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1692, 05 (Lyon) (incomplet)
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Eur.
511
m
1692.5
Our 511-1692,5
m
Mercure
< 36623738710011
<36623738710011
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT.
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
ΜΑΥ 1692.
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere au Mercure Galant..
M.DC. XCII
Avec Privilegedu Roys.
مر
1
Avis pour placer les Figures.
La Medaille doit regarder la
page 157.
La Liſte de l'Armée Navale
doit regarder la page 163 .
L'Air doit regarder la page
2350
MOYJ A
WDCXCIT
Bayerische
Staatsbibliothek
nchen
. و
TABLE
Prelude.
Verfion d'un Pfeaume qui a
beaucoup derapport aux Affaires
du temps.. 2
Marques de zele des fidelles Suiets
de Sa Majesté.
L'Hymen, l'Amour,&la Raifon ,
Dialogue. 14
MortdeM. leDuc d'Elbeuf. 28
DiscoursfaitparM.le Comte deRe
benac ..
Agrément de plufieurs Charges
donné par le Roy 6.3
Lettredu Berger deFlore. 65.
Remarquesfur laréponſefaireparle
Roy dEspagne , au Bref écritpar
Sa Sainteté, pour l'exhorter à la
Paix,
Mariages. 2
Relation exacte du combat donné
1
aux lesz . 144-
TABLE.
Galanterie. 15.8
Le Cygne& les Canards,Fable.162
Etat desforces de mer du Roy . 163
Audience donnée par le Roy aux
Députez des Etats de Bretagne .166
Carte du Pays d'entre Sambre &
Meuse..
Morts.
Nouvelles deHongrie.
68
169
176
Ouvragesſur leVoyage du Roy: 189
Lournaldu Voyage du Roy, avec l'état
defes Armées.
Articles desEnigmes.2
196
Nouvelles de Vienne.
2235
Nouvelles de Constantinople. 237
Bombardement d'Oneilles 238
Nouvelles de Londres 239
Nouvelles de la Flote commandée.
par Mile Comte d'Estrées 241
Nouvelles du Siege de Namur. 243
Dernieres nouvelles d'Angleterre,&
du Prince d'Orange.. 247
Apoftille. là-même..
Fin de la Table,
I
MERCURE
GALANT.
ΜΑΥ 1692.
E croy , Madame,
que vous vous ferez
un plaifir d'entendre
le Pſeaume , Quare
fremuerunt Gentes , dans la bouche
de noſtre Auguſte Monarque
. On en a fait une verſion
dont je vous fais part. Pour
peu que vous faſſiez de reflexion
à ce que contient co
A
2 MERCVRE
Preaume , & à ce qui ſe paſſe
preſentement en Europe , il
ne vous fera pas difficile de découvrir
les endroits par où il
peut eſtre apliqué au Roy .
VERSION DU PSEAUME
Quare fremuerunt Gentes.
Q
Vel Sujet de couroux quelle
nouvelle injure
,
De tant de Nations excite le murmure
?
Quepretend leur fureur ? quelfrivole
deſſein ,
A mis à tant de Rois les armes à
la main ?
Rebelles au vray Dieu , corrupteurs
rémeraires
De la Loy que fon Verbe à transmise
à leurs Peres ,
On jaloux quele Ciel par tout foit
mon appuy ,
GALANT .
3
S'attaquent- ils à moyppoouurrſfseeevvaann.
ger de luy ?
Sauvons- nous , diſent-ils , desfers
qu'on nous appreſte ,
Ala honte du joug derobons nôtre
tête;
Détruiſons un bonheur qui nous
bleffe les yeux.
MaisleMaistreEternelde la terre
&des Cieux ,
Rira des vains projets que leur bouche
m'anonce,
Et ses foudres feront entendre la
réponse.
La difcorde & l'effroy troubleront
leur confeil;
Je verray de leur haine avorter
l'appareil.
C'est may , c'est moy qui fuis , par
fon ordrefublime ,
De lafainte Sion le Princelegitime.
C'est moy qui publieray , qui défendrayſes
Loix.
1
A 2
4
MERCVRE
Je trouve un Fils en toy , m'a dit ce
Roy des Rois ;
Aujourd'huy dans ton Dieu tu vas
trouver un Pere.
Veux - tu des Nations confondre la
colere?
Veux tu de leur dépoüille enrichir
tes Etats ,
Ou voir tout l'Univers aſſervy par
ton bras ?
Parle, ton bras Soudain armé de
mon tonnerre ,
Brifera tes jaloux , comme on briſe
le verre ,
D'un opprobre éterneltu les verras
couverts ,
Ramper fervilement sous le poids
de tes fers.
Vous donc , à qui ma gloire est un
mortel outrage ,
Du Dieu qui me protege entendez
le langage.
Fiers Monarques , Souffrez qu'une
Sainte terreur
GALANT.
Tourne en amour pour lay voſtre
noire fureur.
Venez, mettez l'orgueil qui vous
Scent tropSeduire ,
Aux pieds de fes Autels que vous
vouliez détruire.
Quand il fait dans les airs tonner
fonfier couroux ,
Heureux qui tout à luy n'en peut
craindre les coups.
La conſervation de la per
ſonne ſacrée du Roy eſt ſi neceſſaire
à toute la France, qu'il
n'y a perſonne qui ne faffe
tous les jours par les ſouhaits
de fon coeur la meſme priere
que fit il y a fort peu de temps
M. le prieur de Briquemauls
dans une occafion folemnelle ;
où aprés avoir marqué l'obligation
qu'avoient les Peuples
de lever les mains au Ciel ,
1
1
A 3
6 MERCURE
!
A
comme fit Moyfe', tandis que
Joſué combattoit à la teſte de
ſes Armées , & de demander à
Dieu qu'il luy plaiſe de conferver
ce Monarque , il finit par
ces paroles.
6
Ouy , Seigneur , LOUIS LE
GRAND est voſtre ouvrage, &
vous estes engagéàsadéfense. C'est
de vous que nous l'avons receu
c'eſt à vous à nous le conſerver.
C'eſt pour vous qu'il combat , c'est
pourvous qu'il se reconnoist redewable
deſes victoires. Venez prom
ptement , Seigneur , àfonsecours,
®ardezd'un oeilfavorable un
Roy qui n'a point d'autres Ennemis
que ceux de vostre Eglise. Ilfoûtient
vos Autels , affermiſſez ſon Trône.
Il prend luy ſeul en ſes mains la
défense de la Religion , prenezvous
feul lefoin deſes Etats. Il estle
bouclierde la Foy , couvrez, SeigGALANT.
7
:
gneur,sa personneSacrée devostre
ombre, comme d'un bouclier qui le
garantiffe des dangers où tous les
jourssa valeur l'expose. Dieu des
Batailles , foûtenez laforce defon
bras. Angedu grand grand Confeil
diffipez la Ligue de ces lâches Princes
, plus jaloux de vostre gloire
que de lafienne. Renverſez le Trône
chancelant dusuperbe Adonias ,
qui a l'inſolence de dire qu'il regneraſans
vous , & qui n'a déja que
trop regné contrevous. Rendez aux
Rois que cet ufurpateur aseduits ,
un coeur veritablement Chreftien ,
vous qui tenezentre vos mains les
coeurs desRois. Faites remonterfur
teTrônedeſes Peres un Roy fidelle,
qui n'en est descendu que parce
qu'il vouloit vousy faire monter.
Maispourquoy preſcrive des bornes
àvos bontez, Seigneur ? Pourquoy .
vous importuner pour tant de fa-
1
A 4
8 MERCURE
veurs ? Une seule nous suffit ; que
LOUIS LE GRAND vive,
c'en est affez. Le cours de sa vie
reglera celuy de nos profperitez. Il
vous fera regnersur toute laterre ,
malgré la jalousie deses Ennemis.
Mais , Seigneur attendez encore
quelque temps à le faire regner dans
le Ciel. C'est la grace que nousvouS
demandons pour luy , dans ces jours
de grace pour nous.
Entre tous ceux qui ont ce
zele fincere & empreſſé pour
le Roy , il n'y a perſonne qui
endonne plus de marques que
Mr le Comte de Fontaine
Berenger , Capitaine au Regiment
de Bouflers , qui outre
toutes les réjoüiſſances qu'il a
faites pour chaque avantage
particulier qu'ont remporté
les François , a voulu encore
GALANT.
و
confacrer deux jours de cha
que année par deux Feſtes
folemnelles pour demander à
Dieuqu'il luy plaiſe de benir
tous les projetsde Sa Majefté.
L'une de ces Feſtes ſe celebre
le premier jour d'Octobre ,
Feſte de Saint Remy , dans ſa
Terre de Fontaine-Berenger
prés Trun , Dioceſe de Sez ,
& l'autre le Mardy de la ſemaine
de Paſques , dans ſa
Terre d'Herengerville , Dioceſe
de Coutance . La ceremonie
de cette derniere Feſte
ſe fit le 8. du mois paffé avec
_beaucoup de magnificence. Mr
Vincent , Prieur de l'Hôpital
de Coutance , prêcha le matin
fur la Charité , & fit l'Eloge du
Roy avec une entiere ſatisfaction
de ſon Auditoire. Mr
Marqş dont l'éloquence
A. 5
10 MERCVRE
eſt connuë par tant de Sermons
où il s'eſt fait admirer dans les
meilleures Chaires du Royaume,
fit l'aprés -dînée un nouveau
Panegyrique de ce grand
Monarque , & on chanta l'Exaudiat
en Muſique , avec les
autres Prieres que l'Egliſe ordonne
en pareille occafion. Mr
le Comte de Fontaine Berenger
traita toute la Nobleffe ,&
fit diſtribuër de grandes aumônes.
Chacun eſtoit ſous les.
armes , & le ſoir tout fon Logis
fut illuminé , ainſi que
tous les arbres qui font autour
d'un grand Etang qui en frape
les murs. Au milieu de cet
Etang eſtoit dreſſé un bucher
d'une conftruction toute fin--
guliere. C'eſtoit un ouvrage
quarré, environde douze pieds
qui ſembloit porté pardes poif
GALANT. IT
fons. Les victoires que nous
avons remportées ſur Mer ſe
diftinguoient fur les bords ,
qui touchoient preſque l'eau ,
& dans le milieu eſtoit un
Neptune environné de toutes
les Divinitez Maritimes , qui
avoient für leurs teſtes une efpece
de baſſin d'une fontaine ,
avec un jet d'eau. Ce baffin
eſtoitquarré , & haut de deux
pieds , avec quatre Tableaux
autour , dont celuy qui faifoit
face au Manoir Seigneurial
repreſentoit le Temps , le plus
ancien des Dieux , qui chaſſoit
l'Hiver pour faire place au
Printemps , & favorifer l'ar--
deur de nos illuftres Guer--
riers. Sur le coſté droit on remarquoit
trois Aiglons fur un
Dauphin, contemplantle Soleil
qui diffipoit les nuages malgré
A 6
12 MERCVRE
toutes les vapeurs qu'exhaloit
laterre. Sur les quatre coins de
la fontaine il y avoit quatre
Amours , & chacun d'eux regardoit
une des Parties du
Monde . Toute la Machine
eſtoit garnie de petards & de
fuſées , avec quatre petits Pierriers
, & autant de petits Canons
autour. Lors que la nuit
fut venuë , Mr le Comte de
Fontaine Berenger fit paroiſtre
fur cet Etang le portrait d'une
belle Nymphe , à qui il
donna le nom de Déeſſe des
belles Eaux, par alluſion àceluy
de Mademoiselle de Belleau-
Coſtat d'auprés de Livato, l'une
des plus aimables & des plus
ſpirituelles perſonnes de la
Province , qui eſt tellement.
charmée de tout ce qu'a fait le
Roy , qu'elle a fouhaité pluGALANT.
13
ſieurs fois d'eſtre homme pour
avoir la gloire de le ſervir . Ce
Portrait eſtoit ſuſpendu adroitement
par deux cordes , fur
une corbeille toute garnie de
lumieres & d'artifice , & on
liſoit des Vers aux pieds des
Amours , dont l'un ſe plaiſoit à
faire connoiſtre qu'il cherchoit
une belle eau pour ſa fontaine ,
& l'autre marquoit que jamais
belle eau ne gâta rien. Les Vers
des autres Amours n'avoient
pas moins de galanterie. Le
Feu , dont chacun loüa l'invention
, fit un effet merveilleux
,& l'Auteur de certe Feſte
receut de grands applaudiffemens
..
د
Tout ce que je vous ay fait
voir de Mr de Senecé , a eſté fi
bienreceu dans voſtre Provin--
14
MERCVRE
ce ,qu'il fuffit preſentementde
vous lenommer en vous envo--
yant de ſes Ouvrages , pour
vous preparer à lire quelque
choſe d'un bon gouft , & qui
merite l'empreſſement que
vous me marquez d'avoir tout
ce qui part de ſa plume. Le
Dialogue qui fuit eſt de fa facon.
L'HYMEN , L'AMOUR,
ET
LA RAISON.
L'HYMEN.
On Frere , jusqu'icy jay
gardé le filence.
Iusqu'icy pouffévivement ,
\
GALANT.
Mon coeur defon reſſentiment
Areprimélaviolence ;
Mais enfin il demande unéclairciffement
,
Etjeſens épuiſer toutefa patience.
Lefçay que l'univers est soumis à
vos loix ,
Que la Naturefuſpenduë
Est attentive à voſtre voix,
Que dans l'affreux.chaosreglé pam
vostre choix ,
Elle euft eftéfans vous pour jamais
confondue ,
Que vos premiers Sujets font les
Dieux& les Rois ,
Quevous regnez par tout . De vo
augustes droiss
Le connois la vaſte étenduë ,
Etje n'ignore point Ihonneur queje
vous dois..
Pourtant(vous lesçavez) toutpuis
Sansque noussommes ,
Ilestpardeffusnous un pouvoirdans
Las Cieux
16 MERCURE
Un Dieu commande aux Rois , un
Roy commandeaux hommes,
Etla raison gouverne& les Rois,
les Dieux.
Oferiez - vous tout seul corrompre cet
usage ,
Pourmoy toujours injuste , & tou
joursrigoureux?
NeSouffrirez- vouspoint qu'un Cadet
malheureux
Joüiffe defon apanage ?"
L'AMOVR..
L'éloquence pourvous , mon Frere
n'est qu'unjeu..
De ces moralitez où tant de bon sens
brille ,
L'hiver au coin de voßre feu ,
Vous endormezvostre Famille.
C'est vostre fort , &fans vous of.
fenfer.
Je pourrois ajoûter que de cette qu
relle
Je ne dois point m'embaraff r..
GALANT. 17
Vous voirgrondeur , Hymen , n'est
pas choſe nouvelle ,
Vous nesçauriezvous en paſſer.
Maisqu'ilfoit un pouvoir que mon
pouvoirredoute ,
Qu'ilsoit quelqu'autreDieu de mes
forces vainqueur ,
C'est un article dont je doute ,
- Et ce n'est pas toujours la Raifon
qu'on écoute.
Quand nous parlons enſemble aw
fond du mesme coeur.
Ieveux bien toutefois vous impofer
filence.
Faccepte la Raison pour discuter
nos droits.
De quoy vous plaignez-vous ? Par
lez ; sans conſequence
Le m'ysoumets pour cettefois.
L'HYME N.
Vousm'avezoutragé par plusd'um
ne entreprise,
Le n'en reveille point le ſouvenir
cuifants
18 MERCVRE
Mais du moins rendez moy Céphife
,
De qui vous mesme , Amour , vous
m'aviez fait prefent .
Toute jeune en mes mains elle fut
confignée
Rien n'approchoit alors defes empreſſemens.
Quand de foncher Epoux elle estoit
éloignée,
Ses chagrins inquiets comptoient
tous les momens.
Pour vuider ſeul à feul quelque tendre
querelle ,
C'eftoit toujours nouveau cartel.
Luy rendre une viſite estoit alors
pourelle
Un outrage mortel.
Aux Amis, aux Parensinvisible,&
farouche ,
Ce bienheureux Epoux l'occupoit en
tous lieux.
ses folâtres defirs s'échapoient par
Sesyeux
GALANT. او
- Quand la pudeur tâchoit de leur
fermerlabouche.
Tous ces amusemens qu'on appelle
plaisirs,
Opera , Concerts , Mascarades,
Par la comparaiſon rendus encor
plus fades ,
Pourmes dons pretieux redoubloient
Sesfoupirs.
Qu'on luypropoſaſt quelquefeste.
Une comedie, un repas ,
Apoint nommé , vapeurs , ou mal
de tefte
Latiroient de ce mauvais pas.
Point d'ornemens , point de pa
rure..
Aux agrémens de lanature
Son ambition ſe bornoit .
L'air negligé de fa coiffure
Marquoit à quels emplois ellese
destinoit.
Combien defois dans une prome
nade
20 MERCVRE
Ont- ils fur des gazons foulez
Fait brûler le Satyre , &rougir la
Nayade
Parmes miſteres revelez !
La tyranniquebien-Seance
Les forçait- elle à quelque autre
entretien ,
Tous deux on les voyoit livrez par
mapuiſſance
Al'agreable impertinence
Defaire miſtere de rien.
Par quelque carreffefurtive
Ie nourriffois leur flame,&la rendoisplus
vive.
Deceux qu'ilsregardoient pour lors
comme ennemis ,
Ie trompois lafoule importune ,
Etsçavois d'un plaisir permis
Leurfaire une bonnefortune.
Que ces tempsfont changez ! Que
ces douceurs troublées
Ont quittépromptemens lepartydu
devoir!
GALANT. 21
Ellepaffe les jours , la volage, au
miroir ,
Etlesnuits dans les aſſemblées,
Son quartier qui la croit ſon plus
rareornement ,
Nela voit jamaisferieuse ;
Brillant par tout ailleurs d'un aimable
enjoûment ,
Elle est dansſon logis muette , ou
querelleuse.
Lefeul nom de retraite allume fon
COUYOUX ,
Unefoule importune à tous momens
l'accable.
len, Musique , Festins , elle trouve
agreable
Tout ce qui n'est pointſon Epoux ;
Pour luy plus d'agrémens , pour luy
plus de tendreſſes..
Si de quelquesfoufles caresses
Il est quelquefois honoré ,
Auxplus preſſans besoins lafeinte
Se limite ;
22 MERCURE
C'est pour en obtenir quelque habit
chamarré.
C'est pour entretenir la Baſſette
profcrite,
Oule Lanſquenet toleré.
Qu'en d'autres temps mon ardeur
le réveille ,
Quedeſes droits il veuille user ,
La bouche qui lefuit , du ſoinde le
baifer
Chargenegligemment l'oreille.
Scule avec lay ce nefont que lanqueurs.
Quelque autre vient, il feretire;
Ala feinte migraine , aux trompeuſes
vapeurs
Succedent les éclats de rire.
Un grand lit defixpieds luy paroist
trop étroit;
Il faut en faire deux quand fon
dégoust augmente ,
Etd'un tel changement ſon artifice
adroit
:
23
GALANT.
Accuſela Lune innocente.
Par le chagrin qui latourmente
Son Domestique est en rumeur ;
Ses Valets, fon Chien,ſa Suivante
Souffrent defa mauvaiſe humeur.
Sous ces tristes dehorsquelpoisonfé
prefente.
De quels evenemensſommes-nous
menacez?
Vousqui me livrates Céphiſe ,
Amour , n'est-ce point vous qui me
laraviffez?
L'AMOUR.
Ola ſurprenante avanture ,
Qu'en pleine joüiſſance on finiſſe
d'aimer!
Avous entendre déclamer ,
Fay cru que toute la nature
D'un renaissant Chaos fe devoit
alarmer.
Ievois que ces plaintes naïves
Tendent à me noircir d'un injuste
Soupçon.
Vos peintures font un peu vives
24
MERCVRE
Ilfaut vous pardonner , vous vivez
Sans façon.
L'infaillible Raiſon prompte àvens
Satisfaire
Va terminer noftre debat ;
Mais au nom du Mary, pour éclaira
cir l'affaire
Sur certains faits fouffrez l'interrogat.
Devos commencemens l'ardeur toujours
brulante
S'exprime-t-elle du même air ?
N'est ellepoint unpeuplus l'ente?
L'HYMEN.
Et le moyen , ſuis -je de fer ?
L'AMOUR.
Dans la tranquillité de vôtrejoäif-
Sance,
Du defir de plaire occupé ,
En faites- vous toujours voſtre ſoin
d'importance ?
L'HY MEN.
GALANT. 25
!
L'HYMEN.
Les affaires m'ont diffipé.
L'AMOVR.
Avez- vous bien eu l'industrie
Devous montrer toujours par le plus
beau costé
Dont onufe en galanterie ?
Quelques defauts choquans n'ontilspoint
éclaté?
L'HY MEN.
Quelle contraintefevere
Aux coeurs pour toujours unis !
Iefuis nud , je fuisfincere.
On me voit tel quere fuis.
L'AMOVR.
Fort bien. Qu'avez - vous faitde
l'importune foule
De langueurs , dedégouts , demurmures
, d'ennuis,
Qui par tout aprés vous dans les
maiſonsſe coule?
L'HYMEN.
Ils m'obſedent les jours , ils m'occu
pentbes nuits.
B
26 MERCURE
L'AMOPR.
Et la cruelle jalousie
A- t-elle encorſuivi vospas?
L'HYMEN ,
L'en ay toujours l'ameſaiſie ,
Nous ne nous defuniſſons pas.
L'AMOV R.
Et vous voulezqu'onvous cheriſſes ,
Negligent , endormy ,Soupçonneux
diſſipé ,
Ralenty dansvostre exercice ,
Et d'unſoucy jalouxfollement occupé?
Yous- mefme avez cauféle mal qui
vous accable;
Pourmoy,jefuis hors d'interest.
O vous , qui vous piquezsi fort
d'estre équitable ,
Reine , prononcez nostre Arrest.
LA RAISON.
Deſes conclufions Hymen est debouté
,
Fante d'avoir produit ardeur &
nouveauté ;
AGLANT. 27
Nous avons,declarant l'instance criminelle
,
Ordonné qu'il tiendra prifon perpetuelle
;
Dormeur toute la nuit , &grondeur
tout lejour ,
Et nous le condamnons aux dépens
de l'Amour ?
L'HYMEN.
Quoy , perfide Raiſon , quand je
vous croyoisprefte
ASoutenirlaverité ,
Les appasde la volupté
Vous font abandonner le party de
l'honneste ?
Allezfi deformais dans vostre lâcheCour
Vous me voyezchercher refuge...
L'AMOVR.
Courage, Hymen , pouffez . Les loix
donnentunjour
Pour declamer contrefon Inge.
B 2
28 MERCVRE
Les perſonnes du haut rang
font tant de bruit dans le monde
, que vous ne pouvez ignorer
la mort de Mr le Duc d'Elbeuf
, arrivée icy le 4. de ce
mois . Il eſtoit Gouverneur des
Provinces de Picardie , d'Artois,
du Boulonois,& Pays conquis,
& avoit épousé en 16 38 .
eſtant alors âgé de 28.ans , Anne-
Elifabeth de Lannoy,Veuve
de Henry du Pleſſis , Comte
de la Rocheguyon , dont il eut
Charles de Lorraine , né en
1650. & Anne- Elifabeth de
Lorraine , mariée en 1669. à
Bar-le -Duc avec Charles-
Henry Duc de Vaudemont
legitimé de Lorraine. Eftant
د
demeuré Veuf , il prit une
ſeconde alliance en 1 6 5 6.avec
Elifabeth de la Tour d'Auvergne
, FilleAinée de FredericGALANT
. 29
Maurice de la Tour , Duc de
Boüillon . Les Enfans qui ſont
fortis de ce ſecond mariage ,
font Marie-Eleonor , née en
1658. Françoife -Marie née en
1659. Henry , né en 1661. &
marié en 1677.à Mademoiſelle
de Vivonne , & Louïs né en
1662. Cette ſeconde Femme
eſtant morte , Mrle Duc d'Elbeuf
épouſa Mademoiselle de
Navaille , Fille de feu Mr le
Maréchal & Duc de Navaille ,
preſentement Duchefſe d'Elbeuf.
Elbeuf eſt un Bourg en
Normandie , ſitué ſur la Riviere
de Seine , trois lieuës au deffus
de Rouën , & érigé en Duché
en 158 1. en faveur de Charles
de Lortaine I. du nom , Duc
d'Elbeuf , Comte d'Harcourt ,
de Liflebonne & de Rieux ,
Pair , GrandEcuyer ,&Grand
B 3
30
MERCVRE
Veneur de France , Gouverneur
du Bourbonnois. Il eſtoit
forty du mariage de René de
Lorraine , Marquis d'Elbeuf ,
Chevalier des Ordres du Roy,
ſeptiéme Fils de Claude de
Lorraine , Duc de Guife, avec
Loüife de Rieux , Comteſſe
d'Harcourt , Fille de Claude I.
Sirede Rieux , & de Susanne
de Bourbon , ſaſeconde Femme.
Charlesde Lorraine I. du
nom , épouſa Marguerite Chabot
, Fille de Leonor , Comte
de Charny , Grand Ecuyer de
France , & entre autres Enfans ,
il en eutdeux Fils,dont Henry,
le Cadet a fait la branche des
Comtes d'Harcourt. Charles
de Lorraine II . du nom , Duc
d'Elbeuf , Pair de France
Chevalier des Ordres du Roy ,
Gouverneur de Picardie , qui
د
GALANT.
31
it
e
e
eſtoit l'Ainé , épouſaen 1619 .
Catherine - Henriette , legitimée
de France , Fille du Roy
F, Henry IV. & de Gabrielle d'Eſtrées
, Ducheſſe de Beaufort ,
& mourut en 1657. laiſſant
Charles de Lorraine III. du
nom , Duc d'Elbeuf , qui vient
1. de mourir , François qui a eu
des Enfans ; François Marie ,
que d'autres nomment Jule ,
Prince de Liflebonne
_ herine , Religieufe , & Ma-
C
e
e
-
a
,
Catguerite-
Ignace , qui mourut à
Paris en 1679. âgée de cinquante
ans , & qu'on appelloit
Mademoiselle d'Elbeuf. Mr le
Prince d'Elbeuf, preſentement
Duc d'Elbeuf , avoit la furvivance
du Gouvernement de
Mr le Duc d'Elbeufſon Pere .
Mr de Rebenac , Envoyé
Extraordinaire du Roy aupres
B 4
32
MERCURE
du Pape , a eu audience de Sa
Sainteté ,& je vous envoye la
Harangue qu'il luy a faite. Je
ne vous préviendray point fur
cette Piece , eſtant aſſuré que
vous y découvrirez bien plus
de beautez en la lifant , que
tout ce que je pourrois vous
dire , ne vous en feroit atten
dre.
HARANGUE
FAITE AU PAPE ,
Par Mr le Comte de Rebenac,
Envoyé Extraordinaire
de France ..
TRES- SAINT PERE ,
Lors que j'eus l'honneur de
GALANT.
33
baiſerles pieds de Voſtre Sainteté,
je luy renouvellay par l'ordredu
Roy mon Maiſtre , les
afſurances de ſon reſpect filial ,
& de la haute eſtime que Sa
Majefté a conceuë pour les
éminentes qualitez de Voſtre
Sainteté Je dois aujourd'huy ,
puis qu'Elle l'approuve , obéir
à l'ordrele plus précis dont Sa
Majesté m'ait honoré. Elle
veut que par une ouverture
entiere pour V. S. je luy expoſe
les ſentimens plus ſecrets
de ſon coeur ſur la conjoncture
preſente , afin que reglant ſa
conduite fur les lumieres & les
ſages conſeils de V. S. le Roy
mon Maître execute les reſolutionsles
plus convenables au
maintien de la Religion , & au
repos de toute la Chreftienté..
Ilſera ,Tres-ſaint Pere danss
une confiance d'autant pluss
B5
34 MERCURE
Pere comgrande
de voir un ſuccés heu
reux des deſſeins que la ſeule
pieté luy inſpire , qu'ils auront
eu l'approbation du
mun des Fidelles ,&d'un Pape
pour la perſonne duquel Sa
Majesté a unrefpect ſi ſincere ,
& une tendreſſe ſi veritable.
Voſtre Sainteté voit auffibien
que tout le reſte de l'Europe
, executer le plus grand des
projets que l'ambition aitjamais
inſpirez à la Maiſon d'Auſtriche.
Cette Maiſon , déja fi
puiſſante par le prodigieux
nombre des Pays qu'elle a foumis
à ſon autorité , n'a pas crû
neanmoins que ledefir qu'elle a
de s'agrandir deuſt eſtre ſatisfait
. L'occaſion luy a paru favorable
, & elle a jugé qu'il
eſtoit temps de facrifier toutes
choſes à l'utilité qu'elle ef
peroitenretirer.
GALANT.
35
Je ſçay , Tres-faint Pere ,
quel profond reſpect toute la
terre doit à la perſonne de deux
grands Potentats qui gouvernent
cette Maiſon. Leur pieté
eſt connuedans tout le monde ,
& le Roy mon Maiſtre puniroit
feverement en moy la faute
que je commettrois ſi je m'éloignois
demon devoir ence rencontre
; mais c'eſt auſſi ce qui
doit rendre plus deplorable la
confiance que Dieu permetque
ces deux grands Princes prennent
en des Miniſtres qui en
abufent , & qui remplis d'une
fureur criminelle & d'une avarice
inſatiable , portent la
defolation dans tous les lieux
où ils introduiſent les armes
de leurs Maiſtres. Ce ſont
cux , Tres - faint Pere , qui
par une conduite qui
B6
36 MERCURE
fera le ſcandale de toute la
pofterité viennent de détruire
la Religion Catholique
en Angleterre , & de
renverſer un Roy legitime
pour établir fur ſon Trone un
Ufurpateur , qui n'aeude forces
que celles qu'il a trouvées
dans la protection de la Maiſon
d'Auſtriche , & de prétexte
pour autoriſer ſon entrepriſe ,
que la pieté de ceRoylegitime,
fon zele pour la Religion Catholique
, & fon fincere attachement
au Saint Siege..
Toute la terre ſçait que ce
font les ſeules raiſons dont les
Ufurpateurs ſe ſont ſervis , &
les ſeuls motifs qui ont obligé
des Sujets Heretiques à ſe révolter
contre leur Roy.
Combien de facrileges , de
GALANT.
37
Le
vexations pour les Catholiques
& quelles oppreffions dans
tous les Etats Ecclefiaftiques
de l'Allemagne , ont eſté les
fuites de la protection que les
Miniſtres de l'Empereur ont
accordée aux Proteftans
ſimple & veritable recit en
feroit horreur à V. S. mais le
foin leplus preſſant de ceux que
l'intereſt engage à ſuivre les
fentimens des Miniſtres d'Auſtriche
, eſt d'en ofter la connoiſſance
à un faint Pape ,qui
fans doute ſuivroit les mouvemens
que ſa confcience & fa:
veritable pieté luy inſpireroient
en ce rencontre .
Il ſeroit inutile , Tres-faint:
Pere , d'entrer avec V. S. dans
une difcuffion plus ample din
deffein. qu'a formé la Maiſon
d'Auſtriche de ſe rendre maif--
1
38 MERCVRE
ſtreſſe ſouveraine de l'Italie ,&
d'y établir une autorité qui
détruiſe tous les Princes qui la
gouvernét . Elle pretend quele
ritre d'Empereur qu'elle vient
de rendre comme hereditaire
luy donne un droit naturel ſur
tous les Rois qui formoient
autrefois l'Empire de Charlemagne
, & elle croit que
chaque Prince en ſon particulier
doit à l'avenir recevoir
comme une grace la poffeffion
de ſes Domaines utiles , dans
le temps qu'elle s'empare de
tous les droits attachez à la Souveraineté
, &particulierement
des contributions& des levées
fur les Peuples. Ces deux derniers
articles ſont toujours l'objet
que les Miniſtres d'Auſtriche
ſe propoſent , parce
qu'ils fatisfont également leur
GALANT.
39
ambition & leur avarice.Ce ne
ſont pås , Tres-faint Pere , des
accuſations vaines , ny formées
par l'aigreur qui paroiſt ordinaire
entre des partis differens..
C'eſt une ſimple attention fur
des faits qui font inconteſtables
. L'Histoire ne nous repreſente
aucun Prince de la
Maiſon d'Auſtriche, dont les
veuës & les forces n'ayent abouty
à l'execution de ce vaſte
projet. Le zele apparent pour
la Religion Catholique & la
pieté exterieure ,ont eſté les
voiles dont les Miniſtres de
cette Maiſon ont couvert leurs
veritables deſſeins , lorſque l'union
de tous les autres Princes
de l'Europe a traverſé leurs
projets , ou que la foibleſſe de
quelques-uns de leurs regnes ,
les amis hors d'eſperance d'y
40
MERCVRE
reuffir . Mais , Saint Pere , toutes
les fois que la conjoncture a
eſté favorable à la Maiſon d'Auſtriche
, qu'elle a ſceufaire agir
les Alliez contre leurs veritables
intereſts , & que la divifion
dans les autres Etats luy
oftoit la crainte d'en eſtre.traverſée,
on l'aveuë rentrer dans
fon caractere ambitieux ; toutes
les bien-feances ont diſparu ,
les Pays ont eſté ufurpez ; la
pieté & la Religion n'ont plus
eſté que de vains pretextes
Rome & fes Egliſes ont eſté
faccagées , & les Papes euxmefmes
par le plus grand des
facrileges , ont eſté renfermez
& n'ont obtenu de liberté qu'en
payant des ſommes exceffives .
Le Roy mon maiſtre demande
à V. S. une ſeule choſe, c'eſt
de faire reflexion furle rapport:
プ
GALANT. 41
qui ſe trouve entre l'eſtat où
font les affaires preſentes de la
Chreftienté , & celuy où les
Hiſtoires remarquent qu'elles
onteſté dans le plus grand peril .
Elle verra que jamais la Religion
ny la liberté publique
n'ont eſté ſi preſtes de ſuccomber
, ſion n'y met des obſtacles.
La Maiſon d'Auſtriche ſacrifie
tout àſon ambition,& c'eſt une
ambition fi funeſte qu'elle femble
preferer les intereſts des
Ennemis communs du nom
Chreftien , au repos de laChreſtienté.
Elle n'a point heſité
en 1688. à abandonner lajuſte
eſperance qu'elle avoit de détruire
l'Empire des Turcs , pour
employer plus de forces à la deſtruction
des Catholiques d'Angleterre
, à appuyer les reffentimens
des Calviniſtes François
42 MERCUR E
à mettre les proteſtans au comble
de la profperité , dans un
temps où la pieté du Roy mon
Maiſtre avoit par tantde moyens
, rendu leur ruine inevi
table , & fi les Imperiaux prétendent
alleguer la Victoire
qu'ils viennent de remporter
fur les Turcs , comme une choſe
qui juſtifie leur conduite à
cet égard , toute l'Europe , &
V. S. mieux que perſonne, ſçait
qu'elle eſt duë à une Providencede
Dieu qui l'a ordonné ainſi
, ſans que la prudence ny la
raiſonhumaine y ayentaucune
part. On voyoit en effet cette
derniere Campagne que l'Arméede
l'Empereur eſtoit beaucoup
plus foible en Hongrie
que celle des Infidelles , dans
un temps où il deſtinoit laplus
grande partie de ſes Troupes au
pillages de l'Italie .
GALANT.
43
Le Roy mon Maiſtre connoît
encore avecune douleur qui ne
peut eſtre égalée que par celle
de V. S. que la Maiſon d'Auftriche
, ne veut réuſſir dans la
veuë qu'elle ade ſe rendre maiſtreſſe
de l'Italie , qu'en y établiſſant
les Heretiques , & on
voit que l'Hereſie y fait les
meſmes progrés. Cette Maiſon
ſçait qu'infailliblement la prudence
& la Religion doivent
s'oppoſer un jour au ſuccés de
* ſes deſſeins ;que laprudencene
permet pas qu'on ſouffre plus
long-temps l'ufurpation qu'elle
fait de la liberté de tous les
Etats qui compoſent l'Italie , &
que la Religion veut que tout
lemonde coure à la défenſe du
Saint Siege & au foutient de fon
autorité , & c'eſt ce qui luy fait
employer avec tant de ſoin les
44 MERCVRE
moyens qu'elle trouve dans
l'affiſtance des Heretiques. Ils
font énemis irreconciliables du
Saint Siege , & fi les Troupes
de l'Empereur ont déja ufurpé
les Etatsde Parme &de Plaiſance
, qui font de toute notorieté
des Fiefs dépendans de l'Egliſe
, les Heretiques auront bien
moins de ſcrupule d'attaquer le
Patrimoine de Saint Pierre , &
de faire reſſentir à Rome & à
V. S. meſme ; les effets de leur
haine , &de l'ambition de ceux
qui les font agir.
Ce feroit une erreur , Tres-
Saint Pere , ſion ſe flatoit que
la pieté & la bien-feance puffenty
mettre quelque obſtacle .
Toutes les bornes font renverſées
. Les Etats de Genes , de
Parme & de Plaiſance connoiffent
aujourd'huy par une triſte
GALANT .
45
S experience , que l'ancien attachement
aux intereſts de
cette Maifon , les alliances du
Sang , & le reſpect dû au Saint
Siege , ne font pointdes raiſons
qui s'oppoſent à l'ambition & à
l'avarice des Miniſtres Imperiaux
. C'eſt l'Italie toute entiere
que ces Miniſtres demandent
, ſans diftinguer perfonne
qu'autant que le peu de
forces qu'ils ont encore les
obligera de le faire , c'eſt à
dire , qu'avec les douze mille
hommes qu'ils ont eus cette
année, ils n'ont occupé qu'un
Pays proportionné à leurs forces
, & ils efperent par le faccagement
& le pillage de ce
mefme Pays , qu'ils ferontbientoſt
en eftat d'augmenter leurs
Troupes , & d'en ufurper de
nouveaux. Leurs deffeins font
46 MERCURE
publics ; ils n'en font plus de
miſtere eux-meſmes. Les
actions & les diſcours du Comte
Caraffa , & de tous leurs
Miniſtres en font les marques
affſurées.Onvoit meſme déja ,
Saint Pere , qu'ils abandonnent
leurs prétextes les plus plaufibles
. Les affaires leur paroifſent
trop bien établis pour
avoir beſoin , comme autrefois,
de colorer leur entrepriſe.
Leurs Emiſſaires avoient répandu
qu'ils venoient au ſecoursde
l'Italie contre la France
, mais de quelle maniere y
font ils venus ? Leur Armée
arrive à la fin du mois d'Aouſt ,
elle fe retire àla my Octobre ,
aprés avoir eſté fort inutilement
fix ſemaines en Campagne
. Qui eſt-ce qui ne voit
pas que leur deſſein n'a point
GALANT .
47
été de faire la guerre à la France
? Ils n'ont voulu qu'un prétexte
pour avoir des Troupes
dans l'Italie , & foumettre-à
leur domination cette grande
partie de l'Europe.
Conſervez , Tres- ſaint Pere,
cet eſprit de pieté qui vous éleve
au Gouvernement de l'Egliſe
avec une approbation univerſelle.
Soyez un Pere commun,
& n'ayez point de partialité
pour l'un ou pour l'autre
de vos Enfans. Le Roy mon
Maiſtre ne vous demande rien
qui s'y oppoſe , & fa plus grande
joye eſt de voir ſur le Trône
de l'Egliſe un Pape dont le
coeur ſoit remply d'un amour
égal pour tous ceux qui luy
font foumis ; mais connoiſſez
leurs fautes pour y apporter les
remedes qui dépendent de
48 MERCURE
vous , & jugez de leurs ſentimens
par leur conduite , afin
de loüer d'un côté ce qui meritera
de l'être , & de condanner
de l'autre ce que V. S. trouvera
de blamable.
Vous verrez que le Roy mon
Maiſtre ſacrifie les intereſts les
plus chers de ſa Couronne au
zele qu'il a pour la Religion
Catholique , lors que fes
Ennemis d'un autre coſte facrifient
cette Religion à leur politique
particuliere. Sa Majeſté
détruit l'Hereſie dans ſes Etats ,
en bannitun nombre infiny de
fes Sujets , parce qu'ils en eftoient
infectez , & fon zele l'a
porté à foutenir la veritable
Religiondans tous les lieuxoù
elle ſe trouve. La Maiſon d'Auſtriche
protege ſes Sujets bannis,&
les arme contre leur Roy
legitime,
GALANT .
49
1
legitime , va attaquer la Foy
Catholique en Angleterre ,
pour y faire triompher la Pro-
- teſtante , & c'eſt ſous ſa protection
; & par la force de ſes armes
qu'on voit actuellement
prêcher en public l'Herefie
dans le Piedmont , & qu'un culte
profane s'établit avec tant
de ſuccés dans l'Italie meſme ,
que le Prince d'Orange en a
pris le prétexte de s'en glorifier
comme d'un triomphe qu'il
remportoit ſur l'Eglife Romaine
, dont il promet le renverſement
toutes les fois qu'il veut
animer ſon party àfaire quelque
grand effort .
Mais , Saint Pere , qui peut
rendre un témoignage plus
grand & plus formel que V. S.
fur la difference qui eſt entre
la conduite que tient le Roy
C
50
MERCVRE
mon Maîſtre envers l'Egliſe ,
&celle que tiennent les Ennemis
? On a veu depuis quelque
temps une eſpece de trouble
que le malheur avoit élevé entre
le Saint Siege & Sa Majeſté.
Quels pas , quelles démarches
n'a t-Elle pas faites pour
donner à V. S. & aux Papes ſes
Predeceffeurs les preuves les
plus évidentes de la paffion &
du defir fincere qu'Elle avoit
de reſtablir une union parfaite
entr'Elle & V.S. &quelle applicationn'ont
point eu ſes ennemisà
traverſer par mille calomnies
& par tous les artifices
imaginables une reünion que
toute l'Egliſe demande à Dieu
comme une de ſes plus grandes
Benedictions ? La pieté ſolide
qui regle voſtre conduite nous
donne une afſeurance certaine
GALANT.
SI
e
de la fin de ces malheureux
troubles , & V. S. ſçait parfaitement
que les eſprits intereſfez
ſe mettent peu en peine du
bien qui en reviendra à l'Egliſe
& à la Religion , ny de la
reputation de V. S. pourveu
or qu'ils puiſſent ſignaler leur zele
pour la paſſion de leurs Bienfaicteurs
, & meriter la continuation
de leurs graces par une
complaiſance fi indigne.
ar
Ils ſçavent bien , Saint Pere ,
qu'auffi-long-temps que l'union
ſera parfaite entre V. S. & le
Roy mon maiſtre , le Saint
Siege n'a rien à craindre de
leur ambition , & c'eſt ce qui
fait cette grande attention
qu'ils ont àvous defunir › parce
que c'eſt ſur ce ſeul fondement
qu'ils peuvent établir
leur autorité dans l'Eglife.
C 2
52
MERCURE
Je ſçay , tres-Saint Pere; que
je commettrois une faute ſi j'abufois
de l'Audience que V. S.
îm'abien voulu accorder , pour
ofer luy avancer des faits qui
ne fuſſent pas d'une certitude
entiere. Ils le font , & je doute
meſine que la temerité des ennemis
du Roy mon Maiſtre ſoit
affezgrande pour en contredire
aucun ; la verité les convaincroit
fur le chanp , mais s'ils
veulent deſavoüer les deſſeins
qu'on ne leur impute qu'avec
trop de raiſon , ils ſcavent les
fondemens fur leſquels ils font
appuyez. Il dépend d'eux de
les détruire . On les accuſe de
contribuer à la perte de la Religion
Catholique ; qu'ils abandonnent
l'alliance du Prince
d'Orange , c'eſt le plus grand
de ſes ennemis & de ſes perfeGALANT.
53
1
e
cuteurs. Qu'ils ne rempliffent
pas l'Italie de Troupes Hereti
ques , & qu'ils ne protegent
plusles Proteftans dans tous les
rencontres. On dit qu'ils veulents'emparer
de l'Italie . Qu'ils
fortentdes Etats qui ne font
point à eux , & qu'ils n'y exercent
aucune violence . S'ils
trouvent mauvais qu'on lesaccuſe
de manquer de reſpect
envers le S. Siege , ils ont des
☑ Troupes dans les Fiefs qui en
dépendent ; qu'ils les retirent ,
& qu'ils réparent les dommages
qu'ils y ont faits . Ce font-là les
feuls moyens qui leur reſtent
pour répondre folidement aux
accufations qui ſe font contre
eux. V. S. les comblera de benedictions
& de loüanges , &
toute la terre y donnera une
- parfaite approbation .
C3
54
MERCVRE
Mais comme il ya peu de
fujet d'eſperer en eux un fi
grand retour de confcience ,
& qu'enfin, Tres-faint Pere, on
voudroit inutilement s'en flater
, le Roy mon Maiſtre m'envoye
exprés à V.S.pour la prier
de fonger en meſme - temps
à la conſervation de fon Egliſe
, & au repos de toute la
Chrétienté,ou du moins àceluy
de l'Italie. Sa Majesté a fait expliquer
à V. S. par Mr le Cardinal
de Janfon les deſſeins les
plus propres qu'Elle ait pu
concevoir pour y réuffir.
Elle demande que les Imperiaux
ceſſent de ravager l'Italie
&d'y établir une autorité tirannique
, & le Roy mon Maiſtre
offre à l'inſtant de la laiffer
dans une tranquillité parfaite .
Il ne veut point par làdiminuer
GALANT.
55
1
le nombre de ſes Ennemis.
Qu'ils viennent l'attaquer dans
ſes Etats, il en aura de la joye,
il mépriſe leurs efforts , & les
victoires qu'il remporte ſur eux
- dans tous les rencontres , font
des preuvescertaines de la protection
que Dieu accorde à la
justice de ſa cauſe . Mais ,Tres
Saint Pere , Sa Majesté con
vient qu'Elle les apprehende
dans l'Italie. Le culte de l'Herefie
qu'une honteuſe complaifance
les porte à y établir publiquement
, alarme la pieté
du Roy mon Maiſtre , & luy
fait craindre avec raiſon que fes
- Sujets nouvellement convertis
ne retombent par là dans leur
ancienne erreur. Il les apprehende
, lors qu'en violant le
_reſpect que tous les Fidelles
doivent au Saint Siege , ils éta
C 4
t
56
MERCVRE
bliffent une autorité facrilege
fur les Fiefs dépendans de l'Egliſe
, & il les craint encore lors
que ſous un pretexte chimerique
des anciens droits de l'Empereur
, ils profitent de la foibleſſe
où se trouvent les Princes
d'Italie , & ſe prévalent de
Ja confiance que ces Princes
croyent devoir prendre en leur
ancien attachement pour la
Maiſond'Auſtriche ,&aux alliances
du Sang qu'ils viennent
decontracter avec elle pour les
rendre plus foumis à leur pouvoir
,& ne leur laiſſer enfin
que la ſimple jouiſſance de
leurs Domaines , dans le temps
qu'ils ufurpent tous les droits
qui font attachez à la Souveraineté.
C'eſt à voſtre pieté , Tresfaint
Pere,& à voſtre prudence
GALANT.
57
à ſuivre les moyens les plus
propres pour éviter de figrands
malheurs , &c'eſt à V. S. qu'il
appartient en ce rencontre de
décider entre les deux Partis
quel eſt celuy qui opprime l'Italie
, ou celuy qui veut en
foutenir la liberté. Le Roy
mon Maiſtre offre d'en retirer
ſes Troupes , pourvû que l'Empereur
en retire les ſiennes.
S'il ne veut pointaccepter cette
propoſition , il eſt d'une évidence
entiere que ſon deſſein
eſt d'en détruire la liberté .
C'eſt pour lors que le Roy
mon Maiſtre declare à V. S.
&à tous les Princes & Etats
quiveulentéviter la ruine & la
destruction dont la Maiſon
d'Auſtriche les menace,qu'il
eſt preſt de faire paffer à voſtre
fecours une Armé fi confide
C
58 MERCVRE
rable par terre , & une Flote fi
puiſſante pour la ſeureté de vos
Côtes & pour faire des diverfions
à vos Ennemis communs ,
qu'ils ſe verront dans la neceffité
d'abandonner ces vaſtes
projets que la raiſon & la juftice
les doivent empêcher de
concevoir..
Mais la prudence de V. S..
luy fera ſans doute faire une
reflexion importante ; c'eſt que
tous ces efforts du Roy mon
Maiſtre feront inutiles , ſi les
Princes & Etats de l'Italie , &
V..S. à leur teſte , ne prennent
entre eux des meſures vigoureuſes
pour ſeconder les intentionsde
Sa Majesté , & faire
réuffir un deſſein , dont tout
l'avantage revient au Saint
Siege ,& à tout le reſte de l'Icalie
GALANT.
59
Si V. Sainteté ,& les autres
princes prennent une réſolution
ſi ſalutaire,le ſuccés enſera
heureux , & la prudence veut
qu'on le tienne infaillible ;
mais ſi par le plus grandde tous
les malheurs on ſe laiſſe furprendre
aux artifices & aux
promeſſes trompeuſes que ce
nombre prodigieux d'Emiſſaires
, entretenus par la Maiſon
d'Auſtriche , répandent avec
fi peu de bienſeance & de verité
, il eſt ſans aucun doute
que tous les princes demeureront
dans cette eſpece d'aſſoupiſſement
où on les voit , que
leurs Ennemis continueront
à profiter de leur foibleſſe
qu'enfin ils acheveront de
s'en rendre les maiſtres
ود
&
cela mesme avec un ſi petit
nombre de Troupes , que
a
C6
60 MERCURE
la moindre réſiſtance qui leur
auroit eſte faite les euſt obligez
d'abandonner leurs deffeins.
C'eſt pour lors encore, Tresfaint
Pere , que V.S. doit aifément
comprendre que le Roy
mon Maiſtre jugeant que toutes
ſes dépenſes & tous ſes efforts
deviendront inutiles à
voſtre ſecours , la prudence le
portera à les employer ailleurs ,
& à profiter au moins de l'abfence
des Troupes . Imperiales
qui feront occupées à voſtre
ruine , pour faire d'un autre
coſte des conqueſtes plus utiles
afon.Etat ; mais fi Sa Majesté
vous abandonne dans cette occafion
, ce ne feraqu'avec une
douleur extrême de ſa part, &
ſeulement parce que les Etats
les Princes d'Italie auront
GALANT. 61
-
:
préferé les malheurs qui leur
ſontinevitables de la part des
Imperiaux , au bonheur & à la
tranquillité qu'ils ne peuvent
plus trouver que dans la ſeule
déference aux conſeils que la
piete & la ſincere affection du
Roy mon Maiſtre leur donne
dans cette conjoncture,laquelle
eſt ſans doute la plus importante
où l'Italie ſe ſoitjamais trouvée.
Mr le Comte de Rouffi ,
Fils aîné de feu Mr le Comte
de Roye Colonel d'un Regiment
de Cravates , a acheté
de Mr le Marquis de Mouy la
Charge de Capitaine-Lieutenant
des Gendarmes Ecoffois
Sa naiſſance , ſon merite perfonnel
, ſa valeur ,& fa fageffe
luy enont fait obtenir l'agrément
du Roy avec la maniere
62 MERCVRE
obligeante ordinaire à Sa Majeſtépour
les perſonnes de diftinction.
Mr le Marquis de Tilliere ,
homme de qualité de Normandie
, & Capitaine dans les
Cravates , en a acheté le Regiment
de Mr le Comte de
Rouffi , & le Roy luy en a auffi
donné l'agrément.
Mr de Bethomas , fous . Lieutenant
des Gendarmes Anglois
& quialong-temps ſervy dans
lesGardes du Corps , a eu l'agrémentdu
Roy pour la Charge
de Capitaine-Lieutenant
des mefmes Gendarmes , ſur la
démiſſion volontaire de Mr de
Cruly . Il eſt Neveu de Mr de
Bethomas , fort connu par le
Commandementqu'il a fur les
Galeres.
Voicy la derniere Lettre du
GALANT.
63
Berger de Flore , touchant ſes
-Societez galantes . Aprés le
plaiſir que vous avez pris à lire
- les autres , je ne puis douter
- que celle-cy ne foit agreablee
S
=
:
ment reçuë..
A LA BELLE
MARTHESIE .
LAfixieme &
derniere So
cieté dont je fis partie , eſt
- celle qui a le plus éclaté dans
- lemonde.Son nom eſtoit l'Etat
Incarnadin ; ſa couleur l'Incarnat
& ſa Deviſe , Tout du grand air.
Le Pastoral en fut banni ; tout
y fut heroïque ; & l'on emprunta
dans la Cleopatre , les
noms des Heros & des Heroïnes
, pour les donner aux Cavaliers
& aux Dames . Cette
64
MERCVRE
و د
Societé commença à Flore &
j'en fus , pour ainſi dire , l'Inſtituteur.
Tiridate fut le nom qu'-
on m'yidonna, & mon frere qui
en eſtoit auſſi, y prit celuy d'Alexandre
. Ce fut pour lors que
jefis le traité d'amitié, en faveur
de deux charmantes Soeurs
Angelique & Chriſtine , pour
leſquelles notis ne manquions
pas tous deux de penchant. Elles
n'étoient pas encore de la
Societé , quand cet ouvrage parut,
mais elles s'en mirent bientôt
aprés ; & parce qu'on nous
ſoupçonna d'avoir pour elles
quelque choſe de plus tendre
que l'amitié , on donna à Chriſtine
le nomd'Artemiſe ,à caufe
du nom d'Alexandre & Artemiſe
étant dans le Roman: l'Amant
& Amante , & l'on fit
porter à Angelique par cette
4
GALANT. 65
- meſme raiſon , le nom de Mariane
, ſur ce qu'on m'avoit
- donné celuy de Tiridate. Comme
cette aimable perſonne remontra
que le nom de Mariane
ſeïoit mal à une fille , puis que
dans le Roman , auſſi-bien que
dans l'Histoire , Mariane avoit
un Epoux , l'un de nos Heros
- luy reponditaſſez plaiſamment
que fon honneur à garder ſeroit
ſon Herode. Cette réponſe
donna occafion à ces Vers, que
je fis en faveur de cette Belle .
Ie croirois bien que l'honneur à
garder ,
-Est le Tiran d'une Coquette;
Mais ce n'estpas ainſi qu'on ledois
regarder ,
Dans une amebelle & bien faite.
Il exercefur elle un bonneste pou
voir ,
66 MERCURE
Qui ne luy cause aucune peine
Comme elle a du plafir àfairefon
devoir ,
Elle en prend foin ; craint qu'on
ne te furprenne ;
En eftfideile gardienne ,
:
Grands Dieux , quejeferois heureux
,
Si celle à qui j'offremes voeux
Pouvoitm'aimerun jour , tout autant
qu'elle l'aime !
Ah! combien feroient doux nos
noeuds ,
On la verroit m'aimer cent fois
plusqu'ellemesme.
La maniere dont je fis connoiſſance
avec cette aimable
Perſonne , eft affez finguliere
& affez galante . Elle alloit en
temps de guerre avec ſa Bellemere
, dans une Ville FrontieGALANT.
67
reoù une affaire d'importance
les appelloit ; & fans s'eftre
muniesde paſſeport ny d'efcorte
, elles prenoient le chemin
d'un grand Vallon couvert de
bois des deux coſtez , où il y
avoit preſque toujours des partis
Ennemis . Le hazard me fit
apprendre le riſque où elles
s'expofoient. C'eſtoient mes
voiſines de quatre ou cinq
lieuës , je les connoiſſois de réputation
,j'accourus à leur fecours.
Les ayant join.
m'eſtant fait connoiſtre à lles ,
je leur témoignay mon étonnement
pour leur hardieſſes
& ma joye pour le ſervice
que je leur pouvois rendre.
LaBelle-mere me dit qu'elles
avoient trouvé la Compagnie
Provinciale , de qui elles
avoient ſçû que le paſſage eftoit
ſans danger. Unde mes A-
&
68 MERCURE
mis qui m'accompagnoit , luy
répliqua qu'il y avoit toujours
àcraindred'heure à autre ,dans
un pays ſi propre à mettre des
coureurs à couvert ; & comme
je vis qu'elle s'alarmoit de ce
diſcours ,je luy dis que je la
voulois garātir de la peur,auffibienque
du mal , pourvû que
Mademoiselle ſa Fille vouluſt
bien y donner ſon confentement.
A cela ne tienne , me répõdit
auſſi -tôt la jeune Demoiſelle
, encore plus alarmée que
la Dame , je le donne de tout
mon coeur. La Belle-mere me
dit enfuite qu'elle croyoit bien
que nôtre eſcorte les pourroit
preferver du peril ; mais qu'-
ellene concevoit pas comment
je pourrois les exempter de la
crainte. C'eſt par le conſentement
que Mademoiselle voſtre
1 GALANT. 69
S
K
Fille vient de donner,luy repliquay-
je , à quoy Madame vous
ajoûterez le voſtre , s'il vous
plaiſt, car puis qu'elle veut bien
ſe deffendre de la peur , elle
voudra bien ſans doute auſſi
apprendre avec vous le moyen
infaillible qui luy pourra fournir
cette deffence . Ceraiſonnement
étoit plauſible. 11 ne fut
plus queſtion que de les éclaircir
du moyen que je leur propofois.
Elles s'en informerent , &
fur celatirant de ma poche une
grande Pancarte imprimée ,
c'eſtoit un paſſeport , je dis à
- l'Aimable Angelique. Le Ciel,
Mademoiselle a pourvû à
voſtre conſervation. Voicy la
voye de ſalut , c'eſt noſtre
Contrat de mariage , vous le
ſignerez quand il vous plaira ,
mais par avance , vousagrée-
+
,
70
MERCURE
rez , s'il vous plaiſt , de paffer
pour ma Femine , puiſque c'eſt
le ſeul moyen que je ſçache
pour vous garantir de la peur ,
auſſi bienque du danger . Il eſt
malaiſé d'entendre parler de
mariage ſans ſe prendre à rire.
La jeune Demoiſelle ne s'en
put empêcher , & rougit en-
Fuite. Elle euſt bien voulu voir
la premiere ce que je leur prefentois
, mais il fallut ceder à la
Belle-mere . Cette Dame connoiſſant
auffi-toſt la piece , &
ayantvu qu'elle estoit en bonne
forme , remplie de mon
nom,& qu'elle portoit qu'on me
laiſfatpaſſer avec ma Femme , mes
Enfans, vingt perſonnes demafuite
, armes , carofle, bagage& che.
vaux , elle ſe guerit premierement
de la défiance qu'elle avoit
euë juſqu'alors , que je ne
GALANT.
71
1
- fufſe moy-meſme un Ennemy
- qui leur en fiſt à croire , &
qui les allât conduire dans
quelque embuſcade , puis regardant
ſa Belle - fille avec
joye , elle luy dit que c'eſtoit
un Paffe-port , dont je leur
pouvois faire part ; qu'elles
eſtoient bien obligéesàla fortune
, de leuravoir accordé ma
rencontre ; & à moy , d'avoir
tant de bontez pour elles , avec
tant de galanterie ; & qu'il
- falloit ſe refoudre à paſſer pour
tout ce qu'il me plairoit , pourveu
que leur complaiſance ne
retournaſt point à mon dommage
. Ces paroles obligeantes
ne manquerentpas de replique
Nous accompagnâmes ces
Dames par l'endroit où eſtoit le
peril, ſans leur donner le temps
d'y penſer , en les entretenant
72
MERCVRE
de toute autre choſe , & de tout
ce qui parut le plus propre à
les divertir. Mon Amy voulut
bien me déferer le coſté du
Caroſſe qu'occupoit l'aimable
Angelique , & j'en profitay le
mieux queje pus . Cette Belle
eſtoit dans le grand éclat de ſa
beauté qui avoit peu d'égales ;
&comme alors un air fombre ,
un peu humide & fans vent , la
diſpenſoit d'avoir le maſque
fur le viſage , j'eus le plaiſir de
l'examiner à mon aiſe. Elle me
ſembloit ſi aimable que je ne
pouvois détacher mes yeux de
deſſus elle . Je trouvois dans
les ſiens & dans ſon eſpritune
douceur infinuante , qui m'enchantoit
; & lors que nous arrivâmes
à la porte de la Ville
où nous voulions tous aller , je
1
ne
GALANT . 73
1
le
1
es
-e
!
d
F
ne vis pas fans peine approcher
la fin d'un plaifir fi raviſſant.
Vous jugez bien , Madame ,
que je ne differay guere à le
rechercher . Le lendemain ne
ſe paſſa pas fans que je rendiffe
viſite à cette Belle . J'engageay
meſme à cette civilité celuy de
mes Amis qui m'avoit fait donner
le paſſeport , & qui estoit
heureuſement l'une des perfonpes
dont la Belle mere avoit
beſoin. Il l'entretint donc tandis
que j'entretins l'aimable
Angelique. Noftre rencontre ,
ſa peur noſtre Contrat de
mariage ,& toute l'avanture de
la journée précedente eſtoient
des ſujets affez agréables pour
égayer noftre converſation, &
nous n'en parlames pas feulement
cette fois -là , & toujours
avec une fatisfaction qui me
D
د
74
MERCURE
ſembloit bien égale. Ce fut
parmy ces entretiens enjoüez
que nous conceûmes le traité
d'amitié que je fis dans la ſuite
du temps avec elle , & avec ſa
Soeur - Chriſtine . Je n'oſois luy
parler d'amour , quoy que j'en
euſſe le coeur bien épris ; &
quand mon Amy me reprochoit
cette timidité qui nè
m'eſtoitpas trop ordinaire , je
me ſouviens que je luy répondois
par ces petits Vers.
ElleSçait bien qu'elle est la beauté
mesme ;
Elleſçait donc , cher Amy , que je
l'aime.
Quandfes beaux yeux penetrent
dans mon ame ,
Neluy font- ilspas voirson image ,
maflame ?
GALANT. 75
**
Tant de respect sejoint à mon
martire ,
Que j'en mourray plûsoft que de
ledire
**
Si j'en parlois ic pourrois luy déplaire
,
Eti'aime mieux expirer ,& me
taire.
Ce procedé donna envie à
mon Amy , plus hardy que
moy , de découvrir comme en
confidence à Angelique , ce
que je luy cachois avec trop
de ſcrupule . Il luy en parla
donc , & luy apprit mes Vers ,
comme autant de preuves de
la verité qu'il luy annonçoit.
La Belle luy témoigna qu'elle
me ſçavoit bon gré de mon
filence , s'il eſtoit veritable que
D 2
76
MERCVRE
j'eufſe les ſentimens dont il l'avertiſſoit
, puis que ce n'eſtoit
pas à elle à écouter des difcours
de cette nature ; puis elle ajoûta
que ſa phiſionomie eſtoit un
peu trompeuſe , &qu'elle estoit
plus incredule & plus fiere
qu'elle ne le paroiſſoit : & enfin
elle l'affura que pour ne pas
trahir ſa confidence , elle feroit
en forte de l'oublier , & ces réponſes
embaraſſerent fi fort
mon Amy , qui ne m'avoit rien
dit de ſon deſſein , qu'il luy fallut
du temps pour s'en remettre
, & pour ſe réfoudre à m'en
informer. Cependant je continuois
d'agir avec la Belle avec
la meſme liberté d'eſprit & la
même ſoumiſſion de coeur que
j'avois accoutumé ; & la voyant
partir quelquejours aprés pour
aller aux chaps avec une de ſes
GALANT .
77
amies , qui estoit devenuë la
fienne ,jeles priay de trouver
bon que je leur donnaſſe de
temps en temps des nouvelles
de la Ville , & qu'en revanche
j'en efperaffe d'elles de la campagne.
Le parti fut accepté.
J'entray en commerce de Lettres
avec elles , & Angelique
m'ayant aſſuréune fois ou deux
qu'elle ſe ſouvenoit fort de
moy , je n'ay pas oublié que je
répondis à cette douceur par
celle- cy.
Quede bonheur pour moy,de gloire
&de plaisir ,
De voir dans nos Lettres galantes
Parmy leursdouteurs innocentes ,
Que j'ay beaucoup de part à voſtre
Souvenir !
Mais que je recevrois une bien
Autre gloire ,
1
D 3
78 MERCURE
Un plaisir bien plus doux, un bien
plus grand bonheur ,
Si fans m'en faire accroire ,
Vostre main m'aſſuroit quej'ay dans
vostre coeur ,
Autant de part que dans vostre
memoire.
Les raiſons qui me retenoient
en cette Ville frontiere
venant à ceſſer , il me fallut
réſoudre à partir , & ce fut à
propos que le Ciel me prépara
àm'éloigner de la charmante
Angelique , par ſa propre abfence.
Je l'allay voir pour
prendre congé d'elle , mais je
ne pus luy parler en particulier.
La prefencede ſa Belle- mere y
fut un trop grand obſtacle. Je
luy écrivis donc , &je luy manday
que mon Amy m'ayant appris
depuis quelques jours
GALANT . 79
11
ſeulement la confidence qu'il
s'eſtoit donné la liberté de luy
faire , m'avoit épargné le difficile
pas de la declaration ; que
l'ayant franchi par ce ſecours
imprévû , mon filence pouvoit
ſe rompe fans offenſer le refpect
& que je la ſuppliois
d'eſtre fortement perfuadée.
Qu'elle avoit beau dire & bean
faire,
I'adorerois jusqu'au trépas
La divine Angelique avec tous fes
appas ,
D'euffay- je,comme un témeraire.
avoirfans fiction ,
Lefort d'Icare , ou d'Ixion.
Puis j'ajoûtay que j'eſperois
de la vaincre avec le temps ,
par ma conſtance & par mes
D 4
80 MERCVRE
ſervices , de l'amour que m'avoient
inſpiré ſes divins charmes
, & de defarmer mefine fa
fierté par mes foumiffions &
mes refpects , euſt - elle encore
l'eſprit plus incredule , & l'humeur
plus fiere qu'elle ne l'avoit
témoigné à mon Amy. Six mois
ne ſe paſſerent pas ſans que
mon bonheur ; la rapprochaft
demoy . Son Pere avoit cinq ou
fix Terres , & la plus belle
eſtoit celle de mon voiſinage.
Elle s'y rendit avec fa Bellemere
, & ce futlàoù nous achevâmes
le traité d'amitié , à quoy
nous avions déja penſé. Sa Soeur
Chriſtiney entra , parce qu'elle
eſtoit alors auprés d'elle , &
qu'elle a le coeur noble , & touà-
fait propre à eſtre bonne
Amie, mais quand il fut conclu
&figné , je ne m'en trouvay
GALANT . 81
pas trop content , & je manday
bien-toſt à Angelique qui liſoit
alors Clelie , qu'elle voyoit
bien par ce Livre , qu'il y avoit
de deux fortes d'amitiez , l'une
au grand A , & l'autre au petit,
que je continuerois toute ma
vie à avoir de cette premiere
amitié pour elle , commeje l'en
avois afſſurée à mon départ de
la Frontiere ; mais que j'en
avois ſeulement de la ſeconde
pour ſa Scoeur , ſuivant le traité:
& qu'enfin eſtant trop bien
perfuadé qu'il eſtoit permis
d'aimer ce qui estoit aimable ,
& que rien au monde ne l'eſtoit
tant qu'elle , je ne changerois
jarnais de penſée , quelques apparences
contraires qu'il y euſt
demon coſté , & quelque fort
obſtacle qui s'y preſentaſt du
fren.Elleme livra pourtant de
D
82 MERCURE
rudesaſſauts ſur ce traité , dont
j'eus affez de peine de me défendre
; & pendant cette guerre
on m'en fufcita une autre , dont
il ne me fut pas fi difficile de
me parer . Une Societé d'une
Ville voiſine , qu'on appelloit ,
Les galantes Vestales , à qui Angelique
avoit renoncé pour
prendre party dans l'Etat Incarnadin
, ſe tenant offenſée de ce
procedé , en fit des plaintes
contre moy , qu'elle en jugeoit
la feule cauſe , & les portamefme
juſqu'au grand Confeil de
Get Etat , dans la forme que
voicy.
LeSubtil Antione,Eveninde,Palcin ,
Presentement applleTiridate,
Nous a pris un coeur tendre, une
ame delicate;
Un esprit doux , bonneste &fin
GALANT.
87
-
dont j'ay eſté , & les charmantes
perſonnes quej'y ay aimées.
Jeſuis Voftre , &c.
Le bien eſt fort neceſſaire
pour la commodité de la vie ,
mais on tombe quelquefois
dans de grands malheurs pour
en vouloir trop avoir fur tout
quandpour fatisfaire cette avidité
, on s'aveugle affez pour
ſe vouloir charger de liens que
la ſeule mort a pouvoir de
rompre. Un Cavalier riche de
douze à quinze mille livres de
rente qui le mettoient en eſtat
de vivre à ſon aiſe , d'autant
plus qu'il eſtoit porté naturellement
à épargner , devint
amoureux d'une fort jolie Perfonne
dont le tour d'eſprit-&
les manieres ne le charmerent
pas moins que l'éclat de fa
beauté. Il eſtoit d'une Province
88 MERCVRE
où la Coûtume n'eſt pas favorable
aux Filles , & comme
elle avoit deux Freres , la plûpart
du bien que fon Pere avoit
kiſſe , appartenoit à l'Aîné ,
qui depuis quatre ans avoit
choiſi le party des armes , tandis
que le plus Jeune que l'on
deſtinoit à eſtre Abbé , s'appliquoit
avec affez de gouft à l'étude.
La Belle vivoit avec fa
Mere , qui voyant le Cavalier
extrémement affidu , ne s'oppoſa
point à ſes frequentes vifites
. Sa Fille eſtoit affez belle
pour l'engager infenfiblement ,
&il auroit eſté dangereux de
vouloir qu'il s'expliquaſt, avant
qu'on l'euſt vû affez touché
pour n'avoir pas lieu de craindre
de le faire deferter. Ces
empreſſemens de foins dura
pluſieurs mois . Comme on luy
GALAN Τ. 89
د
faifoit fort bonne mine , le
commerce luy paroiſſoit agreable
& il n'y avoit à fouffrir
pour luy , qu'en ce qu'il trouvoitune
vertu trop rigide dans
cette aimable perfonne. Le
refte l'accommodoit . On ne
luy parloit d'aucune partie où
il puſt eſtre obligé de faire
- quelque dépense , & il voyoit
toujours un viſage ouvert dans
la Mere & dans la Fille . On
commença cependant à s'ennuyer
de ſes affiduitez qui n'aboutiſfoient
à rien , & dans la
neceſſité où on le mit , ou de
les finir , pour ne pas donner
matiere à de méchans contes ,
ou de parler une langue intelligible
, il déclara qu'il n'avoit
pris cet attachement qu'avec
des intentions tres-legitimes ,
& qu'on en verroit l'effet fi-
{
१०
MERCVRE
toſt qu'il auroit mis ordre à
quelques affaires . On l'obligea
de fixer le temps qu'il demandoit
, & la déclaration qu'il
avoit faite , luy donnant quelque
pouvoir ſur l'eſprit de fa
Maiſtreſſe , il la pria de ſouffrir
qu'il luy amenât unde fes meilleurs
Amis , afin qu'il euſt le
plaiſir devoir ſon choix applaudy
par une perſonne qu'il n'eftoit
pas aifé d'ébloüir . Il l'amena
dés le lendemain , &la converſation
fut des plus vives. -
C'étoit un homme bien fait ,
d'un gouft delicat , & qui joignoit
à un enjouëment tresagreable
, un feu d'eſprit qu'il
faifoit briller juſque dans les
moindres choſes . La Belle ſe
connoiſſoit tropbien en merite
pour ne pas rendre juſtice à
celuy de cet Amy , qui de fon
GALANT.
91
coſté ne pouvoit donner affez
de loüanges à l'heureux diſcernement
du Cavalier. L'eſtime
qu'il fit de ſa Maiſtreſſe l'enflamabeaucoup
, & malgré le peu
de bien qu'il en pouvoit efperer
, il ſe reſolut enfin à ce Mariage.
La parole en fut donnée ,
& lejour preſque arreſté . L'intereſt
ſeul touchoit le coeur de
la Belle , & l'amour eut d'autant
moins le pouvoir fur fon
eſprit que le Cavalier luy amenant
ſouvent fon Amy , elle
ne pouvoit fermer les yeux fur
la différence qu'il y avoit entre
l'un & l'autre . Le Cavalier
avoit toujours paru fort avare ,
& tout l'excés de ſa paſſion ne
l'avoit pû engager à luy en donner
des marques plus effentielles
que des proteſtations qui
ne couſtent rien. Son Amy
92
MERCVRE
eftoit d'un caractere entierement
oppofé , & depuis qu'il
avoit fait connoiſſance avec la
Belle , il s'eſtoit fait un plaifir
de prendre toutes les occafions
qui s'eſtoient offertes de luy
procurer quelque divertiſſement.
Il s'en acquittoit de fort
bonne grace & rien n'étoit épargné.
On commençoit à parler
d'articles , & cet Amy qui
par je ne ſçay quel mouvement
qu'il ne fongeoit pas à examiner
, s'intereſſoit pour la Belle,
tâchoit d'obtenir qu'on l'en
fiſt l'arbitre , afin qu'il puſt les
faire dreffer à ſon avantage ,
quand une viſite que reçut le
Cavalier , affoiblit bien fon
amour. Un petit homme d'un
nom fort obfcur & digne de ſa
naiffance, luy vint demander, ſi
l'engagement qu'il avoit avecla
GALANT.
93
د
د
Belle eſtoitde telle nature ,qu'il
fuſt impoſſible de le rompre.
Il ajouſta que les marques de
fageffe & de conduite qu'il
avoit données , luy avoient
acquis une telle eſtime parmy
les honneſtes gens , que fi une
Filleſage , &toujours nourrie
dans un Convent pouvoit
devenir ſon fait en luy apportant
cent mille écus , qu'on
luy feroit recevoir comptant la
veille du mariage , en attendant
la ſucceſſion du Pere , il n'avoit
qu'à prendre les meſures
qu'il falloit pour eſtre en eſtat
de les accepter . Le Cavalier fut
ébloüy des cent mille écus
promis comptant. Rien ne luy
parut fi beau , & quand on l'eut
affure juſqu'à trois fois , que
cette ſomme ſeroit effective
&peut eſtre encore plus forte ,
د
94 MERCURE
s'il enufoit bien , il ſe déclara
entierement pour la nouvelle
Maiſtreſſe . C'eſtoit la Fille
du petit homme quikay propoſoit
la chose , fort laide à
la verité & un peu boſſuë ,
mais la promeſſe des cent mille
écus raccommodoit tout ,
outre qu'il y avoit beaucoup
d'apparence que le petit homme
refervoit encore pour luy
quantité de vieux écus. Ce
qu'il y eut de plus fingulier ,
c'eſt que la Fille qu'on avoit
toujours élevée dans le Convent
, comme une Bourgeoiſedes
plus ſimples , ne ſçavoit
pas elle-meſme , non plus que
celles qui la connoiſſfoient
qu'elle euſt dequoy devenir
grand' Dame. Le Cavalier
rendit la viſite au petit hom-
,
me , qui le voyant étonné de le
GALANT .
95
د
trouver dans une maiſon de peu
d'apparence , & avec des meubles
tout à fait communs , voulut
raſſurer ſon eſprit douteux
enluy montrant ce qu'il avoit
mis à part dans ſon coffre fort
pour le mariage de ſa Fille.
Cette charmante apparition fit
un effet merveilleux ſur le
Cavalier. Il connut par là que
le trefor non - ſeulement
avoit la realité dont il auroit
pû douter , s'il n'en euſt pas eu
ſes yeux pour garands , mais
encore , qu'il s'étendoit beaucoup
au de- là des cent mille
écus qu'on luy promettoit. Le
petit homme eſtoit un de ces
gens intriguans , qui font leurs
affaires fourdement . Il s'eſtoit
meſlé de tout , felon les occafions
qui luy avoient paru
favorables , & fa fortune avoit
eſté un ſecret , & pour ſes
96 MERCVRE
anis & pour toujours ſes
Voiſins. Il promit au Cavalier
, qui le preſſoit de conclurre
, craignant que le marché ne
luy échapaſt ,qu'il luy feroit
voir ſa Fille qui étoit encore
dansle Convent , & qu'il drefſeroit
avec luy les articles d'une
maniere dont il auroit lieu
d'être content , dés qu'il con.
noiſtroit qu'il auroit rompu
avec la Belle , parce qu'il apprehendoit
qu'eſtant preſt de
l'époufer , comme le bruit en
couroit par toute la Ville , il
n'euſt ſigné quelque choſe qui
puſt luy cauſer de l'embarras ,
& il vouloit voir avant que de
s'engager tous les obitacles د
levez au deſſein qu'il avoit pris
d'en faire fon Gendre . Le Cavalier
luy donna parole de le
:
fatisfaire fur cette rupture , &
fut
GALANT.
97
:
!
fut fort embarraſſe ſur la maniere
dont il s'y prendroit. II
alla voir la Belle avec fon Amy
dans la reſolution de luy expliquer
luy-mefme la choſe ,
ne doutant point qu'elle ne
fuſt aſſez raiſonnable pour
entrer enbonne Amiedans les
motifs qui le devoient obliger
à ne pas tourner ledos à la fortune
qui venoit s'offrir à luy
fans qu'il la cherchaſt ; mais la
parole luimanqua en la voyant.
Il parut chagrin & inquiet , &
tout ce
qu'il répondit quand
on le preſſad'endire la caufe ,
c'eſt qu'il rouloit dans ſa teſte
unegrande affaire qui meritoit
bien ſes reflexions. Son Amy
luyayantdemandé au ſortir de
là, s'il neſe reprochoit point de
ſe montrer occupé d'aucune
autre choſe que du plaifir de
penfer qu'ilalloiteſtre le plus
May 1692 .
E
98 MERCURE
heureux de tous les Amans avec
la plus aimable perſonne du
monde , il luy répondit que ſi
la poffeffion de la Belle eſtoit
un bonheur parfait , il n'empechoit
point qu'il ne ſe l'apropriatsqu'il
n'eſtoit pas reſolu de
renoncer pour elle à des avantages
qu'iln'avoit pas eu ſujet
d'efperer ; qu'il luy cedoit fes
pretentions , & qu'il luy feroit
grand plaiſir de l'épouſer , ſi le
coeur luy en diſoit. Son Amy
furpris de ce changement , luy
voulut repreſenter le tort qu'il
avoit d'avoir amuſé inutilement
une Fille de naiſſance ,dont les
belles qualitez devoient l'emporter
ſur toutes les vûës intereffées
. Ce fut encore la mefme
réponſe , que puis qu'il la connoiffoit
fi accomplie , il ne
devoit faire aucune difficulté
de prendre fa place; qu'il pou-
!
GALANT.
99
voit luy dire de ſa part qu'il
s'éloignoit d'elle pour toujours
&que fi fon procedé paroifſoit
injuſte àceux qui ſe piquoient
de beaux ſentimens , cent mille
écus qui luy estoient ſeurs l'en
conſoleroient. Il demeura ferme
dans ſon injuftice , & fon
Amy alla rendre compte de
- tout à la Belle , ſans avoir pû
découvrir avec qui il avoit
- pris ce nouvel engagement . Il
luydemanda ce qu'elle vouloit
qu'il fiſt pour empêcher le
deffein du Cavalier , en l'affurant
qu'il s'y employeroit avec
toute la chaleur qu'on
pouvoit attendre d'un vray &
fincere Amy , & que fuppofé
qu'il fuſt impoſſible de le
détourner de fon inconftance
fi cinquante mille écus
dont il pouvoit la faire maiftreſſe
, avoient de quoy luy
د
E 2
100 MERCVRE
faire oublier la perfidie qui
luy eſtoit faite , il ſeroit ravy
de luy prouver que l'avantage
d'eſtretout à elle ne luy laiſſoit
voir aucun bonheur qui le touchaft
plus ſenſiblement. La
Belle rêva quelques momens
ſans faire paroiſtre le moindre
chagrin , comme ſi elle euſt
voulu prendre ce temps pour
liredans les yeux de cet Amy ,
ſi ſon coeur eſtoit d'accord de
tout ce qu'il luy diſoit ; &
toutd'un coup , parun effet de
la ſympatie qui les avoit fait
s'eſtimer l'un l'autre ſi tôt qu'ils
s'eſtoient connus , elle luy dit
quenon ſeulement il la deſobligeroit
s'il cherchoit à mettre
obstacle aux deſſeins du Cavalier
, mais que s'il eſtoit vray
qu'il fuſt pour elledans les ſentimensqu'il
luy marquoit , il ſe
pouvoit tenir afſuré de ceux
GALANT. 101
de foncoeur pour luy. Cette réponſe
le mit dans une joye incroyable.
Il ne ſçavoit quels
remercimens luy faire , & il
eut encore à les redoubler ,
quand luy ayant voulu laiſſer
quelques jours pour examiner
ſi elle trouvoit en luy tout le
meritequ'il auroit voulu avoir
pour paroiſtre digne de fon
choix , elle prit cela pour une
injure ,& le laiſſa ſeul avec ſa
Mere , pour arrefter fans plus
de remiſe ce qu'ils jugeroient
le plus à propos. La Mere qui
avoit eſté preſente à tout , &
qui entroit vivement dans tous
les ſentimens de fa Fille , fut
d'avis que lemariage ſe fit dans
fort peu de jours , afin de marquer
par là plusde mépris pour
le Cavalier . Quoy qu'il l'euſt
- fort ſouhaité , il ne put l'ap
E 3
102 MERCVRE
prendre ſans quelque dépit ſecret
de la promptitude avec laquelle
on s'y eſtoit réſolu , &
de la fatisfaction réciproque
que les Mariez firent paroiſtre .
Tout empêchement ceffant
par là , le petit homme fit venir
fa Fille , que le Cavalier euſt
trouvée d'une laideur extrémement
dégoûtante , ſi l'éclat de
l'or qui la ſuivoit ne l'euſt fait
briller dans ſon eſprit ; en forte
que la voyant de ce ſeul coſté
fon imagination remplie d'un
objet ſi cher, la luy fit paroiſtre
aimable . Ainſi il ne fongea
qu'à flater le petit homme ,
dont il ne pouvoit douter qu'il
ne poſſedaſt l'eſtime , puis qu'il
l'avoit choifi pour fon Gendre ,
préferablement à une infinité
d'autres qui auroient eſté ravis
d'épouſer ſa Fille aux mêmes
د
GALANT .
503
conditions . Il y réüffit ſi bien ,
qu'il l'engagea à faire tous les
fraisdu mariage , ſans préjudice
des cent mille écus. Cela
luy eſtoit d'un fort grand fe--
cours. Aufli mit il à profit une
liberalité qui luy devoit épargnerdes
ſommes conſidérables ,
& comme il luy fut permis de
faire telle dépenſe qu'il jugeroit
à propos felon ſa fortune &
fanaiſſance , il acheta les plus
• beaux chevaux qu'il put trouver
, fit faireun caroffe magnifique
, & fe fourniſſant de ce
qu'il y avoit de plus beau , tant
pour les habits que pour les
meubles , il pouſſa les chofes
d'autant plus , qu'en mettant fa
Femme dans un équipage fomptueux
, il crut chagriner la
Belle qui n'avoit point témoigné
le regretter ; mais il ne
E 4
104
MERCURE
prenoit pas garde , que plus il
contribuoit à la faire remarquer
par cette magnificence ,
plus ildonnoit lieu de raiſonner
fur le ridicule choix qu'il
venoitde faire. La petite Crea
ture qui n'avoit eu aucune
education , & qui ne s'eſtoit
jamais attenduë qu'à eſtre du
rang le plus médiocre , entra
dans de tels tranſports de joye
de ſe voir ainſi metamorphofée
qu'elle perdit le peu de raiſon
qu'elle avoit eu juſque-là. Son
beau carroffe , trois ou quatre
laquais qui estoient derriere ,
une Demoiselle , maniere de
Gouvernante qui l'accompagnoit
, & fes habits tout dorez
, luy démonterent la teſte.
Ce fut une vanité outrée. Elle
voulut prendre les grands airs ,
&diſant preſque autantde fotGALANT.
τος
tiſes qu'elle prononçoit demots
elle ſervit d'entretien à toute
la Ville. Le Cavalier tâcha de
mettre quelque regle à ſa conduite
, mais ayant l'eſprit auffi
mal fait que le corps , elle mépriſa
tous ſes avis , & demeura
dans une indocilité infurnontable
, fur ce principe qu'elle
luy avoit apporté affez de bien
pour pouvoir vivre à ſa mode ,
fans qu'il y duſt trouver à redire.
Il fit fucceder l'autorité
aux remontrances , & ce fut
encore pis . Ce droit de Maîtriſe
ne fit que l'aigrir. Elle
eſtoit méchante à proportion
de ſalaideur , & n'eſtant capable
d'aucune raiſon , elle s'appliqua
avec étude à toutce qu'-
elle pouvoit deviner qui luy
cauſeroit quelque chagrin. II
s'en plaignit pluſieurs fois au
ES
106 MERCURE
petit homme qui n'ayant pour
tout uſage du monde , que celuy
de bien faire ſa partie ,
quand il s'agiſſoit de s'aſſocier
dans quelque affaire , luy répondoit
ſeulement que c'eſtoit
jeuneſſe , & qu'il falloit avoir
patience. La deſunion qui ſe
mit entr'eux & qui alla bientoſt
à l'excez , le fit ſe repentir
ſerieuſement d'avoir preferé
lebien d'une auſſi laide perſonne
que celle que ſon avarice
luy avoit fait épouſer , aux
douceurs qu'il eſtoit, ſeur de
gouſter s'il euſt, tenu parole à
Ja Belle , mais ce repentir le fit
fouffrir beaucoup davantage
quelques mois aprés , lors qu'il
apprit que la Belle estoit devenuë
heritiere de ſes Freres
2
morts l'un & l'autre , le Cadet
de la petite verole , & l'Aîné
GALANT. 107
d'une bleſſure qu'il avoit reçuë
dans la derniere Campagne ,
Le bonheur de fon Amy qui
jouiſſoit par là d'un bien tresconfiderable
que ſon infidelité
luy avoit fait perdre , le
mit dans un defefpoir qu'il ne
ſçavoit exprimer.Salaide Femme
en ſouffrit , puis qu'il partit
auffi- toft & qu'il la mena avec .
luy à une Terre , d'où l'on affure
qu'elle ne reviendra point.
Il n'eſt pas à condamner de ſe
vouloir épargner , en l'y retenant
, la confufion qu'il faut
qu'il eſſuye des extravagances
continuelles , où l'a fait tom
ber le déreglement de fon ef
prit ,mais auffi il n'est pas à
plaindre , ayantmerité tout fon
malheur..
Je vous envoye un Ouvrage
fur les Affaires du temps , dont
E6
108 MERCVRE
je croy que vous ferez tres con
tente..
REMARQUES
Sur la Réponſe faite par le Roy
d'Eſpagne , au Bref écrit
par Sa Sainteté,pour l'exhorter
à la Paix..
:
Sitous les bons Catholiques ont
esté édifiez du zele avec lequel
te Pape a exhorté l'Empereur &le
Roy d'Espagne à la Paix , il n'y
ena point qui nedoivent estre affligez
du peu defuccés que lesBrefs
de Sa Sainteté ont eu , & de voir
que bien loin de difpofer ces Princes
àprocurer le repos de la Chreftien
se, ils n'ont en d'autre effet que
dattirer des Libelles contre la
France plutoß que des réponses,
GALANT. TO
convenables à la dignité d'un Roy,
fous le nom duquel on veut les donner
au Public ; & à celle du Pere.
commun des Chrestiens , à qui la
réponse du Roy Catholique est
adressée.
On remarque aisément que cet
Ecrit n'est qu'une repetition des
invectives qui rempliffent depuis
long temps ceux qui se debitens
toutes les ſemaines en Hollande.
Iln'y manque rien que les loüanges
, que ceux qui les composent
donnent ordinairement au Prince
d'Orange,& elles n'y auroient pas
esté oubliées , fi l'Auteur de cet
Ecrit avoit cru pouvoir faire à la
Maison d'Auftriche un merite à
Rome , d'une alliance contractée
avec un Prince qui usurpe le Trône
du Roy Son Beau pere , & qui se
fertpour le dépoffeder,du prétexte
derétablir enAngleterre la R. P.
MERCURE
Reformée , opprimée , à ce qu'il pré
send ,par un Prince Catholique , &
de celuy d'efſtre le défenseur & le
protecteur de cette mesme Reli
gion ,pour allumer la guerre dans
toute l'Europe,
Mais commeon n'apas jugéque
la jalousie de la grandeur du Roy,
& l'animoſité qui ont porté les
Cours de Vienne & de Madrid à
entrer dans la Ligue,&appuyer des
deſſeins auffi contraires ,non seule
ment au bien de la Religion , mais
encore aux veritables Souverains
fuſſent des raisons bien valables
pour justifier les liaiſons que ces
Cours ontpriſes avec le Prince d'Orange
, auprés d'un Pape qui rem...
plit fidignement tous les devoirsdu
ministere où Dieu l'a appellé,on a
grand ſoin de ne rien dire dans
cette Lettre qui puiſſe avoir le
moindre rapport au Roy d'Angle
GA LANT.
terre , & on a recours à ces mesmes
lieux communs employez plusieurs
foisſans fondement , d'accuſer la
France d'avoirviolé les Traitez ...
C'est de cette raison que l'on
veut que le Roy d'Espagnese ferve
auprés du Pape , pour faire ap
prouver à Sa Saintetéla Liguequ'il
afaite ,& dans laquelle il perſiſte
avec lesplusgrands ennemis de la
Religion Catholique ; & c'est cette
mesme raison qu'on lay fait employerdansſa
Lettre en des ter
mes auſſi peu convenables à la di
gnité Royale , que contraires à la
verité , car enfin , quand les Efpagnols
reprochent àla France l'infraction
des Traitez, ilfaut neceffairement
, ou qu'ils oublient , on
qu'ils n'ayent jamais lû l'Histoire
deleur Monarchic. Ils y auroient
vûfi clairement les Traitezles plus
folemnels rompus parla Maison
(
112 MERCVRE
d'Auſtriche , lors qu'elle a cru trouver
le moindre avantage à ne les
point obferver , qu'iln'y a pasd'apparence
qu'ils oſaſſent ſeplaindre
d'une conduite que la France n'
jamais tenuë : & fans aller cher.
cher les temps éloignez, où la bonne
fortune qui favorisoit toutes les
entrepriſes de cette Maison, sema
bloit autorifer toutes les regles de
Politique qu'elle ſuivoit , on peut
s'arrester à ce qui s'est passé dans
ces derniers temps , pourjuger s'ils
peuvent eftre receus avec justice,à
La France de n'avoir pas obfervé
les Traitez qu'elle a faits avec
cux.
Ilsuffit pour cet effet defe fouvenir
,fans aller plus loin , que.
lors que les Hollandois s'attirerent
la guerre que S. M. justement
irritée alla porter dans le coeur de
Leur Pays , l'Empereur& le Roy
: 113 GALANT.
d'Espagne estoient en paix avec
S. M.
Elle croyoit avec raiſon avoir
pris toutes les précautions neceffaires
pour l'affermir , tant par le
Traité qu'Elle avoit fait en 1671 .
avecl'Empereur , que par lesaſſu
rances qu'Elle avoitfait donner au
Roy Catholique , qu'il ne ferois
faitdefapart aucune contravention
au Traité d' Aix-la- Chapelle.
Cependant àpeine les Etats Gene-
Taux curent trouvé le moyen d'engagerdans
leurs interests la Cour
de Vienne , que les Espagnols fe.
flasant d'avoir rencontré l'occaſion
favorabledeſe vanger de la France,
crurent que le Traitéd'Aix.
la- Chapellene devoit pas les em.
pêcher d'en profiter , & dans le
semps que les armes de Sa Majesté
estoiens occupées dans les Provinces
Unies , ils vinrens attaquerla
114 MERCURE
Place de Charleroy , perfuadez que
S.M. Sereposant , comme Ellefaifoit,
fur la bonnefoy des Traitez ,
auroit laissé cette Place dénuée de
tout ce qui pouvoit fervir à fa
défense. Leſuccés ne réponditpoint
àleur attente. Leur mauvaise foy
leur attira tout lefaix d'une guerre
qui leur couta une partie des
meilleures Places que l'Espagne
poſſede dans les Pays- bas ,& les
conquestes de S. M. ne finirent que
parle Traité de Nimegue , d'autant
plus glorieux à Sa Majesté ,
après avoir repoussé un ausfigrand
nombre d'Ennemis , que les Efpagnols
disent encore , que les
conditions en furent plûtoſt
admiſes que diſputées.
On voit aussi par les plaintes
qu'ilsfontàpreſent de ce Traité,
qu'en le concluant ils n'avoient
deffein de l'observer,quejusqu'a
GALANT.
115
ce qu'ils trouvaſſent les conjoncturesfavorables
qu'ils attendoient ,
pour se faire accorder des condi
tions plus avantageuſes . En effet ,
depuisfa conclufion ils chercherent
toutes les difficultez imaginables
pour en empefcher l'execution , &
enfin s'estant imaginé en l'année
1683. que la guerre leur feroit plus
convenable qu'un accommodement
amiablel,e Marquis de Grana ,
Gouverneur des Pays-Pas la declaraà
S. M. ne doutant point que
l'Empereur joigniſt ſes forces ,&
mesme unepartie de celles des Princes
de l'Empire , pour attaquer la
France. Mais la prise de Luxembourg
, &le peu de fuccez des
armes de l'Empereur en Hongrie ,
firent connoistre aux Cours de Vienne
& de Madrid ; qu'elles n'avoient
pas bien pris leurs mesures ,
& qu'elles s'estoient trop preffécs de
116 MERCURE
1
découvrir leur mauvaiſe volonté,
enforte que les conjonctures neleur
estant pas favorables pour continuer
la guerre , elles refolurent d'en
attendre de meilleures , & de se
referver des raiſons pour la renouweller
, quand les occafions s'en
presenteroient. Mais quoy que leurs
mauvaises intentions paruſſent
affez à sa Majesté , Elle voulus
bien neanmoinsse contenter ,pour
le maintien du repos de l'Europe .
de la jouiſſance proviſionelle de ce
qu'elle estoit en droit de pretendre ,
&qu'elle pouvoit obtenir par un
Traitéde paix definitif.
Latrévefut faite. On reconnut
ficlairement dans les premiers articles
du Traité que les pretentions
de la France estoient folidement
establies fur ceux de Munster &
de Nimegue , qu'il n'y a pas de
plusforteréponse à toutes les plainGALANT.
117
ses de la Maison d'auftriche. La
bonnefoy vouloit qu'elle se serviſt
du temps que ce Traitéluydonnoit
pour affermirle repos de l'Europe
par une Paix définitive , ainſi
qu'il avoit esté ſtipulé; mais on a
vû depuis , qu'elle ne l'a employé
qu'à faire des alliances affez puiffantes
, & en affez grand nombre ,
pourabattre , commele Roy d'Efpagne
s'en explique danssa Letzre
, le pouvoir du Roy de France.
Ces démarchesſe faisoient fort ouvertement.
Les Ministres Austrichiens
en parloient hautement dans
toutes les Cours , & quand S. М.
n'auroit pascſté aussi bien informée
qu'Elle l'estoit deleurs projets , Elle
n'auroit pù les ignorer , par cequ'-
ils en publioient eux- mesmes .
On ne peut s'empêcher de dire
icy qu'il est difficile de compren
dre comment les Cours de Vienne&
118 MERCURE
de Madrid peuventseplaindreque
la Francen'observepas les Traitez.
quand elles ont fait voirpar leur
conduite qu'elles estoient perfua.
dées que rien n'estoit capable de
Les faire rompre à Sa Majesté. Il
n'enfaut pas de plus fortes preuves
que ce que ces Cours ont fait contre
Elle , persuadées que la Treve les
mettoit à couvert de tout ce qu'elles
auroient du craindre , & qu'elles
pouvoient à labry de ce Traité ,
former des alliances contre SaMajesté
, & tramer la ruine de fon
Royaume, s'imaginant qu'Elle leur
donneroit le temps d'executer leurs
deſſeins , plutoft que de les préve.
nır par les moyens que la prudence
& la preſſante necesfue devoient
conseiller.
C'est dans cette confiance que
ces Cours , (i zelées pour le bien de
La Religion Catholique lors qu'elle
GALANT.
119
convenoit à leurs interests,se fervoient
alorspour animer les Princes
Proteftans contre S. M. des soins
qu'elle se donnoit pour ramener
dans leſein de l'Eglise, ce qui reſtoit
encore defes Sujets qui en estoient
Separez , & pour extirper l'herefie
-de ſon Royaume. C'est dans cette
- confiance qu'elles formoient avec
eux des ligues pour detrôner un Roy ,
Soupçonné seulement d'avoir fait
des Traitez avec S. M. &c'est cette
mesme confiance que le Roy d'Angleterre
prenoit enla droiture de
leurs intentions , qui l'a fait tomber
du Trône , n'ayant jamais crû que
l'entrepriſe dont on le menaçoit pût
eftre veritable & encore moins
qu'elle pût estre appuyée par des
Princes que la Religion , les interests
communs des Souverains
& les Alliances devoient uniravec
,
luy.
120 MERCURE
Le principal reproche qu'ils
feroient donc à S. M. s'ils ofoient
parler fincerement , feroit de ne
s'estre pas reposéesur cette mesme
afſurance de leurs bonnes intentions
&d'avoir prévenu leurs deffeins
dans le temps qu'ils estoient prests
d'éclater. Ils y pourroient joindre
ceux des Conquestes importantes
qu'Elle afaites depuis que laguerre
dure , de tant de victoires rempor.
sées sur un grand nombre d'Ennemis
, perfuadezque S. M. ne pour
voitseulementse tenir ſur la deffensive
, & qu'ils penetreroient de
tous coſtezdans leRoyaume. Ils luy
reprocheroient encore ce qui leur eft
infiniment plus ſenſible , fon application,
ſa vigilance,ſon activité
Ses lumieres ; enfin toutes les grandes
qualitez qui augmentent tous
les jours fa gloire , & l'envie defes
Ennemis.
Mais
GALANT. 121
Mais comment ne craignent ils
Das quele Pape à qui ils font
adreſſer le Roy d'Espagne dans cette
Lettre , ne reproche à la Maiſon
d'Auſtriche la conduite qu'elle
sient si opposée au zele & à la
foumiſſion qu'elle veut témoigner
pourle Saint Siege? CarSansparler
de la Ligue avec les Ennemis de
la Religion , les violences que les
Troupes de l'Empereur exercent en
Italie ,le peu d'égards que les
Generaux ont pour ce qu'on leur
represente estre Fiefs de l'Eglise ,
le peu de défércence que la Courde
Vienne témoignepour les instances
que sa Saintetéyfaitpour le repos
de l'Italie , font ce des marques
bien évidentes de cette soumission
pour le Chefde l'Eglife ? L'introduction
des Heretiques dans le
Piedmont , les Livres des Calviniſtes
répandus , non fentement
May 1692 . F
1
122 MERCVRE
dans le Milanez, mais meſmetu'ils
qu'à Rome , l'exercice de leur
gion permis dansles Etats da .
pagne , où ils n'avoient jamais esté
Soufferts , peuvent ils faire voir le
zele de cette Maison pour le bien
de la Religion Casholique ,& ce
zele merite- t il que Sa Sainteté
accorde à l'Empereur l'argent que
leRoy d'Espagne demande dans ſa
Lettreavec tant d'instances ,ſous
le pretexte de continuer la guerre
contreles Turcs ? Le Pape nesçau
roit ignorer que ce ne seroit pas le
deffeinde la Cour de Vienne, fi elle
estoit maiſtreſſe de conclure lapaix
avecla Porte , & qu'après avoir
facrifié les avantages certains
qu'ellesepouvoitpromettre de remporterſurles
Turcs, au defirqu'elle
a eu defair la guerre à la France ,
il n'y a point de baſſeſſe qu'ellen'ait
employée pour obtenir la paix
GALANT.
157
cette Colonie. Depuis trentefept
ans qu'il eſt dans cette Isle,
il s'eſt acquis une experience
til s'eſt heureuſemet ſervy
rantce Siege. Tous lesHabins
le regardent & l'aiment
mme leur pere , auſſi les ail
fecourus ,& de ſes ſoins , &
fon bien dans toutes les maperres
an'ils ont
3
MERCVRE
۱
158 aprés vous avoir fait part d'un Combat
donné vers les Iles. La face droite de cette Medaille
repreſente
le Roy comme font toutes les autres & dans le revers il y a un Booeuf du Pays auprés d'un Arbre ,avec ces
mots .
ColoniaMadagasc
.
Elle fut frapée en 16
GALANT.. 119
11
s
ilme
le
ays
ces
Puisque Climene est inconstante
Il faut que je lefois aussi.
Comment , luy dis.je , indigne
Amant
Vous avez le plaifir charmant
D'avoir enflamé cetteBelle,
Et malgré voſtre engagement
Vous ceffezd'estre fidelle ,
Pour répondre àson changement
hi'avois touchéle coeur dema
mechanger
!
160
MERCURE
SONNET
.
Edoux Printemps revient em
bellir ces boccages , -
L'hivern'arrestéplus le cours demos
ruisseaux.
Sur l'aimablegason ils promenent
leurseaux ,
Les Charmes,les Tilleulsont repris
leursfeüillages.
**
Les vents impetwen
GALANT. 161
1
Depuis plus de trois mois je brule ,
je Soupire.
Oüy, je vous aime Iris , je meurs
pour vos appas.
Fene demanderien,ne vous effrayez
Pas ,
is vos pieds feulementpermettez
que j'expire .
on à vous expliquer
chle nouvel-
1
1
162 MERCVRE
LE CYGNE
ET
LES CANARDS.
FABLE.
TEs Canards des long- temps
animez&jaloux
Contre un Cygne fameux par fon
charmant plumage ,
Tinrent conſeil
r
L'A
Le
Le
L'I
Le
L'Il
L'A
Le l
Le
Lel
Le
Le
L'A
Le S
lea
1
de
ga
ddgmuN
UP
ns
ville
ces
Aix
GALANT.
163
Le Cygne par bazard qui ſe mire
dans l'eau ,
De ces vils animaux apperçoit l'artifice.
Il s'y plonge auſſi tost, ilen revient
plus beau ,
Etdefes ennemis il confond lamalice.
Connois tu de ces Vers lefens myste
rieux ?
C'est l'innocent Damon, ceſontſes
Envieux
Que partous ces traitson designe
Qu'ils l'attaquent de toutes parts
Cygnefera toujours Cygne .
nardsseront toujours Caenvoye
la Liſte de
Vaiſſeaux du Roy
épartement . Vous
euxqui les com
164 MERCVRE
mandent & combien il y a
d'hommes & de Canons fur
cette Flote. Il manque à cet
eſtat les noms de quelques Capitaines
, mais comme ils changent
preſque tous les ans de
Vaiſſeaux , il eſt quelquefois
difficile de ſçavoir les derniers
nommez . Il peut y avoir auſſi
quelques noms defigurez ; vous
yſupplerez dans ceux que vous
pourrez reconnoiftre .
Outre cette grande Armée
Navale , qui doit faire tout
trembler l'Ocean , & qui ne
ſçauroit avoir à craindre
la Mer , le Roy a tren
Galeres bien armées
diterranée , fur chac
quelles , ilyaun nom
derable de Troupes
quement , & toutes
propres , tant
GALANT. 165
cher , qu'à eſcalader une Place.
Ces Galeres font accompagnées
de quatre Galiotes à
- bombes , & de deux Fregates
&le tout fait plus de quatrevingt
Voiles.
S
τ
Vous croyez peut-eſtre ,
qu'aprés le grand nombre de
Bâtimens ſur l'une & fur l'autre
Merdont je viens de vous
faire le détail , le Roy n'a plus
de Vaiſſeaux pour donner de la
terreur à ſes Ennemis ,& étendre
la gloire de la France : cependant
cinq ou fix gros Vaifſeaux
de guerre & une Galiote
fombes viennent encore de
our punir la Ville de
dont les Vaiſſeaux ont
re un Navire Frane
la foy des Traila
penſée que la
un grand nom-
A
166 MERCURE
bre d'ennemis à foutenir , elle
ne feroit de long-temps en
eſtatdeles punir de leur perfidie.
5
Tous ces Bâtimens dont les
deux Mers ſont couvertes
n'empeſchent pas que S. M.
n'en ait auſſi un grand nombre
dans toutes les parties du
monde , où diverſes Nations
ontbien voulu reconnoiſtre ſa
puiſſance ,& il en reſte encore
aujourd'huy huit dans les Iſles
de l'Amerique , fans les autres
Bâtimens qui fontmoins confiderables.
Le Roy , avant ſon départ
donna audience aux I
des Etats de Bretagne
rent preſentez par M
quis de Lavardin , Li
Generaldes Etats de
vince. Le reſte
GALANT. 167
les ceremonies accoutumées,
tant à cette audience qu'à celle
de MonſeigneurleDauphin
& de Meſſeigneurs les Enfans
de France. Ces Députez ſont
ordinairement trois , & viennent
au nomdu Clergé , de la
Nobleffe , & du Tiers Etat .
Celuy du Clergé qui porte
toujours la parole étoit Mr
d'Argouges , Evêque de Vannes
, Fils de Mr d'Argouges ,
Conſeiller d'Etat , & du Conſeil
Royal, qui s'attira des applaudiſſemens
detous ceux qui
l'entendirent.
Mr de Mardy , Marquis de
de Catuellan , que le Roy vient
d'honorer de la qualité de Brigadier
de ſes Camps & Armées
, & que les Etats de Bretagne
ontnommé Deputé de la
Nobleſſe , n'en put faire les
168 MERCURE
fonctions dans cette audience ,
ayant eu ordre du Roy de ſuivre
S. M. Britannique. Ces
Etatsne pouvoient choiſir un
Deputé plus illuſtre , la Maiſon
de Catuellan eſtant une des
meilleures de Bretagne. Ce
Marquis eft allié à tout ce qu'il
y a de plus grands Seigneurs
dans la Province. Il eut l'avantage
de commander dans les
Lignes la derniere Campagne ,
&il- s'est fait diftinguer en plufieurs
occafions par ſon efprit ,
&par ſa conduite dans tous les
Commandemensqu'il a eus , ce
qui luy vient d'attirer les nouveaux
honneurs qu'il a receus
de Sa Majefté.
Mr de Fer Geographe de
Monſeigneur leDauphin , continuë
à donner au public des
Cartes qui font plaiſir dans la
fituation
GALANT. 169
fituation où ſe trouvent les affaires.
Il vient d'en faire paroiftre
une fort utile ,& fort commode
, n'eſtant que d'une éten
duë , qui n'empeſche pas qu'en
la colant fur de la toille on ne
la porte dans la poche . Cependantelle
contient le Pays d'entre
Sambre & Meuſe , & les
environs de Namur , Dinant ,
Charleroy , Mons , Ath , Louvain
& Huy . Cette Carte eft
tirée ſur les Memoires de Jean
Blaeu , Nicolas VViſcher &
Abraham Vivien , & ſe vend
dans l'Iſle du Palais à la Sphere
Royale.
Voicy les noms de quelques
perſonnes conſiderables mortes
depuis peu de temps.
Dame Françoiſe- Marie Brunet
, Femme de M. Bignon ,
Avocat Generalde la Cour des
May 1692 . H
170
MERCVRE
Aides , morte en couche de fon
premier Enfant , & dans une
fort grande jeuneſſe. Elle étoit
Fille de M.Brunet, Sr de Chailly
, Garde du Trefor Royal ,
Niece de M. Brunet , Abbé de
Villeloin , Conſeiller-Clerc en
la Grand Chambre, de M.Brunet
de Montferrand , Preſident
en la Chambre des Comptes &
de M. Brunet de Rancy , Treforier
de la maiſon du Roy , &
Soeur de M. Brunet de Chalis ,
Conſeiller au Parlement. Elle
avoit deux Soeurs , dont l'une
eſt mariée à M. du Tillet, Prefident
au Grand Conſeil , &
Maiſtre des Requeſtes . L'autre
avoit épousé M. le marquis de
Villarceau , tué à le Bataille
de Fleurus. Il y a encore de
cette Famille Mr Brunet le
Goux de Serigny , Preſident
GALANT.
171
1
en la ſeconde Chambre des Requeſtes
du Parlement de Paris ,
& auparavant Conſeiller au
Grand Confeil. Quant à Mr
Bignon , Avocat General en la
Cour des Aides , il eſt Fils de
Mr Bignon , Confeiller d'Etat,
& auparavant Avocat General
au Parlement de Paris , &
Grand Maiſtre de la Librairio
du Roy , Petit fils de l'illuſtre
Hierôme Bignon , Avocat General
au meſme Parlement ,
&Grand Maiſtre de la Librairie
du Roy , dont la memoire
regne parmy tous les Scavans
de l'Europe pour ſa profonde
doctrine & Neveu de Mr
Phelypeaux de Pontchartrain ,
Miniſtre & Secretaire d'Etat ,
& des Commandemens de Sa
Majesté , Contrôleur General
des Finances . Mr Bignon ,
H 2
172
MERCURE
aujourd'huy premier Preſident
au Grand Conſeil , eſt Frere
de Mr Bignon , Conſeiller d'Etat.
M. du Boisde Guedreville.11
aeſté maiſtre des Requeſtes &
Preſident au Grand Confeil,
& a marié deux Filles ; l'une à
M. Pelletier de la Houſſaye ,
Maiſtre des Requeſtes , & l'aitre
à Mr Guinet , Conſeiller
au Parlement. Le Frere de feu
Mr du Bois de Guedreville ,
eſtoit feu Mr du Boisdu Menillet
, Conſeiller en la Grand'
Chambre du Parlement de
Paris , qui a eu pourFils Mr du
Bois Baillet Avocat General en
laCour des Aides , puis Maiſtre
des Requeſtes , & Intendant
de Juſtice à Pau , où il eſt
mort.
M. Lambert de Thorigny ,
GALANT.
173
-
ancien Prefident en la Chambre
des Comptes de Paris. Mr
Lambert de Thorigny , fon
Fils , eſt Preſident en la même
Chambre .
M. Barberye Saint-Conteſt ,
cy-devant maiſtre des Requeſtes,
& Intendantde Juſtice
à Limoge. Mr Barberye , fon
Fils , eſt auſſi Maiſtre des Requeſtes
.
Le Sr Nolin vientde donner
au Public trois Cartes , dont
l'une eft le champ de Mars dans
les Pays- Bas , où le Roy commande
fes Armées en Perſonne en la
prefente année 1692. Cet Ouvrage
contient leComté de Flandre
accompagné d'une Table
de diviſions Geographiques ; le
Comté de Namur , où eſt le
Pays d'entre Sambre & Meuſe;
une grande partie de l'Eveſché
H 3
174
MERCVRE
de Liege , & une partie de
l'Artois , du Hainaut & du Brabant,
avecun accompagnement
des Plans des Villes d'Oſtende,
Nieuport , Ath ', Charles-Roy
Namur , Liege , & Maſtrick .
Ces Plans font tres-juſtes &
conformes aux dernieres Fortifications
qui ont eſté faites
dans ces Places . Cette Carte ſe
peut mettre en Livre pour la
poche , ce qui eſt d'une grande
commodité pour les Officiers,
qui pourront tout d'un coup ,
& à l'aide d'uneTable Alphabetique
qui ſe met en teſte , trouver
lesPlaces dont ils auront
befoin.
La ſeconde Carte eſt de la
Manche. Elle contient les Coſtes
de France depuis Belle Iſle
juſqu'à Dunkerque , & s'étend
dans les Terres juſques
1
GALANT.
175
T
à la Loire. Elle contient auffi la
Coſte Meridionale du Royaume
d'Angleterre. Ces Coſtes
& les Provinces qui ſont dans
les Terres , font tres- exactement
recherchées .
La troifiéme Carte eſt le
Dauphiné. On n'en a point
encore gravé de ſi particuliere.
On y a joint une Table
desdifferentes diviſions Geographiques
contenuës dans ce
Gouvernement. Tous ces Ou
vrages ſe trouvent à Paris chez
l'Auteur , fur leQuay de l'Horloge
du Palais , proche la ruë de
Harlay , à l'Enſeigne de la Place
des Victoires , & à l'Armée
du Roy en Flandre, au quartier
du Roy , chez le Sr Mouchet ,
Marchand ſuivant la Cour.On
ne peut aſſez admirer le genie
prompt & actif des François.
H4
176 MERCURE
Ils vont au delà de tout ce que
l'on peut attendre d'eux , dés
qu'il fe preſente quelque matiere
fur laquelle leur travail
peut eſtre utile au Public , &
ſouvent les Ouvrages ſe trouvent
faits avant qu'on ait eu le
temps de les ſouhaiter .
Le Siege du Grand VVaradin
est devenu fi confiderable
par lalongue réſiſtance des Affiegez
, qui ont fouffert le Blocus
depuis pluſieurs années,que
je croy vous obliger en vous faifant
partde ce qui fuit . C'eſt la
Dépoſition qui a eſté faite par
un Transfuge , de l'eſtat de la
Garnifon & de la Place. En
voicy la traduction litterale.
Premierement il s'y trouve un
Bastion à lamain droite de lagran
de Porte ,vis à vis la Palanque
d'Oloja, nommépar les. TurcsZin
GALANT.
177
chini Sabieſi , dans lequel le
Bacha Ibrahim a fait faire une
maison , oùilest logé actuellement.
Ce Bastion estgardépar les Sipalis,
y ayant toutes les nuits cinq postes
deGuet,compofez chacun de quatre
hommes ,sçavoir deux avant, &
deux aprés minuit,quifont relevez
la cinquième nuit , tellement que
chaque homme estant quatre jours
exempt de la garde, ilfautſuivant
le calcul ordinaire cent hommesfur
ceBastion pourrelever la garde qui
yest.
3
LeSecond Bastion ,que les Tures
nomment Capudan Lubiefi , eff
gardéſeul des Agriens . Il y atrois
postes deſſus , qui ſont diviſez .
Sçavoir l'un gardé par les siphais
l'autrepar les Ghunullis, &le troi
fiéme par les Beschlis , qui s'entre
relevent la fixièmenuit. Comme it
ya quatrehommes dans chacun de
H
ود
178 MERCVRE
ses postes ,il en faudroit cent huit
fur ce Bastion ,ſuivant le calcul
ordinaire. Ceux- cysont entrezdans
La Place ily a fix semaines , avec
Le dernier Convoy defarines queles
Turcsy ont jetté.Il en reste encore
quatre vingt-dixſains ,& capables
demonter la garde..
Le troisième Bastion. que les
Turcs nomment Imum Lubieſi ,
estgardé en partiepar de la Ca
valerie de la Place nommée Pefchlis
,&enpartieparles Ianiſſaires.
Ils ont quatre postes de guet ;
l'un desdits Ianiffaires ,& lestrois
autres desdits Peſchlis. Les Ianiffaires
relevent la huitième nuit,
&les Peſchlis la cinquième.CeBaſtiondemande
quatre vingt- douze
hommes,fuivant le calcul ordinai.
ze , Entre ce Bastion & leſuivant
doit estre le commencement de l'eau,
lafin, Cet endrost aft le plus buGALANT
. 179
mide du ruiffeau. Iln'a que demyhomme
de profondeur au milieu;
& proche de la muraille , il est de
la hauteur d'un homme. J
Le quatrième Bastion , que les
Turcs nomment le petit Baſtion,
eštant gardé des Turcs d'Afappens
& Sentchüer a trois postes quifont
occupez ; fçavoir deux des Afap .
pens, & l'autre desdits Senschuër,
chacun composéde quatre hommes,
quifont toujours relevez la quatriéme
nuit. Ce Bastion demande quarante-
buit hommesſuivant le calcul
ordinaire .
Le cinquième Bastion nomme
parles Tures , Agal Tubiefi, qui
veut dire , Baſtion des Janiſſaires,
a quatre poftes chacun de quatre
hommes , dont il y en a trois
gardez par les laniſſaires qui se
relevent la quatrième nuit. Le
quatrième est des Ghunulis , quife
H6
180 MERCURE
relevent la quatriéme. Ce Baftion,
Suivant le calculordinaire, demandefixvingt
hommes. Ily a proche
de la Porte un corps de gardeparticulier
, qui eft occupépar leCom.
mandant, ou Dishar. Iln'y reste au
plus que quarante hommes. Enfin
la.Garnison qui reſte dans la Fortereffe
du Grand Varadin ,monte
Suivantle calcul cy- deſſus à 498.
hommes..
D'autres Transfuges , ainfi
que l'écrivent les Imperiaux,
ont affuré que cette Garniſon
n'eſt la pluſpart que de Ieunes
gens parmy leſquelsil y abeaucoup
de Bohëmiens. Si cela eſt
wray , il eſt extrêmement furprenant
que ſi peu de gens & fi
mal conditionnez. , ſe défendent
toujours avec la meſme
vigueur , & faffent des forties
de deux cens hommes capables
GALANT. 181
de mettre en defordre lesTroupes
qu'on avoit choiſies pour le
Blocus ..
Depuis le rapport de ces
Transfuges , on a eu nouvelles.
que quoy que la tranchée air
eſté ouverte devant le Grand
VVaradin , les Afſiegez continuent
toûjours à ſe défendre
de la maniere la plus vigoureu
fe.Il n'y a preſque pointdejour
où ils ne tirent prés de cent
einquante volées de Canon, ce
qui ne s'accorde pas avec ce
qu'on a publié qu'ils manquoiér
de toutes fortes de proviſions..
Ils font auſſi fort ſouvent de
bruſques forties avec grande
perte des Affiegeans . Le bruit:
s'eſtoit répandu que ceux- cy
donneroient un affaut le 15.de
ce mois , mais ily avoità crain
dre que les Turcs ne les atta
182 MERCVRE
quaſſent enmeſme temps , à
cauſe qu'on les flattoit de nou.
veau de l'eſperance d'un
prompt ſecours . Cependant
trois ou quatre cens Rafciens
quis'eſtoienttrop avancez pour
reconnoiſtre les Imperiaux ont
eſté taillez en pieces. On a eu
auſſi nouvelles , qu'ils faiſoier
travailler inceſſamment à un
armement Naval à Nicopoli ,
dans le deſſeind'employer tous
leurs efforts pour ſe rendre
maiſtres d'unPofte prés de l'Iſle
d'Orloura , qui leur oftoit toute
laNavigation ſur le Danube
pour Belgrade . On ne dit plus
qu'on ait étrangléle Grand Vifir
, mais feulement qu'on l'a
relegué aux Dardanelles . Selon
d'autres nouvelles , il marche à
la Teſte de l'Armée. Tout cela
eſt fort douteux , mais ce qu'il
GALANT. 183
y a de certain , c'eſt que le
Comte de Marfilly a eſte congedié
de la Potte ſur ce que
tout eſtant preſt pour la Guer
re . avec apparence d'en retirer
de grands avantages, il n'eſtoit
plus queſtion de parler de Paix.
Voicy des Vers qui ont eſté
faits par Mr Rouſſelet , Principal
du College de Noyon fur
le voyage de Sa Majesté , &
& qui doivent préceder ce que
jay à vous endire..
**
: AU ROΥ...
Grand Roy , pour rehauffer le
lustre de ta gloire ,
Pourquoy voler encor toy-mesme à
la Victoire ,
Laiſſe ſous ton grand Nom à tes
braves Guerriers ,
184
MERCVRE
Sur la Sambre & le Rhin te cueillir
des Lauriers.
Trop de fois l'on t'a vù dans le
Champ de Bellonne
Des Heros demy- Dieux meriter la
Couronney
Et Vainqueur en cent lieux environner
tes Lys
Des Lauriers immortels que toy
même as cueillis ..
Plus Sage , & pius vaillant que le
Dieu de la Thrace,
TuSçais d'unfier Tyrandéconcerter
l'audace ,
Iltremble à ton ſeul Nom, & déja
devant toy
Volent jusqu'àlaHaye,&la crainte
& l'effroy.
Pourra- t-ilfoutenir les éclats de ce
Foudre,
Qui malgré ses projets réduisit
Mons enpoudre,.
Quand pour vouloirbraver le plus
grand des bumains ,,
GALANT. 185
Ilfefit adorerde tant de Souverains?
Avec tous ces Guerriers furpris de
la tempête,
Put-il d'unseul moment retarder ta
conquête?
Detant de Rois liguez ce zelé Protecteur,
Detagloirenefut qu'unjaloux Spe-
Etateur.
An bruit de ta valeur ,ſes Troupes
chancelantes
N'oferent voir de prés les tiennes
triomphantes.
Caché dans l'épaisseur de tous ses
Bataillons ,
Du Soleil de l'Europe il craignoit les
rayons.
" Y
Mars en tous lieux tefuit, ta vertu
SansSeconde ,
Ainsique sur la Terre, éclate encor
fur l'onde.
L'Univers en Suspens va voirpar
Res exploits
186 MERCURE
L'un & l'autre Neptune afferig
Sous tes loix ;
Un Grand Roy détrôné , dont 14
prens la deffense ,
Recouvrer par toy ſeul la fuprême
Puiffance ;
LeCiel comme aux Cefars remettre
dans tes mains
Ledeſtin chancelant de tous les Souverains
,
Succomber en tous lieux fous ton
Bras heroïque
L'Aiglel,e Leopard,&leLionBel
gique,
Et par tout de ton Nom répandant
la terreur ,
Faire trembler la Terreau bruit de
tavaleur.
Cettevaleur pourtant , aujourd'buy
Sans égale ,
Ales propres Sujets pourroit eftre
fatale.
Tu ne restes Vainqueur dans les
plaines de Mars ,
" GALANT. 187
1
Qu'après avoir du Sort bravé tous
les hazards.
Grand Roy, l'amour des tiens, l'appuyde
ton Empire,
Faut ilque le reſpect empefche de
zedire ,
Quesi ton Regne fait notrefelicité ,
Ta conſervation en estlasûreté?
Tout brillant de l'éclat de ta gloire
Suprême ,
Ilesttemps de ceffer de vaincre par
toy-même.
Danslefein deta gloire établis ton
repos ,
Et laiſſeſous ton Nom triomphrtes
Heros.
DuMidy jusqu'au Nord , de l'Inde
jusqu'au Taze,
Qu'on offre à ta Grandeur un vos
lontaire hommage ;
Que tes fiers Ennemis,redoutant ton
couroux ,
Afinde l'éviter tombent àtesgenoux
188 MERCURE
Ou que les traits vainqueurs de ta
rare clemence .
Faffent aimer le joug de ta toute.
puiffance.
Que toutours,leplusfage&le plus
Grand des Rois ,
Jusqu'aux bords du Danubeonadore
tes Loix ;
Qu'aprés tant de beaux faits les
Filles de Memoire ,
Epuisent tous leurs chants pour celebrer
ta gloire.
Regne sur l'Univers ; mais pour
noſtre bonheur ,
Grand Roy , modere enfin l'excésde
ta valeur.
Le Sonnet qui ſuit eſtdeM.
Diereville..
GALANT. 189
***
SUR LE VOYAGE
du Roy.
Grand Roy ,furvos Deffeins tous
les yeux font ouverts ,
On n'en peut pénétrer le Secret admirable
;
Vos Soldats , vos Vaiſſeaux , appa
reil formidable ,
Couurent detoutes parts & la Terre
&les Mers.
Quand on voit contre vous mille
Ennemis divers ,
Oùvaſe ſignaler vôtre bras indomptable?
Iriez- vous des Tyrans punir leplus
coupable,
Et rendre le repos qu'il ôte à l'Vnivers
?
190
MERCVRE
Mais dés qu'on vous verra commander
une Armée ,
Onentendra , Grand Roy ,parler la
Renommée.
Eh! pourquoy demanderquelest vôtre
projet ?
Le prodige est pour vous un effet
ordinaire 3
Onnepeut deviner ce que vous allez
faire,
On le comprendra moins lors que
vous l'aurez fait.
Je viens au voyage du Roy
dont les ſuites qu'on ne peut
enviſager ſans étonnement ,
doivent faire trembler tous les
Ennemis de la France , & caufer
une crainte pleine de tendreſſe
à tous les François , qui
ne peuvent penſer ſans frayeur
GALANT. 191
aux perils où va s'expoſer ce
Prince , en quitant le ſejour des
delices pour leur procurer un
repos qui doit eſtre de durée
, aprés la guerre qui agite
aujourd'huy toute l'Europe ,
& augmenter la gloire de la
Nation , fi triomphante , & fi
heureuſe ſous ſon Regne tout
remply de merveilles. Son départ
ayant eſté arreſté au dixiéme
de ce mois , on vit pendant
pluſieurs jours une foule extraordinaire
à Versailles de
tout ce que la Francea de plus
illuſtre ,& qui ſe trouva àporteé
de faireſa Cour. Tous les
chefs des Cours Superieures ,
& des autres Jurisdictions ,
aprés s'y eſtre rendus en particulier
, y retournerent en corps
auſſi-bien que Mr le Prevoſt des
Marchands , accompagné de
192 MERCURE
momens.
Mrs de Ville pour recevoir les
ordres de Sa Majeſté. Pluſieurs
particuliers excitez par la
ſeule ardeur de leur zele , y
allerentauſſi , pour chercher les
occaſions de pouvoir ſeulement
jetter la vuë fur ce Monarque
pendant quelques
Enfin il quitta Verſailles
avec ſon ſecret , qui fut impenetrable
à tous ceux à qui
l'experience adonné le plusde
lumieres, pour conjecturer plus
facilement que les autres les entrepriſes
auſquelles le Roy pouvoit
ſe déterminer. Le meſme
jour que Sa Majeſté partit , Mr
l'Archeveſque de Paris donna
un Mandement pour l'ouverture
des Prieres de quaranteheures.
, par lequel il marquoit,
que le Roy n'ayant rien épargné
pour appuyer les interests de la
Religion ,
GALANT. $93
L
:
Religion , procurer lapaix à l'Europe
, & travailler au rétabliſ-
Sement du Roy d'Angleterre ,il
estoit bien juſte que dans le temps
où Sa Majesté expoſoitsa perſonne,
&alloitse mettereà la teste deſes
Armées , ſes fidelles Sujets employaſſent
leursprieres particulieres
&publiques pourl'accompliſſement
defes grands deſſeins. Ce Mandement
fut publié dans toutes
les Egliſes de Paris , d'une maniere
qui fit voir quelle eſt l'ardeur
de tous les Curez pour la
gloire ,& la conſervation du
Roy. Mr Macé , Chefcier ,
>
Curé de Sainte Oportune , qui
eſt toujours des premiers à ſignaler
fon zele pour S. M. &
à l'inſpirer à ſes Paroiffiens
comme je vous l'ay fait remarquer
en d'autres occafions
ouvrit les Prieres par l'Eloge
May 1692. I
,
194
MERCURE
que vous allez lire,&qu'il prononça
au commencement de
fa Meſſe de Paroiſſe .
Aprés qu'il eut lû le Mandement
de M. l'Archeveſque de
Paris .
- CePrelat,dit- il , toujours exact
dans sa vigilance pour l'Eglise ,
toujours infatigable dans fon zele
pourle Roy , nous ordonne , comme
vous l'avez vû par son Mandement
, de faire des Prieres de quarante
heures pour l'heureuxſuccès
des juſtes deffeins de S. M. Ce Roy ,
le plus puissant de tous les Rois,le
plus Zelede tous les Chrestiens, le
plus juſte de tous les hommes,triomphe
depuis cinq ans, vous leſçavez,
de toutes les diverſes Nations,
qui s'estoient unies pour fondre fur
luy. Ces injuftes Puiſſances , liguées
pour la plus injuste de toutes les
querelles, devoroient dans leuravi
GALANT.
195
de orgueil les Etatsde noftre invin.
cible Monarque. Tout autre peuple
que les François auroit tremble au
Seulbruitde leurs projets, &LOVIS
anon-feulement écartéle trouble ,
&la terreur de nos Frontieres,mais
il l'a porté jusque dans leſein de
fes Ennemis , defolé leurs Campagnes,
pris leurs Villes , &puny leur
infolence. Cependant dans uneforce
fi redoutable , parmy tant d'heureux
fuccés qui enfleroient tout autre
coeur moins Chreftien que le fien,
il s'humilie devant le Dieu des
Armées,avoue que c'est la puissance
divine qui a formé sa main aux
combats, en rapportetoute la gloire
àsonsaintnom,&nevent, comme
David & comme S. Louis , pour
triomphe que des actions de graces,
pour éloges que des Cantiques, pour
trophées que les étandars ennemis,
I 2
196 MERCVRE
apportez aux pieds de la Croix.
Mais c'est peu pour la piete de
cet Auguste Monarque de rapporter
à Dieu les heureux fuccésde
ſes entreprises ; il lay en consacre
encorelescommencemens.Les Grands
du monde n'ont pas plûtoft conçû
leurs vaſtes deſſeins , que fans confulterle
Ciel , ils s'appliquent tout
entiers à les faire réussir,& recher
chent bien plus le secours des hommes
que celuy de Dien. Ilsemble
mesme qu'ils craignent de l'implo .
rer, parce qu'ils ne sont pasſeurs de
l'obtenir , & soit par défiance à
l'égard du Souverain Estre,fois par
vanité pour eux-mesmes , soitpar
honte du coſté des hommes , ils ne
parlentde la protection divine que
quand elle s'est declarée en leurfaveur,
& le rafinement de leur orgueil,
fans rien risquersur l'incerGALANT.
197
titude du succés , trouve le fecret
de glorifier Dieu de leur propre
gloire. Nostre Monarque plus
humble dans ses projets , plus
Sincere dans sa pictè , & plus
éclairé dans sa Foy , Sçait bien
que Dieu est le principe & la fin
de toutes choses ; que c'eſt luy qui
donne le vouloir& lefaire , le deffein,
& l'execution , &ne prie pas
aves moins d'ardeur&de soumisfion
en commençant , qu'ila de rea
connoiffance& de Zeleaprés lefuccés.
Toujours esperant du Ciel un
traitement favorable, toujoursfou
mis à la Providence dans ce qui
ferois de plus fâcheux , prest
à toutfaire , & à tout souffrir pour
la querelle de Dieu , il fe remet à
luy de toutes choses, & trouveparlà
le divin fecret de triompher infailliblement.
Avant que fa piese
13
198
MERCVRE
euft rendu les Prieres pour les Rois
fi frequentes dans nos Eglifes , ce
Mandement , ces Prieres de quarante-
heures , ces exposicions du
tres faint Sacrementfurnos Autels,
fembloient porter la crainte & les
alarmes dans le coeur des Peuples.
Les Fidellesne prioient qu'en trem.
blant,& parce qu'on ne pratiquoit
ces chofes , que dans les dernieres
extremitez , & que les extremitez
font toujours à craindre , on croyoit
que c'estoit en quelquefaçondefoler
Lepeuple que de l'avertir deprier,
la politique s'opposant àlapietér
onprivoit l'Etat de ce secours & le
Ciel de cette gloire. Mais graces à
la devotion denostre Roy ,ilnous est
permis , il nous est enjoint de luy
marquer ſouvent un zele unanime
pardes prieres publiques. Son grand
coeur ne nous en donne que de
GALANT. 199
trop frequenses occafions ,&comme
il s'estfait une noble habituded'affronter
les perils de la guerre , nous
nous accoutumonsſans trembler à le
voir partir , & nostre tendrefferaf.
Suréeparsavaleur , s'occupe moins
dudanger où il s'xpoſe , que de la
gloire qui l'attend. Iamais nous
n'avons eu de motifs plus preſſans
d'élever nos bras & nos Oraiſons
vers le Ciel, que dans cette occaſion .
Ce Royfi tendre pour fes Sujets, fi
cherydofes Peuples , court au danger
pour nous en éloigner , Sacrifie
fon repos à nostre commodité,prodique
sa vie pour conserver la noſtre.
Peut estre mesme , le divay- je ſans
trembler ? Peut - estre est- il aux
mains , peut estre foutient.ill'effort
de centmille bras armez contre lug z
¢ mille voix n'attaqueroient
pas de concert leCiel pourfa deffen
14
200 MERCURE
fe ! Maissi la tendreſſe qu'ila pear
nous ,si le Zele que nous avonspour
luy si nostre propre interest nous
engage aux Prieres , la gloire de la
Religion les demande encore àtous
les Fidelles. Un preux Souverain
détrôné pour la Foy , fugitif pour
la Religion, qui ne trouve de secours
que dans les bontez de LOUIS
Le GRAND , est àla teste d'une
Flotte redoutablepour conquerirfes
Etars usurpez, pour faire à main
armée dédire lemalheurquilepourfait,
& pour tâcher de réveiller
l'affection de ses Peuples. Prions
Dien qu'illeur touche le coeur ; confondons
ces ingratspar l'exemple de
noſtre zele , cesinconstansparnostre
perfeverance dans la priere , &
faisons quejaloux de nostre bonheur,
ils imitent nôtre obeiſſance. Enfin
wous sommes obligez de prier pour
GALANT.. 201
notre Roy , parce quenousne pounons
luy donner que ce secours , ny
luy témoigner d'autre reconnoissance
. Nostre vie, nos biens font à luy,
&par droit de proprieté , & par
droit de confervation ; nos prieres
nous appartiennent , & c'est ce que
nous pouvons offrir pour luy,& tout
cequ'il nous demande.Dieun'a ber
foin de rien, dit un Philosophe quifs
les Rois n'ont besoin que de Dieu,&
nos prieves le luy rendront favora
ble. Uniffons- nous tous ,Meſſicurs,
dans un si loüable deffein. Que ces
Voutes bâties parla pietéde nosRois
retentiſſent des voeux que nousfai-
Sons pour leplus Auguste detous, م&
venez offrir avecmoy au PereEter
nel le Sacrifice nonsanglant de F..
C. pour desi justes deſſeins.
Le Pere Avrillon , Minime
fort estimé pour ſes belles Pré-
IS
202 MERCVRE
dications , leur le meſme Mandement
le jour de l'Afcenfion ,
dans l'Egliſe des Minimes de
la Place Royale , & poursuivit
en ces termes ..
CeMandement,Messieurs, n'est
qu'une explication de celuy que S..
Paul envoye àfon Disciple Timothée,
pour l'engager à faire des
prieres, desfupplications,des Oraifons
& des actions de graces pour
lesRois. Obfecro igitur primùm
omnium fieri obfecrationes ,
orationes , fupplicationes , &
gratiarum actiones pro Regibus.
Nous allons commencerpar les
prieres quelque glorieux fuccez
nous engagera bienoſt à faire des
actions de graces. En effet, fi les
perils où la valeur de LODISLE
GRAND le va exposer , plus pour
la gloire de la Religion , que pour
GALANT.
203
celle de ſes Etats,nous font trembler,
la certitude que nous avons
que lesfeuls interests de Dieu font
agir ceMonarque,diffipe unepartie
de nos frayeurs . Louis le Grand ne
Sçauroit combattre pour une cause
toure celeste, quele Dieu des Armées
neprefideàses combats. Louis
Le Grand ne sçauroit vaincre que
J. C. ne triomphe. Ilfe fervira de
oeHeros Chrestien pour foutenir la
gloive du Chriftianisme opprimé. Ce
premier- néde l'Eglisefera protegé
du bras tout - puiſſant de f. C. pour
deffendre les droits facrez de fon
Epouse; ce nouveau losuéaura dans
fes interests le Soleil de Iuftice pour
vaincre plusieurs Row , parce qu'il
n'en porte la deviſe que pour lefaire
adorer de tous les Peuples. Ce
Gedeon Chrestien ,protegédia Ciel
furmontera sous les Madianites
204 MERCURE
conjurez ensemble pour le perdre
puis qu'ilne combat quepar l'ordre
de Dieu. Ce David de la Loynouwelle
, peut prendre des armes dans
Le Sanctuaire mesme , puis qu'il
n'expose une vie si precieuse que
pour l'honneur du Sanctuaire. En
un mot , la guerre qu'entreprendce
Monarque , est une guerre de Religion;
sa caufe estla cause desAuzels,
fa querelle est la querelle de
Dieu , &ses armesfont les armes
du Saint des Saints. Diſons plus
Sans craindre de rien outrer ; la
confervation defa PerſonneSacréeeft
celle de toutle Christianisme.
Kaffe le Ciel,que dans un jouroù le
Sauveur du monde s'est restitué à
luy- mesme par son Afcenfion les
trois Royaumes du Ciel,de la terre,
de l'Egliſe qui luy estoient dif
putezpar la tirannie du Demon il
GALANT. 205
Sefervede laplusparfaite&dela
plus vive de ſes images en terre,
pour remettre trois couronnesfur la
teste d'un autre Prince Chreftien ,
qui ne les afacrifiéesàla tirannie
d'un ſurpateur, que pourse conferver
celle qu'il espere dans le Ciel
pour récompense defa fidelité. Signalons
icy nostre zele ; offrons des
Sacrifices, redoublons nos voeux,&
demandons à Dieu pour le Roy , des
armes celestes,des combattans invincibles
, &des fuccez aussiglorieux
que ses projets font Chré
tiens ,&dignes du Dieu des armées
pour lequelil va combatire.
こ
Le Roy eſtant party de Verfailles
, le dixiéme de ce mois ,
comme je vous lay marqué
alla coucher à Chantilly , où
ik fejourna le 11. Il prit le
:
"
11
206 MERCVRE
divertiſſement de la Chaffe
qui eſt ſi delicieux dans cette
belle Maiſon où tout abonde ,
ce qui ne l'empefcha pas de
tenir divers conſeils ,&dedépécher
pluſieurs Couriers- Sa
Majesté alla coucher le 12. à
Compiegne , le 13. à Saint
Quentin , où Elle donna des
marques de ſa pieté , & ayant
enfuite couché au Quenoy , &
à Valanciennes , Elle allale 17 ..
fur les quatre heures apres midy
au Camp de Gevry qu'Elle
trouva ſous les armes ,& dont
Elle fit la Reveuë . Je me reſerve
à vous parler de cette Armée
en vous entretenant de la Reveuë
Generale quiſe fit le 10.
Le 18. les Dames allerent à
Mons , & le Roy qui n'avoit
point encore eſtédans la Place
2
GALANT. 207
depuis qu'elle eſt ſous ſonobeif
fance , partitle Samedy de l'Armée
ſur les quatre heures du
foir en carroſſe pour s'y rendre
Sa Majefté en viſita les Fortifications
dont Elle fut trescontente
,&donna des loüanges
à ceux qui en avoient pris
foin , Elle vit auſſi cent cinquante
Pieces de Canon , &
foixante Mortiers qu'Elle avoit
reſolu d'employer au premier
Siege qu'Elle feroit & qui
n'eſtoit pas encore declaré . Sa
Majesté alla auſſi voir l'Hoſtel
de Ville , & confidera avant
qued'y entrer un fort bel Arc
de Triomphe , que Meffieurs de
Ville avoient fait conſtruire .
11y avoit pluſieurs Deviſes à la
gloire de ce Prince par rapport
à celle de Nec pluribus
impar , &ily en avoit de tres208
MERCURE
ingenieuſement imaginées ,
qui faiſoient entendre au Roy
que la Ville de Mons ſouhaittoit
qu'il en demeuraſt toujours
le Maiſtre. Les Eſchevins
s'eſtant mis à genoux pour falüer
Sa Maiefte , Elle les fit relever
en leur tendant la main ,
& les écouta fans ſe couvrir.
Leurs coeurs ont efté ſi penetrez
de få grandeur , & de fa
bonté, qu'ils font preſentement
auſſi François que ſes plus anciens
Sujets. Le Roy alla enfuite
chez Madame l'intendante
où eſtoient les Dames
& aprés cela , chez les Dames
Chanoineffes. Leur Egliſe eſt
belle , & fpacieuſe , & l'ar
chitecture en eſt admirable.
Elle est toute remplie de marbre
travaillé avec beaucoup
GALANT. 209
:
d'art . Ces Chanoineſſes font
majestueuſement vétuës. Elles
ont un grand Manteau noir
doublé d'hermine , & une efpece
de petit'Surplis qui couvre
leurs habits avec une grande
Coëffe de Gaze blanche qui
leur tient lieu de Voile ,& qui
leur pend juſqu'à la ceinture .
Elles font parfaitement bien
coeffées , & celles qui n'ont
pas encore renoncé au mariage
mettent des Fontanges noires ,
avec un noeud noir au devant
de leurs corps , en maniere
d'Engageantes . Il faut , pour
eſtre receuës Chanoineſſes
qu'elles faffent preuve de huit
quartiers de Nobleffe de chaquecoſté.
Leurs Canonicats ne
leur rapportentque mille livres
dans les meilleures années .
210 MERCVRE
Leur nombre eft fixé à celuy
de quarante ; elles n'ont point
d'Abeſſe. Elles firent preſent
de leur Croſſe au Roy, qui leur
fit l'honneur de l'accepter , &
elles en marquerent beaucoup
de joye. Elles s'eſtoient rangées
en haye pour le recevoir , & S.
M. les ſalua toutes, Mrs de Ville
avoient fait préparer un tresbeau
feu d'artifice ; mais comme
il en pouvoit arriver des
accidens , à cauſe du grand
nombre de magazins qui font
dans la Place , S. M. ne jugea
pas à propos de le laiſſer tirer.
Ce Prince qui avoit donné ordre
ce jour-là pour une reveuë
generale de ſon armée , & de
celle de Mr de Luxembourg ,
pour le jour ſuivant , y convia
les Dames , & s'en tetournale
GALANT. 211
e
foir fort tard. Elles s'y trouverent
le lendemain , la pluspart
vétuës en Amazones.
Madame la Duchefſe de Chartres
& Madame la Princeſſe
de Conty la Douairiere
eſtoient à cheval avec plufieurs
autres, & le reſte des Dames
eſtoient en caroffe .Les Cavaliers
marcherent toûjours à
coſté du Roy . La reveuë dura
dix grandes heures à marcher
toujours au grand pas du cheval;
il ne s'eſt jamais vû de fi
belles Troupes .Le terrain étoit
diſpoſe de ſorte , que le Roy
paſſa d'abord la feconde ligne
de fon Armée en reveuë. Lescaroſſes
marchoient le long des
lignes. Après avoir vû la ſeconde,
S.M. vint à la premiere,
où Monſeigneur le Dauphin
s'eſtoit venu mettre pour ſaluer
212 MERCVRE
le Roy & les Dames , ce qu'il
fit de la meilleure grace du
monde ,l'épée à la main. M. le
Comte d'Auvergne qui estoit
trois pas derriere luy fit le même
falut. Rien ne peut eftre
plus leſte que la Maiſon du
Roy. Monfieur le Comte de
Tholouſe ſe mit à la teſte de
fon Regiment , & falua S. M.
Monfieur ſalua le Roy au bout
de la ligne . M. le Duc de Villeroy
fit enſuite le mefme ſalut.
La fin de la premiere ligne de
l'armée du Roy , conduifit au
commencement de la premiere
ligne de celle de M.de Luxembourg.
Ce Duc eſtoit à lateſte,
&falua S. M. qui luy fit beaucoup
d'accueil. L'armée qu'il
commande est la plus nombreuſe
qui ait jamais paru en Flandre,
il falloit une heure & de
GALAN T. 213
mie au pas du cheval, pour aller
d'un bout d'une ligne à l'autre .
Le Roy dit , qu'il n'avoit jamais
vü de plus belle Cavalerie.L'Infanterie
avoit quelque choſe de
ſi martial,que des Dames moins
accoutumées à voir des Troupes
en auroient eſté effrayées .
Vers le milieu de la ſeconde
ligne , M. le Duc de Monmorency
ſe mit à la teſte d'un Regiment
, & falua le Roy , & les
Dames. Il fitpreſenter une tresbelle
colation dans des corbeilles
, que l'on porta aux portieres
des caroffes . La revue finit à
plusde fix heures du ſoir. Les
Dames retournerent à Mons ,
& le Roy revint au Camp. Je
vous envoye l'état des Troupes
de l'Armée du Roy en ordrede
bataille ,&je ne doute point que
vous ne le voyiez avec plaifir
と
214
MERCVRE
aprés ce que vous venez de
lire.
PREMIERE ARMΕΕ
de Flandre .
PREMIERE LIGNE.
LIEUTENANT GENERAL .
M.le Comte d'Auvergne .
MARECHAUX DE CAMP .
M. de Montrevel.
M. de Buſca.
Brigade de Lignerie.
Efcadrons.
Grenadiers du Roy ,
I
Noailles ,
2
Duras ,
2
Luxembourg ,
2
Lorge ,
2
Gendarmes du Roy ,
712
Chevaux- legers du Roy ,
2
13
Brigadede Rotembourg.
Royal Piedmont,
4
Rotembourg , 3
GALANT. 215
4
2
Com. de Buſſi ,
Villequier ,
E
LIEUTENANT GENERAL.
M. le Princede Soubiſe.
MARECHAL DE CAMP.
M. de Congis.
Brigade de Segueran.
1
13
Bataillons.
Gardes Françoiſes , 6
Gardes Suiffes.
4
10
Brigadede ......
Toulouſe, 2
Les Vaiſſeaux , 3
LeRoy, 4
و
LIEUTENANT GENERAL .
M. le Duc de Villeroy .
Brigade d'Imecourt .
Carabiniers , 3
Brigade de Girardin.
Roquepine, 4
216 MERCURE
Girardin ,
Cravates ,
4
4
12
SECONDE LIGNE.
LIEUTENANT GENERAL .
M. de Tillader.
:
DRAGONS.
Brigade d'Alegre.
Efcadrons
Royal , 4
Dauphin , 4
d'Asfeld Etranger. 4
12
Brigade de Bollen.
Royal Allemand , .. 3.
Imecourt , 4
Langalerie , 4
Eclainvilliers , 2
1
13
Brigade de Saint Laurent.
Bataillons .
Dauphin ,
3
La Reine , 3
Humieres ,
GALANT.
?
217
E
Humieres ,
Nice ,
Stoppa ,
Pollier ,
T
2
I
1914418
ro
.
Puignion,
Brigade deNaffaw.
Efcadrons.
4
4
2
4
12
Duc de Noailles ,
Naffau ,
:
1
LIEUTENANT GENERAL.
Monfieur le Duc.
MARESCHAL DE CAMP
Mrle C. de Montchevreuil.
DRAGONS.
Fallon ,
Caylus ,
1. A
と
eress
4
100
Quartier du Roy.
1.Comp.des Mouſquetaires , 2
May 1692 . K
218 MERCURE
i
11.Comp.des Mouſquetaires, 2
ARTILLERIE.
Fuſeliers ,
Bombardiers ,
1
3
I
1
4
Voicy l'état des Troupes de
l'Armée de M.de Luxembourg;
avec l'ordre de bataille de la
meſme Armée . Il peut y avoir
quelques Brigades ,& quelques
noms d'Officiers Generaux
tranſpoſez dans l'un & dans
l'autre. Il ſe peut auſſi que leurs
poſtes ayenteſté changez aprés
que le premier état a eſté fait,
ce qui arrive ſouvent , mais
tout cela va à peu de choſe , &
perſonne n'eſt oublié .
GALAN T. 21-9
SECONDE ARME'E
de Flandre .
PREMIERE LIGNE.
LIEUTENANT GENERAL,
M. le Duc de Choiſeul .
Maréchalde Camp.
M. le Grand- Prieur.
Brigade deMarfin.
Gendarmerie ,
Brigade de Phelypeaux.
Du Roy ,
Dauphin Etranger ,
Bourgogne ,
8
:
4
4
4
12
Brigade d'Alou.
Dauphin , 4
Berry , 2
1
Orleans , 2
Bourbon , 2
Villeroy , 12
1
12
Brigade de Lomaria.
Vivans , 2
K 2
220 MERCURE
Lomaria ,
Anjou ,
42
Royal Etranger , 4
12
LIEUTENANT GENERAL,
M. le Comte de Montal.
Maréchal de Camp....
M.le Marquis de Crequi.
Brigade d'Albergoti.
Bataillons.
Champagne , 3
Guiche , 2
Royal Italien , I
Provence , 2
1
8
3
2
I
2
A
Royal ,
Brigade de Solre.
Du Mayne ,
La Saare ,
Royal Comtois ,
Solre ,
119
GALANT. 221
4
Brigade de du Perré.
Lyonnois ,
Bourbon ,
Maulevrier ,
!!
L
Greder Allemand ,
2
I
2
12
م
8
: Brigadede la Rocheguyon .
Languedoc , 2
Vermandois , I
Orleans , 2
Navarre. 3
رم
8
1
! LIEUTENANT GENERAL
: M. de Rofen .
Maréchal de Camp .
Mr le Marquisde Cognies.
Brigadede Montfort.
Efcadrons .
Royal Rouſſillon , 4
LeMarquis de Biffi , 4
Le Marquis de Noailless , 4
12
0
K 3.
222 MERCURE
Brigadede du Rozel.
Condé ,
Du Rozel ;
Baffens ,
Furſtemberg ,
2
4
4
1
رس
12
Brigade de Précontat
Carabiniers ,
Brigade de Quords.
Rohan , 2
Aubuffon , 2
Praflin , 2
Quadt 3
Meſtre de Camp general , 4
13
• SECONDE LIGNE ,
LIEUTENANT GENERAL,
M. le Duc de Vendofme .
Maréchal de Camp.
Brigade de S. Simon.
Saint Simon ,
Sagny ,
Efcadrons.
4
4
L
GALANT. 223
Finne , 4
12
Brigade de Montmorency .
Precontat ,
Vaillac ,
La Valliere ,
Brigadede Courtebonne.
Levy ,
Du Chatelet ,
Courtebonne ,
Brigadede Lavaiſſe.
Bourbonnois ,
Limofin ,
Haynaut ,
Perigord ,
Foix ,
Montferrat ,
444212
4
4
4
12
Bataillons,
2
2
Ks
I
214 MERCVRE
LIEUTENANT GENERAL ,
Monfieur le prince de Conty.
Maréchal de Camp.
M. de polaſtron.
Brigade de stoppa lejeune.
Stoppa le jeune , 4
3
2
Monin ,
Courtent ,
Sallis,
Scheilsberg,
1
4
A Brigade de Greder.
Greder Suiffe , 4
2
2
-8
Brigade de Zurlauben.
Berry ,
I
Lamer, I
велисе , I
Soiffonnois I
و
Zurlauben ,
Poitou ,
2
2
8
GALANT.
225
LIEUTE NANT GENERAL ,
MONS TEUR le Duc du Maine,
Maréchalde Camp.
M. de Vatteville....
Brigade de Lagnion..
Romainville ,
Bellegarde ,
4-
4
cliffi , 4
12
Brigade de Maſſot.
Maffot , 5
Coiflin , 4
Clermont.. 4
12-
Brigade de Magnac.
Gournay ,
Courlaudon,,
2
4
Magnac , 4
Du Mayne , 2
DRAGONS ..
Brigade de Mailly.
La Reine
نم
122
1
4-
KS
::
216 MERCVRE
Barbefiere ,
Chevalier de Gramont ,
4
4
12
Commandant du Corps de Reserve.
Monfieur le Duc de Chartres ...
M.de Befons . た
RESERVE.
Escadrons.
D. de Seneterre , 4
Chartres ,
Befons , 4
Montrevel 4
Sibours , 4
Framboiſac , 4
22
DRAGONS.
Brigade de Sailly.
Vartigny
Sailly ,
Asfeld,
Efcadrons.
4
4
112
GALANT .
227
Le Roy ayant convié les Dames
à dîner le lendemain , les
traita dans une Tente , & leur
donna une Muſique guerriere ,
compoſée de fix-vingt Tambours
aux Gardes , & de quarante
Tambours des Gardes
Suiffes , avec des Trompettes
& Timbales des Gardes du
Corps , des Gendarmes & Che
vaux-legers , au nombre de
trente - cinq , & tous les Hautbois
des Mouſquetaires & du
Regiment du Roy. Tout battit
enſemble la marche Françoiſe
, & enſuite la marche
Suiffe . Les Trompettes avec les
Timbales donnerent feparémentle
plaiſir de la marche à
cheval . Mr Philidor , à qui le
Roy avoit laiſſe la conduite de
ce Concert , avoitfait une finale
pour les finir enfemble. Les
K 6
228 MERCURE
Hautbois joüerent les Airs de
la Grotte de Versailles , & Mr
Philidor joüa avec eux. Les
Trompettes & les Timbales
enſemble donnerent enſuite le
divertiſſement des vieux Airs
de guerre , ce qu'elles firent.
avec deux Choeurs , qui furent
entremêlez de Menuets que
joüerent les Hautbois. Toutes
les Trompettes , tous les Tambours
,& toutes les Timbales ,
battirét la charge dans le même
temps , & le Roy la fit recom
mencertrois fois. Aprés cela on
entendit les trois derniers Airs
de l'Opera de Pfiché. On battit
enfuite la Generale,l'Aſſemblée
la Retraite Françoiſe , & les
Dianes. Tous ces Airs eftant
beaux ,bien concertez ,&joüez
par tout ce qu'ily a de plus ex--
:
GALANT. 2:29
cellens hommes chacun dans
leur profeffion , firent plus de
plaifir que la pluſpart n'en donneront
à la Garniſon de Namur.
Le Jeudy 22.on décampa
& on alla à Erlemont , le Vendredy
à l'Abbaye de Saint-
Amant , & le Samedy à Mazy.
Ce jour-là , Sa Majeſté pendant
fon dîner declara le Siege de
Namur , que Mr de Bouflers
avoit inveſty le meſme jour
avec ſon corps d'Armée . Mon
fieur le Prince partit le Diman+
ehe 25. jour de la pentecofte ,
àla pointe du jour avecdix mille
Chevaux pour ſe rendre auffi
devant la Place ; & le Roy partit
àdeuxheures aprés minuit pour
s'y rendre de bonne heure
n'en eſtant qu'àdeux lieuës. Son
Armée jointe à celle de Mr de
Bouflers monte à foixante دو
2
230
MERCVRE
&neufmille hommes. Le Roy
a inveſty la Place depuis la baffe
Sambre juſques à la baſſe Meuſe
Mr de Bouflers entre la haute
&la baffe Meuſe , & M.de Humieres
entre Sambre & Meuſe,
Mille Chevaux eſtant fortis de
la Place , dans la penſée qu'on
alloit inveſtir Charle-Roy ,
n'ont pû yrentrer. L'Armée de
Mr de Luxembourg a marché
en meſme temps que celle du
Roy , & eft campée à Gemblours
Ainſi il barre l'Armée
du Prince d'Orange , & couvre
le Siege. Son poſte eſt défendu
par cinq ou fix Défilez , où fix
mille hommes en pourroient arreſter
quarante mille Quelques
fatigues que le Roy ſe ſoit données
, il eſt , graces à Dieu , dans
une ſanté parfaite.
Voicy les noms de ceux qui ont ex
GA LANT. 23E
!
pliqué l'Enigme du mois paſſe ſur le
Tableau qu'on expoſe tous les ans à
Nôtre-Dame le premier jour de May.
Meſſieurs", De Perreuſe Page de la
Chambre du Roy , âgé de douze ans ;
Bonnard , de l'Hoſtel du Queſnoy ,
Place Royale , & la charmante Brune,
de l'Hoſtel de Vaubecourt ; le Chevalier
Beſnier ; le Chevalier Loibel de la
Place Maubert ; Gautier , Prêtre
Chapelain de l'Egliſe de S. Pierre de
Caën ; Madrenes , Avocat au Parlement
de Toulouſe ; Baptiste de la
ruë S. Victor ; Antoine Benard , rue
neuve Noſtre-Dame ; De Lauverie ;
G. Hutuge d'Orleans ; Carteron
Avocat en Parlement , & le Sénéchal
de Veluize ; Charles Norbert de Beauvais
; Theodore Atinet , Prieur de S..
Ambroiſe de Lion ; l'Abbé Beffort
Chanoine de S. Juſt du meſme licu
Bellair Capitaine ; Bourot Preſtre de
S. Paterne à Vannes De Gaye ; Coquebert
; Fraizer , rue de Tournon ;
L'Officier Marchand des trois agneaux
le petitMenage uni , du Quay de la
Megiflerie ;leGalant ſans efperance,
232
MERCVRE
du Quay des Auguſtins ; le Jeune
Heros des trois agneaux , de la rue S.
Denis; le gros Contrôleur.; le Cavalier
d'le prés de Chaſteau Carré; l'illuſtre
Solitaire , de la rue des Billettes;
l'Unique du Cloiſtre S. Mederic ;
'Enjoué ; le Clerc & fa Belle , de la
Fue aux Fers ; l'Abbé Cinq Pré , de
la rue des Tournelles , le Peſcheur de
Ja Raquette ; le Blond doré de la rue
Verderet ; le fameux Commis de la
porte S. Jacques ; Pillor de Nantes ;
l'Amant nocturne ; l'Amoureux impitoyable
, de la ruë Montorgueil ;
Jean Reverend & fon amy Grifon,
rue S. Honoré ; le Camus de la rue de
la Ceriſaye ; l'Illuſtre Merimberg , de
la rue de Buffy , & fon aimable Maiſtreſſe
; le Solitaire Caraunin ; la Fontaine
, proche le Mont Parnaſſe , rue
S. Jean de Beauvais , Paul. Alexandre
Serin ; l'Abbé Ricard ; le Duc , dit le
grand Mogol de Verſailles ; l'Aimable
Jannot , de la rue Trouſſevache , &
fon Amy du Soleil d'or ; le Sr dela
Rame , Cadet au Regiment de Champagne
, de la meſme rue ; le Beau Sau
GALANT.
233
teur de la rue S. Paul ; le Controlleur,
de la rue des Lombards , Meſdemoifelles
Belin;Montier , Gerare du Quay
des Aaguftins ; de la Bigotiere , de la
rue de l'Echange ; la Belle Manon ,&
'l'Amant inconnu du Cimetiere Sainte
Anne de Rennes ; la Toute- aimable
Loiſette , de la rue S. Denis ; la Charmante
Manon , de la rue de la Pelleterie
; l'Imcomparable Babet d'auprés
ſainte Opportune , ſa compagne , &
fon incomparable amie , de la rue du
Petit Lion , l'incomparable Angelique
de Caën ; le Seigneur du Cachemire,
& l'Appollon dea notable du mesine
lieu ; Marguerite Cotterean ,de la rue
Guillebert de Caën ; l'Incomparable
de Monceron ; l'Innocente en amour ;
la belle Verneſſon & ſa plus fidelle
amie ,de la rue des Bernardins ; la
charmante Foreſt ; laToure Spirituelle.
Soeur de M. le Curé d'Ozy , proche
Soiffons ; l'Image de Venus , de la
Raquette; le Berger Tircis à l'Anagramme
, Siecle d'Amour ; Diane
de la Foreſt d'Alclon ; la ſcavant
Eleonore ; la Maiſtreſſe de la charman234
MERCVRE
te Titi , L'abbé de la Tour de Pierre
Size.
Jevous envoye une Enigme nouvelle
que vous propoſerez à vos Amies.
Peut-eftre auront-elles beſoin de refver
un peu , pour en trouver le mot.
ENIGME.
A
UX Animaux vivans je ne
faispoint laguerre ,
Dema rigueur ilsſeplaindroientà
tort ;
Maisilen est beaucoup ,dans l'air ;
&fur la terre ,
Qui reçoivent de moy cent coups
aprés leur mort.
Ma queuë eft affez longue , & ma
teste est fenduë.
J'ay grand commerce avecque le
Pourceau .
Ilfuispartoutma trace,&quand
jem'évertuë ,
I'en entraîne toujours quelque petit
morceau.
Avant que defervir , je suis fors
maigre ,&feche ,
لا
Di
6
1
voa
2
te
S
A
b
igre , jeche ,
GALANT .
235
Mais mon travail bientoftm'engraiſſe
un peu .
Lecteur , je vais d'un mot te décou
:
vrir lamêche ,
Mon ouvrage n'est fait que pour le
mettre au feu.
L'air nouveau qui fuit, eſt d'un
bon Auteur. Vous en jugerez
auffi-bien que des paroles.
AIR NOUVEAU.
mes foins affidus
MEsSoupis Vous parlent tous les jours
de mon cruel martyre.
Puisqu'ils nefontpas entendus,
Ie mourray, belle Iris, fans ofervous
ledire.
Rien n'eſt ſi incertain que les Lettres
de Vienne , meſme les plus ſinceres.
Je vous ay marqué dans cette Lettre
ce que portoient celle du 8. Celles
du 11. ne diſent plus que le Blocus du
Grand Varadin ait eſté changé en
Siege.Ainfi la Tranchée n'ayant point
eſté ouverte ,on ne peut avoir reſolu
236 MERCVRE
de donner un aſſaut general. Ce qui
paroiſt certain , ſelon toutes les Lertres
des Ordinaires paffz , & du dernier
, eſt que la Garniſon continuë à
faire beaucoup de feu avec ſon canon ,
&des forties qui ne marquent rien
moins que fextréme foibleſſe où les
Auſtrichiens veulent qu'elle ſoit depuis
longtemps. Les dernieres Lettres
marquent qu'il y a des proviſions
au moins pour trois mois dans la Place
, & que les Troupes deſtinées pour
Ja ſecourir feront bientôt en état d'agir.
La nouvelle de ladépoſition du
Grand Viſir ſe confirme. Les Imperiaux
ſe flatent que ſa place ſera remplie
par un Miniſtre plus pacifique ,
mais ils ignorent,ou du moins ils affetent
de ne pas ſçavoir , que le Grand
Vifir n'a été déposé,que parce que fon
grand âge le faifoit incliner à la paix.
Il eſt vray qu'il agiſſoit pour la conti
nuation de la guerre ,& donnoit les
ordres pour les préparatifs ,mais il y
étoit forcé, le Divan ayant reſolu tout
d'une voix de n'écouter aucune propoſitionde
paix, Ainfi il y alloit de fa
GALANT.
237
tere de ne pas faire travailler aux préparatifs
de la Campagne. Il paroît par
toutes ces choſes que le nouveau Gad
Vifit,en cas qu'il y en ait un , n'oferoit
faire paroître aucune inclination pour
la paix, & qu'on ne l'auroit pas élevé
à cette dignité, i l'on croyoit que fon
inclination l'y portât.
J'apprens en ce moment des nouvelles
qui ne font que d'arriver par un
Courier extraordinaire . On a découvert
que le Grand Viſir qui vient d'être
déposé , & qui doit apprehender
beaucoup pour ſa tête, en cas qu'il foit
encore en vie, étoit d'intelligence avec
l'Empereur pour laiſſer perdre leGrand
Varadin ſans le ſecourir , & que s'il
n'eût point fait traîner les choſes en
longueur, il y auroit déja longtemps
que cette Place auroit été ſecourue.
Les mémes Lettres portent que c'eſt
le Comte Texeli qui a découvert cette
intelligence,& que le Grand Vifir dépoſé
n'avoit pas fait travailler à de ſi
grands préparatifs de guerre, qu'il faifoit
croire au Grand Seigneur , mais
comme il y a déja du temps que cette
intelligence eſt découverte , les Turcs
238 MERCVRE
demeurerent d'abord perfuadez qu'ils
en auroient affez pour reparer les
maux que ſa perfidie étoit ſur le point
de leur couſter , & fur tout le Grand
Seigneur ayant nommé pour Premier
Vizir , le Bacha d'Egypte , qui eſt
l'homme le plus accomply de tout
l'Empire Ottoman .
Les Galeres du Roy ayant été l'annéederniere
devant Oneille, cette Place
convint de payer les Contributions
pour éviter d'être bombardée , &pendant
que l'on travailloit à regler quel.
ques Articles , le vent ayant éloigné
nos Galeres ; la Ville ne voulut plus
tenir ce qu'elle avoit accordé. L'Armée
Navale que le Roy a ſur la Mediterranée
ayant eſté plus heureuſe cette
année , elle a debarqué des Troupes,
qui ont forcé cinq cens hommes de
Troupesreglées , & quatre mille hommes
de milices à ſe retirer. On eſt enſuite
entré dans la Place , quia efté
traittée ſelon les Loix de la Guerre , en
ſorte qu'on la tien tout- à- fait détruite,
On aſſure qu'on a gagné les Habitans
qui ont lieu de ſe plaindre de l'Opiniaſtreté
de leur Prince , qui s'obſtine à
GALANT.
239
rendre ſes Sujets mal- heureux, plutoſt
quede vouloir accepter une glorieuſe
Paix. Il perd beaucoup par l'état où ſe
trouve Oneille , & tout le Pays , qui
eſtant fecond en Oliviers , en Vins &
en Fruits , augmentoit ſon revenu.
Oneille eſt un Marquiſat ſitué ſur la
Coſte de Gennes .
La Princeſſe d'Orange a envoyé
ordre à Edimbourg de faire embarquer
pourYarmouth lesRegimens d'Argile,
de Beaumont , & de Senldled , mais le
conſeil ne l'a pas jugé à propos ſans de
nouveaux ordres , parce qu'il les croit
neceſſaires pour la conſervation du
Royaume , où l'on eſt ſi allarmé qu'on
a fait publier une Proclamation, le 28 .
du mois paffé , pour faire mettre ſous
les Armes tous les Habitans depuis
ſeizejuſques à ſoixanteans. On pretend
avoir decouvert une conſpiration
pour ſurprendre le Chaſteau d'Edimbourg.
Depuis l'arrivée du Comte de
Portland , autrement Comte de Benting
, envoyé à Londres par le Prince
d'Orange , non ſeulement on a redoublé
la Garde à Vithall , mais on a fait
mettre aux avenuës des Sentinelles
240 MERCURE
1
plus avancées qu'à l'odinaire. On a
expedié des ordres pour arrêter pluſieurs
perſonnes de marques, entre autres
les Comtes Huntingdon Malborough
, Cardalle , & Laſthfield. Les
deux premiers ſont arrêtez ,& les deux
autres en fuite. On a auſſi arreſté le
nommé Reidly qui a eu de l'employ
dans les Troupes du Roy d'Angleterre.
Le ſieur Ferguson a eſté mis
en priſon à Neugate pour crime de
haute trahifon , au grand étonnement
de toute l'Angleterre Milord Fanshau,
&Milord Brudnel ont auſſi eſté arreſtez.
Tous les Meſſagers ſont en cam.
pagne , pour en arreſter pluſieurs autres
. On a encore arreſté trente- fix
Etrangers dans la Province de Nortangton&
ils ont efté amenez à Londres.
Ils eſtoient parfaitement bien
montez . On a ſaiſidans la meſine Ville
, environ cinq cens chevaux en diverſes
écuries , que perſonne n'a reclamez
, & on affure qu'il y en a un nombre
confiderable en divers endroits du
Royaume que l'on n'a point encore découvert.
On dit que le Maire & les Aldermans
ont refolu de faire lever cinq
Recimens
GALAN T.
241
1
Regimens aux dépens de la Ville ; ils
ſerviront comme Troupes auxiliaires
aux Milices.On fait marcher desTroupes&
du canon vers Porſtmouth, & il
y a une infinité de gens dans le Royaume
qui aiment mieux payer l'amende
quede prêter les Sermens.Pluſieurs Regimens
qui ſont en Irlande , ſont en
marche pour venir en Angleterre.Le 16
de ce mois on fit une Proclamation
par ordre de la Princeſſe d'Orange ,
pour affembler le Parlement le 24.
On a eu parles Lettres d'Eſpagne des
nouvelles de trois choſes arrivées àM.
le Comte d'Eſtrées. Je ne vous feray
pas un long détail de la premiere ,qui
eſt laſeule qui ſoit bien connue. C'eſt
le naufrage de deux Vaiſſeaux qui ont
donné le 18. ſur les Roches de Ceuta
en Afrique,Place appartenante aux Efpagnols.
Le premier,nommé l'Affuré,
eſtoit commandé par M. le Chevalier
de Châteaurenaud,& avoit pour Capi
taine en ſecond,M.de Septeme,& pour
Enſeigne M.de Soudé,qui ſe ſont heureuſement
ſauvez à terre .Le ſecond eſt
leVaiſſeau le Sage,commandé par M.le
Chevalier de la Guiche.On affure que
May 1692. L
*
242
MERCVRE
la plupart des équipages & des Officiers
ſe ſont ſauvez le long de la côte.
Depuis que le Prince d'Orange a mis le
feu dans toute l'Europe,le Roy n'a encore
perdu que ces deux Vaiſſeaux de
guerre ,& les Ennemis en ont perdu
plus de vingt-cinq. M. le Comte d'Etrées
alla enſuite à Malaga,& fit arborer
en approchant Pavillon Hollandois,
ce qui attira pluſieurs Chaloupes ,
qui apporterent des rafraîchiſſemens
àla Flote.M.d'Eſtrées fit tout arrêter ,
& écrivit au Gouverneur. Qu'il l'avoit
connu autrefois,& que comme il estoit un
fortgalant homme, il ne croyoit pas qu'il
deſaprouvât la rufe de guerre dont il s'étoitfervy;
que les prisonniers qu'il avoit
faits ne seroient pas moins bien traitez
que les François,&qu'il le prioit d'écrire
au Gouverneur de Ceuta, de bien traiter
ceux qu'il avoit entreſes mains.Le Gouverneur
de Malaga luy fit une réponſe
forthonnête ,& luy envoya meſine de
nouveaux rafraichiſſemens . Ayant en
ſuite pourſuivy ſa route autant qu'il
pouvoir,c'eſt à dire, fort lentement, il
découvrit une Flote de quatorze Vaifſeaux
Marchands , tant anglois que
GALANT.
243
Hollandois,eſcortée par deuxVaiſſeaux
de guerre Anglois . Il coupa trois des
Vaiſſeaux Marchands dont il prit les
marchandises & les fit échoüer enſuite,
aprés quoy ayant pouffé les autres fur
lacoſte , il les contraignit auſſi d'échouer
& leurs marchandiſes furent
- perduës. Quant aux deux Vaiſſeaux de
guerre, ils ſauverent leurs équipages ,&
voyant qu'on alloit à eux pour les remorquer,
ils les firent ſauter.Le retour
de M. d'Estrées nous apprendra, s'il y a
plus ou moins dans ces nouvelles.
LeRoy en arrivant devant Namur
alla reconnoiſtre la Place ,& s'expoſa
fort pour la bien voir. Il diſpoſa tous
les poſtes choiſit ſon quartier ,
diſtribua tous ceux des Officiers generaux.
& fatigua beaucoup , ayant
demeuré à cheval depuis la pointe du
jourjuſques à la nuit. Jamais on n'a
vûtant de netteté ,& fi peu d'embarras
dans tous les ordres que ce Prince
donna. Il mit ſon quartier dans un pré
où il eſt campé luy & toute la Cour.
Il ne s'eſt trouvé qu'un ſeul Village de
ſon coſté qu'il a donné pour les vivres
SaMajesté mit pied àterre pour man
L 2
244 MERCURE
gerun morceau ; pendant ce tempsMr
de Vauban la vint joindre , & luy
rendre compte de la Place qu'il avoit
reconnuë dés la nuit précedente , ainſi
que l'endroit qu'il avoit deſtiné pour
ouvrir la Tranchée. Comme leRoy
reconnoiffoit la Placele 26. il parut
unTrompette des Ennemis qui apportoit
une Lette à Mr de Bouflers , car
on ne ſçavoit pas encore dans la Ville
que le Roy fuſt arrivé. Sa Majesté ſe
la fit apporter , & la lut. C'eſtoit une
liſte de pluſieurs Femmes de qualité
qui demandoient un paſſeport pour ſe
retirer à Bruxelles.Le Roy au dit Tropette
,que cen'eſtoit pas l'uſage que
les Femmes ſortiſſent d'une Place af
ſiegée , & le chargea d'honneſtetez
pour les Dames ; il luy fit donner
quelques piſtoles , & le renvoya.
Comine Sa Majeſté ſortoit le ſoir , on
vint luy dire qu'il paroiſſoit aux Gardes
trente ou quarante Femmes , Elle
envoya voir ce que c'eſtoit ,& on luy
vint dire que les Dames qui avoient
envoyé le matin demander un paffeport
, ayant ſceu que Sa Majesté
eſtoit Elle même au Camp , elles
GALANT.
245
venoient s'abandonner à ſa mifericorde
,& ſe rendre plûtoſt priſonnieresde
guerre , que de reſter dans la Ville. Il
y eut quelques allées & venuës , & le
Roy s'eſtant enfin laiſſé toucher , les
fit mettre dans unemaiſon juſques au
lendemain ,& leur envoya un Maiſtre
d'Hoſtel pour leur faire préparer à
ſouper ,& le lendemain il leur envoya
des Carroffes , pour les conduire dans
une Abbaye de Filles à deux lieuës du
Camp , où elles demeureront juſques
àla fin Siege. Ce qu'il y a de remarquable
, c'eſt que les premiers Soldats
de nosTroupes qu'elles ont rencon.
trez en ſortant , les ont ſervies &
ſecourues comme auroient fait leurs
propres domeſtiques . Ils ont porté
leurs hardes , leurs enfans & leurs paquets
, ſans leur faire aucun tort , quoy
qu'elles euffent quantité de Pierreries.
fur elles &dans leurs Caffettes , car
tout ce grand nombre de Femmes n'eft
compofé que de douze ou quinze
Maiſtreſſes avec leurs Domestiques.
Les Ennemis ont fait une fortie au
quartier de Mr de Bouflers , & ils ont
eſté repouſſez avec perte de 40. Qu
so.hommes.
246 MERCVRE
Le Roy allant reconnoiſtre quelques
Ouvrages ſur les huit heures du
foir , fut fur le point de tomber dans
une embuſcade , mais comme la Sentinelle
fit de loin quelques lignes d'a
vertiſſement , Mrs de Vauban & de
Saint Vians prirent les devants , ils
eſſuyerent une décharge preſque à
bout portant dont ils ne furent point
bleffez.
La tranchée a eſté ouverte le 28 ...
Les Ennemis ont dreſſé un Cavalier
dans le Chaſteau pour donner s'ils
peuvent dans le quartier du Roy
Cinq ou fix boullets ont paſſe la nuit
audela de la Tente de Monſeigneur
leDauphin.
La Princeſſe d'Orange au déſeſpoir
d'aprendre que le party du Roy ſon
pere groffit tous les jours , a fait propoſer
au Maire de Londres de faireexciter
une émotion populaire par ſes
Creatures , afin d'avoir lieu de faire
main baſſe ſur tous ceux à qui l'on
donne le nom de Jacobites , à quoy le
Maire n'a pas conſenty .
Jem'en tiens à ce que je vous ay dit
le mois paffé touchant la Defcente du
GALANT.
247
Roy d'Angleterre , en ſes Eſtats , mais
comme les vents ont changé , je croy
que vous ſçaurez avant que de recevoir
ma Lettr , quel fuccez aura eu cette
entrepriſe. Le Prince d'Orange n'en
eſt pas moins allarmé que du Siege
de Namur. Il tâche cependant avec
l'Electeur de Baviere de raſſeurer le
Peuple de Bruxelles , dont la confternation
eft grande depuis qu'il a appris
ce Siege , qui doit achever ſa ruine ,
laPlace ne pouvant eſtre ſecouruë
quand les Alliez auroient quatre- vingt
mille hommes ; auſſi les craint on fi
peu qu'on a ouvert la tranchée avant
= que les lignes fuſſent achevées . Je
fuis , &c.
AParis ce 31. May 1692 .
248 MERCURE
APOSTILLE .
La Tranchée n'a eſté ouverte devant
Namur que le 2 9. & non le 28. de ce
mois.
Ce n'eſt point au Maire de Londres
que la Princeſſe d'Orange a propoſé
d'exciter une émotion populaire
comme il eſt marqué dans ma Lettre ,
c. c'eſt à ſon Confeil.
Les Seigneurs qui ſont leplus affe-
Aionnez au Prince d'Orange , n'ofent
fortir de VVithal .
Il eſt arrivé à Breſt un Vaiffean de
la Flote de M.le Comte d'Eſtrées , pour
donner avis que ce Comte le ſuivoit ,
&qu'il arriveroit inceſſamment.
511
m
1692.5
Our 511-1692,5
m
Mercure
< 36623738710011
<36623738710011
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT.
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
ΜΑΥ 1692.
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere au Mercure Galant..
M.DC. XCII
Avec Privilegedu Roys.
مر
1
Avis pour placer les Figures.
La Medaille doit regarder la
page 157.
La Liſte de l'Armée Navale
doit regarder la page 163 .
L'Air doit regarder la page
2350
MOYJ A
WDCXCIT
Bayerische
Staatsbibliothek
nchen
. و
TABLE
Prelude.
Verfion d'un Pfeaume qui a
beaucoup derapport aux Affaires
du temps.. 2
Marques de zele des fidelles Suiets
de Sa Majesté.
L'Hymen, l'Amour,&la Raifon ,
Dialogue. 14
MortdeM. leDuc d'Elbeuf. 28
DiscoursfaitparM.le Comte deRe
benac ..
Agrément de plufieurs Charges
donné par le Roy 6.3
Lettredu Berger deFlore. 65.
Remarquesfur laréponſefaireparle
Roy dEspagne , au Bref écritpar
Sa Sainteté, pour l'exhorter à la
Paix,
Mariages. 2
Relation exacte du combat donné
1
aux lesz . 144-
TABLE.
Galanterie. 15.8
Le Cygne& les Canards,Fable.162
Etat desforces de mer du Roy . 163
Audience donnée par le Roy aux
Députez des Etats de Bretagne .166
Carte du Pays d'entre Sambre &
Meuse..
Morts.
Nouvelles deHongrie.
68
169
176
Ouvragesſur leVoyage du Roy: 189
Lournaldu Voyage du Roy, avec l'état
defes Armées.
Articles desEnigmes.2
196
Nouvelles de Vienne.
2235
Nouvelles de Constantinople. 237
Bombardement d'Oneilles 238
Nouvelles de Londres 239
Nouvelles de la Flote commandée.
par Mile Comte d'Estrées 241
Nouvelles du Siege de Namur. 243
Dernieres nouvelles d'Angleterre,&
du Prince d'Orange.. 247
Apoftille. là-même..
Fin de la Table,
I
MERCURE
GALANT.
ΜΑΥ 1692.
E croy , Madame,
que vous vous ferez
un plaifir d'entendre
le Pſeaume , Quare
fremuerunt Gentes , dans la bouche
de noſtre Auguſte Monarque
. On en a fait une verſion
dont je vous fais part. Pour
peu que vous faſſiez de reflexion
à ce que contient co
A
2 MERCVRE
Preaume , & à ce qui ſe paſſe
preſentement en Europe , il
ne vous fera pas difficile de découvrir
les endroits par où il
peut eſtre apliqué au Roy .
VERSION DU PSEAUME
Quare fremuerunt Gentes.
Q
Vel Sujet de couroux quelle
nouvelle injure
,
De tant de Nations excite le murmure
?
Quepretend leur fureur ? quelfrivole
deſſein ,
A mis à tant de Rois les armes à
la main ?
Rebelles au vray Dieu , corrupteurs
rémeraires
De la Loy que fon Verbe à transmise
à leurs Peres ,
On jaloux quele Ciel par tout foit
mon appuy ,
GALANT .
3
S'attaquent- ils à moyppoouurrſfseeevvaann.
ger de luy ?
Sauvons- nous , diſent-ils , desfers
qu'on nous appreſte ,
Ala honte du joug derobons nôtre
tête;
Détruiſons un bonheur qui nous
bleffe les yeux.
MaisleMaistreEternelde la terre
&des Cieux ,
Rira des vains projets que leur bouche
m'anonce,
Et ses foudres feront entendre la
réponse.
La difcorde & l'effroy troubleront
leur confeil;
Je verray de leur haine avorter
l'appareil.
C'est may , c'est moy qui fuis , par
fon ordrefublime ,
De lafainte Sion le Princelegitime.
C'est moy qui publieray , qui défendrayſes
Loix.
1
A 2
4
MERCVRE
Je trouve un Fils en toy , m'a dit ce
Roy des Rois ;
Aujourd'huy dans ton Dieu tu vas
trouver un Pere.
Veux - tu des Nations confondre la
colere?
Veux tu de leur dépoüille enrichir
tes Etats ,
Ou voir tout l'Univers aſſervy par
ton bras ?
Parle, ton bras Soudain armé de
mon tonnerre ,
Brifera tes jaloux , comme on briſe
le verre ,
D'un opprobre éterneltu les verras
couverts ,
Ramper fervilement sous le poids
de tes fers.
Vous donc , à qui ma gloire est un
mortel outrage ,
Du Dieu qui me protege entendez
le langage.
Fiers Monarques , Souffrez qu'une
Sainte terreur
GALANT.
Tourne en amour pour lay voſtre
noire fureur.
Venez, mettez l'orgueil qui vous
Scent tropSeduire ,
Aux pieds de fes Autels que vous
vouliez détruire.
Quand il fait dans les airs tonner
fonfier couroux ,
Heureux qui tout à luy n'en peut
craindre les coups.
La conſervation de la per
ſonne ſacrée du Roy eſt ſi neceſſaire
à toute la France, qu'il
n'y a perſonne qui ne faffe
tous les jours par les ſouhaits
de fon coeur la meſme priere
que fit il y a fort peu de temps
M. le prieur de Briquemauls
dans une occafion folemnelle ;
où aprés avoir marqué l'obligation
qu'avoient les Peuples
de lever les mains au Ciel ,
1
1
A 3
6 MERCURE
!
A
comme fit Moyfe', tandis que
Joſué combattoit à la teſte de
ſes Armées , & de demander à
Dieu qu'il luy plaiſe de conferver
ce Monarque , il finit par
ces paroles.
6
Ouy , Seigneur , LOUIS LE
GRAND est voſtre ouvrage, &
vous estes engagéàsadéfense. C'est
de vous que nous l'avons receu
c'eſt à vous à nous le conſerver.
C'eſt pour vous qu'il combat , c'est
pourvous qu'il se reconnoist redewable
deſes victoires. Venez prom
ptement , Seigneur , àfonsecours,
®ardezd'un oeilfavorable un
Roy qui n'a point d'autres Ennemis
que ceux de vostre Eglise. Ilfoûtient
vos Autels , affermiſſez ſon Trône.
Il prend luy ſeul en ſes mains la
défense de la Religion , prenezvous
feul lefoin deſes Etats. Il estle
bouclierde la Foy , couvrez, SeigGALANT.
7
:
gneur,sa personneSacrée devostre
ombre, comme d'un bouclier qui le
garantiffe des dangers où tous les
jourssa valeur l'expose. Dieu des
Batailles , foûtenez laforce defon
bras. Angedu grand grand Confeil
diffipez la Ligue de ces lâches Princes
, plus jaloux de vostre gloire
que de lafienne. Renverſez le Trône
chancelant dusuperbe Adonias ,
qui a l'inſolence de dire qu'il regneraſans
vous , & qui n'a déja que
trop regné contrevous. Rendez aux
Rois que cet ufurpateur aseduits ,
un coeur veritablement Chreftien ,
vous qui tenezentre vos mains les
coeurs desRois. Faites remonterfur
teTrônedeſes Peres un Roy fidelle,
qui n'en est descendu que parce
qu'il vouloit vousy faire monter.
Maispourquoy preſcrive des bornes
àvos bontez, Seigneur ? Pourquoy .
vous importuner pour tant de fa-
1
A 4
8 MERCURE
veurs ? Une seule nous suffit ; que
LOUIS LE GRAND vive,
c'en est affez. Le cours de sa vie
reglera celuy de nos profperitez. Il
vous fera regnersur toute laterre ,
malgré la jalousie deses Ennemis.
Mais , Seigneur attendez encore
quelque temps à le faire regner dans
le Ciel. C'est la grace que nousvouS
demandons pour luy , dans ces jours
de grace pour nous.
Entre tous ceux qui ont ce
zele fincere & empreſſé pour
le Roy , il n'y a perſonne qui
endonne plus de marques que
Mr le Comte de Fontaine
Berenger , Capitaine au Regiment
de Bouflers , qui outre
toutes les réjoüiſſances qu'il a
faites pour chaque avantage
particulier qu'ont remporté
les François , a voulu encore
GALANT.
و
confacrer deux jours de cha
que année par deux Feſtes
folemnelles pour demander à
Dieuqu'il luy plaiſe de benir
tous les projetsde Sa Majefté.
L'une de ces Feſtes ſe celebre
le premier jour d'Octobre ,
Feſte de Saint Remy , dans ſa
Terre de Fontaine-Berenger
prés Trun , Dioceſe de Sez ,
& l'autre le Mardy de la ſemaine
de Paſques , dans ſa
Terre d'Herengerville , Dioceſe
de Coutance . La ceremonie
de cette derniere Feſte
ſe fit le 8. du mois paffé avec
_beaucoup de magnificence. Mr
Vincent , Prieur de l'Hôpital
de Coutance , prêcha le matin
fur la Charité , & fit l'Eloge du
Roy avec une entiere ſatisfaction
de ſon Auditoire. Mr
Marqş dont l'éloquence
A. 5
10 MERCVRE
eſt connuë par tant de Sermons
où il s'eſt fait admirer dans les
meilleures Chaires du Royaume,
fit l'aprés -dînée un nouveau
Panegyrique de ce grand
Monarque , & on chanta l'Exaudiat
en Muſique , avec les
autres Prieres que l'Egliſe ordonne
en pareille occafion. Mr
le Comte de Fontaine Berenger
traita toute la Nobleffe ,&
fit diſtribuër de grandes aumônes.
Chacun eſtoit ſous les.
armes , & le ſoir tout fon Logis
fut illuminé , ainſi que
tous les arbres qui font autour
d'un grand Etang qui en frape
les murs. Au milieu de cet
Etang eſtoit dreſſé un bucher
d'une conftruction toute fin--
guliere. C'eſtoit un ouvrage
quarré, environde douze pieds
qui ſembloit porté pardes poif
GALANT. IT
fons. Les victoires que nous
avons remportées ſur Mer ſe
diftinguoient fur les bords ,
qui touchoient preſque l'eau ,
& dans le milieu eſtoit un
Neptune environné de toutes
les Divinitez Maritimes , qui
avoient für leurs teſtes une efpece
de baſſin d'une fontaine ,
avec un jet d'eau. Ce baffin
eſtoitquarré , & haut de deux
pieds , avec quatre Tableaux
autour , dont celuy qui faifoit
face au Manoir Seigneurial
repreſentoit le Temps , le plus
ancien des Dieux , qui chaſſoit
l'Hiver pour faire place au
Printemps , & favorifer l'ar--
deur de nos illuftres Guer--
riers. Sur le coſté droit on remarquoit
trois Aiglons fur un
Dauphin, contemplantle Soleil
qui diffipoit les nuages malgré
A 6
12 MERCVRE
toutes les vapeurs qu'exhaloit
laterre. Sur les quatre coins de
la fontaine il y avoit quatre
Amours , & chacun d'eux regardoit
une des Parties du
Monde . Toute la Machine
eſtoit garnie de petards & de
fuſées , avec quatre petits Pierriers
, & autant de petits Canons
autour. Lors que la nuit
fut venuë , Mr le Comte de
Fontaine Berenger fit paroiſtre
fur cet Etang le portrait d'une
belle Nymphe , à qui il
donna le nom de Déeſſe des
belles Eaux, par alluſion àceluy
de Mademoiselle de Belleau-
Coſtat d'auprés de Livato, l'une
des plus aimables & des plus
ſpirituelles perſonnes de la
Province , qui eſt tellement.
charmée de tout ce qu'a fait le
Roy , qu'elle a fouhaité pluGALANT.
13
ſieurs fois d'eſtre homme pour
avoir la gloire de le ſervir . Ce
Portrait eſtoit ſuſpendu adroitement
par deux cordes , fur
une corbeille toute garnie de
lumieres & d'artifice , & on
liſoit des Vers aux pieds des
Amours , dont l'un ſe plaiſoit à
faire connoiſtre qu'il cherchoit
une belle eau pour ſa fontaine ,
& l'autre marquoit que jamais
belle eau ne gâta rien. Les Vers
des autres Amours n'avoient
pas moins de galanterie. Le
Feu , dont chacun loüa l'invention
, fit un effet merveilleux
,& l'Auteur de certe Feſte
receut de grands applaudiffemens
..
د
Tout ce que je vous ay fait
voir de Mr de Senecé , a eſté fi
bienreceu dans voſtre Provin--
14
MERCVRE
ce ,qu'il fuffit preſentementde
vous lenommer en vous envo--
yant de ſes Ouvrages , pour
vous preparer à lire quelque
choſe d'un bon gouft , & qui
merite l'empreſſement que
vous me marquez d'avoir tout
ce qui part de ſa plume. Le
Dialogue qui fuit eſt de fa facon.
L'HYMEN , L'AMOUR,
ET
LA RAISON.
L'HYMEN.
On Frere , jusqu'icy jay
gardé le filence.
Iusqu'icy pouffévivement ,
\
GALANT.
Mon coeur defon reſſentiment
Areprimélaviolence ;
Mais enfin il demande unéclairciffement
,
Etjeſens épuiſer toutefa patience.
Lefçay que l'univers est soumis à
vos loix ,
Que la Naturefuſpenduë
Est attentive à voſtre voix,
Que dans l'affreux.chaosreglé pam
vostre choix ,
Elle euft eftéfans vous pour jamais
confondue ,
Que vos premiers Sujets font les
Dieux& les Rois ,
Quevous regnez par tout . De vo
augustes droiss
Le connois la vaſte étenduë ,
Etje n'ignore point Ihonneur queje
vous dois..
Pourtant(vous lesçavez) toutpuis
Sansque noussommes ,
Ilestpardeffusnous un pouvoirdans
Las Cieux
16 MERCURE
Un Dieu commande aux Rois , un
Roy commandeaux hommes,
Etla raison gouverne& les Rois,
les Dieux.
Oferiez - vous tout seul corrompre cet
usage ,
Pourmoy toujours injuste , & tou
joursrigoureux?
NeSouffrirez- vouspoint qu'un Cadet
malheureux
Joüiffe defon apanage ?"
L'AMOVR..
L'éloquence pourvous , mon Frere
n'est qu'unjeu..
De ces moralitez où tant de bon sens
brille ,
L'hiver au coin de voßre feu ,
Vous endormezvostre Famille.
C'est vostre fort , &fans vous of.
fenfer.
Je pourrois ajoûter que de cette qu
relle
Je ne dois point m'embaraff r..
GALANT. 17
Vous voirgrondeur , Hymen , n'est
pas choſe nouvelle ,
Vous nesçauriezvous en paſſer.
Maisqu'ilfoit un pouvoir que mon
pouvoirredoute ,
Qu'ilsoit quelqu'autreDieu de mes
forces vainqueur ,
C'est un article dont je doute ,
- Et ce n'est pas toujours la Raifon
qu'on écoute.
Quand nous parlons enſemble aw
fond du mesme coeur.
Ieveux bien toutefois vous impofer
filence.
Faccepte la Raison pour discuter
nos droits.
De quoy vous plaignez-vous ? Par
lez ; sans conſequence
Le m'ysoumets pour cettefois.
L'HYME N.
Vousm'avezoutragé par plusd'um
ne entreprise,
Le n'en reveille point le ſouvenir
cuifants
18 MERCVRE
Mais du moins rendez moy Céphife
,
De qui vous mesme , Amour , vous
m'aviez fait prefent .
Toute jeune en mes mains elle fut
confignée
Rien n'approchoit alors defes empreſſemens.
Quand de foncher Epoux elle estoit
éloignée,
Ses chagrins inquiets comptoient
tous les momens.
Pour vuider ſeul à feul quelque tendre
querelle ,
C'eftoit toujours nouveau cartel.
Luy rendre une viſite estoit alors
pourelle
Un outrage mortel.
Aux Amis, aux Parensinvisible,&
farouche ,
Ce bienheureux Epoux l'occupoit en
tous lieux.
ses folâtres defirs s'échapoient par
Sesyeux
GALANT. او
- Quand la pudeur tâchoit de leur
fermerlabouche.
Tous ces amusemens qu'on appelle
plaisirs,
Opera , Concerts , Mascarades,
Par la comparaiſon rendus encor
plus fades ,
Pourmes dons pretieux redoubloient
Sesfoupirs.
Qu'on luypropoſaſt quelquefeste.
Une comedie, un repas ,
Apoint nommé , vapeurs , ou mal
de tefte
Latiroient de ce mauvais pas.
Point d'ornemens , point de pa
rure..
Aux agrémens de lanature
Son ambition ſe bornoit .
L'air negligé de fa coiffure
Marquoit à quels emplois ellese
destinoit.
Combien defois dans une prome
nade
20 MERCVRE
Ont- ils fur des gazons foulez
Fait brûler le Satyre , &rougir la
Nayade
Parmes miſteres revelez !
La tyranniquebien-Seance
Les forçait- elle à quelque autre
entretien ,
Tous deux on les voyoit livrez par
mapuiſſance
Al'agreable impertinence
Defaire miſtere de rien.
Par quelque carreffefurtive
Ie nourriffois leur flame,&la rendoisplus
vive.
Deceux qu'ilsregardoient pour lors
comme ennemis ,
Ie trompois lafoule importune ,
Etsçavois d'un plaisir permis
Leurfaire une bonnefortune.
Que ces tempsfont changez ! Que
ces douceurs troublées
Ont quittépromptemens lepartydu
devoir!
GALANT. 21
Ellepaffe les jours , la volage, au
miroir ,
Etlesnuits dans les aſſemblées,
Son quartier qui la croit ſon plus
rareornement ,
Nela voit jamaisferieuse ;
Brillant par tout ailleurs d'un aimable
enjoûment ,
Elle est dansſon logis muette , ou
querelleuse.
Lefeul nom de retraite allume fon
COUYOUX ,
Unefoule importune à tous momens
l'accable.
len, Musique , Festins , elle trouve
agreable
Tout ce qui n'est pointſon Epoux ;
Pour luy plus d'agrémens , pour luy
plus de tendreſſes..
Si de quelquesfoufles caresses
Il est quelquefois honoré ,
Auxplus preſſans besoins lafeinte
Se limite ;
22 MERCURE
C'est pour en obtenir quelque habit
chamarré.
C'est pour entretenir la Baſſette
profcrite,
Oule Lanſquenet toleré.
Qu'en d'autres temps mon ardeur
le réveille ,
Quedeſes droits il veuille user ,
La bouche qui lefuit , du ſoinde le
baifer
Chargenegligemment l'oreille.
Scule avec lay ce nefont que lanqueurs.
Quelque autre vient, il feretire;
Ala feinte migraine , aux trompeuſes
vapeurs
Succedent les éclats de rire.
Un grand lit defixpieds luy paroist
trop étroit;
Il faut en faire deux quand fon
dégoust augmente ,
Etd'un tel changement ſon artifice
adroit
:
23
GALANT.
Accuſela Lune innocente.
Par le chagrin qui latourmente
Son Domestique est en rumeur ;
Ses Valets, fon Chien,ſa Suivante
Souffrent defa mauvaiſe humeur.
Sous ces tristes dehorsquelpoisonfé
prefente.
De quels evenemensſommes-nous
menacez?
Vousqui me livrates Céphiſe ,
Amour , n'est-ce point vous qui me
laraviffez?
L'AMOUR.
Ola ſurprenante avanture ,
Qu'en pleine joüiſſance on finiſſe
d'aimer!
Avous entendre déclamer ,
Fay cru que toute la nature
D'un renaissant Chaos fe devoit
alarmer.
Ievois que ces plaintes naïves
Tendent à me noircir d'un injuste
Soupçon.
Vos peintures font un peu vives
24
MERCVRE
Ilfaut vous pardonner , vous vivez
Sans façon.
L'infaillible Raiſon prompte àvens
Satisfaire
Va terminer noftre debat ;
Mais au nom du Mary, pour éclaira
cir l'affaire
Sur certains faits fouffrez l'interrogat.
Devos commencemens l'ardeur toujours
brulante
S'exprime-t-elle du même air ?
N'est ellepoint unpeuplus l'ente?
L'HYMEN.
Et le moyen , ſuis -je de fer ?
L'AMOUR.
Dans la tranquillité de vôtrejoäif-
Sance,
Du defir de plaire occupé ,
En faites- vous toujours voſtre ſoin
d'importance ?
L'HY MEN.
GALANT. 25
!
L'HYMEN.
Les affaires m'ont diffipé.
L'AMOVR.
Avez- vous bien eu l'industrie
Devous montrer toujours par le plus
beau costé
Dont onufe en galanterie ?
Quelques defauts choquans n'ontilspoint
éclaté?
L'HY MEN.
Quelle contraintefevere
Aux coeurs pour toujours unis !
Iefuis nud , je fuisfincere.
On me voit tel quere fuis.
L'AMOVR.
Fort bien. Qu'avez - vous faitde
l'importune foule
De langueurs , dedégouts , demurmures
, d'ennuis,
Qui par tout aprés vous dans les
maiſonsſe coule?
L'HYMEN.
Ils m'obſedent les jours , ils m'occu
pentbes nuits.
B
26 MERCURE
L'AMOPR.
Et la cruelle jalousie
A- t-elle encorſuivi vospas?
L'HYMEN ,
L'en ay toujours l'ameſaiſie ,
Nous ne nous defuniſſons pas.
L'AMOV R.
Et vous voulezqu'onvous cheriſſes ,
Negligent , endormy ,Soupçonneux
diſſipé ,
Ralenty dansvostre exercice ,
Et d'unſoucy jalouxfollement occupé?
Yous- mefme avez cauféle mal qui
vous accable;
Pourmoy,jefuis hors d'interest.
O vous , qui vous piquezsi fort
d'estre équitable ,
Reine , prononcez nostre Arrest.
LA RAISON.
Deſes conclufions Hymen est debouté
,
Fante d'avoir produit ardeur &
nouveauté ;
AGLANT. 27
Nous avons,declarant l'instance criminelle
,
Ordonné qu'il tiendra prifon perpetuelle
;
Dormeur toute la nuit , &grondeur
tout lejour ,
Et nous le condamnons aux dépens
de l'Amour ?
L'HYMEN.
Quoy , perfide Raiſon , quand je
vous croyoisprefte
ASoutenirlaverité ,
Les appasde la volupté
Vous font abandonner le party de
l'honneste ?
Allezfi deformais dans vostre lâcheCour
Vous me voyezchercher refuge...
L'AMOVR.
Courage, Hymen , pouffez . Les loix
donnentunjour
Pour declamer contrefon Inge.
B 2
28 MERCVRE
Les perſonnes du haut rang
font tant de bruit dans le monde
, que vous ne pouvez ignorer
la mort de Mr le Duc d'Elbeuf
, arrivée icy le 4. de ce
mois . Il eſtoit Gouverneur des
Provinces de Picardie , d'Artois,
du Boulonois,& Pays conquis,
& avoit épousé en 16 38 .
eſtant alors âgé de 28.ans , Anne-
Elifabeth de Lannoy,Veuve
de Henry du Pleſſis , Comte
de la Rocheguyon , dont il eut
Charles de Lorraine , né en
1650. & Anne- Elifabeth de
Lorraine , mariée en 1669. à
Bar-le -Duc avec Charles-
Henry Duc de Vaudemont
legitimé de Lorraine. Eftant
د
demeuré Veuf , il prit une
ſeconde alliance en 1 6 5 6.avec
Elifabeth de la Tour d'Auvergne
, FilleAinée de FredericGALANT
. 29
Maurice de la Tour , Duc de
Boüillon . Les Enfans qui ſont
fortis de ce ſecond mariage ,
font Marie-Eleonor , née en
1658. Françoife -Marie née en
1659. Henry , né en 1661. &
marié en 1677.à Mademoiſelle
de Vivonne , & Louïs né en
1662. Cette ſeconde Femme
eſtant morte , Mrle Duc d'Elbeuf
épouſa Mademoiselle de
Navaille , Fille de feu Mr le
Maréchal & Duc de Navaille ,
preſentement Duchefſe d'Elbeuf.
Elbeuf eſt un Bourg en
Normandie , ſitué ſur la Riviere
de Seine , trois lieuës au deffus
de Rouën , & érigé en Duché
en 158 1. en faveur de Charles
de Lortaine I. du nom , Duc
d'Elbeuf , Comte d'Harcourt ,
de Liflebonne & de Rieux ,
Pair , GrandEcuyer ,&Grand
B 3
30
MERCVRE
Veneur de France , Gouverneur
du Bourbonnois. Il eſtoit
forty du mariage de René de
Lorraine , Marquis d'Elbeuf ,
Chevalier des Ordres du Roy,
ſeptiéme Fils de Claude de
Lorraine , Duc de Guife, avec
Loüife de Rieux , Comteſſe
d'Harcourt , Fille de Claude I.
Sirede Rieux , & de Susanne
de Bourbon , ſaſeconde Femme.
Charlesde Lorraine I. du
nom , épouſa Marguerite Chabot
, Fille de Leonor , Comte
de Charny , Grand Ecuyer de
France , & entre autres Enfans ,
il en eutdeux Fils,dont Henry,
le Cadet a fait la branche des
Comtes d'Harcourt. Charles
de Lorraine II . du nom , Duc
d'Elbeuf , Pair de France
Chevalier des Ordres du Roy ,
Gouverneur de Picardie , qui
د
GALANT.
31
it
e
e
eſtoit l'Ainé , épouſaen 1619 .
Catherine - Henriette , legitimée
de France , Fille du Roy
F, Henry IV. & de Gabrielle d'Eſtrées
, Ducheſſe de Beaufort ,
& mourut en 1657. laiſſant
Charles de Lorraine III. du
nom , Duc d'Elbeuf , qui vient
1. de mourir , François qui a eu
des Enfans ; François Marie ,
que d'autres nomment Jule ,
Prince de Liflebonne
_ herine , Religieufe , & Ma-
C
e
e
-
a
,
Catguerite-
Ignace , qui mourut à
Paris en 1679. âgée de cinquante
ans , & qu'on appelloit
Mademoiselle d'Elbeuf. Mr le
Prince d'Elbeuf, preſentement
Duc d'Elbeuf , avoit la furvivance
du Gouvernement de
Mr le Duc d'Elbeufſon Pere .
Mr de Rebenac , Envoyé
Extraordinaire du Roy aupres
B 4
32
MERCURE
du Pape , a eu audience de Sa
Sainteté ,& je vous envoye la
Harangue qu'il luy a faite. Je
ne vous préviendray point fur
cette Piece , eſtant aſſuré que
vous y découvrirez bien plus
de beautez en la lifant , que
tout ce que je pourrois vous
dire , ne vous en feroit atten
dre.
HARANGUE
FAITE AU PAPE ,
Par Mr le Comte de Rebenac,
Envoyé Extraordinaire
de France ..
TRES- SAINT PERE ,
Lors que j'eus l'honneur de
GALANT.
33
baiſerles pieds de Voſtre Sainteté,
je luy renouvellay par l'ordredu
Roy mon Maiſtre , les
afſurances de ſon reſpect filial ,
& de la haute eſtime que Sa
Majefté a conceuë pour les
éminentes qualitez de Voſtre
Sainteté Je dois aujourd'huy ,
puis qu'Elle l'approuve , obéir
à l'ordrele plus précis dont Sa
Majesté m'ait honoré. Elle
veut que par une ouverture
entiere pour V. S. je luy expoſe
les ſentimens plus ſecrets
de ſon coeur ſur la conjoncture
preſente , afin que reglant ſa
conduite fur les lumieres & les
ſages conſeils de V. S. le Roy
mon Maître execute les reſolutionsles
plus convenables au
maintien de la Religion , & au
repos de toute la Chreftienté..
Ilſera ,Tres-ſaint Pere danss
une confiance d'autant pluss
B5
34 MERCURE
Pere comgrande
de voir un ſuccés heu
reux des deſſeins que la ſeule
pieté luy inſpire , qu'ils auront
eu l'approbation du
mun des Fidelles ,&d'un Pape
pour la perſonne duquel Sa
Majesté a unrefpect ſi ſincere ,
& une tendreſſe ſi veritable.
Voſtre Sainteté voit auffibien
que tout le reſte de l'Europe
, executer le plus grand des
projets que l'ambition aitjamais
inſpirez à la Maiſon d'Auſtriche.
Cette Maiſon , déja fi
puiſſante par le prodigieux
nombre des Pays qu'elle a foumis
à ſon autorité , n'a pas crû
neanmoins que ledefir qu'elle a
de s'agrandir deuſt eſtre ſatisfait
. L'occaſion luy a paru favorable
, & elle a jugé qu'il
eſtoit temps de facrifier toutes
choſes à l'utilité qu'elle ef
peroitenretirer.
GALANT.
35
Je ſçay , Tres-faint Pere ,
quel profond reſpect toute la
terre doit à la perſonne de deux
grands Potentats qui gouvernent
cette Maiſon. Leur pieté
eſt connuedans tout le monde ,
& le Roy mon Maiſtre puniroit
feverement en moy la faute
que je commettrois ſi je m'éloignois
demon devoir ence rencontre
; mais c'eſt auſſi ce qui
doit rendre plus deplorable la
confiance que Dieu permetque
ces deux grands Princes prennent
en des Miniſtres qui en
abufent , & qui remplis d'une
fureur criminelle & d'une avarice
inſatiable , portent la
defolation dans tous les lieux
où ils introduiſent les armes
de leurs Maiſtres. Ce ſont
cux , Tres - faint Pere , qui
par une conduite qui
B6
36 MERCURE
fera le ſcandale de toute la
pofterité viennent de détruire
la Religion Catholique
en Angleterre , & de
renverſer un Roy legitime
pour établir fur ſon Trone un
Ufurpateur , qui n'aeude forces
que celles qu'il a trouvées
dans la protection de la Maiſon
d'Auſtriche , & de prétexte
pour autoriſer ſon entrepriſe ,
que la pieté de ceRoylegitime,
fon zele pour la Religion Catholique
, & fon fincere attachement
au Saint Siege..
Toute la terre ſçait que ce
font les ſeules raiſons dont les
Ufurpateurs ſe ſont ſervis , &
les ſeuls motifs qui ont obligé
des Sujets Heretiques à ſe révolter
contre leur Roy.
Combien de facrileges , de
GALANT.
37
Le
vexations pour les Catholiques
& quelles oppreffions dans
tous les Etats Ecclefiaftiques
de l'Allemagne , ont eſté les
fuites de la protection que les
Miniſtres de l'Empereur ont
accordée aux Proteftans
ſimple & veritable recit en
feroit horreur à V. S. mais le
foin leplus preſſant de ceux que
l'intereſt engage à ſuivre les
fentimens des Miniſtres d'Auſtriche
, eſt d'en ofter la connoiſſance
à un faint Pape ,qui
fans doute ſuivroit les mouvemens
que ſa confcience & fa:
veritable pieté luy inſpireroient
en ce rencontre .
Il ſeroit inutile , Tres-faint:
Pere , d'entrer avec V. S. dans
une difcuffion plus ample din
deffein. qu'a formé la Maiſon
d'Auſtriche de ſe rendre maif--
1
38 MERCVRE
ſtreſſe ſouveraine de l'Italie ,&
d'y établir une autorité qui
détruiſe tous les Princes qui la
gouvernét . Elle pretend quele
ritre d'Empereur qu'elle vient
de rendre comme hereditaire
luy donne un droit naturel ſur
tous les Rois qui formoient
autrefois l'Empire de Charlemagne
, & elle croit que
chaque Prince en ſon particulier
doit à l'avenir recevoir
comme une grace la poffeffion
de ſes Domaines utiles , dans
le temps qu'elle s'empare de
tous les droits attachez à la Souveraineté
, &particulierement
des contributions& des levées
fur les Peuples. Ces deux derniers
articles ſont toujours l'objet
que les Miniſtres d'Auſtriche
ſe propoſent , parce
qu'ils fatisfont également leur
GALANT.
39
ambition & leur avarice.Ce ne
ſont pås , Tres-faint Pere , des
accuſations vaines , ny formées
par l'aigreur qui paroiſt ordinaire
entre des partis differens..
C'eſt une ſimple attention fur
des faits qui font inconteſtables
. L'Histoire ne nous repreſente
aucun Prince de la
Maiſon d'Auſtriche, dont les
veuës & les forces n'ayent abouty
à l'execution de ce vaſte
projet. Le zele apparent pour
la Religion Catholique & la
pieté exterieure ,ont eſté les
voiles dont les Miniſtres de
cette Maiſon ont couvert leurs
veritables deſſeins , lorſque l'union
de tous les autres Princes
de l'Europe a traverſé leurs
projets , ou que la foibleſſe de
quelques-uns de leurs regnes ,
les amis hors d'eſperance d'y
40
MERCVRE
reuffir . Mais , Saint Pere , toutes
les fois que la conjoncture a
eſté favorable à la Maiſon d'Auſtriche
, qu'elle a ſceufaire agir
les Alliez contre leurs veritables
intereſts , & que la divifion
dans les autres Etats luy
oftoit la crainte d'en eſtre.traverſée,
on l'aveuë rentrer dans
fon caractere ambitieux ; toutes
les bien-feances ont diſparu ,
les Pays ont eſté ufurpez ; la
pieté & la Religion n'ont plus
eſté que de vains pretextes
Rome & fes Egliſes ont eſté
faccagées , & les Papes euxmefmes
par le plus grand des
facrileges , ont eſté renfermez
& n'ont obtenu de liberté qu'en
payant des ſommes exceffives .
Le Roy mon maiſtre demande
à V. S. une ſeule choſe, c'eſt
de faire reflexion furle rapport:
プ
GALANT. 41
qui ſe trouve entre l'eſtat où
font les affaires preſentes de la
Chreftienté , & celuy où les
Hiſtoires remarquent qu'elles
onteſté dans le plus grand peril .
Elle verra que jamais la Religion
ny la liberté publique
n'ont eſté ſi preſtes de ſuccomber
, ſion n'y met des obſtacles.
La Maiſon d'Auſtriche ſacrifie
tout àſon ambition,& c'eſt une
ambition fi funeſte qu'elle femble
preferer les intereſts des
Ennemis communs du nom
Chreftien , au repos de laChreſtienté.
Elle n'a point heſité
en 1688. à abandonner lajuſte
eſperance qu'elle avoit de détruire
l'Empire des Turcs , pour
employer plus de forces à la deſtruction
des Catholiques d'Angleterre
, à appuyer les reffentimens
des Calviniſtes François
42 MERCUR E
à mettre les proteſtans au comble
de la profperité , dans un
temps où la pieté du Roy mon
Maiſtre avoit par tantde moyens
, rendu leur ruine inevi
table , & fi les Imperiaux prétendent
alleguer la Victoire
qu'ils viennent de remporter
fur les Turcs , comme une choſe
qui juſtifie leur conduite à
cet égard , toute l'Europe , &
V. S. mieux que perſonne, ſçait
qu'elle eſt duë à une Providencede
Dieu qui l'a ordonné ainſi
, ſans que la prudence ny la
raiſonhumaine y ayentaucune
part. On voyoit en effet cette
derniere Campagne que l'Arméede
l'Empereur eſtoit beaucoup
plus foible en Hongrie
que celle des Infidelles , dans
un temps où il deſtinoit laplus
grande partie de ſes Troupes au
pillages de l'Italie .
GALANT.
43
Le Roy mon Maiſtre connoît
encore avecune douleur qui ne
peut eſtre égalée que par celle
de V. S. que la Maiſon d'Auftriche
, ne veut réuſſir dans la
veuë qu'elle ade ſe rendre maiſtreſſe
de l'Italie , qu'en y établiſſant
les Heretiques , & on
voit que l'Hereſie y fait les
meſmes progrés. Cette Maiſon
ſçait qu'infailliblement la prudence
& la Religion doivent
s'oppoſer un jour au ſuccés de
* ſes deſſeins ;que laprudencene
permet pas qu'on ſouffre plus
long-temps l'ufurpation qu'elle
fait de la liberté de tous les
Etats qui compoſent l'Italie , &
que la Religion veut que tout
lemonde coure à la défenſe du
Saint Siege & au foutient de fon
autorité , & c'eſt ce qui luy fait
employer avec tant de ſoin les
44 MERCVRE
moyens qu'elle trouve dans
l'affiſtance des Heretiques. Ils
font énemis irreconciliables du
Saint Siege , & fi les Troupes
de l'Empereur ont déja ufurpé
les Etatsde Parme &de Plaiſance
, qui font de toute notorieté
des Fiefs dépendans de l'Egliſe
, les Heretiques auront bien
moins de ſcrupule d'attaquer le
Patrimoine de Saint Pierre , &
de faire reſſentir à Rome & à
V. S. meſme ; les effets de leur
haine , &de l'ambition de ceux
qui les font agir.
Ce feroit une erreur , Tres-
Saint Pere , ſion ſe flatoit que
la pieté & la bien-feance puffenty
mettre quelque obſtacle .
Toutes les bornes font renverſées
. Les Etats de Genes , de
Parme & de Plaiſance connoiffent
aujourd'huy par une triſte
GALANT .
45
S experience , que l'ancien attachement
aux intereſts de
cette Maifon , les alliances du
Sang , & le reſpect dû au Saint
Siege , ne font pointdes raiſons
qui s'oppoſent à l'ambition & à
l'avarice des Miniſtres Imperiaux
. C'eſt l'Italie toute entiere
que ces Miniſtres demandent
, ſans diftinguer perfonne
qu'autant que le peu de
forces qu'ils ont encore les
obligera de le faire , c'eſt à
dire , qu'avec les douze mille
hommes qu'ils ont eus cette
année, ils n'ont occupé qu'un
Pays proportionné à leurs forces
, & ils efperent par le faccagement
& le pillage de ce
mefme Pays , qu'ils ferontbientoſt
en eftat d'augmenter leurs
Troupes , & d'en ufurper de
nouveaux. Leurs deffeins font
46 MERCURE
publics ; ils n'en font plus de
miſtere eux-meſmes. Les
actions & les diſcours du Comte
Caraffa , & de tous leurs
Miniſtres en font les marques
affſurées.Onvoit meſme déja ,
Saint Pere , qu'ils abandonnent
leurs prétextes les plus plaufibles
. Les affaires leur paroifſent
trop bien établis pour
avoir beſoin , comme autrefois,
de colorer leur entrepriſe.
Leurs Emiſſaires avoient répandu
qu'ils venoient au ſecoursde
l'Italie contre la France
, mais de quelle maniere y
font ils venus ? Leur Armée
arrive à la fin du mois d'Aouſt ,
elle fe retire àla my Octobre ,
aprés avoir eſté fort inutilement
fix ſemaines en Campagne
. Qui eſt-ce qui ne voit
pas que leur deſſein n'a point
GALANT .
47
été de faire la guerre à la France
? Ils n'ont voulu qu'un prétexte
pour avoir des Troupes
dans l'Italie , & foumettre-à
leur domination cette grande
partie de l'Europe.
Conſervez , Tres- ſaint Pere,
cet eſprit de pieté qui vous éleve
au Gouvernement de l'Egliſe
avec une approbation univerſelle.
Soyez un Pere commun,
& n'ayez point de partialité
pour l'un ou pour l'autre
de vos Enfans. Le Roy mon
Maiſtre ne vous demande rien
qui s'y oppoſe , & fa plus grande
joye eſt de voir ſur le Trône
de l'Egliſe un Pape dont le
coeur ſoit remply d'un amour
égal pour tous ceux qui luy
font foumis ; mais connoiſſez
leurs fautes pour y apporter les
remedes qui dépendent de
48 MERCURE
vous , & jugez de leurs ſentimens
par leur conduite , afin
de loüer d'un côté ce qui meritera
de l'être , & de condanner
de l'autre ce que V. S. trouvera
de blamable.
Vous verrez que le Roy mon
Maiſtre ſacrifie les intereſts les
plus chers de ſa Couronne au
zele qu'il a pour la Religion
Catholique , lors que fes
Ennemis d'un autre coſte facrifient
cette Religion à leur politique
particuliere. Sa Majeſté
détruit l'Hereſie dans ſes Etats ,
en bannitun nombre infiny de
fes Sujets , parce qu'ils en eftoient
infectez , & fon zele l'a
porté à foutenir la veritable
Religiondans tous les lieuxoù
elle ſe trouve. La Maiſon d'Auſtriche
protege ſes Sujets bannis,&
les arme contre leur Roy
legitime,
GALANT .
49
1
legitime , va attaquer la Foy
Catholique en Angleterre ,
pour y faire triompher la Pro-
- teſtante , & c'eſt ſous ſa protection
; & par la force de ſes armes
qu'on voit actuellement
prêcher en public l'Herefie
dans le Piedmont , & qu'un culte
profane s'établit avec tant
de ſuccés dans l'Italie meſme ,
que le Prince d'Orange en a
pris le prétexte de s'en glorifier
comme d'un triomphe qu'il
remportoit ſur l'Eglife Romaine
, dont il promet le renverſement
toutes les fois qu'il veut
animer ſon party àfaire quelque
grand effort .
Mais , Saint Pere , qui peut
rendre un témoignage plus
grand & plus formel que V. S.
fur la difference qui eſt entre
la conduite que tient le Roy
C
50
MERCVRE
mon Maîſtre envers l'Egliſe ,
&celle que tiennent les Ennemis
? On a veu depuis quelque
temps une eſpece de trouble
que le malheur avoit élevé entre
le Saint Siege & Sa Majeſté.
Quels pas , quelles démarches
n'a t-Elle pas faites pour
donner à V. S. & aux Papes ſes
Predeceffeurs les preuves les
plus évidentes de la paffion &
du defir fincere qu'Elle avoit
de reſtablir une union parfaite
entr'Elle & V.S. &quelle applicationn'ont
point eu ſes ennemisà
traverſer par mille calomnies
& par tous les artifices
imaginables une reünion que
toute l'Egliſe demande à Dieu
comme une de ſes plus grandes
Benedictions ? La pieté ſolide
qui regle voſtre conduite nous
donne une afſeurance certaine
GALANT.
SI
e
de la fin de ces malheureux
troubles , & V. S. ſçait parfaitement
que les eſprits intereſfez
ſe mettent peu en peine du
bien qui en reviendra à l'Egliſe
& à la Religion , ny de la
reputation de V. S. pourveu
or qu'ils puiſſent ſignaler leur zele
pour la paſſion de leurs Bienfaicteurs
, & meriter la continuation
de leurs graces par une
complaiſance fi indigne.
ar
Ils ſçavent bien , Saint Pere ,
qu'auffi-long-temps que l'union
ſera parfaite entre V. S. & le
Roy mon maiſtre , le Saint
Siege n'a rien à craindre de
leur ambition , & c'eſt ce qui
fait cette grande attention
qu'ils ont àvous defunir › parce
que c'eſt ſur ce ſeul fondement
qu'ils peuvent établir
leur autorité dans l'Eglife.
C 2
52
MERCURE
Je ſçay , tres-Saint Pere; que
je commettrois une faute ſi j'abufois
de l'Audience que V. S.
îm'abien voulu accorder , pour
ofer luy avancer des faits qui
ne fuſſent pas d'une certitude
entiere. Ils le font , & je doute
meſine que la temerité des ennemis
du Roy mon Maiſtre ſoit
affezgrande pour en contredire
aucun ; la verité les convaincroit
fur le chanp , mais s'ils
veulent deſavoüer les deſſeins
qu'on ne leur impute qu'avec
trop de raiſon , ils ſcavent les
fondemens fur leſquels ils font
appuyez. Il dépend d'eux de
les détruire . On les accuſe de
contribuer à la perte de la Religion
Catholique ; qu'ils abandonnent
l'alliance du Prince
d'Orange , c'eſt le plus grand
de ſes ennemis & de ſes perfeGALANT.
53
1
e
cuteurs. Qu'ils ne rempliffent
pas l'Italie de Troupes Hereti
ques , & qu'ils ne protegent
plusles Proteftans dans tous les
rencontres. On dit qu'ils veulents'emparer
de l'Italie . Qu'ils
fortentdes Etats qui ne font
point à eux , & qu'ils n'y exercent
aucune violence . S'ils
trouvent mauvais qu'on lesaccuſe
de manquer de reſpect
envers le S. Siege , ils ont des
☑ Troupes dans les Fiefs qui en
dépendent ; qu'ils les retirent ,
& qu'ils réparent les dommages
qu'ils y ont faits . Ce font-là les
feuls moyens qui leur reſtent
pour répondre folidement aux
accufations qui ſe font contre
eux. V. S. les comblera de benedictions
& de loüanges , &
toute la terre y donnera une
- parfaite approbation .
C3
54
MERCVRE
Mais comme il ya peu de
fujet d'eſperer en eux un fi
grand retour de confcience ,
& qu'enfin, Tres-faint Pere, on
voudroit inutilement s'en flater
, le Roy mon Maiſtre m'envoye
exprés à V.S.pour la prier
de fonger en meſme - temps
à la conſervation de fon Egliſe
, & au repos de toute la
Chrétienté,ou du moins àceluy
de l'Italie. Sa Majesté a fait expliquer
à V. S. par Mr le Cardinal
de Janfon les deſſeins les
plus propres qu'Elle ait pu
concevoir pour y réuffir.
Elle demande que les Imperiaux
ceſſent de ravager l'Italie
&d'y établir une autorité tirannique
, & le Roy mon Maiſtre
offre à l'inſtant de la laiffer
dans une tranquillité parfaite .
Il ne veut point par làdiminuer
GALANT.
55
1
le nombre de ſes Ennemis.
Qu'ils viennent l'attaquer dans
ſes Etats, il en aura de la joye,
il mépriſe leurs efforts , & les
victoires qu'il remporte ſur eux
- dans tous les rencontres , font
des preuvescertaines de la protection
que Dieu accorde à la
justice de ſa cauſe . Mais ,Tres
Saint Pere , Sa Majesté con
vient qu'Elle les apprehende
dans l'Italie. Le culte de l'Herefie
qu'une honteuſe complaifance
les porte à y établir publiquement
, alarme la pieté
du Roy mon Maiſtre , & luy
fait craindre avec raiſon que fes
- Sujets nouvellement convertis
ne retombent par là dans leur
ancienne erreur. Il les apprehende
, lors qu'en violant le
_reſpect que tous les Fidelles
doivent au Saint Siege , ils éta
C 4
t
56
MERCVRE
bliffent une autorité facrilege
fur les Fiefs dépendans de l'Egliſe
, & il les craint encore lors
que ſous un pretexte chimerique
des anciens droits de l'Empereur
, ils profitent de la foibleſſe
où se trouvent les Princes
d'Italie , & ſe prévalent de
Ja confiance que ces Princes
croyent devoir prendre en leur
ancien attachement pour la
Maiſond'Auſtriche ,&aux alliances
du Sang qu'ils viennent
decontracter avec elle pour les
rendre plus foumis à leur pouvoir
,& ne leur laiſſer enfin
que la ſimple jouiſſance de
leurs Domaines , dans le temps
qu'ils ufurpent tous les droits
qui font attachez à la Souveraineté.
C'eſt à voſtre pieté , Tresfaint
Pere,& à voſtre prudence
GALANT.
57
à ſuivre les moyens les plus
propres pour éviter de figrands
malheurs , &c'eſt à V. S. qu'il
appartient en ce rencontre de
décider entre les deux Partis
quel eſt celuy qui opprime l'Italie
, ou celuy qui veut en
foutenir la liberté. Le Roy
mon Maiſtre offre d'en retirer
ſes Troupes , pourvû que l'Empereur
en retire les ſiennes.
S'il ne veut pointaccepter cette
propoſition , il eſt d'une évidence
entiere que ſon deſſein
eſt d'en détruire la liberté .
C'eſt pour lors que le Roy
mon Maiſtre declare à V. S.
&à tous les Princes & Etats
quiveulentéviter la ruine & la
destruction dont la Maiſon
d'Auſtriche les menace,qu'il
eſt preſt de faire paffer à voſtre
fecours une Armé fi confide
C
58 MERCVRE
rable par terre , & une Flote fi
puiſſante pour la ſeureté de vos
Côtes & pour faire des diverfions
à vos Ennemis communs ,
qu'ils ſe verront dans la neceffité
d'abandonner ces vaſtes
projets que la raiſon & la juftice
les doivent empêcher de
concevoir..
Mais la prudence de V. S..
luy fera ſans doute faire une
reflexion importante ; c'eſt que
tous ces efforts du Roy mon
Maiſtre feront inutiles , ſi les
Princes & Etats de l'Italie , &
V..S. à leur teſte , ne prennent
entre eux des meſures vigoureuſes
pour ſeconder les intentionsde
Sa Majesté , & faire
réuffir un deſſein , dont tout
l'avantage revient au Saint
Siege ,& à tout le reſte de l'Icalie
GALANT.
59
Si V. Sainteté ,& les autres
princes prennent une réſolution
ſi ſalutaire,le ſuccés enſera
heureux , & la prudence veut
qu'on le tienne infaillible ;
mais ſi par le plus grandde tous
les malheurs on ſe laiſſe furprendre
aux artifices & aux
promeſſes trompeuſes que ce
nombre prodigieux d'Emiſſaires
, entretenus par la Maiſon
d'Auſtriche , répandent avec
fi peu de bienſeance & de verité
, il eſt ſans aucun doute
que tous les princes demeureront
dans cette eſpece d'aſſoupiſſement
où on les voit , que
leurs Ennemis continueront
à profiter de leur foibleſſe
qu'enfin ils acheveront de
s'en rendre les maiſtres
ود
&
cela mesme avec un ſi petit
nombre de Troupes , que
a
C6
60 MERCURE
la moindre réſiſtance qui leur
auroit eſte faite les euſt obligez
d'abandonner leurs deffeins.
C'eſt pour lors encore, Tresfaint
Pere , que V.S. doit aifément
comprendre que le Roy
mon Maiſtre jugeant que toutes
ſes dépenſes & tous ſes efforts
deviendront inutiles à
voſtre ſecours , la prudence le
portera à les employer ailleurs ,
& à profiter au moins de l'abfence
des Troupes . Imperiales
qui feront occupées à voſtre
ruine , pour faire d'un autre
coſte des conqueſtes plus utiles
afon.Etat ; mais fi Sa Majesté
vous abandonne dans cette occafion
, ce ne feraqu'avec une
douleur extrême de ſa part, &
ſeulement parce que les Etats
les Princes d'Italie auront
GALANT. 61
-
:
préferé les malheurs qui leur
ſontinevitables de la part des
Imperiaux , au bonheur & à la
tranquillité qu'ils ne peuvent
plus trouver que dans la ſeule
déference aux conſeils que la
piete & la ſincere affection du
Roy mon Maiſtre leur donne
dans cette conjoncture,laquelle
eſt ſans doute la plus importante
où l'Italie ſe ſoitjamais trouvée.
Mr le Comte de Rouffi ,
Fils aîné de feu Mr le Comte
de Roye Colonel d'un Regiment
de Cravates , a acheté
de Mr le Marquis de Mouy la
Charge de Capitaine-Lieutenant
des Gendarmes Ecoffois
Sa naiſſance , ſon merite perfonnel
, ſa valeur ,& fa fageffe
luy enont fait obtenir l'agrément
du Roy avec la maniere
62 MERCVRE
obligeante ordinaire à Sa Majeſtépour
les perſonnes de diftinction.
Mr le Marquis de Tilliere ,
homme de qualité de Normandie
, & Capitaine dans les
Cravates , en a acheté le Regiment
de Mr le Comte de
Rouffi , & le Roy luy en a auffi
donné l'agrément.
Mr de Bethomas , fous . Lieutenant
des Gendarmes Anglois
& quialong-temps ſervy dans
lesGardes du Corps , a eu l'agrémentdu
Roy pour la Charge
de Capitaine-Lieutenant
des mefmes Gendarmes , ſur la
démiſſion volontaire de Mr de
Cruly . Il eſt Neveu de Mr de
Bethomas , fort connu par le
Commandementqu'il a fur les
Galeres.
Voicy la derniere Lettre du
GALANT.
63
Berger de Flore , touchant ſes
-Societez galantes . Aprés le
plaiſir que vous avez pris à lire
- les autres , je ne puis douter
- que celle-cy ne foit agreablee
S
=
:
ment reçuë..
A LA BELLE
MARTHESIE .
LAfixieme &
derniere So
cieté dont je fis partie , eſt
- celle qui a le plus éclaté dans
- lemonde.Son nom eſtoit l'Etat
Incarnadin ; ſa couleur l'Incarnat
& ſa Deviſe , Tout du grand air.
Le Pastoral en fut banni ; tout
y fut heroïque ; & l'on emprunta
dans la Cleopatre , les
noms des Heros & des Heroïnes
, pour les donner aux Cavaliers
& aux Dames . Cette
64
MERCVRE
و د
Societé commença à Flore &
j'en fus , pour ainſi dire , l'Inſtituteur.
Tiridate fut le nom qu'-
on m'yidonna, & mon frere qui
en eſtoit auſſi, y prit celuy d'Alexandre
. Ce fut pour lors que
jefis le traité d'amitié, en faveur
de deux charmantes Soeurs
Angelique & Chriſtine , pour
leſquelles notis ne manquions
pas tous deux de penchant. Elles
n'étoient pas encore de la
Societé , quand cet ouvrage parut,
mais elles s'en mirent bientôt
aprés ; & parce qu'on nous
ſoupçonna d'avoir pour elles
quelque choſe de plus tendre
que l'amitié , on donna à Chriſtine
le nomd'Artemiſe ,à caufe
du nom d'Alexandre & Artemiſe
étant dans le Roman: l'Amant
& Amante , & l'on fit
porter à Angelique par cette
4
GALANT. 65
- meſme raiſon , le nom de Mariane
, ſur ce qu'on m'avoit
- donné celuy de Tiridate. Comme
cette aimable perſonne remontra
que le nom de Mariane
ſeïoit mal à une fille , puis que
dans le Roman , auſſi-bien que
dans l'Histoire , Mariane avoit
un Epoux , l'un de nos Heros
- luy reponditaſſez plaiſamment
que fon honneur à garder ſeroit
ſon Herode. Cette réponſe
donna occafion à ces Vers, que
je fis en faveur de cette Belle .
Ie croirois bien que l'honneur à
garder ,
-Est le Tiran d'une Coquette;
Mais ce n'estpas ainſi qu'on ledois
regarder ,
Dans une amebelle & bien faite.
Il exercefur elle un bonneste pou
voir ,
66 MERCURE
Qui ne luy cause aucune peine
Comme elle a du plafir àfairefon
devoir ,
Elle en prend foin ; craint qu'on
ne te furprenne ;
En eftfideile gardienne ,
:
Grands Dieux , quejeferois heureux
,
Si celle à qui j'offremes voeux
Pouvoitm'aimerun jour , tout autant
qu'elle l'aime !
Ah! combien feroient doux nos
noeuds ,
On la verroit m'aimer cent fois
plusqu'ellemesme.
La maniere dont je fis connoiſſance
avec cette aimable
Perſonne , eft affez finguliere
& affez galante . Elle alloit en
temps de guerre avec ſa Bellemere
, dans une Ville FrontieGALANT.
67
reoù une affaire d'importance
les appelloit ; & fans s'eftre
muniesde paſſeport ny d'efcorte
, elles prenoient le chemin
d'un grand Vallon couvert de
bois des deux coſtez , où il y
avoit preſque toujours des partis
Ennemis . Le hazard me fit
apprendre le riſque où elles
s'expofoient. C'eſtoient mes
voiſines de quatre ou cinq
lieuës , je les connoiſſois de réputation
,j'accourus à leur fecours.
Les ayant join.
m'eſtant fait connoiſtre à lles ,
je leur témoignay mon étonnement
pour leur hardieſſes
& ma joye pour le ſervice
que je leur pouvois rendre.
LaBelle-mere me dit qu'elles
avoient trouvé la Compagnie
Provinciale , de qui elles
avoient ſçû que le paſſage eftoit
ſans danger. Unde mes A-
&
68 MERCURE
mis qui m'accompagnoit , luy
répliqua qu'il y avoit toujours
àcraindred'heure à autre ,dans
un pays ſi propre à mettre des
coureurs à couvert ; & comme
je vis qu'elle s'alarmoit de ce
diſcours ,je luy dis que je la
voulois garātir de la peur,auffibienque
du mal , pourvû que
Mademoiselle ſa Fille vouluſt
bien y donner ſon confentement.
A cela ne tienne , me répõdit
auſſi -tôt la jeune Demoiſelle
, encore plus alarmée que
la Dame , je le donne de tout
mon coeur. La Belle-mere me
dit enfuite qu'elle croyoit bien
que nôtre eſcorte les pourroit
preferver du peril ; mais qu'-
ellene concevoit pas comment
je pourrois les exempter de la
crainte. C'eſt par le conſentement
que Mademoiselle voſtre
1 GALANT. 69
S
K
Fille vient de donner,luy repliquay-
je , à quoy Madame vous
ajoûterez le voſtre , s'il vous
plaiſt, car puis qu'elle veut bien
ſe deffendre de la peur , elle
voudra bien ſans doute auſſi
apprendre avec vous le moyen
infaillible qui luy pourra fournir
cette deffence . Ceraiſonnement
étoit plauſible. 11 ne fut
plus queſtion que de les éclaircir
du moyen que je leur propofois.
Elles s'en informerent , &
fur celatirant de ma poche une
grande Pancarte imprimée ,
c'eſtoit un paſſeport , je dis à
- l'Aimable Angelique. Le Ciel,
Mademoiselle a pourvû à
voſtre conſervation. Voicy la
voye de ſalut , c'eſt noſtre
Contrat de mariage , vous le
ſignerez quand il vous plaira ,
mais par avance , vousagrée-
+
,
70
MERCURE
rez , s'il vous plaiſt , de paffer
pour ma Femine , puiſque c'eſt
le ſeul moyen que je ſçache
pour vous garantir de la peur ,
auſſi bienque du danger . Il eſt
malaiſé d'entendre parler de
mariage ſans ſe prendre à rire.
La jeune Demoiſelle ne s'en
put empêcher , & rougit en-
Fuite. Elle euſt bien voulu voir
la premiere ce que je leur prefentois
, mais il fallut ceder à la
Belle-mere . Cette Dame connoiſſant
auffi-toſt la piece , &
ayantvu qu'elle estoit en bonne
forme , remplie de mon
nom,& qu'elle portoit qu'on me
laiſfatpaſſer avec ma Femme , mes
Enfans, vingt perſonnes demafuite
, armes , carofle, bagage& che.
vaux , elle ſe guerit premierement
de la défiance qu'elle avoit
euë juſqu'alors , que je ne
GALANT.
71
1
- fufſe moy-meſme un Ennemy
- qui leur en fiſt à croire , &
qui les allât conduire dans
quelque embuſcade , puis regardant
ſa Belle - fille avec
joye , elle luy dit que c'eſtoit
un Paffe-port , dont je leur
pouvois faire part ; qu'elles
eſtoient bien obligéesàla fortune
, de leuravoir accordé ma
rencontre ; & à moy , d'avoir
tant de bontez pour elles , avec
tant de galanterie ; & qu'il
- falloit ſe refoudre à paſſer pour
tout ce qu'il me plairoit , pourveu
que leur complaiſance ne
retournaſt point à mon dommage
. Ces paroles obligeantes
ne manquerentpas de replique
Nous accompagnâmes ces
Dames par l'endroit où eſtoit le
peril, ſans leur donner le temps
d'y penſer , en les entretenant
72
MERCVRE
de toute autre choſe , & de tout
ce qui parut le plus propre à
les divertir. Mon Amy voulut
bien me déferer le coſté du
Caroſſe qu'occupoit l'aimable
Angelique , & j'en profitay le
mieux queje pus . Cette Belle
eſtoit dans le grand éclat de ſa
beauté qui avoit peu d'égales ;
&comme alors un air fombre ,
un peu humide & fans vent , la
diſpenſoit d'avoir le maſque
fur le viſage , j'eus le plaiſir de
l'examiner à mon aiſe. Elle me
ſembloit ſi aimable que je ne
pouvois détacher mes yeux de
deſſus elle . Je trouvois dans
les ſiens & dans ſon eſpritune
douceur infinuante , qui m'enchantoit
; & lors que nous arrivâmes
à la porte de la Ville
où nous voulions tous aller , je
1
ne
GALANT . 73
1
le
1
es
-e
!
d
F
ne vis pas fans peine approcher
la fin d'un plaifir fi raviſſant.
Vous jugez bien , Madame ,
que je ne differay guere à le
rechercher . Le lendemain ne
ſe paſſa pas fans que je rendiffe
viſite à cette Belle . J'engageay
meſme à cette civilité celuy de
mes Amis qui m'avoit fait donner
le paſſeport , & qui estoit
heureuſement l'une des perfonpes
dont la Belle mere avoit
beſoin. Il l'entretint donc tandis
que j'entretins l'aimable
Angelique. Noftre rencontre ,
ſa peur noſtre Contrat de
mariage ,& toute l'avanture de
la journée précedente eſtoient
des ſujets affez agréables pour
égayer noftre converſation, &
nous n'en parlames pas feulement
cette fois -là , & toujours
avec une fatisfaction qui me
D
د
74
MERCURE
ſembloit bien égale. Ce fut
parmy ces entretiens enjoüez
que nous conceûmes le traité
d'amitié que je fis dans la ſuite
du temps avec elle , & avec ſa
Soeur - Chriſtine . Je n'oſois luy
parler d'amour , quoy que j'en
euſſe le coeur bien épris ; &
quand mon Amy me reprochoit
cette timidité qui nè
m'eſtoitpas trop ordinaire , je
me ſouviens que je luy répondois
par ces petits Vers.
ElleSçait bien qu'elle est la beauté
mesme ;
Elleſçait donc , cher Amy , que je
l'aime.
Quandfes beaux yeux penetrent
dans mon ame ,
Neluy font- ilspas voirson image ,
maflame ?
GALANT. 75
**
Tant de respect sejoint à mon
martire ,
Que j'en mourray plûsoft que de
ledire
**
Si j'en parlois ic pourrois luy déplaire
,
Eti'aime mieux expirer ,& me
taire.
Ce procedé donna envie à
mon Amy , plus hardy que
moy , de découvrir comme en
confidence à Angelique , ce
que je luy cachois avec trop
de ſcrupule . Il luy en parla
donc , & luy apprit mes Vers ,
comme autant de preuves de
la verité qu'il luy annonçoit.
La Belle luy témoigna qu'elle
me ſçavoit bon gré de mon
filence , s'il eſtoit veritable que
D 2
76
MERCVRE
j'eufſe les ſentimens dont il l'avertiſſoit
, puis que ce n'eſtoit
pas à elle à écouter des difcours
de cette nature ; puis elle ajoûta
que ſa phiſionomie eſtoit un
peu trompeuſe , &qu'elle estoit
plus incredule & plus fiere
qu'elle ne le paroiſſoit : & enfin
elle l'affura que pour ne pas
trahir ſa confidence , elle feroit
en forte de l'oublier , & ces réponſes
embaraſſerent fi fort
mon Amy , qui ne m'avoit rien
dit de ſon deſſein , qu'il luy fallut
du temps pour s'en remettre
, & pour ſe réfoudre à m'en
informer. Cependant je continuois
d'agir avec la Belle avec
la meſme liberté d'eſprit & la
même ſoumiſſion de coeur que
j'avois accoutumé ; & la voyant
partir quelquejours aprés pour
aller aux chaps avec une de ſes
GALANT .
77
amies , qui estoit devenuë la
fienne ,jeles priay de trouver
bon que je leur donnaſſe de
temps en temps des nouvelles
de la Ville , & qu'en revanche
j'en efperaffe d'elles de la campagne.
Le parti fut accepté.
J'entray en commerce de Lettres
avec elles , & Angelique
m'ayant aſſuréune fois ou deux
qu'elle ſe ſouvenoit fort de
moy , je n'ay pas oublié que je
répondis à cette douceur par
celle- cy.
Quede bonheur pour moy,de gloire
&de plaisir ,
De voir dans nos Lettres galantes
Parmy leursdouteurs innocentes ,
Que j'ay beaucoup de part à voſtre
Souvenir !
Mais que je recevrois une bien
Autre gloire ,
1
D 3
78 MERCURE
Un plaisir bien plus doux, un bien
plus grand bonheur ,
Si fans m'en faire accroire ,
Vostre main m'aſſuroit quej'ay dans
vostre coeur ,
Autant de part que dans vostre
memoire.
Les raiſons qui me retenoient
en cette Ville frontiere
venant à ceſſer , il me fallut
réſoudre à partir , & ce fut à
propos que le Ciel me prépara
àm'éloigner de la charmante
Angelique , par ſa propre abfence.
Je l'allay voir pour
prendre congé d'elle , mais je
ne pus luy parler en particulier.
La prefencede ſa Belle- mere y
fut un trop grand obſtacle. Je
luy écrivis donc , &je luy manday
que mon Amy m'ayant appris
depuis quelques jours
GALANT . 79
11
ſeulement la confidence qu'il
s'eſtoit donné la liberté de luy
faire , m'avoit épargné le difficile
pas de la declaration ; que
l'ayant franchi par ce ſecours
imprévû , mon filence pouvoit
ſe rompe fans offenſer le refpect
& que je la ſuppliois
d'eſtre fortement perfuadée.
Qu'elle avoit beau dire & bean
faire,
I'adorerois jusqu'au trépas
La divine Angelique avec tous fes
appas ,
D'euffay- je,comme un témeraire.
avoirfans fiction ,
Lefort d'Icare , ou d'Ixion.
Puis j'ajoûtay que j'eſperois
de la vaincre avec le temps ,
par ma conſtance & par mes
D 4
80 MERCVRE
ſervices , de l'amour que m'avoient
inſpiré ſes divins charmes
, & de defarmer mefine fa
fierté par mes foumiffions &
mes refpects , euſt - elle encore
l'eſprit plus incredule , & l'humeur
plus fiere qu'elle ne l'avoit
témoigné à mon Amy. Six mois
ne ſe paſſerent pas ſans que
mon bonheur ; la rapprochaft
demoy . Son Pere avoit cinq ou
fix Terres , & la plus belle
eſtoit celle de mon voiſinage.
Elle s'y rendit avec fa Bellemere
, & ce futlàoù nous achevâmes
le traité d'amitié , à quoy
nous avions déja penſé. Sa Soeur
Chriſtiney entra , parce qu'elle
eſtoit alors auprés d'elle , &
qu'elle a le coeur noble , & touà-
fait propre à eſtre bonne
Amie, mais quand il fut conclu
&figné , je ne m'en trouvay
GALANT . 81
pas trop content , & je manday
bien-toſt à Angelique qui liſoit
alors Clelie , qu'elle voyoit
bien par ce Livre , qu'il y avoit
de deux fortes d'amitiez , l'une
au grand A , & l'autre au petit,
que je continuerois toute ma
vie à avoir de cette premiere
amitié pour elle , commeje l'en
avois afſſurée à mon départ de
la Frontiere ; mais que j'en
avois ſeulement de la ſeconde
pour ſa Scoeur , ſuivant le traité:
& qu'enfin eſtant trop bien
perfuadé qu'il eſtoit permis
d'aimer ce qui estoit aimable ,
& que rien au monde ne l'eſtoit
tant qu'elle , je ne changerois
jarnais de penſée , quelques apparences
contraires qu'il y euſt
demon coſté , & quelque fort
obſtacle qui s'y preſentaſt du
fren.Elleme livra pourtant de
D
82 MERCURE
rudesaſſauts ſur ce traité , dont
j'eus affez de peine de me défendre
; & pendant cette guerre
on m'en fufcita une autre , dont
il ne me fut pas fi difficile de
me parer . Une Societé d'une
Ville voiſine , qu'on appelloit ,
Les galantes Vestales , à qui Angelique
avoit renoncé pour
prendre party dans l'Etat Incarnadin
, ſe tenant offenſée de ce
procedé , en fit des plaintes
contre moy , qu'elle en jugeoit
la feule cauſe , & les portamefme
juſqu'au grand Confeil de
Get Etat , dans la forme que
voicy.
LeSubtil Antione,Eveninde,Palcin ,
Presentement applleTiridate,
Nous a pris un coeur tendre, une
ame delicate;
Un esprit doux , bonneste &fin
GALANT.
87
-
dont j'ay eſté , & les charmantes
perſonnes quej'y ay aimées.
Jeſuis Voftre , &c.
Le bien eſt fort neceſſaire
pour la commodité de la vie ,
mais on tombe quelquefois
dans de grands malheurs pour
en vouloir trop avoir fur tout
quandpour fatisfaire cette avidité
, on s'aveugle affez pour
ſe vouloir charger de liens que
la ſeule mort a pouvoir de
rompre. Un Cavalier riche de
douze à quinze mille livres de
rente qui le mettoient en eſtat
de vivre à ſon aiſe , d'autant
plus qu'il eſtoit porté naturellement
à épargner , devint
amoureux d'une fort jolie Perfonne
dont le tour d'eſprit-&
les manieres ne le charmerent
pas moins que l'éclat de fa
beauté. Il eſtoit d'une Province
88 MERCVRE
où la Coûtume n'eſt pas favorable
aux Filles , & comme
elle avoit deux Freres , la plûpart
du bien que fon Pere avoit
kiſſe , appartenoit à l'Aîné ,
qui depuis quatre ans avoit
choiſi le party des armes , tandis
que le plus Jeune que l'on
deſtinoit à eſtre Abbé , s'appliquoit
avec affez de gouft à l'étude.
La Belle vivoit avec fa
Mere , qui voyant le Cavalier
extrémement affidu , ne s'oppoſa
point à ſes frequentes vifites
. Sa Fille eſtoit affez belle
pour l'engager infenfiblement ,
&il auroit eſté dangereux de
vouloir qu'il s'expliquaſt, avant
qu'on l'euſt vû affez touché
pour n'avoir pas lieu de craindre
de le faire deferter. Ces
empreſſemens de foins dura
pluſieurs mois . Comme on luy
GALAN Τ. 89
د
faifoit fort bonne mine , le
commerce luy paroiſſoit agreable
& il n'y avoit à fouffrir
pour luy , qu'en ce qu'il trouvoitune
vertu trop rigide dans
cette aimable perfonne. Le
refte l'accommodoit . On ne
luy parloit d'aucune partie où
il puſt eſtre obligé de faire
- quelque dépense , & il voyoit
toujours un viſage ouvert dans
la Mere & dans la Fille . On
commença cependant à s'ennuyer
de ſes affiduitez qui n'aboutiſfoient
à rien , & dans la
neceſſité où on le mit , ou de
les finir , pour ne pas donner
matiere à de méchans contes ,
ou de parler une langue intelligible
, il déclara qu'il n'avoit
pris cet attachement qu'avec
des intentions tres-legitimes ,
& qu'on en verroit l'effet fi-
{
१०
MERCVRE
toſt qu'il auroit mis ordre à
quelques affaires . On l'obligea
de fixer le temps qu'il demandoit
, & la déclaration qu'il
avoit faite , luy donnant quelque
pouvoir ſur l'eſprit de fa
Maiſtreſſe , il la pria de ſouffrir
qu'il luy amenât unde fes meilleurs
Amis , afin qu'il euſt le
plaiſir devoir ſon choix applaudy
par une perſonne qu'il n'eftoit
pas aifé d'ébloüir . Il l'amena
dés le lendemain , &la converſation
fut des plus vives. -
C'étoit un homme bien fait ,
d'un gouft delicat , & qui joignoit
à un enjouëment tresagreable
, un feu d'eſprit qu'il
faifoit briller juſque dans les
moindres choſes . La Belle ſe
connoiſſoit tropbien en merite
pour ne pas rendre juſtice à
celuy de cet Amy , qui de fon
GALANT.
91
coſté ne pouvoit donner affez
de loüanges à l'heureux diſcernement
du Cavalier. L'eſtime
qu'il fit de ſa Maiſtreſſe l'enflamabeaucoup
, & malgré le peu
de bien qu'il en pouvoit efperer
, il ſe reſolut enfin à ce Mariage.
La parole en fut donnée ,
& lejour preſque arreſté . L'intereſt
ſeul touchoit le coeur de
la Belle , & l'amour eut d'autant
moins le pouvoir fur fon
eſprit que le Cavalier luy amenant
ſouvent fon Amy , elle
ne pouvoit fermer les yeux fur
la différence qu'il y avoit entre
l'un & l'autre . Le Cavalier
avoit toujours paru fort avare ,
& tout l'excés de ſa paſſion ne
l'avoit pû engager à luy en donner
des marques plus effentielles
que des proteſtations qui
ne couſtent rien. Son Amy
92
MERCVRE
eftoit d'un caractere entierement
oppofé , & depuis qu'il
avoit fait connoiſſance avec la
Belle , il s'eſtoit fait un plaifir
de prendre toutes les occafions
qui s'eſtoient offertes de luy
procurer quelque divertiſſement.
Il s'en acquittoit de fort
bonne grace & rien n'étoit épargné.
On commençoit à parler
d'articles , & cet Amy qui
par je ne ſçay quel mouvement
qu'il ne fongeoit pas à examiner
, s'intereſſoit pour la Belle,
tâchoit d'obtenir qu'on l'en
fiſt l'arbitre , afin qu'il puſt les
faire dreffer à ſon avantage ,
quand une viſite que reçut le
Cavalier , affoiblit bien fon
amour. Un petit homme d'un
nom fort obfcur & digne de ſa
naiffance, luy vint demander, ſi
l'engagement qu'il avoit avecla
GALANT.
93
د
د
Belle eſtoitde telle nature ,qu'il
fuſt impoſſible de le rompre.
Il ajouſta que les marques de
fageffe & de conduite qu'il
avoit données , luy avoient
acquis une telle eſtime parmy
les honneſtes gens , que fi une
Filleſage , &toujours nourrie
dans un Convent pouvoit
devenir ſon fait en luy apportant
cent mille écus , qu'on
luy feroit recevoir comptant la
veille du mariage , en attendant
la ſucceſſion du Pere , il n'avoit
qu'à prendre les meſures
qu'il falloit pour eſtre en eſtat
de les accepter . Le Cavalier fut
ébloüy des cent mille écus
promis comptant. Rien ne luy
parut fi beau , & quand on l'eut
affure juſqu'à trois fois , que
cette ſomme ſeroit effective
&peut eſtre encore plus forte ,
د
94 MERCURE
s'il enufoit bien , il ſe déclara
entierement pour la nouvelle
Maiſtreſſe . C'eſtoit la Fille
du petit homme quikay propoſoit
la chose , fort laide à
la verité & un peu boſſuë ,
mais la promeſſe des cent mille
écus raccommodoit tout ,
outre qu'il y avoit beaucoup
d'apparence que le petit homme
refervoit encore pour luy
quantité de vieux écus. Ce
qu'il y eut de plus fingulier ,
c'eſt que la Fille qu'on avoit
toujours élevée dans le Convent
, comme une Bourgeoiſedes
plus ſimples , ne ſçavoit
pas elle-meſme , non plus que
celles qui la connoiſſfoient
qu'elle euſt dequoy devenir
grand' Dame. Le Cavalier
rendit la viſite au petit hom-
,
me , qui le voyant étonné de le
GALANT .
95
د
trouver dans une maiſon de peu
d'apparence , & avec des meubles
tout à fait communs , voulut
raſſurer ſon eſprit douteux
enluy montrant ce qu'il avoit
mis à part dans ſon coffre fort
pour le mariage de ſa Fille.
Cette charmante apparition fit
un effet merveilleux ſur le
Cavalier. Il connut par là que
le trefor non - ſeulement
avoit la realité dont il auroit
pû douter , s'il n'en euſt pas eu
ſes yeux pour garands , mais
encore , qu'il s'étendoit beaucoup
au de- là des cent mille
écus qu'on luy promettoit. Le
petit homme eſtoit un de ces
gens intriguans , qui font leurs
affaires fourdement . Il s'eſtoit
meſlé de tout , felon les occafions
qui luy avoient paru
favorables , & fa fortune avoit
eſté un ſecret , & pour ſes
96 MERCVRE
anis & pour toujours ſes
Voiſins. Il promit au Cavalier
, qui le preſſoit de conclurre
, craignant que le marché ne
luy échapaſt ,qu'il luy feroit
voir ſa Fille qui étoit encore
dansle Convent , & qu'il drefſeroit
avec luy les articles d'une
maniere dont il auroit lieu
d'être content , dés qu'il con.
noiſtroit qu'il auroit rompu
avec la Belle , parce qu'il apprehendoit
qu'eſtant preſt de
l'époufer , comme le bruit en
couroit par toute la Ville , il
n'euſt ſigné quelque choſe qui
puſt luy cauſer de l'embarras ,
& il vouloit voir avant que de
s'engager tous les obitacles د
levez au deſſein qu'il avoit pris
d'en faire fon Gendre . Le Cavalier
luy donna parole de le
:
fatisfaire fur cette rupture , &
fut
GALANT.
97
:
!
fut fort embarraſſe ſur la maniere
dont il s'y prendroit. II
alla voir la Belle avec fon Amy
dans la reſolution de luy expliquer
luy-mefme la choſe ,
ne doutant point qu'elle ne
fuſt aſſez raiſonnable pour
entrer enbonne Amiedans les
motifs qui le devoient obliger
à ne pas tourner ledos à la fortune
qui venoit s'offrir à luy
fans qu'il la cherchaſt ; mais la
parole luimanqua en la voyant.
Il parut chagrin & inquiet , &
tout ce
qu'il répondit quand
on le preſſad'endire la caufe ,
c'eſt qu'il rouloit dans ſa teſte
unegrande affaire qui meritoit
bien ſes reflexions. Son Amy
luyayantdemandé au ſortir de
là, s'il neſe reprochoit point de
ſe montrer occupé d'aucune
autre choſe que du plaifir de
penfer qu'ilalloiteſtre le plus
May 1692 .
E
98 MERCURE
heureux de tous les Amans avec
la plus aimable perſonne du
monde , il luy répondit que ſi
la poffeffion de la Belle eſtoit
un bonheur parfait , il n'empechoit
point qu'il ne ſe l'apropriatsqu'il
n'eſtoit pas reſolu de
renoncer pour elle à des avantages
qu'iln'avoit pas eu ſujet
d'efperer ; qu'il luy cedoit fes
pretentions , & qu'il luy feroit
grand plaiſir de l'épouſer , ſi le
coeur luy en diſoit. Son Amy
furpris de ce changement , luy
voulut repreſenter le tort qu'il
avoit d'avoir amuſé inutilement
une Fille de naiſſance ,dont les
belles qualitez devoient l'emporter
ſur toutes les vûës intereffées
. Ce fut encore la mefme
réponſe , que puis qu'il la connoiffoit
fi accomplie , il ne
devoit faire aucune difficulté
de prendre fa place; qu'il pou-
!
GALANT.
99
voit luy dire de ſa part qu'il
s'éloignoit d'elle pour toujours
&que fi fon procedé paroifſoit
injuſte àceux qui ſe piquoient
de beaux ſentimens , cent mille
écus qui luy estoient ſeurs l'en
conſoleroient. Il demeura ferme
dans ſon injuftice , & fon
Amy alla rendre compte de
- tout à la Belle , ſans avoir pû
découvrir avec qui il avoit
- pris ce nouvel engagement . Il
luydemanda ce qu'elle vouloit
qu'il fiſt pour empêcher le
deffein du Cavalier , en l'affurant
qu'il s'y employeroit avec
toute la chaleur qu'on
pouvoit attendre d'un vray &
fincere Amy , & que fuppofé
qu'il fuſt impoſſible de le
détourner de fon inconftance
fi cinquante mille écus
dont il pouvoit la faire maiftreſſe
, avoient de quoy luy
د
E 2
100 MERCVRE
faire oublier la perfidie qui
luy eſtoit faite , il ſeroit ravy
de luy prouver que l'avantage
d'eſtretout à elle ne luy laiſſoit
voir aucun bonheur qui le touchaft
plus ſenſiblement. La
Belle rêva quelques momens
ſans faire paroiſtre le moindre
chagrin , comme ſi elle euſt
voulu prendre ce temps pour
liredans les yeux de cet Amy ,
ſi ſon coeur eſtoit d'accord de
tout ce qu'il luy diſoit ; &
toutd'un coup , parun effet de
la ſympatie qui les avoit fait
s'eſtimer l'un l'autre ſi tôt qu'ils
s'eſtoient connus , elle luy dit
quenon ſeulement il la deſobligeroit
s'il cherchoit à mettre
obstacle aux deſſeins du Cavalier
, mais que s'il eſtoit vray
qu'il fuſt pour elledans les ſentimensqu'il
luy marquoit , il ſe
pouvoit tenir afſuré de ceux
GALANT. 101
de foncoeur pour luy. Cette réponſe
le mit dans une joye incroyable.
Il ne ſçavoit quels
remercimens luy faire , & il
eut encore à les redoubler ,
quand luy ayant voulu laiſſer
quelques jours pour examiner
ſi elle trouvoit en luy tout le
meritequ'il auroit voulu avoir
pour paroiſtre digne de fon
choix , elle prit cela pour une
injure ,& le laiſſa ſeul avec ſa
Mere , pour arrefter fans plus
de remiſe ce qu'ils jugeroient
le plus à propos. La Mere qui
avoit eſté preſente à tout , &
qui entroit vivement dans tous
les ſentimens de fa Fille , fut
d'avis que lemariage ſe fit dans
fort peu de jours , afin de marquer
par là plusde mépris pour
le Cavalier . Quoy qu'il l'euſt
- fort ſouhaité , il ne put l'ap
E 3
102 MERCVRE
prendre ſans quelque dépit ſecret
de la promptitude avec laquelle
on s'y eſtoit réſolu , &
de la fatisfaction réciproque
que les Mariez firent paroiſtre .
Tout empêchement ceffant
par là , le petit homme fit venir
fa Fille , que le Cavalier euſt
trouvée d'une laideur extrémement
dégoûtante , ſi l'éclat de
l'or qui la ſuivoit ne l'euſt fait
briller dans ſon eſprit ; en forte
que la voyant de ce ſeul coſté
fon imagination remplie d'un
objet ſi cher, la luy fit paroiſtre
aimable . Ainſi il ne fongea
qu'à flater le petit homme ,
dont il ne pouvoit douter qu'il
ne poſſedaſt l'eſtime , puis qu'il
l'avoit choifi pour fon Gendre ,
préferablement à une infinité
d'autres qui auroient eſté ravis
d'épouſer ſa Fille aux mêmes
د
GALANT .
503
conditions . Il y réüffit ſi bien ,
qu'il l'engagea à faire tous les
fraisdu mariage , ſans préjudice
des cent mille écus. Cela
luy eſtoit d'un fort grand fe--
cours. Aufli mit il à profit une
liberalité qui luy devoit épargnerdes
ſommes conſidérables ,
& comme il luy fut permis de
faire telle dépenſe qu'il jugeroit
à propos felon ſa fortune &
fanaiſſance , il acheta les plus
• beaux chevaux qu'il put trouver
, fit faireun caroffe magnifique
, & fe fourniſſant de ce
qu'il y avoit de plus beau , tant
pour les habits que pour les
meubles , il pouſſa les chofes
d'autant plus , qu'en mettant fa
Femme dans un équipage fomptueux
, il crut chagriner la
Belle qui n'avoit point témoigné
le regretter ; mais il ne
E 4
104
MERCURE
prenoit pas garde , que plus il
contribuoit à la faire remarquer
par cette magnificence ,
plus ildonnoit lieu de raiſonner
fur le ridicule choix qu'il
venoitde faire. La petite Crea
ture qui n'avoit eu aucune
education , & qui ne s'eſtoit
jamais attenduë qu'à eſtre du
rang le plus médiocre , entra
dans de tels tranſports de joye
de ſe voir ainſi metamorphofée
qu'elle perdit le peu de raiſon
qu'elle avoit eu juſque-là. Son
beau carroffe , trois ou quatre
laquais qui estoient derriere ,
une Demoiselle , maniere de
Gouvernante qui l'accompagnoit
, & fes habits tout dorez
, luy démonterent la teſte.
Ce fut une vanité outrée. Elle
voulut prendre les grands airs ,
&diſant preſque autantde fotGALANT.
τος
tiſes qu'elle prononçoit demots
elle ſervit d'entretien à toute
la Ville. Le Cavalier tâcha de
mettre quelque regle à ſa conduite
, mais ayant l'eſprit auffi
mal fait que le corps , elle mépriſa
tous ſes avis , & demeura
dans une indocilité infurnontable
, fur ce principe qu'elle
luy avoit apporté affez de bien
pour pouvoir vivre à ſa mode ,
fans qu'il y duſt trouver à redire.
Il fit fucceder l'autorité
aux remontrances , & ce fut
encore pis . Ce droit de Maîtriſe
ne fit que l'aigrir. Elle
eſtoit méchante à proportion
de ſalaideur , & n'eſtant capable
d'aucune raiſon , elle s'appliqua
avec étude à toutce qu'-
elle pouvoit deviner qui luy
cauſeroit quelque chagrin. II
s'en plaignit pluſieurs fois au
ES
106 MERCURE
petit homme qui n'ayant pour
tout uſage du monde , que celuy
de bien faire ſa partie ,
quand il s'agiſſoit de s'aſſocier
dans quelque affaire , luy répondoit
ſeulement que c'eſtoit
jeuneſſe , & qu'il falloit avoir
patience. La deſunion qui ſe
mit entr'eux & qui alla bientoſt
à l'excez , le fit ſe repentir
ſerieuſement d'avoir preferé
lebien d'une auſſi laide perſonne
que celle que ſon avarice
luy avoit fait épouſer , aux
douceurs qu'il eſtoit, ſeur de
gouſter s'il euſt, tenu parole à
Ja Belle , mais ce repentir le fit
fouffrir beaucoup davantage
quelques mois aprés , lors qu'il
apprit que la Belle estoit devenuë
heritiere de ſes Freres
2
morts l'un & l'autre , le Cadet
de la petite verole , & l'Aîné
GALANT. 107
d'une bleſſure qu'il avoit reçuë
dans la derniere Campagne ,
Le bonheur de fon Amy qui
jouiſſoit par là d'un bien tresconfiderable
que ſon infidelité
luy avoit fait perdre , le
mit dans un defefpoir qu'il ne
ſçavoit exprimer.Salaide Femme
en ſouffrit , puis qu'il partit
auffi- toft & qu'il la mena avec .
luy à une Terre , d'où l'on affure
qu'elle ne reviendra point.
Il n'eſt pas à condamner de ſe
vouloir épargner , en l'y retenant
, la confufion qu'il faut
qu'il eſſuye des extravagances
continuelles , où l'a fait tom
ber le déreglement de fon ef
prit ,mais auffi il n'est pas à
plaindre , ayantmerité tout fon
malheur..
Je vous envoye un Ouvrage
fur les Affaires du temps , dont
E6
108 MERCVRE
je croy que vous ferez tres con
tente..
REMARQUES
Sur la Réponſe faite par le Roy
d'Eſpagne , au Bref écrit
par Sa Sainteté,pour l'exhorter
à la Paix..
:
Sitous les bons Catholiques ont
esté édifiez du zele avec lequel
te Pape a exhorté l'Empereur &le
Roy d'Espagne à la Paix , il n'y
ena point qui nedoivent estre affligez
du peu defuccés que lesBrefs
de Sa Sainteté ont eu , & de voir
que bien loin de difpofer ces Princes
àprocurer le repos de la Chreftien
se, ils n'ont en d'autre effet que
dattirer des Libelles contre la
France plutoß que des réponses,
GALANT. TO
convenables à la dignité d'un Roy,
fous le nom duquel on veut les donner
au Public ; & à celle du Pere.
commun des Chrestiens , à qui la
réponse du Roy Catholique est
adressée.
On remarque aisément que cet
Ecrit n'est qu'une repetition des
invectives qui rempliffent depuis
long temps ceux qui se debitens
toutes les ſemaines en Hollande.
Iln'y manque rien que les loüanges
, que ceux qui les composent
donnent ordinairement au Prince
d'Orange,& elles n'y auroient pas
esté oubliées , fi l'Auteur de cet
Ecrit avoit cru pouvoir faire à la
Maison d'Auftriche un merite à
Rome , d'une alliance contractée
avec un Prince qui usurpe le Trône
du Roy Son Beau pere , & qui se
fertpour le dépoffeder,du prétexte
derétablir enAngleterre la R. P.
MERCURE
Reformée , opprimée , à ce qu'il pré
send ,par un Prince Catholique , &
de celuy d'efſtre le défenseur & le
protecteur de cette mesme Reli
gion ,pour allumer la guerre dans
toute l'Europe,
Mais commeon n'apas jugéque
la jalousie de la grandeur du Roy,
& l'animoſité qui ont porté les
Cours de Vienne & de Madrid à
entrer dans la Ligue,&appuyer des
deſſeins auffi contraires ,non seule
ment au bien de la Religion , mais
encore aux veritables Souverains
fuſſent des raisons bien valables
pour justifier les liaiſons que ces
Cours ontpriſes avec le Prince d'Orange
, auprés d'un Pape qui rem...
plit fidignement tous les devoirsdu
ministere où Dieu l'a appellé,on a
grand ſoin de ne rien dire dans
cette Lettre qui puiſſe avoir le
moindre rapport au Roy d'Angle
GA LANT.
terre , & on a recours à ces mesmes
lieux communs employez plusieurs
foisſans fondement , d'accuſer la
France d'avoirviolé les Traitez ...
C'est de cette raison que l'on
veut que le Roy d'Espagnese ferve
auprés du Pape , pour faire ap
prouver à Sa Saintetéla Liguequ'il
afaite ,& dans laquelle il perſiſte
avec lesplusgrands ennemis de la
Religion Catholique ; & c'est cette
mesme raison qu'on lay fait employerdansſa
Lettre en des ter
mes auſſi peu convenables à la di
gnité Royale , que contraires à la
verité , car enfin , quand les Efpagnols
reprochent àla France l'infraction
des Traitez, ilfaut neceffairement
, ou qu'ils oublient , on
qu'ils n'ayent jamais lû l'Histoire
deleur Monarchic. Ils y auroient
vûfi clairement les Traitezles plus
folemnels rompus parla Maison
(
112 MERCVRE
d'Auſtriche , lors qu'elle a cru trouver
le moindre avantage à ne les
point obferver , qu'iln'y a pasd'apparence
qu'ils oſaſſent ſeplaindre
d'une conduite que la France n'
jamais tenuë : & fans aller cher.
cher les temps éloignez, où la bonne
fortune qui favorisoit toutes les
entrepriſes de cette Maison, sema
bloit autorifer toutes les regles de
Politique qu'elle ſuivoit , on peut
s'arrester à ce qui s'est passé dans
ces derniers temps , pourjuger s'ils
peuvent eftre receus avec justice,à
La France de n'avoir pas obfervé
les Traitez qu'elle a faits avec
cux.
Ilsuffit pour cet effet defe fouvenir
,fans aller plus loin , que.
lors que les Hollandois s'attirerent
la guerre que S. M. justement
irritée alla porter dans le coeur de
Leur Pays , l'Empereur& le Roy
: 113 GALANT.
d'Espagne estoient en paix avec
S. M.
Elle croyoit avec raiſon avoir
pris toutes les précautions neceffaires
pour l'affermir , tant par le
Traité qu'Elle avoit fait en 1671 .
avecl'Empereur , que par lesaſſu
rances qu'Elle avoitfait donner au
Roy Catholique , qu'il ne ferois
faitdefapart aucune contravention
au Traité d' Aix-la- Chapelle.
Cependant àpeine les Etats Gene-
Taux curent trouvé le moyen d'engagerdans
leurs interests la Cour
de Vienne , que les Espagnols fe.
flasant d'avoir rencontré l'occaſion
favorabledeſe vanger de la France,
crurent que le Traitéd'Aix.
la- Chapellene devoit pas les em.
pêcher d'en profiter , & dans le
semps que les armes de Sa Majesté
estoiens occupées dans les Provinces
Unies , ils vinrens attaquerla
114 MERCURE
Place de Charleroy , perfuadez que
S.M. Sereposant , comme Ellefaifoit,
fur la bonnefoy des Traitez ,
auroit laissé cette Place dénuée de
tout ce qui pouvoit fervir à fa
défense. Leſuccés ne réponditpoint
àleur attente. Leur mauvaise foy
leur attira tout lefaix d'une guerre
qui leur couta une partie des
meilleures Places que l'Espagne
poſſede dans les Pays- bas ,& les
conquestes de S. M. ne finirent que
parle Traité de Nimegue , d'autant
plus glorieux à Sa Majesté ,
après avoir repoussé un ausfigrand
nombre d'Ennemis , que les Efpagnols
disent encore , que les
conditions en furent plûtoſt
admiſes que diſputées.
On voit aussi par les plaintes
qu'ilsfontàpreſent de ce Traité,
qu'en le concluant ils n'avoient
deffein de l'observer,quejusqu'a
GALANT.
115
ce qu'ils trouvaſſent les conjoncturesfavorables
qu'ils attendoient ,
pour se faire accorder des condi
tions plus avantageuſes . En effet ,
depuisfa conclufion ils chercherent
toutes les difficultez imaginables
pour en empefcher l'execution , &
enfin s'estant imaginé en l'année
1683. que la guerre leur feroit plus
convenable qu'un accommodement
amiablel,e Marquis de Grana ,
Gouverneur des Pays-Pas la declaraà
S. M. ne doutant point que
l'Empereur joigniſt ſes forces ,&
mesme unepartie de celles des Princes
de l'Empire , pour attaquer la
France. Mais la prise de Luxembourg
, &le peu de fuccez des
armes de l'Empereur en Hongrie ,
firent connoistre aux Cours de Vienne
& de Madrid ; qu'elles n'avoient
pas bien pris leurs mesures ,
& qu'elles s'estoient trop preffécs de
116 MERCURE
1
découvrir leur mauvaiſe volonté,
enforte que les conjonctures neleur
estant pas favorables pour continuer
la guerre , elles refolurent d'en
attendre de meilleures , & de se
referver des raiſons pour la renouweller
, quand les occafions s'en
presenteroient. Mais quoy que leurs
mauvaises intentions paruſſent
affez à sa Majesté , Elle voulus
bien neanmoinsse contenter ,pour
le maintien du repos de l'Europe .
de la jouiſſance proviſionelle de ce
qu'elle estoit en droit de pretendre ,
&qu'elle pouvoit obtenir par un
Traitéde paix definitif.
Latrévefut faite. On reconnut
ficlairement dans les premiers articles
du Traité que les pretentions
de la France estoient folidement
establies fur ceux de Munster &
de Nimegue , qu'il n'y a pas de
plusforteréponse à toutes les plainGALANT.
117
ses de la Maison d'auftriche. La
bonnefoy vouloit qu'elle se serviſt
du temps que ce Traitéluydonnoit
pour affermirle repos de l'Europe
par une Paix définitive , ainſi
qu'il avoit esté ſtipulé; mais on a
vû depuis , qu'elle ne l'a employé
qu'à faire des alliances affez puiffantes
, & en affez grand nombre ,
pourabattre , commele Roy d'Efpagne
s'en explique danssa Letzre
, le pouvoir du Roy de France.
Ces démarchesſe faisoient fort ouvertement.
Les Ministres Austrichiens
en parloient hautement dans
toutes les Cours , & quand S. М.
n'auroit pascſté aussi bien informée
qu'Elle l'estoit deleurs projets , Elle
n'auroit pù les ignorer , par cequ'-
ils en publioient eux- mesmes .
On ne peut s'empêcher de dire
icy qu'il est difficile de compren
dre comment les Cours de Vienne&
118 MERCURE
de Madrid peuventseplaindreque
la Francen'observepas les Traitez.
quand elles ont fait voirpar leur
conduite qu'elles estoient perfua.
dées que rien n'estoit capable de
Les faire rompre à Sa Majesté. Il
n'enfaut pas de plus fortes preuves
que ce que ces Cours ont fait contre
Elle , persuadées que la Treve les
mettoit à couvert de tout ce qu'elles
auroient du craindre , & qu'elles
pouvoient à labry de ce Traité ,
former des alliances contre SaMajesté
, & tramer la ruine de fon
Royaume, s'imaginant qu'Elle leur
donneroit le temps d'executer leurs
deſſeins , plutoft que de les préve.
nır par les moyens que la prudence
& la preſſante necesfue devoient
conseiller.
C'est dans cette confiance que
ces Cours , (i zelées pour le bien de
La Religion Catholique lors qu'elle
GALANT.
119
convenoit à leurs interests,se fervoient
alorspour animer les Princes
Proteftans contre S. M. des soins
qu'elle se donnoit pour ramener
dans leſein de l'Eglise, ce qui reſtoit
encore defes Sujets qui en estoient
Separez , & pour extirper l'herefie
-de ſon Royaume. C'est dans cette
- confiance qu'elles formoient avec
eux des ligues pour detrôner un Roy ,
Soupçonné seulement d'avoir fait
des Traitez avec S. M. &c'est cette
mesme confiance que le Roy d'Angleterre
prenoit enla droiture de
leurs intentions , qui l'a fait tomber
du Trône , n'ayant jamais crû que
l'entrepriſe dont on le menaçoit pût
eftre veritable & encore moins
qu'elle pût estre appuyée par des
Princes que la Religion , les interests
communs des Souverains
& les Alliances devoient uniravec
,
luy.
120 MERCURE
Le principal reproche qu'ils
feroient donc à S. M. s'ils ofoient
parler fincerement , feroit de ne
s'estre pas reposéesur cette mesme
afſurance de leurs bonnes intentions
&d'avoir prévenu leurs deffeins
dans le temps qu'ils estoient prests
d'éclater. Ils y pourroient joindre
ceux des Conquestes importantes
qu'Elle afaites depuis que laguerre
dure , de tant de victoires rempor.
sées sur un grand nombre d'Ennemis
, perfuadezque S. M. ne pour
voitseulementse tenir ſur la deffensive
, & qu'ils penetreroient de
tous coſtezdans leRoyaume. Ils luy
reprocheroient encore ce qui leur eft
infiniment plus ſenſible , fon application,
ſa vigilance,ſon activité
Ses lumieres ; enfin toutes les grandes
qualitez qui augmentent tous
les jours fa gloire , & l'envie defes
Ennemis.
Mais
GALANT. 121
Mais comment ne craignent ils
Das quele Pape à qui ils font
adreſſer le Roy d'Espagne dans cette
Lettre , ne reproche à la Maiſon
d'Auſtriche la conduite qu'elle
sient si opposée au zele & à la
foumiſſion qu'elle veut témoigner
pourle Saint Siege? CarSansparler
de la Ligue avec les Ennemis de
la Religion , les violences que les
Troupes de l'Empereur exercent en
Italie ,le peu d'égards que les
Generaux ont pour ce qu'on leur
represente estre Fiefs de l'Eglise ,
le peu de défércence que la Courde
Vienne témoignepour les instances
que sa Saintetéyfaitpour le repos
de l'Italie , font ce des marques
bien évidentes de cette soumission
pour le Chefde l'Eglife ? L'introduction
des Heretiques dans le
Piedmont , les Livres des Calviniſtes
répandus , non fentement
May 1692 . F
1
122 MERCVRE
dans le Milanez, mais meſmetu'ils
qu'à Rome , l'exercice de leur
gion permis dansles Etats da .
pagne , où ils n'avoient jamais esté
Soufferts , peuvent ils faire voir le
zele de cette Maison pour le bien
de la Religion Casholique ,& ce
zele merite- t il que Sa Sainteté
accorde à l'Empereur l'argent que
leRoy d'Espagne demande dans ſa
Lettreavec tant d'instances ,ſous
le pretexte de continuer la guerre
contreles Turcs ? Le Pape nesçau
roit ignorer que ce ne seroit pas le
deffeinde la Cour de Vienne, fi elle
estoit maiſtreſſe de conclure lapaix
avecla Porte , & qu'après avoir
facrifié les avantages certains
qu'ellesepouvoitpromettre de remporterſurles
Turcs, au defirqu'elle
a eu defair la guerre à la France ,
il n'y a point de baſſeſſe qu'ellen'ait
employée pour obtenir la paix
GALANT.
157
cette Colonie. Depuis trentefept
ans qu'il eſt dans cette Isle,
il s'eſt acquis une experience
til s'eſt heureuſemet ſervy
rantce Siege. Tous lesHabins
le regardent & l'aiment
mme leur pere , auſſi les ail
fecourus ,& de ſes ſoins , &
fon bien dans toutes les maperres
an'ils ont
3
MERCVRE
۱
158 aprés vous avoir fait part d'un Combat
donné vers les Iles. La face droite de cette Medaille
repreſente
le Roy comme font toutes les autres & dans le revers il y a un Booeuf du Pays auprés d'un Arbre ,avec ces
mots .
ColoniaMadagasc
.
Elle fut frapée en 16
GALANT.. 119
11
s
ilme
le
ays
ces
Puisque Climene est inconstante
Il faut que je lefois aussi.
Comment , luy dis.je , indigne
Amant
Vous avez le plaifir charmant
D'avoir enflamé cetteBelle,
Et malgré voſtre engagement
Vous ceffezd'estre fidelle ,
Pour répondre àson changement
hi'avois touchéle coeur dema
mechanger
!
160
MERCURE
SONNET
.
Edoux Printemps revient em
bellir ces boccages , -
L'hivern'arrestéplus le cours demos
ruisseaux.
Sur l'aimablegason ils promenent
leurseaux ,
Les Charmes,les Tilleulsont repris
leursfeüillages.
**
Les vents impetwen
GALANT. 161
1
Depuis plus de trois mois je brule ,
je Soupire.
Oüy, je vous aime Iris , je meurs
pour vos appas.
Fene demanderien,ne vous effrayez
Pas ,
is vos pieds feulementpermettez
que j'expire .
on à vous expliquer
chle nouvel-
1
1
162 MERCVRE
LE CYGNE
ET
LES CANARDS.
FABLE.
TEs Canards des long- temps
animez&jaloux
Contre un Cygne fameux par fon
charmant plumage ,
Tinrent conſeil
r
L'A
Le
Le
L'I
Le
L'Il
L'A
Le l
Le
Lel
Le
Le
L'A
Le S
lea
1
de
ga
ddgmuN
UP
ns
ville
ces
Aix
GALANT.
163
Le Cygne par bazard qui ſe mire
dans l'eau ,
De ces vils animaux apperçoit l'artifice.
Il s'y plonge auſſi tost, ilen revient
plus beau ,
Etdefes ennemis il confond lamalice.
Connois tu de ces Vers lefens myste
rieux ?
C'est l'innocent Damon, ceſontſes
Envieux
Que partous ces traitson designe
Qu'ils l'attaquent de toutes parts
Cygnefera toujours Cygne .
nardsseront toujours Caenvoye
la Liſte de
Vaiſſeaux du Roy
épartement . Vous
euxqui les com
164 MERCVRE
mandent & combien il y a
d'hommes & de Canons fur
cette Flote. Il manque à cet
eſtat les noms de quelques Capitaines
, mais comme ils changent
preſque tous les ans de
Vaiſſeaux , il eſt quelquefois
difficile de ſçavoir les derniers
nommez . Il peut y avoir auſſi
quelques noms defigurez ; vous
yſupplerez dans ceux que vous
pourrez reconnoiftre .
Outre cette grande Armée
Navale , qui doit faire tout
trembler l'Ocean , & qui ne
ſçauroit avoir à craindre
la Mer , le Roy a tren
Galeres bien armées
diterranée , fur chac
quelles , ilyaun nom
derable de Troupes
quement , & toutes
propres , tant
GALANT. 165
cher , qu'à eſcalader une Place.
Ces Galeres font accompagnées
de quatre Galiotes à
- bombes , & de deux Fregates
&le tout fait plus de quatrevingt
Voiles.
S
τ
Vous croyez peut-eſtre ,
qu'aprés le grand nombre de
Bâtimens ſur l'une & fur l'autre
Merdont je viens de vous
faire le détail , le Roy n'a plus
de Vaiſſeaux pour donner de la
terreur à ſes Ennemis ,& étendre
la gloire de la France : cependant
cinq ou fix gros Vaifſeaux
de guerre & une Galiote
fombes viennent encore de
our punir la Ville de
dont les Vaiſſeaux ont
re un Navire Frane
la foy des Traila
penſée que la
un grand nom-
A
166 MERCURE
bre d'ennemis à foutenir , elle
ne feroit de long-temps en
eſtatdeles punir de leur perfidie.
5
Tous ces Bâtimens dont les
deux Mers ſont couvertes
n'empeſchent pas que S. M.
n'en ait auſſi un grand nombre
dans toutes les parties du
monde , où diverſes Nations
ontbien voulu reconnoiſtre ſa
puiſſance ,& il en reſte encore
aujourd'huy huit dans les Iſles
de l'Amerique , fans les autres
Bâtimens qui fontmoins confiderables.
Le Roy , avant ſon départ
donna audience aux I
des Etats de Bretagne
rent preſentez par M
quis de Lavardin , Li
Generaldes Etats de
vince. Le reſte
GALANT. 167
les ceremonies accoutumées,
tant à cette audience qu'à celle
de MonſeigneurleDauphin
& de Meſſeigneurs les Enfans
de France. Ces Députez ſont
ordinairement trois , & viennent
au nomdu Clergé , de la
Nobleffe , & du Tiers Etat .
Celuy du Clergé qui porte
toujours la parole étoit Mr
d'Argouges , Evêque de Vannes
, Fils de Mr d'Argouges ,
Conſeiller d'Etat , & du Conſeil
Royal, qui s'attira des applaudiſſemens
detous ceux qui
l'entendirent.
Mr de Mardy , Marquis de
de Catuellan , que le Roy vient
d'honorer de la qualité de Brigadier
de ſes Camps & Armées
, & que les Etats de Bretagne
ontnommé Deputé de la
Nobleſſe , n'en put faire les
168 MERCURE
fonctions dans cette audience ,
ayant eu ordre du Roy de ſuivre
S. M. Britannique. Ces
Etatsne pouvoient choiſir un
Deputé plus illuſtre , la Maiſon
de Catuellan eſtant une des
meilleures de Bretagne. Ce
Marquis eft allié à tout ce qu'il
y a de plus grands Seigneurs
dans la Province. Il eut l'avantage
de commander dans les
Lignes la derniere Campagne ,
&il- s'est fait diftinguer en plufieurs
occafions par ſon efprit ,
&par ſa conduite dans tous les
Commandemensqu'il a eus , ce
qui luy vient d'attirer les nouveaux
honneurs qu'il a receus
de Sa Majefté.
Mr de Fer Geographe de
Monſeigneur leDauphin , continuë
à donner au public des
Cartes qui font plaiſir dans la
fituation
GALANT. 169
fituation où ſe trouvent les affaires.
Il vient d'en faire paroiftre
une fort utile ,& fort commode
, n'eſtant que d'une éten
duë , qui n'empeſche pas qu'en
la colant fur de la toille on ne
la porte dans la poche . Cependantelle
contient le Pays d'entre
Sambre & Meuſe , & les
environs de Namur , Dinant ,
Charleroy , Mons , Ath , Louvain
& Huy . Cette Carte eft
tirée ſur les Memoires de Jean
Blaeu , Nicolas VViſcher &
Abraham Vivien , & ſe vend
dans l'Iſle du Palais à la Sphere
Royale.
Voicy les noms de quelques
perſonnes conſiderables mortes
depuis peu de temps.
Dame Françoiſe- Marie Brunet
, Femme de M. Bignon ,
Avocat Generalde la Cour des
May 1692 . H
170
MERCVRE
Aides , morte en couche de fon
premier Enfant , & dans une
fort grande jeuneſſe. Elle étoit
Fille de M.Brunet, Sr de Chailly
, Garde du Trefor Royal ,
Niece de M. Brunet , Abbé de
Villeloin , Conſeiller-Clerc en
la Grand Chambre, de M.Brunet
de Montferrand , Preſident
en la Chambre des Comptes &
de M. Brunet de Rancy , Treforier
de la maiſon du Roy , &
Soeur de M. Brunet de Chalis ,
Conſeiller au Parlement. Elle
avoit deux Soeurs , dont l'une
eſt mariée à M. du Tillet, Prefident
au Grand Conſeil , &
Maiſtre des Requeſtes . L'autre
avoit épousé M. le marquis de
Villarceau , tué à le Bataille
de Fleurus. Il y a encore de
cette Famille Mr Brunet le
Goux de Serigny , Preſident
GALANT.
171
1
en la ſeconde Chambre des Requeſtes
du Parlement de Paris ,
& auparavant Conſeiller au
Grand Confeil. Quant à Mr
Bignon , Avocat General en la
Cour des Aides , il eſt Fils de
Mr Bignon , Confeiller d'Etat,
& auparavant Avocat General
au Parlement de Paris , &
Grand Maiſtre de la Librairio
du Roy , Petit fils de l'illuſtre
Hierôme Bignon , Avocat General
au meſme Parlement ,
&Grand Maiſtre de la Librairie
du Roy , dont la memoire
regne parmy tous les Scavans
de l'Europe pour ſa profonde
doctrine & Neveu de Mr
Phelypeaux de Pontchartrain ,
Miniſtre & Secretaire d'Etat ,
& des Commandemens de Sa
Majesté , Contrôleur General
des Finances . Mr Bignon ,
H 2
172
MERCURE
aujourd'huy premier Preſident
au Grand Conſeil , eſt Frere
de Mr Bignon , Conſeiller d'Etat.
M. du Boisde Guedreville.11
aeſté maiſtre des Requeſtes &
Preſident au Grand Confeil,
& a marié deux Filles ; l'une à
M. Pelletier de la Houſſaye ,
Maiſtre des Requeſtes , & l'aitre
à Mr Guinet , Conſeiller
au Parlement. Le Frere de feu
Mr du Bois de Guedreville ,
eſtoit feu Mr du Boisdu Menillet
, Conſeiller en la Grand'
Chambre du Parlement de
Paris , qui a eu pourFils Mr du
Bois Baillet Avocat General en
laCour des Aides , puis Maiſtre
des Requeſtes , & Intendant
de Juſtice à Pau , où il eſt
mort.
M. Lambert de Thorigny ,
GALANT.
173
-
ancien Prefident en la Chambre
des Comptes de Paris. Mr
Lambert de Thorigny , fon
Fils , eſt Preſident en la même
Chambre .
M. Barberye Saint-Conteſt ,
cy-devant maiſtre des Requeſtes,
& Intendantde Juſtice
à Limoge. Mr Barberye , fon
Fils , eſt auſſi Maiſtre des Requeſtes
.
Le Sr Nolin vientde donner
au Public trois Cartes , dont
l'une eft le champ de Mars dans
les Pays- Bas , où le Roy commande
fes Armées en Perſonne en la
prefente année 1692. Cet Ouvrage
contient leComté de Flandre
accompagné d'une Table
de diviſions Geographiques ; le
Comté de Namur , où eſt le
Pays d'entre Sambre & Meuſe;
une grande partie de l'Eveſché
H 3
174
MERCVRE
de Liege , & une partie de
l'Artois , du Hainaut & du Brabant,
avecun accompagnement
des Plans des Villes d'Oſtende,
Nieuport , Ath ', Charles-Roy
Namur , Liege , & Maſtrick .
Ces Plans font tres-juſtes &
conformes aux dernieres Fortifications
qui ont eſté faites
dans ces Places . Cette Carte ſe
peut mettre en Livre pour la
poche , ce qui eſt d'une grande
commodité pour les Officiers,
qui pourront tout d'un coup ,
& à l'aide d'uneTable Alphabetique
qui ſe met en teſte , trouver
lesPlaces dont ils auront
befoin.
La ſeconde Carte eſt de la
Manche. Elle contient les Coſtes
de France depuis Belle Iſle
juſqu'à Dunkerque , & s'étend
dans les Terres juſques
1
GALANT.
175
T
à la Loire. Elle contient auffi la
Coſte Meridionale du Royaume
d'Angleterre. Ces Coſtes
& les Provinces qui ſont dans
les Terres , font tres- exactement
recherchées .
La troifiéme Carte eſt le
Dauphiné. On n'en a point
encore gravé de ſi particuliere.
On y a joint une Table
desdifferentes diviſions Geographiques
contenuës dans ce
Gouvernement. Tous ces Ou
vrages ſe trouvent à Paris chez
l'Auteur , fur leQuay de l'Horloge
du Palais , proche la ruë de
Harlay , à l'Enſeigne de la Place
des Victoires , & à l'Armée
du Roy en Flandre, au quartier
du Roy , chez le Sr Mouchet ,
Marchand ſuivant la Cour.On
ne peut aſſez admirer le genie
prompt & actif des François.
H4
176 MERCURE
Ils vont au delà de tout ce que
l'on peut attendre d'eux , dés
qu'il fe preſente quelque matiere
fur laquelle leur travail
peut eſtre utile au Public , &
ſouvent les Ouvrages ſe trouvent
faits avant qu'on ait eu le
temps de les ſouhaiter .
Le Siege du Grand VVaradin
est devenu fi confiderable
par lalongue réſiſtance des Affiegez
, qui ont fouffert le Blocus
depuis pluſieurs années,que
je croy vous obliger en vous faifant
partde ce qui fuit . C'eſt la
Dépoſition qui a eſté faite par
un Transfuge , de l'eſtat de la
Garnifon & de la Place. En
voicy la traduction litterale.
Premierement il s'y trouve un
Bastion à lamain droite de lagran
de Porte ,vis à vis la Palanque
d'Oloja, nommépar les. TurcsZin
GALANT.
177
chini Sabieſi , dans lequel le
Bacha Ibrahim a fait faire une
maison , oùilest logé actuellement.
Ce Bastion estgardépar les Sipalis,
y ayant toutes les nuits cinq postes
deGuet,compofez chacun de quatre
hommes ,sçavoir deux avant, &
deux aprés minuit,quifont relevez
la cinquième nuit , tellement que
chaque homme estant quatre jours
exempt de la garde, ilfautſuivant
le calcul ordinaire cent hommesfur
ceBastion pourrelever la garde qui
yest.
3
LeSecond Bastion ,que les Tures
nomment Capudan Lubiefi , eff
gardéſeul des Agriens . Il y atrois
postes deſſus , qui ſont diviſez .
Sçavoir l'un gardé par les siphais
l'autrepar les Ghunullis, &le troi
fiéme par les Beschlis , qui s'entre
relevent la fixièmenuit. Comme it
ya quatrehommes dans chacun de
H
ود
178 MERCVRE
ses postes ,il en faudroit cent huit
fur ce Bastion ,ſuivant le calcul
ordinaire. Ceux- cysont entrezdans
La Place ily a fix semaines , avec
Le dernier Convoy defarines queles
Turcsy ont jetté.Il en reste encore
quatre vingt-dixſains ,& capables
demonter la garde..
Le troisième Bastion. que les
Turcs nomment Imum Lubieſi ,
estgardé en partiepar de la Ca
valerie de la Place nommée Pefchlis
,&enpartieparles Ianiſſaires.
Ils ont quatre postes de guet ;
l'un desdits Ianiffaires ,& lestrois
autres desdits Peſchlis. Les Ianiffaires
relevent la huitième nuit,
&les Peſchlis la cinquième.CeBaſtiondemande
quatre vingt- douze
hommes,fuivant le calcul ordinai.
ze , Entre ce Bastion & leſuivant
doit estre le commencement de l'eau,
lafin, Cet endrost aft le plus buGALANT
. 179
mide du ruiffeau. Iln'a que demyhomme
de profondeur au milieu;
& proche de la muraille , il est de
la hauteur d'un homme. J
Le quatrième Bastion , que les
Turcs nomment le petit Baſtion,
eštant gardé des Turcs d'Afappens
& Sentchüer a trois postes quifont
occupez ; fçavoir deux des Afap .
pens, & l'autre desdits Senschuër,
chacun composéde quatre hommes,
quifont toujours relevez la quatriéme
nuit. Ce Bastion demande quarante-
buit hommesſuivant le calcul
ordinaire .
Le cinquième Bastion nomme
parles Tures , Agal Tubiefi, qui
veut dire , Baſtion des Janiſſaires,
a quatre poftes chacun de quatre
hommes , dont il y en a trois
gardez par les laniſſaires qui se
relevent la quatrième nuit. Le
quatrième est des Ghunulis , quife
H6
180 MERCURE
relevent la quatriéme. Ce Baftion,
Suivant le calculordinaire, demandefixvingt
hommes. Ily a proche
de la Porte un corps de gardeparticulier
, qui eft occupépar leCom.
mandant, ou Dishar. Iln'y reste au
plus que quarante hommes. Enfin
la.Garnison qui reſte dans la Fortereffe
du Grand Varadin ,monte
Suivantle calcul cy- deſſus à 498.
hommes..
D'autres Transfuges , ainfi
que l'écrivent les Imperiaux,
ont affuré que cette Garniſon
n'eſt la pluſpart que de Ieunes
gens parmy leſquelsil y abeaucoup
de Bohëmiens. Si cela eſt
wray , il eſt extrêmement furprenant
que ſi peu de gens & fi
mal conditionnez. , ſe défendent
toujours avec la meſme
vigueur , & faffent des forties
de deux cens hommes capables
GALANT. 181
de mettre en defordre lesTroupes
qu'on avoit choiſies pour le
Blocus ..
Depuis le rapport de ces
Transfuges , on a eu nouvelles.
que quoy que la tranchée air
eſté ouverte devant le Grand
VVaradin , les Afſiegez continuent
toûjours à ſe défendre
de la maniere la plus vigoureu
fe.Il n'y a preſque pointdejour
où ils ne tirent prés de cent
einquante volées de Canon, ce
qui ne s'accorde pas avec ce
qu'on a publié qu'ils manquoiér
de toutes fortes de proviſions..
Ils font auſſi fort ſouvent de
bruſques forties avec grande
perte des Affiegeans . Le bruit:
s'eſtoit répandu que ceux- cy
donneroient un affaut le 15.de
ce mois , mais ily avoità crain
dre que les Turcs ne les atta
182 MERCVRE
quaſſent enmeſme temps , à
cauſe qu'on les flattoit de nou.
veau de l'eſperance d'un
prompt ſecours . Cependant
trois ou quatre cens Rafciens
quis'eſtoienttrop avancez pour
reconnoiſtre les Imperiaux ont
eſté taillez en pieces. On a eu
auſſi nouvelles , qu'ils faiſoier
travailler inceſſamment à un
armement Naval à Nicopoli ,
dans le deſſeind'employer tous
leurs efforts pour ſe rendre
maiſtres d'unPofte prés de l'Iſle
d'Orloura , qui leur oftoit toute
laNavigation ſur le Danube
pour Belgrade . On ne dit plus
qu'on ait étrangléle Grand Vifir
, mais feulement qu'on l'a
relegué aux Dardanelles . Selon
d'autres nouvelles , il marche à
la Teſte de l'Armée. Tout cela
eſt fort douteux , mais ce qu'il
GALANT. 183
y a de certain , c'eſt que le
Comte de Marfilly a eſte congedié
de la Potte ſur ce que
tout eſtant preſt pour la Guer
re . avec apparence d'en retirer
de grands avantages, il n'eſtoit
plus queſtion de parler de Paix.
Voicy des Vers qui ont eſté
faits par Mr Rouſſelet , Principal
du College de Noyon fur
le voyage de Sa Majesté , &
& qui doivent préceder ce que
jay à vous endire..
**
: AU ROΥ...
Grand Roy , pour rehauffer le
lustre de ta gloire ,
Pourquoy voler encor toy-mesme à
la Victoire ,
Laiſſe ſous ton grand Nom à tes
braves Guerriers ,
184
MERCVRE
Sur la Sambre & le Rhin te cueillir
des Lauriers.
Trop de fois l'on t'a vù dans le
Champ de Bellonne
Des Heros demy- Dieux meriter la
Couronney
Et Vainqueur en cent lieux environner
tes Lys
Des Lauriers immortels que toy
même as cueillis ..
Plus Sage , & pius vaillant que le
Dieu de la Thrace,
TuSçais d'unfier Tyrandéconcerter
l'audace ,
Iltremble à ton ſeul Nom, & déja
devant toy
Volent jusqu'àlaHaye,&la crainte
& l'effroy.
Pourra- t-ilfoutenir les éclats de ce
Foudre,
Qui malgré ses projets réduisit
Mons enpoudre,.
Quand pour vouloirbraver le plus
grand des bumains ,,
GALANT. 185
Ilfefit adorerde tant de Souverains?
Avec tous ces Guerriers furpris de
la tempête,
Put-il d'unseul moment retarder ta
conquête?
Detant de Rois liguez ce zelé Protecteur,
Detagloirenefut qu'unjaloux Spe-
Etateur.
An bruit de ta valeur ,ſes Troupes
chancelantes
N'oferent voir de prés les tiennes
triomphantes.
Caché dans l'épaisseur de tous ses
Bataillons ,
Du Soleil de l'Europe il craignoit les
rayons.
" Y
Mars en tous lieux tefuit, ta vertu
SansSeconde ,
Ainsique sur la Terre, éclate encor
fur l'onde.
L'Univers en Suspens va voirpar
Res exploits
186 MERCURE
L'un & l'autre Neptune afferig
Sous tes loix ;
Un Grand Roy détrôné , dont 14
prens la deffense ,
Recouvrer par toy ſeul la fuprême
Puiffance ;
LeCiel comme aux Cefars remettre
dans tes mains
Ledeſtin chancelant de tous les Souverains
,
Succomber en tous lieux fous ton
Bras heroïque
L'Aiglel,e Leopard,&leLionBel
gique,
Et par tout de ton Nom répandant
la terreur ,
Faire trembler la Terreau bruit de
tavaleur.
Cettevaleur pourtant , aujourd'buy
Sans égale ,
Ales propres Sujets pourroit eftre
fatale.
Tu ne restes Vainqueur dans les
plaines de Mars ,
" GALANT. 187
1
Qu'après avoir du Sort bravé tous
les hazards.
Grand Roy, l'amour des tiens, l'appuyde
ton Empire,
Faut ilque le reſpect empefche de
zedire ,
Quesi ton Regne fait notrefelicité ,
Ta conſervation en estlasûreté?
Tout brillant de l'éclat de ta gloire
Suprême ,
Ilesttemps de ceffer de vaincre par
toy-même.
Danslefein deta gloire établis ton
repos ,
Et laiſſeſous ton Nom triomphrtes
Heros.
DuMidy jusqu'au Nord , de l'Inde
jusqu'au Taze,
Qu'on offre à ta Grandeur un vos
lontaire hommage ;
Que tes fiers Ennemis,redoutant ton
couroux ,
Afinde l'éviter tombent àtesgenoux
188 MERCURE
Ou que les traits vainqueurs de ta
rare clemence .
Faffent aimer le joug de ta toute.
puiffance.
Que toutours,leplusfage&le plus
Grand des Rois ,
Jusqu'aux bords du Danubeonadore
tes Loix ;
Qu'aprés tant de beaux faits les
Filles de Memoire ,
Epuisent tous leurs chants pour celebrer
ta gloire.
Regne sur l'Univers ; mais pour
noſtre bonheur ,
Grand Roy , modere enfin l'excésde
ta valeur.
Le Sonnet qui ſuit eſtdeM.
Diereville..
GALANT. 189
***
SUR LE VOYAGE
du Roy.
Grand Roy ,furvos Deffeins tous
les yeux font ouverts ,
On n'en peut pénétrer le Secret admirable
;
Vos Soldats , vos Vaiſſeaux , appa
reil formidable ,
Couurent detoutes parts & la Terre
&les Mers.
Quand on voit contre vous mille
Ennemis divers ,
Oùvaſe ſignaler vôtre bras indomptable?
Iriez- vous des Tyrans punir leplus
coupable,
Et rendre le repos qu'il ôte à l'Vnivers
?
190
MERCVRE
Mais dés qu'on vous verra commander
une Armée ,
Onentendra , Grand Roy ,parler la
Renommée.
Eh! pourquoy demanderquelest vôtre
projet ?
Le prodige est pour vous un effet
ordinaire 3
Onnepeut deviner ce que vous allez
faire,
On le comprendra moins lors que
vous l'aurez fait.
Je viens au voyage du Roy
dont les ſuites qu'on ne peut
enviſager ſans étonnement ,
doivent faire trembler tous les
Ennemis de la France , & caufer
une crainte pleine de tendreſſe
à tous les François , qui
ne peuvent penſer ſans frayeur
GALANT. 191
aux perils où va s'expoſer ce
Prince , en quitant le ſejour des
delices pour leur procurer un
repos qui doit eſtre de durée
, aprés la guerre qui agite
aujourd'huy toute l'Europe ,
& augmenter la gloire de la
Nation , fi triomphante , & fi
heureuſe ſous ſon Regne tout
remply de merveilles. Son départ
ayant eſté arreſté au dixiéme
de ce mois , on vit pendant
pluſieurs jours une foule extraordinaire
à Versailles de
tout ce que la Francea de plus
illuſtre ,& qui ſe trouva àporteé
de faireſa Cour. Tous les
chefs des Cours Superieures ,
& des autres Jurisdictions ,
aprés s'y eſtre rendus en particulier
, y retournerent en corps
auſſi-bien que Mr le Prevoſt des
Marchands , accompagné de
192 MERCURE
momens.
Mrs de Ville pour recevoir les
ordres de Sa Majeſté. Pluſieurs
particuliers excitez par la
ſeule ardeur de leur zele , y
allerentauſſi , pour chercher les
occaſions de pouvoir ſeulement
jetter la vuë fur ce Monarque
pendant quelques
Enfin il quitta Verſailles
avec ſon ſecret , qui fut impenetrable
à tous ceux à qui
l'experience adonné le plusde
lumieres, pour conjecturer plus
facilement que les autres les entrepriſes
auſquelles le Roy pouvoit
ſe déterminer. Le meſme
jour que Sa Majeſté partit , Mr
l'Archeveſque de Paris donna
un Mandement pour l'ouverture
des Prieres de quaranteheures.
, par lequel il marquoit,
que le Roy n'ayant rien épargné
pour appuyer les interests de la
Religion ,
GALANT. $93
L
:
Religion , procurer lapaix à l'Europe
, & travailler au rétabliſ-
Sement du Roy d'Angleterre ,il
estoit bien juſte que dans le temps
où Sa Majesté expoſoitsa perſonne,
&alloitse mettereà la teste deſes
Armées , ſes fidelles Sujets employaſſent
leursprieres particulieres
&publiques pourl'accompliſſement
defes grands deſſeins. Ce Mandement
fut publié dans toutes
les Egliſes de Paris , d'une maniere
qui fit voir quelle eſt l'ardeur
de tous les Curez pour la
gloire ,& la conſervation du
Roy. Mr Macé , Chefcier ,
>
Curé de Sainte Oportune , qui
eſt toujours des premiers à ſignaler
fon zele pour S. M. &
à l'inſpirer à ſes Paroiffiens
comme je vous l'ay fait remarquer
en d'autres occafions
ouvrit les Prieres par l'Eloge
May 1692. I
,
194
MERCURE
que vous allez lire,&qu'il prononça
au commencement de
fa Meſſe de Paroiſſe .
Aprés qu'il eut lû le Mandement
de M. l'Archeveſque de
Paris .
- CePrelat,dit- il , toujours exact
dans sa vigilance pour l'Eglise ,
toujours infatigable dans fon zele
pourle Roy , nous ordonne , comme
vous l'avez vû par son Mandement
, de faire des Prieres de quarante
heures pour l'heureuxſuccès
des juſtes deffeins de S. M. Ce Roy ,
le plus puissant de tous les Rois,le
plus Zelede tous les Chrestiens, le
plus juſte de tous les hommes,triomphe
depuis cinq ans, vous leſçavez,
de toutes les diverſes Nations,
qui s'estoient unies pour fondre fur
luy. Ces injuftes Puiſſances , liguées
pour la plus injuste de toutes les
querelles, devoroient dans leuravi
GALANT.
195
de orgueil les Etatsde noftre invin.
cible Monarque. Tout autre peuple
que les François auroit tremble au
Seulbruitde leurs projets, &LOVIS
anon-feulement écartéle trouble ,
&la terreur de nos Frontieres,mais
il l'a porté jusque dans leſein de
fes Ennemis , defolé leurs Campagnes,
pris leurs Villes , &puny leur
infolence. Cependant dans uneforce
fi redoutable , parmy tant d'heureux
fuccés qui enfleroient tout autre
coeur moins Chreftien que le fien,
il s'humilie devant le Dieu des
Armées,avoue que c'est la puissance
divine qui a formé sa main aux
combats, en rapportetoute la gloire
àsonsaintnom,&nevent, comme
David & comme S. Louis , pour
triomphe que des actions de graces,
pour éloges que des Cantiques, pour
trophées que les étandars ennemis,
I 2
196 MERCVRE
apportez aux pieds de la Croix.
Mais c'est peu pour la piete de
cet Auguste Monarque de rapporter
à Dieu les heureux fuccésde
ſes entreprises ; il lay en consacre
encorelescommencemens.Les Grands
du monde n'ont pas plûtoft conçû
leurs vaſtes deſſeins , que fans confulterle
Ciel , ils s'appliquent tout
entiers à les faire réussir,& recher
chent bien plus le secours des hommes
que celuy de Dien. Ilsemble
mesme qu'ils craignent de l'implo .
rer, parce qu'ils ne sont pasſeurs de
l'obtenir , & soit par défiance à
l'égard du Souverain Estre,fois par
vanité pour eux-mesmes , soitpar
honte du coſté des hommes , ils ne
parlentde la protection divine que
quand elle s'est declarée en leurfaveur,
& le rafinement de leur orgueil,
fans rien risquersur l'incerGALANT.
197
titude du succés , trouve le fecret
de glorifier Dieu de leur propre
gloire. Nostre Monarque plus
humble dans ses projets , plus
Sincere dans sa pictè , & plus
éclairé dans sa Foy , Sçait bien
que Dieu est le principe & la fin
de toutes choses ; que c'eſt luy qui
donne le vouloir& lefaire , le deffein,
& l'execution , &ne prie pas
aves moins d'ardeur&de soumisfion
en commençant , qu'ila de rea
connoiffance& de Zeleaprés lefuccés.
Toujours esperant du Ciel un
traitement favorable, toujoursfou
mis à la Providence dans ce qui
ferois de plus fâcheux , prest
à toutfaire , & à tout souffrir pour
la querelle de Dieu , il fe remet à
luy de toutes choses, & trouveparlà
le divin fecret de triompher infailliblement.
Avant que fa piese
13
198
MERCVRE
euft rendu les Prieres pour les Rois
fi frequentes dans nos Eglifes , ce
Mandement , ces Prieres de quarante-
heures , ces exposicions du
tres faint Sacrementfurnos Autels,
fembloient porter la crainte & les
alarmes dans le coeur des Peuples.
Les Fidellesne prioient qu'en trem.
blant,& parce qu'on ne pratiquoit
ces chofes , que dans les dernieres
extremitez , & que les extremitez
font toujours à craindre , on croyoit
que c'estoit en quelquefaçondefoler
Lepeuple que de l'avertir deprier,
la politique s'opposant àlapietér
onprivoit l'Etat de ce secours & le
Ciel de cette gloire. Mais graces à
la devotion denostre Roy ,ilnous est
permis , il nous est enjoint de luy
marquer ſouvent un zele unanime
pardes prieres publiques. Son grand
coeur ne nous en donne que de
GALANT. 199
trop frequenses occafions ,&comme
il s'estfait une noble habituded'affronter
les perils de la guerre , nous
nous accoutumonsſans trembler à le
voir partir , & nostre tendrefferaf.
Suréeparsavaleur , s'occupe moins
dudanger où il s'xpoſe , que de la
gloire qui l'attend. Iamais nous
n'avons eu de motifs plus preſſans
d'élever nos bras & nos Oraiſons
vers le Ciel, que dans cette occaſion .
Ce Royfi tendre pour fes Sujets, fi
cherydofes Peuples , court au danger
pour nous en éloigner , Sacrifie
fon repos à nostre commodité,prodique
sa vie pour conserver la noſtre.
Peut estre mesme , le divay- je ſans
trembler ? Peut - estre est- il aux
mains , peut estre foutient.ill'effort
de centmille bras armez contre lug z
¢ mille voix n'attaqueroient
pas de concert leCiel pourfa deffen
14
200 MERCURE
fe ! Maissi la tendreſſe qu'ila pear
nous ,si le Zele que nous avonspour
luy si nostre propre interest nous
engage aux Prieres , la gloire de la
Religion les demande encore àtous
les Fidelles. Un preux Souverain
détrôné pour la Foy , fugitif pour
la Religion, qui ne trouve de secours
que dans les bontez de LOUIS
Le GRAND , est àla teste d'une
Flotte redoutablepour conquerirfes
Etars usurpez, pour faire à main
armée dédire lemalheurquilepourfait,
& pour tâcher de réveiller
l'affection de ses Peuples. Prions
Dien qu'illeur touche le coeur ; confondons
ces ingratspar l'exemple de
noſtre zele , cesinconstansparnostre
perfeverance dans la priere , &
faisons quejaloux de nostre bonheur,
ils imitent nôtre obeiſſance. Enfin
wous sommes obligez de prier pour
GALANT.. 201
notre Roy , parce quenousne pounons
luy donner que ce secours , ny
luy témoigner d'autre reconnoissance
. Nostre vie, nos biens font à luy,
&par droit de proprieté , & par
droit de confervation ; nos prieres
nous appartiennent , & c'est ce que
nous pouvons offrir pour luy,& tout
cequ'il nous demande.Dieun'a ber
foin de rien, dit un Philosophe quifs
les Rois n'ont besoin que de Dieu,&
nos prieves le luy rendront favora
ble. Uniffons- nous tous ,Meſſicurs,
dans un si loüable deffein. Que ces
Voutes bâties parla pietéde nosRois
retentiſſent des voeux que nousfai-
Sons pour leplus Auguste detous, م&
venez offrir avecmoy au PereEter
nel le Sacrifice nonsanglant de F..
C. pour desi justes deſſeins.
Le Pere Avrillon , Minime
fort estimé pour ſes belles Pré-
IS
202 MERCVRE
dications , leur le meſme Mandement
le jour de l'Afcenfion ,
dans l'Egliſe des Minimes de
la Place Royale , & poursuivit
en ces termes ..
CeMandement,Messieurs, n'est
qu'une explication de celuy que S..
Paul envoye àfon Disciple Timothée,
pour l'engager à faire des
prieres, desfupplications,des Oraifons
& des actions de graces pour
lesRois. Obfecro igitur primùm
omnium fieri obfecrationes ,
orationes , fupplicationes , &
gratiarum actiones pro Regibus.
Nous allons commencerpar les
prieres quelque glorieux fuccez
nous engagera bienoſt à faire des
actions de graces. En effet, fi les
perils où la valeur de LODISLE
GRAND le va exposer , plus pour
la gloire de la Religion , que pour
GALANT.
203
celle de ſes Etats,nous font trembler,
la certitude que nous avons
que lesfeuls interests de Dieu font
agir ceMonarque,diffipe unepartie
de nos frayeurs . Louis le Grand ne
Sçauroit combattre pour une cause
toure celeste, quele Dieu des Armées
neprefideàses combats. Louis
Le Grand ne sçauroit vaincre que
J. C. ne triomphe. Ilfe fervira de
oeHeros Chrestien pour foutenir la
gloive du Chriftianisme opprimé. Ce
premier- néde l'Eglisefera protegé
du bras tout - puiſſant de f. C. pour
deffendre les droits facrez de fon
Epouse; ce nouveau losuéaura dans
fes interests le Soleil de Iuftice pour
vaincre plusieurs Row , parce qu'il
n'en porte la deviſe que pour lefaire
adorer de tous les Peuples. Ce
Gedeon Chrestien ,protegédia Ciel
furmontera sous les Madianites
204 MERCURE
conjurez ensemble pour le perdre
puis qu'ilne combat quepar l'ordre
de Dieu. Ce David de la Loynouwelle
, peut prendre des armes dans
Le Sanctuaire mesme , puis qu'il
n'expose une vie si precieuse que
pour l'honneur du Sanctuaire. En
un mot , la guerre qu'entreprendce
Monarque , est une guerre de Religion;
sa caufe estla cause desAuzels,
fa querelle est la querelle de
Dieu , &ses armesfont les armes
du Saint des Saints. Diſons plus
Sans craindre de rien outrer ; la
confervation defa PerſonneSacréeeft
celle de toutle Christianisme.
Kaffe le Ciel,que dans un jouroù le
Sauveur du monde s'est restitué à
luy- mesme par son Afcenfion les
trois Royaumes du Ciel,de la terre,
de l'Egliſe qui luy estoient dif
putezpar la tirannie du Demon il
GALANT. 205
Sefervede laplusparfaite&dela
plus vive de ſes images en terre,
pour remettre trois couronnesfur la
teste d'un autre Prince Chreftien ,
qui ne les afacrifiéesàla tirannie
d'un ſurpateur, que pourse conferver
celle qu'il espere dans le Ciel
pour récompense defa fidelité. Signalons
icy nostre zele ; offrons des
Sacrifices, redoublons nos voeux,&
demandons à Dieu pour le Roy , des
armes celestes,des combattans invincibles
, &des fuccez aussiglorieux
que ses projets font Chré
tiens ,&dignes du Dieu des armées
pour lequelil va combatire.
こ
Le Roy eſtant party de Verfailles
, le dixiéme de ce mois ,
comme je vous lay marqué
alla coucher à Chantilly , où
ik fejourna le 11. Il prit le
:
"
11
206 MERCVRE
divertiſſement de la Chaffe
qui eſt ſi delicieux dans cette
belle Maiſon où tout abonde ,
ce qui ne l'empefcha pas de
tenir divers conſeils ,&dedépécher
pluſieurs Couriers- Sa
Majesté alla coucher le 12. à
Compiegne , le 13. à Saint
Quentin , où Elle donna des
marques de ſa pieté , & ayant
enfuite couché au Quenoy , &
à Valanciennes , Elle allale 17 ..
fur les quatre heures apres midy
au Camp de Gevry qu'Elle
trouva ſous les armes ,& dont
Elle fit la Reveuë . Je me reſerve
à vous parler de cette Armée
en vous entretenant de la Reveuë
Generale quiſe fit le 10.
Le 18. les Dames allerent à
Mons , & le Roy qui n'avoit
point encore eſtédans la Place
2
GALANT. 207
depuis qu'elle eſt ſous ſonobeif
fance , partitle Samedy de l'Armée
ſur les quatre heures du
foir en carroſſe pour s'y rendre
Sa Majefté en viſita les Fortifications
dont Elle fut trescontente
,&donna des loüanges
à ceux qui en avoient pris
foin , Elle vit auſſi cent cinquante
Pieces de Canon , &
foixante Mortiers qu'Elle avoit
reſolu d'employer au premier
Siege qu'Elle feroit & qui
n'eſtoit pas encore declaré . Sa
Majesté alla auſſi voir l'Hoſtel
de Ville , & confidera avant
qued'y entrer un fort bel Arc
de Triomphe , que Meffieurs de
Ville avoient fait conſtruire .
11y avoit pluſieurs Deviſes à la
gloire de ce Prince par rapport
à celle de Nec pluribus
impar , &ily en avoit de tres208
MERCURE
ingenieuſement imaginées ,
qui faiſoient entendre au Roy
que la Ville de Mons ſouhaittoit
qu'il en demeuraſt toujours
le Maiſtre. Les Eſchevins
s'eſtant mis à genoux pour falüer
Sa Maiefte , Elle les fit relever
en leur tendant la main ,
& les écouta fans ſe couvrir.
Leurs coeurs ont efté ſi penetrez
de få grandeur , & de fa
bonté, qu'ils font preſentement
auſſi François que ſes plus anciens
Sujets. Le Roy alla enfuite
chez Madame l'intendante
où eſtoient les Dames
& aprés cela , chez les Dames
Chanoineffes. Leur Egliſe eſt
belle , & fpacieuſe , & l'ar
chitecture en eſt admirable.
Elle est toute remplie de marbre
travaillé avec beaucoup
GALANT. 209
:
d'art . Ces Chanoineſſes font
majestueuſement vétuës. Elles
ont un grand Manteau noir
doublé d'hermine , & une efpece
de petit'Surplis qui couvre
leurs habits avec une grande
Coëffe de Gaze blanche qui
leur tient lieu de Voile ,& qui
leur pend juſqu'à la ceinture .
Elles font parfaitement bien
coeffées , & celles qui n'ont
pas encore renoncé au mariage
mettent des Fontanges noires ,
avec un noeud noir au devant
de leurs corps , en maniere
d'Engageantes . Il faut , pour
eſtre receuës Chanoineſſes
qu'elles faffent preuve de huit
quartiers de Nobleffe de chaquecoſté.
Leurs Canonicats ne
leur rapportentque mille livres
dans les meilleures années .
210 MERCVRE
Leur nombre eft fixé à celuy
de quarante ; elles n'ont point
d'Abeſſe. Elles firent preſent
de leur Croſſe au Roy, qui leur
fit l'honneur de l'accepter , &
elles en marquerent beaucoup
de joye. Elles s'eſtoient rangées
en haye pour le recevoir , & S.
M. les ſalua toutes, Mrs de Ville
avoient fait préparer un tresbeau
feu d'artifice ; mais comme
il en pouvoit arriver des
accidens , à cauſe du grand
nombre de magazins qui font
dans la Place , S. M. ne jugea
pas à propos de le laiſſer tirer.
Ce Prince qui avoit donné ordre
ce jour-là pour une reveuë
generale de ſon armée , & de
celle de Mr de Luxembourg ,
pour le jour ſuivant , y convia
les Dames , & s'en tetournale
GALANT. 211
e
foir fort tard. Elles s'y trouverent
le lendemain , la pluspart
vétuës en Amazones.
Madame la Duchefſe de Chartres
& Madame la Princeſſe
de Conty la Douairiere
eſtoient à cheval avec plufieurs
autres, & le reſte des Dames
eſtoient en caroffe .Les Cavaliers
marcherent toûjours à
coſté du Roy . La reveuë dura
dix grandes heures à marcher
toujours au grand pas du cheval;
il ne s'eſt jamais vû de fi
belles Troupes .Le terrain étoit
diſpoſe de ſorte , que le Roy
paſſa d'abord la feconde ligne
de fon Armée en reveuë. Lescaroſſes
marchoient le long des
lignes. Après avoir vû la ſeconde,
S.M. vint à la premiere,
où Monſeigneur le Dauphin
s'eſtoit venu mettre pour ſaluer
212 MERCVRE
le Roy & les Dames , ce qu'il
fit de la meilleure grace du
monde ,l'épée à la main. M. le
Comte d'Auvergne qui estoit
trois pas derriere luy fit le même
falut. Rien ne peut eftre
plus leſte que la Maiſon du
Roy. Monfieur le Comte de
Tholouſe ſe mit à la teſte de
fon Regiment , & falua S. M.
Monfieur ſalua le Roy au bout
de la ligne . M. le Duc de Villeroy
fit enſuite le mefme ſalut.
La fin de la premiere ligne de
l'armée du Roy , conduifit au
commencement de la premiere
ligne de celle de M.de Luxembourg.
Ce Duc eſtoit à lateſte,
&falua S. M. qui luy fit beaucoup
d'accueil. L'armée qu'il
commande est la plus nombreuſe
qui ait jamais paru en Flandre,
il falloit une heure & de
GALAN T. 213
mie au pas du cheval, pour aller
d'un bout d'une ligne à l'autre .
Le Roy dit , qu'il n'avoit jamais
vü de plus belle Cavalerie.L'Infanterie
avoit quelque choſe de
ſi martial,que des Dames moins
accoutumées à voir des Troupes
en auroient eſté effrayées .
Vers le milieu de la ſeconde
ligne , M. le Duc de Monmorency
ſe mit à la teſte d'un Regiment
, & falua le Roy , & les
Dames. Il fitpreſenter une tresbelle
colation dans des corbeilles
, que l'on porta aux portieres
des caroffes . La revue finit à
plusde fix heures du ſoir. Les
Dames retournerent à Mons ,
& le Roy revint au Camp. Je
vous envoye l'état des Troupes
de l'Armée du Roy en ordrede
bataille ,&je ne doute point que
vous ne le voyiez avec plaifir
と
214
MERCVRE
aprés ce que vous venez de
lire.
PREMIERE ARMΕΕ
de Flandre .
PREMIERE LIGNE.
LIEUTENANT GENERAL .
M.le Comte d'Auvergne .
MARECHAUX DE CAMP .
M. de Montrevel.
M. de Buſca.
Brigade de Lignerie.
Efcadrons.
Grenadiers du Roy ,
I
Noailles ,
2
Duras ,
2
Luxembourg ,
2
Lorge ,
2
Gendarmes du Roy ,
712
Chevaux- legers du Roy ,
2
13
Brigadede Rotembourg.
Royal Piedmont,
4
Rotembourg , 3
GALANT. 215
4
2
Com. de Buſſi ,
Villequier ,
E
LIEUTENANT GENERAL.
M. le Princede Soubiſe.
MARECHAL DE CAMP.
M. de Congis.
Brigade de Segueran.
1
13
Bataillons.
Gardes Françoiſes , 6
Gardes Suiffes.
4
10
Brigadede ......
Toulouſe, 2
Les Vaiſſeaux , 3
LeRoy, 4
و
LIEUTENANT GENERAL .
M. le Duc de Villeroy .
Brigade d'Imecourt .
Carabiniers , 3
Brigade de Girardin.
Roquepine, 4
216 MERCURE
Girardin ,
Cravates ,
4
4
12
SECONDE LIGNE.
LIEUTENANT GENERAL .
M. de Tillader.
:
DRAGONS.
Brigade d'Alegre.
Efcadrons
Royal , 4
Dauphin , 4
d'Asfeld Etranger. 4
12
Brigade de Bollen.
Royal Allemand , .. 3.
Imecourt , 4
Langalerie , 4
Eclainvilliers , 2
1
13
Brigade de Saint Laurent.
Bataillons .
Dauphin ,
3
La Reine , 3
Humieres ,
GALANT.
?
217
E
Humieres ,
Nice ,
Stoppa ,
Pollier ,
T
2
I
1914418
ro
.
Puignion,
Brigade deNaffaw.
Efcadrons.
4
4
2
4
12
Duc de Noailles ,
Naffau ,
:
1
LIEUTENANT GENERAL.
Monfieur le Duc.
MARESCHAL DE CAMP
Mrle C. de Montchevreuil.
DRAGONS.
Fallon ,
Caylus ,
1. A
と
eress
4
100
Quartier du Roy.
1.Comp.des Mouſquetaires , 2
May 1692 . K
218 MERCURE
i
11.Comp.des Mouſquetaires, 2
ARTILLERIE.
Fuſeliers ,
Bombardiers ,
1
3
I
1
4
Voicy l'état des Troupes de
l'Armée de M.de Luxembourg;
avec l'ordre de bataille de la
meſme Armée . Il peut y avoir
quelques Brigades ,& quelques
noms d'Officiers Generaux
tranſpoſez dans l'un & dans
l'autre. Il ſe peut auſſi que leurs
poſtes ayenteſté changez aprés
que le premier état a eſté fait,
ce qui arrive ſouvent , mais
tout cela va à peu de choſe , &
perſonne n'eſt oublié .
GALAN T. 21-9
SECONDE ARME'E
de Flandre .
PREMIERE LIGNE.
LIEUTENANT GENERAL,
M. le Duc de Choiſeul .
Maréchalde Camp.
M. le Grand- Prieur.
Brigade deMarfin.
Gendarmerie ,
Brigade de Phelypeaux.
Du Roy ,
Dauphin Etranger ,
Bourgogne ,
8
:
4
4
4
12
Brigade d'Alou.
Dauphin , 4
Berry , 2
1
Orleans , 2
Bourbon , 2
Villeroy , 12
1
12
Brigade de Lomaria.
Vivans , 2
K 2
220 MERCURE
Lomaria ,
Anjou ,
42
Royal Etranger , 4
12
LIEUTENANT GENERAL,
M. le Comte de Montal.
Maréchal de Camp....
M.le Marquis de Crequi.
Brigade d'Albergoti.
Bataillons.
Champagne , 3
Guiche , 2
Royal Italien , I
Provence , 2
1
8
3
2
I
2
A
Royal ,
Brigade de Solre.
Du Mayne ,
La Saare ,
Royal Comtois ,
Solre ,
119
GALANT. 221
4
Brigade de du Perré.
Lyonnois ,
Bourbon ,
Maulevrier ,
!!
L
Greder Allemand ,
2
I
2
12
م
8
: Brigadede la Rocheguyon .
Languedoc , 2
Vermandois , I
Orleans , 2
Navarre. 3
رم
8
1
! LIEUTENANT GENERAL
: M. de Rofen .
Maréchal de Camp .
Mr le Marquisde Cognies.
Brigadede Montfort.
Efcadrons .
Royal Rouſſillon , 4
LeMarquis de Biffi , 4
Le Marquis de Noailless , 4
12
0
K 3.
222 MERCURE
Brigadede du Rozel.
Condé ,
Du Rozel ;
Baffens ,
Furſtemberg ,
2
4
4
1
رس
12
Brigade de Précontat
Carabiniers ,
Brigade de Quords.
Rohan , 2
Aubuffon , 2
Praflin , 2
Quadt 3
Meſtre de Camp general , 4
13
• SECONDE LIGNE ,
LIEUTENANT GENERAL,
M. le Duc de Vendofme .
Maréchal de Camp.
Brigade de S. Simon.
Saint Simon ,
Sagny ,
Efcadrons.
4
4
L
GALANT. 223
Finne , 4
12
Brigade de Montmorency .
Precontat ,
Vaillac ,
La Valliere ,
Brigadede Courtebonne.
Levy ,
Du Chatelet ,
Courtebonne ,
Brigadede Lavaiſſe.
Bourbonnois ,
Limofin ,
Haynaut ,
Perigord ,
Foix ,
Montferrat ,
444212
4
4
4
12
Bataillons,
2
2
Ks
I
214 MERCVRE
LIEUTENANT GENERAL ,
Monfieur le prince de Conty.
Maréchal de Camp.
M. de polaſtron.
Brigade de stoppa lejeune.
Stoppa le jeune , 4
3
2
Monin ,
Courtent ,
Sallis,
Scheilsberg,
1
4
A Brigade de Greder.
Greder Suiffe , 4
2
2
-8
Brigade de Zurlauben.
Berry ,
I
Lamer, I
велисе , I
Soiffonnois I
و
Zurlauben ,
Poitou ,
2
2
8
GALANT.
225
LIEUTE NANT GENERAL ,
MONS TEUR le Duc du Maine,
Maréchalde Camp.
M. de Vatteville....
Brigade de Lagnion..
Romainville ,
Bellegarde ,
4-
4
cliffi , 4
12
Brigade de Maſſot.
Maffot , 5
Coiflin , 4
Clermont.. 4
12-
Brigade de Magnac.
Gournay ,
Courlaudon,,
2
4
Magnac , 4
Du Mayne , 2
DRAGONS ..
Brigade de Mailly.
La Reine
نم
122
1
4-
KS
::
216 MERCVRE
Barbefiere ,
Chevalier de Gramont ,
4
4
12
Commandant du Corps de Reserve.
Monfieur le Duc de Chartres ...
M.de Befons . た
RESERVE.
Escadrons.
D. de Seneterre , 4
Chartres ,
Befons , 4
Montrevel 4
Sibours , 4
Framboiſac , 4
22
DRAGONS.
Brigade de Sailly.
Vartigny
Sailly ,
Asfeld,
Efcadrons.
4
4
112
GALANT .
227
Le Roy ayant convié les Dames
à dîner le lendemain , les
traita dans une Tente , & leur
donna une Muſique guerriere ,
compoſée de fix-vingt Tambours
aux Gardes , & de quarante
Tambours des Gardes
Suiffes , avec des Trompettes
& Timbales des Gardes du
Corps , des Gendarmes & Che
vaux-legers , au nombre de
trente - cinq , & tous les Hautbois
des Mouſquetaires & du
Regiment du Roy. Tout battit
enſemble la marche Françoiſe
, & enſuite la marche
Suiffe . Les Trompettes avec les
Timbales donnerent feparémentle
plaiſir de la marche à
cheval . Mr Philidor , à qui le
Roy avoit laiſſe la conduite de
ce Concert , avoitfait une finale
pour les finir enfemble. Les
K 6
228 MERCURE
Hautbois joüerent les Airs de
la Grotte de Versailles , & Mr
Philidor joüa avec eux. Les
Trompettes & les Timbales
enſemble donnerent enſuite le
divertiſſement des vieux Airs
de guerre , ce qu'elles firent.
avec deux Choeurs , qui furent
entremêlez de Menuets que
joüerent les Hautbois. Toutes
les Trompettes , tous les Tambours
,& toutes les Timbales ,
battirét la charge dans le même
temps , & le Roy la fit recom
mencertrois fois. Aprés cela on
entendit les trois derniers Airs
de l'Opera de Pfiché. On battit
enfuite la Generale,l'Aſſemblée
la Retraite Françoiſe , & les
Dianes. Tous ces Airs eftant
beaux ,bien concertez ,&joüez
par tout ce qu'ily a de plus ex--
:
GALANT. 2:29
cellens hommes chacun dans
leur profeffion , firent plus de
plaifir que la pluſpart n'en donneront
à la Garniſon de Namur.
Le Jeudy 22.on décampa
& on alla à Erlemont , le Vendredy
à l'Abbaye de Saint-
Amant , & le Samedy à Mazy.
Ce jour-là , Sa Majeſté pendant
fon dîner declara le Siege de
Namur , que Mr de Bouflers
avoit inveſty le meſme jour
avec ſon corps d'Armée . Mon
fieur le Prince partit le Diman+
ehe 25. jour de la pentecofte ,
àla pointe du jour avecdix mille
Chevaux pour ſe rendre auffi
devant la Place ; & le Roy partit
àdeuxheures aprés minuit pour
s'y rendre de bonne heure
n'en eſtant qu'àdeux lieuës. Son
Armée jointe à celle de Mr de
Bouflers monte à foixante دو
2
230
MERCVRE
&neufmille hommes. Le Roy
a inveſty la Place depuis la baffe
Sambre juſques à la baſſe Meuſe
Mr de Bouflers entre la haute
&la baffe Meuſe , & M.de Humieres
entre Sambre & Meuſe,
Mille Chevaux eſtant fortis de
la Place , dans la penſée qu'on
alloit inveſtir Charle-Roy ,
n'ont pû yrentrer. L'Armée de
Mr de Luxembourg a marché
en meſme temps que celle du
Roy , & eft campée à Gemblours
Ainſi il barre l'Armée
du Prince d'Orange , & couvre
le Siege. Son poſte eſt défendu
par cinq ou fix Défilez , où fix
mille hommes en pourroient arreſter
quarante mille Quelques
fatigues que le Roy ſe ſoit données
, il eſt , graces à Dieu , dans
une ſanté parfaite.
Voicy les noms de ceux qui ont ex
GA LANT. 23E
!
pliqué l'Enigme du mois paſſe ſur le
Tableau qu'on expoſe tous les ans à
Nôtre-Dame le premier jour de May.
Meſſieurs", De Perreuſe Page de la
Chambre du Roy , âgé de douze ans ;
Bonnard , de l'Hoſtel du Queſnoy ,
Place Royale , & la charmante Brune,
de l'Hoſtel de Vaubecourt ; le Chevalier
Beſnier ; le Chevalier Loibel de la
Place Maubert ; Gautier , Prêtre
Chapelain de l'Egliſe de S. Pierre de
Caën ; Madrenes , Avocat au Parlement
de Toulouſe ; Baptiste de la
ruë S. Victor ; Antoine Benard , rue
neuve Noſtre-Dame ; De Lauverie ;
G. Hutuge d'Orleans ; Carteron
Avocat en Parlement , & le Sénéchal
de Veluize ; Charles Norbert de Beauvais
; Theodore Atinet , Prieur de S..
Ambroiſe de Lion ; l'Abbé Beffort
Chanoine de S. Juſt du meſme licu
Bellair Capitaine ; Bourot Preſtre de
S. Paterne à Vannes De Gaye ; Coquebert
; Fraizer , rue de Tournon ;
L'Officier Marchand des trois agneaux
le petitMenage uni , du Quay de la
Megiflerie ;leGalant ſans efperance,
232
MERCVRE
du Quay des Auguſtins ; le Jeune
Heros des trois agneaux , de la rue S.
Denis; le gros Contrôleur.; le Cavalier
d'le prés de Chaſteau Carré; l'illuſtre
Solitaire , de la rue des Billettes;
l'Unique du Cloiſtre S. Mederic ;
'Enjoué ; le Clerc & fa Belle , de la
Fue aux Fers ; l'Abbé Cinq Pré , de
la rue des Tournelles , le Peſcheur de
Ja Raquette ; le Blond doré de la rue
Verderet ; le fameux Commis de la
porte S. Jacques ; Pillor de Nantes ;
l'Amant nocturne ; l'Amoureux impitoyable
, de la ruë Montorgueil ;
Jean Reverend & fon amy Grifon,
rue S. Honoré ; le Camus de la rue de
la Ceriſaye ; l'Illuſtre Merimberg , de
la rue de Buffy , & fon aimable Maiſtreſſe
; le Solitaire Caraunin ; la Fontaine
, proche le Mont Parnaſſe , rue
S. Jean de Beauvais , Paul. Alexandre
Serin ; l'Abbé Ricard ; le Duc , dit le
grand Mogol de Verſailles ; l'Aimable
Jannot , de la rue Trouſſevache , &
fon Amy du Soleil d'or ; le Sr dela
Rame , Cadet au Regiment de Champagne
, de la meſme rue ; le Beau Sau
GALANT.
233
teur de la rue S. Paul ; le Controlleur,
de la rue des Lombards , Meſdemoifelles
Belin;Montier , Gerare du Quay
des Aaguftins ; de la Bigotiere , de la
rue de l'Echange ; la Belle Manon ,&
'l'Amant inconnu du Cimetiere Sainte
Anne de Rennes ; la Toute- aimable
Loiſette , de la rue S. Denis ; la Charmante
Manon , de la rue de la Pelleterie
; l'Imcomparable Babet d'auprés
ſainte Opportune , ſa compagne , &
fon incomparable amie , de la rue du
Petit Lion , l'incomparable Angelique
de Caën ; le Seigneur du Cachemire,
& l'Appollon dea notable du mesine
lieu ; Marguerite Cotterean ,de la rue
Guillebert de Caën ; l'Incomparable
de Monceron ; l'Innocente en amour ;
la belle Verneſſon & ſa plus fidelle
amie ,de la rue des Bernardins ; la
charmante Foreſt ; laToure Spirituelle.
Soeur de M. le Curé d'Ozy , proche
Soiffons ; l'Image de Venus , de la
Raquette; le Berger Tircis à l'Anagramme
, Siecle d'Amour ; Diane
de la Foreſt d'Alclon ; la ſcavant
Eleonore ; la Maiſtreſſe de la charman234
MERCVRE
te Titi , L'abbé de la Tour de Pierre
Size.
Jevous envoye une Enigme nouvelle
que vous propoſerez à vos Amies.
Peut-eftre auront-elles beſoin de refver
un peu , pour en trouver le mot.
ENIGME.
A
UX Animaux vivans je ne
faispoint laguerre ,
Dema rigueur ilsſeplaindroientà
tort ;
Maisilen est beaucoup ,dans l'air ;
&fur la terre ,
Qui reçoivent de moy cent coups
aprés leur mort.
Ma queuë eft affez longue , & ma
teste est fenduë.
J'ay grand commerce avecque le
Pourceau .
Ilfuispartoutma trace,&quand
jem'évertuë ,
I'en entraîne toujours quelque petit
morceau.
Avant que defervir , je suis fors
maigre ,&feche ,
لا
Di
6
1
voa
2
te
S
A
b
igre , jeche ,
GALANT .
235
Mais mon travail bientoftm'engraiſſe
un peu .
Lecteur , je vais d'un mot te décou
:
vrir lamêche ,
Mon ouvrage n'est fait que pour le
mettre au feu.
L'air nouveau qui fuit, eſt d'un
bon Auteur. Vous en jugerez
auffi-bien que des paroles.
AIR NOUVEAU.
mes foins affidus
MEsSoupis Vous parlent tous les jours
de mon cruel martyre.
Puisqu'ils nefontpas entendus,
Ie mourray, belle Iris, fans ofervous
ledire.
Rien n'eſt ſi incertain que les Lettres
de Vienne , meſme les plus ſinceres.
Je vous ay marqué dans cette Lettre
ce que portoient celle du 8. Celles
du 11. ne diſent plus que le Blocus du
Grand Varadin ait eſté changé en
Siege.Ainfi la Tranchée n'ayant point
eſté ouverte ,on ne peut avoir reſolu
236 MERCVRE
de donner un aſſaut general. Ce qui
paroiſt certain , ſelon toutes les Lertres
des Ordinaires paffz , & du dernier
, eſt que la Garniſon continuë à
faire beaucoup de feu avec ſon canon ,
&des forties qui ne marquent rien
moins que fextréme foibleſſe où les
Auſtrichiens veulent qu'elle ſoit depuis
longtemps. Les dernieres Lettres
marquent qu'il y a des proviſions
au moins pour trois mois dans la Place
, & que les Troupes deſtinées pour
Ja ſecourir feront bientôt en état d'agir.
La nouvelle de ladépoſition du
Grand Viſir ſe confirme. Les Imperiaux
ſe flatent que ſa place ſera remplie
par un Miniſtre plus pacifique ,
mais ils ignorent,ou du moins ils affetent
de ne pas ſçavoir , que le Grand
Vifir n'a été déposé,que parce que fon
grand âge le faifoit incliner à la paix.
Il eſt vray qu'il agiſſoit pour la conti
nuation de la guerre ,& donnoit les
ordres pour les préparatifs ,mais il y
étoit forcé, le Divan ayant reſolu tout
d'une voix de n'écouter aucune propoſitionde
paix, Ainfi il y alloit de fa
GALANT.
237
tere de ne pas faire travailler aux préparatifs
de la Campagne. Il paroît par
toutes ces choſes que le nouveau Gad
Vifit,en cas qu'il y en ait un , n'oferoit
faire paroître aucune inclination pour
la paix, & qu'on ne l'auroit pas élevé
à cette dignité, i l'on croyoit que fon
inclination l'y portât.
J'apprens en ce moment des nouvelles
qui ne font que d'arriver par un
Courier extraordinaire . On a découvert
que le Grand Viſir qui vient d'être
déposé , & qui doit apprehender
beaucoup pour ſa tête, en cas qu'il foit
encore en vie, étoit d'intelligence avec
l'Empereur pour laiſſer perdre leGrand
Varadin ſans le ſecourir , & que s'il
n'eût point fait traîner les choſes en
longueur, il y auroit déja longtemps
que cette Place auroit été ſecourue.
Les mémes Lettres portent que c'eſt
le Comte Texeli qui a découvert cette
intelligence,& que le Grand Vifir dépoſé
n'avoit pas fait travailler à de ſi
grands préparatifs de guerre, qu'il faifoit
croire au Grand Seigneur , mais
comme il y a déja du temps que cette
intelligence eſt découverte , les Turcs
238 MERCVRE
demeurerent d'abord perfuadez qu'ils
en auroient affez pour reparer les
maux que ſa perfidie étoit ſur le point
de leur couſter , & fur tout le Grand
Seigneur ayant nommé pour Premier
Vizir , le Bacha d'Egypte , qui eſt
l'homme le plus accomply de tout
l'Empire Ottoman .
Les Galeres du Roy ayant été l'annéederniere
devant Oneille, cette Place
convint de payer les Contributions
pour éviter d'être bombardée , &pendant
que l'on travailloit à regler quel.
ques Articles , le vent ayant éloigné
nos Galeres ; la Ville ne voulut plus
tenir ce qu'elle avoit accordé. L'Armée
Navale que le Roy a ſur la Mediterranée
ayant eſté plus heureuſe cette
année , elle a debarqué des Troupes,
qui ont forcé cinq cens hommes de
Troupesreglées , & quatre mille hommes
de milices à ſe retirer. On eſt enſuite
entré dans la Place , quia efté
traittée ſelon les Loix de la Guerre , en
ſorte qu'on la tien tout- à- fait détruite,
On aſſure qu'on a gagné les Habitans
qui ont lieu de ſe plaindre de l'Opiniaſtreté
de leur Prince , qui s'obſtine à
GALANT.
239
rendre ſes Sujets mal- heureux, plutoſt
quede vouloir accepter une glorieuſe
Paix. Il perd beaucoup par l'état où ſe
trouve Oneille , & tout le Pays , qui
eſtant fecond en Oliviers , en Vins &
en Fruits , augmentoit ſon revenu.
Oneille eſt un Marquiſat ſitué ſur la
Coſte de Gennes .
La Princeſſe d'Orange a envoyé
ordre à Edimbourg de faire embarquer
pourYarmouth lesRegimens d'Argile,
de Beaumont , & de Senldled , mais le
conſeil ne l'a pas jugé à propos ſans de
nouveaux ordres , parce qu'il les croit
neceſſaires pour la conſervation du
Royaume , où l'on eſt ſi allarmé qu'on
a fait publier une Proclamation, le 28 .
du mois paffé , pour faire mettre ſous
les Armes tous les Habitans depuis
ſeizejuſques à ſoixanteans. On pretend
avoir decouvert une conſpiration
pour ſurprendre le Chaſteau d'Edimbourg.
Depuis l'arrivée du Comte de
Portland , autrement Comte de Benting
, envoyé à Londres par le Prince
d'Orange , non ſeulement on a redoublé
la Garde à Vithall , mais on a fait
mettre aux avenuës des Sentinelles
240 MERCURE
1
plus avancées qu'à l'odinaire. On a
expedié des ordres pour arrêter pluſieurs
perſonnes de marques, entre autres
les Comtes Huntingdon Malborough
, Cardalle , & Laſthfield. Les
deux premiers ſont arrêtez ,& les deux
autres en fuite. On a auſſi arreſté le
nommé Reidly qui a eu de l'employ
dans les Troupes du Roy d'Angleterre.
Le ſieur Ferguson a eſté mis
en priſon à Neugate pour crime de
haute trahifon , au grand étonnement
de toute l'Angleterre Milord Fanshau,
&Milord Brudnel ont auſſi eſté arreſtez.
Tous les Meſſagers ſont en cam.
pagne , pour en arreſter pluſieurs autres
. On a encore arreſté trente- fix
Etrangers dans la Province de Nortangton&
ils ont efté amenez à Londres.
Ils eſtoient parfaitement bien
montez . On a ſaiſidans la meſine Ville
, environ cinq cens chevaux en diverſes
écuries , que perſonne n'a reclamez
, & on affure qu'il y en a un nombre
confiderable en divers endroits du
Royaume que l'on n'a point encore découvert.
On dit que le Maire & les Aldermans
ont refolu de faire lever cinq
Recimens
GALAN T.
241
1
Regimens aux dépens de la Ville ; ils
ſerviront comme Troupes auxiliaires
aux Milices.On fait marcher desTroupes&
du canon vers Porſtmouth, & il
y a une infinité de gens dans le Royaume
qui aiment mieux payer l'amende
quede prêter les Sermens.Pluſieurs Regimens
qui ſont en Irlande , ſont en
marche pour venir en Angleterre.Le 16
de ce mois on fit une Proclamation
par ordre de la Princeſſe d'Orange ,
pour affembler le Parlement le 24.
On a eu parles Lettres d'Eſpagne des
nouvelles de trois choſes arrivées àM.
le Comte d'Eſtrées. Je ne vous feray
pas un long détail de la premiere ,qui
eſt laſeule qui ſoit bien connue. C'eſt
le naufrage de deux Vaiſſeaux qui ont
donné le 18. ſur les Roches de Ceuta
en Afrique,Place appartenante aux Efpagnols.
Le premier,nommé l'Affuré,
eſtoit commandé par M. le Chevalier
de Châteaurenaud,& avoit pour Capi
taine en ſecond,M.de Septeme,& pour
Enſeigne M.de Soudé,qui ſe ſont heureuſement
ſauvez à terre .Le ſecond eſt
leVaiſſeau le Sage,commandé par M.le
Chevalier de la Guiche.On affure que
May 1692. L
*
242
MERCVRE
la plupart des équipages & des Officiers
ſe ſont ſauvez le long de la côte.
Depuis que le Prince d'Orange a mis le
feu dans toute l'Europe,le Roy n'a encore
perdu que ces deux Vaiſſeaux de
guerre ,& les Ennemis en ont perdu
plus de vingt-cinq. M. le Comte d'Etrées
alla enſuite à Malaga,& fit arborer
en approchant Pavillon Hollandois,
ce qui attira pluſieurs Chaloupes ,
qui apporterent des rafraîchiſſemens
àla Flote.M.d'Eſtrées fit tout arrêter ,
& écrivit au Gouverneur. Qu'il l'avoit
connu autrefois,& que comme il estoit un
fortgalant homme, il ne croyoit pas qu'il
deſaprouvât la rufe de guerre dont il s'étoitfervy;
que les prisonniers qu'il avoit
faits ne seroient pas moins bien traitez
que les François,&qu'il le prioit d'écrire
au Gouverneur de Ceuta, de bien traiter
ceux qu'il avoit entreſes mains.Le Gouverneur
de Malaga luy fit une réponſe
forthonnête ,& luy envoya meſine de
nouveaux rafraichiſſemens . Ayant en
ſuite pourſuivy ſa route autant qu'il
pouvoir,c'eſt à dire, fort lentement, il
découvrit une Flote de quatorze Vaifſeaux
Marchands , tant anglois que
GALANT.
243
Hollandois,eſcortée par deuxVaiſſeaux
de guerre Anglois . Il coupa trois des
Vaiſſeaux Marchands dont il prit les
marchandises & les fit échoüer enſuite,
aprés quoy ayant pouffé les autres fur
lacoſte , il les contraignit auſſi d'échouer
& leurs marchandiſes furent
- perduës. Quant aux deux Vaiſſeaux de
guerre, ils ſauverent leurs équipages ,&
voyant qu'on alloit à eux pour les remorquer,
ils les firent ſauter.Le retour
de M. d'Estrées nous apprendra, s'il y a
plus ou moins dans ces nouvelles.
LeRoy en arrivant devant Namur
alla reconnoiſtre la Place ,& s'expoſa
fort pour la bien voir. Il diſpoſa tous
les poſtes choiſit ſon quartier ,
diſtribua tous ceux des Officiers generaux.
& fatigua beaucoup , ayant
demeuré à cheval depuis la pointe du
jourjuſques à la nuit. Jamais on n'a
vûtant de netteté ,& fi peu d'embarras
dans tous les ordres que ce Prince
donna. Il mit ſon quartier dans un pré
où il eſt campé luy & toute la Cour.
Il ne s'eſt trouvé qu'un ſeul Village de
ſon coſté qu'il a donné pour les vivres
SaMajesté mit pied àterre pour man
L 2
244 MERCURE
gerun morceau ; pendant ce tempsMr
de Vauban la vint joindre , & luy
rendre compte de la Place qu'il avoit
reconnuë dés la nuit précedente , ainſi
que l'endroit qu'il avoit deſtiné pour
ouvrir la Tranchée. Comme leRoy
reconnoiffoit la Placele 26. il parut
unTrompette des Ennemis qui apportoit
une Lette à Mr de Bouflers , car
on ne ſçavoit pas encore dans la Ville
que le Roy fuſt arrivé. Sa Majesté ſe
la fit apporter , & la lut. C'eſtoit une
liſte de pluſieurs Femmes de qualité
qui demandoient un paſſeport pour ſe
retirer à Bruxelles.Le Roy au dit Tropette
,que cen'eſtoit pas l'uſage que
les Femmes ſortiſſent d'une Place af
ſiegée , & le chargea d'honneſtetez
pour les Dames ; il luy fit donner
quelques piſtoles , & le renvoya.
Comine Sa Majeſté ſortoit le ſoir , on
vint luy dire qu'il paroiſſoit aux Gardes
trente ou quarante Femmes , Elle
envoya voir ce que c'eſtoit ,& on luy
vint dire que les Dames qui avoient
envoyé le matin demander un paffeport
, ayant ſceu que Sa Majesté
eſtoit Elle même au Camp , elles
GALANT.
245
venoient s'abandonner à ſa mifericorde
,& ſe rendre plûtoſt priſonnieresde
guerre , que de reſter dans la Ville. Il
y eut quelques allées & venuës , & le
Roy s'eſtant enfin laiſſé toucher , les
fit mettre dans unemaiſon juſques au
lendemain ,& leur envoya un Maiſtre
d'Hoſtel pour leur faire préparer à
ſouper ,& le lendemain il leur envoya
des Carroffes , pour les conduire dans
une Abbaye de Filles à deux lieuës du
Camp , où elles demeureront juſques
àla fin Siege. Ce qu'il y a de remarquable
, c'eſt que les premiers Soldats
de nosTroupes qu'elles ont rencon.
trez en ſortant , les ont ſervies &
ſecourues comme auroient fait leurs
propres domeſtiques . Ils ont porté
leurs hardes , leurs enfans & leurs paquets
, ſans leur faire aucun tort , quoy
qu'elles euffent quantité de Pierreries.
fur elles &dans leurs Caffettes , car
tout ce grand nombre de Femmes n'eft
compofé que de douze ou quinze
Maiſtreſſes avec leurs Domestiques.
Les Ennemis ont fait une fortie au
quartier de Mr de Bouflers , & ils ont
eſté repouſſez avec perte de 40. Qu
so.hommes.
246 MERCVRE
Le Roy allant reconnoiſtre quelques
Ouvrages ſur les huit heures du
foir , fut fur le point de tomber dans
une embuſcade , mais comme la Sentinelle
fit de loin quelques lignes d'a
vertiſſement , Mrs de Vauban & de
Saint Vians prirent les devants , ils
eſſuyerent une décharge preſque à
bout portant dont ils ne furent point
bleffez.
La tranchée a eſté ouverte le 28 ...
Les Ennemis ont dreſſé un Cavalier
dans le Chaſteau pour donner s'ils
peuvent dans le quartier du Roy
Cinq ou fix boullets ont paſſe la nuit
audela de la Tente de Monſeigneur
leDauphin.
La Princeſſe d'Orange au déſeſpoir
d'aprendre que le party du Roy ſon
pere groffit tous les jours , a fait propoſer
au Maire de Londres de faireexciter
une émotion populaire par ſes
Creatures , afin d'avoir lieu de faire
main baſſe ſur tous ceux à qui l'on
donne le nom de Jacobites , à quoy le
Maire n'a pas conſenty .
Jem'en tiens à ce que je vous ay dit
le mois paffé touchant la Defcente du
GALANT.
247
Roy d'Angleterre , en ſes Eſtats , mais
comme les vents ont changé , je croy
que vous ſçaurez avant que de recevoir
ma Lettr , quel fuccez aura eu cette
entrepriſe. Le Prince d'Orange n'en
eſt pas moins allarmé que du Siege
de Namur. Il tâche cependant avec
l'Electeur de Baviere de raſſeurer le
Peuple de Bruxelles , dont la confternation
eft grande depuis qu'il a appris
ce Siege , qui doit achever ſa ruine ,
laPlace ne pouvant eſtre ſecouruë
quand les Alliez auroient quatre- vingt
mille hommes ; auſſi les craint on fi
peu qu'on a ouvert la tranchée avant
= que les lignes fuſſent achevées . Je
fuis , &c.
AParis ce 31. May 1692 .
248 MERCURE
APOSTILLE .
La Tranchée n'a eſté ouverte devant
Namur que le 2 9. & non le 28. de ce
mois.
Ce n'eſt point au Maire de Londres
que la Princeſſe d'Orange a propoſé
d'exciter une émotion populaire
comme il eſt marqué dans ma Lettre ,
c. c'eſt à ſon Confeil.
Les Seigneurs qui ſont leplus affe-
Aionnez au Prince d'Orange , n'ofent
fortir de VVithal .
Il eſt arrivé à Breſt un Vaiffean de
la Flote de M.le Comte d'Eſtrées , pour
donner avis que ce Comte le ſuivoit ,
&qu'il arriveroit inceſſamment.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères