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1691, 11 (Lyon)
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7.01 Mo
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253
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me
R.P. Claudius Franciſcus Meneſtrier Societatis
JESU Bibliothecam Collegii
LugdunenfisSS. Trinitatis pio hoc
munere locupletavit,


807156
MERCURE
GALANT.
DE
LYONS
DEDIE A
MONSEIGNEURLYON
LE DAUPHIN
Meg.Lugd. St. Trenil.
NOVEMBRE 1691 .
peich. Yere cat Yus.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAUCRY,
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC. XCI..
Ausc Privilege duRoy
** ******** * િ
LE LIBRAIRE
au Lecteur..
L'On continue à diftribuer
le201
'de chaque Mois les Affaires
du Temps pour 7. fols chacun, contenant
la Vie du Prince d'Orange
depuis son enfance.
LIVRES NOUVEAU X
du mois de Novembre 1691 .
La Philofophie de Mr Regis,
7. v. ind. 12.1.
La Nouvelle Geometrie
pratique de Mr le Boulanger ,
parMr Ozanam, ind. 2. liv.
La Connoiffance des Temps:
de1692. ind. 20.f.
L'Almanach de Milan , ind.
12. fols.
L'Almanach de Liege , inſeize
15. fols.
Traité des Dragons & des
Eſcarboucles , par Monfieur
Panthot , Docteur en Medeci
ne , ind. 10. f.
Vous aurez le Mois prochain plu
fieurs Nouveautez .
TABLE.
Drelude.
LettreàDomCrispinBotello. 8
Idylle de M. de Senecé.
14
Description des réjouiſſances faites
à Alep pour la prise de Mons &
deNice..
26
Eloge de la Mere Agnés ancienne
Prieure des Carmelites du grand
Convent .
44
Egloguefur la mort de Mrde Louvois.
2.
Réponse à Mr Batonean , par Mr
de la Broffe Auteur de la Lettre
fur lesvapeurs. 60
Nouvelle Carte des Pays-bas. 112
La conspiration des planetes & de
la Cometecontre leSoleil. 115
Hiftoire.. 122
TABLE.
Ouverture du Parlement, &tout ce
qui s'est passé en cette occafion..
139
Patentes du Roy pour l'établiſſement
de l'Univerſité de Dole à
Besançon.. 145
Benefices donnezparle Roy. 153
Grands fruits de la Miffiondu Pere
Ventimille Theatin dans l'iſle
de Borneo , avec un detail curieux
de tout ce qui s'y est paſſe..
157
Mr l'Abbé d'Auvergne est reces
Chanoine du grand Chapitre de
Strasbourg.
Morts.
173
176
Mariage de M.de Barbefieux&-
de Mad. d'Uzez. 197
Mr Pavillon est nommé àl'Acade--
mie Françoise àla place de feu-
Mrde Benferade, 198
Derniers Versde Mr Pavillon. 199
Livres nouveanx.. 20
TABLE ..
Articledes Enigmes .
Nouvelles de la Porte.
211
213
Nouvelles de Pologne.. 217
- Nouvelles de Flandres. 218
Nouvelles du Piedmont.
219
: Mariage de Mrle Marquisde
Courtenvaux. 220
Preſens faits par le Roy. 2.2I
Detail de ce qui s'estpasséà laprise
d'un Vaisseau Anglois & Oftendoispar
les Vaiſſeaux du Roy, 221
Nouvelles du Siege de Montmeillan..
222
Mr de Monthelon est nommé Pre
mier President de Roüen..
1
J
و
Fin. de la Tables .
2
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par ,
Dans l'Etat où jesuis , doit regarder
la page 212 .
LaMedaille page 1 .
I
MERCURE
GALANT
REQUE
BIBLA
*
DETA
LYON
NOVEMBRE 1691.
NFIN , Madame ,
voilà la Campagne
finie , & le Roy
atriomphé par tout
de ſes Ennemis , quoy qu'il
euſt les efforts de preſquetoute
l'Europe à ſoutenir. le me
trompe , & l'on doit dire à preſent
que c'eſt l'Europe qui
avoit à foutenir les efforts du
Νου. 1691 . A
2. MERCVRE
Roy , & qu'elle a eſté bien
punie dans ces dernieres années
, des Ligues qu'elle a
faites contre un Prince qui ne
penſoit qu'à vivre en paix , &
qui ne croyant pas ſes Ennemis
d'aſſez mauvaiſe foy pour rompre
la Tréve , n'avoit ny affez
deTroupes levées pour entrer
en guerre , ny aſſez de fonds
faits pour s'oppoſer aux attaques
de la moindre partie de
ſes Ennemis , lors qu'il eut des
nouvelles aſſurées de la Ligue
qui avoit eſté faite contre luy,
& que le Prince d'Orange
paſſoit en Angleterre , pour
venirenſuite avec ſon Armée,
& celle de ce Royaume , fondre,
ſur laFrance , & feconder
les Alliez , qui ne devoient lever
le maſque , & entrer en
action qu'en ce temps là. Le
GALANT.
3
Roy fit des efforts ſurprenans
pour les prévenir. Il s'empara
d'arbord de Philiſbourgmalgré
tous les projets des Princesliguez.
Il mit quatre Electorats
hors d'eſtatde luy pouvoirnuire
, en forte que les lieux par
où les Ennemis avoient reſolu
de paſſer pour inonder la France,
ne pouvoient plus leur
fournir de quoy faire ſubſiſter
leurs grandes Armées.Dans la
ſeconde Campagne , ce Monarque
gagna la Bataille de
Fleurus en Flandre ,& celle de
Staffarde. Il conquit toute la
Savoye , & défit ſur mer les
Armées Navales d'Angleterre
& de Hollande , qui s'eſtoient
toutes deux diſputé l'empire
de la Mer , que ce Prince s'eſt
incontestablement acquis par
cette Victoire. La troiſieme
A2
4
MERCVRE
Campagne qui vient de finir
ne luy a pas eſté moins gloricuſe
. Il s'eſt rendu maistre
de Mons , Capitale du Hainaut
, & la plus forte Place des
Pays bas , pendant que tous
les Alliezaſſemblez à la Haye
prenoientdes meſures pourla
ruine totale de la France . Il a
pendant la meſme Campagne
fait repentir Liege de fon infidelité
, à la honte deces mefmes
Alliez , & du Prince d'Orange
, qui ayant les armes à
la main , napû luy donner aucun
ſecours. Ce Monarque l'a
arreſté pendant toute la Campagne
avec toutes les forces
d'Angleterre & celles d'une
infinné dePrinces .Ill'a obligé
de ſe retirer , quinze Eſcadrons
de ſes Troupes en ont
defait à plate couture plus de
GALANT.
5
foixante des meilleures des
Alliez , & de leur bonne Cavalerie
Allemande . En Allemagne
, fon Armée a vécu
pendanttout ce mefme temps ,
malgré toutes les Troupes de
tous lesSouverainsde cette fiereNation,
de toutes leurs Villes
libres ,& de tous leurs Cercles
le long des deux.bords du
Rhin , aux dépens de tant
d'Ennemis . On a fait de mefme
en Catalogne , où l'on s'eſt
contentéde prendre quelques
Chaſteaux pour avoir entrée
dans le Pays ennemy , & y
vivre jusqu'à ce que l'on ait
pris les quartiers d'hiver. On
a bombardé Barcelone & Alicante,
pour montrer la ſuperiorité
qu'on avoit fur mer
comme ſur terre. On a pris
dansla meſme Campagne Vil-
A3
6 MERCVRE
lefranche & Nice , quiavoient
eftéregardées juſque-là comme
imprenables , & l'on a fait
trembler Turin , d'où la Cour
de Savoye s'eſt retirée , ne
s'yeſtant pas cruë en ſeureté ;
& pour ce grand nombre de
conqueſtes , on a abandonné
Carmagnole aux Ennemis.
Outre quecette Ville n'eſt pas.
une Place de guerre ., beaucoup
de gens ſçavent qu'on
n'en eſt ſorty , que parce qu'il
avoiteſté réſolu auparavantde
nepas hiverner en Piedmont ,
où l'on a fait voir par la maniere
dont on a repouſſé les Ennemis
auprés de Suze , qu'il eſt
dangereux d'attaquer ce que
nous avons reſolu de garder
& que les Ennemis perdent
plus aux ſeules approches de
nos places , que ne nous couGALANT.
7
1
tent leurs plus forts remparts ,
quand nous avons entreprisde
nous en rendre maiſtres . Ic
devois commencer ma Lettre
par un kloge du Roy à mon
ordinaire , mais le recit tout
fimple de ce que la France à
gagné pendantles trois dernieres
Campagnes en fait un fi
grandqu'il n'eſt pas besoin que
j'en diſe davantage .
Vous m'avez ſouvent marqué
que je vous faifois plaifir
de vous faire part de tout ce
qui s'écrivoit fur les Affaires
publiques dans la conjonctu
re du temps où nous ſommes.
C'eſt cequim'oblige de vous
envoyer la copie d'une Lettre
écrite par un Conſeiller du
Parlement de Malines , à un
Amy qu'il a en Espagne .
A4
8 MERCVRE
A DOM CRISPIN
BOTELLO .
Vousm'avez fait plaisir, &
mes Confreres , de
m'apprendre que le Roys'applique à
la connoiſſance des plusimportantes
affaires de la Monarabie. C'est
une grande confolation pour tous
les Peuples , de sçavoir que leur
Maistreſonge à leur soulagement
mais commele premier de tous les
Soins de ceux qui scavent gouverner
, est le maintien de la Religion
dans toutefa pureté,dot la Monar
chie d'Espagne s'estoit toujours fi
bien trouvée, nousne pouvons comprendre
comment on l'abandonne
honteusement dans toutes les principales
Villes duPays.bas Catholi
que , où les Peuples font plus por
tez que dans aucun lieu du monde
1
GALANT.
Afacrifier leurs vies & leurs biens
pour lafoutenir. Cependant, Monfleur,
noftre foibleffeattire ànostre
fecours des Amis Protestans , qui
fous pretexte de nous défendre , ſe
rendentpeu àpeu Maistres abfolus
cheznous. Ils établißent le libre
exercice de leur Religion , ufurpent
toute l'autorité de's Magistrats ,
de nos Gouverneurs , & mesme
celle du Roy nostre Maistre , &
sits tolerent encore l'exercice de
nostre Religion , ce n'est que par un
pur effet de politique, qui ne leur
permet pas de se declarer avant
que de s'estre emparez de toutes les
Fortereffes , & d'avoir réduit les
Princes Catholiques qui se font
joints à eux aveuglement , à ne
pouvoir plus s'oppofer à leurs def.
Soins. Je vous avoue , Monsieur ,
que je ne puis comprendre quelle
oft la lethargiedu Roy d'Espagne,
ΑΣ
10 MERCURE
quiſouffrepatiemment qu'on enuse
envers elle de la mesme maniere
qu'on a fait envers le Roy Iacques
, &qu'au lieu deſe plaindre
comme luy , elle reconnoiffe comme
Son Bienfaicteur , celuy qui luy ofte
le plus beaufleuron deſa Couronne,
&qui ne l'aura pas plûtoſt aſſuré
furfareste, qu'il levera lemasque..
&fera voir queſa principale politique
conſiſte à établirfa dominationſurla
ruine de nostre Religion,.
& à incorporer nos Provinces
auffi-bien que les Etats Generaux ,,
à la Couronne d'Angleterre. Je
craints bien que s'il continueàfaire
autant de progrés qu'ila fait jusqu'àpreſent
ſur la Couronne d'Efpagne,
&fur tous les Etats qui en:
dependent , le Roy nostre Maistre
ne se voye bien- tost redust , ausst
bien que le Roy lacques , à implorer
L'aſſiſtance du Roy Ires. Chreftien
6
GALANT.
&je crois qu'il n'y a point de bon
Catholique , ny de bon Espagnol,
qui connoiffantle zele de ce Prince
pourle maintiende nostre Religion,
nefoit obligéde prier Dieu qu'illuy
donne assez de profperitez pour
-confondre nos prétendus Amis ,
qui dans le fondfont encoreplusnos
ennemis , que ceux qui nous atta.
quent ouvertement. Eftil possible
que dans toute vostre Cour il n'y
ait pas unEcclesiastique ny unReligieuxaffez
ferme , & qui ait aſſez.
decourage pour representervivemes
au Roy , & àfon Confeil , combien
ilsseront responsablesdevant Dieu
du préjudice que nostre Religion
fouffre de leurlachté, &ne craignent-
ils pas que pour la décharge
de nostre confcience nous neſoyons
enfin obligez nous-melmes de nous
declarer contre coux , qui abusant
defon nom& de fon autorité , ne
A 6
12 MERCURE
travaillent , ſous prétexte denous
défendre , qu'à ruiner entierement
la Religion Catholique , &à nous
aſſujettir àleur obeiſſance ? Enfin ,
Monfieur , il n'est pas moins du
devoir du Roy nostre Maistre de
nous proteger contre les Ennemis
de nostre Religion & de nostre
liberté , que du nostre , de lux obeir
& s'il nous laisse perir , on doit
craindre que nous ne cherchions un
p'us puissant Protecteur, Vous estes
dans unpoſte àpouvoirfaire enten
dre nos plaintes ,& je m'adreſſe à
vous pour vous dire ce queje penses
mais si je vous informois des la
mentations & des justes reproches
qu'une infinité de sujets nousfant
tous les jours , vous croiriez que
toutes les veritez que je vous exa
poſerois ne seroient que de pures
exaggerations. Ainsi j'aime mieux.
metaire , & laiffer à la voix pur
GALANT.
blique à vous apprendre une infinité
de faits qui vous persuaderont
dela quineinévitable de la Religion
Catholique dans nos Provinces
de l'aneantiſſement de l'autorité
du Roy nostre Maistre , & d'une
promte reduction de tousſes" Sujets
àl'obeiſſance du Roy Guillaume. Le
fuis ,ba..
J
Mr Coypel le jeune , en
quile mérite dans ſa Profef
hon eft hereditaire , a donné
l'idée des Vers fuivans par
un excellent Tableau , dans
lequel il repreſente la colere
de Jacob trompé par Laban ,
lors qu'illuy ſuppoſa Lia dans
fon lit à la Place de Rachell
Ces Vers ſontdeMr de Senecé,
Premier Valet de Chambre de
de la feuë Reine. Tous ſes
Ouvrages ont tant de juſteſſe
14 MERCURE
& de bon gouft& fontfi generalement
approuvez qu'eſtant
au deſſus des loüanges que je
leur pourrois donner , je me
contentede vous dire que vous
les lirez avec plaifir.
AMonfieur Coypel le Fils..
JACOBET LABAN.
N
On , non vous n'êtes point
dufang des Patriarches ;
De cefangfidelle, &pieux ,
Et dans vos trompeusesdémarches
Je ne reconnois point nos illuftres
Ayeux.
Je Sçais que la Beauté dont mon
-ame est éprise
Parſept ans de travaux ne pouvoit
estre acquise,
Un fiècle eût étépeu pour plaire à
Ses beauxyeux
GALANT. Is
Mais cependant , Cruel ,vous me
l'aviezpromise !
Helas , le tendre Amour dont jeme
fens brûler 93
Devoit- ildonc périrpar un lache
artifice?
- Eſtoit ilreſervé pour l'affreux Sas
crifice
Où vous venezde l'immoler ?
Pouviez- vous mepercerpar un trait
plus funeste?
Pouviez - vous plus avant poufferla
trabifon ?
Arracher à mon coeur tout l'espoir
qui luy reſte!!
L'unir à tout ce qu'il detefte ......
O Ciel foûtenez ma raiſon .
Bar choix , ou parsurprise , elle est
enfinma Femme ,
Ilfaut l'aimer..Et le pourray-je
belas!
Pourray jo ( Malheureux! ) maistre
de tant de flame ,
5 MERCVRE
Lefa charmante foeur oublier les
appas?
Ah! Laban ! ah ! perfide ! Auteur
de montrépas ,
Trop de douceur me livre aux maux
quevous me faites:
Vous m'auriez respectésij'en avois
moinseng
vous êtes.
Mabonté m'avilit , Barbare que
Que n'avez vous à faire au barbareEfaü
!
Ainfile coeur outred'un cruelſtrata
gême
Jacob exhalefa douleur ,
Etprivéde Rachelqu'il aime
Desnôses de Liadéplore lemalheur
Du juste couroux qui l'inspire
Sa vertu modere lefeu.
La Sageffe craint d'en trop dire,
Et l'amour outrage craintd'en dire
troppew
GALANT .
17
:
Ses yeux étincelans lancent des
traits deflame ,
Defes bras étendus le geste est menaçant.
Ses cheveux herißez par l'horreur
qu'ilreffent
Elevent furſonfront le trouble de
Son ame ;
Jusquedansses babits paroît l'émo
tion
Qu'excitedansfon coeur l'amoureu
Sefurie,
Et la volante draperie
Va dans les Airs émeus peindre fa
5
paſſion.
Le faux Vieillard fur une pierre
affis ,
D'un froid deſeſperant écoute cas
reproches.
Lafureur de Jacob fritfursonfenss
raffis
18 MERCURE
Moins d'effet , que le Flot brifécontreles
Roches.
Toujours aux trahisons le Scelerat
estprompt ,
Les marques n'en sont point
douteuses
La timide pudeur nose aborder
Son front ,
Etcraint des'abimer dansſesrides
affreuses:
doyans
Sa longue barbe griseà replis on
Desreplis defon coeurcouvre la tur
pitude.
Son air moqueur, ses yeuxrians
Moins par temperament encor que
par étude,
Afon Gendre abuse font des rémoins
crians
Defa criminellehabitude.
12
Leune homme , luy dit- il, tu parois
déchainé
GALANT. 19
1. Est- ce un fi grand outrage,unaffront
A1
et
fiſenſible
De t'avoir fait mon Fils aîné ?
unfi bon Serviteur je ne puis me
défaire.
Queferoient mes Troupeauxprivez
de ton fecours?
4
Pourmériter l'objet de tes Amours
de Sept ans de plus ne fontpas une
affaire.
airsmutins
*. Ilfaut recommencer. En vain tes
Ofent nous annoncer defunestes de
Sastres.
Va , jenere crainspoint , &je com
mande aux Aftres
Qui reglent tes deftins..
La charmante Rachel , préfented
la querelle ,
Couvreſes interés sous un air indolent
,
Et par un maintien nonchalant
20 MERCVRE
Deguise de fon mieux une peine
cruelle.
*
MaisSesefforts fontvains , &fon
coeurpeu difcret
Traçant trop biensur son visage
Des mouvemens qu'il souffre une
parlante image,
Auxyeux intereſſez divulgue fon
fecret.
Iacob, bien qu'occupédefa douleur
preffante,
N'en estpas moinsſenſibleaux traits
desa beauté.
Qu'elle paliffe , il la trouve
touchante
و م
Qu'elle rougisse , il en est en.
chanté
La triſteſſeàses yeux la rend encor
plusbelle..
Safermeté la luy fait admirer,
Partout, nouveausujet desoupirer
pour elle ,
Bartout , nouveausujet deſe defef-
Berer..
GALANT. 27
2105
fon
18 cherche en vain fes yeux : leur
paupiere trop lente
Les luy couvre foigneusement .
De l'Amour deſolê , de la pudeur
tremblante
ag! C'est le dernier retranchements
有限
Son
Leur
Helas ! dans le mal qui le preſſe
S'il voyoit ces beaux yeux , fources
deson malheur,
Qu'ilferoit confolé d'y voir tant de
tendresse?
All Qu'ilseroit afligé d'y voir tant de
douleur!
แ Un peu plus loin ſous un épais
em
1.
Dire
Joj
foüillage,
Le jaloufe Lia
amours
qui malgré les
S'embarqua dansle Mariage ,
Fréte l'oreille à leurs diſcours.
Le Soleilfait la guerre àſa prunelle
tendre ; A
Samain qui cherche àla defendre
La protegeinutilement.
:
22 MERCVRE
Des mots interrompus luy font afſfiz
comprendre
Defon Epoux trompé le fier reſſentiment,
Sur un heureux hymen elle avois
faitson compte,
Elle voitſes projets tombez,
Et commenceàpayerpar l'excés de
Sa honte
Lesplaiſirs qu'elle a dérobe,z
Dans les tristes momens de cettevive
Scene
De lacob , de Rachel tout partage
la peine.
Les arbres dépouillez de leur vert
efface,
Eprouvent les rigueurs d'un hiver
avancé.
Les ruiffeauxfont troublez,& leurs
ondes obfcures
Murmurent au Trompeur d'élequentes
injures.
GALANT .
23
14 Deslanguiſſantes fleurs les attraits
Sont pâlis.
La Rose de nouveauprend la couleur
du Lis ,
# Les Oiscaux de leurs chants avoüant
l'impuiſſance ,
Déplorent ce malheur par un trifle
filence ,
Maisfur toutleTroupeau du Berger
affligé.
Entre dans la douleuronfon Maistre
estplongé.
On n'y voit plus d'Agneaux briller
parleurs courbettes ;
Iln'estplus de Brebies qui paißent
lesherbettes.
Labanparfa prefence augmenteleur
ennuy ,
Un Loup leur paroiſtroit moins ters
rible que lwy.
Le Mâtin qui lesgarde enflámé de
colere ,
Surle traiſtre Vieillard lance un re
gardfevere,
24 MERCVRE
Et plein d'un zele ardent pourle
tristeBerger ,
Montred'affreuses dents preftesàle
vanger.
Coypel, la forcem'abandonne.
Ma plume cedeà ton Pinceau.
Ma Musetremblante s'étonne
Dudeſſin trop hardy de peindre ton
Tableau.
Ton Art a fur le mien de trop
grands avantages.
Pourrois- je en difputant conferver
quelque espoir?
Ta toile & tes couleurs d'un coup
d'oeil nous font voiv 1
Ce queje ne sçaurois décrire en
quatrepages.
La force , la grandeur de tes expreffions
Comblens d'étonnement l'impuis-
SanteNature ,
Et tes paffionsen peinture
Ont
GALANT.
25
OntSurpaßéses paſſions.
•Fourfuy dans l'exercice où la gloire
t'attache.
Dusçavant Raphaëlimitele deff in
Auxgraces de l'Albane , au grand
goust du Carache ,
Zoint l'élegance du Pouſſin.
S'il est vray ce qu'on croit , que les
Muses propices
Sur l'avenir douteux éclairent les
esprits,
L'augure qu'on verra tes Ouvrages
Sans prix
Des Curieux futurs faire un jour
lesdelices .
Mais ne te preffe point d'arriverà
ce bien ,
Etfonge, quepour estre au deſſus de
l'envie ,
Dans tous les Arts ( &Surtout
dans le tien )
Il faut qu'il en conte lavie.
Νον. 1691 . B
2 26 MERCVRE
Les Conquestes du Roy
font effet par tout , & quoy
qu'il y ait déja long - temps .
que la fameuſe Ville de Mons
& celle de Nice ayent reconnu
la puiſſance de ſes Armes ,
vous ne ſerez pas fâchée d'apprendre
les réjoüiſſances que
leur priſe a fait faire dans
Alep. Mr Jullien , Conſul de
France , en ayant receu l'heureuſe
nouvelle , fit aſſembler
chez luy toutce qu'il y avoit
alors de Marchands François
en cetteVillelà,& tous unani
mement delibererent de faire
paroiſtre par une Feſte d'éclat
quelle augmentation de gloire
les Armes de Sa Majesté
s'eſtoient acquiſe. On refolut
pour cela de prendre les
moyens les plus ſeurs auprés
des Grands du Pays, afin d'em.
GALANT.
27
peſcher la Populace de les
troubler dans cette entrepriſe,
& il fut arreſté par tous les
Marchands que Mrs Garnier
&Sauron , Deputez de la Nation
, ſe joindroient à Mr Jullien
, Conful , pour executer
cegrand projet.On commença
par faire élever fur an Dome
qui fait l'entrée de ſa Maiſon .
un grand Pavillon blanc, char.
gé de trois Fleurs de Lis d'or ,
pour annoncer au Peuple
qu'on feroitdans quatre jours
une Fefte des plus éclatantes
qu'on euſt iamais faites dans
Alep. Le 17. de Juin dernier ,
on expoſale S.Sacrement dans
ſa Chapelle , qui eſt deſſervic
par les Peres Jeſuites.Tous les
Ordres Miſionnaires & Marchands
François s'y rendirent.
On y chanta la Grand Meſſe ,
B 2
28 MERCVRE
& le Pere Defſchamps , Superieur
des leſuites,y fit un Difcours
tres éloquent , fur les
nouvelles Conqueſtes du Roy,
fur la protection qu'il donne
par tout à la Religion Catholique
, & fur l'étroite obligation
où ſont les François de prier
Dieu pour la ſanté de ſa Perſonne
facrée . On employa
le reſte du iour & toute la
puit ſuivante à preparer tout
ce qu'on iugea le plus neceffaire
pour rendre la réjoüifſance
des plus magnifiques ,
& on profita fi utilement de
la diſpoſition de la maiſon
du Conful , qu'il n'y eut pas
le moindre coin qui ne portất
quelque marque de la Fête
qui ſe devoit faire le lendemain
. On poſa le Portrait du
Roy à bordure d'or fur le Por
GALAN Τ .
29
tail , fait de Marbre blanc &
noir. Au deſſuseſtoit un Dais
deDamas Cramoify à Crefpineor
& argent ,& aux deux
coftez en deſcendant au tour
de la porte , il y avoit quatre
Emblémes ſur les Conqueſtes
de Sa Maieſté. L'entrée de la
porte , qui eſt un Corridor de
dix toiſes de longueur , fut reveſtu
depuis ſavouteiuſques
au bas d'un fort beau Drap
rouge. Dans le milieu de la
Salle de cette Maiſon s'éleve
un Dome à fix toiſes de celuy
dont ie viens de vous parler ,
& l'on y vit paroiſtre un Soleil
fort éclatant de huit pieds de
diametre , & au bas la Devife
de Sa Majesté , Nec pluribus impar.
Les deux dômes qui fonr
couronnez chacun d'une Lan
terne faite en piramide de
B 3
30
MERCVRE
quinze à vingt pieds de haut ,
eſtoient couronnez de lampes
de verre à la maniere duPays .
Sur la Terraſſe où ces dômes
prennent pied , & qui eſt une
maniere de plate forme d'environ
quinze toiſes en quarré,
eſtoient tout autour de petites
barrieres , où l'on fit regner
troisrangs de lampes pa
reilles aux autres . Le lende
main au matin , les Députez
& Marchands François ſe rendirent
chez le Conful , dans.
une fort grande propreté.
Chacun d'eux avoit avec luy
un homme habillé exprés
couvertd'un Doliman blanc
avec des Charchoux d'étoffe
de ſoye à bottes jaunes , &un
bonnet à la Polonoiſe , de
meſme que les Chatters done
les Pachas ſont ſuivis lors,
75
GALANT . 31
qu'ils font leur entrée dans
leurGouvernement. La marche
commença ſur les neuf
heures , pour aller chanter le
Te Deum à la Paroiſſe deſſer.
vie par les Peres de Terre-
Sainte. Un Balouk-bachi , qui
eſt comme un Capitaine des
Gardes du Gouverneur , marchoit
le premier , fuivy de
tous les Valets ou Charters des
Marchands qui alloient deux
à deux juſqu'au nombre de
quarante . Aprés eux marchoit
leChaoux du Moutſelem,avec
fon baston de commandement
garny d'argent , un Croiſſane
au bout , ſuivy du Zague ou
Huiffier du Conful,portant fon
bâton haut , terminé d'une
Fleurde. Lys d'argent. Ce Zague
précedoit ſes fix Janiſſaires
Mitrez , qui alloient de
B 4
3.2
MERCVRE
vant ſes Chatters & Chouadars
, qui font une eſpece.
d'Officiers à pied . Ses deux
Truchemens alloient enſuite
avec leurs habits de ceremonie.
Au devant de luy marchoient
deux jeunes François
habillez à la Romaine' , portant
, l'un un Drapeau de taffetas
blanc , & l'autre un Guidon
bleu, chargé de Fleurs de
Lis d'or. Mr de Sainte- Marie ,
Capitaine de Vaiſſeaux du
Roy , qui ſe trouva alors à
Alep , marchoit aprés le Conful
, à la droite de ſon Vice-
Conſul deTripoli . LesDéputez
& Marchands fuivolent
deux à deux ,& à leur coſté
eſtoient pluſieurs Officiers du
Moutſelem , pour les garantir
dela foule , à cauſe delamulitude
étonnante de peuple
GALANIT.
33
a
1
qui ſe trouva dans les ruës ,
fans compter ceux qui ſe mirent
aux fenestres , & fur les
tetraſſes des maiſons. Lors que
l'on fut arrivé dans cet ordre à
la Paroiſſe , le Pere Gardien
de Terre Sainte y celebra la
grand'Meffe & fit un ſçavant
Diſcours ſur le ſujetde la Fefte-
On entonnale TeDeum.L'Exaudiat
fut chanté , & aprés la
Benediction du Saint Sacrement
, donnée au bruit de
quinze Morterets qu'on avoit
fait deſcendre du Chateau',
on retourna au mefme ordre
chez le Conful de France , où
l'on avoit préparé une table de
quarante couverts.Elle fut fervie
ſplendidement , & l'on y
but la ſanté du Roy , & de la
Maiſon Royale , au bruit des
Morterets&des cris de Vive le
Bs
34 MERCVRE
Roy. Au moment qu'on fervit
le fruit , les Juifs d'Europe
qui font là ſous la protection
de Sa Majesté , firent une galanterie
digne d'eſtre remarquée
, en faiſant couler parmy
ce fruit pluſieurs baſſins de
diverſes confitures d'une
grandeur prodigieuſe. Cela
fut accompagné des meſmes
cris de Vive le Roy ,ce qui fura
prit agreablement toute l'Afſemblé.
Le repas ſe fit avec
une grande joye des Conviez
,& l'édification de toute las
Ville ,dont les principaux venoienten
foulejoüir de la veuë
de cette magnificence , n'en
pouvant joüir par le gouſt , à
cauſe qu'il eſtoit le temps de
leur Romadan. Sur les quatre
heures aprés midy , l'on ſe pre...
para à la Cavalcade que l'on
GALANT.
35
avoit reſolu de faire pour aller
rendre des actions de graces à
Dieu dans les Eglifes des Maronites
Grecs , & Armeniens.
Le Moutſelem & le Themin
voulant montrer la part qu'ils
prenoient à ce qui faisoit le fajet
de cette réjouiſſance , envoyerentau
Conful de France
fix Chevaux de main richementenharnachez
. L'heuredu
départeſtant venuë, les Tambours
, les Timbales , & au--
tres Inſtrumens joints au bruit
des Morterets: donnerentavis
de la marche au Peuple. Elle
fut reglée à peu prés comme
celle du matin , à la referve
que chaque Chatterou Valet
de pied , ſe rangea auprés de
fon Maiſtre . Les Deputez &
Marchands étoient tous montez
ſuperbement. Aprés Ic
B6
36 MERCVRE
۱ Balouk bachi à Cheval , mar
choient quatre Officiers aufli
à Cheval , dont l'un portoit
la Timbale. Il eſtoit ſuivi des
fix Chevaux de main qu'avoient
envoyez le Moutſelem
&le Themin . Enfuite venoit
le premier Chaoux , fuivi de
celuy du Conful. Ils portoient
tous deux le Baſton haut , &
precedoient les fix Janiſſaires
Mitrez , & les fix Chatters ou
Chouadars du même Conful.
Le reste de la marche eſtoit
comme on l'avoit reglée le
matin. Elle fut fermée par
quatre Officiers du Moutſelem
, afin d'empeſcher la fou.
ledu Peuple qui avoit quitté
les Maiſons & les Routiques
`pour voir , diſoient ils
qu'on n'avoitjamais veu en ce
pays là. Ce qu'ils trouvoient
ce
GALANT.
37
1
1
S
e
e
t
de plusſurprenant , c'eſtoitl'Etendard
aux Armes du Roy ,
porté en triomphe dans la Capitale
de la Sirie. On alla defcendre
àl'Egliſe des Maronites.
où tous leurs Preſtres ſe trouverent
àla porte , reveſtus de
lours Chapes , avec beaucoup
de Flambeaux allumez pour
conduire au Maiſtre Autel tous
ceux qui estoientde la Cavalcade.
Aprés beaucoup de Prieres
en leur langue pour la profperité
de noſtre Auguſte Monarque
, le Pere Gardien , qui
s'y eſtoit rendu avec tous les
Religieux Miſſionnaires entonnale
Te Deum , qui fut ſuivi
de l'Exaudiat . Le Patriarche
des Grecs , reveſtu de ſes habits
Pontificaux , accompagné
d'un Eveſque & de tous
fes Preſtres , vint recevoir le
38 MERCVRE
، ا
Conſul de France , avec la
Croix & la Banniere , & un
grand nombre de Flambeaux
allumez , à la fortie de l'Eglife
des Maronites , en chantant
auſſi des Prieres en leur Lan--
gue pour la conſervation de
la Perfonne Sacrée de Sa Ma--
jeſté , & en cet état , il le con--
duifit , lay & tous ceux qui
l'accompagnotent , au Grand
Antel de ſon Eglife , en faifant
verſer fur eux diverſes >
Eaux de ſanteur. Leurs Prieres
furent fuivies de cris de
Vive le Roy ,&le Patriarche les
recondutfit juſque bien avant
hors de fon Eglife , où il furent
rencontrezdel'Archevêque&
des Evêques des Armeniens ,
qui n'eurent pas moins de zele
que les autres à faire des Prieres
pour le Roy. Lors qu'elles füsGALANT...
39
Π
e
S
e
S
1
sa
rent finies , l'Archevêque fir
unDiſcoursenLangue Arabefque
, qui fut entendu de tous
les Religieux Miſſionnaires . Ce
Difcours faifoit connoiſtre à
tous ceux de ſa Paroiſſe que la
venue des François dans leur
Eglife, estoitun infaillible préfage
,que ſous la protection du
Roy Tres- Chreſtien , leurs.
Egliſes ſeroient unies quelque
jour à la Romaine. Il finit par
un Inchalla de la part desArmeniens
, & par des Vive le Roy ,
de tous les François. L'Ulrpateur
du Siege du Patriarche des
Suriens , fit prier le Conſul de
France de luy faire l'honneur
de venir avec la Nation dans
fon Eglife .. Le Conful luy fic
dire qu'il ne reconnoiſſoir
point pour Patriarche des Suziens
un Heretique qui s'eſtois
40 1
MERCVRE
ſervy de la force du Ture , pour
detrôner le Patriarche Pierre ,
pourveu du Pallium de Noſtre
Saint Pere le Pape, & qui agıffoit
de toute fa force pour
détruire les fruits que nos
Miſſionnaires ont faits dans ſa.
Nation. Après ces ceremonies,
qui ſont prefqueinconcevables
dans un lieu où l'on a fi peu
accouſtumé de les pratiquer,
on remonta à cheval , & l'on
inarcha dans le meſme ordre
qu'on estoit venu , dans le def
ſeind'entrer parune autrePor
te, afin d'eviter la foule du Peuple
, mais elle fut égale par
tout, la multitude accourant
en haſte où l'on apprenoit que
devoit paffer la Cavalcade. A
fon arrivée à Cam , où eſt las
maifon Confulaire , elle fut.
Deceuë au bruit des Morterets
GALANT.
41
M
هن
e
1
&une heure avant la nuit,
ceux que l'on avoit commis
pour illuminer le dedans & le
dehors de cette Maiſon , commencerent
par deux grands
Chandeliers à ſeize branches ,
ſuſpendus devant le Portrait
du Roy. Les deux Domes patoiſſfoient
deux grandes Pyramides
de Lumiere , & il n'y
eut rien de ſi éclatant quele
Soleil , que l'on voyoit fur
l'un de ces Domes. Le Moutſelem
fit dire au Conful , que
voulant partager la réjouiſſance,
il viendroitle ſoir chez luy
bien accompagné. On diſpoſa
un grand Divan ſur laTerraſſe,
afin d'y placer au moins trente
perſonnes ,&un de ſes officiers
A
a
eſtantvenu avertir qu'il arrivoit
avec les principaux Of
ficiers & Agas de la Ville , tarr
42
MERCURE
d'épée que de plume, leConful
luyenvoya bien avantdans les
Bazars quatre Chatters aved
chacun un Flambeau de cire
blanche. C'eſt tout ce qu'un
Confulde France a de couſtume
de rendre au Moutſelem,
ou Gouverneur de la Ville..
Lors qu'il entra dans le Cam, il
fut ſalué de quinze coup des
Morterets qu'on avoit fait
mettre ſur la Terralle. Aprés
les premiers complimens , il
prit place fur le Divan qui
luy avoit eſté preparé , & l'on
ſervit une Collation fort ſplen
dide , dont les Seigneurs qui
l'accompagnoient ne montrerent
pas moins de ſurpriſeque
luy. On jetta aprés cela un
tres- grand nombre de Fuſées
Volantes , & l'on fit jouër
tous les Artifices quidevoient
GALANT.
43
faire un des grands plaiſirs de
cette Feſte . Elle finit par l'ar.
tivée d'un Cheval touten feu ,
- qui jettoit mille Fuſées& Serpenteaux
fur le Peuple. Le
- Moutſelem voulant que tout
le monde jouiſt des douceurs
de ce grand jour , ordonna le
pillage de la Collation , ce qui
fut executé d'une maniere fort
rejoünfante. Il fortit de chez le
Conful extremement fatisfait
du zele que les François té.
moignoient pour la gloire de
leur Prince ,& fort charmé du
recit que le Conful luy fit faire
par fon Truchement, du nombre
& de la grandeur de ſes
Conqueſtes , malgré une in
finité de Princesliguez contre
luy.
है Ie vous parlay fort fuccindement
la derniere fois de la
4
1
44
MERCVRE
mort dela venerable Mere Agnés
, ancienne Prieure des
Carmelites du Grand Convent
, Tante de Mrle Maréchal
de Bellefond . Comme
les perſonnes d'une vertu émi.
nente nedoiventjamais mourir
dans lamemoire des hommes
, il eſtbon de vous donner
une plus parfaite connoiſſance
de cette Religieuſe , que le
Ciel vient de ravir à la terre .
Les larmes de ſes Parens , les
engagemens du fang & de la
nature,les delicates tentations
que livrent l'amour du plaifir,
la douceur d'une grande fortune
, & l'éclat d'une illuſtre
naiſſance,ne la pûrent retenir
dans le Monde , dont elle prit
la reſolution de ſe détacher
en voyant les injustices , les
diffenfions & les violences qui
GALANT . 45
regnent preſque dans tous les
heux de la terre. Mr le Cardinal
de Berule , charmé de la
pieté & dela modeſtie qu'elle
fit paroiſtre pendant une ceremonie
où elle aſſiſtoit dans
l'Egliſe des Carmelues , la demanda
à Dieu avec tant d'in-
-ſtauce , lors meſme qu'elle ne
- penſoit pas s'y donner , qu'il
-cut la confulation de voir l'effet
de ſes prieres , non ſeule,
ment par ſon entrée dans ce
Monastere , mais encore par
toutes les vertus naiſsätes que
Ponadmira en elle . Jamais Religieuſe
n'a eſté plus aneantie,
1 plus mortifiée , plus penitente
, plus charitable , ny plus
appliquée à Dieu . Sa vertu al-
- la au delà de ſes forces natu.
relles , & l'auſterité de ſa vie
paffa la foibleſſe de ſon Sexe ,
46 MERCVRE
& la delicateſſede ſa complexion
. Elle estoit parmy ſes
Soeurs comme un lambeau
qui les éclairoit , comme un
feu qui les échauffoit,& comme
une regle vivante , fur
l'exemple de laquelle elles apprenoient
à devenir ſaintes.
Pendant trente- deux ans
qu'elle a eſtoPrieure ou Sous-
Prieure à diverſes fois , elle a
artirétant de benedictions fur
ſa Matfon , qu'elle ſembloit
eſtre changée en un Paradis.
Sa rencontre portoit ſes Filles
à Dieu .Une de ſes paroles les
occupoit des ſemaines entieres
, & elles avoient tant de
reſpect pour leur ſage Mere ,
qu'elles penſoient voir la ſainte
Vierge dont elle tenoit la
place, Cette pensée n'offenfoit
point fon humilité. Elle
GALANT.
47
0
,
S
2
$
a
ſe regardoit comme la derniere
de toutes,& dans le pouvoir
qu'elle avoitde commander
, elle ſuivoittoujours plûtoſt
la volonté des autres que
la fienne , quand ſa confcience&
fon devoir le luy permettoient.
Dieu qui l'a toujours
divinement foûtenuë , & qui
l'a conduite dans l'étroite voye
par un effet de ſa bonté , ne l'a
pas rejettée dans le temps
de ſa vieilleſſe, qui a eſté pour
elle uneCouronne d'honneur,
parce qu'elle s'eſt trouvée
dans la voye de la justice, c'eſt
àdire , que ſes vertusont cru
avec l'âge , & le nombre de
ſes merites avec celuy de les
années ,dont elle a vû approcher
le terme avecjoye, diſant
ſouvent pluſieurs fois par jour
depuis quelques années le
48
MERCURE
verſer du Pſeaume 117 , Melas,
que mon exil eft long ! mon ame
eft longtemps icy étrangere. Non
qu'elle ne craigniſt la justice
de Dieu , qui découvre desta
ches dans les Aſtres. Elle la
craignoit , mais cette crainte
ne troubloit point ſon ame.
C'eſtoit la crainte des Juſtes
&des Enfans, & non celle des
Eſclaves, & des Criminels .
Cette crainte filiale qui a eſté
ſa fidelle compagne , luy fit
dire plus de vingt fois le jour
defa mort ces Verſets de la
Profe des Morts , qu'elle avoit
fait écrire en gros caracteres
auprés de fon lit. Quidfummifer
? Rex tremendamajestatis.Recordare
,lefu pie . Elle perdit la
parole en les prononçant , &
entra dans l'Agonie qui ne
dura qu'une demiheure , &
pendant
GALANT.
49
pendant laquelle elle donna
des ſignes qui montrerent la
liberté de ſon eſprit. Elle le
rendit à Dieu dans une grande
tranquillité le 24 Septem 、
bre dernier , âgée de 80.ans &
- deux mois , dont elle en avoit
- paſſe ſoixante &deux & huit
mois dans la Religion.La charité
dont ſon coeur aeſté rempli,
n'a euny bornes ny limites
ſon zele ardent de l'honneur
de Dieu & du ſalut du pro-
- chain , eſt allé dans les priſons ,
■ dans les Hôpitaux , dans les :
Cabanes des Pauvres , dans
les palais des Grands , & jufques
aux extrémitez du Mondechercher
des miſerables . III
ne faut pas s'étonner aprés
cela ſi les Teſtes couronnées ,
les Eveſques , les Religieux
qui avoient revere ſa vertu
Νου. 1691.
F
:
C
50
MERCVRE
!

pendant la vie ,l'ont honorée
de leurs Eloges aprés ſa mort.
Le Roy d'Angleterre a eſté
ſenſiblement touché de ſa
&a rendu ce témoiperte
,
gnage public , que c'eſtoit à
cette Fille merveilleuſe qu'il
eſtoit redevable de ſa converfion
. Mr l'Abbé de la Trape
adit à un Religieux , Amy de
la Défunte , qu'il s'eſtimoit
heureux de l'avoir connuë ,
&qu'il eſperoit qu'elle prieroit
Dieu pour luy dans le
Ciel. Les Benedictins Anglois
& les Theatins luy ont fait
des Services folemnels pour
honorer ſa memoire , & pour
reconnoiſtre les bien- faits
qu'ils en avoient receus. Mr
l'Eveſquede Meaux a fait fon
Eloge en ces termes , dans une
Letere qu'il écrivit ſur le ſujet
GALANT.
51
e
h
1.
1
1
pe
Je
ё
01
all
د ا
M
foi
de ſa mort , à Madame de la
Valiere. Nous ne la verrons donc
plus cette chere Mere , Nousn'en
tendrons plus defa bouche ces paroles
que la douceur , que la foy
que la prudence dictoient toutes .
&rendoient toutesfi dignes d'eftre
pesées. C'estoit cette personnesen-
Séequi croyoit à la Loy de Dieu ,
&àquila Loy estoit fidelle. La
prudence estoitsa Compagne,&la
Sageſſe estoit sa soeur. Lajoye du
Saint Esprit ne la quistoit pas.
Sa balance estoit toujours juste ,
&ses jugemens toujours droits. On
ne s'égaroit point en suivantfes
confeils. Ils estoient précedez par
Ses exemples. Sa mort a esté gran
quille comme savie ,& elle s'est
réjoüie au dernier your. Je vous
vens graces du Souvenir que vous
avezeu de moy en cette triste
occasion. L'affiste avecvous en esprit
.
C2
52 MERCVRE
aux Prieres & aux Sacrifices qui
Seferont pour cette ame benie de
Dieu& deshommes . leme ioints
auxpieuſes larmes que vousverſez
Surſon tombeau , & ie prens part
aux confolations que la Foy vous
inspire.
Voicy un Eloge d'une autre
nature. Vn Mort illustre en
a fourny le ſujet à Mr de
Combes qui eſtant de l'Afſemblée
de quelques Perſonnes
de Lettres & diſtinguées
de Toulouſe , s'y eſt acquis
une eſtime generale ,& la réputation
de l'un des Favoris
duParnaſſe. Mrde Louvois eſt
l'illuſtre Mort dont je vous
parle.
GALANT . 53
*************
DAPHNIS.
EGLOGUE.
DAMON ACANTE.
,
DAMON.
ACanté, qui receus des Muſes
de Sicile
Les tendres chalumeaux du celebre
Virgile ;
Toy , que chacun admire en cefom.
bre vallon ,
Autant que fur le Pinde on admire
Apollon ,
Et dont les airs divins cent fois dans
nos boscages
Ontfaits à nos Troupeaux oublier
lesherbages ,
N'as-tu rien à chanterfur la mort
de Daphnis ,
C
3
54 MERCVRE
Ce Pasteursi fameux , &ficherà
LOUISE
ACANTE.
:
Damon,nem'enflepointpar cesvai
Adefimples Bergers ellessemblent
nes louanges..
étranges.
Si j'avois par mes soins meritè les
faveurs
Que le Cigne du Mince obtint des
Doftes Soeurs,
E
Dufeulnom de Daphnis j'aurois
remply nos Plaines.
Maintenant que quittant les dé.
pouilles humaines
Il a pris vers le Cielun vol audacieux,
Et qu'il boit le Nectar à laTable
des Dieux ,
L'accuſeroisfans ceße aux bords de
nos rivieres
L'inflexible rigueur des Parques
meurtrieres,
GALANT... 55
Qui nous ont enlevé l'honneurde
nos Forêts;
Mais cen'est pas à moy de pouffer
ces regrets.
Pan préfere ces lieux aux côteaux
d'Arcadie 3
c'esticy qu'on entendſa douce melodie
Et naguere qu'errant en ces lieux
defolez ,
doublez ,
Oujefrapois les airs de mes cris re-
Dans un antre ecartéje trouvay les
Naiades,
Les Faunes , les Silvains , Pan , &
les Oréades,
Qui pleuroient le trépas dece fameux
Pasteur ,
Cent beſtes oubliant leur premiere"
fureur,
Et les Rocs escarpez,&les Pins ,&
lesHestres,
Accouroient pour ouir ces Deitez
champestres.
C4
56 MERCURE
DAMON.
Si tu veux repeier defibelles chan-
Sons ,
lete donne àchoisir la fleur de mes
moutons.
Ces feuillages epais, qu'un douxZephireagite
,
Et le bruit des ruisseaux , tout à
: chanter t'invite.
ACANTE.
Damon , je chanteray ; non pour le
prix offert ;
Mon coeur à l'intereſt nefut jamais
ouvert ,
Etjen'ayd'autre espoir, en poussant
cetteplainte,
Que d'alleger l'ennuy dont nôtre
ame eft atteinte.
Sourdes Divinitez, dont les pâles
Mortels
Envain demille voeux ont charge
lesAutels,
Est-ce un Arrest du Sort , ousi c'est
par envie
GALANT.
17
QueduSageDaphnis vous abregez
lavie?
Depuis ce jourfatal,aux bord de ces
ruiffeaux
Onn'a veu nuls Bergers conduire
leurs Troupeaux.
Des tristes Moiſſonneurs les bandes
eplorées
Dedaignent dans les champsles lavelles
dorées,
Et l'onn'entend icy que les cris des
Hiboux,
Etl'Echo , qui repond aux burle.
mens des Loups.
Daphnis, tufus l'honneur de cesclimats
fertiles.
C'eft toy , qui leur donnois des vandanges
tranquilles.
C'est toy , qui deffendois les Troupeaux
alarmez ,
DesGriffes des Lyons, & des Ours
affamez.
D'arbres chargez de fruit tu com
vrois, ces montagnes.
C
$8 MERCURE
Tu meuriſſfois les Bleds de ces vaſtes
Campagnes ,
Tu commandoisaux vents, auxne
ges , auxglaçons ,
Desrespecter des Fleurs les brillana.
tes moiſſons ,
Et des fiers Enchanteurs , quel'Eu
menide enfante ,
Turendois par tes foins la malice
impuissante.
Habitans de ces lieux,jadisfipleins
d'appas,
Pleurezdu grandDaphinslefuneste
trépas ..
Mais non , ne pleurezpoint , voS;
larmesseroient vaines.
Qu'àjamais l'allegreffehabitedans
cesplaines.
Daphins le veut ainsi. Daphinss
n'est plus mortel.
Qu'en cette Forêt fombre on luy
dresseun Autel.
List Laboureur tremblant pour fas
shere efperance
GALANT.
59
De luyſeul de formats obtiendra l'a
bondance,
Et le Berger foigneux d'avoir de
beaux troupeaux,
- Tousdes ans à ce Dien doit offrir
quatre Agneaux..
Il regle les ſaiſons, il preſide aux
tempêtes.
Lesorages en vain gronderont fur
vos têtess
Leurfureur épargnant vos bleds &
vos raiſins ,
Irase dechargersur vos pâles Voi--
ins.
Vous reverrez les jours de Saturne
&de Rhee;
Et Daphnis en ces lieuxfait redef
cendre Aftree.
DAMON..
Atante, les Bergers qui frequentenst
ces bordss
N'ont point de quoy payer tes cele
ftes accords,
C6
60 MERCVRE.
Etjen'aime point tant ledouxbruit
des Fontaines ,
Ny des tendres Zephirs les plainti
ves haleines.
Pendant que les ruiffeaux aimeront
les Vallons,
Et les Daimsfugitifs l'âpreSommet
desmonts; L
Etpendant qu'au Printens l'Abeille
dilligente
De Florepillera laricheffeodorante
NosBergers de Daphnis chanteront
Les vertus ,
Et nous l'invoquerons comme Pan
Bachus.
l'avois bien creu , Madame
que l'Ouvrage de Mr de la
Broſſe ſur les Vapeurs , que je
vous ay envoyé la derniere
fois , vous feroit plaifir . Cette
Maladie eſt ſi commune,& l'on
connoiſſoit ſi peu la cauſedont
GALANT. 6
elle provient ,qu'on eſt étonné
d'apprendre que tant de gens
ſe ſoient trompez , au moins
felon les fentimens de l'Aateur
,qui paroiffent vrai-femblables
, & qui font fort applaudis.
Je vous envoyay ily
a quelques mois ,un autre
Ouvrage de ce mefme Auteur
ſur l'Epilepfie , quia fait beaucoup
de bruit.On a écrit contre
,& je vous fis part de cette
Critique dans ma Lettre
d'Aouſt. Elle a pour titre , Entretienfur
la nature des remedes
neceffaires à lagueriſou de l'Epile-
Pfie avec quelques Remarques
furla Lettre de Mr de la Broffe
par Mr Batonneau , Apoticaire.
duRoy. Puisque ſes Cenſeurs
ont trouvé place , il eſt bien
juſte qu'il en trouvé auſſi C'eſt,
ce qui m'oblige à vous en-
,
62 MERCVRE
voyer ſa réponſe à cetteCritique
. Vous y trouverez fur
la fin quelque choſe de fort
curieux , touchantles remedes
neceſſaires à un mal pourr
lequel on en employe ſouvent
de contraires ..
***********
LETTRE
D'VN PHILOSOPHE
AMr Valle brun , Avocat
au Parlement ..
MONSIEUR
Cen'est pasfans me faire quel
que violence que je mersta main à
laptam , pour fatisfaire au defir
que vous avezque jeréponde aux
objections qui m'ont esté faitesfur
GALANT.. 63
le contenu de la Lestre que j'ay
écriteà Mr Chapelas , Curé de S..
Jacques de la Boucherie ; car comment
répondreà unhomme qui ne
comprend pas ce que je dis, & qui
m'attribuë des propositions qu'il
Seforme dans l'idée? Cependant
je n'ay rien àvous refuser ,& ie
commence en vous avoüant queje
r'entenspas ce que veut dire celuy
qui me fait ces objections , lors
qu'ilse fers de ces propres mots , en
parlant de moy . L'exemple particulierqu'il
donne de la terre:
de Saule , de la pierre Ponce ,,
&du Soulphre, n'eſt pas d'une
définition , puis qu'il n'eſt pas
general.. Il prouve par ces
exemples qu'il yades terress
qui pour avoir leurs princi
pes bizarres & étendus , for--
ment des eſpaces plus grandss
que ne font d'autres terres,,
64 MERCURE
qui ayant des principes plas
petits , doivent auſſi former
de plus petits eſpaces. Cela
eſtant ainſi étably , comme il
eſt vray , on peut concevoir
des pelanteurs differentes dans
toutes les terres des divers
mixtes reſpectivementles uns
aux autres . Ainſi nous la pouvons
dire un corps peſant,
froid & fec ; car tout ce qui
tend de la circonference au
centre , eſt tenu peſant, puis
qu'il contraint tous les autres
corps de s'éloigner , & de luy
ceder la place.
Vous estes trop bon Philofophe ,
Monsieur , pour ne pas voir qu'un
homme qui parlede cetteforte n'a
pasbienfongéà ce qu'il dit , car
qu'est- ce qu'il entend , quand il
vent que l'exemple que je donne
de la terre de Saule ,de la Pierre
GALANT. 65
Ponce. &c . ne soit pas d'une définition
, puis qu'iln'est pas general
? f'ay dis que tous les mixtes
tes plus legers ont plus de terre
que lesplus pefans . Il me semble.....
que qui dit tout , parle en general,
puisque tout nefait aucune exclufion;
mais remarquez encore quand
il dit queje prouve par ces exem.
ples qu'ily a des terres , qui pour
avoir des principes bizarres &
étendus , forment des espaces plus
grands que ne fontd'autres. Com
ment faut il avoir l'esprit fait ,
pour vouloir que les principes des
mixtes foient bizarres , puis que
eesprincipes font d'une substance
pure, simple , & sans aucun mélange
?Etde tout cela il faut
conclurre , dit il , que la terre
eſt un corps pefant , froid &
fec. N'est-ce pas avoir bien étably
uneproposition , pour en tirer une
selle confequence ?
66. MERCVRE
Confiderez encore combien ilſe
tromperquand ildit que i'ay mis.
en avant que la terre n'occupepas
de place , & que ie fais bien voir
que c'est ma pensée , lors que ie dis
qu'il entre autant d'eau dansun
verre plein de terre élementaire ,
que s'il eſtoit vuide , ce qui eſt
contraire, dit- il à la raiſon & à
Pexperience. Cependant il n'awanteny
raison, ny experiencepour
détruire ma proposition , ny mon
experience. Cela nem'empeschera
pourtant pas de lay enfrigner les
moyens de reduire laterre àsafimplicité,&
de tiver un fel fixe. V
faut prendre des cendres , & en
faireune leſſive , &aprés avoir ofté
laleſſive ilfaut mettre les cendres
dans un Creuset&lesfaire calciner
à blancheur , & ensuitey ietter
de l'eau bouillante deſſus pourache.
ver d'extraire lefel fixe ,&remeti
GALANT. 67
tre les mêmes cendres dans un creu
fet , &les faire tres-biencalciner..
Cela étant fait , il faut remplir un
verre de ces cendres calcinées , &
ietter dans ce verre plein de cen
dres autant d'eau qu'il enpeut con
senir quand il n'y a rien dedans 2
& il verra que ce que i'avance eft
veritable, Eft- on bien fondé à dire,
qu'une chose est contraire &àl'experience
, & à laraison , quand on
n'en a iamais fait l'experience ?
Pour avoir lefel , ilfaut mêler les
- deux leſſives , & les faire évaporer
fur un petit feu iusques à ficcité ,
& ce qui reste au fond estle fel
fixe..
२१
Quand à la seconde propofition
As concernant l'element de l'eau
Lequel i'ay dit estre un corps sim- .
ple& homogene , humide , quiſe
congele par le froid , & indifferent
au chaud &au froid , mais que far
L
68 MERCVRE
propre qualité est la congelation ,
parles raisons qu'on peut voirdans
ma lettre , & cy- aprés , il prétend
détruire mes raiſons , en disant que
cela arrive à l'air & à l'huile.
Maiss'ilconnoiſſoit bien la nature
de l'air & de l'huile , il sçauroit
que ny l'air ny l'huileſans mélange
d'eau , ne se peuvent iamais congeler,
tant il est vray de dire que
la congelation appartient ſeulement
à l'eau , & il n'y a pas de
Philosophe quinedemeure d'accord
qu'un element ne peut eſtre ſeparé
defa qualité effentielle. Or fi l'humidité
estoit la qualité effentielle
de l'eau , elle ne pourroitpasfe corporifter
& devenircompacte comme
ellefait dans les mixtes , ce quise
voit tournellement , & partant
l'humiditén'est pas la qualité effentielle
de l'eau , maisbienla conge- s
labilité, qui en estinseparable,
GALANT. 69
- il n'y a aucun autre element qui
foit capable d'estre congelé; deforte
que cette aptitude àla congelation
ne convient qu'à l'eau ſeule , &
toûjours comme estantsa propricté
Specifique, puis qu'elle en exclus tous
les autres elemens , tout de mesme
que l'aveuglement , exceptant toutes
les autres parties des animaux ,
entendfeulement les yeux. Et quant
àla definition qu'il donne à l'eau,
&qui ſelon ſon ſens mesme convient
à l'huile aussi bien qu'à
l'eau , elle n'est qu'une pure chimere,
Sur la troifiéme propoſition , où
j'ay fait voir que le feu n'est pas
un element , qu'il n'entre pas dans
la composition des mixtes , & qu'au
contraire il en est le destructear ,
ildit que mon raisonnement là deffus
est d'une extreme foibleſſe , &
voicy cequ'il rapporte pour la verifier.
70 MERCVRE
Tout le monde ſçait que le
mouvement eft le principe de
la generation , & qu'il eſt par
confequent celuy de deſtruction
. Cependant perſonne ne
s'aviſe de dire que le mouvement
ne concourt pas à la generation
, parce qu'il eſt prin.
cipe de deſtruction. Ne ſçaiton
pas que tous les Elemens
tendent autant à leur union
qu'à leur déſunion ? Il n'y a
pasplus de raiſon de dire que
le feu ſoit un deſtructeur que
l'eau,car dans les corps où elle
abonde elle les détruit. Aina
des autres Elemens ; ſuivant
l'empire qu'ils ont les uns fur
les autres, ils ſe bouleverſent&
détruiſent l'union qui faifoit
lemxte , & par conſequent its
peuvent eſtre des deſtructeurs
les uns à l'égard des autres.
GALANT.
71
De là il s'en ſuivroit que ſelon
ce Philoſophe , il n'y auroit
point d'elemens. Pour
■ luy expliquer le ſentiment des
Auteurs fur la nature du feu ,
il eſt bon de luy dire qu'ils
- n'ont pas entendu un feu ac-
-tuel . mais virtuel &en puiffance.
Ils ont même défini la
vie , la chaleur naturelle . ou
l'humide radical. Or qu'est- ce
que la chaleur ſi ce n'eſt un feu
moderé , & qu'est- ce que cét
humide ſi ce n'eſt une ſubſtance
fulphurée dans laquelle le
feu ſe nourrit comme la lumiere
dans une lampe ? Il eſt donc
conſtant que le feu entre dans
la compoſition du mixte , puifquec'eſt
luyqui le met enmouvement
, & qui en fait toute
l'action &c.
Pay voulu د Mosfieur , vou
72
MERCVRE
rapporter mot àmot ce qu'ilditſur
le feu , afin que vous connoiffiez
qu'il confond tellement la nature
dumouvement , de la generation ,
du feu , que je deffie tous les
Philoſophes desçavoirce qu'ilveut
dire. Cependant il pretend m'expliquer
leurfentimentſur la nature
dufeu élementaire en me difant
qu'ils n'ont pas entendu un fen
actuel , mais virtuel& en puif.
fance. Il vient de dire que les ele.
men's tindent à leur union ; &
commequoy s'unira le feu aux autres
elemens qui composent le
mixte ,si le feun'y est pas materiellement
? Peut -on dire que lefeu
faſſe une partie d'un mixte , s'il
n'entre pas materiellement dans
la composition ? & comment concevoirune
qualitésans matiere ?
carsifa qualitéy est, il faut de
touse necessité qu'ellesoit inberente
GALANT. 73
1
1
C
à quelque matiere ,& par confequent
à l'un des trois autres elemens
, ce qui est ridicule. Mais
avez - vous remarqué quand il
dit ? Quest- ce que la chaleur
ſi ce n'eſt un feu modere ? Ne
croit. ilpasparcettefaçondeparler
dire quelque chose digne d'admiration
? maisfi la chaleurfans autre
distinction est un feu moderé, que
Sera un grand& un petit feu ?
Venonsàſa definition qu'il croit
Sans replique , parce qu'ill'a tirée
de Descartes ,&faisons luy voir
qu'elle nevaut pas mieux que le
reste. Ildit que le feu elementaire
est un amas de petits Globes homogenes&
Semblables. Il a dit auparavant
que le feu estoit seule-
* ment virtuellement dans le mixte,
&non actuellement. Commentun
amasde petits Globes entrera- t- il
dans la compoſitiondu mixte fans
Νον. 1691 .
fo
D
74 MERCVRE
y estre en effet , & pourquoy le
Soulpbre qui est tout inflammable
produit il tant d'acidité dont les
parties font aiguës ? Il devroit
plutoft produire de l'acrimonie.
Ilfaut que je luyfaſſe voirpour.
tant queje n'ay rien avancé , qui
ne foit conformeà la raison &à
l'experience , & comme il est dif
ficile de deftruire des erreurs confirméespar
tant defiecles, ieveux
tâcher de me rendrefort intelligi.
b'e ,afin que le moindredes hom.
mesfoit capable dejuger de ce que
ic mets enavant ,&pour cet effes
ie veuxrapporter premierement le
Sentimentgeneraldes Medecins &
des Philosophes ,fur le nombre
des elemens , & la combination
de leurs qualitez & en suite ie
feray voir s'ils ont la moindre rai-
Son pour appuyer leur fentiment.
LesMedecins&les Philosophes
GALANT.
75
veulent qu'ily ait quatre elemens,
Sçavoir la terre , l'eau , l'air &
lefeu, que le feu ſoit avec les quas
litez de chaleur intense , & de
ficcitéremise , l'air avec une humidité
extreme & une chaleur
semperée, l'eau avecgrandefroideur
& peu d'humidité ,& la
terre avecune tres fortefechereſſe
&petite froideur. Leur combination
fait convenir le feu avec la
terre par sa Sechereffe ,& avec
l'air parsa chaleur; l'air avec
l'eau par son humidité , & avec
lefeuparsa chaleur; l'eau avec la
terreparsa froideur.& avec l'air
par fon humidité,& finalement
la terre avec le feu parsa fechereffe&
avec l'eauparfa froideur.
Mais , Monsieur ,je vouspriede
me dire fi cela n'est pas une pare
chimere ,fur laquelle toutefois
'Ecole a dreffé lesfondemens defa
D2
76
MERCVRE
doctrine , car nous ne pouvons
connoître la compoſition d'un mixte
que parsa reſolution , & il n'y a
que Dieu seul qui en connoiſſe la
compositionfans la reſolution.
Nous sçavons que la terre est
au centre , & tient le milieu entre
les élemens du vulgaire ; que
l'eau est alentour & l'envelope
en beaucoup d'endroits , & que
l'airles environne & les penetre
tous deux . Noussçavons aussi que
s'il y avoit un élement de feu , il
Seroitplacé entre le convexe de
l'air & le convexe du Ciel de la
Lune , mais comme personne ne
peut démontrer cela je ne trouve
rien de plus inutile que d'aller
chercher des raiſons & des autoritez
,où les ſens doivent estre les
veritables fuges. Lesmixtes sont
des composez dont toutes les parties
font materielles , & partant
GALANT.
77
Sujettes à nos sens ,& nous pouvons
dire que s'ily aunfeuélementaire
, il nous environne de tous
cost,ez Cela estant , puis qu'il
Seroit exceſſivement chaud , ilnous
échaufferoit en tout temps &en
tous lieux toujours également ; car
le commerce ordinaire qui se feroit
de celuy qui viendroit icy bas
composer les mixtes , & de celuy
qui retourneroit en haut par leur
resolution , échaufferoit extremement
l'air. D'ailleurs , qui obligeroit
ce feu de descendre contre fa
propre nature? Mais comme tout
cela n'arrive pas , nous pouvons
conc'ure que ce feu élementaire reconnupar
les Anciens , n'est qu'une
vision , car s'ilyen avoit un , ily
auroit longtemps qu'il auroit em.
brasé toute la nature. Quelqu'un
pourra demander d'où vient le feu
domestique , la chaleur que nous
D3
78 MERCVRE
Sentons interieurement , & celle
qui échauffe nostre climat ,puis
qu'iln'yapas de feu élementaire ?
Jerépons que ces trois feux n'ont
rien deſemblable avec cepretendu
feuelementaire,car comme ils veulent
que cepretendu feu fois sec ,
ilne convientpas ànostre feu domestique
qui est humide , ce qu'on
peut verifier par la distillation
parceque tout ce quipeut distiller
goutteàgoutte,est toujours appellé
humide,foit aqueux ou huileux.
Il est bienvray qu'il s'allume com.
me estant un accident inherent
en une matiere combustible, ou bien
l'effet de l'inflammabilité , c'est à
dire , la proprieté Specifique du
Soulphre Sans laquelle lavie de
l'hommeseroit tres miserable, puis
qu'ilseroitprivéde tous les arts,&
des choses neceſſaires à la vie&
àlafocieté bumaine ,mais Diesa
GALANT.
79
l'a créé pour la neceſſitédes bommes
avec trois proprietez , Sçavoir
de luire , échauffer , & brûler.
Mr Batonneau doit sçavoir
que si le few elementaire est un
amas de petits globes , comme il
dit,&que cet amasde petits globes
entre dans la composition du
mixte,ilfaut de toute neceffué que
par la distillation il forte le premier,
comme estant le plus subsit
&le plus actif. Cependant il arrive
le contraire, comme l'on voit
par experience , car l'eau monte
la premiere , & aprés l'huile qui
est lafubstance combustible, c'est
à dire le fou domestique , lequel
n'est point actif , & ne s'allume
que par artifice , & eſt toûjours
attachéàquelque matiere. Il revient
àrien auffitoft quefa nourriture
lay manque , &se multiplieà
l'infiny en pou de temps
D 4
80 MERCVRE
puis en un instant il s'évanoüit.
Lapluſpart deceux qui s'estiment
grands Docteurs s'imaginent que
la flame de nostre fcu domestique
monte en la region de leur feu
elementaire , maisil n'en est pas
demesme des veritables Sçavans
qui considerent à fond la nature
des chofes , carils ont bien connu
par experience que cette flame
s'arreſte le longde la cheminée ,&
I fait une matiere qui s'appelle.
fuye , laquelle estant ramassée ,
puis distillée , produit une huile
quibrûle comme les autres ,& se
reconvertit en suyecomme auparavant,&
partantla flammene montepas
jusques à lasphere du feu ,
comme ces Docteurs le croyent.
A l'égard du feu de nature ,
quieft inherent en nous,dontnoſtre
Docteur m'a voulu donner quelque
sonnoiſſance, il est appellé chalenv
GALANT. 8г
naturelle , parce que cette chaleur
afon origine de lanature. Nous
l'avonsdepère enfils par propagation
, & c'est proprement la viede
chaque individu .
Quant au feu , ou chaleur qui
échauffe toutes les chofesdu monde
, je dis qu'il procede du Soleil
comme defon principe , & il n'est
pasfort difficile de le verifier par
des preuves évidentes , puis que
c'est aux lieux oùſes rayonsfont
perpendiculaires que leur operazion
est plus forte & plus vigoureuſe
, à cause de la reverberation
qui s'enfait contre lafurface
delaterre. Ilnefautpaspourtant
confiderer ces rayons comme une
chaleur devorante ou détruisante,
mais toute vivifiante , destinée
pourexciter le feu de nature fon
proche parent,& pour conferver
l'estre,c'est à dire , cette chaleur
D4
82 MERC VRE
naturelle de tout ce quiavie.
Jeferois trop long ,si ie l'ens
treprenois de vous parlerde quelle
maniere cette chaleur astrale agit
&ſe ioint à la chaleurfixe, interne
, inherente & individuelle à
chaque ſuiet , afin de l'exciter ou
fortifier. Ieme contenterayde vous
rapporter les trois operations qu'on .
remarque a ce flambeau celeste ,
lesquellessont absolumentneceſſaires
à toutes les parties du Mondes.
Sçavoirl'influence pour éveiller &
augmenter les qualitez ou vertus:
des mixtes ;sa lumierepour l'usagede
l'homme &de tous les animaux..
Latroisième est lachaleurqui opere
inegalement selon la rectitude
desesrajons, plus ou moins perpendiculaires
, d'où procedent les diverfitezdes
Climats ,&de toutes
les differentes Saiſons.
Quatriemement , i'ay dit que
GALANT . 83
l'air n'estoit pas un Element , &
ilme semble l'avoir affez prouvé
par ce que i'ay avancésur la réſolution
des mixtes , Il est constant
que les découvertes qu'on pretend
fairepar autre voye que par la
Chimie,tiennent plûsoftde lafantaifie
quede la certitude. Ileft impoſſible
de ſcavoir la compofition
des mixtes que parla resolution ,
& celle cyne peut faire paroistre
les principes & les parties inte
grantes ànos ſens,que par le moyen
du feu. Or est il qu'on ne trouve
point d'air ; non plus que de fou ,
par lareſolution dans quelquema.
tiere que ce soit ; d'où fans doute
l'on peut conclurre qu'il n'y en a
point. Mais examinons un peu les
qualitez que l'on attribue à l'air ,
qui font la chaleur& l'humidité ,
mais la chaleur moindre que celle
du feu , & l'humidité plusgran
D6
84 MERCURE
deque cellede l'eau.
Si l'air estoit chaud de sa nai
ture , nous ne pourrions durer aux
lieux où les rayos du Soleill'echanf.
fent encore , & il feroit impoffible
que la greßeſeformaſt durant les
plus fortes chaleurs de l'Esté. L'eau
ne glaceroit jamais si l'air estoit
plus chaud qu'elle , & il est ensierement
important pour noſtre
Santé que l'airne soit pas chaud ,
afin qu'il ſerve à rafraiſchir nos
esprits , & à les entretenir dans
une espece de condensation ,afin
qu'ils nefe diſſipent pas comme ils
faroient autrement.
C'est bien encore un plus grand
aveuglement de croire l'air plus
humide que l'eau , nonobstant
l'experience quifait voir le conpraire
tous les jours, car cela étant
il faudra avouer que les oiseaux
nagent mieux que les poiſſons ,
و
GALANT. 85
que les animaux pourroientfe
paſſer de boire , &que les Blanchiffeuses
auroient sortide tirer
leurs linges de l'eau pour les fecher
àl'air. N'est- il pas constant
que tout ce qui humecte davanrage
doit estre estimé plus humideque
ce qui humecte le moins ?
Il est certain , & personne n'en
sçauroit diſconvenir , que l'eau
humecte & mouille ſans comparaiſon
plus que l'air , & fi ces
Docteurs faisoient tant foit pew
reflexion sur ce que je viens de dire
& sur les feux d'artifice , ils
reconnoitroient sans doute leur er
reur, car ils verroient bien que nos
fusées ne monteroient pas fi haut
eſtant allumées. En effet , tous les
- artifices àfeu neſerviroient à rien
parce que la poudre ne s'allumeroit
pas dans l'humide ,& l'on n'au
86 MERCVRE
roitpas trouvé l'invention de rui.
ner& brûler les Villis , & de les
attaquer du coſté du Ciel par des
Bombes& des Carcaffes. Il faudroit
mefme demeurer d'accordque
noſtre feu domestique n'auroit nulle
utilité. Je pourrois vous apporter
differens exemples fur cela , mais
il me semble que j'ay donné des
raisons plus que suffisantes pour
faire voir que l'airn'est pas un-element
qui entre dansla compofition
du mixte , & qui n'est pas plus
humide que l'eau. le suis mesme
tres - certain qu'il ne peut estre
humecté que par les vapeurs
d'icy-bas.
Venons à la définition que nôtre
Doteur donne à l'air. Il dit que
L'airest un amas de demi anneaux
&departies branchuës tres. petites
& tres.pliantes. Orfelon sa défi
GALANT. 87
-
nition , l'air qui est lasubstance la
plus subtile , la plus penetrante
&la plus transparante qu'on puiſſe
s'imaginer aura la figure la moins
penetrante &la plus embarreßante
de toutes , & une partie de l'air
qui feraun demi anneau ne fera
pas air , parce que pour estre air
Selon fa definition , il faut que ce
foit un amas de demi anneaux, de
forte que chaque partie d'air en
particulier qui n'est qu'un simple
demi- anneau , nesera pas air,parce
qu'ilne constitue pas amas , ce
qui est ridicule outre que la figure
de ces parties oft entierement contraire
à la transparence de l'air.
Voyons s'il aura mieux reusià l'égard
des autres principes.
Il dit que le fel estant un élement
& principe du mixte , doit
estre simple & homogene comme
88 MERCVRE
j'ay avancé. Cependant c'est uns
composé , dit - il , & il rapporte
pour exemple, le fel effentiel, difant
qu'il est composé d'acide &
d'alkali . Voyez monsieur , quel
Philofophe. Ilprend le ſeleffentiel,
qui est la partie tartareuſe d'un
mixte dans laquelle font les cinq
principes ( comme l'on peut verifier
par la distillation ) pour le veritablefel&
principe des mixtes . S'it
estoit veritable Appotiquaire ,
fçauroit la difference des fels , &
ne prendroit pasun composépourun
fimple. Il faudroit mieux qu'il
s'appliquaſt à bien apprendre fon
mestier , que de vouloir faire le
Philosophe , car s'il ne sçait pas
mieux la compoſition des mixtes
qu'ilenparle,ſes Malades nesont
pas en trop bonne main à raifon
du qui pro quo qu'ilpenfaire,
il
GALANT. 89
= & qui est souvent affez dange.
reux.
Jene voy pas fur quoy il peut
dire, qu'après la comparaison que
j'ay faite du pain moiſi avec les
divers excremens qui accompagnens
la maffe du sang , je me dedis de
ce que j'ay avancé concernant la
-chaleur du sang d'un homme Sain
&d'unmalade , par la demonstration
que j'en ay faite fur deux
Globes , comme fi la comparaison
de ces deux Globes avoit quelque
relation avec celle du pain moiſi:
& il pretend quefon autoritéfuffie
pour détruire mon hypotefe , en di
fant que ce que j'avance ne pent
pas estre. Croit- il pouvoir renver -
fer mon experience par un fimple
verbiage & qui est fort ambigu ?"
Il ne nous fait pas paroiftre plus
de force de genie , en disant que le
1
१०
MERCVRE
Langne doit pas estre amer quand
la Bile y predomine , ce qu'il pretend
verifier ſufiſamment par l'e.
xemple qu'il donne de l'esprit de
Vitriol meſlé avec un fel alkali. Il
dit que cet acidedevient douxpar
cemflange&que laBiles'adoncit
auſſi par le meſlange du sang. En
bonne foy , est- ce ainſique leshabilesApotiquaires
raisonnent ?Vous
Soavez , je croy , Monsieur , que
lers qu'ils font le tartre vitriolé ,
ils meflent autant defeldetartre,
qui est un puissant alkalı, qu'il en
faut pour émouſſer l'acide de l'efprit
de Vitriol , &par là ils font
un fel neutre qui participe des
deux natures, sçavoir d'acide &
d'alkali ,fans que l'un predomine
fur l'autre , de forte que dans cet
eftat , il doit être comparé à la
maſſe dusang, où aucune bile ne
GALANT. 91
predomine. Maissil'on met de l'efprit
de vitriol en telle quantité
qu'il predominefurlefel detartre,
l'acidité predom nante de l'esprit
-de vitriol se manifestera , & pour
lors on pourra dire avec certitude...
que lefel quejayappellé neutre est
un fel acide , prenant ſa denomi.
nation de la partie acide predominante.
De même l'on peut foûtenir
avec raison , que fi la bile predomine
dans la maffe du sang en la
fieure tierce, commedisent lesMedecins
, ce sang doit être amer à
raison de la bile amere qui y predomine
, & il me semble que ce
n'est pas estre bien raisonnable d'as
vouer que dans un sang qui est
doux , la bile amere y predomine..
Si quelqu'un ſeplaignoit contre un
Cuisinier , difant qu'il a mis trop
de poivre dans un ragoust ,&que
1
}
A
92
MERCURE
le Cuisinier répondist qu'il n'y a
personne , à moins que d'avoir le
goust depravé,qui puiſſe remarquer
ny l'odeur , ny l'acrete du poivre
dans son ragoût , & que celuy qui
fe plaindroit avoüaft que le ra.
goust est doux , & qu'iln'y fening
L'odeur ny l'aereté du poivre,& que
nonobstant tout cela il luy foûtinst
que le poivré predomine dans fon
ragoût , ne prendriez- vous pas cet
homme là pour un Viſionnaire ?
Jugezpar- là , Monfieur , de cexx
qui veulent que la bilequi estame.
ve predomine dans lefang, nonob.
ſtant qu'ils l'avouent être doux,
Quant au dernier articleoùj'ay
dit quefi un Medecin qui est appelléau
commencement de la maladie,
neguerit pasle malade dans
le terme de huit jours , c'est qu'il
we connoît pas la nature de la ma
GALANT. 93
ladie , ou le remede qui lui est convenable
, nôtre Appotiquaire veut
- que j'aye dit , que le Medecin qui
ne guerit pas dans huit jours un
Malade , ne connoît ny la maladie
ny le remede convenable , ce qui est
contraire à ma propoſition quiporte
en termes affez clairs que le Medecin
qui nequerit pas le malade
dans huit jours , estant appellé au
commencement de la maladie , ne
connoîtpasla nature de la maladie,
où s'il la connoît,ilne connoîtpasou
n'employe pas leremede convenable
Ở là deſſus il fait un denombrement
des maladies , sçavoir le Po-
Ipe , les Efcrouellesl, eCancer , la
maladie galante , à quoy il ajoûte
lafracture des os , commesi laſolution
de continuité faite par cause
externe , estoit ſous le genre de maladie
,& l'on reconnoiſt par
94
MERCVRE
faitement , dit il , que ces maladies
ne ſont jamais gueries ,
&que celles qui font gueriſſables
de le peuvent pas eſtre
dans le temps de huit jours.
Remarquez s'il vous plaist.
Monfieur,qu'ilnefait mention que
des matieres qui regardent ſelon
l'ordinaire directement la Chirurgie
croyantfans doute que ces matieres
feront au de làde la portée de ma
connoiſſance ; mais ilſe trompe , car
un veritable Medecin doit connoi.
Stre la Matieve chirurgicale , non
Seulement aussi bien qu'un Chirurgien
, mais encoremieux , parce
qu'outre les parties du corps qu'il
doit connoistre parfaitement , il
doit avoir une parfaite connoiſſance
des humeurs & des esprits quż
font portezen ces parties , enversu
desquels elles font toutes leurs
GALANT .
95
fonctions , & la ſeule operation de
la main executée par ordre du Medecin
eft le veritable partage du .
Chirurgien, de forte que l'on peut
dire avec verité , que l'ignorance
des Medecins fait l'élevation des
Chirurgiens au grand mépris de la
Medecine. Reprenons nostre matiere,&
diſons que comme les Po.
lipes & les Efcrouvelles tiennent
de la naturedu Cancer ,nousparlerons
un peu dece dernier comme
de l'un des plus pernicieux de tous
les maux,& nous ferons voir qu'il
Se peut querir dans huit jours ,
conformement ànostre propoſition ,
& par confequent les autres qui
Sont moindres ferons bien queris
dans le meſmetemps.
Le Cancer est une tumeur faite
par un excrementfalin & acide ,
qui se décharge pour l'ordinaire
96 MERCURE
dans les mammelles aux Femmes ,
&aux hommes entre deux épaules
& au visage. Cette tumeur , qui
dansson principe peut - être détruite
dans huit jours , prend des racines
tres- difficiles à emporter , par la
negligence de ceux qui en font atteinss
, ou par l'ignorance de ceux
qui commencent àla traiter dansſon
principe. On voit des Cancers produits
par des tumeurs Scyrrbeuſes,
parce que l'excrement falin
vient quelquefois à s'augmenter&
àprendre le deſſus ſur l'excrement
phlegmatique cu mercuriel , qui
produit unſcyrrhe indolent , &par
fon acreté&corrofiveté produit le
Cancer, lequel on ne manque pas
d'irriter par l'application des remedes
, faute d'en connoistre la
nature.
Je vais vous entretenir ſeulement
GALANT.
97
,
ment du Cancer , qui n'est pas la
Suite d'un Scyrrhbe , parce que celuicyn'arrive
queparlaseule ignoran
cede celuy qui a traite le malade
au commencement de la tumeur
Scyrrheuse. L'autre commence à
Paroistre de groſſeur d'une lentille
journellement ,faute d'y apporter le
remede convenable , &je ne vois
rien de plus ridicule à des gens .
que dese meſlerdetraiter des Cancers
manifestes, c'est à dire, ulcerez
eux qui ne sçavent pas querir un
Cancerocculte.N'est- ce paspour eux
une temeritédecroire pouvoirquerir
un Cancer, lors que l'humeur acide
&corrofive qui le produit a pris
l'empirefur les esprits,c'est à dire ,
qui habitent la partie où elle eft ad.
berente , puis qu'ils nesçavent pas
refifter au mal , lors que les esprits
font encoredans leur entiere vigueur
Car dés que les esprits commencentà
Νον. 1691 . E
98
MERCVRE
empéefiresurmontez,
cette humeur acide
&corrofiveſe multiplie , de mesme
quele fel tartareux & acide du
vin , ayantprisle deſſus ſur les efprits,
qui font toute laforce & la
bonté de cette liqueur , convertit
inſenſiblement le vin en vinaigre.
Quesi un Marchand de vin ne
fçait pas l'accommoder lors qu'il
commence à aigrir ,
cher qu'il ne devienne entiere.
ment vinaigre, comment fera- t il
capable dereduire le vinaigre en
vin ? Pour guerirle Cancer dansſa
naiſſance il enfaut connoistrepar.
faitement la nature , &y apporter
le remede convenable ; & comme il
ya fort peu de gens qui s'étudient
à connoistre parfaitement les chofes,
ilnefaut pas s'étonner s'ily a
tant de maladies qui paſſent pour
incurables . Les Medecins modernes
GALANT .
BIBLIO
LYO
VILLE
& les Chimistes vulgaires S
queront pas de me dire , qu'ilnya
autre chose à faire qu'àse fervir
des alkalis , pour absorber& corriger
l'acidité corrofive de l'humeur
qui produit le Cancer.N'est cepas ,
me diront- ils , ſuivre la veritable
methode ? le voudrois leur demander
qu'est- ce qu'ils entendent par
veritable methode. Pour moy , je ne
puis comprendre qu'un Artifantravaille
methodiquement àfon ouvrage,
lors qu'il n'en peut pas venirà
bout. Ils me répondront qu'ils
travaillent conformement à la rai-
Son , & à l'experience qu'ils ont
des effets que produisent les alkalis
fur les acides ; mais ont - ils remar
quéſi l'usage de ces remedes a confirmé
leur raifon par la gueriſon
qui s'en eſt ſuivie ? ils n ont jamais
gueriun Cancer parcette methode,
ils pretendent letraiter metho
E2
100 MERCVRE
diquement , & conformement à la
raison& à l'experience. Ie veux
pourtant malgré leur vain raisonnement
faire voir que leur raiſon
les trompe , & qu'ils connoiſſent fi
peu l'action & réaction des diver-
Ses substances , qu'il ne faut pas
s'étonner s'ils nesont pas capables
de juger équitablement des effets
quis'en enſuivent . Ilsuffit qu'une
choſe ſoità la mode pour la voir
Suiviede tout le monde. On n'entend
parler à preſent que d'acide &
d'Alkali,&la pluſpart de ceuxqui
enparlent , en ignorent la nature,
je vais leur faire connoftre que les
Alkalis ne sont pas les veritables
remedes pour la gueriſon duCancer.
Comme on ne peut faire mieux compredreles
chofes dont on parle,qui ne
Sontpasfoumises à nosfens, que par
la demonftration de celles qui leur
font analogues , & qui paroissent
GALANT. for
naturellement à nos yeux , je feray
voirpremierement les mauvais ef
fets des alkalis employezpour adoucir
& corriger l'acidité d'un vinqui
commence àaigrir , afin de les conduirepar
cet exemple àla connoisfance
des divers effets des alkalis.
Prenezle poids d'un écu d'or defel
de tartre , &le mettez dans un
grand verreplein de vin qui com.
mence à aigrir , & vous verrez que
cefelde tartre agiſſant contre l'acidité
spiritueuse & vineuse , aussibien
que contre l'acidité tartareuſe
du vin ; quien produit l'aigreur,
les absorbe & détruit toutes deux
également , &rend levin infipide ,
de vilaine couleur , &n'ayant aucunement
le goust du vin , au liew
que ſi l'on jetre quelque peu de veritable
esprit de vin ,dans pareille
quantité de vin de la mesme qua
lité, l'onverra que l'acidité tarta-
Es
102 MERCVRE
reuſe ſera détruite , & l'acidité
vineuse & Spiritueule prendrale
deſſus , estant multipliéepar cet
esprit , &le vin perdra l'aigreur ,
& aura un tres bon goust , comme
auparavant , & conservera sa
mesme couleur.
Tout le monde est convaincu que
levin devient aigre par la seule
évaporation de quelque petite par.
tie des eſprits ; mais ily afort peu
degens qui ſcachent la quantité
d'esprits que contient le vin.Jevais
vous rapporter l'experience quej'en
ay faite par la vove la plus courte .
L'ay pris une livre d'esprit de
win leplus rectifiéqu'on puiſſe avoir,
&qui felon la preuve ordinaire
enflame la poudre. Ie l'aymis dans
un vaiſſeau que j'ay fait faire exprés
,&i'ay retiré de cet esprit de
vin huit onces d'eau , aussi douce
& infipide que l'eau de riviere.
7
GALANT .
103
-
Tay creu après cela que par un
vaiſſeau fait d'une autre maniere
j'enpourrois tirerdavantage. L'ay
en mesme temps faitfaire le vaisseau
comme je l'avois conçeu,
L'ay mis une livre d'esprit devin
de la mème nature que le premier
dans ce vaisseau , & en
ay retité douze onces d'eau claire
douce; & infipide comme la pre
miere, & ie ne doute nullement
que fi ie voulois poursuivre mon
experience , ie ne tiraffe plus de
quinze onces d'eau aussi douce&
infipide que celle de riviere d'une
livre d'efprit de vin.
Après avoirfait cette experience,
j'ay voulu voir (i l'esprit de vin
feroit capable , par le ſimple mé
- lange d'une ſubſtance , de s'endurcir
& lapidifier fans perdre fa
vertu. Je l'ay mélé avec unefim-
-ple matiere, que j'ay prealablement
{
E 4
104
MERCVRE
mise en poudre , & j'ay mis ce
mélange dans un vaiſſean fur un
petit feu ,& dans vingt- quatre
heures ou environ , il s'est converti
en une masse aussi dure qu'une
pierre, laquelle j'ay gardée quelque
temps ,& ensuite je l'ay écrasée
avec un marteau ,& concassée
großicrement , aprés quoy ie l'ay
miſe dans un alembic , & j'ay
getté dedans , un verre d'eau de
riviere , &par la distillation j'en.
ay retiré un bon verre d'Eau de
vie , auffi bonne &außi forte, que
cellequ'on vend communement, le
Sçay bien que les ignorans & les
médiſans diront , que ce que j'avance
est un paradoxe , mais pour
leurfermerlabouche&les rendre
Sans replique, j'offre d'en venir à
L'experience , à condition que ceux
qui voudront ſoûtenirle contraire
configneront en main tierce une
GALANT.
105.
Somme d'argent. L'en configneray
une pareille , & leur feray voir à
leurs dépens que je n'avance rien
que ie ne sçache par experience ,
&que ie ne fois en estat de faire
voir
Levous ay rapporté ces experien--
ces, Monfieur, pour vous donner une
idée du remede propre pour la gue..
rifon du Cancer ,&fairevoirque
les Remedes preparez philofophi ..
quement , peuvent operer en pe
tite quantité , & par une action:
fort benigne , remettre la nature
au deſſus de ce qui est prêt de
L'accabler. Or ily a deux chofes à
executer pour la guerifon du Cancer..
La premiere de corriger la
maffe du sang de cet excrement
falin& acide qui l'accompagne ,
afin que le lang ne fourniffe plus:
dexcrement à la tumeur , & meta
Bre for la tumeur une matierec
ES
106 MERCVRE
dont l'activité& la vertu puif
font degager les esprits de la puif.
fance de l'humeur qui produit la
tumeur , & les mettre en estat de
pouvoir détruire & evaporer cette
humeur . Que si dans un instant
on peut détruire l'aigreur du vin ,
& le rendre agreable à boire , en
multipliant l'esprit qui commence
à eſtre ſoumis à l'acidité tartareu..
fe , pourquoy par un esprit ou bua
mide radical convenable à nos ef
prits , ne détruira 1 - on pas dans
huit jours une humeur excremen
teuse qui fait le Cancer , estant
dans fon commencement en fort
petite quantité ? Vous me deman
derez peut-eftre d'où vient qu'un
Cancer cause defigrandes douleurs
& eft fi difficile à querir lors qu'il
eft ulceré. Vous devez ſçavoir que
l'air qui nous penetre continuellement,
reçoit une modification par
GALANT. 107
les pores de la peau , ce qui fais
que son action ne nous eſtſenſible
aucunement , mais quand il n'a
pas des pores à penetrer , il entre
avec les parties les plus groſſieres
qui l'accompagnent , ausquelles
l'entrée estoit interdite par lapeau,
& comme ces parties font nitreuſes,
se joignant continuellement à
l'acidité corrofive du Cancer, elles
livrent un continuel combat aux
efprits , d'où procede cette cruelle
douleur , & à l'égard de la difficulté
qu'ily a pourle guerir, c'est
que cette humeur acide&corrofive
ayant pris le deſſus ſur les efprits
qui habitent en la partie affligée,
elley maiſtriſe &convertit en fa
propre nature tout l'aliment qui y
est porté pour la nutrition de cette
partie, de même que lors que dans
un tonneau plein devin la partie
Saline&tartarense a pris le def
E6
108 MERCURE
Sus ,&qu'elle a changélevin en
vinaigre , elle est capable de convertir
chaque jour autant de meil--
leur vin en vinaigre qu'il enfaut
pour la dépense de la plus groffe
famille, & continuer jusqu'à l'infiny.
Mais comme jeſuis convaincupar
experience que lavertu des
mixtes se peut tellement concen
trer qu'unseul grain de matiere
reduite en cet estat , produira plus
d'effet , que cent livres d'autre ,ie
Sçay auſſi que l'acide le plus fort
& le plus corrosif qui peut s'engendrer
dans le corps humain
peut estre adouci par une trespetite
quantité de matiere.
د
Je voudrois bien vous pouvoir
entretenir fur la maladie que nôtre
Appotiquaire appelle Galantes
mais comme le feul nom decette
maladie choque les oreilles less
moins chastes, ce n'est pas une ma.
GALANT. 109
-
tière dont je croy qu'ilsoit à propos
de parlericy. Ie vous dirayſeule--
ment en paſſant , quefi cette maladie
estoit bien traitée dans le
commencement,lors que les premiers
accidents paroiffent , jamais elle
ne feroit aucun progrés.. le vous en
parle par experience , vous affeurant
qu'il n'ya aucun des maux
gui la precedent quejen'emporte
facilement en huit jours , pourveu
que je les aye enmainau commen--
cement.
Mais je vous prie de confiderer
lèpretexte qu'apris mon Critique ,
pour entrer enmatiere. Il a voulu
s'ériger en Docteur ,& parler de
l'Epilepsie ; &pour toute doctrine ,
il a dit que le remede ſpecifique ,
c'est-à-dire proprement celuy qui
a la vertu de guerir cette maladie,
eft le meilleur. Après cela , pour
tomber sur mon chapitre , il a
110 MERCVRE
commencé par les Chimiſtes quiſe
vantent d'avoir l'or potable , & il
adit que leur or n'est qu'un Sophiſtique,
eſtant preparé avec l'esprit
defel , mais s'il estoit grand Philofophe
, ilfçaurois que l'esprit de
fel dont sefervent les Philosophes
pour leur diſſolution , est bien different
de l'espritdefeldont il parle.
Fay tâché de luy repondrefans
faire paroiſtre aucune marque de
reffentiment , quoy qu'il m'en ait
donné affez de sujet , m'ayant
compris dans la cathegorie des
Charlatans , fans m'avoir jamais
ny ven ny connu qui graces à
Dieu ne convienten aucune forte
àmon genie. Il y a beaucoup de
choses qu'on peut dire en general,
mais je sçai qu'iln'estjamais per
mis de choquer perfonne en particulier
, & fi quelque Medecin os
Pbilofaphe me faisoit l'honneur de
:
FIDEI TRIUMPHIS
P. H. M
SICVNDIQUE
FLORET
.

GALANT. 111
mefaire des objections avec lamo.
deration que gardent toûjours les
honnestes gens , il eſt aisé de connoistre
quelle seroit ma réponse ,
puisque ie garde tant de mesures
d'honneſteté avec unhomme qui ne
my oblige pas, lefuis, Monfieur.
La Médaille que vous trou
verez gravée icy , a eſté frappée
à l'occaſion du mariage du
Prince de Neubourg avecla
Princeſſe de Tofcane , D'un
coſté font les Armes de Florence
entre celles de Baviere & de
Neubour , avec des cornes d'abondance
, & ces paroles , Sic
undiquefloret . On voit de l'autre
leGrand Ducaſſis , tenant en
main le baſton de commande.
ment , & faiſant la reveuë de
Ses Troupes au bord dela mer,
où paroiſſent les Vaiſeaux &
1
F12 MERCVRE
les Galeres qu'il envoyoit au
fecours des Venitiens contre
les Turcs . On y lit ces mots ,
Fidei triumphus ; & il ya dans
le rond de la Medaille , Magno
Etruria Principi, Italica ac Germanica
felicitatis Fautori.
Les Pays bas ſont ſi connus ,
& le grand nombre de Cartes
qui ont paru four ce ſujet femble
avoir tellement épuisé la
matiere , qu'on ne puiſſe rien
faire de nouveau . Neanmoins
les Curieux de Geographie
trouveront des nouveautez
dans la Carte que vient de
donner le Sr de Fer. Elle est de
deux grandes feüilles . L'Occidentale
contient les Pays -bas
appellez Catholiques , & dans
l'Orientale ſe trouve le Bas-
Rhin avecles Etats fituezdef
fus & aux environs de cette
GALANT.
113
fameuſe Riviere. Son étenduě
au Midy eft de Paris à Strafbourg
, & au Septentrion de
-Calais à Munſter , avec toutes
les grandes Routes marquées,
- d'une ligne , & les Batailles ,
par un Sabre , & la datte qu'
elles onteſté données; & afim
d'avoir plus de facilité à trou-
- ver tous les lieux qu'on fouhaite
dans cette Carte, L'Au
teur a fait une Table Alphabe
tique qui contient un petit
volume in quarto, par laquelle
on trouve en un moment les
lieux que l'on cherches avec
les longitudes & latitudes de
chaque Ville . Il donnera dans
le mois de Janvier prochain,.
un Plan tres exact de la Ville
de Paris ,telle qu'elle eſt aujourd'huy
,& une Carte fort
particuliere du Comté de Nice:
114
MERCURE
& du Marquiſat de Saluces . Ie
vous ay ſouvent parlé de ſes
Ouvrages. Le grand nombre
qu'il donne au Public , eſt une
marque de la bonté de tout ce
qui vientdeluy . Aufli n'épargne-
t- il rien pour ce qu'il veut
entreprendre & ſa depenſe
rendant les Cartes qu'il debite,
& meilleures & plus agréables
fait en mefme temps honneur
ala France . On les trouve à la
Sphere Royale , fur le Quay
de l'Horloge du Palais .
L'Ouvrage qui fuit eſtant
du temps, ne vous peut fournir
qu'une lecture agreable. Il eſt
de Mr dela Granche , Avocat
au Parlement , de l'Academie
Royale de Niſmes .
GALANT.
115
*************
LA CONSPIRATION
des Planetes ,& de la Comete
contre le Soleil .
HISTOIRE ALLEGORIQUE
Dobel Aftre du jour la lumiere
feconde
Defesrayons éclairoit tout le monde
Et chaque Peupleavec ardeur
S'empreffoit à l'envi fur la terre&
fur l'onde ,
De rendrehommage àfx Grandeur..
LesPlanetesfeditieuses ,
- De l'éclat de leur Chefdevinrent
envieuſes ,
Et pour luy déraber l'honneur de
tant de voeux ,
Formerent le deffein d'aſſemblertous
leurfeux.
116 MERCURE
Déia plus d'unefois cette cruelle
guerre
Avoit troublé le reposde la terre ..
Mais à la gloire du Soleil ,
Quifcus autant defois brifer com
me le verre
Cefragile&foible appareil.
La Troupefactieuse en conçut de
l'ombrage,
Elle implora le Secours des Enfers
Etpour mieux exciter leur rage
Leur fit voir qu'avec l'Universs
Plutonferoit réduit aux fers
S'ilne prévenoit cet orage.
Soudaindes Habitans de cesfombres
Marais
Oùle Soleilacauſe tantd'alarmes,
Courant avidement aux armes ,
Méditent contre luy les crimes les
plusnoirs..
La Discorde àl'instant députe dess
Furies
GALANT.
117
Vers differentes Nations ,
Ministres deses paſſions ,
Et du flambeau du jour mortelles
ennemies,
Pourles unirdans l'iniuste attentat
D'en diſſiper , ou d'en ternir l'éclat.
Afin d'y réussir,voicy de quelle intrigue
Usal'audacieuse Ligue.
Près d'un Maraisfangeux certaine
Exhalaifon
Brilloit d'une fauſſe lumiere ,
Ets'élevantfur l'horison
D'une contenance affezfiére ,
Se promettoit à l'abri des vapeurs
Qu'elle emprunta de cetteGrenouilliere
,
De parer du Soleil les trop vives
ardeurs ,
Mesmeengageant chaque Planete
Aluy faire part defes feux ,
Elle afpiroit à devenir Comete ;
118
MERCVRE
1.
Lefuccés répondit quelque temps
àſes voeux.
Après avoir trouvé Bellonne
Prête à favoriser Sa vaine ambi
tion ,.
Elle ufurpa des Airsla haute region
Et remply l'Univers que son audace
étonne
De trouble & de confusion.
Ce defordre obligea nos Etoiles errantes
Pour se fignaler à leur tour
De s'éloigner de leur sejour ,
Et pour leurs dignités deflors indifferentes
,
On les vitfaire en corps une honteu-
SeCour
A ce Spectre nouveau ,
clartez mourantes
dont les
Se diffipoient devant l' Astre du
jour.
GALANT. 119
Dieux ! eust on crû que des Esprits
Celestes ,
En qui tout doit paroître grand,
Euſſent conçu des deffeins fi funeftes
Etfi contraires à leurrang?
Mais les mouvemens de l'envie
Aveuglent les esprits jaloux ,
Et l'ardeur de fervir un injuste
COUYOUX ,
Leur tient lieu bien souvent du
plaisir le plus doux
Aqui l'honneursefacrifie.
Elles s'offrirent donc d'un zele turbalent
D'eſtre les fidelles miniſtres
De ceMeteore infolent ,
Quipreſageoit déja mille accidens
finiftres,
Et qui vouloit diſputerau Soleil
La gloire d'estrefans pareil;
120 MERCVRE
Maisàpeineſur les Complices
CetAftre eutdétournéfespenetrans
regards ,
Quediſperſez de toutes parts
On les vitsefoustraireà de justes
Supplices.
Telle la Biche au pied leger,
Fuit devantle Chaffour qu'elle
voit approcher ,
Et telle la timide Aurore,
Ecartant de la nuit lesflambeaux
languiſſans,
Se retire au grand jour qui com.
menced'eclore
Avec des rayons plus perçans.
La Comete prit ſoin de la caufe
commune ,
Unique objet deſafortune,
Et trouvant desmonts escarpez,
Qu'elle croyoit impenetrables
Aux fondres les plus redoutables
Elle
GALANT. 121
Elle vint rallier quelquesfeux dif
fipez
Vers ces maſſes épouvantables.
Inutile&foibleſecours!
Le Soleil rompt l'obstacle , & d'un
rapide cours
Ilperce ces hautes montagnes ,
Commeil éclaireles campagnes,
La fiere Exhalaiſon prévoyantſon
malheur ,
D'un Combatdangereux auffi- toft
Sedégage,
Manque de force &de courage,
Etſe retire avec douleur
Dans le fond de ſon marécage.
Ainsi l'on voit les oiseaux de la
nuit
Troubler les airs de mille cris funebres
,
Etse cacheràpetit bruit
Dans l'obscurisé des tenebres,
Νου. 1691. F
112 MERCVRE
Quand le flambeau du jour nous
luit.
La beauté eſt un grand
charme dans une jeune Per.
fonne , mais rien ne contribuë
tant à luy artirer l'eſtime de
tout le monde,qu'une conduite
pleine de ſageſſe . Il eſt mefme
rare que quelque bonheur
n'en ſoit la ſuite ,& c'eſt ce
qui eſt arrivé depuis quelque
temps à une Demoiselle toute
aimable , qui ayant de la naiffance
, eſtoit demeurée ſans
aucun bien avec une Mere , à
qui beaucoup de vertus & un
vray merite , avoient donné
des Amis confiderables . Le
plus important eſtoit un Magiſtrat
éclairé , dont le credit
Juy avoit épargné pluſieurs
affaires ,& confervé ſans pro
GALAN T.
123
cés le peu que la mort de fon
Mary luy avoit laiſſe pour
fubfifter. Comme elle avoit
infiniment de l'eſprit & les
ſentimens fort raiſonnables
il eſtoit bien aiſe de la voir de
tempsentemps ,& remarquant
que la beauté de ſa Fille augmentoit
de jour en jour, quoy
qu'elle ne fuft encore que
dans ſa dixième année , il luy
conſeilla de luy faire apprendretoutes
les choſes qui peuvent
donner du prix à une
jolie perſonne. La Dame luy
- réponditque ce ſeroit ſa plus
forte joye mais que ſon
peu de fortune ne permettoit
pas qu'elle fiſt cette dépenſe.
Il eſtoit fort riche &
liberal , & l'ayant priée de
☑ vouloir ſe repoſer ſur luy de
ce ſoin , peu de jours aprésil
,
F2
124
MERCVRE
42
luy envoya trois Maiſtres ,
l'un pour la danſe, & les deux
autres pour la Muſique & le
Luth . Elle avoit beaucoup de
voix , & un ſi heureux genie ,
qu'en moins de deux ans elle
fit en tout des progrés inconcevables.
Le Magiſtrat fut
ravy d'avoir trouvé un ſi ben
ſujet pour la liberalité où il
s'eſtoit reſolu , & comme il
aimoit le chant plus que toutes
choſes , rien ne luy faiſoit
plus de plaifir que de la venir
entendre. Il ne congedia aucunde
ſes Maiſtres , qu'aprés
qu'il les eut fait demeurer
d'accord qu'ils ne pouvoient
plus luy rien apprendre. Inſenſiblement
elle ſe trouva
dans l'âge de dix huit ans , &
la bone éducation jointe à un
excellent naturel l'avoit renGALANT.
125
• duëune Demoiselle ſi accom
plie , que tous ceux qui la
voyoient ne luy pouvoient
donner aſſez de loüanges. Elle
danſoit admirablement , touchoit
le Luth avec une delicateſſe
ſurprenante ,& on eftoit
charmé de ſa voix quand
elle vouloitchanter. Tous ces
talens dans une belle Perſonne,
avoient dequoi donner une
forte envie de la connoiſtre.
Auſſi auroit- elle eu une groſſe
Cour fi elle euſt voulu ſe l'attirer
, mais les viſites chez elle
n'eſtoient fouffertes que fort
rarement , & dés la moindre
apparence d'affiduité , la Mere
parloit d'un air à faire fentir
qu'à moins de s'expliquer pour
le mariage , les ſoins d'un Amantneluy
plaifoient pas.Si ſa
F3
126 MERCVRE
beauté échauffoit les coeurs ,
fon manque de bien les refroidiffoit
,& on aimoit mieux renoncer
à ce qui étoit agréable
aux yeux, que de s'embarquer
mal à propos. Enfin un hom
mede trente ans ou environ ,
mais affez mal- fait , & qui
avoit l'air tout à fait Bourgeois
, fut plus hardy que les
autres . La Mere l'ayant prié
aprés deux ou trois viſites , de
la diſpenſer d'en recevoir
davantage de peur qu'eſtant
remarquées
د
,
elles ne
donnaſſent lieu à faire des contes
qui pourroient nuire à la
Fille , il parla de l'épouſer.
Il avoit ſept à huit mille livres
de rente,& eſtoit pourvû d'un
Employ fort lucratif, qui ne
pouvoit qu'augmenter encore
GALANT.
127
ſa fortune en peu de temps.
Cette declaration , l'obligeant à
ne luy rien déguiſer , elle ne
luy cacha point que fa Fille
n'avoit pour tout bien que ce
qu'il luy vouloit trouver de
merite,&qu'il devoit prendre
ſes meſures la-deſſus . Comme
it l'avoit ſcen avant que de
s'eſtre declaré , it ne demanda
aucune chofe ,& la pria feulement
de ſçavoir d'elle s'il feroit
aſſez heureux pour ne luy
déplaire pas. La Belle s'oppoſa
d'abordde tout ſon pouvoir à la
propoſition que luy fit faMere.
Elle ſe ſentoit une averfion
particuliere pour l'Amant dont
il eſtoit queſtion , & en general
le Mariage ne la touchoit pas ;
mais enfin elle luy fit voir fi
fortement quel malheur c'eſt
que d'eſtre ſans bien, & qu'elle
F4
128 MERCURE
feroit blâmée de tous ſes amis
de laiſſer perdre une occafion
fi favorable , que ſi elle n'eut
pointla force de dire à ſa Mere
gu'elle acceptoit le party , elle
témoigna du moins par ſon ſilence
que ſa volonté regleroit
la fienne.La Dame alla auffi tốt
confulter le Magiſtrat. Outre
qu'il eſtoit de ſes Amis , ſa
Fille luy eſtoit trop obligée
des foins qu'il avoit pris d'elle
dés ſes plus tendres années
pour conclure rien que par
fon confeil. Il connoiffoit
l'Amant dont on luy parla ,
& non ſeulement il fut d'avis
que l'on fiſt l'affaire , mais
qu'on la fiſt ſans aucun retardement.
Elle estoit tres avantageuſe
pour la Belle , & il
falloit promptement mettre
l'Amant hors d'eſtat de conful
GALANT.
129
ter ſa raiſon. Sa paſion l'entraie
noit,& il auroit eſté dangereux
qu'on en euſt laiſſé rallentir la
violence. Il fit dreſſer le Contrat
de Mariage qui réjouic
d'autant moins la Belle , qu'il
refuſa bien des choſes que luy
demandala Mere , & s'echapa
même juſqu'à dire d'une ma
niereun peu bruſque , qu'elle
devoit bien ſe contenter de ce
qu'il prenoit ſa Fille pour rien..
Ce reproche qu'il oſoit luy faire
, n'ayant encore que le nom
d'Amant , luy fit prevoir ceux
qu'elle auroit à eſſuyer lors
qu'il feroit ſon Mary, & toute
ſage& modeſte qu'elle eſtoit ,
elle ne pouvoit digerer ſans
peine,qu'il comptaſt pour rien
mille belles qualitez qui aurosenteſté
d'un prix ineſtimas
ble, fil elles avoient eſté ap
E3
130 MERCVRE
puyées de la fortune. Ce dé
faut où elle n'avoit aucune
part , & qui pourtant la contraignoit
de s'aſſujettir à un
Amant qui ſe montroit fi peu
digne d'elle , la fit tomber dans
de ſi chagrines reflexions ,
qu'elle ne fut plus capable de
joye. Aini le Magiſtrat l'étant
venu voir pour la feliciter fur
fon Mariage, il fut fort furpris
de la trouver toute en larmes ..
Il pria ſa Mere de trouver bon
qu'ill'entretinſten particulier,,
afin de tâcher à ay remettre
l'eſprit , mais toutes les raiſons
qu'il luy apporta, ne la purent
arracher à fon chagrin. Celuy
qu'elle devoit épouſer luy
eſtoit devenu inſupportable ,
& elle en regardoit la neceſſité
comme une choſe qui la
devoit rendre la plus malheu
GALANT . 13
reuſe perſonne du monde . Le
Magiſtrat combattit en vain
fon averfion. Il ne putla furmonter
, & lors qu'elle luy cut
dit plus d'une fois que rien ne
luy pouvoit arriver de plus funeſte
que ce Mariage , elle
ajoûta que ſi par un redoublement
de bonté , apués l'avoir
obligée de tant de manieres
dans un âge où elle ne pouvoit
fentir aſſez ſes bienfaits , il
vouloit bien luy donner de
quoy s'enfermer dans un Convent
, elle croiroit lay devoir
plus que la vie . Le Magiſtrat
éconné du deſſein qu'elle formoit
, luy demanda fi elle fe
croyoit aſſez de vocation pour
ne ſe pas repentir de prendre
le Voile. La Belle luy répondit
, que fi elle avoit de quoy
vivre dans le monde inde
F6
132 MERCVRE
pendante , elle auroit peine à
prendre un engagement pour
toute la vie, mais que s'il faloit
choiſir entre un Convent &
l'Amant qu'on luy vouloit
donner pour Mary , elle n'au
roit point à balancer. Le Magiſtrat
ne luy voulut point
donner de reponſe poſitive. Il
dit ſeulement qu'il ne ſeroit
pas long- temps ſans la revoir,
qu'il fongeroit àce qu'elle venoit
de luy propoſer , & qu'il
eſperoit qu'elle ſeroit contente
de luy. La Belle qui le connoiſſoit
fort genereux, nedoutapointqu'ilne
la tiraſt du facheux
eſtat où elle eſtoir ,&
le priade ne rien dire à ſaMeze
de leur converſation , pour
eviter les obſtacles que fa tendreſſe
l'obligeroit d'apporter à
lareſolutionde quitter lemon
GALANT.
133
de , ce qu'elle vouloit executer
ſans l'en avertir. Depuis
ce moment , elle parut plus.
tranquille , quoy que ſon Amant
qui ſe prevaloit du Contract
ſigne , priſt des airs d'autorité
quile faifoient haïr toûjours
davantage. Deux jours
aprés , le Magiſtrat lay appor
ea fa réponſe , qui fut toute
autre qu'elle n'avoit creu. La
vie heureuſe qu'elle luy avoit
marqué qu'elle meneroit fi elle
pouvoit ne dependre de perfonne
, l'avoit fait refoudre à la
mettre en cet eſtat.. Il n'avoit
point eu d'enfans en quinze
ans de Mariage,& on aſſeuroit
que ſa Femme , dont la ſanté
eſtoit foible & languiſſante ,
n'en auroit jamais , de forte
que dix mille écus oſtez de
fon bien , qui estoit tres,
134
MERCVRE
grand
د
luy avoient paru
fort peu de choſe . Il les donna
à la Belle , afin qu'elle puſt
choiſir un Mary qui luy convinſt
, ſans qu'aucun autre
motif que celuy de fatisfaire
fon coeur l'engageaſt au Mariage
. Vous pouvez juger à quels
fentimens de reconnoiffance
une generoſité ſi peuatienduë,
porta la Mere & la Fille. Il fouhaitta
qu'elle fuſt ſecrette ,
& pour empeſcher qu'on ne
jugeaſt mal de voir tout à coup
du bien à cette aimable perfonne
, on publia qu'il luy
eſtoit mort un Oncle en Province
, qu'il luy avoit laiffé
cette ſomme. Pour faire croire
la choſe elle prir le deüil , & ce
ne fut pas un petitſujet dejoye
pour l'Amant , de voir un tel
bonheur arrivé à ſa Maiſtreffe..
Il eſt vray qu'il n'eut pas long
GALANT.
135
remps à la goûter. La Belle qui
n'aſpiroit qu'à ſe tirer d'affaire
avec luy , luy fit connoiſtre
bien toſt qu'il n'eſtoit pas né
pour elle . Il tâcha de la gagner
en ſe contraignant à des complaiſances
qu'il n'auroit pas
euës , fi elle n'eût pû ſe paſſer
de ſa fortune , mais fes efforts
furentinutiles , & le Mariage
fut rompu . La pretenduë fucceffion
de la Belle , dont le bruit
courut , ajoutant un charme
nouveau à ſa perſonne , elle
eut des Adorateurs en affez.
grand nombre. Comme elle
étoit delicate ſur le choix , elle
rejetta les uns , ne leur trouvant
point d'aſſez bonnes qualitez
,& ne voulut point écouter
les autres , parce que leur
bien n'avoit pas dequoy luy
faire une fort grande fortune.ll
136 MERCURE
luy fuffiſoit qu'elle en cuſt aſſez
pour vivre à ſon aiſe avec ſa
Mere , & cette vie luy parut fi
douce qu'elle reſolut enfin de
ne ſe point marier. Elle aimoit
à ſe faire des Amis, ce qui luy
eſtoit aisé , ayant un veritable
merite , & quelques ſoins empreſſez
qu'on luy marquaſt ,
elle ne voyoit perſonne que
fur ce pied là. Elle pafla cinq
ou fix années de cette forte
toujours pleine de reconnoifſance
pour le Magiſtrat , qui
perdit enfin ſa Femme. Aprés
quelque temps paffé dans le
veuvage , on luy propoſa divers
partis fort confiderables ,.
parce qu'il eſtoit parfaitement
honneſte-homme , & que le
rang qu'il tenoit pouvoit faire
envie. Il n'avoit d'ailleurs que
quarante- cinq ans,& fonal-
ود
GALANT.
137
liance pouvoit eſtre utile de
toutes manieres . Comme il
paroiſſoit n'écouter pas volontiers
les propoſitions qui
luy eſtoient faites , une Dame
fort qualifiée qui luy vouloit
donner une de fes Nieces, s'adreſſa
à la Belle , que l'on ſçavoit
eſtre fort de ſes Amies .
Elle ſe chargea deluy en parler
, ce qu'elle fit dans la premiere
viſite ; mais elle fut fore
furpriſe de recevoir pour réponſe
qu'il l'écouteroit avec
plaifir , fi elle ſe reſolvoit à
parler pour elle - meſme. La
Belle rougit , & parut déconcertée.
Ce trouble ne pouvoit
déplaire au Magiſtrat , qui
ayant conceu beaucoup d'eſtime
pour elle par la regularité
de ſa conduite, & par le
mépris qu'elle avoit fait d'une
1
138 MERCVRE
-
infinité d'Amans, avec qui elle
avoit creu ne devoir pas vivre
heureuſe,luy demanda ferieufement
fielle vouloit confentir
à l'épouſer, la priantpourtant,
que lors qu'il ſe ſentot difpoſé
à la préferer à tous les
partis qu'on luy offroit , elle
n'écoutaſt aucun ſentiment de
reconnoiſſance , & ne changeaſt
point de condition , pour
peu que fon coeur y repugnaſt .
Son étonnement futtel qu'elle
cut de la peine à s'en remettre .
Cependant il falloit donner
une réponſe , & comme elle
étoit toute penetrée des bontez
du Magiftrat , & que la chofe
neluy apportoit pas moins d'a
vantage que de gloire , il vous
eſt facile de juger qu'elle acceptale
party avec une extrêmejoye.
Le mariage ſe fit peu
GALANT. 139
de temps aprés , & il n'y eut
jamais d'union pareille à celle .
qui les rend heureux .
Le Parlement aſſiſte tous les
ans à une Meffe folemnelle le
lendemain dela Saint Martin ,
comme je vous l'ay ſouvent
marqué . Cette Meſſe ſe chante
en Muſique dans la grande Salle
du Palais , ornée pour cet effet
& elle est toujours celebrée
parun Evêque , que le Parle .
ment priede faire cette fonetion
.Elle l'a eſté cette annéepar
Mr Floriot,Treſorierdela SainteChapelle,
qui officie avecles
meſmes ceremonies que les
✓ Eveſques . Aprés la Meſſe ,
- tout le Parlement rentre dans
la Grand Chambre , & le premier
Preſident remercie l'Officiantaunom
du Parlement.
Mr de Harlay , premier Pre
1.
1
140
MERCURE
ſident , a dit cette année ,que
les Treforiers de la Sainte
Chapelle estoient Preſtres &
Chapelains nez du Parlement;
de quoy Mr le Treſorier eſt
convenu en le repetant dans
fon Compliment. Les Avocats
preterent enſuite le ferment
accoutumé , & cela ef
sant finy ,on alla dîner chez
Mr le premier Preſident. La
Table eſtoit de quarante cou
verts , & on la ſervit avec
beaucoup d'ordre.Le repas fut
magnifique , delicat , & bien
entendu , & la confufion qui
regne en ces fortes d'occaſions,
ne s'y trouva point.
Comme la Cour des Aides
entre ce jour là , & qu'elle
continue ſes Seances, les Harangues
ne manquent jamais
de s'y faire. Mr de Queritor,
GALANT .
141
Avocat General de cette
Cour , Frere de Mr des Haguais
,premier Avocat General
fit ſon Diſcours ſur la Probité
. Il dit qu'elle avoit fait des
Juges avant qu'il y euſt des
Loix , & que l'on euſt établi
des Republiques ; qu'ainſi elle
étoitMere de la Iustice ,les Loix
n'ayant eſté faites que depuis
que les hommes avoient moins
pratiqué cette vertu , que les
Iuges devoient avoir de la probité
, non ſeulement dans leurs
Jugemens , mais encore dans
leurs moeurs . Ce Diſcours fut
trouvé fort beau par la pureté
de la diction , auſſi bien que
par la force des penſées .
Le Parlement ne continue
point ſes ſeances , & elles font
remiſes à huit ou à quinze
« jours , & quelquefois juſqu'à
142 MERCVRE
trois ſemaines. Mr le premier
Preſidentne les a remiſes cette
année , qu'à huit jours , de
forte que les Audiences ont
eſté ouvertes le Lundy 19 .
Les Harangues ont eſté faites
ce jour- là ; elles rou.
lerent fur les ſujets ſuivans.
Mr le premier Prefident ayant
voulu laiffer briller Mr de
Harlay , fon Fils , fit une remontrance
fort honneſte aux
Avocats , & leur dit qu'ils
priſsét garde aux Cauſes qu'ils
entreprenoient,& à ne ſe point
laiffer embarquer dans des
Procés par la fureur des Plaideurs
quiles obligeoit ſouvent
à faire voir à la Cour des Cau .
ſes qui ne ſe pouvoient foutenir.
Il leur dit auſſi qu'ils abré.
geaffent leurs écritures , groffiesla
pluſpart des choſes fort
GALANT.
143
inutiles . Il s'adreſſa aux Procureurs
pour finir , & leur dit
qu'ils s'appliquaſſent les mefmes
choses qu'il venoit de dire
aux Avocats .
Mr de Harlay , fon Fils ,
Avocat General , prit enfuite
la parole , & dit qu'il eſtoit
trop jeune pour parler avec
confiance aux Avocats , mais
que le Roy avoit bien voulu
qu'il fuſt pourveu de la Charge
qu'il avoit l'honneur d'ed
xercer , par une continuation
de la bonté que Sa Majesté
avoit pour ſes Anceſtres. In
prit de là occafion de faire
l'éloge de ce grand Prince , &
marqua pluſieurs de ſes actions.
Le feul recit qu'il en fit
fut fuffifant pour le louër. Il
fit voir que ce vigilant & laborieux
Monarque avoit fait
144
MERCVRE
dans ſon cabinet les projets de
tout ce que nous voyous executer.
Il parla de nouveau de
ſa jeuneſſe , qui l'obligeroit de
ſuivre l'exemple des habiles
Avocats , qui luy fourniroient
d'utiles leçons , & fur leſquels
il tâcheroit de ſe conformer.
On fait toujours un diſcours
appellé la Mercuriale le Mercredy
qui fuit le Lundy des
Harangues , & de l'ouverture
des Audiences . Mr l'Avocat
General de la Moignon , eſt
celuy qui a parlé cette année.
Comme il n'y a rien de plus
neceſſfaire aux Juges que la
probité , il en parla ainſi qu'avoit
faic Mr l'Avocat General
de la Cour des aides , & alla
juſques à dire qu'il ne ſcavoit
pas ſi laprobité n'étoit
point plus neceſſaire à un Juge
GALANT .
145
2
10
ge que la ſcience des Loix.
Mr de la Moignon a fait ſouventde
ſi beaux diſcours,qu'il
ne ſera pas mal aisé de vous
perfuader qu'il s'acquita de celuy-
cy àſon ordinaire. Mr le
premier Preſident fit voir ,
qu'outre toutes les qualitez
qui estoient neceſſaires à
un Juge , il falloit qu'il euſtde
l'humilité & fuft bon Chref
tien. Il dit que les hommes eftoient
ſujets à de grandes preventions
; quel'ou en prenoit
preſque toûjours contre fon
Prochain , & qu'on l'accuſoit
des dereglemens qu'on avoit
ſouvent ſoy méme.Cediſcours
fut tres - édifiant , & digne du
caracterede l'Illuſtre Magiſtrat
qui leprononça .
Le ſoin que Sa Majesté
prendde procurer l'avantage
Νου . 1691 . G
e
146 MERCURE

د
& le ſoulagement de ſes Peu
ples , l'ayant portée à tranfporter
par ſes Lettres de Declaration
du 22. jour d'Aouſt
1676. le Parlement du Comté
de Bourgogne , de la Ville de
Dole , ſituée en l'une de ſes
extremitez , en celle de Beſançon
qui en eſt le centre & la
Capitale comme beaucoup
plus commode & capable par
ſa grandeur & par la beauté
de ſes Edifices , d'en loger les
Officiers & ſes Juſticiables ,
Elle a eſtimé qu'il eſtoit de
l'intereſt de ſes Sujets de ce
Comté , de transferer pareillement
l'Univerſité quieſtoit
en la meſme Ville de Dole ,
en celle de Besançon , conformement
aux Patentes à elle
accordées par Loüts X I. Roy
de France , au mois de Mars
GALANT. 147
1480. & à celles de l'Empereur
Ferdinand I. & de Philippe
IV. Roy d'Eſpagne , afin que
cette Univerſité ſe rende plus
illuſtre& plus floriſſante , par
la facilité qu'auront ſes Sujets
de s'inſtruire en meſme temps
des maximes du Droit & de
celles du Barreau & les Etrangers
qui ont eu de tout temps
beaucoup d'habitudes dans la
meſme Ville , d'apprendre
leursexercices en l'Academie,
& les principes de Iuriſprudence
par les leçons qu'ils
prendront des Profeſſeurs , ce
qui contribuëra à les retenir
dans le Royaume , de meſme
qu'à l'embelliſſement & à l'agrandiſſement
de la Ville de
Besançon , à laquelle le Roy a
voulu donner cette marque
de ſa ſatisfaction pour la fide
G 2
148 MERCVRE
lité qu'elle a témoignée , &
qu'elle témoigne de jour en
jourà ſon ſervice. Par les Let .
tres qui furent données au
mois de May dernier , pour la
tranflation de cette Vniverfité
, Sa Majesté declaroit que ſa
volonté eſtoit que tous & chacuns
les Profeſſeurs , Diſtributeurs
, & autres Officiersde
I'Vniverſité de Dole , ſe rendiffent
au plutoſt à Besançon ,
pour y enſeigner , & tenir à
l'avenir leurs ſeances dans
l'Hoſtel qui leur ſeroit fourny
par le Magiſtrat de cette Ville,
tout ainſi ,&en la meſme maniere
qu'ils faifoient auparavant
en celle de Dole. Elle
ordonne à cette fin que les
Degrez que prendront les
Ecoliers à Besançon en cette
meſme Univerſité nouvelleGALAN
T. 149
ment transferée , après avoir
étudié durant le temps porté
par ſes Edits , & fuby les examens
ordinaires , foient bons .
& valables , & enjoint au Secretaire
de cette Univerſité de
faire porter a Besançon tous &
chacuns les Papiers, Regiſtres
& Maſſes de l'Vniverſité de
Dole,& aux Magiſtrats de Beſançon
de fournir fans delay
les Salles & Chambres convenables
, pour les Auditoires ,
Leçons, & Affemblées duCollege
, & de les pourvoir de
Chaires , Bancs & Bureaux
necefiaires , fans neanmoins
que ceux qui compoſentcette
Univerſité , puiſſent fous prétexte
qu'elle a eſté transferée ,
prétendre de plus grands ga.
ges , droits émolumens , que
ceux qu'ils ont touchez juf-
G3
150
MERCVRE
qu'icy à Dole. Elle y avoit eſté
fondée en 1426. par Philippe
le Bon ,Duc de Bourgogne , &
elle fut encore augmentée en
1484. par les ſoins de la Ducheſſe
Marguerite. L'ouverturedes
Exercices publics en fut
faite à Besançon le 14. de ce
mois avec beaucoup de ceremonie
, & les Profeſſeurs dans
chaque Faculté , firentdesDif
cours fur la grandeur du Roy ,
qui au plus fort de laguerre faie
fleurir les Arts & les Sciences .
L'avantage que Befançon recevra
de cette Univerſité ,
eſtoit deu à la beauté de la
Ville qui eſt grande & bien
baſtie , avec de belles maiſons
partout , & quantité de places
& de Fontaines magnifiques
. Elle est une des plus anciennes
des Gaules ,& les RaGALANT.
151
1
T mains s'en eſtant rendus vainqueurs
, prirent foin d'y établir
tout ce qui pouvoit ſervir
ày entretenir le commerce ,
à y faire valoir les Loix , & à
y attirer les Etrangers . Auſſi
ytrouve t-on encore tous les
jours auffi -bien qu'aux environs
, des Vrnes , des Medailles
, des Inſcriptions , des Vafes
, & divers Inſtrumens dont
on ſe ſervoit dans les Sacrifices .
Ceſar en parle dans ſes Commentaires,
comme d'une Place
forte & bien munie , & qui
eſtoit tres- commode pour tirer
laGuerre en longueur.Divers
quartiers y gardent encore le
nom que les Romains leur
avoient donné,comme Champ.
Mars , Charmont , Romchau , la
Rhée , Ruede Chasteur , rue de la
Lue ,rue de Venie & autres qui
G4
152 MERCURE
veulent dire , Campus Martius ,
Charitum Mons Collis. Roma ,
,
Vicus Rhea , Vicus Caſtoris , Vicus
Lue , Vicus Veneris. Hors la Ville
il y a Mont Joüor , Mons Jovis;
Mercuro , Mons Mercurii,Montermo
, Mons Termini ; Montdelie
, Mons Delii ; Champ-
Vacho , Campus Bachi ; Champ
de la Veſte, Campus Vesta; Chamuſe
, Collis Mufarum ; Chaudane
, Collis Diana ; & c . Ве
ſançon que la Riviere du
Doux ſepare en deux parties
inegales , a eſté long temps Ville
libre& Imperiale ,& les Empereurs
luy ont accordé divers
Privileges . Depuis elle s'eſt
trouvée ſous la domination
des Eſpagnols , ſur leſquels le
Rey la prit en 1668. avec le
reſte de la Franche- Comté . Il
la rendit peu de temps aprés
GALANT: 153
par le Traité d'Aix la Chapelle,
mais les injuſtes deſſeins de
ces meſmes Eſpagnols , qui
contre leur parole avoient fait
bâtir une Citadelle dans Befançon
, l'ayant obligé de tourner
ſes Armes contr'eux en
1674. il ſe rendit maiſtre de
nouveau de toute cette Province..
: Voicy les noms des dernieres
Abbayes données par le
Roy , & de ceux que Sa Majesté
en a pourveus.
L'Abbaye d'Ambournay , à
Mr l'Abbé d'Aix . Il a toutes les
vertus qu'on peut defirer dans
un Eccleſiaſtique , & a l'avantage
d'eſtre Frere du R.P. de la
-Chaiſe , Confeſſeur du Roy ,
- dont la naiſſance & le merite
ne font inconnus en aucun
licu de l'Europe. Il eſt auſſi
G
154
MERCVRE
Frere de Mr le Comte de la
Chaiſe , Capitaine des Gardes
delaPorte.
L'Abbaye de laChaſſaigne ,
à Mr l'Abbé de Vaubecourt.
Sa naiſſance n'eſt pas moins
diſtinguée que fa doctrine &
ſa pieté , & ſes A yeux ont rendu
ſon nom illuſtre . Il eſt Aumônier
du Roy , & Docteur
en Theologie de la Faculté de
Paris . Son application à faire
du bien & à remplir les de .
voirs d'un parfait Ecclefiaftique,
le font eſtimerde tout le
monde..
L'Abbaye de Noſtre Dame
du Mouſtier , à Mr l'Abbé de
Beuvron , auſſi Aumônier du
Roy , & Docteur de Sorbonne..
Il eſt de l'ancienne & illuſtre
Maiſon de Harcour qui a partout
tant de monumens de ſa
GALANT.
155
grandeur. Ses moeurs ſont telles
que les plus ſcrupuleux ne
pourroient trouver à redire à
ſa conduite , & il joint à une
grande capacité beaucoup
d'honneſteté & de politeſſe .
L'Abbaye de S. Quentin de
à Mr l'Abbé de
د
Beauvais
Montchevreuil . Il eſt illuſtre
de toutes parts , & les vertus
que l'on voit briller dans tous
ceux de ſa Famille , ſouſtiennent
avec beaucoup d'avanrage
le Sang de Mornay dont
il eſt venu. Je ne vous repete
point ce que je vous en ay dit
pluſieurs fois . Cet Abbé trouveen
eux de grands exemples
&les diſpoſitions qu'il montre
à les ſuivre , font attendre
toutdelay.
L'Abbaye de S. Amandde
Roüen , à Madame Barentin.
G6
156 MERCVRE
Elle estoit Religieuſe au Val
deGrace.
L'Abbaye de Royal Lieu ,
à Dame Elisabeth Loüiſede la
Chauſſée d'Eu , Fille de Mrle
Comte d'Arrest . Cette Abbayc
qui eſt de l'Ordre de Saint Benoiſt
, prés Compiegne , eſtoit
demeurée vacante par la mort
de Madame d'Eſcoubleau de
Sourdis . Madame d'Arreſt , Religieuſe
de Royal Lieu , avoit
eſté choiſie par tout leCorps
desReligieuſes de cette Maiſon
au nombre de plus de quarante,
qui avoient preſenté un Placet
au Roy , afin qu'il luy pleuſt
la leur donner pour Abbeffe.
Sa Majesté a eſté d'autant plus
portée à y confentir , que cette
Dame eſtoit neceſſaire pour
reparer les petits degaſts qui
ſe ſont trouvez dans l'admi
GALANT.
157
/
niſtration du temporel de
cette Maiſon. Sa vertu & fa
naiſſance , qui eſt des plus diſtinguées
en Picardie , ont
auſſi contribué beaucoup à ce
choix.
L'Abbaye de l'Oraiſon-
Dieu , à Madame de Gaujelac
. Elle estoit Religieuſe dans
cette meſme Abbaye .
Le Prieuré Royal des Filles-
Dieu de Roüen,à Madame de
Vaillac , Religieuſe du meſme
Ordre.
Les triomphes de la Religion
Catholique ſemblent augmenter
dans le temps que ſes
Eanemis cherchent à l'abbattre
, & tandis que l'on en défend
le culte dans l'Angleterre,
la Providence divine l'éta
blit dans l'Orient ,&porte les
Princes Idolâtres de la vaſte
158 MEROVRE
Ifle de Borneo , à réverer nos
facrez Miſteres . Mr Nicolini,
Nonce de Sa Sainteté , en a
receu des nouvelles de Goa ,
qu'il a communiquées aux
Peres Theatins, à cauſe qu'elles
viennent d'un des Peres
de leur Ordre. Elles marquent
les admirables progrés que le
Pere Ventimille , auſſi Theatia
, a faits dans l'iffe que je
viens de vous nommer. Cette
Iſle eſt dans la mer des Indes ,
entre celles de Samatra , de
Java & les Philippines ,& la
plus grande de toute l'Afie ,
fous la Ligne Equinoctiale.
Elle contient pluſieurs Royaumes
, outre celuy de Borneo ,
dont la Ville de ce méſme nom
eſt bâtie ſur des pilotis dans la
mer , comme Venize , entre
des marais & l'emboucheure
GALANT.
159.
d'une grande Riviere.Le Pere
Antonin Ventimille , que l'on
a éled pour Chefde cette nouvelle
Miſſion , eſt de Palerme
dans la Sicile , & d'une des
premieres Maiſons de ce
Royaume , tant par les Terres
confiderables qu'elle y poffede
, que par les grands Perfonnages
qu'elle a produits depuis
plufieurs Siecles . Ce Pere ayat
eſté envoyé à Madrid par ſes
Superieurs,y fitbien- toſt éclater
le zele ardent qui l'enfla
me pour tout ce qui regarde la
gloire de Dieu . Comme il fut
également eſtimé des Grands
&du Peuple , il fit des fruits
merveilleux en peu de temps ,
& eſtant perfuadé qu'il en feroit
encore davantage dans les
Indes Orientales , il écrivit à
laCongregationde Propaganda
160 MERCVRE
Fide, qui eſtant bien informée
de ce qu'on pouvoit attendre
de ſa piete & de ſa ſageſſe , luy
envoya promptement le congé
qu'il demandoit. Ses parens
ne pouvant fouffrir cette reſolution
dans un temps où ils
fçavoient que la Cour du Roy
Catholique avoit refolu de le
faire Evefque , écrivirent àla
meſme Congregation,afin que
fa Miſſion fuſt revoquée , &
&elle l'auroit eſté infailliblement
, file Pere Ventimille
qui en eut avis , ne s'y fuſtoppoſé
de tout ſon pouvoir , en
forte qu'il luy fut permis de ſe
rendre ſans retardement à Lif
bonne , pour s'y embarquer ,
Ilarriva heureulement àGoa ,
où la ſainteté de ſa vie , & fon
zele pour la Foy Catholique
s'eſtant fait connoiſtre , il pa
GALANT. 161
rut envoyé de Dieu dans l'Orient
, pour communiquer à
ces aveugles Idolâtres les premiers
rayons de la Foy qui
nous éclaire .
Aprés un premier voyage
qu'il fit à l'Iſle de Borneo,pour
diſpoſer les eſprits à l'écouter
fur les chofes qu'il avoit àleur
apprendre , il partit de Macao
pour y retourner, & quoy qu'il
appriſt que les Malais Mahometans
qui habitent le long
de la Plage de cette Ifle , étoient
actuellement en guerre
avec les Gentils appellez Bea
gius , ce qui luy faiſoit croire
qu'il luy feroit impoſſible d'executer
ſon deſſein, il ne laiſſa
pas , par une inſpiration de
Dieu , de fortir du Vaiſſeau
dans lequel il avoit fait le
Voyage. Une Barque où il ſe

162 MERCURE
mit le porta proche d'une terre
que les Beagius habitoient ,
quoy que Sujets du Roy de
Malay. Il s'y arreſta , & par le
moyen d'un Beagius Chreſtien
, qui eſtoit le feul qu'il
cuſt trouvé à Macao , Eſclave
d'un Cavalier Portugais , il
commença d'avoir quelque
forte de communication avec
les Gentils dont j'ay parlé ,&
en peu de temps, la correſpondance
fut fi forte, qu'il futaiſé
de connoiſtre que Dieu agiffoir.
Le Gouverneur de cette
terre , Beau pere du Roy des
Beagius , alla en perſonne vi.
fiter le Pere deVentimille,avec
fa Femme, ſes Fils & ſes Filles ,
&ce Pere leur ayantrendu leur
viſite le jour ſuivant, il fut reçu
du Gouverneur , & de tout
le Peuple , avec de fi grands
GALANT . 163
témoignages de joye , que ce
jour ſembla eſtre pour luy un
jour de triomphe. Ils l'auroient
meſme proclamé leur Roy , ſi
le Gouverneur n'y euſt mis
obſtacle. Il ſe mit publiquement
à genoux devant ce Pere lors
qu'il prit congé de luy , & en
luy baſant la main , il le pria
de vouloir diſpofer de ſa perfonne,
& de tout ce qui eſtoit
en fon pouvoir. Il auroit voulu
fe faire Chreſtien dans l'infe
tant même , s'il n'euſt pas fa'lu
qu'il luy eut donné les inſtru
ctions qui luy manquoient ,
&à ſon exemple, tout ce Peuple
marqua eſtre dans les
meſmes fentimens non ſeulement
les hommes , mais encore
quelques Femmes , ce
qui eſt une choſe aſſez rare
parmy cux. La nuit ſuivante
164 MERCVRE
ſe paſſa entiere en réjoüiſſances
à cause de la viſite du Pere
, qui declara au Gouverneur
le deſſein où il eſtoit de
demeurer avec eux dans cette
terre , pour leur enſeigner les
moyens de ſe ſauver. Le Gouverneurqui
en eut beaucoup
de joye , fe chargea d'obtenir
du Roy ſon Gendre , la permiſſion
de le faire entrer dans
le Pays , & afin que la choſe
luy fuft accordée plus aifément,
le Pere envoya quelques
Preſens pour le Roy , & pour
un autre Prince,n'ayant point
encore appris qu'il y en eût
un plus avant dans les terresqui
furpaſſoit ceux - cy en
grandeur. Le Gouverneur fut
receu avec une grande fatisfaction
du Roy , du Prince , &
de tout le Peuple , & l'envie
GALANT . 165
fut telle d'aller promptement
recevoir ce Pere , qu'on prepara
auſſi toſt quantité de Barques
. Les preſens qu'il avoit
envoyez firent grand bruit.
Chacun s'empreſſoit à les aller
voir , & pour en obtenir la
permiffion du Roy , il falloit
auparavant tuer & manger un
Porc chez foy , & faire une
grande Feſte . Le Gouverneur
ayant eſté renvoyé , comme
le ſoin d'emmener du monde
avec luy le fit tarder en chemin
, le Roy qui eſtoit impatient
, envoya fon Beau- Frere
en haſte pour feliciter le Pere
de Ventimille ſur ſon heureuſe
arrivée. Le Prince de ſon
coſté luy depeſcha ſon Frere
& fes Fils , & il ſembloit que
ce fuſſent autant de Couriers ,
qui alloient du Roy au Pere ,
166 MERCVRE
& du Pere au Roy . Quand le
Gouverneur fut de retour , il
luy livra les preſens qu'il
avoit receus pour luy. Ces
preſens estoient du Ris , des
Bengales , qui font une forte
de Cannes du Pays , quelques
morceaux de bois odorant, des
Herbes auſſi odorantes , &
d'autres herbes avec leurs racines
meſlées de terre , marque
la plus grande parmy eux
qu'ils puiſſent donner d'eſtime
& d'attachement , puis
qu'on luy faiſoit connoiſtre
par là , qu'on le faiſoit Maître
&Seigneur de cette terre Pendant
cela, illay venoit des vi.
fites continuelles de tous les in
lieux où l'on avoit connoilſance
de ſon arrivée , & on les
faifoit de nuit , perſonne n'o- d
fant venir de jour,par la crainGALANT.
167
1
te qu'on avoit du Roy de Malay.
Chacun emportoit quelque
preſent de ce Pere , ſelon
que ceux qui le venoient voir
eſtoient plus ou moins confiderables
, & les plus pauvres
le prioient de voulou bien recevoir
les uns deux ou trois
oeufs , les autres une poule ,
& d'autres un petit panier de
ris , ou quelques morceaux de
bois couverts de poudres d'odeur.
Pour de l'or , il ne voulut
point en accepter , & mea
me il n'auroit receu aucune
choſe , s'il n'euſt remarqué
qu'ils s'en retournoient mal
fatisfaits , ce qui l'obligea de
ne pas refuſer ce qui eſtoitde
peu d'importance. Trois mois
ſe paſſerent, ſans quele deſſein
de l'entrée du Pere puſt s'effectuer
. Le Roy & la Reine de
168 MERC VRE
Malay ayant envoyé dire au
Capitaine du Vaiſſeau qui l'avoit
amené , qu'il priſt bien
garde a ne le pas laiſſer aller
chez les Beagius , avant que
l'on euſt conclu la Paix , qui
eſtant faite deviendroit plus
ferme & moins fujette à ſe
rompre , quand il ſeroit parmy
eux ; que cependant ils
luy fourniroient tout ce qui
luy ſeroit neceſſaire pour fa
ſeureté & ſa ſubſiſtance , &
qu'aprés la Paix ils l'envoyetoient
aux Beagius accompagné
de ſoixante Barques. Le
Capitaine ne voulant cauſer
aucun chagrin au Roy de Malay
, en donna beaucoup au
Pere , à qui chaque inſtant
ſembloit une éternité , par le
prejudicequ'un pareil retardement
pouvoitapporter au Salut
de
GALANT . 169
de ces pauvres aveuglez . Les
Beagius ne ſouhaitoient pas
avec moins d'ardeur que luy
qu'il vinſt dans leurterre. Ainfi
une nuit le Beaufrere du Roy ,
accompagné du Frere & des
Fils du Prince , ſe rendità la
Barque du Pere ,&ils le prierent
avecde grandes inſtances
dene point remettre àun autre
tempsce qu'il leur avoit laiſſe
efperer. Quelque envie qu'il
cuft de les ſatisfaire ſans le
confentement du Roy de Malay
, il crut qu'avant que de
rien refoudre il devoit parler
au Capitaine. Lors qu'il fut
venu , les Beagius luy dirent
qu'aprés avoir attendu le Pere
depuis plus de trois mois avec
de grandes incommoditez , ils
eſtoient refolus de l'emmener
avec eux , puis que la Paix
Νον. 1691 . H
170
MERCVRE
n'eſtoit pas encore en eſtat de
ſe conclurre , à cauſe des pretentions
du Roy de Malay Le
Capitaine qui estoit Chreſtien ,
& qui aimoit fort le Pere , ſe
laiſſa perfuader , malgré la parole
qu'il avoit donnée au Roy
de Malay , de ſorte qu'il prit le
deſſein de l'aller mettre luymeſme
entreles mains du Roy
des Beagius , &du Prince. Ainfi
le 25. de Juin de l'annéederniere
, aprés que le Pere cutdit
la Meſſe, il le fit entrer dans
l'Eſquifde ſon Vaiſſeau , &le
jour ſuivant il arriva avec luy ,
& quelques Portugais dontil
fut accompagné , au lieu où le
Koy & le Prince s'eſtoient
rendus pour le recevoir avec
environ huit cens perſonnes ,
dans vingt Barques. Ils entrerent
l'un & l'autre dans l'EfGALANT.
711
quif. Le Roy s'approcha du
Pere , luy baifa la main , & le
Prince s'eſtant jetté à ſes pieds,
y demeura fort longtemps ſans
vouloir ſe relever , avec de fi
grandes marques d'humilité
que les Portugais en furent
furpris. Le Capitaine fit un
long Difcours au Roy & au
Prince; pour leur declarer que
le Pere en venant chez eux,
n'avoit en veuë que le ſalut
de leurs ames , & l'avantage de
leur montrer les erreurs dans
leſquelles ils vivoient , & qu'ils
ne devoient attendre de luy
aucunes richeſſes , parce qu'il
B'en avoit point ; ny craindre
qu'il vouluſt avoir les leurs ,
qu'il ne regardoit que comme
des choſes dignes de mépris.
Il leur expliqua enſuite la maniere
dont il vouloit vivre ,
H 2
172
MERCURE
conformement à ce que luy
preſcrivoit la Regle des Theatins
, & ajoûta que s'ils vouloient
bien le recevoir aux
conditions qu'il leur marquoit,
&promettoient de le bien traiter
, il le laiſſeroit parmy eux
un an entier avantque de venic
le reprendre.Tous répondirent
qu'ils acceptoient avec joyeles
conditions qu'on leur propofoit
, & le Pereen voulut paſſer
une obligation écrite de fon
propre ſang; mais le Capitaine
ne le permit point. LeRoy, le
Prince , & quelques autres ſe
veſtirent à la Portugaiſe avec
des habits qu'on leur donna :
&on mit une Banniere avee
les Armes de la Couronne de
Portugal à la poupe d'une
grande Barque neuve , que le
Roy avoit fait faire exprés
GALAN T.
173
pour le Pere , avec un Trône
au milieu. Il emporta avec luy
une grande Croix faite d'un
bois incorruptible , avec les
Armes royales , pour la planter
au premier lieu qu'il habiteroit .
Le Capitaine prit congé du
Pere ,&s'en retourna à Macao,
& par l'ardeur que ces Peuples
ont montrée de l'attirer parmy
eux , il y a Sujet de croire que
la pluſpart auront receu le Bapreſme,
que ſi la fainteCongre
gation envoye en ce Pays-là
de zelez Sujets , on y aura dans
peu de temps une des plus belles
Miffions de tout l'Orient.
Je vous ay parlé pluſieurs
fois de Mr l'Abbé d'Auvergne ..
lors qu'il a foutenu en Sorbonne.
Ce jeune prince ayant
eſté nommé par le Roy Chanoine
de Strasbourg , prit pof-
1
H 3
174 MERCURE
ſeſſion de ce Canonicat le ro.
de ce mois , & on n'y obſerva
aucuneautre ceremonie,ſinon ,
que le plus ancien des Comtes ,
( c'eſt ainſi qu'on appelle les
Chanoines du grandChapitre)
le vint prendre dans la Sacriftie
, & le conduiſit à un autre
endroit qui pourroit ſervir à
tenir le Chapitre , &où pourtant
on ne le tient point. Là
cet ancien Chanoine , qui eſt
Mr le Comte de Mandrecheit
'Ainé , luy fit faire ſa Profeffion
de Foy , & le Serment
d'obſerver les Statuts du Cha
pitre, & entre autres choſes ,
de ne recevoir jamais perſonne
à eſtre Chanoine , qui ne
ſoit deſcendu de Comtes de
tous les ſcize quartiers . Cela
ſe fit en preſence de tous les
Officiers du Chapitre.Enſuite
GALANT.
175
on le conduiſit à la place qu'il
devoit occuper au Choeur, &
il alla aprés chez Mr le ComtedeMandrecheit
,où ſe tenoitle
Chapitre, ſelon la coûsume
de le tenir chez l'ancien
Chanoine . L'habit de cesCom..
tes eft fort noble. Hs ont une
Robe de velours cramoiſy ,
avec des boutonnieres or &
foye , devant , derriere , & a
coſté. Par deſſuseſtle Surplis ,
&au deffus une Aumuſſe de
petit gris bordé d'Hermine.
C'eſt à proprement parler un
Camail , ou petit Mantelet ,
comme celuy des Eveſques.Ils
n'ont qu'un petit bonnet de
Velours noir ſur la teſte. Mr
l'Abbé d'Auvergne eſt le premier
François qui ſoit entré
dans ceChapitre , &de la maniere
qu'il a commencé , on
Η 4
176 MERCVRE
peutdire, qu'on y en trouvera
peu qui s'acquitent mieux de
leur devoir. Ily a vingt quatreChanoines,
dont deux ſenlement
ſont Capitulaires. Or
dinairement ce ſont Princes
d'Allemagne , ou Comtes de
l'Empire qui feront remplacez
à l'avenir par ceux de nos
princes ou autres Grands Seigneurs
& qui pourront faire
leurspreuves.
Voicyles noms des perſonnes
confiderables de l'un & de
l'autre fexe , dont j'ay appris
la mort depuis ma derniere
Lettre.
Meffire Denis Feydeau, Seigneur
de Brou , la Ville neuve
, prunelay & autres lieux ,
Maiſtre des Requeſtes ordinaires
de fon Hôtel , & preſident
an Grand Conſeil. Il a eſté
GALANT .
177
Confeiller au parlement de
paris , puis en 1671. Maistre
des Requeſtes , Intendant de
Iuftice à Roüen ,& preſident
au Grand Conſeil en 1689 ..
Son Frere Henry Feydeau de
Brou eſt Evêque d'Amiens ,
Docteur en Theologie de la
Faculté de paris , & cy-devantAumonier
du Roy. Cette
Famille Originaire de la
Marche a donné pluſieurs
Branches , que je ne vous par--
ticulariferay point , vous en
ayant déja parlé en pluſieurs
occafions. Je m'attacheray
ſeulementà celle des Feydeau
deBrou . Iacque reydeau , celebre
Docteuren Droit en la
Ville de Cahors, eut deux Fils ,
fçavoir Guillaume Feydeau
l'aifné ,dont defcendent Mrs
Feydeau de Vaugien ,Cheva-
,
H5
178 MERCVRE
liers de Malthe , Chanoines
• de Noſtre Dame de Paris ,
Conſeillers au parlement , &
preſidenten la Cour des Monnoyes.
Le ſecond fils de ce lacques
Feydeau Docteur , fut
Iofeph Feydeau Sr de prunelay
qui vint ainſi que ſon aiſné
Guillaume s'établir à paris.II.
eut deux fils , dont l'aisné fut
Denis Feydeau Seigneur de
Brou , qui épouſa Marguerite:
leMaire , puis Gabrielle Hena
nequin , Fille d'Oudart Hennequin
, Seigneur de Chantereine
, Maiſtre des Comptes ,
& de ces deux Femmes ſont
venus neufenfans, trois fils&
fix filles, dont l'une fut mariée
à Mr de Maupeou preſidente
en la Chambre des Comptes ,,
une autre à Mr de Leſtrat , pre..
ſident en la troifiéme Cham
GALANT.
179.
bre des Enqueſtes du parlement
de paris , une autre à Mr
Anjortant , Seigneur de Claye,
une autre à Mr le Camus, prefident
en la Chambre des
Comptes, & Controleur general
des Finances , & une autre
rille à M. du Gué de Baignols ,
Maistre des requeſtes . L'aifné
des Fils fut Henry Feydeau
Seigneur de Brou , qui s'eſt marié
à une fille de la famille de
Roüillé à paris , dont viennent
feu Mr le preſident Feydeau
de Brou qui vient de mourir ,
& M. l'Evefque d'Amiens ..
L'autre fils de Denis Feydeau,
Seigneur de Calende , Maiſtre
des Comptes à paris,qui épouſa
Anne Charpentier , fille de
MichelCharpentier, preſident
à Mortier aut parlement de
Mesz, dont font venus deux
H6
180 MERCVRE
fils , l'aiſné Henry Feydeau ,
Seigneur de Calende, Conſeiller
au Grand Confeil , puis
Preſident en la quatrième
Chambre des Enquestes dus
Parlement qui a épousé la fille
de M. Fraguter , Seigneur de
Longperict: Conſeiller en la
Grand Chambre. Le ſecond
fils François Feydeau,Seigneur:
du Pleffis , receu en 1684.Maî
tre des Requeſtes ,& Intendant
de Juſtice à Pau , a épousé une
fille de la famille des le Fevre
d'Ormeſſon . Le troifiéme fils
deDenis Feydeau de Brou fuc
François Feydeau , Abbé de
Bernay , Conſeiller Clere au
Parlement de Paris. Antoine:
Feydeau , ſecond fils de Joſepha
Feydeau , fut Seigneur du Bois.
le Vicomte , & Treforier de
l'Epargne. Il cat deux Enfans,,
GALANT. 181
1
ſçavoir Antoine Feydeau, Seigneur
du Bois le Vicomte, qui
s'eſt rendu Capucin , appellé
le pere Ifidore,& une Fille qui
épouſa en 1622. Timoleon de
Daillon, Comte du Lude, dont
eſt venu Henry de Daillon
Duc du Lude , Comte de pont.
gibault , Marquis d Illiers , &
de Roüillé,naron de Briançon,
Chevalier des Ordres du Roy,,
Gouverneur du Chateau &
Ville de St. Germain en Laye ,,
Grand Maistre de l'Artillerie
de France, & Surintendantdes
poudres & Salpeſtres ,Colonel
du Regiment des Fuzeliers du
Roy, Lieutenant General des
Armées de Sa Majesté auparavant
premier Gentilhomme
de la Chambre mort en 1685 .
fans Enfans. Le Lude porte
diazur à la Croix engrelée d'argent
182 MERCVRE
Feydeau porte d'azur au chevron
d'oraccompagné de trois Coquilles
demesme.
Dame Catherine Scarron ,
Veuve d'Antoine d'Aumont,
Duc d'Aumont , Pair & Marechal
de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur
de la Ville de Paris & du
pays de Boulenois, morte agée
de quatre- vingt quatre ans
Elle éton Mere de Loüis-Marie
d'AumontDuc d'Aumont,,
Pair de France , premier Gentilhomme
de la Chambre du
Roy , Marquis de Villequier
d'Iſles & de Nolay Comte de
Berjé , Baron de Chappes , Rocheraille
, Joncy Eftrabonne ,
Seigneur de Fayelle , le Lis , la
Motte la Forest , Grailly& las
Tour , Brillebau , Gouverneur
de Boulogne , Païs de Boulope
'GALANT, 183
4
nois , Tour d'Ordre , Eſtapes
& Fortde Monthulin , cy-devant
Capitaine des Gardes du
Corps du Roy. Il épouſa en premieres
Noces Madeleine Fare:
le Tellier , Fille de Michelle
Teillier , Chancelier de Fran--
ce , morte le 22. Iuin 1668 ..
dont il a deux. Filles . L'aînée ,
Elizabeth. Madeleine Fare:
d'Aumont , mariée le 14.0ctobre
1677. à Mr le Marquis
de Beringhen, premier Ecuyer
duRoy en la petite Ecurie..
La ſeconde Fille eſt Anne-
Charlote d'Aumont , mariée
le.4. révrier 1683.à Mr le Marquis
de Crequi , Fils aîné de
feu Mr le Maréchal de Crequi ,
Mr le Duc d'Aumont a épousé
en ſecondes Noces , le 28. Novembre
1669.FrançoiſeAngeliques
de la Motthe - d'Hous
184 MERC VRE
dancourt , Fille du défuntMa
réchal de la Motthe d'Hou
dancourt , de Louiſe de Prie ,
Gouvernante de Meſſieurs les
Enfansde France , donteſt venu
un Fils , Marquis de Chappes
, né le 30 Mars 1671. Feu
Madame la Maréchale d'Aumonta
eu encore trois Enfans ;
fçavoir Chartes d'Aumont ,
Abbé d'Uferche & de Longuilliers
, né le treifiéme Novembre:
1634. Anne Louiſe d'Au- -
mont , mariée au Comte:
Charles de Broglio , Gouverneur
d'Avenes , Lieutenant
des Armées du Roy ,,
dont elle a eu deux Filles ,
Catherine &Marie d'Aumont,
Religieuſe à l'Abbaye au Bois..
La branche ainée de cette
Famille d'Aumont eſt perie:
en la perfonne de Cefar d'Au
GALANT .
185
2 mont , Marquis d'Aumont
Gouverneur de Touraine ,
Comte de Clervaux & de la
Guierche , Seigneur d'Ivryles
Chaſteaux , qui épouſa la
Fille de feu Mr Amelot de
Carnetin , preſident aux Requeſtes
da. Palais , Scoeur de
Mr Amelot , Marquis de Mau
regard , premier Preſident en
la Cour des Aides , dont fone
venues quatre Filles , l'une
mariée à Mr Fouquet , Mar
quis de Mezieres
Ecuyer de la Grande Ecurie ,
une autre Fille morte en 1658 .
& deux autres Filles ,appellées
Mademoiselle de la Guierche ,
& Mademoiſcille d'Aumontde
Clervaux .. d'Aumont por
Le d'argent , au Chevron de gueules
, accompagné de fpt Merle
res de mesme , quatre en chef &
premier
186 MERCURE
trois en pointe. Ils écartelent de
Villequier , Chabot , Luxembourg
, des Baulx , de Maillé ,
& de Rochebaron ..
Dame Marie Balzac d'E
tragues .. Elle estoit Veuve de
Meſſire Ferdinand , Comte de
Marchin, Chevalier de la Jartiere.
Elle s'eſtoit retirée au
Convent des Religieuſes de la
Croix, Fauxbourg S.Antoine,
où elle eſt morte âgée de foixante
& quatorze ans.
Meffire Pierre- François Jac
ques , Seigneur de Vitry prés
Paris , du Deluge & autres
lieux , receu le 6. Avril 1685 .
Conſeiller en la premiere
Chambre des Enquestes du
Parlement. Il eſtoit fils de feu
N.... Jacques , Seigneur de
Vitry pres-Paris , Greffier ens
Chefdu Parlement ..
GALANT. 187
Dame Marie Plaſtrier, veuve
de Claude Gobelin , Confeiller
du Roy en ſels Conſeils.
La Famille des Gobelin adonné
divers Preſidens en la
Chambredes Comptes,& plufieurs
Conſeillers aux autres
Compagnies Superieures. H
en eſt venu auſſi pluſieursCan
pitaines & autres perſonnesde
marque..
Meffire Martin Grandin
Preſtre, Doyen & ancien Syn.
dic de la Faculté de Theologie
, Senieur de la Maiſon &
Societé de Sorbonne , profefſeur
enTheologie& principal
du College de Dinville à Paris.
Il eſt mort âgé de 87. ans , s'étant
acquis une eſtime generale
par ſa profonde Doctrine.
C'eſtoit un des plus celebres
Theologiens de ce Siecle..On
188- MERCVRE
s'empreſſoit à le confulter , &
ſes avis ont eſté ſuivis en plufieurs
affaires d'importance. II
avoit eſté receu Docteur en
Theologie le 20 Juillet 1638.
François Pinſſon receu en
1633. Avocat au Parlement.11
eſtoit ainſi que fon deffunt
Pere celebre Jurifconfulte , &
l'un des plus ſçavans hommes
de ce temps pour les matieres
Beneficiales dont il a donné
divers Ouvrages receus avec
un applaudiſſementuniverſel .
Il eſt mort dans un âge extrêmement
avancé , & laiſſe plufieurs
enfans dont l'aisné eſt
Abbé de Nøyers enTouraine,
&un autre, Avocat au Parle.
ment & fieur des Rioles. Il
eſtoit natif de Bourges où M.
Pinſſon ſon pere paffoit pour
un Docteur tres- celebre ..
GALANT.
189
Ma derniere Lettre vous apprit
la mort de Mr le Coq
Conſeiller en la Grand Chambre,
& l'on m'a fait remarquer
que j'ay oublié à vous dire que
Jean le Coq ſon pere eſtoit
mort Doyen du Parlement de
Paris. Quant à ſon A yeul lean
le Coq Seigneur d'Egrenay ,
que je vous ay dit eſtre Avo- ,
cat au Parlement,ileſtoit Subſtitut
du Procureur General,
& avoit commencé par làde
la maniere que les jeunesgens
commencent.Il mourut jeune,
& n'avoit eſté Avocat que
parce qu'il le faut eſtre pour
poffeder une Charge dans la
Robe. Antoine le Coq fon
Biſayeul , Conſeiller au Parle
ment , estoit fils de Gerard le
Coq qui avoit épousé la Niéce
du Cardinal de la Baluë . Ce 1
190
MERCVRE
Gerardle Coq, Maiſtre des Requeſtes
, dignité confiderable,
puis qu'il n'y en avoit que
quatre en ce temps- là , avoit
une fooeur mariée à un de la
Maiſon de Bureau , Grand
Maistre des Arbaleſtriers de
France , ou Grand Maiſtre
d'Artillerie , & un Frere Chevalier
de Rhodes . Il eſtoit Fils
d'un le Coq Preſident au Parlement
, petit Fils , ou arriere
petit Fils de Jean le Coq Avocat
General au Parlement Ce
futle premier qui exerça cette
grande Charge lors que le Par.
lement fut ſedentaire à paris.
On l'appelloit Joannes Galli , &
il a fast pluſieursTraitez de Jurifprudence.
Il fut auffi Confeiller
d'Estat du Roy Charles
VI . & Seigneur d'Egrenay ,
Couperay , Dombſembray ,
GALAN T.
191
Vaulareinne , Conlaville , &
des Porcherons. C'eſtoit le
huitiéme Ayeul du dernier
mort, mais non pas celuydont
il deſcendoit.Ce Jean le Coq,
Avocat General au parlement
de Paris , ne vivoit pas fous
le Regne du Roy Jean , comme
je vous l'ay marqué ; mais du
temps de Charles VI . Il eſtoit
Fils d'un autre Jean le Coq ,
Sur Intendant des Finances ,
fous le nom de Maiſtrede la
Chambre aux deniers de France
du temps du Roy lean .
parce que c'eſtoit le Maſtre
de la Chambre aux deniers
- qui avoit de ce temps - là l'ad-
- miniſtration des Finances.
C'eſt une Charge des plus anciennes
puis qu'elle ſubſiſte
encore ; mais elle n'eſt pas
dansſon meſme luſtre , celuy
192 MERCVRE
qui en fait la fonction à preſent.
n'ayant qu'un certain détail
des Finances. Ce Jean leCoq
Sur intendant des Finances ,
avoit épousé une Mailly , &
fut honoré par le Roy Iean de
la qualité de Chevalier pour
toute ſa poſterité , à cauſedes
bons ſervices rendus par luy à
l'Etat. Les Lettres patentes font
en la poſſeſſion de la Famille.
Ce fut luyqui fitbaſtir leChateau
des Porcherons , où le
Roy lean a demeuré , & où il
a donné nombre de patentes ;
cequi ſe voit dans l'Antiquide
Paris , par le Datum in castello
noftro Porchiovorum. Il étoit Frere
deRobertle Coq, Eveſque de
Lion , dont il eſt beaucoup
parié dans l'Histoiredu temps
de ceRoy.
Le 12. de ce mois , Mr le
Tellier
GALANT.
193
/
Tellier , Marquis de Barbezieux
, Secretaire d'Etat,Chancelier&
Garde des Sceaux des
Ordres du Roy , épouſa Mademoiselle
d'Uſez , fille d'Emanuel
de Cruffol , Duc d'Ufez
, premier Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roy
Prince de Soyon , Comte de
Cruſſol , d'Apcher & de Saint
Chely , Baron de Levis , de
Florenſac , de Bellegarde , Remoulins
, Aymargues , & de
8. Genier, Seigneur d'Affier &
de Capdenar , Gouverneurde
Xaintonge & d'Angoumois ,
Villes d'Angoulefme & Xaintes
, Colonel du Regiment de
Cruffol , & de Marie lulie de
• Sainte Maure,fille de feu Mrle
1 Ducde Montaufier. Cette Maifon
eſt une des plus confiderables
du Royaume. Sans remon-
Νου. 1691 . I
>
194
MERCURE
ter aux Siecles plus éloignez ,
Louis , Baron de Cruffol , Senechal
de Poitou , Gouverneur
de Dauphiné , Grand Pannetier
de France , Chambellan de
Louis XI . Chevalier de l'Ordre
du Roy , épouſa leanne de
Levisde Florenſac , dont vint
Jacques , Baron de Cruffol ,
Grand Pannetier de France ,
qui épouſa Simonne , Vicomreffe
d'Ufez , Dece mariage eſt
venu Charlez de Crufſol , Vicomte
d'Uſez , Grand pannetier
de France , qui épouſa leanne
Gourdon de genoüillac , fille
du Seigneur d'Affier , Grand
Ecuyer & Maiſtre de l'Artil
leriede France , & en cut lacque
de Cruffol , Duc d'uſez ,
Pair de France Comte de
Crufſol , Gouverneur du Languedoc.
Jacques de Cruffol
2
GALAN T.
195
épouſa Françoiſe de Clermont
Tallard , & fut pere d'Emanuël
, Duc d'Uſez , Pair de
France , Prince de Soyon , qui
a épousé en premieres Noces
Ebrarde de S. Sulpice , & en
ſecondes Marguerite de Fla .
geac. Le Fils d'Emanuel fut
Françoisde Crufſol , Duc d'Uſez,
Pairde France , Prince de
Soyon , Chevalier des Ordres
du Roy , dernier mort , qui
avoit épousé Marguerited'Apcher
, aujourd'huy vivante ,
Dame d'une pieté & d'une
vertu exemplaire , dont font
venus Mr le Duc d'Uſez d'à
preſent , Loüis de Crufſol ,
Baronde Florenſac , l'un des
Seigneurs choiſis par le Roy
pour eſtre auprés de Monſeigneurle
Dauphin , cy devant
Cornette de la ſeconde Com.
I 2
196 MERCVRE
pagnie des Mouſquetaires, qui
en 1668. épousa Mademoiselle
de Senneterre. Anne Marguerite
de Cruſſol, mariée à Mrle
Marquis de Merviel , & deux
Religieuſes aux Carmelites du
Fauxbourg S. Iacques , & en
l'Abbaye d'Hyeres. M. leDuc
d'Vſez , & Dame Marie- Iulie
de Sainte Maure fon Epouſe ,
ont pluſieurs fils , ſçavoir ,
Loüis de Crufſol , Marquisde
Rambouillet , lean - Charles
de Crufſol , Seigneur d'Affier,
leComte d'Vſez , le Seigneur
d'Aymacgues , & un autre
Fils . L'Aiſnée de leurs Filles
fut mariée en 1686. à Mr le
Marquis d'Antin, Colonel du
Regiment de l'lfle de France ,
& Lieutenant general de la
haute & baffe Alface. Cette
Maiſon porte au premier &derGALANT.
197
e
1
wier de Cruffol , qui est facé d'or
&de finople , parti de Levi què
est d'or à trois chevrons defable.
Auſecond&troisième deGrenouillac
, qui est d'azur à trois Etoiles
d'or mises enpal , écartelé d'orà
trois bandes de gueules , qui est
deGaliot ,fur le tout des grands
quartiers de gueules à trois bandes
d'or, qui est d'ofez .
Mr le Marquis de Barbefieux
,Secretaire d'Estat , eſt
vigilant& laborieux , & puis
que le Roy a bien voulu lay
laiſſer remplir cette grande
Charge , on ne peut douter
qu'il n'en foit digne. Mademoiſelle
d'Vſez a beaucoup
d'eſprit , & eft fort bien faite.
Tout s'est fait avec éclat &
magnificence dans ceMariage
, tant pour les preſens des
deux Familles , que pour les
repas.
13
198 MERCVRE
Le Ieudy 22. de ce mois,
l'academie Françoiſe s'eſtant
afſſemblée au nombre de vinge
cing , pour remplir la place
qui eſtoit demeurée vacante
par la mort de Mr de Benſerade
, aprés avoir écouté les propofitions
qui lay furent faites
de pluſieurs fujets confiderables
, ſe choiſit elle - meſme
M. Pavillon. Il y avoit longremps
que ſa reputation & fes
ouvrages , avoient fait defirer
à tous ceux qui la compoſent
de le mettre de leur Corps ,
mais ſa modeſtie , & l'empreffement
qu'il avoit de ſonger
plutôt à ſes amis qu'à luymeſme,
les avoit empêchez
juſque-là de ſe ſatisfaire.
Roy à qui il fut proposé comme
celuy qui avoit le plus de
fuffrages , luy a donné fon
Le
GALANT.
199
agrément , & toute la Cour , &
Paris y ont applaudi M. Pavillon
eſt d'une famille où la
pieté & l'eſprit ont toujours
brillé avec beaucoup d'avantage.
Il eſt Neveu de ce fameux
M. Pavillon , Evêque d'aler ,
la gloire de l'Epifcopat,qui du
temps de Louis le Juſte , ne
prit pas moins de meſures
pour le fuir,que les ambitieux
ont d'empreffement à le rechercher.
M. Pavillon , qui
vient d'eſtre éleu par l'Academie
Françoife , commença fa
carriere au Parlement de Metz
en qualité d'Avocat General.
Ily fit des actions ſi celebres ,
qu'on venoit l'entendre de
toutes parts , & fa reputation
faifoit fonger à luy donner de
plus grands Emplois , quand
une avanture qui arreſta les
14
200 MERCVRE
deſſeins qu'on avoit pour luy ,
le fit refoudre à ſe retirer de
Mets , où cet illuſtre Senat
ayant fait tout ce que l'on crut
poſſible pour le retenir, a toûjours
compté ſa perte pour un
malheur qu'il eſtoit mal-aiſe
de reparer. Depuis ce tempslà
M. Pavillon a toûjours vêcu
en philoſophe , ſur qui la fortune
n'a aucun pouvoir. Son
Cabinet & ſes amis luy ont:
tenu lieu de tout. Il eſt ſortide
ſa plume differens ouvrages
d'un carectere qu'on ne sçauroit
imiter. Quelque ſujet
qu'il ait choiſi , il l'a toûjours
traitté en honneſte homme ,
avec unedelicateſſe& ungoût
qui le font connoiſtre , avant
même que l'on ſçache qu'ilen
foit l'Auteur. Il n'ignore rien
de l'antiquité profane ou fa
GALANT. 201
crée. Il connoiſt parfaitement
la Religion , & s'eſt ſouvent
ſervi de ſes lumieres, pour ras
mener à la veritable Eglife ,
des perſonnes que l'erreuren
avoit ſeparées , & qui avoient
échapé aux meilleurs Ouvriers.
Il a une probité exacte
& ſevere pour lay , & une fi
grande indulgence pour les
autres , qu'il cherche toûjours
d excuſer leurs deffauts , &
leurs foibleſſes . Il eſt homme
de bien & exact dans ſes devoirs,
ſans aucun fard,& avec
les qualitez des meilleurs Ca
tholiques , il n'a rien de ceux
qui en veulent tirer avantage.
Son coeur eſt peintdans ſesou-s
vrages de Vers ou de Profe ,
auſſi bien que le caractere de
fon eſprit , & l'Academie ne
fora jamais à plaindre fi elle
202 MERCVRE
a toûjours de pareils ſujets. Je
vous envoye les derniers Vers
qu'on a veus de luy. Ils prouvent
parfaitement bien , qu'il
n'eſt point neceſſaire de ſere
tirer du monde pour bien travailler
à fon falut , pourveu
que l'on y demeure dans l'obeïſſance
que l'on doit à Dieu ,
& qu'on foit exactà ſuivre ſes.
loix, ſans s'abandonner à ſon
caprice.
Heureux qui se trouvant trop
foible &trop tenté ,
Du monde enfin se débaraſſe !
Heureux qui plein de charité ,
Pourfervir le prochain ,y conferve
Sa place!
Differens dans leur venë, égaux en
pieté,
L'un espere tout de laGrace,
L'autre apprehende tout desafragilité..
GALANT.
203
Ce monde que Dieu mesme exclus
defon partage,
Non pas le monde qu'ila fait.
C'est ce que l'homme impie ajoûte
àfon Ouvrage,
Qui fait que fon Auteur l'abandonne&
le haït.
Obfervez seulementle peu qu'il
vous ordonne ,
Et fans ceſſe le beniſſant ,
Vſez de son present ,mais telqu'il
vous le donne ,
Et vous n'aurez plus rien qui nefoit
innocent..
Crois tu que le plaisir qu'en toute
la Nature..
Le Premier Effre a répandu ,
Soit unpiege qu'il a tendu
PourSurprendrefa Creature ?
Non , non ; tous ces biens quetu
VOIS
204 MERCVRE
1
Te viennent d'une main & trop
bonne& tropfage..
Et s'il en est quelqu'un dont l esdivines
Loix }
Netepermettentpas l'usage ,.-
Examine-lebien,ce plaisir pretedu .
Dont l'appas tâche à teſeduire,
Et tu verras ingrat , qu'il ne t'est
deffendu ,
Queparce qu'ilpourroit te nuire
Sans ſes loix & l'heureux Secours
Qu'elles te fourniffentfans ceſſe ,
Comment avec tant de foibleffe,
Pourrois-tu conferver & tesbiens
&tes jours !
Exposé chaque inſtant à mille
mille injures ,
Rienne raffeureroit ton coeur épou--
vanté,
Etfesjustes Decrets contre qui tos
murmures
Font taplusgrandeSeuretés
a
GALANT .
205
Voudrois- tu que la Providence
Eust reglé l'Univers au gré de tas
Souhaits ,
Et qu'en tecomblant de bienfaits
Dieu t'eust encor foustrait àfon
obeiffance ?
Quelle étrangefocieté
Formeroit: entre nous l'erreur &
l'injustice ,
Si l'homme independant n'avoit
queson caprice
Pour conduireſa volonté ?
On commence à debiter un
livre nouveau qui a pour titre,
Reflexions fur les deffauts ordinai.
res des Hommes & fur leurs bonnes
Qualisez le vous en parlerois
avec la distinction qui luy eſt
deuëi celuy qui l'a fait eſtoit
moins de mes amis , mais l'ın
tereſt que je prens en ce qui
1
206 MERC VRE
touche ſa gloire , pourroit rendre
mon témoignage ſuſpect.
Ainſijemecontenteray de vous
aſſeurer que cet Ouvrage ne
peut manquer de vous plaire ,
tant par les matieres que l'on a
choiſies , que par la maniere
dont elles font traitées , que
vous n'aurez point à regreter
le temps que vous donnerez à
une lecture ſi agreable . Si je
nommoisl'Auteur de ce Livre,
on demeureroit d'accord qu'il
n'eſt jamais rien forty de fes
mains qu'il n'aiteſté trouvéde
bon gouft , & qui n'ait répondu
àl'idée que l'on s'en estoit faite.
Il ſe vend dans la Salle Neuvedu
palaisau Dauphin , chez
la Veuve Guerout.
Le fieur Quinet , Libraire
dans la grande Salle du Palais
amisen vente un autre Livre
GALANT.
207
nouveau qui doitdonnerbeau.
coup de plaifir à tous ceux qui
le litont. C'eſt une Nouvelle
Galante & Historique, en deux
Volumes , ſous le titre de , La
Ducheffe de Medo. Les ſentimensy
font fins & delicats , &
les Dames qui ont de la peine
aſe deffendre d'aimer trouveront
par cette lecture dequoy
ſe fortifier contre leur foibleffe,
en voyant une perſonne combatuë
d'une forte paſſion , dont
ſa raiſon la fait toujours triompher
, malgré tout ce qu'elle
en fouffre.
Voicy les noms de ceux qui
ont expliqué la derniere Enigme
ſur le leu de Cartes , qui en
eſtoit le vray mot. Mrs de
Guinerandy , Pager de Cabrieres
, de la Bourgonniere..
Turpin de Vitré de Boulogne,
208 MERCVRE
de Beaurepaire , Avocat au
Parlement ; Bonnard de l'Hoſtel
du Queſnoy place Royale
le Marquis du Chaſtel Capitaine
dans le Regiment de Dragons
, de l'ifle du Ricar en Bretagne
, Davoye de Caën , Langliere,
le Lievre&fon aimabl:e
épouſe ; Joudan & Fanchon
rueAubriboucher , Saint Malo
de la rue Saint Denis , Allard
du meſme quartier , Tamiriſte
dela rue de la Geriſay, G. Hu
tuge d'Orleans : le Rival du
Chaffeur fecret de la belle Fo
reſt de la Samaritaine ; les nouveaux
Mariez de la rue Saint
Jean de Caen ; le petit Vendelain
de la rue des Lavandieres;
le CadetLileut& fon Frere
leProphete du grand Navire
de la rue Saint Denis ; le Ca
valier fans peur& fans repro
GALANT. 209
che de la rue d'Orleans au
Marais ; le grand Amant de
la rue Saint lean de Caën , &
la grande Collinette ſa Confidente;
l'Amant de la charman
te Marone de la grande rue de
la meſme Ville ; le Voyageur
infatigable ; le fidelle Amane
de la veritableprinceſſe; L'au
teur du Buſta fora delicieux ,
F'Amant de la Belle à l'ana +
gramme jepanche en amour; le
Partere ravagé par la fureur
d'Eole ; le fombre Morinville
de la Crotx Sainte de l'iſſe ;
liole ; le Chevalier Diſcourtois;
Avocatpour & contre de
l'aimable du Peinguer ; le Naturel
delaruë de Richelieujles
deux inconnus de vis à vis la
ruë Maſcon ; l'Efcrivain fans
envie de la place Royale ;
L'intrepide Karadence Capi
210 MERCVRE
/ taine ; L'Abbé Kirourio Aumofnier
au Vaiſſeau S. lean ;
le Petit Menage ; le fidelle Amant
vangé de ſa perfide maîtreffe
; le Chevalier de nul lieu
dela ruë du petit Poids à Breſt;
legros Marchand de la grande
suë des filets , le grand Trom .
pette des aſſemblées du Quay
de la Berie à Rennes les cing
Heros : Meſdemoiselles Couple
de Soeurs de vis à vis la ruë
Hamon à Caën ; l'aimable
Champion ; la fpirituelle Roland
de Vezoul & la charmante
Diane deBesançon : la
belle Blonde , & la Sphere de
la ruë de la Harpe : la Tranquille
brune : la charmante
Diane de la ruë de Montorgueil
: la Princeſſe Thomas
de l'iſſe , la charmante Brune
de la court du Mort :Ladouce
GAL ANT. 2/1
& tendre Kermoile : la trop
tendre Kercadiou : la belle
Berroule du Vicomte de Lanuqui
Capitaine de Dragons :
la tendre Kereſtecq de la ruë
de l'Academie à l'Hoſtel de la
Providence à Rennes :la Gouvernante
du grand Bureau de
Pharaon : la belle Chaffeufe
du Nicoüet : la belle du quartier
S. Dominique , tous de la
même Ville , & la Sooeur fans
frere.
Voicy une Enigme dont le
fens ne doit pas échaper à vos
amis.
ENIGME .
1L n'est rien defi grand dans l'Etat,
dans la Loy ,
Qui nesoit renversé par moy
Mais aussi quand jefuis heureuse
2.1.2 MERCVRE
Monpereen est combléde plaisir&
d'honneur,
Mesmerecompensé, quand il a du
bonheur,
D'une maniere avantageuse.
Me veux- tu deviner ? écoute bier
Damon
و د
C'est par moy , par mon artifice
Que la vie est unjen, que le Ciel
devient lice ,
EsleMonde Demon..
Je vous envoyeune Chanfon
que j'entens chanter à tout le
monde. C'eſt un témoignage
qu'elle plaiſt . Lors que vous
aurez jeté les yeux deſſus ,
vous en jugerez mieux que
perfonre.
AIR NOVVEAV.
Dans l'étatoù je suisque mon
coeur est à plaindre !
CAT
THEQUE
DEL
LYON
*1893
LE
رم
213
partagent
oire occupe
4
combientu
Bataille, comme les
l'ont publié ,& don
doivent faire douter
t Grand
a Porte ,
cueil &
linaires ,
rcs , qui
fans de
dans les
despartion
fait
thoman
up à ce
Ceroit
Sere
X
2.1.2 MERCURE
Monpereen
d'honne
Mesmerecor
bonheu
D'une ma
Me veux- t
Damor
C'estparn
Que la vie
devit
Etle
Jevor
que"
תו
ALR NOY YEAY
Dans l'étatoù je suis que mon
coeur est à plaindre !
GALANT.
213
L'honneur&le danger partagent
mes soupirs ;
Mais tandis que la gloire occupe
mes defirs ,
Cruel Amour, belas, combien tu
me fais craindre !
Les Fils du deffunt Grand
Viſir , ayant eſté à la Porte ,
on leur a fait un accueil &
des careſſes extraordinaires ,
contre l'uſage des Turcs , qui
ne regardent les Enfans de
ceux qui ne ſont plus dans les
emplois , que comme des particuliers:
Cette distinction fait
voir que l'Empire Othoman
croit devoir beaucoup à ce
Grand Viſir , ce qui neferoit
pas,s'il avoit perdu la derniere
Bataille, comme les imperiaux
l'ont publié , & dont les fuites
doivent faire douter, puiſque
214 MERCVRE
cette Victoire n'a rien produit
pour ceux qui diſent l'avoir
remportée.Ainſi leGrand Vifit
peut eſtre mort de même
que mourut le Grand Gustave
aprés avoir triomphe. On doit
demeurer d'accord, en examinant
ce qui a été écrit là-defſus
, que les deux Partis ont
beaucoup perdu , mais que la
perte des Imperiaux ne peut
eſtrede long- temps reparée ,
àcauſe du grand nombre d'Officicis
qui ont pery dans cette
action,& que la conſternation
a moins regné dans l'Empire
Othoman qu'à la Cour de
Vienne. Les Lettres de Conftantinople
du 12. d'Octobre
portent que tout y eſtoit en
joye ce jour là , & que toutes
les Moſquées y avoient eſté
illuminées, à cauſe de la levée
GALANT .
215
du Siege du Grand VVaradin.
Quant à la Paix , elle n'a jamais
eſté ſi avancée qu'on l'a
voulu faire croire , mais c'eſt
la politique ordinaire du Prince
d'Orange , de faire publier
les choſes qui luy ſeroient
utiles , afin d'engager toûjours
les Alliez dans la continuation
de la guerre , dont la France
&luy tirent ſeuls de l'avantage
, puiſque la France a remporté
beaucoup de Places importantes
, & que la Guerre
maintient ce Prince ſur le
Trône qu'il a ufurpé. Il eſt
vray que c'eſt aux dépens de
l'Angleterre , qui rend à l'Europe
tous les millions dont elle
a profité par ſon commerce ,
pendant qu'elle estoit neutre.
Le Chevalier Huſſey qui
cherchoit à faire foulever les
216 MERCURE
2
Turcs , faifoit courir le bruit
parmy eux qu'on faifoit à la
Porte des propoſitions de Paix
avantageuſes , ce qui n'eſtoit
pas , mais il croyoitquele Divan
,preſſé par les peuples ,
feroit obligéd'accepterles veritables
propofitious qu'on faiſoit
, quoy que differentes de
celles qu'il avoit femées parmy
les peuples , & qui au
roienteſté trop prejudiciables
aux Chreſtiens pour les vouloir
faire . Ce n'eſt pas que le
Prince d'Orange n'euſt ſouhaitté
que cette Paix ſe fuft
concluë à leurs dépens. Il y a
quelques Lettres qui portent
que les troubles inteſtins que
le Chevalier Huſſey a voulu
exciter à la Porte , n'ont pas
contribué à le faire vivre long
mais cette nouvelle temps,
n'eft
GALANT.
217
n'eſt pas encore bien éclaircie.
Les peuples d'Andrinople
ont demandé hautement la
Guerre , & le nouveau Grand
Vifir ſe trouve là-deſſus du
ſentiment de celuy qui l'a precedé
dans le Ministere. Il n'y
a pas lieu d'en eſtre étonné ,
puts qu'il l'avoit choiſi pour
fon Caimacan , ou Lieutenant
à Conſtantinople , & qu'il eſt
naturel qu'il euſt jetté les
yeux fur unhommede fon caractere.
Les progrés du Roy de Pologne
n'ont pas eſté grands
cette année , & fi on examine
les conqueſtes qu'il a faites ,
avec ce que la fatigue des
marches a cauſe de pertes à
fon Armée , on trouvera qu'il
abien plus perdu que gagné.
Auſſi ſe plaint- il beaucoup de
F'Empereur, quin'a point tenu
Nov. 1691 . K
218 MERCVRE
la parole qu'il luy avoit donnée
, de joindre un corps de
Troupes aux ſiennes auſſi - tôt
qu'il feroit entré en Moldavie.
Le Prince d'Orange a ordonné
la levée de fix à ſept
mille Dragons en Flandre
ayant pour but de faire deſerter
les Troupes d'Eſpagne en
les payantmieux, & de ſe rendre
par ce moyen plus puiſſant
en ce pays là que le Roy d'Efpagne
, afin d'y faire ſuivre ſes
volontez , & de ſe rendre maître
de quelques Places , quand
l'occaſion s'en preſentera, ſous
pretexte de les défendre. Le
Conſeild'eſpagne qui penetre
cette politique , paroiſt fort
embaraſſe .
Enfin Mr de Baviere s'en
retourne dans ſes Etats , aprés
que ſes Troupes ſe ſont dif
GALANT.
219
tinguées en Piedmont à la fortie
de la Garniſon de Carmagnole,
qu'elles pillerent genereuſement
contre la foy des
Capitulations. Quant aux exploits
qu'elles ont faits devant
laPlace , ils n'ont pas eſté fort
grands , puis qu'elles ont demeuré
onze jours à prendre
ceque nous avions emporté en
un ſeul jour. La Place leur
auroit encore couré plus de
temps , s'il n'eſtoit venu des
ordres du Roy pour la rendre.
Aprés cette belle expedition ,
cet Electeur s'eſt fait battre
devant Suze , où la perte des
Ennemis a eſté plus grande
que les Nouvelles publiques
ne nous l'ont marqué. Auſſi
eſt il difficile de ſçavoir d'abord
la verité de ce qu'on ne
peut apprendre que par fes
Ennemis. Je dis donc que leur
K 2
220 MERCURE
perte a eſté plus grande , fur
une Lettre deThurin que j'ay
veuë depuis peu. Elle porte
que celuy qui l'a écrite y avoit
vû entrer cinquante Chariots
de bleſſez ; & le nombre des
morts ayanteſté plus confiderable,
on peut juger qu'il faut
que la perte ait eſté beaucoup
plus grande que l'on n'avoit
crû. Aprés ee deſavantage ,&
le chagrin d'avoir manqué
Caſal , Mr de Baviere s'en retourne
dans ſes Etats , d'où il
eſtoit venu avec des Troupes
nombreuſes , &un gros attirail
de Canon , & laffe affieger
Montmelian.
Le 28. de ec mois , M. Ic
Marquis de Courtenvaux,Fils
Aine de feu M. de Louvois ,
épouſa Mademoiselle d'Eftrées,
Fille de Mrle Maréchal
d'Eſtrées . Le Mariage ſe fit
GALANT. 221
avec beaucoup de magnificence,&
ily eut un grand nombre
d'illuftres Conviez. Je ne vous
dis rien des Mariez , qui font
trop connus pour avoirbeſoin
que l'on en paile. L'ancienne
Maiſon d'Eſtrées , originaire
de Picardie , a efté feconde en
grands Hommes Antoine
d'Eſtrées qui vivoit l'an 1460.
fut pered'un autre Antoine,&
ce dernier laiſſa Antoine d'Eftrées
Ill. du nom , Grand
Mastre de l'Artillerie de France.
Antoine d'Eſtrées fon Fils,
IV.dunom , poffeda la meſme
Charge , & fut Chevalier des
Ordres du Roy en la premiere
creation de 1978. De fonMa
riage avec Françoiſe Babon ,
Fillede Jean Sr de la Bourdaifiere
, Maiſtre de l'Artillerie ,
il eut François Louis , tué au
Siegede Laon en 1574. Fran-
K 3
222 MERCVRE
çois Annibal , Duc d'Eſtrées ,
Pair & Marechal de France ,
Marquis de Coeuvres , Chevalier
des Ordres du Roy , mort
en 1670. âgéde cent deux ans;
Diane , ſeconde Femme de
Jean de Montluc, SrdeBalagny
Marechalde France, morte en
1595. Marguerite , mariée à
Gabriel de Bournel , Sr de
Namps ; Angelique , Abbeſſe
de Maubuiffon ; Gabrielle ,
Ducheffe de Beaufort , dont
Henry IV. eut Cefar Duc de
Vendôme;Julienne -Hippolite
Femme de George de Brancas,
Duc de Villars , & Françoiſe ,
Femme de Charles Comte de
Sanzay. François Annibal ,
Duc d'Estrées , Pair & Marechal
de France,épouſa en 1622.
Marie de Bethune , Fille de
Philippes , Comte de Selles &
deChaors ,& en ſeconde No
GALANT.
223
ces , Anne- Habert , Fille de
Jean Sr de Montmor, Treſorier
del'Epargne , Veuve de Charles
de Themines , Sr de Laufiere
, laquelle eſtant morte en
1665.11 prit une troifiéme alliance
avec Gabrielle de Longueval
, Fille d'Achille , Sr de
Manicamp. De ſon premier
Mariage ſont ſortis François
Annibal II . du nom, Duc d'E
ſtrées , Pair de France ; Gouverneur
de l'Iſſe de France , de
Soiffons, de Laon , &c .Ambaf
fadeurs à Rome , qui a laiſſé
François Annibal III. dunom ,
aujourd'huy Duc d'Eſtrées ;
Iean , Comte d'Eſtrées , Vice-
Amiral ,& Maréchal de France
, Pere de Mademoiselled'Ef
trées qui vient de ſe marier
& Cefar Cardinal d'Eſtrées ..
Les Enfans du ſecond lit de
François Annibal , Duc d'Ef
K 4
224
MERCVRE
trées , Pair & Marechal de
France . furent Louis Marquis
d'Eſtrées , tué en 1656. à la
levée du Siege de Valanciennes
, & Chriſtine , Premiere
Femmede François Marie , dit
Jules de Lorraine , Prince de
I'llebonne . Mr le Marechal
d'Eſtrée s'eſt acquis beaucoup
de reputation par les victoires
qu'il a remportées en 1676. &
les deux années ſuivantes , fur
les Hollandois , auſquels il ena
leva la Gayenne qu'ils avoient
ufurpée aux François. Il défit
le General Beink à l'ifle de
Tabaco , & leur prit ceFort
dans une autre occafion.
Mr le Ducde Noailles eſtant
encore en Catalogne tout occupé
du ſervice , avant qu'il
allaſt aux Etats du Languedoc,
d'où l'on attend ſon retour ,
receut une Lettre du Roy, par
F
GALANT.
224
laquelle Sa Majesté luy faiſoit
fçavoir qu'Elle luy donnoit la
Lieutenance de Roy de Guienne
, avec permiſſionde la vendre.
Un preſent ſi confiderable
fait ſans le demander , montre
que le vraymeriten'a pas befoin
de follicitation auprés du
Roy , & qu'il ſuffit de le bien
fervir pour eftre recompensé .
J'ay à vous parler d'un autre
preſent du Roy , qui a donné
vingtmilleécus a la Famillede
Mr le Marquis de Rothelin.
Il eſtoit Capitaine , premier
Enſeigne des gens d'Armes de
Sa Majesté , & les commandoir
le jour de l'action qui ſe paſſa à
Leuſe en Flandre le 19. de
Septembre. Il y donna des marques
d'une valeur finguliere ,
& y recent quatre grandes
bleſſures dont il mourut deux
jours aptés àTournay.Mada
226 MERCURE
me la Maréchale Ducheſſe de
Navaille , & Madame la Marquiſe
deRothelin , ſa Fille , en
ont eſté remercier le Roy ,
quilesa receuës d'une maniere
fort diſtinguée. Elles étoient
accompagnées du jeune Marquis
de Rothelin , qui n'ayant
encoreque 13.ans , ne s'eſt pas
trouvé d'un âge à eſtre propofé
pour la Charge qu'avoitMrle
Marquis de Rothelin fon Pere..
Les fix Vaiſſeaux du Roy
êtant enfin fortis de Dunker.
que , aprés en avoir eſtéempêchez
fi long temps, fontenirez
au port de Breſt depuis peu de
jours avec une des deux Priſes
qu'ils ont faites affez confiderables
. Les noms de ces fix
Vaiſſeaux font , l'Ecueil , le
Serieux , le Moderé ,le Fide .
le , le Maure , & l'Entendu.
Us avoient. un Brulot ,
イー
K
&
GALANT. 227
étoient commandez par M. de
Mericourt, un des plusanciens
Capitaines de haut sord.
Voicy l'affaire. Un Vaiſſeau
Anglois armé en guerre , &
de 54 pieces de Canon, s'étant
remis en mer pour croiferdans
la Manche encore une huitaine,
fit rencontre d'un autre
Vaiſſeau de guerre Oſtendois
de 44 pieces de Canon , qui
luy dit qu'il devoit inceſſamment
partir do Havre une pe
tite flore, & que s'il vouloitfils
agiroient de concert : ceque
l'Anglois ne manqua pas d'accepter.
Un jour ou deux aprés,
ils apperceureut nos Dankerquois,&
les creurent ceux du
Havre. Ilsallerent au devant
d'eux, & furent bien étonnez:
quand eſtant plus prés , ils reconnurent
que c'eſtoient des
Vaiſſeaux de guerre ; mais ik
4
228 MERCVRE
n'étoit plus temps de reculer.
Les noftres ayant commencé à
faire force de voile , le Serieux
& le Moderé , meilleurs voiliers
, arriverent fur eux , &
aprés un combataſſez diſputé,
ils s'en rendirent les maiſtres.
Le Serieux eſtoit commandé
parM. le Marquis de Blenac ,
&le Moderé par M. d'Eury ,
qui a cu M. des Cartesſom
Lieutenant aſſez bleſſé à la
poitrine d'un coup de Ponton,
mais non penetrant, &
d'un éclat de grenade à une
jambe. Commeil vint juſques
à trois fois à l'abordage fur
loftendois , qui ſe deffendit
bienmieux que l'Anglois , &
qui ne ſe ſeroit pas rendu fitoſt
ſi le Capitaine n'euſt eſté
tué , il eut trente-cinq hommes
hors de combat , tuez ou
bleſſez. L'Oftendois perdit
GALANT .
229
du moins deux cens hommes,
& fon Vaiſſeau ayant eſté trop
endommagé pour le pouvoir
ramener à Breſt , on la laitte
avec tous ſes bleſſez , à la
Hogue, le plus prochain Port.
Vous remarquerez , Madame,
qu'il ſemble que les Ennemis
n'ayent gardé tout l'Eſté nos
fix Vaiſſeaux devant le Port
de Dunkerque d'ou ils les ont
empêchez de ſortir , qu'afin
qu'à la fin de la Campagne ils
leur priſſent à eux meſmes
les deux Vaiſſeaux dont je
viens de vous parler.
On apprend de Chambery,
par une Lettre du 23.de ce
mois,qu'on avoit commencé à
remuer la terre à Montmelian ,
la nuit du 17.au 18. pour faire
une Ligne de communication
des quartiers , ce qui avoit
réuſſi heureuſemont en peude
temps, & avec pertede peu de
230
MERCVRE
A
Soldas . Toutes choſes peuvent
paffer fans danger par le moyen
de cette Tranchée , qui
nous approche auſſi du premier
foflé . Le Canon a deu commencer
à tirer le 25. & il doit
y avoit trois Batteries fans celles
des Bombes , dont il y en a
une ſur une hauteur qui deſolera
le Donjon . Il y arrivoit
encore des Troupes de Suſe ,
le jour qu'on a écrit eette Lettre.
Voicy le détail des Brigades
des Troupes qui forment
ce Siege.
ACROVET.
Mr de Genlis, Brigadier.
Navarre.
LaFare.
Maulevrier.
Bigorre.
A S. Pierrede Soucy.
Monfieurde Famechon.
Piedmont .
GALANT .
231
Bourbon .
Lorraine .
Foix .
AFrancin.
Mr de Blenac .
1. du Royal.
2. du Royal.
1. d'Alface.
2.d'Alface.
AFrancin.
Mrde Clerambaut .
Le Montier.
Moncaffel .
Clare.
A S. Pierred' Alligny.
Mr de Thoy .
LaCouronne.
Roüergue .
Languedoc.
Mr Henequin , qui avoit
été nommé Premier Prefident
de Roüen , ayant confervé ſa
Charge de Procureur General,
du Grand Confeil , Mr de
L
232
MERCVRE
Monthelon , Conſeiller dans
ce mefme Corps , a eſté nommé
en ſa place pour eſtre Premier
Prefident de Normandie.
Il eſt Petit Fils d'un Gardedes
Sceaux de France , & je
vous ay ſouvent parlé de ſa
Famille, auſſi bien que de celle
de Mrle Chancelier le Tellier
, ce qui m'a empêché de
vous en rien dire , en vousapprenant
les deux Mariages de
Mr de Courtenvaux, & de Mr
de Barbefieux , ſes Petits-Fils .
Jefuis ,Madame , & c .
A Paris ce 30. Novembre 1691.
AVIS.
On donnera le 15. Decembre
prochain , la suite de l'Histoire
de la vie du Prince d'Orange. Le
Recueildesfix premiers Entretiens
enforme de Pasquinades,& tout
remply de Figures , nese vend que
quarantefols.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le