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1691, 08 (Lyon)
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EXBBIIBBLLIIOOTTHECA
AUGUSTINIANA
LVGDUNENSI
807156
MERCURE
GALANT
ZAT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
THEQUE DELA
LE DAUPHI
AOUST
169
LYONTI
1233*
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere au Mercure Galant.
M.. DC . XCI.
Avec Privilege du Roy,.
1 7
TABLE ..
Prelude.
Tiphon & les Geans , Prologue.
Discoursfait en presentant le corps
de M. de Louvois , au Curé de
l'Eglise des Invalides. 14-
Discoursfart enpreſentant le coeur
de ce Ministre aux Capucines. 18
Services faits pour le mesme. 21
Les Dieux au Confeilfurladestinée
du Prince d'Orange ..
Le Veil Oiseau , Fable.
22
64
Réponse faite à undes Discours de
68 M. de la Broſſe.'
La Ialousie des Enfansde lacob.98
Détailcurieux de tout ce qui s'est
passé à Strasbourg touchant le
feu mis aux Magazins de cette
Ville- là.
$8
LeCabinet des beaux Arts . II2
Carted'Alface. 1161
Education de M.de Moncade.117
Ouvrages nouveaux.. 124
TABLE........
Profeſſion digne d'estre remarquée..
126
Benefices donnez 129
Histoire. 131
Lettre deM.Boileau furlaretraite
de M.le Marquis de Santenas à
la Trape. 135
Confrairie remarquable . 164
Ladéfaitedela Ligue d' Ausbourg,
parM. de Comicts. 168
Morts. 169
M. de Barbezieux est pourvende la
Charge de Chancelier& Garde
des Seauxdes Ordres du Roy. 195
Servicesfolemnelsfaits pourlerepos
de l'ame de Mr de Louvois. 196
Journalde ce quis'est passé en Allemagne
pendant lemois d'Aouft.
205
Iournalde ce qui s'estpaßé en Flandre
depuisle 22. de iuillet. 215
Enigme. 238
Nouvelles de differens endroits.240
: Fin de la Table..
MERCURE
GALANT
BIBLIA
LYON
AOUST
1693
L
: Es grands Capitaines
ne font pas ordinairement
fort habiles
dans le Cabinet ; & ceux qui
entendent parfaitement le
Cabinet , feroient ſouvent fort
embaraſſez à la teſte d'une
Armée. Ce n'eſt pas qu'il ne
ſe ſoittrouvé des hommes qui
Dont fait paroiſtre un merite di-
Aoust 1691 . A
2 MERCVRE
Aingué en maniant la plume
& les armes , en conſeillant , &
en ſe battant ; mais il ſemble
qu'ils n'ayent jamais fait l'un
&l'autre enſemble avec la plus
haute distinction , & du moins
n'en voyons nous point qui
ayent fait la deſſus ce quetoute
l'Europe a vû faire au Roy .
Jamais Monarque n'a pris plus
de Places en perſonne. Iamais
Souverain n'a fait de fi grandes
choſes dans le Cabinet. Intrepide&
infatigable à la guerre ;
laborieux , & aſſidu dans le Cabinet,
fuperieur par tout à ceux
qui commandoient ou qui
travailloient ſous luy , il a fait
voir qu'il ſçavoit auffi bien
executer qu'ordonner ; qu'à
l'armée il n'avoit pas beſoin de
leçons ny de Miniſtreau Cabinet
, & qu'il sçavoit regner en
د
GALANT .
3
grand Politique. Il remplit
aujourd'huy luy même l'Employ
de feu Mr de Louvois ,
pour les affaires les plus ſecre
tes de la guerre. Il écrit de ſa
main ce qu'il luy ordonnoit
d'écrire , & ceux qui estoient
chargez des affaires les plus
importantes ſous ce miniſtre,
furent furpris de voir , lors
qu'ils curent l'honneur de l'entretenir
, qu'il auroit pû luymême
rendre auſſi- bien qu'eux
le compte des affaires dont ils
l'entretenoient , & qu'il les
poſſedoit mieux qu'ils ne fai
foient , ce qui marque que
tout n'agiſſoit que par luy ,
que quoy qu'un de ſes plus
grands Miniſtres ſoit mort
ſubitement , & fans avoir cu
le temps de l'entretenir, il n'en
ſçait pas moins ſes affaires ;
4
A 2
4 MERCURE
qu'ainſi les Ennemis de l'Etat
ſe réjoüiront inutilement de
cette mort , & que tant que le
Roy vivra , la France ne sçauroit
faire de perte qui ne ſoit
reparable, à cauſe de la parfaite
connoiſſance que ce Monarque
a de tout ce qui regarde
la grandeur de ſon Royaume,&
du bon ordre qu'il y met.
Mr de Louvois n'avoit que
vingt- trois ans quand Sa Majeſté
commença à luy donner
les Inſtructions neceſſaires
pour le ſervir ſelon ſes intentions
; & l'on doit tout eſperer
de Mr de Barbeſieux , puis
qu'entrant dans les affaires au
meſme âge qu'avoit fait feu
Mr de Loavois , ſon Pere , le
Roy qui s'y trouve encore plus
conſommé , veut bien avoir la
meſme bonté , & prendre pour
GALANT .
luy les meſmes ſoins .
Mr des Forges , a fait un
Prologue ; intitulé Les Géans.
Le deſſein qu'il a en dans
cet Ouvrage ſe fait affez cons
noiſtre ſans qu'il foit beſoin
de l'expliquer. Il a eſté mis
enMuſique par Mr de Broſ,
fard , Maistre de Muſique
de la Cathedrale de Strasbourg.
精粉粉粉粉
PROLOGUE.
TIPHON ET LES GEANTS.
LES GEANTS.
ASfeurons noftre vangeance
Contre le Dieu tropglorieux
Quifaitsentir en tous lieux
A3
MERCVRE
L'exces deſa puiſſance.
TIPHON.
Le puiſſant Jupiter , tout fier de
ſes exploits ,
Depuis affez long- temps fait crain
dre ſon tonnerre
Et menace toute la terre
' Del'aſſujettiràses loix.
Depuis affezlong-temps Bellonne&
la Victoire
Font leurs plaiſirs les plus douxe
D'éterniſerſa memoire ,
Sans referver unseul moment pour
NOUS.
Vangeons- nous de l'exces de sa valeur
extrême .
Uniſſons nos cent bras contre fon
Diadéme ,
Etplus heureux
Que ces Titans fameux
Qui braverentjadissa puiſſance
Suprême ,
Arreſtons de ces faits le cours impe
tueux;
GALAN T.
7
Que malgréses efforts iltombe enfin
luy-méme.
CHOEVR DEGEANTS.
Uniffons nos cent bras , &c.
MERCURE paroift .
Temeraires Mortels , vos efforts
feront vains.
Que vous fert - il d'ofertrop en
treprendre?
Leprudent Iupiter inſtruit de vos
deffeins
Sçaura facilement contre vousse
défendre.
Son bras toûjours victorieux
Adéja mis ſous fon obeiffance
Mille Peuples audacieux...
Craignezde reffentir comme eux
Le triste effet desavangeance.
Calmez, calmezplutoft ce vainqueur
irrité ,
il est trop dangereux de vouloir luy
déplaive ,
Ceffez d'animerſa colere
A 4
MERCURE
Son grand coeur oubliera voſtre te
merité.
CHOEVR DE GEANTS.
Nous mépriſons ce Dieu terrible,
De nostre audace en vain on croit
nous voirpunis.
Eft ilrien d'impossible..
Atant debrasunis ?
MERCVRE .
Bien- toft de vostre indigne offence
Vous recevrezle juſte châtiment.
Vous vous armez contre luy vai
nement
CeDieuSeul contre touspunira l'in
folence.
Mars en tous lieux accompagne-
Sespas ;
Malheureux , redoutez la force de
Sonbras..
CHOEVR DEGEANTS.
Nousmépriſons ce Dieu terrible
Denostre audace en vain on croit
nousvoirpunis..
GALANT..
Est- il rien d'impoſſible
A tant de bras unis ?
ΤΙΡΜΟΝ.
Ilest temps que chacun animeSon
courage.
Pour braver la valeur de ce Dieufi
puissant , (naçant
Opposons de ce Montlesommet me-
Afon trop rapidepaſſage ,
Etqueson Regneflorißant
Acent Peuplesjaloux neportepoint
ombrage.
Mais déja des Tambours nous end
tendons le bruit .
C'eſt Iupiter qui nous poursuit ,
Herculeprés de luy contre nous s'iNAteresse.
Courons aux armes,Ictemps preffe
CHOEVRDEGEANTS.
Iupiter nous pourfunt ,
Courons auxArmes, le temps preſſa
Jupiter lance ſon Tonnerre.
AS
MERCVRE
1
:
TIPHON.
Quoy rien ne peut rallentirfons
ardeur ?
Saprefence partout inſpire latera
reur ,
Toutferendàſa voix , tout flatte
Sonenvie,
CeMont firedouté devant luys'hu
milie.
Quelle honte pour nous?quellegloire.
pour luy !
Faut. il que nous fervions de lustre
àson Histoire,
Etn'aurons- nous armétant de bras
aujourd'huy
Que pourestre témoins de l'excéss
defa gloire ?
CHOEVR DEGEANTS.
Ab!fuyons , l'ennemy s'avance
prés de nous ,
Evitons, s'ilse peut,la fureur de
fescoups
GALANT.
SUIVANS de Jupiter qui pour
fuivent les Geans.
Ingrats,vostrefuite eſt vaine ,
Nous vous poursuivrons entous
lieux.
Recevez lajustepeine
De vos efforts audacieux.
JVPITER.
Des Ennemis liguez jesuis en
finle Maistre ,
Et leursfoins ont esté perdus.
Ils ont appris à me connoistre,
Lefeul bruit de mon nom les a tous
confondus.
Mortels heureux,gouftez en assu
rance
Les doux momens que vous offre?
mon bras . C
Vivez en paix , vivez ſans embarras
,
Iupiterprendvoſtre défense..
A
12 MERCVRE
CHOEUR de Mortels & de
Bergers.
Vivons en paix,vivonsfans em
barras ,
Iupiter prend noſtre deffense..
Goûtons en afſeurance
Les doux momens que nous don
nefon bras.
"Monorons à jamais un Dicufimagnanime
,
Que nos chants redoublez réfon
nent dans les airs !
Qu'un mesme zele nous anime ,
Ilest digne de Concerts,
Que de mille bienfaits il comble
noſtreure ,
Qu'il triomphe toujours en dépit de
l'envie,
Que l'immortalité ne l'arrache à
nosyeux...
Quepour brillerparmyles autres
Dieux .
GALANT.
13
Marquons-luy les transports que fa
presence inspire;
Il merite lesfoins que nous prenons
pourluy.
Quepar toutson grandnom reten
tiffeaujourd'huy ;
Puiſſions nous àjamais admirerfon
Empire.
د
DEVX BERGERS.
Preparons luy des jeux nouveaux
Quenos chants les plus beaux
Succedent au bruit de la Guerre
GeDieuventbiensuspendrefonton-
Berre
Pourpartagerſous nos Ormeaux
Les champestres plaisirs de nosfimpleshameaux.
GRAND CHOEVR.
Honorons à jamais ce Dieu si mas
gnanime
Que nos chants redoublez réfon
nent dans les airs,
14
MERCURE
Qu'un mesme zele nous anime
Il est digne de nos Concerts.
Vous ſçavez , Madame ,
que feu Mr de Louvois , a pris
de grands foins pour la conftruction
du Baſtiment des Invalides
, & qu'il y venoit ſouvent
donner ſes ordres , & voir fi
l'Ouvrage s'avançoit. Quinze
jours avant ſa mort , lors qu'il
eſtoit ſous le Dôme de l'Egliſe
de ce magnifique Baſtiment , il
ditque ce ſeroit là le lieu de ſa
ſepulture , ce qui s'eſt trouvé
bien toſt aprés. Voicy le Difcours
que fit Mrle Curé de
Verſailles , qui eſt du nombre
des Miſſionnaires ,& dans une
ſi grande eſtime parmy eux ,
lors qu'il preſenta le Corps.
à celuy qui le receut aux In--
valides..
GALANT.
可
Nous vous apportons , Mon
fieur , parmyles gemiſſemens
d'une Maison illustre & desolée ,&
parmy les larmes de tout le Royaume,
Les tristes reſtes que la mort, toujours
fourde & impitoyable aux defirs
aux voeux, & auxdeſſeins des hommes
, toujours soumise aux ordres
éternelsdeDieu , nous. a laiffez de
haut &tres - puiſſant Seigneur Michel.
François le Tellier , &c . Il est
aisé de juger de la grandeur de la
perte que l'Etat vient de faire ,
par la conſternation generale dont
ce coup impréven a frapé tout le
monde. La vaſte étenduë de fon
esprit , àqui rien n'échapoit , fon
application continuelle aux affaires
publiques,laſageſſe deſes conseils,
ſavigilance àtout prévoir , àtout
regler,àtoutdécouvrir juſquedans
lesSecrets lesplus impenetrables des
L
16
MERCVRE
Ennemis du Royaume ;son activite
ar foudre & aixecuter , fon bonheur
qui ne l'a point quittéàréussir
danstoutes ses entreprises ; sa prudence
à ne laifferpaffer aucune oc
caſionfavorable à lagloire du Roy ,
ou de la France , sa fidelité àjon
Service , font des qualitez qui ont
esté ſi eminentes & fi connues en
luy , qu'elles leferont regreter éternellement
, & feront defiverà tous
les fircles d'avoir d'auſſi grands
hommes , qui luyfoient ſemblables..
Utile à la Patrie qui se voit attaquée
de toutes parts , & quijuſques
à present n'a pû estre entamée
craint & redouté de nos Ennemis
cher &neceffaire àſon illustre Famille
, & pour dire beaucoup de
choses en unfeulmot , digne Inſtrument
des grandeschoses que LOVIS
LE GRAND a entrepriſes ,
ن م
qui rendrontfon vom , & le temps
2
9
GALANT.
17
de son regne immortel & toujours
preſentàtous lesfiecles , falloit- il
que la mort vinst nous l'enlever ?
Adorons dans cette affliction publique
la Iustice de Dieu qui nous a
frapez, & qui nous a voulu faire
Senfiblement connoiſtre ce qu'est enfin
devantluy tout l'éclat des honneurs
& des plus hautes fortunes.
Implorons pour luy &Sur luysa mifericorde
,& que tous ceux quise
repoſenticy aprés les rudes & penic
blestravaux de la guerre , se fouvenant
qu'ayant esté exposez autrefois
ſous ses ordres à degrands
perils pour le bien de l'Etat , ils
joüiffent maintenant par ſes ſoins
des douceurs d'une vie paisible, employent
avec nous leurs voeux &
leurs prieres pourdemander au Ciel
d'eſtre la conſolation de ſon illustre
Famille , qui reverra principalement
en celuy qui fuccede à ses
18 MERCVRE
grands Emplois , ſes nobles qualiicz,&
pour leſupplier de luy accorder
le repos defon ame.
Le coeur de ce grand Miniſtre
ayant eſté porté à l'Egliſe
des Capucines , y fut receu par
le Confeffeur de ces ſaintes
Filles , qui fit à celuy qui le pre
ſentale Diſcours ſuivant.
I Aperte que nous faiſons,Mon
fleur , dans la mort de Mr de
Louvois eſtſigrande , que nous la
regardons comme une pertegenera.
lepourtoutle Royaume, mais particulierement
pour l'Ordre duquelje
fuis trop heureux de porter l'habit ,
& dont il a foutenu les interests
comme un veritable Pere . Neanmoins
si nous estions capables de
recevoir quelque confolation dans
une douleur ſi preſſante , ce seroit
depoſſederfon coeur qui avoit toutes
GALANT..
les nobles qualitezque le Prophete
RoyalSouhaitoit pourlefien. Ilfou .
haitoit un coeurpur ,un coeur nou .
veau , & un coeur droit. Celuy de
Mrde Louvois a poffedé ces trois
grandes qualitez . Il a eu un coeur
purpour son Dies, un coeur nouveau
pourson Roy, & un coeur droit dans
l'administration des affaires ; un
coeurpur pourfon Dieu , puis qu'il
fe faisoit une application ferieuse
de tous les devoirs du Chriftianisme,
ce qui faisoit qu'on pouvoit dire
de luy : Lex Dei ejus in corde
ipfius , que la Loy de Dieu estoit
écrite dans son coeur. Il avoit un
coeur nouveau pour son Roy , puis
qu'ayantparu inépuisable dans tous
les deſſeins de procurer sa gloire ,
aussi bien qu'infatigable dans les
foins de les faire executer , il avoit
paru toujours comme nouveau.Enfin
ila cu un coeur droit dans l'admi
20 MERCVRE -
nistration des affaires , puis qu'ils'y
effcomporté d'une maniere irreprochable
, s'attirant l'admiration &
l'amourde tous les bons François ,&
fermant la bouche à la jalousie la
plus outrée. Ainfi recevant ce coeur,
ilnenous reste qu'à former à noſtre
tour les voeux du mesme Prophete
Fiat tibi fecundum cor tuum ,
&omne confilium tuum confirmet.
Que lagloire ,le bonheur,
&le repos qu'il a toujours souhaité
au Royaume luy arrive ,&que tous
lesfages conseils qu'il a donnez
Soient confirm.ez
Il eſt certain que l'Ordre
des Capucins perd beaucoup
à lamortde ce Miniſtre , qui
les aſſiſtoit conſiderablement
par ſes charitez , & qui leur
faisoit baſtir à Meudon une
Eglife toute neuve. Tous les
GALANT.
2万
1
Recolets du Royaume , à qui
il faiſoit auſſi du bien ont
د
ditlaMeſſe pour le repos de
foname .
M. l'Abbé d'Eſpalungue ,
Docteur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne , Preſident
du Seminaire Royal de Doüay ,
n'eut pas plûtoſt eu la nouvelle
de ſa mort , que voulant
marquer combien il reveroit
ſa memoire , il fit faire un Service
ſolemnel dans ſon Seminaire
, ce qui fut continué par
des Prieres que firent pendant
pluſieursjours tous les Preſtres
dont ce Seminaire eſt compoſé
. L'Vniverſité , les Chartreux
, & d'autres Communautez
de la meſme Ville ,
ſuivirent ſon exemple, & donnerent
des témoignages publics
du regrer ſenſible qu'ils
22 MERCVRE
avoient de la perte d'un fi
grand Miniſtre . :
Ie vous envoye le Dialogue
que je vous promis le mois
paffé. Le nom de l'Auteur ne
m'eſt point encore connu. Il
n'a pas pourtant ſujet de ſe cacher
, aprés l'approbation qu'il
ſçait que le Public donneà ſes
Ouvrages...
AV
LES DIEVX
CONSEIL
Sur la destinéedu Prince
d'Orange.
IVPITER .
PArtez
Mercure , & fans
arrêter un moment
allez dire à mes Freres , NeGALANT.
23
:
ptune&Pluton , de ſe rendre
inceſſamment icy pour tenir
Conſeil. Quant aux Dieux de
ce pays cy , j'avertiray moymeſme
ceux de qui je veux
prendre avis .
MERCVRE.
Ne vous plaiſt - il pas que j'y
mande auſſi les Faunes , les
Satyres, les Sylvains, les Nymphes
, les Dryades , & les Hamadryades
, avec toute la fe
quelle des Divinitez du bas
étage ?
IVPITER .
Non , de par tous les Dia
bles , non . Que ferions nous
de toute cette cohuë ? Elle
voudroit diſpoſer de tout ,
auſſi bien que la Chambre-
Baſſe d'Angleterre. Partez ,
vous dis-je . Que ce Prince
d'Orange me payera bien la
1
L
24
MERCVRE
peine queje vay me donner à
tenir Conſeil: l'avois ſi fortabandonné
à l'Avanture , mon
premier Miniſtre d'Etat , le
ſoin des affaires de là bas , que
durant des fiecles entiers il
ne me venoit ſeulement pas
en penſée de luy demander
quels cours elles prenoient ; &
voicy que ce Prince remuant
ſe prévalant de la negligence
de mon Miniſtre , & de la
mienne , bouleverſe tout à ſa
fantaiſie .C'eſt un deſordre que
je ne veux pas fouffrir , & il
faut que jetravaille à y apporter
du remede . Ah ! te voilà
déja de retour , Mercure ! Eh
bien , mes Freres viendroneils?
MERCVRE .
Ilsentrent.
IVPITER .
Fais fortir tout le monde ,
excepté
GALANT .
25
:
excepté Mars , Themis , & la
Paix , & garde la porte .
MERCURE .
Parlez , s'il vous plaiſt , à
Momus. Il veut demeurer en
dépitde moy.
IVPITER.
Bon ! Momus icy ! Qu'y
ferois-tu , mon pauvre Amy ?
Nous allons eſtre ſur le ſcsieux,
MOMVS.
1
Que tous les maux du monde
puiſſent te confondre ,
Prince d'Orange , qui me fais
ainſi chaſſer de la Compagnie
de mes Maiſtres , où quelquefois
je ſuis plus grand Sei
gneur qu'eux. Auſſi , à dire
le vray , Iupiter n'eſt qu'un
innocent. Si j'eſtois auſſi bien
que luy maiſtre d'un foudre
je t'aurois bien- toſt reduit en
pieces.
Asust 1691. B
26 MERCVRE
IVPITER .
Comme il m'eſt tout à fait
extraordinaire , Meſſieurs , de
tenir Confeil ,& fur tout de
n'y appeller qu'un auſſi petit
nombre de Dieux que vous
eſtes icy ,je ne doute pas que
vous ne ſoyez en peine du.ſajetqui
doit ſervir de matiere à
noſtre Conſultation d'aujour
d'huy ; ainſi je croy qu'il eſt
àpropos de commencer par
vous dire , que dernierement
je jettay les yeux fur l'Europe
, & qu'ayant apperceu le
deſordre épouvantable que le
Prince d'Orange y cauſe par
fon ambition demeſurée , j'en
ay conceu tant d'indignation
que j'ay réſolu d'y mettre ordre
,& pour cela , je veux apprendre
de vous le détail des
miſeres où il a plongé les Peu
GALANT.
27
ples , & les remedes que vous
eſtimez propres à les arreſter.
Vous me ferez un plaiſir ſenſible
de me dire vos avis ſincerement
ſur ceque je vous demande
, & je puis vous aſſurer
que je ſuis outré de voir ainſi
ma chere Europe , ce Pays de
noſtre naiſſance , ſi pleine de
confufion.On ne s'y garde plus
de bonne foy le droit des gens
y eſt preſqueinconnu , & l'on
y employe le feu , le fer &
quelquefois meſme le poiſon ,
pour ſe défaire de ceux que l'on
n'a pas intereſt de laiſſer vivre.
NEPTVNE .
Qu'il ya long-temps que je
ſouhaite cet heureux moment,
où il m'eſt enfin permis de
m'expliquer à mon gré fur ce
qui nous ameneicy ,& que j'ai
B2
28 MERCVRE
こ
me à vous voir à preſent en
reſolution de jetter les yeux
fur ce que font les hommes ,
& à les traiter chacun ſelon
leur merite !
Puis que c'eſtle Prince d'Orange
dont nous avons à examiner
la conduite , pour regler
la deſtinée , je ne m'étendray
pas à vous faire unlongrecit
de ſes qualitez perſonnelles
, eſtant bien perfuadé
que nous ne le connoiſſons que
trop , &je me contenteray de
vous dire que pour ce qui me
regarde en particulier , j'ay
perdu tout repos , & que je me
vois dans de continuelles inquietudes
depuis qu'il s'eſt
mis en teſte d'eſtre Roy d'Angleterre
, quoy qu'il en coute.
Avant ſon entrepriſe je me
faifois un regale de voir des
GALANT. 29
Flotes voguer ſur mes eaux ,
& ie me plaçois quelquefois
ſur la pointed'un rocher pour
confiderer à mon aife ces maifons
Aotantes qu'on appelle
Navires , & meſme i'admirois.
l'adreſſe des hommes d'avoir™
ſeeu si bien brider Eole , noſtre
Confrere , qu'ils ſe ſervent de
luy comme d'un mercenaire à
gages , pour ſe tranfporter par
ſon moyen où bon leur ſemble:
Meſme comme ce n'eſtoit
qu'en quelques ſaiſons de l'an- .
née& durant ces beauxjours
qu'ils me donnoient ceſpectaele,
& que d'ailleurs ilsavoient
le ſoin de ſe renfermeren des
lieux d'abry , dés qu'ils
voyoient approcher lesincommodes
Saiſons , i'avoue que ie
m'en divertiſfois agreablement,
mais à preſent ce diver
B 3
30
MERCURE
tiſſement ſe change en peine.
Ilfaut que ie faſſe par necefſité
ce que ie ne faifois que
pour mon plaifir , & ie ſuis obligé
l'Hiver auſſi - bien que
l'Eté , durant la tempeſte comme
durant la bonace , d'eſtre
perpetuellement à l'erte pour
veiller à ce qu'il ne ſe paſſe
rien à mon préjudice.
Quelle peine n'est- ce pas
Pour moy , qui ne me plais ny
dans la grande chaleur ny dans
le grand froid , d'eſtre toûjours
aux écoutes ou dans la crainte
de me voir forcer dans mes
Palais ? L'entens quelquefois
heurter impetueuſement à ma
Dorte, & quand i'envoye un
Triton s'informer de ce que
'eſt, il me rapporte que ce ſont
des Vaiſſeaux qu'une tourmente
à coulez à fond pour
GALANT 31
s'eſtre mis en Mer hors de
mouçon ; & fi ie demande à
ces pauvres gens d'où vient
cette fureur qui les précipite à
un naufrage certain , ils merépondent
qu'il faut bien obeïr
au Prince d'Orange , qui les
force à s'expoſer ainſi , tantoſt
pour porter ſes Confidens en
Hollande , tantoſt pour l'y porter
luy- même. D'autrefois ic
me ſens étourdir les oreilles
d'un bruit effroyable,& quand
ie mets la teſte hors de l'eau
pour apprendre d'où procede
ce fracas , ie ne ſçaurois rien
appercevoir tant l'air eſt en feu
& en fumée; & fi i'arreſte quelque
malheureux noyé , ils m'ap
prend que c'eſt un combat Na
val qui ſelivre entre les partiſans
du Prince d'Orange &
les François , qui ne veulent
B4
32
MERCVRE
pasfouffrirque ce Prince qui
n'est qu'un ſimple particulier ,
donne la loy à toutes les Puiffances
de l'Europe l'en rencon ,
tre quelquefois d'autres qui
s'engloutiſſent tout vivans
pour venir fouiller iuſquedans
mes tréſors, & lors que ie leur
demande qui les autoriſe à me
venir troubler comme ils
font , ils me montrent une
Commiſſion du Prince d'Orange
qui leur ordonne de repeſcher
au fond de la Mr de l'or
du Perou qui s'y eſt perdu depuis
plus d'un ſiecle avec des
Galions d'Eſpagne , ſans que
ces hardis Avares faſſent reflexion
, qu'outre que je ſuis le
Seigneur dominant de la Mer ,
&que par conſequent tous ces
biens épaves m'appartiennent,
une poffeffion comme eſt la
GALANT.
33
mienne de plas de cent années,
m'acquiert ſur cet Or un droit
incontestable . Enfinſi vous me
voyez mal vêtu , c'eſt au Prince
d'Orange que j'en ay l'obligation;
car l'interditqu'ilajetté
fur tour le commerce , empeſchant
tous les Vaſſeaux
d'aller aux Indes , ou d'en veniril
n'y a plus de Vaiffeaux Marchands
qui falſent naufrage ;
ainſijen'ay plusd'occaſion come
je l'avois auparavant , de
trouver parmi leur débris quel.
que riche piece de brocard de
la Chine , ou quelque antre
belle étoffe pour m'habiller.
Iugez , Seigneur, fitout cela
me doit fatisfaire , & à quel
dépit il ne m'eſt pas permis de
m'emporter contre cetteſprit:
inquiet , qui me prive abfolu.
mentde mon repos. Voilà less
By
34
MERCURE
juſtes ſujets de plaintes quej'ay
contre le Prince d'Orange ; &
je m'en ſerois déja fait raiſon
ſi ce n'eſtoit que ie ſuis perfuadé
que l'amitié fraternellequi
eſt entre nous , demande que
nous ne faſſionsrien de confe.
quence ſans l'avoir auparavant
concerté. C'eſt pourquoy je
vous ſupplie de trouver bon
quej'en prenne à la premiere
occaſion une vangeance fignalée
, & que je le fafſſe perir auſſi
toſt qu'il ſe ſera rembarqué
pour l'Angleterre.
PLUTON..
Si ie ne conſiderois que moymême
, ie conclutois bien autrement
que ne vientde faire
Neptune : car en ne me regardant
que comme un Souverain
qui ſe fait d'ordinaire un
plaisir de voir accroiftre le
GALANT.
355
nombre de ſes Suiets , l'aurois
à vous prier de laiſſer vivrele
Prince d'Orange, puisque depuis
qu'il fait parler de luy , &
qu'il a allumé la guerre , ie voy
mon Domaine s'étendre , &less
Enfers ſepeupler confiderablement.
Il nous arrive à tous momés
tant deTroupeaux d'ames,.
que nous ne ſcavons preſque
plus où les placer , & i'eſtime
queſi cette affluence continuë,
je ſeray reduit àles envoyer oc--
cuper ſous voſtre bon plaifirles
vaſtes campagnes des efpaces
imaginaires . Le bon homme:
Caron en eſtquelquefois fatigué
iuſqu'à ne pouvoir por--
ter la main à fon gouver.
nail ; & ce qui m'inquiette:
plus que tout cela , c'eſt que je
commence à avoir pour ſuſpect
ce vieil Avaricieux , ( quecela
B 6
36
MERCVRE
ſoit dit entre nous ) qui quoy
qu'il ne reçoive qu'un obole de
chaque Paſſager, s'en fait pourtant
un ſi grand fond à preſent
qu'il paſſe beaucoup d'Ames
queje crains que fentant que
j'ay beſoin de luy , il ne me faſſe
furacheter ſes ſervices , qu'il
ne faſſe de l'entendu ,&que far
Je mauvais exemples du Prince
Loüis de Bade en Allemagne
, il ne veüille plus fervir
que quand , comme , & où bon
loy ſemblera..
C'eſt pour cela que confiderant
quelle peſte c'eſt pour le
genre humain , & quelle peine
pournous autres Dieux que ce
Prince d'Orange , qui ne fe
foucie pas que tout periffe , je
ſuis ravy que vous me faffiez
T'honneur de me conſulter fur
ce que nous avons à en faire .
2
GALANT.
37
Voicy ce que je ſçay de luy..
C'eſt qu'il fomente une guerre
cruelle qui finiroit s'il eſtoit
hors du monde; c'eſt qu'il fait
perir en un mois plus d'hommes
que d'ordinaire il n'en
meurt en un an; c'eſt qu'il met
noſtreEurope à deux doigts de
ſa perce , & qu'au lieu d'une
bonne intelligence qu'il devroit
y avoir entre ceux qui
l'habitent , il fait tant par ſes
intrigues , que chacun y fait
des entrepriſes ſur ſes Voiſins .
&qu'ils ſemblent tous ne confpirer
qu'à qui ſe fera le plus de
mal .
Tout cela ramaſſe enſemble,
je le trouve coupable de pluſieurs
crimes , pour raiſon def.
quels on le doit punir rigou
reuſement.C'eſt à quoy je con
clus , &j'offre pourl'execution
38 MERCVRE
de ce conſeil les plus cruels de
mesMonſtres .
MARS.
Aimant la guerre autantque
je l'aime , il ſemble que je ne
doive pas eſtre mécontent de
celle que le Prince d'Orange
excite dans l'Europe , puis que
c'eſt ſous mes Enſeignes qu'elle
paroiſt ſe faire , & qu'elle fait
retentir mon nom de toutes
parts ; Mais , Meſſieurs , ceux
qui fontdans cette opinion , ne
confideretguere ce qui s'y paſſe
en la conjoncture d'à preſent..
J'aime la guerre , à la verité
mais la guerre que j'aime eſt
une guerre juſte & équitable ,
qui ſe paſſe dans les regles &
ſuivant les Loix que j'ay prefcrites.
J'aime une guerre qui
fe fait par une pure émulation,
&ſeulementafin que les Sojets
6
GALANT . 39
des Princes qui la ſoutiennent
ne vienentpoint à s'engourdir
par une trop molle oifiveté,
Jaime une guerre qui ſe fait
debonne foy & fans ſupercherie.
Enfin , la guerre que j'aime
eſt celle où l'on n'oublie point
que l'on eſt homme , où l'on
obſerveinviolablement le droit
des gens , où l'on ne riſque à
perdre que quelque pouce de
terre , & il ne meurt que ceux
que la deſtinée veut faire perir
de ce genre de mort .
Mais la guerre du Prince
d'Orange n'eſt point du tout
de ce caractere . Ce n'eſt point à
proprément parler, une guerre,
mais une fureur & un maſſacre
concerté. Vous pourrez bien
m'en croire far ce que je vous
diray, puis que la guerre eſtane
de mon département , j'ay cu
40 MERCURE
l'oeil à celle - cy plus que qui
que foit.
Si je la regarde dans ſon
origine , & quej'en approfondifle
la cauſe , je n'en trouve
point d'autre qu'un defir temeraire
dans le Prince d'Orange
de porterune Couronne. Si
j'en examine les premieres , ie
n'y voy rien de viſible ; car enfin
la raiſon veut - eile , & le
bon ſens le peut-il fouffrir.,.
qu'à cauſe que parmy une vile
populace , il ſe trouvera quel.
ques Matins qui fe plaindront
qu'on ne leur conferve pas de
pretendus privileges , un par
ticulierqui ne fait point partie
du corps de la Nation , foir en
droit d'équiper une Armée :
&d'entrer dans le Païs & de
ſe mettre àla teſte depluſieurs .
canailles ??
GALANT.
41
D'ailleurs, l'ordre de la guerre
qui s'obſerve inviolable.
ment parmy les Natiõs les plus
fauvages , l'ordre dis- ie , de la
guerre demande qu'on la denonce
. C'est ainſi qu'en uſoient
autrefois les Romains . C'eſt
ce qu'ont toujours obſervé les
Turcs , pour qui les peuples
du Septentrion n'ont que peu
d'eſtime ,& c'eſt ce qui ſe pra.
tique encore actuellement parmy
les ſauvages de l'Amerique
qui eft la barbarie même ; &
cependantle Prince d'Orange,
Pretendu Protecteur des Loix,
à fait ſon entrepriſe tellemene
àla fourdine qu'on n'a ſcen
qu'il en vouloit au Roy d'Angleterre
, que quand il a eſté
débarqué dans ſon Iſle.
Tout cela me paroiſt ſi per
nicieux & d'unſi dangereux
42
MERCVRE
exemple , qu'afin de prevenir
la témerité des Nations qui
font dans chaque Etat , ie ſuis
d'avis que l'on extermine ce
Prince d'Orange pour donner
à connoiſtre à ſesſemblables,
queles Dieux ne laiſſent point
impunies des actions fi remplies
de mauvaiſe foy que le
fontles ſiennes ; & ſi vous voulez
vous raporter à moy de ſa
punition,jela feray fiéclatante
qu'il en ſera parlé à iamais .
THEMIS.
Ie n'oferois , Seigneur , entreprendre
un Diſcours reglé
contre le Prince d'Orange ,
dont on vient de vous parler.
Ce n'eſt pas que ie n'aye à
dire quelque choſe de plus fort
encore que ce que l'on vousa
remontré , mais la douleur
d'avoir eſté maltraitée au dere
GALAN T.
43
nierpoint par cet homme plein
d'iniuſtice , m'accable fi fort,
que ie crains que les paroles
neme manquent , & que iene
puiſſe achever la deſcription
des outrages qu'il m'a fait.
Il ya bien des hommes iniuſtes
à la verité , & c'a eſté
parce que ie leur ay vû trop
de mepris pour moy , que ie
me ſuis bannie moy meſme
de leur ſocieté , & que l'ay
repris le chemin du Ciel , où
vous m'aviez devancée , mais.
i'avois au moins la conſolation
de connoiſtre que ces injuſtes
ne l'eſtoient qu'en de
certaines choſes , & que pour
le reſte ils ſuivoient affez les
préceptes que je leur avois
laiſſez. S'ils commettoient un
crime pour ſatisfaire une paffion
par laquelle ils ſe laiſ
44
MERCVRE
foient trop gouverner, ils prenoientle
ſoin que toutes leurs
autres actions ne fuſſent pas
dans le déreglement; mais le
malheureux contre qui il y a
déja longtemps que je vous ay
porté mes plaintes , entaſſe
crimes fur crimes , & bien
loin de ſe moderer à preſent
qu'il poſſede ce qu'il ſouhaitoit
, il ſe ſert de ces mêmes
crimes , comme d'échelons ,
pour monter àde plus grands..
Ie ne vous rappelleray pas en
memoireles fages Loix , que
par voſtre ordre j'ay établies
parmy les hommes , & ie ne
doute pas que vous ne vous
fouveniez des défenſes expreſſes
que nous leur avons
faites de s'approprier injuſtement
les biens les unsdes autres
, que fur tout nous leur
GALANT .
45
avons recommandé d'avoir
tout le reſpect poffible pour
lesliens ſacrez du ſang qui
les unit ſi étroitement enſemble
; que nous avons declaré
poſitivement que nous traiterions
comme des Monſtres .
ceux qui violenteroient leurs
Peres , ou ceux qui leur tiennentlieu
de Peres , que nous
leur avonseniointde ſe garder
dela bonne foy , non ſeulement
entre Amis , mais entre Enne.
mis, quand une fois ils ſeroient
convenus de quelques condi.
tions entre eux ; & enfin que
nous aurions une horreuréternelle
pour les Ames malfaiſantes
qui ne ſe plaiſent que dans
le carnage , & que par des ordres
ſecrets contraires à ceux
qu'ils donnent en public , livientà
la colere de leurs En-
1
46 MERCVRE
nemis ceux d'entre leurs Amis,
qui dans la trop grande confiance
qu'ils ont en ces déteſtables
Traiſtres , leur ont mis
leur fort entre les mains . Voilà
la loy , & voicy les contraventions
que le Prince d'Orange y
afaites.
Nous defendons aux hom
mes de s'approprier iniuftement
le bien d'un autre , & ce
Prince occupe actuellement
le Trône du Roy legitime
d'Angleterre , comme ſi une
fureur populaire avoit le droit
de ſedonner ou de rebuter des
Rois à ſa fantaiſfie , quand une
fois nous les avons établis fur
elle. 1 12
Nous voulons qu'on traite
comme des Monſtres ceux
qui font iniure à leur Pere ,
& le Roy que le Prince d'OGALANT.
47
t
range a dépoſſedé , eſt le Pere
de ſa Femme , & le Frere de ſa
Mere.
Nous commandons aux
hommes de ſe garder de la
bonne foy , tout ennemis qu'ils
font, quand ils ont fait entre
eux quelques conventions ; &
ce Prince eſtant il y a quelques
années àla teſte d'une Armée
deHollandoiscontre la France,
ne laiſſa pas de livrer combat
aux François , quoy qu'il
euſt dans ſa pocheles Articles
de la Paix que les Ambaſſadeurs
de ſes Maiſtres avoient
ſignée avec ceux du Roy de
France. Il eſt vray que vous ne
voulûtes pas que les François
fouffriffent de cette ſupercherie
, & que vous envoyâtes la
Victoire combattre pour eux,
mais pourtant vous n'en avez
48 MERCVRE
point encore puny le Prince
d'Orange ; & c'eſt cette impunité
( permettez - moy , Seigneur
de parler de cette forte )
qui luy a fait entreprendre le
crime qu'il foûtient auiourd'huy
. Il a voulu par là fonder
iuſqu'où l'on pouvoit pouffer
voſtre patience , & comme il a
reconnu qu'elle eſtoit ſans bornes
, il a augmenté fon audace,
& ie fuis certaine qu'il ſe prometencoreune
pareille'impunité.
2
Enfin nous avons fait entendre
que nous aurions de
l'horreur pour ceux qui par
des ordres ſecrets ' révoqueroient
ceux qu'ils auroient
donnez hautement , parce que
cette voye infame feroit un
moyen trop affuré pour abufer
de la credulité de ceux qui
en
{
GALANT.
49
en veritables gens d'honneur
s'affareroient de l'execution
d'un ordre quand ils l'auroient
veu donner en leur préſence ,
&de leur avis , & cependant
ce Prince a fait perir un bon
nombre de braves Hollandois
en une Bataille , qui l'année
derniere ſedonnadans les Etats
de Neptune entre les François
& les Hollandois , qui ne ſe
hazarderent au Combat que
dans l'eſperance d'eſtre ſecourus
des Anglois , de qui pourtant
ils furent abandonnez ,
parce que le General de ces
derniers qui avoit pris avec
eux des meſures pour le Combat
, avoit un ordre ſecret du
Prince d'Orange d'abandonner
comme il fit les Hollandois
dans le plus grand danger ,
dequoy les François qui com-
Aoust 1691 . C
50 MERCVRE
battoient tout de bon ayant
profité, en firent une ſanglante
boucherie.
Voilà ce qu'on appelle des
injuſtices , & ce qui fait le
comble demon déplaiſir , c'eſt
que je n'oferois eſperer de les
voir finir , tandis que cet hom
me paiſtry d'iniquité ſera vivant,
à moins que vous n'entrepreniez
d'y mettre ordre .
Vangeance donc , Seigneur,
vangeance. Arreſtez les emportemens
de ce cruel , ou
abandonnez- le à mon reſſentiment.
J'inventeray quelque
nouvelle peine pour le faire
ſervir d'exemple à tous ceux
qui auroient la hardieſſe d'en
entreprendre autant que luy ;
je le livreray à mes Miniſtres ,
&vous entendrez parler d'un
fupplice qui donnera de la fra
GALAN T. r
yeur à tous ſes ſemblables .
LA PAIX.
Ily avoit ſi long temps , Seigneur,
que l'on n'avoit parléde
moy tout de bon dans le monde
, que ie me croyois entierement
effacée de la memoire des
hommes , lors que le Rov de
France qui m'aime d'une affection
fincere , preſcrivit ily a
quelques années des cõditions
pour me rétablir , qui parurent
ſi équitables à tous les Princes
de la Religion de Chriſt , qu'ils
convinrent tous de me recevoir
chez eux pour l'eſpace de
vingt ans ſous le nom de la
Treve , que i'avois envoyée
devantmoy commemon Avant
couriere. Vous pouvez vous
imaginer quelle ioye ie receus
a cette nouvelle , & les deſſeins
d'établiſſementque je me pro-
C2
32
MERCVRE
pofay. I'en fis dans les Cours
de tous ces Princes , le me
meſlay de former des Compagnies
pour le Commerce. Ie
donnay mes foins à faire cultiver
les campagnes. le dreſſay
des Canaux pour comuniquer
les eaux des Mers , ou de quel
ques Rivieres que je trouvay
voiſines les unes des autres ;
je fis travailler à l'ornement
des Palats , le fis reformer les
vilains endroits des belles Villes
; ie traçay des Plans pour
en conſtruire de nouvelles ;
i'inventay des Manufactures ;
ie fis apporter de la reforme
dans les Loix d'eus ſoin qu'on
cultivaſt les beaux Arts , &
j'engageay par mes humbles
remontrances lesPrinces à moderer
les impoſts que laGuerre
les avoit forcez d'établir fur
GALANT.
53
2
leurs Peuples . Enfin i'ordonnav
à la foye & à l'Abondance
de s'introduire ind ff. remment
entoutes fortes de Familles..
J'eſtois encore occupée à
provetter de plus grands deffeins,
&ie m'attachois à feüilleter
les vieilles Chroniques
pour apprendre ce qui fe paf-
Yoit durant le fiecle d'or, afin
de le renonveller en celuy qui
court à preſent , & voilà que
tout à coup , & lors que iem'y
attendois le moins , ce ſonge
creuxde Prince d'Orange abufantde
ma franchiſe,&des par
ties de plaiſir que i'avois liées
entrequelques Princes d'Alles
magne qui ſe rendoient viſite,
tantoſt chez l'un , & tantoft
chez l'autre , s'eſt allé fourrer
parmy eux pour les pervertir ,
☐&pour leur inſpirer de la dé
1
G3
14
MERCVRE
fiance de moy , en quoy ila ſi
bien réüſſi que par ſes diſcours
feditieux , il les a fait refoudre
à me livrer la guerre , à moy
qui ſuis leur Souveraine , &
qui enqualité de Déeſſe , puis
diſpoſer de leur vie & de leur
mort.
Ils ont fait tous leurs proiets
àmon inſceu ? ils ſe ſont unis
avec luy pour ſuborner les Anglois,
gens peu waitables pour
moy , & que ic n'ay pû iamais
mettre dans mes intereſts , & à
l'aide de la Rebellion qu'ils ont
trouvée cachée dans le coeur de
la ploſpart d'entre eux, ils m'en
ont fait chaffer , & leur Roy en
meſme temps .
J'ay , comme vous le voyez,
un aſſez iuſte ſuiet de dépit
contre eux , mais comme ie
n'aime point le fang , & que
GALANT
55
iemetient pour bien vangée
quand ie voy punir les ſeuls
Auteursdemonbanniſſement,
ie ne vous demande que le
Prince d'Orange , pour l'immoler
à ma colere; & quand
ie luy auray ôté la vie , ic ne
memets pas en peine de m'établir.
L'Empire me demande
au Turc à cor & à cry. Les
Eſpagnols , & les Hollandois
ne feront point de difficile
compoſition. Il ne meſera pas
difficile de faire recevoir aux
Anglois leur Roy à bras ouverts
, en le leur faiſant voir
d'un autre biais que le Prince
d'Orange ne le leur a montré
&quant au Roy de France ,
nous fimpatiſons & bien enfemble
, que ie ſuis ſeure qu'il
voudra tout ce qui tournera à
mon avantage.
C4
56
MERCURE
JUPITER .
Je reconnois affez , Mef
fieurs , par tout ce que vous
venez de me dire , que le Prince
d'Orange merite encore
plus d'eſtre puny , que je ne me
l'eſtois figuré , mais en verné
je vous admire dans le genre
de puntion que vous luy deſti
nez, car fi j'ay bien conceu vos
intentions , vous concoutez
tous unanimement àle- condamner
à perdre la vie ,& vous
p'eſtes differens fur ce point ,
qu'en ce que l'un propoſe un
genre de fupplic , & l'autre un
autre. C'eſt ſans doute faire
connoiſtre que vous avez les
veuës fortbornées , qu'elles ne
paſſerontguére celles des hommes;
car enfin ſi j'en avois appellé
à ce Conſeil , ils cuſſent
tous conclus comme vous a
unemortpreſente.
GALANT..
57
Mais quoy que nous ſoyons >
refolus de le punir , croyez
vousbien que la mort ſoitune
aſſez rigoureuſe punition pour :
les crimes dont nous le trouvons
coupable? Ilnous faut une
vangeanced'une autre eſpece.
Vous vous ſouvenez tous qu'-
autrefois Promethee m'offéça ,,
& qu'il eut l'inſolence de me
fervir à table desOs recouverts .
d'une petite peau , tandis qu'il
mangeoit les viandes les plus
delicates: du feſtin où nous
eſtions , & il faisoit cela, diſoitil
, pouréprouver fieſtantDien
j'en ſçaurois bien faire la diftinction
. Vous ſçavez encore ,
qu'Encelade avec les Titans
entrepritd'eſcalader le Ciel , &-
que ce dénaturé oſa bien porter
fur moy fon bras facrilege
pourm'arreſter prifonnier.que
CS
5.8
MERCVRE
dites- vous de la vangeance
que j'en ay priſe ? Ne trouvezvous
pas qu'elle est bien digne
de Iupiter , puis qu'encore à
preſentj'en puis fatisfaire mes
yeux quand bon me ſemble ,
&que ſoit que je les jette vers
les Scythes , j'ay le plaisir d'y
* voir encore aujourd'huy mon
Promethée cloüé ſur le Mont
Caucaſe & ſon foye becqueté
fans ceſſe par l'Aigle devorant
dont j'ay rendu la vie
éternelle , afin qu'il tourmente
éternellement ce miferable ;..
ſoit auſſi que je regarde la Sicile
, les torrens de feu & de fumée
que je voy ſortir du Mont
Etna , me font un indice certain
que le témeraire Encelade,
que j'ay terraſſe ſous cette
montagne , ſouffre plus qu'à
l'ordinaire , & qu'il fait de.
GALANT.
59
vains efforts pour ſe tirer de
deſſous un ſi peſant fardeau .
Que cecy vous ſerve d'idée
pour vous imaginer la punition
que je veux exercer furle
Prince d'Orange ; & puis que
c'eſt unUfurpateur & un Tiran
ſcachez que ie veux le punir
de la peine dontj'ay fait menacer
tous les Tirans par un de
mes Prophetes. C'eſt Perſe le
Poëte , par qui j'ay fait dire en
mon nom.
Savos punire Tyrannos
Haud alià ratione velim , cùm
dira libido
Moverit ingenium , ferventi tin
Eta veneno ,
Virtutem videant , intabefcantque
relicta.
Je veux qu'il vive , carje ne
fuis pas encore réconciliéavec
loy ; mais je veux qu'il vive
1
C6
60 MERCURE
pour mourir à toute heure de
dépit & de confufion ; & pour
cela je vay luy défiller les yeux,
afin de luy montrer àdécouvert
la vertu dans ſon plus grand
brillant , & que la rage qu'il
aura de ne l'avoir pas ſuivie ,
luy foit un bourreau perpetuel
qui luy faſſe ſouffrir en meſme
temps toutes fortes de fuppli
ces.
> Qu'il voye donc dans LOUIS
LEGRAND , l'unique Roy
de l'Europe , une idée parfaite
de la Vertu ,& qu'en le conftderant
il reconnoiſſe quelle
ſatisfaction c'eſt pour un homme
de s'eſtre acquis par ſes
grandes qualitez une auſſi haute
réputation qu'eſt la fien--
ne.
Je veux qu'il penetre la ſagefſe
des Conſeils de ce ſage Roy
GALANT. 61
د
lebon ordre qu'il met dans ſes
Etats , les douces confolations :
qu'ila dans ſa Royale Famille,
l'amour que ſes Sujets luy portent
, les reſpects que luy rendent
les Peuples les plus éloignez
la confiance fincere
qu'ont en ſes bontez ceux que
le malheur ou l'iniuſtice accable
, la crainte qu'ont de tuy
ceux qui ne ſe gouvernent pas
parles principes de l'équité,&
les frequentes victoires que ic
luy fais remporter ſur fe's Ennemis
. Voilà la peine que ie
d'eſtine au Prince d'Orange,
pendant qu'il demeurera furla
terre , que ie feray accompa
gner de perpetuelles confpiras
tions contreluy, de toute forte
de mauvais ſuccés dans ſes
entrepriſes , de mépris de la
part de ſes Amis , & d'une in62
MERCVRE
ſulte piquante de la part de fes
Ennemis ; & quand la Parque
aura coupé le fil d'où dépendent
ſes malheureux iours ie
veux luy continuer ce meſme
fupplice dans les Enfers ; &
pour cela , ie vous charge, Pluton
د d'ordonner à Appelles,
Michel-Ange , ou le Brun , de
definer le Portrait du Roy de
France , afin que quand ce
Prince d'Orange ſera dans
voſtre Empire , vous lay mettiez
cette Figure devant les
yeux , &qu'il nepuiſſe la perdre
de veuë , de quelque coſté
qu'il ſe tourne , en forte que
fon tourment ne prenne aucune
fin, &qu'ilſe reproche fans
ceffe de n'avoir pas ſuivy la
vertu .
Virtutem videant , intabefcantque
relicta.
GALANT.. 63
C'eſt ainsi , Meſſieurs , que
nous punirons le Prince d'Orange
, & quant au retabliſſement
de la Paix , ie vais travailler
à ouvrir les yeux des
Princes qui l'ont bannie , afin
que voïant quele faux pouvoir
du Prince d'Orange n'est qu'une
veritable foibleſſe , ils ſe
defabufent , & rentrent dans
leurs veritables intereſts.
Je puis vous aſſeurer que les
Vers qui ſuivent vous plairont
, ſans vous pouvoir dire
le nom de l'Auteur. On m'a
dit qu'ils font d'un Gentilhomme
fort jeune , qui ne fait
pas profeſſion d'eſtre Poëte .
Son ſtile paroiſt fort aiſe ,& le
tour fin qu'il a donné à cette
Piece , fait ſouhaiter d'en voir
d'autres de ſa façon .
64 MERCVRE
粉粉粉粉甜粉粉
LE VIEIL OISEAU..
FABLE.
IN vieux Rossignol de
U Bois
се
Laiſſa femme jeune& fringante
Aussi rost d' Amansplus de trente
Vn chacun d'étalerſa voix .
On ne vit one Musiquefi char--
mante.
Pas un neplût pourtant , c'estoient
OiseauxdeCour
Lestes d'atour,
Lecol beau , la plume luisante,
Au surplus pas un fol de rente,
La Belleaimoit l'argent,&qui n'in
avoitpas
Eſtoit pour ellefans appas.
Tendres regards , douces paroles
3
GALANT.
65
N'y fa foient rien , il falloit des
pistoles.
Ce fut par là qu'en vint à bout
Vn riche Oiseau de ce Bocage
Riche je dis car c'eſtoit tout.
Du reſte vieux,denoir plumages
Oiseau d'un etrange jargon ,
Car on dit qu'ilparloit Gascon,
Iln'étoit Femme un peu jolie
Dans tous nos Bois,
Enqui centfors
Enſonpatois,
4
Iln'enst contéſonamoureuse envie,
L'affreusePie
Et la Fauvette tour à tour
Avoient écoûtéfon amour,
Sansen avoir l'ame attendrie,
Mais enfin il plait en cejour,
Etfans retour
Ilsemarie.
L'Affaire se conclut , dit - on ,
ㅏ Avantque le Printemps expire,
Tous les Oiseaux n'en font que
rire ,
1
66 MERCVRE
Et s'envont chantantfur ce ton.
Quand ona l'age
Defoixante ans ,
Comme l'Oiseau du noirplumage,
Plus de bon temps
En Mariage,
Lecocuage
N'estpas lemal
Leplusfatal s
Ce qu'on doit craindre davantage
En mariage
Quand on a l'âge
DeJoixanteans,
Eft d'aller voir en peu de temps
Lenoir rivage.
Les paroles de l'Air nouveau
que vous trouverez icy , ont
eſtémiſes en chant par un tres
habile Maiſtre ..
GALANT.
67
ز
778
DE
DEL
LYON
*1893-1
VILL
ma Lettre du m
Comme je ne pren
AU.
ecenais
urcacher
ramage
n'arrache
ndre!
ilnepuif
angereux
rien aiponſe
ours
lans
ars.
u66
MERCVRE
Ets '
2
D
Co
3
GALANT.
67
tha
AIR NOUVEAU.
AImables Habitans de ce nais.
Sant Bocage ,
Quiſemblefait expréspour cacher
vos amoUYS.
Roffignols , dont le douxramage
Auxcharmesdusommeilm'arrache
tous les jours.
Que vostre chant est sendre!
Est- il quelque chagrin qu'ilnepuif-
Secharmer?
Mais, belasi n'eft ilpas dangereux
de l'entendre ,
Quand on ne veut plus rien aimer?
Je vous envoye la réponſe
qui a eſté faite à un Diſcours
deMrde la Broſſe qui eſt dans
ma Lettre du mois de Mars.
Comme je ne prens jamais au68
MERCVRE
cun party fur ces differens
d'eſprit , je me contente de
rapporter les' raiſons des uns
& des autres , & les pieces
justificatives , & je laiſſe enfoite
au Public ladécision du
Procés.
***********
ENTRETIEN
Sur la nature des Remedes
neceſſairesà la guerifon de
l'Epilepfie , avec quelques
Remarques ſur la Lettre de
Mr de la Broſſe , par Mr Batonneau
› Apotiquaire du
Roy.
Teparlay
un jour de l'Epilepsie
avec Mr .... d'une maniere fi
generale, qu'ilme pria de luy dire
ce quejepensois departiculier pour
GALANT.
هو
Ja queriſon te luy repondis qu'un
Simple Apotiquaire comme moy ,
n'avoit pas allez de penetration
pour en connorſtre à fond la cause
que la Medecinea qualifiéejusqu'à
preſent de caufemaligne,&encore
moins pour entrer en connoissance
d'anrem depropre pour domprer la
ferocise des affr uxſymptomes dont
cette maladie eft accompagnée, quog
que ceux qui en ontparle agenspro.
posédivers moyens , mesme confir
mez d'experience , çavoir les uns
defores Purgatifs , &les autres de
Sudorifiques& Diuretiques. Ily en
a d'autres , qui aprés quelque préparation
sefont servis de specifiques
, & ceux là , àmon sene, ont
mieux réuss,i estant uray de dire
que les Purgatifs ne sont d'aucun
usage pour une indiſpoſitionde cette
,parce que leurs effets n'efsantque
dans l'estomach & dans
nature
70 MERCVRE
les intestins , où la cauſe de cette
maladien'est jamais , il ne peuvent
apporter aucunsoulagement au lieu
oùse formecet épouvantabledefordre
de fonctions naturellesdu corps
& de l'ame. Quand aux sudorifiques
& aux Diuretiques , ils ne
Jont pasplus avantageux ,car l'un
n'agissant que dans des conduits à
penpres de mémenatureque ceux
que je viens de nommer ; & l'autre
n'eſtant qu'une rarefaction &Jubsiliſation
de toutes les liqueurs du
corps ,ilnesefait qu'une évacuasion
generale , qus bien loin de
guerirle malade , augmente fon
mal& afforblit sesforces.A l'égard
des specifiques , comme ils agiffent
uniquementſur la cause, on nepeus
douter qu'ils ne la détruiſent. Je
fuis ravi , me dit il, que vous me
parliez de la forte , & qu'outre les
connoiſſances que vous avez de la
A
GALANT. 71
maniere quese forme cette horrible
maladie , l'experience que vous
avez vous confirme davantage
dans la préference des specifiques,
dont l'action va directement
au cerveau , & y produit des effets
fiefficaces , que le levain malin qui
en est la cause , vient en partie se
rendredans l'intermiffion de l'accés
aux portes de cette partie affligées
aprés quoy les accés diminuent ,&
deviennent raresfitoft que la vertu
du specifique commence ày impri
mer des caracteres defa puiſſance.
Il estvray que cet effet eft fingulier,
&jen'auroisjamais cru que la proprietéd'un
remede eust fait connoi.
ſtreſoneffet parun endroitſemblable
à celuy que j'ay remarqué par
l'action du voſtre . Il feroit fort à
propos , pour venir plus facilement
àbout des maladies rebelles , qu'on
s'y attachaſt particulierement,fans.
1
S
72
MERCVRE
Secharger d'unesuperficie de tant
deconnoiſſances , &de remedes differens
, que lenombre presque infiny
des maladies demande , cequi
Surpaſſe la puissance des hommes ,
&parconſequent metla Medecine
dansun grandmépris àl'avantage
de plusieurs Charlatans, qui ſous
diverses conditions & differentes
formes de charité& de pieté, obfedent
les eſprits les plus éclairez par
desopinions malfaines , qu'ilsveu
lent qu'on reçoivepour des déciſions
& avec cela promettent desresurrections
, commeles Alchimistes qui
n'ont que des promeſſes & des mots
Specieux& Enigmatiques , avec
lear or potable &leurs grands Arcanes
, qui nesont quedes teintures
d'or, faites avec l'esprit de fel ,
ou autres corrofifs de cette nature ,
quine font pas suffisans pour 11-
ver radicalement sa forme eſſen
nelle
GALANT. 73
tielle , ou foufre intrinfeque & rubicond
; ou encore des teintures de
foufres mineraux & metalliques,
comme celuy d' Atimoine , qu'ils ne
nomment pas , qui est presque tout
l'or potable qu'ils exaltent tant ;
avec lesquels foufres ils compoſent
leurs grandArcanes,dont les qualitezfont
denuleffet , puis qu'étant
des foufres impurs , aduſtibles &
fulminans presque inseparablesdes
fixes , dans lesquels conſiſte toute
Sa bonté, ils en éteignent & con-
Sament la vertu. Leur conduite est
imitée d'un certain Philofophe, qui
prétend par unsistêmeſpecieux ren.
verſer tous les principesde la Me
decine , &fairepaffer pour érudi
tion incontestable uneopinion chi
merique , afin de se faire diftinguer,
& de ce mettre en quelque
espece de réputation ſous le voile de
nouveauté. Avez- vous vú , ajoûta-
Aouft 1591. D
74
MERCVRE
sil, une Lettre de cette fabrique
dans le Mercure ? Ie luy dis qu'oüy .
Et de grace, continua -t - il, mettez
fur le papier les difficultez que
vousy aveztrouvées. L'ens quelque
répugnance à m'y résoudre , parce
que la Lettre estoit du mois de
Mars , & ainsi elle devoit eftre
hors de la memoire des Lecteurs .
Quefait cela , me dit - il ,? Notre
Philosophe fera excité à quelque
nouvelle production , quiferapeutestre
plus utile. Le confentis à ce
qu'il voulut , en exposant les sentimens
de ce Philosophe , de lamaniere
qui fuit ,
1. Ilveut que la terrenefoitpas
un Element pesant,&qu'elle n'oscupe
point deplace.
2. Que l'humiditénefois point
une qualité propre & naturelle
à l'Eau , mais bien la congela-
tion & non aux autres Elemens,
,
1
GALANT.
75
3. Que le Feu & l'Airnesoient
pas des Elemens , parce qu'ils nese
trouvent pas dans lacomposition des
mixtes , qu'ils ne nourrissent &
n'entretiennent point le mixte , &
qu'au contraire ilsle détruiſent.
4. Que le Feu soit un mixte ,
parce qu'il se resout en d'autres
Substances.
5. Que les Elemens des Chimi
Stesfoient les meilleurs .
6. Que ce que les Medecins
appellent Bile , Mélancolie , Pituite&
Sang , ne soit qu'une simple
alteration , comme , il arrive au
painmoiſi. Par là ilprétend que la
maſſe du sang n'estpas composée de
quaire humeurs .
7. Que les humeurs quifontde
diverſes couleurs dans l'estomach ,
dans les intestins ,& dans le cerveau
,soient des excremens de l'a-
Liment quiy est porté.
D
4
76
MERCVRE
8. Quesi le Sang estoit bilicusx
dans la fiévre- tierce , il devroit
estre amer , & qu'au contraire il eft.
doux. Delà il infere que lefang
n'est jamais bilieux.
9. Ilpretend le fel un corps élementaire.
10. Qu'un homme quia lafièvre
avec des redoublemens , n'a pas le
fang plus chaud que celuy qui est en
repos & en parfaitefanté.
11. Quesi un Medecin qui est
appellé au commencement d'une
maladie , ne la guerit dans huit.
jours , c'est qu'il ne connoist ny la
nature de la maladie , ny le remede
qui luy est propre.
12. L'exemple particulier qu'il
donne de la terre de faule , de la
pierre de Ponce , er du soufre , n'est
pas d'une définition, puis qu'iln'est
pasgeneral. Ilprouveparces exem.
ples qu'ily a des terres qui pour
GALANT.
77
avoir leurs principes bizarres &
étendus , forment des espaces plus
grands que nefont d'autres terres ,
qui ayant des principes plus petits ,
doivent auſſi former de plus petits
espaces . Cela estant ainsi étably ,
comme il est vray , on peut conce.
voir des pesanteurs differentes dans
toutes les terres des divers mixtes ,
-respectivement les uns aux autres .
Ainſinous la pouvons dire un corps
pesant , froid &fec : car tout ce qui
tend de la circonference au centre,
est sense pesant , puis qu'il contraint
les autres corps de s'éloigner,
&de luy ceder la place.
Sa premiere propoſition eſtant
détruite , le reste de la définition
ne nous diſant rien denouveau , ne
nous dit par confequent rien de
poſitif, car dire les qualitez d'une
choſe ,n'est pas dire ce qu'elle est en
elle-méme, Ilſeſeroit bien passé de
D 3
78
MERCURE
cette repetition déguisée, aussi bien
que de dire que la terre n'occupe
point de place . Ie pense qu'il ne la
croit pas materielle ; il le fait affez
connoistre lors qu'il veut qu'il entre
autant d'eau dans un verreplein de
terre elementaire, que s'il étoit vuide
, ce qui est opposéàla raison &
àl'experience.
2. Cette opinion n'est pas moins
mauvaiſe qui veut que l'humidité
ne foit pas une qualité propre&
naturelle à l'eau, mais bien à l'air,
& qu'ainsi cette proprieté nefoit
effentielle. Quand bien même je
conviendrois que l'airferoit humi
de , ce qui n'est pas , il ne s'enfui.
wroit pas que cette qualité ne fust
pas propre & eſſentielle à l'eau,
puis qu'on ne sçauroit ofter l'humidité
de l'eau fans luy ofter l'estre
d'eau , tout ainsi qu'onne sçauroit
ôser la longueur & les extremitez
GALANT.
79
2
d'un bâton ,ſans luy ôſter l'estre d'un
bâton , c'est affez mal philoſophé de
dire comme il dit que Sa propre
&naturelle qualité eſt lacoagulation
, puis que cet effet n'est qu'accidentel.
Il est fort facile de luy
prouver que cela arriveà l'air, à
l'huile , quoy que du plus aumoins;
mais l'aiſſons cela pour revenir à la
nature de l'eau , que je crois fort
bien definie , en disant que c'est un
amas de petis corps longs , ondoyans
&Souples qui font toûjours en moufe
glißant les
tre les autres , indifferens au froid
&au chaud , mais capables d'hu .
mecter& de fondre certains corps.
vement , en uns con-
3. Onne peut pas douter quele
feu n'entre dans la composition des
mixtes , puis que c'eſt proprement
enluy que conſiſte la vie. La raiſon
qu'il allegue contre en disant qu'il'
détruit le mixte , est d'une extréme
D 4
MERCVRE
foibleffe. Tout le monde ſçait que
le mouvement est le principe de
generation , &qu'ileft par conſequent
celuy de destruction. Cependant
perſonne ne s'aviſe de dire que
Le mouvement ne concourt pas à la
generation , parce qu'il est unprincipe
destructeur . Nesçait- on pas
que tous les Elemens tendent autant
àleur union qu'à leur deſunion ? Il
n'y a pas plus de raiſon de dire que
lefeu soit un destructeur que l'eau,
car dans les corps où elle abonde,
elle les détruit. Ainsi des autres
Elemens ſuivant l'empire qu'ils ont
les unsfur les autres . Ils se bouleverſent
& détruisent l'union qui
faisoit le mixte , &par consequent
ils peuvent estre dits destructeurs
les uns à l'égard des autres . De là
ils'enfuivroit quefelon ce Philoſophe
il n'y auroit point d'Elemens .
Pourluy expliquerleSentiment dess
GALANT. 81
Auteurs fur la nature dufen , il est
bon de luy dire qu'ils n'ont pas entendu
unfeu actuel,mais virtuel &
en puiſſance . Ils ont même defini la
vie , la chaleurnaturelle dans l'humide
radical Or qu'est- ce que la
chaleur , fi ce n'est un feumodere?
& qu'est- ce que cet humide, fi ce
n'est unesubstancefulphurée , dans =
laquelle le feu se nourrit , comme
la lumiere dans une lampe ? Il est
donc conſtant que lefeu entre dans
la composition du mixte , puis que
c'est luy qui le met en mouvement,
& quien fait toute l'action .
4. Il veut quele feu soit un
mixte , parce , dit- il qu'ilse refoud
en d'autres ſubſtances , &que
cela se prouve à l'occaſion de la
friction de deux cannes. C'est ne
pas comprendre la nature du feu ele . -
mentaire ; car il ne sçauroit bruler
parluy même. Celaſe voit dans Ins
DS
9
82 MERCVRE
flame de l'esprit de vin , qui pour
n'avoir pas de parties affezgroſſes,
ne fait presque pas sentir decha
leur. L'exemple de la friction des
cannes ne fert icy de rien pour le
faire trouver compose . puis qu'on
n'entendpas par lefeu elementaire
celuy qui tombe ſous les sens. De
plus , comment veut- il prouver que
le feu qui reſulte de la friction de
deux cannesfoit un composé , puis
qu'il n'y intervient que le mouvement
, qui ne fait autre chose
que le débarraßer des petits liens
qui le tenoient enchaisné ? Quelle
raiſon pourroit il alleguer, & quel
le analise pourroit- il faire pour
prouver le contraire ? Dira- t-il
que la flame renfermée dans un
vaisseau & condensée , il y pa.
roištra de l'eau , de la fugefulphu
rée&nitreuse ? Lefeu elemantaire
m'est pas cela. C'est un amas de
A
GALANT.
83.
petits globes homogenes &sembla
bles , & tous ces corps nitreux
terrestres donti ayparlénefont que
des détachemes quifont absolument
neceſſaires pour bruler. Il est donc
conſtant qu'il ne détruit pas be
mixte, non plus que l'air quieftant
pris comme il faut dans toute fa
fimplicité pour un amas de demyanneaux
& de parties branchucs
tres- petites & tres pliantes , on
verra que bien loin qu'il ſerve à
remplir des vuides dans les mixtes ..
il en doit luy même former, c'est
parson moyen que le reffort oùla
vertu élastique se rencontre dans
Les corps du plus ou du moins , fuivant
la quantité. Cette action
étaſtique ne pourroit se faire , ſi les
parties de l'air n'étoient entrelaf-
Sées , & comme attachées par leurs
extremitez afin de s'étendre &se
plier, ſuivant les diverſes imput--
D6
84 MERCVRE
fionsdela matiereſfubtile. C'est elle
Seulle qui bouche les pôres ; car
étant d'une tres- grande fubtilité
&d'une figure indeterminée , elle.
eft capable d'entrer dans toutesfor -
tesdevuides.
3. Le party qu'il prend pour
les Chimiſtes touchant leurs presendus
Elemens , est aussi pen Soûtenable
que ses autres sentimens ,
Sans faire voir que leurs principes
font des déguisemens , &
qu'ils ne sçauroient retenir dans
leurs vaisseaux , tout ce dont les
mixtessont compoſez, c'est que les
diverſes preparations & alterations
qu'on fait aux mixtes pour
Separer ces prétendus élemens , font
plus que suffisantes pour faire connoistre
qu'ils n'étoient pas ainsi
dans le mixte. En effet ,qu'ils raf-
Semblent tous leurs élemens , ils ne
pourront jamais composer le même
GALANT.
85
1
mixte. Ilest même impoſſible de les
Separer ainsi qu'ils estoient avant
que de les avoir meſlez , ils doivent
eſtreſemblables dans tous les mixa
tes ,& ne differer que du plus au
moins ; ils doivent estreſimples &
homogenes . Cependant c'eſt toûjours.
un composédedeux ou de trois. Par
exemple , leurfel effentiel est un
meslange d'acide , de liquide &
d'alkali ; l'esprit du composé d'igné
,defulphuré & d'atheré ; &
ainſides autres.
6. Il veut que ce qu'on appelle
bile , melancolie & pituite ,foir
une alteration au ſang , comme il
arrive à la moiſiſſure du pain , qui
de blanc devient jaune,gris & noir.
Quand je conviendrois que c'est
une alteration,il ne s'enfuivroit pas
que les noms ne subsistassent
pour distinguer les diverſes alterasions
qui arrivent à cette liqueur ,
86 MERCVRE
,
afin d'en tirer quelque connoiſſan
ce;mais on ne peut pas nier qu'il n'y
ait dans lamaſſe dusang unesub-
Stance blanche une rouge , une
noire &une jaune dans toutesfortes
de perſonnes , de diffrent age &
de differens sexe. Vous me direz
peut- estre que ces quatre humeurs
nefontpassimples , homogenes . F'en
conviens,cela nefait rien ausujet,
&n'empesche pas qu'onne regarde
d'abord la maſſe du sang , comme
une substance uniforme , composée
à la verité d'une infinité de parties
, mais qui se peuvent toutes
reduire à deux principales ,sça
voir , la partie blanche & la partie
rouge. Ces deuxſubſtances qui
nous paroiffent chacune homogene
dans leur genre , ne laiſſent pas
d'eftre composées de corpuscules de
differente nature , qui sont ceux
qui forment le fet , la terre , l'airs
GALANT . 87
&l'eau. C'en est affez pour comprendre
la nature dusang,fans aller
chercher des tamis chimiques
pour y paßer les humains.
Ilprétend aprés cela avoir bien
démontréquela maſſedu sangn'est
pas composée de quatre humeurs ,
parl'exemple qu'il donne du pain
moisi quin'a aucune (imilitude avec
ie sang, comme je le viens de prouver
, en faisant voir qu'elles se
rencontrent en touteforte de perſon.
nes . Ilsemble ensuite qu'ilse dédit
aprés un long discours qu'ilfaitsur
desglobes , qui n'ont aucune relation
au (ujet dont il s'agit , car il die
dans la page 38. qu'il le fera voir
àMrChapelas.C'est un bel endroit
pour s'attirer tout l'exercice quefon
efpritpeut demander.
7. Il veut que les humeurs qui
ferencontrent de couleurs diverſes
dans l'estomach , dans les intestins ,
88 MERCVRE
&dansle cerveau,foient faites des
excremens de l'aliment quiyeſt porté,
fansfaire aucune distinction . Il
est tres certain qu'il nese rencontre
point d'humeurs de diverſes couleurs
dans le cerveau nydans les intestins,
en prenant lenom d'humeurs dasſa
proprefignification . Pour ce qui est
de l'estomach , il s'y rencontre à la
verité diverses couleurs dans des
momens, fi la coction n'estpas faite,
car quand elle est faite , tout est
uniforme. Quand elle ne l'eſtpas ,
ilse rencontre autant de couleurs
differentes qu'estoient les alimens
qu'on a pris. On voit bien qu'il est
inutilede chercher les excremens
pour expliquer ces differentes couleurs,&
qu'iln'y aqu'à ouvrir les
yeux pour voir lefait qu'ilveut ca..
cher&rendre misterieux.
Si le fang , dit- il , est biliense ..
comme on le suppose dans lafièvreGALANT.
89
tierce, Il doit eštreamer . Cette con-
Sequence est injuste. Nous sçavons
par experience qu'ily a des liqueurs
lesquelles estant meſlées , changent
entierement de nature dans la couleur
, l'odeur& legouft. Par exemple
, l'esprit du vitriol qui est un
puiſſant acide, meslé avec un Alkali
, d'aigre qu'il estoit devient
doux ; meſlé dans des Sirops , il les
fermente&leurdonne diverſes couleurs,
fans qu'on puiſſe l'appercevoir
au gouft. Si cela est comme on n'en
Sçauroit douter , pourquoy veut- il
que la Bile faſſeſentirson amertu
mesur la maſſe du sang. J'aurois
un million d'exemples à rapporter
pour convaincre nostre Philofophe ,
Sijene craignois d'ennuyer ceux qui
liront cette réponse.
.
9. Il prétend qu'un homme qui a
la fievre , n'a pas le ſang plus
chaud que celuy qui est en par१०
MERCURE
7
faiteSanté,fans faire encore aucu
ne distinction ; &pour s'en aſſurer,
dit il, il faut recevoir le fang de
l'un &de l'autre sur la main , on
trouvera le fang de celuy qui est
Sainplus chaud que celay d'un Fébricitant.
L'avoue que cela peut
eſtre au declin de la fiévre , mais il
n'est pas vray que cela foit au com.
mencement, ny dans tout l'accés
parceque c'est le temps que les particulesignéesfont
le plus en mouvement
, & que la rapidité de leur
coursfait mieuxsentir leur action.
Mais comme cette grande agita
tion ne peut estre fans que ces corpufcules
ignez changent de figure
de leur choc mutuel,ou qu'ils sedifſipentparles
pores des vaiſſeaux,il
nese peut alors que le ſang ne soit
plus froid que celuy qui n'aura pas
fouffert la dissipatio; cettefroideur
dans leſangn'estproprement qu'a
GALAN T. 91
près que lafieure est paſſsées.Or come
nofireAuteur nefait paroiſtre aucun
principe fur lesquel il établit
ſa doctrine ; sçavoir des atômes &
des corpuscules , il est bon de lug
répondre dans un langage plus
vulgaire , qui est que preſonne ne
doute que lesangnesoit le principe
dans la chaleur , & la chaleur
dans le mouvement particulier des
parties d'un corps. Cela étant , il
n'est pas difficile de concevoir que
tout ce qui peus augmenter le
mouvement , augmente en mé.
me temps la chaleur. Or tout le
monde Sçait que la fièvre est
une agitation extraordinaire dela
masse du sang qui se manifete
par un pouls fort élevé avec une
chaleur plus forte que celle qui
estoit auparavant. On voit bien
par ce discours que ce qu'il avance
n'est pas moinsfaux qu'il estoit
92
92
MERCVRE
Surprenant , de quelque maniere
qu'on leprenne.
II . Il revient ensuite à la nature
du Sel, & le dit un corps élementaire
chaud & humide ,froid &ſec,
qui se coagule au chaud , & quise
fond à l'humide. Tous les attribuis
qu'illuy donne le font trouver compacte.
Afinqu'ilfost chaud, il veut
qu'il contienne des semences de
chaleur. Pour efire humide , il
fautqu'ilait des parties ondoyantes&
pliantes. Tout celafe contrarie
évidemment , & ne convient
point du tout à la nature du ſel qui
est un corps inflexible , long , roide
tranchant & piquant. Comment
pouvoir accomoder tout ce qu'il dit
àlaraison&àl'experièce?Luy même
ne conviet pas à lafin de ce qu'il
adit au commencement; car il veut
que lepropre des Elemensſoit de ne
pouvoir être reduits , ny naturelle
GALANT .
93
ment par art , en aucune autre
Substance. Cependant le fel se
chage en verre fans pouvoir jamais
estre revivifié ; lefeln'est donc pas
un Element . Quant à la coagulation
, qu'ilse souvienne qu'ila dit
que cette qualité estoit propre à
l'eau ſeule. Cependant il la fait
rencontrer aufel. On a bien peu de
memoire lors qu'on neſeſouvient pas
à la fin d'un écrit de trois feuilles.
de ce qu'on a posépour unfait effentiel
au commencement de ce mesme
écrit. Et quandil dit que le fel fe
coagule au chaud , il devroit encore
diftinguer la nature desfels , car il
yena qui s'y fondent , & qui se
coagulent aufroid,& enfin de quel
que nature qu'ils puiſſent efire , it
n'en est point qui nese fonde à une
violente chaleur. Voilà donc le principe
de ſel qui n'est plus principe,
94
MERCVRE
puis qu'ilchange de nature ,&que
toutes les qualitez attribuées ne
s'y rencontrent point.
11. Enfin nous voicy arrivez d
la derniere opinion quiseroit la
meilleure & la plus utile , si elle
n'estoit opposée au bon sens & à
l'experience. Ilveut qu'un Medecin
qui est appellé au commencement.
d'une maladie , ne connoiſſe ny
lanaturedu mal , ny le remede,
S'ilne guerilt e Malade dans huit
jours. Qui est le Medecin qui puiſſe
entrer dans unsentimentfi extraordinaire
? La fracture des os
le Polype, les Ecrouelles , les Pierres ,
les Fistules , les Cancers , les ma
ladies galantes , & an nombre infini
d'autres que nous connoissons
parfaitement , ne se peuvent que.
rir , & ne sont jamais queries.
Gelles qui font queriffables ne le
font que dans le double, & le triple
GALAN T.
91
du temps qu'il demande , & ce n'est
pas un petitſervice que l'on rend à
ceux qui s'en trouvent attaquez ,
que de les tirer d'affaire , quoy que
ceuefoitpasen huit jours.
Les Vers que vous allez lire
ſont de Mr Chays , Medecin
de la Faculté de Montpellier ,
demeurant à la Ville de Bourg
S. Andeol en Vivarez . Il ſe.
roit difficile de faire rien de
plus nouveau ſur une matiere
qu'on a ſi ſouvent miſe en
oeuvre,
96
MERCVRE
黎黎黎黎粉粉
LA JALOUSIE.
J
DES ENFANS .
DEIACОВ .
Acob aimoit Joseph d'une amour
paternelle ,
Son coeur brûloit pour luy de feux
plus éclatans
Que pour aucun deses enfans ,
Et jamais on ne vit uneflame plus
belle.
Il le prevenoit dans ſes voeux ,
Et le Vieillard ravy de ſes tendres
carreffes
Devant fes autres Fils, quoy qu'il
craindre d'eux ,
Luy murquoit quelquefois tendreſſes
fur
GALANT.
97
far tendresses .
Mais que ne peut la jalouse
fureur
Ceux- cy frappez , d'une mortelle
envie
Se liguerent entre eux , jurerent
dans leur coeur
De luy ravir la vie ,
Sans voir que cette perfidie
Perdroit, outre lofeph, leurPere&م
learhonneur.
Mais l'Eternel Iacob, leDieu de la
vangeance ,
reſolu de punir ces Freres inhumains;
Qui du fangfraternel vouloient
Souiller leurs mains ,
Pour mieux faire éclater les traits
desa puiſſance ,
permitquedans lasuiteon vit regnersureux.
Joseph qui les tira de l'état mal.
heureux
Aouft 1691. E
98 MERCVRE
Où les reduiſoit l'indigence.
Ainsi , Louis, cent Princesinhamains
Ont conceu contre toy de funestes
deffeins
Jaloux de voir qu'en tout le Ciel
tefavorife ,
Leur injuste fureur les porte à
tehair;
Maisnous ne craignons point leur
indigne entreprise ,
Tu les verras fe diffiper &fuir
Etje te prophetiſe ,
Qu'un grand Roy Dieu- donné, Fils
aisné de l'Eglise,...
Doit tout vaincre , &par tout
doitsefaire obeir.
27
L'article qui fuit vous furprendra.
Il eſt tout remply de
faits conftans & avoüez . Vous
y verrez que ceux qui s'étonque
les François bruſlent nent
THEQUE
DE
YON
GALANT.
THEQUE D
TON
felon les Loix de la Guerre ,"
cherchent à le faire d'une d '
neire honteuſe ,&qui n'eſt autoriſée
par aucunes Loix . Il y
auroit beaucoup à dire là deffus,
mais je me tais quand la
choſe parle.
Le 7. Avril dernier , ſur les
huit heures du ſoir , toute la
Ville de Strasbourg fut en alar
mes pour le feu qui pritau lieu
qui ſervoit de Magazin de fou.
rage pour la ſubſiſtance de la
Cavalerie. Comme ce lien en
eſtoit remply , le feu fut fi
prompt & fi violent , qu'on ne
douta preſque point que le
Magazin des farines pour les
vivres des Troupes , qui joi .
gnoit cet autre Magazin, n'en
duſt eſtre confumé , en forte
qu'on avoit peu d'eſperance de
le garantir de cet incendie.non
2
E 2
100 MERCVRE
plus que tout ce quartier;mais
les ſoins & la vigilance de Mr
le Marquis deChamilly, Lieutenant
General des Armées du
Roy , & Gouverneur de la
Ville , la prompte execution
qui ſuivit ſes ordres , & la bonne
Police qui est établie par les
Magiſtrats en de pareils accidens
, arreſteret le cours de
l'embraſement , qui ſe termina
à ceMagazin avec les fourages
, &une partie des Ecuries
delaCavalerie.C'eſt de la perte
deceMagazinde fourage que
les Gazettes Etrangeres ont
tant parlé. Le danger eſtant
paſſé , chacun raiſonna à ſa
fantaiſie ſur ce malheur, & l'on
n'en pûttrouver d'autre cauſe
quel'imprudence de quelqu'un
des Soldats que l'on avoit employez
pour entaſſer le foin
dans ce Magazin , & qui pou
GALANT. 10%
voit y avoir entré avec ſa pipe.
Cela fut cauſe que l'on ſe tins
fur ſes gardes , & qu'on examina
dans la ſuite ceux qu'on
employoit. Mais cette précaution
ne ſervitde rien , puis que
le 19. du mois paſſé , ſur le midy
, le feu ayant pris à un au
tre Magazin de fourage qu'on
avoit conſtruit de neuf fur
l'Esplanade entre la Ville &
la Citadelle , il fut impoſſible
d'y remedier. Ce Magazin fut
confumé comme l'autre , &
alors perſonne ne douta qu'on
n'yeuſt mis le feu à deſſein , ce
qui fit juger qu'ily avoit quel.
que Incendiaire dans la Villes
Ces préſomptions furent une
certitude,lors que le 25. du
même mois , ſur les huit heures,
on vitle feu s'allumer pour
une troiſième fois. Ce fut aux
!
E
3
102 MERCURE
Ecuries des Cazernes de la
Cavalerie , conſtruites dans le
Fauxbourg de la porte de Saverne
, qu'on avoit rempliesde
foin aprés le départ de la Cavalerie
pour l'Armée. Des Incen+
dies ſi frequens donnoient d'étranges
inquietudes à tout le
Corps de Ville , à l'EtatMajor,,
&à toute la Garnison,qui
avoient un juſte ſujetd'apprehender
, non ſeulement pour
les Magazins de fourages ,mais
encore pour l'Arcenal & les
Magazins de Poudre.Les ſoups
çons où l'on eſtoit , obligerent
Mr de Chamilly , & Mr de la
Grange Intendant , à convoquer
les Corps des Magistrats,
à onze heures du ſoirde cemê
me jour , pour avifer aux moyes
que l'on pourroit employer
afin de faire ceſſer ces brûle-
L
GALANT.
103
mens. Le réſultat du Conſeil
qu'on tint,fut que les portes de
la Ville demeureroient fermées
le jour ſuivant , juſqu'à ce que
chaque Bourgeois euſt donné
le nom des Etrangers qu'il logeoit
chez luy, ce qu'il leur fur
ordonné de faire fur peine de
la vie , le matin du 26. & en
meſmetemps il fut publié àfou
de trompe , que celuyqui découvriroit
les Auteurs de l'embrafement,
ou donneroit que!
que indice qui puſt aiderà le
découvrir , autoit une bonne
récompenſes. Cependant tous
ces expediens auroient été inutiles
& l'incendiaire auroit
continué impunément ſes embrafemenscommeil
avoit com.
mencé , fi le hazard n'en cuft
fait avoir de ſeures lumieres.II .
s'eſtoit répandu un bruit con-
E 4
104 MERCVRE
fus que l'on avoit vu un hom.
me prendre la fuite d'abord
que les premiers qui s'eſtoient
approchez du dernier feu
avoient paru .On peignoit cet
homme de petite taille , couvert
d'un Juſte au corps brun
& ayant un grand chapeau
Sur ce feul bruit , Mr. Bourbon
, Aide- Major de la Place
Officier plein de feu , actif ,
&toujours prompt dans tout
ce qui peut faire connoiſtre
ſon zele , s'appliqua fi heureuſement
toute la nuit à faire une
exacte perquiſition dans tous
les lieux où il crut qu'il poursoit
trouver des Etrangers ,
que parmy ceux dont il jugea
à propos de ſe ſaiſir , il
arreſta auſſi le coupable. Mais
ce n'eſtoit rien que de l'arreſter
, il falloit avoir dequoy
le convaincre , & c'eſt ce que
GALANT. 105
on
le bonheur qui l'accompagnoit
luy fit trouver. Ce malheureux
qui parloit refolument
ſe plaignit d'abord de ce
que l'on entroit dans ſachambre
à quatre heures du matin,
& de ce qu'apres avoir foüillé
dans toutes les poches
renverſoit encore tout fans
deſſus deſſous. It dit qu'une
telle violence eſtoit d'autane
plus injuſte, qu'il n'eſtoit poine
Etranger , qu'il avoit travaillé
long-temps dans la Ville , où
chacun le connoiſſoit , qu'il
eſtoit logé dans le poëfle-des
Tonneliers , lieu deſtiné à
ceux de cette Profeſſion dont:
il eſtoit , &qu'il devoit ſe marier
au plûtoſtavec la filled'un
Maiſtre Tonnelier , Comme.
il diſoit vray ſur cet article , &
qu'il ne ſe trouvoit riendans la
chambre , qui puſt donner licu
Ess
106 MERCVRE
de croire qui'l eſtoit coupable,
que la ſeule inspection de ſa
perſonne , ſon grand chapeau
&fon juſte- au - corps, qui s'ac
cordotent.cvec le bruit confus
qui couroit que l'Incendiaire
eſtoit fait de cette forte , on auroit
eu peine à tirer une affez
forte induction contre luy pour
le rendre reſponſable de l'embraſement,
ſi MrBourbon ne fe
fuſt enfin avisé de rompre un
banc fermé qui estoit à coſté
de ſon lit. On y trouvaun fufil
à faire feu avec de la poudre ,
de la méche ſouffrée , & toutes
les autres choses qui pouvoient
fortifier l'opinion qu'on
avoit qu'il fuſt le coupable
qu'on cherehoit. Il y avoit aufli
dans ce banc un Pafle port du
Comte de Caprara , l'un dess
Generaux de l'Armée de l'Em
1
GALANT.
107
pereur , en datte du 31. May
dernier , & un autre Paffe port
du Prince Loüis de Vvirtemberg
du 21. de Juillet , portant
que le perſonnage eſtoit fon
Domestique , & qu'il luy avoit
donné comm ſſion d'acheter du
vin &des vivres. Onle mena
auſſi toſt à Mr le Marquis de
Chamilly . Il fut interrogé en
ſa preſence , & en celle de Mr
I'lntendant , par Mr Obrecht ,
Preſtre Royal , & enſuite par
le Prevoſt de la Maréchauffée..
Ce malheureux nia fort longtemps
, maisenfinayant varié
dans ſes réponſes il fut contraint
d'avouer le fait. Il dict
qu'il avoit eſté ſollicité à met
we le feu au premier Magazin,,
par le Sr Sacken , autrefois Ca
pitaine au Regiment d'Infanserie
d'Alface , qui faisoit cy
E6
108 MERCVRE
devantdes recruës en Alfaco
pour ce Regiment , & qui a
deſerré du ſervice de France ,
aprés avoir emporté l'argent
du Roy , & celuy de pluſieurs
Particuliers , & par le nommé
Stedel , Marchand de Straf
bourg , qui ayant fait banqueroute
s'eſtoit retité dans les..
terres ennemis ; que le dernier
luy avoit dit qu'il auroit regret
toute ſa vie de n'avoir pas fait
un beau coup , qui estoit de
tuer Mr le Marquis deChamilly
, ce qu'il auroit pû faire
facilement , l'ayant vû paſſer
un jour accompagné d'un ſeul
Laquais , devant ſon jardin ,
ſitué entre Strasbourg & un
petit Village appellé Ruperchau
, qui n'en eſt qu'à demilicuë
; que luy Stedel l'avoit
couché en jouë, mais qu'eſtane
GALANT.
109
preſt à tirer il avoit manqué de
réſolution ; que Sacken & Stedel
luy avoient conjointement
donné toutes les inſtructions
dont il avoit beſoin pour mettre
le feu au premier Magazin;
que Mr de Caprara luy avoit
promis de le bien récompenfer
s'il venoit à bout de ſon deſſein
quefur ces inſtructions & cette
promeſſe il eſtoit venu à Strafbourg
, où il eſtoit connu
poury avoir travaillé , qu'il
avoit executé cette premiere
action heureuſement , & que
s'en eſtant retourné , Mr de
Caprara , aprés luy avoir fait
compter cinq cens Florins ,
luy avoit donné le Paſſeport
trouvé dans le banc ; que le
Sr de Sacken luy avoit auſſi
donné fix Loüis d'or pour avoir
fibién réuſſi , & qu'on l'avois
110 MERCVRE
renvoyé pour continuer les
brûlemens; qu'eſtant revenu à
Strasbourg il avoit mis le feu
au ſecond Magazin , & que
s'en eſtant retourné, le St Ecler,
Commiſſaire des guerres des
Troupes de l'Empereur à Reins
feld , luy avoit fait donner
15. écus , & le Prince Loüis
dê Vvirtemberg vingt Florins,
ledernier Paſſeport , & des matieres
propres à s'enflamer
promptement , afin que l'in .
cendie fuſt inevitable , avec
promeſſe que fur ſes ſimples
billets , tout ce qu'il demanderoit
luyſeroitpavé,pourvu qu'il
continuaſt . Aprés qu'il cut
confeffé toutes ces chofes , on
luy fit ſouffrir la queſtion ordi
naire & extraordinaire pour
l'obliger à découvrir ſes complices.
Il declara qu'il ſçavois
6 GALANT..
que d'autres Incendiaires ef
toient entrez en Alface pour
faire la meſme choſe que luy à
Landau & a Philſbourg, mais
qu'il ne les connoiffoit point.
Enfutte il furcondamne à eſtre.
rompu vif, & à expiter fur la
rouë , aprés quoy ſes membres
feroient coupez par quartiers
&jettez au fou , & fa teſte miſe
au boutd'une perche ſur l'Efplanade,
verslelieu oùil avoit
brûlé les deux premiers Magazins
, ce qui fut executé le 30.
dumois paffé . On ne peut don
ner affez de loüãges au zele de
Mr Bourbon , qui par ſes ſoins ,
fon exactitude ,& fa vigilance,
a delivré , non ſeulement les
Magazins & les Arcenaux du
Roy des embraſemens ontils
oftoientmenacez , mais encore
toute la Ville de Strasbourg ,
}
F12
MERCVRE
& la Province d'Alface , puis
qu'il y a tout lieu d'eſperer
que cette execution étonnera
ceux que les pratiques de nos
Ennemis peuvent avoir engagez
à des entrepriſes ſi déteſtables.
En vous parlant de Strasbourg
, je vous diray que cette
Ville làdoit beaucop au Roy ,
puis que Sa Majesté ya rétably
la veritable Religion. Comme
ce n'eſt pas une des moindres
actions de la vie dece Monarque
, & qu'on fait frapper des
Medailles ſurles plus confiderables
, voicy le revers de celle
qui a eſté frappée ſur ce ſujer.
LeCabinet des beaux Arts ,
ou récueil d'Eſtampes gravées .
d'aprés les Tableaux d'un plafond
, où les beaux Arts fonc
repreſentez avec l'explication
GALANT.
113
de ces meſmes Tableaux , ſe
vend à Paris chez G.Edelinck,
ruë Saint lacques , au Seraphin
. L'Auteur de ce Livre eſt
Mr Perrault , de l'Academie
Françoiſe . Il y a quelques années
qu'il fit peindre dans le
Plafond de ſon Cabinet ceux
d'entre les beaux Arts qu'il
aime le plus , par les meilleurs
peintres de l'Academie Royale
de Peinture & de Sculpture.
Ces Tableaux qui furent
peints à l'envy l'un de l'autre ,
s'étant trouvez tres- beaux , il
a vouluavoir la ſatisfaction de
les voirgravez par les meileurs
Graveurs de Paris . Il y a onze
Tableaux, dont huit reprefen.
tent les huitArts qui ſuivent ;
l'Eloquence , la Poësie , la Muſique
, l'Architecture , la Peinture
,la Sculpture , l'Optique ,
114
MERCVRE
&laMechanique ; les trois autres
Tableaux reprefententles
Divinitez qui preſident à ces
Arts , ſçavoir Apollon au milieu
des Muſes , Mercure &
Minerve. Ces onze Tableaux
ont eſté peints par onze Peintres
,& gravez par onze Gra
veurs tous differens . Chaque
Eſtampe eſt accompagnée d'us
ne explication en Vers & en
Proſe, qui rend raiſonde cequi
eſt dans le Tableau , & con.
tient ce qu'il y a de plus curieux
& de plus particulier
dans le bel Art qu'il reprefente.
LesEstampes font precedées
d'un frontiſpice qui reprefente
au naturel le Cabinet où les
Tableaux ont eſté peints , &
d'une autre planche où l'on
voit le deſſein general du plafond
,& tous les Tableaux en
GALANT.
115
1
petit , avec les ornemens qui
les accompagnent . Il ſeroitdifficile
de pouvoir exprimer la
fatisfaction que donne ce Livre.
Les yeux & l'eſprit ytrouvent
également ce qui les peut
contenter ,& fi l'on eſt charmé
de la beauté des Tailles- douces
,la lecture des explications
cauſe un extrême plaifir . On
ne doit pas en eſtre étonné ,
puis que perſonne n'eſtoit plus
capable de faire un ouvrage de
cette nature que Mr Perrault ,
non ſeulement parce qu'il a
infiniment de l'eſprit , mais
encore à cauſe du bon goût
qui luy eſt naturel pour les
beaux Arts , & qu'il a fortifié
par l'habitude qu'un employ
de pluſieurs années luy adonnée
avec tous les plus habiles
Ouvriers de l'Univers , pour le
116 MERCVRE
ſervice du premier Monarque
du monde, & qui ſe connoiſt le
mieux aux belles choſes .
L'Alface eſt une Province
frontiere , où les Armées font
ordinairement de frequentes
marches & de longs ſejours.
C'eſt ce qui a donné occaſion
au Sr de Fer , Geographe de
Monſeigneur le Dauphin , de
donner au Public une Carte
tres - particuliere de cette belle
Province. On y a marqué la
marche & les campemens de
l'Armée de Monſeigneur,à qui
cet Ouvrage eſt dédié . Cette
Carte eſt de deux grandes
feüilles , & peut ſe ſeparer en
deux ou en quatre . Ilya une
Table par laquelle on peut
trouver en un moment toutes
les poſitions qui y font , & le
tout eſt enfermé d'une bordure
1
1
1
GALANT.
117
2
compoſée des Plans des Places
fortes ſituées dans l'Alface , le
Suntgavv ,le Briſgavv , & aux
environs . Le Sr de Fer qui con .
tinuë à travailler à ſon Introduction
à la Fortification , en
donnera la ſeconde partie an
commencement de Septembre,
avec une tres belle Carte particuliere
des Pays- bas . Tous
cesOuvrages ſe vendent à Paris
, chez l'Auteur , dans l'iſſe
du Palais, furleQuay de l'Horloge
, à la Sphere Royale. Le
Public luy eft obligé des gran-
• des dépenſes , & des exactes
recherches qu'il fait pour ſa fatisfaction
.
Il paroiſt un Livre nouveau
que debitele Sr Guerout , ſous
le titre de , L'Education de Mr
de Moncade. La lecture en eſt
tres agreable par elle- moſme ,
118 MERCVRE
& il feroit à ſouhaiter que les
gensde qualité, qui ne doivent
avoir en veuë que d'élever
leurs enfans d'une maniere qui
réponde à leur naiſſance , ſe
ſerviſſent de ce Livre , comme
d'un modelle , dans l'un des
foins les plus importans qu'ils
puſſent avoir.Mr de Moncade
en racontant commentil a paſſé
ſes plus jeunes années chez un
de fes Oncles , rapporte que
loin de pouvoir dire quia eſté
fon Maiſtre dans les belles Lettres
, il luy ſemble qu'il a appris
de tout le monde , ſans
avoir eſté pourtant enſeigné de
perſonne, qu'aucun ne prenoit
auprés de luy la qualité de
Maître ny de Precepteur , &
que toutefois chacun luy apprenoit
quelque choſe , mais
de telle maniere , qu'il ne s'en
GALANT .
ل ا و
1
}
appercevoit pas luy- meſme ,
qu'on ne luy ajamais dit, com .
me aux autres Enfans , qu'il
falloit qu'il apriſt les Langues ,
lesMathematiques, la Philoſophie
; mais qu'on le portoit à
ces Sciences comme parrencontre
& en ſe joüant. CetOncle
qui vouloit reparer dans
l'éducation de ce Neveu les
fautes qu'il connoiffoit qu'on
avoit commiſes dans la fienne ,
tenou pour maxime qu'on ne
peut trop veiller fur le paſſage
que les Enfans font d'un âge à
un autre , parce que quand ils
commencent à ſe fentir, & que
s'évertuant , ils veulent ſe débaraffer
de leurs puerilitez , ils
ſe déconcertent , & ſe défont ,
pour ainſi dire , comme un
grain ſe corrompt lors qu'il ſe
diſpoſe à germer , à moins
1'20
MERCVRE
qu'une main adroite ne s'employe
à les conduire . Ainſi il
s'affocia deux hommes d'un
grand merite , pour luy aider à
bien élever Mr de Moncade ,
ſouhaitant ſur tout qu'ils luy
donnaſſent du gouft pour toutes
les bonnes chofes , non pas
un gouſt fade qui ne cherche
que des douceurs , nyauſſi un
gouſt amer , qui ne veut que
le ſel tout pur , mais un gouft
rafiné qui ſe plaiſt dans lejuſte
mélangede ces deux contraires
,& leur declarant que fon
intention eſtoit qu'on euſt plus
de ſoin de lay former le jugement
, que de luy charger la
memoire , parce qu'en effet la
Science n'eſt qu'une ſottiſe , ſi
elle n'eſt guidée par le bon
ſens. Lors qu'il luy eut choiſi
ces deux hommes auſquels il
recommanda
GALANT. 121
recommanda de le conduire
par des ſentimens d'honneur
&de raiſon , & de ne luy pas
donner du dégouſt de la vertu
en l'y pouffant avec trop d'empreſſement
& de violence ,
voicy les paroles que l'Auteur
met en la bouche de cet Oncle
, ſur cet endroit de Quintilien
, où l'on demande s'il
eſt plus utile d'inſtruire les
enfans dans la maiſon , que de
les envoyer aux Ecoles . l'ay
long- temps pensé,mon cher Neveu,
à ce que jeferois de vous ,& jay
connu que s'ily a quelque avantage
à étudier dans les Colleges à cauſe
de l'émulation , ily a aussi bien
durisque , parce que la compagnie
y est rarement bonne, & qu'on ne
S'y polit pas l'esprit. Quandles Enfansfortent
des Vniverſiicz, on les
prendroit la pluſpartpour des La-
Aoust 1691 . F
122 MERCVRE
pons, ou pour des gens tombez des
nuës , qui ne sçaventoù donner de
lateste. Leur langage est barbare ,
& leurs manieres font impertinentes.
Ils ne sçavent vivre ny
avec le monde
, ny avec euxmeſmes.
Enfin ce font de petits
hommes qu'ilfaut entierement refondre
: & qu'on ne refond pas
aisément. D'ailleurs , ily a un extrême
danger à élever des Enfans
dans les Familles. Les Précepteurs
babiles font rares ,&lesſages ne se
trouvent presque point . Lemauvais
exemple des Serviteurs , & bien
Souvent celuy des Parens , joint
àla molleſſe de l'éducation domes
ſtique , jettent les Enfans dans
le mal avant qu'ils le connoiffent,
Pour moy, qui nemefens avoirpour
vous qu'un amour raisonnable ,&
qui fuis fecouru de deux hommes
d'un merite éprouvé , j'ay cru qu'il
GALAN T. 123
feroit plusfeur de vous élever dans
ma Maison , que de vous livrer à
des Maistres , qui n'agissant que
par une charité foible ou par un
vil interest , ne sçauroient rien
produire que de tres - imparfait.
Le peu que je vous rapporte
de ce Livre ſuffit pour
vous faire voir de quelle
utilité il peut eſtre à ceux
particulierement qui devant
élever leurs Enfans pour l'Etat
&pour le ſervice du Roy , ne
peuvent trop s'apliquer à leur
inſpirer des ſentimens dignes
de ces grandes veuës Cet Ouvrage
eſt accompagné de plus
de trois cens Maximes & Relexions
dont la pluſpart
regardent la Morale & la Politique
, & quelques unes , les
Sciences & les Arts . Elles ont
toutes leur agrément , & je ſuis
,
F 2
124
MERCURE
fort feur que vous les lirez
avec plaifir .
,
Mrl'Abbé de S.Real , connu
par quantité d'excellens Ouvrages
, nous a donné depuis
quelque temps la Traduction
des Lettres de Ciceron à Atticus
avec des Notes qu'on
eſtime fort, Il y en a une quia
trouvé un Cenſeur ; elle eſt
conceuë en ces termes favouë,
dit Mr de S. Real , queje ne puis
comprendre ce que dit Tacite , qu'on
défendit une fois entierement les
usures , n'y ayant rien de plus neceffaire
, &par conſequent de plus
innocenten tous ſens dans un Etat ,
pourveu qu'elles ayent des bornes
equitables , reglées par autorité
publique ,Sans exception'ny distin
Stion quelle que ce puisse estre.
Ceux qui vondront voir la
Lettre qui a eſté écrite fur cette
GALANT.
125
Note , la trouveront chez la
Veuve Bouillerot , au bout
du Pont S. Michel , Elle eft
adreſſée à M. Amelot de la
Houſſaye.
En vous parlant la derniere
fois du fameux Livre d'Archirecture
de M. d'Aviller, pour
lequel M. l'Anglois à fait une
dépenſe qui fait connoiſtre
qu'il n'épargne rien pour les
beaux Ouvrages , j'oubliay de
vous dire qu'il demeure ruë S.
Jacques, à la Victoire . J'ay ſceu
que depuis ce que je vous en
ay dit dans ma derniere Lettre,
beaucoup de gens ſe fontinformez
où ils pourroient trouver
cet excellent Cours d'Architec
ture , & c'eſt ce qui m'oblige
aujourd'huy à vous donner cet
avis .La belle Lettrequeje vous
ay envoyée , & qui en parle
F 3
126 MERCVRE
d'unemaniere ſi avantageuſe ,
est de Mr l'Abbé Chaſteau . le
vous ay déja marqué qu'elle eſt
adreſſée à Mr l'Abbé de la
Chambre. Perſonne n'ignore
qu'il a un gouſt merveilleux
pour les beaux Arts , & une
eſtime particuliere pour ceux
qui ontl'avantage d'y exceller.
C'eſt ce qui l'a engagé à compoſerla
Vie du Cavalier Bernin.
Ainsi l'on doit eſtre perſua
lé qu'en écrivant à Mrl'Abbé
de la Chambre , on ne ſe
hazarderoit pas à faire l'éloge
d'un Livre qui regarde les
Arts , s'il ne meritoit l'approbation
de tous ceux qui s'y con
noiffent .
Il y a des Familles de benediction
, où la Grace opere
plus abondamment que dans
les autres . Telle eſt celle d'une
GALANT. 127
jeune Demoiſelle qui a fait
profeſſion chez les Carmelites
au commencementde ce mois.
Son Pere qui s'étoit fait Preſtre
aprés la mort de la Femme.
monta en Chaire , & fit l'exhor .
tation qu'on a coutume de faire
dans les Ceremonies de cette
nature . Il ſe cõpara à Abraham
qui facrifioit ſon Fils , &
aprés avoir dit là- deſſus plufieurs
choſes fort touchantes ,
il demanda à ſa Fille que pour
recompenſe de luy avoir ſervy
de Pere & de Mere tant qu'elle
avoit demeuré au monde,
elle priaſt inceſſamment le Seigneur
qu'il luy fiſt la grace de
ne deshonorer jamais par fa
méchante conduite l'état de
Preſtriſe qu'il avoit choiſi , la
conjurant de ne le point épargner
dans ſes reproches , s'il
F4
12-8 MERCVRE
1
faiſoit quelque action qui fuſt
indigne de fon caractere . U luy
recommanda auſſi , puis qu'elle
étoit affez heureuſe pour avoir
quatre Freres Religieux & un
autre Preſtre , de les offrir ſouvent
au Seigneur , afin qu'ils
perfeveraſſent à travailler pour
le Ciel. Vous pouvez juger
combien ce diſcours futpathetique.
Il fit répandre quantité
de larmes , & ce fut avec une
grande édification de l'Aſemblée
, quel'on vit cet heureux
Pere celebrerenſuite la grande
Meffe. Il avoit pour Diacre
fon Fils aîné qui eſt Preſtre,
Vn autre Fils , Carme, ſervoit
d'Acolythe , & il y en avoit
un quatrième preſent , qui eſt
Jacobin , avec un autre Confeiller
au Parlement . Un fixieme
Fils qui eſt Recolet , ne
GALANT.
129
s'y put trouver. Une jeune
Scoeur , qui n'a pas encore
quinze ans , aſſiſta à cette ceremonie
, dont tout le monde:
fortit fort touché .
Le Mercredy 15. de ce mois.
Feſte de l'Affomption , le Roy
donna à Mr l'Abbé de Clermont
Tonnerre , l'Abbaye de
Tenaillles , Ordre de Premonſtré
dans le Diocese de Laon .
La Maiſon de Clermonteſtune™
desplus illuſtres du Royaume ,
& fi generalement connue ,
queje ne pourrois vous en rien
direque vous ne ſceuffiez. Mr
l'Abbé de Tonnerre eſt Frere:
deMr le Comte de Tonnerre ..
Premier Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur
Neveu de Mr l'Eveſque de
Noyon .
&
L'Abbaye de Saint Sauveurs
FS
130 MERCVRE
d'André, Dioceſe de Boulogne,
Ordre de S. Benoist , fut donnée
le meſmejourà Mrl'Abbé
Tiberge. Un choix ſi judicieux
nous fait connoiſtre que les .
perſonnes d'une veritable pieté
ne peuvent jamais manquerde
recompenfe. On ne ſçauroit
avoir plus de zele pour la conduite&
pour le ſalut des Ames ,,
que cetAbbé en a toûjours fait
paroiſtre. Il a de fort grands
talens pour la Predication , &
quoy qu'il s'attache plus à tou--
cher le coeur qu'à flatter l'oreil- .
le, il eſt facile de voir quel'Eloquence
luy eſt naturelle . Savertu
s'eſt fait toûjours admis
rerdansle Seminaire des Mif
ſions Etrangeres , & dans quelque
poſte qu'on le mette , on
ne peut douter qu'il n'y rem
pliffe parfaitement ſes des
voirsa.
GALANT .
131
Madame de Clermont Galerande
fut auſſi pourveuë ce
meſme jour de l'Abbaye de S.
Remy des Landes. Le choix
qu'ilapleu au Roy d'en faire ,
fuffit pour perfuader de fon
merite . Cette Abbaye eſt de
l'Ordre de S. Benoist , Dioceſe
deChartres .
Les choſes dont le fuccés
paroiſt le plus aſſeuré , fone
quelquefois celles qui tournent
tout autrement qu'on n'avoit
pû le prévoir. Une jeune
Demoiselle , en qui mille belles
qualitez reparoientavec beau
coup d'avantage l'injustice
dont elle avoit àſe plaindre dus
Coſté de la fortune , vivoit ſousla
dépendance d'une Mere, quit
n'avoit pas moins d'ambition
que d'attachement à fes ſentimens
. Elle n'eſtoit pas ſi peas
66
132 MER CVRE
éclairée qu'elle ne connuft le
merite de fa Fille, qui eſtant
douce , d'une humeur égale ,
&fort complaiſante , ſembloit
ne pouvoir manquer de faire
force conqueſtes . Outre des
traits affez reguliers qui la fai--
foient mettre au rangdes belles.
Perſonnes , elle charmoit par ſa
voix , & la Muſique qu'elle:
avoit appriſe dés ſes plus jeunes
années , luy avoit eſté d'un
grand ſecours pour chanter
auſſi proprementqu'elle faiſoit
Sa Mere tâchoit de la mettre
dans le monde , pour qui cette
aimable Fille n'avoit pas un
fort panchant. C'eſtoit par cetraiſon
qu'elle avoit toûjours,
l'eſprit ſi tranquille , puis que
fon peu de bien l'empêchoit de
recontrer unParty avantageux.
elleſentoitqu'elle n'auroit nul--
GALANT.
133
-
le peine à paſſer ſa vie dansun
Convent. Avectous les avantages
que je viens de dire , il
n'eſt pas fort ſurprenant fi elle
ſe fit des Adorateurs. On s'empreſſa
à la voir , & beaucoup
parurent avoir deſſein de luy
plaire; mais comme il leur fut
aifé de connoiſtre qu'il falloit
parler de mariage , ſi l'on
vouloit réuſſir à toucher fon
coeur , ils ſe contenterent de
luydireen general de cesfortes
de douceurs que l'on a coutume
de prodiguer aux jolies
Perſonnes , & qui dans le fond
neſignifient rien . Enfin un Cavalier
qui avoit paru d'abordle
moins empreſſé à luy donner
des loüanges , parce qu'ilavoic
voulu étudier ſon efprit& fon
humeur avant que de luy rien
dire , en devint fi amoureux ,
134
MERCVRE
qu'ilne fut plus maistre de ſa
paffion. Il en parla àla Belle,qui
luy ayant témoignéavectoutes
les marques d'eſtime que la
bienfeanceluy pouvoit permettre
, qu'il ne devroit craindre
nul obstacle de fa part , pourvu
qu'il obtinſt l'aveu de ſa
Mere , le rendit par cette réponſe
le plus fatisfait de tous
les hommes. Il ne douta
point qu'eſtant fort bien fait,
& ayant cing à fix mille
livres de rente , la Mere ne
l'écoutaſt favorablement , &
en effet , ſa propoſition fut
receuë avec plaiſir. Il fut permis
à la Belle de répondre à
fon amour , & les progrés qu'il
fit dans fon coeur en peu de
temps,luy donnerent unejoye
qui ne fe peut exprimer. Tous
les autres Soupirans furens
GALANT.
135
Bannis , & l'on commença à
fonger aux préparatifs du mar
riage. Les raviſſemens du Cavalier
s'augmentoient de jour
en jour , & on peut dire qu'on
ne vit jamais une paffion fi
vive. Il fit dreſſer des articles
fort à l'avantage de cette belle
Perſonne , & on n'attendoit
pour les ſigner que l'arrivée de
quelques Parens qui demeuroient
en Province, lors que la
Mere & laFille s'eſtant trouvées
chez une Dame dont les
manieres attiroient beaucoup
de monde , on les felicita l'une
& l'autre fur le mariage qu'on
ſçavoit eſtre arreſté . Le merite
de la Fille fit dire toutd'une
voix que ſon Amantdevoit s'es
ſftimer heureux , & comme
aprés l'avoir louée ſur les agrémens
de fa perſonne , quel
136 MERCURE
qu'un vanta le talent qu'elle
avoit de bien chanter, la Dame
de la maiſon la pria de ne luy
pas refuſer la fatisfaction d'entendre
d'elle un Air nouveau
qui avoit beaucoup de cours.
Elle le chanta d'une maniere à
charmer , & qui paſſa tout ce
qu'on s'eſtoit promis de ſa
voix. Vn Marquis , hardy parleur
, en parut eſtre enchanté ,
& s'eſtant approché d'elle , il
l'aſſura qu'elle luy avoit tellement
gagné le coeur , qu'il ne
pourroit s'empêcher del'aimer
toute ſa vie . Vne belle voix
eſtoit ſon foible , & il n'en
avoit jamais entendu aucune
qui l'euſt touché davantage.
La Belle répondit avec eſprità
tout ce qu'il luy dit de flateur ,
&ne l'imputant qu'àl'habitude
qu'il pouvoit avoir de dire
GALAN T.
137
des galanteries à toutes les
Femmes , elle fut ſurpriſe au
dernier point d'en recevoir
une viſite dés le lendemain . Il
dit en s'adreſſant d'abord à la
Mere, qu'on alloit chercher les
raretez juſqu'au bout du monde
, & qu'elle ne devoit pas
trouver étrange ſi le hazard luy
ayant fait voir ce qu'il croyoit
qu'il y euſt de plus parfait pour
le vray merite , il fiſt paroiſtre
tant d'empreſſement à le venir
admirer . La réponſe qu'on luy
fit fur ce debut ayant donné
lieu pendant une demi heure
à une converſation generale ,
il la rendit bien toſt particuliere
en diſant à l'une & à l'autre
, que quoy qu'il ſceuſt l'engagement
où elles eſtoient , les
choſes n'eſtoient pas encore fi
avancées, qu'il ne duſt préferer
138 MERCVRE
ſon intereſt à celuy d'un Inconnu,&
qu'ainfiil venoitleur
declarer que fi un rang affez
confiderable qu'il pouvoitdonner
à la Belle en l'époufant; &
vingt mille livresde rente ſans
aucunes dettes , avoient dequoy
les toucher, il'eſtoit preſt
àleur faire voir parde prompts
effets que fa paffion eſtoin fincere
; qu'il avoit vecu juſqu'à
trente ans fans fonger au mariage
, mais qu'il fentoit bien
que ſon heure estoit venue,
puis qu'aprés ce qu'il avoit
veu , & ce qu'on luy avoit dit
des aimables qualitez de cette
belle perſonne , il eſtott perfuadé
qu'il ne pouvoit vivre
qu'heureux avec elle . La Belle
rougit de ſa declaration , &
laiſſa parler ſa Mere , qui ne
pouvant croire ce qu'elle ve
GALANT.
139
noit d'entendre , dit au Marquis
, qu'elle voyoit bien qu'il
vouloit ſe divertir ; que quand
ſa fille n'auroit point d'engagement
, elle avoit ſi peu de
bien , qu'il eſtoit hors d'apparence
qu'un homme qui
pouvoit prétendre à de grands
Partis , y renonçaſt en faveur
d'un peu de douceur d'eſprit
& de quelques agrémens , qui
perdroient toute leur grace
quand il y ſeroit accoutumés
qu'elle ne luy diſoit point
qu'ayant promis ſa Fille à un
Cavalier qui en uſoit pour elle
de la maniere du monde la plus
genercuſe , illuy ſerotimpoffible
de retirer ſa parole , puis
qu'elle n'eſtoit pas fi peu éclairée
, qu'elle ne ſceuſt bien que
luy parlant ſans aucun deſſein,
il ne la mettroitdans nul em
140
MERCVRE
barras de ce coſté-là. Il parlerent
encore l'ongtemps ſur le
même ton , le Marquis tratant
la choſe d'un grand ferieux , &
la Mere ſe défandant toujours
de rien croire. Il s'adreſſa enfin
à la Fille , qui , avoit gardé
un entier filence , & qui pour
toute réponſe luy dit qu'elle
croyoit qu'on ne devoit luy
en faire aucune . Comme il les
vittoutes deux dans cette incredulité
, il leur dit qu'elles
pouvoient ſoupçonner ſa paffion
, parce qu'elle eſtoit bien
prompte , & qu'il vouloit bien
leur avouer que s'il n'avoitpas
appris que le mariage qu'elles
avoient arreſté , eſtoit ſur le
point de ſe conclurre, ſes ſoins
auroient precedé la declaration
qu'il leur avoit faite ; que cependant
il ne croyoit pas paffer
f
GALANT.
141
dans le monde pour un homme
ſujet à former des reſolutions
mal digerees ; qu'il s'eſtoit
stoûjours montré affez ferme
dans toutes les choses qu'il
avoit creu devoir entreprendre
, & que pour leur mettre
l'eſpriten repos, il ne les viendroit
revoir de deux jours, pendant
lesquels elles pourroient
s'informer , & de fon bien & de
ſa perſonne , & qu'après ce
temps il leur apporteroit des
articles tout dreſſez , qu'il ne
tiendroit qu'à elles qu'il ne
ſignaſt avant quede les quitter.
Il fortit après leur avoir donné
cette afferance , & la Mere qui
eſtoit ambiticuſe commençant
à croire qu'il avoit parlé fincerement,
ſe laiſſa flatter du plaifir
de voir ſa Fille Marquife.
La Belle ne fut pas fi credule
142
MERCVRE
que ſa Mere , & dit que quand
il ſeroit en leur pouvoir de
faire ce mariage , elle trouveroit
une fort grande injustice
à reconnoiſtre avec tant d'ingratitude
les manieres definte
reſſées que le Cavalier avoit
euës pour elle. Elles raiſonnoient
encore là- deſſus lors
qu'il arriva . On luy dit lachoſe,
& il en fut effrayé . Il connoiſſoit
le Marquis pour un
homme entierdans ſes deſſeins,
& qui n'avoit plus ce feu emporté
de la jeuneſſe. Il ſçavoit
qu'il eſtoit riche , & que ſa
naiſſance le diſtinguoit . Commeil
ne pouvoitcombattre aucun
de ces avantages,il ſe contenta
de dire qu'il eſtoit bien
malheureux de rencontrer un
Rival de cette force , dans un
temps où il avoit tout ſujet de
GALANT.
143
croire que perſone ne devoit ſe
declarer; que cependant n'ayat
jamais eu en veuë que lebonheur,&
les intereſts deſa Maiſtreſſe
, il feroit fâché de luy
faire perdre une grande fortune,
file Marquis perſiſtoit dans
ſa premiere reſolution. Il accompagna
cela de termes ſi
tendres , & la douleur peinte
ſi vivement dansſes yeux , que
la Belle ne voulant pas luy ceder
en beauté d'ame , luy dit
qu'elle regardoit comme une
injure , le conſentement qu'il
oſoit donner aux pretentions
de ſon Rival , & que pour luy
faire voir que le titre de Marquiſe
eſtoit incapable de l'ébloüir
, quoy qu'elle n'ajoûtaſt
aucune foy aux aſſurances
qu'on venoit de luy donner ,
elle eſtoit preſte de l'épouser
144
MERCURE
dès le lendemain. Là- deſſus
cile conjura ſa Mere d'y voutoir
bien conſentir ; mais cette
Mere qui estoit bien aiſe de
voir à quoy l'amour du Marquis
aboutiroit , feignit de
n'en rien attendre ,&plaifanta
de cette avanture. Le Cavalier
ne put ſe mettre au deſſus du
preſſentiment qu'il avoit de
fon malheur , & la fermeté
queluy montra fa Maiſtreſſe ne
fut point capable de le raſſurer,
La Mere s'eſtantinformée fous
main du Marquis en apprit des
choſes qui luy laifferent beaucoup
d'efperance. Ses fonhaits
furent remplis par la ſeconde
viſite qu'il leur rendit quand
les deux jours furent expirez.
Il revint plus amoureux qu'il
n'avoit paru la premiere fois ,
& apporta , comme il l'avoir
dit,
GALANT.
145
dir , des articles tout dreſſez ,
mais fi fort à l'avantage de la
charmante perſonne dont il
ſouhaitoit de gagner le coeur ,
quetoute autre qu'elle n'euſt
point balancé à les Ggner. Il
fut pourtant impoſſible de l'y
contraindre , & les plus tendres
proteſtations du Marquis
demeurerent ſans effet. La
mere eut beau luy donner la
plume , & ſe ſervir du pouvoir
que la nature luy donnoit fur
elle. Elle répondit avec beaucoup
de courage qu'elle croiroit
meriter que Dicu la puniſt
éternellement ſi elle faisoit une
fi grande injustice , & qu'aprés
ce qu'elle devoit au Cavalier ,
il ne luy pouvoit eſtre permis
deluymanquerde parole. Plus
le Marquis découvroit en elle
des ſentimens dignes d'une
Aoust 1691 . G
146
MERCVRE
ame élevée , plus fon amour
augmentoit , & ne pouvant
eftre affez genereux pour en
triompher en faveur d'une
1 paſſion auſſi legitime que celle
qui luy eſtoit oppoſée , il fut
obligé de ſe contenter de la
(
promeffe queluy fit la Mere de
ménager ſi bien l'eſprit de ſa
1
1
Fille, que le temps & ſes conſeils
la feroient changerde ſentimens.
La premiere choſe
qu'elle fit fut de prendre le Cavalier
par ſon foible , en luy
faiſant voir qu'il n'aimeroit
que luy- mefme fi abuſant de
ce que ſa Fille croyoit luy devoir
de reconnoiffance , il la
reduiſoit à renoncer à des avatages
qui ſe rencontroient fi
rarement. La Belleluy tint un
langage tout contraire , & la
conteſtation ſe fit inſenſible-
:
GALANT.
147
ment avec tant de vehemence,
que la Mere reſoluë de l'emporter
en une choſe où il y
alloit d'un intereſt ſi confiderable
, dit à ſa Fille qu'elle fiſt
la genereuſe tant qu'elle voudroit
, mais qu'elle pouvoit
compter qu'elle neluy laiſſeroit
plus recevoir aucune viſite du
Cavalier. Cela fut ſuivy de
quelques menaces , qui firent
apprehender à ce mal. heureux
Amant qu'il ne fuſt cauſe que
cette belle perſonne fuſt mal
traitée. Ainſi il tacha de cortraindre
ſa douleur pour ne ſe
pas échaper à faire des plainte's
qui auroient encore aigry la
Mere,& il fortit en diſant qu'il
alloit à la campagne, afin qu'on
ne le puſt accuſer de chercher
à mettre obſtacle àune affaire
qui leur eſtoit ſi avantageufe.
G
148 MERCVRE
せ
LaMere eut ſoin d'obſerver ſa
Fille, afin qu'elle ne puſt, ny le
voir , ny en avoir des nouvelles.
Le Marquis eſtoit receu
tous les jours , & il pardonnoit
à cette belle perſonne ſa triſteſſe
& fon filence , comprenant
bien qu'une paſſion à étoufer ,
eſt un ouvrage penible. Il n'y
avoit que huit jours que tout
ce grand different eſtoit arrivé,
lors que la Mere & la Fille pafſant
pardevant la maiſon du
Cavalier, virent des marques
dedeüil àla porte , avec une
eſpece de Chapelle ardente au
fond de laCour. Jugez quel fut
leur étonnement lors qu'elles
apprirent que c'eſtoit pour luy
que ſe faiſoit cette lugubreCeremonie.
Il eſtoit vifdans ſes
paſſions ,& la contrainte qu'il
s'eſtoit faite pour n'éclater pas
GALANT.
149
-
*
2
fur un procedé auſſi injuſte
que celuy de la Mere de la
Belle , luy ayant ſerré le coeur,
il fut furpris dés le jour ſuivant
d'une Fiévre violente qui le
mit preſque auſſi- toſt dans la
refverie . Pendant ſes accés il
cut toujours à la bouche le
nom de la Belle , ſe loüant autant
de ſa conduite qu'il deteſtoit
celle de la Mere , & mourut
le ſeptième jour , ſans que
コſes égaremens cuffent ceſſe.La
Belle fit un grand cry lors_qu'-
elle entendit prononcer qu'il
eſtoit mort, & ſe haſtant deregagner
ſon logis , elle n'y fut
pas plutoſt rentrée qu'elle demeura
évanoüie entre les bras
de ſa Mere. On eut dela peine
à la faire revenir . Elle tourna
I les yeux vers le Cielen les ou-
1
S
es
15 vrant , verſa quelques larmes ,
G3
150 .
MERCVRE
& après avoir dit fort triſtement
qu'on luy avoit fait porterle
poignard dans le ſein d'un
homme qui luy avoit tout ſacrifié
, elle garda un profond
filence , pour mieux ſe livrer
à ſa douleur. Sa Mere jugea à
propos de ne ſe point oppoſer
aux marques qu'elle en donnoit
, & le Marquis n'en receut
aucun reproche , quand il entreprit
de la conſoler. Elle ſe
contenta de luy dire qu'il falloit
tout recevoir de la main de
Dieu , & qu'elle eſperoit qu'il
lay donneroit la force de vaincre
l'accablement où il la
voyoit. Il tira de là un augure
favorable pour le ſuccés de ſa
paffion , & quand quelques
jours aprés on la voulut faire
renoncer à fon chagrin , par
les avantages qui luy eſtoient
GALANT.
ISI
:
aſſeurez , elle pria que l'on vouluſt
bien luy donner un mois
pour ſe reconnoiſtre avant
qu'on l'obligeaſt à répondre
fur aucune affaire ; les triſtes
idées dont elle , avoit l'eſpric
occupé , ne luy laiſſant point la
liberté de bie ſçavoir ce qu'elle
vouloit.On luy accorda ce ter.
me, & on s'apperçûtavec beau.
coup de plaiſir qu'ungrand calme
fuccedoit au premier trouble
dont elle s'étoit ſentieagitée.
Elle parloit comme une autre
, & avec de grandes marques
de tranquillité ſur les matieres
qui estoient indifferentes , &
il ſembloit qu'elle n'euſt jamais
êtoit cõnule Cavalier,tant elle
circonſpecte à ne pas meſme
prononcer ſon nom ; mais enfin
ce qu'elle rouloitdans ſon eſprit
éclata . Elle alla ſe jetter dans
G4
152
MERCVRE
un Couventd'où elle fit ſçavoir
à ſa Mere par un Billet fort
reſpectueux , que Dieu l'avoit
éclairée , & qu'aprés ce qui
venoit de luy arriver , elle
connoiſſoit fi parfaitement
qu'il n'y avoit pointau mondede
bonheur pourelle , qu'on
latrouveroit inébranlabledans
le deſſein de l'abandonner; que
quand elle pourroit ſe deffendre
de faire ce ſacrifice àla memoire
d'un homme , de la mort
dequi elle eſtoit cauſe,les pafſions
violentes ne durant jamais
, le Marquis s'eſtoltattaché
à elle ſi aveuglement, qu'
elle tenoit impoſſible que fon
amour ne s'éteigniſt pas avec
autant de facilité qu'il en avoit
eu à le laiſſer altumer , & que
ſa voix ayant eſté le malheureux
charme , qui avoit fait
GALANT.
153
1
L
tout le mal , elle faifoit voeu de
ne s'en ſervir jamais que pour
chanter les loüanges du Scigneur.
La Mere a gemy , la
Merea pleuré , & fait à la grille
toutce qu'un vifdeſeſpoir eſt
capable de produire ; ſa Fille l'a
écoutée ſans luy répondre autre
choſe , ſinon que par les
prieres qu'elle adreſſeroit à
Dieu pour elle tout le reſte de
ſes jours , elletâcheroitde mesiterla
tendreſſe qui l'obligeois
àla regreter. Ainſi cette Mere
ambitieuſe a eſté forcée de conſentir
à luy voir prendre le
voile , & cette ceremonic
1
s'eſt faire depuis deux mois
dans un Monastere des plus reformez.
it
Le
이
Quel heureux eſtat de vie
pour ceux que la Grace oblige,
àchoiſir ces faintes retraites ,
it
154
MERCVRE
où ils cherchent à ſe rendre
entierement inconnus aux
hommes pour n'eſtre plus
connus que de Dieu ! C'eſt ce
qu'a fait heureuſement depuis
peu Mr le Marquis de Santenas
qui s'eſt retiré à laTrappe
. Vous ſçavez quelsont eſté
ſes emplois dans l'Armée , &
comme il s'y eſt trouvé remplydu
defir avide de travailler
pour la gloire , & de s'acquerir
de la reputation . L'e
xemple touchant des Saints
Solitaires qu'il a eſté voira
achevé dele convertir,& voicy
ce qu'en a écrit Mr Boifleau
qui l'a accompagné dans ce
voyage. Rien n'eſt plus édifiant
que cette Lettre , qui merite
d'eſtre leuë de tout le monde,
&qui le fera de peu de gens
GALANT.
155
S
e-
۵۰
te
&
mail
ac
'eints
Dira
voi
leau
s ce
édiime
mod
gens
ſans qu'elle faſſe ſur eux de
vives impreſſions .
A la Trappe , ce 22. Juillet 1691 .
ONm'écrit que vous souhaitez
d'apprendre comme je me trouve
de la folitude. Il ne tient qu'à
moy , cemefemble , de m'en trouver
bien. Les prieres de nosfaints Religieux
, les exemples continuels que
je vois , les entretiens du P. Abbé,
& la grace de 7. C. quise répand
icyabondamment , tout cela devroit
m'animer , si ma lâcheté& ma
tiedeur n'estoient à l'épreuve des
remedes les plus forts, le rougisjuf.
qu'au fond de l'ame , & l'exemple:
d'un de mes Compagnons de voyage,
achove de me confondre. C'estoit
un Gentilhomme qui s'estoit égaré
Si loin, qu'il ne paroiſſfoit presque
ptus poſſible qu'ilpust revenir; mais
Le bon. Pasteur a trouvé sa brebis
G6
156
MERCVRE
égarée dans le desert,&l'a prise
furses épaules, pour ne l'abandonner.
Ce Gentilhomme est entré au
Noviciat avec des diſpoſitions qui
m'ont fait fondre en larmes , lors
qu'ilm'a parlé. Je ne me connois
plus , diu.il , I. C. m'a enlevé à
moy même . le me tiens toujours
dans ſon ſein. Vousdiriez
, continuoit- 1- il, que Dieu
m'a tourné le viſage le devant
derriere , car je vois tout , differemment
de ce que je le
voyois autrefois. Comme je lu.y
reprefensois les difficultez de la
Rezle, ainsi que S. Benoist ordonne
qu'on le faffe à ceux qui la veulent
embraffer ; Rien ne m'étonne ,
par la mafericorde de Dieu
me répondit il. J. C. m'a faittane.
de graces qu'il achevera fon
ouvrage , & je ferois un ingrat
faje ne ſouffrois tout pour luy
GALANT 157
4
4
n
al
y
aprés ce qu'il a ſouffert pour
moy. Je le ſuivray juſqu'au dernier
ſoupir de ma vie. Voyant
ces diſpoſitions je l'ay encouragé à
fuiare la voye de Dieu ,& àſe ſa.
orifiergayement au pieddes Autels.
Ce facrifice ne me coute rien ,
mut'ildit , J. C. fait tout en
moy..
La grace qu'ila demandéeàMr
l'Abbé , c'est de ne point le renvoyer
en cas qu'il fust malade pendant le
Noviciat , & de le laiſſer mourir
dans la penitence ,& quand il a
parlé au Maistre des Novices , ill'a
fuppliéde ne l'épargner en rien ,&
de l'humilier comme le dernier de
lamaison. L'orgueil a toujours
eſté mon vice capital entre
pluſieurs autres , me diſoit - il ,
je ne demande qu'à eſtre ane
anty. C'estoit eneffet l'homme lo
plus arrogant&le plus fier qui fust
158
MERCVRE
àl'Armée.L'ensçay des particularitezſurprenantes
, Sa qualité,son
merite ,son esprit ,fes emplois , &
Sonhumeurmépriſante luy avoient
enfle le coeur en un point qu'il estoit
insupportable à ceux qui ne luy
plaifoient pas ; mais tres agreable
à ceux qu'il vouloit ménager. Ce
Lion est devenu un Agneau , selon
la Prophetie d'Ifaye. Un Enfant le
conduiroit , ilest prest de ceder&
d'obeir au dernier des Freres .
Ilfaut que je vous raconte pour
voſtre édification , ce qui afrapé ce
Gentilhommeàla Trappe. C'estun
Religieux mort qui l'afait mourir
heureusement àla vie du monde .
pourlefaire vivre dans la vie de
I. C. Ce Religieux expiroit comme
nous arrivions. Il avoit esté Capi.
taine dans le Regiment de ... &
dans degrands déreglemens d'efprit
&de coeur. Il avoit pris des leçons
GALANT.
159
a
e
re
16
-it
de
ne
rit
d'impicté, pour se fortifier: mesme
àla mort , contre les alarmes de fa
confcience , s'il luy en venoit . Mais
qui est ce qui resiste à vostregrace,
ô mon Dieu , quand ilvous plaist
defaire mifericorde ? Cet imprefus
fi touché dans une occafion , qu'il
s'enfonça dans cettefolitude , avec
un defir ardent de ne plus fervir
que Dieuſeul. Ila Souffert pendant
fix mois tout ce qu'on peut fouffrir
depeines, d'épreuves &de douleurs
d'esprit & de corps. Pour toutes
plaintes on luy entendoit dire toutes
les nuits, qu'il paſſoit ensouffrance
Sans fermer l'oeil , Le Seigneur
eſt doux & mifericordieux. Il
eſt juſte, il eſt patient. Lors qu'il
futpreftà expirer, l'Abbé luy de
mandas'il n'esperoit pas dans la
mifericorde du Seigneur, aprés tant
de marques qu'ilen avoit receves,
L'attens tout de ſa bonté par
160 MERCURE
les prieres de mes Freres. Et le
moyen , ajoûtat - ilpreſqu'enrendant
l'ame , le moyen de ne pas
efperer en mourant dans une
Societé ſiſainte ? Aprés il s'en
dormit d'unsommeil fort doux , &
dans l'heritage du Seigneur , Selon
la parole de David..
L'Abbérevenant tout émeu de
joye& d'esperance d'auprés de cet
heureux Mort , nous vint trouver
dans la Salle , & nous entreting
d'une maniere vive & noble des
diſpoſitions defon Religieux. Noftre
Gentilhomme se sentoit percé par
cet entretien, comme d'unefleche de
feu, sans concevoir encore aucun
deffcinde demeurer àlaTrappe. On
exposa ce Religieux mort dans le
Choeuren unbrancard, la teste appuyéesur
un oreiller, car les vrais
Fidelles dorment oùles gens du monde
meurent. Il paroiſſoit tant de
:
GALANT . 161
4
donceur&joye furle visage de ce
Mort , que nous ne pouvions nous
laffer de le regarder. Son air estoit
tout àfait changé , car il n'estoit
pasagreablependantsa vie.fel'avoisven
, &ne le connoiffois point.
L'Abbé mesme & les Freres ne le
connoiſſoient non plus que moy ,&
fi on l'avoit placé dans les Sieges ,
jesuisfeur qu'on l'auroit pris pour
un Religieux du Choeur,commeaussi
fil'on avoitmis la plupartdes Retigieux
dans le brancard , on les euß
prispourleMort.
Le Convoy se fit ensuite avec
tant de pieté , & des ceremoniesfi
majestueuses , que je n'ay jamais
rien veu defi confotant. On defcendit
le Corps dans lafoſſe , aprés luy
avoirfait un petit oreiller de gazon
pour marquer qu'il repoſoit dans
ta paix. L'encens fumant dans
cette foffe , & montant au Ciel,
162 MERCVRE
nous marquoit à tous la bonne odeur
de I. C. que ce Religieux avoit
laiſſée en mourant , & le bonheur
qui lefaisoit monter au Ciel.com .
meuntrait d'encens,felon l'expreffion
des Saintes Ecritures . Les
Freres profternez le visage contre
terre reciterent les Pfeaumesde la
Penitence. Ienesçay ce que labonté
de Dieu pourroit refuser à des prieres
fi pures &fi ferventes. Ce pieux
Spectacleremuoit terriblement nô
tre Gentilhomme, Agité,trouble,
Saiſi de mouvemens qu'il n'avoit
Sentis ny imaginez,ilſe retira dans
un coin , & là, répandant ſon coeur
devant Dieu , O mon Saint &
cher Frere Palemon , c'étoit le
nom du Mort , vous eſtes maintenant
dans le Ciel , s'écria-til
du fond du coeur. Demandez à
Dieu ee qu'il ſouhaite de moy.
Sur le champses agitations ceffeGALANT.
163
!
X
.
كو
t
15
コ
11
1.
y
e
rent, & une joye pure &vive penetra
ſon coeur. Le calmefucceda au
trouble ,& tous ses doutes furent
éclaircis. Je vous entens mon
Dieu , dit - il ; C'eſt icy le lieu
où il faut que je vous ſerves
je veux y vivre & mourir.
Depuis ce moment qu'il vint
dans ma Chambre me raconter
ce qui luy estoit arrivé,il s'eſt ſenty
affermy de plus en plus dans fon
deffein . Ila demandé avec l'habit
le nom de Palemon pourſeſouvenir
tous les jours de fa vie,de la mise.
ricorde que Dieu luy a faite par
l'interceffion de ce cher Frere. Il est
entré au Noviciat avec un dégagement
& une joye qui surprend
ceux qui le connoisſſent , aussi bien
que ceux qui ne le connoiſſent pas.
Ils'attendritſeulement un peu en
embraſſant fon Valet qui s'estoit
jettéà ses genoux. Luſques icy ,
164. MERCURE
luy dit- il , il y a eu un peu de
difference entre nous'; maintenant
je vous embraſſe comme
mon Frere. Cejeune Garçon
qui est fortſage, luy répondit qu'il
ne le quitteroit jamais , & que
l'ayantſuivy à l'Armée , il seroit
bien laſche s'ilne leſuivoit pas au
Service deDien.Ce Valetfera re-
Geu FrereConvers.
Nous nous enretournerons biensoft
, n'estant pas dignes ( je parle
pourmoy ) de demeurer dans cette
Sainte Maison. O quelle Mai.
Son! On y vitavec plus demortification
que les gens du monde ne
meurent, & l'ony meurt avec mille
fois plus de joye que les autres ne
vivent .
Quoy que je vous parletresrarementde
Confrairies , celle
dontje vous vais entretenir eſt
fi remarquable , que vous ne
GALAN T.
165
7
ſerez pas fachée d'en ſçavoir
les circonstances . Elle eſt érablie
àlaParoniſe de Sainte Madelene
, où le Roy qui s'en
eſt declaré le Protecteur , n'a
pas dédaigné de ſe tranſporter,
pour y donner ſon Auguſte
Nom au rôledes Fidelles deſtinez
particulierement auculte
de la Sainte Vierge. C'eſt
furun ſi grand exemple que
Mr l'Archevêque de Paris ,
Mrs les Chanoines de Noſtre-
Dame ; les Curez , & même
les Preſidens ont embraſfé certe
fainte Confrairie. Comme
eliea coutume d'aller en Proceſſion
tous les ans , le Lundy
d'aprés l'Alfomption , à la Paroiffede
S. Iacques du Haut.
Pas, elle s'acquitta de ce pieux
devoir le 20. de ce mois . Mr
Robert , Chanoine ,& grand
166 MERCURE
ne fit
Penitencier de Noſtre-Dame ,
y fit l'Office à la place de Mr
l'Archevêque , & deux Chanoines
luy ſervirent de Diacre
& de Sous- diacre . Le Panegyrique
de la Vierge fut
prononcé par Monfieur l'Abbé
Prioux , Docteur de la Maiſon
& Societé de Sorbonne,Jamais
Discours Chreftien
mieux connoiſtrela grandeur
de la Mere du Sauveur du
Monde. Quoy que ſon Auditoire
fuſt un des plus éclairez
&des plus conſiderables que
puiſſe avoir un Prédicateur à
Paris , tout le monde demeura
d'accord que l'éloquence de la
Chaire ne pouvoit aller plus
loin. Il rehauſſa les trophées de
Mariefur ceux de LOVIS LE
GRAND , qu'il metroit avec
juſte titre au rang des Fidelles
GALANT. 167
S
E
C
les plus dévoüez au ſervice de
la Mere d'un Dieu. Il traita
cette matiere avec beaucoup
de délicateſſe , & en faifant
voir la vie de noſtre Monarque
dans tout ce qu'il y a de
plus merveilleux , il farfoit retomber
ce qu'il en diſoit ſur
l'éclat du triomphe de la Sainte
Vierge. Il en fit autant de
Mrl'Archeveſque , de Mrole
premier Preſident , & enfin de
toute l'Aſſemblée qui formoit
un Corpsfiillustre .Le Portrait
qu'il fit du Roy fut ſi vivement
touché que Mr Bignon luy
demanda avec inſtance à le
voir aprés l'avoir entendu . Ce
fat cet Abbé que tousles Do-
Eteurs choiſirentpour prefcher
en Sorbonnele mois de Mars
dernier . Il y étala tout ce qu'-
on peut dire de plus relevé &
2
168 MERCVRE
de plus docte pour ſe proportionner
à de ſi grands Auditeurs.
Il eſt employé au Seminairedes
Miſſions Etrangeres ,
& l'on peut dire que ſa piete
n'eſtpas moindre que ſon ſcavoir.
Il eſt d'un zele & d'une
charité pour tout le monde
qu'on ne sçauroit exprimer, &
ce qui ſurprend , c'eſt que toutes
ces rares perfections ſe
rencontrent dans un homme
qui n'a pas encore achevé ſa
trente& uniéme année.
" Le ſçavant Mr. Comiers ,
toûjours plein de zele pour le
Roy , a fait faire une'Planche
fort ingenieuſe,qui repreſente
la defaite de la Ligue d'Aufbourg,
par une Hydre renverſée.
C'est uneſuitede ſon Traitédes
Propheties , qui eſt inſeré
dansmes Lettres des mois
d'Aouſt,
GALANT.
169
.
-
d'Aouſt , Septembre & Decembre
de l'année 168.9 .
& dans celle de Septembre
1690. Cette Planche eſt accompagnée
d'une explication
qui faitun petit Livre que les
Curieux trouveront chez le
Sr Guerout. Tout ce qui vient
de Mr. Comiers eſt à rechercher.
Son âge qui va au- delà
de ſoixanteans , & le malheur
qu'il a d'eſtre devenu aveugle,
ce quila contraint de ſe renfermer
dans l'Hôpital Royal
des Quinze- Vingt , n'empefchent
point qu'il ne s'applique
Stoûjours à quelque nouvel
ouvrage , où il fait paroiſtre ſa
grande capacité ,& fon érudition
:
Les Nouvelles publiques
vous ont appris la mort de
Madame la Ducheffe de
Aoust 1691. H
170
MERCVRE
Schomberg , & je croirois faire
tort à ſa vertu , ſi je manquois
à vous faire part de la
Lettreque vous allez tire. Elle
a eſté écrite à une Dame de
qualité , par un homme qui
n'a eu en veuë en faiſant l'éloge
de cette illustre Défunte ,
que de rendre juſtice àla ve
rité.
Ene
1
puis mieux répondre , Madame
, à ce que vous me faites
T'honneur de me demander, qu'en
vous diſant que je suis persuadé
qu'il n'y a qu'à suivre l'exemplede
Madamela Ducheffede Schomberg
pour atteindre à la perfection. La
privation de la viene doit , ce me
semble , affliger que les méchans&
les avares , mesme de la premiere
qualité ,& doit réjoüur les bons à
la venë de la profession que cette
GALANT.
171
tres vertuense Dame a faite de
la charité & de l'amour du prochain
dans le cours , & juſques
au dernier moment deſa vie. Elle
Senommoit Marie de Hautefort,&
estoit Fille de Mr le Marquis de
Hautefort , & de Madame du Bellay,
deux illuftres Maisons affez
connues; &vint au monde en l'année
1616. Elle perdit Son Pere & Sa
Mere enaffezbas âge, & ce fut
Madame la Barone de la Flotte,fon
Aycule, qui pris ſoin defon edu.
cation , & qui l'amena à la Cour
dés l'âge de quatorze à quinze
ans. Eftant une Fille des plus bel
les , des plus charmantes & des
plus aimables , elle y fut bien- toft
confidevée , & mesme recherchée
" des Perfonnes du premier rang ,
du merite le plus distingué , qui y
estoient lors en affez grand nombre.
Mr de Schomberg , Duc d' ALH
2
172
MERCVRE
luin , Pair & Maréchal de France,
Chevalier des Ordres du Roy , Colonel
general des Suiſſes & Gri-
Sons , Capitaine de deux cens Chevaux
legers de la Garde du Roy ,
Gouverneur de Metz& du Pont S.
Esprit, Viceroy de Catalogne , Lieutenant
de Roy en Languedoc , &
Comte de Nanteuil, fut celuy qui
épousa cette illustre Fille. La Ceremonie
du mariage fut faite avec
beaucoup de magnificence , le 4.
Septembre 1646. Pendant les an.
nées que Madame de Schomberg
a vêcu avec Mr le Ducfon Mary ,
elle a donné des marques d'une
grande vertu , toutours modeste, &
l'on peut dire qu'elle fervoit
d'exemple aux plus vertueuses
Dames de la Cour , dont elle avoit
l'estime & la confideration . Lafeuë
Reine Anne d'auſtriche connois.
fant fon merite, l'avoit honorée
GALANT ..
173
d'uneparticuliere bienveillance, en
l'engageant auprés defaPerſonne ,
par la charge de sa Dame d'Atour
qu'elle a exercée avec beau
coup d'honneur.Mrle Maréchal
Duc de Schomberg mourut à Paris
le 6. Iuin 1656. avec toute la
- constance & la resignation maginable
,& fut assisté à la mort
par feu Atr Jolly , alors tres digne
Pasteurde S. Nicolas des Champs ,
& depuis Evesque d'Agen. Ge
Seigneur a estefenfiblement regreède
toute la France. C'estoit aussi
undes plus braves && desplus genereux,
meſme des plus capables dans
bes Confeils du Roy,qui avoit donné
une inſpité de preuves de ſa
valeur, &rendu de signalez fer.
vices à l'Estat ſous le Regne de
Louis XIII. dans le commandement
deſes Armées , dont l'Histoire confervera
à jamais le ſouvenir , &
H
3
)
MERCVRE
174
qui pourra eftre encore d'un grand
exemple à un grand nombre de
Braves & genereux Seigneurs de
fos Proches , quisont presentement.
dans teſervice du Roy.Me de Scho
bergvoulant auſſi donner des marques
de la douleur qu'elle avoit
reffentie , par la perse d'un Epoux
d'un si grand & fi rare merite,
forma in resolution de se retirer
du monde , & de renoncer à tou
nes les grandeurs & les vanitez
du fiecle , ou du moins d'y vivre
commesi ellen'y estoit point. Elle
voulut enfin ſe renfermer dans un
Cloištre ,& choifit le Convent des
Religieuses Penitentes de la Madelene
prés le Temple , qu'elle con
noiſſoit estre une Maison remplie
de faintes Filles ,qui avec la pratique
exacte & austere de leur
Rogle,exercent encore la charité
evuers le prachain avec une tres.
GALANT.
175:
10
A
لا
grande patience & une tres profondehumilité.
Pendant le fejour
que Madame de Schomberga fait
dans cette retraite, aidée du grand
exemple de ces faintes Filles elle
s'est afformie danssa premiere re-
Solution , & n'est fortie de cette
Maison que pour leur donner des
marques de fon amitié. Auſſi ne
les perdit.elle jamais de veuë ,
& ne crut pas devoir prendre d'autre
modele de l'amour qu'elle devoit
avoirpour fon prochain que celuy
de cesfaintes Penitentes . Elle avoit
acquis une maiſon confiderable qui
jaignoit cellede ces Religieuses .Elle
y avoit fait faire un Parloir,par le
quel elle y pouvoit entrer,& mesme
une Tribune das l'Eglife qui regar.
doit fur le grand Aurel , & d'où
elle entendoit la Messe , & paſſoir
fouvent des nuits enprieres devant
lefaint Sacrement . Madame de
د
H 4
176
MERCVRE
A
1 Schomberg a donné cette Maison
qui luy revenoit à quarante mille
francs à ces Religieuses quelques
années avant sa mort , & leura
encore depuis legué & fait un
preſent de dix mille liures. Cette
vertueuse Dame a ainsi passé
le reſte de fa vie dans la retraite
de cette Maison , toûjours rem.
plie d'un nombre de Domestiques
&de personnes pour qui elle avoit
de la confideration , leur en ayant
donnédes marques continuelles . Sa
charitéy a encore paru , &ya esté
exercée à l'égard de tous le monde
avec beaucoup d'humilité & de
bonté , d'autant plus admirable
qu'elle est rare dans les personnes
de qualité. N'ignorant pas jusqu'où
s'étendoit le precepte de l'aumône ,
non seulement elle donoitſon ſuperflu
au Pauvres, ce qu'elle faisoit fort
fecretement ; mais ellese privoit da
GALANT. 177
coeur ,
commode , &Souvent duneceſſaire,
jusqu'à prendre en ses habits &
dansses ameublemens la fimplicite
d'une Bourgeoise. Enfin Madame
la Duchesse de Schomberg ayant
ainſipaſſeſaviedans la Retraite ,
dans la Penitence & dans l'exercice
de la Charité du prochain , touchée
vivement de la reflexion que le
Seigneur avoit gravée dans son
,que ce qu'onfait aux Pauvres
luy estfait comme àlay mesme
&qu'ilpreparefon Royaume àceux
quifont ainsi un bon usage de leur
bien, elle s'est preparée à sa fin
derniere , ayant voulu faire fon
Testament qu'ellea remply de legs
pieux & dignes de fa bonté envers
ungrandnombre de perſonnes &de
tousſes. Domestiques , ce qui peut
Servir d'exemple aux perſonnes de
qualité quiveulentſefauverdans
cefiecle, où nous ne voyons quede
H
180 MERCVRE
L'orgueil, Elle a fouffert une longuemaladie
avec beaucoup de douceur,
de patience & de resignation ,&
aestéaſſiſtée à lamort parson ver
tueux Pasteur. Elle est decedéepleine
d'humilité ainsi qu'elle avoit
vêcu , le premier de ce mois , en
la73. annéedesonâge. C'est ceque
vous peut fairesçavoirsur cesujet ,
Vostre , &c .
J'ajouteray à ce que vous,
venez d'apprendre par la lecturede
cette Leure , qu'il n'y
avoit point de Province dans
le Royaume , où Madame la
Ducheffe de Schomberg ne
nourriſt quelque Famille de:
quelque pauvreGentilhomme..
On l'a toujours venë frugale&
auſteredans ſon mangerjuſqu'à
pratiquer les mortificationsdes .
anciens Solitaires. Elle tenoit
toujours une Table pour les
i
GALANT.. 181
ut
jo
it
;
S
S
Etrangers , & fur tout pourde
fçavans&vertueuxEccleſiaſti
ques , avec lesquels elle prenoit
plaifiràs'entretenir des veritez
de nôtre Religion.Sa beauté
futautrefois l'admiration de la
Courde Louis le Juſte,ſa vertu
a eſté celle de la Courde Louis
le Grand. L'Innocence de fa
vie toûjours uniforme , & la
douceur de ſes moeurs toûjours
égale , ont fait qu'elle a eſté
aimée de trois Reines ſans
avoir jamais causé de jalousie ,
adorée des plus illuſtres Scigneurs&
des mieux faits du
Royaume , ſans avoir donné:
aucup ſujetde parler à la mediſance
, &honorée de tout le:
monde, fans qu'elle ſe ſoitjamais
élevée audeſſes des plus
petits. Son defintereſſementAs
eſté fi merveilleux qu'elle a re
H. 6
182 MERCURE
fuſe pluſieurs fois cent mille
écus comptant que Mr de
Schomberg voulut luy donner
avant fa mort , parce qu'un
picux & fçavant Curé de Paris,
de qui elle prit confeil , lay dit
qu'elle ne pouvoit prendre
cette ſomine à l'infceu des Heritiers
de fon Mary . Elle avoit
un goût fin & délicat pourtous
lesOuvrages d'efprit , de forte
que la pluſpart des gens ſçavans
, à la fortune de qui elle a
toûjours cherché à contribuer,
luy envoyoient les leurs , dont
elle leur diſoit ſes ſentimens
d'une maniere ſi juſte qu'ils ſe
trou voientobligez d'ydeférer .
Elle parloit tres bien Italien
& Eſpagnol , & écrivoit fore
poliment en François. Ceux
qui connoiffent le mieux toutes
les fineſſes de noſtre Lan
GALANT. 183
gue , ont admité une lettre
qu'elle avoit écrite à un Abbé
de fes amis ſur quelque Satyre
qu'un extravagant avoit laiſſe
échaper contr'elle. C'eſt la
feule qu'elle ait leue avec plaifir
, haïffant mortellement ces
fortes d'ouvrages quand ils
eſtoient faits contre les autres.
Sa patience dans les douleurs
d'une longue & facheuſe maladie
, a eſté juſqu'au prodige.
On ne l'entendoit jamais ſe
plaindre que de ne point af
fez fouffrir , & fon aprehenfion
de faire de la peine aux
autres , luy faifoit diffimuler ce
qu'elle enduroit , de peur d'augmenter
le chagrin de ſes Amis
Mr le Marquis d'Hautefort ,
premier Ecuyer de la Reine, eſt
lePrereaiſné de cette Ducheffe..
Ce Seigneur à un avantage.
184 MERCVRE
bien fingulier , qui eſt d'avoir
fix enfans dans le Service . Mr
le Comte d'Hautefort ſon aifné
, quia épousé Mademoiselle
de Pompadour , eſt Colonel
du Regiment d'Anjou. Le ſecond
, Mrle Marquis de Surville,
Colonel du Regiment de
Toulouze , a épousé la ſeconde
Fille de Mrle Maréchal
Ducde Humieres , veuve de
Mr le Marquis de Vaſſé . Le
troifiéme , eſt Mr le Comte de
Montignac, Colonel du RegimentVexin.
Le quatrième,Mr
le Chevalier de Montignac ,
Capitaine dans le Regiment
d'Anjou. Le cinquiéme , Mr le
Chevalier d'Hautefort. Lieutenant
de Vaiſſeaux,& le fixésme,
Mr de la Flotte , aufſi Lieutenant
de Vajſſeaux. Mrs de:
Hautefort n'ont point d'autre
GALANT. 185
:
i
:
!
nomque celuy de leur Terre..
Ceux qui ont quelque connoiſſance
de la Nobleſſe ſçaventquec'eſt
unegrande preuve
qu'elle eſt ancienne. Ils por .
tent pour armes , d'or à troisforces
de Sable...
Quant à feu Mr leMaréchal
de Schomberg, Ducd'Allvvin,,
Mary deMadame de Schomberg
qui vient de mourir , il
efſtoit Fils d'Henry de Schomberg,
Comte de Nanteuil,Chevalier
des Ordres du Roy ,Ma...
réchal de France , Sur - Inten
dant des Finances , Gouverneur
de Languedoc , Mets &
Pays Meſſin , & de Françoise
d'Epinay , Comteſſe deDuretal
, & petit- fils deGaspardde
Nanteüil, Comte de Nanteuil,
Colonel des Reitres enFrance,
le premier de fa Maiſon qui y
186 MERCVRE
A
:
foit venu , & de Jeanne Chaſteigner
, Soeur de Loüis Chaſteigner,
Seigneur de la Rochel
poſay , de l'illuſtreMaiſondela
Rochepoſay en Poitou: Son Bifayeul
eſtoit Vvolfang de
Schomberg, Seigneur de Schonavv,
Gouverneurde Rochlitz
en Saxe , & fa Biſaycule Anne
de Minckuitz. Cette Maiſon
originaire de Miſnie , defcend
de lean de Schomberg , Seigneur
de Saxembourg & Stolberg
, en 1396. Les deux Soeurs
deMr le Maréchal de Schomberg
, Femme de Roger du
Pleſſis de Liencourt , Duc de
la Rocheguyon , & leanne-
Armande de Schomberg ,
Femme de Charles de Rohan ,
Duc de Montbaſon , Pair de
France &Prince de Guimené.
La Maiſon de Schomberg por
GALANT. 187
te d'or au Lyon coupéde gueules &
deSinople,
Voicy les noms de quelques
autres Perſonnes confiderables
que nous avons perduës
dans ce meſme mois .
Meffire Iean Bochart , Seigneur
de Champigny , cydevant
Maiſtre des Requeſtes,
& qui a efté Intendant de luſtice
en Bourbonnois, Limoges
& Normandie . Il eſtoit Fils de
Jean Bouchart Seigneur de
Champigny Noroy & Bouconvilliers
Confeiller d'Etat , & de
Marguerite le Charron , Fille
de Pierre le Charron , Tréforier
de l'Extraordinaire des
Guerres , & Petit Fils de Jean
Bochart , Seigneur de Champigny
& Noroy , Maistre des Requeſtes
, Preſidentdes Enquef
tes ,Conſeiller d'Etat , Ambaf88
MERCVRE
fadeur à Venise , Controleur
& Surintendant general des
Finances , puis Premier Prefident
en ſa Cour de Parlement
de Paris, decedé en 1630. fans
avoir augmenté ſes biens , &
deMadelaine de Neufville de
Villeroy , de la Maiſon des
Ducs de Villeroy. Il avoitpour
Bifayeul Iean Bochart , Seigoeur
de Champigny , Maiſtre
des Requeſtes , puis Conſeillerd'Etat
, qui avoit épousé
Iſabeau Allegrain , d'une Famille
qui a donné deux Chanceliers
de France , & pour Trifayeul
Iean Bochart , Seigneur
de Champigny & Noroy , qui
avoitpris alliance avec leanne
Tronſon ,Fille de lean Tronfon
, Confeiller au Parlement
de Paris. SonQuart ayeul lean
GALANT. 189
Bochart, Seigneur de Noroy,
avoit épousé Icanne Simon,
Niece de lean Simon , Evêque
deParis . SonQuintayeul étoit
lean Bochart , Seigneur de
Noroy , Confeiller au Parlement
de Paris ſous Charles
VI . & fa Quintaycule, lacqueline
de Hacqueville , d'une
Famille qui a donné un premier
Prefident au Parlement
de paris qui fut reconnu d'une
grande integrité dans l'ad
miniſtration de la Juſtice . Mr
Bochart de Champigny qui
vient de mourir a plufieurs
Fils , l'un Evêque de Valence,
l'autre Chanoine en l'Egliſe de
Chartres , & un autre Intendantde
laſtice en Canada,Acadie
, Iles& terre ferme de l'A-.
merique. La Maiſon de Bo
190 MERCVRE
chart porte d'azur , au croiffant
d'or ,surmonté d'une Etoile demême.
au
Mr Antoine Girard, Comte
de Ville Taneufe , Seigneur
d'Epinay fur Seine & de la
Briche , cy- devant Procureur
General en la Chambre des
Comptes de Paris. Il avoit eſté
auparavant Conſeiller
GrandConfeil. Son Pere Loüis
Girard , Seigneur de ces mefmes
lieux , Procureur General
en la Chambre des Comptes ,
avoit épousé Marie Royer ,
Fille de Ican Royer , Seigneur
du Breüil , en Touraine , qui a
eu deux Soeurs , l'une mariée à
feu Mr de Faucon de Ris , premier
Preſident au Parlement
deNormandie , & l'autre à Mr
Cotignon de Chauvry , premier
Preſident en la Cour des
GALANT . 191
Monnoyes. Son Ayeul eſtoit
Nicolas Girard , Seigneur du
Tillay en France , & fon Ayeule
Charlotte de Merle , Fille de
Guillaume de Merle , Seigneur
du Tillay , Conſeiller du Roy ,
GeneraldesMonnoyes de Franee
, & Prevoſt des Marchands
à Paris . Son Oncle Henry Girard
, Seigneur du Tillay , Maiſtre
des Requeſtes , épouſa Ma
delaine Barentin , dont font
venus deux Fils, ſçavoir Charles
Girard , Seigneur du Tillay
, Preſident en la Chambre
des Comptes à Paris , qui a
épousé Elifabeth de Bailleul ,
Fille de Nicolas de Bailleul ,
Baron de Chaſteau Gontier ,
Preſident à Mortier du Parlement
de Paris,& LouisGirard,
• Seigneur de la Cour des Bois ,
Maistre des Requeſtes . Mr
192
MERCVRE
Girard de Ville Taneuſe , dont
je vous apprens la mort , n'a
point ea d'Enfans de Dame
Claude de Seve , à preſent ſa
Veuve , Fille de Jean de Seve,
Seigneur de Plotard , Preſident
en laCour des Aldes , Petite-
Fille de Guillaume de Seve ,
Seigneur de Saint Julien,Confeiller
d'Etat , & de Catherine
Catin , qui eſtoit Fille de Jean
Catin , Seigneur de Plotard , &
de Catherine de Rochefortde
la Famille des Fondateurs
de la Maiſon & College de
Boiffy.
Mre Nicolas - Icannin de
Caſtille, Marquis de Montieu ,
Conſeiller du Roy en ſes Conſeils
, Secretaire des Ordres de
Sa Majesté , & Treſorier de fon
Epargne . Pierre de Caſtille ,
Conſeiller au Parlement de
GALANT. 193
Paris , épouſa Charlote leannin
, Fille unique de Pierre
leannin , Baron de Montieu ,
Dracy & Chagny , Prefident
à Mortier au Parlement de
Bourgogne , Sur Intendant &
Contrôleur generaldes Finan
ces de France , mort en 1622.
&depuis cette alliance , leurs
Deſcendans ont joint le nom
de leannin à celuy de Caſtille.
l'oubliay la derniere fois de
vous parler de la mort de Madame
la Comteſſe de Ragny ,
arrivée depuis quelque temps
à Autun en Bourgogne. Elle
eſtoit d'une des meilleures
maiſons du Royaumes,mais
•plus diftinguée encore parmy
lesDames vertueuſes , que ſa
famille ne l'eſtoit parmy les
plus anciennes. L'humilité
194 MERCVRE
:
2
ربم
qu'elle a fait paroiſtre par
l'ordre qu'elle a donné pour ſa
ſepulture , pourroit, faute d'autres
, eſtre un témoignage de
celle qu'elle a toûjours euë
pendant ſa vie. Elle a voulu ,
comme pour ſervir encore d'é .
xemple aprés ſa mort àla Bourgogne
, qu'on l'enterraſt dans
de Cimetiere de la Parroiffe
fans aucune cerémonie. Voicy
ſonEpitaphe.
Ar doit estre
Dar une humilité qui doit
admirée
Ragny voulut fans pompe estre icy
enterrée ,
Et n'avoir qu'un simple tombeau.
Sa naiſſance vouloit un Monument
- plus beau .
Ses charitez d'éternelle memoire,
Sont les témoins defa vertu.
Elle
GALANT.
195
{
Ellefut toûjours sage ,& pour comble
de gloire
vescu.
Elle mourut enfin comme elle avoit
On ne sçait pas qui perdit plus en
elle,
Quandle Ciel termina ſes jours :
Les Riches àſa mort perdirent un
modelle ,
Et les Pauvres un grand Secours.
Mrle Chancelier ayant remis
entre les mains du Roy ſa
demiſſion de la Chargede Chacelier&
Garde des Seaux des
Ordres de Sa Majesté , que feu
Mr de Louvois avoit poſſedée ,
Sa Majeſté a voulu montrer la
fatisfaction qu'elle avoit des
Services de Mrde Barbezieux
ſon Fils , en le gratifiant de cette
Charge, & en meſme temps ,
Elle a conſenty que Mr le
Aouft 1691 . I
196 MERCVRE
Chancelier gardaſt l'Ordre ,
quoy que cela ne ſoit plus permis
à ceux qui ſe defont de
leurs Charges.
On a fait dans l'Egliſe des
Invalides un Service folemnel
pour le repos de l'ame de feu
Mr de Louvois.le vous ay déja
mandé que c'eſt le lieu où ſon
corps eſt inhumé .Tout ce qu'il
y a preſentement deperſonnes
de distinction à Paris dans le
Clergé , dans la Robe , & dans
l'Epée, ſe trouva à ce Service,
On en fit un quelques jours
aprés dans l'Egliſe des Capucines
, où le coeur de ce Miniſtre
repoſe.
Les Peres Capucins qui le
reconnoiſſoient pour leur Protecteur
& leur Sindic general
enFrance , ſe ſont acquitez du
meſme devoir , & pour donner
GALANT. 197
au Public des marques dela veneration
qu'ils ont pour la memoire
de ce grand homme qui
les honoroit de ſon eſtime &
de ſon affection particuliere ,
ilsont fait dans tous leurs Convens
de ce Royaume un ſervice
folemnel pour le repos de
ſon ame. Le P. Loüis de Iully ,
Definiteur General, & Provincial
de la Province de Paris ,
donna le premier ſes ordres à
ceux de Paris & de ſa province.
Ie viens au détail du Siege
de Montmelian , dont la priſe
n'eſtoit pas ſi facile que quelques
uns ſe le font imaginé ,
parce que les Affiegeans étoient
expoſezau Canon du Château.
Mr de Genlis ouvrit la Tranchée
le 27. de luillet , & il la
pouſſa juſqu'aux Capucins , à
deux cens pas de la Ville. Elle
I 2
198 MERCURE
fut conduite le ſecond jour jaf
ques au delà de leur lardın.On
fit un grand paralelle , & l'on
commença à travailler à une
Batterie de quatre pieces. Il
avoitfallu s'avancer fort avant
pour tâcher de ſe couvrir du
Canon du Chaſteau, qui ayant
trente ou quarante pieces à
nous oppoſer , faiſoit craindre
pour noftre Batterie. On employa
la troifiéme nuitàaccom.
moder les Tranchées , & à
travailler à la Batterie , parce
que le Canon n'eſtant pas
encore arrivé , il eſtoit inutiled'avancer
plus loin.Le quatriéme
jour, Mr de la Hoguette
traça lay mefmeun boyau qui
approchoit de la muraille du
Iardin des lacobins , qui font
ſur les murailles de la Ville, &
on travailla auſſi à accomoder
GALAN T. 1
la Batterie , qu'une grande
playe , qui ſe
joignità eſanteur
des terres , fit prefens
ébouler On y amena le Canon,
& à la pointe du jour il commença
à battre trois Tours ,
la Courtine , & l'Fgliſe des.
Jacobins , d'où l'on tira beau-
Coup. La nuit du 31. de Iuillet
au premier d'Aouſt , on fic
un boyau paralelle aux trois
Tours que l'on battoit ,& la
nuit du premier au ſecond ,
non ſeulement on s'étendic
au delà des quatre autres pour
y établir une Batterie , mais
on pouſſa une Tranchée au
delà de la Riviere , pour attaquerle
Fauxbourg de laChatne.
Mr de Thoy Brigadier
d'Infanterie , eſtoit ce jourlàde
garde à la Tranchée. Mr
de laHoguette y vint ſur les
I 3
200 MERCVRE
dix heures & y donna pluhours
ordres ,& fur tout pour
faire avancer une piece de
feize , afin de fairetirer à barb
tte fur l'Eglife qui incom.
modort beaucoup.Sur le midy,
Mrde Thoy voulant profiter
du filence des Ennemis , fie
porter au pied de cette Eglife
dans un endroit couvert des
madriers par fixGrenadiers du
Regiment de Lorraine , afin
d'y établirun Mineur. Les fix
Grenadiers pafferent fans effuyer
un feul coup , & placerent
les madriers. Mr de Ponac,
leur Capitaine , paffa enfuite
avec quatre autres. On
faifoittirer pendantce tempslà
pour les ſoûtenir ,& pour
empêcher les Ennemis de voir
ce qui ſe faifoit. M. d'Hocquincourt
ayant entendu le
GALANT. 201
۲
feu ,& n'écoutant plus que la
valeur ordinaire à ceuxde cet
te Maiſon ,paſſa par deſſus la
Tranchée , & vint tout à découvertavec
un détachement
de ſon Regiment , & profitant
du temps que Mr de Thoy ef-
Loit occupé à faire tirer , il ſe
jetta dans le Iardin ,& alla jufqu'au
piedde la muraille , où il
fut bleffé , ce qui l'obligea de ſe
retirer. Mr de Thoy accompagné
de quelques Officiers ,
&desGrenadiers de Lorraine,
fit paroiſtre beaucoup de fermetéen
cetteoccaſion . Le 3 .
&4. de ce mois ſe paſſerent à
faire accommoder les Batteries,&
àles faire tirer ,ce qui
réuffit fi heureuſement , que
fur les quatre heures du foir ,
comme on relevoit la Tranchée
, les Habitans firent bat
14
202 MERCURE
tre laChamade, & lacques Salomon
& François Cabourer ,
Sindics de la Ville , s'eſtant
preſentez, ils offrirent au nom
de ladite Ville ,d'en remettre
les portes le lendemain s
Aouſt , à dix heures du matin,
à Mr de la Hoguette , Maréchal
de Camp des Armées du
Roy , commandant l'Armée de
vant Montmelian , au moyen
dequoy , il fut arreſté ce qui
enfuit. 2
Ilsera fait une Trève pendant
quatrejours ,àcommencerdemain
Dimanche s . Joust , à dix heures
du matin , & qui finira Ieudy
9. dumesmemois , àpareille beure,
pendant lequel temps , ily aura
ceffſation d'armes de part& d'autre,
& les Habitans pourrontſortir
de la Ville avec leurs Femmes, En
fans ,Biens , Meubles , & autres
3
GALANT.
203
effets ,pourse retirer par tout où
bon leur semblera , Sans trouble ,
dans les Etats de Savoye.
Toutes , les portes de la Ville
Seront ouvertes &livrées demain
5. Aoust à dix heures du matin
aux Troupesde Sa Majesté , aufquelles
ilfera permis de faire les
Travauxneceßaires pourse metreà
couvertdes infultes de la Garnison
du Chasteau , bien entendu qu'aucun
des Travaux ne pourra estre
fait fur le glacis dudit Chasteau.
Que les Troupes de Sa Ma
jefté pourront détruire & renverfer
les murailles de ladite Ville ,
ou les reparer, ſibon leurfemble..
Qu'aucunesTroupes du Roy n'apa
procheront du Chasteau pendant
lesdit quatrejours. :
Pour feureté de la Trêve cy
deſſusſeradonnéde part & d'autre,
entrenous &le Marquis de Ba-
L
204 MERCVRE
gnasque,Gouverneur de Montme
Lian , chacun un Officier en Otage.
Les Bourgeois& Habitansferont
tenus avant lafortiede remettre
entre les mains du Roy , les armes à
feuqu'ils ont en leur pouvoir , avec
lesmunitionsdeguerre&de bouche
quifont dans la Ville.
Ilfera fait de tres- bumbles remontrances
à Sa Majesté pour ob
tenir la continuation de leurs Priwileges.
• Il ſera donné des Oftages de la
part de la Ville, pouraffurance qu'il
n'y a aucuns Fourneaux , Mines ,
py autres Ouvrages fouterrains.
pour ſurprendre les Troupes de Sa
Majesté , &en cas qu'ils'en trou
vast, ilsse soumettront aux peines
des Ordonnances , aprés lesquels
quarve yours ilsferont mis en liber
sé pourse retirer on bon leur feno
GALAN T. 20
M. le Marquis de Bagnaſque
fera tenu deratifier lepresentTrai
sé pour la durée ſeulement de la
Tréve , aprés laquelle les actes
d'hostilitépourront recommencer.
Quant à ce qui s'eſt paſſé
ce mois cy en Allemagne , je
vous diray que les Ennemis
avoient cru nous étonner en
paſſantle Rhin , mais ce paffagea
eſté plûtoſt fait par vanité
que dans le deſſein de tenter
aucunechofe.Auſſi enont ils la
honte. Toutes nos Places s'eftant
trouvées en bon eſtat , ils
n'ont ofé entreprendre rien
chez nous ,& fans les y apprehender
nous avons eſté chez
eux , où nous ne ſommes pas
demeurez ſans y rien faire, puis.
que cen'a eſtéd'abord qu'alarmes
, que priſes de Places &
contributions, & qu'ils onteſté
16
206 MERCVRE
obligez de repaſſer le Rhin
toutes leurs marches n'ayant
ſervy qu'à les fatiguer. Leleudy
2. de ce mois , noſtre Armée
décampa d'Offembachau point
du jour à deſſein de combattre
les Ennemis , fur un faux avis
que l'on avoit apporté à Mr le
Maréchal de Lorge , qu'ils s'avançoient
pour ſe venir emparer
de la petite Hollande , &
nous empécher de paſſer le
Rhin à Philisbourg . On marcha
Tambour battant ;méche
allumée,& Enſeignes déployées
juſqu'à la petite Hollande , où
l'on ne trouva perſonne. Ainſi
l'on fit défiler tous les Baga
ges par Philifbourg , & il fe
trouva que le jour ſuivant tout
eſtoitpaſſé dés le point du jour.
Alors on fonna la marche , &
les Troupes commencerent à
GALANT.
207
!
défiler . le Comte d'Auvergne
qui commandoit l'avant garde
eſtoità la teſte , & fit alte aux
Capucins , juſqu'à ce que l'Armée
entiere euſt défilé . Tour
eſtoit en joye. On marcha à
droite ,& l'on alla camper à
Graben. On y demeura jufqu'au
8. ſans avoir eu aucunes
nouvellles des Ennemis que
par Mr de Melacqui, arriva le
7.avecundétachementdedouzecens
hommes. Il prit trois
Huſſards& quatre Soldats , par
leſquels on ſceut qu'ils eſtoient
dans la Plaine d'Heidelberg.
Aufſi- toſt on donna les ordres
pour partir le lendemain ,& ce
jour- là on vintau pieddeDourlacdans
un petit Valon àCretzingen.
Le Pays eſt d'une beauté
enchantée. L'Infanterie ſe:
poſta ſur des Collines qui en
208 MERCVRE
touroient le quartier du Roy ,
& l'on n'euſt pû ſouhaiter une
plus belle ſituation pour une
Armée. On y trouva fontaine ,
ruiſſeaux.puis,rivieres,des fourages
en quantité,&du vin en
abondance . Ce jour- là meſme
on prit le Château de Ramfingen,
où il y avoit trois Fauconneaux
, & une infinité de
fourages , du vin , & autres
choſes que les païfans y avoient
apportées , les croyant
là en plus grande ſeureté que
dans leurs Villages . Ce Chateau
fut abandonné à l'approchede
nos Troupes. Le9. Mr
le Duc de Villeroy fut commandé.
C'eſtoit fon rangpour
marcher. Il cut un détachement
de Cavalerie, d'Infantes
rie & de Dragons , avec u
ordre deMr le Maréchal d'al
GALANT.' 209
fer faire payer derriere Dour
lac le reſte des contributions
qui eſtoient deuës , & qui ſe
montoient à quatre- vingtmille
livres. It alla à une petite Ville
du Marquiſat de Dourlacappellée
Forsheim, dans une gorge
qui donne entrée dans le
VVirtemberg. Il y avoit garnifon
Allemande. On fit ſom
mer la place par un Tambour ,
mais comme elle refuſa d'écouter
les propoſitions qui luy
furent faites , on ſe mit en étar
de l'aſſieger . On la battit quelque
temps , & les Affiegez fe
défendirent vigoureuſement..
Il y avoit déja bréche , & le
Commandant avoit battu la
Chamade , quand le Comte de
Furſtemberg paſſant aſſez prés
de là avec un Regiment de
deux mille hommes, on l'aver .
210 MERCVRE
tir que les François estoient
autour de Forsheim , avec un
fort petit détachement de Cavalerie
, & que pourveu qu'il
fe preſentaſt , il les contraindroitde
lever le Siege. Ce fut
à quoy ce Comte ſe diſpoſa . Il
prit deux cens hommes , &
vint en bon ordre à une petite
garde de Carabiniers qui étoient
pied à terre . Il la força ,
& prit quelques chevaux;mais
il fut bien étonné lors qu'il ſe
fut jetté dans la Ville , de la
voir ferrée de trois mille hommes
. Il s'y fit en peu de temps
une bréche à monter trente de
front , de forte que la priſeen
eſtant inévitable, il fit battre la
Chamade . On s'approcha pour
ſçavoir ce que c'eſtoit , & il
demanda à ſortir avec la Garnifon
, ce qui luy fut refuſé.
GALANT .
245
Dans le meſme temps, les Bourgeois
qui avoient pris les armes
, firent une décharge ſur
ceux qui s'eſtoient avancez.
Mr de Villeroy y courut affez
de riſque , puis que Mr de Boncour
, Capitaine de Dragons ,
qui eſtoit auprés de luy , receut
un coup de Mouſquet à
l'épaule , dont il mourut quatre
jours aprés. Cette action
irrita fort Mr de Villeroy , qui
ne vouloit plus leur faire de
quartier , mais ayant ſceu que
le Comte de Furſtemberg n'y
avoit aucune part , il ſe contenta
de les faire tous Prifonniers
de guerre. La Garniſon
eſtoit de quatre cens hommes.
Mrde Chovel , autre Capitaine
de Dragons , fut bleſſe dans
la même occaſion. On a fait
Lauter les Tours de Forsheim 2
212 MERCVRE
&les Moulins ont eſté brûlez .
Le 15- au matin, Mr de la Befliere,
Meſtrede Camp , fut dêtaché
avec trois cens Maiſtres,
pour aller reconnoiſtre les Ennemis
dans leurCamp de Breten
, qui n'étoit qu'à trois
petites lieuës du noſtre. Il
partit à minuit , & il ſe trouva
au petitjour à la veuë de leur
Garde. Il détacha quarante
Maiſtres avec quelques Offi
ciers pour enlever leur Garde
avancée , & cela fut executé
heureuſement. Ils en tuerent
fix , en firent un prifonnier, &
culebuterent la grande Garde
juſque dans le Camp , ce qui
leur cauſa de grandes alarmes .
Cela fait , ils ſeretirerent fans
avoir perdu un feul homme.
Le 16.au matin on décampade
Gretzingen. Mr le Comte
GALANT.
213
d'Auvergne étoit de jour , ce
qui luy fit prendre le poſte
d'honneur,qui eſtoitl'Arrieregarde.
On s'attendoit fort à
voir les Ennemis en eſtant fi
proche , mais ils ne parurent
point. On vint camper à
VVeyer, prés d'Etlingen,Ville
qui fut brûlée il y a deux ans
par Mr le Maréchal Duc de
Duras .Ce Camp eſt tres-beau.
Il a ſa droite au deſſus de
VVeyer , & fa gauche à Etlingen.
En arrivant à ce Camp ,
un Party commandé par un
Cavalier de S. Germain Beaupré
, qui estoit party de l'autre
Camp ,joignit les Troupesdu
Roy. Il avoit ſoixante& cinq
hommes , & s'eſtoit embuſqué
fi à propos , que les Ennemis
ayant paffé devant luy en revenant
du fourage , il en prit
214 MERCVRE
foixante & quatre, & ſoixante
& deux chevaux , & en auroit
pris beaucoup davantage, ſi un
Cavalier ennemy n'euſt tiré
ce qui l'obligea de ſe retirer en
diligence avec ſes priſonniers
& les chevaux .Ce même jour,
il arriva onze Efcadrons de
Cavalerie & de Dragons , qui
étoient demeurez proche Lan
dau pour couvrir l'Alface pendant
que nos Troupes paffoient
le Rhin. Le 19. Mr de
Balinieres , Major de Carabiniers
, fut détaché avec cinquante
Maiſtres , cent Carabiniers,
& cinquante Dragons,
pour aller reconnoiſtre l'Armée
ennemie qui estoit à
VVeingarden . Il paſſala grande
Garde des Allemans juſque
dans leur Camp , & emmena
quelques Priſonniers qu'il fit
2
GALANT.
215
en chemin.Nos Troupes étoiét
encore à VVeyer le 21. fans
que Mr de Melac , qui eſtoir
party avec cinq cens Chevaux,
fuſt de retour.
le reprens l'Article de
Flandre au jour où j'en finis
le Journal la derniere fois.
L'Armée du Roy qui avoit
paſſe la Sambre à la Buffiere ,
le 22. du paſſe , & qui estoit
venue ce meſme jour camper
à Silentrien , une lieuëen deça
de Boſſu , décampa le 23. au
matin à la pointe du jour , &
arriva de fort bonne heure à
Florenne , quoy qu'elle euſt
fait une affez longue alte de .
vant Philippeville , tandis que
Mrle Maréchal Ducde Luxem.
bour estoit dans la Place . Le
Prince d'Orangequi eſtoit arrivé
à Gerpine le jour préce
216 MERCVRE
dent , fut fort étonné quand il
apprit que l'Armée du Roy arrivoità
Florenne. La marche
eſtoitfi longue , & il y avoit
tant de défilez à paſſer pour veniroccuper
ce Camp , qu'il n'avoitpas
cru pouvoir eſtre prévenu
. Son deſſein en paſſant la
Sambre , eſtoit d'y venir , mais
la diligence de Mr le Maréchal
l'obligea de demeurer à Gerpine.
Le 23. Mr de Luxembourg
alla en perſonne reconnoiſtre
le Camp des Ennemis avec un
détachement des Gardes du
Corps , &de la Gendarmerie.
Si - toſt qu'ils virent paroiſtre
les Eſcadrons du détachement
à la fortie du bois qui eſt ſur
ladroite entre Florenne & Gerpine,
ils ſemirent en Bataille à
la teſte de leur Camp, & s'étenGALAN
T.
217
dirent plus d'un quart de licuë
furleurgauche.
Le 24. le Prince d'Orange
fitfairedes Batteries de Canon
de Brigade en Brigade le long
de la premiere Ligne , & commença
de ſe retrancher. Le
meſme jour , Mr le Maréchal ,
tant pour menager les fourages
que pour embaraſſer le Prince
d'Orange , envoya tous les gros
Bagages à Philippeville & à
Mariembourg.
Le 25. il fit faire un mouvementàla
gauche , & la recula
pour mieux aſſeurer le Camp ,
&parce qu'il y avoit des hauteurs
en delà d'un grand Ravin
qui eſtoit devant la ligne ,
&que le Canon auroit eſté à
craindre , Mr le Maréchal par
pure précaution fit faire des
Batteries de Canon à tous les
218 MERCVRE
endroits où il pouvoit eſtre
utile qu'il y en eût. Il fitauſſi
faire des abatis dans les Bois
qui estoient entre les deux Armées
pour pouvoir faire paſſer
la Cavallerie en Eſcadrons.
Tousces mouvemens alarmerent
le Prince d'Orange , fur
tout quand il ſceut que Mr le
Maréchal avoit dépeché un
Courrier à Mr de Bouflers , qui
venoit de l'expedition de Liege
pour l'obliger d'avancer. Il fit
faire des deffences de ſortir du
Camp ſous peine de la vie , &
cela fut fi bien executé , que le
28.au matin Mrle Maréchal ,
ayant eu avisque les Ennemis
devoient faire le lendemain un
fourage fur leur gauche, y alla
avec toute la premiere Ligne
fur les trois heures aprés midy,
&leur enleva ce fourage àune
demy
GALANT.
119
demy - heure de leur Camp
ſans qu'ils parufſſent ..
Le 29. la ſeconde Ligne fit
encore un fourage auſſi hardy
du meſme coſté , & avec le mê
me ſuccés . Cependant comme
Florenne où eſtoit le quartier
General ſe trouvoit fort loin
du Camp , & que les Ennemis
auroient pû le canonner , ſi la
peur d'eſtre canonnez euxmêmes
ne les avoit empêchez
de penſer à autre choſequ'à ſe
garantir , M. le Maréchal trouva
à propos de mettre le quartier
General à Hennetenne,qui
eſt un petit Village qui ſe trouvoit
à la gauche du Camp dans
la ſeconde Ligne. Le quartier
General s'y vint établir dés le
meſmejour.
Le 30. M. de Bouflers alla
camper ſous Dinan avec neuf
Aoust 1691 . K
T
120 MERCVRE
Bataillons , & quarante Eſcadrons
pour couſumer les fourages
des environsde cette Place,
& pour empeſcher que le
Comte de Cerclos , & le general
Flemmingue ne l'inveſtiſſent.
Ils eſtoient à portée de le
faire s'ils n'avoient pas eſté
aculez .
Le 31. M. de Bouflers eut
ordre de s'avanceravec ſaCavaleriedu
coſté de la Plaine S.
Gerard pour ſoûtenir laCavaleriede
la premiere Ligne qui
alla fourager, avec ordre de
bruler les reſtes du fourage, &
tout ce que le Prince d'Orange
avoit fait marquer pour ſon
Armée.
Le 1. de ce mois M. le
Maréchal alla à Philippeville
avec Mr l'Intendant pour vifiter
les fourages & avoines
GALANT. 121
qu'on y avoit fait venir , dans
la crainte que l'on avoit d'en
manquer. Mr de Nave,Gouverneur
de cette Place , les
traita magnifiquement , & ils
ne furent de retour au Camp
que le ſoir. Le meſme jour Mr
le Duc du Maine alla àDinan,
&viſita la Place qu'il trouva
en fort bon eſtat. Le 2. Mrle
Mareſchal alla viſiter leCamp
de Mr de Bouflers, & luy donna
l'ordre de décamper le lendemain
, & de s'approcher à
une heure de l'Armée , ce que
Mr de Bouflers executa le 3.en
venant camper à une heure de
la droite de l'Armée . On fitun
fourage ſur les Ennemis , & le
foir on entendit trois décharges
de leur Canon & de leur
Mouſqueterie. C'étoit une ré.
K 2
122 MERCVRE
jouïſſance pour quelque avantage
que le Prince d'Orange
pretendoit avoir eu en Irlande.
Le 4. on entendit le Canon
de Charleroy qui tira pour le
meſme ſujet .
Le 5. Monfieur le Duc de
Chartre , Monfieur le Duc du
Maine & Mr le Maréchal allerent
diſner à Philippeville.
Le6. Mr le Maréchal ayant
eu avis que les Ennemis avoient
faitun mouvement , &
quele Prince d'Orange eſtoit
allédu coſté de Valcour , avec
cinquante Eſcadrons pourmarquer
un Camp , il fit un détachementdes
Carabiniers & de
quelques Dragons , & alla reconnoiſtre
ce mouvement en
perſonne; il s'avança juſqu'à
Valcour , & ayant reconnu
que le Prince d'Orange ſe
GALANT.
223
retiroit , & qu'il n'eſtoit pas
poſſible de l'attaquer , y ayant
des ruiſſeaux & des ravins à
paſſer pour aller à luy , il ſe retira
,& la Cavalerie de la gauche
qui avoit cu ordre de ſe
tenir preſte, en receut un autre
de ſe repoſer. 2
Le 7. les Ennemis décamperent
de Gerpine. Mr le Maréchal
alla reconnoiſtre leur marche
, &ayant remarqué qu'ils
marchoient du coſté de laBuffiere
, il fit décamper l'Armée
lc 8 , à la pointe du jour pour
s'approcher d'eux & les ſuivre
L'Armée alla camper ce jourlà
à Cerfontaine. Les Ennemis
camperent ce meſme jour à
Court,& étendirent leur droisejuſqu'à
Caſtillan àune heure
& demie de Beaumont , dans
ledeſſein de paſſer le ruiſſeau
K 3
224
MERCVRE
le jour ſuivant, & d'aller occuper
le Camp de Grandrieu ,
où il y avoit beaucoup de fourage.
On futavertyque le Prince
d'Orange s'eſtoit emparé
de Beaumont , qu'il y avoitmis
deux mille homme de Cavalerie
, qu'il avoit donné le commandement
de ce poſte au
Comte de Lippe , & que Mr
de Verac qui y commandoit
pour le Roy , s'eſtoit retiré
avec cent hommes d'Infanterie
, qu'on y avoit laiſſez .Mr le
Maréchal fit ſeparer les gros
bagages qui avoientjoint l'Arméedans
la marche de Florenne
à Cerfontaine , & les envoya
à Chimay pour en eſtre
débarraſſé dans la marche qu'il
avoit enviede faire.
Le 10. a dix heures du ſoir ,
4
GALANT
225
l'Armée quitta Cerfontaine &
alte camper à Grandrieu . On
n'a jamais faitune marche plus
hardie. L'Armée marcha fur
cing Colonnes à coſté de celle
des Ennemis , par des Bois impratiquables
& des défilez continuels
,&ſe trouva en bataille
le 11. à ſept heures du ma.
tin fur la hauteur qui eſt devant
Beaumont , les Ennemis
arrivant ſeulement en delà du
Ruiſſeau dans le deſſein de le
paſſer , pour occuper le meſme
Camp ou l'Amée du Roy eſtoit
déja établie.
La pluſpart des Tentes étant
dreſſees , & l'artillerie venuë ,le
Prince d'Orange ne put cacher
alors ſa ſurpriſe . Il dit publi
quement qu'il falloit que l'Armée
de France euſt des aifles ,
&qu'elle cuſt volé, ne pouvant
K4
226 MERCVRE
comprendre comment elle
avoit pû arriver ſi -toſt par une
marche inconnuë . Cependant
ils'avança fur la droite de
Beaumont entre deux petits
boisfur une eſpece de talus , où
ilmitde l'Infanterie en batailje.
Ils'étendit juſques au ruifſeau
où il avoitdéja faittravail.
ler la nuit, & qu'il eſtoit venu
viſiter exactement. Cela attira
une petite eſcarmouche de
quelques Volontaires & d'une
petiteGardede Carabiniers,où
un Capitaine des Ennemis eur
ſon cheval tué& fut pris, mais
relâché,parce que ceux qui avoient
pouſſe trop avant , furent
pouſſez à leur tour. M. le
Ducdu Maine, aprés avoir obſervé
les Ennemis , alla rejoindre
M. de Luxembourg qu'il
trouva avec Monfieur leDuc
GALANT. 227
de Chartres , regardant d'un
autre coſté , d'où l'on apperçût
que les Ennemis avoient farcy
de Troupes un vuide dans le
bois qui eſtoit ſur la droite de
Beaumont à leur égard. C'eſt
une hauteur d'où ils deſcendoient
par trois chemins juſques
au ruiſſeau.On leur y vit
établir quelques pieces de canon
& huit chariots d'artillerie
que l'on remarquoit diſtintement.
On vit encoretravailler
à des paſſages dans le fond
& y defcendre un gros corps
d'Infanterie qui s'y établit. La
Cavalerie qui occupoit toute
la hauteur , eſtoit veſtuë de
rouge , & montée ſur des ches
vaux blancs ; ce qui les faiſoit
connoiſtre pour eſtre les Gardes
du Prince d'Orange.. Tour
cela ne fit faire d'autre mouve
K
228 MERCURE
ment aux noſtres que celuy
d'avancer la Brigade d'Infanterie
du Roy , & celle de Champagne
a la teſte d'un Vilage qui
eſtoitdevant eux,où M.de Laxembourg
& Monfieur le Duc
deChartres , avec Mile Ducdu.
Maine , s'établirent pour eſtre
plus à portée de tout , laiſſant:
les équipages au quartier de
Grandricu . Cependant on fit:
avancer une vingtaine de pie.
ces de canon , à la teſte du Vil--
lage,qui commencerent à tirer
fur les dix ou onze heures . Les
premiers coups firent fuir l'Infanterie
qui estoit dans le fond,.
&tirant en fuite ſur la hauteur,
on en vit retirer toutes leurs .
troupes affez promptement, &
partout où elles paroiſſoient ,
dés qu'on ytiroiton les voyoit
fuir fort diligemment.. M. de
GALANT
229
Luxembourg , qui avoit envoyé
ordre à Mr de Rofel de
marcher avec la Cavaleriede
la ſeconde ligne de la droite
pour occuper un grand terrain
qui estoit fur noſtre gauche au
delà de Couffours,voulut aller
voir ce coſté - là , & ſuivy de
tous nos Princes , paſſant tout:
le long de la teſte de nos Gar
des,il s'avança affez prés d'une
autre hauteur qu'occupoient
les Ennemis ſur leur droite ,où
il paroiffoit une fi groſſe troupe
d'Officiers épars,qu'on ne doutoit
point que le Prince d'Orage
n'y futill y'avoit meſme ſur
le hautdes Tentes dreffées có
me s'il avoit voulu ydemeurer..
En paſſant , les noſtres furent
falüez de deux petites pieces
de canon qui furent les ſeules
qui ſe firent entendre de leurr
K6
230
MERC VRE
coſté; même ce canon tira fi
mal qu'on y riſpoſta par deris
fion , de quelques coups depiſtolet
, &enſuite pardes huées
qu'on leur fit. Ils continuerent
encore à tirer cinq ou fix coups
des meſines pieces qui ne firent
rien , & dont noſtre Garde de
Cavalerie qui en eſtoit à portée
, ne s'ébranla pas . On alla
done fur la gauche , d'où en
attendant M. de Roſen , on vie
queles Ennemis ſe retiroient ,
mais ſi bruſquement qu'on auroit
pas eu le temps de paſſer
le Ravin pour pouffer leur
arriere garde . De là , M. de
Luxembourgamena ſes Tronpes
fur la droite , d'où l'on vit
que celles qu'ils avoient de co
coſté là, en faifotent de même.
On vitde plus fortir des troupes
de Beaumont qui faiforent
GALANT.
23
juger que les Ennemis l'avoientabandonné;
mais ils ti
rerent nos gens de ce doute
par deux pieces de fer qu'ilsy
avoient trouvées & qui tirerent
fur les noſtres , qui en
paſſerent fort prés . On les fit
ſuivre par M. de Roſel avec
centchevaux. Il ne les pûtjoindre
, quoy qu'il les ſuiviſt juf
ques à la veuë de leur Camp',
où il y cut une eſcarmouche
dans laquelle un de nos Cavaliers
fut bleſſé , un des leurs
tué,& quelques- uns faits prifonniers
. Ils retournerentdans
leur meſme Camp , ayant leur
gauche vers Floranchamp , &
leur droite à Caſtillon . Le terrain
qu'ils venoient d'abandonner
fut occupé par un
grand nombre de Volontaires ,
qui y coururent un moment.
232
MERCVRE
aprés . On n'y trouva perfon
ne ,mais quantité de haches ,>
d'outils , de ſacs , du pain , &
beaucoup d'autres choſes : ce
qui fut une marque du deſordredeleur
retraite. On y trou
va meſme pluſieurs chevaux.
tuez avec quelques Officiers.
Depuis le 12. juſqu'au 24.-
tout ſe paſſa à obſerver les Ennemis
, à les inquieter dans
leurs fourages ,& à leur enlever
des Partis entiers . Le 22.au ſoir ,
M. le Maréchal ayant appris
qu'ils devoient décamper
aprés avoir fait ſauter les tours
& les portes de Beaumont , &
que leur deſſein eſtoit de paſſer
-la Sambre , donna l'ordre pour
décamperauſſi le lendemain.
Le 23. pluſieurs avis differens
ayant rendu leur marche
incertaine , M. le Maréchal
১
GALANT. 233
quiavoit fait bature la generale
dés deux heures du matin,,
pour décamperavant le jour ,
differa le décampement jufqu'à
ce qu'il fuſt mieux in-
Aruit. Sur les neuf heures , il
ſceut qu'ils marchoient du
coſté de la Buſſiere , ce qui luy
fitenvoyer tous les Vivandiers
de l'Armée â Maubeuge , afin
d'y paffer la Sambre. Il fit mar.
cher l'Armée du coſtéde Dom--
Rienne. Elle paſſa au milieu du
Camp que les Ennemis venoient
de quiter , & oùtoutes
les Barraques & les fourages
brûloient encore , & campa à
Eſtrées , où eſt le quartier ge .
-neral, les Ennemis ayant brûlé
le Chasteau de Domſtienne
qui eſtoit tres beau ,& appartenoitàla
Princeſſe Marianne ..
On appritle meſme jour que
22
234
MERCVRE
1
les Ennemis , bien loin depaf
fer la Sambre , marchoient du
coſté de Dinan ; qu'ils avoient
campé à la plaine S. Gerard ,
& fait monter par la Meuſe
une groffe proviſion de fourages
& beaucoupd'Artillerie,
&que le quartier du Prince
d'Orange eſtoit à l'Abbaye
du Moulin. On ne ſçavoit pas
encore ſi c'eſtoitpour faire le
Siege de cette Place , ou pour
labombarder.
Le 25.jour & Feſte de Saint
Loüis , M. l'Abbé Riqueti ,
qui eſt toujours auprés de Mr
le Maréchal Duc de Luxembourg
, fit faire abjuration à
unOfficier François dela Mai.
ſon de Sancer , d'auprés d'Anjou
, qui s'eſt venu rendre de
bonne foy. Il ſervoit dans les
Troupes de Brandebourg , où
1
GALANT.
235
il avoit pris party lors que le
Roy ſupprima l'Edit de Nantes
. Il y avoitquinze jours que
M. l'Abbé Riqueti l'inſtruiſoit
, de meſme qu'un Moufquetaire
du Prince d'Orange
qui s'eſt rendu avec luy , pour
prendre party dans les Troupes
de France. Il leur fit un
Difcours fort confolant,& qui
édifia beaucoup tout ce qu'il
eutd'Auditeurs .
Ceux qui ont expliqué l'Enigme
du mois paſſe ſur l'Encenſoir
qui en eſtoit le vray
mot, ſont Mrs G.Verdel Doyen
des Chanoines de Pontorfon :
Turrault de la Coufſonnerie ,
Chanoine de S. Pierre du
Mans:Morin Conſeiller ; & de
l'Eſtre Juge Prevoſt de Chaſtillon
ſur Indre; L'Epinay Buret:
de Vitré en Bretagne : F.Gone
1
236 MERCVRE
douin de Lizieux: Le Marquis
de Guermorvan:de Foffe- cave
le Sage,& duCroiſier deMorlaix
: Galetheau de la ruë da
Parlement de Bordeaux ,
Bigos de la meſme Ville. Le
Baron du Queſnoy,Capitaine
des Gentilhommes d'Avranches:
du Boccagedit Villeronde
, &Bonnard de l'Hoſtel du
Queſnoy de la Place Royale: le
petit- Intendant& ſa charmante
Couſfinede la ruë Poupée ::
l'Amateur du noble repos : le
Faux Lucien du grandChâte,
let,& l'Amante affligécile Phenix,&
le Beau Blond de la Rochelle
: le Berger Tirfis à l'Anagramme
, Siecle d' Amour : la
Marquiſe Etrangere , àl'Anagramme
, Pure Image de vertuşla
Diane de la Forest d'Alcleon : la
Nymphe aimantée : le Berger
GALANT. 237
des Bagues :la Déeſſe aux Cha
ſtaignes :la Brune aux jours fi
lez de ſoye: la Bourgeoiſe defertesla
Belle Iphigenie & fon
Achille:le Chaſſeur fecretdela
Belle Foreſt de la Samaritaine :
les deux Spirituelles Soeurs du
Venitiéde la rue des Foſſoyeur
Meſdemoiſelles Barodin, Ferret
&Bouflay de Loches : deChil
ly , de la Place : Picard &de
Queulx: de Fontaine Blanche
Ville- neuve la charmante
Lanigou , & l'Ingrate Kuderien
de Morlaix;Monier ; Carriere,
&les deux Minvielles de Bordeaux
, M. I. Iouis du petit S.
Iean de la Courtille ; la charmante
Charlotte leGras ,& fon
Amy; la plus Belle des trois
Soeurs du Cloiſtre Saint Mam
mes; la petite Congregation de
Sainte Marine duquartierde la
238 MERCVRE
Mercy ; la Dame de Versailles
deHennebondilabelle Hoſtefſedu
Cordonnier de la ruë de
Bethify ;la Sainte Famille ; M.
A. du Chardonnay , de la ruë
du Sepulcre ; le Logicien du
Quay de la Tournelle; les deux
Precieufes de la ruë des Prouvaires
; le grand Chaſſeur de la
Place Royale ; Morne,du Château
de Moulins ; la Belle au
beau teint , du Cimetiere S.
Jean , la Dame au trefor caché
de Bretagne , & fon fidelle
Epoux.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoyeaeſté faite par un
Cavalier Angevin.
1.
ENIGME .
Ay beſoin d'eau , d'air & de
terre
GALANT.
239
Flus fort que moy me fait la guerre
Je ne quitte jamais mon habit du
Printemps,
Et n'ay point deplaisir quedans le
mauvais temps ,
Ieveux dire le temps de pluye ,
Ois tout autre que moy s'ennuye.
Rencontray-je quelqu'un , je me
mets àfauter ,
Sans que rien me puiſſe arrêter.
Quoy que magorgeſoit d'une blancheur
extrême ,
Mes cuiſſes ſont en moy ce que le
plus on aime.
l'ay la voix fort vilaine , & mon
chantennuls lieux
Ne paſſe pour melodieux .
C'estfait de moy quand je vais à
la Ville ,
Ieſuisplus à mon aiſe au rond de
Corbeville . 4
Vousconnoiſtrez aisément,
240
MERCVRE
en parcourant l'Air nouveau
dont vous trouverez icy les
paroles, qu'elles ont eſté miſes
en chant par un homme qui a
de fort grands talens pour la
Muſique. :
AIR NOUVEAU.
Etits Oiseaux, raſſurez- vous,
vienspointfous ces fombresfeuillages,
Pour interrompre vos ramages ,
Ny troublerdes plaiſirsfi doux.
C'est l'amoureuſe reſverie
Qui me conduit das ce bois écarté ;
Et bien loin d'en vouloir à votre
liberté ,
Ie viens pleurer celle qu'on m'a
ravie.
Aprés vous avoir fait unJour.
nal de ce qui s'eſt paſſé enAlle
GALANT.
241
magne& en Flandre depuis un
mois , je devrois vous parler
avec le même détail des autres.
Armées du Roy , mais comme
cela me meneroit trop loin , il
ſuffit de vous faire voir,qu'elles
fot par tout fuperieures à celles
deſes Enemis,& redoutées d'ane
maniere qu'ils n'ofet accepter
le combat qu'elles leur offrent
par tout. Mr de Catinat
l'a preſentéà Monfieur de Savoye
qui s'eſt auſſi toſt retranché
pour l'éviter. M. leDuc de
Noailles a fait la meſme choſe
en Caralogne , ou les Ennemis
aprés avoir fait mine de l'accepter,
ſe ſont retirez . M. le
Comte d'Eſtrées avec ſix Vaifſeaux
l'a offert à Papachin qui
commandoit dix - huit VaifſeauxEſpagnols
, & qui eſt en
grande reputation parmy eux,
242 MERCURE
F
& ce Commandant voyant par
trois fois nos Vaiſſeaux en pane
n'a oſé répondre à ce genereux
deffy , ny ſe vanger du bombar.
dement de Barcelone & d'Alicante
, quoy que l'occaſion fuſt
belle , puis qu'il avoit trois
Vaiſſeaux contre un. M. de
Tourville a toûjours eſté en
pleine Mer preſt à recevoir ou
attaquer les Flotes d'Angleterre
&de Hollande ſi elles euffent
voulu approcher ; mais elles
n'ont point perdu la Manche de
veuëafin de nous y attirer , à
cauſe que le lieu leur eſtavantageux
, qu'ils y ont beaucoup
de retraites , & que nous n'y en
avons aucune. Ainſi ces grandes
Puiſſances , dont chacune
croyoit eſtre la Maîtreſſe de la
Mer, n'ont ofé riſquerun cobat
hors de la veuëde leurs Ports .
Elles
GALANT .
243
Ellesſe ſouviennentſans doute
de celuy qu'elles y perdirent
l'année derniere ; & c'eſt ce qui
les oblige à l'éviter celle- cy.
Enfin j'ay raiſon de dire que les
Armées du Roy ſont ſuperieures
par tout , puis qu'il n'y a
pas meſmejuſques à nos Armateursquine
l'emportent de tous
coſtez par le nombre de leurs
priſes ſur les Ennemis.
Les dernieres Nouvelles de
l'Armée de Flandre portent
que celle du Prince d'Orange
eſtoit à l'Abbaye de Brogne ,
qui eſt environ à cinq lieuës de
Dinan & de Philippeville.
Le Roy de Pologne ayant refusé
de faire une Paix avantageuſe
, qui luy a eſté pluſieurs
fois offerte par le Grand Seigneur
, ce dernier vient de la
conclure avec les Moſcovites ,
Aoust 1691. L
244 MERCVRE
au grand deſavantage de laPo
logne. Je ſuis , Madame, & c .
AFarisce 31.Aoust 1691 .
AVIS.
TE Public a ſouhaité l'Avis
qu'iltrouveraicy , afin d'apprendre
au commencement de
chaque mois , le ſujet de l'Entretien
qu'on luydonnera quinzejours
aprés ſur les Affaires
duTems.Le cinquiémeEntretien
ſera une ſuite de celuy qui
eſt intitulé , Le Prince d'Orange
travaillant àfon Histoire ,& cetre
fuite contiendral'Hiſtoire dela
mortde Mrs de VVith , & celle
de lean Barneveld , Avocat
GeneraldeHollande , arrivée
fous lePrince Maurice de Nafſau.
Ony verra de quelle manieGALANT.
245
reces trois grandsHommes ont
eſté les Victimes de deux Princes
d'Orange , parce qu'ils fervoient
comme d'une barriere
qui les empeſchoit de parvenir
à la Souveraineté. Ainfi
le paralelle de ces deux malheureux
Freres avec Barneveld
paroiſtra juſte , à l'exception
du genre de more. Cet Entretien
ne ſera remply que de faits
&de preuves, & les moindres
des indices qui découvriront
les auteurs de leur mort , les
feront connontre d'une maniere
qui empeſchera que l'on
n'en doute ; de forte que rien
ne fera foncé ſur de ſimples
raiſonnemens , comme les é.
crits de Hollande ,d'où il eſt
aiſe d'inferer tout ce qu'on
veut, parce qu'ils fonttoûjours
faux. Ainsi l'on tâchera , en ne
i
L 2
246 MERCVRE
trompant point le Public par
des fauſſetez, à meriter la continuation
de l'accueil qu'il a
faitaux derniers Entretiens fur
les Affaires du Temps. Il en a
eſté ſi ſatisfait , qu'il a fait paroiſtre
par ſes applaudiſſemens
que l'on avoit attrapé ſon
gouft.On continuëra àtravail
lerdu meſme ſtile , puis qu'ila
fait connoiſtre que c'eſt celuy
qui luy plaiſt , & qu'on a ſujet
de croire qu'un gouſt general
neſçauroit eſtre mauvais , ef
tant impoſſible que tout le Public
enſemble ſe puiſſe tromper..
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maine , par demande & par réponſe , ind.
1.liv. 10.f.
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2.liv. 10.f.
Deſcription de la Ville de Rome, en faveur
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inquarto 6. liv . 10.f.
Dictionnaire Latin & François , du même,
inquarto 7. liv..
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Barbets avec une Carte Geographique des
Vallées , ind. 2.vol . 4.liv .
Hiſtoire des Conclaves , dépuis Clement V..
juſques à preſent , ind. 2.vol. 3 liv .
Conferences morales ſur les Myſteres de
nôtre Seigneur , par le Pere Lyon de l'Oratoire
, 2 vol , inoctavo 4.liv. 10.f..
L'Avent Catolique, ou Pratique ſolide &
devote , ind. 1. liv. 1o.f.
•Effais de Panegyriques des Saints , inocta
3.liv. 10.f.
Lettres familieres, galantes & autres , fur
toutes fortes de ſujets , avec leurréponſe,
ind. 1.liv. 1o.f.
LaMaiſon de campagne, Comedie, ind.1.1.
Les Bourgeoiſes de qualité , ind . 1. liv.
Dictionnairedes termesde la Marine, avee
pluſieurs figures en taille-douce , inoctavo
3. liv .
•Remarques , ou reflexions critiques , morales
& hiftoriques, ſur les plus belles & les
plus agreables penſées qui ſe trouvent dans
les Ouvrages des Auteurs Anciens &Modernes,
ind, 1.liv. 1o.f.
La Relation du Siege de Mons , ind . 2.vol.
2. liv.
Nouvelles Oeuvres mêlées de Madame de
Villedieu, ind. r.liv ..
Relation du voyage d'Eſpagne, par Madame
Bernard, ind. 3.vol . 4.liv. 10..
Le Comte d'Amboiſe , par Madame Berhard,
indouze 2. volumes §. livres.
Les defordres du jeu , reduits en forme
d'Histoire , ind . 1.liv..
Hiſtoire de l'admirable Dom Quichotte
de laManche, avec pluſieurs figures en tailledouce
, ind. 4 vol . 6.liv.
Diſgraces des Amans , dedié à Mr.dela
Feüillade , ind. 1. liv . 10.f.
Relation univerſelle de l'Afrique , avec
beaucoup de figures en taille douce , ind.
4.vol.8.liv.
Caracteres de Theophrafte , avec les
moeurs de ce Siecle , nouvelle Edition , ind..
1. liv. 10.f.
Conferences Eccleſiaſtiques duDioceſe de
Luçon , ind. s . vol . 6. liv. 5.f.
Anatomie de l'homme , ſuivant la circulation
du fang, & les dernieres découvertes
démontrées au Jardin Royal, par Mr.Dionis,
inoctavo 3 liv. 6.f.
Dom Alvare , Nouvelle Allegorique , ind.
xo. fols.
Traitédes Operations deChirurgie , ind.
div. 1o.f.
Réponſe à la Differtation de la Goute,
ind. 1.liv.s.f.
Recueil des Arrêts du Parlement de Gre
noble, inquarto4.10,f.
Hiſtoire des Revolutions d'Angleterre,
ind. 2.liv ..
Officier de Bouche , ind . 30.f.
Le nouveau & parfait Confiturier , ind.
Lliv.s.f.
LaVieduTaſſenouvelleTraduct.ind.30.f.
Ouvres de Capiſtran , ind . 4. liv .
Juvenal. du Pere Tarteron Jeſuite, ind.s.liv.
Nouvelle Anatomie raifonnée , avec pluficurs
figures en taille douce, ind.2.liv...
NouvelleOsteologie, avec pluſieurs figures
en taille-douce , ind.2.liv.
Affaires du Temps , contenant tout ce qui
s'eſt paffé entre le Roy de France , Rome,
J'Eſpagne , l'Allemagne , la Hollande., Pologne
, Suiffe & Cologne , avec l'entrepriſe
du Prince d'Orange ſur l'Angleterre , irlande
&Ecoffe , ind . 10.vol. 10.liv .
Apocalypfe de Mr. de Meaux , inoctavo,
4. liv.
Sermons fur les veritez de l'Evangile , par
Mr. de la Volpilliere , inoctavo 4.vol.11.liv.
Le Napolitain , ou le Défenſeur de ſa Maîtreffe
, ind. 1. liv .
Hiſtoire du Japon , avec pluſieurs figures,
inquarto 2.vol.12.liv .
Nouvelle methode du Blazon du Pere Mcneſtrier,
ind.2.liv.
Le Treſor de la Pratique de Medecine,
traduit de Thomas Burnet, inoctavo..vol
Oeuvres de Varillas , contenant l'Hiſtoire
de Charles IX. inquarto 2, vol . 12.liv.
Le meſme , ind. 3.vol. 3. liv . 10.f.
- -- Idem , François I. en 2.vol.inquarto
1-2. liv.
Le même en 4.vol . ind, 6.liv .
Hiſtoire des Hereſiesen 6. vol. inquarto
36.liv .
Le meſme , ind. 12.vol: 21 .liv .
:
Hiſtoire de Louis XII. en 3.vol. inquarto
18.liv 2
Le meſmeen 6.vol, ind. 10.liv.10.f.
Hiſtoire de Loüis X I. en 2. vol. inquattro
212, liv
:
Le meſme , ind. 4.vol. 7.liv.
Hiftoire ce Charles VIII. inquarto.6,liv .
Le meſme ind. 3.vol.4.liv.10.f.
Politique de la Maiſon d'Auſtriche ; ind.
1.liv.10.f.
Réponſe à Mr. Burnet fur les Hereſics,
sinoctavo 3,liv .
Ordonnance des Eaux & Forests , avec le
Recueil des Edits & Arreſts , ind.2.liv.10.f.
14 Nouveaux Eflais de Morale ſur le luxe &
les modes, &c. ind. 2.liv .
Geometric , Pratique du Sieur Boulanger,
augmenté depluſieurs Notes & d'un Traité
<del Arithmetique parGeometrie d'Ozanam,
ind. 2.liv .
-Recueil des Oeuvres de Madame de la
Suze , ind . 4 vol . 4.liv. 10.f.
Memoire de Mr. de Chaſtener , Seigneur
dePayſegur , ind. 2.vol. 3.liv.
Avispourplacerles Figures.
L
'Air qui commence,Aimables
habitans de ce naiſſant bocage,
doit regarder la page 62
LaMedaille doit regarder la
page 112 .
L'Air qui commence par ,
Petits oiseaux , doit regarder la
page 238
AUGUSTINIANA
LVGDUNENSI
807156
MERCURE
GALANT
ZAT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
THEQUE DELA
LE DAUPHI
AOUST
169
LYONTI
1233*
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere au Mercure Galant.
M.. DC . XCI.
Avec Privilege du Roy,.
1 7
TABLE ..
Prelude.
Tiphon & les Geans , Prologue.
Discoursfait en presentant le corps
de M. de Louvois , au Curé de
l'Eglise des Invalides. 14-
Discoursfart enpreſentant le coeur
de ce Ministre aux Capucines. 18
Services faits pour le mesme. 21
Les Dieux au Confeilfurladestinée
du Prince d'Orange ..
Le Veil Oiseau , Fable.
22
64
Réponse faite à undes Discours de
68 M. de la Broſſe.'
La Ialousie des Enfansde lacob.98
Détailcurieux de tout ce qui s'est
passé à Strasbourg touchant le
feu mis aux Magazins de cette
Ville- là.
$8
LeCabinet des beaux Arts . II2
Carted'Alface. 1161
Education de M.de Moncade.117
Ouvrages nouveaux.. 124
TABLE........
Profeſſion digne d'estre remarquée..
126
Benefices donnez 129
Histoire. 131
Lettre deM.Boileau furlaretraite
de M.le Marquis de Santenas à
la Trape. 135
Confrairie remarquable . 164
Ladéfaitedela Ligue d' Ausbourg,
parM. de Comicts. 168
Morts. 169
M. de Barbezieux est pourvende la
Charge de Chancelier& Garde
des Seauxdes Ordres du Roy. 195
Servicesfolemnelsfaits pourlerepos
de l'ame de Mr de Louvois. 196
Journalde ce quis'est passé en Allemagne
pendant lemois d'Aouft.
205
Iournalde ce qui s'estpaßé en Flandre
depuisle 22. de iuillet. 215
Enigme. 238
Nouvelles de differens endroits.240
: Fin de la Table..
MERCURE
GALANT
BIBLIA
LYON
AOUST
1693
L
: Es grands Capitaines
ne font pas ordinairement
fort habiles
dans le Cabinet ; & ceux qui
entendent parfaitement le
Cabinet , feroient ſouvent fort
embaraſſez à la teſte d'une
Armée. Ce n'eſt pas qu'il ne
ſe ſoittrouvé des hommes qui
Dont fait paroiſtre un merite di-
Aoust 1691 . A
2 MERCVRE
Aingué en maniant la plume
& les armes , en conſeillant , &
en ſe battant ; mais il ſemble
qu'ils n'ayent jamais fait l'un
&l'autre enſemble avec la plus
haute distinction , & du moins
n'en voyons nous point qui
ayent fait la deſſus ce quetoute
l'Europe a vû faire au Roy .
Jamais Monarque n'a pris plus
de Places en perſonne. Iamais
Souverain n'a fait de fi grandes
choſes dans le Cabinet. Intrepide&
infatigable à la guerre ;
laborieux , & aſſidu dans le Cabinet,
fuperieur par tout à ceux
qui commandoient ou qui
travailloient ſous luy , il a fait
voir qu'il ſçavoit auffi bien
executer qu'ordonner ; qu'à
l'armée il n'avoit pas beſoin de
leçons ny de Miniſtreau Cabinet
, & qu'il sçavoit regner en
د
GALANT .
3
grand Politique. Il remplit
aujourd'huy luy même l'Employ
de feu Mr de Louvois ,
pour les affaires les plus ſecre
tes de la guerre. Il écrit de ſa
main ce qu'il luy ordonnoit
d'écrire , & ceux qui estoient
chargez des affaires les plus
importantes ſous ce miniſtre,
furent furpris de voir , lors
qu'ils curent l'honneur de l'entretenir
, qu'il auroit pû luymême
rendre auſſi- bien qu'eux
le compte des affaires dont ils
l'entretenoient , & qu'il les
poſſedoit mieux qu'ils ne fai
foient , ce qui marque que
tout n'agiſſoit que par luy ,
que quoy qu'un de ſes plus
grands Miniſtres ſoit mort
ſubitement , & fans avoir cu
le temps de l'entretenir, il n'en
ſçait pas moins ſes affaires ;
4
A 2
4 MERCURE
qu'ainſi les Ennemis de l'Etat
ſe réjoüiront inutilement de
cette mort , & que tant que le
Roy vivra , la France ne sçauroit
faire de perte qui ne ſoit
reparable, à cauſe de la parfaite
connoiſſance que ce Monarque
a de tout ce qui regarde
la grandeur de ſon Royaume,&
du bon ordre qu'il y met.
Mr de Louvois n'avoit que
vingt- trois ans quand Sa Majeſté
commença à luy donner
les Inſtructions neceſſaires
pour le ſervir ſelon ſes intentions
; & l'on doit tout eſperer
de Mr de Barbeſieux , puis
qu'entrant dans les affaires au
meſme âge qu'avoit fait feu
Mr de Loavois , ſon Pere , le
Roy qui s'y trouve encore plus
conſommé , veut bien avoir la
meſme bonté , & prendre pour
GALANT .
luy les meſmes ſoins .
Mr des Forges , a fait un
Prologue ; intitulé Les Géans.
Le deſſein qu'il a en dans
cet Ouvrage ſe fait affez cons
noiſtre ſans qu'il foit beſoin
de l'expliquer. Il a eſté mis
enMuſique par Mr de Broſ,
fard , Maistre de Muſique
de la Cathedrale de Strasbourg.
精粉粉粉粉
PROLOGUE.
TIPHON ET LES GEANTS.
LES GEANTS.
ASfeurons noftre vangeance
Contre le Dieu tropglorieux
Quifaitsentir en tous lieux
A3
MERCVRE
L'exces deſa puiſſance.
TIPHON.
Le puiſſant Jupiter , tout fier de
ſes exploits ,
Depuis affez long- temps fait crain
dre ſon tonnerre
Et menace toute la terre
' Del'aſſujettiràses loix.
Depuis affezlong-temps Bellonne&
la Victoire
Font leurs plaiſirs les plus douxe
D'éterniſerſa memoire ,
Sans referver unseul moment pour
NOUS.
Vangeons- nous de l'exces de sa valeur
extrême .
Uniſſons nos cent bras contre fon
Diadéme ,
Etplus heureux
Que ces Titans fameux
Qui braverentjadissa puiſſance
Suprême ,
Arreſtons de ces faits le cours impe
tueux;
GALAN T.
7
Que malgréses efforts iltombe enfin
luy-méme.
CHOEVR DEGEANTS.
Uniffons nos cent bras , &c.
MERCURE paroift .
Temeraires Mortels , vos efforts
feront vains.
Que vous fert - il d'ofertrop en
treprendre?
Leprudent Iupiter inſtruit de vos
deffeins
Sçaura facilement contre vousse
défendre.
Son bras toûjours victorieux
Adéja mis ſous fon obeiffance
Mille Peuples audacieux...
Craignezde reffentir comme eux
Le triste effet desavangeance.
Calmez, calmezplutoft ce vainqueur
irrité ,
il est trop dangereux de vouloir luy
déplaive ,
Ceffez d'animerſa colere
A 4
MERCURE
Son grand coeur oubliera voſtre te
merité.
CHOEVR DE GEANTS.
Nous mépriſons ce Dieu terrible,
De nostre audace en vain on croit
nous voirpunis.
Eft ilrien d'impossible..
Atant debrasunis ?
MERCVRE .
Bien- toft de vostre indigne offence
Vous recevrezle juſte châtiment.
Vous vous armez contre luy vai
nement
CeDieuSeul contre touspunira l'in
folence.
Mars en tous lieux accompagne-
Sespas ;
Malheureux , redoutez la force de
Sonbras..
CHOEVR DEGEANTS.
Nousmépriſons ce Dieu terrible
Denostre audace en vain on croit
nousvoirpunis..
GALANT..
Est- il rien d'impoſſible
A tant de bras unis ?
ΤΙΡΜΟΝ.
Ilest temps que chacun animeSon
courage.
Pour braver la valeur de ce Dieufi
puissant , (naçant
Opposons de ce Montlesommet me-
Afon trop rapidepaſſage ,
Etqueson Regneflorißant
Acent Peuplesjaloux neportepoint
ombrage.
Mais déja des Tambours nous end
tendons le bruit .
C'eſt Iupiter qui nous poursuit ,
Herculeprés de luy contre nous s'iNAteresse.
Courons aux armes,Ictemps preffe
CHOEVRDEGEANTS.
Iupiter nous pourfunt ,
Courons auxArmes, le temps preſſa
Jupiter lance ſon Tonnerre.
AS
MERCVRE
1
:
TIPHON.
Quoy rien ne peut rallentirfons
ardeur ?
Saprefence partout inſpire latera
reur ,
Toutferendàſa voix , tout flatte
Sonenvie,
CeMont firedouté devant luys'hu
milie.
Quelle honte pour nous?quellegloire.
pour luy !
Faut. il que nous fervions de lustre
àson Histoire,
Etn'aurons- nous armétant de bras
aujourd'huy
Que pourestre témoins de l'excéss
defa gloire ?
CHOEVR DEGEANTS.
Ab!fuyons , l'ennemy s'avance
prés de nous ,
Evitons, s'ilse peut,la fureur de
fescoups
GALANT.
SUIVANS de Jupiter qui pour
fuivent les Geans.
Ingrats,vostrefuite eſt vaine ,
Nous vous poursuivrons entous
lieux.
Recevez lajustepeine
De vos efforts audacieux.
JVPITER.
Des Ennemis liguez jesuis en
finle Maistre ,
Et leursfoins ont esté perdus.
Ils ont appris à me connoistre,
Lefeul bruit de mon nom les a tous
confondus.
Mortels heureux,gouftez en assu
rance
Les doux momens que vous offre?
mon bras . C
Vivez en paix , vivez ſans embarras
,
Iupiterprendvoſtre défense..
A
12 MERCVRE
CHOEUR de Mortels & de
Bergers.
Vivons en paix,vivonsfans em
barras ,
Iupiter prend noſtre deffense..
Goûtons en afſeurance
Les doux momens que nous don
nefon bras.
"Monorons à jamais un Dicufimagnanime
,
Que nos chants redoublez réfon
nent dans les airs !
Qu'un mesme zele nous anime ,
Ilest digne de Concerts,
Que de mille bienfaits il comble
noſtreure ,
Qu'il triomphe toujours en dépit de
l'envie,
Que l'immortalité ne l'arrache à
nosyeux...
Quepour brillerparmyles autres
Dieux .
GALANT.
13
Marquons-luy les transports que fa
presence inspire;
Il merite lesfoins que nous prenons
pourluy.
Quepar toutson grandnom reten
tiffeaujourd'huy ;
Puiſſions nous àjamais admirerfon
Empire.
د
DEVX BERGERS.
Preparons luy des jeux nouveaux
Quenos chants les plus beaux
Succedent au bruit de la Guerre
GeDieuventbiensuspendrefonton-
Berre
Pourpartagerſous nos Ormeaux
Les champestres plaisirs de nosfimpleshameaux.
GRAND CHOEVR.
Honorons à jamais ce Dieu si mas
gnanime
Que nos chants redoublez réfon
nent dans les airs,
14
MERCURE
Qu'un mesme zele nous anime
Il est digne de nos Concerts.
Vous ſçavez , Madame ,
que feu Mr de Louvois , a pris
de grands foins pour la conftruction
du Baſtiment des Invalides
, & qu'il y venoit ſouvent
donner ſes ordres , & voir fi
l'Ouvrage s'avançoit. Quinze
jours avant ſa mort , lors qu'il
eſtoit ſous le Dôme de l'Egliſe
de ce magnifique Baſtiment , il
ditque ce ſeroit là le lieu de ſa
ſepulture , ce qui s'eſt trouvé
bien toſt aprés. Voicy le Difcours
que fit Mrle Curé de
Verſailles , qui eſt du nombre
des Miſſionnaires ,& dans une
ſi grande eſtime parmy eux ,
lors qu'il preſenta le Corps.
à celuy qui le receut aux In--
valides..
GALANT.
可
Nous vous apportons , Mon
fieur , parmyles gemiſſemens
d'une Maison illustre & desolée ,&
parmy les larmes de tout le Royaume,
Les tristes reſtes que la mort, toujours
fourde & impitoyable aux defirs
aux voeux, & auxdeſſeins des hommes
, toujours soumise aux ordres
éternelsdeDieu , nous. a laiffez de
haut &tres - puiſſant Seigneur Michel.
François le Tellier , &c . Il est
aisé de juger de la grandeur de la
perte que l'Etat vient de faire ,
par la conſternation generale dont
ce coup impréven a frapé tout le
monde. La vaſte étenduë de fon
esprit , àqui rien n'échapoit , fon
application continuelle aux affaires
publiques,laſageſſe deſes conseils,
ſavigilance àtout prévoir , àtout
regler,àtoutdécouvrir juſquedans
lesSecrets lesplus impenetrables des
L
16
MERCVRE
Ennemis du Royaume ;son activite
ar foudre & aixecuter , fon bonheur
qui ne l'a point quittéàréussir
danstoutes ses entreprises ; sa prudence
à ne laifferpaffer aucune oc
caſionfavorable à lagloire du Roy ,
ou de la France , sa fidelité àjon
Service , font des qualitez qui ont
esté ſi eminentes & fi connues en
luy , qu'elles leferont regreter éternellement
, & feront defiverà tous
les fircles d'avoir d'auſſi grands
hommes , qui luyfoient ſemblables..
Utile à la Patrie qui se voit attaquée
de toutes parts , & quijuſques
à present n'a pû estre entamée
craint & redouté de nos Ennemis
cher &neceffaire àſon illustre Famille
, & pour dire beaucoup de
choses en unfeulmot , digne Inſtrument
des grandeschoses que LOVIS
LE GRAND a entrepriſes ,
ن م
qui rendrontfon vom , & le temps
2
9
GALANT.
17
de son regne immortel & toujours
preſentàtous lesfiecles , falloit- il
que la mort vinst nous l'enlever ?
Adorons dans cette affliction publique
la Iustice de Dieu qui nous a
frapez, & qui nous a voulu faire
Senfiblement connoiſtre ce qu'est enfin
devantluy tout l'éclat des honneurs
& des plus hautes fortunes.
Implorons pour luy &Sur luysa mifericorde
,& que tous ceux quise
repoſenticy aprés les rudes & penic
blestravaux de la guerre , se fouvenant
qu'ayant esté exposez autrefois
ſous ses ordres à degrands
perils pour le bien de l'Etat , ils
joüiffent maintenant par ſes ſoins
des douceurs d'une vie paisible, employent
avec nous leurs voeux &
leurs prieres pourdemander au Ciel
d'eſtre la conſolation de ſon illustre
Famille , qui reverra principalement
en celuy qui fuccede à ses
18 MERCVRE
grands Emplois , ſes nobles qualiicz,&
pour leſupplier de luy accorder
le repos defon ame.
Le coeur de ce grand Miniſtre
ayant eſté porté à l'Egliſe
des Capucines , y fut receu par
le Confeffeur de ces ſaintes
Filles , qui fit à celuy qui le pre
ſentale Diſcours ſuivant.
I Aperte que nous faiſons,Mon
fleur , dans la mort de Mr de
Louvois eſtſigrande , que nous la
regardons comme une pertegenera.
lepourtoutle Royaume, mais particulierement
pour l'Ordre duquelje
fuis trop heureux de porter l'habit ,
& dont il a foutenu les interests
comme un veritable Pere . Neanmoins
si nous estions capables de
recevoir quelque confolation dans
une douleur ſi preſſante , ce seroit
depoſſederfon coeur qui avoit toutes
GALANT..
les nobles qualitezque le Prophete
RoyalSouhaitoit pourlefien. Ilfou .
haitoit un coeurpur ,un coeur nou .
veau , & un coeur droit. Celuy de
Mrde Louvois a poffedé ces trois
grandes qualitez . Il a eu un coeur
purpour son Dies, un coeur nouveau
pourson Roy, & un coeur droit dans
l'administration des affaires ; un
coeurpur pourfon Dieu , puis qu'il
fe faisoit une application ferieuse
de tous les devoirs du Chriftianisme,
ce qui faisoit qu'on pouvoit dire
de luy : Lex Dei ejus in corde
ipfius , que la Loy de Dieu estoit
écrite dans son coeur. Il avoit un
coeur nouveau pour son Roy , puis
qu'ayantparu inépuisable dans tous
les deſſeins de procurer sa gloire ,
aussi bien qu'infatigable dans les
foins de les faire executer , il avoit
paru toujours comme nouveau.Enfin
ila cu un coeur droit dans l'admi
20 MERCVRE -
nistration des affaires , puis qu'ils'y
effcomporté d'une maniere irreprochable
, s'attirant l'admiration &
l'amourde tous les bons François ,&
fermant la bouche à la jalousie la
plus outrée. Ainfi recevant ce coeur,
ilnenous reste qu'à former à noſtre
tour les voeux du mesme Prophete
Fiat tibi fecundum cor tuum ,
&omne confilium tuum confirmet.
Que lagloire ,le bonheur,
&le repos qu'il a toujours souhaité
au Royaume luy arrive ,&que tous
lesfages conseils qu'il a donnez
Soient confirm.ez
Il eſt certain que l'Ordre
des Capucins perd beaucoup
à lamortde ce Miniſtre , qui
les aſſiſtoit conſiderablement
par ſes charitez , & qui leur
faisoit baſtir à Meudon une
Eglife toute neuve. Tous les
GALANT.
2万
1
Recolets du Royaume , à qui
il faiſoit auſſi du bien ont
د
ditlaMeſſe pour le repos de
foname .
M. l'Abbé d'Eſpalungue ,
Docteur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne , Preſident
du Seminaire Royal de Doüay ,
n'eut pas plûtoſt eu la nouvelle
de ſa mort , que voulant
marquer combien il reveroit
ſa memoire , il fit faire un Service
ſolemnel dans ſon Seminaire
, ce qui fut continué par
des Prieres que firent pendant
pluſieursjours tous les Preſtres
dont ce Seminaire eſt compoſé
. L'Vniverſité , les Chartreux
, & d'autres Communautez
de la meſme Ville ,
ſuivirent ſon exemple, & donnerent
des témoignages publics
du regrer ſenſible qu'ils
22 MERCVRE
avoient de la perte d'un fi
grand Miniſtre . :
Ie vous envoye le Dialogue
que je vous promis le mois
paffé. Le nom de l'Auteur ne
m'eſt point encore connu. Il
n'a pas pourtant ſujet de ſe cacher
, aprés l'approbation qu'il
ſçait que le Public donneà ſes
Ouvrages...
AV
LES DIEVX
CONSEIL
Sur la destinéedu Prince
d'Orange.
IVPITER .
PArtez
Mercure , & fans
arrêter un moment
allez dire à mes Freres , NeGALANT.
23
:
ptune&Pluton , de ſe rendre
inceſſamment icy pour tenir
Conſeil. Quant aux Dieux de
ce pays cy , j'avertiray moymeſme
ceux de qui je veux
prendre avis .
MERCVRE.
Ne vous plaiſt - il pas que j'y
mande auſſi les Faunes , les
Satyres, les Sylvains, les Nymphes
, les Dryades , & les Hamadryades
, avec toute la fe
quelle des Divinitez du bas
étage ?
IVPITER .
Non , de par tous les Dia
bles , non . Que ferions nous
de toute cette cohuë ? Elle
voudroit diſpoſer de tout ,
auſſi bien que la Chambre-
Baſſe d'Angleterre. Partez ,
vous dis-je . Que ce Prince
d'Orange me payera bien la
1
L
24
MERCVRE
peine queje vay me donner à
tenir Conſeil: l'avois ſi fortabandonné
à l'Avanture , mon
premier Miniſtre d'Etat , le
ſoin des affaires de là bas , que
durant des fiecles entiers il
ne me venoit ſeulement pas
en penſée de luy demander
quels cours elles prenoient ; &
voicy que ce Prince remuant
ſe prévalant de la negligence
de mon Miniſtre , & de la
mienne , bouleverſe tout à ſa
fantaiſie .C'eſt un deſordre que
je ne veux pas fouffrir , & il
faut que jetravaille à y apporter
du remede . Ah ! te voilà
déja de retour , Mercure ! Eh
bien , mes Freres viendroneils?
MERCVRE .
Ilsentrent.
IVPITER .
Fais fortir tout le monde ,
excepté
GALANT .
25
:
excepté Mars , Themis , & la
Paix , & garde la porte .
MERCURE .
Parlez , s'il vous plaiſt , à
Momus. Il veut demeurer en
dépitde moy.
IVPITER.
Bon ! Momus icy ! Qu'y
ferois-tu , mon pauvre Amy ?
Nous allons eſtre ſur le ſcsieux,
MOMVS.
1
Que tous les maux du monde
puiſſent te confondre ,
Prince d'Orange , qui me fais
ainſi chaſſer de la Compagnie
de mes Maiſtres , où quelquefois
je ſuis plus grand Sei
gneur qu'eux. Auſſi , à dire
le vray , Iupiter n'eſt qu'un
innocent. Si j'eſtois auſſi bien
que luy maiſtre d'un foudre
je t'aurois bien- toſt reduit en
pieces.
Asust 1691. B
26 MERCVRE
IVPITER .
Comme il m'eſt tout à fait
extraordinaire , Meſſieurs , de
tenir Confeil ,& fur tout de
n'y appeller qu'un auſſi petit
nombre de Dieux que vous
eſtes icy ,je ne doute pas que
vous ne ſoyez en peine du.ſajetqui
doit ſervir de matiere à
noſtre Conſultation d'aujour
d'huy ; ainſi je croy qu'il eſt
àpropos de commencer par
vous dire , que dernierement
je jettay les yeux fur l'Europe
, & qu'ayant apperceu le
deſordre épouvantable que le
Prince d'Orange y cauſe par
fon ambition demeſurée , j'en
ay conceu tant d'indignation
que j'ay réſolu d'y mettre ordre
,& pour cela , je veux apprendre
de vous le détail des
miſeres où il a plongé les Peu
GALANT.
27
ples , & les remedes que vous
eſtimez propres à les arreſter.
Vous me ferez un plaiſir ſenſible
de me dire vos avis ſincerement
ſur ceque je vous demande
, & je puis vous aſſurer
que je ſuis outré de voir ainſi
ma chere Europe , ce Pays de
noſtre naiſſance , ſi pleine de
confufion.On ne s'y garde plus
de bonne foy le droit des gens
y eſt preſqueinconnu , & l'on
y employe le feu , le fer &
quelquefois meſme le poiſon ,
pour ſe défaire de ceux que l'on
n'a pas intereſt de laiſſer vivre.
NEPTVNE .
Qu'il ya long-temps que je
ſouhaite cet heureux moment,
où il m'eſt enfin permis de
m'expliquer à mon gré fur ce
qui nous ameneicy ,& que j'ai
B2
28 MERCVRE
こ
me à vous voir à preſent en
reſolution de jetter les yeux
fur ce que font les hommes ,
& à les traiter chacun ſelon
leur merite !
Puis que c'eſtle Prince d'Orange
dont nous avons à examiner
la conduite , pour regler
la deſtinée , je ne m'étendray
pas à vous faire unlongrecit
de ſes qualitez perſonnelles
, eſtant bien perfuadé
que nous ne le connoiſſons que
trop , &je me contenteray de
vous dire que pour ce qui me
regarde en particulier , j'ay
perdu tout repos , & que je me
vois dans de continuelles inquietudes
depuis qu'il s'eſt
mis en teſte d'eſtre Roy d'Angleterre
, quoy qu'il en coute.
Avant ſon entrepriſe je me
faifois un regale de voir des
GALANT. 29
Flotes voguer ſur mes eaux ,
& ie me plaçois quelquefois
ſur la pointed'un rocher pour
confiderer à mon aife ces maifons
Aotantes qu'on appelle
Navires , & meſme i'admirois.
l'adreſſe des hommes d'avoir™
ſeeu si bien brider Eole , noſtre
Confrere , qu'ils ſe ſervent de
luy comme d'un mercenaire à
gages , pour ſe tranfporter par
ſon moyen où bon leur ſemble:
Meſme comme ce n'eſtoit
qu'en quelques ſaiſons de l'an- .
née& durant ces beauxjours
qu'ils me donnoient ceſpectaele,
& que d'ailleurs ilsavoient
le ſoin de ſe renfermeren des
lieux d'abry , dés qu'ils
voyoient approcher lesincommodes
Saiſons , i'avoue que ie
m'en divertiſfois agreablement,
mais à preſent ce diver
B 3
30
MERCURE
tiſſement ſe change en peine.
Ilfaut que ie faſſe par necefſité
ce que ie ne faifois que
pour mon plaifir , & ie ſuis obligé
l'Hiver auſſi - bien que
l'Eté , durant la tempeſte comme
durant la bonace , d'eſtre
perpetuellement à l'erte pour
veiller à ce qu'il ne ſe paſſe
rien à mon préjudice.
Quelle peine n'est- ce pas
Pour moy , qui ne me plais ny
dans la grande chaleur ny dans
le grand froid , d'eſtre toûjours
aux écoutes ou dans la crainte
de me voir forcer dans mes
Palais ? L'entens quelquefois
heurter impetueuſement à ma
Dorte, & quand i'envoye un
Triton s'informer de ce que
'eſt, il me rapporte que ce ſont
des Vaiſſeaux qu'une tourmente
à coulez à fond pour
GALANT 31
s'eſtre mis en Mer hors de
mouçon ; & fi ie demande à
ces pauvres gens d'où vient
cette fureur qui les précipite à
un naufrage certain , ils merépondent
qu'il faut bien obeïr
au Prince d'Orange , qui les
force à s'expoſer ainſi , tantoſt
pour porter ſes Confidens en
Hollande , tantoſt pour l'y porter
luy- même. D'autrefois ic
me ſens étourdir les oreilles
d'un bruit effroyable,& quand
ie mets la teſte hors de l'eau
pour apprendre d'où procede
ce fracas , ie ne ſçaurois rien
appercevoir tant l'air eſt en feu
& en fumée; & fi i'arreſte quelque
malheureux noyé , ils m'ap
prend que c'eſt un combat Na
val qui ſelivre entre les partiſans
du Prince d'Orange &
les François , qui ne veulent
B4
32
MERCVRE
pasfouffrirque ce Prince qui
n'est qu'un ſimple particulier ,
donne la loy à toutes les Puiffances
de l'Europe l'en rencon ,
tre quelquefois d'autres qui
s'engloutiſſent tout vivans
pour venir fouiller iuſquedans
mes tréſors, & lors que ie leur
demande qui les autoriſe à me
venir troubler comme ils
font , ils me montrent une
Commiſſion du Prince d'Orange
qui leur ordonne de repeſcher
au fond de la Mr de l'or
du Perou qui s'y eſt perdu depuis
plus d'un ſiecle avec des
Galions d'Eſpagne , ſans que
ces hardis Avares faſſent reflexion
, qu'outre que je ſuis le
Seigneur dominant de la Mer ,
&que par conſequent tous ces
biens épaves m'appartiennent,
une poffeffion comme eſt la
GALANT.
33
mienne de plas de cent années,
m'acquiert ſur cet Or un droit
incontestable . Enfinſi vous me
voyez mal vêtu , c'eſt au Prince
d'Orange que j'en ay l'obligation;
car l'interditqu'ilajetté
fur tour le commerce , empeſchant
tous les Vaſſeaux
d'aller aux Indes , ou d'en veniril
n'y a plus de Vaiffeaux Marchands
qui falſent naufrage ;
ainſijen'ay plusd'occaſion come
je l'avois auparavant , de
trouver parmi leur débris quel.
que riche piece de brocard de
la Chine , ou quelque antre
belle étoffe pour m'habiller.
Iugez , Seigneur, fitout cela
me doit fatisfaire , & à quel
dépit il ne m'eſt pas permis de
m'emporter contre cetteſprit:
inquiet , qui me prive abfolu.
mentde mon repos. Voilà less
By
34
MERCURE
juſtes ſujets de plaintes quej'ay
contre le Prince d'Orange ; &
je m'en ſerois déja fait raiſon
ſi ce n'eſtoit que ie ſuis perfuadé
que l'amitié fraternellequi
eſt entre nous , demande que
nous ne faſſionsrien de confe.
quence ſans l'avoir auparavant
concerté. C'eſt pourquoy je
vous ſupplie de trouver bon
quej'en prenne à la premiere
occaſion une vangeance fignalée
, & que je le fafſſe perir auſſi
toſt qu'il ſe ſera rembarqué
pour l'Angleterre.
PLUTON..
Si ie ne conſiderois que moymême
, ie conclutois bien autrement
que ne vientde faire
Neptune : car en ne me regardant
que comme un Souverain
qui ſe fait d'ordinaire un
plaisir de voir accroiftre le
GALANT.
355
nombre de ſes Suiets , l'aurois
à vous prier de laiſſer vivrele
Prince d'Orange, puisque depuis
qu'il fait parler de luy , &
qu'il a allumé la guerre , ie voy
mon Domaine s'étendre , &less
Enfers ſepeupler confiderablement.
Il nous arrive à tous momés
tant deTroupeaux d'ames,.
que nous ne ſcavons preſque
plus où les placer , & i'eſtime
queſi cette affluence continuë,
je ſeray reduit àles envoyer oc--
cuper ſous voſtre bon plaifirles
vaſtes campagnes des efpaces
imaginaires . Le bon homme:
Caron en eſtquelquefois fatigué
iuſqu'à ne pouvoir por--
ter la main à fon gouver.
nail ; & ce qui m'inquiette:
plus que tout cela , c'eſt que je
commence à avoir pour ſuſpect
ce vieil Avaricieux , ( quecela
B 6
36
MERCVRE
ſoit dit entre nous ) qui quoy
qu'il ne reçoive qu'un obole de
chaque Paſſager, s'en fait pourtant
un ſi grand fond à preſent
qu'il paſſe beaucoup d'Ames
queje crains que fentant que
j'ay beſoin de luy , il ne me faſſe
furacheter ſes ſervices , qu'il
ne faſſe de l'entendu ,&que far
Je mauvais exemples du Prince
Loüis de Bade en Allemagne
, il ne veüille plus fervir
que quand , comme , & où bon
loy ſemblera..
C'eſt pour cela que confiderant
quelle peſte c'eſt pour le
genre humain , & quelle peine
pournous autres Dieux que ce
Prince d'Orange , qui ne fe
foucie pas que tout periffe , je
ſuis ravy que vous me faffiez
T'honneur de me conſulter fur
ce que nous avons à en faire .
2
GALANT.
37
Voicy ce que je ſçay de luy..
C'eſt qu'il fomente une guerre
cruelle qui finiroit s'il eſtoit
hors du monde; c'eſt qu'il fait
perir en un mois plus d'hommes
que d'ordinaire il n'en
meurt en un an; c'eſt qu'il met
noſtreEurope à deux doigts de
ſa perce , & qu'au lieu d'une
bonne intelligence qu'il devroit
y avoir entre ceux qui
l'habitent , il fait tant par ſes
intrigues , que chacun y fait
des entrepriſes ſur ſes Voiſins .
&qu'ils ſemblent tous ne confpirer
qu'à qui ſe fera le plus de
mal .
Tout cela ramaſſe enſemble,
je le trouve coupable de pluſieurs
crimes , pour raiſon def.
quels on le doit punir rigou
reuſement.C'eſt à quoy je con
clus , &j'offre pourl'execution
38 MERCVRE
de ce conſeil les plus cruels de
mesMonſtres .
MARS.
Aimant la guerre autantque
je l'aime , il ſemble que je ne
doive pas eſtre mécontent de
celle que le Prince d'Orange
excite dans l'Europe , puis que
c'eſt ſous mes Enſeignes qu'elle
paroiſt ſe faire , & qu'elle fait
retentir mon nom de toutes
parts ; Mais , Meſſieurs , ceux
qui fontdans cette opinion , ne
confideretguere ce qui s'y paſſe
en la conjoncture d'à preſent..
J'aime la guerre , à la verité
mais la guerre que j'aime eſt
une guerre juſte & équitable ,
qui ſe paſſe dans les regles &
ſuivant les Loix que j'ay prefcrites.
J'aime une guerre qui
fe fait par une pure émulation,
&ſeulementafin que les Sojets
6
GALANT . 39
des Princes qui la ſoutiennent
ne vienentpoint à s'engourdir
par une trop molle oifiveté,
Jaime une guerre qui ſe fait
debonne foy & fans ſupercherie.
Enfin , la guerre que j'aime
eſt celle où l'on n'oublie point
que l'on eſt homme , où l'on
obſerveinviolablement le droit
des gens , où l'on ne riſque à
perdre que quelque pouce de
terre , & il ne meurt que ceux
que la deſtinée veut faire perir
de ce genre de mort .
Mais la guerre du Prince
d'Orange n'eſt point du tout
de ce caractere . Ce n'eſt point à
proprément parler, une guerre,
mais une fureur & un maſſacre
concerté. Vous pourrez bien
m'en croire far ce que je vous
diray, puis que la guerre eſtane
de mon département , j'ay cu
40 MERCURE
l'oeil à celle - cy plus que qui
que foit.
Si je la regarde dans ſon
origine , & quej'en approfondifle
la cauſe , je n'en trouve
point d'autre qu'un defir temeraire
dans le Prince d'Orange
de porterune Couronne. Si
j'en examine les premieres , ie
n'y voy rien de viſible ; car enfin
la raiſon veut - eile , & le
bon ſens le peut-il fouffrir.,.
qu'à cauſe que parmy une vile
populace , il ſe trouvera quel.
ques Matins qui fe plaindront
qu'on ne leur conferve pas de
pretendus privileges , un par
ticulierqui ne fait point partie
du corps de la Nation , foir en
droit d'équiper une Armée :
&d'entrer dans le Païs & de
ſe mettre àla teſte depluſieurs .
canailles ??
GALANT.
41
D'ailleurs, l'ordre de la guerre
qui s'obſerve inviolable.
ment parmy les Natiõs les plus
fauvages , l'ordre dis- ie , de la
guerre demande qu'on la denonce
. C'est ainſi qu'en uſoient
autrefois les Romains . C'eſt
ce qu'ont toujours obſervé les
Turcs , pour qui les peuples
du Septentrion n'ont que peu
d'eſtime ,& c'eſt ce qui ſe pra.
tique encore actuellement parmy
les ſauvages de l'Amerique
qui eft la barbarie même ; &
cependantle Prince d'Orange,
Pretendu Protecteur des Loix,
à fait ſon entrepriſe tellemene
àla fourdine qu'on n'a ſcen
qu'il en vouloit au Roy d'Angleterre
, que quand il a eſté
débarqué dans ſon Iſle.
Tout cela me paroiſt ſi per
nicieux & d'unſi dangereux
42
MERCVRE
exemple , qu'afin de prevenir
la témerité des Nations qui
font dans chaque Etat , ie ſuis
d'avis que l'on extermine ce
Prince d'Orange pour donner
à connoiſtre à ſesſemblables,
queles Dieux ne laiſſent point
impunies des actions fi remplies
de mauvaiſe foy que le
fontles ſiennes ; & ſi vous voulez
vous raporter à moy de ſa
punition,jela feray fiéclatante
qu'il en ſera parlé à iamais .
THEMIS.
Ie n'oferois , Seigneur , entreprendre
un Diſcours reglé
contre le Prince d'Orange ,
dont on vient de vous parler.
Ce n'eſt pas que ie n'aye à
dire quelque choſe de plus fort
encore que ce que l'on vousa
remontré , mais la douleur
d'avoir eſté maltraitée au dere
GALAN T.
43
nierpoint par cet homme plein
d'iniuſtice , m'accable fi fort,
que ie crains que les paroles
neme manquent , & que iene
puiſſe achever la deſcription
des outrages qu'il m'a fait.
Il ya bien des hommes iniuſtes
à la verité , & c'a eſté
parce que ie leur ay vû trop
de mepris pour moy , que ie
me ſuis bannie moy meſme
de leur ſocieté , & que l'ay
repris le chemin du Ciel , où
vous m'aviez devancée , mais.
i'avois au moins la conſolation
de connoiſtre que ces injuſtes
ne l'eſtoient qu'en de
certaines choſes , & que pour
le reſte ils ſuivoient affez les
préceptes que je leur avois
laiſſez. S'ils commettoient un
crime pour ſatisfaire une paffion
par laquelle ils ſe laiſ
44
MERCVRE
foient trop gouverner, ils prenoientle
ſoin que toutes leurs
autres actions ne fuſſent pas
dans le déreglement; mais le
malheureux contre qui il y a
déja longtemps que je vous ay
porté mes plaintes , entaſſe
crimes fur crimes , & bien
loin de ſe moderer à preſent
qu'il poſſede ce qu'il ſouhaitoit
, il ſe ſert de ces mêmes
crimes , comme d'échelons ,
pour monter àde plus grands..
Ie ne vous rappelleray pas en
memoireles fages Loix , que
par voſtre ordre j'ay établies
parmy les hommes , & ie ne
doute pas que vous ne vous
fouveniez des défenſes expreſſes
que nous leur avons
faites de s'approprier injuſtement
les biens les unsdes autres
, que fur tout nous leur
GALANT .
45
avons recommandé d'avoir
tout le reſpect poffible pour
lesliens ſacrez du ſang qui
les unit ſi étroitement enſemble
; que nous avons declaré
poſitivement que nous traiterions
comme des Monſtres .
ceux qui violenteroient leurs
Peres , ou ceux qui leur tiennentlieu
de Peres , que nous
leur avonseniointde ſe garder
dela bonne foy , non ſeulement
entre Amis , mais entre Enne.
mis, quand une fois ils ſeroient
convenus de quelques condi.
tions entre eux ; & enfin que
nous aurions une horreuréternelle
pour les Ames malfaiſantes
qui ne ſe plaiſent que dans
le carnage , & que par des ordres
ſecrets contraires à ceux
qu'ils donnent en public , livientà
la colere de leurs En-
1
46 MERCVRE
nemis ceux d'entre leurs Amis,
qui dans la trop grande confiance
qu'ils ont en ces déteſtables
Traiſtres , leur ont mis
leur fort entre les mains . Voilà
la loy , & voicy les contraventions
que le Prince d'Orange y
afaites.
Nous defendons aux hom
mes de s'approprier iniuftement
le bien d'un autre , & ce
Prince occupe actuellement
le Trône du Roy legitime
d'Angleterre , comme ſi une
fureur populaire avoit le droit
de ſedonner ou de rebuter des
Rois à ſa fantaiſfie , quand une
fois nous les avons établis fur
elle. 1 12
Nous voulons qu'on traite
comme des Monſtres ceux
qui font iniure à leur Pere ,
& le Roy que le Prince d'OGALANT.
47
t
range a dépoſſedé , eſt le Pere
de ſa Femme , & le Frere de ſa
Mere.
Nous commandons aux
hommes de ſe garder de la
bonne foy , tout ennemis qu'ils
font, quand ils ont fait entre
eux quelques conventions ; &
ce Prince eſtant il y a quelques
années àla teſte d'une Armée
deHollandoiscontre la France,
ne laiſſa pas de livrer combat
aux François , quoy qu'il
euſt dans ſa pocheles Articles
de la Paix que les Ambaſſadeurs
de ſes Maiſtres avoient
ſignée avec ceux du Roy de
France. Il eſt vray que vous ne
voulûtes pas que les François
fouffriffent de cette ſupercherie
, & que vous envoyâtes la
Victoire combattre pour eux,
mais pourtant vous n'en avez
48 MERCVRE
point encore puny le Prince
d'Orange ; & c'eſt cette impunité
( permettez - moy , Seigneur
de parler de cette forte )
qui luy a fait entreprendre le
crime qu'il foûtient auiourd'huy
. Il a voulu par là fonder
iuſqu'où l'on pouvoit pouffer
voſtre patience , & comme il a
reconnu qu'elle eſtoit ſans bornes
, il a augmenté fon audace,
& ie fuis certaine qu'il ſe prometencoreune
pareille'impunité.
2
Enfin nous avons fait entendre
que nous aurions de
l'horreur pour ceux qui par
des ordres ſecrets ' révoqueroient
ceux qu'ils auroient
donnez hautement , parce que
cette voye infame feroit un
moyen trop affuré pour abufer
de la credulité de ceux qui
en
{
GALANT.
49
en veritables gens d'honneur
s'affareroient de l'execution
d'un ordre quand ils l'auroient
veu donner en leur préſence ,
&de leur avis , & cependant
ce Prince a fait perir un bon
nombre de braves Hollandois
en une Bataille , qui l'année
derniere ſedonnadans les Etats
de Neptune entre les François
& les Hollandois , qui ne ſe
hazarderent au Combat que
dans l'eſperance d'eſtre ſecourus
des Anglois , de qui pourtant
ils furent abandonnez ,
parce que le General de ces
derniers qui avoit pris avec
eux des meſures pour le Combat
, avoit un ordre ſecret du
Prince d'Orange d'abandonner
comme il fit les Hollandois
dans le plus grand danger ,
dequoy les François qui com-
Aoust 1691 . C
50 MERCVRE
battoient tout de bon ayant
profité, en firent une ſanglante
boucherie.
Voilà ce qu'on appelle des
injuſtices , & ce qui fait le
comble demon déplaiſir , c'eſt
que je n'oferois eſperer de les
voir finir , tandis que cet hom
me paiſtry d'iniquité ſera vivant,
à moins que vous n'entrepreniez
d'y mettre ordre .
Vangeance donc , Seigneur,
vangeance. Arreſtez les emportemens
de ce cruel , ou
abandonnez- le à mon reſſentiment.
J'inventeray quelque
nouvelle peine pour le faire
ſervir d'exemple à tous ceux
qui auroient la hardieſſe d'en
entreprendre autant que luy ;
je le livreray à mes Miniſtres ,
&vous entendrez parler d'un
fupplice qui donnera de la fra
GALAN T. r
yeur à tous ſes ſemblables .
LA PAIX.
Ily avoit ſi long temps , Seigneur,
que l'on n'avoit parléde
moy tout de bon dans le monde
, que ie me croyois entierement
effacée de la memoire des
hommes , lors que le Rov de
France qui m'aime d'une affection
fincere , preſcrivit ily a
quelques années des cõditions
pour me rétablir , qui parurent
ſi équitables à tous les Princes
de la Religion de Chriſt , qu'ils
convinrent tous de me recevoir
chez eux pour l'eſpace de
vingt ans ſous le nom de la
Treve , que i'avois envoyée
devantmoy commemon Avant
couriere. Vous pouvez vous
imaginer quelle ioye ie receus
a cette nouvelle , & les deſſeins
d'établiſſementque je me pro-
C2
32
MERCVRE
pofay. I'en fis dans les Cours
de tous ces Princes , le me
meſlay de former des Compagnies
pour le Commerce. Ie
donnay mes foins à faire cultiver
les campagnes. le dreſſay
des Canaux pour comuniquer
les eaux des Mers , ou de quel
ques Rivieres que je trouvay
voiſines les unes des autres ;
je fis travailler à l'ornement
des Palats , le fis reformer les
vilains endroits des belles Villes
; ie traçay des Plans pour
en conſtruire de nouvelles ;
i'inventay des Manufactures ;
ie fis apporter de la reforme
dans les Loix d'eus ſoin qu'on
cultivaſt les beaux Arts , &
j'engageay par mes humbles
remontrances lesPrinces à moderer
les impoſts que laGuerre
les avoit forcez d'établir fur
GALANT.
53
2
leurs Peuples . Enfin i'ordonnav
à la foye & à l'Abondance
de s'introduire ind ff. remment
entoutes fortes de Familles..
J'eſtois encore occupée à
provetter de plus grands deffeins,
&ie m'attachois à feüilleter
les vieilles Chroniques
pour apprendre ce qui fe paf-
Yoit durant le fiecle d'or, afin
de le renonveller en celuy qui
court à preſent , & voilà que
tout à coup , & lors que iem'y
attendois le moins , ce ſonge
creuxde Prince d'Orange abufantde
ma franchiſe,&des par
ties de plaiſir que i'avois liées
entrequelques Princes d'Alles
magne qui ſe rendoient viſite,
tantoſt chez l'un , & tantoft
chez l'autre , s'eſt allé fourrer
parmy eux pour les pervertir ,
☐&pour leur inſpirer de la dé
1
G3
14
MERCVRE
fiance de moy , en quoy ila ſi
bien réüſſi que par ſes diſcours
feditieux , il les a fait refoudre
à me livrer la guerre , à moy
qui ſuis leur Souveraine , &
qui enqualité de Déeſſe , puis
diſpoſer de leur vie & de leur
mort.
Ils ont fait tous leurs proiets
àmon inſceu ? ils ſe ſont unis
avec luy pour ſuborner les Anglois,
gens peu waitables pour
moy , & que ic n'ay pû iamais
mettre dans mes intereſts , & à
l'aide de la Rebellion qu'ils ont
trouvée cachée dans le coeur de
la ploſpart d'entre eux, ils m'en
ont fait chaffer , & leur Roy en
meſme temps .
J'ay , comme vous le voyez,
un aſſez iuſte ſuiet de dépit
contre eux , mais comme ie
n'aime point le fang , & que
GALANT
55
iemetient pour bien vangée
quand ie voy punir les ſeuls
Auteursdemonbanniſſement,
ie ne vous demande que le
Prince d'Orange , pour l'immoler
à ma colere; & quand
ie luy auray ôté la vie , ic ne
memets pas en peine de m'établir.
L'Empire me demande
au Turc à cor & à cry. Les
Eſpagnols , & les Hollandois
ne feront point de difficile
compoſition. Il ne meſera pas
difficile de faire recevoir aux
Anglois leur Roy à bras ouverts
, en le leur faiſant voir
d'un autre biais que le Prince
d'Orange ne le leur a montré
&quant au Roy de France ,
nous fimpatiſons & bien enfemble
, que ie ſuis ſeure qu'il
voudra tout ce qui tournera à
mon avantage.
C4
56
MERCURE
JUPITER .
Je reconnois affez , Mef
fieurs , par tout ce que vous
venez de me dire , que le Prince
d'Orange merite encore
plus d'eſtre puny , que je ne me
l'eſtois figuré , mais en verné
je vous admire dans le genre
de puntion que vous luy deſti
nez, car fi j'ay bien conceu vos
intentions , vous concoutez
tous unanimement àle- condamner
à perdre la vie ,& vous
p'eſtes differens fur ce point ,
qu'en ce que l'un propoſe un
genre de fupplic , & l'autre un
autre. C'eſt ſans doute faire
connoiſtre que vous avez les
veuës fortbornées , qu'elles ne
paſſerontguére celles des hommes;
car enfin ſi j'en avois appellé
à ce Conſeil , ils cuſſent
tous conclus comme vous a
unemortpreſente.
GALANT..
57
Mais quoy que nous ſoyons >
refolus de le punir , croyez
vousbien que la mort ſoitune
aſſez rigoureuſe punition pour :
les crimes dont nous le trouvons
coupable? Ilnous faut une
vangeanced'une autre eſpece.
Vous vous ſouvenez tous qu'-
autrefois Promethee m'offéça ,,
& qu'il eut l'inſolence de me
fervir à table desOs recouverts .
d'une petite peau , tandis qu'il
mangeoit les viandes les plus
delicates: du feſtin où nous
eſtions , & il faisoit cela, diſoitil
, pouréprouver fieſtantDien
j'en ſçaurois bien faire la diftinction
. Vous ſçavez encore ,
qu'Encelade avec les Titans
entrepritd'eſcalader le Ciel , &-
que ce dénaturé oſa bien porter
fur moy fon bras facrilege
pourm'arreſter prifonnier.que
CS
5.8
MERCVRE
dites- vous de la vangeance
que j'en ay priſe ? Ne trouvezvous
pas qu'elle est bien digne
de Iupiter , puis qu'encore à
preſentj'en puis fatisfaire mes
yeux quand bon me ſemble ,
&que ſoit que je les jette vers
les Scythes , j'ay le plaisir d'y
* voir encore aujourd'huy mon
Promethée cloüé ſur le Mont
Caucaſe & ſon foye becqueté
fans ceſſe par l'Aigle devorant
dont j'ay rendu la vie
éternelle , afin qu'il tourmente
éternellement ce miferable ;..
ſoit auſſi que je regarde la Sicile
, les torrens de feu & de fumée
que je voy ſortir du Mont
Etna , me font un indice certain
que le témeraire Encelade,
que j'ay terraſſe ſous cette
montagne , ſouffre plus qu'à
l'ordinaire , & qu'il fait de.
GALANT.
59
vains efforts pour ſe tirer de
deſſous un ſi peſant fardeau .
Que cecy vous ſerve d'idée
pour vous imaginer la punition
que je veux exercer furle
Prince d'Orange ; & puis que
c'eſt unUfurpateur & un Tiran
ſcachez que ie veux le punir
de la peine dontj'ay fait menacer
tous les Tirans par un de
mes Prophetes. C'eſt Perſe le
Poëte , par qui j'ay fait dire en
mon nom.
Savos punire Tyrannos
Haud alià ratione velim , cùm
dira libido
Moverit ingenium , ferventi tin
Eta veneno ,
Virtutem videant , intabefcantque
relicta.
Je veux qu'il vive , carje ne
fuis pas encore réconciliéavec
loy ; mais je veux qu'il vive
1
C6
60 MERCURE
pour mourir à toute heure de
dépit & de confufion ; & pour
cela je vay luy défiller les yeux,
afin de luy montrer àdécouvert
la vertu dans ſon plus grand
brillant , & que la rage qu'il
aura de ne l'avoir pas ſuivie ,
luy foit un bourreau perpetuel
qui luy faſſe ſouffrir en meſme
temps toutes fortes de fuppli
ces.
> Qu'il voye donc dans LOUIS
LEGRAND , l'unique Roy
de l'Europe , une idée parfaite
de la Vertu ,& qu'en le conftderant
il reconnoiſſe quelle
ſatisfaction c'eſt pour un homme
de s'eſtre acquis par ſes
grandes qualitez une auſſi haute
réputation qu'eſt la fien--
ne.
Je veux qu'il penetre la ſagefſe
des Conſeils de ce ſage Roy
GALANT. 61
د
lebon ordre qu'il met dans ſes
Etats , les douces confolations :
qu'ila dans ſa Royale Famille,
l'amour que ſes Sujets luy portent
, les reſpects que luy rendent
les Peuples les plus éloignez
la confiance fincere
qu'ont en ſes bontez ceux que
le malheur ou l'iniuſtice accable
, la crainte qu'ont de tuy
ceux qui ne ſe gouvernent pas
parles principes de l'équité,&
les frequentes victoires que ic
luy fais remporter ſur fe's Ennemis
. Voilà la peine que ie
d'eſtine au Prince d'Orange,
pendant qu'il demeurera furla
terre , que ie feray accompa
gner de perpetuelles confpiras
tions contreluy, de toute forte
de mauvais ſuccés dans ſes
entrepriſes , de mépris de la
part de ſes Amis , & d'une in62
MERCVRE
ſulte piquante de la part de fes
Ennemis ; & quand la Parque
aura coupé le fil d'où dépendent
ſes malheureux iours ie
veux luy continuer ce meſme
fupplice dans les Enfers ; &
pour cela , ie vous charge, Pluton
د d'ordonner à Appelles,
Michel-Ange , ou le Brun , de
definer le Portrait du Roy de
France , afin que quand ce
Prince d'Orange ſera dans
voſtre Empire , vous lay mettiez
cette Figure devant les
yeux , &qu'il nepuiſſe la perdre
de veuë , de quelque coſté
qu'il ſe tourne , en forte que
fon tourment ne prenne aucune
fin, &qu'ilſe reproche fans
ceffe de n'avoir pas ſuivy la
vertu .
Virtutem videant , intabefcantque
relicta.
GALANT.. 63
C'eſt ainsi , Meſſieurs , que
nous punirons le Prince d'Orange
, & quant au retabliſſement
de la Paix , ie vais travailler
à ouvrir les yeux des
Princes qui l'ont bannie , afin
que voïant quele faux pouvoir
du Prince d'Orange n'est qu'une
veritable foibleſſe , ils ſe
defabufent , & rentrent dans
leurs veritables intereſts.
Je puis vous aſſeurer que les
Vers qui ſuivent vous plairont
, ſans vous pouvoir dire
le nom de l'Auteur. On m'a
dit qu'ils font d'un Gentilhomme
fort jeune , qui ne fait
pas profeſſion d'eſtre Poëte .
Son ſtile paroiſt fort aiſe ,& le
tour fin qu'il a donné à cette
Piece , fait ſouhaiter d'en voir
d'autres de ſa façon .
64 MERCVRE
粉粉粉粉甜粉粉
LE VIEIL OISEAU..
FABLE.
IN vieux Rossignol de
U Bois
се
Laiſſa femme jeune& fringante
Aussi rost d' Amansplus de trente
Vn chacun d'étalerſa voix .
On ne vit one Musiquefi char--
mante.
Pas un neplût pourtant , c'estoient
OiseauxdeCour
Lestes d'atour,
Lecol beau , la plume luisante,
Au surplus pas un fol de rente,
La Belleaimoit l'argent,&qui n'in
avoitpas
Eſtoit pour ellefans appas.
Tendres regards , douces paroles
3
GALANT.
65
N'y fa foient rien , il falloit des
pistoles.
Ce fut par là qu'en vint à bout
Vn riche Oiseau de ce Bocage
Riche je dis car c'eſtoit tout.
Du reſte vieux,denoir plumages
Oiseau d'un etrange jargon ,
Car on dit qu'ilparloit Gascon,
Iln'étoit Femme un peu jolie
Dans tous nos Bois,
Enqui centfors
Enſonpatois,
4
Iln'enst contéſonamoureuse envie,
L'affreusePie
Et la Fauvette tour à tour
Avoient écoûtéfon amour,
Sansen avoir l'ame attendrie,
Mais enfin il plait en cejour,
Etfans retour
Ilsemarie.
L'Affaire se conclut , dit - on ,
ㅏ Avantque le Printemps expire,
Tous les Oiseaux n'en font que
rire ,
1
66 MERCVRE
Et s'envont chantantfur ce ton.
Quand ona l'age
Defoixante ans ,
Comme l'Oiseau du noirplumage,
Plus de bon temps
En Mariage,
Lecocuage
N'estpas lemal
Leplusfatal s
Ce qu'on doit craindre davantage
En mariage
Quand on a l'âge
DeJoixanteans,
Eft d'aller voir en peu de temps
Lenoir rivage.
Les paroles de l'Air nouveau
que vous trouverez icy , ont
eſtémiſes en chant par un tres
habile Maiſtre ..
GALANT.
67
ز
778
DE
DEL
LYON
*1893-1
VILL
ma Lettre du m
Comme je ne pren
AU.
ecenais
urcacher
ramage
n'arrache
ndre!
ilnepuif
angereux
rien aiponſe
ours
lans
ars.
u66
MERCVRE
Ets '
2
D
Co
3
GALANT.
67
tha
AIR NOUVEAU.
AImables Habitans de ce nais.
Sant Bocage ,
Quiſemblefait expréspour cacher
vos amoUYS.
Roffignols , dont le douxramage
Auxcharmesdusommeilm'arrache
tous les jours.
Que vostre chant est sendre!
Est- il quelque chagrin qu'ilnepuif-
Secharmer?
Mais, belasi n'eft ilpas dangereux
de l'entendre ,
Quand on ne veut plus rien aimer?
Je vous envoye la réponſe
qui a eſté faite à un Diſcours
deMrde la Broſſe qui eſt dans
ma Lettre du mois de Mars.
Comme je ne prens jamais au68
MERCVRE
cun party fur ces differens
d'eſprit , je me contente de
rapporter les' raiſons des uns
& des autres , & les pieces
justificatives , & je laiſſe enfoite
au Public ladécision du
Procés.
***********
ENTRETIEN
Sur la nature des Remedes
neceſſairesà la guerifon de
l'Epilepfie , avec quelques
Remarques ſur la Lettre de
Mr de la Broſſe , par Mr Batonneau
› Apotiquaire du
Roy.
Teparlay
un jour de l'Epilepsie
avec Mr .... d'une maniere fi
generale, qu'ilme pria de luy dire
ce quejepensois departiculier pour
GALANT.
هو
Ja queriſon te luy repondis qu'un
Simple Apotiquaire comme moy ,
n'avoit pas allez de penetration
pour en connorſtre à fond la cause
que la Medecinea qualifiéejusqu'à
preſent de caufemaligne,&encore
moins pour entrer en connoissance
d'anrem depropre pour domprer la
ferocise des affr uxſymptomes dont
cette maladie eft accompagnée, quog
que ceux qui en ontparle agenspro.
posédivers moyens , mesme confir
mez d'experience , çavoir les uns
defores Purgatifs , &les autres de
Sudorifiques& Diuretiques. Ily en
a d'autres , qui aprés quelque préparation
sefont servis de specifiques
, & ceux là , àmon sene, ont
mieux réuss,i estant uray de dire
que les Purgatifs ne sont d'aucun
usage pour une indiſpoſitionde cette
,parce que leurs effets n'efsantque
dans l'estomach & dans
nature
70 MERCVRE
les intestins , où la cauſe de cette
maladien'est jamais , il ne peuvent
apporter aucunsoulagement au lieu
oùse formecet épouvantabledefordre
de fonctions naturellesdu corps
& de l'ame. Quand aux sudorifiques
& aux Diuretiques , ils ne
Jont pasplus avantageux ,car l'un
n'agissant que dans des conduits à
penpres de mémenatureque ceux
que je viens de nommer ; & l'autre
n'eſtant qu'une rarefaction &Jubsiliſation
de toutes les liqueurs du
corps ,ilnesefait qu'une évacuasion
generale , qus bien loin de
guerirle malade , augmente fon
mal& afforblit sesforces.A l'égard
des specifiques , comme ils agiffent
uniquementſur la cause, on nepeus
douter qu'ils ne la détruiſent. Je
fuis ravi , me dit il, que vous me
parliez de la forte , & qu'outre les
connoiſſances que vous avez de la
A
GALANT. 71
maniere quese forme cette horrible
maladie , l'experience que vous
avez vous confirme davantage
dans la préference des specifiques,
dont l'action va directement
au cerveau , & y produit des effets
fiefficaces , que le levain malin qui
en est la cause , vient en partie se
rendredans l'intermiffion de l'accés
aux portes de cette partie affligées
aprés quoy les accés diminuent ,&
deviennent raresfitoft que la vertu
du specifique commence ày impri
mer des caracteres defa puiſſance.
Il estvray que cet effet eft fingulier,
&jen'auroisjamais cru que la proprietéd'un
remede eust fait connoi.
ſtreſoneffet parun endroitſemblable
à celuy que j'ay remarqué par
l'action du voſtre . Il feroit fort à
propos , pour venir plus facilement
àbout des maladies rebelles , qu'on
s'y attachaſt particulierement,fans.
1
S
72
MERCVRE
Secharger d'unesuperficie de tant
deconnoiſſances , &de remedes differens
, que lenombre presque infiny
des maladies demande , cequi
Surpaſſe la puissance des hommes ,
&parconſequent metla Medecine
dansun grandmépris àl'avantage
de plusieurs Charlatans, qui ſous
diverses conditions & differentes
formes de charité& de pieté, obfedent
les eſprits les plus éclairez par
desopinions malfaines , qu'ilsveu
lent qu'on reçoivepour des déciſions
& avec cela promettent desresurrections
, commeles Alchimistes qui
n'ont que des promeſſes & des mots
Specieux& Enigmatiques , avec
lear or potable &leurs grands Arcanes
, qui nesont quedes teintures
d'or, faites avec l'esprit de fel ,
ou autres corrofifs de cette nature ,
quine font pas suffisans pour 11-
ver radicalement sa forme eſſen
nelle
GALANT. 73
tielle , ou foufre intrinfeque & rubicond
; ou encore des teintures de
foufres mineraux & metalliques,
comme celuy d' Atimoine , qu'ils ne
nomment pas , qui est presque tout
l'or potable qu'ils exaltent tant ;
avec lesquels foufres ils compoſent
leurs grandArcanes,dont les qualitezfont
denuleffet , puis qu'étant
des foufres impurs , aduſtibles &
fulminans presque inseparablesdes
fixes , dans lesquels conſiſte toute
Sa bonté, ils en éteignent & con-
Sament la vertu. Leur conduite est
imitée d'un certain Philofophe, qui
prétend par unsistêmeſpecieux ren.
verſer tous les principesde la Me
decine , &fairepaffer pour érudi
tion incontestable uneopinion chi
merique , afin de se faire diftinguer,
& de ce mettre en quelque
espece de réputation ſous le voile de
nouveauté. Avez- vous vú , ajoûta-
Aouft 1591. D
74
MERCVRE
sil, une Lettre de cette fabrique
dans le Mercure ? Ie luy dis qu'oüy .
Et de grace, continua -t - il, mettez
fur le papier les difficultez que
vousy aveztrouvées. L'ens quelque
répugnance à m'y résoudre , parce
que la Lettre estoit du mois de
Mars , & ainsi elle devoit eftre
hors de la memoire des Lecteurs .
Quefait cela , me dit - il ,? Notre
Philosophe fera excité à quelque
nouvelle production , quiferapeutestre
plus utile. Le confentis à ce
qu'il voulut , en exposant les sentimens
de ce Philosophe , de lamaniere
qui fuit ,
1. Ilveut que la terrenefoitpas
un Element pesant,&qu'elle n'oscupe
point deplace.
2. Que l'humiditénefois point
une qualité propre & naturelle
à l'Eau , mais bien la congela-
tion & non aux autres Elemens,
,
1
GALANT.
75
3. Que le Feu & l'Airnesoient
pas des Elemens , parce qu'ils nese
trouvent pas dans lacomposition des
mixtes , qu'ils ne nourrissent &
n'entretiennent point le mixte , &
qu'au contraire ilsle détruiſent.
4. Que le Feu soit un mixte ,
parce qu'il se resout en d'autres
Substances.
5. Que les Elemens des Chimi
Stesfoient les meilleurs .
6. Que ce que les Medecins
appellent Bile , Mélancolie , Pituite&
Sang , ne soit qu'une simple
alteration , comme , il arrive au
painmoiſi. Par là ilprétend que la
maſſe du sang n'estpas composée de
quaire humeurs .
7. Que les humeurs quifontde
diverſes couleurs dans l'estomach ,
dans les intestins ,& dans le cerveau
,soient des excremens de l'a-
Liment quiy est porté.
D
4
76
MERCVRE
8. Quesi le Sang estoit bilicusx
dans la fiévre- tierce , il devroit
estre amer , & qu'au contraire il eft.
doux. Delà il infere que lefang
n'est jamais bilieux.
9. Ilpretend le fel un corps élementaire.
10. Qu'un homme quia lafièvre
avec des redoublemens , n'a pas le
fang plus chaud que celuy qui est en
repos & en parfaitefanté.
11. Quesi un Medecin qui est
appellé au commencement d'une
maladie , ne la guerit dans huit.
jours , c'est qu'il ne connoist ny la
nature de la maladie , ny le remede
qui luy est propre.
12. L'exemple particulier qu'il
donne de la terre de faule , de la
pierre de Ponce , er du soufre , n'est
pas d'une définition, puis qu'iln'est
pasgeneral. Ilprouveparces exem.
ples qu'ily a des terres qui pour
GALANT.
77
avoir leurs principes bizarres &
étendus , forment des espaces plus
grands que nefont d'autres terres ,
qui ayant des principes plus petits ,
doivent auſſi former de plus petits
espaces . Cela estant ainsi étably ,
comme il est vray , on peut conce.
voir des pesanteurs differentes dans
toutes les terres des divers mixtes ,
-respectivement les uns aux autres .
Ainſinous la pouvons dire un corps
pesant , froid &fec : car tout ce qui
tend de la circonference au centre,
est sense pesant , puis qu'il contraint
les autres corps de s'éloigner,
&de luy ceder la place.
Sa premiere propoſition eſtant
détruite , le reste de la définition
ne nous diſant rien denouveau , ne
nous dit par confequent rien de
poſitif, car dire les qualitez d'une
choſe ,n'est pas dire ce qu'elle est en
elle-méme, Ilſeſeroit bien passé de
D 3
78
MERCURE
cette repetition déguisée, aussi bien
que de dire que la terre n'occupe
point de place . Ie pense qu'il ne la
croit pas materielle ; il le fait affez
connoistre lors qu'il veut qu'il entre
autant d'eau dans un verreplein de
terre elementaire, que s'il étoit vuide
, ce qui est opposéàla raison &
àl'experience.
2. Cette opinion n'est pas moins
mauvaiſe qui veut que l'humidité
ne foit pas une qualité propre&
naturelle à l'eau, mais bien à l'air,
& qu'ainsi cette proprieté nefoit
effentielle. Quand bien même je
conviendrois que l'airferoit humi
de , ce qui n'est pas , il ne s'enfui.
wroit pas que cette qualité ne fust
pas propre & eſſentielle à l'eau,
puis qu'on ne sçauroit ofter l'humidité
de l'eau fans luy ofter l'estre
d'eau , tout ainsi qu'onne sçauroit
ôser la longueur & les extremitez
GALANT.
79
2
d'un bâton ,ſans luy ôſter l'estre d'un
bâton , c'est affez mal philoſophé de
dire comme il dit que Sa propre
&naturelle qualité eſt lacoagulation
, puis que cet effet n'est qu'accidentel.
Il est fort facile de luy
prouver que cela arriveà l'air, à
l'huile , quoy que du plus aumoins;
mais l'aiſſons cela pour revenir à la
nature de l'eau , que je crois fort
bien definie , en disant que c'est un
amas de petis corps longs , ondoyans
&Souples qui font toûjours en moufe
glißant les
tre les autres , indifferens au froid
&au chaud , mais capables d'hu .
mecter& de fondre certains corps.
vement , en uns con-
3. Onne peut pas douter quele
feu n'entre dans la composition des
mixtes , puis que c'eſt proprement
enluy que conſiſte la vie. La raiſon
qu'il allegue contre en disant qu'il'
détruit le mixte , est d'une extréme
D 4
MERCVRE
foibleffe. Tout le monde ſçait que
le mouvement est le principe de
generation , &qu'ileft par conſequent
celuy de destruction. Cependant
perſonne ne s'aviſe de dire que
Le mouvement ne concourt pas à la
generation , parce qu'il est unprincipe
destructeur . Nesçait- on pas
que tous les Elemens tendent autant
àleur union qu'à leur deſunion ? Il
n'y a pas plus de raiſon de dire que
lefeu soit un destructeur que l'eau,
car dans les corps où elle abonde,
elle les détruit. Ainsi des autres
Elemens ſuivant l'empire qu'ils ont
les unsfur les autres . Ils se bouleverſent
& détruisent l'union qui
faisoit le mixte , &par consequent
ils peuvent estre dits destructeurs
les uns à l'égard des autres . De là
ils'enfuivroit quefelon ce Philoſophe
il n'y auroit point d'Elemens .
Pourluy expliquerleSentiment dess
GALANT. 81
Auteurs fur la nature dufen , il est
bon de luy dire qu'ils n'ont pas entendu
unfeu actuel,mais virtuel &
en puiſſance . Ils ont même defini la
vie , la chaleurnaturelle dans l'humide
radical Or qu'est- ce que la
chaleur , fi ce n'est un feumodere?
& qu'est- ce que cet humide, fi ce
n'est unesubstancefulphurée , dans =
laquelle le feu se nourrit , comme
la lumiere dans une lampe ? Il est
donc conſtant que lefeu entre dans
la composition du mixte , puis que
c'est luy qui le met en mouvement,
& quien fait toute l'action .
4. Il veut quele feu soit un
mixte , parce , dit- il qu'ilse refoud
en d'autres ſubſtances , &que
cela se prouve à l'occaſion de la
friction de deux cannes. C'est ne
pas comprendre la nature du feu ele . -
mentaire ; car il ne sçauroit bruler
parluy même. Celaſe voit dans Ins
DS
9
82 MERCVRE
flame de l'esprit de vin , qui pour
n'avoir pas de parties affezgroſſes,
ne fait presque pas sentir decha
leur. L'exemple de la friction des
cannes ne fert icy de rien pour le
faire trouver compose . puis qu'on
n'entendpas par lefeu elementaire
celuy qui tombe ſous les sens. De
plus , comment veut- il prouver que
le feu qui reſulte de la friction de
deux cannesfoit un composé , puis
qu'il n'y intervient que le mouvement
, qui ne fait autre chose
que le débarraßer des petits liens
qui le tenoient enchaisné ? Quelle
raiſon pourroit il alleguer, & quel
le analise pourroit- il faire pour
prouver le contraire ? Dira- t-il
que la flame renfermée dans un
vaisseau & condensée , il y pa.
roištra de l'eau , de la fugefulphu
rée&nitreuse ? Lefeu elemantaire
m'est pas cela. C'est un amas de
A
GALANT.
83.
petits globes homogenes &sembla
bles , & tous ces corps nitreux
terrestres donti ayparlénefont que
des détachemes quifont absolument
neceſſaires pour bruler. Il est donc
conſtant qu'il ne détruit pas be
mixte, non plus que l'air quieftant
pris comme il faut dans toute fa
fimplicité pour un amas de demyanneaux
& de parties branchucs
tres- petites & tres pliantes , on
verra que bien loin qu'il ſerve à
remplir des vuides dans les mixtes ..
il en doit luy même former, c'est
parson moyen que le reffort oùla
vertu élastique se rencontre dans
Les corps du plus ou du moins , fuivant
la quantité. Cette action
étaſtique ne pourroit se faire , ſi les
parties de l'air n'étoient entrelaf-
Sées , & comme attachées par leurs
extremitez afin de s'étendre &se
plier, ſuivant les diverſes imput--
D6
84 MERCVRE
fionsdela matiereſfubtile. C'est elle
Seulle qui bouche les pôres ; car
étant d'une tres- grande fubtilité
&d'une figure indeterminée , elle.
eft capable d'entrer dans toutesfor -
tesdevuides.
3. Le party qu'il prend pour
les Chimiſtes touchant leurs presendus
Elemens , est aussi pen Soûtenable
que ses autres sentimens ,
Sans faire voir que leurs principes
font des déguisemens , &
qu'ils ne sçauroient retenir dans
leurs vaisseaux , tout ce dont les
mixtessont compoſez, c'est que les
diverſes preparations & alterations
qu'on fait aux mixtes pour
Separer ces prétendus élemens , font
plus que suffisantes pour faire connoistre
qu'ils n'étoient pas ainsi
dans le mixte. En effet ,qu'ils raf-
Semblent tous leurs élemens , ils ne
pourront jamais composer le même
GALANT.
85
1
mixte. Ilest même impoſſible de les
Separer ainsi qu'ils estoient avant
que de les avoir meſlez , ils doivent
eſtreſemblables dans tous les mixa
tes ,& ne differer que du plus au
moins ; ils doivent estreſimples &
homogenes . Cependant c'eſt toûjours.
un composédedeux ou de trois. Par
exemple , leurfel effentiel est un
meslange d'acide , de liquide &
d'alkali ; l'esprit du composé d'igné
,defulphuré & d'atheré ; &
ainſides autres.
6. Il veut que ce qu'on appelle
bile , melancolie & pituite ,foir
une alteration au ſang , comme il
arrive à la moiſiſſure du pain , qui
de blanc devient jaune,gris & noir.
Quand je conviendrois que c'est
une alteration,il ne s'enfuivroit pas
que les noms ne subsistassent
pour distinguer les diverſes alterasions
qui arrivent à cette liqueur ,
86 MERCVRE
,
afin d'en tirer quelque connoiſſan
ce;mais on ne peut pas nier qu'il n'y
ait dans lamaſſe dusang unesub-
Stance blanche une rouge , une
noire &une jaune dans toutesfortes
de perſonnes , de diffrent age &
de differens sexe. Vous me direz
peut- estre que ces quatre humeurs
nefontpassimples , homogenes . F'en
conviens,cela nefait rien ausujet,
&n'empesche pas qu'onne regarde
d'abord la maſſe du sang , comme
une substance uniforme , composée
à la verité d'une infinité de parties
, mais qui se peuvent toutes
reduire à deux principales ,sça
voir , la partie blanche & la partie
rouge. Ces deuxſubſtances qui
nous paroiffent chacune homogene
dans leur genre , ne laiſſent pas
d'eftre composées de corpuscules de
differente nature , qui sont ceux
qui forment le fet , la terre , l'airs
GALANT . 87
&l'eau. C'en est affez pour comprendre
la nature dusang,fans aller
chercher des tamis chimiques
pour y paßer les humains.
Ilprétend aprés cela avoir bien
démontréquela maſſedu sangn'est
pas composée de quatre humeurs ,
parl'exemple qu'il donne du pain
moisi quin'a aucune (imilitude avec
ie sang, comme je le viens de prouver
, en faisant voir qu'elles se
rencontrent en touteforte de perſon.
nes . Ilsemble ensuite qu'ilse dédit
aprés un long discours qu'ilfaitsur
desglobes , qui n'ont aucune relation
au (ujet dont il s'agit , car il die
dans la page 38. qu'il le fera voir
àMrChapelas.C'est un bel endroit
pour s'attirer tout l'exercice quefon
efpritpeut demander.
7. Il veut que les humeurs qui
ferencontrent de couleurs diverſes
dans l'estomach , dans les intestins ,
88 MERCVRE
&dansle cerveau,foient faites des
excremens de l'aliment quiyeſt porté,
fansfaire aucune distinction . Il
est tres certain qu'il nese rencontre
point d'humeurs de diverſes couleurs
dans le cerveau nydans les intestins,
en prenant lenom d'humeurs dasſa
proprefignification . Pour ce qui est
de l'estomach , il s'y rencontre à la
verité diverses couleurs dans des
momens, fi la coction n'estpas faite,
car quand elle est faite , tout est
uniforme. Quand elle ne l'eſtpas ,
ilse rencontre autant de couleurs
differentes qu'estoient les alimens
qu'on a pris. On voit bien qu'il est
inutilede chercher les excremens
pour expliquer ces differentes couleurs,&
qu'iln'y aqu'à ouvrir les
yeux pour voir lefait qu'ilveut ca..
cher&rendre misterieux.
Si le fang , dit- il , est biliense ..
comme on le suppose dans lafièvreGALANT.
89
tierce, Il doit eštreamer . Cette con-
Sequence est injuste. Nous sçavons
par experience qu'ily a des liqueurs
lesquelles estant meſlées , changent
entierement de nature dans la couleur
, l'odeur& legouft. Par exemple
, l'esprit du vitriol qui est un
puiſſant acide, meslé avec un Alkali
, d'aigre qu'il estoit devient
doux ; meſlé dans des Sirops , il les
fermente&leurdonne diverſes couleurs,
fans qu'on puiſſe l'appercevoir
au gouft. Si cela est comme on n'en
Sçauroit douter , pourquoy veut- il
que la Bile faſſeſentirson amertu
mesur la maſſe du sang. J'aurois
un million d'exemples à rapporter
pour convaincre nostre Philofophe ,
Sijene craignois d'ennuyer ceux qui
liront cette réponse.
.
9. Il prétend qu'un homme qui a
la fievre , n'a pas le ſang plus
chaud que celuy qui est en par१०
MERCURE
7
faiteSanté,fans faire encore aucu
ne distinction ; &pour s'en aſſurer,
dit il, il faut recevoir le fang de
l'un &de l'autre sur la main , on
trouvera le fang de celuy qui est
Sainplus chaud que celay d'un Fébricitant.
L'avoue que cela peut
eſtre au declin de la fiévre , mais il
n'est pas vray que cela foit au com.
mencement, ny dans tout l'accés
parceque c'est le temps que les particulesignéesfont
le plus en mouvement
, & que la rapidité de leur
coursfait mieuxsentir leur action.
Mais comme cette grande agita
tion ne peut estre fans que ces corpufcules
ignez changent de figure
de leur choc mutuel,ou qu'ils sedifſipentparles
pores des vaiſſeaux,il
nese peut alors que le ſang ne soit
plus froid que celuy qui n'aura pas
fouffert la dissipatio; cettefroideur
dans leſangn'estproprement qu'a
GALAN T. 91
près que lafieure est paſſsées.Or come
nofireAuteur nefait paroiſtre aucun
principe fur lesquel il établit
ſa doctrine ; sçavoir des atômes &
des corpuscules , il est bon de lug
répondre dans un langage plus
vulgaire , qui est que preſonne ne
doute que lesangnesoit le principe
dans la chaleur , & la chaleur
dans le mouvement particulier des
parties d'un corps. Cela étant , il
n'est pas difficile de concevoir que
tout ce qui peus augmenter le
mouvement , augmente en mé.
me temps la chaleur. Or tout le
monde Sçait que la fièvre est
une agitation extraordinaire dela
masse du sang qui se manifete
par un pouls fort élevé avec une
chaleur plus forte que celle qui
estoit auparavant. On voit bien
par ce discours que ce qu'il avance
n'est pas moinsfaux qu'il estoit
92
92
MERCVRE
Surprenant , de quelque maniere
qu'on leprenne.
II . Il revient ensuite à la nature
du Sel, & le dit un corps élementaire
chaud & humide ,froid &ſec,
qui se coagule au chaud , & quise
fond à l'humide. Tous les attribuis
qu'illuy donne le font trouver compacte.
Afinqu'ilfost chaud, il veut
qu'il contienne des semences de
chaleur. Pour efire humide , il
fautqu'ilait des parties ondoyantes&
pliantes. Tout celafe contrarie
évidemment , & ne convient
point du tout à la nature du ſel qui
est un corps inflexible , long , roide
tranchant & piquant. Comment
pouvoir accomoder tout ce qu'il dit
àlaraison&àl'experièce?Luy même
ne conviet pas à lafin de ce qu'il
adit au commencement; car il veut
que lepropre des Elemensſoit de ne
pouvoir être reduits , ny naturelle
GALANT .
93
ment par art , en aucune autre
Substance. Cependant le fel se
chage en verre fans pouvoir jamais
estre revivifié ; lefeln'est donc pas
un Element . Quant à la coagulation
, qu'ilse souvienne qu'ila dit
que cette qualité estoit propre à
l'eau ſeule. Cependant il la fait
rencontrer aufel. On a bien peu de
memoire lors qu'on neſeſouvient pas
à la fin d'un écrit de trois feuilles.
de ce qu'on a posépour unfait effentiel
au commencement de ce mesme
écrit. Et quandil dit que le fel fe
coagule au chaud , il devroit encore
diftinguer la nature desfels , car il
yena qui s'y fondent , & qui se
coagulent aufroid,& enfin de quel
que nature qu'ils puiſſent efire , it
n'en est point qui nese fonde à une
violente chaleur. Voilà donc le principe
de ſel qui n'est plus principe,
94
MERCVRE
puis qu'ilchange de nature ,&que
toutes les qualitez attribuées ne
s'y rencontrent point.
11. Enfin nous voicy arrivez d
la derniere opinion quiseroit la
meilleure & la plus utile , si elle
n'estoit opposée au bon sens & à
l'experience. Ilveut qu'un Medecin
qui est appellé au commencement.
d'une maladie , ne connoiſſe ny
lanaturedu mal , ny le remede,
S'ilne guerilt e Malade dans huit
jours. Qui est le Medecin qui puiſſe
entrer dans unsentimentfi extraordinaire
? La fracture des os
le Polype, les Ecrouelles , les Pierres ,
les Fistules , les Cancers , les ma
ladies galantes , & an nombre infini
d'autres que nous connoissons
parfaitement , ne se peuvent que.
rir , & ne sont jamais queries.
Gelles qui font queriffables ne le
font que dans le double, & le triple
GALAN T.
91
du temps qu'il demande , & ce n'est
pas un petitſervice que l'on rend à
ceux qui s'en trouvent attaquez ,
que de les tirer d'affaire , quoy que
ceuefoitpasen huit jours.
Les Vers que vous allez lire
ſont de Mr Chays , Medecin
de la Faculté de Montpellier ,
demeurant à la Ville de Bourg
S. Andeol en Vivarez . Il ſe.
roit difficile de faire rien de
plus nouveau ſur une matiere
qu'on a ſi ſouvent miſe en
oeuvre,
96
MERCVRE
黎黎黎黎粉粉
LA JALOUSIE.
J
DES ENFANS .
DEIACОВ .
Acob aimoit Joseph d'une amour
paternelle ,
Son coeur brûloit pour luy de feux
plus éclatans
Que pour aucun deses enfans ,
Et jamais on ne vit uneflame plus
belle.
Il le prevenoit dans ſes voeux ,
Et le Vieillard ravy de ſes tendres
carreffes
Devant fes autres Fils, quoy qu'il
craindre d'eux ,
Luy murquoit quelquefois tendreſſes
fur
GALANT.
97
far tendresses .
Mais que ne peut la jalouse
fureur
Ceux- cy frappez , d'une mortelle
envie
Se liguerent entre eux , jurerent
dans leur coeur
De luy ravir la vie ,
Sans voir que cette perfidie
Perdroit, outre lofeph, leurPere&م
learhonneur.
Mais l'Eternel Iacob, leDieu de la
vangeance ,
reſolu de punir ces Freres inhumains;
Qui du fangfraternel vouloient
Souiller leurs mains ,
Pour mieux faire éclater les traits
desa puiſſance ,
permitquedans lasuiteon vit regnersureux.
Joseph qui les tira de l'état mal.
heureux
Aouft 1691. E
98 MERCVRE
Où les reduiſoit l'indigence.
Ainsi , Louis, cent Princesinhamains
Ont conceu contre toy de funestes
deffeins
Jaloux de voir qu'en tout le Ciel
tefavorife ,
Leur injuste fureur les porte à
tehair;
Maisnous ne craignons point leur
indigne entreprise ,
Tu les verras fe diffiper &fuir
Etje te prophetiſe ,
Qu'un grand Roy Dieu- donné, Fils
aisné de l'Eglise,...
Doit tout vaincre , &par tout
doitsefaire obeir.
27
L'article qui fuit vous furprendra.
Il eſt tout remply de
faits conftans & avoüez . Vous
y verrez que ceux qui s'étonque
les François bruſlent nent
THEQUE
DE
YON
GALANT.
THEQUE D
TON
felon les Loix de la Guerre ,"
cherchent à le faire d'une d '
neire honteuſe ,&qui n'eſt autoriſée
par aucunes Loix . Il y
auroit beaucoup à dire là deffus,
mais je me tais quand la
choſe parle.
Le 7. Avril dernier , ſur les
huit heures du ſoir , toute la
Ville de Strasbourg fut en alar
mes pour le feu qui pritau lieu
qui ſervoit de Magazin de fou.
rage pour la ſubſiſtance de la
Cavalerie. Comme ce lien en
eſtoit remply , le feu fut fi
prompt & fi violent , qu'on ne
douta preſque point que le
Magazin des farines pour les
vivres des Troupes , qui joi .
gnoit cet autre Magazin, n'en
duſt eſtre confumé , en forte
qu'on avoit peu d'eſperance de
le garantir de cet incendie.non
2
E 2
100 MERCVRE
plus que tout ce quartier;mais
les ſoins & la vigilance de Mr
le Marquis deChamilly, Lieutenant
General des Armées du
Roy , & Gouverneur de la
Ville , la prompte execution
qui ſuivit ſes ordres , & la bonne
Police qui est établie par les
Magiſtrats en de pareils accidens
, arreſteret le cours de
l'embraſement , qui ſe termina
à ceMagazin avec les fourages
, &une partie des Ecuries
delaCavalerie.C'eſt de la perte
deceMagazinde fourage que
les Gazettes Etrangeres ont
tant parlé. Le danger eſtant
paſſé , chacun raiſonna à ſa
fantaiſie ſur ce malheur, & l'on
n'en pûttrouver d'autre cauſe
quel'imprudence de quelqu'un
des Soldats que l'on avoit employez
pour entaſſer le foin
dans ce Magazin , & qui pou
GALANT. 10%
voit y avoir entré avec ſa pipe.
Cela fut cauſe que l'on ſe tins
fur ſes gardes , & qu'on examina
dans la ſuite ceux qu'on
employoit. Mais cette précaution
ne ſervitde rien , puis que
le 19. du mois paſſé , ſur le midy
, le feu ayant pris à un au
tre Magazin de fourage qu'on
avoit conſtruit de neuf fur
l'Esplanade entre la Ville &
la Citadelle , il fut impoſſible
d'y remedier. Ce Magazin fut
confumé comme l'autre , &
alors perſonne ne douta qu'on
n'yeuſt mis le feu à deſſein , ce
qui fit juger qu'ily avoit quel.
que Incendiaire dans la Villes
Ces préſomptions furent une
certitude,lors que le 25. du
même mois , ſur les huit heures,
on vitle feu s'allumer pour
une troiſième fois. Ce fut aux
!
E
3
102 MERCURE
Ecuries des Cazernes de la
Cavalerie , conſtruites dans le
Fauxbourg de la porte de Saverne
, qu'on avoit rempliesde
foin aprés le départ de la Cavalerie
pour l'Armée. Des Incen+
dies ſi frequens donnoient d'étranges
inquietudes à tout le
Corps de Ville , à l'EtatMajor,,
&à toute la Garnison,qui
avoient un juſte ſujetd'apprehender
, non ſeulement pour
les Magazins de fourages ,mais
encore pour l'Arcenal & les
Magazins de Poudre.Les ſoups
çons où l'on eſtoit , obligerent
Mr de Chamilly , & Mr de la
Grange Intendant , à convoquer
les Corps des Magistrats,
à onze heures du ſoirde cemê
me jour , pour avifer aux moyes
que l'on pourroit employer
afin de faire ceſſer ces brûle-
L
GALANT.
103
mens. Le réſultat du Conſeil
qu'on tint,fut que les portes de
la Ville demeureroient fermées
le jour ſuivant , juſqu'à ce que
chaque Bourgeois euſt donné
le nom des Etrangers qu'il logeoit
chez luy, ce qu'il leur fur
ordonné de faire fur peine de
la vie , le matin du 26. & en
meſmetemps il fut publié àfou
de trompe , que celuyqui découvriroit
les Auteurs de l'embrafement,
ou donneroit que!
que indice qui puſt aiderà le
découvrir , autoit une bonne
récompenſes. Cependant tous
ces expediens auroient été inutiles
& l'incendiaire auroit
continué impunément ſes embrafemenscommeil
avoit com.
mencé , fi le hazard n'en cuft
fait avoir de ſeures lumieres.II .
s'eſtoit répandu un bruit con-
E 4
104 MERCVRE
fus que l'on avoit vu un hom.
me prendre la fuite d'abord
que les premiers qui s'eſtoient
approchez du dernier feu
avoient paru .On peignoit cet
homme de petite taille , couvert
d'un Juſte au corps brun
& ayant un grand chapeau
Sur ce feul bruit , Mr. Bourbon
, Aide- Major de la Place
Officier plein de feu , actif ,
&toujours prompt dans tout
ce qui peut faire connoiſtre
ſon zele , s'appliqua fi heureuſement
toute la nuit à faire une
exacte perquiſition dans tous
les lieux où il crut qu'il poursoit
trouver des Etrangers ,
que parmy ceux dont il jugea
à propos de ſe ſaiſir , il
arreſta auſſi le coupable. Mais
ce n'eſtoit rien que de l'arreſter
, il falloit avoir dequoy
le convaincre , & c'eſt ce que
GALANT. 105
on
le bonheur qui l'accompagnoit
luy fit trouver. Ce malheureux
qui parloit refolument
ſe plaignit d'abord de ce
que l'on entroit dans ſachambre
à quatre heures du matin,
& de ce qu'apres avoir foüillé
dans toutes les poches
renverſoit encore tout fans
deſſus deſſous. It dit qu'une
telle violence eſtoit d'autane
plus injuſte, qu'il n'eſtoit poine
Etranger , qu'il avoit travaillé
long-temps dans la Ville , où
chacun le connoiſſoit , qu'il
eſtoit logé dans le poëfle-des
Tonneliers , lieu deſtiné à
ceux de cette Profeſſion dont:
il eſtoit , &qu'il devoit ſe marier
au plûtoſtavec la filled'un
Maiſtre Tonnelier , Comme.
il diſoit vray ſur cet article , &
qu'il ne ſe trouvoit riendans la
chambre , qui puſt donner licu
Ess
106 MERCVRE
de croire qui'l eſtoit coupable,
que la ſeule inspection de ſa
perſonne , ſon grand chapeau
&fon juſte- au - corps, qui s'ac
cordotent.cvec le bruit confus
qui couroit que l'Incendiaire
eſtoit fait de cette forte , on auroit
eu peine à tirer une affez
forte induction contre luy pour
le rendre reſponſable de l'embraſement,
ſi MrBourbon ne fe
fuſt enfin avisé de rompre un
banc fermé qui estoit à coſté
de ſon lit. On y trouvaun fufil
à faire feu avec de la poudre ,
de la méche ſouffrée , & toutes
les autres choses qui pouvoient
fortifier l'opinion qu'on
avoit qu'il fuſt le coupable
qu'on cherehoit. Il y avoit aufli
dans ce banc un Pafle port du
Comte de Caprara , l'un dess
Generaux de l'Armée de l'Em
1
GALANT.
107
pereur , en datte du 31. May
dernier , & un autre Paffe port
du Prince Loüis de Vvirtemberg
du 21. de Juillet , portant
que le perſonnage eſtoit fon
Domestique , & qu'il luy avoit
donné comm ſſion d'acheter du
vin &des vivres. Onle mena
auſſi toſt à Mr le Marquis de
Chamilly . Il fut interrogé en
ſa preſence , & en celle de Mr
I'lntendant , par Mr Obrecht ,
Preſtre Royal , & enſuite par
le Prevoſt de la Maréchauffée..
Ce malheureux nia fort longtemps
, maisenfinayant varié
dans ſes réponſes il fut contraint
d'avouer le fait. Il dict
qu'il avoit eſté ſollicité à met
we le feu au premier Magazin,,
par le Sr Sacken , autrefois Ca
pitaine au Regiment d'Infanserie
d'Alface , qui faisoit cy
E6
108 MERCVRE
devantdes recruës en Alfaco
pour ce Regiment , & qui a
deſerré du ſervice de France ,
aprés avoir emporté l'argent
du Roy , & celuy de pluſieurs
Particuliers , & par le nommé
Stedel , Marchand de Straf
bourg , qui ayant fait banqueroute
s'eſtoit retité dans les..
terres ennemis ; que le dernier
luy avoit dit qu'il auroit regret
toute ſa vie de n'avoir pas fait
un beau coup , qui estoit de
tuer Mr le Marquis deChamilly
, ce qu'il auroit pû faire
facilement , l'ayant vû paſſer
un jour accompagné d'un ſeul
Laquais , devant ſon jardin ,
ſitué entre Strasbourg & un
petit Village appellé Ruperchau
, qui n'en eſt qu'à demilicuë
; que luy Stedel l'avoit
couché en jouë, mais qu'eſtane
GALANT.
109
preſt à tirer il avoit manqué de
réſolution ; que Sacken & Stedel
luy avoient conjointement
donné toutes les inſtructions
dont il avoit beſoin pour mettre
le feu au premier Magazin;
que Mr de Caprara luy avoit
promis de le bien récompenfer
s'il venoit à bout de ſon deſſein
quefur ces inſtructions & cette
promeſſe il eſtoit venu à Strafbourg
, où il eſtoit connu
poury avoir travaillé , qu'il
avoit executé cette premiere
action heureuſement , & que
s'en eſtant retourné , Mr de
Caprara , aprés luy avoir fait
compter cinq cens Florins ,
luy avoit donné le Paſſeport
trouvé dans le banc ; que le
Sr de Sacken luy avoit auſſi
donné fix Loüis d'or pour avoir
fibién réuſſi , & qu'on l'avois
110 MERCVRE
renvoyé pour continuer les
brûlemens; qu'eſtant revenu à
Strasbourg il avoit mis le feu
au ſecond Magazin , & que
s'en eſtant retourné, le St Ecler,
Commiſſaire des guerres des
Troupes de l'Empereur à Reins
feld , luy avoit fait donner
15. écus , & le Prince Loüis
dê Vvirtemberg vingt Florins,
ledernier Paſſeport , & des matieres
propres à s'enflamer
promptement , afin que l'in .
cendie fuſt inevitable , avec
promeſſe que fur ſes ſimples
billets , tout ce qu'il demanderoit
luyſeroitpavé,pourvu qu'il
continuaſt . Aprés qu'il cut
confeffé toutes ces chofes , on
luy fit ſouffrir la queſtion ordi
naire & extraordinaire pour
l'obliger à découvrir ſes complices.
Il declara qu'il ſçavois
6 GALANT..
que d'autres Incendiaires ef
toient entrez en Alface pour
faire la meſme choſe que luy à
Landau & a Philſbourg, mais
qu'il ne les connoiffoit point.
Enfutte il furcondamne à eſtre.
rompu vif, & à expiter fur la
rouë , aprés quoy ſes membres
feroient coupez par quartiers
&jettez au fou , & fa teſte miſe
au boutd'une perche ſur l'Efplanade,
verslelieu oùil avoit
brûlé les deux premiers Magazins
, ce qui fut executé le 30.
dumois paffé . On ne peut don
ner affez de loüãges au zele de
Mr Bourbon , qui par ſes ſoins ,
fon exactitude ,& fa vigilance,
a delivré , non ſeulement les
Magazins & les Arcenaux du
Roy des embraſemens ontils
oftoientmenacez , mais encore
toute la Ville de Strasbourg ,
}
F12
MERCVRE
& la Province d'Alface , puis
qu'il y a tout lieu d'eſperer
que cette execution étonnera
ceux que les pratiques de nos
Ennemis peuvent avoir engagez
à des entrepriſes ſi déteſtables.
En vous parlant de Strasbourg
, je vous diray que cette
Ville làdoit beaucop au Roy ,
puis que Sa Majesté ya rétably
la veritable Religion. Comme
ce n'eſt pas une des moindres
actions de la vie dece Monarque
, & qu'on fait frapper des
Medailles ſurles plus confiderables
, voicy le revers de celle
qui a eſté frappée ſur ce ſujer.
LeCabinet des beaux Arts ,
ou récueil d'Eſtampes gravées .
d'aprés les Tableaux d'un plafond
, où les beaux Arts fonc
repreſentez avec l'explication
GALANT.
113
de ces meſmes Tableaux , ſe
vend à Paris chez G.Edelinck,
ruë Saint lacques , au Seraphin
. L'Auteur de ce Livre eſt
Mr Perrault , de l'Academie
Françoiſe . Il y a quelques années
qu'il fit peindre dans le
Plafond de ſon Cabinet ceux
d'entre les beaux Arts qu'il
aime le plus , par les meilleurs
peintres de l'Academie Royale
de Peinture & de Sculpture.
Ces Tableaux qui furent
peints à l'envy l'un de l'autre ,
s'étant trouvez tres- beaux , il
a vouluavoir la ſatisfaction de
les voirgravez par les meileurs
Graveurs de Paris . Il y a onze
Tableaux, dont huit reprefen.
tent les huitArts qui ſuivent ;
l'Eloquence , la Poësie , la Muſique
, l'Architecture , la Peinture
,la Sculpture , l'Optique ,
114
MERCVRE
&laMechanique ; les trois autres
Tableaux reprefententles
Divinitez qui preſident à ces
Arts , ſçavoir Apollon au milieu
des Muſes , Mercure &
Minerve. Ces onze Tableaux
ont eſté peints par onze Peintres
,& gravez par onze Gra
veurs tous differens . Chaque
Eſtampe eſt accompagnée d'us
ne explication en Vers & en
Proſe, qui rend raiſonde cequi
eſt dans le Tableau , & con.
tient ce qu'il y a de plus curieux
& de plus particulier
dans le bel Art qu'il reprefente.
LesEstampes font precedées
d'un frontiſpice qui reprefente
au naturel le Cabinet où les
Tableaux ont eſté peints , &
d'une autre planche où l'on
voit le deſſein general du plafond
,& tous les Tableaux en
GALANT.
115
1
petit , avec les ornemens qui
les accompagnent . Il ſeroitdifficile
de pouvoir exprimer la
fatisfaction que donne ce Livre.
Les yeux & l'eſprit ytrouvent
également ce qui les peut
contenter ,& fi l'on eſt charmé
de la beauté des Tailles- douces
,la lecture des explications
cauſe un extrême plaifir . On
ne doit pas en eſtre étonné ,
puis que perſonne n'eſtoit plus
capable de faire un ouvrage de
cette nature que Mr Perrault ,
non ſeulement parce qu'il a
infiniment de l'eſprit , mais
encore à cauſe du bon goût
qui luy eſt naturel pour les
beaux Arts , & qu'il a fortifié
par l'habitude qu'un employ
de pluſieurs années luy adonnée
avec tous les plus habiles
Ouvriers de l'Univers , pour le
116 MERCVRE
ſervice du premier Monarque
du monde, & qui ſe connoiſt le
mieux aux belles choſes .
L'Alface eſt une Province
frontiere , où les Armées font
ordinairement de frequentes
marches & de longs ſejours.
C'eſt ce qui a donné occaſion
au Sr de Fer , Geographe de
Monſeigneur le Dauphin , de
donner au Public une Carte
tres - particuliere de cette belle
Province. On y a marqué la
marche & les campemens de
l'Armée de Monſeigneur,à qui
cet Ouvrage eſt dédié . Cette
Carte eſt de deux grandes
feüilles , & peut ſe ſeparer en
deux ou en quatre . Ilya une
Table par laquelle on peut
trouver en un moment toutes
les poſitions qui y font , & le
tout eſt enfermé d'une bordure
1
1
1
GALANT.
117
2
compoſée des Plans des Places
fortes ſituées dans l'Alface , le
Suntgavv ,le Briſgavv , & aux
environs . Le Sr de Fer qui con .
tinuë à travailler à ſon Introduction
à la Fortification , en
donnera la ſeconde partie an
commencement de Septembre,
avec une tres belle Carte particuliere
des Pays- bas . Tous
cesOuvrages ſe vendent à Paris
, chez l'Auteur , dans l'iſſe
du Palais, furleQuay de l'Horloge
, à la Sphere Royale. Le
Public luy eft obligé des gran-
• des dépenſes , & des exactes
recherches qu'il fait pour ſa fatisfaction
.
Il paroiſt un Livre nouveau
que debitele Sr Guerout , ſous
le titre de , L'Education de Mr
de Moncade. La lecture en eſt
tres agreable par elle- moſme ,
118 MERCVRE
& il feroit à ſouhaiter que les
gensde qualité, qui ne doivent
avoir en veuë que d'élever
leurs enfans d'une maniere qui
réponde à leur naiſſance , ſe
ſerviſſent de ce Livre , comme
d'un modelle , dans l'un des
foins les plus importans qu'ils
puſſent avoir.Mr de Moncade
en racontant commentil a paſſé
ſes plus jeunes années chez un
de fes Oncles , rapporte que
loin de pouvoir dire quia eſté
fon Maiſtre dans les belles Lettres
, il luy ſemble qu'il a appris
de tout le monde , ſans
avoir eſté pourtant enſeigné de
perſonne, qu'aucun ne prenoit
auprés de luy la qualité de
Maître ny de Precepteur , &
que toutefois chacun luy apprenoit
quelque choſe , mais
de telle maniere , qu'il ne s'en
GALANT .
ل ا و
1
}
appercevoit pas luy- meſme ,
qu'on ne luy ajamais dit, com .
me aux autres Enfans , qu'il
falloit qu'il apriſt les Langues ,
lesMathematiques, la Philoſophie
; mais qu'on le portoit à
ces Sciences comme parrencontre
& en ſe joüant. CetOncle
qui vouloit reparer dans
l'éducation de ce Neveu les
fautes qu'il connoiffoit qu'on
avoit commiſes dans la fienne ,
tenou pour maxime qu'on ne
peut trop veiller fur le paſſage
que les Enfans font d'un âge à
un autre , parce que quand ils
commencent à ſe fentir, & que
s'évertuant , ils veulent ſe débaraffer
de leurs puerilitez , ils
ſe déconcertent , & ſe défont ,
pour ainſi dire , comme un
grain ſe corrompt lors qu'il ſe
diſpoſe à germer , à moins
1'20
MERCVRE
qu'une main adroite ne s'employe
à les conduire . Ainſi il
s'affocia deux hommes d'un
grand merite , pour luy aider à
bien élever Mr de Moncade ,
ſouhaitant ſur tout qu'ils luy
donnaſſent du gouft pour toutes
les bonnes chofes , non pas
un gouſt fade qui ne cherche
que des douceurs , nyauſſi un
gouſt amer , qui ne veut que
le ſel tout pur , mais un gouft
rafiné qui ſe plaiſt dans lejuſte
mélangede ces deux contraires
,& leur declarant que fon
intention eſtoit qu'on euſt plus
de ſoin de lay former le jugement
, que de luy charger la
memoire , parce qu'en effet la
Science n'eſt qu'une ſottiſe , ſi
elle n'eſt guidée par le bon
ſens. Lors qu'il luy eut choiſi
ces deux hommes auſquels il
recommanda
GALANT. 121
recommanda de le conduire
par des ſentimens d'honneur
&de raiſon , & de ne luy pas
donner du dégouſt de la vertu
en l'y pouffant avec trop d'empreſſement
& de violence ,
voicy les paroles que l'Auteur
met en la bouche de cet Oncle
, ſur cet endroit de Quintilien
, où l'on demande s'il
eſt plus utile d'inſtruire les
enfans dans la maiſon , que de
les envoyer aux Ecoles . l'ay
long- temps pensé,mon cher Neveu,
à ce que jeferois de vous ,& jay
connu que s'ily a quelque avantage
à étudier dans les Colleges à cauſe
de l'émulation , ily a aussi bien
durisque , parce que la compagnie
y est rarement bonne, & qu'on ne
S'y polit pas l'esprit. Quandles Enfansfortent
des Vniverſiicz, on les
prendroit la pluſpartpour des La-
Aoust 1691 . F
122 MERCVRE
pons, ou pour des gens tombez des
nuës , qui ne sçaventoù donner de
lateste. Leur langage est barbare ,
& leurs manieres font impertinentes.
Ils ne sçavent vivre ny
avec le monde
, ny avec euxmeſmes.
Enfin ce font de petits
hommes qu'ilfaut entierement refondre
: & qu'on ne refond pas
aisément. D'ailleurs , ily a un extrême
danger à élever des Enfans
dans les Familles. Les Précepteurs
babiles font rares ,&lesſages ne se
trouvent presque point . Lemauvais
exemple des Serviteurs , & bien
Souvent celuy des Parens , joint
àla molleſſe de l'éducation domes
ſtique , jettent les Enfans dans
le mal avant qu'ils le connoiffent,
Pour moy, qui nemefens avoirpour
vous qu'un amour raisonnable ,&
qui fuis fecouru de deux hommes
d'un merite éprouvé , j'ay cru qu'il
GALAN T. 123
feroit plusfeur de vous élever dans
ma Maison , que de vous livrer à
des Maistres , qui n'agissant que
par une charité foible ou par un
vil interest , ne sçauroient rien
produire que de tres - imparfait.
Le peu que je vous rapporte
de ce Livre ſuffit pour
vous faire voir de quelle
utilité il peut eſtre à ceux
particulierement qui devant
élever leurs Enfans pour l'Etat
&pour le ſervice du Roy , ne
peuvent trop s'apliquer à leur
inſpirer des ſentimens dignes
de ces grandes veuës Cet Ouvrage
eſt accompagné de plus
de trois cens Maximes & Relexions
dont la pluſpart
regardent la Morale & la Politique
, & quelques unes , les
Sciences & les Arts . Elles ont
toutes leur agrément , & je ſuis
,
F 2
124
MERCURE
fort feur que vous les lirez
avec plaifir .
,
Mrl'Abbé de S.Real , connu
par quantité d'excellens Ouvrages
, nous a donné depuis
quelque temps la Traduction
des Lettres de Ciceron à Atticus
avec des Notes qu'on
eſtime fort, Il y en a une quia
trouvé un Cenſeur ; elle eſt
conceuë en ces termes favouë,
dit Mr de S. Real , queje ne puis
comprendre ce que dit Tacite , qu'on
défendit une fois entierement les
usures , n'y ayant rien de plus neceffaire
, &par conſequent de plus
innocenten tous ſens dans un Etat ,
pourveu qu'elles ayent des bornes
equitables , reglées par autorité
publique ,Sans exception'ny distin
Stion quelle que ce puisse estre.
Ceux qui vondront voir la
Lettre qui a eſté écrite fur cette
GALANT.
125
Note , la trouveront chez la
Veuve Bouillerot , au bout
du Pont S. Michel , Elle eft
adreſſée à M. Amelot de la
Houſſaye.
En vous parlant la derniere
fois du fameux Livre d'Archirecture
de M. d'Aviller, pour
lequel M. l'Anglois à fait une
dépenſe qui fait connoiſtre
qu'il n'épargne rien pour les
beaux Ouvrages , j'oubliay de
vous dire qu'il demeure ruë S.
Jacques, à la Victoire . J'ay ſceu
que depuis ce que je vous en
ay dit dans ma derniere Lettre,
beaucoup de gens ſe fontinformez
où ils pourroient trouver
cet excellent Cours d'Architec
ture , & c'eſt ce qui m'oblige
aujourd'huy à vous donner cet
avis .La belle Lettrequeje vous
ay envoyée , & qui en parle
F 3
126 MERCVRE
d'unemaniere ſi avantageuſe ,
est de Mr l'Abbé Chaſteau . le
vous ay déja marqué qu'elle eſt
adreſſée à Mr l'Abbé de la
Chambre. Perſonne n'ignore
qu'il a un gouſt merveilleux
pour les beaux Arts , & une
eſtime particuliere pour ceux
qui ontl'avantage d'y exceller.
C'eſt ce qui l'a engagé à compoſerla
Vie du Cavalier Bernin.
Ainsi l'on doit eſtre perſua
lé qu'en écrivant à Mrl'Abbé
de la Chambre , on ne ſe
hazarderoit pas à faire l'éloge
d'un Livre qui regarde les
Arts , s'il ne meritoit l'approbation
de tous ceux qui s'y con
noiffent .
Il y a des Familles de benediction
, où la Grace opere
plus abondamment que dans
les autres . Telle eſt celle d'une
GALANT. 127
jeune Demoiſelle qui a fait
profeſſion chez les Carmelites
au commencementde ce mois.
Son Pere qui s'étoit fait Preſtre
aprés la mort de la Femme.
monta en Chaire , & fit l'exhor .
tation qu'on a coutume de faire
dans les Ceremonies de cette
nature . Il ſe cõpara à Abraham
qui facrifioit ſon Fils , &
aprés avoir dit là- deſſus plufieurs
choſes fort touchantes ,
il demanda à ſa Fille que pour
recompenſe de luy avoir ſervy
de Pere & de Mere tant qu'elle
avoit demeuré au monde,
elle priaſt inceſſamment le Seigneur
qu'il luy fiſt la grace de
ne deshonorer jamais par fa
méchante conduite l'état de
Preſtriſe qu'il avoit choiſi , la
conjurant de ne le point épargner
dans ſes reproches , s'il
F4
12-8 MERCVRE
1
faiſoit quelque action qui fuſt
indigne de fon caractere . U luy
recommanda auſſi , puis qu'elle
étoit affez heureuſe pour avoir
quatre Freres Religieux & un
autre Preſtre , de les offrir ſouvent
au Seigneur , afin qu'ils
perfeveraſſent à travailler pour
le Ciel. Vous pouvez juger
combien ce diſcours futpathetique.
Il fit répandre quantité
de larmes , & ce fut avec une
grande édification de l'Aſemblée
, quel'on vit cet heureux
Pere celebrerenſuite la grande
Meffe. Il avoit pour Diacre
fon Fils aîné qui eſt Preſtre,
Vn autre Fils , Carme, ſervoit
d'Acolythe , & il y en avoit
un quatrième preſent , qui eſt
Jacobin , avec un autre Confeiller
au Parlement . Un fixieme
Fils qui eſt Recolet , ne
GALANT.
129
s'y put trouver. Une jeune
Scoeur , qui n'a pas encore
quinze ans , aſſiſta à cette ceremonie
, dont tout le monde:
fortit fort touché .
Le Mercredy 15. de ce mois.
Feſte de l'Affomption , le Roy
donna à Mr l'Abbé de Clermont
Tonnerre , l'Abbaye de
Tenaillles , Ordre de Premonſtré
dans le Diocese de Laon .
La Maiſon de Clermonteſtune™
desplus illuſtres du Royaume ,
& fi generalement connue ,
queje ne pourrois vous en rien
direque vous ne ſceuffiez. Mr
l'Abbé de Tonnerre eſt Frere:
deMr le Comte de Tonnerre ..
Premier Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur
Neveu de Mr l'Eveſque de
Noyon .
&
L'Abbaye de Saint Sauveurs
FS
130 MERCVRE
d'André, Dioceſe de Boulogne,
Ordre de S. Benoist , fut donnée
le meſmejourà Mrl'Abbé
Tiberge. Un choix ſi judicieux
nous fait connoiſtre que les .
perſonnes d'une veritable pieté
ne peuvent jamais manquerde
recompenfe. On ne ſçauroit
avoir plus de zele pour la conduite&
pour le ſalut des Ames ,,
que cetAbbé en a toûjours fait
paroiſtre. Il a de fort grands
talens pour la Predication , &
quoy qu'il s'attache plus à tou--
cher le coeur qu'à flatter l'oreil- .
le, il eſt facile de voir quel'Eloquence
luy eſt naturelle . Savertu
s'eſt fait toûjours admis
rerdansle Seminaire des Mif
ſions Etrangeres , & dans quelque
poſte qu'on le mette , on
ne peut douter qu'il n'y rem
pliffe parfaitement ſes des
voirsa.
GALANT .
131
Madame de Clermont Galerande
fut auſſi pourveuë ce
meſme jour de l'Abbaye de S.
Remy des Landes. Le choix
qu'ilapleu au Roy d'en faire ,
fuffit pour perfuader de fon
merite . Cette Abbaye eſt de
l'Ordre de S. Benoist , Dioceſe
deChartres .
Les choſes dont le fuccés
paroiſt le plus aſſeuré , fone
quelquefois celles qui tournent
tout autrement qu'on n'avoit
pû le prévoir. Une jeune
Demoiselle , en qui mille belles
qualitez reparoientavec beau
coup d'avantage l'injustice
dont elle avoit àſe plaindre dus
Coſté de la fortune , vivoit ſousla
dépendance d'une Mere, quit
n'avoit pas moins d'ambition
que d'attachement à fes ſentimens
. Elle n'eſtoit pas ſi peas
66
132 MER CVRE
éclairée qu'elle ne connuft le
merite de fa Fille, qui eſtant
douce , d'une humeur égale ,
&fort complaiſante , ſembloit
ne pouvoir manquer de faire
force conqueſtes . Outre des
traits affez reguliers qui la fai--
foient mettre au rangdes belles.
Perſonnes , elle charmoit par ſa
voix , & la Muſique qu'elle:
avoit appriſe dés ſes plus jeunes
années , luy avoit eſté d'un
grand ſecours pour chanter
auſſi proprementqu'elle faiſoit
Sa Mere tâchoit de la mettre
dans le monde , pour qui cette
aimable Fille n'avoit pas un
fort panchant. C'eſtoit par cetraiſon
qu'elle avoit toûjours,
l'eſprit ſi tranquille , puis que
fon peu de bien l'empêchoit de
recontrer unParty avantageux.
elleſentoitqu'elle n'auroit nul--
GALANT.
133
-
le peine à paſſer ſa vie dansun
Convent. Avectous les avantages
que je viens de dire , il
n'eſt pas fort ſurprenant fi elle
ſe fit des Adorateurs. On s'empreſſa
à la voir , & beaucoup
parurent avoir deſſein de luy
plaire; mais comme il leur fut
aifé de connoiſtre qu'il falloit
parler de mariage , ſi l'on
vouloit réuſſir à toucher fon
coeur , ils ſe contenterent de
luydireen general de cesfortes
de douceurs que l'on a coutume
de prodiguer aux jolies
Perſonnes , & qui dans le fond
neſignifient rien . Enfin un Cavalier
qui avoit paru d'abordle
moins empreſſé à luy donner
des loüanges , parce qu'ilavoic
voulu étudier ſon efprit& fon
humeur avant que de luy rien
dire , en devint fi amoureux ,
134
MERCVRE
qu'ilne fut plus maistre de ſa
paffion. Il en parla àla Belle,qui
luy ayant témoignéavectoutes
les marques d'eſtime que la
bienfeanceluy pouvoit permettre
, qu'il ne devroit craindre
nul obstacle de fa part , pourvu
qu'il obtinſt l'aveu de ſa
Mere , le rendit par cette réponſe
le plus fatisfait de tous
les hommes. Il ne douta
point qu'eſtant fort bien fait,
& ayant cing à fix mille
livres de rente , la Mere ne
l'écoutaſt favorablement , &
en effet , ſa propoſition fut
receuë avec plaiſir. Il fut permis
à la Belle de répondre à
fon amour , & les progrés qu'il
fit dans fon coeur en peu de
temps,luy donnerent unejoye
qui ne fe peut exprimer. Tous
les autres Soupirans furens
GALANT.
135
Bannis , & l'on commença à
fonger aux préparatifs du mar
riage. Les raviſſemens du Cavalier
s'augmentoient de jour
en jour , & on peut dire qu'on
ne vit jamais une paffion fi
vive. Il fit dreſſer des articles
fort à l'avantage de cette belle
Perſonne , & on n'attendoit
pour les ſigner que l'arrivée de
quelques Parens qui demeuroient
en Province, lors que la
Mere & laFille s'eſtant trouvées
chez une Dame dont les
manieres attiroient beaucoup
de monde , on les felicita l'une
& l'autre fur le mariage qu'on
ſçavoit eſtre arreſté . Le merite
de la Fille fit dire toutd'une
voix que ſon Amantdevoit s'es
ſftimer heureux , & comme
aprés l'avoir louée ſur les agrémens
de fa perſonne , quel
136 MERCURE
qu'un vanta le talent qu'elle
avoit de bien chanter, la Dame
de la maiſon la pria de ne luy
pas refuſer la fatisfaction d'entendre
d'elle un Air nouveau
qui avoit beaucoup de cours.
Elle le chanta d'une maniere à
charmer , & qui paſſa tout ce
qu'on s'eſtoit promis de ſa
voix. Vn Marquis , hardy parleur
, en parut eſtre enchanté ,
& s'eſtant approché d'elle , il
l'aſſura qu'elle luy avoit tellement
gagné le coeur , qu'il ne
pourroit s'empêcher del'aimer
toute ſa vie . Vne belle voix
eſtoit ſon foible , & il n'en
avoit jamais entendu aucune
qui l'euſt touché davantage.
La Belle répondit avec eſprità
tout ce qu'il luy dit de flateur ,
&ne l'imputant qu'àl'habitude
qu'il pouvoit avoir de dire
GALAN T.
137
des galanteries à toutes les
Femmes , elle fut ſurpriſe au
dernier point d'en recevoir
une viſite dés le lendemain . Il
dit en s'adreſſant d'abord à la
Mere, qu'on alloit chercher les
raretez juſqu'au bout du monde
, & qu'elle ne devoit pas
trouver étrange ſi le hazard luy
ayant fait voir ce qu'il croyoit
qu'il y euſt de plus parfait pour
le vray merite , il fiſt paroiſtre
tant d'empreſſement à le venir
admirer . La réponſe qu'on luy
fit fur ce debut ayant donné
lieu pendant une demi heure
à une converſation generale ,
il la rendit bien toſt particuliere
en diſant à l'une & à l'autre
, que quoy qu'il ſceuſt l'engagement
où elles eſtoient , les
choſes n'eſtoient pas encore fi
avancées, qu'il ne duſt préferer
138 MERCVRE
ſon intereſt à celuy d'un Inconnu,&
qu'ainfiil venoitleur
declarer que fi un rang affez
confiderable qu'il pouvoitdonner
à la Belle en l'époufant; &
vingt mille livresde rente ſans
aucunes dettes , avoient dequoy
les toucher, il'eſtoit preſt
àleur faire voir parde prompts
effets que fa paffion eſtoin fincere
; qu'il avoit vecu juſqu'à
trente ans fans fonger au mariage
, mais qu'il fentoit bien
que ſon heure estoit venue,
puis qu'aprés ce qu'il avoit
veu , & ce qu'on luy avoit dit
des aimables qualitez de cette
belle perſonne , il eſtott perfuadé
qu'il ne pouvoit vivre
qu'heureux avec elle . La Belle
rougit de ſa declaration , &
laiſſa parler ſa Mere , qui ne
pouvant croire ce qu'elle ve
GALANT.
139
noit d'entendre , dit au Marquis
, qu'elle voyoit bien qu'il
vouloit ſe divertir ; que quand
ſa fille n'auroit point d'engagement
, elle avoit ſi peu de
bien , qu'il eſtoit hors d'apparence
qu'un homme qui
pouvoit prétendre à de grands
Partis , y renonçaſt en faveur
d'un peu de douceur d'eſprit
& de quelques agrémens , qui
perdroient toute leur grace
quand il y ſeroit accoutumés
qu'elle ne luy diſoit point
qu'ayant promis ſa Fille à un
Cavalier qui en uſoit pour elle
de la maniere du monde la plus
genercuſe , illuy ſerotimpoffible
de retirer ſa parole , puis
qu'elle n'eſtoit pas fi peu éclairée
, qu'elle ne ſceuſt bien que
luy parlant ſans aucun deſſein,
il ne la mettroitdans nul em
140
MERCVRE
barras de ce coſté-là. Il parlerent
encore l'ongtemps ſur le
même ton , le Marquis tratant
la choſe d'un grand ferieux , &
la Mere ſe défandant toujours
de rien croire. Il s'adreſſa enfin
à la Fille , qui , avoit gardé
un entier filence , & qui pour
toute réponſe luy dit qu'elle
croyoit qu'on ne devoit luy
en faire aucune . Comme il les
vittoutes deux dans cette incredulité
, il leur dit qu'elles
pouvoient ſoupçonner ſa paffion
, parce qu'elle eſtoit bien
prompte , & qu'il vouloit bien
leur avouer que s'il n'avoitpas
appris que le mariage qu'elles
avoient arreſté , eſtoit ſur le
point de ſe conclurre, ſes ſoins
auroient precedé la declaration
qu'il leur avoit faite ; que cependant
il ne croyoit pas paffer
f
GALANT.
141
dans le monde pour un homme
ſujet à former des reſolutions
mal digerees ; qu'il s'eſtoit
stoûjours montré affez ferme
dans toutes les choses qu'il
avoit creu devoir entreprendre
, & que pour leur mettre
l'eſpriten repos, il ne les viendroit
revoir de deux jours, pendant
lesquels elles pourroient
s'informer , & de fon bien & de
ſa perſonne , & qu'après ce
temps il leur apporteroit des
articles tout dreſſez , qu'il ne
tiendroit qu'à elles qu'il ne
ſignaſt avant quede les quitter.
Il fortit après leur avoir donné
cette afferance , & la Mere qui
eſtoit ambiticuſe commençant
à croire qu'il avoit parlé fincerement,
ſe laiſſa flatter du plaifir
de voir ſa Fille Marquife.
La Belle ne fut pas fi credule
142
MERCVRE
que ſa Mere , & dit que quand
il ſeroit en leur pouvoir de
faire ce mariage , elle trouveroit
une fort grande injustice
à reconnoiſtre avec tant d'ingratitude
les manieres definte
reſſées que le Cavalier avoit
euës pour elle. Elles raiſonnoient
encore là- deſſus lors
qu'il arriva . On luy dit lachoſe,
& il en fut effrayé . Il connoiſſoit
le Marquis pour un
homme entierdans ſes deſſeins,
& qui n'avoit plus ce feu emporté
de la jeuneſſe. Il ſçavoit
qu'il eſtoit riche , & que ſa
naiſſance le diſtinguoit . Commeil
ne pouvoitcombattre aucun
de ces avantages,il ſe contenta
de dire qu'il eſtoit bien
malheureux de rencontrer un
Rival de cette force , dans un
temps où il avoit tout ſujet de
GALANT.
143
croire que perſone ne devoit ſe
declarer; que cependant n'ayat
jamais eu en veuë que lebonheur,&
les intereſts deſa Maiſtreſſe
, il feroit fâché de luy
faire perdre une grande fortune,
file Marquis perſiſtoit dans
ſa premiere reſolution. Il accompagna
cela de termes ſi
tendres , & la douleur peinte
ſi vivement dansſes yeux , que
la Belle ne voulant pas luy ceder
en beauté d'ame , luy dit
qu'elle regardoit comme une
injure , le conſentement qu'il
oſoit donner aux pretentions
de ſon Rival , & que pour luy
faire voir que le titre de Marquiſe
eſtoit incapable de l'ébloüir
, quoy qu'elle n'ajoûtaſt
aucune foy aux aſſurances
qu'on venoit de luy donner ,
elle eſtoit preſte de l'épouser
144
MERCURE
dès le lendemain. Là- deſſus
cile conjura ſa Mere d'y voutoir
bien conſentir ; mais cette
Mere qui estoit bien aiſe de
voir à quoy l'amour du Marquis
aboutiroit , feignit de
n'en rien attendre ,&plaifanta
de cette avanture. Le Cavalier
ne put ſe mettre au deſſus du
preſſentiment qu'il avoit de
fon malheur , & la fermeté
queluy montra fa Maiſtreſſe ne
fut point capable de le raſſurer,
La Mere s'eſtantinformée fous
main du Marquis en apprit des
choſes qui luy laifferent beaucoup
d'efperance. Ses fonhaits
furent remplis par la ſeconde
viſite qu'il leur rendit quand
les deux jours furent expirez.
Il revint plus amoureux qu'il
n'avoit paru la premiere fois ,
& apporta , comme il l'avoir
dit,
GALANT.
145
dir , des articles tout dreſſez ,
mais fi fort à l'avantage de la
charmante perſonne dont il
ſouhaitoit de gagner le coeur ,
quetoute autre qu'elle n'euſt
point balancé à les Ggner. Il
fut pourtant impoſſible de l'y
contraindre , & les plus tendres
proteſtations du Marquis
demeurerent ſans effet. La
mere eut beau luy donner la
plume , & ſe ſervir du pouvoir
que la nature luy donnoit fur
elle. Elle répondit avec beaucoup
de courage qu'elle croiroit
meriter que Dicu la puniſt
éternellement ſi elle faisoit une
fi grande injustice , & qu'aprés
ce qu'elle devoit au Cavalier ,
il ne luy pouvoit eſtre permis
deluymanquerde parole. Plus
le Marquis découvroit en elle
des ſentimens dignes d'une
Aoust 1691 . G
146
MERCVRE
ame élevée , plus fon amour
augmentoit , & ne pouvant
eftre affez genereux pour en
triompher en faveur d'une
1 paſſion auſſi legitime que celle
qui luy eſtoit oppoſée , il fut
obligé de ſe contenter de la
(
promeffe queluy fit la Mere de
ménager ſi bien l'eſprit de ſa
1
1
Fille, que le temps & ſes conſeils
la feroient changerde ſentimens.
La premiere choſe
qu'elle fit fut de prendre le Cavalier
par ſon foible , en luy
faiſant voir qu'il n'aimeroit
que luy- mefme fi abuſant de
ce que ſa Fille croyoit luy devoir
de reconnoiffance , il la
reduiſoit à renoncer à des avatages
qui ſe rencontroient fi
rarement. La Belleluy tint un
langage tout contraire , & la
conteſtation ſe fit inſenſible-
:
GALANT.
147
ment avec tant de vehemence,
que la Mere reſoluë de l'emporter
en une choſe où il y
alloit d'un intereſt ſi confiderable
, dit à ſa Fille qu'elle fiſt
la genereuſe tant qu'elle voudroit
, mais qu'elle pouvoit
compter qu'elle neluy laiſſeroit
plus recevoir aucune viſite du
Cavalier. Cela fut ſuivy de
quelques menaces , qui firent
apprehender à ce mal. heureux
Amant qu'il ne fuſt cauſe que
cette belle perſonne fuſt mal
traitée. Ainſi il tacha de cortraindre
ſa douleur pour ne ſe
pas échaper à faire des plainte's
qui auroient encore aigry la
Mere,& il fortit en diſant qu'il
alloit à la campagne, afin qu'on
ne le puſt accuſer de chercher
à mettre obſtacle àune affaire
qui leur eſtoit ſi avantageufe.
G
148 MERCVRE
せ
LaMere eut ſoin d'obſerver ſa
Fille, afin qu'elle ne puſt, ny le
voir , ny en avoir des nouvelles.
Le Marquis eſtoit receu
tous les jours , & il pardonnoit
à cette belle perſonne ſa triſteſſe
& fon filence , comprenant
bien qu'une paſſion à étoufer ,
eſt un ouvrage penible. Il n'y
avoit que huit jours que tout
ce grand different eſtoit arrivé,
lors que la Mere & la Fille pafſant
pardevant la maiſon du
Cavalier, virent des marques
dedeüil àla porte , avec une
eſpece de Chapelle ardente au
fond de laCour. Jugez quel fut
leur étonnement lors qu'elles
apprirent que c'eſtoit pour luy
que ſe faiſoit cette lugubreCeremonie.
Il eſtoit vifdans ſes
paſſions ,& la contrainte qu'il
s'eſtoit faite pour n'éclater pas
GALANT.
149
-
*
2
fur un procedé auſſi injuſte
que celuy de la Mere de la
Belle , luy ayant ſerré le coeur,
il fut furpris dés le jour ſuivant
d'une Fiévre violente qui le
mit preſque auſſi- toſt dans la
refverie . Pendant ſes accés il
cut toujours à la bouche le
nom de la Belle , ſe loüant autant
de ſa conduite qu'il deteſtoit
celle de la Mere , & mourut
le ſeptième jour , ſans que
コſes égaremens cuffent ceſſe.La
Belle fit un grand cry lors_qu'-
elle entendit prononcer qu'il
eſtoit mort, & ſe haſtant deregagner
ſon logis , elle n'y fut
pas plutoſt rentrée qu'elle demeura
évanoüie entre les bras
de ſa Mere. On eut dela peine
à la faire revenir . Elle tourna
I les yeux vers le Cielen les ou-
1
S
es
15 vrant , verſa quelques larmes ,
G3
150 .
MERCVRE
& après avoir dit fort triſtement
qu'on luy avoit fait porterle
poignard dans le ſein d'un
homme qui luy avoit tout ſacrifié
, elle garda un profond
filence , pour mieux ſe livrer
à ſa douleur. Sa Mere jugea à
propos de ne ſe point oppoſer
aux marques qu'elle en donnoit
, & le Marquis n'en receut
aucun reproche , quand il entreprit
de la conſoler. Elle ſe
contenta de luy dire qu'il falloit
tout recevoir de la main de
Dieu , & qu'elle eſperoit qu'il
lay donneroit la force de vaincre
l'accablement où il la
voyoit. Il tira de là un augure
favorable pour le ſuccés de ſa
paffion , & quand quelques
jours aprés on la voulut faire
renoncer à fon chagrin , par
les avantages qui luy eſtoient
GALANT.
ISI
:
aſſeurez , elle pria que l'on vouluſt
bien luy donner un mois
pour ſe reconnoiſtre avant
qu'on l'obligeaſt à répondre
fur aucune affaire ; les triſtes
idées dont elle , avoit l'eſpric
occupé , ne luy laiſſant point la
liberté de bie ſçavoir ce qu'elle
vouloit.On luy accorda ce ter.
me, & on s'apperçûtavec beau.
coup de plaiſir qu'ungrand calme
fuccedoit au premier trouble
dont elle s'étoit ſentieagitée.
Elle parloit comme une autre
, & avec de grandes marques
de tranquillité ſur les matieres
qui estoient indifferentes , &
il ſembloit qu'elle n'euſt jamais
êtoit cõnule Cavalier,tant elle
circonſpecte à ne pas meſme
prononcer ſon nom ; mais enfin
ce qu'elle rouloitdans ſon eſprit
éclata . Elle alla ſe jetter dans
G4
152
MERCVRE
un Couventd'où elle fit ſçavoir
à ſa Mere par un Billet fort
reſpectueux , que Dieu l'avoit
éclairée , & qu'aprés ce qui
venoit de luy arriver , elle
connoiſſoit fi parfaitement
qu'il n'y avoit pointau mondede
bonheur pourelle , qu'on
latrouveroit inébranlabledans
le deſſein de l'abandonner; que
quand elle pourroit ſe deffendre
de faire ce ſacrifice àla memoire
d'un homme , de la mort
dequi elle eſtoit cauſe,les pafſions
violentes ne durant jamais
, le Marquis s'eſtoltattaché
à elle ſi aveuglement, qu'
elle tenoit impoſſible que fon
amour ne s'éteigniſt pas avec
autant de facilité qu'il en avoit
eu à le laiſſer altumer , & que
ſa voix ayant eſté le malheureux
charme , qui avoit fait
GALANT.
153
1
L
tout le mal , elle faifoit voeu de
ne s'en ſervir jamais que pour
chanter les loüanges du Scigneur.
La Mere a gemy , la
Merea pleuré , & fait à la grille
toutce qu'un vifdeſeſpoir eſt
capable de produire ; ſa Fille l'a
écoutée ſans luy répondre autre
choſe , ſinon que par les
prieres qu'elle adreſſeroit à
Dieu pour elle tout le reſte de
ſes jours , elletâcheroitde mesiterla
tendreſſe qui l'obligeois
àla regreter. Ainſi cette Mere
ambitieuſe a eſté forcée de conſentir
à luy voir prendre le
voile , & cette ceremonic
1
s'eſt faire depuis deux mois
dans un Monastere des plus reformez.
it
Le
이
Quel heureux eſtat de vie
pour ceux que la Grace oblige,
àchoiſir ces faintes retraites ,
it
154
MERCVRE
où ils cherchent à ſe rendre
entierement inconnus aux
hommes pour n'eſtre plus
connus que de Dieu ! C'eſt ce
qu'a fait heureuſement depuis
peu Mr le Marquis de Santenas
qui s'eſt retiré à laTrappe
. Vous ſçavez quelsont eſté
ſes emplois dans l'Armée , &
comme il s'y eſt trouvé remplydu
defir avide de travailler
pour la gloire , & de s'acquerir
de la reputation . L'e
xemple touchant des Saints
Solitaires qu'il a eſté voira
achevé dele convertir,& voicy
ce qu'en a écrit Mr Boifleau
qui l'a accompagné dans ce
voyage. Rien n'eſt plus édifiant
que cette Lettre , qui merite
d'eſtre leuë de tout le monde,
&qui le fera de peu de gens
GALANT.
155
S
e-
۵۰
te
&
ac
'eints
Dira
voi
leau
s ce
édiime
mod
gens
ſans qu'elle faſſe ſur eux de
vives impreſſions .
A la Trappe , ce 22. Juillet 1691 .
ONm'écrit que vous souhaitez
d'apprendre comme je me trouve
de la folitude. Il ne tient qu'à
moy , cemefemble , de m'en trouver
bien. Les prieres de nosfaints Religieux
, les exemples continuels que
je vois , les entretiens du P. Abbé,
& la grace de 7. C. quise répand
icyabondamment , tout cela devroit
m'animer , si ma lâcheté& ma
tiedeur n'estoient à l'épreuve des
remedes les plus forts, le rougisjuf.
qu'au fond de l'ame , & l'exemple:
d'un de mes Compagnons de voyage,
achove de me confondre. C'estoit
un Gentilhomme qui s'estoit égaré
Si loin, qu'il ne paroiſſfoit presque
ptus poſſible qu'ilpust revenir; mais
Le bon. Pasteur a trouvé sa brebis
G6
156
MERCVRE
égarée dans le desert,&l'a prise
furses épaules, pour ne l'abandonner.
Ce Gentilhomme est entré au
Noviciat avec des diſpoſitions qui
m'ont fait fondre en larmes , lors
qu'ilm'a parlé. Je ne me connois
plus , diu.il , I. C. m'a enlevé à
moy même . le me tiens toujours
dans ſon ſein. Vousdiriez
, continuoit- 1- il, que Dieu
m'a tourné le viſage le devant
derriere , car je vois tout , differemment
de ce que je le
voyois autrefois. Comme je lu.y
reprefensois les difficultez de la
Rezle, ainsi que S. Benoist ordonne
qu'on le faffe à ceux qui la veulent
embraffer ; Rien ne m'étonne ,
par la mafericorde de Dieu
me répondit il. J. C. m'a faittane.
de graces qu'il achevera fon
ouvrage , & je ferois un ingrat
faje ne ſouffrois tout pour luy
GALANT 157
4
4
n
al
y
aprés ce qu'il a ſouffert pour
moy. Je le ſuivray juſqu'au dernier
ſoupir de ma vie. Voyant
ces diſpoſitions je l'ay encouragé à
fuiare la voye de Dieu ,& àſe ſa.
orifiergayement au pieddes Autels.
Ce facrifice ne me coute rien ,
mut'ildit , J. C. fait tout en
moy..
La grace qu'ila demandéeàMr
l'Abbé , c'est de ne point le renvoyer
en cas qu'il fust malade pendant le
Noviciat , & de le laiſſer mourir
dans la penitence ,& quand il a
parlé au Maistre des Novices , ill'a
fuppliéde ne l'épargner en rien ,&
de l'humilier comme le dernier de
lamaison. L'orgueil a toujours
eſté mon vice capital entre
pluſieurs autres , me diſoit - il ,
je ne demande qu'à eſtre ane
anty. C'estoit eneffet l'homme lo
plus arrogant&le plus fier qui fust
158
MERCVRE
àl'Armée.L'ensçay des particularitezſurprenantes
, Sa qualité,son
merite ,son esprit ,fes emplois , &
Sonhumeurmépriſante luy avoient
enfle le coeur en un point qu'il estoit
insupportable à ceux qui ne luy
plaifoient pas ; mais tres agreable
à ceux qu'il vouloit ménager. Ce
Lion est devenu un Agneau , selon
la Prophetie d'Ifaye. Un Enfant le
conduiroit , ilest prest de ceder&
d'obeir au dernier des Freres .
Ilfaut que je vous raconte pour
voſtre édification , ce qui afrapé ce
Gentilhommeàla Trappe. C'estun
Religieux mort qui l'afait mourir
heureusement àla vie du monde .
pourlefaire vivre dans la vie de
I. C. Ce Religieux expiroit comme
nous arrivions. Il avoit esté Capi.
taine dans le Regiment de ... &
dans degrands déreglemens d'efprit
&de coeur. Il avoit pris des leçons
GALANT.
159
a
e
re
16
-it
de
ne
rit
d'impicté, pour se fortifier: mesme
àla mort , contre les alarmes de fa
confcience , s'il luy en venoit . Mais
qui est ce qui resiste à vostregrace,
ô mon Dieu , quand ilvous plaist
defaire mifericorde ? Cet imprefus
fi touché dans une occafion , qu'il
s'enfonça dans cettefolitude , avec
un defir ardent de ne plus fervir
que Dieuſeul. Ila Souffert pendant
fix mois tout ce qu'on peut fouffrir
depeines, d'épreuves &de douleurs
d'esprit & de corps. Pour toutes
plaintes on luy entendoit dire toutes
les nuits, qu'il paſſoit ensouffrance
Sans fermer l'oeil , Le Seigneur
eſt doux & mifericordieux. Il
eſt juſte, il eſt patient. Lors qu'il
futpreftà expirer, l'Abbé luy de
mandas'il n'esperoit pas dans la
mifericorde du Seigneur, aprés tant
de marques qu'ilen avoit receves,
L'attens tout de ſa bonté par
160 MERCURE
les prieres de mes Freres. Et le
moyen , ajoûtat - ilpreſqu'enrendant
l'ame , le moyen de ne pas
efperer en mourant dans une
Societé ſiſainte ? Aprés il s'en
dormit d'unsommeil fort doux , &
dans l'heritage du Seigneur , Selon
la parole de David..
L'Abbérevenant tout émeu de
joye& d'esperance d'auprés de cet
heureux Mort , nous vint trouver
dans la Salle , & nous entreting
d'une maniere vive & noble des
diſpoſitions defon Religieux. Noftre
Gentilhomme se sentoit percé par
cet entretien, comme d'unefleche de
feu, sans concevoir encore aucun
deffcinde demeurer àlaTrappe. On
exposa ce Religieux mort dans le
Choeuren unbrancard, la teste appuyéesur
un oreiller, car les vrais
Fidelles dorment oùles gens du monde
meurent. Il paroiſſoit tant de
:
GALANT . 161
4
donceur&joye furle visage de ce
Mort , que nous ne pouvions nous
laffer de le regarder. Son air estoit
tout àfait changé , car il n'estoit
pasagreablependantsa vie.fel'avoisven
, &ne le connoiffois point.
L'Abbé mesme & les Freres ne le
connoiſſoient non plus que moy ,&
fi on l'avoit placé dans les Sieges ,
jesuisfeur qu'on l'auroit pris pour
un Religieux du Choeur,commeaussi
fil'on avoitmis la plupartdes Retigieux
dans le brancard , on les euß
prispourleMort.
Le Convoy se fit ensuite avec
tant de pieté , & des ceremoniesfi
majestueuses , que je n'ay jamais
rien veu defi confotant. On defcendit
le Corps dans lafoſſe , aprés luy
avoirfait un petit oreiller de gazon
pour marquer qu'il repoſoit dans
ta paix. L'encens fumant dans
cette foffe , & montant au Ciel,
162 MERCVRE
nous marquoit à tous la bonne odeur
de I. C. que ce Religieux avoit
laiſſée en mourant , & le bonheur
qui lefaisoit monter au Ciel.com .
meuntrait d'encens,felon l'expreffion
des Saintes Ecritures . Les
Freres profternez le visage contre
terre reciterent les Pfeaumesde la
Penitence. Ienesçay ce que labonté
de Dieu pourroit refuser à des prieres
fi pures &fi ferventes. Ce pieux
Spectacleremuoit terriblement nô
tre Gentilhomme, Agité,trouble,
Saiſi de mouvemens qu'il n'avoit
Sentis ny imaginez,ilſe retira dans
un coin , & là, répandant ſon coeur
devant Dieu , O mon Saint &
cher Frere Palemon , c'étoit le
nom du Mort , vous eſtes maintenant
dans le Ciel , s'écria-til
du fond du coeur. Demandez à
Dieu ee qu'il ſouhaite de moy.
Sur le champses agitations ceffeGALANT.
163
!
X
.
كو
t
15
コ
11
1.
y
e
rent, & une joye pure &vive penetra
ſon coeur. Le calmefucceda au
trouble ,& tous ses doutes furent
éclaircis. Je vous entens mon
Dieu , dit - il ; C'eſt icy le lieu
où il faut que je vous ſerves
je veux y vivre & mourir.
Depuis ce moment qu'il vint
dans ma Chambre me raconter
ce qui luy estoit arrivé,il s'eſt ſenty
affermy de plus en plus dans fon
deffein . Ila demandé avec l'habit
le nom de Palemon pourſeſouvenir
tous les jours de fa vie,de la mise.
ricorde que Dieu luy a faite par
l'interceffion de ce cher Frere. Il est
entré au Noviciat avec un dégagement
& une joye qui surprend
ceux qui le connoisſſent , aussi bien
que ceux qui ne le connoiſſent pas.
Ils'attendritſeulement un peu en
embraſſant fon Valet qui s'estoit
jettéà ses genoux. Luſques icy ,
164. MERCURE
luy dit- il , il y a eu un peu de
difference entre nous'; maintenant
je vous embraſſe comme
mon Frere. Cejeune Garçon
qui est fortſage, luy répondit qu'il
ne le quitteroit jamais , & que
l'ayantſuivy à l'Armée , il seroit
bien laſche s'ilne leſuivoit pas au
Service deDien.Ce Valetfera re-
Geu FrereConvers.
Nous nous enretournerons biensoft
, n'estant pas dignes ( je parle
pourmoy ) de demeurer dans cette
Sainte Maison. O quelle Mai.
Son! On y vitavec plus demortification
que les gens du monde ne
meurent, & l'ony meurt avec mille
fois plus de joye que les autres ne
vivent .
Quoy que je vous parletresrarementde
Confrairies , celle
dontje vous vais entretenir eſt
fi remarquable , que vous ne
GALAN T.
165
7
ſerez pas fachée d'en ſçavoir
les circonstances . Elle eſt érablie
àlaParoniſe de Sainte Madelene
, où le Roy qui s'en
eſt declaré le Protecteur , n'a
pas dédaigné de ſe tranſporter,
pour y donner ſon Auguſte
Nom au rôledes Fidelles deſtinez
particulierement auculte
de la Sainte Vierge. C'eſt
furun ſi grand exemple que
Mr l'Archevêque de Paris ,
Mrs les Chanoines de Noſtre-
Dame ; les Curez , & même
les Preſidens ont embraſfé certe
fainte Confrairie. Comme
eliea coutume d'aller en Proceſſion
tous les ans , le Lundy
d'aprés l'Alfomption , à la Paroiffede
S. Iacques du Haut.
Pas, elle s'acquitta de ce pieux
devoir le 20. de ce mois . Mr
Robert , Chanoine ,& grand
166 MERCURE
ne fit
Penitencier de Noſtre-Dame ,
y fit l'Office à la place de Mr
l'Archevêque , & deux Chanoines
luy ſervirent de Diacre
& de Sous- diacre . Le Panegyrique
de la Vierge fut
prononcé par Monfieur l'Abbé
Prioux , Docteur de la Maiſon
& Societé de Sorbonne,Jamais
Discours Chreftien
mieux connoiſtrela grandeur
de la Mere du Sauveur du
Monde. Quoy que ſon Auditoire
fuſt un des plus éclairez
&des plus conſiderables que
puiſſe avoir un Prédicateur à
Paris , tout le monde demeura
d'accord que l'éloquence de la
Chaire ne pouvoit aller plus
loin. Il rehauſſa les trophées de
Mariefur ceux de LOVIS LE
GRAND , qu'il metroit avec
juſte titre au rang des Fidelles
GALANT. 167
S
E
C
les plus dévoüez au ſervice de
la Mere d'un Dieu. Il traita
cette matiere avec beaucoup
de délicateſſe , & en faifant
voir la vie de noſtre Monarque
dans tout ce qu'il y a de
plus merveilleux , il farfoit retomber
ce qu'il en diſoit ſur
l'éclat du triomphe de la Sainte
Vierge. Il en fit autant de
Mrl'Archeveſque , de Mrole
premier Preſident , & enfin de
toute l'Aſſemblée qui formoit
un Corpsfiillustre .Le Portrait
qu'il fit du Roy fut ſi vivement
touché que Mr Bignon luy
demanda avec inſtance à le
voir aprés l'avoir entendu . Ce
fat cet Abbé que tousles Do-
Eteurs choiſirentpour prefcher
en Sorbonnele mois de Mars
dernier . Il y étala tout ce qu'-
on peut dire de plus relevé &
2
168 MERCVRE
de plus docte pour ſe proportionner
à de ſi grands Auditeurs.
Il eſt employé au Seminairedes
Miſſions Etrangeres ,
& l'on peut dire que ſa piete
n'eſtpas moindre que ſon ſcavoir.
Il eſt d'un zele & d'une
charité pour tout le monde
qu'on ne sçauroit exprimer, &
ce qui ſurprend , c'eſt que toutes
ces rares perfections ſe
rencontrent dans un homme
qui n'a pas encore achevé ſa
trente& uniéme année.
" Le ſçavant Mr. Comiers ,
toûjours plein de zele pour le
Roy , a fait faire une'Planche
fort ingenieuſe,qui repreſente
la defaite de la Ligue d'Aufbourg,
par une Hydre renverſée.
C'est uneſuitede ſon Traitédes
Propheties , qui eſt inſeré
dansmes Lettres des mois
d'Aouſt,
GALANT.
169
.
-
d'Aouſt , Septembre & Decembre
de l'année 168.9 .
& dans celle de Septembre
1690. Cette Planche eſt accompagnée
d'une explication
qui faitun petit Livre que les
Curieux trouveront chez le
Sr Guerout. Tout ce qui vient
de Mr. Comiers eſt à rechercher.
Son âge qui va au- delà
de ſoixanteans , & le malheur
qu'il a d'eſtre devenu aveugle,
ce quila contraint de ſe renfermer
dans l'Hôpital Royal
des Quinze- Vingt , n'empefchent
point qu'il ne s'applique
Stoûjours à quelque nouvel
ouvrage , où il fait paroiſtre ſa
grande capacité ,& fon érudition
:
Les Nouvelles publiques
vous ont appris la mort de
Madame la Ducheffe de
Aoust 1691. H
170
MERCVRE
Schomberg , & je croirois faire
tort à ſa vertu , ſi je manquois
à vous faire part de la
Lettreque vous allez tire. Elle
a eſté écrite à une Dame de
qualité , par un homme qui
n'a eu en veuë en faiſant l'éloge
de cette illustre Défunte ,
que de rendre juſtice àla ve
rité.
Ene
1
puis mieux répondre , Madame
, à ce que vous me faites
T'honneur de me demander, qu'en
vous diſant que je suis persuadé
qu'il n'y a qu'à suivre l'exemplede
Madamela Ducheffede Schomberg
pour atteindre à la perfection. La
privation de la viene doit , ce me
semble , affliger que les méchans&
les avares , mesme de la premiere
qualité ,& doit réjoüur les bons à
la venë de la profession que cette
GALANT.
171
tres vertuense Dame a faite de
la charité & de l'amour du prochain
dans le cours , & juſques
au dernier moment deſa vie. Elle
Senommoit Marie de Hautefort,&
estoit Fille de Mr le Marquis de
Hautefort , & de Madame du Bellay,
deux illuftres Maisons affez
connues; &vint au monde en l'année
1616. Elle perdit Son Pere & Sa
Mere enaffezbas âge, & ce fut
Madame la Barone de la Flotte,fon
Aycule, qui pris ſoin defon edu.
cation , & qui l'amena à la Cour
dés l'âge de quatorze à quinze
ans. Eftant une Fille des plus bel
les , des plus charmantes & des
plus aimables , elle y fut bien- toft
confidevée , & mesme recherchée
" des Perfonnes du premier rang ,
du merite le plus distingué , qui y
estoient lors en affez grand nombre.
Mr de Schomberg , Duc d' ALH
2
172
MERCVRE
luin , Pair & Maréchal de France,
Chevalier des Ordres du Roy , Colonel
general des Suiſſes & Gri-
Sons , Capitaine de deux cens Chevaux
legers de la Garde du Roy ,
Gouverneur de Metz& du Pont S.
Esprit, Viceroy de Catalogne , Lieutenant
de Roy en Languedoc , &
Comte de Nanteuil, fut celuy qui
épousa cette illustre Fille. La Ceremonie
du mariage fut faite avec
beaucoup de magnificence , le 4.
Septembre 1646. Pendant les an.
nées que Madame de Schomberg
a vêcu avec Mr le Ducfon Mary ,
elle a donné des marques d'une
grande vertu , toutours modeste, &
l'on peut dire qu'elle fervoit
d'exemple aux plus vertueuses
Dames de la Cour , dont elle avoit
l'estime & la confideration . Lafeuë
Reine Anne d'auſtriche connois.
fant fon merite, l'avoit honorée
GALANT ..
173
d'uneparticuliere bienveillance, en
l'engageant auprés defaPerſonne ,
par la charge de sa Dame d'Atour
qu'elle a exercée avec beau
coup d'honneur.Mrle Maréchal
Duc de Schomberg mourut à Paris
le 6. Iuin 1656. avec toute la
- constance & la resignation maginable
,& fut assisté à la mort
par feu Atr Jolly , alors tres digne
Pasteurde S. Nicolas des Champs ,
& depuis Evesque d'Agen. Ge
Seigneur a estefenfiblement regreède
toute la France. C'estoit aussi
undes plus braves && desplus genereux,
meſme des plus capables dans
bes Confeils du Roy,qui avoit donné
une inſpité de preuves de ſa
valeur, &rendu de signalez fer.
vices à l'Estat ſous le Regne de
Louis XIII. dans le commandement
deſes Armées , dont l'Histoire confervera
à jamais le ſouvenir , &
H
3
)
MERCVRE
174
qui pourra eftre encore d'un grand
exemple à un grand nombre de
Braves & genereux Seigneurs de
fos Proches , quisont presentement.
dans teſervice du Roy.Me de Scho
bergvoulant auſſi donner des marques
de la douleur qu'elle avoit
reffentie , par la perse d'un Epoux
d'un si grand & fi rare merite,
forma in resolution de se retirer
du monde , & de renoncer à tou
nes les grandeurs & les vanitez
du fiecle , ou du moins d'y vivre
commesi ellen'y estoit point. Elle
voulut enfin ſe renfermer dans un
Cloištre ,& choifit le Convent des
Religieuses Penitentes de la Madelene
prés le Temple , qu'elle con
noiſſoit estre une Maison remplie
de faintes Filles ,qui avec la pratique
exacte & austere de leur
Rogle,exercent encore la charité
evuers le prachain avec une tres.
GALANT.
175:
10
A
لا
grande patience & une tres profondehumilité.
Pendant le fejour
que Madame de Schomberga fait
dans cette retraite, aidée du grand
exemple de ces faintes Filles elle
s'est afformie danssa premiere re-
Solution , & n'est fortie de cette
Maison que pour leur donner des
marques de fon amitié. Auſſi ne
les perdit.elle jamais de veuë ,
& ne crut pas devoir prendre d'autre
modele de l'amour qu'elle devoit
avoirpour fon prochain que celuy
de cesfaintes Penitentes . Elle avoit
acquis une maiſon confiderable qui
jaignoit cellede ces Religieuses .Elle
y avoit fait faire un Parloir,par le
quel elle y pouvoit entrer,& mesme
une Tribune das l'Eglife qui regar.
doit fur le grand Aurel , & d'où
elle entendoit la Messe , & paſſoir
fouvent des nuits enprieres devant
lefaint Sacrement . Madame de
د
H 4
176
MERCVRE
A
1 Schomberg a donné cette Maison
qui luy revenoit à quarante mille
francs à ces Religieuses quelques
années avant sa mort , & leura
encore depuis legué & fait un
preſent de dix mille liures. Cette
vertueuse Dame a ainsi passé
le reſte de fa vie dans la retraite
de cette Maison , toûjours rem.
plie d'un nombre de Domestiques
&de personnes pour qui elle avoit
de la confideration , leur en ayant
donnédes marques continuelles . Sa
charitéy a encore paru , &ya esté
exercée à l'égard de tous le monde
avec beaucoup d'humilité & de
bonté , d'autant plus admirable
qu'elle est rare dans les personnes
de qualité. N'ignorant pas jusqu'où
s'étendoit le precepte de l'aumône ,
non seulement elle donoitſon ſuperflu
au Pauvres, ce qu'elle faisoit fort
fecretement ; mais ellese privoit da
GALANT. 177
coeur ,
commode , &Souvent duneceſſaire,
jusqu'à prendre en ses habits &
dansses ameublemens la fimplicite
d'une Bourgeoise. Enfin Madame
la Duchesse de Schomberg ayant
ainſipaſſeſaviedans la Retraite ,
dans la Penitence & dans l'exercice
de la Charité du prochain , touchée
vivement de la reflexion que le
Seigneur avoit gravée dans son
,que ce qu'onfait aux Pauvres
luy estfait comme àlay mesme
&qu'ilpreparefon Royaume àceux
quifont ainsi un bon usage de leur
bien, elle s'est preparée à sa fin
derniere , ayant voulu faire fon
Testament qu'ellea remply de legs
pieux & dignes de fa bonté envers
ungrandnombre de perſonnes &de
tousſes. Domestiques , ce qui peut
Servir d'exemple aux perſonnes de
qualité quiveulentſefauverdans
cefiecle, où nous ne voyons quede
H
180 MERCVRE
L'orgueil, Elle a fouffert une longuemaladie
avec beaucoup de douceur,
de patience & de resignation ,&
aestéaſſiſtée à lamort parson ver
tueux Pasteur. Elle est decedéepleine
d'humilité ainsi qu'elle avoit
vêcu , le premier de ce mois , en
la73. annéedesonâge. C'est ceque
vous peut fairesçavoirsur cesujet ,
Vostre , &c .
J'ajouteray à ce que vous,
venez d'apprendre par la lecturede
cette Leure , qu'il n'y
avoit point de Province dans
le Royaume , où Madame la
Ducheffe de Schomberg ne
nourriſt quelque Famille de:
quelque pauvreGentilhomme..
On l'a toujours venë frugale&
auſteredans ſon mangerjuſqu'à
pratiquer les mortificationsdes .
anciens Solitaires. Elle tenoit
toujours une Table pour les
i
GALANT.. 181
ut
jo
it
;
S
S
Etrangers , & fur tout pourde
fçavans&vertueuxEccleſiaſti
ques , avec lesquels elle prenoit
plaifiràs'entretenir des veritez
de nôtre Religion.Sa beauté
futautrefois l'admiration de la
Courde Louis le Juſte,ſa vertu
a eſté celle de la Courde Louis
le Grand. L'Innocence de fa
vie toûjours uniforme , & la
douceur de ſes moeurs toûjours
égale , ont fait qu'elle a eſté
aimée de trois Reines ſans
avoir jamais causé de jalousie ,
adorée des plus illuſtres Scigneurs&
des mieux faits du
Royaume , ſans avoir donné:
aucup ſujetde parler à la mediſance
, &honorée de tout le:
monde, fans qu'elle ſe ſoitjamais
élevée audeſſes des plus
petits. Son defintereſſementAs
eſté fi merveilleux qu'elle a re
H. 6
182 MERCURE
fuſe pluſieurs fois cent mille
écus comptant que Mr de
Schomberg voulut luy donner
avant fa mort , parce qu'un
picux & fçavant Curé de Paris,
de qui elle prit confeil , lay dit
qu'elle ne pouvoit prendre
cette ſomine à l'infceu des Heritiers
de fon Mary . Elle avoit
un goût fin & délicat pourtous
lesOuvrages d'efprit , de forte
que la pluſpart des gens ſçavans
, à la fortune de qui elle a
toûjours cherché à contribuer,
luy envoyoient les leurs , dont
elle leur diſoit ſes ſentimens
d'une maniere ſi juſte qu'ils ſe
trou voientobligez d'ydeférer .
Elle parloit tres bien Italien
& Eſpagnol , & écrivoit fore
poliment en François. Ceux
qui connoiffent le mieux toutes
les fineſſes de noſtre Lan
GALANT. 183
gue , ont admité une lettre
qu'elle avoit écrite à un Abbé
de fes amis ſur quelque Satyre
qu'un extravagant avoit laiſſe
échaper contr'elle. C'eſt la
feule qu'elle ait leue avec plaifir
, haïffant mortellement ces
fortes d'ouvrages quand ils
eſtoient faits contre les autres.
Sa patience dans les douleurs
d'une longue & facheuſe maladie
, a eſté juſqu'au prodige.
On ne l'entendoit jamais ſe
plaindre que de ne point af
fez fouffrir , & fon aprehenfion
de faire de la peine aux
autres , luy faifoit diffimuler ce
qu'elle enduroit , de peur d'augmenter
le chagrin de ſes Amis
Mr le Marquis d'Hautefort ,
premier Ecuyer de la Reine, eſt
lePrereaiſné de cette Ducheffe..
Ce Seigneur à un avantage.
184 MERCVRE
bien fingulier , qui eſt d'avoir
fix enfans dans le Service . Mr
le Comte d'Hautefort ſon aifné
, quia épousé Mademoiselle
de Pompadour , eſt Colonel
du Regiment d'Anjou. Le ſecond
, Mrle Marquis de Surville,
Colonel du Regiment de
Toulouze , a épousé la ſeconde
Fille de Mrle Maréchal
Ducde Humieres , veuve de
Mr le Marquis de Vaſſé . Le
troifiéme , eſt Mr le Comte de
Montignac, Colonel du RegimentVexin.
Le quatrième,Mr
le Chevalier de Montignac ,
Capitaine dans le Regiment
d'Anjou. Le cinquiéme , Mr le
Chevalier d'Hautefort. Lieutenant
de Vaiſſeaux,& le fixésme,
Mr de la Flotte , aufſi Lieutenant
de Vajſſeaux. Mrs de:
Hautefort n'ont point d'autre
GALANT. 185
:
i
:
!
nomque celuy de leur Terre..
Ceux qui ont quelque connoiſſance
de la Nobleſſe ſçaventquec'eſt
unegrande preuve
qu'elle eſt ancienne. Ils por .
tent pour armes , d'or à troisforces
de Sable...
Quant à feu Mr leMaréchal
de Schomberg, Ducd'Allvvin,,
Mary deMadame de Schomberg
qui vient de mourir , il
efſtoit Fils d'Henry de Schomberg,
Comte de Nanteuil,Chevalier
des Ordres du Roy ,Ma...
réchal de France , Sur - Inten
dant des Finances , Gouverneur
de Languedoc , Mets &
Pays Meſſin , & de Françoise
d'Epinay , Comteſſe deDuretal
, & petit- fils deGaspardde
Nanteüil, Comte de Nanteuil,
Colonel des Reitres enFrance,
le premier de fa Maiſon qui y
186 MERCVRE
A
:
foit venu , & de Jeanne Chaſteigner
, Soeur de Loüis Chaſteigner,
Seigneur de la Rochel
poſay , de l'illuſtreMaiſondela
Rochepoſay en Poitou: Son Bifayeul
eſtoit Vvolfang de
Schomberg, Seigneur de Schonavv,
Gouverneurde Rochlitz
en Saxe , & fa Biſaycule Anne
de Minckuitz. Cette Maiſon
originaire de Miſnie , defcend
de lean de Schomberg , Seigneur
de Saxembourg & Stolberg
, en 1396. Les deux Soeurs
deMr le Maréchal de Schomberg
, Femme de Roger du
Pleſſis de Liencourt , Duc de
la Rocheguyon , & leanne-
Armande de Schomberg ,
Femme de Charles de Rohan ,
Duc de Montbaſon , Pair de
France &Prince de Guimené.
La Maiſon de Schomberg por
GALANT. 187
te d'or au Lyon coupéde gueules &
deSinople,
Voicy les noms de quelques
autres Perſonnes confiderables
que nous avons perduës
dans ce meſme mois .
Meffire Iean Bochart , Seigneur
de Champigny , cydevant
Maiſtre des Requeſtes,
& qui a efté Intendant de luſtice
en Bourbonnois, Limoges
& Normandie . Il eſtoit Fils de
Jean Bouchart Seigneur de
Champigny Noroy & Bouconvilliers
Confeiller d'Etat , & de
Marguerite le Charron , Fille
de Pierre le Charron , Tréforier
de l'Extraordinaire des
Guerres , & Petit Fils de Jean
Bochart , Seigneur de Champigny
& Noroy , Maistre des Requeſtes
, Preſidentdes Enquef
tes ,Conſeiller d'Etat , Ambaf88
MERCVRE
fadeur à Venise , Controleur
& Surintendant general des
Finances , puis Premier Prefident
en ſa Cour de Parlement
de Paris, decedé en 1630. fans
avoir augmenté ſes biens , &
deMadelaine de Neufville de
Villeroy , de la Maiſon des
Ducs de Villeroy. Il avoitpour
Bifayeul Iean Bochart , Seigoeur
de Champigny , Maiſtre
des Requeſtes , puis Conſeillerd'Etat
, qui avoit épousé
Iſabeau Allegrain , d'une Famille
qui a donné deux Chanceliers
de France , & pour Trifayeul
Iean Bochart , Seigneur
de Champigny & Noroy , qui
avoitpris alliance avec leanne
Tronſon ,Fille de lean Tronfon
, Confeiller au Parlement
de Paris. SonQuart ayeul lean
GALANT. 189
Bochart, Seigneur de Noroy,
avoit épousé Icanne Simon,
Niece de lean Simon , Evêque
deParis . SonQuintayeul étoit
lean Bochart , Seigneur de
Noroy , Confeiller au Parlement
de Paris ſous Charles
VI . & fa Quintaycule, lacqueline
de Hacqueville , d'une
Famille qui a donné un premier
Prefident au Parlement
de paris qui fut reconnu d'une
grande integrité dans l'ad
miniſtration de la Juſtice . Mr
Bochart de Champigny qui
vient de mourir a plufieurs
Fils , l'un Evêque de Valence,
l'autre Chanoine en l'Egliſe de
Chartres , & un autre Intendantde
laſtice en Canada,Acadie
, Iles& terre ferme de l'A-.
merique. La Maiſon de Bo
190 MERCVRE
chart porte d'azur , au croiffant
d'or ,surmonté d'une Etoile demême.
au
Mr Antoine Girard, Comte
de Ville Taneufe , Seigneur
d'Epinay fur Seine & de la
Briche , cy- devant Procureur
General en la Chambre des
Comptes de Paris. Il avoit eſté
auparavant Conſeiller
GrandConfeil. Son Pere Loüis
Girard , Seigneur de ces mefmes
lieux , Procureur General
en la Chambre des Comptes ,
avoit épousé Marie Royer ,
Fille de Ican Royer , Seigneur
du Breüil , en Touraine , qui a
eu deux Soeurs , l'une mariée à
feu Mr de Faucon de Ris , premier
Preſident au Parlement
deNormandie , & l'autre à Mr
Cotignon de Chauvry , premier
Preſident en la Cour des
GALANT . 191
Monnoyes. Son Ayeul eſtoit
Nicolas Girard , Seigneur du
Tillay en France , & fon Ayeule
Charlotte de Merle , Fille de
Guillaume de Merle , Seigneur
du Tillay , Conſeiller du Roy ,
GeneraldesMonnoyes de Franee
, & Prevoſt des Marchands
à Paris . Son Oncle Henry Girard
, Seigneur du Tillay , Maiſtre
des Requeſtes , épouſa Ma
delaine Barentin , dont font
venus deux Fils, ſçavoir Charles
Girard , Seigneur du Tillay
, Preſident en la Chambre
des Comptes à Paris , qui a
épousé Elifabeth de Bailleul ,
Fille de Nicolas de Bailleul ,
Baron de Chaſteau Gontier ,
Preſident à Mortier du Parlement
de Paris,& LouisGirard,
• Seigneur de la Cour des Bois ,
Maistre des Requeſtes . Mr
192
MERCVRE
Girard de Ville Taneuſe , dont
je vous apprens la mort , n'a
point ea d'Enfans de Dame
Claude de Seve , à preſent ſa
Veuve , Fille de Jean de Seve,
Seigneur de Plotard , Preſident
en laCour des Aldes , Petite-
Fille de Guillaume de Seve ,
Seigneur de Saint Julien,Confeiller
d'Etat , & de Catherine
Catin , qui eſtoit Fille de Jean
Catin , Seigneur de Plotard , &
de Catherine de Rochefortde
la Famille des Fondateurs
de la Maiſon & College de
Boiffy.
Mre Nicolas - Icannin de
Caſtille, Marquis de Montieu ,
Conſeiller du Roy en ſes Conſeils
, Secretaire des Ordres de
Sa Majesté , & Treſorier de fon
Epargne . Pierre de Caſtille ,
Conſeiller au Parlement de
GALANT. 193
Paris , épouſa Charlote leannin
, Fille unique de Pierre
leannin , Baron de Montieu ,
Dracy & Chagny , Prefident
à Mortier au Parlement de
Bourgogne , Sur Intendant &
Contrôleur generaldes Finan
ces de France , mort en 1622.
&depuis cette alliance , leurs
Deſcendans ont joint le nom
de leannin à celuy de Caſtille.
l'oubliay la derniere fois de
vous parler de la mort de Madame
la Comteſſe de Ragny ,
arrivée depuis quelque temps
à Autun en Bourgogne. Elle
eſtoit d'une des meilleures
maiſons du Royaumes,mais
•plus diftinguée encore parmy
lesDames vertueuſes , que ſa
famille ne l'eſtoit parmy les
plus anciennes. L'humilité
194 MERCVRE
:
2
ربم
qu'elle a fait paroiſtre par
l'ordre qu'elle a donné pour ſa
ſepulture , pourroit, faute d'autres
, eſtre un témoignage de
celle qu'elle a toûjours euë
pendant ſa vie. Elle a voulu ,
comme pour ſervir encore d'é .
xemple aprés ſa mort àla Bourgogne
, qu'on l'enterraſt dans
de Cimetiere de la Parroiffe
fans aucune cerémonie. Voicy
ſonEpitaphe.
Ar doit estre
Dar une humilité qui doit
admirée
Ragny voulut fans pompe estre icy
enterrée ,
Et n'avoir qu'un simple tombeau.
Sa naiſſance vouloit un Monument
- plus beau .
Ses charitez d'éternelle memoire,
Sont les témoins defa vertu.
Elle
GALANT.
195
{
Ellefut toûjours sage ,& pour comble
de gloire
vescu.
Elle mourut enfin comme elle avoit
On ne sçait pas qui perdit plus en
elle,
Quandle Ciel termina ſes jours :
Les Riches àſa mort perdirent un
modelle ,
Et les Pauvres un grand Secours.
Mrle Chancelier ayant remis
entre les mains du Roy ſa
demiſſion de la Chargede Chacelier&
Garde des Seaux des
Ordres de Sa Majesté , que feu
Mr de Louvois avoit poſſedée ,
Sa Majeſté a voulu montrer la
fatisfaction qu'elle avoit des
Services de Mrde Barbezieux
ſon Fils , en le gratifiant de cette
Charge, & en meſme temps ,
Elle a conſenty que Mr le
Aouft 1691 . I
196 MERCVRE
Chancelier gardaſt l'Ordre ,
quoy que cela ne ſoit plus permis
à ceux qui ſe defont de
leurs Charges.
On a fait dans l'Egliſe des
Invalides un Service folemnel
pour le repos de l'ame de feu
Mr de Louvois.le vous ay déja
mandé que c'eſt le lieu où ſon
corps eſt inhumé .Tout ce qu'il
y a preſentement deperſonnes
de distinction à Paris dans le
Clergé , dans la Robe , & dans
l'Epée, ſe trouva à ce Service,
On en fit un quelques jours
aprés dans l'Egliſe des Capucines
, où le coeur de ce Miniſtre
repoſe.
Les Peres Capucins qui le
reconnoiſſoient pour leur Protecteur
& leur Sindic general
enFrance , ſe ſont acquitez du
meſme devoir , & pour donner
GALANT. 197
au Public des marques dela veneration
qu'ils ont pour la memoire
de ce grand homme qui
les honoroit de ſon eſtime &
de ſon affection particuliere ,
ilsont fait dans tous leurs Convens
de ce Royaume un ſervice
folemnel pour le repos de
ſon ame. Le P. Loüis de Iully ,
Definiteur General, & Provincial
de la Province de Paris ,
donna le premier ſes ordres à
ceux de Paris & de ſa province.
Ie viens au détail du Siege
de Montmelian , dont la priſe
n'eſtoit pas ſi facile que quelques
uns ſe le font imaginé ,
parce que les Affiegeans étoient
expoſezau Canon du Château.
Mr de Genlis ouvrit la Tranchée
le 27. de luillet , & il la
pouſſa juſqu'aux Capucins , à
deux cens pas de la Ville. Elle
I 2
198 MERCURE
fut conduite le ſecond jour jaf
ques au delà de leur lardın.On
fit un grand paralelle , & l'on
commença à travailler à une
Batterie de quatre pieces. Il
avoitfallu s'avancer fort avant
pour tâcher de ſe couvrir du
Canon du Chaſteau, qui ayant
trente ou quarante pieces à
nous oppoſer , faiſoit craindre
pour noftre Batterie. On employa
la troifiéme nuitàaccom.
moder les Tranchées , & à
travailler à la Batterie , parce
que le Canon n'eſtant pas
encore arrivé , il eſtoit inutiled'avancer
plus loin.Le quatriéme
jour, Mr de la Hoguette
traça lay mefmeun boyau qui
approchoit de la muraille du
Iardin des lacobins , qui font
ſur les murailles de la Ville, &
on travailla auſſi à accomoder
GALAN T. 1
la Batterie , qu'une grande
playe , qui ſe
joignità eſanteur
des terres , fit prefens
ébouler On y amena le Canon,
& à la pointe du jour il commença
à battre trois Tours ,
la Courtine , & l'Fgliſe des.
Jacobins , d'où l'on tira beau-
Coup. La nuit du 31. de Iuillet
au premier d'Aouſt , on fic
un boyau paralelle aux trois
Tours que l'on battoit ,& la
nuit du premier au ſecond ,
non ſeulement on s'étendic
au delà des quatre autres pour
y établir une Batterie , mais
on pouſſa une Tranchée au
delà de la Riviere , pour attaquerle
Fauxbourg de laChatne.
Mr de Thoy Brigadier
d'Infanterie , eſtoit ce jourlàde
garde à la Tranchée. Mr
de laHoguette y vint ſur les
I 3
200 MERCVRE
dix heures & y donna pluhours
ordres ,& fur tout pour
faire avancer une piece de
feize , afin de fairetirer à barb
tte fur l'Eglife qui incom.
modort beaucoup.Sur le midy,
Mrde Thoy voulant profiter
du filence des Ennemis , fie
porter au pied de cette Eglife
dans un endroit couvert des
madriers par fixGrenadiers du
Regiment de Lorraine , afin
d'y établirun Mineur. Les fix
Grenadiers pafferent fans effuyer
un feul coup , & placerent
les madriers. Mr de Ponac,
leur Capitaine , paffa enfuite
avec quatre autres. On
faifoittirer pendantce tempslà
pour les ſoûtenir ,& pour
empêcher les Ennemis de voir
ce qui ſe faifoit. M. d'Hocquincourt
ayant entendu le
GALANT. 201
۲
feu ,& n'écoutant plus que la
valeur ordinaire à ceuxde cet
te Maiſon ,paſſa par deſſus la
Tranchée , & vint tout à découvertavec
un détachement
de ſon Regiment , & profitant
du temps que Mr de Thoy ef-
Loit occupé à faire tirer , il ſe
jetta dans le Iardin ,& alla jufqu'au
piedde la muraille , où il
fut bleffé , ce qui l'obligea de ſe
retirer. Mr de Thoy accompagné
de quelques Officiers ,
&desGrenadiers de Lorraine,
fit paroiſtre beaucoup de fermetéen
cetteoccaſion . Le 3 .
&4. de ce mois ſe paſſerent à
faire accommoder les Batteries,&
àles faire tirer ,ce qui
réuffit fi heureuſement , que
fur les quatre heures du foir ,
comme on relevoit la Tranchée
, les Habitans firent bat
14
202 MERCURE
tre laChamade, & lacques Salomon
& François Cabourer ,
Sindics de la Ville , s'eſtant
preſentez, ils offrirent au nom
de ladite Ville ,d'en remettre
les portes le lendemain s
Aouſt , à dix heures du matin,
à Mr de la Hoguette , Maréchal
de Camp des Armées du
Roy , commandant l'Armée de
vant Montmelian , au moyen
dequoy , il fut arreſté ce qui
enfuit. 2
Ilsera fait une Trève pendant
quatrejours ,àcommencerdemain
Dimanche s . Joust , à dix heures
du matin , & qui finira Ieudy
9. dumesmemois , àpareille beure,
pendant lequel temps , ily aura
ceffſation d'armes de part& d'autre,
& les Habitans pourrontſortir
de la Ville avec leurs Femmes, En
fans ,Biens , Meubles , & autres
3
GALANT.
203
effets ,pourse retirer par tout où
bon leur semblera , Sans trouble ,
dans les Etats de Savoye.
Toutes , les portes de la Ville
Seront ouvertes &livrées demain
5. Aoust à dix heures du matin
aux Troupesde Sa Majesté , aufquelles
ilfera permis de faire les
Travauxneceßaires pourse metreà
couvertdes infultes de la Garnison
du Chasteau , bien entendu qu'aucun
des Travaux ne pourra estre
fait fur le glacis dudit Chasteau.
Que les Troupes de Sa Ma
jefté pourront détruire & renverfer
les murailles de ladite Ville ,
ou les reparer, ſibon leurfemble..
Qu'aucunesTroupes du Roy n'apa
procheront du Chasteau pendant
lesdit quatrejours. :
Pour feureté de la Trêve cy
deſſusſeradonnéde part & d'autre,
entrenous &le Marquis de Ba-
L
204 MERCVRE
gnasque,Gouverneur de Montme
Lian , chacun un Officier en Otage.
Les Bourgeois& Habitansferont
tenus avant lafortiede remettre
entre les mains du Roy , les armes à
feuqu'ils ont en leur pouvoir , avec
lesmunitionsdeguerre&de bouche
quifont dans la Ville.
Ilfera fait de tres- bumbles remontrances
à Sa Majesté pour ob
tenir la continuation de leurs Priwileges.
• Il ſera donné des Oftages de la
part de la Ville, pouraffurance qu'il
n'y a aucuns Fourneaux , Mines ,
py autres Ouvrages fouterrains.
pour ſurprendre les Troupes de Sa
Majesté , &en cas qu'ils'en trou
vast, ilsse soumettront aux peines
des Ordonnances , aprés lesquels
quarve yours ilsferont mis en liber
sé pourse retirer on bon leur feno
GALAN T. 20
M. le Marquis de Bagnaſque
fera tenu deratifier lepresentTrai
sé pour la durée ſeulement de la
Tréve , aprés laquelle les actes
d'hostilitépourront recommencer.
Quant à ce qui s'eſt paſſé
ce mois cy en Allemagne , je
vous diray que les Ennemis
avoient cru nous étonner en
paſſantle Rhin , mais ce paffagea
eſté plûtoſt fait par vanité
que dans le deſſein de tenter
aucunechofe.Auſſi enont ils la
honte. Toutes nos Places s'eftant
trouvées en bon eſtat , ils
n'ont ofé entreprendre rien
chez nous ,& fans les y apprehender
nous avons eſté chez
eux , où nous ne ſommes pas
demeurez ſans y rien faire, puis.
que cen'a eſtéd'abord qu'alarmes
, que priſes de Places &
contributions, & qu'ils onteſté
16
206 MERCVRE
obligez de repaſſer le Rhin
toutes leurs marches n'ayant
ſervy qu'à les fatiguer. Leleudy
2. de ce mois , noſtre Armée
décampa d'Offembachau point
du jour à deſſein de combattre
les Ennemis , fur un faux avis
que l'on avoit apporté à Mr le
Maréchal de Lorge , qu'ils s'avançoient
pour ſe venir emparer
de la petite Hollande , &
nous empécher de paſſer le
Rhin à Philisbourg . On marcha
Tambour battant ;méche
allumée,& Enſeignes déployées
juſqu'à la petite Hollande , où
l'on ne trouva perſonne. Ainſi
l'on fit défiler tous les Baga
ges par Philifbourg , & il fe
trouva que le jour ſuivant tout
eſtoitpaſſé dés le point du jour.
Alors on fonna la marche , &
les Troupes commencerent à
GALANT.
207
!
défiler . le Comte d'Auvergne
qui commandoit l'avant garde
eſtoità la teſte , & fit alte aux
Capucins , juſqu'à ce que l'Armée
entiere euſt défilé . Tour
eſtoit en joye. On marcha à
droite ,& l'on alla camper à
Graben. On y demeura jufqu'au
8. ſans avoir eu aucunes
nouvellles des Ennemis que
par Mr de Melacqui, arriva le
7.avecundétachementdedouzecens
hommes. Il prit trois
Huſſards& quatre Soldats , par
leſquels on ſceut qu'ils eſtoient
dans la Plaine d'Heidelberg.
Aufſi- toſt on donna les ordres
pour partir le lendemain ,& ce
jour- là on vintau pieddeDourlacdans
un petit Valon àCretzingen.
Le Pays eſt d'une beauté
enchantée. L'Infanterie ſe:
poſta ſur des Collines qui en
208 MERCVRE
touroient le quartier du Roy ,
& l'on n'euſt pû ſouhaiter une
plus belle ſituation pour une
Armée. On y trouva fontaine ,
ruiſſeaux.puis,rivieres,des fourages
en quantité,&du vin en
abondance . Ce jour- là meſme
on prit le Château de Ramfingen,
où il y avoit trois Fauconneaux
, & une infinité de
fourages , du vin , & autres
choſes que les païfans y avoient
apportées , les croyant
là en plus grande ſeureté que
dans leurs Villages . Ce Chateau
fut abandonné à l'approchede
nos Troupes. Le9. Mr
le Duc de Villeroy fut commandé.
C'eſtoit fon rangpour
marcher. Il cut un détachement
de Cavalerie, d'Infantes
rie & de Dragons , avec u
ordre deMr le Maréchal d'al
GALANT.' 209
fer faire payer derriere Dour
lac le reſte des contributions
qui eſtoient deuës , & qui ſe
montoient à quatre- vingtmille
livres. It alla à une petite Ville
du Marquiſat de Dourlacappellée
Forsheim, dans une gorge
qui donne entrée dans le
VVirtemberg. Il y avoit garnifon
Allemande. On fit ſom
mer la place par un Tambour ,
mais comme elle refuſa d'écouter
les propoſitions qui luy
furent faites , on ſe mit en étar
de l'aſſieger . On la battit quelque
temps , & les Affiegez fe
défendirent vigoureuſement..
Il y avoit déja bréche , & le
Commandant avoit battu la
Chamade , quand le Comte de
Furſtemberg paſſant aſſez prés
de là avec un Regiment de
deux mille hommes, on l'aver .
210 MERCVRE
tir que les François estoient
autour de Forsheim , avec un
fort petit détachement de Cavalerie
, & que pourveu qu'il
fe preſentaſt , il les contraindroitde
lever le Siege. Ce fut
à quoy ce Comte ſe diſpoſa . Il
prit deux cens hommes , &
vint en bon ordre à une petite
garde de Carabiniers qui étoient
pied à terre . Il la força ,
& prit quelques chevaux;mais
il fut bien étonné lors qu'il ſe
fut jetté dans la Ville , de la
voir ferrée de trois mille hommes
. Il s'y fit en peu de temps
une bréche à monter trente de
front , de forte que la priſeen
eſtant inévitable, il fit battre la
Chamade . On s'approcha pour
ſçavoir ce que c'eſtoit , & il
demanda à ſortir avec la Garnifon
, ce qui luy fut refuſé.
GALANT .
245
Dans le meſme temps, les Bourgeois
qui avoient pris les armes
, firent une décharge ſur
ceux qui s'eſtoient avancez.
Mr de Villeroy y courut affez
de riſque , puis que Mr de Boncour
, Capitaine de Dragons ,
qui eſtoit auprés de luy , receut
un coup de Mouſquet à
l'épaule , dont il mourut quatre
jours aprés. Cette action
irrita fort Mr de Villeroy , qui
ne vouloit plus leur faire de
quartier , mais ayant ſceu que
le Comte de Furſtemberg n'y
avoit aucune part , il ſe contenta
de les faire tous Prifonniers
de guerre. La Garniſon
eſtoit de quatre cens hommes.
Mrde Chovel , autre Capitaine
de Dragons , fut bleſſe dans
la même occaſion. On a fait
Lauter les Tours de Forsheim 2
212 MERCVRE
&les Moulins ont eſté brûlez .
Le 15- au matin, Mr de la Befliere,
Meſtrede Camp , fut dêtaché
avec trois cens Maiſtres,
pour aller reconnoiſtre les Ennemis
dans leurCamp de Breten
, qui n'étoit qu'à trois
petites lieuës du noſtre. Il
partit à minuit , & il ſe trouva
au petitjour à la veuë de leur
Garde. Il détacha quarante
Maiſtres avec quelques Offi
ciers pour enlever leur Garde
avancée , & cela fut executé
heureuſement. Ils en tuerent
fix , en firent un prifonnier, &
culebuterent la grande Garde
juſque dans le Camp , ce qui
leur cauſa de grandes alarmes .
Cela fait , ils ſeretirerent fans
avoir perdu un feul homme.
Le 16.au matin on décampade
Gretzingen. Mr le Comte
GALANT.
213
d'Auvergne étoit de jour , ce
qui luy fit prendre le poſte
d'honneur,qui eſtoitl'Arrieregarde.
On s'attendoit fort à
voir les Ennemis en eſtant fi
proche , mais ils ne parurent
point. On vint camper à
VVeyer, prés d'Etlingen,Ville
qui fut brûlée il y a deux ans
par Mr le Maréchal Duc de
Duras .Ce Camp eſt tres-beau.
Il a ſa droite au deſſus de
VVeyer , & fa gauche à Etlingen.
En arrivant à ce Camp ,
un Party commandé par un
Cavalier de S. Germain Beaupré
, qui estoit party de l'autre
Camp ,joignit les Troupesdu
Roy. Il avoit ſoixante& cinq
hommes , & s'eſtoit embuſqué
fi à propos , que les Ennemis
ayant paffé devant luy en revenant
du fourage , il en prit
214 MERCVRE
foixante & quatre, & ſoixante
& deux chevaux , & en auroit
pris beaucoup davantage, ſi un
Cavalier ennemy n'euſt tiré
ce qui l'obligea de ſe retirer en
diligence avec ſes priſonniers
& les chevaux .Ce même jour,
il arriva onze Efcadrons de
Cavalerie & de Dragons , qui
étoient demeurez proche Lan
dau pour couvrir l'Alface pendant
que nos Troupes paffoient
le Rhin. Le 19. Mr de
Balinieres , Major de Carabiniers
, fut détaché avec cinquante
Maiſtres , cent Carabiniers,
& cinquante Dragons,
pour aller reconnoiſtre l'Armée
ennemie qui estoit à
VVeingarden . Il paſſala grande
Garde des Allemans juſque
dans leur Camp , & emmena
quelques Priſonniers qu'il fit
2
GALANT.
215
en chemin.Nos Troupes étoiét
encore à VVeyer le 21. fans
que Mr de Melac , qui eſtoir
party avec cinq cens Chevaux,
fuſt de retour.
le reprens l'Article de
Flandre au jour où j'en finis
le Journal la derniere fois.
L'Armée du Roy qui avoit
paſſe la Sambre à la Buffiere ,
le 22. du paſſe , & qui estoit
venue ce meſme jour camper
à Silentrien , une lieuëen deça
de Boſſu , décampa le 23. au
matin à la pointe du jour , &
arriva de fort bonne heure à
Florenne , quoy qu'elle euſt
fait une affez longue alte de .
vant Philippeville , tandis que
Mrle Maréchal Ducde Luxem.
bour estoit dans la Place . Le
Prince d'Orangequi eſtoit arrivé
à Gerpine le jour préce
216 MERCVRE
dent , fut fort étonné quand il
apprit que l'Armée du Roy arrivoità
Florenne. La marche
eſtoitfi longue , & il y avoit
tant de défilez à paſſer pour veniroccuper
ce Camp , qu'il n'avoitpas
cru pouvoir eſtre prévenu
. Son deſſein en paſſant la
Sambre , eſtoit d'y venir , mais
la diligence de Mr le Maréchal
l'obligea de demeurer à Gerpine.
Le 23. Mr de Luxembourg
alla en perſonne reconnoiſtre
le Camp des Ennemis avec un
détachement des Gardes du
Corps , &de la Gendarmerie.
Si - toſt qu'ils virent paroiſtre
les Eſcadrons du détachement
à la fortie du bois qui eſt ſur
ladroite entre Florenne & Gerpine,
ils ſemirent en Bataille à
la teſte de leur Camp, & s'étenGALAN
T.
217
dirent plus d'un quart de licuë
furleurgauche.
Le 24. le Prince d'Orange
fitfairedes Batteries de Canon
de Brigade en Brigade le long
de la premiere Ligne , & commença
de ſe retrancher. Le
meſme jour , Mr le Maréchal ,
tant pour menager les fourages
que pour embaraſſer le Prince
d'Orange , envoya tous les gros
Bagages à Philippeville & à
Mariembourg.
Le 25. il fit faire un mouvementàla
gauche , & la recula
pour mieux aſſeurer le Camp ,
&parce qu'il y avoit des hauteurs
en delà d'un grand Ravin
qui eſtoit devant la ligne ,
&que le Canon auroit eſté à
craindre , Mr le Maréchal par
pure précaution fit faire des
Batteries de Canon à tous les
218 MERCVRE
endroits où il pouvoit eſtre
utile qu'il y en eût. Il fitauſſi
faire des abatis dans les Bois
qui estoient entre les deux Armées
pour pouvoir faire paſſer
la Cavallerie en Eſcadrons.
Tousces mouvemens alarmerent
le Prince d'Orange , fur
tout quand il ſceut que Mr le
Maréchal avoit dépeché un
Courrier à Mr de Bouflers , qui
venoit de l'expedition de Liege
pour l'obliger d'avancer. Il fit
faire des deffences de ſortir du
Camp ſous peine de la vie , &
cela fut fi bien executé , que le
28.au matin Mrle Maréchal ,
ayant eu avisque les Ennemis
devoient faire le lendemain un
fourage fur leur gauche, y alla
avec toute la premiere Ligne
fur les trois heures aprés midy,
&leur enleva ce fourage àune
demy
GALANT.
119
demy - heure de leur Camp
ſans qu'ils parufſſent ..
Le 29. la ſeconde Ligne fit
encore un fourage auſſi hardy
du meſme coſté , & avec le mê
me ſuccés . Cependant comme
Florenne où eſtoit le quartier
General ſe trouvoit fort loin
du Camp , & que les Ennemis
auroient pû le canonner , ſi la
peur d'eſtre canonnez euxmêmes
ne les avoit empêchez
de penſer à autre choſequ'à ſe
garantir , M. le Maréchal trouva
à propos de mettre le quartier
General à Hennetenne,qui
eſt un petit Village qui ſe trouvoit
à la gauche du Camp dans
la ſeconde Ligne. Le quartier
General s'y vint établir dés le
meſmejour.
Le 30. M. de Bouflers alla
camper ſous Dinan avec neuf
Aoust 1691 . K
T
120 MERCVRE
Bataillons , & quarante Eſcadrons
pour couſumer les fourages
des environsde cette Place,
& pour empeſcher que le
Comte de Cerclos , & le general
Flemmingue ne l'inveſtiſſent.
Ils eſtoient à portée de le
faire s'ils n'avoient pas eſté
aculez .
Le 31. M. de Bouflers eut
ordre de s'avanceravec ſaCavaleriedu
coſté de la Plaine S.
Gerard pour ſoûtenir laCavaleriede
la premiere Ligne qui
alla fourager, avec ordre de
bruler les reſtes du fourage, &
tout ce que le Prince d'Orange
avoit fait marquer pour ſon
Armée.
Le 1. de ce mois M. le
Maréchal alla à Philippeville
avec Mr l'Intendant pour vifiter
les fourages & avoines
GALANT. 121
qu'on y avoit fait venir , dans
la crainte que l'on avoit d'en
manquer. Mr de Nave,Gouverneur
de cette Place , les
traita magnifiquement , & ils
ne furent de retour au Camp
que le ſoir. Le meſme jour Mr
le Duc du Maine alla àDinan,
&viſita la Place qu'il trouva
en fort bon eſtat. Le 2. Mrle
Mareſchal alla viſiter leCamp
de Mr de Bouflers, & luy donna
l'ordre de décamper le lendemain
, & de s'approcher à
une heure de l'Armée , ce que
Mr de Bouflers executa le 3.en
venant camper à une heure de
la droite de l'Armée . On fitun
fourage ſur les Ennemis , & le
foir on entendit trois décharges
de leur Canon & de leur
Mouſqueterie. C'étoit une ré.
K 2
122 MERCVRE
jouïſſance pour quelque avantage
que le Prince d'Orange
pretendoit avoir eu en Irlande.
Le 4. on entendit le Canon
de Charleroy qui tira pour le
meſme ſujet .
Le 5. Monfieur le Duc de
Chartre , Monfieur le Duc du
Maine & Mr le Maréchal allerent
diſner à Philippeville.
Le6. Mr le Maréchal ayant
eu avis que les Ennemis avoient
faitun mouvement , &
quele Prince d'Orange eſtoit
allédu coſté de Valcour , avec
cinquante Eſcadrons pourmarquer
un Camp , il fit un détachementdes
Carabiniers & de
quelques Dragons , & alla reconnoiſtre
ce mouvement en
perſonne; il s'avança juſqu'à
Valcour , & ayant reconnu
que le Prince d'Orange ſe
GALANT.
223
retiroit , & qu'il n'eſtoit pas
poſſible de l'attaquer , y ayant
des ruiſſeaux & des ravins à
paſſer pour aller à luy , il ſe retira
,& la Cavalerie de la gauche
qui avoit cu ordre de ſe
tenir preſte, en receut un autre
de ſe repoſer. 2
Le 7. les Ennemis décamperent
de Gerpine. Mr le Maréchal
alla reconnoiſtre leur marche
, &ayant remarqué qu'ils
marchoient du coſté de laBuffiere
, il fit décamper l'Armée
lc 8 , à la pointe du jour pour
s'approcher d'eux & les ſuivre
L'Armée alla camper ce jourlà
à Cerfontaine. Les Ennemis
camperent ce meſme jour à
Court,& étendirent leur droisejuſqu'à
Caſtillan àune heure
& demie de Beaumont , dans
ledeſſein de paſſer le ruiſſeau
K 3
224
MERCVRE
le jour ſuivant, & d'aller occuper
le Camp de Grandrieu ,
où il y avoit beaucoup de fourage.
On futavertyque le Prince
d'Orange s'eſtoit emparé
de Beaumont , qu'il y avoitmis
deux mille homme de Cavalerie
, qu'il avoit donné le commandement
de ce poſte au
Comte de Lippe , & que Mr
de Verac qui y commandoit
pour le Roy , s'eſtoit retiré
avec cent hommes d'Infanterie
, qu'on y avoit laiſſez .Mr le
Maréchal fit ſeparer les gros
bagages qui avoientjoint l'Arméedans
la marche de Florenne
à Cerfontaine , & les envoya
à Chimay pour en eſtre
débarraſſé dans la marche qu'il
avoit enviede faire.
Le 10. a dix heures du ſoir ,
4
GALANT
225
l'Armée quitta Cerfontaine &
alte camper à Grandrieu . On
n'a jamais faitune marche plus
hardie. L'Armée marcha fur
cing Colonnes à coſté de celle
des Ennemis , par des Bois impratiquables
& des défilez continuels
,&ſe trouva en bataille
le 11. à ſept heures du ma.
tin fur la hauteur qui eſt devant
Beaumont , les Ennemis
arrivant ſeulement en delà du
Ruiſſeau dans le deſſein de le
paſſer , pour occuper le meſme
Camp ou l'Amée du Roy eſtoit
déja établie.
La pluſpart des Tentes étant
dreſſees , & l'artillerie venuë ,le
Prince d'Orange ne put cacher
alors ſa ſurpriſe . Il dit publi
quement qu'il falloit que l'Armée
de France euſt des aifles ,
&qu'elle cuſt volé, ne pouvant
K4
226 MERCVRE
comprendre comment elle
avoit pû arriver ſi -toſt par une
marche inconnuë . Cependant
ils'avança fur la droite de
Beaumont entre deux petits
boisfur une eſpece de talus , où
ilmitde l'Infanterie en batailje.
Ils'étendit juſques au ruifſeau
où il avoitdéja faittravail.
ler la nuit, & qu'il eſtoit venu
viſiter exactement. Cela attira
une petite eſcarmouche de
quelques Volontaires & d'une
petiteGardede Carabiniers,où
un Capitaine des Ennemis eur
ſon cheval tué& fut pris, mais
relâché,parce que ceux qui avoient
pouſſe trop avant , furent
pouſſez à leur tour. M. le
Ducdu Maine, aprés avoir obſervé
les Ennemis , alla rejoindre
M. de Luxembourg qu'il
trouva avec Monfieur leDuc
GALANT. 227
de Chartres , regardant d'un
autre coſté , d'où l'on apperçût
que les Ennemis avoient farcy
de Troupes un vuide dans le
bois qui eſtoit ſur la droite de
Beaumont à leur égard. C'eſt
une hauteur d'où ils deſcendoient
par trois chemins juſques
au ruiſſeau.On leur y vit
établir quelques pieces de canon
& huit chariots d'artillerie
que l'on remarquoit diſtintement.
On vit encoretravailler
à des paſſages dans le fond
& y defcendre un gros corps
d'Infanterie qui s'y établit. La
Cavalerie qui occupoit toute
la hauteur , eſtoit veſtuë de
rouge , & montée ſur des ches
vaux blancs ; ce qui les faiſoit
connoiſtre pour eſtre les Gardes
du Prince d'Orange.. Tour
cela ne fit faire d'autre mouve
K
228 MERCURE
ment aux noſtres que celuy
d'avancer la Brigade d'Infanterie
du Roy , & celle de Champagne
a la teſte d'un Vilage qui
eſtoitdevant eux,où M.de Laxembourg
& Monfieur le Duc
deChartres , avec Mile Ducdu.
Maine , s'établirent pour eſtre
plus à portée de tout , laiſſant:
les équipages au quartier de
Grandricu . Cependant on fit:
avancer une vingtaine de pie.
ces de canon , à la teſte du Vil--
lage,qui commencerent à tirer
fur les dix ou onze heures . Les
premiers coups firent fuir l'Infanterie
qui estoit dans le fond,.
&tirant en fuite ſur la hauteur,
on en vit retirer toutes leurs .
troupes affez promptement, &
partout où elles paroiſſoient ,
dés qu'on ytiroiton les voyoit
fuir fort diligemment.. M. de
GALANT
229
Luxembourg , qui avoit envoyé
ordre à Mr de Rofel de
marcher avec la Cavaleriede
la ſeconde ligne de la droite
pour occuper un grand terrain
qui estoit fur noſtre gauche au
delà de Couffours,voulut aller
voir ce coſté - là , & ſuivy de
tous nos Princes , paſſant tout:
le long de la teſte de nos Gar
des,il s'avança affez prés d'une
autre hauteur qu'occupoient
les Ennemis ſur leur droite ,où
il paroiffoit une fi groſſe troupe
d'Officiers épars,qu'on ne doutoit
point que le Prince d'Orage
n'y futill y'avoit meſme ſur
le hautdes Tentes dreffées có
me s'il avoit voulu ydemeurer..
En paſſant , les noſtres furent
falüez de deux petites pieces
de canon qui furent les ſeules
qui ſe firent entendre de leurr
K6
230
MERC VRE
coſté; même ce canon tira fi
mal qu'on y riſpoſta par deris
fion , de quelques coups depiſtolet
, &enſuite pardes huées
qu'on leur fit. Ils continuerent
encore à tirer cinq ou fix coups
des meſines pieces qui ne firent
rien , & dont noſtre Garde de
Cavalerie qui en eſtoit à portée
, ne s'ébranla pas . On alla
done fur la gauche , d'où en
attendant M. de Roſen , on vie
queles Ennemis ſe retiroient ,
mais ſi bruſquement qu'on auroit
pas eu le temps de paſſer
le Ravin pour pouffer leur
arriere garde . De là , M. de
Luxembourgamena ſes Tronpes
fur la droite , d'où l'on vit
que celles qu'ils avoient de co
coſté là, en faifotent de même.
On vitde plus fortir des troupes
de Beaumont qui faiforent
GALANT.
23
juger que les Ennemis l'avoientabandonné;
mais ils ti
rerent nos gens de ce doute
par deux pieces de fer qu'ilsy
avoient trouvées & qui tirerent
fur les noſtres , qui en
paſſerent fort prés . On les fit
ſuivre par M. de Roſel avec
centchevaux. Il ne les pûtjoindre
, quoy qu'il les ſuiviſt juf
ques à la veuë de leur Camp',
où il y cut une eſcarmouche
dans laquelle un de nos Cavaliers
fut bleſſé , un des leurs
tué,& quelques- uns faits prifonniers
. Ils retournerentdans
leur meſme Camp , ayant leur
gauche vers Floranchamp , &
leur droite à Caſtillon . Le terrain
qu'ils venoient d'abandonner
fut occupé par un
grand nombre de Volontaires ,
qui y coururent un moment.
232
MERCVRE
aprés . On n'y trouva perfon
ne ,mais quantité de haches ,>
d'outils , de ſacs , du pain , &
beaucoup d'autres choſes : ce
qui fut une marque du deſordredeleur
retraite. On y trou
va meſme pluſieurs chevaux.
tuez avec quelques Officiers.
Depuis le 12. juſqu'au 24.-
tout ſe paſſa à obſerver les Ennemis
, à les inquieter dans
leurs fourages ,& à leur enlever
des Partis entiers . Le 22.au ſoir ,
M. le Maréchal ayant appris
qu'ils devoient décamper
aprés avoir fait ſauter les tours
& les portes de Beaumont , &
que leur deſſein eſtoit de paſſer
-la Sambre , donna l'ordre pour
décamperauſſi le lendemain.
Le 23. pluſieurs avis differens
ayant rendu leur marche
incertaine , M. le Maréchal
১
GALANT. 233
quiavoit fait bature la generale
dés deux heures du matin,,
pour décamperavant le jour ,
differa le décampement jufqu'à
ce qu'il fuſt mieux in-
Aruit. Sur les neuf heures , il
ſceut qu'ils marchoient du
coſté de la Buſſiere , ce qui luy
fitenvoyer tous les Vivandiers
de l'Armée â Maubeuge , afin
d'y paffer la Sambre. Il fit mar.
cher l'Armée du coſtéde Dom--
Rienne. Elle paſſa au milieu du
Camp que les Ennemis venoient
de quiter , & oùtoutes
les Barraques & les fourages
brûloient encore , & campa à
Eſtrées , où eſt le quartier ge .
-neral, les Ennemis ayant brûlé
le Chasteau de Domſtienne
qui eſtoit tres beau ,& appartenoitàla
Princeſſe Marianne ..
On appritle meſme jour que
22
234
MERCVRE
1
les Ennemis , bien loin depaf
fer la Sambre , marchoient du
coſté de Dinan ; qu'ils avoient
campé à la plaine S. Gerard ,
& fait monter par la Meuſe
une groffe proviſion de fourages
& beaucoupd'Artillerie,
&que le quartier du Prince
d'Orange eſtoit à l'Abbaye
du Moulin. On ne ſçavoit pas
encore ſi c'eſtoitpour faire le
Siege de cette Place , ou pour
labombarder.
Le 25.jour & Feſte de Saint
Loüis , M. l'Abbé Riqueti ,
qui eſt toujours auprés de Mr
le Maréchal Duc de Luxembourg
, fit faire abjuration à
unOfficier François dela Mai.
ſon de Sancer , d'auprés d'Anjou
, qui s'eſt venu rendre de
bonne foy. Il ſervoit dans les
Troupes de Brandebourg , où
1
GALANT.
235
il avoit pris party lors que le
Roy ſupprima l'Edit de Nantes
. Il y avoitquinze jours que
M. l'Abbé Riqueti l'inſtruiſoit
, de meſme qu'un Moufquetaire
du Prince d'Orange
qui s'eſt rendu avec luy , pour
prendre party dans les Troupes
de France. Il leur fit un
Difcours fort confolant,& qui
édifia beaucoup tout ce qu'il
eutd'Auditeurs .
Ceux qui ont expliqué l'Enigme
du mois paſſe ſur l'Encenſoir
qui en eſtoit le vray
mot, ſont Mrs G.Verdel Doyen
des Chanoines de Pontorfon :
Turrault de la Coufſonnerie ,
Chanoine de S. Pierre du
Mans:Morin Conſeiller ; & de
l'Eſtre Juge Prevoſt de Chaſtillon
ſur Indre; L'Epinay Buret:
de Vitré en Bretagne : F.Gone
1
236 MERCVRE
douin de Lizieux: Le Marquis
de Guermorvan:de Foffe- cave
le Sage,& duCroiſier deMorlaix
: Galetheau de la ruë da
Parlement de Bordeaux ,
Bigos de la meſme Ville. Le
Baron du Queſnoy,Capitaine
des Gentilhommes d'Avranches:
du Boccagedit Villeronde
, &Bonnard de l'Hoſtel du
Queſnoy de la Place Royale: le
petit- Intendant& ſa charmante
Couſfinede la ruë Poupée ::
l'Amateur du noble repos : le
Faux Lucien du grandChâte,
let,& l'Amante affligécile Phenix,&
le Beau Blond de la Rochelle
: le Berger Tirfis à l'Anagramme
, Siecle d' Amour : la
Marquiſe Etrangere , àl'Anagramme
, Pure Image de vertuşla
Diane de la Forest d'Alcleon : la
Nymphe aimantée : le Berger
GALANT. 237
des Bagues :la Déeſſe aux Cha
ſtaignes :la Brune aux jours fi
lez de ſoye: la Bourgeoiſe defertesla
Belle Iphigenie & fon
Achille:le Chaſſeur fecretdela
Belle Foreſt de la Samaritaine :
les deux Spirituelles Soeurs du
Venitiéde la rue des Foſſoyeur
Meſdemoiſelles Barodin, Ferret
&Bouflay de Loches : deChil
ly , de la Place : Picard &de
Queulx: de Fontaine Blanche
Ville- neuve la charmante
Lanigou , & l'Ingrate Kuderien
de Morlaix;Monier ; Carriere,
&les deux Minvielles de Bordeaux
, M. I. Iouis du petit S.
Iean de la Courtille ; la charmante
Charlotte leGras ,& fon
Amy; la plus Belle des trois
Soeurs du Cloiſtre Saint Mam
mes; la petite Congregation de
Sainte Marine duquartierde la
238 MERCVRE
Mercy ; la Dame de Versailles
deHennebondilabelle Hoſtefſedu
Cordonnier de la ruë de
Bethify ;la Sainte Famille ; M.
A. du Chardonnay , de la ruë
du Sepulcre ; le Logicien du
Quay de la Tournelle; les deux
Precieufes de la ruë des Prouvaires
; le grand Chaſſeur de la
Place Royale ; Morne,du Château
de Moulins ; la Belle au
beau teint , du Cimetiere S.
Jean , la Dame au trefor caché
de Bretagne , & fon fidelle
Epoux.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoyeaeſté faite par un
Cavalier Angevin.
1.
ENIGME .
Ay beſoin d'eau , d'air & de
terre
GALANT.
239
Flus fort que moy me fait la guerre
Je ne quitte jamais mon habit du
Printemps,
Et n'ay point deplaisir quedans le
mauvais temps ,
Ieveux dire le temps de pluye ,
Ois tout autre que moy s'ennuye.
Rencontray-je quelqu'un , je me
mets àfauter ,
Sans que rien me puiſſe arrêter.
Quoy que magorgeſoit d'une blancheur
extrême ,
Mes cuiſſes ſont en moy ce que le
plus on aime.
l'ay la voix fort vilaine , & mon
chantennuls lieux
Ne paſſe pour melodieux .
C'estfait de moy quand je vais à
la Ville ,
Ieſuisplus à mon aiſe au rond de
Corbeville . 4
Vousconnoiſtrez aisément,
240
MERCVRE
en parcourant l'Air nouveau
dont vous trouverez icy les
paroles, qu'elles ont eſté miſes
en chant par un homme qui a
de fort grands talens pour la
Muſique. :
AIR NOUVEAU.
Etits Oiseaux, raſſurez- vous,
vienspointfous ces fombresfeuillages,
Pour interrompre vos ramages ,
Ny troublerdes plaiſirsfi doux.
C'est l'amoureuſe reſverie
Qui me conduit das ce bois écarté ;
Et bien loin d'en vouloir à votre
liberté ,
Ie viens pleurer celle qu'on m'a
ravie.
Aprés vous avoir fait unJour.
nal de ce qui s'eſt paſſé enAlle
GALANT.
241
magne& en Flandre depuis un
mois , je devrois vous parler
avec le même détail des autres.
Armées du Roy , mais comme
cela me meneroit trop loin , il
ſuffit de vous faire voir,qu'elles
fot par tout fuperieures à celles
deſes Enemis,& redoutées d'ane
maniere qu'ils n'ofet accepter
le combat qu'elles leur offrent
par tout. Mr de Catinat
l'a preſentéà Monfieur de Savoye
qui s'eſt auſſi toſt retranché
pour l'éviter. M. leDuc de
Noailles a fait la meſme choſe
en Caralogne , ou les Ennemis
aprés avoir fait mine de l'accepter,
ſe ſont retirez . M. le
Comte d'Eſtrées avec ſix Vaifſeaux
l'a offert à Papachin qui
commandoit dix - huit VaifſeauxEſpagnols
, & qui eſt en
grande reputation parmy eux,
242 MERCURE
F
& ce Commandant voyant par
trois fois nos Vaiſſeaux en pane
n'a oſé répondre à ce genereux
deffy , ny ſe vanger du bombar.
dement de Barcelone & d'Alicante
, quoy que l'occaſion fuſt
belle , puis qu'il avoit trois
Vaiſſeaux contre un. M. de
Tourville a toûjours eſté en
pleine Mer preſt à recevoir ou
attaquer les Flotes d'Angleterre
&de Hollande ſi elles euffent
voulu approcher ; mais elles
n'ont point perdu la Manche de
veuëafin de nous y attirer , à
cauſe que le lieu leur eſtavantageux
, qu'ils y ont beaucoup
de retraites , & que nous n'y en
avons aucune. Ainſi ces grandes
Puiſſances , dont chacune
croyoit eſtre la Maîtreſſe de la
Mer, n'ont ofé riſquerun cobat
hors de la veuëde leurs Ports .
Elles
GALANT .
243
Ellesſe ſouviennentſans doute
de celuy qu'elles y perdirent
l'année derniere ; & c'eſt ce qui
les oblige à l'éviter celle- cy.
Enfin j'ay raiſon de dire que les
Armées du Roy ſont ſuperieures
par tout , puis qu'il n'y a
pas meſmejuſques à nos Armateursquine
l'emportent de tous
coſtez par le nombre de leurs
priſes ſur les Ennemis.
Les dernieres Nouvelles de
l'Armée de Flandre portent
que celle du Prince d'Orange
eſtoit à l'Abbaye de Brogne ,
qui eſt environ à cinq lieuës de
Dinan & de Philippeville.
Le Roy de Pologne ayant refusé
de faire une Paix avantageuſe
, qui luy a eſté pluſieurs
fois offerte par le Grand Seigneur
, ce dernier vient de la
conclure avec les Moſcovites ,
Aoust 1691. L
244 MERCVRE
au grand deſavantage de laPo
logne. Je ſuis , Madame, & c .
AFarisce 31.Aoust 1691 .
AVIS.
TE Public a ſouhaité l'Avis
qu'iltrouveraicy , afin d'apprendre
au commencement de
chaque mois , le ſujet de l'Entretien
qu'on luydonnera quinzejours
aprés ſur les Affaires
duTems.Le cinquiémeEntretien
ſera une ſuite de celuy qui
eſt intitulé , Le Prince d'Orange
travaillant àfon Histoire ,& cetre
fuite contiendral'Hiſtoire dela
mortde Mrs de VVith , & celle
de lean Barneveld , Avocat
GeneraldeHollande , arrivée
fous lePrince Maurice de Nafſau.
Ony verra de quelle manieGALANT.
245
reces trois grandsHommes ont
eſté les Victimes de deux Princes
d'Orange , parce qu'ils fervoient
comme d'une barriere
qui les empeſchoit de parvenir
à la Souveraineté. Ainfi
le paralelle de ces deux malheureux
Freres avec Barneveld
paroiſtra juſte , à l'exception
du genre de more. Cet Entretien
ne ſera remply que de faits
&de preuves, & les moindres
des indices qui découvriront
les auteurs de leur mort , les
feront connontre d'une maniere
qui empeſchera que l'on
n'en doute ; de forte que rien
ne fera foncé ſur de ſimples
raiſonnemens , comme les é.
crits de Hollande ,d'où il eſt
aiſe d'inferer tout ce qu'on
veut, parce qu'ils fonttoûjours
faux. Ainsi l'on tâchera , en ne
i
L 2
246 MERCVRE
trompant point le Public par
des fauſſetez, à meriter la continuation
de l'accueil qu'il a
faitaux derniers Entretiens fur
les Affaires du Temps. Il en a
eſté ſi ſatisfait , qu'il a fait paroiſtre
par ſes applaudiſſemens
que l'on avoit attrapé ſon
gouft.On continuëra àtravail
lerdu meſme ſtile , puis qu'ila
fait connoiſtre que c'eſt celuy
qui luy plaiſt , & qu'on a ſujet
de croire qu'un gouſt general
neſçauroit eſtre mauvais , ef
tant impoſſible que tout le Public
enſemble ſe puiſſe tromper..
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Pavé de grais & impreſſion , par Mr. Bullet,
Architecte du Roy, avec pluſieurs figures en
taille- douce , inoctavo 3.liv ..
Vie du Cardinal Comendon , par Mr. Flechier,
ind..liv.
Vie de Theodoſe le Grand , par Mr. Fle
chier , ind. 3 liv.
Hiſtoire du Grand Tamerian , tres-propre
à former un grand Capitaine , par Mr.de
Saint Yon , ind.30.f.
Les Sermons de Mr. l'Abbé Fromentier, en
6.vol . inoctavo 18.liv.
Les Meditations du Pere Haincufve , en :
4. vol. ind. 8, liv..
La connoiſſance du Fils de Dieu du Pere :
Saint Jure, nouvelle Edition, infolio 12.liv.
Legrand chemin qui perd le monde , ind..
Αίν. 10. (.
L'Histoire d'Olivier Cromvvel , avec fon
Portrait par raport au Prince d'Orange ,,
inquarto 6. liv.
L'Art de plaire dans les converſations , augmentéd'un
quart, ind. 30.f.
Lettres deMr.Vaumoriere, ind.2.vol.4: liv
* iij
LesDevoirsde la vie civile,ind. 2.vol.3.live.
Inſtruction à la Pratique, de Ferriere,
ind. 30.f.
La Jurisprudence du Code de Ferriere,
4.vol. 12. liv..
Idem les Nouvelles de Ferriere,
4.vol. 12.liv.
La Jurisprudence du Digeſte dë Ferriere,
inquarno 2.vol. 12.liv.
Les Oeuvres de Mr. Bacquet , parz
Mr.la Fertiere , infolio 15.liv . :
Maniere de bien penſer , ind. 1.liv.
Penſées ingenieuſes, ind. 2 liv.
Les Meditations de Dupont , inquarto,
3.vol . 18.liv .
Nouvelle Grammaire Italienne, ind.30.f.
Traité de ce qui eſt dû aux Puiſſances,& de
la maniere de s'acquiter de ce devoir , ind..
1.liv. 10, f..
Journée Chrétienne , ou Maximes Chretiennes
pour tous les jours du mois , par le
Pere Craffet , ind . 1.liv.10.f.
Le moisChrétien , ou maximes Chrétiennes
pour tous les jours du mois . par le Pere
Craffet , ind. 1.liv . 10..
Les Philoſophes à l'encan) , Dialogue,
ind. 1.liv.
Lagloirede Louïs le Grand dans les Miſſions
étrangeres, ind idiv.
Arithmetique en ſa perfection , par Mr. le
Gendre ,ind . 2. liv. 5.f.
Traitédes fiſtules , ind. r.liv.
Nouveau Traité de la maladie venerienne,
ind,uliy
Hiſtoire du Monde de Mr. Chevreau,,
inquarto deux volumes , 12. livres.
Le même, indouze 5. vol.9.liv .
Dictionnaire Civil & Canonique, inquarto,
6. live
Dictionnaire Pharmaceutique , augmenté
d'un tiers , inquarto 6.liv .
Ortographe Françoiſe par de Blegny , indé.
15.fols..
Année Benedictine, inquarto 7.vol. 40.liv .
Hiſtoire de JESUS CHRIST , avec des figu--
res en taille-douce, inquarto 6 liv ...
Tableau des Provinces de France , qui ſe
vendra chaque mois 7.fols.
Les Affaires du Temps ſe vendra chaque
mois 7. fols .
Inſtruction des Filles , dedié à Madame de
Maintenon . ind. 1.liv . 10.f.
Traité des Saints Anges & de l'honneur
qui leur eſt dû, par le R. P. Craffet ind. I.liv..
Les Edits & Ordonnances de Neron , nouvelle
edition , infolio 8.liv .
Science parfaite des Notaires , parMr. de
Ferriere , inquarto 4.liv .
Guide des Negocians , ind.30.f.
Converſations morales de Mademoiselle
de Seudery , ind. 2.vol.4.liv..
Inſtruction des Prêtres , de Molina , Traduction
nouvelle , inoctavo 4.liv.
Geometrie de le Clerc , avec beaucoup de
figures , ind . 3.liv ..
Coûtume de Paris nouvelle Edition , ind ..
2.vol . 3.liv..
Eſpion Turc, par Mr.Mariana ind.4.vol.s.dive
-
* ij
Evenemens les plus confiderables du Roy
ind. I liv. 10.f..
Reflexions fur la vie dee-Aurele-Antonin
, ind . 2.vol. 4.liv. 10.1.
Lettres de Ciceron à Atticus , par Mr. de
S.Reale , ind. 2.vol . 4.liv .
Traité du Patronage , par Mr. de Ferriere,
inquarto 6.liv .
Hiſtoire de l'Eglise d'Arles , par Mr. du
Port, ind. 1.liv. 10.f.
-Secretsde conferver la beauté , de Bligny,
2.vol . inoctavo 6.liv .
Les plus beaux endroits de l'Hiſtoire , ind.
div.to.f.
-Entretiens ſur l'Hiſtoire de l'Univers , ind.
3.vol. 4.liv.
Intrigue du Conclave de Rome, avec la
Viede tous les Cardinaux , ind. I liv.
Grammaire françoiſe de Chiflet, ind. I.liv.
•Inſtruction ſur l'Hiſtoire de France & Ro.
maine , par demande & par réponſe , ind.
1.liv. 10.f.
Voyage du Monde de Descartes , ind .
2.liv. 10.f.
Deſcription de la Ville de Rome, en faveur
des Etrangers , ind. 4.vol . 3.liv. 10.f.
:
Dictionnaire François - Latin du Pere Tachard
inquarto 6. liv . 10.f.
Dictionnaire Latin & François , du même,
inquarto 7. liv..
Elemens deMatematique du P. Preſter de
l'Oratoire , inquarto 2 vol. 16.liv .
Le premier Concile General de Nice , traduit :
en François, inoctavo 3.div.
I
1
Atthalie , Tragedie de Mr. de Racine,
inquarto s.liv .
Hiſtoire des Albigeois, des Vaudois & des
Barbets avec une Carte Geographique des
Vallées , ind. 2.vol . 4.liv .
Hiſtoire des Conclaves , dépuis Clement V..
juſques à preſent , ind. 2.vol. 3 liv .
Conferences morales ſur les Myſteres de
nôtre Seigneur , par le Pere Lyon de l'Oratoire
, 2 vol , inoctavo 4.liv. 10.f..
L'Avent Catolique, ou Pratique ſolide &
devote , ind. 1. liv. 1o.f.
•Effais de Panegyriques des Saints , inocta
3.liv. 10.f.
Lettres familieres, galantes & autres , fur
toutes fortes de ſujets , avec leurréponſe,
ind. 1.liv. 1o.f.
LaMaiſon de campagne, Comedie, ind.1.1.
Les Bourgeoiſes de qualité , ind . 1. liv.
Dictionnairedes termesde la Marine, avee
pluſieurs figures en taille-douce , inoctavo
3. liv .
•Remarques , ou reflexions critiques , morales
& hiftoriques, ſur les plus belles & les
plus agreables penſées qui ſe trouvent dans
les Ouvrages des Auteurs Anciens &Modernes,
ind, 1.liv. 1o.f.
La Relation du Siege de Mons , ind . 2.vol.
2. liv.
Nouvelles Oeuvres mêlées de Madame de
Villedieu, ind. r.liv ..
Relation du voyage d'Eſpagne, par Madame
Bernard, ind. 3.vol . 4.liv. 10..
Le Comte d'Amboiſe , par Madame Berhard,
indouze 2. volumes §. livres.
Les defordres du jeu , reduits en forme
d'Histoire , ind . 1.liv..
Hiſtoire de l'admirable Dom Quichotte
de laManche, avec pluſieurs figures en tailledouce
, ind. 4 vol . 6.liv.
Diſgraces des Amans , dedié à Mr.dela
Feüillade , ind. 1. liv . 10.f.
Relation univerſelle de l'Afrique , avec
beaucoup de figures en taille douce , ind.
4.vol.8.liv.
Caracteres de Theophrafte , avec les
moeurs de ce Siecle , nouvelle Edition , ind..
1. liv. 10.f.
Conferences Eccleſiaſtiques duDioceſe de
Luçon , ind. s . vol . 6. liv. 5.f.
Anatomie de l'homme , ſuivant la circulation
du fang, & les dernieres découvertes
démontrées au Jardin Royal, par Mr.Dionis,
inoctavo 3 liv. 6.f.
Dom Alvare , Nouvelle Allegorique , ind.
xo. fols.
Traitédes Operations deChirurgie , ind.
div. 1o.f.
Réponſe à la Differtation de la Goute,
ind. 1.liv.s.f.
Recueil des Arrêts du Parlement de Gre
noble, inquarto4.10,f.
Hiſtoire des Revolutions d'Angleterre,
ind. 2.liv ..
Officier de Bouche , ind . 30.f.
Le nouveau & parfait Confiturier , ind.
Lliv.s.f.
LaVieduTaſſenouvelleTraduct.ind.30.f.
Ouvres de Capiſtran , ind . 4. liv .
Juvenal. du Pere Tarteron Jeſuite, ind.s.liv.
Nouvelle Anatomie raifonnée , avec pluficurs
figures en taille douce, ind.2.liv...
NouvelleOsteologie, avec pluſieurs figures
en taille-douce , ind.2.liv.
Affaires du Temps , contenant tout ce qui
s'eſt paffé entre le Roy de France , Rome,
J'Eſpagne , l'Allemagne , la Hollande., Pologne
, Suiffe & Cologne , avec l'entrepriſe
du Prince d'Orange ſur l'Angleterre , irlande
&Ecoffe , ind . 10.vol. 10.liv .
Apocalypfe de Mr. de Meaux , inoctavo,
4. liv.
Sermons fur les veritez de l'Evangile , par
Mr. de la Volpilliere , inoctavo 4.vol.11.liv.
Le Napolitain , ou le Défenſeur de ſa Maîtreffe
, ind. 1. liv .
Hiſtoire du Japon , avec pluſieurs figures,
inquarto 2.vol.12.liv .
Nouvelle methode du Blazon du Pere Mcneſtrier,
ind.2.liv.
Le Treſor de la Pratique de Medecine,
traduit de Thomas Burnet, inoctavo..vol
Oeuvres de Varillas , contenant l'Hiſtoire
de Charles IX. inquarto 2, vol . 12.liv.
Le meſme , ind. 3.vol. 3. liv . 10.f.
- -- Idem , François I. en 2.vol.inquarto
1-2. liv.
Le même en 4.vol . ind, 6.liv .
Hiſtoire des Hereſiesen 6. vol. inquarto
36.liv .
Le meſme , ind. 12.vol: 21 .liv .
:
Hiſtoire de Louis XII. en 3.vol. inquarto
18.liv 2
Le meſmeen 6.vol, ind. 10.liv.10.f.
Hiſtoire de Loüis X I. en 2. vol. inquattro
212, liv
:
Le meſme , ind. 4.vol. 7.liv.
Hiftoire ce Charles VIII. inquarto.6,liv .
Le meſme ind. 3.vol.4.liv.10.f.
Politique de la Maiſon d'Auſtriche ; ind.
1.liv.10.f.
Réponſe à Mr. Burnet fur les Hereſics,
sinoctavo 3,liv .
Ordonnance des Eaux & Forests , avec le
Recueil des Edits & Arreſts , ind.2.liv.10.f.
14 Nouveaux Eflais de Morale ſur le luxe &
les modes, &c. ind. 2.liv .
Geometric , Pratique du Sieur Boulanger,
augmenté depluſieurs Notes & d'un Traité
<del Arithmetique parGeometrie d'Ozanam,
ind. 2.liv .
-Recueil des Oeuvres de Madame de la
Suze , ind . 4 vol . 4.liv. 10.f.
Memoire de Mr. de Chaſtener , Seigneur
dePayſegur , ind. 2.vol. 3.liv.
Avispourplacerles Figures.
L
'Air qui commence,Aimables
habitans de ce naiſſant bocage,
doit regarder la page 62
LaMedaille doit regarder la
page 112 .
L'Air qui commence par ,
Petits oiseaux , doit regarder la
page 238
Qualité de la reconnaissance optique de caractères