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1692, 07 (supplément, Histoire du siège du chasteau de Namur) (Lyon)
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AUGUSTINIANA
LVGDUNENSI
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801237
HISTOIRE
DU
11
SIEGE
DU CHASTEAU
DE NAMUR.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , ruë
Merciere au Mercure Galant.
M. DC. XCII.
AVEC PRIVILEGE DV ROr.
ےن
:
A MONSEIGNEUR ,
MONSEIGNEUR
LE COMTE
DE TOULOUZE ,
AMIRAL DE FRANCE.
ONSEIGNEUR ,
Il n'y a perſonne qui ne
cruft , qu'en mettant le
ǎ 3
LYOY
LA
ELD
EPITRE .
nom d'un Prince de voſtrè
ågeàla teſte d'un Ouvrage,
l'Eloge de ce Prince ne
dust rouler ſur des choses
proportionnéesàſa jeunefe.
Il ne s'agit MONSEIGNEUR
, de rien
moins que de cela dans cette
Epiſtre , & l'auguste
fangdont vous fortez, n'a
jamais attendu quelenombre
des années le fiſt entrer
dans la carriere de la
gloire. Ainfije ne dois parlerque
des Campagnes de
EPITRE.
V. A. Elle en a déja fait
deux ,&s'est trouvée aux
Sieges de deuxdesplusforzes
, &plus importantes
Places de l'Europe. On
vous a vû , MONSEIGNEUR,
pendant la premiere
Campagne, monter
•la tranchéeàlatêtedevôtreRegiment
avec unfang
froid digne de vostre naiffance,
mais fort au- deßus
de vostre age,pendant que
toute la Cour trebloit pour
vous.Vousn'avèspasfeua
4
EPITRE.
lement paru dans vostre
Seconde Campagne comme
Aide de Camp du Roy ,
mais encore comme Compagnon
desperilsque S.M.a
courus, c'est -à-dire,que V.
A.aétéexposéeàune infinité
de dangers auſquels
nous n'oferions penſer ſans
fremir. Vous avez vû donner
des aſſauts; vous avez
remarqué , fans aucune
crainte tout ce que le plus
grand carnage peut étaler
d'horreur dans ces fortes
- EPITRE.
d'occaſions. Vous avez vû
des Braves de l'un & de
l'autre party dans les bras
de la mort.Vous avez entendu
le bruit des balles autour
de vous , V.A.aconnu
qu'elles ne respectent
perfonne, par ceux qu'elles
ont frappez à ses costez
Cependant vous n'avés pas
montré plus d'émotion que
fi ces Combats n'avoient
efté qu'un agreableſpectacle.
Il y a plus, MONSEIGNEUR
. Ces balles ont
s
EPITRE.
me
attaqué V.A. mesme , &
Elle a fenty leurs coups.
C'est icy où l'expreßion
manque,ne trouvantpoint
de termes pourbien mettre
dansſonjour la tranquillitétoute
heroïque,que vous
fiſtes voir lors que leRoy
ayant demandé,s'ily avoit
quelqu'un de bleßé , vous
répondistes en foûriant ,
fans paroiſtre emu d'une
groffe contusion que vous
reçutes, que vous croyiez
que quelque choſe vous
EPITRE.
avoittouché.Ces manieres
intrépides qui tienent tout
du Heros,&auſquelles je
nepuis donnerde nom ,feroient
incroyables ,fi vous
n'aviez point l'heureux
avantage , d'estre néd'un
fangdont on nevoitquedes
prodiges. Quelleglorieuse
Campagne pour V. A. &
qu'elleportera loin lagloire
denostre Auguste Monarque
! L'Histoire n'en fournit
point de pareilles , à
moins que deremonter jus-
6
EPITRE.
ques à Cefar qui aßiegea
autrefois Alize , prés de
Flavigny en Bourgogne , à
la veuë de Vercingentorix,
qui avoit affemblé toutes
les Troupes deſes Alliez
dont il avoit formé une
Armée nombreuſe,pour l'obliger
de lever le Siege , ce
qu'il fit inutilement , puis
que Cefar emportala Place
devant ce grand nombre
de témoins. S'il faue
foüiller dans tant de fiecles
pour trouver une ac
EPITRE .
tion qui approche de celleque
vient defaire le Roy
en prenant Namur à la
vûë de cent mille hommes,
peut- estre s'en paffera- t- il
encore beaucoup,avant que
l'on envoye deſemblables ,
fi ce n'est qu'il plaiſe au
Roy d'en faire encore de
nowvelles. Ce Monarque
pourroit s'afſſurer d'unſuccés
heureux , puis qu'il ne
combat que pournous donner
la Paix. Je ne doute.
point,MONSEIGNEUR,
EPITRE .
que vous ne l'apprehendiés
cette Paix tant soubaittée
des Sujets mesme des
Princes liguez ;mais l'impatiente
valeurqui nefait
reſpirer que lagloire àV.
A doitſe moderer en confidérant
que cette Paixfera
Louvrage de Sa Majesté
pour le repos de l'Europe.
Que vous devez estresatisfait
d'avoir fait deux
Campagnes aux coſtez
d'un Royqui vous a apris
à n'i point trembler!Rien
EPITRE .
nemanqueraàvotregloire
fivous profitez des leçons
qu'il vous a données. Enfin
tout paroist d'accord
pour vous rendre le plus
glorieux , & le plus benreux
Prince de la terre.
Voftre esprit répond à l'intrepidité
que vous vene,z
de faire paroiſtre. Vos inclinationsfontgenereuſes.
&la nature ayant comblé
V.A.de tous ses trefors ,il
n'y a point de Conquestes
où vous nepuißiez prétenEPITRE.
dre. Ainsi il ne voussçauroit
coûter quedesſouhaits
pour aller außi loin en toutes
choses qu'il peut estre
permis d'esperer àun Prince
de vôtre naiſſance. Comme
on ne peut dire plus ,
j'impoferay filence à mon
Zele,&me contenteray de
vous affurer que je suis
avec un profond respect ,
MONSEIGNEUR ,
De Voftre Alteffe ,
Le tres humble & tresobeïffant
Serviteur ,
DEVISE ,
***** ***
AVIS.
Lſeroit mal aiſé qu'aucun
Ouvrage euſt plus de
fuccés qu'en a cula Relation
du Siege de la Ville de Namur,
qui ſert de premiere
partie à celle de l'Hiſtoire du
Château.Toute l'Impreſſion
en a efté debitée en ſix ou
ſept jours ; & fi on en parle
icy , c'eſt parce que l'on ſe
croit obligé d'avertir le Public
qu'on en fait une ſeconde
du meſme caractere que
AVIS.
celle cy ; afin de fatisfaire
ceux qui voudront les faire
relier enſemble. Comme rien
n'excite tant àbien faire que
le ſuccés , les applaudiffemens
qu'a receus la Relation
du siege de la Ville , ont fait
prendre de nouveaux ſoins
pour procurer le meſme avantage
à celle du Chaſteau.
Auſſi peut- on dire que jufques
à cet Ouvrage on n'a
jamais veu que ſuperficiellement
ce que c'eſt qu'un Siege
& les diverſes occupations
des Troupes devát une Ville
qu'on attaque. On trouvera
ZAVVIS.
dás ce Volume cinq Deſcri-
-ptions qui doivent faireplaifir:
fçavoir l'attaque des hauteurs
, celle de la Redoute
de l'Hermitage ou des Carrieres
, celle du Fort Guillaume
; celle des deux Chemins
couverts du vieil Ouvrage à
corne , &celle du logement
faitdans ce meſme Ouvrage.
Ileneſt ſi peu parlé dans tout
cequi a eſté donné au Public
là deſſus , qu'à peine les
diftingue tron des jours ordi.
naires de tráchée.C'eſt ce qui
aobligéd'étendre ce quic'eſt
paffédans ces cinq Actions ,
2
AVIS.
determ
afin qu'étant bien repreſenté
à l'imagination, elle s'en forme
une idée ſi forte , qu'en
s'appliquant à cette lecture,
on croye voir ce qu'on ne fera
que lire.Ces endroits étát
moins enveloppez que les
autres,de termes peu connus
à d'autres qu'aux gens du
métier,feront plaiſir à toutes
fortes de perſonnes , à cauſe
de la quantité de belles actions
qu'on y trouvera. Il
auroit eſté facheux qu'elles
euſſent eſté perduës , ce qui
ſeroit arivé, puis que la grande
Hiſtoire ne peut entrer
AVIS.
dans ces fortes de détails . Les
autres journées du Siege ſont
decrites à proportion de ces
actions. Cependant malgré
tous les ſoins que l'on a pris ,
&l'examen qu'on a fait de
plus de trois cens Relations,
on eft preſque perfuadé qu'il
s'y fera gliſſe quelques fautes
, eſtant malaiſé que l'on
ait mis quelques Officiers
Generaux de tranchée un
jour au lieu d'un autre , &
qu'on n'ait fait faire quelques
travaux pendant une
nuit , qui auront eſtéfaits la
nuit précédente ou la ſuivante;
mais ces tranſpoſitiós
:
AVIS.
n'empeſcheront pas que fon
n'aprenne ce qui ſe ſera pafſé
au Siege ,& ne peuvent
que dóner lieu aux Critiques
de dire, que ce Siegen'eſtpas
dans la derniere exactitude.
Malgré ce defaut , & les autres
fautes de cette nature
qui pourront s'y rencontrer,
peut- eſtre eſt- il vray de dire
, qu'on n'a jamais fait une
Relation plus éxacte & plus
remplie de circonſtances cu
rieuſes à moins qu'elle n'ait
eſté écrite par des Generaux
meſmes.Enfins'il y ades fautes,
le Public doit eſtre aſſuré
?
ontsy
AVIS.
:
qu'on n'a rien mis que l'on
n'ait trouvé du moins dans
trois ou quatreRelationsdif,
férentes . Ce Siege doit eſtre
plus curieux que les autres,
parce que le Roy qui s'eſt
donné la peine de le conduire,
avoit en meſme temps,&
les Affiegez à combatre, & à
Alliegeza
s'oppoſer à une Armée de
cent mille hommes , ce qui
demande la plus parfaite intelligence
dans le métier de
laGuerre. Quelques précautiós
qu'on ait priſes pour em.
peſcher que le Publicne máque
de cette Relation; comAVIS.
me il a manqué de celle du
Siege de la Ville, il y a grande
apparence que cette premicre
Edition ne ſuffira pas.
Ainſi on prie ceux qui y
connoiſtront des fautes,d'en
avertir,& fur tout des belles
actions que l'on y aura oubliées
, &des noms de ceux
qui ſe ſeront diſtinguez dans
quelque occafion remarquable,
afin qu'on répare ce
que l'on aura manqué.
6
-OHISTOIRE
DU SIEGE
DU CHASTEAU
DE NAMUR
i
1
OUT ce qui brille
T d'abord , ne conſerve
pas toûjours le même
éclat, & l'on voit fouvent
des choſes perdre beaucoup
de leur prix lors qu'elles
font regardées de prés . Il y en
a d'autres dont on ſe trouve
THEQUE DE LAVE
LYON
A
21 Histoire du Siege
tellement remply , de quelque
coſté qu'on les confidere , que
dés la premiere veuë , on demeure
convaincu qu'on ne
peut rien ajoûter à ce qu'elles
ont de merveilleux. C'eſt un
fond de beauté ſigrand, & tellement
au deſſus de la premiere
idée que l'on s'en eſt pû former,
que fi-toſt qu'on les examine
dans toute leur étenduë ,
&avec toute l'attention qu'elles
demandent , on trouve qu'il
n'eſt pas poſſible d'en bien concevoir
toute la grandeur.Telle
eſt la conqueſte de Namur.
L'importance dont cette Place
eſt au Roy , & les difficultez
qui ſe rencontroient à l'emporter
,& qui paroiffoient in-
Turmontables font chaqure
jourdécouvrir combien ce Monarque
s'eſt couvert de gloire ,
د
du Château de Namur. 3
& combien il procure d'avantages
à ſes Sujets par ſa priſe. Il
a fallu qu'il ait combattu les
Elemens , les hommes , l'art &
la Nature ,& c'eſt ce que je
prétens vous faire voir en vous
parlant de quelques fortifications
des ouvrages qui défen
doient le Chasteau , d'une ma
niere dont aucune Relation
publique n'a encore parlé. Ces
circonstances vous feront con
noiſtre que fi le Roy n'euft pas
eſté en perfonne à ce Siege , il
auroit eſté preſque impoſſible
de faire pancher la victoire du
coſté que ce Prince l'a obligée
àſe declarer . Enfin , cette conqueſte
luy eſt glorieuse par
tant d'endroits differens, qu'on
peut dire qu'en la faifant,il n'a
pas ſeulement pris une Place
forte , mais que tous les ouvra-
A 2
4 Histoire du Siege
ges qui l'environnoient étoient
comme autant de fortes Citadelles
dont il s'eſt rendu Maî
tre , & qu'ainſi il a fait pluſieurs
conqueſtes par la priſe
d'une ſeule Ville. J'ajoûteray
à cela que ſi on fait réflexion à
la forte Garniſon qui a pref
que pery pendant le Siege, tant
dans la Ville que dans le Châ
teatu , leur priſe tient lieu à Sa
Majesté d'une grande conquête
tout enſemble , & d'une Bataille
gagnée , puis que les Ennemis
n'auroient peut- être pas
perdu plus de monde dans un
Combat. Cependant ce Siege
n'a pas eſté moins fatiguant
pour le Roy & pour ſes Troupes
qu'un Siege d'Hiver , mais
il ſemble que le mauvais temps
ne ſe ſoit declaré en faveur des
Ennemis en cette occafion, que
du Chasteau de Namur.
pour relever la gloire de ce
Monarque , & faire voir que
rien n'eſt capable de rebuter
fon courage. En effet , les dif
ficultez n'ont ſervy qu'à faire
connoître avec combien d'application
& de ſoins il a ſceu
furmonter tous les obſtacles
qui s'oppoſoient à ſon entrepriſe.
C'eſt peut- être l'unique
Siege qui ſe ſoit jamais fait devant
une Armée de prés de
cent mille hommes . Cepen
dant il y a deux choſes à remarquer
à la gloire du Roy ,
auſquelles on ne peut donner
affez de loüanges , & qui enſemble
font voir que quand ce
Prince a formé quelque defſein
, où il peut en perſonne
donner ſes ordres , & réparer
par ſa prudence ,par fa penetration,&
par fon activité , les
A 3
6 Histoire du Siege
Jes manquemens qui pourroient
arriver , les meſures
qu'il prend pour cela ſont ſi
juſtes , que le ſuccés en eſt tou
jours immanquable. L'une eft
fa bonté pour ceux qui doivent
avoir la gloire de devenir ſes
Sujets , Cette bonté a paru pour
les Habitans de Namur , puis
qu'il a voulu leur épargner le
chagrin de voir ruiner leur
Ville par les Bombes , quoy
qu'il euſt pû par là éviter beau
coup de dépenſe en ſe rendant
plûtoft Maiſtre de la Ville , car
il n'y avoit aucune apparence
qu'il puſt fi -toſt achever cette
conqueſte. Cependant le Ciel
ayant voulu récompenfer les
genereux égards qu'il a eus ,
T'en a rendu Maiſtre en auſſi
peu de temps , que fi les Bour
geois,voyant leur Ville en feu ,
"
du Chapeau de Namur.
euſſent forcé les Troupes de la
garniſon à fe foumettre .Le Roy
auroit pû auſſi venir plûtoſt à
bout du Chasteau , ce qui luy
auroit épargné les immenfes
dépenſes qu'il a eſté obligé de
faire en Convois , pour nourrir
une Armée ſi nombreuſe ; mais
il s'eſt fait une gloire de mon
trer que rien ne luy estoit plus
cher que la fatisfaction & le
bien des Peuples , ainſi que le
fang de ſes Troupes , & c'eſt la
feconde choſe que j'avois à vous
faire remarquer , & qui fera
admirer ce Prince au delà de
tout ce que l'on peut s'imagi
ner , par ceux qui voudront y
faire la moindre reflexion.
Ce que j'ay à vous dire là
deſſus paſſeroit toute croyance ,
s'il ne regardoit le Roy , & jar
mais perſonne ne ſe le ſeroit
A 4
8 Hiſtoire du Siege
imaginé. Ce Monarque ſe trou
vant devant une Place tresforte
, & munie de toutes les
choſes neceſſaires à ſa défenſe ,
& pouvant l'emporter auffi-tôt
qu'il l'auroit fouhaité , tant ſes
Troupes faifoient paroître d'ardeur
pour voler aux affauts ,
toute la terre auroit cru qu'il
les auroit laiffé ſuivre avecjoye
les boüillans mouvemens d'une
valeur toûjours triomphante ,
fur tout voyant que les Ennemis
aſſembloient de nombreuſes
Troupes pour luy faire lever
le Siege ; ce qui leur eſtoit
fi important , qu'ils devoient
tout rifquer pour executer leur
entrepriſe. Čes grands apprêts
ne l'ébranlent point , au contraire
il les mépriſe , parce que
ſa prudence luy a fait prendre
des méfures pour les méprifer
duChâteau deNamur. 9
avec ſeureté. Ils fontagitez , il
efttranquille. Il donne jour &
nuitdes ordres , non-feulement
pour fon Armée qui s'oppoſe à
celle des Princes liguez , &
pour le Siege qu'il a entrepris,
mais pour une bataille& pour
une attaque , & enfin pour tout
ce qui peut foulager ſes Troupes.
On croit que pour s'épargner
des foins , des inquietudes
,des peines & de la dépenſe
, il va donner un affaut au
Fort Guillaume , mais il ne ſe
preſſe point , & il écoute fa
Cour , avec un fang froid qui
fait briller ſa ſageſſe. Il eſt
perfuadé que fes Troupes n'attaquent
rien qu'elles ne l'emportent
, mais il apprehende
pour leur fang. Plus on ad'imparience
d'attaquer de nouveaux
ouvrages ,plus il ordon-
BS
A
Hiftoiredu Siege
ne à M. de Vauban, de ne rien
faire entreprendre où il y ait
trop de riſque , & d'employer
tout fon art pour menager les
Troupes , de forte qu'il a laiſſe
quelquefois travailler des huit
jours entiers , lors qu'il auroit
pû en les expoſant ſe rédreMaiſtre
en une heure des ouvrages
qu'il eſtoit queſtion d'attaquer.
Jamais rienn'a marqué tant de
bonté , tant de conduite , tant
d'intrepidité , & tant de mépris
pour le Prince d'Orange , &
pour toutes les forces de la Ligue
. Elles ne luy ont rien fait
riſquer pendant le Siege , & ce
Monarque toûjours en repos
fur les meſures qu'il avoit prifes
, & fur l'execution de ſes
ordres , donnez à propos , n'a
point voulu de Lauriers arro.
fez de trop de fang , ny fouffrir
du Chasteau de Namur. LF
1
que ſes ennemis puſſent avoir
la fatisfaction de luy voir ache--
ter ſa conquête , par la perte
de ſes plus braves Sujets. Il a
trouvé bien plus glorieux pour
luy de la devoir à ſes ſoins , à
fa prudence ,& à une patience
toute heroïque. En cherchant
les moyens de détourner les pe
rils de deſſus la tefte des autres,
il s'y eſt toujours expofé luymeſime
avec tout le fang froid
d'un veritable Brave , & quand
toute la Cour , & toute l'Armée
trembloient pour luy , il
ne paroiſſoit pas à fon air qu'il
cruſt ſeulement eſtre au milieu
des perils .Monſeigneur leDauphin
les a effuyez de l'air qu'il
a fait au Siege de Philisbourg ,
&Monfieur à la bataille de Caffel.
Leurs liberalitez ont eſté
grandes , pour animer les Sol
12 Hiſtoire du Siege
dats , & récompenſer la valeur,
& l'on a vû Monſeigneur aller
en une meſme journée dans les
tranchées , & dans toutes les
batteries ,& diftribuer de grofſes
ſommes aux Soldats , aux
Canonniers , & aux Bombardiers
, Quand on prit des quartiers
pour le Siege de la Ville ,
pluſieurs volées de Canon paf.
ferent toute la nuit pardeſſus
la tente de ce jeune Prince; il
n'en fut pas moins tranquille,&
ſe contenta de le dire le lendemain.
Monfieur le Prince , &
Monfieur le Duc ont couru au
devant des dangers,, avec une
intrepidité dignede leur fang,
&tant qu'a duré le Siege, toutes
les Relations ont eſté remplies
de ce qu'ils y ont fait d'éclatant,
prefque à toutes les artaques qui
ſe font données ; mais outre la
du Chasteau de Namur. 13
valeur naturelle qu'ils tiennent
du genereux Sang qui les anime
, dequoy l'exemple du Roy
ne les rendroit- il point capable ?
Enfin celuy de tant d'auguſtes
perfonnes a fait porter la
valeur au plus haut point , pour
cette conquefte. Tous les Officiers
& les Soldats ont fait des
actions dignes d'une immortelle
gloire. C'eſt ce qui doit faire
trembler la Ligue , puis que fi
elle veut y faire reflexion , elle
doiteſtre entierement convaincue
, qu'il eſt impoſſible que le
Royne vienne toûjours à bout
de tout ce qu'il luy plaira d'entreprendre
qu'il aura toujours
à retenir les mouvemens de valeur
de ſes Troupes , loin d'eſtre
obligé de les exciter , & que
quoy que faffent les Princes liguez
, ils ne jouïront jamais de
14 Hiſtoire du Siege
la paix , qu'ils ne la demandent
àce Monarque. Ils connoiffent
ſa valeur , ils connoiſtront par
là ſa bonté. Quand je dis qu'ils
connoiſſent la valeur , j'ay lieu
d'en eſtre perfuadé , & cela
m'engage à vous rapporter un
Eloge de ce Prince , tiré d'une
Lettre de Bruxelles , & écrite
par un homme qui n'a pas toûjours
tenu le me fine langage. II
feroit connu à cauſe de fon employ
, fi on le nommoit , & la
prudence m'oblige à ne le pas
faire . Cette Lettre a eſté venë
icy de beaucoup de monde ,
& voicy ce qu'elle marque du
Roy.
Au reste , je dois avouër en faveurde
la verité, que l'action que
vient de faire le Roy Tres-Chrétien,
en prenant Namur&le Chasean
àlavened'une Armée de plus
duChafteau deNamur.
de quatre vingt millehommes , un
Roy& un Electeur àleur teste ,&
tantd'autres Generaux , est la plus
htroiquedont on puiſſe jamais orner
fonHistoire. Tout ce que l'on peut
s'imaginer de grand , d'intrepide ,
&d'entreprenant , s'yrencontre.
Il faut que le Roy ſoit bien
Joüable , puis qu'il eſt loué de
cette force par ſes Ennemis meſmes.
Aprés cela on ne doit pas
accuſer de flaterie les François
quiluy donnent des loüanges ,
puis qu'ils ne peuventaller plus
Join fur cette matiere , quoy
qu'en peude paroles . Aufli rien
ne peut- il aller au delà de la
conqueſte de Namur , tant du
coſté de la gloire que des avantages
qu'on en peut tirer . Elle
donne une grande étenduë de
pays pour les contributions .
Elle découvre une partie de la
16 Hiftoire du Siege
Hollande , ouvre le chemin à
toutes les conqueſtes qu'on voudra
faire , & enfin cette Place
eſt ſi confiderable ; que les Efpagnols
la poſſedant ſeule dans
les Pays-Bas , ils les reconquirent
à l'exception de la Hollande.
Feu Mr le Maréchal du
Pleſſis , qui estoit un de ces Braves
qui joignent l'efprit & la
penetration à la valeur , a dit
fort fouvent avant fa mort ,
que si le Roy se rendors Maistre de
Mons &de Namur, illuy répondot
dureste de la Flandre , quand il
plairoit àSa Majestéde pourfuture
Jes consueftes. Les Ennemis en
paroiffent perfuadez , & nous
Papprennent par leur confternation.
Le Peuple de Paris convaincu
de l'importance de la
priſede Namur n'en eutpas fitôt
appris la nouvelle , que pafdu
Château de Namur. 17
fant pardeſſus l'uſage , il fit des
feuxdes ce meſme jour , fans
attendre qu'on luy en euſt donné
l'ordre. Ces feux commencerent
meſme avant le ſoir. On
tira toute l'aprés-dinée , & l'allegreſſe
parut extraordinaire.
La Relation de tout ce qui s'eſt
paffé à la priſe de cette fameuſe
Place , ne peut que vous faire
du plaifir , aprés celle que je
vous ay déja envoyée de la Ville
Vous en avez vû beaucoup de
belles du Château : Cependant
je croy vous pouvoir envoyer
lamienne avec aſſurance , que
vous y trouverez beaucoup de
circonstances , de fairs ,& dérails
qui vous en feront paroitre
plus des trois quarts tout nou-
4
Quoy que la Relation que je
- vous ay deja envoyée , finifle
18 Histoire du Siege
par le détail de ce quis'eſt pafféle
7. de Juillet , je croy vous
devoir entretenir plus au long
que je n'ay fait, d'une action de
vigueur qui ſe paſſa ce jour-la,
& qui n'a point encore eſté
expliquée comme elle doit l'eſtre
, bien qu'elle puiſſe tenir
rangparmi les plus groſſesaffaires,
& parmy celles du Siege
qui ont eſté les plus glorieuſes
aux Françqis .
Mais il faut auparavant vous
marquer le nouveau campe
mentdes Troupes du Roy pour
le Siege du Château après la
priſe de la Ville. Les Troupes
qui ſuivent étoient campées
depuis le Pont de VVepion ſur
laMeuſe au bord de la Sambre
juſques à l'Abbaye de Maloigne
du Chasteau de Namur. 19
- Grenadiers à Cheval. 1.Eſcad.
Gardes Suiffes . 2.Batail.
Chevaux Legers. 2. Efc.
Gardes Suiſſes,
Gendarmes.
Gardes Suiffes.
Ba.
2Ef.
Ba.
Gardes du Roy. 2 Ef.
Gardes Françoiſes . 16 Ba.1
Moufquetaires. 4Ef
Vezin . Ba.
Dragons de Ranne. 4 Ef.
Royal la Marine. 1Ba
Dragons de Languedoc.
4Ef.
Piémont. 1 Ba.
} Naffau. T 4Ef.
Piémont . Ba.
Imecourt. 4ΕΓ.
D'Arlu, 4Ef.
Quoadt. 3 Ef.
Biffy. 4Ef.
Villequier, 2Ef.
20 Histoiredu Siege
Royal Piemont.
Piémont.
4Ef.
1 Ba.
Total des Escadrons . 44.
Total des Bataillons .
15.
Campement sur la hauteur prés
du chasteau & de la
Tranchée.
DIX BATAILLONS.
Le Roy , 4
Les Vaiſſeaux , 3
Toulouſe , 2
Aulnis , I
Au Parc de l'Artillerie derriere
la Brigade du Roy.
Fufiliers ,
Bombardiers ,
Galiottes ,
2
I
3.Compagnies,
du Chasteau de Namur. 21
Dragons au bordde la Meuse&
de la Sambre, à ladroite&àla
gauche de la Brigade du Roj.
Grandmont , 4
Quelus , 4
Eſcadrons 8
Bataillons 14 compriſes
les trois compagnies de
Galiottes pour un.
La Treve eſtant finie le 7.
les Ennemis firent entendre le
Canon du Chaſteau auſſi-tôt
que le Roy qui avoit donné ſes
ordres pour ſon campement
entre Sambre & Meuſe tel que
je viens de vous le marquer ,
eut paſſe la Sambre.Cependant
les Ennemis ne tirerent point
fur le bagage de l'Armée qui
paſſa à portée de leur Canon .
C'eſtoit une ruſe dont ils
s'eſtoient aviſez , puis qu'ils
22 Histoire du Siege
avoiet quatre ou cinq Bataillons
couchez fur le ventre à deſſein
de donnér fur les bagages , qui
eurent beaucoup de peine à
pourſuivre leur route dans des
endroits où il n'y avoit jamais
eude chemins , mais le Roy qui
prévoit à tout , avoit de fon
propre mouvement nommé
des Troupes pour foüiller les
bois & couvrir en mefine
temps les équipages qui étoient
en chemin , & qui auroient
pû eſtre pillez. Quoy
que Mr le Prince de Soubize
euſt eſté relevé de la tranchée
de l'attaque de la Ville lemême
jour, il eut ordre de marcher à
la teſte de la Brigade du Roy ,
compoſée de dix Bataillons ,
ſçavoir quatre du Roy , trois
des Vaiſſeaux , deux de Toulouze
, & un d'Aunis , & de
du Chasteau de Namur.
23
- ſuivre le chemin le plus à la
gauche , du coſté du Chaſteau
où cette brigade devoit camper
ſur une hauteur qui luy
avoit eſté marquée. En approchantde
cette hauteur , on appençut
des Vedettes , & des
Sentinelles ſur une autre hauteur
plus proche du Chaſteau ,
ce qui ayant faitjuger que les
Ennemis l'avoientdéja occupée
ou qu'ils vouloient l'occuper ,
Mrde Soubiſe envoyaMrBeaupuis
, Capitaine du Regiment
du Roy, un Sergent &quelques
Soldats pour aller par les derrieres
reconnoiftre le nombre
& l'eſtat des Ennemis & on luy
rapporta qu'il y avoit de l'Infanterie,&
de la Cavalerie en
mouvement , & qui ne paroifſoit
pas encore établie. Mr de
Soubife aprés avoir conſideré
24 Hiftoire du Siege
les lieux , & vû l'importance
qu'il y avoit pour le ſervice du
Roy , en occupant ces poſtes
qui nous eſtoient neceffaires ,
eſtant du coſté de l'attaque ,&
qui pouvoient ſervir à avancer
la priſe du Chaſteau , jugea que
s'il donnoit aux Ennemis le
temps de s'y establir , il ſeroitplus
difficile de les en chaffer
,& qu'il en couſteroit beaucoup
plus d'hommes & de tems
au Roy; ce qui le fit réfoudre
à envoyer à Sa Majesté Mr de
Cloudoré,Aide-Major General
de l'Infanterie ,pour luy repreſenter
les raiſons quidevoiét le
porter à faire cette entrepriſe ,
&luy en demander les ordres.
Mr de Vauban qui s'eſtoit occupé
à examiner le Chaſteau
s'eſtant trouvé dans ce temps ,
là auprés de Mr de Soubife , il
luy
du Chasteau de Namur. 25
Muy communiqua ſon deffein ,
& ils convinrent , que l'execution
en ſeroit tres-avantageuſe ,
ce qui l'obligea de marcherauffi
-toſt aux Ennemis dans l'or
dre ſuivant. Il fit avancer la
Compagnie des Grenadiers ,
foutenuë par un détachement
de cinquante Fuzeliers , & fit
fuivre lesdix Bataillons ſurune
mefme ligne . On defcendit d'abord
un grand Vallon , où l'on
remonta toujours dans les bois
repouſſa les petits Corps de
garde qui estoient d'environ
trois cens hommes , juſques à
une autre hauteur , à environ
mille pas de celle- la , & quand
on y fut arrivé par les meſmes
Vallons , Foffez & bois , on apperçut
5.Bataillos ſur une autre
hauteur plus proche du Chaſteau
, qui malgré tout le grand
feu qu'ils firent pendant tout le
B
26 Histoire du Siege
1
temps qu'on alloit à eux , furent
pouſſezjuſqu'à leurContrefcarpe,
où il parut que toute la garniſon
eſtoit dans les chemins
couverts. Jamais on n'a vû plus
d'ardeur qu'entémoignerent les
Troupes en cette occafion.Elle
les emporta meſme un peu plus
loin qu'elles ne devoient aller ,
&particulierement fur lagauche
, de forte que leur trop de
valeur fut cauſe de la perte
qu'elles firent dans cette action
. En la finiſſant , on fit un
Officier & pluſieurs Soldats prifonniers.
Les Regimens deDragons
de Rane & de Languedoc
avoient eſté commandez pour
foutenir les Troupes qui devoient
faire cette expedition',
mais les François vont ſi vîte
lors qu'il s'agit de combattre,
que l'affaire eſtoit finie lors que
du Château de Namur. 27
ces Regimens arriverent. M.
de Soubiſe eſtantdemeuréMai
ſtre de toutes les hauteurs s'y
établit àcinquante pas d'une redoute
des Ennemis ,& il y paffa
route la nuit au Bioiac , avec
fon Infanterie. Le Royjugea à
propos de la fortifier d'un détachement
de deux cens chevaux
de ſa Maiſon , commandez par
M.le Comtede la Motte,&de
deux Regimens de Dragons ,&
Sa Majeſté ordonna auſſi qu'on
envoyaſt des Fafcines , &
des Gabions. Il y auroit mil
le choſes à dire de cette
action, & fi on fe donnelapeine
de l'examiner , on trouvera
qu'elle a eſté brillante , vigou
reufe , & accompagnée de circonſtances
, qui doivent attirer
beaucoup de loüanges aux
Troupes , & à celuy qui les a
B 2
28 Histoire du Siege.
commandées. Elles ont monté
de hauteur en hauteur , au travers
du feu , comme ſi on n'en
avoit point fait ſur elles. Cependant
on les tiroitde haut en
bas au travers des bois pendant
qu'elles avoient beſoin de leurs
mains pour s'en ſervir àmonter.
Ainfi elles eſſuyerent un treslong
feu de mouſqueterie , &
Canon avant que d'eſtre en
eſtat de ſedeffendre. Si les Ennemis
qui estoient retranchez
euſſent profité des avantages
du poſte , des hauteurs , des
foffez & des bois , & qu'on ne
s'en fuſt point emparé ce jourlà
, cette affaire ſeroit devenuë
dans la ſuite une groſſe attaque ,
dans laquelle on auroit perdu
beaucoup de monde , & qui auroit
pû reculerconſidérablemét
la priſe du Chaſteau , mais on
du Château de Namur. 29
ne leur laiſſa pas le temps de s'y
fortifier . Cette action donna.
d'abord une haute idée de l'Infanterie
Françoiſe. Aufſt n'at-
elle rien attaqué qu'elle ne
l'ait emporté avec autant de vigueur
que de gloire , & aucuns
des poſtes dont elle s'eſt em-
- parée ne luy ont eſté repris ,
ce qui cauſe ordinairement la
longueur des Sieges, & la grande
perte des Troupes. Rien ne
marque mieux qu'une action a
efté chaude & vigoureuſe que
le nombre des tuez & des bleffes.
Voicy les noms de ceux qui
l'onteſté en ſe diftinguant en
cette occafion.
4
REGIMENT DU ROY,
Bleffez.
Mrs de Ligniere , Capitaine
des Grenadiers , commandant
le 3. Bataillon,
B 3
30 Histoire du Siege
De la Poterie , commandant
le4. Bataillon.
De Fenetrange , Capitaine-
Aide-Major.
De Beuvillier ,Capitaine:
De Lambert , Capitaine.
Clauſel , Capitaine.
OFFICIERS BLESSEZ.
Des Landes,
De la Chaife.
Saint Perne .
Du Correlier .
Du Gage,
Carrier.
Huit Sergens & quatre-vingt.
Soldats bleffez .
Mr d'Arcouville, Capit. tué.'
Deux Sergens &dix- neuf, Soldatstuez
.
VAISSEAUX.
Bleffe
T
Mrs de Moreüil , commandant
le 3. Bataillon.
du Chasteau de Namur. 31
Pomeraidemont , Capitaine .
De Monmirel , Capitaine .
De Beins Capitaine,
La Tourelle , Capitaine,
Gromorede , Capitaine , tué.
OFFICIERS BLESSEZ .
Mrs de Mingle .
Le Comte.
De Rivolé .
Du Rofel.
Daubignan.
La Tour.
De Breüil.
Les Hoüailliers .
Six Sergens & 79. Soldats
bleffez .
Mr de Pomaret , commandant
le 2. Bataillon tué.
Deux Sergens & 22. Soldats
tuez .
TOULOVSE.
Mrs de Grandmaiſon , commandant
le 2. Bataillon.
Duchenois , Capitaine .
B 4
32 Histoire du Siege
DeRouffillon , Capitaine .
De Beauffin , Capitaine..
OFFICIERS BLESSEZ..
Le Févre.
La Neuville ..
Deux Sergens & 63. Soldats
bleſſez ..
A UNIS...
Officiers bleflez
Mrs Beauvois.
La Roche.
Poüilly..
Duras .
La Potterie.
Trente- fix Soldats bleſſez ..
Dix -huit tuez ..
Ceux qui ont eule bonheur
de ſe diftinguer fans eſtre bleffez
, font M. le Prince de Soubife
, qui ayant toujours eſté à
cheval à la teſte des Bataillons,
eſſuya le feu des Ennemis
avec une grande intrepidité, &
du Chasteau de Namur. 33
[.
:
marqua qu'il n'avoit pas moins
de cette conduite & de cetre
capacité qui font les grands
Capitaines , qu'il avoit fait voir
de valeur. M. de Vauban , M.
le Baron de breffé , & M. de
Megrigny estoient à cette
action . Leur intrepidité eft
connue , & c'eſt le partage de
ceuxqui font profeffion de leur
employ , fansquoy ils ne pourroient
en faire les fonctions ..
Mrs de Bouflers de Ximenes
,Mr le Prince de Turenne ,
& Mrs de Chanlay & d'Arta
gnanallerent fur la hauteur , où
ils effuyerent des coups de Canon
& de Mouſquet. Mr de
Vauban trouva tant de gloire ,
&tant d'avantage dans cette ac--
tion qu'il en alla auſſi- toft redre
compte au Roy. Mrs Daugerie,,
B :
34 Histoire du Siege
&de la Garigue , commandant
lesdeux premiers Bataillons du
Roy , s'y font extrémement
diftinguez . Mr de Vaubenar
commandant le premier Bataillon
des Vaiſſeaux , & Mr de
Moreuil le troiſieme , Mr de
Surville , Colonel du Regiment
de Toulouſe , M.Prat commandant
le premier Bataillon ,&
Mr de Polignac , Colonel du
Regiment d'Aunis , auffi-bien
que Mr le Chevalier de Croiſſy
y ont donné des marques d'une
valeur toute Françoiſe. Le foir
de ce mefmejour , Mr de Cormaillon
allant reconnoiſtre
quelque poſte avec Mr de Vauban,
recent un coup de Moufquet
dans l'épaule , dont il eſt
mort peu de jours aprés.
Le 8. fur les trois heures du
matin , les Ennemis voulant
du Chaſteande Namur. 35
tenter de reprendre les poſtes
qu'ils avoient perdus , firentune
fortie . Il y eut grand feu de part
&d'autre,& comme Mr le Prince
de Soubiſe avoit ordonné à
Mr le Comtede la Motte qui
commandoit le détachement de
la Maiſon du Roy,de les couper
par une Plaine qui estoit der.
riere , les Ennemis les ayantdécouverts
prirent le party de ſe
retirer dans leur redoute , & Mr
le Prince de Soubiſe demeura
dans ſon poſte , en attendant
quatre Bataillons des Gardes
Françoiſes , & deux de Piémont
& de Beauvoiſis ; avec
Jeſquels il devoit faire l'ouverture
de la Tranchée , comme
plus ancien Lieutenant Gemeral
de l'Armée du Roy. Cependat
on travailla aux batteries
de Canons & de Bombes , & à
36 Hiſtoire du Siege
ſe bien establir dans les poſtes:
dont on s'eſtoit rendu Maitre.
La pluſpart des Relations ,
& mefme celles qui font les
plus fuivies & les plus publiques
ont fait ouvrir la tranchée la
nuit du 7.au 8. Cependant elle
n'a été ouverte que la nuit du 8 .
au 9. & ce qui le prouve c'eſt
que Mr de Soubiſe qui en a fait
l'ouverture , n'a eſté relevé que
le 9. Trois Bataillons de Pié
mont & un de Nivernois monterent
à l'attaque de Mr de Bouf
lers. Il plut toute la nuit , ce
pendant on ne laiſſa pas d'avancer
confiderablement deux
attaques. On ouvrit un boyau
de la gauche à la droite , & on
pouffa quelque travail pour la
Tape , en forte que ces deux at--
taques ſe communiquerent &
allerent l'une & l'autre à cin
du Chateau de Namur. 37
quante pas d'une redoute avancée
que les Ennemis avoient
fur la hauteur , & a foixante &
dix pas de leur contrefcarpe.
On perdit tres-peu de monde
cette nuit- là . La meſme nuit ,
vingt pieces de Canon tirerent
de l'autre coſté de la Sambre.
Le 9. nôtre Canon travailla à
ruiner les deffenſes de cette redoute
Le meſine jour , le Roy
apprit le matin par M. d'Albergoti
que l'Armée de M. de Luxembourg
, & celle du Prince
d'Orange s'eſtoient canonnées.
Mr le Comte de Marfan voulant
eſtre Volontaire au Combat
, fit prier Sa Majesté par Mr
de Luxembourg , de luy permettre
de ſe rendre dans fon
Armée. Mr le Duc de Foix s'y
rendit auuli pour la meſme raifon.
LeRoy envoya M. de Laffé
38 Hiftoiredu Siege
& de Lanjamet , deux de ſes
Aides de Camp , l'un pour luy
venir rendre compte quand
l'affaire feroit engagée , & l'autre,
de laſuite du combat. Le
premier eſtoit chargé de faire
une fi grande diligence , que
leRoy ſe rendroit auffi à l'Ar
mée de Mr de Luxembourg ,
dés que le combat ſeroit engagé.
Ce Prince s'eſt expoſé
tant de fois pendant le Siege ,
que ceux qui l'ont cru n'ont rien
penſé que le vray-ſemblable.
Les Ennemis qui avoient fait
ungrand nombre de Ponts fur
la Mehaigne , firent paſſer un
corps de Cavalerie pour reconnoiſtre
le terrain , M. le Comte
de Mailly les ayant apperçus ,
prit un Efcadron de Dragons.
aveclesquels il les chargea, leur
tua vingt hommes , fit quel
du Chasteau de Namur. 39
-ques prifonniers ,& les obligea
de repaffer. Il ne perdit que fix
Dragons , & n'eut qu'unCapitaine
,& un Cornette bleffez .
Cette action fe paſſa à la venë
des generaux des deux Armées
& c'eſt à quoy ont abouty ces
menaces de bataille ſi ſouvent
réïterées par le Prince d'Orange.
Notre affaire eſtoit de
prendre Namur , & nous n'avions
point de Places à ſecourir
Ainſi c'eſtoit à ce Prince d'agir
; nous agiſſions , en pourſuivant
nos attaques contre la Place.
Cependant , comme on
croyoit de l'avantage à recevoir
la bataille , M. de Luxembourg
fit voir qu'il ne s'oppoſeroit
point au paſſage des Ennemis
, & s'eſtant un peu reculé
de la Mehaine , pour leur laiffer
une entiere liberté de la
40 HistoireduSiege
paſſer , il les attendit fur des
hauteurs qui en font à demy
lieuë. Il ſe mit en bataille fur
trois lignes , & il avoit une
grande Plaine au devant de luy
oùla Cavalerie de fon Armée
euſt pu s'exercer. Le Roy luy
envoya le meſme jour douze
Bataillons & dix Efcadrons de
Dragons . Les douze Bataillons
eſtoient les trois de la Reine ,
deux de Humieres , deux de la
Couronne , deux de Thiange
& ceux de Bouflers , le Regiment
du Roy de Dragons , les,
Dragons Dauphins , & ceux
d'Asfeld commandez par M..
d'Alegre . On compte que M..
de Luxembourg avoit alors
quatre vingt-deux bataillons ,
&deuxcens foixante & dix Efcadrons
.
Vous allez lire un détail af
du Chasteau de Namur. 4г
fez curieux des ordres donnez
pour la nuit du 9. au 10. Je ne
-vous marqueray ces fortes d'ordres
, que pour cette ſeule
journée- là pendant tout le Siege
, à cauſe que ces détails re
pourroient mener trop loin
& qu'il vous fuffira d'une journée
, pour ſçavoir ce qu'on a
fait chaque jour.
LE MOT.
Sainte Agnes & Chartres.
Cent hommes àla ligne devant
le logis de Monfieur le
Prince , la nuit , & quinze le
- jour.
Cinquante hommes le long
de la Meuſe , vis à-vis la mai
fon rouge pour relever les pâtures
de ce coſté- là..
Cinquante hommes aux
Beufs , & douzeaux Vivres.
Vingt hommes jour & unit
و
4 Histoire du Siege
devant la brigade de quoad ,
que M.de Quoad & de Naffau
placeront à l'abreuvoir.
Quarante hommes aux vivres
, foins & avoine .
Cent cinquante hommes à la
maiſon blanche , pour eſcorter
les vivres aubois à fix heuresdu
matin prés la Sambre .
Trente hommes au Village
fur le bord de la Meuſe qui eſt
prés duChaſteau .
Les Regimens les plus proches
de ceux qui montent la
tranchée remplaceront leurs
Bioüacs.
Quarante hommes au Bioüac
parBataillon.
Le lendemain matin au fourage
le quartier du Roy , & fa
maison à l'Abbaye du Moulin,
la Cavalerie , Infanterie , &
Dragons vers Floret .
da Chaſteaude Namur. 43
:
Cent hommes à la teſte de
Lorge à quatre heures préciſes
aux ordres de Mr Druis .
Vous voyez par-là que les
Troupesqui montent la tranchée
ne font pas les feules occupées
le jour qu'ellesy travaillent
, & que tout le reſte
d'une Armée qui aſſiege une
Place, atous les jours de l'occupation
mais differente.
Voicyquelle fut la difpofition
de la tranchée pour la nuit du
9. au 10.
,
Gardes deTranchées
ces
Huit Bataillons , ſçavoir qua.
tre pour la droite , & quatre
pour la gauche. Outre
Troupes les Camps les plus
prochains auront un piquet de
millehommes de la brigade du
Roy commandez pour les foutenir
, partagez en deux Corps
44 Histoire du Siege
de cinq cens hommes chacuna
droit & àgauche , qui ſe tiendront
derriere les Gardes à la
portée de les pouvoir ſecourir ,
en cas de quelque grand effort
de la part des Ennemis.
Gardes de Cavalerie.
Deux cens chevaux poſtez
fur la gauche , derriere & à
couvert des hauteurs pendants
tout le jour , & avancez dans
la Plaine pendant la nuit.
Travailleurs 800 .
Onpourrade plus emprun
ter quelques piquiers de la
garde des tranchées , fuivant
les beſoins qu'on en aura. Le
rendez -vous fera aux Places
d'Armes occupées le 8. &
l'on obfervera de faire prendre
à chacun des Travailleurs
deux fafcines , & une aux gens
armez de la Garde des tran-
وم
du Château de Namur. 45
chées. Les Ingenieurs feront
partage des ouvriers de jour ,&
les placeront à portée de leurs
ouvrages , en attendant la nuit.
Les Sergens , commandant les
brigades des Sapeurs , ſe trouveront
à la tranchée à deux
heures, pour apprendre ce qu'il
y aura à faire . La Cavalerie voiturera
8000. fafcines , le plus
prés des attaques qu'il ſe pourra.
Les Commandans , tant des
Troupes que du travail , ſe
rendront de bonne heure à la
tranchée pour reconnoître leurs
poftes.
Ingénieurs.
La brigade de Dupuy Vauban
pour l'attaque de la droite ,
& celle d'Iſtot pour l'attaque
de la gauche . Ils feront faire
juſques à 1200. gabions de
deux pieds & demy ſur autant
46 Hiftoire du Siege
de large , formez de fix à ſept
piquets chacua ,bien clayonnez
de brins de bois , les piquets
débordans deffus & defſous
de deux à trois pouces , &
fur tout bien bridez haut &bas .
Officiers Generaux.
M. de Tilladet , Lieutenant
General.
M. de Ximenes , Maréchal de
Camp.
M. deRaynol , Brigadier.
M. le Duc d'Elbeuf , Aide
de Camp du Roy.
M. de Sainte Maure , Aide
de Camp de Monſeigneur
leDauphin.
Quatre Bataillons des Gardes
Suiſſes , monteront à l'attaque
de la droite.
Deux Bataillons d'Auvergne ;
unde la Marine Royal , & un
de la Sare monteront à l'attaque
de la gauche.
du Chasteau de Namur. 47
On neperditque deux hommes
à la tranchée pendant la
nuit du9. au 10. La pluie fut
grande , & continuelle : ce qui
fut cauſe que les travaux n'avancerent
pas autant qu'ils auroient
fait. D'ailleurs on trouva
du Roc qui les renditplus difficiles,
mais les Ennemis furent
deſolez de noſtre Canon & de
nos Bombes. Quinze Mortiers
commencerent le matin à jetter
des Bombes juſqu'à la redoute,
&huit pieces de Canon batirent
la meſme redoute . Elle eſt
placée àfoixante & dix ou quatre-
vingt pas du chemin couvert
de l'ouvrage à corne ,
entre la pointe de la demy-
Lune , & celle du demy-Baftion.
Les Ennemis tirerent des
lignesadroit & àgauche de la
redoute , afin d'avoir un plus
48 Histoire du Siege
grand front pour oppoſer leur
feu à celuy de noſtre tranchée.
On arreſta un Eſpion qui
eſtoit au Camp depuis treize
jours . Il avoit l'air; avantageux.
On le conduiſit devant
le Roy , auquel il dit qu'il s'attendoit
bien d'eſtre pris , puis
qu'il avoit voulu faire cette
fonction en faveur du Prince
d'Orange . S. M. luy demanda,
quel rapport il feroit à fon
Maiſtre . Il fit un détail ſi beau
& fi juſte de toutes chofes ,
qu'on avoia,qu'il ne ſe pouvoit
rien de mieux . Le Roy eut la
bonté de luydonner la liberté,
& de luy dire , qu'il pouvoit
faire ſçavoir au Prince d'Orange
, qu'il eſtoit veritablement
au Siege . La nuit du 9. au
10. fon Armée coucha au
Biouac , & la noſtre moins inquiette
du Chasteau de Namur. 49
quiette jugea à propos de la
paſſer plus commodément. Le
Prince d'Orange ſembloit préparé
à donner la Bataille le lendemain
, &Mr de Luxembourg
avoit écrit au Roy le 9. que
le lendemain on verroit felon
toutes les apparences , la plus
ſanglante journée qu'on eût
encore vuë. Jamais Troupes
n'ont ſouhaité plus ardemment
à combatre que les noftres
&n'ont cru eſtre ſi ſeures du
gain d'une Bataille . Mr de Luxembourg
avoit à la premiere
ligne de fon Armée les Gardes
du Corps , la Gendarmerie
& douze Efcadrons de Carabiniers
, ſans compter les autres
Regimens . Ce General , loin
de diſputer le paſſage de laMehaigne
aux Ennemis , avoit fait
C
50 Hiſtoire du Siege
la veille un petit mouvement
en arriere , tant pour les engager
plus avant dans la Plaine
& ſe prévaloir des avantages
de ſa Cavalerie , que pour éviter
des hayes où leur Infanterie
auroit pu ſe retrancher ,& delànous
incommoder conſidérablement.
Il donna pendant le
reſte du meſime jour , les ordres
neceſſaires perfuadé que le jour
ſuivantdecideroit du fort de toutel'Europe
', & ce qui le confirma
encore dans cette penſée ,
c'eſt qu'on ſçut qu'un Capitaine
s'eſtoit jetté le Dimanche dans
le Chaſteau , où il avoit eu les
deux jambes emportées d'un
boulet de Canon un inſtant
aprés , & qu'il avoit aſſuré le
Prince de Barbançon , que le
Prince d'orange donnerois Bataille
du Chasteau de Namur.
2
le Mardy , & qu'il estoit absolument
refolu derisquer sa perſonne
Savie& toutesses Troupes platost
que d'y manquer. Cet avis avoit
encore efté appuyé par un
Transfuge la nuit derniere , &
ſelonfon rapport le Princed'Orange
devoit paſſer la Mehaigne
à deux heures du matin. II
ſe contenta de faire paſſer dix
Eſcadrons dans la veuë d'attirer
au deſſous de la hauteur quelques
Troupes de Mr de Luxembourg;
mais ce General ne
jugea pas à propos d'y en envoyer
, ſon party eſtant pris
d'éviter tout combat de poſtes ,
& de l'attendre en pleine Bataille
au terrain qu'il occupoit.
La ſituation où se trouvoient
alors les Armées , & tout ce
qui avoit eſté dit & redit tou
C2
52 Hiftoire du Siege
chant la Bataille prochaine ,
furent cauſe que pendant toute
la journée du 10. il ſe
fit pluſieurs gageures à la
Cour , entre les gens expers
dans le métier. Les uns dirent ;
qu'il avoit voulu engager M. de
Luxembourg à un fimple Combat
d'infanterie dans la dispute dupas.
Sage de la Mehaigne,se fiantfur les
hayes quilefavorisoient ,se défiant
deSa Cavalerie, &croyant quepour
peu qu'il fist , s'en seroit assez
pour mettre sa reputation à couvert
; mais qu'on ne croyoit pas
qu'il riſquast jamais une Bataille
generale , pour hazarder la
perte abſoluë de son party , &dela
Flandre , ce qui arriveroit felon
toutes les apparences s'il la donnoit
puis que fon Armée n'estoit quere
que de quatre-vingt mille hommes
du Château de Namur. 53
و toutes
ramaſſez ; & que celle de Mr de
Luxembourg, estoit de prés de
fix vingt mille hommes
Troupes excellentes & choisies,avec
quatorze cens Gardes du Corps fur
une de leurs ailes , & toute la Gen.
darmerieſur l'autre ; outre qu'iles.
toit impoſſible de faire le moindre
mouvement en presence d'un Ennemyfans
luy donner degrands avantages.
Ce ſentiment eſtoit com .
battu par celuy de pluſieurs
autres , qui diſoient , que le Prince
d'Orange ne riſquoit pas plus
à donner une Bataille , qu'à se retirer
après les pas qu'ilavoit faits ;
que ce feroitſe perdre absolument
d'honneur ; que les Hollandois attentifs
aux malheurs qui les menaçoient
, ne daigneroient pas détourner
les yeux pour confiderer l'inegalité
deses forces , & qu'il étoit
1
C3
54 Hiſtoire du Siege
reduit à tout expofer pour la con-
Servation d'une Place d'ou dépendoit
celle de la Flandre , du Pays
de Liege , & de la Ligue. Cedernier
ſentiment fut à demy autoriſé
par un Transfuge , qui
affura que le Prince d'Orange
eſtoit abfolument déterminé
àune Bataille , & que fi on n'avoit
pas paſſe la Mehaigne la
nuitdu 9.au 10. c'eſtoit à caufe
du mauvais temps . Mais ce
Prince avoit trop peu d'envie
de ſe battre , pour trouver un
temps qui le puſt accommoder .
Voicy ce qui fut reglé pour
la Tranchée du 10. au 11 .
Gardes de tranchées.
Six Bataillons , ſçavoir trois
des Vaiſſeaux à l'attaque des
Gardes , & ceux de Toulouze
& du Vexin à l'attaque de Pié-
A
1
du château de Namur.
55
mont . Outre ces Troupes les
Camps les plus prochains devoient
avoir un piquetde 800 .
hommes, commandez pour les
foutenir , & partagez en deux
Corps de 400 , chacun , qui
fe devoient tenir derriere les
Gardes & à portée de les pouvoit
ſecourir , en cas de quelque
grand effort de la part des
Ennemis.
Six Conrpagnies de Grenadiers
d'extraordinaires pour ce
jour là feulement.
Gardes de Cavalerie.
Deux cens chevaux poſtez
fur la gauche derniere , & à
couvert des hauteurs pendant
le jour.& avancez dans la Plaine
pendant la nuit.
C 4
56 Histoire du Siege
Travailleurs.
Huit cens , outre leſquels
on pouvoit employer quelques
Piquiers de la garde de la Tranchée
. Rendez - vous aux places
d'armes à l'heure de relever
les Troupes à midy , obſervant
de faire prendre à chacun des
Travailleurs deux fafcines , &
une aux gens armez de la garde
de la Tranchée.
Les Ingenieurs devoient faire
le partage des Ouvriers de
jour , & les placer à portée de
leurs ouvrages attendant la
nuit.
Les Sapeurs devoient continuer
comme le jour précédent.
La Cavalerie devoit voicurer
8000. fafcines , le plus
1
:
du Chasteau de Namur. 57
prés des attaques qu'il feroit
poſſible , à une heure différente
de la relevée des Gardes,
pour ne point embaraſſer les
chemins.
Les Commandans , tant des
Troupes que du travail , devoient
ſe rendre de bonne
heure à la tranchée
, pour
reconnoiſtre leurs poſtes
& regler le projet de leturs dé--
tachemens , avant que de les y
faire entrer ..
C
$8 Histoire du Siege
Ingenieurs.
La Brigade de Bicherand
pour l'attaque de la droite , à
coſté de Grandmont à la gauche.
Ordre de faire des Gabions
comme le jour précédent..
Officiers Generaux ..
M. de Rubantel , Lieutenant:
General .
M. le Comte de Gaſſe , Maré
chal de Camp.
Monfieur d'Avejan , Briga
dier..
Malgré le mauvais temps
on fit cinq cens pas de travail ,,
& on commença à embraſſer
le retranchement de l'Hermi--
1
du Chasteau de Namur. 59
tage. Les Ennemis n'ayant
point abandonné leur redoute
, comme pluſieurs s'eſtoient
perfuadez qu'ils devoient faire,
travaillerent à quelques
travaux pour la foutenir . Nous
eûmes pendant cette nuit
quinze Soldats tuez ou bleſſez.
Monfieur de Franclieu , Ingenieur
d'une grande réputation,
fut tué..
Vingt- fix Mortiers & vingtquatre
pieces de Canon tirerent
le 11. fur le Chaſteau .
La nuit du 11.au 12. on
s'appliqua à mettre tout en
eſtat pour l'attaque de la
redoute du retranchement de
'Hermitage , qui devoit ſe
faire le 12. & qui fut remiau
lendemain. On travailla
à un boyau qui ems
fe
G6
60 Hiſtoire du Siege
braſſa de fort prés les retran
chemens des Ennemis , & il
ne reſta plus qu'à ouvrir quatre
toiſes pour joindre le
boyau de communication , qui
les refferra de maniere qu'on
crut qu'avant une heure aprés
midy tout feroit en eſtat d'attaquer
les Ennemis. Ils firent
une fortie de douze hommes
& ſe retirerent dés qu'ils ap .
perçurent douze de nos Grenadiers
qui alloient à eux.
د
Le 12. à ſept heures du
matin , on travailla à élargir
les tranchées de la droite &
de la gauche afin que nos
gens puffent avoir le terrain
neceſſaire pour attaquer les
Ennemis. Ils travaillerent à
faire une eſpece de chemin.
couvert pour ſe retirer dans
>
du Chasteau de Namur. 61
!
Pouvrage à corne , lors qu'ils
feroient obligez d'abandonner
le poſte où ils eſtoient.
Comme l'attaque ſe devoit
faire le lendemain , le Roy
monta à cheval à trois heures
aprés midy pour aller voir
F'artillerie , & une partie des
travaux. Il fut ordonné que
le Regiment du Roy paroiſtroit
en bataille ſur la hauteur
à droite de l'attaque dans
le moment qu'elle commenceroir..
T
62 Hiftoiredu Siege
F
;
Tranchée du 12. AU 13 .
Trois bataillons des Gardes
Françoiſes & celuy
d'Aunis , pour l'attaque de
la droite . Trois bataillons de
Piémont à celle de la gauche
. Outre les Troupes , les
Camps les plus prochains devoient
avoir un piquet de 600 ..
hommes , commandez pour
les foutenir & partagez en
deux corps de 300. hommes
chacun qui ſe devoient rendre
derrierre les Gardes &
à portée de les pouvoir ſe--
courir en cas de quelque
grande fortie , de la part des
Ennemis , obſervant de faire
porter une fafcine à chacun
des hommes armez ,& de leur
د
,
1
du Chasteau de Namur. 63
faire tenir la tranchée nette
chacun devant foy..
و
Huit Compagnies de Grenadiers
, ſçavoir la premiere
des Gardes , une des Gardes,
Suiffes deux du Dauphin ,
celle de la Sarre , une de
Stouppe , une de Polier , &
la Compagnie des Grenadiers
à cheval , à pied.. Le ren--
dez - vous à la queuë de la
tranchée , ſur les dix heures
du matin , où ils avoient ordre
d'attendre ce qu'ils auroient à
faire..
Gardes de Cavalerie..
Deux cens chevaux , poſtez
fur la gauche & à couvert des
hauteurs pendant le jour , &
avancez dans la Plaine pendante
lanuit..
64 Histoire du Siege
Travailleurs,
Huit cens outre lefquels د
و de la Garde
5
&
on pouvoit emprunter quelques
piquers
de la tranchée ſuivant les
beſoins qu'on auroit pu en
avoir ceux de nuit relevez à
quatre heures du foir
ceux de jour á fix heures du
matin. Ils avoient ordre de
prendre chacun deux fafcines
en arrivant. leur rendezvous
eſtoit, moitié derriere
la tranchée de la droite
moitié derriere la gauche , au
plus prés des derniers bataillons.
& د
Les Ingenieurs devoient
faire le partage des ouvriers ,
& les placer à la portée de
du Chasteau de Namur. 63
leurs ouvrages en attendant
la nuir.
Les Sappeurs comme le jour
précedent.
La Cavalerie devoit voiturer
8000. facines le plus
prés des attaques qu'elle pourroit.
د
Les Commandans des Troupes
& du travail devoient
agir comme le jour précédent.
Ingenieurs.
La brigade de du Boſcq
pour l'attaque de la droite , &
celle de Verpel à l'attaque de
la gauche .
Les Gabions à l'ordinaire ,
66 Histoire du Siege
Officiers Generaux.
Monfieur le Duc
tenant General .
Lieu-
M. le Duc de Roquelaue ,
Maréchal de Camp.
M. d'Avejan , Brigadier.
Je viens à une des plus
éclatantes actions qui ſe ſoient
faites pendant tout le Siege ;
c'eſt à celle qui ſe paſſa le 1 3 .
au matin , j'en ay recueilly
toutes les particularitez avec
tant de ſoin , que je ſuis feur
que cette action vous paroîtra
toute nouvelle. Comme
elle estoit d'une importance
extraordinaire , & qu'elle devoit
eſtre des plus fanglantes ,
le retranchement des Ennemis
ayant plus de quatre cens
du Chaſteau de Namur. 67
de
6
toiſes de long , le Roy dont
lapenetration eſt auſſi grande
que ſa prudence & fa bonte
; fit prendre toutes les précautions
dont il eſtoit poſſible
de ſe ſervir
tant pour ne
pas manquer une entrepriſe
cette conféquence que
pour épargner le fang de ſes
Troupes. Il faut vous donner
d'abord une idée du lieu que
l'on devoit attaquer. Depuis
que latranchée eſtoit ouverte
devant le Chaſteau noftre
Canon n'avoit encore pu incommoderles
Affiegez , parce
que ſes dehors eſtoient cou
verts d'une hauteur où ils s'étoient
retranchez pendant le
Siege de la Ville . Il y a fur le
fommet de cette hauteur une
carriere fort large qui ſervoit
2.
68 Histoire du Siege
د
د
de retranchement aux Ennemis.
Il y a auffi à gauche du
coſté de la Sambre , une bonne
redoute au plus haut de la
Montagne. Non feulement
tous ces poſtes eſtoient bien
garnis de monde , mais ils pouvoient
eſtre ſecourus de la
Garniſon du Chaſteau qui
étoit ſi nombreuſe , qu'elle auroit
pû compoſer une petite
Armée. Entre les retranchemens
que l'on devoit attaquer ,
& le premier ouvrage à corne
des Ennemis , eſtoit un grand
terrain fur lequel ils parurent
en bataille en pluſieurs en
droits , & ils pouvoient avec
ces Troupes rafraiſchir celles
de leurs ouvrages , où l'on
avoit réſolu l'attaque. Cela
fut cauſe que le Roy en ordu
Château de Namur. 69
donnaun grand nombre , tant
pour la faire que pour ſoutenir
les attaques . Je vous ay
déjà marqué les bataillons de
tranchées , & les Compagnies
de Grenadiers , nommez pour
cette expédition. Il y avoit
outre cela douze cens Travailleurs
pour les logemens
qu'on avoit réfolu d'établir ,
& l'on devoit faire paroiſtre
tout à coup fur la hauteur
la Brigade du Regi
du Roy , compofée de fix Bataillons
. Sa Majesté devoit
eſtre en perſonne à la teſte de
ſon Regiment , à la demyportée
du mouſquet pour y
donner ſes ordres. La ſuitte
vous fera voir qu'Elle ne manqua
pas de s'y trouver. Les
Mouſquetaires devoient aufi
70 Hiftoire du Siege
avoir part à la gloire de cette
action. Il y en avoit deux
cens , c'est-à-dire cent par
Compagnie , & on en fit trois
détachemens و dont le premiers
compoſé de vingtquatre
Mouſquctaires Gris &
,
Noirs , eſtoit commandé par
Monfieur de Grubers , premier
Maréchal des logis de la
premiere Compagnie ас-
com
compagnie de Monfieur de
Trebon , Maréchal des logis
de la ſeconde , de deux
Brigadiers , & de quatre ſous
Brigadiers Gris & Noirs
Monfieur de S. Georges
Maréchal des logis de la premiere
Compague , commandoir
le ſecond détachement
accompagné de Monfieur
du Feuilloy , Maréchal des
د
,
du Chasteau de Namur. 71
logis des Noirs. Meſſieurs de la
Beffiere , &de laRoque , Maréchaux
des logis de la premiere
Compagnie , & Mefſieurs
de Combes & Baron
Maréchaux des logis de la
ſeconde , étoient au troiſieme
detachement ,
,
commandé
parMonfieur de Maupertuis ,
de Re Rigoville , & d'Artagnan.
Les Mouſquetaires
devoient agir à la droite ; les
Grenadiers du Roy commandez
par Monfieur de Riotor
au nombre de cent cinquante
devoient eſtre à la gauche
, & le milieu devoit eſtre
occupé par les huit Compagnies
de Grenadiers que je
vous ay déja nommées. D'autres
Grenadiers avoient ordre
de foutenir ceux qui devoient
72 Histoire du Siege
د
,
marcher les premiers à la gau
che , & cent cinquante Dragons
; commandez par Monſieur
le Marquis de Grammont
& les Grenadiers des
Gardes Françoiſes & des
Gardes Suiffes devoient foutenir
les Moufquetaires. Ils
moterent à cheval à quatre
heures du matin en fouliers &
en gueſtres , & fe rendirent à
la queuëde la tranchée , où ils
mirent pied à terre ; leurs Valets
tinrent leurs chevaux jufqu'au
retour de l'attaque. On
leur délivra des bales & de la
poudre , & l'on donna des hallebardes
à ſeize Mouſquetaires
par Compagnie , pour foutenir
les faux. Avant que d'entrer
dans la tranchée , on ſépara les
détachemens . M.Degrubers,&
M.de Trebon, ſe mirent àla tête
du Chateau de Namur. 73
teſte du premier détache.
ment compofé de vingt- quatre
Mouſquetaires ; & c'eſt ce
qu'on nomme Enfans perdus . On
détacha enfuite cinquante
Mouſquetaires tant Gris que
Noirs , commandez par Mr de
S. Georges , & Mr du Feuilloy
& ce détachement fut appellé
celuy de Mrde Rigoville . Cependant
il futjugé à propos que
M. de Rigoville demeureroit
avec M. de Maupertuis & M.
d'Artagnan à la telte du troifiéme
détachement , compofé de
cent & tant de Moufquetaires
Gris & Noirs. Toutes chofes
eſtant ainſi diſpoſées , on eſtoit
preſt d'entrer dans la tranchée,
lors que l'on crut devoir augmenter
de quelques Mouſquetaires,
le détachemer des Enfans
perdus,parce qu'ils n'étoient pas
D
74 Histoire du Siege
comme ils pour foutenir
avoient fait à Mons , mais pour
attaquer.Aprés que tout cela
eut eſté reglé , ils entrerent
dans la tranchée dans l'ordre
que je viens de vous marquer,
Les Enfans perdus , commandez
par Mr Degrubers en oecuperent
un boyau ; le détachement
de Mr de S. Georges en
occupa un autre, & le gros demeura
dans la tranchée. Le
mot de ralliement estoit le Roy
Ils avancerent au bout de la
tranchée àquarante pas des Ennemis
. Pendant que les Moufquetaires
ſe mettoient ainſi en
eſtat d'attaquer les retranchemens
des Ennemis & leurs carrieres
, les Grenadiers du Roy
& ceux des autres Compagnies
ſe préparoient auſſi pour l'attaque
de la redoute , & tout ſe
faifoit avec les meſmes précau
du Chasteau de Namur. 75
tions , les meſimes foins , &
fous les meſmes ordres. Il n'y
avoit qu'une choſe à craindre ,
mais qui ne l'eſt pas en pareille
occaſion chez tous les Peuples
du monde. C'eſtoit la trop
grande ardeur des Troupes , &
fur tout celle des Moufquetaires
, contre laquelle il fallut
prendre de grandes précautions
, ce qui fit qu'un quartd'heure
avantle fignal , M. de
Vauban, aprés leur avoir à peu
prés expliqué comment les
carrieres estoient faites , leur
recommanda dans les termes
les plus forts , de s'arrester fas
gement dans les endroits propres à
les couvrir,&qu'en cas qu'ils vis
Sent quelques Bataillons Ennemis
derriere leurs retranchemens , de
ne les point charger, mais de tenir
bonfices Bataillons alloient à eux ,
7
76 Hiftoire du Siege
auquelcas illeur promettoit qu'ils
feroientsecourus de l'infanterie qui
estoit en bataille à la queuë de la
tranchée , & qu'il ne vouloit pas
qu'ils allaſſent mal àpropossefaire
échiner far la contrefcarpe , &
autres ouvrages des Ennemis. Il
ajoûta , qu'il retenoit cinq tambours
auprés de luy pour les appeller
quand il en feroit temps ; & illeur
ordonna de revenir chacun à
leur poſtes fi-toſt qu'ils les
entendroient. Mr de Maupertuis
leur avoit déclaré auparavant
que si quelqu'un de ceux à la
Beste desquels il marchoit, ofoit pafferdevant
luy il , le tueroit. Ils'en
trouva un, qui trop remply de
l'ardeu r du combat, oſa desobeïr
en paſſant devant ce Commandant.
M.de Maupertuis le terrafſa
de 2.coups de Pertuiſanes qui
ne le bleſſerent point ,& fa fageffe
fut fort louée . M.de Vau-
1
du Château de Namur. 77
ban dont la prévoyance eft admirable
en toutes chofes, ayant
confideré que le retranchement
que l'on devoir attaquer
avoit un fort grand front , fit
mettre fur noſtre tranchée des
efpeces de Jallons , vis à visdefquels
chaque Corps devoit attaquer
, & fe loger pour éviter
la confufion , & cela eut
tout le ſuccés que l'on pouvoit
fouhaiter. Toutes chofes eftant
en eſtat pour commencer l'attaque
, le Roy donna ordre
qu'on fift les fignaux. Tout
eſtoit dans untres-grand filence.
On tira d'abord ſept Bombes
, c'eſtoit la premiere décharge
de trois qui devoient
fervir de ſignal .La ſeconde étoit
de neuf ,& la troiſiéme devoit
eſtre d'onze . C'eſtoit aprés
Ponziéme que les Troupes de-
D 3
78 Hiftoire du Siege
voient partir, mais come avant
le fignal , elles n'eſtoient à
guere plus de cent pas des ouvrages
qu'elles devoient attaquer
, & qu'elles s'y eſtoient
gliflées à la faveur de plufieurs
rideaux ,s'y tenant cachéesjufqu'au
ſignal , à peine la ſéptićme
Bombe fut elle en l'air ,
qu'on entendit crier , tuë , tuë ,
du côté de la redoute. Alors,
ceux qui devoient attaquer ,
fans attendre davantage , fortirent
comme des Lions , &
marchant, à découvert , ils
monterent latranchée à revers.
& allerent droit aux Ennemis.
qui firent d'abord ungrandfeu ,,
mais comme dés que le ſixiéme
Enfant perdu des Mouſquetaires
eut avancé , ils reconnurent
àleurs foubreveſtes , que c'eftoient
desMoufquetaires, ils co-
1
du Chasteau de Namur. 79
mencerent à plier en voyant la
vigueur & la fermeté avec laquelle
onalloit à eux. Nos gens
n'avoïent compté que ſur les
armes blanches , comme les
épées , pertuifanes , & bayonnettes
auxbouts des fufils .Tout
cela avec le feu des Bombes
&du Canon , avoit un air martial,
grand,& terrible tout enſemble.
Les Ennemis ayant fait
une décharge de leurs lignes paralelles
,que les noftres effuyerent
avec une intrépidité toute
heroïque , farent contraints
de ſe retirer dans le chemin
couvertde leur ouvrage à corne
ce qu'ils firent par pelotons ,
mais il en demeura une partie
fur l'Esplanade qui eſt entre
cetouvrage ,& les retranchemens
qu'ils venoient d'aban-
D 4
8.0 Histoiredu Siege
1
donner , pour foutenir unboyau
de communication qui leur fervoit
de retraite , & d'où ils.
firent un fort grand feu , qui
n'empeſcha pas qu'on ne ſe logeaft
fur leurs retranchemens
fur deux hauteurs , & qu'on ne
s'y établiſt . Les Ennemis.
avoient un nombre confiderable
de leurs gens qui s'eſtoient
fortifiez dans une maiſon proche
de leurs retranchemens ,
d'où ils firent fort grand feu ,&
qui dura affez long-temps ,
fans aucun intervalle. Ils en
furent neanmoins chaſſez , & fe
retirerent dans une petite maifon
plus avancée vers le Chaſteau
. Undétachement de Dragons
fait par l'avis du Roy , du
coſté de la Meuſe , ſous Mr.
Daugicour , pour ménager un
chemin dans une ravine , ayant
du Chasteau de Namur. 81
fait croire aux Ennemis qu'on
les vouloit couper dans l'Ef
planade de l'ouvrage à corne ,
&les empeſcher de le regagner
les obligeade lâcher pied. Ainfi
l'action finit par leur retraite ,
& tout l'avantage demeura aux
Troupes du Roy. On fit plufieurs
prifonniers pendant l'action,
outre beaucoup de Fuiards
qui cherchoiết à s'échapper par
les Rochers & par la Meufe , &
qui furent arreſtez . Aprés que
les Ennemis eurent fait leur
décharge , on en tua un tresgrand
nombre , & mefme on
peut dire autant que l'on voulut
en tuer. On croit que cela
alla bien à quatre ou cinq cens,
Les Mouſquetaires firent quartier
à tous ceux qui le demanderent
, mais la plupart furent
affez malheureux pour tomber
DSز
82 Histoire du Siege
১১
entre les mains des Grenadiers.
qui ne furent pas fi indulgens ..
Dom Francifco-Carlos de Caftro
, fils du Comte de Lemos
Grand d'Eſpagne, âgé de vingtdeux
ans, fut malheureuſement
tué par un Grenadier à cheval,
nommé Sans raison . L'Eſpagnol
luy demanda quartier , & luy
promit cent piſtoles , en luy
montrant ſa bourſe où il y en
avoit trente-cinq. Le. Grena--
dier outré d'avoir vu dans ce
mefine moment tué ſon Lieutenant
, qui estoit un des plus.
honneſtes hommes du monde
tua l'Eſpagnol. Les Ennemis.
envoyerent redemander fon
corps , pendant une fufpen--
ſion d'armes que demanda Mr
deBarbançon. Il leur fut ren--
du ,& le Grenadierſe piquant :
de generofité , rendit auffi les
১
du Chasteau de Namur. 83
trente-cinq piſtoles qu'il avoit
priſes au Mort, en diſant, tenez,
voila fon argent dont je ne veux
point. Les Grenadiers ne meitei pas
l'épée à lamain pour faire quartier.
Quoy que ce Grenadier
ait eu tort de tuer le fils d'un
Grandd'Eſpagne , ilavoit ne .
anmoins lieu d'eſtre pénetré de
douleur, de la mort de M.de Roquevert,
fon Lieutenant. On ne
peutporter plus loin la bravoure
& la pieté, que faifoit ce Lieutenant
; mais l'excés de ſa devotion
eſtant inconnue , n'étoit
point par confequent incommode.
Il eſtoit reſpecté de
toute l'armée pour ſa valeur ,
accompagnée d'une douceur &
d'une ſageſſe merveilleufe. On
luy atrouvé un cilice qu'il por- t
toit ordinairement.Le Roy l'eſtimoit
beaucoup , & dit aprés
D 6
84 Histoire du Siege
ſa mort , que c'étoit un hommequi
pouvoit prétendre à tour . Il avoit
fait ſes Dévotions le jour précédent.
On doit rendre juſtice
là- deſſus à la plupart de ceux
qui ſe ſont diftinguez.. Tant
qu'a duré le Siege ils ne ſe ſont
point expoſez aux perils évidens
, fans s'eſtre montrez vrais
Chreftiens , avant que d'agir
en veritables Braves. Il ne faut :
pas s'étonner aprés cela de l'intrepidité
qu'ils ont fait voir
dans les actions les plus perilleuſes.
Quand on ne craint rien
du coſté de la conſcience , on
affronte les dangers avec une.
confiance qui éloigne toute for
te de timidité , parce que l'on
eſt préparé à tous les évene--
mens . ,
Dés que Monfieur le Prince:
ſout que l'action alloit com
du Château de Namur. 85
mencer , S. A. ne put s'empe.
cher de courirà la tranchée , &
Elle ſe mit à la teſte de tout. Je
pourrois vous dire beaucoup
de choſes de Monfieur le Duc
qui estoit Lieutenant General
dejour , maisje me contente
ray de vous apprendre qu'ily
fitàla Conde...Je me ſers de ces
paroles que j'ay trouvées dans
la relation d'un homme fort
diftingué du coſté du merite
&je fuis perfuadé qu'elles doi
vent: donner une ſi haute idée
de la valeur & de l'intrepidité
de ce Prince , qu'il n'eſt pas beſoin
que j'en diſe davantage ,
pour faire connoiftre qu'il fit
en cette occafion tout ce que
l'on pouvoit attendre d'un bra--
ve Soldat , & d'un grand Ca--
pitaine , ou pour dire plus , du
fangdont il a le glorieux avan
86 Hiftoire du Siege
1
tage d'eſtre né. M. le Duc de
Roquelaure ſe distingua auffi
beaucoup dans cette action , &
M. de Craman y remplit bien.
fon devoir . M. de fainte Maure
, Aide de Camp de Monfei--
gneur le Dauphin,qui ne vajamais
à la tranchée , lors qu'il y
a quelque action , fans y faire
parler de luy, agit avec l'intrépidité
qui luy eſt ordinaire. Le
Colonel Rocafull , & quelques
autres Officiers Eſpagnols fort.
eſtimez parmy les Ennemis ,
furent tuez . Le Roy demeura:
fur la hauteur où je vous ay
marqué que Sa Majesté ſe plaça
avant l'action juſqu'à ce qu'on
l'eût entierement finie , &qu'il
euſt entendu crier Vive le Roy , ce:
qui ne ſe fait que lors que le
logement eft achevé . Sa Majeſté
pouvant entendre les cris
du Chasteau de Namur.. 87.
d'allegreſſe que pouſſoient les
Troupes au milieu des ouvra
ges des Ennemis, rien ne sçauroit
marquer davantage qu'Elle
eſtoit à portée de tous les
coups de feu. M. le Comte de
Fieſque , qui étoit Aide de
Camp du Roy de jour , avoit
fait poſter trois gabions devant
luy pour le couvrir.Quoy qu'en
ces fortes d'occaſions il n'y ait
point d'autres moyens de ſe parer
des coups, ces gabions , qui
font preſque tout remplis de
pierres , ne laiſſent pas d'eſtre
d'une défenſe affez dangereuſe
, puis que le Canon, venant à
donner dedans tous ceux qui
font derriere font expoſez au
danger d'en eſtre atteints . Un
de cesgabions neanmoins ſauva
peut- eſtre la vie au Roy , à
Monſeigneur , ou à Monfieur ,
88 Hiſtoire du Siege
-
qui estoient à ſes coſtez , car il
rompit le coup d'une balle de
Mouſquer qui venoit droit à
Sa Majesté , &qui en ſe détournant
fit une contufion au bras
de Mr le Comte de Toulouſe ,
qui estoit , pour ainſi dire ,
danslesjambes du Roy. On entendit
le bruit de la bale , & Sa
Majesté ayantdemandé fi quelqu'uneſtoit
bleſſe ; Il me semble,
dit cejeune Prince en ſouriant,
que quelque choſe m'a touche, Cependant
la coutuſion eftoit af
fez groffe , & la marque de la
bale ſe trouva fur le galon defa
manche qui estoit toute noire ,
comme file feu y euſt passé.M..
le Marquis de Nonant reçût un
coup de Mouſquet à la teſte à
cinquante pas du Roy,& M.de
Chaſtillon eut une contufion d
la cuiffe .L'Enſeigne Colonelle
du Chasteau deNamur. 89
du Regiment du Roy , eſtant à
la teſte du Bataillon qui eſtoit
- proche de Sa Majesté , eut la
main percée d'un coup deMouf
quet , & un Soldat fut bleſſfé à
la jambe. Mr le Prince de Gul.
denleu , Danois , demeura auprés
du Roy tant que l'action
dura. Il paſſa plus de trente voléesde
Canon pardeſſus lateſte
& aux pieds de Sa Majesté,
Quoy que l'action fuſt commencée
entre onze heures &
midy , & qu'elle n'euft duré
que trois quarts d'heures , les
Mouſquetaires ne furent nearmoins
relevez qu'à quatre heures
aprés midy , tant que les
logemens fuſſent parfaits . Ainfi
ils demeurerent affez longtemps
àdécouvert. Je vous en
voye une Liſte de ceux qui ont
efte tuez & bleſſez en cette
Y
१० Hiſtoire du Siege
occafion . S'il y a de l'erreur
dans quelques noms , c'eſt que
les noms propres font difficiles
à deviner , & que l'on prend
peu de ſoinde les bien écrire.
PremiereCompagnies des
Mousquetaires.
tué.
tué.
Mrs Bapaume , bleſſfé à la che
Mr Selvoiſin ,
Mr Lymonier ,
ville du pied
Caftillon , bleſſé à la cuiffe .
Vivans , bleſſé à lajambe.
Mondeville , le menton fra-
:
caffé.
Crufille , bleſſe de contufions
.
Seconde Compagnie. :
Mr de la Chauvetiere , Brigadier
, tué
Mr des Caves , Sous-Brigadier,
tué.
Mr de Trebon , Maréchal des.
du Chasteau de Namur. 91
logis , bleſſé à mort d'un
coup de Moufquet dans la
poitrine .
Mr du Feuilloy , bleſſé d'un
coup de mouſquet dans ſa
cuiffe , & mort de ſa bleffure
M. de Combes , Maréchal des
logis , bleffé au bras qui eſt
brifé juſqu'au poignet.
Mrle Baron , Maréchal deslogis
,bleſſé à la teſte d'un coup
de Canon , chargé à cartouche.
M. Largentier, bleſſé d'un coup
de Mouſquet dans le corps.
M. de Saint Paul , fort bleffé
d'un coup de Mouſquet qui
luy perce la hanche.
M. de Foucherant , bleſſé d'un
coup de Mouſquet dans le
corps.
Mr Louaſtre , bleſſé d'an coup
92 Hiſtoire du Siege
de Mouſquet dans la cuiffe.
Mr Daurigny , bleffé d'un coup
de mouſquet qui luy perce la
jambe.
Mr Boucault , bleffé d'un coup
de mouſquer dans l'épaule .
Mr de la Monnereſt, bleſſe d'un
éclat de Grenade à lajambe.
Mrde Thraymeau , bleſſe à l'épaule
d'un coup de mouſquet.
Mr de Breban , bleſfé au bras
d'un coup de Moufquet.
Mr Favre ; auſſi bleſſé.
Grenadiers à cheval.
M. Prevers , Lieutenant mort
de fa bleffure.
M. de la Saye , Lieutenant des
Grenadiers , mort ſous la paliffade
.
M. Grouis , Sous Lieutenant ,
tué.
Deux Grenadiers tuez .
Vingt Grenadiers bleſſez.
du Château de Namur. 93
Regiment des Gardes Françoiſes .
M. de la Fiſtole , Enſeigne des
Grenadiers , bleffé .
Trois Sergens bleſſez .
Dix Soldats tuez .
Quarante-cinq Soldats bleſſez .
Regiment de Piemont.
M. Sarau , Capitaine des Grenadiers
, bleſſé à mort .
M. de Montaigu , Lieutenant
des Grenadiers , bleſſé .
M. Preſchal , Sous - Lieutenant
des Grenadiers , bleſſé .
M. Saligny , Capitaine , bleſſé .
Gardes suiffes .
M. Chevalier , Lieutenant des
Grenadiers , tué .
Deux Sergens bleſſez .
Dix Soldats tuez .
Quarante-cinq Soldats bleſſez .
M. Nogaret , Capitaine ,bieffé.
Un Sergenttué.
Trois Sergens bleffez .
94 Hiftoire du Siege
Treize Soldats tuez .
Quarante fix Soldats bleſſez .
Regiment d'Aunis.
Deux Capitaines tuez .
M. Desfiat , Capitaine , bleſſe.
M. Triadon , bleffé .
M. Defrouville , Lieutenant
des Grenadiers bleſſé.
2 Sergens bleſſez .
1 2 Soldats tuez .
3 3 Soldatsbleſſez .
Regiment deToulouse.
M. Contade Capitaine , le brás
percé.
2 Soldats tuez .
6. Soldats blefſz .
Regiment de Polier.
16 Soldats tuez .
27 Soldats bleſſez .
Regimentdu Roy.
Mrs Saint Paul , Montgaillard
& Lambert , Capitaines,
bleffez .
Onze Soldats tuez .
:
du Chaſteau de Namur. 95
44 Soldats bleſſez .
A
Regiment des Vaisseaux.
Un Sergent bleſſé.
Deux Soldats tuez .
Huit Soldats bleſſez .
Regiment du Vexin .
2 Soldats tuez .
3 Soldats bleſſez .
Régiment d'Auvergne.
M. Bouffier , Capitaine , bleffé.
M. Noros , Lieutenant , bleſſé .
M. Couote , Lieutenant , des
Grenadiers, bleffé .
Un Sergent des Grenadiers ,
bleffé.
INGENIEURS.
M. Clement, Ingenieur & De-
-fignateur de M. de Vauban
tué.
M. de Verpel qui conduiſoit
les ouvrages à la gauche , un
coup de mouſquer dans la
jonë , qui- entre ſeulement
dans les chairs.
>
7
96 Hiftoire du Siege
1
Mrs de Luret , de Charmont ,
& du Guez , les bras caſſez.
M. de Courtal , bleſſé.
Les Moufquetaires eſtant
encore dans leurs poſtes , Mr
de Bouflers leur vint dire de
la part du Roy , que S. M. eſtoit
tres - fatisfaite d'eux & le
foir, lors qu'ils furent de retour
S. M. ayant paffé proche de
leur Camp , eut la bonté de
leur témoigner Elle meſme ,
qu'Elle n'étoit pas moins contente
de leur ſageſſe , que de
leur valeur . Enſuite Elle s'informa
des noms des Morts &
des Bleffez & dit qu'Elle ſe
ſouviendroit dans les occaſions
de ce qu'avoit fait ce
Corps , & marqua tout de nouveau
la fatisfaction qu'elle en
avoit On feroit embaraſfé s'il
falloir dire quel eſt celuy dans
2
toutes les Troupes qui fontde
meurées
du Chasteaude Namur. 97
meurées au Siege de Namur ,
qui s'eſt le plus diftingué. Comme
noftre Canon n'avoit que
tres-peu endommagé les Onvragesdes
Ennemis , il eſt certain
que la priſe n'en eſt due
qu'à la valeur des Attaquans .
Jamais on n'a veu tant de belles
actions foit de la part des
Officiers , foit de celle des fimples
Soldats . Les plus jeunes
mefme y ont fait voir une vigueur
au - de-là de leur âge , &
Mr Monlau , Lieutenant dans
le Regiment des Vaiffeaux
âgé ſeulement de ſeize ans ,
donnala vie à un Officier des
Enemis,dont il ſe ſaiſit pendant
cette attaque , & cet Officier
fut mené au Roy avant que
l'action fut finie. Ce jourlà
1 3. un party de l'Armée de
M. de Luxembourg, fit trente
E :
3
98 Histoire du Siege
prifonniers , & 40. Deſerteurs
Anglois rapporterent , que le
Prince d'Orange faiſoit racommoder
ſes Ponts.
La nuit du 1 3. au 14. la tranchée
fut montée par M. le Prince
de Soubiſe , Lieutenant General.
On s'occoupa principalement
à aggrandir le logement
, & à fe mettre en état de
repouſſer les forties . On fit une
batterie de fix pieces à droite
de la carriere , qui commença à
tirer le matin , & l'on travailla
àd'autres batteries de Canon &
de Bombes. Sur la gauche on
tiraune ligne paralelle à la
courtine , quijoignit les demy-
Baſtions de l'ouvrage à corne.
On fità la fappe deux boyaux
àdroit& à gauche. Il yeut pendant
le travail de la nuit environ
quarante Soldats, tanttuez
1
du Chasteau de Namur. 99
quebleſſez . Une baterie de dix
Mortiers commença à tirer.
La nuit du 14.au 1 5 la tranchée
fut montée par M. le маг-
quis de Tilladet , Lieutenant
General de jour.
Mr de Congis , maréchal de
Camp.
M. de Rebe , Brigadier
avec trois Bataillons du Regiment
du Roy & trois des
Vaiſſeaux.
Le travail de cette nuit- la fe
fit à la ſappe , n'ayant pas eſté
poſſiblede hazarder de le faire
à decouvert , quoy que le feu
des Ennemis ne fuſt pas grand.
On fit à ladroite 400. pas vis à
vis de l'ancien ouvrage à Corne
qui couvre le Chaſteau ,
& environ 360 , à la gauche ,
corne , appelléle Fort de Terra
du coſté du nouvel ouvrage á
Fort
VILLE
Guillaume.
E 2
LYON
100 Hiftoire du Siege
a
,
On travailla le matin du 15.à
une ligne , pour communiquer
les deux tranchées . Deux
batteries de dix Mortiers
chacune impoferent filence
aux Ennemis. L'une avoit
commencé àtirer dés le 14. au
foir , & l'autre ne tira que le
15. au matin. Elles firent tout
l'effet que l'on en pouvoit attendre
, la plupart des Bombes
eſtant tombées dans les batteries
des Ennemis. M. de Vauban
fit travailler le matin du
meſme jour à une batterie de
huit Canons pour tirer l'aprefdînée.
Un de nos Partiſans en
batit un du Prince d'Orange.
Les priſonniers dirent que l'aile
droite de l'Armée Ennemie estois
commandée par M. de Baviere ,
& composée d'Espagnols , &des
Troupesde Brandebourg,&autres
i
T
i
du Château de Namur. 10
1
Troupes Allemandes ; que le Prince
de Valdeck estoit au Corps de bataille
, avec les Hollandois , & que
le Prince d'Orange commandoit les
Anglois à l'aile gauche . Mr le
Marquis de Chaftillon , commandant
un Regiment de Cavalerie
dans l'Armée de M. de
Bouflers , donna avis au Roy
que le Comte de Serclaës de
Tilly avoit paffe la Meuſe le
matin du meſme jour 15. fur le
Pontde Huy , avec cinq ou fix
mille chevaux , & qu'il s'étoit
déja avancé juſques à Choley ,
dans le deffein , à ce qu'on
croyoit , d'attaquer M. de Bou-
Aers,s'eſtant venu pofter à An
douin , à trois lieuës du quar
tier de ce Marquis. C'eſt le
mefme Serclaës qui avec douze
mille hommes n'ofa l'année
derniere s'oppofer à M. leMar-
E 3.
102 - Histoire du Siege
:
:
quis d'Harcourt , & à Mr de
Teffé , lors qu'ils firent une
courſe fi glorieuſe aux armes
du Roy , dans lePays de Juliers .
On reçut preſque en meſme
temps d'autres avis , qui portoient
qu'il avoit diſtribué
beaucoup de haches pour rompre
noſtre Pont de la Baſſe-
Meuſe , pretendant qu'il eſtoit
mal gardé , ce qui parut difficile
à croire , parce qu'on ne put
ſe perfuader qu'il fuſt ſi mal
averty de la bonne garde que
l'on y faifoit.
Cependant le Roy , qui loin
de rien negliger prévoit même
les choſes auſquelles ſes Generaux
ne penfent quelquefois
pas , fit partir vingt-cinq Efcadrons
, qui pafferent auſſi toſt
la Meuſe , & ſe mirent en bataille
à la teſte du Camp de M.
du Chasteau de Namur. 103
de Bouflers , qui eut ordre de
prendre toutes les Troupes de
ſon quartier , & de charger les
Ennemis s'ils approchoient.
Les Moufquetaires , & ce que
le Roy avoit auprés de fa Perſonne
de Gardes du Corps , de
Gendarmes , & de Chevaux
Legers , eurent ordre de feller
leurs chevaux , & de ſe tenir
preſts à marcher au premier
ordre qu'on leur donneroir.
Sa Majesté réſolut en meſme
temps de mander à Mr de Luxembourg
de renvoyer au quartier
de M. de Bouflers la Brigade
de Bolh , compofée de
douze Eſcadrons , & des Regimens
deDragons de Seneterre,
&de Framboizart Monfieur le
Duc de Chartres eut ordre de
veniravec le Corps de referve
de l'Armée deMr de Luxem .
E 4
104 Histoire du Siege
bourg , pour garder un gué , &
pour couvrir l'Armée du Roy
du coſté de la Meufe. Sa Majeſté
qui entre dans tout les détails
,& qui voit toutes choſes
par Elle-mefme , pour mieux.
prendre fes meſures fur les
mouvemens des Ennemis , alla
l'aprés dînée du coſté où ils
pouvoientvenir . Elle fit pofter
Elle-meſime les Troupes aut
delà des Lignes , dans un pays
fort avantageux pour la Cava-
Ierie , & ordonna à M. de Bou
flers de prévenir les Ennemis ,
&de marcher à eux s'il avoit
avis qu'ils vinſſent à luy . Il avoit
quarante-huit Efcadrons , tant
Čavalerie que Dragons , & M..
de Roquelante & de Gaffe pour
Maréchaux de Camp.
Les Officiers Generaux qui
monterent la Tranchée la nuic
!
du Château de Namur. 105
du 15. au 16 furent .
M. de Rubantel , Lieutenant
General.
Mr de Gaffé , Maréchal de
Camp..
M. Davejan , Brigadier..
Avectrois Bataillonsde Guiche
, & trois de Polier. M. de
Bouflersdevoit monter la Tranchée
ce jour-là , mais s'eſtant
mis par ordre du Roy à la teſte
des Troupes quidevoients'oppoſer
audétachement des Ennemis,
M. de Rubantel la monta
pour luy. On fit pendant la
nuit prés de quatre cens pas de
travail à la droite de l'attaque
en forte que l'on commença à
embraffer l'ancien ouvrage à
corne du Chaſteau . On s'étenditauffi
vers le nouveau , afin
d'établir une communication
avec les travaux de la gauche ,
E 2.
106 Histoire du Siege
pour eſtre en estat de pouffer
les travaux fur le glacis du nouvel
ouvrage à corne . On ne perdit
que quatre Soldats pendant
la nuit. On travailla à une
nouvelle Batterie de Canon,
Le Roy entendit la Meſſe de
grand matin , & quoy que la
pluye fuſt forte , Sa Majeſté
partit des huit heures pour ſe
rendre au quartier de Mr de
Bouflers . Elle apprit que les
Ennemis s'eſtoient retirez vers
Huy , fur la nouvelle qu'ils
avoient euë que M. de Bouflers
eſtoit forty de ſes Lignes avec
toute la Cavalerie qu'il commandoit
, & que les fix cens
hommes qu'ils avoient amenez
avec eux pour rompre nos ponts
de la Baffe-Meuſe , eſtoient
rentrezà Huy aprés s'en eſtre
approchez juſques à une lieuë
1
du Chasteau de Namur. 107
à la faveur des Bois , où ayant
eſté avertis que les ponts eftoient
bien gardez , ils avoient
pris le party de s'en retourner.
Ils pafferent par l'Abbaye de
Grand-pré , où il y avoit une
Garde de cinquante Dragons ,
qui leur tua , où bleſſa ſept ouhuit
hommes. Comme ils
ignoroient que nous euſſions
des Troupes dans cetteAbbaye,
ils s'en eſtoient approchez pour
demander de labiere . 3
Le Roy renvoya au Camp de
Mr de Luxembourg , la Brigade
de Bolh , & le Regiment de
Dragons de Seneterre. Celuy
de Framboizard demeura par
fon ordre au pont delaBaffe-
Meufe .
Comme M. de Bouflers ſe
mit à la teſte des Troupes pour
aller audevant du détachement
E 6
108 Hiſtoire du Siege
de l'Armée du Prince d'Oran
ge , le jour qu'il devoit monter
la tranchée , il pria le Roy de
trouver bon qu'il reprit ſon
rang la nuit du 16. au 17. &
S. M. y ayant conſenty
Marquis la monta avec les
Troupes ſuivantes .
, ce
Trois Bataillons des Vaiffeaux
aux deux attaques d'enhaut.
Un. Bataillon de Beauvoifiss
à l'attaque baffe ..
Un Batillon de Fuzeliers ,&
un du Vexin , à l'attaque d'en
bas ,tout-à-faità la gauche..
Le mauvais temps n'empê--
cha pas qu'on n'avançaſt fort
les ouvrages de la tranchée..
L'attaque du bas des hauteurs .
futjointe à l'attaque gauche qui
paffoit fur la hauteur . Quant à
celle qui commençoit affez
L
du Chasteau de Namur. 109
prés de la Sambre , & qui s'avaçoit
vers l'ancien terrain qui
fépare le nouvel ouvrage de
Fancien Chaſteau , on ſe contenta
de la poufser en avant,
fans travailler à la faire communiquer
avec les deux autres ,
dont elle estoit fort feparée.
Du coſté de la droite le travail
fut approché par de doubles
fappes de l'ouvrage à corne de
l'ancien Chafteau , juſques à
60 toiſes ou envion. En voyant
de plus prés le nouvel , ouvrage
on y remarqua qu'il eſtoit placé
dansl'endroit qu'on avoitjugé
d'abord , mais il ſe trouva
tourné différemment. Les Ennemis
dirent , lors qu'ils virent
Jes François ſi prés d'eux , qu'ils
estoient devenus des Taupes ,puis
qu'ils sçavoient si bien faire des
maisons de terre. Nous ne per-
2
110 Histoire du Siege
diſmes que deux Soldats , pendant
la nuit. Nos Bombes leur
démonterent quelques pieces
de Canon. Le matin du 7 le
Prince d'Orange marcha par ſa
droite en remontant la Mehaigne
, cette Riviere toujours
devant luy ,& le Ruiſſeau de
Pervvis , derriere ſa droite . Sa
gauche finiffoit à Bonef , c'eſtà
dire , qu'il s'en falloit une
bonne demy- lieuë , que ſa
gauche n'allaſt jufques à Pervvis.
On en fut averti par un
de nos Partis qui vit ſes tentes
tenduës de ce coſté- là.
Mr de Luxembourg ſe mit en
meſme- temps en marche par la
gauche , derriere la Mehaigne.
Sa gauche s'étendoit plus loin
qu'elle n'avoit fait , parce que
fes lignes eſtoient plus longues
depuisqu'ilavoit reçu lesTroupes
que le Roy luy avoit endu
Chasteau de Namur. 111
voyées. Ilmit ſa droite à Einplines
& fa ligne alloit droit à
Lonchamp. Aprés cela elle faifoitun
coude à gauche ,& alloit
finir vis-à-vis de Maſy , les
Ruiffeaux toujours devant elle .
On n'a jamais rien vu de plus
beau que la march de ces deux
grandes Armées , qui n'eſtant
ſéparées que par la Mehaigne ,
ſe coſtoyoient ſans ſe perdreun
inſtant de venë , & faifoient
alte toutes deux en meſime
temps . Tous ces mouvemens ſe
faifoient avec un grand bruit
de guerre dans l'une & dans
l'autre . Soixante à quatre- vingt
Deſerteurs de l'Armée duPrince
d'Orange qui ſe rendirent
ce jour-là à celle de Mr de Luxembourg
, dirent à ce General
, s'il m'eſt permis de me
ſervir de leurs termes que he
112 Hiftoire du Siege
Prince d'Orange ne vouloit point
mordre. Le même jour, ce Prince
tra dans ſon Camp , & M. de
Luxembourg dans le ſien. Il
n'y avoit pas encore ce jourlà
quatre cens , tant malades,
que bleſſez à l'Hôpital. Les
Fourages ayant manqué , on
fit diftribuer de l'avoine aux
chevaux , & on en envoya à
l'Armée de M. de Luxembourg.
Chaque Cavalier qui fur
détaché en porta un fac..
Tranchée du 17. Au 18.
Trois Bataillons des Gardes
Françoiſes monterent aux attaques
d'enhaut.. Les quatre
Bataillons de Stoupe monterent
deux à chacune des attaques
d'enbas...
Gardes de Cavalerie..
.:Cent diviſez en deux Trou--
pes,poſtées de jour entre les
deux baffes attaques , & avandu
Chasteau de Namur. 113
cées ſur la gauche pendant la
nuit.
Travailleurs des hautes attaques
400. outre leſquels on
pouvoit emprunter quelques
Piquiers de la garde des tranchées
, ſuivant le beſoin qu'on
en auroit.
Six cens autres Travailleurs
diviſez en deux Corps de 300 .
chevaux chacun ; chaque Travailleur
muny de deux fafcines.
La Cavalerie devoit voiturerdes
fafcines le plus prés des
attaques qu'il ſe pourroit ,
pour ne point embaraſſer les
chemins.
Ingenieurs
La Brigade de Richerand,
pour l'attaque baffe . Celle de
Grandmont pour les deux attaques
d'enhaut.Ondevoit faire
114 Hiftoire du Siege
des Gabions de deux pieds &
demy de haut fur autant de
large .
Monfieur le Duc , Lieutenant-
General.
Mr de Gaffé , Maréchal de
Camp.
Mr de Creil , Brigadier .
On apprit le matin , que le
Prince d'Orange n'avoit pas
marché , & qu'il eſtoit demeuré
campé vers le Grand
Rofier.
On continua pendant la nuit
àl'attaque du coſté de la Sambre
à la gauche , à pouſſer en
avant la ligne qu'on tiroit vers
le terrain qui ſépare le nouvel
ouvrage de l'ancien Chaſteau,
pourfaciliter la Place d'armes ,
d'où l'on devoit attaquer le
Chaſteau neuf. On en fit une
au Château vieux , où l'on dedu
Chaſteau de Namur. 115
voit placer trois batteries ,"deux
de quatre pieces ,& une de fix .
Vers la pointe du jour , trois
cens hommes de la Garniſon du
vieux Chaſteau , joints à un
détachement des Troupes qui
deffendoient l'ouvrage neuf ,
firent une fortie avec des Efpontons
ſur les tranchées de la
gauche qui alloient le long de
Sambre , leſquelles ne communiquoient
point encore avec
les autres. Ces Troupes eſtoient
fouſtenuës par le feu du Chaſteau
neuf. D'abord ſuivant
l'ordinaire elles mirent les Travailleurs
en fuite , aprés quoy
elles pouſſerent cinquante Grenadiers
de Stoupe qui les foutenoient
, renverſerent quatre
Gabions , & comblerent avec
nos fafcines qui n'étoient pas
rangées , quatorze ou quinze
116 Hiftoire du Siege
toiſes de tranchées , les Grenadiers
ayant été obligez de plier
à cauſe qu'ils furent attaquez
par un bien plus grand nombre
de Troupes , mais ils firent des
merveilles auffi- toft qu'ils ſe
virent foutenus par M. de Creil
Brigadier du jour , qui prit un
Bataillon de Stoupe , qui estoit
de tranchée , & marcha aux
Ennemis . Ils l'attendirent avec
affez de fermeté , & firent leur
décharge de fort prés , mais ils
furent repouffez juſque dans
leur Contreſcarpe. M. Frey ,
Capitaine , commandant le ſecond
Bataillon de Stoupe , fut
bleffé à mort , & M. du Buiffon.
Commiſſaire Provincial d'Artillerie
, fut tué , ainſi qu'un
Capitaine de Grenadiers..
Nous eûmes huit Soldats .
tuez , & vingt- quatre bleſſez.
du Chafteau de Namur. 117
Laperte des Ennemis fut encore
plus grande ; on leur prit
deux Officiers , dont l'un commandoit
la fortie , & cinq
Soldats Eſpagnols qui n'avoient
point voulu de quartier. On en
trouva douze ou quinze qui
avoient eſté tuez pendant l'occafion
; d'autres font monter
ce nombre à davantage. Le
travail fut reparéſur le champ.
Un Officier Suiffe prit un Lieutenant
des Troupes de Brandebourg
avec lequel il ſe colleta.
L'Officier Suiſſe luy donna la
vie , & l'amena à Sa Majeſté.
La ſortie eſtoit compofée de
Troupes Eſpagnoles & de
Brandebourg , dont la plupart
' n'ayant pas voulu de quartier
ny mettre les armes bas
furent point épargnez par les
Grenadiers. Le Gouverneur
ne
118 Histoire du Siege
1
envoya l'apreſdînée reclamer
un Ayudant-Major General ,
& le Fils d'un Grand d'Eſpagne
, qui furent tuez en cette
rencontre . Cette action efſtoit
la ſeconde du Siege , où les
Suiſſes s'eſtoient diftinguez .
Le Roy monta à cheval pour
aller voir fon Armée , & paſſa
par la queuë de la Tranchée ,
& au de-là de la Sambre , d'où
Sa Majesté vit pendant plus
d'une heure , les attaques de
deſſus les hauteurs.
Tranchées du 18. au 19 .
Quatre Bataillons des Gardes
Suiſſes , ſçavoir deux à chacune
des attaques d'en bas .
Trois Bataillons de Piedmont
à l'attaque d'en haut.
Gardes de Cavalerie.
Cent diviſez en deux troupes
, poſtées de jour entre les
du Chasteau de Namur. 119
deux baſſes attaques , & avancées
ſur la gauche pendant la
nuit.
Travailleurs des hautes attaques
400. outre leſquels on
pouvoit emprunter quelques
Piquiers de laGarde des Tranchées
, ſuivant le beſoin .
Six cens autres Travailleurs
diviſez en deux Corps de 300 .
chacun , munis de deux faſcines
& point d'outils.
La Cavalerie devoit voiturer
les fafcines à l'ordinaire.
Ingenieurs.
Brigade de Dupuys -Vauban ,
pour l'attaque d'en haut.
Celle de Diflot , pour celle
d'en bas ,
Les Gabions à l'ordinaire .
Officiers Generaux.
Mr de Soubiſe , Lieutenant
General.
220 Hiſtoire du Siege
Mr de Roquelaure , Marechal
de Camp.
M. Davejan , Brigadier .
On avoit rapporté le 18. au
foit au Roy , que les Ennemis
avoient pris tous les chevaux
d'un Convoy de quatre mille
facs d'avoine , qui estoient fur
5 cens charettes.Elles venoient
de Beaumont à Philippeville
& avoient efté attaquées par 8 .
Eſcadrons , & cinq cens hommes
de pied. On avoit ajoûté
que les Ennemis avoient brûlé
l'avoine , ne l'ayant pû empor
porter ;mais on cut des nouvelles
feures le lendemain au
matin , qu'il n'y avoit eu au plus
que cent cinquante chevaux
de Payfans pris , & que tout le
reſte de l'avoine , à tres peu
prés , eſtoit en ſeureté. La
précaution du Royla eſté admirable
du Chasteau deNamur, 121
mirable fur le fait de cette
avoine.Il en falloit à l'Armée,
& à celle de Mr de Luxembourg
, trente mille boiſſeaux
parjour , à raiſon d'un demiboiſſeau
ſeulement pour chaque
cheval. On commença à la
fournir ſur ce pied-làdés le 13 .
ou 1 4. du mois , & l'on en avoit
une affez grande proviſion pour
n'en pointmaquer pendant tout
le Siege.Les Hiſtoires ne fourniſſent
point de pareils exéples.
Quoy que les ennemis euffent
beaucoup moins de Cavalerie
que nous , il faut qu'ils ayent
extrémement ſouffert , n'ayant
pas eu cette prévoyance &
n'eſtant pas même en estat de
s'en ſervir quand ils l'auroient
euë.
La nuit du 18. au 19. on
s'étendit de quarante toiſes en
F
122 Histoire du Siege
cirant vers l'angle de l'avantchemin
couvert de l'ancien ouvrage
à corne , & environ de
foixante toiſe en allant communiquer
les Boyaux qui embraſſoient
le chemin couvert
du nouvel ouvrage . Mr de
Mégrigny , qui conduiſoit la
Tranchée qui estoit le long
de la Sambre , pouſſa une ligne
de communication qui vint
joindre les travaux de la gauche
des premieres tranchées ,
de forte que depuis la Sambre
en remontant juſques à la teſte
des deux ouvrages à corne,
& en defendant aux précipices
qui avoiſinent la Meuſe , tout
cet eſpace eſtoit environné de
differens travaux qui ſe communiquoient
, & refferroient
de fort prés les deux ouvragesà
corne. Il y eut pendant la nuit
du Chasteau de Namur. 123
6
un Mouſquetaire tué en portantdes
fafcines. On achevale
matin quatre Batteries commencées
le 13. au foir, &elles
commencerent à tirer ſi toft
qu'elles furent achevées . Il y
enavoitune de deux Mortiers
qui inquieta les Ennemis dans
le chemin couvert , & dans le
foſſé du nouvel ouvrage , &
l'autre de huit Mortiers , dont
les bombes tomboient dans le
corps de l'ouvrage. Les deux
autres Bateries eſtoient , l'une
de fix, & l'autre de huit pieces
de Canon. La premiere tira fur
la Tranchée du nouvel ouvrage
à corne , qui luy eſt oppofé
& la ſeconde estoit partagée,
ſçavoir quatre pieces pourdétruire
une muraille de trois
pieds qui eſtoit àla gorge de
cet ouvrage,& les quatre autres
F 2
124 Histoire du Siege
qui estoient poſtées en redan,
devoient faire breche en même-
temps au front de l'ancien
ouvrage à corne du Chasteau .
Ces deux batteries eſtoientdifpoſées
demaniere qu'ellesdonnoient
un grand avantage fur
ces deux ouvrages à corne , &
favoriſoient beaucoup le defſein
d'attaquer le nouveau , ce
qu'on ne pouvoit faire avant
qu'on euſtelargy& perfectionné
les lignes paralelles & les
Places d'armes , afin que les
Troupes y puſſent eſtre rangées
commodement. Les Ennemis
mirent quantité de chevauxde
friſe aux endroits où les
Bobes & le Canon donnoient le
plus& firet plufieurs fignaux , Ils
renvoyerent treize priſonniers
du Chaſteau , qui direntqueles
Bombes les deſoloient,&qu'ils
du Chasteau de Namur. 125
n'avoient pas de vivres . Ces
priſonniers montrerent du pain
qu'ils en avoient rapporté , &
il eſtoit noir comme de l'encre
. On enleva foixante & fix
Cavaliers de l'Armée du Prin
ce d'Orange avec un Officier.
On eut avis que 2000. chevaux
de l'Armée de ce Prince
avoient paffé le matin en deça
de la Mehaigne, comme pour
reconnoiſtre le poſte de M. de
Luxembourg , mais qu'ils s'étoient
retirez d'abord à la vuel
des détachemens de noſtre Armée
, dont eſtoient les Gardes
du Corps qui furent commandez
pour marcher à eux.
Tranchée du 19 au 20..
Trois Bataillons des Gardes
Françoiſes à l'attaque d'enhaut.
:
3
Trois Bataillons d'Aunix, &
126 Histoiredu Siege
le troifiéme de Polier à celle
du milieu.
Les deux premiers de Polier
à celle de la Sambre .
Six cens Travailleurs pour
les hautes attaques , outre lefquels
on pouvoit emprunter la
garde de la tranchée.
Six cens autres Travailleurs
diviſez en deux corps de 300 .
chacun , & munis chacun de
deux fafcines .
La Cavalerie devoit voiturer
lesGabions.
Ingenieurs.
LaBrigade de du Boſq, pour
l'attaque d'enhaut .
La Brigade de Verpel , pour
les attaques d'en bas .
Officiers Generaux. 2.
1
M. le Marquis de Tilladet ,
Lieutenant General.
M. le Baron de Breſſey, Maréchal
de Camp.
3
+
du Chasteau de Namur. 127
M. de Rebé , Brigadier.
On pouſſa la nuit les trois)
tranchées autour du Fort Guil-)
laume,de maniere qu'il ſe trouva
envelopé.Une des tranchées
fut pouffée à ſoixante pas. Il
n'y eut que cinq ou fix Soldats
tuez , & une vingtaine
bleſſez . M. de Vandremer, Ingenieur
, fut tué & un autre
bleſſé . M. le Duc de Vendôme
vint à cinq heures du matin
trouver le Roy , de l'Armée de
M. de Luxembourg. Comme
elle n'eſtoit qu'à une heure &
demie du Camp , on la voyoit
de la tranchée. Il dit au Roy ,
que M. de Baviere avoit paſſe la
Mehaigne le jour précédent , avec
fix Escadrons pour venir reconnoi .
ſtre la gauche de M. de Luxem
bourg & que nos Carabiniers les
avoient éloignez & contraints de
i
F
4
128 Hiftoire du Siege
repaſſer la Riviere. M. de Vendofme
ayant receu les ordres
du Roy, s'en retourna avec M.
de Chanlay . Ce dernier revint
fur les huit heures ,& dità S.M.
que M.de Luxembourg avoirjuge
à-propos de s'approcherde Marsur
ne se trouvantpas bien dans ſom
Camp, où il n'y avoit qu'unepartie
defon Armée qui pust agiràcause
desruiſſeaux débordez qui lasépa
roient , & qu'il estoit venu mettre
Sa droiteà Vedrin &sa gauche à
Sp . Il pouvoit alors , ſi l'occafion
s'en fuſt preſentée, ſe ſervir
de toute ſa Cavalerie , &
il eſtoit aiſé de luy envoyer
des vivres du Camp du Roy
fans eſcorte .
Les équipages de l'Artillerie
eſtant fort fatiguez à cauſe du
mauvais temps , les Chariots
du Roy & de tous les Seigneurs
du Chateau de Namur. 129
menerent à l'Artillerie des
Bombes& des boulets.
Tranchée du 20. AU 21 .
Deux Bataillons d'Auvergne
, & un d'Alface à l'attaque
d'enhaut.
:
Deux Bataillons du Regiment
du Roy , à l'attaque d'en
bas.
OfficiersGeneraux.
Mr. le Marquis de Bouflers ,
Lieutenant General , aux attaques
d'en haut.
Mrle Duc de Roquelaure ,
Maréchalde Camp à celle du
milieu .
- Mr de Rainel , à l'attaque
de la Sambre.
On pouſſa perndant la nuit
pluſieurs fappes à la droite en
avant des deux ouvrages qui
voyoient les communications
des Ennemis . Les ſappes de la
FS
132 Hiſtoire du Siege
tranchée de la gauche qui étoientau
bord de la Sambre n'étoient
pastout à fait fi avancées.
La tranchée du milieu embraffa
à la droite , & à la gauche
fur la hauteur , le chemin couvert
du demy Baſtion droit à
noſtre égard du Châteauneuf.
On continua de battre en breche
l'angle du Baſtion gauche à
noftre égard , de ce mefme
Chasteau , & les flancs d'une
contregarde qui eſt à l'angle de
ce Baftion. On battit auſſi en
breche l'ouvrage neufpar lagorge
mais onne voyoit que la cre
fte des murailles &des paliffades.
Hy avoit le 21. en batterie
trois gros Mortiers qui jettoient
des Bombes de dix huit
pouces ,peſant cinq cens ,&
huit autres qui en jettoient de
2
:
du Chasteau deNamur. 133
fix & de huit pouces , ce qui
incommoda fort les Ennemis .
Pendant le dîner du Roy ,
on entendit un grand bruit qui
fut fuivy d'une groffe & noire
fumée , qu'on vit des tentes de
S. M. pardeſſus des Montagnes
& des Bois qui font entre le
lieu où ſe faifoit l'attaque ,& le
Camp. On crut que c'eſtoit au
Parc de l'Artillerie , ce qui
obligea le Roy d'envoyer Mr
le Prince de Turenne ,l'unde
ſesAides de Camp , pour s'informer
de ce que ce pouvoit
eſtre. Une demy - heure aprés ,
M. de Vauban enyoya dire à
S. M. qu'un Soldat du Regi
ment de Magaloti qui avoit
deferté , & que les Ennemis
Woient renvoyé , ayant îndiqué
à peu-prés l'endroitoù les
Ennemis qui estoient dans le
132 Histoire du siege
Fort Guillaume ,avoient unde
leurs Magazins , on s'eſtoit atzaché
depuis ce temps là , à ti
fer à ce Magazin , & qu'enfin
une de nos Bombes venoit de le
faire sauter ,avec ſept à huit
milliers de poudre. Ce Magazin
eſtoit dans un fond parde-
là l'ouvrage à corne qu'on
attaquoit,& comme il remua
beaucoupde terre en ſautant
il endommageaun Bastion , &
fit fauter pluſieurs paliſſades.
Nos Canons avoient alors ouvert
quelques breches , tantaux
faces , qu'aux flanes & a la gorge
de cet ouvrage neuf , & les
Ennemis avoient eſté diligens.
à les réparer , avec des chevaux
de frife ,& des paliſſades.
4
"
L'ordre ayant eſté donné
pour fairevenir, de Maubeuge
&d'Avenes des Gonvois de fa
du Château de Namur. 133
rine & d'avoine , qui devoient
partir le 22. de Beaumont
pour ſerendre à Philippeville .
M. de Luxembourg fit pofter
quatre mille chevaux au Pont
de la Sambre , afin qu'en s'avançant
vers Charleroy ils favoriſaſſent
la marche de ces
Convois , & puſſent la rendre
feure . Ce fut Mr le Comte de
Cogny , qui les commanda.
Tous les chariots , charettes ,
&mulets de l'équipage du Roy
& de laCour , eurent ordre de
voiturer le lendemain 22. les
munitions qui reſtoientau Pont
de la Baffe-Meuſe , & tous les
mulets y furent employez dés
le 2.1 . L'Armée de Mrde Luxembourg
& celle du Prince
d'Orange , demeurerent dans
leurs poſtes ce jour-là. On apprit
ſeulement , que les En
1:36 Histoire du Siege
nemis faifoient racommoder les
chemins du coſté de Valhein,
ce qui fit penſer qu'ils avoient
intention de marcher du coſté
de la Sambre.
Tranchée du 21. au 22 .
Les trois Bataillons du Dauphin
monterent aux attaques
hautes.
Les deux premiers des Vaiffeaux
à celle du milieu .
Le Troiſiéme des Vaiſſeaux,
& celuy du Vexin à celle de la
gauche.
Travailleurs des hautes attaques.
Six cens. :
Sept cens autres Travailleurs
, diviſez en deux Corps,
Sçavoir ,
Trois cens pour l'attaque du
milieu.
Quatre cens pour celle de la
fambre.
du Chasteau de Namur. 137
La Garde de Cavalerie devoit
eſtre de meſme que le
jour précédent , & voiturer
des fafcines.
Les Commandans , tant des
Troupes que du travail , devoient
estre de bonne heure à
la tranchée pour reconnoître
leurs poftes.
Ingenieurs.
La Brigade de Dupuis Vauban
pour l'attaque d'enhaut .
La Brigade de Diflot pour
les deux autres .
Les Gabions à l'ordinaire
avec des ordres tres-exprés de
les faire mieux.
OfficiersGeneraux.
M. de Rubantel, Lieutenant-
General.
M.de Ximenes, Maréchalde
Camp.
M.deBoiſſelot,Brigadier.
136 Histoire du Siege
On travailla à la ſappe,&on
trouva un endroit de Roc fort
vif. Comme il avoit eſté abſolument
reſolu d'attaquer le jour
fuivant les chemins couverts
du Fort neuf des Ennemis , on
élargit autant qu'il fut poffible
les boyaux& les tranchées qui
approchoient le plus des paliffades
, afin qu'on y puſt eſtre
plus commodement pour l'attaque
& qu'on la puſt faire
avec plus de facilité. Les Ennemis
firent pendant toute la
nuit un fi grand feu fur nos
Travailleurs qu'il y en eut
environcinquante tuez oubleſt
fez . M. de Bouflers partit la
mefme nuit pour marcher en
deçà de la Sambre avec quatre
Regimens de Cavalerie
ردا
و
&
quatre de Dragons ,& du Canon.
Il devoit eſtre joint en
1
du Chasteau de Namur. 137
chemin par d'autres Troupes ,
pour s'avancer au delà de Floreſte
, côtoyer la Sambre , &
obſerver les Troupes ennemies
, qui auroient pû ſe prefenter
au bord de cette Rivie
re . I devoit auffi eftre joint
le 22. par le détachement de
M. de Cogny , dont j'ay déja
parlé;&qui s'étoit fait la veille.
Quandonfera reflexion fur
tout ce manege , on connoiſtra
la parfaite intelligence qu'ale
Roy du métier de la Guerre ,&
que tous les mouvemens que
ce Prince a fait faire pour s'oppoſer
àl'Armée des Alliez , &
empêcher le ſecours de Namur
ne luy ſont pas moins glorieux
que tout ce qu'il a fait pour la
priſede cette importante Place
dont ila ordonné toutes les attaques
, pendant leſquelles il
140 Histoire du Siege
s'eſt expoſé avec tant d'intrepidité.
M. de Luxembourg eut nouvelles
le 22. que le Prince d'Orange
avoit marché le matin
de cette même journée. Un de
nos Partis manda qu'il voyoit
fon Armée à Sombref , mais
on crut que ce n'eſtoit qu'une
teſte , eſtant impoſſible que
l'Armée entiere euſt pû faire
une auffi grande marche .
M. le Comte d'Auvergne ,
qui eſtoit à la gauche de M.
de Luxembourg vers Spy ,
donna auſſi avis qu'il voyoit
quelques Troupes & quelques
charettes qui defcendoient fur
le ruiſſeau qui paſſe à Valastres
&qu'elles paroiffoient prendre
le chemin de la Sambre . On
les aprehenda peu , puis que
ſi elles avoient eu veritabledu
Château de Namur. 141
ment le defſſein de la paſſer ,
M. de Luxembourgayant quatre
ou cinq ponts tout faits
avoit beaucoup d'avance fur
elles. On crut que la marche
du Prince d'Orange eſtoit une
feinte , pour voir ſi M. de Luxembourg
ne pafſſeroit point la
Sambre avec précipitation , &
pendant ce temps ce Prince
auroit fait une contre-marche
pour deſcendre vers luy , &
s'emparer du pont de l'Armée
du Roy . Jamais il n'y eut tant
d'ardeur qu'il en parut en ce
temps-là dans les Troupes de
l'une & de l'autre Armée ;j'entens
dans celle du Roy , &
dans celle que commande M.
de Luxembourg . L'Armée du
Roy ne reſpiroit que des affaits,
& celle de M. de Luxembourg
ne refpiroit que des Batailles .
140 Hiſtoire du Siege
Le mefine jour 22. Mr le Duc
deChartres vint diſner avec le
Roy , de l'Armée de Mr de Luxembourg
, où ce Prince commande
le Corps de reſerve . II
trouva en chemin un Preſtre
ayant dignité dans une des Egliſes
de Namur. Ce Preſtre
ayant pris Monfieur de Chartres
pour l'Electeur de Baviere
luy ditaprés l'avoir falué,& luy
avoir fait un compliment qui
le furprit fort , & donna lieu
d'admirer la prudence & la
prefence d'eſprit de ce jeune
Prince qui pouvoit ſe faire
connoiſtre par une feule parole
ou le moindre mouvemet de fon
viſage que les François croyoient
que la Garnison du Chasteauman.
quoit de tour ; mais qu'ils se trompoient
,& qu'on avoit trouvé moyen
de lux envoyer par la Meuse
du Château de Namur.
141
une bonne partie des choses dont
elle avoir besoin , & que sison Alteffe
Electorale vouloit , il luy
feroit voir qu'il disoit vray ;
qu'encore que la Ville fust prife
, ils avoient toujours confervé
teur bonne volontépour le Roy d'Efpagne
; que le Roy d'Angleterre
avoit tous lesjours des nouvelles de
laville & du Chateau , & que le
Mardy suivant , comme il sçavoit
bien, estant lejour qui avoit este
pris pour secourir le Chasteau , la
Ville feroit fon devoir. Monfieur
le Ducde Chartres luy dit , en
paroiffant approuver ſon zele,
qu'ille vouloit menerau Roy.L'Eccleſiaſtique
crut que ce Prince
-luy parloit du Prince d'Orange,&
plein de cette penſée , il
luy répondit d'un air qui marquoit
la joye , qu'il estoit prest de
Lefuivre partout , où il le voudroit
mener. Iln'y a qu'un obstacle à cela
144 Histoire du Siege
1
1
2.
qui vous fera peut estre de la peine,
luy dit alors Monfieur le Duc
deChartres . C'est qu'ilnousfaudra
pafferpar l' Armée de Mrde
Luxembourg.Cet Eccleſiaſtique
connut à ces mots qu'il s'étoit
mépris , & s'excuſa le mieux
qu'il luy fut poſſible , en difant
qu'il estoit Espagnol , & qu'iln'avoit
rien fait qui ne fust naturel à
un bon sujet .
Le meſme jour 22. fur les
quatre heures aprés midy , le
Roy continuaut à mépriſer les
perils & à à s'expoſer , alla à la
tranchée , & mit pied a terre
pour voir de plus prés la difpoſition
de toutes choſes , &
les endroits que l'on devoit attaquer.
Il eſtoitaccompagné de
Monſeigneur le Dauphin , de
Monfieur le Duc de Chartres ,
& s'aprocha fort prés de la
du Château de Namur. 143
Contreſcarpe . Monſeigneur
alla ce meſime jour à toutes les
batteries , où il diſtribua 350 .
Loüis , & Monfieur le Duc de
Chartres retourna à ſon quartier.
Avant que d'entrer dans le
détail de l'attaque des chemins
couverts , qui ſe fit le foir , je
* crois vous devoir apprendre
quelques particularitez touchant
cet ouvrage qui vous feront
plaiſir à ſçavoir.
Namur eſtant la plus forte
& la plus importante Place
qui reſtaſt au Roy d'Eſpagne
dans les Pays Bas , le Prince
d'Orange avoit employé tout
l'artifice dont il eſt capable pour
s'en rendre Maiſtre , ſoit qu'il
cruſt pouvoir tenir les Eſpagnols
en bride par la , ſoit qu'il
craigniſt qu'on ne la deffendiſt
144 Hiftoire du Siege
中
|
mal , s'ils y commandoient avec
une entiere autorité. Il tourna
l'année derniere autant autour
de cette Place , qu'il fit autour
de Dinant , mais ſon artifice ne
put rien ſur l'une , ny fes forces
furl'autre. Le Prince de Barbançon
qui penetra ſes deſſeins
ne donna pas dans les pieges
qu'il luy tendit , ce qui les mit
affez mal enſemble , fans pourtant
qu'aucun des deux le fiſt
trop paroiſtre. Le Prince d'Orange
eſtant allé dans la derniereCampagne
viſiter la Place
& n'ayant puvenir à bout de ce
deſſein qui luy réuffit. Il dit au
qu'ilavoit reſolu,formaun autre
Prince de Barbançon en ſe promenant
avec luy , & en examinant
l'endroit où a eſté fait le
FortGuillaume , que ce terrain
Lestoit degrande importance , &que
devant estre fort avantageux à
deux
du Chafteau de Namur. 145
د
ceux qui l'occuperoient pendant un
Siege, il croyoit qu'on y devoitfaire
quelques fortifications ; de crainte
quefi les Francois venoient un jour
à affieger cette Place,ils ne s'en faifiſſent
, & qu'il ne leur ferviſt à
avancer beaucoup leurs affaires .
Le Prince de Barbançon demeura
d'accord de bonne foy
de tout ce que dit le Prince
d'Orange mais fur l'article
fortifications , il répondit ,
qu'il n'avoitpas de fond pour
les faire , à quoy le Prince d'Orange
repliqua , qu'il les jugeoit
fineceffaires en cet endroit-là , que
bien qu'ilenstdéja avancédegrandessommes
pour la Ligue , il fourniroit
pourfaire construire quelques
ouvragessur ce terrain. Je ne puis
vous dire file Prince de Barbaçon
avoit aſſez de pouvoir pour
luy donner cette permiffion , ou
des
G
146 Hiſtoire du Siege
s'il falut l'attendre de la Cour
d'Eſpagne , mais enfin elle fut
donnée au Prince d'Orange ,&
il y fit travailler, fans perdre de
temps. Il choiſit un ingenieur
Hollandois , appellé Clohorne,
qui peut eſtre mis au nombre
des plus habiles de l'Europe .
L'ouvrage qu'il fit conſtruire
eſt un grand ouvrage à corne
avec quelques redans dans le
milieu de la Courtine, & feulement
lors que le terrain le demandoit.
Il eſt ſitué de telle
maniere , que plus on en approche
, moins on le découvre
, de forte qu'en huit ou dix
jours noſtre Canon n'y avoit
fait qu'une tres-petite breche
a paſſer deux hommes ſeulement
, & il n'y avoit pas une
paliſſade de rompuë.Enfin c'eſt
nn ouvrage dont M.deVauban a
du Chasteau de Namur. 147
admiré la beauté. L'Ingenieur
à qui il eſt dû , s'eſtoit enfermé
dedans , pour le deffendre luymeſme
, & il y avoit fait creuſer
ſa foſſe , diſant qu'il s'y vouloit
enterrer. Il y avoit quantité
de rochers au tour de cet ouvrage
qu'il avoit fait couvrir de
terre , afin que ſion en approchoit
jamais par tranchées on
trouvaſt plus de beſogne qu'on
ne ſe ſeroit imaginé. Dés que
cet ouvrage fut achevé , le
Prince d'Orange y mit une
Garniſon , qui n'eſtoit compoſée
que de Hollandois , & de
Troupesde Brandebonrg , avec
ordre de n'obéir qu'à luy ſeul ,
& de n'y laiſſfer entrerperfonne
de la Garniſon de la Ville &
du Château , de forte qu'il ſe
fit une Fortereſſe dont il eſtoit
Maître abfoln , & qui luy fer-
4
G 2
148 Histoire du Siege
du
voit de Citadelle contre le Chateau
& contre la Ville . Le Major
General VVinberghen à
qui ildonna lecommandement
de ce nouveau Fort , eſtoit un
homme âgé de prés de 80. ans ,
qui avoit de l'expérience ,
coeur , de la fidélité & de la
réſolution , & qui tant qu'a
duré le Seige , n'a point reçu
d'ordres du Prince de Barbançon.
Ceux qu'il avoit mis dedans
étoient gens choiſis , de
belle taille , &de bonne volon
té , & en nombre plus que fuffiſant
pour la deffendre . Voila
l'ouvrage & les Troupes à qui
nous avions à faire , fans compter
tous les Elemens conjurez .
Ainfi il falloit que les Affiegeans
fuffent François , &
animez parl'exemple d'un auffi
grand Roy , pour venir à bout
du Château de Namur. 149
en unmois de tous les poftes
que nous avons attaquez , qui
font , la Ville , les hauteurs , les
carrieres & leur redoute , le
Fort Guillaume & le vieil
ouvrage à corne , le tout enſemble
eſtant auffi conſidérable
que trois Villes bien fortifiées,
& devant mefme coufter plus
de monde & de temps , àcauſe
des ouvrages qui eſtant à demy
cachez n'eſtoient pas bien
connus & qui ſe ſont trouvez
beaucoup plus forts que l'on
n'avoit cru . L'ouvrage dont je
vais vous marquer la priſe ,
avoit pluſieurs noms. On l'appelloit
le Fort de Terra nova.
Je ne vous en ſçaurois dire
précisément la raiſon, ſi ce n'eſt
parce qu'il eſt nouvellement
fait , ou parce que le terrain
fur lequel on l'a bâty, s'appel
G3
150 Hiſtoire du Siege
loit Terre neuve.On le nommoit
auſſi Fort Guillaume , ou Fort d'O .
range. Il eſt aisé de voir que
c'eſtoit à cauſe que le Prince
d'Orange l'avoit fait conſtruire
& qu'il en étoit abſolument
le Maître. Quelques-uns l'appelloient
Fort Hollandois , & ils
luy donnoient ce nom avec
beaucoup de juſtice , puiſque
le Prince d'Orange l'avoit fait
bâtir de l'argent des Hollandois.
Les Flamans l'ont appellé
le Fort VVilliam , ce mot en leur
langue , fignifiant Guillaume.
Ce que j'ay trouvé de fingulier
en tout cela , c'eſt qu'encore
que ce Fort ſoit bâty ſur un
terrain appartenant aux Eſpagnols
, aucuns des noms qu'on
luy a donnez , n'en fait mention
, & que le Fort qu'avoit
fait baſtirle Prince d'Orange
du Chasteau deNamur. Isi
eſtoit plus ordinairement appellé
par fon nom, de Fort Guillaume
, & de Fort d'Orange que
par aucun autre , quoy que le
terrain ne luy appartinſt pas ,
& que les Hollandois luy euffent
fourny l'argent qu'il a
couſté à conſtruire .
Le ſoir du 22.au 2 3. la tranchée
fut ouverte par Monfieur
le Duc , Lieutenant General
de jour , avec les Bataillons de
Toulouſe , de Nice , des Fufeliers
, & de Polier.
Il ne s'eſtoit point fait d'attaque
depuis le 1 3. qu'on avoit
emporté la Redoute& les Carrieres.
L'ouvrage que l'on devoit
prendre enſuite , eſtoit le
Fort Guillaume , dont je viens
de vous conter tout ce qu'on
en peut ſçavoir. Ainfionavoit
travaillé pendant neuf jours ,
G4
152 Histoire du Siege
fans que nos Troupes fuſſent
expoſées à d'autres perils qu'à
ceux de la tranchée i ce qui
leur parut un temps fi long ,
qu'elles ne purent s'empêcher
de marquer l'impatience qu'elles
avoient d'en eſſuyer de
nouveaux , pour acquerir une
nouvelle gloire . Les Courtiſans
mefmes accoutumez à voir attaquer
plus frequemment dans
tous les Sieges où ils s'étoient
rencontrez , s'étonnoient de ce
retardement , & les uns & les
autres auroient voulu qu'on
euſt fait moins de travail , &
que l'on euſt donné plus d'affauts.
Cependant le Roy n'écoutoit
que ſa bonté pour ſes
Troupes , & le defir qu'il avoit
d'épargner leur fang.Ce Prince
vouloit que l'attaque fuſt ſeure,
& moins meurtriere que de
du Chasteau de Namur. 153.
i
pareilles attaques n'ont accoutumé
de l'eſtre en de ſemblables
occafions ; & comme il
s'agiſſoit de prendre un Ouvrage
iſolé , il ſouhaittoit qu'il
fuſt enfermé par les travaux
qu'il faiſoit faire avant qu'on
l'attaquaſt , afin qu'il ne puſt
eſtre ſecouru des autres ouvrages
qui estoient encore à prendre
, & que la Garniſon n'ayant
point où ſe retirer , fuft
obligée , ou de ſe rendre à difcretion
, ou de capituler pour
fe retirer ailleurs que dans le
Chaſteau . Pour réuffir dans
ce deſſein , Mr de Vauban , par
ordre du Roy , avoit fait des
-travaux qui paſſent l'imagination
; auſſi eſtoit- ce quelque
choſe de prodigieux à voir que
noſtre tranchée. Elle embraf-
GS
154 Histoire du Siege
foit à la fois pluſieurs Montagnes
& pluſieurs Vallées , avec
une infinité de tours & de
retours , & j'ay vû des Relations
qui n'en pouvant affez exprimer
le nombre , marquoient
qu'ily en avoit autant qu'ily a de
ruës à Paris. C'eſt une choſe incroyable
que la quantié de terre
qu'il avoit fallu remuer pour
venir à bout de tant de travaux
Auſſi eſtoit on ſeur par là , non
ſeulement d'épargner beaucoup
de fang , mais que les Ennemis
voyant leur retraite coupée
, feroient obligez de ſe
rendre beaucoup plutoſt. On
peut remarquer icy une choſe
bien glorieuſe pour le Roy , &
qui eſt au deſſus de tout ce que
l'on peut imaginer. Pendant
que M. de Vauban faiſoit travailler
àdes travaux ſi immendu
Chafteau de Namur. 155
fes , ce Monarque s'eſtoir chargé
du ſoin d'empefcher qu'une
Armée de cent mille hommes
ne fecouruſt la Place , & comme
il ne s'eſt paffé aucun jour
fans qu'elle ait fait des mouvemens
nouveaux pour donner
de l'inquietude , il a fait voir
ſa parfaite intelligence dans
tout ce que la guerre a de plus
difficile , en donnant tous les
jours des ordres fi juſtes , &fi
à propos , qu'il a toujours inquieté
ceux qui le vouloient
inquieter. Enfin les travaux de
M. de Vauban eſtant achevez ,
&le Fort Guillaume ſe trouvant
embraffé de tous coſtez ,
&hors d'estat d'eſtre ſecomu
par les forces dus Chafteau ,
toute la Cour & toutes les
Troupes en témoignerent tine
joye proportionnée ä leur im urim
G6
156 Histoire du Siege
patience , ſe tenant ſeures de
remporter autant de victoires
qu'elles feroient d'attaques
nouvelles . Elles n'avoient aucun
ſujet d'endouter , puis qu'-
elles n'ont jamais manqué aucune
entrepriſe de vigueur , ny
pris de poſtes qui leur ayent
eſté repris , quand elles y ont
tine fors efté logées. Tous les
travaux eſtant donc en estar
pour l'attaque du Fort Guillaume
, le Roy ordonna à M. de
Vauban, de difpofer toutes chofes
pour Fexecution de l'entreprife.
S. M. voulut qu'il fuſt attaque
fur les neuf heures du
foir , & toutes les Troupesdeſtinées
pour cette attaque furent
d'autant plus fatisfaitesde
cet ordre que Monfieur le
Duceſtantde tranchée cejourtà
, elles regardoient ce bon-
2
du Château de Namur. 157
heur comme un preſage afſuré
de la victoire , ce Prince n'a
yant point encore paru à leur
teſte pour quelque expédition
fans en eſtre forty victorieux.
Aufſi ſe mit-il à celle des détachemens
qu'on avoit faits ,
avec ſon intrépidité ordinaire ,
&fervit non ſeulement à animerles
Troupes par fon exemple
, mais encore à les guider
dans ce qu'elles avoient à faire
Mais pour prendre l'action de
plus loin , M. de Vauban ayant
pris , ſelon l'ordre qu'il en avoit
eudu Roy , toutes les meſures
qu'il avoit jugées neceſſaires
pour l'execution de cette entrepriſe
, & la tranchée ayant
eſté rélevée , on fit marcher
fept Compagnies de Grenadiers
, pour joindre à pareil
nombre. qui y estoient déja
58 Hiftoire du Siege
5
com
avec les Bataillons qui la gardoient.
Ces quatorze Compagnies
de Grenadiers
mencerent fur les fix heures du
foir à occuper tout le terrain
qui environnoit tous les travaux
, eſtant foutenuës par ces
feptBataillons .
L'ordre eſtoit de ſe loger
dans le chemin couvert , fur lequel
on devoit faire une batterie
, afin d'augmenter la breche
, en cas qu'on ne la trouvaſt
pas ſuffifante pour attaquer le
corps de l'ouvrage. Les Compagnies
de Grenadiers qui devoient
donner à la droite eftoient
une de Beauvoiſis , deux
de Toulouſe , une du Royal la
Marine , deux du Royal des
Vaiſſeaux , une de Nice , &
trois du Dauphin , ſuivies par
400. hommes , détachez em
du Chasteau deNamur. 159
trois corps , foutenus par les
Bataillons de la tranchée. Les
Troupes deſtinées à donner à
lagauche , estoient les Grenadiers
de Piémont , deux Compagnies
de Fuféliers ,une de
Polier ,une du Vexin , & une
du Royal des Vaiſſeaux , avec
deux cens hommes détachez
&les Bataillons de la tranchée.
Avant qu'entrer en action , &
de faire les fignaux , on fit un
grand feu de Bombes & de
Canon & enfuite M. de
Vigny fit tirer fix coups de
Canon puis fix Bombes ,
aprés quoy les Troupes commandées
partirent l'épée à la
main , avec un air qui marquoitla
vigueur avec laquelle
elles alloientdonner ,& lacertitude
qu'elles croyoient avoit
d'une victoire fort prompte. Le
د
160 Hiſtoire du Siege
A
feu de noſtre Canon & de nos
Bombes recommença , & les
Troupes qui avoient commencé
à marcher , chargerent
avec tant d'ardeur , de force ,
d'intrépidité , & de conduite ,
qu'elle prirent d'abord le chemin
couvert , où il y avoit doubles
paliffades , & des chevaux
de friſe qui en traverſoient les
avenues pour les embaraffer.
Les Ennemis perdirent environ
deux cens hommes , quelques
Officiers de marque. Ils
eſſayerent de ſe retrancher ſur
le haut du chemin couvert ,
mais les Grenadiers les ſuivirent
de trop prés pour leur en
laiſſfer le temps. Les Affiegez
ayant eſté pouffez aux deux
attaques , & celle de la gauche
les pourſuivant encore , il fe
pafla à celle de la droite des
du Château de Namur. 161
choſes affez fingulieres , &
dignes d'eſtre remarquées.
Aprés que ceux qui avoient
été commandez pour cette attaque
eurent tailléen pieces tous
ceux qui ſe mirent en eſtatde
s'oppoſer à leur valeur,laquelle
dans cette occaſion avoit del'air
d'un torrent qui entraïne tout
ce qu'il rencontre , ils poufferent
les choſes plus loin qu'il
ne leur avoit eſté ordonné , &
un Lieutenant ayant pris vingt
Grenadiers leur dit , Allons
- Enfans mes Camarades
- faut icy faire parler de nous ,
faisant une belle action suivezmoy.
Ils le ſuivirent
ayant grimpé , ( car ce ne ſeroit
pas aſſez dire que monter )
fur le haut d'un Baſtion de la
droite , par un petit endroit
où l'onne pouvoit aller qu'un
د
il
en
&
162 Hiſtoire du Siege
à un , ils entrerent dedans , en
criant , tue , tuë tuë à moy point
de quartier , tuë , tue , tuë. Les
Ennemis furent ſi ſurpris de
cette action à laquelle ils
ne s'attendoient pas , qu'ils
demanderent quartier ; mais
nos gens ayant crié en meſme
temps Vive le Roy , parce qu'ils
jugerent bien qu'ils eſtoient
Maiſtres de l'ouvrage , ne les
entendirent point , de forte
qu'ils haufferent la voix pour ſe
faire entendre ,& continuerent
à demander quartier , en criant
de toute leur force , mais les
cris de Vive leRoy, eſtant cacore
fuperieurs , on ne les entendoit
pas , ce qui fut cauſe que
Pon en tua plus long temps
qu'on n'auroit fait. Les remparts
de la Ville eſtoient alors
chargez de monde , qui fut
du Chasteau de Namur. 163
2
& detémoin
de cette action, Enfin
on fit arreſter les Soldats avec
bien de la peine , & dans le
temps qu'on appelloit des Travailleurs
pour s'affurer unlogement
fur le Baſtion , les Affiegez
battirent la chamade en
pluſieurs endroits
manderent à capituler . Un Capitaine
vint en mefine - temps
pour avoir des nouvelles de
quelques Officiers de confidération
qui avoient eſté
tuez ou bleſſez pendant l'attaque.
Il dit qu'ils avoient perdu
cinq ou fix cens hommes depuisqu'ils
étoient affiegez , en
comprenant dans ce nombre
environ 3. cens qu'on avoit
tuez , on tres -dangereuſement -
bleſſez dansl'action qui venoit
de ſe paſſfer. Mr le Prince de
Turenne , qui estoit Aide de
Camp du Roy ce jour- jà , & qui
164 Hiſtoire du Siege
cette
د
à
àfon ordinaire s'expoſa à tous
les perils pour en rendre un
compte plus fidelle à S. M. alla
luy faire le rapport de tout ce
qui s'eſtoit paſſé dans
vigoureuſe action , & l'avertir
que les Ennemis avoient bat
tu la chamade . Cependant on
ne laiſſa pas , en attendant réponſe
de S. M. de mettre les
Travailleurs en beſonge
l'une ,& l'autre attaque. Comme
Monfieur le Duc eſtoit
Lieutenant- General de jour ,
ce fut à ce Prince qu'il fallut
s'addreſſer pour laCapitulation
Quoy que les Ennemis euſſent
battu la chamade , ils paroifſoient
neanmoins n'eſtre pas
bien déterminez à ſe rendre .
Ils ſe renvoyoient les uns aux
antres pour faire des propofitions
, & meſime ils en firent ,
du Chasteau de Namur. 165
qu'on on ne leur pouvoit accorder.
Monfieur le Duc fit
paroiſtre dans cette occafion
autant d'eſprit , de ſageſſe , &
de conduite qu'il avoit fait voir
de valeur dans toutes les attaques
où il s'eſtoit trouvé. Il
parla aux Officiers Ennemis
avec vigueur , ſans fortir pourtant
de l'honneſtetéqu'unPrince
doit toujours avoir. Enfin il
les charma par fes manieres , de
forte que le lendemain , leRoy
pendant ſon dîner parla de ce
Prince avec éloge , & dit , qu'il
en estoit tres fatisfait. Toute la
Cour en fit de meſme , & s'écriatout
d'une voix , qu'on ne
pouvoit pas mieux faire. J'employe
icy les propres termes
dont toute la Cour ſe ſervit ;
mais pour revenir à la Capitulation
, il ne faut pas s'étonner
166 Hiftoire du Siege
fi les Ennemis avoient de la
peine ày confentir . Le Major
General Vviſberghen , dont je
vousay déja parlé , & qui commandoit
dans le Fort Guillaume
, eſtant fort incommodé , à
cauſe de ſon grand âgé de 80 .
ans , & des fatigues continuelles
qu'il avoit fouffertes pendant
quinze jours , qui l'avoient
réduit à ne pouvoir plus marcher
, s'eſtoit fait porter ſur une
petite breche que noftre Canon
avoit faite , réſolu d'y mourir
l'épée à la main , de forte
qu'il eut beaucoup de peine à
prendre la réſolution de capituler
& il n'y auroit jamais
conſenty , s'il ne luy euſt eſté
permis par les articles qui furent
dreffez , de monter au
vieux Chaſteau pour s'y deffendrejuſques
à la fin du Siege.
du Chasteau de Namur. 167
Cela fait connoiſtre que les
François ont eut à faire à de
braves gens, & que s'ils avoient
moins de valeur , il ſeroit difficile
qu'il vinſſent auſſi ſouvent
à bout des grandes entrepriſes
que le Roy leur fait execater.
On trouva le chemin
couvert rroemplydecorps morts
fans ceux qu'on avoit enterrez
avant l'action , & d'autres que
l'on trouva à demy enterrez
dans le corps de l'ouvrage. Nos
bombes neles laiſſoient pas refpirer
. Ils voyoient à tous momens
fauter en l'air leurs Camarades
, leurs Valets , leur
pain, leur vin & ils étoient ſi las
de ſe jetter à terre , comme on
fait quand on voit venir une
bombe , que beaucoup ſe tenoient
debout au hafard de ce
quien pouvoit arriver. Les autres
avoient creuſé de petites
168 Histoire du Siege
P
+
niches dans des retranchemens
qu'ils avoient faits dans le melieu
de l'ouvrage , & s'y tenoient
enfoncez pendant tout
le jour. Ils n'avoient d'eau que
celle qu'ils tiroient d'un petit
trou que la neceſſité d'en avoir
leur avoit fait creuſer dans la
terre , & ils avoient ainſi paffé
15.jours entiers. Auffi 8.Prifonniers
que l'on avoit amenez du
chemin couvert , faiſoient ils
horreur , tant ils eſtoient défigurez.
Quant aux deux Officiers
qui vinrent pour Oftages
l'un avoit le bras en écharpe ,
& l'autre la machoire à demy
emportée avec la teſte bandée
d'une écharpe noire . Ce dernier
estoit Chevalier de Malte .
Hs dirent qu'un de leurs Commandans
avoit eu juſques à
ſept coups de bayonnette.
Le
du Château de Namur. 169
Le Roy fut éveillé quatre fois
la nuit dont l'attaque s'étoit faite
le ſoir précedent. Sa Majesté
donna autant de fois ſes ordres ,
& en envoyaà M. de Luxembourg
, dont elle receut deux
foisdes nouvelles la même nuit
par leſquelles ce General luy
apprenoit que le Prince d'Orange
avoit marché.
Je ne vous dis point tous les
pour-parlers qui furent - faits
touchant la Capitulation , &
qui durerent fort longtemps.
Elle fut enfin conceuë en ces
termes. La réponſe eſt au bas
de chaque Article .
CAPITULATION
Accordée à la Garniſon du
* Fort Guillaume .
Articles proposez par les Ennemis.
I.
Que toute la Garniſon du
H
170 Hiſtoire du Siege
nouveau Fort de Namur , tant
Officiers que Soldats , de quelque
qualité , caractere & Nation
qu'ils puiſſent eſtre , enfortiront
avec leur Famille ,
Domeſtiques , Valets , bagages
& chevaux qui s'y trouveront
, où ailleurs , en toute liberté
, ſans qu'il leur foit fait
aucun tort , violence ny outrage
, directement ou indirectement
en leurs perſonnes , biens
& ceux de leur Famille , ny
que les bagages & effets puifſent
eſtre viſitez , tant en fortant
du Fort , que par tout ailleurs
, juſques à Huy.
REPONSE.
Bonpourtout ce qui qui se trouvera
dans l'ouvrage neuf.
La Garnison ira à Gand par le
chemin qu'ilplaira à Sa Majesté.
duChasteaude Namur. 174
II.
Que l'Infanterie ſortira par
la bréche du Fort , prenant le
chemin le plus court pour fon
embarquement tambour battant
د Drapeaux déployez ,
méche allumée , & balle en
bouche.
Bon pour la bréche&les honneurs,
par le chemin qu'il plaiva à Sa
Majesté.
III.
Quepour le tranſport des
Officiers , Soldats , Femmes ,
Bagages & Effets , les Bateaux
neceſſaires feront fournis par
Sa Majesté Tres- Chreſtienne.
Le Roy ne peut faire fournir
aucune voiture , mais il leur permet
d'emmener toutes celles qu'ils
ont dans l'Ouvrage neuf.
H 2
172 Histoire du Siege
I V.
Que toute la Garniſon , &
tout ce qui eſt expliqué cydeſſus
, ſera conduit avec efcorte
& en toute ſeureté par
eau & par la route la plus
courte à Huy dans deux jours ,
& plûtoſt s'il ſe peut .
د
La Garnison fera conduite à
Gand en touteseurete , comme il
eft dit cy deſſus .
V.
Qu'on fournira des Bateaux
pour les Bleſſez & les Femmes
qui font au vieuxChaſteau ,
pour ceux qui peuvent eſtre
tranſportez , & ceux qui ne
font en estat de tranſport , demeureront
dans les Hôpitaux
de la Ville de Namur , & il
fera libre de laiſſer prés d'eux
un Officier pour en avoir ſoin,
comme auſſi quelques Chirur
du Château de Namur . 173
giens, auſquels les chofes neceffaires
feront fournies par Sa
Maieſté, juſques à leur gueriſon
entiere , aprés quoy feront
renvoyez en toute ſeureté au
meſme lieu que la Garniſon , &
par le mefme chemin, leur fournifſſant
les ſaufconduits pour
leur ſeureté , & les Bateaux neceſſaires
pour le tranſport de
leurs perſonnes.
Les Bleffezdu Chasteauneufqui
ne pourront pas estre transportez
pouront demeurer dans les Hô
pitaux de la Ville de Namur ,où
ilfera permis de laiſſer un Officier,
& quelques Chirurgiens pour en
prendresoin , & il leur sera donné
des Saufconduits pour aller àHuy.
VI.
Qu'il fera accordé vingtquatre
heures à la Garniſon ,
1
H 3
174 Histoiredu Siege
pour ſe préparer à ſortir , &
quedans ce temps tout doit
eſtre diſpoſé pour le tranſport
cy-deſſus mentioné.
La Garnison livrera une porte
demain matin 23. àfix heures&
en fortira'à dix.
VII.
Quependant que la Garnifon
ſe préparera pour fortir, il
neſera permisd'entrer , de fortir
, ny d'approcher du Fort à
aucun Officier , ny Soldat des
Affiegeans , plus prés que leurs
travaux.
Refufé.
VIII.
Que l'on donnera le temps
de retirer nos équipages auſſibien
que celuy du Comte de
Naffau.
ر
du Chasteau de Namur. 175
Bonpour les équipages qui font
dansle Chasteau neuf, commeon a
dit cy. deſſus.
IX. f
Queles Prifonniers faits pendant
le Siege , feront rendus de
part &d'autre
Refufé.
Χ.
Il ſera permis à Mr le General
, Major V Viſberhen de ſe
retirer au Vieux Chaſteau .
Accordé pour luy seul d'Officier.
XI.
Qu'il ſera permis de faire
fortir les Femmes & les bagages
des Soldats & Officiers qui
font dans le vieux Chateau .
Ilfera permis de faire fortir du
vieux Chasteau les Femmes Seulement
de ceux qui fortent par la
premiere Capitulation.
H4
176 Histoire du Siege
XII.
Que la Garniſon fera envoyée
à Gand par le plus droit
chemin ,& que les journées ſeront
reglées de maniere que
les Soldats ne foient pas fatiguez
. On fait cette demande ,
parce que l'on a refuſé d'en- *
voyer cette Garniſon à Maſtric.
Fait au quartier de Namur le
23. Iuin 1692. Signé, le Baron
deGeyden.
La Garnison Sera conduite à
Gand par l'Abbaye du Moulin
Dinant , Charlemont , Eumay . Ro.
croy , Avesnes , Landrecy ,
le
,
Quesnoy , Valenciennes , Tournay
Courtray , Sejournant à Fumay
Landracy &Tournay , & l'on fera
trouverpour de l'argenlt epain&
la biere dont on aura besoin. Fait au
Camp devant le Chasteau de Na-
Mur , ce 23. Juin 1692. Signé
LOVIS.
du Chasteau de Namur. 177
Suivant cette Capitulation la
Garniſon fortit le 23. de Juin
à quatre heures aprés midy. Je
vous envoye un état de ce qui
fortit.
la
ETAT DES TROUPES
& équipages des Regimens du
vieil Holstein , Comte de Lippe,
Couorde Prince Charles
Motte & Philippe , qui font
fortis de l'ouvrage à corne neuf
pour aller à Gand , suivant la
Capitulation du 23 .
Officiers à cheval , 41.
Officiers à pied , 40
Soldats , 1870
Total 1951
Chevaux de main ,
Caroffes , chaifes , ou petits
chariots couverts à la Hol-
3
landoife ,
4
6
H
۱۰
178 Histoire du Siege
Chariots & charrettes à 4.chevaux
, 15
Chariots & charrettes à 3.chevaux
, II
Chariots & charrettes à 2.chevaux
, 20
Chariots & charettes à un cheval
, 2
و Chevaux de bafts ,
La recapitulation , tant des
chevaux d'Officiers que des
équipages , eft de 140
Comme le merite eſt toujours
eſtimé , & meſme parmy
ſes Ennemis , M. de Vauban
avoit conçu beaucoup d'eſtime
pour celuy de M.Cohorne qu'il
trouvoit tres-habile Ingenieur ,
de forte qu'il vouloit l'entretenir,
quand la Garniſon fortit. Il
eſtoit bleſſé d'un éclat de Bombe.
M. de Vauban aprés luy
ayoir donné beaucoup de loüadu
Chasteau de Namur. 179
ges, luy fit pluſieurs queſtions ,
auſquelles il répondit avec affés
de fierté , mais toujours à propos.
Il luy demanda , s'il croyoit
qu'on cust pul'attaquer mieux que
l'on n'avoitfait. M.Cohorne répondit
, que si on l'euft attaqué
dans les formes , en conduisant la
tranchée devant la courtine &les
demy Bastions, il s'yseroit deffendu
encore quinzejours,&auroit coûté
bien du monde , mais que de lama-
• niere dont on l'avoit embraffé de
toutes parts , il avoit falluse rendre.
Cependant , foit par dépit
contre les Eſpagnols, ou pour ſe
faire valoir , il dit, qu'il estost
persuadé que le vieux Chasteau
sout fort qu'il estoit , ne tiendroit
pas si long- temps que le Fort VVilliam.
On a trouvé dans cet ouvrage
quinze pieces de Canon 20
180 Histoire du Siege
une belle Coulevrine,des Bombes
, quantité de boulets , &
beaucoup de poudre. Cet ouvrage
étant extrêmement grad,
& ayant pluſieurs retranchemens,
les Ennemis auroient pu
encore s'y deffendre , ſans les
cruels & continuels effets de
nos Bombes , & l'extrême valeur
des Affiegeans,qu'ils étoiét
perfuadez qui ne reculeroient
pas aprés avoir commencé l'attaque
. Il y avoit un affez grand
foffe entre le chemin couvert
& la muraille , dont la breche
n'eſtoit pas à beaucoup prés.
affez grande pour nous en favorifer
l'attaque , mais il n'y
a point d'obſtacles qui puiſſent
aujourd'huy arrêter la bravoure
des François.
Voicy les noms de ceux des
Troupes du Roy , qui ont eſté
du Chasteau de Namur. 181
tuez & bleffez dans cette occafion.
Beauvoifis.
Mr des Petits , Lieutenant ,
bleffé à la jambe .
Mr Bouillourgue , Sous Lieutenant
, blessé au travers du
corps.
Mr de Verneuil , Lieutenant
dela Compagnie des Grenadiers
, tué .
Piémont.
Mr Ponce , Capitaine de Gre-
-nadiers , tué .
Les Vaisseaux.
Mr de Gagnier , Capitaine
des Grenadiers , bleſſe à
mort .
Mr de Chaſſenay , Capitaine
au troifiéme Bataillon , bleffé.
Un Soldat tué.
Un Sergent & cinq Soldats
bleffez.
2
12 Hiftoire du Siege
LaMarine.
Mrs de Sauſſay , & de Doriere
Lieutenans , bleſſez .
Mr de Conche Capitaine
de Grenadiers , bleſſe à la
teſte.
Quatre Sergens & quatre Soldats
, bleſſez .
Un Sergent , tué .
Toulouse
Dix Soldats , bleſſez .
Dauphin.
Un Soldar , tué .
Deux bleſſez .
FuZeliers.
Deux Soldats , tuez .
Un Soldat ,bleffé .
Bombardiers
Deux Bombardiers , bleſſez
Total des Officiers , tuez .
Bleffez.
Sergens & Soldats , tuez .
Bleſſez.
2
7
9
37
du Chateau de Namur. 183
On apprit par ceux qui fortirent
du Fort-Guillaume , ce
qui reſtoit alors de Troupes
dans le Chaſteau . Cet eſtat eſt
plus juſte & plus circonstancié
que celuy que je vous ay donné
dans mon Journal du Siege de
la Ville.
ETAT DES TROUPES
quifont demeurées dans le Châ.
teau de Namur.
Le premier Bataillon du
Prince d'Holſtein , commandé
par luy.
Un Bataillon du Prince Char
les de Brandebourg, commandé
par luy, à la folde d'Eſpagne .
Le fecond Bataillondu vieux
Holſtein , commandé par le
Major des Roches.
Le premier Bataillon du Ringrave
Hollandois Fils , cy-de184
Hiſtoire da Siege
vant Gouverneur de Maſtrick,
àla folde des Hollandois .
Un Bataillon de Duteil, Hollandois
.
Espagnols naturels .
Le Regiment Manriquez
Sergent Major de Bataillon
commandé par luy . 1
Le Regiment du Comte de
Rocaful , qui a eſté tué.
Le Regiment de Zuniga, commandé
par luy .
VValons.
Le Regiment du Comte de
Quionmerodos, commandé par
luy,
Le Regiment du Comte de
Montcront,commandé par luy.
Le Regiment du Comte de
Grobendou , commandé par
luy.
Le Regiment du Comte Fabes
de Moſelles , Fils du Gouverneur
de Malines .
du Chasteau de Namur. 185
La Vieille Compagnie du
Chasteau , commandée par M.
de Rondeau , Lieutenant du
Gouverneur .
Cavalerie.
Le Regiment du Baron de
Holdemon , de la Maiſon de
Gulpennes,commandé par luy.
Une Compagnie de Cavalerie
, commandée par le Sieur
Petit.
Une Compagnie de Dragons,
commandée par le Major Feran.
Si - toſt que la Garniſon fut
fortie du Fort Guillaume , le
premiere ſoin fut de faire des
paſſages pour faciliter l'entrée
dans cet ouvrages aux Troupes
du Roy , au Canon & aux Mortiers
. On fit pour cela trois ouvertures
à la muraille , & en
mefme temps les Travailleurs
186 Hiſtoire du Siege
poufferent des lignes de tranchée
qui embraſſerent les dedans
de cet ouvrage , & ouvrirent
les chemins pour le tranfport
du Canon qu'on y devoit
mettre en batterie On prolongea
auſſi les tranchées qui eftoient
devant la Sambre ,& elles
devoient joindre celle de
l'attaque du vieux Château ,
qui s'étendoit fort prés de la paliſſade
du chemin couvert. Cette
communication achevée
l'ouvrage des Ennemis devoit
,
eſtre fort reſſerré . On travailla
à faire deux Batteriesde Canon
dans le mefme Ouvrage. Par le
moyen de ces Batteries , qui
devoient voir à revers le chemin
couvertde la contrefcarpe
de l'Ouvrage à corne du vieux
Chasteau , M. de Vauban croyoit
l'obliger à ſe fousmettre
du Chasteau de Namur. 187
pluſtoſt. On avança auſſi les
Batteries de Bombes , afin d'en
pouvoir jetter plus commodement
dans cet Ouvrage .
Monfieur le Duc de Chartres
paſſa la Sambre le matin
du 2 3. avec ſon Corps de reſerve
pour aller joindre M. de
Luxembourg.
On cut nouvellequeles Ennemis
avoient campéle 22. leur
droite à Sarta Manelin , & leur
gauche entre Marbay & Sombref.
On ne pouvoit comprendre
quelles vûës pouvoit avoir
le Prince d'Orange , fi ce n'eftoit
de taſcher à perfuader
qu'il avoit deſſeinde combattre
pour contenter les Affiegez ,
les Flamans , les Liegeois , l'Electeur
de Baviere ,& toute la
Ligue. Cependant on ne doutoitpas
qu'iln'euſt une extréme
188 Hiſtoire du Siege
envie que la Place fuſt priſe
pour ſe tirer d'intrigue .
د
M. de Bouflers campa le 2 2 .
prés de l'Abbaye d'Augny fur
cette riviere , & M. le Comte
de Coigny qui s'eſtoit avancé à
Gerpine pour couvrir les
Convois qui paſſoient de Beaumont
à Philipeville , le joignit
le lendemain, L'Armée de M.
de Luxembourg ne fit aucun
mouvement. On apprit ce mefme
jour que le Prince d'Orange
avoit fait declarer il y avoit
quelques jours aux Liegeois ,
qu'il alloit donner Bataille , qu'il
pouvoit estre heureux où mal heureux
; qu'en cas de disgrace , ils
Seroient reduits àprendre la loy du
Victorieux , & qu'il les laiſſoit delibererfur
le party qu'ils avoient à
prendre. On affeura auſſi que la
Cabale les avoit portez prefdu
Chasteau de Namur. 189
que tous à faire conduire leurs
meilleurs effets à Maſtric , &
qu'il ſe trouvoit qu'ayant empruntédes
Hollandois des fommes
confiderables , les Hollandois
pretendoient retenir leurs
Effets pour les ſommes qui leur
eſtoient deuës, ce qui commençoit
à faire naiſtre de la meſintelligence
entr'eux .
M. de Vauban dit au Roy
l'apreſdinée du 2 3. que s'il faloit
encore fortifier M. de Luxembourg
, il n'avoit plus befoin
que de vingt Bataillons
pour prendre le Chaſteau de
Namur.
Tranchée du 23. AU 24.
M. le Prince de Soubiſe ,
Lieutenant General.
M. de Gaffe , Marefchal de
Camp .
M. de Seguiran , Brigadier.
190 Hiftoire du Siege
:
Un Bataillon des Gardes
Françoiſes , & deux de Stoupe
àla droite , deux des Gardes
Françoiſes au milieu , deux de
Stoupe à la gauche.
On travailla pendantla nuit
à avancer les tranchées pour
joindrecellede la Sambre avec
celle de la droite , dans l'incertitude
de l'endroit où l'on devoit
s'attacher à faire la breche
. On continua de battre la
contregarde qui eſta l'angle du
baſtion du vieux Chaſteau , &
l'on travailla ſur lagauche àune
batterie de Canon de 18. pieces
, dont il y en avoit fix de
trente trois livres de balle. On
travailla auſſi à une batterie de
15. mortiers à la droit dans le
mefine Fort Guillaume,dont il
y en devoit avoir 3.pour jetter
des Bombes de so0.livres chadu
Chastean de Namur. 191
cune. On regla qu'il n'y auroit
plus que quatre Bataillons de
tranchée , & ainſi la garde ſe
trouva inſenſiblement diminuée
, & devoit encore devenir
moins confiderable , ſi les
Ennemis ne ſe fuſſent pas rendus
aprés la priſe du vieil ouvrage
à corne . Il fut regléauſſi
qu'on n'auroit plus que ſeize
cens Travailleurs , au lieu de
deux mille fix cens. Les chariots
& Mulets du Roy , des
Seigneurs de la Cour , & des
Officiers Generaux furent
employez à porter à la queuë
de la tranchée , les proviſions
de guerre qui estoient encore
à la baffe-Meuſe. Le Roy continuant
à s'expoſer comme il
avoit déja fait tant d'autres
fois , alla ce jour-làdans le Fort
Guillaume , accompagné d'une
192 Hiftoire du Siege
Cour plus nombreuſe qu'il
n'auroit eſté à ſouhaiter dans
une pareille occaſion , à cauſe
que la quantité de monde peut
fairedécouvrir ce que le bien
de l'Etat rend important de cacher
en ces fortes de rencontres.
Mr de Luxembourg manda
à Sa Majesté que les Ennemis
avoient leur droite à Fleurus ,
& leur gauche à Timeon. Leur
Ligne paſſoit au delà de Mefle,
& retournoit fur Gauſelliers
où eſtoit leur gauche . CeGeneral
croyoit qu'ils ſe diſpofoient
à marcher le lendemain.
La gauche de ſon Armée ne fit
pas un grand mouvement, mais
le reſte vint vers la Sambre.
Une partie de l'Infanterie de la
ſeconde Ligne paſſa en deçà.
Celle de la premiere eſtoit le
long
du Château de Namur. 193
じ
long de la Sambre entre Froimont
& Moutiers. M. de Luxembourg
fit ce mouvement
pour eſtre plus à portée de ſe
poſter en deça , ou en delà de
la Sambre , ſuivant les nouvel.
les qu'on auroitdu Prince d'Orange.
M. de Bouflers avoit
toujours ſon détachement à
Floreſte & à Foffe , & n'avoit
qu'un corps avancé à Avelo ,
pour donner des nouvelles ,
en cas que quelque choſe arrivaſt.
M. de Luxembourg luy
envoya la Brigadede Bour-bonnois
, & l'aile droite de Cavalerie
de la ſeconde Ligne , que
M. de Vendoſme commandoit.
M. de Vendoſme , & M.
de Bouflers eſtant joints enſemble
avoient vingtBataillons
&quatre- vingtEſcadrons.Toutes
nos Troupes paſſerent fur
I
194 Histoire du Siege
les ponts de Bateaux qu'on avoit
fait fur la Sambre à Floreſte.
Le Roydit ce jour-là , que fi
M. de Luxembourg en venoit
aux mains avecle Prince d'Orange,
il ne laiſſeroit au Camp que
quinze Bataillons campez fur la
premiere bauteur , d'où l'on avoit
chafféles Ennemis le 7.du mois , &
qu'il luy envoyeroitle reste. On
rompit le pont de la baffe-Meuſe,&
l'on porta les pontons pour
faire les ponts prés de l'Abbaye
de Maloigne , afin de faciliter
le paſſage de M. de Luxembourg
, en cas que le Prince
d'Orange ſe reſoluſt de paſſer
la Sambre à Charleroy.Cependant
Monfieur le Duc de Chartres
, & Mr de Bouflers avoient
un Corps confiderable , pour
empêcher les Ennemis d'en
tenter le paſſageailleurs. Tous
du Chateau de Namur. 195
ces mouvemens font voir l'exacte
vigilance du Roy , & la
parfaite intelligence qu'il a
dans le métier de la guerre.
M. de Guiſcar ayant eſté
averty parquelques Bourgeois
de Namur , qu'il y avoit des
bombesdans une cave d'un des
Convens de la Ville , on les vifita
tous par ordre du Roy & en
même temps toutes les maiſons.
On trouva dans la cave d'une
Maiſon Religieuſe , dont la
porte eſtoit couverte de terre ,
1250. Bombes & deux cens
Carcaffes , cachées ſous du fumier.
On les fit porter au Magazin
; elles eſtoient toutes
chargées meſme avec leur
amorce, & comme il ſe trouva
des Mortiers juſtement de la
meſure de ces Bombes , dans les
batteries duRoy , il eſtoit facile
12
196 Histoire du Siege
de les renvoyer bientoſt au
vieux Chaſteau . Il ne parut pas
que le ſecret fuft connu detous
ceux de la maiſon où l'on avoit
caché ces Bombes . Quelques
Eſpagnols zelez ne s'étoient
pas cru obligez de les
découvrir avant la priſe du
Chaſteau , ou craignoient peuteſtre
que s'ils les découvroient
& qu'il arrivaſt que le Siege
du Chaſteau fuſt levé , on ne
les inquietaſt , & que la Relin'en
donne lieu de croire qu'ils pouvoient
avoir eu cette penſée ,
c'eſt qu'ils paruret les plus ſatisfaits
du monde , d'être au Roy
de France , & dirent , qu'ils
estoient bien obligez à S. M. de les
avoirdélivrez de ces maudits Protestans
, qui estoient en Garnisonà
Namur , & qui avoient fait un
du Chafteau de Namur. 197
1
:
Preſche'de leurs Ecoles. Ce font
leurs propres termes . Le Roy
s'eſtant contenté d'envoyer à
Dole celuy quidevoitavoir eu
part au ſecret ,parce que rien
ne pouvoit avoir eſté fait dans
la Maiſon , ſans qu'il l'euſt permis
, à cauſe de la ſuperiorité
qu'il y avoit , les autres Peres
admirerent ſa bonté , & dirent
que leurs Superieurs auroient
eu pour luy moins de dou
ceur
Tranchée du 24. au 25.
Quatre Bataillons des Gardes
Suiſſes ſçavoir deux à l'attaque
de la droite , un au Châ
tean neuf & un à celle de la
Sambre.
Travailleurs des hautes attaques
600. ſçavoir 300. pour
l'attaque du vieux Chaſteau
& 300.pour celle de la Sambre ,
1
13
198 Histoire du Siege
La Cavalerie devoit voitu
rer des fafcines , celle de l'attaque
du Chaſteau où elle
avoit accoſtumé , & celle de
Sambre au pied du Château
neuf le plus prés desteſtes des
tranchées qu'il ſe pourroit.
* Ingenieurs.
La Brigade de Dupuis Vanban
, & celle de Diflot. Les
Gabions à l'ordinaire , moitié
àune attaque , & moitié à l'au
tre .
Officiers Generaux.
M. de Tilladet , Lieutenant
General à l'attaque de la
droite.
د
M. le Duc de Roquelaure ,
Maréchal de Camp , à celle de
la Sambre.
M.de Creil ,Brigadier,à celle
dumilieu .
du Château deNamur. 199
On pouffa pendant la nuit la
tranchée de la Sambre entre les
deux Chaſteaux , en remontant
juſques à l'angle du chemin
couvertde la contrefcarpe . On
tira un rameau qui alloit à
la face de l'ouvrage à corne , &
l'on fit un paralelle à l'ouvrage
du Chaſteaur neuf. Ily cur pendant
la nuit so . à 60. Soldats
tuez ou bleffez par les Bombes
que les Ennemis roulerent. M.
de Vauban dit ce jour là 25.
qu'il croyoit que les batteries
qui voyoient à travers la con
Bregardedu vieil ouvrage à corne
,obligeroient les Ennemis de
Fabandoner dans le 28.La fuite
fit voir qu'il avoitjugé affez juſte.
Deux Rendus rapporterent
qu'on avoit peu de conſidé
ration pour M. de Barbançon
dans le vieux Château , & que
PARADE DE
LYON
TAVILER
I 4
200 Hiftoire du Siege
l'on n'avoit jamais reçu fes ordres
dans le neuf. Le Prince
d'Orange ne fit aucun mouvement
le 2 5. SonArmée alla
ſeulement au fourage. M. de
Luxembourg eſtoit encore dans
fon mefine Camp ce meſme
jour M. l'Abbé de Beuvron ,
Aumônier da Roy , mourut le
matin de cette mefme journée .
M. l'Abbé de Grance , auſſi
Aumonier de S. M. étoit au
Camp , où ſon zele feul pour le
falut desames l'avoit amené. Il
s'y eſt fait admirer de toute la
Cour , & particulierement du
Roy , par la fermeté avec laquelle
il a mépriſé les perils les
plus évidens. Un Soldat l'ayant
prié pendant l'attaque du Fort
Guillaume de le confeffer , il
le confefſa dans un lieu expofé
à tous les perils qu'un fi
du Château de Namur. 201
rude choc donnoit à craindre
& quoy que la Confeffion fuft
fort longue , & qu'une grefle
deballes fe fit entendre autour
d'eux , il y demeura avec
une tranquilité inconcevable ,
de forte que s'il s'en retourna
fans eftre bleſſé , on peut croireque
ce fut une eſpece de
miracle . Cet Abbé a fait cent
actions de cette nature , pendat
tout le Siege,mais il eſt ſorti
d'un ſang , qui donne moins lien
d'eſtre ſurpris de ce qu'il fait
d'intrepide , qu'on ne ſeroit
d'unautre.
Tranchée du 25.4H26 ..
Deux Bataillons des Gardes
Françoiſes aux attaques d'enhaut.
Un Bataillon du meſime Regiment
, & un d'Aunis à celle
de la Sambre , deſquels il de
202 Histoiredu Siege
voit être detaché deux cens
hommes pour mettre dans l'ouvrage
neuf, ou fort Guillaume.
Officiers Generaux.
M. de Rubantel , Lieut. Gen.
M. le Baron de Breſſay , Maréchal
de Camp.
M. Davejan, Brigadier .
On travailla pendant la nuit
à bien perfectionner la communication
des deux Tranchées
, les élargir & approfondir
, afin de mettre à couvert
fur tout celle qui étoit
entre les deux Chaſteaux .
On pouſſa auſſi un Rameau que
l'on avoit fait à la gauche de
cette traverſe affez prés de l'angle
de l'ouvrage du Chaſteau
où eſt la portedu Secours. Il y
eut pendant la nuit 35. Soldats
tuez ou bleſſez ,un Officier aux
Gardes fut auſſi bleſſé legeredu
Chasteau de Namur. 203
ment à la main . M. le Chevalier
de Chavigny , Ingenieur, &
Capitaine dans Clerambaut ,
eut un coup de mouſquet au
bras. On comptoit depuis le
commencement du Siege dix
Ingenieurs tuez & feize blef.
fez . Les Ennemis ayant fait rouler
une grande quantité de
bombes & de grenades dans le
travail . Les batteries de Bombes,
& de Canon aufquelles on
avoit commencé de travailler
auſſi -toſt aprés la priſe du Fort
Guillaume , commencerent à
tirer à la pointe du jour avec
aſſez de fuccés , mais les breches
des Baſtions n'eſtant pas
pratiquables , on ne crût pas y
pouvoir monter ſans le Mineur
, à cause des contre. Forts
quien empêchoient l'aplaniffement.
204 Histoire du Siege
L'apreſdinée le Roy alla fur
la hauteur de la redoute affez
prés du lieu où font les batteries.
Sa Majesté y demeura prés
de deux heures pour en voir
l'effet , de forte que toute la
Cour eſtoit à decouvert à la
demy portée du mouſquet de
l'ouvrage à corne dont on avoit
entrepris l'attaque , fans que les
Ennemis oſaſſent tirer un coup
de mouſquet. Il y avoit auffi
tres- peu d'apparence que pendant
un feu ſi vifles plus braves.
troupes du monde puffent montrer
la teſte , lorſque 30 pieces
de Canon & 20. mortiers tiroient
continuellement.LeRoy
entra enſuite dans le Fort Guillaune
, & s'avança juſques à la
batterie de 18. pieces qui étoit
vers la gorge.Il n'avoit que M.
de Duras , & M. de Vauban:
du Chasteaude Namur. 208
auprés de luy en cet endroit ,
qui n'eſt pas à demy portée de
mouſquet du chemin couvert de
Fancien Chasteau .
On crût que les Ennemis
avoient marché, mais on apprit
qu'aprés avoir fait détendre
leurs tentes,ils estoient demeurez
dans leur mefme Camp. M.
de Luxembourg avoit alors ſa
premiere ligne au Village de
Monſtier de l'autre coſté de la
Sambre , & fon aifle droite de
Cavalerie avoit paffé la Rivierede
Repille , ce que fa feconde
ligne avoit fait le jour d'auparavant.
Depuis la priſe de la Ville,
M. le Comte de Guifcar quele
Roy en a nommé Gouverneur,
& M. le Prince de Barbançon
s'eſtant ſouvent fait faire des
civilitez reciproques ,le 29.0m
206 Hiſtoire du Siege
vint prierMr de Guifcar d'envoyer
quelque rafraiſchiffement
à M. de Barbançon Mr
de Guifcar ravy d'avoir occafion
de faire paroiſtre la civilité
& la galanterie Françoiſe ,
luy envoya auſſi toft beaucoup
plus que M. de Barbançon n'avoit
paru ſouhaiter ....
Tranchée du 26.au 27 .
Un Bataillon de Piemont ,&
un de Polier à la droite.
Deux de Polier à la gauche ,
d'où il devoit eſtre detaché
deux cens hommes pour mettre
dans le Chaſteau neuf
Officiers Generaux.
Monfieur le Duc , Lieutenant
General.
M.le Marquis deMontrevel
Maréchal de Camp .
M. le Marquis de Rebé,
Brigadier.
du Chasteau de Namur. 207
On avança pendant la nuit
prés de la contreſcarpe , les
logemens que l'on avoit faits
la nuit précedente .
Ordre du 27 .
Le Mot ,
Saint Pierre& Fontarabic.
Les Paſtures , Biouac , Portes&
fafcines à l'ordinaire ,
La Cavalerie devoit prendre
de l'avoine pour quatre .
jours.
Cent cinquante Chevaux
pour eſcorter les vivres au
bois.
Vingt hommes pour garder
l'avoine au grand parc de l'Artillerie.
M. le Ducde Montmorency
vint dire au Roy de la part de
M. de Luxembourg , que les
Ennemis eſtoient toujours à
Fleurus , & qu'ils n'avoient fait
1
208 Histoiredu Siege
aucun mouvementdepuis qu'ils
y eſtoient arrivez .
Un Canonnier deferteur rapporta
qu'une Bombe estoit tombée
dans le feul puits que les Affiegez
avoient ; que l'eau eftoit tres - corrompuë
, qu'ils n'avoient point
d'autre boiſſon , & qu'ils estoient
reduits à rompre leur pain avec des
haches. Il ajoûta , que le Prince
de Barbançon n'estoit point forry
du Donjon depuisle commencement
du Siege. Il ne faut croire que
debonne forte les rapports des
Deſerteurs , mais ils ne doivent
pas eſtre oubliez dans un
Journal exact & fidelle ..
Une de nos fentinelles , ayant
lié converfation avec une ſennelle
des Affiegez . celle- cy dit,
que la diligence de nos Travailleurs
pour la fin du Siege ne leurfaisoit
nalle peine, &qu'ils n'acheveroient
jamais asse-z10ft.
du Chaſteau de Namur. 209
Compagnies des Grenadiers , qui
devoientse trouver le 28. à fix
heures du matin , à la queuë
dela tranchéedeladroite.
Une des Gardes Françoiſes .
120 hommes
Deux des Gardes Suiſſes . 120
Deux du Regiment du Roy.
110
Deux de Stoupe . 120
Une de Polier. 60
Une du Dauphin. 55
Compagnies de Tranchée.
Deux d'Auvergne . 110
Une de la Sare.
55
Une du Vexin. 15
Ce qui faiſoit quatorze , celledes
Gardes Françoiſes eſtant
comptée pour deux , parce qu'-
elle eſt de 120. hommes.
Total 805
Tranchées du 27.94 28 .
Deux Bataillons d'Auvergne
210 Hiſtoire du Siege
àl'attaque d'enhaut .
Un de la Sarre , & un du Ve
xin , à l'attaque de la Sambre
dont il devoit eſtre détaché
deux cens hommes pour l'ouvrage
neuf...
Officiers Generaux .
Mr le Prince de Soubiſe ,
Lieutenant General.
M. de Ximenes , Maréchal
de Camp.
M. de Renol , Brigadier.-
On travailla pendant la nuit
à ſe loger ſur le bord du foffe
&on fit une ſappe pour favorifer
le Mineur .
25
Avant que de vous entretenir
de ce qui ſe paſſa à la priſe
desdeux chemins couverts , je
dois vous dire que le Roy voulut
eſtre preſent à cette attaque,
& que S. M. eftoit dans un lieu
qui n'eſtoit pas tout à fait hors
duCh afteau de Namur. ΣΤΕ
de la portée du mouſquet .
Les Troupes deſtinées pour
l'attaque des deux chemins
couverts de l'ouvrage à corne
du vieux Chaſteau dont je
vous ay déja fait le dénombrement
, s'eſtant renduës à la
tranchée à l'heure marquée ,
elles furent partagées pour
deux attaques , ſouſtenuës par
les Bataillons de tranchées, &
fuivies de 800. Travailleurs
commandez . Je vous ay dit a
quelles attaques les Troupes de
tranchée devoient agir. Quant
aux Officiers Generaux que je
viens de vous nommer , M. le
Prince de Soubiſe , Lieutenant
General de jour , devoit commander
aux attaques d'enhaut
M.de Ximenes , Maréchal de
Camp , à celles d'enbas , auffi
bien que M. de Renol , Briga
212 Hiftoire du Siege
dier. Leignal eſtoit de 27.
Bombes à trois repriſes.A peine
la derniere fut- elle en l'air
que nos Troupes fortirent de
leurs retranchemens , avec une
contenance auſſi fiere que bien
foutenuë , & qui preſageoit les
avantages qu'ellesalloientremporter.
Elles marcherent plus
de cent dix pas à découvert ,
& traverferent un grand terrain
au milieu duquel il y avoit
un rang de paliſſades , qu'on
nomme contre- chemin couvert.
On ne ſçauroit exprimer avec
quel ordre & quelle ardeur
elles franchirent tout ce terrain
qu'il falloit traverſerà découvert
juſques à ces paliſſades
, derriere lefquelles il y
avoit cent cinquante hommes
qui prirent la fuite aprés avoir
fait leurs décharges . Nos gens
د
du Chasteaude Namur . 213
ne s'arréterent en cet endroit
qu'autant de temps qu'il leur
en fallut pour ſauter par-deſſus
les paliſſades , & fondirent enfuite
fur le veritable , chemin
couvert , avec tant de vigueur,
que les Ennemis furent obligez
de lacher pied , & de les laiſſer
Maiſtres abfolus de toutes les
contreſcarpes qui regnent le
long de cet ouvrage , depuis la
hauteur de la Meuſe , juſqu'à la
defcentede la Sambre . Comme
les Affiegez navoient qu'une
porte par où ils ſe pouvoient
retirer , mais ſeulement un à
un , il y en eut beaucoup de
paſſez au fil de l'épée , & il ne
ſe ſauva qu'un tres - petit nombre
de ceux qui eſtant à ces
premieres actions , furent contraints
de prendre la fuite . Ils
furent coupez par les Grena214
Hiſtoire du Siege
diers Suiſſesqui les tuerent , &
firent ſeulement quelques prifonniers
. Ainſi les deux chemins
couverts furent emportez
malgré les fougades , que les
Ennemis firent joüer , & malgré
deux cens hommes comnandez
par un Major Eſpagnol
qui furent tellement épouvantez
, que contre l'ordinaire de
cette Nation , qui ſe deffend
toujoursaffez bien , ils ne firent
qu'une tres-foible réſiſtance ,
quoyque ſelon le rapport des
Prifonniers , ils ſe fuſſent attendus
à eſtre attaquez , & qu'-
ils s'y fuſſent meſme préparez .
Enfin les Grenadiers dont je
viens de vous parler , defcen .
dirent dans le foffe qui eſt peu
large , & fec , où ils eſſuyerent
un tres-grand feu de Grenades
quejetterent les Ennemis ,
du Chasteau de Namur. 215
qui estoient tous fortis du Chaſteau
pour venir dans cet ouvrage
, croyant qu'on s'eſtoit .
preparé pour l'emporter , &
qu'on avoit réſolu de ne ſe
point retirer qu'on n'euſt executé
cedeffein. C'eſt une chofe
incroyable, que le feu de mouſqueterie
& de Grenades que
les Ennemis firent de leur courtine
, ainſi que des angles &
des flancs de leurs Baſtions. Ce
feu dura prés de deux heures ,
&fembloit devoir deſoler nos
Troupes , qui ne laiſſerent pas
detravailler à ſe loger pendant
que les Ennemis étoient ſur la
breche. Leurs premiers rangs
avoient l'épée à la main. Leurs
Officiers qui estoient en grand
nombre , avoient la pluſpart
des boucliers , & quelques- uns
des Spontons. Tout ce feu
216 Hiftoire du Siege
n'empêcha pas que tandis que
l'on travailloit aux logemens ,
•les Compagnies des Gardes ne
demeuraſſent à découvert pour
foûtenir les Travailleurs , &
ce fut là qu'il y eut douze ou
quinze Officiers tuez ou blefſez.
Nos Troupes ne l'ont eſté
quedansces fortes d'occafions ,
car lors qu'il s'eſt agy de coups
de main , les Ennemis ont
toujours plić , de forte que paroiſtre
& vaincre a toujours
eſté la meſme choſe pour les
Affiegeans.
Quoy que le feu des Ennemis
fuſt terrible , le noſtre y
répondit d'une maniere encore
plus forte. Trente pieces de
Canon tirerent fur eux , comme
de la Mouſquerie. Nos Mortiers
les accablerent de bombes
en meſine temps , & l'on
remarqua
du Chaſteau de Namur. 193
د
remarqua qu'il n'en tomboit
jamais moins de fix tous à la
fois dans l'endroit où eſtoient
les Ennemis , & qu'elles ſe ſuccedoient
les unes aux autres
c'eſt à dire qu'il en tomba inceſſamment
tant que dura l'action.
Il ſeroit malaiſé de peindre
les ſanglans effets de tant
d'artifice , & tout ce qui en
eſtoit enlevé ou emporté. II
n'y a que ceux qui ſe ſont trouvez
àde pareilles attaques qui
le puiſſent bien concevoir. Enfin
au milieu de tant de feux de
part &d'autre , le logement auquel
on travailloit fut folidement
étably , & on l'acheva
avant trois heures aprés midy.
Pendant qu'on y travailloit , il
ſe fit des actions extraordinairesà
la bréche , & d'une vigueur&
d'une intrepidité pref-
K
218 Hiftoire du Siege
que inconnuës juſques à ce
jour-là. Cette breche qui estoit
àl'angle d'un Baftion , ne confiſtoit
qu'en deux petits éboulemens
depuis le haut du parapet
juſques au cordon. Le reſte
de la muraille n'avoit pû eſtre
battu en bréche , n'eſtant pas
vûde noſtre Canon, Les Grenadiers
des gardes Françoiſes,
aprés avoir emporté les deux
chemins couverts & une contre
garde revestuë , & avoir effuyé
pendant deux heures à découvert
tout le fou des ramparts
pour foutenir les Travailleurs
dans le temps qu'ils travail
loient à faire leur logement ,
voulurent encore eſſayer de ſe
rendre maîtres de la bréche
dontje viens de vous parler
quieſtoit ſi peu pratiquable , &
d'où l'on avoit jettétantde gre
du Château de Namur. 219
nades ,&fait un ſi grand feu de
Mouſqueterie. Emportez par
cette ardeur , ils pafferent fur
lesdécombres qui estoientdans
le foffé , & monterent à labréche
de la pointe du demy-Baſtion
oppofé à la Sambre , dont
je vous ayauſſi parlé ,& grim.
perent fort prés de la creſte. Ils
firent feu quelquetemps contre
les Ennemis qui bordoient la
bréche , & qui jettoient fur
euxbeaucoup de Grenades , &
il ſe paſſa là de part & d'autre
des actions fort intrepides . Les
Ennemis estoient ſur le hautde
la bréche , l'épée à la main , &
nos gens à demy pique prés
d'eux , ne pouvantmonter plus
haut , parce que la bréche eſtoit
encore trop eſcarpée pour y
pouvoir parvenir. Cela ne les
K 2
220 Histoire du Siege
empêcha pas de jetter des grenades
juſque dans le Baſtion.
M. de Saillant fit paroiſtre en
cette occafion toute la bravoure
dont il a ſi ſouvent donné
des preuves. M. le Prince de
Turenne , Aide de Camp du
Roy de jour , marcha avec les
Grenadiers , auffi bien que M.
de Chateauvilain , comme Aide
deCamp de Monseigneur , &
M. de Vauban s'expoſa par tout
où il y avoit du peril. M. le
Prince de Soubiſe remplit ſon
employ de Lieutenant General
pendant toute l'action
ou plûtoft tant que durerent
tant de belles actions
autant d'intelligence que de
valeur & de conduite.
avec
Le petit Corps de Grenadiersqui
avoit eſté ſa vaillamment
infulter la bréche , eſtant
du Chasteau deNamur. 221
rentré dans le logement du
chemin couvert. Il s'y paſſa des
choſes ſi extraordinaires qu'il
ſemble que les François ſeuls
en foient capables . Vn Grenadier
, nommé Francoeur , demeura
ſeul fur la bréche pendant
un grand quart-d'heure
aprés que les autres ſe furent
retirez . On le vit diſtinctement
recharger juſqu'à trois fois vers
le milieu de la bréche , où il
eſtort moins vû , & enſuite remonter
quelques pas , obfer-.
vant les Ennemis , & attendant
à tirer , juſqu'à ce qu'il viſt en
beau début quelques-uns de
ceux qui estoient fur le haut.
Le Roy remarqua luy-meſme
toutes ces choſes , admira la
valeur &la prefenced'eſprit de
ce Grenadier , demanda à le
voir , & parut dans la refolu-
K3
222 Hiftoire du Siege
A
tionde le faire Officier. Sa Majeſtéluy
donna quelquejargent
dans la fuite .
Un autre brave appellé la
Foffe , Grenadier du meſme
Regiment avoit fait auſſi un
peu auparavant une actionaſſez
remarquable pour n'eſtre pas
oubliée. En entrant dans le ſecond
chemin couvert , il bleſſa
d'un coup d'Epée à la cuiſſe un
Officier des Ennemis , & le
prenant par la Cravate , il le
menaça de le tuer s'il ne luy
montroit le lieu où l'on avoit
placé les Fourneaux. L'Officier
le fit , & le Grenadier ofta
les Sauffiffons, Ainſi les trois
Fourneaux furent éventezi il
y en avoit trois de chargez ,
mais noſtre attaque ſurprittellement
les Ennemis qu'ils n'eurent
pas le temps d'y mettre le
feu.
du Château de Namar. 223
Pendant qu'ils estoient occupez
à faire feu ſur nos Troupes,
M.de Milaine profita adroitement
de cet intervalle, pour
faire paſſer le Mineur ,& l'attacher
à la branche gauche de
l'ouvrage à corne , où il fit fon
trou à fix toiſes de l'angle , &
perça la muraille à deux pieds
& demy.Elle ſe trouva fi epaifſe
& la maçonnerie ſi ſolide ,
quele travail ne put eſtre poufſe
auſſi loin que l'on avoit réfolu.
On fit defcendre les Sappeursdans
le foſſé,afin que leur
travail donnaſt lieu au Minsur
àla face de l'ouvrage à corne ,
à la meſime diſtance de l'angle
où l'autre Mineur eſtoit attaché.
Une batterie de douze petits
Mortiers avoit commencé
dés le matin à tirer dans le demyBaſtion
de la branche droi
K 4
224 Hiftoire du Siege
te,& une autre du même nombre
tira le ſoir dans le demy
Baſtion de la branche gauche.
Nous n'eûmes dans cette grande
journée , pendant laquelle
on fit tant de belles actions ,&
tant de travaux , qu'environ
cent cinquante hommes tuez
ou bleſſez . Les Ennemis en eurent
prés de cinq censjau moins
les fit-on monter à ce nombre ,
mais ces fortes de calculs ne ſe
font jamais que par conjecture.
Il y a quelquefois plus , mais
tres- ſouvent moins , & il n'y a
que les Ennemis qui le puiſſent
dire ; encore leur faut il du
temps pour en eſtre bien inſtruits.
Voicy un estat de nos
Officiers & Soldats tuez &
bleffez .
,
M. de Saillant,Capitaine des
Grenadiers des Gardes , bleffé
?
du Chasteau de Namur. 225
८
à la teſte , d'une Grenade qui
ne creva pas.
M. d'Artagnan , l'épaule cafſée
d'un coup de mouſquet .
M. de Vaurouy , Lieutenant
aux Gardes , qui ſervoit pour
M. le Chevalier de Seraucour
qui avoit eſté bleffé d'un coup
de moufquet au travers du
corps .
Le Major de Stoupe , fort
bleffé ...
M.Schouars , Lieutenant des
Gardes Suiſſes tue . C'eſtoit un
de leurs plus braves Officiers .
M. le Marquis de Mailloc ,
Aide de Camp de M.le Prince
de Soubiſe , reçut à ſes coſtez
uncoupdemouſquet autravers
dela cuiffe.
M.du Boſc, Ingenieur, bleſſe
aubras.
M. leChevalier de Chauvi
KS
226 Histoire du Siege
gny, Ingenieur , un coup de
mouſquet dans le bras .
M. le Grand Combe , Ingenieur,
bleffé .
M. d'Orgemont, bleſſé .
M. Marius , Ingenieur , un
coup de mouſquetdans le corps,
dont ileſt mort. Il avoit déja
eſté bleſſé au même Siege , &
à celuy de Monmelian.
M.Ternant,Capitaine auRegiment
du Roy, bleſſé .
M.le Blond , Ingenieur , tué.
Soldats.
Gardes Françoiſes , 20 compris
un Sergent.
Gardes Suiſſes ,
pristroisCadets.
13 com-
Regiment du Roy , 19 comprisdeux
Sergens,
Dauphin,
pris un Sergent.
4.com-
Vaiffeaux, 16.com-
1
du Chasteau de Namur. 227
pris un Sergent.
Fuzeliers , 3
Bombardiers , 3
Mineurs , 1
La Sarre , 5
Vexin , 12 comprisun
Sergent.
Aunis, 2
Stouppe, 6
Salis ,. 9
Polier, 12
Il ne faut pas s'étonnerde ce
nombre de morts ,& de bleſſez .
Les Troupes demeurerent trois
heures à découvert , pendant
qu'on fit un logement à la gauche,
& à la droite de l'ouvrage
à corne.Le plus grand feu dura
cinq quart-d'heures , & celuy
qui incommoda le plus nos
Troupes venoit d'an angle du
demy Baſtion , qu'on ne voyoit
pas entierement.M. l'Abbé de
K6
2:8 Histoire du Siege
Grancé effuya tout le feu que
firent les Ennemis dans toute
cette journée. Tantoſt il encourageoit
les Grenadiers tantoſt
il aſſiſtoit les Mourans , &
tantoſt il guidoit les Travailleurs
. Enfin ilétoit l'admiration
des Braves , & la confolation
des Affligez .
Mrde Luxembourg manda
ce jour là au Roy', que le bruit
eſtoitgrandparmy les Ennemis
que le Comte Tilly Cerclaës
devoit retourneravec lesTroupes
qu'il commandoit du coſté
d'Huy & de Liege , que l'on
vouloit envoyer un autre Corps
enFlandre ,du coſté des Lignes
&que le Prince d'Orange avoit
envoyé marquer un Camp entre
Sambre & Meuſe , prés de
Charleroy. On apprit par des
correſpondances ſecrettes , que
du Chasteau de Namur. 219
ce meſimejour 28. l'Electeur de
Baviere & le Prince d'Orange
avoient eu un grand démélé
enſemble , fur ce que le premier
vouloit abſolument donner
le combat, à quoi s'oppoſoit
le Price d'Orange , diſant , que
rien nepreffoit encore qu'il falloit
laiffer afforblir la Cavalerie Françoise
qui periffoit tous les joursfaute
defourages ,& quele Chasteau
n'estoit pas fi prés de se rendre.
Cependant leChâteau battit la
chamade deux aprés . Le Prince
d'Orange diſoit encore à
l'égardde la bataille , qu'il s'en
remettoità la décision du Prince
de Valdec , mais il n'y avoit pas
à douter , que ce Prince étant
entierement dans ſes interefts
ne duſt parler ſelon ſe intentions.
Il y avoit auffi des Dé
putez des Etats de Hollande à
و
230 Hiftoire du Siege
l'Armée , mais ces Députez
eſtant ſes creatures , ils n'cfoient
parler contre luy , tant
parce qu'ils font perfuadez par
les exemples pafflez du danger
qu'il ya à parler contre cePrince.
C'eſt cequi est cauſe de la
méchante ſituation où la Hollande
ſe trouve aujourd'huy .
Tranchéedu 28: au 29 .
Quatre Bataillons du Roy ,
deux àl'attaque haute ,&deux
acelle de la Sambre.
Deux cens hommes pour le
Chaſteau neuf.
Seize cens Travailleurs , huit
cens le foir , &huit cens le 29.
aumatin.
OfficiersGeneraux.
M. le marquis de Tilladet ,
LieutenantGeneral, àl'attaque
haute .
M.de Congis , Maréchal de
1
du Chaſteaude Namur. 231
Camp , à l'attaque de la Sambre.
M.de Boiffelau , Brigadier ,
au Chaſteau neuf.
On ſe contenta de perfectionner
le logementdu chemin
couvert . Il reſtoit encore un
mur à abbattre qui ôtoit la parfaite
communication. On attachaun
Mineurau demy Baſtion
du coſtéde la Sambre.
Tranchée du 29. an 30 .
Les trois Bataillons du Regiment
Dauphin à la grande
attaque.
Les Bataillons de Beauvoiſis
àl'attaque de la Sambre.
OfficiersGeneraux.
M. de Rubantel , Lieutenant
General , & M. de Carman
, Brigadier , à la grande
attaque.
M. le Comte de Galſe , Ma
232 Hiſtoire du Siege
réchal deCamp., à l'attaque de
la Sambre .
Le Regiment Dauphin attacha
pendant la nuit , le mineur
àla face de la corne droite , се-
luy de la gauche ayant eſté attachéla
nuit precedente. Cela
fut fait avectout le ſuccés pofſible
, aprés que les Troupes
eurent efſuyé le feud'unegran
de quantité de Grenades. Le
même Regiment fit enſuite un
logement tres avantageux , en
prefencedeMrs de Sainte Maure
, de Carman & Poncet , fur
une redoute cafematée , dans
lacourtine de l'ouvrageà corne
, de forte qu'il impoſoit aux
flancs des deux cornes, dont le
feu eſtoit tres-dangereux pour
la communication aux deux
mines.Aprés cela on fit recon.
noiſtre la Caſemate en bas,elle
du Chaſteau de Namur. 233
ſe trouva abandonnée,ainſi que
trois pieces de Canon , qui
eſtoient dedans , quoy qu'il y
euftunebonne communication
dans le foſſe bien à l'épreuve ,
& couverte juſques à une poterne
qui entroit dans l'ouvrage
à corne . On logea 25. Grenadiers
dans cette communication
pour s'affeurer de ce poſte,
aprés quoy on ouvrit une Sape
vis-à-vis le pied de la brêche
pour y tenter un logement , ce
qui fut executé de la maniere
fuivante . Huit Soldats choiſis ,
& un Sergent le pot en teſte ,
conduits par un Ingenieur ,
ayant chacun une pefle & une
pioche, monterent à la bréche
qui estoit preſque impratiquable
, le Canon ne l'ayant pas
affez éboulée pour y pouvoir
monter ; ils marcherent en ſi234
: Hiftoire du Siege
lence juſques au haut fans y
eſtre découverts par la précaution
qu'ils avoient enë d'attirer
tout le feu des Ennemis du côté
où eſtoient attachez les Mineurs
, afin de le détourner de
celuy où l'on vouloit faire le
logement.
Pendant ce temps, les huit
Soldats travaillerent , & ce fut
ſi tranquillement , qu'on hazarda
d'y faire paſſer en trois
fois une vingtaine d'hommes ,
& trois Sergens , qui travailerent
trois quart-d'heure
avec la meſme tranquillité ,
aprés quoy un Major general
Eſpagnol parut ſur la breche ,
criant , mata , mata Les Travailleurs
un peu étonnez defcendirent
dans le foffe , à l'exception
du Sergent , qui ne
du Château de Namur. 235
confidera point qu'eſtant reſté
ſeul il pouvoit eſtre accablé de
toutes les Troupes qui estoient
dans cet Ouvrage. Mr leComte
de Sainte Maure ,qui s'eſtoit
le premier imaginé de faire
monter à la breche pour tenter
le logement , & qui estoit au
pied pour en attendre leſuccés,
ſe mit en teſte de faire remonter
les Travailleurs,& leur dit
que si les Ennemis crioient encore
mata, ils devoient crierde leur côn
sé, të. Cela fut executé. Il ſe
mit à leur teſte , & les fit remonter
encriant luy- meſme ,
tuë , tuë , tuë. Ils furent ſuivis
de dix Grenadiers , & eſtant
montez fur le haut de la brêche
, ce Comte cria ,
les trois Compagnies de Grenadiers.
Auffi-toſt ces Compagnies
monterent , & peu de temps
moy ,
236 Hiſtoire du Siege
.
aprés fix détachemens de Fuſeliers
, qui estoient tout preſts
dans la Tranchée, foutenus de
trois Bataillons. M.Cabre, Aide
de Camp de Monfieur , monta
auſſi avec quelques autres , &
tout ce qu'il y eut d'Ennemis
en haut fut pouffé. On fit
monter les Travailleurs , qui
ſe trouverent preſque tous Piquiers
du Regiment Dauphin ,
& l'on fit deux bons logemens
fur cette corne droite
de l'Ouvrage . Les Ennemis occupant
toujours celle de la gauche
, jetterent continuellement
des grenades ; & comme le
Regiment Dauphin vouloit
avoir la gloire de tout , & qu'il
s'agiſſoit de chaffer les Ennemis
de la corne droite , pour
étendre le logement fur tout
l'Ouvrage , on détacha une
du Chasteau de Namur. 237
Troupe de Grenadiers pour
aller tâter les Ennemis. Iltomba
dans leurs mains un Eſpagnol
, qui croyant que tout
Ouvrage fuſt encore occupé
par leurs Troupes , ne fit point
difficulté de ſe mêler pariny
nos gens. Il n'eſtoit pour lors
que minuit. Cet Eſpagnol fut
ſaiſi , & queſtionne , & l'on
apprit de luy , qu'ilvenoit averzirses
gens qu'il estoit temps dese
retirer , leurs Camarades en ayant
fait autant , pour laiſſer jouër la
mine ſous l'autre Bastion ,
avoit ordre d'aller mettre le feu.
Sur cela on le menaçade le poignarder
s'il n'enſeignoit l'endroitoù
eſtoit la mine , ce qu'il
fit. On oſta le ſauciſſon qu'on y
trouva introduit , & l'on y l'afſa
une bonne garde. M. de Sainte
Maure alla rendre compte au
où il
238 Histoire du Siege
Roy de ce qui s'étoit paffé. Le
logement fut continue ſur les
deux cornes , & en état de deffenſe
au point du jour , ce qui
donna une fi grande terreur
aux Ennemis , qui ne ſcachant
à quoy attribuer leur malheur ,
&fe trouvantdans une confternation&
dans un abbattement,
qui les mettoit hors d'état de
faire aucune action de vigueur
outre qu'ils eftoient perfuadez
qu'iln'y avoitpoint de ſecours
àeſperer du Prince d'Orange ,
ils battirent la chamade à cinq
heures du matin. M. le Marquis
de Ronceroles , Aide de
Campdu Roy , de jour , & M.
leComte de Sainte Maure ,Aide
de Campde Monſeigneur le
Dauphin auſſi dejour, qui eftoit
déjade retour aprés avoir porté
la premiere nouvelle de ce
du Chateau de Namur. 239
qui s'eſtoit paſſé pendant le
temps que l'on travailloit à ſe
loger,allerent tous deux porter
celle de la réduction du Chaſteau
,&comme il y avoit deux
chemins pour ſe rendre au
quartier de S. M. ils convinrent
d'en prendre chacun un , afin
que cette agreable nouvelle
faſt ſquë le pluſtoſt qu'il ſeroit
poffible. M.de Sainte Maure arriva
lepremier.LeRoymarqua
d'abord,qu'il avoitde la peine à
s'imaginer que cette grande
nouvelle fuſt veritable.Elle luy
futpeu aprés confirmée parM.
de Vauban, qui ayantvu le logementqu'on
avoit faitaprés la
tentative que Monfieur de Sainte
Maure avoit propoſée , dit ,
qu'ilestore fort bon, &enestat d'être
foutenu. M.de Vauban ditau
Roy, qu'il avoit vù dans le vieux
240 Hiſtoire du Siege
ouvrage àcorne plus de 20.pieces de
Canon,la plupart de 24. que nostre
Canon & nos Bombes avoient renverſées,&
dont ils avoient brifé les
affats. Sur lesdix heures du matin,
les Affiegez envoyerent au
Roy pour Otages, un Major,un
Lieutenant Colonel, & un premier
Capitaine . S. M. leur dit ,
qu'elle ne vouloit rien écouterà
moins que toute la Garnisondu vieil
ouvrage àcorne nefuftprisonniere
de guerre , ou que tout ce qu'il y
avoitde Troupes dansle Chasteau,
nefortist en mesme.temps à bonne
composition.
Enfin on convint de la Capitulation
, & voicy ce qu'elle
contenoit.
ARTICLES
Dela Capitulation que propoſerent
les Troupes de la Garnison du
Chasteau de Namur.
Son
du Chasteau de Namur. 241
I.
Son Excellence le Prince de
Barbançon Gouverneur de la
Place , Les Srs Manriquez , &
le Comte de Thian Généraux
deBataille , le Lieutenant Gouverneur
de ladite Place ,& tous
les Officiers & Soldats , de quelque
condition , Nation , Etat
& qualité qu'ils puiſſent eſtre ,
Cavalerie , Infanterie , & Dragons
à cheval & à pied , fortiront
de la Place avec armes ,
bagages & leurs effets , tamboursbattans
& enſeignes déployées
, balle en bouche
ineſche allumée auxdeuxbouts
par la porte du cours en deux
fois vingt quatre heures aprés
la ratification de la preſente
Capitulation, ſans que perſonne
puiſſe eſtre arreſté en leur corps
& effets , chevaux & bagages,
tant pour dettes contractées
L
t
1
242 Histoire du Siege
pendant le Siege qu'autrement
.
Accordé que la Garnison for
tira demain Mardypremier lwillet
àtrois heures aprés midy ,&donnera
ce soirà cing heures la porte
de l'Escalier du Chasteau du costé
de la Ville jusqu'à la maison du
Gouverneur , & il restera des officiers
de chaque Corps jusqu'à ce
que l'on ait entierement fatisfait
Ace qu'ils doivent dans la Ville.
II.
Que l'Infanterie pourra fortir
par labreche .
Accordé.
III.
Quela Garniſon compoſée
des Troupes du Roy & de
Brandebourg ſera conduite par
les chemins les plus courts &
en droiture à la Ville de Louvain
, & S. M. T. C. leur fera
da Chasteaude Namur . 243
fournir les vivres neceſſaires
juſque ſur les Terres de SaMajeſté
Catholique , avec leurs
effets & bagages ; elle ne fera
que trois heures de chemin
chaque jour ,& le ſecond jour
elle ſe repoſera. A cet effet S.
M. T. C. fera fournir trois
chariots à quatre rouës pour
chaque Compagnie , & un à
chaque état Major pour conduire
leurs bagages , Officiers
&Soldats bleſſez , qui pourront
ſouffrir le voyage , & ceux
qui ne le pourront pas fouffrir
reſteront dans la Ville de Namur
pour y eſtre panfez &
nourris juſqu'à entiere guerifon
, aux frais & dépens de S.
M. T. C. & aprés leur guérifon
ils feront renvoyez avec
paſſe-port à leur garnifon.
LeRoyveut bien que la Garnison
L 2
244 Histoire du Siege
composée des Troupes Espagnoles ,
vallons & de Brandebourg , estant
au Service du Roy Catholique, foit
ménée à Louvain parle plus court
chemin, à condition que cesTroupes
s'obligeront de ne faire aucunfervice
de troissemaines , & qu'illeur
Sera donné des vivres pour, quatre
jours pour leur donnermoyen d'arriver
audit Louvain. A l'égard des
chariots , comme il n'est pas poffible
d'en trouver presentement , ilfera
donnédeux ou trois Couvents pour
enfermer leurs meubles jusqu'à ce
qu'on puiffe fournir des chariots à
fix chevaux ; ce qui serafait incefſamment
au nombre demandé.
Quand aux bleſſez& malades du
Chasteau qui ne pourront pas estre
transportez , ilsferont mis à l'Hofpital
& pensezaux dépens du Roy
comme ceux desTroupes de Sa Majesté
, aprés quoy ilfera donnédes
du château de Namur. 245
paſſeports à ceux qui s'en voudront
retourner.
IV.
Que tout lebagage ne pourra
eſtre viſité non plus que trois
chariots couverts .
Accordé.
V.
Que tous les Officiers , Soldats&
autres , de quelque qualité
& Nation qu'ils foient ,
pourront reſter & continuer
dans le ſervice , ſans qu'eux ny
Ieurs parens puiſſent estre inquietez
ny moleſtez.
Refufé.
VI.
Aucuns Officiers ny Soldats
ne pourront eſtre arreſtez ny
leurs effets pour dettes contractées
tant avant que pendant.
le Siege .
L3
246 Histoire du Siege
Cet Article est répondu parcequi
eft marqué dans le premier.
VII .
Au cas que les Officiers , Soldats
& autres perſonnes qui ſe
font retirées au Chaſteau ,
ayent quelques meubles , hardes
ou effets à eux appartenans
dans la Ville de Namur , ils y
auront libre accés , & les pourront
retirer & emmener avec
eux, ou vendre durant le terme,
de trois mois , pendant lequel
terme les femmes & enfans
pouront refterdans ladite Ville
fans eftre inquietez ny moleſtez
dans leurs perſonnes, biens
& effets , & enfuite ſe retirer
où ils trouveront convenir , en
leur donnant les paffe-ports
neceſſaires .
Quoy qu'ilfoit porté dans la Capitulation
de la Ville que tout ce qui
du Chasteau de Namur. 247
veſteroit dans ladite Ville appartenant
aux officiers du château feroit
confiſquable, cependant le Roy
veut bien qu'il leurfoit permis de
retiver les effets qu'ils y ont laiſſezs
mais les Femmes & autres Officiers
& Soldats ne pourront demeurer
dans la Ville..
VIII.
Les Officiers & Soldats pourfont
entrer dans ladite Ville
pour y chercher & achepter
tout ce qu'ils auront de beſoin
pour leurs neceſſitez pendant
leur ſejour dans le Chaſteau .
Refuse,
IX.
L'Intandant de la Province
jouïra du benefice de la preſente
Capitulation , ainſi que
les Receveurs & autres Officiers
Royaux ,qui ſe ſont retirez
au Chafteau.
L 4
248 Hiftoire du Siege
L'Intendant de la Province demeurera
dans la Villepour lafeureté
dupayementde ce qui peut estredew
par le Roy d'Espagne auxHabitans
de ladite Ville.
Χ.
Sa M.T. C. ſera tenuë de
faire fournir 30. Chariots à 4.
rouës , astelez chacun de fix
chevaux , pour conduire les
bagages & les effets du Gouverneur
Lieutenants Généraux
, & Majorde la Province .
Le Roy entre cy &quinze jours
fera fournir les chariots,&jusqu'à
cetemps- là ilfera donné à Mr le
Prince de Barbançon,& autres denommez
dans cet Article, un bieu
pour enfermer leurs hardes.
XI.
Juſqu'à l'entiere évacuation
du Chaſteau , perſonne des
Troupes de S.M.T.C.n'y pourdu
Château de Namur. 249
ra entrer , & elles reſteront au
lieu & endroit qu'elles occupent
preſentement.
Accordé jusqu'à trois heures
aprés midy, que les Troupes du Roy
entreront dans le Chafteaw.
ΧΙΙ .
i
Que M. de VVinberghen ,
General Major des Troupes de
Hollande , fortira du Chaſteau
avec les trois Bataillons ,qui font
des Troupes de Hollande par la
Breche , comme il eſt dit cydevant
pour les Troupes de S.
M. C. & deux pieces de Ca
non qui font à l'Estat , leur
fourniſſant 24. batteaux de
Meuſe pour le tranſport dudit
Général Major , deſdits Bataillons
, pieces de Canon & bagages
, avec l'eſcorte neceffaire
juſqu'à Liege.
Le Roy desire que Mr de VVin-
L
250 Histoire du Siege
herghen avec les Troupes de Hol-
Lande , aprés estre forty par la breche,
ailleà Louvain avec les deux
pieces de Canon apartenantes à l'Etat.
A l'égard des voitures des bagages
, il leur fera donné un lieu
pour enfermer leurs hardes jusqu'à
ceque les chariots neceſſaires puisfent
estre livrez : ce qui fera fait
inceſſamment.
XIII .
Que les Bleſſez & Malades
feront traitez , & reſteront dans
la Vile , comme il eſt dit cydevant.
Accordé lamesme chose à l'égard
des malades des Troupes deHollan.
de qu'à celles d'Espagne estant au
Service du Roy Catholique.
XIV .
Que tous les Officiers & Soldats
faits priſonniers de part &
d'autre pendant le Siege feront
du Chasteau de Namur. 251
!
rendus ſans rançon .
Accordé. Le Roy defire que s'il
yaquelque prisonnierdes pays de S.
Majestéfaits pourla contribution ,
ilssoient mis en liberté.
XV .
Que S. M. T. C. accordera
aux Troupes du Roy Catholique
quatre pieces de Canon &
deux Mortiers avec leurs affuts
& autres chofes neceſſaires
fervant à leurs uſages , & avec
poudre , balles & bombes pour
tirer fix coups de chaque piece,
& les chevaux neceſſaires pour
les conduire .
Ils feront voiturez à Louvain
entre.cy &dixjours.
FAI Tau Quartier du Roy
devant le Chasteau de Namur
le 30. Juin 1692 .
Signé,BERSTEL,& TANILA.
L6
252 Histoiredu Siege
FAITau Camp devant le Chân
teau de Namur le 30 Juin 1692.
Signé , LOUIS.
>
On apprit qu'une des plus
grandes incommoditez que les
Affiegez euſſent ſouffertes
avoit efté le manque d'eau & de
biere , & que le 29. une de nos
Bombes leur avoit tué prés de
quarante hommes ,ayant donné
contre leur muraille & leurs
rochers d'ardoiſes , ce qui fit le
meſine effet que ſi les pierres
avoient eſté des cartouches. On
fceut auſſi que noſtre-Canon
leur avoit tué 27. foldats en
deux coups , & qu'une de nos
bombes qui estoit tombée dans
'Hoſpital du Donjon , l'avoit
renverfé fur une centaine de
bleſſez ou de malades qu'elle
avoit tous écrafez. On ajoutaàcela
que ce qui les avoitex
da Chasteau de Namur. 243
tremement tourmentez , s'eſtoit
que lors qu'ils relevoient leurs
gardes & qu'ils vouloient prendreun
peu de repos , ils ſemettoient
ſept ou huit enſemble ,
afin que l'un d'eux veillaſt , &
qu'il puſt reveiller ſes Camarades
, quand il eſtoit tombé une
bombe prés de l'endroit où ils
ſe mettoient ; mais que comme
il y en tomboit une grande
quantité , ils entendoient crier
ſi ſouvent , Gare la Bombe , qu'il
leur étoit impoſſible de dormir,
cequi avoit continué pendant
tout le Siege ,
Tranchée du 30. au 1. defuillet.
Deux Bataillons des Vaifſeaux
à la droite. Le troiſième
du Royal des Vaiſſeaux , & le
premierdu Royal de la Marine
à la Sambre. Il n'y eutpointde
détachement pour le Chaſtean
neuf.
254 Hiſtoire du Siege
Officiers Generaux.
M. le Duc , Lieutenant Ge
neral .
M. le Duc de Roquelaure ,
Maréchal de Camp.
M. de Seguiran , Brigadier .
La Capitulation eſtant faite,
là nuit ſe paſſa tranquillement
depart& d'autre . Le Roy nomma
Monfieur le Prince pour
voir fortir la Garniſon l'aprefdinée
, & M. le Maréchal de
Humieres pour accompagner
Son Alteffe. Il fortit environ
deux mille cinq à fix censhommes.
On vit paroiſtre d'abord
150. Chevaux avec le Prince
de Barbançon , qui ayant ſalué
Monfieur le Prince de l'Epée ,
vintàluy enſuite Chapeau bas.
11 fut receu avec toutes les civilitez
imaginables , & demeura
toujours auprés de Monfieur le
du Château de Namur. 255
Prince. Les Regimens du Rhingrave
& de Barbançon pafferét
aprés, & furent fſuivis de celuy
du Prince Charles de Brandebourg.
Les Grenadiers de ce Regiment
avoient des Bonnets en
maniere de Mitres en broderie
de ſoye ſur le devant. Ce qui
reſtoit de ces Grenadiers fut
trouvé affez bon. Les VValons
vinrent enfuite,& paruret d'afſez
méchantes Troupes. Les
Eſpagnols firent l'Arrieregarde.
La pluſpart eſtoient jeunes ,
petits, mal vêtus , & fort délabrez.
La pluye qui tomba toute
cette apréſdînée n'aida pas à
faire paroiftre ces Troupes .
Pendant qu'elles paſſerent ,
Monfieur le Prince entretint
M.de Barbançon d'une maniere
auſſi delicate que fpirituelle,
&parla de la longue défenſe de
256 Histoire du Siege
ce Gouverneur , en luy repaffant
tous les Sieges que le Roy
avoit faits en Perfonne ,qui n'avoient
pas tenu le tiers du tems
qu'avoit fait le Chaſteau qu'il
venoit de rendre . M. de Barbançon
répondit fort poliment
à tout ce que luy dit Monfieur
lePrince.
Pendant que la Garniſon fortoit,
le Roy étoit à l'Abbayede
Floreff, avec Monſeigneur &
Monfieur. M.de Luxembourg
& M. de Bouflers s'y eſtoient
rendus, & S.M.y demeuradeux.
heures en conférence .
Rien ne peut mieux ſuivre le
Journal de ce Siege,que le Plan
des attaques , felon qu'elles ont
eſté pouſſees. Vous trouverez
icy l'explication des lettres de
renvoy quifont dans la planche.
و
1
BOUR DE LA
TILLE
LYON
809 *1895
*
S
Fo
oil
e.
256
ce
fant
avo
V01
qu
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bar
àt
le 1
I
toi
Flo
M
&
rer
he
1
Jo
de
eft
ic
re
7
du Château de Namur. 257
AAAA Le Chasteau.
B Une partie de la Ville.
CFort Guillaume ou des Hollandois ..
D Attaque du Chasteau .
E Attaque du Fort Guillaume.
F Redoute d'où l'on chaſſales Ennemis,
le 15 .
G Ravins & Monticailles que cing
Bataillons des Ennemis occupoient
d'où on les chaſſale 7.juſques à la
Redoute F.
HBatteries de la Sambre qui voyoiet
à revers les ouvrages dudit Fort.
IAttaques par où les Grenadiers
entrerent dans les chemins couverts
le 22. à neuf heures du
foir.
KBatteries de Mortiers & de Canon.
L Redans ou la Carriere.
Lefront où Poligone exterieurdu
Fort Guillaume, est de cent quatrevingt
toiſes d'une pointe à l'autre.
258 Histoire du Siege
MN&par ces mesures onpeutju
gerde la grandeur du premier ou.
vrageà corne du Chasteau & des
autres pieces plus retirées du mesme
Chasteau , tous ces ouvrages estant
furunemesme échelle.
Je ne donne point icy de liſte
generale de ceux qui ont eſté
tuez ou bleſſez pendant ce Siege
, puis qu'en ayant donné à
toutes les attaques qui ſe ſont
faites , ce ne feroir que repeter
ce que j'ay déja marqué.
Le 30. à dix heures du foir ,
on fit à l'Armée de M. de luxembourg
les ſalves de réjoüiffance
pour la priſe de Namur
de lamaniere ſuivante.
L'Infanterie eſtoit ſur deux
Lignes , & s'étendoit en monrant
du coſté de Long camp ,
& elles commençoient à Spi.
La Cavalerie estoit auſſi fur
du Château de Namur . 259
deux Lignes , la droite au Chaſteau
de Roques , & s'étendoit
du coſté de Namur. Le Canon
■ étoit entre l'Infanterie & la Cavalerie&
futtout tiré à boulets
Onentiroit 112. à chaque falve.
L'Armée de Bouflers qui
étoit àune lieuë de celle de M.
de Luxembourg , commença .
Elle tiroit 36. coups à chaque
falve , & des que la Moufqueterie
finiſſoit , noſtre Canon
recommençoit à tirer.
Le 2. de Juillet l'Eveſque
de Namur vint ſaluer le Roy ,
& preſter le fermentaccouſtumé.
La Ville estoit venuë le
jour précedent dans la meſine
intention. Le Roy leur fit connoiſtre
que ce n'eſtoit pas l'ufa---
gede France que les Bourgeois
pretaſſent ſerment ,& leur dit ,
1
Hiftoire du Siege
:
que s'ils eftoient bons Sujets , il leur
feroitbonMaistre.
Je vous envoye l'état d'une
diſtribution faite par le Roy.,
que vous ne ferez pas fachée de
voir.
VILLE DE NAMUR.
:
Le Gouvernement de la Ville &
Chaſteau deNamur ,àM. le Comte
de Guifcar.
La Lieutenance de Roy de la
Ville , à M. d'Avejan , Lieutenant
Colonel de Languedoc .
La Majorité à M. Bougon ,
Major du Chasteau de Dinant .
L'une des Aides Majoritez, à
M. de Briffac , Lieutenant desGre
nadiers du Regiment du Roy.
L'autre Aide Majorité, à M.
Danville , Sous Brigadier de la premiere
Compagnie des Mousquetai-
7c5.
:
du Château de Namur . 261
La Capitainerie des Portes,à
M. Dumet , Mousquetaire de la
fecondeCompagnie.
CHASTEAV DE NAMUR.
Le Commandement à M. de
Monlineuf, Lieutenant de Roy de
la Villede Dinant.
La Lieutenance de Roy , à M.
deReynac , Major du Regiment
de Navarre.
La Majorité, à M. de Misiancours
, Capitaine des Grenadiers du
Regiment de Bourbon.
L'Aide- Majorité , à M. Dubois
des Bordes , Lieutenant au Regiment
d'Infanteriede Toulouse.
VILLE DE DINANT.
La LieutenancedeRoy , vacante
par la promotion deMrde Monlineuf
à M. de Vaille , Major de
Ladise Ville.
262 Histoire du siege
La Majorité de ladite Ville ,vacante
par la promotion de M. de
Valeille,à M. le Chevalier de Trefmanes
, Capitaine des Grenadiers
deChampagne.
CHASTEAV DE DINANT.
LA Majorité , vacante par la
promotion de M. de Rougon , à M.
Capitaine au Regiment
de Ras
2
d'Orleans.
Le Roy partitle 3. du meſme
mois & emmena dix Compagnie
des Gardes Françoiſes ,
trois des Suiffes , les deux Compagnies
des Mouſquetaires , le
quartier des Gendarmes,& des
Chevaux. Legers , & le Guet
des Gardes du Corps , & montrapar
là à ſes Ennemis qu'il
n'avoit pas beſoinde toutes ſes
du Château de Namur. 253
Troupes pour s'oppoſer aux efforts
de la Ligue .
THEQUE
DE
FIN.
Le Plan doit regarderlapage 257
AUGUSTINIANA
LVGDUNENSI
26090
Push: 8.8
J.3105
80/237
801237
HISTOIRE
DU
11
SIEGE
DU CHASTEAU
DE NAMUR.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , ruë
Merciere au Mercure Galant.
M. DC. XCII.
AVEC PRIVILEGE DV ROr.
ےن
:
A MONSEIGNEUR ,
MONSEIGNEUR
LE COMTE
DE TOULOUZE ,
AMIRAL DE FRANCE.
ONSEIGNEUR ,
Il n'y a perſonne qui ne
cruft , qu'en mettant le
ǎ 3
LYOY
LA
ELD
EPITRE .
nom d'un Prince de voſtrè
ågeàla teſte d'un Ouvrage,
l'Eloge de ce Prince ne
dust rouler ſur des choses
proportionnéesàſa jeunefe.
Il ne s'agit MONSEIGNEUR
, de rien
moins que de cela dans cette
Epiſtre , & l'auguste
fangdont vous fortez, n'a
jamais attendu quelenombre
des années le fiſt entrer
dans la carriere de la
gloire. Ainfije ne dois parlerque
des Campagnes de
EPITRE.
V. A. Elle en a déja fait
deux ,&s'est trouvée aux
Sieges de deuxdesplusforzes
, &plus importantes
Places de l'Europe. On
vous a vû , MONSEIGNEUR,
pendant la premiere
Campagne, monter
•la tranchéeàlatêtedevôtreRegiment
avec unfang
froid digne de vostre naiffance,
mais fort au- deßus
de vostre age,pendant que
toute la Cour trebloit pour
vous.Vousn'avèspasfeua
4
EPITRE.
lement paru dans vostre
Seconde Campagne comme
Aide de Camp du Roy ,
mais encore comme Compagnon
desperilsque S.M.a
courus, c'est -à-dire,que V.
A.aétéexposéeàune infinité
de dangers auſquels
nous n'oferions penſer ſans
fremir. Vous avez vû donner
des aſſauts; vous avez
remarqué , fans aucune
crainte tout ce que le plus
grand carnage peut étaler
d'horreur dans ces fortes
- EPITRE.
d'occaſions. Vous avez vû
des Braves de l'un & de
l'autre party dans les bras
de la mort.Vous avez entendu
le bruit des balles autour
de vous , V.A.aconnu
qu'elles ne respectent
perfonne, par ceux qu'elles
ont frappez à ses costez
Cependant vous n'avés pas
montré plus d'émotion que
fi ces Combats n'avoient
efté qu'un agreableſpectacle.
Il y a plus, MONSEIGNEUR
. Ces balles ont
s
EPITRE.
me
attaqué V.A. mesme , &
Elle a fenty leurs coups.
C'est icy où l'expreßion
manque,ne trouvantpoint
de termes pourbien mettre
dansſonjour la tranquillitétoute
heroïque,que vous
fiſtes voir lors que leRoy
ayant demandé,s'ily avoit
quelqu'un de bleßé , vous
répondistes en foûriant ,
fans paroiſtre emu d'une
groffe contusion que vous
reçutes, que vous croyiez
que quelque choſe vous
EPITRE.
avoittouché.Ces manieres
intrépides qui tienent tout
du Heros,&auſquelles je
nepuis donnerde nom ,feroient
incroyables ,fi vous
n'aviez point l'heureux
avantage , d'estre néd'un
fangdont on nevoitquedes
prodiges. Quelleglorieuse
Campagne pour V. A. &
qu'elleportera loin lagloire
denostre Auguste Monarque
! L'Histoire n'en fournit
point de pareilles , à
moins que deremonter jus-
6
EPITRE.
ques à Cefar qui aßiegea
autrefois Alize , prés de
Flavigny en Bourgogne , à
la veuë de Vercingentorix,
qui avoit affemblé toutes
les Troupes deſes Alliez
dont il avoit formé une
Armée nombreuſe,pour l'obliger
de lever le Siege , ce
qu'il fit inutilement , puis
que Cefar emportala Place
devant ce grand nombre
de témoins. S'il faue
foüiller dans tant de fiecles
pour trouver une ac
EPITRE .
tion qui approche de celleque
vient defaire le Roy
en prenant Namur à la
vûë de cent mille hommes,
peut- estre s'en paffera- t- il
encore beaucoup,avant que
l'on envoye deſemblables ,
fi ce n'est qu'il plaiſe au
Roy d'en faire encore de
nowvelles. Ce Monarque
pourroit s'afſſurer d'unſuccés
heureux , puis qu'il ne
combat que pournous donner
la Paix. Je ne doute.
point,MONSEIGNEUR,
EPITRE .
que vous ne l'apprehendiés
cette Paix tant soubaittée
des Sujets mesme des
Princes liguez ;mais l'impatiente
valeurqui nefait
reſpirer que lagloire àV.
A doitſe moderer en confidérant
que cette Paixfera
Louvrage de Sa Majesté
pour le repos de l'Europe.
Que vous devez estresatisfait
d'avoir fait deux
Campagnes aux coſtez
d'un Royqui vous a apris
à n'i point trembler!Rien
EPITRE .
nemanqueraàvotregloire
fivous profitez des leçons
qu'il vous a données. Enfin
tout paroist d'accord
pour vous rendre le plus
glorieux , & le plus benreux
Prince de la terre.
Voftre esprit répond à l'intrepidité
que vous vene,z
de faire paroiſtre. Vos inclinationsfontgenereuſes.
&la nature ayant comblé
V.A.de tous ses trefors ,il
n'y a point de Conquestes
où vous nepuißiez prétenEPITRE.
dre. Ainsi il ne voussçauroit
coûter quedesſouhaits
pour aller außi loin en toutes
choses qu'il peut estre
permis d'esperer àun Prince
de vôtre naiſſance. Comme
on ne peut dire plus ,
j'impoferay filence à mon
Zele,&me contenteray de
vous affurer que je suis
avec un profond respect ,
MONSEIGNEUR ,
De Voftre Alteffe ,
Le tres humble & tresobeïffant
Serviteur ,
DEVISE ,
***** ***
AVIS.
Lſeroit mal aiſé qu'aucun
Ouvrage euſt plus de
fuccés qu'en a cula Relation
du Siege de la Ville de Namur,
qui ſert de premiere
partie à celle de l'Hiſtoire du
Château.Toute l'Impreſſion
en a efté debitée en ſix ou
ſept jours ; & fi on en parle
icy , c'eſt parce que l'on ſe
croit obligé d'avertir le Public
qu'on en fait une ſeconde
du meſme caractere que
AVIS.
celle cy ; afin de fatisfaire
ceux qui voudront les faire
relier enſemble. Comme rien
n'excite tant àbien faire que
le ſuccés , les applaudiffemens
qu'a receus la Relation
du siege de la Ville , ont fait
prendre de nouveaux ſoins
pour procurer le meſme avantage
à celle du Chaſteau.
Auſſi peut- on dire que jufques
à cet Ouvrage on n'a
jamais veu que ſuperficiellement
ce que c'eſt qu'un Siege
& les diverſes occupations
des Troupes devát une Ville
qu'on attaque. On trouvera
ZAVVIS.
dás ce Volume cinq Deſcri-
-ptions qui doivent faireplaifir:
fçavoir l'attaque des hauteurs
, celle de la Redoute
de l'Hermitage ou des Carrieres
, celle du Fort Guillaume
; celle des deux Chemins
couverts du vieil Ouvrage à
corne , &celle du logement
faitdans ce meſme Ouvrage.
Ileneſt ſi peu parlé dans tout
cequi a eſté donné au Public
là deſſus , qu'à peine les
diftingue tron des jours ordi.
naires de tráchée.C'eſt ce qui
aobligéd'étendre ce quic'eſt
paffédans ces cinq Actions ,
2
AVIS.
determ
afin qu'étant bien repreſenté
à l'imagination, elle s'en forme
une idée ſi forte , qu'en
s'appliquant à cette lecture,
on croye voir ce qu'on ne fera
que lire.Ces endroits étát
moins enveloppez que les
autres,de termes peu connus
à d'autres qu'aux gens du
métier,feront plaiſir à toutes
fortes de perſonnes , à cauſe
de la quantité de belles actions
qu'on y trouvera. Il
auroit eſté facheux qu'elles
euſſent eſté perduës , ce qui
ſeroit arivé, puis que la grande
Hiſtoire ne peut entrer
AVIS.
dans ces fortes de détails . Les
autres journées du Siege ſont
decrites à proportion de ces
actions. Cependant malgré
tous les ſoins que l'on a pris ,
&l'examen qu'on a fait de
plus de trois cens Relations,
on eft preſque perfuadé qu'il
s'y fera gliſſe quelques fautes
, eſtant malaiſé que l'on
ait mis quelques Officiers
Generaux de tranchée un
jour au lieu d'un autre , &
qu'on n'ait fait faire quelques
travaux pendant une
nuit , qui auront eſtéfaits la
nuit précédente ou la ſuivante;
mais ces tranſpoſitiós
:
AVIS.
n'empeſcheront pas que fon
n'aprenne ce qui ſe ſera pafſé
au Siege ,& ne peuvent
que dóner lieu aux Critiques
de dire, que ce Siegen'eſtpas
dans la derniere exactitude.
Malgré ce defaut , & les autres
fautes de cette nature
qui pourront s'y rencontrer,
peut- eſtre eſt- il vray de dire
, qu'on n'a jamais fait une
Relation plus éxacte & plus
remplie de circonſtances cu
rieuſes à moins qu'elle n'ait
eſté écrite par des Generaux
meſmes.Enfins'il y ades fautes,
le Public doit eſtre aſſuré
?
ontsy
AVIS.
:
qu'on n'a rien mis que l'on
n'ait trouvé du moins dans
trois ou quatreRelationsdif,
férentes . Ce Siege doit eſtre
plus curieux que les autres,
parce que le Roy qui s'eſt
donné la peine de le conduire,
avoit en meſme temps,&
les Affiegez à combatre, & à
Alliegeza
s'oppoſer à une Armée de
cent mille hommes , ce qui
demande la plus parfaite intelligence
dans le métier de
laGuerre. Quelques précautiós
qu'on ait priſes pour em.
peſcher que le Publicne máque
de cette Relation; comAVIS.
me il a manqué de celle du
Siege de la Ville, il y a grande
apparence que cette premicre
Edition ne ſuffira pas.
Ainſi on prie ceux qui y
connoiſtront des fautes,d'en
avertir,& fur tout des belles
actions que l'on y aura oubliées
, &des noms de ceux
qui ſe ſeront diſtinguez dans
quelque occafion remarquable,
afin qu'on répare ce
que l'on aura manqué.
6
-OHISTOIRE
DU SIEGE
DU CHASTEAU
DE NAMUR
i
1
OUT ce qui brille
T d'abord , ne conſerve
pas toûjours le même
éclat, & l'on voit fouvent
des choſes perdre beaucoup
de leur prix lors qu'elles
font regardées de prés . Il y en
a d'autres dont on ſe trouve
THEQUE DE LAVE
LYON
A
21 Histoire du Siege
tellement remply , de quelque
coſté qu'on les confidere , que
dés la premiere veuë , on demeure
convaincu qu'on ne
peut rien ajoûter à ce qu'elles
ont de merveilleux. C'eſt un
fond de beauté ſigrand, & tellement
au deſſus de la premiere
idée que l'on s'en eſt pû former,
que fi-toſt qu'on les examine
dans toute leur étenduë ,
&avec toute l'attention qu'elles
demandent , on trouve qu'il
n'eſt pas poſſible d'en bien concevoir
toute la grandeur.Telle
eſt la conqueſte de Namur.
L'importance dont cette Place
eſt au Roy , & les difficultez
qui ſe rencontroient à l'emporter
,& qui paroiffoient in-
Turmontables font chaqure
jourdécouvrir combien ce Monarque
s'eſt couvert de gloire ,
د
du Château de Namur. 3
& combien il procure d'avantages
à ſes Sujets par ſa priſe. Il
a fallu qu'il ait combattu les
Elemens , les hommes , l'art &
la Nature ,& c'eſt ce que je
prétens vous faire voir en vous
parlant de quelques fortifications
des ouvrages qui défen
doient le Chasteau , d'une ma
niere dont aucune Relation
publique n'a encore parlé. Ces
circonstances vous feront con
noiſtre que fi le Roy n'euft pas
eſté en perfonne à ce Siege , il
auroit eſté preſque impoſſible
de faire pancher la victoire du
coſté que ce Prince l'a obligée
àſe declarer . Enfin , cette conqueſte
luy eſt glorieuse par
tant d'endroits differens, qu'on
peut dire qu'en la faifant,il n'a
pas ſeulement pris une Place
forte , mais que tous les ouvra-
A 2
4 Histoire du Siege
ges qui l'environnoient étoient
comme autant de fortes Citadelles
dont il s'eſt rendu Maî
tre , & qu'ainſi il a fait pluſieurs
conqueſtes par la priſe
d'une ſeule Ville. J'ajoûteray
à cela que ſi on fait réflexion à
la forte Garniſon qui a pref
que pery pendant le Siege, tant
dans la Ville que dans le Châ
teatu , leur priſe tient lieu à Sa
Majesté d'une grande conquête
tout enſemble , & d'une Bataille
gagnée , puis que les Ennemis
n'auroient peut- être pas
perdu plus de monde dans un
Combat. Cependant ce Siege
n'a pas eſté moins fatiguant
pour le Roy & pour ſes Troupes
qu'un Siege d'Hiver , mais
il ſemble que le mauvais temps
ne ſe ſoit declaré en faveur des
Ennemis en cette occafion, que
du Chasteau de Namur.
pour relever la gloire de ce
Monarque , & faire voir que
rien n'eſt capable de rebuter
fon courage. En effet , les dif
ficultez n'ont ſervy qu'à faire
connoître avec combien d'application
& de ſoins il a ſceu
furmonter tous les obſtacles
qui s'oppoſoient à ſon entrepriſe.
C'eſt peut- être l'unique
Siege qui ſe ſoit jamais fait devant
une Armée de prés de
cent mille hommes . Cepen
dant il y a deux choſes à remarquer
à la gloire du Roy ,
auſquelles on ne peut donner
affez de loüanges , & qui enſemble
font voir que quand ce
Prince a formé quelque defſein
, où il peut en perſonne
donner ſes ordres , & réparer
par ſa prudence ,par fa penetration,&
par fon activité , les
A 3
6 Histoire du Siege
Jes manquemens qui pourroient
arriver , les meſures
qu'il prend pour cela ſont ſi
juſtes , que le ſuccés en eſt tou
jours immanquable. L'une eft
fa bonté pour ceux qui doivent
avoir la gloire de devenir ſes
Sujets , Cette bonté a paru pour
les Habitans de Namur , puis
qu'il a voulu leur épargner le
chagrin de voir ruiner leur
Ville par les Bombes , quoy
qu'il euſt pû par là éviter beau
coup de dépenſe en ſe rendant
plûtoft Maiſtre de la Ville , car
il n'y avoit aucune apparence
qu'il puſt fi -toſt achever cette
conqueſte. Cependant le Ciel
ayant voulu récompenfer les
genereux égards qu'il a eus ,
T'en a rendu Maiſtre en auſſi
peu de temps , que fi les Bour
geois,voyant leur Ville en feu ,
"
du Chapeau de Namur.
euſſent forcé les Troupes de la
garniſon à fe foumettre .Le Roy
auroit pû auſſi venir plûtoſt à
bout du Chasteau , ce qui luy
auroit épargné les immenfes
dépenſes qu'il a eſté obligé de
faire en Convois , pour nourrir
une Armée ſi nombreuſe ; mais
il s'eſt fait une gloire de mon
trer que rien ne luy estoit plus
cher que la fatisfaction & le
bien des Peuples , ainſi que le
fang de ſes Troupes , & c'eſt la
feconde choſe que j'avois à vous
faire remarquer , & qui fera
admirer ce Prince au delà de
tout ce que l'on peut s'imagi
ner , par ceux qui voudront y
faire la moindre reflexion.
Ce que j'ay à vous dire là
deſſus paſſeroit toute croyance ,
s'il ne regardoit le Roy , & jar
mais perſonne ne ſe le ſeroit
A 4
8 Hiſtoire du Siege
imaginé. Ce Monarque ſe trou
vant devant une Place tresforte
, & munie de toutes les
choſes neceſſaires à ſa défenſe ,
& pouvant l'emporter auffi-tôt
qu'il l'auroit fouhaité , tant ſes
Troupes faifoient paroître d'ardeur
pour voler aux affauts ,
toute la terre auroit cru qu'il
les auroit laiffé ſuivre avecjoye
les boüillans mouvemens d'une
valeur toûjours triomphante ,
fur tout voyant que les Ennemis
aſſembloient de nombreuſes
Troupes pour luy faire lever
le Siege ; ce qui leur eſtoit
fi important , qu'ils devoient
tout rifquer pour executer leur
entrepriſe. Čes grands apprêts
ne l'ébranlent point , au contraire
il les mépriſe , parce que
ſa prudence luy a fait prendre
des méfures pour les méprifer
duChâteau deNamur. 9
avec ſeureté. Ils fontagitez , il
efttranquille. Il donne jour &
nuitdes ordres , non-feulement
pour fon Armée qui s'oppoſe à
celle des Princes liguez , &
pour le Siege qu'il a entrepris,
mais pour une bataille& pour
une attaque , & enfin pour tout
ce qui peut foulager ſes Troupes.
On croit que pour s'épargner
des foins , des inquietudes
,des peines & de la dépenſe
, il va donner un affaut au
Fort Guillaume , mais il ne ſe
preſſe point , & il écoute fa
Cour , avec un fang froid qui
fait briller ſa ſageſſe. Il eſt
perfuadé que fes Troupes n'attaquent
rien qu'elles ne l'emportent
, mais il apprehende
pour leur fang. Plus on ad'imparience
d'attaquer de nouveaux
ouvrages ,plus il ordon-
BS
A
Hiftoiredu Siege
ne à M. de Vauban, de ne rien
faire entreprendre où il y ait
trop de riſque , & d'employer
tout fon art pour menager les
Troupes , de forte qu'il a laiſſe
quelquefois travailler des huit
jours entiers , lors qu'il auroit
pû en les expoſant ſe rédreMaiſtre
en une heure des ouvrages
qu'il eſtoit queſtion d'attaquer.
Jamais rienn'a marqué tant de
bonté , tant de conduite , tant
d'intrepidité , & tant de mépris
pour le Prince d'Orange , &
pour toutes les forces de la Ligue
. Elles ne luy ont rien fait
riſquer pendant le Siege , & ce
Monarque toûjours en repos
fur les meſures qu'il avoit prifes
, & fur l'execution de ſes
ordres , donnez à propos , n'a
point voulu de Lauriers arro.
fez de trop de fang , ny fouffrir
du Chasteau de Namur. LF
1
que ſes ennemis puſſent avoir
la fatisfaction de luy voir ache--
ter ſa conquête , par la perte
de ſes plus braves Sujets. Il a
trouvé bien plus glorieux pour
luy de la devoir à ſes ſoins , à
fa prudence ,& à une patience
toute heroïque. En cherchant
les moyens de détourner les pe
rils de deſſus la tefte des autres,
il s'y eſt toujours expofé luymeſime
avec tout le fang froid
d'un veritable Brave , & quand
toute la Cour , & toute l'Armée
trembloient pour luy , il
ne paroiſſoit pas à fon air qu'il
cruſt ſeulement eſtre au milieu
des perils .Monſeigneur leDauphin
les a effuyez de l'air qu'il
a fait au Siege de Philisbourg ,
&Monfieur à la bataille de Caffel.
Leurs liberalitez ont eſté
grandes , pour animer les Sol
12 Hiſtoire du Siege
dats , & récompenſer la valeur,
& l'on a vû Monſeigneur aller
en une meſme journée dans les
tranchées , & dans toutes les
batteries ,& diftribuer de grofſes
ſommes aux Soldats , aux
Canonniers , & aux Bombardiers
, Quand on prit des quartiers
pour le Siege de la Ville ,
pluſieurs volées de Canon paf.
ferent toute la nuit pardeſſus
la tente de ce jeune Prince; il
n'en fut pas moins tranquille,&
ſe contenta de le dire le lendemain.
Monfieur le Prince , &
Monfieur le Duc ont couru au
devant des dangers,, avec une
intrepidité dignede leur fang,
&tant qu'a duré le Siege, toutes
les Relations ont eſté remplies
de ce qu'ils y ont fait d'éclatant,
prefque à toutes les artaques qui
ſe font données ; mais outre la
du Chasteau de Namur. 13
valeur naturelle qu'ils tiennent
du genereux Sang qui les anime
, dequoy l'exemple du Roy
ne les rendroit- il point capable ?
Enfin celuy de tant d'auguſtes
perfonnes a fait porter la
valeur au plus haut point , pour
cette conquefte. Tous les Officiers
& les Soldats ont fait des
actions dignes d'une immortelle
gloire. C'eſt ce qui doit faire
trembler la Ligue , puis que fi
elle veut y faire reflexion , elle
doiteſtre entierement convaincue
, qu'il eſt impoſſible que le
Royne vienne toûjours à bout
de tout ce qu'il luy plaira d'entreprendre
qu'il aura toujours
à retenir les mouvemens de valeur
de ſes Troupes , loin d'eſtre
obligé de les exciter , & que
quoy que faffent les Princes liguez
, ils ne jouïront jamais de
14 Hiſtoire du Siege
la paix , qu'ils ne la demandent
àce Monarque. Ils connoiffent
ſa valeur , ils connoiſtront par
là ſa bonté. Quand je dis qu'ils
connoiſſent la valeur , j'ay lieu
d'en eſtre perfuadé , & cela
m'engage à vous rapporter un
Eloge de ce Prince , tiré d'une
Lettre de Bruxelles , & écrite
par un homme qui n'a pas toûjours
tenu le me fine langage. II
feroit connu à cauſe de fon employ
, fi on le nommoit , & la
prudence m'oblige à ne le pas
faire . Cette Lettre a eſté venë
icy de beaucoup de monde ,
& voicy ce qu'elle marque du
Roy.
Au reste , je dois avouër en faveurde
la verité, que l'action que
vient de faire le Roy Tres-Chrétien,
en prenant Namur&le Chasean
àlavened'une Armée de plus
duChafteau deNamur.
de quatre vingt millehommes , un
Roy& un Electeur àleur teste ,&
tantd'autres Generaux , est la plus
htroiquedont on puiſſe jamais orner
fonHistoire. Tout ce que l'on peut
s'imaginer de grand , d'intrepide ,
&d'entreprenant , s'yrencontre.
Il faut que le Roy ſoit bien
Joüable , puis qu'il eſt loué de
cette force par ſes Ennemis meſmes.
Aprés cela on ne doit pas
accuſer de flaterie les François
quiluy donnent des loüanges ,
puis qu'ils ne peuventaller plus
Join fur cette matiere , quoy
qu'en peude paroles . Aufli rien
ne peut- il aller au delà de la
conqueſte de Namur , tant du
coſté de la gloire que des avantages
qu'on en peut tirer . Elle
donne une grande étenduë de
pays pour les contributions .
Elle découvre une partie de la
16 Hiftoire du Siege
Hollande , ouvre le chemin à
toutes les conqueſtes qu'on voudra
faire , & enfin cette Place
eſt ſi confiderable ; que les Efpagnols
la poſſedant ſeule dans
les Pays-Bas , ils les reconquirent
à l'exception de la Hollande.
Feu Mr le Maréchal du
Pleſſis , qui estoit un de ces Braves
qui joignent l'efprit & la
penetration à la valeur , a dit
fort fouvent avant fa mort ,
que si le Roy se rendors Maistre de
Mons &de Namur, illuy répondot
dureste de la Flandre , quand il
plairoit àSa Majestéde pourfuture
Jes consueftes. Les Ennemis en
paroiffent perfuadez , & nous
Papprennent par leur confternation.
Le Peuple de Paris convaincu
de l'importance de la
priſede Namur n'en eutpas fitôt
appris la nouvelle , que pafdu
Château de Namur. 17
fant pardeſſus l'uſage , il fit des
feuxdes ce meſme jour , fans
attendre qu'on luy en euſt donné
l'ordre. Ces feux commencerent
meſme avant le ſoir. On
tira toute l'aprés-dinée , & l'allegreſſe
parut extraordinaire.
La Relation de tout ce qui s'eſt
paffé à la priſe de cette fameuſe
Place , ne peut que vous faire
du plaifir , aprés celle que je
vous ay déja envoyée de la Ville
Vous en avez vû beaucoup de
belles du Château : Cependant
je croy vous pouvoir envoyer
lamienne avec aſſurance , que
vous y trouverez beaucoup de
circonstances , de fairs ,& dérails
qui vous en feront paroitre
plus des trois quarts tout nou-
4
Quoy que la Relation que je
- vous ay deja envoyée , finifle
18 Histoire du Siege
par le détail de ce quis'eſt pafféle
7. de Juillet , je croy vous
devoir entretenir plus au long
que je n'ay fait, d'une action de
vigueur qui ſe paſſa ce jour-la,
& qui n'a point encore eſté
expliquée comme elle doit l'eſtre
, bien qu'elle puiſſe tenir
rangparmi les plus groſſesaffaires,
& parmy celles du Siege
qui ont eſté les plus glorieuſes
aux Françqis .
Mais il faut auparavant vous
marquer le nouveau campe
mentdes Troupes du Roy pour
le Siege du Château après la
priſe de la Ville. Les Troupes
qui ſuivent étoient campées
depuis le Pont de VVepion ſur
laMeuſe au bord de la Sambre
juſques à l'Abbaye de Maloigne
du Chasteau de Namur. 19
- Grenadiers à Cheval. 1.Eſcad.
Gardes Suiffes . 2.Batail.
Chevaux Legers. 2. Efc.
Gardes Suiſſes,
Gendarmes.
Gardes Suiffes.
Ba.
2Ef.
Ba.
Gardes du Roy. 2 Ef.
Gardes Françoiſes . 16 Ba.1
Moufquetaires. 4Ef
Vezin . Ba.
Dragons de Ranne. 4 Ef.
Royal la Marine. 1Ba
Dragons de Languedoc.
4Ef.
Piémont. 1 Ba.
} Naffau. T 4Ef.
Piémont . Ba.
Imecourt. 4ΕΓ.
D'Arlu, 4Ef.
Quoadt. 3 Ef.
Biffy. 4Ef.
Villequier, 2Ef.
20 Histoiredu Siege
Royal Piemont.
Piémont.
4Ef.
1 Ba.
Total des Escadrons . 44.
Total des Bataillons .
15.
Campement sur la hauteur prés
du chasteau & de la
Tranchée.
DIX BATAILLONS.
Le Roy , 4
Les Vaiſſeaux , 3
Toulouſe , 2
Aulnis , I
Au Parc de l'Artillerie derriere
la Brigade du Roy.
Fufiliers ,
Bombardiers ,
Galiottes ,
2
I
3.Compagnies,
du Chasteau de Namur. 21
Dragons au bordde la Meuse&
de la Sambre, à ladroite&àla
gauche de la Brigade du Roj.
Grandmont , 4
Quelus , 4
Eſcadrons 8
Bataillons 14 compriſes
les trois compagnies de
Galiottes pour un.
La Treve eſtant finie le 7.
les Ennemis firent entendre le
Canon du Chaſteau auſſi-tôt
que le Roy qui avoit donné ſes
ordres pour ſon campement
entre Sambre & Meuſe tel que
je viens de vous le marquer ,
eut paſſe la Sambre.Cependant
les Ennemis ne tirerent point
fur le bagage de l'Armée qui
paſſa à portée de leur Canon .
C'eſtoit une ruſe dont ils
s'eſtoient aviſez , puis qu'ils
22 Histoire du Siege
avoiet quatre ou cinq Bataillons
couchez fur le ventre à deſſein
de donnér fur les bagages , qui
eurent beaucoup de peine à
pourſuivre leur route dans des
endroits où il n'y avoit jamais
eude chemins , mais le Roy qui
prévoit à tout , avoit de fon
propre mouvement nommé
des Troupes pour foüiller les
bois & couvrir en mefine
temps les équipages qui étoient
en chemin , & qui auroient
pû eſtre pillez. Quoy
que Mr le Prince de Soubize
euſt eſté relevé de la tranchée
de l'attaque de la Ville lemême
jour, il eut ordre de marcher à
la teſte de la Brigade du Roy ,
compoſée de dix Bataillons ,
ſçavoir quatre du Roy , trois
des Vaiſſeaux , deux de Toulouze
, & un d'Aunis , & de
du Chasteau de Namur.
23
- ſuivre le chemin le plus à la
gauche , du coſté du Chaſteau
où cette brigade devoit camper
ſur une hauteur qui luy
avoit eſté marquée. En approchantde
cette hauteur , on appençut
des Vedettes , & des
Sentinelles ſur une autre hauteur
plus proche du Chaſteau ,
ce qui ayant faitjuger que les
Ennemis l'avoientdéja occupée
ou qu'ils vouloient l'occuper ,
Mrde Soubiſe envoyaMrBeaupuis
, Capitaine du Regiment
du Roy, un Sergent &quelques
Soldats pour aller par les derrieres
reconnoiftre le nombre
& l'eſtat des Ennemis & on luy
rapporta qu'il y avoit de l'Infanterie,&
de la Cavalerie en
mouvement , & qui ne paroifſoit
pas encore établie. Mr de
Soubife aprés avoir conſideré
24 Hiftoire du Siege
les lieux , & vû l'importance
qu'il y avoit pour le ſervice du
Roy , en occupant ces poſtes
qui nous eſtoient neceffaires ,
eſtant du coſté de l'attaque ,&
qui pouvoient ſervir à avancer
la priſe du Chaſteau , jugea que
s'il donnoit aux Ennemis le
temps de s'y establir , il ſeroitplus
difficile de les en chaffer
,& qu'il en couſteroit beaucoup
plus d'hommes & de tems
au Roy; ce qui le fit réfoudre
à envoyer à Sa Majesté Mr de
Cloudoré,Aide-Major General
de l'Infanterie ,pour luy repreſenter
les raiſons quidevoiét le
porter à faire cette entrepriſe ,
&luy en demander les ordres.
Mr de Vauban qui s'eſtoit occupé
à examiner le Chaſteau
s'eſtant trouvé dans ce temps ,
là auprés de Mr de Soubife , il
luy
du Chasteau de Namur. 25
Muy communiqua ſon deffein ,
& ils convinrent , que l'execution
en ſeroit tres-avantageuſe ,
ce qui l'obligea de marcherauffi
-toſt aux Ennemis dans l'or
dre ſuivant. Il fit avancer la
Compagnie des Grenadiers ,
foutenuë par un détachement
de cinquante Fuzeliers , & fit
fuivre lesdix Bataillons ſurune
mefme ligne . On defcendit d'abord
un grand Vallon , où l'on
remonta toujours dans les bois
repouſſa les petits Corps de
garde qui estoient d'environ
trois cens hommes , juſques à
une autre hauteur , à environ
mille pas de celle- la , & quand
on y fut arrivé par les meſmes
Vallons , Foffez & bois , on apperçut
5.Bataillos ſur une autre
hauteur plus proche du Chaſteau
, qui malgré tout le grand
feu qu'ils firent pendant tout le
B
26 Histoire du Siege
1
temps qu'on alloit à eux , furent
pouſſezjuſqu'à leurContrefcarpe,
où il parut que toute la garniſon
eſtoit dans les chemins
couverts. Jamais on n'a vû plus
d'ardeur qu'entémoignerent les
Troupes en cette occafion.Elle
les emporta meſme un peu plus
loin qu'elles ne devoient aller ,
&particulierement fur lagauche
, de forte que leur trop de
valeur fut cauſe de la perte
qu'elles firent dans cette action
. En la finiſſant , on fit un
Officier & pluſieurs Soldats prifonniers.
Les Regimens deDragons
de Rane & de Languedoc
avoient eſté commandez pour
foutenir les Troupes qui devoient
faire cette expedition',
mais les François vont ſi vîte
lors qu'il s'agit de combattre,
que l'affaire eſtoit finie lors que
du Château de Namur. 27
ces Regimens arriverent. M.
de Soubiſe eſtantdemeuréMai
ſtre de toutes les hauteurs s'y
établit àcinquante pas d'une redoute
des Ennemis ,& il y paffa
route la nuit au Bioiac , avec
fon Infanterie. Le Royjugea à
propos de la fortifier d'un détachement
de deux cens chevaux
de ſa Maiſon , commandez par
M.le Comtede la Motte,&de
deux Regimens de Dragons ,&
Sa Majeſté ordonna auſſi qu'on
envoyaſt des Fafcines , &
des Gabions. Il y auroit mil
le choſes à dire de cette
action, & fi on fe donnelapeine
de l'examiner , on trouvera
qu'elle a eſté brillante , vigou
reufe , & accompagnée de circonſtances
, qui doivent attirer
beaucoup de loüanges aux
Troupes , & à celuy qui les a
B 2
28 Histoire du Siege.
commandées. Elles ont monté
de hauteur en hauteur , au travers
du feu , comme ſi on n'en
avoit point fait ſur elles. Cependant
on les tiroitde haut en
bas au travers des bois pendant
qu'elles avoient beſoin de leurs
mains pour s'en ſervir àmonter.
Ainfi elles eſſuyerent un treslong
feu de mouſqueterie , &
Canon avant que d'eſtre en
eſtat de ſedeffendre. Si les Ennemis
qui estoient retranchez
euſſent profité des avantages
du poſte , des hauteurs , des
foffez & des bois , & qu'on ne
s'en fuſt point emparé ce jourlà
, cette affaire ſeroit devenuë
dans la ſuite une groſſe attaque ,
dans laquelle on auroit perdu
beaucoup de monde , & qui auroit
pû reculerconſidérablemét
la priſe du Chaſteau , mais on
du Château de Namur. 29
ne leur laiſſa pas le temps de s'y
fortifier . Cette action donna.
d'abord une haute idée de l'Infanterie
Françoiſe. Aufſt n'at-
elle rien attaqué qu'elle ne
l'ait emporté avec autant de vigueur
que de gloire , & aucuns
des poſtes dont elle s'eſt em-
- parée ne luy ont eſté repris ,
ce qui cauſe ordinairement la
longueur des Sieges, & la grande
perte des Troupes. Rien ne
marque mieux qu'une action a
efté chaude & vigoureuſe que
le nombre des tuez & des bleffes.
Voicy les noms de ceux qui
l'onteſté en ſe diftinguant en
cette occafion.
4
REGIMENT DU ROY,
Bleffez.
Mrs de Ligniere , Capitaine
des Grenadiers , commandant
le 3. Bataillon,
B 3
30 Histoire du Siege
De la Poterie , commandant
le4. Bataillon.
De Fenetrange , Capitaine-
Aide-Major.
De Beuvillier ,Capitaine:
De Lambert , Capitaine.
Clauſel , Capitaine.
OFFICIERS BLESSEZ.
Des Landes,
De la Chaife.
Saint Perne .
Du Correlier .
Du Gage,
Carrier.
Huit Sergens & quatre-vingt.
Soldats bleffez .
Mr d'Arcouville, Capit. tué.'
Deux Sergens &dix- neuf, Soldatstuez
.
VAISSEAUX.
Bleffe
T
Mrs de Moreüil , commandant
le 3. Bataillon.
du Chasteau de Namur. 31
Pomeraidemont , Capitaine .
De Monmirel , Capitaine .
De Beins Capitaine,
La Tourelle , Capitaine,
Gromorede , Capitaine , tué.
OFFICIERS BLESSEZ .
Mrs de Mingle .
Le Comte.
De Rivolé .
Du Rofel.
Daubignan.
La Tour.
De Breüil.
Les Hoüailliers .
Six Sergens & 79. Soldats
bleffez .
Mr de Pomaret , commandant
le 2. Bataillon tué.
Deux Sergens & 22. Soldats
tuez .
TOULOVSE.
Mrs de Grandmaiſon , commandant
le 2. Bataillon.
Duchenois , Capitaine .
B 4
32 Histoire du Siege
DeRouffillon , Capitaine .
De Beauffin , Capitaine..
OFFICIERS BLESSEZ..
Le Févre.
La Neuville ..
Deux Sergens & 63. Soldats
bleſſez ..
A UNIS...
Officiers bleflez
Mrs Beauvois.
La Roche.
Poüilly..
Duras .
La Potterie.
Trente- fix Soldats bleſſez ..
Dix -huit tuez ..
Ceux qui ont eule bonheur
de ſe diftinguer fans eſtre bleffez
, font M. le Prince de Soubife
, qui ayant toujours eſté à
cheval à la teſte des Bataillons,
eſſuya le feu des Ennemis
avec une grande intrepidité, &
du Chasteau de Namur. 33
[.
:
marqua qu'il n'avoit pas moins
de cette conduite & de cetre
capacité qui font les grands
Capitaines , qu'il avoit fait voir
de valeur. M. de Vauban , M.
le Baron de breffé , & M. de
Megrigny estoient à cette
action . Leur intrepidité eft
connue , & c'eſt le partage de
ceuxqui font profeffion de leur
employ , fansquoy ils ne pourroient
en faire les fonctions ..
Mrs de Bouflers de Ximenes
,Mr le Prince de Turenne ,
& Mrs de Chanlay & d'Arta
gnanallerent fur la hauteur , où
ils effuyerent des coups de Canon
& de Mouſquet. Mr de
Vauban trouva tant de gloire ,
&tant d'avantage dans cette ac--
tion qu'il en alla auſſi- toft redre
compte au Roy. Mrs Daugerie,,
B :
34 Histoire du Siege
&de la Garigue , commandant
lesdeux premiers Bataillons du
Roy , s'y font extrémement
diftinguez . Mr de Vaubenar
commandant le premier Bataillon
des Vaiſſeaux , & Mr de
Moreuil le troiſieme , Mr de
Surville , Colonel du Regiment
de Toulouſe , M.Prat commandant
le premier Bataillon ,&
Mr de Polignac , Colonel du
Regiment d'Aunis , auffi-bien
que Mr le Chevalier de Croiſſy
y ont donné des marques d'une
valeur toute Françoiſe. Le foir
de ce mefmejour , Mr de Cormaillon
allant reconnoiſtre
quelque poſte avec Mr de Vauban,
recent un coup de Moufquet
dans l'épaule , dont il eſt
mort peu de jours aprés.
Le 8. fur les trois heures du
matin , les Ennemis voulant
du Chaſteande Namur. 35
tenter de reprendre les poſtes
qu'ils avoient perdus , firentune
fortie . Il y eut grand feu de part
&d'autre,& comme Mr le Prince
de Soubiſe avoit ordonné à
Mr le Comtede la Motte qui
commandoit le détachement de
la Maiſon du Roy,de les couper
par une Plaine qui estoit der.
riere , les Ennemis les ayantdécouverts
prirent le party de ſe
retirer dans leur redoute , & Mr
le Prince de Soubiſe demeura
dans ſon poſte , en attendant
quatre Bataillons des Gardes
Françoiſes , & deux de Piémont
& de Beauvoiſis ; avec
Jeſquels il devoit faire l'ouverture
de la Tranchée , comme
plus ancien Lieutenant Gemeral
de l'Armée du Roy. Cependat
on travailla aux batteries
de Canons & de Bombes , & à
36 Hiſtoire du Siege
ſe bien establir dans les poſtes:
dont on s'eſtoit rendu Maitre.
La pluſpart des Relations ,
& mefme celles qui font les
plus fuivies & les plus publiques
ont fait ouvrir la tranchée la
nuit du 7.au 8. Cependant elle
n'a été ouverte que la nuit du 8 .
au 9. & ce qui le prouve c'eſt
que Mr de Soubiſe qui en a fait
l'ouverture , n'a eſté relevé que
le 9. Trois Bataillons de Pié
mont & un de Nivernois monterent
à l'attaque de Mr de Bouf
lers. Il plut toute la nuit , ce
pendant on ne laiſſa pas d'avancer
confiderablement deux
attaques. On ouvrit un boyau
de la gauche à la droite , & on
pouffa quelque travail pour la
Tape , en forte que ces deux at--
taques ſe communiquerent &
allerent l'une & l'autre à cin
du Chateau de Namur. 37
quante pas d'une redoute avancée
que les Ennemis avoient
fur la hauteur , & a foixante &
dix pas de leur contrefcarpe.
On perdit tres-peu de monde
cette nuit- là . La meſme nuit ,
vingt pieces de Canon tirerent
de l'autre coſté de la Sambre.
Le 9. nôtre Canon travailla à
ruiner les deffenſes de cette redoute
Le meſine jour , le Roy
apprit le matin par M. d'Albergoti
que l'Armée de M. de Luxembourg
, & celle du Prince
d'Orange s'eſtoient canonnées.
Mr le Comte de Marfan voulant
eſtre Volontaire au Combat
, fit prier Sa Majesté par Mr
de Luxembourg , de luy permettre
de ſe rendre dans fon
Armée. Mr le Duc de Foix s'y
rendit auuli pour la meſme raifon.
LeRoy envoya M. de Laffé
38 Hiftoiredu Siege
& de Lanjamet , deux de ſes
Aides de Camp , l'un pour luy
venir rendre compte quand
l'affaire feroit engagée , & l'autre,
de laſuite du combat. Le
premier eſtoit chargé de faire
une fi grande diligence , que
leRoy ſe rendroit auffi à l'Ar
mée de Mr de Luxembourg ,
dés que le combat ſeroit engagé.
Ce Prince s'eſt expoſé
tant de fois pendant le Siege ,
que ceux qui l'ont cru n'ont rien
penſé que le vray-ſemblable.
Les Ennemis qui avoient fait
ungrand nombre de Ponts fur
la Mehaigne , firent paſſer un
corps de Cavalerie pour reconnoiſtre
le terrain , M. le Comte
de Mailly les ayant apperçus ,
prit un Efcadron de Dragons.
aveclesquels il les chargea, leur
tua vingt hommes , fit quel
du Chasteau de Namur. 39
-ques prifonniers ,& les obligea
de repaffer. Il ne perdit que fix
Dragons , & n'eut qu'unCapitaine
,& un Cornette bleffez .
Cette action fe paſſa à la venë
des generaux des deux Armées
& c'eſt à quoy ont abouty ces
menaces de bataille ſi ſouvent
réïterées par le Prince d'Orange.
Notre affaire eſtoit de
prendre Namur , & nous n'avions
point de Places à ſecourir
Ainſi c'eſtoit à ce Prince d'agir
; nous agiſſions , en pourſuivant
nos attaques contre la Place.
Cependant , comme on
croyoit de l'avantage à recevoir
la bataille , M. de Luxembourg
fit voir qu'il ne s'oppoſeroit
point au paſſage des Ennemis
, & s'eſtant un peu reculé
de la Mehaine , pour leur laiffer
une entiere liberté de la
40 HistoireduSiege
paſſer , il les attendit fur des
hauteurs qui en font à demy
lieuë. Il ſe mit en bataille fur
trois lignes , & il avoit une
grande Plaine au devant de luy
oùla Cavalerie de fon Armée
euſt pu s'exercer. Le Roy luy
envoya le meſme jour douze
Bataillons & dix Efcadrons de
Dragons . Les douze Bataillons
eſtoient les trois de la Reine ,
deux de Humieres , deux de la
Couronne , deux de Thiange
& ceux de Bouflers , le Regiment
du Roy de Dragons , les,
Dragons Dauphins , & ceux
d'Asfeld commandez par M..
d'Alegre . On compte que M..
de Luxembourg avoit alors
quatre vingt-deux bataillons ,
&deuxcens foixante & dix Efcadrons
.
Vous allez lire un détail af
du Chasteau de Namur. 4г
fez curieux des ordres donnez
pour la nuit du 9. au 10. Je ne
-vous marqueray ces fortes d'ordres
, que pour cette ſeule
journée- là pendant tout le Siege
, à cauſe que ces détails re
pourroient mener trop loin
& qu'il vous fuffira d'une journée
, pour ſçavoir ce qu'on a
fait chaque jour.
LE MOT.
Sainte Agnes & Chartres.
Cent hommes àla ligne devant
le logis de Monfieur le
Prince , la nuit , & quinze le
- jour.
Cinquante hommes le long
de la Meuſe , vis à-vis la mai
fon rouge pour relever les pâtures
de ce coſté- là..
Cinquante hommes aux
Beufs , & douzeaux Vivres.
Vingt hommes jour & unit
و
4 Histoire du Siege
devant la brigade de quoad ,
que M.de Quoad & de Naffau
placeront à l'abreuvoir.
Quarante hommes aux vivres
, foins & avoine .
Cent cinquante hommes à la
maiſon blanche , pour eſcorter
les vivres aubois à fix heuresdu
matin prés la Sambre .
Trente hommes au Village
fur le bord de la Meuſe qui eſt
prés duChaſteau .
Les Regimens les plus proches
de ceux qui montent la
tranchée remplaceront leurs
Bioüacs.
Quarante hommes au Bioüac
parBataillon.
Le lendemain matin au fourage
le quartier du Roy , & fa
maison à l'Abbaye du Moulin,
la Cavalerie , Infanterie , &
Dragons vers Floret .
da Chaſteaude Namur. 43
:
Cent hommes à la teſte de
Lorge à quatre heures préciſes
aux ordres de Mr Druis .
Vous voyez par-là que les
Troupesqui montent la tranchée
ne font pas les feules occupées
le jour qu'ellesy travaillent
, & que tout le reſte
d'une Armée qui aſſiege une
Place, atous les jours de l'occupation
mais differente.
Voicyquelle fut la difpofition
de la tranchée pour la nuit du
9. au 10.
,
Gardes deTranchées
ces
Huit Bataillons , ſçavoir qua.
tre pour la droite , & quatre
pour la gauche. Outre
Troupes les Camps les plus
prochains auront un piquet de
millehommes de la brigade du
Roy commandez pour les foutenir
, partagez en deux Corps
44 Histoire du Siege
de cinq cens hommes chacuna
droit & àgauche , qui ſe tiendront
derriere les Gardes à la
portée de les pouvoir ſecourir ,
en cas de quelque grand effort
de la part des Ennemis.
Gardes de Cavalerie.
Deux cens chevaux poſtez
fur la gauche , derriere & à
couvert des hauteurs pendants
tout le jour , & avancez dans
la Plaine pendant la nuit.
Travailleurs 800 .
Onpourrade plus emprun
ter quelques piquiers de la
garde des tranchées , fuivant
les beſoins qu'on en aura. Le
rendez -vous fera aux Places
d'Armes occupées le 8. &
l'on obfervera de faire prendre
à chacun des Travailleurs
deux fafcines , & une aux gens
armez de la Garde des tran-
وم
du Château de Namur. 45
chées. Les Ingenieurs feront
partage des ouvriers de jour ,&
les placeront à portée de leurs
ouvrages , en attendant la nuit.
Les Sergens , commandant les
brigades des Sapeurs , ſe trouveront
à la tranchée à deux
heures, pour apprendre ce qu'il
y aura à faire . La Cavalerie voiturera
8000. fafcines , le plus
prés des attaques qu'il ſe pourra.
Les Commandans , tant des
Troupes que du travail , ſe
rendront de bonne heure à la
tranchée pour reconnoître leurs
poftes.
Ingénieurs.
La brigade de Dupuy Vauban
pour l'attaque de la droite ,
& celle d'Iſtot pour l'attaque
de la gauche . Ils feront faire
juſques à 1200. gabions de
deux pieds & demy ſur autant
46 Hiftoire du Siege
de large , formez de fix à ſept
piquets chacua ,bien clayonnez
de brins de bois , les piquets
débordans deffus & defſous
de deux à trois pouces , &
fur tout bien bridez haut &bas .
Officiers Generaux.
M. de Tilladet , Lieutenant
General.
M. de Ximenes , Maréchal de
Camp.
M. deRaynol , Brigadier.
M. le Duc d'Elbeuf , Aide
de Camp du Roy.
M. de Sainte Maure , Aide
de Camp de Monſeigneur
leDauphin.
Quatre Bataillons des Gardes
Suiſſes , monteront à l'attaque
de la droite.
Deux Bataillons d'Auvergne ;
unde la Marine Royal , & un
de la Sare monteront à l'attaque
de la gauche.
du Chasteau de Namur. 47
On neperditque deux hommes
à la tranchée pendant la
nuit du9. au 10. La pluie fut
grande , & continuelle : ce qui
fut cauſe que les travaux n'avancerent
pas autant qu'ils auroient
fait. D'ailleurs on trouva
du Roc qui les renditplus difficiles,
mais les Ennemis furent
deſolez de noſtre Canon & de
nos Bombes. Quinze Mortiers
commencerent le matin à jetter
des Bombes juſqu'à la redoute,
&huit pieces de Canon batirent
la meſme redoute . Elle eſt
placée àfoixante & dix ou quatre-
vingt pas du chemin couvert
de l'ouvrage à corne ,
entre la pointe de la demy-
Lune , & celle du demy-Baftion.
Les Ennemis tirerent des
lignesadroit & àgauche de la
redoute , afin d'avoir un plus
48 Histoire du Siege
grand front pour oppoſer leur
feu à celuy de noſtre tranchée.
On arreſta un Eſpion qui
eſtoit au Camp depuis treize
jours . Il avoit l'air; avantageux.
On le conduiſit devant
le Roy , auquel il dit qu'il s'attendoit
bien d'eſtre pris , puis
qu'il avoit voulu faire cette
fonction en faveur du Prince
d'Orange . S. M. luy demanda,
quel rapport il feroit à fon
Maiſtre . Il fit un détail ſi beau
& fi juſte de toutes chofes ,
qu'on avoia,qu'il ne ſe pouvoit
rien de mieux . Le Roy eut la
bonté de luydonner la liberté,
& de luy dire , qu'il pouvoit
faire ſçavoir au Prince d'Orange
, qu'il eſtoit veritablement
au Siege . La nuit du 9. au
10. fon Armée coucha au
Biouac , & la noſtre moins inquiette
du Chasteau de Namur. 49
quiette jugea à propos de la
paſſer plus commodément. Le
Prince d'Orange ſembloit préparé
à donner la Bataille le lendemain
, &Mr de Luxembourg
avoit écrit au Roy le 9. que
le lendemain on verroit felon
toutes les apparences , la plus
ſanglante journée qu'on eût
encore vuë. Jamais Troupes
n'ont ſouhaité plus ardemment
à combatre que les noftres
&n'ont cru eſtre ſi ſeures du
gain d'une Bataille . Mr de Luxembourg
avoit à la premiere
ligne de fon Armée les Gardes
du Corps , la Gendarmerie
& douze Efcadrons de Carabiniers
, ſans compter les autres
Regimens . Ce General , loin
de diſputer le paſſage de laMehaigne
aux Ennemis , avoit fait
C
50 Hiſtoire du Siege
la veille un petit mouvement
en arriere , tant pour les engager
plus avant dans la Plaine
& ſe prévaloir des avantages
de ſa Cavalerie , que pour éviter
des hayes où leur Infanterie
auroit pu ſe retrancher ,& delànous
incommoder conſidérablement.
Il donna pendant le
reſte du meſime jour , les ordres
neceſſaires perfuadé que le jour
ſuivantdecideroit du fort de toutel'Europe
', & ce qui le confirma
encore dans cette penſée ,
c'eſt qu'on ſçut qu'un Capitaine
s'eſtoit jetté le Dimanche dans
le Chaſteau , où il avoit eu les
deux jambes emportées d'un
boulet de Canon un inſtant
aprés , & qu'il avoit aſſuré le
Prince de Barbançon , que le
Prince d'orange donnerois Bataille
du Chasteau de Namur.
2
le Mardy , & qu'il estoit absolument
refolu derisquer sa perſonne
Savie& toutesses Troupes platost
que d'y manquer. Cet avis avoit
encore efté appuyé par un
Transfuge la nuit derniere , &
ſelonfon rapport le Princed'Orange
devoit paſſer la Mehaigne
à deux heures du matin. II
ſe contenta de faire paſſer dix
Eſcadrons dans la veuë d'attirer
au deſſous de la hauteur quelques
Troupes de Mr de Luxembourg;
mais ce General ne
jugea pas à propos d'y en envoyer
, ſon party eſtant pris
d'éviter tout combat de poſtes ,
& de l'attendre en pleine Bataille
au terrain qu'il occupoit.
La ſituation où se trouvoient
alors les Armées , & tout ce
qui avoit eſté dit & redit tou
C2
52 Hiftoire du Siege
chant la Bataille prochaine ,
furent cauſe que pendant toute
la journée du 10. il ſe
fit pluſieurs gageures à la
Cour , entre les gens expers
dans le métier. Les uns dirent ;
qu'il avoit voulu engager M. de
Luxembourg à un fimple Combat
d'infanterie dans la dispute dupas.
Sage de la Mehaigne,se fiantfur les
hayes quilefavorisoient ,se défiant
deSa Cavalerie, &croyant quepour
peu qu'il fist , s'en seroit assez
pour mettre sa reputation à couvert
; mais qu'on ne croyoit pas
qu'il riſquast jamais une Bataille
generale , pour hazarder la
perte abſoluë de son party , &dela
Flandre , ce qui arriveroit felon
toutes les apparences s'il la donnoit
puis que fon Armée n'estoit quere
que de quatre-vingt mille hommes
du Château de Namur. 53
و toutes
ramaſſez ; & que celle de Mr de
Luxembourg, estoit de prés de
fix vingt mille hommes
Troupes excellentes & choisies,avec
quatorze cens Gardes du Corps fur
une de leurs ailes , & toute la Gen.
darmerieſur l'autre ; outre qu'iles.
toit impoſſible de faire le moindre
mouvement en presence d'un Ennemyfans
luy donner degrands avantages.
Ce ſentiment eſtoit com .
battu par celuy de pluſieurs
autres , qui diſoient , que le Prince
d'Orange ne riſquoit pas plus
à donner une Bataille , qu'à se retirer
après les pas qu'ilavoit faits ;
que ce feroitſe perdre absolument
d'honneur ; que les Hollandois attentifs
aux malheurs qui les menaçoient
, ne daigneroient pas détourner
les yeux pour confiderer l'inegalité
deses forces , & qu'il étoit
1
C3
54 Hiſtoire du Siege
reduit à tout expofer pour la con-
Servation d'une Place d'ou dépendoit
celle de la Flandre , du Pays
de Liege , & de la Ligue. Cedernier
ſentiment fut à demy autoriſé
par un Transfuge , qui
affura que le Prince d'Orange
eſtoit abfolument déterminé
àune Bataille , & que fi on n'avoit
pas paſſe la Mehaigne la
nuitdu 9.au 10. c'eſtoit à caufe
du mauvais temps . Mais ce
Prince avoit trop peu d'envie
de ſe battre , pour trouver un
temps qui le puſt accommoder .
Voicy ce qui fut reglé pour
la Tranchée du 10. au 11 .
Gardes de tranchées.
Six Bataillons , ſçavoir trois
des Vaiſſeaux à l'attaque des
Gardes , & ceux de Toulouze
& du Vexin à l'attaque de Pié-
A
1
du château de Namur.
55
mont . Outre ces Troupes les
Camps les plus prochains devoient
avoir un piquetde 800 .
hommes, commandez pour les
foutenir , & partagez en deux
Corps de 400 , chacun , qui
fe devoient tenir derriere les
Gardes & à portée de les pouvoit
ſecourir , en cas de quelque
grand effort de la part des
Ennemis.
Six Conrpagnies de Grenadiers
d'extraordinaires pour ce
jour là feulement.
Gardes de Cavalerie.
Deux cens chevaux poſtez
fur la gauche derniere , & à
couvert des hauteurs pendant
le jour.& avancez dans la Plaine
pendant la nuit.
C 4
56 Histoire du Siege
Travailleurs.
Huit cens , outre leſquels
on pouvoit employer quelques
Piquiers de la garde de la Tranchée
. Rendez - vous aux places
d'armes à l'heure de relever
les Troupes à midy , obſervant
de faire prendre à chacun des
Travailleurs deux fafcines , &
une aux gens armez de la garde
de la Tranchée.
Les Ingenieurs devoient faire
le partage des Ouvriers de
jour , & les placer à portée de
leurs ouvrages attendant la
nuit.
Les Sapeurs devoient continuer
comme le jour précédent.
La Cavalerie devoit voicurer
8000. fafcines , le plus
1
:
du Chasteau de Namur. 57
prés des attaques qu'il feroit
poſſible , à une heure différente
de la relevée des Gardes,
pour ne point embaraſſer les
chemins.
Les Commandans , tant des
Troupes que du travail , devoient
ſe rendre de bonne
heure à la tranchée
, pour
reconnoiſtre leurs poſtes
& regler le projet de leturs dé--
tachemens , avant que de les y
faire entrer ..
C
$8 Histoire du Siege
Ingenieurs.
La Brigade de Bicherand
pour l'attaque de la droite , à
coſté de Grandmont à la gauche.
Ordre de faire des Gabions
comme le jour précédent..
Officiers Generaux ..
M. de Rubantel , Lieutenant:
General .
M. le Comte de Gaſſe , Maré
chal de Camp.
Monfieur d'Avejan , Briga
dier..
Malgré le mauvais temps
on fit cinq cens pas de travail ,,
& on commença à embraſſer
le retranchement de l'Hermi--
1
du Chasteau de Namur. 59
tage. Les Ennemis n'ayant
point abandonné leur redoute
, comme pluſieurs s'eſtoient
perfuadez qu'ils devoient faire,
travaillerent à quelques
travaux pour la foutenir . Nous
eûmes pendant cette nuit
quinze Soldats tuez ou bleſſez.
Monfieur de Franclieu , Ingenieur
d'une grande réputation,
fut tué..
Vingt- fix Mortiers & vingtquatre
pieces de Canon tirerent
le 11. fur le Chaſteau .
La nuit du 11.au 12. on
s'appliqua à mettre tout en
eſtat pour l'attaque de la
redoute du retranchement de
'Hermitage , qui devoit ſe
faire le 12. & qui fut remiau
lendemain. On travailla
à un boyau qui ems
fe
G6
60 Hiſtoire du Siege
braſſa de fort prés les retran
chemens des Ennemis , & il
ne reſta plus qu'à ouvrir quatre
toiſes pour joindre le
boyau de communication , qui
les refferra de maniere qu'on
crut qu'avant une heure aprés
midy tout feroit en eſtat d'attaquer
les Ennemis. Ils firent
une fortie de douze hommes
& ſe retirerent dés qu'ils ap .
perçurent douze de nos Grenadiers
qui alloient à eux.
د
Le 12. à ſept heures du
matin , on travailla à élargir
les tranchées de la droite &
de la gauche afin que nos
gens puffent avoir le terrain
neceſſaire pour attaquer les
Ennemis. Ils travaillerent à
faire une eſpece de chemin.
couvert pour ſe retirer dans
>
du Chasteau de Namur. 61
!
Pouvrage à corne , lors qu'ils
feroient obligez d'abandonner
le poſte où ils eſtoient.
Comme l'attaque ſe devoit
faire le lendemain , le Roy
monta à cheval à trois heures
aprés midy pour aller voir
F'artillerie , & une partie des
travaux. Il fut ordonné que
le Regiment du Roy paroiſtroit
en bataille ſur la hauteur
à droite de l'attaque dans
le moment qu'elle commenceroir..
T
62 Hiftoiredu Siege
F
;
Tranchée du 12. AU 13 .
Trois bataillons des Gardes
Françoiſes & celuy
d'Aunis , pour l'attaque de
la droite . Trois bataillons de
Piémont à celle de la gauche
. Outre les Troupes , les
Camps les plus prochains devoient
avoir un piquet de 600 ..
hommes , commandez pour
les foutenir & partagez en
deux corps de 300. hommes
chacun qui ſe devoient rendre
derrierre les Gardes &
à portée de les pouvoir ſe--
courir en cas de quelque
grande fortie , de la part des
Ennemis , obſervant de faire
porter une fafcine à chacun
des hommes armez ,& de leur
د
,
1
du Chasteau de Namur. 63
faire tenir la tranchée nette
chacun devant foy..
و
Huit Compagnies de Grenadiers
, ſçavoir la premiere
des Gardes , une des Gardes,
Suiffes deux du Dauphin ,
celle de la Sarre , une de
Stouppe , une de Polier , &
la Compagnie des Grenadiers
à cheval , à pied.. Le ren--
dez - vous à la queuë de la
tranchée , ſur les dix heures
du matin , où ils avoient ordre
d'attendre ce qu'ils auroient à
faire..
Gardes de Cavalerie..
Deux cens chevaux , poſtez
fur la gauche & à couvert des
hauteurs pendant le jour , &
avancez dans la Plaine pendante
lanuit..
64 Histoire du Siege
Travailleurs,
Huit cens outre lefquels د
و de la Garde
5
&
on pouvoit emprunter quelques
piquers
de la tranchée ſuivant les
beſoins qu'on auroit pu en
avoir ceux de nuit relevez à
quatre heures du foir
ceux de jour á fix heures du
matin. Ils avoient ordre de
prendre chacun deux fafcines
en arrivant. leur rendezvous
eſtoit, moitié derriere
la tranchée de la droite
moitié derriere la gauche , au
plus prés des derniers bataillons.
& د
Les Ingenieurs devoient
faire le partage des ouvriers ,
& les placer à la portée de
du Chasteau de Namur. 63
leurs ouvrages en attendant
la nuir.
Les Sappeurs comme le jour
précedent.
La Cavalerie devoit voiturer
8000. facines le plus
prés des attaques qu'elle pourroit.
د
Les Commandans des Troupes
& du travail devoient
agir comme le jour précédent.
Ingenieurs.
La brigade de du Boſcq
pour l'attaque de la droite , &
celle de Verpel à l'attaque de
la gauche .
Les Gabions à l'ordinaire ,
66 Histoire du Siege
Officiers Generaux.
Monfieur le Duc
tenant General .
Lieu-
M. le Duc de Roquelaue ,
Maréchal de Camp.
M. d'Avejan , Brigadier.
Je viens à une des plus
éclatantes actions qui ſe ſoient
faites pendant tout le Siege ;
c'eſt à celle qui ſe paſſa le 1 3 .
au matin , j'en ay recueilly
toutes les particularitez avec
tant de ſoin , que je ſuis feur
que cette action vous paroîtra
toute nouvelle. Comme
elle estoit d'une importance
extraordinaire , & qu'elle devoit
eſtre des plus fanglantes ,
le retranchement des Ennemis
ayant plus de quatre cens
du Chaſteau de Namur. 67
de
6
toiſes de long , le Roy dont
lapenetration eſt auſſi grande
que ſa prudence & fa bonte
; fit prendre toutes les précautions
dont il eſtoit poſſible
de ſe ſervir
tant pour ne
pas manquer une entrepriſe
cette conféquence que
pour épargner le fang de ſes
Troupes. Il faut vous donner
d'abord une idée du lieu que
l'on devoit attaquer. Depuis
que latranchée eſtoit ouverte
devant le Chaſteau noftre
Canon n'avoit encore pu incommoderles
Affiegez , parce
que ſes dehors eſtoient cou
verts d'une hauteur où ils s'étoient
retranchez pendant le
Siege de la Ville . Il y a fur le
fommet de cette hauteur une
carriere fort large qui ſervoit
2.
68 Histoire du Siege
د
د
de retranchement aux Ennemis.
Il y a auffi à gauche du
coſté de la Sambre , une bonne
redoute au plus haut de la
Montagne. Non feulement
tous ces poſtes eſtoient bien
garnis de monde , mais ils pouvoient
eſtre ſecourus de la
Garniſon du Chaſteau qui
étoit ſi nombreuſe , qu'elle auroit
pû compoſer une petite
Armée. Entre les retranchemens
que l'on devoit attaquer ,
& le premier ouvrage à corne
des Ennemis , eſtoit un grand
terrain fur lequel ils parurent
en bataille en pluſieurs en
droits , & ils pouvoient avec
ces Troupes rafraiſchir celles
de leurs ouvrages , où l'on
avoit réſolu l'attaque. Cela
fut cauſe que le Roy en ordu
Château de Namur. 69
donnaun grand nombre , tant
pour la faire que pour ſoutenir
les attaques . Je vous ay
déjà marqué les bataillons de
tranchées , & les Compagnies
de Grenadiers , nommez pour
cette expédition. Il y avoit
outre cela douze cens Travailleurs
pour les logemens
qu'on avoit réfolu d'établir ,
& l'on devoit faire paroiſtre
tout à coup fur la hauteur
la Brigade du Regi
du Roy , compofée de fix Bataillons
. Sa Majesté devoit
eſtre en perſonne à la teſte de
ſon Regiment , à la demyportée
du mouſquet pour y
donner ſes ordres. La ſuitte
vous fera voir qu'Elle ne manqua
pas de s'y trouver. Les
Mouſquetaires devoient aufi
70 Hiftoire du Siege
avoir part à la gloire de cette
action. Il y en avoit deux
cens , c'est-à-dire cent par
Compagnie , & on en fit trois
détachemens و dont le premiers
compoſé de vingtquatre
Mouſquctaires Gris &
,
Noirs , eſtoit commandé par
Monfieur de Grubers , premier
Maréchal des logis de la
premiere Compagnie ас-
com
compagnie de Monfieur de
Trebon , Maréchal des logis
de la ſeconde , de deux
Brigadiers , & de quatre ſous
Brigadiers Gris & Noirs
Monfieur de S. Georges
Maréchal des logis de la premiere
Compague , commandoir
le ſecond détachement
accompagné de Monfieur
du Feuilloy , Maréchal des
د
,
du Chasteau de Namur. 71
logis des Noirs. Meſſieurs de la
Beffiere , &de laRoque , Maréchaux
des logis de la premiere
Compagnie , & Mefſieurs
de Combes & Baron
Maréchaux des logis de la
ſeconde , étoient au troiſieme
detachement ,
,
commandé
parMonfieur de Maupertuis ,
de Re Rigoville , & d'Artagnan.
Les Mouſquetaires
devoient agir à la droite ; les
Grenadiers du Roy commandez
par Monfieur de Riotor
au nombre de cent cinquante
devoient eſtre à la gauche
, & le milieu devoit eſtre
occupé par les huit Compagnies
de Grenadiers que je
vous ay déja nommées. D'autres
Grenadiers avoient ordre
de foutenir ceux qui devoient
72 Histoire du Siege
د
,
marcher les premiers à la gau
che , & cent cinquante Dragons
; commandez par Monſieur
le Marquis de Grammont
& les Grenadiers des
Gardes Françoiſes & des
Gardes Suiffes devoient foutenir
les Moufquetaires. Ils
moterent à cheval à quatre
heures du matin en fouliers &
en gueſtres , & fe rendirent à
la queuëde la tranchée , où ils
mirent pied à terre ; leurs Valets
tinrent leurs chevaux jufqu'au
retour de l'attaque. On
leur délivra des bales & de la
poudre , & l'on donna des hallebardes
à ſeize Mouſquetaires
par Compagnie , pour foutenir
les faux. Avant que d'entrer
dans la tranchée , on ſépara les
détachemens . M.Degrubers,&
M.de Trebon, ſe mirent àla tête
du Chateau de Namur. 73
teſte du premier détache.
ment compofé de vingt- quatre
Mouſquetaires ; & c'eſt ce
qu'on nomme Enfans perdus . On
détacha enfuite cinquante
Mouſquetaires tant Gris que
Noirs , commandez par Mr de
S. Georges , & Mr du Feuilloy
& ce détachement fut appellé
celuy de Mrde Rigoville . Cependant
il futjugé à propos que
M. de Rigoville demeureroit
avec M. de Maupertuis & M.
d'Artagnan à la telte du troifiéme
détachement , compofé de
cent & tant de Moufquetaires
Gris & Noirs. Toutes chofes
eſtant ainſi diſpoſées , on eſtoit
preſt d'entrer dans la tranchée,
lors que l'on crut devoir augmenter
de quelques Mouſquetaires,
le détachemer des Enfans
perdus,parce qu'ils n'étoient pas
D
74 Histoire du Siege
comme ils pour foutenir
avoient fait à Mons , mais pour
attaquer.Aprés que tout cela
eut eſté reglé , ils entrerent
dans la tranchée dans l'ordre
que je viens de vous marquer,
Les Enfans perdus , commandez
par Mr Degrubers en oecuperent
un boyau ; le détachement
de Mr de S. Georges en
occupa un autre, & le gros demeura
dans la tranchée. Le
mot de ralliement estoit le Roy
Ils avancerent au bout de la
tranchée àquarante pas des Ennemis
. Pendant que les Moufquetaires
ſe mettoient ainſi en
eſtat d'attaquer les retranchemens
des Ennemis & leurs carrieres
, les Grenadiers du Roy
& ceux des autres Compagnies
ſe préparoient auſſi pour l'attaque
de la redoute , & tout ſe
faifoit avec les meſmes précau
du Chasteau de Namur. 75
tions , les meſimes foins , &
fous les meſmes ordres. Il n'y
avoit qu'une choſe à craindre ,
mais qui ne l'eſt pas en pareille
occaſion chez tous les Peuples
du monde. C'eſtoit la trop
grande ardeur des Troupes , &
fur tout celle des Moufquetaires
, contre laquelle il fallut
prendre de grandes précautions
, ce qui fit qu'un quartd'heure
avantle fignal , M. de
Vauban, aprés leur avoir à peu
prés expliqué comment les
carrieres estoient faites , leur
recommanda dans les termes
les plus forts , de s'arrester fas
gement dans les endroits propres à
les couvrir,&qu'en cas qu'ils vis
Sent quelques Bataillons Ennemis
derriere leurs retranchemens , de
ne les point charger, mais de tenir
bonfices Bataillons alloient à eux ,
7
76 Hiftoire du Siege
auquelcas illeur promettoit qu'ils
feroientsecourus de l'infanterie qui
estoit en bataille à la queuë de la
tranchée , & qu'il ne vouloit pas
qu'ils allaſſent mal àpropossefaire
échiner far la contrefcarpe , &
autres ouvrages des Ennemis. Il
ajoûta , qu'il retenoit cinq tambours
auprés de luy pour les appeller
quand il en feroit temps ; & illeur
ordonna de revenir chacun à
leur poſtes fi-toſt qu'ils les
entendroient. Mr de Maupertuis
leur avoit déclaré auparavant
que si quelqu'un de ceux à la
Beste desquels il marchoit, ofoit pafferdevant
luy il , le tueroit. Ils'en
trouva un, qui trop remply de
l'ardeu r du combat, oſa desobeïr
en paſſant devant ce Commandant.
M.de Maupertuis le terrafſa
de 2.coups de Pertuiſanes qui
ne le bleſſerent point ,& fa fageffe
fut fort louée . M.de Vau-
1
du Château de Namur. 77
ban dont la prévoyance eft admirable
en toutes chofes, ayant
confideré que le retranchement
que l'on devoir attaquer
avoit un fort grand front , fit
mettre fur noſtre tranchée des
efpeces de Jallons , vis à visdefquels
chaque Corps devoit attaquer
, & fe loger pour éviter
la confufion , & cela eut
tout le ſuccés que l'on pouvoit
fouhaiter. Toutes chofes eftant
en eſtat pour commencer l'attaque
, le Roy donna ordre
qu'on fift les fignaux. Tout
eſtoit dans untres-grand filence.
On tira d'abord ſept Bombes
, c'eſtoit la premiere décharge
de trois qui devoient
fervir de ſignal .La ſeconde étoit
de neuf ,& la troiſiéme devoit
eſtre d'onze . C'eſtoit aprés
Ponziéme que les Troupes de-
D 3
78 Hiftoire du Siege
voient partir, mais come avant
le fignal , elles n'eſtoient à
guere plus de cent pas des ouvrages
qu'elles devoient attaquer
, & qu'elles s'y eſtoient
gliflées à la faveur de plufieurs
rideaux ,s'y tenant cachéesjufqu'au
ſignal , à peine la ſéptićme
Bombe fut elle en l'air ,
qu'on entendit crier , tuë , tuë ,
du côté de la redoute. Alors,
ceux qui devoient attaquer ,
fans attendre davantage , fortirent
comme des Lions , &
marchant, à découvert , ils
monterent latranchée à revers.
& allerent droit aux Ennemis.
qui firent d'abord ungrandfeu ,,
mais comme dés que le ſixiéme
Enfant perdu des Mouſquetaires
eut avancé , ils reconnurent
àleurs foubreveſtes , que c'eftoient
desMoufquetaires, ils co-
1
du Chasteau de Namur. 79
mencerent à plier en voyant la
vigueur & la fermeté avec laquelle
onalloit à eux. Nos gens
n'avoïent compté que ſur les
armes blanches , comme les
épées , pertuifanes , & bayonnettes
auxbouts des fufils .Tout
cela avec le feu des Bombes
&du Canon , avoit un air martial,
grand,& terrible tout enſemble.
Les Ennemis ayant fait
une décharge de leurs lignes paralelles
,que les noftres effuyerent
avec une intrépidité toute
heroïque , farent contraints
de ſe retirer dans le chemin
couvertde leur ouvrage à corne
ce qu'ils firent par pelotons ,
mais il en demeura une partie
fur l'Esplanade qui eſt entre
cetouvrage ,& les retranchemens
qu'ils venoient d'aban-
D 4
8.0 Histoiredu Siege
1
donner , pour foutenir unboyau
de communication qui leur fervoit
de retraite , & d'où ils.
firent un fort grand feu , qui
n'empeſcha pas qu'on ne ſe logeaft
fur leurs retranchemens
fur deux hauteurs , & qu'on ne
s'y établiſt . Les Ennemis.
avoient un nombre confiderable
de leurs gens qui s'eſtoient
fortifiez dans une maiſon proche
de leurs retranchemens ,
d'où ils firent fort grand feu ,&
qui dura affez long-temps ,
fans aucun intervalle. Ils en
furent neanmoins chaſſez , & fe
retirerent dans une petite maifon
plus avancée vers le Chaſteau
. Undétachement de Dragons
fait par l'avis du Roy , du
coſté de la Meuſe , ſous Mr.
Daugicour , pour ménager un
chemin dans une ravine , ayant
du Chasteau de Namur. 81
fait croire aux Ennemis qu'on
les vouloit couper dans l'Ef
planade de l'ouvrage à corne ,
&les empeſcher de le regagner
les obligeade lâcher pied. Ainfi
l'action finit par leur retraite ,
& tout l'avantage demeura aux
Troupes du Roy. On fit plufieurs
prifonniers pendant l'action,
outre beaucoup de Fuiards
qui cherchoiết à s'échapper par
les Rochers & par la Meufe , &
qui furent arreſtez . Aprés que
les Ennemis eurent fait leur
décharge , on en tua un tresgrand
nombre , & mefme on
peut dire autant que l'on voulut
en tuer. On croit que cela
alla bien à quatre ou cinq cens,
Les Mouſquetaires firent quartier
à tous ceux qui le demanderent
, mais la plupart furent
affez malheureux pour tomber
DSز
82 Histoire du Siege
১১
entre les mains des Grenadiers.
qui ne furent pas fi indulgens ..
Dom Francifco-Carlos de Caftro
, fils du Comte de Lemos
Grand d'Eſpagne, âgé de vingtdeux
ans, fut malheureuſement
tué par un Grenadier à cheval,
nommé Sans raison . L'Eſpagnol
luy demanda quartier , & luy
promit cent piſtoles , en luy
montrant ſa bourſe où il y en
avoit trente-cinq. Le. Grena--
dier outré d'avoir vu dans ce
mefine moment tué ſon Lieutenant
, qui estoit un des plus.
honneſtes hommes du monde
tua l'Eſpagnol. Les Ennemis.
envoyerent redemander fon
corps , pendant une fufpen--
ſion d'armes que demanda Mr
deBarbançon. Il leur fut ren--
du ,& le Grenadierſe piquant :
de generofité , rendit auffi les
১
du Chasteau de Namur. 83
trente-cinq piſtoles qu'il avoit
priſes au Mort, en diſant, tenez,
voila fon argent dont je ne veux
point. Les Grenadiers ne meitei pas
l'épée à lamain pour faire quartier.
Quoy que ce Grenadier
ait eu tort de tuer le fils d'un
Grandd'Eſpagne , ilavoit ne .
anmoins lieu d'eſtre pénetré de
douleur, de la mort de M.de Roquevert,
fon Lieutenant. On ne
peutporter plus loin la bravoure
& la pieté, que faifoit ce Lieutenant
; mais l'excés de ſa devotion
eſtant inconnue , n'étoit
point par confequent incommode.
Il eſtoit reſpecté de
toute l'armée pour ſa valeur ,
accompagnée d'une douceur &
d'une ſageſſe merveilleufe. On
luy atrouvé un cilice qu'il por- t
toit ordinairement.Le Roy l'eſtimoit
beaucoup , & dit aprés
D 6
84 Histoire du Siege
ſa mort , que c'étoit un hommequi
pouvoit prétendre à tour . Il avoit
fait ſes Dévotions le jour précédent.
On doit rendre juſtice
là- deſſus à la plupart de ceux
qui ſe ſont diftinguez.. Tant
qu'a duré le Siege ils ne ſe ſont
point expoſez aux perils évidens
, fans s'eſtre montrez vrais
Chreftiens , avant que d'agir
en veritables Braves. Il ne faut :
pas s'étonner aprés cela de l'intrepidité
qu'ils ont fait voir
dans les actions les plus perilleuſes.
Quand on ne craint rien
du coſté de la conſcience , on
affronte les dangers avec une.
confiance qui éloigne toute for
te de timidité , parce que l'on
eſt préparé à tous les évene--
mens . ,
Dés que Monfieur le Prince:
ſout que l'action alloit com
du Château de Namur. 85
mencer , S. A. ne put s'empe.
cher de courirà la tranchée , &
Elle ſe mit à la teſte de tout. Je
pourrois vous dire beaucoup
de choſes de Monfieur le Duc
qui estoit Lieutenant General
dejour , maisje me contente
ray de vous apprendre qu'ily
fitàla Conde...Je me ſers de ces
paroles que j'ay trouvées dans
la relation d'un homme fort
diftingué du coſté du merite
&je fuis perfuadé qu'elles doi
vent: donner une ſi haute idée
de la valeur & de l'intrepidité
de ce Prince , qu'il n'eſt pas beſoin
que j'en diſe davantage ,
pour faire connoiftre qu'il fit
en cette occafion tout ce que
l'on pouvoit attendre d'un bra--
ve Soldat , & d'un grand Ca--
pitaine , ou pour dire plus , du
fangdont il a le glorieux avan
86 Hiftoire du Siege
1
tage d'eſtre né. M. le Duc de
Roquelaure ſe distingua auffi
beaucoup dans cette action , &
M. de Craman y remplit bien.
fon devoir . M. de fainte Maure
, Aide de Camp de Monfei--
gneur le Dauphin,qui ne vajamais
à la tranchée , lors qu'il y
a quelque action , fans y faire
parler de luy, agit avec l'intrépidité
qui luy eſt ordinaire. Le
Colonel Rocafull , & quelques
autres Officiers Eſpagnols fort.
eſtimez parmy les Ennemis ,
furent tuez . Le Roy demeura:
fur la hauteur où je vous ay
marqué que Sa Majesté ſe plaça
avant l'action juſqu'à ce qu'on
l'eût entierement finie , &qu'il
euſt entendu crier Vive le Roy , ce:
qui ne ſe fait que lors que le
logement eft achevé . Sa Majeſté
pouvant entendre les cris
du Chasteau de Namur.. 87.
d'allegreſſe que pouſſoient les
Troupes au milieu des ouvra
ges des Ennemis, rien ne sçauroit
marquer davantage qu'Elle
eſtoit à portée de tous les
coups de feu. M. le Comte de
Fieſque , qui étoit Aide de
Camp du Roy de jour , avoit
fait poſter trois gabions devant
luy pour le couvrir.Quoy qu'en
ces fortes d'occaſions il n'y ait
point d'autres moyens de ſe parer
des coups, ces gabions , qui
font preſque tout remplis de
pierres , ne laiſſent pas d'eſtre
d'une défenſe affez dangereuſe
, puis que le Canon, venant à
donner dedans tous ceux qui
font derriere font expoſez au
danger d'en eſtre atteints . Un
de cesgabions neanmoins ſauva
peut- eſtre la vie au Roy , à
Monſeigneur , ou à Monfieur ,
88 Hiſtoire du Siege
-
qui estoient à ſes coſtez , car il
rompit le coup d'une balle de
Mouſquer qui venoit droit à
Sa Majesté , &qui en ſe détournant
fit une contufion au bras
de Mr le Comte de Toulouſe ,
qui estoit , pour ainſi dire ,
danslesjambes du Roy. On entendit
le bruit de la bale , & Sa
Majesté ayantdemandé fi quelqu'uneſtoit
bleſſe ; Il me semble,
dit cejeune Prince en ſouriant,
que quelque choſe m'a touche, Cependant
la coutuſion eftoit af
fez groffe , & la marque de la
bale ſe trouva fur le galon defa
manche qui estoit toute noire ,
comme file feu y euſt passé.M..
le Marquis de Nonant reçût un
coup de Mouſquet à la teſte à
cinquante pas du Roy,& M.de
Chaſtillon eut une contufion d
la cuiffe .L'Enſeigne Colonelle
du Chasteau deNamur. 89
du Regiment du Roy , eſtant à
la teſte du Bataillon qui eſtoit
- proche de Sa Majesté , eut la
main percée d'un coup deMouf
quet , & un Soldat fut bleſſfé à
la jambe. Mr le Prince de Gul.
denleu , Danois , demeura auprés
du Roy tant que l'action
dura. Il paſſa plus de trente voléesde
Canon pardeſſus lateſte
& aux pieds de Sa Majesté,
Quoy que l'action fuſt commencée
entre onze heures &
midy , & qu'elle n'euft duré
que trois quarts d'heures , les
Mouſquetaires ne furent nearmoins
relevez qu'à quatre heures
aprés midy , tant que les
logemens fuſſent parfaits . Ainfi
ils demeurerent affez longtemps
àdécouvert. Je vous en
voye une Liſte de ceux qui ont
efte tuez & bleſſez en cette
Y
१० Hiſtoire du Siege
occafion . S'il y a de l'erreur
dans quelques noms , c'eſt que
les noms propres font difficiles
à deviner , & que l'on prend
peu de ſoinde les bien écrire.
PremiereCompagnies des
Mousquetaires.
tué.
tué.
Mrs Bapaume , bleſſfé à la che
Mr Selvoiſin ,
Mr Lymonier ,
ville du pied
Caftillon , bleſſé à la cuiffe .
Vivans , bleſſé à lajambe.
Mondeville , le menton fra-
:
caffé.
Crufille , bleſſe de contufions
.
Seconde Compagnie. :
Mr de la Chauvetiere , Brigadier
, tué
Mr des Caves , Sous-Brigadier,
tué.
Mr de Trebon , Maréchal des.
du Chasteau de Namur. 91
logis , bleſſé à mort d'un
coup de Moufquet dans la
poitrine .
Mr du Feuilloy , bleſſé d'un
coup de mouſquet dans ſa
cuiffe , & mort de ſa bleffure
M. de Combes , Maréchal des
logis , bleffé au bras qui eſt
brifé juſqu'au poignet.
Mrle Baron , Maréchal deslogis
,bleſſé à la teſte d'un coup
de Canon , chargé à cartouche.
M. Largentier, bleſſé d'un coup
de Mouſquet dans le corps.
M. de Saint Paul , fort bleffé
d'un coup de Mouſquet qui
luy perce la hanche.
M. de Foucherant , bleſſé d'un
coup de Mouſquet dans le
corps.
Mr Louaſtre , bleſſé d'an coup
92 Hiſtoire du Siege
de Mouſquet dans la cuiffe.
Mr Daurigny , bleffé d'un coup
de mouſquet qui luy perce la
jambe.
Mr Boucault , bleffé d'un coup
de mouſquer dans l'épaule .
Mr de la Monnereſt, bleſſe d'un
éclat de Grenade à lajambe.
Mrde Thraymeau , bleſſe à l'épaule
d'un coup de mouſquet.
Mr de Breban , bleſfé au bras
d'un coup de Moufquet.
Mr Favre ; auſſi bleſſé.
Grenadiers à cheval.
M. Prevers , Lieutenant mort
de fa bleffure.
M. de la Saye , Lieutenant des
Grenadiers , mort ſous la paliffade
.
M. Grouis , Sous Lieutenant ,
tué.
Deux Grenadiers tuez .
Vingt Grenadiers bleſſez.
du Château de Namur. 93
Regiment des Gardes Françoiſes .
M. de la Fiſtole , Enſeigne des
Grenadiers , bleffé .
Trois Sergens bleſſez .
Dix Soldats tuez .
Quarante-cinq Soldats bleſſez .
Regiment de Piemont.
M. Sarau , Capitaine des Grenadiers
, bleſſé à mort .
M. de Montaigu , Lieutenant
des Grenadiers , bleſſé .
M. Preſchal , Sous - Lieutenant
des Grenadiers , bleſſé .
M. Saligny , Capitaine , bleſſé .
Gardes suiffes .
M. Chevalier , Lieutenant des
Grenadiers , tué .
Deux Sergens bleſſez .
Dix Soldats tuez .
Quarante-cinq Soldats bleſſez .
M. Nogaret , Capitaine ,bieffé.
Un Sergenttué.
Trois Sergens bleffez .
94 Hiftoire du Siege
Treize Soldats tuez .
Quarante fix Soldats bleſſez .
Regiment d'Aunis.
Deux Capitaines tuez .
M. Desfiat , Capitaine , bleſſe.
M. Triadon , bleffé .
M. Defrouville , Lieutenant
des Grenadiers bleſſé.
2 Sergens bleſſez .
1 2 Soldats tuez .
3 3 Soldatsbleſſez .
Regiment deToulouse.
M. Contade Capitaine , le brás
percé.
2 Soldats tuez .
6. Soldats blefſz .
Regiment de Polier.
16 Soldats tuez .
27 Soldats bleſſez .
Regimentdu Roy.
Mrs Saint Paul , Montgaillard
& Lambert , Capitaines,
bleffez .
Onze Soldats tuez .
:
du Chaſteau de Namur. 95
44 Soldats bleſſez .
A
Regiment des Vaisseaux.
Un Sergent bleſſé.
Deux Soldats tuez .
Huit Soldats bleſſez .
Regiment du Vexin .
2 Soldats tuez .
3 Soldats bleſſez .
Régiment d'Auvergne.
M. Bouffier , Capitaine , bleffé.
M. Noros , Lieutenant , bleſſé .
M. Couote , Lieutenant , des
Grenadiers, bleffé .
Un Sergent des Grenadiers ,
bleffé.
INGENIEURS.
M. Clement, Ingenieur & De-
-fignateur de M. de Vauban
tué.
M. de Verpel qui conduiſoit
les ouvrages à la gauche , un
coup de mouſquer dans la
jonë , qui- entre ſeulement
dans les chairs.
>
7
96 Hiftoire du Siege
1
Mrs de Luret , de Charmont ,
& du Guez , les bras caſſez.
M. de Courtal , bleſſé.
Les Moufquetaires eſtant
encore dans leurs poſtes , Mr
de Bouflers leur vint dire de
la part du Roy , que S. M. eſtoit
tres - fatisfaite d'eux & le
foir, lors qu'ils furent de retour
S. M. ayant paffé proche de
leur Camp , eut la bonté de
leur témoigner Elle meſme ,
qu'Elle n'étoit pas moins contente
de leur ſageſſe , que de
leur valeur . Enſuite Elle s'informa
des noms des Morts &
des Bleffez & dit qu'Elle ſe
ſouviendroit dans les occaſions
de ce qu'avoit fait ce
Corps , & marqua tout de nouveau
la fatisfaction qu'elle en
avoit On feroit embaraſfé s'il
falloir dire quel eſt celuy dans
2
toutes les Troupes qui fontde
meurées
du Chasteaude Namur. 97
meurées au Siege de Namur ,
qui s'eſt le plus diftingué. Comme
noftre Canon n'avoit que
tres-peu endommagé les Onvragesdes
Ennemis , il eſt certain
que la priſe n'en eſt due
qu'à la valeur des Attaquans .
Jamais on n'a veu tant de belles
actions foit de la part des
Officiers , foit de celle des fimples
Soldats . Les plus jeunes
mefme y ont fait voir une vigueur
au - de-là de leur âge , &
Mr Monlau , Lieutenant dans
le Regiment des Vaiffeaux
âgé ſeulement de ſeize ans ,
donnala vie à un Officier des
Enemis,dont il ſe ſaiſit pendant
cette attaque , & cet Officier
fut mené au Roy avant que
l'action fut finie. Ce jourlà
1 3. un party de l'Armée de
M. de Luxembourg, fit trente
E :
3
98 Histoire du Siege
prifonniers , & 40. Deſerteurs
Anglois rapporterent , que le
Prince d'Orange faiſoit racommoder
ſes Ponts.
La nuit du 1 3. au 14. la tranchée
fut montée par M. le Prince
de Soubiſe , Lieutenant General.
On s'occoupa principalement
à aggrandir le logement
, & à fe mettre en état de
repouſſer les forties . On fit une
batterie de fix pieces à droite
de la carriere , qui commença à
tirer le matin , & l'on travailla
àd'autres batteries de Canon &
de Bombes. Sur la gauche on
tiraune ligne paralelle à la
courtine , quijoignit les demy-
Baſtions de l'ouvrage à corne.
On fità la fappe deux boyaux
àdroit& à gauche. Il yeut pendant
le travail de la nuit environ
quarante Soldats, tanttuez
1
du Chasteau de Namur. 99
quebleſſez . Une baterie de dix
Mortiers commença à tirer.
La nuit du 14.au 1 5 la tranchée
fut montée par M. le маг-
quis de Tilladet , Lieutenant
General de jour.
Mr de Congis , maréchal de
Camp.
M. de Rebe , Brigadier
avec trois Bataillons du Regiment
du Roy & trois des
Vaiſſeaux.
Le travail de cette nuit- la fe
fit à la ſappe , n'ayant pas eſté
poſſiblede hazarder de le faire
à decouvert , quoy que le feu
des Ennemis ne fuſt pas grand.
On fit à ladroite 400. pas vis à
vis de l'ancien ouvrage à Corne
qui couvre le Chaſteau ,
& environ 360 , à la gauche ,
corne , appelléle Fort de Terra
du coſté du nouvel ouvrage á
Fort
VILLE
Guillaume.
E 2
LYON
100 Hiftoire du Siege
a
,
On travailla le matin du 15.à
une ligne , pour communiquer
les deux tranchées . Deux
batteries de dix Mortiers
chacune impoferent filence
aux Ennemis. L'une avoit
commencé àtirer dés le 14. au
foir , & l'autre ne tira que le
15. au matin. Elles firent tout
l'effet que l'on en pouvoit attendre
, la plupart des Bombes
eſtant tombées dans les batteries
des Ennemis. M. de Vauban
fit travailler le matin du
meſme jour à une batterie de
huit Canons pour tirer l'aprefdînée.
Un de nos Partiſans en
batit un du Prince d'Orange.
Les priſonniers dirent que l'aile
droite de l'Armée Ennemie estois
commandée par M. de Baviere ,
& composée d'Espagnols , &des
Troupesde Brandebourg,&autres
i
T
i
du Château de Namur. 10
1
Troupes Allemandes ; que le Prince
de Valdeck estoit au Corps de bataille
, avec les Hollandois , & que
le Prince d'Orange commandoit les
Anglois à l'aile gauche . Mr le
Marquis de Chaftillon , commandant
un Regiment de Cavalerie
dans l'Armée de M. de
Bouflers , donna avis au Roy
que le Comte de Serclaës de
Tilly avoit paffe la Meuſe le
matin du meſme jour 15. fur le
Pontde Huy , avec cinq ou fix
mille chevaux , & qu'il s'étoit
déja avancé juſques à Choley ,
dans le deffein , à ce qu'on
croyoit , d'attaquer M. de Bou-
Aers,s'eſtant venu pofter à An
douin , à trois lieuës du quar
tier de ce Marquis. C'eſt le
mefme Serclaës qui avec douze
mille hommes n'ofa l'année
derniere s'oppofer à M. leMar-
E 3.
102 - Histoire du Siege
:
:
quis d'Harcourt , & à Mr de
Teffé , lors qu'ils firent une
courſe fi glorieuſe aux armes
du Roy , dans lePays de Juliers .
On reçut preſque en meſme
temps d'autres avis , qui portoient
qu'il avoit diſtribué
beaucoup de haches pour rompre
noſtre Pont de la Baſſe-
Meuſe , pretendant qu'il eſtoit
mal gardé , ce qui parut difficile
à croire , parce qu'on ne put
ſe perfuader qu'il fuſt ſi mal
averty de la bonne garde que
l'on y faifoit.
Cependant le Roy , qui loin
de rien negliger prévoit même
les choſes auſquelles ſes Generaux
ne penfent quelquefois
pas , fit partir vingt-cinq Efcadrons
, qui pafferent auſſi toſt
la Meuſe , & ſe mirent en bataille
à la teſte du Camp de M.
du Chasteau de Namur. 103
de Bouflers , qui eut ordre de
prendre toutes les Troupes de
ſon quartier , & de charger les
Ennemis s'ils approchoient.
Les Moufquetaires , & ce que
le Roy avoit auprés de fa Perſonne
de Gardes du Corps , de
Gendarmes , & de Chevaux
Legers , eurent ordre de feller
leurs chevaux , & de ſe tenir
preſts à marcher au premier
ordre qu'on leur donneroir.
Sa Majesté réſolut en meſme
temps de mander à Mr de Luxembourg
de renvoyer au quartier
de M. de Bouflers la Brigade
de Bolh , compofée de
douze Eſcadrons , & des Regimens
deDragons de Seneterre,
&de Framboizart Monfieur le
Duc de Chartres eut ordre de
veniravec le Corps de referve
de l'Armée deMr de Luxem .
E 4
104 Histoire du Siege
bourg , pour garder un gué , &
pour couvrir l'Armée du Roy
du coſté de la Meufe. Sa Majeſté
qui entre dans tout les détails
,& qui voit toutes choſes
par Elle-mefme , pour mieux.
prendre fes meſures fur les
mouvemens des Ennemis , alla
l'aprés dînée du coſté où ils
pouvoientvenir . Elle fit pofter
Elle-meſime les Troupes aut
delà des Lignes , dans un pays
fort avantageux pour la Cava-
Ierie , & ordonna à M. de Bou
flers de prévenir les Ennemis ,
&de marcher à eux s'il avoit
avis qu'ils vinſſent à luy . Il avoit
quarante-huit Efcadrons , tant
Čavalerie que Dragons , & M..
de Roquelante & de Gaffe pour
Maréchaux de Camp.
Les Officiers Generaux qui
monterent la Tranchée la nuic
!
du Château de Namur. 105
du 15. au 16 furent .
M. de Rubantel , Lieutenant
General.
Mr de Gaffé , Maréchal de
Camp..
M. Davejan , Brigadier..
Avectrois Bataillonsde Guiche
, & trois de Polier. M. de
Bouflersdevoit monter la Tranchée
ce jour-là , mais s'eſtant
mis par ordre du Roy à la teſte
des Troupes quidevoients'oppoſer
audétachement des Ennemis,
M. de Rubantel la monta
pour luy. On fit pendant la
nuit prés de quatre cens pas de
travail à la droite de l'attaque
en forte que l'on commença à
embraffer l'ancien ouvrage à
corne du Chaſteau . On s'étenditauffi
vers le nouveau , afin
d'établir une communication
avec les travaux de la gauche ,
E 2.
106 Histoire du Siege
pour eſtre en estat de pouffer
les travaux fur le glacis du nouvel
ouvrage à corne . On ne perdit
que quatre Soldats pendant
la nuit. On travailla à une
nouvelle Batterie de Canon,
Le Roy entendit la Meſſe de
grand matin , & quoy que la
pluye fuſt forte , Sa Majeſté
partit des huit heures pour ſe
rendre au quartier de Mr de
Bouflers . Elle apprit que les
Ennemis s'eſtoient retirez vers
Huy , fur la nouvelle qu'ils
avoient euë que M. de Bouflers
eſtoit forty de ſes Lignes avec
toute la Cavalerie qu'il commandoit
, & que les fix cens
hommes qu'ils avoient amenez
avec eux pour rompre nos ponts
de la Baffe-Meuſe , eſtoient
rentrezà Huy aprés s'en eſtre
approchez juſques à une lieuë
1
du Chasteau de Namur. 107
à la faveur des Bois , où ayant
eſté avertis que les ponts eftoient
bien gardez , ils avoient
pris le party de s'en retourner.
Ils pafferent par l'Abbaye de
Grand-pré , où il y avoit une
Garde de cinquante Dragons ,
qui leur tua , où bleſſa ſept ouhuit
hommes. Comme ils
ignoroient que nous euſſions
des Troupes dans cetteAbbaye,
ils s'en eſtoient approchez pour
demander de labiere . 3
Le Roy renvoya au Camp de
Mr de Luxembourg , la Brigade
de Bolh , & le Regiment de
Dragons de Seneterre. Celuy
de Framboizard demeura par
fon ordre au pont delaBaffe-
Meufe .
Comme M. de Bouflers ſe
mit à la teſte des Troupes pour
aller audevant du détachement
E 6
108 Hiſtoire du Siege
de l'Armée du Prince d'Oran
ge , le jour qu'il devoit monter
la tranchée , il pria le Roy de
trouver bon qu'il reprit ſon
rang la nuit du 16. au 17. &
S. M. y ayant conſenty
Marquis la monta avec les
Troupes ſuivantes .
, ce
Trois Bataillons des Vaiffeaux
aux deux attaques d'enhaut.
Un. Bataillon de Beauvoifiss
à l'attaque baffe ..
Un Batillon de Fuzeliers ,&
un du Vexin , à l'attaque d'en
bas ,tout-à-faità la gauche..
Le mauvais temps n'empê--
cha pas qu'on n'avançaſt fort
les ouvrages de la tranchée..
L'attaque du bas des hauteurs .
futjointe à l'attaque gauche qui
paffoit fur la hauteur . Quant à
celle qui commençoit affez
L
du Chasteau de Namur. 109
prés de la Sambre , & qui s'avaçoit
vers l'ancien terrain qui
fépare le nouvel ouvrage de
Fancien Chaſteau , on ſe contenta
de la poufser en avant,
fans travailler à la faire communiquer
avec les deux autres ,
dont elle estoit fort feparée.
Du coſté de la droite le travail
fut approché par de doubles
fappes de l'ouvrage à corne de
l'ancien Chafteau , juſques à
60 toiſes ou envion. En voyant
de plus prés le nouvel , ouvrage
on y remarqua qu'il eſtoit placé
dansl'endroit qu'on avoitjugé
d'abord , mais il ſe trouva
tourné différemment. Les Ennemis
dirent , lors qu'ils virent
Jes François ſi prés d'eux , qu'ils
estoient devenus des Taupes ,puis
qu'ils sçavoient si bien faire des
maisons de terre. Nous ne per-
2
110 Histoire du Siege
diſmes que deux Soldats , pendant
la nuit. Nos Bombes leur
démonterent quelques pieces
de Canon. Le matin du 7 le
Prince d'Orange marcha par ſa
droite en remontant la Mehaigne
, cette Riviere toujours
devant luy ,& le Ruiſſeau de
Pervvis , derriere ſa droite . Sa
gauche finiffoit à Bonef , c'eſtà
dire , qu'il s'en falloit une
bonne demy- lieuë , que ſa
gauche n'allaſt jufques à Pervvis.
On en fut averti par un
de nos Partis qui vit ſes tentes
tenduës de ce coſté- là.
Mr de Luxembourg ſe mit en
meſme- temps en marche par la
gauche , derriere la Mehaigne.
Sa gauche s'étendoit plus loin
qu'elle n'avoit fait , parce que
fes lignes eſtoient plus longues
depuisqu'ilavoit reçu lesTroupes
que le Roy luy avoit endu
Chasteau de Namur. 111
voyées. Ilmit ſa droite à Einplines
& fa ligne alloit droit à
Lonchamp. Aprés cela elle faifoitun
coude à gauche ,& alloit
finir vis-à-vis de Maſy , les
Ruiffeaux toujours devant elle .
On n'a jamais rien vu de plus
beau que la march de ces deux
grandes Armées , qui n'eſtant
ſéparées que par la Mehaigne ,
ſe coſtoyoient ſans ſe perdreun
inſtant de venë , & faifoient
alte toutes deux en meſime
temps . Tous ces mouvemens ſe
faifoient avec un grand bruit
de guerre dans l'une & dans
l'autre . Soixante à quatre- vingt
Deſerteurs de l'Armée duPrince
d'Orange qui ſe rendirent
ce jour-là à celle de Mr de Luxembourg
, dirent à ce General
, s'il m'eſt permis de me
ſervir de leurs termes que he
112 Hiftoire du Siege
Prince d'Orange ne vouloit point
mordre. Le même jour, ce Prince
tra dans ſon Camp , & M. de
Luxembourg dans le ſien. Il
n'y avoit pas encore ce jourlà
quatre cens , tant malades,
que bleſſez à l'Hôpital. Les
Fourages ayant manqué , on
fit diftribuer de l'avoine aux
chevaux , & on en envoya à
l'Armée de M. de Luxembourg.
Chaque Cavalier qui fur
détaché en porta un fac..
Tranchée du 17. Au 18.
Trois Bataillons des Gardes
Françoiſes monterent aux attaques
d'enhaut.. Les quatre
Bataillons de Stoupe monterent
deux à chacune des attaques
d'enbas...
Gardes de Cavalerie..
.:Cent diviſez en deux Trou--
pes,poſtées de jour entre les
deux baffes attaques , & avandu
Chasteau de Namur. 113
cées ſur la gauche pendant la
nuit.
Travailleurs des hautes attaques
400. outre leſquels on
pouvoit emprunter quelques
Piquiers de la garde des tranchées
, ſuivant le beſoin qu'on
en auroit.
Six cens autres Travailleurs
diviſez en deux Corps de 300 .
chevaux chacun ; chaque Travailleur
muny de deux fafcines.
La Cavalerie devoit voiturerdes
fafcines le plus prés des
attaques qu'il ſe pourroit ,
pour ne point embaraſſer les
chemins.
Ingenieurs
La Brigade de Richerand,
pour l'attaque baffe . Celle de
Grandmont pour les deux attaques
d'enhaut.Ondevoit faire
114 Hiftoire du Siege
des Gabions de deux pieds &
demy de haut fur autant de
large .
Monfieur le Duc , Lieutenant-
General.
Mr de Gaffé , Maréchal de
Camp.
Mr de Creil , Brigadier .
On apprit le matin , que le
Prince d'Orange n'avoit pas
marché , & qu'il eſtoit demeuré
campé vers le Grand
Rofier.
On continua pendant la nuit
àl'attaque du coſté de la Sambre
à la gauche , à pouſſer en
avant la ligne qu'on tiroit vers
le terrain qui ſépare le nouvel
ouvrage de l'ancien Chaſteau,
pourfaciliter la Place d'armes ,
d'où l'on devoit attaquer le
Chaſteau neuf. On en fit une
au Château vieux , où l'on dedu
Chaſteau de Namur. 115
voit placer trois batteries ,"deux
de quatre pieces ,& une de fix .
Vers la pointe du jour , trois
cens hommes de la Garniſon du
vieux Chaſteau , joints à un
détachement des Troupes qui
deffendoient l'ouvrage neuf ,
firent une fortie avec des Efpontons
ſur les tranchées de la
gauche qui alloient le long de
Sambre , leſquelles ne communiquoient
point encore avec
les autres. Ces Troupes eſtoient
fouſtenuës par le feu du Chaſteau
neuf. D'abord ſuivant
l'ordinaire elles mirent les Travailleurs
en fuite , aprés quoy
elles pouſſerent cinquante Grenadiers
de Stoupe qui les foutenoient
, renverſerent quatre
Gabions , & comblerent avec
nos fafcines qui n'étoient pas
rangées , quatorze ou quinze
116 Hiftoire du Siege
toiſes de tranchées , les Grenadiers
ayant été obligez de plier
à cauſe qu'ils furent attaquez
par un bien plus grand nombre
de Troupes , mais ils firent des
merveilles auffi- toft qu'ils ſe
virent foutenus par M. de Creil
Brigadier du jour , qui prit un
Bataillon de Stoupe , qui estoit
de tranchée , & marcha aux
Ennemis . Ils l'attendirent avec
affez de fermeté , & firent leur
décharge de fort prés , mais ils
furent repouffez juſque dans
leur Contreſcarpe. M. Frey ,
Capitaine , commandant le ſecond
Bataillon de Stoupe , fut
bleffé à mort , & M. du Buiffon.
Commiſſaire Provincial d'Artillerie
, fut tué , ainſi qu'un
Capitaine de Grenadiers..
Nous eûmes huit Soldats .
tuez , & vingt- quatre bleſſez.
du Chafteau de Namur. 117
Laperte des Ennemis fut encore
plus grande ; on leur prit
deux Officiers , dont l'un commandoit
la fortie , & cinq
Soldats Eſpagnols qui n'avoient
point voulu de quartier. On en
trouva douze ou quinze qui
avoient eſté tuez pendant l'occafion
; d'autres font monter
ce nombre à davantage. Le
travail fut reparéſur le champ.
Un Officier Suiffe prit un Lieutenant
des Troupes de Brandebourg
avec lequel il ſe colleta.
L'Officier Suiſſe luy donna la
vie , & l'amena à Sa Majeſté.
La ſortie eſtoit compofée de
Troupes Eſpagnoles & de
Brandebourg , dont la plupart
' n'ayant pas voulu de quartier
ny mettre les armes bas
furent point épargnez par les
Grenadiers. Le Gouverneur
ne
118 Histoire du Siege
1
envoya l'apreſdînée reclamer
un Ayudant-Major General ,
& le Fils d'un Grand d'Eſpagne
, qui furent tuez en cette
rencontre . Cette action efſtoit
la ſeconde du Siege , où les
Suiſſes s'eſtoient diftinguez .
Le Roy monta à cheval pour
aller voir fon Armée , & paſſa
par la queuë de la Tranchée ,
& au de-là de la Sambre , d'où
Sa Majesté vit pendant plus
d'une heure , les attaques de
deſſus les hauteurs.
Tranchées du 18. au 19 .
Quatre Bataillons des Gardes
Suiſſes , ſçavoir deux à chacune
des attaques d'en bas .
Trois Bataillons de Piedmont
à l'attaque d'en haut.
Gardes de Cavalerie.
Cent diviſez en deux troupes
, poſtées de jour entre les
du Chasteau de Namur. 119
deux baſſes attaques , & avancées
ſur la gauche pendant la
nuit.
Travailleurs des hautes attaques
400. outre leſquels on
pouvoit emprunter quelques
Piquiers de laGarde des Tranchées
, ſuivant le beſoin .
Six cens autres Travailleurs
diviſez en deux Corps de 300 .
chacun , munis de deux faſcines
& point d'outils.
La Cavalerie devoit voiturer
les fafcines à l'ordinaire.
Ingenieurs.
Brigade de Dupuys -Vauban ,
pour l'attaque d'en haut.
Celle de Diflot , pour celle
d'en bas ,
Les Gabions à l'ordinaire .
Officiers Generaux.
Mr de Soubiſe , Lieutenant
General.
220 Hiſtoire du Siege
Mr de Roquelaure , Marechal
de Camp.
M. Davejan , Brigadier .
On avoit rapporté le 18. au
foit au Roy , que les Ennemis
avoient pris tous les chevaux
d'un Convoy de quatre mille
facs d'avoine , qui estoient fur
5 cens charettes.Elles venoient
de Beaumont à Philippeville
& avoient efté attaquées par 8 .
Eſcadrons , & cinq cens hommes
de pied. On avoit ajoûté
que les Ennemis avoient brûlé
l'avoine , ne l'ayant pû empor
porter ;mais on cut des nouvelles
feures le lendemain au
matin , qu'il n'y avoit eu au plus
que cent cinquante chevaux
de Payfans pris , & que tout le
reſte de l'avoine , à tres peu
prés , eſtoit en ſeureté. La
précaution du Royla eſté admirable
du Chasteau deNamur, 121
mirable fur le fait de cette
avoine.Il en falloit à l'Armée,
& à celle de Mr de Luxembourg
, trente mille boiſſeaux
parjour , à raiſon d'un demiboiſſeau
ſeulement pour chaque
cheval. On commença à la
fournir ſur ce pied-làdés le 13 .
ou 1 4. du mois , & l'on en avoit
une affez grande proviſion pour
n'en pointmaquer pendant tout
le Siege.Les Hiſtoires ne fourniſſent
point de pareils exéples.
Quoy que les ennemis euffent
beaucoup moins de Cavalerie
que nous , il faut qu'ils ayent
extrémement ſouffert , n'ayant
pas eu cette prévoyance &
n'eſtant pas même en estat de
s'en ſervir quand ils l'auroient
euë.
La nuit du 18. au 19. on
s'étendit de quarante toiſes en
F
122 Histoire du Siege
cirant vers l'angle de l'avantchemin
couvert de l'ancien ouvrage
à corne , & environ de
foixante toiſe en allant communiquer
les Boyaux qui embraſſoient
le chemin couvert
du nouvel ouvrage . Mr de
Mégrigny , qui conduiſoit la
Tranchée qui estoit le long
de la Sambre , pouſſa une ligne
de communication qui vint
joindre les travaux de la gauche
des premieres tranchées ,
de forte que depuis la Sambre
en remontant juſques à la teſte
des deux ouvrages à corne,
& en defendant aux précipices
qui avoiſinent la Meuſe , tout
cet eſpace eſtoit environné de
differens travaux qui ſe communiquoient
, & refferroient
de fort prés les deux ouvragesà
corne. Il y eut pendant la nuit
du Chasteau de Namur. 123
6
un Mouſquetaire tué en portantdes
fafcines. On achevale
matin quatre Batteries commencées
le 13. au foir, &elles
commencerent à tirer ſi toft
qu'elles furent achevées . Il y
enavoitune de deux Mortiers
qui inquieta les Ennemis dans
le chemin couvert , & dans le
foſſé du nouvel ouvrage , &
l'autre de huit Mortiers , dont
les bombes tomboient dans le
corps de l'ouvrage. Les deux
autres Bateries eſtoient , l'une
de fix, & l'autre de huit pieces
de Canon. La premiere tira fur
la Tranchée du nouvel ouvrage
à corne , qui luy eſt oppofé
& la ſeconde estoit partagée,
ſçavoir quatre pieces pourdétruire
une muraille de trois
pieds qui eſtoit àla gorge de
cet ouvrage,& les quatre autres
F 2
124 Histoire du Siege
qui estoient poſtées en redan,
devoient faire breche en même-
temps au front de l'ancien
ouvrage à corne du Chasteau .
Ces deux batteries eſtoientdifpoſées
demaniere qu'ellesdonnoient
un grand avantage fur
ces deux ouvrages à corne , &
favoriſoient beaucoup le defſein
d'attaquer le nouveau , ce
qu'on ne pouvoit faire avant
qu'on euſtelargy& perfectionné
les lignes paralelles & les
Places d'armes , afin que les
Troupes y puſſent eſtre rangées
commodement. Les Ennemis
mirent quantité de chevauxde
friſe aux endroits où les
Bobes & le Canon donnoient le
plus& firet plufieurs fignaux , Ils
renvoyerent treize priſonniers
du Chaſteau , qui direntqueles
Bombes les deſoloient,&qu'ils
du Chasteau de Namur. 125
n'avoient pas de vivres . Ces
priſonniers montrerent du pain
qu'ils en avoient rapporté , &
il eſtoit noir comme de l'encre
. On enleva foixante & fix
Cavaliers de l'Armée du Prin
ce d'Orange avec un Officier.
On eut avis que 2000. chevaux
de l'Armée de ce Prince
avoient paffé le matin en deça
de la Mehaigne, comme pour
reconnoiſtre le poſte de M. de
Luxembourg , mais qu'ils s'étoient
retirez d'abord à la vuel
des détachemens de noſtre Armée
, dont eſtoient les Gardes
du Corps qui furent commandez
pour marcher à eux.
Tranchée du 19 au 20..
Trois Bataillons des Gardes
Françoiſes à l'attaque d'enhaut.
:
3
Trois Bataillons d'Aunix, &
126 Histoiredu Siege
le troifiéme de Polier à celle
du milieu.
Les deux premiers de Polier
à celle de la Sambre .
Six cens Travailleurs pour
les hautes attaques , outre lefquels
on pouvoit emprunter la
garde de la tranchée.
Six cens autres Travailleurs
diviſez en deux corps de 300 .
chacun , & munis chacun de
deux fafcines .
La Cavalerie devoit voiturer
lesGabions.
Ingenieurs.
LaBrigade de du Boſq, pour
l'attaque d'enhaut .
La Brigade de Verpel , pour
les attaques d'en bas .
Officiers Generaux. 2.
1
M. le Marquis de Tilladet ,
Lieutenant General.
M. le Baron de Breſſey, Maréchal
de Camp.
3
+
du Chasteau de Namur. 127
M. de Rebé , Brigadier.
On pouſſa la nuit les trois)
tranchées autour du Fort Guil-)
laume,de maniere qu'il ſe trouva
envelopé.Une des tranchées
fut pouffée à ſoixante pas. Il
n'y eut que cinq ou fix Soldats
tuez , & une vingtaine
bleſſez . M. de Vandremer, Ingenieur
, fut tué & un autre
bleſſé . M. le Duc de Vendôme
vint à cinq heures du matin
trouver le Roy , de l'Armée de
M. de Luxembourg. Comme
elle n'eſtoit qu'à une heure &
demie du Camp , on la voyoit
de la tranchée. Il dit au Roy ,
que M. de Baviere avoit paſſe la
Mehaigne le jour précédent , avec
fix Escadrons pour venir reconnoi .
ſtre la gauche de M. de Luxem
bourg & que nos Carabiniers les
avoient éloignez & contraints de
i
F
4
128 Hiftoire du Siege
repaſſer la Riviere. M. de Vendofme
ayant receu les ordres
du Roy, s'en retourna avec M.
de Chanlay . Ce dernier revint
fur les huit heures ,& dità S.M.
que M.de Luxembourg avoirjuge
à-propos de s'approcherde Marsur
ne se trouvantpas bien dans ſom
Camp, où il n'y avoit qu'unepartie
defon Armée qui pust agiràcause
desruiſſeaux débordez qui lasépa
roient , & qu'il estoit venu mettre
Sa droiteà Vedrin &sa gauche à
Sp . Il pouvoit alors , ſi l'occafion
s'en fuſt preſentée, ſe ſervir
de toute ſa Cavalerie , &
il eſtoit aiſé de luy envoyer
des vivres du Camp du Roy
fans eſcorte .
Les équipages de l'Artillerie
eſtant fort fatiguez à cauſe du
mauvais temps , les Chariots
du Roy & de tous les Seigneurs
du Chateau de Namur. 129
menerent à l'Artillerie des
Bombes& des boulets.
Tranchée du 20. AU 21 .
Deux Bataillons d'Auvergne
, & un d'Alface à l'attaque
d'enhaut.
:
Deux Bataillons du Regiment
du Roy , à l'attaque d'en
bas.
OfficiersGeneraux.
Mr. le Marquis de Bouflers ,
Lieutenant General , aux attaques
d'en haut.
Mrle Duc de Roquelaure ,
Maréchalde Camp à celle du
milieu .
- Mr de Rainel , à l'attaque
de la Sambre.
On pouſſa perndant la nuit
pluſieurs fappes à la droite en
avant des deux ouvrages qui
voyoient les communications
des Ennemis . Les ſappes de la
FS
132 Hiſtoire du Siege
tranchée de la gauche qui étoientau
bord de la Sambre n'étoient
pastout à fait fi avancées.
La tranchée du milieu embraffa
à la droite , & à la gauche
fur la hauteur , le chemin couvert
du demy Baſtion droit à
noſtre égard du Châteauneuf.
On continua de battre en breche
l'angle du Baſtion gauche à
noftre égard , de ce mefme
Chasteau , & les flancs d'une
contregarde qui eſt à l'angle de
ce Baftion. On battit auſſi en
breche l'ouvrage neufpar lagorge
mais onne voyoit que la cre
fte des murailles &des paliffades.
Hy avoit le 21. en batterie
trois gros Mortiers qui jettoient
des Bombes de dix huit
pouces ,peſant cinq cens ,&
huit autres qui en jettoient de
2
:
du Chasteau deNamur. 133
fix & de huit pouces , ce qui
incommoda fort les Ennemis .
Pendant le dîner du Roy ,
on entendit un grand bruit qui
fut fuivy d'une groffe & noire
fumée , qu'on vit des tentes de
S. M. pardeſſus des Montagnes
& des Bois qui font entre le
lieu où ſe faifoit l'attaque ,& le
Camp. On crut que c'eſtoit au
Parc de l'Artillerie , ce qui
obligea le Roy d'envoyer Mr
le Prince de Turenne ,l'unde
ſesAides de Camp , pour s'informer
de ce que ce pouvoit
eſtre. Une demy - heure aprés ,
M. de Vauban enyoya dire à
S. M. qu'un Soldat du Regi
ment de Magaloti qui avoit
deferté , & que les Ennemis
Woient renvoyé , ayant îndiqué
à peu-prés l'endroitoù les
Ennemis qui estoient dans le
132 Histoire du siege
Fort Guillaume ,avoient unde
leurs Magazins , on s'eſtoit atzaché
depuis ce temps là , à ti
fer à ce Magazin , & qu'enfin
une de nos Bombes venoit de le
faire sauter ,avec ſept à huit
milliers de poudre. Ce Magazin
eſtoit dans un fond parde-
là l'ouvrage à corne qu'on
attaquoit,& comme il remua
beaucoupde terre en ſautant
il endommageaun Bastion , &
fit fauter pluſieurs paliſſades.
Nos Canons avoient alors ouvert
quelques breches , tantaux
faces , qu'aux flanes & a la gorge
de cet ouvrage neuf , & les
Ennemis avoient eſté diligens.
à les réparer , avec des chevaux
de frife ,& des paliſſades.
4
"
L'ordre ayant eſté donné
pour fairevenir, de Maubeuge
&d'Avenes des Gonvois de fa
du Château de Namur. 133
rine & d'avoine , qui devoient
partir le 22. de Beaumont
pour ſerendre à Philippeville .
M. de Luxembourg fit pofter
quatre mille chevaux au Pont
de la Sambre , afin qu'en s'avançant
vers Charleroy ils favoriſaſſent
la marche de ces
Convois , & puſſent la rendre
feure . Ce fut Mr le Comte de
Cogny , qui les commanda.
Tous les chariots , charettes ,
&mulets de l'équipage du Roy
& de laCour , eurent ordre de
voiturer le lendemain 22. les
munitions qui reſtoientau Pont
de la Baffe-Meuſe , & tous les
mulets y furent employez dés
le 2.1 . L'Armée de Mrde Luxembourg
& celle du Prince
d'Orange , demeurerent dans
leurs poſtes ce jour-là. On apprit
ſeulement , que les En
1:36 Histoire du Siege
nemis faifoient racommoder les
chemins du coſté de Valhein,
ce qui fit penſer qu'ils avoient
intention de marcher du coſté
de la Sambre.
Tranchée du 21. au 22 .
Les trois Bataillons du Dauphin
monterent aux attaques
hautes.
Les deux premiers des Vaiffeaux
à celle du milieu .
Le Troiſiéme des Vaiſſeaux,
& celuy du Vexin à celle de la
gauche.
Travailleurs des hautes attaques.
Six cens. :
Sept cens autres Travailleurs
, diviſez en deux Corps,
Sçavoir ,
Trois cens pour l'attaque du
milieu.
Quatre cens pour celle de la
fambre.
du Chasteau de Namur. 137
La Garde de Cavalerie devoit
eſtre de meſme que le
jour précédent , & voiturer
des fafcines.
Les Commandans , tant des
Troupes que du travail , devoient
estre de bonne heure à
la tranchée pour reconnoître
leurs poftes.
Ingenieurs.
La Brigade de Dupuis Vauban
pour l'attaque d'enhaut .
La Brigade de Diflot pour
les deux autres .
Les Gabions à l'ordinaire
avec des ordres tres-exprés de
les faire mieux.
OfficiersGeneraux.
M. de Rubantel, Lieutenant-
General.
M.de Ximenes, Maréchalde
Camp.
M.deBoiſſelot,Brigadier.
136 Histoire du Siege
On travailla à la ſappe,&on
trouva un endroit de Roc fort
vif. Comme il avoit eſté abſolument
reſolu d'attaquer le jour
fuivant les chemins couverts
du Fort neuf des Ennemis , on
élargit autant qu'il fut poffible
les boyaux& les tranchées qui
approchoient le plus des paliffades
, afin qu'on y puſt eſtre
plus commodement pour l'attaque
& qu'on la puſt faire
avec plus de facilité. Les Ennemis
firent pendant toute la
nuit un fi grand feu fur nos
Travailleurs qu'il y en eut
environcinquante tuez oubleſt
fez . M. de Bouflers partit la
mefme nuit pour marcher en
deçà de la Sambre avec quatre
Regimens de Cavalerie
ردا
و
&
quatre de Dragons ,& du Canon.
Il devoit eſtre joint en
1
du Chasteau de Namur. 137
chemin par d'autres Troupes ,
pour s'avancer au delà de Floreſte
, côtoyer la Sambre , &
obſerver les Troupes ennemies
, qui auroient pû ſe prefenter
au bord de cette Rivie
re . I devoit auffi eftre joint
le 22. par le détachement de
M. de Cogny , dont j'ay déja
parlé;&qui s'étoit fait la veille.
Quandonfera reflexion fur
tout ce manege , on connoiſtra
la parfaite intelligence qu'ale
Roy du métier de la Guerre ,&
que tous les mouvemens que
ce Prince a fait faire pour s'oppoſer
àl'Armée des Alliez , &
empêcher le ſecours de Namur
ne luy ſont pas moins glorieux
que tout ce qu'il a fait pour la
priſede cette importante Place
dont ila ordonné toutes les attaques
, pendant leſquelles il
140 Histoire du Siege
s'eſt expoſé avec tant d'intrepidité.
M. de Luxembourg eut nouvelles
le 22. que le Prince d'Orange
avoit marché le matin
de cette même journée. Un de
nos Partis manda qu'il voyoit
fon Armée à Sombref , mais
on crut que ce n'eſtoit qu'une
teſte , eſtant impoſſible que
l'Armée entiere euſt pû faire
une auffi grande marche .
M. le Comte d'Auvergne ,
qui eſtoit à la gauche de M.
de Luxembourg vers Spy ,
donna auſſi avis qu'il voyoit
quelques Troupes & quelques
charettes qui defcendoient fur
le ruiſſeau qui paſſe à Valastres
&qu'elles paroiffoient prendre
le chemin de la Sambre . On
les aprehenda peu , puis que
ſi elles avoient eu veritabledu
Château de Namur. 141
ment le defſſein de la paſſer ,
M. de Luxembourgayant quatre
ou cinq ponts tout faits
avoit beaucoup d'avance fur
elles. On crut que la marche
du Prince d'Orange eſtoit une
feinte , pour voir ſi M. de Luxembourg
ne pafſſeroit point la
Sambre avec précipitation , &
pendant ce temps ce Prince
auroit fait une contre-marche
pour deſcendre vers luy , &
s'emparer du pont de l'Armée
du Roy . Jamais il n'y eut tant
d'ardeur qu'il en parut en ce
temps-là dans les Troupes de
l'une & de l'autre Armée ;j'entens
dans celle du Roy , &
dans celle que commande M.
de Luxembourg . L'Armée du
Roy ne reſpiroit que des affaits,
& celle de M. de Luxembourg
ne refpiroit que des Batailles .
140 Hiſtoire du Siege
Le mefine jour 22. Mr le Duc
deChartres vint diſner avec le
Roy , de l'Armée de Mr de Luxembourg
, où ce Prince commande
le Corps de reſerve . II
trouva en chemin un Preſtre
ayant dignité dans une des Egliſes
de Namur. Ce Preſtre
ayant pris Monfieur de Chartres
pour l'Electeur de Baviere
luy ditaprés l'avoir falué,& luy
avoir fait un compliment qui
le furprit fort , & donna lieu
d'admirer la prudence & la
prefence d'eſprit de ce jeune
Prince qui pouvoit ſe faire
connoiſtre par une feule parole
ou le moindre mouvemet de fon
viſage que les François croyoient
que la Garnison du Chasteauman.
quoit de tour ; mais qu'ils se trompoient
,& qu'on avoit trouvé moyen
de lux envoyer par la Meuse
du Château de Namur.
141
une bonne partie des choses dont
elle avoir besoin , & que sison Alteffe
Electorale vouloit , il luy
feroit voir qu'il disoit vray ;
qu'encore que la Ville fust prife
, ils avoient toujours confervé
teur bonne volontépour le Roy d'Efpagne
; que le Roy d'Angleterre
avoit tous lesjours des nouvelles de
laville & du Chateau , & que le
Mardy suivant , comme il sçavoit
bien, estant lejour qui avoit este
pris pour secourir le Chasteau , la
Ville feroit fon devoir. Monfieur
le Ducde Chartres luy dit , en
paroiffant approuver ſon zele,
qu'ille vouloit menerau Roy.L'Eccleſiaſtique
crut que ce Prince
-luy parloit du Prince d'Orange,&
plein de cette penſée , il
luy répondit d'un air qui marquoit
la joye , qu'il estoit prest de
Lefuivre partout , où il le voudroit
mener. Iln'y a qu'un obstacle à cela
144 Histoire du Siege
1
1
2.
qui vous fera peut estre de la peine,
luy dit alors Monfieur le Duc
deChartres . C'est qu'ilnousfaudra
pafferpar l' Armée de Mrde
Luxembourg.Cet Eccleſiaſtique
connut à ces mots qu'il s'étoit
mépris , & s'excuſa le mieux
qu'il luy fut poſſible , en difant
qu'il estoit Espagnol , & qu'iln'avoit
rien fait qui ne fust naturel à
un bon sujet .
Le meſme jour 22. fur les
quatre heures aprés midy , le
Roy continuaut à mépriſer les
perils & à à s'expoſer , alla à la
tranchée , & mit pied a terre
pour voir de plus prés la difpoſition
de toutes choſes , &
les endroits que l'on devoit attaquer.
Il eſtoitaccompagné de
Monſeigneur le Dauphin , de
Monfieur le Duc de Chartres ,
& s'aprocha fort prés de la
du Château de Namur. 143
Contreſcarpe . Monſeigneur
alla ce meſime jour à toutes les
batteries , où il diſtribua 350 .
Loüis , & Monfieur le Duc de
Chartres retourna à ſon quartier.
Avant que d'entrer dans le
détail de l'attaque des chemins
couverts , qui ſe fit le foir , je
* crois vous devoir apprendre
quelques particularitez touchant
cet ouvrage qui vous feront
plaiſir à ſçavoir.
Namur eſtant la plus forte
& la plus importante Place
qui reſtaſt au Roy d'Eſpagne
dans les Pays Bas , le Prince
d'Orange avoit employé tout
l'artifice dont il eſt capable pour
s'en rendre Maiſtre , ſoit qu'il
cruſt pouvoir tenir les Eſpagnols
en bride par la , ſoit qu'il
craigniſt qu'on ne la deffendiſt
144 Hiftoire du Siege
中
|
mal , s'ils y commandoient avec
une entiere autorité. Il tourna
l'année derniere autant autour
de cette Place , qu'il fit autour
de Dinant , mais ſon artifice ne
put rien ſur l'une , ny fes forces
furl'autre. Le Prince de Barbançon
qui penetra ſes deſſeins
ne donna pas dans les pieges
qu'il luy tendit , ce qui les mit
affez mal enſemble , fans pourtant
qu'aucun des deux le fiſt
trop paroiſtre. Le Prince d'Orange
eſtant allé dans la derniereCampagne
viſiter la Place
& n'ayant puvenir à bout de ce
deſſein qui luy réuffit. Il dit au
qu'ilavoit reſolu,formaun autre
Prince de Barbançon en ſe promenant
avec luy , & en examinant
l'endroit où a eſté fait le
FortGuillaume , que ce terrain
Lestoit degrande importance , &que
devant estre fort avantageux à
deux
du Chafteau de Namur. 145
د
ceux qui l'occuperoient pendant un
Siege, il croyoit qu'on y devoitfaire
quelques fortifications ; de crainte
quefi les Francois venoient un jour
à affieger cette Place,ils ne s'en faifiſſent
, & qu'il ne leur ferviſt à
avancer beaucoup leurs affaires .
Le Prince de Barbançon demeura
d'accord de bonne foy
de tout ce que dit le Prince
d'Orange mais fur l'article
fortifications , il répondit ,
qu'il n'avoitpas de fond pour
les faire , à quoy le Prince d'Orange
repliqua , qu'il les jugeoit
fineceffaires en cet endroit-là , que
bien qu'ilenstdéja avancédegrandessommes
pour la Ligue , il fourniroit
pourfaire construire quelques
ouvragessur ce terrain. Je ne puis
vous dire file Prince de Barbaçon
avoit aſſez de pouvoir pour
luy donner cette permiffion , ou
des
G
146 Hiſtoire du Siege
s'il falut l'attendre de la Cour
d'Eſpagne , mais enfin elle fut
donnée au Prince d'Orange ,&
il y fit travailler, fans perdre de
temps. Il choiſit un ingenieur
Hollandois , appellé Clohorne,
qui peut eſtre mis au nombre
des plus habiles de l'Europe .
L'ouvrage qu'il fit conſtruire
eſt un grand ouvrage à corne
avec quelques redans dans le
milieu de la Courtine, & feulement
lors que le terrain le demandoit.
Il eſt ſitué de telle
maniere , que plus on en approche
, moins on le découvre
, de forte qu'en huit ou dix
jours noſtre Canon n'y avoit
fait qu'une tres-petite breche
a paſſer deux hommes ſeulement
, & il n'y avoit pas une
paliſſade de rompuë.Enfin c'eſt
nn ouvrage dont M.deVauban a
du Chasteau de Namur. 147
admiré la beauté. L'Ingenieur
à qui il eſt dû , s'eſtoit enfermé
dedans , pour le deffendre luymeſme
, & il y avoit fait creuſer
ſa foſſe , diſant qu'il s'y vouloit
enterrer. Il y avoit quantité
de rochers au tour de cet ouvrage
qu'il avoit fait couvrir de
terre , afin que ſion en approchoit
jamais par tranchées on
trouvaſt plus de beſogne qu'on
ne ſe ſeroit imaginé. Dés que
cet ouvrage fut achevé , le
Prince d'Orange y mit une
Garniſon , qui n'eſtoit compoſée
que de Hollandois , & de
Troupesde Brandebonrg , avec
ordre de n'obéir qu'à luy ſeul ,
& de n'y laiſſfer entrerperfonne
de la Garniſon de la Ville &
du Château , de forte qu'il ſe
fit une Fortereſſe dont il eſtoit
Maître abfoln , & qui luy fer-
4
G 2
148 Histoire du Siege
du
voit de Citadelle contre le Chateau
& contre la Ville . Le Major
General VVinberghen à
qui ildonna lecommandement
de ce nouveau Fort , eſtoit un
homme âgé de prés de 80. ans ,
qui avoit de l'expérience ,
coeur , de la fidélité & de la
réſolution , & qui tant qu'a
duré le Seige , n'a point reçu
d'ordres du Prince de Barbançon.
Ceux qu'il avoit mis dedans
étoient gens choiſis , de
belle taille , &de bonne volon
té , & en nombre plus que fuffiſant
pour la deffendre . Voila
l'ouvrage & les Troupes à qui
nous avions à faire , fans compter
tous les Elemens conjurez .
Ainfi il falloit que les Affiegeans
fuffent François , &
animez parl'exemple d'un auffi
grand Roy , pour venir à bout
du Château de Namur. 149
en unmois de tous les poftes
que nous avons attaquez , qui
font , la Ville , les hauteurs , les
carrieres & leur redoute , le
Fort Guillaume & le vieil
ouvrage à corne , le tout enſemble
eſtant auffi conſidérable
que trois Villes bien fortifiées,
& devant mefme coufter plus
de monde & de temps , àcauſe
des ouvrages qui eſtant à demy
cachez n'eſtoient pas bien
connus & qui ſe ſont trouvez
beaucoup plus forts que l'on
n'avoit cru . L'ouvrage dont je
vais vous marquer la priſe ,
avoit pluſieurs noms. On l'appelloit
le Fort de Terra nova.
Je ne vous en ſçaurois dire
précisément la raiſon, ſi ce n'eſt
parce qu'il eſt nouvellement
fait , ou parce que le terrain
fur lequel on l'a bâty, s'appel
G3
150 Hiſtoire du Siege
loit Terre neuve.On le nommoit
auſſi Fort Guillaume , ou Fort d'O .
range. Il eſt aisé de voir que
c'eſtoit à cauſe que le Prince
d'Orange l'avoit fait conſtruire
& qu'il en étoit abſolument
le Maître. Quelques-uns l'appelloient
Fort Hollandois , & ils
luy donnoient ce nom avec
beaucoup de juſtice , puiſque
le Prince d'Orange l'avoit fait
bâtir de l'argent des Hollandois.
Les Flamans l'ont appellé
le Fort VVilliam , ce mot en leur
langue , fignifiant Guillaume.
Ce que j'ay trouvé de fingulier
en tout cela , c'eſt qu'encore
que ce Fort ſoit bâty ſur un
terrain appartenant aux Eſpagnols
, aucuns des noms qu'on
luy a donnez , n'en fait mention
, & que le Fort qu'avoit
fait baſtirle Prince d'Orange
du Chasteau deNamur. Isi
eſtoit plus ordinairement appellé
par fon nom, de Fort Guillaume
, & de Fort d'Orange que
par aucun autre , quoy que le
terrain ne luy appartinſt pas ,
& que les Hollandois luy euffent
fourny l'argent qu'il a
couſté à conſtruire .
Le ſoir du 22.au 2 3. la tranchée
fut ouverte par Monfieur
le Duc , Lieutenant General
de jour , avec les Bataillons de
Toulouſe , de Nice , des Fufeliers
, & de Polier.
Il ne s'eſtoit point fait d'attaque
depuis le 1 3. qu'on avoit
emporté la Redoute& les Carrieres.
L'ouvrage que l'on devoit
prendre enſuite , eſtoit le
Fort Guillaume , dont je viens
de vous conter tout ce qu'on
en peut ſçavoir. Ainfionavoit
travaillé pendant neuf jours ,
G4
152 Histoire du Siege
fans que nos Troupes fuſſent
expoſées à d'autres perils qu'à
ceux de la tranchée i ce qui
leur parut un temps fi long ,
qu'elles ne purent s'empêcher
de marquer l'impatience qu'elles
avoient d'en eſſuyer de
nouveaux , pour acquerir une
nouvelle gloire . Les Courtiſans
mefmes accoutumez à voir attaquer
plus frequemment dans
tous les Sieges où ils s'étoient
rencontrez , s'étonnoient de ce
retardement , & les uns & les
autres auroient voulu qu'on
euſt fait moins de travail , &
que l'on euſt donné plus d'affauts.
Cependant le Roy n'écoutoit
que ſa bonté pour ſes
Troupes , & le defir qu'il avoit
d'épargner leur fang.Ce Prince
vouloit que l'attaque fuſt ſeure,
& moins meurtriere que de
du Chasteau de Namur. 153.
i
pareilles attaques n'ont accoutumé
de l'eſtre en de ſemblables
occafions ; & comme il
s'agiſſoit de prendre un Ouvrage
iſolé , il ſouhaittoit qu'il
fuſt enfermé par les travaux
qu'il faiſoit faire avant qu'on
l'attaquaſt , afin qu'il ne puſt
eſtre ſecouru des autres ouvrages
qui estoient encore à prendre
, & que la Garniſon n'ayant
point où ſe retirer , fuft
obligée , ou de ſe rendre à difcretion
, ou de capituler pour
fe retirer ailleurs que dans le
Chaſteau . Pour réuffir dans
ce deſſein , Mr de Vauban , par
ordre du Roy , avoit fait des
-travaux qui paſſent l'imagination
; auſſi eſtoit- ce quelque
choſe de prodigieux à voir que
noſtre tranchée. Elle embraf-
GS
154 Histoire du Siege
foit à la fois pluſieurs Montagnes
& pluſieurs Vallées , avec
une infinité de tours & de
retours , & j'ay vû des Relations
qui n'en pouvant affez exprimer
le nombre , marquoient
qu'ily en avoit autant qu'ily a de
ruës à Paris. C'eſt une choſe incroyable
que la quantié de terre
qu'il avoit fallu remuer pour
venir à bout de tant de travaux
Auſſi eſtoit on ſeur par là , non
ſeulement d'épargner beaucoup
de fang , mais que les Ennemis
voyant leur retraite coupée
, feroient obligez de ſe
rendre beaucoup plutoſt. On
peut remarquer icy une choſe
bien glorieuſe pour le Roy , &
qui eſt au deſſus de tout ce que
l'on peut imaginer. Pendant
que M. de Vauban faiſoit travailler
àdes travaux ſi immendu
Chafteau de Namur. 155
fes , ce Monarque s'eſtoir chargé
du ſoin d'empefcher qu'une
Armée de cent mille hommes
ne fecouruſt la Place , & comme
il ne s'eſt paffé aucun jour
fans qu'elle ait fait des mouvemens
nouveaux pour donner
de l'inquietude , il a fait voir
ſa parfaite intelligence dans
tout ce que la guerre a de plus
difficile , en donnant tous les
jours des ordres fi juſtes , &fi
à propos , qu'il a toujours inquieté
ceux qui le vouloient
inquieter. Enfin les travaux de
M. de Vauban eſtant achevez ,
&le Fort Guillaume ſe trouvant
embraffé de tous coſtez ,
&hors d'estat d'eſtre ſecomu
par les forces dus Chafteau ,
toute la Cour & toutes les
Troupes en témoignerent tine
joye proportionnée ä leur im urim
G6
156 Histoire du Siege
patience , ſe tenant ſeures de
remporter autant de victoires
qu'elles feroient d'attaques
nouvelles . Elles n'avoient aucun
ſujet d'endouter , puis qu'-
elles n'ont jamais manqué aucune
entrepriſe de vigueur , ny
pris de poſtes qui leur ayent
eſté repris , quand elles y ont
tine fors efté logées. Tous les
travaux eſtant donc en estar
pour l'attaque du Fort Guillaume
, le Roy ordonna à M. de
Vauban, de difpofer toutes chofes
pour Fexecution de l'entreprife.
S. M. voulut qu'il fuſt attaque
fur les neuf heures du
foir , & toutes les Troupesdeſtinées
pour cette attaque furent
d'autant plus fatisfaitesde
cet ordre que Monfieur le
Duceſtantde tranchée cejourtà
, elles regardoient ce bon-
2
du Château de Namur. 157
heur comme un preſage afſuré
de la victoire , ce Prince n'a
yant point encore paru à leur
teſte pour quelque expédition
fans en eſtre forty victorieux.
Aufſi ſe mit-il à celle des détachemens
qu'on avoit faits ,
avec ſon intrépidité ordinaire ,
&fervit non ſeulement à animerles
Troupes par fon exemple
, mais encore à les guider
dans ce qu'elles avoient à faire
Mais pour prendre l'action de
plus loin , M. de Vauban ayant
pris , ſelon l'ordre qu'il en avoit
eudu Roy , toutes les meſures
qu'il avoit jugées neceſſaires
pour l'execution de cette entrepriſe
, & la tranchée ayant
eſté rélevée , on fit marcher
fept Compagnies de Grenadiers
, pour joindre à pareil
nombre. qui y estoient déja
58 Hiftoire du Siege
5
com
avec les Bataillons qui la gardoient.
Ces quatorze Compagnies
de Grenadiers
mencerent fur les fix heures du
foir à occuper tout le terrain
qui environnoit tous les travaux
, eſtant foutenuës par ces
feptBataillons .
L'ordre eſtoit de ſe loger
dans le chemin couvert , fur lequel
on devoit faire une batterie
, afin d'augmenter la breche
, en cas qu'on ne la trouvaſt
pas ſuffifante pour attaquer le
corps de l'ouvrage. Les Compagnies
de Grenadiers qui devoient
donner à la droite eftoient
une de Beauvoiſis , deux
de Toulouſe , une du Royal la
Marine , deux du Royal des
Vaiſſeaux , une de Nice , &
trois du Dauphin , ſuivies par
400. hommes , détachez em
du Chasteau deNamur. 159
trois corps , foutenus par les
Bataillons de la tranchée. Les
Troupes deſtinées à donner à
lagauche , estoient les Grenadiers
de Piémont , deux Compagnies
de Fuféliers ,une de
Polier ,une du Vexin , & une
du Royal des Vaiſſeaux , avec
deux cens hommes détachez
&les Bataillons de la tranchée.
Avant qu'entrer en action , &
de faire les fignaux , on fit un
grand feu de Bombes & de
Canon & enfuite M. de
Vigny fit tirer fix coups de
Canon puis fix Bombes ,
aprés quoy les Troupes commandées
partirent l'épée à la
main , avec un air qui marquoitla
vigueur avec laquelle
elles alloientdonner ,& lacertitude
qu'elles croyoient avoit
d'une victoire fort prompte. Le
د
160 Hiſtoire du Siege
A
feu de noſtre Canon & de nos
Bombes recommença , & les
Troupes qui avoient commencé
à marcher , chargerent
avec tant d'ardeur , de force ,
d'intrépidité , & de conduite ,
qu'elle prirent d'abord le chemin
couvert , où il y avoit doubles
paliffades , & des chevaux
de friſe qui en traverſoient les
avenues pour les embaraffer.
Les Ennemis perdirent environ
deux cens hommes , quelques
Officiers de marque. Ils
eſſayerent de ſe retrancher ſur
le haut du chemin couvert ,
mais les Grenadiers les ſuivirent
de trop prés pour leur en
laiſſfer le temps. Les Affiegez
ayant eſté pouffez aux deux
attaques , & celle de la gauche
les pourſuivant encore , il fe
pafla à celle de la droite des
du Château de Namur. 161
choſes affez fingulieres , &
dignes d'eſtre remarquées.
Aprés que ceux qui avoient
été commandez pour cette attaque
eurent tailléen pieces tous
ceux qui ſe mirent en eſtatde
s'oppoſer à leur valeur,laquelle
dans cette occaſion avoit del'air
d'un torrent qui entraïne tout
ce qu'il rencontre , ils poufferent
les choſes plus loin qu'il
ne leur avoit eſté ordonné , &
un Lieutenant ayant pris vingt
Grenadiers leur dit , Allons
- Enfans mes Camarades
- faut icy faire parler de nous ,
faisant une belle action suivezmoy.
Ils le ſuivirent
ayant grimpé , ( car ce ne ſeroit
pas aſſez dire que monter )
fur le haut d'un Baſtion de la
droite , par un petit endroit
où l'onne pouvoit aller qu'un
د
il
en
&
162 Hiſtoire du Siege
à un , ils entrerent dedans , en
criant , tue , tuë tuë à moy point
de quartier , tuë , tue , tuë. Les
Ennemis furent ſi ſurpris de
cette action à laquelle ils
ne s'attendoient pas , qu'ils
demanderent quartier ; mais
nos gens ayant crié en meſme
temps Vive le Roy , parce qu'ils
jugerent bien qu'ils eſtoient
Maiſtres de l'ouvrage , ne les
entendirent point , de forte
qu'ils haufferent la voix pour ſe
faire entendre ,& continuerent
à demander quartier , en criant
de toute leur force , mais les
cris de Vive leRoy, eſtant cacore
fuperieurs , on ne les entendoit
pas , ce qui fut cauſe que
Pon en tua plus long temps
qu'on n'auroit fait. Les remparts
de la Ville eſtoient alors
chargez de monde , qui fut
du Chasteau de Namur. 163
2
& detémoin
de cette action, Enfin
on fit arreſter les Soldats avec
bien de la peine , & dans le
temps qu'on appelloit des Travailleurs
pour s'affurer unlogement
fur le Baſtion , les Affiegez
battirent la chamade en
pluſieurs endroits
manderent à capituler . Un Capitaine
vint en mefine - temps
pour avoir des nouvelles de
quelques Officiers de confidération
qui avoient eſté
tuez ou bleſſez pendant l'attaque.
Il dit qu'ils avoient perdu
cinq ou fix cens hommes depuisqu'ils
étoient affiegez , en
comprenant dans ce nombre
environ 3. cens qu'on avoit
tuez , on tres -dangereuſement -
bleſſez dansl'action qui venoit
de ſe paſſfer. Mr le Prince de
Turenne , qui estoit Aide de
Camp du Roy ce jour- jà , & qui
164 Hiſtoire du Siege
cette
د
à
àfon ordinaire s'expoſa à tous
les perils pour en rendre un
compte plus fidelle à S. M. alla
luy faire le rapport de tout ce
qui s'eſtoit paſſé dans
vigoureuſe action , & l'avertir
que les Ennemis avoient bat
tu la chamade . Cependant on
ne laiſſa pas , en attendant réponſe
de S. M. de mettre les
Travailleurs en beſonge
l'une ,& l'autre attaque. Comme
Monfieur le Duc eſtoit
Lieutenant- General de jour ,
ce fut à ce Prince qu'il fallut
s'addreſſer pour laCapitulation
Quoy que les Ennemis euſſent
battu la chamade , ils paroifſoient
neanmoins n'eſtre pas
bien déterminez à ſe rendre .
Ils ſe renvoyoient les uns aux
antres pour faire des propofitions
, & meſime ils en firent ,
du Chasteau de Namur. 165
qu'on on ne leur pouvoit accorder.
Monfieur le Duc fit
paroiſtre dans cette occafion
autant d'eſprit , de ſageſſe , &
de conduite qu'il avoit fait voir
de valeur dans toutes les attaques
où il s'eſtoit trouvé. Il
parla aux Officiers Ennemis
avec vigueur , ſans fortir pourtant
de l'honneſtetéqu'unPrince
doit toujours avoir. Enfin il
les charma par fes manieres , de
forte que le lendemain , leRoy
pendant ſon dîner parla de ce
Prince avec éloge , & dit , qu'il
en estoit tres fatisfait. Toute la
Cour en fit de meſme , & s'écriatout
d'une voix , qu'on ne
pouvoit pas mieux faire. J'employe
icy les propres termes
dont toute la Cour ſe ſervit ;
mais pour revenir à la Capitulation
, il ne faut pas s'étonner
166 Hiftoire du Siege
fi les Ennemis avoient de la
peine ày confentir . Le Major
General Vviſberghen , dont je
vousay déja parlé , & qui commandoit
dans le Fort Guillaume
, eſtant fort incommodé , à
cauſe de ſon grand âgé de 80 .
ans , & des fatigues continuelles
qu'il avoit fouffertes pendant
quinze jours , qui l'avoient
réduit à ne pouvoir plus marcher
, s'eſtoit fait porter ſur une
petite breche que noftre Canon
avoit faite , réſolu d'y mourir
l'épée à la main , de forte
qu'il eut beaucoup de peine à
prendre la réſolution de capituler
& il n'y auroit jamais
conſenty , s'il ne luy euſt eſté
permis par les articles qui furent
dreffez , de monter au
vieux Chaſteau pour s'y deffendrejuſques
à la fin du Siege.
du Chasteau de Namur. 167
Cela fait connoiſtre que les
François ont eut à faire à de
braves gens, & que s'ils avoient
moins de valeur , il ſeroit difficile
qu'il vinſſent auſſi ſouvent
à bout des grandes entrepriſes
que le Roy leur fait execater.
On trouva le chemin
couvert rroemplydecorps morts
fans ceux qu'on avoit enterrez
avant l'action , & d'autres que
l'on trouva à demy enterrez
dans le corps de l'ouvrage. Nos
bombes neles laiſſoient pas refpirer
. Ils voyoient à tous momens
fauter en l'air leurs Camarades
, leurs Valets , leur
pain, leur vin & ils étoient ſi las
de ſe jetter à terre , comme on
fait quand on voit venir une
bombe , que beaucoup ſe tenoient
debout au hafard de ce
quien pouvoit arriver. Les autres
avoient creuſé de petites
168 Histoire du Siege
P
+
niches dans des retranchemens
qu'ils avoient faits dans le melieu
de l'ouvrage , & s'y tenoient
enfoncez pendant tout
le jour. Ils n'avoient d'eau que
celle qu'ils tiroient d'un petit
trou que la neceſſité d'en avoir
leur avoit fait creuſer dans la
terre , & ils avoient ainſi paffé
15.jours entiers. Auffi 8.Prifonniers
que l'on avoit amenez du
chemin couvert , faiſoient ils
horreur , tant ils eſtoient défigurez.
Quant aux deux Officiers
qui vinrent pour Oftages
l'un avoit le bras en écharpe ,
& l'autre la machoire à demy
emportée avec la teſte bandée
d'une écharpe noire . Ce dernier
estoit Chevalier de Malte .
Hs dirent qu'un de leurs Commandans
avoit eu juſques à
ſept coups de bayonnette.
Le
du Château de Namur. 169
Le Roy fut éveillé quatre fois
la nuit dont l'attaque s'étoit faite
le ſoir précedent. Sa Majesté
donna autant de fois ſes ordres ,
& en envoyaà M. de Luxembourg
, dont elle receut deux
foisdes nouvelles la même nuit
par leſquelles ce General luy
apprenoit que le Prince d'Orange
avoit marché.
Je ne vous dis point tous les
pour-parlers qui furent - faits
touchant la Capitulation , &
qui durerent fort longtemps.
Elle fut enfin conceuë en ces
termes. La réponſe eſt au bas
de chaque Article .
CAPITULATION
Accordée à la Garniſon du
* Fort Guillaume .
Articles proposez par les Ennemis.
I.
Que toute la Garniſon du
H
170 Hiſtoire du Siege
nouveau Fort de Namur , tant
Officiers que Soldats , de quelque
qualité , caractere & Nation
qu'ils puiſſent eſtre , enfortiront
avec leur Famille ,
Domeſtiques , Valets , bagages
& chevaux qui s'y trouveront
, où ailleurs , en toute liberté
, ſans qu'il leur foit fait
aucun tort , violence ny outrage
, directement ou indirectement
en leurs perſonnes , biens
& ceux de leur Famille , ny
que les bagages & effets puifſent
eſtre viſitez , tant en fortant
du Fort , que par tout ailleurs
, juſques à Huy.
REPONSE.
Bonpourtout ce qui qui se trouvera
dans l'ouvrage neuf.
La Garnison ira à Gand par le
chemin qu'ilplaira à Sa Majesté.
duChasteaude Namur. 174
II.
Que l'Infanterie ſortira par
la bréche du Fort , prenant le
chemin le plus court pour fon
embarquement tambour battant
د Drapeaux déployez ,
méche allumée , & balle en
bouche.
Bon pour la bréche&les honneurs,
par le chemin qu'il plaiva à Sa
Majesté.
III.
Quepour le tranſport des
Officiers , Soldats , Femmes ,
Bagages & Effets , les Bateaux
neceſſaires feront fournis par
Sa Majesté Tres- Chreſtienne.
Le Roy ne peut faire fournir
aucune voiture , mais il leur permet
d'emmener toutes celles qu'ils
ont dans l'Ouvrage neuf.
H 2
172 Histoire du Siege
I V.
Que toute la Garniſon , &
tout ce qui eſt expliqué cydeſſus
, ſera conduit avec efcorte
& en toute ſeureté par
eau & par la route la plus
courte à Huy dans deux jours ,
& plûtoſt s'il ſe peut .
د
La Garnison fera conduite à
Gand en touteseurete , comme il
eft dit cy deſſus .
V.
Qu'on fournira des Bateaux
pour les Bleſſez & les Femmes
qui font au vieuxChaſteau ,
pour ceux qui peuvent eſtre
tranſportez , & ceux qui ne
font en estat de tranſport , demeureront
dans les Hôpitaux
de la Ville de Namur , & il
fera libre de laiſſer prés d'eux
un Officier pour en avoir ſoin,
comme auſſi quelques Chirur
du Château de Namur . 173
giens, auſquels les chofes neceffaires
feront fournies par Sa
Maieſté, juſques à leur gueriſon
entiere , aprés quoy feront
renvoyez en toute ſeureté au
meſme lieu que la Garniſon , &
par le mefme chemin, leur fournifſſant
les ſaufconduits pour
leur ſeureté , & les Bateaux neceſſaires
pour le tranſport de
leurs perſonnes.
Les Bleffezdu Chasteauneufqui
ne pourront pas estre transportez
pouront demeurer dans les Hô
pitaux de la Ville de Namur ,où
ilfera permis de laiſſer un Officier,
& quelques Chirurgiens pour en
prendresoin , & il leur sera donné
des Saufconduits pour aller àHuy.
VI.
Qu'il fera accordé vingtquatre
heures à la Garniſon ,
1
H 3
174 Histoiredu Siege
pour ſe préparer à ſortir , &
quedans ce temps tout doit
eſtre diſpoſé pour le tranſport
cy-deſſus mentioné.
La Garnison livrera une porte
demain matin 23. àfix heures&
en fortira'à dix.
VII.
Quependant que la Garnifon
ſe préparera pour fortir, il
neſera permisd'entrer , de fortir
, ny d'approcher du Fort à
aucun Officier , ny Soldat des
Affiegeans , plus prés que leurs
travaux.
Refufé.
VIII.
Que l'on donnera le temps
de retirer nos équipages auſſibien
que celuy du Comte de
Naffau.
ر
du Chasteau de Namur. 175
Bonpour les équipages qui font
dansle Chasteau neuf, commeon a
dit cy. deſſus.
IX. f
Queles Prifonniers faits pendant
le Siege , feront rendus de
part &d'autre
Refufé.
Χ.
Il ſera permis à Mr le General
, Major V Viſberhen de ſe
retirer au Vieux Chaſteau .
Accordé pour luy seul d'Officier.
XI.
Qu'il ſera permis de faire
fortir les Femmes & les bagages
des Soldats & Officiers qui
font dans le vieux Chateau .
Ilfera permis de faire fortir du
vieux Chasteau les Femmes Seulement
de ceux qui fortent par la
premiere Capitulation.
H4
176 Histoire du Siege
XII.
Que la Garniſon fera envoyée
à Gand par le plus droit
chemin ,& que les journées ſeront
reglées de maniere que
les Soldats ne foient pas fatiguez
. On fait cette demande ,
parce que l'on a refuſé d'en- *
voyer cette Garniſon à Maſtric.
Fait au quartier de Namur le
23. Iuin 1692. Signé, le Baron
deGeyden.
La Garnison Sera conduite à
Gand par l'Abbaye du Moulin
Dinant , Charlemont , Eumay . Ro.
croy , Avesnes , Landrecy ,
le
,
Quesnoy , Valenciennes , Tournay
Courtray , Sejournant à Fumay
Landracy &Tournay , & l'on fera
trouverpour de l'argenlt epain&
la biere dont on aura besoin. Fait au
Camp devant le Chasteau de Na-
Mur , ce 23. Juin 1692. Signé
LOVIS.
du Chasteau de Namur. 177
Suivant cette Capitulation la
Garniſon fortit le 23. de Juin
à quatre heures aprés midy. Je
vous envoye un état de ce qui
fortit.
la
ETAT DES TROUPES
& équipages des Regimens du
vieil Holstein , Comte de Lippe,
Couorde Prince Charles
Motte & Philippe , qui font
fortis de l'ouvrage à corne neuf
pour aller à Gand , suivant la
Capitulation du 23 .
Officiers à cheval , 41.
Officiers à pied , 40
Soldats , 1870
Total 1951
Chevaux de main ,
Caroffes , chaifes , ou petits
chariots couverts à la Hol-
3
landoife ,
4
6
H
۱۰
178 Histoire du Siege
Chariots & charrettes à 4.chevaux
, 15
Chariots & charrettes à 3.chevaux
, II
Chariots & charrettes à 2.chevaux
, 20
Chariots & charettes à un cheval
, 2
و Chevaux de bafts ,
La recapitulation , tant des
chevaux d'Officiers que des
équipages , eft de 140
Comme le merite eſt toujours
eſtimé , & meſme parmy
ſes Ennemis , M. de Vauban
avoit conçu beaucoup d'eſtime
pour celuy de M.Cohorne qu'il
trouvoit tres-habile Ingenieur ,
de forte qu'il vouloit l'entretenir,
quand la Garniſon fortit. Il
eſtoit bleſſé d'un éclat de Bombe.
M. de Vauban aprés luy
ayoir donné beaucoup de loüadu
Chasteau de Namur. 179
ges, luy fit pluſieurs queſtions ,
auſquelles il répondit avec affés
de fierté , mais toujours à propos.
Il luy demanda , s'il croyoit
qu'on cust pul'attaquer mieux que
l'on n'avoitfait. M.Cohorne répondit
, que si on l'euft attaqué
dans les formes , en conduisant la
tranchée devant la courtine &les
demy Bastions, il s'yseroit deffendu
encore quinzejours,&auroit coûté
bien du monde , mais que de lama-
• niere dont on l'avoit embraffé de
toutes parts , il avoit falluse rendre.
Cependant , foit par dépit
contre les Eſpagnols, ou pour ſe
faire valoir , il dit, qu'il estost
persuadé que le vieux Chasteau
sout fort qu'il estoit , ne tiendroit
pas si long- temps que le Fort VVilliam.
On a trouvé dans cet ouvrage
quinze pieces de Canon 20
180 Histoire du Siege
une belle Coulevrine,des Bombes
, quantité de boulets , &
beaucoup de poudre. Cet ouvrage
étant extrêmement grad,
& ayant pluſieurs retranchemens,
les Ennemis auroient pu
encore s'y deffendre , ſans les
cruels & continuels effets de
nos Bombes , & l'extrême valeur
des Affiegeans,qu'ils étoiét
perfuadez qui ne reculeroient
pas aprés avoir commencé l'attaque
. Il y avoit un affez grand
foffe entre le chemin couvert
& la muraille , dont la breche
n'eſtoit pas à beaucoup prés.
affez grande pour nous en favorifer
l'attaque , mais il n'y
a point d'obſtacles qui puiſſent
aujourd'huy arrêter la bravoure
des François.
Voicy les noms de ceux des
Troupes du Roy , qui ont eſté
du Chasteau de Namur. 181
tuez & bleffez dans cette occafion.
Beauvoifis.
Mr des Petits , Lieutenant ,
bleffé à la jambe .
Mr Bouillourgue , Sous Lieutenant
, blessé au travers du
corps.
Mr de Verneuil , Lieutenant
dela Compagnie des Grenadiers
, tué .
Piémont.
Mr Ponce , Capitaine de Gre-
-nadiers , tué .
Les Vaisseaux.
Mr de Gagnier , Capitaine
des Grenadiers , bleſſe à
mort .
Mr de Chaſſenay , Capitaine
au troifiéme Bataillon , bleffé.
Un Soldat tué.
Un Sergent & cinq Soldats
bleffez.
2
12 Hiftoire du Siege
LaMarine.
Mrs de Sauſſay , & de Doriere
Lieutenans , bleſſez .
Mr de Conche Capitaine
de Grenadiers , bleſſe à la
teſte.
Quatre Sergens & quatre Soldats
, bleſſez .
Un Sergent , tué .
Toulouse
Dix Soldats , bleſſez .
Dauphin.
Un Soldar , tué .
Deux bleſſez .
FuZeliers.
Deux Soldats , tuez .
Un Soldat ,bleffé .
Bombardiers
Deux Bombardiers , bleſſez
Total des Officiers , tuez .
Bleffez.
Sergens & Soldats , tuez .
Bleſſez.
2
7
9
37
du Chateau de Namur. 183
On apprit par ceux qui fortirent
du Fort-Guillaume , ce
qui reſtoit alors de Troupes
dans le Chaſteau . Cet eſtat eſt
plus juſte & plus circonstancié
que celuy que je vous ay donné
dans mon Journal du Siege de
la Ville.
ETAT DES TROUPES
quifont demeurées dans le Châ.
teau de Namur.
Le premier Bataillon du
Prince d'Holſtein , commandé
par luy.
Un Bataillon du Prince Char
les de Brandebourg, commandé
par luy, à la folde d'Eſpagne .
Le fecond Bataillondu vieux
Holſtein , commandé par le
Major des Roches.
Le premier Bataillon du Ringrave
Hollandois Fils , cy-de184
Hiſtoire da Siege
vant Gouverneur de Maſtrick,
àla folde des Hollandois .
Un Bataillon de Duteil, Hollandois
.
Espagnols naturels .
Le Regiment Manriquez
Sergent Major de Bataillon
commandé par luy . 1
Le Regiment du Comte de
Rocaful , qui a eſté tué.
Le Regiment de Zuniga, commandé
par luy .
VValons.
Le Regiment du Comte de
Quionmerodos, commandé par
luy,
Le Regiment du Comte de
Montcront,commandé par luy.
Le Regiment du Comte de
Grobendou , commandé par
luy.
Le Regiment du Comte Fabes
de Moſelles , Fils du Gouverneur
de Malines .
du Chasteau de Namur. 185
La Vieille Compagnie du
Chasteau , commandée par M.
de Rondeau , Lieutenant du
Gouverneur .
Cavalerie.
Le Regiment du Baron de
Holdemon , de la Maiſon de
Gulpennes,commandé par luy.
Une Compagnie de Cavalerie
, commandée par le Sieur
Petit.
Une Compagnie de Dragons,
commandée par le Major Feran.
Si - toſt que la Garniſon fut
fortie du Fort Guillaume , le
premiere ſoin fut de faire des
paſſages pour faciliter l'entrée
dans cet ouvrages aux Troupes
du Roy , au Canon & aux Mortiers
. On fit pour cela trois ouvertures
à la muraille , & en
mefme temps les Travailleurs
186 Hiſtoire du Siege
poufferent des lignes de tranchée
qui embraſſerent les dedans
de cet ouvrage , & ouvrirent
les chemins pour le tranfport
du Canon qu'on y devoit
mettre en batterie On prolongea
auſſi les tranchées qui eftoient
devant la Sambre ,& elles
devoient joindre celle de
l'attaque du vieux Château ,
qui s'étendoit fort prés de la paliſſade
du chemin couvert. Cette
communication achevée
l'ouvrage des Ennemis devoit
,
eſtre fort reſſerré . On travailla
à faire deux Batteriesde Canon
dans le mefme Ouvrage. Par le
moyen de ces Batteries , qui
devoient voir à revers le chemin
couvertde la contrefcarpe
de l'Ouvrage à corne du vieux
Chasteau , M. de Vauban croyoit
l'obliger à ſe fousmettre
du Chasteau de Namur. 187
pluſtoſt. On avança auſſi les
Batteries de Bombes , afin d'en
pouvoir jetter plus commodement
dans cet Ouvrage .
Monfieur le Duc de Chartres
paſſa la Sambre le matin
du 2 3. avec ſon Corps de reſerve
pour aller joindre M. de
Luxembourg.
On cut nouvellequeles Ennemis
avoient campéle 22. leur
droite à Sarta Manelin , & leur
gauche entre Marbay & Sombref.
On ne pouvoit comprendre
quelles vûës pouvoit avoir
le Prince d'Orange , fi ce n'eftoit
de taſcher à perfuader
qu'il avoit deſſeinde combattre
pour contenter les Affiegez ,
les Flamans , les Liegeois , l'Electeur
de Baviere ,& toute la
Ligue. Cependant on ne doutoitpas
qu'iln'euſt une extréme
188 Hiſtoire du Siege
envie que la Place fuſt priſe
pour ſe tirer d'intrigue .
د
M. de Bouflers campa le 2 2 .
prés de l'Abbaye d'Augny fur
cette riviere , & M. le Comte
de Coigny qui s'eſtoit avancé à
Gerpine pour couvrir les
Convois qui paſſoient de Beaumont
à Philipeville , le joignit
le lendemain, L'Armée de M.
de Luxembourg ne fit aucun
mouvement. On apprit ce mefme
jour que le Prince d'Orange
avoit fait declarer il y avoit
quelques jours aux Liegeois ,
qu'il alloit donner Bataille , qu'il
pouvoit estre heureux où mal heureux
; qu'en cas de disgrace , ils
Seroient reduits àprendre la loy du
Victorieux , & qu'il les laiſſoit delibererfur
le party qu'ils avoient à
prendre. On affeura auſſi que la
Cabale les avoit portez prefdu
Chasteau de Namur. 189
que tous à faire conduire leurs
meilleurs effets à Maſtric , &
qu'il ſe trouvoit qu'ayant empruntédes
Hollandois des fommes
confiderables , les Hollandois
pretendoient retenir leurs
Effets pour les ſommes qui leur
eſtoient deuës, ce qui commençoit
à faire naiſtre de la meſintelligence
entr'eux .
M. de Vauban dit au Roy
l'apreſdinée du 2 3. que s'il faloit
encore fortifier M. de Luxembourg
, il n'avoit plus befoin
que de vingt Bataillons
pour prendre le Chaſteau de
Namur.
Tranchée du 23. AU 24.
M. le Prince de Soubiſe ,
Lieutenant General.
M. de Gaffe , Marefchal de
Camp .
M. de Seguiran , Brigadier.
190 Hiftoire du Siege
:
Un Bataillon des Gardes
Françoiſes , & deux de Stoupe
àla droite , deux des Gardes
Françoiſes au milieu , deux de
Stoupe à la gauche.
On travailla pendantla nuit
à avancer les tranchées pour
joindrecellede la Sambre avec
celle de la droite , dans l'incertitude
de l'endroit où l'on devoit
s'attacher à faire la breche
. On continua de battre la
contregarde qui eſta l'angle du
baſtion du vieux Chaſteau , &
l'on travailla ſur lagauche àune
batterie de Canon de 18. pieces
, dont il y en avoit fix de
trente trois livres de balle. On
travailla auſſi à une batterie de
15. mortiers à la droit dans le
mefine Fort Guillaume,dont il
y en devoit avoir 3.pour jetter
des Bombes de so0.livres chadu
Chastean de Namur. 191
cune. On regla qu'il n'y auroit
plus que quatre Bataillons de
tranchée , & ainſi la garde ſe
trouva inſenſiblement diminuée
, & devoit encore devenir
moins confiderable , ſi les
Ennemis ne ſe fuſſent pas rendus
aprés la priſe du vieil ouvrage
à corne . Il fut regléauſſi
qu'on n'auroit plus que ſeize
cens Travailleurs , au lieu de
deux mille fix cens. Les chariots
& Mulets du Roy , des
Seigneurs de la Cour , & des
Officiers Generaux furent
employez à porter à la queuë
de la tranchée , les proviſions
de guerre qui estoient encore
à la baffe-Meuſe. Le Roy continuant
à s'expoſer comme il
avoit déja fait tant d'autres
fois , alla ce jour-làdans le Fort
Guillaume , accompagné d'une
192 Hiftoire du Siege
Cour plus nombreuſe qu'il
n'auroit eſté à ſouhaiter dans
une pareille occaſion , à cauſe
que la quantité de monde peut
fairedécouvrir ce que le bien
de l'Etat rend important de cacher
en ces fortes de rencontres.
Mr de Luxembourg manda
à Sa Majesté que les Ennemis
avoient leur droite à Fleurus ,
& leur gauche à Timeon. Leur
Ligne paſſoit au delà de Mefle,
& retournoit fur Gauſelliers
où eſtoit leur gauche . CeGeneral
croyoit qu'ils ſe diſpofoient
à marcher le lendemain.
La gauche de ſon Armée ne fit
pas un grand mouvement, mais
le reſte vint vers la Sambre.
Une partie de l'Infanterie de la
ſeconde Ligne paſſa en deçà.
Celle de la premiere eſtoit le
long
du Château de Namur. 193
じ
long de la Sambre entre Froimont
& Moutiers. M. de Luxembourg
fit ce mouvement
pour eſtre plus à portée de ſe
poſter en deça , ou en delà de
la Sambre , ſuivant les nouvel.
les qu'on auroitdu Prince d'Orange.
M. de Bouflers avoit
toujours ſon détachement à
Floreſte & à Foffe , & n'avoit
qu'un corps avancé à Avelo ,
pour donner des nouvelles ,
en cas que quelque choſe arrivaſt.
M. de Luxembourg luy
envoya la Brigadede Bour-bonnois
, & l'aile droite de Cavalerie
de la ſeconde Ligne , que
M. de Vendoſme commandoit.
M. de Vendoſme , & M.
de Bouflers eſtant joints enſemble
avoient vingtBataillons
&quatre- vingtEſcadrons.Toutes
nos Troupes paſſerent fur
I
194 Histoire du Siege
les ponts de Bateaux qu'on avoit
fait fur la Sambre à Floreſte.
Le Roydit ce jour-là , que fi
M. de Luxembourg en venoit
aux mains avecle Prince d'Orange,
il ne laiſſeroit au Camp que
quinze Bataillons campez fur la
premiere bauteur , d'où l'on avoit
chafféles Ennemis le 7.du mois , &
qu'il luy envoyeroitle reste. On
rompit le pont de la baffe-Meuſe,&
l'on porta les pontons pour
faire les ponts prés de l'Abbaye
de Maloigne , afin de faciliter
le paſſage de M. de Luxembourg
, en cas que le Prince
d'Orange ſe reſoluſt de paſſer
la Sambre à Charleroy.Cependant
Monfieur le Duc de Chartres
, & Mr de Bouflers avoient
un Corps confiderable , pour
empêcher les Ennemis d'en
tenter le paſſageailleurs. Tous
du Chateau de Namur. 195
ces mouvemens font voir l'exacte
vigilance du Roy , & la
parfaite intelligence qu'il a
dans le métier de la guerre.
M. de Guiſcar ayant eſté
averty parquelques Bourgeois
de Namur , qu'il y avoit des
bombesdans une cave d'un des
Convens de la Ville , on les vifita
tous par ordre du Roy & en
même temps toutes les maiſons.
On trouva dans la cave d'une
Maiſon Religieuſe , dont la
porte eſtoit couverte de terre ,
1250. Bombes & deux cens
Carcaffes , cachées ſous du fumier.
On les fit porter au Magazin
; elles eſtoient toutes
chargées meſme avec leur
amorce, & comme il ſe trouva
des Mortiers juſtement de la
meſure de ces Bombes , dans les
batteries duRoy , il eſtoit facile
12
196 Histoire du Siege
de les renvoyer bientoſt au
vieux Chaſteau . Il ne parut pas
que le ſecret fuft connu detous
ceux de la maiſon où l'on avoit
caché ces Bombes . Quelques
Eſpagnols zelez ne s'étoient
pas cru obligez de les
découvrir avant la priſe du
Chaſteau , ou craignoient peuteſtre
que s'ils les découvroient
& qu'il arrivaſt que le Siege
du Chaſteau fuſt levé , on ne
les inquietaſt , & que la Relin'en
donne lieu de croire qu'ils pouvoient
avoir eu cette penſée ,
c'eſt qu'ils paruret les plus ſatisfaits
du monde , d'être au Roy
de France , & dirent , qu'ils
estoient bien obligez à S. M. de les
avoirdélivrez de ces maudits Protestans
, qui estoient en Garnisonà
Namur , & qui avoient fait un
du Chafteau de Namur. 197
1
:
Preſche'de leurs Ecoles. Ce font
leurs propres termes . Le Roy
s'eſtant contenté d'envoyer à
Dole celuy quidevoitavoir eu
part au ſecret ,parce que rien
ne pouvoit avoir eſté fait dans
la Maiſon , ſans qu'il l'euſt permis
, à cauſe de la ſuperiorité
qu'il y avoit , les autres Peres
admirerent ſa bonté , & dirent
que leurs Superieurs auroient
eu pour luy moins de dou
ceur
Tranchée du 24. au 25.
Quatre Bataillons des Gardes
Suiſſes ſçavoir deux à l'attaque
de la droite , un au Châ
tean neuf & un à celle de la
Sambre.
Travailleurs des hautes attaques
600. ſçavoir 300. pour
l'attaque du vieux Chaſteau
& 300.pour celle de la Sambre ,
1
13
198 Histoire du Siege
La Cavalerie devoit voitu
rer des fafcines , celle de l'attaque
du Chaſteau où elle
avoit accoſtumé , & celle de
Sambre au pied du Château
neuf le plus prés desteſtes des
tranchées qu'il ſe pourroit.
* Ingenieurs.
La Brigade de Dupuis Vanban
, & celle de Diflot. Les
Gabions à l'ordinaire , moitié
àune attaque , & moitié à l'au
tre .
Officiers Generaux.
M. de Tilladet , Lieutenant
General à l'attaque de la
droite.
د
M. le Duc de Roquelaure ,
Maréchal de Camp , à celle de
la Sambre.
M.de Creil ,Brigadier,à celle
dumilieu .
du Château deNamur. 199
On pouffa pendant la nuit la
tranchée de la Sambre entre les
deux Chaſteaux , en remontant
juſques à l'angle du chemin
couvertde la contrefcarpe . On
tira un rameau qui alloit à
la face de l'ouvrage à corne , &
l'on fit un paralelle à l'ouvrage
du Chaſteaur neuf. Ily cur pendant
la nuit so . à 60. Soldats
tuez ou bleffez par les Bombes
que les Ennemis roulerent. M.
de Vauban dit ce jour là 25.
qu'il croyoit que les batteries
qui voyoient à travers la con
Bregardedu vieil ouvrage à corne
,obligeroient les Ennemis de
Fabandoner dans le 28.La fuite
fit voir qu'il avoitjugé affez juſte.
Deux Rendus rapporterent
qu'on avoit peu de conſidé
ration pour M. de Barbançon
dans le vieux Château , & que
PARADE DE
LYON
TAVILER
I 4
200 Hiftoire du Siege
l'on n'avoit jamais reçu fes ordres
dans le neuf. Le Prince
d'Orange ne fit aucun mouvement
le 2 5. SonArmée alla
ſeulement au fourage. M. de
Luxembourg eſtoit encore dans
fon mefine Camp ce meſme
jour M. l'Abbé de Beuvron ,
Aumônier da Roy , mourut le
matin de cette mefme journée .
M. l'Abbé de Grance , auſſi
Aumonier de S. M. étoit au
Camp , où ſon zele feul pour le
falut desames l'avoit amené. Il
s'y eſt fait admirer de toute la
Cour , & particulierement du
Roy , par la fermeté avec laquelle
il a mépriſé les perils les
plus évidens. Un Soldat l'ayant
prié pendant l'attaque du Fort
Guillaume de le confeffer , il
le confefſa dans un lieu expofé
à tous les perils qu'un fi
du Château de Namur. 201
rude choc donnoit à craindre
& quoy que la Confeffion fuft
fort longue , & qu'une grefle
deballes fe fit entendre autour
d'eux , il y demeura avec
une tranquilité inconcevable ,
de forte que s'il s'en retourna
fans eftre bleſſé , on peut croireque
ce fut une eſpece de
miracle . Cet Abbé a fait cent
actions de cette nature , pendat
tout le Siege,mais il eſt ſorti
d'un ſang , qui donne moins lien
d'eſtre ſurpris de ce qu'il fait
d'intrepide , qu'on ne ſeroit
d'unautre.
Tranchée du 25.4H26 ..
Deux Bataillons des Gardes
Françoiſes aux attaques d'enhaut.
Un Bataillon du meſime Regiment
, & un d'Aunis à celle
de la Sambre , deſquels il de
202 Histoiredu Siege
voit être detaché deux cens
hommes pour mettre dans l'ouvrage
neuf, ou fort Guillaume.
Officiers Generaux.
M. de Rubantel , Lieut. Gen.
M. le Baron de Breſſay , Maréchal
de Camp.
M. Davejan, Brigadier .
On travailla pendant la nuit
à bien perfectionner la communication
des deux Tranchées
, les élargir & approfondir
, afin de mettre à couvert
fur tout celle qui étoit
entre les deux Chaſteaux .
On pouſſa auſſi un Rameau que
l'on avoit fait à la gauche de
cette traverſe affez prés de l'angle
de l'ouvrage du Chaſteau
où eſt la portedu Secours. Il y
eut pendant la nuit 35. Soldats
tuez ou bleſſez ,un Officier aux
Gardes fut auſſi bleſſé legeredu
Chasteau de Namur. 203
ment à la main . M. le Chevalier
de Chavigny , Ingenieur, &
Capitaine dans Clerambaut ,
eut un coup de mouſquet au
bras. On comptoit depuis le
commencement du Siege dix
Ingenieurs tuez & feize blef.
fez . Les Ennemis ayant fait rouler
une grande quantité de
bombes & de grenades dans le
travail . Les batteries de Bombes,
& de Canon aufquelles on
avoit commencé de travailler
auſſi -toſt aprés la priſe du Fort
Guillaume , commencerent à
tirer à la pointe du jour avec
aſſez de fuccés , mais les breches
des Baſtions n'eſtant pas
pratiquables , on ne crût pas y
pouvoir monter ſans le Mineur
, à cause des contre. Forts
quien empêchoient l'aplaniffement.
204 Histoire du Siege
L'apreſdinée le Roy alla fur
la hauteur de la redoute affez
prés du lieu où font les batteries.
Sa Majesté y demeura prés
de deux heures pour en voir
l'effet , de forte que toute la
Cour eſtoit à decouvert à la
demy portée du mouſquet de
l'ouvrage à corne dont on avoit
entrepris l'attaque , fans que les
Ennemis oſaſſent tirer un coup
de mouſquet. Il y avoit auffi
tres- peu d'apparence que pendant
un feu ſi vifles plus braves.
troupes du monde puffent montrer
la teſte , lorſque 30 pieces
de Canon & 20. mortiers tiroient
continuellement.LeRoy
entra enſuite dans le Fort Guillaune
, & s'avança juſques à la
batterie de 18. pieces qui étoit
vers la gorge.Il n'avoit que M.
de Duras , & M. de Vauban:
du Chasteaude Namur. 208
auprés de luy en cet endroit ,
qui n'eſt pas à demy portée de
mouſquet du chemin couvert de
Fancien Chasteau .
On crût que les Ennemis
avoient marché, mais on apprit
qu'aprés avoir fait détendre
leurs tentes,ils estoient demeurez
dans leur mefme Camp. M.
de Luxembourg avoit alors ſa
premiere ligne au Village de
Monſtier de l'autre coſté de la
Sambre , & fon aifle droite de
Cavalerie avoit paffé la Rivierede
Repille , ce que fa feconde
ligne avoit fait le jour d'auparavant.
Depuis la priſe de la Ville,
M. le Comte de Guifcar quele
Roy en a nommé Gouverneur,
& M. le Prince de Barbançon
s'eſtant ſouvent fait faire des
civilitez reciproques ,le 29.0m
206 Hiſtoire du Siege
vint prierMr de Guifcar d'envoyer
quelque rafraiſchiffement
à M. de Barbançon Mr
de Guifcar ravy d'avoir occafion
de faire paroiſtre la civilité
& la galanterie Françoiſe ,
luy envoya auſſi toft beaucoup
plus que M. de Barbançon n'avoit
paru ſouhaiter ....
Tranchée du 26.au 27 .
Un Bataillon de Piemont ,&
un de Polier à la droite.
Deux de Polier à la gauche ,
d'où il devoit eſtre detaché
deux cens hommes pour mettre
dans le Chaſteau neuf
Officiers Generaux.
Monfieur le Duc , Lieutenant
General.
M.le Marquis deMontrevel
Maréchal de Camp .
M. le Marquis de Rebé,
Brigadier.
du Chasteau de Namur. 207
On avança pendant la nuit
prés de la contreſcarpe , les
logemens que l'on avoit faits
la nuit précedente .
Ordre du 27 .
Le Mot ,
Saint Pierre& Fontarabic.
Les Paſtures , Biouac , Portes&
fafcines à l'ordinaire ,
La Cavalerie devoit prendre
de l'avoine pour quatre .
jours.
Cent cinquante Chevaux
pour eſcorter les vivres au
bois.
Vingt hommes pour garder
l'avoine au grand parc de l'Artillerie.
M. le Ducde Montmorency
vint dire au Roy de la part de
M. de Luxembourg , que les
Ennemis eſtoient toujours à
Fleurus , & qu'ils n'avoient fait
1
208 Histoiredu Siege
aucun mouvementdepuis qu'ils
y eſtoient arrivez .
Un Canonnier deferteur rapporta
qu'une Bombe estoit tombée
dans le feul puits que les Affiegez
avoient ; que l'eau eftoit tres - corrompuë
, qu'ils n'avoient point
d'autre boiſſon , & qu'ils estoient
reduits à rompre leur pain avec des
haches. Il ajoûta , que le Prince
de Barbançon n'estoit point forry
du Donjon depuisle commencement
du Siege. Il ne faut croire que
debonne forte les rapports des
Deſerteurs , mais ils ne doivent
pas eſtre oubliez dans un
Journal exact & fidelle ..
Une de nos fentinelles , ayant
lié converfation avec une ſennelle
des Affiegez . celle- cy dit,
que la diligence de nos Travailleurs
pour la fin du Siege ne leurfaisoit
nalle peine, &qu'ils n'acheveroient
jamais asse-z10ft.
du Chaſteau de Namur. 209
Compagnies des Grenadiers , qui
devoientse trouver le 28. à fix
heures du matin , à la queuë
dela tranchéedeladroite.
Une des Gardes Françoiſes .
120 hommes
Deux des Gardes Suiſſes . 120
Deux du Regiment du Roy.
110
Deux de Stoupe . 120
Une de Polier. 60
Une du Dauphin. 55
Compagnies de Tranchée.
Deux d'Auvergne . 110
Une de la Sare.
55
Une du Vexin. 15
Ce qui faiſoit quatorze , celledes
Gardes Françoiſes eſtant
comptée pour deux , parce qu'-
elle eſt de 120. hommes.
Total 805
Tranchées du 27.94 28 .
Deux Bataillons d'Auvergne
210 Hiſtoire du Siege
àl'attaque d'enhaut .
Un de la Sarre , & un du Ve
xin , à l'attaque de la Sambre
dont il devoit eſtre détaché
deux cens hommes pour l'ouvrage
neuf...
Officiers Generaux .
Mr le Prince de Soubiſe ,
Lieutenant General.
M. de Ximenes , Maréchal
de Camp.
M. de Renol , Brigadier.-
On travailla pendant la nuit
à ſe loger ſur le bord du foffe
&on fit une ſappe pour favorifer
le Mineur .
25
Avant que de vous entretenir
de ce qui ſe paſſa à la priſe
desdeux chemins couverts , je
dois vous dire que le Roy voulut
eſtre preſent à cette attaque,
& que S. M. eftoit dans un lieu
qui n'eſtoit pas tout à fait hors
duCh afteau de Namur. ΣΤΕ
de la portée du mouſquet .
Les Troupes deſtinées pour
l'attaque des deux chemins
couverts de l'ouvrage à corne
du vieux Chaſteau dont je
vous ay déja fait le dénombrement
, s'eſtant renduës à la
tranchée à l'heure marquée ,
elles furent partagées pour
deux attaques , ſouſtenuës par
les Bataillons de tranchées, &
fuivies de 800. Travailleurs
commandez . Je vous ay dit a
quelles attaques les Troupes de
tranchée devoient agir. Quant
aux Officiers Generaux que je
viens de vous nommer , M. le
Prince de Soubiſe , Lieutenant
General de jour , devoit commander
aux attaques d'enhaut
M.de Ximenes , Maréchal de
Camp , à celles d'enbas , auffi
bien que M. de Renol , Briga
212 Hiftoire du Siege
dier. Leignal eſtoit de 27.
Bombes à trois repriſes.A peine
la derniere fut- elle en l'air
que nos Troupes fortirent de
leurs retranchemens , avec une
contenance auſſi fiere que bien
foutenuë , & qui preſageoit les
avantages qu'ellesalloientremporter.
Elles marcherent plus
de cent dix pas à découvert ,
& traverferent un grand terrain
au milieu duquel il y avoit
un rang de paliſſades , qu'on
nomme contre- chemin couvert.
On ne ſçauroit exprimer avec
quel ordre & quelle ardeur
elles franchirent tout ce terrain
qu'il falloit traverſerà découvert
juſques à ces paliſſades
, derriere lefquelles il y
avoit cent cinquante hommes
qui prirent la fuite aprés avoir
fait leurs décharges . Nos gens
د
du Chasteaude Namur . 213
ne s'arréterent en cet endroit
qu'autant de temps qu'il leur
en fallut pour ſauter par-deſſus
les paliſſades , & fondirent enfuite
fur le veritable , chemin
couvert , avec tant de vigueur,
que les Ennemis furent obligez
de lacher pied , & de les laiſſer
Maiſtres abfolus de toutes les
contreſcarpes qui regnent le
long de cet ouvrage , depuis la
hauteur de la Meuſe , juſqu'à la
defcentede la Sambre . Comme
les Affiegez navoient qu'une
porte par où ils ſe pouvoient
retirer , mais ſeulement un à
un , il y en eut beaucoup de
paſſez au fil de l'épée , & il ne
ſe ſauva qu'un tres - petit nombre
de ceux qui eſtant à ces
premieres actions , furent contraints
de prendre la fuite . Ils
furent coupez par les Grena214
Hiſtoire du Siege
diers Suiſſesqui les tuerent , &
firent ſeulement quelques prifonniers
. Ainſi les deux chemins
couverts furent emportez
malgré les fougades , que les
Ennemis firent joüer , & malgré
deux cens hommes comnandez
par un Major Eſpagnol
qui furent tellement épouvantez
, que contre l'ordinaire de
cette Nation , qui ſe deffend
toujoursaffez bien , ils ne firent
qu'une tres-foible réſiſtance ,
quoyque ſelon le rapport des
Prifonniers , ils ſe fuſſent attendus
à eſtre attaquez , & qu'-
ils s'y fuſſent meſme préparez .
Enfin les Grenadiers dont je
viens de vous parler , defcen .
dirent dans le foffe qui eſt peu
large , & fec , où ils eſſuyerent
un tres-grand feu de Grenades
quejetterent les Ennemis ,
du Chasteau de Namur. 215
qui estoient tous fortis du Chaſteau
pour venir dans cet ouvrage
, croyant qu'on s'eſtoit .
preparé pour l'emporter , &
qu'on avoit réſolu de ne ſe
point retirer qu'on n'euſt executé
cedeffein. C'eſt une chofe
incroyable, que le feu de mouſqueterie
& de Grenades que
les Ennemis firent de leur courtine
, ainſi que des angles &
des flancs de leurs Baſtions. Ce
feu dura prés de deux heures ,
&fembloit devoir deſoler nos
Troupes , qui ne laiſſerent pas
detravailler à ſe loger pendant
que les Ennemis étoient ſur la
breche. Leurs premiers rangs
avoient l'épée à la main. Leurs
Officiers qui estoient en grand
nombre , avoient la pluſpart
des boucliers , & quelques- uns
des Spontons. Tout ce feu
216 Hiftoire du Siege
n'empêcha pas que tandis que
l'on travailloit aux logemens ,
•les Compagnies des Gardes ne
demeuraſſent à découvert pour
foûtenir les Travailleurs , &
ce fut là qu'il y eut douze ou
quinze Officiers tuez ou blefſez.
Nos Troupes ne l'ont eſté
quedansces fortes d'occafions ,
car lors qu'il s'eſt agy de coups
de main , les Ennemis ont
toujours plić , de forte que paroiſtre
& vaincre a toujours
eſté la meſme choſe pour les
Affiegeans.
Quoy que le feu des Ennemis
fuſt terrible , le noſtre y
répondit d'une maniere encore
plus forte. Trente pieces de
Canon tirerent fur eux , comme
de la Mouſquerie. Nos Mortiers
les accablerent de bombes
en meſine temps , & l'on
remarqua
du Chaſteau de Namur. 193
د
remarqua qu'il n'en tomboit
jamais moins de fix tous à la
fois dans l'endroit où eſtoient
les Ennemis , & qu'elles ſe ſuccedoient
les unes aux autres
c'eſt à dire qu'il en tomba inceſſamment
tant que dura l'action.
Il ſeroit malaiſé de peindre
les ſanglans effets de tant
d'artifice , & tout ce qui en
eſtoit enlevé ou emporté. II
n'y a que ceux qui ſe ſont trouvez
àde pareilles attaques qui
le puiſſent bien concevoir. Enfin
au milieu de tant de feux de
part &d'autre , le logement auquel
on travailloit fut folidement
étably , & on l'acheva
avant trois heures aprés midy.
Pendant qu'on y travailloit , il
ſe fit des actions extraordinairesà
la bréche , & d'une vigueur&
d'une intrepidité pref-
K
218 Hiftoire du Siege
que inconnuës juſques à ce
jour-là. Cette breche qui estoit
àl'angle d'un Baftion , ne confiſtoit
qu'en deux petits éboulemens
depuis le haut du parapet
juſques au cordon. Le reſte
de la muraille n'avoit pû eſtre
battu en bréche , n'eſtant pas
vûde noſtre Canon, Les Grenadiers
des gardes Françoiſes,
aprés avoir emporté les deux
chemins couverts & une contre
garde revestuë , & avoir effuyé
pendant deux heures à découvert
tout le fou des ramparts
pour foutenir les Travailleurs
dans le temps qu'ils travail
loient à faire leur logement ,
voulurent encore eſſayer de ſe
rendre maîtres de la bréche
dontje viens de vous parler
quieſtoit ſi peu pratiquable , &
d'où l'on avoit jettétantde gre
du Château de Namur. 219
nades ,&fait un ſi grand feu de
Mouſqueterie. Emportez par
cette ardeur , ils pafferent fur
lesdécombres qui estoientdans
le foffé , & monterent à labréche
de la pointe du demy-Baſtion
oppofé à la Sambre , dont
je vous ayauſſi parlé ,& grim.
perent fort prés de la creſte. Ils
firent feu quelquetemps contre
les Ennemis qui bordoient la
bréche , & qui jettoient fur
euxbeaucoup de Grenades , &
il ſe paſſa là de part & d'autre
des actions fort intrepides . Les
Ennemis estoient ſur le hautde
la bréche , l'épée à la main , &
nos gens à demy pique prés
d'eux , ne pouvantmonter plus
haut , parce que la bréche eſtoit
encore trop eſcarpée pour y
pouvoir parvenir. Cela ne les
K 2
220 Histoire du Siege
empêcha pas de jetter des grenades
juſque dans le Baſtion.
M. de Saillant fit paroiſtre en
cette occafion toute la bravoure
dont il a ſi ſouvent donné
des preuves. M. le Prince de
Turenne , Aide de Camp du
Roy de jour , marcha avec les
Grenadiers , auffi bien que M.
de Chateauvilain , comme Aide
deCamp de Monseigneur , &
M. de Vauban s'expoſa par tout
où il y avoit du peril. M. le
Prince de Soubiſe remplit ſon
employ de Lieutenant General
pendant toute l'action
ou plûtoft tant que durerent
tant de belles actions
autant d'intelligence que de
valeur & de conduite.
avec
Le petit Corps de Grenadiersqui
avoit eſté ſa vaillamment
infulter la bréche , eſtant
du Chasteau deNamur. 221
rentré dans le logement du
chemin couvert. Il s'y paſſa des
choſes ſi extraordinaires qu'il
ſemble que les François ſeuls
en foient capables . Vn Grenadier
, nommé Francoeur , demeura
ſeul fur la bréche pendant
un grand quart-d'heure
aprés que les autres ſe furent
retirez . On le vit diſtinctement
recharger juſqu'à trois fois vers
le milieu de la bréche , où il
eſtort moins vû , & enſuite remonter
quelques pas , obfer-.
vant les Ennemis , & attendant
à tirer , juſqu'à ce qu'il viſt en
beau début quelques-uns de
ceux qui estoient fur le haut.
Le Roy remarqua luy-meſme
toutes ces choſes , admira la
valeur &la prefenced'eſprit de
ce Grenadier , demanda à le
voir , & parut dans la refolu-
K3
222 Hiftoire du Siege
A
tionde le faire Officier. Sa Majeſtéluy
donna quelquejargent
dans la fuite .
Un autre brave appellé la
Foffe , Grenadier du meſme
Regiment avoit fait auſſi un
peu auparavant une actionaſſez
remarquable pour n'eſtre pas
oubliée. En entrant dans le ſecond
chemin couvert , il bleſſa
d'un coup d'Epée à la cuiſſe un
Officier des Ennemis , & le
prenant par la Cravate , il le
menaça de le tuer s'il ne luy
montroit le lieu où l'on avoit
placé les Fourneaux. L'Officier
le fit , & le Grenadier ofta
les Sauffiffons, Ainſi les trois
Fourneaux furent éventezi il
y en avoit trois de chargez ,
mais noſtre attaque ſurprittellement
les Ennemis qu'ils n'eurent
pas le temps d'y mettre le
feu.
du Château de Namar. 223
Pendant qu'ils estoient occupez
à faire feu ſur nos Troupes,
M.de Milaine profita adroitement
de cet intervalle, pour
faire paſſer le Mineur ,& l'attacher
à la branche gauche de
l'ouvrage à corne , où il fit fon
trou à fix toiſes de l'angle , &
perça la muraille à deux pieds
& demy.Elle ſe trouva fi epaifſe
& la maçonnerie ſi ſolide ,
quele travail ne put eſtre poufſe
auſſi loin que l'on avoit réfolu.
On fit defcendre les Sappeursdans
le foſſé,afin que leur
travail donnaſt lieu au Minsur
àla face de l'ouvrage à corne ,
à la meſime diſtance de l'angle
où l'autre Mineur eſtoit attaché.
Une batterie de douze petits
Mortiers avoit commencé
dés le matin à tirer dans le demyBaſtion
de la branche droi
K 4
224 Hiftoire du Siege
te,& une autre du même nombre
tira le ſoir dans le demy
Baſtion de la branche gauche.
Nous n'eûmes dans cette grande
journée , pendant laquelle
on fit tant de belles actions ,&
tant de travaux , qu'environ
cent cinquante hommes tuez
ou bleſſez . Les Ennemis en eurent
prés de cinq censjau moins
les fit-on monter à ce nombre ,
mais ces fortes de calculs ne ſe
font jamais que par conjecture.
Il y a quelquefois plus , mais
tres- ſouvent moins , & il n'y a
que les Ennemis qui le puiſſent
dire ; encore leur faut il du
temps pour en eſtre bien inſtruits.
Voicy un estat de nos
Officiers & Soldats tuez &
bleffez .
,
M. de Saillant,Capitaine des
Grenadiers des Gardes , bleffé
?
du Chasteau de Namur. 225
८
à la teſte , d'une Grenade qui
ne creva pas.
M. d'Artagnan , l'épaule cafſée
d'un coup de mouſquet .
M. de Vaurouy , Lieutenant
aux Gardes , qui ſervoit pour
M. le Chevalier de Seraucour
qui avoit eſté bleffé d'un coup
de moufquet au travers du
corps .
Le Major de Stoupe , fort
bleffé ...
M.Schouars , Lieutenant des
Gardes Suiſſes tue . C'eſtoit un
de leurs plus braves Officiers .
M. le Marquis de Mailloc ,
Aide de Camp de M.le Prince
de Soubiſe , reçut à ſes coſtez
uncoupdemouſquet autravers
dela cuiffe.
M.du Boſc, Ingenieur, bleſſe
aubras.
M. leChevalier de Chauvi
KS
226 Histoire du Siege
gny, Ingenieur , un coup de
mouſquet dans le bras .
M. le Grand Combe , Ingenieur,
bleffé .
M. d'Orgemont, bleſſé .
M. Marius , Ingenieur , un
coup de mouſquetdans le corps,
dont ileſt mort. Il avoit déja
eſté bleſſé au même Siege , &
à celuy de Monmelian.
M.Ternant,Capitaine auRegiment
du Roy, bleſſé .
M.le Blond , Ingenieur , tué.
Soldats.
Gardes Françoiſes , 20 compris
un Sergent.
Gardes Suiſſes ,
pristroisCadets.
13 com-
Regiment du Roy , 19 comprisdeux
Sergens,
Dauphin,
pris un Sergent.
4.com-
Vaiffeaux, 16.com-
1
du Chasteau de Namur. 227
pris un Sergent.
Fuzeliers , 3
Bombardiers , 3
Mineurs , 1
La Sarre , 5
Vexin , 12 comprisun
Sergent.
Aunis, 2
Stouppe, 6
Salis ,. 9
Polier, 12
Il ne faut pas s'étonnerde ce
nombre de morts ,& de bleſſez .
Les Troupes demeurerent trois
heures à découvert , pendant
qu'on fit un logement à la gauche,
& à la droite de l'ouvrage
à corne.Le plus grand feu dura
cinq quart-d'heures , & celuy
qui incommoda le plus nos
Troupes venoit d'an angle du
demy Baſtion , qu'on ne voyoit
pas entierement.M. l'Abbé de
K6
2:8 Histoire du Siege
Grancé effuya tout le feu que
firent les Ennemis dans toute
cette journée. Tantoſt il encourageoit
les Grenadiers tantoſt
il aſſiſtoit les Mourans , &
tantoſt il guidoit les Travailleurs
. Enfin ilétoit l'admiration
des Braves , & la confolation
des Affligez .
Mrde Luxembourg manda
ce jour là au Roy', que le bruit
eſtoitgrandparmy les Ennemis
que le Comte Tilly Cerclaës
devoit retourneravec lesTroupes
qu'il commandoit du coſté
d'Huy & de Liege , que l'on
vouloit envoyer un autre Corps
enFlandre ,du coſté des Lignes
&que le Prince d'Orange avoit
envoyé marquer un Camp entre
Sambre & Meuſe , prés de
Charleroy. On apprit par des
correſpondances ſecrettes , que
du Chasteau de Namur. 219
ce meſimejour 28. l'Electeur de
Baviere & le Prince d'Orange
avoient eu un grand démélé
enſemble , fur ce que le premier
vouloit abſolument donner
le combat, à quoi s'oppoſoit
le Price d'Orange , diſant , que
rien nepreffoit encore qu'il falloit
laiffer afforblir la Cavalerie Françoise
qui periffoit tous les joursfaute
defourages ,& quele Chasteau
n'estoit pas fi prés de se rendre.
Cependant leChâteau battit la
chamade deux aprés . Le Prince
d'Orange diſoit encore à
l'égardde la bataille , qu'il s'en
remettoità la décision du Prince
de Valdec , mais il n'y avoit pas
à douter , que ce Prince étant
entierement dans ſes interefts
ne duſt parler ſelon ſe intentions.
Il y avoit auffi des Dé
putez des Etats de Hollande à
و
230 Hiftoire du Siege
l'Armée , mais ces Députez
eſtant ſes creatures , ils n'cfoient
parler contre luy , tant
parce qu'ils font perfuadez par
les exemples pafflez du danger
qu'il ya à parler contre cePrince.
C'eſt cequi est cauſe de la
méchante ſituation où la Hollande
ſe trouve aujourd'huy .
Tranchéedu 28: au 29 .
Quatre Bataillons du Roy ,
deux àl'attaque haute ,&deux
acelle de la Sambre.
Deux cens hommes pour le
Chaſteau neuf.
Seize cens Travailleurs , huit
cens le foir , &huit cens le 29.
aumatin.
OfficiersGeneraux.
M. le marquis de Tilladet ,
LieutenantGeneral, àl'attaque
haute .
M.de Congis , Maréchal de
1
du Chaſteaude Namur. 231
Camp , à l'attaque de la Sambre.
M.de Boiffelau , Brigadier ,
au Chaſteau neuf.
On ſe contenta de perfectionner
le logementdu chemin
couvert . Il reſtoit encore un
mur à abbattre qui ôtoit la parfaite
communication. On attachaun
Mineurau demy Baſtion
du coſtéde la Sambre.
Tranchée du 29. an 30 .
Les trois Bataillons du Regiment
Dauphin à la grande
attaque.
Les Bataillons de Beauvoiſis
àl'attaque de la Sambre.
OfficiersGeneraux.
M. de Rubantel , Lieutenant
General , & M. de Carman
, Brigadier , à la grande
attaque.
M. le Comte de Galſe , Ma
232 Hiſtoire du Siege
réchal deCamp., à l'attaque de
la Sambre .
Le Regiment Dauphin attacha
pendant la nuit , le mineur
àla face de la corne droite , се-
luy de la gauche ayant eſté attachéla
nuit precedente. Cela
fut fait avectout le ſuccés pofſible
, aprés que les Troupes
eurent efſuyé le feud'unegran
de quantité de Grenades. Le
même Regiment fit enſuite un
logement tres avantageux , en
prefencedeMrs de Sainte Maure
, de Carman & Poncet , fur
une redoute cafematée , dans
lacourtine de l'ouvrageà corne
, de forte qu'il impoſoit aux
flancs des deux cornes, dont le
feu eſtoit tres-dangereux pour
la communication aux deux
mines.Aprés cela on fit recon.
noiſtre la Caſemate en bas,elle
du Chaſteau de Namur. 233
ſe trouva abandonnée,ainſi que
trois pieces de Canon , qui
eſtoient dedans , quoy qu'il y
euftunebonne communication
dans le foſſe bien à l'épreuve ,
& couverte juſques à une poterne
qui entroit dans l'ouvrage
à corne . On logea 25. Grenadiers
dans cette communication
pour s'affeurer de ce poſte,
aprés quoy on ouvrit une Sape
vis-à-vis le pied de la brêche
pour y tenter un logement , ce
qui fut executé de la maniere
fuivante . Huit Soldats choiſis ,
& un Sergent le pot en teſte ,
conduits par un Ingenieur ,
ayant chacun une pefle & une
pioche, monterent à la bréche
qui estoit preſque impratiquable
, le Canon ne l'ayant pas
affez éboulée pour y pouvoir
monter ; ils marcherent en ſi234
: Hiftoire du Siege
lence juſques au haut fans y
eſtre découverts par la précaution
qu'ils avoient enë d'attirer
tout le feu des Ennemis du côté
où eſtoient attachez les Mineurs
, afin de le détourner de
celuy où l'on vouloit faire le
logement.
Pendant ce temps, les huit
Soldats travaillerent , & ce fut
ſi tranquillement , qu'on hazarda
d'y faire paſſer en trois
fois une vingtaine d'hommes ,
& trois Sergens , qui travailerent
trois quart-d'heure
avec la meſme tranquillité ,
aprés quoy un Major general
Eſpagnol parut ſur la breche ,
criant , mata , mata Les Travailleurs
un peu étonnez defcendirent
dans le foffe , à l'exception
du Sergent , qui ne
du Château de Namur. 235
confidera point qu'eſtant reſté
ſeul il pouvoit eſtre accablé de
toutes les Troupes qui estoient
dans cet Ouvrage. Mr leComte
de Sainte Maure ,qui s'eſtoit
le premier imaginé de faire
monter à la breche pour tenter
le logement , & qui estoit au
pied pour en attendre leſuccés,
ſe mit en teſte de faire remonter
les Travailleurs,& leur dit
que si les Ennemis crioient encore
mata, ils devoient crierde leur côn
sé, të. Cela fut executé. Il ſe
mit à leur teſte , & les fit remonter
encriant luy- meſme ,
tuë , tuë , tuë. Ils furent ſuivis
de dix Grenadiers , & eſtant
montez fur le haut de la brêche
, ce Comte cria ,
les trois Compagnies de Grenadiers.
Auffi-toſt ces Compagnies
monterent , & peu de temps
moy ,
236 Hiſtoire du Siege
.
aprés fix détachemens de Fuſeliers
, qui estoient tout preſts
dans la Tranchée, foutenus de
trois Bataillons. M.Cabre, Aide
de Camp de Monfieur , monta
auſſi avec quelques autres , &
tout ce qu'il y eut d'Ennemis
en haut fut pouffé. On fit
monter les Travailleurs , qui
ſe trouverent preſque tous Piquiers
du Regiment Dauphin ,
& l'on fit deux bons logemens
fur cette corne droite
de l'Ouvrage . Les Ennemis occupant
toujours celle de la gauche
, jetterent continuellement
des grenades ; & comme le
Regiment Dauphin vouloit
avoir la gloire de tout , & qu'il
s'agiſſoit de chaffer les Ennemis
de la corne droite , pour
étendre le logement fur tout
l'Ouvrage , on détacha une
du Chasteau de Namur. 237
Troupe de Grenadiers pour
aller tâter les Ennemis. Iltomba
dans leurs mains un Eſpagnol
, qui croyant que tout
Ouvrage fuſt encore occupé
par leurs Troupes , ne fit point
difficulté de ſe mêler pariny
nos gens. Il n'eſtoit pour lors
que minuit. Cet Eſpagnol fut
ſaiſi , & queſtionne , & l'on
apprit de luy , qu'ilvenoit averzirses
gens qu'il estoit temps dese
retirer , leurs Camarades en ayant
fait autant , pour laiſſer jouër la
mine ſous l'autre Bastion ,
avoit ordre d'aller mettre le feu.
Sur cela on le menaçade le poignarder
s'il n'enſeignoit l'endroitoù
eſtoit la mine , ce qu'il
fit. On oſta le ſauciſſon qu'on y
trouva introduit , & l'on y l'afſa
une bonne garde. M. de Sainte
Maure alla rendre compte au
où il
238 Histoire du Siege
Roy de ce qui s'étoit paffé. Le
logement fut continue ſur les
deux cornes , & en état de deffenſe
au point du jour , ce qui
donna une fi grande terreur
aux Ennemis , qui ne ſcachant
à quoy attribuer leur malheur ,
&fe trouvantdans une confternation&
dans un abbattement,
qui les mettoit hors d'état de
faire aucune action de vigueur
outre qu'ils eftoient perfuadez
qu'iln'y avoitpoint de ſecours
àeſperer du Prince d'Orange ,
ils battirent la chamade à cinq
heures du matin. M. le Marquis
de Ronceroles , Aide de
Campdu Roy , de jour , & M.
leComte de Sainte Maure ,Aide
de Campde Monſeigneur le
Dauphin auſſi dejour, qui eftoit
déjade retour aprés avoir porté
la premiere nouvelle de ce
du Chateau de Namur. 239
qui s'eſtoit paſſé pendant le
temps que l'on travailloit à ſe
loger,allerent tous deux porter
celle de la réduction du Chaſteau
,&comme il y avoit deux
chemins pour ſe rendre au
quartier de S. M. ils convinrent
d'en prendre chacun un , afin
que cette agreable nouvelle
faſt ſquë le pluſtoſt qu'il ſeroit
poffible. M.de Sainte Maure arriva
lepremier.LeRoymarqua
d'abord,qu'il avoitde la peine à
s'imaginer que cette grande
nouvelle fuſt veritable.Elle luy
futpeu aprés confirmée parM.
de Vauban, qui ayantvu le logementqu'on
avoit faitaprés la
tentative que Monfieur de Sainte
Maure avoit propoſée , dit ,
qu'ilestore fort bon, &enestat d'être
foutenu. M.de Vauban ditau
Roy, qu'il avoit vù dans le vieux
240 Hiſtoire du Siege
ouvrage àcorne plus de 20.pieces de
Canon,la plupart de 24. que nostre
Canon & nos Bombes avoient renverſées,&
dont ils avoient brifé les
affats. Sur lesdix heures du matin,
les Affiegez envoyerent au
Roy pour Otages, un Major,un
Lieutenant Colonel, & un premier
Capitaine . S. M. leur dit ,
qu'elle ne vouloit rien écouterà
moins que toute la Garnisondu vieil
ouvrage àcorne nefuftprisonniere
de guerre , ou que tout ce qu'il y
avoitde Troupes dansle Chasteau,
nefortist en mesme.temps à bonne
composition.
Enfin on convint de la Capitulation
, & voicy ce qu'elle
contenoit.
ARTICLES
Dela Capitulation que propoſerent
les Troupes de la Garnison du
Chasteau de Namur.
Son
du Chasteau de Namur. 241
I.
Son Excellence le Prince de
Barbançon Gouverneur de la
Place , Les Srs Manriquez , &
le Comte de Thian Généraux
deBataille , le Lieutenant Gouverneur
de ladite Place ,& tous
les Officiers & Soldats , de quelque
condition , Nation , Etat
& qualité qu'ils puiſſent eſtre ,
Cavalerie , Infanterie , & Dragons
à cheval & à pied , fortiront
de la Place avec armes ,
bagages & leurs effets , tamboursbattans
& enſeignes déployées
, balle en bouche
ineſche allumée auxdeuxbouts
par la porte du cours en deux
fois vingt quatre heures aprés
la ratification de la preſente
Capitulation, ſans que perſonne
puiſſe eſtre arreſté en leur corps
& effets , chevaux & bagages,
tant pour dettes contractées
L
t
1
242 Histoire du Siege
pendant le Siege qu'autrement
.
Accordé que la Garnison for
tira demain Mardypremier lwillet
àtrois heures aprés midy ,&donnera
ce soirà cing heures la porte
de l'Escalier du Chasteau du costé
de la Ville jusqu'à la maison du
Gouverneur , & il restera des officiers
de chaque Corps jusqu'à ce
que l'on ait entierement fatisfait
Ace qu'ils doivent dans la Ville.
II.
Que l'Infanterie pourra fortir
par labreche .
Accordé.
III.
Quela Garniſon compoſée
des Troupes du Roy & de
Brandebourg ſera conduite par
les chemins les plus courts &
en droiture à la Ville de Louvain
, & S. M. T. C. leur fera
da Chasteaude Namur . 243
fournir les vivres neceſſaires
juſque ſur les Terres de SaMajeſté
Catholique , avec leurs
effets & bagages ; elle ne fera
que trois heures de chemin
chaque jour ,& le ſecond jour
elle ſe repoſera. A cet effet S.
M. T. C. fera fournir trois
chariots à quatre rouës pour
chaque Compagnie , & un à
chaque état Major pour conduire
leurs bagages , Officiers
&Soldats bleſſez , qui pourront
ſouffrir le voyage , & ceux
qui ne le pourront pas fouffrir
reſteront dans la Ville de Namur
pour y eſtre panfez &
nourris juſqu'à entiere guerifon
, aux frais & dépens de S.
M. T. C. & aprés leur guérifon
ils feront renvoyez avec
paſſe-port à leur garnifon.
LeRoyveut bien que la Garnison
L 2
244 Histoire du Siege
composée des Troupes Espagnoles ,
vallons & de Brandebourg , estant
au Service du Roy Catholique, foit
ménée à Louvain parle plus court
chemin, à condition que cesTroupes
s'obligeront de ne faire aucunfervice
de troissemaines , & qu'illeur
Sera donné des vivres pour, quatre
jours pour leur donnermoyen d'arriver
audit Louvain. A l'égard des
chariots , comme il n'est pas poffible
d'en trouver presentement , ilfera
donnédeux ou trois Couvents pour
enfermer leurs meubles jusqu'à ce
qu'on puiffe fournir des chariots à
fix chevaux ; ce qui serafait incefſamment
au nombre demandé.
Quand aux bleſſez& malades du
Chasteau qui ne pourront pas estre
transportez , ilsferont mis à l'Hofpital
& pensezaux dépens du Roy
comme ceux desTroupes de Sa Majesté
, aprés quoy ilfera donnédes
du château de Namur. 245
paſſeports à ceux qui s'en voudront
retourner.
IV.
Que tout lebagage ne pourra
eſtre viſité non plus que trois
chariots couverts .
Accordé.
V.
Que tous les Officiers , Soldats&
autres , de quelque qualité
& Nation qu'ils foient ,
pourront reſter & continuer
dans le ſervice , ſans qu'eux ny
Ieurs parens puiſſent estre inquietez
ny moleſtez.
Refufé.
VI.
Aucuns Officiers ny Soldats
ne pourront eſtre arreſtez ny
leurs effets pour dettes contractées
tant avant que pendant.
le Siege .
L3
246 Histoire du Siege
Cet Article est répondu parcequi
eft marqué dans le premier.
VII .
Au cas que les Officiers , Soldats
& autres perſonnes qui ſe
font retirées au Chaſteau ,
ayent quelques meubles , hardes
ou effets à eux appartenans
dans la Ville de Namur , ils y
auront libre accés , & les pourront
retirer & emmener avec
eux, ou vendre durant le terme,
de trois mois , pendant lequel
terme les femmes & enfans
pouront refterdans ladite Ville
fans eftre inquietez ny moleſtez
dans leurs perſonnes, biens
& effets , & enfuite ſe retirer
où ils trouveront convenir , en
leur donnant les paffe-ports
neceſſaires .
Quoy qu'ilfoit porté dans la Capitulation
de la Ville que tout ce qui
du Chasteau de Namur. 247
veſteroit dans ladite Ville appartenant
aux officiers du château feroit
confiſquable, cependant le Roy
veut bien qu'il leurfoit permis de
retiver les effets qu'ils y ont laiſſezs
mais les Femmes & autres Officiers
& Soldats ne pourront demeurer
dans la Ville..
VIII.
Les Officiers & Soldats pourfont
entrer dans ladite Ville
pour y chercher & achepter
tout ce qu'ils auront de beſoin
pour leurs neceſſitez pendant
leur ſejour dans le Chaſteau .
Refuse,
IX.
L'Intandant de la Province
jouïra du benefice de la preſente
Capitulation , ainſi que
les Receveurs & autres Officiers
Royaux ,qui ſe ſont retirez
au Chafteau.
L 4
248 Hiftoire du Siege
L'Intendant de la Province demeurera
dans la Villepour lafeureté
dupayementde ce qui peut estredew
par le Roy d'Espagne auxHabitans
de ladite Ville.
Χ.
Sa M.T. C. ſera tenuë de
faire fournir 30. Chariots à 4.
rouës , astelez chacun de fix
chevaux , pour conduire les
bagages & les effets du Gouverneur
Lieutenants Généraux
, & Majorde la Province .
Le Roy entre cy &quinze jours
fera fournir les chariots,&jusqu'à
cetemps- là ilfera donné à Mr le
Prince de Barbançon,& autres denommez
dans cet Article, un bieu
pour enfermer leurs hardes.
XI.
Juſqu'à l'entiere évacuation
du Chaſteau , perſonne des
Troupes de S.M.T.C.n'y pourdu
Château de Namur. 249
ra entrer , & elles reſteront au
lieu & endroit qu'elles occupent
preſentement.
Accordé jusqu'à trois heures
aprés midy, que les Troupes du Roy
entreront dans le Chafteaw.
ΧΙΙ .
i
Que M. de VVinberghen ,
General Major des Troupes de
Hollande , fortira du Chaſteau
avec les trois Bataillons ,qui font
des Troupes de Hollande par la
Breche , comme il eſt dit cydevant
pour les Troupes de S.
M. C. & deux pieces de Ca
non qui font à l'Estat , leur
fourniſſant 24. batteaux de
Meuſe pour le tranſport dudit
Général Major , deſdits Bataillons
, pieces de Canon & bagages
, avec l'eſcorte neceffaire
juſqu'à Liege.
Le Roy desire que Mr de VVin-
L
250 Histoire du Siege
herghen avec les Troupes de Hol-
Lande , aprés estre forty par la breche,
ailleà Louvain avec les deux
pieces de Canon apartenantes à l'Etat.
A l'égard des voitures des bagages
, il leur fera donné un lieu
pour enfermer leurs hardes jusqu'à
ceque les chariots neceſſaires puisfent
estre livrez : ce qui fera fait
inceſſamment.
XIII .
Que les Bleſſez & Malades
feront traitez , & reſteront dans
la Vile , comme il eſt dit cydevant.
Accordé lamesme chose à l'égard
des malades des Troupes deHollan.
de qu'à celles d'Espagne estant au
Service du Roy Catholique.
XIV .
Que tous les Officiers & Soldats
faits priſonniers de part &
d'autre pendant le Siege feront
du Chasteau de Namur. 251
!
rendus ſans rançon .
Accordé. Le Roy defire que s'il
yaquelque prisonnierdes pays de S.
Majestéfaits pourla contribution ,
ilssoient mis en liberté.
XV .
Que S. M. T. C. accordera
aux Troupes du Roy Catholique
quatre pieces de Canon &
deux Mortiers avec leurs affuts
& autres chofes neceſſaires
fervant à leurs uſages , & avec
poudre , balles & bombes pour
tirer fix coups de chaque piece,
& les chevaux neceſſaires pour
les conduire .
Ils feront voiturez à Louvain
entre.cy &dixjours.
FAI Tau Quartier du Roy
devant le Chasteau de Namur
le 30. Juin 1692 .
Signé,BERSTEL,& TANILA.
L6
252 Histoiredu Siege
FAITau Camp devant le Chân
teau de Namur le 30 Juin 1692.
Signé , LOUIS.
>
On apprit qu'une des plus
grandes incommoditez que les
Affiegez euſſent ſouffertes
avoit efté le manque d'eau & de
biere , & que le 29. une de nos
Bombes leur avoit tué prés de
quarante hommes ,ayant donné
contre leur muraille & leurs
rochers d'ardoiſes , ce qui fit le
meſine effet que ſi les pierres
avoient eſté des cartouches. On
fceut auſſi que noſtre-Canon
leur avoit tué 27. foldats en
deux coups , & qu'une de nos
bombes qui estoit tombée dans
'Hoſpital du Donjon , l'avoit
renverfé fur une centaine de
bleſſez ou de malades qu'elle
avoit tous écrafez. On ajoutaàcela
que ce qui les avoitex
da Chasteau de Namur. 243
tremement tourmentez , s'eſtoit
que lors qu'ils relevoient leurs
gardes & qu'ils vouloient prendreun
peu de repos , ils ſemettoient
ſept ou huit enſemble ,
afin que l'un d'eux veillaſt , &
qu'il puſt reveiller ſes Camarades
, quand il eſtoit tombé une
bombe prés de l'endroit où ils
ſe mettoient ; mais que comme
il y en tomboit une grande
quantité , ils entendoient crier
ſi ſouvent , Gare la Bombe , qu'il
leur étoit impoſſible de dormir,
cequi avoit continué pendant
tout le Siege ,
Tranchée du 30. au 1. defuillet.
Deux Bataillons des Vaifſeaux
à la droite. Le troiſième
du Royal des Vaiſſeaux , & le
premierdu Royal de la Marine
à la Sambre. Il n'y eutpointde
détachement pour le Chaſtean
neuf.
254 Hiſtoire du Siege
Officiers Generaux.
M. le Duc , Lieutenant Ge
neral .
M. le Duc de Roquelaure ,
Maréchal de Camp.
M. de Seguiran , Brigadier .
La Capitulation eſtant faite,
là nuit ſe paſſa tranquillement
depart& d'autre . Le Roy nomma
Monfieur le Prince pour
voir fortir la Garniſon l'aprefdinée
, & M. le Maréchal de
Humieres pour accompagner
Son Alteffe. Il fortit environ
deux mille cinq à fix censhommes.
On vit paroiſtre d'abord
150. Chevaux avec le Prince
de Barbançon , qui ayant ſalué
Monfieur le Prince de l'Epée ,
vintàluy enſuite Chapeau bas.
11 fut receu avec toutes les civilitez
imaginables , & demeura
toujours auprés de Monfieur le
du Château de Namur. 255
Prince. Les Regimens du Rhingrave
& de Barbançon pafferét
aprés, & furent fſuivis de celuy
du Prince Charles de Brandebourg.
Les Grenadiers de ce Regiment
avoient des Bonnets en
maniere de Mitres en broderie
de ſoye ſur le devant. Ce qui
reſtoit de ces Grenadiers fut
trouvé affez bon. Les VValons
vinrent enfuite,& paruret d'afſez
méchantes Troupes. Les
Eſpagnols firent l'Arrieregarde.
La pluſpart eſtoient jeunes ,
petits, mal vêtus , & fort délabrez.
La pluye qui tomba toute
cette apréſdînée n'aida pas à
faire paroiftre ces Troupes .
Pendant qu'elles paſſerent ,
Monfieur le Prince entretint
M.de Barbançon d'une maniere
auſſi delicate que fpirituelle,
&parla de la longue défenſe de
256 Histoire du Siege
ce Gouverneur , en luy repaffant
tous les Sieges que le Roy
avoit faits en Perfonne ,qui n'avoient
pas tenu le tiers du tems
qu'avoit fait le Chaſteau qu'il
venoit de rendre . M. de Barbançon
répondit fort poliment
à tout ce que luy dit Monfieur
lePrince.
Pendant que la Garniſon fortoit,
le Roy étoit à l'Abbayede
Floreff, avec Monſeigneur &
Monfieur. M.de Luxembourg
& M. de Bouflers s'y eſtoient
rendus, & S.M.y demeuradeux.
heures en conférence .
Rien ne peut mieux ſuivre le
Journal de ce Siege,que le Plan
des attaques , felon qu'elles ont
eſté pouſſees. Vous trouverez
icy l'explication des lettres de
renvoy quifont dans la planche.
و
1
BOUR DE LA
TILLE
LYON
809 *1895
*
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du Château de Namur. 257
AAAA Le Chasteau.
B Une partie de la Ville.
CFort Guillaume ou des Hollandois ..
D Attaque du Chasteau .
E Attaque du Fort Guillaume.
F Redoute d'où l'on chaſſales Ennemis,
le 15 .
G Ravins & Monticailles que cing
Bataillons des Ennemis occupoient
d'où on les chaſſale 7.juſques à la
Redoute F.
HBatteries de la Sambre qui voyoiet
à revers les ouvrages dudit Fort.
IAttaques par où les Grenadiers
entrerent dans les chemins couverts
le 22. à neuf heures du
foir.
KBatteries de Mortiers & de Canon.
L Redans ou la Carriere.
Lefront où Poligone exterieurdu
Fort Guillaume, est de cent quatrevingt
toiſes d'une pointe à l'autre.
258 Histoire du Siege
MN&par ces mesures onpeutju
gerde la grandeur du premier ou.
vrageà corne du Chasteau & des
autres pieces plus retirées du mesme
Chasteau , tous ces ouvrages estant
furunemesme échelle.
Je ne donne point icy de liſte
generale de ceux qui ont eſté
tuez ou bleſſez pendant ce Siege
, puis qu'en ayant donné à
toutes les attaques qui ſe ſont
faites , ce ne feroir que repeter
ce que j'ay déja marqué.
Le 30. à dix heures du foir ,
on fit à l'Armée de M. de luxembourg
les ſalves de réjoüiffance
pour la priſe de Namur
de lamaniere ſuivante.
L'Infanterie eſtoit ſur deux
Lignes , & s'étendoit en monrant
du coſté de Long camp ,
& elles commençoient à Spi.
La Cavalerie estoit auſſi fur
du Château de Namur . 259
deux Lignes , la droite au Chaſteau
de Roques , & s'étendoit
du coſté de Namur. Le Canon
■ étoit entre l'Infanterie & la Cavalerie&
futtout tiré à boulets
Onentiroit 112. à chaque falve.
L'Armée de Bouflers qui
étoit àune lieuë de celle de M.
de Luxembourg , commença .
Elle tiroit 36. coups à chaque
falve , & des que la Moufqueterie
finiſſoit , noſtre Canon
recommençoit à tirer.
Le 2. de Juillet l'Eveſque
de Namur vint ſaluer le Roy ,
& preſter le fermentaccouſtumé.
La Ville estoit venuë le
jour précedent dans la meſine
intention. Le Roy leur fit connoiſtre
que ce n'eſtoit pas l'ufa---
gede France que les Bourgeois
pretaſſent ſerment ,& leur dit ,
1
Hiftoire du Siege
:
que s'ils eftoient bons Sujets , il leur
feroitbonMaistre.
Je vous envoye l'état d'une
diſtribution faite par le Roy.,
que vous ne ferez pas fachée de
voir.
VILLE DE NAMUR.
:
Le Gouvernement de la Ville &
Chaſteau deNamur ,àM. le Comte
de Guifcar.
La Lieutenance de Roy de la
Ville , à M. d'Avejan , Lieutenant
Colonel de Languedoc .
La Majorité à M. Bougon ,
Major du Chasteau de Dinant .
L'une des Aides Majoritez, à
M. de Briffac , Lieutenant desGre
nadiers du Regiment du Roy.
L'autre Aide Majorité, à M.
Danville , Sous Brigadier de la premiere
Compagnie des Mousquetai-
7c5.
:
du Château de Namur . 261
La Capitainerie des Portes,à
M. Dumet , Mousquetaire de la
fecondeCompagnie.
CHASTEAV DE NAMUR.
Le Commandement à M. de
Monlineuf, Lieutenant de Roy de
la Villede Dinant.
La Lieutenance de Roy , à M.
deReynac , Major du Regiment
de Navarre.
La Majorité, à M. de Misiancours
, Capitaine des Grenadiers du
Regiment de Bourbon.
L'Aide- Majorité , à M. Dubois
des Bordes , Lieutenant au Regiment
d'Infanteriede Toulouse.
VILLE DE DINANT.
La LieutenancedeRoy , vacante
par la promotion deMrde Monlineuf
à M. de Vaille , Major de
Ladise Ville.
262 Histoire du siege
La Majorité de ladite Ville ,vacante
par la promotion de M. de
Valeille,à M. le Chevalier de Trefmanes
, Capitaine des Grenadiers
deChampagne.
CHASTEAV DE DINANT.
LA Majorité , vacante par la
promotion de M. de Rougon , à M.
Capitaine au Regiment
de Ras
2
d'Orleans.
Le Roy partitle 3. du meſme
mois & emmena dix Compagnie
des Gardes Françoiſes ,
trois des Suiffes , les deux Compagnies
des Mouſquetaires , le
quartier des Gendarmes,& des
Chevaux. Legers , & le Guet
des Gardes du Corps , & montrapar
là à ſes Ennemis qu'il
n'avoit pas beſoinde toutes ſes
du Château de Namur. 253
Troupes pour s'oppoſer aux efforts
de la Ligue .
THEQUE
DE
FIN.
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