.
59
pieces dans mes Lettres. Il a
entrepris de traduire ce Livre
entier,& pour s'appliquer à ce
travail avec plus de confiance,
il témoigne qu'il aura obligation
auxCurieux qui voudront
bien me marquer leur ſentiment
ſur ſon deſſein , & fur la
maniere dont ils croiront qu'il
faudroit l'executer. J'eſpere
vous envoyer le mois prochain
"une ſuite de cetOuvrage.
***********
TRADUCTION
DU LIVRE DE JOB..
CHAPITRE I.
Sur le rivage du fourdain
Vivoit Job , illustre Prophete,
Qui craignoit Dieu, cheriffoit fons
Prochain ,
G6
60 MERCVRE
Et du Ciel ſeulement meditoit la
conqueste ;
Toujours également touché
De l'amour duvray bien , de l'horreur
dupeché.
Sa Famille nombreuſe autour de luy
rangée ,
Et de mille vertus noblement partagée
,
Combloit son ame deplaiſirs ;
Et Dieu , qui beniſſoitsonheureuſe
opulence ,
Mesmeau delà deſes defirs ,
Defon bien chaquejour augmentoit
L'abondanse..
D'innombrables Troupeaux fur
l'herbe bandiſſans
Ilcouvroit de hautes montagnes,.
Et mille Boeufssous lejouggemif
Sans
D'un pas laborieux fillonnoientfes
campagnes.
GALANT. 61
Comme un grand Prince il ſceut se
faire aimer ,
Maisbeaucoup moins parsa richeffe
Que par une haute ſageſſe ,
Seul bien que l'on doit estimer.
Ses Fils ainsi que luymarchantdans
L'innocence ,
Sedonnoient tour à tour des feſtins
Somptueux ,
Unis par l'amitié plus que par la
naissance ;
Leurs Soeursy paroiſſoient comme
сих
Ils en avoient banny toute licence .
Mais quand leurs tours estoient heureuſement
remplis ,
Lob que charmoit leur amitiéfincere.
Lesfaisoit viſiter parses meilleurs
Amis
62 MERCURE
Dont chacun leur donnoit quelque
avis falutaire.
Ilfaisoit plus ; chaque matin
Pour chacun d'eux offrant un fas
crifice,
Ilprioit Dieu de leur eſtre propice,
Craignant que quelquefois dans
l'excés du festin
Ils n'euſſent offencésa divine justice
Mais quelque heureux qu'ilsoit
I'komme n'a jamais rien
Quisoudainne tombe en ruinea
Sila Providence divine
Ceſſe d'en estre leſoutien...
Unjourdonc qu'àla Cour celefte
Dieu tenoitſes Etats dans toute fa
grandeur,
Iob vitcomme un éclair paffer tout
fonbonheur
Par un revers triste&funeste..
GALANT . 63.
Le Prince des Enfersse trouvadans.
celieu
Par un ordre fécretde Dieu.
D'oùviens-tu , luy dit- il ? l'aypar.
couru la terre ,
Répondit l'Esprit Tenebreux ,
Iusqu'au coeur des Mortels allant
fairela guerre ,
Pour usurper quelque empire fur
cux..
As tuveu lob,mon Serviteur fidelle,
Qui toujours pour moy plein de
zele,
Fait lajustice, fuit le mal ,.
Etdans la pietén'ajamais eu d'égal..
Ouy , je l'ay vû , dit - il , homme
foible&fragile ,
Et qu'on ne verroit pasrefifterà
mescoups ,
S'il ne trouvoit toujours en vOUS.
Son. Protecteur &Son azile ..
64 MERCURE
Eh, comment l'attaquer ? Vous estes
Son appuy.
Pour conferverſon innocence ,
Vos Anges nuit&jourveillent auprésdeluy.
Jamais rien n'a donné d'atteinte à
Sa puissance.
Son bien devient toujours plus
grand ,
Sans que la gresleny l'orage
Luy caufentlemoindre dommage ,
Et vostre main benit tout ce qu'il
entreprend.
**
Mais , Seigneur , voulez-vous -
connoistre
Cette veriu dont on faittantde
cas ?
Faites- luysentirvoſtre bras ,
Etvous la verrezdisparoistre
GALANT . 65
D'abord cet homme (ipieux ,
Tout plein de haine&de colere ,
Vous maudira dans ſa miſere ,
Pardes blasphèmes odicux .
**
MaisDieu qui connoiſſois laforcedu
Prophete ,
Etfeur quefa vertune s'abattroit
jamais ;
fele veux , luy dit-il,va comme
unetempeste
Faire tomber tes plus horribles
traits
Sur ce qu'il aime davantage.
Atoutesa maison fais reſſentir ta
rage,
Fe te le livre, à faperfonneprés.
*
L'Esprit Malin ravy de voir en
butte
Unfigrand homme àſa fureur 2
66 MERCURE
Miniſtre impitoyable , il part ,
execute ,
il
Et le plonge dans le malheur.
Job se croyoitle plus heureux des
Peres ,
Ses Fils mangeoient ensemble , &
Sedivertiſſoient ,
Il vint un Meſſager; vos Aſneſſes
paiſſoient ,
Dit- ilà Job , vos Boeufs ſous lejoug
Sebaiffoient ;
Lors que des Sabéens les Troupes
Sanguinaires
Ont fondu prés de nous comme de
fierstorrens.
* Nous noussommes mis endéfenſe,
Et cesméchans aigris denoſtreréſiſtance,
Noncontensde voler , ont tué tous
vos gens.
MoySeul, de leur fureur triste &
malheureux reſte , \
Jeviens vous en donner la nouvelle
funeste.
GALANT. 67
**
Iln'avoitpasfiny qu'un autreMef-
Sager
Vientpar un coup plus rude attaquerſa
constance.
Dufeu du Ciel l'extrême violence
N'a , dit il , épargné ny mouton,ny
Berger.
Moy feul échapè du danger ,
Ie vous viens du Tres-haut annoncer
la vangeance.
Apeine achevoit- ilunfi triste rapport
,
Qu'un autre vient tremblant &
demi-mort .
Les Chaldéens, dit-il , Peuplefauvage
,
Fondant en Escadrons dans vostre
pasturage,
Ont pris vos Chameaux malgré
nous.
L'on a voulu résister à leurs coups ,
68 MERCURE
Ils ont tout maſſacré. MoySeul fuyant
leur rage ,
•Je viens vous avertir de ce trište
carnage.
Aumême instant ce Prince infortuné
Reçoit une nouvelle encor plus effroyable.
Vn Meſſager luy dit, chez votre Fils
Ainé
Tous vos Enfansestoient à table ,
Lors que des vents impetueux
Ebranlant la maison l'ont fait tombersur
eux.
Ilsfont ensevelis fous desmonceaux
de pierre.
Moy feul accablé de douleur ,
Et deformais malheureux fur la
terre ,
Ie viens pourvous apprendre un fi
cruelmalheur.
**
Acerecit , ce grand Prophete
GALANT . 69
Déchira ſes habits,fit raferses cheveux
,
Et toutefois humble & respectueux,
Il adora la main qui lançoit ſurſa
teste
Du celeste couroux les traits les plus
affreux .
Ildit dansfa douleur profonde ,
Du venire de ma Mere icy je vins
tout nu ,
Bien toft j'enfortiray comme j'ysuis
venu :
Ce bien immenfe où nostre espoir
Sefonde,
Dieu me l'avoit donné, Dieu me l'ôte
aujourd'huy ,
Et puis qu'il l'a voulu ,je le veux
avecluy.
Que deformais plein de clemence.
Ilverſeſesfaveurs fur moy ,
Ou que par d'autres maux iléprouve
ma foy ,
70
MERCVRE
le beniray toniours son nom &sa
puissance,
Ainſi ſouffrit patiemment .
Ainsi parla ce Prince au fort defa
mifere.
Il benit defon Dieu lefecret jugement
,
Et nese plaignit point de sa juste
colere.
Il eſt quelquefois avantageux
de facrifier quelques années de
ſa vie pour paſſer les autres
agréablement. L'avanture dont
jevais vous faire part , vous en
fera convenir. Une jeune Demoiſelle
, née avec tous les
avantages poffibles , foit pour
la beauté , ſoit pour l'eſprit ,
attendoit au milieu d'un afſez
grand nombre d'Adorateurs
que quelqu'un l'aimaſt
GALANT. 71
aſſez pour ne pas confiderer
qu'elle avoit fort peu debien.
On s'empreſſoit à la voir , &
c'eſtoit à qui luy prodigueroit
plus de douceurs , mais
perſonne ne venoit à l'eſſentiel
, & comme elle estoit auſſi
éclairée que ſage , elle ne prenoit
aucun party , & écoutant
tout indifferemment , elle empeſchoit
que fon coeur ne nuifift
à ſa Fortune. Enfin un vieux
Marquis extrêmement riche &
ſans enfans , qui de temps en
temps rendoit viſite à ſa Mere,
la trouvant un jour ſeule avec
elle , la pria de luy donner une
audience paiſible , fans l'interrompre
dans tout ce qu'il luy
diroit. Aprés qu'on luy eut promis
cette complaiſance , il commença
par luy dire qu'il avoit
ſoixante & quinze ans paffez ,&
1
72
MERCVRE
qu'encore qu'un âge ſi avancé
euſt dû le mettre à couvert des
ſurpriſes de l'amour , il ſentoit
bien qu'il en avoit pris pour
elle , qu'elle ne devoit pas en
eſtre ſurpriſe , puiſque cet amour
n'eſtoit point l'effet d'une
paffion qui n'euſt pour objer
que le ſeul defir de ſe ſatisfaire;
qu'il eſtoit reglé par la raifon ,
& que ſi ſes vieilles années luy
pouvoient caufer affez de dégouſt
pour la mettre hors d'état
de vivre heureuſe avec luy,
elle n'avoit qu'à s'expliquer
nettement ,pour empefcher que
la declaration qu'il luy faiſoit
n'euſt aucune ſuite ; que ſi cependant
la diſproportionde fon
âge ne l'effrayoit point,il eſtoit
preſt de luy affurer cent mille
écus ſur ſon bien , ſans compter
beaucoup d'autres avantages
qu'elles
GALANT.
73
qu'elle pouvoit eſperer , ſelon
les manieres qu'elle prendroit
avec luy ; qu'il ne chercheroit
uniquement qu'à la rendre heureuſe
: mais que pour ne luy
donner aucun lieu de dire qu'il
n'euſt pas agy fincerement , il
l'avertiſſoit que ſi elle vouloit
bien fe refoudre à l'épouſer ,
ſon deſſein eſtoit d'allerdemeurer
à trente lieuës de Paris
dans un Chaſteau qu'il avoit
d'une ſituation tres-agreable, &
fort richement meublé , où tout
ce qu'elle pourroit ſouhaitter
luy ſeroit fourny en abondance
; qu'il luy feroit voir toute
la Nobleſſe du voisinage , &
qu'il la prioitdecroire , que s'il
prenoit ce party , ce n'eſtoit
par aucun mouvement d'humeur
jalouſe , mais parce que
le ſejour étant fort beau , il y
Dec. 1692
D 1
74
MERCVRE
jouïroit plus tranquillement du
plaifir d'eſtre toûjours avec
elle , voulant renoncer à tout
embarras d'affaires dont il remettroit
le ſoin à un Intendant,
On écouta le bon homme d'une
manierequiluy fit comprendre
que ſa propofition faiſoit
plaifir , mais comme une réponſe
préciſe euſt pû paroiſtre
fufpecte , fi elle cuſt eſté précipitée
, elle fut remiſe , au lendemain.
La Belle qui s'eſtoit
toujours confervée libre , n'eut
pas de peine à croire ſa Mere
fur le conſeil qu'elle luy donna
de s'attacher au folide. On luy
offroit quinze mille livres de
rente avec le nom de Marquife
. C'eſtoit dequoy la confoler
du chagrin de quitter Paris ,où
il ne luy eſtoit pas défendu de
croire que le Veuvagela rame
GALANT.
75
neroit dans quelques années.
On ne perdit point de temps à
terminer cette affaire ; qui fut
conclue avec de grands avantages
pour la Belle. Le vieux
Marquis dont l'amour eſtoir
fort tendre , & qui vouloit luy
faire trouver de l'agrément
dans l'exil où il l'avoit prépa
rée , lalaiſſa maiſtreſſe de tou-
-tes les choſes qui pouvoient la
fatisfaire , & alla meſime beaucoup
au de là de ce quele rang
où il l'élevoit ſembloit demander.
Son équipage & fon train
furent magnifiques , & comme
elle avoit aſſez de voix , il mit
auprés d'elle pour la ſervir une
Demoiselle & d'autres Filles
qui ſçavoient chanter. Il ne
reſtoit plus qu'à choiſir un Intendant
, qu'il vouloit habile ,
& en meſme temps bien fait ,
D2
76 MERCURE
afin qu'il puft donner la main
à ſa Femme en qualité d'Ecuyer.
Il en refuſa pluſieurs , &
enfinon luy en amena un dont
il futcontent. C'eſtoitun homme
de fort belle taille , agé de
trente ans , d'une phyſionomie
heureuſe , & qui joignoit à
l'habileté dans les affaires , le
talent particulier dejoüer fort
bien du Lut. La Belle Marquiſe
en joüoit auffi , & il pouvoit
luy donner des leçons utiles
pour la perfectionner. On partitpeu
de temps aprés le Mariage
, & à peine fut-on arrivé
au Chaſteaudu vieux Marquis,
que la beatité de la charmante
Perſonne qu'il amenoit, y attira
forcegens confiderables del'un
&de l'autre ſexe. Elle les receut
d'un air noble & engageant
qui luy acquit une efti
GALANT .
77
me generale , mais ſi ſon eſprit
&ſes belles qualitez firent parler
tout le monde à fon avantage
, ſa conduite & ſa ſageſſe
furent en elle un merite qu'on
ne pouvoit aſſez élever. L'obligation
qu'elle avoit au vieux
Marquis , faiſoit dans ſon coeur
les meſmes impreſſions que l'amour
auroit pû faire , & pour
meriter ce qu'il avoit faiten fa
faveur , elle avoit pour luy des
complaiſances , qui le charmoient
d'autant plus , qu'il n'y
paroiſſoit riende contraint.Elle
vouloit qu'il fuſt toujours auprés
d'elle , & quand il paſſoit
une heure ailleurs , elle ſe
plaignoit comme s'il ne l'euſt
pas aimée affez tendrement.
Ils ſe promenoient ſouvent
enſemble , & au retour de la
promenade , elle ſe divertiſ
D 3
78
MERCURE
foit , ou à faire des manieres
de Concerts , où à prendre des
Leçons de Lut de l'Intendant ,
qui de fon coſté regloit admirablement
la Maiſon du vieux
Marquis.Tous les Domestiques
dont il avoit trouvé le fecretde
ſe faire aimer par ſes manieres
honneſtes , diſoient à l'envy
mille biens de luy ,& le vieux
Marquis tiroit de ſes ſoins tous
les avantages que le bon ordre
& l'exactitude font capables de
produire. Il le chargeoit de veiller
à découvrir ce que pouvoit
fouhaiter la jeune Marquife ,
qu'il ne vouloit pas qu'il laiffat
manquer d'argent, quelque de
penſe qu'elle vouluft faire , &
à qui mefme il faifoit de temps
en temps des prefens confiderables.
L'Intendant qui le portoit
à ces liberalitez , portoit de
C
1
GALANT.
79
même la jeune Marquiſe à
marquer encore , s'il ſe pouvoit,
plus d'empreſſement pour
ſon vieux Mary ; & les utiles
conſeils qu'il leur donnoit à
l'un & à l'autre l'en faifoient
aimer également. La jeune
Marquiſe qui les recevoit avec
plaifir , & qui ſçachant ce qu'il
faifoit pour ſes interêts , pre
noit en luy une extrême confiance,
n'en recevoit jamais de
loüanges ſur les manieres dont
elle en ufoit , malgré le dégoût
que la vieilleſſe donne naturellement
aux jeunes perſonnes ,
qu'elle ne les rejettât , en luy
diſant qu'elle ne faifoit que ce
qu'elle devoit faire , & quo
quand ſon vieux Mary auroit
eſté d'une humeur bizarre ,elle
s'y feroit tellement accommo
dée , qu'elle auroit eſté ton-
{
D 4
80 MERCURE
jours heureuſe par le plaiſir de
bien remplir ſes devoirs . Cette
ouverture de coeur ſi obligeante
pour luy , redoubloit l'atten
tion qu'il avoit pour toutes les
choſes qui pouvoientiuy plaire
, & à regarder ſon empreſſement
, on auroit pû croire qu'-
elle luy auroittouché le coeur,
ſi ſon zele n'eût pas paru auſſi
vif quand il s'agiſſoit de faire
ce qui pouvoit contenter le
vieux Marquis. Ils luy trou.
voient tous deux beaucoup de
bon ſens,&de fineſſe d'eſprit ,
&quoy qu'il ſe tint toûjours
dans un grand reſpect, ils prenoient
ſouvent plaiſir à le faire
entrer dans leur converſation..
Quatre ans s'étoient écoulez
de cette forte quand le vieux
Marquis mourut. La jeune
Marquiſe en cut une veritable
GALANT. 81
affliction , & cette mort la mettant
dans l'embarras pour la
diſcuſſion de ſes droits , non
ſeulement elle pria l'Intendant
de ne pas l'abandonner , mais
pour l'attacher plus fortement,
elle voulut luy faire épouſer ſa
Demoiselle, qui eſtoit jolie , &
qui n'avoit pas mal fait ſes affaires
depuis quatre années
qu'elle étoit à ſon ſervice.L'Intendant
la remercia du ſoin
qu'elle vouloit prendre de fon
établiſſement , & la ſupplia de
trouver bon qu'il pût demeurer
àluy , afin qu'il fuſt plus entierement
à elle. Un procedé
fi honnête ne put déplaire à la
Dame , qui luy connoiſſant un
vray merite , n'eſtoit pas fadée
qu'il fuſt attaché à la fervirparun
mouvement plus fort
que celuy de l'intereſt . Il mit
DS
82 MERCVRE
?
fes affaires dans un tres-bon
ordre; & elle ſe trouva fi bien
de ſes conſeils pour terminer
tous les differens qu'elle eut
avec les Heritiers de fon vieux
Mary , que s'eſtant appercenë
quelque temps aprés que fa
beauté ou fon bien luy faifoient
rendre de toutes parts des foins
affez empreſſez , elle luy dit
un jour en riant que fi elle ſe
remarioit jamais , ce ne feroit
point ſans en prendre fon avis,
mais qu'ilfaudroit pour l'y obliger
qu'on luy euſt donné des
marques d'amour fi convaincantes
, qu'il luy fuft impoffible
de douter qu'on ne l'aimaſt
tres fincerement. L'Intendant
luy répondit avec une honneſte
liberté , que fi elle lay fo
foit l'honneur de le confulter
dansune affaire de cette imporGALANT.
83
5
tance , la paffion qu'il avoit de
la voir auffi heureuſe qu'elle
meritoit de l'ettre , le rendroit
peut-eſtre encore plus difficile
qu'elle ne ſeroit ſur un pareil
choix , qui la devoit d'autant
plus embarraffer , que pour en
eſtre contente , il falloit que fa
raifon fuft , d'accord avec fon
coeur. La premiere année de
ſon Veuvage eſtant expirée ,
elle quitta la Province ,& vint
à Paris , où ceux qui ſe croyoient
le plus en droit d'eſperer
, ne manquerent pas de ſe
rendre en même temps . Elle
yvit bien-toſt groſſir ſa Cour
par de nouvelles conqueſtes ,
& la reſolution qu'elle avoit
priſe de préferer celuy qui luy
donneroitde plus grandes marques
d'amour eſtant connue ,
chacun tâcha de ſe diftinguer
D 6
$4 MERCURE
entre ſes Rivaux , par ce qui
pouvoit la convaincre davanrage
que toutes ſes volontez
luy eſtoient ſoumiſes. Cependant
aucun ne ſe declaroit qui
n'euſt à ſouffrir l'examen de
l'Intendant. Elle vouloit qu'il
luy diſt ſincerement ce qu'il en
penſoit , & en luy marquant
leurs qualitez eſtimables , il
ſçavoit ſi bien trouver leurs defauts,
qu'on n'en pouvoit faire
une peinture plus vive. Il y
avoit fur tout une choſe qu'il
avoit peine à leur pardonner ,
& qui ſelon luy fuffiſoit pour
les exclurre.C'eſtoit qu'ilsfembloient
convenir eux-mêmes
dupeu de merite qu'ils avoient,
puis qu'eſtant perfuadez qu'il
avoit quelque credit auprés
d'elle , ils eſſayoient tous de le
corrompre , en luy offrantdes
4
GALANT.
85
fommes confiderables , s'il appuyoit
leurs pretentions de tel .
le forte que leur amour fuft fuivi
d'un heureux ſuccés . La Dame
loüoit ſon deſintereſſement
qui luy faiſoit refuſer ces offres,
& qui l'obligeoit de n'avoir en
veuë que ſes avantages. Son
choix demeurant toujours indecis
, une de ſes plus particulieres
Amies voulut le faire
tomber fur un Gentilhomme
d'aſſez de naiſſance pour ne luy
point faire quitter le nom de
Marquife , & en quielle ſe tenoit
fort aſſurée qu'elle ne pourroit
trouver que le defaut d'a.
voir peu de bien. La Dame luy
repondit que ce n'eſtoit point
un defaut eſſentiel , qui puſt
s'oppoſer à ſon eſtime , mais
que n'ayant point caché que
pour ſe donner elle vouloit
86 MERCURE
eſtre ſeure d'eſtre fortement
aimée, elle ne comprenoit pas
comment on luy propoſoit un
homme qu'elle n'avoit jamais
vû , & qui ne fongeoit à elle ,
que parce qu'en l'épouſant , il
rencontroit de grands avantages
du coſté de la fortune . Son
Amie la fatisfit en luy apprenant
que le Gentilhomme l'ayant
apperceuë à la promenade
quatre jour avant qu'elle époufaſt
le Marquis , s'eſtoit ſenty
un fi fort panchant pour elle ,
que la connoiſſance qu'il eut
enfuite de l'engagement où elle
eſtoit n'avoit pû le mettre en
eſtat d'y reſiſter ; qu'entrainé
par fon amour , il l'avoit ſuivie
dans la Province , afin que le
plaiſir de la voir , dont il avoit
fait tout fon bonheur , luy fuft
au moins un foulagement dans
GALANT . 87
1
1 a
1
la violence de ſa paffion ; qu'il
luy avoit meſime parlé quel .
quefois , fans que fes regards ny
fes paroles luy euſſent rien découvert
des fentimens de fon
coeur, que le refpect qui l'avoit
toujours forcé de ſe taire , le
tiendroitencore dans cette mef
me contrainte,tant il ſe croyoit
éloigné de meriter quelque
part dans fon eſtime, ſi elle n'avoit
voulu parler malgré luy ,
perfuadée qu'un amour fi pur
&fi conftant devoit avoir fon
merite , qu'elle trouveroit en
luy ce qu'elle cherchoit , s'il
eſtoit vray que pour eftre digne
d'elle , ce fuft affez de l'aimer
parfaitement. La jeune
Marquiſe étonnée de l'avantu .
re , demanda à fon Amiecom .
ment eſtoit fait cet Amant
refpectueux , qui avoit pu ſe
88 MERCUR E
tenir dans cettegrande reſerve ,
quoy qu'il l'aimaſt depuis tant
d'années. Son Amieluy répondit
, que comme il falloit que
ſesyeux fuſſent contens , ce qui
dépendoit fort ſouvent du
gouſt , il luy feroit inutile de
luy en faire un portraitavantageux
; qu'elle pourtoit en ju
ger par elle-meſme ſi elle vouloit
luy rendre viſite le lendemain
; que, le Gentilhomme
devoit venir luy parler de quelque
affaire , & que c'eſtoitune
occafion de l'examiner fans
qu'il ſceuſt encore qu'elle luy
euſt rien appris des ſentimens
qu'il avoit pour elle. La Marquiſe
y confentit , & fon Amie
ne l'eut pas plûtoſt quittée
qu'elle expliqua l'avanture à
l'Intendant , dont elle voulut
prendre le conſeil ſur ce qu'elle
GALANT. 89
devoit faire , ſuppoſé que l'on
puſt venir à bout de la convaincre
d'un auſſi rare exemple
d'amour que celuy dont ſon
Amie luy avoit parlé. L'Intendant
luy répondit , que quoy
qu'il la connuſtaſſez genereuſe
pour ne s'attacher qu'au ſeul
merite dans le choix qu'elle
feroit , il avoit peine à ne pas
compter pour un grand defaut
le manque de bien dans un
homme à qui ſa naiſſance pouvoitpermettredes
prétentions ,
&qu'enfin de la maniere qu'il
comprenoit qu'elle devoit eſtre
aimée , ſi par l'excez de l'amour
onſe pouvoit rendre digne
de ſon coeur , il ne pouvoit
croire que quatre années paffées
à l'adorer en ſecret , duffent
donner ſujet d'aſpirer à un
prix fi haut. La jeune Marquiو
ه
MERCVRE
ſe ſouſrit de l'opinion avantageuſe
qu'il témoignoit avoir
d'elle , & aprés luy avoir dit
que fon zele l'aveugloit , elle
voulut qu'illuy aidaſt à trouver
cet Amant paffionné qui estoit
allé la chercher dans ſa retraite
, mais elle eut beau rappeller
tous ceux que le hazard y avoit
conduits , & qui pouvoient luy
avoir caché ce qu'ils eſtoient .
Son coeur ne luy parla pour
aucun , & elle euſt eſté fafchée
de rencontrer parmy eux
celuy qui l'aimoit depuis fi
long temps. L'éclairciſſement
ne fut pas long à attendre. Elle
ſe rendit chez fon Amie comme
elle l'avoit promis , & voulut
que l'Intendant luy donnaſt
la main , afin qu'étant témoin
de cette entreveuë , il luy dift
fincerement ce qu'il penſoit du
GALANT.
91
- nouvel Amant qui vouloit ſe
- déclarer.Son Amie l'affura tout
- de nouveau qu'elle ne pouvoit
faire un choix qui luy convinſft
mieux,à ne regarder en luy que
- la naiſſance , & les qualitez ef-
- ſentielles qui font l'honnefte
- homme , & cette affeurance
luy ayant fait témoigner gran
de impatience de le voir , il eſt
aiſe de s'imaginer juſqu'où alla
-ſa ſurpriſe , lors qu'elle vit tout
d'un coup l'Intendant à ſes genoux,
qui ſe découvrit pour cet
Amant déguisé, à qui depuis fi
long-temps le feul plaifir de la
voir avoit tenu lieu de toutes
choſes. On ne peut rien ajoûter
à ce qu'il luy dit de vif fur la
violente paffion qui l'avoit con
traint àdevenir l'Intendant du
vieux Marquis.Elle l'écouta fans
l'interrompre, mais quoy qu'el-
1
1
92
MERCURE
le gardaſt le ſilence , il eut la
joye d'appercevoir dans ſes
yeux que la connoiffance qu'il
luy donnoit , ne luy eſtoit pas
defagreable. En effet , elle repaſſa
dans ſon eſprit l'abaiſſe.
ment où il s'eſtoit mis pour elle,
les ſages conſeils qu'elle avoit
receus de luy fur la complaiſance
qu'elle devoit à ſon vieux
Mary , le zele empreſſé qu'il
avoit fait éclater dans tout ce
qui avoit pû luy faire plaifir ,&
toujours avec de ſi grands témoignages
de reſpect , & en
s'obſervant ſi bien , que jamais
il ne luy eſtoit rien échapé qui
euſt donné lieu de ſoupçonner
lacauſed'un fi fort attachement,
&toutes ces choſes ayant leur
merite , elle ne put ſe défendre
d'avoüer qu'il l'emportoit fur
tous ceux qui afſpiroient à touGALANT.
93
1
cher ſon coeur. Le merite étant
connu , il ne fut pas malaiſé de
la porter à la récompenſe , que
le Gentilhomme obtint peu de
temps aprés , avec cette fatisfaction
particuliere , qu'elle ne fit
1 point difficulté de luy dire,que
par unfecret panchant qu'elle
■ auroit voulu ſe cacher à ellemeſme
, elle avoitſouhaité plus
d'une foisdepuis fon Veuvage,
qu'il ſe fuſt trouvé d'une naiffance
à le pouvoir épouſer ſans
honte.
L'année 1693.0ù nous fommes
preſts d'entrer , eft remarquable
par une choſe qui n'eſt
- point arrivée pendant tout ce
- Siecle . C'eſt d'avoir la Feſte de
la Chandeleur le Lundy- gras ,
ce qui ſera cauſe que nous aurons
celle de Pâque le 22. de
Mars , qui eſt le plûtoſtqu'on la
94
MERCVRE
puiſſe celebrer . Cela ne peut
eſtre ſans que pluſieurs circonſtances
ſe trouvent jointes en -
ſemble, comme vous le connoiſtrez
par le Traité que vous allez
lire.
INSTRUCTION
Familiere & facile pour connoiſtre
à perpetuité le temps
de la celebration de la Feſte
de Paſque, la nouvelle Lune ,
l'Epacte , le Nombre d'Or ,
- la LettreDominicale qui luy
fervent de fondement , la reformation
du Calendrier , &
le Biſſexte , qui en font des
dépendances.
I.A Feste de Pasque, qui est la
principale des Chreftiens, doit
GALANT.
95
Se celebrer tous les ansle premier
Dimanche quifuitle quatorziéme
de la Lune , qui vient immediatement
aprés le 21. de Mars , ou le
jour mesme , sans qu'on la puiſſe
avancer ny retarder , comme it a
esté reglépar l'Eglisedans leConcilede
Nice , tenu en l'an de falut
325.Sousle Pape Silvestre.
L'Eglife a ainſi ordonnéle temps
de la celebration de cette Feste ,
d'autant qu'en cette année 325 .
TEquinoxe du Printemps estoit ar
rivéle 21. de Mars , & qu'elle a
fixé àson égard cet Equinoxe àce
jour , quoy qu'il arrive quelquefois
un peu plutost ou plustard , &
afin que tous les Chrestiens , en
quelque lieu du Monde qu'ilsferencontrent
,foient uniformes , en cele
brant en un mesme jour cotie Feste
de Pasque , qui sert deregl àtou
-tes les autres Festes mobiles , comme
96
MERCURE
font l'Ascension & la Pentecoste ,
&que par ce moyen on puiffe celebrer
les Festes de l'Eglise dans les
semps qu'ont estéoperezles Mysteves
qu'elles representent.
Cette Ordonnance de l'Eglisea
durapport avec l'ancienne Coutume
des luifs , qui celebroient leur
Pasque , qui estla figure veritable
decelledes Chrestiens , lejourmesme
de ce quatorziemede la Lune ,
Suivant le commandementqu'ils en
avoient receu de Moyfe, leur Chef.
par l'ordrede Dieu , afin qu'il des
meurast parmy eux un continuel
Souvenir de leur delivrance de la
fervitude de Pharaon aprés le miraculeux
passagede la Mer rouge
àpied sec , estant bien plus juste
que les Chreftiens qui ont passéde
la figure à la verité, celebraffent
leur Pasque ,lepremier Dimanche
d'après le quatorziémede cetteLu-
NC ,
GALANT.
97
ne, en memoire de la Refurriction
du Sauveur du monde , arrivée le
troisième jour aprés sa mort , par
laquelle ils ont esté delivrez de la
Servitudedu Demon , en paſſant de
la mortà la vie ,& du peché à la
grace. L'histoire de la Paſſion défi
gnequece fut dans le temps marqué
cy deſſus que leſus- Christ mourut ,
Le jour du Vendredy Saint , & qu'il
refufcita troisjours après , qui estoit
le Dimanche, ce qui fut accompagné
de plusieurs circonstances que
l'ony remarque , & particulierement
dans ce temps du quatorziémede
la Lune , dans lequel elle est
dansfon plein , par la miraculeuse
Eclipse du Soleil qui arriva àſa
mort , qui ne se peut naturellement
faire que par l'interpofition de la
terre entre le Soleil & la Lune.
Or ily a vingt neufnouvelles
Lunes , dans lesquelles peut arriver
Dec. 1692 .
E
98 MERCURE
Le premier Dimanche d'aprés le
quatorziéme de la Lune , qui arrive
immediatement aprés le 21. de
Mars , ou ce jour - làmesme. Lapremierede
ces Lunes eft celle quiarrive
le 8. de Mars , ce qui fait
que Pasque peut venir le 22. de
Mars , & la derniere de ces mefmes
Lunes arrive le 7. d'Avril ,
qui fait que Paſque peut venir le
25. d'Avril. Cet espace de temps
depuis le 22. de Mars jusqu'au
25. d'Avril , est de trente jours ,
&par confequent Pasque peut arriver
pendant ces trente cing jours
differens , sçavoir le 22. de Mars,
qui est le plûtost , jusqu'au 25 .
d'Avril, qui est le plus tard.
THEATE
vient
10
Alars , & que fon quatorzilme
LYON
le 21.
Paſque arrive le 22. de Mars ,
qui est le plûtoft , quand la nouille
Lune a commencé le 8. de
de ce mesme mois ,
GALANT. 599
N
Je trouve estrean Samedy, deon
le lendemain 22. de Mars ,
trouve eftre un Dimanche , oncellbre
la Feste de Paſque , toutes les
conditions requises par l'Eglise eftant
accomplies cejour-là. L'exemple
s'en trouvera en l'année 1693 .
en laquelle ces circonstancesse rencontreront
, ce qui n'est point arrivé
depuis l'année 1598. & ce qui
arriveraenfuiteen 179.0 1818 .
dans lesquelles années les mêmes
conditions se trouveront auffi accomplies.
Ce qui est bien remarqua
ble , c'est que l'année 1818. étant
expirée, cette même Feste de Pafquen'arriveraplus
le 2.2 . de Mars
qu'aprés 367. ans , à cause que
pendant tout lereste dudixneufiéme
fiecle,& les trois autres ſuivans ,
toutes les conditions requiſes ne se
rencontreront point ensemble. On
a fait ces quatre Vers au sujet de
l'année 1693 .
E2
100 MERCVRE
١٠
L'an mil fix cens nonantetrois
,
Le vingt deux du troiſieme
: mois
La Paſque ſera celebrée ,
N'eſtant jamais plus avancée.
र
Paſque arrive le 25. d'Avril ,
qui est le plus tard , quand la nouvelle
Lune a commencé le 7. de
Mars , & que son quatorziéme qui
vient le 21. de Mars enſuivant ,
lequel 21. doit estre passé , oblige
par consequent à laisser écouler
route cette Lune pour attendre la
Luneſuivante, qui commence le s
d'Avril ; & fi le quatorziéme de
cette Lune qui vient le 18. du mesme
mois se rencontre estre un Dimanche
, on laiſſe encore écouler
route cettesemaine pour aller jusqu'au
Dimanche ſuivant , qui ſe
trouve estre le 25. d' Avril. L'exem
GALANT .. ΙΟΙ
ple s'en est vû en l'année 1666.en
laquelle Paſque arriva ce jourlà,
àcauſe que toutes les conditions
requiſesſe rencontrerent ensemble ,
ce qui n'estoit point arrivé depuis
l'année 1546. & ce qui arrivera
encore aux années 1754.1886 .
1943. & autres ,dans lesquelices.
fe rencontreront ensemble les mêmes
conditions . Ces quatre autres
Vers furent faits au sujet de cette
année.
L'an mil fix cens foixantefix
Georges a vû mourir le
Fils,
Marc l'a vûrefufciter.
Et Jean par les mës le porter,
Pour entendre ce dernier Vers , il
faut savoir quequand on celebre
La Feste de Pâque le 25. d'Avril,
qui est le jour de Saint Marc , la
E 3
102 MERCVRE
Fefte du Saint Sacrement se celebre
le 24. de fuin , qui est le jour de
S. Jean.
Outre ce qu'on vient de dire 104-
chant lesujet& le temps de la celebration
de la Festede Pasque ,
pour en mettre en pratique la methode
, il faut avoir connoiffance
de la nouvelle Lune, qui en est le
fondement , de l'Epacte, qui sert à
connoistre la nouvelle Lune , du
Nombre d'Or quisert à trouver l'Epacte,
de la Lettre Dominicale, qui
fert à connoiſtre tous les Dimanches
de l'année , du Biffexte , & de la
véformation du Calendrier , quien
font des dépendances.
La nouvelis une se trouve en
deux manieres a premiere , en
affemblant trois nombres enſemble ;
Sçavoir celuy de l'Epacte de l'année
qu'on se propose , celuy du nombre
du jour proposé , & celuy des mois
GALAN T.
103
depuis le mois de Mars. Ces trois
nombres estant joints ensemble, ce
qui en provient est celuy de l'âge
de la Lune, c'est àdire , fait connoistre
combien on ade la Lune, ou le
premier, ou leſecond,ou le troisième,
&c. Pourven que ce nombre total
n'excede poins celuy detrente, car
alors on retranche trente , & on ne
prend que lesurplus. Cette maniere
de fupputer n'est pas tout à fait
exacte,&peus manquer d'un jour
ou de deux au plas ; ce qui arrive,
d'autant qu'au lieu d'oter trente, il
ne faut ofter quelquefois que vingt.
neuf, les Lunes ayant alternativement
vingt-neuf& trente jours .
C'est pourquoy afin d'avoirconnoisfance
de la nouvelle Lune fans
aucune erreur , il faut faire ces
Supputationspar voye d' Astronomie,
qui est une ſcience qui n'est point
icy enseignée,mais l'effet de laſcien-
E 4
104
MERCURE
cezou bien il faut avoir recours aux
Ephemerides. On doitseulement ob-
Serverunechofe,ſi on veutſeſervir
de cette premiere methode , qui est
dene point compterle mois de Mars,
non plus que le mois de Janvier ,
quand la fupputation se fait dans
ces deux mois ,& de commencer à
compter les mois ſuvans ; sçavoir
celay d'Joril aprésceluyde Mars,
& celay de Févrieraprés celuy de
Janvier.
La ſecondemanierede trouver la
nouvelle Lune, eſt de fuivre lapratique
du Calendrier Gregorien,ainſi
appellé du nom du Pape Gregoire
XIII, qui l'établit lors de la reformation
du Calendrier Romain, par
buy faite en 1982.dans lequel Ca
lendrier il a fait mettre un Cycle
nommé le Cycle des Epactes qui les
contient toutes depuis la premiere
jusqu'à la vingt-neufieme . Ces
GALANT . τος
Epactes font apposées à chaque
jour de l'année , en cette maniere ,
qui est qu'au premier your de Fanvier
est apposée une Etoile au lieu
d'une Epacte', parce qu'il n'y ajamais
trente d'Epacte. Cette Etoile
mise au lieu d'un zero , fignifie que
l'annéequi précede celle où se trouve
apposée une Etoile , tant qui
eft apposée à ce premier jour de lanvier
, que les autres apposées aux
autres jours des mois de l'année , le
Soleil & la Lune ayant finy lear
cours en mesme temps , il n'y a point
d'Epacte en cette année. Auſecond
jour de Ianvier est apposée l'Epacte
xxix,au troisième l'Epacte xxviii ,
au quatrième l'Epacte xxvii , &
ainfile reste de ſuite par le même
ordre retrogade jusqu'à la premiere
des Epactes marquée par I. quiſe
trouve apposée au trentième jour
de Janvier , apres quoy se trouve
encoreune Etoile apposée au trente
Es
Fгоб MERCVRE
uniéme de fanvier. Ensuite xxix.
d'Epacte au premier jour de Fevrier
, xxviii.au second , & ainsi
deſuite du mesme ordre , iusqu'au
dernieriour de Decembre , auquel
est apposée l'Epacte xx. Et toutes
les fois qu'une deces Epactes est apposéeà
un des jours de l'année, ce
jour-là marque la nouvelle Lune
dans tous les mois de l'année. Ces
Epactesons estéſubſtituées dans le
Calendrier au lieu du Nombre d'Or,
quiy a esté aboly pour l'erreur de
quelques jours qu'il avoit causée
dans la connoiſſance qu'il donnoit
des nouvelles Lunes , avant la reformation
du Calendrier , comme
ilfera dit cy-pres,
L'Epacte est un nombre d'onze
jours dont l'année commune du Soleil,
qui est de trois cens soixante&
cing jours,furpaſſe l'année commu
ne de la Lune , qui n'est que de trois
GALANT. 107
cens cinquante quatre , ce qui fait
que pouravoir l'Epacte d'une année,
il faut ajoûter onze à l'Epacte de
l'année precedente ; & pour avoir
l'Epacte de l'annéeſuivante ilfaut
encore ajoûter onze, pour avoir celle
d'après, encore onze , & ce qui proviendra
de ces nombres ſera l'Epa-
Ete de l'année,pourveu que ces nombres
n'excedent pointceluy de trente,
car en ce cas ilfaut retrancher tren-
& ne prendre que leſurplus , ce
qui se pratique toûjours de mesme ,
excepté en deux cas ; le premier ,
quand l'Epacte d'une année est
xxix. & que le Nombre d'Or de la
mesme année est 19. carpour avoir
l'Epactede l'annéeſuivante ilfaut
ajoûter xii,à cauſe que si on ajoûtoitſeulement
xi on auroit trente,&
iln'y ajamais trente d'Epacte,mais
ajoûtant xii. il reste 1. d'Epacte
pour l'année suivante. Lefecond
E6
108 MERCVRE
cas , auquel on n'ajoûte pas toûjours.
xi, à l'Epacte de l'année precedenze
, pour avoir l'Epacte d'une année
est xxviii, & que le Nombre
d'Orde la même année est 19. On
met une Etoile pour Epacte en l'annéesuivante
, par la raison qu'on
vient de marquer.
Pour trouver l'epacte de chaque
année en tout temps , il faut voirfi
l'année proposée est avant la refora
mation du Calendrier , ou aprés ,à
caufe des differentes operations qui
font à faire en l'unc ou en l'autre . Si
l'année proposée est depuis la reforme
, il y a encore deux choses à ob-
Server; sçavoir s'ily a moins ou plus
de trois fiecles écoulez depuis cette
reformation . S'il y a moins de trois
fiecles dans une année proposée il
faut premierement multiplier par.
onzele Nombre d'Or de cette année
proposée , & laisser là cenombre à
GALANT. 109
110-
part pour s'enservirà la fin de l'operation.
Secondement ilfaut diviferparquatre
le nombre des fiecles
quiſe ſont écoulez depuis la naiſſance
de Noſtre- Seigneur jusques au
temps de l'année proposée.Troisièmement,
fanssefervir du reste de la
diviſion de cenombre de fiecles , que
l'on aura divisé,il faut ofter le
tient, & enoſter encore deux deplus.
Quatrièmement,de ce nombrerestant
le quotient ofté& deux de plus,
il faut ofter de ce nombre premier ,
provenu de la multiplicationcy de
vant faite du Nombre d'Or faitpar
onze,& ce qui resterafera l'Epacte
que l'oncherche,pourveu que cenom.
brenefurpaſſe point celuy detrente,
caril en fout retrancher les trente,
non seulement une fois , mais deux
ou trois fois , s'ils se rencontrent ,
prendrele surplus , qui fera
Epact .
2
110
MERCVRE
Quefi dans l'année proposée de
laquelle on veut trouver l'Epacte ,
ily a plus de troisfiecles écoulezdepuis
la reformation du Calendrier ,
il faudra obſerver les mesmes cho-
Ses que cy devant , sinon qu'ayant
divisé le nombre des fiecles par
quatre , & en ayant osté le quotient
& deux de plus , comme cydevant
, il faudra ofter encore un
defurplus de ce nombre de (iecles,
parce qu'il se sera écoulé une fois
troisfiecles ; & s'il y avoit deux
fois troisfiecles écoulez, il en faudroit
ofter deux , Citrois fois trois
fiecles , il en faudroit ofter trois ,
de mesme ainſi touiours , & faire
le reste à l'ordinaire.
Quesi on veut trouver l'Epacte
des années avant la reformation du
Calendrier , ce qui est d'une me.
diocre utilité , d'autant qu'on n'a
guere remarqué les Epactes des an
GALANT. ΠΕ
nées avant la reforme , qu'on ne
les inferoit point dans le Calendrier
Romain , mais qu'onsefervoit seulement
du Nombre d'Or qui marquoit
les Lunes , il faut pour trouver
les Epactes de ces années avant
La reforme , sefervir de la mesme
methode que cy- deſſus , en faisant
les mesmes operations que dans les
années d'apres la reforme , sinon
que du produit de la multiplication
du Nombre d'Or onze , il en faudra
oster autant d'unitez qu'on trouvera
de fois trois fiecles en remontant
de la reforme iusqu'à la
Naiſſance de Nostre Seigneur.
Le Nombre d'Or qu'on nomme
außi le Cycle Lunaire,eft le nombre
de 19.inventéparMethou &Thevien
qui est le plus approchantCycle,
mais non pas entierement exact
pour designer le temps auquelle
Soleil & la Lune se conjoignent de
4
112 MERCURE
nouveau dans le Ciel , en revenant
aumême point d'où ils (stoient partis
ensemble. Par ce Cycle du Nombre
d'or on connoiſſoitles nouvelles Lunes
& les Festes mobiles,& à cause
de cette utilité qu'il apportoit , 08
l'écrivoit dans le Calendrier en let.
tresd'or dont il a retenu lenom. Cet
effet de montrer les nouvelles Lunes
aesté trouvédefectueux,par une er
reur que ce Nombre d'Or avoit cau-
Sée parquatre jours d'anticipation
de la Lune , en faisant son periode
de 19.années, une heure vingt.Sept
minates & trente - deux ſecondes ,
plûtost qu'elle ne l'avoit commencé,
ce qui fut obſervé lors de la refor
mation du Calendrier , car en foixante-
fix Cycles qui s'estoient
écoulez depuis le Concile de Nice
jusqu'à l'an de la correction 1 582 .
ces quatre jours d'anticipation s'ésoient
formez , ce qui a esté cause
GALANT.
113
que l'on a ofté ce Nombre d'Or du
Calendrier Romain. Pour y remedier,
on a fabſtitué en ſa place le Cycle
des Epaites , comme il vient d'estre
dit.
La lettre Dominicale de chaque
année est une des ſept premieres
lesires de l'Alphabeth , sçavoir
A , B , C , D , E , F , G , qui de
viennent Dominicales , c'est à dire,
marquent tous les Dimanches d'une
année , les unes après les autres par
ordre retrograde , ce qui arrive
ainsi, d'autant que ces sept lettre,s
Sont apposées dans le Calendrier à
chaque jour de l'année,enforteque
la lettreAest apposée au premier
jour de Janvier , la letire Bau
Second,la lettre C. au troisième ,
La lettre D au quatrième , la lestre
E nu cinquième , la lettre Fau
fixieme, la lettre Gan septième.
&derechefla lettreA au buitiéme
114 MERCVRE
de fanvier , la lettre B au neuvieme
,& ainſi demesme defuite
jusqu'au dernier jour de Decembre
auquel est apposée encore la lettre
A. Ces lettres quifont immuables
dans le Calendrier deviennent
Dominicales les unes aprés les autres
par ordre retrograde en cette
maniere.
Quandle premierjourd'une annéequi
est marqué par la lettreA
qui est immuable ,se trouve estre
unDimanche,la lettreDominicale
de l'annéesuivantefera la lettre
G,car en cette année en laquelle
Lepremier jour estun Dimanche, le
dernierfera encore un Dimanche,
parconfequent le premier jour
de l'annéeſuivante qui commencerapar
un Lundy,Seramarquépar la
lettreA,lesecond quisera leMardy
par la lettre B , le troisième
qui sera le Mercredy, par la lettre
GALANT.
115
C, le quatrième , qui sera le feudy,
par la lettre D , le cinquième qui
fera le Vendredy , par la lettre E ,
lefixièmequifera le Samedy par la
lettre F& cela estant , leſepriéme
jour qui fera le Dimanche ,fera .
marqué par la lettreG. Par lamème
raiſon le premier jour de l'année
Suivante quifera commencéepar le
Mardy,se trouvera marquépar la
lettre Aqui est immuable,& partantsuivant
lemême ordre , le Dimanche
de cette annéese trouvera
marqué par la lettre F.& ainfitoujours
de même , ce qui se pratique
dans les années communes,mais non
dans les années Biſſextiles, dans lefquelles
il y a deux lettres Domini.
cales de même parordre retrograde,
dont la premiere ſert à marquer les
Dimanches de l'année Biſſextile ,
depuis le premier jour de Janvier
116 MERCVRE
jusqu'au 23. jour de Fevrier , & la
Secondefert depuis le 24.de Fevrier
jusqu'à la fin de l'année, àcause du
jour aiouflé dans cette année Bif
Sextile qui vient de quatre ans en
quatre ans composé de quatre fois fix
beures que l'on tient communement,
que le Soleil a de plus dans fon cours
annuel parde là les trois cens foixante
& cing jours dont il est com.
posé. Ce iour composé de ces quaire
fois fix heures a esté estably par
Jules Cefar Empereur,dans un Ca
lendrier qu'il fit faire defon temps,
nomméle Calendrier lulien.
Pour trouver la lettre Dominica.
lede chaque année , il faut sça.
voir auparavant queljour delaſemaine
a esté le premier jour de
l'année. Cepremier jour se trouve
en diviſant enquatre le nombre de
L'année qui precede celle qu'on se
J
GALANT. 117
propose, puis en ioignant ce quart au
total du nombre de cette année precedente
, & finalement en parta
geant en fept ces deux nombres en-
Semble, & ce qui viendra apres cet.
te diviſion faite , marquera le jour
de lasemaine qui aura été le premier
iour de l'année,car s'ilreſteun,
ce premier iour sera le Dimanche
qui est la première Ferie , s'il reste
deux, ce sera le Lundy , & ainsi de
fuitede la même forte. Que s'ilne
reſte rien, ce premier jour de l'année
aura estéle Samedy , ce quise pratique
ainſi dans les années quifont
avant la reformation du Calendrier
, car dans celles qui font
depuis cette reforme , avant que de
partager enfeptces deux Nombres
cy- deſſus , il en faut retrancher
dix à cause des dix jours retran
chez dans l'année de la reforme ,
(
118 MERCURE
Puisce quirestera marquera le jour
delasemaine qui aura estéle premierde
l'année.
Lepremier jour de l'anné eftant
ainfi trouvé , il faut voir pour
trouver la lettre Dominicale,si ce
premier jour a esté un Dimanche ,
car la lettre Dominicalefera l'A ,
laquelle est immobile dans le Calendrier
, comme il a déia estédis.
Si le premier jour de l'annéea esté
le Lundy , marqué toniours parla
lettreA , la lettre Dominicale de
cetteannéefera la lettre G. Si le
premier jour est le Mardy, la lettre
Dominicalede cette année lafera
la lettre F , & ainſi de mesme des
autres jours de laſemaine , quiferont
connoiſtre la lettreDominicale
dechaque année.
LePapeGregoire XIII, en l'an
1582. de l'avis des plus faGALANT.
119
meux Astrologues de fon temps ,
ayant reconnu que l'anticipation
qui se fait tous les ans d'onze
minutes & cinquante quatre
Secondes par de-là les trois cens
Soixante & cing iours , dont on a
composé fon cours annuel depuis le
Concile de Nice , avoit produit dix
iours entiers, qui faisoient une erreur
notable dans le Calendrier Romain,
laquelle étoit cauſe que lesoleilétoit
reputé arriver dans l'E
quinoxe , dix jours pluſtost qu'il ne
faisoit , & que sur ce faux fondement
qui fervoit de regle pour la
celebration de la Fête de Pasque &
des autres Fêtes mobiles , on ne les
celebroit plus dans le temps ordonné
parle Concile de Nice;vogant d'ailleurs
que cette erreuraugmentant ,
cauſeroit à l'avenir de bien plus
grands defordres , ordonna poury
120 MERCURE
remedier , qu'on retrancheroit de
cette année 1582. dix jours , ce
qui fui executéen comptant quinze,
le lendemain du quatrième d'Octobre
de cette année , au lieu qu'on ne
devoit compterque cing , &par ce
moyen , la Feſte de Pasque & les
autres Festes mobiles furent remifes
dans leurs faiſons ordinaires , qui
eft ce qu'on nomme la reformation
du Calendrier ; & afin qu'on nefut
pas obligédefaire de temps en temps
des reformations de ces onze minutes
& cinquante quatre secondes ,
qui ne laiſſent pas de ſe faire tous
les ans , il ordonna que dans l'efpace
de quatre cens ans on retrancheroit
un jour au commencement
de quatre fiecles , le premier de
chacun des trois premiers , laquelle
année des trois premiers fiecles ne
fera point Biffextile , comme elle
devroit
GALAN Τ .
121
devroit l'estre à l'ordinaire , Sur
L'observation que ces onze minutes
& cinquante quatre fecondes forment
un jour en cent trente ans ,&
qu'il est plus commode de faire ce
retranchement au commencement
qu'au milieu d'unfiecle , ce qui ne
fera pas tout-à-fait exact , mais
celaſeraſi peu confiderable , que
ces minutes &Secondesneformeront
un jour entier qu'après vingt & un
mille trois cens trente ans.
Pour le Biffexte , c'eſt un jour
quis'ajoute tous les quatre ans aprés
levingt troisième jour de Feurser.
Ce jour est ainſi nommé àcauſe qu'il
a esté estably par Jules Cafar Empereur
, & que les Romains partageoient
leurs mois en Nones , Ides
& Calendes , & ce jour- làqui s'ajouſtoit
au mois de Février , aprés
levingt troisième , estoit le fixié
me jour avant celuy des Calendes
Dec. 1692 F
122
MERCVRE
qui estoit le premier jour de cha
que mois deforte que par leurfupputation
il se trouvoit deux fois
le fixieme avant les Calendes de
Mars ,le mot de Biſſextile eftant
un mot Latin qui veut dire deux
fix. Ce jour Biffextile qui s'ajoute
tous les quatre ans dans le Calendrier
après le 23. de Février , ne
change point l'ordre des Lettresapposées
à tous les jours de l'année ,
car après ce vingt - troisième jour
de Fevrier , qui est marqué dans
le Calendrier par la lettre F. au
tour qu'on aiouſte , ensuiteon appo-
Se encore la mesme lettre F , ce qui
ne trouble point l'ordre des lettres ,
qui par ce moyen demeurent immobites
dans le Calendrier Romain.
Voicy àl'égard de l'année 1692.
la pratique de tout ce qui vient
d'estre dit. La nouvelle Lune de
GALANT.
123
cette année 1692. s'est trouvéc
par laseconde maniere expliquée
cy-deßus , qui est la plus certaine
par l'observation qu'on a faite
dans le Calendrier Gregorien , que
la xii. Epacte qui est celle de cette
année, est apposée au 19. iour de
Janvier ; en Fevrier au 17. iour ;
en Mars au 19. qui a marqué la
nouvelle Lune cejour-là,& fon quatorziéme
qui est venu le premier
d' Avril, marqué dansle Calendrier
par la lettre A , a obligé d'aller
jusqu'aufixième de ce même mois .
pour trouver la lettre F , qui estoit
la premiere lettre Dominicale de
cette année , y ayant la lettre E
jointe avec elle, d'autant que cette
année est Biſſextile,&par ce moyen
lefixiéme jour d' Avrila esté le jour
dePaſque de cette année 1692.laquelle
lettre Fafervy depuis le 1.
Janvier jusqu'au 23. Fourier ,&
F2
124
MERCVRE
la lettre E depuis ce jour-là 23 .
jusqu'au dernier de Decembre.
L'Epacte de cette années'est trouvée
de la forte , qui est , qu'ayant
multiplié par onze le Nombre d'Or
de cette année, lequel eſt 2.il en est
venu 22.Secondement ayant divisé
par quatre les feize fiecles qui se
font écoulez depuis la Naiſſance de
Nostre Seigneur jusqu'en cette année
1692. il est venu quatre au
quotient. Troiſiemement, ayant ofté
ces quatre du nombre de feize , qui
est celuy de ces feize fiecles , il reste
douze, desquels on a osté deux encore
de plus, reste dix, Quatriememet,
ayant ofté ce nombre de dix des
vingt - deux cy- deſſus , il est resté
douze , qui est l'Epacte de cette
année 1692.
Le Nombre d'Or de cette année
s'est trouvé en partageant lenombre
de l'annéeſuivante lequelest 1693
GALANT.
125
en 19. La diviſion faite, ila resté
deux qui est le Nombre d'Or de د
cette année.
La lettre Dominicale de cette année
s'est trouvée de la forte. Apres
avoir ſceu que le premier jour de
cette année est un Mardy, comme à
ce premier jour de l'année est apposée
la lettre A , qui est immuable
dans le Calendrier ,le Mercredy a
esté marqué par la lettre Bole Jeudy
par le C , le Vendredy par le D ,
le Samedy par l'E , & le Dimanche
s'est trouvé marqué par la lettre F ,
qui a esté l'une des lettres Dominicalesde
cette annéeBiſſextile , avec
la lettre E, laquelle lettre Faferwy
depuis le premier Janvier jus.
qu'au 23.Février,& la lettre E de.
puis le 23. Fevrier jusqu'à la fin de
l'année; & cepremier jour de l'années'est
trouvé ainsi , en partageant
enquatre l'annéeprecedente 1691.
F3
126 MERCVRE
qui a monté au nombre de 4.22. lefquels
ayant esté joints àceluy de
l'année 1691. ont fait 2113. defquels
oftant dix , à cause que cette
année est depuis la reforme , il est
resté 2103. lesquels pariagez en
Sept, il s'est trouvé trois de reſte
après cette diviſion , & ces trois
marquentle Mardy de la troisième
Ferie.
On a tous les jours occafion
de parler de la Bataille de
Steinkerke , & cela n'arrive
jamais qu'en faifant l'élogede
fen M. le Prince de Turenne ,
dont la valeur s'y eſt diſtinguée
avec éclat , on ne donne en
meſme temps des larmes à ſa
mort. La Ville de Tournon qui
avoit fait paroiſtre tant de joye
dans fon mariage , par le plaifir
qu'elle ſe faiſoit de ce que fon
alliance avec la Maiſon de VanGALANT.
127
tadour , ſes anciens Seigneurs ,
la ſouſmettoit à la Maiſon de
Boüillon , n'a pû voir ſans une
extrême douleur , que cette
felicité ait ſi peu duré pour
elle.C'eſt un avantage dont elle
avoit déja joüy il y a plus d'un
Siecle , lors que Juſt Henry de
Tournon , Comte de Roffillon
s'allia avec Claude de Turenne
. Les armes de ces deux illuftres
& anciennes Maiſons ,
font en divers Monumens qui
font les ornemens de Tournon,
où la pieté de cette Dame l'engagea
à faire baſtir des Eglifes
& des Chapelles , en forte que
fa memoire ſera long temps
confervée par les infcriptions
qui s'y liſent ſur quantité de
Tables de Marbre . M.le Prince
de Turenne rempliſſoit l'eſperance
de la meſme Ville , eftant
F4
128 MERCVRE
regardé comme le digne Succeffeur
d'une Ayeule , fi confiderable
par ſa Naiſſance & par
ſes Vertus , & fa mort arrivée
dans le combat du 3 d'Aouſt
dernier , a changé en Pompes
funebres les réjouiſſances qu'-
elle avoit faites quelques mois
auparavant , dans le temps qu'il
épouſa Mademoiselle de Vantadour
. Les Peres Carmes fondez
par la Maiſon de Tournon ,
& depofitaires des Tombeaux
de ces Seigneurs , commencerent
par un Service folemnel ,
dans la Chapelle que Claude dé
Turenne , Comteſſe de Tournon
, a fait baſtir , & dans laquelle
eſt inhumée toute la Famille
des Tournon , à preſent
éteinte . Cette Chapelle eſtoit
toute tenduë de noir avec des
lez de velours ſemez des ArGALANT.
129
mes de feu M. le Prince de Turenne
, & une Repreſentation
au milieu , éclairée d'une infinité
de Flambeaux &de Cierges
chargez d'Ecuſſons. La
meſme Ceremonie ſe fit quelques
jours aprés dans l'Egliſe
des Jeſuites au College de
Tournon , baſty par le Cardinal
de ce meſme Nom , dont la
memoireſera éternelle , ayant
eſté Grand Camerlingue ſous
trois Papes , & Miniſtre d'Eſtat
fous trois Rois de France. Tous
les autres Ordres Religieux
firent tour à tour les mefmes
Prieres , & l'EgliſeCollegiale ,
nommée Saint Julien , en fit la
clôture avecune pompeoùrien
ne fut épargné , ſoit pour les
lumieres &la tenture , ſoit pour
la beauté du Mausolée. L'Offcefut
interrompu au milieu de
FS
130
MERCURE
la Meſſe , par l'Oraiſon funebre
que prononça le Pere Troupet
Jeſuite . Il prit pour texte , con-
Lommatus in brevi , explevit tema
pora multa. Sa premiere partie
eut pour ſujet les larmes que
verſoient les Habitans de Tournon
pour la perte de M. le Prince
de Turenne. Il fit voir fon
courage , ſa valeur & fa generoſité
dans ſes premieres Campagnes
d'Hongrie,chez les Venitiens
contre le Turc , & en
Francejuſques à ſa fin , ce qu'il
peignit avec une éloquence
admirable.Sa ſeconde partie fut
fur fon éducation , ſon merite
& fon eſprit qui l'auroient conduit
au plus haut point de la
gloire , & il conclut en faiſant
voir vivement le peu que font:
les choſes du monde , qui femblent
promettretout , & feter
GALANT.
131
minent dans le neant. Le Service
fut continué avec les encenfemens,&
tous les honneurs
que l'Egliſe rend aux perſonnes
de cette Naiſſance dans de
ſemblables ceremonies . Les
Magiſtrats & Officiers de Tour.
non y aſſiſterent tous en deüil ,
& jetterent de l'Ean Benite ,
& les Dames auſſi en deüil allerent
à l'Offrande à la maniere
ancienne du Pays , offrant un
Cierge , du Pain& du Vin. Le
Mauſolée qui attira les regards
d'une infinité de curieux , eſtoit
du deſſein de M. Sevin , que fon
meritea fait appeller de Paris ,
pour eſtre premier Peintre de
la Ville de Lyon , où il a répondu
fort avantageuſement à l'attente
qu'on avoit de luy..Le
deſſein qu'il fit il y a quelques
années pour la Theſe de M. le
F6
132
MERCURE
Prince de Turenne , luy acquit
une fort grande reputation .
Aufſfi n'eſtoit ce pas une Theſe
àl'ordinaire , puis qu'elle contenoit
un Volume remply de
deffeins.
"
Vous ferez ſurpriſe quand je
vous diray que je vous envoye
des Cornes gravées . Ce font
cependant des Cornes réelles
& qui font venuës ſur la teſte:
d'une Femme.. Si ce que je dis.
ne vous ſemble pas croyable ,
une infinité de Phenomenes ,
qui paroiffent tous les jours en.
quelque endroit de la terre ,
font des preuves convaincantes,
que la Nature ſe jouë en beaucoup
de choſes. Voicy le fait..
Une Femme de foixante & dix .
à foixante & douze ans , mais .
d'unbon temperament pour fon
âge , ayant eu depuis deux ans .
-
Veve par de
Vhdpeoeairirsę
etdanssaSituationNaturelledans estant deta :
chee .
LYON
GALANT.
133
,
&
une loupe en la partie laterale
fuperieure & pofterieure de la
teſte , on la luy ôta ; mais il y
reſta quelque ouverture
l'humeur qui avoit accoutumé
d'y aborder y venant toujours
un peu , & s'y deſſechant , &
endurciſſant , forma a la fin un.
corps , que cette Femme ſentit
croiſtre , & qui ſe figura comme
une veritable Corne ,de forte
que s'en trouvant fort incom.
modée , parce qu'elle ne pouvoit
mettre nybonnet , ny coëffefans
de fort grandes douleurs,
elle refolut de ſe faire ôter cette
✓ forte d'excrefcence . On l'a cernée
avec la pointe d'un Biſtoury
juſqu'au crane , & en voicy
la figure grande comme le petit
doigt , & tournée en ſpirale ,
avec du poil friſoté allentour , &
à labaſe , comme il y en avoir,
134
MERCURE
Elle avoit toujours cru petit à
petit juſqu'à cette grandeur , &
vraye figure de corne , & l'on
ne doute point qu'elle n'euſt
continué , &qu'elle ne fuſt parvenuë
enfin juſqu'à la grandeur
de la corne d'un Belier. Ce Memoire
ne doit pas eſtre ſuſpect ,
puis qu'ila eſté envoyé deBreſt
parun tres-habile homme , Chirurgien
Juré àParis , & Chirurgien
de la Marine , appellé M.
Vivien.
Encore un Ouvrage de Cydippe.
Ce nom employé dans
d'autres que vous avez eſtimez ,
vous fait connoiſtre que celuycy
part de la meſme Plume , &
qu'il a par conſequent les mêmes
beautez ..
GALANT . 135
**********
EGLOGUE..
Credippe , vous partez , vous
quittez ce ſetour ,
Etvous ne me laiſſez qu'un violent
amour
Pour m'occuper de vostre absence;
Cydippe, laissez - m'en , s'ilse peut,
un plus fort ,
Mais s'il merite un heureux fort,
Emportez moins d'indifference .
Que fairefans amour aux fortunez
clinsats,
Que vont embellir vos appas?
Comment pouvoir fans tendreſſe
Y trouver la fin d'un jour ?
Mais touty reconnoistle pouvoirde
l'Amour ,
Tout vous en parlera fans ceffe..
136 MERCURE
Vous verrez enyuvezdes plaisirs les
plus doux
Milleheureux Bergers aux genoux
De mille Bergeres contentes.
Sur leurs Hautbois vous n'entendrez
vanter
Que les transports de leurs ardeurs
constantes ,
C'est tout ce qu'ils sçavent chanter.
Les Oiseauxsous d'épais feüillages
Ne vous expliqueront,par leurstendres
ramages ,
Que les douceurs de leurs amours.
Les Echos au fond des boccages
Nevous repeteront que d'amoureux
discours.
Si la fraiſcheur d'un Bois , l'émail
d'une pranie ,
Vous force à rêver fans fuiet
L'Amour à vostre rêverie
GALANT. 137
Offrira bien - 10ſt un obiet.
Il vous fera fans violence
Succomber aux attraits d'une douce
langueur ;
Il redoublera lefilence
Pour mieux parler à voſtre coeur.
Il vous ... Mais,aimable Bergere,
Outendent ces avis imprudens, indifcrets
?
Instruite de ce qu'ilfçait faire ,
Vous ne laiſſerez plus de priſe àtous
fes traits.
Iem'alarmetrop tost . Sousson bizarre
Empire
Les efforts,&les soins nesçauroient
faire aimer ;
Et bien souvent auſſi, qui craint de
s'enflamer ,
Avec tous ses efforts,avecſes ſoins,
Loupire.
138 MERCURE
On ne ceffe pas d'aimer
quand on veut,& quelque peu
de correſpondance qu'on trouve
dans ſa paſſion , il eſt quelquefois
mal aisé de s'en défaire.
Vous le connoiſtrez en
liſant ces autres Vers .
ELEGIE.
L'Amour que j'eus pourvous dans
le temps que vos charmes
Donnoient aux jeunes coeurs de fi
tendres alarmes
Cet amour, dont avec unpeu d'attention,
Vous auriezfait , Iris , ma grande
paſſion ,
Dans la douleur de voirſa flame
negligée ,
De voir a tant de ſoins vôtre ame
Partagée,
GALANT. 139
Si foibles, fi honteux ,si peu dignes
de vous ,
Atoûjours triomphe de mondepit
ialoux.
Tous les engagemens que mon coeur
àpûfaire ,
Votre air coquet,enfin,ſipropreà me
déplaire ,
Tant & tant deraiſons de ne vous
aimer plus ,
Ont fait, pour meguerir, des efforts
Superflus .
Jevous aimay toûtours lorsque j'en
aimois d'autres ,
Atravers leurs appasj'entrevoyois
les vôtres.
Matendreſſepourvous,comme dans
un lointain ,
Demon coeur amoureux me montroit
le destin.
Quelquefois en secret resvant fur
voſtre histoire ;
Si l'ingrate m'aimoit elle auroit plus
de gloire ,
140
MERCURE
Et l'hommage discret d'un coeur
comme le mien,
S'il estoit accepté,feroit honneurau
fien,
Diſois -ie ; elle s'amuseàd'indignes
conquestes ,
Avec que tant d'esprit , elle aime
tant de bestes .
Mais quel ufage,helasiest ce qu'elle
pretend
Qu'on croira qu'ellefait,de tout ce
qu'elle prend ?
Sipar beaucoup d'esprit on la voyoit
charmée
Elle aime par l'endroit qu'elle doit
estre aimée,
Diroit-on , &fon coeurdans cet engagement
,
Pour charmerſon esprit , s'engage
innocemment.
Mais en ne prenantpoint une route
fibelle,
Vostre gloire areceu la bleſſure morselle,
GALANT.
141
Etplongée à la fin dans un trifte
embarras
Vous en estesfortie avec trop defracas.
Enfecret j'ayſuivy toutesvos avantures
;
iniures .
Enfecret, i'ay gemy de toutes vos
Enchantéqueieſuis i'auroisdebonnefoy
Voulu que tous les coups cuffentporté
Surmoy.
Un autre de cet air dont vous rompezvos
chaines ,
S'éloigneroit de vous, & tirroit de
vospeines ;
Maisiereviens, Iris , &mafidelité
Vous offre un tendre coeur que rien
n'arebutè.
Ie reviens, avoüant mesme que ma
tendresse
Adeclarer ſes ſoins depuis longtemps
mepreffé.
142
MERCURE
Si l'âge m'a ravy l'espoir de vous
charmer,
En ay- ie moins un coeur fermé pour
vous aimer ,
Et lors que l'obeis au deftin qui
m'engage,
En devez-vous moins plaindre un li
tendre esclavage.
Au defaut d'agremenspour attirer
vosyeux ,
Cecoeurquivous adore eft encorprecicux.
Quandon aime beaucoup on eft toujours
aimable ,
On est en droit d'attendre un retour
équitable ,
Et ce retour , Iris differési longtemps
Nouspeutencordonnerd'aſſezheureux
momens.
Sur nos longues erreurs , la douleur
denos ames
Pour nous dédommager redoublera
nosflames.
GALANT.
143
Cet amour , de nos coeurs l'unique
paſſion ,
Feradenos esprits toute l'attention.
Ainfi pour retablir nos foibles destinées
Nos jours feront des mois , & nos
moisdes années.
Je ne compteray point,en recevant
VOS Voeux ,
Tout ce quel'ayperdu par tant d'ins
dignes feux.
Tout contente un Amant (i fidelle ,
fitendres (oendre,
De vôtre coeur brûlé ie revere la
Et de l'air , mon Iris , dont ievoeux
vous aimer ;
j
Vous vous appercevrez que ie puis
l'enflamer.
Comme un ſage Pilote , aprés de
grands naufrages ,
Fait voguerfon Vaiſſeaufans crainte
des orages ,
Affranchis , vous &moy, des trom
peuſes amours
144
MERCVRE
Quinous ont emportéles plus beaux
de nos jours ,
Si vous voulicz, Iris , répondre à
matendresse,
Nousgoûterions enſemble un amour
fansfoibleffe.
De nos deux coeurs unis laſage liai-
Son
Des Soins de cet amour chargeroit
laraiſon.
Content du feul plaisir de vivre
l'un pour l'autre ,
Fetrouverois le mienenrecherchant
levoftre.
De millepetitfoins le commercedif
Roulant innocemment sur la foy du
cret
Secret,
Sans nous inquieter , ſans troubler
nos affaires ,
Denos coeurs attendris regleroit les
misteres.
Sans nous parler , nos yeux , fidelles
truchemens,
En
GALAN Τ .
145
En chiffres amoureux peindroient
nossentimens ,
Puis , lors qu'en liberté nouspourrions
testeàteste
Regler de nos defirs l'intelligence
honneste ,
De ce que nos regards auroient mal
entendu ,
Le compte mutuel feroit bientôt
rendu .
La fureur des Ialoux ,fi fine , fi
traiſtreſſe .
S'éleveroit envain contrenostretendreffc.
delles voeux ,
L'Amour content de nous , de nosfi-
Nous donneroit toujours des aziles
contreux ;
Et nos plaisirs , Iris , dans cesheureux
aziles ,
N'enseroient que plus doux , moins
ils feroient faciles.
Làtoujours l'un de l'autre,&charmez&
contens ,
Dec. 1692 . G
146
MERCURE
Nousn'aurionsny chagrins,ny transports
éclatans.
La mort mesme éteindroit les
ardeurs de nos flames ,
Sans avoir le pouvoir de defunir nos
ames.
Mais où m'emportez vous , vaines
illufions ?
Iris ne connoiſt point ces nobles paffions.
D'unefouled' Amans indiſcrets adorée
,
Sur leurs folles ardeurselles'est me-
Surée ,
Et de l'air dont son coeur s'en est
entretenu ,
Lemienſera pour elle un pays inconnu
.
Si je nepuis , Iris , dans l'ardeur qui
m'enflame ,
Donner une autre route au panchant
de vostre ame ,
Mépriſez ce retour qui me livre à
vosfers,
GALANT .
147
I'aime millefois mieux les mauxque
j'ay foufferts.
Si d'unfort inhumain j'endure l'injustice
,
Feverray vos erreursfans en estre
complice.
l'ay creu qu'Iris feroit le bonheurde
mes jours ,
Elle estoit cependant l'écueil de mes
AMOUYS ,
Diray-je , &puis querien ne changela
volage ,
Matendreſſe avec elle alloit faire
naufrage.
Dans un douteſi juste&fi triste à
lafois
Qu'on a de peine àfaire un raiſons
nable choix?
Mais mon amour en vain delibere
raisonne.
Je l'entrevois ce coeur, Iris , quim'a
bandonne.
L'affaire est décidée , & mon tendreretour
G 2
148
MERCURE
N'aura pas lepouvoir de fixer vôtre
amour.
Silence pour jamais, trompeusesympatie
,
Tune fers qu'à troubler le repos de
mavie.
Je fatisfais avec joye à la
priere que vous me faites de la
part des Curieux de voſtre Province,
de vous mander quelles
font les marchandises Orien .
tales arrivées en Hollande. En
voicy un Eftat general .
1 Poivre. 9000. balles .
Poivre blanc, 45000.livres.
Salpeſtre.
2100000.liv .
Canelle. 375000.liv.
Noix confites..
Gingenbre confit .
Cloux de Girofle confits .
Cloux matrice.
Cuivre & Eſtain .
シ
GALANT.
149
Platte - bois d'ébene de Maurice.
Bois d'Ebene de la Coſte.800 .
pf.
Bois de Sappan .
Bois de Calenbour .
Indigo.
Pelangs de tonequin.15000.pf.
Pelangs de la China .
Soye de Perſe, de Bengale , &
dela China.
Fil de floret & de coton .
Laine de Kierman.
Sang de Dragon.
Cardamom, Benjoin ,& Borax .
Sel Armoniacque.
Aloës & Camphre.
Racine de la China.
Poivre long, Thé ,& Chits .
Caliga & Cauvva .
Cire à cacheter,
Muſc de Tonquin,
Cauris . 80000.liv
G3
150
MERCVRE
Nids d'Oiseaux & toiles de
Cotton.
Armofins & eſtoffes de Soye.
Robes de chambre de ſoye da
Japon,
Suivant la réſolution priſe
dans l'Aſſemblée des XVII. par
les Directeurs de la Compagnie
des Indes , ces marchandises ont
dû eſtre venduës en Public en
divers lieux, ſçavoir à Amſterdam
le 24. du mois paſſe ; en
Zelande le 3.de ce mois;à Delf
le 9. à Roterdam le 10.à Horn
le 15. & à Enckhuyſen le 16.
Comme on ne vient que d'en
faire la vente en gros, ceux qui
en voudront avoir en détail
ont encore le temps de faire
leurs diligences pours'en fournir.
Je ne dois pas oublier d'ajoûter
icy qu'on a averty, que ſi
le Navire , la Licorne qui a
GALANT . ISI
1
eſté obligé par le mauvais tems
de relâcher en Angleterre ,
n'eſtoit pas arrivé avant le jour
de la vente dans la chambre
d'Amſterdam , on n'en vendroit
Ics marchandiſfes que dans le
Printemps.
M. le Comte de Clermont
Lodeſve eſt mort depuis un
mois dans ſon Château de Caſtelnau
. Il eſtoit Frere de M.le
Marquis de Seſſac , ey devant
Maistre de la Garderobe du
Roy , qui herite confiderablement
par cette mort.
On a auſſi eu avis de celle de
M. Hevin , Ancien Avocat du
Parlement de Bretagne, & Ancien
Sindic de la Communauté
des Bourgeois & Echevins de
la Ville de Rennes . C'eſtoit un
homme d'une profonde érudition
, & qui excelloit en toutes
G4
152
MERCURE
fortes de Sciences , & particulierement
en Droit, qu'il poffedoit
entierement , le ſçachant
meſme par l'Hiſtoire. La haute
eſtime qu'on avoit pour luy a
paru par l'affluence du monde
qui a aſſiſté à ſon inhumation
où l'on peut dire que prefque
toute la Ville s'eſt trouvée.
On est heureux de ſervir des
Princes qui font non-ſeulemet
ſouvent en eſtat de faire du
bien, mais qui aiment à en faire
, & qui connoiſſantle vray
merite, n'attendentjamais long.
temps à recompenfer ceux où il
ſe trouve.Vous ſçavez de quelle
maniere M. Lecoffois ſe diſtingua
l'Eſté dernier en Allemagne
, & le Siege qu'il ſoutint
dans une Egliſe contre un afſfez
grand nombre d'Ennemis , pour
emporter une bonne Place d'afGALANT.
153
ſaut . Le Royjugeant parlàde ce
qu'il ſeroit capable de faire das
une meilleure occafion , luy a
donné le Gouvernement de la
Citadelle de Dunkerque.
:
M. d'Iberville , commandant
une Fregate du Roy , a écrit de
Quebec la Lettre ſuivante , par
laquelle vous apprendrez que
les Baſtimens de Sa Majefté
donnent partout chaſſe à ceux
des Ennemis , & que dans les
lieux les plus éloignez , ils s'en
rendent Maiſtres avec autant
de fuperiorité que dans nos
Mers.
A Quebec le 23.Sept. 1692 .
Nvenant , j'ay fait deux Pri-
Efes à cent cinquante lieuës de
France , sçavoir , d'une Flute Epa.
gnole de deux cens tonneaux,char-
GS
154
MERCVRE
gée de quatre-vingt tonneaux de
fel&quelques fucres brutes , &
d'une Fregate de Hollande auſſi de
cent cinquante tonneaux , chargée
de vin d'Espagne , de feize Canons
& huit pierriers,&de trente hommes.
La Flute ne valant rien, je l'ag
renvoyée , & amené la Fregate à
Quebec. A cent lieuës de là j'en
trouvay une Irlandofe de quarante
tonneaux , chargée de boeufs &ha .
rans que je dechargeay dans les
Vaiſſeaux de la Flotte & la brûlay ,
&àcent autres lieues du Banc une
Angloise de cinquante tonneaux ,
chargée defel allant àTerre-Neuve,
queje garday deux jours , ne pou
vant la decharger àcause du mauvais
temps , elle m'échappa ta nuit
degros temps , après luy avoir envoyéma
Chaloupe deux fois. Les
vents nous ont estéſi contraires que
nous n'avonspûgagner le Banc que
GALANT . 155
le 8. Juillet parle travers de Plai-
Sance. Le Neptune demaſta defon
Mast d'avant ; je le remorquay jusques
à Gaspé aprés l'avoir remaſté
d'un Mast de Hune. Le 28. Aoust
à force de Louvoyer , nous avons
gagnéle Cañoy où nous monillâmes
tous pour y faire de l'eau & dubois
L'en fis repartir le lendemain tous
les Navires avec Bonnavanture ,
à l'excepcion de la Sainte Anne que
je fis partir de là le 30. Aoust,pour
aller droit au Nord , où M. de la
Fertéme joignit dans le Saint François
, de cinquante tonneaux , allant
au Nord , n'attendant plus de
Secours de France. le le mis fur la
SainteAnne , &son équipage , &
ramenay le faint François à Quebec.
LaSainte Anne doit allerdroit
àla Rochelle. Ie part pour m'en
aller à l'Acadie. On nous donne
trente hommes à chacun , à Bon
G6
156 MERCURE
naventure &àmoy , & nous devons
prendre à Pincagouer cent à
cent cinquante hommes , chaque
Sauvage , pour aller faire defcente
vers Baston & les Coftes de Mannat.
Si nous avons beau temps ,j'efpereleur
rendre au centuple ce qu'ils
nous ont voulu faire icy .
Ily a déja quelques mois que
je vous ay parlé de la mort de
M. le Marquisde Saint André
premier Preſident de Grenoble
Sa Majesté vient de nommer
M. Pucelle , Conſeiller de la
Cour , pour remplir cette place
avec la qualité de Lieutenant
de Roy de la Province , qu'ont
euëles deux derniers premiers
Preſidens de Dauphiné. Le
nomde Pucelle eſt fameux dans
le Parlement de Paris , & par
toute la France , & jamais perfonne
n'y a plus brillé par une
GALANT. 157
grande éloquence & une profonde
étudition , que le Pere
de M. Pucelle qui vient d'eſtre
élevé à la Charge de premier
Preſident de Dauphine . Il eſt
Fils d'une Soeur de M. de Catinat
, Lieutenant General des
Armées du Roy , qui s'eſt diſtingné
par beaucoup de valeur,
de prudence & de conduite , en
commandantles Troupes de Sa
Majesté en Italie , où il a demeuré
pluſieurs années fans
venir à la Cour. Il y eſt arrivé
depuis quinze jours , pour con .
ferer fur les affaires de ce Payslà
Le Roy luy a fait un accueil
qui répond aux ſervices de ce
General , & aux manieres toites
charmantes de ce Monarque
lors qu'il reçoit des Perſonnes
diftinguées .
M. d'Imbercour , Confeiller
158
MERCURE
au Parlement de Paris , Fils de
M. Laugeois , & Frere de Madame
la Comteſſe de Tourville,
aépousé Mademoiſelle Croiſet
depuis peu de jours . Elle eſt
Fille de M. Croiſet , Preſident
en laQuatrième des Enqueſtes ,
& Niece de Madame de Pontchartrain
, à la mode de Bretagne
. On ne peut connoiſtre
M. le Preſident Croiſet ſans
l'eſtimer puis que l'on découvre
en luy toutes les qualitez
d'un parfaitement honneſte
homme M. Laugeois s'eſt auſſi
acquis l'eſtime de tout ce qu'il
y a d'honneſtes gens , & ce mariage
eſtant tres-bien aſſorty ,
on ne peut douter que les fuites
n'en ſoient tres-heureuſes .
Le Traité de la Transpiration
des humeurs , qui font les
cauſes des Maladies , a eſté ſi
GALANT. 199 J
bien receu du Public , que ce
ſuccés a engagé M. Cufac ,
qui en eſt l'Auteur , à faire imprimer
un Livre nouveau, intitulé
, Reflexions fur la Theorie &
la Pratique d'Hippocrate&de Ga
lien , avec la Methode de guerir les
Malades, par les voyes de la transpiration&
de l'évacuation. Cet
Ouvrage ne peut qu'eſtre d'une
grande utilité, puis qu'il renferme
l'origine & les diſgraces des
Medecins de l'Europe , les raifons
qu'on a euës dans tous les
temps , de ſe plaindre de leur
conduite , tirées des évidentes.
contradictions de ces Auteurs ,
l'eſſentiel des Aphorifmes de
Sanctorius,Docteur de Padouë,
fur l'excellence de la tranſpiration,
le moyen d'arrêter l'ebullition
du fang , de le rafraiſchir
&de le purifier fans le tirer des
160 MERCURE
veines , & de guerir promptement
& facilement les maux,en
conſervant la chaleur & les forces
aux Malades.Tous ces effets.
ſont d'autant plus à admirer
qu'ils font produits par ce que
l'on peut imaginer de plus innocent
& de plus conforme aux
beſoins de la nature , puiſque la
Caffe pour l'interieur , & l'Efprit
de vin composé pour l'exterieur
font les principaux remedes
qu'on employe pour calmer
la violente agitation de ce
ſang , pour le rafraichir , &
pour le purifier ſans le fecours
de la faignée.L'Auteur eft perſuadé
que ſi ceux qui prétendent
que fans ce fecours on ne
peut guerir les fiévres , la pleu ,
refie , la fluxion ſur la poitrine ,
la ſquinancie , la perte du ſang ,
& antres grands maux, veulent
GALANT. 161
s'inſtruire à fond ſur les avantages
qui reviennent de la Traf
piration, procurée, non pas par
les bains , les étuves & les Sudorifiques
, mais par un remede
externe qui ouvre en un inſtant
les pores des parties qui en font
fomentées, ils prefereront cette
tranſpiration à la ſaignée , veu
que par fon moyen la nature rafraiſchit
ſon ſang & fes eſprits ,
& les purifie ſans les tirer des
veines , ce qu'elle ne peut faire
par la ſaignée, la chaleur natu
relle , qui eſt le principe de la
vie , fortant avec le fang & les
eſprits qui en ſont le ſouſtien .
Cela eſt ſi vray, dit- il,que comme
on foulage quelquefois les
Malades en tirant peu de ſang ,
parce qu'il ne diſſipe que peu de
chaleur & d'eſprits , on les tuë
auffi en tirantbeaucoup de ſang,
162 MERCVRE
ג
parce qu'il ſe fait pour lors une
tres -grande diffipation de cette
chaleur & de ces eſprits. Ce
Livre ſe vend chez l'Auteur
ruë de la Verrerie , joignant un
Fayancier , prés les Confuls, &
chez le Sr Brunet , Libraire ,
Galerie neuve du Palais. M.
Thier , Docteur Medecin , qui
en a donné l'Approbation , af.
ſeure qu'aprés avoir leu & examiné
pluſieurs fois avec beaucoup
d'application ces Reflexions
ſur la Theorie & la Pra.
tique d'Hippocrate & de Galien,
qu'il atrouvées toutes pleines
de force & de lumiere,elles
l'ont fi fortement convaincu fur
l'évidence des contradictions de
ces Auteurs , qui ſont la ſourcedes
erreurs de la Medecine,que
ne pouvant douter des grands
avantages que l'Auteur démonGALANT.
163
ſtre manifeſtement qui reviennent
de la tranſpiration , qu'il
procure aux Malades par l'uſage
de fon Eſprit compoſé , il a crû
eftre obligé aprés les expériences
qu'il en a veuës , de donner
ſon Approbation pour ſervir à
l'utilité du Public.
Le 11.de ce mois la Cour prit
le deüil pour la mort de Madame
la Ducheſſe de Guastalla.Elle
s'appelloit Marguerite d'Eſt
de Modene,& avoitépousé Ferdinand
de Gonzague III . du
nom, Prince de Guaſtalla , dont
elle eut Iſabelle de Gonzague ,
qui en 1670 épouſa Ferdinand
Charles de Gonzague , Ducde
Mantouë & deMontferrat. Ainfi
elle estoit Mere de Madame la
Ducheſſe de Mantouë. Vous
ſçavez combien la Maiſon de
Gonzague a efté de tout temps'
A.
164 MERCVRE
feconde en grands Capitaines.
Frederic de Gonzague I I. du
nom , Duc de Mantouë & de
Montferrat , laiſſa François de
Gonzague , mort ſans Enfans ,
Guillaume qui devint Duc de
Mantouë par la mort de fon
Ainé , & Loüis de Gonzague ,
Duc de Nevers & de Rhetelois.
Guillaume , Duc de Mantouë,
laiſſad'Eleonor d'Auſtriche, Fille
puiſnée de l'Empereur Ferdinand
I. Vincent deGonzague
I. du nom , Duc de Mantouë &
de Montferrat , qui d'Eleonor
de Medicis , Soeur de la Reine
Marie de Medicis , ſa ſeconde
Femme eut François , Ferdinand
, & Vincent II. François
de Gonzague , Duc de Mantoue
, épouſa en 1608. Marguerite
de Savoye , Fille ainée de
Charles Emanuel , Duc de SaGALANT
. 1650
و
voye , & de Catherine Michelle
d'Auſtriche dont fortirent
Loüis , mort en bas âge , & Marie
, Princeſſe de Mantouë. Il
mourut quatre ans aprés l'avoir
épousée . Ferdinand de Gonzague
, fon Frere , ſecond Fils de
Vincent I. prit d'abord la Tutelle
de la princeſſe Marie ſa Niece,
ce qui allumala guerre avec
la Savoye , & mouruten 1626.
Duc de Mantouë fans pofterité
Vincent de Gonzague II. du
nom , troiſième Fils de Vincent
I.fucceda à fon Frere Ferdinand.
Il eſtoit valetudinaire , & quoy
qu'il euſt pourſuivy d'abord la
diffolution de fon mariage avec
la Princeſſe de Bozzolo , qui eftoit
hors d'âge d'avoir des Enfans
, afin d'épouſer Marie de
Gonzague ſa Niece , Fille de
fon Frere aifné , il confentit à la
166 MERCVRE
marier avec Charles , Duc de
Rhetelois , Fils de Loüis de
Gonzague, Prince de Mantouë,
Duc de Nevers & Rhetelois ,
lequel Loüis de Gonzague eftoit
le troifiéme Fils de Fredericde
Gonzague , mort Duc de
Mantouë en 1540. Le Duc
Vincent mourut en 1627. le
lendemain que le mariage de
Marie ſa Niece eut eftéfait , &
par ſa mort , Charles de Gonzague
, Fils de Loüis de Gonzague
, & de Henriette de Cleves,
Soeur & Heritiere de François
de Cleves II. du nom, Duc
de Nevers & de Rhetelois , tuć
en 1562. le jour de la Bataille
deDreux , le mit en poſſeſſion
des Etats de Mantouë & de
Montferrat . Il eut deCatherine
de Lorraine , Fille aiſnée de
Charles , Duc de Mayenne .
GALANT. 167
Charles de Gonzague - Cleves
II . qui épouſa Marie , Princeſſe
de Mantouë ſa Cousine , & deux
Filles , l'une Louiſe Marie de
Gonzague- Cleves , mariée en
premieres Noces avec Ladiſlas
Sigifmond IV. du nom , Roy
de Pologne , & en ſecondes
avec Jean Caſimir , auſſi Roy de
Pologne fon beau frere , & Anne
de Gonzague Cleves , qui
en 1645. épouſa Edouard de
Baviere , Prince Palatin du Rhin .
Du Mariage de Charles de Gonzague-
Cleves II . morten 1631 .
fortit Charles de Gonzague
III . qui fut fait Duc de Mantouë
& de Montferrat , aprés
la mort de Charles de Gonzague
ſon Ayeul , arrivée en 16 37 .
Il épouſa en 1649. Iſabelle-
Claire d'Auſtriche , Fille de
Leopol , Archiduc d'Inſpruk ,
168 MERCURE
&il en eut Ferdinand Charles
de Gonzague , aujourd'huy Duc
de Mantoue & de Montferrat ,
Gendre de Madame la Duchefſe
de Guaſtalla , qui vient de
mourir & dont il épouſala Fille
au mois de Septembre 1670. Il
y a pluſieurs branches dela Maiſon
de Gonzague. Le Prince de
l'Empire , & de Molfette , en eſt
une . Les autres font les Princes
de Boffolo & de Saint Martin ;
les Princes de Caſtillon dalle
Stivere , les Comtes de Novalore
, les Marquis de Palazolli ,
ceux de Gazolo & Dozolo , les
Marquis de Gonzague , les Barons
de S. Eſtienne , &c .
Jamais on n'a vû une Nation
fi guerriere & fi nombreuſe
en braves gens , que la France.
Quoy que l'envie ait ligué la
plus grande partie de l'Europe
contre elle , elle ne manque ny
de
GALANT. 169
de Soldats , ny d'Officiers , &
quandil s'agit , ou de nouvelles
levées , ou de promotion
d'Officiers de mer , ſi l'on eſt
toujours embaraſſe ſur le grand
nombre de ceux qui ſe preſentent
, on l'eſt encore plus fur
leur merite , reconnu dans le
métier de la guerre. Comme il
eſt impoſſible de les fatisfaire
tous, ceux qui ne ſont pas nommez
pour remplir les poſtes
qu'ils ſouhaitent , ne doivent
pas croire qu'on les en juge in.
capables ; ils doivent ſeulement
ſe plaindre de la quantité de
Braves dont la Cour eſt remplie
, & demeurer perfuadez
qu'ils ne feront pas un jour
moins récompenfez que ceux
qui ont l'avantage d'eſtre les
premiers nommez . On ne ſçauroit
trop louer l'équité qui a re-
Dec. 1692 .
H
170
MERCURE
+
gné dans cette promotion. II
n'y a aucun Capitaine qui ſe
puiſſe plaindre de n'avoir pas
eſté fait Officier General , puis
que les quatre plus anciens ont
eſté faits Chefs d'Eſcadre. Les
Officiers qui ont monté ne doivent
pas ſeulement eſtre ſatisfaits
mais il y a un grand nombrede
ceux qui ſont demeurez
dans leurs poſtes , qui ont tout
ſujet d'eſtre contens , puis
que le Roy , par une bonté genereuſe
,a donné des Penſions
àpluſieurs. Comme les emplois
ne font pas égaux , & que les
ſervices font ſouvent differens ,
ces penfions ne font pas égales ,
aufli ya-t- il par là plus de gens
recompenfez. Vous ne ferez
pas furpriſe de voir M. de Nefmond
à la teſte de la Liſte que
je vous envoye , mis en qualité
GALANT.
171
de Lieutenant General , puis
que vous avez ſouvent entendu
parler de ſes ſervices.
PROMOTION.
DesOfficiersde laMarine.
M. de Neſmond , Lieutenant
General.
Chefs d'Escadres.
- M. le Chevalier d'Infreville
Saint-Aubin.
- M.le Marquis de Cougoulin .
M. du Magnou .
} M. d'Amblimont.
Capitaines.
- M. le Chevalier de Boüillon .
M.le Chevalier d'Armagnac,
- M. le Chevalier de Luynes.
M. le Chevalier de Villacerf.
M. le Marquis de la Ferté.
M. de Moiſette.
4
M. de Caumont.
Ha
172
MERCVRE
M. de la Roche Allard.
M. de Gedoüin .
M.du Val,
M.de Lonchamp Montendre.
M. de Gratian .
M. de Chamillard.
M. Audifredy.
M. de Goeton .
M. de Courbon Saint- Leger.
M. de Cougoulin , Neveu du
Chef d'Eſcadre .
M. du Dreſnet.
M. de Selingue.
M. du Coudray Genier .
M. de Fricambault.
M. Clanleu .
M. du Fruge.
M. de Saint Paul.
M. de Courberon ,
M. Lautier.
M. de Buffy.
M.de Languillete.
M. du Rollon.
GALANT .
173
M. Deschiens .
M. de Burgue.
M. de Bois Joly . 9
En voyant les noms des Perſonnes
de qualité qui font à la
teſte de la Liſte des Capitaines
vous remarquerez fans doute
quetout ce que la France a de
plus élevé par fa naiſſance ,
prend indifferemment party
fur la mer & fur la terre, & qu'il
n'importe à tant d'illuſtres Braves
, où ils combattent , pourveu
qu'ils faſſent paroiſtre leur
zele pour le ſervice du Roy ,
& qu'ils ſe diftinguent par des
actions de valeur dont on trouve
peu d'exemples ailleurs.
Tous les autres Officiers des
Armées Navales du Roy doivent
avoir beaucoup de joye
de ſe voir Camarades de tant
de Braves , d'une Nobleſſe ſi
H 3
174
MERCURE
diftinguée , &qui dans ces emplois
ne peuvent aller plus loin
qu'eux , à moins qu'ils n'ayent
des occafions extraordinaires
de ſe ſignaler , puis que l'ancienneté
fait les Officiers Generaux
, comme l'on peut voir
par la nomination des quatre
plus anciens Capitaines , que
Sa Majesté afaits Chefs d'Eſcadres.
Quoy que le zele que les
François ont toujours eu pour
leurs Souverains , ſemblaſt avoir
augmenté depuis le regne
du Roy, qui a fait tant de chofes
fi glorieuſes & fi avantageufes
à la France , il paroit neantmoins
encore plus granddepuis
la Ligue qu'on a faite contre ce
Monarque. Rien ne leur coute
quand il s'agit de donner de
quoy foutenir les efforts des
GALANT.
175
Ennemis. A peine M. le Comte
de Peyre , Lieutenant General
de Languedoc , eut il fait à
Pezenas l'ouverture des Estats
de la Province , que les Deputez
, d'un confentement unanime
, accorderent à Sa Majesté
un Don gratuit de trois millions
. Enfin , les Princes liguez
ne doivent plus croire qu'ils
ruineront la France avec le ſecours
des François. L'eſprit de
revolte n'y regne point ; la.
pluſpart des nouveaux Convertis
ſont convertis veritablement
, & les Ennemis ont à leur
grand regret , connu leur fidelité
dans la courſe qu'ils ont fai
te àAmbrun.
Ce mot de Ligue me fait fouvenir
de vous faire part d'un
Ouvrage affez plaiſant , qui a
pour titre..
H 4
176 MERCVRE
LA LIGUE DES RATS .
FABLE.
V
Ne Souris craignoit un Chat ,
Qui dès longtemps la guettoit au
paffaze.
Que faire en cet état Elle, prudente
& fage
Consultefon Voisin; c'estoit un maistre
Rat ,
Dont la rateufe Seigneurie
S'estoit logée en bonne Hostellerie ,
Et qui cent fois s'estoit vanté, diton
,
De ne craindrede Chat ou Chare,
Ny coup de dent, ny coup de parr.
Dame Souris , luy dit ce Fanfa .
YON ,
Ma foy, quey queje faſſe ,
Seulje ne puis chafferle Chat qui
vous menace ,
4
GALANT. 177
Mais affemblant tous les Rats d'alentour
,
Je luy pourray joüer d'un mauvais
tour.
La Souris fait une humble reverence,
Et le Rat court en diligence
Al'Office, qu'on nomme autrement
la Dépense ,
Où maints Rats afſſemblez
Faisoient aux frais de l'Hofte une
entierebombance,
Il arrive les fens troublez ,
Et les poumons tout eſſoufle.x
Qu'avez- vous donc, luy dit un de
ces Rats? Parlez .
En deux mots,répond- il, ce quifait
mon voyage ,
C'est qu'il faut promptement fecourir
la sourts ;
Car Raminagrobis
Fait en touslieux un étrange ra
vage...
HS
478 MERCURE
CeChat le plus diable des Chats...
S'il manque de Souris,voudra mangerdes
Rats.
Chacun dit , il est vray. Sus , sus ,
courons aux armes.
Quelques Rates , dit- on, répandirent
des larmes .
N'importe, rien n'arreste unſinoble
projet
Chacunſe met en équipage ;
Chacun metdans son fac un mor
ceau de fromage ,
Chacun promet enfin de risquer le
paquet..
Ils alloient tous comme à la feste
L'esprit content, le coeur joyeux ;
CependantleChat plus fin qu'eux.
Tenoit déia la Souris par la teste.
Ils s'avancerent àgrands pas
Pourfecourir leur bonne Amie ,
Mais le Chat quin'en démordpas,
Gronde , & marche au devant de
la troupe ennemie..
GALANT. 179
:
Ace bruit nos tres-prudensRats
Craignant mauvaiſe deſtinée ,
Font, Jans poufferplus loin leur pretendufracas
,
Uneretraitefortunée ,
Chaque Rat rentre dansson trou,
Etsi quelqu'un en fort,gareencor le
Matou.
Je ſçay que vous vous attendiez
dés le mois paſſé que je
vous entretiendrois de tout ce
qui regarde la priſe de M. le
Duc de Vvirtemberg , & de ce
qui s'eſt paſſe depuis fondépart
de l'Arméejuſques àParis,ainſi
que de la maniere dont il a eſté
receu à la Cour. Tout le monde
en a parle ; toutes les nouvelles
publiques en ont eſté
remplies , mais tout le Public ,
& tous ceux qui ſe ſont meſlez
derapportercequ'ils enavoient
H. 6
180 MERCVRE
appris , n'ont pas dit unmotde
verité. Je ne me ferois peut
eſtre pas mieux acquité de ce
que vous voulez ſçavoir là-deffus
, ſi je m'eſtois preſſfé de vous
en écrire ſur des rapports incertains
, maisje n'ay rien voulu
vous mander ſans l'avoir
puiſé dans la ſource. Ainfi vous
pouvez compter ſur la fidelité
du détail que vous allez lire .
M. le Prince de Vvirtemberg
ayant eſté pris de la maniere
que vous avez vû dans
la Relation queje vous ay envoyée
, de l'action où ce Prince
fut fait prifonnier , ne ſe vit
pas pluſtoſt entre les mains des
Victorieux , qu'il remit ſon
épée , & ſes piſtolets. Quoy
qu'il duſt eſtre chagrin , fa priſe
luy eſtoitplus glorieuſe, que
s'il cuſt évité cette difgrace ,
GALANT. 18F
-puis qu'il ne s'en feroit garanty
que par la fuite, ainſi qu'avoient
fait les autres , aulieu qu'il n'etoit
priſonnier que pour n'avoir
pû ſe reſoudre à fuir. II
ne demeura pas longtemps ſans
épée , M. le Maréchal de Lorges
luy ayant fait rendre la fienne,
aprés luy avoir demandé ſa
parole. Ce Maréchal eut pour
luy tous les égards qu'on doit
avoir pour un Prince , & pour
un General de la Cavalerie de
l'Empereur , & ce Prince y répondit
de maniere , qu'on ne
vit entr'eux que des combats
d'honneſteté . La nouvelle de
la priſe de M. de Vvirtemberg
eſtant arrivée à la Cour ,le Roy
envoya ordre à M. de Lorges
de le faire partir pour Paris . Il
s'en acquitta auffi-toft , & nomma
pour l'accompagner , M
182 MERCVRE
Mafurier , Capitaine dans le
Regiment de Cavalerie deDuras
, & M. Mandoſſe, l'un de ſes
Aides de Camp. Ils pafſferent
par Philisbourg, Landau, Strafbourg
, Nancy , & par toutes
les grandes Villes. Tous les
Gouverneurs allerent par tout
au devant de ce Prince. On
battit aux Champs dans toutes
les Villes où il ſe trouva des
Troupes , & les Gouverneurs
luy donnerent une garde de
Capitaine , pour luy faire plus
d'honneur , & non pas pour le
garder. Je ne vous dis pas qu'ils
le traiterent magnifiquement,il
ſuffit d'eſtre François , pour ne
rien épargner en de pareilles
occafions. On luy fit voir les
Fortifications de toutes les Pla--
ces où il paſſa, juſques aux fouterrains
mêmes.Quelle que foit
GALANT. 183
زا
La bonté des Places du Roy , се
n'eſt pas ce qui les deffendroit
le mieux , en cas de Siege. La
valeur des Troupes eſt devenuë
ſi grande par l'exemple de ce
Prince, que l'on peut moins répondre
de leurs plus forts remparts
, que de l'extrême valeur
de ceux à qui la garde en eſt,
confiée.
M. le Prince de Vvirtemberg
eſtant arrivé à Paris , M. Mafurier
en partit auffi-toft , pour ſe
rendre en Cour , afin d'y recevoir
des ordres . Il alla chez M.
le Marquis de Barbefieux , Secretaire
d'Etat , qui a le departement
de la guerre, & ce Marquisalla
prendre l'ordre du Roy,
qui fut , que M. le Prince de
VVirtemberg aprés s'eſtre repoſé
cinq ou fix jours à Paris, ſe
rendroit à Versailles pour voir
184 MERCVRE
ce Monarque.Ce terme expiré,
M. Mafurier ne manqua pas de
l'y conduire . Il le mena d'abord
chez M. de Barbefieux , qui luy
fit tous les honneurs dûs à l'oncle
d'un Souverain , & à l'Adminiſtrateur
, c'eſt à dire , au
Regent de ſes Etats . Il luy dit ,
qu'il avoit ordre de le conduire
à midy chez le Roy , & le reconduifit
, non feulement au
delà de ſes appartemens , mais
encore juſques au bout de la
Galerie qui les joint , & que
l'on nomme , Galerie des Princes.
Sur le midy , M. le Prince de
Vvirtemberg fut encore conduit
parM. Mafurier , chez M.
de Barbeſieux, qui le menachez
le Roy.Sa Majesté eſtoit dans le
Cabinet du Conſeil qui finiſſoit.
M. de Barbefieux y entra , pour
L'avertir que M.de Vvirtemberg
GALANT. 185
eſtoit dans le grand Salon qui le
precede , & qui eſtoit alors
remply des plus grands Seigneurs
de la Cour qui attendoient
le Roy pour l'accompagner
à laMeſſe . Un inſtantaprés
que M. de Barbeſieux fut entré,
on ouvrit les deux batans de la
porte , & le Roy parutau milieu
de fon Cabinet. M.de Vvirtemberg
approcha de Sa Majesté
en faifant pluſieurs profondes
reverences , & le Roy le recent
avec ces manieres civiles, honneftes
, & engageantes , qui font
de fi fortes impreffions fur les
coeurs de tous ceux qui ont
Thonneur de le voir de prés , &
de l'entretenir , de forte que
M. de Vvirtemberg parut furprisd'unebonté
ſi majestueuſe ,
s'il m'eſt permis de parler ainfi.
Le Roydit à ce Prince , que dans
186 MERCURE
L'état où estoient les choses on ne
pouvoit dire qu'on estoit bien aiſe de
levoirà la Cour , mais qu'on tascheroit
au moins d'adoucirſon cha.
grin. Cette converſation finie ,
le Roy fortit pour aller à la
Meſſe . Sa Majeſté eſtoit attenduëpar
uneCour nombreuſe qui
rempliſſoit les Appartemens ,
& la Galerie par où il faut
paſſer, & qui l'accompagne ordinairement
à laChapelle. M.
le Prince de VVirtemberg
l'accompagna auffi juſques- là,
mais fans y entrer , parce que
ce Prince eſt Lutherien. Il ſe
promena pendant la Meſſe das
la Galerie& dans les Appartemens
qu'il n'avoit pas vûs ,
quoy qu'il fuſt venu autrefois
à Paris , mais comme il y a
vingt deux ans, les nouveaux
Bâtimens de Verſailles n'é
GALANT. 187
toient pas encore faits . La
Meſſe finie , M. Mafurier mena
ce Prince chez Monſeigneur
le Dauphin , qui le receut de
la même maniere que le Roy
avoit fait. Il alla enfuite chez
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
, & chez Meſſeigneurs
les Enfans de France.Il fur farpris
de trouver l'efprit de ces
Princes beaucoup au deſſus de
leur âge, mais quand la bonne
éducation eſt jointe à ce qu'infpire
le fang , l'eſprit fait de
grands progrés en peu de tems.
M. de VVirtemberg fut enfuite
conduit chez Monfieur &
chez Madame , & ce Prince
vit ce jour là toute la Famille
Royale. On remarqua une
choſe qui fitdonner beaucoup
d'éloges à M. le Maréchal de
Lorges & loüer ſa modestie ,
188 MERCVRE
c'eſt qu'il ne paruſt point avec
M.le Prince de VVirtemberg ,
ne voulant pas qu'on luy puſt
reprocher qu'il euft mené fon
priſonnier comme en triomphe.
On ne peut avoir plus
d'honneſtetez qu'il en a cu
pour luy , & l'on ne sçauroit
en eſtre plus penetré que l'eſt
M. le Prince de VVirtemberg.
Ce Prince ayant eſté dans tous
les lieux que je viens de vous
marquer , retourna chez M.de
Barbefieux qui l'avoit invité à
dîner . Le repas fut magnifique
& delicat , & la Compagnie
belle & nombreuſe , afin de faire
plus d'honneur à cet illuftre
Convié. Madamela Ducheffe
d'Ufez & Madame de Barbefieux
furent de ce repas. L'aprés
dînée , M. le Prince de
Vvirtemberg alla voir M. Col
GALANT.
189
bert de Croiſſy , comme Secreraire
d'Etat des Affaires étrangeres.
Laconverſation y fut vive
, ſpirituelle& galante , & M.
de Croiſſy ayant alors la Goute ,
dit à ce Prince qu'il auroit prévenu
la viſite de Son Alteſſe ,
ſans l'eſtat où il ſe trouvoit . Enfuite
la converſation roula fur
les manieres engageantes du
Roy , fur le plaiſir qu'il y avoit
d'avoir l'honneur de le voir de
prés ,& fur la bonté que Sa
Majesté avoit euë , de ne donner
à M , le Prince de Vvirtemberg
que ſa parole pour garde ,
à quoy M. de Croiſſy répondit,
que le Roy , dont les Armées estoient
composées de tant de milliers d'hom
mes , ne luy en pouvoit donner une
plusfeure. La converſation roula
auſſi ſur la magnificence avec
laquelle M. le Prince de Vvir190
MERCURE
J
temberg avoit traité M. de
Croiſſy , lors qu'il avoit eſté à la
Cour de Stugard. Ce Prince a
rétourné pluſieurs fois à Verſailles
, où l'on a fait joüer toutes
les eaux exprés pour les luy
faire voir. Le Roy a donné ordreà
M. le Marquis de Livry ,
ſon premier Maiſtre d'Hoſtel ,
de luy faire fervirune table toutes
les fois que ce Prince iroit
àla Cour. Comme il aime beaucoup
la Chaffſe il y a des ordres
de luy fournir toutes les choſes
neceſſaires pour prendre ce divertiſſement
. Il a eu l'honneur
de chaſſer avec Monſeigneur ,
& d'avoir place dans ſon Carofſe
, pluſieurs Perſonnes diſtinguées
par leur naiſſance , & par
leurs Emplois , l'ont regalé à
Paris.
Les alarmes où se trouve conGALANT.
191
tinuellement Charleroy font
d'autant plus grandes , que les
Ennemis , au lieu de mettre tous
leurs foins à empêcher qu'il ne
fuſt bombardé , aprés avoir vû
Mons & Namur pris , n'ont tra.
vaillé pendant tout le reſte de
la Campagne qu'à préparer toutes
les chofes neceſſaires pour le
bombardement de Dunkerque,
qui n'a abouty qu'à faire connoiſtre
que leurs menaces n'ont
jamais d'effet. Les François ont
fait voir tout le contraire. Ils
n'ont point menacé Charleroy ,
& il ſe trouve bombardé , ce qui
le met hors d'eſtat de foutenir un
Siege avec autant de vigueur
qu'il auroit fait , fi ce bombardement
ne l'avoit point affoibly
. Il eſtoit muny de toutes
chofes , il manque preſque de
tout à preſent , & deux raiſons
192
MERCURE
c
font que c'eſt une grande affaire
aux Ennemis que de le ravitailler
entierement ; l'une , parce
que la dépenſe eſt grande, qu'-
elle regarde en partie l'Eſpagne,
& que les remiſes qui en
viennent font rares & mediocres
; & l'autre , par la difficul .
té qu'il y a d'y faire preſentement
entrer beaucoup de munitions
& de vivres à la fois .
Les Ennemis éveillez par le
bombardement de cette Place ,
ne devoient pas nous laiſſer
fortifier Chaſſelet , Thuin &
Valcour , ce qui en reſſerre
beaucoup la Garniſon entre
Sambre & Meuſe ,& nous donne
lieu de faire de grands fourages
juſquesà ſes portes,comme
on en a fait depuis que cette
Place a esté ainſi bridée, fans
que la Garniſon ait oſé s'y op .
pofer.
GALANT.
193
poſer. L'enveloppe de Chaffelet
n'eſtoit pas encore achevée
lors que le Comte d'Atlone, incredule
comme le Prince d'Orange,&
voulant juger de tout
par luy meſme , & en eſtre
témoin , eſt venu avec douze
mille hommes , aprés avoir pafſé
la Sambre à Charleroy , &
s'eſt preſenté devant ce poſte ,
où il n'y avoit que deux mille
hommes qui travailloient,mais
comme il étoit venu pour voir,
& non pas pour attaquer , &
qu'il auroit eſté méchant Politique
, & mauvais Courtiſan ,s'il
avoit fait plus que le Prince
d'Orange devant Mons & devant
Namur , il s'eſt retiré aprés
avoir vu la Place de fort
prés , en emportant avec luy
tout l'eſpoir de Charleroy , qui
n'eſt plus en estat de donner
Dec. 1692 .
1
194
MERCURE
matiere de parler que par ſa
prife.
Il eſt ſurprenant que les Alliez
tombent toûjours dans des
fautes groffieres dont ils ne ſe
corrigent point. Ils ne peuvent
s'empeſcher de publier de
grands projets qui ne font jamais
executez , & de ſe vanter
de tout ce qui n'eſt point, ſans
confiderer que ce qu'ils avancent
n'a point de ſuite , ou que
s'il en a , c'eſt à leur confufion;
de forte qu'il n'y a perſonne
qui puiffe comprendre ſur quel
fondement ils croyent toujours
pouvoirabuſer les Peuples , lors
qu'ils font toûjours abuſez euxmêmes
. Pendant toute la Campagne
, ils n'ont parlé que du
Blocus de Caſal.Cette Place alloit
tomber entre leurs mains ;
il eſtoit impoffible qu'elle fuſt
GALANT.
195
1
ſecouruë , la moitié de la Garniſon
avoit deſerté &elle attendoitle
commencement de l'Hiver
pour ſe rendre.Mille &mille
Lettres ont tenu ce langage ,
toutes les Nouvelles imprimées
des Ennemis en ont eſté pleines
,& quand ſelon de ſi faux
pronoſtics , le temps auquel
cette Place devoit fuccomber
eſt arrivé , on a vû ces meſmes
Alliez qui s'eſtoient vantez de
tant de choſes , demander avec
empreſſement une Neutralité
&la folliciter long-tempsavant
que de l'obtenir. Voila comme
ils prennent les meilleures Villes
, & bombardent les plus fortesPlaces
, ou du moins comme
ils s'en flatent , tant que durent
les plus longues Campagnes.
La Neutralité dont je viens de
vous parler a eſté ſignée pour
12
196
MERCURE
Caſal & fon district , & l'on peut
dire qu'en la ſignant , les Ennemis
ſe ſont publiquement dedit
, & par écrit , de tous les
contes fabuleux qu'ils ont faits ,
fur l'infaillible Conqueſte qu'ils
devoient faire de cette Place ,
qui ſe trouvoit ſi preſſée par le
Blocus , qu'elledevoit eſtre forcée
de ſe rendre en peu de
temps, mais il s'eſt trouvé qu'ils
étoient plus fatiguez du Blocus
que Caſal n'en eſtoit incommodé.
Cependant comme les Alliez
donnent ſouvent des marques
de la mauvaiſe foy qu'ils
nous imputent , & particulierement
les Allemans , ces derniers
, malgré la Neutralité fignée
, ne sçauroientvivre qu'en
Allemans , c'eſt à- dire , qu'ils
ne peuvent s'empefcher de piller
, & qu'ils enlevent ce qu'il
GALANT.
197
eſt permis aux Payſans du Monferrat
de, porter dans Caſal . Si
les François en uſoient de la
mefme forte , le déchainement
de tous les Alliez ſeroit terri
ble contr'eux , mais parce que
c'eſt l'uſage ordinaire des Alle .
mans pil ſemble qu'il leur foit
permis d'en ufer ainfi , & que
ice qu'ils ont accoutuméde faire
ne foit pas un mal.
La Campagne derniete n'a
yant pas eſté heureuſe aux
Venitiens , ils ont crû qu'un
bon Capitaine General pouroit
réparer les malheurs qu'ils ont
eſſuyez devant la Canée , mais
preſque tous les Princes de l'Europe
eſtant en armes , chacun
eſt obligé de ſervir ſon Souverain
,& s'il y a quelques Puiffances
qui jouiſſent de la dou
ceur de la Paix, elles ne laiffent
I3
198 MERCURE
pas d'avoir des Troupes fur
pied,foit pour mieux conferver
la Neutralité , ſoit pour prendre
party, fi la neceſſité de leurs affaires
les y oblige ,de forte que
les Venitiens ne trouvantpoint
de General dans toute l'Europe
qui puſt ſe mettre à la teſte de
leurs Troupes,onejetté les yeux
fur M. Moroſini leur Doge,qui
s'eſt rendu conſiderable par une
infinité d'actions éclatantes , &
qui n'avoit quitté l'Armée que
parce qu'il avoit eſté élevé à la
dignité de Doge. Ce n'est pas
fans peine qu'il s'eſt réſolu d'y
retourner , non qu'il ne fe fente
toûjours la meſime valeur, & les
meſmes lumieres dans le métier
de la guerre qu'il a exercé avec
tant de courage , & tant de fuccés,
mais parce qu'eſtant âgé de
Coixante &dix ſept ans , il ne
YON
13*
GALANT.
ſe ſent plus les meſmes forces
& qu'il est moins en eftar de
ſupporter les meſmes fatigues,
ce qui fait de la peine àun General
zelé qui ne ſe croit plus
capable de rendre ſeur par luymefme
le ſuccés des grands defſeins
que projette ſa valeur , &
qui ſe trouve fouvent obligé
d'en remettre l'execution à
d'autres, lors que fon coeur vo
le où ſes pas ne le peuvent plus
porter.
M. le Marquis de Vignole a
preſté Sermententre les mains
de Sa Majesté, pour la Charge
de Lieutenant de Roy de Bordeaux
Je vous ay ſouvent parlé
des Sermens que l'on a couturme
de preſter pour de pareilles
Charges. Elles font glorieuſes
à ceux qui les achetent, utiles
aux Provinces,& avantageuſes
JA
200 MERCURE
àl'Etat.On ne peut trop admi.
rer la bonté paternelle du Roy
pour ſes Sujets , & fa prudente
conduite dans la creation de la
plus part des Charges d'Epée,
&des Offices de Judicature.
L'éclat de ſa gloire &de celle
où il a mis fon Royaume ,lay
aattiréune infinité d'Ennemis .
L'Eſtat s'en trouve environné;
ileſt queſtion , non-feulement
d'empêcher qu'ils n'executent
leurs vaſtesdeſſeins qui tendent
àla ruine de la France, mais
meſme de faire des progrés fur
eux. L'Etat ſe trouve attaqué ,
c'eſt à l'Etat à fournir les dépenſes
extraordinaires pour ſe
deffendre. Cependant le Roy
prend la plusgrande partie de
cette dépenfe fur lay , par les
fonds qu'il altereen creant des
rentes , & des Charges , dont
GALANT. 201
les appointemens font la plus
part payez ſur ſes propres revenus.:
Le Sieur Langlois , Libraire
Imager , continuë , l'Hiſtoire
du Roy en Almanachs , & il a
repreſenté cette année la Priſe
de la Ville & du Château de
Namur avec toutes les autres
Expedicions militairesde 1692 .
Il fait une dépenſe ſi confidera->
ble à cette forte d'Ouvrage ,
qu'il ne luy manque qu'un nom
plus ſpecieux que celny d'Almanach,
qui eſtant trop vulgai
re , fait qu'il n'excite pas toute
la curiofité & toute l'eſtime
qu'il merite . Cependant il s'eſt
fait pluſieurs belles Theſes qui
n'ont pas eu pour le Deffein&
pour l'exactitude, plus d'étude,
ny plus de perfection , rien
n'eſtant obmis dans ces Alma
2
IS
202 MERCURE
nachs .. Les Plans des Villes , lest
Camps , les attaques , tout eſt
recuilly des Ingenieurs , ou des
Peintres qui ont eſté, ſur les
lieux . Les habillemens des Perſonnages
s'y trouvent ſuivant
les modes des temps ,& font
ordinairement deſſinez par le
S. de Saint Jean , Peintre , qui
réuffit le mieuxen ce genre , &
dont on voit un nombre debelles
Figures qu'il donne au Publicde
temps en temps. Je n'ay
pas cru que le nom d'Almanach
, quoy que vulgaire , me
duſt empêcherde rendre juſti .
ce à ce qui eſt beau veritablementi
puis que toutes les perſonnes
raiſonnables s'attachent :
aux chofes , & non pas aux termes.
Ce qu'il y a encore de confiderable
dans ces mêmes . Al
manachs , c'est qu'ils compren
GALANT.
203
nent tous les ſujets remarqua
bles de chaque année , & qu'ils
fervent à en rafraichir la memoire
par les dattes qui y font
marquées fort exactement , ce
qui fait que beaucoup de Cu->
rieux prennent ſoin d'en faire
des Recueils , & en veulent
avoir des premieres épreuves
dans le temps , à cauſe qu'elles
deviennent rares dans la ſuite,
les Planches eſtant toujours
uſées par le granddebitque l'on
fait de cesOuvrages..
Jevous envoyéla copied'une
Lettre qui m'a eſté adreſſée
pour le ſçavant M. Comiers
queraprofonde érudition a mis
par tout dans une fi grande eftime.
Vos Amis ne feront pas
fachez de la lire , puis qu'ils
verrout que l'Auteur a travail
lé à la recherche d'un remede:
LG
204 MERCURE
univerſel, qui les puiſſe faire
joüir , dans une ſanté parfaite,
de l'abondance qu'il y a tout
lieu de croireque ſon fecretde
la multiplicationdes grainsluy
donnera..
A M. L'ABBE' COMIERS..
MONSIEVR
دمحم
Le Mercure Galantm'aprocure
l'avantage de vous connoistre de
reputation.Ce Livre est d'an grand
Secours pour établir commerce par.
-les Gens de Lettres. Ainsij'efpare
queparce moyen j'auray l'honneur
d'eſtre connu devom ,& que
le temps affcurera parmy nous la
correspondance que io vous deman--
de. Les perſonnes qui sont conformes
en. inclination s'aiment souvents
Sans s'estre iamais venes
GALANT. 205
Il'y a longtemps que je me suis
appliqué à la recherche d'un Remede
universel. f'ay wavaillé fur le
Vin, dontj'ay une curieusepréparation.
l'ay travaillésur laſuyede
cheminée, l'ay travaillé auſſifurle
Nitre de mesme quevous,& croy ces
trois matieres de puiſſans agens.Elles
contiennent toutes trois beaucoup
d'esprit mercurial & de Souphre
volatil. Ie ne doute point que le
Nitre fur lequel vous avez travaillé
ne foit capable d'extraire
les teintures & les foupbres de tous
les corps naturels , & de produire
enfuite des miracles pour la gueri
Son de quantité de Maladies , en
confumant, ou en faisant transpirer
les mauvaiſes humeurs qui troublent
l'aconomie de laſanté. Ie ne
meſuis point ſervy da Nitre fixe de
lamaniere quevous avezfait,n'en
Ssachantpoint la préparation.Que
206 MERCURE
fivous voulez , Monfieur, mefaire
lagracede me la communiquer , il
n'y a point d'homme qui épargne
moinssapeine, wy qui faſſe les chofes
aver plus d'exactitude, le vous
communiqueray d'autres choses que
vous ne ferez peut- estre pas fâché
desçavoir. Leſuis curieux,&j'étu
die la Nature autant qu'il m'est
poſſible, l'attendray voſtre réponse ..
Monfieur , àla premiere occaſion ,
mais ie veux en attendant vous
fairepart d'une experience provenuë
de mon fond,& qui ne vous
déplaiva peut- estre pas.
Ie fis tremper douze grains de
froment l'année derniere dans une
liqueur; ces douze grains produi--
firent chaque cinq ou fix tiges &
autant d'épies , qui rapporterent
en tout iusqu'àdix-huit censgrains.
Cette année i'ay voulu faire une se
conde experience fur du froment ,
GALANT. 107
mais comme je l'ayfemé tard , que
Le temps a esté fort mauvais , &
que je les femay trop prés les uns
des autres , ils n'ont pûformer dépis,
mais chaque grain a produit
des touffes monstrueuses , dont la
moindre avoit trente montans ou ti
ges , qui auroient produit autant
d'épis, l'enay conservé une qui en
a jusqu'à quarante- quatre , mais
qui poufſſoient d'une force& d'une
groffear merveilleuse. Ingez,Monficur
, quelle production cela auroit
fait ,fi les grains avoient estéſemez
plus clairs ..l'ayſemé au mois
d'Octobre dernier vingt-quatre
grains defroment , pour faire une
troisième experience, maisje les ay
mis à demi pied l'un de l'autre.
Cette liqueur excite tellement l'ef- s
pritvegetal contenu dans legrain ,
que c'est une chose miraculeuse;&
commejesuis fort curieux des plan.
208 MERCURE
tes , j'espere faire des productions
Surprenantes par le moyen de ce
Secret. La liqueur dont ie vous
parlen'est pas bonneseulementpour
la vegetation , elle est encore bonne
pour lasanté. Elle ouvre merveilteusement
les obstructions. Demesme
qu'elle dégage ce petit germe ,
qui n'est qu'un petit point du dedans
du grain , ainſi dans le corps
elle ouvre un paſſage aux esprits
quiſont contenus dans lesang,&
en accelere la circulation . Ie l'ay
experimenté deux fois àune Fille
que les pafles couleurs avoient miſe
dansun estat à nepouvoir manger
ny marcher. Voilà ce que i'avois
àvous fairesçavoir touchant cette
experience , quiseroit d'une grande
utilité, si elle réuffit cette derniere
fois,cemme ie l'espere avecraison..
l'oubliois de vous marquer que ie
fuis dans le deffein defaire unepré
GALANT.
209
parationdu Nitrefixe de la manicre
qu'enseigneM.le Fèvre , en une
matiere talqueuse &Soluble ,&
que ie crois avoir de tres-bonne
qualitez , comme te dit le mesme
Auteur, lefuis , Monfieur , vostre ,
&c.
CHALAMÇON.
Il n'y a point d'Etat où les
guerres , même celles qui ne
font pas portées au dernier ex .
cés , n'affoibliffent beaucoup
les Arts ,oudu moins n'empêchent
leur accroiſſement. Cependant
le contraire ſe trouve
aujourd'huy en France. Le
nombre de ſes Ennemis eft
preſque infiny,& dans le temps
que les beaux Arts devroient
eſtre moins en vogue , on les
voit fleurirde plus en plus . Celavientde
ce que le Roy , que
la Ligue des Alliez ne dérange
110 MERCURE
point , répand toujours fes faveurs
ſur tout ce qui le merite
Il vient d'en donner une forte
preuve, en augmentant la penſionaccordée
pour les frais de
l'Academie de Peinture , & de
Sculpture , Sa Majesté eſtant
bien aiſe de marquer par.là
combien Elle eſt ſatisfaite des
progrés que cette Academie
faittous les jours. Si le Corps
des Arts fleuritplus fous le re
gne du Roy , meſme pendant
la guerre , qu'il n'a fais
fous tous les Rois ſes Predecefſeurs
dans la plus profonde
paix , ces avantages ſont deus
à l'application aveclaquelle les
particuliers travaillent à ſe
perfectionner , & c'eſt ce qui
fait que nous venos de voir un
chefd'oeuvre dans un Tableau
queM. Coipel le Fils a fait pour
GALANT. 111
M. le Duc de Richelieu , dont
lebon gouſt eſt generalement
reconnu pour la Peinture. Cet
admirable Tableau a fait tant
de bruit que tout ce qu'il y a
de Curieux à Paris & d'Amateurs
des belles chofes , l'ont
eſté voir chez ce Duc, qui s'eſt
fait un plaifir dele montrer , &
de connoître l'eſtime qu'en font
non ſeulementles plus habiles
du meſtier , mais en general
tous ceux qui n'en jugent pas
moins bien par une habitude
qu'ils fe font faite , de voir les
plus beaux Ouvrages , de ſçavoir
lesſentimens de tous ceux
quiles connoiffent , &d'en fairedes
Cabinets fuivant que
leur bien le peut permettre à
leur curiofité. La beauté de ce
Tableaua auſſi attiré les perſonnes
du premier ordre chez
212 MERCVRE
M. le Duc de Richelieu , &
Monfieur le Duc de Chartres
en ayant oüy parler avec affez
d'avantage àdifferensConnoiffeurs
,pour luy donner de la
curiofité ce Prince dont les
lumteres font au deſſus de fon
âge , a bien voulu ſe donner la
peine de l'aller voir. Il faut
vous dire ce que contient ce
Tableau . Il repreſente le mo .
ment de la mort du Sauveur du
monde ,avec toutes les circon.
ſtances d'un ſojet li grand& fi
terrible. Le tout en exprime fi
bien le caractere qu'on ne peut
le voir ſans eſtred'abord frappé
d'étonnement, de triſteſſe &
d'une fainte horreur. La nature
y paroiſt en deſordre . Le Ciel
eſt obfcurcy ; les Aſtres de la
nuit paroiſſent en plein midy ,
& la funeste lueur du Soleil
GALANT.
213
éclipſé , éclaire ſeule ce triſte
ſpectacle . C'eſt ſur un Dieu
mourant que ſe répand cette
lumiere. Son attitude auſſi
nouvelle que convenable à un
homme qui expire fur laCroix
ne laiſſe pas d'inſpirer au traversdes
horreurs de la mortdes
mouvemens de reſpect & de
crainte , attachez àla Majeſté
d'un Dieu , peinte par la nobleffe&
ladouceurde ſes traits.
La Vierge eſt debout au pied
de la Croix dans une action fi
noble& fi touchante , que malgré
la douleur dont elle paroiſt
penetrée l'ondécouvreune fermeté
qui eſt au deſſus delaNature
, en forte qu'il est impof
fiblede ne pas connoiſtre qu'elle
eſt veritablement la Mere
d'an Dieu . La Magdeleine qui
s'abandonnetoure à ſadouleur
214
MERCURE
embraſſe la Croix étroitement,
enverſant untorrentde larmes
& S, Jean qui eſt auprés d'elle,
paroiſtdans un caractere d'abattement
auſſi different des
deux autres qu'il marque avec
force combien ſon coeur eſt
touché. Icy les Maries dans de
diverſes attitudes pleurent
amerement. Là des Soldats
étonnez regardent avec ferocité
l'éclipſe du Soleil. Ceux cy
tout interdits du tremblement
de la terre & des pierres qui ſe
fendent à leurs pieds , laiſſent
tomber les dez avec leſquels ils
tiroient au ſort la robe du Seigneur
, & parmy le Peuple qui
eſtoit accouru de Jerufalem à
ce ſanglant facrifice , pluſieurs
s'en retournent en frappant
leurs poitrines , & faiſis d'effroy.
L'on en voit d'autres é
GALANT.
215
pouvantez à la vûë d'un Mort
qui reſſuſcite ,&qui fort de ſon
Tombeau .Le paſſagede la mort
à la vie paroiſt ſi bien repreſenté
ſur ſon viſage pafle & deſſeché
, qu'on ne peutle voir ſans
émotion Dans l'horreur destenebres
paroiſt attaché à la
Croix lemauvais Larron.Sa reprobation
& ſon deſeſpoir y
ſont parfaitement bien caracteriſez
, & il eſt facilede le diftinguer
du bon Larron , qu'on
→ voitde l'autre coſté duTableau
dans une expreſſion qui marque
ſa prédeſtination , mais fi
cette Converſion eſt bien exprimée
, celle du Centenier ne
l'eſt pas moins. La nobleſſe de
fon attitude& deYon air de tefte
, ne laiſſe point douter qu'il
ne foit le Chef , & celuy qui
commande. Cependant la fra216
MERCVRE
yeur qu'il a des miracles qu'il
découvre luy fait ouvrir les
yeuxfur ſa faute. Il laiſſe aller la
bride de fon cheval effrayé , &
ne ſonge plus qu'au Dieu qu'il
reconnoiſt , en forte qu'il ſemble
ſe récrier , Celuy làveritablement
est le Fils de Dieu.Toutes ces
beautez d'expreffions fontjoin.
tes àune belle armonie de couleur
, dontje vous parlerois plus
amplement & dans les termes
(ſt j'eſtois du meſtier , ) auffi
bien que de la correction du
deffein. Tout ce que je puis
vous dire , c'eſt que ce Tableau
fait plaisir à voir , ſans que l'on
foit connoiffeur , ce quieſtune
preuve incontestable , qu'il eſt
parfaitement beau. Auſſi fait il
beaucoup d'honneur à M. Coipel
, dont l'heureux genie ne ſe
peuttrop eſtimer.
Vous
GALANT.
217
2.Vous avez ſouvent oüy parler
du Royaume de Maroc , &
vous n'avez pas perdu le ſouvenir
de l'Ambaſſadeur que le
Souverain de ce vaſte Etat envoya
en France il y a quelques
années. Il s'y diftingua par fon
eſprit , & fit voir que l'on a eu
raifon de croire que les Africains
en ont beaucoup. LeRoy
ayant réfolu d'envoyer à la
Cour de ce Monarque , a nommé
un de Ses Gentils hommes
Ordinaires , & ce choix eſt
tombé ſur M. de S. Olon , qui
a déja eſté Envoyé extraordinaire
à Genes. Il a beaucoup
d'eſprit, &d'ufage du monde
&le choix que Sa Majefté vient
de faire de ſa perſonne pour
l'envoyer à Maroc , fait connoiſtre
qu'Elle a eſté fatisfaite
Dec. 1692 . K
218 MERCVRE
de ſa conduitedans les premiers
Emplois qu'il a eus.
La derniere Enigme , dont le
Prefſoir eſtoir le vray mot , a
eſté expliquée par Mrs Bonnard
de l'Hoſtel du Queſnoy ,
Place Royale , de la Bourdelle:
Buffon de la Gaudiere : Jean
Chauver de Trevoulx : L. C.
&A. B. de la nouvelle Societé
du Jardin de Lion : Tamiriſte
de laruëde la Ceriſaye : le petit
Coq réveille matin du Fauxbourg
S. Antoine : le Solitaire
inconnu : le gros Controlleur,
& fon bon Amy Petit de la
rue du Mouton: Pelerinde Nanterre
: l'Amoureux en cachette
de la Paroiſſe S.Eloy- à Orleans
l'Amant de l'engageante Catin
: le Philiſtin de la ruë des
Bourdonnois , ou le Mal con .
GALANT.
219
tent de la Renommée : le tendre
& fidelle Mouton , & fon
incomparable Brebis R. C. &
Argatiphontidas de Chartres
en Beauſſe . Meſdemoiselles
Toinon d'aupres S. Mederic :
1'Heroïne Preſtance de Roüen:
la charmante Fleur des marais,
& fon Avocat de la ruë Comteſſe
d'Artois : l'aimable Bau--
doüin , & la charmante de la
Motte , de la rue Quimquempoix:
les trois Déeſſes de la ruë
Michel le-Comte , & leur aimable
Papa , l'aimable Princefſe
de Touraine : la Batiste de
Flandre : Hutuge d'Orleans ,
& l'Enfant Rouge du quartier
Saint Antoine .
Je vous fais partd'une Enigme
nouvelle qui m'a eſté envoyée
ſous le nom de la Suivante
des Muſes .
K2
20 MERCVRE
:
ENIGME.
De me fervir fur table on fe
fait une loy ,
Le foir & le matin j'y suis trèsneceffaire
;
Cen'est point pour manger que l'on
Sefert demoy , 4
Auxbellesfans cela j'offre affez de
Se quoy plaire,
Les mauvais traitemens conviennent
à mon fort .
Mille coups quelquefois pourroient
cauferma mort ,
Si par hazard je n'estois insensible
,
Quoy que facile à traverſer,
Il faut user de tefte en voulant me
percer;
Voir répandre fon sang est chose
fort poſſible ,
GALANT. 221
Si l'on ne prend cette précaution.
Lecteur,je vais finir par ma defcription
.
Mon corps est tres -Souvent chargé
de plus de testes ;
Quen'en eurentjadis quelques affreuses
bestes ,
Dont la Fablefait mention.
Vous ferez contente de la
nouvelle Chanfon que je vous
envoye. L'airn'en eſtpas moins
beau que les paroles .
AIR NOUVEAU.
P A
runetendrechansonnette
Fay charmé le coeur de Li-
Sette
Elle n'a pûme rofusersafoy.
Le crains peu les laloux de mon
bonheur extrême.
K 3
222 MERCURE
Si j'ay quelques Rivaux qui chantent
mieux que moy ,
Il n'en est point qui ſpache aimer
demesme.
Toutes les recruës des En
nemis ſe font lentement , &
l'on pourroit meſme dire que
l'on n'y travaille pas encore.
On ne parle point parmy eux
de nouvelles levées , & il y a
lieu de croire que tout y demeurera
en fufpens , juſqu'à ce que
le Prince d'Orange ait touché
de l'argent d'Angleterre pour
diſtribuer aux Alliez. Cependant
les reeruës ſe font en France
avec un grand fuccés , ony
avance la levée des douze Regimens
nouveaux, dontje vous
ay déja parlé, auſſi bien que celles
du Regiment de Breffey ,
GALANT .
223
& de celuy de Houſſars, & celles
des Compagnies Franches
que levent les Gouverneurs des
Places de guerre,qui feront fort
utiles , parce qu'elles feront
compofées de gens du pays , &
quienſçachans les routes,pourront
beaucoup fervirà inquie .
ter les Ennemis , & à conduire
des Partis . Outre toutes ces
Troupes , on leve auffi pour le
Roy pluſieurs Regimens de
Milice en Alface , & trois Compagnies
de cent hommes chacune
de Fuſeliers à cheval, fous
le nom de Fuſeliers de Flandre .
Ces Compagnies avoient eſté
autrefois fur pied , & le Roya
jugé à propos de lesy faire remettre.
On ne peut apprendre
toutes ces choſes ſans étonnement
, & fans ſe réjoüir du haut
K 4
224
MERCVRE
point de gloire où ce Prince
met la France , en la rendant
ainſi ſuperieure à toute l'Europe
unie pour l'accabler.
M.l'Abbé de Villiers , fi renommé
par l'heureux talent
qu'ila d'écrire, également bien
en Profe & en vers , mais plus
encore par celuy de la Prédication
où il excelle , vient de
donner au Publicun Livre nouveau
, Intitulé, Pensées&Rifléxionsfur
les egaremens des hommes
dans la voye du Salut. Il ne s'atrache
pas moins aux déreglemens
du coeur qu'à ceux de l'efprit ,
& fi lors qu'il les combat , il
s'eſt ſervy dans le titre de fon
Livre de celuy de Penſées &
de Reflexions fc'eſt parce que
ce ne font en effet que de fum- .
ples penſées qu'il a jettées ſur
GALANT.
225
le papier à meſure qu'elles luy
font venuës à l'eſprit , en meditant
fur les diverſes matieres
qu'il traite. Je n'entreray dans
aucun détail de cet Ouvrage.
Je vous diray ſeulement que la
maniere dont les plus grandes
veritez de la Religion y font
developpées , le rend fort utile
à toutes fortes de gens , à ceux
qui font dans le grand monde ,
&àceux qui en fontretirez . II
eſt diviſé en deux Volumes..
Tout ce quieſtdit dans le premier
ne tend qu'à donner aux
Chrétiens du gouſt pour la pratique
de la Religion , en attaquant
ce qui ſemble particulierementles
en détourner,&dans
le ſecond , l'Auteur taſche de
leur donner l'idée des principales
vertus de la Religion , en
KS
3.
226 MERCVRE
leur faiſant voir l'obligation &
la maniere de les pratiquer. Ce
qui vous fera un fortgrandplaifir,
c'eſt qu'eſtant inutile de repreſenter
le mal fi on n'apprend
aſe ſervir du remede , il promet
un troifiéme Volume fur
la Negligence & l'Abus des
moyens neceſſaires pour vivre
faintement..
La promotion des Officiers
de Marine a eſté faite entierement.
Je vous ay déja dit que
M. le Marquis de Neſmond
avoit eſté fait Lieutenant General
, & Mrs le Chevalier
d'Infreville , le Marquis de
Cougoulin , du Magnon , &
d'Amblimont, Chefs d'Eſcadre ,
mais comme de nombre des
Officiers qui ont monté à la
Charge de Capitaine de Vaif-
3
GALANT. 227
ſeaua eſté plus grand que je ne
vous l'ay marqué par la premiere
Lifte employée dans cette
Lettre , en voicy les noms d'une
maniere auffi correcte qu'on
les peut donner pour des noms
propres , & je croy même qu'ils
font felon l'ordre d'ancienneté .
J'y ajoûte ceux des "Lieutenans
& des Enſeignes.
CAPITAINES.
Mrs Deſchiens de Refſons
Commiſſaire General d'Ar
tillerie.
Goueyton.
Felix-Beauſfier Chamillard.
Fricambault. DeLonchamp-
Grofbois. Montandre .
Selingue. Des Roches..
Lauthié. Audifredi.
Languillete . Gratien.
Du Caffe. DeRollon..
La Rochealart. Du Val..
Κ. 6
228 MERCURE
Du Coudray-Ge- De Dreſſenay de
nier. Penaruë.
Courton S. Leger. Le Ch.de Buſſy..
Le Chevalier de De Longueruë .
S. Paul .. DeLifle....
Moiffet.. Le Ch.de Luynes..
Chanzé. LeMarquis de las
Caffaro l'Ainé. Ferté.
Grancey.
Gedouin
Courberon ..
Caumont:
Le Chevalier de Le Chevalier de
Boüillon.
Le Chevalier de
Villacerf.
Le Chevalier d'Ar--
GabaretDangou- magnac.
lin.
Capitaines de Galiotes .
Mrs de Lorier.. De Boulinvillier..
Capitaines de Fregates Legeres..
Mrs de la Rocque.
Le Chevalier de Main ..
De Courbon l'Ainé .
De Boudeville- Sepville.
Launay de Blenac. De Banneville .
De Sexe. De Clerac..
GALANT. 229
De S.Quentin. De Quergrey..
Lieutenans de Vaisseau.
Mrs le Chev . de De Lavau S. Cler.
Chavanac. D'Eſpinay.
De la Pediere. De Granduab-
De S: Victor. Brionette.
De Telay de No- Le Chevalier de
ray. S.Quentin .
Michault.. Le Chevalier de
Le Chevalier de Fontenay.
Paul .. De Chabon.
Carion. De Bonnefort..
De Loyeux. De laHogue.
Cariette.
Polaſtron
Francine.
D'Urtubis ..
De
Soumarbre.
Du Luth.
De Breteau .
Dennouës Beau-
7
Le Chevalier de la
Raoufelle: Le Ch. de Vieux-
De Cavé de Lufignan..
Dela Cafiniere.
Berdić,
champ.
De Lupé de Nea
raval.
Dufou.
Dela Gort.
De Sepremes .
Seguier de Lian
mont.
Vieuville.
230 MERCVRE
De Montrofié. court.
Ferriere..
De Roquemador. De Franciere.
Le Chevalier de Brocle-Freſne .
De Perey.
Le Chevalier de Le Chev. de S. Au-
Bruillon. laine.
De Caſtelbrion . Le Chev. de Phe-
De Tierceville.
De S. Vandrille.
De Pont de Velene.
De la Bouraye.
Daleins.
lipeaux.
De Comartin de
Vileſy.
Le Chev.de Charace.
Aides Majors.
Mrs Darcafſſia Delparon .
De Saint Lazare.
DeTheffie.
De Saint Leger de Lauzay.
Lieutenans de Galiottes.
Mrs de Marville.
Du Coudray.
Capitaines de Brulots..
Mrs Bougard.
GALANT.. 231
Bonnavanture.
Marel.
Enseignes de Vaisseau..
Mrs Dauvery.
Le Chevalier de Bigondey.
Le Baron de Morver .
De S.Eugene Murſelange .
De Savonniere .
De Saint- Privé .
Mouffon..
DeSarfis .
Du Mas .
Maiſon-neuve.
Bonnay
Beaufort ..
Montbrau.
Martel.
Gardelle..
Chenay..
La Roullaye..
Perfé.
Bourgueſon .
S. Ericq.
Clancorgan.
Du Petrin.
DeBoffaye ..
Du Lion.
La Touche Deraed Ferzan.
Tourette... Du Meniberard de
Fourcy.
Deraulieux .
Fabrique - Tourtou
.
Montalanbert. Mailly Deſprée.
laHaye..
DeBenne.
Griffoſet .
Dain de Cheſnaye
232 MER CURE
Deſchapelles, S. Luc.
De Fourille de Le Ch. de Beau-
Beautrux Cerel .
Seuſevras.
La Doueniere.
La Bergeric.
Villart.
Girauton.
Potier de Rueneuve..
Meraal.
Le Ch.de Caſtela.
Viart de Vilette.
Livre de Villeneuve.
Coffon .
La Fregoniere ,
Joareuf.
Clamorgant.
Valernemen.
repos.
Mefel de la Foreſt .
Thebaut.
Muldée.
De Lifle Kerleau .
Claveau de Hauterive.
Pas Dejeu.
Dailly S. Vidal.
De Monteibel.
Le Ch. de Rampou.
De Sondy Mo
neau.
SainteHonnornie-
Buffy.
Gallifer.
De Taillas.
De Launay-gravé. Chevrieres .
De Bavaudiere.
DeValette deTho. Haimonon Beval.
La Pomarede.
De Macole de la
Feurie.
mas.
La Valfeniere.
D'Urtubie. Coignyde laBelle
GALANT.
233
De la Balde.
De Lorré.
Vaulory.
brune.
Joffelin de Marigny.
gerou.
mondis.
Dorves .
Le Ch. de Mar. Dempierre.
Le Chev. de Re- Girardin de la
Le Chev. de Ven. Du Gremont.
De Noyace.
Boulſerye.
Piel du Parquet.
;
ce.
Feuilhans.
Villiancour,
De Lion ,
Coler.
Claude Marolle.
Sous- Lieutenans d' Artillerie.
Mrs Terras. De Noitlan.....
Aides d' Artilleric .
Thebaut de la Ruſliniere.
De Feuileuffe .
De Salignac.
Rouffeaude Villejoin.
On a fait auſſi un fort grand nom
bre de Gardes Marines , & leRoy a
gratifié d'une Penſion quelques Capi-
' taines de Vaiffeau. Ce font,
Mrs Bidaur.
Des Francs.
234
MERCVRE
De la Rongere .
Chapiſeau , Major.
Les Penfions de Meſſieurs de Larteloire
& de Sepville ont eſté augmentées.
Voicy ce qu'écrit M. le Chevalier
de Forbin concernant un Vaifſeau
Hollandois qu'il a fait couler
bas.
Je vous diray que M. le Marquis
de Nemond m'ayant ordonné
de retourner à Brest , pour racommoder
le Vaisseau du Roy ,le Mar.
quis , que ie commandois dans ſon
Efcadre qui faisoit cing voyes
d'eau , & en mesme - temps , le
Trident commandépar M.le Chevalier
Damfreville, Frere du Lieutenant
General , mort depuis peu ,
ayant eu ordre de m'escorter , ie
rencontray le lendemain de nostre
Separation 15. du mois de Decem
GALANT.
235
bre , à Ouest de Solingues , environ
25. lieuës une Flote Hollandoiſe
de 34. Batimens avec un Convoy
de 60. Canons . Quoy que le temps
fust presqueforce ,&que ie fuſſe à
deux pompes , ie ne pûs me resoudre
à laiſſer paſſer ce vaiſſeaufansl'infulter,
l'allay à tay pour l'aborder
Sanstirer , l'ayant prolongé à luy
itter des Grenades : nous nous tinmes
fort heureusement àcette di
ſtance. Si i'avois accroché comme
i'avois refolu , nous aurions tous
deux coulé bas , & moy pluſtoſt que
luy , àcause de mes incommoditez
&de la foibleſſe de mon vaisseau.
Nous nous donnâmes pluſieurs bordées
de Canor &de mousqueterie,
Le Vaisseau Hollantois arriva , &
courut un peu de Lavant. Dans ce
temps-là le Trident ſeconda d'une
bordée,à la grande portée du mouf
236 MERCURE
quet , & fe tint au vent. Après
m'eſtre raccommodé des coups dangereux
que j'avois reçus,j'arrivay
fur luy , & j'allayle combattre à
la mesme distance que la premiere
fois. Je le démaſtay de tous ses
masts hors celuy de Misaine qui
reſta ſans voiles & fans agrez. En
set estat l'opiniastre Hollandors cria
mercy, mais la nuit,& legros temps
empescherent que je ne puffe envoyeràfon
bord , pour fauver l'équipage.
Ie metins àla Cape toure
la nuit, au vent de tuy le plus prés
que ie pus , & le briday Juus le
vent. Il mit quantitéde feux afin
qu'on le gardast, & tiroit de temps
en temps des coups de Canons. Sur
les quatre heures aprés minuit , il
coula bas , & cout l'équipage se
noya. L'ai perdu ence rencontre 12
hommes & j'ai cu 18. on 20. blefGALANT.
237
1
fez. M. de Flamicourt ,mon Capi.
saine in second, a esté emportéd'un
coup de Canon.
La reflexion qu'il y a àfaire
fur ce Combat , eft que le Vaifſeau
Hollandois n'eſtoit point
endommagé quand il commença
, & que celuy de M. de
Fourbin eſtoit tres-incommodé:
M. l'Abbé Potet , Conſeiller-
au Grand Confeil , & Fils
de feu M. Potet , Maistre des
- Requeſtes eſt mort depuis peu
de jours. Il avoit beaucoup
d'eſprit , & l'on eſtimoit fon
gouſt pour toutes fortes d'Ous
vrages.
Je viens d'aprendre la mort
de M. Rougeant , Confeiller
Clerc,Abbé de Montmirel , &
Frere de Madame Pucelle,pre238
MERCURE
miere Preſidente atu Parlement
deDauphiné.
Jamais l'Empire ne s'eſt vû
dans une ſi mauvaiſe ſituation
quecelle où ilſetrouve aujour.
d'huy. L'Armée de Hongrie
eſt plus diminuée que ſi elle
avoit pris des Places & donné
des Batailles . Celle du Rhin
n'eſt pas meilleure , puiſque
ſes affairesy ſont ſi delabrées ,
que les Intereſſez demandent
le Prince Louis de Bade pour
les racommoder.CePrinced'un
autre coſté , accoutumé à faire
des Loix à l'Empereur, preſcrit
des conditions , & ne veut
point commander ſur le Rhin
qu'il n'ait douze mille hommes
de vieilles Troupes . Pour les
luy donner , il faut les faire venir
de Hongrie & d'Italie.Ainfi
۱
>
GALANT.
239
$
ce feroit ſe découvrir d'un coſté
pour ſe couvrir de l'autre. Les
Turcs n'en feroient pas fachez .
Le Duc de Savoye ſeroit tres
mal dans ſes affaires , & celles
de l'Empereur n'en iroient pas
mieux. Pendant toutes ces
agitations , les François ont
affiegé Reinfelz . C'eſt un
Chaſteau bien fortifié ſur le
bord & en deça du Rhin ,
joignant la petite Ville de S.
Goard, qui appartient avec le
Chaſteau au Landgravede Hefſe
Reinfelz qui eſt Catholique,
quoy qu'il foit de la Maiſon de
Heffe-Caffel , qui eſt Proteftante.
Mr le Comte de Tallard
fut d'abord chargé de
l'execution de cette entrepriſe,
parce qu'il en avoit formé le
projet. Il y a devant la Place
240
MERCURE
dix-huit à vingt Bataillons ,&
quelque Cavalerie avec vingt
pieces de Canon . Le 16 Mr le
Comte de Tallard , allant reconnoiſtre
cette Place , reçut
uncoup de mouſquet dans les
chairs de la mammelle gauche ,
gliſſant vers l'épaule. Le 17.
on ouvrit la Tranchée contre
le Château. Le Canon des Ennemis
fit un feu continuel,mais
noſtre Canon eſtant arrivé le
16 & devant eſtre en batterie
le 8. on ſe tenoit afſuré que
le feu des Ennemis feroit bientoft
, rallenty. Le Chaſteau de
Rheinfelz eſt ſitué ſur une
montagne en pain de ſucre , &
envelopé de quantité de petits
Ouvrages, ceChafteau eft à fix
lieuës de Coblentz & à dix de
Mayence . On a eu nouvelle
1 que
GALANT . 24.1
que les Habitans avoient abandonné
la Ville , & s'eſtoient
rétirez de l'autre coſté du Rhin
& que noftre Canon tiroit à demy
portée de Mouſquet de la
Place. Quoy que la bleſſure de
M. de Tallard ne fuſt pas dangereuſe
, elle n'a pas laiffe de
luy attirer la fiévre , parce qu'il
n'a pu s'empeſcher d'agir plus
qu'iln'étoit neceſſaire pour fon
mal. C'eſt pourquoy le Roy a
nommé M. le Marquis de Beuvrond'Harcour
, pour avoir en
ſaplace la conduite de ce Siege.
Je ne vous parle point des
autres entrepriſes commencées ,
les choſes n'eſtant pas encore
affez avancées pour entrer dans
d'auſſi grands détail que ceux
que j'ay accoutumé de vous
donner. Je ſuis Madame , &c.
LYON
L
Avispour placer bes Figures ...
La Medaille doit regarder la
page 1 32 .
L'Air doit regarde la page 221
AUGUSTINIANA
LVGDUNENSI
t
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
DECEMBRE I
THEQUE DE
DYN
$
1993
*
VILLE
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC . XCII .
Avec Privilege du Roy.
7
LE LIBRAIRE
au Lecteur.
Euxqui voudront les lournaux des
CEux qui
Scavans complet de 1692. les trouveront
chez le Sieur Amaulry , pourfix
fols chacun : ily en a quarante trois de
ladite années 1692. & l'on continuera la
distribution pour lemême prix , de même
que les Mercure Galant , pour 20.fols
chaque volume , il eſt inutile de les demanderà
meilleur marché , à moins que
l'on n'enprennep'us de cinquante exemplairesdes
anciens.
LIVRES NOUVEAUX
du Moisde Decembre 1692 .
Hiſtoire des Revolutions d'Angleterre
,depuis le commencement de la
Monarchie , par le Pere d'Orleans de
laCompagnie de Jesus , en deux vol.
inquarto 12.1.
Oeuvres de S. Evremont en 4. vol.
ind . 8. 1. les 3. & 4. ſe trouve auffi
ſeparé pour 4. 1. pour parfaire ceux
qui ont les premiers tome en petitvol .
L'on le trouve auſſi inquarto
en 2. vol. pour 12. 1 .
Connoillance des tems pour 1693 .
20. Γ.
Penfées& Reflexions fur les Egaremens
des hommes dans la voye du
Salut , par M. l'Abbé De Villiers en
2. vol. ind. 4. 1.
La Ducheſſe de Medo , nouvelle
hiſtorique en 2. vol. ind. 3. 1. 10. f.
Inſtruction fur l'Hiſtoire des Empereurs
d'Occident , depuis Charlemagne
juſqu'à Leopold I. aujourd'huy
regnant , par demande & par reponce
ind. 30. f.
L'idée ou deſſeins de Sermons fur
les miſteres de Nôtre Seigneur in octa-
το 3.1.
Maniere de ſe preparer à la Mort
pendant ſa vie , par le Pere Nepveu ,
ind. 30. f.
Boudon du reſpectdeu aux Eglifes,
in24. 15. L.
La Science parfaite des Notaires,
ou le moyen de faire un parfait Notaire
, contenant les. Ordonnances ,
Arrest & Reglemens rendus touchant
la fonction des Notaires ,avec les Formules
& une facile inſtruction pour
dreffer toutes fortes d'Actes, Contrats,
Teftament , & autres ſuivant l'uſage
&P'Eltile des Provinces ,de Droit écrit
par M. de Ferriere , inquarto 6.1.
TABLE.
Prelude,
Σ
Les Dils& Faits du Prince
d'Orange. 2
TABLE.
Beau Discoursfur la Coutume. II
Traduction du Chapitrree pprreemmierdu
Livre de Iob, mis en Vers. 59
Histoire. 70
Discours qui fera connoistre pourquoy
le Mardy dernier jour du
Carnaval , se trouve cette année
le lendemain de la Chandeleur.
93
Service fait à Tournon pour fou
M.le Prince de Turenne. 126
Eglogue. i
2 135
Elegie. 138
Vente des dernieres Marchandises
Orientales, arrivén en Hollan .
de. 148
Morts. ISI
Gouvernement de la Citadelle de
Dunkerque donné parle Roy. 152
Lettre écrite deQuebec . 153
M.Pucelle est nommé premierPrefident
au Parlement de Dauphine,
156
Mariage. 157
TABLE.
L
Traitéde la Transpiration des humeurs.
158
Mortde Madame la Duchesse de
Guastalla . 163
Reflexionsfur la promotion deMarine.
168
On ne doit faire aucune attention
à la promotion qui se trouve à
la page 171. on en trouvera une
plus correcte,&plus ampledans
lespages fuivantes.
Suite des Reflexions.
173
Don gratuit accordé au Roy par les
174 Etats de Languedoc.
La Ligue des Rats , Fable. 176
Détail touchantle Voyage&leſejour
de Mole Prince de Virtemberg
en France , 179
Etat oùse trouve Charleroy , & les
mouvemens des Ennemis à cette
occasion.
Neutralitéde Cazal.
190
194
LeDoze de Venise est élu Capitaine
General.
197
TABLE .
M.leMarquis de Vignole Lieute
nant de Roy de la Ville de Bordeaux.
199
Suite de l'Histoiredu Roy enTaillesdouces,
Lettres à M. de Comiers,
200
204
Laguerre n'empefche pas le Royde
faire fleurirles Arts . Tableau de
M. Coipel le Fils. 209
M. de S. Olon , Gentilhomme Ordinaire
de Sa Majesté , est nommé
pour aller à Maroc.
Nouvelles levées.
217
Article des Enigmes. 220
222
Pensées & reflexions sur l'égarement
des hommes dans les voies
de leurfalut. 224
Promotion de Marine.
227
Lettre écrite par M.le Chevalier
Forbin.
234
Morts. 237
Nouvelles d'Allemagne. 238
Autres nouvelles .
239
Apostille. 1-.
241
Fin de laTable.
I
MERCURE
GALANTE DE
LYON
BIBLIO
DECEMBRE 169
UOY que le titre
de l'Ouvrage par lequel
je commence
cette Lettre, marque
qu'il a eſté fait fur le Prince
d'Orange , il ne laiſſe pas d'être
à la gloire du Roy, perſonne
n'ayant jamais tant travaillé
à la faire briller que ce Prince.
Il eſt de M.l'Abbé Regnier,
Dec. 1692 . A
2 MERCURE
Secretaire perpetuel de l'Aca .
demie Françoiſe , dont vous
avez déja vû des Eloges de Sa--
Majesté , en pluſieurs fortes
de Langues. Ellea eſté extrêmement
fatisfaite de ce dernier
, qu'Elle a bien voulu en.
tendre de ſa bouche même , &
qu'Elle s'est fait relire enſuite .
C'eſt vous dire beaucoup à fon
avantage , & vous ne douteriez
pas de ſa beauté , aprés ce que
je vous dis , quand il ne parleroit
pas autant qu'il fait de luymême
.
LES DITS ET FAITS
du Prince d'Orange,
Cuillaume a dit , remply de
confiance.
GALANT .
3
Detoutes partsj'aßiegerayla Fran
се ,
F'inonderay fes Pays de Soldats ;
F'enleveray Tournay , Lille Ypre ,
Arras ,
Condé, Dunkerque , & les autres
barrieres ,
Qui peuvent mettre à couvertfes
frontieres ,
Pour envenirplusſeurement àbout;
En mesme tempsj'attaqueray par
tout ,
Par mer , par terre ; elle fera contrainte
Defuccomber àla premiereatteinte
De rendre tout . Voilà ce qu'en effet
Guillaume a dit voici cequ'ilafait.
Ouvrant d'abord pompeusement
la Scene ,
Del' Ocean il renverſe la plaine ,
Vient àlaHaye enfuperbe appareil,
Pourytenir unfastueux conſeil,
Etfairevoir à toute la Province,
A 2
4
MERCVRE
Dans leur Sujet , un grand &nouveau
Prince.
Aumêmelieu , pour le congratuler,
Luy rendre hommage , & l'entendre
parler ,
Viennent brillans , parez ,& magnifiques
,
Les Electeurs , les Princes Germa
niques ,
Qu'avecplaisir il voit de jour en
jour
Plus empreßez à luyfaire la Cour.
Aleurs respects répondent ses cariffes
;
Beau feu , grand chere , &fuperbes
promesses.
Princes , dit- il , n'épargnons point
les vins ,
Dans peu de temps nous en boirons
dansRheims,
La joye alors redouble , & l'Affemblée
,
Tout en beuvant ; prend la Ville
d'emblée;
GALANT.
5
Lors qu'un Courrier vient dire que
SousMons
LeRoy de France est avec cent Ca.
nons.
Onse regarde , on consulte , on propose,
Pour lesecours on regle toute choſe ;
Guillaume marche avec cent Bataillons
Guillaume arrive , &laiſſe prendreMons.
Mais de ces faits d'éternelle me.
moire
Ce n'est pas là que se borne l'hiftoire.
Pour achever de nous mettre aux
abois ,
IlacampéſousBruxelle deux fois,
Ilafait plus, il avers nosfrontieres
Fait avancerſes Brigades guerrieres
;
EtfurDinantlancé de toutes parts
Pendant un mois , de menaçansregards
,
A 3
6 MERCURE
Puis , pour mieux faire une autre
fois la guerre ,
Il a repris la route d'Angleterre.
France, tremblez le voilarevenus
Son Parlement en vain l'a retenu ;
Ilvient enfin dégagerſaparole ;
A la Victoire il marche , il court,il
vole :
Puis en chemin quand il est averty
Quedes FrançoisNamur est inveſty,
C'eſt là , dit-il , qu'échoüera leur
audace;
Vingt Bataillons répondent de la
Place.
D'aucunsecours ellen'aura beſoin
Que s'il enfaut,lesecours n'estpas
loin .
Etdeformais tout cequeje demande
C'estseulement quele Françoism'at.
tende.
Le Grand Loüisvaſon train cependant
,
Etsous Namur , infatigable , ar
dent ,
GALANT.
7
Present à tout ,preſſe, attaque ,foudroye
,
Remplis les fiens de courage & de
joye ,
Quiſousses yeux&ſousfon Etendars
Sont feurs de vaincre, &font autantde
Mars.
Quefait Guillaume ? Il fonge , il
delibere ,
Fette des ponts , veut donner, puis
differe ,
Etvoitenfin,ayantrompuses ponts
Tumber Namur , d'un peuplusprés
queMons.
Un moindre Chef, en voulant entreprendre
,
De leſauver,auroitperdu la Flandre.
Luy , plus profond, le laiſſe prendre
exprés,
Pour lafauver,&lereprědreaprés,
Dans cetteveue avec la confiance
A4
$ MERCURE
Que de Loüis luy redonne l'absence,
Iltient d'abord , parde longs campemens
,
Defes defſcins toutle monde enfufpens
.
Iltient aprés, par une marche lente,
Deſes deſſeins tout le monde en artente;
Puis tout d'un coup , pour jouer au
plus feur ,
Il se raviſe,&fait grace àNamur;
Songe à douner jalousie à Dunkerque
,
Et voit de loin le Combat de Stein.
kerke ,
Où , ſous l'acier de nosfiers Bataillons
,
L'Anglois rebelle a mordu les fitlons.
Alors outré , ne sçachant plus que
faire,
Il lâche enfin la bride àſa colere ;
Etfa colere à tel point l'emporta 7
GALANT.
Que brusquement sur Furne ilfe
jetta ,
Qui tout ouvert , dépourvû de défense
,
Et s'estimant de trop peu d'impor
tance,
S'étonne fort , & s'étonne aujourd'huy
,
Qu'un si grand Prince ait pûfonger
à luy.
Ainsi finit la superbe Campagne
Du Protecteurd' Angleterre &d'Ef
pagne.
Que s'ilrepaſſe encore un coup les
mers ,
L'efpere voir LOVIS maître d'Anvers..
Il m'eſt bien agreable, Madame
, de vous pouvoir fatisfaire.
Dans le temps que j'ay
receu voſtre Lettre, par laquel--
le , charmée encore de l'excel-
AS
10 MERCURE
lent Diſcours de M. Thiot
Confeiller & Avocat du Roy
au Prefidial de la Fléche , fur
l'Alliance de la Guerre & de la
Justise , que je vous envoyay au
mois de Decembre de l'année
derniere , vous me demandez
f vous ne verrez rien de luy
celle-cy , on m'a mis entre les
mains un autre Diſcours fur la
Coûtume , qu'il prononça le Jeudy
13 .. du mois paſſé , à l'ouverture
du meſme Prefidial ..
Cette Piece eſt d'autant plus
belle , que le ſujet ſera éternellement
à la mode . Quoy que la
matiere foit ſeche & aride ,tous
ceux qui ont parlé juſqu'a preſent
des Coutuines , n'ayant ofé
y toucher que ſuperficiellement
, & en paſſant , comme
eſtant fterile , & peu fufceptibledes
beautez de l'Eloquence ,,
GALAN T.
vous la verrez neanmoins traitée
icy noblement , & fort à
fond. Vous pouvez juger de
l'affluence que la réputation de
M. Thiot attira à cette ouverture
du Palais. Voicy les termes
dont il ſe fervit.
MESSIEURS.
{
Il y a des prodiges admira
bles & furprenans dans la Nature
, que la plufſpart des hommes
regardent ſans admiration.
Je remarque de meſme dans le
Palais une merveille que l'on
n'admire point , & que l'on ne
peut affez admirer. C'eſt une
Loy qui s'eſt faite d'elle-même,
une loy ſage &judicieuſe , établie
inſenſiblemet pendantune
longue ſuite d'années par le
tacite confentement des Peu
A6
12 MERCVRE
ples , & qui fert de regle à toute
la Province. Vous voyez
bien, Meffieurs , que c'eſt de la
Coutume , dont je pretens parler
, & dont je defire auſſi avoir
l'honneur de vous entretenir .
Ladifficulté du ſujet me rebute ,
mais la fimplicité de la Coutume
, que vous reconnoiſtrez
dans la fimplicitéde mes paroles
& de mes penſées , me donne
de l'aſſurance , & m'engage
à vous faire voir aujourd'huy
l'origine de la Coutume , fa
puiſſance , & l'obeiſſance que
nous luy devons..
Toutes less Loix ontun prin+
cipe convenable , & quelque
rapport dans leur principe. La
Loy éternelle & la.Loy naturelle
ont eſté formées par une ſuprême
raiſon , appellée par le
Docteur Angelique , Volonté da
GALANT.
3
Y
Dien. La Loy humaine a eſté
faite par la volonté de l'homme
conduite& reglée par la raiſon,
& la Coutume a eſté formée par
un uſage conſtant & perpetuel,
conforme à la raiſon , & autorifé
par le tacite conſentement du
Peuple . Cette regle & maniere
de vivre toûjours ſemblable
& uniforme , ufitée & pratiquée
de la meſime façon pendant
une longue & immemoriale
fuite d'années , que nous
appellons la Coutume, a autant
de force,que la loy humaine ,
parceque ces meſmes actes inceffamment
réiterez & multipliez
, & tranformez en habitudes
, ſemblent proceder d'une
meure déliberation faite avec
raiſon . Il ne faut pas s'imaginer
qu'une regle generale quis'eſt
ainſi faite d'elle meſme avec
14
MERCVRE
tant de fageffe & de conſtance ,
& qui paroift , pour ainſi dire ,
concertée avec tant d'harmo .
nie & de regularité , ait eſté
faite par hazard , & par une
conduite aveugle de la fortune ,
d'autant que la raiſon nous dictera
toujours qu'il doit y avoir
eu quelque agent fouverainement
intelligent , équitable &
puiſſant , qui ait inſpiré que
les choſes ſe fiſſent de cette maniere
, & non pas d'une autre ,
& encore bien que la Loy,pour
l'ordinaire , foit la regle des actions
des hommes, il arrive ſouvent
qu'elle eſt nuiſible ou inutile
en certaines occafions ,
d'autant que le Legiſlateur faifant
ſa Loy en general , & felon
ce qui arrive leplus communément,
n'y peut pas comprendre
toutes les differences des tems,
GALANT.
15
la diverſité des rencontres , &
la varieté des incidens & des
affaires qui naiſſent à tous mo
mens. De là vient que la Loy ſe
trouvant défectueuſe en pluſieurs
cas , & ne pouvant pas
eſtre obſervée en tout temps ,
ny en tous lieux , n'y dans les
differentes eſpeces qui ſe préfentent
, le manquement & le
defaut qui s'y trouve , eſt ſouvent
reparé & corrigé par la
Coutume autoriſée de la raiſon ,
qui établit pour cette fin un
nouvel uſage , ou pour mieux
dire , une nouvelle loy . L'on
ne viole point en cela l'autorité
du Prince qui ſeul peut faire les
Loix , parce que le Peuple par
fatolerance&par ſa permiffion
peut faire des Coutumes, d'où
il reſulte que la Coutume eſt
une regle inviolable , laquelle
16 MERCURE
a autant ou plus de force que la
Loy , & que fi le Prince eſt maiſtre
de la Loy , le Peuple autorifé
de fon Prince eſt maiſtre
de laCoutume.
Le Peuple dont je parle n'eſt
point l'amas de ce petit monde,
qui eſtaveugle , inconſtant,témeraire
, enjugementſans confeil
, en conſeil fans diſcours, en
diſcours fans raiſon . Ce que
j'appelle Peuple , ce font tous
leshommes de la Province , qui
par une heureuſe fatalité ont
rencontré dans les meſmes ſentimens
, & les ont exprimez
naturellement par leurs actions
& par un long uſage . Ce Peuple
conſideré en general , agit
fans ſcience & fans étude , mais
il eſt bien inſpiré . S'il n'entend
pas quelquefois ce qu'il fait, il
ne laiſſe pasde faire bien. NoGALANT.
17
ſtre gloire en étudiant ou en
jugeant , n'est pas de corriger
ſon ſçavoir faire , ny de parler
autrement que luy , mais d'expliquer
fes penſées & fes manieres
, & d'entrer dans ſes ſentimens
. Les maximes de ce Peuple
font les premiers principes
& les premieres & fondamentales
conclufions de la Loy municipale
, qui nous eft annoncée
par les moeurs de toute la Nation.
Ce qu'a fait la Nation , &
ce qu'elle a fait comme d'un
commun accord depuis plufieurs
recles ,elle l'a fait pouffée
par cette ſageſſe qui n'enſeigne
rien à l'homme , & qui ne luy
fait rien faire, que ce qu'il trouve
écrit par la maio de Dieu
dans l'eſprit de tous les hommes
. La voix de ce Peuple eſt
la voix de la Sageſſe infinie ,
18 MERC VR
qui ſepare les veritez des illufions
, qui donne des preceptes
de bien vivre , qui ne ſe peut
tromper , & qui a toujours eſté
la maiſtreſſe des Sçavans. La
voix de ce Peuple eſt la voix de
Dieu . Ce que la voix du S. Efprit
eft dans laTheologie , & la
voixde la confcience dans la
Morale , telle eſt la voix du
Peuple dans la Coutume , c'eſt
ellequi ena prononcé les decifions&
les Arreſts inconteſtables.
C'eſt cette voix que doivent
écouter tous les Sçavans qui
veulent apprendre ſa doctrine,
&qui afpirent à l'honneur de
devenir les Oracles de leur Nation.
C'eſt ſur cette voix publique
& univerſelle qu'ils doiver
appuyer leur ſcience. C'eſt cette
voix que les Juges doivent
GALANT.
19
,
entendre & qu'ils doivent
confulter avant que de juger.
C'eſt enfin ſur cette voix qu'ils
doivent établir , comme ſur un
principe divin,leurs Sentences
& Jugemens,& tous les ouvrages
de leur doctrine particuliere.
Si on veut élever une autre
opinion que celle que nous annonce
la voix de ce Peuple,on
tombe dans l'erreur & dans l'égarement
; au lieu de bâtir fur
la terre,on bâtit en l'air, & on
ne bâtit que comme les enfans,
des chaſteaux de carte . Si pour
faire briller fon eſprit,on veut
avancer une doctrine nouvelle
, & démentir la voix de ce
Peuple,& dire autrement qu'il
n'a dit , on n'avance que des
fonges , des ignorances , & des
pauvretez . Charlemagne n'étoit-
il pas convaincu de cette
20 MERCURE
verité , ordonnant au chapitre
douziéme de ſes Capitulaires ,
que le Peuple fuſt interrogé &
confulté ſur chaque article de
ſes Ordonnances ; de forte que
comme le Peuple eſt le premier
& le plus ancien de tous les
Legiſlateurs , la Coutume qui
eſt ſon ouvrage miſterieux, eſt
auſſi la plus ancienne de toutes
les Loix. Elle eſt fi ancienne ,
que l'on n'a nulle memoire de
fon origine .Nous ſçavons bien
en quel temps ont eſté faites
les Loix de Moyfe , de Draco ,
de Lycurgue , de Solon , de
Minos , des douze Tables , du
Code & du Digeſte , & les Ordonnances
de nos Rois . On
ſçait en quel tems la Coûtume
a eſté revûë & rédigée par écrit,
mais on ne ſçait point fon
origine.Elle eſt come ces grands.
f
GALANT. 21
Fleuves , dont on n'a jamais pû
connoiſtre la ſource .Sa naiſſance
eſt des plus anciennes & des
plus illuſtres .On pourroit dire
que la Coûtume eſt une auguſte
Princeſſe , de qui les cheveux
blancs n'ont point terny
l'éclat ny la beauté ; qu'elle eſt
Soeur du Soleil & la Fille du
Temps , qu'elle eſt du fiecle
d'or.Et de vray,elle eſt la pre .
miere & la plus éloignée de
toutes les choses . Tout eſt moderne
en comparaiſon ; avant
que les Gaules fuſſent policées ,
il y avoit déja des Uſages & des
Coûtumes .
Dans ſon commencement ,&
pendant pluſieurs fiecles , elle
n'eſtoit point écrite, & c'eſt elle
que le Droit Romain appelle
Droit non écrit. Elle estoit imprimée
ſeulement dans la me
22 MERCVRE
moire des hommes ; elle eſtoitla
placée comme dans un ſacré
depoſt. Elle regnoit noblement
dans cette belle partie de l'ame,
où elle faiſoit reſſouvenir l'home
à tout moment de ſon devoir.
La Coûtume non écrite
eſtoit deſlors plus forteque tous
les Ecrits du monde;mais comme
la memoire eſt la plus delicate&
la plus foible faculté de
l'ame , on a vû dans la ſuitedes
temps que la malice des hommes
& la licence des guerres ,
qui traînent ſouvent aprés ſoy
le crime &l'impunité,commencerent
à vouloir effacer de la
memoire les precieux caracteresde
la Coutume.Le Roy Philippe
le Bel s'en eſtant apperçû ,
fit une Ordonnance le Lundy
aprés la mi- Carême de l'année
1302.pour en arreſter les abus,
GALANT.
23
qui parurent encore plus viſiblement
ſous le Regne de
Charles VII, lequel aprés avoir
chaſſé les Anglois de la France ,
&voulant remettre toutes choſes
en ordre trouva que les
armes de nos Ennemis avoient
mis la confufion' par tout , que
les Coutumes devenoient douteuſes
, & que dans l'incertitude
les Juges en faiſoient faire
preuve par témoins , dont les
differentes depofitions par faveurou
par intereſt , rendoient
les Coutumes encore plus incertaines.
C'eſt pourquoy il ordonna
par ſes Lettres Patentes
données aux Montils lez Tours
aux mois d'Avril 1453. que
toutes les Coutumes du Royau
me fuffentaccordées en l'affemblée
des Coutumiers , Praticiens
, & Gens de chacun Bail-
:
24 MERCVRE
liage & Senechauffée , en prefence
des Deputez par Sa Majeſté
, & ce fait , redigées par
écrit , & publiées , pour eftre
gardées comme loy. Les grandes
affaires & la mort interrompirent
ſon deſſein . Les Rois
Louis XI. & Charles VIII . fes
Succeſſeurs , ordonnerent la
mefme chofe , & nous obeïmes
dans l'Anjou à leurs Ordonnan .
ces , car nous avons une Coutume
imprimée dés l'année
1483. regnant Charles VIII. la
quelle écrite de l'autorité du
Prince , a eſté deſormais noſtre
Loy municipale , felon la loy ,
omnes populi , Digestis de fustitia
&Jure. Mais comme elle n'avoit
pas eſté redigée dans toutes
les formes ne paroiffant
aucun Procés verbal , ny publication
, ny enregiſtrement , ny
dans
د
GALANT.
25
dans quel temps l'Aſſemblée
s'eſtoit faite , ny de l'Ordonnance
de quel Roy , Loüis XII.
voulant achever l'ouvrage commencé
par ſes Predeceffeurs ,
ordonna en l'année 1508. que
toutes les Coutumes fuſſent accordées
en preſence des trois
Etats de chaque Senechauffée
du Royaume, redigées par écrit
& en conſequence les trois
Etats de la Province furent afſemblez
en preſence des Commiſſaires
deputez par le Roy ,
pour relire les Statuts , Uſages
Coutumes , & voir s'il n'y en
avoit point d'injuſtes , ceux que
le non-uſage avoit abolis , ce
que doreſnavant il falloit obſerver
, & ce qui eſtoit utile ou
dommageable aux Habitans du
Pays ; & en prefence des Etats
elles furent accordées & arre
Dec. 1692 . B
26 MERCURE
ſtées d'un commun conſentement
, publiées , & enregiſtrées
au Parlement , pour eftre gardées
à l'avenir comme loy,avec
deffenſes d'en faire preuve autrement
que par l'extrait du
Regiſtre.
Dela on peut juger de quelleimportance
eſt la Coûtume .
Ce n'eſt pas une Loy faite depuis
trois jours. Quoy qu'elle
n'ait eſté redigée en ſa perfection
, publiée & enregiſtrée
qu'en l'année 1508. elle eſt
faite pluſieurs Siecles auparavant
,& on ne peut dire de fon
origine , finon qu'elle s'eſt établie
doucement par les moeurs
des hommes qui habiterent les
premiers cette Province. Elle a
ainſi pris ſa force peu-à- peu par
longues années & par le tacite
conſentement des peuples .Elle
GALAN T.
27
-nous eſt venuë de main en
main , de Succeſſeurs en Succeffeurs
fans laiſſer aucun intervalle
vuide depuis la naiffance
des Gaules juſqu'à nous.
Elle s'eſt ainſi conſervée depuis
pluſieurs Siecles juſqu'à cette
heure. Elle n'a point changé ,
quoyque les Gaules ayent changé
de face. Elle a precedé nos
Rois , & a ſurvêcu à toutes les
Puiſſances de la Terre. Les
Ordonnances n'eſtoient pas encore
faites , que les Coûtumes
ſervoient déja , à diriger les
Gaules avecéclat & fplendeur.
Le temps qui ronge le Fer ,
qui détruit les plus beaux ouvrages
qui renverſe les Empires
, & qui aneantit toutes cho .
ſes , bien loin de les abolir , n'a
fait que les perfectionner. Les
loix humaines ſont ſujettes au
B 2
28 MERCURE
,
changement, mais la Coutume ,
qui tient quelque choſe de la
Loy divine , & de la Loy naturelle
, eſt conftante , & pour
ainſi dire , immuable , & pour
marque de ſon immutabilité
plus elle eſt ancienne , & plus
elle a de force. Plus cette Princeſſe
eſt ridée , plus elle nous
ſemble belle , & au lieu d'eſtre
foible & caduque dans ſa vieil -
leffe , elle est encore plus paiffante
, & a davatage de vigueur,
O Coutume , que voſtre antiquité
eſt venerable & charmante
! La natures'en va piece
à piece , elle approche de fa
fin; mais vous , anciennes Conſtitutions
, vous triomphez des
années & destemps ; vous preſidez
à tous les âges du monde ,
& vous regnez en victorieuſes
fur les cendres de la nature
mourante,
GALANT .
29
Si l'extraction de la Coutume
eft fi noble & fi ancienne , ſa
puiſſance , Meſſieurs , n'eſt pas
moins ſurprenante par l'autorité
ſouveraine qu'elle exerce ſur
les Loix. Le droit municipal
n'eſt pointune inſtitution d'une
Juriſprudence arbitraire , mais
une tegle tellement necef
faire , que celuy qui n'en a
pas une parfaite intelligence ,
encore qu'il poſſede eminemment
l'eſprit des Loix Romaines
, eſt neanmoins peu éclairé
dans la conduite des affaires civiles.
Nos Rois qui reconnurent
cette verité, defendirent d'alleguer
les Loix Romaines contre
Ies Ordonnances & les Coutumes
de France. C'eſt pourquoy
nous n'obfervons point les maximes
du Droit Romain comme
faiſant loy , mais en tant
B 3
30 MERCURE
qu'il eſt fondé en raiſon , &
conforme à nos Coutumes & à
l'uſage du Royaume , & mefme
quand la Coutume ne decide
point de quelque matiere , l'on
n'a pas recours aux Loix Romaines
, mais à la Coutume
voiſine , ou à celle de Paris , car
encore bien que le Droit Civil
ſoit enſeigné par la tolerance
de nos Rois , dans les Ecoles
publiques ,& que les Juges &
les Avocats ne puiſſent eſtre
receusdans leurs Charges, fans
faire preuve qu'ils y ont étudié ,
& encore qu'il foit allegue par
tous lesBarreaux du Royaume,
c'eſt toutefois avec restriction,
qu'en France il fert de raiſon
fimple , & eft toujours ſubalterne
à nos Coutumes , qui ſont le
vray Droit Civil & commun
des Provinces , & quand les
GALANT .
31
Erections des Univerſitez des
Loix furent regiſtrées au Parlement
, on y ajouta cette modification
, que le Droit Romain
ne feroit aucunement loy dans
le Royaume. Et de fait , les
François s'oppoſerent refpectueufement
à Charlemagne ,
lors qu'il voulut introduire en
France les Loix de l'Empire.
Jules Cefar au livre premier de
la Guerre des Gaules , dit qu'-
encore que le Peuple Romain y
euſt acquis une tres-juſte Seigneurie
, neanmoins le Senat de
Rome permit qu'elles uſaſſent
toujours de leurs propres Loix,
fans les contraindre à recevoir
les Loix Romaines , auſquelles
certainement nos anciens Gaulois
, plus enclins à donner la
loy qu'à la recevoir , n'auroient
pas eſté d'humeur à ſe ſoumet-
1
B 4
32
MERCURE
1
2
tre , eux quilongtemps auparavant,
conduits par Brennus leur
General, avoient couru comme
un foudre , & deſolé toute l'Italie
, brûlé & mis en cendres la
Ville de Rome . Et je vous prie ,
comment aurions- nous emprunté
le Droit des Romains
nous qui avions des Loix tresjuſtes
, & les plus belles Coutu
mes , du monde ? Le ſage Solon
ne défendoit il pas d'aller puiſerde
l'eau au puits de ſon voifin
, quand on en avoit dans ſon
propre fond ? Et pourquoy
n'aurions- nous pas preferé la
Coutume ,que Pindare appelle
l'Emperiere du monde , à la
Loy qui eſt ſa Sujette , & qui
n'a ny puiſſance ny autorité
qui ne depende de nôtre aimable
Souveraine ?
Il ne doit donc pas ſembler
GALANT.
33
étrage ſi nos Roys, qui voyoient
de fi bonnes Coutumes dans le
Royaume , ont auſſi rejetté les
Lois des Empereurs , vû que
parmy les Empereurs, il s'en eſt
trouvé qui ont eudeſſein de les
abolir. Le meſme Jules Cefar ,
au rapport de Suetone , chapitre
44. avoit reſolu de les reformer
, & de choiſir dans cette
multitude preſque infinie de
Loix , le meilleur & le neceffaire
, pour le reduire en peu
de Volumes. Caligula voulut
ôter entierement les Reſponſes
des Juriſconſultes. L'Empereur
Macrinus , qui n'eſtoit pas peu
ſçavant dans le Droit , refolut
auſſi de fupprimer les Reſcrits
des Empereurs , diſant que c'eſtoit
un crime d'obſerver com
me loix les deteſtables volontez
de Commodus , de Caracalla
BS
34
MERCVRE
d'Heliogabale , de Neron , &
de ſemblables Tirans , dont l'ignorance
eſtoit jointe à lamalice.
Ce grand Legiſlateur Juſtinien
, qui a redigé le Code &
le Digeſte dans le bel ordre où:
nous l'avons maintenant , donneroit-
il à ſes Loix un fort plus
favorable au prejudice de nos
Coutumes , & ne ſeroit il point:
auſſi marqué du meſme caractere
des autres Empereurs ? Car
à l'égard des fiennes , Suidas.
l'appelle Analphahete , hom--
me ſans lettres & à l'égard des
moeurs , qui ne ſçait pas fes
injuſtices envers Beliffaire &
Narſez , Theodore , de Cefarée
&Tribonien, dépoüillant ceux
cy de leurs livres & du fruit
de leurs études , & ceux- là du
fruit & de l'honneur de leurs ,
GALANT.
35
victoires ? La Foy dont il fut
le Promoteur & l'Heretique ,
les Conciles qu'il defendit &
qu'il combattit , les Papes qu'il
remit ſur le Siege & qu'ilenvoya
en exil, l'onziéme & douziéme
livre du Code qu'il publia,
pour derober avec la Loy ,
mille Autels qu'il depouilla
pour bâtir une Eglife , & les
maiſons des riches qu'il vuida
pour remplir les Hôpitaux de
pauvres , pourroient nous decrediter
les Loix Romaines , &
nous faire croire que ce Legiflateur
fut injuſte dans la Juſti .
ce , impie dans la Piete , ſacrilegue
dans la Religion , & que
pendant qu'il ſembloit s'efforeer
de changer les vices en vertus
, de ſes fauſſes vertus il fit
deveritables vices. Quoy qu'il
en ſoit , pluſieurs Rois , comme
B6
36 MERCURE
a fait auffi Alaric , Roy des
Goths , ont defendu ſous de
grandes peines d'alleguer les
Loix Romaines dans les Jugemens
. Cette defenſe a eſté generale
dans l'Orient ,& a paffé
dans la plus grande partie de
l'Occident , & de l'Occident
dans le Septentrion , juſque-là
que dans la Suede c'eſt un crime
capital de les citer; & en
effet , cette Juriſprudence Romaine
fut enſevelie dans les
tenebres & dans le filence pendant
quelques fiecles , juſqu'à
ce que Lothaire ſecond , qui
fut Empereur vers l'an 1127 .
la reffufcita à l'inſtigation de
Vuerner, Jurifconfulte, ordonnant
qu'elle ſeroit de rechef
enſeignée , fans neanmoins ordonner
qu'elle ferviroit aux Jugemens
des affaires civiles , car
GALANT.
37
laCoutume a toujours triomphédes
Loix.Nous en avons un
aveu folemnel dans la Loy 32 .
Digestisde Legibus. La Coutume
leur donne , pour ainſi dire , la
vie ou la mort , quand il luy
plaiſt. Tantoſt elle les abroge ,
&leur impoſe filence , comme
ditCujat ſur la Loy 9. Digestis
de fustisiz & Fure ; tantoſt elle
empêche qu'elles ne foient abolies
, de forte que ſi les Loix
reſpirent quelquefois , fi elles
ſe font craindre & obeïr , c'eſt
parla permiſſion de la Coutume
de qui elles reçoivent la puiffance
comme de leur Souverai.
ne.Auffi luy rendentelles hommage
comme à celle qui leur
donne l'eſtre , & fans laquelle
-elles ſeroient fans force , fans
vigueur , & fans autorité . Les
Loix dans leur impuiſſance , ne
38 MER CVRE
reſſemblent- elles pas aux membres
du corps humain, qui d'eux
mêmes font inſenſibles & fans
action ; car ce ne font ny les
yeux qui voyent,ny les oreilles
qui entendent, ny les bras qui
ſe remuent; c'eſt l'eſprit , comme
dit un Poëte Grec , allégué
par Ariftote , c'eſt l'eſprit qui
fait cette manoeuvre. Sans luy
les yeux font aveugles, les oreil
les fourdes,les bras paralitiques .
Il eſt l'efprit & l'auteur de touteslesoperations
de l'homme.
Spiritus intus alit, totamque infu-
Saper artus
Mens agitat molem.
Tout de meſme les Loix font
impuiſſantes ſans l'Ufage & la
Coutume qui les met en credit,
accoutumant les hommes à leur
rendre une obeiſſance fidelle,de
maniere qu'il est vray de dire
GALANT.
39
que la Coutume eſt l'ame vivifiante
des Loix, qu'elle eſt l'efprit
qui les anime , & qu'enfin
c'eſt elle qui leur donne ce caratere
de puiſſance & d'autorité ,
& qui le leur ôte quand bon luy
femble.Oquelle force!ô quelle
puiſſance a la Coutume , de
donner la loy aux Loix, de les
abolir quand elle veut,d'effacer
quand il luy plaiſt ces précieux
& venerables caracteres de la
ſageſſe humaine , d'abroger les
Loix Imperiales , dans leſquel .
les la grandeur & la majeſté de
l'Empire Romain ſemblent refpirer
encore !O le prodige de
puiſſance !
Toutes les autres puiſſances
font foibles en comparaiſon de
celle de la Coûtume. La puiffance
humaine eſt une chofe
Lourde & materielle, qui traîne
40 MERCVRE
aprés ſoy un long équipage de
moyens humains, ſans lesquels
elle demeureroit immobile.Elle
n'agit qu'avec des armées de
mer & de terre. Pour marcher
il luy faut mille reſſorts , mille
rouës , mille machines, elle fait
un effort pour faire un pas ::
mais au contraire , la puiſſance
de la Coûtume qui tient de la
nature des choſes divines, opere
ſes miracles en repos, & n'a
beſoin ny d'inſtrumens , ny de
materiaux pour les operer.Elle
eſt forte , toute nue & toute
ſeule ; fon filence eſt plus efficace
que le bruit des armes ,
ſa ſimplicité eſt victorieuſe, &
toute deſarmée qu'elle eſt,nous
la voyons triomphante.
Le triomphe de la Coûtume,
qui n'étaleroit à vos yeux que
ſa ſouveraine puiſſance fur les
GALANT.
4
Loix ne ſeroit pas entier , ſi en
même temps la Coûtume ne
triomphoit égaleméi des coeurs
par l'obéïſſance filiale qu'elle
exige amoureuſement des Peuples
; car fi la Loy Eternelle eſt
le centre & l'abîme de toute
lumiere , candor lucis eterna , &
fi la Loy naturelle eſt un miroir
qui nous repreſente la majeſté
de Dieu, ſpeculum Dei majeftatis
,la Loy municipale eſt un
écoulement & une émanation
des lumieres du Tout- puiſſant;
emanatio claritatis omnipotentis
Dei ; émanation de lumiere qui
releve infiniment la Coûtume,
& qui la diftingue de toutes les
autres Loix de la terre ; parce
que , comme la douceur eſt le
proprede la lumiere, lumen dulce
&delectabile, ainſi que parle le
S. Eſprit dans l'Ecriture, auſſi la
42 MERCURE
Coûtume qui eſt un écoulement
de cette divine lumiere
pour éclairer les Nations,lumen
ad revelationem gentium, eſt établie
par la douceur & par le
commun confentement des
Peuples. C'eſt pourquoy elle ſe
fait obeïr par amour, elle gagne
le coeur par fes attraits , & les
porte inſenſiblement à l'obeïffance.
Elle ajoûte l'inclination à
nos obligations,& produit dans
nos coeurs par un charme ſecret
certains mouvemens qui
nous portent à la fuivre fans
repugnance, & àfaire ce qu'elle
veut.Nous luy obeïffons par
une affection naturelle , le devoir
eſt nôtre plaifir ; l'obeif
fance eſt nôtre liberté , nôtre
ame veutlebien que la Coûtume
inſpire ſans deliberer.Enfin
laCoûtume nous attire & nous
GALANT. 43
transforme tous en elle. Au
contraire , la Loy humaine imposée
par puiſſance,& ſouvent
avec rigueur ,& contre le gré
de la plupart des Peuples , agit
impericuſement ſur l'homme ,
&en menaçant le contraint à
luy obeïr , & bien loin d'échauffer
les coeurs,elle les glace
par l'apprehenfion & par la
crainte. La Coûtume avec ſa
naïveté ordinaire prend ſa force
peu à peu par longues années
, &par le tacite confentement
des Peuples , & s'infinuë
paiſiblement & fans violence.
La Loy au contraire fort en un
moment, comme un foudre qui
tuë, & prend ſa vigueur de celuy
qui a la puiſſance de commander
à tous.
Il eſt pourtant vray que les
Loix , comme des Aftres , nous
44 MERCURE
peuvent éclairer dans l'obſcuritédes
affaires de la vie civile ,
& nous conduire par leur lu .
miere dans les ſentiers de la Juſtice
, mais la Coutume, comme
un Soleil toujours ſur l'horifon
de cette Province , fait éclipſer
tous ces Aftres , & obfcurcit
leur lumiere. Elle brille nuit &
jourde ſes propres rayons . Sans
ſe mouvoir elle éclaire , elle
échauffe , elle illumine ; ce
grand flambeau ne ſe couche
jamais . La Coutume nous éclai-.
re en telle forte , qu'elle eſt
comme infuſe dans noſtre ame .
Nosſens & nos eſprits en font
prévenus ; l'air de la Province
que nous refpirons , nous l'infpire
encore & le viſage du
monde ſe reprefentant en cet
eſtat à noſtre premiere veuë en
entrant ſur la terre , il ſemble ,
GALANT.
45
comme en effet il eſt vray , que
nous ne ſommes nez qu'à condition
de la ſuivre , & que c'eſt
noſtre Loy generale & naturelle.
Noftre ame reçoit la Coutume
, comme l'oeil reçoit la
lumiere , c'eſt à dire , avec facilité
, naturellement , ſans études
fans art , & fans aucune
repugnance.
Ne m'avoüerez - vous pas ,
Meſſieurs , que nous recevons
en naiſſant la Coutume avec le
lait ? La Coutume dés le berceau
met l'homme ſous la conduite
de ſes Parens , ou des
Tuteurs ; qu'elle luy donne.
Avant qu'il commence à marcher,
elle le ſoutient & le prend
en ſa protection naturelle . Elle
marque avec les années celles
ſa majorité , enſuite elle luy
preſcrit les biens dont il peut
46 MERCVRE
jouir & difpofer. En luy parlant
de la terre , elle ne laiſſe
pasde luy donnerquelque teinture
de Religion. Elle luy infinuë
la fidelité envers Dieu &
envers le Roy , & luy enſeigne
poſitivement l'obeiffance qu'il
doit aux Seigneurs temporels .
Elle regle ſes devoirs , & dirige
ſes démarches dans les diverſes
routes de la vie civile , par les
Actes & par les Contrats dont
elle rend l'homme capable ; &
enfin aprés l'avoir accompagné
dans toutes ſes actions juſqu'au
tombeau , & reglé ſes funerailles
, elleluy redonne la vie , le
faiſant renaiſtre comme un
Phenix de ſes cendres , en la
perſonne des Heritiers ou des
Succeſſeurs qu'elle luy donne ,
& immortaliſant ſes volontez
par un ſage & judicieux teſtament
.
GALAN T.
47
Peut on voir une peinture
plus naïve de nos moeurs , &
une image plus fidelle de nos
actions que la Coutume ? Le
tableau eſt admirable , & tient
quelque choſe de l'enchantement
, puis qu'il nous repreſente
enmeſme temps l'hiſtoire
du paſſé , celle du preſent , &
les avantures des fiecles futurs .
On découvre le profil dans ce
rare & précieux tableau , comment
les particuliers & les Familles
entieres ſe ſont conduites
autrefois on y voit de
front & au vif la maniere en
laquelle on ſe gouverne aujourd'huy
, & on y apperçoit en
perſpective , comment on ſe
gouvernera à l'avenir,
د
,
De plus on voit dans la
Coutume desſentimens de bonté
, de juſtice & de verité . On
48 MERCVRE
y remarqueun certain air d'innocence,
un eſprit de droiture ,
& un temperament d'équité ,
qui developpe & decide les
queſtions les plus difficiles. On
y apperçoit un juſte difcerne .
ment du bond'avec le mauvais,
& unejudicieuſe diſtinction du
meilleur d'avec la bonne foy &
l'heureuſe ſimplicité de nos
Peres , que la fraude , l'ambition
, & l'intereſt n'ont point
alterées . Lalicence du fiecle ,
la corruption de la nature ,
relaſchement des moeurs , le
mauvais exemple , & le mauvais
conſeil , n'ont point eu de
part dans la Coutume. Tout y
eſt épuré ; noſtre Coutume ne
gemit point fous cet amas confus
de loix , de formalitez embaraffées
, & de procedures
obliques , dont les plus fubtils ſe
font
le
GALANT .
49
font ailleurs un art , pour ſe
ruiner les uns les autres par la
chicane . On voit dans la Coutume
, des rayons de la Majeſté
de Dieu temperez des ombres
de la foibleſſe des hommes. Ce
ne ſont point de ces loix belles
ſeulement en idée , admirables
dans la ſpeculation , & difficiles
ou impoffibles , pourainſi dire ,
dans la pratique , comme celles
de Platon & de Morus . La Coutume
s'humanife , pour ainſi
dire , avec nous , & ſe partageant
entre le bien Public & le
repos des particuliers , elle calme
par ſa prévoyance tous les
orages qui pourroient s'élever
dans la Province . Elle ſoutient
la Nobleſſe , commeundon de
Dieu & un fond propre pour la
vertu . Elle nous maintient dans
la poſſeſſion paiſible de nos
Dec. 1692 , C
50
MERCVRE
biens , & nous fait regarder celuy
des autres ſans envie. Elle ſe
communique à tous également ,
& fe fait une gloire de conferver
à un chacun ſes droits , &
les prerogatives & les dignitez
àceux à qui elles appartiennent .
Et de vray , y a- t- il Province
où l'équité regne davantage ?
Y a- t- il Province dont les Villes
ayent eſté placés ſous un
Ciel plus benin & plus favorable
? Cet heureux climat n'a- til
pas donné la naiſſance à pluſieurs
des plus grands Juſticiers
du Royaume ?
Peuples , ouvrez les yeux,
Contemplez ces auguſtes tribunaux
, où la Jukice rend fes
Oracles dans la Province ? Vous
y verrez le reſpect que l'on
porte à la Coutume ? Vous y
verrez les Dieux de la terre
GALANT.
51
dans une profonde ſoumiſion
enverselle ! Vous y verrez ces
Dieux de la terre religieux obſervateurs
de la Coutume , juger
ſans crainte , fans paffion ,
fans intereſt : O vous , doctes
Interpretes des volontez de la
Coutume , fidelles depofitaires
de ſes ſecrets , implacables vangeurs
de ſes deciſions mepriſées
, continuez à luy marquer
vos reſpects & voſtre obeiſſanee.
Les Peuples ont les yeux fur
vous , & vous regardent comme
le miroir de la Coutume.
Comme elle vous paroiſſez inflexibles
. Vous en imitez l'indépendance.
Comme elle vous
n'avez beſoin ny des hommes
nyde leurs preſens. Vous faites
justice comme elle à la Veuve
& au Pupille , qui n'implore
point en vain voſtre ſecours.
C2
52
MERCURE
Vousn'épargnez perſonne dans
vos Jugemens , aſſurez ,, que jamais
vous ne pouvez faillir en
gardant la Coutume , car les
Coutumes font des établiſſemens
generaux qui onteſté devant&
feront aprés nous , qui
doivent regler nos actions ſur
un ſi parfait original. Il s'eſt
forméune loy fainte & inviolable
dans nos Provinces , que la
fuite de tant de ſiecles n'a pîû
encoredétruire. Cette loy n'eſt
autre choſe que la Coutume , à
laquelle , ſuivant la penſée de
Balde , nous devons l'obeiſſance
, comme à noſtre Mere , en
quoy nous voyons la verité de
l'Oracle divin , que l'obeiſſance
que les Peuples rendent à la
Coutume , fert à prolonger la
durée des Etats. N'est- ce pas
l'obſervation des anciennes
GALANT. 53
Coutumes qui a maintenu autrefois
en ſa vigueur & fi longtemps
, la premiere Republiquedu
monde ?
Moribus antiquisſtatres 1
Romana , vigerque.
N'est- ce pas auſſi l'obſervation
de nos anciennes Coutumes qui
a maintenujuſqu'à cette heure
la Majesté de l'Empire François
? Car depuis douze- cens
ans& plus , que Dieu a fait
naiſtre ce grand Etat , qu'il l'a
preſervé de tant de perils , &
l'a rendu le plus illuſtre , le
plus redoutable , & le plus floriſſant
de toute la terre , on n'a
point veu abolir en aucun endroit
ſes uſages & Coutumes,
quelque differentes qu'elles
foient. Voilà le Gouvernement
le plus naturel & le plus ancien
le plus noble ,& le plus faint
C3
54
MERCURE
qui puiſſe eſtre . Nous ne ſommes
pas venus au monde pour
changer la Coutume , ny pour
la violer , mais pour luy obeir.
Nous ſommes obligez de nous
contenter d'elle , comme de la
terre de nos Peres & de leur
Soleil ,& certes puifque mefmeaux
choſes indifferentes la
nouveauté eſt blamée , a bien
plus forte raiſon devons-nous
conferver les anciens fondemens
de noſtre Jurisprudence
Municipale , qui eſt d'autant
plus pure & plus juſte , que par
ſa vieilleffe , elle s'approche de
l'origine des chofes , & qu'entr'elle
& le principe de tout
bien , il s'eſt paffé moins de
temps qui en ait pû corrompre
lapureté.
Au reſte, ne penſez pas que
la Coûtume n'ait d'autorité fur
GALANT.
SS
nous que dans le détroit de la
Province . Elle a bien une plus
grande étenduë ; car nous ne
fçaurions jamais nous ſouſtraire
de ſa puiſſance,& nous éloigner
impunément de l'obeïfſanceque
nous luy devons .Elle
nous ſuivra en quelque endroit
de la terre que nous allions , &
ne nous abandonnera jamais ,
témoin les venditions , les donations,
les Testamens , & autres
diſpoſitions de nos biens ,
faites dans les Païs Etrangers ,
qui font nulles , eſtant faites
contre la diſpoſition de nos
Coûtumes .
Concluons donc, quela plus
grande felicité de l'homme
conſiſte à marcher dans les
voyes de la Juſtice, c'est - à-dire,
dans l'obſervation des Coûtumes
de ſon Païs. En effet , fi
C 4
56 MERCVRE
tous les hommes demeurent
d'accord qu'il faut vivre à Rome
à la Romaine , à Conſtantinople
à la Turque , en ce qui
regarde les choſes civiles& politiques
, nous devons ſuivre
dans la Province nos Coûtumes
, & pratiquer les anciens
uſages.Ceux qui y contreviennent
choquent la nature, condamnent
la ſage Antiquité , &
s'oppoſent à la pratique univerſelle
de tout le monde.Jeſus-
Chriſt , le Souverain Legiflateur
, ne ſe ſoumit- il pas aux
Coûtumes du Païs où il pric
naiſſance,ſans vouloir enfraindre
aucune des Coûtumes de la
Synagogue, juſqu'à- ce qu'il eût
publié ſa Loy ?Certes, on neſe
peut diſpenſer ſans crime de
ſuivre les Coûtumes . C'eſt le
Teſtament de nos Peres que
GALANT. 57
nous devons accomplir; c'eſt le
reſultat de leur ſageſſe,où nous
devons apprendre quelle doit
être nôtre conduite dant les af
faires civiles ; c'eſt la regle la
plus facile , n'ayant pour principe,
que les actions les plus ordinaires
des hommes , faites
dans leur plus grande liberté ;
en quoy on ne peut aſſez admirer
la debonnaireté de nos
Rois, qui ayant accordé à leurs
Sujets de ſe faire des Loix à
leur gré , & de conſerver leurs
Coûtumes , leur ont pour ainſfi
dire , communiqué une partic
de leur puiſſance & de la dignité
Royale. O qu'il eſt doux
d'être ſoumis à une neceffité
volontaire , & d'être gouverné
par une Loy, de laquelle eſtant
les Auteurs, nous aurions honse
de l'accuſer d'être injuſte ou
C
$8 MERCURE
ſevere ! Suivons donc nos anciennes
Coutumes ; ne nous
détournons point du chemin
batu ; prenons pour regle , l'exemple
de ceux qui nous ont
devancez , marchons ſur leurs :
pas; adorons leurs veſtiges;admirons
l'antiquité & la puifſance
de la Coutume , proteſtonsluy
de luy rendre l'obeïfſance
filiale qu'elle defire de
nous . Les Ordonnances de nos
Rois nous y obligent ; c'eſt
pourquoy nous demandons
fuivant l'ancienne Coutume
que les Avocats & Procureurs
faſſentle Serment accouſtumé ,.
de garder les Ordonnances ..
9
Je vous envoye la Traduction
du premier Chapitre du
Livre de Job . Elle a eſté faite
par un jeune Provençal , dont
vous avez déja veu quelques
GALANT.
59
pieces dans mes Lettres. Il a
entrepris de traduire ce Livre
entier,& pour s'appliquer à ce
travail avec plus de confiance,
il témoigne qu'il aura obligation
auxCurieux qui voudront
bien me marquer leur ſentiment
ſur ſon deſſein , & fur la
maniere dont ils croiront qu'il
faudroit l'executer. J'eſpere
vous envoyer le mois prochain
"une ſuite de cetOuvrage.
***********
TRADUCTION
DU LIVRE DE JOB..
CHAPITRE I.
Sur le rivage du fourdain
Vivoit Job , illustre Prophete,
Qui craignoit Dieu, cheriffoit fons
Prochain ,
G6
60 MERCVRE
Et du Ciel ſeulement meditoit la
conqueste ;
Toujours également touché
De l'amour duvray bien , de l'horreur
dupeché.
Sa Famille nombreuſe autour de luy
rangée ,
Et de mille vertus noblement partagée
,
Combloit son ame deplaiſirs ;
Et Dieu , qui beniſſoitsonheureuſe
opulence ,
Mesmeau delà deſes defirs ,
Defon bien chaquejour augmentoit
L'abondanse..
D'innombrables Troupeaux fur
l'herbe bandiſſans
Ilcouvroit de hautes montagnes,.
Et mille Boeufssous lejouggemif
Sans
D'un pas laborieux fillonnoientfes
campagnes.
GALANT. 61
Comme un grand Prince il ſceut se
faire aimer ,
Maisbeaucoup moins parsa richeffe
Que par une haute ſageſſe ,
Seul bien que l'on doit estimer.
Ses Fils ainsi que luymarchantdans
L'innocence ,
Sedonnoient tour à tour des feſtins
Somptueux ,
Unis par l'amitié plus que par la
naissance ;
Leurs Soeursy paroiſſoient comme
сих
Ils en avoient banny toute licence .
Mais quand leurs tours estoient heureuſement
remplis ,
Lob que charmoit leur amitiéfincere.
Lesfaisoit viſiter parses meilleurs
Amis
62 MERCURE
Dont chacun leur donnoit quelque
avis falutaire.
Ilfaisoit plus ; chaque matin
Pour chacun d'eux offrant un fas
crifice,
Ilprioit Dieu de leur eſtre propice,
Craignant que quelquefois dans
l'excés du festin
Ils n'euſſent offencésa divine justice
Mais quelque heureux qu'ilsoit
I'komme n'a jamais rien
Quisoudainne tombe en ruinea
Sila Providence divine
Ceſſe d'en estre leſoutien...
Unjourdonc qu'àla Cour celefte
Dieu tenoitſes Etats dans toute fa
grandeur,
Iob vitcomme un éclair paffer tout
fonbonheur
Par un revers triste&funeste..
GALANT . 63.
Le Prince des Enfersse trouvadans.
celieu
Par un ordre fécretde Dieu.
D'oùviens-tu , luy dit- il ? l'aypar.
couru la terre ,
Répondit l'Esprit Tenebreux ,
Iusqu'au coeur des Mortels allant
fairela guerre ,
Pour usurper quelque empire fur
cux..
As tuveu lob,mon Serviteur fidelle,
Qui toujours pour moy plein de
zele,
Fait lajustice, fuit le mal ,.
Etdans la pietén'ajamais eu d'égal..
Ouy , je l'ay vû , dit - il , homme
foible&fragile ,
Et qu'on ne verroit pasrefifterà
mescoups ,
S'il ne trouvoit toujours en vOUS.
Son. Protecteur &Son azile ..
64 MERCURE
Eh, comment l'attaquer ? Vous estes
Son appuy.
Pour conferverſon innocence ,
Vos Anges nuit&jourveillent auprésdeluy.
Jamais rien n'a donné d'atteinte à
Sa puissance.
Son bien devient toujours plus
grand ,
Sans que la gresleny l'orage
Luy caufentlemoindre dommage ,
Et vostre main benit tout ce qu'il
entreprend.
**
Mais , Seigneur , voulez-vous -
connoistre
Cette veriu dont on faittantde
cas ?
Faites- luysentirvoſtre bras ,
Etvous la verrezdisparoistre
GALANT . 65
D'abord cet homme (ipieux ,
Tout plein de haine&de colere ,
Vous maudira dans ſa miſere ,
Pardes blasphèmes odicux .
**
MaisDieu qui connoiſſois laforcedu
Prophete ,
Etfeur quefa vertune s'abattroit
jamais ;
fele veux , luy dit-il,va comme
unetempeste
Faire tomber tes plus horribles
traits
Sur ce qu'il aime davantage.
Atoutesa maison fais reſſentir ta
rage,
Fe te le livre, à faperfonneprés.
*
L'Esprit Malin ravy de voir en
butte
Unfigrand homme àſa fureur 2
66 MERCURE
Miniſtre impitoyable , il part ,
execute ,
il
Et le plonge dans le malheur.
Job se croyoitle plus heureux des
Peres ,
Ses Fils mangeoient ensemble , &
Sedivertiſſoient ,
Il vint un Meſſager; vos Aſneſſes
paiſſoient ,
Dit- ilà Job , vos Boeufs ſous lejoug
Sebaiffoient ;
Lors que des Sabéens les Troupes
Sanguinaires
Ont fondu prés de nous comme de
fierstorrens.
* Nous noussommes mis endéfenſe,
Et cesméchans aigris denoſtreréſiſtance,
Noncontensde voler , ont tué tous
vos gens.
MoySeul, de leur fureur triste &
malheureux reſte , \
Jeviens vous en donner la nouvelle
funeste.
GALANT. 67
**
Iln'avoitpasfiny qu'un autreMef-
Sager
Vientpar un coup plus rude attaquerſa
constance.
Dufeu du Ciel l'extrême violence
N'a , dit il , épargné ny mouton,ny
Berger.
Moy feul échapè du danger ,
Ie vous viens du Tres-haut annoncer
la vangeance.
Apeine achevoit- ilunfi triste rapport
,
Qu'un autre vient tremblant &
demi-mort .
Les Chaldéens, dit-il , Peuplefauvage
,
Fondant en Escadrons dans vostre
pasturage,
Ont pris vos Chameaux malgré
nous.
L'on a voulu résister à leurs coups ,
68 MERCURE
Ils ont tout maſſacré. MoySeul fuyant
leur rage ,
•Je viens vous avertir de ce trište
carnage.
Aumême instant ce Prince infortuné
Reçoit une nouvelle encor plus effroyable.
Vn Meſſager luy dit, chez votre Fils
Ainé
Tous vos Enfansestoient à table ,
Lors que des vents impetueux
Ebranlant la maison l'ont fait tombersur
eux.
Ilsfont ensevelis fous desmonceaux
de pierre.
Moy feul accablé de douleur ,
Et deformais malheureux fur la
terre ,
Ie viens pourvous apprendre un fi
cruelmalheur.
**
Acerecit , ce grand Prophete
GALANT . 69
Déchira ſes habits,fit raferses cheveux
,
Et toutefois humble & respectueux,
Il adora la main qui lançoit ſurſa
teste
Du celeste couroux les traits les plus
affreux .
Ildit dansfa douleur profonde ,
Du venire de ma Mere icy je vins
tout nu ,
Bien toft j'enfortiray comme j'ysuis
venu :
Ce bien immenfe où nostre espoir
Sefonde,
Dieu me l'avoit donné, Dieu me l'ôte
aujourd'huy ,
Et puis qu'il l'a voulu ,je le veux
avecluy.
Que deformais plein de clemence.
Ilverſeſesfaveurs fur moy ,
Ou que par d'autres maux iléprouve
ma foy ,
70
MERCVRE
le beniray toniours son nom &sa
puissance,
Ainſi ſouffrit patiemment .
Ainsi parla ce Prince au fort defa
mifere.
Il benit defon Dieu lefecret jugement
,
Et nese plaignit point de sa juste
colere.
Il eſt quelquefois avantageux
de facrifier quelques années de
ſa vie pour paſſer les autres
agréablement. L'avanture dont
jevais vous faire part , vous en
fera convenir. Une jeune Demoiſelle
, née avec tous les
avantages poffibles , foit pour
la beauté , ſoit pour l'eſprit ,
attendoit au milieu d'un afſez
grand nombre d'Adorateurs
que quelqu'un l'aimaſt
GALANT. 71
aſſez pour ne pas confiderer
qu'elle avoit fort peu debien.
On s'empreſſoit à la voir , &
c'eſtoit à qui luy prodigueroit
plus de douceurs , mais
perſonne ne venoit à l'eſſentiel
, & comme elle estoit auſſi
éclairée que ſage , elle ne prenoit
aucun party , & écoutant
tout indifferemment , elle empeſchoit
que fon coeur ne nuifift
à ſa Fortune. Enfin un vieux
Marquis extrêmement riche &
ſans enfans , qui de temps en
temps rendoit viſite à ſa Mere,
la trouvant un jour ſeule avec
elle , la pria de luy donner une
audience paiſible , fans l'interrompre
dans tout ce qu'il luy
diroit. Aprés qu'on luy eut promis
cette complaiſance , il commença
par luy dire qu'il avoit
ſoixante & quinze ans paffez ,&
1
72
MERCVRE
qu'encore qu'un âge ſi avancé
euſt dû le mettre à couvert des
ſurpriſes de l'amour , il ſentoit
bien qu'il en avoit pris pour
elle , qu'elle ne devoit pas en
eſtre ſurpriſe , puiſque cet amour
n'eſtoit point l'effet d'une
paffion qui n'euſt pour objer
que le ſeul defir de ſe ſatisfaire;
qu'il eſtoit reglé par la raifon ,
& que ſi ſes vieilles années luy
pouvoient caufer affez de dégouſt
pour la mettre hors d'état
de vivre heureuſe avec luy,
elle n'avoit qu'à s'expliquer
nettement ,pour empefcher que
la declaration qu'il luy faiſoit
n'euſt aucune ſuite ; que ſi cependant
la diſproportionde fon
âge ne l'effrayoit point,il eſtoit
preſt de luy affurer cent mille
écus ſur ſon bien , ſans compter
beaucoup d'autres avantages
qu'elles
GALANT.
73
qu'elle pouvoit eſperer , ſelon
les manieres qu'elle prendroit
avec luy ; qu'il ne chercheroit
uniquement qu'à la rendre heureuſe
: mais que pour ne luy
donner aucun lieu de dire qu'il
n'euſt pas agy fincerement , il
l'avertiſſoit que ſi elle vouloit
bien fe refoudre à l'épouſer ,
ſon deſſein eſtoit d'allerdemeurer
à trente lieuës de Paris
dans un Chaſteau qu'il avoit
d'une ſituation tres-agreable, &
fort richement meublé , où tout
ce qu'elle pourroit ſouhaitter
luy ſeroit fourny en abondance
; qu'il luy feroit voir toute
la Nobleſſe du voisinage , &
qu'il la prioitdecroire , que s'il
prenoit ce party , ce n'eſtoit
par aucun mouvement d'humeur
jalouſe , mais parce que
le ſejour étant fort beau , il y
Dec. 1692
D 1
74
MERCVRE
jouïroit plus tranquillement du
plaifir d'eſtre toûjours avec
elle , voulant renoncer à tout
embarras d'affaires dont il remettroit
le ſoin à un Intendant,
On écouta le bon homme d'une
manierequiluy fit comprendre
que ſa propofition faiſoit
plaifir , mais comme une réponſe
préciſe euſt pû paroiſtre
fufpecte , fi elle cuſt eſté précipitée
, elle fut remiſe , au lendemain.
La Belle qui s'eſtoit
toujours confervée libre , n'eut
pas de peine à croire ſa Mere
fur le conſeil qu'elle luy donna
de s'attacher au folide. On luy
offroit quinze mille livres de
rente avec le nom de Marquife
. C'eſtoit dequoy la confoler
du chagrin de quitter Paris ,où
il ne luy eſtoit pas défendu de
croire que le Veuvagela rame
GALANT.
75
neroit dans quelques années.
On ne perdit point de temps à
terminer cette affaire ; qui fut
conclue avec de grands avantages
pour la Belle. Le vieux
Marquis dont l'amour eſtoir
fort tendre , & qui vouloit luy
faire trouver de l'agrément
dans l'exil où il l'avoit prépa
rée , lalaiſſa maiſtreſſe de tou-
-tes les choſes qui pouvoient la
fatisfaire , & alla meſime beaucoup
au de là de ce quele rang
où il l'élevoit ſembloit demander.
Son équipage & fon train
furent magnifiques , & comme
elle avoit aſſez de voix , il mit
auprés d'elle pour la ſervir une
Demoiselle & d'autres Filles
qui ſçavoient chanter. Il ne
reſtoit plus qu'à choiſir un Intendant
, qu'il vouloit habile ,
& en meſme temps bien fait ,
D2
76 MERCURE
afin qu'il puft donner la main
à ſa Femme en qualité d'Ecuyer.
Il en refuſa pluſieurs , &
enfinon luy en amena un dont
il futcontent. C'eſtoitun homme
de fort belle taille , agé de
trente ans , d'une phyſionomie
heureuſe , & qui joignoit à
l'habileté dans les affaires , le
talent particulier dejoüer fort
bien du Lut. La Belle Marquiſe
en joüoit auffi , & il pouvoit
luy donner des leçons utiles
pour la perfectionner. On partitpeu
de temps aprés le Mariage
, & à peine fut-on arrivé
au Chaſteaudu vieux Marquis,
que la beatité de la charmante
Perſonne qu'il amenoit, y attira
forcegens confiderables del'un
&de l'autre ſexe. Elle les receut
d'un air noble & engageant
qui luy acquit une efti
GALANT .
77
me generale , mais ſi ſon eſprit
&ſes belles qualitez firent parler
tout le monde à fon avantage
, ſa conduite & ſa ſageſſe
furent en elle un merite qu'on
ne pouvoit aſſez élever. L'obligation
qu'elle avoit au vieux
Marquis , faiſoit dans ſon coeur
les meſmes impreſſions que l'amour
auroit pû faire , & pour
meriter ce qu'il avoit faiten fa
faveur , elle avoit pour luy des
complaiſances , qui le charmoient
d'autant plus , qu'il n'y
paroiſſoit riende contraint.Elle
vouloit qu'il fuſt toujours auprés
d'elle , & quand il paſſoit
une heure ailleurs , elle ſe
plaignoit comme s'il ne l'euſt
pas aimée affez tendrement.
Ils ſe promenoient ſouvent
enſemble , & au retour de la
promenade , elle ſe divertiſ
D 3
78
MERCURE
foit , ou à faire des manieres
de Concerts , où à prendre des
Leçons de Lut de l'Intendant ,
qui de fon coſté regloit admirablement
la Maiſon du vieux
Marquis.Tous les Domestiques
dont il avoit trouvé le fecretde
ſe faire aimer par ſes manieres
honneſtes , diſoient à l'envy
mille biens de luy ,& le vieux
Marquis tiroit de ſes ſoins tous
les avantages que le bon ordre
& l'exactitude font capables de
produire. Il le chargeoit de veiller
à découvrir ce que pouvoit
fouhaiter la jeune Marquife ,
qu'il ne vouloit pas qu'il laiffat
manquer d'argent, quelque de
penſe qu'elle vouluft faire , &
à qui mefme il faifoit de temps
en temps des prefens confiderables.
L'Intendant qui le portoit
à ces liberalitez , portoit de
C
1
GALANT.
79
même la jeune Marquiſe à
marquer encore , s'il ſe pouvoit,
plus d'empreſſement pour
ſon vieux Mary ; & les utiles
conſeils qu'il leur donnoit à
l'un & à l'autre l'en faifoient
aimer également. La jeune
Marquiſe qui les recevoit avec
plaifir , & qui ſçachant ce qu'il
faifoit pour ſes interêts , pre
noit en luy une extrême confiance,
n'en recevoit jamais de
loüanges ſur les manieres dont
elle en ufoit , malgré le dégoût
que la vieilleſſe donne naturellement
aux jeunes perſonnes ,
qu'elle ne les rejettât , en luy
diſant qu'elle ne faifoit que ce
qu'elle devoit faire , & quo
quand ſon vieux Mary auroit
eſté d'une humeur bizarre ,elle
s'y feroit tellement accommo
dée , qu'elle auroit eſté ton-
{
D 4
80 MERCURE
jours heureuſe par le plaiſir de
bien remplir ſes devoirs . Cette
ouverture de coeur ſi obligeante
pour luy , redoubloit l'atten
tion qu'il avoit pour toutes les
choſes qui pouvoientiuy plaire
, & à regarder ſon empreſſement
, on auroit pû croire qu'-
elle luy auroittouché le coeur,
ſi ſon zele n'eût pas paru auſſi
vif quand il s'agiſſoit de faire
ce qui pouvoit contenter le
vieux Marquis. Ils luy trou.
voient tous deux beaucoup de
bon ſens,&de fineſſe d'eſprit ,
&quoy qu'il ſe tint toûjours
dans un grand reſpect, ils prenoient
ſouvent plaiſir à le faire
entrer dans leur converſation..
Quatre ans s'étoient écoulez
de cette forte quand le vieux
Marquis mourut. La jeune
Marquiſe en cut une veritable
GALANT. 81
affliction , & cette mort la mettant
dans l'embarras pour la
diſcuſſion de ſes droits , non
ſeulement elle pria l'Intendant
de ne pas l'abandonner , mais
pour l'attacher plus fortement,
elle voulut luy faire épouſer ſa
Demoiselle, qui eſtoit jolie , &
qui n'avoit pas mal fait ſes affaires
depuis quatre années
qu'elle étoit à ſon ſervice.L'Intendant
la remercia du ſoin
qu'elle vouloit prendre de fon
établiſſement , & la ſupplia de
trouver bon qu'il pût demeurer
àluy , afin qu'il fuſt plus entierement
à elle. Un procedé
fi honnête ne put déplaire à la
Dame , qui luy connoiſſant un
vray merite , n'eſtoit pas fadée
qu'il fuſt attaché à la fervirparun
mouvement plus fort
que celuy de l'intereſt . Il mit
DS
82 MERCVRE
?
fes affaires dans un tres-bon
ordre; & elle ſe trouva fi bien
de ſes conſeils pour terminer
tous les differens qu'elle eut
avec les Heritiers de fon vieux
Mary , que s'eſtant appercenë
quelque temps aprés que fa
beauté ou fon bien luy faifoient
rendre de toutes parts des foins
affez empreſſez , elle luy dit
un jour en riant que fi elle ſe
remarioit jamais , ce ne feroit
point ſans en prendre fon avis,
mais qu'ilfaudroit pour l'y obliger
qu'on luy euſt donné des
marques d'amour fi convaincantes
, qu'il luy fuft impoffible
de douter qu'on ne l'aimaſt
tres fincerement. L'Intendant
luy répondit avec une honneſte
liberté , que fi elle lay fo
foit l'honneur de le confulter
dansune affaire de cette imporGALANT.
83
5
tance , la paffion qu'il avoit de
la voir auffi heureuſe qu'elle
meritoit de l'ettre , le rendroit
peut-eſtre encore plus difficile
qu'elle ne ſeroit ſur un pareil
choix , qui la devoit d'autant
plus embarraffer , que pour en
eſtre contente , il falloit que fa
raifon fuft , d'accord avec fon
coeur. La premiere année de
ſon Veuvage eſtant expirée ,
elle quitta la Province ,& vint
à Paris , où ceux qui ſe croyoient
le plus en droit d'eſperer
, ne manquerent pas de ſe
rendre en même temps . Elle
yvit bien-toſt groſſir ſa Cour
par de nouvelles conqueſtes ,
& la reſolution qu'elle avoit
priſe de préferer celuy qui luy
donneroitde plus grandes marques
d'amour eſtant connue ,
chacun tâcha de ſe diftinguer
D 6
$4 MERCURE
entre ſes Rivaux , par ce qui
pouvoit la convaincre davanrage
que toutes ſes volontez
luy eſtoient ſoumiſes. Cependant
aucun ne ſe declaroit qui
n'euſt à ſouffrir l'examen de
l'Intendant. Elle vouloit qu'il
luy diſt ſincerement ce qu'il en
penſoit , & en luy marquant
leurs qualitez eſtimables , il
ſçavoit ſi bien trouver leurs defauts,
qu'on n'en pouvoit faire
une peinture plus vive. Il y
avoit fur tout une choſe qu'il
avoit peine à leur pardonner ,
& qui ſelon luy fuffiſoit pour
les exclurre.C'eſtoit qu'ilsfembloient
convenir eux-mêmes
dupeu de merite qu'ils avoient,
puis qu'eſtant perfuadez qu'il
avoit quelque credit auprés
d'elle , ils eſſayoient tous de le
corrompre , en luy offrantdes
4
GALANT.
85
fommes confiderables , s'il appuyoit
leurs pretentions de tel .
le forte que leur amour fuft fuivi
d'un heureux ſuccés . La Dame
loüoit ſon deſintereſſement
qui luy faiſoit refuſer ces offres,
& qui l'obligeoit de n'avoir en
veuë que ſes avantages. Son
choix demeurant toujours indecis
, une de ſes plus particulieres
Amies voulut le faire
tomber fur un Gentilhomme
d'aſſez de naiſſance pour ne luy
point faire quitter le nom de
Marquife , & en quielle ſe tenoit
fort aſſurée qu'elle ne pourroit
trouver que le defaut d'a.
voir peu de bien. La Dame luy
repondit que ce n'eſtoit point
un defaut eſſentiel , qui puſt
s'oppoſer à ſon eſtime , mais
que n'ayant point caché que
pour ſe donner elle vouloit
86 MERCURE
eſtre ſeure d'eſtre fortement
aimée, elle ne comprenoit pas
comment on luy propoſoit un
homme qu'elle n'avoit jamais
vû , & qui ne fongeoit à elle ,
que parce qu'en l'épouſant , il
rencontroit de grands avantages
du coſté de la fortune . Son
Amie la fatisfit en luy apprenant
que le Gentilhomme l'ayant
apperceuë à la promenade
quatre jour avant qu'elle époufaſt
le Marquis , s'eſtoit ſenty
un fi fort panchant pour elle ,
que la connoiſſance qu'il eut
enfuite de l'engagement où elle
eſtoit n'avoit pû le mettre en
eſtat d'y reſiſter ; qu'entrainé
par fon amour , il l'avoit ſuivie
dans la Province , afin que le
plaiſir de la voir , dont il avoit
fait tout fon bonheur , luy fuft
au moins un foulagement dans
GALANT . 87
1
1 a
1
la violence de ſa paffion ; qu'il
luy avoit meſime parlé quel .
quefois , fans que fes regards ny
fes paroles luy euſſent rien découvert
des fentimens de fon
coeur, que le refpect qui l'avoit
toujours forcé de ſe taire , le
tiendroitencore dans cette mef
me contrainte,tant il ſe croyoit
éloigné de meriter quelque
part dans fon eſtime, ſi elle n'avoit
voulu parler malgré luy ,
perfuadée qu'un amour fi pur
&fi conftant devoit avoir fon
merite , qu'elle trouveroit en
luy ce qu'elle cherchoit , s'il
eſtoit vray que pour eftre digne
d'elle , ce fuft affez de l'aimer
parfaitement. La jeune
Marquiſe étonnée de l'avantu .
re , demanda à fon Amiecom .
ment eſtoit fait cet Amant
refpectueux , qui avoit pu ſe
88 MERCUR E
tenir dans cettegrande reſerve ,
quoy qu'il l'aimaſt depuis tant
d'années. Son Amieluy répondit
, que comme il falloit que
ſesyeux fuſſent contens , ce qui
dépendoit fort ſouvent du
gouſt , il luy feroit inutile de
luy en faire un portraitavantageux
; qu'elle pourtoit en ju
ger par elle-meſme ſi elle vouloit
luy rendre viſite le lendemain
; que, le Gentilhomme
devoit venir luy parler de quelque
affaire , & que c'eſtoitune
occafion de l'examiner fans
qu'il ſceuſt encore qu'elle luy
euſt rien appris des ſentimens
qu'il avoit pour elle. La Marquiſe
y confentit , & fon Amie
ne l'eut pas plûtoſt quittée
qu'elle expliqua l'avanture à
l'Intendant , dont elle voulut
prendre le conſeil ſur ce qu'elle
GALANT. 89
devoit faire , ſuppoſé que l'on
puſt venir à bout de la convaincre
d'un auſſi rare exemple
d'amour que celuy dont ſon
Amie luy avoit parlé. L'Intendant
luy répondit , que quoy
qu'il la connuſtaſſez genereuſe
pour ne s'attacher qu'au ſeul
merite dans le choix qu'elle
feroit , il avoit peine à ne pas
compter pour un grand defaut
le manque de bien dans un
homme à qui ſa naiſſance pouvoitpermettredes
prétentions ,
&qu'enfin de la maniere qu'il
comprenoit qu'elle devoit eſtre
aimée , ſi par l'excez de l'amour
onſe pouvoit rendre digne
de ſon coeur , il ne pouvoit
croire que quatre années paffées
à l'adorer en ſecret , duffent
donner ſujet d'aſpirer à un
prix fi haut. La jeune Marquiو
ه
MERCVRE
ſe ſouſrit de l'opinion avantageuſe
qu'il témoignoit avoir
d'elle , & aprés luy avoir dit
que fon zele l'aveugloit , elle
voulut qu'illuy aidaſt à trouver
cet Amant paffionné qui estoit
allé la chercher dans ſa retraite
, mais elle eut beau rappeller
tous ceux que le hazard y avoit
conduits , & qui pouvoient luy
avoir caché ce qu'ils eſtoient .
Son coeur ne luy parla pour
aucun , & elle euſt eſté fafchée
de rencontrer parmy eux
celuy qui l'aimoit depuis fi
long temps. L'éclairciſſement
ne fut pas long à attendre. Elle
ſe rendit chez fon Amie comme
elle l'avoit promis , & voulut
que l'Intendant luy donnaſt
la main , afin qu'étant témoin
de cette entreveuë , il luy dift
fincerement ce qu'il penſoit du
GALANT.
91
- nouvel Amant qui vouloit ſe
- déclarer.Son Amie l'affura tout
- de nouveau qu'elle ne pouvoit
faire un choix qui luy convinſft
mieux,à ne regarder en luy que
- la naiſſance , & les qualitez ef-
- ſentielles qui font l'honnefte
- homme , & cette affeurance
luy ayant fait témoigner gran
de impatience de le voir , il eſt
aiſe de s'imaginer juſqu'où alla
-ſa ſurpriſe , lors qu'elle vit tout
d'un coup l'Intendant à ſes genoux,
qui ſe découvrit pour cet
Amant déguisé, à qui depuis fi
long-temps le feul plaifir de la
voir avoit tenu lieu de toutes
choſes. On ne peut rien ajoûter
à ce qu'il luy dit de vif fur la
violente paffion qui l'avoit con
traint àdevenir l'Intendant du
vieux Marquis.Elle l'écouta fans
l'interrompre, mais quoy qu'el-
1
1
92
MERCURE
le gardaſt le ſilence , il eut la
joye d'appercevoir dans ſes
yeux que la connoiffance qu'il
luy donnoit , ne luy eſtoit pas
defagreable. En effet , elle repaſſa
dans ſon eſprit l'abaiſſe.
ment où il s'eſtoit mis pour elle,
les ſages conſeils qu'elle avoit
receus de luy fur la complaiſance
qu'elle devoit à ſon vieux
Mary , le zele empreſſé qu'il
avoit fait éclater dans tout ce
qui avoit pû luy faire plaifir ,&
toujours avec de ſi grands témoignages
de reſpect , & en
s'obſervant ſi bien , que jamais
il ne luy eſtoit rien échapé qui
euſt donné lieu de ſoupçonner
lacauſed'un fi fort attachement,
&toutes ces choſes ayant leur
merite , elle ne put ſe défendre
d'avoüer qu'il l'emportoit fur
tous ceux qui afſpiroient à touGALANT.
93
1
cher ſon coeur. Le merite étant
connu , il ne fut pas malaiſé de
la porter à la récompenſe , que
le Gentilhomme obtint peu de
temps aprés , avec cette fatisfaction
particuliere , qu'elle ne fit
1 point difficulté de luy dire,que
par unfecret panchant qu'elle
■ auroit voulu ſe cacher à ellemeſme
, elle avoitſouhaité plus
d'une foisdepuis fon Veuvage,
qu'il ſe fuſt trouvé d'une naiffance
à le pouvoir épouſer ſans
honte.
L'année 1693.0ù nous fommes
preſts d'entrer , eft remarquable
par une choſe qui n'eſt
- point arrivée pendant tout ce
- Siecle . C'eſt d'avoir la Feſte de
la Chandeleur le Lundy- gras ,
ce qui ſera cauſe que nous aurons
celle de Pâque le 22. de
Mars , qui eſt le plûtoſtqu'on la
94
MERCVRE
puiſſe celebrer . Cela ne peut
eſtre ſans que pluſieurs circonſtances
ſe trouvent jointes en -
ſemble, comme vous le connoiſtrez
par le Traité que vous allez
lire.
INSTRUCTION
Familiere & facile pour connoiſtre
à perpetuité le temps
de la celebration de la Feſte
de Paſque, la nouvelle Lune ,
l'Epacte , le Nombre d'Or ,
- la LettreDominicale qui luy
fervent de fondement , la reformation
du Calendrier , &
le Biſſexte , qui en font des
dépendances.
I.A Feste de Pasque, qui est la
principale des Chreftiens, doit
GALANT.
95
Se celebrer tous les ansle premier
Dimanche quifuitle quatorziéme
de la Lune , qui vient immediatement
aprés le 21. de Mars , ou le
jour mesme , sans qu'on la puiſſe
avancer ny retarder , comme it a
esté reglépar l'Eglisedans leConcilede
Nice , tenu en l'an de falut
325.Sousle Pape Silvestre.
L'Eglife a ainſi ordonnéle temps
de la celebration de cette Feste ,
d'autant qu'en cette année 325 .
TEquinoxe du Printemps estoit ar
rivéle 21. de Mars , & qu'elle a
fixé àson égard cet Equinoxe àce
jour , quoy qu'il arrive quelquefois
un peu plutost ou plustard , &
afin que tous les Chrestiens , en
quelque lieu du Monde qu'ilsferencontrent
,foient uniformes , en cele
brant en un mesme jour cotie Feste
de Pasque , qui sert deregl àtou
-tes les autres Festes mobiles , comme
96
MERCURE
font l'Ascension & la Pentecoste ,
&que par ce moyen on puiffe celebrer
les Festes de l'Eglise dans les
semps qu'ont estéoperezles Mysteves
qu'elles representent.
Cette Ordonnance de l'Eglisea
durapport avec l'ancienne Coutume
des luifs , qui celebroient leur
Pasque , qui estla figure veritable
decelledes Chrestiens , lejourmesme
de ce quatorziemede la Lune ,
Suivant le commandementqu'ils en
avoient receu de Moyfe, leur Chef.
par l'ordrede Dieu , afin qu'il des
meurast parmy eux un continuel
Souvenir de leur delivrance de la
fervitude de Pharaon aprés le miraculeux
passagede la Mer rouge
àpied sec , estant bien plus juste
que les Chreftiens qui ont passéde
la figure à la verité, celebraffent
leur Pasque ,lepremier Dimanche
d'après le quatorziémede cetteLu-
NC ,
GALANT.
97
ne, en memoire de la Refurriction
du Sauveur du monde , arrivée le
troisième jour aprés sa mort , par
laquelle ils ont esté delivrez de la
Servitudedu Demon , en paſſant de
la mortà la vie ,& du peché à la
grace. L'histoire de la Paſſion défi
gnequece fut dans le temps marqué
cy deſſus que leſus- Christ mourut ,
Le jour du Vendredy Saint , & qu'il
refufcita troisjours après , qui estoit
le Dimanche, ce qui fut accompagné
de plusieurs circonstances que
l'ony remarque , & particulierement
dans ce temps du quatorziémede
la Lune , dans lequel elle est
dansfon plein , par la miraculeuse
Eclipse du Soleil qui arriva àſa
mort , qui ne se peut naturellement
faire que par l'interpofition de la
terre entre le Soleil & la Lune.
Or ily a vingt neufnouvelles
Lunes , dans lesquelles peut arriver
Dec. 1692 .
E
98 MERCURE
Le premier Dimanche d'aprés le
quatorziéme de la Lune , qui arrive
immediatement aprés le 21. de
Mars , ou ce jour - làmesme. Lapremierede
ces Lunes eft celle quiarrive
le 8. de Mars , ce qui fait
que Pasque peut venir le 22. de
Mars , & la derniere de ces mefmes
Lunes arrive le 7. d'Avril ,
qui fait que Paſque peut venir le
25. d'Avril. Cet espace de temps
depuis le 22. de Mars jusqu'au
25. d'Avril , est de trente jours ,
&par confequent Pasque peut arriver
pendant ces trente cing jours
differens , sçavoir le 22. de Mars,
qui est le plûtost , jusqu'au 25 .
d'Avril, qui est le plus tard.
THEATE
vient
10
Alars , & que fon quatorzilme
LYON
le 21.
Paſque arrive le 22. de Mars ,
qui est le plûtoft , quand la nouille
Lune a commencé le 8. de
de ce mesme mois ,
GALANT. 599
N
Je trouve estrean Samedy, deon
le lendemain 22. de Mars ,
trouve eftre un Dimanche , oncellbre
la Feste de Paſque , toutes les
conditions requises par l'Eglise eftant
accomplies cejour-là. L'exemple
s'en trouvera en l'année 1693 .
en laquelle ces circonstancesse rencontreront
, ce qui n'est point arrivé
depuis l'année 1598. & ce qui
arriveraenfuiteen 179.0 1818 .
dans lesquelles années les mêmes
conditions se trouveront auffi accomplies.
Ce qui est bien remarqua
ble , c'est que l'année 1818. étant
expirée, cette même Feste de Pafquen'arriveraplus
le 2.2 . de Mars
qu'aprés 367. ans , à cause que
pendant tout lereste dudixneufiéme
fiecle,& les trois autres ſuivans ,
toutes les conditions requiſes ne se
rencontreront point ensemble. On
a fait ces quatre Vers au sujet de
l'année 1693 .
E2
100 MERCVRE
١٠
L'an mil fix cens nonantetrois
,
Le vingt deux du troiſieme
: mois
La Paſque ſera celebrée ,
N'eſtant jamais plus avancée.
र
Paſque arrive le 25. d'Avril ,
qui est le plus tard , quand la nouvelle
Lune a commencé le 7. de
Mars , & que son quatorziéme qui
vient le 21. de Mars enſuivant ,
lequel 21. doit estre passé , oblige
par consequent à laisser écouler
route cette Lune pour attendre la
Luneſuivante, qui commence le s
d'Avril ; & fi le quatorziéme de
cette Lune qui vient le 18. du mesme
mois se rencontre estre un Dimanche
, on laiſſe encore écouler
route cettesemaine pour aller jusqu'au
Dimanche ſuivant , qui ſe
trouve estre le 25. d' Avril. L'exem
GALANT .. ΙΟΙ
ple s'en est vû en l'année 1666.en
laquelle Paſque arriva ce jourlà,
àcauſe que toutes les conditions
requiſesſe rencontrerent ensemble ,
ce qui n'estoit point arrivé depuis
l'année 1546. & ce qui arrivera
encore aux années 1754.1886 .
1943. & autres ,dans lesquelices.
fe rencontreront ensemble les mêmes
conditions . Ces quatre autres
Vers furent faits au sujet de cette
année.
L'an mil fix cens foixantefix
Georges a vû mourir le
Fils,
Marc l'a vûrefufciter.
Et Jean par les mës le porter,
Pour entendre ce dernier Vers , il
faut savoir quequand on celebre
La Feste de Pâque le 25. d'Avril,
qui est le jour de Saint Marc , la
E 3
102 MERCVRE
Fefte du Saint Sacrement se celebre
le 24. de fuin , qui est le jour de
S. Jean.
Outre ce qu'on vient de dire 104-
chant lesujet& le temps de la celebration
de la Festede Pasque ,
pour en mettre en pratique la methode
, il faut avoir connoiffance
de la nouvelle Lune, qui en est le
fondement , de l'Epacte, qui sert à
connoistre la nouvelle Lune , du
Nombre d'Or quisert à trouver l'Epacte,
de la Lettre Dominicale, qui
fert à connoiſtre tous les Dimanches
de l'année , du Biffexte , & de la
véformation du Calendrier , quien
font des dépendances.
La nouvelis une se trouve en
deux manieres a premiere , en
affemblant trois nombres enſemble ;
Sçavoir celuy de l'Epacte de l'année
qu'on se propose , celuy du nombre
du jour proposé , & celuy des mois
GALAN T.
103
depuis le mois de Mars. Ces trois
nombres estant joints ensemble, ce
qui en provient est celuy de l'âge
de la Lune, c'est àdire , fait connoistre
combien on ade la Lune, ou le
premier, ou leſecond,ou le troisième,
&c. Pourven que ce nombre total
n'excede poins celuy detrente, car
alors on retranche trente , & on ne
prend que lesurplus. Cette maniere
de fupputer n'est pas tout à fait
exacte,&peus manquer d'un jour
ou de deux au plas ; ce qui arrive,
d'autant qu'au lieu d'oter trente, il
ne faut ofter quelquefois que vingt.
neuf, les Lunes ayant alternativement
vingt-neuf& trente jours .
C'est pourquoy afin d'avoirconnoisfance
de la nouvelle Lune fans
aucune erreur , il faut faire ces
Supputationspar voye d' Astronomie,
qui est une ſcience qui n'est point
icy enseignée,mais l'effet de laſcien-
E 4
104
MERCURE
cezou bien il faut avoir recours aux
Ephemerides. On doitseulement ob-
Serverunechofe,ſi on veutſeſervir
de cette premiere methode , qui est
dene point compterle mois de Mars,
non plus que le mois de Janvier ,
quand la fupputation se fait dans
ces deux mois ,& de commencer à
compter les mois ſuvans ; sçavoir
celay d'Joril aprésceluyde Mars,
& celay de Févrieraprés celuy de
Janvier.
La ſecondemanierede trouver la
nouvelle Lune, eſt de fuivre lapratique
du Calendrier Gregorien,ainſi
appellé du nom du Pape Gregoire
XIII, qui l'établit lors de la reformation
du Calendrier Romain, par
buy faite en 1982.dans lequel Ca
lendrier il a fait mettre un Cycle
nommé le Cycle des Epactes qui les
contient toutes depuis la premiere
jusqu'à la vingt-neufieme . Ces
GALANT . τος
Epactes font apposées à chaque
jour de l'année , en cette maniere ,
qui est qu'au premier your de Fanvier
est apposée une Etoile au lieu
d'une Epacte', parce qu'il n'y ajamais
trente d'Epacte. Cette Etoile
mise au lieu d'un zero , fignifie que
l'annéequi précede celle où se trouve
apposée une Etoile , tant qui
eft apposée à ce premier jour de lanvier
, que les autres apposées aux
autres jours des mois de l'année , le
Soleil & la Lune ayant finy lear
cours en mesme temps , il n'y a point
d'Epacte en cette année. Auſecond
jour de Ianvier est apposée l'Epacte
xxix,au troisième l'Epacte xxviii ,
au quatrième l'Epacte xxvii , &
ainfile reste de ſuite par le même
ordre retrogade jusqu'à la premiere
des Epactes marquée par I. quiſe
trouve apposée au trentième jour
de Janvier , apres quoy se trouve
encoreune Etoile apposée au trente
Es
Fгоб MERCVRE
uniéme de fanvier. Ensuite xxix.
d'Epacte au premier jour de Fevrier
, xxviii.au second , & ainsi
deſuite du mesme ordre , iusqu'au
dernieriour de Decembre , auquel
est apposée l'Epacte xx. Et toutes
les fois qu'une deces Epactes est apposéeà
un des jours de l'année, ce
jour-là marque la nouvelle Lune
dans tous les mois de l'année. Ces
Epactesons estéſubſtituées dans le
Calendrier au lieu du Nombre d'Or,
quiy a esté aboly pour l'erreur de
quelques jours qu'il avoit causée
dans la connoiſſance qu'il donnoit
des nouvelles Lunes , avant la reformation
du Calendrier , comme
ilfera dit cy-pres,
L'Epacte est un nombre d'onze
jours dont l'année commune du Soleil,
qui est de trois cens soixante&
cing jours,furpaſſe l'année commu
ne de la Lune , qui n'est que de trois
GALANT. 107
cens cinquante quatre , ce qui fait
que pouravoir l'Epacte d'une année,
il faut ajoûter onze à l'Epacte de
l'année precedente ; & pour avoir
l'Epacte de l'annéeſuivante ilfaut
encore ajoûter onze, pour avoir celle
d'après, encore onze , & ce qui proviendra
de ces nombres ſera l'Epa-
Ete de l'année,pourveu que ces nombres
n'excedent pointceluy de trente,
car en ce cas ilfaut retrancher tren-
& ne prendre que leſurplus , ce
qui se pratique toûjours de mesme ,
excepté en deux cas ; le premier ,
quand l'Epacte d'une année est
xxix. & que le Nombre d'Or de la
mesme année est 19. carpour avoir
l'Epactede l'annéeſuivante ilfaut
ajoûter xii,à cauſe que si on ajoûtoitſeulement
xi on auroit trente,&
iln'y ajamais trente d'Epacte,mais
ajoûtant xii. il reste 1. d'Epacte
pour l'année suivante. Lefecond
E6
108 MERCVRE
cas , auquel on n'ajoûte pas toûjours.
xi, à l'Epacte de l'année precedenze
, pour avoir l'Epacte d'une année
est xxviii, & que le Nombre
d'Orde la même année est 19. On
met une Etoile pour Epacte en l'annéesuivante
, par la raison qu'on
vient de marquer.
Pour trouver l'epacte de chaque
année en tout temps , il faut voirfi
l'année proposée est avant la refora
mation du Calendrier , ou aprés ,à
caufe des differentes operations qui
font à faire en l'unc ou en l'autre . Si
l'année proposée est depuis la reforme
, il y a encore deux choses à ob-
Server; sçavoir s'ily a moins ou plus
de trois fiecles écoulez depuis cette
reformation . S'il y a moins de trois
fiecles dans une année proposée il
faut premierement multiplier par.
onzele Nombre d'Or de cette année
proposée , & laisser là cenombre à
GALANT. 109
110-
part pour s'enservirà la fin de l'operation.
Secondement ilfaut diviferparquatre
le nombre des fiecles
quiſe ſont écoulez depuis la naiſſance
de Noſtre- Seigneur jusques au
temps de l'année proposée.Troisièmement,
fanssefervir du reste de la
diviſion de cenombre de fiecles , que
l'on aura divisé,il faut ofter le
tient, & enoſter encore deux deplus.
Quatrièmement,de ce nombrerestant
le quotient ofté& deux de plus,
il faut ofter de ce nombre premier ,
provenu de la multiplicationcy de
vant faite du Nombre d'Or faitpar
onze,& ce qui resterafera l'Epacte
que l'oncherche,pourveu que cenom.
brenefurpaſſe point celuy detrente,
caril en fout retrancher les trente,
non seulement une fois , mais deux
ou trois fois , s'ils se rencontrent ,
prendrele surplus , qui fera
Epact .
2
110
MERCVRE
Quefi dans l'année proposée de
laquelle on veut trouver l'Epacte ,
ily a plus de troisfiecles écoulezdepuis
la reformation du Calendrier ,
il faudra obſerver les mesmes cho-
Ses que cy devant , sinon qu'ayant
divisé le nombre des fiecles par
quatre , & en ayant osté le quotient
& deux de plus , comme cydevant
, il faudra ofter encore un
defurplus de ce nombre de (iecles,
parce qu'il se sera écoulé une fois
troisfiecles ; & s'il y avoit deux
fois troisfiecles écoulez, il en faudroit
ofter deux , Citrois fois trois
fiecles , il en faudroit ofter trois ,
de mesme ainſi touiours , & faire
le reste à l'ordinaire.
Quesi on veut trouver l'Epacte
des années avant la reformation du
Calendrier , ce qui est d'une me.
diocre utilité , d'autant qu'on n'a
guere remarqué les Epactes des an
GALANT. ΠΕ
nées avant la reforme , qu'on ne
les inferoit point dans le Calendrier
Romain , mais qu'onsefervoit seulement
du Nombre d'Or qui marquoit
les Lunes , il faut pour trouver
les Epactes de ces années avant
La reforme , sefervir de la mesme
methode que cy- deſſus , en faisant
les mesmes operations que dans les
années d'apres la reforme , sinon
que du produit de la multiplication
du Nombre d'Or onze , il en faudra
oster autant d'unitez qu'on trouvera
de fois trois fiecles en remontant
de la reforme iusqu'à la
Naiſſance de Nostre Seigneur.
Le Nombre d'Or qu'on nomme
außi le Cycle Lunaire,eft le nombre
de 19.inventéparMethou &Thevien
qui est le plus approchantCycle,
mais non pas entierement exact
pour designer le temps auquelle
Soleil & la Lune se conjoignent de
4
112 MERCURE
nouveau dans le Ciel , en revenant
aumême point d'où ils (stoient partis
ensemble. Par ce Cycle du Nombre
d'or on connoiſſoitles nouvelles Lunes
& les Festes mobiles,& à cause
de cette utilité qu'il apportoit , 08
l'écrivoit dans le Calendrier en let.
tresd'or dont il a retenu lenom. Cet
effet de montrer les nouvelles Lunes
aesté trouvédefectueux,par une er
reur que ce Nombre d'Or avoit cau-
Sée parquatre jours d'anticipation
de la Lune , en faisant son periode
de 19.années, une heure vingt.Sept
minates & trente - deux ſecondes ,
plûtost qu'elle ne l'avoit commencé,
ce qui fut obſervé lors de la refor
mation du Calendrier , car en foixante-
fix Cycles qui s'estoient
écoulez depuis le Concile de Nice
jusqu'à l'an de la correction 1 582 .
ces quatre jours d'anticipation s'ésoient
formez , ce qui a esté cause
GALANT.
113
que l'on a ofté ce Nombre d'Or du
Calendrier Romain. Pour y remedier,
on a fabſtitué en ſa place le Cycle
des Epaites , comme il vient d'estre
dit.
La lettre Dominicale de chaque
année est une des ſept premieres
lesires de l'Alphabeth , sçavoir
A , B , C , D , E , F , G , qui de
viennent Dominicales , c'est à dire,
marquent tous les Dimanches d'une
année , les unes après les autres par
ordre retrograde , ce qui arrive
ainsi, d'autant que ces sept lettre,s
Sont apposées dans le Calendrier à
chaque jour de l'année,enforteque
la lettreAest apposée au premier
jour de Janvier , la letire Bau
Second,la lettre C. au troisième ,
La lettre D au quatrième , la lestre
E nu cinquième , la lettre Fau
fixieme, la lettre Gan septième.
&derechefla lettreA au buitiéme
114 MERCVRE
de fanvier , la lettre B au neuvieme
,& ainſi demesme defuite
jusqu'au dernier jour de Decembre
auquel est apposée encore la lettre
A. Ces lettres quifont immuables
dans le Calendrier deviennent
Dominicales les unes aprés les autres
par ordre retrograde en cette
maniere.
Quandle premierjourd'une annéequi
est marqué par la lettreA
qui est immuable ,se trouve estre
unDimanche,la lettreDominicale
de l'annéesuivantefera la lettre
G,car en cette année en laquelle
Lepremier jour estun Dimanche, le
dernierfera encore un Dimanche,
parconfequent le premier jour
de l'annéeſuivante qui commencerapar
un Lundy,Seramarquépar la
lettreA,lesecond quisera leMardy
par la lettre B , le troisième
qui sera le Mercredy, par la lettre
GALANT.
115
C, le quatrième , qui sera le feudy,
par la lettre D , le cinquième qui
fera le Vendredy , par la lettre E ,
lefixièmequifera le Samedy par la
lettre F& cela estant , leſepriéme
jour qui fera le Dimanche ,fera .
marqué par la lettreG. Par lamème
raiſon le premier jour de l'année
Suivante quifera commencéepar le
Mardy,se trouvera marquépar la
lettre Aqui est immuable,& partantsuivant
lemême ordre , le Dimanche
de cette annéese trouvera
marqué par la lettre F.& ainfitoujours
de même , ce qui se pratique
dans les années communes,mais non
dans les années Biſſextiles, dans lefquelles
il y a deux lettres Domini.
cales de même parordre retrograde,
dont la premiere ſert à marquer les
Dimanches de l'année Biſſextile ,
depuis le premier jour de Janvier
116 MERCVRE
jusqu'au 23. jour de Fevrier , & la
Secondefert depuis le 24.de Fevrier
jusqu'à la fin de l'année, àcause du
jour aiouflé dans cette année Bif
Sextile qui vient de quatre ans en
quatre ans composé de quatre fois fix
beures que l'on tient communement,
que le Soleil a de plus dans fon cours
annuel parde là les trois cens foixante
& cing jours dont il est com.
posé. Ce iour composé de ces quaire
fois fix heures a esté estably par
Jules Cefar Empereur,dans un Ca
lendrier qu'il fit faire defon temps,
nomméle Calendrier lulien.
Pour trouver la lettre Dominica.
lede chaque année , il faut sça.
voir auparavant queljour delaſemaine
a esté le premier jour de
l'année. Cepremier jour se trouve
en diviſant enquatre le nombre de
L'année qui precede celle qu'on se
J
GALANT. 117
propose, puis en ioignant ce quart au
total du nombre de cette année precedente
, & finalement en parta
geant en fept ces deux nombres en-
Semble, & ce qui viendra apres cet.
te diviſion faite , marquera le jour
de lasemaine qui aura été le premier
iour de l'année,car s'ilreſteun,
ce premier iour sera le Dimanche
qui est la première Ferie , s'il reste
deux, ce sera le Lundy , & ainsi de
fuitede la même forte. Que s'ilne
reſte rien, ce premier jour de l'année
aura estéle Samedy , ce quise pratique
ainſi dans les années quifont
avant la reformation du Calendrier
, car dans celles qui font
depuis cette reforme , avant que de
partager enfeptces deux Nombres
cy- deſſus , il en faut retrancher
dix à cause des dix jours retran
chez dans l'année de la reforme ,
(
118 MERCURE
Puisce quirestera marquera le jour
delasemaine qui aura estéle premierde
l'année.
Lepremier jour de l'anné eftant
ainfi trouvé , il faut voir pour
trouver la lettre Dominicale,si ce
premier jour a esté un Dimanche ,
car la lettre Dominicalefera l'A ,
laquelle est immobile dans le Calendrier
, comme il a déia estédis.
Si le premier jour de l'annéea esté
le Lundy , marqué toniours parla
lettreA , la lettre Dominicale de
cetteannéefera la lettre G. Si le
premier jour est le Mardy, la lettre
Dominicalede cette année lafera
la lettre F , & ainſi de mesme des
autres jours de laſemaine , quiferont
connoiſtre la lettreDominicale
dechaque année.
LePapeGregoire XIII, en l'an
1582. de l'avis des plus faGALANT.
119
meux Astrologues de fon temps ,
ayant reconnu que l'anticipation
qui se fait tous les ans d'onze
minutes & cinquante quatre
Secondes par de-là les trois cens
Soixante & cing iours , dont on a
composé fon cours annuel depuis le
Concile de Nice , avoit produit dix
iours entiers, qui faisoient une erreur
notable dans le Calendrier Romain,
laquelle étoit cauſe que lesoleilétoit
reputé arriver dans l'E
quinoxe , dix jours pluſtost qu'il ne
faisoit , & que sur ce faux fondement
qui fervoit de regle pour la
celebration de la Fête de Pasque &
des autres Fêtes mobiles , on ne les
celebroit plus dans le temps ordonné
parle Concile de Nice;vogant d'ailleurs
que cette erreuraugmentant ,
cauſeroit à l'avenir de bien plus
grands defordres , ordonna poury
120 MERCURE
remedier , qu'on retrancheroit de
cette année 1582. dix jours , ce
qui fui executéen comptant quinze,
le lendemain du quatrième d'Octobre
de cette année , au lieu qu'on ne
devoit compterque cing , &par ce
moyen , la Feſte de Pasque & les
autres Festes mobiles furent remifes
dans leurs faiſons ordinaires , qui
eft ce qu'on nomme la reformation
du Calendrier ; & afin qu'on nefut
pas obligédefaire de temps en temps
des reformations de ces onze minutes
& cinquante quatre secondes ,
qui ne laiſſent pas de ſe faire tous
les ans , il ordonna que dans l'efpace
de quatre cens ans on retrancheroit
un jour au commencement
de quatre fiecles , le premier de
chacun des trois premiers , laquelle
année des trois premiers fiecles ne
fera point Biffextile , comme elle
devroit
GALAN Τ .
121
devroit l'estre à l'ordinaire , Sur
L'observation que ces onze minutes
& cinquante quatre fecondes forment
un jour en cent trente ans ,&
qu'il est plus commode de faire ce
retranchement au commencement
qu'au milieu d'unfiecle , ce qui ne
fera pas tout-à-fait exact , mais
celaſeraſi peu confiderable , que
ces minutes &Secondesneformeront
un jour entier qu'après vingt & un
mille trois cens trente ans.
Pour le Biffexte , c'eſt un jour
quis'ajoute tous les quatre ans aprés
levingt troisième jour de Feurser.
Ce jour est ainſi nommé àcauſe qu'il
a esté estably par Jules Cafar Empereur
, & que les Romains partageoient
leurs mois en Nones , Ides
& Calendes , & ce jour- làqui s'ajouſtoit
au mois de Février , aprés
levingt troisième , estoit le fixié
me jour avant celuy des Calendes
Dec. 1692 F
122
MERCVRE
qui estoit le premier jour de cha
que mois deforte que par leurfupputation
il se trouvoit deux fois
le fixieme avant les Calendes de
Mars ,le mot de Biſſextile eftant
un mot Latin qui veut dire deux
fix. Ce jour Biffextile qui s'ajoute
tous les quatre ans dans le Calendrier
après le 23. de Février , ne
change point l'ordre des Lettresapposées
à tous les jours de l'année ,
car après ce vingt - troisième jour
de Fevrier , qui est marqué dans
le Calendrier par la lettre F. au
tour qu'on aiouſte , ensuiteon appo-
Se encore la mesme lettre F , ce qui
ne trouble point l'ordre des lettres ,
qui par ce moyen demeurent immobites
dans le Calendrier Romain.
Voicy àl'égard de l'année 1692.
la pratique de tout ce qui vient
d'estre dit. La nouvelle Lune de
GALANT.
123
cette année 1692. s'est trouvéc
par laseconde maniere expliquée
cy-deßus , qui est la plus certaine
par l'observation qu'on a faite
dans le Calendrier Gregorien , que
la xii. Epacte qui est celle de cette
année, est apposée au 19. iour de
Janvier ; en Fevrier au 17. iour ;
en Mars au 19. qui a marqué la
nouvelle Lune cejour-là,& fon quatorziéme
qui est venu le premier
d' Avril, marqué dansle Calendrier
par la lettre A , a obligé d'aller
jusqu'aufixième de ce même mois .
pour trouver la lettre F , qui estoit
la premiere lettre Dominicale de
cette année , y ayant la lettre E
jointe avec elle, d'autant que cette
année est Biſſextile,&par ce moyen
lefixiéme jour d' Avrila esté le jour
dePaſque de cette année 1692.laquelle
lettre Fafervy depuis le 1.
Janvier jusqu'au 23. Fourier ,&
F2
124
MERCVRE
la lettre E depuis ce jour-là 23 .
jusqu'au dernier de Decembre.
L'Epacte de cette années'est trouvée
de la forte , qui est , qu'ayant
multiplié par onze le Nombre d'Or
de cette année, lequel eſt 2.il en est
venu 22.Secondement ayant divisé
par quatre les feize fiecles qui se
font écoulez depuis la Naiſſance de
Nostre Seigneur jusqu'en cette année
1692. il est venu quatre au
quotient. Troiſiemement, ayant ofté
ces quatre du nombre de feize , qui
est celuy de ces feize fiecles , il reste
douze, desquels on a osté deux encore
de plus, reste dix, Quatriememet,
ayant ofté ce nombre de dix des
vingt - deux cy- deſſus , il est resté
douze , qui est l'Epacte de cette
année 1692.
Le Nombre d'Or de cette année
s'est trouvé en partageant lenombre
de l'annéeſuivante lequelest 1693
GALANT.
125
en 19. La diviſion faite, ila resté
deux qui est le Nombre d'Or de د
cette année.
La lettre Dominicale de cette année
s'est trouvée de la forte. Apres
avoir ſceu que le premier jour de
cette année est un Mardy, comme à
ce premier jour de l'année est apposée
la lettre A , qui est immuable
dans le Calendrier ,le Mercredy a
esté marqué par la lettre Bole Jeudy
par le C , le Vendredy par le D ,
le Samedy par l'E , & le Dimanche
s'est trouvé marqué par la lettre F ,
qui a esté l'une des lettres Dominicalesde
cette annéeBiſſextile , avec
la lettre E, laquelle lettre Faferwy
depuis le premier Janvier jus.
qu'au 23.Février,& la lettre E de.
puis le 23. Fevrier jusqu'à la fin de
l'année; & cepremier jour de l'années'est
trouvé ainsi , en partageant
enquatre l'annéeprecedente 1691.
F3
126 MERCVRE
qui a monté au nombre de 4.22. lefquels
ayant esté joints àceluy de
l'année 1691. ont fait 2113. defquels
oftant dix , à cause que cette
année est depuis la reforme , il est
resté 2103. lesquels pariagez en
Sept, il s'est trouvé trois de reſte
après cette diviſion , & ces trois
marquentle Mardy de la troisième
Ferie.
On a tous les jours occafion
de parler de la Bataille de
Steinkerke , & cela n'arrive
jamais qu'en faifant l'élogede
fen M. le Prince de Turenne ,
dont la valeur s'y eſt diſtinguée
avec éclat , on ne donne en
meſme temps des larmes à ſa
mort. La Ville de Tournon qui
avoit fait paroiſtre tant de joye
dans fon mariage , par le plaifir
qu'elle ſe faiſoit de ce que fon
alliance avec la Maiſon de VanGALANT.
127
tadour , ſes anciens Seigneurs ,
la ſouſmettoit à la Maiſon de
Boüillon , n'a pû voir ſans une
extrême douleur , que cette
felicité ait ſi peu duré pour
elle.C'eſt un avantage dont elle
avoit déja joüy il y a plus d'un
Siecle , lors que Juſt Henry de
Tournon , Comte de Roffillon
s'allia avec Claude de Turenne
. Les armes de ces deux illuftres
& anciennes Maiſons ,
font en divers Monumens qui
font les ornemens de Tournon,
où la pieté de cette Dame l'engagea
à faire baſtir des Eglifes
& des Chapelles , en forte que
fa memoire ſera long temps
confervée par les infcriptions
qui s'y liſent ſur quantité de
Tables de Marbre . M.le Prince
de Turenne rempliſſoit l'eſperance
de la meſme Ville , eftant
F4
128 MERCVRE
regardé comme le digne Succeffeur
d'une Ayeule , fi confiderable
par ſa Naiſſance & par
ſes Vertus , & fa mort arrivée
dans le combat du 3 d'Aouſt
dernier , a changé en Pompes
funebres les réjouiſſances qu'-
elle avoit faites quelques mois
auparavant , dans le temps qu'il
épouſa Mademoiselle de Vantadour
. Les Peres Carmes fondez
par la Maiſon de Tournon ,
& depofitaires des Tombeaux
de ces Seigneurs , commencerent
par un Service folemnel ,
dans la Chapelle que Claude dé
Turenne , Comteſſe de Tournon
, a fait baſtir , & dans laquelle
eſt inhumée toute la Famille
des Tournon , à preſent
éteinte . Cette Chapelle eſtoit
toute tenduë de noir avec des
lez de velours ſemez des ArGALANT.
129
mes de feu M. le Prince de Turenne
, & une Repreſentation
au milieu , éclairée d'une infinité
de Flambeaux &de Cierges
chargez d'Ecuſſons. La
meſme Ceremonie ſe fit quelques
jours aprés dans l'Egliſe
des Jeſuites au College de
Tournon , baſty par le Cardinal
de ce meſme Nom , dont la
memoireſera éternelle , ayant
eſté Grand Camerlingue ſous
trois Papes , & Miniſtre d'Eſtat
fous trois Rois de France. Tous
les autres Ordres Religieux
firent tour à tour les mefmes
Prieres , & l'EgliſeCollegiale ,
nommée Saint Julien , en fit la
clôture avecune pompeoùrien
ne fut épargné , ſoit pour les
lumieres &la tenture , ſoit pour
la beauté du Mausolée. L'Offcefut
interrompu au milieu de
FS
130
MERCURE
la Meſſe , par l'Oraiſon funebre
que prononça le Pere Troupet
Jeſuite . Il prit pour texte , con-
Lommatus in brevi , explevit tema
pora multa. Sa premiere partie
eut pour ſujet les larmes que
verſoient les Habitans de Tournon
pour la perte de M. le Prince
de Turenne. Il fit voir fon
courage , ſa valeur & fa generoſité
dans ſes premieres Campagnes
d'Hongrie,chez les Venitiens
contre le Turc , & en
Francejuſques à ſa fin , ce qu'il
peignit avec une éloquence
admirable.Sa ſeconde partie fut
fur fon éducation , ſon merite
& fon eſprit qui l'auroient conduit
au plus haut point de la
gloire , & il conclut en faiſant
voir vivement le peu que font:
les choſes du monde , qui femblent
promettretout , & feter
GALANT.
131
minent dans le neant. Le Service
fut continué avec les encenfemens,&
tous les honneurs
que l'Egliſe rend aux perſonnes
de cette Naiſſance dans de
ſemblables ceremonies . Les
Magiſtrats & Officiers de Tour.
non y aſſiſterent tous en deüil ,
& jetterent de l'Ean Benite ,
& les Dames auſſi en deüil allerent
à l'Offrande à la maniere
ancienne du Pays , offrant un
Cierge , du Pain& du Vin. Le
Mauſolée qui attira les regards
d'une infinité de curieux , eſtoit
du deſſein de M. Sevin , que fon
meritea fait appeller de Paris ,
pour eſtre premier Peintre de
la Ville de Lyon , où il a répondu
fort avantageuſement à l'attente
qu'on avoit de luy..Le
deſſein qu'il fit il y a quelques
années pour la Theſe de M. le
F6
132
MERCURE
Prince de Turenne , luy acquit
une fort grande reputation .
Aufſfi n'eſtoit ce pas une Theſe
àl'ordinaire , puis qu'elle contenoit
un Volume remply de
deffeins.
"
Vous ferez ſurpriſe quand je
vous diray que je vous envoye
des Cornes gravées . Ce font
cependant des Cornes réelles
& qui font venuës ſur la teſte:
d'une Femme.. Si ce que je dis.
ne vous ſemble pas croyable ,
une infinité de Phenomenes ,
qui paroiffent tous les jours en.
quelque endroit de la terre ,
font des preuves convaincantes,
que la Nature ſe jouë en beaucoup
de choſes. Voicy le fait..
Une Femme de foixante & dix .
à foixante & douze ans , mais .
d'unbon temperament pour fon
âge , ayant eu depuis deux ans .
-
Veve par de
Vhdpeoeairirsę
etdanssaSituationNaturelledans estant deta :
chee .
LYON
GALANT.
133
,
&
une loupe en la partie laterale
fuperieure & pofterieure de la
teſte , on la luy ôta ; mais il y
reſta quelque ouverture
l'humeur qui avoit accoutumé
d'y aborder y venant toujours
un peu , & s'y deſſechant , &
endurciſſant , forma a la fin un.
corps , que cette Femme ſentit
croiſtre , & qui ſe figura comme
une veritable Corne ,de forte
que s'en trouvant fort incom.
modée , parce qu'elle ne pouvoit
mettre nybonnet , ny coëffefans
de fort grandes douleurs,
elle refolut de ſe faire ôter cette
✓ forte d'excrefcence . On l'a cernée
avec la pointe d'un Biſtoury
juſqu'au crane , & en voicy
la figure grande comme le petit
doigt , & tournée en ſpirale ,
avec du poil friſoté allentour , &
à labaſe , comme il y en avoir,
134
MERCURE
Elle avoit toujours cru petit à
petit juſqu'à cette grandeur , &
vraye figure de corne , & l'on
ne doute point qu'elle n'euſt
continué , &qu'elle ne fuſt parvenuë
enfin juſqu'à la grandeur
de la corne d'un Belier. Ce Memoire
ne doit pas eſtre ſuſpect ,
puis qu'ila eſté envoyé deBreſt
parun tres-habile homme , Chirurgien
Juré àParis , & Chirurgien
de la Marine , appellé M.
Vivien.
Encore un Ouvrage de Cydippe.
Ce nom employé dans
d'autres que vous avez eſtimez ,
vous fait connoiſtre que celuycy
part de la meſme Plume , &
qu'il a par conſequent les mêmes
beautez ..
GALANT . 135
**********
EGLOGUE..
Credippe , vous partez , vous
quittez ce ſetour ,
Etvous ne me laiſſez qu'un violent
amour
Pour m'occuper de vostre absence;
Cydippe, laissez - m'en , s'ilse peut,
un plus fort ,
Mais s'il merite un heureux fort,
Emportez moins d'indifference .
Que fairefans amour aux fortunez
clinsats,
Que vont embellir vos appas?
Comment pouvoir fans tendreſſe
Y trouver la fin d'un jour ?
Mais touty reconnoistle pouvoirde
l'Amour ,
Tout vous en parlera fans ceffe..
136 MERCURE
Vous verrez enyuvezdes plaisirs les
plus doux
Milleheureux Bergers aux genoux
De mille Bergeres contentes.
Sur leurs Hautbois vous n'entendrez
vanter
Que les transports de leurs ardeurs
constantes ,
C'est tout ce qu'ils sçavent chanter.
Les Oiseauxsous d'épais feüillages
Ne vous expliqueront,par leurstendres
ramages ,
Que les douceurs de leurs amours.
Les Echos au fond des boccages
Nevous repeteront que d'amoureux
discours.
Si la fraiſcheur d'un Bois , l'émail
d'une pranie ,
Vous force à rêver fans fuiet
L'Amour à vostre rêverie
GALANT. 137
Offrira bien - 10ſt un obiet.
Il vous fera fans violence
Succomber aux attraits d'une douce
langueur ;
Il redoublera lefilence
Pour mieux parler à voſtre coeur.
Il vous ... Mais,aimable Bergere,
Outendent ces avis imprudens, indifcrets
?
Instruite de ce qu'ilfçait faire ,
Vous ne laiſſerez plus de priſe àtous
fes traits.
Iem'alarmetrop tost . Sousson bizarre
Empire
Les efforts,&les soins nesçauroient
faire aimer ;
Et bien souvent auſſi, qui craint de
s'enflamer ,
Avec tous ses efforts,avecſes ſoins,
Loupire.
138 MERCURE
On ne ceffe pas d'aimer
quand on veut,& quelque peu
de correſpondance qu'on trouve
dans ſa paſſion , il eſt quelquefois
mal aisé de s'en défaire.
Vous le connoiſtrez en
liſant ces autres Vers .
ELEGIE.
L'Amour que j'eus pourvous dans
le temps que vos charmes
Donnoient aux jeunes coeurs de fi
tendres alarmes
Cet amour, dont avec unpeu d'attention,
Vous auriezfait , Iris , ma grande
paſſion ,
Dans la douleur de voirſa flame
negligée ,
De voir a tant de ſoins vôtre ame
Partagée,
GALANT. 139
Si foibles, fi honteux ,si peu dignes
de vous ,
Atoûjours triomphe de mondepit
ialoux.
Tous les engagemens que mon coeur
àpûfaire ,
Votre air coquet,enfin,ſipropreà me
déplaire ,
Tant & tant deraiſons de ne vous
aimer plus ,
Ont fait, pour meguerir, des efforts
Superflus .
Jevous aimay toûtours lorsque j'en
aimois d'autres ,
Atravers leurs appasj'entrevoyois
les vôtres.
Matendreſſepourvous,comme dans
un lointain ,
Demon coeur amoureux me montroit
le destin.
Quelquefois en secret resvant fur
voſtre histoire ;
Si l'ingrate m'aimoit elle auroit plus
de gloire ,
140
MERCURE
Et l'hommage discret d'un coeur
comme le mien,
S'il estoit accepté,feroit honneurau
fien,
Diſois -ie ; elle s'amuseàd'indignes
conquestes ,
Avec que tant d'esprit , elle aime
tant de bestes .
Mais quel ufage,helasiest ce qu'elle
pretend
Qu'on croira qu'ellefait,de tout ce
qu'elle prend ?
Sipar beaucoup d'esprit on la voyoit
charmée
Elle aime par l'endroit qu'elle doit
estre aimée,
Diroit-on , &fon coeurdans cet engagement
,
Pour charmerſon esprit , s'engage
innocemment.
Mais en ne prenantpoint une route
fibelle,
Vostre gloire areceu la bleſſure morselle,
GALANT.
141
Etplongée à la fin dans un trifte
embarras
Vous en estesfortie avec trop defracas.
Enfecret j'ayſuivy toutesvos avantures
;
iniures .
Enfecret, i'ay gemy de toutes vos
Enchantéqueieſuis i'auroisdebonnefoy
Voulu que tous les coups cuffentporté
Surmoy.
Un autre de cet air dont vous rompezvos
chaines ,
S'éloigneroit de vous, & tirroit de
vospeines ;
Maisiereviens, Iris , &mafidelité
Vous offre un tendre coeur que rien
n'arebutè.
Ie reviens, avoüant mesme que ma
tendresse
Adeclarer ſes ſoins depuis longtemps
mepreffé.
142
MERCURE
Si l'âge m'a ravy l'espoir de vous
charmer,
En ay- ie moins un coeur fermé pour
vous aimer ,
Et lors que l'obeis au deftin qui
m'engage,
En devez-vous moins plaindre un li
tendre esclavage.
Au defaut d'agremenspour attirer
vosyeux ,
Cecoeurquivous adore eft encorprecicux.
Quandon aime beaucoup on eft toujours
aimable ,
On est en droit d'attendre un retour
équitable ,
Et ce retour , Iris differési longtemps
Nouspeutencordonnerd'aſſezheureux
momens.
Sur nos longues erreurs , la douleur
denos ames
Pour nous dédommager redoublera
nosflames.
GALANT.
143
Cet amour , de nos coeurs l'unique
paſſion ,
Feradenos esprits toute l'attention.
Ainfi pour retablir nos foibles destinées
Nos jours feront des mois , & nos
moisdes années.
Je ne compteray point,en recevant
VOS Voeux ,
Tout ce quel'ayperdu par tant d'ins
dignes feux.
Tout contente un Amant (i fidelle ,
fitendres (oendre,
De vôtre coeur brûlé ie revere la
Et de l'air , mon Iris , dont ievoeux
vous aimer ;
j
Vous vous appercevrez que ie puis
l'enflamer.
Comme un ſage Pilote , aprés de
grands naufrages ,
Fait voguerfon Vaiſſeaufans crainte
des orages ,
Affranchis , vous &moy, des trom
peuſes amours
144
MERCVRE
Quinous ont emportéles plus beaux
de nos jours ,
Si vous voulicz, Iris , répondre à
matendresse,
Nousgoûterions enſemble un amour
fansfoibleffe.
De nos deux coeurs unis laſage liai-
Son
Des Soins de cet amour chargeroit
laraiſon.
Content du feul plaisir de vivre
l'un pour l'autre ,
Fetrouverois le mienenrecherchant
levoftre.
De millepetitfoins le commercedif
Roulant innocemment sur la foy du
cret
Secret,
Sans nous inquieter , ſans troubler
nos affaires ,
Denos coeurs attendris regleroit les
misteres.
Sans nous parler , nos yeux , fidelles
truchemens,
En
GALAN Τ .
145
En chiffres amoureux peindroient
nossentimens ,
Puis , lors qu'en liberté nouspourrions
testeàteste
Regler de nos defirs l'intelligence
honneste ,
De ce que nos regards auroient mal
entendu ,
Le compte mutuel feroit bientôt
rendu .
La fureur des Ialoux ,fi fine , fi
traiſtreſſe .
S'éleveroit envain contrenostretendreffc.
delles voeux ,
L'Amour content de nous , de nosfi-
Nous donneroit toujours des aziles
contreux ;
Et nos plaisirs , Iris , dans cesheureux
aziles ,
N'enseroient que plus doux , moins
ils feroient faciles.
Làtoujours l'un de l'autre,&charmez&
contens ,
Dec. 1692 . G
146
MERCURE
Nousn'aurionsny chagrins,ny transports
éclatans.
La mort mesme éteindroit les
ardeurs de nos flames ,
Sans avoir le pouvoir de defunir nos
ames.
Mais où m'emportez vous , vaines
illufions ?
Iris ne connoiſt point ces nobles paffions.
D'unefouled' Amans indiſcrets adorée
,
Sur leurs folles ardeurselles'est me-
Surée ,
Et de l'air dont son coeur s'en est
entretenu ,
Lemienſera pour elle un pays inconnu
.
Si je nepuis , Iris , dans l'ardeur qui
m'enflame ,
Donner une autre route au panchant
de vostre ame ,
Mépriſez ce retour qui me livre à
vosfers,
GALANT .
147
I'aime millefois mieux les mauxque
j'ay foufferts.
Si d'unfort inhumain j'endure l'injustice
,
Feverray vos erreursfans en estre
complice.
l'ay creu qu'Iris feroit le bonheurde
mes jours ,
Elle estoit cependant l'écueil de mes
AMOUYS ,
Diray-je , &puis querien ne changela
volage ,
Matendreſſe avec elle alloit faire
naufrage.
Dans un douteſi juste&fi triste à
lafois
Qu'on a de peine àfaire un raiſons
nable choix?
Mais mon amour en vain delibere
raisonne.
Je l'entrevois ce coeur, Iris , quim'a
bandonne.
L'affaire est décidée , & mon tendreretour
G 2
148
MERCURE
N'aura pas lepouvoir de fixer vôtre
amour.
Silence pour jamais, trompeusesympatie
,
Tune fers qu'à troubler le repos de
mavie.
Je fatisfais avec joye à la
priere que vous me faites de la
part des Curieux de voſtre Province,
de vous mander quelles
font les marchandises Orien .
tales arrivées en Hollande. En
voicy un Eftat general .
1 Poivre. 9000. balles .
Poivre blanc, 45000.livres.
Salpeſtre.
2100000.liv .
Canelle. 375000.liv.
Noix confites..
Gingenbre confit .
Cloux de Girofle confits .
Cloux matrice.
Cuivre & Eſtain .
シ
GALANT.
149
Platte - bois d'ébene de Maurice.
Bois d'Ebene de la Coſte.800 .
pf.
Bois de Sappan .
Bois de Calenbour .
Indigo.
Pelangs de tonequin.15000.pf.
Pelangs de la China .
Soye de Perſe, de Bengale , &
dela China.
Fil de floret & de coton .
Laine de Kierman.
Sang de Dragon.
Cardamom, Benjoin ,& Borax .
Sel Armoniacque.
Aloës & Camphre.
Racine de la China.
Poivre long, Thé ,& Chits .
Caliga & Cauvva .
Cire à cacheter,
Muſc de Tonquin,
Cauris . 80000.liv
G3
150
MERCVRE
Nids d'Oiseaux & toiles de
Cotton.
Armofins & eſtoffes de Soye.
Robes de chambre de ſoye da
Japon,
Suivant la réſolution priſe
dans l'Aſſemblée des XVII. par
les Directeurs de la Compagnie
des Indes , ces marchandises ont
dû eſtre venduës en Public en
divers lieux, ſçavoir à Amſterdam
le 24. du mois paſſe ; en
Zelande le 3.de ce mois;à Delf
le 9. à Roterdam le 10.à Horn
le 15. & à Enckhuyſen le 16.
Comme on ne vient que d'en
faire la vente en gros, ceux qui
en voudront avoir en détail
ont encore le temps de faire
leurs diligences pours'en fournir.
Je ne dois pas oublier d'ajoûter
icy qu'on a averty, que ſi
le Navire , la Licorne qui a
GALANT . ISI
1
eſté obligé par le mauvais tems
de relâcher en Angleterre ,
n'eſtoit pas arrivé avant le jour
de la vente dans la chambre
d'Amſterdam , on n'en vendroit
Ics marchandiſfes que dans le
Printemps.
M. le Comte de Clermont
Lodeſve eſt mort depuis un
mois dans ſon Château de Caſtelnau
. Il eſtoit Frere de M.le
Marquis de Seſſac , ey devant
Maistre de la Garderobe du
Roy , qui herite confiderablement
par cette mort.
On a auſſi eu avis de celle de
M. Hevin , Ancien Avocat du
Parlement de Bretagne, & Ancien
Sindic de la Communauté
des Bourgeois & Echevins de
la Ville de Rennes . C'eſtoit un
homme d'une profonde érudition
, & qui excelloit en toutes
G4
152
MERCURE
fortes de Sciences , & particulierement
en Droit, qu'il poffedoit
entierement , le ſçachant
meſme par l'Hiſtoire. La haute
eſtime qu'on avoit pour luy a
paru par l'affluence du monde
qui a aſſiſté à ſon inhumation
où l'on peut dire que prefque
toute la Ville s'eſt trouvée.
On est heureux de ſervir des
Princes qui font non-ſeulemet
ſouvent en eſtat de faire du
bien, mais qui aiment à en faire
, & qui connoiſſantle vray
merite, n'attendentjamais long.
temps à recompenfer ceux où il
ſe trouve.Vous ſçavez de quelle
maniere M. Lecoffois ſe diſtingua
l'Eſté dernier en Allemagne
, & le Siege qu'il ſoutint
dans une Egliſe contre un afſfez
grand nombre d'Ennemis , pour
emporter une bonne Place d'afGALANT.
153
ſaut . Le Royjugeant parlàde ce
qu'il ſeroit capable de faire das
une meilleure occafion , luy a
donné le Gouvernement de la
Citadelle de Dunkerque.
:
M. d'Iberville , commandant
une Fregate du Roy , a écrit de
Quebec la Lettre ſuivante , par
laquelle vous apprendrez que
les Baſtimens de Sa Majefté
donnent partout chaſſe à ceux
des Ennemis , & que dans les
lieux les plus éloignez , ils s'en
rendent Maiſtres avec autant
de fuperiorité que dans nos
Mers.
A Quebec le 23.Sept. 1692 .
Nvenant , j'ay fait deux Pri-
Efes à cent cinquante lieuës de
France , sçavoir , d'une Flute Epa.
gnole de deux cens tonneaux,char-
GS
154
MERCVRE
gée de quatre-vingt tonneaux de
fel&quelques fucres brutes , &
d'une Fregate de Hollande auſſi de
cent cinquante tonneaux , chargée
de vin d'Espagne , de feize Canons
& huit pierriers,&de trente hommes.
La Flute ne valant rien, je l'ag
renvoyée , & amené la Fregate à
Quebec. A cent lieuës de là j'en
trouvay une Irlandofe de quarante
tonneaux , chargée de boeufs &ha .
rans que je dechargeay dans les
Vaiſſeaux de la Flotte & la brûlay ,
&àcent autres lieues du Banc une
Angloise de cinquante tonneaux ,
chargée defel allant àTerre-Neuve,
queje garday deux jours , ne pou
vant la decharger àcause du mauvais
temps , elle m'échappa ta nuit
degros temps , après luy avoir envoyéma
Chaloupe deux fois. Les
vents nous ont estéſi contraires que
nous n'avonspûgagner le Banc que
GALANT . 155
le 8. Juillet parle travers de Plai-
Sance. Le Neptune demaſta defon
Mast d'avant ; je le remorquay jusques
à Gaspé aprés l'avoir remaſté
d'un Mast de Hune. Le 28. Aoust
à force de Louvoyer , nous avons
gagnéle Cañoy où nous monillâmes
tous pour y faire de l'eau & dubois
L'en fis repartir le lendemain tous
les Navires avec Bonnavanture ,
à l'excepcion de la Sainte Anne que
je fis partir de là le 30. Aoust,pour
aller droit au Nord , où M. de la
Fertéme joignit dans le Saint François
, de cinquante tonneaux , allant
au Nord , n'attendant plus de
Secours de France. le le mis fur la
SainteAnne , &son équipage , &
ramenay le faint François à Quebec.
LaSainte Anne doit allerdroit
àla Rochelle. Ie part pour m'en
aller à l'Acadie. On nous donne
trente hommes à chacun , à Bon
G6
156 MERCURE
naventure &àmoy , & nous devons
prendre à Pincagouer cent à
cent cinquante hommes , chaque
Sauvage , pour aller faire defcente
vers Baston & les Coftes de Mannat.
Si nous avons beau temps ,j'efpereleur
rendre au centuple ce qu'ils
nous ont voulu faire icy .
Ily a déja quelques mois que
je vous ay parlé de la mort de
M. le Marquisde Saint André
premier Preſident de Grenoble
Sa Majesté vient de nommer
M. Pucelle , Conſeiller de la
Cour , pour remplir cette place
avec la qualité de Lieutenant
de Roy de la Province , qu'ont
euëles deux derniers premiers
Preſidens de Dauphiné. Le
nomde Pucelle eſt fameux dans
le Parlement de Paris , & par
toute la France , & jamais perfonne
n'y a plus brillé par une
GALANT. 157
grande éloquence & une profonde
étudition , que le Pere
de M. Pucelle qui vient d'eſtre
élevé à la Charge de premier
Preſident de Dauphine . Il eſt
Fils d'une Soeur de M. de Catinat
, Lieutenant General des
Armées du Roy , qui s'eſt diſtingné
par beaucoup de valeur,
de prudence & de conduite , en
commandantles Troupes de Sa
Majesté en Italie , où il a demeuré
pluſieurs années fans
venir à la Cour. Il y eſt arrivé
depuis quinze jours , pour con .
ferer fur les affaires de ce Payslà
Le Roy luy a fait un accueil
qui répond aux ſervices de ce
General , & aux manieres toites
charmantes de ce Monarque
lors qu'il reçoit des Perſonnes
diftinguées .
M. d'Imbercour , Confeiller
158
MERCURE
au Parlement de Paris , Fils de
M. Laugeois , & Frere de Madame
la Comteſſe de Tourville,
aépousé Mademoiſelle Croiſet
depuis peu de jours . Elle eſt
Fille de M. Croiſet , Preſident
en laQuatrième des Enqueſtes ,
& Niece de Madame de Pontchartrain
, à la mode de Bretagne
. On ne peut connoiſtre
M. le Preſident Croiſet ſans
l'eſtimer puis que l'on découvre
en luy toutes les qualitez
d'un parfaitement honneſte
homme M. Laugeois s'eſt auſſi
acquis l'eſtime de tout ce qu'il
y a d'honneſtes gens , & ce mariage
eſtant tres-bien aſſorty ,
on ne peut douter que les fuites
n'en ſoient tres-heureuſes .
Le Traité de la Transpiration
des humeurs , qui font les
cauſes des Maladies , a eſté ſi
GALANT. 199 J
bien receu du Public , que ce
ſuccés a engagé M. Cufac ,
qui en eſt l'Auteur , à faire imprimer
un Livre nouveau, intitulé
, Reflexions fur la Theorie &
la Pratique d'Hippocrate&de Ga
lien , avec la Methode de guerir les
Malades, par les voyes de la transpiration&
de l'évacuation. Cet
Ouvrage ne peut qu'eſtre d'une
grande utilité, puis qu'il renferme
l'origine & les diſgraces des
Medecins de l'Europe , les raifons
qu'on a euës dans tous les
temps , de ſe plaindre de leur
conduite , tirées des évidentes.
contradictions de ces Auteurs ,
l'eſſentiel des Aphorifmes de
Sanctorius,Docteur de Padouë,
fur l'excellence de la tranſpiration,
le moyen d'arrêter l'ebullition
du fang , de le rafraiſchir
&de le purifier fans le tirer des
160 MERCURE
veines , & de guerir promptement
& facilement les maux,en
conſervant la chaleur & les forces
aux Malades.Tous ces effets.
ſont d'autant plus à admirer
qu'ils font produits par ce que
l'on peut imaginer de plus innocent
& de plus conforme aux
beſoins de la nature , puiſque la
Caffe pour l'interieur , & l'Efprit
de vin composé pour l'exterieur
font les principaux remedes
qu'on employe pour calmer
la violente agitation de ce
ſang , pour le rafraichir , &
pour le purifier ſans le fecours
de la faignée.L'Auteur eft perſuadé
que ſi ceux qui prétendent
que fans ce fecours on ne
peut guerir les fiévres , la pleu ,
refie , la fluxion ſur la poitrine ,
la ſquinancie , la perte du ſang ,
& antres grands maux, veulent
GALANT. 161
s'inſtruire à fond ſur les avantages
qui reviennent de la Traf
piration, procurée, non pas par
les bains , les étuves & les Sudorifiques
, mais par un remede
externe qui ouvre en un inſtant
les pores des parties qui en font
fomentées, ils prefereront cette
tranſpiration à la ſaignée , veu
que par fon moyen la nature rafraiſchit
ſon ſang & fes eſprits ,
& les purifie ſans les tirer des
veines , ce qu'elle ne peut faire
par la ſaignée, la chaleur natu
relle , qui eſt le principe de la
vie , fortant avec le fang & les
eſprits qui en ſont le ſouſtien .
Cela eſt ſi vray, dit- il,que comme
on foulage quelquefois les
Malades en tirant peu de ſang ,
parce qu'il ne diſſipe que peu de
chaleur & d'eſprits , on les tuë
auffi en tirantbeaucoup de ſang,
162 MERCVRE
ג
parce qu'il ſe fait pour lors une
tres -grande diffipation de cette
chaleur & de ces eſprits. Ce
Livre ſe vend chez l'Auteur
ruë de la Verrerie , joignant un
Fayancier , prés les Confuls, &
chez le Sr Brunet , Libraire ,
Galerie neuve du Palais. M.
Thier , Docteur Medecin , qui
en a donné l'Approbation , af.
ſeure qu'aprés avoir leu & examiné
pluſieurs fois avec beaucoup
d'application ces Reflexions
ſur la Theorie & la Pra.
tique d'Hippocrate & de Galien,
qu'il atrouvées toutes pleines
de force & de lumiere,elles
l'ont fi fortement convaincu fur
l'évidence des contradictions de
ces Auteurs , qui ſont la ſourcedes
erreurs de la Medecine,que
ne pouvant douter des grands
avantages que l'Auteur démonGALANT.
163
ſtre manifeſtement qui reviennent
de la tranſpiration , qu'il
procure aux Malades par l'uſage
de fon Eſprit compoſé , il a crû
eftre obligé aprés les expériences
qu'il en a veuës , de donner
ſon Approbation pour ſervir à
l'utilité du Public.
Le 11.de ce mois la Cour prit
le deüil pour la mort de Madame
la Ducheſſe de Guastalla.Elle
s'appelloit Marguerite d'Eſt
de Modene,& avoitépousé Ferdinand
de Gonzague III . du
nom, Prince de Guaſtalla , dont
elle eut Iſabelle de Gonzague ,
qui en 1670 épouſa Ferdinand
Charles de Gonzague , Ducde
Mantouë & deMontferrat. Ainfi
elle estoit Mere de Madame la
Ducheſſe de Mantouë. Vous
ſçavez combien la Maiſon de
Gonzague a efté de tout temps'
A.
164 MERCVRE
feconde en grands Capitaines.
Frederic de Gonzague I I. du
nom , Duc de Mantouë & de
Montferrat , laiſſa François de
Gonzague , mort ſans Enfans ,
Guillaume qui devint Duc de
Mantouë par la mort de fon
Ainé , & Loüis de Gonzague ,
Duc de Nevers & de Rhetelois.
Guillaume , Duc de Mantouë,
laiſſad'Eleonor d'Auſtriche, Fille
puiſnée de l'Empereur Ferdinand
I. Vincent deGonzague
I. du nom , Duc de Mantouë &
de Montferrat , qui d'Eleonor
de Medicis , Soeur de la Reine
Marie de Medicis , ſa ſeconde
Femme eut François , Ferdinand
, & Vincent II. François
de Gonzague , Duc de Mantoue
, épouſa en 1608. Marguerite
de Savoye , Fille ainée de
Charles Emanuel , Duc de SaGALANT
. 1650
و
voye , & de Catherine Michelle
d'Auſtriche dont fortirent
Loüis , mort en bas âge , & Marie
, Princeſſe de Mantouë. Il
mourut quatre ans aprés l'avoir
épousée . Ferdinand de Gonzague
, fon Frere , ſecond Fils de
Vincent I. prit d'abord la Tutelle
de la princeſſe Marie ſa Niece,
ce qui allumala guerre avec
la Savoye , & mouruten 1626.
Duc de Mantouë fans pofterité
Vincent de Gonzague II. du
nom , troiſième Fils de Vincent
I.fucceda à fon Frere Ferdinand.
Il eſtoit valetudinaire , & quoy
qu'il euſt pourſuivy d'abord la
diffolution de fon mariage avec
la Princeſſe de Bozzolo , qui eftoit
hors d'âge d'avoir des Enfans
, afin d'épouſer Marie de
Gonzague ſa Niece , Fille de
fon Frere aifné , il confentit à la
166 MERCVRE
marier avec Charles , Duc de
Rhetelois , Fils de Loüis de
Gonzague, Prince de Mantouë,
Duc de Nevers & Rhetelois ,
lequel Loüis de Gonzague eftoit
le troifiéme Fils de Fredericde
Gonzague , mort Duc de
Mantouë en 1540. Le Duc
Vincent mourut en 1627. le
lendemain que le mariage de
Marie ſa Niece eut eftéfait , &
par ſa mort , Charles de Gonzague
, Fils de Loüis de Gonzague
, & de Henriette de Cleves,
Soeur & Heritiere de François
de Cleves II. du nom, Duc
de Nevers & de Rhetelois , tuć
en 1562. le jour de la Bataille
deDreux , le mit en poſſeſſion
des Etats de Mantouë & de
Montferrat . Il eut deCatherine
de Lorraine , Fille aiſnée de
Charles , Duc de Mayenne .
GALANT. 167
Charles de Gonzague - Cleves
II . qui épouſa Marie , Princeſſe
de Mantouë ſa Cousine , & deux
Filles , l'une Louiſe Marie de
Gonzague- Cleves , mariée en
premieres Noces avec Ladiſlas
Sigifmond IV. du nom , Roy
de Pologne , & en ſecondes
avec Jean Caſimir , auſſi Roy de
Pologne fon beau frere , & Anne
de Gonzague Cleves , qui
en 1645. épouſa Edouard de
Baviere , Prince Palatin du Rhin .
Du Mariage de Charles de Gonzague-
Cleves II . morten 1631 .
fortit Charles de Gonzague
III . qui fut fait Duc de Mantouë
& de Montferrat , aprés
la mort de Charles de Gonzague
ſon Ayeul , arrivée en 16 37 .
Il épouſa en 1649. Iſabelle-
Claire d'Auſtriche , Fille de
Leopol , Archiduc d'Inſpruk ,
168 MERCURE
&il en eut Ferdinand Charles
de Gonzague , aujourd'huy Duc
de Mantoue & de Montferrat ,
Gendre de Madame la Duchefſe
de Guaſtalla , qui vient de
mourir & dont il épouſala Fille
au mois de Septembre 1670. Il
y a pluſieurs branches dela Maiſon
de Gonzague. Le Prince de
l'Empire , & de Molfette , en eſt
une . Les autres font les Princes
de Boffolo & de Saint Martin ;
les Princes de Caſtillon dalle
Stivere , les Comtes de Novalore
, les Marquis de Palazolli ,
ceux de Gazolo & Dozolo , les
Marquis de Gonzague , les Barons
de S. Eſtienne , &c .
Jamais on n'a vû une Nation
fi guerriere & fi nombreuſe
en braves gens , que la France.
Quoy que l'envie ait ligué la
plus grande partie de l'Europe
contre elle , elle ne manque ny
de
GALANT. 169
de Soldats , ny d'Officiers , &
quandil s'agit , ou de nouvelles
levées , ou de promotion
d'Officiers de mer , ſi l'on eſt
toujours embaraſſe ſur le grand
nombre de ceux qui ſe preſentent
, on l'eſt encore plus fur
leur merite , reconnu dans le
métier de la guerre. Comme il
eſt impoſſible de les fatisfaire
tous, ceux qui ne ſont pas nommez
pour remplir les poſtes
qu'ils ſouhaitent , ne doivent
pas croire qu'on les en juge in.
capables ; ils doivent ſeulement
ſe plaindre de la quantité de
Braves dont la Cour eſt remplie
, & demeurer perfuadez
qu'ils ne feront pas un jour
moins récompenfez que ceux
qui ont l'avantage d'eſtre les
premiers nommez . On ne ſçauroit
trop louer l'équité qui a re-
Dec. 1692 .
H
170
MERCURE
+
gné dans cette promotion. II
n'y a aucun Capitaine qui ſe
puiſſe plaindre de n'avoir pas
eſté fait Officier General , puis
que les quatre plus anciens ont
eſté faits Chefs d'Eſcadre. Les
Officiers qui ont monté ne doivent
pas ſeulement eſtre ſatisfaits
mais il y a un grand nombrede
ceux qui ſont demeurez
dans leurs poſtes , qui ont tout
ſujet d'eſtre contens , puis
que le Roy , par une bonté genereuſe
,a donné des Penſions
àpluſieurs. Comme les emplois
ne font pas égaux , & que les
ſervices font ſouvent differens ,
ces penfions ne font pas égales ,
aufli ya-t- il par là plus de gens
recompenfez. Vous ne ferez
pas furpriſe de voir M. de Nefmond
à la teſte de la Liſte que
je vous envoye , mis en qualité
GALANT.
171
de Lieutenant General , puis
que vous avez ſouvent entendu
parler de ſes ſervices.
PROMOTION.
DesOfficiersde laMarine.
M. de Neſmond , Lieutenant
General.
Chefs d'Escadres.
- M. le Chevalier d'Infreville
Saint-Aubin.
- M.le Marquis de Cougoulin .
M. du Magnou .
} M. d'Amblimont.
Capitaines.
- M. le Chevalier de Boüillon .
M.le Chevalier d'Armagnac,
- M. le Chevalier de Luynes.
M. le Chevalier de Villacerf.
M. le Marquis de la Ferté.
M. de Moiſette.
4
M. de Caumont.
Ha
172
MERCVRE
M. de la Roche Allard.
M. de Gedoüin .
M.du Val,
M.de Lonchamp Montendre.
M. de Gratian .
M. de Chamillard.
M. Audifredy.
M. de Goeton .
M. de Courbon Saint- Leger.
M. de Cougoulin , Neveu du
Chef d'Eſcadre .
M. du Dreſnet.
M. de Selingue.
M. du Coudray Genier .
M. de Fricambault.
M. Clanleu .
M. du Fruge.
M. de Saint Paul.
M. de Courberon ,
M. Lautier.
M. de Buffy.
M.de Languillete.
M. du Rollon.
GALANT .
173
M. Deschiens .
M. de Burgue.
M. de Bois Joly . 9
En voyant les noms des Perſonnes
de qualité qui font à la
teſte de la Liſte des Capitaines
vous remarquerez fans doute
quetout ce que la France a de
plus élevé par fa naiſſance ,
prend indifferemment party
fur la mer & fur la terre, & qu'il
n'importe à tant d'illuſtres Braves
, où ils combattent , pourveu
qu'ils faſſent paroiſtre leur
zele pour le ſervice du Roy ,
& qu'ils ſe diftinguent par des
actions de valeur dont on trouve
peu d'exemples ailleurs.
Tous les autres Officiers des
Armées Navales du Roy doivent
avoir beaucoup de joye
de ſe voir Camarades de tant
de Braves , d'une Nobleſſe ſi
H 3
174
MERCURE
diftinguée , &qui dans ces emplois
ne peuvent aller plus loin
qu'eux , à moins qu'ils n'ayent
des occafions extraordinaires
de ſe ſignaler , puis que l'ancienneté
fait les Officiers Generaux
, comme l'on peut voir
par la nomination des quatre
plus anciens Capitaines , que
Sa Majesté afaits Chefs d'Eſcadres.
Quoy que le zele que les
François ont toujours eu pour
leurs Souverains , ſemblaſt avoir
augmenté depuis le regne
du Roy, qui a fait tant de chofes
fi glorieuſes & fi avantageufes
à la France , il paroit neantmoins
encore plus granddepuis
la Ligue qu'on a faite contre ce
Monarque. Rien ne leur coute
quand il s'agit de donner de
quoy foutenir les efforts des
GALANT.
175
Ennemis. A peine M. le Comte
de Peyre , Lieutenant General
de Languedoc , eut il fait à
Pezenas l'ouverture des Estats
de la Province , que les Deputez
, d'un confentement unanime
, accorderent à Sa Majesté
un Don gratuit de trois millions
. Enfin , les Princes liguez
ne doivent plus croire qu'ils
ruineront la France avec le ſecours
des François. L'eſprit de
revolte n'y regne point ; la.
pluſpart des nouveaux Convertis
ſont convertis veritablement
, & les Ennemis ont à leur
grand regret , connu leur fidelité
dans la courſe qu'ils ont fai
te àAmbrun.
Ce mot de Ligue me fait fouvenir
de vous faire part d'un
Ouvrage affez plaiſant , qui a
pour titre..
H 4
176 MERCVRE
LA LIGUE DES RATS .
FABLE.
V
Ne Souris craignoit un Chat ,
Qui dès longtemps la guettoit au
paffaze.
Que faire en cet état Elle, prudente
& fage
Consultefon Voisin; c'estoit un maistre
Rat ,
Dont la rateufe Seigneurie
S'estoit logée en bonne Hostellerie ,
Et qui cent fois s'estoit vanté, diton
,
De ne craindrede Chat ou Chare,
Ny coup de dent, ny coup de parr.
Dame Souris , luy dit ce Fanfa .
YON ,
Ma foy, quey queje faſſe ,
Seulje ne puis chafferle Chat qui
vous menace ,
4
GALANT. 177
Mais affemblant tous les Rats d'alentour
,
Je luy pourray joüer d'un mauvais
tour.
La Souris fait une humble reverence,
Et le Rat court en diligence
Al'Office, qu'on nomme autrement
la Dépense ,
Où maints Rats afſſemblez
Faisoient aux frais de l'Hofte une
entierebombance,
Il arrive les fens troublez ,
Et les poumons tout eſſoufle.x
Qu'avez- vous donc, luy dit un de
ces Rats? Parlez .
En deux mots,répond- il, ce quifait
mon voyage ,
C'est qu'il faut promptement fecourir
la sourts ;
Car Raminagrobis
Fait en touslieux un étrange ra
vage...
HS
478 MERCURE
CeChat le plus diable des Chats...
S'il manque de Souris,voudra mangerdes
Rats.
Chacun dit , il est vray. Sus , sus ,
courons aux armes.
Quelques Rates , dit- on, répandirent
des larmes .
N'importe, rien n'arreste unſinoble
projet
Chacunſe met en équipage ;
Chacun metdans son fac un mor
ceau de fromage ,
Chacun promet enfin de risquer le
paquet..
Ils alloient tous comme à la feste
L'esprit content, le coeur joyeux ;
CependantleChat plus fin qu'eux.
Tenoit déia la Souris par la teste.
Ils s'avancerent àgrands pas
Pourfecourir leur bonne Amie ,
Mais le Chat quin'en démordpas,
Gronde , & marche au devant de
la troupe ennemie..
GALANT. 179
:
Ace bruit nos tres-prudensRats
Craignant mauvaiſe deſtinée ,
Font, Jans poufferplus loin leur pretendufracas
,
Uneretraitefortunée ,
Chaque Rat rentre dansson trou,
Etsi quelqu'un en fort,gareencor le
Matou.
Je ſçay que vous vous attendiez
dés le mois paſſé que je
vous entretiendrois de tout ce
qui regarde la priſe de M. le
Duc de Vvirtemberg , & de ce
qui s'eſt paſſe depuis fondépart
de l'Arméejuſques àParis,ainſi
que de la maniere dont il a eſté
receu à la Cour. Tout le monde
en a parle ; toutes les nouvelles
publiques en ont eſté
remplies , mais tout le Public ,
& tous ceux qui ſe ſont meſlez
derapportercequ'ils enavoient
H. 6
180 MERCVRE
appris , n'ont pas dit unmotde
verité. Je ne me ferois peut
eſtre pas mieux acquité de ce
que vous voulez ſçavoir là-deffus
, ſi je m'eſtois preſſfé de vous
en écrire ſur des rapports incertains
, maisje n'ay rien voulu
vous mander ſans l'avoir
puiſé dans la ſource. Ainfi vous
pouvez compter ſur la fidelité
du détail que vous allez lire .
M. le Prince de Vvirtemberg
ayant eſté pris de la maniere
que vous avez vû dans
la Relation queje vous ay envoyée
, de l'action où ce Prince
fut fait prifonnier , ne ſe vit
pas pluſtoſt entre les mains des
Victorieux , qu'il remit ſon
épée , & ſes piſtolets. Quoy
qu'il duſt eſtre chagrin , fa priſe
luy eſtoitplus glorieuſe, que
s'il cuſt évité cette difgrace ,
GALANT. 18F
-puis qu'il ne s'en feroit garanty
que par la fuite, ainſi qu'avoient
fait les autres , aulieu qu'il n'etoit
priſonnier que pour n'avoir
pû ſe reſoudre à fuir. II
ne demeura pas longtemps ſans
épée , M. le Maréchal de Lorges
luy ayant fait rendre la fienne,
aprés luy avoir demandé ſa
parole. Ce Maréchal eut pour
luy tous les égards qu'on doit
avoir pour un Prince , & pour
un General de la Cavalerie de
l'Empereur , & ce Prince y répondit
de maniere , qu'on ne
vit entr'eux que des combats
d'honneſteté . La nouvelle de
la priſe de M. de Vvirtemberg
eſtant arrivée à la Cour ,le Roy
envoya ordre à M. de Lorges
de le faire partir pour Paris . Il
s'en acquitta auffi-toft , & nomma
pour l'accompagner , M
182 MERCVRE
Mafurier , Capitaine dans le
Regiment de Cavalerie deDuras
, & M. Mandoſſe, l'un de ſes
Aides de Camp. Ils pafſferent
par Philisbourg, Landau, Strafbourg
, Nancy , & par toutes
les grandes Villes. Tous les
Gouverneurs allerent par tout
au devant de ce Prince. On
battit aux Champs dans toutes
les Villes où il ſe trouva des
Troupes , & les Gouverneurs
luy donnerent une garde de
Capitaine , pour luy faire plus
d'honneur , & non pas pour le
garder. Je ne vous dis pas qu'ils
le traiterent magnifiquement,il
ſuffit d'eſtre François , pour ne
rien épargner en de pareilles
occafions. On luy fit voir les
Fortifications de toutes les Pla--
ces où il paſſa, juſques aux fouterrains
mêmes.Quelle que foit
GALANT. 183
زا
La bonté des Places du Roy , се
n'eſt pas ce qui les deffendroit
le mieux , en cas de Siege. La
valeur des Troupes eſt devenuë
ſi grande par l'exemple de ce
Prince, que l'on peut moins répondre
de leurs plus forts remparts
, que de l'extrême valeur
de ceux à qui la garde en eſt,
confiée.
M. le Prince de Vvirtemberg
eſtant arrivé à Paris , M. Mafurier
en partit auffi-toft , pour ſe
rendre en Cour , afin d'y recevoir
des ordres . Il alla chez M.
le Marquis de Barbefieux , Secretaire
d'Etat , qui a le departement
de la guerre, & ce Marquisalla
prendre l'ordre du Roy,
qui fut , que M. le Prince de
VVirtemberg aprés s'eſtre repoſé
cinq ou fix jours à Paris, ſe
rendroit à Versailles pour voir
184 MERCVRE
ce Monarque.Ce terme expiré,
M. Mafurier ne manqua pas de
l'y conduire . Il le mena d'abord
chez M. de Barbefieux , qui luy
fit tous les honneurs dûs à l'oncle
d'un Souverain , & à l'Adminiſtrateur
, c'eſt à dire , au
Regent de ſes Etats . Il luy dit ,
qu'il avoit ordre de le conduire
à midy chez le Roy , & le reconduifit
, non feulement au
delà de ſes appartemens , mais
encore juſques au bout de la
Galerie qui les joint , & que
l'on nomme , Galerie des Princes.
Sur le midy , M. le Prince de
Vvirtemberg fut encore conduit
parM. Mafurier , chez M.
de Barbeſieux, qui le menachez
le Roy.Sa Majesté eſtoit dans le
Cabinet du Conſeil qui finiſſoit.
M. de Barbefieux y entra , pour
L'avertir que M.de Vvirtemberg
GALANT. 185
eſtoit dans le grand Salon qui le
precede , & qui eſtoit alors
remply des plus grands Seigneurs
de la Cour qui attendoient
le Roy pour l'accompagner
à laMeſſe . Un inſtantaprés
que M. de Barbeſieux fut entré,
on ouvrit les deux batans de la
porte , & le Roy parutau milieu
de fon Cabinet. M.de Vvirtemberg
approcha de Sa Majesté
en faifant pluſieurs profondes
reverences , & le Roy le recent
avec ces manieres civiles, honneftes
, & engageantes , qui font
de fi fortes impreffions fur les
coeurs de tous ceux qui ont
Thonneur de le voir de prés , &
de l'entretenir , de forte que
M. de Vvirtemberg parut furprisd'unebonté
ſi majestueuſe ,
s'il m'eſt permis de parler ainfi.
Le Roydit à ce Prince , que dans
186 MERCURE
L'état où estoient les choses on ne
pouvoit dire qu'on estoit bien aiſe de
levoirà la Cour , mais qu'on tascheroit
au moins d'adoucirſon cha.
grin. Cette converſation finie ,
le Roy fortit pour aller à la
Meſſe . Sa Majeſté eſtoit attenduëpar
uneCour nombreuſe qui
rempliſſoit les Appartemens ,
& la Galerie par où il faut
paſſer, & qui l'accompagne ordinairement
à laChapelle. M.
le Prince de VVirtemberg
l'accompagna auffi juſques- là,
mais fans y entrer , parce que
ce Prince eſt Lutherien. Il ſe
promena pendant la Meſſe das
la Galerie& dans les Appartemens
qu'il n'avoit pas vûs ,
quoy qu'il fuſt venu autrefois
à Paris , mais comme il y a
vingt deux ans, les nouveaux
Bâtimens de Verſailles n'é
GALANT. 187
toient pas encore faits . La
Meſſe finie , M. Mafurier mena
ce Prince chez Monſeigneur
le Dauphin , qui le receut de
la même maniere que le Roy
avoit fait. Il alla enfuite chez
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
, & chez Meſſeigneurs
les Enfans de France.Il fur farpris
de trouver l'efprit de ces
Princes beaucoup au deſſus de
leur âge, mais quand la bonne
éducation eſt jointe à ce qu'infpire
le fang , l'eſprit fait de
grands progrés en peu de tems.
M. de VVirtemberg fut enfuite
conduit chez Monfieur &
chez Madame , & ce Prince
vit ce jour là toute la Famille
Royale. On remarqua une
choſe qui fitdonner beaucoup
d'éloges à M. le Maréchal de
Lorges & loüer ſa modestie ,
188 MERCVRE
c'eſt qu'il ne paruſt point avec
M.le Prince de VVirtemberg ,
ne voulant pas qu'on luy puſt
reprocher qu'il euft mené fon
priſonnier comme en triomphe.
On ne peut avoir plus
d'honneſtetez qu'il en a cu
pour luy , & l'on ne sçauroit
en eſtre plus penetré que l'eſt
M. le Prince de VVirtemberg.
Ce Prince ayant eſté dans tous
les lieux que je viens de vous
marquer , retourna chez M.de
Barbefieux qui l'avoit invité à
dîner . Le repas fut magnifique
& delicat , & la Compagnie
belle & nombreuſe , afin de faire
plus d'honneur à cet illuftre
Convié. Madamela Ducheffe
d'Ufez & Madame de Barbefieux
furent de ce repas. L'aprés
dînée , M. le Prince de
Vvirtemberg alla voir M. Col
GALANT.
189
bert de Croiſſy , comme Secreraire
d'Etat des Affaires étrangeres.
Laconverſation y fut vive
, ſpirituelle& galante , & M.
de Croiſſy ayant alors la Goute ,
dit à ce Prince qu'il auroit prévenu
la viſite de Son Alteſſe ,
ſans l'eſtat où il ſe trouvoit . Enfuite
la converſation roula fur
les manieres engageantes du
Roy , fur le plaiſir qu'il y avoit
d'avoir l'honneur de le voir de
prés ,& fur la bonté que Sa
Majesté avoit euë , de ne donner
à M , le Prince de Vvirtemberg
que ſa parole pour garde ,
à quoy M. de Croiſſy répondit,
que le Roy , dont les Armées estoient
composées de tant de milliers d'hom
mes , ne luy en pouvoit donner une
plusfeure. La converſation roula
auſſi ſur la magnificence avec
laquelle M. le Prince de Vvir190
MERCURE
J
temberg avoit traité M. de
Croiſſy , lors qu'il avoit eſté à la
Cour de Stugard. Ce Prince a
rétourné pluſieurs fois à Verſailles
, où l'on a fait joüer toutes
les eaux exprés pour les luy
faire voir. Le Roy a donné ordreà
M. le Marquis de Livry ,
ſon premier Maiſtre d'Hoſtel ,
de luy faire fervirune table toutes
les fois que ce Prince iroit
àla Cour. Comme il aime beaucoup
la Chaffſe il y a des ordres
de luy fournir toutes les choſes
neceſſaires pour prendre ce divertiſſement
. Il a eu l'honneur
de chaſſer avec Monſeigneur ,
& d'avoir place dans ſon Carofſe
, pluſieurs Perſonnes diſtinguées
par leur naiſſance , & par
leurs Emplois , l'ont regalé à
Paris.
Les alarmes où se trouve conGALANT.
191
tinuellement Charleroy font
d'autant plus grandes , que les
Ennemis , au lieu de mettre tous
leurs foins à empêcher qu'il ne
fuſt bombardé , aprés avoir vû
Mons & Namur pris , n'ont tra.
vaillé pendant tout le reſte de
la Campagne qu'à préparer toutes
les chofes neceſſaires pour le
bombardement de Dunkerque,
qui n'a abouty qu'à faire connoiſtre
que leurs menaces n'ont
jamais d'effet. Les François ont
fait voir tout le contraire. Ils
n'ont point menacé Charleroy ,
& il ſe trouve bombardé , ce qui
le met hors d'eſtat de foutenir un
Siege avec autant de vigueur
qu'il auroit fait , fi ce bombardement
ne l'avoit point affoibly
. Il eſtoit muny de toutes
chofes , il manque preſque de
tout à preſent , & deux raiſons
192
MERCURE
c
font que c'eſt une grande affaire
aux Ennemis que de le ravitailler
entierement ; l'une , parce
que la dépenſe eſt grande, qu'-
elle regarde en partie l'Eſpagne,
& que les remiſes qui en
viennent font rares & mediocres
; & l'autre , par la difficul .
té qu'il y a d'y faire preſentement
entrer beaucoup de munitions
& de vivres à la fois .
Les Ennemis éveillez par le
bombardement de cette Place ,
ne devoient pas nous laiſſer
fortifier Chaſſelet , Thuin &
Valcour , ce qui en reſſerre
beaucoup la Garniſon entre
Sambre & Meuſe ,& nous donne
lieu de faire de grands fourages
juſquesà ſes portes,comme
on en a fait depuis que cette
Place a esté ainſi bridée, fans
que la Garniſon ait oſé s'y op .
pofer.
GALANT.
193
poſer. L'enveloppe de Chaffelet
n'eſtoit pas encore achevée
lors que le Comte d'Atlone, incredule
comme le Prince d'Orange,&
voulant juger de tout
par luy meſme , & en eſtre
témoin , eſt venu avec douze
mille hommes , aprés avoir pafſé
la Sambre à Charleroy , &
s'eſt preſenté devant ce poſte ,
où il n'y avoit que deux mille
hommes qui travailloient,mais
comme il étoit venu pour voir,
& non pas pour attaquer , &
qu'il auroit eſté méchant Politique
, & mauvais Courtiſan ,s'il
avoit fait plus que le Prince
d'Orange devant Mons & devant
Namur , il s'eſt retiré aprés
avoir vu la Place de fort
prés , en emportant avec luy
tout l'eſpoir de Charleroy , qui
n'eſt plus en estat de donner
Dec. 1692 .
1
194
MERCURE
matiere de parler que par ſa
prife.
Il eſt ſurprenant que les Alliez
tombent toûjours dans des
fautes groffieres dont ils ne ſe
corrigent point. Ils ne peuvent
s'empeſcher de publier de
grands projets qui ne font jamais
executez , & de ſe vanter
de tout ce qui n'eſt point, ſans
confiderer que ce qu'ils avancent
n'a point de ſuite , ou que
s'il en a , c'eſt à leur confufion;
de forte qu'il n'y a perſonne
qui puiffe comprendre ſur quel
fondement ils croyent toujours
pouvoirabuſer les Peuples , lors
qu'ils font toûjours abuſez euxmêmes
. Pendant toute la Campagne
, ils n'ont parlé que du
Blocus de Caſal.Cette Place alloit
tomber entre leurs mains ;
il eſtoit impoffible qu'elle fuſt
GALANT.
195
1
ſecouruë , la moitié de la Garniſon
avoit deſerté &elle attendoitle
commencement de l'Hiver
pour ſe rendre.Mille &mille
Lettres ont tenu ce langage ,
toutes les Nouvelles imprimées
des Ennemis en ont eſté pleines
,& quand ſelon de ſi faux
pronoſtics , le temps auquel
cette Place devoit fuccomber
eſt arrivé , on a vû ces meſmes
Alliez qui s'eſtoient vantez de
tant de choſes , demander avec
empreſſement une Neutralité
&la folliciter long-tempsavant
que de l'obtenir. Voila comme
ils prennent les meilleures Villes
, & bombardent les plus fortesPlaces
, ou du moins comme
ils s'en flatent , tant que durent
les plus longues Campagnes.
La Neutralité dont je viens de
vous parler a eſté ſignée pour
12
196
MERCURE
Caſal & fon district , & l'on peut
dire qu'en la ſignant , les Ennemis
ſe ſont publiquement dedit
, & par écrit , de tous les
contes fabuleux qu'ils ont faits ,
fur l'infaillible Conqueſte qu'ils
devoient faire de cette Place ,
qui ſe trouvoit ſi preſſée par le
Blocus , qu'elledevoit eſtre forcée
de ſe rendre en peu de
temps, mais il s'eſt trouvé qu'ils
étoient plus fatiguez du Blocus
que Caſal n'en eſtoit incommodé.
Cependant comme les Alliez
donnent ſouvent des marques
de la mauvaiſe foy qu'ils
nous imputent , & particulierement
les Allemans , ces derniers
, malgré la Neutralité fignée
, ne sçauroientvivre qu'en
Allemans , c'eſt à- dire , qu'ils
ne peuvent s'empefcher de piller
, & qu'ils enlevent ce qu'il
GALANT.
197
eſt permis aux Payſans du Monferrat
de, porter dans Caſal . Si
les François en uſoient de la
mefme forte , le déchainement
de tous les Alliez ſeroit terri
ble contr'eux , mais parce que
c'eſt l'uſage ordinaire des Alle .
mans pil ſemble qu'il leur foit
permis d'en ufer ainfi , & que
ice qu'ils ont accoutuméde faire
ne foit pas un mal.
La Campagne derniete n'a
yant pas eſté heureuſe aux
Venitiens , ils ont crû qu'un
bon Capitaine General pouroit
réparer les malheurs qu'ils ont
eſſuyez devant la Canée , mais
preſque tous les Princes de l'Europe
eſtant en armes , chacun
eſt obligé de ſervir ſon Souverain
,& s'il y a quelques Puiffances
qui jouiſſent de la dou
ceur de la Paix, elles ne laiffent
I3
198 MERCURE
pas d'avoir des Troupes fur
pied,foit pour mieux conferver
la Neutralité , ſoit pour prendre
party, fi la neceſſité de leurs affaires
les y oblige ,de forte que
les Venitiens ne trouvantpoint
de General dans toute l'Europe
qui puſt ſe mettre à la teſte de
leurs Troupes,onejetté les yeux
fur M. Moroſini leur Doge,qui
s'eſt rendu conſiderable par une
infinité d'actions éclatantes , &
qui n'avoit quitté l'Armée que
parce qu'il avoit eſté élevé à la
dignité de Doge. Ce n'est pas
fans peine qu'il s'eſt réſolu d'y
retourner , non qu'il ne fe fente
toûjours la meſime valeur, & les
meſmes lumieres dans le métier
de la guerre qu'il a exercé avec
tant de courage , & tant de fuccés,
mais parce qu'eſtant âgé de
Coixante &dix ſept ans , il ne
YON
13*
GALANT.
ſe ſent plus les meſmes forces
& qu'il est moins en eftar de
ſupporter les meſmes fatigues,
ce qui fait de la peine àun General
zelé qui ne ſe croit plus
capable de rendre ſeur par luymefme
le ſuccés des grands defſeins
que projette ſa valeur , &
qui ſe trouve fouvent obligé
d'en remettre l'execution à
d'autres, lors que fon coeur vo
le où ſes pas ne le peuvent plus
porter.
M. le Marquis de Vignole a
preſté Sermententre les mains
de Sa Majesté, pour la Charge
de Lieutenant de Roy de Bordeaux
Je vous ay ſouvent parlé
des Sermens que l'on a couturme
de preſter pour de pareilles
Charges. Elles font glorieuſes
à ceux qui les achetent, utiles
aux Provinces,& avantageuſes
JA
200 MERCURE
àl'Etat.On ne peut trop admi.
rer la bonté paternelle du Roy
pour ſes Sujets , & fa prudente
conduite dans la creation de la
plus part des Charges d'Epée,
&des Offices de Judicature.
L'éclat de ſa gloire &de celle
où il a mis fon Royaume ,lay
aattiréune infinité d'Ennemis .
L'Eſtat s'en trouve environné;
ileſt queſtion , non-feulement
d'empêcher qu'ils n'executent
leurs vaſtesdeſſeins qui tendent
àla ruine de la France, mais
meſme de faire des progrés fur
eux. L'Etat ſe trouve attaqué ,
c'eſt à l'Etat à fournir les dépenſes
extraordinaires pour ſe
deffendre. Cependant le Roy
prend la plusgrande partie de
cette dépenfe fur lay , par les
fonds qu'il altereen creant des
rentes , & des Charges , dont
GALANT. 201
les appointemens font la plus
part payez ſur ſes propres revenus.:
Le Sieur Langlois , Libraire
Imager , continuë , l'Hiſtoire
du Roy en Almanachs , & il a
repreſenté cette année la Priſe
de la Ville & du Château de
Namur avec toutes les autres
Expedicions militairesde 1692 .
Il fait une dépenſe ſi confidera->
ble à cette forte d'Ouvrage ,
qu'il ne luy manque qu'un nom
plus ſpecieux que celny d'Almanach,
qui eſtant trop vulgai
re , fait qu'il n'excite pas toute
la curiofité & toute l'eſtime
qu'il merite . Cependant il s'eſt
fait pluſieurs belles Theſes qui
n'ont pas eu pour le Deffein&
pour l'exactitude, plus d'étude,
ny plus de perfection , rien
n'eſtant obmis dans ces Alma
2
IS
202 MERCURE
nachs .. Les Plans des Villes , lest
Camps , les attaques , tout eſt
recuilly des Ingenieurs , ou des
Peintres qui ont eſté, ſur les
lieux . Les habillemens des Perſonnages
s'y trouvent ſuivant
les modes des temps ,& font
ordinairement deſſinez par le
S. de Saint Jean , Peintre , qui
réuffit le mieuxen ce genre , &
dont on voit un nombre debelles
Figures qu'il donne au Publicde
temps en temps. Je n'ay
pas cru que le nom d'Almanach
, quoy que vulgaire , me
duſt empêcherde rendre juſti .
ce à ce qui eſt beau veritablementi
puis que toutes les perſonnes
raiſonnables s'attachent :
aux chofes , & non pas aux termes.
Ce qu'il y a encore de confiderable
dans ces mêmes . Al
manachs , c'est qu'ils compren
GALANT.
203
nent tous les ſujets remarqua
bles de chaque année , & qu'ils
fervent à en rafraichir la memoire
par les dattes qui y font
marquées fort exactement , ce
qui fait que beaucoup de Cu->
rieux prennent ſoin d'en faire
des Recueils , & en veulent
avoir des premieres épreuves
dans le temps , à cauſe qu'elles
deviennent rares dans la ſuite,
les Planches eſtant toujours
uſées par le granddebitque l'on
fait de cesOuvrages..
Jevous envoyéla copied'une
Lettre qui m'a eſté adreſſée
pour le ſçavant M. Comiers
queraprofonde érudition a mis
par tout dans une fi grande eftime.
Vos Amis ne feront pas
fachez de la lire , puis qu'ils
verrout que l'Auteur a travail
lé à la recherche d'un remede:
LG
204 MERCURE
univerſel, qui les puiſſe faire
joüir , dans une ſanté parfaite,
de l'abondance qu'il y a tout
lieu de croireque ſon fecretde
la multiplicationdes grainsluy
donnera..
A M. L'ABBE' COMIERS..
MONSIEVR
دمحم
Le Mercure Galantm'aprocure
l'avantage de vous connoistre de
reputation.Ce Livre est d'an grand
Secours pour établir commerce par.
-les Gens de Lettres. Ainsij'efpare
queparce moyen j'auray l'honneur
d'eſtre connu devom ,& que
le temps affcurera parmy nous la
correspondance que io vous deman--
de. Les perſonnes qui sont conformes
en. inclination s'aiment souvents
Sans s'estre iamais venes
GALANT. 205
Il'y a longtemps que je me suis
appliqué à la recherche d'un Remede
universel. f'ay wavaillé fur le
Vin, dontj'ay une curieusepréparation.
l'ay travaillésur laſuyede
cheminée, l'ay travaillé auſſifurle
Nitre de mesme quevous,& croy ces
trois matieres de puiſſans agens.Elles
contiennent toutes trois beaucoup
d'esprit mercurial & de Souphre
volatil. Ie ne doute point que le
Nitre fur lequel vous avez travaillé
ne foit capable d'extraire
les teintures & les foupbres de tous
les corps naturels , & de produire
enfuite des miracles pour la gueri
Son de quantité de Maladies , en
confumant, ou en faisant transpirer
les mauvaiſes humeurs qui troublent
l'aconomie de laſanté. Ie ne
meſuis point ſervy da Nitre fixe de
lamaniere quevous avezfait,n'en
Ssachantpoint la préparation.Que
206 MERCURE
fivous voulez , Monfieur, mefaire
lagracede me la communiquer , il
n'y a point d'homme qui épargne
moinssapeine, wy qui faſſe les chofes
aver plus d'exactitude, le vous
communiqueray d'autres choses que
vous ne ferez peut- estre pas fâché
desçavoir. Leſuis curieux,&j'étu
die la Nature autant qu'il m'est
poſſible, l'attendray voſtre réponse ..
Monfieur , àla premiere occaſion ,
mais ie veux en attendant vous
fairepart d'une experience provenuë
de mon fond,& qui ne vous
déplaiva peut- estre pas.
Ie fis tremper douze grains de
froment l'année derniere dans une
liqueur; ces douze grains produi--
firent chaque cinq ou fix tiges &
autant d'épies , qui rapporterent
en tout iusqu'àdix-huit censgrains.
Cette année i'ay voulu faire une se
conde experience fur du froment ,
GALANT. 107
mais comme je l'ayfemé tard , que
Le temps a esté fort mauvais , &
que je les femay trop prés les uns
des autres , ils n'ont pûformer dépis,
mais chaque grain a produit
des touffes monstrueuses , dont la
moindre avoit trente montans ou ti
ges , qui auroient produit autant
d'épis, l'enay conservé une qui en
a jusqu'à quarante- quatre , mais
qui poufſſoient d'une force& d'une
groffear merveilleuse. Ingez,Monficur
, quelle production cela auroit
fait ,fi les grains avoient estéſemez
plus clairs ..l'ayſemé au mois
d'Octobre dernier vingt-quatre
grains defroment , pour faire une
troisième experience, maisje les ay
mis à demi pied l'un de l'autre.
Cette liqueur excite tellement l'ef- s
pritvegetal contenu dans legrain ,
que c'est une chose miraculeuse;&
commejesuis fort curieux des plan.
208 MERCURE
tes , j'espere faire des productions
Surprenantes par le moyen de ce
Secret. La liqueur dont ie vous
parlen'est pas bonneseulementpour
la vegetation , elle est encore bonne
pour lasanté. Elle ouvre merveilteusement
les obstructions. Demesme
qu'elle dégage ce petit germe ,
qui n'est qu'un petit point du dedans
du grain , ainſi dans le corps
elle ouvre un paſſage aux esprits
quiſont contenus dans lesang,&
en accelere la circulation . Ie l'ay
experimenté deux fois àune Fille
que les pafles couleurs avoient miſe
dansun estat à nepouvoir manger
ny marcher. Voilà ce que i'avois
àvous fairesçavoir touchant cette
experience , quiseroit d'une grande
utilité, si elle réuffit cette derniere
fois,cemme ie l'espere avecraison..
l'oubliois de vous marquer que ie
fuis dans le deffein defaire unepré
GALANT.
209
parationdu Nitrefixe de la manicre
qu'enseigneM.le Fèvre , en une
matiere talqueuse &Soluble ,&
que ie crois avoir de tres-bonne
qualitez , comme te dit le mesme
Auteur, lefuis , Monfieur , vostre ,
&c.
CHALAMÇON.
Il n'y a point d'Etat où les
guerres , même celles qui ne
font pas portées au dernier ex .
cés , n'affoibliffent beaucoup
les Arts ,oudu moins n'empêchent
leur accroiſſement. Cependant
le contraire ſe trouve
aujourd'huy en France. Le
nombre de ſes Ennemis eft
preſque infiny,& dans le temps
que les beaux Arts devroient
eſtre moins en vogue , on les
voit fleurirde plus en plus . Celavientde
ce que le Roy , que
la Ligue des Alliez ne dérange
110 MERCURE
point , répand toujours fes faveurs
ſur tout ce qui le merite
Il vient d'en donner une forte
preuve, en augmentant la penſionaccordée
pour les frais de
l'Academie de Peinture , & de
Sculpture , Sa Majesté eſtant
bien aiſe de marquer par.là
combien Elle eſt ſatisfaite des
progrés que cette Academie
faittous les jours. Si le Corps
des Arts fleuritplus fous le re
gne du Roy , meſme pendant
la guerre , qu'il n'a fais
fous tous les Rois ſes Predecefſeurs
dans la plus profonde
paix , ces avantages ſont deus
à l'application aveclaquelle les
particuliers travaillent à ſe
perfectionner , & c'eſt ce qui
fait que nous venos de voir un
chefd'oeuvre dans un Tableau
queM. Coipel le Fils a fait pour
GALANT. 111
M. le Duc de Richelieu , dont
lebon gouſt eſt generalement
reconnu pour la Peinture. Cet
admirable Tableau a fait tant
de bruit que tout ce qu'il y a
de Curieux à Paris & d'Amateurs
des belles chofes , l'ont
eſté voir chez ce Duc, qui s'eſt
fait un plaifir dele montrer , &
de connoître l'eſtime qu'en font
non ſeulementles plus habiles
du meſtier , mais en general
tous ceux qui n'en jugent pas
moins bien par une habitude
qu'ils fe font faite , de voir les
plus beaux Ouvrages , de ſçavoir
lesſentimens de tous ceux
quiles connoiffent , &d'en fairedes
Cabinets fuivant que
leur bien le peut permettre à
leur curiofité. La beauté de ce
Tableaua auſſi attiré les perſonnes
du premier ordre chez
212 MERCVRE
M. le Duc de Richelieu , &
Monfieur le Duc de Chartres
en ayant oüy parler avec affez
d'avantage àdifferensConnoiffeurs
,pour luy donner de la
curiofité ce Prince dont les
lumteres font au deſſus de fon
âge , a bien voulu ſe donner la
peine de l'aller voir. Il faut
vous dire ce que contient ce
Tableau . Il repreſente le mo .
ment de la mort du Sauveur du
monde ,avec toutes les circon.
ſtances d'un ſojet li grand& fi
terrible. Le tout en exprime fi
bien le caractere qu'on ne peut
le voir ſans eſtred'abord frappé
d'étonnement, de triſteſſe &
d'une fainte horreur. La nature
y paroiſt en deſordre . Le Ciel
eſt obfcurcy ; les Aſtres de la
nuit paroiſſent en plein midy ,
& la funeste lueur du Soleil
GALANT.
213
éclipſé , éclaire ſeule ce triſte
ſpectacle . C'eſt ſur un Dieu
mourant que ſe répand cette
lumiere. Son attitude auſſi
nouvelle que convenable à un
homme qui expire fur laCroix
ne laiſſe pas d'inſpirer au traversdes
horreurs de la mortdes
mouvemens de reſpect & de
crainte , attachez àla Majeſté
d'un Dieu , peinte par la nobleffe&
ladouceurde ſes traits.
La Vierge eſt debout au pied
de la Croix dans une action fi
noble& fi touchante , que malgré
la douleur dont elle paroiſt
penetrée l'ondécouvreune fermeté
qui eſt au deſſus delaNature
, en forte qu'il est impof
fiblede ne pas connoiſtre qu'elle
eſt veritablement la Mere
d'an Dieu . La Magdeleine qui
s'abandonnetoure à ſadouleur
214
MERCURE
embraſſe la Croix étroitement,
enverſant untorrentde larmes
& S, Jean qui eſt auprés d'elle,
paroiſtdans un caractere d'abattement
auſſi different des
deux autres qu'il marque avec
force combien ſon coeur eſt
touché. Icy les Maries dans de
diverſes attitudes pleurent
amerement. Là des Soldats
étonnez regardent avec ferocité
l'éclipſe du Soleil. Ceux cy
tout interdits du tremblement
de la terre & des pierres qui ſe
fendent à leurs pieds , laiſſent
tomber les dez avec leſquels ils
tiroient au ſort la robe du Seigneur
, & parmy le Peuple qui
eſtoit accouru de Jerufalem à
ce ſanglant facrifice , pluſieurs
s'en retournent en frappant
leurs poitrines , & faiſis d'effroy.
L'on en voit d'autres é
GALANT.
215
pouvantez à la vûë d'un Mort
qui reſſuſcite ,&qui fort de ſon
Tombeau .Le paſſagede la mort
à la vie paroiſt ſi bien repreſenté
ſur ſon viſage pafle & deſſeché
, qu'on ne peutle voir ſans
émotion Dans l'horreur destenebres
paroiſt attaché à la
Croix lemauvais Larron.Sa reprobation
& ſon deſeſpoir y
ſont parfaitement bien caracteriſez
, & il eſt facilede le diftinguer
du bon Larron , qu'on
→ voitde l'autre coſté duTableau
dans une expreſſion qui marque
ſa prédeſtination , mais fi
cette Converſion eſt bien exprimée
, celle du Centenier ne
l'eſt pas moins. La nobleſſe de
fon attitude& deYon air de tefte
, ne laiſſe point douter qu'il
ne foit le Chef , & celuy qui
commande. Cependant la fra216
MERCVRE
yeur qu'il a des miracles qu'il
découvre luy fait ouvrir les
yeuxfur ſa faute. Il laiſſe aller la
bride de fon cheval effrayé , &
ne ſonge plus qu'au Dieu qu'il
reconnoiſt , en forte qu'il ſemble
ſe récrier , Celuy làveritablement
est le Fils de Dieu.Toutes ces
beautez d'expreffions fontjoin.
tes àune belle armonie de couleur
, dontje vous parlerois plus
amplement & dans les termes
(ſt j'eſtois du meſtier , ) auffi
bien que de la correction du
deffein. Tout ce que je puis
vous dire , c'eſt que ce Tableau
fait plaisir à voir , ſans que l'on
foit connoiffeur , ce quieſtune
preuve incontestable , qu'il eſt
parfaitement beau. Auſſi fait il
beaucoup d'honneur à M. Coipel
, dont l'heureux genie ne ſe
peuttrop eſtimer.
Vous
GALANT.
217
2.Vous avez ſouvent oüy parler
du Royaume de Maroc , &
vous n'avez pas perdu le ſouvenir
de l'Ambaſſadeur que le
Souverain de ce vaſte Etat envoya
en France il y a quelques
années. Il s'y diftingua par fon
eſprit , & fit voir que l'on a eu
raifon de croire que les Africains
en ont beaucoup. LeRoy
ayant réfolu d'envoyer à la
Cour de ce Monarque , a nommé
un de Ses Gentils hommes
Ordinaires , & ce choix eſt
tombé ſur M. de S. Olon , qui
a déja eſté Envoyé extraordinaire
à Genes. Il a beaucoup
d'eſprit, &d'ufage du monde
&le choix que Sa Majefté vient
de faire de ſa perſonne pour
l'envoyer à Maroc , fait connoiſtre
qu'Elle a eſté fatisfaite
Dec. 1692 . K
218 MERCVRE
de ſa conduitedans les premiers
Emplois qu'il a eus.
La derniere Enigme , dont le
Prefſoir eſtoir le vray mot , a
eſté expliquée par Mrs Bonnard
de l'Hoſtel du Queſnoy ,
Place Royale , de la Bourdelle:
Buffon de la Gaudiere : Jean
Chauver de Trevoulx : L. C.
&A. B. de la nouvelle Societé
du Jardin de Lion : Tamiriſte
de laruëde la Ceriſaye : le petit
Coq réveille matin du Fauxbourg
S. Antoine : le Solitaire
inconnu : le gros Controlleur,
& fon bon Amy Petit de la
rue du Mouton: Pelerinde Nanterre
: l'Amoureux en cachette
de la Paroiſſe S.Eloy- à Orleans
l'Amant de l'engageante Catin
: le Philiſtin de la ruë des
Bourdonnois , ou le Mal con .
GALANT.
219
tent de la Renommée : le tendre
& fidelle Mouton , & fon
incomparable Brebis R. C. &
Argatiphontidas de Chartres
en Beauſſe . Meſdemoiselles
Toinon d'aupres S. Mederic :
1'Heroïne Preſtance de Roüen:
la charmante Fleur des marais,
& fon Avocat de la ruë Comteſſe
d'Artois : l'aimable Bau--
doüin , & la charmante de la
Motte , de la rue Quimquempoix:
les trois Déeſſes de la ruë
Michel le-Comte , & leur aimable
Papa , l'aimable Princefſe
de Touraine : la Batiste de
Flandre : Hutuge d'Orleans ,
& l'Enfant Rouge du quartier
Saint Antoine .
Je vous fais partd'une Enigme
nouvelle qui m'a eſté envoyée
ſous le nom de la Suivante
des Muſes .
K2
20 MERCVRE
:
ENIGME.
De me fervir fur table on fe
fait une loy ,
Le foir & le matin j'y suis trèsneceffaire
;
Cen'est point pour manger que l'on
Sefert demoy , 4
Auxbellesfans cela j'offre affez de
Se quoy plaire,
Les mauvais traitemens conviennent
à mon fort .
Mille coups quelquefois pourroient
cauferma mort ,
Si par hazard je n'estois insensible
,
Quoy que facile à traverſer,
Il faut user de tefte en voulant me
percer;
Voir répandre fon sang est chose
fort poſſible ,
GALANT. 221
Si l'on ne prend cette précaution.
Lecteur,je vais finir par ma defcription
.
Mon corps est tres -Souvent chargé
de plus de testes ;
Quen'en eurentjadis quelques affreuses
bestes ,
Dont la Fablefait mention.
Vous ferez contente de la
nouvelle Chanfon que je vous
envoye. L'airn'en eſtpas moins
beau que les paroles .
AIR NOUVEAU.
P A
runetendrechansonnette
Fay charmé le coeur de Li-
Sette
Elle n'a pûme rofusersafoy.
Le crains peu les laloux de mon
bonheur extrême.
K 3
222 MERCURE
Si j'ay quelques Rivaux qui chantent
mieux que moy ,
Il n'en est point qui ſpache aimer
demesme.
Toutes les recruës des En
nemis ſe font lentement , &
l'on pourroit meſme dire que
l'on n'y travaille pas encore.
On ne parle point parmy eux
de nouvelles levées , & il y a
lieu de croire que tout y demeurera
en fufpens , juſqu'à ce que
le Prince d'Orange ait touché
de l'argent d'Angleterre pour
diſtribuer aux Alliez. Cependant
les reeruës ſe font en France
avec un grand fuccés , ony
avance la levée des douze Regimens
nouveaux, dontje vous
ay déja parlé, auſſi bien que celles
du Regiment de Breffey ,
GALANT .
223
& de celuy de Houſſars, & celles
des Compagnies Franches
que levent les Gouverneurs des
Places de guerre,qui feront fort
utiles , parce qu'elles feront
compofées de gens du pays , &
quienſçachans les routes,pourront
beaucoup fervirà inquie .
ter les Ennemis , & à conduire
des Partis . Outre toutes ces
Troupes , on leve auffi pour le
Roy pluſieurs Regimens de
Milice en Alface , & trois Compagnies
de cent hommes chacune
de Fuſeliers à cheval, fous
le nom de Fuſeliers de Flandre .
Ces Compagnies avoient eſté
autrefois fur pied , & le Roya
jugé à propos de lesy faire remettre.
On ne peut apprendre
toutes ces choſes ſans étonnement
, & fans ſe réjoüir du haut
K 4
224
MERCVRE
point de gloire où ce Prince
met la France , en la rendant
ainſi ſuperieure à toute l'Europe
unie pour l'accabler.
M.l'Abbé de Villiers , fi renommé
par l'heureux talent
qu'ila d'écrire, également bien
en Profe & en vers , mais plus
encore par celuy de la Prédication
où il excelle , vient de
donner au Publicun Livre nouveau
, Intitulé, Pensées&Rifléxionsfur
les egaremens des hommes
dans la voye du Salut. Il ne s'atrache
pas moins aux déreglemens
du coeur qu'à ceux de l'efprit ,
& fi lors qu'il les combat , il
s'eſt ſervy dans le titre de fon
Livre de celuy de Penſées &
de Reflexions fc'eſt parce que
ce ne font en effet que de fum- .
ples penſées qu'il a jettées ſur
GALANT.
225
le papier à meſure qu'elles luy
font venuës à l'eſprit , en meditant
fur les diverſes matieres
qu'il traite. Je n'entreray dans
aucun détail de cet Ouvrage.
Je vous diray ſeulement que la
maniere dont les plus grandes
veritez de la Religion y font
developpées , le rend fort utile
à toutes fortes de gens , à ceux
qui font dans le grand monde ,
&àceux qui en fontretirez . II
eſt diviſé en deux Volumes..
Tout ce quieſtdit dans le premier
ne tend qu'à donner aux
Chrétiens du gouſt pour la pratique
de la Religion , en attaquant
ce qui ſemble particulierementles
en détourner,&dans
le ſecond , l'Auteur taſche de
leur donner l'idée des principales
vertus de la Religion , en
KS
3.
226 MERCVRE
leur faiſant voir l'obligation &
la maniere de les pratiquer. Ce
qui vous fera un fortgrandplaifir,
c'eſt qu'eſtant inutile de repreſenter
le mal fi on n'apprend
aſe ſervir du remede , il promet
un troifiéme Volume fur
la Negligence & l'Abus des
moyens neceſſaires pour vivre
faintement..
La promotion des Officiers
de Marine a eſté faite entierement.
Je vous ay déja dit que
M. le Marquis de Neſmond
avoit eſté fait Lieutenant General
, & Mrs le Chevalier
d'Infreville , le Marquis de
Cougoulin , du Magnon , &
d'Amblimont, Chefs d'Eſcadre ,
mais comme de nombre des
Officiers qui ont monté à la
Charge de Capitaine de Vaif-
3
GALANT. 227
ſeaua eſté plus grand que je ne
vous l'ay marqué par la premiere
Lifte employée dans cette
Lettre , en voicy les noms d'une
maniere auffi correcte qu'on
les peut donner pour des noms
propres , & je croy même qu'ils
font felon l'ordre d'ancienneté .
J'y ajoûte ceux des "Lieutenans
& des Enſeignes.
CAPITAINES.
Mrs Deſchiens de Refſons
Commiſſaire General d'Ar
tillerie.
Goueyton.
Felix-Beauſfier Chamillard.
Fricambault. DeLonchamp-
Grofbois. Montandre .
Selingue. Des Roches..
Lauthié. Audifredi.
Languillete . Gratien.
Du Caffe. DeRollon..
La Rochealart. Du Val..
Κ. 6
228 MERCURE
Du Coudray-Ge- De Dreſſenay de
nier. Penaruë.
Courton S. Leger. Le Ch.de Buſſy..
Le Chevalier de De Longueruë .
S. Paul .. DeLifle....
Moiffet.. Le Ch.de Luynes..
Chanzé. LeMarquis de las
Caffaro l'Ainé. Ferté.
Grancey.
Gedouin
Courberon ..
Caumont:
Le Chevalier de Le Chevalier de
Boüillon.
Le Chevalier de
Villacerf.
Le Chevalier d'Ar--
GabaretDangou- magnac.
lin.
Capitaines de Galiotes .
Mrs de Lorier.. De Boulinvillier..
Capitaines de Fregates Legeres..
Mrs de la Rocque.
Le Chevalier de Main ..
De Courbon l'Ainé .
De Boudeville- Sepville.
Launay de Blenac. De Banneville .
De Sexe. De Clerac..
GALANT. 229
De S.Quentin. De Quergrey..
Lieutenans de Vaisseau.
Mrs le Chev . de De Lavau S. Cler.
Chavanac. D'Eſpinay.
De la Pediere. De Granduab-
De S: Victor. Brionette.
De Telay de No- Le Chevalier de
ray. S.Quentin .
Michault.. Le Chevalier de
Le Chevalier de Fontenay.
Paul .. De Chabon.
Carion. De Bonnefort..
De Loyeux. De laHogue.
Cariette.
Polaſtron
Francine.
D'Urtubis ..
De
Soumarbre.
Du Luth.
De Breteau .
Dennouës Beau-
7
Le Chevalier de la
Raoufelle: Le Ch. de Vieux-
De Cavé de Lufignan..
Dela Cafiniere.
Berdić,
champ.
De Lupé de Nea
raval.
Dufou.
Dela Gort.
De Sepremes .
Seguier de Lian
mont.
Vieuville.
230 MERCVRE
De Montrofié. court.
Ferriere..
De Roquemador. De Franciere.
Le Chevalier de Brocle-Freſne .
De Perey.
Le Chevalier de Le Chev. de S. Au-
Bruillon. laine.
De Caſtelbrion . Le Chev. de Phe-
De Tierceville.
De S. Vandrille.
De Pont de Velene.
De la Bouraye.
Daleins.
lipeaux.
De Comartin de
Vileſy.
Le Chev.de Charace.
Aides Majors.
Mrs Darcafſſia Delparon .
De Saint Lazare.
DeTheffie.
De Saint Leger de Lauzay.
Lieutenans de Galiottes.
Mrs de Marville.
Du Coudray.
Capitaines de Brulots..
Mrs Bougard.
GALANT.. 231
Bonnavanture.
Marel.
Enseignes de Vaisseau..
Mrs Dauvery.
Le Chevalier de Bigondey.
Le Baron de Morver .
De S.Eugene Murſelange .
De Savonniere .
De Saint- Privé .
Mouffon..
DeSarfis .
Du Mas .
Maiſon-neuve.
Bonnay
Beaufort ..
Montbrau.
Martel.
Gardelle..
Chenay..
La Roullaye..
Perfé.
Bourgueſon .
S. Ericq.
Clancorgan.
Du Petrin.
DeBoffaye ..
Du Lion.
La Touche Deraed Ferzan.
Tourette... Du Meniberard de
Fourcy.
Deraulieux .
Fabrique - Tourtou
.
Montalanbert. Mailly Deſprée.
laHaye..
DeBenne.
Griffoſet .
Dain de Cheſnaye
232 MER CURE
Deſchapelles, S. Luc.
De Fourille de Le Ch. de Beau-
Beautrux Cerel .
Seuſevras.
La Doueniere.
La Bergeric.
Villart.
Girauton.
Potier de Rueneuve..
Meraal.
Le Ch.de Caſtela.
Viart de Vilette.
Livre de Villeneuve.
Coffon .
La Fregoniere ,
Joareuf.
Clamorgant.
Valernemen.
repos.
Mefel de la Foreſt .
Thebaut.
Muldée.
De Lifle Kerleau .
Claveau de Hauterive.
Pas Dejeu.
Dailly S. Vidal.
De Monteibel.
Le Ch. de Rampou.
De Sondy Mo
neau.
SainteHonnornie-
Buffy.
Gallifer.
De Taillas.
De Launay-gravé. Chevrieres .
De Bavaudiere.
DeValette deTho. Haimonon Beval.
La Pomarede.
De Macole de la
Feurie.
mas.
La Valfeniere.
D'Urtubie. Coignyde laBelle
GALANT.
233
De la Balde.
De Lorré.
Vaulory.
brune.
Joffelin de Marigny.
gerou.
mondis.
Dorves .
Le Ch. de Mar. Dempierre.
Le Chev. de Re- Girardin de la
Le Chev. de Ven. Du Gremont.
De Noyace.
Boulſerye.
Piel du Parquet.
;
ce.
Feuilhans.
Villiancour,
De Lion ,
Coler.
Claude Marolle.
Sous- Lieutenans d' Artillerie.
Mrs Terras. De Noitlan.....
Aides d' Artilleric .
Thebaut de la Ruſliniere.
De Feuileuffe .
De Salignac.
Rouffeaude Villejoin.
On a fait auſſi un fort grand nom
bre de Gardes Marines , & leRoy a
gratifié d'une Penſion quelques Capi-
' taines de Vaiffeau. Ce font,
Mrs Bidaur.
Des Francs.
234
MERCVRE
De la Rongere .
Chapiſeau , Major.
Les Penfions de Meſſieurs de Larteloire
& de Sepville ont eſté augmentées.
Voicy ce qu'écrit M. le Chevalier
de Forbin concernant un Vaifſeau
Hollandois qu'il a fait couler
bas.
Je vous diray que M. le Marquis
de Nemond m'ayant ordonné
de retourner à Brest , pour racommoder
le Vaisseau du Roy ,le Mar.
quis , que ie commandois dans ſon
Efcadre qui faisoit cing voyes
d'eau , & en mesme - temps , le
Trident commandépar M.le Chevalier
Damfreville, Frere du Lieutenant
General , mort depuis peu ,
ayant eu ordre de m'escorter , ie
rencontray le lendemain de nostre
Separation 15. du mois de Decem
GALANT.
235
bre , à Ouest de Solingues , environ
25. lieuës une Flote Hollandoiſe
de 34. Batimens avec un Convoy
de 60. Canons . Quoy que le temps
fust presqueforce ,&que ie fuſſe à
deux pompes , ie ne pûs me resoudre
à laiſſer paſſer ce vaiſſeaufansl'infulter,
l'allay à tay pour l'aborder
Sanstirer , l'ayant prolongé à luy
itter des Grenades : nous nous tinmes
fort heureusement àcette di
ſtance. Si i'avois accroché comme
i'avois refolu , nous aurions tous
deux coulé bas , & moy pluſtoſt que
luy , àcause de mes incommoditez
&de la foibleſſe de mon vaisseau.
Nous nous donnâmes pluſieurs bordées
de Canor &de mousqueterie,
Le Vaisseau Hollantois arriva , &
courut un peu de Lavant. Dans ce
temps-là le Trident ſeconda d'une
bordée,à la grande portée du mouf
236 MERCURE
quet , & fe tint au vent. Après
m'eſtre raccommodé des coups dangereux
que j'avois reçus,j'arrivay
fur luy , & j'allayle combattre à
la mesme distance que la premiere
fois. Je le démaſtay de tous ses
masts hors celuy de Misaine qui
reſta ſans voiles & fans agrez. En
set estat l'opiniastre Hollandors cria
mercy, mais la nuit,& legros temps
empescherent que je ne puffe envoyeràfon
bord , pour fauver l'équipage.
Ie metins àla Cape toure
la nuit, au vent de tuy le plus prés
que ie pus , & le briday Juus le
vent. Il mit quantitéde feux afin
qu'on le gardast, & tiroit de temps
en temps des coups de Canons. Sur
les quatre heures aprés minuit , il
coula bas , & cout l'équipage se
noya. L'ai perdu ence rencontre 12
hommes & j'ai cu 18. on 20. blefGALANT.
237
1
fez. M. de Flamicourt ,mon Capi.
saine in second, a esté emportéd'un
coup de Canon.
La reflexion qu'il y a àfaire
fur ce Combat , eft que le Vaifſeau
Hollandois n'eſtoit point
endommagé quand il commença
, & que celuy de M. de
Fourbin eſtoit tres-incommodé:
M. l'Abbé Potet , Conſeiller-
au Grand Confeil , & Fils
de feu M. Potet , Maistre des
- Requeſtes eſt mort depuis peu
de jours. Il avoit beaucoup
d'eſprit , & l'on eſtimoit fon
gouſt pour toutes fortes d'Ous
vrages.
Je viens d'aprendre la mort
de M. Rougeant , Confeiller
Clerc,Abbé de Montmirel , &
Frere de Madame Pucelle,pre238
MERCURE
miere Preſidente atu Parlement
deDauphiné.
Jamais l'Empire ne s'eſt vû
dans une ſi mauvaiſe ſituation
quecelle où ilſetrouve aujour.
d'huy. L'Armée de Hongrie
eſt plus diminuée que ſi elle
avoit pris des Places & donné
des Batailles . Celle du Rhin
n'eſt pas meilleure , puiſque
ſes affairesy ſont ſi delabrées ,
que les Intereſſez demandent
le Prince Louis de Bade pour
les racommoder.CePrinced'un
autre coſté , accoutumé à faire
des Loix à l'Empereur, preſcrit
des conditions , & ne veut
point commander ſur le Rhin
qu'il n'ait douze mille hommes
de vieilles Troupes . Pour les
luy donner , il faut les faire venir
de Hongrie & d'Italie.Ainfi
۱
>
GALANT.
239
$
ce feroit ſe découvrir d'un coſté
pour ſe couvrir de l'autre. Les
Turcs n'en feroient pas fachez .
Le Duc de Savoye ſeroit tres
mal dans ſes affaires , & celles
de l'Empereur n'en iroient pas
mieux. Pendant toutes ces
agitations , les François ont
affiegé Reinfelz . C'eſt un
Chaſteau bien fortifié ſur le
bord & en deça du Rhin ,
joignant la petite Ville de S.
Goard, qui appartient avec le
Chaſteau au Landgravede Hefſe
Reinfelz qui eſt Catholique,
quoy qu'il foit de la Maiſon de
Heffe-Caffel , qui eſt Proteftante.
Mr le Comte de Tallard
fut d'abord chargé de
l'execution de cette entrepriſe,
parce qu'il en avoit formé le
projet. Il y a devant la Place
240
MERCURE
dix-huit à vingt Bataillons ,&
quelque Cavalerie avec vingt
pieces de Canon . Le 16 Mr le
Comte de Tallard , allant reconnoiſtre
cette Place , reçut
uncoup de mouſquet dans les
chairs de la mammelle gauche ,
gliſſant vers l'épaule. Le 17.
on ouvrit la Tranchée contre
le Château. Le Canon des Ennemis
fit un feu continuel,mais
noſtre Canon eſtant arrivé le
16 & devant eſtre en batterie
le 8. on ſe tenoit afſuré que
le feu des Ennemis feroit bientoft
, rallenty. Le Chaſteau de
Rheinfelz eſt ſitué ſur une
montagne en pain de ſucre , &
envelopé de quantité de petits
Ouvrages, ceChafteau eft à fix
lieuës de Coblentz & à dix de
Mayence . On a eu nouvelle
1 que
GALANT . 24.1
que les Habitans avoient abandonné
la Ville , & s'eſtoient
rétirez de l'autre coſté du Rhin
& que noftre Canon tiroit à demy
portée de Mouſquet de la
Place. Quoy que la bleſſure de
M. de Tallard ne fuſt pas dangereuſe
, elle n'a pas laiffe de
luy attirer la fiévre , parce qu'il
n'a pu s'empeſcher d'agir plus
qu'iln'étoit neceſſaire pour fon
mal. C'eſt pourquoy le Roy a
nommé M. le Marquis de Beuvrond'Harcour
, pour avoir en
ſaplace la conduite de ce Siege.
Je ne vous parle point des
autres entrepriſes commencées ,
les choſes n'eſtant pas encore
affez avancées pour entrer dans
d'auſſi grands détail que ceux
que j'ay accoutumé de vous
donner. Je ſuis Madame , &c.
LYON
L
Avispour placer bes Figures ...
La Medaille doit regarder la
page 1 32 .
L'Air doit regarde la page 221
Qualité de la reconnaissance optique de caractères