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1692, 03 (Lyon)
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807156
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MARS 169
T
10
LYON
LA VILLE
*1893*
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC. XCII.
Avec Privilege du Roy.

LE LIBRAIRE
au Lecteur.
L'ON continue à Imprimer
Lyon chez le Sieur AMAULRY
les Panegyriques des Saints du
tres- Reverend Pere Nicolas de Dijon
Capucin Definiteur generalde
Son Ordre.
LIVRES NOUVEAUX
du mois de Mars .
Hiſtoire de Henry & François
ſecond par M. Varillas , 4.
vol. ind. 7. liv.
Recueil des plus belles Pieces
des Poëtes , tant anciens
que Modernes, s . vol. indouze
io.liv.
L'Art de conſerver la Santé ,
ind. 30. f.
Le nouvel Art de la Guerre
ſelon les Ordonnances du Roy ,
ind. 30.f.
MERCU
I
MERCUREDEC
GALAN TON
*1893*
MARS1692 .
A
1
YANT à vous parler
de la venuë du Roy à
Paris , dont je ne pûs !
vous entretenir le
mois paffé , je ne vous feray
point d'éloges de ce Monarque
, comme je fais d'ordinaire
au commencement de
toutes mes Lettres , mais je
vous diray que tout Paris en
Mars 1692. A
L
2 MERCVRE.
fit ce jour-là , & qu'ils furent
accompagnez de grandes acclamations
de joye. Il ſeroit
fort difficile de vous faire le
détail desjuſtes louanges qu'-
un monde entier luy donna.
Onpeutjugerde ce qu'on a dit
àſa gloire , par l'empreſſement
qu'eurent àle voir les Peuples
de cette grande Ville. Les ruës
paroù l'on ſçavoit que Sa Majeſté
devoit paſſer,eſtoient remplies
dés neufheures du matin,
&la campagne ſe trouva toute
couverte de Caroſſes plus d'une
lieuë au delà des Portes .
Monfieur, &Monfieur le Duc
de Chartres eſtant arrivez de
fort bonne heure pour avoir
l'honneur de la recevoir , le
Roy partit de Verſailles dans
fon Carroffe , ayant Madame
à coſté de luy , & vis à vis
GALAN T.
3
Madame la Ducheſſe de Chartres
, Mademoiselle & Madame
la Princeſſe de Conty Doüairiere
. Monſeigneur le Dauphin
eſtoit à ſa portiere du coſtédu
Roy. Sa Majesté eftant
arrivée au Palais Royal ſur les
troisheures&demie , & ayant
eſté receuë par Monfieur &
Monfieur le Duc de Chartres ,
alla à l'appartement de ce
jeune Prince , & ſe rendit enfuite
à celuy de Madame la
Ducheffe de Chartres , qui eſt
à la droite en montant legrand
Efcalier, & qui a pour premiere
piece une fortgrande Salle des
Gardes , qui eſtoit deſtinée
pour le Souper. On trouve enfuite
une fort belle antichambre
,& la chambre de Monfieur
le Duc de Chartres . Elle estoit
magnifiquement meublée , &
A 2
4
MERCVRE
la Tapiſſerie à perſonnages
eſtoit d'aprés Jules Romain.
Elle repreſentoit l'hiſtoire de
Scipion, & eſtoit rehauſſée d'or.
L'ameublement eſtoit de
velours couleur de feu , & la
broderie qui la faifoit briller ,
or & argent par bandes. Les
Miroirs & les Luftres de cette
chambre étoient d'une tresgrande
beauté. Le Roy paſſa
enfuite dans un grand Cabinet
quieſt toutde Menuiferie,avec
des figures ſculpées & dorées
d'orbruny .Il y a dans ceCabinet
pluſieurs Tableaux encaſtrez
dans la Menuiserie . Comme
on avoit deſtiné ce lieu pour
le Bal , il eſtoit remply de
Luftres. Le Roy & toute la
Courpafferent aprés cela dans
une petite antichambre de Ma--
dame la Ducheffe de Chartres ,
GALANT .
5
&ſe rendirent de là dans la
chambre de Madame la Ducheffede
Chartres , dont laTapiſſerie
par bandes de velours
cramoiſy plein, eſtoit enrichie
d'une broderie or & argent. Le
lit, les fauteüils , les plians eftoient
de broderie d'or plein
fans fond. Il y avoit un tres
beau Luftre dans cette chambre
&des Miroirs de diſtance en
diſtance . Le Roy eſtant enſuite
entré dans un petit Cabinet ,
paffa dans une grande Galerie
magnifiquement meublée. La
tenture, de Tapifferie eſtoit
d'aprés le Pouffin , & reprefentoit
pluſieurs de ſes Tableaux,
comme le Veau d'or le frappement
du Rocher , &c. Les
fauteüils les plians , & le grand
tapis d'une table de quinze
pieds de long , eſtoient de
A 3
6 MER CVRE
bandes or , argent , & vert. Il
y avoit quatre beaux Luftres
&au bout de la Galerie , vis à
vis de la cheminée , un miroir
de foixante & douze pouces de
glace , ſans y comprendre la
bordure , avec laquelle ce Miroir
a dix pieds de large. Cette
Galerie eſtoit deſtinée pour le
Jeu . Le Roy y laiſſa Madame la
Ducheffe de Chartres , & elle
tint cercle pendant que ce
Prince alla viſiter les
veaux appartemens auſquels
S. A. R. fait travailler dans
l'endroit où eſtoient les Academies
de Peinture , Sculpture
, & Architecture. Sa Majeſté
ayant demeuré environ
demy-heure dans ces appartemens
, & prés d'une heure
& demie à Paris , monta ſeule
enChaiſe , & repaſſa au travers
nouGALANT..
7
د
1
& fudu
meſme Peuple qui remplifſoit
les rues à ſon arrivée ,
&qui avoit réſolu de l'attendre
, quand Elle ne s'en ſeroit
retournée que le foir. Les acclamations
& les cris de Vive
le Roy redoublerent
rent accompagnez de mille
ſouhaits d'une profperité éternelle
que l'on expliquoit
tout haut. Monſeigneur le
Dauphin , Monfieur , Madame
,& toutes les Dames allerent
à l'Opera , & toute cette
brillante Cour aprés avoir pris
ce divertiſſement , vint jouër
dans la Galerie de Madame la
Duchefſe de Chartres. Le Jeu
fut grand , & la perte & le
gain à proportion. On dreſſa
pendant ce temps-là deux
tables dans la grande Salle des
Gardes. Il y en avoit une de
A 4
8 MERCVRE
و
vingt-deux couverts , qui fut
tenuë par Monfeigneur , &
ſervie par les Officiers de
Monfieur
qui tint l'autre
table. Celle-là eſtoit de vingt-
& un couverts , & fut ſervie
par les Officiers de Madame
la Ducheffe de Chartres .
Monſeigneur qui eſtoit à la
premiere , avoit à ſa gauche
Madame , Madame la Princeſſe
de Conty Doüairiere , Madame
la Princeſſe d'Epinoy ,
& enfuite pluſieurs Ducheffes
&Maréchales de France ,&
Monfieur le Duc. Il y avoit un
vuide de deux places à la droite
de Monseigneur , & aprés cet
intervalle estoient Madame la
Princeſſe de Turenne Madame
de Chaſteau Thiers , Madame
la Comteſſe de Bury , & Monfieur
le Duc du Maine. La table
GALANT. 9
1
eſtoit de forme ovale. Il y avoit
au milieu une grande machine
de vermeil doré de nouvelle
invention ,appellée sur tout de
table. Outre les lumieres que
ces machines portent , elles
font remplies de plufieurs vaſes
&d'uſtenciles, le tout fort utile
àceux qui font à ces repas. Je
ne vous parle point de la magnificence
& de la delicateſſe
de ces tables ; il n'y a perfonne
qui ne ſe l'imagine. La
table de Monfieur fut auſſi
tres -magnifiquement ſervie .
Son A. R. avoit à ſa gauche
Monfieur le Ducde Chartres ,
& pluſieurs Dames a une diſtance
de ce Prince , & Monfieur
le Prince de Conty , &
àſadroite Mademoiselle , Madame
la Princeſſe de Conty ,
pluſieursDames , Monfieur le
As
3
10 MER CVRE
Comte de Toulouſe , & le reſte
des Dames nommées. Un Surtout
de table rempliſſoit auſſi le
milieu de celle là. Il eſtoit d'un
tres -beau travail , & d'un tresbongoust
, mais d'un plandifferent
de celuy dont je viens
de vous parler. Les Violons de
Monfieur joüerent pendant
tout le Souper , aprés lequel il
yeut Bal dans le grand Cabinet
où s'eſtoient renduës pluſieurs
Dames , dont les habits , quoy
que ſuperbes , ne laiſſerent pas
d'eſtre ornez de Pierreries. Le
Bal dura juſques à deux heures
aprés minuit , & Monfeigneur
s'en retourna à Ver-
Tailles.
Aprés vous avoir parlé des
plaiſirs de la Cour , vous ne
Terez pas fachée de voir une
imagede ceuxde la Vie cham
GALANT. Π
peſtre. Vous la trouverez dans
les Vers qui ſuivent. C'eſt une
traduction de l'Ode d'Horace ,
qui commence par , Beatus ille
qui procul negociis. Elle est de Mr
de Saint Ouën de Caën.
LOUANGES DE LA VIE
H
CHAMPESTRE.
Eureux, qui dégagé des
gues dumonde.
intri
Vit comme au Siecle d'or dans une
paix profonde !
Lechagrin dansſon coeurnetrouve
aucun accés;
Comme iln'a point de dette , iln'a
point de procés ;
L'avaricenepeut luysuggerer l'envie
De courir l'Ocean aux dépens defa
vie.
A 6
12 MERCVRE
Aux tumultes de Mars préferant
Son repos
Ilnes'enteſtepoint du vain nom de
Heros .
Etjamais onne vitfa constanceim.
portune
Ala porte des Grands attendre la
i
fortune; :
Mais toujours affranchy des loixde
l'intereft,
Ilsuffit à ſoy mesme , enfoy-mesme
ilſe plaist ,
Etfans chercher fi toin des terres
étrangeres
Il laboure le champ que labouroient
Ses Peres.
Tantoft en mariant les vignes aux
ormeaux ,
Ilcoupe&jette au fen leursfteriles
rameaux ,
tente
Errefervetes Seps quifelonfon at-
Gemiront quelque jour ſous leur
charge pesante.
GALANT.
13.
Tantoft il prend plaifir en des lieux
A paistre sestroupeaux errans de
écartez
tous costez,
compofe
Où preffant le travailque l'Abeille
Il conſerve lefuc du Thin &de la
Rofe,
Etpourſerevêtirdemodeſtes habits
Ilfaitdeleur toiſon dépoüiller ſes
brebis . >
[Si toſt qu'aprés l'Esté lefructueux
Automne.
Ameury les trefors de la riche Po
: mone ,
Ilcueille enfes vergersfes poires,fes
raisins ,
Pour les offrir aux Dieux des champs
2 &des jardins.
Tantoſt aſſisfur l'herbe , à l'ombra.
gedes hestres ,
IlapprendauxEchos des airs doux
&champestres ,
14 MERCVRE
Et s'endort quelquefois au murmure
deseaux ,
AuSoufle des Zephirs ,
des Oiseaux.
au concert
Mais quand du triſte Hiver la
mortelle froidure
Defes propres beautez a privé la
Nature ,
Ilmarche environnéde ses ardens
Limiers ,
Quijusqu'au fond desbois forcent
Les Sangliers.
Il exerce ses traitsſur les Lièvres
timides ,
Et retient en ſes laqs les Oiseaux
tropavides.
Parmy ces petitssoins pleins de mille
douceurs ,
Peut onn'oublier pas l'amour&fes
rigueurs ,
Si pour comble debiens , une Epouse
pudique
Partageant avec luy cet embarras
rustique,
GALANT. 15
Arvestefur luy seul ses amoureux
defirs
Eleveſes Enfans , en fait tous fes
plaisirs ,
Luy prépare un grand feu lors qu'il
vient de la Chaffe ,
Court au devant de luy , le careffe,
l'embrasse ,
Luypreſente des mots,quiſont d'autant
plus doux ,
Qu'ils viennent du travail de cet
heureux Epoux ;
Si defa propre main elle luy verſe à
boire ,
Luyparle des troupeaux qui font
toute leur gloire ,
Les compre, les obferve, en conferve
le lait?
Non il ne fut jamis de bonheur
plus parfait.
LeCerfeüil,la Laituë,&laMauve
Sauvage,
Le Champignon la Noix l'Olive ,
leFromage, C
16 MERCVRE
Pour luyfurent toujours d'un gouft
plusexcellent ,
Quenefont l'Esturgeon, laPerdrix
l'Ortolan .
Combien estime t- il fon humble
destinée,
Lors quesur le declin d'une belle
journée
lfe voit entouré defes nombreux
troupeaux ,
Quele Berger ramene au fon des
chalumeaux !
D'autre part , quel plaisir n'a- t- il
pointà la veuë
Ducoutre renversé qui luitfur la
charuë
,
Que fes boeufs baraffez d'un pas
tranquille&lent
Conduifent vers l'étable où le foin
les attend
Mais lors que de valets une riante
troupe ८
Luyfervent aufouper levinàpleine
coupe
GALANT.
17
Que le travail du jourfert au foir
d'entretien ,
Est-il quelquebonheur quiſoit égal
aufien ?
C'est ainsi que louant un estarsi
tranquille
Alphius préferoit la Campagneà
taVille,
Que d'un heureux remords justement
combattu ,
Ilblamoitfon usure ,&vantois la
vertu ,
Quand prest à devenir Habitant
duVillage
L'intereſtauſſi toſt àfes lois le rengage.
1
Voicy une Lettre qui court
fur les matieres du temps,
Tous les Curieux ont eu de
l'empreſſement pour en avoir
des copies , & cela me donne
ſujet de croire que vous la lirez
avec plaifir.
3
18 MERCVRE
**************
LETTRE
D'UN FRANCOIS ,
A UN SEIGNEUR
FLAMAN.
Sur le changement des Affaires des
Païs-Bas,par la nomination de
M.l'Electeur de Baviere pour en
eftre Gouverneur General.
MONSIEUR ,
Jelcomprens aisément la joye
que peut avoir causé dans les
Pays-Bas , le changement que
leRoyd'Eſpagne vient d'y faire
lors qu'il en adonné le Gouvernement
à M. l'Electeur de ва
GALANT.
19
viere. Vous eſperez avecraiſon
que ce Prince , autant diftingué
par toutes fortes de grades qualitez
que par la naiſſance &
par fon rang , pourra contribuer
plusqu'aucu autre à yremettre
les affaires ſurun meilleurpied.
La Religion Catholique à laquelle
les Flamans ſont ſi attachez
, qu'ils n'ont pû voir ſans
une extreme douleur le peril
dont elle estoit menacée quand
le Pays eſtoit entre les mains
duChefde la Ligue Proteftante
fera , ce ſemble , plus en ſeureté
fous un Prince qui a tant de
raiſons de maintenir cette mef
me Religion , pour laquelle ſes
Anceſtres ont fait paroiſtre un
- fi grand zele , qui ne leur a pas
eſté moins utile que glorieux.
Il ne ſouffrira pas apparemment
les facrileges des années dernieres
, ſur leſquels il a fallu ſe
20 MERCVRE
contenter de gemir fans y pouvoir
mettre ordre; encore moins
l'exercice public de la Religion
Proteftante dans vos Villes .
Ainſi vous pouvez efperer que
ſi l'Herefie armée triomphe en
campagne , vous continuerez
librement à ſervir Dieu dans
vos Egliſes , fans craindre de
les voir abandonnées à celuy
dont les Ayeux ont eſté prof.
crits par la Couronne d'Efpagne
, dans le temps qu'elle
employoit toutes ſes forces
contre des Sujets Heretiques
& rebelles , ne croyant pas qu'ils
duſſent un jour eſtre le ſeul
appuyde laMonarchie chance.
lante , comme nous le voyons
preſentement.
Il y a en effet quelque apparence
que vous en tirerez au
moins cet avantage , & il n'eſt
GALANT. 21
.
pas indifferent à des confciencestimorées
comme les vôtres ;
Mais il me ſemble que vous
poufferiez cette eſperance trop
loin , ſi vous croyiez que les
Allemans Catholiques qui
viendront avec Mr l'Electeur
de Baviere épargnerontdavantage
les Terres de vos riches
Abbayes , qu'ils n'ont faitcelles
des Princes Feudataires de l'Eglife
, deſolées par ces redoutables
quartiersd'hiver , durant
leſquels ils ont fait plus de mal
aux Italiens qu'aux François
pendant toute la Campagne.
Vous ſçavez toutes les plaintes
qu'enont fait lesPrinces d'Italie
& qu'elles n'ont pas été plus
• utiles que les remontrances pa-
- rernelles du Pape. Enfin , quoy
que vous ne tiriez peut- eſtre
pas tous les avantages que vous
22 MERCVRE
efperez par ce changement , il
faut neanmois rendrejuſtice au
Conſeil d'Eſpagne ,& avouer
qu'en l'état auquel la Ligue
avec les Proteſtans a reduit les
affaires , il eſtoit difficile de
prendre d'autres précautions
pour la ſeureté de la Religion.
Catholique dans les Pays-Bas ,
que de les mettre entre les
mains du Chef d'une Maiſon ,
qui non ſeulement l'a maintenuë
dans ſes Etats , mais qui
s'eſtant jointe avec les Empereurs
contre les Proteftans ,
s'eſtant enrichie de leurs dépoüilles
, & élevée ſur leurs
ruines , leur avoit toujours eſté
fort ſuſpecte.
Comme donc il paroiſt que
dans ce premierarticle qui concerne
la Religion , la conduite
du Conſeil d'Eſpagne à eſté
GALANT.
23
tres-prudente , je croy qu'elle
ne l'a pas moins eſté pour ce
quiregarde l'avantage qu'ils'eſt
propoſé pour les affaires d'Etat ,
en les remettant à M. l'Electeur
- de Baviere. Il faut qu'il ſoitbien
difficile de trouver un Sujet
capable de foutenir un fi grand
fardeau dans un temps comme
celuy-cy , puis que parmy plufieurs
Seigneurs Eſpagnols , à
qui on a offert cet employ ,
perſonne ne s'en eſt voulu charger
, chacun eſtant bien perſuadé
des difficultez infurmontables
qu'il auroit à eſſuyer pour
s'en acquitter avec ſuccés . Ils
comprennent affez que ficontre
toute eſperance les affaires
ſe rétabliſſoient , le Prince d'Orange
en auroit tout l'honneur,
&qu'on attribueroit au Gouverneur
tous les malheurs dont
24
MERCURE
il ne devroit pas eſtre refponfable
, comme on a rejetté la
pertede Monsſur Mr le Marquis
deGaſtanaga , fans mefme
luy rendre justice , en luydonnant
quelque part à la gloire
d'une conqueſte comme celle
de Beaumont , pour la reſerver
toute entiere au grand Roy
Guillaume. On croit bien que
celuy-cyparun excés de zele
pour la caufe commune ſe ſeroit
abaiſſe juſqu'à accepter le titre
de Gouverneur , qu'auffi-bien
il en a envahy preſque toute
l'autorité. Cette Charge ne
feroit pas plus incompatible
avec ſa Couronne ufurpée, que
celle de Stathouder des ProvincesUnies
; & en tout cas il
ſçauroitbienjustifier cet abaifſement
en devenantle Maiſtre
des Pays & Etats qui luy ſeroient
GALANT .
25
roient confiez. Jay oüy dire
mefme qu'il avoit fait entre
voir le profit confiderable qu'il
yauroit àne point remplir cette
place , quand ce ne feroit que
pour épargner les apointemens
d'un Gouverneur. Si cela eſt,
comme en effet , un Gouver
neur des Pays-Bas , comme l'a
eſtéMr de Gaſtanaga l'année
derniere , eſt un Officier fort
inutile. Le Confeil d'Eſpagne
ne pouvant y rétablir fon autoritéqu'en
la mettant entre les
mains d'un Sujet capable de la
fouteniravecdignite, fans rompre
ouvertementavec le Prince
d'Orange , ne pouvoit faire un
meilleur choix que celuyde M.
l'Electeurde Baviere.
Il y a auffi beaucoup d'apparence
que l'autorité qu'on luy
donne,ſera tres-ample, & qu'il
Mars 1692 . B
26 MERCVRE
ne dépendra pas comme ſes Predecefleurs
du Conseil de Ma
drid , qui eſt l'écueil ordinaire
de toutes les réſolutions
promptes & falutaires , qu'un
Gouverneur peut prendredans
des affaires telles que font prefentement
celles des Pais Bas.
Toutes les Lettres le marquent
&on affure que Mr l'Electeur
n'a accepté le Gouvernement
qu'àcette condition. Sans cela ,
aprés l'experience qu'il a de la
maniere dont les affaires s'expedient
en Eſpagne , apparemment
il ne s'en ſeroit pas
charge. Mais on ne s'explique
point ſur un autre article qui
paroiſt infiniment plus eſſentiel
& fur lequel feul on peutjuger ,
file changement que vous efperez
ſera dans le fond , ou feulement
dans la forme . C'eſt de
t
GALANT.
27
ſçavoir fi cette independance
qu'on promet à Mr l'Electeur
n'a pas une exception qui la
détruiſe entierement , enle faiſantdépendre
du Prince d'Orange.
Si cela eſtoit , Mr l'Electeur
ſeroit à plaindre , &
prenant intereſt comme nous
Faiſons à la gloire d'une Maiſon
auffi illustreque cellede Baviere
, par la liaiſon étroite de parétéqu'elle
a avec la Maiſon de
France,on ne pourroit voir fans
quelque chagrin ce Prince s'expoſer
à ce qu'il auroit a eſſuyer
du Prince d'Orange , & à la
neceſſité d'obeïr à un homme
que lanaiſſance avoit mis fi fort
audeſſous de luy. Aufſi peut-on
douter que le Prince d'Orange
n'aitune extreme jaloufie de la
gloire folide que Mr l'Electeur
a acquiſe en Hongrie ,& par
B2
28 MERCUR E
را
:
4
tout ailleurs , excepté contre
les François ? Quand on coinparera
la bataille de Gran , la
priſe de Neuhauſel , celle de
Belgrade, & tant d'autres belles
actions , aux Sieges de Charleroy
, de Limerick , & à tous
les autres, qu'a faits le Prince
d'Orange à la journée de
Boine , à la priſe de Beaumont ,
&àtoute cette derniere campagne
, il paroîtra bien petit ,
& Mr l'Electeur paroiſtra comme
il eſt en effet , un grand
Capitaine.
د
Croyez -vous donc , Monfieur
, que ce flegme avec lequel
le Prince d'Orange a regardé
prendre Mons , & paffé
l'Eſté entre des ravins & des
défilez, puiſſe aisément s'accorder
avec l'ardeur martiale de
M. l'Electeur ? Il cherche à
GALANT .
29
vaincre & à finir la Guerre par
des actions déciſives & éclatantes
; le Prince d'Orange cherche
à la faire durer , comme un
moyen de maintenir l'autorité
que par ſon ambitio demeſurée
il s'eſt acquiſe ſur la plupart
des Princes de l'Europe ,meſme
contre leurs intereſts . On a veu
que la guerre d'Irlande n'a
commencé à avoir quelque
fuccez , que lors qu'il l'a laiffé
faire à des Capitaines qui s'y
foat formez. Si donc on luy
pouvoit perfuader de demeurer
en Angleterre , & de s'occuper
à quelque ouvrage peu belliqueux
, comme par exemple
à aller tenir le Parlement en
Ecoffe , à mettre d'accord les
Epiſcopaux & les Preſbyteriens
ou meſimes'il ne veut pas demeurer
tout-à-fait les bras
B-3
30
MERCURE
croifez , à affieger vingt hommes
qui tiennent depuis fix
mois contre luy la petite Iſlede
Baffe,& qu'il envoyaſt enmefme-
temps à Mr l'Electeur ſes
Troupes , & autant d'argent
qu'il en avoit apporté d'Angleterre
la campagne derniere ,
alors vous pourriez eſperer
quelque ſuccez dans les Pays-
Bas . Je ne crois pas neanmoins
que nous fuffionsbattus , ni que
cela empeſchaft le Roy de
prendre les Places qu'il voudroit
attaquer. Il yatroplongtemps
qu'ileſten poffeffion de
le faire , comme le Prince d'Orange
eft en poffeſſion de lever
les Sieges qu'il entreprend.
Mais au moins les Pays-Bas
pourroient efperer fous un
Prince qui ne craint point le
peril , quelque action éclatante
GALANT.
31
capable de decider , de leur fort
& peut-eſtre qu'une heureuſe
défaite des forces d'Eſpagne
délivreroit à jamais ces bons
peuples des malheurs continuels
auſquels ils font expoſez ,
fousune Monarchie affez foible
pour ſe croire terrible depuis
qu'elle a acquis l'amitié de ſes
anciens Sujets rebelles , en leur
facrifiant l'honneur & la fureté
de la Religion & des Teſtes.
couronnées , auffi bien que les
liens les plus ſacrez de la parenté.
Aſſurément Mr l'Electeur
épargneroitmoins ſes Soldats ,
que des peuples dont la fidelité
eſt miſedepuis plus d'un fiecle
àde fi rudes épreuves , au lieu
quele Prince d'Orange ne les
menagera pas plus qu'il a fait
juſqu'à preſent , tantque cette
odieuſe fidelité pour leur Sou
B 4
32
MERCVRE
verain ſera un obſtacle à fes
ambitieux deſſeins , pour les
forcer enfin , s'il eſt poſſible ,
de ſe donner à luy.
-Si donc les affaires ſe gouvernent
comme les années dernieres,&
que Mr l'Electeur ſoit
obligé à obeir aveuglément au
prince d'Orange , il y a beaucoup
d'apparence que tout lechangementque
vous eſperez
ſe réduira à fort peu de choſe.
Vous verrez un grand nom à la
teſte des Ordonnances , une
belle Cour , & quantité de
Nobleffe allemande qui viendra
chercher de l'employ & des
Charges pour tâcher de ſe rétablir
des dépenſes qu'elle a
eſté obligée de faire en ſuivant
Mr l'Electeur en Hongrie &
en piemont. C'eſt à quoy feront
vrai-ſemblablementemployées
GALAN T.
3.3
toutes les graces , dont on dit
que la Cour de Madrid le veut
laiſſer maistre : & vous regreterez
peut- eſtre unGouverneur
moins titré , qui s'enrichit
àmoins de frais , & qui a une
fuite moins nombreuſe .
D'un autre coſté quand vous
confidererez la foibleſſe de l'Efpagne
, & que dans l'extremité
où les affaires ſont réduites ,
toutes les eſperances de les rétablir
font fondées ſur des avances
faites aux Negocians , capables
de ruiner de fond en comble le
commerce des Indes Occidentales
, qui eſt la derniere refource
de la Monarchie , il paroiſtra
bien difficile que M.IElecteur
de Baviere puiffe fair,e
quelque choſe indépendamiment
du prince d'Orange.
Tant que cette dependance
BS
34
MERCVRE
continuera , ce ſeroit ſe tromper
groffierement que d'eſpe +
rer aucun changement avantageux
dans vos affaires. Quand
toutes les Troupes de S. A. E.
viendroient dans lespay-Bas ,
comme on dit qu'elles ydoivét
venir contre l'avis du prince
d'Orange,qui craintde voirM.
I'tlecteur Maistre de quelqu'une
des places , elles ne
feront pas avec celles des Efpagnols
un corps affez confiderable
pour s'oppofer aux
mauvais deffeins que peuvent
avoir les proteftans , & fur
tout le prince d'Orange. Si la
Cour d'Efpagne ne s'en defie
pas on reconnoiſt en cela cette
confiance fuperbe , qui eſtant
la ſourcede tous les malheurs
de la Monarchie , en doit faire
de nouveaux , fi mefine ily ena
GALAN T.
35
de plus grands dans le Chriſtianiſme
, que de fonder fon
efpérance & fon bonheur fur la
profperitédes impies , des rebelles,
& des ennemis de Dieu
&de fon Eglife. Si cette confiance
temeraire eft appuyée
fur des traitez , peut-on ſuppofer
qu'ils foient plus forts que
ceux qui ſembloient mettre à
couvert le Roy d'Angleterre
des malheurs qui luy font arrivez
?
Mais quand le Prince d'Orange
auroit à l'égard des Efpagnols
, la mefine bonne foy
qu'il a euë envers le Roy fon
Beaupere , ils n'auroient pas
trop ſujet de ſe plaindre. Il eſt
certain que cette ambition fans
bornes ,dont il a tant donné
de inarques, le portera toûjours
às'emparer de tout ce qui està
B 6
36
MERCVRE
fa bienféance . Rien n'y eſt davantage
que les Pays Bas Efpagnols
, puiſqu'il eſt aifé de
comprendre que cette ufurpation
affureroit les deux autres ;
mais il y a tout ſujet d'eſperer
que Mri'Electeur ne s'y laiſſfera
pas furprendre. En toute extremité
il vaudroit mieux que les
Pays-Bas demeuraffent entre
fes mains, couverts de l'Electo
rat de Cologne,devenu comme
hereditaire dans ſa Maiſon , &
qu'avec un peu de faveur à
Rome on pourroit couvrird'un
autre coſte, en achevant de re
cüeillir la fucceffion du feu
Electeur de Cologne . Alors
vous feriez en efſtat de ne plus
craindre les Hollandois , & f
un ſeul Eveſque de Munster!
leur a fſceu donner tant d'affaires
, que ne pourroit pas entrei
GALANT.
37
prendreun Electeur deBaviere
maiſtre des Pays-Bas, joint àun
Electeur de Cologne auffi puiffant
qu'eſtoitle dernier? Si le
Confeil d'Eſpagne a eu ces
grandes veuës pour mettre à
couvert, ou au moins abandonner
à une Maiſon qui lui eft
étroitement alliée, une fucceffion
qui luy est devenuë fi onereuſe
, le Prince d'Orange ne
łe gouverne pas auffi abfolument
qu'on le croyoit ; mais il
faut que le mal foit bien preffant
pour employer des remedes
auffi perilleux. Peut-eftre
auſſi que nous cherchons du
miſtere où il n'y en a point , &
que la ſeule raifon de ce changement
eft de dépayfer , pour
ainſi dire , Mr l'Electeur de Baviere
, l'occuper par ce nouvel
emploi ,& le tenirpar la plus
38 MERCVRE
attaché aux intereſts de la Ligue
, en la luy faiſant voir par
fon plus bel endroit;car en effet
cesbelles& nombreuſes armées
faites aux dépens des Anglois
&Hollandois,ſont toute autre
choſe que celles du Rhin & du
Piemont. Cependant fi la campagne
prochaine reſſemble à la
dernierre , il trouvera qu'on
faitencore mieux en Piemont
qu'en Flandre, ou plutôt que les
affaires de la Ligue vont également
mal de tous coſtez .
Mais à vous parler fincerement
, quelque bien fondées)
quepuiffent eſtre vos eſperances
, de voirles Pays-Bas réta
blis fous leGouvernement de
Mrl'Electeur de Baviere,parce
que vous ne penfez qu'aux
grandes qualitez de ce prince ,
peut-eſtre ne le poffederez- ةيس
L
GALANT.
39
vous pas long - temps. Vous
avez - veu que tous les ans depuis
le commencement de la
guerre , lè peu de fatisfaction
qu'il trouve par tout où il va,
lui fait prendre de differentes,
meſures . Comme fon grand
coeur ne luy permettra pas de
s'accommoder à cesairs de maiſtre
, qui ont parn infupportables
àde ſimples Gentils-hommes
, il fe laffera bientoſt d'une
dépendance telle qu'il la
faut avec le Prince d'Orange.
Aimant la gloire , il reconnoîtra
qu'il la faut chercher tout
autre part que ſous fes étendards
: ce qui peut- eftre luy
fera encore préferer le commandement
des armées en
Hongrie , à toutes fortes d'emplois.
Des victoires telles que
ce Prince a remportées , plus
40 MERCURE
Au
deciſives que celle de Salenkemen
, pourroient eſtre le veritable
moyen de parvenir à cette
paix , qu'à la hontedu Chriſtianiſme
on fouhaite plus ardemment
à Vienne & à Madrid
, qu'à Conftantinople.
moins ellesaſſureroient& etendroient
les conqueftes de Hon--
grie , dont l'alliance du Prince
d'Orange adeja fait perdre une
partie , & feroient un préliminaire
de negociation plus digne
de l'Empereur , que des baffefſes
fattes à ſon infçu par un
Marchandd'Alep, tel qu'eſtoit
Huffey , qui n'ont ſervi qu'à
rendre les Princes Chreftiens
mépriſables , & à relever le
courage des Othomans. Je ſuis
&c.
L'abondance de la matiere
m'empêcha le mois paffé de
GALANT.
41
vous faire part d'une action
qui a eſté faite ſur mer , & qui
eſt d'une auffi grande vigueur
qu'il s'en puiſſe faire. Vous
pouvez l'avoir appriſe par les
nouvelles publiques,mais ce ne
peut eſtre avec un détail aufſi
entier que je vais vous en par-.
ler. Deux petits Vaiſſeaux du
Roy eſcortant quatre Fluftes
du Party pour le Sel , & vingtquatre
autres Vaiſſeaux Marchands
qui alloient du Havre
à Rochefort , furent rencontrez
à trois lieuës de l'fle de
Jerſey , par deux gros Vaiſſeaux
de guerre Anglois , l'un de
ſoixante -quatre , & l'autre de
quarante- fix Canons. Mr de
Bellair qui commandoit l'un
des deux petits Vaifſeaux de
Sa Majesté , propoſa à Mrde
Fruges qui commandoit l'au42
MERCVRE
tre , appellé la Favorite , de
continuer la route avec le Convoy
, pendant qu'il feroit tefte
aux Anglois pour les empêcher
de le pourſuivre Ainſi pendant
que leConvoy s'avança ſous la
feule efcorte de la Favorite ,
Mr de Bellair demeuré ſeul en
prefence des Anglois , effuya
le feu de leurs Vaiſſeaux , qui
commencerent à le battre avec
d'autant plus de furie , qu'ils
efperoient le couler à fond , &
atteindre encore affez toft
noſtre Convoy . Ils luy firent
pluſieurs décharges précipitées
de tout leur Canon. Son grand
maſt en fut d'abord emporté ,
&enfuite fon maſtd'Artimon.
Mr de Bellair connoiſſoit bien
qu'il ne pouvoit reſiſter à des
forces fi fuperieures , & qu'il
feroit enfin obligé de fuccom
GALAN T.
43
ber,mais comme nos Vaiſſeaux
Marchands n'étoient pas encore
bien loin , & qu'il leur falloit
beaucoup plus de temps pour
ſe ſauver, il reſolutde demeurer
ferme devant les Anglois,
& de les arreſter juſqu'àla nuit,
quand meſime il auroit deu y
perir. Juſque- là il s'eſtoit fort
biendéfendu de ſes deux batteries
de canon mais ayant
receu un coup à l'eau , & ne
pouvantplus ſe ſervir de fabatteriebaſſe,
il fit mettre le ſabre
àla main àtout ſon Equipage,
& ſe preſenta pluſieurs fois
aux Ennemis , qui n'oferent
en venir à l'abordage , tant la
contenance fiere de nos gens
les épouvantoit. Ils ſecontenterent
de faire des décharges redoublées
de tout leur canon fur
ce malheureux Vaiſſeau , qui
1
44 MERCVRE
foutint leur feujuſqu'à la nuit ,
cequidurapour le moins cinq
heures. Cependant comme il
faiſoit eau de toutes parts ,
& qu'inſenſiblement il couloit
à fond , la plus grande
partie des hommes de l'Equipage
ſe ſauverent dans la Chaloupe
, & laifferent M. de Bellair
, qui aima mieux s'expoſer
à perir que d'abandonner le
Vaiſſeau du Roy , ou le rendre
aux Ennemis . Il fit jetter fes
hardes & tous les équipages à
la mer pour le décharger , & à
force de travail & de Manoeuvres
il fit tant qu'il le mena jufqu'à
la coſte de Pere , où effectivement
il coula à fond nais
aſſez heureuſement pour M.
de Bellair , puis que les marées.
eſtant fort bafſſes encet endroit ,
il luy fut aiſé de le relever penGALANT.
45
dant le reflus , & dele ſauver
dans un petit Port nommé Pont
Munac , prés de Lanion en
Bretagne , où il arriva le lendemain.
Il y a déja fait raccominoder
fon Vaiſſeau , qui ſe
trouve preſentement en eſtat
de ſervir , de forte que nous n'avons
rien perdu dans cette rencontre
, & que par la fage conduite
& la vigoureuſe réſiſtance
de M. de Bellair , nos quatre
Flûtes & nos vingt-quatre
Vaiſſeaux Marchands ont eſté
fauvez , & font heureuſement
arrivez à Rochefort. Les actions
de cette vigueur font une
marque de ce que le zele qu'on
a pour le Roy eft capable d'infpirerde
grand à ceux qui ont
I'honneur d'eſtre à ſon ſervice.
Auſſi Sa Majeſté qui re compenſe
toûjours le merite , ne s'eſt
46
MERCVRE
pas contentée de faire donner
une gratification à Mr de Bellair.
Elle luy a fait écrire pour
luy témoigner combien Elle
eſtoit fatisfaite de la réſolution
qu'il avoit montrée en cette
rencontre. Sa Majesté a fait
plus . Il n'eſtoit que Capitaine
en ſecond , & Elle vient de luy
donner le Vaiſſeau nommé le
Fidelle à commander .
J'ay encore à vous faire voir
une Piece en Vers ſur la priſe
de Montmelian , queje ne vous
pus donner la derniere fois .
Elle merite d'autant plus voſtre
curioſité , que beaucoup de
Connoiffeurs l'ont leuë avec
grand plaiſir ; mais vous ne ſerez
pas fachée que je vous ap-
Prenne auparavant que l'ordre
ayant eſté donné dans toutes
les Villes pour faire chanter le
GALANT.
47
Te Deum en action de graces à
Dieu pour cette conqueſte ,
Mr l'Eveſque de Noyon a fait
paroiſtre un zele tout fingulier
dans le Mandement qu'il en a
fait publier dans ſon Dioceſe.
Il eſt extraordinaire , & d'une
maniere fi nouvelle , que quoy
que le temps de vous l'envoyer
femble paſfé , je croy devoir
vous en faire part. Vous y trouverezun
Portrait du Roy tresreffemblant
, &connoiffant autant
que je fais vos ſentimens
d'admiration pour ce grand
Monarque , je ſçais que je ne
ſçaurois vous obliger davantage,
qu'en vous faifant voir tout
ce quia rapport à ſa gloire. Voicy
les termes de ce Mandement.
F
Rançois de Clermont par la
GracedeDieu, Evêque , Comte
48. MERCVRE
د
SudeNoyon,
Pairde France,Confeiller
d'Etat ordinaire. A tous Doyens ,
Chanoines , Chapitres , Abbez ,
Abbesses , Prieurs , Curez
perieurs & Superieures de Communautez
Régulieres & Seculieres
de nostre Diocese , Salut &Benediction.
La justice qui anime le
courage , qui arme le bras , qui
confacre leglaive denoſtre invinci
ble Monarque, nous a toûjours fait
esperer que Dieu continueroit de
confondre en tous lieux les injuftes
deffeins des communs ennemis de la
Religion ,de l'Eglise & de l'Etat.
En effet , ne peut on pas dire
veritablement&dans laméme efpece,
que le Prophete parloit aux
Affyrions , queDieu s'estdéclaré le
Seigneur des Vallées & des Montagnes,
en faveur de la France.Ila
paru le Dieu des Vallées das legain
askar de
GALANT.
49
de la fameuse bataille de Fleurus
enrafe Campagne. Il s'est fait de
plusfentir le Dieu des Montagnes
lors que Sa Majesté a réduit en
perſonne&au milieu desperils l'importante
Ville de Mons , Sous Son
obéiſſance , à la bonte des Anglois
presens , & qu'enfuite malgré la
rigueur de l'hiver , Ses Troupes
toûjours victorieuses ont force la
redoutable Forteresse de Montme
lian , qui peut estre appellée la Cité
de Loüis, de mesme que Davidnom
ma la fortereſſe de Sionfacité, come
état leChef- d'oeuvredefes conquétes
C'est dans cette veuë que nostre
Roysi grand devant les hommes
s'abaiſſe en la presence de Dieu
qu'ilprefere la qualité de Chrétien
à celle de Heros ; que son regne
est saint , & qu'en récompense le
Cielle comble tous les jours de tant
de nouvelles profperitez , qu'il est
aise d'en reconnoistre le portrait
Mars 1692 . C
>
50 MERCVRE
dans celuy que saint Jean Chry.
foftome a fait de l'Empereur Theodose.
Sa Maison Royale est toute
éclatante ,Domus clara. Son air
Sublime, majestueux &charmantse
répand fur toutes fes actions , Forma
divina. Son âge est meur &
parfait,Etasintegra. Letravail
infatigable luy est devenu naturel,
Labor natura. Sasagesse est sans
exemple dans les temps paſſez ,
Non eſt exemplum præteritis
temporibus . Lesfiecles à venir ne
luy donneront point de Rivaux .
Nor Emulus futuris. Son visage
n'est pas moins connu des Eträgers,
que de ses sujets , Vultus tam
potus barbaris quam nobis. Son
merite infini épuise le fond de la
plus riche éloquence toûjours ingrate
àsavertu, &onercuſe àsamodestie
Quilibet Orator , aut ingratus
virtuti , aut onerofas modeſtiæ
GALANT .
SI
Iln'ya jamais eu de differencepour
luy entre laguerr& le triomphe. ,
Nullum bellumfine triumpho.
Et ilſemble enfin que nous doutions
de tous les exploits (urprenans que
nous voyons,parce qu'ils nous paroisfent
incroyables &impoffible,Cum
facta videamus quæ dubitaverimus
effe facienda. 1
C'est ainsi que pour parler le
langage du faint Esprit , le Trônede
Louisle Grand, pareil à celuy
de Salomon ,surpaſſe tous ceux
des autres Roisde la Terre ,en puif
Sance, endurée&eennpiete ,&que
nous pouvons expliquer la juſteſſe
de la Deviſe Royale danscestermes
. pompeux du Panegyrique que Tertullien
adedié aux Princes perpetuels
de l'Afrique. L'Empire est aussi
content defon Soleil , que le Ciel
l'est du sien ,&les influences enfont
également favorables . A cælo &
Imperio bene eſt.
Ca
5.2
MER CVRE
Et c'est aussi felon les Saintes
intentions , les justes sentimens ,
&la religieuse reconnoissance de
Sa Majesté, qu'en conséquence de
la Lettre dont il luy a plu de nous
honorer , nous vous ordonnons de
chanter inceſſamment le Te
Deum dans vos Eglises en action
de gracesà Dieu , avec autant de
cérémonie & de folemnité que de
devotion & de joye. Donné à Noyon
en noſtre Palais Episcopal , &c.
Voici les Vers dont je viens
de vous parler ; ils font de Mr
l'Abbé Tribolet .
GALANT. 53
1
Sur la priſe de Montmelian .
mille lieux
L'Art tout confus de voir qu'en
LOVIS bravoitfarésistance ,
F'iray de la Nature implorer l'aſſiftance
,
Dit-il , & ce succés m'est tropinqurieux
.
Quoydonc ? cent princesenvieux
M'ont employépour les défendre
Contre leur Ennemy commun ,
Cependant affiger & prendre
Chez luy deformais ce n'estqu'un ?
Non, j'en auray vangeance, &méme
avec ufure.
Fort en colere il alla de ce pas
Mettre enfonparty la Nature.
Finiffons , luy dit-il , nos anciens
debats .
C 3
54
MERCVRE
Jeveux bien à lafin l'avonërà ma
honte ,
Nature , un Mortelme furmonte ,
Et j'ay beſoin de tonsecours.
Ton intereſt au mien est à peu prés
... femblable ,
Et ceHeros si formidable ,
Dont je reffens le pouvoir tous les
jours ,
Ne t'eſt guere plus favorable.
Il a cent fots tenté , fans craindre
tes frimats ,
Les choses les plus difficiles.
Dans le fort de l'hiver on a vûfes
Soldats
S'échauffer àprendre des Villes.
Maisque je dis-je icy que tu nesça
chespas ?
Iln'a que trop paru dans plus d'une
entrepriſe,
Combien ceHeros te méprise.
La Natureſanspeine approuva Son
deffein .
GALANT .
55
Elle qui couvoit dans ſonſein
L'injure que l'Art luy rappelle ,
Parcourut aussi- toft des yeux
Cequ'elle avoit de plusfortſous les
Cieux
Montmelian , Montmelian,dit-elle
Me paroist propre à nous vanger
tous deux ;
Je l'ay muny d'un roc inacceſſibles
Et toy , d'un ſoliderempart.
f'attens là ce Heros à qui tout est
possible.
Vogons s'ilsçait forcer la Nature
avec l'Art.
Après un tel defi , chacunſembloit
attendre
Que cette Place enfin borneroit les
exploits
Duplus puiſſant& du plasgrand
desRois.
Un Rocher , diſolton,Sceut autrefoisfufpendre
Lecours rapide d'Alexandre.
C 4
56 MERCVRE
Onvadire ſans doute à lapoſterite
Qu'au pied d'unroc , LOVIS enfin

fut arreſté.
Et quin'auroit jugé demême?
Onnepouvoitfans estre épouvanté
De ce roc escarpe voir la hauteur
extrême ,
Et l'on eust pûdemander auxFrançois
,
Ce que demandoit autrefois
Un Barbare infolent au Vainqueur
de l' Afie.
Apprenezmoy , diſoit-il, jevous
prie ,
Si vos soldatsſçavent voler.
Ouy , les Françoisſçavent voler
Sans doute,
Et leur Heros que l'Univers redoute
,
N'eut qu'à vouloir , n'eut qu'à
parler.
Dans le moment , cent Bombes au
licu d'ailes ,
GALANT .
57
Portantpartout letrépas avecelles
Allerentfrayer le chemin ,
Etbientoſt nos Guerriers les foudres
àla main
Les obligerentdefe rendre.
Auſſi, lâche Ennemy, pourquoy pour
vous défendre
Siprés des Creux vous eftre retirés
Ce licu pourvous eftoit malaſſuré?
Quoy ! ne craigniez vous point
d'estre réduit en cendre ,
Vousvoyantsi voisin du celeste couroux?
Malheureux à quoy penfiez vous
En approchant du Ciel que pouviez .
vons pretendre?
Ne sçaviez-vous pas bien que le
Ciel est pournous ?
Il eſt vray , Madame ; que
je nevous ay rien dit des oſſemens
du Geant dont la découverte
a fait icy tant de bruit de-
Cs
2
1
58 MERCVRE
bruit depuis plus d'un mois.
Jenedoutois point que la Rélation
, que l'on en a publiée ,
n'euſt eſté juſques à vous , &
cela m'avoit impoſé filence fur
cet article ; mais puiſque vous
m'en faites des reproches , je
vous fatisferay amplement en
vous envoyant une copie de ce
que le ſçavant Mr Comiers.
d'Ambrun, Prêtre , Docteur en
Theologie , a écrit ſur les
Geans à l'occaſion de ces offemens
trouvez . Toutes fes
remarques font fort curieuſes ,
& en lifant ce qui fuit , vous ne
devez point oublier que c'eſt
luy qui parle.
HISTOIRE
L
GENERALE
DES GE ANTS.
Out ce qui paroiſt extraordinaire
cauſe toû- *1893
GALANT.
59
jour's beaucoup de ſurpriſe ,&
merite nos reflexions . C'eſt ce
quim'oblige à parler de ce que
le P. Hierofme de Monceaux
Miffionnaire Capucin , de la
ruë S.Honoré vient de m'ap
prendre , du Squelette d'un
Geant de quatre-vingt feize
pieds de longueur,qu'ontrouva
aumois de Septembre dernier
dans une muraille ,au village
de Cailloubella , qu'on nomme
auffi Chaliot , à fix lieuës de
Theffalonique en Macedoine.
Voicy lesautres particularitez
qui luyen ont eſté écrites de
l'Iſlede Scio,par le P. Hierofme
de Rhetel du meſine Ordre ,
Miffionnaire au Levant.
Le crane fut trouvé entier.
On le remplit de bled ; il en
contient fix Quilots, qui peſent
deux cens dix livres poids de
C6
60 MERCURE
Paris , qui valent dix boiſſeaux
&demi,meſure de Paris. J'ay en
main l'Original de la Lettre .
Une dent qui tenoit à la machaire
inferieure , en ayant
eſté arrachée , peſa quinze livres
. Elle a un pan de hauteur
qui vaut ſept pouces & deux
lignes ,pied de Roy.
La derniere phalange , ou
le plus petit os du petit doigt
du pied, a auſſi un pan de hauteur
, qui vaut ſept pouces &
deux lignes , pied de Roy.
La derniere phalange , ou le
plus petit os du petit doigt du
pied, a auffi un pan de long.
Un des os du bras , depuis
le coude juſques au poignet , a
quatre pans de tour , qui font
deux pieds , quatre pouces , &
8.lignes . Deux Capitaines ont
misaifément dans le creux de
GALANT. 60
cet os leurs bras revêtus de
leurs veſtes & jufteau-corps à
grandes manches .
Mr Quainet , Conful de nôtre
Nation à Theffalonique ,
en fit dreſſer le 12. Octobre
des Actes authentiques en
Chancellerie . Il a reçû du Bacha
les principales pieces de ce
Squelette,& a acheté les autres
pieces des particuliers qui s'en
eſtoient ſaiſis. Il doit envoyer
le tout à Sa Majesté .
: Le Squelette de ce Geant
prouve que S. Auguſtin a eu
raiſon de dire dans la Cité de
Dieu, liv. 11. Chap. 9.que par
la grandeur des offemens qu'on
trove dans les anciens fepulchres,
les plus incredules font
forcez de reconnoiſtre qu'il y a
eu une race des Geants;Ce qu'il
confirme , ajoutant dans le
62 MERCVRE
Chapitre 2 3. que peu d'années
avant que les Gots ruinaffent
Rome , on y couroit de toutes
parts pour admirer une Geante.
Puiſque Louis Vivez dans
fon Commentaire ſur le neuviéme
Chapitre du 15. livre
de la Cité de Dieu de S. Augustin
, dit avoir vû dans l'Egliſe
S. Chriftophe une de ſes
dents d'une grandeur prodigieuſe
, je n'oublieray pas que
depuis l'année 1413. on voit
dans l'Egliſe de Noftre-Dame
de Paris la répréſentation du
Geant S. Chriſtophe.
Le S. Chriſtophe qu'on voit
dans l'Egliſe Cathedrale d'Auxerre
, a cela de particulier
qu'on dit la Meſſe dans une
Chapelle qui eſt au dedans de
la teſte,& cette Chapelle prend
GALANT.
63
jour par deux feneftres , formées
aux yeux de ce Coloffe
giganteſque ,
د avec
Tertulien que j'ay toûjours
appellé mon Maiſtre
Saint Cyprien , & qui vivoit
au troifiéme fiecle , me fournit
fon témoignage irréprochable
concernant les Geants . Il parle
en ces termes dans ſon Traité
DeResurrectione carnis Gigantum
autem antiquissima cadavera devorata
conftabit , quorum crates
adhuc vivunt . Diximus jam de
ifto alibi.
Il ajoûte parlant de Carthage,
fed &proximè in iſta civitate
cum Odeifundamenta tot veterum
Sepulturarum facrilega colocarentur,
offa adhuc fuccida ,&capillos
alentes populus exhorruit .
Vous attendez que je vous
explique comment la Nature
:
64 MERCVRE
produit les Geants,qui ontmê
me ſouvent unPere & unemere

de mediocre taille. Je ne veux
pas vous rapporter les rêveries
du Rabin Salomon , qui dit que
les Geants dont Moyſe a parlé
au chap. 6.de la Geneſe, eſtoient
de la race des deux Anges Aza
& Azael , tombez de quelque
tourbillon du Ciel , & c'eſt la
raiſon pour laquelle Moyfe
avoit appellé les Geants , Nephelin
, qui en Langue Hebraïque
veut dire Tombants,du Verbe
Naphal, qui fignifie cecidit .
Mais la veritable cauſe de la
production des Geants , qui
Parurentavant le Deluge , efſt
contenuë dans la Genefe , qui
dit que les Enfans de Dieu
ayant vû que les Filles des hommes
eſtoient belles, ils en firent
leurs Femmes ,dont nâquirent
GALANT.
65
les Geants . Car ces Enfans de
Dien eſtoient les premiers nez
au ſervice divin , & feparez
du reſtedes hommes , fans connoiſtre
ny Pere ny Mere, com-
Melchifedech , & vivant dans
un veritable & entier Celibat.
C'eſt pourquoy, ayant toujours
vêcu fort chaſtement pendant
meſine des fiecles entiers , ils
avoient abondance de matiere
tres-bien cuite , épaiffe ,
toute remplie d'eſprit & de feu ,
& propre à la generation ; ce
quieſt encore la raiſon Phyſique
de la production des
Geants, lors que ces qualitez ſe
trouvent dans la femence du
Pere & dela Mere .
Je puis appuyer mon fentiment
par les termes de l'Ange
Uriel , dans le 4. livre d'Efdras
, chap . 5. V. 72. Si tu de-
:
66 MERCVRE
mandes à la Nature pourquoy les
Enfans que tu produis à present
n'ont pas la hauteur de ceux des
premiers Siecles , elle te répondra
que ceux là naguirent dansſajeuneffe,
& que ceux cy ſont produits
dans le temps defavieilleffe,quand
la matiere defaut. Ainfiils font de
moindre taille que tes syeux,&tes
Succefsurs seront encore plus petits.
Il ne faut donc plus s'étonner
, ſi aprés pluſieurs milliers
d'anées on trouve les tombeaux
des Geants. Comme on ignore
le temps de leur inhumation ,
on le peut auffi bien rapporter
aux Siecles qui ont precedé le
Deluge , qu'aux fiecles qui l'ont
ſuivy,puis que la SainteEcriture
fait mention des Geants qui
ont vêcu avant, comme de ceux
qui ont vêcu aprés le Deluge.
Moyfe ayantdit dans laGeneſe
au chap. 6. v. 4. que Dieu
GALANT. 67
1
prononça en l'année dumonde
1536.cet Arrest fatal à tous les
hommes;que dans fix vingt ans
il les feroit perir ſous les eaux
du Deluge , qui commença au
ſecond mois de l'année 1656.
c'eſt pour cela que Job au 26.
ch. dit ,&Gigantes gemunt fuba.
quis. Moïse ajoûte qu'en ces
jours-là les Geants furent ſur la
Terre ; car aprés que les n
fans de Dieu ſe furent mêlez
avecles filles des hommes, elles
leur enfanterent ceux qui de
tout temps ont eſté gens de
renom.
Berofus Caldéen , affure que
Noé étoit un Geant craignant
Dieu , & qu'il preſcha la penitence
aux autres Geants
5
pendant les fix vingts ans qu'il
fut àbastir ſon Arche .
Nembrod , fils de Chus ,
68 MERCVRE
ſuivant la Verſion des Septante
en la Geneſe , Chap. 10. v.
8. eſt le premier Geant dont la
fainte Ecriture fait mention
aprés le Deluge.
Moiſe meſine dit dans ſon
Livre des nombres au Chap.
13. v . 34. qu'ayant par l'ordre
de Dieu envoyé du Defert de
Tharam , où le Peuple d'Iſraël
campoit , un homme de chaque
Tribu pour reconnoiſtre
la Terre de Canaan , ces douze
Eſpions firent leur rapport en
ces termes . Le Peuple que nous
avons vû eft de grande taille. Nous
y avons vû auſſi quelques Nephelins
Geants monstrueux des enfans d'Enac
, de la race des Geants , aufquels
nous étant comparez nous
Semblions n'estre que des Sauterelles.
<
Moïſe écrit dans le DeuteGALANT.
69
ronome chap . 12. V. 10. que la
Terre des Moabites avoit eſté
aux Emens hauts de ſtature ,
qui estoient eſtimez Geants de
lignée d'Enacım ; & au v . 20 .
parlant de la Terre des Ammonites
, il dit , qu'elle a eſté réputée
Terre des Geants ; car
auparavant elle eſtoit habitée
par les Geants que les Moabites
appellent Zonzommins , Peuple
haut de ſtature , comme
ceux d'Enacim , que le Seigneur
détruifit ;& au ch. 3. v . 11. il
fait la deſcription du Geant og,
Roy de Bafan , où l'on montre
encore fon lit de fer.
Jofué au ch. 14. v. 15. dit ,
quedans la Ville d'Ebron , ancienne
demeure d'Enacım , eſt
enterré Adam le plus grand des
Geants.
Dieu meſine par la bouche
70
MERCURE
de ſon Prophete Amos , auch. 2 .
v. 9. parle en ces termes. l'ay
exterminé l'Amorréen ; duquel la
hauteur estoitsemblable à celle des
Cedres ,&Saforceégaleà celledes
Chefnes.
L'Hiſtoire de David dans le
premier Livre des Rois au ch.
17. décrit le Geant Goliath de
Geth ;& dans le 2. liv. ch. 21 .
v. 17. il raconte , que le geant
1.fbsbenob , voulant fraper David
, fut tué par Abifaï fils de
Sarvias. Dans les verſets fuivans
il eſt fait mention d'un
Saph de la lignée d' trapha , de
la racedes Geants , comme auffi
d'unautre Geant Goliath Getehen,
qui futtué par & DeoDatus.
Enfin dans le o . v. il eſt parlé
d'un homme fort grand qui
avoit fix doigts à chaque main
&à chaque pied.
GALANT.
71
L'Hiſtoire Sacrée nous fourniroit
cent autres preuves des
Geants , ſi nous avions le Liwre
des Guerres du Seigneur ,
duquel il eſt fait mention dans
les nombresau ch. 21. v. 14 .
Ecoutons maintenant les Hi-
■ ſtoriens Profanes .
Solin in Polihift : ch.5.dit que
pendant la Guerre de Crete
aprés le débordement des rivie
res , on trouva un homme , qui
avoit 33. coudées de long , au
raportmeſme de Metellus & du
Lieutenant L. Flaccus, témoins
oculaires . Ces trente-trois
coudées valent quarante neuf
-pieds & demi .
Pline au Livre 7. chap . 16.
- dit que par uu tremblement
ide terre une montagne ayant
eſté renversée en Crete , on
trouva un corps debout de
72
MERCVRE
quarante -fix coudées de hauteur
, qui valent foixante - neuf
pieds de Roy . On crut que
c'eſtoit le corps duGeant, Orion
ou celuy d'Otys .
Plutarque dit que Sertorius
eſtant en Mauritanie , fit ouvrir
dans Tanger le fepulchre d'Antée
, & que fon cadavre avoit
foixante & dix coudées de
longueur, qui valent cent cinq
pieds de Roy , & par conféquent
ceGeant estoit de neuf
pieds plus grand que le Geant
qu'on atrouvé l'année derniere
prés de Theſſalonique enGrece.
Philoftrate in Heroicis , dit
que par le renverſement d'une
coſte ſur la riviere d'Oronte ,
on découvrit le ſepulchre de
l'Ethiopien Ariadne , dont le
cadavre avoit trente coudées
de
GALANT..
73
S
de longueur , qui valent quarante
cinq pieds de Roy. II
ajoûte que dans une Caverne
du Mont Sigée , on trouva le
corps d'unGeantde vingt-deux
coudées.
On
La Sicile fut autrefoishabitée
par les geants , & en voici un
témoignage irréprochable.
y'promene tous les ans àMeſſine
avec grande folemnité ,deux
Statues Giganteſques , & ces
ſtatuës reprefentent, Mathea
&Ranzone , mary & femme
qui tiranniſoient la Ville, bi
Thomas Faſellus , Hiſtorien
fort exact en la deſcription de
cette Iſle judit dans ſa pre
miere Decade liv. 1. ch , 4 .
qu'en l'année 1342. quelques
Villageois ayant creusé du
coſté de l'Orient , au piedde
la Montagne Erix , que les
MAIS 1692.
D
74
MERCVRE
Siciliens appellent Mont di
Trapani ,
découvrirent une
tres-grande Caverne , depuis
appellée ,Caverne du Geant ,
où ils trouverentle corps d'un
Geant affis . Ilavoit en la main
pourbâton un maſt de Navire ,
dans lequel eſtoit une maffe de
plomb , pefant quinze cens
Livres. Boccatius donne deux
cens coudées , ou trois cens
pieds de longueur à ce corps
Giganteſque. A ce compte il
auroit eſté quatre vingt-ſeize
piedsplushautqu'unedestours
de Noftre-Dame de Paris,puifque
chaque tour n'aque trentequatre
toiſes , qui font deux
censquatre pieds deRoy.
1
Ce Geant auroit pû contenir
dans ſa bouche un millier
d'hommes , femblables au
NainquePlaterus au 3. livre
GALANT.
75
e
S
ر
e
S
de ſes Obſervations , dit qu'on
avoit caché dans un pâté aux
Noces d'un Ducde Baviere. Ce
Nain fortant du pâté fauta fur
la table, mit ſon ſabre àla main,
& fit toutes les poſtures d'un
gladiateur.
Nicephore au liv. 12. chap.
37. affure qu'on avoit vu
unNain , qui n'eſtoit pas plus
grand 'qu'une perdrix ; mais
au reſte bien proportionnédans
ſa taille, hardy , prudent
, fort ſpirituel,& agreable
dans la converſation .
Fazellus dont j'ay déja parlé
, ditqu'en l'année 1 516 Jean
Fraciforte , Comte du Bourg
Mazarino , ayant fait creuſer
dans ſon champ appellé Gibile
éloigné du Bourg d'envirõ mille
pas, du coſtédu Midy trouva
dans un fepulchre le corps d'un
D2
76 MERCVRE
Geant de vingt coudées , ou
trente pieds de longueur. Il
ajoute qu'entre Siracuſe &
Leontin eſt le petit Bourg
Mellillis où l'on trouve grand
nombre de ſepulchres & offcmens
de geants. Il affure auſſi
qu'auprés de l'ancien Bourg
Hycara , que les Siciliens appellent
Carini le plus agreable
ſejour de l'iſſe vers l'Occident,
il y a une Montagne , au pied
de laquelle eſt une Caverne
d'une grandeur prodigieuſe ,
appellée Piraino , dans laquelle
on trouve par tout plufieurs
offemens de corps de
Geants. Enfin il remarque
qu'en l'année 1547. dans le
Territoire de Palerme , où eſt
la fameuſe fontaine , appellée
la Mer douce , au pied d'une
Montagne ,auhautde laquelle
4
GALANT.
77
eſt une Caverne , qui a environ
ſoixante coudées de hauteur
,&vingtde largeur , Paul
Leontin qui en tiroitde la terre
pour faire du ſalpeſtre , décou
vrit le cadavre d'un geant de
dix huit coudées , ou vingt-ſept
piedsde longueur.
Parlons maintenant des
Geants que l'on a trouvez dans
les autres Contrées du monde.
Phlegon. Trall, dans ſon Livre
De Mirabilibus &longavis , dit
qu'en Dalmatie eſt la Caverne
Diane , dans laquelle on a vu
pluſieurs corps , dont les coftes
avoient plus de fix aunesde longueur.
Il dit auſſi , que les Carthaginois
en creuſant leurs
foffez , trouverent dans deux
coffres deux ſquelettes de
Geants. Lepremier avoit vingttrois
coudées de longueur ,&
D 3
78 MERCVRE
1
l'autre vingt-quatre , qui font
trente-fix pieds de Roy. Il affure
encore que dans le Bofphore
Cimmerien un tremblement
de terre ayant fait ébouler
une coline , on découvrit
de grands oſſemens , qui
ayant eſte rangez ſuivant la
ſituation du corps humain ,
firent un ſquelette de vingtquatre
coudées.
Aventin , Hiſtorien digne
de foy lib.4.annal. Bojor. affure
que l'Empereur Charlemagne
avoit dans ſon armée le Geant
Anothere , natif de Turgau ,
prés du Lac de Conſtance , &
que ce geant renverſoit les
Bataillons des Ennemis , comme
s'il euſt fauché un pré.
J'ay remarqué dans mon
Traité de la Medecine univer-
Selle, ou l'art deprolonger la vie 2
GALANT. 79
16
{
f
é
t
e
t
e
1
S
inferé dans les Mercures de
Juin , Juillet , Aouſt , & Novembre
de l'année 1687. que
ceGeant paſſale Rhin à pied
portant ſur l'épaule ſept foldats
Saxons , qu'ilavoit enfilez avec
1
ſa pique.
>
Soxo le Grammairien racontedans
ſon 7. Livre , que
leGeant Harbenun n'avoit que
neuf coudées , ou treize pieds
& demi de longueur ; mais
qu'il avoit pour compagnons
douzeGeants,chacun de vingthuit
pieds de hauteur.
Apollonius Grammairiendit
que ſous Neron un grand tremblementde
terre ayant renverſé
pluſieurs Villes en Afie & en
Sicile ,on découvrit quantité
de corps de geants , & qu'une
molaire arrachée d'une ma-
D 4
80 MERCVRE
choire , avoit plus d'un pied
delongueur.
S. Auguſtin en la Cité de
Dieu livre 1 1. chapitre 9. dit
qu'ila vû la dent d'un Geant
qui en auroit fait un cent des
ſiennes, C'eſt pourquoy il conclut.
Olim erant hominum multò
mayora quam nostra nunc corpora.
Et ilajoûte , Gigantes , nunquam
ferme defuerunt. Que les corps
anciens eſtoient plus grands
que ceux de ſon ſiecle , & qu'il
ya toujours eu desGeants.
Antonius Pegafeta dit avoir
vû parmy les Canibales , des
hommes deux fois plus grands
que les Européens. Il ajoûte
qu'an Détroit de Magellan il
y ades Peuples d'une grandeur
prodigieufe.
Melchior Nugnez , dans
ſes Lettres qu'il a écrites des
GALANT. 81
ed
Indes , dit que tous les Soldats
de la garde des Portes de Pe-
He
quin , Ville Royale de le Chine
, ont quinze pieds de hau-
20
teur.
S
コー
S
1
y
Voicy l'hiſtoire du geant Pallas
, que l'on ne peut revoquer
en doute , à moins que d'accufer
de fauſſeté les plus graves
Auteurs dont je vais marquer
les noms . Martinus Polonus
lib. 4. Chron . en la vie de l'Empereur
Henry II. Sanctus Antoninus
, Nauclerus , Hermanus
, Schedelius , Chriſtophorus
Laudinus in 10. Æneidos ,
Toſtatus quaſt. 19. in 21. Numerorum
, Genebrardus Cranszius
au livre 4. Metrop , Abulenfis fur
la Geneſe. Queſt. 12. cap. 1.Boccatius
, Philippe Bergomas ,&
Volaterran . Ils affurent tous
que ſous l'Empereur Henry II.
DS
82 MERCVRE
on trouva prés de Rome dans
un fepulcre de pierre le corps
d'un geant , qui eſtant debout
auroit vû par deſſus les murailles
de Roine . Ce corps eſtoit
auſſi entier que s'il euſt eſté inhumé
depuis peu de temps . On
voyoit en ſa poitrine une playe
de quatre pieds & demy . On
lut ſur ſon ſepulcre cette Epitaphe.
Filius Evandri Pallas .
Quem lancea Turnimilitis occiditmolefua
jacet bic.
Ce Cadavre avoit au deſſus de
ſa teſte une Lampe fepulcrale ,
qui eſtant percée au fond épancha
une grande lumiere. J'ay
enſeigné le ſecretde cette Lampe
perpetuelle dans mon Traité
des Phoſphores , inferé dans
les Mercures des mois de Juin
&Juillet 168 3 .
GALANT. 83
sd
SU
Lut
il
1-

re
In
2-
1
Sigibert rapporte qu'en l'an
née 1171. un débordement
d'eau découvrit en Angleterre
le corpsd'unGeantde cinquante
pieds de longueur.
On voitdans Lucerne en Suiffe
les offemens d'un geant trouvé
àReyden, petit Village , en
1577. ſous un vieux Cheſne
renverſé par un orage. Platerus,
Medecin de la Ville de Bafle ,
en fit la figure du Squelette , &
le preſenta avecles offemens au
Senat de Lucerne , en 1584 .
Fulgofus au liv. 1. chap . 6 .
dit avoir vû ſous le regne de
Charles VII . Roy de France ,
le ſepulcre& les offemens d'un
Geant de trente pieds de longueur
que le Rône découvrit
dans les Colines du Vivares ,
vis à vis de Valence.
Cælius Rhodiginus dit que
D6
84 MERCVRE
ſous le regne de Loüis XI. on
trouva le corps d'un geant de
dix huit pieds de longueur fur
le bord du Torrent qui paſſe
au Bourg Saint Perats , vis à vis
de Valence en Dauphiné.
Il me fouvient qu'en l'année
1660. allant à Orange , pour
porter , comme je fis , l'eſprit
du Comte de Donâ à remettre
la Principauté , Ville & Citadelle
d'Orange entre les mains
de Sa Majesté , en touchant
deux cens mille livres , je vis à
Valence la figure du Squelette
du Geant Buart , peint ſur une
muraille du Cloiſtre des Dominicains
, où aprés avoir dit
la Meſſe , on me fit voir dans la
Sacriftie une petite coſte de
çe Geant. Elle avoit une aune
de longueur. Cet os eſtoit encore
ſi ferme , que j'eus de la
GALANT . 85
n peine à y'enfoncer un peu les
edents.
S
On voit au milieu de la Nef
ede Noſtre Dame de Paris , une
pierre de dix-sept pieds de lone
T
gueur , qu'on dit eſtre la tombe
du Geant Yzoire qui demeuroit
à Moufouris , ſur le chemin de
e
Sceaux.
REMARQUE
fur les corps inhumez..
1
L arrive tres-ſouvent , ainſi
remarqué
qu'aprés un long-temps que les
corps font enterrez , leur fubſtance
dépérit , & qu'il ne leur
reſte que la figure , c'eſt pour
quoy eſtant un peu rudement
touchez,ils tombent en cendres
en forte qu'il ne reſte que les
dents& les os, qui eſtant plus

86 MER CVRE
ſecs& plus ſolides', font moins
ſujets à la corruption que les
autres parties du corps .
Quant au corps du Geant
Pallas , qui fut trouvé entierdepuis
tant de fiecles , cela provient
de ce que par une fi grande
playe , le ſang & les autres
humeurs aqueuſes qui cauſent
·la corruption , s'étoient évacuées
, & que le corps s'étoit
entierement vuidé des autres
extrémens .
Perſonne n'ignore qu'on
trouve des cadavres fecs & en
tiers dans les Charniers fouterrains
des Cordeliers à Touloufe
, en l'endroit où l'on avoit
fait diffoudre auparavant la
chaux vive . On voit encore en
la meſme Ville à la porte de l'Egliſe
des Benedictins de Nôtre
Dame de la Daurade des corps
deſſechez.
GALANT.
87
Cardan. 8. Livre de Varietate
rerum cap. 4. dit , que ſous le
Pontificat de Sixte IV . on trouva
le corps de Tulliola , fille
de Ciceron , encore tout entier
avec ſes cheveux entrelacez
dans des filets d'or , le temps
n'ayant rien alteré de la beauté
de ce corps , inhumé depuis
quinze cens ans .
J'ajoute icy volontiers ce que
j'ay donné au public à la fin du
Journaldes Sçavants , du Lundy
20. Decembre 1677 .
Secret pour conferver en leur
entier les corps lesplus
corruptibles .
:
RAphach Volaterran
fait
mention du corps d'une
Dame qui avoit eſté conſervé
*entier ,& dans toute la beauté
88 MERCVRE
l'eſpace de treize cens ans dans
fontombeau auprés d'Albane ,
d'où ayant eſté apporté à Rome
, il fut fecretement jetté
dans le Tibre , par les ordres du
Pape Alexandre VI . La manieredont
on prétend qu'onſe ſoit
fervi pour un effet fi admirable ,
qu'ona découvert dans des anciens
manufcrits en Italie , conſiſte
a tremper le corps dansune
liqueur onctueuſe , qui eſt l'ame
du ſel commun. Ce fel eftant
diffout par defaillance en
lieu humide , doit eſtre foigneuſement
clarifié. On le fait
enfuite purifier , pendant foixante&
dix-jours , dans la fientede
cheval ſouvent renouvellée
, aprés quoy érant mis àdiftiller
fortement ſur le feu de
fable , l'onctuoſité du fel monteraavec
ſon flegme , qu'on fait
GALANT . 89
doucement évaporer au bain
Marie , & l'onctuoſité réquiſe
demeure dans le Matras.
Je vous fais encore part de
mon ſecret ,pour petrifier toutes
fortes de corps fecs & poreux
, tel qu'il eſt inſeré dans
le Journal de Medecine de M.
deBlegny , du Samedy 7. Septembre
1680. à la fin de la Lettre
queje luy écrivis , lors qu'il
eſtoit auprés defon A. R. Monſieur
, au voyage de Flandres
en 1680 .
Prenez ſel -gemme & alun
de roche pulveriſez , pouffiere
de cailloux vifs , chaux fuſée ,
& vinaigre blanc , de chacun
égales parties Meflez toutes ces
chofes enſemble , & dés qu'elles
commencerontà ſe fermenter
, ajoutez y le corps que vous
voudrez petrifier, ſoitosd'hom१०
۱MERCURE
mes , foit bois fort ſec , foit os
de feche , & il fera penetré par
par les matieres ſuſdites au moyende
leur fermétation ,& elles
ſe corporifiront tellement avec
luy , qu'il acquerra la ſolidité
de pierre , en quatre , cinq , ou
fix jours au plus.
Dela force desGeants.
Fortunius Licetus nous en
fournit un échantillon dans fon
livre De Spontaneo rerum ortu ,
diſant que Jean Coſteus avoit
veu àVeniſe un Geant venu de
Portugal , qui pour faire voir fa
force , faifoit attacher un cable
à chacun de ſes bras prés du
poignet. Chaque cable eſtoit
tirépar fix hommes choiſis entre
les plus forts. Tous les efforts
de ces douze hommes qui
tiroient à l'oppoſite les uns des
autres , ne purent jamais l'éGALANT.
91
✓ branler , mais au contraire ce
Geant portant fuceffivémentà
la bouche une de ſes mains,
pour manger des pommes qu'il
tenoit , tiroit facilement àſoy
les douze hommes malgré toute
leur refſiſtance .
Parlons maintenant de la
nourriture des Geants. Serius
fait foy qu'en l'année 1511.on
preſenta à l'Empereur Maximilien
un Polonois d'une taille
giganteſque. Il mangeoit àchaque
repas un veau & un mouton.
On preſenta auſſi à Ferdinand
II . un ſemblable Geant
en la Diete de Ratiſbonne en
l'année 162 3. auquel il ne falloit
pas moins de nourriture
qu'au premier ; mais comme
ces deux Geants n'eſtoient que
des Nains en comparaiſon de
ceux dont nous venons de par92
MERCVRE
,
ler , il s'enfuit qu'à de ſi vaſtes
corps il falloit neceſſairement
une prodigieuſe quantité d'alimens
, & la Terre de promifſion
ne pourroità preſent fournir
à leur nourriture . A quoy
je répons qu'avant le Deluge ,
la terre eſtoit beaucoup plus
fertile , & meſme encore la
Terre de Canaan , du temps
de Moyſe, puis que nous liſons
das le 1 3.ch.du l.des Nombres ,
que deux Eſpions en apporterent
ſur leurs épaules une grape
de raiſin d'une prodigieuſe
groffeur , penduë à un levier ,
& que d'autres en aporterent
des grenades & des figues , pour
lors d'une groſſeur pareille aux
plus grands fruits de nosjardins
, qui ſont des Citroüilles.
Comme ces alimens eſtoient
d'une ſubſtance folide , une meGALANT.
93
diocre quantité leur fuffiſoit ;
& outre cela ces vaſtes corps
n'avoient beſoin que de peu
d'alimens , parce qu'ils faifoient
peu d'exercice
ayant eſté le ſeul Geant qui ait
courut la Chaffe . Je ſuis voſtre ,
&c.
, Nembrod
L'AVEUGLE COMIERS ,
Il y a long temps que nous
n'avons vû de livres qui ayent
fait plus de bruit que Les Memoires
d'Espagne , & dont la lec
ture ſoit plus agreable. Si la
matiere en plaiſt , la maniere
dont elle est traitée donne encore
plus de plaifir , & ce qu'il
y a de ſurprenant , c'eſt que les
Etr Etrangers qui devroient moins
connoiſtre la delicateſſe & le
tour du ſtile , ne laiſſent pas de
remarquer les beautez de celuy
94
MERCVRE

de cet Ouvrage. Vous ne ferez
pas fachéede voir là deſſus une
Lettre d'un Milord Anglois à
unautre Milord de la Cour du
Roy d'Angleterre . Elle paffe
pour un Chef-d'oeuvre en ce
qu'elle contient , & fait voirde
quelle maniere on doit juger
des Livres ; à quoy beaucoup
de perſonnes ne font pas reflexion.
*
5.
GALANT.
1
**************
LETTRE
■ DE MILORD MAITLAND
A MILORD
Chancelier d'Angleterre.
MILORD,
1. J'ay leu avec le plus grand
plaiſir du monde les Memoires
de la Cour d'Eſpagne que vous
m'avez fait l'honneur de me
preſter. j'en eſtois fi charmé
quej'en ay achevélalecture en
vingt- quatre heures. Vous
avez legouſt fort bon , & vous
les avez loüez avec beaucoup
d'eſprit & de jugement. J'a
96 MERCVRE
vouë que j'y trouve des beautez
qui ſont fort difficiles à exprimer.
Il y a dans ce Livre un
je ne ſçay quoy,qui donne un
extreme plaisir , & que l'on ne
ſçauroit dépeindre , à moins
que d'avoir autant d'eſprit que
Madame D .... mais comme
je ſuis aſſuré que vous ferez
bien aiſe de ſçavoir mes ſentimens
fur cetouvrage,je prends
la hardieſſe de vous les dire librement.
Etant eſtranger,je ne
prétens pas juger du ſtile qui
me paroiſt pur, cocis & naturel.
Toutes les paroles en ſont choifies
àmerveilles,Pour ce qui eſt
de lamatiere,je commenceray
par les caracteres& les portraits
des perſonnes intereſſées dans
ces Memoires. Ge font les és
cueils des Hiſtoriens , où ils
manquent le plus ſouvent , &
comme c'eſt la choſe la plus ne
ceffaires
GALANT
97
ceffaire,&la plus aule, elle eſt
auffi la plus difficile dans l'Hiſtoire
il sin'eſt pas ſeule.
ment difficile d'écrire le ca
Tactere d'une perſonne telle
qu'elle est ; mais il eſt difficile
de foutenir , &de faire paroi
ſtre toujours cette theſime perſonne
dans toutes les actions,
démarches & paroles dans le
fil de l'Histoire telle que l'Hiſtorienl'a
dépeinte dans leportrait
qu'il enfait. C'eſt en celaque
l'Auteur de ces Memoires
a parfaitement bien reüſſi ,
& ce que j'admire d'avantage,
c'eſt ce grand nombre de caracteres
différens dont ces Me
moires font rempits , où les
intereſts& lesinclinations font
ſi partagées , ſans qu'il ſe trouve
aucune contradiction dans
tout l'ouvrage. Aucun n'y dément
ſon caractere. Ils ſe ſou-
Mars 1692 . E
بيل
98 MERCMRE
tiennent partout d'ope force
étonnante, & quoy que Ma
dame D.... diſe la verité des
Princes &des Grandst, elle ne
fortjamaisdu reſpect dû à leur
naiſſance , & tout ce qu'elle
dit eſt ſi naïf& fi naturel,qu'en
lifant fonLivre je me crois à
Madrid,& parmy des Grands
d'Eſpagne. Elle entraiſne le
Lecteur malgré luy , à entrer
dans les ſentimens . On ne
ſçauroit approuver toute la
conduite de la Reine Mere
d'Eſpagne , & l'on n'oferoit
pourtant la blafmer. Il faut'de
neceſſité plaindre le Pere Nitard
dans ſa disgrace,ſans eftre
de ſon party contre Dom luan.
Il faut eſtimerDom Juan malgré
ſes défauts. Il faut avoir
pitié de la Ducheſſe de Terranova
quandelle eſt chaſſée
de la Cour, malgré ſon humeur
HEQUE DEL
GALANT. LYO
bizarre& farouche. Il But re
garderle DucdeMedina ,
comme honneſte homme malgré
ſon indolece; mais fur tout
le caractère de la Reine d'Eſpagne
me ravit , car fans flatter&
fans exageration , Madame
D .... a trouvé le ſecret
admirable d'inſpirerau Lecteur
une fublime idée de cette gran
de Reine , & dans des évenemens
affez mediocres , elle ne
laiſſe pas de nous faire voir la
grandeur de ſon courage , la
politeſſe de ſon eſprit , la candeur
de ſon ame , la beauté de
ſon corps & fa bonté naturelle.
Tout ce que je diray du Roy
d'Eſpagne eſt , que fi Sa Majeſté
Catholique vouloit faire traduire
ces Memoires en Eſpagnol
, Elle en tireroit plus de
profit pour le Reglement de ſes
E 2
100 MERCURE
affaires , que par la lecture de
fon Etiquet du Palais , & Elle
n'auroit pas beſoin de dire ſi
ſouvent , Veremos.....
En fecond lieu , je trouve
les digreſſions , que Mad. D ...
aſemées fort à propos par tout
L'ouvrage tres ſpirituelles ,
judicieuſes & divertiſſantes ,
n'ennuyant jamais le Lecteur ,
n'interrompant jamais le fil de
la narration mais au contraire
l'éclairciſſant encore davantage.
C'eſt un autre ſecret entendu
de peu de gens qui ſe melent
d'écrire des Memoires .
Quelques uns trouvent à redireque
le recit du mariage de
la Princeſſe de Conty ſoit un
morceau hors d'oeuvre . A mon
gré , c'eſt le trait le plus delicat
du Livre, à l'égard de la Reine
d'Eſpagne quiavoit ordonné à
λ
GALANT. ΙΟΙ
Mad . D.... de luy montrer
des nouvelles de France. Que
pouvoit- elle faire voir à Sa
Majeſté de plus agréable que
la relation du mariage d'un
Prince & d'une Princeſſe de
fon fang ? Que pouvoit- elleluy
preſenter de plus charmant ,&
de plus auguſte que le cercle
de ſa Famille Royale dans une
occafion fi celebre , au milieu
des folitudes d'Eſpagne ? Cela
eſtoitde bien meilleure grace.
que d'avoir preſenté à Sa Majeſté
les avantages de la France
contre l'Eſpagne , qui font les
nouvelles les plus ordinaires
quele Courier apporte à Madrid.
Et àl'égardde la Princeſſe
de Conty , comme Mad. D ...
a dedié ſon Livre à cette Prin
ceſſe , elle pouvoit luy en faire
un compliment plus ſpirituel
E3
102 MERCVRE
qu'en luy faiſant voir comme
dans un miroir l'éclat ſurprenant
de ſa beauté , les deux
beaux jours de ſa vie , la veille
&le jour de ſes noces. Enfin
jamais Lettre de nouvelles n'a
eſté mife dans des Memoires
plus à propos , ny avec plus
d'effet , Les deſcriptions des
Entrées , Feſtes , Bals Chaſſes ,
&desautres divertiſſemens de
la Cour , font juſtes & naïvess
les dénouëmens des intrigues
& des brigues des Courtiſans
fontadmirables & nets
,
fan's
confufion ; ſes raisonnemens
politiques fur les affaires ſont
fort beaux & de bon gouft , &
le genie & les moeurs des Efpagnols
font repreſentez au
naturel ſans leur faire tort.
Enfin , Milord , ce Livre eſt
fort agreable , fort galant &
GALANT
103
1
fort utile, le ne ſçay ſi Lucien
qui nous a lanſé les plus beaux
préceptes pourl'Histoire , cuft
pumieux faire,s'il euſt mis fes
regles en pratique ,mais pour
ne vous pas fatiguer , je finiray
mes remarques en vous aſſu
rape que je fuis tout à vous.
-- On a fait de grandes Solemnitez
au grand Couvent des
Auguſtins de Toulouſe , pour
la Feſte de la Canoniſationde
S. Jean de Sahagun , Religieux
Augustin,& Patronde la Ville
& de l'Univerſité de Salamanque.
Leur Egliſe qui eſt und
des plus vaſtes , & des plus exhauffées
de la Ville , contenoit
une prodigieuſe quantité de
Tapifferies & de Tableaux ,
Depuis les naiſſances de la voûte
on voyoit également par tout
la même diſpoſition , qui con
E 4
104
MERCURE
fiſtoit en trois rangs de belles
Tapifleries , & en un rang de
Tableaux Honto l'are faifoie
P'admiration des Curlenx.Tous
repreſentoient les Saints , ou
les grands hommes de l'Ordre
de S. Augustine , 180 at deffous
estoient des bras dorezor ara
gentez avec des cierges , & enfuites
des Images du Saint en
tourées de guirlandes. Sur les
Tapiſſeries lesplus proches de
l'Autel estoient placez d'un
coſté les Portraits du Pape &
de Mr l'Archevêque de Tou
louſe, deil qutrel, ceux du Roy
&de Monseigneur le Dauphin ,
& au deffous d'un grand Tableau
du Saint au bas dela Nef ;
paroiffoit celuy du Generalde
Î'Ordre . Au deſſus des Portes
des trois avenuës de l'Eglife ,
qui répondent à trois grandes
GALANT. τιος
ruës, eſtoient des Tableaux du
Saint, dont chacun repreſentoit
quelque Miracle de ceux qu'il a
operez . Les Armes du Pape ,
du Roy , & de Mr l'Archevêque
eſtoient autour , le tout rehauffé
par des arcs , feſtons &
guirlandes. Aux portes qui conduiſent
immediatement dans
la Nef, on voyoit encore des
Tapiſſeries & des Tableaux ,
auſſi beaux que ceux qui faifoient
tout autour de l'Eglife
un rang ſeparé des Tapiſſeries.
L'Autel qu'on avoit dreſſe à
l'entrée du Choeur , & qui estoit
terminé en haut par la figurede
Saint Jean de Sahagun , vetu
au naturel d'un habit d'Auguſtin
, tout entouré de nuages &
d'Anges , qui le couronnoient
& felevoient dans un Ciel repreſenté
, outre l'admirable dif-
Es
106 MERCUR E
poſition , la hauteur proportionnée
à fon étenduë , dont les
aifles tenoient toute la largeur
de l'Eglife , ſe trouva d'une richeffe
particuliere , & d'une
fort grande proprété . La mulzitude
des bougies en relevoit
-lamagnificence.
La ceremonie de cette folemnité
commença le 4. du
mois paffé , & continua pen-
-danthuit jours. L'ouverture en
fut faite aux Veſpres du jour
précedent en prefence du Parlement
, la Feſte ayant eſté annoncée
àune heure aprés midy
par le fon des Cloches , les fanfares
des Trompettes , & au
bruit de pluſieurs décharges de
Fauconneaux & de Moufquets,
que les Soldats du Guet de
'Hoſtel de Ville firent au haut
du Clocher des Auguſtins , ce
GALANT..
107
qui fut réiteré ſur les ſept heu-
Fes du foir , & àquoy l'on ajoûtades
fuſéesvolantes.Le lendemain
au matin , les Peres Auguſtins
allerent en Proceffionà
l'Egliſe Métropolitaine , portant
les trois Banieres du Saint,
dont les houpes eſtoient tenuës
par les principaux de la
Communauté, revêtus deChapes.
Ils en partirent de meſine
proceffionnellement avec le
Corps du Chapitre , qui celebra
la Grande Meſſe dans leur
Eglife , chantée par une excellente
Muſique. L'apréſdînée ,
le Panegyrique du Saint fut
prononcé par un du Corps du
mefme Chapitre , où Mrl'Archeveſque
de Toulouſe aſſiſta ,
&donna la Benediction du faint
Sacrement , reveſtu de fes ornemens
Pontificaux , les Reli
108 MERCVRE
gieux ayant chanté l'Exaudiat
à troisChoeurs , ce qui s'obſerva
chaque jour de l'Octave ,
pendant laquelle il y eut des
motets tous differens .
Les fixjours ſuivans , lesDominiquains
, les Cordeliers ,&
autres Religieux , toûjours fuivis
d'une foule de peuple , fe
rendirent dans la mefme Eglife
des Auguſtins proceffionnellement
, portant la Baniere du
Saint. Ils eftoient reçûs par les
Auguſtins àla porté del'Eglife ,
& entrant tous enſemble en
chantant , ils alloient droit à
l'Autel , ce qui paroiffoitd'une
pompe finguliere. La Melle fuq
chantée&celebrée par chaque
Communauté avec cette gravité
, que les nombreuſes Come
munautez de Toulouſe ont accoûtumé
de faire leurs Offices
GALANT.
109
dans de ſemblables occafions .
Tousles Freres Communioient
de la main de leur Superieur ,
qui officioit à la Meſſe . Le Vendredy
dans l'Octave , les Penitens
Noirs fignalerent leur zele
par une Proceffion dans la mefme
Eglife ,& reçûrent laCommunion
de la main de Mr de
Thezan du Pujol , Abbé d'Olargues
, Prieur de la Compar
gnie , & Conſeiller au Parlement
, qui celebrala Meſſe . Elle
fut chantée par la Muſique ,
& le foir il donna la Benediction
du faint Sacrement.
Le Dimanche les Penitens
Bleus firent paroiſtre une éga
le piere , & s'eſtant rendus
proceffionnellement dans la
mefme Eglife , ils communies
rent fur la fin d'une grande
Meſſe chantée auſſi par la Mu-
7
110
MERCVRE
ſique , & celebrée par Mr l'Abbé
de Boyer , Souprieur de la
Compagnie , & Confeillerau
Parlement, qui donna le foir la
Benediction . Le meſme jour ,
fur les deux heures aprés midi ,
les Auguſtins firent une Proceſſion
folemnelle par la Ville,
au nombre de quatre vingt. Il
yen avoit trente ſept reveſtus
en Chappes ou Dalmatiques .
Les ſeize Chantres,qui étoient
diſtribuez alternativement a-
'prés dix Religieux non re
veſtus , ayant chacun un cierge
à la main ,portoient un boutdon
d'argent . On y vit paroiſtrele
trois Banieres du Saine
dont la premiere eſtoit placée
à la teſte. Aprés la derniere
eſtoientles Trompettes ,Hautbois
& autres inſtrumens de
l'Hôtel de Ville qui joüoiene
1
GALANT. 110
par intervalles,quand les Reli
gieux ceſſoient de chanter.
Enſuite venoient fept Pavillons
richement parez , où
eſtoient ſept buſtes magnifiques
de ſept Saints differens
del'Ordre de ſaint Augustin ,
dans lesquels font des Reliques
des meſmes Saints . Chaque
Pavillon eſtoit porté par
quatre Religieux des Communautez
, qui avoient chanté
la grand Meſſe pendant la
ſemaine,excepté celuy de ſaint
Jean de Sahagun , que por
toient quatre Auguſtins reveſtus
de Dalmatiques . Au tour
de ces Pavillons , marchoient
quatorze Bourgeois avec des
Flambeaux de cire blanche.
Aprés l'Officiant , accompagné
d'un Diacre,d'un Soudiacre &
dequelques enfans habillez en
Ange,qui tenoient les extremi
112 MERCVRE
tez de la Chappe,&dont il y en
avoit encore pluſieurs diftribuez
dans l'ordre de la Proceffion
, les Capitouls , ayantauffi
chacun un flambeau à la main
avec leurs Robes de ceremonie
, precedez de leurs Officiers
, & fuivis de leurs foldats
, fermoient la marche.
La premiere ſtation ſe fit à
l'Eglife Metropolitaine , où
une des trois Banieres fut laifſée
. On alla de-là à l'Egliſe
Abbatiale de faint Sernin , que
Mrs du Chapitre avoient fait
orner de tapiſſeries . Ce furent
euxqui firent la cloſture de cette
Solemnité le jour de l'Octave .
Ils s'en acquiterent avec grande
pompe , reçurentuneBaniere
du Saint que leur preſenta le
Superieur , le ſoir avant qu'ils
donnaffent la Benediction . La
Muſique chanta l'Exaudial &
GALANT.
413
le Te Deum , & à meſme- temps
la troifiéme Baniere fut élevée
attachée à la voute de l'E
gliſe des Auguſtins. La Benel
diction donnée , toute la Communauté
des Religieux avec
douze Officiers reveſtus , fe
rendit Proceffionnellement, en
chantant l'iſte Confeffor , au bucher
preparé , où le Superieur
ayant mis le feu , entonna le
Te Deum , qui fut continué juſ
ques àla fin , tandis que le bruit
des Fauconnaux & des moufquets
ſe faifoit entendre du clocher
,&au deffus de la voute de
l'Eglife . Lors qu'il fut un peu
plus tard , il y eut pendant une
heureune eſpece de feu d'artifice
par le grand nombre des fuſées
quis'élevoient enl'air. Durant
l'Octave on entendoit à
toute heure tirer au clocher ;
114
MER CVRE
mais principalement quand les
Proceffions entroient ou for
toient, ou qu'elles eſtoient dans
l'Eglife .
Des marques de pieté auſſi
éclatantes que celles dont je
viens de vous parler , ſont d'u
ne grande édification pour les
peuples . Heureux qui ne les
donne point par hypocrifiè , &
quiontle coeur veritablement
touché des veritez que la Religion
nous enſeigne font tres
eftimables , il n'y a rien de plus
dangereux que les fauxDevots
quin'ayant en veuë que leurs
intereſts, ſont ſeulement pieux
par grimace , & trouvent l'art
de faire fervir à leurs paffions
les apparences trompeufes
qu'ils employent pour perfuader
quel'Eſprit de Dieu regle
leur conduite . Vous verrez leur
GALANT.
115
caractere admirablement dépeint
dans l'excellent Ouvrage
que vous allez lire. Il eſt de
l'Illuftre Madame des Houlieres
, que la beauté de ſes
Vers , & le tour heureux &
delicat qu'elle donne à ſes penſées
, mettent au deſſus de toute
louange .
**
EPITRE CHAGRINE ,
Au R. P. de la Chaife...
สุริ
Ous le debris de vos attraits
Voulez vous demeurer toujours enfe.
velie ? :
M'a dit quelqu'un , d'un nom que
par raiſon je tais ,
Quis'est imaginé que ma mélan.
colie
116 MERCVRE
Vient moins d'une ſanté dès long.
temps affoiblie ,
Que du reproche amer qu'enfecret
je me fais , こ
Den'estre plus affezjolie
Pour faire naiſtre encor quelque tendre
folie ز
Frivole honneur , sur quoy je ne
comptay jamais.
Apprenez , me diſoit ce quelqu'un
Anonime ,
Que lors que ce qu'on a de beau
Eft du temps ou des maux devenu la
victime ,
Ilfaut , pour acquerir une nouvelle
eftime ,
Se faire un merite nouveau ;
Que c'est ne vivre plus que de viwre
inutile;
Qu'il faut , dans quelque rang
qu'on ſoit ,
Quejusqu'au dernier jour une per-
Sonne habile
GALANT. 117
Tienne au monde par quelque endroit.
Vous ne répondez. point ! d'où vient
:
vostre filence ?
Ilvient ,luy dis- je alors exprés pour
découvrir
Ontendoit cette belle &fageremontrance
.
De ce qu'en moy mesme je pense
Quelmerite nouveau je pourrois ac
querir.
Je n'en vois point , tapt je suis
Sorte.
Abus, s'écria-t-il : hé , devenez
devote.
Ne le devient on pas à la Ville, à la
Cour?
Moy devote ! qui moy ? m'écriay-je
i àmon tour,
L'esprit bleßé d'un terme employé
d'ordinaire
Lors que d'un Hypocrite on parle
avec détour ?
118 MERCVRE
G
Ouy , vous , repliqua-t- il ; vous ne
Spauriez mieux faire.
Dela devotion ayezmoins defrayeur
Elle est rude pour le vulgaire ,
Maispournous ilnefaut qu'un pen
d'extericur.
Allez ,pourfoutenirle devot caractere,
Iln'en couterapas beaucoup àvoſtre
coeur.
Tout ce que la fortune a pour vous
d'injustices
Par là pourroit se réparer.
Regardez vos Parens vieillirfans
Benefices.
Songez qu'à voſtre Epoux cinquante
ansde services
N'ont encor pû rien procurer;
Qu'un tas de Creanciers à vostre
portegronde,
Etque chez les Devots, biens , honneurs
, tout abonde.
GALANT. 119
Que la mode est pour eux, & peut
longtemps durer ,
Etqu'outre ces raiſonssurquoy cha
cun se fonde ,
Vous aurez droit de cenfurer
Les actions de tout le monde.
L
Allons doucement, s'ilvous plaiſt,
Luy dis je, &Supposé qu'à vos leçons
fidelle,
Je prenne aux yeux du monde une
forme nouvelle
Paruneraison d'interest ,
LOUIS, éclairé comme il eſt,
Quoyque vous oficz me promettre
Connoistra ma fourbe; il penetre
A delà de ce qui paroist...
A quoy m'aurafervy ma devote gri-
+
mace ,
Qu'à m'en faire moins eſtimer ;
Malheur dont lasimple menace
Plus que la mere peut m'alarmer
126
MERGVRE
Quand , me repliqua- t -il on est à
voſtre place ,
Il ne faut pas avoir tantde précau .
tions
Mais dûspour vouslefort nechangerpoint
de face ,
Certain air de devotion ,
Lorsque l'onn'estplusjeune , a tou
jours bonnegrace ;
Redoublez vostre attention.
Voyez quel privilege au noftrepeut
atteindre.
A
Avec des mots cho fis auſſi doux que
lemiet ,
Sur lesgens d'un meriteàcraindre
on répand à grandsflors le fiel.
Onpeut impunément pour l'interest
du Ciel ς
Etre dur , se vanger ,faire des inju-
Tout n'est pour les Devotsque peché
veniel .
Nous
GALANT . 121
Noussçavons en vertu transformer
২ tous les vices ,
- De la devotion c'est là l'eſſentiel..
Taisezvous , Scelerat ,m'écriag-je
irritée ,
Tout commerce estfini pourjamais
entrenous.
J'en aurois avec un Athée,
Millefois pluſtoſt qu'avecvous.
Maistandis qu'en discours ma colere
s'exhale ,
Cefaux, ce dangereux Ami ,
Sort de mon cabinet, traverse cham
bre&falle
D'un air brusque & confus , d'un
pas mal affermi ,
Et me laiſſe une horreur, qu'aucune
horreur n'égale.
Ah ! c'est un Devor de cabale.
Mais qui nesçait encorfon mestier
qu'à demi .
Il faut de l'art au choix des raiſons
qu'on estale.
Mars 1692.
F
122
MERCVRE
Auſfiles habiles Devots
Selon les gens ont leur morale ,
Et neſe livrent pas ainſi mal àpropos
,
Qu'ilsfont à redouter ! Sur une bagatelle
Leurdonne- t on le moindre ennui,
Leur vangeance est toujours cruelle
Onn'apoint avec eux de legerequerelle.
Faſchet on un Devot ,
qu'on faſche en lay.
c'est Dieu
Ces Apoftres du temps , qui des premiers
Apostres
Ne nous font point reſſouvenir,
Pardonnent bien moins que nous
autres .
Contr'eux veut-on se maintenir,
Empescher qu'à leurs biensils ne
joignent les nostres ,
C'est une impieté qu'on nepeut trop
20
punir.
GALANT.
123
نا
De la Religion c'est ainsi qu'ilsse
joüent ,
Ils ont un air pieux répandu ſur le
front
Que leurs actionsdeſavouent ,
Ilssont faux en tout ce qu'ils font.
Le métier de Devot,ou pluſtoſt d'Hy
pocrite,
Devient presque toûjours la reſſource
desgens ,
Qu'une longue débauche a rendas
indigens ;
Des Femmes que la beauté quitte ,
Ou qui d'un mauvais bruit n'ont pû
Sepreferver ,
Et de ceux qui pour s'élever
N'ont qu'un mediocre merite .
Dès que du Cagotisme on fait profishon
,
De tout ce qu'on a fait la memoire
S'efface.
C'estfurla réputation
1
F 2
124
MERCVRE
Un excellent vernis qu'on paſſe.
Sijepouvois trouver d'aſſez noires
couleurs ,
Quej'aimerois à faire une fidelle
image
Du fond de leurs perfides coeurs ,
Moy qui hais le fard dans les
moeurs
Encor plus quefur le visage ,
Et quiſçais tous les tours que mettent
enusage
•Nos plus celebres impofteurs!
Quel plaisirpour moy ! quellejoye ,
Dedema/quer cesſcelerats ,
Aqui le vray merite est tous lesjours
enproye ,
Et qui pour l'accabler par unefeure
voye
De l'intereft du Cielcouvrent leurs
attentats !
Mais, mepourra dire un Critique ,
Voftreesprit s'égare ,arrestez
:
GALANT.
125
Quand pour lesfaux Devots voſtre
haines'explique,
Songezbien contre vous quefur eux
vousportez,
Ils vous peindront au Roy comme
une libertine.
Je fremis des ennuis que vousvous
apprestez
Croyez-moy , contre vous que rien
ne les chagrine.
Non ,non dirois-jeà ce Cenfeur
Leſuis leur ennemie , & fais gloire
de l'estre ,
Ets'ils ofoientfur moy répandre leur
Quelque Ouvrage pourroitparoino.
7.eur,
Stre ,
Où je les traiterois avec moins de
douceur ,
Et parleurs noms enfin je les ferois
connoistre.
Hé quoy donc, parce que leRoy
F3
126 MERCYRE
De toutes les versus donne de grands
exemples.
Quepieux, charitable , affidu dans
nos Temples ,
Ilaime le Seigneur , le fert de bonne
foy ,
Que pour fes interests il foûtient
Seul la guerre ,
Qu'il a planté la Croix aux deux
boutsde la terre ,
Et que des libertins il fut toûjours
4 l'effroy ,
tes ?
Onn'oferaparler contrelesHypocri-
He , qu'ont- ils de commun avec un
telHeros?
Cenſeur,fur ce que vous me dites
F'ayl'esprit dans un plein repos,
O vous, qui de Loüis heureux &facré
guide ,

Luy diſpenſez du Ciel les celestes
trefors ,
GALANT.
127
Vous dont la pretéſolide ,
Loin d'étaler aux yeux de faſtueux
dehors ,
Et d'avoir d'indifcrets tranſports
Elpour juger d'autruy toujours lent
& timide ,
Vous enfin dont la probité
Dusang dont vousfortezégale la
noblesse ,
Daignez auprés du Prince aider la
verité,
Si quelque Hypocrite irrité
En luy parlant de moy la bliſſe.
De mafoy , de mes moeurs vous eſtes
Sausfais .
Vousnel'eftes pastant,peut estre
De ma soumiſſion pour le Souverain
Estre ,
Dans les maux quesouvent lafortune
mefait ;
Mais fije nefuis pas dans un estat
parfait ,
Iesens que i'y voudrois bien estre
F4
128 MERCVRE
Ouy , ie voudrois pouvoir , comme
vous le voulez ,
Sanctifier les maux qui me livrent
la guerre.
Ab ! que mon coeur nn'est- ilde
coeurs isolez
ces
Quipar aucun endroit ne tiennent
àlaterre,
Quifont à leurs devoirsfans referve
immolez
Aqui lagrace aſſure une pleine vi-
Etoire .
Et qui d'un divin feu brulez ,
A la poſſeſſion de l'Eternelle Gloire
Nefontpas en vain appellez ?
Je continuë à vous envoyer
les revers des Medailles qui
doivent compofer l'Hiſtoire
Metallique de Sal Majesté
Celuy que je vous envoye a
eſté fait pour la Medaille qui
fut frapée à l'occaſion de la
GALANT.
129
priſe de Luxembourg. Les paroles
Latines qu'ilcontient font
voir que le Roy attaqué par
l'Eſpagne , à laquelle il eſtoit
fuperieur , &par le droit deſa
caufe ,& par le grand nombre
deſes Troupes , n'eut pas ſi - tôt
foumis Luxembourg , qu'il mit
le comble à la gloire qu'il
s'eſtoitacquiſe par tant de conqueſtes
, en accordant de nouveau
la paixà l'Europe ,
Je vous appris il y a un mois
que Mr de Tourreil avoit eſté
reçû à l'Académie Françoiſe ,
où il avoit fait un tres-beau
remerciment. Voicy la réponſe
que luy fit Mr Charpentier,
Doyen , & alors Directeur de
Compagnie . Vous ne ferez
point ſurpris d'y trouver beaucoupde
traits d'érudition ,puifque
vous ſçavez qu'il poffede
la
FS
130 MERCURE
éminemment les plus belles
connoiſſances. Voici de quelle
manière il parla à ce nouvel
Academicien.
:
DISCOURS PRONONCE

à l'Académie Françoise par Mr
Charpentier, Doyen & Directeur
de cette Compagnie le feudy 14 .
- Février 1692. lorſque Mr de
Tourreily fut reçû.
MONSIEUR,
Vous entrez heureuſement
dans l'Académie Françoiſe, immediatement
aprés que noſtre
Auguſte Protecteur nous a exhortez
de jetter toûjours les
yeux dans nos élections , fur
des perſonnes d'un ſçavoir
diftingué . Nous ne pouvions
GALANT.
131
pas luydonnerune marque plus
prompte ni plus preciſe de noſtre
obeïſſance.
En remportantpar deux fois
le Prix de l'Eloquence aujugement
de l'Académie meſme ,
vous vous en eſtes ouvert les
portes par cette douce violence
que le Merite fait à l'Honneur .
Voſtre verſion Françoiſe de
quelques -unes des plus belles
harangues de Demofthene , où
vous ſouſtenez ſi bien ce ſtile
nerveux & cette force de raifonnement,
quis'y ſonttoûjours
fait admirer , a brigué nos voix
pour vousen cette occafion , &
cefont-là les brigues ou LOVIS
LE GRAND ne trouvera jamais
rien à redire . Eh ! que ne doiton
point attendre à l'avenir de
voſtre érudition & de l'âge
Aoriſſant où vous eſtes ? C'eſtoit
F6
132
MERCURE
un uſage eſtably dans l'Académie
de n'y recevoir perſonne
qui n'euſt imprimé quelque
ouvrage , pour répondre de fon
heureuſe application aux belles
Lettres,& nous nous ſouvenous
toûjours d'un celebre Confeiller
d'Etat , qui ſouhaitant ardemment
une place de cette
Compagnie , fit mettre ſous la
preffe un Traité de ſa compoſition,
qu'il ne laiſſa ſortir de ſon
Cabinet , que pour fatisfaire à
tine coustume fi louable ; car
qui eſt-ce qui pourroit avec
honneur ſe difpenfer d'un Noviciat
fi illuftre ? C'eſt ce qui
attire les fuffrages du Public que
nous devons regarder comme
le plus redoutable Critique de
nos elections , & qui ne reconnoiſt
point ces meritės cachez ,
qui par crainte ou par orgueil
GALANT.
133
ب
évitent de ſe ſoumettre à fon
Tribunal . Ne faut-il pas admirer,
Meſſieurs,la ſage Prévoyancede
LOUIS LE GRAND , qui
prenant à coeur la gloire de cette
Académie, nous montre luymeſme
l'unique voye que nous
devons tenir pour la faire fubſiſter
avec fplendeur;Toute autre
route nous meneroit à fa
ruine .Le Cardinal de Richelieu
l'avoit bien ſenti , quand il af-
-ſembla les premiers Académiciens.
Souvenez-vous en , Meffieurs
, & rappellez la memoire
des grands hommes , qui contribuerent
de leurs foins&de leur
reputation à l'eſtabliſſement de
la Compagnie. Repreſentezvous
le grand Chancelier Seguier,
de qui l'on peut dire,met--
tant à part ſa dignité,qu'ila été
un des plus excellens Orateurs
134
MERCVRE
de fon Siècle , & je ne doute
point que s'il me pouvoit entedre
, il ne ſe tinſt honoré de ce
que je dis de luy,puiſque l'Empereur
Numerien voulut bien
qu'on luy élevât une ſtatuë ſous
le titredu plus éloquent Orateur
defontemps.Repreſentez- vous
les Gombauts , les Chapelains ,
les Bourſés , les Voitures , les
Vaugelas , les Racans , les la
Chambres , les Corneilles , les
d'Ablancourts , les Saints-Amans
, les Godeaux, les Balíacs ,
quels noms , Meſſieurs ! Et figu-
-rez-vous que c'eſt l'intentionde
Sa Majesté , que vous donniez
des Succeffeurs à ces grands perfonnages
, non ſeulement pour
occuper leurs places, mais pour
Numeriano Cæfarioratori temporibus ſuis
potentiffimo . Vopiſcus.
J
GALANT.
135
د
les remplir .Je les ay tous connus
ces hommes incomparables que
jeviens de vous nommer,& c'eſt
par leurs fuffrages que je me ſuis
veuélevé enunrang dont je ne
m'eſtime pas encore digne.Je ne
diray point comme quelquesuns
ont fait,que c'eſtoit le Siècle
d'or de l'Académie, car c'eſtun
nom qu'il faut referver tout en-.
tier au Siécle où nous vivons
ſous la Protection du plus magnanime
Roy du monde. Je ne
vous dirai point encore,car vous
le ſçavez tous , les places de cet
illuſtre corps,n'eſtoient recherchées
qu'en vûë de ſe procurer
une vie tranquille dans un commerce
perpetuel de l'eſprit &
de la raiſon. On ne connoiffoit
point l'amour de la Preſſéance ,
dont les eſprits foibles & les merites
mediocres font leur capi136
MERCUR E
tal.On fuyoit les occaſions de ſe
donner le moindre déplaifir l'un
àl'autre avec le même ſoin que
l'on évite la rencontre des Serpens
& des Scorpions. Ce n'étoit
qu'honneur, qu'amitié, que
déference reciproque .Je ne faurois
m'empêcher de l'avoüer; ce
ſouvenir ne me revientjamais à
l'eſprit que je n'en refiente de la
joye. C'eſt ainſi que Loürs LE
GRAND donne ſa voix pour l'Election
des Académiciens,dont
il abandonne le détail à voſtre
prudence & à vôtre difcernement
. La France ne manque
point de ſujets illuftres , & je
prevois que vous allez être plus
embaraffez par l'abondance,que
par le défaut ; mais ſouvenezvous
, Meffieurs , &permettezmoy
de vous en avertir,puiſque
j'ay l'honneur d'eſtre à la teſte
GALANT.
137
de voſtre Compagnie , par l'antiquité
de més ſervices. Souvenez-
vous , dis-je , que le veritable
merite eſt toujours accompagné
d'une fierté honneſte
qui ne luy permet pas de demander
avec trop de ſoûmiffion
ce qu'il croit pouvoir obtenir
avecjuſtice Le faux merite au
contraire ne trouve rien indigne
de luy. Il n'y a point de
follicitations qu'il trouve trop
baſſes. Il n'y a point de longueurs
qui luy paroiſſent ennuyeuſes.
Il n'y a point de froideur
qui le rebute. Cependant
il le faut avouër , la foibleſſe de
la Nature humaine eſt telle ,
qu'on ne sçauroit preſque rien
refuſer à cet Importun qui
pourſuit tout avec empreffement
, & que rien n'eſt preſque
accordé à ce Vertueux qui de138
MERCVRE
croire ,que
mande avec pudeur. Je veux
l'Académie Fran
çoiſe n'aura jamais rien à ſe reprocher
de cette nature , Elle
comprend trop bien qu'il y va
du ſervice de LoursLEGRAND
qu'il y va de l'intereſt de ſa
gloire qu'elle doit avoir devant
les yeux fur toutes choſes. Car
comme il n'y a point d'occupation
plus excellente pour un
Orateur François , que de celebrer
les Actions de ce Grand
Monarque , & que c'eſt meſime
un devoir indiſpenſable à un
Academicien, il faut,Meſſieurs,
que vous preniez garde , que
des mains inhabiles ne foient
admiſes à toucher à des marieres
ſi precieuſes . Alexandre le
Grand ne voulut eſtre peint
que par Apelle , & il ne permit
qu'au ſeul Lyppe de jetter ſa
:
GALANT.
139
Figure en bronze. Si ce Roy
- de Macedoine eſtoit ſi dif-
- ficile au choix de. ceux qui
devoient repreſenter les traits
de ſon viſage , croyez - vous que
LOUIS LE GRAND doive eſtre
■ moins difficile au choix de ceux
qui entreprendront de peindre
les mouvemens de fon Ame , &
- de travailler au recit de ſes faits
heroiques ? Quelle force de
Genie , quelle élegance de ſtile
pour faire des copiesd'aprés ces
grands originaux ? Un Efcrivain
froid & languiſſant , &
qui ne ſentira point en luy-mefme
quelques eſtincelles du feu
qui aanimé LoüIS LE GRAND,
lorſqu'il a remporté tant de
Victoires , pourra t'il en parler
avec dignité & avec fuccez ?
Jugez en , Meſſieurs , en vous
repreſentant une partie de ce
140
MERCVRE
qui eſt arrivé à la France depuis
qu'il eſt monté ſur le Trê
ne. Eſt -il permis de ſouhaitter
plus de proſperité, plus de grandeur?
Il n'y a point d'année qui
n'ait eſté remarquable par la
conqueſte d'une ou de pluſieurs
Villes , ou par le gain de quelque
Bataille ſignalée ſur Mer
ou furTerre.La Fortune nes'eft
point lafféede le ſuivre,ou pour
mieux dire , la protection que
Dieu a accordée à la justice de
ſes Armes ne l'a jamais abandonné.
Il a justifié par la celerité
de ſesConqueſtes la raiſonpour
laquelle les Anciens ,ont donné
des ailes à la Victoire , parce
qu'elle doit , diſent-ils , plutoſt
voler que marcher. Il n'a pas
ſuivy l'exemple de tant d'autres
Princes , qui ont pris des
Villes & gagné des Batailles
GALANT.
141
dans leur cabinet. Il n'a point
été Victorieux oiſif. Il a marché
à la teſte de ſes Armées , il a
eſſuyé toutes les fatigues de la
Guerre. Il ne s'eſt point tenu
I dans ſon Palais tandis que l'Arche
du Seigneur eſtoiten campagne
.Cõbien de fois a-t'il preſenté
la bataille à ſes Ennemis ,
qui n'ont pas osé tenir fermedevant
luy ? Ila attaqué des Villes ,
il a reduit leurs remparts en
poudre ,& bien ena pris àquel
quelques-unes qu'il fuſt preſent
à ſa victoire, pour les ſauver par
un effet de ſa clemence des
malheurs où demeure exposée
une Ville emportée d'aſſaut. Les
feux allumez pour la priſe de
Mons ne font pas encore éteints
Les actions de graces & les Cantiques
dejoye en refonnentencore
dans nos Temples, il n'eſt
142
MER CVRE
1
pas beſoin de vous en dire
davantage , pour vous en faire
reſſouvenir. Quelle intrepidité
n'a t-il point fait voir en conduiſantluy
même les travaux de
ce fameux Siege ? Avec quelle
fermetéde coeur a-t- il répondu
aux prieres des principaux Officiers
de fon armée , quand ils
luy ont repreſenté que la tranchée
n'eſtoit pas le poſte d'un
Roy de France ; En vain toutes
les Puiſſances de l'Europe ſe
font unies pour luy faire abandonner
cette entrepriſe
pour la rendre plus difficile.
Cette Ville qui preſumoit tant
de ſes forces à peine a ſouſtenu
dix-ſept jours de tranchée ouverte.
Lovis a frappé de ſon
foudre cette Montagne orgueilleufe
, & la reſolution de
fes Défenſeurs s'en est allée en
Tangit montes & fumigant. Pl. 103 .
د οι
GALANT.
143
fumée. Pour couvrir la honte de
leur impuiſſance , ils tiennent
leurs troupes en campagne ,
comme s'ils euſſent voulu tenter
le hazard d'une bataille.
L'Etoile dominante de LOVIS
les pourſuit , & ne permet pas
qu'ils jouiffent long-temps de
cette vaine oftentation de leur
courage. A la premiere rencontre
foixante & douze de leurs
Eſcadrons font taillez en pieces
par vingt-huit des noſtres , &
l'épouvante qu'en prend toute
leur armée les contraint de ſe
retirer. L'Antiquité nous vante
avec raiſon cesbraves Lacedemoiens
qui arreſterent au pas
des Thermopyles toutes les
forces duRoy de Perſe . Il n'eſt
pas mal-aisé de' croire qu'un
petit nombre de vaillans ſoldats
poftez avantageuſement en un
144 MERCVRE
paſſage fort eſtroit, ayent longtems
refifté àune armée entie
re , parce qu'ils ne pouvoient
eſtre attaquez que de front . IP
eſt vray que comme il venoit
inceſſamment contr'eux de
nouveaux Combatans , & qu'à
la fin ils furent enveloppez ,
ils y demeurerent tous fans
qu'il en échapaſt un ſeul.
Ainſi ce fait d'armes , quoy
que tres-glorieux , eſt plus remarquable
par le mépris de la
mort que par l'utilité du combat
Mais dans l'action des François
où vingt-huit Eſcadrons en attaquent
ſoixante & douze en
rafe campagne , & les mettent
en déroute , c'eſt tout ce que
l'Art militaire & la force du
courage peuvent faire ſans
prendre de reſolution deſeſperée.
Que
GALANT ...
145
Que dire encore ? Tandis que
tout fuccede à Loürs du coſté
de labaffe Allemagne , & que
l'armée des Confederez ſe diffpe
preſque à ſa vûë , il ſoumet
par ſes Lieutenans toute la Savoye
, & fait connoiſtre à fon
Souverain combien il eſt dangereux
de preſter l'oreille aux conſeils
de ſes ennemis . La chute dep
Montmelian acheve , mais tropt
tard , de l'enconvaincre. Cette
Place qu'il croyoit inexpugnable
, & qui estoit ſa derniere
efperance , eft inveſtie , eſt afſiegée
, eft forcée malgré les
Rochers qui l'environnent , &
dansune ſaiſon où l'onpeut dire
que les troupes Françoiſes n'avoient
pas moins à fouffrir de la
rigueur du froid des Alpes, que
du feu continuel d'une garniſonq
nombreuſe, & qui ſe croyoit in
Mars 1692.
G
46 MERCURE
vincible . Vous voyez bien,Mefſieurs,
que j'ay paffé ce nombre
infini d'evenemens glorieux ,
dont le Regne de LOUIS LE
GRAND eft rempli , pour ne
m'attacher qu'aux derniers , car
qui pourroit ſuffire à parler de
tous, quand on ne feroit que les
nommer ? Ce font-là les ſujets
qui s'offrent à vos plumes immortelles
, tandis que d'autres
prendront le ſoin de les repreſenter
, par des images miſterieuſes
, ſur les metaux les plus
precieux & les plus durables.
Maisvous en tiendrez- vous là,
Meſſieurs ,& ne cuëillerez - vous
des couronnes pour Loüts LE
GRAND que dans cette foreſt
de Trophées qui ſe trouvent
élevez à ſa gloire ? Series-vous
perfuadés qu'on n'eſtudiera ſa
vie que pour chercher des
GALANT. 147
-exemples de cette Vertu foudroyante
qui renverſe les Empires,
qui tranſporte les Sceptres
& lesDiademes?Un Roy qui du
confentement de tous les Peuples,&
deſes Ennemis meſmes,
a merité le titre de GRAND ,
doit l'eſtre en toutes fortes de
Vertus , & c'eſt ce qui fournira
mille ſujets d'admiration à
ceux qui attacheront fixement
-leurs regards ſur ce Prince miraculeux
, ſoit qu'ils le contemplent
en Philofophes , pour
avoir le ſeul plaisir de voir
juſqu'où peut aller la fouveraine
Raiſon jointe à la Souveraine
Puiſſance; ſoit qu'ils le confiderent
en Politiques, pour tirer de
ſes actions des enſeignemens
avantageux pour la conduite
des autres Monarques .
Faudra- t iltrouverun exem-
G 2
148 MERCVRE
4
plede la Moderation d'unVainqueur,
quand il peut tour ſe promettre
de ſa profperité ? Ils le
trouveront dans la magnanimitéde
LOVIS LE GRAND , qui
pour donner la Paix à l'Europe,
arreſte luy meſme le progrésde
ſes victoires.
Voudra- t- on eſtablir que le
Prince ne doitjamais manquer
de parole ? On le prouvera par
la fidelité avec laquelle il
reſtitua la Franche Comté aux
Eſpagnols en execution de fa
promeffe.
Souſtiendra-t-on qu'il eſt
quelquefois glorieux au Souverainde
cederdefondroit. On
alleguera en preuve l'action
celebre de ce grand Roy , qui
dansun fameux conſeil où les
voix ſe trouverent partagées à
l'occaſion d'une affaire de
GALANT.
149
C
finance , dont la propoſition
n'eſtoit pas ſans difficulté les
departagea par ſa voix ſeule ,
aimant mieux ſe condamner
que de ſe donner gain de
cauſe par fon fuffrage , & comptant
contre ſoy-meſme l'autorité
de ſa prefence. Rencontre
merveilleuſe , de penſeés & de
ſentimens entre luy & le grand
S. Louis , qui dans ces inftructions
toutes celeftes , toutes divines
, qu'ildonna en mourant
àfon Fils , luy recommanda
principalement qu'en toutes
les occafions où l'on conteſteroit
contre luy pour quelque
intereſt , il euſt toûjours plus
mauvaiſe opinion de fon droit ,
que de celuy de ſes parties adverſes
, juſqu'à ce qu'il connuſt
clairement la verité . Que par
ce moyen ceux qu'il appelle
G3
150 MERCVRE 、
roitdans ſes conſeils , diroient
leurs avis avec plus de liberté ,
& rendroientdesjugemens plus
équitables.
Sera-t-il beſoin de faire voir
que l'épreuve d'un grand courrage
, ne fe fait pas ſeulement à
s'expofer aux perils d'une Baraille
, ou d'un Siege de ville ;
mais encore à ſouffrir conftamment
la violence d'une maladie
aiguë, & à voir la mort s'approcher
de ſens froid& à pas lents
dans fon appareil le plus terrible
? Ils repreſenteront Loürs
LE GRAND , atteint de cette
dangereuſe maladie dont la Frãce
fut fi allarmée , & qu'il fup
porta avec tant de fermeté &
de tranquillité d'eſprit , qu'au
milieu même de ſes plus âprés
douleurs, il ne laiſſoit pas de tenir
confeil , &de donner ſes or
dres.
GALANT .
C'eſt ſur l'exemple de ce Roy
vraiment Tres - Chrêtien , qu'il
paffera pour conſtant qu'un
Prince doit avoir un zele ardent
pour la Religion;& l'on racontera
fur ce ſujet tout ce qu'il a
fait pour étouffer l'Hereſſe qui ...
avoit ſi long temps infecté la
Francede fon poifon. On parlera
de tant de Miſſions establies
parſa pieté dans les Indes & das
le NouveauMonde,pour abolir
l'Empire des Demons, & faire
connoiſtre le vray Dieu à tant
de Nations qui l'ignoroient.
Voudra-t-on fouſtenir qu'un
grand Prince doit prendre luymefine
le ſoinde l'Education de
fes enfans ? On ſeſervira de fon
exemple & de cequ'il a estimé
ne pouvoir donner un témoignage
plus precis de fon amour
envers ſes Peuples, que d'entrer
G4
152 MERCURE
dans une obligation fi importanteau
bien de l'Estat. Il n'y
apoint d'affaires,quelles qu'elles
foient qui puiſſent ſervir
d'excuſe à un Souverain quand
ilmanque à ce devoir indifpenſable
; & c'eſt un reproche
qu'on a fait à deux des plus
grands Rois du monde,quoique
d'ailleurs tres - vertueux & treseſtimables
, lors qu'emportez
par les longues guerres quiles
éloignoient de leurs Eftats , ils
ontnegligé leurs propres Enfans.
Y a- t-il un Prince plus,
illuftre que le grandCyrus , le
Fondateur de la Monarchie des
Perſes ? C'eſt un Roy Payen ,
mais c'eſt un Roy que le vray
Dieu a choiſi pour eſtre le Liberateur
de fon Peuple , à qui
il l'avoit promis , non point
obfcurement & fous des terGALANT.
153
mes enigmatiques , mais diſtinctement
par ſon nom propre
deux cens ans avant ſa naiffance.
C'eſt un Roy que Dieu
dit avoir ſuſcité pour la Juſtice,
& qu'il appelle ſon : Pasteur,
fon Chrift , fon Oinct , voulant
faire entendre que c'eſtoit luy
meſme qui l'avoit facré Roy
d'une des plus grandes parties
de l'Univers . Cependant ce
Roy merveilleux , ſi chery du
Ciel ,n'a pu ſe garantir de la
cenfure des Sages,qui l'ont blåmé
de n'avoirpas pris aſſez de
foin de l'inſtruction de fon Fils ,
dont le regne fut auffi malheureux
& mépriſable, que celuy de
fon Pere avoit eſté glorieux &
fortune.C'eſt ce que dit Platon
au troifiéme Livre des Loix , où
il l'accuſe fort ſerieuſement d'a
t Ea vocavite nomine tuo. Ifaia 45.
2
GS
154
MERCVRE
voir mal élevé ſon Fils ; car
ajoûte-t- il , tandis qu'il s'occu
poit à faire la guerre , il avoit
laiſſe ſes Enfans entre les mains
desFemmes & des Courtiſans
qui les avoient nourrisavectrop
de complaiſance , & il n'avoit
pas fongé à faire inſtruire dans
l'austerité de l'ancienne Difcipline
des Perfes,celuy qu'il devoit
avoir pour Succeffeur en
tant de Royaumes. Il en dit autant
de Darius,qu'il reprend encore
d'avoir mal élevé Xerxes
fon Fils& fon heritier , & qui
tomba dans les meſmes defordres
que Cambyfe , parce qu'il
avoit eſté nourry comme luy au
milieu des Flateurs ; ſur quoy il
fait cette exclamation,0 Darius
c'est une honte que l'exemple de
Cyrus ne t'ait point renduſage ,&
que tu ayes fait lamesme faute à
GALANT.
155
L'occaſion de Xerxes que Cyrus à l'accafion
de Cambyfe. Contentonsnous
de ces deux exemples , appuyez
de la reflexion de ce divinPhiloſophe,
pour conclure ,
que ſi cette negligence a efté
une tache à la memoire de ces
deux grands Monarques ,la raifon
des contraires veut que ce
ſoit un juſte ſujet de loüange à
tous les Souverains qui ont veillé
eux- même à l'inſtitution de
leurs Enfans .Graces à la Providence
divine , nous en faifons
aujourd'huy l'experience. Nos
Defcendans regarderont avec
étonnement le regne de Louis
le Grand.Que de bon-heur,que
de Juſtice, que de magnificence
Mais admireront-ils moins
cette prévoyance qu'on ne peut
affez louër , ce ſoin vraiment
Royal , vraiment Paternelqu'il
156
MERCVRE
prend de former l'eſprit & les
moeurs de trois jeunes Princes
que l'heureux mariage de fon
Fils nous a donnez . La pluſpart
de ceux qui ſentiront les influences
de ces nouveaux Aftres
ne ſont pas dans l'Eſtre des choſes,&
Loüis le Grand commence
à jetter les fondemens de leur
felicité . Peut-on porter plus
loin ſa bonté que de l'étendre
furunPeuplequi n'eſt pas encore
? C'eſt pour le bonheur de
ce Peuple à venir , que Loürs
prend deja des meſures quand
ils'applique à l'éducation de
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
& de Meſſeigneurs ſes
Freres.
Dieuqui veut que celuy qui
le craint enreçoivequelque récompenfe
dés ce monde cy , &
qui promet de le rendre heu
GALANT.
857
reux par l'état floriſſant de ſes
• Enfans , a déja fait cueillir à
ace Monarque les fruits qu'il
pouvoit eſperer de l'attention
qu'il a cuë à la jeuneſſe deMóſeigneur'le
Dauphin . Il en fait
l'heureuſe épreuve par ce refpect
fincere , par cette tendref
ſe veritable que ce Prince a
toujours euë pour luy. C'eſt
cette obeiſſance filiale qui fait
une partie de noſtre repos&de
noſtre felicité. Vainqueur du
Rhin & de l'Allemagne , Capi
taine non moins heureux que
vaillant , en un eſtat ſi proche
de l'independance , il fait conſiſter
ſa gloire à demeurer attachéaux
volontez de ſon Pere.
Effet admirable de l'éducation
excellente qu'ila receuë en fon
Filii tui ficut Novellæ olivarum in circui
tu menſæ tuæ . Ecce fic benedicetur homo
qui timetDominum.Pfal. 126 . a
158 MERCVRE
1
temps de ce grand Monarque à
qui il doitle jour ! Quel exemple
pour tous les Prince ! quel
exemples pour tous les autres
hommes ! quel agreable ſpectacle
de voir le plus puiſfant Roy
du monde , avoir le Fils le plus
vertueux , & particulierement
en ce genre de Vertu fi rare par
my les Enfans des Grands , &
qui a eſté récompenfée autrefoisd'une
benediction fi etendue
& fi conſtante parmy ces
anciens Patriarches , qui ont
eſté les Anceſtres du Fils de
Dieu felon la chair.
Mais où me porteroit mon
diſcours , Meſſieurs , s'il falloit
conſiderer en particuliertoutes
les autres qualitez heroiques
deceMonarqueincomparable?
Charité envers les malheureux
inclinations à pardonner;libe
GALANT. 159
ralité vraiment royale ; application
conſtante à tous ſes devoirs
; douceur , affabilité ,
moderation & retenuë , quali.
tez ſi rares dans les Souverains,
mais de tout temps admirées
dans Loüis le Grand , à qui il
n'eſt jamais échapé un ſeul mot
équivoque , dontquelqu'unde
ſes Sujets puſt eſtre affligé .
Je me tais donc , Meſſieurs
&ilfautque mon filence ouvre
labouche à nosilluſtres Acade
miciens , qui felon la coutume
vous ont apporté quelques
fruits de leurs ſçavantes Meditations.
Mon devoir , mon zele,
l'occafion de cette Aſſemblée ,
le lieu où nous ſommes , l'Image
auguſte , de ce Prince que
nous avons devant les yeux ,
tout m'a averty de parler de luy
mais j'ay bien experimenté
160 MERCVRE
qu'il eſtoit plus aiſé de commencer
àle louër que de finir.
Peut- eſtre auſſi auriez vous
déja pensé que j'ay trop long.
temps occupé voſtre audience ,
ſi la dignité du ſujetne m'avoit
juſtifié dans voſtreeſprit.
L'Academie Françoiſe qui
doit tout à Loüs le Grand , ne
doit jamais ſe laſſer d'oüir ſes
louanges. J'ajoûteray qu'elle
ne doit point auffi ſe laffer de
faire des voeux , pour attirer
d'enhaut la continuation des
graces que Dieu a versées juf.
qu'à preſent ſur ſa Perſonne
ſacré , ſur ſon floriſſant Empire.
FaſſeleCiel qu'il force encore
un coup fes Ennemis d'eſtre
heureux , & recevoir de ſa main
la tranquillité qu'ils ne sçauroient
ſe donner à eux mef
mes . Enfin , qu'il rempliffe pleiGALANT.
161
nement ſon tres-glorieux &
tres- fingulier caractere , qui
eſt , d'eſtre né pour le bonheur de
tout l'Univers .
Le 7. du mois paffé M.Lauri,
fameux Juifde Mets, & l'un
des plus ſçavans Rabbins de la
Synagogue , fut baptisé dans
l'Egliſe de ſaint Simplice,l'une
des plus belles de la Ville , qui,
eſtoit éclairée de quantité de
lumieres , & que l'on avoit ornée
de luſtres & de riches tapiſſeries.
Il s'y rendit , ſuivi de
fix de ſes enfans,tous veſtus de
blanc avec des couronnes de
fleurs fur leur teſte , & qui és
toient conduits par les perſonnes
les plus qualifiées , qui leur
devoient fervir de parrains &
de marraines. Ilyavoit encore
deux grandes Filles Juives, pa162
MERCVRE
rentes de celuy qui faiſoit le
principal ſujetde la feſte.Mr le
grand Vicaire , accompagné du
Clergé, qui vint en Proceffion ,
fit ranger le Pere , les fix Enfans,&
les deux grandes Filles,
& aprés avoir invoqué le S.
Eſprit , il leur donna à tous le
Baptefme Mr de Givry , Commandant
dans la Place , & Madame
l'Intendante, qui avoient
conduit le Cathecumene au
pied de l'Autel ,le nommerent
Louis dela part du Roy. Iferoit
bien difficile d'oür une ſymphonie
plus animée que celle
des Trompettes , des Flutes
douces,des Haut-bois des Violons
, & des Orgues qui faifoient
retentir toute l'Eglife
de Cantiques de joye & de
loüanges.Dans la Place qui répond
à la portede cette Eglife,
1
GALANT.
163
eſtoient pluſieurs bataillons
rangez enbel ordre , qui firent
trois décharges de moufqueterie
, tandis que le Canon de la
Citadelle ſe faiſoit entendre.
avecgrand bruit. Aprés la cérémonie
, tous les nouveaux
baptiſez furent conduits chez
M. l'Intendant . La Femme de
M. Lauri quis'eſtoit fortement
oppoſée à la converfion de fon
Mary, & à celle de ſes Enfans ,
fut touchée de Dieu quelques
jours aprés , & on la vit diſpoſéeà
recevoir le Baptefine , à
l'arrivée de M. l'eveſque de
Mets , que l'on attendoit incefſamment.
On debite depuis quelques
jours chez le ſieur Barbin , au
Palais, & chez le ſieur Mufier,
fur le Quay des Auguſtins ,
un Livre intitulé, Theatre Phi
F
164
MERCURE
losophique ,fur lequel on repre
Sente par des Dia'ogues dans les
Champs Elifées les Philosophes Ancions
& Modernes , &où l'on rapporte
ensuite leurs opinions , leurs
reparties,leurs sentimens,&les plus
remarquables actionsde leur vie M.
l'Abbé Bordelon en eſt l'Auteur
.Voicy le ſixiéme Ouvrage
qu'il donne au Public depuis
deux ans, Celuy - cy contient
trente Dialogues , dans chacun
deſquels deux Philoſophes parlent
, & ſe diſent réciproquement
, fans ſe rien déguifer , &
d'une maniere critique, ce qu'ils 1
penſent l'un de l'autre. Aprés
chaque Dialogue, l'Auteur rapporte
la Vie des deux Philoſophesqui
ont parlé , & tout ce
qu'il y a de plus curieux à ſçavoir
de ce qu'ontdit ou fait les
Philofophes Anciens & MoGALANT.
165
7
dernes; & ainſi on a dans un
meſme Ouvrage trente Dialoguesqui
divertiſſent agréablement
, & la vie de 60. Philoſophes
. Le Public doit beaucoup
à ceux qui nous fourniffent
les moyens d'apprendre en
deux jours de lecture , ce qui
demanderoit pluſieurs années
d'étude , d'application & de remarques.
Si vous eſtes du nombre
des Dames qui paſſent par
deſſus les Epîtres dédicatoires
fans les vouloir lire , je vous
confeille de vous arreſter àcelle
du Livre de M. Bordelon. Elle
paſſe dans le monde pour un des
plus reguliers &des plus delicats
Ouvrages qui ſe puiffent
faire dans ce genre d'écrire .
On a beau eſtre diftingué par
l'éclat de la plus illuftre naifſance
, par lesdignitez les plus
166 MERCUR E
hautes , & par les emplois les
plus relevez. Nous voyons tous
les jours la memoire d'une partie
de ceux qui poffedoient ces
avantages décriée aprés leur
mort , pendant que le Public
rend justice à ceux qui honoroient
leurs emplois plûtôt que
d'en eſtre honorez. Cela vient
d'arriver à l'égard de M. de la
Grange , Comedien du Roy ,
tout Paris ayant dit lors que le
bruit de fa mort fut répandu ,
que c'eſtoit un honneste homme. La
mort d'un homme auſſi connu
, & qui a eſté toute ſa vie
dans les divertiſſemens du
Roy , peut devenir une nouvelle
publique , & celles qui
nous viennent de Hollande
en ont parlé,mais les Memoires
qu'on y avoit receus n'eſtoient
Pas fidelles , puis qu'on a dit
GALANT .
167
que leCuré de S. Sulpice avoit
refuſé de l'enterrer. C'eſt ce
qui eſt aiſé à detruire , puis
qu'il eſtoit de la Paroiſſe de S.
Andrédes Arcs , où ila eſté inhumé
à l'heure de midy , en
preſence de plus de mille perſonnes.
Ces bruits viennent de
l'ignorance de ceux qui ne diftinguent
pas les temps où les
Peres ont condamné la Comedie.
On voyoit alors des proſtitutions
ſur le Theatre , & les
matieres les plus faintes y eftoient
tournées en dériſion :
mais la Comedie a bien changéde
face depuis ce temps-là ,
& ellen'a pour but aujourd'huy
quede punir le vice , de récompenſer
la vertu , & de corriger
les defauts d'autruy ; de forte
qu'iln'y auroit rien à reprendre
dans ces ſpectacles , ſi l'on n'y
168 MERCVRE
laiſſoit point échaper de temps
entemps des endroits un peu
trop libres , qui attirent des
cenſeurs à tout ce qui a le nom
de Comedie . Si ces Cenſeurs
ont tropdeſeverité, les Auteurs
& les Comediens ſe flatent
trop , lors qu'ils ne prennent
pas garde que ceux qui ontry
de ces endroits , font les premiers
à les condamner , &..
qu'en empêchant la moitié de
Paris d'aller à la Comedie , ils
donnent priſe à ceux dont le
zele ne veut rien conſiderer. Si
la Comedie est condamnable ,
elle doit eſtre bannie de tous
lesEtats où l'on profeſſe la mefme
Religion. Cependant l'Inquifition
la permet en Italie &
en Eſpagne. Il n'y a perſonne
qui ne ſçachel'extrême ſeverite
de cette Jurisdiction àlaquel-
Je
GALANT.
169
2
Mel'on donne le ſurnomde Sain
atedans tous les lieux où elle est
établie , & qui prononce fouvent
des Arreſts de mort pour
de fort legeres fautes lors qu'-
- elles regardent la Religion.
-Pluſieurs volumes ne fuffiroient
pas pour parler à fond de tout
ce qu'on pourroit alleguer
pour& contre la Comedie , &
loin de vouloir faire icy une
Difertation , je n'ay dit que ce
que j'ay trouvé tellement at-
-taché à mon ſujet , que je ne
pouvois vous écrire la mort
que je vous apprens , fans vous
faire ſçavoir ce que les Nouvelles
publiques ont dit avant
moy fur cet article , & par où
l'on peut répondre à ce qu'elles
ont voulu infinuer.
2
Il eſt dangereuxde voir fouvent
ce qui plaiſt .Un Cavalier,
Mars 1692. Hmo
N
170
MERCURE
né avec une entiere averfion
pour le mariage , ſçavoit fi bien
l'art de ſe ménager auprés des
Belles , que quelques douceurs
qu'il leur puſt dire, ſon coeur n'y
avoit aucune part.Cetteheureuſe
indifférence luy faifoit menerune
vie fort agreable. Son
bien, ſa naiſſance, & le tour de
fon eſprit luy donnoient accés .
par tout,& il ſe faiſoit peu de
parties divertiſſantes,où l'on ne
cherchaſt à le faire entrer. Ses
manieres auſſi polies qu'enjoüées,
eſtoient un grand affaifonnement
pour le plaifir , & fi
l'on euſt moins connu fon caractere,
qui le rendoit ennemi de
l'engagement , plus d'une belle
perſonne ſe fuft fait honneurde
luy pouvoir donner de l'amour.
Aprés s'en eſtre garanty
** long-temps , il en prit enfin
pour une Blonde qui luy fit
GALANT.
171
fentir ce qu'il n'avoit point
encore éprouvé. 11 la rencontra
un jour dans une fortgrande
compagnie , où elle ne put
ſe deffendre de chanter. Elle
accompagna ſa voixduThuorbe
& l'agrément de ſon chant
augmentant les graces qui luy
eſtoient naturelles,fut un charme
ſi ſenſiblepour le Cavalier ,
qu'aprésluy avoir donné mille
loüanges , il luy demanda permiſſion
de la voir chez elle . II
y alla dés le lendemain & la
trouva ſeule avec ſa Mere . Il
fut fort bien reçû de l'une &
de l'autre ,& la converſation
qu'il ne laiſſa pas languir,luy fit
découvrir dans la belle Blonun
eſprit doux & aiſé qui redoubla
fort l'eſtime dont il
avoit eſté prévenu d'abord
pour elle. Illuy rendit cinq ou
H 2
172 MERCVRE
fixautres viſites,& cut le plai.
-firde l'entendre encore chan
ter . Sa voix fittoûjours fur loy
des impreſſions tres- fories , &
*ce qu'il diſoit à l'avantage de
cette aimable perſonne eſtoit
foutenude regards ſi vifs , que
ſes yeux parloient de ce que
-ſentoit ſon coeur. La Belle répondoit
modeſtement auxdifcours
flateurs qu'il luy tenoit ,
&quand elle vouloit ne les
imputer qu'à l'habitude qu'il
s'eſtoit faited'en conter à tout
lemonde il prenoit ſon ſerieux
& luy proteſtoit avec chaleur ,
que sil ne diſoit ailleurs que
deschoſes obligeantes que l'on
pouvoit n'écourer que comme
venant d'un galant homme , il
lay parloit tres-fincerement ,
lors qu'il l'affuroit qu'elle luy
avoit appris enfin à aimer.
1
GALANT.
173
Ses foins affidus donnerent,
bien toſt l'alarme à un Amant
que la Belle avoit ,& comme il
n'étoit ny auſſi riche, ny d'aufi
bonne maiſon que le Cavalier,
il la pria de luy dire ,s'il devoit
ſe retirer. La Belle qui avoit
aſſez de panchant pour luy
parla de ſes plaintes à ſa Mere
qui eſtant bien aiſe de prendre
de là occaſió de faire expliquer
leCavalier , luy dit fort civilement
, que les manieres hon- :
neſtes qu'il avoit pour elle&
pour ſa Fille , leur faisoient
tenir à beaucoup d'honneur les
ſentimens d'eſtime empreſſée
qu'il leur témoignoit par
viſites , mais qu'une pareille
affiduite pouvant refroidir un
homme qui paroiſſoit vouloir
épouſer ſa Fille , ellele croyoit
aſſez de ſes amis pour conſentir
volontiers à ne la plus voirque
fes
H 3
174
MERCURE
tres- rarement. Le Cavalier
que le compliment furprit,
neconfultaque ſon coeur dans
ſaréponſe , & ne pouvant fe
réſoudre à ſe priver du plaifir
qu'onlay vouloit retrancher,il
ditala Mere , qu'il confideroit
trop fa Fille pour ne pas chercher
ſes avantages ,&que bien
loin de lay vouloir nuire, fielle
avoit encore le coeur affés libre .
poureſtre en estat de le préferer
, il prendroit la place de
celuy qu'il chafferoit . Une declaration
fi favorable leur parut
trop poſitive , pour leur laiſſer
aucun lieu de craindre , qu'il
n'euſt pas le coeur veritablement
touché. La Belle ne déguiſa
rien à fon Amant , qui
l'aimant pourelle- meſme , luy
dit, que ſuppoſé que le Cavalier
fuſt de bonne foy , il luy
GALANT. 175
1
1
1
paroiſſoit qu'elle n'avoit point
àbalancer ſur le parti qui êtois
àprendre qu'il ſouhattoit que
l'affaire reuſſiſt avec tous les
avantages qu'elle en pouvoit
efperer ,& qu'afin que la preſencen'y
miſt pointd'obſtacle ,
il alloit paſſer quelques jours à
la capague , prêt a revenir plus
à elle que jamais, ſi le Cavalier
eſtoit affez ennemi de fon bon .
heur pourluy manquer de parole.
Il partit effectivemet deux
jours aprés , & ce ne fut pas
fans laiffer la Belle touchée for
tement d'un procedé fi honneſte
. Le Cavalier s'eſtant apperçu
du ſacrifice qu'on luy
avoitfait, en témoigna beaucoup
de recónoiſſance,& comme
ce qu'il avoitdità la Mere
la mettoit en droit de le preſſer
deconclure , elle fit ſi bien que
la force de l'amour ne luy per
H 4
176 MERCVRE
mettant de voirque ce qui pou
voit le ſatisfaire , elle l'obligea
enfinde ſigner un Traité de
mariage. Après qu'il eut fait
cegrand effort par un emportement
de paſſion qu'il luy fut
impoffible de dompter , un peu
de rêverie qu'illaufa paroiſtre,
leur fit juger à l'une& à l'autre,
qu'il ne falloit pas luy donner
le temps de reſpirer . On le
preffa de fixer celuydu mariage,&
le jour fut pris pour cette
cérémonie , quoy que la
Belle ſe fit quelque peine d'épouſer
un homme qui pourroit
ſe repentir d'avoir trop donné
à fon amour.On acheta les habits
de noce,& il n'y avoit plus
qu'un jour juſqu'à celuy où il
devoit la prendre pour femme ,
lors qu'il commença à ouvrir
les yeux fur les obligations inGALANT.
177
diſpenſables où il s'alloit mettre
d'aimer toûjours ce qu'il
eſtoit ſeur que les années cefferoientde
rendre aimable . Les
fuites terribles qu'il enviſagea
le firent trembler ,&tout rempli
de frayeur par ces idées , il
alla chercher un de ſes Amis en
qui il avoit une entiere confiance.
Ils raiſonnerent longtemps
ſur le cruel embarras où
il ſe trouvoit . Il eſtoit fâcheux
de faire un éclat qui ne pouvoit
tourner qu'à ſa honte,aprés qu'il
avoit pouſſe ſi avant les choſes,
mais il s'agiſſoit de s'engager
pour toute ſa vie,& il s'en fit un
A grandfupplice que fon amour
quelque violent qu'il fuft , ne
put tenir contre l'eſtat malheureux
où il concevoit que le
reduiroit le mariage. C'eſtoit
mourir tous les jours pour luy
Η
178 MERCVRE
& à quelque prix que ce puſt
eſtre ; il refolut de fortir d'affaire
. Il eſtoit riche ,& comme
on ne pouvoit luy demander
que des intereſts , il en fit fon
Ami maiſtre , en luy donnant
un billet qui l'autoriſoit à en
traiter. La commiſſion n'eſtoit
pas fort agreable pour cet Ami;
mais il ne pouvoit luy refuſer
ce ſervice.Il alla trouver laMere,
qui n'auroitpû croire ce qu'il
luy diſoit fans une lettre qu'il
luy apporta du Cavalier. La
Belle ayant ſçû la choſe s'arma
de fierté ,&dit qu'on luy faifoit
grand plaifir de la rendre à un
panchant , qu'elle n'avoit eſſayé
de ſurmonter que par complaifance
pour ſa Mere. Elle écrivit
auſſi toſt à fon Amant , qui accourut
plein dejoye ,,& qu'elle
épouſa quinze jours apres. Les
GALANT.
179
Arbitres qui furent choiſis auparavant
de part & d'autre ...
condamnerent le Cavalier a
une ſomme conſiderable. Il la
paya fans regret, puis qu'il recouvroit
fa liberté , mais il ne
laiſſa pas de voir avec quelque
déplaifir , qu'une perſonne qui
luy ſembloit toute aimable , &
qu'il aimoit veritablement
euſt pû ſe réſoudre tout à coup
àſe donner à un autreavectant
de marques d'indifference pour
luy.
Je vousenvoyay le mois paſſé
un détail exact ſur tout ce qui
regardoit le mariage de Monfieur
le Duc deChartres.Voicy
ce que M.Robinet a fait là deffus
pour cejeune Prince. Vous
avez vû tant de chofes de fa façon
dont la lecture vous a fait
plaifir , qu'ilme feroit inutile
H6
180 MERCURE
A
de vouloir vous prévenir fur
celuy que vous devez recevoir
des Vers que vous allez lire....
ふふふふふふ・ふ未来南市
A SONA . ROYALE
MONSIEUR LE DUC
DE CHARTRES ,
Sur fonMariage.
Prince, dont le grand Avenir
Inceffamment se dévelope
Et deja fournit à l'Europe
Matiere à s'en entretenir.
JeuneHeros,dont les merveilles
Occuperont les doctes Veilles
Et d'Apollon&des Neuf Soeurs ,
Daignez vuirles accords de ma Lyre
Reut- estrequ'ils aurons encore quel
ques douceurs ..
Malgré l'âge mortel où fans ceffe
j'expire
GALANT. 181
A
:
Fe chante l'Hymen dont les noeuds
Viennent de vous unir avec une
Princeffe ,
Dont le Sang,la beauté,la brillante
jeunesse
Ont merité vos tendres vaux.
MaMuse dés longtemps se tenoit
toutepreſte
Pour cettegrande Feste ,
où l'on avû lesfeux , les Ris
les Amours 2 시
Celebrer lepremier de vos plus heureux
jours ,
Joignant sur vostre teste
Un beau Myrthe au Laurier ,
Qu'enimitant un Pereaux Combats
intrepide ,
Déja vous moiſſonnez ainsi qu'un
vieux Guerrier ,
Remply du courage d' Alcide..
Quels talens glorieux en vous
clatent pas !
ne182
MERCVRE
Qu'en vôtre illustre Epouse on voit
briller decharmes !
Dans ses yeux l'Amour prend ses
armes, e
Les Graces tracent tousses pas.
Ahrſous le Dieu qui vous affemble
Que vous formez un riche Couple
ensemble
Quedeplaisirs vous accompagneront
!
Les flambeaux de l'Hymen, comme
des Feux de joye ,
Autour devousfans ceffe brilleront.
Ces feux jamais ne s'éteindront ,
Et tous vos jours feront filezd'or
& de foye.
De l'amour qui vous joint naistront
d'autres Heros ,
Ornez de vos vertus & de vostre
courage,
Qui fuyant un honteux repos ,
Aimeront comme vousle Martial
orage
GALANT. 183
D'autres Heroïnes naiſtront
Des mesmes feux dont vos caurs
brûleront.
Deleur charmante Mereellesferont
l'image
Etdes plus vaſtes Etats
Les Potentats
Viendront leur rendre un amoureux
bommage.
1
Que d'honneur recevront nos Lis
Devos exploits & d'Amour & de
Guerre!
Ab : qu'ils enferont embellis ,
Et que les Flots&que laTerre
Du bruit que vous ferez feront un
jour remplis !
Déia l'Amour&la Victoire
S'intereffent pour vostregloire
Qu'ilsveulent accroiſtre à l'envy.
Déia les Fillesde Memoire ,
Qui depuisleBerceau vous ont toutours
fuivy ,
184 MERCVRE
S'apprêtent de concourir à dreffer
vôtre Histoire.
LaDéeffe du beau Renom.......
Etudie auffi fur quel ton ,
Enfaisantsa vaſte ronde ,
Elle ira publier aufon defes Clas
YONS ,
En tous les lieux du Monde ,
Ce que de vous chaque jour nous
verrons.
:
Mais belas ; aura-t- elle
Affez de force ,affez de voix
2
Pour dire seulement ce que déia je
vois ,
Quifait lefondement d'une gloire
immortelle ?
Tant de douceur, tant de bonté,
Tant devaleur,tant de prudence,
Tant d'esprit , tant depietė,
Enfincette charmante&vive actività
GAL ANT.
185
Que vous fistes briller des vostre
tendre enfance.
O icune & merveilleux Heros ,
Desplus celebres chants fi digne,
Que ne fuis ieunicane Cygne ,
Je chanterois vos versusfansrepos.
Mais quoy, deformais ie ne chante
Que d'unevoix vers le tombeau
---Panchante ,
Accablé que je suis & d'ans &de
malheur's ;
Et c'est le ſouvenir & la reconnoiffance
Quime font dans mon impuiſſance
Pouffer ces derniers chants en domprant
des douleurs
Qui pourroient des plus forts abatre
la constance.
Mon defordre paroist affez
Dans le defordre de mes Rimes.
Ces Vers irregulsers par tous embaraffez
,
;
186 MERCVRE
Enſont des temoins legitimes.
Iefinis, demandant aux Cieux,
Prince charmant, que vostre vie,
Par unfort doux autat queglorieux
Soitdebonheur toujours suivie ,
Et pour vous un autre âged'or,
On vous puissiez compter autant
d'ans que Neftor.
Les Vers de l'Air nouveau
que je vous envoye , conviennent
à la fainteté du temps où
nous ſommes.
AIR NOUVEAU.
De la vie est longue &fa-
!
Que ce cruel exilme caufe de tourment!
Rappellez moy , Seigneur , de mon
banniſſement .
Que maprison mesemble affreuse!
187
usheubas,
pas.
A
ment ; M. le Prefid
peou fon Fils , &
Preſidente. M. de
Maiſtre des Requef
ader la
umois
Maupeou,
,avoit
tye de
voeux
Abbé
pone
d'un
irens ;
こし、
186
En
Iefin
Prin
Parun
Soitd
Et pl
Où vou
d'
Les
que je
nent à
nous fo
A
ez moy , Seigneur , de mon
omniſſement .
mapriſon mesemble affreuse!
GALANT. 187
L
Ledefirviolent de mevoirplus heui
reux
Mefait tant fouffrir icy bas ,
Que je meursde ne mourir pas.
J'oubliay de vous mander la
derniere fois , que le 7.du mois
paffé , Mademoiselle de Matupeou
, Fille de Mrde Maupeou ,
Maistre des Comptes , avoit
fait profeffion en l'Abbaye de
SaintAntoine. Elle fit ſes voeux
entre les mains de M. l'Abbé
de laCharité , qui officia pontificalement
en prefence d'un
grand nombre de ſes Parens ,
qui aſſiſterent à cette Ceremonie
; ſçavoir , M. de Maupeou ,
Confeiller d'honneur au Parle
ment ; M. le Preſident de Maupeou
fon Fils , & Madame la
Preſidente . M. de Maupeou ,
Maistre des Requeſtes , Inten188
MERCVRE
dant d'Auvergne , Madame de
Maupeou , Marquiſe de Noify;
M.de Maupeou , Capitaine au
Regiment des Gardes , & Madamede
Maupeou ſa Femme ,
Madame Fouquer , Madame la
Comteffede Mailly , &Mademoiſellede
Mailly ſa Fille ,Madame
la Preſidente Feydeau ,
Madame de Mannevillette ,
Madame de Richebourg , Madame
la Comteffe de Tonnerre
, Madame de Canteleu , М.
Sanfon , Maiſtre des Requeſtes.
&Madame Sanfon : M. Enjorant
, Conſeiller au Parlement,
&Madame Enjorant ſa Femme
M. le Camus , Frere de Madame
de Mannevillette, & Oncle
de Madame la Comteſſe de
Tonnerre ; M. Doujat, Confeiller
au Grand Confeil , &
Madame Doujat ſa Femme ,
GALANT. 189
M. de Turgis , Confeiller au
Parlement , Madame la Preffdente
Molé , Mademoiselle
Molé , M. le Marquisde Sénectere
, M. de Riant & pluſieurs
autres perfonnes de qualité. Si
une indiſpoſition n'euſt pas
empêché Madame de Pontchartrain
de s'y trouver , l'Afſemblée
des Parens euſt eſté
complete. L'exhortation fut
faite par le Pere Bourdalouë
-Jeſuite , qui s'en acquitta avec
fon éloquence ordinaire .
M. le Marquis de Malanze ,
Colonel du Regiment de
Rouërgue , & Brigadier des
armées du Roy , ayant efté
obligé de quitter le ſervice à
cauſe de ſes incommoditez , ila
demande permiſſion de vendre
fon Regiment , & le Royaeû
la bonté de l'accorder avec de
190 MERCVRE
grands témoignages de diſtinction.
Ce Prince luy dit , qu'i
estoit content deſesſervices , que
c'estoit le moindre plaisir qu'il
voudroit luy faire , &qu'il auroit
Souhaité qu'il euſt ſervi plus longtemps.
On ne peut dire plus
de choſes obligeantes en moins
de paroles ; mais onn'en doit
point eſtre ſurpris, c'eſt le Roy
qui parle. Mr le Marquis de
Malauze commença à ſervir
fous feu Monfieur de Turenne
fon grand oncle
prés duquel il fit deux campagnes
en qualité de volontaire.
Il eſtoit à la bataille de
S. Sem en Allemagne , à celle
de S. François , au combat de
Mulaufen ,au combat de Turquem
, & quand Mr de Turenne
fir tué , il eſtoit à l'unde ſes
coſtez . Il ſe trouva enſuite au
alGALANT.
191
combat d'Altene à la retraite
> de Mr le Maréchal de Lorge
aprés amortde M. de Turenne
& il y eut un cheval bleſſé
ſous luy. Il fit priſonnier dans la
meſime occafion un Colonel de
Cavalerie. Il s'eſt encore trouvéaux
Sieges de S. Omer , de
Cambray , & de Valencienne.
En 1678. le Roy en confideration
de ſes ſervices luy donna
le Regimenr de Roüergue ,
&à la teſte duquel il alla au
Siegede Luxembourg.En 1688
le Roy le fit Brigadier de fes
armées . Il ſervit en cette qualitéaux
Sieges de Philifbourg ,
&de Manheim ,& eut le commandement
des troupes pendant
une partie de l'hiver à El
bronen 1689.fous les ordresde
M.deMontclar.Le Roy adon192.
MERCURE
:
né l'agrément du Regiment de
Rouërgue à Mr le Marquis de
Canillac. Il eſt encore jeune ,
&d'unedes plusanciennesmaifonsd'Auvergne.
Cet agrément
fait connoiſtre que Sa Majesté
eft contente de ſes ſervices.
Le Roy a donné la Charge de
premier Prefident du Parlemet
deChambery à M.Tanfin,Prefident
au Parlement de Grenoble
, & Sa Majefté a donné en
même-temps une Charge de
Preſident dans le même Parlement
de Chambery , à M. le
Comte de Provane , qui estoit
depuis un an à la Cour en qualité
de Deputé du SenardeNi
ce. Le Don de cette Charge a
eſté accompagné de celuy de la
confifcationde tous les biens de
ſa famille,qui fonttres-confiderables.
Ce Comte a eſté Gouverneur
GALANT.
193
verneur de la Principautéd'Oneille,&
de la Vallée de Barcellonette
, Lieutenant Civil &
Griminel du Comté de Nice ,
& Senateur dans le Senat de
la Ville de ce nom. Il eſt Fils
de Monfieur le Comte de Provane
, premier Miniſtre de
Monfieur le Duc de Savoye ,
qui a eſté long - temps Ambaſſadeur
à Rome , & Envoyé
à la Paix de Nimegue , & qui
' eſtoit venu pour eſtre Ambaffadeur
auprès du Roy un peu
avantlaDeclarationde laGuer--
re. La Maiſon de Provane eſt
une des plus anciennes du Piemont
, où ſes Ancêtres ont toûjours
remply les premieres
Charges, tantde robe que d'épée.
Il ya eu pluſieurs Cheva- >
liersde l'Ordre de l'Annonciade,
des Chanceliers , des Lieu-
Mars 1692.
I
194 MERCURE
tenans Generaux , des Arche
veſques & Eveſques , un Gene
ral des Galeres , des Gouver
neurs de Province , & des premiers
Preſidens de Parlement.
M. le Comte de Provane qui
vient d'eſtre nommé Preſident
au Parlement de Chambery , a
tenu une ſi ſage conduite, qu'il
s'eſt attiré l'approbation du
Roy , & celle de tous ſes Miniſtres
. La Charge de premier :
Preſident du Senat de Nice a
eſté donnée à M. de la Porte ,
Preſident en la Chambre des
Comptesde Grenoble .
Dame Antoinette Charre - r
ron , Dame de Montleans ,
Seillas , Miſy ſur Yonne,Montanſon
& autres lieux , Veuve
de M. de Renoüart , Maiſtre
des Comptes , eſt morte icy
depuis peu de jours. Elle laiſſe
3
GALANT. 195
une ſucceſſion de plus de huit
cens mille livres , & par fon
Teftament , aprés avoir fait
pluſieurs legs pieux fort confiderables
, elle répandſon bien
dans ſa famille ,d'une maniere
fortjudicieuſe. Elle estoit fille
de Hugue Charreton , Seigneur
de Montonſon ,Bourneuf&
autres lieux,&deLouiſe
Aubery fon Epouse ,& fortoit
d'une branche puînée des Barons
de Marolle
, Seigneurs
de laDoulze & de la Tertiere !
du monde Charreton,qui porte
pour armes d'Azur au lion
d'or.
Mr Seron , Medecin du Roy
eſt mortà Versailles le 7. de ce
mois , dans toute la refignation
qu'on peutattendre d'un veritable
Chrétien. Il avoit une expérience
confommée dans la
I 2
196 MERCVRE
pratique de la Medecine ,&
l'eſtime que MrsDaquin & Fagon
faifoient paroiſtre pour luy
répondoit de ſon merite. Il y a
plus de vingt cinqans à la celebre
Faculté de Montpellier
avec toutes les marques poffibles
de diſtinction. Feu Mrle
Duc de Montaufier avoit grande
confiance en luy , & il avoit
eſté attaché au ſervice de feu
M.le Chancelier le Tellier. Sa
capacité&fon merite obligerent
M. de Louvois à le prendre
chez luy aprés la mort de ce
Chefde la Justice , & il a eu
l'honneur pluſieurs fois de conſulter
pour madame la Dauphine
, & de la voir pendant le
cours de fa maladie.Aufſi leRoy
luy fit il donner une gratification
confiderable en reconnoiffance
de ſes ſoins. Il nous a laifGALANT.
197
د
ſéun Frere de fon meſine nom,
qui a profité de ſes rares&heureux
talents avant exercé la
Medecine auprés de luy pendant
plus de dix années à Paris
& à la Cour. Il a voyagé en
Allemagne & en Italie , & eſt
Medecin preſentement de l'Abbaye
Royalede Poiffi .
M. de Bourges , celebre Medecinde
la Faculté de Paris ,&
fort eſtimé , non ſeulement de
fon Corps , mais de tous ceux
qui ont entendu parler de luy ,
a eſté pourveu de la Charge de
Medecindes baſtimens qu'avoit
feu M. Seron , avec les meſimes
appointemens dont iljouïſſoit .
Ona eu avisde Nemours que
Meffire Anne Hedelin , Seigneur
du martroy , Chaufour ,
&autres lieux, ancien Preſident
Lieutenant General , maiſtre
13
18 MERCURE
des Eaux & Forests ,& Lieutenant
Criminel de Robe courte ,
yeſtoit mort le 18. du mois paffé
, âgé de quatre-vingt- deux
ans. Il eſtoit Fils de Claude Hedelin
, auffi Lieutenant General
de Nemours , & Frere du
feu Abbé d'Aubignac , qui nous
adonné la pratique du Theatre ,
& qui s'eſtoit fait par fon meri -
te une fi grande recommandation
auprés du Cardinal de Richelieu.
Il avoit exercé ſa Charge
pendant plus de cinquante
ans , avec une approbation ge-
-nerale ,& n'y avoit que deux ou
trois ans qu'il s'en eſtoit défait
en faveurde Louis Hedelin fon
Fils , pour ſe preparer à la mort.
Il n'a rien oublié pour contribuer
à la grandeur de la Ville
de Nemours. C'eſt luy qui a
procurédans cette Ville-là l'ef-

:
"GALANT.
BIBLIO
A99
2
tabliſſement des Recdless ,
des Religieuſes de la Congre
gation , & la Cour l'a honoré
de differentes commiſſions
tantoſt pour inſtruire le Procez
des mauvais Juges , tantoſt pour
abattre les Temples des Pretendus
Reformez , & en beaucoup
d'autres occaſions , où il a
toujours marqué fon zele pour
laReligion & pour le ſervicede
l'Etat.
Le Roy eſtant allé à Compiegne
où il arriva le 4. de ce
mois, pour voir la gendarmerie
de Sa Maiſon qui s'y devoit
rendre de pluſieurs endroits ,
où elle a ſes quartiers , Sa Majeſté
vit le lendemain ſes quatre
Compagnies de ſes Gardes du
Corps , qu'Elle examina en
gros & en détail. Ce Corps qui
monte à prés de deux mille
I 4
200 MERCVRE
hommes , n'eſt compoſé que
degens d'élite , de mine , &de
coeur. Il eſt commandé par M.
leDucde Noailles , par Mrs les
Maréchaux Ducs de Duras , de
Luxembourg & de Lorges , &
parungrand nombre de Lieutenans
, d'Enſeignes & d'Exempts
, dont pluſieurs font
Officiers Generaux , & ont
commandé de grands Corps ,
en forte qu'on peut dire que
l'on trouveroit dans celuy
des Gardes , de quoy fournir
des Chefs à un grand nombre
d'armées. Je vous laiſſeà juger
de l'effet que devoient faire
ces Troupes avantageuſement
montées , & toutes veſtuës de
drap bleu , avec des juſte-aucorps
galonnez d'argent . Chaque
Compagnie eſt compoſée
de fix brigades , dont les trois
1
GALANT. 201
:
premieres ſont commandées par
des Lieutenans ,&les trois dernieres
par des Enſeignes. Chaquebrigade
a deux Exempts ,
deux Brigadiers , deux Sousbrigadiers
, un Porte Etendard,
& un Aide Majord qui a rang
d'Exempt , & qui eft attache
à la premiere Compagnie . Il
ya, outre cela , un Major qui
l'eſt de tout le corps , & deux
Aides-majors.
Lesbandoulieres font de cou
leur differente dans chaque
Compagnie.
Dans Noailles,elles fontd'argent
plein.
Dans Duras, argent & bleu.
Dans Luxembourg , argent
&vert.
Et dans Lorge argent &
jaune .
Le Jeudy 6.du mois , le Roy
Is
202 MERCVRE
fit la revûë de la Gendarmerie
de Sa Maiſon, à l'exceptiondes
deux Compagnies des Moufquetaires
, & des Gendarmes ,
& Chevaux Legers de ſa Garde.
Vous ſçavez qu'elle eſt de
ſeize Compagnies,depuis l'augmentation
que le Roy en a
faite.Cette Gendarmerie parut
tres- lefte, & tres-bien montée.
Voicy le rang des Compagnies
qui la compoſent. La premiere
eſtdesGendarmes Ecoffois;elle
eft commandée par M.le Marquis
de mouy qui en eſt Capitaine-
Lieutenant. SaCharge eft
d'un grand éclat ; car outre
qu'elle le met à la teſte de tou
te cette Gendarmerie , elle le
rend premier Colonel de Fran
ce,& luy donne le Commandement
fur tous les autres Colo-,
nels. Les Gendarmes Anglois
GALANT. 203
ont le pas aprés les Ecoſſois.Ils
font commandez par M. de
Crosly. Les Bourguignons qui
ſuivent le font par M. le Marquis
de Flammanville , & les
Flamans par le Comte de Marfin,
Ces quatre Compagnies
font appellées les quatre Compagnies
du Roy . Voicy en quel
rang marchent les autres Compagnies.
Les Gendarmes de la
Reine commandez par Mr le
Marquis de Lanion , les Che
vaux Legers de la Reine , par
Mr le Marquis de Sappeville ;
les Gendarmes Dauphins par
м. le marquis d'Eſtein les Chevaux
legers Dauphins,par M. le
Marquis l'Urfé ; les Gendarmes
de Bourgogne , раг м. Је маг-
quis de Virieu , les Chevaux
legers de Bourgogne , par M.
de mezieres ; les Gendarmes
204 MERCVRE
d'Anjou , par mr le marquis de
Genlis ; les Chevaux legers
d'Anjou , par Mr de Roſamel ,
les Gendarmes de Berry , par
Mr le marquis de Virville ;les
Chevaux legers de Berry , par
Mr de Keroar ; les Gendarmes
d'Orleans, par mr le Comte de
Saffenage ;les Chevaux legers
d'Orleans, parMr de Valfemé.
On peut juger par le nombre
de ces Troupes , du temps qu'il
fallut au Roy pour les voir
toutes ſeparément , & de la
fatigue que ce Monarque dut
prendre , mais rien ne luy coute
pour la gloire , & pour le
biende ſes Sujets.
Le Vendredy 7. Sa Majesté
vit tout à la fois les Troupes
qu'Elles avoit vûës ſeparément
les deux jours précedens , & le
Roy d'Angleterre ſe trouva à
GALANT.
205
cette reveuë. Il ne s'eſt peuteſtre
jamais vû enſemble tant
d'hommes ſi leſtes, fibien faits,
& fi bien montez . Les grenadiers
à cheval , dont je ne vous
ay point parlé , s'y firent diſtinguer.
Comme ils font grenadiers
de la Maiſon du Roy,
on avoit trouvé à propos de les
faire habiller de bleu , au lieu
qu'ils l'eſtoient auparavant de
rouge. Ils parurent avec ces
nouveaux habits qui estoient
fort enrichis, & avec l'augmentation
qu'on a faite à cette Copagnie,
qui n'eſtant auparavant
que de cent hommes , eſt preſentement
de cent cinquante .
La fatisfaction que l'on a de ce
Corps , dont cinquante battirét
au combat de Leuze huit cens
Chevaux des Ennemis, a été cauſe
de cette augmentation. Tou
206 MERCVRE
tes les Troupes pafſferent en revûë
avec le manteau noüé fur
l'épaule,&les armes à lamain,ce
qui parut d'une grande beauté ,
&d'un air fort martial. Monſeigneur
le Dauphin , Monfieur
le Duc de Chartres , &
Madame la Ducheſſe de Chartres
,qui estoient de ce Voyage
, prirent un grand plaifirà
les voir. Le Roy à fon retour a
fait l'honneur à Monfieur le
Prince , de fejourner un jour
dans ſa delicieuſe Maiſon de
Chantilly , & Sa Majesté aprés
y avoir examiné les nouveaux
embelliſſemens que ce Prince
y a fait faire , & trouvé beaucoup
de magnificence , & le
bon-gouſt dans ce qui regarde
les dedans & les dehors de cette
Maiſon , demeura pendant huit
heures à cheval & fit voir par
GALANT.207
C
la fatigue qu'Elle prit , & par
la grande quantité de gibier
qu'Elle tua, que ſa ſanté eſt parfaite
& vigoureuſe. Monfieur
le Prince auroit bien voulu fuivre
le panchant , où il eſt naturellement
entraîné par la magnificence
qui luy eſt ordinaire
& traiter le Roy , & toute la
Cour avec la profuſion , la delicateſſe
& ,l'ingenieuſe maniere
dont il a accoutumé de la regaler
; mais le Roy n'ayant pas
voulu y confentir , ce Prince
fut obligé de ſuivre les ordres
de Sa Majesté.
Voicy des Versqui ont eſté
faits parMr deBoiſmenil,d'Abbeville
, fur le départ'du Roy
pour Compiegne . Ces Vers
font faits pour chanter,&je ne
doute point qu'il ne ſe trouve
beaucoup de Muficiens qui ne
208 MER CVRE
cherchant qu'à faire retentir la
gloire de ce Monarque , s'ap-
* pliqueront à les mettre en
Air.
SUR LE DEPART
DU RΟΥ
RECIT DE PALLAS.
E
Nvain pour arrefter le Heros
invincble ;
Quifait le prixde nos Chansons ,
L'Hiver armé desesglaçons
Aprolongé le cours d'unesaison
terrible.
CHOEURdes Muſes. ?
Les neges,lesfrimats,lesventsn'ont
rien d'horrible
Pour leHeros quenous chantons.
RECIT.
Auſeul bruit de ſes Exploits
GALANT.
209
L'Aigle fuit dans les montagnes,
Estrop peu feurdans les campagnes
Le Lion chercheles bois.
CHOEUR.
Les neges,les frimats,&c.
RECIT.
:
Loüis ne cherche que lagloire ;
Maiscelle qui vient des Combats
Pourfongrand coeur a plus d'appas
Ilpart ,il marche , il court il vole
àla Victoire.
Heureux François,ſuivezsespas
CHOEUR.
Les neges, les frimats ,&c .
Voicy les noms de quelques
perſonnes confiderables dont
j'ay encore àvous apprendre la
mort.
Meſſire Nicolas Cotignon ,
Chev. Seign.de Chauvry & du
Breüil , premier Preſident en
210 MERCVRE
ſa Cour des Monnoyes , & cydevant
Conſeiller en la deuxiéme
Chambre des Enqueftes
du Parlement de Paris. II
ſe préparoit à la mort depuis
un an , & pour n'eſtre point
diſtrait il ne faiſoit plus aucunes
viſites . Ainſi elle n'a point eſté
impréveuë pour luy , quoy qu'il
foit mort fubitement , comme
on venoit d'achever de luy faire
le poil. Il a eſté Genealogifte
des Ordres du Roy pendant
foixante & douze ans ,& trente
ans premier Preſident en la
Cour desMonnoyes , & a toujours
fait paroiſtre beaucoup de
capacité & d'exactitude. If
avoit épousé Madelene Royer ,
Soeurde feu Mr Royer , Conſeiller
au Parlement Elle a eu
deux Soeurs mariées ; l'une à
feuMr Faucon de Ris Preſident
GALANT.
211
au Parlementde Rouën , Pere
dudernier mort, & l'autre à feu
Mr Girard (Seigneur de Villetaneuſe
, Procureur General
dela Chambre des Comptes ,
dont estvenu un Fils auſſi Procureur
General en la meſme
Chambre , & deux Filles mariées
, l'une à feu mr le Duc de
Villars & l'autre à Mr Briconnet
deMagnanville Conſeiller
en la Grand Chambre. Mr le
premier Preſident de Chauvry
quia laiſſe un Filsunique,nommé
Antoine Joſeph Cotignon
de Chauvry, reçu en ſurvivance
Genealogiſte des Ordres du
Roy , eſtoit Fils de Gabriel de
Cotignon de Chauvry , Genealogiſte
des Ordres du Roy
& Secretaire des Commandemens
de la Reine Marie de
Medicis , & de Dame Char212
MERCURE
lotte Hochet , Dame de Chau
vry , & petit Fils de Guy
Cotignon ,Maréchal des logis
de la Reine Louiſe de Lorrai
ne , Femme de Henry III . Cette
Famille eſt ancienne en Nivernois
. Ils eſtoient Seigneurs
de Montfec & de la Motte-
Cotignon dés l'an 1354. &
quand les Anglois prirent S.
Pierre le Monſtier , Jean Cotignon
y rendit des preuves de fa
valeur pour le ſervice du Roy ,
& y fut tué. Cotignon porte
d'azur au chevron d'or , accompa.
gnéd'or , d'une molete d'épiron d'or
en chef.
Dame Marie Lanier , Fille
unique d'une Avocat General
au Grand Confeil. Elle estoit
Veuve de François de Montholon
, Seigneur d'Auberviliers
, celebre Avocat au Parlee
GALANT. 213:
ment de Paris , qu'elle , avoit
épousé en 1625 & qui eſt mort
Doyende ceCorps , & mere de
M. de Montholon , aujourd'huy
premier Preſident au parlement
de Normandie. Elle avoit
voulu l'accompagner lors qu'il
alla prendre poffeffion de cette
importante Charge , & elle
mourut fubitement ſur le chemin
à Ecoüis , à ſept lieuës de
Roüen.
Dame Renée David de la
Fautriere , Veuve de Jean le
Maiſtre , Sr de Ferrieres & de
Cincehour , Conſeiller au paг-
lement de paris . Elle estoit Fille
de Laurent David , Seigneur
de la Fautriere en Anjou , Maiſtre
des Requeſtes , & laiſſe un
Fils , Gilles le Maiſtre , Seigneur
de Ferrieres & Cincehour
, & quatre Filles dont
2
214
MERCUR E
l'aiſnée a épousé Louis de Lafferré,
Confeiller en ladeuxiéme
Chambre des Enqueſtes . Ilya
une autre Fille Chanoineſſe de
Pouffay. Cette Famille , qui
porte d'azur à troisfoucis d'or ,
defcend de Gilles le Maistre
GrandJurifconfulte ,& celebre :
Avocat au Parlement de Paris ,
quiacompofé divers Ouvrages
confiderables fur la Jurifpru-:
dence. François I. en faiſoit
une eſtime particuliere , & en
1540. ille fit Avocat General
au Parlement de Paris Enfuite..
il a eſté pendant dix années
Preſident au Mortier ; puis en
1551. Henry II. le fit premier
Preſident au meſme Parlement.
Il exerça cette grande
Charge avec eſtime juſques à
ſamort , arrivée en 1562. dans
ſa ſoixante troifiéme année.
GALANT.
215
Ils épouſa Marie Sapin , fille
de Jean Sapin , Sr de Rozieres
dont il eut pluſieurs Enfans .
L'aifné fut lean le Maiſtre , Sr
de Cincehour , Maistre des
Requeſtes , quiépouſa Cathe
-rine d'Herbelot Dame de Ferrieres
, Fille d'un Maiſtre des
Comptes. Il en vint Gilles le
Maistre Sr de Ferrieres &de
Cincehour , Capitaine d'une
Compagine de Chevaux legers
qui épouſa Marie Hennequin,
Fille de Claude Hennequin ,
Maiſtre des Requêtes , & de
Madeleine Seguier , dont eft
venu Gilles le Maiſtre Sr de
Ferrieres & de Cincehour ,
qui épouſa Marie Paſtoureau ,
Fille d'un Conſeiller de la
Grand Chambre , & de leur :
mariage nâquit Gilles le Maiſtre
Sr de Ferrieres & Cince-...
:
216 MERCVRE
hour, Confeiller au Parlement,
Mary de Renée David de la
Fautriere, qui vient de mourir.
Ily a diverſes branches de cette
Famille de le maiſtre ; celle
des Seigneurs de Vaux qui a
donné des Preſidens aux Enqueſtes
du Parlement de Paris ;
celledes le Maistre de Confeillers
d'Etat & des Maiſtres des
Requêtes , & donteftoit feu
Jerôme le Maiſtre , Preſident
en laquatrième des Enquestes
du Parlement Conſeiller , & la
branche des Seigneurs de
Grand-Champdont eſtoit Jean
le Maistre Preſident à Mortier
au Parlement de Paris ſous
Henry IV.
Aprés vous avoir parlé il y
aun moisd'un des plus grands
Mariages qui ſe puſt faire en
France , je vais vous entretenir
GALANT.
217
nir d'un autre dont vous devez
fouhaiter d'apprendre des nouvelles,
à caufe de lahaute naiffance
des Mariez , & de leur
merite perfonnel . Quoy que
Mademoiselle de Charolois ,
Fille de Monfieur le Prince ,
n'aitque quatorze ans,&qu'elle
ait l'humeur gaye que cet âge
infpire ordinairement , elle ne
laiſſe pasdefaire remarquer un
eſpritau delàde ſes années. En
pouvoit-elle manquer , eftant
du ſang dont elle eſt ſortie ?
Cette Princeſſe a mille bonnes
qualitez Elle danſe bien , &
jouë parfaitement bien du
Claveffin. Quant àMonfieur le
Duc du Maine vous devez
VOUS ſouvenir
د
que
plus de cent de mes Lettres
Tontremplies de ſes éloges ; &
comme ils ſont ſur des faits
Mars1692 .
K
218 MERCVRE
dontje vous ay rendu compte
de temps en temps , ils n'ont
point eſté regardez comme ces
loüanges vagues qui ayant tout
pour objet , ne parlent de rien
qui ſoit poſitif. On doit demeurer
d'accord que l'eſprit de
Monfieur le Duc du Maine a
toujours brillé , dans quelque
bas âge qu'on l'ait vû , & qu'ila
connu & chery l'intrepidité &
la valeur dés ſa plus tendre jeuneſſe.
La magnificence ne luy
pas eſté moins naturelle,& ona
pû le remarquerdans les grands
équipages neceſſaires pour les
divertiſſemens de chaftſe , plus
ordinaires aux grands Princes
qu'à d'autres , parce qu'ils ont
une parfaite imagedelaguerre
&qu'en s'y appliquant,le corps
s'accoutume à la fatigue . Si ces
fortes de plaiſirs coutent'de la
GALANT..
219
dêpenſe à ce Prince dans les
temps où les Armées ne font
point en campagne , dés que la
gloire le fait voler à leur teſte ,
il fait paroiſtre ſa magnificence
par les grands repas qu'il donne
ſouvent aux Officiers , & dés
qu
qu'il s'agit de leur faire plaifir,
il s'y employe avec une bonté
qui fait paroiſtre ſa haute naifſance.
Les François ne publient
pas feulement ſa valeur , mais
nos Ennemis font les premiers
à en faire les éloges. Je puis
vous en parler comme témoin ,
car m'eſtant trouvé icy avec
pluſieurs Officiers pris aprés la
Bataille de Fleurus , j'eus le
plaifir de leur entendre dire
dans une fort grande Compagnie
, De que'que costé que nous
allaſſions, nous trouvions toûjours ce
Petit Prince en teste.Ces loüanges
K 2
220 MERCVRE
ne ſont point ſuſpectes de flateries.
Rien ne les obligeoit à parler
de cette forte , & il falloit
même que la verité les y forçât,
puis qu'il ne leur eſtoit pas
glorieux de dire qu'ils avoient
eſté répouſſez partout par un
jeuneGuerrier. Le Roy eut à
peine conceu le deſſein de le
marier avec Mademoiselle de
Charolois , qu'il ditàce Prince
d'enaller demander l'agrément
Mademoiselle d'Orleans ,pour
qui ce Monarque luydonnaune
Lettre . Monfieur le Duc du
Maine partitauſſi-toft & fe rendit
à Paris,où eſtoit cette Princeſſe.
Vous ſçavez à quel point
va l'amitié qu'elle a pour ce
jeunePrince , à qui elle fait de
grandsbiens. Aufſſi a-t-il voulu
porter ſes Livrées , pour marquer
l'attachement qu'il a pour
GALANT. 121
2
Son Alteſſe Royale. En fortant
du Palais d'Orleans il alla à
l'Hoſte! de Condé;il y parut en
Amant,& y fut receu en Gendre.
Les chofes eſtant en cet
eſtat , on travailla aux Ouvrages
neceſſaires pour le mariage ,
qui ſe devoit celebrer de 19 .
de ce mois , aprés le retour
du Roy , qui estoit party pour
aller à Compiegne .
Cependant Sa Majesté fit prefentà
Mademoiselle de Cha
rolois dedeux parures de pier
reries , dont l'une eſtoit de
Diamans ,&l'autre de pierres
de couleur. Le 18. les princes
&les princeſſes de la Maiſon
Royale qui avoient eſté invitez
parMrle Marquis de Blainville,
Grand Maiſtre des Ceremonies
,& par Mr desGranges,
Maistre des Ceremonies , fe
K 3
122 MERCVRE
rendirentdans le grand Sallon
de l'appartement du Roy à
Verſailles , où Monfieur le
Duc du Maine ,& Mademoifelle
de Charolois parurent
dans un ajustement des plus
magnifiques & des plus bril-
Jans.La Princeſſe avoit un habit
de brocart d'or,& une jupe d'un
gros de Tours, couleur de feu ,
brodée d'or,avec une garniture
de diamans, Les rubans de ſa
coëffure estoient couleur de
feu & or , & la queuë de fa
mante qui estoit de gaze d'or ,
eſtoit portée par Mademoiselle
d'Anguien ſa Soeur. Toute la
Cour estoit magnifique. Il y
avoit peu d'habits qui ne fuffent
brodez , & couverts. de
pierreries , & les moindres étoient
de brocard d'or & d'argent.
M.de Pontchartrain ,Mi
GALANT.
223
niſtre & Secretaire d'Etat de la
Maiſon du Roy,accompagné de
M.le Marquis de Torcy ,Secretaire
d'Etat , fit la lecture du
Contract de Mariage , qui fut
figné par le Roy , par Monfeigneur
le Dauphin , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
Monſeigneur le Duc d'Anjou,
Monſeigneur le Duc de Berry,
Monfieur,Madame , Monfieur
le Duc de Chartres,Madame la
Ducheffe de Chartres , & par
tous les princes,& princeſſes.M.
l'Evefque d'Orleans , premier
Aumônier du Roy , fiulacérémonie
des fiançailles , en l'abfence
de Monfieur le Cardinal
de Bouillon , que quelques affaires
avoient obligé d'aller vifiter
une de ſes Abbayes . Cette
cérémonie eſtant achevée ,
toute la Cour alla à Trianon ,
K 4
224
MERCVRE
où elle prit le divertiſſement
d'une Lorterie , qui fut tirée
fans l'embarras accoutumé . On
mit cinquante neufbillets noirs
parmy les blancs , & on ne fe
fervit ny de boëſtes , ny de numero
, mais à meſure que chacun
apporta de l'argent , on luy
compta ſes billets , & on délie
vra les lors à ceux qui eurentle
bonheur d'en avoir de noirs ;
ainſi on gouta le plaifir que
donnent les Lotteries , & on en
évita les embarras , les longueurs
. Il y eut cinq tables à
Trianon pour les Dames , de
feize couverts chacune , & une
d'environ trente pour les Princes
, & Seigneurs de la Cour.
On les ſervit à pluſieurs fervicesavec
la propreté l'abondan.
ce , & le bon goûtqu'il eſt aisé
de s'imaginer, &le fruit de tous
GALANT.
225
tes ces tables fut abandonné au
pillage. Lelendemain ,lesPrinces,&
Princeſſes s'eſtant af
femblez dans la galerie , & toute
la Cour s'y eſtanttrouvée,
leRoyfortitdu Conſeil pour fe
rendre à la Chapelle avec les
Fiancez . Sa Majeſté avoit un
habit de brocard d'or , brodé
d'argent , fait exprés pour cette
cérémonie. Monseigneur le
Dauphin en avoit auffi un fort
magnifique , mais leur bonne
mine ſe faisoit tellement remarquer
, qu'on ne s'attachoità
confiderer ny la richeffe de ces
habits , ny labeauté des pierreries
qui étoient en pluſieurs
endroits . Monfieur le Duc du
Mayneavoit un habit de gros
de Tours noir , ſçavoir lepour
point ,le manteau & les chauffes
, le tout brodé d'or , for un
KS
226 MERCURE
deſſeind'entrelats , d'ornemens
de Rabeſques , & de Mosaïques
, qui paroiffoit nouveau ,
&fort ingenieuſement imaginé.
Monfieur le Prince mit trois
habits qui parurent tres bien
entendus , ſçavoir , un le jour
des Fiançailles , & les deux
autres le jour du mariage , &
le lendemain. Il en avoit un
couleurde canelle , & l'autre ,
couleur de caffé . Ces habits
eſtoient brodez à plein , l'un
d'argent & l'autre d'or , d'un
deſſein de tres bon gouft , &
qui ſe déme ſloit agreablemene.
Toutes les extremitez où ſont
les boutonnieres , eſtoientd'un
deſſein different , plus riche ,
& plus remply. Monfieur le
Duc mit auſſi deux habits dif
ferens , un le jour des Fiançailles
, & l'autre le lendemain.
GALANT.
227
L'un eſtoit couleur de canelle
brodé tout argent , avec un
bord magnifique , & un plein
de Mosaïque , & l'autre de
drap d'écarlate brodé toutor,
fur un deſſein de Rabeſque ,
c'eſt à-dire , ſans fleurons , &
par conféquent nouveau.
Madame la Ducheſſe avoit
un habitde ſatin vert , brodé
or avec un peu d'argent . Il y
avoit au tour de fa robe deux
grandsbords d'environ un tiers
dehaut, ſeparez par deux agré
mens de cinq ou fix doigts de
large, qui faisoient une richef
ſe extraordinaire. Ce qui reſtoitde
vuide dans la robe ef
toit remply de Mosaïques de
differente compoſition.La jupe
eſtoitde fatin couleur de roſe ,
brodée d'argent en plein. Il y
avoit trois grands bords , ſepa
K 6
228 MERCUR E
rez par deux agrémens , le tout
differentdudeſſeinde la robe.
Madamela Princeſſe de Conty
avoit une robe de fatin amarantetoute
brodée d'argent , &
ornée au tour de deux grands
bords , d'environ un tiers de
haut , & des agrémens tout
differens de ceux de l'habit
de Madame la Ducheſſe. Ily
avoit dans ces grandsbords des
manieres d'attaches qui ſe formoient
par entrelats , & qui
eſtoient remplies d'une Mosaïque
delicate & nouvelle ,& on
voyoit une Rabeſque extraor.
dinaire dans ce qui ſe trouvoir
de vuide. Lajupe eſtoit deſatin
couleur de jonquille , brodée
toute d'argent ,& cette broderie
eſtoit compoſée de trois
grands bords , & de deux agrémens
dans leſquels on avoit
GALANT.
229
placé un peu d'amarante , enfermée
par Rabeſques , pour
/ faire fortir , & faire valour l'ou
vrage , qui eftoit tres- beau &
toutdifferent des autres .
: Monfieur le Comte de Thoulouſe
avoit un habit de drap
gris blanc,enrichy d'unbordde
broderie ,d'ornemens d'or ,& de
petites anemones auffi d'or ,
dont les graines eſtoient d'argent
,& couleur de feu , & les
feüilles remplies de filets verts,
cequi imitoit parfaitement la
nature.
M. l'Eveſque d'Orleans fit la
cérémonie du mariage,& celebra
la Meſſe.A l Offertoire ,Mr
le Marquis de Blainville donna
le cierge à Monfieur le Duc du
Maine , & M. des Granges le
donna à Madame la Ducheffe
du Maine. Mrs les Abbez de
230
MERCVRE
A
Fleury, & de Beuvron, tinrent
le poësle.Aprés laMeſſe,leCuré
de la Paroiſſe preſentale Regiſtre
, fur lequel le Roy figna
avec Madame la Princeſſe , Mr
le Duc& Madame la Ducheffe
du Mayne , Monſeigneur le
Dauphin, Monfieur , Madame ,
Monfieur le Duc & Madame la
Ducheſſe de Chartres .La cérémonie
eſtant finie, on alla dans
l'appartement de la Reine , où
le couvert eſtoit dreffé , & le
Roy ſe mit à Table avecMonſeigneur
le Dauphin , Monfieur
Madame , Monfieur le Duc de
Chartres,Madame la Ducheffe
de Chartres , Mademoiselle ,
Madame la grande Ducheffe
de Tofcane Madamede Guife,
Madame la Ducheffe , Madame
laPrinceſſede Conty Douairiere
, Madame la Princeffe de
GALANT.
231
Conty, Madame la Ducheſſe
du Maine,Mademoiselle d'Anguien
, Madame la Ducheffe de
Verneuil. Le ſoir outre ces
mefmes perſonnes , le Roy
d'Angleterre , Monfieur le
Prince , Monfieur le Duc
Monfieur le Prince de Conty ,
Monfienr le Duc du Maine , &
Monfieur le Comte de Thoulouſe
, fouperent avec le Roy ,
La benediction du lit fut faite
par Mr l'Eveſque d'Orleans , en
prefence de Sa Majesté.Le Roy
d'Angleterre donna la, chemiſe
à M. le Duc du Maine,& Mada--
me ladonna à Mmela Duchefſe
du Maine . LaToilette de cette
Princeſſe , dont Madame la
Princeſſe luy a fait preſent ,
ayant eſté admirée , je croy
vous en devoir faire la defcriptiou.
Elle est égale en nombre
1232 MERCVRE
depieces à celle de Madame la
Ducheffe de Chartres dont je
vous ay déja parlé , mais nonfeulement
tous les ornemens
en font differens , mais on a
auſſi changé les formes des
pieces qui l'ont pû fouffrir. Il
y a quelques bas reliefs parmy
les ornemens , qui reprefentent
, les uns des Amours attachez
à forger des Dards , &
d'autres à en aiguifer , & à
afiler les pointes. Junon eft repreſentée
dans un autre basrelief
, paſſans dans les airs , &
commandant aux vents qu'elle
y rencontre de ſe retirer , afin
de ne pas troubler la feſte des
jeunes Princes dont elle fait
porter les armes. Des coquilles
en relief fervent de bordu
re à quelques unes des pieces
qui compoſent la Toilette. Ces
coquilles & les vents qui ſe
A
GALANT.
233
rencontrent dans les autres
pieces conviennent affez àun
General des Galeres. Cette
Toilette a eſté faite par M.de
Launey . La Toilette d'étoffe
eſtoit de velours cramoiſy, brodée
à plein. Trois deſſeinsdifferens
qui ſe meſloient les uns
dans les autres, formoient cette
broderie , & ce qui en faiſoit
la beauté , c'eſt que malgré
mille tours qui les entrelaf
foient , on ne laiſſoit pasde les
diftinguer parfaitement .
Je vous envoye les noms des
Officiers Generaux , qui ferviront
cette Campagne dans les
Armées du Roy. On avoit crân
que Sa Majeſté en feroit de
nouveaux , parce qu'il y a une
infinité de Braves qui aſpirent
aprés cette dignité ,& qui meritoient
d'en eſtre honorez , mais
234 MERCURE
il auroit fallu , non-feulement
que plufieurs qui la poſſedent
il y a long-temps , & qui n'ont
point fait la Campagne derniere,
n'euffent point encore ſervy
pendant celle- cy,mais auſſi que
pluſieurs autres fuſſent demeurez
fans employ,ce qui marque
la quantité de perſonnes de diſtinctionqui
ſe trouvent en Frace,&
combien la valeur au plus
haut degré y eſt naturelle. Le
Roy ne fait pas moins connoître
par là avec quelle prudence il
ſçait employer tous ceux qui
peuvent rendre ſervice à l'Etat.
Je ne vous affure pas que la Lifte
que je vous envoye , ſoit toutà-
fait juste.
ARMEE DE FLANDRE.
M.le Maréchal Ducde Luxembourg
, General.
Lieutenans Generaux .
M. le Comte de Maulevrier.
GALANT. 235
M. le Ducde Choiſeul.
M. le Comte de Montal.
M. le Comte d'Auvergne.
M. le Ducde Villeroy .
M. le Marquis de Joyeuſe .
M. le Prince de Soubize.
M. le Marquis de Tilladet.
M.le Comtede Rofen.
M. le Duc de Vandoſme.
Maréchaux de Camp.
Monfieur le Duc.
Monfieur le Prince de Conty.
Monfieur le Duc du Maine...
M. leGrand Prieur de France.
M.le Prince d'Elboeuf.
M.le Marquis de Montrevel.
M.le Comte de Tellé .
M. le Marquis de Crequy.
M. le Marquis de Villars .
M.d'Artagnan.
M. de Polaſtron.
M.le marquis de Monchevreüil,
M.le Baron de Buſca, comınandera
laMaiſon duRoy.
1
ط
236 MERCURE
ARME'E DE MOSELLF .
M. le marquis de Bouflers General.
LieutenantGeneral.
M. de Rubantel.
Maréchaux de Camp.
M. le Comte de Gaffé .
M. le marqnis d'Harcourt Beuvron.
M. le Duc de Roquelaure.
M. le Marquis de la Valette.
ARMEE D'ALEMAGNE.
M. le Maréchal Ducde Lorges.
Lieutenans Generaux .
M. le Comte de Choiſeul .
M. le Comte de la Feuillée.
M. le Marquis de Chamilly.
M. le Marquis d'Uxelle.
Maréchaux de Camp.
M. le marquis de Bertillac.
M. le Comte de Tallard,
м. le marquis de Cogné.
M. le Comte de Melac.
M. le marquis de Feuquieres .
GALANT. 237
M. de la Berteche.
ARME'E DE NORMANDIE.
м. le maréchal de Bellefonds ,
General .
Maréchaux de Camp.
Milord Lucam , cy-devantGeneral
major Sarsfield.
M. le marquis de Sepville..
м.le marquis d'Arnolfini.
ARMEE D'ITALIE.
м. de Catinat , General.
Lieutenant General.
м. le marquis de Langalerie.
Maréchauxde Camp.
:
M. le marquis de S. Silvestre...
M. de Sare.
M. le Chevalier de Teſſé .
M. de laHoguete.
M. le Marquis de Vins.
M. Duffon deBon-Repos.
ARME'E DE CATALOGNE .
M. leDucde Noailles,General.
Lieutenans Generaux .
M. le Comte de Chaferon .
238 MERCVRE
Milord Moncaffel.
M. le Marquis de Revel.
M. le Marquis de Rivarolle..
Maréchauxde Camp .
M. le marquis de Longueval.
M. le marquis de Quinfon,
Jamais les Ennemisn'onteſté
en meilleur eſtat. Le Prince
d'Orange n'a point à foutenir
cette année de guerre en Irlande
, lesAnglois ontfait les derniers
efforts pour luy donner
toutes lesfommes qu'il ademandées,
l'Electeur de Baviere vient
avec des Troupes & de l'argent
defes propres Finances dans les
Pays-bas ; les Eſpagnols y font
des remiſes confiderables ; les
Hollandois excitez par les affurances
que le Prince d'Orange
leur donne , qu'il engagera
la France à demander la paix ,
ont encore trouvé des fonds
pour les frais de la guerre de
GALANT.
219
cette année ; les Ennemis ont
plus fait de Magazins qu'ils
n'ont accoutumé ; toutes leurs
Places font remplies de Troupes
, & cependant ils tremblent
par tout: toutes leurs Lettres , &
toutes leurs nouvelles imprimées
le marquent , &l'alarme
eſt ſi grande juſque dans Bruxelles
, que de crainte de voir
cette Ville-là attaquée , on a
mieux aimé ſacrifier la recolte
prochaine,que de n'en pas inonder
les environs , pour s'affurer
un peu contre la frayeur dont
ces Peuples font agitez . Il n'en
faut pas davantage pour mon-.
trer la grandeur du Roy , ſa vigilance,
fa conduite, le bon estat
&la valeur de ſes Troupes,& la
gloire de la France ...
Les Imperiaux n'ont pas dit un
mot de verité tout l'Hiver,touchant
le Blocus du Grand Vara
240 MERCURE
din&quandils prendroientprefentement
cette Place,il leur feroit
beaucoup plus avantageux
de ne l'avoirjamais affiegée . Ils
ont perdu du monde à ce Siege
pendant tout l'Automne. On
n'en peut douter puis que cette
Place qui n'eſt pas encore renduë,
doit s'eſtre défendue avec
beaucoup de vigueur. Le temps
aefté fi rude cet Hiver , que
quand on n'auroit pas tiré un
coup de part ny d'autre , les
Imperiaux eſtant beaucoup plus
àdécouvert , il eft impoffible
qu'ils n'ayent pas plus ſouffert
que leurs Ennemis. Depuis
qu'ils font unis aux Proteftans
pour détrôner un Roy Catholique
, ils ont fait une infinite
de pertes confiderables ,
au lieu qu'auparavant is faifoient
tous les jours de nouveaux
progrés.
Le
GALANT. 241
Le 17. dece mois un Armateur
de S. Malo de trente fix
Canons , amena deux Priſes
faites fur les Anglois , qui venoient
des Barbades . Elles
eſtoient chargées de Sucre , de
Cotton,& de Gingembre,l'une
de vingtfix Canons , & l'autre
de vingt-deux . Il n'est pas ren
tré un Armateur de Saint Malo
cette année ſans avoir fait quelque
Priſe.
Vous avez raiſon,Madame , fur
la faute dont vous me parlez.La
conformité du nom m'y a fait
tomber d'abord , & quoy que
ce qui ſe diſoit dans lemonde
m'en euſt fait appercevoir
avantque de fermer ma derniere
Lettre , j'oubliay de m'en
dedire. Ce n'eſt point M. l'Abbé
d'Estrade quieſt envoyé en
Portugal , mais M. l'Abbé d'Eſtrées
. Il eſt Fils de M. le Ma-
Mars 1692 . L
L
143
MERCVRE
reſchal d'Estrées Vice-Amiral
de France , & M. le Comte d'EL
trées eſt ſon ainé . Vous jugez
bien que le Roy ne l'a choiſy
pour cet important employque
parune entiere connoiſſance de
fon zele & de fa capacité , Le
nom d'Eſtrees eſt fameux dans
les Ambaſſades & les Negotiations.
Le motde l'Enigne du mois
paſſé a eſté trouvé de peu de
perſonnes , & je croy que le ſeul
nom de l'Auteur leur a donné
lieude le deviner. Elle eſt de
M.de Comiers , & comme il eſt
aveugle, & retiré dans lesQuinze
vingts , on a penſé que le
ſens de cette Enigme convenoit
au petitGarçon quile con.
duit. Tous les Aveugles des
Quinze- vingts s'appellent Frere
untel , & Soeur une telle, &
on les marie quelquefois en.
GALANT. 243
ſemble. Comme c'eſt un proverbecommun
que les Borgnes
fontRois parmy les Aveugles ;
un Borgne n'auroit point be.
ſoin de conducteur. Le petit
Garçon qui mene un Aveugle
marche le premierdansle mauvais
pas , & ſuppoſé qu'un
Aveugle fuſt boiteux, il le feroit
marcher droic , en l'empefchant
de s'égarer ,& luy faiſant
prendre le droitchemin. Ceux
qui l'ont expliqué dans ce ſens
faut M. de Rouviere ,Made
moiſellele Bourgeois du quay
de laTournelle:le Berger Tirfis
a l'anagramme Siecle d'amom La
Marquise de l'Anagramme, Pure
Image de vertu : Diane de la Foreſt
d'Alcleon : ladéfunte aux
beauxjours filez de foye la
Nimpheaimantée : leCavalier
de la belle inuiſible de la bague
deGiges,Milord Lavonde Salins.
L 2
244 MERCVRE
- L'Enigme nouvelle que vous
trouverez icy , m'a eſte envoyée
ſous le nom du ChevalierHenriquez
..
ENIGME.
TE fuis un corp
E ſuis un corps leger , foible
fore inégat.
Amalegeretélafechereffe eftjointe
Et je porte la barbe en pointe
Comme l'eut autrefois un fameux
こCardinal.
Sans eßre intereßéje prens ce qu'on
me donne ;
Avecdes gens d'eſpritj'ay beaucoup
d'agrément ,
Etfansfairevain , vous neverrez
5 personne
Qui touche mieux un coeur , nyplus
ſenſiblement ,
En effet , jeflate , je baise ,
Et jeſoumets la plus fiere beauté
Ame laiſſfer tout à mon aiſe
Faire ce que je veux , en pleineli-
4
:
GALANT .
245
bertéllest vray que jefais l'amour
avec adreſſe,
Que je suis vif &fort preſſant .
Que je m'exprime tendrement ,
Que j'ay dufeu , de la dilicateffe.
Mais avec tout cela ,doux ,facile
&Soumis
A cinq ou (ix de mes Amis ,
Jem'abandonneà leur conduite ,
Et quelquefois dedans un même jour
Le prens à leur gré la Belle
je la quitte ,
Pour aller avec eux ailleurs faire
l'amour.
Souvent pour eftre peu volage
On n'en est pas moins estimé,
Et malgré les jaloux j'ay toujours.
l'avantage
Et le talent deplaire &d'être aimé.
Ie fuis , Madame , voſtre , &c.
AParis , ce 31. Mars 1692. A
1
いた
4
246 MERCVRE
On donnera le 15. d'Avril
prochain , le dernier Entretien
du Prince d'Orange travaillant
à fon Hiſtoire. Il ſera remply
de choſes fort curieuſes . THEQUE OF
BIBI
LYON
8*
1893
*
VILLE
Relude, contenant le détail de
cequi s'eſt paſſe à l'arrivée du
Roy au Palais Royal. 2
Traduction d'une Oded'Horace,10-
chant la vie champestre.it
Lettred'un François,à un Seigneur
Flaman. 18
Belle action de M. de Bellair. 40
Mandement tres-fingulier de M.
47
53
Histoire generale des Geans . 58
deNoyon.
Idylle.
Secretpour conferver en leur entier
Lettre d'un Milord touchant les
Memoires d'Espagne. 95
les corps les plus corruptibles. 87
TABLE.
Grandes Solemnitez faites à Toulouse.
103
Epiſtre chagrine. 115
Discours prononcé à l'Academie
Françoise. 130
Converfion de M. Lury , Rabin de
la Sinagogue de Mets 161
LeTheatre Philofophique. 163
Perte pour le Theatre François ,
166
Hiſtoire. 169
Vers irreguliers fur le mariage de
Monfieur leDucde Chartres 179
Profeſſion deMademoisellede Maupeou
187
Honneſterezdu Roy en accordant à
M. le Marquis de Malouson la
permission de quitter fon Regiment
189
Charges données par le Roy. 192
Morts
195
M. de Bourges Medecin eft nommé
pourremplir la placedeM.Seron.
197
1 TABLE.
Détail du Voyage du Roy à Com
piegne. 199
Dialoguede Pallas&desMuſesfur
LeVoyage du Roy , 208
Autres Articles de Morts
109
Détailde tout ce qui c'est passé au
MariagedeM.le Duc du Maine
&deMademoiselle de Charolois.
216
Noms des Officiers Generaux qui
doivent servir cette Compagne
dans les Armées du Roy. 234
Nouvelles de Flandres. 238
Nouvelles d'Allemagne. 239
Nouvelles de Saint Malo. 241
Enigmes. 242
spostilles 246
Fin de la Table.
13
La Medaille doit regarder la
page 128 .
L'air doit regarder la page 186
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le