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1692, 01 (Lyon)
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me ,
Ex Dom
R. P. Cl. Franc.
Menestrier Jac.
Jare


807156
MERCURE
Collag.Lugd.Sh. Tr
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LYON
LE DAUPHINJANVIER
1692 .
THE DEA
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC. XCII.
Avec Privilege du Roy.
LE
TE CO
La Medaille doit regarder la
page 2.05
L'Air doirregarderla page 219
402
未来
LE LIBRAIRE
TE
au Lecteur.
vous E continueray cher Lecteur
donner tous les Mois lesAffaires du
Temps pour 7. fols chacun , cette
neuvième partie que vous recevrez
aujourd'huy contient les Sieges levez
& les Batailles perduës par le Princet
d'Orange , vous aurez auſſi tous les
Mois leMercure Galant pour 20. folst
chaque Volume , & les Journaux des
Sçavans pour fix ſols chaque Cahier,
il eſt inutile de les demander àmeil
leur marché , ceux qui voudront quel
J'on leur envoye le Mercure en payant
fix Mois ou une Année d'avance ,l'on
leur envoira avco tous les autresDi
vresqu'ils auront de beſoin.
Voicy leCataloguedes LivresNou
veauxdepuis fix mois.
i
LIVRES NOUVEAUX
qui se trouvent à Lyon chez Thomas
Amaulryjusqu'au 6. Fevrier 1692.
H
Iſtoire deHenry & François ſecondde
Monfieur Varillas inquarto, 2.v.12.liv.
Poëme de l'Amitié de M.l'Abbé de Villiers
Autheurdes Défauts d'autruy,inoctavo 33.f.
Desmots nouveaux &des façons de parler,
parM. Caſſiere de l'Academie, ind . 30.f.
Jean de Bourbon Prince de Carency , Autheur
desMemoires & Voyage d'Eſpagne ,
ind. 3.v. 5.liv.
Inſtitution à la Couſtume de Paris où l'explicationSommaire
& perpetuelle de tous ſes
Articles ſuivant l'ordre des valeurs , indouze
30. fols.
De la nature &des cauſes de la Fievre, da
legitimeuſage de la Saignée & des Purgatifs,
parM.Minot, ind. 30. f.
Reflexions ſur les Défauts ordinaires des
Hommes & fur leursbonnes qualitez, indouze,
33. f.
Ducheſſe de Medo , nouvelle Hiſtoriques
&Galantes, ind. 2.v. 4. liv. 7
Traité de lagrandeur en general, qui comprend
l'Arithmetique , l'Algebre , l'AAnalyſe,
par lePere Lamy,nouvelle Edition, 3.1.
Dieu Inconnu,Boudon in 24.15.f.
Examen des Ordinans où l'on voit la new
ceffité& l'importance de cét Examen,la maniere
dont il ſe doit faire & comment il faut
Apreparer, in- octavo 2.liv.
Queſtions & réponces ſur les Coutumes
deBerry , avec les Arreſts & Jugemens, inquarto
5. I.
Caracteredes Hommes, ind . go, f.
Defordre du Jeu reduit en forme d'Hiſtoi
se, ind. 20. 20.f.
Entretien fur ce qui forme l'honneſte
homme & le vray Sçavant, ind.25.1.
NouveauTeftament en François ,avec des
Reflexions Morales fur chaque Verſet , pour
"en rendre la lecture & les Meditations plus
facile à ceux quicommence à s'y appliquer .
parle PereQueſnel de l'Oratoire, en quatre
volume in octavo 16. liv .
Recueildes plus belles pieces des Poëtes
tant anciens que Modernes , ind. s.v. 10.1.
Pharmacopéede Charas augmenté deplus
duquart parl'Autheur , avec des figures inquarto
,7 liv .
Connoiffance du Fils de Dieu , du Pere S.
Jure,nouvelle édition , fol. 12. 1.
Loix Civiles dans leur ordrenaturel , en
2.v. inquarto 12.1.
Anatomic de l'Homme de Dionis, in-octa
70, 3.liv. 5. f.
Vie de M. Descartes avec ſon Portrait, inquarto,
2. v. 10.1 .
HeritieredeGuienne où Hiſtoire de Leo
nor, ind, 30. f.
LeGrand Scanderberg , nouvelle Ture ,
ind 20.f.
1
2

DelaCritique des Autheurs, parM.l'Abbé
S.Real , ind. 25.f.
LaPhilofophie de M. Regis en ſept volitmes
ind. 12.1.
Hiſtoire de l'Ordre dela Mercy depuis la
Fondation juſqu'àpreſent, ind.25.f.
L'Ecriture Sainte reduite en Meditations ,
ind.2.v.4.1.10.f,
Idem en Latin 3.1.10.f.
NouvelleGeometrie pratique deM.Bonlanger,
parM. Ozanan, ind. 2.1 .
LaConnoiffance des Temps pour 16926
20. fols. /
Les Offices de Ciceron , par M. Dubois
avee fon Traité de la Vieilleſſe & d'amitié ,
inoctavo 2. v.6.1 .
• Recueil des pieces d'Eloquence & de Poëfie
del'Academie Françoiſe de 1691.indouze
30. fols.
Hiſtoire d'Olivier Cromvel, ind. 2. v. 3.1.
6. fols.
Prônes de M. Joli Evéque d'Agen fur dif
ferens ſujets de Morale, 8. 2.vol. 6.liv .
Theologie Morale de l'Evangile , par M.
Bordaille, ind, 25.f.
L'Ange Gardien Drexelius, ind 25.f.
Panegyrique de S.Loüis,prononcé à l'Academie
Françoiſe en 1691.15.f. ६
L'art de guerir les Maladies Veneriennes ,
ind. 20.f.
Hiftoire duMonde par M.Chevreau, ind,
5.v. 10.1.
Nouvelle Fortification de M. de Vauban ,
avec des figures, ind. 30.f.
Le Peché Philoſophique avec laLettre d'un
-Seigneur de la Cour, ind. 30.f.
Deſcription de la Galerie de Verſailles ,
ind. 20.f.
Ordonnance des Eaux & Foreſts , avec les
Edits & Declarations, ind.2.1
Hiſtoire des Colonies Françoiſes & les fameuſes
découvertes depuis le Fleuve de S.
Laurent, la Loüifiane & le Fleuve Colbert jufqu'au
Golphe Mexiue , fous la conduire de
feuM.de la Şalle , avec les Victoires remportées
en Canada par les Armées deS.M. ſur les
Anglois& les Iroquoisen 1690. ind. 2. vol.
3. liv.
Nouvelle Relation de la Gaſpeſie qui contient
les Moeurs & la Religion des Sauvages
Gaſpeſiens Porte croix , adorateurs du Soleil
&d'autres Peuples del' Amerique Septentrionale
dans le Canada , ind: 2.1.
Methode facile d'Oraiſon reduite en pratique
par le R. P. Neveu, ind. 20. f.
Les SouffrancesdeNôtre Seigneur J.C.par
le K.P.Alleaume ind . 2. vol. 4.1.
Inſtructions pour les Jardins, par M. de la
Quinquinie, inquarto 2.v. 12.1.
Et mulleri opernmomnium Medico physicoram
, Editio noviffima,rateris omnibus , tum
cor Etor, tum veròfacilior , en deux vol
infolio 8. liv.
Pratique generale de Medecine de tout le
corps humain , de Michel Ettmuller,en deux
vol inoctavos, div .
Pratique ſpeciale du même Auteur, fur les
* 3
maladies propresdes hommes .des femmes
&des petits enfans , avec la Differtation du
même Auteur ſur l'Epilepfic , l'ivreſſe , le
mal Hypocondriaque ,la douleur Hypocondriaque
, la Corpulance & la morſure de la
vipere , inoctavo 2. liv. 10.f.
NouvelleChirurgie Medicale & raiſonnée,
de Michel Ettmuller , avec une Differtation ,
fur l'infuſiondes liqueursdans les vaiſſeaux,
du même Auteur, ind. 1. liv . 10.f. 2
Hiſtoire dela Conqueſte de la Mexique ou
dela Nouvelle Eſpagne , avec pluſieurs figures
en taille-douce, inquarto, 6.liv .
Harangues de Demofthene avec des Remarques
, inoctavo, z.liv.
DiversTraitez de Metaphyſique, d'Hiſtoire
&de Politique,par M.Cordemoy , ind. 30.f-
L'Artdevivre heureux,formé ſur les idées
les plus claires de la raiſon&du bon ſens&
fur de tres-belles maximes de M. Descartes,
ind. 30. f.
Imitationde JESUS CHRIST , de M.Du
bois, in- octavo, 3.liv. 1
La même ind. 30.f.
La meſme in 24. 20. f.
Confeflions S. Auguſtin de M. Dubois ,
inoctavo: 4.liv . 10. f.
La meſme, ind.40.f.
Abregé de Vitruve, ind. 3 .liv.
Eſſais de Sermons ponr tous les jours de
l'année, en 4.vol. inoctavo 14. liv .
LesTravauxde Mars, en 3. vol, inoctavo
35. liv.
Sermons de S. Bafile le Grand , avec les
Sermons de S.Aftere , inoctavo 4.liv .
LesOpufcules de S. Jean Chriſoſtome, Archevêquede
Conftantinople inoctavo 4. liv.
Semaine Sainte de Port-Royal de toutes
grandeurs.
Dialogue de Saint Gregoire , indouze/2 .
livres.
Eſcriteaux pour les Apoticaires , rouge&
noir, Paris, 2. liv.
Eſcriteaux pour les Efpiciers &Droguiftes,
2.liv .
Vie de Theodoſe le Grand , par M. Flechier,
ind . 2.v. 1. 1. 10.f.
Les Sermons de M. l'Abbé Fromentice, en
6.vol . inoctavo 18. liv .
Nouvelle Grammaire Italienne, ind 30.f.
Traité de ce qui eſt dû aux Puiſſances,& de
la maniere de s'acquiter de ce devoir , ind.
1,liv . 10.f.
Arithmetique en ſaperfection , par Mr.le
Gendre, ind . 2.liv. 5.f.
Dictionnaire Pharmaceutique , augmenté
d'nn tiers, inquarto 6.liv .
Ortographe Françoiſe parde Blegny , ind.
15. fols.
Hiſtoire de JESUS-CHRIST ,avec des figuzes
en taille-douce , inquarto 6.liv .
Inſtruction des Filles , dedié à Madame de
Maintenon, ind. 1. liv. 10. f
Guide desNegocians, ind. 30.f.
Reflexions fur la vie de Marc- Antonin ,
ind. 2.vol. 4 liv. 101. 3
Lettres de Ciceron à Atticus ,far Mr, de
S.Reale, ind. 2. vol. 4.Liv.
i
Secretsde conſerverlabeauté,de Bligny z.
vol. inoctavo 6.14.
Lesplus beaux endroits de l'Hiſtoire , ind.
liv. 10.f.
Intrigue du Conclave de Rome , avec la
Viede tous les Cardinaux ind: 1. liv.
Grammaire Françoiſe de Chiflet, ind . 1.liv.
Voyage du Monde de Deſcartes , ind .
2. liv 10,f.
Dictionnaire François Latin du PereTas
chard, inquarto 6.liv . 10.f.
Dictionnaire Latin & François , du même.
inquarto 7.liv .
Hiſtoire des Conclaves,depuis ClementV..
juſqu'àpreſent, ind. 2.vol. 3 liv.
Lettres familieres , galantes & autres , fur
toutes fortes de ſujets , avec leur réponſe,
ind. 30.f.
Dictionnaire destermesde la Marine, avec
pluſieurs figures-en taille.douce , inoctavo
3. liv .
Remarques, ou reflexions critiques , morales
& hiſtoriques, furles plus belles & les
plus agreables penſées qui se trouvent dans
lesOuvrages des Auteurs Anciens &Moder
nes, ind. 30. f.
Nouvelles Oeuvres mêlées de Madame de
Villedieu, ind, 1 liv.
Relation du Voyage d'Eſpagne, par MadameBernard,
ind.3.v. 4 liv.10.f.
Le Comte d'Amboiſe, par Madame Bermard,
ind.2.v.2.1.10.1.
Hiſtoire de l'admirable Dom Quichotte
de la Manche, avec pluſieurs figures en tailledouce,
ind. 4. vol. 6.1.
Relation Univerſelle de l'Afrique , avec
pluſieurs figures en taille douce , ind. 4. V.
3. liv.
Caracteres de Theophraste , avec les
moeurs de ce Siecle , nouvelle édition , ind.
30.fols,
DomAlvare , Nouvelle Allegorique , ind.
10. fols.
Nouvelle methode du Blazon du PereMe
neſtrier, ind 2.liv.
Oeuvres de Varillas , contenant l'Hiſtoire
deCharles IX . inquarto 2.v. 12.liv.
Le même, ind. 3.v. 3. liv. 10. f.
12. liv.
Idem , François I. en 2.v.inquarto,
Lemême en 4.v. ind. 6. liv.
Hiſtoire des Hereſics en 6, vol. inquarto ,
36. liv.
Le même, ind. 12. (vol. 21.liv.
Hiſtoire de Loüis XII. en 3.vol. inquarto
18.liv.
Le même en 6.vol. ind. 10.liy, 10.f.
Hiſtoire de Loüis X I. en 2. vol.inquarto
12. tiv.
Le même, ind . 4 vol.7 liv.
Hiſtoire de Charles VIII . inqnarto 6. liv
Le même ind . 3.v.4.1.10.f.
Recueil des Oeuvres de Madame de la
Suze, ind . 4.v.4.liv.
Memoire de Mr de Chaſtenet , Seigneur
de Puyſegur, ind. 2.v. 3. liv.
Nouvelles Reflexions où Sentences & maximes
morales & de politiques , dediées à
Madame de Maintenon ,ind. 15. 1.
4
Fortifications Nouvelles de Gautier ,ind.
F. I. s.fols.
Art de Laver ou Peindre ſur le coloris, par
le meſme, ind. 15. fols .
Reflexionsfur les Défauts d'autruy , ind.
1.13. fols .
Voyage fait à la Mer du Sud,par le Sr. Ra.
guenau,ind. 2. liv.
Traite d'Artillerie avec la ma iere dejetter
les Bombes,par M. Gautier 12. 1. liv.s.f.
Dans quinze jours vous aurez ,
Le Voyagedela Chine par terre avec figu
res, inquarto.
Laiſeconde partie desOeuvres de S. Evre
mont , inquarto 6. liv. Le premier ſe vend
auſſi 6. liv.
La Poëtiqued'Ariftote de M. d'Affier , in
quarto 6.liv.
Les Egaremens des Hommes dans les
les voyes du Salut,par Mr. l'Abbé de Villiers,
ind.2.v-4liv.
L'Hiltoire de la Chine de Mr. le Pelletien
Autheur de laVie de Sixte V. ind . 2.volumes
4. liv.
لا
I
MERCURE
GALANYON
CHEQUR
2
*
1893
JANVIER 1692 .
:
Ecroy , Madame
1 que je ne puis mieux
commencer ma premiere
Lettre de cette
nouvelle année que par un
Diſcours que M. le Comte de
Rebenac , Envoyé Extraordinaire
de Sa Majesté à Genes ,
fit au Doge & au Senat,le 2 5 .
du mois de Novembre der-
Janv. 1692. A
LBDA
71
2 MERCVRE
है
nier , dans une Audience publique
qu'il eut. Ce Difcours a
receu de grands applaudiſſemens
, & comme il en a couru
beaucoup de copies , & que
meſme on en a veu icy des
exemplaires de l'Impreſsionde
Hollande , j'ay craint que vous
ne m'accuſaſsiez de manquer
à la promeſſe que je vous ay
faite de vous faire part de tout
ce qu'il y auroit de curieux , je
me laiſſois prévenir dans le
ſoin que' pourroient avoir vos
autres Amis de vous envoyer
cette Harangue . En voicy les
termes.
ERENISSIME DOGE,
SoExcellentimesseigneurs ,
Le Roy mon Maiſtre a vů
avec une fatisfaction fi grande
l'attention que vous avez pour
GALANT .
3
tout ce qui peut rendre vôtre
conduite agreable à Sa Majesté
qu'Elle a bien voulu m'honorer
de ſes ordres exprés , pour
me rendre prés de Voſtre Serenité
&de vos Excellences ,
afin de vous donner en celaun
témoignage plus particulier du
gré qu'Elle vous en ſçait,& du
reſſentiment qu'Elle en a.
Sa Majesté m'a commandé
enmefme temps de vous faire
ſçavoir , que non ſeulement
Elledefire que vos Sujets continuent
à joüir dans ſes Ports
&dans ſes Etats de toutes les
franchiſes & de toute la liberté
dont ils ontjoüy juſqu'à l'heure
preſente , mais qu'Elleamême
réiteré ſes ordres pour qu'ils y
receuffent toutes les diftin
ctions & toutes les faveurs pofſibles,
ne voulant pas que rien
A 2
4
MERCVRE
teſe puific puiffe oppofer à la parfaite
intelligence que Sa Majesté
ſouhaite d'établir entre Elle &
voſtre Serenifsime Republique
.
Mais quel avantage oferezvous
vous promettre des diſpofitions
favorables de Sa Majeſté
,auſsi longtems que les alarmes
& les inquietudes que le
voiſinage d'une cruelle guerre
vous donne avec tant de ſujet ,
vous rendront toutes chofes
ſuſpectes, & vous feront regarder
vos plus grands biens comme
des biens incertains ,& dont
le cours peut eſtre interrompu
d'un moment à l'autre ? C'eſt
pour cela , Serenifsime Doge ,
Excellentiſsimes Seigneurs ,
que Sa Majesté veut prévenir
vos defirs ,& qu'Elle m'ordonne
de vous faire connoiſtre la
GALANT.
5
fincerité de ſes intentions pour
le rétabliſſement du repos de
l'Italie. Il ne tiendra pas à ſes
ſoins que la tranquillité n'y foit
parfaite , & vous luy verrez
toûjours donner ſes mainsavec
joye à tout ce qui pourra contribuer
à la paix & au repos de
cette grande partie de laChrêtienté.
Les intentions du Roy
mon Maiſtre ont toujours eſté
les meſines fur ce ſujet. Lors
que M. le Prince d'Orange , à
la teſte de la Ligue Proteftan--
te , entreprit de détruire la Religion
Catholique , & d'ufurper
le Trône du Roy fon Oncle&
fon Beaupere ,Sa Majefté
ſe vit obligée de prendre les
armes pour foutenir ces deux
grandes cauſes , l'une & l'autre
également juſtes , mais Elle ne
fut pas longtemps à reconnoi
A
3
6 MERCVRE
ftre avec une évidence entiere
que cette Ligue étoit ſouténuë
par une autre Puiſſance confiderable,
& ainſi la guerre avec
l'Empereur devint neceſſaire.
Ce fut alors que Sa Majesté
mit toute fon attention à empêcher
que ce feu , qui embraſoit
déja une grande partie de l'Eus'étendiſt
à toutes les
rope , ne s
autres , & particulierement
chez les Princes Catholiques ,
que ſa pieté ſembloit devoir
porter àuneunion parfaite entre
eux , pour s'oppoſer avec
plus de force au malheur dont
elle eftoit menacée. Elle propoſa
donc au Roy Catholique
tous les moyens les plus propres
à conferver la Paix.Ce fut
envain , & il n'y en eut aucun
qui puſt eſtre approuvé.Enfin ,
pour ne rien obmettre de ce
GALANT.
7
qui pouvoit faire connoiſtre la
droiture de ſes intentions , Elle
luy offrit de conſerver du
moins la Treve dans le Continent
de l'Eſpagne& dans l'Italie
,mais cette propoſition fut
rejettée comme les autres , &
toute la terre peut juger par là
qu'autant que les ſentimens du
Roy monMaiſtre estoientportez
au repos de l'Italie , autant
ceux de laMaiſon d'Auſtriche
en eſtoient-ils éloignez. Toutes
les particularitez de cette
negotiation ,& les Memoires
qui en ont eſté preſentez , en
font des preuves inconteſtables.
L'honneur que j'avois en
ce temps-là d'eſtre Ambaſſadeur
Extraordinaire de Sa Majeſté
en Eſpagne , me met en
eſtat de vous en donner une
connoiffance parfaite .
A
A 4
8 MERCVRE
Dans cette conjoncture , le
Roy mon Maiſtre eſtoit porté
par fon affection pour les Princes
d'Italie , & par fon propre
intereſt à s'oppoſer au deſſein
ambitieux que la Maiſon d'Auſtriche
a fait paroiſtre dans tous
les temps , de joindre aux
grands Estats qu'elle poffede
ceux de ſes Voiſins , & établir
fur tous les autres une autorité
qui la rende un jour l'arbitre ,
ou plûtoft la Souveraine de l'Italie,
Sa Majeſté voyoit encore
avec peine que cette [union
toûjours parfaite entre l'autorité
pretenduë des Empereurs
fur les Etats de l'Italie , & les
intereſts particuliers de l'Efpagne
, ſe faifoit déja ſentir
par la démolition violente de
Gaſtalle dans le pays d'un Prince
libre,& par les ſubſides que
GALANT.
fous differens pretextes l'Empereur
exigeoit de quelques
autres ; mais leRoy mon Maiſtre
efperoit que la tranquillité
, dans laquelle il demeuroit
en ces Pays-cy ofteroit à fes
Ennemis tout ſujet de mouvemens
&de nouvelles entrepriſes
, lors que Sa Majesté vit
clairement que la force feule
pouvoit s'oppoſer à ce fuccés
des deffeins de la Maiſon d'Auftriche
. Cette Maiſon aimoit
mieux abandonner en quelque
forte la guerre de Hongrie &
celle du Rhin , que de ne point
profiter d'une conjoncture qui
luy paroiſſoit fi favorable , &
qu'on luy voit rechercher depuis
prés de deux Siecles avec
une fi grande attention , & enfin
elle croyoit la France fuffifamment
occupée par ce
As
هل
10 MERCVRE
grand nombre d'Ennemis qu'-
elle luy avoit attirez de toutes
parts .
La Maiſon d'Autriche n'ig.
noroit pas la promptitude avec
laquelle on a veu dans tous les
temps que les Rois Tres-Chrêsiens
font accourus au fecours
des Eſtats dont elle a voulu opprimer
la liberté , & elle ſçavoit
que leRoymon maiſtre y
viendroit avec de plus grandes
forces qu'aucun des Rois ſes
Predeceffeurs.Il ne falloit donc
plus , pour ſe rendre Maîtreffe
abfolue de l'Italie , que luy en
fermer les paſſages ,&elle fe
flattoit d'un ſuccès aſſeuré dans
fon deſſein ,'par le bon-heur
qu'elle a eu depuis peu de faire
entrer dans ſes intereſts un
Prince ,que le Roy mon maiftre
avoit toûjours regardé
GALANT.
avec tantde raiſon comme un
procheParent,&dont l'alliance
devoit dans tous les temps
eſtre toûjours aſſurée pour luy.
Ce fut donc pour prevenir
des fuites fi facheuſes , que Sa
Majesté ſe vit obligée de faire
paſſer en diligence an Corps
deTroupes dans le Piedimont.
Elle demande à Monfieur le
Duc de Savoye des ſeuretez
convenables . Ce Prince les
ayant refusées , la guerre s'eſt
allumée par une ſuite inevitable
, & vous ſçavez fielle peut
jamais eftre que tres-funeſte à
la liberté de l'Italie . C'eſt à
voſtre prudence, & à vos grandes
huumieres , SerenifsimeDoge,
Excellentiſsimes Seigneurs,
à prendre les voyes les plus
propres pour en prevenir les
confequences , & c'eſt ſur ce
A 6
12 MERCVRE
ſujet que j'ay eu l'honneur de
vous dire que Sa Majefté donnera
les mains à tout ce qui luy
fera propoſé de raifonnable , &
qu'Elle vous accordera en même
temps tous les ſecours qui
dependront de ſa puiſſance.Elle
vous declare qu'elle ne veut
que voſtre repos , la tranquillité
de voſtre Pays , & l'entiere
liberté de voſtre Commerce.
Elle a lieu de croire en mefine
temps, que vous contribuerez
par tout ce qui dependra de
vous à tine choſe dont l'avan
tage eſt tout entier pour votre
Serenifsime Republique , que
vous vous garderez fur tout
d'appuyer par des fubfides ,
contributions , preſts d'argent,
quartiers ,& autres fecours, ſoit
directement ou indirectement,
l'ambition de ceux qui ne vous
GALANT. 13
:
le demandent qu'autant qu'ils
le trouvent neceffaire pour
mieux opprimer vôtre liberté.
Ce feroit employer vos forces
à vôtre propre deſtruction , &
contribuer vous - mefmes au
plus granddes malheurs , dont
vous puissiez être accablez .
Quelle douleur n'auroit pas
le Roy mon maître , dont les
ſentimens vous ſont ſi favorables,
s'il étoit obligé d'en changer,
& de regarder vôtre Serenifsime
Republique comme
une fource dans laquelle ſes
Ennemis trouvoient une augmentation
de forces contre luy
& contre vous-meſimes ? Vos
interêts ſont communs en cela.
Suivez les conſeils falutaires
. que mon maître vous donne,
Ses Ennemis ne cherchent que
vôtre deſtruction& vôtre rui
14
MERCVRE
ne;il ne veut que vôtre bien&
vos avantages. Profitez d'une
diſpoſition ſifavorable. Sa majeſté
ne vous demande point
d'engagemens particuliers f
vous ne les jugez pas neceſſaires
vous-meſimes , mais exemprez
-vous du joug que ſes Ennemis
cherchent à vous impofer.
N'apprehendez point leurs
menaces. Ils n'ont de forces veritables
que la crainte,qu'ils ont
le ſecret d'inſpirer aux foibles.
Prenez ſeulement une refolution
ferme de conſerver vôtre
repos & vôtre liberté,& fi vous
avez beſoin de ſecours , le Roy
mon maître m'ordonne de vous
en offrir de ſipuiſſans par mer
&par Terre , que vous ypourrez
connoître en même temps,
&la fincerité de ſon affection
pour vous , & l'utilité d'une
GALANT. 15
protection&d'une amitié aufsi
pretieuſe qu'eſt celle de Sa ма-
jeſté.
Vous avez eu raiſon , Madame,
de vous étonner de l'Ar-.
ticle de ma Lettre de Novembre
, où en vous parlant de M.
l'Abbé d'Auvergne , receu
Chanoine dans l'Egliſe de Stra
bourg , je vous ay marqué qu'il
y enavoit feulement deux Capitulaires.
J'ay voulu vous dire
douze , & je ſuis bien-aiſe d'avoir
aujourd'huy à reparer une
erreur de plume, qui me donne
lieu de vous apprendre des
choſes particulieres de cet illu-
Are Chapitre . Je vous ay aufsi
parlé fort improprement , en
vous diſant que M. l'Abbé
d'Auvergne a eſté nommo
Chanoine de Strasbourg par

16 MERCVRE
1
Sa Majefté. Il eſt vray qu'il
doit en quelque façon ce Canonicat
au Roy , qui eſtantdevenu
maiſtre de cette importante
Place ,amis en eſtat d'en
obtenir de ſemblables , tous...
ceux de fa Cour qui fontd'une
affez haute naiſſance , pour faire
les preuves dont aucun Chanoine
ne ſçauroit ſe difpenfersmais
ceMonarque, équitable en toutes
choſes , ne s'eſt point voulu
attribuer ledroit des élection
On continuë à les faire ſuivant
l'ancien uſage ;& comme il ſe
preſente toujours pluſieurs Sujets
lors qu'il vaque quelque
place , fi les preuves de tous
ceux qui y pretendent ſe trouvēt
valables , celuy quia le plus
d'Amis dans le Chapitre , eft
receu Chanoine Domiciliaire .
Ces Chanoines Domiciliaires
GALANT.
17
د
ſont ceux qui n'ont point de
voix en Chapitre comme
quidiroit, Petits Seigneurs , parce
que la Coûtume du Pays eſt
de traiter les Chanoines Capitulaires
de Monseigneur , à cauſe
de la grande naiſſance dont
ils font tous. Ainſi les uns font
Domini , & les autres Domiciliavii
; fi l'on n'aime mieux dire
que ces derniers ont ce nom,.
quaſi domi ſedentes , parce que
ne pouvant avoir aucun revenu
, ils ſe tiennent chez eux;&
qu'aſsiſtant à l'Office , ils y
afsiſtent gratis . Il n'y a en tout
que vingt quatre Chanoines ,
douze Capitulaires , & douze
Domiciliaires. Voicy les noms
des uns&des autres , que vous
ne ferez pas fachée de ſçavoir,
Les Capitulaires font
M. le Prince de Naſſau
Grand Prevoſt ,
18 MERCVRE
M. le Comte de Leveſtein
Abbé de Murbach.
M. le Comte de Hohen .
M. le Comte Alexandre de
Salm Jollern.
M. le Comte Ernest de Mandrecheit.
M. le Comte Maximilien de
Mandrecheit .
M. le Comte Charles de
Rekeim.
M. le Comte Guillaume de
Salm.
M. le Comte François de
Rekeim.
M. le Comte Jean de Leveſtein.
M.le Prince Henry Ozuvald
d'Auvergne.
La douziéme place Capitulaire
eſt vacante ; auſsi y a-t-il
treize Domiciliaires ;fçavoir.
M.le Prince Antoine de Neubourg.
GALANT. 19
M. le Comte de Konigſeg
l'Aîné.
M. le Comte de Konigſeg le
Cadet.
M. le Comte de Mandre-
-- cheit-Blankenen, l'Aîné.
M. le Comte de Fuſtemberg
- Meskirk.
M. le Comte de Truchſez .
e M. le Comte de Mandrecheit
Blankenen , le Cadet.
M.le Landgrave de Heffe.
M. le Prince Clement de
Baviere , Electeur de Cologne .
M. le Prince de Talmond.
M. le Prince de Rohan ,
l'Aîné.
EM, le Prince de Rohan , le
Cadet.
M. le Prince Frederic d'Auvergne.
Ces Canonicats ſont électifs,
& ce qui s'obſerve dans l'éle
20 MERCVRE
ction eſt un reſte de l'ancienne
diſcipline , qui eſt gardée
mefmes dans les grandes Egliſes
d'Allemagne ; mais pour
n'eſtre pas à la nomination du
Roy ,ils ne laiſſent pas d'eſtre
tous , auſsi-bien que l'Eveſché
de Strasbourg , de la fondation
des anciens Rois de France . La
plus commune opinion eſt que
Clovis fit le premier bâtir l'Eglife
de Strasbourg , mais que
Dagobert fonda l'Eveſché & le
Chapitre. Il y a eu cependant
des Eveſques de Strasbourg
avant Dagobert , puis que vers
l'an 350. S. Amand ſe qualifia
Eveſque de Strasbourg. On
pourroit dire pour accorder ces
deux fentimens , que l'Eveſché
eftoit étably longtemps avant
Dagobert; mais que ce Roy par
lesgrands biens qu'ily fit en fut
GALAN T. 21
eſtimé le veritable Fondateur.
Tout eſt plein dans l'Alface de
fondations illuftres , qui font
- autant de preuves , non ſeulement
de la domination de nos
anciens Rois fur ce Pays , mais
auſsi de leur pieté & de leur
magnificence. Le zele du Roy
ne s'eſt pas borné à rétablir la
Religion Catholique dans Stra--
ſbourg , on le voit encore éclater
de jour en jour par le ſoin
qu'il prend de l'étendre. Ce
Prince y a étably une Maiſon
de Jeſuites , où font quarante
Seminariſtes qui apprennent la
- Langue Allemande , & toutes
les autres chofes qui font neceffaires
à de parfaits Ecclefiaſtiques.
Cette Maiſon ſeraune
e des plus confiderables que ces
- Peres ayent en Europe , &je
- puis même ajoûter desplus uti
MERCURE
les , à cauſe du grand nombre
d'Heretiques Lutheriens &
Calviniſtes dont le Pays eſt
remply. Le Peupley est bon
naturellement ,& ſe laiffe toucher
par l'exemple plus qu'aucun
autre. Au commencement
du dernier Siecle , un Evefque
de Strasbourg qu'on croit être
Guillaume III. officia dans la
Cathedrale en habits Epiſcopaux.
L'Hiſtorien qui le rapporte
, remarque que plus de
cent années auparavant aucun
Eveſque n'y avoit officié , ny
fait nulle fonction d'Evêque ,&
que le Peuple alla à cet Office ,
comme il auroit couru pour
voir un miracle. Depuis ce
temps-là, la mefſme choſe n'eft
point arrivée , & comme en
trois Siecles on n'a vu qu'un
ſeul Evefque officier à StrafGALANT
.
23
bourg , il ne faut pas s'étonner
ſi l'Hereſie a fait de fi grands
progrés dans un lieu où tant
d'Enn mis de la veritable Religion
ont répandu leurs erreurs,
Si M. le Cardinal de Furſtemberg
pouvoit trouver à Strafbourg
une entiere ſeureté , la
fatisfaction qu'on auroit à le
voir officier, contribueroit ſans
doute à la converfion d'un
grand nombre d'Heretiques.
Je vous envoye une réponſe
■ au Traité des Vapeurs de M.
de la Broſſe , dont je vous fis
part dans ma Lettre d'Octobre .
Elle est de M.Chays , Medecin
du Bourg Saint Andeol en Vivareſt.
Vous ferez bien aiſe de
voir le pour & le contre .
24
MERCURE
出来れ
REPONSE
2
A la Lettre d'un Philoſophe ,
touchant la Maladie
des Vapeurs .
A Mademoiselle de Scudery.
Ay eſté ſurpris , Mademoifelle
qu'un Philoſophe de
nos jours , infecté d'Herefie
en matiere de Medecine, vous
ait addreſſe'une Lettre que j'ay
veûë dans le Mercure du mois
d'Octobre , pour vous perfua--
der ſes opinions erronées , au
préjudice de la veritable doctrine.
Je ſçay bien que tous les
Herefiarques ont une pratique
ſemblable à la fienne, en voulant
perfuader aux perſonnes
de
GALANT.
25
de credit & d'autorité leurs
nouvelles opinions , afin de les
faire enſuite gliſſer plus facilement
dans l'eſpirt du Public ;
mais comme je fçay que vous
vous plaiſez à écouter la verité
en toutes choſes , je n'ay point
doutéque vous ne receuffiez favorablement
ce que j'ay à vous
dire contre des opinions qui ſe
refutent affez d'elles -meſmes .
Si ce Philofophe avoit du
moins eu quelque veneration
pour l'antiquité,& n'euft point
dechiré la reputation duDivin
Hypocrate,& detantdeGrands
Hommes qui l'ont imité , il
n'auroit peut-eſtre point donné
occafion à luy répondre , mais
comme il s'en prend & aux Anciens&
auxDocteurs modernes
de la Faculté , & qu'il veut abbatre
par là tous les fondemens
Ianv.1692.
B
26 MERCURE
de la Medecine , pour establir
ſes ſentimens fur leurs ruines ,
jen'ay pu me diſpenſer de luy
répondre,pour luy prouver par
debonnes raiſons appuyées ſur
Fexperience , que tout ce qu'ila
avancé n'eſt à proprement parfer
qu'une chimere & une illufion.
Il eſt certain que les vapeurs
cauſent beaucoup de ſymptomes
au Corps humain , & fur
toutdans le ſiecle où nous fommes
, puiſque c'eſt preſentement
une maladie à la mode,&
que bien des perſonnes , tant
del'un que de l'autre ſexe , en
font attaquées. Cela donne lieu
de croire que les ſaiſons , les
climats differens , & les revolutions
des années nous caufent
ſouvent des maladies differentes
, mais quoy que ce mot de
GALANT. 27
vapeurs foit un mot vague &
general qui comprend en foy
beaucoup de differens ſymptomes
, & qu'elles ſoient produites
, tantoſt par les hypocondres
, tantoſt par l'eſtomach ,
& tantoſt par les mouvemens
&les indiſpoſitionsde la Mere,
& meſime par beaucoup d'autres
partiesdu corps, ce Philoſophe
neantmoins veut , que
tous ces ſymptomes differens ,
qui font compris ſous le nom
de Vapeurs , ne partent que
d'une meſine ſource , & d'un
eftomach foible & depravé. II
donne le nomde cette maladie
àcelle de l'affection hypocondriaques&
veut faire comprendre
par là , que tous ceux qui
font atteints de vapeurs font
infectez de cette maladie , &
qu'onn'oſe la nommer ainfi , à
B 2
28 MERCVRE
cauſe que ce nom a quelque
choſe d'ignominieux.
Il veut enſuite que ces mêmes
vapeurs, que les Medecins
ſuppoſent estre engendrées das
lebas ventre, ne puiſſent en aucune
maniere , monter ny au
Cerveau , ny à la Poitrine , ny
aux autres parties ſuperieures ,
&ainſi il veut prouver que les
Medecins font dans l'erreur,de
donner le nomde vapeurs à tous
ces ſymptomes differens , que
nous voyons arriver tous les
jours aux Femines qui ſont ſujettes
à la Mere,& aux hommes
auſſi qui font atteints de beaucoupde
maladies, qui font cauſées
par les vapeurs.
Ilallegue pour ſes raiſons,que
les vapeurs quis'élevent du bas
ventre , ne peuvent monter au
Cerveau , àcauſe des obſtacles
GALANT. 19
qu'elles trouvent en chemin ,
comme font le diaphragme , &
la pleure , & tous les autres obſtacles
qu'il rapporte ; mais s'il
veut n'eſtre point prevenu de
fes fentimens , comme les Medecins
le font des leurs , à ce
- qu'il dit , & ne s'atracher pas
auſſi fortement à fon opinion ,
que les Turcs font à leur Alcoran,
je puis aifément le detromper
, & luy faire voir qu'il eſt
dans l'erreur luy-mefme.
- Il rapporte que nos Anciens
Docteurs foûtiennent que l'Epilepfie
ſympathique provient
des parties baffes , & Galien
dans le livre 3. des lieux affedez
chap . 7. rapporte qu'un
jeune homme eftantatteint d'une
Epilepfie Sympathique,lors
que le Paroxiſme l'attaquoit ,
ſentoit monter,à ce qu'ildifoit ,
B 3
30 MERCVRE
comme un vent froid, de la
Jambe à la Cuiffe,& de la Cuif->
ſe conſecutivement par les autres
parties , juſques au Cerveau
,& qu'il eſtoit enſuite atraquéde
ce fâcheux ſymptome.
Ce Philoſophe qui eſt de bonne
foy , avoue du moins que ſi ce
n'eſt pas une vapeur,qui caufoit
l'accidentde cejeune homme ,
c'eſtoit ,à ce qu'il dit , une humeur
maligne , qui ſe gliſſoit
par les parties du corps de ce
Malade ,& qui luy cauſoit l'Epilepfie
. Maisje croy qu'ildevroit
bien avoüer qu'une vapeur
qui eſt plus fubtile qu'une
humeur , peut bien paſſer par
les meſmes endroits que l'humeur
paffera , & fur tout puifque
cela eſt autorisé par leMalade
, qui diſoit ſentir comme
un vent froid qui luy montoit
GALANT. 31
de laJambejuſques au Cerveau.
Cet argument doit paroiſtre
- fans replique ,puiſque qui reçoit
le plus, peut bien recevoir
- le moins.
Mais comme il ne veut point
adherer aux opinions & aux
autoritez de nos Docteurs ,
= & qu'il ne s'attache qu'à
fes idées particulieres , je
- ne veux me fervir ny d'aucu
-ne autorité , ny d'aucune preueve
d'Hypocrate ny de Galien,
- Je veux ſeulement le convainere
par des raiſons &des experiences
fort ſenſibles , & que
tout le monde puifle comprendre
, ce qui pourtant devroit
m'obliger à ne point difputer
avec luy , parce qu'il nie les
principesde la Philofophiedot
il fait profeffion, Contra negantem
principia , non est disputandum.
B 4
32
MERCVRE
Je luy demande donc , d'où
vient que ceux qui boivent du
vin plus qu'à l'ordinaire , fentent
bien -toſt aprés avoir beu
troubler l'oeconomie de leur
Cerveau , & qu'ils perdent en
peu de temps l'uſage de la raifon.
Le vin cependant reſte
dans leur eftomach , ou dans
leurs inteſtins . Je croy qu'il devroit
avoüer de bonne foy , que
c'eſt la vapeur du vin , qui penetrant
facilement le Diaphragme
, la Pleure , & les autres
obſtacles qu'il propoſe , va directement
pervertir les fonetions
de l'eſprit animal, & fait
fouffriraux Beuveurs la depravationqui
fe fait dans leur Cerveau
pendant leur debauche ;
ou bien cette meſme vapeur ſe
gliſſant dans les Veines & dans
les Arteres ,contre le ſentiment
GALANT.
3.3
du Philofophe , va attaquer directement
le Cerveau . Ce qui
prouve fortement ce que je
viens de dire , c'eſt qu'on a veu
des perſonnes , qui eſtant entrées
dans une Cave, où les cuves
étoient remplies de vin
nouveau , la vapeur ſeule de ce
vinles a entierementenyvrées ,
quoy qu'elles n'euffent pourtant
pas beu . Ainfi il peut comprendre
que les vapeurs agiffant
fi fortement, quoy qu'elles
viennent du dehors , elles doivent
agir avec plus de violence
lors qu'un homme a fait la débauche
, parce qu'elles agiſſent
au dedans.

Les Femmes qui font fi fouvent
attaquées des Vapeurs de
Mere , nous fourniffent encore
un exemple ,&une preuve inconteſtable
, contre le ſenti-
L
B
34
MERCVRE
ment du Philoſophe. Car en
effet , fi c'eſtoit une matiere.
qui ſe portaſt des parties baſſes
facilement dans le Cerveau ,
pour, leur caufer des convulfions
,& les autres accidens qui
depravent les fonctions animales
, pourquoy ces meſmes accidens
paſſeroient-ils ſi vîte , &
pourquoy arriveroient - ils ſi
inopinement ? Ce n'eſt que le
propre des vapeurs de changer
i facilement d'une partie à
l'autre , & de cauſer des acci-.
dens , qui fontſi faciles ànaître,,
&fi faciles à terminer .
Que fi le Philofophe veut
quece foitlamalignite de l'humeur
qui ſe trouve corrompue
dans les parties baſſes qui ſe
communique par le moyen de
la circulation , ou autrement ,
dans la capacité du Cerveau
GALANT.
۱۶
35
pourquoyune vapeur qui s'exhalerade
cette matiere corrom
puë , ne pourta-t-elle pas fai
re le meſime effet avec plus
de difpofition & de prompti
tude?
Sije voulois encorepouffer
lachoſe plus avant , l'exemple
du Mercure me fournit une
occafion fort propre à le faire
revenirdeſes
ſentimens.Jefçay
par experience ; qu'ayant fait
frotter plufieurs fois d'un onguent
fait avecce mineral , la
plante des pieds de ceux qui
font atteints des maladies Veneriennes
,le Mercure ne manque
point de monter par les
parties internes ,, juſque dans
le Cerveau , fans que le: Diaphragme
la Pleure „ny leMe--
diaftin l'en empefchent , quoy
que de fà nature cemineral foit
B6
36
MERCVRE
des plus peſans , & qu'il tende
naturellement en bas , par fon
propre poids ; & ce qui nous
prouve qu'il monte juſques au
Cerveau , c'eſt qu'il y produit
des ſymptomes qui ne font propres
qu'à cette partie , & qu'en
mettant quelque piece d'or
dans la bouche , le Mercure ne
manque pas de s'y attacher .
Ainfi nous pouvons conclure
&le Philofophe auſſi , que les
vapeurs qui font plus legeres
que ce mineral peuvent bien
monter juſque au Cerveau
puis qu'elles tendent naturellement
en haut , & qu'elles ne
vont jamais en bas , que par impulfion
&par violence. Il eſt ſi
vrayque noftre corps eft tout
perfpirable , fuivant le ſentiment
de nos Docteurs , & que
toutes les parties ont une fort
د
GALANT.
37
grande communication & connexion
entre elles , qu'il faut
n'eſtre pointMedecin pour en
douter;& ainſi les vapeurs qui
s'eſlevent d'une matiere maligne
, caufent en nous par cette
intime communication & connexion
, bien des ſymptomes
differens , fuivant le degré de
corruption , & fuivant les parties
où elles s'attachent , fans
qu'elles puiſſent trouver des
obſtacles affez forts pour les
empefcher de monter . :
Si nous confiderons auſſi une
eſpece d'Hydropifie que nous
appellons Timpanite , & qui
eſt produite par des vents &
des vapeurs , qui ſont contenus
dans la capacité du ventre , il
faut ſuivant ſon hypotheſe,que
ces meſmes vapeurs paſſent au
travers des inteftins , & au tra38
MERCVRE
vers des cinq tegumens , lors
que le Malade vient à guerir ,
pour pouvoir eſtre difſſipées; &
cependant le Diaphragme ny
laPleure ne font pas de plus.
forts obſtacles que ceux que je
viens de rapporter.
• Et fi dans la fauſſe Pleurefie,
qui n'eſt le plus ſouvent produite
que des vapeurs & des
vents , on voit d'ordinaire que
par l'application des topiques
qui ouvrent les pores , ces mêmes
vapeurs font diffipées par
infenfible tranſpiration, en per--
çant les cinq tegumens , elles
pourront bien auffi paffer au
travers du Diaphragme , qui
n'eſt pas plus épais que les
cinq tegumens , & fi l'on eft.
convaincu que la matiere purulente
, qui s'eſt trouvée dans la
poitrine , s'eſt quelquefois éva
GALANT.
39
cuée par les urines , ſans que
l'Anatomie ait trouvéjuſqu'icy
aucun conduit par où le pus ait
pû pafferjufque dans les reins ,
il eſt immanquable que les va
peurs , qui font&plus tranfpirables
& plus legeres , pourront
bien fortir de la poitrine ,&fe
frayer une voye dans le cerveau,
ſans qu'aucun obſtacle les
arreſte , puis que le pus en eft
bien forty , tant il eſt vray que
noſtre corps eſt tout tranſpira
ble..
Pourquoyle fage Ouvrierde
la Nature auroit-il donné à nos
corps tantde millions de pores,
ſi cen'eſt pour en faire fortir les
vapeurs fuperfluës, qui s'exhalent
continuellement , & qui
font quelquefois aparentes aux
fens , comme nous le voyons à
ceux qui fuent , dont il fortune
40 MERCVRE
:
fumée ſemblable à celle quifort
d'une marmite , & qui n'eſtautre
choſe qu'une vapeur ; & s'il
arrive que nous ne voyions fortir
aucune vapeur de nos corps,
c'eſt qu'elles font imperceptibles.
Que fi le Philoſophe vouloit
eftre convaincu par experience
qu'il en fort continuellement
du fien , il n'auroit qu'à
s'expoſer devant un miroir , &
y reſpirer contre , & il verroit
-par les petites gouttes d'eau qui
s'y attachent , que ce qui fort de
fes poumons n'eft autre choſe
qu'une vapeur qui ſe condenfe ,
& qui s'attache contre le miroir
quoy que pourtant la vapeur
qui fortde ſes poulmons ſoit imperceptible.
Il doit'eftre perfuadé qu'il
s'exhale toûjoursdes vapeursde
toutes les parties de nôtre corps
GALANT.
commej'ay déja montré,& que
ces vapeurs trouvent en nous
affez de conduits pour monter
juſques au cerveau , &dans les
autres parties;mais lors qu'elles
partent d'une matiere qui n'eſt
ny alterée, ny corrompuë,elles
ne produiſent en nous aucun
ſymptome qui ſoit facheux.Que
s'il arrive quelquefois que les
vapeurs dépravent les fonctions
comme nous voyons aux Femmesqui
font ſujettes à la Mere,
àceux qui font ſujets à l'affection
hypocondriaque , & à
bien d'autres , dont les vapeurs
alterent la ſanté , c'eſt que les
meſmes vapeurs partent d'une
matiere corrompuë & alterée.
Nous ne devons point douter
que les vapeurs ne foient
la cauſe de beaucoup de malaMERCURE
4
dies qui nous arrivent , & qui
caufent en nous des accidens.
extraordinaires,puis que nous
voyons mefme qu'elles cauſent
dans tout l'Univers tant de
choſes ſurprenantes . Ne voyons-
nous pas que la pluye , le
tonnerre , la grefle , les tremblemens
de terre ,& les chofes
meſimesles plus naturelles ,&
qui nous font le moins apparen--
tes ſont formées par des vapeurs
? Comment pourrionsnous
fentir l'odeur d'une rofe
fi ce n'eſt par la vapeur qui
s'exhale de cette fleur ? Je rapporte
feulement cet exemple ,
afin qu'on juge de tout cequife
fait dans la Nature par le moyen
des vapeurs' ,&peut eftre
Deſcartes n'auroit-il pas mal
faitdedõner lenom de vapeurs
àfes aromes&fes corpufcules ,
GALANT.
43
mais parce que c'eſtoit un mot
dont l'ancienne Ecole ſe ſervoit
il a voulu déguiſer ſa doctrine
enchangeant ſeulement de terme
, & la rendre ainſi particuliere
, quoy que d'ailleurs ces
changemens de termes n'en
puiffent jamais apporter , & ne
fervent qu'à caufer de l'admirationen
faveur de ceux
inventent : car enfin qu'est- ce
qu'une vapeur finondes atomes
&des corpufculesde mille forresde
figures , & qu'est-ce que
des atomes & des corpufcules ,
qu'un amas de ces petits corps
qui compoſent la vapeur.
qui les
Je reviens à l'affection hypocondriaque
, à laquelle le Philofophe
rapporte la caufe de
toutes les vapeurs , comme fi
les Femmes qui ſont ſujettes
aux maladies hyſteriques , n'a
44
MERCVRE
voient point d'autres cauſes de
leurs vapeurs que celle de l'af--
fection hypocondriaque. On
pourroit bien conclurre , fi on
vouloit ajoûter foy à fes fentimens
, que l'affection hypocondriaque
eft bien frequente &
bien à lamode , puis que nous
voyons tant de Femmes ſujettes
aux vapeurs de Mere.
Mais fi noſtre Philoſophe
vouloit bien reconnoiſtre une
autre cauſe de l'affection hypocondriaque
que celle de la
foibleffe d'eftomac , il pourroit
auſſi en meſime temps en attribuer
une autre aux vapeurs
des Femmes que celle de l'affection
hypocondriaque; car ſi
la foibleſſe d'eſtomac eſtoit
la feule cauſe de l'affection hypocondriaque
, tout ceux qui
ont une foibleſſe d'eſtomac ,
comme il arrive à ceux qui
GALANT .
45
,
font atteints de la Lienterie
&de la Leucophlegmatie , auroient
des ſymptomes encore
plus forts que ceux qui ont l'affection
hypocondriaque , ce
qui n'arrive pourtant pas. Il
devroit reconnoiſtre , comme
font tous les habiles Medecins,
qu'ily a une autre cauſe de cette
maladie, qui eft une melan--
colie atrabilaire qui eft conte,
nuë dans les hypocondres (c'eſt
pour cela qu'on appelle cette
Maladie hypocondriaque ) &
qui eſt la cauſe principale de
tous les ſymptomes qui en procedent;&
ce qui fait qu'on a
quelque eſpece d'horreur pour
cette maladie , c'eſt qu'elle affecte
le plus ſouvent le cer..
veau , & déprave quelquefois
la raiſon ,& tout cela par le
moyen des vapeurs qu'elle y
46 MERCVRE
éleve en ſe fermentant : ce qui
eſt confirmé par l'évacuation
du fang melancolique qui ſe
fait par les Veines hemorrhoïdales
qui profite immanquablementà
cette maladie.
Noſtre Philofophe combat
fort la chaleur d'entrailles dans
cette maladie , quoy qu'il convienne
pourtant qu'il peut y
en avoir quelquefois , mais il
dit auffi que cette chaleur d'entrailles
provient immediatement
de l'indigeſtion d'eſtomac,
auffi -bien que la defficcation
des excremens , comme fi
l'humide devoit deffecher,& la
chaleur rafraiſchir;&pour luy
faire voir par une ſeule expe--
rience,que c'eſt la chaleurcontre
nature qui eſt dans le corps
qui échaufe & qui deſſeche les
excremens , il n'a qu'à prendre
GALANT. 47
un linge trempédans de l'eau
commune,& l'appliquerenfuite
ſur une parne qui fera atteinte
d'une Herefipelle , & il
verra par là , que le linge ſe
deſſechera plutôt que ſi on l'appliquoit
fur une autre partie
qui ſe trouveroit faine. A plus
forte raiſon la chaleur contre
nature deſſeche les excremens
qui ſe trouvent dans le Corps,
où elle agit avec plus de force,
puis qu'elle deſſeche fi fort
les huntides qu'on luy oppoſe
aux parties externes.Je ne puis
pas croire qu'un homme ſoit
capable de former une ſemblable
hypotheſe, de vouloir faire
comprendre que la chaleur rafraifchit
, & que l'humide def
ſeche ; c'eſt ce que nous n'avons
point encore veu .
Il dit encore que s'il y avoit
1
48 MERCVRE
un feu dans les Inteſtins capable
de deſſecher les excremens
fecaux , il eſt conſtant qu'il
defſecheroit auparavant les
Inteſtins , car on ne peut jamais
deſſecher une ſubſtance
humide , dans un vaiſſeau hu--
mide , que le Vaiffeau ne foit
préalablement deſſeché. Voila
ſes propres termes , mais s'il
prenoit garde que les Inteſtins
sõt toûjours humectez par le fuc
nutritier qui y eſt porté pour
leur nourriture , & pour leur
accroiffement , il demeureroit
d'accord que les excremens ſe
doivent deſſecher , & non les
Inteftins , parce que les excremens
n'ontpoint de vie , &ne
reçoivent aucune nourriture
pour les humecter. Le Soleil
deſſechera bien pluſtoſt une
branche d'un Arbre qui ne re
cevra
GALANT.
49
cevra point de nourriture de ſes
racines , qu'une autre branche
qui reçoit ſa nourriture du
tronc & de ſes racines.
Quelle erreurde s'imaginer
que ce qui échauffe ou deſſeche
ceux qui font atteints d'une
fievre ardente , ou d'une fievre
hectique , n'eſt autre choſe
qu'une foibleſſe d'eſtomach ,
ou une indigeſtion ! J'ay veude
jeunes gens atteints de la fievre
hectique fort échaufez , & fort
extenuez , qui mangeoient &
qui beuvoient mieux que moy ,
& dont l'eſtomach faiſoit fort
bien fa fonction. On devroit
conclure comme fait noſtre Philoſophe
, qu'ilfaudroit échaufer
& deffecher dans ces maladies.
Cependant j'en ay veu guerir
pluſieurs par le ſeul uſage du
lait , qui n'eſt pas fort propre
Janv. 1692 . C
So
MERCVRE

pour fortifier l'eſtomach. Je
n'aurois jamais fait ſije voulois
combattre tout ce qu'il rapporte
touchat les Maladies desVapeurs.
C'eſt ce qui demanderoit
pluſtoſt un volume qu'une
Lettre.Je ſuis pourtant fort obligé
, Mademoiselle , à la Doctrine
nouvelle du Philofophe ,
puis qu'elle m'a procuré l'honneur
de vous adreſſfer cette refponſe,
& de vous affeurer que
je fuis avec beaucoup de veneration
, Voſtre tres ,&c.
Le 22. de Novembre , jour
où l'on celebre la Feſte de Sainte
Cecile. Mademoiselle de
Briançon , Fillede Meffire Jean
Baptifte de Briançon , Seigneur
de Varce , & de Dame Marie
de Vachon , prit l'habit de Religieuſe
au Monaſtere de Mont
Fleury auprés deGrenoble.Ce
>
GALANT.
Ji
Monastere fut fondé en 1340 .
pour des Filles de qualité par
Humbert II. dernier Dauphin
de Viennois. Mr Allard, ancien
Preſident en l'Election de Grenoble
, a donné au public l'Hiſtoire
de ce Prince, & a fait l'Eloge
de cette Maiſon. Il a auffi
compoſé la Geriealogie de cel
le de Briançon , originaire de
laTarentaiſe en Savoye , qu'elle
a gouvernée autrefois independamment
, aprés la décadence
du Royaume de Bourgogne.
Les pratiques d'Heraclius
qui en étoit Archevêque, ayant
obligé un Comte de Savoye
d'enfortir vers l'an 1082. Ai-.
meric de Briançon fut contraint
de ceder à la force , & de quitter
fon petit Etat au Comte ,
qui luy donna par Traité & en
échange la Terre de Belle
C2
52
MERCVRE.
combe , qui estoit alors la derniere
place de la Savoye , limitrophe
duDauphiné,&qui l'eſt
aujourd'huy de cette Province
du coſtéde la Savoye , & à une
petite lieuë de Montmelian.
Humbertde la Tour , premier
du nom, l'acquit en 1289. d'un
autre Aimeric de Briançon ,
deſcendu par fix Generations
delce premier Aimeric , & le
Dauphin luy donna la Terre de
Varce que cette Famille poffede
encore aujourd'huy . Mademoiſelle
de Briançonqui vient
de fe faire Religieufe , & dont
le Pere fait la dixhuitiéme Generation
depuis le premier Aimeric
, porte le nom d'Honorade
, d'Honorade Prunier , fon
Ayeule maternelle , & celle -cy
le portoit d'Honorade Juniane,
fon Ayeule paternelle , Epouſe
GALAN T.
53
d'Artus de Prunier , ſecond du
nom , qui fut premier Preſident
au Parlement de Grenoble , &
enceluy de Provence, & quia
eſté l'Ayeul paternel de Nicolas
de Prunier , Marquis de
Virieu , Seigneur de Saint André
, aujourd'huy premier Prefident
au Parlement de Grenoble
, qui commande en Dauphiné
en l'absence du Gouverneur
&du Lieutenant General , &
qui a eſté Ambaſſadeur à Veniſe.
C'eſt un homme d'un tresgrand
merite, &dont la ſagefle
&la vertu ſont connues de toutel'Europe.
Le même MrAllard
a compoſé auſſi la Genealogie
de cette Maiſon , venuë
d'Anjou , & dont la branche
aînéea fini par Marie Prunier ,
Femme de Pompone de Bellievre,
Chancelier de France , &
C
54
MERCURE
Mere de Marguerite de Bellievre
,Biſayeule maternellede la
Religieuſe dont je vous parle ,
&Mere de Mr le Marquis de
Virieu.Prunier porte de Gueules
àla Tour d'argent, donjonnée d'une
autre Tour de mesme, le tout
crenelé,maçonné&portilléde Sable
Briançon porte d'azuràla Croix
d'Or.
Voicy un Sonnet qui a eſté
fait pour une autre perſonne
qui a depuis peu renoncé au
monde ,&pris l'Habitde Religieufe.
A MADAME DUB.
SONNET.
PeuSpavent comme vous quiser
laCreature,
Ne trouver dans le monde aucun
estat heureux ,
GALANT.
55
Renoncer auplaifir parde penibles
Voeux ,
Et.Soumettre à l'esprit la loy de la
nature.
Onpeut s'accoutumer àſouffrirfans
murmure ,
A n'avoir pour son corps qu'un
mépris genereux ;
On peut des biens créez fuir l'appas
dangereux ,
Mesme àsa liberté preferer la clbture.
Mais n'éprouver jamais de trouble
interieur ,
D'un Objet qui nous plaiſt détacher
toutson coeur ,
Et n'ofer pas aimer ce que l'on
trouve aimable.
Cette austere Vertu me doit faire
trembler ,
C4

56 MERCURE
Et je sens qu'il faudroit pour en
estre capable,
Ou ne pas vous connoistre , ou bien
vous reſſembler.
Je ne vous préviendray point
fur les Vers qui fuivent. Vous
verrez en les lifant s'ils ont le
tour finque vous ſouhaitez dans
les Ouvrages de cette nature.
L'Auteury fait un agreable reproche
à un Cavalier qui
ayant pris de l'amour pour une
jolie Perſonne , s'eſtoit tellement
abandonné à ſa paffion ,
qu'il avoit ceſſé de voir ſes
Amis.
STANCES.
>
Joy , faut-il que pour estre
Amant
Vousn'ayez relâche ny trève ,
Etparmy tant de jours que l'amour
nous enleve ,
GALANT. 57
L'amitié ne peut - elle obtenir un
moment ?
Que je plains vostrefervitude:
Quelle qu'en foit la cauſe,&quel
qu'en ſoit le prix ,
Des Corſaires d'Algerjamais Chrê.
tien furpris
Ne trouva de Patron plus rude.
Ces termes voussemblent trop
forts ,
Etcachant àtous vostre chaiſne ,
Vous ofez vous parer d'une liberté
vaine ,
Quandle poids de vos fers vous
fait courber le corps.
Que vous fert defaire le brave ,
Et l'homme invulnerable , estans
Percédecoups?
Le coeur, le corps ,l'esprit , tout est
captif chez vous.
En eft. se affez pour eftre esclave?
C
58 MERCURE
Aussi le meritez - vous bien.
Fier ennemy de la tendreſſe,
Vous traitiez autrefois d'erreur&
de foibleffe
Tous les ſoinsempreſſez d'un amoureux
lien.
De l'amour mépriſant les charmes,
Condamnant des Amans la crainte
&les defirs ,
D'un oeil plein de pitié vous voyiez
leurs plaisirs ,
Et vous vous moquiez de leurs lar
mes.
Pour avoirtant philofophé
Sur l'amour,& contreſes crimes.
Vous eſtre armé le coeur defarou
ches maximes,
Defes charmes fecrets avez vous
triomphe ?
Vostre prévoyance est trompée.
Vous venez d'éprouver par un fas
sal retour
GALANT.
Qu'il n'est contre les traits que
Sçait lancer l'amour
Point d'armure affez bien trempée.
Vous voilà donc bon gré malgré
De l'Amour devenu la proye.
Ce Dieu mesme s'est fait une maligne
joye
D'en faire aller l'ardeur jusqu'au
dernier degré.
Je gage que pour mettre en poudre
Ce coeur qui fembloit fait d'une
maſſe d'airain ,
Au lieu de fes flambeaux îl a pris
chez Vulcain
Le feu dont fe forge la foudre.
Nous qui fuivons ses étendars
En qualité de volontaires ,
Qui courons au devant de ſes fle
ches legeres ,
Noftre jaye avec layne court aucuns
hazards.
C6
60 MERCVRE
Nousnefentons nyfeu, ny chaînes.
Nous disposons de nous au gré de
nos defirs;
Et rencontrant par tout de folides
plaisirs ,
Nousn'avons que de fauffes peines.
1
Pourquoy contre des coeursfoumis,
Qui luy font unfincerehommage,
Mettroit- il& les fers & les feux
en ufage?
Tousfes appreſtsfont bons contrefes
ennemis.
Pour eux vainqueur inexorable,
Hen fait le butin des Amoursferieux.
Pour eux point de faveurs,deplai
firs, nydejeux ,
Et toujours Maiſtreſſe intraitable.
C'eſt où vous en estes reduit.
Car que vousfert qu'une Mai
preffe
GALANT . 61
Vous témoigne peut - estre une égale
tendresse ,
Si les faveurs n'en font&la pren.
ve & le fruit ?
Que fers qu'en vostre amour
extrême
Vous facrifiez tout pour meriverfon
coeur ,
Si malgréson panchant au fier ti-
-rand'honneur -
Elle vous immole elle mesme ?
Mon Amour dans ſes alimens
Est un Enfant âpre àsa bouche.
Il s'accommode pes quand quelque
objet le touche ,
De is frugalité des amours de Romans.
Une beauté trop ménagere
Deces biens dont leden ne l'appauvriroit
pas,
Pour Aronce & Cyrus peut avoir
des appas,
62 MERCVRE
Pour moy c'est viande trop legere.
Tous ces Heros d'invention
Mesemblent de méchans modelles.
Faire dix ans l'amour , estre aimez
de leurs Belles ,
Sans Succomber jamais àla tentation
!
Une ſageſſe ſi complete
Outre le naturel , reffent l'enchan.
tement ,
Et plus un bel Objet est un trefor
charmant,
Plus il a de biens qu'onfouhaite.
Les Amadis l'entendoientmicaux.
Toujours en croupe quelque Infante,
Que l'on n'eſtimoitpas moins chaste.
&moins prudente ,
Pourprendreſur l'Hymen des droits
delicieux.
Par cettelouable coutume
GALANT .
63
4
On voyoit sans ennuy ces preux Avanturiers
Promener leur constance & leurs
actes guerriers
Juſques au douziéme volume.
Lifant ce queje vous écris,
Sans doutevous trouvez étrange
Que je n'y mêle point unseul trait
de louange , >
Enfaveurde l'Objet dont vous eſtes
épris.
Je Sçay bien que rien ne l'égale ,
Par les charmes du corps, & le tour
de l'esprit;
Mais pour la bien louërjeſens trop
de dépit ,
Et je la regardeen Rivale.
A
3 Aprés la perte que jefais..
Si vous voulezvaincre mabaine,
Ilfaut me venirvoirdeuxfois chan
f
que semaine,
64 MERCVRE
Et je rendray justice àce qu'ellea
d'attraits ;
1
Sinon , deuſt me faire querelle
Tout Paris conjure pour en dire du
bien ,
Fene pourray jamais vous dire qu'-
elle ait rien
د
Quimeritevos soins pour elle.
Onmontre icy depuis quelques
jours dans la ruë des
Vieilles Etuves , à l'Hoſtel du
Grand Chaffeur , proche la
Croix du Tiroir , une Momie
nouvellement arrivée d'Egypte
en France , la plus belle
&la plus parfaite qu'on ait encore
veuë . C'eſt un corps mort
apporté par un Voyageur , qui
affeure qu'il a eſté trouvé ſous
une des Pyramides de ce grand
Royaume. Ileſt dans une conformation
reguliere de toutes
ſes parties , &conferve encore
GALANT. 65
toutes ſes chairs , & fes dents
qui font fort blanches. Ce
corps n'a aucune leſion , ny
dommage , & les differens caracteres
qui l'accompagnent ,
&tous les Hieroglifes dont il
eft orné, font connoiſtre par
des prejugez ſenſibles , qu'il eſt
d'une perſonne de la plus haute
naiſſance . Le Voyageur qui le
montre aux curieux , pretend
que ce ſoit celuy d'une Princeſſe
d'Egipte , defcenduë du
fang des anciens Rois . C'eſt
là deſſus que l'on a fait ce
Quatrain.
L'Objet des Curieux l'amour des
Sçavans ,
Ieforsdu Sangdes Rois des Climats
de l'Aurore.
Victime de la Mort depuis quatre
mille ans ,
66 MERCVRE
Malgré la mort je vis encore.
Je croy , Madame , qu'à
l'occaſion de cette Momie , je
puis vous parler,&des Momies
en general , & des fameuſes
Pyramides d'Egypte qui paſſent
avec tant de raiſon pour une
des Merveilles du monde . Ces
Pyramides font à neuf milles
du Caire , & on commence à
les voirdés qu'on eft forty de
la petite Ville de Dezize qui
eneſtà fix milles. Ce qui les
fait paroiſtre de fi loin, c'eſt
qu'elles ſont ſituées ſur un terrein
pierreux & infertile , qui
eſt beaucoup plus relevé que la
Plaine. L'on ne peut voir fans
étonnement ces enormes Mafſes
, que l'on n'admire pas tant
pour la dépenſe incroyable
qu'il a fallu faire pour achever

GALANT.
67
unBaſtiment ſi prodigieux,que
parce qu'on ne peut cõprendre
comment il a eſté poſſible de
monter ſi haut des pierres auffi
grandes que celles que l'on y
voit , dans un temps où la plus
part des belles Inventions étoient
inconnuës. Il y a trois
groſſes Pyramides diſtantes l'une
de l'autre d'environ deux
cens pas , mais l'on ne fçauroit
entrer quedans la plus grande ,
qui eſt du coſté du Nord. Elle
eft d'une hauteur fi prodigieufe
, que fa pointe paroiſt ſeulement
un peu ëmouffée , bien
qu'il y ait une place bien confiderable
à fon fommet. Quelques-
uns tiennent qu'elle fut
baſtie il y a plus de trois mille
ans par un Roy d'Egypte appellé
Chemmis , qui employa
pendant vingt années trois
68 MERCURE
cens foixante mille Ouvriers à
ce travail. Pline qui en parle ,
ajoûte qu'il y fut dépenſe dixhuis
cens talens , feulement en
Raves & en Oignons , les anciens
Egyptiens eſtant grands
mangeurs de Raves&de Legumes.
Il y a des pierres ſi haut
élevées, & d'une groſſeur fi exceffive
, qu'il a fallu desMachines
bien extraordinaires pour
les placer. Pluſieurs croyent
que ces Pyramides étoient autrefois
plus élevées ſur la terre
qu'elles ne le font preſentement,
& que le Sable a caché
une partie de leur baſe . Cela
pourroit eſtre , puiſque le côté
de Tramontane en eſt tout cou--
vert juſques à la porte , & que
les trois autres coſtez n'en ont
point de mefme , ce qui donne
lieude croire que la TramontaGALANT.
69
-
ne fouflant de ce coſté-là avec
plus de violence qu'aucun autre
Vent , y a plus porté de Sable
que n'ont fait les autres
Vents aux autres coſtez . L'ouverture
de la grande Pyramide
où l'on peut entrer , eſt un trou
preſque quarré , d'un peu plus
de trois pieds de haut. Il eſt relevé
du reſte du terrein , &
l'ony monte fur des Sables que
le vent jette contre , & qui le
bouchent fouvent , en forte qu'-
on eft obligé de le faire ouvrir.
On dit qu'autrefois il y avoit
auprés de l'entrée une groſſe
pierre , qu'on avoit taillée exprês
pour boucher cette ouverture
, lors que le Corps qui devoity
eſtre mis ſeroit dedans ,
& que cette pierre l'euſt fermée
ſi juſte qu'on n'auroit pu
reconnoiſtre qu'on l'euſtajoû
70
MERCVRE
tée , mais qu'un Bacha la fit enlever
,quelque grande qu'elle
fuſt , afin qu'on ne puſt fermer
cette Pyramide. Sa forme eſt
quarrée , & en fortant de terre,
elle a onze cens ſoixante pas ,
ou cinq cens quatrevingt toiſes
de circuit. Toutes les pierres
qui lacompoſent ,ont trois pieds
de haut & cinq ou fix de longueur
,& les coſtez qui paroif
fent en dehors font tout droits
fans eſtre taillez en talud. Cha--
que rang fe retire en dedansde
neuf ou dix pouces, afin de venir
à ſe terminer en pointe à la
cime , & c'eſt ſur ces avances
qu'on grimpe pour aller jufqu'au
fommet. Vers le milieu ,
ilya à l'un des coins des pierres
qui manquent & qui fontune
breche , ou petite chambre de
quelques pieds de profondeur.
GALANT. 7г
Elle ne perce pourtant point
juſqu'au dedans. On ne ſçait fi
les pierres en font tombéez , ou
fi elles n'y ontjamais efté miſes
Il y a grande apparence que
l'on ſe ſervoit de cet endroit
pour affurer les machines qui
tiroient les materiaux en haut.
C'eſt encore une raiſon qui a
obligé de baſtir la Pyramide
avec des degrez à chaque rang,
puis que ſi les pierres euffent
eſté taillées en talud ,& pofées
l'une fur l'autre ſans qu'ily fuft
demeuré aucun rebord, il auroit
eſté abſolument impoſſible de
conduire juſqu'à ſon ſommet
les lourdes maſſes qu'on y a portées.
On ſe repoſe ordinairement
dans cette bréche , le travail
eſtant grand à s'élancer
ainſi trois pieds chaque fois
pour monter juſques au faiſte.
72
MERCVRE
Ily a environ deux cent huit degrez
formez par le rebord de
ces groffes pierres , dont l'épaiſſeur
fait la hauteur de l'un
à l'autre. Ce qui ſemble eftre
pointu d'en bas , a quinze à
ſeize pieds en quarré , & fait
une platte forme qui peut contenir
quarante perſonnes . Ceux
qui y montent découvrent de là
une partie de l'Egipte , le Defert
fablonneux qui s'étenddans
le Païs de Barca , & ceux de la
Thebaïde de l'autre coſté . Le
Caire ne paroiſt preſque pas
éloigné de ce lieu , quoy qu'il
en foit à neufmilles . On entre
auſſi dans la meſme Pyramide ,
&il faut ſe pourvoir de lumieres
pour cela. On paſſe la premiere
entrée en ſe courbant , &
l'on trouve comme une allée
qui va en deſcendant environ
quatre
GALANT.
73
quatre vingt pas.Elle eſt voûtée
en dos d'aſne , & apparemment
toute entiere dans l'épaiſſeur du
mur , puis qu'on n'y voit rien
qui ne foit folide de tous coſtez .
Cette allée a affez d'élevation
&de largeur pour y pouvoir
marcher , mais fon pavé baiſſe
encore bien plus droit qu'un
glacis , fans avoir aucun degré ,
& la pierre n'a que quelques
legeres piqueures de pas en
pas , pour retenir les talons,de
forte que pour s'empêcher de
tomber , on eft obligé de ſe tenir
avec les mains aux deux cô
tez du mur. Les pierres ſont ſi
bien unies enſemble,qu'à peine
peut-on appercevoir les jointures.
Au bout de cette allée on
trouve un paſſage qui n'a d'ouverture
que ce qu'il en faut
pour laiffer paffer un homme.II
Lanv.1692 . D
74 MERCVRE
هلل
eſt ordinairement remply defable,
qui n'eſt pas fi-toſt pouffé
par leventdans la premiere ouverture,
qu'il ſuit le panchant
de la pierre , & ſe vient tout
raſſembler en ce lieu-là. Lors
qu'on a paffé ce trou , en fe
traînant huit ou dix pas fur le
ventre, on voitune voûte à la
main droite , qui femble defcendreàcoſtéde
la Pyramide.
On trouve auffi un grand vuide
avec un puits d'une grande
profondeur.Ce puits va en bas
parune ligne perpendiculaire
à l'horiſon , qui ne laiſſe pas
de biaifer un peu , & quand
ceux qui y defcendent font environ
à foixante & fept pieds
en comptant de haut en bas , its
trouventune feneftre quarrée ,
qui entredans une petite grotte
creuſéedansla montagne , qui
L
GALANT. 75
5
encet endroit n'eſt pas de pierre .
vive;Ce n'est qu'une eſpece de
gravier attaché fortement l'un
contre l'autre . Cette grotte s'étend
en long de l'Orient à l'Occident
,& de là à quinze pieds
en continuant de defcendre en
bas , eſt une couliffe fort panchante
,& entaillée dans le roc,
Elle approche preſque de la
ligne perpendiculaire ,&eft
large environde deux pieds&
untiers ,&haute de deux pieds
& demy. Elle deſcend cent
vingt-trois pieds en bas , aprés
quoy elle est remplie de fable
& de fiente de Chauveſouris.
Oncroit que ce puits avoit eſté
fait pour y defcendre les corps
que l'on dépoſoit dans des cavernes
qui font fous la Pyramide.
Après qu'on est arrivé à ce
grand vuide où le puits eſtà la
D 2
76. MERCVRE
C
gauche , on eft obligé de grimper
fur un rocher , dont la hauteur
eft de vingt-cinq ou trente
pieds . Au deſſus eft un eſpace,
long de dix ou douze pas , &
quand on l'a traverſé on monte
par une ouverture , qui n'eſt
pas plus largeque le paſſage où
l'on est obligé de ſe traîner ,
mais qui a pourtant affez d'élevation
pour y marcher fans
que l'on ſe baiffe. Il n'y a point
de degrez non plus qu'au reſte.
On y a fait ſeulement des trous
de chaque coſté , qui font de
diſtance en diſtance . On y met
les pieds en ss'écartant un
&l'ons'appuye contre les murs
qui font de pierres de taille fort
polies , & jointes enſemble
avec autant d'adreſſe que toutes
les autres . Les niches vuides
que l'on y voit de trois en trois
A
peu,
GALANT.
37
pieds , & qui en ont un de lar
ge & deux de hauteur , donnent
lieu de croire qu'elles
eſtoient autrefois remplies d'Idoles.
Ce paſſage eft haut de
quatre vingt pas , & on n'y
fçauroit monter fans beaucoup
de peine. On trouve au deflus
un peu d'eſpace de plein pied ,
& enfuite une chambre qui a
trente deux pieds de long &
fize de large . Sa hauteur eft
de dix neufpieds ,& au lieu de
voûte , elle a un plancher ou
lambris tout plat. Il eſt compofé
de neufpierres , dont les ſept
du millieu font larges chacune
de quatre pieds , & longues de
feize . Les deux autres qui font
à l'un & à l'autre bout , ne paroiffent
larges que de deux
pieds ſeulement. Cela vient de
-ce que l'autre moitié de chacu
D 3
78 MERCVRE
ne eſt appuyée ſur la muraille.
Elles font de la mefme longueur
que les ſept autres , &
toutes les neuftraverſent la largeurde
cette chambre , ayant
chacune un bout appuyé ſur la
muraille , & l'autre ſur la muraille
qui eſt de l'autre coſté.
Cette chambre dont les murs
font fort unis , n'a aucun jour ,
& dans le bout qui eſt oppoſé
àla porte , il y a un Tombeau
vuide, fait tout d'une piece . II
eft long de fept pieds & large
de trois ,& a trois pieds quatre
pouces de hauteur ,& cinq pouces
d'épaiſſeur. La pierre en
eſt d'un gris tirant fur le rouge
pafle , & à peu prés ſemblable
au Porphire.Quand on la frappe,
elle rend un fon clair comme
une Cloche. Elle est fort
belle lors qu'elle eſt polie,mais
Σ
1
GALANT. 79
1
1
a
e
S
tellement dure que le marteau
apeine à la rompre. Il y a une
autre Chambre àcoſté de celle-
_cy , mais plus petite , & fans
mul Sepulcre. C'eſt- là le plus
haut endroit où l'on puiſſe aller
au dedans de la Pyramide , qui
n'a pour toute ouverture que le
paflaged'embas , au deſſus duquel
eſt une pierre en travers
qui a onze pieds de longs &
buit de large.Vers cette entrée
eft un Echo qui repete les paroles
juſques à dix fois. Ce
manque de jour dans toute la
Pyramide , eft cauſe qu'on y
refpire un air extrêmement
étoufé, La flame des Flambeaux
que l'on y porte paroiſt toute
bleuë , & l'on s'en fournit toû
jours d'un fort bon nombre,
puiſque s'ils venoient à s'éteindre
fors qu'on eft monté bien
D 4
80 MERCVRE
haut, il feroit abſolument impoſſible
d'en fortir. Les deux
autres Pyramides ne font ny fi
hautes, ny fi groffes que la premiere.
Elles n'ont aucune ouverture
, & bien qu'elles ſoiét
auffi baſties par degrez , on n'y
peut monter , à cauſe que le ciment
dont l'une & l'autre eft
enduite n'eſt pas affez tombé.
Elles paroiſſent d'embas tout à
fait pointuës dans leur ſommet.
On attribuë ces fuperbes Monumens
à celuy des Pharaons
qui fut englouty dans la Mer-
Rouge. On pretend que les
deux moindres eſtoient pour la
Reine fa Femme & la Princeffe
fa Fille , & que leurs Corps y
ayanteſté mis , on les a fermées
enfuite en forte que l'on ne
peut reconnoiſtre de quel coſté
en eſtoit l'entrée. La grande
GALANT. 81
eſtoit deſtinée pour ce malheureux
Monarque, & comme
il n'a pas eu beſoiu de tombeau,
elle eſt toujours demeurée ouverte
. Devant chacune de ces
Pyramides , on voit encore des
vettiges de certains baſtimens
quarrez , qui ſemblent avoir
efté autant de Temples , & à la
fin du pretendu Temple qui eſt
devant la feconde , il y a un
trou par lequel quelques-uns
croyent qu'on deſcendoit de
dedans le Temple pour aller
dans l'Idole appellée Sphinx ,
éloignée de quelques pas de ce
trou. Pline dit que les gens du
Païs croyent que le Roy Amafis
eft enterré en dedans , & d'autres
veulent que ce fut unRoy
d'Egipte qui fit railler cetteFigure
en faveur d'une Rhodope
de Corinthe dont il avoit eſté
Ds
82 MERCVRE
amoureux. Ce Sphinx qu'on
tient qui rendoit réponſe ſur
ce qu'on luy demandoit , dés
que le Soleil eſtoit levé , eſtun
demy corps qui repreſente un
viſage de Femme avec ſon ſein,
&dont la hauteur eft prodigieufe..
La teſte a prés de cent
pieds de tour , & du menton
juſqu'à ſon ſommet , il y en a
foixante. Le nez eſt proportionné
au reſte , & les oreilles.
font d'une étenduë demeſurée..
Cette énorme Statuë qui eſt
poſée enmanierede Terme fur
une baſe convenable au vaſte
Coloffe qu'elle ſouſtient , eft
tourd'une piece creuſe par dedans
,& la pierre dontelle eſt ,
égale en beauté leMarbre. Sa.
monstrueuſe groffeur avec la
Colomne d'Alexandrie & les
Obeliſques demefurez qui ont
GALANT.
83
eſté trouvez dans l'Egipte , ont
donné lieu de penser que les
Anciens Egiptiens avoient le
fecret de fondre la pierre , &
de pouvoir,en faire des Mafſes
de la grandeur qu'ils vouloient.
Il y a une autre Pyramide
à ſeize ou dix-ſeptmilles du
Caire , qu'on appellela Pyrami.
de des Momies , à cauſe qu'elle
eſt proche du lieu où elles ſe
trouvent. Elle eſt auffi grande
que les deux moindres des trois
dont je viens de vous parler ,
mais bien plus rompuë. Elle a
cent quarante huit degrez de
groffes pierres, pareilles à celles
des autres , & il manque un ef
pace à ſon ſommer qui ſemble
in'avoir jamais eſté achevé.. Son
ouverture eſtdu coſté duNord,
&a trois pieds & demy de largeur
,& quatre de hauteur .On
D 6
84 MERCVRE
defcend au dedans encore plus
bas qu'à la grande Piramide, &
il n'y a rien à obſerver qu'une
Salle au fond , dont le plancher
eſt d'une élevation extraordi.-
naire. A quatre milles de là eſt
le Village des Momies nommé
Sakara . L'endroit où elles ſe
trouvent eſt un grand champ
fablonneux où l'on croit qu'étoit
autrefois la fuperbe Ville
de Memphis . Quelque avant
que l'on y puiſſe fouiller,on ne
fçauroit rencontrer de terrain
folide. Les Momies font au deffous,
dans des Caves ſouſterraines,
où il faut defcendre par un
puits baſty de pierres feches ,
qui eft profond de la hauteur
de prés de deux piques . On fe
fait pour cela attacher à une
corde,& comme il tombe quantité
de ſable des bords de ce
GALANT. 85
puits qui ne font pas maçonnez ,
il faut avoir beaucoup de précaution
pour en préſerver ſes
yeux. Quand on eſt au fond , il
faut paſſer par un lieu extrêmement
étroit,aprés quoy on ſe
trouve au large dans des cavernes
qui font creuſées dans le
roc. Il y a des niches faites alentour,
longues d'environ fix piez
& faites en façon de cofres.
C'eſt où repoſoient les corps
morts embaumez que l'on appelle
Momies ; mais on n'en
trouve plus guere à preſent
dans ces cavernes , qui eſtant
enlaffées l'une dans l'autre forment
une efpece de Labyrinthe.
Cela eft caufe que cenx qui
font affez hardis pour ſe réfoudreàpenetrerbien
avant ſe fervent
d'une corde , dont ils laiffent
un bout à l'entrée afin
86 MERCURĖ
4
d'en retrouver le chemin. Les
Momies qu'on voit entieres
font envelopées de bandesde
toile larges de trois doigts , les
jambes & les bras joints enſemble
, comme on les joints aux
petits Enfans . La teſte, le col &
les épaules font auffi couverts
de bandes , en forte quele tout
n'a la figureque d'un corps emmaillotté
; mais ces bandes font
tant detours &de retours qu'il
faut bien du temps pour les défaire
, & là- deſſous on trouve
les mains entieres ainſi que les
pieds.Ces corps font embaumez:
d'un compofition noire,dure &
luiſante, dont l'odeur approche
de la poix , quoy qu'elle foit
bien plus agreable.Ce qu'ily a
de fort ſurprenant , c'eſt que la
toile qui ne ſemble imbue d'aucune
mixtion ,ſe conſerve plu
GALANT. 87
fleurs Siecles , fans qu'il y ait
autre choſe que quelques morceaux
du deflus qui aillent en
pouffiere. Le viſage de ces corps
eit couvert de plaftre doré , ou
d'une paſte de carton qui en repreſente
les lineamens , & lors
qu'on ofte cette maniere de
maique , ce qui eft deſſus ſe
trouve ordinairement gaſté ,
foit que le viſage n'eſtant point
envelopé comme le reſte , ne
puiſſe reſiſter au temps , foit
que ce qu'on applique deſſus en
gate la chair. Ontrouve en plufieurs
Momies au deſſous des
bandes à l'endroit de l'eſtomach
, de petites Idoles deterre
verte de lalongueur du doigt
Les unes reprefentent des demy
corps d'hommes , les autres.
des animaux , & d'autres font
ſeulement gravées de leurs
:
88 MERCVRE
hierogliphiques écrites en or.
Il en eſt qui croyent que les
Momies font des corps enfevelis
parmy le ſable , qu'une
qualite nitreuſe & falée qui fe
trouve dans ce ſable empêche
de ſe corrompre , & qui eftant
deſſechez par les ardeurs du
Soleil , fe confervent tout entiers
. Il eſt vray qu'il fe rencontre
quelques corps parmy le
fable , & cela vient de ce que
quelques uns de ceux qui reftent
trop loin derriere les Caravanes
, en perdent les traces
par les tourbillons que le vent
eleve , en forte qu'aprés avoir
erré quelque temps au milieu
des nuages de pouffiere dont
l'air eft remply , ils y demeurent
enfin malheureuſement
envelopez , mais quoy que
leurscorps ſe trouvent ordinaiGALANT.
89
rement entiers , il s'en fautbien
qu'ils n'ayent les vertus qu'on
attribuë aux Momies . Un fameux
Voyageur écrit que s'eftant
fait deſcendre dans un de
ces puits profond de deux ou
trois piques, il eſtoit entré dans
une petite chambre dont les
murs & la voûte eſtoient de
pierre , & où il trouva trois ou
quatre corps. Il n'y en avoit
qu'un entier , fort grand & large
dans une caiſſe d'un bois
bien épais. Ce bois eſtoit du
vray bois de Sycomore , que
T'on appelle en Egipte Figuier
de Pharaon. Il ne ſe pourrit
pas ſi aiſément que les autres.
Auffi celuy-là eſtoit-il encore
entier; & fur ce bois on voyoit
taillé en boffe le viſage de la
perſonne dont le corps eſtoit
dans cette caiffe , qu'on avoit
१०
MERCVRE
cu ſoinde bien fermer de tous
les coſtez . Lors qu'on l'eut rompuë
, il trouva le viſage de la
Momie couvert d'une maniere
de cafquede toile accommodée
avec du plaſtre , fur lequel tous
fes veritables traits eſtoient repreſentez
en or. En oſtant ce
maſque , il ne vit aucun reſte
du viſage , qui eft ordinairement
reduit en poudre , parce
qu'il n'eſt pas facile de le gommer
auffi bien que les autres.
parties du corps.On ne laiffe pas
de voir des teſtes de Momtes
ajuſtées ſi proprement, qu'elles.
n'empêchent point qu'on ne
voye la figuredesyeux, du nez,
&de la bouche. Le reſte du
corps de cette Momie eſtoit
emmaillotté avec de petites
bandes de toile,& avec tant de
tours & de retours , qu'il dit
GALANT. 91
}
qu'on y en auroit pû compter
plusde mille aunes. Il y en avoit
une en long fur l'eſtomach attachée
avec les autres bandes ,
qui estoit large de trois doigts ,
&longue environ d'un pied &
demy. Sur cette bande eſtoient
pluſieurs lettres hierogliphiques
écrites en or.N'ayanttrouvé
aucunes Idoles dans la biere,
il crut qu'il y en auroit dans l'eſtomach
de cette Momie , où
ceux qui ouvroient les corps
pour les embaumer , en enfermoientordinairement
; mais il
le fit rompre fansyrien trouver.
Ces Idoles font de pluſieurs fortes
,& en diverſes poſtures. Il
y ena de bronze , & de differentes
eſpeces de pierres &de
terres.Outre ces coffres debois;
il y enade pierres , avec le vifage
de la perſonne qu'ils enfer92
MERCVRE
ment repreſenté en boſſe ,& des
hierogliphes tout du long. Il y
amefme de ces fortes de Caiſſes
qui font faitesde pluſieurs toiles
collées enſemble , & celles-là
ne font pas moins fortes que celles
de bois . Le Voyageur dont
j'ay commencé à vous parler ,
affure qu'il en a apporté une
qui eſt faite de plus de quarante
toiles que l'on a collées lesunes
avec les autres . Elle est toute
couverte d'hieroglyphes , &
d'Idoles peintes fur un plaftre
fort delie.La premiere toile eſt
enduite & un peugaſtée, à caufe
du plaſtre qui s'eſt écrouſté en
quelques endroits . Entre ces figures
vers le bas ,il y a un compartiment
large de deux pouces,
& long d'un pied , qui eſt
enface en travers de cette caiffe.
On y voit peintde quelle façon
GALANT. 93
1
les anciens Egyptiens embaumoient
leurs corps. Au milieu
de ce compartiment eſt une
longue table , taillée en forme
de Lyon , fur le dos duquel le
corps qu'on doit embaumer eft
étendu.Auprés dece Corps ily
aunhomme avecunmaſque fait
en bec d'Eprevier. Il tient un
couſteau dont il ouvre le Cadavre,&
ce maſque qui reprefente
la tête d'Ofiris , marque la
coustume de leurs Embaumeurs
qui cherchoient à ſe preſerver
par là de reſpirer la corruption
qui pouvoit fortir des corps
qu'ils ouvroient. Sous la table
font quatre Vaſes ſans ances,qui
ne peuvent faire entendre autre
choſe que les Vaiſſeaux où
ſe conſervoient les drogues neceffaires,
tant pour l'embaume..
ment que pour l'envelopement
94 MERCURE
& l'incruſtation du corps. Des
deux coſtez de la table on voit
pluſieurs perſonnes debout , &
affiſes endifferentes poſtures,&
au dedans de la biere eſt repreſentée
la figured'une Fille toute
nuëqui a les bras étendus. Une
des raiſons qui obligeoient les
anciens Egyptiens à prendre
tantde foinde leursTombeaux ,
pour lesquels ils faifoient plus
de dépenſe , que pour les Maifons
qu'ils habitoient, c'eſt que
cesmaiſons ne devoient eſtre
que pour un petit nombre d'années
, au lieu qu'ils regardoient
leursTombeaux commedes Palais
que leurs ames devoient
habiter pendant pluſieurs fieclés.
Ce n'eſt pas toûjours par la
grandeur du preſent, qu'on fait
eſtimer ce que l'on donne . La
1
GALANT. 95
galanterie en fait ſouvent tout
le prix , & comme il eſt ordinairement
plus difficile de faire
paroiſtre de l'eſprit dans de
petites chofes que dans de grandes
, ceux qui reuſſiſſent par le
tour , l'agrement&l'invention
qu'ils trouvent moyen de faire
briller dans ce que l'on peut
traiter de bagatelles , ne meritent
pas de mediocres loüanges.
Voyez Madame , fi vous pourrez
refuser les voſtres à la maniere
toute galante & fpirituelle
dont un jeuneCavaliers'eſt
ſervy au commencement de
cette année, pour faire une declaration
d'amour. Sur la fin du
mois paſſeune jolie Demoiselle
àquiil rendoit des foins unpeu
allidus , luy demanda en riant
cequ'il vouloit luy donner pour
fesEftrennes. Il luy répondit
96 MERCURE
qu'elle le verroit , &1 qu'il y
avoit déja penſé. Cette reponſe
qui pouvoit le mettre en droit
d'aller plus loin qu'elle n'auroit
ſouhaité , fit qu'elle ajoûta que
fi elle confentoit à recevoir un
prefent de luy , c'eſtoit à condition
que ce Preſent ſeroit
d'une tres-petite confequence,
ou plûtoſt qu'il n'auroit point
d'autre prix , que celuy que fon
efprit luy pourroit donner, fans
quoy il pouvoit ſe tenir ſeur
d'eſtre refuſé . Ces paroles furent
prononcées d'un air qui fit
fentir au Cavalier qui la connoiſſoit
fort refervée , qu'il falloit
luy obeïr fans replique , &
que le refus luy estoit feur s'il
pafſoit les bornes qu'elle luy
avoit preſcrites. Il y avoit fort
long-temps qu'il aimoit la Demoifelle
, fans qu'il euſt ofé ſe
decla
GALANT. 97
declarer autrement que par ſes
yeux,dont le langage avoit deu
fe faire entendre.La civilité,la
franchise , & le favorable accuëil
dont ſes ſoins eſtoient
payez , avoient pour luy un
charme ſenſible , mais tout cela
ne ſe rendoitqu'à l'Amy qu'on
vouloit trouver en ſa perſonne,
& il ſembloit que l'Amant n'y
puſt prendre aucune part. C'étoit
cependant en cette derniere
qualité,qu'il euſt bien voulu
que l'on euſt rendu juſtice à ſes
affiduitez ,& brûlant d'envie de
ſe declarer,il prit l'occaſion qui
s'offroit. Il vint ſaluër la Demoiſelle
le premierjour de l'année&
luy mit une petite boëte
entre les mains en la priant de
ne point l'ouvrir qu'elle ne fuſt
ſeule. Comme il la vit obſtinée
àvouloir ſçavoir ce qu'il avoit
Janv. 1692 . E
98 MERCVRE
mis dedans , il ſe mit à rire , &
luy dit qu'il avoit ſuivy ſes ordres
, & qu'elle n'y trouveroit
rien autre choſe qu'un Oiſeau,
qui n'avoit point encore pris
l'effor.L'impatience où elle parut
de s'éclaircir mieux , l'obligeade
la quitter ſans luy parler
davantage . Il luy promit ſeulement
de revenir la voir fur le
foir,pour apprendre d'elle comment
elle auroit traité ſon Oifeau
, & fi fon chant l'auroit ſa
tisfaite. A peine fut-il forty
qu'elle ouvrit la Boëte ſans en
examiner le couvercle,tant elle
avoit envie de ſçavoir de quelle
nature pouvoit eſtre un Oiseau
fi petit & fi tranquille ; mais
elle fut bien ſurpriſe de n'y
trouver que trois pains de cire
gros comme le bout du doigt ,
&arrangez au fondde laBoëte.
MEQUE DE
GALANT.
L
Le premier eſtoit blanc defe
cond rouge , & le troisethe
vert. Elle leut fur le premier ,
Simplicité, fur le ſecond,d'un feu ,
& fur le troifiéme, qui fe nourrit
d'esperance. Ces mots eſtoient
écrits fur laCire en un caractere
fort net, quoy que fort petit,
&avoient rapport aux couleurs
des petits pains fur leſquels on
les liſoit;la Simplicité au blanc,
le Feu , figure de l'amour
rouge,& l'efperance au vert;la
Belle comprit aifément le ſens
de ces paroles,& quand elle auroit
voulu ne les pas entendre ,
les Vers ſuivans qui estoient
dans le Couvercle de la Boëte
écrits avec du Cinabre ſur une
feüille d'or collée ſur le bois ,
ne l'auroient laiſſée dans aucu
ne incertitude.
, au
1
Ez
100 MERCVRE
Au lieu de ces Couleurs qui parlent
de ma flame ,
Revoulois , belle Iris , vous prefenter
mon Coeur ,
Mais voyez queljuste blâme
Auroit ſuivi mon erreur.
Ce Coeur, cemême Coeur dontjefaifois
largesse,
Ce Coeur estoit àvous , vous en estes
Maistreffe.
Lors que la Belle eut tiré les
Pains de Cire hors de la Boëte,
elle leut dans le fond cet autre
Madrigal , qui estoit écrit comme
le premier.
Ne vous offensezpas de mon fincere
aven.
BelleIris, cet amour qui veut enfin
paroiſtre ,
Etdevant vousfaire éclaterfon
fen,
GALANT. 101
Vous ne lepouvez méconnoistre.
C'est vostre Enfant , vos charmes
l'on fait naiſtre.
Tout le dedans de la Bolte
eſtoit doré , & le dehors azuré .
Les Chifres de la Demoiselle
& du Cavalier eſtoient ſur le
couvercle entrelacez avec
,
beaucoup de delicateffe &
couronnez d'une Guirlande
dont les liens les entouroient.
Au deſſous de ces Chifres , il y
avoit un Coeur enflamé , percé
d'une Fleche , dont la pointe
fembloit menacer un autre
Coeur , qui n'eſtoit pointenflamé
avec ces mots à l'entour ,
S'ilpouvoit yeſtre ſenſible. Acoſté
des Chifres eſtoient de petits
vaſes brulans , avec ces mots
au deſſus , Rien de plus pur , tout
cela en or fur l'Azur , & tra-
E
3
102 MERCURE
vaillé avecune propreté charmante.
Aufſi la Belle ne put-elle
revoir celuyqui luy avoit fait
• ce galant Preſent ſans luy dire
entre autres choſes que la veuë
de fon Oiſeau l'avoit agreablementſurpriſe,
qu'elle enauroit
foin&prendroit meſme plaifir
àentendre fon ramage.
Voicy une autre galanterie,
faite par un homine d'un me
rite diftingué. Une aimable
Demoiselle ayant diſtribuéun
Gaſteau le jour des Rois , il
trouvaun coeur de fucre au lieu
de féve dans la part qui luy
Scheut,&lay renvoyace coeur
lelendemain , avecces Vers.
A MADEMOISELLE T.
Roy de la fove, on Roy d'ut cour
GALANT.
:
103
Cela m'est tout égal, une telle avan
ture
Eust esté pour un autre un favora
ble augure ?
Mais moy , sur qui l'amour exerce
Sa rigueur .
Je ne la prendray point pourmar
que de bonheur.
Je veux plûrost du fort admirerle
caprice,i
Qui m'a donné fans choix &Sans
discernement .
Ce que je ne croy pas meriter un
moment.
Pour reparer ſon injustice
Etfon bizarre aveuglement;
Souffrez, belle & jeune Brunete ,
Qu'entre vos mains aujourd'huy
remette
Desbiens qui nesçauroient être trap
toft rendus .
Puis que c'est à vous feute à qui les
coeurs fontdus.
E 4
104 MERCVRE
La galanterie n'a pas ſeulement
lieu dans les choſes où
l'amourprend quelque part ; il
ſuffit d'avoir de l'eſprit pour la
faire entrer dans celles qui font
les plus ferieuſes , & c'eſt ce
quiaparudansun preſent d'un
Voilede Calice fort riche , fait
depuis peu à Mr l'Archidiacre
de Paris. Ce Voile eſtoit envelopéde
telle forte , qu'en défaiſant
le paquet , on voyoit
d'abord des taſſes de Porcelaine
, des cueillers de Vermeil
doré pour prendre du Café , &
de petits pains de Sucre de la
longueurdu doigt. Pour mieux
tromper celuy à qui ce prefent
eſtoit adreſſé , on avoit
écrit ſur le paquet , Excellent
Café. Ces taffes & ces cueillers
luy avoienteſté priſes parplaifanterie
, fans qu'il s'en fuſtap
GALANT. τος
perceu , & onluy en faiſoit la
reftitution en envoyant le ,
Voile , que l'on accompagne de
ces Vers.
IE
E fuis un petit preſent ,
Ou que l'on donne , ou que l'on rend
Carn'est- ce pas un trait plaisant
Defaire estrenne à qui l'on prend?
L'Etiquete trompeſouvent ,
C'est-là , dit-elle , en me celant ;
Du vray Caféde Levant.
Ilest tres bon , tres - excellent ;
Archidiacre sçavant ,
Jugez en en te bûvant.
Que dites- vousen me developant
Des Taffes, des cueillers, du Sacre
deBantan ?
Vous devinez en vous trompant.
Quoy donc,du Chocolat ? N'en demandez
pas tant.
Es
106 MERCVRE
Comme àce premier jour de l'an
Ie veux par tout rimer en an ,
lenesçaurois ainſi rimant
Medeclarer en me nommant ;
Maisvoyezpour quelques momens
Si vray je dis, ou fije mens.
Vous sçaurez donc énigmatiques
ment
Qu'une * Viole , agreable Instru
*
ment,
Me declare suffisamment
Car fans un grand dérangement ,
Sans m'y chercher peniblement
Vous m'y trouverezfeurement..
C'est affez d'éclairciffement.
le vous souhaite le bon an.
* Viole eſt l'Anagramme de
Voile.
Il ya prés dequatre ans que
les Peintres & les Sculpteurs.
GALANT. 107
de la Ville de Bordeaux forme
rent le deſſein d'y établir une
Academie de Peinture & de
Sculpture , fur le modelle de
celles de Paris& de Rome . Ils
y trouverent d'abord de grandes
difficultez qu'il fallut lever,
& ayant eu enfin l'avantage
d'en venir à bout , ils obtinrent
l'Eſté dernier les Lettres patentes
qui leur estoient neceffaires
pour ce nouvel établiſſement.
On peut dire que les
foinsde M.le Blond de la Tour,
qui ſe trouva à la teſte de ſa
Compagnie , n'y contribuërent
pas peu. Je ne vous dis riende
luy . Sa capacité eſt affez connuë
par le Livre qu'il a compofé
fur le mélange des couleurs. Ils
choiſirent M. l'Archevêque de
Bordeaux pour leur Protecteur,
& M. l'Abbé Bardin,Archidia-
E 6
108 MERCVRE
1
cre de cette Eglife , leur donna
une Salle dans le College de
Guienne, dont il eſt Principal,
avec l'agrément de Meſſieurs
les Jurats , qui font les Patrons
de ce College.Parun Reglemét
de leurs Statuts, ils font obligez
de faire celebrer tous les ans
une Meſſe ſolemnelle pour la
conſervation de la Perſonne facrée
du Roy.Ils voulurent faire
l'ouverture de leur Academie
parune action digne de leurzele&
choifirent pour celaleDimanche
16. du mois paffé. Ils
poſerent le matin un Buſte du
Roy fur la porte de l'Academie
au bruit d'un grand nombre de
boëtes,qui tirerent encorepluſieurs
fois pendant le reſte du
jour.Sur les dix heures ,M.l'Archevêque
, accompagné de ſes
Vicaires Generaux & d'une
GALANT. 109
partie du Chapitre , M. le Marquis
de Sourdis , Commandant
dans la Province,ſuivy de beaucoup
de Nobleſſe,Mrs les Jurats
en habits de ceremonie , & un
grandnombre de Perſonnes de
qualité, de l'un & de l'autre Sexe
, fe rendirent dans la Chapelle
du College, où l'on avoit
élevé un Trône àla hauteur de
cinq pieds , pour y placer le
Portrait du Roy. La Meſſe y fut
chantée par la Muſique , & enfuite
M. l'Abbé de Barré prononça
le Panegyrique de Sa
Majesté, avec une grace & une
éloquencequi charmerent toute
l'Aſſemblée. Il eſt impoffible
de parler avec plus de juſteſſe,
de gouft & de difcernement fur
tune matieredont les tours même
font uſez ,& il feroit à ſouhaiter
que fa modeſtie ne s'op
10 MERCURE
poſaſt pas à rendre public un
Difcours dont la lecture feroit
mieux fon éloge , que tout ce
qu'on pourroit dire à fon avan
tage. On commença le lendemain
les Ecoles publiques de
l'Academie, qui doivent continuer
tous les jours . Ily a deja
un grand nombre d'Eleves , &
on ne doit efperer que de grads
fruits d'un établiſſement ſi utile
. Si cette Academie a choiſi
M. l'Archeveſque de Bordeaux
pour fon Protecteur, ce n'a pas
eſté ſeulement par la confideration
qu'on doit à ſa dignité
mais encore parce qu'ayant demeuré
longtemps en Italie,il a
une connoiffance parfaite des
beaux Arts.Vous ſçavez que ce
Prelat eſt de la Maiſon d'Anglurede
Bourlemont,d'une des
plus anciennes Nobleffes de
GALANT.
France .Elle eſt alliée aux Maifons
d'Arragon , d'Aquaviva ,
d'Afpremont,&autres Familles
confiderables .Elle a le titre de
Duché d'Atry au Royaume de
Naples .CeDuché fut confiſqué
par les Eſpagnols,à cauſe que le
Ducd'Atry de ce temps-la,s'eſtoit
mis fous la protection de
Charles VIII . lors qu'il fit la
Conqueſte de ce Royaume .M,
de Bourlemont , prefentement
Archevêque de Bordeaux , fut
envoyé à Rome en 1658. en
qualité d'AuditeurdeRote pour
la France.Pendant qu'il a exercé
cette Charge, il aeu le foi.n
des affaires du Roy enl'abfence
des Ambaſſadeurs de Sa Maje
ſté ,& fut Plenipotentiaire au
Traité de Piſe,où il obtint tou
tes les fatisfactions que leRoy
demădoit pour l'Attentat come
112 MERCVRE
mis par les Corſes ,Soldats de la
Garde du Pape Alexandre VII.
en la perſonne de Mr le Duc
de Crequy Ambaſſadeur de
France à Rome. Il a heureuſement
reuſſi dans pluſieurs
Negotiations tres - importantes.
pour les Conclaves , pour
le Mariage de la Reine de
Portugal , avec le Prince Regent,
Frere du Roy Alphonfo ,
& pour toutes les affaires de
conſequence , concernant le
ſervice de Sa Majefté , qui ont
paffé par ſes mains. Les ſujets
qui ont ces heureux Talens &
cesgrandes Prerogatives de lumieres
& de ſageſſe ne manquent
jamais de remplir avec
beaucoup d'avantage les Poftes
où leur merite les faitplacer:
Il arrive toûjours quelque
changement dans la Medeci
GALANT. 113

ne. Son Alteffe Royale Mademoiſelle
d'Orleans ayant à
choiſir un premier Medecin ,
s'eſt enfin determinée à ſe confierà
Mr de Provinſal , qui eſt
du Corps de la celebre Faculté
de Montpellier. C'eſt un homme
qui poffede toutes les Sciences
dans un haut degré. Il y a
plus de vingt ans qu'il employe
les lumieres de fon art dans les
Arméesdu Roy avec beaucoup
de ſuccés , & une approbation
generale.Depuisque Strafbourg
eft fous l'obeiſſance de Sa Majeſté
, il a toûjours demeuré
dans cette Place , & c'eſt de là
que cette Princeſſe l'a fait venir
, ayant fait demander fon
congé à la Cour , pour l'avoir à
ſon ſervice. Il n'eſt pas ſeulement
des plus habiles dans ce
qui regarde ſa Profeſſion , mais
114
MERCVRE
ila d'ailleurs tout le merite d'un
fort honnefte homme . !
On a imprimé un Livre nouveau
, qui doit eſtre forturile à
ceux qui s'adonnent à la Medecine.
Il eſtde Mr Callard de la
Duquerie , Profeffeur Royalà
Caën , & contient l'étymologie
de plus de trois mille mots
qu'ilaexpliquezdans les Ecoles
publiques de Medecine , à la
prierede ceux qui font venus
prendre ſes Leçons . Ce Livre
eſt intitulé Lexicon Medicum
Etymologicum , & fe debite chez
le Sr Michallet , ruë S. Jacques,
à l'Image de faint Paul.
Quant au Livre de Mr Minot
dont je vous parlay la derniere
fois, & que vous craignez
que vos Amis ne trouvent pas
aiſement , parce que je ne vous
en ay pas affez bien marqué lo
GALANT. 115
Titre , je vous diray qu'il fe
trouve ruë S. Jacques au Saint
Eſprit , & qu'il eſt intitulé ,
De la nature&des causes de la
Fiévre , du legitime usage de la
Saignée,&des Purgatifs ,avecdes
experiencesfur le Quinquina ,&
des reflexionsſur les effetsde ce Remede.
On debite depuis peu un autre
Livre nouveau , ruë de la
Harpe , à la Sphere . Il a pour
titre, Caracteres naturels des Hom
mes,&contientcentDialogues,
M.Bordelő en eſt l'Auteur.Son
nom vous eſt connu par pluſieurs
autres Dialogues de ſa
façon ſur les choſes difficiles à
croire ,que vous avez leus avee
plaiſir dans mes Lettres . Je croy
que ces nouveaux Dialogues
ne feront pas moins de vôtre
goût. Ils font courts , & l'ont y
116 MERCVRE
trouve d'abord le Fait, ce qui
n'eſt pas ordinaire . Il faut qu'un
Auteur prenne beaucoup de
pouvoir ſur ſon eſprit pour l'arreſter
quand il veut. 1
Je viens à un Livre que vous
attendez depuis long-temps ,&
pour lequelle bruit qu'il a fait
dans les lectures , vous a prevenuë
avec beaucoup de justice.
C'eſt un Poëme de Mr l'Abbé
de Villiers fur l'Amitié . Il eſt
diviſé en quatre Chants. Le
premier renferme une defcription
des avantages de l'Amitié
en general . Le ſecondroule
fur le choix des Amis ; le troifiéme
ſur les Vices quipeuvent
corrompre l'Amitié , & favorifer
l'enteſtement , ou la lâcheté
des Amis , & le quatriéme enſeigne
quels font les principaux
devoirs de l'Amitié. Vous ſçaGALANT
.
117
{
vez par tout ce que vous avez
veu de Mr l'Abbé de Villiers ,
qu'il a l'eſprit fin , aiſé , delicat ,
& que tous ſes Vers partent de
Source . Combien a-t-on fait
d'éditions de l'art de Preſcher ,
&avec quel plaifir ne l'a-t-on
pas leu , quoy qu'elles ayent
eſté faites ſur une Copie derobée
, & ipar confequent imparfaite
& peu correcte . On en
adéja fait trois des Reflexionsfur
LesDefauts d'autruy , & il ne faut
rien de plus pour juſtifier de
quelle beauté ſont ſes Ouvrages.
Le dernier del Amitié , eſt
afſurément digne de luy . Vous
y verrez du fublime & de l'agreable.
Aufſi peut on dire
qu'ila trouvé l'art d'y conferver
tout le fel , & tout l'agrement
de la Satyre , en y obligeant
pourtant tout le monde.
118 MER CUR E
Je vous parlerois plus ampte
ment de cet excellent Ouvra
ge, fi je n'eſtois afſeuré qu'en
le lifant , vous le trouverez
beaucoup au deſſus de tous
les Eloges que j'en pourrois
faire. Ce Livre ſe vend chez le
Sr Barbin.
J'achevray cet article en vous
apprenant une choſe qui vous
fera fans doute agreable. Vous
vous eſtes plainte plufieurs fois,
ainſi que bien d'autres , du peu
de foin que les libraires de
Paris avoient eu des Oeuyres
de Mrs Corneille Freres , dont
ils donnerent en 1682. une
Edition en neuf voulumes fi
pleine de fautes , foit pour un
grand nombre de Vers entiers
oubliez , foit pour une infinité
de mots changez , ou obmis ,
qu'on peut dire que c'eſt ne les
GALANT. I
point avoir , que de les avoir
d'une édition ſi defectueuse.
Il eſt impoſſible d'y trouver du
fens en beaucoup d'endroits.
Lesperſonnages y ſont ſouvent
confondus . On donne à l'un ce
qui appartientà l'autre , ou l'on
donne au meſme Acteur fans
rienſeparer , ce que deux Acteurs
doiventdire. Il n'y a prefque
point de Piéces où l'on ne
trouve pluſieurs fois quatre
mafculins , ou quatre feminins
de fuite , & cela est cauſe qu'on
ne connoiſtpreſque rien en ce
qu
qu'on lit. Vous ferez bien aife
de ſçavoir qu'on a enfin reparé
cette negligence par une nouvelle
Edition , qui commence
ſe debiter. Ons'eſtſi bien appliqué
à la rendre correcte ,
qu'on a lieu de croire que le
public en fera content. LeThea.
1:0 MERCVRE
د
trede feu Mr de Corneille qui
eſtoit en quatre parties , eſt
preſentement ſeparé en cinq,&
on l'a fait afin que les Volumes
étant moins gros , ſe puiffent
ouvrir plus facilement. Les
Examens particuliers de fes
pieces qui estoient tous enfemble
au commencement de chaque
Volume ont eſté mis
chacun à la finde chaque piece
ce que l'on a cru plus à propos ,
parce qu'il eſt naturelde lireun
ouvrage,avantque de lire l'exa- .
menquel'on en fait. On trouverapluſieurschangemens
dans
les cinq Volumes qui ont pour
titre , Poemes Dramatique, &qui
fontde MrCorneille fon Frere .
Ces changemens regardent ce¹
qu'ila trouvé dans ſes Pieces de
moins correct pour la Langue ,
&fur tout pluſieurs façons de
parler
GALANT. 121
parler , qui estoient encore autoriſées
par l'Ufage il y a vingt
ans , comme alors que, pour lors
que , lors pour alors , drdans ,
deſſus , &defſfous , pour dans ,fur
&ſous. Le quatrieme Volume a
eſtéaugmennttéé dduu Festin dePierre
dont les Comediens donnent
chaque année pluſieurs repreſentations
, & qui n'eſt pourtant
de luy , qu'en ce qu'ila mis
en Vers la Proſe du fameux
Moliere , à l'exceptionde quel.-
ques endroits un peu délicats ,
& des Scenes , où il paroiſt des
Femmes au troifiéme & au cinquiéme
Acte , & qui n'eſtoient
point dans l'Original. Ona mis
auſſi à la fin du cinquiéme Volume
ſes deux Diſcours qu'il a
prononcez à l'Academie Françoiſe
. Ces dix Volumes ſe debitent
chez les Srs de Luines ,
Lanv.1692 . F
122 MERCVRE
Trabouillet , & Befogne.
Le Samedy 12. de ce Mois.
Mrs de l'Academie Françoiſe
s'eſtant aſſemblez pour la propoſition
du Sujet qu'ils jugeroient
le plus propre à remplir
la place que la mort de Mr le
Clerca laiſſée vacante , Mr de
Tourreil fut celui qui emporta
la pluralité des Voix M.l'Abbé
Regnier Secretaire perpetuel
de la Compagnie , alla le lendemain
rendre compteau Roy
de ce qui s'étoit paffe , & Sa
Majesté agréa qu'ils le choififfent
, ce qui fut fait dans l'Afſemblée
du 19. du meſine mois
où par le ſecond Scrutin tous les
fuffrages tomberent fur luy.
C'eſt un homme de naiſſance ,
qui s'eſt toûjours rendu fort
confiderable par les talens de
Jeſprit. Deux prix qu'il a rem
GALANT. 123
portez pour les pieces d'Eloquence
au jugement de l'Academie
, étoient un préjugé favorable
qu'il y mériteroit bienroft
une place , & l'excellente
traduction qu'il nous a donnée
des Harangues de Demoftene ,
l'a fait voir tres-digne de la
reputation qu'il s'eſtoit déja
acquiſe; mais ce qui eft au deffus
de tout , c'eſt de voir qu'un
grand Miniſtre infiniment
éclairé en toutes chofes , l'ait
choiſi comme un homme de
Lettre ,& d'un merite diſtingué
pour l'attacher à Mr fon
Fils. Il ſera receu le mois pro-
-chain dans la Compagnie , &
ce fera un nouvel article pour
la premiere Lettre que vous
recevrez de moy.
: Quoy que la Capitulazion
de Limeric ait eſté faitedés le
F2
124
MERCVRE
mois de Septembre , elle ne
laiſſera pas de paroître nouvelle
, puis qu'il n'en a couru que
tres-peu de copies , & que ce
n'eſtoit meſme que desExtraits .
D'ailleurs , cette Capitulation
que je vous envoye traduite de
l'Anglois, eſt unfortbeau morceau
d'Hiſtoire à garder , &
l'on en voit peu de mieux entenduës
, & de plus nettement
expliquées . On peut dire auffi
qu'iln'y enajamais eu où il ait
étépermis au Peuple de toutun
Royaume , de paſſer dans un
autre. Le chagrin de ceux qui
font demeurez en Irlande fait
voirque la pluſpart des Habitans
en ſeroient ſortis , s'il avoit
eſté facile de traverſer les mers,
& fi ceux qui ſouhaitoient de
paffer en France n'euffent point
manquéde Baſtimens. On con
GALANT. 125
noiſt par l'empreſſement des
Irlandois à quitter leur Patrie ,
combien les François ſe ſont
fait aimer & eſtimer pendant
le temps qu'ils ont eſté en Irlande
, puis qu'on a marqué tant
d'ardeur pour les ſuivre , &
pour venir voir la France , qui
ſemble n'avoir eſté attaquée de
toutes parts , que pour faire
mieux briller ſa gloire , & luy
donner lieu d'augmenter toûjours
le nombre de ſes conque
ftes.
HEQUE DELAPIL
F3
126 MERCVRE
ARTICLES
DE LA CAPITULATION
DE LIMERIK ,
Faite entre Mrs les Lieutenans
Generaux Duffon & de Teffè ,
Commandans en chef l'Armée
Irlandoiſe, d'unepart ; &Mrle
General Guinkel , commandant
en chefl'ArméeAngloise,d'autre
part : & autres Officiers Generaux
qui ontſignè ces Articles
le 19. septembre 1691 .
Qu'il
I.
U'il fera permis à toutes
fortes de perſonnes,de telle
qualité & condition qu'elles
puiſſent eſtre ſans aucune exception
, qui voudront fortir du
Royaume d'Irlande, de fe retirer
outre Mer dans tel Païs
qu'ils voudront , excepté l'Angleterre
, & l'Ecoffe , avec leurs
Familles , Meubles , Vaiſſelles
d'argent & Joyaux .
GALANT. 127
1
II.
Que tous les Officiers Generaux
, Colonels , & autres Officiers
generalement quelconques
, tant de Cavalerie , Dragons
, que d'Infanterie , & tons
Gardesdu Røy, Cavaliers,Dragons
& Soldats tels qu'ils puiffent
eſtre, & en quelques lieux
qu'ils foient en garniſon dans
les Places & Poſtes ocupez prefentement
par les Irlandois,ou
campez dans les Comtez de
Corke , Clare, & Kerri,& même
ceux qu'on appelle Raperies
, où volontaires , leſquels
voudront paffer outre - Mer'
comme il est cy-devant dit, foit
enCorps comme ils ſont prefentement
compoſez , avec une
partie d'iceux , ou avec leurs
Compagnies, ou autrement,auront
la liberté de s'embarquer
F4
128 MERCVRE
dans les lieux où feront les
Vaiſſeauxqui devront les tranfporter
fans qu'il leur foit fait
aucun empefchement.
III.
Que toutes les perſonnes cydeffus
dites qui voudront fortir
dudit Royaume pour paffer en
France , auront la liberté de le
declarer dans le temps écheu
cy-aprés marqué , fçavoir , les
Troupes qui font à Limerik
Mardy prochain , la Cavalerie
dans leur Camp Mercredy ,
& les Troupes qui font diſpoſées
dans les Comtez de Kerri,
Clarre,& Corke le 18.du preſent
mois & en nul autre temps
& que cette declaration fera
faite pardevant M.de Fumeron
Intendant François , & pardevant
M.le Colonel Vvithers, &
aprés que cette declaration ſeGALANT.
129
ra faite les Troupes qui devröt
paffer en France,reſteront fous
Ia difcipline & commandement
desOfficiers qui devront les y
conduire .
IV.
Que tous les Officiers , tant
Anglois qu'Ecoſſois , qui feront
preſentement en Irlande,profiteront
auffi dela preſente capitulation
, tant par la jouïſſance
de leurs biensen Ecoffe,Angleterre
& Irlande s'ils y veulent
demeurer , que pour paffer en
France , ou dans tel autrePays
qu'ils voudront , s'ils defirent y
aller.
V.
Que tous les Officiers Generaux
François , l'Intendant , les
Ingenieurs de Guerre , & d'Artillerie,&
autres Officiers François
, Eſtrangers , & autres ge-
FS
1
(130 MERCURE
neralement quelconques qui
font dans Limerik,Roſſe , Clarre
, dans les Troupes , dans le
commerce ou autrement , & de
telle qualité & condition qu'ils
foient , auront auſſi la liberté
de paffer en France ou ailleurs,
& de s'embarquer avec tous
leurs chevaux , équipages , argent,
vaiſſelle , papiers,& effets
de telle nature qu'ils puiffent
eftre ,& M.le General Guinkel
leur fera pareillement donner
des Paffe-ports , des Eſcortes
&des Vivres , tant par eau que
par terre, pour en faire en feureté
le tranſport depuis Limerik
juſque dans les Vaiſſeaux
où ils devront eſtre embarquez
fans payer aucunes chofes pour
raiſon deſdites voitures , ny à
ceux qui feront employez avec
leurs Chevaux,Charettes ,Chaloupes
& Bateaux.
1
}
GALANT.
V I.
131
Que s'il y a quelque choſe
deſdits équipages, Marchandifes,
Chevaux,Argent,Vaiſſelles ,
& autres Hardes ,&uſtencilles,
appartenant tant auſditesTroupes
Irlandoiſes,qu'aux Officiers
François , & autres particuliers
tels qu'ils puiffent eſtre, de pris
ou pillé par les Troupes dudit
GeneralGuinkel,leditGeneral
les fera rendre & reſtituer ou
payer, felon l'eſtimation qui en
fera faite par ferment de ceux
qui auront eſté ainſi pillez ,&
leſdites Troupes Irlandoiſes &
autres perſonnes de leur fuite
obſerveront le même ordre das
leur marche & leurs quartiers ,
& feront rendre ou payer ce
qui ſera auſſi pris dans le Pays.
VII .
Que pour faciliter ledit em-
F6
132 MERCUR E
;
(
barquement, le General Guinkel
fournira cinquante Vaifſeaux
du Port de deux cens tonneaux
chacun, ſans que l'on foit
obligé d'en payer aucune choſe,
&en cas qu'il y en ait quelqu'un
d'une moindre charge,il en fera
fournir une plus grande quantité
qui fuplera au deffaut de
ceux qui ne feront pas du Port
de deux cens tonneaux , & donnera
auſſi deux Vaiſſeaux de
Guerre pout embarquer les Officiers
principaux,& fervir d'efcorte
aux Vaiſſeaux de Charge.
VIII.
Qu'un Commiſſaire fera envoyé
immediatement à Corke
pour y viſiter les Vaiſſeaux deftinez
pour le tranſport deſdites
Troupes ,& voir en quel eſtat
ils font pour les mettre en Mer,
&auffi-toſt qu'ils feront preſts à
GALANT.
133
faire voile,les Troupes quidoivent
eſtre tranſportées marcheront
en diligence par le plus
court chemin,& s'il y a encore
des hommes à tranſporter au
delà de ce qu'il en pourra con--
tenir dans lefdits cinquante
Vaiſſeaux , ceux qui reſteront
quitteront la Ville Angloiſe de
Limerik,& fe mettront dans les
quartiers qui leur feront marquez
,& qui feront les plus commodes
pour le tranſport defdites
Troupes , où ils reſteront
juſqu'à ce que les autres vingt
Vaiſſeaux qui feront fournis
dans un mois au plus tard,foient
prefts ,& en attendant ils pourront
s'embarquer fur les Vaifſeaux
François qui pourront arriver
icy.
IX.
Que leſdits Vaiſſeaux feront
34 MERCVRE
fournis de fourages pour les
-chevaux ,&de vivres neceffaires
pour la fubfiftance des Officiers
, Cavaliers , Dragons, &
Soldats ,& des autres perſonnes
-qu'ils pourront tranſporter,lefquels
on payera aprés que le
tout aura efté débarqué àBreſt
ou à Nante , fur les coſtes de
Bretagne , ou dans aucun autre
Port de France où le vent les
-portera, en payant au prix que
-le Roy a accoutumé de payer
pour de pareils tranſports.
Χ.
Que pour la feureté , tant du
retour deſdits Vaiſſeaux que du
payement des vivres , il fera
Laiffé des Oſtages ſuffifans ..
XI.
Que les Garniſons des Chaſteaux
de Clarre , Roffe ,& les
autres Troupes d'Infanterie qui
GALANT.
135
2
font en garniſon dans les Comtez
de Corke,Clarre ,& de Kerry
, joüiront de la preſente Capitulation
& ceux defdites
Garnisons qui veulent paffer
en France , fortiront avec leurs
armes , bagages ; balle en bouche
, tambour battant , méche
allumée par les deux bouts ,
Enſeignes déployées , & les
provifionsdebouche avec moitié
des munitions de guerre qui
ypourront eſtre , & pafferont
avec la Cavalerie , s'il n'y a pas
affez de Vaiſſeaux avec le premier
Corps d'Infanterie qui
fera tranſporté aprés laCavalerie
, auquel effetMr le General
Guinkel leur fera fournir des
voitures & des vivres , dont
elles auront beſoin pour leur
ſubſiſtance pendant le temps
qu'elles feront en chemin , en
136 MERCURE
payant pour leſdites proviſions
-où ils les prendront dans leurs
-Magaſins.
XII .
Que les Troupes de Cavalerie&
de Dragons qui font dans
l'eſdits Comtez de Corke ,
Kerri ,& Clarre , joüiront pareillement
de cette Capitulation
, & qu'en attendant qu'on
puiffe faire embarquer ceux
defdites Troupes qui veulent
paffer en France , il leur fera
baillé des quartiers dans les
Comtez de Clarre & de Kerry,
feparez de ceux des Troupes
commandées par le General
Guinkel , pour y fubfifter , en
payant , à la reſerve du fourage
&de la paſture , qui leur feront
fournis gratis.
XIII.
Que ceux de la Garniſon de
GALANT. 137
Sleigo qui ontjoint l'Armée Irlandoiſe,
joüiront pareillement
de la Capitulation , & qu'il fera
envoyéun ordre à ceux qui font
chargez de les eſcorter , de les
mener inceſſamment à Limerich
par le plus court chemin.
XIV.
Que l'on pourra embarquer
avec leſdites Troupes Irlandoiſes
neufcens Chevaux, compris
les chevaux des Officiers ,
&que le tranſport en ſera fait
gratis , A l'égard des Cavaliers
qui veulent reſter icy , ils difpoſeront
d'eux-mefines comme
bon leur femblera , en mettant
leurs chevaux & leurs armes
entre les mains de telles perſonnes
que M.le GeneralGuin
kel voudra.
XV.
Qu'il fera permis à ceux qui
138 MERCURE
feront prépoſez pour prendre
foinde la ſubſiſtancede ceux de
la Cavalerie qui voudront paf->
fer en France,dans les quartiers
qui leur feront aſſignez ,d'acheter
du grain&du foin par tout
où ils en pourront trouver,ſans
aucun empêchement , au prix ,
du Roy,& qu'il fera permisd'en
faire voiturer de toutes les autres
proviſions neceſſaires de la
Ville de Limeric , & pour cet
effet M. le General Guinkel
fera fournir les voitures neceffaires
pour lestranſporter dans
les endroits où lefdites Troupes
doivent eſtre embarquées .
XVI .
Qu'il fera permis auffi de ſe
ſervir du foinqui eſt en provifion
dans le Comté de Kerri ,
pour la nourriture des chevaux
de la Cavalerie qu'on embarGALAN
T. 139
quera ,& s'il n'y en a pas fuffifamment
, qu'il fera permis de
faire acheter du foin& de l'a
voine par tout où l'on en pourra
trouver au prix que le Roy
l'achete.
XVII.
Quetous les Prifonniers de
guerre qui estoient en Irlande
le 28. de Septembre , feront
rendusde part &d'autre , &Mr
le General Guinkel promet de
s'employer pour faire donner
la liberté pareillement à ceux
qui font en Angleterre & en
Flandre.
: XVIII.
Que le General Guinkel fera
fournir les alimens & medicamens
neceffaires aux Officiers,
Dragons , Cavaliers & Soldats
des Troupes Irlandoiſes , malades
ou bleſſez , qui ne pourront
140 MERCVRE
pas eſtre embarquez dans le
premier embarquement que
l'on fera , & aprés leur guerifon,
qu'il leur fera donner des Vaiffeaux
pour paffer en France ,
s'ils veulent y aller.
XIX.
Qu'en fignant la prefenteCapitulation,
le General Guinkel
donneraun Paffeport pour envoyer
un Vaiſſeau exprés en
France , & qu'outre cela il fournira
deux petits Baſtimens de
ceux qui ſont preſentement
dans la Riviere de Limerich ,
pour tranſporter en France
deux Perſones que l'onſouhaite
yenvoyer pour informer de ce
preſent Traité, &que les Commandans
deſdits Baſtimens aurontordrede
débarquer au premierPortoù
le ventles portera.
GALANT. 141
X X.
Que tous ceux deſdites Troupes
, ſoit Officiers ou autres , de
tel caractere qu'ils puiſſent
eſtre , leſquels voudront paffer
enFrance , n'en pourront eſtre
empeſchez pour dettes, ny fous
aucun autre pretexte que ce
puiſſe eſtre.
ΧΧΙ .
Que ſi aprés la fignature du
preſent Traité , & avant l'arrivée
de la Flotte Françoiſe , il
arrive une Cornette de France,
ou autre Vaiſſeau deſtiné pour
le tranſport des Troupes en
quelque lieu d'Irlande que ce
foit , le Paſſeport ſera donné
par Mr le General Guinkel ,
non ſeulement pour envoyer
qui on voudra à bord dudit
Vaiffeau , mais encore pour le
faire venir dans le Port le plus
142 MERCVRE
présde l'endroit où les Troupes
qui paſſeront en France , feront
de quartier.
: ΧΧΙΙ. )
Qu'aprés l'arrivée de ladite
Flotte on pourra y communiquer
librement des quartiers
des Troupes , tant pour aller
que pour revenir , & particulierement
tous ceux qui auront
des Paffeports du Commandant
de laditte Flotte ,& du ſieur de
Fumeron Intendant.
ΧΧΙΙΙ.
En conſideration de ladite
Capitulation , les deux Villes
de Limerich ſeront renduës &
miſes entre les mains de Mr le
General Guinkel ou de telle
autre perſonne qu'il commettra,
dans le temps&lesjours cy
aprés , ſçavoir la Ville Irlandoiſe
jour de la fignature du preGALANT.
143
ſent Traité . A l'égard de la
VilleAngloiſe, elle reſtera avec
l'Ifle & le paſſage libre du Pont
du Shaunou entre les mains des
Troupes Irlandoiſes qui en
compofent preſentement la
Garniſon , ou qui pourront venir
cy-aprés des Comtez de
Corke , Kerri , Clarre , Sleige,
& autres lieux dont il eſt parlé
cy-devant , juſqu'à ce que l'on
trouve la commoditéde les fairetranſporter.
XXIV.
Que pour empeſcher le defordre
qui pourroit arriver entre
la Garniſon que M. le General
Guinkel mettra dans la
Ville Irlandoiſe qui luy ſera
cedée,& les Troupes Irlandoiſes
qui reſteront dans la Ville
Angloife & l'Ifle , où ils pourront
refter juſqu'à ce que les
144 MERCVRE
Troupes fur les premiers cinquante
Vaiſſeaux foient parties
pour la France,& non pour plus
long--temps, l'on fe retranchera
de part & d'autre pour empefcher
la communication defdites
Garniſons,auſquelles il fera
d'ailleurs deffendu de ſe rien
dire.ou faire d'offençant , & fi
cela arrive , les contrevenans
ſeront punis de part & d'autre .
XXV.
Qu'il fera permis à ladite
Garnifon de Limerich de fortir
en une feule ou pluſieurs fois
felon qu'elle pourra eſtre embarquée
avec armes & Bagage ,
Tambour battant, Meſcheallumée
par les deux bouts , Enfeignes
déployées , fix pieces de
Canon de fonte au choix des Afſiegez
,deux Mortiers ,& la moitié
de toutes les Munitions de
Guerre
GALANT.
145
Guerre qui font dans lesMagazins
de ladite Place,& pour cet
effet il en ſera fait un Inventaire
en prefence de telle perſonne
que le General Guinkel nommera
le lendemain de la fignature
dudit Traité ..
XXVI.
Que tous les Magazins des
Vivres reſteront entre les mains
de ceux qui en font déja chargez
pour faire fubfifter ceux de
l'armée Irlandoiſe qui voudrõt
paffer en France , & en cas qu'il
n'y en ait pas fuffiſamment dans
leſdits Magazins , pour faire
ſubſiſter leſdites Troupes pendant
qu'elles reſteront dans ce
Royaume , le General Guinkel
fera fournir les proviſions neceſſaires
au prix que le Roy les
achete, en luydonnant un eſtat
des Troupes, & qu'il ferapermis
Janv. 1692 . G
146 MERCVRE
de faire venir toutes choſes au
Marché de Limerich ,& dans les
autres endroits , où leſdites
Troupes feront en quartier , &
s'il reſte des Proviſions dans les
Magazins , lors que l'on rendra
Limerich,il en ſera faitune eſtimation
pour endéduire le prix
für ce qui devraeſtre payé pour
lesVivres qui ſeront fournis aux
Troupes dans le paſsage de la
Mer.
XXVII.
Qu'ily auraune cefſſationd'armes
tant à l'égard des troupes
de terre , qu'à l'égard des Vaifſeaux
François , Anglois &
Hollandois qui feront deſtinez
pour embarquer & tranſporter
leſdites troupes,juſqu'à cequ'ils
foientde retour das leurs Ports
auquel effet ils feront munis de
bons Paſſeports de part & d'auGALANT.
147
,
tre , tant pour les Vaiſſeaux que
pour ceux qui font à bord defdits
Vaiſſeaux , & s'il arrive
qu'il foit contrevenu par quelques
Commandans , ou Capitaines
des Vaiſſeaux , Officiers ,
Cavaliers , Dragons , Soldats
& autres perſonnes , ils ſeront
châtiez de part & d'autre , &
les torts feront reparez. Il ſera
envoyé de part & d'autre des
Officiers à l'embouchure de la
Riviere de Limerick › pour
avertir les Commandans , tant
de la Flotte Françoiſe , que de
laFlotte Angloiſe de la prefente
Convention , afin qu'ils obfervent
entr'eux la Ceſſation
d'Armes , comme il eſt dit cydevant.
XXVIII.
Que pour la feuretéde l'executiondu
preſent Traité dans
G 2
148 MERCVRE
tous ſes Articles , il ſera donné
pour Oftages de la part des Afſiegez
, Meſſieurs , &c .
Etde la part de Mr le General
Guinkel , Meſſieurs , &c.
XXIX.
,
Que fi avant l'execution du
preſent Traité , il arrive quelque
changement dans le Gouvernement
de l'Armée , qui eſt
preſentement ſous le Commandement
du General Guinkel
tous ceux qui feront pour cet
effet établis & ordonnez, feront
obligez d'executer & faire
ponctuellement tout ce qui'eſt
contenu enla preſente Capitulation,
fans permettre qu'il y
foit contrevenuen aucune maniere.
:
Treize ou quatorze mille Irlandois
étant arrivez à Breſt
ſuivant cette Capitulation , &
GALANT.
149
le General Salsfield y eſtant
attendu avec quatre mille , qui
manque de Bâtimens, n'avoient
pû accompagner les premiers
qui ont paffé , le Roy d'Angleterre
partit de S. Germain en
Laye le 1 5. du mois paſſé pour
aller voir ces Troupes , & coucha
à Etampe.Il arriva le 16. à
Orleans , & logea au Palais Epiſcopal
, où M. l'Evefque luy
avoit fait preparer un magnifique
foupe . Il en partit le 17.
dans le Carroſſe du même Prelat
qui le menajuſqu'à Noftre-
Daine de Clery , où il prit la
Chaiſe de Poſte dans laquelle
il a fait tout le reſte de fon
Voyage.Il alla coucher àTours.
M.l'Archeveſque, & M.de Miromenil
,Intendantde cetteGeneralité,
vinrent le recevoirune
lieuë au de-là de la Ville. Sa
G
3
150
MERCVRE
Majesté defcendit au Cloiſtre
de S.Martin, dans la Maiſon de
M.l'Abbé Milon,Chanoine de
l'Eglife de Tours , & Elle y fut
traitée magnifiquement avec
M.leDucdeBarvick,& toute fa
fuite parM. de Miromenil qui
loge dans cette Maifon.Le lendemain
Elle entendit la Meſſe
au Tombeau de S. Martin. Mrs
duChapitre , qui eſt undesplus
anciens , & des plus nombreux
du Royaume, l'attendoient à la
porte de leur Eglife,où M.l'AbbéBernin
qui en eſt Treforier
& Chanoine, & M. l'Abbé de
Gallizon qui en eft Chantre &
aufſi Chanoine , luy donna une
portionde la vrayeCroix àbaifer.
Enfuite ces deux Meſſieurs,
tout le Clergé& le Peuple qui
eſtoit accouru en foule, conduifirent
ceMonarque au Tóbeau
GALANT.
Ist
de S.Martin,où la Meſſe fut celebrée
par M.l'Abbé du Champ
Camerier ,de la mefme Eglife ,
aſſiſté de ſes Marguilliers . Sa
Majesté ſe mit àgenoux au pied
du Šepulchre fur lequel on avoit
placéune partie du Chef,& une
autre du Bras de S. Martin,& un
Crucifix au milieu , & donna
toutes les marques de l'ancienne
pieté de nos Rois envers ce
S. Lieu , où à commencer par
Clovis, on les a veu venir dans
tous les temps implorer l'affiſtanceDivine,
La Meſse finie,le
Roy d'Angleterre & toute fa
fuite admirerent en s'en retournant
lagrandeur & la magnificence
de ce Temple,qui eſt un
des plus vaſtes & des plus anciens
Edifices qui nous foient
reſtez du cinquiéme fiecle de
l'Eglife . Elle fut premierement
G4
152 MERCVRE
bâtie de la maniere que nous la
repreſente Gregoire de Tours
au Livre ſecondde fon Hiſtoire .
CePrince étant forty de Tours
le 1 8. au matin par la Porte de
Charlemagne,pourſuivit ſa route
vers Angers , & coucha dans
'Hôtel de Ville , à l'appartement
du Maire , qui luy donna
un grand Soupé. Il alla le 19.
coucher à Nantes,où il fut conduit
par M. le Maréchal d'Eſtrées
qui estoit venu trois
lieuës audevant de luy. Il y féjourna
trois jours, pendant lefquels
il fut toûjours magnifiquement
regalé par ce Maréchal.
Le 22.il partit pour Rhedon ,
&diſna à Blain chez M.le Duc
de Rohan,qui estoit venu au devant
de ceMonarque,avec plufieurs
Gentilshommes des plus
GALANT .
153
confiderables du Pays. Il fut
traité à Rhedon par Meſsieurs
de Ville , & a esté ainſi regalé
dans toutes les Villes où il a
fejourné juſques à fon arrivée
à Rennes , où Sa Majeſté
a demeuré depuis le premier
de Janvier juſques au feptiéme.
M. le Maréchal d'Eſtrées le
traita pendant tout ce temps ,
hors le jour des Rois , que M.
l'Eveſque de Rennes , de la
Maiſon de Beaumanoir , luy
donna un fort grand repas. Ces
cinqou fix jours furentemployez
par ce Prince à travailler
avecMr le Maréchal d'Eſtrées,
& Mrs d'Uffon & de Teſsé ,&
les Officiers generaux , à diftaibuer
en Regimens les Troupes
Irlandoiſes , tant Infanterie
queCavalerie. Il eſtimpoſsible
d'exprimer l'amour & l'atta-
GS
154
MERCVRE
chement qu'elles ont marqué
pour leur legitime Souverain,
les Malades meſme s'eſtant
voulu trouver aux Reveuës
qui ont été faites . Le Royd'Angleterre
en partant de Rennes
alla coucher àCande , frontiere
de Bretagne & d'Anjou. Le 8 .
il en partit pour Saumur , où il
coucha chez le LieutenantGeneral.
Il fut traité par la Ville le
9. & alla coucher à Blois. Le
1o.il paſsa à Orleans , où ilfut
encore traité magnifiquement
à dîner par Mr l'Eveſque . II
coucha àTours, & arrivale II ..
à S. Germain. J'ay oublié de
vous dire qu'à Moncontour Mr
le Marquis de la Cofte , Lieutenant
de Roy de la Baſse-Bretagne
, donna à ſouper à ce-
Monarque , & àdifner le lendemain
à Lambale. Mrle Comte
GALANT.
155
de Coëtlogon , Lieutenant de
Royde la Province , luy fit auſsi
préparer à diſner à la Trinité ,
&il fut traité à Quintin aux
dépens de Mr le Maréchal de
Lorge. Mr le Duc de Barvvich
l'a toujours accompagné ainſi
que
que Mr Saſtort , Gentilhomme
ſervant à ſa chambre , Mr de la
Motte , Enſeigne des Gardes
du Corps , & Mr de Louvin
Ecuyer du Roy. Ces deux derniers
font Officiers de Sa Majeſté
, & fervent auprés de Sa
Majesté Britannique.

Sur la fin du mois paſsé, le
Roy fit la diftribution des Benefices
, & donna l'Abbaye de
Savigny , Ordre de S. Benoift.
Dioceſe de Lyon , à M. l'Abbé-
Bossuet. Il eſt Fils de M. Boffuer
, Maistre des Requeſtes &
Intendant à Soissons , d'une
G6
MERCVRE
de
Mada-
156
Famille de
Bourgogne , & Neveude
M.
l'Eveſque de Meaux ,
dont les
Ouvrages pour la Religion,
rendrontà jamais la memoire
celebre , ainſi que le
choix que Sa
Majesté en avoit
fait pour
l'éducation de Monſeigneur
le
Dauphin , & qui
avoit eſté mis auprés
me la
Dauphine , enqualité de
fon
premier
Aumonier. Ce
jeune Abbé qui marche avec
gloire fur les pas d'un fi grand
homme , & qui a fait tous fes
Actes en
Theologie , avec un
éclat , & un
applaudiffement
extraordinaire , a déja acquis
tout ce qu'on peut
ſouhaiter
dans une
perfonne de fon caractere.
L'Abbaye de la
Rivour ,Ordre
de
Cifteaux ,
Diocese de
Troyes,a eſté
donnée àM. l'AbGALANT.
157
bé Fleury , Aumonier du Roy
qu'il a l'honneur de ſervir il ya
long-temps dans cette Charge.
Il eſt de Montpellier,d'une Famille
tres-confiderable ,& joint
à beaucoup d'eſprit toutes les
vertus qui sõt neceffaires à ceux
qui s'engagent dans l'Eglife.Ses
manieres font aiſées , & le rendent
d'un commerce fort agreable.
M.l'Abbé de Beſſay de Lufignan,
a eu l'Abbaye de Boeuil ,
Ordre de Ciſteaux , Dioceſe de
Limoges . Le nom de Luſignan
eft connu de tout le monde , &
le choix que le Roy a fait de luy
pour cette Abbaye , ne permet
point de douter de fon merite.
M. de Grammont , Evefque
de Philadelphie,Grand Doyen
de l'Egliſe de Besançon ,Abbé
158 MERCURE
de Montbenoift , & de Bitaine,
Prieur de Beaupré , & maiſtre
des Requeſtes au Parlement de
Besançon , a eſté pourveu du
Prieuré de Montau , Ordre de
Cluny , Diocese de Besançon ,
vacant par la mortde M.l'Abbé
Maréchal. Il eſt Neveu de M.
l'Archeveſque de Besançon , &
Frerede Mrs les Marquis,Comte,&
Chevalier de Grammont ,
tous trois Colonels de Dragons .
Ils fervent avecune distinction
fi avantageuſe, qu'il ne ſe paſſe
aucune action confiderable dans
nos Armées,où ils n'ayent part.
Il eſt vray qu'on peut dire prefque
la mefine choſe de tout ce
qu'il y a d'Officiers & de Soldats
Comtois dans les Troupes
de Sa Majefté. Cette Province
en fournit beaucoup au Roy, &
a elle ſeule huit Regimens an
GALAN T.
159
fervice , tant Cavalerie & Dragons,
qu'Infanterie , fans comprendre
un Regiment de Milice
qui eſt un des plus beaux du
Royaume, & quãtité d'Officiers
qui fervent dans d'autres Troupes.
Aufſi Sa Majesté en est - elle
fi contente ,qu'Elle neles regarde
pas moins favorablement
que ſes anciens Sujets. Elle a
donné depuis à M. le Marquis
de Laubeſpin , Capitaine de
Chevaux dans Gevres , lafurvivance
de la Charge de Chevalier
d'honneur au Parlement de
Besançon , que poffede M. le
Comte d'Arinteau Laubeſpin
fon Pere , & ce qu'ilya de plus
agreable dans ce don c'eſt que
Sa Majesté luy remet en confi
deration de ſes ſervices la fommeà
laquelle cette Charge euft
eſté taxée ,auſſi-bien que tous
160 MERCVRE
!
<
tes celles de ce Parlement, pour
les rendre hereditaires. Il y a
plus d'un ſiecle qu'elle eſt dans
la Famille de M.le Marquis de
Laubeſpin , dont un des Ancetres
eſtoit Secretaire d'Estat de
Charles Quint . Cette Famille
eſt Illuftre , & alliée de celles
de Grammont , de Vaudrey de
S. Maurice , de la Baume , de
Vaubecourt , &c.
Le 2 2. du mois paffé , Meffirre
Hugues de Bar , Evefque
de Leiroute , mourut dans for
Palais Epiſcopal. Il eſtoit iſſu de
P'ancienne Maiſonde Bar au bas
Limofin , &Filsde MeſſireGuy
deBar, Lieutenant General des
Armées de Sa Majesté , Gouverneur
des Ville& Citadelle
d'Amiens , & Grand Baillyde
Picardie C'eſtoitun Prelat d'unevertu
& d'une piété fingu
GALAN T. 161
liere , qui donnoit tous ſes ſoins
au foulagement des Pauvres. Il
avoit beaucoup de doctrine , &
une grande application à remplir
tous ſes devoirs envers ceux
qui estoient commis à ſa conduite
, ce qquuii l'attachoit fi fortà
fonDioceſe , que bien que fes
charges n'en fuffent pas grandes
, onne l'a preſque point veu
depuis vingt ans à la Cour ;
encore n'y eſt-il venu que pour
les affaires preſſantes de fon
Eglife . Il a fait baſtir à fes dépens
un Hoſtel Epifcopal , où
il y aun tres-beau jardin en terraffe,
pour loger ſes Succeſſeurs..
Les Eveſques de Leiroute n'en
avoient point eu depuis les
guerres de la Religion . Il a fait
auſſi conftruire à ſes dépens un
Seminaire pour élever des Sujetsdignesde
fervir l'Eglife .
162 MERCVRE
Le 30. du meſme mois, l'Egliſe
de Tours perdit Meffire
Gabriel Remon , qui en eſtoir
Chanoine dés l'an 1618. &
Prevoſt de Leré. Il s'étoit rendu
recommandable par fon exate
af iduité aux Offices divins ,
& par fa grande charité envers
lesPauvres. Longtemps avant
qu'il mouruſt il avoit diſtribué
tous ſesbiens à ſon Egliſe, aux
Monafteres , & auxHôpitaux,
& n'en avoit retenu que ce
qu'il en falloit pour ſes funerailles,
& pour n'eſtre point à
charge à ſa Famille aprés fa
mort. Depuis trois ou quatre
ans il paffoit tous les jours de
fon extrême vieilleſſe dans, le
Choeur à l'Office , & dans l'enceinte
du Tombeau de S. Martin,
au pied des Autels , & devant
unCrucifix dans ſa cham
GALANT.
163
bre. Les Riches ne l'ont pas
moins regrettéque les Pauvres,
qui le regardant comme leur
Pere, ne pouvoient quitter ſon
cercueil, ny abandonner celuy
qui pendantſa vie avoit eupour
euxdes entrailles de mifericorde.
Le Prieuré de Leré qu'il
poſſedoit eſt un Perſonnat , ou
dignité de l'Egliſe de S.Martin
de Tours , quile rendoit Chef
du Chapitre de Leré en Berry.
CeChapitre, tant pour le fpirituel
que le temporel,dépendde
cette grande Eglife, à qui avec
le Prevoſt appartient le Fort &
la Ville de Leré.
Le Mercredy 2. de ce mois,
Meſsire Nicolas Cheron,Doye
de Bourge,Abbé de la Chalade
&Official de Paris ,mourut icy
aprés une longue maladie. II
eſtoit parvenu par fonfeulme164
MERCVRE
rite à eſtre l'Arbitre de prefque
tous les Eccleſiaſtiques ,qui
avoient des differens confiderables
.Tous les Evêques prenoiét
fon confeil,& quelques affaires
qui arrivaſſent dansleurs Eglifes,
elles ne leur donnoient aucun
embarras par la certitude
où ils ſe voyoient qu'avec l'avis
&le fecours de M. Cheron , il
n'y en pouvoit avoir de fi difficilesdont
ils ne vinſſent àbout.
LeClergé de France , à qui il
avoit rendu des ſervices tresimportans
pendant le cours de
plus de quarante années , luy
avoit donné une Penſion confiderable
, afin d'eſtre en droit
de le confulter dans les occaſions
qui s'en offriroient. M.
l'Archevêque de Paris qui connoiſſoit
ſa capacité &fon merite,
l'avoit attaché icy pour traGALANT.
165
vailler avec luy dans lesgrandes
affaires que Sa Majeſté luy
confie , ou que la connoiffance
que l'on a de ſajuſtice luy attire
de tous ceux qui ont beſoin de
protection pour faire leur devoir
, ου qui languiffent dans
Toppression nouvelle que Me
eu
THEQUE DI
S
LYON
*
1893*
Cire Michel le Vayer,Chanoine
&Doyen de l'Egliſe du Mans ,
ſtoit mort le 22.du mois paffé.
lavoit eſté auparavant Archiliacre
de la meſme Egliſe,aprés
quoy il fut Doyen de l'Egliſe
Loyale de S.Pierre de la Cou de
a meſine Ville,& enfin le Chaitre
de l'Eglife Cathedrale
élent pour ſon Doyen en
677. fur lademiffion de M. de
aumanoir , Evefque de Renes.
Il avoit eſté Aumônier de
feuë Reine Mere de Sa Maje166
MERCURE
ſté , Official de M. de Lavardin ,
Eveſque du Mans , & enfuite
Grand-Vicaire de M. de la Vergnede
Treſſant fon Succeſſeur,
Il étoit Fils de Meffire René le
Vayer, Lieutenant General de
la Senechauffée du Maine , &
Mairede la Ville du Mans ,qui
fut enfuite Intendant de la
Generalité d'Arras. Ce Magi
ſtrat , à qui ſon merite avoi
acquis une eſtime generale
eut cinq Fils , dont l'Aiſné qui
fuccedaà la Charge de Lieute
nant General mourutjeune , &
laiſſaun Fils unique , qui ef
Maiſtre des Requeſtes . Le fo
cond fut Meſsire Michel le
Vayer , Doyen de l'Egliſe du
Mans , dont je vous apprens la
mort. Le troifiéme eſt mefsin
Jacques le Vayer , qui rempl
preſentement avec beaucou
GALANT. 167
degloire laCharge de Lieutenant
General. Le quatriéme fut
Meſsire Roland le Vayer de
Boutigné , maiſtre des Requeftes
,& Intendat de la Generalité
de Soiffons, qui quelque temps
avant que de mourir , ſe retira
en une de ſes Terres , où il fit
connoiſtre viſiblement que c'étoit
la Grace qui l'y avoit attiré
, pour achever par la retraite
ce qu'il n'avoit qu'ébauché
pendant qu'il eſtoit dans les
Emplois. M.le Vayer, Conſeiller
au Parlement de Paris , eſt
fon Fils. Le derniet de ceux de
René le Vayer eſt Meſsire
Charles le Vayer,Grand Archidiacre
de l'Egliſe du Mans,Docteur
de Sorbonne,qui par une
- vie exemplaire fait voir qu'il
n'a pas eſté oublié dans le partage
des benedictions celestes
168 MERCVRE
د
que Dieu répand fur cette Famille
. M. le Vayer , preſentement
Lieutenant General , a
quatre Fils; ſçavoir M.le Vayer
de Vandoeuvre,Conſeiller en la
Cour des Aides. M.le Vayer de
Breffac, M.le Vayer de la Sauffaye,
Docteur de Sorbonne , &
Chanoine en l'Egliſe du Mans ,
& M. le Vayer de Rendonné
aufsi Docteur de Sorbonne.Ces
trois derniers ſe ſont dediez au
ſervice des Autels par le Sacerdoce
, & rempliffent leurs devoirs
avec une exactitude tresédiñante.
La nature avoit donné
à feu M.le Vayer, Doyen de
l'egliſe du mans, une preſtance
qui ne contribuoit pas peu à
donner du relief aux talens de
fon eſprit, & à cette éloquence
qui eft comine naturelle à tous
ceux de fa Maiſon. Il avoit fouvent
GALANT.
169
vent preſché devant le Roy,&
la feuë Reine ſa mere, & avoit
paru avec applaudiſſement en
pluſieurs Chaires de Paris. II
faiſoit de temps en temps des
Diſcours pleins d'édification
dans leChapitre dont il eſtoit le
Chef,& on l'a veu pluſieurs fois
parler ſur le champdans des ocſions
impreveuës , avec autant
de facilité , que s'il avoit eu
beaucoup de temps pour s'y
preparer. Son zele pour la Difcipline
Eccleſiaſtique dont il
ſçavoit parfaitement bien les
Loix , ne luy atiroit pas moins
de veneration que la regularité
deſa vie , qui eſtoit pour tout
le monde une perpetuelle exhortation
à la Vertu . Il eſt mort
aprésun mois de Maladie , & a
eu pendant ce temps un jugement
fain & entier , dont il a
lanu.1692. H
170
MERCVRE
fait tout le bon uſage que doit
faire un veritable Chreftien .
Les Vers que vous allez lire
font d'une perſonne de voſtre
ſexe , qui les a faits lors qu'elle
eſtoit attaquée d'une maladie
qu'elle ſçavoit incurable , &
peut-eſtre vous ſembleroientils
marquer trop de fermeté, ſi
les deux derniers ne faifoient
connoiftre , que la tranquillité
qu'elle montre , venoit de la
confiance qu'elle avoiten lamifericordede
Dieu .
Bientoſt la lumiere des Cieux
Neparroiſtra plus à mes yeux.
bientoft quitte envers la Nature,
Je vais dans une nuit obscure
Melivrerpour jamais aux douceurs
defommeil
Lene me verray plus par un triste
reveil
GALAN T.
171
Exposée àfentir les troubles de la
vie.
Mortels , qui commencez icy bas
vôtre Cours
Je nevous porte point d'envie
Vostre fort ne vaut pas le dernier de
mes jours .
Viens ,favorable Mort , viens brifer
lesliens
Qui malgrémoy m'attachent à la
vie.
Frappe , Secondemon envie.
Nepointfouffrir est le plus grand
des biens.
Dans ce longAvenirj'entre l'esprit
tranquille.
Pourquoy ce dernierpas eft ilfi re.
douté?
Du Maistredes Humains l'éternelle
bonte
Du malheureux Mortel est le plus
feurazile.
H 2
172
MERCVRE
M. le marquis du Guaſt a
épousé depuis peu mademoiſelle
de Chasteauneuf , riche
heritiere d'Avignon. M. l'Evêque
de Cavaillon , Oncle de ce
Marquis , fit le Mariage dans
l'egliſe des Dames Religieuſes
de S.Laurens en preſence de la
plus part des perſonnes qualifiées
de la Ville , qui alſerent
enfuite dîner chez la Mariée ,
où M.l'Archeveſque Vicelegat
ſe trouva. M. le Marquis du
Guast eſt d'une tres-ancienne
famille , qui ſe ſoûtient encore
noblement en Italie , où elle
poſſede depuis deux cens ans
les Marquiſats de Serralonga,&
deCaſtellazo,& en France ceux
de Monsgaugié & de Lufſaiau
Maine. Elle a donné un Grand
Maiſtre à l'Ordre de S.Jean de
Jerufalem. Loüis du Guaſt , Fils
GALANT.
173
de Roſtafa, & de Loüiſe de Venaſque
estoit Chevalier de cet
Ordre dés l'année 1 3 14. Il y a
eu de cette Maiſon deux premiers
Maistres d'Hoſtel des
Rois de Sicile , René & Loüis ,
des grands Mareſchaux de Logis
, des grands Maiſtres des
Eaux & Forefts ,des Capitaines
& Lieutenans aux Gardes , des
Gouverneurs de Places , des
Chevaliers de l'Ordre du Roy,
& en Italie des Generaux
d'Armée , & des Vivres, Elle a
receu encore beaucoup d'éclat
par les Alliances quiy font entrées
depuis qu'elle habite au
Comtat Venaiſſin,& en France
où elle s'eſt alliée des Maiſons
d'Auſſane, Seigneurs de Menerbe
, de Renouard , Seigneurs de
Vaucluſe , de Venaſque , Seiggneurs
de Mandene ,d'eſtienne
H3
174 MERCURE
Seigneurs de Lambefc ,de Remond,
de Roux Beauvezet, de
Fourneur, de Vaſſadis,de Varradier
S.Andeol, de Chaouſſet ,
de Lopis, de Fortier,de Sade,de
Montmorency,Thuri, de Bretagne-
Avaugour de Nereſtang,
de Verdun, de Cottelier , &c.
Elle porte d'Azurà cinq bezans
d'or 2.2.6 1. Ontient que cette
Maiſon eſt encore alliée avec
la maiſon de Lorraine , par le
Mariage de la feuë Princeſſe
de Phalfbour,Soeur de feu Ма-
dame la Ducheſſe d'Orleans !,
Tante du Roy,avecDomCarlo
Guaſqui.
En vous envoyant le Journal
du Siege de monmelian, le mois
paffé , je vous dis que le Roy
Henry IV. ne l'avoit pû prendre,&
vous avez crû ,parce que
je ne m'expliquay pas affez.
GALANT.
175
clairement, que les Troupesde
ce Monarque en avoient levé
le Siege , mais les choſes ne ſe
paſſerent pas ainſi. Il eſt vray
que ce monarque voyant les
difficultez qu'il y avoit àdreffer
des Batteries contre une roche,
panchoit à ſe retirer de devant
la Place , quand l'efdiguieres ,
qui connoiſſoit mieux que tout
autre l'eftat & le pouvoir de
ceux qui la défendoient ſe ſoumit
à payer les frais de l'Armée
fidans un mois il ne ſe rendoit
maiſtre de monmelian par force
ou par compoſition.Ainfi le
Roy luy laiſſa la conduite de
ce Siege , pendat qu'il paſſa vers
le Genevois & Fouffigny , &
qu'en ſe faiſant montrer les paf
fages des montagnes par où le
Duc de Savoye pouvoit entrer
de ce coſté-là, il donna ordre à
H4
176 MERCVRE
toutes les avenuës . La Place fut
remiſe le 16. Novembre de
l'année 1600. entre les mains
du marquis de Crequi , Gendre
del'Eſdiguieres, à qui on enavoitdeſtiné
le Gouvernement.
Si elle estoit alors tres-importante,
elle estdevenuë bien plus
confiderable par les travaux
qu'ony a faits en divers temps.
Depuis le détail que je vous ay
envoyé de ſa priſe,j'ay lû plufieurs
Relations du Siege , qui
m'ont fait voir qu'il a eſtétresbeau
& tres -vigoureux, & que
nonfeulementMonmelianpeut
eſtre mis au nombre des plus
fortes Places, mais qu'il pouvoit
mefine paffer pour une Place
imprenable.Cependant malgré
la difficulté du terrain , on y a
pouffé les travaux de tous côtez
juſques à la portée du Pi
GALANT.
177
ſtolet , & nos Bombes qui ont
toujours defolé les Affiegez ,
ont ſouvent enlevé des gens
dans la Place , & entre autres
un Gentilhomme d'Annecy ,
& un de Chambery , nommé
M. de Villeneuve. Quoy que
les Afsiegez ayent paru quelquefois
tranquilles , & ayent
fait peu de feu , ils en ont fait
affez en d'autres temps pour
étonner les plus intrepides , &
quand ils employoient lesbarils
de poudre , les pots à feu &les
Carcaffes , c'eſtoit en ſi grand
nombre, qu'on en a ſouvent vû
les chemins éclairez àune lieuë
à la ronde.La priſe d'une Place
fi bien défenduë , & qui d'ailleurs
ſe défendoit d'elle-même
par ſa ſituation & les avantages
que la nature luy a donnez ,doit
couvrir d'une gloire immortel-
H
178 MERCURE
leceux qui ſont venus àboutde
l'emporter. Auffi en ont-ils merité
beaucoup , & la defcente du
foſſé eſt une des plus vigoureuſes
actions qui ayentjamais.
été faites . Les nostres s'en emparerent
enplein jour,&poufferent
la galerie qui conduifit
le mineur au Baſtion. Les Gre--
nadiers & les Fuſeliers étoient
retranchez ſur le boutduglacis
pour favorifer cette defcente .
Les Ennemis demeurerent fi
furpris de la vigueur & de l'intrepidité
avec laquelle on les
attaqua , qu'ils connurent bien
que leur perte eſtoit prochaine
& quand la Bombe qui nousfut
favorable ne feroit pas tombée,
ils n'auroient pû conferver la.
Place encore plus de troisjours.
Lors que les ennemis creurent
devoir capituler,le major ayant
1
GAL'ANT.
179
paru , parla en ces propres termes
à M.de Genlis , Brigadier
dejour. Je viens de la part de M.
LeMarquisde Bagnaso , pour sça
voir , Monsieur , si aprés avoir défendu
ſi vaillamment la Place ,&
combatu (i long- temps pourson Prince
, ilny apas moyen d'avoir capi.
vulation . On entra enſuite en
pourparler , & aprés pluſieurs
conteftations, on convint de la
capitulation fuivante.
CAPITULATION
Faite entre M. de Catinat
Lieutenant General , commandant
en chefles Arméesde Sa
Majesté en Italie : Et M.le
Marquisde Bagnafc ,Gouverneur
de S A R. an Fort de Monmelian
.
La efté convenu que M, le
demain 22. Decembre , aux
H 6
178 MERCVRE
Troupes du Roy , à huit heures
du matin , la Porte du Fort de
Montmeillan , de maniere qu'il
n'en reſte aucune entr'elles &
celles de S. A. R. leſquelles ne
devront eſtre ſeparées que par
des Sentinelles.
La Garniſon fortira aprés demain
2 3. par la Brêche , Tambour
battant , mêche allumée ,
Balle en bouche , & Drapeaux
déployez .
Ladite Garniſon ſera conduite
juſques à Veillane avec une
feure efcorte , & par le chemin
le plus court de la maurienne .
A cauſe de la difficulté du
tranſport de trois pieces de Canon
qui ont été accordées à M.
de Bagnafc , il a été convenu
qu'il en feroit remis à Turin
trois pieces choifies à Pignerol,
de celles qui y font aux Armes
de S. A. R.
GALANT.
179
Il a eſté convenu que l'Etape
fera fournie aux Troupes de la
Garniſon de monmeillan jufques
à Veillane , ainſi qu'elle eft
fournie aux Troupes de Sa ма-
jeſté , &qu'elles ne feront point
au deſſus de cinqlieuës. :
Il a eſté convenu que les
Prifonniers feront rendus de
part& d'autre .
Lors que la porte aura eſté
livrée demain aux troupes du
Roy, comme il eſt dit cy -deſſus ,
les clefs des Magazins des munitions
de guerre & de bouche
feront remiſes aux Officiers des
troupes du Roy qui auront eſté
nommez .
Il a été convenu que les meubles
& effets , tant des Officiers
de laGarniſon , que Soldats &
autres gens,qui auront eſté mis
dans leſdits Magaſins par pré
180 MERCURE
caution contre la Bombe, feront
remis à ceux à qui ils appar--
tiennent.
Il a eſté convenu que M. le
Marquis de Bagnaſc , tous les
autres Officiers, Sergens & Soldats
, pourront fortir tous leurs
effets , tant denrées combuftibles
, qu'autres meubles, & les
faire tranſporter en tels lieux
que bonleur ſemblera,entonte
ſeureté.
Il eſt convenuqu'il fera fournides
chariots & autres voitures
à M.de Bagnafc,pour tranfporter
ſes meubles en Piémont,
ainſi qu'aux autres Officiers de
la Garnifon..
Il a efſté convenu qu'il feroit
fourni , aux dépens de fa Majeſté,
des chevauxde felle pour
M.deBagnafc,Mrs les Officiers
Volontaires& principauxDomeſtiques..
GALANT. 18
* Il a eſté convenu que M. de
Catinat employeroit ſes offices
auprés de fa majesté,pour que
les Officiers Savoyardsde ladite
Garniſon qui ſe retireront en
Piémont , ne feront nullement.
inquietez pour leurs biens , au
contraire feront reſtablis dans
ceux qui leur auront eſté confiſquez
à cauſe de la guerre.
Il a eſté convenu que l'on ne
débaucheroit point les Soldats
de la garnifon .
ور
Il a eſté convenu que s'ily a
quelques Officiers , Sergens ou
Soldats qui par cauſe de bleffures
ou maladie ne puiſſeut pas
fuivre le gros de la Garniſon
ils feront receus dans Chambery
pour eftre foignez & traitez
felon leur qualité ,& de la même
maniere que le Roy en ufe
Al'égardde ſesTroupes,& qu'il
182 MERCVRE
leur fera délivré des Paſſeports
en bonne forme , lors que leur
ſanté le leur permettra.
Il a eſté convenu que M. de
Bagnaſc pourra faire emporter
les Ornemens de la Chapelle
du Château , Vafes facrez ,& autres
appartenans à ladite Chapelle.
Il a eſté convenu que les Soldats
, de quelque Nation qu'ils
puiſſent eſtre, ne feront repris
ni recherchez .
Que les Bourgeois & autres
retirez dans le Chasteau , en
pourront fortir entoute ſeureté
avec leurs armes & effets ,& les
pourront emporter où bon leur
ſemblera , & ne feront nullemét
recherchés pour avoir porté
les armes pendant le Siege ;
qu'au contraire,Sa Majesté aura
la bonté de leur accorder les
4
GALANT. 183
Privileges dont ils joüiſſoient
auparavant.
Qu'on leur laiſſera les Cloches
de leur Eglife , Horloge,
Ornemens & Vaſes ſacrez
qu'ils ont retirez au Chaſteau .
Que les RR. PP. Religieux
de S. Dominique ſervant d'Aumoniers
à ladite Garniſon ,
pourront emporter les Ornemens
de leurs Egliſes,Vaſes ſacrez
,meubles & Papiers de leur
Couvent , de meſme que leurs
Cloches qu'ils avoient retirées
audit Chaſteau .
Il a eſté convenu que les bagages
de m.le Gouverneur,des
Officiers, Volontaires , Sergens
& Soldats, ne feront point viſitez,
non plus que ceux des Bourgeois
.
Il ſera delivré de part &
d'autre des Otages de qualité
184 MERCVRE
égale.Fait double au Camp devant
Monmeillan le 21. Decembre
1691 .
Comme la Place ne man--
quoit de rien , il eſt conſtant.
qu'elle n'a eſté emportée que: -
par la ſeule valeur des Fran
çois , à qui rien n'eſt impoffible
.
Aprés vous avoir fait part de
tout ce qui regarde le Siege de
Monmelian,je croy vous devoir
apprendre l'Hiftoire des mouvemens
qui ſe ſont faits pour
fecourir cette Place. Elle est fort
curieufe , & affez particuliere.
Monfieur de Savoye ayant appris
à Turin que monmelian
étoitafſiegé, crut par des raiſons
politiques devoir feindre de l'ignorer,
& fe rendit à Milan ,oùil
eſtoit attendu,& aprés fon ar
GALANT . 185
rivée le marquis de Leganez le
priaà un grand Souper,& à un
Bal avec M.l'Electeur de Baviere.
Ils s'y rendirent,& lors qu'a---
prés le Soupé on eut commencé
le Bal , il arriva un
Courier avec des nouvelles
qui portoient que mommelian
eſtoit aſſiegé dans les formes
, & que ſelon tous les
preparatifs que l'on avoit faits,
il y avoit apparence , que ce
Siege feroit pouffé vigoureu
ſement . Ce Courier ayant
rapporté ces nouvelles là tout
haut dans l'Aſſemblée , Monfieur
le Duc de Savoye prit de
là occafion de parler fortement
à M. de Leganez pour avoir des
Troupes Eſpagnoles , & tâcha
d'engager M. de Caraffa d'en
donner d'Allemandes , afin de
pouvoir ſecourir la Place. Ils
1ου EDCVRE
hy
répondirent l'un & l'autre , que
Leurs Troupes estoient fatiguées ,
que par le temps qu'ilfaisoit , il n'y
avoit pas d'apparence de les faire
marcheraprés une longue Campagne
qu'elles estoient dans leurs Quar.
viers ,& que c'estoit perdre tout, que
de les expoſer avant le printemps ,
M. de Savoye partit de milan le
lendemain , & dit fort en colere,
que quoy qu'onrefusaft de le
Secourir , cela n'empécheroit pas
qu'ilne fist ce qu'il pourroit , &qu'il
alloit faire marcher ſes Troupes ,
&comme fon depit le poſſedoit
encore , alors qu'il arriva à Turin
, il dit qu'il vouloit que sous les
Allemans fortiffent , méme des Hopitaux
où ils estoient retenus pardes
maladies ou par des bleſſures, ce qui
n'a pas eſté executé. Quoy que
M. de Savoye euſt demandé des
Allemans il n'avoit point nean
GALANT. 187
moins parlé à Caraffa. Ce dernier
ſe plaignoit beaucoup de
cette Alteffe , alleguant qu'il en
avoit eſté maltraité pendant
toute la Campagne.C'eſt ce qui
eft cauſe qu'ils ne ſe font point
vus à Milan, & que le Gouverneur
de cette Ville-là s'eſt mélé
de toutes les affaires pour lef
quelles ils auroient été obligez
de ſe parler.Le ſejour de Mon.-
ſieurde Savoye à Milan,fut ſeulement
de trois jours. Etant arrivé
à Turin , il en fit partir le
Marquis de Parelle pourla Valdoſte
, & demanda ſept cens
mille livres au General de fes
Finances , qui l'aſſura qu'elles
eſtoient épuiſées , & qu'il ne
pouvoit luy riendonner,àquoy
Monfieur le Duc de Savoye répondit
qu'il en devoit prendre
dans les lieux où ilpourroit en trou
188 MERCURE
ver. Cet ordre ayant eſté trouvé
bizarre & difficile à executer ,
n'eut aucune ſuite. Cependant
Monfieur le Duc de Savoye avoit
un extrême beſoind'arget,
& le Regiment de Julien qui
eſtoit venu à Turin pourſe rendre
au lieu où les Troupes devoient
s'aſſembler pour le ſecours
de Monmelian,étant tout
nud , ne pouvoit ſe mettre en
marche avant qu'on l'euſt habillé.
On fit partir du Bled de
Turin&de Verceil venu d'Alexandrie
pour l'Armée , &M.
de Schomberg pretendoit tenter
l'impoſſible par la Valdoſte.
Monfieur de Savoye avoit fait
amas de Pionniers , & s'eſtoit,
propofé de gagner une Montagne
qu'on voit de Monmelian ,
& de faire des ſignaux pour
marque de fecours, mais aprés
GALANT. 189
beaucoup de foins,de dépenſes,
&de fatigues inutiles,ce Duc a
eu non ſeulement le chagrin de
voir prendre la Place qu'il pretendoit
ſecourir , mais encore
celuy de voir peu de temps
aprés brûler le Pont de Poncalier
prés de Turin .
Monfieur de Savoye doit
attendre peu de ſecours des
Allemans , & l'on commence
à connoiſtre que les pretentions
del'Empereur ſur l'Italie
ſe reveillent. Les plus ſenſez
y font reflexion , & l'on dit
- meſme quele Marquis de Leganez
a receu ordre du Conſeil
d'Eſpagne d'empêcher que les
Allemans ne puiſſent s'emparer
d'aucune Place du Milanois , &
l'on envoye des Eſpagnols naturels
pour mettre dans les Places
, & pour éviter l'effet d'un
190 MERCVRE
Conſeilau nom de l'Empereur,
que le General Caraffa a paru
vouloir établir à Milan .
Je vous envoye quelques Ouvrages
qui ont eſté faits fur cette
derniere Conqueſte de Sa
Majeſté. Les trois premiers que
vous allez lire font de M. de
Vin.
SVR LA PRISE
de Monmelian .
He bien politiques François ,
Deivos prédictions qu'elleest la cer.
:
nitude ?
Quand viendracette fervitude
Dont nous menaçoit autrefois
Vostre timide inquietude ,
Et sommes nous encor tous réduits
: aux abbois ,
Comme vous le difiezquand Bourbon
*&Turenne
Tomberent ſous lescoups de la Parque
inhumaine?
Si
GALANT.
Sipour noſtre malheur en vous en
avoit cru ,
La France alloit perir , & tout estoit
( perdu
Telle qu'un VaisseauSans Pilote,
Que Neptune en couroux de tous
coftez balote ,
Ellevous paroiſſoitpourlors engrand
danger ,
Et cette Ligue menaçante ,
Qu'enfanta de Naſſau l'ambition
bruflante ,
Ne vous la faisoit voir que preste
Submerger.
De ces deux grands Guerriers la
trop funesteperte
Vous la representois ouverte
Aux flots impetueux de tous ſes Ennemis
,
Quiconfus &tremblans de crainte
Toujours battus par eux , en fuite
toujours mis ,
Nes'expofoient que par contrainte
Janv. 1692 .. Γ
192 MERCVRE
Aux coups, dont àpeine gueris ,
Ils avoient tant defoisfenty la rude
atteime.
Nousn'avonsplus deGeneraux
Quipuiſſentfoutenirdela chosepublique
Le poids trop accabant, c'est ce qu'à
tous propos (panique ,
Debitoit en tous lieuxvoſtre terreur
Vous gemiffiez pour lors de ne les
avoirplus,
Et quand on vous diſoit que faits
fur leurmodelle ,
D'autresfuivroientde prés leur valeur&
leur Zele , +
Vous traitiezce discours de chanson
&d'abus .
Jenefaispoint deparalelle ;
Leregrette, jepleure encor ces deux
Heros
lesçay ce qu'ilsvaloient , & que par
leurs travaux
Tous deux ſeſont couverts d'unegloi
re immortelle ...
GALANT.
193
Ouy , nous nepouvons trop louer
Ce qu'ils ont fait en faveur de la
France,
Et l'onnecraint point d'avouër
Que nous devons beaucoup à leur
rareprudence.
L'un estoitnostre Achille ,& l'autre
nostreHector ;
Cependant l'un & l'autre estmort
Et le mesme bonheur toujours nous
accompagne.
Luxembourg aux champsde Flew.
YUS
Triomphe d'unſeul coup des Princes
d'Allemagne ,
Del'Angleterre , &de l'Espagne.
Tourvillefurfespas, quand Duquesnenest
plus ,
D'une audace qu'encor tout l'onis
vers admire ,
Brule& bat furta mer lesſuperbes
Anglois
-Unis avec les Hollandois;
I
194 MERCVRE
Qui feuls jadis entre eux s'en difputoient
l'empire.
Loüis mesme , Louis que leurflaten
Se erreur
Leur peignoit comme un Roy deformais
incapable ,
Derompre du repos le charme trop
aimable ,
Et d'avoir pour la guerre encor la
mesme ardeur ,
Louis , dis- je , en un temps où Mars
avecBellone
Aſſfis près d'un bon feu laiſſé brouiller
Sestraits,
Louis le Grand que rien n'étonne ,
Etplus vigoureux que jamais ,
Auxrigueurs de l'hyvers'exposes'abandonne,
Marche , court à lagloire , &prend
Mons en personne.
•Defabusé de cette erreur
Naſſau pour l'empefcher accourant
prèsdeHale,
GALANT. 195
Voit en luy le mesme homme , &la
misme valeur
Qui luy fut toujours (i fatale ,
Et ce prodigieuxſuccès
Afahonte luy fit connoistre
Qu'unHeros ne vieillit jamais ,
Et qu'en approcher de plus prés,
C'estoit jouërfans doute àfe donner
un Maistre,
Apeinece nouveau Tyran
Voit- il Mons de Louis implorer la
clemence,
Que Nice, fiereencor, mait jusqu'à
L'inſolence ,
D'avoir veu fans perit les armes
d'un Sultan ,
Et fait devant fes murs échouer la
puissance
Da formidable Soliman ;
Nice, dis-je, d'un coup de Bombe.
Lancépar Catinat,s'hamilie &furcombe.
Bien plus , qui l'eust pensé l'orgueilleuxMonmeillan
,
I
3
196 MERCVRE
Quiſembloitfurfon roc ne craindre
que la foudre ,
Vient sous ce mesme bras de voir
d'unoeildotent ,
Tomber tout fon orgueil&Ses rempartsen
poudre ;
Etquandencor ? le croiroit-on ?
Tandis que l'Allemandpréferoit à la
gloire
Un chaud quartier d'hyver , & te
plaifirde boire ,
Et lors quele froid Aquilon
Faitfentirſur nostre hemisphere
Saplus impetueuse&sanglante colere.
Cesfeux qu'on fait par tout diſent
qu'il est soumis ;
Le bruit denos Canons en porse la
nouvelle
Iuſque chez nos fiers Ennemis ,
Et leur apprend par là sette gloire
immortelle
Que le deſtin promet à l'Empire des
Lis.
GALANT.
197
Aprés cela, François , reprendrezvous
courage?
Quoy, donc,en faut - il davantage
Pour de vostre frayeur querir sous
vos esprits?
Hè bien , unpeu de patience ;
Montmeillan,Mons & Nice pris
Suffisent pour le faire ,&peuvent
paravance
Vous répondre que nos Guerriers
Toujours heureux , toujours pleins
d'ardeur pour la France,
Iront, & plûtost qu'on ne pense,
Luy cueillirde nouveaux Lauriers.
Souffrez que Luxembourg&Catinat
respirent.
L'un & l'autre a besoin de gouster
unrepas
Qu'onne refusepas aux plusgrands
desHeros.
Ils ſuivent d'aſſez prés les modelles
qu'ils prirent ,
Et tous deux à leur gloire ils font
voir qu'ils aspirent :
4
دوم MERCVRE
Mais donnez- leur,fans tes preſſer,
Le loiſirdeſe delaffer.
Vostre rigueur trop inhumaine
Veut- elle qu'épuisez par les veilles
d'un camp ,
Ils aillent , &fans fruit , &fans
reprendre baleine,
Verserjusqu'à leur dernierSang;
Quoy , mesme les Heros que nous
chantent les Fables
Estoient ils donc infatigables ?
Quoy,l'intrepideFils du brave Amphitrion
S'occupoit-il toûjours à vaincre un
Gelyon?
Cettefatigueaumonde cust estétrop
fatale.
On le vit quelquefois entre les bras
d'Omphale
Iouir d'un utile repos ;
La Quenouille à la main il filoit
avec elle ,
Et l'on ſçait deses grands tra-
Vaux
-
GALANT. 199
Qu'allantſedelaſſerauprésde cette
Belle
Il n'en fortoit que plus heros.
Ieme garderay bien de dire
Que d'Hercule en cela tendres imi
tateurs
Ils laiſſent quelquefois soupirer leurs
grands coeurs ;
Mais ils peuvent avoirchacun leur
• Dejanire ,
Etfans crainte , engoufter les charmantes
douceurs .
Ie vous promets pour eux qu'à leur
gloire fidelles ,
Ils iront aprés d'un grand pas
Chercher ces Ennemis quifuxent les
combats

Et qu'auretour des hirondelles
Tel qui s'en croitfauver,&qui n'y
penſepas ,
Sentira de nouveau ce que pesent
Leurs bras.
Is
200 MERCVRE
AVTRE,
DANS la rudeſaiſonoù la Bize
enfureur
Faitfentir en tous lieux ſa plus
granderigueur ,
Adompter Montmeillan la bravou
re Françoise
Occupe toute fon ardeur.
L'Allemande,&laBavaroise
S'exerce , au lieu de leſauver,
Aprendre des quartiers d'hyver
Surſes Amis àforce ouverte ,
Etfans tenter du moins d'en retarder
la perte ,
Anefonger enfin qu'à se bien con-
Server
Saviolente &malbonneſte ,
Mais chaude, &vineuse conqueste.
Tousſes vaſtesprojetsfont terminez
par là.
Vous en avez voulu ſcavoir la dif
ference.
Hébien , volontiers,la voila..
GALANT. 201
Cependant pour leprixde mon obéis.
Lance,
Alaquelle des deux, Climene,aprés
cela
Donnerez.vous la préference ?
Ah , c'eſt , me direz - vous à celle de
la France.
D'accord ; je vois quesa valeur
Dans tout ce qu'elle fait necherche
que la gloire ;
Mais l'Allemande d'autre humeur
Fuit les coups ,& n'aime qu'à
boire.
AUTRE.
:
Srbjuguer Nice2 Moms au re du Zephir ,
Et quand la Bize trop cruelle
Au com du feu nous fait tenir ,
Dompter Monmelian ,voila ce qui
s'appelle
Bien commencer, & bien finir,
Voicy encore trois Madrigaux
fur cettemeſme matiere.Lepre
16
202 MERCURE
mier eſt de M.de Lorme, Avo
catau Parlement de Grenoble .
SVR LA PRISE
deMontmeillan,& fur les vains
efforts de la Ligue.
1
MADRIGAL.
CE Fortfirenommé, qu'on croyoit
imprenable ,
Viens enfin de ceder à nos braves
François.
Aleur rare valeur rien n'est infurmontable
Sous LOUIS le plus grand des
Rois.
Tout prouve deformais ta puiſſance
admirable
De ce Monarque incomparable.
Allemans, Espagnols , Princes du
Nort,Anglois ,
Holandois, Savoyards, Liégeois ,
GALANT .
203
Et d'autres Alliez une troupe innombrable
Semblent n'avoir formé leur Ligue
épouventable ,
Quepour venir en Corpsfefoumettre
àſes Loix.

SVR LA PRISE
de Monmelian .
vellegloire à LouisleGrand!
Parle Siege de Mons il ouvrit la
campagne ,
Etfoudroya cettefiere Montagne.
Il la finit encor en Conquerant .
Ilprend un autre Montzimprenables
important.
En vain le Savoyard avec un air
d'audace ,
Deſon fameux rocher veut défendre
la Place ,
Il la renforce en vain des frimats
qu'il attend.
LesArmes de Louisfurmontent tous
obstacles ,
204
MERCURE
Ses Conquestes font des Miracles
L'Hyver il prend Monmelian.
SVR LA PRISE
de Montmelian , quia terminé
la Campagne de 1691 ouver
te par la priſe de Mons.
C
MADRIGAL.
Omment les deux Heros
Ligue si ficre ,
d'une
Le grand Naſſau le grand Baviere,
Ces Princes favoris de Mars ,
Ont-ils fouffert qu'on priſt en leur
prefence
Leurs deux plus fermes Boulevars ,
Sans vouloir feulement en tenter la
défense ?
Les François,dit l'un froidement,
Sont trop soft en campagne , est- on
preftàles batre ?
Et l'autre ajoûte bruſquement ,
Ilsyfont trop longtemps i on est las
de combattre.
C
SSIMI
PRINC
1. Dolivar fecit
DE
LYON =
*
1883
GALANT.
205
Comme je fais graver les
Medailles de l'Hiſtoire du Roy,
non pas ſuivant qu'elles ont
eſté frapées , mais felon qu'elles
tombent entre mes mains
celle que je vous envoye prefentement
devroit avoir eſté
une des premieres , puis qu'elle
marque le temps où Sa ма-
jefté acommencé à regner par
Elle mefme . On voitdans le revers
ce monarque armé à la Romaine
, &couronné de laurier ,
tenant en ſa main un Gouvernail.
Le Cube repreſente ſa fermeté
dans toutes ſes actions ,&
le Gouvernail , le maniement
des affaires de fon Royaume
dont il prend la conduite,
Vous avez ſcen la mort de
Mr la marquis de Braque , Colonel
du Regiment de la Saare,
& Gendre de mr de Brizac
206 MERCVRE
major des Gardes, Sabravoure
luy avoit acquis beaucoup d'eftime,
& l'on n'en ſçauroit douter,
puis qu'il eſt mort en faifant
fon devoiravec une intrepidité
furprenante . Son Regimenteftant
demeuré vacant , le Roy
l'a donné à mrle Chevalier de
Vaudrey , Capitaine -de Grenadiers
dans Tournon. Il eft
de l'illuſtre maiſon de Vaudrey
en Franche-Comté , alliée à
tout ce qu'il y ena de plus confiderables
dans cette province .
Il avoit eſté autrefois deſtiné à
l'eglife , & il avoit meſime pris
Phabit de religieux de Saint
Claude , que l'on ſçait qui ne ſe
donnequ'àdes perſonnes d'une
naifancetres- diftinguée . Il fut
depuis Chanoine dans l'eglife
de Besançon & ayant enfinquité
ſes Benefices pour entrer
GALANT. 207 .
dans le Service. Il s'eſt extrémement
ſignalé en Flandre , en
Irlande & Piémont. Mais rien
n'aproche de ce qu'il fit à Coni
on il entra luy dixième , & où
il fut abatu ſous trente-trois
bleſſures , & fait Prifonnier,
Le Roy témoigna eſtre fort
contentde cette action , & en
relevant fa Perruque , il eut la
bonté de faire remarquer les
coups qu'il avoit receus . M. le
Chevalier de Vaudrey eſt Fils
deM. le Comtede SaintRemy,
& Frere de M. le Comte de
Vaudrey , qui est fon aiſné . Il
a un Cadet d'Eglife , & des
Soeursdans des Colleges de Nobleſſe
en Franche-Comté.
Ce que je viens de vous dire
de Coni , me donne ſujet de
vous parler d'une action de bravoure
extraordinaire qui s'eſt
208 MERCVRE
faite au Siege de cette Place , &
qui eſt une des plus vigoureu
fes qu'on puiſſe trouver dans les
Hiſtoires. M. d'Urſon jeune
Gentilhomme âge de vinge
ans , Lieutenant dans le Regiment
de Bretagne , eftant à ce
Siege , fut commandé pour
conduire les Travailleurs de la
Sape du chemin couvert. Le
27. de Juin , comme il eſtoit
aprés fon Travail ,les Affiegez
firent tout à coup une Sortie ,
&ils la poufferent de telle forte
qu'ayant épouvanté ceux qui
devoient le ſoûtenir , il ſe trouva
ſeul & envelopé d'un grand
nombre d'Ennemis. Il en tua
trois ,& recent douze bleſſeures
, ſçavoir deux coups de
Bayonnette dans la poitrine
quatre coups de Sabre fur le
brasdroit, deux autres à la main
GALANT. 209
!
i
!
gauche , dont unluya coupé le
tendon de l'Index , & le rend
eſtropié ,& enfin quatre autres
fur la teſte , dont il y en aun qui
luy a emporté une grande piece
du Crane avec ſes deux tables
de la largeur & rondeur de deux
écusblancs.C'eſt le plus furieux
coup qu'on ait encore veu. On
voit laDure mere denuée d'os ,
&fon mouvement àdécouvert,
ce qui ſe verra toûjours , au
rapport de Mrs du Cheſne &
Beſſiere qui l'ont viſité depuis
ſon retour ,& qui ont certifié
que ces mouvemens ne peuvent
eſtre remis dans leur eftat natu
rel , à caufe de la departition
de l'Os qui a eſté emporté.
C'eſt en ces termes que leur
Certificat eft conceu. Cependant
aprés un coup fi terrible
qui le renverſapar terre , il eut
210 MERCURE
encorele courage de ſe relever,
& ayant un peu repris ſes ef
ptits , ilalla paffer fon épée au
travers du corps d'un Officier
Ennemy , où il la laiſſa . Cet
effort l'ayant étonné , le fit
retomber , mais on luy donna
Ja vie ,& ilfut mené Prifonnier
dans la Ville. Ily demeura trois
mois & demy , & il fut enfin
échangé ſur la fin d'Octobre ,
le Gouverneur de la Place luy
ayantdonnéd'amples Certificat
defon action. M. de Catinat qui
fit ſon éloge , luy en a encore
donné d'autres , qui luy ont fait
obtenir une Penſion du Roy
avecla continuation de ſa paye
de Lieutenant , juſqu'à ce qu'il
ſoit en état d'exercer quelque
autre employ plus confiderable .
Il eut l'honneur de faluer Sa
Majesté au commencement de
GALANT. 211
par
ce mois dans une coëffure bien
bizarre , puiſque ne pouvant
porter ny Perruque ny Chapeau
, ila uneCalotte d'argent
qui couvre ſa bleffure , &
deſſus unbonnet à la Dragonne
fourré de Martre par devant ,
qu'il n'ôtejamais, non pas mefme
dans l'Eglife . Toute la Cour
l'a regardé avec étonnement ,
&avoulu voir les pieces de fon
Cranequ'il porte toûjours ſur
luy. Ce jeune Gentilhomme
appartient aux Familles les plus
diſtinguées de Dijon & d'Autun.
Ces exemplesde valeur ont
dequoy'étonner les Ennemis ,
quinedoiventpas douter qu'il
n'y ait dans les Armées de Sa
Majefté quantité de Braves ,
dontrienn'egale l'intrepidité.
M. le Chevalier de Sainfens
, Capitaine Lieutenant
212 MERCURE
des Gendarmes de Bourgogne ,
eſtant mort ces derniers jours ,
leRoy a donné cette Charge
àM. deMezieres , d'un merite
diftingué & reconnu , & qui
eſtoit Sous Lieutenant de ce
mefme Corps . M. de la Meſſeliere
, Premier Exempt dans la
Compagnie de Noailles,&Neveu
de M. l'Abbé de la Vau ,
de l'Academie Françoiſe, a eſté
fait Sous-Lieutenant en la Placede
M. de Mezieres .
Pour vous répondre ſur ce
que vous demandez ſi les Lotteries
font encore un des divertiſſemens
du Carnaval,comme
elles firent l'année derniere, je
vous diray qu'il y en a peu, &
que l'on ne parle plus que de
celle de M. de Philidor l'aîné ,
Ordinaire de la Muſique du
Roy,qui fut ouverte à Verfail- "
GALANT.
213
les le Carnaval dernier , & qui
ſera tirée la premiere ſemaine
de Careſme , chez Madame la
Princeſſe Douairiere de Conty
ce qui ne ſçauroit manquer ,
puis qu'elle ſe trouve remplie ,
atres-peude choſe prés,de forte
que fi ceux qui ont deſſein
d'y mettre ne veulent pas être
furpris ,ils n'ont pointde temps
à perdre, Cette Lotterie eſt faite
fur le modelle de celle de
Veniſe , où il n'y a qu'un ſeul
Lot. Il eſt d'une Maiſon qui a
eſté priſée par ordre du Roy ,
& qui eſt eſtimée par justice
vingt&un mille fix cens livres
Elle eſt loüée quatorze cens
livres ,& comme les Billets ne
font que d'un écu,il n'y a perſonne
qui ne puiſſe eſperer un
ſi gros Lot pour une fi modique
fomme. Ceux qui ont ſouvent
214 MERCVRE ۱۰
5
éprouvé la fortune favorable ,
ne doivent pas manquer une fi
belle occafion , qui leur apprendras'ils
ont lieu de ſe flatter
qu'elle ne changera point.
On prend tant & fi peu de
billets que l'on veut. Ils ſe diſtribuent
à Paris chez le fieur
Louvet Marchand Papetier ruë
de l'Arbre ſec à l'Empereur ,
&à Versailles chez M. de Philidor
, ruë de Bel air.
Je viens à l'Enigme dont le
veritable mot étoit l'Epée.Ceux
qui l'ont trouvé font Mrs le
Comte de Quermeno ; le Vicomte
Perdoulx de Beauregard
F.Maroy: Loüis Bouchet:ancie
Curéde Nogent le Roy : Bonnard
de l'Hostel du Queſnoy ,
Place Royale : Verdel, Doyen
des Chanoines de Noſtre-Dame
de Pontorfon: Turrault de
la
GALANT .
215
la Coffonnerie , Chanoine du
Mans: Thomas, Maiſtre de Penfion
du Fauxbourg S.Antoine :
Champagne le jeune,Chanoine
de Troyes : Dumefnil-lebois
d'Abbeville : C. Hutuge
d'Orleans :Cognard Maiſtre de
Muſique : le Petit Paifne du
Grand Turcde la ruë S.Honoré:
le Bas le jeune ,& fon aimable
Soeur de la ruëS.Germain :
le Triumvirat de Bourg en
Breffe : l'Amant de ſa Voiſine
de Carentan , & le Berger Floriſte
du Septentrion : l'Indifferent
de la ruë du Mail,& fa par--
faite au Claveſſin de la ruë S.
Pierre : le Doyen de la ruë des
Boules .Le Preuxde S.Quentin:
l'Amant fans fard de Diepe:les
nouveaux mariez ,de la ruë Aubry
boucher : l'Amant Limitrophiſte
du Quay de la Tour-
Ianv.1692 . K
216 MERCVRE
1
nelle : Pionneau : L.D.M. de la
ruëdu Temple de Troyes : le
Chevalier deBaffigny, le brave
Baptiste des Jardins de la ruë
des Bourdonnois ; l'Inconſtant
malgré luy de S. Germain en
Laye : le Paſſionné de la charmante
& impitoyable Blonde
de la ruëde la Sourdiere ;Mef..
demoiselles Ravet; de Louche,
&Rolland : l'aimable & touchante
Champion,la fpirituelle
Rolland, & la charmante Raillard,
toutes trois de Vezoul en
Franche Comté:la belledeTaveaux:
la Mere du Joly-Trio: la
Blanche Mimie,& fon aimable
Loulois de la ruë Vivien : l'aimable
&mignonne Boifot:l'aimable
de Vernay , & les deux
aimables Soeurs d'auprésdupalais
de Granvelle , toutes cing
deBesançon:CathosChevalier,
1
GALANT. £17
de la ruë Trouffe- vache , & la
grande Brune de la ruë Tirechape
: les trois blondes Bergeres
du Quay de la Tournelle :
l'Aimable Fiancée de Montluel
: la belle Provinciale de
l'Hoſtel des Urſins : la belle &
brillante Deſmarefts , de la ruê
desMauvaisGarçons:l'Amie de
la jeune Muſe : la toute charmante
Honorée dans le Cloif
tre : les deux Beautez de loiſir
duQuay des Auguſtins : la mignonne
Mere de la Barriere S.
Honoré : les Muſes de la rue
du Parc-Royal: la belle Minerve
: la belle Solitaire du Faux
bourg S. Server de Roüen à
l'Anagrame eft vray modelle
d'ange,&fon fidelle amyde la
meſme Ville ;
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye, eſt d'un Cavalier
K 2
218 MERCVRE
d'Angers , dont vous en avez
déja veu d'autres.
ENIGME.
fersddaannss uunn Palais,comme dans
JER u Hameau .
Ou jesuis profitable , ou je mets au
Tombeau.
Mademeure n' n'est que d'écailles:
Et quand j'aurois causé les tristes
funerailles
D'unhomme dela Cour , & mesme
d'un grand Roy.
On ne m'entreprend point ; deux
Gardes présde moy
SontSeuls chargez de ma deffence
Si malgréleursfoins onm'offence.
Onpeut me rétablir , fans de fort
grands efforts ,
Et me mettre en état de rentrer
dans leCorps.
On a besoin de moy dans la Paix ,
danslaGuerre.
DEL
LAPI
THEQUE
LYON
D'un coup mortelfon
frappée.
218.
MERCVRE
A
1
alir
b3
2
Fruie plaisifpe
evousparoisses ereain oumon
bao
fuies plaisirsfuies pourgoutere.
66
bejoin de moy dans la Paix ,
dans la Guerre.
GALANT. 219
Onmeporte Sur Mer , on me porte
furTerre.
Quoy que fi neceſſaire on medonne
àvil prix ,
Maispour s'en bienſervir , ilfaut
l'avoir appris.
Je vous envoye un Air nouveau
, ſur une plainte fort ordinaire
aux Amans qui font
privezdu plaiſirde voir ce qu'ils
aiment...
AIR NOUVEAU.
Foyez Plaisirs , fuyez pour
gouster vos appas
De ma juste douleur je suis trop
occupée.
Vousparoiſſezen vain on mon Bergern'estpas.
D'un coup mortel fon départ m'a
frappée.
K 3
220 MERCVRE
1
Fuyez , Plaisirs , fugez , pour
goustervosappas,
De ma juste douleur je fuis trop
оссирее. 1
Le Sr Coignard , Libraire ,
du Roy , ruë S. Jacques , à la
Bible d'or , commence à debiter
lephte, Tragedie de M.
Boyet , de l'Academie Françoife.
Vous devez avoir entendu
parler de cette Piece , aprés le
grand nombre de lectures qui
en ont eſté faites depuis un an
chez M.l'Abbé Teſtu , dansde
grandes Aſſemblées , que l'on a
veu toûjours compoſées d'une
infinité de gens d'eſprit , &de
perſonnes d'un rang diſtingué
de la Cour& de la Ville. Si la
lecture ne luy donnoit pas toutes
los graces que les Ouvrages
de cette nature ont accoutumé
1
GALANT. 221
de recevoir fur le Theatre, des
differens Acteurs qui les reprefentent
, elle avoit en recompenſe
les ornemens d'une excellente
Mufique , de la compoſition
de M. Oudot. Tous
les Choeurs estoient chantez ,
& le chant s'accommodoit fi
bien aux paroles , qu'il eſtoit
impoffible de ne pas entrer das
les mouvemens de crainte , de
douleur, ou de joye qu'elles exprimoient
, felon ce qui ſe paf
foit fucceffivement. Aufſi peut-
-on dire que cet Ouvrage a receu
une approbation generale ,
&qu'il eſt un des plus beaux
que nous ait donnez ſonilluftre
Auteur. La beauté des Vers y
fontient par tout celle du ſujet,
&quoy qu'il ait eſté obligé
d'en retrancher , comme il le
marque dans ſa Preface , tout ce
K 4
1222 MERCVRE

qu'il y a de plus vif& de plus
humaindans les Tragedies ordinaires
, c'est-à-dire , les em-
-portemens de l'amour profane
il l'a fi bien diverſifiée par tout
ce que la tendreſſe du ſang peut
trouver de plus propre à intereffer
& à émouvoir le coeur ,
que rienne laguitdans l'action.
Ce que vous admirerez dans
cette excellente Tragedie,c'eſt
que le principal Incident du fujet
, qui eft le Sacrifice d'une
Fille par les ordres de ſon Pere,
ayant eſté déja vû fur le Theatre
, il l'a conduit avec tant d'a--
dreſſe , qu'il luy a donné une
forme qui le fait paroiſtre tout
nouveau .
On vient d'imprimer un autre
Livre,intitulé,Des motsà la
mode , & des nouvelles manieres de
parler. Ce font deux Diſcours en
GALANT. 213
!
forme de Dialogues,dont la lecture
donne beaucoup de plaifir.
On y trouve des tableaux
faits d'aprés la nature,de diverſes
manieres d'agir , & de s'ex-
☐ primer de pluſieurs gens de la
Cour & de la Ville , & s'ils ne
plaiſent pas également à toutes
fortes de gens , cela ne ſçauroit
venir que de ce que quelquesuns
fe reconnoiffent dans ces
peintures generales , quoy que
l'Auteur affure qu'ilne les afai
tes pour perſonnes en particulier.
Cependant quoy qu'ils s'y
trouvent avec leurs defauts favoris
, & qu'ils paroiffent avoir
quelque ſujetde ſe plaindre,lors
que l'on fait remarquer ce qu'il
ya de ridicule dans les effetsde
leur vanité , ils ne doivent pas
en vouloir du mal au peintre ,
qui ſans les connoiſtre les a re-
K
224 MERCVRE
4
preſentez tels qu'ils font. C'eſt
àeuxà reformer les Originaux,
&àregler leursdiſcours & leurs
actions d'une maniere qui ne
les expoſe plus à la raillerieny
àla cenfure. Ce Livre qui ſe
vend chez le Sr Barbin au Palais,
contient auffi un Difcours
en Vers fur les meſmes matieres.
Je ne vous diray riende ſon
Auteur,dont le merite eſt aſſez
connu par d'autres Ouvrages.
2. On trouve chez le SrQuinet,
auffi Libraire au Palais , une
Nouvelle galante , qu'il debite
-depuis peu ſous le titre Des
Agrémens&Chagrins du Mariagr.
Comme il y a du pour & du
contre, l'Auteur y a fait entrer
beaucoup de peintures agreables
, & peut-eftre y a-t-il peu
de perſonnes qui n'ayent intereft
à prendre party fur cette
GALANT. 225
matlere. Quoy que cetOuvrage
puiffe paffer fimplement
pour un Jeu d'eſprit , on en peut
tirerde grandes utilitez.La converſationde
Philogame & d'Antigame
, dont l'un défend , &
T'autre blâme ceux qui ſe marient
, inſpire les ſentimens de
défiance que l'on doit avoir du
coeur humain,& fait connoiſtre
qu'il eſt dangereux de s'engager
dans le Mariage par la ſeule
veuë du plaifir permis. Dans
** I'Hiſtoire de Syngamis & d'Agamis
Sophronie apprend aux
-honneſtes Femmes les manieres
dont elles ſe doivent ſervir
pour retirer leurs Maris du libertinage
, & Scortine fait voir
en mefme temps , qu'il ne faut
jamais ſe confier àune Fille que
l'onvoit dans le deſordre, La
vie& la mort de l'un &de l'an-
4
226 MERCVRE
tre, je veux dire de Syngamis
& d'Agamis, nous fervent d'inſtruction
,& nous apprennent
-qu'autant qu'un homme fage &
bien reglé vit heureux & meurt
content , autant un 'débauché
vit inquiet & meurt malheu-
Σ
reux,
Monfieur le Duc de Chartres
ayant fait voir dés ſa plus
grande jeuneſſe qu'il feroit un
Prince accomply , & qu'il devroit
àfon heureux genie , à fon
-bon naturel , & au Sang auguſte
dont il eſt forty , ce que la plus
part deceux d'une fi haute naiffance
nedoiventqu'à de grands
- foins , & à un grand nombre
d'années , vous ne devez pas
vous étonner ſij'ay ſouvent eu
:des occafions de vous faire fon
éloge . On ne pourroit rien defirer
en luy , quand meſme il
GALANT. 227
feroit dans un âge beaucoup
plus avancé. Il poffede toutes
les Sciences qu'un Prince doit
ſçavoir. Il aime non ſeulement
le métier de la Guerre , mais il
a toutes les lumieres , & toute
la valeur neceſſaire pour l'exercer.
Il n'a pas moins toute la
galanterie que peut inſpirer
fon âge; ſes manieres font honneſtes
,& fans defcendre de fon
rang , il fait voir une affabilité
qui luy gagne tous les coeurs,
Toutes ces chofes luy ayant acquis
l'eſtime du Roy , & Sa
Majesté voulant luy en donner
des marques en le mariant , a
declaré que ce Prince épouſeroit
le mois prochain Mademoiſelle
de Blois. Les avantages
que le Roy leur fait ſont ſi
confiderables , que' toutes les
parties en font extremement
1
228 MERCURE
fatisfaites. Sa Majesté unit par
ce Mariage le plus illuftre , &
le plus beau Sangdu monde. II
joint le merite au merite , l'efprità
l'efprit , & allie la vertu
à la vertu . Leurs Alteſſes Royales
Monfieur & Madame ont
receu fur ce Mariage les Complimens
de toute la Maiſon
Royale , des Princes , & Princeſſes
,& de tout ce que laCour
& la France ont de diftingué
Monſeigneur le Dauphin
étant venu au Palais Royal la
femaine derniere , y fut traité
par Monfieur avec la magnificence
qui eft ordinaire à ce
Prince. Il alla l'aprés -dînée voir
l'Opera d'Armide , aprés quoy
il y eut grand jeu au Palais
Royal , & le Jeu fut fuivi duBal,
où l'on receut toutes les perfones
de distinction , & tous les
GALANT. 229
Maſques , de forte que pluſieurs
appartemens s'en trouverent
remplis auffi bien que la grande
Galerie. Il y eut grande Colation
, & le Bal dura juſque bien
avant dans la nuit.
On a eu avis de Rome , que
dansun des derniers Confiftoi
res , l'Archevefchéde Sensavoit
efté preconiſé pour M. de la
Hoguette , Evefque de Poitiers
l'Eveſche de Marseille , pour
M. l'Abbéde Vintimille de Luc
celuyde Nifmes pour M. l'Abbé
Flechier de l'Academie
Françoife , &celuy de Soiffons
pour M. l'Abbéde Sillery . On
appelle préconifer lors quedans
le Confiftoire de Rome , un
Cardinal fait la propofition de
celuyqu'un Ray , ouun Souve
rain , anommé à quelque Prélature,
en vertudes Lettres dont
230
MERCVRE

C
il eſt porteur , pour la faire
agréer au Pape , qui donne enfuite
fa collation . Onn'en preconiſe
jamais plus de quatre à la
fois dans un Confiftoire pour
une Couronne .
Je vous manday la derniere
fois que Madame de la Vauguioneftoitmorte.
Le bruitqui
s'en eſtoit répandu s'eſt trouvé
faux. Je ſuis , Madame , voſtre ,
&c.
AParis , 31.de Ianvier 1692 .
On continuë les Entretiens
en forme de Paſquinades , dont
le dixiéme ſera debité le 1 5.de
Fevrier. Le bon accueil que fait
le Public à cet Ouvrage , oblige
l'Auteur d'en donner la fuite.
Quandil aura achevé l'Hiſtoire
du Prince d'Orange , qui ne 1
GALANT.
238
contiendra plus que trois Entretiens
, il paffera à d'autres
matieres , qu'il renfermera fouventdans
un ſeul ,& qu'il poufſeraquelquefois
juſques àdeux,
mais fans l'étendre jamais davantage
, afin de fatisfaire ceux
qui aiment les nouveautez .
En vous parlant du Premier
Medecin de Mademoiselle
d'Orleans , je vous l'ay nommé
M. de Provenzal , au lieu deM.
de Prouvenza.THEQUE DELAVILE
LYON
*
1893
*
L
T
4
C TABLE .
Rélude. I
Discours prononcé parMr le Comte
de Rebenac , 2
- Détail curieux touchant l'Eglise de
Strasbourg . 15
Réponse àla Lettre touchant les vapeurs
, 24
Prise d'habit au Monastere de
Montfleury prés de Grenoble. 60
Sonnet pour une perſonne qui a rea
3 nonce au monde , 54
Stances . 456
Momie,avec tout ce quiſepeut dire
de curieux fur ce sujet,&fur les
Pyramides d'Egiptes 64
Etreines galantes. 99
Autre galanterie. 102
Autre.
TABLE.
L
105
Etabliſſement d'une Academie de
Peinture&de Sculpture à Bordeaux
, 106
Mr de Prouvenza eft nommépremier
Medecin de Mlled'Orleans , 112
Livres nouveaux .
114
M.Toureileftnommépourremplir la
placequi vaquoit à l'Academie
Françoise par lamors de Mrle
Clerc. 122
Articles de la Capitulation de Limeric.
123
Journal du Voyage du Royd' Angleterre
en Bretagne , avec la receprion
qui luy aestéfaite par les
lieux où il a paffé. 18148
Benefices donneZpar le Roy. 15s
a
Morts. 160
$ Versfaits par une Damedeux jours
avant samort. 170
9 Mariage de M.le Marquis du
1 Guast, 172
TABLE .
Nouvelles particularitez touchant
le Siege de Montmelian, avec
la Capitulation,.. 179
Détail de ce qui s'est passé touchant
le fecours que leDuc de Savoje
vouloit donner à cette Place. 184
Divers Ouvrages faits fur la prise
de Montmelian . 190
Regiment de Mrde Braquedonnéà
Mr de Vaudrey .
Action extraordinaire
Charges données par le Roy
Article des Enigmes .
Autres Livres nouveaux .
206
207
21
218.
220
Le Roy declare leMariage deMile
Duc de Chartres avec MademoiselledeBlois.
226
Bal donné au Palais Royal. 128
Nouvelles de Rome. 229
Avis. 230
Fin de la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le