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1692, 08 (Lyon)
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me.


807156
1
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LEDAUPHIN Colleg. Lugd. IS. THE VILLE
AOVST 1692
Soc. Gosu cal. Insce
LYON
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ;
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC. XCII.
Aver Privilege du Roy

LE LIBRAIRE
au Lecteur.
['Histoire du Siege de la ville
Château de Namur renfer
mant tant de circonstances &faits
curieux que la premiere Edition a
été venduë en quinze lours. L'on
Va r'imprimé & l'on en trouvera
avec la Relation du Combat de
Stein. Kerke pour trois livres les
trois volumes.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois d'Aouft 1692 .
3
Le Nouveau Etat de la France achevé
d'Imprimer ce Mois augmenté de toutes
les nouvelles Charges,& dignitez que le
Roy a donné , indouze 2. volumes avec
pluſieurs figures en taille-douce 4. liv.
La Campagne de Piémont de M. de Catinat,
ind. 20. fols.
Les bons Mots & les bons Contes de
4
ã 2
2
l'Auteur desMots à lamode, ind, r.liv.1I5.f.
Les Tragedies de Sophocles avec des
Remarques de M. d'Affier , ind. so . f.
Les Nouvelles Eſpagnoles de Mela
Comteffe d'Aunoy auteur des Memoires &
Voyages d'Eſpagne , ind. 2. vol. 4. liv.
Effais de Panegyriques pour les Feſtes
principales des Saints de l'Année conte.
nant trois deſſeins pour chaque ſujet par
Mr l'Abbé Breteüil autheur des Effais de
Sermonsen 2. vol. in- octavo 6.liv. 10.f.
Hiſtoire d'Alexandre Farneze Duc de
Parme , ind . 20. f.
:
Jean de Bourbon Prince de Carency de
l'auteur des Memoires & Voyages d'Eſpaghe
, ind.3.7. 4. liv. 10. f.
Relation du Combat de Stein- Kerke en
Flandre par Monſeigneur le Maréchal de
Luxembourg , ind. 20.f.
2
Relation de la Vilie & Château de Namur
, en 2. vol . avec deux figures , 2. liv.
Le deuxième tome des Oeuvres de ſaint
Evremont, inquarto 6. liv. le premier ſe
trouve pour le même prix .
LeNouveau Dictionnaire des Rimes par
Mr. Richelet , 2. liv . 5. fols.
Les Nouvelles Hiſtoriques contenant
Gaston Phebus , la Prediction accomplie ,
les deux fortunes imprevuës , Zingis Hiſtoire
Tartare , ind . 2. vol . 2. liv .
Theatre Philofophique de M. l'Abbé
Bordelon , ind . 30. fois .
Et dans quinze Jours ſans manquer l'Hi
ſtoire du Roy par M. deRiancourt juſqu'au
Siege de Namur entrois volumes indouze
6. liv.
Les Egaremens des Hommes dans les
Voyes du Salut , par M. l'Abbé de Villiers
ind . 2. vol. 4. liv.
La Ducheſſe de Medo Nouvelle Hiſtori
que en 2. vol. 3. liv. 10. (ols.
TABLE,
Relude.
Bel OuvragedeM.Boyer. 4
Sonnet. I/S
Epitre de Madamedes Houlieres .18
Madrigal. 47
Lettrede laHaye. 28
Réjouiſſances publiques. 32
Letire du Penfionnaire de Leiden.49
Reponseà la mesme Lettre. 54
Histoire. 59
Détail de l'execution du grand Ve
neur du Duc de Hanover.
73
Mariage du Duc de Modene . 76
Lettre touchant un prodige arrivé
à Lyon, 82
Le Provincial des Barnabitesfaluë
le Roy à son retour d'Italie . 92
M.le Coq est pourveu de la Chaire
de Docteur & Profeffeur Royal
de Droit François à l'Université
de Caen . 93
Cérémonies faites à l'Abbaye des
Chanoineſſes deSainte GenevièTABLE.
vede Challiot. 94
ElogeduRoy. 99
Feste celebrée à Poitiers. 107
Aubade donnéeàla Ville de Namur.
110
Madrigal. 116
Avisdonnéaux Flamans. 117
Epiſtre au Roy . 118
Vers sur une Medaillefrappée pour
lePrince d'Orange. 124
Morts. 126
Madamela Duchesse, accouche
d'un Prince. 132
Thesesfoutenuespar M.l'Abbéde
Louvois. 135
Elogede M. le Prince deTurene.143
Abregéde laViedeM. Descartes.
149
Nouvel Etat de la France.
Carte des dix-sept Provinces des
Pays-Bas .
Carte de la Grece.
152
153
Benefices donnez par leRoy. 154
Abbaye donnéeparMonsieur . 196
C
TABLE.
Charge donnéeparle mesme. 157
Cérémonies faites au Louvre le jour
de la Feſte defaint Louis . 158
Autre Panegyrique de S.Louis fait
par M. l'Abbé de Caftre. 160.
Nouvelle Relation du Combat de
Stein. Kerke. 162
Sonnet.
175
Nouvelles Abbayes données par le
Roy. 175
Sermens prêtez entre les mains de Monfieur , par
M. le Vicontede Pugeol , & M.le marquis
deVauchelles, 178
Article des Enigmes . 184
Autre Articlede Morts . 186
Election d'un nouveau Prevoſt des Marchands ,
tout ce qui s'est taffé , lors qu'il a preté le
Serment entre les mains du Roy. 192
Mariage de M. Pellot de Mademoiselle de
Leffeville. 197
Bapreſme de la princeſſe d'Angleterre. 198
Thefe soutenue au College d' Harcour. 199
Nouvelles curieuses de Madrid. 200
Nouvelles d'Angleterre. 209
Nouvelles de Flandre. 1 213
Nouvelles de Dauphiné. 226
Avis. 133
La Medaille , page 183 .
L'Air Nouveau , pag . 186 .
MERCURE
GALANTCYON
AOUST
*1893*
1692.
LUS on examine les
P difficultez qu'il y avoit
à ſe rendre maître
de Namur , plus on
admire la parfaite intelligence
du Roy dans le métier de la
guerre , qui luy fait prendre
de fi juſtes meſures dans tous
ſes deſſeins , que quelques facheux
obſtacles qui s'y puiffent
soust 1692 . A
2
MERCURE
rencontrer , ils ne ſervent qu'à
luy donner plus de gloire , & à
faire mieux connoiſtre la vaſte
étenduë de fon génie . Ilsparoiffoient
preſque inſurmontables
dans cette derniere occafion ,&
la pluſpart des Ennemis de Sa
Majesté s'eſtoient réjoüis de
voir qu'Elle s'attachoit à former
le Siege de cette importante
Place , perfuadez que ce
feroit ſans aucun ſuccés.Cependant
ny la prefence d'une Armée
de cent mille hommes affemblez
pour ſon ſecours,ny les
pluyes continuelles qui auroiét
fait perdre coeur à toute autre
Nation qu'à la Françoiſe,n'ont
pû empêcher qu'un mois n'ait
ſuffi pour faire cette conqueſte.
Namur a eſté forcé de ſe rendre
, & les Alliez confus ont eu
la honte de ne s'en eſtre appro .
GALANT.
3
chez , que pour eſtre les tranquilles
ſpectateurs du nouveau
triomphe de noſtre Auguſte
Monarque.Quelle belle & ample
matiere pour ceux que les
Muſes favoriſent ! Je vous ay
déja fait part de quelques Ouvrages
qui ont eſté faits ſur ce
ſujet. En voicy d'autres , que
vous trouverez tres -dignes de
l'applaudiſſement qu'ils ont receu
des Connoiffeurs les plus
éclairez. Monfieur Boyer , de
l'Academie Françoiſe , a parlé
ainſi de cette nouvelle Conqueſte.
A
MERCURE
S
SUR LA PRISE
DE NAMUR.

AU RO Υ .
Del torrent de prosperitez !
Grand Roy, je l'ay prédit,& jel'ay
dû prédires
Et quand j'en croirois moins l'ardeur
qui nous inſpire ,
Et par qui iusqu'au CielnousSommes
transportez ,
Dans l'avenir le paßénousfait lire
Ces étonnantes veritez
Sur la gloire de ton Empire.
Pour en inger plus ſeurement ,
Sans avoir recours aux Oracles ,
GALANT.
Le celeste pouvoir agit viſiblement,
Et forçant pour toy ſeul d'invincibles
obstacles .
Nous fait prévoir dans chaque é
venement ,
Desurprenans ſuccès , & denonveaux
miracles.
Laforcede ton afcendant
Quiſoutient contre tous ta puiſſanceSuprême
,
Et quiſeul affez grand pourſuffive
à luy mesme ,
Rend detout autre fort ton fortindépendant
;
Ta ſageſſe profonde ,& l'immense
étenduë
De ton eſprit&de ton coeur ,
Par quila Ligue confonduë
Voit dans tousſes deſſeinsfa honte
&Son erreur ;
Cefontprefens du Cieldont la terre
étonnée
A 3
MERCVRE
Admire avecterreur ta haute destinéc.
L'invincible Namarpartoy -mesme
Soumis ,
Cette conqueſteſiſoudaine
Qui fait le desespoir de tous nos
Ennemis ,
Etnoftre esperance certaine
Tout ce qui rendenfintes Etatsflo
rifſans
Et de tout l'Univers les efforts impuiffans
N'est pas l'effet d'une puiſſance
humaine.
Dieu qui ne voit qu'en toy le Heros
tout Chreftien ;
Dont le Zele ofe tout , &la foy ne
craint rien ,
Pour vanger ſes Autels t'a preſte
Sapuissanc
GALANT. 7
4
Cegrand Dieu dont tufais ta gloire
&ton appuy ,
Luy ton unique objet , & ta seule
esperance ,
Doit faire tout pour toy quand tu
faistout pour luy.
Si le monde a peine à comprendre
D'où te vient ce conſtant Grapide
bonheur.
Qu'il ouvre enfin les yeux , & coma
mence d'apprendre
Que c'estle Ciel quiſur toy fait
defcendre
Tout ce qui faitl'heureux Vainqueur
;
Qu'ilfut dans tous les temps prodigue
en ta faveur ,
Et que c'est de là qu'ilfaut prendre
Lamesurede tagrandeur.
Remets devant tesyeux la face de
laterre,
A 4
8 MERCURE
Quand on vit cent Peuples divers
Allumer contre toy cettefataleguer.
re ,
Qui d'horreur & de sang remplit
tout l'Univers.
Lesfieres Nationsfremirent ,
Lès plus Superbes Potentats
Les uns aux autres se promirent
La dépoüille detes Etats
Toutfaisoit trembler nos frontie
res ;
1ous nos bords estoient menacez.
Mesmequand tes forces entieres.
Quand tous nos efforts ramaſſez .
Pouvoientfuffire à peineà garantir
nos teftes ,
On vit les perils redoubler ;
On vit croiſtre la Ligue &groſſir
lestempestes.
Quel affreux abime à combler
Dans cet état où le plus magnanime
Perdroittoutesa fermeté ,
GALANT .
09
On te vit mesurer avec traquillité
Laprofondeur de cet abisme .
Sans balancer dans un malfipref
fant
Ton zele vers le Ciel éleva respensées
,
Et fur la foy des victoires paſſées,
ofa tout préfismer du bras du Toutpuissant.
Une modeste &sainte confiance
T'obtient du Cielunfaini enchai
nement
De grands exploits , de gloire ,&
d'abondance,
De cent Princes jaloux lejuſte cha
ſtiment ,
1
Et de ta preté la digne récompense...
Cetamas de Guerriers , ce million
de bras
Armé ſubitementpour tafeule den
fense
To MERCURE
Ceprodige qu'onvoit,&que l'on ne
croitpas.
Ne nous fait- ilpas voir l'invincible
puiſſance,
Qui pour ſecourirtes Etats
A tirédesa Providence
Ceprompt delugede Soldats ?
Que c'est pour l'Eternel unſpectacle
agreable
Devoirque tesGuerriers d'unepai
reille ardeur
Honorent fes Autels par un culte
Semblable,
Et que cette égaleferveur
Donne à ton Camp nombreux &
formidable
Mesmelangage & mesme coeur !
Mais que c'est pour ses yeux un
1 objet plein d'horreur ,
De voir dans l'autre Camp tant
d'erreurs répanduës
Sous les loix d'un vfurpateur.
GALANT.
Etpar le feul espoir de fervirſa
faveur.
Cent Religions confondues !..
Juge abſolu des Rois & des Tirans
Dieuporte dansses mains leglaive
&la balance.
Et fait tomber du haut de fa
puiſſance,
Sur deux Camps opposez , des regards
differens.
C'est d'un regard terrible&charge
demenaces
Qu'ilfoudroye un party de Rebelles.
d'Ingrats,
Que de Combats perdas , que d'affreuſes
disgraces !
Que d'Etats épui(ez, de biens & de
Soldats!
Onyvoit le malheur ,la crainte ,
L'inconstance
Cauferle repentir& la confuſion:
1
A 6
12 MERCVRE
Ony voit l'inégale & jalouſe ima
puissance
Mere de la diviſion .
Mais dans ton Camp intrepide&
fidelle ,
Où mesme esprit réanit tous les
coeurs ,
La gloire fuit par tout une unionfi
belle,
Et loin de nous écarte les malheurs.
Si ta vie en peril nous donne des
frayeurs ,
D'un regard attentifle Ciel veille
fur elle.
Et c'est pour nous le comble des
faveurs.
***
Le Cielfait plus;dans cette querxe
Sajustice en tes mains àremis fon
tonnerre ,
Et t'a preté ces fatales terreurs
GALANT. 13
Dontl'Ennemyfrapéparoistprefque
immobile ,
Laiſſe prendre à ses yeuxfa plus
fameuse Ville ,
Et malgré luy devorefes fureurs.

Avectant de bonheur
d'avantage
2
avec tant
QuelHeros comme toy si moderé
SiSage,
Sçait regler fa valeur & reten
Sespas?
2
Tu n'es point emportépar ce torrent
degloire,
Ton grand coeur trouvemoins d'appas
A précipiter ta victoire ,
Qu'àmenager lesangdetes Soldats.
Que ce triomphe eſt doux ,&qu'il
eft preferable
Aux triomphes chargezde meurtres
&d'horreurs
14 MERCVRE
Vit-on jamais fuccezsi grand,si
memorable
CoustermoinsdeSang&depleurs
Tun'as ny dérobé , ny fouillé ta
conqueste
Et le nouveau laurier qui couronne
to teste ,
Te donne tout l'éclat qui pare les
Vainqueurs.
**
Reviens, par sa prefence acheve
nôtrejoye.
Sans s'éloignerde nous , regne , ordonne
, foudroyei
Reconnois ta grandeur , & nous
épargne enfin
LesSoucis inquiets , & les tendres
allarmes ,
Etfonge juſqu'onva la terreur de
tes armes
Et laforcede ton deſtin.
**
Ta valeur afonrniſon illustre car
riere ,
GALANT. 13
Et cettefoifdegloire ordinaire aux
Heros
N'a plus pour toy d'affez digne
matiere.
Tranquille for ton Trône , agiſſant
enrepos,
Goufte les plus doux fruits d'une
victoire entiere ,
Et laiſſe aux pieds de lafrontiere
Gronder les vents , & murmurer
lesflots.
Le meſine M. Boyer a fait
teSonnetque vous allez liré.
AU PRINCE
D'ORANGE.
Velle crainte a glacé son an
daceguerriere ?
Quel charme te retient , Nassau?
quand un Grand Roy
Pourunfameux Combat vient t'owvrirla
carriere ,
16 MERCURE
Ta valeur se refuse à cet illustre
employ.
Namur, par qui l'Espagne affeuroit
fa Frontiere.
Malgré tousses ramparts qui donnoient
tant d'effroy ,
Namur cede , & tufaisdusuperbe
Baviere
Le Témoin de l'affont qu'on voit
tombersur toy .

Ignores - tu que c'est le comble de la
gloire ,
D'ofer avec LOVIS disputer la
victoire?
Tu devois l'entreprendre au perilde
tonSang.
Sar de te rendre ainſidigne defon
estime ,
Tu pouvo's meriter les honneurs de
ton rang.
GALAN T.
17
Et peut estre effacer les horreurs de
ton crime .
L'Illustre Madame des Hou-
د
lieres qui ne ſuit jamais la route
commune & qui donne
toûjours ſujet d'admirer le ſurprenant
& rare talent qu'elle a
pour les Vers , a trouvéun tour
ingenieux pour peindre les
alarmes que nous cauſe l'intrepidité
qui porte le Roy à mépriſer
le peril. Vous en conviendrez
quand vous aurez leu
l'Ouvrage qui fuit.
18 MERCVRE
EPITRE
DE MADAME
DES HOULIERES ,
A LA GOUTTE.
Fille
Ille des plaisirs , triſte Goutte,
Qu'on dit que la Richeſſe accompa
gnetoujours ,
Vous que jamais on neredoute
Quand sous un toict rustique on
voit couler ſes jours;
Je ne viens pas icy pleine d'impa
tience ,
Effſayer par des voeux d'ordinaire
impuiſſans ,
D'adoucir voſtre violence.
Goutte, le croirez- vous ? C'est par
reconnoissance
GALANT . 19
Quejevous offre de l'encens.
De cette nouveauté vous paroiſſez
charmée.
Faite pour n'inspirer que de durs
Sentimens ,
Ade tendres remercimens
Vous n'eſtes pas accoutumée.
Commencez àgoûterce qu'ils ontde
douceurs.
Qu'on vous rende par tout de fuprêmes
honneurs ;
Qu'en bronze , qu'en marbre on
vous voye
Triomphante de la santé
Rétablir dans nos coeurs le repos &
la joye.
A combien de perils LOUIS Scroit
en proye
Si vous n'aviez pas misfes jours en
Seureté !
**
3
Tout ce qu'affrontoit son courage
20 MERCVRE
Enforçant de Namur les orgueilleux
Rampars,
Peignoit l'effroyfur le visage
Des genereux Guerriers dont ce
1
Heros partage
Les penibles travaux , les glorieux
hazards.
Dans la crainte de luy déplaire
On n'esort condamner fon ardeur
témeraire ,
Bien qu'elle pust nous mettre au
comble du malbeur .
Aforce de respect on devenoit coupable.
Vous seule, Goutte fecourable ,
Avez ofé donner un frein à sa
valeur.
Helas ! qui l'auroit dit , à voir
couler nos larmes
Dans ce temps que lapaix confacroit
au repos ,
Où de vives douleurs attaquoient
ceHeros
GALANT. 21
Queses maux quelque jour auroient
pour nous des charmes ?
Mais quel bruit quelie voixferépend
dans les airs ?
Quoy donc , Meſſagere invisible
Detout ce quisefait dans ce vaſte
Univers,
Auprés du grand Roy que tufers
On voit couler lefang! Evenement
terrible !
Quelle idée offrez- vous à mon coeur
agité.
Sur l'excés de valeur & d'intrepidité.
Ce Heros fera t -il toujour incorrigible
?
**
Vous n'avezpas aßezduré ,
Goutte , dont j'estois fi contente ,
Vous trompés ma plus douce attente,
Vous en qui j'eſperois , & quejavois
juré
32 MERCURE
De celebrer un jour par quelque
jour
grandefeste ,
Si pour nous conſerver unesi chere
Tefte ,
DansleCampde Namur vousaviez
mesuré
Voštre duréeàſa conqueste.
Ah ! que nelaiſſe- t-ilàsonaugufte
Fils
Dompter de mortels Ennemis
Fameux par leurrang , par leur
nombre ,
Mais qu'àfuivrefon char le Ciel
a condamnez !
Qu'ilne nous quitte plus , qu'ilfe
reposeàl'ombre
Des Lauriers qu'ilamoiſſonne.z
N'est-ilpoint las devaincre ? &ne
doit- ilpas croire
Quefon nom pour durer toujours
N'a plus affaire du fecours
Dequelquenouvelle Victoire ?
GALANT.
23
CesGrecs & ces Romains fi vantez
dans l'Histoire
OntSauvé leurs noms du trepas
Pardes faits moins brillans , moins
dignes de memoires .
Affreuse avidité degloire !
Lafienne efface tout ,
Suffitpas.
& ne luy
De tant de Nations la chere نم
vaineidole
Nafſau ,parplus d'uncrime en Monarque
erigé ,
Dés qu'ilsçait Namurafſiege ,
Fremit, rassemble tout , & vers la
Sambre vole ,
Avoirfi prés de nous floter ſes Etendarts.
Aquelque noble effort qui n'auroit
dû s'attendre ?
Maistout sçavant qu'il est dans le
Métier de Mars ,
Ilsemble n'estre enfin venu quepour
apprendre
24
MERCVRE
Legrand Art deforcer une Place à
Se rendre ;
Et pourses Alliez toujours remply
d'égards ,
Lancerfur nostre Camp de mena.
çans regards ,
Est tout cequ'il ofe entreprendre.

Tout ce qui justifie & nourrit les
terreurs ,
L'Ari , la Nature , cent mille
hommes ,
Et ceque l'hyver a d'horreurs ,
Malgré laſaiſon oùnous ſommes,
Auront vainement entrepris
De rendre Namur imprenable ,
Quand Louis l'attaque,il est pris
Et ces amas de Rois que fa puiſſance
accable ,
Est la Montagne de la Fable ,
Quide l'attention fait paffer au
mépris .

Non, je ne me fuis point trompée.
Ie
GALANT.
25
Jevoy courir le Peuple , & je lis
dansses yeux.
Que LOVIS est victorieux .
Ma craintepoursa vie est enfin dif.
Sipée.
Et jen'aspire plus qu'à revoir dans
ces lieux
Ce Heros dont mon ame est toujours
оссирее.
Goutte, qu'on vit trop tostfinir,
Esdont je viens d'avoir l'audace
demeplaindre
Puis que pour ce Vainqueur on n'a
plusrien à craindre .
Gardez- vous bien de revenir.
Ne le dérobez point ànostre impa
tience.
Lors qu'il est éloignéde nous
Tout est enfevely dans un morne fis
lence,
Etle foible plaisir que donne l'efperance
,
Loust 1692 . B
26 MERCURE
,
Est le plaisir qui ſoit doux.
Mais Goutte , s'il est vray ce
qu'on nous ditſans ceffe ,
Quejusqu'à l'extrême vieilleſſe
Vous conduisez les jours lors que
Vous nevenez
Qu'aprés qu'on a paßé huit Luftres,
Pour des jours précieux,& toujours
fortunez,
Jours qui sont tous marquez par
quelques faits illustres ,
Quelle esperance vous donnez !
Le Madrigal que j'ajoûte icy
eſt de Mademoiselle Bernard .
Pluſieurs Ouvrages en Vers &
en Profe ont fait connoiſtre il
y a longtemps combien elle a
l'eſprit delicat.
GALANT.
27
AU PRINCE D'ORANGE.
L faut , Naſſau , queje
cie
tevemer-
D'avoirſecu conſerver tavie.
LOVIS a besoin de tes jours
Pour fes glorieuses conquestes,
Aquoy tu travailles toujours.
Tu prens le ſoin de former les tema
pestes ,
Les diſſiper faitson employ.
Le Ciel deut àfon regne un Prince
sel que toy.
Ton genie agissant dont parlera
l'Histoire
Net'est pas donné pour ta gloire ,
Mais pour cellede nostreRoy.
Si vous avez envie de ſçavoir
quels peuvent eſtre les ſentimens
de ceux que le Prince
d'Orange amuſe depuis fi long-
L
B 2-
28 MERCVRE
temps par de vaines eſperances,
vous les trouverez dans la
Lettre écrite de la Haye , que
vous allez lire .
LETTRE
ECRITE DE LA HAYE ,
Par le Preſident de ...
Au Prince de ....
, que je Avonë , Monseigneur
me ſuis trompé dans mes raisonnemens
, & que je ne comprens plus
rien à tout ce que je vois . Quoy ?
les Alliez épuisent leurs Etats &
d'hommes & d'argent , pour mettre
fur pied la plus formidable Armée
qu'on ait jamais veuë en Flandre.
On nous affure de toutes parts que
la France eft accablée , & on nous
flatte que nous allons reprendre
dans une Campagne toutes les
GALANT. 29
cette
Conquestes qu'elle a faites pendant
plusieurs années . L'Electeur
de Baviere abandonne ſes propres
Etats , &méprise une gloive pref.
que afſurée qu'il pouvoit acquerir
en Hongrie , pour venir en Flandre
y moiſſonner les lauriers à pleines
mains; & dans ce temps- là , les
François affiegent . Namur ,
Place que ces mêmes François ,
moins audacieux qu'ils ne le font
aujourd'huy , n'avoient jamais ofé
regarder dans des temps où les Efpagnols
n'avoient ny Troupes pour
la deffendre , ny de puiſfans Alliez
pour laſecourir ? Il est vray qu'aux
premiers avis que nous eûmesde ce
Siege, nos Princes s'en réjouirent ,
&tout le monde crut que les François
avoient perdu l'esprit. On remercia
Dieu par avance de les
avoir aveuglez au point de les en
gagerà une entrepriſeſi témeraire
۱
B 3
30
MERCURE
à la veuë de tant de grands Capi.
taines , & d'une Armée qui auroit
pû conquerir tout l'Univers. On
marcha pour punir leur audace ; le
Ciel mesme sembla se déclarer en
nostre faveur , par les grandes
difficultez que les pluyes continuel-
Lesapporterent au Siege. La Garni-
Son, qui estoit bonne &fort nom--
breuſe , ſe deffendit avec beaucoup
de valeur; nos Troupes arriverent
en presence des François , qui leur
donnerent le temps de ſe poſter
avantageusement , & de faire des
Ponts sur un petit Ruiffeau pour
aller à eux avec plus de facilité.
Les Deserteurs affurerent que l'Ennemy
Souffroit beaucoup . Enfin nos
Soldats animez par l'exemple de
tant de Princes , se disposent au
Combat , & n'attendent plus que
le dernier signal pour aller à la
charge. Vous croyez déja , MonfeiGALANT.
31
1
gneur , les François battus , &le
Siege levé ; point du tout , ilspren
vent la Place , & les Alliez ſe retirent
tranquillement. Il y a un
Secret dans cette conduite que je ne
Sçaurois penetrer. Car enfin dans
quelle meilleure occafion pouvions
nous ensployer ces belles & nombreu-
Ses Troupes , que pourſauver la plus
importantes Place de l'Europe , qui
donne mille & mille avantages
à l'Ennemy ? Attendra-t-on , pour
entreprendre quelque chose , que
nos Soldats foient diſperſez, ou que
les François foient devant unebicoque
? En verité , Monseigneur,
ily a de l'injustice à ruiner tant
de milliers de Peuples pour foûtenir
unesi longue guerre , & prefque
sans esperance d'aucun succés
favorable. Vous verrez que l'année
prochaine on nous dira encore que
la France est àbout ,& hors d'état
B 4
32
MERCVRE
decontinuer la guerre. Cependant
nous achèverons de perdre la Flandre
, & Dieu veuille que nous en
Soyonsquitte, pour cela. Voilà bien
demauvais raisonnemens , mais je
vous ay dit par avance que je n'y
comprenois plus rien . Ie vois pourtant
que tout le monde est icy dans
une grande consternation , quoy
qu'on ne laiſſe pas de nous confoler
par des esperancesimaginaires ,&
pardesveuës éloignées. Les dupes
Ifont toûjours trompez, & les gens
de bon eſprit s'en mocquent , & me
paroiſſent fort deſabuse.z Ie fuis ,
Monseigneur , Vostre , &c .
De la Haye ce 12. Iuillet , 1692 .
Quoy que la plupart des
Villes de France ayent donné
de grandes marques de joye
pour la priſe de Namur , je ne
vous parleray neanmoins que
GALANT.
33
1
,
de ce qui s'eſt fait en quelquesunes.
Je commence par Bor
deaux où le Te Deum fut chanté
folennellement le 24, du mois
paffé , dans l'Eglife Metropo .
litaine de S. André. M. l'Archeveſque
de Bordeaux y aſſiſta
auſſi bien que le Parlement
la Cour des Aides ,& les autres
Corps de Juſtice , avec leurs
habits de ceremonie. M. de ,
Sourdis tenoit ſa place dans le
Corps du Parlement comme
Gouverneur. La Bourgeoific
ſe mit ſous les armes , au nom.
bre de fix mille hommes , qui
formoient fix Bataillons. Leur
équipage eſtoit une vingtaine
de chevaux , chargez de bouteilles
de vin , & couverts de
belles houffes , que les Officiers
faiſoientdécharger à tous
les campemenspour faire boire
B
S
34
MERCUR E
A
cette Milice à la ſanté du Roy ,
& ils les faifoient enſuite recharger
de nouveau vin . Cette
petite Armée alla ſe mettre en
bataille fur les Foſſez de la
Maiſon de Ville , où l'on avoit
fait rouler fix pieces de Canon
, quifirent grand feu pendant
un long intervalle , avec
une vingtaine de boëtes. M.
de Sourdis accompagné des
Juras , vint mettre le feu au
bucher , qui avoit eſté dreſſé
à la teſte de l'Armée , que la
nuit fit ſeparer aprés pluſieurs
décharges generales du Canon
& de la Mouſqueterie. Alors
chacun alluma des feux devant
ſa porte , & l'on ne vit qu'illuminations
aux feneftres &
aux Tours . Les trois chaſteaux
tirerent tout leur Canon , &
juſques à une heure aprésmit
GALANT.
35
1
nuit. Les principaux de la
Ville donnerent auſſi des
feux d'artifice , parmy leſquels
on diftingue ceux des Directeurs
de la Doüane , & des
Peres Jacobins . Celuy que
donna M. de la Salle , Occo .
nome du Chapitre de ſaint
André , à l'entrée de la Place
de ce nom , cauſa beaucoup de
plaiſiraux Spectateurs. C'étoit
une machine ſuſpenduë en l'air
qui fit paroiſtre des differens
ſpectacles , repreſentans des
Allegories tout à fait plaiſantes.
Il n'y avoit rien de plus
beau que l'illumination du Port
des Chartreux. Comme il eſt
fait enundemy cercle de Lune,
on voyoit facilement de tous
coſtez une perſpective , illu
minée dela longueur de deux
mille pas .
B 6
36 MERCVRE
Le 27. du meſime mois , la
Ville de Niort marqua ſon zele
& ſa joye pour cette même
conqueſte par les foins de M.
de la Terraudiere Avocat , à
qui une application continuelle
à tout ce qui regarde le fervice
de Sa Majesté & le bien
des Habitans , a fait meriter
d'entrer depuis peu de temps
en la charge de Maire de la
Ville pour la cinquième fois ,
ce qui n'a point eu d'exemple
depuis prés de cinq fiecles que
la Mairie eſt établie à Niort.
Il avoit fait dreſſer un feu de
joye dans la Place du Marché ,
le plus magnifique qu'on euſt
encore veu ,&d'une tres-belle
ſymmetrie. Outre le bucher ,
élevé ſur un grand Maſt de
bateau ,de quarante cinq pieds
de hauteur ,& accompagné de
GALANT.
37
;
quantité d'ornemens & de
feſtons qui faisoient paroiſtre
une fortbelle Couronne ſur le
haut , il y avoit vis à vis &
dans une des extrémitez , une
autre elevation de vingt cinq
pieds , garnie de feſtons de
fleurs & de lauriers , fur laquelle
eſtoit un triangle ," remplyde
trois cartouches , qui repreſentoient
le Siege & la prife
de Namur , avec trois Diviſes
tirées de la Proſe du S. Efprit
qui ſe dit au temps de la
Pentecofte. On voyoit le Roy
dans le premier , tenant en fa
main un baston de Commandant
, & donnant ordre à des
Lignes & à des Tranchées au
devant d'une Ville figurée au
naturel , & au bas eftoient ces
mots ,
38 MERCVRE
In labore requies.
Le ſecondCartouche repreſentoit
la meſme Ville, devant
laquelle il y avoit pluſieurs
bateries de Canons & de Mortiers
qui la foudroyoient , &
au bas ,
In astu temperies.
Dans le troifiéme Cartouche
, qui estoit poſe au haut
du triangle , on voyoit Namur
qui ouvroit ſes portes au
Roy , monté ſur un Char de
triomphe , paſſant par deſſus
pluſieurs Anglois , Hollandois ,
& Eſpagnols , & recevant les
clefs de la Ville que luy preſentoit
un Magiſtrat ,
pagné d'un grand nombre de
Peuples , &au bas ,
Infletu folatium.
accom
Dans les ailes de ce feu paroiſſoient
fix Pyramides , paGALANT.
39
reillement ornées de lauriers
&de feſtons , trois de chaque
coſté , & fur chaque Pyramide
eſtoit un Cartouche , quatre
de figure ronde , & deux
en quarré , poſez vis à vis du
bucher.
د
Sur la premiere de ces Pyramides
, on avoit repreſenté
Tantale , ayant foif , & mourant
de faim au milieu des
eaux & de l'abondance des
mets & des liqueurs , pour figurer
l'inaction du Prince
d'Orange à lateſte de cent mille
hommes , avec ces paroles
du Prophete Royal.
Egenus &pauperſum ego.
Vis-à- vis , & fur la Pyramide
de l'autre coſté , eſtoit
repreſenté un Oranger dépoüillé
de fleurs & de fruits
par la foudre de Jupiter , avec
ces mots .
1
40 MERCURE
Lafoudre de Loüis fait voir
Sanudité.
Sur la troiſiéme Pyramide ,
il y avoit un Girafol , tourné
du coſté du Soleil , felon fa
coûtume , pour marquer l'admiration
de toute l'Europe qui
n'eſt attentive qu'aux grandes
& heroïques actions de Sa
Majesté , avec ces mots de
l'Apocalypfe .
Sequitur quocumque ierit.
Sur la quatrième ,poſée vis
à vis , eſtoient repreſentées les
deux Rivieres de Sambre & de
la Meuſe , accompagnées de
leurs Nereides & de leurs Tritons
, Tenant des Lis en leur
main , pour temoigner leur inviolable
foumiffion , avec ces
mots .
EtMosa, Sabisque.
Sur une des Pyramides , po-

GALAN T.
4
, on fées vis à-vis du bucher
voyoit dans un Cartouche de
forme quarrée , un Lion & un
Aigle , qui à l'approche d'un
- Coq couronné par la Victoire
, fuyoient & alloient chercher
un azyle pour ſe mettre
à couvert du chaſtiment que
meritoit leur temerité ; ce
qui marquoit la fuite des Ennemis
ſous le Canon de Bruxelles
, aprés la priſe de Namur
, & ces mots.
Opportunèfugiunt.
Sur l'autre pyramide oppoſée
à celle- cy , dont le cartouche
eſtoit auſſi de forme quarrée
, eſtoit repreſenté un feu
de joye ; fur lequel tomboit
une nuée de larmes qui l'éteignoit
, avec ces mots au deffous.
42 MERCVRE
Sic hostium lacrimis extinguntur
gaudia.
Pour faire connoiſtre que la
joye des Ennemis , causée par
leur petit fuccés du Combat
Naval , a eſté bien éteinte &
changée en larmes , par l'importante
conqueſte de Namur ,
dont les fuites leur doivent
eſtre ſi funeſtes .
Comme par les ordres de M.
le Maréchal d'Eſtrées , Commandant
pour le Roy en Poitou
&Aunix , on a commencé
d'aſſembler les douze Compagnies
du Regiment Royal , étably
par le feu Roy en la Ville
de Niort , elles furent convoquées
ce jour là à l'occaſion du
Feu de joye. Aprés qu'on eut
fait les exercices en bon ordre ,
& fort regulierement , on les
conduifit devant . la grande
GALANT.
43
-
a
r
at

Egliſe de Noftre Dame , où le
Te Deum fut chanté , en preſence
du Corps de Ville , de tous
les Corps de Juſtice , de tous
les Ordres Religieux . Enſuite
ces Compagnies défilerent , &
ſe rendirent en la grande Place
du Marché vieux , où elles
furent rangées en trois Bataillons
de prés de cinq cens hommes
chacun. Elles firent pluſieurs
ſalves & décharges de
Mouſqueterie , dont le bruit ne
fut interrompu que par des acclamations
de Vive le Roy , fort
fouvent reïterées . Le feu fut
mis au bucher avec fix flambeaux
, portez par M. de Pierre
levée , Lieutenant de Roy
de la Ville & du Chaſteau de
Niort , part M. de Fonmort ,
Prefident & Lieutenant General
; par M. de la Terraudiere ,
44 MERCURE
Maire , par le Doyen des Echevins
qui y aſſiſterent tous en.
robes avec leurs chaperons
rouges ; par le Major du Regiment
, & par le premier Capitaine
, & à la fin on vit s'élever
en l'air quantité de fuſées &
de feux d'artifice qui terminerent
la fefte.
On ne ſe diftingue pas moins
dans les petits lieux , que dans
les plus grandes Villes , quand
il s'agit de montrer fon zele
pour le Roy ; & le 20. du mefme
mois de Iuillet , M. le Bailly
du Duché d'Anguien , dit autrefois
Montmorency , fit chanter
le Te Deum avec toute la folemnité
poſſible , dans le Couvent
des Religieux Trinitaires
où toute la Juſtice du lieu ſe
rendit en robes. L'Egliſe eſtoit
fort fornée , & éclairée d'un
GALANT.
45
grand nombre de lumieres.
On fit la Proceſſion pour le
Roy , & enfuite un des Peres
fitun Diſcours à la loüange
- de ce Monarque . La Muſique
& la Simphonie ne furent pas
oubliées à l'Exaudiat & au Te
Deum , & il ſe fit plufieurs décharges
de plus de cent Boëtes.
Parmy toutes les marques de
joye qui ſe ſont données à Nantes
, ce qui a eſté fait devant la
maiſon de Madame de Luigné,
Veuve d'un Conſeiller au Parlement
de Bretagne , & Dame
d'un tres- grand merite , eſt fort
fingulier. La Feſte eut d'autant
plus de ſuccés , que n'ayant
rien épargné pour la rendre
magnifique , elle avoit fait travailler
aux préparatifs dés qu'-
elle eut ſceu que le Roy affiegeoit
Namur. Elle avoit com46
MERCVRE
3
pté la Place priſe, parce qu'elle
eſtoit attaquée par les François ;
& l'évenement a fait connoiſtre
qu'elle en jugeoit fainement.
M. Guerin , qui eſt d'un
genie d'une fort grande étenduë,&
attaché auprés de M. de
Luigné fon Fils , a eu grande
part à la conduite de cetOuvrage,
qu'il a executé fort heureuſement
, aprés en avoir formé
le plan. Outre les feux & les
Illuminations il y avoit deux
Theatres , dont l'un reprefentoit
la Ville & la Citadelle de
Namur , fur laquelle le Prince
de Barbançon , Gouverneur ,
paroiffoit donner fes ordres
L'autre Theatre qui faiſoit face
au premier , repreſentoit le
Camp de Sa Majesté qu'on y
voyoit en perſonne, tenant d'une
main fon Sceptre , & ayant
GALANT.
47
= l'autre appuyée ſur Monſei-
- gneur le Duc de Bourgogne .
Aprés que les Girandoles , les
rouës , les lances enflamées qui
bordoient la Ville , & les Feux
d'artifice qui estoient diſtribuez
ingenieuſementdans toutes
les Tours , & les fortifications
qu'on vouloit faire ſauter ,
eurent fait leur effet par le moyende
quantité de coquilles de
poudre , de ſalpêtre & de fouphre
qui faisoient la communication
des feux, un Envoyé du
Prince de Barbançon parut aux
pieds du Roy en poſture foumiſe
, & luy preſentant la carte
blanche. Le prince d'Orange
eſtoit un peu plus loin dans
fon Camp , portant un long
crefpe à fon chapeau, & ayant
la main fur la garde de fon
épée , qui paroiſſoit tirée à
48 MERCURE
demy hors du fourreau . Aprés
pluſieurs acclamations des
Spectateurs au cris de Vive
le Roy , un Dragon qui faiſoit
paroiſtre deux langues enflâmées,
vint du haut de la maiſon
mettre le feu au bucher qui avoit
eſté élevé entre l'un &
l'autre Theatre .Sur la pointe de
ce feu on avoit placé un Eſpion
remply de fufées,que leDragon
alla brûler de la meſme forte, ce
qui donna beaucoup de plaiſir
à tout le peuple qui estoit accouru
de toutes parts à ce ſpectacle
, qui fut expofé aux regards
des Curieux depuis le
matin juſqu'à onze heures du
foir.Tous les perſonnages qui étoient
reprefentez ſur les deux
Theatres , imitoient la gran .
deur naturelle des Originaux ,
& eftoient pompeuſement habillez
.
:
GALANT. 49
-
billez . Tout le monde fut extraordinairemét
ſatisfait de cette
ſuperbe Feſte ; & Madame
de Luigué en receut mille
loüanges .
Vous ne doutez pas , Madame
, que la priſe de Namurn'ait
fait faire beaucoup de raiſonnemens.
Voicy ce que le penſionnaire
de Leyden à écrit làdeſſus
, àun de ces Amisd'Amſterdam.
ALeyden le 15. Juillet 1691.
E comprens comme vous , Mon's
faite par la prise de Namur est
grande& d'une dangereuse confe
quence : mais je ne vois pas pour
cela que nos affaires soient auffi
mauvaises que vous voudriez le
perfuader le trouve au cotraire que
nous avons dequoy nous confoler par
Aouſt 1692 . G
50
MERCURE
le grand avantage que nous avons
ensur Mer, car quoy que vous di
fiezque les Combatsde Mernefont
jamais decisifs , & que vous soyez
ingenieux à diminuer la gloire de
noſtre Nation , par les reflexions
que vous faitesfur cette victoire,
que vous prétendez que nous devons
plutoſt attribuer aux vents
qu'à la valeur de nos Flottes , vous
nesçauriez diſconvenir que ce Combat
nefoit fort glorieux pour nous.
Il nefaut pas vous imaginer que
tout le monde s'avise de disputer
furles circonstances de cette action.
-Onse contentera de publier dans
les Cours des Princes Alliez, que
nous avons gagné anegrande Basaille
, &personne n'examinerafi
nous eftion's deux contre un , fi les
Ennemis ont eux.mesmes fait
échoüer leurs Vaisseaux , s'ils en
ontSauvéleur Canon& leurs équiGALANT
.
SI
pages, ou si c'est nous qui les avons
brûlez & coulez à fond. On ne
Sçaurapas mesme, que nous y avons
eu trois mille hommes tuez , prés
de deux mille bleſſez , & seize
Vaisseauxfort maltraitez , il suf
fira que les Ennemis en ayent perdu
quinzepour nous donner tout l'honneur&
toute la gloire de cettejournée.
De quelque maniere que cela
foit, nous gagnons toujours beaucoup
, puisque cette Victoire éloigne
le rétabliſſement du Roy lacques
, & affermit le Throne de
noſtre Royal Sthatouder , qui fe
montre en toute forte d'occaſionsfo
reconnoissant &fisoumis à Mesfieurs
les Estats. Il nous en a donné
tout nouvellement une marque bien
Sensible,par la déférence qu'ila enë
devant Namur pour la Lettre de
leurs Hautes Puissances , qui le
prioient de conſerver sa Royale
C 2
52
MERCURE
1
Perſonne , qui nous est plus precieu-
Se que toutes les Places de l'Univers.
Ce grand Prince a mieux ai.
mé hazarderſa propre gloire , &
s'exposerà déplaire à tous fes Al
liez , que de manquer à suivre les
falutaires confeils de Meſſieurs les
Etats. Quel bonheur pour nous
de compter un puiſſant Roy au nom.
bre de nos sujets , & de voir que
parson moyen trois grands Royaumessont
devenus Provinces de la
Hollande ! Son coeur nesepartage
point, ſe conſervetoujoursen fon
entierepour ſa chere patrie. Vous
voyez qu'ilpréfere le fejour de la
Haye & du Chasteau de Loo à la
Ville de Londres , & à toutes les
Royales Maiſons d'Angleterre. Sa
tendreſſe pour nous va fi loin, qu'il
ne s'embaraſſe point de ruinerfes
propres Sujets pour soulager les
noſtres. C'est par fon habilesé
GALANT.
53
queles riches trefors d'Angleterre
Sont paſſezdans nos Provinces , &
que malgré les defordresde la guervenous
sommes encore dans l'abondance.
Ne vous inquietez donc
plusde la prise de Namur , ny do
chagrin que les Alliezen témoi
gnent. Noftre Heros Juppléera à
tout , &fi par complaisance pour
Les Etats , ilarenoncé à une Victoire
que son grand courage luy
promettoit , fon vaste genie luy
fournira des raiſons pour donner
de nouvelles esperances aux Allicz
&pour les engager à s'attacher à
'luy plus fortement que par le paſſé,
quand ceseroit mesme contre leurs
propres interests ; ainſi qu'il vient
dėja de faire à l'égard des Liegeois.
Mon zele m'emporte peut-cftre
trop loin ; mais j'ay esté bien aise
de vous faire voirque vos raisonnemens
nesont pas toûjours justes , &
C3
54
MERCVRE
que nous n'avons rien à craindre
des témeraires entrepriſes des Franfois
, pendant que nous avons le
prudent Guillaume pour nous. Ie
fuis , Monsieur , &
Je vous envoye la réponſe
que l'Amy d'Amſterdam
faite au Penſionnaire de Leyden.
AAmſterdam le 17. Juillet 1692 .
a
hoy que
vos raisonnemens
me paroiſſent fort justes , je
fuis obligé , Monfieur , de vous
dire qu'ils ne mepersuadent point ,
& il s'en fautbeaucoup que je ne
convienne de la compensation que
vous pretendez faire du Combat
Naval avec la perte de Namur.
Ie ne sçaurois mieux vous exprimer
ce que j'en pense , qu'en vous
repetant en mesmes termes ce qu'a
dit...... Il compare la perte des
GALANT.
55
Vaiſſaux , de France à des cheveux
qu'on à coupez , & qui reviennent
au bout de l'an quelquefois plus
forts qu'auparavant , au lieu qu'il
regarde la prise de Namur comme
un bras coupé , qui est un malfans
refſource. Avouëz que puis que les
François nous ont attaquez avec
des forces inégales , & malgré les
vents contraires, nous aurons tout à
craindre lors que leur Flotte fera
auſſiforte que les nostres ,sur tout ,
fi les vents leur font favorables.
Vous pouvezvous souvenir , comme
moy , de la triſte experience que
nous enfiſmes il y a deux ans.
Vous vous imaginez aussi que
nous avons beaucoup gagné puis
que nous avons affermy le Trône de
nostre Sthatouder ; mais je ne fuis
pas de vostre sentiment. Plus ce
Prince devient puiſſant, plus ildois
nous estre redoutable ; & coilede.
ference fi affectée qu'il fait pr-
C4
36
MERCURE
roîtrepour Meſſieurs les Etats,m'est
plus suspecte que tout le reste.
Croyezmoy , Monsieur , il entre
danscette conduiteplas de politi.
que que de bonne foy ; & bien loin
que ce soit un bonheur pour nous
de compter un puissant Roy au nombre
de nos sujets , je trouve que
fous ce pretexte imaginaire nous
nous sommes aſſujettis nous-mesmes
, & que nostre Sujet est devenu
noſtre Maistre car enfin ne comande-
t- il pas despotiquement nes Armécs&
nos Flotes ? Il diſpoſe àſa
volonté des Magistratures & des
Gouvernemens , & vous sçavez
qu'on n'oferoit prendre aucune re-
Jolutiondans nos Aſſemblées ,Sans
avoir auparavant preſſenty ce qu'il
Souhaite. Qu'appellez vous donc
estre Roy ? Il ne faut pas nous flater
, Monsieur , ce Prince n'a témoigné
tant d'égards pour nous
GALANT .
57
depuis quelque temps , que dans
Vincertitudeoù il eſtoit encore des
affaires d'Angleterre ; & comptez
quedé'squ'ilcroiran'avoirplus rien
à craindre , il nenous ménageraplus
, & que nos Provincesferont
alorssoumises à l'Angleterre , comme
elles l'estoient autrefois à l'Efpagne.
Vous voyez déja que tout
le commercesefaitpar les Anglois
&qu'on leur laiſſe une liberté entiere
pour la navigation , au lieu
qu'ilsemble qu'on veuillenous oster
le moyen de nous rétablir jamais ,
puts que la pluſpart de nos Matelots
ont esté enlevez pour fervir
fur la Flotte, & que nos Ouvriers
ne trouvant plus à ſubſister ; ont
eftéforcezà se faire Soldats. J'avoue
qu'ileft passé des ſommes im .
menfes d'Angleterre en Hollandes
mais nos , Peuples enfont-ilsmoins
pauvres,&ne contribuent ils pas
Cs
58 MERCURE
encore aux dépenses prodigieuses
que nousfaiſons pour l'entretien des
Armées,&pour amufer les Alliez?
Je dis amufer , car je ne vois pas
qu'ils gagnent beaucoup à cette
guerrenon plus que nous , qui en
aucun temps n'ysçaurions rien profiter
, au lieu que nous y pouvons
tout perdre : & tout le monde cependant
profice de nos fubfides...
Enun mot , la guerre nous ruine ,
&le commerce feul nous enrichir..
Nous ne l'avions interrompu que
dans l'esperance d'éloigner les
François de nos Frontieres , & ils
en font beaucoup plus prés qu'ils
n'estoient, enforte quenostre Pays..
qui avant la guerre estoit couvert
de Mons &de Namur , se trouve
aujourd'huy exposé aux courses
des Ennemis, &reduit à leur payer
contribution , Convenez donc que
nostre Heros nese fert de cevaste
GALANT.
52
genie que vous élevezsi baut , que
pourſes interests particuliers, Sans
s'embaraſſerny des nostres , ny de
ceux des Alliez. Jevous demande
pardonfi je parle de ce Prince avec
tant de libertè ; mais vousſcavez
que dans Amsterdam nous sommes
en poſſeſſion de dire librement nos
Sentimens. Cela n'empêchera pas
que je nefois toujours voſtre , &c.
Il y a des gens qui font nez
pour eſtre heureux , & ce que
je vais vous raconter en eſt une
preuve. Un Cavaliercout plein
de merite , & d'une naiſſance
fort confiderable , mais affez
mal partagé du coſté de la fortune
ſe rencontra d'une humeur
ſi portée à la dépenſe ,
que quand il auroit eu vinge
mille livres de rente , il n'auroit
pas veſcu avec plus d'éclat . Son
étoile qui le favoriſoit dans le
د
C6
60 MERCVRE
jeu , & qui luy donnoit aſſez
de credit pour faire réuffir pluſieurs
affaires qui luy eſtoient
propoſées de toutes parts , luy
fourniſſoit les moyens de fuivre
le panchantqui l'entraînoit.
Il menoit par là une vie tres
agreable , & il n'y avoit point
de belles ſocietez où il ne
ſe fift recevoir avec plaifir. Cependant
comme les fonds qui
le faifoient ſubſiſter , n'eſtoient
point ſolides , il ne laiſſoit pas
d'avoir en veuë quelque avantageux
établiſſement qui puſt
le mettre à couvert de la crainte
de décheoir , & c'eſtoit à
quoy il travailloit de tout fon
pouvoir, en cherchant à plaire
ende certains lieux où il voïoit
de grands biens à eſperer ; mais
s'il plaiſoit effectivement par
fes bonnes qualitez , qui ef-
1
GALANT. 61
toient connuës de tout le monde
, on ſe trouvoit refroidy
pour le mariage , ſi -toſt qu'on
venoit à examiner ſon peu de
bien , & le vol qu'il avoit pris.
L'habitude en eſtoit fort dangereuſe
. Il ſe faifoit un ſi grand
plaiſir de ſe diftinguer par
tout ce qui pouvoit le faire paroiſtre
, qu'on eſtoit perfuadé
qu'il ne cherchoit à ſe marier
que pour ſe mettre en estat de
faire encore une plus belle dépenfe
,& quelque forte inclination
que l'on ſe ſentiſt pour
luy , on voyoit tout à riſquer
avec un homme de ſon caractere
, à qui l'épargne avoit toujours
eſté inconnuë. Aprés
pluſieurs tentatives inutiles
enfin lors qu'il y penſoit le
moins , cette meſme étoile qui
avoit tant fait pour luy , con,
د
62 MERCURE
tinua juſqu'au bout à luy eſtre
favorable. Un jour qu'il alla
dansun quartier éloigné chez
une Dame de ſes Amies qui
voyoit beaucoup de monde
il y trouva une aſſez grande affemblée
de gens choiſis de l'un
&de l'autre Sexe . La converſation
roula fur differentes matieres
, & il y brilla avec une
vivacité d'eſprit ſurprenante.
Trois jours aprés , la meſme
Damel'envoya chercher pour
luy apprendre que fi une Veuve
de qualité , ſpirituelle , tresriche
, fans aucuns Enfans , &
d'un humeur douce & agreable
, le pouvoit accommoder,
il auroit lieu d'eſtre ſatisfait
des avantages qui luy feroient
faits en l'époufant . Le Cavalier
qui cherchoit depuis longtemps
une ſemblable fortune

GALANT. 63
ne balança point à l'accepter ,
mais il demeura un peu furpris
quand la Dame eut ajoûté ,
que la Veuve à qui il avoit le
bonheur de plaire n'eſtoit pas
dans une grande jeuneffe , &
que bien qu'elle euſt encore
affez de fraîcheur pour pouvoir
cacher une partie de fon âge ,
elle vouloit agir avec luy de
bonne foy , l'ayant chargée de
luy declarer fur toutes chofes
qu'elle avoit ſoixante & douze
ans paſſez . L'article eſtoit un
peu dégoûtant pour un jeune
Cavalier . Cepedant aprés un
moment de rêverie il prit ſon
party , & dit à la Dame que la
conclufion de l'affaire dépendroit
du jour qu'on ſe réfoudroit
à luy donner du coſté de
l'intereft ,& qu'on n'avoit rien
à luy déguiſer ſur l'âge , puif64
MERCVRE
E
que quatre-vingt-dix ans luy
plairoientplus que foixante &
douze. Ils ne purent s'empêcher
de plaiſanter l'un & l'autre
ſur cet avantage , & enfin
le Cavalier s'abandonna
au ſçavoir faire de ſon Amie ,
enla priant ſeulement , ſi elle
amenoit les choſes à un certain
point qu'il luy duft être
avantageux de conclurre , de
les terminer le plus promptement
qu'il ſe pourroit , pourluy
épargner le perſonnage
d'Amant, trop difficile à joüer
pour luy auprés d'une Vieille.
La Dame luy répondit,qu'il demandoit
juſtement ce qui étoit
du gouft de la Veuve , qui ne
ſouhaittoit rien autre choſe, ſinon
qu'il l'examinat trois ou
quatre fois en compagnie, fans
luy rien dire de particulier,&
GALANT .
65
que ſi ſon humeur luy convenoit
, ſans qu'il ſe ſentiſt de la
répugnance pour l'engagement
qu'on luy propoſoit,deux jours
ſuffiroient pour finir l'affaire. Il
fut fait comme il fut dit. La
Veuve ſe rencontra cinq ou fix
fois chez l'Amie commune, &
elle affecta de n'y venir que lors
qu'il y avoit déja biendu monde,
afinque la converſation état
generale , le Cavalier ne fuſt
point embarraffé comme il euſt
pû l'être , ſine trouvant que la
Veuve il euſt été obligé de luy
addreſſer toûjours la parole.Aprés
ces fortes d'eſſais , il fut
queſtion de ſe declarer de part
&d'autre.La Veuve malgréſon
grand âge , confervoit encore
des traits qui faifoient connoître
qu'elle avoit été fort belle.
Elle étoit propre,judicieuſe en
66 MERCVRE
tout ce qu'elle diſoit,avoit tou
tes les manieres d'une Femme
de naiſſance ,& des airs fort impoſans
.Ainfi leCavalier paſſa de
fort bonne grace pardeſſus la
honte de ſe marier avec une
Vieille, lors qu'il eut appris ce
qu'elle s'étoit réſoluë à luy donner.
Il ſe ſeroit pourtant volontiers
contenté de la moitié , ſi
elle euſt voulu le diſpenſer de
porter le nom de fon Mary, &
eftre affez genereufe ,pour n'exiger
de luy qu'un remercîment
; mais il fallut en paffer
par- là, & luy tenir même quelque
compte de l'aſſurance qu'elle
luy donna , que ſi ſa réputation
l'avoit pû permettre , elle
luy auroit fait une donation
ſimple, fans l'aſſujettir au Mariage.
Elle ajoûta, que n'ayat point
voulu ſe remarier depuis vingt
GALANT.
67
ans qu'elle eſtoit demeurée
Veuve , quoy qu'on l'en euſt
preſſée pluſieurs fois ,ce qu'elle
faifoit pour luy dans un âge où
toutes les paſſions ſont preſque
= toûjours éteintes , devoit l'engager
à luy accorder toute fon
- eſtime , qu'il auroit peut- être
- peine à luy refuſer quand il la
connoiſtroit mieux. Il répondit
àcela par toute l'honeſteté qu'il
devoit avoir pour une Femme
qui luy affuroit un bien fort
confidérable. Le Mariage fut
fait , & la Dame qui avoitune
parenté nombreuſe, fit cejourlà
une grande feſte.Onne pouvoit
rien voir de plus ſomptueux
que la chambre qu'on
prépara pour les Mariez. Il y
avoit un lit magnifique, & tout
le reſte étoit à proportion. On
ſe réjoüit fort pendant le ſoupé,
168 MERCURE
&fur les onze heures la Mariée
diſparut. On étoit en peine de
cequ'elle pouvoit être devenuë
& comme elle étoit l'Heroïne
de la Feſte , on l'alla chercher
pour terminer la ceremonie.Elle
s'eſtoit retirée dans un appartement
ſeparé, & on frapa inutilement
à la porte de fa chambre
, on ne la put obliger d'ouvrir.
Le Marié n'épargna pas
ſes prieres , & elles n'obtinrent
rien .La Dame lui répondit qu'il
y avoit un lit affez beau préparé
pour luý;qu'il pouvoit en aller
prendre poffeffion,& y dormir
fort tranquillement ,& qu'à
quelque heure qu'il vouluſt la
venir voir le lendemain au matin,
il la trouveroit levée & difpoſée
à l'entretenir. Une conduite
ſi peu attenduë le ſurprit
au dernier point, & parut l'emGALANT
.
69
baraffer.Cependant ne jugeant
pas à propos de témoigner de
l'empreſſement à contre-tems ,
* il ſe ſoumit à la loy qui luy étoit
* impofée,& aprés avoir paſſé en
réjoüiſſance une partie de la
nuit avec le reſtede la Compagnie,
il ſe fit conduire dans l'appartement
qu'on luy avoit de-
-ſtiné. Le jour ſuivant, il ſe renditàlachambre
de la Dame,qui
l'ayant receu d'un viſage fort
riant , le priade vouloir l'écouter
ſans l'iterrompre, & luy dit
- enſuite qu'il ne ſeroit point fur-
- pris de la conduite qu'elle tenoit
avec luy , s'il confideroit
qu'ayant pû demeurer Veuve
plus de vingt années , elle ne
- s'étoit réſoluë à l'épouſer par
- aucun goût pour le Mariage,
- mais ſeulement dans la veuë de
- quelque ſocieté , & par l'uni70
MERCVRE
que plaifir de luy affurer une
fortune qui pût le mettre en
état de fatisfaire toûjours l'inclination
qu'il avoit pour la
depenſe ; qu'il ſçavoit trop la
diſproportion qu'il y avoit de
fon âge au fien , pour pretendre
qu'il deuſt avoir de l'amour
pour elle ; que ce ſeroit s'expoſer
à meriter qu'il la mépriſaſt,
que d'en exiger des marques ,
mais que vivant avec luy comme
elle avoit commencé , fans
fonger jamais qu'il fuſt ſon Mary,
elle le croyoit trop honnête
homme pour ne vouloir pas
eſtre veritablement de ſes Amis
, ce qu'elle luy demandoit
inſtamment pour toute reconnoiſſance
de l'eſtime tres-particuliere
qu'elle avoit pour luy ;
qu'ayant degrands biens qu'elle
devoit laiffer à des gens qui ne
GALANT .
71
1
luy en ſçauroient aucun gré ,
elle ne connoiffſoit perſonne
plus digne que luy d'en avoir
une partie; qu'en cela elle fuivoitun
panchant qu'il luy avoit
eſté impoſſible de ſurmonter ;
qu'eſtant cependant entierement
au deſſus de la foiblefſe
qu'elle avoit honte qu'on
-puſt reprocher à quelques
Femmes , elle luy remettoit
avec plaifir toutes les obligations
qu'on pouvoit pretendre
qu'il euſt contractées
en l'épouſant , & que s'il vouloit
agir avec elle fur le pied
d'un Amy de confiance qui luy
feroit voir un coeur fans dégui-
_ ſement il y trouveroit des avantages
qui luy donneroient
-ſujet de ne s'en pas repentir.
Vous pouvez-vous figurer combien
le Cavalier eut de joye
72
MERCVRE
d'une declaration ſi agreable.
C'eſtoit pour luy un double
bonheurde voir qu'en luy affurant
une fortune tres avantageuſe
, on le diſpenſoit d'eſtre
Mary. Ses remercimens furent
proportionnez à ce qu'une generoſité
de cette nature luy devoit
faire fentir , & il ne s'eſt
point démenty depuis. L'eſtime
qu'il a priſe pour la Veuve
( car on la peut toujoursappel.
ler ainſi ) le porte pour elle à
des complaiſances qui luy tiennent
lieu de devoirs d'Amant ,
& ſes ſoins dans toutes les choſes
quipeuventluy faire un peu
de plaiſir, paroiſſent ſi empreffez
, qu'ils pafſeroient pour
amour , s'il n'estoit pas impoffible
qu'ily en euſt entreunjeune
Cavalier , & une Dame plus
que ſeptuagenaire .
11
GALANT.
73
5
Il eſt dangereux de s'éloigner
pour quelque occafion
que ce ſoit des ſentimens de
fidelité qu'on doit à ſon Souverain.
Le Grand Veneur
Molke , accuſé de pluſieurs
pratiques criminelles contre
le ſervice de M. le Duc d'Hanover
, n'a pûjuſtifier qu'il fuſt
innocent , & aprés un examen
ſerieux de ſon Procez , on le
condamna à la mort le mois
paffé , ce qui fut excuté à Hanover
le 2 5. Ce jour-là ſur les
neuf heures du matin , on le
conduifit à la porte de Kleberg
par le Pont- neuf, vers le Rondeau
aux remparts prés l'Arſenal.
Six vingt Mouſquetaires
environnoient le Carroſſe , &
cinq cens hommes eſtoient
commandez pour tenir la main
à cette excution. Lors que l'on
Loust 1692 .
que
74 MERCURE
fut arrivé au lieu du fupplice ,
on fit lecture de la Sentence
qui avoit eſté concertée avec
l'Empereur. Elle portoit ,
qu'il eſtoit duëment convaincu
d'avoir voulu cauſer de la
diviſion entre les Princes de
la Maiſon de Lunebourg , &
exciter leurs ſujets à la revolte
, & que pour réparation de
fon crime , il eſtoit condamné
àeſtre écartelé , & à avoir enſuite
la teſte coupée , qu'on
mettroit ſur un poteau , afin
de ſervir d'exemple , mais que
comme il eſtoit de bonne famille
, & qu'un grand nombre
de Perſonnes qualifiées avoient
bienvoulu interceder pour luy ,
il auroit ſeulement la teſte
tranchée . Il étoit en manteau
noir avec un long crêpe à fon
chapeau , qu'il tint toûjours
GALANT. 75
ſous le bras , eſtant accompagné
du Surintendant , & d'un
Miniſtre , à qui il parloit avec
une grande fermeté. Ce fut
luy même qui commença à
chanter les prieres . Aprésavoir
dit , Nôtre Pere qui estes aux
Cieux , il donna ſon manteau ,
fon chapeau , ſon livre à un
Domestique , & on luy banda
les yeux. A peine eut il prononcé
Amin , en finiſſant la
priere , qu'on luy abbatit la
teſte. Son Corps fut mis dans
un drap noir, & porté à l'Arſenal
par huit Officiers en
manteau noir pour eftre envoyé
de là à ſa Femme. Le
Lieutenant - Colonel Molke
fon Frere , & le Secretaire .
Bluhme qui ont eû part à la
meſme affaire , mais que l'on a
trouvez moins coupables , ont
D2
76
MERCV RE
eſté bånnis à perpetuité des
Etats des Princes de Lunebourg.
• Tout ce que font les Perſonnes
du haut rang est trop remarquable
, pour vous laiffer ignorer
le Mariage de la Princeſſe
Marguerite de Parme , Fille
du Duc de ce nom. Le Prince
Cefar Ignace d'Eſt , qui la devoit
épouſer pour M. le Duc
de Modene , arriva à Parme
le 12. du mois paſſé avec une
ſuite de deux cens perſonnes ,
qui furent logées & défrayées
parordre de M. le Duc de Parme,&
le 14. la ceremonie du
Mariage ſe fit par l'Eveſque de
la Ville dans la Chapelle du Palais
, du Jardin où la Princeſſe
logeoit . Elle parut dans une
magnificence qui furpaſſa tout
ce qui s'eſtoit fait juſque là en
GALANT .
77
&
de pareilles occafions , quoy
que l'on euſt prétendu quetout
ſepaſſaſt incognito en celle-cy.
La Maiſon du Duc de Parme ,
depuis ſes Gardes juſqu'à ſes
gens de livrée qui ſe trouverent
en un fortgrand nombre ,
eftoit habillée de neuf ,
couverte d'or. On donna un
magnifique repas dans l'appartement
de la Princeſſe ,& outre
l'abondance & la propreté , on
y admira la quantité des Machines
de table appellées
Triomphes , dont l'artifice & la
nouveauté ſurprirent. Deux
jours aprés , le Prince Cefar-
Ignace retourna à Caſſolo ,
Chaſteau de Plaiſance du Duc
de Modéne , ſon Epouſe demeura
à Parme juſqu'au 10,
qu'elle en partit , accompagnéeduDuc
de Parme fon Pe-
,
D 3
78 MERCURE
re , & des Princes ſes Freres
pour ſerendre à Caffolo . Elle
y fut reçuë par le Duc de Modene
ſon Epoux avectoutes les
marques de joye qu'elle pouvoit
ſouhaitter. Vous ſçavez ,
Madame , que ce Duceſt Frere
de la Reine d'Angleterre , &
de la Maiſon d'Eſt , l'une des
plus illuſtres d'Italie. Azon I.
de ce nom , Comte d'Eſt , mourut
l'an 970. & Borſo d'Eſt ,
qui reçut magnifiquement
l'Empereur Frederic III . en
1451. fut l'un de ſes Defcendans
. L'année ſuivante , cet
Empereur le fit Duc de Modene
, & de Reggio , & en 1471 .
le Pape Paul II . le fit Duc de
Ferrare . Hercule I. ſon Frere ,
luy fucceda , & fut Pere d'Alphonſe
I. du nom , Duc de
Ferrare , de Modene , de Reg.
GALANT. 79
gio , Marquis d'Eft , & Prince
de Carpi , qui de Lucrece de
Borgia , Fille du Pape Alexandre
V. eut Hercule II. qui
épouſa Renée de France. Il en
eut Alfonſe II . mort ſans enfans
en 1597. Le Pape Cle
ment VIII . s'eſtant alors rendű
Maistre de Ferrare, Cefar d'Eſt .
Petit Fils d'Alfonſe , Duc de
Ferrare , forma ſes pretentions
fur les Etats de fon Oncle , &
par le Traité fait l'année ſui
vante avec le Pape , il ſe con
tenta de Modene & de Reggio.
Il laiſſa de Virginie de Medicis
Alfonſe. III. Pere du Duc
François I. mort en 1658. Alfonfe
IV. fon Fils luy fucceda,
Il avoit épousé en 1655. Laure.
Martinozzi , Fille du Comte
Jerôme Martinozzi & de Mar
guerite Mazarin , Soeur aînée
D 4
80 MERCURE
de Jule Mazarin ,Cardinal.C'eſt
de ce mariage qu'eſt venu le 6.
Mars 1660.le Duc de Modene
, François d'Eft, II. du nom,
quivient d'êpouſer la Princeffe
Marguerite de Parme. LaMaifon
de Farnese , dont elle fort,
& qui a eu depuis cent-cinquante
ans des Ducs de Parme,
de Plaiſance & de Castro , doit
ſa principale grandeur à Alexandre
Farnese , Fils de Pierre
Loüis Farneſe & de Jeanne
Gaëtan , qui fut fait Pape en
1534. aprés Clement VII. &
prit le nom de Paul III . Il avoit
eu , avant fon Pontificat , un
Fils appellé Pierre Louis Farneſe
, qu'il fit Duc de Castro ,
& enfuitte de Parme & de Plaifance
. Ce dernier eut Octavio
Farneſe , qui de Marguerite
d'Auſtriche , Fille naturelle de
GALANT. 8
Charles-Quint , laiſſa Alexandre
Farnese , Duc de Parme ,
l'undes plusgrands Capitaines
du dernier Siecle , qui eſtant
venu en France , pour appuyer
la Ligue par l'ordre du Roy
d'Eſpagne Philippes II. fit
lever le Siege de Paris en
1590. & celuy de Roüen deux
ans aprés. Il avoit épousé
Marie de Portugal , Fille d'Edouard
, fixiéme Fils d'Emanuel
, & il en eut Rainuce
Farneſe , Duc de Parme , qui
fut Pere d'Odoart Farnese, aufli
Duc de Parme.Celuy- cy épouſa
Marguerite de Medicis , &
mourut en 1 646. laiſſant Rainuce
Farneſe II. de ce nom, né
le 17.Septembre 1630. L'Etat
de ce Duc eft entre le Milanez
, l'Etat de Modene & la
Republique deGennes,& com-
Ds
82 MERCVRE
prend, outre le Duché de Parme
, celuy de Plaiſance , l'Etat
de Buffeto , & celuy que l'on
appelle , Val di Taro.
Vous aurez peut-eſtre oüy
parler d'un Prodige , qui fait
grand bruit à Lyon. La Lettre
qui fuit vous en apprendra les
circonſtances. Je ne change rien
aux termes , afin que chacun
faſſe là deſſus les raiſonnemens
qu'il luy plaira.
L
A Lyon le 31. Juillet 1692.
Es. de ce mois, un Artifan
de cette ville qui vendoit du
vinpour un Bougeois , ayant esté
attiré dans sa cave par des gens
qui feignovent de vouloir en ache.
ter , y fut assassiné avecsa femme,
qui y estoit defcendue pour luy éclai
rer. Après cet affaffinat , on leur
wata cing cens frants dans la bou
GALANT.
83
rique qui leurfervoit deChambré.
Unjeune homme de Dauphiné
que vendoit du vin dans le mesme
quartier , épouvanté dece double
meurtre ,&voyant que toutes les
diligences que les Officiers de Iusti
ce avoient faites pour en découvrir
les Auteurs , avoient esté inutiles
leur dit qu'il avoit un Voifin à la
Campagne qui cherchantdes eaux
&sefervant d'une baguette pour
les trouver , avoit découvert dans
la cave d'un cabaret , par lemoyen
decette mesme baguette , un corps
enfermédans un tonneau , & quo
cette premiere découverte l'ayant
engagéàd'autres épreuves, ilavoit
reconnu que fa baguette remuoit
fur te liewon des Criminels avoient
paffe , avec lamême agitation que
fur les rameaux ,& les écoulemens
desfontaines ,dont il cherchoit les
fources. Il en cita mesme plusieurs
D6
84 MERCVRE
exemples ausquels on témoigna
avoir d'autant moins de creance ,
qu'ilneseroitpas permis en Iustice
d'yfaire aucun fondement. Cepen
dant il ne se rebutta point , & il
fit venir cet homme , qui est un
Paysanâgéde trente ans. CePaysan
affeura qu'une femme de fon
voisinage ayant esté assassinée&
porsée àplus de deux mille pas de
sa maison , où on l'avoit enterré ,
il avoit découvert parle mouve
ment desa baguette ,le lieuoù fon
corps avoit efté mis , & trouvé
celuy qui avoir commis l'affaffinat.
Sur cette affurance on crut qu'on
ne riſquoit rien en le conduisant
dans la cave où l'artisan & fa
femme avoient esté tuezdepuis pem
de jours . On luy donna du premier
bois qu'on trouva , & il commença
à pofersa baguette dans le fonds
de cette cave , où elle ne fit aucuID
GALANT. 85
4
mouvement quefur le lieu où l'Artifan
avoitété aſſaſfiné.On s'apperçût
d'abord non feulement d'une
agitation extraordinaire de la Baguesse,
mais que cet homme pâtis
&tomba en ſueur ,& ce qui redoubla
quand il s'avança jusqu'à
laplaceoù le meurtre de lafemme
avoit estéfait. On le laiſſaſuivre
le mouvement de sa Baguette ,
quile conduiſis directement à la
boutique où les Assassins avoient
fait te vol des cinq cens francs,
&de là jusqu'à la porte du Pons
du Rhône. Elle estoit fermée parce
qu'on n'avoit voulu faire cette
épreuve que la puis , ce qui fut
cause que l'on attendit jusqu'ao
lendemain qu'ellefut ouverte. Le
Payſan trouva que les Criminels
avoient passéle Pont que pour
p'entrerpas dansle Faux-bourg ils
avoient évité les Iles qui font le
86 MERCURE
longde cette Riviere , & qu'ils eftoient
néanmoins entrez dans la
maison d'un Jardinier. Il fuivit
leurpiste jusqu'à unelieuëdeLyon,
toûjours fur le bord du Rhône. On
crut qu'il vouloit donner le change
en cet endroit , &quefonfecretlup
manquant , il avoit envie defaire
croire que ces Afſfaſſins avoient pris
quelque batteau pour defcendrefur
lariviere , afin dese dispenser de
les fuivre plus avant. Cependant
comme il avoit indiqué la maison
du lardinier & qu'il avoit mesme
remarqué,ſuivant les mouvemens
desaBaguette , la place où ils s'ef
toient affis dans cette maison , on
crut devoiry aller pour s'en éclaircir.
Les Enfans du fardinier ayant
déclaré que des hommes inconnus
estoient entrez dans leur maison
en l'absence de lear Pere ,le Di
wanche au matin qui estoit le
GALANT. 87
lendemain de l'aſſaſſinat , on commença
à estre perfuadé que cet
homme ne vouloit pas imposer.
Toutefois avant que l'envoyer plus
loin , on crut qu'il estoit à propos
defaire une experienceplus particuliere
defon fecret , &pour cela ,
comme on avoit trouvé la serpe
dont les Meurtriers s'estoient fervis,
on fit pluſieurs autresferpes de
la même grandeur ,&on les porta
dans un fardin où elles furent enfoüies
en terre , en presence de M.
l'Intendant,fans que cet homme les
vist.Onle fit pafferfur toutes avec
fa Baguette ,& elle tourna feule.
ment fur celle dont l'on s'estoitferwy
pourle meurtre On luy banda les
yeux,aprés quoy on cachaces mêmes
ferpes dans l'herbe , & on le
mena au lieu où elles estorent . La
Baguettefit toujoursſes mouvemens
fur la mesmefexpe,fansremuerfur
les autres.
88 MERCURE
Après cette experience , on luy
donna un Commis du Greffe &des
Archers à qui l'on remit une Commiſſion
pour arrêter ceux dont les
Enfans du Jardinier avoient fait
le portrait. On luy choisit un batteau,
& il ſuivit tous les bords du
Roſne, la Baguettele conduisant
Sansmanquer dans toutes les mai.
fons&dans tous les Cabaress où les
trois Affaffins avoient esté. Ilmarquoit
la tableoù ils avoientmangé,
les bancs où ils s'estoient affis,& les
lits où ils avoient couché , fans jamais
prendre le change,&les ayant
ainſiſuivis juſques à Beaucaire
qui est à quarante lieuë de Lyon, il
trouva par sa Baguette qu'ils s'ésoientfeparez
eny entrant. Il s'at-
Bacha à la poursuite de celuy dont
les traces excitoient plus demouvemens
à ſa Baguette.Il le ſuivit ; on
le trouva,&on l'arrêta.Cethomme
GALANT. 89
Soutint, qu'il venoit de Toulon d'où
il est originaire ,&nia qu'ileut esté
à Lyon. On le conduisit fur la route
où il avoit paßé en defcendant de
Lyon àBeaucaire ,&ayant estéreconnu
dans toutes les maiſons où il
s'estoit arreſté il avoüa qu'il avoit
bû,& couché avec les Complices,generalement
dans tous les lieux que
la Baguette avoit indiquez , &
ayant esté interrogé à Lyon dans les
formes , il declara qu'il avoit esté
present à l'aſſaffinat & au vol , &
que les deux complices qu'ilnomma
avoient tué,l'un le Mary&l'autre
La Femme. On a renvoyé ce Paysan
avec la mesme eſcorse à la recherche
des autres afſfaſſins.
On ajoûtera icy en faveur des
Curirux qui voudront rechercher la
cauſe de ce Prodige , que ce paysan
Souffre cruellement, lors qu'il est fur
Le lieu du Meurtre , ou qu'il touche
1
وه MERCVRE
le Criminel ; qu'il tombe en ſueur ,
quefon poulx dont le mouvement ne
Sçauroit estre affecté , s'éleve avec
plus d'impetuofité que dans une
fieure double continuë, qu'ilne demeureroit
pas l'espace d'un Miferere
dans cette approche,fans s'évanouir,&
qu'à quatre ou cingpas
de là il nefont aucune agitation ;
que cet homme est né la nuit du 7 .
au 8.de Septembre de l'année 1662
entre minuit& une heure , que fa
vertu n'est point attachéeàſa Baguette,
&qu'ellen'est point decel
les que les Anciens appellent con-
Stellées, paiſque tous les bois luyfont
également bons,&qu'iln'en aaucun
d'affectés que fa Baguette ne
fait aucun mouvement en d'autres
mains que les fiennes ; qu'on ne
croit pas que le mouvement excite
Surle paſſage du Criminel&fur le
tieu du Crime ,ſoitplusfurnacuret
GALANT. 91
&plus difficile à expliquer, que celay
qu'on apperçoit en suivant les
rameaux d'unefource,qui quelquefois
a plus de ſept ou huit toiſes de
profondeur , ou sur les veines d'une
mine , ou fur de l'argent monnoyé
&caché,lequel estant feparéde la
mine, ſemble devoir bien moins exciter
l'agitation au dehors , que le
metal qui est encore dans la terre ,
&dont les emiſſions font inceſſam.
ment attirées par la chaleur du
Soleil.
Le Curéde cet homme atteſte qu'il
eft fort bon Catholique , & qu'un
homme de qualité de fon voisinage
a le mefme don , quoy qu'il ne s'en
fervepas. Nous avons auſſidans ce
Canton un Ecclefiastique qui déconure
avec lamesmeBaguette don't
il sefert pour les fources , l'endroit
où sont arreſtez les corps de ceux
qui sefont noyez, quelque éloigne
Z MERCURE
ment qu'ily ait du lieu du naufra
ge , &quelque profonde quefoit la
Riviere où ils ont esté entraînez.
Le 8. de ce mois , le Pere
Bailly Provincial des Barnabites
, eut l'honneur de ſaluër
Sa Majesté à fon retour d'Italie
, où il eſtoit allé pour affiſter
au Chapitre general de
tout l'Ordre , qui ſe tenoit à
Milan. Il rendit compte au
Roy de ce qu'il y avoit fait en
faveur de la Nation Françoiſe.
Sa Majesté fut fort fatisfaite
de ſa conduite , & luy promit
ſa protection , pour tous les
Barnabites François. M. l'Archeveſque
de Paris qui l'avoit
preſenté au Roy fit ſon Eloge
en peu de mots , en diſant que
fon ſeul merite l'avoit élevé
aux premieres Charges de fon
GALANT.
93
Ordre. Il eſt proche Parent de
M. Dacquin , premier Medecin
de Sa Majesté , & a prêché
dans les premieres Chaires du
Royaume .
M. le Coq. Avocat au Bail-
- liage & Siege Prefidial de
Caën , Docteur aggregé par la
nomination du Roy dans les
Facultez des Droits de l'Univerſité
de lameſme Ville , ayant
repreſenté que la Chaire de
Docteur & profeſſeur Royal
de Droit François en la mef.
me Univerſité , eſtoit vacante
par la mort de M. le Courtois ,
arrivée le 7. Avril dernier , le
Roy , informé de ſon merite ,
a bien voulu la luy accorder
fur le témoignage des Avocats
Generaux du Parlement de
Roüen , qui l'avoient nommé
pour cette Chaire , avec le
94
1
MERCURE
Doyen des Avocats du Preſidialde
Caën, & le Sous-Doyen
des Docteurs aggregez . Les
Lettres patentes qu'il a obtenuës
du Roy , du 17. de May ,
ont eſté enſuite enregiſtrées
dans le meſme parlement.
,
Vous vous ſouvenez , Madame
que feu Monfieur le
Prince de Conty , que fon
grand coeur n'a jamais laiſſé
oiſif, eſtant allé chercher la
guerre en Hongrie , ſe trouva
dans l'Armée de l'Empereur
quand elle prit Neuhauſel. Un
de ſes Gentilshommes luy
amena quatre petites Turques
qui s'eſtoient trouvées envelopées
dans le ſaccagementde
la Ville & entre leſquelles
eſtoit la Fille du Gouverneur
,
de la Place , nommé Ibrahim,
qui estoit mort quelque temps
GALANT.
95
avant le Siege , aufli bien que
ſa Mere appellée Telimé. Ce
Prince qui n'avoit pas moins
de pieté que de valeur , ne ſe
contenta pas de ſauver la vie
à ces jeunes Perſonnes , il voulut
encore contribuer à leur
falut , en les donnant à Madame
la princeſſe de Conty , fon
Epouſe , pour les faire inſtruire
& baptifer , ce qu'elle fit
avecbeaucoupde zele&de liberalité.
Cesjeunes plantes ont
eſté ſi bien cultivées par cette
illuſtre Princeſſe , que de ces
quatre Filles l'une eſt Carmelite
, & deux autres ont eſté
miſes dans des Communautez.
La quatrième , appellée Julie,
ayant plus de diſpoſition pour
la Cour , a toujours demeuré
depuis auprés de ſa Bienfactrice
qui l'honoroit d'une Bonté
96 MERCURE
dedistinction , &qui fongeoit
àluy affurer un établiſſement
confiderable dans le monde ;
mais cette jeune Perſonne , qui
depuis deux ans gardoit dans
ſon ſein l'envie de ſe conſacrer
àDieu, ſupplia il y a trois mois
Madame la Princeſſe de Conty,
Doüairiere , de luy permettre
de ne point l'accompagner au
Voyage de Namur ,& de trouver
bonqu'elle ſe retiraft jufqu'àfon
retour , dans l'Abbaye
des Chanoineſſes de Sainte
Geneviève de Challiot, où elle
avoit quelque connoiſſance ,
cequi luy ayant eſté accordé,
elle ſe trouva fi édifiée de la
pieté de ces Religieuſes , & fi
touchée de la tendreſſe toute
maternelle avec laquelle l'Abbeſſe
ſe devouë toute entiere à
eequi regarde ſa Communauté
,
1
GALANT.
97
cé , qu'elle n'a point voulu en
fortir , eſtant vivement perfuadée
que Dieu l'appelloit dans
cette Maiſon Religieufe. Madame
la Princeſſe de Conty,
pour continuer ſes charitables
bontez juſqu'à la fin , aprés
avoir fait éprouver la vocation
de cette Fille , luy donna le
Voilede la Religion le Mardy
19. de ce mois , accompagnée
de Mesdames les Princeſſes de
Liflebonne & de l'Epinoy , &
de pluſieurs autres perſonnes
d'un haut rang. Il y avoit une
grande aſſemblée de Peuple, &
tout le monde fut charmé de
la vivacité avec laquelle cette
Princeſſe s'acquitta de cette
ceremonie.M . Mace, Chefcier
Curé de Sainte Opportune ,
qui avoit eſté prié de prêcher
àcette vêture , fit un difcours
Aouft 1692 . E
98 MERCVRE
plein de la pieté & de l'éloquence
qui luy font ordinaires,
& fit connoiſtre la multitude
des mifericordes de Dieu, à l'égard
de cette Turque , qui
d'Infidelle & de Captive , devenoit
l'Epouſe de Jeſus-Chrift .
Des éloges courts & brillans
de feu Monfieur le Prince de
Conty ,& de Madame la Princeſſe
Doüairiere , y furent meflez
avec art , &des deſcriptions
délicates du monde & de la
Cour endiverfifierent les agrémens
, & luy attirerent les
loüanges des Princeſſes , & les
applaudiſſemens d'une nombreuſe
Aſſemblée. La cérémonie
eſtant achevée , Madame
la Princeffe de Conty viſita
la Maiſon& le jardin,& trouva
enfuite dans le Refectoire une
magnifique Collation en ambi-
OUL
DEL
YON
93*
GALANT.
THEQUE DELA
10
gu. Elle fortit extréme ent
fatisfaite de l'Abbeffe , de toute
la Communauté , & retournaà
Verſailles ſur les fix heures du
ſoir aprés avoir fait l'honneur
à la nouvelle Religieuſe de
l'embraſſer , & luy avoir dit
beaucoup de choſes en maniere
d'exhortation, ſur l'eſtat de vie
qu'elle avoit choiſi .
Comme rien ne vous plaift
tant que ce qui ſe dit à la loüange
du Roy , je ne dois pas oublier
à vous faire part de l'éloge
de cet Auguſte Monarque ,
que le Pere Michel de Saint
André Parifien , Superieur des
Carmes de la Ville d'Hennebon
, eut l'adreſſe de mêler
dans le Sermon qu'il prêcha
le 15. de ce mois, Feſte de l'Afſomption
, en l'Egliſe de Nôtre
Dame de la meſme Ville .
E 2
100 MERCVRE
S'il n'eſt pas entierement dans
les mêmes termes qu'il fut prononcé
, vous n'en devez pas
eſtre ſurpriſe , puis qu'il a eſté
retenu de memoire , ſans que
ce Pere ait voulu communiquer
ſa copie. Aprés qu'il eut
fait remarquer dans la fainte
Vierge deux fortes de plenitudes
, qui firent le ſujet de ſes
deux points , une plenitude de
Sainteté & une plenitude de
Gloire , il finit à peu-prés par
ces paroles .
Tout ce que j'ay dit , Messieurs
delaplenitude de gloire , que Ma.
rie s'est acquiſe par tant de merites
nefert- il pas à prouversaResurvection
anticipée , Son Aſſumptio.n
en corps & en ame dans le Ciel ,
Jagloire, lon bonheur , Sa Sainteté
, &fes graces ? Quelques efforts
que les Heretiques ayent fait
GALANT. 101
de fiecle en fiecle , pour luy ravir
l'honneur qui luy estdû , il s'esttou-
_jours trouvé par uneſpeciale Providence
, de vrais Devots de Ma.
rie , quisefont opposezà cesfortes
deministres de Satan. Nostre Sie
cle , Messieurs , n'en auroit pas
moins fourny que les autres. Il enst
eſtèmesme plus fecond en Heretiques,
parce qu'il est plus consommé
enmalice , &nostre France auroit
efté peut- eftre lelieu deleur origine
Si lesſages précautions du plus puif-
Sant Monarque de l'Europe n'eus-
Sent prévenu ce malheur par fa
vigilance. Ilfalloit estre Louis le
Grand pour chaßer de fon Royaume
des Ennemis ſi domestiques , il
falloit estre Dien donné pour imprimer
dans tous les coeursune devotion
fi religieuſe ; il n'apparsenoit
qu'à Louis XIV. de revoquer
un Edit , qui ne favorisoit pas
E 3
102 MERCURE
}
moins les Heretiques qu'il préjudicioit
aux Catholiques. Une entreprise
de cette importance , que
Ses Predeceffeurs avoient mille &
mille fois projettée , fans avoir
jamais ofè l'executer , devoit estre
lefruitde la pietéd'un RoyfiChre-
Stien. Parleray-je icy de ces Prêches
démolis , de ces Villes forcées ,
de ces Cabales diffipées ? Vous fevay
je faire reflexion sur le foin
qu'ilprend des Nouveaux Conversis
? D'un coſté vous verrez des
Miſſionnaires dispersez de toutes
paris , de l'autre des Congregations
establies ; icy des Penſions accordées,
làdes Hôpitaux baštis.
Si je vous le represente aux
mains avec tout l'Europe , c'est
vous dire qu'il est le Protecteurde
l'Innocence opprimée , le foûtien
de la fustice , &le Bouclier de la
Religion. Un Roy detrôné par une
GALANT.
103
intrigue de traiſtres , luy met auſſitoſt
la larme àl'oeil. Un jeune Prin
ceflottantfur la Mer , fait lesujet
deſa compassion ; une Reine degui-
Séeluy tire lesſanglots ducoeur , &
un Peuple sous la conduite d'un
homme quin'a pour Loy quefon caprice
&pour Foy queson ambition,
luyfait mettre par Mer &parterre
des Armées formidables en Campagne
, où ilse trouve enpersonne ,
pour vanger la cause de Dieu ,
fans que nulle confideration bumaine
puiſſe moderer l'ardeur qui
lepousse.
for
En vain on layfait entendre que
c'est exposerſon Royaume que d'expoferfa
PerſonneSacrée , millefois
pluschere à l'Etat que toutes cho.
Ses. Le temps pour partir eft fixé,
la reſolution en est priſe. A peine
sçaura t- on la nouvelle defon depart,
qu'on apprendra fon arrivée
E 4
104
MERCURE
àla tefte deſes Troupes. La joye
univerſelle qu'elle y cause , ne donne
pas moins de courage àJes Soldats,
que de terreur àſes Ennemis.
Iln'a pas plutoft mis pied à terre
qu'ilpaſſeſon Armée en reveuë. Il
viſite les travaux , il aßigne tous
les postes , il va d'Escadron en Efcadron
, après avoirpaffede Ligne
en Ligne, & pour estre plus en état
de donner les ordres neceffaires , il
ne craint point deſe camper à la
portée mesmedu Canon.
Ce feroit icy le lieu , Meſſieurs ,
devous faire un détail desa valeur
, de vous marquerfon intrepiditédans
le Combat ,sa constance
àlaTranchée,Savigilance à donner
l'Ordre , sa prévoyance à prewenir
les deſſeins deſes Ennemis.
Je vous le representerois infatigable
à tout entreprendre , attentifà
encourager les uns , à recompenfen
GALANT.
les autres ,moderé dans la chaleur
de l'action , &fe poffedant toujours
tuy mesme. Vousle verriez pren
dre le ſoin de touteson Armée ,fans
diminuer celuy qu'il a de tout
Son Royaume , donnertout le temps.
àfon Peuple, qu'ilne consacre pas
auservice defon Dieu , & ne retrancher
quefes plaisirs , pour vaquer
, uniquement à ses affaires.
Le fçay que le recit de tant de
merveilles ; quelque ample qu'il
fuft, bien loin de vous ennuyer , ne
feroit que vous êdifier , mais l'heure
que je mesuis prescriteeſtant déja
presque finie , me fait moderer la
paſſion que j'aurois de vous en en
tretenir , malgré mon impuiſſance
à traiter dignement un sujet su
relevé
L'ajoûterayfeulement que notre
invincible Monarque qui n'a pas
moinsheritédelapietedefesAnce-
Es
106 MERCVRE
Stres , que de leur Royaume , Sçachant
qu'un jour de l' Assomption ,
Louis le luste avoit consacré sa
personne &Ses Etats à lafainte
Vierge , preferant l'honneur defa
protection à toutes les forces deſes
Sujets dont la valeur n'estoit pas
commune, ce Prince pour ne point
dérogerà l'ancienne Coûtume ,ausorisée
par ses predeceffeurs , de
faire tous les ans en chaque Ville
dece Royaume à pareil jour qu'aujourd'huy
ane Proceſſion ſolemnelle .
pour rendre hommage au triomphe
de Marie non content d'avoir
enſa perſonne renouvelle l'offrande
du Roy fon Pere , vous invite par
Son exemple à offrir le même ſacrifice,&
vous ordonne d'assister à cetze
Proceßion. L'empressement que
vous me témoignezà executerfes
ardres , m'oblige en finiſſant ce
Discours de me prosterner devant le
GALANT.
107

trône de Marie , pour reconnoitre
avec l'Eglise l'étenduë deſa puis-
Sance dans le comble de fa gloire ,
où elle me paroist plus redoutable
qu'une Armée rangée en Bataille,
par la defaite entiere de ſes Ennemis
, tant des demons que des Heretiques.
C'eſt , Chrétiens , ce qui me fait
esperer que quelque liguez que
foient les nôtres , tous leurs efforts
s'évanouiront en fumée sous l'ap
puy de cette puiſſante Reine , qu'i
n'est pas moins disposée à nous
combler de graces , qu'à les remplir
deconfusion. Faffe le Ciel que vous
& moy, à l'exemple de Louis le
Grand , nouspuissions nous les attirer
en cette vie. C'est le moyen
d'eſtre couronnez en l'autre ,&de
meriter la gloire éternelle.
Les Peres Auguſtins de
Poitiers ont celebré pen
E6
108 MERCURE
dant huit jours la folemnité
de faint Jean de Shagun ,
Religieux de leur Ordre ,
canoniſé par le Pape Alexandre
VIII . Elle a eu tout l'éclat:
poſſible, & ils n'ont rien épargné
pour donner à cette cérémonie
toute la pompe qu'elle
pouvoit recevoir. Le premier
jour , ils fortirent en Proceffion
de leur Egliſe , qui estoit magnifiquement
parée , pour aller
prendre Meffieurs de S. Pierre
dans la Cathedrale, où ils entrerent
au bruit des Tambours &
des Trompettes . Aprés que
l'on y eut chanté un Motet, les
Chanoines les accompagnerent
dans leur Eglife , où ils retournerent
dans le meſime ordre
qu'ils eſtoient partis. M.l'Evêque
de Poiriers y officia pontificalement
, & la Meffe ,& les
GALANT.
109
Veſpres, auſſi bienque le Salut,
furent chantées par une excel
lente Muſiquede la Cathedrale.
Le fecond jour , ces Religieux
firent la meſme choſe pour les
Chanoines de l'Egliſe Collegiałe
de fainte Radegonde , &
le troifiéme, pour ceux de Nôtre-
Dame la Grande. Les Carmes,
les Jacobins, & les Cordeliers
y vinrent officier les trois
jours fuivans , & ce furent les
Auguſtins qui à leur tour firent
l'Office le ſeptième jour dans
leur propre Eglife . La Clôture
de cette Octave , ſe fit par les
Chanoines de faint Hilaire ,
qu'ils allerent prendre , & qui
amenerent une excellente Mu--
fique , remplie de tres -belles
voix,& de pluſieurs fortes d'inſtrumens
. Le Te Deum fut chanté,
aprés que la Benediction eur
110 MERCVRE
eſté donnée , & le ſoir ſur les
ſept heures, tous les Religieux
du Convent,la Croix & la Banniere
en teſte , allerent mettre
le feu àunbucher qu'ils avoiét
fait élever au milieu de la place
Royale, devant leur Eglife. Il
s'y fit pluſieurs décharges de
Canon, & il s'y trouva un concoursdemonde
extraordinaire.
Je vous envoye encore quelques
Vers fur la priſe de Namur
, & commence par ceux
que vous m'avez demandez. Je
n'en connois point l'Auteur
mais ils ont aſſez plû à tous
ceux qui les ont lûs , pour meriter
voſtre curioſité.
GALANT .
SUR LA PRISE
de Namur .
N
Amur estoit une Pucelle,
Dont on ne pouvoit approcher.
Son coeur auffi dur qu'un rocher
Nousla montroit toujours rebelle,
Et jamais la cruelle
Nese laiſſa toucher.
LOVIS pourtantfe met en teste
Cetteglorieuse conqueste.
Ilfait plus , il y rénßit ,
Etvoicy comment il s'y prit.
Ilpart avec nombreuſe escorte
De gens à pied , gens à cheval ,
En telle occafion gens qui ne font
pointmal ,
Et va Camperdevant la porte
De la Belle,dont la fierté
Ajadis rebuté
Plus d'un Amant illustre..
ΕΙΣ MERCURE
Cefut pour la gloire&le lustre
D'an autre plus illustre Amant.
Cet Amantdonc paroist,&faitson
compliment.
Namur , dit- il , Namur trop inhumaine
,
Depuis plus d'un anenfecret
Sans vouloir pour raiſon vous découvrir
ma peine ,
Je brûle d'un amour difcret ;
Mais je cede, il eſt temps,à l'ardeur
qui me preffe.
Cedez à l'exemple deMons.
Quinzejours comme vous Mons en
fit les façons.
Cedez auffi comme elle àma juste
tendreſſe.
Jene veux , ny ne puisvous le dif.
fimuler,
Ma tendre paßion l'emporte,
Leviensvous conquerir oowubienvous
enlever,
Sinon, mourir à votre porte.
GALANT.
113
Mourez, dit Namur,que m'importe?
Ie neveuxpoint außi vous le celer.
Non, LOVIS, ceffez de pretendre
Que je veuille jamais à vos efforts
me rendre.
A ce deffein ne vous obſtinezpas,
Vous avez du pouvoir , vous avez
des appas ,
Mais j'ay toujoursScen me défens
dre.
LOVIS dansfa bouillante ardeur
Ne connoist rien de trop grand pour
Son coeur.
Plus , dit il, une Belle eft farouche
&severe ,
Plus la Conquefte en est &glorieuse
&chere ,
En effet le defor
S'accroiſt par la défense ,
Et la plus douce jouiffance
Ne donne du plaifir
Qu'aprés la résistance.
114 MERCURE
Ilredouble ſes ſoins &Son empres-
Sement ,
Remplit tout les devoirs du plus
parfait Amant.
Tous les foirs une Serenade ,
Chaque matin une nouvelle Aubade.
Saviolentepaſſion 6
Sefait voir en chaque action.
Ildonneà tous momens quelqueſenfiblemarque
Del'ardeurdeses feux.
Namur s'émeut enfin ,se rend aux
tendres voeux
Dececharmant Monarque.
Elle s'enflamechaque jour.
Et triomphantde sa vertu mourante
LOVIS remply d'une gloire éclatante,
Varecueillir les fruits defon amour.
Ainfi cette Pucelle autrefois fifanvage
,
GALANT.
IIS
Cedant au bout de trente jours
Adeſi preſſantes amours ,
Perdit enfinſon pucelage.
Celafoitditſansvousfacher ,
Namur , semblable fort autre que
vous regarde ,
Ets'il en est encore quelqu'une qui
legarde ,
C'est celle que Louis ne daigne pas
toucher.
Trop indignes Rivaux de mon Au
guste Maistre ,
Par ces fruits inouis , par cet illustre
effort ,
Apprenezà le mieux connoistre
Ledernier coup qu'ilfrappe est toujours
leplusfort.
116 MERCURE
Sur la priſe de Namur , aprés
la diſgrace du Combat
Naval.
M
MADRIGAL.
Ars a vangé Louis
roux deNeptune.
ducou
Namur estsoumis àſes loix ,
Et ledernierdeſes exploits
Fait admirer par toutfa gloire &
fafortune.
Naffau n'ose au Combat expoferfes
guerriers;
Son esperancene sefonde
Quefur l'appuydes vents,&fur la
foy de l'onde,
Qui produit des Rofeaux ,&non
pasdes Lauriers.
Le Sonnet que vous allez
lire , eſt de Mademoiselle de
Dommaigne de la Rochehuë.
GALANT.
117
AVIS AUX FLAMANS.
Qu'attendezvous encor, Peuples
infortunez,
Pour fecoüer le joug d'une impuis.
Sante Ligue ?
Si Guillaume enfecret a conduitfon
intrigue ,
Il aforgé les fers qui vous ont en.
chaîne.z
Tant de Princes jaloux , tant d'efprits
mutinez
Opposent à LOVIS une trop foible
digue ;
En vainpour vousfauveronSollicite
, ou brigue ,
Tous , àsuivre ſon char vous estes
deftine.z
Est cefur l'impoſſible où vôtre espoir
Se fonde?
118 MERCVRE
Croyez-vous triompher du plus
grand Roy du monde ,
Qui Jeul à l'Univers peat impofer
la Loy?
Aprés Mons &Namur , quelle est
vôtre esperance?
Comptez- vousfurAnvers , Ostende
, & Charleroy ?
Ilfaut les voir tomber , ou conquerirla
France.
Je finis par un Ouvrage ,
dont M. Rouffelet , Principal
du College de Noyon , eft
l'Auteur.
EPISTRE AU ROY ,
Sur la priſe des Ville &
Chaſteau de Namur .
GRAND ROY, dont lavaleur
& la vareſageſſe
Font qu'à tous tes projets Dieu même
s'intereffe ,
GALANT. 119
Et qui ſans t'égarer dans ton activité
,
Esleplusbeau Portrait de la Divinité
,
Tu reviens tout brillant des rayons
de la gloire ,
Qu'imprime encorfur toy ta noud
velle Victoire.
Le Chasteau de Namurfurfon Roc
foudroyé ,
Renddéja de ton nom l'Univers effragé.
Aprés ce grand effort de ton Bras
invincible ,
Ilvoit qu'à ta valeur iln'est rien
d'impoſſible ,
Et quand il te plairade luy donner
laLoy,
Que la terre en tremblant ſe taira
devant toy .
Comme un nüageépais su la Foudre
s'appreſte ,
Aux timides Mortels fait prévoir
la tempeste ,
1.2.0 MERCVRE
Pour laiſſer à Nassau le temps de
refifter.
Ton courage s'a fait lentement te
bâter ,
Et ton Foudre de loin annonçant ta
venuë;
Avantque departiragrondé dans
la nuë.
En vain pour l'arrester, la Sambre
furfes bords
Voit ce Tyran jaloux faire tous fes
efforts.
Partout où tufournis ta brillante
carriere ,
On le voit , effrayé, reculer en arriere
,
Etpourcombler enfin nos plus juſtes
Souhaits ,
Commeun autre Pithon fuccomber
Sous tes traits.
Aton aspectfatalsa rage infortunée
Luyfaitfouffrir lefortdu mal- heureux
Phinée.
Et
GALANT. 121
Etdevenant par tout immobile Rocher,
Quand pourſeſignaler ilveut t'allerchercher
,
Il laiſſe à ta valeur forcer tous les
obstacles ,
Et des plus grands Herosfurpaffer
Celuy qui commandoit qu'au rang.
les miracles .
deses Ayeux :
On mistle Grand Alcide &le Mala
tredes Dieux ,
Qui vouloit qu'on lay craft des vertusSansparcilles
,
Quand pour reduire un Roc il fit
tant demerveilles ,
Verrois en toy briller un courage
nouveau ,
D'avoirforce Namur,fon Roc&Son
Chasteau.
Bien mieux qu'à ceHeros ilsemble
que la gloire ,
Par tout où tu combas , attache la
Victoire.
Joust 1692 . F
1
Ig2 I MERCV RE
Pour lasecondefois leBatave d'ef
froy ,
Va,pour fuir ton couroux ,senoger
devant toy.
Bien- toft en fremiſſant , la perfide
Angleterre
Verra tousfes Lauriersfletris de ton
Tonnerre , 6
Et ne pouvant fouffrir ton éclat
nompareil ,
L'Aigleperdra les yeux aux rajons
du Soleil.
Detesfaits inouis , &ſurpriſe&
charmée,
GRAND ROY, tu lafferas enfin la
Renommée.
Quoy que pour mieux chanter on
lug donnecent voix ,
C'estpeupour celebrer ta Gloire&
tesExploits.
Mais belas! trop ſouvent dans ce
grandchoc des armes,
L'excés de sa valeur nous cause des
alarmes.
GALANTM
#23
On diroit qu'animant lecoeur de tes
Guerriers
Ta voudrois de tonfang arrofer tes
Lauriers ,
Lors qu'on t'aven braver lafaneste
tempeste ,
Decent Foudres de Mars dreffez
contre ta Teste
Dans leurjustefrayeur , tesfidelles
Sujets , C
Ont conjurele Cielde benirtespro
jets ;
Qu'estant da Dien vivant la plas
brillante Image,zalop
Itfecondat en tout l'effort de tom
courage
Qu'il armastau secours du plus
granddes Humains o
Deſes Soldats allez lesinvisibles
mains 1
Le Cielvient d'exaucer nostrejufte
Apriere.mob
Tufors Victorieux d'ane noble Carriere.
F2
1
MERCURE
24
Le Chasteau de Namur , fon Roc&
SesRempars,
Tes travaux affidus,les fatigues de
Mars ,
Que couronne à la fin une illustre
Victoire ,
Nefont que relever laſplendeur de
ta gloire,
Ilfaudroit ramaſſer , comptant ce
que tu vaux ,
Des Heros demy- Dieux les plusfameux
travAUX, :
Plus Sage que Cyrus , plus heureux
qu'Alexandre ,
Plus vaillant que Cefar , tu peux
tout entreprendre ,
Et la Sambre &le Rhinàson pouvoirfoûmis
,
Aux bords de l'Hellespont aller
planter tes Lys,
Le prince d'Orange a fait
battre depuis peu une Medail
1
GALANT.
125
le, où eſt d'un coſté le portrait
du Roy, avec ces mots ,
NG
Ludovicus Magnus .
Et de l'autre coſté, celuy de ce
prince , & ces paroles ,
e
Guillelmus Maximus.
M. Bourfaut, dont vous connoiſſez
l'heureux talent , a fait
la- deſſus ce Madrigal.
L
OVIS est Grand, c'est un fait
pofirif,
- Dont l'Universn'est pas endoute.
Guillaume par une autre route
Pretend de laGrandeur estre au saperlatif.
Il faut rendre justice au celebre
C Guillaume.
Il a de fon Beaupere ufurpéle
Royaume,
Et commis des forfaits jusqu'alors
inconnus.
Des plus cruels Tirans on luy vois
les maximes ,
F 3
126 MERCURE
Et quand LOVIS eft Grand par de
grandes vertus, amb
Si Guillaume eft Tres-Grand , c'est
par de tres-grands crimes .
Meffire Etienne Daurat
Doyendu parlement de paris
où ilavoiteſtéreçu Confeiller
en 1641 mourut icyle 9.de ce
mois. C'eſtoit un homme fort
éloquent , & qui rapportoit fi
bien une affaire , qu'on ſe fail
foit un plaifir fingulier de l'écouter.
Jamais perſonne n'aparu
avoir tant de détachement
pour le monde . Lors, qu'il eut
ſçû qu'il ne pouvoit réchaper.
de la maladie dont il eſt mort ,
il ordonna luy-meſme que l'an
fiſt ſa biere,& ſe la fit apporter.
Il baiſoit auffi tous les jours le
drap qui luy devoit ſervir de
fuaire.Il laiſſe deux Filles.L'Aic
६ व
GALANT.
117
née avoit épousé feu M. Turgotde
Soufmont , Maiſtre des
-Requeſtes , dont eſt venu M.
Turgot , auffi Maiſtre des Requeſtes,
Gendre de M. le pelletier,
Intendant des Finances.La
Cadette a eſté mariée avec feu
M.Barberie de S.Conteſt, Maître
des Requêtes , dont le Fils
est Conſeiller au parlement de
paris.
4 Meſſire Jean le Boindre ,
Souſdoyen du Parlement , en
eſt devenu le Doyen par cette
mort. Dame Renée Françoiſe
le Boindre fa Fille , a épousé
Meffire Jacques le Vayer , Sr
de Salles , Maiſtre des Requê .
tes , & Meffire Jean François
le Boindre S. du Groſchefnay
fon Fils , reçû Conſeiller en
1689.en la premiere Chambre
des Enqueſtes , a pris alliance
F4
418 MERCURE
avec Marguerite Françoiſe.
Catherine Doujat , Niece de
Meſſire Jean , Doujat , à prefent
Soufdoyen au Parlement .
Meffire Claude le Doux ,
Baron de Melleville , Doyen
de la quatrième des Enquêtes
, eft monté à la Grand'
Chambre en la Place de M.
Daurat.
M. Bigot , Seigneur de
Montville , reçu en 1669 .
Confeiller en la quatriéme
Chambre des Enquestes du
Parlement de Paris , eſt mort
dans le meſme temps . Il eſtoit
Fils de Meſſire Alexandre Bigot
, Preſident à Mortier au
Parlement de Rouen , où il a
laiffé un Fils Conſeiller .
L'eſtime & l'amitié que Madame
la Dauphine avoit pour
Mademoiselle de Beſſola , ont
GALANT. 129
fait que vous en avez ſouvent
entendu parler Cette Princeffe
qui l'avoit choiſfie préférablement
à toutes les Filles de la
plus grande qualité de Baviere
pour l'amener en France lors
qu'elley vint en 1680. l'honoroit
de toute ſa confiance , &
il n'y a perfonne qui ignore les
obligeantes marques qu'elle
en recevoit. Mademoiselle
de Beſſola , penetrée entierement
de douleur par la perte
de cette grande Princeſſe ,
avoit fait depuis ce temps là
une fi grande habitude avec
le chagrin , qu'il a eſté en partie
cauſe de ſa mort , arrivée
au commencementde ce mois .
Elle estoit Fille de Jacques ,
Baron de Beffola , de Veronne
&de Catherine , Marquiſe de
Mafey de Trende , dont les
F
$ 30 MERCVRE
Familles ſont diftinguées dans
les lieux d'où elles tirent leur
origine. Le Roy luy a donné
des marques de ſa protection ,
mefme juſqu'aprés la mort ,
jepuis parlerainfi.
fi
Ona eu avis de l'Amerique
que M. le Chevalier de Valbelle
faint Symphorien , Capitained'un
des Vaiſſeaux du Roy,
yeſtoit mort. Il eſtoit Fils de
Meſſi e Jean-Baptiste de Vals
belle Marquis de Tourves , &&
d'Anne de Vintimille , des
Comtes de Marseille . La Maifon
de Valbelle deſcend de
Guillaume I. de Valbelle , Iff
des anciens Vicomtes de Marſeille
, qui vivoitdans l'onzić,
me fiecle.
Le 22. de ce mois , on fit un
Service folemnel dans l'Eglife
GALANT
134
des Religieuſes Angloiſes du
Fouxbourg ſaint Antoine ,
pour M. le Duc de Tyrconnell.
Les titres du Billet que
reçurent ceux que l'on pria
d'affiſter à cette ceremonie ,
eftoient , Tres haut & tres-puis
Sant Seigneur , Monseigneur Ri .
chard, Duc Marquis & Comte de
Tyrconnell. Vicomte de Ballinglaff,
Baron de la Ville de Talbot , Viceroy
d'Irlande , & Capitaine-Lientenant
General de toutes les Forces
de Sa Majesté Britannique , Confeillerdu
tres honorable Confeil des
Royaumes d' Angleterre &d'irlande,
& Chevalier du tres noble
Ordre de la fartiere. M. l'Abbé
Anfelme y prononça l'Oraifon
Funebre , & comme la matiere
eſtoit belle , & l'Orateur excellent
, on ne peut douter que
le Panegyrique n'ait eſtétres-
F6
132
MERCVRE
1
digne de l'attention qu'on luy
prêta. Vous jugez bien qu'il
n'oublia pas la fidelité que l'on
doit aux Souverains,& qu'il employa
lestraits plus vifs pour élever
la gloire de ceux qui aux
dépens de leur fang & de leur
fortune mettent tous leurs foins
à s'aquitter d'un devoir fi indiſpenſable
.
Vous aurez ſçû que Madame
la Ducheſſe eſt accouchée le
18.d'un Prince . La joye ne doit
pas ſeulement avoir eſté grande
parmy ceux que leur intereft
particulier portoit à le ſouhaiter
, mais auffi par tout le
Royaume, puiſque la valeur eſt
tellement hereditaire à tous
ceux de cette Maiſon , qu'on
peut dire , que ſemblables
àHercule , ils font paroiſtre
leur force & leur courage
GALANT.
133
dans le berceau. Ainſi toute
la France doit fe réjoüir d'une
naiſſance qui luy eſt d'autant
plus avantageuſe , qu'elle
peut ſervir à multiplier une
•race de Heros , dont la valeur
contribuë tous les jours à fa
gloire & à ſa défenſe .
Je vous envoye une Medaille
, qui a eſté frappée au ſujet
de la Ligue , & qui fera un
monument eternel à la honte
des Princes qui y font entrez .
Ils ne l'ont faite que pour la
rendre publique . Cependant le
mauvais fuccés de leurs affaires
, fait tellement éclater leurs
pertes , que s'il leur étoit poffible
, ils devroient empêcher
qu'elle ne fuſt veuë , au lieu
que tout nous engage à la publier
nous mefines , quoy qu'-
elle foit faite contre nous ,par134
MERCURE
3
ce qu'il y va de nos avantages ,
depouvoir prouver à la Pofterite
une Ligue qui n'a ſervy
qu'ànous donner de la gloire ,
& à faire voir que tant d'Alliez
ont uny leurs forces inutilement
pour la deſtruction de la
France . Il y a fur l'épaiſſeurdu
contourde la Medaille.
Ubi multa concilia , ibi falus.
Rienn'eſt moins vray , que
de dire , que la multiplicité
des confeils produit les heureux
fuccés. Ceux de la Ligue
font en grand nombre ; leurs
pertes le font de même. Le Roy
gouverne ſeul : ſes Victoires
font infinies . Ont ils lieu de
dire aprés cette experience ,
Ubi multa concilia , ibi falus ? Si
celaa pû autrefois eſtre veritable
, le genie du Roy ſe trouve
aujourd'huy ſi ſuperieur, qu'il
GALANT.
"
confond ſeul les conſeils & les
forces de la multitude . )
Le Dimanche 24. de ce
mois , M. l'Abbé de Louvois
foutint au College Mazarin ,
des Theſes fur toute la Philofophie.
Il n'est pas neceſſaire
de vousdireque l'Aſſemblée fut
des plus illuftres & des plus
nombreuſes ; le nom du Soutes
nant vous l'apprend affez. Mais
comme l'eſprit eſt perſonnel ,
&que la naiſſance ne le donne
pas toujours vous pourriez
ignorer de quelle maniere it
s'eſt acquitté des longs &
penibles exercices de cetre
journée. Aina je vous diray
avec toute la fincerité poſſible
, que non ſeulement ce
jeune Abbé a répondu à tour
ce que l'on pouvoit attendre
de luy dans une pareille occa
136 MERCVRE
fion , touchant les matieres
dont il s'agiffoit , mais qu'il a
fait voir qu'elles l'embaraſſoiét
peu , & que lors qu'il feroit
queſtion d'en approfondir de
plus importantes,il n'y en avoit
point de fi difficiles dont la vivacité
de ſon eſprit ne luy fiſt
ſans peine penetrer la profondeur.
Ces Theſes étant dédiées
au Roy , on n'a point voulu
épargner la dépenſe pour faire
quelque choſe de grand & de
beau , & pour y contribuer ,
l'on s'eſt ſervy de tout ce qu'il
y avoit de plus fameux dans les
Arts. Feu M.de Louvois avoit
donné le ſujet qu'il vouloit qui
fût repreſenté ; ſçavoir , Tons
&unseul contre tous.
C'eſt ſur cela que M.Mignard
a travaillé , & voicy ce qu'il a
imaginé pour le Tableau de la
contre un ,
GALANT.
37
Theſe .Le Roi qui en eſt la principale
figure & le Heros,y paroiſt
au milieu, avec un caſque
orné de plumes ſur la teſte ,&
commandant à la France. Elle
marche fierement aux Ennemiş
dont elle eſt environnée. On
luy voit tenir l'épée d'une
main ,& un Bouclier de l'autre,
le caſque en teſte,avec un corps
de cuiraffe , & les bras retrouf
fez juſques au coude. Il y a deux
Enfans qui l'accompagnent
L'un tient le Collier de l'Ordre
, & l'autre le, Sceptre avec
- la main de Juſtice. Au- deſſus
de la figure du Roy , la Religion
eſt repreſentée ſur des
nuages, priant le Pere Eternel,
& montrant celuy pourqui elle
prie. Sur le meſime plan , à la
gauche de la figure de Sa Majeſté
, on découvre l'Envie ren- 2
38
MERCVRE
verſée par terre,& appuyéefur
des Livres. Ses cheveux épars
&heriffez marquent ſa colere.
Elle tient un flambeau à la
main , & le porte à la veuë da
Roy , faifant connoiſtre par là
le deſſein qu'elle a de ſe révol
ter.Derriere elle eſtun Officier
qui défigne l'Angleterre. Il a
l'épée à la main,&tientunBouclier
de l'autre . Il eſt en attitu
de de vouloir attaquer la France,
à laquelle une autre Figure
qui eſt auprés de cet Officier ,
&qui repreſente la Baviere,allonge
un coup d'une demy-pique.
Derriere eſt un Savoyard
en groupe , ayant l'épée à la
main, ainſi que le Brandebourg,
qui a le viſage d'un fier Allemand.
L'Eſpagnol eſt derriere,
&fa moustache relevée le fait
diftinguer.L'Empire eſt ropre.
GALANT.39
ſenté au milieu,par un Officier
à cheval qui tient l'épée haute.
Il eſt ſuivy de pluſieurs Cava
liers des Princes de l'Empire ,
&de quantité de gens de pied ,
Allemans & Hollandois. Tout
tes ces Figures font connoiftre
ce qu'elles repreſentent par les
armes gravées dans leursEtendards
. Le bas de la Thefe eft
d'une Architecture ruſtique
qui fait voir le portique d'un
Arfenal. Du milieu de la porte
Bellone fort en furie , la demy
pique à lamain, & fonBouclier
del'autre. Elle atout fon corps
armé , & le cafque en tefte ,&
l'on remarque à fon attitude
qu'elle eſt preſte d'allumer le
feu par tout. DesEnfans reprefentent
les Arts ſur le devant
où l'on voit les Inftrumens des
Sciences , un grand Globe ,des
140 MERCURE
Compas , des Regles, avec tout
cequi convientàlaGeometrie,
aux Mathematiques , à la Poëfie,
Peinture, Sculpture, Architecture
, Muſique , orné de
branches d'Olive & de Lauriers
. Un des Enfans affis fur
les degrez du Portique, pleure
appuyé ſur un grand livre , &
un autre en ſe haſtant de courir
au devant de Bellone , fait
affez connoitre qu'il veut l'arrefter.
Au deſſus de la porte
eſt une maniere de Cartel en
ovale , entouré d'un feſton de
Laurier ,dans lequel on lit , en
gros caracteres , LUDOVICO
MAGNO. Aux deux côtez de
l'ovale font reliez deux grand
Feſtons de feüilles de Chefne ,
qui vont s'attacher aux Pila-
Ares ruſtiques qui font les deux
jambages & l'ornement de la
GALANT. 141
porte. Il y a fur ces Feſtons
deux grands Volumes qui pa--
roiſſent avoir eſté roulez , & fur
leſquels ſont écrites les Poſitions
à la manieredes Anciens;-
penſée nouvelle dans noſtre
temps. Toute la compoſition eſt
conduite ſagement,& n'a aucun
embarras , toutes les figures é.
tant fortbien détachées, en forte
que le haut & le bas ne font
qu'un Tableau , qui de luy-mê-
- me eſt auſſi nouveau que riche .
Le Roy qui ſe connoiſt parfaitement
en beaux Ouvrages ,
receut cette Theſe comme elle
le merite,& la fit attacher dans
fa chambre avant qu'elle fuft
publique,afin que ceux qui témoignoient
de l'empreſſement
pour le plaiſir de la voir, puſſent
fatisfaire leur curiofité . Toute
la Cour en a felicité M. Mi
144 MERCURE
gnard. Ceux qui en ſouhaitteront
une defcription plus étenduë,
la trouveront dans un excellent.
Poëme Latin , que M.
Rollin,Profeffeur Royal d'éloquence
, a fait ſur la même
Theſe , & qu'il addreſſe à M.
l'Abbé de Louvois. M.Boſquillon,
de l'Academie de Soiffons,
La traduit en Vers François
avec tous les agrémens qui accompagnent
la belle Poëfie.
Aprés avoir donné dans un
Volume de laRelation du Combat
de Stein- Kerke , où toutes
les particularitez en ſont contenuës
, un Eloge de feu M. le
Prince de Turenne , je croy
vous endevoir envoyer un plus
étendu, tiré d'une Lettre de M.
Bonnet de la Chaſſenitte, Avocat
au Parlement , écrite à un
de ſes.Amis de Province. Je
GALANT.
1431
i
laiſſe quelques circonstancesdu
Combat qui luy ſervent de Prelude
, pour venir à cet Eloge ,
qui eft conceu en ces termes.
M.le Prince de Turenne , aprés
s'estre distingué d'une maniere dignedefon
nom & de sa naiſſance ,
avoir veu tuerſon Gentilhomme à
Ses coſtez , démonter for Ecuyer,
bleffer fon Sous Ecayer, fut bleßé
mortellement luy- mesme d'un comp
de Mousquet , dont il mourut len
lendemain . Franchement , Mon
fieur, c'est ce qu'on peut appeller
une perte , non seulement pour fa
Maison , & pourſes Amis , mais
pour l'Etat . Il n'avoit que vingtseptans,
& s'estoit trouvé depuis
qu'il estoit en âge de porter les armes
, dans toutes les occafions de
l'Europe , où ily avoit en de la
gloire à acquerir, h
11fervis d'abord trois ou quatre
144
MERCVRE
ans en France avec distinction à la
teste defon Regiment. Il alla aprés
en Hongrie,&de là chez les Venitiens.
La Bataille de Gran , où il
Sesignala extrément , luy acquit
beaucoup de réputation. Ilpaffa en-
Suitedans l'Armée des Venitiens ,
où après mille preuves d'une valeur
extraordinaire , cette fage Repu..
blique luy donna pluſieurs fois des
marques defon estime , & luy fit
des preſens confiderables, entre lefquels
estune épée enrichie de Diamans,
qu'elle luy donnoit pours'en
Serviràla teste de son armée,fe
la moderation de ce jeune Prince
ne luy en eust fait refuser le com.
mandement.
Mais comme il ne reſpiroit que
pour leſervice de Sa Majesté, il
eut une joye incroyable de revenir en
France , & donna,soit en Piémont
Soit en Allemagne,foit en Flandre.
GALANT.
145
dre , dans toutes les rencontres on
il se trouva ( & où nese trouva-til
point ? ) des marques d'un grand
courage. Mons , Leaze , Namur ,
Stein Kerke , l'ont veu affronter les
plus grands perils , &fi on peut
-luy reprocher quelque chose , c'est
d'avoir recherché la gloire avec
trop d'ardeur , & trop prodigué
des jours fi précieux à toute la
France.
En verité, Monfieur , c'estgrand
dommage que le fort aitsi tost terminé
une vie ſi belle &figloricuſe.
La Parquene devroit- elle pas réfpecter
des hommes de ce caractere ?
S'il y a unefin , s'il faut que tout
aboutiſſe au tombeau , cette Loy ne
devroit regarder que les hommes :
communs, Ce Prince est mort , me
direz vous , dans le lit d'honneur ,
il est vray , mais il y est mort trop
jeune. Les deſtins , belas n'ont
Aouſt 1692 . G
146 MERCURE
fait que le montrer à la terre,
Peut- estre la France euft- elle esté
trop heureuse , sile Ciel luy cust
confervécejeune Heros. Si la mort
cette impitoyable qui n'épargne
personne ,avoitàle traiter comme
feuMonfieurdeTurennefon Oncle ,
des vertus duquel il avoit herité ,
aussi bien que du nom , elle devoit
du moins attendre qu'il en eust l'â
ge , & luy donner , comme à ce
grand Capitaine , le temps de meriter
la Sepulture de nos Rois. Sans
doute qu'elle s'y estméprise. Avoir
fes belles actions , &fes differentes
campagnes , à compter le nombre
deſes Exploits , elle l'a crû beancoupplus
âgé qu'iln'étoit : Dum
numerat palmas , credidit eſſe
ſenem. Il ne pouvoit à la verité
en si peu de temps faire de plus
grandes choses , &fa carriere qui
pouvoiteſtre plus longue , ne powGALANT.
147
voit estre plus glorieuse. Il a
marchéà pas de Geant dans lefen
tier de la gloire , & fait fervir
tous les momens defa vie àmeriter
cette immortalité , aprés laquelle
tous les grandshommes ontfoûpiré.
Son attente ne sera pas vaine; il
la poffedera cette immortalité. La
gloire deson nom ne finira jamais
Sa memoire durcra autant que les
Siècles ,& tant qu'ily aura de la
vertu , & de la valeur fur la torre,
MonfieurlePrince de Turenne fera
eftimé , admire , regretté.
Fenevous dis rien deſes autres
vertus , ellesrépondoientàses ver
zus militaires. Il avoit une penetration
, & un discernement admi
rable , &fçavoit ce qu'ilya deplus
exquis & de plus délicat dans les
Sciences. Il parloit de tout avec
unepresence d'esprit , &unejustes
Sequifurprenoient. Jamais Officier
G2
48 MERCURE
nefit mieux le détail d'un Siege,
ou le recit d'une Bataille , mais
il executoit encore mieux ces
choses - là , qu'il n'en parloit.
Ce Prince estoit doux , affable ,
honneste , & d'une modestie à ne
pouvoirsouffrir les moindres loüanges.
Enfin de quelque côté qu'on le
confidere, il ne luy manquoit rien
de toutes les qualitez qui peuvent
former ungrand Capitaine .
Monsieur le Prince de Turenne
estoit forti , comme vous sçavez ,
Monsieur , d'une Maison Souveraine
, de la Maison de Bouillon ,
qui tient par ses alliances auxplus
illuftres Maiſons de l'Europe.
Il s'estoit allié depuis peu avec la
Maison de Vantadour, l'une des plus
illustres & des plus anciennes du
Royaume. Mais belas ! cette derniere
alliance n'a quere duré. Les
noeuds en ont bien-toſt esté rompus ,
GALANT. 149
&la douleur qu'en a la Maison de
Vantadour durera autant que le
Souvenirde la perte qu'elle vient de
faire. Que puis-je vous dire encore;
finon qu'il est univerſellement regrettéde
tout le monde ? mais ce
qui fait le comble defagloire , le
Roy pour qui il avoit toujours en
un Zle tres ardent , & un aitachement
inviolable , a témoigné
de la douleur deſa perte , & en a
parléplusieurs fois avec éloge. le
Suis , Monsieur , .
Il y a peu de Noms plus connus
parmy les Sçavans que celuy
de feu M.Deſcartes.Il y en
a beaucoup qui ont fait du
bruit dans le monde par leurs
Ouvrages , & qui n'ont pas merité
pour cela que l'on écriviſt
leur vie . Celle de Mr Defcartes
a eſté imprimée in quarto,
& le fuccez en a eſté fi grand
G3
aso MERCURE
que le meſme Autheur la vient
de faire en abregé pour laCommodité
du public , qui l'a fouhaitté.
Il ne s'eſt pas contenté
de ſuivre dans cet Abregé l'ordre
qu'il s'eſtoit preſcrit dans
L'in quarto , & d'en obſerver
l'economie dans la mesme diviſion
des Livres , & des Chapitres
; il s'eſt encore afſujetty
autant qu'il l'a pû à ne le compoſer
que des meſmes expref.
fions , afin qu'on y puſt retrouver
la vie de Mr Defcartes
toute entiere , mais en petit,
comme une Miniature reprefente
un Portrait qui ſe trouve
ailleurs dans un grand Tableau
. Ce font les meſmes termes
dont l'Auteur s'eſt ſevvy
en parlant de l'Abregé de la
Vie de ce grand homme. Ce
Livre ſe trouve chez le Sieur
GALANT.
151
de Luynes , Libraire au Palais
à la Justice ,auffi bien que l'Estat
de la France qui ſe debite depuis
quelques jours. Je ne vous
L'annonce point comme un Ouvrage
qu'on puiſſe dire nouveau
, & cependant l'Estat de
la France que l'on vient de
mettre au jour, n'eſt rien moins
que vieux. Il ſe réimprime tous
les deux ans , & l'on en a déja
fait dix- sept Editions , c'eſt ce
quifait qu'il n'eſt pas nouveau .
Il n'y a point d'Edition qui ne
foit beaucoup augmentée , &
c'eſt ce qui fait qu'il n'eſt pas
vieux. Ainſi ceux qui achepteront
la derneire edition, feront
ſeurs d'y trouver beaucoup de
choſes curieuſes , qu'ils ont jufques
icy ignorées . Il ſeroit mal
aifé de dire où il les trouveront
puiſque ce n'eſt pointune aug
G4
152
MERCURE
mentation qui ſoit à la fin du
Livre , & qu'elle eſt répanduë
preſque dans toutes les pages.
LaVeuvedu ſieur du Val, qui
demeure fur le quay de l'Horloge
du Palais , au Grand Loüis,
debite une Carte des dix- ſept
Provinces des Pays-Bas par le
P. Placide. Auguſtin Déchaufſé
, Geographe ordinaire du
Roy. Elle est d'une feüille fort
exacte & fort ample , & neantmoins
d'une grande netteté.
Tous les Noms des Provinces
y ſont diſpoſez de maniere
qu'on les diftinguedu premier
regard. Les Foreſts , les Montagnes
, les Marais & les Canaux
s'y voyent auſſi fort aifément.
La multitude des Canaux
de pluſieurs Provinces , dont
la figure & la diſpoſition font
GALANT. 113
regulierement obſervées , fait
connoiſtre avec combien de
د
foin & d'application ce Pere
s'eſt étudié à cet ouvrage , puifque
tout y eſt diſpoſé comme
dans les Cartes particulieres
des plus petites Contrées
ce qui faitjuger du grand nom
bre de memoires qu'ila conferez
pour donner un ouvrage
auſſi exact & auffi clair que cette
Carte.
La même veuve du Val debite
auffi la Carte de Grece ,
tirée des Memoires de M.ГАБ .
bé Baudran. Il eſt ſi connu , &
fes Ouvrages ont tant de repu
tation , qu'il fuffitde le nommer
pourfaire qu'onait de l'emprefſement
à les rechercher.
L'Evêché d'Angers eftant
demeuré vacant par la mort de
Mr Arnaud , dont je vous ay
GS
154 MERCVRE
amplement parlé dans le temps
de fon deceds , leRoy y a nommé
M. l'Abbéle Pelletier , Fils
aîné de M. le Pelletier , Mini.
ſtre d'Etat. Le nombre de ceux
qui pretendoient à cet Evêché
eſtoit grand , & quoy que cet
Abbé euſt pluſieurs raiſons qui
luy pouvoient faire eſpererd'en
eſtre pourvû , fon merite perfonnel
a eſté la plus forte re.
commandation qu'il ait euë
auprés du Roy. Non ſeulement
il eſt Docteur de Sorbonne ,
mais il vit en veritable Eccleſiaſtique,
& l'on peut dire, qu'il
eſt un parfait Imicateur de la
droiture & de la pieté de Mr
le Pelletier fon Pere.
L'Abbaye du Moutier en
Argonne, vacante par le deceds
de Mr l'Abbé de Beuvron Aumônier
du Roy , fut donnée
GALANT.
255
le meſme jour à M. l'Abbé de
Soubiſe , Fils de M. le Prince
de Soubife . Cet Abbé a un Aîné
qui ayant pris le party de
l'Egliſe , s'eſt vû obligé de le
quitter , parce qu'il eſt devenu
aîné de ſa Maiſon , ce Frere eftant
mort des bleſſures qu'il
avoit reçuës , en ſe ſignalant au
ſervice de Sa Majeſté . On peut
dire de cette Maiſon que c'eſt
une Famille belle , fage , illuftre
& brave .
pime ,
M. l'Abbé de Roquepine ,
qui a perdu pluſieurs Freres
dansle Service , a eſté pourvû
de l'Abbaye de S. Nicolas
d'Angers , vacante par la mont
de l'Evefque dela meſme Ville .
Il eſtneveu de M. de Tillader ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , qui s'eſt ſignalé
au Combat de Stein- Kerke ,
G6
256
MERCVRE
donné contre les Troupes des
Princes Liguez .
Il y a eu encore quelques
Abbayes données par le Roy
ſçavoir l'Abbaye Reguliere de
Rangeval , de l'Ordre de Prémontré
en Lorraine , au Pere
Charton ; celle de l'Eſclache
Ordre de Cifteaux à Clermont ,
à Dame Françoiſe du Ronzel,
& celle de l'Amour- Dieu , Or-
-dre auffi de Ciſteaux , Dioceſe
de Soiffons , à Dame Marguerite
de la Vieuville .
M. l'Abbé de Pibrac , Maiſtre
de la Chapelle de Monfieur
a eſté nommé par ce Princeà
l'Abbaye de S. Memin prés
d'Orleans , qui eſt de fon Appanage.
On voit par-là l'avantage
que l'on tire de l'honneur
d'appartenir à ſon Alteſſe
Royale , qui eſtime la nobleſſe
,
T
GALANT.
157
& la vertu dans ceux qui font
attachez à ſon ſervice , & qui ne
perd point d'occaſion de leur
faire du bien.
M. l'Abbé de Fortécuyere ,
Docteur de Sorbonne , a eſté
reçu dans la Charge d'Aumônier
ordinaire de ce mefine
Prince , qui donne le ſervice
toute l'année. Il eſt petit-Fils
de M. de Fortécuyere , qui
commandoit les Gardes du
Cardinal de Richelieu , & à qui
ce Miniſtre fit confier le Commandement
du Havre de Grace
, aprés l'avoir marié avec ſa
Parente , Marie de Torigny
Monttorguëil. Sa Famille eſt
établie en Bretagne & en Poitou
, & porte pour armes d'a
zur àtrois écuſſons d'argent , accompagnez
de dix fleurs de Lis
d'or, par conceffion de Philippe
158 MERCVRE
1
Auguſte . On la connoiſt en
Bretagne ſous le nom de l'Efchafferie
.
Le Lundy 25. de ce mois ,
l'Academie Françoiſe celébra ,
ſelon ſa coûtume , la Feſte de
S. Louis dans la Chapelle du
Louvre , & comme elle choiſit
toujours un Predicateur parmi
les plus habiles , pour faire le
Panegyrique de ce Saint , elle
avoit jetté les yeuxcette année
fur M.l'Abbé Bignon , Fils de
M. Bignon , Conſeiller d'Etat ,
& Neveude M. de Pontchartrain.
Les excellens Sermons
qu'on a déja entendus de luy ,
l'ayant mis dans une grande réputation
, l'Affemblée fut fort
nombreufe,& compoſéede plu -
fieurs Prelats , Abbez , & autres
perſonnes d'un merite diſtingué.
Il prit pour fon Texte ces
GALANT. 159
paroles d'Iſaïe , Princeps ea que
Sunt digna Principe cogitabit , &
traita cette matiere avec toute
l'éloquence d'un Orateur confommé.
Il y eut des Peintures
extrêmement délicates , & ceux
qui s'appliquerent à retenir de
beaux traits , ne furent embaraffez
que dans le choix qu'ils
endevoientfaire .Il fit fentir admirablement
, en parlant des
rares vertus de S. Louis , que
quand la pieté regne dans le
coeurd'unRoy , elle paſſe bientoft
en coûtume dans celuy de
fes Sujets. Ce Panegyrique fut
precedé d'une Melle que dit
M. l'Abbé de la Vau , l'un des
quarante Académiciens
pendant laquelle on chantadi .
vers Motets de la Compoſition
de M. Oudot. La plupart
des plus belles voix de Paris
& د
160 MERCVRE
eſtoientde cette Muſique , qui
fut écoutée avec beaucoup de
plaifir . 1
Le meſme jour , M. l'Abbé
de Caſtre prêcha dans l'Egliſe
des Jeſuites de la ruë S. Antoine.
, & fon Sermon reçut de
grands applaudiſſemens . Il y
avoit une affluence extraordinaire
de gens de qualité , & fi
l'éloge qu'il fit de ſaint Loüis
eut beaucoup d'Approbateurs ,
celuy du Roy en eut encore
davantage . La Muſique qui
efſtoit de M. Charpentier, charma
toute l'Aſſemblée , & particulierement
un Motet, compoſé
exprés pour cette Fefte.
On ne peut rien ajoûter à la réputation
qu'il s'acquiert de jour
enjour.
Je viens aux affaires de la
Guerre , & quoy que je vous
GALANT . 161
aye envoyé une Relation particuliere
& fort exacte du Combat
de Stein - Kerke , compoſée
fur toutes celles qui ſont venuës
de l'Armée , & à laquelle j'ay
ajouté quelques extraits des
principales , je ne ſçaurois
m'empêcher de vous en don .
ner encore une entiere , parce
qu'elle vient d'un lieu , qui ne
permet pas que l'on y touche ,
ny qu'on doute meſme d'aucune
choſe de toutce qu'elle contient.
Souvenez vous , s'il vous
plaiſt , en la lifant , que ce n'eſt
point moy qui parle .
1
162 MERCVRE
· 海遊S
RELATION
du Combat de Stein- Kerke.
APrés la reduction de Namur
, l'Armée que M. le
Ducde Luxembourg avoit oppoſée
à celle du Prince d'Orange
durant le Siege de cette Place,
ayant eſté renforcée de plufieurs
Bataillons , & dela Maifon
du Roy , qui l'avoient
jointe auCamp de Gerard , alla
paffer la Sambre à la Buffiere,
& occupa celuy de Mierbe la-
Potterie , pour de là obſerver
les mouvemens de l'Armée des
Ennemis , qui estoit alors campée
à Fleurus.
Le Prince d'Orange piqué
au vif de la perte qu'il venoit
GALANT . 163
defaire , formoit de grands defſeins
pour ſe dédommager. Le
bruit couroit dans ſon Camp
qu'ilvouloitreprendre Namur,
&que cela luy ſeroit d'autant
plus facile , que les Liegeois
- luy promettoient tous les fecours
dont il auroit beſoin , tant
pour faire ſubſiſter la Cavale .
rie , que pour l'Artillerie neceffaire
à une telle entrepriſe ,
s'obligeant de faire tout remonter
par la Meuſe dans plus de
quatre mille Batteaux , qu'on
publioiteſtre déja tout preſts ,
& mefme chargez .
M. le Duc de Luxembourg
tranquille dans ſon Camp faiſoitrepoſer
ſes Troupes , & ne
fongeoitqu'à les rétablir. Elles
avoient beaucoup fouffert durand
le Siege . La difette des
fourages avoit affoibly la Ca164
MERCURE
a valerie , & l'Infanterie n'eſtoit
pas enmeilleur eſtat. Lacherté
des vivres , les marches , &
meſme les campemens par des
temps difficiles , & un deluge
preſque continuel , l'avoient
fort abbatuë. Tandis qu'elle ſe
délafſoit à l'abry des Lauriers
que le Roy venoit de cueillir ,
l'Armée des Ennemis décampa
de Fleurus , & vint camper à
Genap , étendant ſa droite juf- a
ques à Nivelle. Ce mouvement
fit comprendre que le 1
Prince d'Orange bien loin
de vouloir raffieger Namur ,
craignoit que Charleroy n'euſt
le même fort , & qu'il vouloit
tâcher d'empêcher qu'on ne
l'affiegeaſt , puis qu'il n'alla occuper
ce Camp que pour manger
tous les fourages qui étoient
autourde cette Place , & ofter
,
a
GALANT.
165
à l'Armée de M. de Luxembourg
les moyens d'y ſuſibſter ,
en cas qu'il euſt voulu faire ce
Siege durant la Campagne.
Cette précaution eſtoit prudente
. Un General accoutumé
à eſtre battu doit plûtoſt ſonger
à parer les coups dont il ſe
voit encore menacé , qu'à menacer
celuy qui le vient de battre.
Pendant que le Prince
d'Orange s'établiſſoit dans ſon
nouveau Camp , M. le Duc de
Luxembourg marchoit pour
aller occuper celuy de Soignies,
afin d'eſtre à portée d'inquieter
ſes Fourages , &de luy faire:
apprehender par cette marche
quelque plus importante expedition
, que ne ſeroit pour luy
&fes alliez le Siege de Charleroy
. Aufſi ce Prince toujours
plus vif fur les alarmes qu'on
166 MERCURE
luy donne , que ſur les Villes
qu'on luy prend , fit d'abord
undétachement d'environ huit
mille hommes qu'il envoya à
Andrelek pour couvrir Bruxelles
, & empêcher qu'on ne
mangeaſt le pays de Brabant.
Autre prudence fort loüable ,
mais à la verité peu utile , puis
que ce détachement n'empêcha
pas M. de Luxembourg
d'aller fourager juſqu'a la veuë
de Bruxelles ,& de manger durant
fon campementà Soignies
tous les fourages de Hall , de
Thubife , & de Braine- le Comte.
Tout le mois de Juillet ſe
paſſa dans ces mouvemens ,fans
qu'on puſt penetrer autre choſe
du deſſein des Ennemis , que la
neceſſité de défendre le Pays ,
pour empêcher le Peuple de
crier & deſe plaindre.
a
GALANT .
167
Le premier du mois d'Aouſt
le Prince d'Orange alla camper
de Genap fur la hauteur de
Hall , & le meſime jour.M. de
Luxembourg averty de cette
marche , alla prendre le Camp
d'Enghien qu'il avoit eſté reconnoiſtre
quelques jours auparavant.
Il mit ſa droite à
Stein Kerke , ſa gauche à Herine
, & Enghien devant le
centre.
Le 2. le Prince d'Orange
paſſa avec toute fon Armée , le
Ruiſſeau , appellé la Seine , &
appuya fa gauche au Village
de Thubiſe , mettant Hall derriere
luy , & devant les Villagesde
S. Martin Legniech &
de S. Pitrelieu . Il Campa fur
deux Lignes . Le meſme jour
les Troupes de Hanover renforcerent
fon Armée de plus
168 MERCVRE
de ſept mille hommes , tant
Cavalerie qu'Infanterie , qui
camperent fur une troifiéme
Ligne.
Le Prince d'Orange avoit
eſté averty que M. de Luxembourg
avoit envoyé ſon Artillerie
fous Mons à cauſe du mauvais
temps & des chemins inpraticables
& qu'il ne l'avoit
point euë au Camp de Soignies
Ilſe flattoit depuis long temps
que s'il pouvoit engager quelque
affaire de poſte , & donner
un Combat d'Infanterie dans
un Pays coupé , où la Cavalerie
ne puſt agir , il
pourroit avoir ſa revanche du
Combat de Leuze , où toute
ſaCavalerie futt défaite. Il crutl'occaſion
favorable. Un autre
l'euſt peut- être crû comme lui.
Dans
GALANT. 169
Dans cette venë il décampa
de Thubiſe le 3. au milieu de
la nuit , pour venir à nous. Sa
marche fut ſi ſecrette & fi diligente
, qu'il arriva dés fix
heures du matin ſur les hauteurs
de Stein-Kerke , entre
le grand & le petit Enghien.
Il avoit fait marcher toute fon
Armée pour cette prétenduë
expédition. Les avis que M. de
Luxembourg avoit eus durant
la nuit s'eſtoient trouvez ſi oppoſez
, que ce General n'avoit
pû prendre aucune réſolution ;
mais l'Officier qui commandoit
la Garde ordinaire luy ayant
envoyé dire ſur les fept heures
du matin , que les Ennemis
marchoient à nous , il monta
d'abord à cheval pour les aller
reconnoiſtre. Il s'avança jufques
à Stein-Kerke , &les vit
Aouft 1692 .
H
170 MERCURE
qui marchoient en Colomne ,
entre les bois du petit Enghien&
le Ruiſſeau de Stein-
Kerke , s'avançant vers la hauteur
qu'occupoit le Regiment
de Bourbonnois , lequel avoit
déja pris les armes . M. de Luxembourg
ravi d'avoir une occafion
de les battre , donna dans
ce moment des ordres prompts,
hardis , & neceſſaires , & en
peude temps il ſçût s'aſſurer
la victoire . L'Infanterie & le
Canon qu'il avoit d'abord envoyé
chercher en diligence, ſe
mirent en marche , & fe hasterent.
Il ordonna que la Brigade
de Navarre demeuraſt à la gauche
du Camp , & que celle de
Lionnois fuſt poſtée dans le
Village d'Enghien . Tous le
reſte de l'Infanterie qui compofoit
neuf Brigades , fut mis
GALANT .
171
en,bataille ſous Stein-Kerke
ſur cinq lignes , à mesure que
chaque Brigade arrivoit.
La premiere Ligne étoit
compoſée de celle de Bourbonnois
qui avoit la droite ,
parce qu'elle ſe trouvoit dans
fon Camp , des trois Bataillons
du Regiment de Champagne ,
des trois du Dauphin, de trois
des Vaiſſeaux , de quatre du
Roy & de la Brigade du Royal
qui s'étendoit tout-à-fait fur la
gauche, laiſſant ungrand intervaleentre
elle & le Regiment
du Roy , ce qui fut cauſe que
cette Brigade ne donna- point.
Les Bataillons du Royal Comtois
, du Royal Italien , de la
Brigade de Champagne ; les
Bataillons de Toulouze , de la
Brigade de Stoppa , les Regimens
de Nice & de Haynaut ,
L2
172
MERCURE
de la Brigade du Dauphin formoient
la ſeconde ligne , ayant
à la teſte les Regimens deDragons
du Roy , de la Reine ,
Dauphin, &Barbezieres , parce
qu'elle débordoit la premiere
ligne du côté de la droite. La
Brigade de Polier compoſoit
la troiſiéme ligne. Les Gardes
Françoiſes & les Gardes Suifſes
formoient la quatrième ; &
la Brigade de Cruſſol eſtoit ſur
une cinquième ligne. Les
lignes n'eſtoient point égales.
La premiere & la feconde eftoient
bien plus étenduës que
les trois autres , & les deux
dernieres l'eſtoient beaucoup
moins que la troiſième , tant à
cauſe du terrainque parce qu'il
n'yavoit pas aſſez de Bataillons
pour les étendre également ,
mais les dernieres étoient ſoû
GALANT.
173
tenuësde laCavalerie qui estoit
derriere en Bataille. Dans le
temps que M. de Luxembourg
diſpoſoit ainſi l'Infanterie , le
Canon arriva , & comme le
plus gros efforts des Ennemis
ſe preparoit à leur gauche , où
ils avoient eû le temps de ſe
poſter , de border les hayes
d'Infanterie , & de faire des
Batteries , M. de Luxembourg
fit faire deux Batteries à la
droite fur la hauteur du Has
meau deHaut bout , qui donnoient
dans le eentre de l'artaque
, une de fix piéces de Canon
de douze , & l'autre de
huitpiéces de quatre. Ces deux
Batteries répondirent vigoureufement
à celle des Ennemis
qui tiroit depuis plus de deux
heures , parce qu'ils l'avoient
avancée à la faveur des hayes
H 3
174
MERCVRE
qui les couvroient. On ſe canonna
de part & d'autrejuſques
àune heure aprés midy , & on
fit quelques legeres eſcarmouche.
Dans le temps que nôtre
Canon tiroit , M. de Luxembourg
alla viſiter un pofte , &
à peiney fut-il arrivé , que les
Ennemis attaquerent la teſtede
noſtre premiere Ligne avec
tant de vigueur , qu'ils penetrerent
juſqu'au centre de la ſeconde
, & gagnerent une partie
de noftre Canon , le mirent
fur la hauteur dans les hayes ,
& occuperent quelques maiſons
qui s'y trouverent. M. de
Luxembourg accourut au bruit
de la mouſqueterie , & trouvant
que les Ennemis avoient
eu quelque avantage fur nous ,
il fitavancer Polier, & les deux
autres Lignes qui le ſoûte
GALANT.
175
noient . Ce Regiment eſtant
découvert , effuya un grand
feu des Ennemis. Le Colonel
qui l'animoit & le faiſoit aller
en avant , ayant eſté tué , ce
Regiment commença à chanceler.
Alors M. de Reynol à
la teſte des Gardes Suiſſes , propoſa
à M. de Luxembourg d'aller
aux Ennemis l'épée à la
main. Il fit cette propofition
avec tant de confiance de les
repouffer , que ce General luy
ordonna de l'executer , ce qu'il
fit avec toute la valeur & tout
le fuccez qu'on en pouvoit efperer
, en forte que les Ennemis
plierent ſans les attendre .
Les Gardes Françoiſes eurent
en meſime-temps le meſme ordre
,& allerent fi bruſquement
fur eux, que tout ce qu'ils rencontrerent
fut tué. Ils reprirent
:
H 4
176
MERCURE
leCanon que nous avions perdu
, ſe rendirent maîtres d'une
partie du leur, & les chafferent
du terrain qu'ilsavoient gagné.
Champagne & Dauphin qui
avoient chargé avant les Gardes
, en avoient tué beaucoup à
coups d'épée &de bayonnette .
M. le Comtede Luze, à la teſte
de ſon premier Bataillon , avoit
foûtenu un de leurs plus grands
efforts , & les avoit dépoſtez
d'une haye , aprés avoir eſſuyé,
leur feu . Depuis ce temps , on
les vit toujours reculer , & l'on
vit les noſtres avancer de hayes
enhayes. Les Ennemis pouffez
par la honte d'avoir perdu l'avantage
qu'ils avoient d'abord
gagné , firent un nouvel effort
àla droite. Les Dragons le ſoutinrent
avec beaucoup de fermeté.
Les Bataillons qui fai
GALANT. 177
4
A
foient la teſte de la feconddeelzigne
, foutenoient les Dragons,
*&le feu fut fort grand de part
&d'autre . Les Dragons perdirent
un grand nombre de leurs
gens , mais ils obligerent les
Ennemis de ſe retirer. Le feu
ceſſa à la droite , & peu de
temps aprés les Ennemis vou-
-lurent agir à la gauche. Ils y
firent un plus grand feu qu'ils
n'avoient fait à la droite . Ce
feu dura fort longtemps . Les
Regimens du Roy & des Vaiffeaux
qui s'y trouvoient expoſez
, y perdirent beaucoup de
monde,& en tuerent auſſi beaucoup.
Trois Regimens de Dragons
de l'Armée de M. de Bouflers
qui avoientjoint , ſçavoir
-de Colonel General, le vieilAf-
- pheld , & Fimarcon , agirent
avec tant de vigueur , quoy
S
2
1 .
: H
178 MERCVRE
qu'ils euſſent fait une marche
de deux lieuës , eſtant venus à
toutes jambes du Camp de
Cambron , que les Ennemis
cefferent leur feu , & commencerent
à méditer leur retraite.
On les canonna fans nul relâ -
che , pendant que noftre Canon
les battoit en ruine dans
tous les endroits où ils tâchoient
de ſe retrancher , M.
de Luxembourg qui vouloit
profiter du defordre où il les
avoit jettez , en fe mettant en
état de les défaire entierement
s'ils demeuroient , ou d'écorner
leur Arriere -garde s'ils ſe retiroient
, ordonna aux Brigades
de Navarre &de Lionnois qu'il
avoit fait avancer , de paffer
les foffez & les hayes qui nous
feparoient à la gauche de la
plaine du Petit Enghien. Il fic
GALANT .
179
S
1
5
paſſer auffi les neuf Bataillons
de l'Armée de M. de Bouflers
qui avoient joint un peu plus
tard que les Dragons , n'ayant
pû les ſuivre. Ces Troupes
pafferent fans peine , à la faveur
de nôtre Canon , & furent
miſes en Bataille dans cette
Plaine . Cependant les Ennemis
qui estoient en Bataille
fur la hauteur , & qui paroiffoient
faire une bonne contenance
, défiloient par leur derriere
,& fe retirerent par leur
droite avec tant de précipitation
, qu'ils mirent le feu à pluſieurs
chariots de poudre que
I'on entendit ſauter , & lejour
baiſſant ne permitpas à M. de
Luxembourg de les ſuivre. Il
ſe retira dans fon Camp , &
l'Armée de M.de Bouflers retourna
à Cambron. Ainfi fri
180 MERCV RE
cette journée tres - glorieuſe
pour l'Infanterie Françoiſe ,
puis qu'elle effaça l'opinion
que les Ennemis avoient conçuë
mal à propos , qu'elle ne
tiendroit pas devant la leur , &
qu'elle leur donna les meſines
impreſſions qu'ils avoient prifes
au Combat de Leuze , de la
valeur de noſtre Cavalerie.
Auſſi l'on peut dire qu'il y eut
dans cette affaire autant de
Combats particuliers , qu'il ſe
trouva de hayes ,& que chaque
Bataillon gagna une Bataille ſeparée.
M. de Luxembourg qui
voulut eſtre à tout , ſe trouva
toujours expoſé. Il eut deux
chevaux tuez ſous luy , & plu .
fieurs de ceux qui estoient autour
de fa perſonne, furent bleffez
ou tuez.M.le Prince de Turenne
y reçût un coupdemouf
GALANT . 18
quet à travers le corps , dont il
mourut le lendemain. M. de
Montliot , Gentilhomme de
Bourgogne , attaché à la per
fonne de M. de Luxembourg ,
futbleſſe d'un boulet deCanon ,
qui perça la genoüilliere de ſa
botte, luy effleura le jaret , luy
fit une grande contufion à la
cuiffe,& tua fon cheval.M.de la
- Geraudiere,Aide de Camp, cу-
devant Capitaine de chevaux-
Legers, eut un Coup de mouf
e, quet dans l'épaule . Un Ecuyer
deM. le Duc de Montmoren
cy fut tue tout roide d'un coup
de mouſquet à la gorge.
Monfieur le Duc de Chartres
pendant le combat fit des
actions qui paſſent toutce qu'on
peut dire. Il fat bleſſfé au bras ,
&après avoir eſté panſe , il re
vint àla charge avec plus d'ar
182 MERCVRE
deur qu'auparavant. Les Ennemis
ne ſe furent pas plûtoſt retirez
qu'il fit diſtribuer de l'argent
aux Officiers bleſſez qui
en avoient beſoin , & envoya
fur le champ de bataille , &
dans tous les endroits où on
avoit mis les bleſſez , pour leur
faire donner les ſecours qui
leur étoient neceſſaires .
** Monfieur le Duc alla au feu
avec un courage de Lion , ne
ſe ménageant pas plus qu'un
ſimple Soldat , & Monfieur le
Prince de Conty fit paroiſtre
auſſi dans le plus grand feu une
valeurdigne du ſang dont il eſt
formé. On le vit rallier desBataillons
diſperſez , & les mener
luy-mefine à la charge.
M. de Vendoſme , & M. le
Grand- Prieur ſe ſurpafferent
en valeur ; & M. le Duc d'El
GALANT. 183
beufchargea pluſieurs fois avec
une vigueur étonnante .
On ne peut trop dire de M.
leDuc de Villeroy , qui s'étant
trouvé à tout ce qui ſe paſſa à la
droite& à la gauche , donna des
marques d'une valeur extraor
dinaire . :
M. le Duc de Choiſeul alla
au feu avecune intrepidité qui
ne ſervit pas peu à encourager
les Troupes qu'il comman
doit.
Monfieur le Duc de Monteut
morency , qui ne quitta point
Monfieur de Luxembourg ,
tant que l'action dura
un cheval bleſſe ſous luy , &
Monfieur le Chevalier de
Luxembourg qui eſt Aide de
Camp de Monfieur ſon Pere ,
quoy que dans un âge où la
184
MERCURE
7
guerre ne luy devroit encore
eſtre connuë que de nom , fit
paroiſtre autant de fermeté
que s'il y avoit vieilly .
5 Monfieur de Vigny , LieutenantGeneral
de l'Artillerie, fut
bleſſé au bras , mais cette bleffure
n'empêcha pas qu'il ne
ſe tint toujours à ſon poſte ,
pour donner les ordres qui ne
furent jamais mieux executez
.
Monfieur de Montal agit
avec toute la vivacité & tout
le courage dont il a ſi ſouvent
donné des preuves ; & M. de
Tilladet ne fit voir que des
actions d'une bravoure achevée,
avant qu'il euſt receu ſa
bleffure. Enfin , tous les Offciers
firent fi bien leur devoir,
qu'il n'y en a aucun qui nemeGALANT
. 185
rite des éloges .
,
ou
Nous avons pris aux Ennemis
dix pieces de Canon , &
quelques Drapeaux ; & outre
quinze cens Priſonniers
environ . nous leur avons tué ,
ou mis hors de combat , plus
de douze mille hommes , de
leur aven ; ils ont perdu dans
cette affaire pluſieurs offi
ciers Generaux , & plufieurs
perſonnes de marque. Mon
Geur de Luxembourg alla le
lendemain fur le champ de
Bataille , & donna les ordres
neceſſaires pour enterrer les
Morts & pour retirer les Blef
ſez . Il n'yaeu de nos jours une
action ſi vigoureuſe , & il n'y
en peut jamis avoir qui faffe
plus d'honneur à ce General ,
ny qui donne plus de gloire
àlaFrance.
186 MERCVRE
Il ne quitta point fon Camp
de Houës , & y demeura encore
huit jours entiers aprés le
Combat donné. Pendant ce
temps , il fit tranſporter les
bleſſez à Mons. L'Armée des
Ennemis ne fit aucun mouvement
, & acheva ſeulement de
manger ſes fourages au Camp
de Thubife .
Le 10. au ſoir il y eut une
eſpece d'allarme à la Garde
avancée qui estoit au deſſus
d'Enghien . On apperceut fort
loin environ cent cinquante
chariots couverts de toile . On
crut que c'eſtoit du Canon des
Ennemis , & on en donna d'abordavis
. Les Generaux monterent
à cheval , mais quand
on alla au qui vive , on apprit
que c'eſtoient des chariots
qui venoient pour emmener
1700. de leurs Bleſſez que nous
GALANT.
187
3
5
:
3
I avions à Enghien , où le Prince
d'Orange envoyoit des
Chirurgiens de ſon Armée
pour les panſer , & qu'on apportoit
de quoy payer leur
rançon . On donna l'ordre le
• ſoir meſme pour aller le lendemain
au fourage , mais on fit
{ dire à tous les Majors qu'on
décamperoit au point dujour.
Le Prince d'Orange qui ne
ſçavoit pas ce décampement ,
fit faire un fourage ce meſme
= jour , & fut fort ſurpris quand
on luy dit que noſtre Armée
- marchoit. Il fit auſſi -toſt revenir
tous les fourageurs , & mit
toute fon Armée en Bataille
- dans l'apprehenfion qu'il avoit
qu'onne le vinſt attaquer. Les
Ennemis s'avancerent pour
prendre quelques poftes . Dans
ce temps-là , ils eurent avis
que noſtre Armée venoit à
-
188 MERCVRE
Bachilly. Le Prince d'Orange
alla viſiter l'endroit où l'on a
voit donné le Combat , & l'E
lecteur de Baviere ſe rendit à
Enghien. On s'attendoit à voir
ce jour là quelque action avec
l'Arriere-Garde où eſtoit M.le
Comte d'Auvergne , bien préparé
à les recevoir , mais ils ne
parurent pas .
Le 14. les ordres furent
donnez pour décamper le jour
ſuivant. Les gros équipages
marcherent au point du jour ,
les menus à fix heures du matin
, & quand tout eut défilé ,
l'Armée marcha ſur quatre Colomnes
; la Cavalerie de la premiere
ligne fur une Colomne ,
à la droite ; l'Infanterie de la
premiere Ligne fur une autre ;
la Cavalerie de la ſeconde Ligne
fur la gauche , & l'Infanterie
de la meſme Ligne formoit
GALANT. 189
la quatriéme Colomne. Le bois
de Leffines eſtoit bordé d'In-
- fanterie pour couvrir la marche
des équipages . On ne perdit
rien pendant cette marche ,
( ce qui arrive rarement. L'Armée
campa à Leſſines ſur deux
Lignes . La droite commençoit
immédiatement au deſſus de
Leffines , & elle s'étendoit jufqu'auprés
de Ath. L'Armée
- Ennemie décampa le 15. de
Thubize , & alla camper à Ninove
.
Le 19. il y eut ordre de ſe
tenir preſt le lendemain de
grand matin , pour un fourage
general. Il devoit ſe faire
-au deſſus de Granmont , mais
comme les Fourageurs ne ſe
contentent jamais de ce qui
- eſt à leur portée , ils pafferent
les Gardes qui estoient en
'embuſcade pour les arrêter
190
MERCURE
& allerent juſque dans les Jardins
de Ninove , où il y avoit
un poſte des Ennemis. On y
fit auſſi - toft avancer les Gardes
, & on les mit à une portée
de mouſquet de Ninove ,
fans que les Ennemis fiſſent
feu fur eux. On fit un tresbeau
fourage & des plus
grands qu'on euſt faits depuis
long - temps , non pas fans inquietude
; car les Ennemis
qui décampoient ce jour - là
eſtoient à craindre. Cependant
ils demeurerent paifibles
, & l'on revint ſans les
avoir veu paroiſtre. Ils vinrent
camper à moitié chemin
de Thubiſe où ils eſtoient
campez avant que d'aller à Ninove
& marcxant le lendemain
, ils firent paffer la Dendre
à leur Armée , fur laquelle
nos Troupes eſtoient cam-
د
GALANT. I191
pées , de forte que l'on ſe
trouvoit à trois lieuës les uns
des autres , fans eſtre ſeparé
que par le Ruiſſeau de Grandmont.
Ainſi cela pouvoit s'ap-
- peller eſtre en prefence , &
les Ennemis auroient pu venir
prendre leur revanche , s'ils en
avoient eu autant d'envie qu'ils
le publioient . Ils avoient leur
gauche auprés de Ninove , &
leur droite s'étendoit ſur lagauche
d'Aloft. Leur Camp & le
noſtre faisoient un angle. Ils
renvoyerent leurs gros équipages
à Bruxelles , & on eut une
nouvelle dans noſtre Camp,que
l'Empereur & les Confederez
avoient mandé au Prince d'Orange
qu'il devoit abſolument
- donner Bataille. Mr.de Luxembourg
eſtoit réſolu de ne point
décamper que l'Armée ne fit
192
MERCVRE
quelque mouvement. Le 17 .
Mr. de Bouflers décampa , &
vint à une petite portée du Canon
, de la gauche de l'Armée
de Mr. de Luxembourg ..
Le 21. fur les dix heures ,
Monfieur l'Abbé de Riqueti
celebra la Meſſe à la teſte des
Gardes Françoiſes , où l'on
avoit tendu les Tentes de
Monfieur le Duc de Chartres .
Tous les Officiers Generaux
s'y rendirent avec tous les Aumôniers
de l'Armée , & aprés
la Meſſe , ce mefme Abbé
Cela
parce
entonna le Te Deum
parut extraordinaire
qu'il n'eſtoit jamais arrivé qu'-
on l'euſt chanté pourun Victoire
dans l'Armée victorieuſe .
mais il y avoit eu pour cela un
ordre exprés de Sa Majesté à
Monfieur de Luxembourg .
Le
GALANT. 169
]
e
t
1
e
- Le 22. on fit un détachement
de cinq Regimens de
Dragons , pour envoyer en
Piemont. Ce furent Salis , Seneterre
& Fonboiſar .
Quoy que perſonne ne puifſe
diſconvenir que tout l'avantage
du Cobat de Stein-Kerke,
ne ſoit demeuré aux François ,
avec toutes les circonstances
qui marquent une pleine victoire
, & quioftent tout lieu de
douter qu'elle ne foit pas des
plus entiere , il ne faut pas s'étonner
fi les Ennemis ofent
déguifer leurs pertes dans des
lieux un peu éloignez , puis
qu'ils ofent meſme nier despriſes
de Villes , qui font des choſes
incontestables , & toujours
viſibles , parce que le Victorieux
ne les abandonne pas
comme le champ de bataille,où
Joust 1692. I
170
MERCURE
il ne peut pas toujours demeurer
, & qu'il ne doit pas mefme
garder long temps , à cauſe de
l'infection des corps de ceux
qui ont eſté tuez dans le Combat.
Vous jugerez aifément
de ce qu'ils font capables de
direde celuy de Stein-Kerke ,
quand je vous auray appris ce
qu'ils ont fait imprimer& publier
à Naples aprésla priſe de
Namur . C'eſt une Relation,
que j'ay veuë , & dont il y a
pluſieurs copies à Paris , que les
incredules pourroient encore
trouver , s'ils n'ajoûtoient pas
foy à ce que je vais vous dire.
Cette Relation contient La défaite
entiere de l'Armée de France
devant Namur , avec la perte de
trente mille hommes tuez dans ce
Combat la fuite du Dauphin , &
la levée du Siege du Chasteau de
GALANT. F7t
د
cette Place. Voilà de quelle
maniere on a auſſi toujours
abuſé les Peuples de Madrid ,
mais ils commencent à ne plus
croire ſi legerement , & ce qu'il
y a de ſurprenant , c'eſt que
lors qu'ils ceſſent d'eſtre ſi credules
les Anglois qui font
fi voiſins des lieux où la ſcene
eſt ſouvent enſanglantée du
fang de leurs Compatriotes ,
commencent à le devenir. Le
Prince d'Orange réuffit toujours
à les aveugler fur leurs
propres interefts , comme il a
fait les Hollandois , quiouvrent
enfin les yeux , & ſe repentent
mais fort inutilement , leurs
chaînes eſtant trop fortes pour
les pouvoir rompre. Cependant
leur perte a eſté tres grande
, & il ne faut qu'entendre
parler là deſſus le Colonel Lau-
12
172
MERCUR E
der , Ecoffois , qui ayant eſté
pris dans le Combat , demeura
trois jours chez M. le Comte
d'Auvergne . Ce Colonel qui
a paru de fort bonne foy , a dir,
que la premiere décharge de nos
genstua àses costezsept Capitaines
, un Lieutenant- Colonel , &
un Major. Il a ajoûté que de tous
lesRegimens quiestoient àses costez
tant Anglois qu'Ecoſſois , & Gardes
du Prince d'Orange , il ne s'en
estoit pas retourné quarante de
chacun. Les ſuites ont fait connoiſtre
que ce Colonel n'a rien
dit que de veritable , & que la
pertedes Ennemis s'eſttrouvée
beaucoup plus grande que l'on
n'avoit cru d'abord , de forte
que M. l'Electeur de Baviere
ayant vu qu'iln'y avoitpas lieu
de nier une choſe ſi conſtante
a cru devoir parler avec la
GALANT .
173
franchiſe aſſez naturelle à la
pluſpart des Allemans , & a
avoüé que les Alliez avoient
eſté bien battus , ce qui a fait
que le Prince d'Orange n'a pû
diſconvenir d'avoir fait une
aſſez grande perte. Tous les
honneſtes gens de fon party
l'ont avoüé hautement , & il n'a
plus eſté queſtion parmy eux
que d'avoir leur revanche . Ce
mot marque leur défaite , puis
que jamais il n'y a que les perdans
qui demandent revanche.
Pouvoit - on auſſi avec la moindre
ombre de vray-ſemblance
diſputer une pleine Victoire à
ceux à qui le Champ de Bataille
eſt demeuré , qui ont gagné
le Canon de leurs Ennemis ,pris
des Drapeaux , & fait un tresgrand
nombre de Priſonniers ,
fans qu'on en ait fait fur eux
13
174 MERCVRE
1.
1

i
i
Enfin les Ennemisqui accoûtumez
à tout déguifer , & à ſe
vanter,auroientfaitdes réjoüiffances,
pour une affaire dont la
perte auroit eſté égale , parce
qu'ils s'en feroient attribué l'avantage
, n'en ont ofé faire , &
nous ont laiſſe prendre ce ſoin .
Il n'y a point de meilleure
preuve que la Victoire s'eſt entierement
déclarée pour nous ,
que de voir que les Ecrivains
Ennemis s'efforcent de perfuader
que la perte a été égale.
Il n'en faut pasdavantage pour
faire voir à ceux qui connoiffent
leur caractere & leurs manieres
, qu'ils doivent en avoir
fait une bien grande. Elle ne
ſçauroit eſtre conteſtée , &qui
voudroit s'obſtiner à ſoûtenir
le contraire , feroit paroiſtre
un aveuglement inexcuſable.
GALANT . 175
Voicy un Sonnet que M.
Boyer a fait fur ce Combat.
Vous ne ſerez pas fâchée de le
voir .
SUR LA DEFAITE
du Prince d'Orange .
AU ROY.
G
RAND Roy , Namur eft pris
parce coup incroyable
Toute la Ligue enfin eft reduite aux
abois.
Tafortune étonnante est un poids
qui l'accable ,
Et metau deſeſpoir l'orgueil de tous
SesRois
:
Sahaine cependant jalouse , ins
fatigable,
Refuſefierement de ployer ſous tes
Loix ,
14
76 MERCURE
Tense tous les efforts, dont sa vage
est capable ,
Et t'appelle fans ceffe à de nou.
veaux exploits
Mais ce qu'ofe Naſſau honteux
de faretraite,
Bien loin de reparer la perte qu'il
afaite ,
Nefert qu'à redoubler ta gloire &
fon malheur.
LUXEMBOURG tient toujours ta
foudre toute preste ,
Affeure ton triomphe , &fçait par
Sa valeur
Dufang des Ennemis cimenter ta
conqueste.
M. l'Abbé d'Albret , Frere
de feu M. le Prince de Turenne
, ayant quitté le party de
l'Egliſe pour prendre celuy de
GALANT. 177
ود
l'épée , afin de foûtenir la ſplendeur
de ſa Maiſon , remit il y a
quelques jours entre les mains
du Roy ſa démiſſion de l'Abbaye
de S. Sauveur de Redon
Dioceſe de Vanes en Breta
gne , & Sa Majefté en gratifia
M. l'Abbé d'Auvergne , fon
Coufin germain . Cet Abbé ,
quoy que fort jeune encore , eft
déja Bachelier de Sorbonne.
Il promet beaucoup , & fait
voir en toutes chofes la fagefſe
de ceux dont il a l'avantage
d'eſtre né . Elle édifia tout le
Chapitre de Strasbourg , lors
qu'il alla l'hiver dernier prendre
poffeffion d'une Chanoinie
qu'il adans ce celebre Chapitre
, où la plus haute nobleffe
de l'Europe peut ſeule avoir
place..
Le Roy a auſſi donné l'Ab-
IS
178 MERCVRE
baye de Noſtre-Dame des
Aleux , Dioceſe de Poitiers , à
M. l'Abbé de Brancas , Frere du
Duc de ce nom .
M. le Vicomte de Pugeol ,
de l'illustre Maiſon de Thefan
, en Languedoc , a prété
ferment de fidelité entre les
mainsde S. M. pour la Charge
de Lieutenant de Roy de
Guyenne dans le département
du Roüergue. M. le Marquis
de Vauchelles ayant eſté preſenté
par M. le Duc de Charoft
, Lieutenant General en
Picardie a preſté le meſine
Serment pour la Lieutenance
de Roy dans les Bailliages ,d'Amiens
,d'Abbeville ,& du Ponthieu.
د
Ceux qui ont expliqué l'Enigme
du mois paſſe fur un teude
Cartes, qui enestoit le veritable
GALANT.
179
mot, font Mrs les Abbez Foreſtier
, & le Gros du College de
Loüis le Grand :F.L.Fontaine
& Langeville du Faux- bourg
Saint Germain : le Chevalier
de Garanfieres : Bonnard de
'Hoſtel du Queſnoy Place
Royale : Charles de S.Angel &
Antoine Renard de Clermont
en Auvergne , Gravier Srde la
Traiche : Claude Fournier de
parlie de Beauvais : C. Huruge
d'Orleans : le petit Rouget du
quartier Saint Antoine:leBaron
de Pechker de Teopole : le fils
de M. Bourgeois alloué de
Vannes en Bretagne : François
Chatart de Rennes :Riquel ; &
Jagou commis des poſtes de
Morlaix : le Chevalier Vaillou,
&fa fiere cousine de la Rivauelere
:le fidelle A.B. à l'anagra
meGroſel du pays tenebreuxs
180 MERCURE
le maiftre du parfait menager
de la ruë de Bievre : Cognard
Me de Muſique : le poupon
Gabriel de la Foffe de Nantes :
Champagne de la carpe de
Troyes : l'Amy de la plus belle
Veſtale de Brie:le conſtant Arnoultde
la ruë de Richelieu : le
mineur de Rouën,& le mineur
de faint Lo : l'amant de la Gril.
le & ſa chere foeur : Du Perron
: Icare de la ville de Salins
en Franche Comté : l'amant
trop fidelle de la belle Marion
de la ruë du bel air de Caën :
les nouveaux Laboureurs de
Ville blain : l'amy celeste de
l'aimable Fleurie : l'indifferent
amoureux & fon aimable inconſtante
du Palais : 1Amant
traverſe , & fa charmante refervée
de la rue du Four aur
preau Saint Germain : le beau
1
GALANT . 181
Veufdes foffez Montmartre :
la charmante Madelon & fon
Avocat de la ruë Montorgüeil:
le gros Controlleur : le beau
Aumont , & fa charmante voifine
, Thurrault de la Coſſonniere
Chanoine de Saint Pierre
du Mans: Champagne le jeune
Vicaire perpetuel de Noftre-
Dame de Mante:du Cloz Curé
de Monceaux : l'Abbé de Morembert
& fes fidelles compagnes
du pont Noftre-Dame :
Paimable Robin de la ruë de la
Coutellerie:le Comte de Quermeno
: l'Officier rétably de
Houdan : l'amant de la belle
eſclavede la rue Marivaux:l'in
comparable amant de la Bouillie
: la belle brune de la belle
ville du chemin chaffé en Bretagne
: la belle blonde du Château
de la Hunaudaye: le Com182
MERCVRE
te de Haut-rocher de la ville
de Saint Brieu .Meſdemoiselles
de laBoiffiere Saumery:Thereſe
de Bellefond fille du Concierge
du Chaſteau de Chambord
: de Beilmiro , Belond, fa
bonne amie de la Montagne
Sainte Genevieve : Jeannette
d'Orleans , & fa chere Manon :
l'aimable Jeannetond'Orival &
fon fidelle berger : Rigoine de
Beſançon : l'aimable Soriz dit
Mans : la ſpirituelle le Tellier
proche le jeu de paume : les
belles penſionnaires de Nantes :
la belle Zaïde & fon charmant
Mufty de la rue de la Sourdiere
:la belle Tontinede la rue S.
Roch, & fon aimable foeur Tigrina
: la confidente de la belle
Raviſſante de la rue de Segrais
de Caën : la plus fidelle de la
ruë des Carmes du même lieu ,
DE
LA
HEQUE
LYON
BIBLIO
*1893
CAB /BAC LUVD
CONCORDIA PRIN
CIPVM.
FOEDERATI
PRINCIPES
CONSILIA CONFERVNT
HAGL COM
1691.
IBI SALVS
VBIMVLTA
CONCILLA
CVRA HVC TRADVCITVR
OMNIS
GK
F.Ertinger fecit
GALANT . 183
& le charmant couple de larue
Jollay : l'aimable brune de
Dieppe à l'anagramme facrifions
nos coeurs:l'aimable Indolente
à l'anagrame Reine du hazard:
laDame au trefor caché de Bretagne,&
fon fidelle épouxde la
rue des Vierges de Vienne, la
Virgine àmarier du cloiſtre S.
Honoré; les muſes de la rue du
Port à Paris ; la belle Catin de
la rue Guillebert à Caën : la
jolie Medecine de la ruë des
Carmes du même lieu : l'aimable
Lolotte de Picardie : & la
Gazette du Marais : la groffe
Faroarddu Cloiſtre S. Mederic:
& la Rivet du même lieu : la
fpirituelle Demeoze de la rue
Sainte Avoye : la brune aux
belles dents ; Blanchar Babé ;
M Friffar : Mrs Fermé , Daniel
,&Montou , la charmante
Brune du Bourg-deffus.
184
MERCVRE
Vous ferez part à vos Amies
de l'Enigme nouvelle que je
vous envoye .
:
ENIG ME .
E fuis bon &mauvais,inviſible
18&visible ,
Onme cherit &craint , &pardivers
effets ,
Plus je me rens ſenſible ,
Plus j'agrée ou déplais.
Certain bruit excessifm'est fore
antipathique ,
Ainsi que le grand jour je hay la
fombre nuit ,
Par l'un je suis comme détruit,
L'autre rendmon pouvoir & vain
& chimerique.
Mon Pere ne me peut fouffrir,
Si-toſt qu'ilm'apperçoit il fust comme
en colere
GALANT. 185
Etfans le prompt ſecours& l'accueil
de ma Mere ,
Il mefaudroit bientoft perir.
Dans cet accablement , dans ces
triſtes alarmes ,
Jesuis & nesuis plus , je meurs
& vis toûjours.
:
Cependant parde certains charmes
Fefavorise les Amours.
22
Enfin tout est en moy bizarre &
fort étrange ,
Mon être est simple& composé,
Etsi l'on m'ajamais donnéquelque
losange ,
Iefuis beaucoup plus méprisé.
186 MERCURE
Je vous envoye un Air nou
veau dont aſſurement les paroles
vous plairont.
AIR NOUVEAU.
Lrevient le Heros que j'adore ,
Tendres Amours,allezlerecevoir.
Ie nesçaurois affez toft le revoir ,
EtMarsvoudroit le retenir encore.
Courez, courez, volez, avancezles
momens
Qui doivent foulager ma peine ,
Le retour de Louis va finir mes
tourmens ,
Tout couvert de Lauriers la gloire
le ramene.
M. le Marquis de Tilladet ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , Gouverneur
d'Arras , Capitaine des cent
Suiſſes de la Garde de S. M. &
Chevalier de ſes Ordres , eſt
it
DE
LYON
L
187
qu'il
ein.
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E qu'il
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Coure
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Le re
Tout
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n
1
M
GALANT.
187
mort à Mons de la bleſſure qu'il
avoit reçue au Combatde Stein.
Kerke , où il s'eſtoit extréme.
⚫ment diftingué , ainſi que dans
pluſieurs autres occaſions perilleuſes.
Il a vécu juſques au
22. de ce mois , & lors qu'il
s'eſt veu prés de mourir , il a
marqué un ſa granddefir que ſes
Creanciers fuſſent payez , qu'il
a ordonné aux Exeuteurs de
ſon Testament , de ne point
faire prier Dieu pour luy avant
qu'on euſt fatisfait à toutes fes
dettes . Bel exemple pour ceux
qui ne penſent à leurs Creanciers
, que pour chercher les
moyens de les fruſtrer de ce
qu'ils leur doivent : M. le Marquis
de Tilladetavoitété Maiſtre
de la Garderobe du Roy,&
Envoyé extraordinaire en Angleterre
. Il eſtoit Neveu de feu
188 MERCURE
M. le Tellier , Chancelier de
France , M. le Marquis de
Courtanvaux , petit Fils de ce
mefme Chancelier , eſtoit recu
en ſurvivance de la Charge
de Capitaine des cent Suiſſes
de la Garde du Roy.
Il n'yla perſonne qui n'ait
oüy parler du nom d'Eſtrades .
Il eſt fameux par l'eſprit , &
par les armes , & chacun ſçait
que le Maréchal qui l'a porté ,
doit avoir parû avec diſtinction
dans les Armées de Sa
Majesté , puiſque le grand
nombre d'actions d'éclat qu'il
ya faites , luy avoient fait meriter
d'eſtre honoré du Bâton
de Maréchal de France , & que
ſon eſprit l'avoit fait briller en
pluſieurs Ambaſſades M.l'Abbé
d'Eſtrades ſon Fils n'a pas
paru avec moins de gloire &
GALANT.
LYON
S
de reputation , dans ſes Am
baffades de Veniſe & en Savoye
, & s'il a marché ſur les
traces de ce Maréchal dans les
grands emplois du Cabinet, M.
le Chevalier d'Eſtrades , ſon
Frere , l'a dignement , & glorieuſement
imité dans ceux de
la guerre . Perſonne n'ignore
de quelle maniere il ſe diftingua
au Siege de Mons , où il
s'expoſa aux plus grands perils .
Il n'en feroit pas forty ſans la
generofité d'un Officier Eſpagnol
, qui charmé de ſa valeur
luy ſauva la vie , en riſquant la
fienne. M. le Chevalier d'Etrades
eſtoit Colonel du Regiment
des Chartres , & fort aimé
dans la Maiſon de Monfieur
&Monfieur le Ducde Chartres
avoit pour luy une eſtime toute
particuliere. Ce Chevalier
1-
1
190 MERCVRE
eſt mort des bleſſures qu'il avoit
receuës au Combat de Stein-
Kerke.
M. le Chevalier de Murcé ,
Colonel du Regiment de Dragons
de la Reine , eſt auſſi mort
de celles qu'il avoit reçûës dans
la mefme occafion. On ne voit
aucune Relation qui n'en parle
avec éloge , ce qui fait connoiſtre
combien il s'y eſtoit.
diſtingué. Il eſtoit Frere de
M. de Quelus , & Fils de M.
le Marquis de Villette, qui s'eſt
fignalé par une infinité d'ations
éclatantes dans les Armées
Navales de S. M. & qui
dans le dernier combat contre
les Flotes d'Angleterre & de
Hollande a fait voir autant de
prudence , & de conduite que
de valeur,
On me vient d'apprendre la
GALANT. 191
mort de M. de S. André. Marquis
de Virieu , Premier Prefident
au parlement de Grenoble
, où il avoit eſté Preſident
- à Mortier dés l'âgé de vingt
trois ans. Il fut enfuite Ambaffadeur
à Veniſe , & ce fut à
fon retourde cette Ambaſſade ,
qu'on le fit Chef de ce Parlement.
Il s'eſt acquitté de tous
ces emplois , avec une diſtinction
, qui luy a fait meriter
l'approbation dont le Roy l'atoûjours
honoré. Il eſt d'une
ancienne Maiſon , & d'une no-
- bleſſe d'épée affez connuë. Il
eftoit Fils de M. le Preſident .
- de S. André , & de Marguerite
de Bellievre , Fille de M.Pom--
pone de Bellievre , Chancelier
de France. Le Preſident de S.
André , fon grand Pere , avoit
épousé. Marie de Simiane : Fil192
MERCURE
le deM. le Marquis de Gordes,
Chevalier des Ordres du Roy ,
&Capitaine des Gardes du
Corps. Le merite & la probité
onteſté hereditaires dans cette
Famille , qui s'eſt toûjours
foutenuë par fon propre éclat ,
comme par ſes alliances. M. le
premier Prefident de S. André
ne laiſſe que deux Filles , dont
l'Aînée a épousé M.le Marquis
de Saffenage ; la Cadette eſt
encore à marier.
M. le Preſident de Fourcy ,
ayant eſté élû Prevoſt des Marchands
pour deux années , a
eſté continué fix autres,& pendant
tout ce temps il a travaillé
à l'embelliſſement de Paris ,
d'une maniere qui fera que certegrandeVille
ne perdra jamais
le ſouvenirde ſon nom.Ce terme
eſtant expiré , on a procede
GALANT.
193
nom. Ce terme eſtant expiré ,
on a procedé à une nouvelle
élection avec l'agrément du
Roy , & le choix eſt tombé fur
M. du Bois , Procureur General
de la Cour des Aides. M.
Titon , Avocat du Roy de la
Ville , fit en cette occafion un
fort beau Difcours à la gloire
deM. de Fourcy & de M. du
Bois , fur la maniere dont l'un
s'eſtøit acquitté de cet employ,
&fur l'efperance que la probité
& le merite de l'autre don.
noient qu'il ne s'en acquitteroit
pas avec moins d'avantage
pour la Ville , ny moinsdegloire
pour luy. Il ſeroit malaiſé
de trouver une perſonne plus
generalement eſtimée que Ma
du Bois , & je n'oſe employer
icy les termes dont on ſe ſert
pour dire du bien de luy , de
Aouſt 1692 . K
194
MERCVRE
crainte qu'on ne prenne des
veritez pour des flatteries.Rien
n'eſt plus penible que ſon employ
de Procureur General de
la Cour des Aides , & il n'y a
rien de plus difficile que de
contenter tout le monde dans
un pareil poſte. Cependant M.
du Bois n'y , fait que des Amis .
L'on élût enmême temps deux
Echevins , qui font M. Moufle
Notaire , & M. Tartarin. Avocat
au Parlement . Le premier
eſt fort eſtimé dans ſon Corps ,
& l'on ne peut douter de fon
merite , de ſa probité , & de fa
capacité dans ſon employ , puis
qu'il eſt Notaire de M. le Contrôleur
General. Il eſtoit déja
Quartenier , qui eſt un degré
pour parvenir à l'Echevinage ,
Quant à M. Tartarin la belle
requeſte qu'il vient de faire
GALANT.
195
pour M. de Mongommery , &
qui fait tant de bruit à Paris
parle affez en ſa faveur , fans
que je vous en diſe rien. Le
nouveau Prevoſt des Marchands
, & les nouveaux Echevins
, ont eſté à Verſaillespréter
le ferment entre les mains
de Sa Majesté. M. le Camus ,
Maiſtre des Requeſtes Fils de
M. le premier Preſident de la.
Cour des Aides , preſenta le
Scrutin , & fitun Diſcours ſur
ce ſujet que toute la Cour ap .
plaudit fort. Le Roy luy fit l'ho
neur de luy dire , qu'il avoit
parlé en homme de qualité. M.
de Fourcy ſupplia le Roy de
luy pardonner les fautes qu'il
pouvoit avoir faites pendant
qu'il étoit Prevoſt des Marchands
, & ce Prince luy répondit
, qu'il estoit tellement fa
K 2
196 MERCURE
tisfait defa conduite , qu'ille propoſoit
pour exemple àM. du Bois ,
qui entroit dans ce mesme employ.
Le Roy dit enſuite à M.le Noncequi
estoit preſent , qu'il venoit
de luy voir faire une des fonctions
de la Royauté , mais qu'elle
n'estoit pas des plus grandes . A
quoy M. le Nonce répondit ,
que Sa Majesté en faisoit de plus
éclatantes quand Elle triomphoit
de ſes Ennemis. Vous pouvez
jugerde fon eſprit par cette replique.
On dit qu'il en a beaucoup
, & qu'il s'acquitte en fort
habile homme des fonctions
de ſon employ. Il a receu la
Profeſſion de foy de dix huit
Eveſques , dont on en a déja
facré huit , qui font Mrs les
Eveſques de Varbes , deBayonne
, de Seez , d'Avranche , de
Niſmes , de Toul , d'AngoulefGALANT.
197
me , & de Lodeve .
M. Pellot , Maistre des Requeſtes
, Fils de feu M. Pellot ,
Premier Preſident au Parlement
de Normandie , a épouſé
Mademoiselle le Clerc de
Leſſeville , Fille de M. le Clerc
de Leſſeville , Conſeiller au
Grand Confeil. Le peu de
temps & le peu de place quime
reſtent , m'empêchent de vous
en dire davantage.
Le Roy & Madame ont tenu
la Princeſſe d'Angleterre fur les
Fonts. La ceremonie s'eſt faite
dans la Chapelle du vieux Chaſteaude
Saint Germain en Laye
parM. leCardinal de Boüillon,
grand Aumônier de France. La
Princeſſe a eſté nommée Loüiſe-
Marie Elizabeth , qui font
les noms du Roy , de la Reine
d'Angleterre , & de Madame
t
K 3
198 MERCURE
Sa Majesté vouloit que le nom
deMarie fuſt le premier , parce
que c'eſt ordinairement ce
luyqui demeure ; mais la Reine
d'Angleterre a fait de ſi
preſſantes inſtances , pour engager
le Roy à faire que le
nom de Louiſe precedaſt les
deux autres noms , qu'il n'a pu
ſe deffendre d'accorder aux
prieres de cette Princeſſe , ce
qu'elle ſouhaittoit avec tant
d'ardeur.
Je vous ay parlé d'une Theſe,
qui a eſté ſoûtenuë au College
des Quatre Nations , avec
tout l'éclat digne du Soûtenant .
Il s'en eſt ſoûtenu une autre au
College d'Harcour, avecun appareilqui
ne luy eſtoit pas inferieur.
Elle estoit de M.l'Abbé
Colbert de Maulevrier. On
ſçait que tous ceux de cette
GALANT. 199
Maiſon s'acquirent parfaitement
bien de tous les emplois
dont ils fe meflent , dans l'E
gliſe , dans le Ministere, ou dans
l'épée , & qu'ils y brillent avec
beaucoup de diſtinction . L'ef
tampe de la Theſe eſtoit tirée
d'aprés un des plus beaux Tableaux
de M.le Sueur,& il n'y
avoit pas moins de dépenſe,&
de travail pour le Graveur,que
fi elle euſt eſté faite ſur un fu>-
jet imaginé tout exprés.
Les pertes continuelles que
les Eſpagnols ont faites ,depuis
qu'ils ſe ſont unis dans les deux
dernieres guerres avec les Hollandois
, leur ayant ouvert les
yeux , le Peuple de Madrid eſt
à preſent auſſi attentif aux nouvelles,
qu'il en eſtoit autrefois
peu curieux. Ainſi les Nego.
cians ayant trouvé moyen de
K 4
200 MERCURE
ſe faire écrire par leurs Correſpondans
tout ce qui ſe paſſe
d'important , s'en trouvent à
preſent inſtruits ſi- toſt qu'il eſt
arrivé quelque évenement confiderable.
Lors que l'on eut appris
à Madrid que l'Armée de
France avoit affiegé Namur, le
Roy & le Peuple attendirent
avec impatience quel en ſeroit
le ſuccés. Le Peuple l'apprit
deux jours avant le Roy Catholique
, parce que perſonne
n'oſoit luy parler de cette triſte
nouvelle.Ce Prince demandoit
à tous momens , s'il n'eſtoit
point venu de Courier , & il
commençoit à s'impatienter du
filence que l'on gardoit toujours
là-deſſus , lorſque le Duc
d'Offſone luy dit le 17.du mois
paffe, qu'il ne devoit plus demander
de nouvelles de Namur, &que
GALANT. 20F
1
Namur estoit presentement avec
Mons, le m'en doutois bien , dit le
Roy , en jettant à terreses gands
qu'il tenost , voilà donc comme on
fait mes affaires en Flandre . Il
entra là deſſus dans ſon Cabinet,
dont il pouſſa rudement la
porte.On allachercher la Reine
Mere ; & il demeura plus de
deux heures en conference avec
elle . Ce Prince ne vouloit
point que l'on fiſt la feſte des
Taureaux, qui avoit eſté longtemps
differée , & qui ſe devoit
faire le Lundy ſuivant ,
mais la Reine Mere luy repreſenta
qu'ilestoit de la Politiquede
ne pas faire connoître au Peuple le
- chagrin qu'il reffentoit de ce coup
d'autant plas que depuis que la
nouvelle en avoit eſté répanduë
, il y avoit eu un grand
concours de gens ſous les fenê-
KS
202 MERCVRE
tres du Palais , dont les uns
maudiſſoient la Ligue , les autres
demandoient la Paix , &
les autres, fi on vouloit épuifer
l'Eſpagne & en tirer juſqu'au
dernier fol, pour donner à ceux
qui laiſſent prendre les Pays-
Bas. On afficha quelques jours
aprés beaucoup de choſes contre
le Prince d'Orange, & l'on
mit un Tableau prés du Palais,
où l'on voyoit ce Prince & le
Duc deBaviere, qui fe tâtoient
le pouls, comme s'ils euſſent eu
la fiévre , avec des Vers fort
fatiriques au deſſous. Pendant
ce temps la Reine - Mere reçut:
une lettre du Prince d'Orange,
par laquelle il la prioit,defaire
entendre au Roy d'Espagne , quele
mauvais temps l'avoit empêché de
f. courir Namur , mais qu'ilse préparetàs'envangerétantleMai
GALANT.
203
ſtre de la Mer , & qu'on verroit
bien- toft des effets deses promesses.
Le Duc de Baviere écrivit de
fon coſté pour ſe juſtifier,& accufa
le Prince d'Orange de n'avoir
pas voulu ſecourir la Place,
quelques preffantes inſtances
qu'il luy en euſt faites. Cependant
la Cour & la Ville font
dans la derniere confternation,
malgré tous les foins qu'employent
à les raſſurer les Ambaffadeurs
de Savoye & de Hollande.
Le Comte de Lobkovvits
tâchant de fon coſté à remettre
l'eſprit du Roy , luy dit qu'on
alloit riſquer une Bataille du
côté du Rhin; mais le Roi d'Efpagne
perfuadé que tous ces
difcours ne font que pour l'amuſer,
n'a pas laiſſéd écrireune
Lettre affez forte à l'Empereur ,
dans laquelle il luy reprefente
K 6
204 MERCVRE
fes pertes continuelles. Le
Conſeil d'Eſpagne ſouhaite la
paix , & voudroit ſe détacher
de la Ligue diſant hautement
que les affaires de ſon Prince
vont de malen pis . On n'en parle
pas moins hautement à Bruxelles
, où l'on a fait des avanies
en pleine ruë,au Comte de
Benting, preſentement Milord
Porteland , Favory du Prince
d'Orange , & autrefois fon Pa-
-ge.Enfin , les Peuples de Bruxelles
envient le bonheur de
ceux des Villes de Flandre quri
vivent fous la domination Francoiſe
, & que la guerre n'inquiette
pas davantage que les
Peuples de paris , au lieu que
ceux- cy font toujours environnez
des Troupes qui les mangent
, & qui n'oferoient les.
perdrede venë,les Alliez étant
GALANT.
105
obligez , en ſe gardant , de gasder
auffi eruxelles , qui les fait
craindre de trois manieres, puis
qu'ils apprehendent , ou que
nous ne bombardions cette place,
ou que nous ne nous en rendions
Maiſtres , ou qu'elle ne
fecouë un joug ,dont la necefſité
plûtoſt que le manque de
fidelité pourroit l'engager à ſe
délivrer. La conſternation n'a
pas eſté moins grande en Angleterre
, lors qu'on a fçu la perte
du Combat de Stein- Kerke.
La princeſſed' Orange demeura
comme immobile à cette nouvelle
, quelques efforts qu'elle
fift pour déguiſer ſa ſurpriſe ,,
mais il eſt bien malaiſe de fe
poffeder dans un moment , où
l'on ſe ſent penetré tout à la
fois de douleur & de dépit. Om
woulut cacher au peuple la plus.
206 MERCVRE
grande partie de laperte qu'on
venoit de faire , mais ceux qui
prennentle party de leur veritable
Souverain , &dont l'interêt&
la force n'ont pû ébranler
la conſtance , firent afficher aux
lieux où les executions ſe font,
les noms de tous les Generaux
& Officiers Anglois & Ecoffois
tuez dans ce Combat, avec le
nombre des Troupes que l'on y
avoit perduës .D'ailleurs ,la verité
état forte,& la mort de ceux
qui ſont dans les principaux
emplois , ne pouvant demeurer
long-temps cachée , à cauſe
du grand nombre de perſonnes
qui leur font attachées , le
Peuple fut bientoft convaincu
que les Generaux , & hauts
Officiers avoient perydans cette
funeſte occafion ; & ne donpoint
que la perte d'un fi
GALANT.
207
grand nombre de Commandans
n'eu eſté ſuivie de celle d'autantde
Soldats qu'onle publioit
Si toſt que ces faits furent averez
, les plus éclairés declamerent
hautement contre le Prince
d'Orange , & dirent qu'il
n'avoit expoſé que les Anglois
& les Ecoffois , parce que ſa.
Politique eſtoit de s'en défaire
afin que les Troupes Etrangeres
fuſſenten plus grande quantité
dans le Royaume , perfuadé
qu'un Ufurpateur , qui doit apprehender
à toute heure que
les Traiſtres qui l'ont élevé ne
rentrent dans leur devoir , peut
avoir beſoin de leur fecours .
On apprit en meſme temps ,
que la Flotte qui estoit partie
pour aller faire une defcente
en France , pour laquelle on
avoit faitde grandes dépenſes
208 MERCURE
و mais enfin
eſtoit revenuë à la radede fain
te Helene , aprés avoir demeuré
feulement quatre jours en
Mer. On ne put d'abord ſçavoir
quelle eſtoit la cauſe d'un
fiprompt retour
l'on apprit que les ordres ayant
eſté ouverts lors qu'on eut quit
té le Port , on avoit trouvéqu'i's
eſtoient donnez pour l'attaque
de S. Malo , à quoy les Officiers
les plus experimentez &
les plus habiles Matelots s'e.
ftoient oppoſez , alleguant que
Vonnepouvoit tenter cetteentreprife,
fans ruinertout- à-fait la Flotte.
Le retour de cette Flotte aprés
le mauvais fuccés duCombat de
Stein Kerke , donna beaucoup
• de chagrin , & le Confeil crur
eſtreobligé de la renvoyer en
Mer, pour fatisfaire le Peuple ,
mais avec moins de Troupes ,
GALANT . 20
le Prince d'Orange en ayant
fait paſſfer cinq mille hommes
en Flandre , pour reparer en
partie la perte qu'il y a faite .
Outre ces chagrins , les Anglois
ont encore celuy de ſe voir
prendre tous les jours une infinité
de Vaiſſeaux , par les
Armateurs François , & ces
Vaiſſeaux font en ſi grand nombre
, que l'on peut dire , qu'ils
en prennent vingt contre un
ſeul qui leur eft pris . Les Eſpagnols
qui ſe vantoient de nous
inquieter beaucoup dans laMé
diterranée , viennent d'y en
perdre un de ſoixante Canons ,
& de quatre vingt- dix hommes
d'équipage , dont M. de
Levy s'eſt rendu Maître aprés
un rude Combat .
Le 25. le Prince d'Orange
ayant fait faire un mouvement
210 MERCV RE
toute
à fon Armée du côté de l'Eſcaue
fans s'éloigner pourtant de Ninove
que d'un quart de lieuë ,
M. de Luxembourg en fit faire
autant à la fienne , ſi bien que
par ce mouvement ſa droite ſe
rabatit du côté de Freſne . Le
26. ce Prince ayant encore
marché vers l'Eſcaut
l'Armée de M.de Luxembourg
alla camper à Freſne , & ce General
ayanteû avisque les Ennemis
alloient paffer la riviere
àGauvre , où ils eſtoient encore
le 27. fit marcher toute l'Armée
à Porte , afin de paſſer
l'Efcaut en meſme temps
qu'eux . Le 27. noſtre Armée
prit la route de Harlebeck fur
la Lis , au deſſus de Courtray.
Ainfi elle fortit du Comté de
Hainaut , & entra dans la FlandreEſpagnole.
GALANT. 211
On a ſçû que le Prince d'Orange
s'eſtoit vanté qu'il alloit
affieger Ipres , & qu'il avoit retenu
vingt mille Pionniers
pour l'execution de cedeſſein,
mais outre qu'il ne manque
rien à cette Place M.de Luxembourg
a quatre lieuës d'avance
fur luy pour s'y rendre, & l'Armée
de ce Prince ne peut du
lieu où elle eſt poſtée , faire ces
quatrelieuës qu'en deuxjours,à
cauſedes bois & des défilez ; de
forte qu'il prend mal fes mefures
, fi ce n'eſt qu'il ait d'autres
deſſeins que ceux qu'il publie
. Il avoit fait des détachemens
pour nous donner le
change ; mais voyant que M.de
Luxembourg ne le prenoit pas,
il les a fait revenir dans fon
Camp. Je croy que je vous apprendray
avant que de fermer
1
212 MERCURE
cette lettre , à quoy toutes fes
marches auront abbouty.
Les nouvelles de Dauphiné
font , que Monfieur le Duc
de Savoye s'eſtant preſenté devant
Ambrun avec une Armée
affez nombreuſe pour emporter
en peu de jours , une place
regulierement fortifiée , crut
qu'à fon arrivée il n'auroit qu'à
prendre poffeffion de celle-cy ,
parce qu'il n'y a aucunes fortifications
, mais il connut que
les François ne ſont pas gens à
fe rendre, & que ce que l'on emporte
fur eux quand cela arrive,
ce qui eſt fort rare, coûte toujours
ſi cher à leurs Ennemis
qu'il leur feroit beaucoup plus
avantageux de ne les pas emporter.
Ainfi il fut obligé àfaire
un Siege dans les formes ,&
de n'approcher de la place que
GALANT. 213
- par Tranchées . Le Siege a duré
douze jours pendant leſquels ce
Prince voyant les pertes continuelles
qu il faiſoit,s'eſt repenty
plus d'une fois de s'eſtre engagé
à paffer des Montagnes
avec tant de peine , pour voir
enſuite perir ſes meilleures
Troupes. Enfin M. le Marquis
de Larray fatisfait du deſavantage
que les Ennemis avoient
reçu par les continuelles forties
qu'il avoit fait faire pendant
les douze jours de ce Siege , &
de la defertion qu'il avoit cauſée
parmy eux, en les arrêtant
filong- temps ,jugea à proposde
fairebattre la chamade,voulant
conſerver les Troupes du Roy ,
ce qui luy auroit eſté difficile ,
s'il euſt attendu qu'il y euſt eu
breche à la muraille , où le Mineur
eſtoit atraché. M.le Duc
214 MERCVRE
de Savoye prétendit que laGarniſon
demeureroit prifonniere
deguerre,mais M.de Larray répondit
à celuy qui luy fit cette
propofition , qu'il s'enſeveliroit
plutôt l'épée à la main avec ceux
qu'il commandoitſous les ruines de
la Place , que d'entendre à une telle
Compofition. Ainſi M.de Savoye
ne voulant plus expoſer ſes
Troupes , permit aux Aſſiegez
de fortir avec tous les avantages
qu'on accordeaux Garniſons
des plus fortes Places , &
qui ſe peuvent encore deffendre.
On conduſit celle d'Ambrun
à Grenoble. Quant à M.
l'Archevêque d'Ambrun, à qui
il fut libre de demeurer dans
ſon Palais , en prêtant ferment
à M. de Savoye , il refuſa ce
party , & dir que pour le peu de
temps que ce Prince avoità de.
GALANT. 215
meurer Maistre de la Place , il ne
croyoit pas le devoir reconnoiſtre
pourfon Souverain .En effet,M.de
Savoye n'y fut pasſi -tôt entré,
qu'il commença à ſe trouver
embaraſſe de ſa Conquête.ll fit
aſſembler les Habitans,& leur
déclara qu'il alloit faire démolir
leurs murailles , s'ils ne luy
donnoient quarante mille écus.
Ils luy répondirent , qu'aprés
une Capitulation accordée , ils ne
pouvoient faire autre chose que de
l'executer , &de luy payer les mê
mes droits qu'ils payoient au Roy.
Ce Duc voyant leur obſtination
,& qu'elle eſtoit bien fondée,
ſe relâcha à quarante mille
livres ,& comme on perſiſtoit
à luy refuſer cette mediocre
ſomme, il ordonna que l'on
deſcendiſt les cloches , diſane
qu'il vouloit les emporter. Ce
216 MERCVRE
differend n'eſtoit pas terminé ,
lorſque la Lettre qui a apporté
ces nouvelles, eſt partie . Vous
jugerez comme il vous plaira
de ce procedé . Le Voyage de
M. de Savoye en Dauphiné
avec les Troupes de tant de
Puiſſances , fera un bel endroit
de ſon Hiſtoire,quand on ſcaura
qu'il n'y eſt venu que pour
vendre , ou pour emporter des
cloches . La perte qu'il a faite au
Sieged'Ammbbrruunnddoonnttilnepeut
ſe dédommager que par des
cloches , n'eſt pas la ſeule qu'il
ait faite. Il l'a cachée le plus
long - temps qu'il a pu aux
Troupes qu'il commandoit devant
cette Place , mais enfin il
a falu que cette nouvelle ait
éclaté. Le Marquis de Parelle
avec un détachement confiderable
ayant voulu entrer en
Provence ,
GALANT. 217
Provence , & forcer le paſſage
deHubaye,du coſté de la Vallée
de Barcelonnette, fut nonſeulement
repouſſé avec une
vigueur extraordinaire par les
Troupes que commande M. le
Marquis de Vins , mais extrêmement
bleſſé d'un coup à l'épaule,
qui luy caſſoit l'omoplate,&
paffoit de part en part.On
le mit auſſi - tôt en Litiere pour.
le tranſporter à Turin, mais fon
mal ayant toujours augmenté,
il ne put paffer Saluſſes , où il
mourut. Le nombre des Morts
&des Bleſſez , tant dans cette
action , qu'au Siege d'Ambrun,
eft fort grand , & far tout des
perſonnes de confideration
&desOfficiers. Le Prince Eu-.
gene a estébleffé à l'épaule , &
le Prince de Commercy à la
jouë , d'un coup qui luy caffe,
la machoire ſuperieurs. Le
soust 1692. L
118 MERCURE
Marquis de Léganez, a eu les
deux jouës percécs d'un coup
de mouſquet. Le Marquis de
Vauguiere a eſte bleſſé àla machoire
inferieure , dont l'os
eſt fracaſſé . Le Marquis de Bernay
, & le Comte de Mazelont
eſté dangereuſement bleſſez à
la cuiffe , & le Marquis du Tor
a eſté tué. Quire cela , il y a
une grade quantitéd'Officiers
Allemans , Eſpagnols & Pié.
montois tuez ou bleſſez , & les
Ennemis avouent que depuis
qu'ils font entrezen Dauphiné
, ils ont perdu plus de fix
mille hommes tant par les
forties des Troupes d'Ambrun,
que par la mortalité & les deſertions.
Ils ont manqué une
entrepriſe qu'ils avoient for.
mée fur Suze , l'intelligence
qu'ils avoient avec le nommé
Jacques le Rat ayant eſté dé
و
GALANT. 219
couverte. Ils ont unCamp d'Allemans
dansla Vallée de Suze
&les Eſpagnols ſont allez dans
le Montferrat pour y joindre
le Marquis de Pianeſſe , qui
eft campéavec cinq cens Chevaux
& quelque Infanterie à
Friſine de Po.
Depuis la priſe d'Ambrun ,
l'Infanterie des Ennemis s'eſt
approchée deCifteron , & leur
Cavalerie vers Briançon , où
eſtM. deCatinat,avec dix huic
Bataillons , & trois mille Chevaux.
Le Gouverneurde Valence
enDauphiné , a fait la reveuë
de tous les Payfans capables.
deporter les armes. Il leur ena
fait diftribuer , leur a donné
des Officiers , & lesa fait marcher.
Il eſtoit arrivéle 23 unRegiment
deDragons à Grenoble,
L 2
220 MERCURE
&on en attendoit un autre le
lendemain.
On a eſté fort conſterné à
Turin , quand on y a veu apporter
un grand nombre de
morts & de bleſſez de la premiere
qualité , & qu'on y a appris
la perte faite à Hubaye &
devant Ambrun. Jeſuis Madame
voſtre , &c .
AParis ce 31. Aoust 1692 .
LE LIBRAIRE AU LECTEUR .
Ce E Volume que j'ay donné
la Relation du Combat
de Stein Kerke que l'on ne
vendra que vingt fols.On peut
dire que ce Volume avec celuy
de la priſe de la Ville de Namur
,& l'Hiſtoire du Siege du
Château , renferment toute la
Campagne,avecune infinité de
circonftaces &de faits qu'on ne
trouve point ailleurs . Les trois
ſe donnent pours liv. relié .
LYON
293*
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le