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1691, 10 (Lyon)
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me,
ex Dona
R.P. Cl. Franc.
MenestrierSoc.Jafie


807156 :
MERCURE
Calleg.Lugd. II.THnet.
GALANT
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LE DAUPHIN
OCTOBRE.. 1691 ..
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Fortification de Mr Vauban , ind . 30.f..
Le Peché Philofophique avec la Lettre
d'un. Seigneur de la Cour , ind. 30. f.
LaDeſcriptionde la Galerie de Versailles,
ind. 20.1. 4
MERCURE
QUE DE LA GALANT
OCTOBRE 169
LYON
78*1893 *
Ly a long temps ,
I Madame , que vous
eſtes convaincuë qu'
on n'a jamais vû de
Souverains qui ait foutenu la
grandeur & la majeſté du Trô
ne avec plus de gloire que nô
tre Auguſte Monarque. Ainfi
je n'entreray dans aucun détail
des actions merveilleuſes
Octobre 1691 . A
2 MERCVRE
qui luy ont fait meriter le nom
de Grand. Elles ſont connuës
de tout le monde , & il n'y a
point de Province où ceux que
favoriſent les Muſes n'employent
leurs talens à les celebrer.
La Piece que vous allez
lire m'a eſté envoyée d'Avignon
, & Mr de Guitrandy en
eſt l'Auteur. Vous avez déja
vu un autre Ouvrage de luy
dans ma Lettre du mois de
Juin dernier , & le plaifir que
ſa lecture vous a donné vous
doit eſtre une aſſeurance que
vous ne ferez pas moins contente
de celuy- cу.
GALANT.
3
*************
ODDE
POUR LE ROY.
Rand Dieu, Providence adorable
,
Qui veille fur cet Vnivers ,
Et qui vois d'un oeil favorable
Ceux qui te vangent des Pervers.
Tu Sçais qu'aujourd'huyfur la terre
Aucun Princene fait la guerre
A ceux qui mépriſent tes Loix,
Comme LOVIS, ce grand Monarque,
Au front de qui chacun remarque
Levray caractere des Rois.
Quel autre avec unplus beau Zele
Soutient les droits de tes Autels ,
Quelautre entre tous les Mortels
A te servir est plus fidelle ?
A2
MERCVRE
4
Tusçais que des qu'il fut monte
Sur le Trône de majeftè
Qu'ilfait briller d'u nouveau lustre
Ilmèdita de ſaints combats ,
Pour mettre par un coup illustre
Le Crime & l'Hereſie à bas .
Demême qu'ensortant de l'onde
Tout environné de clarté ,
Le Soleil chaffe loin du monde
Les horreurs de l'obscurité.
L'oeil content de le voir renaiſtre ,
Voit en un moment disparoiſtre
Les triftes flambeaux de la nuit ,
Et fuir dans quelque roche obscure
Ces Oiseaux de finištre augure ,
Ennemis du jour qui leur luit.
Ainsi pour montrersapuiſſance ,
NostreRoy par tout renommé ,
Et craint autant qu'il est aimé ,
N'eut besoin que de ſa prefence.
Ouy ,la ſplendeur de ses regards
Sicut diffiper tous les brouillards
GALANT .
S
De l'Envie & de la Malice ;
Et l'on voit dans le mesme temps
Perir l'infolence du Vice ,6
Et l'orgueil des nouveaux Titans .
Les Siectes paſſez , je l'avouë ,
Peuvent nommer de grāds Guerriers
Mais pour meriter qu'on les louë ...
Ont- ils joint l'Olive aux Lauriers?
On a dans le cours des années
Vù mille vertus couronnées
Succomber ſous leurpropre faix;
Mais en a- t'on vû jamais une
QuiSceuft maitriser la Fortune,
Et dansla Guerre & dans la Paix ?
L'éclat d'une si belle gloire
Qui couvre un parfait Conquerat,
N'estoit que pour Louis le Grand ,
Qui fait plus que l'on ne peut
croire.
C'est par luy qu'on voitsurmontez
Ces cruels Monstres indomptez
Qui regnoientdans toutela France.
A 3
6 MERCVRE
Le Vol , la Fraude , le Duel,
La Rebellion , l'Ignorance ,
En ont receu le coup mortel.
Combien d'ambitieuses Testes
Ont depuis pliésoussa main !
Combien de terribles tempeftes
Ont mugy contre nous en vain !
Son bras qui rompt tous les obstacles,
Produit chaque jour des miracles
Pour bien affermircet Etat ,
Ileft , grace à ce Prince habile
Aussi bien regté qu'une Ville,
Auſſi grand quefon Potentat.
LuySeulparmi tant d'autres Princes
Asceu d'un bras victorieux
Dompterce Monstre furieux
Quiravageoit tantde Provinces,
L'Hereſie au crin de Serpens ,
Autour desa teſte (iflans ,
Expirefons le coup de foudre ,
Que ce brasSecondé du Ciel,
GALAN T.
7
Alance pour la mettre en poudre , pondre
Et luy faire vomirſon fiel.
Non content de cette Victoire
Qui met l'Heresie au combean ,
Dansnoſtre France que la gloire
Couvre de fon jour le plus beau ,
Noftre Roy , cefoudre de guerre ,
La menace dans l'Angleterre ,
Aux yeux defes fiers Leopards.
Tremble pour toy , Peuple rebelle ,
Nos Soldats brûlent d'un beau zele,
Et nos Chefsfont autant de Mars.
NosTroupesbien plus animées
Del'esprit de leur Souverain ,
Que dufon guerrier de l'airain ,
Avaincre font accoutumées.
FierAnglois , ouvre donc les yeux
Et tâche d'appaiſer les Cieux,
Dont la colere te menace.
Rien ne sçauroit t'en garantir ,
Et cetteforce qui terraſſe
Ne cede qu'aufeul-repentir.
A4
8 MERCVRE
Iacques , dont le Peuple farouche
Suit les Loix d'un Usurpateur ,
Si ton fort malheureux me touche ,
I'admire encore ton bonheur.
Tu n'as deformais rien à craindre ,
Et tonmaln'est plus tant àplaindre
Ayant nostre Alcidepour toy
Non, won, le Ciel t'est favorable ,
LOUIS t'aime , il testsecourable,
Et c'est affez pour estre Roy.
Mars toy, divine Providence,
Souveraine des Nations ,
Par qui les grandes actions
Ne font jamais ſans récompense
Daigne nous conferver LOUIS,
Qui dansſes Exploits inouies
No point d'autre but que tagloire,
S'il combat , c'est pour ta grandeur..
Et s'il remporte la Victoire ,
D'abord il t'en nomme l'Auteur.
Le Traité qui fuit offre le
GALANT .
9
ne
remede d'une maladie ſi generale
, & tellement à la mode ,
que je croy vous obliger , vous
& tous ceux que vous avez
pour Amis dans voſtre Province
en vous le communiquant.
Je vous ay déja marqué , que
dans les écrits de cette nature,
je me diſpenſois de prendre
party.Ainſi ceux qui ſe trouveront
bleſſez des opinions qu'on
ſouſtient dans celuy.cy ,
doivent rien m'imputer , puis
qu'ils pourront répouſſer par
leurs réponſes, ce qui ſera contraire
à leurs ſentimens. Je ne
ſçaurois refuſer de tenir le
champ ouvert auſſi -bien pour
les défenſes , que pour les attaques
, & je l'ay fait voir par la
piece que je vous ay déja en--
voyée , contre Mr de la Broſſe ,
Auteur de l'Ouvrage que vous
allez lire.. AS
:
10 MERCVRE
1
LETTRE
D'UN PHILOSOPHE
A MADEMOISELLE
DE SCUDERY ;
Sur les Maladies
des Vapeurs..
En'est pas sans raison , Ma
demoiselle , que j'ay peine à
me refoudre de donner au public
mes reflexions ſur la maladie des
Vapeurs , car fi tous ceux qui mettent
au jour des fentimens qui ne
font pas fort éloignez de ceux du
commun , ne laiſſent pas de s'attirer
fort ſouvent les traits piquants
de la critique , avec combien plus
GALANT. IT
de raiſon dois -je les apprehender ,
puis que je m'éloigne entierement
du sentiment de l'Ecole, & même
de celuy de la pluspart des hom_
mes , & que je m'en éloigne d'autant
plus , que je tâche de desa
bufer le Public de certaines pre
ventions, qui ne font quere moins
difficiles à détruire , que s'il s'an
giſſoit d'un Article de Foy ? Car
quoy que l'intereſt de la vie foit
un fort puiſſant motif, pour porter
le peuple à faire quelque reflexion
fur les choses qui la regardent , les
Medecins le tiennent tellement en
gagé dans leurs opinions , qu'iln'y
ajoute pas moins de foy que les
Tures à leur Alcoran. Ainsi vous
pouvez jugez de la difficulté de
mon entreprises & comme l'ay les
Anciens & les Modernes à combatre
, & que le peuple méme a
souscrit à l'opinion contre laquelle
A6
12
MERCVRE
j'ay la bardieffe de me declarer,je
ne sçaurois trouver parmy eux que
des luges suspects & des gens à
ne ceder ny à la raison , ny à l'experience
, à moins qu'ils n'y soient
portez par l'approbation d'un es
prit außi éclairé que le voſtre. Ouy,
Mademoiselle, c'est vous seule
dont la vertu , le genie , & le merite
connus par toute l'Europe ,
vous ont acquis une si juſte repu
tation , qui pouvez obliger le Pu
blic à ne pas rejetter dessentimens
qui font fondez sur la raison &
L'experience , & à y faire une meure
reflexion , sans s'arrester avenglement
à des opinions quifont ai-
Sées à détruire quand on veut bien
Les examiner de prés . Mr. Defcartes
, ce grand Philosophe , a cu
raison de dire , qu'à l'égard des
matieres physiques , il falloit dou.
ter de toutes choses une fois en far
GALANT.
13
vie , pour en decouvrir la verité,
car il n'y a que le doute qui nous
porteàfaire des experiences , & ce
n'est que l'experience qui nous rend
pleinement convaincus de la verité
d'une chose. Si tous les. Medecins
Saivoient la pensée de ce Grand
Homme , ils ne demeurerbient pas
enſevelis dans des erreurs , qui caprivent
fi fort leur entendement,
qu'elles ne leur permettent pas de
joüir des lumieres qu'ils ont receuës
de l'Auteur de laNature , & ce que
je trouve de plus extraordinaires
c'est que malgré leur vaine pratique
, ils pretendent que leur art eft
établifur l'experience & laraiſon,
& ne peuvent souffrir ceux qui
fondez fur de continuelles experiences
, raisonnent autrement
qu'eux. Ils veulent qu'onsoit aveagle
comme ils le font , & que l'on
n'oppose rien à l'autorité des An
14
MERCVRE
>
ciens , comme si la Medecine , qui
est le plus noble &le plus difficile
de tous les Arts, pouvoit avoir
acquis dansſon commencementplus
de perfection que tous les autres
quenous voyons tous les joursfeperfectionner.
Nesommes-nouspas en
même droit , que seux qui font venus
immediatement aprésHypocra
te &Galien , de verifier ce qu'ils
ont avancé dans leurs Ecrits ? Y
a- t-ilrien deplus ridicule que d'alleguer
qu'il est impoſſible que tant
d'habiles gens qui ont paru avant
nous , ſefoient trompez ? Pourquoy
voulons- nous que ces gens. là ayent
decouvert plus que nous , s'il est
vray qu'ils en ayent usé de mesme
que nous , & qu'ils s'enfoient entierement
rapportez à leurs De
vanciers , ſansy avoirfait aucune
reflexion ? Le nombre exceffifdes
morts prématurées& la quantité
GALANT .
rs
des Malades languiſſans , non-
Seulement des semaines , des mois ,
&des années entieres dans leur lit ,
mais mefme toute leur vie , ne fourniffent-
ils pas des preuves plus que
Suffisantes , pour faire connoistre
que laMedecine que l'on exerce à
present , n'est qu'une ombre de celle
que Dieu a donnée à nos premiers
Peres ? Quesi le m'éloigne dusen.
timent des Medecins fur la nature
de la maladie des Vapeurs, c'est que
la raiſon & l'experience me font
connoistre de jour en tour la verité
de mon hypothese , & pour ne pas
tarder davantage à vous decouvrir
mon opinion , ie dis que la pretenduë
maladie des Vapeurs n'est autre
chose que l'affection hypocondriaque
dont les Anciens font mention,
Mais comme les Medecins croyent.
que tous les ſymptomes qui accompagnent
cette maladie ne sont
16 MERCURE
qu'un effet des vapeurs qui s'efle
vent des hypocondres iuſques à la
teste , ils ont nommédepuis quelque
temps cette maladie , Vapeurs , &
cela d'autant plus que ceux qui en
font atteints nepeuvent fouffrir ce
nom d'affection hypocondriaque ,
comme si cette maladie ne venoit
pas de l'alteration des humeurs comme
les autres.
Ilest certain que comme elle est
peu de chose dans son commencement
,il feroit aisé de l'emporter
l'on se fervoit des remedes conve
nables , mais elle prend inſenſiblement
des racines si profondes que
ceux qui en font atteints ſe voyent
enfin hors d'estat de pouvoir querir,
ne trouvant aucun soulagement
dans l'usage des remedes. Cela
vient de ce que les Medecins ne
cherchent qu'à rafraiſchir les en--
trailles qu'ils croyent toujours.em-
(
GALANT.
17
brafées , au lieu de fortifier l'eſto.
mach, & d'empefcher la generation
des humeurs excrementeuses qui
produisent tous les Symptomes,dont
ie feray le détail , & ce que ie
trouve de plus pernicieux pour les
malades , c'est la prevention de cette
chaleur d'entrailles , dans la.
quelle les Medecins les ont tellement
fortifiez, par la comparaison qu'ils
leur font d'un alembic au corps hu.
main , qu'il n'y a ny raison ny experience
à laquelle ils veuillent ceder.
Mais pour vous faire voir
la tromperie de cette comparaison ,
ie vais faire la description d'un
alembic , & de la maniere qu'on
procede à la distillation, & ensuite
ieferay voir fi les choſes ſe paſſent
dans le corps humain comme dans
un alembic.
Un alembic eft un Vaisseau composé
de deux parties , l'Inferieure
18 MERCVRE
la Superieure. L'Inferieure s'apelle
Cucurbite , &la Superieure
Chapiteau . Ce Chapiteau a un bec
par oùfort là liqueur qui diſtille.
Onmetla matiere dans la Cucurbite,
& on la couvre defon chapiteau.
Onpofe cet alembic fur un trepied,
ou fur un Fourneau ,ſous lequel on
met le feu , qui ayant échaufé la
Cucurbite, fait que l'humidité de
la matiere qu'elle contient s'éleve
en vapeurs , lesquelles paſſant par
le col de la cucurbite ,font portées
dans le Chapiteau, où par lemoyen
de la froideur de l'air qui l'environne
, elles sont condensées en eau,
& cette eau distille par le bec du
Chapiteau dans un recipiant. Que
s'il y avoit une ouverture au col
de la Cucurbite,les vapeurs pafferoient
par cette ouverture , ce que
est à remarquer.
Cette comparaison qui a quelque
GALANT.
19
reſſemblance dans ſon exterieur , a
eu l'applaudiſſement de tous ceux
qui ne regardent que l'écorce d'une
choſe, mais je vais faire voir qu'el
le cloche dans toutes ses parties,
ن م
je commence par l'operation dufeu,
premier agent de la distillation .
Tous les Medecins demeurent
d'accord que le coeur eft la partie la
plus chaude du corps , &partant il
faudroit pour quadrer à leur comparaiſon
, quele coeur fût placé
fous lemeſentere, car estant placé
comme il est dans la poitrine , il
faut de toute neceffisé que par fa
chaleur il precipite les vapeurs en
bas , de même que les Chymistes
diſtillent certaines matieres par
depression , ou per deſcenſum ,
en mettant le feu allentour de la
partie fuperieure du vaiſſeau qui
contient la matiere. Ils diront ſans
douteque la chaleur qui proviens
20 MERCVRE
d'une bile ou atrabile enflaméedans
les entrailles , estbeaucoup Superieure
à celle du coeur , & comme
ils ne peuvent donner aucune raifon
qui faffe voir commentsefait cet..
te inflammation & chaleur extra.
ordinaire de bile , ils ont recours
aux diverses effervescences que les
Chymiſtes leurfont remarquer dans
le mestange d'un acide& d'un alkali
, & disent que la bileſe mé.
lant avec un acide , ilse fait une
grande effervescence , mais je les
deffie , eux & tous les Anatomiſtes,
de trouver dans le corps humain
deux liqueurs qui meſlées enſemble
faffent une effervescence tant foit
peu sensible. Je ſçay bien que le bas
ventre n'est pasfans vapeurs, mais
je Sçay bien aussi que ces vapeurs
ne peuvent pas estre élevées jusque
dans le Cerveau , à cause des di
vers obstacles qui s'y opposent. Pre
GALANT . 21
mierementle diaphragme que la
nature a establi fur le bas des costes,
tire au travers du corps , juſques à
l'eſpine du dos , tant pour aider à
la reſpiration , que pourſeparer les
parties vitales d'avec les naturelles
, & empescher que les vapeurs
des excrements des vifceres natu
rels , n'infectent les parties vitales;
mais supposé , quoy que cela nefoit
pas, que ces vapeurs paſſentà ira.
versle diaphragme , & enirent
dans la capacité de la poitrine,par
où fortiront- elles , puis que la poitrine
est revestue d'une membrane
tres épaisse, qui ne donne pas feulement
paſſage à l'air ? il faudra
donc qu'elles soient humées & imbibées
par la ſubſtance molaſſe des
Poumons. Cela eftant , elles feront
jettées dehors par la bouche en
l'expiration. Maisfuppofons , pour
faire voir plus amplement la fauf
22 MERCVRE
feté de leur hypothese , qu'elles
paſſent à travers cette membrane
qu'on nomme plevre , & que les
parties jugulaires si bien closes ,
jointes & uniesſous les clavicules .
foient affez ouvertes , & dilatées
pour que ces vapeurs y trouvent
passage, quand elles auront passé la
region du col , elles trouveront le
paſſage de la bouche ouvert , par
lequel elles feront jettées dehors ,
de mesme que si un Alembic avoit
une ouverture plus bas que le chapiteau
, les vapeurs Sortiroient par
cette ouverture , comme j'ay dit cydevant.
Mais outre tous ces obftacles
, ilya l'os bafilaire qui en est
un puissant , & qui ne leur donnant
pas paſſage , les obligera à
Sortir par le nez . Mais accordons
leur , par fauſſe poſition , un libre
paſſage par l'os bafilaire,elles trouveront
la dure mere qui envelope
GALANT.
23
le Cerveau ,fiferme , (iépaiſſe; &
d'une tiſſurefibien battuë , qu'elle
ne donne pas paſſage à la moindre
choſe , pas même à l'esprit animal
qui est d'une substance tres-fubtile.
Je croy avoir assez clairement
demonstré , que les vapeurs qui
pourroient s'eflever dans le bas ventre,
ne sçauroient estre portées jusque
dans la teſte, à raiſondu grand
nombre des parties qui font interposées,
lesquelles toutefois donnent
passage à trois fortes de vaiſſeaux,
qui font les veines , les arteres ,
les nerfs , afin que les humeurs neceffaires
pour la conſervation de la
viepuiffent eftre portées dans toutes
les parties du corps. Puis qu'il
n'y a donc que ces trois conduits par
lesquels ce qui peut estre porté àla
teste puiſſe trouverpaſſage , il faut
de toute neceffité que ce soit par
14
MERCVRE
leurcapacité , ou partie interieure,.
quise trouve pourtant fi remplie
de diverſes ſubſtances , qu'elle ne
sçauroit estre affez vaſte pour don
ner paſſage aux vapeurs , car les
veines sont continuellement pleines
de fang. Les arteres , quoy que
moins remplies , font encore moins
capables de donner paſſage à des
vapeurs , dont la molleſſe ne sçauroit
penetrer les fortes & épaiſſes tuni -
ques de ces arteres , outre que quand
même ciles y feroient entrées , elles
Serosent diffipées& confumées par la
grande ardeur de sang & des efprits
vitaux. A l'égard des nerfs ,
ilsfont fi remplis de la pulpe cerebrale
, quieſt plus condensée & un
peu plus feiche que n'est le corps
du cerveau , que ces ſubſtances va.
poreuſes y trouveront encore moins
de passage que dans les veinds.
Ajoutez à cela , que fi ces vapours
montoient
GALANT. 25
montoient par les nerfs , elles s'y
condenseroient en eau , à raison de
Lafrigiditéde ces parties , qui eft
beaucoup plus grande que celle du
Cerveau.
Les Medecins tâchant d'éluder
la force de ce raisonnement , ne
manqueront pas d'alleguer l'autoritè
des Anciens , lors que parlant
de l'épilepsie qui sefait par sympathie,
ils disent que la vapeur
maligne monte du pied par les
parties musculeuses & nerveuses
juſques à la teſte , ce qui ne pour
roit estre , disent- ils, s'il n'y avoit
quelque espace ſuffisant en la par
tie interieure des nerfs pour luy
donner passage . Je sçay bien que
la ſubſtance maligne qui fait l'E
pilepsie,trouve paſſage par les nerfs
pour monter jusques au cerveau ,
mais il ne s'enfuit pas de là que
les vapeurs trouvent lieu d'y paffer,
Octobre 1691. B
26 MERCVRE
car la substance maligne qui fait
l'Epilepsie , estant aussi fubtile que
celle de l'esprit animal , est bien
differente de celle des vapeurs qui
est groffiere comme celle des vapeurs
que nous voyons s'élever de la terre.
Mais enfin si les vapeurs dus
bas ventre montoient juſque dans
la teſte , nous aurions continuellement
au nez les odeurs puantes des
matieres excrementeuses , d'autant
plus que ces odeurs font d'unesub-
Stance beaucoupplus subtile que les
vapeurs.
Il est facile de juger par ce que
je viens de dire, fi un alembic dans
lequel il n'y a nul obstacle pour empêcher
les vapeurs de monter au
chapiteau , sans parler de ſa differente
construction, peut estre com.
pare au corps humain , qui est l'ouvrage
viſible le plus admirable
que Dieu ait fait ; & pour voir
GALAN T. 27
د
ou une
que peu de chose change une operation
, il n'y a qu'à prendre du papier
trempé dans l'huile
éponge ,& l'appliquer au sommet
dela cucurbite lors qu'on diſtille du
vin , & l'on verra fi une chose in
terposée change l'operation ; car ce
papier , ou cette éponge taiſſeront
paſſer l'esprit du vin , & retiendront
le phlegme , qui s'éleve en
vapeurs jusqu'à cette interpofition.
N'y ayant donc pas de vapeurs qui
montent juſque dans la teste , non
plus que de prétenduës effervescen
ces d'entrailles , il ne faut pas s'étonner
fi les Medecins ne peuvent
guerirceuxqui font atteintsde cet .
ze maladie , puis qu'ils n'en com
noiſſent pas la cause. Mais afin
que chacun puiſſemieux juger de
Sanature , je vais faire un dé
nombrement des Symptômes qui
l'accompagnent,& ensuite je par
B 2
28 MERCVRE
leray de leur cause.
Les ſymptômes en general qui
accompagnent cette maladie ,font
des rois aigres , des nausées , vo
miſſemens des choses aigres , auftëres
, & acerbes , douleur & conftipation
de ventre , tenfion aux bypocondres
, palpitation de coeur ,
compreſſion des parties précordiales ,
respiration difficile, & quelquefois ,
crainte de fuffocation & étrangle.
ment , de même que les Femmes
byſteriques, pesanteur & douleur
de teste , bourdonnement aux oreilles
, Salivation , ébloüiſſement ,
vertige , ardeur dans les hypocondres
, fiévres errantes , bruit vague
dans le ventre, laſſuude spontanée,
veilles,sommeilinterrompu, crainte,
triſteſſe , chagrin , inconstance , &
quelquefois convulfions & delire.
Tous ces ſymptômes ne se manifeftent
pas à chacun de ceux qui font
GALANT. 29.
atteints de cette maladie ; car ily
en a qui n'en reffentent qu'un ,
d'autres deux , d'autres trois , نم
d'autres davantages. Aux uns ces
Symptômes sont fort legers , aux
autres fort violens selon la diverſe
dépravation du sang & des efpriis
; mais comme cette maladie
devient fort commune , reveuxta
cher de ne rien obmettre de ce qui
peut donner quelque lumiere pour
en connoiſtre la vraye cauſe, & pour
cet effet , ie vous diray qu'ily a
certaines gens qui y fout beaucoup
plus fuieis que d'autres ; sçavoir
oeux qui de naiſſance ont les vifceres
naturels debiles & mal consti
tuez ; ceux qui ſont ſuietsàla crapule
; ceux qui mangent unegrande
diverſité de viandes , & menent
une vie fedentaire ; ceux qui travaillent
beaucoup d'esprit ,
نم
principalement des qu'ils ont pris
B 3
-30
MERCVRE
leur repas , & ceux qui perdent
quelque évacuation naturelle.Touves
ces personnes là ſont ſujettes à
des cruditez d'estomach , qui ſont
La fource de tous ces ſymptômes.
Ceux qui ont les vifceres natu
rels debiles & mal conflituez ,font
Sujets à cette maladie , parce que
Leurs vifceres ne faisant pas bien
lear fonction , à raison de leur foibleffe,
les alimens ne reçoivent pas
une coction loüable , d'où procedent
des bameurs excrementeuſes, cruës,
acres , austeres , & acerbes , qui ſe
meſtent avec le fang, l'alterent ,
forment des obstructions,&caufent
tous les ſymptômes dont nous avons
fait mention. :
:
Ceux qui s'adonnent à lacrapube
fontſujets à cette maladie,parce
quemangeant & beuvant àtoute
heurefans difcretion , &fans que
la digestion foit faite,ilse fait un
GALANT
mélange des parties cuites du chile
avec les crues , lesquelles estant
portées dans les veines alterent le
fang,& ensuite les vifceres ,&
saufent ces divers fymptômes.
Ceux qui mangent diverſité de
viandes ( quoy qu'ils n'excedent
pas en quantité ) & menent une
vie fedentaire , font ſujets à la
même maladie , parce que quelques
petites parties crues des viandes ,
moins faciles à digerer, étant en
waînées par celles quifont de facile
digestion , jusque dans les vri
nes , ne sçauroient estre domprées
Par la chaleur naturelle des parties
, à raison qu'elle est moins vigoureuse
en ceux qui menent une
vie Sedentaire, qu'en ceux qui travaillent
, ce qui fait que ces petites
parties cruës venant àſe multiplier
, cauſent alteration aufang
& aux vifceres , &produisent ces
Symptômes.
3
B 4
32
MERCVRE
है Ceux qui travaillent beaucoup
de l'esprit , & sur tout immediatement
aprés le repas , ne fontpas
moins sujets aux vapeurs , à raiſon
des cruditez qu'ils engendrent ,
parce que par la grande application
& reflexion sur quelque maziere
, les esprits des parties naturelles
qui doivent s'occuper à la co.
Etion des alimens ,font attirez au
cerveau, ce qui fait que l'estomach
Je trouve dénué de la quantité neceffaire
des esprits pour faire la
coction des alimens , d'où s'ensuit
un chile crud , & indigeste, capable
de produire tous ces Symptômes ,
par les raisons que j'ay alleguées .
Ceux qui perdent quelque éva..
cuation naturelle , comme les Filles...
& les Femmes,& les hommesſujets
au flux hémorrobidal,se trouvent
auſſi tourmentez de vapeurs, parce
que la maſſe du sangestant purifiée
GALANT.
33
detoutes les matieres superfluës&م
heterogenes , par le moyen de ces
evacuations , il arrive que lors
qu'elles viennent àceffer , lesang
rles esprits en restent alterez ,&نم
cauſent divers Symptomes , comme
l'on peut facilement remarquer aux
Filles & aux Femmes qui perdent
leurs menſtruës avant le temps.
۶۰ On mepourraobje Eter qu'unefa
cheuse nouvelle de la mort d'une
personne que l'on aime tendrement.
ou de la perte d'un procés de confe
guence, peut produire cette maladie
, sans qu'on en puiſſe attribuer
la cauſe àl'estomach. Mais confi.
derez , s'il vous plaist , les effets
d'une facheuse nouvelle , & vous
verrez que c'est l'estomach.qui en
patit le premier; car il est com
ftant que si cette mauvaise nouvelle
arrive à un homme qui se
met à table avec bon appetit , ill
B
4
MERCVRE
34
le perd d'abord , parce que les efprits
estant agitez & troublez par
le rapport qu'on luy fait , tiennent
un mouvement qui pervertit l'a
conomie de l'estomach , d'où procedent
ensuite des cruditez,qui étant
aigres coagulent lesang, embaras
fent les esprits , & caufent cette
triſteſſe , qui se manifeste far le
visage , & ensuite tous les autres
Symptomes.
& Par toutes ces raiſons ilmesem
ble qu'onpeut conclurre bardiment,
que laſource de cette maladie està
l'estomach , d'autant plus que dans
fon commencement , ilse manifeſte
des ſymptomes , qui marquent afſſez
que cette partie est affectée , com
me font les rots , lanausée , le vo
miſſement & les cruditez, & Souvent
pesanteur à l'estomach aprés
le repas. Ilfaut maintenant exa -
miner les ſymptomes ,& principaGALANT.
35
lement ceux qui portent le plus les
Medecins à se fervir de rafrais.
chiffans , comme font l'ardeur qu'on
fent aux entrailles , &la constipation
& aftriction de ventre.
Ilest constant que ceux qui font
atteints de cette maladie Sentent
quelquefois une grande ardeur aux
entrailles ; mais il eſt uray de dire
auſſi que cetse ardeur n'est qu'un
Symptome qui ve fuit pas mesme
toujours cette maladie. Cependant
les Medecins prétendent que c'est
La chaleur d'entrailles , foit qu'elle
Se manifeste ou non , qui en est la
cauſe efficiente & c'est là deſſus
qu'i's fondent leur pratique ; mais
ma beur à ceux qui lasuivent.J'ay
fait affez voir parla Lettre que
jay écrite à MrChapelas , Curéde
S. Jacques de la Boucherie , la veri
table caufe des chaleurs extraordinaires
que nous sentons ,& ill
B 6
36 MERCVRE
Seroitàsouhaiterque quelqu'unde
ces Messieurs voulust prendre la
peine d'expliquer comme quoy se
fait cette chaleur d'entrailles , نم
comment s'enflâme la bile. le me
ferois un grand plaisir de leur repliquer
, & de leur faire voir que
cette chaleur est un effet de l'indi
gestion &des cruditez ; à quoy les
rafraichiſſans ſont contraires ,
ce n'est pas estre Medecin que de
vouloir détruire un ſymptome par
desremedes tout à fait contraires à
Lacause de la maladie&du Sympto
me ; & pour voir que les rafraichis-...
fansfont contraires à cette maladie,
quand même elle proviendroit
d'une effervescence causée par le
mélange de la bile& d'un acide , il
n'y a qu'à considerer que cet acide
morbifique, qui est de qualité froi-.
de, provient de l'indigestion&des
cruditez de l'estomac ,& partant
GALANT. 37
ة
Veffet aussi bien que sa cause , de
mande des remedes chauds pour aider
la coction des alimens , & em.
pêcher la generation de l'acide
lequel estant détruit , il n'y sçauroit
avoir aucune effervescence,
comme ils ſuppoſent.
A l'égard de la constipation
du ventre , ils pretendent auſſi que
c'est un effet de la chaleur d'entraille,
laquelle deſſeche les matieres
excrementeuses ; maisfinousfai.
fons reflexion sur ce qui endurcit&
deffeche les matieres humides , nous
verrons qu'il est impoſſible que la
chaleur d'entrailles puiſſe endurcir
&fecher les matieres excremen
reuſesdans les intestins. le remarque
que lesſubſtances molles &li.
quides deviennent dures &feches
par trois voyes ,sçavoirpar la cha
leur qui en faitévaporer l'humidité,
ou par lefroid qui en arreste le mou38
MERCURE
vement & les congele , ou par l'in
tervention ou mélange, de quelque
matiere, qui en lie & refferre les
parties. Or comme il n'y a dans le
corps humain aucun feu materiel
viſible , & que nostre feu interne
n'est que l'humide radical qu'Hip .
pocrate appelle ignis mollis , qui
fait toutes les fonctions de la chaleur
du corps humain, il faut croire
que la constipation du ventre &
exficcation des matieres excremen
reuſes , ne viennent pas d'une chaleur
. Que s'il y avoit un feu dans
le corps humain, capable de deſſe
cher les excrements fecaux , il oft
constant qu'il deffecheroit auparavant
les intestins , car on ne peut
jamais deffecher une substance hu
mide dans un vaiſſeau humide, que
le vaiſſeau ne soit prealablement
deſſeché. Ainsi fi les extremens
fecaux étoient deffechez par la
GALANT.
39
و
ainfi
chaleur , il est certain qu'il faudroit
que les intestins fuffent auz
paravant deſfechez , ce qui ne peut
arriver qu'en perdant la vie. D'ail.
beurs , fi les matieres excrementeuses
étoient deſſechées par la chaleur,
T'humidité qui en évaporeroit ,
devroit infailliblement paffer par
L'estomach , & ensuite fortir par
La bouche , & par le nez
caufercontinuellement de mauvai.
Jes odeurs. Si la chaleur est la cauſe
de la constipation du ventre ,
d'où vient qu'il est souvent trop
Ibre, dans les fieures les plus violentes
? Cen'estpas non plus la chatour
qui deſſeche les febricitans ,&
c'estune erreurde croire que la cha .
Leur qui accompagne , les bectiques
foit cause deleurficcité& extenuation
, car cette chaleur n'est qu'un
Symptome ausfibien que la ficcité,
qui provient de l'humeur excremen
40
MERCVRE
reuse de la premiere digestion
laquelle étant portée dans les veines
avec le chile , devient la cau-
Se occafionelle de la chaleur febrile
, & corrompant la masse du
fang, la rend impropre pour la
nutrition des parties , lesquelles ne
pouvant jouir d'un aliment convenable
, pour reparer l'humide radical
qui se consume continuellement,
ilfaut de toute neceſſfué qu'ellesse
deſſechent , & remarquez, s'ilvous
plaiſt , qu'un arbre quidevientſec,
estant planté en terre , ne contracte
pas cette ficcité par l'ardeur dua
Soleil , mais bien faute de pouvoir
recevoir de la terreſon aliment convenable.
Il mesemble que j'ay fait voir affez.
clairement que les matieres excrea
menteuſes nesont pas durcies&Sechées
parle moyende la chaleurdes
entrailles , il ne me fera pas fort
GALANT .
41
difficile de perfuader qu'elles ne
pen ent estre durcies & coagulées
par le froid , parce qu'il n'y a qui
que ce soit qui ne sçache qu'un tel
degré de froideur dans le corps humain
causeroit infailliblement la
mort ; de forte que les matieres
excrementenfes ne pouvant estre
durcies&fechées , nypar la chaleur
, ny par la fordeur , ilfaut
donc que ce fois par le melange de
quelque matiere qui en lie &reſſer.
reles parties , de mesme que nous
voyons la liqueurde Tartre & celle
de l'Alum mélées ensemble for
mer une craye dure &feche ,Sans
leSecours d'aucune chaleur. Or comme
nous avonsfait voir que les bu
meurs excrementeuses de lapremiene.
Cuctionfont la caufe de tous les
Symptomes qui accompagnent cette
maladie , & que la constipation de
ventre en estun des plus frequens ,
1
42
MERCVRE
ilest vray de dire que les humeurs
excrem n'euses qui provienent de
la premiere coction estant aigres,
austeres & acerbes , font la cauſe
de la constipation de ventre. Aufſfi
voyons nous que le Vinaigre , les
Coins, les Sorbes & le Verjus , qui
font aigres , aufleres , & acerbes ,
font astringens & propres pour ar
rêter les flux de ventre , & fi l'on
confideroit que les fruits qui font
aigres austeres & acerbes
avant leur maturité , meuriſſent
&devienent doux par le moyen de
la chaleur du Soleil, onsefervirois
fuivant l'ordre de la nature , des
remedes chauds , ftomachiques , &
convenablespour aider la coction de
l'estomach & dulcifier ces humeurs
aigres ,austeres& acerbes , afin de
les rendre propres & utiles àlanu -
trition des parties , & éviter tous
les ſymptomes qu'elles produiſſent ;
2
GALANT.
43
&mesmesil'on faisoit reflexionsur
l'usage des Clifteres rafraichiſſans,
on s'appercevroit bien qu'ils nefont
pasd'unegrande utilité, pais qu'en
vuidant les inteſtins , ils les rendent
pluspropres à endurcir les matieres
excrementeuses . Auſſi l'on voitor
dinairement queceux qui uſent ſouvent
de Clifteres , font toujours
conftipez du ventre , parce qu'ils
refroidiſſent & refferrent les intestins
, &leur impriment une quas
Live astringente.
Ayant affez verifié que ces deux
Symptomes sçavoir l'ardeur des
entrailles , & la constipation du
ventre , viennent des cruditezde la
premierecoction , & partant qu'ils
requierent desremedes qui échauffent
&fortifient l'estomach ; vous
n'aurezpas peine à croire que les
naufees , les vomiſſemens , les rots
aigres& la Salivation , qui proi
44
MERCVRE
1
viennent des humeurs crues , indigestes
& acides de l'estomach, &
qui marquent visiblement la forbleſſe
&dépravation de la premiere
coction , veulent des remedes de la
mesme nature ; & quant aux au .
tres symptomes , si ces humeurs
excrementeusessont portées avec le
chile dansles veines , elles affeitens
les parties où elles sont déchargées
y cauſent divers accidens , ſelon
la diverſité desparties & la qua.
lité des humears. Si c'est àla teste,
elles y caufent douleur , vertige ,
bourdonnement aux oreilles , & fo
ellesfont portées à la poitrine , elles
ycaufent difficulté de respirer ,fuffocation
, palpitation de coeur. Que
fi elles sont portées au bas ventre ,
ellesy cauſent la colique , ardeur ,
tenſion aux hypocondres , & ainſi
des autres parties . Mais quelquefois
parleſejour qu'ellesfont dans.
GALANT.
1
45
quelque vifcere , elles acquierent
unemalignitédont les accidensfont
auffi dangereux que ceux des plus
pernicieuxpoisons ; & ce qui est à
confiderer c'est que ces humeurs
font capables de recevoir autant
a'impreſſions malignes , qu'il y a
d'animaux, de vegetaux , & de
mineraux veneneux , & d'attaquer
les mesmes parties du corps
humain que la substance maligne
de ces trois genres attaque. Car
demesme que l'Opium aſſoupit les
fens , que la Cantaride bleffe particulierement
la veſſie de l'urine,
&le Liévre marin , lepoumon ;&
quelavertu de la Torpille marine
paſſant à la main du Pescheur par
ia continuité du bâton , dont il
L'aura touchée , & de la main au
bras, puis confecutivement au cerveau
, cause une ſtupeur & engourdiſſement
par tout le corps ,&
46 MERCVRE
queleSouphre arsenical des mine
raux, cause des évacuations vio.
lentes par baut & par bas ; des
Sueurs froides & des syncopes ; de
mefme ces matieres excrementeuses,
quand elles ont acquis la qualité
maligne de l'Opium , cauſent les
affections comateuses. Si elles acquiérent
la qualitédes Cantarides,
elles caufent des ardeurs d'urine,&
ulceration à la veffie. Si elles acquiérent
la qualité du Lièvre marin
, elles caufent des Peripneumonies
, Phtifies , Astmes , & autres
affections des poumons. Si elles acquièrent
la qualité de la Torpille
marine , elles cauſent des Stupeurs
&Paraliſies , & (i elles acquiérent
la qualité du Souphre Arsenical
des Mineraux , elles caufent des
fueurs froides , des ſyncopes , des
vomiſſemens , des diarrhées , &
cette dangereuse maladie qu'on
GALANT. 47
appelle Cholera morbus on Miferere
; & ces Symptomes venant
de lamefmefource que les autres ,
demandent les mesmes remedes .
Voila , Mademoiselle , quelles font
mes reflexions sur cette maladie ,
qui est le fleau des Medecins , mais
comme l'on n'abandonne pas facile
ment les préjugez , & qu'on trouve
toûjours quelques difficultez àopposer
j'offre de les refoudre à tous
ceux qui lesouhaiteront ; ils n'auront
qu'à prendre la peine devenir
chez moy , ruë Bourtibourg , visà-
vis les Coches de Fontainebleau
.
La quantité de nouvelles
dontj'eus à vous faire part fur
la fin du mois paffé , jointes au
Combat de la Catoire , qui fut
donné lors qu'on y penſoit le
moins , n'ayant point l'aiffé de
place dans ma Lettre pour l'ar48
MERCVRE
? ne
ticle dela mort de MrleMarefchal
Duc de la Feüillade , je ne
vous en parlay point. La feüë
Ducheſſe ſa femme , qui étoit
Ducheffe de Rhoanés
l'ayant épousé qu'à condition
qu'il porteroit ce nom , & qu'il
quitteroit celuy de la Feüillade
, ces conventions furent
executées pendant les premieres
années de leur mariage , &
il fut appellé Duc de Rhoanés;,
mais infenfiblement , on s'accouſtuma
à le nommer Ducde
la Feuillade parce qu'avant
fon mariage , on avoit pris,
l'habitude de le nommer la
Feuillade. Il eſtoit Chevalier
des Ordres du Roy , Colonel
du Regiment des Gardes Francoiſes,&
Gouverneur de Dauphiné
de forte qu'on peut
dire que s'il avoit bien ſervi ,
د
il
GALAN T.
49
1
il avoit eſté bien recompensé
C'eſt un avantage qu'ont tous
ceux qui ſervent le Roy avec
fidelité . Ce font deux chofes
qu'on a remarquées en Mr de
la Feuillade dés ſa plus grande
jeuneffe , & qu'ila conſervées
juſques au dernier moment de
ſa vie. Il s'eſtoit particulierement
diftingué à la Bataille de
S. Godard , où il prit cing pieces
de Canon & tous les Etendards
& Timbales qu'il fit apporter
en France; & fon nom
s'eſtoit rendu formidable parmyles
Turcs . Le ſecours qu'il
conduiſit à ſes dépens au Siege
de Candie , luy acquit beaucoup
de gloire . Ce ſecours
étoit compoſé de plus de cinq
censGentils- hommes qu'il mit
en quatre Brigades , dont Mr
le Duc de Longueville voulur
Octobre 1691 . C
H
1
50
MERCVRE
bien commander la premiere.
Il fit auſſi en Franche- Comté
des actions d'une valeur &
d'une intrepidité extraordinaire.
Je ne vous rapporte
point toutes les autres occaſions
où il s'eſt ſignalé , parce
que le détail en ſeroit trop
long. Il avoit commandé en
Sicile en qualité de Viceroy ,
&la retraite qu'il fit en France
avec les Troupes de Sa Majeſté,
fut un coup de teſte qui doit
eſtre regardé dans ſa vie, comme
une action extraordinaire,
à laquelle la prudence & la
conduite n'eurent pas moins
de part , que la valeur & l'intrepidité.
Son zele pour le Roy
luy a fait élever un monument
à la gloire de Sa Majesté ,
tel que l'on peut aſſeurer que
jamais particulier n'a rien fait
GALANT.
JI
:
de ſemblable pour ſon Souverain
. Aufſi faut avouer qu'on
ne voit qu'en France des Sujets
aſſez zelez & affez puif.
fans pour faire de pareilles de.
penfes. Ce Duc a fait plus ,
ayant laiſſe un fond pour entretenir
à perpetuité des lumieres
, afin d'éclairer la Place
où l'on voit ce ſuperbe monument
de la grandeur du Roy ,
& du zele magnifique d'un
Sujet.
LeGouvernement de Dau
phiné , qu'avoit feu Mr de
Maréchal Duc de la Feuillade
, a eſté donné à Mr de la
Feuillade ſon Fils. Sa Majefté
qui ne fait rien fans avoir
conſulté ſa prudence , a eu de
puiſſantes confiderations , pour
luy accorder cette grace , qui
n'a pas ſeulement fait plaifir à
C
i
C 2
52
MERCVRE
celuy quia receu ce bienfait ,
mais dont pluſieurs autres luy
font obligez. Le nom de Mr
de la Feuillade eſtoit Aubuſſon ,
l'une des plus anciennes Maiſons
de France. Il y a eu un
Turpid d'Aubuſſon , Eveſque
de Limoge en 898. Ileſtoit Fils
du premier Vicomte d'Aubuffon.
Antoined'Aubuſſon , Frere
Pierre d'Aubuſſon , Grand-
Maistre deRhodes, luy mena à
ſes dépens un ſecours de prés
de trois mille hommes , qui
contribua à faire lever le Siege
decette Place à Soliman II . &
il fut fait enſuite Cardinal &
Generaliſſime des Armées des
Princes Chreſtiens en Orient .
La Ville d'Aubuſſon , qui eſt
fort peuplée ; eſt la ſeconde
de la Marche limitrophe de la
GALANT.
53
Province d'Auvergne. :
Vous avez , ſans doute , oüi
parler de Mr Seron Medecin,
qui étoit attaché à feu Mr le
Chancelier , & à Mr de Louvois
, & pour qui ces deux
Miniſtres avoient beaucoup
de conſidération . Il étoit Medecin
des Bâtimens du Roy;
& Sa Majesté ne jugeant pas
que les appointemens qu'il
avoit en cette qualité deuſſent
fuffire pour l'attacher à la
Cour, luya donné de furcroît
deux mille livres de penfion,
ſans qu'il ait rien demandé; ce
qui fait voir la connoiffance
queleRoy a du vray merite, le
foin qu'il prend de luy meſme
de le recompenfer ,& la bonté
qu'il a pour ceux deſa Cour
en yattachant un habile Me-
97
C3
54
MERCURE
decin , parce que les plus illu
fſtres de cet art,que leurs grands
emplois y retiennent , ne fuffiſent
pas pour voir tous les
malades d'uneCour auffi nombreuſe
que celle de France , où
le Roy ne veut que des gens
d'une experience conſommée...
Meſſire Nicolas de Murat,
Comte de Villeneuve - Varillettes
, Seigneur de Brouſſes ,
Pleaux , & autres lieux , a
épousé depuis peu de temps
Mademoiselle de Castelnau.
Ce mariage ne pouvoit eſtre
mieux aſſorty , puis qu'ils font
tous deux de Maiſons fort diſtinguées
. Celle de Murat de
cette Province. La branche
aiſnée des Vicomtes de Murat
&de Carlat a fondu dans la
Maiſon des Comtes d'Armagnac
& de Roüergue , & par
GALANT.
55
4
ce moyen elle a l'honneur
d'eſtre alliée aux Maiſons Souveraines
de France, de Navarre,
& de Lorraine.
Armandde Murat,Frere puiſ
né de Guillaume , Vicomte de
Marat & de Carlat ,épousa
Beatrix de la Roche, Dame de
Rochemoure & de Toſſonnieres,
marié avec Guinebrée de
Soudellies. De ce matiage for-
Lit Michel de Murar, Baronde
Rochemaure & de Tefonnieres
, qui ayant épousé Ga
brielle de Salliant , laura Pierre
de Murat , Baron de Rochemaure
& de Teſſonnieres marié
avec Marguerite de Villelame.
Ils curent pour Fils Jean
de Murat , Baron de Rochemaure
& de Teſſonnieres , Sei
goeur de Chaſſaigne,qui épouſa
Jeanne de Pierrefort-la
C4
56 MERCURE
Rovë , & eut pour Succeſſeur
Triſtan de Murat , Baron de
Rochemaure & de Teſſonnieres
, Seigneur de la Chaffaigne&
de Gondier, marié avec
Jeanne de la Volpilliere . Il fue
tué à la Bataille d'Iſſoire , où il
ſervoit avec le Marquis d'Effiac
& de Curton , qui commandoient
pour le Roy en ce Payslà,
contre leComte de Randan,
Chef de la Ligue. Il fut Pere de
François de Murat , Baron de
Teſſonnieres & d'Alleret , Seigneur
de la Serre , de Gondier,
& Cheiffat , Capitaine d'une
Compagnie de Chevaux Legers
. Celay cy épouſa Catherine
de Polier , Fille & Heritiere
de Meffire lean de Polier,..
Seigneur de Villeneuve Varillettes
& de Pleaux , & de
Dame Catherine de Langhat ,
GALANT.
57
&il en eut Claude de Murat,
Seigneur de Villeneuve Varillettes
, Pleaux , & Cheiffat ,
Baron de Teſſonnieres & d'Alleret,
qui ſervitle Roypendant
trente - fix ans en qualité de
Capitaine , & enſuite de Colonel
d'un Regiment de Cavalerie
; de Mestre de Camp Ge
neral de la Cavalerie duRoy
en ſon Armée d'Italie , & de
_ Maréchal de Camp & Lieutenant
General des Armées de
Sa Majesté. Il fut ſouvent em..
ployé en d'importantes Negociations
, tant dedans que de
hors le Royaume , & s'en acquitia
avecune entiere fatisfa
Aion du fou Roy Louis XIII. &&
de Louis XIV. à preſent regnant.
Auſſi s'acquit ill'eſtime
generale , non ſeulement des
Miniſtres,mais encore de toutes
G
58
MERCURE
la Cour. De ſon mariage avec
Dame Louïſe de Maleval , Fille.
de Guillaume de Maleval , Seigneur
de Brouſſes , Capitaine
d'une Compagnie de Carabins ,.
& de lacqueline de la Fagette ,
eft venu Nicolas de Murat ,
dont je vous aprens le mariage ..
Il eſtoit Veuf en premieres
Noces de Dame Marie de la
Tour d'Auvergne,Fille de feu
Meffire Jean de la Tour d'Auvergne
, Comte de Murat , de
Caires , & du Gibertés, Baron
de Saint Superi ,& autres lieux ,
& de Dame Marie d'Apchier.
Ces deux Maiſons ſontſi cons
nuës que je n'en parleray pas ..
La premiere eſt iſſue des anciens
Comtes d'Auvergne &
de Bologne , dont Mrle Ducde
Bouillon eſt le Chef. L'autre
eſt des Comtes d'Apchier , BaGALANT
.
ron des Etats du Languedoc ,
dont Dame Marguerite d'Apchier
, Duchefſe Douairiere
d'Ulés, eſt A iſnée, & Heritiere
de la Maiſon . Celle de Murat
porte pour Armes d'argent à la
bande de gucules , accostée de fix
Merlettes de fable , avec une
Merlette en cimier , & la Devise
Latine, Profaturexos ..
Quant à la Maiſon de Ca.
ſtelnau , Oudet de Caſtelnau,.
marié avec Catherine de Grãmont
, cut pour fils Raimond
Garcie de Castelnau, dont vine:
Menau de Castelnau , Pere de
Iean de Caſtelnau . René de
Castelnau , fils de lean , ayant
épouſe leanne de Vallée,en eut
lean de Castelnau, Seigneurde
Mauviſſiere & du Rouvre , quis
fut marié avec leapne du
Mefnil dont il eut Mi
C 6
60 MERCURE
1
chel de Castelnau , Seigneur
de Mauviſſiere & Baron de
Ionville & de Concreſſant ,
Comte de Beaumont le Roger,
Chevalier de l'Ordre du Roy ,
Capitaine de cent hommes
d'armes de fes Ordonnances ,
& Ambaſſadeur pour Sa Majeſté
en Angleterre. Celuy- cy
épouſa Marie de Bochetel , &
de ce mariage fortit lacques
de Castelnau , Seigneur de
Mauviſſiere , Baron de Jonville
, Seigneur de Broulhamenon
, de Sainte Liſaine & de
Poirieux , Gentilhomme or .
dinaire de la Chambre du
Roy , Capitaine d'une Compagnie
de Chevaux Legers,
marié avec Charlotte de Rouxel
Medavi , Fille de Pierre de
Rouxel , Baron de Medavy,
Capitaine de cinquante home
GALANT. 61
9
mes d'armes & de cent Chevaux
Legers , Bailli d'Evreux ,
Lieutenantde Roy , au Gouvernement
du Perche , Gouverneur
de Verneüil & d'Argentan
, & de Charlotte de
Hautemer , Fille & Heritiere
de Guillaume de Hautemer
Seigneur de Fervacques , Comte
de Grancey , Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant
General en Normandie , c
Marechal de France. Il cut
pour fils Jacques , Marquis
de Castelnau , Seigneur de
Jonville , Sainte Liſaine , Poirieux
, Capitaine general des
Armées du Roy' , nommé à
l'Ordredu SaintEſprit, Gou--
verneur de Brest , & Marechal
de France , qui fut tué à
La Bataille des Danes , où il
commandoit l'Aile gauche
14
62 MERCVRE
& qui laiſſa de fon mariage
avec Dame Marie de Girard
de l'Epinay , Michel , Mar
quis de Castelnau , Baron de
Jonville , Seigneur de Sainte
Liſaine , Saint George , Poirieux
, &c . Colonel d'un Regiment
d'Infanterie , Gouverneur
de la Ville & Citadelle
de Brest , mort à Utrec des
bleſſures qu'il avoit receuës à
l'attaque d'Hamede en 1672.11
avoit épousé Dame Loüiſe Ma
rie de Foucaud de SaintGermain
, Fille de Meffire Loüis de
Foucaud de Saint Germain ,
Comte du Dognon & autres
lieux , Gouverneur de Broüage,
du pays d'Aunis , de laRochelle
, & des Iſles de Ré &
d'Oleron , Vice Admiral &
Marechal de France ,& deDa
me Marie Forré deDampierre,
GALAN Τ. 63
dont il a laiſſe Henriette Julie
de Caſtelnau qui vient d'époufer
Mr de Murat Comte de Villeneuve.
La Maiſon de Caſtelnau
porte pour armes ésartelé
au 1. & 4. d'azur au Chasteau
ouvert d'argent , maçonnédefable,
crenelle & sommé de trois Donjons
couverts ou pavillonnez avec leurs
Giroüente , qui est Castelnau ; au
2. &3. d'or à deux. Loups paſſant
de Sable qui est de Loubere ,ſur le
tout d'or à trois cheurons de fable
qui est Levy..
Je vous ay toûjours trouvé
un fi grand gouft pour la Solitude
, qui vous donne lien dans
voſtre Province , de vous entretenir
à voſtre gré avec nos
Illuftres Morts , que vous devez
avoir beaucoup de plaifir à
lire les Vers que je vous envoye
, & que l'Auteur adreſſe
à un Solitaire.
64
MER CURE
A MONSIEUR ....
Eureux , qui comme vous aime
la Solitude ,
Daphnis ,&qui pouvant s'appli
L querà l'étude ,
Sans chagrins , Sans defirs , Sans
procés,fansamours ,
Peut dansson Cabinet paſſer ſes
plus beaux jours.
C'est là que vous trouvezl'utile&
l'agreable,
Là quevous distinguezle faux deu
veritable ,
Et que vous jouissezdu charmant
entretien
Des Sages occupez à chercher le
vraybien.
Qu'ilest douxdepaffer les momens
deSavie
GALAN T.
65
Avec tous les Auteurs de la Philo-
Sophie !
C'est d'eux seuls qu'on apprend'à
trouver le repos ;
EuxSouls ont lemoyen d'adoucir tous
nosmaux.
nous tourmente ,
Si quelque paſſion nous trouble , où
On trouve àfe guerır chez Zenon
Cleante.
Le Cinique bboyant nous fournit
les moyens
De braver la fortune, enméprisant
Ses biens.
Socrate nous instruit de l'humeur
de Xantippe ,
Quelquefois même on peut appren
dre d'Ariftippe ,
Et malgréson caprice &fes deres
glimens,
HSçait afſujettir tous les évenemens.
Faut- il approfondir juſque dans la
Nature,
66 MERCUR E
Etdes lieux differens connoistre la
Structure ,
La matiere , la forme , avec leurs
accidens ,
Lemouvement terrestre ,& la cauſe
4
des Vents?
Vous allez confulterle celebre Ari-
Store ,
On bien fi vous croyez qu'en Phyſique
ilradote ,
Vous lifez Caßendi , des Cartes , &
Robaut ,
Dont les divins écrits au degré le
plushaut .
Fondésſur la raison , & sur l'ex-
Perience
Nous ont du firmament donné la
connoissance ,
Etpard'heureux chemins , aux autres
inconnus ,
Ala perfectionfont enfin parvenus.
Vostre esprit occupé de ces rares
merveilles ,
GALANT . 67
Veut- il ſe relâcher de ces penibles
veilles ,
Prend l'effor , & volant juſque ſur
l'Helicon ,
Se jette entre les bras des Filles
d'Apollon.
Alors vous admirez les differens
ouvrages
De ces Maiers bardis , ces rares
perſonnages
Qu'avoit produit la Grece , & le
Pays Latin,
C'est làque vous plaignez lefunefte
destin
Des ouvrages perdus d'un nombre
de Poëtes ,
De Bion , de Blochus , ces sçavans
Interpreses ,
Qui comme Theocrite , avec leurs
Chalumeaux
Ont chantéles Amours,les Bergers,
lesHameaux ,
d'Anacreon , Sapho , Callimaque,
Meandre ,
69 MERCVRE
Dont la Muse Comique , ou dont le
stile tendre
Loüoit (i dignement
Bacchus ,
Cupidon &
Etdont les feulsfragments,juſques
ànousvenus ,
Ainsi que les debris d'un funešte
naufrage ,
De tous cesgrands Esprits nous for .
ment une Image.
De ces temps éloignez les restes
protieux ,
Tronquez ou decharnez , paroiſſent
ànosyeux.
Apeinea. t'on encor quelques Vers
Alcaiques.
Combien a- t'on perdu de leurs do-
Etas Lyriques ?
Ainsi que Bachilide , Alcée est en
morceauх .
De Simonide en vain les ouvrages
fibeaux
Luy devoient arquerir, une gloire
éternelle
GALANT.
69
Le temps nous a privez de ce parfait
modelle.
Oferay- je parler de ces rares Auteurs
Dont les Ecrits par tout ont tant
d'admirateurs ,
D'Euripide, Sophocle,Aristophane,
Æfchile?
En loüanges pour eux noftre fiecle
est fertile.
Un Moderne en nos jours ne s'acquiert
du renom
Qu'en imitant Plutus & leur Aga.
memnon .
Pour tout dire en un mot, eux seuls
dans leur Epoque
Ont orné dignement le Cothurne &
le Sogue
Et par nombre d'Ecrits , Homere fi
vanté
Aconsacrésonnom à l'immortalité.
Enfin quand vous quittez cetteter.
re fertile , [Virgile,
Ce n'est que pour paſſer au pays de
70
MERCVRE
Qui tantost carreffant Alexis,Co.
ridon ,
Tantoſt nous décrivant les fureurs
deIunon ,
Amêlé les douceurs duſtile Bucolique
Aux riches ornemens defon Poëme
Epique;
Qui toûjours instruisant , & charmant
ſes Lecteurs ,
N'apoint eujusqu'icy de justes traducteurs.
En cela plus heureux l'Auteur de la
Pharfale ,
D'avoir trouvé Breboeuf, dont le
François égale
La pompe de ſes Vers , l'enflure de
fes mots .
Soit qu'il faille à nos yeux retracer
fon Heros ,
Ou qu'il mene au combat,pour contenter
unhomme ,
Le Sang contrele Sang , & Rome
contre Rome.
GALAN Τ.
74
Stace plus fimplement , juſques à
nous transmis ,
Nous conte les fureurs des Freres
ennemis.
Ovide qui croyoit à lametempsicose,
Nous a donné la Fable ,& la Metamorphose.
Sous le nom de Corinne il depeint
Ses amours ,
Et les lieux, où l'exil a terminéfes
jours.
Catulle poffedant un ſemblable
genie,
Nous apprend les douleurs de sa
chere Lesbie,
Martial herißédeſes mots pointilleux
,
Properce tout galant, Catulle plein
de feux ,
Peuvent dans votre esprit occuper
quelque place ;
Mais tout cede aux beautez que
nousfournit Horace.
72
MERCVRE
Horace aimé d' Auguste , aimé de
•Mécenas ,
Quifait toujours marcher les graces
sur ses pas ,
Qui dansſes beaux Discours ,dans
Son Art Poëtique ,
Par tout à pleines mains verſe lefel
attique,
Soit qu'il veuille louer, ou flater.
l'Empereur ,
Que des vices de Rome il décrive
l'horreur ,
Ou que voulant des Dicux appaifer
la colere
Il faffe en leur honncuruneHymne
feculaire.
Philosophe parfait,qui ne veut s'attacher
Qu'à ceux que la nature oblige de
chercher,
Dont les discours remplis d'une au-
Steremorale
Font croire qu'à nos yeux laſageſſe
s'étale ,
Affi
GALAN T. 73
Auffiparfait ami conſeillat Lollius,
Qu'ardent à critiquer leſot Tigellius
,
Et dont les monumens d'éternelle
durée ,
Lui donnent à jamais une gloire af-
Seurée.
L'exemple de ce grand& rare original
Contre le vice a fait declamer Iuvenal
,
Dont les traits plus großiers , & la
plume acerée ,
Font croire que de fiel ſon encre est
preparée.
Perse toûjours obscur s'est acquis
quelque nom ,
*
En cenfurant la Cour & les vers de
Neron .
cile,
N'oublions pas icy les reftes de Lu-
Premier Maistre de l'art, dont laſe.
vere bile
Octobre 1691. D
74
MERCVRE
S'épanchoit bien souvent jusquefur
le Senat ,
Et quin'épargnant pas les premiers
de l'Estat ,
Parfafincerité merita l'avantage.
D'acquerir l'amitié du vainqueur
de Carthage.
*
Terence, Lelius,joints avec se Heros,
Ont mis au naturel l'homme &tous
Sesdeffauts.
Taniôtsur unsoupçon d'une amoureuse
intrigue
Le Pere avare empêche un Fils d'être
prodigue .
Un fou pour contenterſes indignes.
amours ,
Deſes Proches voudroit voir terminer
lesjours.
Un Valet étourdy tâche à tromper
Son Maistre,
Et l'homme vicieux s'y fait par tout
connoistre.
Plautemoins éloquent , & beaucoup
plus diffus ,
GALANT .
75
Des Romains à son tour reprima
les abus ,
Et par les traits piquans de fes
vingt Comedies ,
Voulut de leurs esprits guerir les
maladies .
Discipleſans égal de ces Maistres
fameux ,
Moliere nous afait de vifs portraits
comme eux .
Misantropes , Cocus , Precieuses,
Avares ,
Tartufes , Sots Marquis , tous ces
termes barbares
Qu'employe un Chicaneur , ou bien
un Medecin ,
D'un Malade en idée ignorant af-
Saffin ,
Gentilhomme Bourgeois , & des Femmes
ſçavantes ,
Des Agnės paroiffant fauſſement
innocentes ,
Maris, Fourbes, Plaideurs , Poëtes
ennuyeux , <
D2
76
MERCVRE
Chaffeurs , Pedans, Joueurs , Etourdis
, & Facheux ,
Sont les Originaux qu'il a misfur
la Scene.
Chacun dans ces Tableauxſe recon
noistfans peine.
C'est par luy que le vice en public
combatu ,
Eninſpire la haine , & porteà la
vertu ,
Que l'Acteur en joignant le geste à
laparole ,
Du Theatre François nous a faitune
école ,
Banniſſant à jamais ces termes indecens
Qui bleſſent la pudeur , l'oreille&
le bonsens.
Pieuse enfa naissance, ensuite trop
hardie ,
Apresent épurée , on voit la Comedie
,
Lesfaux Zelezen vain ont voulu
L'attaquer ,
GALANT. 77
L'amour y paroist nud , suns qu'il
puisse choquer.
Des anciens Gaulois la Muse estoit
peu chaste.
On voit dans Rabelais le Vice dans
Sonfaste.
Froiffart, Alain, Chartier, Chaftes
Lin , Coquillart ,
Travaillerent long-temps sans me-
Sure&Sans art.
L'Auteur des Amadis erroit àl'az
vanture ,
QuandVillon& Marot aiderent la
nature ,
Et débrouillant un pen cethorrible
Cahos ,
Firent enfin fleurir Ballades &
Rondeaux
Dans lesfiecles groffiers de cesMufes
Poftiches
La Rime tenoit lieu de regle d'He
miſtiches.
Pibrac, Magny, Garnier,du Bellay,
Pafferat ,
D 3.
78 MERCURE
Chretien,Belleau,Pasquier, Sainte
Marthe, Dorat ,
Trouverent des sentiers pour monter
au Parnasse ,
Maisbientoft à Ronsard ils quitterent
la place.
Sans doute fon genie eust esté plus
avant ,
S'il eust moins affecté de paroistre
Sçavant
Des Portes& Bertaut ,plus retenus
plusſages ,
Pardes cheminsplus droits s'ouvrί
rent des paſſages.
Enfin Malherbe vint pardes fentiers
nouveaux
Defes Predeceffeurs corriger lesdefauts.
Les Vers barmonieux devinrent à
la mode ,
Son exemple donna la majesté de
l'Ode ;
Les Stances doucement apprirentà
comber ,
GALANT.
79
Et Pegaſe enson temps n'ofa plus
regimber.
Maynard ,Gombaut , Racan, Porcheres
, Malleville ,
Charmerent tour à tour & la Cour
&la Ville.
Leurs Ouvrages remplis deſi juſtes
Sonnets ,
De tous les Curieux ornent les Ca
binets.
Trop heureux Saint Amant , fi de
la Solitude
Content ,&s'enfaisant une douce
habitude ,
Iln'eust point des Hebreux raconté
les regrets.
Tristan , Rotrou , Godeau ,Bois Ro-
Robert, Des Marais ,
D'un éclairé Ministre ont tous fait
les delices.
Nous devons aux fuccés de leurs
doctes caprices .
Aleurprofondsçavoir,à leurs rares
Ecrits,
D4
80 MERCURE
L'aſſemblage parfait de tous les
beaux esprits .
Richelien, l'ornement & l'amourde
la France ,
Distingua le sçavoir , de lafotte
Des Artistes exquis admirant les
ignorance .
efforts ,
noble Corps ,
De leurs Membres épars ilfit un
Etfuivant les projets defon vaste
genie,
LepremierdansParisvit uneAca
demie ,
Confucrant pour jamais àla posterité
Ce Corps qui doit aller à l'immors
talité.
Seguier à son exemple & fur les.
mêmes traces ,
L'éleva dansſonſein, le combla de
fesgraces;
Pardessoins empreſſfez,excita chaqueAuteurs
GALANT. 81
MaisSon heureux destin luy fit un
Protecteur ,
Dont l'augustegenie égalant lecouraze
,
Acheva d'accomplir ce magnifique
Ouvrage.
Commeàtoute l'Europe , il luy don
nades loix.
Ses bienfaits redoublez animerent
favoix.
Chaque jour àſa gloire ilconsacre
quelque heure ,
Dans le Louvre , où LOVIS a fixe
Sademeure.
Ainſipreſentement on voit sous
mesmes toits
LesneufSoeurs , Apollon , &leplus
Granddes Rois.
Onvit naiſtre en ces lieux Pauline
Cornelie..
Rodoguneyparut , Laodice ,Emilie,
Pleines de ces vertus , de toutes ces
grandeurs
DS
80
MERCVRE
Que lafurté Romaine inspire dans
les coeurs .
Racine, en ce Palais tu vis rendre
justice
Aux larmes de Titus , aux pleurs de
Berenice .
On plaignit Andromaque, on admira
Pirrhus ,
Agrippine , Neron , les Confeils de
Burrhus.
Là zu representas sur un noble
Theatre
Hippolitefuyant l'ardeurdeSaMa
râtre ,
Mitridate jaloux, Xiphares amoureux
,
Agamemnon pleurant, Achille fu
rieux.
Ce juſte composé luy Seul a l'avan
tage
D'adoucir le François ,de polir fon
D'ajouter, retrancher corriger ſes
Langage
défauts
GALANT. 81
ArbitreSouverain des termes&des
mols.
Sur differens ſujets leurs éloquentes
Plumes
Chaque année au Public fourniffent
des Volumes ,
où la Profe élegante , où la beauté
des Vers
Vont se faire admirer au bout de
l'Univers .
Lufte Reformateur des vices do Parnaffe
,
On se voit en ces lieux occuper une
place ,
Boileau , qui des Auteurs justement
redouté ,
Leur as fait voirſouvent trop de
fincerité,
Qui donnant aux François une
autre Poëtique ,
Far les traits rafinez d'une juste
Critique,
Leurmarques les defauts, les beaw
tez les efforts
D6
84
MERCVRE
Des Poëtes vivans aussi bien que
des morts ;
Qui capable de tout, propre à tout
entreprendre ,
Vasfur un autre ton chanter un
Alexandre , 1
Et de toutes façons contentant ton
Lecteur
Montrer à nos Neveux quel homme
fut l'Auteur;
Plusſage que Regnier,dont la verve
coulante
S'écarte trop souvent , ou devient
infolente , 1
Qui combattant un coeur par le
vice abbatu ,
Nous a décrit l'endroit, où chopoit
la vertu .
Vue verve effrontée irrite la na
ture.
Qui voudra badiner doit imiter
Voiture..
Ioindre les ris aux pleurs dans u8
même deffein ..
GALANT. 85
C'est un penible effort, digne de Sarrafin
.
N'attendezpas , Daphnis , qu'uns
veine fterile
Vous decrive une terre en moiffons
ifertile.
Ie ſçay trop de mon Lut quel estle
foible fon ,
Et j'en laiſſe leſoin au docte Pe
liſſon .
Ainsi qu'en nos jardins, au leverde
Aurore
L'Abeille va s'emplirdes richeſſes
de Flore ,
Succe l'Oeillelt,eLis , la lonquille,
leThin ,
Telon vous voit,Daphnis, appliqué
le matin ,
A goûter les douceurs de la vive
éloquence ,
Quiſouvent employée àſauverl'in.
nocence ,
Aveu fes Orateurs mainteniraUtrefois
84 MERCVRE '
La liberté d'un Peuple ,&l'équité
des Loix.
C'est là que vous voyezCiceron,
Demosthenes ,
Ornemens éternels des Romains &
d'Athenes
Deffendant leur pays , affrontant
les Tirans,
Presque des mesmes coups l'un &
l'autre expirans ,
Victimes des fureurs d'un Roy de
Macedoine ,
Profcrits infortunez de la haine
d'Antone.
Charmé de partagerleurs preticux
Trefors
D'un' Moderne élegant vous blåmiezles
efforts ,
Quand d'un ton qui pourroit ſufpendre
la Victoire ,
Il veut à leurs dépens augmenter
nôtre gloire.
Paroiffez donc icy , celebres Oran
LELYS 4
GALANT. 85
Ornemens du Barreau sçavans Declamateurs
,
Patru, Forcroy, Pajat, Chardon, Rom
bert, Nivelle ,
Sur quels pas marchezvous ? quel
est voſtre modelle ,
Quand d'un riche Client vous foutenezles
droits ,
Et qu'un Iuge souvent s'endort à
vôtre voix ?
Cet illustre Senat ou regnoit la Ius
Stice,
A l'Orateur Romain autrefois plus
propice,
Defon art éloquent prenoit lesfen-
L'ecoutoit,admirantſes nobles moutimens
,
vemens.
Soit enfin qu'ilfalluft abfoudreDejotare,
Qu'il fallust s'opposerà la fureur
barbare
Dufier Catilina,des autres Conjuzez
88 MERCVRE
On vit tous ses conseils fuivis &
reverez .
Mais je vous vois déja chercherles
origines
Des Empiresfameux, leurs progrès,
leurs ruines ,
Daphnis, &je vous trouve , aumilieu
du repos ,
Environné de Rois , de Confuls , de
Heros ,
Themistocles , Numa , Periclés,Alen
:
xandre ,
Cefar, Coriolan,Artaxerces,Lifandre,
Sylla, Sertorius , Timoleon , Cyrus,
Xenophon , Annibal , Philopamen ,
Pyrrhus,
Auguste , Marcellus , Germanicus ,
Phraate, [ date,
Pompée, Agesilas , Scipion , Mitri-
Viennent Separément vous conter
leurs Exploits
Les Chefs, les Empereurs , les Prin
ces,& les Rois ..
GALANT. 89
a
Parciffent devant vous tout éclatans
degloire ,
Et desfieclespaffezvous racontans
l'Histoire ,
Vous les voyez encor de leurs faits
ébloüis
- Ceder àla grandeurdes exploitsde
Loüis ,
Ce qu'il fait aujourd'huy semble
presque incroyable.
Les fiecles à venirle croiront une
fable.
Tous ces Geans liguez pour atta
quer les Cieux,
Sont par un lupiter foudroyez en
tous lieux .
Les Monstresſont domptez, l'Hydre
n'a plus de teste ;
D'unHercule nouveau c'est lamoin
dre conqueste.
Phæbus eft en couroux , un Soleid
tout ardent
Va plonger Phaëton au fond de l'Eridan..
88. MERC VRE
Commeun autre Theſée il combatle
Centaure ,
Dans fon Dedale il va chercher le
Minotaure.
Cegenereux vainqueur, cet illustre
Iafon ,
Veut d'un Usurpateur arracher la
Toison ,
Comme àses grands deſſeins il n'est
rien d'impoßible ,
La Fable parfes foins va devenir
plausible ,
Et l'on croit àpreſent les exploits
glorieux
Des Heros que la Grece à mis au
rangdes Dieux.
Evitant ce qui peut troubler un
fort tranquille ,
Enfermé dans les murs d'unefuperbe
Ville ,
Ou la Torgue coulant par differens
Canaux ,
GALANT . 89
Dans un Fleuve voisin precipite fes
eaux ;
Dans une iſte , où le Rhône approchant
la Durance
Voit un Eftat paisible au milieu de
la France ,
Infultant la fortune ,&vivant en
repos
Le tâchois par ces Vers àsuspendre
mes maux ,
Quand Louis devant Mons condui
Sant une Armée ,
Fixoit tous les regards de l'Europe
alarmée;
Que d'un autre côté ,ſes genereux
Guerriers
Devant Nice pour luy moiſſonnoient
des Lauriers,
Et que Rome attentive au fucces
de la Guerre ,
Travailloit à remplir la Chaire de
Saint Pierre.
42 MER CVRE
Les perſonnes qui tiennent
dans le monde un rang auffi
diſtingué que faiſoit le Duc de
Saxe , ne peuvent quitter la
vie , que le bruit de leur mort
ne foit auſſi toſt répandu par
tout. Ainſi vous devez déja
avoir appris cellede cet Electeur
, qui estoitGrand Maréchalde
l'Empire. Il eſtoit allé
prendre des eaux à Tubingue,
où il mourut le 22. du mois
paffé. Ce Prince s'échauffoit à
boire , & alloit ſe rafraichir ,
aprés quoy il recommençoit a
boire , mais enfin l'eau a eu
l'avantage. Tubingue , où il
avoiteſperé rencontrer ſa gueriſon
, eſtune Ville du Duché
de Vvirtemberg , fameuſe par
l'Univerſité , qu'Eberhard I.
Comte de Vvirtemberg), y fonda
en 1410. & par le Collége
GALANT.
93
illuſtre que le Duc Louis y fit
baſtir , & que ſes Succeſſeurs
ont toûjours depuis entretenu
avec beaucoup de ſplendeur.
Comme il n'a eſté étably que
pour l'éducation des Perſonnes
de haute naiſſance , on y voit
beaucoup de Princes , Comtes,
Barons , & autres Seigneurs , &
on en exclut tous ceux qui ne
fontpointGentilshommes . On
y enſeigne , outre les Sciences ,
tout ce que l'on peutapprendre
dans les plus celebres Academies
de l'Europe.lean-George
III Electeur de Saxe , qui vient
de mourir aux eaux de Tubingue
, avoit ſervy en 1673 dans
les Armées de l'Empereur ,
n'eſtant alors que Prince Electoral.
Il s'eſtoit auſſi trouvéaux
Combats de Sintzheim & de
Monmenheim , & avoit com92
MERCURE
mandé cette année en Cheffur
le Rhin , mais avec toutes ſes
Troupes & celles des Alliez ,
il n'avoit pû nous empêcher
de vivre à leurs dépens le long
desdeux bords de ce Fleuve .
Il eſtoit dans ſa quarante cinquiéme
année, eſtant né le 10 .
Juin 1647. du Mariage de lean
George II . Electeur de Saxe ,
mort à Freiberg en 1680. & de
Madeleine Sibille , Fille de
Chriſtian , Marquis de Brande .
bourg Culembach , & avoit
épouſe en 1666. Anne Sophie ,
Fille de Frideric III . Roy de
Dannemarck & de Sophie
Amelie , Ducheſſe de Brunſvvich
Lunebourg. Il laiſſe
deux Fils , l'un nommé lean-
George commelay , qui fuccede
à l'Electorat , & qui naquic
le 17. Octobre 1668. L'autre eft
GALANT.
93
-
-
Frideric Auguſte , né le 12.
May 1670 .
La Saxe eſt un grand Pays
d'Allemagne , qui ayant paſſé
: dans le dixiéme Siecle des
- Succeſſeurs de Rudolphe ,
- Neveu de Vvitikind , à ceux
d'Herman de Billenguen , palla
en 1106. dans la Maiſon de
Supplimberg,en la perſonne de
= Lotaire , qui fut depuis Empereur
, & qui donna ſa Fille avec
= la Saxe à Henry le Superbe ,
Duc de Baviere , ſur lequel
- Albert , dit l'Ours , prit la Baffe
Saxe , comme eſtant Petit fils
de Magnus Duc de la Maiſon
de Brilenguen , & s'y établit
entierement , aprés queHenry
le Superbe fut mort. Son Fils
conſerva la Saxe , à laquelle
il joignit tout ce qui en fait
l'Electorat , & c'eſt de luy quc
96. MERCVRE
font defcendus les Ducs de
Saxe Lavvembourg. Albert IV.
Electeur de Saxe , eſtant mort
ſans avoir laiſſe d'Enfans, l'EmpereurSigismond
qui connoifſoit
le merite de Frideric le
Belliqueux , Marquis de Mifnie
, & qui estoit bien aiſe de
s'acquitter de l'obligation que
l'épire avoit à ſes Predeceſſeurs
luy donna l'Electorat en 1423 .
ſous pretexte qu'Eric V. de la
Maiſon de Saxe- Lavvembourg
en avoitdemandé l'Inveſtiture
trop tard. Ainſi cet Eric fut
obligé de ſe contenter de la
Baffe - Saxe , & la Haute demeura
, ainſi que l'Electorat ,
àla Maiſon de Miſnie. Frideric
III Electeur de Saxe , ayant pris
Luther fous ſa protection ,laifſa
ſes erreurs & fa dignité à
Jean le Conſtant , ſon Frere ,
qui
GALANT.
95
qui eut pour Fils Jean Frideric ,
furnomméle Magnanime. Ce
dernier qui favoriſoit hautement
les Proteſtans , fut dépoüillé
de ſes Principautez&
de ſonElectorat par l'Empereur
Charles Quint, qui en inveſtit
Maurice , Couſin de cet Eleteur
, Fils de Henry le Pieux
& Arriere- petit Fils de Frideric
II. Ce Prince cut pour Suc.
ceſſeur Auguſte ſon Frere , qui
ayant regnejuſqu'au 1 Octobre
1585. laiſſa l'Electorat à Chriſtian
I. Pere de Chriſtian II . &
de Jean-George I. de ce nom
Grand Pere de l'Electeur qui
vient de mourir. Ce Iean-
George I mourut le 6. Octobre
1656 & fut enterré le 4.
Février ſuivant , avec une
pompe plus que Royale. Il y
parut trois mille cinq cens per-
Octobre 1691 . E
C
96
MERCVRE
و
ſonnes habillées de deuil, & il
y eut vingtquatreChevauxde
parade , avec l'Ecu Electoral
en broderic dont chacun
eſtoit mené par deuxGentilshommes.
Depuis la mort de
lean George III. ſes Officiers
Generaux , & toutes les Troupes
Saxones ont prété ferment
de fidelité entre les mains du
nouvel Electeur lean George
IV. Ce Prince eſt Lutherien ,
& le troifiéme des Electeurs
Seculiers .
Madame la Ducheſſe de
Luynes eſtant venuë le mois
paſſé chez Mr le Comte de
Manneville , ſon Fils , Gouverneur
de Dieppe , amena
avec elle Mademoiselle de
Luynes , pour luy faire voir la
Mer. Mr de Tierceville. Lieutenant
de Roy de ce Gouver
GALANT. 97
nement; leur rendit tous les
honneurs dûs à leur rang & à
leur naiſſance ; & comme il a
toujoursjointla Plume à l'Epée
Mademoiselle de Luynes le
pria de ne luy point refuſer des
Vers de la façon. Cet engagement
ayant réveillé ſa Veine ,
qu'il avoit laiſſe aſſoupir depuis
longtemps , il luy envoya
ceux cy à Manneville.
It br
SONNET.
L brille ſur vostrevisage
Ce qui peut vous soumettre un
Roy,
Cet air noble , touchant&sage,
Doit tout ranger ſous vostre loy ,
Mais, Iris , un coeur de mon âge
Eſt pour vous de mauvais aloy,
Etje vous trouve, dont j'enrage,
1
E 2
98 MERCURE
Untrop friand morceau pour moi.
Vous reverer par préference ,
Et vous servir ſans esperance ,
C'est où je borne mes defirs.
4
Au reste, au cas que je radote ,
Quelque Suzon,quelque Marote
Amuseront mes vainsSoupirs.
,
Mademoiselle de Luynes ,
aprés la lecture de ce Sonnet ,
ayant témoigné qu'elle voyoit
bien que la galanterie de Mr
de Tierceville tendoit plûtoſt
à quelque Suzon qu'à elle
quoy qu'elle la meritaſt mieux,
de ſon aveu meſme , il luy envoya
cet antre Sonnet.
Selonvostre humeur triomphante,
Avec tous vos charmans
Mon Sonuer donc ne vous plaiſt
LYON
appas,
10 THEQUE
DELA P
GALANT.
Etvous
n'enestes pas content
Pour mieux répondre à vostre at
tente,
Quoy qu'à deux doigts de mon
trépas ,
I'aurois fait encor bien des pas ;
C'est laſuite qui me tourmente.
En offrant àvôtre air vainqueur
Lapréferencedans mon coeur ,
l'ay crû faireun loyalpartage.
L'ay cru me mettre à laraison.
Faites-vous Marote ou Suzon ,
Si vous en voulez davantage,
2 Onm'adonnéles regles d'un
Ieu nouveau , que vous ferez
peut être bien aiſe de meture
en uſage dans voſtre Province.
C'eſt un jeu de Famille qui ſe
joue avecles cartes , & où ily
E 3
100
MERCURE
a beaucoup plusde hazard que
d'adreſſe . Il eſt facile à concevoir
, à jouër & à retenir ; &
des plus réjouiſſans , ſur tout
vers ſa fin . On l'appelle , le leu
des changemens ; à cauſe des
revolutions frequentes
promptes qui y arrivent ; ou
bien , le leu de la Reſource, à cauſedes
ſecoursqu'on y reçoit de
la fourtune , quand on n'aplus
rien. En voiey les regles .
I
&
On prend pour le jouër le
meſme nombre de Caries dont
on ſeſert preſentement auPis
quet , où il y en a autant de
hautes que de baffes ; & comme
c'eſt un leu de compagnie..
onn'y doit pas eſtre moins de
cinq perſonnes , n'y plus de
neuf, depeur d'embarras.
GALANT.
II.
Il ſuffit de quatre marques,
à chaque loueur , & ces marquesauront
telle valeur qu'on
voudra . Neanmoins elle doit
eſtre mediocre pour ne pas
chagriner les Perdans , ce jeu
étant plus fait pour le plaiſir
que pour l'intereſt.
2
II..
Quand les places ſont priſes,
qu'on a mis au jeu qu'on a veu
qui fera , & qu'on a coupé ,
celuy qui fait donne troisCar
tes à chaque louëur , maisà
découvert & une pendant
trois tours ; puis ayant montré
de quelle couleur eſt la bonne,
on les jouë comme à la Beſte ,
où l'As ne paſſe qu'aprés le
Valet , & où on ne pille point,
La raiſon qu'on a de donner
les cartes à découvert , vient
E 4
102 MERCVRE
de ce que quelques unes font
obligées de payer des droits ,
dont les autres ſont exemptes ,
& ce font les baſſes Cartes qui
ne payent rien , à cauſe de leur
peu de valeur ; mais il n'en eſt
pas de meſme des hautes.
VI.
Le Joueur à qui on donne
un Roy , doit payer une marque
auplus proche voiſin de ſa
droite;& celuy à qui on donne
un Valet en paye une au plus.
prés de ſa gauche , & ces marques
ainſi ſurvenantes , & toutes
leurs ſemblables portent le
nomdeprovifion lors qu'on en a
d'autres, & celuy de resource ,
quand on n'ena plus .
V.
Mais celuy à qui on donne
une Dame ou un As, doit une
marque au jeu ,& comme tou
GALANT.
103
te la ſocieté n'y met qu'une
fois , c'eſt par ce moyen que
le fond du jeu s'augmente , &
qu'il épuiſe & aſſemble avecle
temps les marques des Joueurs,
parmi lesquels celuy qui en
peut avoir de reſte , quand les
autres n'en ont plus , gagne le
fond &par confequent la par
tie. VI.
Ameſure que celuy qui fait,
diſtribuëles Cartes , il doit à
la veuë de celles qu'il découvre
, avertit ceux à qui il en
donne des hautes , d'en payer
le droit , & il ne doit point
_ paffer outre qu'ils n'ayent ac
quitté ce droit , s'ils en ontle
pouvoir.
VII
En vain on demande où il
n'y a rien , c'eſt blanque . Il n'eſt
pas juſques au Roy , qui n'y/
J
ES
104 MERCVRE
perde ſon droit , & là comme
autre part un mauvais Voiſin
n'eſt d'aucune reſource , mais,
unbon eſt d'un grand ſecours..
VIII.
Qui a des marques , doit
toûjours les avoir devant foy
&en veuë , ſans les cacher , co
qui ſeroit ſuſpect de tromperie,
ou d'intelligence frauduleuſe ,
&il ne faut pas non plus en
preſter ou en donner àſes'amis,
à cauſe du prejudice que les .
autres en pourroient recevoir.
Si l'on tombe dans ces fautes,
qui ne peuvent eſtre que volontaires
, on merite d'eſtre
exclus de la partie , & de pers
dre ce qu'on jouë.
ΙΧ.
Celuy à quion donne , ouune
Sequence , ou un Fredon
des hautes Cartes , tire une
"
}
105
GALANT.
S

s
S
marque du jeu , ſoit qu'il en ait
ou qu'il en manque ; & fi le
bonheur de ces hazards eſt
augmenté par la carte qui re--
tourne , il entire deux ..
Χ.
Il ne faut pas laiſſer ſes Cartes
à decouvert quand on les a
receuës , on les doit retourner
à mesure qu'elles viennent ,
afin que les exacts abſervateurs
du jeu , en ayant moins de connoiſſance
, n'en profitent pas fi
fort , quand elles ſe joüent.
ΧΙ.
Il y a de l'avantage à faire ,
parce que ſi celuy qui fait retourne
une Dame , un Valet ,.
ou un As , il a le privilege de
tirer une marque du leu , ſoit
qu'il en ait , ou qu'il n'en ait
point..
1
E6
106 MERCURE
:
XII.
Quand on retourne un Roy
le privilege de tirer une marque
devient general pour tous
ceux qui en manquent , ce
qui fait donner à cette retourne
favorable , le nom de
Rejoüiffance.
Χ111 .
• Si en faiſant on donne trop
outrop peu de cartes , l'on eft
décheu de refaire , à moins
qu'on ne rétabliſſe ſa béveuë
fans differer .
XIV.
Qui dit ou montre ſes cartes
à quelqu'un , contre l'ordre
, ou contre la bonne foy ,
doit une marque au Jeu , à
payer s'ilena , ou quand il en
laura..
XV.
Qui renonce en doit deux ,
GALANT. 107
àpayer de meſme , & ne tire
rien du coup , à moins qu'il ne
repare ſa faute avantlalevée
de lamain..
XVI.
Tout Joueur qui fait deux
mains , tire deux marques du
Jeu , & celuy qui fait l'autre
main en prend une. Qui gagne
les trois mains , c'eſt la volle , il
en tire trois .
XVII:
Il n'en eſt pas de même quand
les troismains ſe ſeparent tout
-å fait , & font priſes par trois
Joueurs differens ; chacun
d'eux ne tire rien , & le partage
égal qui arrive ſouvent ,
quand la focicté des Joueurs
eſt grande , s'appelle Coup
blanc .
XVIII.
La generoſité eſt une qualité
108 MERCVRE
de ce Jeu , parce qu'il favoriſe
les malheureux . Ainficeuxqui
n'ont plus de marques ne laiffent
pas de couper , de faire ,
d'avoirdes cartes , & de jouir
du benefice de la retourne , &
du gaindesmains , comme les
autres. Et meſme pour plus
grande faveur , on leur donne,
on ils prennent , s'ils font, leurs
cartes tout à la fois , & fans les
découvrir ; mais afin que ces
graces ne cauſent point d'embarras
aux autres loueurs , ces
cartes ne ſe donnent , ou ne ſe
prennent qu'aprés la retourne,
&à ſa fuite .
ΧΙΧ.
Si dans la premiere diſtris
bution des cartes qu'on découvre
, la rencontre des Rois ou
des Valets ramene des marques
àceux qui en manqueront , &
GALANT. 109
1
que leur tour à recevoir des
cartes ne foit pas encore paſſé ,
on leur en donne comme aux.
autres , ſans attendre aprés la
retourne de la bonne ; mais fi
leur tour eſt paſſe , il n'eſt plus
temps.
XX.
Qui n'a point eu de cartes
à la premiere diſtribution ,
c'eſt à dire , au premier tour ,
n'en reçoit point à la ſeconde
ny à la troiſieme ; n'ena qu'a
prés la retourne de la bonne ,
&à ſa ſuite , comme il a eſté
dit..
XXI .
Quand on trouve que la
partie dure trop , on n'a pour
la faire finir qu'à diminuer le
nombre des baffes cartes; & fi
l'on veut au contraire qu'elle
dure longtemps , on n'a qu'à
110 MERCURE
Ôter des Dames &desAs. Ainfi
l'on abrege , ou l'on allonge le
Jeu autant que l'on veut , fans
bleſſer l'interêt d'aucu loueur.
ΧΧΙΙ .
La partie n'eſt point achevée,
qu'un loüeur n'ait de reſte
une ou pluſieurs marques ,
quand les autres n'en ontplus ,
& qu'ils font même hors d'efperance
d'en avoir ; & comme
cette eſperance dure, non ſeulement
juſqu'à la retourne de
la bonne , mais juſqu'à ce que
les cartes ſoient joüées, la partie
ne finit que par là .
ΧΧΙΙΙ .
Elle ſe peut gagner de deux
façons , ou par le partage égal
des mains , lors qu'il n'y a plus
qu'un Joüeur qui aitdes marques
, ou bien par un coup de
volle , lors que le fond du Jeu
GALANT. IIT
les a toutes épuiſées , parce que
dans le premier de ces cas , les
marques demeurent à celuy
qui les a , ſans qu'aucun autre
en acquiere de nouveau,& quc
dans le ſecond , il eſt le ſeul
qui en retire du Jeu,& qu'ainfi
dans l'un & dans l'autre , il
en a, quand ſes compagnons
n'en ont plus , & que leuref
perance d'en avoir eſt à bout.
XXIV...
Il faut donc bien prendre
garde à ne pas laiffer partager
les mains également dans le
premier cas , en quoy conſiſte
la plus grande adreſſe de ce Jeus
mais quant à l'autre il eſt plus
difficile , & comme impoſſible
d'en empêcher le ſuccés.
XXV.
Le plaiſant de ce jeu eft ,
qu'il arrive quelquefois que la
112 MERCVRE
partie eſt finie ſans que perſonne
ait gagné : & c'eſt quand
les mains ſe partagent également
, aprés que toutes les
marques ſont épuiſées , parce
que perſonne n'ayant droit
d'en retirer du jeu , & n'en
ayant point d'ailleurs ,perſonne
n'eſt en paffe de crier victoire.
Alors chacun reprend fes marques
, & l'on recommence las
partie, comme auparavant , o
bien on la remet à une autre
fois , ſi elle a eſté aſſez longue,
afin d'éviter l'ennuy que cauſe
un même plaiſir,quand il dure
trop de temps..
Voila , Madame , ce qui m'a
été écrit de ce divertiſſement ,
que la pratique vous donnera
mieux à connoiſtre que la ſpeculation
, & que vous trouvenezun
veritable tableau des reGALANT
. 113
volutions humaines , & des inconſtances
de la fortune-Celuy
qui m'a envoyé cesRegles , ya
ajoûté la Piece qui fuit.
APPROBATION
Des Maitres des Academies
de Joueurs .
4
Nous Juges Souverains des
jeux ,
Arbitres de leurs coups
douteux ,
Maistres des lieux publics où l'efperance
attire
Desgens de toutes parts, de toutes
qualitez ,
Sur qui le fort exerce fon
empire
A la faveur des cartes&
des dez .
Nous declarons ſans force ny
contrainte
114 MERCURE
Sans interest , ny feinte ,
Qu'entre les petits jeuxrecemment
inventez ,
Celuy des Changemens remporte
l'avantage
D'estre du plus charmant
usage.
Il eveille , il egaye, il delaffe
l'eſprit .
Chacun est maistre en fon
aprentissage ;
Il fait que tour à tour on
rit.
Si l'on y meurt l'on y revit,
Il entretient l'espoir & le
courage.
Perſonne ne s'en apauurit,
Il ne cauſe pas grand dom.
mage.
Sur quoy nous jageons qu'en
ce temps
k
e
BIBLIA
LTON
1883
ONT -MAX
CREAT
・D・XILIVLII
INNOC
•XII -PONT
.
P.H.M.
MD
CXCI
.
VOTA
PVBLICA.
P.H.M.
Dolivarfecit
GALAN Τ.
IIS
Où le ménage est neces-
Saire,
Une Famille , où sont d'honnêtes
gens
Qui cherchent à bas prix les divertiſſemens
,
Auroit de la peine àmieux
faire ,
Que de donner ses heures de
loifir
Aceplaisir.
La Médaille que je vous envoye
a eſté frapée aprés l'exaltation
du Cardinal Pignatelli
au Pontificat. Le Revers fait
connoiſtre que toutes les Nations
en ſont ſatisfaites,& font
des voeux pour la conſervation
dece Saint Pontife . On peut
l'appeller à juſte titre le Pere
des Pauvres; & comme il doit
eſtre celov de tous les Chrê .
116 MERCVRE
tiens , on a grand ſujetde croire
qu'il travaillera à leur procurer
la paix en homme ſaint
& veritablement dépouillé de
toutes les paſſions humaines
& non en homme politique , &
prenant party.
Il est arrivé à Amſterdam
un Envoyé du Roy de Maroc.
Comme il eſt Juif de Religion ,
ilaſſiſta le 8 de ce mois aux Ceremonies
que firent les Juifs
dans la Synagogue , où ils celebrerent
ce jour- là la memoire
de la pomme mangée par Adam
àla ſuſcitation d'Eve dans le
Paradis terreſtre. La Synagogue
d'Amſterdam eſt une des
plus belles qu'ils ayent dans
toute l'Europe. Quoy qu'elle
ſoit extrémement ſpatieuſe , le
bas nelaiſſoit pas d'eſtre remply
d'hommes preſque entiereGALAN
T.
117

C.
0
ment . Toutes les Femmes ef-
- toient dans les Galeries grillées
d'enhaut. Les hommes. ſuivant
leur coutume , avoient un voileblanc
ſur leur teſte par- deſſus
leur chapeau , & les plus animez
de l'eſperance de la venuë
du Meſſie , tenoient en leur
main une pomme d'Orange ,
avec une palme ornée de quelques
rubās .L'Envoyé deMaroc
if qui eſtoit du nõbre,avoit ſa placeſur
le premier banc proche
le Sanctuaire , & parut avoir
grand attachement aux ceremonies
. Tous ceux qui y prenoient
part crierent d'abord de
toutes leurs forces , aprés quoy,
quelques- uns des plus anciens
porterent & rapporterent en
Proceſſion un des livres de
Moyſe depuis le Tabernacle
juſques au Pupitre , où ſont les
e
le
0
es
DS
lle
le
re118
MERCURE
Chantres qui entonnent ce
qu'on doit chanter , & lors
qu'ils curent chanté environ
une heure , ils finirent par un
Cantique de joye fur un air
aſſez gay , mais le reſte n'étoit
proprement qu'un eſpece de
bourdonnement de Ruche de
Mouches à miel. Voila l'idée
qu'en a eu un homme que la
curiofité obligea d'aller ce jour
là à la Synagogue . Il dit que de
temps en temps , il "entendit
des cris extraordinaires , mais
qui ne pouvoient paffer pour
aucun ton de Muſique.
Les Juifs appellent leurs Synagogues
Ecoles , & ils les font
petites ou grandes , en bas ou
en haut dans une maison , ou
dans un lieu ſeparé , comme ils
le peuvent, ſelon les lieux où
l'exercicedeleur Religion leur
eft
GALANT.
119
-
2
e
a
e
10
15
لا
eſt permis , parce qu'ils n'ont
pas moyen de faire de ſomptueux
edifices . Les murailles
enfontblanchesau dedans , &
couvertes par bas de lambris
ou de Tapiſſeries , avec des
paſſages & des Sentences au
deſſus , pour les faire ſouvenir
d'avoir de l'attention à leurs
prieres. On s'affied ſur des banc
placez tout autour avec de petites
armoires dans quelques
uns pour refferrer les livres ,
des Robes , & autres choſes.
Le lieu eſt éclairé pardes Lampes&
des Chandeliers , pendus
au milieu , &il y a des Troncs
aux portes où ſe mettent les
Aumônes pour ſecourir ceux
u qui ſont dans la pauvreté. Du
coſté d'Orient il ya dans chaque
Synagogue une Arche ou
Armoire , qu'ils appellent Aa-
Octobre 1691 .
s
F
It
120 MERCVRE
ron , en memoire de l'Arche
d'Alliance qui estoit dans le
Temple . C'eſt là qu'ils enferment
les cinq livres de Moyfe,
écrits à lamain fort exactement
ſelon l'original écrit de celle
d'Efdras . Ces cinq livres appellez
le Pentateuque , ne font
point écrits dans la forme de
nos livres , mais en rouleau ,
comme on écrivoit anciennement
, c'eſt à dire ſur des peaux
de Velin couſuës avec les nerfs
d'un Animal monde , & ces
peaux font roulées ſur deux
bâtons.On appelle ces livres ,
Livres de la Loy , & il y en a
quelquefois plus de vingt dans
ces Armoires. On lit dedans
aux Feſtes & aux heures ordi .
naires . A l'entrée , ou au milieu
de la Synagogue , eſt une ef
pece de long Autel de bois
GALANT. 121
e
t
le
P.
ad
de
U
un peu élevé. C'eſt ſur cette
table ou pupitre que l'on déroule
le Livre quand on y lit ,
& qu'on s'appuye quand on
prêche. Ils font leurs predications
en langage du pays , pour
eſtre entendus de tout le monde
, àl'exception des paſſages
de l'Ecriture ,& des Citations
des Rabins qui doivent teûjours
eſtre rapportez en Hebreu
,& qu'en fuite les Predicateurs
expliquent en langue
vulgaire. Il eſt permis de prefcher
à tout le monde & celuy
qui adeſſein de le faire , prend
ſon temps lors que toute l'af
ſemblée eſt aſſiſe, & fe couvrant
d'un voile de laine quarré , &
die qui a des houpes aux coins ( Ils
appellent ce Voile , Taled') il
UX
erfs
ces
20 %
es,
ena
ans
ans
Hier
ef commence , appuyé contre le
o Pupitre , comme je l'ay dit , &
F 2
122 MERCVRE
litd'abord le Verſet où l'on en
eſt demeuré la derniere fois ,
&il l'accompagne d'une Sentencedes
Sages. Enſuiteil prononce
ſon Exorde , qu'il tire de
quelque matiere qui a du raport
àcette lecture. Il l'explique
aprés cela , & cite divers
paſſages de l'Ecriture , & des
autoritez des Rabins. La Predication
ne ſe fait que le jour
du Sabat& aux grandes Feſtes.
Acoſté de la Synagogue , il y a
un lieu fermé de Jalouſies de
bois , oùles Femmes prennent
place pour prier , & d'où elles
voyent tout ce qui ſe fait , fans
qu'elles ſoient veuës. Comme
les Levantins , les Italiens
& les Allemans qui font profeſſion
de la Religion Juive ,
ne different en rien tant que
dans leurs prieres , chacun eſt
GALANT.
123
$
S
s.
bien aiſe d'avoir un lieu pati.
calier pourceux de ſa Nation ,
&cela est cauſe qu'il ſe trouve
plus ou moins du Synagogues
dans chaque Ville; ſelon ladiverſité&
la quantité des Juifs
qui s'y rencontrent. Ils y vont
faire leurs prieres trois fois le
jour , le matin , pendant les
quatre premieres heures qui
ſuivent le lever du Soleil; aprés
midy , & à l'entrée de lanuit.
Lors qu'ils fontentrez le matin
dans la Synagogue , ils ſe couvrent
du Taled , & après avoir
les récité une benediction , ils fe
mettent les Fronteaux appellez
Taffilin. Ce font quatre
morceaux de parchemin , ſur
٢٥٠ leſquels font écrits ces mots.
Ecoute , Ifraël , &c. Et sera fi
obeiſſant ; tu obeiras , &c . San-
Etifie moy tout premier né , &c.Et
a
de

OS
me
Os
ve
que
elt
F3
124
MERCVRE
.
Sera quand le Seigneur te fera en
trer , &c. Ils portent au bras
deux de ces parchemins roulez
, & ſe mettent les autres
ſur le front. Ceux- cy ſont ſur
un morceau de veau durquarré.
Cela ne s'obſerve qu'à la
Priere du matin: Elle conſiſte à
réciter pluſieurs Pſeaumes de
puis le quarante cinquième.
Le t'exalteray , mon Dieu , avec
un recueil des benedictions ,&
des loüanges de Dieu , à qui
ils demandent le pain, la fanté
, le bon ſens , la liberté , le
pardondes pechez , &c.Ils finifſent
par une lecture & une
action de graces , & ajoûtent
dans les Prieres le Lundy & le
Ieudy quelque eſpece de Confeſſion
& de Prieres de penitence
aprés les dix huit Benedictions
. Si quelqu'un veut fais
GALANT.
125
a
e.
C
&
i
nle
if
ne
ent
le
niere
quelque jeûne , il a de coutume
de choiſir ces deux jours ,
qu'ils appellent jours de Juſtice
L'aprés midy , ils récitent encore
divers Pleaumes avec les
dix- huit Benedictions , & le
foir , la Priere conſiſte en une
loüange à Dieu qui amenela
nuit , qui aime Iſraël , & luy a
donné ſes Preceptes ; les trois
lectures d'Ecoute Ifraël, &c . une
commemoration de la miraculeuſe
délivrance d'Egypte ,
une Priere pour obtenir d'eſtre
confervez en paix pendant la
nuit ; à quoy ils ajoûtent dix
huit verſets des Prophetes les
dix huit benedictions , & une
action de graces. Ils font toutes
ces Prieres , ne pouvant facrifier
, à caufe qu'ils font bannis
de lerufalem , Place ordonnée
pour cela , au lieu de quoy ils
F4
126 MERCVRE
liſent la Loy qui fait mention
dos Sacrifices , & quelque de- .
claration tirée du Talmud
qu'ils n'entendent pas. Ils
prient en particulier pour la
reédification de Ierufalem , &
pour leur retour en ce Payslà.
Ils ont diviſé tout le Pentateuque
en cinquante-deux
lectures , nommées parmy eux
Divisions , & chaque ſemaine
on enlitunedans les Synagogues
, de ſorte qu'ily eſt lû entierementen
un an, Le Lundy
& le Jeudy , ſi - toſt que les Pric
res de la Penitence ont eſté faites
, on tire de l'armoire le Livre
de la Loy , & en récitant
le verſet 34. Magnifiezle Seigneur
avec moy , & quelques au
tres , on le met ſur le petit Autel
ou Pupitre. Làon ledéroule,
&on prie trois perſonnes de
GALANT.
127
lire le commencement la
δ
S
la
Diviſion du Pentateuque où
l'on en eſt demeuré. Chacun
en dit quelques mots , qui ſont
precedez & ſuivis d'uneBene- :
& diction , puis le Chantre les
Snbenit
, ce qui eſtant fait , on
élevele Livre de la Loy tout
entier , en difant ,Voilà la loy que
UX
no
0
en
ric
fai
Li
ant
au
Aubule,
s de
Moyse, a apportée ; aprés quoy
on le roule , on l'envelope , &
on le remetdans l'armoire .Pour
vous faire entendre ce que c'eſt
ndy que le Talmud,dont je viens de
vous parler , & qui donne autorité
à tous les Preceptes & à
toutes les Ceremonies & Cou..
tumes des Juifs , je vous diray
Sei- qu'ils ont receu la Loy écrite
de Moyfe , & la Loy Oraledes
Rabins , qui eſt l'expofition
de la premiere,avec le ramas de
toutes leurs autres Conftitu--
1
ES
128 MERCVRE
tions. Pendanttout letépsque
le Temple a ſubſiſté,ils ne pouvoient
rien mettrepar écrit de
cette ſeconde Loy , que l'on
appelloit par cette raiſon , la
Loy Orale , ou la Loy de bouche
, comme enſeignans ſeulementde
vive voix , par tradition.
Environ fix vingt ans
aprés la deſtruction du Temple
, le Rabin Juda qui paſſoit
pour Saint , voyant que les
Juifs eſtant diſperſés , fembloient
oublier cette Loy de
bouche , raſſembla toutes les
Conſtitutions & les Tradutions
des Rabins juſques à ſon
temps , & les redigea par écrit
en un Livre qu'ils appellent
Miſna , ce qui veut dire , repetition
de la Loy. Il le diviſa
en fix parties .La premiere traite
de l'Agriculture & des SeGALANT
129
3
4
s
e
es
-
n
it
efa
i-
Semences
; la ſeconde , des jours
& Feſtes , la troiſieme , des
Mariages ; la quatrième , des
Procés & de toutes ſortes d'affaires
civiles ; la cinquiéme
des facrifices , & la fixieme ,
des puretez & Impuretez . Ce
Livre,qui pour n'eſtre pasaſſez!
étendu , eſtoit peu intelligible,
ayant donné lieu à une infinité
de difputes , deux Rabins de
Babilone entreprirent de recueillir
toutes les Expoſitions,
Difputes , & Additions qui
avoient eſté faites ſur le Miſna
pendant trois cens cinquante
ans ... Ils y ajoûterent pluſieurs
choſes venues à leur connoiffance,&
mirent le Miſna comme
eſtant le texte & le reſte en
maniere d'explication . C'eſt
ce qui forma le Livre , appellé
Talmud de Babylone. Ileſtdiviſé
F6
4
130
MERCVRE
en ſoixante parties , dont on a
tiré pluſieurs Extraits , & fur
tout des Traitez des jours de
Feſtes , des Mariages , & des
Procés, les autres n'eſtant plus
preſentement d'aucun uſage.
Lors qu'il y a des luifs affemblez
dans quelque Synagogue:
au nombre de dix, qui doivent
avoir au moins treize ans &
un jour ,le Chantre va au Pupitre,&
commence à entonner
les Prieres , que les Aſſiſtans .
reprennent.Les Allemans chatent
plus haut que les autres ,
les Levantins & les Eſpagnols:
preſque àla maniere desTurcs,,
&les Italiens ont leur chant
particulier.. La plus grande de:
leurs Fêtes eſt le jour du Sabat,,
pendant lequel il leur eſt enjoint
de ſe repoſer. Outre les
trente- neuf. Chefs à quoy less
GALAN T.. iff
=
t
:
Rabins ont reduit ce qui leur
eſt défendu de faire ce jour là,.
ils ne peuvent allumer , ny
éteindre le feu , ny l'atiſer , ny
le détiſer , non pas meſme allumer
, ny éteindre uneLampe.
Ils ne peuvent non plus preparer
, ne faire cuire aucune choſe
, ny manger de rienquiait
eſté cuit , ny qui ſoit né , ou
- appreſté ce meſme jour. Ladéfenſe
eſt égalede porter aucun
fardeau , de forte qu'ils ne
mettent ſur eux que ce qu'il
faut neceſſairement pour ſe
veſtir , & qui eſt attaché à leurs
habits. Leur exactitude va jufqu'a
prendre garde aux veſtemens
des Femmes , des Enfans
&des Domeſtiques. Lemeſme
jour du Sabat , il ne leur eſt pas .
permis d'aller plus d'un mille
hors de la Ville , encore faut- il
er
S
.
S
S
e
t,

s
S
132
MERCVRE
د
que ce ne ſoit ny en bateau,
ny à cheval. Il leur eſt auſſi
defendu de parler d'affaires,
du prix de quoy que ce ſoit ,
de vente , d'achat , de donner,
de recevoir de jouër des
Inſtrumes de ſe baigner ,..
&demanier aucun outil d'Artifan.
Ainfion fongele Vendredy
à tout ce qu'il faut pour le
Sabat , qu'on ſuppoſe commencer
lors que le Soleil ſe couche..
Environ une demy- heure auparavant
, les femmes allument
une Lampe dans la chambre ,
pour avoir de la lumiere pen.
dant la nuit, & ayant dreſſé
une Table , couverte d'une
nape blanche. , elles mettent
leur manger deſſus . Ce foir- là,
au fortir de la Synagogue , ils
neſe diſent ny bon jour,ni bon
foir, mais bon Sabat. Lelende
GALANT.
133
S
le

Cr
1
10
e,
ء ا ل
main , ils ſe levent plus tard
qu'à l'ordinaire , afin d'obſervermieux
le repos , & aprés
qu'ils ont récité pluſieurs
Pſeaumes dans la Synagogue ,
& fait des Prieres propres à la
loüange du Sabat , on litle Pentateuque
, où ſept perſonnes
liſent toute la ſection où l'on
en eſt. En ſuite on lit unendroit
des Prophetes , quiarapport
avec ce qu'on a leu de la
Loy , & pour
un Enfant par qui l'on fait faire
cette derniere lecture. Il
l'ordinaire , c'eſt
s'appelle Aftara , & eile eſt
Té ſuivied'une benediction qu'on
donne à tous les Aſſiſtans avec ne
nt ce Livre , & d'une autre folemlà,
nelle pour le Prince dans les
s Etats duquel ces Affemblées
font permiſes . Ils finiſſent par
une autre priere , appellée,
Don
de
134
MERCVRE
Mussof, ce qui veut dire,
Ajoûtée Elle renferme les paroles
du Sacrifice qu'on fatſoit
au Temple le jour du Sabat..
Le foir , outre les prieres accoûtumées
, on fait la commemoration
de cette Feſte qui ordonne
le repos , & trois pera
ſonnes liſent dans le Pentateuque
le commencement de la
ſection de la Semaine où l'on
entre. Ils mangent ordinairement
trois fois pendant les
vingtquatre heures du Sabat ,
la premiere,le Vendredy aprés .
la Priere du ſoir , & les deux
autres le lendemain , la nappe
demeurant fur la Table
pendant tout ce temps. Ils le
font durer le plus qu'ils peuvent
par leurs chants & leurs
prieres , à cauſe qu'ils font:
perfuadez que tant qu'ildure
GALANT .
135
1
٢٠
م
les ames des Damnez , & de
ceux qui font en Purgatoire
ne foufrent point. Lors que
la nuit eſt venuë , & que l'on
peut découvrir quelques Etoiles
, le Sabat eſt finy & chacun
eſtant retourné chez ſoy , on
allume un Flambeau , ou une
Lampe. Le Maiſtre du logis
la prend du vin & des épiceries
de bonne odeur , qu'il ſent
&benit , auſſi bien que la clarté
du feu dont on ne s'eſt point
encore ſervy , & alors il commence
à travailler. Quand ils
ſe ſaluent ce ſoir-là , ils ne
ſe diſent pas , bon foir , mais ,
ble Dieu vous donne une bonne
Semaine. Les Juifs ont encore
pluſieurs autres Feſtes. Celle
de Paſque , qui écheoit d'ordifont
naire le quinziéme du mois
eles
al ,
rés
ux
ple
eu
Curs
urly qu'ils nomment Nifan , & qui
136
MERCVRE
est la commemoration de la
fortie d'Egypte , dure une ſemaine,
mais ceux qui ſont hors
de lerufalem, & de ſon terri .
toire , la font durer huit jours
ſuivant l'ancienne coûtume,
Les deux premiers & les deux
derniers ſont forts folemnels ,
& l'on ne peut travailler ny
traiter d'affaires ces jours- là ,
mais il eſt permis d'attiſer le
feu , d'appreſter à manger , &
de porter les choſes dont on
a beſoin d'un lieu à l'autre.
Durant les quatre autres jours
on ne travaille qu'à de certai
nes choſes ſingulieres . Tant
que dure cette Feſte , il leur eſt
defendu de manger & d'avoir
chez eux du pain levé. La
veille du jour qu'elle commence
, fur les onze heures du ſoir,
aprés qu'ils en ont brûlé pour
GALANT.
137
marquer qu'il n'eſt plus permis
d'avoir de ce pain, ils font des
Gaſteaux Azymes autant qu'il
en faut pour les huitjours de
la Feſte , & les mettent au four
ſi toſt qu'ils font faits , afin
qu'ils ne levent point. Ce meſme
jour , veille de la Paſque ,
y les premiers nez des Familles
a, ont accouſtumé d'obſerver un
e Jeûne , en memoire de ce que
* la nuit ſuivante , Dieu frapa
tous les premiers Nez d'Egy-
-e, pre. Le ſoir de la Paſque , étant
revenus de la priere , ils ſe meti
tent à table , ſur laquelle il y
nt a quelque morceau d'Agneau
et preparé avec des épices , des
it herbes ameres , comme du Ce
Lalery,de la Chicorée ou des Laietuës
& tenant des Taſſes pleiitnes
de Vin , ils recitent la Hagada
qui contient les miferes
rs
138
MERCVRE
que leurs Peres endurerent
en Egypte , & les merveilles
que Dieu fit pour leur deli
vrance. Cela fait , ils luy rendent
graces de tant de faveurs,
&diſent le Pſeaume 113 & les
ſuivans , en les commençant
par Alleluia , aprés quoy ils
foupent. Le Sabat immediatement
avant la Pafque eft appellé
parmy eux le grand Sabat.
Ils fonttout ce jour- là de
longues predications touchant
cette Feſte , & ils paſſent avec
une triſteſſe apparente les
trente-troisjours qui ſont de.
puis le lendemain de Paſque.
Ce trente troiſième jour est
pour eux un jour de joye , &
comme une Feſte. Au ſecond
foirde la Paſque , ils comptent
49. jours juſques à la Feſte des
femainesqui dure deux jours
GALANT.
139
S
۱۰
S
es
ناد
το
p
Saentiers
. On les celebre comme
ceux de Paſque & du Sabat
, fi ce n'eſt que l'on peut
toucher au feu , appreſter à
manger , & tranſporter les
choſes qui font neceſſaires.
On lit dansle Pentateuque le
Sacrifice qui ſe faiſoit ce jour
là ,& les Prieres ſe font proportionnées
à la Feſte , avec la
lecture finale dans les Prode
phetes , & la Benediction-pour
le Prince. L'aprés - dînée , on
faitune Predication à la loüangede
la Loy, qu'ils diſent avoir
eſté donnée ce même jour
fur le Mont - Sinaï . Ils ont pluſieursFeſtes
dans le mois qu'ils
appellent Tifri, & qui eſt pour
nous Septembre. C'eſt par ce
mois qu'ils commencent leur
année. Les deux premiers jours
en ſont employez à leur Feſte
ani
ret
les
de
ue..
ell
&ಜ
n
Leno
de
140
MERCURE
du Chef de l'an . Comme ils
tiennent par tradition que ce
jour là Dieu juge particulierement
des actions de l'année
derniere , & prépare les évenemens
de celle dans laquelle
on va entrer , ils commencent
dés le premier jour du mois
d'Elul qui precede celuy de
Tifri à ſe lever avant le jour ,
à jeûner , à ſe mortifier , & à
faire des aumônes , ſans difcontinuer
juſques au jour du
Pardon. On fait plus de prieres
pendant cette Feſte du premier
jour de l'année , qu'en aucune
autre.On lit dans le Pentateuque
le Sacrifice qui ſe faiſoit
ce jour là. On fait la lecture
des Prophetes ,& aprés la Benediction
pour le Prince , on
donne trente coups de Cor.
Ils diſent que c'eſt pour porGALANT.
141
ter les Pecheurs à ſe repentir ,
& à fonger au Jugement de
Dieu. Le 10. de ce meſme mois
qui eſt le jeûne des Pardons ,
ordonné dans le Levitique ,
toute oeuvre ceſſe comme au
jour du Sabat. On jeûneſans
manger ny boire , & l'on fait
tout ce qui marque une veritable
penitence. On acheve de
✓ ſouper la veille , avant que le
Soleil ſoit couché , & alors plufieurs
s'habillent de blanc &
d'habits mortuaires , & vont à
la Synagogue nuds pieds &
nuës jambes. Chaque Nation
y fait pluſieurs prieres & confeſſions
ſelon ſon uſage , ce qui
(
dure environ trois heures ,
- aprés quoy l'on ſe retire. Le
lendemain , ils y retournent
- dés le point. du jour , veſtus
comme lejour precedent , & ils
142
MERCURE
ydemeurent en prieres juſques
àla nuit. Si - toſt qu'on apperçoit
les Etoiles , on ſonne du
meſmeCor dont on a ſonné au
commencement de l'année ,
pour faire connoiſtre que le
Jeûneeſt finy. Le 15. dumef.
me mois de Tiſri , ils celebrent
la Feſte des Tabernacles
, en memoire de ce qu'à la
fortie de l'Egypte , ils campoientdans
le Defert. Chacun
choiſit chez ſoy un licu dé.
couvert pour y faire une Cabane
, couverte de feüillage ,
que l'on tapiſſe à l'entour , &
que l'on orne autant qu'on le
peut. Ils yboivent& mangent
&meſme quelques uns y couchent
pendatles neuf jours de
cette Feſte. Les deux premiers
& les deux derniers ſont ſolemnels
comme la Paſque,mais
les
GALANT.
135
.
les autres le ſont moins. Il n'y
a rien d'extraordinaire aux
prieres que l'on fait dans la
Synagogue pendant ces neuf
jours , que ce qu'on ajoûte au
= ſuiet de la Feſte. Aprés qu'on
a recité le Sacrifice qui ſe faifoit
autrefois , ils font une fois
le tour du petit Autel , en portantdes
branches de Myrthe ,
de Saule , de Palmier & de Citronnier
avec leur fruit , &
chantant quelques Cantiques.
Le ſeptième jour ils font ce
tour- là ſept fois avec des branches
de Saule , chantant ſeuelement
le Pſeaume 24.Le neuviéme
iour eſt appellé Joye
■ pour la Loy , parce qu'on acheve
de lire tout le Pentateuque ,
conformement à la diviſion
0
لا
of quien a eſté faite pour chaque
ſemaine. On choiſit deux hom
Octobre 1691 . S G
136
MERCVRE
mes que l'on appelle Epoux de
la Loy . L'un en lit la fin , &
l'autre le recommence auffi
toſt , ce qui s'obſerve dans toutes
les Synagogues , avec quelques
ſignes d'ailegreſſe . La Feſte
des Lumieres , qui ſe fait en
memoire de la Victoire que les
Machabées remporterent fur
lesGrecs , commence le 25. de
Chifleu , ou Decembre , &
dure huitjours . On allume une
Lampe le premier jour , deux
le ſecond , & ainſi en continuant
juſques au dernier , qu'-
on en allume huit . Pendant
tout ce temps on peuttravailler
On celebre auſſi l'entrepriſe de
Judith fur Holoferne dans la
meſme Feſte , qui eſt appellée
Hamuca, c'eſt à dire , exercice
ou renouvellement , à cauſe
qu'on renouvellel'exercice du
GALAN Τ.
137
t
دا
Я
'
Temple qui avoit eſté profané .
Le 14 d'Adar ou de Mars , ils
celebrent la Feſte de Purin ,
en memoire d'Eſter , qui empêcha
ce jour- là que le Peuple
d'Iſraël ne fuſt exterminé ,
par la conjuration d'Aman.
Cette Feſte dure deux jours ,
mais il n'y a que le premier qui
foit folemnel . On fait la Commemoration
de cette delivrance
du Peuple dans la Synagogue
, & on y lit tout le Livre
d'Eſter.Ils paſsét ce même tems
en joye & en Feſtins , & font
de grandes aumônes & des preſens
en public . Je n'ay plusà
vous parler que de la nouvelle
Lune qui eſt encore un jour de
et Feſte pour eux. Il n'eſt point
défendu de travailler ce jour-
( là , ny de faire les affaires. Les
Ja Femmes ne laiſſent pas de s'ab-
10
el
He
ct
G 2
138 MERCURE
1
ſtenir de leur travailordinaire?
en memoire de ce qu'elles ne
voulurent point donner leurs
pendans d'oreilles & leurs Joyaux
pour faire le Veau d'or, &
qu'elles les donnerent pour
baſtir le Temple. Le ſoir du Sabatqui
ſuit le renouvellement
de la Lune , ou un autre ſoir
d'aprés , lors qu'on apperçoit
le Croiſſant , tous les Juifs s'afſemblent
& dans la priere qu'ils
font à Dieu , ils l'appellent le
Createur des Planetes , & le
Reſtaurateur de la nouvelle
Lune : puis élevant les yeux
vers leCiel, ils luy demandent
d'eſtre préſervez de tous malheurs
; & aprés quelque commemorations
de David , ils ſe
ſaluent , & ſe ſeparent .
Inſenſiblement , Madame ,
je vous ay entretenuë longGALANT.
139
-
1
1.
le
10-
al
{
temps des Ceremonies des Juifs
à l'occaſionde ce que j'avois à
vous dire de la Synagogue
d'Amſterdam. Si vous avez
quelque curiofité d'apprendre
celles de leurs Mariages , Divorces
, Morts , Sepultures , &
des Sectes & Hereſies qui ſe
ſont élevées parmy eux , je me
feray un plaiſirde vous en parler
la premiere fois .
La qualité ne fait rien quand
il s'agit d'une choſe qui doit
paroiſtre extraordinaire. Le 13 .
de ce mois, M. Houffet, Chapelain
du Chaſteau de Saint-
Germain en Laye , preſenta
au Roy & à la Reine d'Angleterre
, un Enfant âgé ſeulement
de quatre ans & demy ,
&dont le Pere n'est qu'un
ſimple Artiſan de Paris . Cet e
Enfant lût en prefence de
G3
140
MERCURE
Leurs Maieſtez & de toutes
leur Cour , en François , en
Latin , & en Grec , dans trois
livres differens de ces diverſes
Langues , ſi correctement , &
d'une maniere ſi intelligible ,
qu'il n'y eut perſonne qui n'en
demeuraſt ſurpris . La Reine
avoit fait venir elle-même ces
trois livres , & prit plaisir à
l'interroger ſur les principes
de chacune de ces Langues . Il
répondit juſte , & avec beaucoup
de fermeté.
Le 4. du mois paſſé , Jean-
Baptiste Catteneau , de l'ancienne
Nobleſſe de Genes, fut
élu Doge avec un applaudiſſe
ment general. Incontinent aprés
ſon Election, il receut les
complimens de toute la Nobleſſe
. Le lendemain s.il donna
audience à Mr de Ratabon ,
GALANT. 147
S
Envoyé Extraordinaire de
France , & Dom Carlos de
Baçan, Envoyé Extraordinaire
d'Eſpagne , ne l'eut que le 9.du
même mois. Je vousay dit que
ce nouveau Doge eſt de l'ancienne
Nobleſſe , parce qu'il y
a deux fortes de Familles Nobles
à Genes , les Anciennes
& les Nouvelles. Les Anciennes
font au nombre de vingthuit,
parmy leſquelles il y en a
quatre principales ; sçavoir ,
Grimaldi , Fiſque , Doria &
Spinola. Les vingt- quatre autres
font, Calvi,Cartanei,Centuriani
,Cibo, Cigala , Fornari,
Franchi , Giuſtiniani , Lomellini
, Marini , Negro Negroni ,
Pallavicini , Pinelli , Promontorii
, Sauli , Grilli , Gentilli,
Imperiali , Interiani , Lucari,
Salvaghi , Vivaldi , & Vefodi
G4
142
MERCURE
mare. Les Familles Nobles
nouvelles ſont celles qui ont
eſté aggregées à ces vingt huit
principales , au nombre de
quatre cens trente ſept . On y
en aggrege encore tous les
jours . Il y a dans ces Maifons
des Seigneurs ſi riches & fi
puiſſans , qu'on les a exclus du
Gouvernement de peur qu'ils
ne s'en ſaiſiſſent. La Ville a cu
plus de douze fortes de Gouverneurs
differens , des Com .
tes , des Podeſtats , des Capitaines
des Gouverneurs , des
Lieutenans , des Recteurs du
peuple , des Abbez du peuple ,
des Reformateurs , des Ducs
Nobles , & des Ducs Populaires
. Auiourd'huy elle eſt une
Aristocratie , dont le Chef eſt
nommé Doge ou Duc. Il n'eſt
en charge que deux ans de ſuiGALANT.
143
1
te , & eſt aſſiſté de huit Senateurs
qui gouvernent avec luy,
& qui ontle nom de Gouverneurs
. On y voit enſuite les
Procureurs , & les quatre cens
du Grand Conſeil , & c'eſt ce
que l'on appelie la Seigneurie .
Le Roy a donné l'Intendence
des trois Eveſchez à Mr de
Seve , Premier Preſident du
Parlementde Mets , Fils de feu
Mr de Seve , Conſeiller d'Eſtar:
&du Confeil Royal , morc
Doyen du Conſeil Privé.C'eſt
un homme ſage qui a beaucoup
de connoiſſance des Leta
tres , & une probité & integrité
telles que le public les con--
noît hereditaires das ſa Famil--
le. Kien ne sçauroit furpaffers
l'application qu'il a pour tou--
tes les choses qui regardent le
ſervice de ſa Majeſté. Il s'en
GS
1
144
MERCURE
acquite avec un zele & une
fidelité qui ne contribuent pas
moins au bien de l'Estat , qu'au
foulagement des Peuples .
L'Intendence de Lorraine a
eſté donnée à Mr de Vaubourg
Desmarests , Maiſtre des Requeſtes
. Il s'eſtoit acquis tant
de reputation ſous feu Mr
Colbert fon Oncle,& a foûtenu
ſes premiers emplois avec tant
de gloire , qu'il n'en eſt point
où on ne le voyeélevé avecune
approbation generale.
4
Mr de Maupeou d'Ablege .
auſſi Maiſtre des Requeſtes , a
eſté fait Intendant d'Auvergne..
Il eſt parent de Madame de
Ponchartrain , homme d'eſprit
& d'honneur , bon Juge , &
prompt à expedier.
Voicy les noms de quel
ques perſonnes confiderables
GALANT. 145
del'un & de l'autre Sexe , mortes
depuis peu de temps.
د
Meffire Lons Abelly ancien
Eveſque & Comte de
Rhodez,Docteuren Theologie
de la Faculté de Paris , mortle
4. de ce mois , âgé de quatrevingt
huitans. Il avoit eſté fait
Evêque de Rhodez en la place
de Mr de Perefixe , quand Sa
Majesté le nomma Archeverque
de Paris , & s'eſtant démis
de cet Eveſché , dont fes infirmitez
ne permettoientpas qu'il
remplift les fonctions , il ne
voulut plus paroiſtre dans le
monde , & fe retira dans la
Maiſon de Saint Lazare , où
il eſt mort aprés y avoir vêcu
pluſieurs années dans de perpetuels
exercices de picté. Il a
composé des Livres tres ſçavans
, & tres utiles pour les
1
(
G6
146 MERCVRE
Theologiens , & pour les per
ſonnes qui veulent ſe donner à
Dieu avec la meſme ſincerité
qu'il luy avoit conſacré ſa vie.
On l'a vu toujours un ferme
défenſeur de la verité , & il n'a
point craint de s'attirer des
ennemis en combatant les
Nouveautez , qui ſont d'ordinaire
ſi préjudiciables à la Religion&
à l'Etat .
Mr l'Abbé de Villarceau . Il
eſtoitde la Maiſon de Mornay,
&avoit beaucoup d'eſprit&de
politeffe. Il eſt mort avec des .
ſentimens de pieté qui ont édifié
tous ceux qui l'ont vû pendantlecours
de fa maladie , &
reconnoiffant qu'il avoit fait:
un mauvais uſagede fontemps,.
&qu'on pouvoit trouver à redire
à la maniere dont il avoit:
joüidesrevenus de ſes Beneficess
GALANT.. 147
il'avoit reſolu, s'il euſt échapé ,
de ſe retirer à l'Inſtitution , où
il ne vouloit ſe reſerver qu'une
penſion modique, afin de donner
tout le reſte aux Pauvres ..
Il a fouffert pendant pluſieurs
jours avecune patience merveilleuſe,
& fait paroiſtre une
refignation entiere dans ſes
maux.
Meſſire Jean - François le
Coq,Seigneur de Goupilieres
& des Porcherons prés Paris,
Conſeiller en la Grand Chambre
du Parlement , où il avoit
eſté receu Conſeiller le 29 .
May 1654- Il eſtoit Fils de Jean
le Coq,Seigneur de Corbeville
, de Goupilieres & des Porcherons,
Coſeiller en la Grand
Chambredu même Parlement
&d'Anne de Broé, Fille de Bonrançois
de Broé , Preſident :
148
MERCVRE
aux Requeſtes du Palais,& de
Madeleine de Hacqueville, de
Ja Famille des de Hacqueville,
dont il y a eu Hierôme de
Hacqueville , premier Prefident
au Parlement de paris :
Son Ayeul eſtoit Jean le Coq .
Avocatau parlement , Seigneur
d'Egrenay & de Corbeville, &
fon Ayeule,Madeleine Colier .
Son Bifayeul, Antoine le Coq,
Confeiller au Parlement , Seigneur
d'Egrenay & de Corbeville
, avoit épousé Perrette
Reynault , & eſtoit Fils de
Gerard le Coq , Seigneur d'Egrenay
& de Couppevray ,
Maistre des Requeſtes , &
d'Eſtiennette Baluë, Niece du
Cardinal Jean Baluë. Cette
Famille des le Coq , deſcend
de Jean le Coq, Seigneur d'Egrenay
, Avocat General au
GALANT. 149
e
Parlement de Paris , & feptiéme
Aycul de celuy dont je
vous apprens la mort. Il vivoit
ſous le regne du Roy lean ,&
a composé divers Ouvrages
confiderables fur la Iurifprudence
de ſon temps , & furdes
Decifions de Droit.Mr le Coq
de Goupilieres qui vient de
mourir , avoit épousé Mademoiſelle
le Goux , Fille de Mer
fire Pierre le Goux de la Berchere
, premier Preſident au
Parlement de grenoble , &
Soeur de Meſſire Urbain le
Goux de la Berchere , Maiſtre
ete
de
Edes
Requeſtes de Meffire
,
28
Hu
te
Charles le Goux dela Berchere
, Archevêque d'Albi , de
Madame la Marquiſe de Boury
ad Pellevé ,& de feu Mr le GOUX
E- de la Berchere , premier Preau
150 MERCVRE
fident au parlement de Dau
phiné. Le Coq porte d'azur à
trois Coqs d'or , & le Goux de la
Berchere , d'argent à une teste
de.More de fable , bande d'argent,
accompagnée de trois moletes
de gueules.
Meffire Gabriel Bizet de la
Barroire, Seigneur de la Cour
&de Senliffe , Bailly de Soiffons
, Preſident en la CinquiémeChambre
des Enquestes où
il avoit eſté receu Conſeiller
le 19. Decembre 1653. Il étoit
premier Conſeiller d'honneur
au Conſeil de Monfieur,& Fils
d'un Confeiller au Parlement
deParis. Il eſt mort fans Enfans
, & a laiſſfé par ſon Teſtament
deux mille Loüis d'or
neufs avec un fort beau che--
val, àMr le premier Preſident,,

GALANT.
151
:
-.
1.
e
e3
bid
ils
10
a-
OF
equi
n'a retenu que le Cheval ,
ayant partagé les deux mille
Loüis d'or entre l'Hôtel Dieu
& l'Hôpital General. Par la
mort de Mr Bizet de la Barroire
, Meffire Nicolas le Clerc
de Leſſeville eſt preſentement
ancien Preſident de la Cinquiéme
Chambre des Enquê
tes . Bizet porte d'or àla face de
Sable, accompagnée de trois Merletes
de mesme.
Madame de Paris , Veuvede
Meffire Anne de Paris , Con .
feiller en la Grand- chambre
du Parlement de Paris , 'où il
avoiteſté receu Conſeiller dés
l'année 1637. Ellelaiſſe quatre
Enfans , deux Fils & deux Filles
. L'Aiſné eſt Meſſire Pierre
de Paris , receu en 1678. Conſeiller
en la Cinquiéme Cham
152
MERCURE
bre des Enqueſtes . L'Aiſnée
des Filles a eſté mariée à feu
Mr du Gué , preſident en la
Chambre des Comptes , Fils
de feu Mrdu Gué , Conſeiller
d'Estat , & Intendantde Juſtice
à Lion . L'autre Fille a épousé
Meffire Pierre de Berulle , Maiſtre
des Requeſtes , & Initendantde
Juſtice à Lion , Fils de
feu Mrde Berulle , Maistre des
Requeſtes , & petit- Neveu du
Cardinal Pierre de Berule. Feu
Mr de Paris , leur Pere , eſtoit
Fils d'un Maiſtre des Comptes ,
& Frere de Meſſire François-
Auguſte deParis , Preſident en
la Chambre des Comptes . De
Paris porte d'azur à la face d'or ,
accompagnée de trois Roſes d'or en
chef, & d'une tour de mesme en
pointe.
Meſſire Jean Baptiste Chaf
GALAN Τ.
153
febras , ancien Docteur , &
Senieur de Sorbonne , Prieur
& Seigneur de Saint Pierre de
Chaumont en Vexin , cy- devant
Chanoine en l'Egliſe de
Chartres , puis durant trentecinqans
Archipreſtre & Curé
de Sainte Marie Madeleine à
Paris. Il avoit ſoixante & dixſept
ans , & eſtoit Oncle d'Antoinette
- Madeleine Chaffe
bras , Femme de Meſſire Claude
Antoine d'Harville , Comte de
ce meſme lieu , & de la Salle ,
petit Fils de Mr d'Harville ,
Chevalier des Ordres du Roy,
& Frere de Mr le Marquis
De d'Harville Palaiſeau , Gouverneur
de Charleville & Montde
es
da
Fe
Coll
tes
Dis
en
or
e
ee
Olimpe. Ses deux Neveux qui
ſont décedez , eſtoient lean-
Baptiste Chaffebras , Docteur
haf
154
MERCVRE
en Theologie , mort pourvû
de l'Archipreſtré & Cure de
Sainte Marie- Madeleine à paris
; & Jacques Chaſſebras , Sr
de Chalicourt , Capitaine au
Regiment de picardie , puis au
Regiment Royal , tué au Siege
de Maſtric.
Meffire Jacques Gajor , receu
Conſeiller en la Cour des
Aides en 1677. Il eſtoit auparavant
Conſeiller au Preſidialde
Lion .
Meffire Iean Paul de la Roque,
Preſtre,Docteur en Theologie
, Protonotaire du Saint
Siege Apoftolique, Auteur des
Memoires de l'Eglife ,& qui a
fait pendant douze années
avec ſuccés le lournal des Sça .
vans . Ila voulu eſtre enterré
dans l'Egliſe des Peres Theatins
, auſquels il a donné ſa
GALANT.
155
at
те
des
au
fi
Ro
eo
ain
des
la
Bibliotheque . CesbonsReligieux
ont receu cette marque
de ſon amitié avec une parfai .
te reconnoiſſance . Cetilluftre
Défunt avoit beaucoup d'érudition
, & a prêché dans les
meilleures Chaires de Paris .
Le Clergé luy avoit accordé
une penſion depuis longtemps
, en conſideration des
Ouvrages qu'il a faits à la gloi
re de l'Eglife . Ses talens , fa
douceur & fa probité luy avoient
attiré l'eſtime dequantité
d'honneſtes gens qui le regretent.
Meffire Alexandre Pollaillon
, Seigneur de Sameuse. Il
eſtoit Fils de Pierre Pollaillon,
&petit fils deGervais Pollaillon
, Seigneurs de Chavagneu
prés de Lyon , & Frere de feu
me François Pollaillon , Refident
ées
Sça
erre
hea156
MERCVRE
بآ
a
pour le Roy à Raguſe , qui
avoit épousé Marie Lumagne,
d'une ancienne Fimille Origi .
naire des Grifons . Cette Dame
eſtant Veuve , ſe conſacra toute
entiere au ſoulagement des
Pauvres , & c'eſt elle qui a fondéles
Filles de la Providence
au Faux bourg ſaint Marceau .
Marie pollaillon , fa Fille
épousé Meffire Claude Chaftelain
, Secretaire du Confeil.
La Soeur de feu Mr de Sameuſe
, avoit eſté mariée à Mr Cenamı
, d'une ancienne Famille
de Luques , qui a donné plufieurs
Gonfalonniers à cette
Republique . pollaillon porte
d'Azur à la face d'or , chargée de
trois Moletes de gueules , accompagnées
en chef d'un Leopard de mè.
me , & enpointe d'un Coq d'argent
Lumagne porte d'orà trois LimaGALANT
.
157
2
ב

U
1
(
U
Ce

tte
rte
de
pa
ne.
-ent
A
ces de Sable au chefd'Azur , chargéd'une
Fleur de lis d'or , & Cha
ſtelain , d'Azur au Chasteau d'argent,
girouetté de trois Panonceaux
de mesme.
,
La R. Mere Agnés ancienne
prieure des Carmelites
de Noſtre Dame des .
Champs à Paris .Elle estoit fort
proche Parente de Mrle Maréchal
de Bellefond , & a toû
jours mené une vie tres exemplaire
. Les Peres Theatins luy
on fait un Service folemnel
en confideration des bienfaits
qu'ils en ont receus .
MrFournier , ancien Cha
noine en l'Eglife de Paris . II
avoit reſigné ſa Chanoinie à
Mr philippy , fon Neveu .
Il y a des playes fi dangereuſes
qu'on en meurt quelque
138
MERCVRE
fois douze ou quinze mois
aprés qu'on les a receuës .C'eſt
ce qui est arrivé à Meſſire
Benigne Marie Perrot, Comte
de Fercourt , Capitaine au Regiment
Royal des Dragons .
Il mourut le 31. d'Aouſt dernier
de la bleſſure qu'il receut
l'année paſſée au travers de la
Cuiffe droite à la Bataille de
Fleurus . La maniere dont il
ſe ſignala dans cette importante
occafion , fit affez connoiſtre
ce que l'on devoit attendre
de ſa valeur , de ſon adreſſe &
de fon courage. Il eſt regretté
comme un brave Officier , &
pleuré comme un parfait ami .
Il n'étoit encore que dans ſa
vingt & uniéme année ..
Meſſire Denis de la Barde ,
Docteur de Sorbonne , Chanoine
GALAN.T.
159
noine & Archidiacre de l'E .
gliſe de paris , qui étoit ſecond
prefident de la premiere Cha-.
bre des Enquestes du Parlement
, en eſt à preſent l'ancien
Preſident , à la place de tar de
Maupeou , quia eſté fait Confeller
d'Honneur du même
Parlement , en confideration
des fidelles Services qu'il a
rendus à Sa Majesté & au defunt
Roy Loüis le Juſte , de
1 puis l'année 1636. qu'on l'y
receut Conſeiller. e
Madame du Troncs, que le
Roy avoit nommée Abbeife .
* de Viliers présla Ferté Aleps,
Ordre de Ciſteaux , a eſté beinite
, & a pris poffeffion de
cette Abbaye . Elle eſt Fille de
Mr du Trone , Prefident en
la Chambre des Comptes de
Octobre 1691 . C
H
160 MERCVRE
2
A
Roüen ; & Niece de Mr Bontemps.
Meffire Armand de Briſſe ,
à preſent Procureur General
au Parlement de Paris , où il
eſtoit auparavant Conſeiller
d'honneur , après avoir eſté
Maitre des Requeſtes , & preſident
au Grand Conſeil , a
épousé Mademoiselle de Barillon
, Fille de feu Meſſire
Paul de Barillon , Conſeiller
d'Estat , & Ambaſſadeur Extraiordinaire
en Angleterre ,
d'une Famille qui a donné des
Ambaſſadeurs Conſeillers
d'Estat, Preudens & Conſeillers
au Parlement & aux Compagnies
Superieurs. La Mere
de la Mariée eſt de la Famille
desMangotdont eſtoit ClaudeMangot,
Garde des Sceaux
GALANT . 161
1
e
el

دال
U
en 1616. & la Mere de Mr de
Briſſe eſt de la Famillede Mafparaute,
Originaire de Navarre
, & quia donné divers Officiers
aux Compagnies ſuperieures
.
Mr Nolin continue à faire
graver les Cartesqui font les
plus neceſſaires pour faire un
Recueil de Geographie. Il ſe
ſert pour cela de ce que l'on
peut trouver de meilleurs memoires
, & il reçoit avec plaifir
les avis des habiles gens
qui veulent prendre ſoin de
ſes ouvrages . Il a donné depuis
peu trois nouvelles Cartes
, dont l'une contient les
Royaumes de Suede ,' de Norvvege
& de Danemark . L'autre
eſt pour les Etats de la
Couronne de Pologne , & la
H 2
162 MERCURE
troiſieme , pour la Catalogne ,
le Rouſſillon , &c . Le Royaume
de Suede y eſt divisé en
pluſieurs grandes provinces ,
qui ſont ſubdiviſées en d'au
tres moindres. On a ſuivi
pour cela les Relations les plus
nouvelles & les plus exactes
des Auteurs même du pays , &
ſi l'on compare ces diviſions
Geographiques avec
que l'on
celles
trouve communement
fur les Cartes ordinaires ,
on verra ſans peine que l'on
n'a point copié ces Cartes , &
que ce que l'on y donne prefentement
eſt nouveau . Ce
n'eſt pas icy lelieu de marquer
endetail toutes ces differéces .
Il ſuffit d'en avertir les Cu.
rieuxqui les remarqueront aiſement.
L'on a joint à cette
GALANT. 163
د ou une Carte un diſcours
eſpece de Table, qui contient
les Diviſions Geographiques
des Royaumes de Suede , de
Norvvege & de Dannemark ,
ce qui ſert à faire connoiſtre
ce qu'il y a de plus cutieux
pour la Geographie ſpirituelle
&temporelle de ces trois Ro .
yaumes. Ces diviſions font
diſpoſées d'une maniere tresnette
& tres - intelligible , &
l'on y peut s'inſtruire de foymême.
On auroit pû meure
ces Diviſions Geographiques
en Tables figurées avec des
crochets , commepluſieurs ont
fait , mais on a remarqué par
experience que ces fortes de
Tables figurées ne ſont pas
affez intelligibles pour tout le
monde . Il y a même bien dess
H3
164
MERCVRE
A gens qui ne les ſçavent pas
lire comme il faut.Pour éviter
cet embaras , on les a diſpoſées
fur les Cartes de Suede & de
Pologne en diſocurs ſuivis ,
d'une maniere que tout le
monde les peut lire & entendre
ſans aucune peine,& pour
n'y laiſſer point de confufion ,
on a mis à la ligne & feparément
chaque Article de ces
Diviſions .
La Carte de Pologne eſt auſſi
fort curieuse. Les Diviſions
Geographiques en ſont priſes
fur les Auteurs même du païs
qui ont écrit les derniers . On
y a joint une Table des Diviſions
Eccleſiaſtiques & temporelles
des Etats qui ont eſtés
ou qui ſont encore de la Couronne
de Pologne. CetteTas
GALANT.
165
-
S
=
e
es
ble eſt diſpoſée d'une maniere
qui eſt facile , & que tout le
monde peut entendre . La Carte
de Catalogne doit eſtreeſtimée
par les routes nouvelles
que l'on y verra , & par les
lieux maritimes qui y font mis
beaucoup plus exactement que
fur les autres Cartes ,& encore
e. par d'autres remarques ſemées
en divers endroits de celle- cy.
Ces Cartes ſe trouvent chez
Mr Nolin , fur le Quay de
l'Horloge du Palais, à l'Enſeifes
gne de la Place des Victoires ,
avec pluſieurs autres , qu'il a
fait graver depuis l'an 1687.
Le Roy ayant donné le Gouvernement
de Normandie à
M. le Duc de Montmorency ,
& la ſurvivance à M.le MaréchalDuc
de Luxembourg fon
ais
Ομ
vi .
po
e
no
Ta
1
H4
166 MERCVRE
Pere , le Gouvernement de
Champagne que ce Maréchal
avoit , eſtoit demeuré vacant,
& Sa Majeſté vient de le donner
à Mrle prince de Soubiſe
de Rohan , qui commande les
Gendarmes de la Garde . Sa
naiſſance , ſa valeur , & fon
activité au ſervice, luy ont attiré
ce Gouvernement. Il avoit
celuy de Berry , dont Mr
le Marquis d'Aubigné a eſté
pourveu. Comme je vous ay
parlé de luy en pluſieurs occaſions
, je ne repeteray point
ce que je vous en ay dit. Ce
Marquis eſtoit Gouverneur
d'Aiguemortes , & ce gouvernement
a eſté donné à Monſieur
de Busca , Lieutenantdes
Gardes,& l'un des plus anciens
Officiers de ce Corps. Vous
GALANT.
167
-
ſqavez , Madame , qu'il avoit
eſté obligé de ſortir de France,
pour avoir eſté trop prompt à.
tirer l'épée. Eſtanten Hollande,
où il s'eſtoit retiré , il ſe di.
ſtingua d'une maniere qui luy
fut fort glorieuse. Les Hollandois
donnerent un Combat
naval contre les Anglois , &
ce fut dans ce Combat que M.
le Chevalier de Lorraine , feu
Mr le Comte de Guiche , M ..
de Cavois , & Mr de Busca :
donnerent ſujet à toute l'Europe
de parler de leur bravoure
. Ils allerent dans uneChaloupe
reconnoftre les Enne-
-mis , & firent des actions de
la plus haute valeur & de la
plus grande intrepidité. Le
Gombat finy , M. de Buſca fuc
5. dépêché en France , pour en
1
1
S
S
1
L
H5
168 MERCVRE
apporter la nouvelle au Roy,
Il étoit chargé d'une Lettre de
l'Amiral Ruiter, qui faiſoit un
long détail de ce qu'avoient
fait les quatre perſonnes que
je viens de vous nommer. Il
plut à Sa Majesté de remettre
M. de Buſca en grace , & depuis
ce temps , il a toujours
eſté Officier dans ſes Gardes.
du Corps , où il eſt parvenu àla
Charge de Lieutenant.
M. du Vignau , Lieutenant
des mêmes Gardes , qui s'eſt
acquis par ſes actions une eſtime
generale , a eu le Gouver
nement de Mezieres, demeuré
vacant par la mort de M.Daugé
, Lieutenant General , tué
au Combat de la Cattoire .
Mrde laTrouſſe, auf Lieutenant
General des Armées du
GALANT.
169

Roy , dont je vous manday la
mort il y a quelques mois
quoy qu'il fuſt encore vivant ,
eſtant mort depuis , Sa Majesté
a donné le gouvernementd'Ipre
qu'il poſſedoit , à M. le
Comte de Teſſé. Il y a peu
d'hommes dans les Troupes,
plus intrepides , plus agiffans ,
& d'une valeur plus éprouvée.
Quelque temps auparavant,
le Roy avoir donné le gouvernement
de Sainte Menchout
dont feu M. de Neuchelles,
Lieutenant des cardes du
Corps , eſtoitpourveu , àM. de
Neuchelles ſon Fils , Exempt
dans les mêmes Gardes. Cela
fait connoiſtre que Sa Majesté
ne ſe contente pas de récompenſer
dans leurs perſonnes
ceux dont les ſervices luy
170
MERCURE <
font agréables mais qu'elle
aime encore à récompenfer
ces meſmes ſervices dans cel .
lesde leurs Enfans ..
NA
Quant à la Lieutenance des
Gardes du Corps qu'avoit le
même Mr de Neuchelles dans
la Compagnie de Luxem
bourg , elle a eſté donnée à
M. de Monteſſon , Enſeigne ,
& M. le Chevalierde Lucé ,
Exempt & Aide Major de la
meſime Compagnie
place d'Enſeigne.
د acu fa
M. de Monpipau , & M..
de Laval , tous deux Enſeignes
dans la Compagniede Lorge ,
eſtant morts , le premier au
Combat de la Cattoire , & le
ſecond , depuis quelques jours
d'une bleſſure à la jambe , cauſée
parla cheutede fon cheval
GALANT. 171
qui avoit eſté tué ſous luy , M.
de Rommery , Enſeigne de la
meſme Compagnies eſt monte
àla Lieutenance , vacante par
la mort de M.dela Froche, tué
dans la mesmeoccafion .
• M. le Marquis d'Urfé , Lieutenantdes
Gardes dans la Compagnie
de Duras,aa eeuu celledes
Chevaux - Legers Dauphins
qu'avoit M. de Toiras , ce qui
a fait place à Mr de Marfilly ,
Enſeigne , pour la Lieutenance.
M. du Bourcet , Exempt
dans la méme Compagnie , en
a eſté fait Aide Major ; à la
place de M. le Chevalier de la
Chaiſe , mort. L'Enſeigne n'a
point encore étédonnée , non
plus que les trois qui font vacantes
dans Lorge..
M.de Caneux , Seigneur
172
MERCVRE
des Caves , Mouſquetaire du
Roy enla ſeconde Copagnie, y
fut receu Sous Brigadier aprés
huit ans de ſervice , dans le
temps que Sa Majesté alla à
Fontainebleau .
L'Academie Françoiſe a fait
une grande perte en la perfonne
de Mr de Benſerade
Ileſtoitiſſu de Paul de Benſerade
, Seigneur de Chepy ,
Chambellan du Roy Loüis
XII. Grand Maiſtre & Capitaine
General de ſon Artillerie,
CapitaineGouverneur du
Chaſteau de Milon , comme il
eſt juſtifié par les Lettres de
naturalité à luy accordées,
& à fon Fils Loüis de Benſerade
en 1504. Il avoit des al
liances illuftres dans la maiſon
de la Porte , & dans celle de
GALANT. 173
-
Vignaucourt, eſtant petit Neveu
d'un Grand Maître de
Malthe de ce nom ,& Coufin
iſſu de Germain de celuy qui
regne preſentement. La Maladie
qui l'a emporté , l'a ſurpris
dans la preparation qu'il faifoit
pour ſe faire tailler de la
Pierre, & tout l'art des Medecins
n'a pû reparer les fautes
des Chirurgiens . Il a eu une
Fievre violente accompagnée
de réveries , mais comme il a
toûjours eu beaucoup de Religion
, & qu'il s'étoit preparé
à l'Operation qu'on luy devoit
faire en veritable Chrêtien ,
&en Chrêtien penetré des ve
rités de la Foy, s'abalonanten
tieremétaux ordres de la Providence,
tous les diſcours qu'il
tenoit,quoy qu'ils fuſſent pro-
3
174
MERCURE
noncez avec vehemence, fui
vant fon temperament, s'adreffoient
à Dieu , à qui il ſe plaignoit,
en luy demandant en
même tems de la patience dans
ſes douleurs qui étoient extrê
mes . Quand les accés de ſa
fievre diminuoient , & que fa
teſte devenoit plus libre, il ſe
lervoit de ce temps , qu'il reconnoiſſoit
un effet de la Grace
pour fairedes Actes de Foy,
d'Esperance , & de Charité ,
&dans le fort de ſes plus vives
fouffrances,on l'a veu ſouvent
lever les yeux au Ciel,&
s'écrier; Donnez- moy la patience,
ô mon Dieu . Je n'attens rien que
de vous . L'espere en vous , vous ne
m'abandonnerez point , mais que
voſtre volonté ſoit faite, mon Sauveur.
Tout pour vous , tout pour:
GALANT.
175
vofre gloire & rien pour moy. Il
ſçavoit bon gré à ceux qui
l'aidoient dans ces occafions .
Il ne manquoit jamais à les
reconnoiſtre dans ſes rêveries,
& lors qu'il eſtoit le plus agité,
il ſe calmoit à leur veuë.M.de
Benſerade a toûjours eu beaucoup
de probité & d'honneur.
- Il a fait long- temps les delices
de la Cour , & il a toûjours cu
pour le Roy un refpect & un
amour d'autant plus grand ,
qu'il le connoiffoit davantage.
Il avoit une paſſion pour la
gloire de ce Prince , que rien
n'auroit jamais eſté capable
d'alterer , & il n'a point fait
d'Ouvrage où il n'ait voulu la
faire paroiſtre . Il n'a jamais
ceffé d'être bon & fidelle amy ,
&jamais l'amitié n'a eſté ca
176 MERCVRE
pable de luy faire trahir ſon
devoir ny envers Dieu , ny
envers les hommes .Quoy que
ce que j'ay dit puc fuffire pous
vous marquer la reputatioa
que ſon eſprit luy avoit donnée,
j'y ajoûteray qu'ill'avoit,
non ſeulement beau , mais fingulier.
La Cour, toute la Frace,
&ceux qui l'ont voulu imiter,
luy ont rendu juſtice là-deffus
.C'eſtoit un de ces hommes
que produisent quelquefois les
Gecles , & qui ne ſe retrouvent
plus . Il faifoit déja du
bruit dans le temps du miniſtere
du Cardinal de Richelieu
, dont il avoit penſion , &
a eſté attaché toute ſa vie à la
maiſon de Villeroy,& fort con.
fideré de Monfieur qui le logeoit
au Palais Royal .Pendant
GALANT.
177
toute la Regence,&juſques au
temps que les Balets que l'on
- danſoit àla Cour ont fait place
aux Opera , il en a fait prefque
tous les Vers , ainſi que
tous ceux qui s'y font chantez.
Comme les Seigneurs &
les Dames du plus haut rang
- danſoient alors dans ces Balets,
& le Roy meſme; on deman-
- doit des Vers pour chacun
qui paroiſſant n'eſtre faits que
pour les ſeuls Perſonnages , a
- voient neanmoins rapport par
alluſion à ceux par qui ils é-
- toient repreſentez . Il n'y avoit
- rien de plus agreable que ces
: Vers miſterieux , & l'on ne
peut mieux y reüſſir que faifoit
M. de Benſerade. Auſſi
- avoit- il ſi bien étudié la Cour,
qu'il en ſçavoit parfaitement
178
MERCVRE
2
toutes les Intrigues . Il eſt mort
le 20. decemois , âgé de forxante
& dix huit ans , & a fait
un Testament qui marque à
quel point il aimoit la justice.
Rien n'est plus dangereux pour
les Dames qui ne peuvent quelque
fois s'empécher deprendre un enga
gement de coeur , que de bazarder
des témoignages qui les en con.
vainquent , lors qu'ellessetiennent
le plus affeurées que leurfecret ne
court aucun risque. Ce que je vais
vous conter enfera la preuve. Un
Cavalier , ayant beaucoup de
naissance , & toutes les qualiter
qu'on peut souhaiter dans un hon .
neste homme , navoit pas manqué
de trouver accés chez toutes les
Belles. Il en estoit peu qui n'euffent
pour luy plus que de l'estime. Ses
manieres agreables & infinuantes
GALANT. 179
le
les engageoient malgré elles à fa
faire un doux plaisir de l'attachement
qu'il leur marquoit , &on ne
s'étonnoit point , lors qu'il vouloit
plaire, qu'il ajoûtast conquesteà
conqueste. Quoy qu'il n'eût pas
beaucoup de fortune , il ne laiffeis
pas d'éire liberal ,ſclon que le coeur
tuyendisoit , mais s'il donnoit d'un
côté , il recevoit de l'autre ,
tout bien compensé , iln'y alloit ja
mais trop du sien. Cependant ilſe
conduifoitfi habilement , &fa di-
Scretion estoit telle , que comme il
estoit d'un caractere entierement
opposé à ceux qui ne s'empreſſent
d'avoir de bonnes fortunes que pour
S'en vanter, de toutesles Dames à
qui il rendoit des soins , il n'y en
avoit aucune qui n'eust lieu de croire
qu'elle avoit feule fon coeur,tant
il cachoit avecſoin ce qu'il rece180
MERCURE
voitdefaveurs des autres. Tandis
qu'ilsepartageoit ainſi entre cellesquile
touchoient davantage , on
luyparla de le marier. La Demoi.
Selle estoit fort aimable , avoit de
l'esprit ,&fi ellen'avoit pas tout
ce qui fait une beanté reguliere ,
du moins il ne luymanquoit ancun
de ces traits qui frapens (i vive.
ment dans une jolieperfonne. Il est
vray qu'elle avoit pour luy un fort
grand defaut , ne pouvant estre
d'uneplus baſſe naiſſance. Son Pere,
quiestoit un hommede rien , aprés
avoir pasſſsé par de vils employs
estcit parvenu à estre Marchand,
mais enfin le Cavalier en ſe ma.
riant avecsa Fille , pouvoit s'af.
Seurer d'en avoir unjour du moins
deux cens mille écus , dont on luy
offroit la moitié comptant pour acheter
une Terre. Les avantages du
GALANT. 181
bien firent fermer les yeux fur le
refte. Le mariage fe fit ,la Terre
fut achetée , le Cavalier aima
fa Femme. Elle avoit bien de quoy
l'engager. Il estoit charmé de fa
douceur&des complaisances qu'el.
le avoit pour luy , & il prenoitſoin
de luy donner des leçons fur les
airs qui luy manquoient , & qui
convenoient au rang où il l'avoit
clovée, mais cet amour , affez violent
danssa naissance ,se relâcha
infenfiblement . Ilse laſſa d'estre
l'Avant de sa Femme , & reprenantſes
premieres habitudes, il fut
plusgalant qu'iln'avoit encore efté.
Nonseulement ilcontinua toutes les
intrigues qui flattoientfon coeur, ou
dont il tiroit quelque avantage,
mais il en fit encore denouvelles . Il
s'attacha fur tout à une fort jolie
Veuve, qui ayantbeaucoup de bien,
182 MERCURE
1
cftoit en estat de répondre à fon
amour , sans autre vene que celle
de fon merite. Il n'eut pas de peine
à s'en faire aimer , & la liaison
estant assez grande entre eux , il
luy propofa de faire une promenade
à une Maison qu'il avoit loüée
pour son divertissement à trois ou
quatre lieves de la Ville. La Dame
confentit à la partie , & il se fit an
plaisir de la regaler en ce licu.là
d'une Collation feruie proprement ,
& accompagnée d'un Concert de
Voix. Iln'y avoit dans cette maison
que des meubles fort communs ,&
quine meritoient pas qu'on s'arrêtaft
à les regarder , mais le lardin
en estoit fort beau . Les lets d'eau
n'y manquoient pas , & l'on y trouvoit
de longues allées couvertes par
l'entrelaffement naturel des branches
des arbres qui donnoit de l'om_
bre
GALANT .
183
1
1
1
!
1
0
bredans les plus grandes ardeurs du
Soleil. On s'y promena affezlong
temps , & la jeune Veuve , en remontanten
Carroffe , dit au Cavalier
qu'elle demandoit un droit
de Maiſtriſe dans cette maison ;
pour y venir quelquefois avec ses
Amies. Vous jugezbien qu'il ne la
refuſapas & qu'il donna pour cela
tous les ordres qu'il falloit . Mais
il fut tout à faitsurpris lors qu'y
eftant retourné quinze jours aprés
pour le plaisir de la Chaſſe qui l'y
attivoit affez souvent , il trouva
tout l'appartement meublé d'une
maniere fi propre qu'il faisoit
plaisir à voir. Il luy fut aisé
de deviner d'où venoit ce chan
gement. L'aimable Veuve avoit
Suivy son panchans , & comme
les Damesfont aujourd'buy affez
genereuſes pour ne dédaigner pas
Octobre 1691 .
:
I
184
MERCVRE
de marquer aux hommes par des
liberalite lessentimens de tendref.
ſequ'elles ont pour eux , elle avoit
faitporter tout ce qu'il voyoit , &
donnéfes foins pour l'arrangement.
Ilalla la voirfi tost qu'ilfut de retour
, & luy dit , en luy rendant
compte dupetit voyage qu'ilvenoit
defaire, qu'il avoit cru juſque là
pouvoir diſpoſer d'une maison de
campagne , mais qu'il voyoit bien
qu'ilauroit tort de pretendre qu'elle
fuft encore à luy , après ce qu'elle
avoit fait pour s'en rendrela Maiſtreſſe.
La Dame luy répondit fort
obligeamment qu'elle conſentoit
volontiers à l'estre , pourveu qu'il
vouluſt bien l'y accompagner toutes
lesfois qu'elle voudroit y aller jouir
de la promenade , & que s'ily alloit
quelquefois Sans elle , elle toit
bien aiſe qu'ily vist des choses qui
2
GALANT.
185
lefiſſentſouvenir qu'iln'avoit point
une plus fincere & plus veritable
Amie. Un procedé si honneste meritoit
bien les égards particuliers
qu'il eut pour elle depuis ce temps
là. Ils furent pourtant accompa
gnezde tant de discretion , qu'il
ne parut point qu'il la preferaft
aux autres personnes qu'il voyoit
avec la même affiduité. Les choses
demeurant en cet état , & chacune
trouvant lieu de fe flater d'avoir
plus de part queſes Rivales à l'amourdu
Cavalier.Un accident aussi
impreveu que tristefinit leurs prétentions.
Il futfurpris d'une Apoplexie
qui l'emporta en deux heures
Sans que l'onypust remedier, sa
Femme en parut inconsolable , &
LeBeaupere regreta fort les cent
mille écus , dont une partie alloit
auprofitdeſes Heritiers , à caufe
1 2
186 MERCURE
qu'il nelaiſſoit point d'Enfans. Tous
les meubles devoient estre pour sa
Fille , & cela fut cauſequ'ayant
découvert qu'il y en avoit de
fort beaux dans la maison qu'il
avoit loüée à la campagne , il y
envoya des gens pour les emporter.
Ceux qui receurent fes ordres arri.
verent dans le temps que des Ta.
pißiers venus de lapart de la jeune
Veuve,détendoient déja les Tapis-
Series. La dispute fut fort grande ,
& ne put se terminerſans que l'on
en vinst aux coups . Les Tapiffiers
Soutenoient les interests de la Da
me , commeayant eux mêmes apporté
les meubles , qu'ils avoient
par là grandſujet de reclamer ,
mais la maison ayant esté loüée
parle Cavalier, les gens du Beaupereprétendoient
que les meubles
devoient luy appartenir , en comGALANT
. 187
fequence du Bail qu'il avoit figné.
Comme iln'y avoit perſonne en ce
Lieu- là d'une autorité affez reconnuë
pour décider de ce differend, on
mit la force en ufage , & chacun
en prit par où il put. Un de ceux
que le Beaupere employoit ayant
apperceu une affez grande caffette,
jugea à propos de s'en faifir , per
suadé qu'elle valoit mieux que tout
le reste. Il la porta au Beaupere ,
qui l'ayant ouverte avec une avidité
qui ne se peut exprimer , y
trouva pluſieurs liaſſes de Lettres,
&des étiquetes au deffus,qui marquoient
le nom des Dames qui
avoient cru les pouvoir écrire fans
rien hazarder. Commeil eſtoit naturellement
avare, il nesentit nul
chagrin de découvrir les galanteries
de fon Gendre , mais il en eut
un fort grand dene trouver que des
13
188 MERCVRE
Lettres où il eſperoit toute autre
chofe.Ilfut enfin conſolé en mettant
Lamainsur une boëte , dans laquelle
estoient plusieurs Portraits ,
dont il y en avoit quelques - uns
enrichis de Pierreries . L'avanture
ayant fait bruis lesDamesdont la
réputation pouvoit estreintereffée,
fi on laiſſoitvoir les Lettres &les
Portraits , jouerent toutes fortes
de perſonnages pour tâcher de les
ravoir. Le Beaupere ne vouloit
point demeurerd'accord de la chose
àcausedes Diamans,mais lors qu'on
eutfait connoistre que l'on n'y pre
sendoit rien, & qu'on les abandons
noit , pourveu qu'il vouluſt rendre
les Portraits , il devint traitable
&on accommoda les affaires touchant
lesecret qu'on luy demanda.
Le Combat de la Cattoire dont je
GALANT. 189
erus vous devoir parler au long la
derniere fois , & dont on n'a point
veu de détail ſi ample que celuy que
je vous ay envoyé , ne m'ayant laiffe
ny temps ny place dans ma Lettre
du mois paſlé , pour y continuer le
Journal de la Campagne , comme je
l'ay fait demois en mois depuis qu'elle
a eſté ouverte , je vais le reprendre
où j'en fuis demeuré dans ma Lettre
du mois d'Aouſt ,afin que vous ayezt
celuy de cette Campagne tout entier,
ee qui doit fatisfaire d'autant plus
voſtre curiofité, que vous ne pourriez
le trouver ailleurs. Mr le Maréchal
Duc de Luxembourg ayant préveu
que le Prince d'Orange ſeroit obligé
dedécamper de la Plaine de Saint
Gerard , & de repaffer la Sambre le
premier,prit desmeſures ſi juſtes pour
la repaffer immediatement aprés luy,
&le prévenit dans le Camp de Ninove
, où il ſçavoit que les Ennemis
projettoient d'aller camper, qu'ayant
eu avis qu'ils faifoient fairedes ponts
au deſſus & au deſſous de Charleroy
14
190 MERCURE
il en fit faire entre Thuin & la Buffie
re,afin que tout eſtant preſt pour le
paſſage de la Sambre , il puſt faire
une marche legere & prompte. On
fit la reveuë generale de l'Armée le
deuxième de Septembre ,& le lendemain
les gros bagages paſſerent ,
partie à Thuin ,& partie à la Buffiere.
Le 4. Mr le Marechal ayant eu la
nuit des avis certains que les Ennemis
repaſſoient la Sambre ſous Charleroy
,& qu'ils alloient camper à Velaine
, fit decamper l'Armée, & l'alla
paffer à Thuin pour venir à Selüy
prés Nivelle ,& comme ils ſceurent
qu'ils avoient eſté prevenus ſans l'avoir
preveu ils vinrent camper de
Velaine à Gemmepe , &de ce Camp
au Camp de Thubiſe. Pendant qu'ils
firent ce mouvement Mr de Luxembourg
alla camper à Selüy. Le 6.
il fit contribuer Nivelle , & obligea
lesMayeurs de la Ville de luy fournir
fix mille ſacs de grain , qui furent
diftribuez aux Troupes par Brigade.
د
GALANT . 191
-
Pendant que toute la diſtribution
s'en fit , Mr de Luxembourg demeura
aux portes de la Ville, ainſi que Meffieurs
les Ducs de Chartre & du Maine
, afin d'empeſcher qu'il n'y euſt
quelque defordre. Tout ſe paſſa d'une
maniere paifible & fans aucun bruir.
Ce mefme jour , Mr le Marechal
trouvant qu'il y avoit à riſquer au
Camp de Selüy , à cauſe des hauteurs
qui dominoient , & cù l'on pouvoit
arriver par des Bois & des hayes, alla
camper à Soignies où l'Armée s'arref
ta le 7. Elle décampa le lendemain,&
alla occuper le Camp de Zontberge ,
pour s'approcherde la Denre,fon deffein
eſtant de manger ce qui eſtoſt au
de là de cette Riviere, & d'y prevenir
les Ennemis qui avoient premedité
de faire la meſme choſe.
- Le 9. l'Armée ayant paffé la Denre
Grammont , les Ennemis eſtant
toûjours à Thubize alla camper à Ninove
, où le quartier general fut érably
à Oppleterre,à cauſe que Ninove
ſetrouvoit trop loin de la Ligne ,
LS :
192
MERCVRE
que Mr le Marechal vouloit eftre
àportée en cas de beſoin , ce qu'il a
toûjours obſervé durant la Campagne
,ſans ſe ſoucier d'eſtre bien ou
mal logé. Les deux jours ſuivans ſe
paſſerent à obſerver les Ennemis qui
frentun mouvement le 12 & s'étendirent
du côté de Guillinghuen au
deſſusd'Ath. Mr le Maréchal fit un
détachement de quatre Bataillons ,
ſçavoir deux de Rouſſillon ,un de
S. Laurent ,& un de Dauphiné , qui
eurent ordre d'aller joindre Mr de
Villars , qui estoit à Renaix avec un
gros détachement de Cavalerie, pour
favorifer nos Convois ,que nous tirions
de Tournay ,& que les Ennemis
auroient pû inquieter. Sur le
mouvement qu'ils avoient fait pour
venir camper au deſſous d'Ath , l'Armée
du Roy decampale 13. d'auprés
de Ninove , & vint occuper leCamp
de Leſſine , où elle n'eſtoit qu'à une
heure de celle des Ennemis , de forte
que de nôtre Camp on entendoit leur
retraite , & leurs, aſſemblées: dess
GALANT . 193
qu'ils commençoient à battre. Mr le
Marechal ayant ſceu que le Prince
d'Orange & ſes Emiffaires faifoient
-publier par tout qu'il les craignoit ,
& qu'il évitoit viſiblement une action
, puis qu'il ne cherchoit qu'à
prendre des Camps où il ne fût pas.
poſſible de l'attaquer , crut qu'il
alloit de la gloire des armes du Roy
de detruire ce faut bruit,& c'eſt pour
cela qu'il vint camper á Leſſine , où
les Ennemis pouvoient venir à luy en
baraille , & où ils avoient l'avantage
du terrain . C'eſtoit leur preſenterune
occaſion tres-favorable d'agir. Cependant
ils n'en profiterent point ,
& decampant d'auprés d'Ath , ils
marcherent du coſté de Leuze. Ce
mouvement obligea Mr de Luxembourg
de decamper de Leſſine , d'où
il avoit renvoyé les gros Bagages , &
une partiedes menus à Eſpiers ſous
Tournay ,pour eſtre plus libre en cas
d'action , & moins embarraflé s'il falloit
marcher. Il decampa le 17. àdix
heures du matin , & vint camper à
16
194 MERCVRE
Renaix , où Mr de Villars , qui avoit
eſcorté les Bagages à Eſpiers , eſtoit
revenu.Le 18.il arriva àHerines ſous
le mont de la Trinité , & le ſoir du
même jour , il fit un detachement de
quatre cens Chevaux , moitié de la
Maiſon du Roy , & moitié de Carabiniers
& de Cavalerie Legere ,
pour tâcher de découvrir ſi les Ennemis
ne decamperoient point le lendemain
ſuivant les avis qu'il en avoit
eus. Le 19. le Combat de le Cattoire
ſe donna. Je vous ai parlé ſi à fond
de ce qui regarde le general & le particulier
dans le detail que je vous en
fis le mois paflé,qu'il ne me reſte plus
qu'à vous dire,que Mr Daligre voyant
que les cinq Bataillons poſtez dans
les Bois incommodoient extremement:
noſtre droite avec deux pieces de
Canon , mitpied à terre avec les deux
Regimens de Dragons du Roy & de
Tellé , & alla les debuſquer. Ces
Dragons ayant fait leur decharge , &
manquant de poudre , s'avancerent
avec leurs Bayonnettes au bout de
GALANT . 195
د
leurs Fufils , & les poufferent à deux
cens pas de là. On ne peut , dans
cette méme action ,donner trop de
loüanges à Mr le Comte de Merinville
, qui à la teſte de ſon Regiment,
ſeul de Cavalerie, qui ait chargé avec
la Maiſon du Roy receut en ſe
ſignalant pluſieurs coups , mais tous
favorables , puis que ſes Chevaux ,
fesHardes & ſes Piſtolets en furent
ſeulement endommagez .Mr le Marefchal
demeura au Camp de Herines
prés Tournay juſques au 24. & il y
feroit demeuré plus long-temps afin
de laiffer repoſer les Troupes,s'il n'eût
remarqué que l'Armée incommodoit
fort le Tournaiſis. Cette raifon l'obligea
de paſſer l'Eſcaut que les Troupes
pafferent au Pont de Pierre. Elles
s'allerent camper à Hauterive, où
elles demeurerēt le 25.&le lendemain
elles occuperent le Camp de Saint
Eloyvive du coſté de Deinſe ſur les
bords de la Lis.On fourragea Deinfe,
& tous les environs juſqu'auprés de
Gand. L'Armée tint ceCamp douze
196 MERCVRE
jours entiers, La nuit du 4.'au s. de
cemois le feu prit à la Maiſon de Mr
le Duc du Maine , avec tant de violence
que ce Prince courut riſque
d'être brûlé. Un Officier de la Garde
le prit dans ſon lit entre ſes bras ,
&n'eut que le temps de l'emporter de
fa Chambre . Il y eut une ruë entiere
brûlée des deux coſtez , & trois perfonnes
reduites en cendres. Mr de
Chanlay vint de la Cour à ce Camp,
pour conferer avec Mr le Marechal ,
touchant les departemens des Troupes
pour les quartiers d'hyver. Il y
demeura trois jours ,& on decampa
le 8. de Eloy. Vive. L'Armée vint
prendre les quartiers de fourage auprés
de Rouſſelard ,où eſt le quartier
general. Les quartiers d'hyver arriverent
le 19.& furent diſtribuez le 20.
parMr le Marechal. On a fortifié
Courtray , Furnes & Dixmude , comme
on fit l'année paffée. On doft
laiſſer plus de ſoixante mille hommes
fur la Frontiere. Mr Davejan commande
dans Dixmude ;Mr de CaraGALANT.
197
man dans Courtray , & Mr Boiffelo
dans Furnes. Ils sont tous trois Capitaines
aux Gardes , & Brigadiers.
Mr le Comte de Mailly , Brigadier ,
& Colonel du Regiment Royal des
Vaiſſeaux eſt nommé pour commander
toute l'Infanterie d'en- deça l'Ef
caut. L'Armée des Ennemis qui alla
camper ſousAth aprésle Combat,s'eſt
avancée du coſté de Bruxelles ,& a
prit le Camp de Ninove de la même
forte que nous l'occupions. Elle y
campe encore en front de bandiere ,
&il y a apparence que ce fera jufques
aux premieres pluyes Mr de
Luxembourg a accepté la Neutralité
de Nivelle. Le Prince d'Orange l'avoit
déja accordée à cette Ville ,
quoy qu'elle fût plus avant dans ſon
Pays , & plus propre à mettre des
Troupes des Alliez que des noſtres .
Il s'eſt fait depuis peu de
jours un illustre mariage. C'eſt
celuy de Mademoiſelle de Lif-
- lebonne, Fillede François Ma-
F
198
MERCVRE
rie de Lorraine , que d'autres
nommentJule Auguſte Loüis ,
& d'Anne de Lorraine , Fille
legitimée de Charles III . Duc
de Lorraine , & de Beatrix de
Culance , Princeſſe de Cante-
Croix , avec Mr le Prince d'Epinoy.
Les perſonnes de ce
rang font fi connuës , & leurs
Maiſons ſi celebres , queje ne
pourrois vousen rien dire que
vous ne ſçachiez Mademoisel
le de Liflebonne eſt une Princeſſe
des plus accomplies , tant
pour la beauté que pour lemerite.
Mrle Prince d'Epinoy
qui eſt de la Maiſon de Melun,
tire fon nom d'un Bourg de
Flandre , qui atitre de Principauté
,& qui eſt ſitué entre
Douay & Lille. Ileſt Colonel
d'un vieux Corps..
GALANT.
199
On prépare pluſieurs divertiſſemens
pour les plaiſirs de
l'Hiver . L'Academie de Mufique
doit commencer par un
Opera nouveau , ſous le nom
d'Aftrée. Il eſt de Mr de la Fontaine,
de l'Academie Françoiſe,
dont les Fables luy ontacquis
une fi grande réputation pour
ce genre d'écrire. Mr Colaffe,
Eleve de feu Mr le Lully, l'un
des quatre Maiſtres de Muſique
de la Chapelle du Roy ,
& quiadéja donné troisOpera
au Public, a fait la Muſique de
ce dernier.
Les Comediens François
commenceront leurs Pieces
nouvelles , par une Comedie
l'avanturier. Illa promirent dés
☐ l'Hiver dernier; mais comme
il ne ſe trouva pas affez de
200 MERCVRE
temps pour la jouër , elle fur
remiſe au commencement de
celuy cy. Tout ce que je vous
diray de cette Piece , qui ne
m'eſt pas inconnuë, c'eſt que
fon ſuccés depend de l'attention
que les Auditeurs. luy
préteront, parce que le ſujet
eſtantfort plein , & tout remply
d'incidens , dont il n'y en
a aucun qui n'ait liaiſonavec
un autre , il eſt malaiſé que
l'on n'en perde la ſuite &
qu'on s'apperçoive de ces liaifons
, pour peu que l'on foit
diſtrait. Ainſi tout ce qui compoſe
un corps agreable, pourta
ne paroiſtre qu'un amas de partics
détachées , aux ennemis du
filence , & qui vont plus à la
Comedie pour y troubler l'attention
de ceux auprés de qui
GALANT. 201
ils ſe trouvent , que pour l'écouter.
CettePiece , quoy que
comique , n'a rien de bas ny
rien d'équivoque dont l'imagination
puiſſe eſtre ſalie , &
comme ce qu'on y a meflé de
plaiſant n'eſt pas de la nature
que demandent les gens de
méchant gouft il ya ſujet de
croire que les perſonesd'efprie
s'y divertiront. Peut eſtre me
croirez -vous partial dans ce
que j'avance , comme ſi l'avois
- deſſein de prévenir le Public ,
dont les jugemens doivent
eſtre libres , & de l'engager à
décider ſur mes ſentimens ,
- mais vous ferez , s'il vous plaiſt
reflexionque je dis ſeulemens
de quelle nature eſt cettePiece
- fans aller plus loin. Ainſi je
laiſſe le champlibre pourjuger
202 MERCVRE
de toutes ſes parties. Je fais
meſme perfuadé qu'on ne peut
faire d'Ouvrages qui ſoient
applaudis generalement.Chacun
de ceux qui paroiffent ,
eſtant faits ſelon le genie particulier
de ſon Auteur,ne peut
eſtre que d'un gouft , & rien
n'eſt plus different que les
gouſts d'une nombreuſe Afſemblée.
Ainſi ceux dont les
Ouvrages ont un grand fuccés,
ne doiventpas croire pour
cela qu'ils ayent une approba
tion generale. Cependant ils
ont gain de caufe , parce que
la pluralité des voix l'emporte
dans les Tribunaux du Public,
commedans ceux de laJuſtice,
où lors que cette pluralité de
voix ſe rencontre , les Juges
ſont obligez de ſigner un ArGALANT.
203
reft , quoy qu'ilsayent été d'un
ſentiment oppoſé ; ou ſi vous
voulez , il en eſt desOuvrages
de Theatre comme de l'or
qu'on est obligé de peſer. S'il
fait trébucher d'un grain , il
doitavoircours comme eſtant
de poids.On peut dire la même
choſe lors que la pluralité
de voix ſe trouve pour un
Ouvrage. Il eſt receudu Public,
& paſſe dans l'Empire des
Lettres comme un Ouvrage
qui a cours.
Les Italiens préparent auſſi
Lune Piece nouvelle avec un
grand nombre d'agrémens à
leur maniere . Elle eſt intitulée
LePhenix , ou la Femmefidelle.
Le deſſein de l'Auteur est de
faire voir que comme il n'y a
riendeplus rare que le Phenix
204
MERCVRE
iln'ya rien auſſi qui le ſoit plus
qu'une Femme qui veüille
garder fidelité.
On apprend de Pignerol
qu'un de nos Partis de quarante
Maiſtres , s'eſtant embuſqué
entre Pontcalier &
Vigon , a pris trente- fix Chevaux,
& cing Charettes chargées
de butin , entr'autres de
fort belles Tapiſſeries , & qu'il
a coupé les Jarets à plus de
quatre-vingt boeufs , qui menoient
des Chariots qu'on ne
put conduire à noſtre Armée.
Ils n'avoient pour eſcorteque
dix Cavaliers , qui furent. tuez
ou pris.
Il y a des Places qui n'étant
pas aſſez bien fortifiées , ſont
toûjours ouvertes à l'Armée
qui s'en trouve la plus proche.
GALANT.
205
Carmagnole , Ville d'Italie
dans le Marquiſat de Sallufſes
, à deux milles du Po , &
àhuit ou neuf de Turin , eſt
de ce nombre. Nous l'avons
pris eny arrivant. Les Ennemis
ont été onze jours devant,
& y ont perdu du monde. On a
jugé à propos de le faire rendre,&
leGouverneur en a eu
ordre avant qu'on fût à la Paliſſade
, ce qui fait voir la prudence&
la bonté de la Cour ,
qui a plus ſongéà ne point hazarder
laGarnifon,qu'à fauver
laPlace. Comme les Ennemis
nes'attendoient pas à s'en rendre
Maiſtres ſans que ſa priſe
leur coûtaſt beaucoup de ſang,
les Affiegez ont fait eux mêmes
la Capitulation qui a eſté des
plus honorables. Il eſt vray
206 MERCURE
qu'à la fortie , les Allemans en
ont malufé , en inquietant la
Garniſon , dont ils ont volé
quelques - uns impunément.
C'eſt leur caractere . Les François
dont on affecte tant de ſe
plaindre , font beaucoup plus
ſages , mais le chagrin qu'on a
de les voir triompher par tout,
faitqu'on ſe plaint d'eux, comme
s'ils faifoient la Guerreautrement
que dans les regles ,
qu'ils obfervent mieux que les
Allemans . Ce que ces derniers
ont fait dans cette occafion
n'est pas ſeulement de
leur caractere , mais ils ont cru
qu'une telle violence eſtoit du
gouſt de leurs Chefs. Les En
nemis avoient attaqué Carma
gnole par trois endroits , fait
quelques travaux , & preparé
{
des
GALANT.
207
des balots de laine, comme s'ils
euſſent aſſiegé Belgrade. Cela
n'a pas empêché qu'il ne leur
enait coûtébeaucoup de mon
de , fans que nousyayons per.
du plus de trois hommes . Le
Regiment des Gardes de Savoye
, & celuy de la Croix
Blanche , ont extremement
fouffert . La Place n'eſtoit fortifiée
que de terre nouvellement
élevée,& par conſequent
infultable , fi toſt qu'on ſe ſeroit
rendu maiſtre du chemin
couvert. Les Ennemis menacent
Suze , mais cette Conqueſte
ne leur ſera pas facile à
faire. Ils ſe ſont déja avancez
du coſté du Col de la Fenestre
où ils ont eſté repouſſez . Nous
avons huit Camps fortifiez fur
les hauteurs de Suze , avec du
Canon ,& quinze cens hom-
Octobre 1691 . K
208 MERCVRE
mes travaillent à eſcarper la
Montagne du Château. Joignez
à cela , que quand toutes
ces difficultez ne s'y rencontreroient
pas, les François
ontaccoûtumé de bien garder
ce qu'ils ont reſolu de ne pas
perdre.
Al'égard des Quartiers d'hyver
des deux Armées , il eſt
plus avantageux aux François
de les prendre en Savoye& en
Dauphiné , qu'en Piedmont ,
pour pluſieurs raiſons. Premierement
, parce que les
Troupes auront moins à ſouffrir;
que n'agiſſant point pendant
l'hiver , elles n'y ont que
faire qu'à l'ouverture de la
Campagne , & qu'ainſi il leur
fuffit d'avoir pluſieurs paſſages
poury entrer quand on le jugera
à propos. Que ſi on hiGALANT.
209
vernoit en Piedmont les Garniſons
de Pignerol & de Suze
ne pourroient faire de courſes
pour harceler les Ennemis ,
puis que nos Troupes feroient
pardela , au lieu de celles des
Ennemis ; & que d'ailleurs
le Piedmont ſera plus ruiné
pendant l'hiver par les Troupes
Allemandes , qu'il ne l'auroit
eſté par les François : &
que comme on doit toujours
chercher à affoiblir ſes Ennemis,
il les faut autant qu'on
peut, laiſſer affoiblir par euxmeſmes
, fans qu'il nous en
coute rien.
Le Prince d'Orange a donné
une grande mortification
au Marquis de Caſtanaga. Ce
Marquis eſtant allé le voir
avant que ce Prince partiſt de
l'Armée , il luy fit dire qu'ilfe
:
1
K 2
210 MERCVRE
retiraft, qu'il ne le vouloit point
voir, & qu'ilſongeast àse rendre
à Madrid , où il estoit attendu
pourvendre compte de ſa conduite.
Le Marquis de Caſtanagna ſe
retira tout conſterné , ſans ofer
faire aucune réponſe auPrince
d'Orange , qui s'eſt ainſi mis
fur le pied de gourmander tout
le monde. Ce n'eſt pas que ce
Marquis ne ſe ſoit rendu digne
de ce traitement.Il ſemble que
leCiell'ait ainſi permis, & que
ſa juſtice agiſſe en cette rencontre
, pais qu'il avoit eſté
des premiers à luy donner le
titre de Roy ,& à publier qu'il
avoit eu raiſon d'envahir l'Angleterre.
Le Prince d'Orange
donnede l'inquietude à bien
d'autres , & fi les plus ſenſez
des EtatsGeneraux gardentle
filence , ils ne laiſſent pas de
GALANT. fir
penetrer ſes deſſeins ,& ceux
à qui ce Prince s'eſt ouvert
fur la reſolution qu'ila priſe
de laiſſer un jour en Hollande
un Milord , pour y exercer en
fon nom , & en fon abſence ,
ſa Charge de Statouder , ſe
trouvent furieuſemenr mortifiez
, & voyent bien que lors
qu'ils feront entierement épuiſez
d'argent &d'hommes ,
comme il les en épuiſe tous les
jeurs, il faudra neceſſairement
fubir le joug, parce qu'ils fetõt
trop foibles pour s'y oppofer.
Ceux qui ont expliqué la
derniereEnigme ſur le motde
L'Eau de la Riviere,en ont trouvé
le vray ſens,& ce fontMrs
du Hamel de l'Hôtel de Lyonne,
L. Bouchet,ancienCuré de
Nogentle Roy , C. Bellier de
la Plante , Cochepin ; Maroy
1
K
3
212 MERCURE
P
de la ruëde la Harpejde Boulogne
, de Beaurepaire d'Abbeville;
de Griffon , le Pere du
Puis , Bouchel , Dorſeval , de
Cramaille & fon Epouſe ,
Michelle Jeune , le Comte de
Quermeno , de Bigarne & de
l'Orme , Officiers du Preſidial
de Chaſtillon ; Prud'homme ,
le Favory de la belle Allemande
& ſes Soeurs; le GentilhommeCourtiſan
du Cardinal
le Moine, le petit menageuny
du Quay de la Megifferie; &
l'inconnu de la ruë S. André
des Arts , Meſdemoiselles de
Louche & Ravet , Antoinette
& Marie Bellier , Marie Berger,
de Bel air , AnneCharles,
la Belle Aveline du Quay de
la Tournelle ; la belle Avenuë
dela ruë du Petit Pont , & la
tres - charmante Brune de la
ruë de la Harpe
:
GALANT. 213
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye , eſt d'un homme
que vous eſtimez , & de la
plume de qui il ne part rien ,
qui ne ſoit d'un fort bon
gouft.
ENIGME.
Nme connoift aßez , je n'ay ONv
ertu ny vice.
Iefuisdediverſes couleurs ,
Etplaisfurtoutauxjeunes coeurs,
Quoy que fortfujet au caprice.
Ie parois toujoursfort commode
On fait de moy ce que l'on peut.
Mais non pas ce qu'on veut
Ieferay toujoursàlamode.
*
Le n'ay point de chagrin , mais bien
Souventj'en donne ;
Pour m'avoir favorable onfait en
vaindes voeux.
K 4
214
MERCURE
7
Ce n'est qu'aux plus heureux
Aquije m'abandonne.
Onm'afaitpour le Roy , le Mar
chand, le Soldar ,
Pour la Coquette&la Devote,
Pour la Prude &la Sotte ,
Etplus jeplais, plus onme bat.
Rien ne peut eſtre plus de ſaiſon
que les paroles de l'Air nouveau que
je vous envoye..
AIR NOUVEAU,
LE Printemps revient tous les
ANS;
Afon retourtout renouvelle.
Cetteſaiſon est la plus belle
Pourles Bergers & les Amans.
Moy qui n'aime que la vendange..
C'est à l'Autonne que j'en voeux ,
Et jenem'apperçois que la nature
change..
5
QUE DE
3
LYONE
*1893*
21
prend
noule
du
Hon
cette
eſtoit
criaux
mille
Grand
Fau-
רטס
f
quoy que toute leu
ſoit diſſipée pendant
temps , leur perte ach
grande, parce qu'il leu
plus facile de raſſembl
Fuyards , qu'aux Impe
de faire revivre des Mor
ceux qui feront attention a
Combat verront bien qu
eſtoit impoſſible que les Imp
riaux ayant perdu dix - hu
Κε
214
Cen
:
Aqu
Onm
Rien
que lesp
je vous e
Ab
LEPrintemps revient tous les
ANS
Afon retourtout renouvelle.
Cetteſaiſon est la plus belle
Pour les Bergers& les Amans.
Moy quin'aime quelavendange,
C'està l'Autonne que j'en voeux ,
Et jenem'apperçois que la nature
change.. :
GALANT . 21
Que quand le vin nouveau prend
laplaceduvieu.x..
Enfin on a receu des nouvelles
par Conſtantinople du
grand Combat donné enHongrie
, à l'ouverture de cette
Campagne . La Victoire eſtoit
complette , & les Imperiaux
avoient perdu dix- huit mille
hommes , lorſque le Grand
Viſir futtué d'un coup de Fauconneau
, ce qui fut cauſe que
les Tures ſe debanderent. Ainfi
quoy quetoute leur Armée ſe
ſoit diſipée pendant quelque
temps , leur perte a eſté moins
grande, parce qu'il leur a eſté
plus facile de raſſembler des
Fuyards , qu'aux Imperiaux
de faire revivre des Morts &
ceux qui feront attention à ce
Combat , verront bien qu'il
eſtoit impoſſible que les Imperiaux
ayant perdu dix - huit
Κ
216 MERCURE
mille hommes , d'une Armée
qui n'en avoit pas quarante ,
euſſent tué vingt cinq mille
Turcs. Il en reſtoit trop peu
de vivans pour faire un fi
grand carnage , & ceux qui
reſtoient eſtoient trop las , &
trop fatiguez d'avoir combata
longtemps , pour en tuer, un fi
grand nombre. Il eſt fi vray
que la perte des Imperiaux a
eſté auſſi grande que les Turcs
l'ont publié , que l'Empereur
craignantque l'on nes'en apperçût,
a deffendu que tous
ceux qui ont eu des Parens .
tuez dans cette Bataille , en
priſſent le deüil , ſe perfuadant
qu'encore que cela pût faire
croire qu'on avoit beaucoup
perdu , on auroit peine às'imaginer
que la perte fuſt ſi grande.
On écris de Rome que les
GALAN T. 217
Auſtrichiens commencent à
parler plus bas de la Victoire
remportée fur les Turcs , &
qu'ils avoient qu'il n'eſtoit
reſté de l'Armée des Imperiauxqu'envion
dix-huit mille
hommes en eſtat de ſervir
&quele Prince Loüis de Bade
en avoit envoyé demander à
l'Empereur vinge mille avec
une ſomme tres- confiderable ,
faute de quoy , non ſeulement
il ne pourroit rien entreprendre
de cette Campagne , mais
il ne pourroit pas meſme s'oppoſer
aux entrepriſes des
Turcs. Tous les fonds que
l'Empereur avoit faits pour la
Guerre,ſont entierement epuifez,&
il ne voitaucuns moyens
d'en trouver d'autres , ſi ce
n'eſt par de nouvelles taxes
que ſes Sujets ne pourrone
payer , ayanteſté ſi fort epui
218 MERCVRE
ſez par les precedentes , qu'il
leur eſt impoſſible d'en payer
d'autres. On confirmeque les
Tures ont paſſe la Save. Plufieurs
de leurs Partis font de
grands ravages en Esclavonie ,
&les Imperiaux ne manquent
pas d'inquietude de ce coſté là.
Le Seraſquier qui n'a pointeſté
tué ,yattend un grand Corps.
de Janiſſaires . Il eſt habile &
entreprenat & la maniere dont
il s'eſt comporté dans le Combat
dernier , doit vous faire
craindre de ſa valeur,& de fon
experience. Le Caimacan de
Conſtantinople a eſté fait
Grand Viſir à la place de Cuprolitué.
Comme il avoit eſté
nommé à l'employ de Caimacan
par ce premier Miniſtre ,
il eſt à croire qu'il a ſes ſentimens
& ſes manieres. Ainfi
L'on doit preſumer qu'il mare
GALANT. 219
chera fur le mefme pied. Il eſt
fier & emporté , qualitez peu
pacifiques . Auſſi quand il auroit
à parler de Paix , il n'y a
pas de vray ſemblance qu'il le
fift preſentement. Il faut qu'il
affermiſſe ſon autorité , qu'il
prenneconnoiſſance des affai.
res de la Guerre qu'il ne ſçait
pas encore parfaitement , fon
employ n'ayant eſté juſqu'icy
que pour ce qui regarde la Juftice
& la Police. Il faut aufi
qu'il aille prendre les ordres du
Grand Seigneur qui eſt indifpofé
, &voir fur les lieux l'eſtat
des Troupes . D'ailleurs, quand
elles ſeroient en beaucoup plus
mauvais état qu'elles ne font ,
il n'y a rien à craindre à la fin
d'une Căpagne, des Imperiaux
affoiblis . S'ils ſe hazardent à
faire quelques entrepriſes d'un
coſté , les Turcs inquieteront
220 MERCURE
de l'autre. Ainſi ayant tout
'Hyver à ſe reſoudre s'ils doivententendre
ou non à la Paix ,
pour laquelle le Princed'Orangeles
fait preſſer , il n'y a guered'apparence
qu'ils en traitent
, en cas qu'ils ayent ce def.
ſein , avant l'ouverture de la
Campagne. Les Turcs font
grands Politiques & peu empreſſez
, même pour les choſes
qu'ils souhaitent davantage ,
mais il importe au PrincedOrange
, dontla Politiqueeft de
faire femer de faux bruits pour
faire des dupes , de publier
que les Turcs traitent de la
Paix , afin d'engager encore
plus fortement ſes Alliez à ne
pas renoncer à fonparty.
Je ne doute point que vous n'appreniez
le ſort de Limeric avant que
de recevoir ma Lettre , puis qu'elle
ne peut vous eſtre renduë que quelGALANT.
221
ques jours aprés que je l'auray ache.
vée. Cependant j'ay des choses affez
particulieres à vous dire du Siege de
cette Place que vous n'avez peuteſtre
pas ſçeuës. Lors que les Anglois
s'en approcherent , ils emporterent
l'épée à la main quelques Forts
qui estoient aux environs. Les Troupes
qui les abandonnerent montoient
àprés de quatre cens hommes , qui
prirent le party de ſe retirer dans la
Ville ; mais le Gouverneur craignant
que les Ennemis qui pourſuivoient
les fuyards n'entraſſent avec ces
Troupes,ſe vit obligé , quoy qu'avec
chagrin,de leur fermer les portes , le
ſalut public prevalant à celuy des
Particuliers . Comme il eſtoit plus à
propos de facrifier quarre cens home
mes,que d'expoſer la Ville au pillage,
il y en eut une partie de tuez ,& le
reſte fut fait prifonnier.Les Irlandois
qui eſtoient dans la Place ſupporterent
impatiemment le malheur de
leurs Compatriortes,& quelques uns
voulurent ſe mutiner , de forte que le
Gouverneur eut de la peine à les retenir
dans le devoir. Il y en a meſme eu
quelques uns , qui ont trahy , & qui
222 MERCURE
quelques-uns qui ont trahi & qui
ont eſté cauſe que les Ennemis qui a.
voient attaqué la Place du plus foible
coſté,l'ont attaquée par le plus fort,&
qu'ils ont fait un Pont qui la mettoit
en danger. Cependant on affure
qu'ils n'en ontpas profité. On a fort
preffé leGouverneur de capituler. H
ademandé qu'on fiſt venir dans la
Place deux Eveſques , & neuf Offi
ciers des Troupes qui font en Campagne
, avec lesquels il confereroit ,
&que ſuivant le reſultat du Conſeil
qu'ils tiendroient , il feroit ſçavoir
s'il entreroit en pourparler pour capituler
; mais qu'il declaroit par
avance qu'il ne capituleroit point ,
qu'il ne fuſt permis à la Garniſon , &
à l'Armée qui est en Campagne , de
paffer en France. Les Lettres qui portent
cette nouvelle en datte du 4 de
ce mois,diſent qu'en vertu de ces demandes,
il devoit y avoir une ſuſpenfion
d'Armes pour trois jours ,& c'eft
peut- eſtre ce qui a donné lieu de dire
que la Place avoit eſté rendue le 4. Il
ya du temps que Mr de Chaſteau
Renaud avoit ordre de partir avecun
grand Convoy , mais les vents ayant
GALANT.
223
toujours efté contraires , il ſe trouva
enfin en eſtat de mettre à la voile le
22. & eſtoit à pique lors que les
Lettres de Breft partirent, c'eſt à dire,
qu'il n'attendoit plus que la Marée
pour fortir du Port. Voicy en quoy
conſiſte une partie de ſon Convoy.
Lieutenans Colonels ,
3
i
1
Majors , 6
Capitaines , 42
Lieutenans ,
42
Enſeignes , 42
Aumôniers , 8.5
Maréchaux des Logis 12-
Sergens , 25
Chirurgiens ,
Poudre ,
50000
Balots de Mousquets 214
Balots de Fufils,
242-
Méche , 20000
:
Pierres à Fufil , i 20000
Quailles à Moulins à bras, 99
Souflet , & Enclume , I
Plomb en tables , 3000
Plombien Saumous ,..
17104
Tonneaux de blé , &c..
Je viens d'apprendre que M.l'Abbé
deVillars, Agent du Clergé, eſt mort :
400
K.
224
MERCVRE
en fix jours à Florence , d'une fiévre
pourprée, lors qu'il revenoit de Rome .
il promettoit beaucoup,& s'eſtoit acquis
une eſtime generale. Il eſtoit Abbéde
Montier en Argonne , Fils de
Mr de Villars qui a eſté Ambaſſadeur
enEſpagne , & Frere de Mr le Marquis
de Villars, Commiſſaire general
de la Cavalerie. Je ſuis , Madame ,
voſtre , & c.
AParis ce 31. Octobre 1691 ..
AVIS .
On donnera le 15. du mois de
Novembre,le ſeptiéme Entretien
Sur lesAffaires dutemps. Ilnefera
remply que de Faits, dont plusieurs
jusqu'àpreſentont esté ignorez .
Il s'eſt gliffé quelques fautes dans
l'article du Jeu nouveau , dont on a
donné les Regles dans ce Volume.
Liſez dans la onzième Regle , Ilya
de l'avantage a faire , parce que fi celuy
qui fait , retourne un Valet
un As , &c. Il faut lire dans la
douziéme regle , Quand on retourne
un Roy ou une Dame , le privilege, &c.
ou
A
S
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014
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224
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fait , retourne un
As , &c. Il faut lire dans la
buziéme regle , Quand on retourne
Roy ou une Dame , le privilege, &c.
RMANIA
1666 .
SERVATA
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= LYON
77
YON
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1893
3
10
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47
ле-
53
lede
14
64
92
98
66
77
5 la
رد
6
3.

TABLE. 1
Relude..
3 Odepour leRoy.
Lettre d'un Philosophe àMademoi.
Selle de Scudery , fur les maladies
des Vapeurs.
Mort deMr le Duc de la Feüillade ,
& Gouvernement donné à Mrle
Ducfon Fils. 47
Penſion donnée à Mr Seron , Medecin..
53
Mariage de Mrle Comte de Ville .
neuve , &de Mademoiselle de
Castelnau .
Quvrageſur la folitude..
Mort de l'Electeur de Saxe,
14
64
9.2
Sonnets de M. de Tierceville. 28.
Ieu nouveau . 99
Céremonies luifves faites dans la
Synagogue d'Amsterdam, à l'occafion
de l'Envoyéde Maroc.116
Effets Surprenans de l'esprit d'un
TABLE
Enfant agé de quatre ans&det
mi. 139
Election d'un nouveau Doge de
* Genes.
140
Intendances donnéespar leRoy. 143
Morts. 145
Nouvelles Cartes de Norvverge
Dannemark, Catalogne& Rous
fillon. 161
Gouvernemens &Charges données
parteRoy. 165
Mort de Mr deBenferade. 172
Histoire. 178
Journaldes deux derniers mois.de la
Campagnede Flandre . 188
MariagedeM.le Prince d'Epinoi ,&
de Mademoisellede Liſlebone.197
Divertiſſemens nouveaux. 199
Affaires de Piedmont 204
Enigme. 213
Affaires de Hongrie.. 215
Affaires d'Irlande. 221
Mors de Mrl' Abbéde Villars. 2233
Fin de la Table..
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le