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1691, 06 (Lyon)
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me,
ex Dono
R. P. Cl. Franc .
Menestrier Soc.Jesu..
807156
MERCURE
Colleg. Lugd. H. Trinit. GALANTE DE
Joc. ZEYON
DEDIE A
MONSEIGNEUR
*1893*
LE DAUPHIN
JU IN 1691 .
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC. XCI.
Avec Privilege du Roy.
1
१
12100
i
LE LIBRAIRE
vie
au Lecteur.
J
E vous envoiray dans huit jours la
de M. Descartes inquarto , avec
Son Portrait par M. Baillet Autheur
du Iugement des Sçavans , ce livre
aura un grand cours. L'on continuera
à diftribuer tous les mois le 20. les Affaires
duTemps & les plaintes de l'Europe
contre le Prince d'Orange , pour
7. fols , il y aura une figure en tailledouce
à celuy qui paroiſtra ce mois.
LIVRES NOVVE AVX
da Mois de Juin 169 K
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Lettres de Ciceron à Atticus avec
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ءام
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Hiſtoire de l'Admirable Dom Qui
chor de la Manche avec plufieurs figu
res en taille-douce , nouvelleBanion,
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2
TABLE .
Plantique des Triomphes de la
France. 4
Priere pourle Roy, composée (ur divers
paſſages. 18
Vers adreſſez au Roy. -26
MaisondeRis. 32
Remerciement fait à l'Academie
Royale de Nifmes. 36
Ode.
44
Jupiter àsa fenestre. Dialogue. 63
Lettre de M.l'Abbé Deſlandes à M.
Goureau, Secretaire de l' Academie
d'Angers. 100
:
Architecture Pratique. HI
Hiſtoire de Cromvvel.n 113
Réjouissances, 117
Idille. 129
Sonnets, 135
TA BLE.
Madrigaux&Sonnets , 139
Ouvrages de M. Broffardde Montaney.
Moris
Histoire.
141
148
155
Etat denostre ArméeNavale avec
l'ordre de Bataille. 182
Iournalde tout ce qui s'est passé au
bombardement de Liege . 187
LettredeM.le Vicomte de la Neuville.
203
Relation de ce qui s'est passé en Catalogneà
la prise de Seu d'Urgel.
707
Journalde tout ce qui s'est passé en
Flandre depuis l'ouverture de la
Campagne. 215
Journalde toutce qui s'estpassédans
la Campagne.
Enigmes.
le Piemont, depuis l'ouverture de
Plaintesde l'Europecontre le Prince
231
248
d'Orange 249
TABLE.
Détailde ce qui s'est passéàlaprise
de la Valdote.
294
Dernieres Nouvelles des Armées du
Roy. 296
Avis pour placer les Figures.
Loit TA Chanfon Provençale
doit regarder la page 100
La Medaille doit regarder la
page 155.
L'Air qui commence par ,
C'est pour vous ſeuls, petits oiseaux,
doit regarderla page 149.
I
MERCURE
THEADE
DEL
GALANT LYON
4VILLE
*1893**
JUIN 169 1 .
(
Nine ceſſe point de
loüer le Roy,& c'eſt
toûjours avec beau -s
coup de juſtice, puis :
que jamais Souverain n'a faith
des choſes ſi ſurprenantes,& en
ſi grand nombre .Cela est cauſe
que la maniere ordinaire del
luy donner des loüanges com -
mençant enfin à eſtre épuisée ,
Juin 1691 . A
2 MER CURE
1
on s'attache à chercher des
tours nouveaux , pour rendre
àſes actions toutes merveilleuſes
, la justice qu'on leur doit.
Le zelequ'on a pour la gloire
de cet Auguſte Monarque, qui
faitles delices de ſon Siecle ,
ne peuteſtre ralenty par la difficulté
des expreſſions qui font
toujours beaucoup au deſſous
detout ce qu'on voudroitdire ,
& fi l'on ſe voit dans l'impuiffance
d'en trouver ou qui
n'ayentpoint encore eſté employées
, ou qui repondent affez
à la grandeur du ſujet qu'on
traite , on tâche du moins d'y
donner de l'agrément par la
maniere nouvelle de le traiter.
C'eſt ce qui a fan naiſtre l'idée
du Cantique que je vous cit
voye. Ellea eſte fort heureure
ment executée, se je choy que
د
2
GALANT .
3
vous ne ſerez pas moins contente
de l'Original Latin , que
de l'Imitation en VersFrançois
quien a eſté faite.
A 2
MERC VRE
CANTICUM
:
GALLIÆ TRIUMPHANTIS .
To triumphe, o Galli, to triumphe
! Ter Deo noftro jucunde cantemus
, Io triumphe.
Dedifti , Domine Gallorum Populo
Regempiam ,justum &fecundum
cor tuum : Regem fortem
invictum , & te adjuvante , in .
vincibilem .
,
GALANT.
5
CANTIQUE
DESTRIO MPHES
de la France.
Peuple comblé degloire.
O François à qui tout rit.
Pouffez des chats de Victoire
Vers le Ciel qui vous cherit.
Ce Roy ſi doux aux bons , aux
méchans fi terrible ,
Ce Roy , par voſtre appuy fi
grand , ſi fortuné ,
Ce Roy de voſtre gouſt , pieux
juſte , invincible ,
C'eſt vous, Seigneur, c'eſt vous
qui nous l'avez donné .
A 3
6 MERCVRE
Zelus domus tua poſſedit eum ;
& ided inimicis tuisfactus est inimicus.
Nonfuftinuit Hareticos in terra
furdiutius immorari ; aut enim
dociles adoptavit ut filios , aut contumaces
ut degeneres abdicavit.
Expulsi sunt à Regno Chrif
tianiſſimo Iconoclasta , & Ico-
2
GALANT . 7
Son coeur fans balancer pre
nant voſtre querelle ,
Toûjours d'un zele ardent fut
pour vous dévoré ;
Toûjours de vos Amis le Protecteur
fidelle ,
Et de vos Ennemis l'Ennemi
declaré.
On l'a veu de l'Etat guérir la
freneſie .
Extirper ſagement un mal enraciné
,
Et parmi ſes Sujets infectez
d'héréſie ,
adopter le docile , & bannir
l'obſtiné.
Voeux ſacrez ,ennemis des voluptez
flateuſes ,
Sacremens, de la Foy nourri
ture & foûtien ,
A 3
8 MERCVRE
nomachi, omnesimpii contemptores
Sacramentorum,
Eiectifunt qui Hierarchiam Catholicam
evertere meditabantur ,
qui Monarchicum Imperium inviti
fubibant.]
Perfecit LUDOVIC US
fine bellis & fine cade intra fines
unius anni , quod Majores fui tota
plus quàm faculo in vanum cupie
runt&tentaverunt.
GALANT .
و
Et vous , Sermons mücts des
Images pieuſes .
Nous vous perdions helas ſans
ce Héros Chrétien.
Des mutins éxilez l'inſolente
entrepriſe ,
Sembloitavoir en but la ſeule
Papauté ;
Maisles coups qu'ils portoient
au Prince de l'Eglife .
Attaquoientdansle coeur l'Aus
guſte Royauté.
Sixde nos Roisarmez & de fer
&de flame ,
Pour abbatre cette Hydre ont
en vain combattu . (
Sans répandre aucun fang, cette
peſte de l'ame
Cede à LOUIS armé de fa
ſeule Vertu .
AS
10 MERCVRE
Io Triumphe , o Galli ,lo trium
phe: Ter Deonoſtrojucunde cantemus
, lo triumphe.
Lumen tanta virtutis offendit
oculosfuperborum; Zeli tam efficacis
gloriaHareticorum , & Principum
Europa odium & invidiamſuſcitavit.
Convenerunt in unum Germanus
Iberus , & Allobrex , adverfus
Christum Domini , primogenitum
Ecclefia.
GALANT
11
OPeuple comblé de gloire ,
OFrançois àqui tout rit ,
Pouffez des chants deVictoire
Vers le Ciel qui vous cherit..
L'orgueil s'en eſt ému, la jalouſe
arrogance ,
Afait contre mon Roy frémir
les Nations ,
Et cent Princes Liguez que tane
d'éclat offense ,
Ont tenté d'obſeurcir fes
grandes actions .
L'lbere & le Germain attaquent
ſa fortune ,
L'impuiſſant Allobroge à leur
couroux ſe joint ,
Contrele Fils aîné de leur Mere
commune
Les Frères fontarmez , & n'ea
rougiffent point.
A6
12 MERCURE
Conjunctifunt Rebellibus Anglis
& Hollandia Confædératis adha.
ferunt : non erubuerunt Principes
Catholici fociari cum iniquo &
Haretico Throni Britannici Invafore
Factus estMagnus LUDOVICUS,
Protector vera Religionis & vindex:
Regia dignitatis affertor acer
ximus.
@mnes iſti unanimiter impeGALANT.
13
Aulache Ufurpateur du Trône
d'Angleterre ,
Aux Bataves ingrats leur foibleſſe
a recours :
Tout preſts à ſoulever le centre
de la terre
Si l'Enfer à leur rage euſt pû
donner ſecours .
DIEU ſeul ſoutient Louis contre
tant d'adverſaires ,
Etſa haute Valeur redoublans
ſes Exploits ,
AunomdeDéfenſeurde la Foy
de nos Péres ,
Joint le titre éclatant de Prote-
Acur des Rois .
La France impenetrable aux
efforts de ees Princes
14 MERCVRE
4
sumfecerunt in Galliasfrustrà oper
sisunt confusione ,&cum ignomi
marepulsifunt.
Catenato Rheno gemit Germania
, Eridanus confractis cornibus
luget : Belgii nobis penetrale referant
(ubjecti Montes Hannonia
maria victricibus Francorum Navibus
obtemperant.
IoTriumphe , o Galli,IoTrium
phe! ter Deo noftro jucunde cantemus
,loTriumphe.
GALANT. 15
Repouſſe fiéremettant de traits
conjurez ,
Et juſque dans le Centre attaquant
leursProvinces ,
Les accable des maux qu'ils
nous ont préparez .
Nos Vaiſſeaux des deux Mers
ne font qu'un ſeulEmpire,
Nos Ennemis vaincus tremblentde
toutes parts ,
Le Pô gemit aux fers , le Rhin
captifſoupire ,
Mons aux yeux de Naſſau voit
forcer ſes remparts .
OPeuple comblé de gloire ,
O François à qui tout rit ,
Pouffez des chants de Victoire
Vers le Ciel qui vous cherit.
16 MERCVRE
CetOuvrage a eſté compofé
en Latin ſur les Victoires du
Roy , à l'imitation des Cantiques
de Moyfe ,& de pluſieurs
autres ſemblables , par Mr de
Senecé , ancien Lieutenant
General au Préfidial de Mâcon .
C'eſt un homme qui a trouvé
le ſecretde joindre une profonde
Litterature & une grande
politeffe , à l'exacte connoiſſance
des Loix & de tout ce qui
concerne l'adminiſtration de la
Juſtice, qu'il a exercée pendant
cinquante ans avec une réputation
de ſçavoir & d'integrité
qui vivra long-temsaprés luy.
Il a déja donné des marques de
fon zele pour le Roy dans pluſieurs
Ouvrages , & particulicrement
dans ſon Apollon François,
où par une feconditemerveilleuſe
, il a raſſemblé plus de
GALANT.
17
cent Deviſes deſa façon , compoſées
à la loüange de Sa Majeſté
, qui ont toutes le Soleil
pour corps,& qui ſont accopagnées
d'autant de difcours remplisde
beaucoup d'érudition.
Il a voulu faire voir à l'âge de
présde quatre vingt ans que
fon ardeur pour ſon Maiſtre
n'eſt point encore ralentie.Les
Vers François ſont de Mr de
Senecé ſon Fils , dont je vous
ay envoyé pluſieurs Ouvrages
que vous n'avez pas moins eftimez
que le Public.
L'uſage des Prieres pour le
Roy eſt auſſi devenu fort à la
mode , l'ardeurde parler de ce
grand Prince , & de faire des
voeux au Ciel pour la conſervation
de ſa Perſonne ſacrée , a
donné ſujet d'en compofer de
divers Paſſagesjoints enſemble
18 MERCVRE
En voicy une de cette nature.
Vous n'y devez regarder que
l'invention & le zele de l'Auteur
, qui a ſcen en faire un
corps,& leur donner une ſuite .
PRIERE POVR LE ROY,
Sur les Victoires qu'ila
remportées.
C'eſt pour le Roy que je compoſe
mes Ouvrages. Pl. 44-
DIEVtout puifſſant, Seigneur
Ciel&de la Terre , nous
Sommes maintenant profternez aux
pieds de voſtre divine Majesté , &
extraordinairement humiliez pour
vous adreffer nos voeux &nosprieres
pour la profperité de nostre grand
Roy ,le Filsaine de vostre Eglife;
GALANT.
19 す
&en mesme temps , ô Dieu , pour
vous rendre nos tres-humbles ac.
tions de graces , des Victoires que
Ses Armes justes & legitimes ont
remportées non seulement sur nos
Ennemis,maisauſſiſur les Ennemis
de vostre Eglife. Nous connoiſſons
bien , Grand Dieu , que vous avez
toûjours prisen voſtre Sainte Garde
&SaSacrée Personne ,&Son Estat;
mais il faut que nous avouyons que
vostre Protection Paternelle s'est
particulierement declarée enfaveur
denostre Roy tres- Chrestien contre
toute apparence& esperance humaine
ce qui doit convaincre à
l'avenir toute la Chrétienté que
comme un auire Joseph vous regardezd'un
oeil favorablele facré Fils
aisnéde l'Eglise, &le delivrez des
mains tiranniques defes Freresdé.
naturez; & que vous les obligerez,
comme autrefois , à lay venir de
20 MERCVRE
manderle froment de paix & de
reconciliation . Vous avez , grand
Dieu , étably ce Roy pour estre le
Legislateur de vostre Sainte Republique
,&le Restaurateur des bre.
ches de lerufalem , afin que tout
l'univers foit averty que le plus
puiſſant Roy du monde a par son
Zele& parsa pietévaincu les ennemis
de I. C. auffi bien que les fiens
propres. Les merveilleuses & illu-
Stres Conquestes que nostre Augufte
Monarque afaites les armes de F.
C. à la main , doivent imprimer
dans tous les coeurs , quec'est l'Ange
Exterminateur qui a detruit les Ennemis
de vostre gloire & de lafienne.
Les dons extraordinaires que
vous avezdépartisenfa faveur luy
faisant porter ce glorieux titre de
Deffenseurde la Foy , ne perfuaderont
ils jamais les hommes que vous
l'avez appellé pour réedifier Sion ,
GALANT. 21
la Maison du Dieu vivant , & pour
estre icy-bas l'Arbitre Souverain
de tous les Peuples? Vous sçavez,
Dieu des Armées,&queses armes
Sont legitimes ,&qu'il ne les apas
priſes pour agrandirſes Estats, mais
Seulement pour la deffenſe de vostre
cauſe, leſoin devoſtre Maiſon l'occupant
continuellement , & pour
rétablirfur le Trône un grand Roy
qui ena esté tiraniquement chaffé
par la cruauté de ſes Sujets. Vous
Sçavez encore , Dieu de Paix , que
tout couvert delauriers il a donné
la Paixà toute l'Europe , qu'il a
aimela Paix&a seme dans cette
Paix lesfruits de la Justice. Cemagnanime&
invincible Prince , qui
veille du haut deſon Trôneſur les
plus grandes affaires de l'Europe,&
qui leur donne le branle qu'il luy
plaist ,estant aſſistédevoſtreſainte
Grace; ce grand Roy qui rezne (i
1
22 MERCVRE
(
absolument , nonseulement dans le
coeur des Villes , mais encore dans
le coeur des Hommes , a pour le
bien publicde la chrestienté , con-
Senty contreses propres interests ,
que ſes Ennemis reculaſſent leurs
bornes , voyant qu'il s'agiſſoit de
delivrer de la tirannie de l'Ennemy
commun de la Chrétientéun nombre
infinyde Fidelles. C'est pourquoy ,
Seigneur du Ciel&de la Terre nous
redoublons icy nos Prieres & nos
Supplications pour la confervation
de la Personne Royale de nôtre
invincible Monarque , & auf-
Sipour Monseigneur le Dauphin ,
vous priant tres humblement de
faire profperer les armes qu'ila
en main , en les faisant triompher
partout , afin que nous puiſſions dire
uniour avec le Prophete,Combien
fontbeaux fur les Monragnes
les pieds de celuy qui public.
GALANT .
23
la Paix, qui apporte de bonnes
nouvelles touchant le ſalut , &
,
qui dit à Sion,voſtre Dieu regne.
Qu'ilvous plaife, Dieu de mifericorde
ouvrir les yeux aux
Princes Liguez , afin qu'ils remtrent
en eux. mesmes,& que voyant
noſtre incomparable Souverain re
gner fi absolument dans ces grands
&vastes Estats,avec un tel droit
de Royauté& une telle ſplendeur
de Majesté, unesi grande autorité
& puissance , ils le reconnoiffent
pour le plus brillant portrait de la
Divinte qui jamais ait porté le
Diadême, & viennent enfoule de
mander la Paix à celuy qui lapeut
donner de toutes parts , afin que
de cette Paix naifſſe le soulagement
des Peuples , le bonheur
lerepos , & la tranquillité de tous
les Chrétiens , & que
foit àson ordinaire le magazin
la France
24 MERCVRE
des commoditez des Nations circon.
voisines. Qu'ilvous plaiſe auſſi donner
à nostre invincible Prince un
favorablefuccès enſes entrepriſes,
le garantir de tous les accidens qui
menacent lanature humaine, & cõ
Server Sa Sacrée Perſonne en lonqueur
de jours & multitude de
benedictions,verſantſurſes Couronnes
vos plus precicuses influences.
Qu'il vous plaiſe encore , Pere de
grace & de verité , conferver une
Teštefi importante à l'Estat , & une
mainfiglorieuse , dont le Sauveur
du Mondesefervira , s'illuyplaiſt,
pournousfairesentir utilement fa
faveur , & le secours de sa main
toute puiſſante. Daignez enfin , ô
Dieu , répandre furfa Royale Perfonne
une telle abondance de toutes
vos Graces celestes , que nous
puiſſions voir ce grand Roy eftre en
nos jours le Reſtaurateurdes bréches
de
GALANT. 25
- de l'Eglise, la merveille des Roy , &
les délices du genre humain : &م
qu'aprés avoirregné long- temps&
glorieusement enſes Etats , Sa Majesté
puiſſe transmettre à sa
Royale pofterité le Sceptre &
l'Empire qu'Elle poſſede icy bas ,
pour y continuer tant qu'ily aura des
jours , & que lors qu'elle quittera
les Couronnes qu'Elle poſſede , cesoit
pour aller regner dans le Ciel , & en
recevoir une éternelle&incorrupti
blede lamainde celuy qui est leRoy
des Rois , &le Seigneur des Seigneur.
,
Je vous envoye des Vers
dont je devrois vous avoir fait
part plûtoſt , mais les Ouvrages
quin'ont pas encore eſté vûs
eſtanttoujours nouveaux pour
ceux qui les liſent , celuy- cy
doit avoir pour vous la grace
dela nouveauté. Il eſt de Mr
Juin 1691 . B
26 MERCVRE
Andry ; Docteur en Theologie
, & Directeur des Dames
Religieuſes dela Ville l'Everque.
AU ROY.
Pendant le ſejour de Sa
Majesté devant Mons .
Auguste Conquerant ,
inimitable ,
Heros
Princeàtes Ennemisfans ceffe redoutable
,
Unique Protecteur de nos facrez
Autels ,
LOVIS , fans contredit , le plus
grand des Mortels ;
Laiſſe à tes Generaux leſoin de tes
conquestes ,
Nous avons pour tes mains des Palmes
toutes preſtes ,
Pourcouronner ton front nous avons
des lauriers , A
GALAN T.
27
Cucillis exprés pour toy par le Dieu
desGuerriers.
Loin d'un Peuple ſoumis , fidelle ,
&qui t'adore ,
Peux-tu nepassçavoirl'ennuy qui
le devore ? L
Helas ! ignores- tula peur,letrem.
blement
Dont on le voitfaiſide moment en
moment ?
Doutes-tu que toy seul n'en foisla
juste cause,
Quand ilſçait les hazards où ta
valeur t'expose?
Telqu'on voit un Troupeau, dont
lehardyBerger
Volepoursa défense au devant du
danger ,
Lorsqu'un Loup raviſſant paroist
dans la prairie ,
Etveutſurſes Brebis déchargersa
furie
Tel que l'on apperçoit ce timide -
Troupeau
B 2
28 MERCVRE
Languir nonchalamment à l'abry.
d'un côteau ,
Tandis quefon Berger,son défenseur
fidelle ,
Affrontant le perilprend enmainfa
querelle ,
Telle est de ton PARIS , Monarquè
glorieux,
La langueur&le trouble éloignéde
tesyeux.
Ouy , tandis que pour luy , pour
l'honneur de la France ,
Tuvas des Alliez reprimer l'infolence,
Prendre Mons à leurs yeux, en forcer
les ramparts ,
E t'ouvrir des chemins chez eux de
toutes parts ,
Ce Paris , ces Sujets dont tufais les
delices ,
Deta Campagne heureuse admi
vant les prémices ,
Ne peuvent toutefois paroiſtreſans
effroy ,
GALANT . 29
;
Aurécit des perils où s'expoſe leur
Roy.
Ab! revienspromptementſur les
bords de la Seine ,
Reviens, Prince charmant ,Soulager
nostre peine !
Bannis partonretour la crainte &
lefoucy ,
Où tu nous asplongez ent'éloignant
d'icy.
Faispour quelque temps grace aureſtede
la Flandre ;
Aussi bien l'auras - tu quand tu la
voudras prendre ,
Etdéja lamoitié i'ayantpour Sou-
Unsemblablefuccéspourl'autre t'eft
verain,
certain ,
Ildépendra de toy d'en marquer la
journée ,
Un mot quetu dirasferasadestinée,
Etmalgréses efforts , quandiu l'ordonneras
;
B3
30 MERCURE
Ilfaudra, qu'ellecede aux effortsde
ton bras .
Quittedoncfans regretſes Forts
&fes Murailles ,
Viensrevoir tes Aiglons élevezdans
Versailles ;
Leur montrer de tes yeux le brillant
Sanspareil,
C'est les accoutumer aux regards du.
Soleil ,
Et ces jeunes Heros Sans filler la
paupiere,
Venantàfoutenir cesfources delumiere
,
Inſtruits parton exemple , &marchantfur
tes pas,
De leurs vaſtes deſtins que n'attendra-
t- on pas ?
De fi dignes objets , invincible
Monarque.
Doivent de ta tendreſſe obtenir cette
marque,
Pereaussi bien que Roy d'eux &de
tes Sujets
GALANT.
31
Interromps pour un temps le cours
de tes projets,
Souviens- toy quetoujours maistrede
la Victoire,
Tunesçaurois plusrien ajoûteràta
gloire ,
Mais que Pere adoré, parun juste
retour ,
Tupeux&dois pour eux augmenter
ton amour..
Tu n'en sçaurois donner un plus
grandtemoignage ,
Qu'en bâtant le retour de ton beu
reuxvoyage..
Chaque inſtant qui retarde un bien
Siprétieux,
Est un terme pour nous aussi long
qu'ennuyeux ;
Etpourrendre à nos coeurs le repos
&lajoye ,
Ilfaut que dans ces lieux auplûtost
on te voye.
Parmy tant de Sujets qui vivent
Sous ta loy,
B
32 MERCVRE
L'honneurd'estre du nombre,est tout
mon bien , grand Roy.
Ateparlerainſi cetitrem'autorife,
Et cette liberté me doit estre permise
,
Puis qu'enfait deſouhaits pour ton
heureux retour ,
Iene le cede pas aux premiers de ta
Cour ,
je vous ay appris la mortde
Mre Charles de Faucon , Sei 、
gneur de Ris , Premier Preſident
au Parlement de Rouën ,
& vousay mandé que quand
le Roy le nomma pour cette
importante Charge , je vous
en avois parlé fort amplement.
Puiſque cela ne vous ſuffitpas,
je vous diray qu'il avoit eſté
dabord Conſeiller au Parlement
de Normandie ,& enſuite
Maistre des Requeſtes , IntenGALANT.
33
"
dant de Justice à Moulins & à
Bordeaux , & que dans tous ces
Emplois il avoit fait voir ſa capacité&
fon zele pour le ſervice
du Roy , à l'imitation de ſes
Anceſtres , eſtant le quatriéme
de ſa famille qui a exercé cette
Charge de Premier Preſident. Il
eſtoit fils de Meſſire Jean Louis
de Faucon , Seigneur de Ris ,
Marquis de Charleval , qui
aprés avoir eſté Conſeiller au
Parlement de Rouën , puis
Maiſtre des Requeſtes & Intendant
de luſtice à Lyon , fur
faitPremier Preſident du Parlement
de Normandie , &petis
fils de Meffire Charles de Faucon.
Seigneur de Frainville ,
Cõſeiller au méme Parlement ,
Maiſtre des Requeſtes , & enfuite
Premier Prefident , qui
mourut fubitement à Dieppe -
B
34 MERCVRE
où il eſtoit allé haranguer le
Roy. Ce dernier eſtoit frere
de Meffire Alexandre de Faucon,
Seigneurde Ris, quiavoit
eſté premier Preſident avant
luy. Cette famille eſtoit originaire
de Florence , où elle a
donné des Gonfanoniers dés .
l'an 1333. Faleo de Faucon fut
le premier qui vint s'établir en
France ſous le regnede Charles
VIII. Il y a eu de cette Famille
Jacques de Faucon , Evêque
d'Orleans, puisdeCarcaſſionne
Claudede Faucon , Conſeiller ,
d'Estat ſous Henry III . & François
de Faucon , Chevalier de
l'Ordrede Saint Jean de Icrufalem
, appellé le Commandeur
de Kis , qui s'eſt ſignalé contre
les Turcs en pluſieurs combats.
&a efté General des Vaiſſeaux
de cét Ordre. Faucon de Ris
GALANT.
35
}
au
porte écarteléau 1. & 4. dezuen.
les , àlapatre de griffon d'or poſe
en bande au 2. & 3. d'argent ,
Taureau defable , portant au col
un écu d'argent àla croix degueules.
Ie vous ay parlé dans ma Lettre
de Mars dernier , de ce quis
s'eſtoit paflé quandMrdeMarfolier
, Chanoine de la Cathedraled'Uzés
, & Frere de Mr de
Marfolier, Conſeiller au Grand
Confeil , fut receu à l'AcademieRoyale
de Niſmes . On m'a
donné une copie du Diſcours.
qu'il y fit en ce temps- là, &je
vous l'envoye..
65
36 MERCVRE
***************
REMERCIEMENT
Fait à l'Academie Royale
de Niſmes.
MESSIEURS ,
Ie n'eus pas plúsost apprisà
Paris , où j'estois alors , l'honneur
que vous aviez bien voulu mefaire
en me recevant dans vostre illustre
Academie,queje me donnay celuy
devous enfairepar Lettre mes treshumbles
remercimens. Cefut comme
un premier mouvement de reconnoißace&
jeme trouvaysipenetré,
de lagrace que vous veniezde m'accorder
, & des circonstances obli..
geantes dont vous aviez cu la bonté
de l'accompagner , que ne pouvant
zenfermer dans moy-meſme tous les
GALANT. 37
Sentimens qu'un honneur fipeu meritè
y avoit excitez , il fallut en
Laiſſer échaper quelque chose. Aujourd'huy
qu'il m'eſtpermis de regarder
plus prés cettemesmegraces
que l'éloignement qui diminue tous
les objets , qui afforblit l'action
des choses les plus agiſſantes , ne
m'empesche plus de la voir dans
toute son étenduë , de la reſſentir
danstout ce qu'elle a de plus towchant
, dans tout ce qu'elle a pour
moy de plus glorieux& de plus doux,
quepuis je penser , Meſſieurs , que
dois-jefentir ? Quel concours dans
ce moment mesme où j'ay l'honneur
de vousparler,nesefait point dans
mon coeur , d'estime pour vos Per
Sonnes , de veneration pour vostre
illustre Compagnie , de reconnoiffance
, mais d'une reconnoissance
éternelle pour la place que
vous avez bien voulu m'y ac
corder
د
38
MERCVRE
Mef
Iel'aysouhaitée , cette place
ellefaisoit depuis longtemps l'objet
de mon ambition,& cette am.
bition est trop glorieuse pour la
defavüer; car aprés tout
ſieurs ,qui neseroit agreablement
flarédeſevoir aſſis avec les Sages,
avectout ce que cette Province , où
l'air même que l'ong respire ſemble
dõnerde l'esprit,a deplusfin, deplus
delicat , de plus sçavant , de plus
capable enfin de foutenir la reputation
d'une Academie qui a
la gloire d'avoir esté fondée par
LOUIS LE GRAND ?
Il faut l'avoüer Meffieurs
voſtre Academie a des avantages
qu'on ne luy peut contefter. Née...
Sous un Cielplus pur , fous des in...
fluences plus bheureuses , que
par tout ailleurs, ellese voit éta...
blie dans une Ville celebre par fon
antiquité,parSagrandeur, parfess
ود
GALANT.
39
} vicheſſes;Ville queles Muſesmesme
auroient chofie pour leur sejour,ſt
elles n'estoient pasles Citoyennesde
toute la terre ; Vitle où l'on respire
encore cet air Romain , cet air genereux,
cet air noble que le long
feiourqu'y out fait ces Maistres du
Monde , que leur sang qui coule
encore dans les veines defes Citoyensy
a répandu ,& que tant
defiecles quisesont écoulez,n'ont
på encore effacer.
Quede lumiere , que d'érudi
tion , que de delicateffe ne doiton
point attendre d'une Acade.
mieforméedans uneVille,oùleGenie
fi favorable aux belles Lettres ,
Sembleencore préſider; d'une Academie
composée de tout ce qu'ily a
deplus poly dans tous les Ordres
d'une Province qui est elle mesme
fifpirituelle & pour ainsi dire.
40 MERCVRE
animéepar l'illustre Prelat *qui en
est le Protecteur , & qui le seroit
auiourd'huy de tout l'Empire des
Lettres,fi cet Empire pouvoitse réunirſous
un ſeul Protecteur ou fi cette
qualité n'estoit iamais donnée qu'au
merite & aux grands talens !
Ces avantages , Messieurs ,font
pariculiers à vostre Academie. Ils
font grands , mais elle n'en a point
quila releve davantage ny qui luy
donne un droit plus folide à l'im.
mortalité, que d'estre l'ouvrage du
plus grandRoy du monde , d'avoir
estéformée pour estre comme la dépofitairede
cettegloire immortelle à
laquelle il acquiert tous les jours de
nouveaux droits, &de pouvoir estre
comptée entre les proiets qui ſemblent
formez , conduits , execute
par la sagesse mesme i proiets
*M. Fléchier , Evefque de Niſmes , l'un des
quarante de l'Academic Françoife.
GALANT . 41
fur lesquels le temps n'aura point
depriſe , &quiſont ſeurs depaſſer
avecgloire à la Posterité la plus
éloignée.
Ouy , Messieurs , quand l'Hiſtoire
décriva la vie de LOUIS
LE GRAND , on y verra des
Bataillesgagnées,des Villes forcées
des Provincesſubinguées , des Plottes
diſſipées , les Mers domprees
, des Ligues déconcertées
des Rois protegéz , des Hommages
libres ou forcez des Nations
Etrangeres. L'on y verra les Loix
rétablies la Licence réprimée
les Lettres honorées , la Religion
vangée, l'honneur vendu aux Autels
, l'Eglise pacifiée , la France
au plus haut point degloire où elle
puiffe monter ; la Pieté, la Sageſſe ,
la Valeur , toutes les Vertus fur le
Trône. L'Academie Royalede Nif--
mes fera placée parmylesMonu-
,
42 MERCVRE
,
les
mensde cemerveilleuxRegne ; elle
aura rangparmy les Statuës
Arcs de triomphe , les Trophées, elle
Sera comptée entre les monumens
de lagloire de ce grand Roy.
9*
Quel avantagepourvous ,Mesfieurs
d'avoir comme une liaison
neceſſaire avec l'immortalité de ce
Heros ! Quel honneur pour vos noms
devenus immortels,d'alleràlafuite
duſiendans leTemple de la Gloire ?
C'est à cet honneur , Messieurs
que vous m'aſſociez aujourd'huy.
C'est ce quifait l'effentiel , & pour
ainſi dire , le fond du Remerciment
que je vous dois. Mais de combien
de circonstances obligeantes cette
grace que vous m'accordezn'est-elle
point accompagnée?Abſent éloigné.
dépouillé de ce merite éclatant
dont je vous vois tous revestus ,
jobtiens , Messieurs , sur une
premiere demande ce que j'auGALANT
. 43
rois cru n'avoir pas trop acheté
- quand j'aurois employé plusieurs an
nées àſolliciter, quandj'auroisdon.
nésoins ,veilles , Amis ,credit ,
recommandations
tenir.
pour l'ob-
Il est vray que ces derniers
moyes nesontguere propres àobtenir
un rangque vous n'accordezjamais
qu'àl'érudision &aux belles lettres
Envainferoit- onpresētépar lafortune
mesme. C'est le meriteſeul qui
donne l'entrée ; c'est le sçavoir qui
diftribue les places dans cetteilluftre
Affmblée, le voudrois bien pouvoir
dire que c'est à euxſeuls que ie dois
celle que vous voulez bien que i'y
occupe , mais ie me connois trop pour
ne pas avouer que la grace a bien
plusde part que le merite à l'honeur
que vous me faites . C'est ce qui rea
double , Messieurs , l'obligation que
is vous ay, ce qui m'y rendra toute
1
44
MERCVRE
ma vie infinimentſenſible, & ce qui
m'engage à une reconnoissance é-
Bernelle.
Ilm'eſt aisé de iuſtifier ce
que je vous ay dit pluſieurs fois
que l'on écrit partout pour le
Roy. L'Ouvrage qui fuit m'a
eſté envoyé d'Avignon.L'Auteur
qui en eſt , s'appelle
Mr Guintrandi & vous trouverez
en le lifant que la pluſpart
de fes Vers ont un tour
particulier ,& qu'on peut dire
veritablement Poëtique .
ODE.
Sur les dernieres Victoires
duRoy.
Doctes Habitans du Parnaffe ,
Et vous , celestes Déitez ,
Dont les Cignes de Grece en no05
tempsſi vantez,
GALANT. 45
é.
Ont chanté les faits & larace :
Ie ne demande point vos faveurs
pourmes Vers ,
Ils feront bienſans vous le tour de
l'Univers;
LOVIS est mon Heros , mon bonheur
eft extrême.
Leprenspour Apollonce Mars vi-
Etorieux
A quoy bon invoquerd'autre Dieu
que luy-mesme ,
Quand on a dans luy ſeulenſemble
tous les Dieux ?
LOVIS , daigne voir mon ouvrage ;
C'est pour toy que ie l'entreprens ;
Sutrefois on a vû defameux Conquerans
Donner à des Vers leurfuffrage
Alexandre estima ceux du Chantre
Thebain;
Scipion applauditle Comique Affricain
;
46 MERCVRE
Augusteseplaiſoitaux chansons de
Virgile.
Maisque dis-je ? Grand Roy , ne
fais-tu pas plus qu'eux ?
Ton Louvren'est-ilpas des Sciences,
l'azile?
Et quel Dočte ſous toy se voit.il
malheureux ?
Vous, que lacharmante Courriere
De l'Aſtre qui chaſſe la nuit .
Cotore les premiers de l'or dont elle
luit Sur un charde riche matiere.
Et vous, qui du Soleil bornant l'obliquetour,
Voyezſur l'Occanensevelir le jour ,
Preſtezà mes accords uneattentive
oreille.
Heureux , fi iepouvoistendre auffihaut
mon Lut ,
QuemonRoy quifait voir merveil.
lefur merveille ,
Ades plus vieux Héros paſſé le
noble but .
GALANT. 47
Où vit- on jamais plus de gloire.
Plus devertus ,plus de bonheur
Qu'on envoit en LOVIS , dont
la noblevaleur
A pour compagne la Victoire ?
Combien a- t-il de fois parsespuis-
Jans regards
Forcéd'un Peuplefier les orgueilleux
Remparts;
Fait tremblerfur leurs bords le Rhin
l'Escaut , la Meuse ,
Etranimé ſes Gens d'un rayon impreveu
Qui rend commeun Soleilſaface
lumineuse ,
Et qui fait qu'on luy cede aussi.
tost qu'on l'a ven !
L'infatigable Meſſagere.
Quifans ceffe va discourant
Des Exploits inouis de ce grand
Conquerant
48 MERCVRE
Remplit l'un l'autreHemisphere.
Attentive & charméeelle ourre
fes centyeux ,
Pour compter du Heros les Exploits
glorieux ;
Le moindre pas qu'ilfait est digne
de remarque.
Mais quoy qu'elle ait toûjoursfur lui
les yeux tendus,
Quand il faut reciter les beaux
Faitsdu Monarque ,
Le nombre l'embaraffe, &le choix
encorplus.
Ce qu'on craintpour luy de nuisible
C'est lenombre de tant d'Exploits
Qui le font le plus iuste & le plus
grand des Rois ;
VntelHéros ſemble impoffible
En vain en parlons- nous comme
laverité,
Nous ne ferons point crûs chez la
Pofterité :
Mais
GALANT.
49
1
Mais non , l'on croira tout de sa
vaillance.
Vous , Places , qui borniez nostre
Empire avant luy ,
Vous montrant à nos Fils dansle
coeur de la France ,
Ne prouverezvous pas ce qu'ilfait
aujourd'huy
Lors queſaſageſſe profonde ,
Preferant l'olive aux lauriers.
Avoulu defarmer les mains de nos
Guerriers
Pour donner le repos au monde ;
L'envie aux yeux ardenstraverſant
ce deſſein ,
Ets'opposant au cours d'un calmefi
Serein ,
Mon Roys'est vû contraint de res
prendre lafoudre.
Ilmarche ; & les Titans punis de
leur orgueil
Sous leurs forts Bastions d'abord reduits
en poudre
Juin 1691. C
So MERCVRE
Trouvent en expirant un funefte
Cercueil
Mais voici ce qui plus m'étonnе
Lorsque toute l'Europe en corps ,
Pour fondrefurla France,unit tous
Ses efforts ,
LOVIS craint-il pour sa Couronne;
Non ; quand le fier Tiran qui
commandeaux Anglois
Poufféparle defir deperdre le François,
Souleve contre luy l'Empire& l'Al.
lemagne ,
Qu'il est dans cedeffein fecondédu
Piémont ,
Suivi de la Hollande , ainsi que de
l'Espagne
LOVIS voit à couvert les lauriers
defon Front .
Ainſi quand ſur l'onde écumeuse
Les vents , l'effroy des Matelots ,
GALANT.
51
1 Soulevent tout à coup des montagnes
de Flots
Forment une tempeste affreuſes
- Que poussant à l'envi les nuages
épars,
Ils rempliffent les mirs de tenebreux
brouillars ,
Phæbuscraint- il deperdreun rayon
de lumiere ?
Leurs deffeinsfurieux nesçauroient
réussir ;
Et ce beloeil du jour poursuivant sa
carriere ,
Sçait bien- coſt diſſiper qui l'osoit
obscurcir.
秀
Demême ,Partiſans de l'Envie,
LOVISferit de vos projetss
Il connoîtſa valeur, ilconnoît fes
Sujets ,
Et le Cielveille poursa vie.
Vous apprendrez bien. toft que fon
brasSçaitpunir
C2
52
MER CURE
Tous ceux qui contre luyseflatent
de tenir.
Oubliez- vous déja ſes fameuses
Conquestes ?
Autant de fois liguez , autant de
foissoumis ;
L'Hydre que vous formeza vû cou.
perſes teftes ,
Et luy s'estvû Vainqueur d'un monded'Ennemis.
Deja le destin de laGuerre
Allumeſes tristes flambeaux ;
Je vois déjafloter dansles airs nos
drapeaux ,
EtMarsfait gronderſon Tonnerre.
Catinat d'une part,ce Guerrierva.
leureux,
Suivi de nos Soldats hardis&genereux
,
Entre dans le Fiémont, y porte l'épouvante;
Bellone au front altier , marche à
pas redouble,z
GALANT. 53
1
1
Etfaisant reſonnerſa trompettetonnante
,
De tous nos Ennemis rend les eſprits
troublez .
L'effet de nos juſtes menaces
Nesçauroit eſtre diverty ;
Pour deffendre l'orgueil de l'injufte
Parti
Eft il aßezde fortes Places ?
Vainement leurs Châteaux veulent
nous reſiſters
La justice punit qui l'oſoit insulter
Ievois déja plier Villes& Citadelles
Ville-franchese rend, Saint Sospire
eftà nous ,
Mont-albanfuitdeprés,Gnostronpes
fidelles
Netrouvent point d'obstacle à leur
noble couroux.
Tu lefçais , fier Chasteau de Nice
Toy qui teflatois , mais en vain ,
C3
54
MERCURE
Parla difficulté de tonrude terrain
De nousfervir de precipice ,
Ouy , tu ſçais maintenant , s'il est
rien d'affezfort
Quipuiſſereſiſter au vif& prompt
effort ,
Dont iu viens desentir la terrible
fecouffe.
Tremblez , lâchesmutins , par ce
commencement,
Vn Fort quiſcent braver Anguien.
&Barberouffe,
Pris en moins de fix jours ,vous est
un monument.
Tandis que la Savoye en larmes
Deplorefonfort malheureux,
LOVISdont la Iustice accompagne
Lesvoeux ,
Donne à Mons de vives alarmes
Son Fils en qui du Pere on voit le
vifportrait ,
Qui icune eut la valeur d'un Conquerant
parfait ,
GALANT. SS
I montre avec Philippe le courage
d'Alcide.
Vn feul de ces Heros peut mettre
Monsà bas:
Mais attachez tous troisà l'honneur
qui les guide,
Ce leur feroitsouffrir que ne com.
battre pas.
Qu'il est beau de voirà laTeste
Denos Bataillons avancez
Ces Princesgenereux par la gloire
poussez
Braver les coups dela Tempeste !
Qu'il est beau de les voirſur d'agiles
Chevaux
Tantôt de leurs Soldats visiter les
travaux ,
Ettantôtde l'honneur leur ouvrir
Lacarriere! :
LOV ISſurtout agit puiſſamment
Sur lescoeurs ,
1
Saprefence adoucit la plus rude carviere
,
C
56
MERCVRE
Et tous veulent ſous luy vivre oss
mourir vinqueurs.
Aquoy penses-tu , fiere Ville ,
D'ofer tenir contre mon Roy ?
Non, ne teflatepoint , tu dois fubir
Sa Loy ,
Ta reſiſtance est inutile.
Tu ne dois rien fonder ſur tes Retranchemens
;
Apeine pourront- ils tenir quelques
momens ;
J'entens déja tonnerfon redoutable
foudre.
Ah , quel horrible bruit : Quel
étrangefracas !
On ne voit dans tes murs que sang
que feu , que poudre ,
Affreux & triſte objet de cent cruels
trépas.
Quand tes Habitans pleins de
crainte
Frappez de ces terribles coups ,
GALAN T.
$7
Font vomir les Canons qu'ils tournent
contre nous ,
Nos Gens en craignent ils l'atteinte?
Le Demon des François volantpar-
De fumée épaiſſis , rouges de mille
my les airs ,
éclairs ,
D'unemain agiſſante en détournent
l'orage :
Tandis que nostrefeuredoublant fon
effort
Frappe, éclate , envelope ,ébranle
abat , ravage ,
Etfaitpartoutmarcher le defordre
&la mort.
Lors que nos Gens de viveforce
Atravers leplomb & le fer
Aux yeux de mon Heros marchent
pour triompher ,
Ab , que le peril a d'amorce
Ah,quelchamp de valeur,quand
il est question
CI
58 MERCVRE
D'arborernos Drapeauxfur quelque
Bastion ,
Où le fier Défenseur ne craint rien
decontraire !
On les voit tous courir d'un pas précipité,
Chacunvoleàl'aſſaut,&learjuste
colere
S'ouvre mille chemins à l'immorta
lité.
En vain les Piques herißées,
En vain les effroyablesfaux
Tâchent de repoufferles vigoureux
aßauts,
Faux&Piquessont renversées..
Camme l'on voit des bieds applanir
lesfillons
Par la grêle qui tombe en affreux
tourbillons,
Ainsi l'on voit plier leBeige redow.
table ;
Etfidans cet effort quelques- uns de
nosMars
GALAN T. 59
- Fléchiſſentſous la main de la Parque
indomptable ,
Leur fort eft enviédes Manes des
Cefars.
Mons , tunesçauroiste défendre,
On te pouffe trop vivement.
Attens tu duſecours ? C'eſtinutiles
ment !
Quepeut-il contreunAlexandre?
Lefier Guillaume en vain tâche à
te secourir,
Ilvoit ques'approsher,c'est chercher
àmourir.
VnHeros comme luy doit craindre
leTonnerre.
Qu'ilparte, denosfaits ilferale
témoin,
Ne pensezpas qu'il trouble une fi
juste guerre,
S'il vient voir nos exploits , c'est
Seulement de loin
60 MERCVRE
Vain Prinse , élevé par le crime ,
Aquil'équitable Destin
S'enva bien toſt filer unenuitſans
matin ,
( Nuitfuneste , triſte victime.
Cruel vfurpateur , approche , &
viens deprés
Voir noſtre heureuxtriomphe ,&les
tristes Ciprés
Quide tes Alliez ombragent les
murailles.
démolis,
Voy Mons bouleversé,voy fes toits
Voy ton pavé couvert de millefune_
railles,
Esvoy ſur ſes dekors briller déja
nos Lis.
Enfin Mons est hors de défense
Voy - le de forces épuisé;
Il cede à nos efforts ,honteux d'avoirose
GALANT. 61
S'attirer les Armes de France.
Voycomme nos Guerriers , d'un pas
victorieux ,
Entrant dans cette Ville arrêtent
tous lesyeux.
L'Envie à leur abord voitfa torche
étouffée.
l'orgueildeconcerté montré un front
paliffant ,
Et les débris des toitsnous dreſſent
un trophée
Que le Lion domptéregarde en rugiffant!
Ovous,dont le noble courage
Faitfi- toft l'Ennemy plier ,
Que ne puis- je auffi haut vos exploits
publier
Queje vois baut vostre partage!
LaVictoire contente , aſſiſe ſur vos
fronts
Kous étale des prix de toutes les
façons
১
62 MERCVRE
H Je vousvois tout couverts du jour
qui l'environne.
Allez, braves Guerriers dont lefort
est si beau ,
Poursuivez le chemin quevous montre
Bellonne ,
Par vous bien- toſt l'orgueilſera mis
au tombeau.
Toy , l'objet de ma Poësie ,
LOVIS , vray temple des vertus,
Qui fais queſous tes pieds les vices
abbatus
Expirent avec l'Herefie.
Pardonne , toy qui ſçait aisément
pardonner,
Sijay par mes chansons osé t'im.
Portuner;
MonZele est indiscret,grand Prince
ie t'avoue;
Mais ce crune eft commun dans las
bouchede tous ;
Chacun veut te chanter, tout le
monde te louë
GALANT . 63
Et ce crime eftfi beau que tu m'en
vois ialoux .
Vous m'avez mandé que
vous avez leù avec beaucoup
de plaiſir le Dialogue intitulé,
Le Hollandois dans la Barque de
Caron, qui eſt dans ma Lettre du
mois d'Avril . En voicy un autre
qui ne vous plaira pas moins
Il eſt encore fur les matieres du
temps , & du meſme Auteur.
JUPITER
A SA FENESTRE ..
DIALOGUE .
JUPITER .
Vous eſtes de franchesque
relleuſes . C'eſt à Junon
64 MERCVRE
& Pallas, & Venus que je parle.
On ne vous voitjamais d'accord
, & il faut que j'aye àtoute
heure la teſte rompuë de vos
bagatelles . Si vous continuez
à me chagriner , je mangeray
à petit couvert , & vous irez
chercher le Nectar , & l'ambrofie
où vous pourrez. Viens ,
Mercure , laiſſons les diſputer,
&allons nous promener dans
la Galerie qui a veuë fur la
Terre. Peut eſtre y verronsnous
quelque choſe qui nous
deſennuyera.
MERCUR E.
Allons , je ne vous quitteray
point.
IUPITER..
Oh , le bon air qui vient de
là-bas ! Approche toy de certe
fenêtre pour le refpirer avec
moy. Quelle eſt la partie du
1
GALAN Τ . 65
Monde qui ſe preſente à nos
yeux ? C'eſt fi rarement que je
viens icy , queje n'y reconnois
plusrien.
MERCVRE .
C'eſt l'Europe , quia pris ce
nom pour éternifer celuy d'une
de vos Favorites ; & c'eſt le
Pays que je frequente le plus
volontiers , parce qu'on y cultive
les beaux Arts , &que les
Peuples y font fort polis.
IVPITER .
Bon , tu as la mine d'eſtre
bien informé de ce qui s'y
paſſe. Fais moy connoiſtre en
qu'elle ſituation y font les affaires.
MERCVRE .
On s'y bat à toute outrance
, & les Princes , jaloux les
uns des autres s'y font une
cruelle guerre . Il y a parmy
66 MERCVRE
eux un Louis le Grand , Roy
deFrance quiy cient le même
rang que vous tenez parmy
nous autres . Ils le voyent de
mauvais oeil , à cause de cela ,
& à l'heure qu'il eſt il y a contre
luy une Ligue , ſemblable
à peu prés à celle que lesTitans
formerent autrefois
vous.
JUPITER .
contre
Comment s'en démêle il ?
Crois- tu qu'il puiſſe éviter leur
fureur ?
MERCURE .
Illes foudroye les uns aprés
les autres; il ſerend leur Maître
par mer & par terre , il les.
chaſſe de leurs Provinces , & je
ne fais aucun doute qu'il n'en
forte auffi glorieusement que
vous eſtes forty de l'entrepriſe
desTitans.
GALANT. 67
JVPITER .
Qu'aperçois je là-bas proche
de la mer ? Il me ſemble que
c'eſt une grande Ville que je
n'ay pas accoutumé d'y voir ;
mais elle n'eſt point fermée de
murailles .
MERCURE .
C'eſt la Haye , lieu fort con
fiderable dans la Hollan e On
tientque c'eſt le plus beau Village
du Monde . Ce n'eſt que de
puis peu qu'on ya baſty , & il
n'y a pas plus d'un Siecle qu'il
commence à ſe peupler.
IVPITER .
I'y voy rouler , ce me ſemble,
beaucoup de carroſſes . Yen at-
il tant pour l'ordinaire dans
les Villages ?
MERCURE .
Ce n'eſt que par hazard
qu'il s'y en trouve un ſi grand
68 MERCVRE
nombre , & ils y ont eſté amenez
par les Députez de tous
ces Princes , qui ſe ſont liguez
contre le Roy de France.
IUPITER .
Eh, que font ils là ?
MERCVR E.
Ils y dépenſent l'argent de
leurs Maiſtres ,à déliberer iputilement
comme ils pourront
nuire à ce puiſſant Roy , & cependant
les Soldats de ces princes
manquent d'habits , & ne
viventla plupart que de pillage
IVPITER .
Belle economie ! Y ſerontils
encore long -temps ?
MERCVRE.
Autantqu'il plairaau Prince
d'Orange , qui eſt le grand
Mobile de cette Ligue , & fur
la volonté de qui ſe reglent les
volontezde tous les autres.
GALANT . 69
1
2
IUPITER .
Prince d'Orange ! N'est - ce
pas ce Roy de nouvelle fabri-.
que , contre qui Themis m'a
preſenté requeſte il y a déja du
temps ? le le connois , & je la
luy garde bonne. Si ce maraut
de Vulcain avoit eu l'eſprit de
bien pointer le Canon , dont le
boulet l'atteignit en Irlande
l'Eſté paſſé , nous en cuſſions
dépêtré le monde. le voudrois
bien le connoiſtrede viſage .
MERCURE .
Pourveu que nous demeurions
icy quelque temps , vous
pourrez le voir en original ,
car il doit venir dans peu à la
Haye.
IUPITER .
Ne le vois-je pas là qui court
lapoſte ?
MERCVRE..
Non , c'eſt un Allemand ,
70 MERCURE
qu'on appelle Electeur de Brandebourg.
IUPITER .
Ces noms d'Electeur &
d'Electorat me déplaiſent . Ce
ſontdes titres nouveaux que
je ne reconnois point. Qu'ils
foient Rois , ou rien . Ordonne
de ma part à Leopold , Roy
de l'Allemagne , d'abolir toutes
ces nouveautez .
MERCURE
د
cela
Si ſon pouvoir alloit auffi
loin que ſes ſouhaits
ſeroit déja fait. Quant à moy ,
je voudrois de bon coeur , que
tous ces titres chimeriques
fuſſent réduits à l'ancien pied.
Quand il meurt quelquesuns
de ces Electeurs , & qu'il
faut que je les conduiſe aux
Enfers , nous en avons toûjours
Caron & moy pour
GALANT .
71
une heure à conteſter. Il faic
l'étonné ; il demande ce que
c'est qu'un Electeur , & croit
leur faire trop de grace que
de les mettre à fonds deCale.
Eux au contraire , glorieux
comme des demi- grands
Seigneurs veulent eſtre aux
premiers rangs.Enfin c'eſt une
peine étrange & je vous
aſſure que voſtre ſervice ca
eſt quelquefois bien retardé..
IVPITER.
,
Laiſſe moy faire , j'y donneray
bon ordre ? Quel homme
eſt- ce que
bourg ?
ce Brande-
MERCURE
On ne le connoiſt pas bien
encore. Il avoit pour Pere un
tres- habile Prince , auquel il
n'a ſuccedé que depuis peu ;
mais pour luy ,jene lay veu
paroiſtre qu'a Bonn qu'il
72 ✓ MERCVRE
bombarda longtemps inutilement
, & meſme il y feroit
encore, ſi le Prince de Lorraine
n'eſtoit venu le relever de
ſentinelle . Le bruit a couru
qu'il ne tint qu'à fort peu
que les François ne le prifſent
dans les vignes. Cependant
il ne leur en marque aucun
reſſentiment , & la Campagne
derniere qu'il eſtoit en
Flandre ſur le pied de Chefde
la Ligue , il a eu pour eux
l'honneſteté de les y laiſſer
promener tout à leur aiſe
l'épée au coſté , & le Moufquet
ſur l'épaule , fans les
obliger à prendre de ſes Paſſeports.
IUPITER.
C'eſt eſtre bien civil en
temps de guerre. Où va- t- il
fi viſte ?
MERC .
GALANT.
73
MERCURE .
A la Haye , pour y preparer
les Appartemens du Prince
d'Orange , afin qu'il trouve
コtout preſt quand il y arrivera.
Appercevez - vous bien cet autre
Courrier qui le ſuit de prés
C'eſt l'Adminiſtrateur de V virtemberg.
Sauve les bagages .
JUPITER .
Me prens - tu pour un fourd ,
extravagant que tu es , à me
crier ainſi aux oreilles ? Que
veux- tu dire avec tes bagages ?
MERCVRE .
Je veux dire que comme le
Deſtin & moy nous caufions
ces jours paſſez avec l'Avenir ,
il nous aſſura que ce Prince devoit
perdre ſes bagages au retour
de la Haye , & que les
François les luy pilleroient. Ie
l'en avertis afin qu'il s'en donne
degarde.
Iuin 1691. D
74
MERCVRE
JVPITER .
Que ne prend il une bonne
eſcorte ?
MERCVRE.
Iln'a pas de quoy la payer.
JVPITER .
Et cet autre , qui eſt- il ?
MERCVRE.
C'eſt le Landgrave.
IVPITER.
Repete ce nom ,je ne l'ay pas
bien entendu .
MERCVRE.
C'eſt le LandgravedeHeſſe-
IVPITER .
Caffel.
y
2. Je ne sçaurois le prononcer.
Que maudits foient les Allemans
avec leurs noms heteroclites
. le veux abolir ce baroguoin
fait en dépit des gens .
Sçais- tu bien , Mercure , que
je n'exauce pas la moitié de
GALANT.
75
בו
leurs prieres , faute de les entendre
?
MERCVRE .
Place, place à cet autre qui
pourroit bien fe caſſer le col en
courant fi viſte . C'eſt un Courrier
Bannal , & je le rencontre
toûjours par voye ou par chemin.
IVPITER .
Tu l'appelles ?
MERCVRE .
:
L'Electeur de Baviere . Il va
comme les autres à la Haye.
IVPITER .
Il me ſemble qu'il s'eſt acquis
quelque reputation .
MERCVRE .
Ouy , contre les Tures à
Mohaks & à Belgrade : & comme
il eſt jeune , ces premiers
avantages luy avoient enflé
le coeur juſqu'à vouloir aller
7
D 2
76 MERC VRE
1
de pair avec le Prince de Lorraine
2
IVPITER.
Le petit temeraire .
MERCVRE.
Il faut bien à preſent qu'il
en rabatte . Tout grand Coureur
qu'il eſt , il n'a pu pourtanttrouver
en de belles plaines
dans l'Allemagne , le Dauphin
de France , qui la Compagne
derniere y a eſté prendre de
bons repas avectout ſon train ,
n'y l'obliger à payerſonécor.
IVPITER.
Netrouvestu pas cela bien
vilain dans ce Dauphin , d'allerainſi
vivre aux dépens d'autruy
, tandis qu'il a une ſi bonne
table chez ſoy ?
MERCVRE.
Il eſt aſſez à propos qu'ils'accoutume
de bonne heure à
GALANT.
77
manger du pain d'Allemagne ;
nous ne sçavons pas ce qui en
arrivera . Voyez - vous cette
Flotte qui vogue ſur la mer ? Elle
porte le Prince d'Orange , qui
vient d'Angleterre à ſon rendez-
vous .
IVPITER .
Qu'il eſt pafle & défait ! On
le prendroit pour un....
MERCVRE .
Tout défait qu'il eſt , on ne
laiſſera pas de le recevoir en
Hollande avec un grand applaudiſſement
, & comme s'il
eneſtoitleDieu tutelaire. Tous
cesgrands préparatifs, ces Arcs
de triomphe , ces feux d'artifice
, tout cela l'attend. Si vous
m'en croyiez , nous luy feriens
une malice.
IVPITER.
Etque ſerois -tu d'avis que
nous luy fiſſions ?
D3
78 MERCVRE
MERCURE.
Vous pourriez amaſſer en
l'air tantde nuages & tant de
broüillards ,le jour qu'il deſtine
à ſon Triomphe , qu'il ne pour
roitny voir , ny eſtre veu .
IVPITER .
Tiens cela pour fait. Voilà
un joly train quiarrive.
MERCVRE.
C'eſt celuy du Gouverneur
General de ce que le Roy d'Efpagne
poffede en particulier
dans les Pays- bas. Voilà des
équipages dignes du Marquis
deCaſtanaga, voilà ce qu'on
appelle ſçavoir ſe faire valoir
dans l'occaſion , & donner à
connoiſtre à chacun que tout
Payseſt un Perou pour les Efpagnols
. Il n'eſt rien tel qu'un
Gouverneur de cette Nation ,
pour trouver par tout des Mi
GALANT. 79
nes d'or. Il en découvriroit au
milieu des cailloux, & fçauroit
s'en faire des trefors. Que la
Chroniquefcandaleuſe vienne
aprés cela nous dire que cet
homme eſt entré gueux dans
la Flandre , & qu'il eſttoujours
reſté tel tandis qu'iln'a eſté que
Mr d'Agourto ; nous ne le croironsjamais
, car il n'eſt pas pofſible
que dans lepeu de temps
qu'ily a qu'il occupe ce poſte ,
dont perſonne ne veut ſe charger
, il ait pû amaſſer dequoy fe
parer fi bien luy & fes Mulets .
IUPITER .
Ces gens là tiennent de longues
Conferences . le m'imagineque
le refuitat portera bien
du préjudice au Roy des François.
MERCURE..
Pastantqu'on pourroitpen-
D4
80 MERCVRE
fer . Ils s'accorderont admirable
ment bien à boire , à manger ,
& à chaffer ; mais quant au
reſte , ils feront comme à Ratifbonne
, où l'on délibere toυ-
jours , & où l'on ne conclut jamais.
IVPITER .
Ie voy , ce me ſemble , un
Hollandois qui ſe preſente à
l'audience du Princed'Orange .
Cet homme a bonne phiſionomie
, & il me paroiſt capable
de bien des choſes.Le connois
tu ?
MERCURE .
C'eſt l'Amiral Tromp , le
ſeul homme de conſequence
qu'ily ait en Hollande . C'eſt
à ce qu'on appelle un bon Republicain.
Les de Vvic ne l'eftoient
pas plus que luy . Auſſi
n'eſt il pas l'homme du Prince
GALANT. 81
d'Orange , qui l'a toujours
écarté des grands emplois ; car
il neluy faut que des Vvaldecks
L'Amiral Tromp va à cette audience
ſur les ordres da Prince
d'Orange , qui luy doit donner
avis qu'on l'a choiſi pour commander
la Flotte Hollandoiſe
la Campagne prochaine , mais
ce n'estqu'à ſon corps défen
dant qu'il luy doit donner cet
employ , & parce que toute la
Hollande le demande. Auffi
n'entirera- t - on pas tout le ferviceque
l'on en attend,&dont
il eſt capable ; car le Prince
d'Orange aura ſoin de luy mertreenteſte
des Officiers ſubalternes
pour le contrepointer
dans les Conſeils & dans l'execution
,& il fera fi fort limiter
ſes pouvoirs ,qu'ikl'empêche
rade réütfir. Si vous voyez arm
D
82 MERCVRE
river le contraire,& queTromp
ait la carte blanche , dites hardiment
que le Prince d'Orange
aura perdu plus de la moitié de
fon credit en Hollande. Mais
j'ay bien peur que le pauvre
Amiral Tromp ne monte pas
fur la Flotte , car je croy avoir
entendu dire au Deſtin quelque
choſe là- deſſus .
IUPITER.
Selon ce que tu m'as dit , le
Prince d'Orange n'en ſeroitpas
trop faché. Mais le voilà qui
part pour la Haye.
MERCVRE .
Et le Marquis de Bouflers ,
pour aller inveſtir Mons .
Voyons qui des deux fera meil
leure prife.
IVPITER .
Que veux tu dire ?
MERCURE ..
Levez , levez les yeux ,
GALANT. 83
tournez les du coſté de cette
montagne que vous voyez
environnée de marais . Cette
Ville fi bien fortifiée que vous
voyezdeſſus , s'appelle Mons.
Voilà un gros de Cava'crie qui
s'en approche pour ſe rendre
maiſtre des avenues , & j'en
vois bien d'autres en marche
pour venir les joindre ; ils ſerontdans
peu plus de cent mille
hommes .
JVPITER .
Ne voy je pas aufli le Roy de
France qui vient grand'erre fur
cette route ? O la belle Cour, &
qu'il eſt glorieux d'avoir fous
fon commandement des gens
de fi bonne mine ! Pourquoy
prend il tantde peine ? Aprés
avoir eſſuyć tant de fatigues ,
& fi bien payé par tout de ſa
perfonne ,il eſt en droitderef
84 MERCVRE
ter chez luy ſans craindre de
paſſer pour un Fainéant.
MERCURE.
C'eſt un Prince infatigable.
Tel que vous le voyez , il vient
au Siege pour s'y donnerautant
depeine qu'un fimple Officier.
Il y amene ce qu'il ade plus cher
au monde . Ses Miniſtres l'ont
devancé de quelques jours,& il
trouvera tout en bon ordre en
arrivant . Vous allez voir beau
jeu , & voſtre Boiteux de Fils.
bien occupé. Il ne fortit pas
tant de lâmes de Troye durant
fon incendie , qu'il en
fortira de cette Ville. Nous
entendrons d'icy le bruit du
Canon.
IUPITER .
le tremble de frayeur..
MFRCVKE .
Qu'est ce qui vous peut
alarmer ainfi ?
7
GALANT. 85
IVPITER.
Ne vois-tu pas ce vilain
Canonnier qui braque fon
Canon pour faire tomber le
bouler directement ſur ce
Roy ? Vole , Mercure , varompre
ce coup qui m'affligeroit
infiniment.
MERCVRE.
Fay ſuivy voſtre ordre , &
du ſeul ſouffle de mon chapeau
j'ay détourné ce boules
fatal qui de dépit eſt allé
mettre enpieces le cheval du
pauvre la Chenaye.
IVPITER
le ſuis content & j'auray
,
toujours l'oeil ſurce Prince pour
le garantir des dangers qui le
menacerone . Recommande.
Juy pourtant de ſe moins expoſer
, &fais luy entendre que
jeveux que la France luy ait
86 MERCVRE
l'obligation d'avoir monté ſous
fa ſage conduite au plus haut
point de gloire où elle puiffe afpirer.
Retournons à nos Chaffeurs
. le trouve leur nombre
augmenté.
MERCVRE .
Ce nouveau Chaſſeur eſt le
Duc de Zell Il . vient chercher
dansle Prince d'Orange
un Protecteur contre les Rois
de Suede & de Dannemark
qui veulent prendre connoiffance
de la ſucceſſion de Lavvembourg
, dont il s'eſt emparé
par droit de bienfeance ,
tandis que le Duc de Saxe qui
y a de fortes pretentions ,
s'amuſoit à tirer ſa poudre
moineaux le long du aux
Rhin.
JVPITER .
levoy venir du coſtédeFlanGALAN
Τ. 87
dre un homme qui a la mine
d'unCourrier.
MERCVRE .
C'eſt celuy qui vient leur
donneravis que Mons eſt inveſti
,& quele Roy de France
eſt venu en perſonne en
former le Siege.
IVPITER
Qu'ils font étonnez Le
Prince d'Orange paroiſt ſe
poffeder mieux que les au
tres.
MERCVRE.
Ie ne ſuis pas furpris des
differentes impreffions que
cette Nouvelle fait fur leurs
efprits. Ces bons Allemans qui
ont quelque choſe à perdre,
& qui s'apperçoivent bien
qu'ils courent du riſque , fi la
Flandre ,dontMons eſt la clef
tombe au pouvoir des François
88 MERCVRE
ces bons. Allemans , dis- je,
craignent avec raiſon que cette
Ville ne puiſſe ſe ſauver,& c'eſt
cette crainte qui les déconte.
nance fi fort. Mais le Prince
d'Orange , qui , graces à la
fortune, n'ya preſque rien à perdre
du ſien , ne s'embaraſſe pas
beaucoup du ſuccés de ce Siege
C'eſt ce qui fait qu'il eſt plus
maiſtre de luy . Le voilà meſme
qui lesaffure, & qui leur promet
de le faire lever.
IVPITER .
Quelle effronterie sluy qui
ſçait bien qu'il n'a pas des
forces fuffiſantes pour cela,
&d'ailleurs , que le Roy de
France ne manque jamais à
ſes meſures. Donnons nous
le regalede le ſuivre dans l'exxecution
de ce hardy deſſein,
lele voy qui mome à cheval..
Iroit-il droit à Monse
GALANT. 89
MERCVRE.
Non, ſur ma parole; au contraire,
il va tourner le dos pour
ſe rendre à la Haye , où il donnera
ſes ordres pour affembler
l'Armée de la Ligue.
IV PITER .
Est-ceque cette Armée eſt
aux environs de la Haye ?
MERCVRE .
Point du tout ; elle eſt dans
le voiſinage du lieu où ce
Prince faifoit ſa Chaſſe.
IUPITER .
Que n'y reſte-t-il done ,
luy qui n'a des ordres ny des
conſeils à prendre de perfonne
MERCVRE .
C'eſt toujours autant de tems
paſſé à couvert. Tandis qu'il
s'amuſera à parcourir la Hollande
ſous prétexte d'af
روه
MERCVRE
ſembler l'Armée , il n'aura pas
à craindre que quelque Party
François le vienne enlever.
Le voicy enfin qui vient à
Bruxelles & l'Armée de la
د
Ligue qui ſe rend à Hallde
toutes parts .
IUPITER .
Comptons combien de
jours durera leur marche de
Hall à Mons. le m'imagine
qu'ils décamperont demain ,
car tout eſt preſt , excepté
quelques provifions qu'il fera
facile d'envoyer delà à l'Armée
, quand elle feroit avancée
d'une journée ou de deux.
MERCVRE.
Est-ce que vous vous perfuaderiez
, qu'avec une poignée
de gens ils aillent entreprendre
de forcer des Lignes ,
où , s'ils oſoient s'y preſenter
GALANT.
وا
on les enſeveliroit tout vivans
tant elles font profondes ;
Vous allez voir qu'on demeureratranquilement
à Hall .
Le Prince d'Orange plein de
reſpect pour les Deſtinées , qui
donnent affez à connoiſtre
qu'elles veulent livrer Mons
aux François , réſervera ſa chere
perfonne , & fa timide Armée,
ad meliora tempora; & mefme par
une generoſité inonie dans
un Chefd'Armée qui va faire
lever un Siege , il ſe retran .
chera dans ſon Camp pour
couvrir Hall & Bruxelles , en
casqueles François faffent un
détachement pour les venir
faccager.C'eſt là ce qu'on appelle
une prudence conſommée
,& un moyen ſeur pour
mourir paiſiblement dans ſon
dit entre les bras de ſes Amis.
92
MERCVRE
JUPITER .
l'entens pourtant crier d'i
cy qu'on va deſaſſieger Mons
MERCURE .
, Ouy à Bruxelles où l'on
parle un méchant François ,
& ou le Peuple credule à l'excés
, place le Prince d'Orange
parmy les Heros .
IVPITER .
Tu devines juſte , car j'entens
battre la Chamade à Mons ,
& je voy encore le Prince
d'Orange à Hall . Voilàla Garniſon
qui fort , & le Dauphin
de France quiluy fait l'honneur
de la voir paſſer. Que fera
le Prince d'Orange
MERCURE .
Ce qu'il verra faire aux
François , dont il tâche d'eſtre
le Singe. Le Roy de France
va s'en retourner à Versailles,
GALANT. 93
د
&mettre ſes Troupes en quartier
de rafraichiſſement jufqu'à
l'ouverture de la Campagne
; & le Prince d'Orange
va ſe mettre en chemin pour
retourner à Londres &
donnera ſes ordres pour mertré
l'Armée de la Ligue en
de bons rafraichiſſemens . Ils
luy ſontbien dûs , carles Troupes
ont beaucoup ſouffert à
Hall.
IVPITER .
Tu penſes railler ?
MERCURE
Point du tout , & ie fuis
perfuadé que des gens dontle
cocar eſt ſaiſi de frayeur , &
qui craignent à tous momens
qu'on ne les vienne infulter ,
patiſſent plus de corps & d'efprit
, que d'autres qui font un
grand travail , quand c'eſt de
(
94 MERCVRE'
bon coeur qu'ils s'y appli
quent,
IVPITER .
En verité c'eſt un grand
trompeur que ce Prince d'Orange.
Ne ſe deſinfatueras
t-on iamais deluy , & fera- til
dit encore longtemps , que
pour ſes beaux yeuxtantd'hon .
neſtes gens ſe feront la guerre
ſanspitié?
MERCURE .
C'eſt à vous à y mettre
ordre
IVPITER .
Patience , Mercure,j'y veux
mettre une fin qui faſſe voir
que jene ſuis pas un Dieu de
paille. Allons- nous en de ce
pas tenir conſeil avec les autres
Dieux , &deliberer ſur ce que
nous ferons de ce Broüillon .
i
95
plus
ven.
VOUS
nd il
que
Proeune
Pays
rpier.
nap-
ว
affaires
VELO
1Vsqu'à Venizo aves courrut
Senſo gagna ley jojo ,
Vous fias foulamen mourfoundut,-
Pauré Duc de Savoyo.
R
Jusqu'a vezniso awes
Jusqu'a ve niso a-ues
voussios soula men m
+
vous sios soulamen mor
pa
SHOUs en de ce
pas tenir Dieux , & deliberer fur ce que
nous ferans de ce Broüillon.
W
GALANT .
95
Comme il n'y a riende plus
4 agreable que l'accent Provençal
, & que je ſçay que vous
le prnoncez ſi bien quand il
vous plaiſt , qu'il ſemble que
vous soyez une veritable Provençale
, je vous envoye une
Chanfon qui vientde ce Pays
là. L'Air eſt de Mr Garnier.
Le titre qu'elle a vous en apprend
le ſujet.
COMPLEIN TO 1
Sur l'état present deis affaires
dau Duc de Savojo.
CANSOVN NOUVELO
2 2
1Vsqu'à Venizo aves courrut
Senſo gagna ley joyo ,
Vous fias foulamen mourfoundut,
Pauré Duc de Savoyo .
96 MERCVRE
LouPiemontdey Souldats Francés
Esdevengut laproyo ,
Veas coumo Catinat l'a més ;
Pauré duc de Savoyo .
Nicon'ésplus cequ'és iſtat ,
Carn'és qu'unomoun joyo ,
Sounfamon Casteoufa pietat ,
Pauré Duc de Sovoye.
Poudé's ty ben vousgaranti
Dau Grand Loüis quand foudroyo ?
Revenez donc au boüen parti ,
Pauré Duc de Savoyo.
Veiren leou tous voueftrey Barbés
Eméla boueno voyo ,
Supousas que n'en pendoun gés )
PaurėDuc de Savoyo.
Vins d'un trouésde voueftreis Etats
Afach de fuecs de ioyo ,
Segur leis amouffarezpas ,
Paure
GALANT.
97
Paure Duc de Savoyo.
Veſez que tout és abima ,
Et dias encaroſoyo ,
Efperas que toutfié crema ,
PauréDucde Savoyo.
Voueſtreis Poplésfauto depey
Soun reduits à l'Anchoyo .
Perque trabiſſias noueftré Rey
Pauré Duc de Savoyo ?
Fauty que de paurey ſujets
Souffroun de voueftrey moyo ?
Mettezau fuec voueftrey proujets,
Paurédu de Savoyo .
N'aurez plus quede Lendenous ,
De Gus , de lichofroyo ,
Si noun vousmettezàginous ,
PauréDuc de Savoyo.
4
Lou tem's coumo chacun vai crés ,
Juin 1691 . E
98 MER CURE
N'ésplus coumo fouloyo :
Noun vous rendran plus ce qu'au
prés ,
Pauré Duc de Savoyo.
Verceil , Carmagnolo & Thurin
Tendran pas tan que Troyo ;
Va prendren tout un beou matin ,
Paurė Duc de Savoyo.
Vouestro grand glory tous leis jours
S'eſcarpo coumo croyo ,
Aves brou cridar au secours ,
Pauré Duc de Sovoyo.
La Liguo n'en poou déja plus ,
Car és mancheto & goyo ,
Nonlyfaut pas couta deſſus ,
Paure Duc de Savoyo.
Ly'an escarpina tous ley peous ,
Etſemblo uno ninoyo ;
Contentas- vous defey confeous ;
JADE DE
= LYON
E
DEL
GALANE
THEQUE
PauréDuc de
LYON
Savoyo.
GILLE
Quandvous prenguet au quichoped
,
Vous traté en fadoyo ,
Sias abima (i tenez ped ,
Pauré Duc de Savoyo .
LeisAliats vous ant peiſſut,
Iusque icy de baboyo ,
May chacun s'és recouneiſſut ,
Pauré Duc de Savoyo .
Guillaumé vous aviéproumés
De gens & de mounoyo ,
Mayfabezcoumo Mons l'amés ,
Pauré Duc de Savoyo.
Donc per ſauva voueftré Pays ,
Per avé pax &joyo ,
N'ya qu'à plega davan LOVIS ,
Pauré Ducde Savoyo .
E 2
100 MERCURE
Ie vous ay parlé pluſieurs fois
de Mrl'Abbé Deſlandes ,Grand
Archidiacre & Chanoine de
Treguier , & je vous ay fait part
de quelques- uns de ſes Ouvrages
que vous m'avez témoigné
avoir lûs avec plaiſir. C'eſt ce
qui m'engage à vous envoyer
la Lettre qui fuit. Comme il l'a
écrite ſur les affaires preſentes ,
elle regarde le Roy , & il n'y a
point de matiere qui vous plaiſedavantage.
A Mr GOVREAV ,
Secretaire de l'Academie
d'Angers.
C'Est denos quartiers, Monfieur
qu'ilfaut apprendre les bonnes
nouvelles . Nous allons avoir commerce
avec les bonnestesgens de la
GALANT . 101 (
Cour & des Provinces ,& gardezvous
bien de croire que ce soit de
nous autres Bretons que voſtre Amy
Horace àvoulu parler d'une maniere
fi odieuse &fi honteuse. Il est conſtant
qu'il parle des Anglois qu'il
traite de Sauvages. Visam Britannos
hofpitibus feros .
Nos Armateurs Bretons ne font
rien moins que des Sauvages. Com.
me on ne peut rien voir deplus intrepide
dans le combat , on ne peut
auſſi rien voirde plus poly dans la
conversation , nydeplus reglédans
La conduite. Cefont de ces choses qui
ne ſe ſontveuës quesous le Regne
de Louis le Grand , l'Empereur des
François, &leRoy de la Mer. Un
Armateur de mes Amis qui a
• amenez dansnos Havres de Barre
quatre gros Vaisseaux pris fur les
Ennemis , m'ayant mandéqu'ilvou
loitſeſervirde mon ministere pour
E3
102 MERCVRE
demander à Dieu la conſervation de
ce Monarque , je me rendis à fon
Bord. Ily avoit dans un des quatre
Vaiffeaux plusieurs Officiers Hollandois
, avec qui j'eus conversation .
Nous allâmes diner sur un Efcore.
C'est le nom que nous donnons à un
Rocher qui s'avance dans la mer .
LesTablettes d'un deces Officiers étant
tombéesdefapoche; S'ilm'estoit
permis de lire , luy dis- je aprés que
je les cus ramaffées , je sçaurois
fans doute des nouvelles de vostre
coeur. Lifez, me répondit - il , tout
vous est permis . I'ouvris ces Tablettes
, & jy leus cesvers.
Il faut finir mesjours dans l'amour
d'Vranie ,
L'abſence ny le temps nem'en
ſçauroient guérir ,
Etje ne vois plus rien qui me
puſt ſecourir ,
Ni qui ſceut rappeller ma libertébannic.
GALAN T.
103
و
Confidencepour confidence me
dit l'Officier en reprenantſes tablettes
; montrez moy les vostres. Ie ne
fis point de difficultéde les luy don-
ner , & ily trouva les vers fuivans.
CetteAigle en rapines fameuſe
Ne vole plus inſolemment
Aux bords du Rhin & de la
Meuſe ,
Qu'elle a bravez ſi longuement.
Mon Princeluy coupa lesailes ,
Quand de ſes atteintes cruelles
L'Allemagne penſoitmourir.
Celaeft bien uray , dit cet officier
, & continuant de lire, il trou .
va ce Madrigal.
L'Aſtre dont la courſe ronde
Tous les jours voit tout le mõde
N'aura point achevé l'an ,
Quetes conqueſtes ne raſent
Tout le Piémont, & n'écrafent
La couleuvre de Milan .
E 4
104 MERCVRE
On vit à cette lecture le Hol-
,
landois tout pensif, ce qui donna
lieu deparler de la pensée. On
demandafi la pensée dans l'homme
le distinguoit d'un Lion , &quelle
pouvoit estre la différence de la pensée
dans l'Homme , d'avec lapensée
dansune Iutelligence. Tandis que
chacun poufſoit la matiere felon
Sa capacité un Pilote Flamand
pris en guerre fit une autre que
ſtion. Il vouloitsçavoir si l' Anrore
&le Crepuscule estoient cenfez
estre , ou dujour , ou de la nuit.
On parla enfuite du flux& du rea
flux de la mer. Nôtre Armateur
jurapar la ruche de fon Vaisseau
toûjours victorieux , que le Soleil
en estoit la vrayecause. Ce nepeut
estre la Lune , continuat- il , puis
qu'elle ne produit ny chaleur ny
froideur. Leflux de lamernevient
d'autre chose que de ce que l'eau se
GALANT.
105
rarefie par la chaleur , &se
condense par le froid. Ce fisteme
paroiſt aſſez vray ſemblable , luy
répondit - on , mais rendez - nous rai .
fon pourquoy'le Soleil faisant le
tour de la terre en vingt- quatre
le flux & reflux ne se
font qu'en vingt quatre heures
quarante- huit minutes.
heures ,
Jem'adreſſeà vous , Monsieur ,
afin que vous prononciez sur toutes
ces questions , car je regarde
vostre Illustre Compagnie avec le
même respect que cet Etranger ,
dont parle Stobée, regardoit le Senat
d' Athenes . Charmé de l'estime
generale que s'étoit acquiſe cette
Republique de Magistrats ,
quittafa Patrie pour aller écouter
ces Senateurs .. C'est de vos
celebres Academiciens qu'il faut
apprendre à louer Louisle Grand.
Comme il n'appartenoit qu'à ce
Es
it
106 MERCVRE
Monarque d'achever tant de gloà
rieuses entrepriſes , il n'apartient
auſſi qu'à ces hommes éloquens d'en
parler , & d'en conſerver la memoire
à tous les fiécles. Vous sçavez,
Monsieur , que je n'ay jamais esté
de l'opinion de ceux qui ont creu
que l'éloquence avoit épuisé toutes
ſesforces, & qu'on ne pouvoit plus
rien dire de nouveau àla gloire de
Sa Majesté . Ya- t- il rien qui puiſſe
Luy en donner davantage , que le
Zele ardent de ſes Sujets , qui
bruslent par tout de donner leur vie,
pour contribuer , s'ils pouvoient , à
Sagrandeur ? Je me souviens d'avoir
leu dans Hermogenes , le ſuiet
d'une Declamation qui m'a paru
fort nouveau . Un peintre ayant
expoféſur le port la peinture d'un
Naufrage qui estoit une merveilleu
fe piece, cette representation.cauſa
zant de frayeur aux Marchands27
GALANT. 107
&mesme aux Soldats dela Marine
que les uns se retirerent du commerce,
& les autres duſervice. Le
Magistrat, en qualité de Vangeur
Public , fit venir le Peintre en ingement.
le nesçay pas bien ce qui
fut decidé , mais ce que ie ſçay, &
cequi eft bien certain , c'est que les
naufrages effectifs nefont qu'exciter
les courages de nos Bretons
les Ancestres ont fait les premieres
Découvertes dans le Nouveau Monde.
Iene puis vous en donner de
meilleures preuves qu'en vous diſant
que dans le moment que je vous
écris pluſieurs ieunes Gentilhommes
veulent que ie me charge
de ce Placet,pour lefaire presenter
,
au Roy .
و
dont
Croy moy , contente l'envie
Qu'ont tant de Guerriers ,
D'aller expoſer leur vie,
Pour t'aquericdes Lauriers. )
E6
108 MERCVRE
Lesprodiges que ce grand Monarque
afaits iusqu'icy nous permettent
d'en esperer d'auſſi grands..
Ceserafans douteparson applica
tion que les inspirations du Saint
Esprit ne seront plus combattuës
par l'artifice de nos Ennemis , &
qu'ils'élevera des courages dignes.
de l'ancienne Italie , pour défendre
la Religion &la Cause commune.Ce
Seraparsa prudence qu'un nuage
obscur,formé de differentes vapeurs
Sera diſſipé. Cefera enfinparsafermetè
que l'Empire des Françoisfera
le plus heureux de tous les Empires.
Un fameux Academicien a comparè
la Ligued'Ausbourgàce nuagedont
je viens de vous parler. Pour moy ,
ie l'ay comparée à ce Mal-adroit
dont parle Trebellius Pollio , qui
en dix coups de javelot ne put toncher
un Taureau . L'Empereur Gallien,
qui estoit present,cherchant
GALANT.
109
A
!
A
F
àſedivertir, prononça enſafaveur
& luy envoyale prix du combat des
Bestes , parce qu'àson ingement il
avoitfait la chose du monde la plus
mal- aisée. Tories Taurum non
ferire difficile eſt. Iene pense ia.
mais acette Ligue contrela France,
qu'il ne me souvienne en mesme
temps de ce que i'ay lù dans Coiffeteau
. Cet Historien si estimé &fi
connu , dit que Romese railla de la
conſpiration de pluſieurs Nations
qui s'allierent avec les Samnites ,&نم
qui menacerenthautement d'effacer
lenom Romain. On detruifit la Ville
de Samnium , &aprés tant de Vi-
Etoires &vingt quatre Triomphes,
il n'enparut presque aucun veſtige
Quel est l'homme de bon ſens qui
pust regarder cette Ligue comme un
lien d'amitié entre des Nationsfe
differentes de Religions & d'inclinations
? On ne verra pas dans pem
10 MER CVRE
de temps qu'ily enait aucun d'eux
qui pare les coups pour fon Compagnon.
Cesont les François , ceſont
les Alliez de Louis le Grand , qui
combattant pour lawraye Religion,
pour les Aurels, pour la Patrie , pour
Lagloire , font comme ces Soldats
dontparle le Taſſe.
Arte di ſchermo nova , & non
più udita ,
A i magnanimi Amanti ufar
vedreſti .
Oblia di ſe la guardia , & l'altrui
vita
Difende intentamente , &
quella e queſti .
La Pofterité ne ferat.elle pas
effrayée , quand elle verra dans
l'histoire de Sa Maiesté , que des
Princes, qui nesont Princes , de leur
propre aven , que parle respectque
leurs Ancestres ont eu pour la vraye
Religion, ayent eu affezdefoibleſſes.
GALANT. III
&affezd'aveuglement pour entrer
dans une Ligue contrel'unique Protecteur
de cette Religion qui les a
mis sur le Trône ? Les Souverains
Pontifes qui rempliront le Saint
Siege iusqu'àla fin desfiecles , admireront
le Zele , la preté , & l'exceſſive
moderation de Louis le Grand
& Sancti benedicant tibi . Ils
beniront ſans doute le regne de ce
Monarque. Gloriam regni tui
dicent , & poteftatem tuamloquentur.
lefuis ,&c.
Il n'y a preſque rien de plus
important dans la vie que ce
qui met les hommes à couvert
des injures du temps , & leur
donne lieu de travailler commodement
, ſuivant la profeffion
qu'ils ont embraffée. Les
Baſtimens empeſchent que la
confuſion ne ſe trouve parmy
cux ,& ces demeures des par-
2
112 MERCVRE
ticuliers , qui uniſſent les familles
, font d'autant plus neceſſaires,
que ce ſont elles qui
forment les Villes , comme les
Villes forment les Etats dont
le Monde eſt composé. Ainfi
ſi ceux qui s'apliquent à ce qui
regarde leur conſtruction, ſont
confiderez comme des perſonnes
fort utiles au public ,
on eſt encore bien plus obligé
á ceux qui veulent bien faire
cette dépenſe , puisqu'ils contribuent
à ce qui nous met en
fociere,& fixeles hommes dans
un meſme lieu. Monfieur
Bulet Architecte du Roy &
l'un de ceux qui compoſent
l'Academie Royale d'Architecture
, a erû leur faire plaifir
en leur donnant un livre intitulé
, Architecturepratique,qui
comprend le détail du Toiſé
&du Devis des Ouvrages de
GALAN T.
113
د Maçonnerie Serrurerie ,
Plomberie , Verrerie, Ardoiſe ,
Tuille , Pavé de grais , & impreſſion.
Comme ce livre parle
dela conſtruction de toutes les
fortes d'ouvrages dont un batiment
eſt compoſé ; & qu'en
inſtruiſant ceux qui font bâtir,
illes doit empeſcher d'eſtra
trompez , on peut affeurer
qu'il leur ſera d'une grand
utilité. Il eſt remplide figures
& ſe vend chez Estienne
Michalet , Imprimeur du Roy
ruë S. Jacques , à l'image S.
Paul. On trouve auſſi dans le
meſme livre une explication
dela Coûtume , ſur le Titre
des Servitudes , & rapports qui
regardent les batimens .
Ceux qui ontjoüé un grand
perſonnage ſur le théatre du
Monde , donnent toûjours
beaucoup d'envie de ſçavoir
۲ MERCVRE
114
ce qu'il y a eu de plus particu
lier dans leur vie , Teleſt Olivier
Cromvvel , fameux par
le titre de Protecteur de la Republique
d'Angleterre dont
il a jouy depuis l'exécrable attentat
commis en 1649. en la
perſonne de Charles I. juſqu'à
ſa mort,arrivée en 1658.LHiftoirede
ſa domination qui n'a
été que trop abſoluë doit plaired'autant
plus aux Curieux,
qu'il est difficile de trouver
un temps plus favorable pour
la mettre au jour , puiſque ce
qui ſe paſſe aujourd'huy en
Angleterre, doit faire ſouhaitter
d'aprendre ce qui s'v paſſoit
du temps du Tiran quila gouvernoitalors
. Mille , & mille
Ecrits en parlent , mais nous
n'avions point encore de corps
d'Histoire , comme celuy que
GALANT.
115
Mr Raguenet vient de donner
au Public. Il l'acompoſe ſur les
ouvrages de quarante Auteurs ,
& dont il marque les noms ,
ainſi que le temps de l'édition
deleurs ouvrages, afin qu'on les
puiſſe aiſementtrouver. Il s'eſt
auſſi ſervi des Manuscrits de
feu M. l'Abbé de Montaigu ,
grand Aumonier de la Reine
d'Angleterre défunte , & des
Memoires de Mr le Marquis
de Ruvigni , autrefois Deputé
General des Eglifes Prétenduës
Reformées de France , &
de ceux de Mr de Chambertaine
, de la Societé Royale de
Londres , qui a écrit de l'Etat
d'Angleterre . Il a encore employé
dans cette Hiſtoire
quantitéde circonſtances qu'il
a appriſes de perſonnes dignes
de foy , qui estoient à Londres
116 MERCURE
du temps de Cromvvel , qui
l'ont vû,& qui ont eſté témoins
de ſes actions . Ila joint à tout
cela beaucoup de faits qu'ila
tirez d'un Manuscrit de feuMr
deBroffe, Docteurde la Faculté
de Paris , qui avoit eſté de la
Religion Prétenduë reformée,
& qui avoit demeuré cinq
annéesen Angletere, àrecherchertout
ce qui pouvoit l'é
claircir ſur la vie de Cromvvel.
On trouve de plus dans cet
Ouvrage tout ce qui s'eſt écrit
de plus mémorable pour ſervir
àcette hiſtoire , tantenAngle.
terre & en Hollande qu'en
France, en Eſpagne & en Italie
Les curieux doivent ſçavoir
gré àl'Auteur d'avoir recherché
, & fait graver toutes les
Medailles qui ont eſté frappées
à l'occaſion des actions de
GALANT . 117
Cromvvel , ou des affaires importantesqui
ſe ſont faites de
fontemps en Angleterre, Enfin
l'on ne sçauroit faire plus de
recherches pour la verité d'une
Hiſtoire , ny la travailler avec
plus de ſoin qu'a fait Mr Raguenet.
Vous vous ſouvenez
peut eſtre que la derniere fois
qu'il y eut des prix diſtribuezà
l'Academie Françoiſe , il remporta
celuy d'éloquence . Il eſt
fortjeune, & un homme de ſon
âge qui réuſſit autant qu'il a
fait dans une entrepriſe auſſi
difficile , que celle qu'il a ſi
heureuſement executée , merite
beaucoup de gloire . Cette
Hiſtoire de Cromvvel ſe vend
au Palais chez le ſieur Barbin .
Quoy que je ne me fois pas
étendu ſur les réjoüiſſances qui
onteſté faites dans toutes les
118 MERCVRE
Villes de France , pour les der
nieres conqueſtes du Roy , je
puis neanmoins vous aſſurer
qu'il s'eſt fait des choſes extraordinaires
, & qui font connoiſtre
avec combien d'ardeur ce
grand Prince eſt aimé de ſes
Sujets . La Ville de Dieppe s'eſt
fort diftinguée. Touty fut en
armes , & rien n'y manqua de
ce qu'on peut faire de plus éclatant,
foit pour la céremonie
du Te Deum , ſoit pour la beauté
des Feux de joye. L'Eloge du
Roy fut prononcé dans la grande
Eglife par le Pere Michel
Ange de Roüen , Gardien des
Capucins , & ce Diſcours luy
attira de grands applaudiſſemens
.
La Ville d'Agen a marqué
ſon zele par tout ce qui peut
accompagner ces ſortes de FeGALANT.
119
ſtes . Tous les Bourgeois ſe mirent
ſous les armes , & l'on ne
vit par tout que Deviſes , Inf.
criptions , Tableaux , Illuminations
, & ce qui ne s'eſt point
encore pratiqué , les Tableaux
qui ontfervi à faire voir la gloiredu
Roy , ont eſté mis dans la
grande Chambre du Conſeil
de l'Hostel de Ville , afin qu'on
les at toujours prefens ,& qu'on
ſe ſouvienne éternellement des
actions merveilleuſes de cet
Auguſte Monarque.
La Ville de Chaſtillon fur
Seine , qui s'eſt toujoursfignalée
en de pareilles occafions , a
fait des choſes ſi particulieres ,
qu'il a fallu un volume pour
les rendre publiques . Mr Pyon ,
Bachelier en Theologie , &
Principaldu College de la mefme
Ville , s'eſt donné la peine
-
120 MERCURE
de le faire. Ainſi le tropde matiere
m'empefchant de vous
donner une deſcription de cette
Feſte & de vous envoyer un
Livre dans une Lettre , je me
contenteray de vous dire en
peu de mots que Mr le Chapt,
prevoſt Royal & Maire du mefme
lieu , pouſſé d'un zele dont
l'ardeur le rend toujours ingenieux,
a fait connoiſtre qu'on
nepeut pouffer plus loin la pafſion
qu'il a pour la gloire de
fon Prince . Dés qu'il eut appris
que le Roy eſtoit party
pour aller affieger Mons , il fit
celebrer à ſes dépens une Mefſe
ſolemnelle pour la conſervation
de Sa Majeſté. Le iour qui
fut choiſi pour le Te Deum , on
trouva une allée d'arbres qu'il
avoit fait élever , & qui alloit
depuis l'Hoſtelde Ville juſques
à
GALAN T. 121
à l'Eglife. Ces arbres eſtoient
d'une verdure naiffante,& tout
couverts de fleurs & de fruits
qui furent diſtribuez au Peuple.
Les deux bouts de cette
allée eſtoient terminez par
deux grands Tableaux remplis
d'éloges du Roy en Proſes
& en Vers.Il y eut des Con..
certs , & des leux faits à la
gloire de ce Monarque , dont
Mr leChapt ſon Fils prononça
le Panegyriquedans la Tribune
, qui se trouva tapiſſée de
verdure.Le Panegyrique eſtoit
la compoſition du pere , & repreſentoit
ſi bien la grandeur
de Sa Majesté , que lors qu'il
finit , les Auditeurs qui en furent
penetrez , remplirent l'air
de cris de Vivele Roy. LaMoufqueterie
fit alors pluſieurs décharges
, & la Icuneſſe de la
Iuin 1691. F
122 MERCVRE
د
Ville parut en même temps
ſous les armes . Deux Fils de
Mr le Chapt portoient des Guidons
tout ſemez d'Emblêmes
fur la Ligue & ſur la prise de
Mons. Ils eſtoient precedez de
trois Déeſſes , qui reprefentoient
la Force , la Juſtice , & la
Prudence. Elles arreſterent le
Corps du Bailliage & de la Magiſtrature
, au bruit de pluſieurs
Inſtrumens , & firent trois Difcours
à la gloire du Roy . qui
furent écoutez teſte nuë. Les
Diſcours finis , cette leuneſſe
continua ſa marche vers la
principale Eglife , où auffi toſt
l'on vit arriver , au bruit des
fanfares , une Compagnie de
Dames , veſtuës en Amazones ,
& dont la magnificence égaloit
le zele, Quandtous les Corps
&toutes ces brillantes Troupes
GALANT.
123
furent entrées dans l'Egliſe , on
entonna le Te Deum , qui fut
chanté avec des violons & des
Aûtes douces .On chanta enſuis
te un Motet tiré de l'Ecriture
Sainte ,& qui ſembloit avoir
eſté fait exprés pour la priſede
Mons. Il avoiteſté mis en mufique
par Mr Morot. Les leux
& les Concerts à la gloire du
Roy qui devoient ſe faire aprés
le Te Deum , furentremis à dix
heures du ſoir , à cauſe de la
trop grande affluence du peuple
, qui n'auroit pûy trouver
place. Le tout eſtoit de l'invention
de Mr le Chapt , & fi les
Dames s'acquiterent bien de
leur employ d'Amazones , la
Fille de ce zelé Magiſtrat y
parut avec distinction . Cette
Feſte ſe termina par un magnifique
regale qu'il donna aux
F 2
124
MERCVRE
Dames. Tous les autres Magiſtrats
donnerent auſſi des marques
particulieres de leur joye,
ainſi que tous les Bourgeois, &
generalement tout le Peuple.
Les Feüillans qui ſont particulierement
attachez à la Maiſon
Royale , fipirent la Feſte par
unbeau feu d'Artifice .
Cačneſtune Ville trop conſidérable
pour n'avoir pas cherché
à ſe diftinguer. Aprés le
TeDeum chanté ,&des feux de
joye allumez par tout dés le
Dimanche 6. du mois paffé, on
renouvellales réjouiſſances le
Jeudy ſuivant. On les commença
par une Loterie d'une invention
nouvelle qui fut tirée
ce jour là dans la Maiſon d'un
Particulier. L'argentdes billets
avoiteſtédeſtiné pourſoulager
les beſoins des Pauvres , & les
GALANT.
125
Lots ne conſiſtoient qu'à rencontrerdes
ordres de fairequelquejolie
choſe en l'honneur du
Roy. Toutela Ville étant ſous
les armes , on chantale Te Deum
dans l'Eglise de S. Pierre. au
bruit du Canon du Château ,
en preſence de Mrs de Beuvron
& de Matignon , Lieutenans
de Royde Normandie, accompagnez
de toute la Nobleſſe &
deMr Foucault,Intendant , à la
teſte de toute la Juſtice. Mr
l'Eveſque de Bayeux y aſſiſta
avec tout leClergé . Le ſoir ily
eut une illumination generale
dans toute la Ville , & dans
tous les clochers . On ne voyoit
que des tables dans les ruës , &
pourle beau monde , il fut invité
à ſouper au Pavillon de la
Foire Franche qui donne fur les
prez. Il ne manqua rien à la
F3
126 MERCVRE
magnificence du repas , & comme
laVille en faiſoit les frais ,Mr
le Marquis de Breſſole, en qualité
de premier Echevin , aſſiſté
de Mr de la Motte , Lieutenant
General , en fit les honneurs .
La Fête finit par pluſieurs feux
d'artifice , dont les effets furent
furprenans .
Les Particuliers n'ont pas
oublié de marquer leur zele , &
ce qui ſe fit dés le 16. d'Avril
dans la Paroiſſe d'Herenguerville
, Dioceſe de Coutance,en
eſt une preuve Mr de Berenger
qui en eſt Seigneur& Patron ,
avoit invité tous les Eccleſiaſti.
ques & toutes les perſonnes
qualifiées de ſon voiſinage de
l'un & de l'autre ſexe,d'aſſiſter
àcette Feſte,qui commença par
une grande diſtribution de
pains qui fut faite aux Pauvres
GALANT. 127
&par pluſieurs Meſſes , à la
fin deſquelles on chanta toûjours
de le Te Deum. Il fut encore
chanté ſolemnellement
l'apreſdinée , & enſuite on alla
voir les buchers que l'on avoit
préparez pour cette réjoüiſſance.
Ils étoient au nombre de
quatre d'une moyenne gran.
deur, qui en entouroient un
plus grand . Il eſtoit quarré , &
l'on y voyoit quatre l ableaux
en deux étages , qui reprefentoient
les efforts inutiles du
Prince d'Orange & des Alliez
contre le Roy. On avoit peint
tout autour un Jupiter qui d'un
coup de foudre tarifſoit un
Fleuve & écraſoit un rocher ,
avec ces paroles Tout luy cede.
Autour des quatre petits buchers
brilloit un Soleil qui difſipoit
des nuagesavecces mots;
F
128 MERCURE
Rien d'impur ne luy plaift. On défera
l'honneur d'y mettre le feu
à une perſonne du beau ſexe ,
&Madame de S. Iean, l'une des
plus confiderables du Canton ,
ne put ſe défendre de l'acepter.
Ie ne vous parle point du repas
qui ſe fit enſuite ; vous jugez
bien que rien n'y futépargné .
Vous vous plaindriez ſans
doute ſije manquois à vous envoyer
des Vers qui ont eſté faits
ſur la conqueſte de Mons , &
qui ont acquis icy une eſtime
generale. Ils font du fameux
Mr de la Monnoye , dont la reputation
vous eſt connue.
GALANT.
129
h
SVR LA PRISE
DE MONS.
IDYLLE .
THEQUR
LYON
*
1893*
Conqueste de LOVIS, Mons
honneurdu Hainau
Rens grace au Ciel de ta défaite...
( Du mesme bras qui te maltraite
Attens aprèsun rude aſſaut ,
Une tranquillité parfaite..
Deton Maistre nouveau l'heroïque .
vigueur
Teferadeformais un Fort inébran..
lable;
D'un siege à tes murs redoutable
On ne teverra plus éprouver la rim
queur
F
130
MERCVRE
Pris une fois par ce Vainqueur
Tu vas devenir imprenable.
Tune craindras pointfous ſes loix
Qu'en ton fein l'Hereſie impunement
prétende
Elever deprofanes toits ,
D'où jusqu'à tes Sutelsſon poison
Se répande.
Dece mélange impur que l'Eglise
apprebende
LOVISte garantit parſes heureux
exploits.
Germain farouche , aveugle Ibere
Quefert defoulever &la terre&
lesmers ,
L'Erreur, la trahison, l'envie ,&
La colere
Toutes les fureurs des Enfers
Contre un Roy qui vous deſeſpere
I'laffronteluyſeultous cesMonstress
divers
GALANT.
131
Et femble aufameux Persée,
Commefi deson bouclier
LaMedusefortoit de Serpens heriffée
,
Apeine pour humilier
Deſes fiers Ennemis la force ra.
maßée
Il attaque de Mons les fuperbes
remparts ,
Qu'il voit d'abord àſes approches
Transformezen autant de roches
Aigles , Lions , & Leopars.
Quandla nombreuſe Ligue opposée
àſa gloire ,
Pourroit en balancer le poids ,
Pourtant d'Etats , pour tant de
Rois..
LeSuccés feroit-ilfidigne de nemoi...
re?
Icy , bravant fes envieux ,
LOVIS triomphe Seulde l'Europe
onnemie..
132
MERCVRE
Pour lePrince Vainqueur quel éclat
glorieux !
Pour les Vaincus quelle infamie !
Ils devoient, ces braves Guerriers
Juſqueſur les bords de la Seine
Venir moiſſonner des lauriers.
L'un s'emparoit de l'Aquitaine,
L'autre le longduRhin étendoit fon
domaine,
La Bourgogne de l'un flatoit l'am
bition
Tandis que l'autre à Mets pleinde
Safrenesie
Alloit prendre poffſſion
De la Couronne d'Austrasie.
Ainsi, quand d'un Malade accable
dedouleurs 6
De veilles &de laſſitude ,
Le ſommeilvientparſes douceurss
Asuspendre l'inquietude ,
Un Songe au malheureux offre de
beaux vergers
GAL ANT. 133
Oùfur un verd tapis , au pié des
Orangers,
D'une claire fontaine il entend le
murmure.
Làde charmans oiseauxformentde
doux concerts;
Lesfleurs y parfument les airs ,
Etpreſentent auxyeux leur riante
peinture;
Mais bien- toſt un fâcheux réveil
Détruit de ces plaisirs l'agréable
imposture ,
Et le trifte Malade endure
Une longue fatigue après un court
Sommeil.
Tels àvaincre la France &par mer
८ &par terre
Dans le Cabinet attentifs ,
On a vû des. Princes oififs
Rouler de vains projets de guerre..
Gependant le Heros que menaçoient:
leurs coups
134 MERCVRE
Sur Mons fait tomberfon tonnerre
Le Songe se difſſipe ,&la Place est
ànous.
Du Trône paternel l'vfurpateur
perfide ,
Néhardyſeulement pour un lâche
attentat ,
N'ose , indigne Ennemy d'un Monarque
intrepide,
Tenter lehazard du Combat.
Iln'afait danssa marche errante,
irrefoluë ,
Quemontrerſafoibleſſeàla Flandre
éperduë ,
Ilfuit , couvert de honte, avecses
legions.
Lafoudre estpartieàſaveuë.
Iuſque fur luy s'étend lanuë ;
Et latempefte encorpoursuit ses efcadrons.
Mais que du voile épais des ombres
les plus noires:
GALANT.
135
Il couvreson front odieux .
S'il échape au Victorieux ,
Iln'échapera pas au bruit deſes via
Etoires .
Qu'unejustefrayeur précipitantSes
Pas
L'emporte aux plus lointains cli
mats ,
Lagloire de LOVIS volera devant
elle ,
Et d'un long ennuy devore',
Le Parricide , l'infidelle ,
De laperte de Mons déja desespe
ré
Va d'un autre en fuyant apprendre
La nouvelle.
Les deux Sonnets que vous
allez lire , ſont du Pere de la
Rouffie , Jefuite.
136 MERCVRE
SUR LA PROSPERITE
des Armes du Roy.
CE Ent Princes conjurez pour abbatire
unseul Roy,
Ont formé le deſſein de conquerir la
France;
Leur orgueil leur fait voirſon Erat
Sans defense ,
Etqu'il leur est aisé de luy faire la
loy..
Se flattant que par tout ils porteront
l'effrey,
Que par tout on craindra leurs
Traittez d'Alliance ,
Leurs puiſſans armemens,leurs fonds
pour la dépense,
Ils riſquentfur cepred leur honneur
&leur foy.
Mais ou vont ces projets ? à trom
per tout le monde
GALANT .
137
?
Les aggreffeurs batius fur la terre
&fur l'onde
Au gré de leur Vainqueur vont expofer
leurfort .
Pour défendre l'Eglise & dompter
l'Allemagne ,
Avec bien plus de gloire, avec bien
moins d'effort ,
LOUIS LE GRAND fera ce que fit
Charlemagne.
SUR L'ASSEMBLE'E
de la Haye , & fur le Siege
P
de Mons.
Ourquoy ce
Conquerant revient.
il d'Angleterre ?
Pourquoyces Alliez arment- ils tant
de bras?
Pourquoy ces Souverains quittent
ils leurs Etats ?
CeSecret important touche toute la
Ferre.
138
MERCURE
Eft. cepour achever une sanglante
guerre ?
Est - ce pour hazarder de perilleux
Combats?
Est- cepour mettre enfin leurs Ennemis
àbas ,
Qu'ils font fonner fi haut le bruit
de leur tonnerre ?
Non, mais embaraſſez des deſſeins
de LOUIS ,
Etourdis des fuccés de ses faits
inoüis ,
Ils difent ; Fera-t- il les choſes
impoſſibles ?
Aprés tout,les François neſont
pointdes Demons.
Allons donc àla Haye ,ở là , témoins
paiſibles ,
Regardons defangfroid comment il
prendra Mons.
GALANT .
139
LA PREFERENCE
HONTEVSE .
MADRIGAL .
N trouve, dites- vous, étrange,
Que le petit Prince d'Orange
Ofe comparerses exploits
A ceux du GRAND ROYdes François.
Adire levray , lapartie
Paroist unpeu mal aſſortie.
Cependant ilfaut accorder
Quecenouveau Roy Statouder
Enunfensa lapreference
Sur leMonarque de la France ,
Et s'ilfaut direfranc & net
Ce que c'est que ce privilege ,
LOVISjamais n'a levé Siege ,
Et Guillaume en a levéſept.
DELORME , Avocat au Parle
ment de Grenoble.
140
MERCURE
V
SONNET.
Ous qu'on voit à la Haye encenferune
Idole ,
Princes Confederez , n'en rougiſſez
vouspas?
Ce culte injurieux aufacré Capitole
Reprocheàvostre rangdessentimens
trop bas ,
Si vous déliberez fur le moyen
frivole
Dereparer l'honneur detrois divers
Combats,
AllezSecourir Mons , LOVISLE
GRAND y vole
Allez,& contre luy méſurez vôtre
bras.
Mais quoy ?fiers des projetsd'une
vaine entreveuë ,
Vous tremblez, vous fuyezson approche
imprevue ?
GALANT. 141
Agilfez , il est temps , & quittez
vostre effroy.
Si ce Prince à vos jeux remporte
une Victoire ,
Ala luy disputer vous aurez plus
de gloire ,
Qu'à vous mettre au deſſous d'un
fantômedeRoy.
DELAGRANCHE , de l'Academie
Royale de Niſmes .
MADRIGAL.
Ie finis cet article par trois
pieces de Mr Broſſard de Montancy.
Toutes celles que vous
avez veuës de luy vous ont fait
connoiftre combien il eſt diſtingué
parmy ceux qui travaillent
en Poësie . l'ay ſeparé dans mes
Lettres d'Avril & de May les
Ouvrages qui m'ont eſté en
142 MERCURE
voyez ſur les dernieres Con
queſtes du Roy . le ſuis fâché
de ne pouvoir donner place à
tous ; mais il n'y a pas moyen
de rappeller toûjours la meſme
matiere.
SVR LA RETRAITE
du Prince d'Orange .
Vandle Roy Statouder , dans
un fauteuil placé ,
De jes futurs exploits endormoit
l'Assistance ,
Et qu'àlaHaye on estoit empresßé
Adiſpoſer l'attaque & la defence
Ilvient un bruit fâcheux du costé
de la France ,
Qui par malheur trouble la
Conference,
Et ſon Heros en est embarrassé.
Mons en peril , tout s'alarme,tou
tremble ,
GALANT.
143
Ilfaut courir à cepreſſant beſoin.
Laissezle faire , iln'ira pas fort
loin ,
Il est fougueux beaucoup moins
qu'il neſemble.
Il va pourtant , & s'aproche de
Mons ,
Quand tout à coup soupçonnant
quelquepiege ,
Prenons conseil , ne ſoyons pas fi
prompts,
Aliez , dit - il àson nombreux
Cortege.
Quelque accident pourroit nous
arriver,
L'ay du courage , & je sçay le
prouver
Lors qu'à propos il faut lever un
Siege ,
Mais il s'agit de le faire lever ,
Et franchement j'entens peu ce
manege.
144 MERCVRE
1
SUR LE RETOVR
du Prince d'Orange en Angleterre,&
la fin de l'Aſſemblée
de laHaye. 1
'Nfoin preſſant occupe laHol-
UN lande ,
Le Roy Guillaumey vient tenir sa
Cour.
De toutes parts on se haste , on accourt,
Apparemment lafoirefera grande:
Princes& Ducs viennent tous à
l'offrande ,
Pour s'attirer quelque regard benin
De ceHeros qui regie leur destin .
Ilva bien toſt faire un beau plan
de guerre.
Dont les François se trouveront
Surpris.
Force Soldats amenez d' Angleterre,
S'ille commande, iront jusqu'à Paris
,
Dés
GALANT. 145
Dés qu'on l'aura conclu dans l'Af-
Semblée
Quevont tenir tant de graves efprits
,
Villes , châteaux , il prendra tout
d'emblée.
Peu ferviront le mur & lerempart ,
Aupremierhoc la France estaccablèe
,
C'est un coup feur à ce nouveau
Cefar
Dans cette veue, on l'encense , on
l'admire.
LesHarangueurs s'empreſſent de luy
dire
Ce qu'il a fait de beau depuis un
ani
Que c'estpar luy que l'Europe refpire.
Au fond de l'ame il est tenté d'en
rire ,
Mais ils'observe ,&plussur qu'un
Sultan ,
Juin 1691.
146 MERCVRE
Nonchalamment étendu dans fasa
Chaife ,
Il les écoute , & regarde àson aife
Ces bons Seigneurs qu'ilvoit bas &
Soumis.
Rien n'estsi beau que la ceremonie ,
Maisàfon point fi.cost qu'il les a
mis ;
Bien , grandmercy, dit- il , mes bons
Amis,
*Partez en paix , car la farce est
finie.
AU PRINCE D'ORANGE
Sur la prise de Mons .
Vis , Prince malheureux
Fuis
tourne en Angleterre ,
د
re-
La Flandre à ton honneur est un Païs
fatal
Quitte un illustre employ dont tu
t'aquites mal,
Trompe, opprime , trabis , &nefais
point laguerre.
GALANT.
147
泰
Envain pourſauver Mons preſt à
tomberpar terre ,
Tu promets à la Ligue un effort martial;
Entre LOVIS & toy tout est tropiné.
gal ,
Tun'as que trop fenty le poids de
Son tonnere.
Tu sçais juſques au bout pouffer
un attentat ,
Tu fçais malgré les loix renverſer
un Etat ,
Enfourbe consommétu conduis une
brigue .
Tu dois à cent forfaits le rang
dont tu jouis ;
Mais les lâches complots, l'imposture
&l'intrigue
Sont d'un foible secours pour combattre
LOVIS . 2
G
148 MERCVRE
1
Voicy les noms des Perſonnes
confiderables de l'un & de
l'autre Sexe , mortes depuis ma
derniere Lettre .
Meſſire Guy d'Alogny de
Bois Morant, Chevalier delOrdre
de S. lean de lerufalem ,
Grand Bailly de la Morée & de
Cury , Commandeur de S. lean
Le Latran à Paris ,& de la Feüillée.
La Maiſon d'Alogny , defcend
de Pierre d'Alogny , Sr de
laMilandiere , qui vivoit fous
Charles V. & qui épouſa Aglantine
de la Tremoille , Dame de
Rochefort , dont vint Guillaume
d'Alogny , Sr de Rochefort ,
qui ſe maria avec Jacquette
Courande. De celuy-cy eſt venu
un autre Guillaume d'Alogny
, Sr de Rochefort & de la
Milandiere , qui eut pour Femme
Marguerite de la Touſche ,
GALANT.
149
Dame de Nivelle. C'eſt d'eux
que deſcend toute la Maiſon
d'Alogny, qui a donné pluſieurs
Perſonnes ſignalées par leur
valeur , entre auttes , Pierre d'Alogny
, Sr de Rochefort&de la
Milandiere,Guidon de la Compagniedes
Gendarmes du Comte
deCharny, vivant ſous François
1. Il épouſa Marguerite de
Salignac , Fille du Seigneurde
la Roche Belaſſon , & il en eut
Antoine d'Alogny , Chevalier
de l'Ordre du Roy , & Gentilhommede
la Chambre deHenry
III . qui de Lucrecede Perion,
Fille du Seigneur de laGrange,
eut Louïs d'Alogny , Marquis
de Rochefort , Baron de Craon,
Bailly de Berry , que le fen Roy
fit Chevalier de ſes Ordres.
D'Alogny portedegueules àtrois
Fleurs delis d'argent.
G 3
150
MERCVRE
Mademoiselle Chabot. Elle
eſton Soeur de Henry Chabot ,
Sr de Sainte Aulaye , qui en
1641. épousa Marguerite , Ducheffe
de Rohan , Princeſſe de
Leon , &Comteſſe de Porhoët .
Elle a fait des legs en faveur de
ſes trois Nieces , Filles du feu
Duc de Rohan ſon Frere , qui
font Madame la Marquiſe de
Coërquen , & Madame la Princeffe
d'Epinay , & a eſté enterrée
aux Celeſtins , où ſont les
corps de l'Amiral Chabot , & de
LeonorChabot , Grand- Ecuyer
de France .
Mr le Marquis de Monfuron .
Il eſtoit dela Maiſon de Valbelle
, & Grand Bailly des Montagnes
de Dauphiné. Le Roy a
donné cette Charge à Meffire
Bruno de Valbelle Monfuron
fon Frere , Chevalier de Malte,
GALANT.
151
Commandeur de la Tronquicre,
&Capitaine d'une des Galeres
de ſa Majesté
Dame Renée de la Marſeliere
, Veuve de Meſſire Jacques .
Auguſte de Thou , Preſidenten
la premiere Chambre des En
queſtes du Parlement de Paris ,
& Ambaſſadeur pour Sa Majeſte
en Hollande . Cet Ambaſſadeur
, qui avoit épouſe en premieres
Noces Marie Picarder ,
Fille de Hugues Picardet , Procureur
General au Parlement
de Bourgogne , dont il a eu un
Fils Abbé , & des Filles , eſtoit
Fils de lacques-Auguſte de
Thou , Baron de Merlay , Prefidentà
Mortier au Parlement
de Paris .qui dans ſes Voyages
& dans ſes Negociations d'Eſtat
en Italie , Allemagne , Flandre
& Venise , avoit acquis une en-
)
G4
ISA MER CURE
tiere connoiſſance des Droits
des Princes , & des moeurs des
Etrangers. C'eſt luy qui compoſal'Histoire
de ſon temps, en
pluſieurs volumes Latins , que
toutes les Nations ont receuë
avec eſtime . Il avoit amaſſé une
celebre Bibliotheque , remplic
de grand nombre de Volumes
rare ,& fort eſtiméede tous les
Sçavans . Il mouruten 1617. en
ſa ſoixante quatrième année.La
Mere de Mr de Tõou ,Ambaſſfadeur
en Hollande , fut Gaſparde
dela Chaſtre , Fille de Gafpard
de la Chaſtre , Comte de
Nancey , Capitaine desGardes
du Corps du Roy. Son Ayeul ,
Criſtophede Thou , Seigneur
deBonnoeil &de Cely , avoit
épousé Jacqueline de Tulleu ,
Fille de Jacques de Tulleu ,
Seigneur de Cely. Il fut preGALANT.
153
mier Prefident au Parlement de
Paris , Chancelier des Ducs
d'Orleans & d'Alençon , &
mouruten 1582 âgé de foixante
quatorze ans. Son Bifayoul ,
Auguſtin de Thou , fut Prefident
à Mortier au Parlement
de Paris , & prit alliance avec
Claude de Marle, Fille de Claude
deMarle , Seigneurde Verfilly
, & d'Anne du Drac , &c.
Petit fils d'Arnault de Marle ,
Preſident à Mortier. Trifayeul,
Iacques de Thou , mort en
1504. avoit eſté Avocat General
en la Cour des Aides à Paris
Ilya eu de cette FamilleNicolas
de Thou , Eveſque de ( hartres ,
quien 1994. eut l'honneurde
facrerle Roy Henry IV. àChartres.
Ileſtoit Frere de Chriſto.
phede Thou ; porte d'argent au
chcoron defable accompagnéde trois
G
154
MERCVRE
taons , ou mouches à miel de mefme.
Meffire Adrien le Hardy ;
Marquis de la Trouffe. LieutenantGeneral
des Armées du
Roy , & cy devant Grand Maître,
Meſureur & Arpenteur de
France . Il eſtoit Fils ou Petitfils
de Sebastien le Hardy , Sr de
la Trouffe , Grand Prevoſt de
l'Hoſtel , & de Loüiſe Hennequin
, Fille de René Hennequin,
Sr de Sermoiſes , Maistre
desRequeftes .
Meffire Henry de Creil , Seigneur
de Bournezeau , Maiſtre
des Requeſtes . Il eſtoit Fils de
Louis de Creil , Conſeiller en
la Cour des Aides , & avoit
époaſé Françoiſe Bardin , dont
ila eu Meſſire lean de Creil ,
Seigneurde Bournezeau , Con.
ſeillerau Parlement , puis MaiILLE
NOATE
*1833*
ILSPANLÆ
DVXIT
AR
INFANTES MARI ANNA
DABIT
QVOD.
GANDA -
PRECATVR
SP QG
MED CLXXXIX
L.Dolivartfecit
GALANT . 155
ſtre des Requeſtes en 1676. Intendant
de luſtice à Orleans .
DeCreil porte d'azur au chevron
d'or , accompagné de trois clouds de
mesme.
L'uſage eſtant de fraper des
Medailles pour tout ce qui ſe
faitde memorable dans lesEtats
des Souverains , je vous envoye
celle qui a eſté frapée à l'occaſion
du mariage du Roy d'Eſpagne..
Les paſſions violentes font
beaucoup fouffrir. Heureux
qui eft affez maiſtre de foy.
mefme ; pour ſe tenir toujours
en eſtat de les ſurmonter
. Vn Cavalier , que la qualité
de fort honnette homme ,
&les avantages du bien & de
la naiſſance rendoient un party
confiderable eſtant allé
voir une Dame de ſes Amies ,
5
G6
156
MERCVRE
و
laif
qui logeoit dans un quartier .
entierement éloigné du ſien ,
trouva chez elle une affez
jeune Perſonne , qui attira fes
regards auſſi- toſt qu'il fut entré.
C'eſtoit une Brune d'une
taille aisée & fine , dont le
seint uny , les yeux noirs &
pleins de feu , la bouche admirable
, & les autres traits
formez à proportion
foient peu de coeurs dans l'in.
difference quand on la voyoit
un peu fouvent.Une fort grande
douceur eſtoit répandüe ſur
fon viſage , & il y regnoit un
air modeſte qui ne plaiſoit
guere moins que ſa beauté .Elle
eſtoit venue avec ſa Mere , qui
n'ayant encore que quarantecinq
ans, montroitd'agreables
neſtes de ce qu'elle avoit eſté
dans fon jeune âge . Le Cava
GALANT.
157
lier ,après avoir fourny quelque
temps à l'entretien general
, profita ſi biendel'ocaſion,
que s'eſtantenfin placé auprés
de cette belle Perſonne , il en
eut un particulier avec elle.
Il lui dit mille chofes obligeantes
,& ſes réponſes , également
ſages & judicieuſes , furent
pourluyun charme nouveau.
Elle parloit peu , mais toujours
juſte ,& ne diſoit rien qui ne
filt connoiftre que dansle foin
que l'on avoit pris de ſon education
; elle avoit recen d'u
tiles leçons. Elle ne fut pas
plûtoſt fortie ,que le Cavalier
s'informa qui elle estoit. L'empreſſementqu'il
eut à le des
mander, obligea la Dame avec
qui il eſtoit demeuré foul , à
luy répondre que fa curiofité
luy ſembloit eſtre d'Amant,&
158
1
MERCVRE
qu'il devoit prendre garde à ne
pass'abandonner tropaveaglement
aux premieres impreffions
qu'elle pouvoit avoir faites
ſur ſon coeur ; que tout ce
qu'elle avoit àluy en dire, c'eſt
qu'elle estoit ſa voiſine environ
depuis un an; qu'elle voyoit
peu de monde , & avoit une
conduite extremement régulieres
que ſa Mere qui ne la
quittoit preſque jamais , eſtoit
une Veuve de Province , &
qu'on jugeot à la maniere dont
elles vivoient , qu'elles avoiét
quelque bien . Le Cavalier repliqua
qu'il ne deſavoüoit pas
qu'il avoit trouvé beaucoup
de merite dans cette belle Perſonne
, mais que l'on devoit
penſer , que ne pouvant prendre
d'engagement veritable
fans le confentement de fon
GALANT. 159.
Peredontil attendoit degrands
avantages , il n'étoit pas aſſez
ennemy de ſa fortune ,quelques
douces habitudes qu'il
puſt pratiquer , pour former
jamais d'autre deſſein que celuy
d'avoir quelquefois où s'amuſer
pendant quelques heures
inutiles. Cependant l'idée
qu'il conſerva de la Belle le fit
aller chez la Dame beaucoup
plus ſouvent qu'il n'avoit accoutumé
. Illy vit encore cinq
ou fix fois , & toûjours avec
un redoublement d'eſtime qui
alla plus loin qu'il ne penſoit.
Ces entreveuës fuffiſant pour
l'autoriſer à luy rendre une
viſite', il alla chez elle ,& il fut
receu de la Mere & de la Fille
avec toute la civilité qu'il en
pouvoit eſperer , mais quand
it leur en eut encore rendu
160 MERCVRE
trois ou quatre autres en fort
peu de temps , on le pria de
retrancher l'affiduité . Ce fut
alors que ſa paffion , dont il
s'eſtoit déguisé la force , ſe fit
ſentir dans toute ſa violence.
Les bornes que l'on donna à ſes
foins luy furent inſupportables
, & il commença à s'appercevoir
qu'il ne pouvoit vivre
heureux , privé du plaifie
de voir ce qu'il preferoit à
toutes choſes. Il ſe plaignit de
l'odre cruel qu'il eſtoit forcé
de fuivre ,& il ne put obtenir
qu'on le revoquaſt, Vn jour
qu'il révoit à elle dans les Tuilleries
, il la vit dans une allée,
qui ſe promenoit avec ſaMere.
Il courut les joindre,les entretint
joſqu'à ce qu'elles fortirent
,& aprés qu'il les cut remenées
dans leur Carroffe,un
GALANT. 161
de ſes Amis qui l'avoit veu
avec elles , le felicita ſur ſon
heureuſe fortune . Ille fit d'un
ton fi malicieux , que le Cavalier
jugeant qu'illes conoif.
ſoit , le pria de luy en vouloir
dire des nouvelles . Cet Amy
ne ſe fit pas fort prier pour luy
apprendre qu'il avoit eſte trois
ou quatre ans dansleur voiſinage
, où elles faisoient une
figure des plus mediocres ;
qu'un Marquis qu'il luy nomma
leur avoit rendu des devoirs
fort affidus ,& que depuis
eetemps- làelles eſtoient allées
loger au Marais , où il avoit
ſceu qu'elles avoient équipage
, ce qui luy faiſoit penſer
que leMarquis avoitcontribué
par ſes liberalitez à cet heureux
changement de leur for
tune. Cette nouvelle mit le
162 MERCURE
Cavalier dans un fort grand
trouble. La Dame quiluy avoit
parlé de la Belle , la luy avoit
peinte comme une perſonne
d'une conduite fort fage , & ce
que ſon Ami luy apprenoit
ſembloit contraire à cette fageſſe.
Il voulut s'en éclaircitpar
luy meſme , & n'en trouva
pointdemeilleur moyen,qu'en
tâchant de faire recevoir quelques
prefens . Si la Belle étoit
intereſſée , c'étoitun infaillible
ſecret pour faire fouffrir ſes
foins , quelque empreſſez qu'il
les vouluſt rendre . Il conduifit
la choſe d'une maniere qu'il eut
des occaſions de ſe montrer liberal
, & il s'en fervit ; mais
tous ſes preſens furent refuſez ,
&même avecaſſez de hauteur,
pour luy devoir faire quelque
peine . Il erut d'abord que l'on
GALANT. 163
n'agiſſoit de cette forte que
pour l'obliger à une dépenſe
plus conſiderable , & fon amonr
l'engageant à n'épargner rien
pour réuſſir , il eſpera d'en venir
à bout , s'il pouvoit joindre
la galanterie à la liberalité.
Voicy ce qu'il fit dans cette
penſée. UneRevendeuſe eſtant
venuë chez la Belle dans le
temps qu'il y eſtoit , luyj montra
un lit fort propre , dont la
Mere offrit un certain prix.
Le marché neſe put faire , &
on la laiſſa ſortir , en luy diſant
ſeulement que fi elle n'en pouvoit
trouver davantage , elle
n'auroit qu'à le rapporter. Dans
ce moment , le Cavalier qui
n'avoitoſe ſe mêler de cetachat
ayant appellé un de ſes Laquais
luy donna ordre de direen ſecret
à la Revendeuſe qu'elle
164 MERCURE
vinſt chez luy le foir , & luy
apportaſt le lit. La choſe ſe
fit comme il l'avoit ordonné.
Le Cavalier parla à la Revendeuſe
qui trois jours
aprés alla chez la Belle , où elle
laiſſa le lit , dont le prix luy fut
payé. On voulut le tendre
quelque temps aprés , & ce fut
un grand ſujet de ſurpriſe de
trouver dedans pour mille
piſtoles de Pierreries . On ne
douta point que le Cavalier ne
les euſt données , & non ſeulementon
luyen fit de fort grandes
plaintes , mais on voulut
le forcer à les reprendre. Il nia
la choſe obſtinément ,&d'une
maniere qui l'auroit fait croire,
s'il ne s'eſtoit pas trouvé auprés
dela Belle la premiere fois qu'-
on luy avoitapportéle lit. Cependant
comme il eſtoit impoffiblede
le convaincre ſans le
GALANT.
165
-
-témoignage de la Revendeuſe
que l'on ne connoiſſoit pas , on
fut obligé de garder les Pierreries
, juſqu'à ce qu'à force de
foins , on vint à bout de la déterrer
par le portrait qu'on en
fit à d'autres Femmes qui ſe
mêloientdu meſme trafic . Le
Cavalier futau deſeſpoir de l'avanture.
Non ſeulement on luy
rendit ſes Bijoux qu'il ne put
faire accepter , quelqueinſtance
qu'il en fiſt , mais on s'offença
de ſon entrepriſe , comme
eſtant contraire à l'opinion
qu'il devoit avoir de la vertu
de la Belle. Il y eut plus. La
force de ſon amour qui s'augmentoit
toujours par la refiſtance
,l'ayant fait recommencer
à rendre des viſites aſſiduës ,
la Mere s'y oppoſa avec plus
d'empire qu'elle n'avoit faitau166
MERCVRE
4
paravant , & lors qu'il voulut
les autorifer par l'exemple du
Marquis dont on luy avoitparlé
, elle luy dit qu'il eſtoit vray
qu'il avoit eu libre accés chez
elle pendant quelque temps ,
par ce qu'il avoit d'abord propoſé
un mariage , mais que les
choſes n'ayant pû s'accommoder,
on avoit fait avec luy rupture
entiere ſans qu'onl'euſt
reveu depuis. La fermeté de la
Mere , jointe à la ſageſſe de la
Fille , qui ne ſe démentoit
point, & qu'il ne voyoit jamais
en particulier , irritant ſa paffion
dont il n'étoit plus le maître
, il declara qu'on pouvoit
fouffrir ſon empreſſement ,
puiſque ſes deſſeins avoient
toûjours eſté legitimes ; que
s'il avoit differé juſque là à
s'expliquer , c'eſt qu'il craiGALANT.
167
:
gnoit que fon Pere qui lay devoit
laufer de grands biens , ne
fuſt pas content de ſon amour ;
qu'étant dans un âge extrémement
avancé , il ne pouvoit
vivre encore long temps , mais
que li on faiſoit diffi.ulté d'attendre
ſa mort , le bien de ſa
Mere qui estoit confiderable ,
&dont il avoit la jounfance ,
pouvoit le mettre en eſtat d'épouſerla
Belle , quand meme
fon Pere luy refuſeroit ſon conſentement
. La Mere prenant la
parole , tandis que la Fille faiſoit
voir par une rougeur modeſte
, que la declaration ne luy
eſtoit pas deſagreable , fit connoîſtre
au Cavalier que les ſentimens
qu'il leur témoignoit
la touchoient tres- vivement ,
mais qu'elle ſe croiroit indigne
de l'honneur qu'il vouloit faire
168 MERCVRE
à ſa Fille , ſi l'impatience d'en
joüir la rendoit aſſez injuſte
pour fouffrir qu'il s'expoſaſt à
ſe mettre mal avec ſon Pere ;
qu'elle le prioit de ne luy rien
dire d'un engagement qui
pourroit le chagriner,& qu'elle
attendroit ſans aucun murmure
qu'il fuſt en estat de diſpoſer
deluy meſme,pour yfatisfaire;
que cependant il devoit garder
beaucoupde meſures dans
ſapaſſion pour ne donner aucun
lieu à la médiſance. Si
la declaration du Cavalier ne
luy fit pas obtenir une entiere
liberté de voir la Belle auffi
ſouvent qu'il l'euſt ſouhaité ,
dumoins il eut celle de luy
pouvoir dire tout ce que l'amourluy
faifoit fentir , ce qui
luy eſtoitun fort grand foulagement.
La Belle l'aſſeuroit de
fon
i
169
GALANT.
fon côté qu'elle avoit pour luy
l'eſtime la plus parfaite.& lors
qu'il luy demandoit un aveu
moins reſervé des ſentimens
de ſon coeur , elle répondoit en
rougiſſant , qu'elle ſe trouvoit
dans un eſtat où elle n'oſoit ſe
rien permettre de plus ; qu'il
ſuffiſoit qu'il y euſt alors un
obſtacle eſſentiel qui les empéchoit
de rien conclure ; que cet
obſtacle ſeroit peuteſtre ſuivy
dechangemens qu'ils ne prévoyoient
ny l'un ny l'autre ; &
qu'au hazard de parler contre
elle meſme , elle ne pouvoit ſe
deffendre de luy dire , que s'il
eſtoit ſage , il donneroit ſur luy
moins d'empire à un amour
qu'il pourroit ſe voir obligé
d'éteindre . Cette réponſe qui
l'enflamoit encore davantage ,
produiſoit entre eux de fort
Luin 1691 . H
170
MERCVRE
agreables , conteſtations. Illuy
reprochoit que la rupture ne
pouvant ſe faire que par elle
ſeule , puis qu'il eſtoit reſolu
del'épouſer quand elle voudroit
fans attendre même la mort de
ſon Pere , il falloit que le conſeil
qu'elle luy donnoit de ſe
rendre maiſtre de ſa paſſion ;
pour l'étoufer s'il arrivoit qu'il
en fuſt beſoin , vinſt de ce qu'-
elle ſe ſentoit le coeur peu favorablement
diſpoſe pour lay , &
l'incertitude où elle ſembloit
mettrepar làſon bonheur, luy
eſtoit un vray ſupplice. La
mort du Pere qui arriva peu de
temps aprés , ayant finy cette
forte de diſpute , le Cavalier
n'eut plus à douter qu'il ne
deuſt avoir le plaifir d'entendre
dire qu'il eſtoit aimé parfaitement.
Il vint offrir à la Belle
1
(
GALANT.
171
1
une fortune tres - confiderable ,
& il la trouva toûjours modeſte
c'eſt à dire ne s'expliquantqu'à
demy ſur tous autres ſentimens
que ceux de reconnoiſſance.
Vneauſſi grande ſucceſſionque
celle qu'il avoit a recueillir faiſant
toûjours naiſtredes affaires
, il demanda ſi on vouloit
bien luy donner un mois ou
deux pour les terminer , afin
qu'en ſe mariant enſuite il puſt
gouſter ſon bonheur ſans embarras.
On voulut ce qu'il voulut
, & il luy ſembla que l'on
conſentoit trop facilement au
retardement du mariage . Il crut
pourtant voir le coeur de la
Belle ſe developer inſenſiblement
en ſa faveur. Il luy écha
poit toûjours quelques marquesde
tendreſſe qui luy répondoient
, qu'il pouvoit beau
H 2
172 MERCVRE
coup fur elle , & fi elle refuſoit
de s'expliquer en des termes
auſſi forts que ceux dont il ſe
ſervoit , ce refus luy donnoit
lieu de tant deviner, qu'ilavoit
ſujetd'être content.Enfin aprés
qu'ileut donné ordre à tout ,
rien ne pouvant plus le détourner
de travailler à ſe rendre
heureux, il propoſa de fairedrefſer
unContrat de mariage,mais
qu'elle fut ſa ſurpriſe, lors qu'à
cette propofition il vit la Mere
& la Fille qui ſe regardoient
ſansluy répondre ! Il demanda
l'explication de ce miſtere , &
la Belle ſe vit enfin forcée de
luy dire que s'il vouloit bien ſe
ſouvenir des conſeils qu'elle
avoit cru luy devoir donner, il
nel'accuſeroit pas quand il apprendroit
qu'elle n'avoit agi de
laforte, que parce qu'elle estoit
GALANT. 173
mariée ſecrettement. Il ne ſe
peut rien imaginer de pareil
au deſeſpoir que montra le Cavalier.
On le laiſſa ſe plaindre
d'abord ſans combattre ſa douleur
, & quand il ſe fut un peu
foulagé par là , la Mereluy dit
que s'il vouloit l'écouter , elle
eſtoit perfuadée qu'il ſe trouveroitbien
moins malheureux
qu'il ne croyoit. Il ne pouvoit
concevoir que cela puſt eſtre
puis qu'il voyoit tout perdu
pour luy,& fe reſolvantcomme
malgré luy à luy laiſſer dire ce
qu'elle aſſeuroit qu'il feroit
bien aiſe de ſçavoir , il apprit
d'elle qu'aprés qu'elle eut congedié
le Marquis ,dont on luy
avoit découvert l'attachement,
un vieux Gentilhomme qui
avoit du moins ſoixante &
quinze ans, eſtoit venu latrou-
د
H 3
174 MERCURE
ver pour ſçavoir d'elle fi quarante
mille écus qu'il étoit
preſt de donner comptant ,
pourroient obliger ſa Fille à le
vouloirépouſer;que le peu de
bien qu'elles avoient leur avoit
fait accepter la choſe; que quoy
qu'il n'euft point d'enfans,
ilavoit voulu la tenir ſecrete
,pour éviter le reproche
qu'on luyauroit fait de ſe trouver
encore ſenſible à l'amour
dans un âge où il devoit eſtre
à couvert de ſes foibleſſes ;
qu'un peu aprés l'affaire conclue,
elles avoient changé de
quartier afin qu'on n'euſt
point à raiſonner ſur le changementde
leur fortune ; que le
Gentil- homme qui ne
voyoit jamais que la nuit , &
qui venoit fans aucune fuite ,
s'étoit caché avec tant de ſoin
les
GALANT. 175
à elles -meſmes ,qu'elles ne le
connoiffoientque par un nom,
qui apparemment eſtoit un
nom ſuppoſé , puis que toutes
leurs recherches ne leur avoientpû
faire découvrir qui
le portoit ; que malgré l'amour
qu'il avoit toûjours marqué
pour ſa Fille , il y avoit prés de
trois mois qu'elles n'avoient
entendu parler de luy , quoy
qu'il euſt accoûtumé de les
venir voir tous les trois ou
quatre jours , & qu'une fi longue
negligence leur donnoit
ſujetde croire qu'il eſtoit mort.
Le Cavalier à qui la confidencede
cette avanture renditl'ef
perance,demanda le nom que
s'étoit donné le vieux Gentilhomme
, & il eut beau s'informer
, il n'en put avoir aud
cunes nouvelles. Trois mois
H4
176 MERCURE
>
paſſez ſans qu'il cuſt paru étoient
preſque une aſſeurance
qu'il ne vivoit plus , mais on
ne pouvoit ſe determiner à
rien , à moins qu'on ne l'euft
entiere , & l'impoſſibilité où
l'on ſe trouvoit de s'éclaircir
les mettoit tous dans une terrible
inquietude. Quoy que la
Belle fult elle meſme perfuadéede
la mort du Gentilhomme,
la rigidité de ſa vertu luy
faifoit traiter de foibleſſe criminelle
les fentimens favora
bles qu'elle témoignoit au Cavalier
, & elle ſe reprochoit
juſqu'au moindres complaiſances
,où il l'engageoit à force
d'amour. Il les meritoit par ſes
"manieres pleines de tendreſſe ,
mais ſi ſon Mary eſtoit vivant ,
elle ne pouvoit les avoir pour
luy,& cette idée ſuffiſoit pour
GALANT. 177
lalaiſſer ſans repos . Il luy eſtoit
pourtant impoffible de ne point
aimer le Cavalier. Illa voyoit
tous les jours , & loin de l'en
empeſcher, elle auroit eſté fachée
qu'il ne leuſt pas venë.
Il luy propoſa un jour de la
mener àune fort jolie maiſon
qu'il avoit à quatre lieuës de
Paris , & la Mere ayant conſenty
à cette partie,ildonna ſes.
ordres pour les regaler..Aprés
un repas fort propre, il les pria
d'entrerdans un Cabinet,qui
ouvroit fur le lardın ,& d'où
la veuë ſe portoit fort loin. Cc.
Cabineteſtoit remply de. Tableaux
, & la Belle les ayant
parcourasen un moment , ar.
reſta ſes yeux fur un Portrait
qui luy fit faire un grand cry.La
Mere qui regarda le même par
trait,dit toute ſurpriſe,que c'es
H
178 MERCVRE
ſtoit celuy du Gentil-homme:
Mary de la Fille ,& ces paroles.
furent come un coupde foudre
pour le Cavalier. Ce portrait
eſtoit celuy de ſon Pere qu'il
avoit fait faire depuis quelques.
mois , & le rapport du temps
deſa mort au temps qu'ily avoit
qu'on n'avoit point veu le
Gentilhomme , luy repreſenta
en un moment tout l'excés de
fon malheur . Il fut partagé ſenfiblement
par la Mere & par la
Fille , que la peinture qu'il fit
des manieres de ſon Pere , outrela
reſſemblance des traits du
Portrait , ne convainquit quec
trop de la verité. Illeur en vint
*un témoignage aſſeuré peu de
jours aprés . Vn Religieux revenu
d'un long voyage , remit
entre les mains de la Belle un
papier cacheté que leGentil
GALANT. 179
homme l'avoit chargé de luy
apporter lors qu'il feroit mort.
C'eſtoit une déclaration en
bonne forme , toute écrite de
ſamain , par laquelle il la reconnoiſſoitpour
ſa Femme , &
ordonnoit à fon Fils de prendre
ſoin d'elle,& de la faire joüir du
doüaire qu'il limitoit.LeCavalier
à qui l'écriture eſtoit connuë
, confentit à tout , & cut
pour cette aimable Perſonne
tous les égards qu'il devoit àla
Veuvede ſon Pere , mais ne
pouvantplus ſoûtenir la veuë,
qui contribuoit toûjours malgré
luyà entretenir ſa paffion ,
il ſe reſolut à faire un voyage
en Italie , d'oùil n'eſt point en
core revenu
J'eſpere vous mander le mois
prochain de grandes nouvelles
touchant les Flotes qui ſong
H6
480 MERCVRE
preſentement en Mer. On s'at
tendoit que les Ennemis feroient
un fort détachement
pour traverſer notre Convoy
d'Irlande , commandé par Mr
de Neſmond, mais il y a beaucoup
d'apparence qu'ils en ont
eſté empeſchez par leur foibleſſe
, & qu'ils ſe ſouviennent
du Combat de Bantrie , & de
celuy dela Manche de l'année
derniere. S'ils ont quelque autreraiſon
; on ne la penetre pass
Vous ſçavez que Mr de Nef
monda pris à ſon retour deux
Vaiſſeaux Angloisqui faifoient
route aux Barbades. On pretend
que les Ennemis feront
cette année ſuperieurs en nom
bre de Vaiſſeaux , mais les na .
Ares l'emporteront affurement
par la force de leurs Equipages.
qui font complets , par celleda
GALANT. 18
nos Vaiſſeaux, par le calibre de
l'Artillerie , par le nombre de
bons Matelois , & de Soldats ,
& enfin par celuy des Officiers
qui font admirablement bien
executer tout ce qui eſt du fervice
, & avec une vivacité &
une diligence ſi grande , que
dans le Combat de la Manche.
nos Vaiſſeaux faifoient trois
décharges contre une des Ennemis
, fans aucun embarras ny
mouvement extraordinaire , au
lieu que les Ennemis faifoient
une manoeuvre plus marchande
que de guerre , & que leurs
Matelots & leurs Officiers paroiſfoient
fourds & peſants
dans le ſervice.. Voicy la Liſte
des Vaiſſeaux qui compoſent
noſtre Armée Navale , avec
l'ordre de Bataille.
८
1
182 MERCVRE
VAISSEAUX
Qui composent l'Armée Navale
du Roy , commandée par Mr
LeComtedeTourville.
ESCADRE BLANCHE ET BLEUE..
Commandans. Vaiſſeaux. Can.Equip ..
Mrsde Relingues. Le Fou 84 600
droyant.
Le Chevalier L'Ardent . 70 420
d'Infreuille .
Le Chev.de Rhodes..
Le Fidelle. 14. 300
De Pallas . Le Conftant. 70 450円
De Panactić, Le Grand, 86. 600
Du Challard, Le Triomphant.
78. 500
Du Rivauthuet, L'excellent. 64. 375
De Caffiniere , le Le Neptune. 50. 3000
Le Ch. de Genlis . Le Brave . 62 .
375
Le Chevalier de
Montbron. L'Aſſuré , 64. 400
DeMericourt , L'ecueil . 70 . 4.20
De Perinet , 1 Le Bourbon: 64. 400
DE CHASTEAU LE DAUPHIN
:
RENAULD ,
Le Chev . de Bel- Le Belli-
Iefontaine .
ROYAL . 100. 800%
queux. 78... 500
GALANT. 183
Le Chevalier de
Rofmadec , Le Fier.
De Colbert Saint- Le Courtie
৪০. 500
Marc , lan. 64. 4000
Le Chev.de Chaſteau-
Renauld. Le Vigilant. 54. 3751
Le Chev. d'Hervaut,
Le Precieux. 60.
3.50
Le Ch . de Combes
, Le Brillant. 64 .. 380
Le Baton Defa
drets,
De Combes ,
LeFrançois, 52.
L'Illuſtre.
3003
76.. 500 ,
De Forant , Le S. Philippe.
84. 580
De Belle- Ifte , LeS. Eſprit, 70. 420
De la Roque-
Percin , Le S.Loüis . 60. 3.800
Le Ch. du Palais , LeTemerai- 6.2 . 380
re.
DeRouvroy. LeBon.
56. 360
ESCADRE BLANCHE.
Commandans. Vaiſſeaux . Can.Equip..
Mrs de Serquigny, Le Furieux. 60. 375
De Forbin Gar- 1
daune , La Perle.. 56% 3500
De Montbant , Le Hardy. 54. 330
DeCogoln , Le Superbe. 70. 4.20
De Villette, Le Victorieux
. 96. 800 .
De Vaudricourt , Le Terrible, 80, 500
F84
MERCURE
-
Du Queſne Mof- L'Arc-ennier,
Ciel. ३
54. 350
Le Chev . de la
Rongere , Le Fort. 60. 375
Le Chev . Defadrets
, L'Arrogant. 60. 375
De Pallieres , L'Apollon. 62 . 400
DeBlenac, Le Serieux . 62 . 400.
De Coëtlogon , Le Magnifique
,
86 . 600
Mr De ToUR- LE SOLEIL
VILLE 、ROYAL . 106 . १००
De la Porte , Le Conquerant.
84. 600
De l'Arteloire , Le Henry ; 66. 400
De Champigny ,
Le Chevalier de
Villars .
Le Gaillard. 66.
Le S. Mi.
380
chel . 60.. 360.
De Beaugets , L'Aquilon. 56. 3.50
Divry , Le Moderé. 56. 350
Le Chevalier de
la Guiche , LeSage. 54. 330
Du Magnon, L'Aimable. 70 400.
DeFlacourt, Le Magna.
nime. 84 550
De S. Hermine , LaCouronne . 76 500
De havigny , Le Ferme. 64 . 400
De Levy, Le Sans pa.
reil. 60. 370x
ESCADRE BLEUE..
Commandans. Vaisseaux, Can.Equip
Mrs le Chev.de
GALANT. 185
Montgon, Le Fleuron. 60.
360
De Ferville, L'Indien .
54. 330
De Sevigné, L'Entrepre
De la Galiffon- nant. 60.
370
niere , La Sirene. 60 .
400
De Langeron , LeSouverain. 84 600
De Bidault,
L'Invincible.70 .
430
De Roche-Alart, Le Trident . 94.
330
Le Chev . de leuquieres,
Le Diamant . 60 . 370
Де вадиеих , Le Prince . 60 . 360
Jean Baert ,
L'Entendu . 66 .
400
De S.Pierre, Le Content.66 . 1400
De Sebeville , Le Floriſſant.75 . 500
DAMFREVILLE , L'ORGUEIL
LEUX, 98. ৪০০
De Septemes ,
Le Chev. d'Am.
Le Tonnant. 82 .
Le Verman-
500
freville , dois . 60. 375
Le Ch. d'Ailly , L'Agreable. 64 . 400
La Motte Ge . Le Coura
noüille , geux. 60. 370
La Vigerie, Le Fendant. 56. 350
De Réals , Le Laurier. 64. 350
Des Francs,
L'Heureux. 70 . 2.20
D'Aligre S. Lie. Le Pompeux. 76 . 500
De Neſmond , Le Monarque.
92 750
Le Chevalier des
!
Augers, Le Maure. 60 . 380
DeMachaut , Le Parfair, 66 . 400
D'Amblimont , L'Intrepide. 80 . 460
Le Ch . de Chaſteau
Morant. LeGlorieux. 86. 420
186 MERCVRE
Mrs Naudy ,
BRULOTS.
LeDrofle,
Giraldin . LC Dur.
Lonchamp , LaJolie .
La Motte Louvaft . LaMaligne.
Le Ch.Damont , L'Eſpion.
Boifouge L'Inſenſé .
LaBrouffe , L'Ameçon.
Marin , L'Impertinent.
Moſnier, La Friponne.
Cadenoſt , Le Facheux.
Serpaut, La Vicille.
Verguin , LePetillant.
Covier , Le Renard.
Deslaurier , L'Extravagant.
Robert , Le Serpent.
Ruffy, LeKufe.
La Lande, LeDeguisé.
Coulomb , L'Inquiet.
Longchamp Mon. Le anfaron.
tandre,
Moriau ,
Tourteau ,
Le Boutefeux.
LeDangereux.
On ne peut jetter les yeux
fur cette Liſte ſans étonnement,&
fans admiration, tous
les Rois de France enſemble
n'ayant jamais misen Merune
Flotte & formidable il y a ſur le
Vaiſſeau Amiral trois Capitai
GALANT. 187
nes ; fous Mrle Vice Amiral ,
quatre Lieutenans , quatre Enſeignes
,& cinquante Gardes
ou Cadets de Marine; autant
ſur le Royal Dauphin , & pour
Officiers Majors trente Gardes
ſeulement ; ſur les Lieutenans
Generaux & Chef d'Escadre ,
deux Capitaines en ſecond ,
deux Lieutenans , deux Enſeignes
& dix Gardes .Ces Gardes
font la pluſpart de tres bons
Officiers , & tres braves , & il
y en a parmy eux qui ont fix
années de ſervice , & qui font
auſſi habiles que beaucoup de
Capitaines .
Il faut vous parler des Liegeois
. Aprés qu'ils eurent fait
un Traité de Neutralité avec
ie Roy , non ſeulement ils le
rompirent quelque tems aprési
mais leur infidelité fut ſi gran188
MERCVRE
1
de, qu'ils voulurent la ſignaler
en contribuant au pillage d'un
Convoy confiderable que les
François avoient dans leur
Ville.Cette perfidie fit du bruit
dans toute l'Europe , & comme
il eſtoit de la grandeur & de la
juſtice du Roy de les châtier ,
pour faire connoiſtre que les
temeraires , qui ſans nul reſpect
oſent s'attaquer à de puiſſans
Souverains , doivent toûjours
attendre ce qui eſt dû à leurs
perfidies,on étoit d'autant plus
attentif à voir des effets de la
vangeance de Sa Majesté , que
les Loix de la Guerre permettent
ces fortes de chaſtimens.
Mais ce Monarque voulant punir
doublement un peuple ſi
ſcelerat , laiſſa expres gronder
la foudrelong temps , afin que
l'apprehenfion fiſt ſouffrir ceux
GALANT. 189.
qui avoient oſé luy manquer
de foy , avant qu'illeur fiſttentir
le coup. Il ne craignoit point
les précautions qu'ils pouvoient
prendre pour s'en garantir
,& il eſtoit ſeur de venir
about de ſes deſſeins quand il
luy plairoit de les faire executer.
Après avoir pris la
Ville deMons pendant l'Aſſemblée
des Alliez à la Haye , ce
quiles devoit mettre en pouvoir
de la ſecourir avec d'autant
plus de promptitude, qu'il
p'eſtoit point neceſſaire d'attendre
les Couriers en divers
Etats pour déliberer ſur les mefures
qu'on avoit à prendre ,
puis que la plus grande partie
des Chefs de la Ligue eſtoient
fur les lieux , le Roy voulut
chaſtieria Ville de Liege das le
temps meſme que leur Armée
190 MERCURE
eſtoit en Corps , afin que cette
juſtepunition , non ſeulement
marquaſt ſa ſuperiorité ſur ſes
Ennemis , mais qu'Elle fiſt voir
aux Princes liguez , que toute
leur protection ne ſçauroitmettre
à couvert de ſa colere ceux
qui s'en ſont rendus dignes .
Mr le Marquis de Bouflers
ayant receu l'ordre pour cette
execution , on vit auſſi-toſt
arriver des Troupes de tous
coſtez pour le joindre , & il
ſe trouva entres peude temps
à la teſte d'une Armée confiderabe
, & munie de toutes
les choſes neceſſaires pour
l'expedition dont le Roy l'a.
voit chargé. La France en
fait toûjours trouver de cette
maniere-là part tout où elle
peut en avoirbeſoin , & quelquefois
des Armées ſemblent
GALANT. 191
naiſtre dans des lieux , où il
n'y avoit peu auparavant aucune
apparence qu'on duſt voir
le moindre Corps de Troupes .
Celles de Mr de Bouflers ayant
eſté aſſemblées de la forte entre
Marche & Rochefort partirent
le 30. du moins dernier
pour s'approcher de Liege , &
la teſte de cette Armée n'en
eſtoit qu'à deux lieuës le premier
jour de ce mois. Elle oc.
cupa les hauteurs dela Chartreuſe,
où les Ennemis avoient
mis beaucoup de Troupes. Ils
avoient meſime retranché ce
poſte par un foſſé , dans le fond
duquel eſtoit une paliſſade , &
ils avoient fait devant le
foſſé des Redans fraiſez &
paliſſadez en forme de Demy
lune. Ils occupoient pareillement
un Fort qu'ils avoient
192
MERCVR E
fait au Chefnay,& où il y avoit
300. hommes , & ils eſtoient
encore retranchez dans les
Fauxbourgs voiſins des Chartreux..
A peine Mr de Bouflers futil
arrivé qu'il fit travailler àdes
ouvrages pour des batteries ,
&en fit faire une à Robermont
pour battre la muraille des
Chartreux. Elle fut achevée la
nuit de ce meſme jour. Le Samedy
2. de ce mois , le canon
ſe fiz entendredésle matin , &
continua juſqu'à la nuit. On
pouſſa la grande garde des Ennemis
; on dreſſa la nuit une
ſeconde batterie de quatre pieces
,aveclaquelle on croiſa ſur
la muraille tout le Dimanche,
&l'aprés - midyıl yavoit une
breche de quarante pas . On
occupa le fond de la Jupille
Pour
GALANT.
193
pour s'afurer du gué de la
Meuſe qui eſt de ce coſté là.
Mr.de Bouflers fit poſter le Regiment
de Dragons de Mr. le
Chevalier de Grammont entre
le Fort de Cheſnay & le
Fauxboug qui en eſt le plus
voiſin ,& les Troupes ennemies
, qui étoient dans le Fort,
ayant voulu l'abandonner , furent
coupées par ce Regiment.
Il y en eut quatre- vingt tuez
fur la place,& le reſte des trois
cens qui estoient dans le Fort,
ſe jettadans la riviere ou plufieurs
furent noyez . Toutes
les batteries ayant eſté achevées
le Dimanche ſurle midy,
tirerent avec tant d'effet qu'elles
firent perdre aux ennemis
la reſolution de ſe conſerver
dans la Chartreuse. On ſe prépara
à l'attaquer , l'on fit por-
Juin 1691 . I
194
MERCVRE
ter des fafcines , mais lors qu'à
l'entrée de la nuit on y voulut
marcher , il ne s'y trouva
plus perſonne. Les ennemis
n'oſant plus ſe hazarder à défendre
les Faux- bourgs les abandonnerent
, & ils furent
entierement pillez . Le Lundy
4. à ſept heures du matin , on
fit avancer les batteries qui
devoient tirer des boulets rouges
,& les batteries de bombes
qui découvroient la Ville étant
en eſtat , douze mortiers
ne ceſſerent point d'en jetter
juſques'au Mardy midy , fans
qu'il y eût qu'une heure
de relâche . Le même jour à
quatre heures aprés midy , on
tira des boulets rouges, ce qui
duratoutle Mercredy matin.
On vit de grands feux en cinq
ou fix endroits de la Ville ,
particulierement dans la gran
GALANT.
195
de Place . Le Mardy 5. fur les
ſept heures du foir , quatre
cens Dragons rouges des Ennemis
qui estoient poſtez dans
dés maiſons du Fauxbourg
d'Amercourt , & couverts de
petits retranchemens , eſtant
ſortis pour s'avancer du coſté
✓ de la Chartreuſe , & encloüer
le canon , furent repouſſez &
chaſſez par des Grenadiers ,
& par les détachemens qui
eſtoient poſtez aux environs.
On affure qu'il n'en revint
que quatorze. Mr. de Cligny ,
Lieutenat Colonel du Soiſſonnois,
fut bleſſé en cette occafion
auſſi bien que Mr de Baſſelande,
Capitaine , & Mr Fautrier
Lieutenant du regiment Dauphin.
Mr de la Barte, Capitaine
dans Vaubecourt , fut tué ,
Une Bombe tomba dans la
د
12
196 MER CVRE
Chapelle des Flamans de l'E .
gliſe de Saint Lambert,& il
en couſta une jambe à Mr de
Bel air , fils de Mr Roffieux ,
Echevin. Une femme fut emportée
,&le Treſorier de Saint
Lamberttué. Il y eut auſſi une
bombe qui tomba dans la
chambre de l'Evêque & Prince
de Liege. ةيف
:
La nuitdu s . au 6. un détachement
d'Infanterie , & le
Regiment de Dragons de Mr.
le Chevalier de Grammont ,
attaquerent les Ennemis qui
eſtoient poſtez dans pluſieurs
maiſonsle long dela Meuſe, en
allant de la Ville au Chefnay ...
On les en chaſſa , & l'on bruſla
plus de cinquante maiſons . Les
Ennemis tirerent quatre coups
de canonde fer de la Citadelle .
L'Evêque & le Grand Doyen
GALANT.
197
qui s'estoient refugiez dans un
Couvent à l'extremité de la
Ville , ne s'y croyant pas en
ſeureté , en fortirent la meſme
nuit pour aller coucher dans la
Citadelle. Le 6. à deux heures
du matin , les Troupes du Roy
attaquerent la Bouverie que
cinq cens hommes des Troupes
de Brandebourg deffendirent
avec beaucoup de vigueurjuſques
à cinq heures du matin .
Les feux continuerent toute la
nuit,& toute la matinée du 7 .
Mr de Bouflers , qui n'avoit
plusrien à faire pour rendre
ſon expedition complette , &
qui avoit fait partır Mr. le
Marquisd'Harcourtle 6. avec
quatorze Eſcadrons , ſe mit en
marche le 7. à cinq heures du
matin avec le reſte de l'Armée,
& huit pieces de canon qu'il
I 3
198 MERCVRE
,
avoit reſervées pour s'en fervir
à l'arriere garde , en cas
qu'elle fuſt attaquée par les Ennemis
.Ils ſe preſenterent fur le
bord de la Meuſe avec deux
bataillons , & pluſieurs Eſcadrons
, dont trois paſſerent la
riviere au guć comme s'ils
cuffent eu envie de charger les
troupes qui étoient campées
vis- à vis , mais ils ſe retirerent
à l'approche de quelques Carabiniers
qui tirerent ſur eux.
Il n'y a jamais eu d'exemple
quel'infidelité d'une Ville ait
eſté punic plus ſeverement en
ſi peu de temps que celle de
Liege.On y a tiré en une heure
juſqu'à cent ſoixante bombes,
ſuivantles Relations écrites de
la Villemeſme , par divers particuliers.
Il eſt impoſſible de
ſçavoir le dommage que leur
1
GALANT. 199
couſte leur perfidie , & leur
obſtination , puiſque pluſieurs
mois ne ſuffiront qu'à peine
pour le faire connoiſtre entierement
auxintereſſez mêmes.
Pluſieurs chofesont contribué
alaſſer agir le feu dans toute
ſa violence . Les Bourgeoistrop
effrayez de la quantité & du
grand effet des bombes , ont
preſque tous abandonné leurs
maiſons , aimant mieux hazarder
leurs biens que leur vie , &
quand ils auroient voulula rifquer,
ils n'auroient travaillé
que pour les Soldats qui les pilloient
, ſous pretexte de les
vouloir ſecourir. D'ailleurs ,
il eſtoit mal aiſé que ce feu ne
ſe communiquaſt , les maiſons
eſtant trop preſſées & les ruës
detraverſe trop etroites , outre
que le canon tiroit fi frequem-
14
200 MERCVRE
>
ment , en meſime temps qu'on
jettoit des bombes , qu'on ne
pouvoit travailler à en éteindre
le feu ſans s'expoſer à une
perte manifeſte. Auſſiles Troupes
de la Garniſon pilloientelles
moins les maiſons où le
feu avoir pris que les autres :
ce qui leur eſtoit facile
parce qu'elles s'eſtoient répanduës
dans les rues , dans
les marchez , dans les grandes
places , & fur tout dans toutes
les avenuës , afin d'empécher
que les Bourgeois ne s'aſſemblaſſent
pour parler d'accommodement.
Ainſi pour peu
qu'elles s'entendiſſent , il leur
étoit aiſé de piller desquartiers
entiers. C'eſt à quoy elles
n'ont pas manque , & fur tout
les Troupes de Brandebourg.
On afſſeure meſme qu'il eſtoit
défendu aux Bourgeois de les
GALANT . 201
د
en empécher fur peine d'eſtre
pendus ny de prendre les
armes . Iugez de l'état où cette
Ville s'eſtoit miſe par ſa faute.
puiſque d'un coſté elle n'avoit
point de plus grands Ennemis
que ceux qui devoient veiller
à ſa conſervation & qu'elle
eſtoit obligée d'en tout ſouffrir,
de crainte qu'ils ne caufaffent
fa ruine entiere , & que d'un
autre coſté ſe reprochant ce
qu'elle avoit fait contre le Roy,
& devant encore en apprehender
d'autres chaſtimens , elle
ne pouvoit ſe reſoudre à prendre
les armes contre ce Monarque.
Des Relations écrites
meſme par des Habitans de
Liege , portent que les deux
ruës les plus marchandes ont
eſté entierement ruinées , &
qu'il y a peu de maiſons quiu
I
202 MER CURE
2
n'ayent eſté tout à fait reduites
en cendres , ou qui ne ſoient
fort endommagées . Une partie
de l'Egliſe Cathedrale de faint
Lambert a eſté brûlée , ainſi
quede la Maiſon de Ville. L'Egliſede
ſainte Catherine a eſté
enveloppée dans l'embraſement.
Le bas du Pont des Arches
, la Madeleine , le ſouverain
Pont & generalement
tout ce qui eſt outre Meuſe , les.
environs de la Place où logeoient
les plus gros Marchands
qui avoient de grands
Magazins de toutes fortes de
Marchandises , ont eſté entierement
confumez , & l'on pretend
qu'une feule Marchande
en a perdu pour plus de cent
mille écus . Les flames ſe voyoient
de Maſtric , où ceux qui
pûrent ſe ſauver ſe refugierent.
GALANT.
203
Ainfi non ſeulementils ont perdu
leurs Marchandises , mais
leur commerce ſe trouve parlà
rainé pour longtemps . On a
voit vuidé des Magazins entiers
pour en remplir des caves,
mais le feu n'ayant point eſté
éteint , les voûtes ont enfoncé
, & tout ce qu'on croyoit
fauveraeſté réduit en cendre
de forte que la perte va audelà
de tout ce qu'on peut
s'imaginer. Les Alliez n'oublient
rien pour en cacher la
plus grande partie ,& l'on ne
voit que des Relations qui
déguiſent la verité . Ils ont raiſon
de le faire , puis que rien
neleureſt plus honteux que le
chaſtiment que le Roy a fait
ſentir à la Ville de Liege. Non
ſeulement Sa Majesté s'en eſt
vangée par cette punition,mais
16
204
MERCVRE
Elle a fait voir la foibleſſe de ſes
Ennemis à ceux qui ſe mettent
ſous leur protection eſt dangereuſe
, puis qu'elle devient
inutile dans l'occaſion , & qu'-
elle augmente meſme le malde
ceux qui font affez credules ,
&affez imprudens pour en efperer
quelque ſecours .
Je vous envoye une Letre
queMr le Vicomte de la Neuville
, Envoyedu Roy de Pologne
à la Cour de Hanover , &
au Gouverneur des Pays - bas ,
àécrite àunde ſes Amis à Paris ..
Elle vous fera connoiſtre que
tous les Alliez ne ſont pas fore
contensles uns des autres.
ALingence 22. May 1691 .
AGreez,Monfieur, queje vous
faſſe reſſouvenir d'un de vos
feruiteurs quisefait unfort grand
GALANT.
205
plaisirde marcher tous les jours pour
avoir bientoſt l'honneur de vous
voir , & de vousrendre compte de
bouchede tout ce qu'il a entendu
dire de vous à Monseigneurde Duc
d'Hanover , & à toute sa Cour ,
de qui j'ay esté receu le plus agreablement
du monde , & qui auroit
voulu me faire oublier quele Roy
mon Maistre m'envoye exprés de
VarfovieàBruxelles pourses affaires
, ausujet de quelques Vaiſſeaux
defes Sujets pris& arrestez à Oftende,
dont il demande , non seule
ment restitution, mais mesmefatisfaction,
ſans quoy il declare qu'il
ne penſera nullementàse mettre
cesteannée à la Teste de fon Ar
mée,comme l'Empereur l'en fait
priertres- instamment parle Comte
de Thun qu'il luy vient d'envoyer
àcet effet. Voilà, Monsieur ,
ce qui me fera voir bien toſt mes
206 MERCVRE
amis ; car je croy que la bonne for.
tune des Alliez , & l'espérance de
cette Campagne les vendrafi fiers ,
qu'ils neferont pas grand cas des
plaintes de leurs Alliezcontre les
Tures. Le Roy m'ayant chargé d'une
lestrede créance pourMonseigneur
le Duc d'Hanover au sujet de la
mort du Prince Augustefon fils , ce
Prince ne s'est pas contenté de
faire rendre au caractere les honneurs
accoustumez , mais par un
excès de bonté pour moy il m'a
fait défrayer pendant mon fejour
àſa Cour ,& regale d'un present à
mon depart , avec mille instances .
deSéjourner encore quelque temps.
Vous neferez pointsurpris qu'il ait
ainſi traitél'Envoyé du Royde Pologne.
Peut- estre auſſine le ferezvous
point des graces qu'il a faites
à celuy qui est parfaitement.Vostre
GALANT. 207
,
Mr le Duc de Noailles ,
General de l'Armée du Roy
en Catalogne , ayant deſſein
de faire le Siege de la Ville
d'Vrgel en Cerdagne , appellée
La Seu d'Urgel , le Siege
d'Urgel , à cause de l'Eveſché
qui y eſt ,détacha Mrle Comte
de Chaferon , LieutenantGeneral
avec fix Bataillons
& mille Chevaux ou Dragons
que ce Ducavoit fait demeurer
à cette intention dans le
Capfir , en entrant par le Pays
de Foix Mrde Chaſeron invelitla
Place la nuit du 4. aug .
après avoir paſſe lePont de bois
avec l'Infanterie , compoſée
d'un Bataillon de Normandie ,
de trois Bataillons d'Erlac,d'un
Bataillon du Gaſt , & du Regiment
de Noailles. La Cavalerie
eſtoit compoſée de fix
208 MERCVRE
Compagnies de Poinſegut, du
Regiment de Montbas , de fix
Compagnies de Dragons de la
Salle , des Miquelets ,& des
Barratins . Les Ennemis ayant
rompu les chemins ordinaires
on travailla à les raccommoder
D. Iofeph d'Agullo qui commandoit
dans Urgel , obligea
les Chanoines de demeurer
dans la Ville , dont l'Egliſe eſt
forte & paliſſadée. Il avoit fait
faire une eſpece deDemy-lune
de terre devant la Porte , &
beaucoup de Payſans & de
Miquelets y estoient entrez par
fon ordre. Cependant Mr de
Noailles marcha avec l'Arméc
par Mont-Louis & Puycerda,
& fit l'entrepoſt du Siege à
Belver , qui eſt l'entrée des
Montagnes , à quatre lieuësde
Mont Louis Il y eut degrandes.
GALANT.
209
difficultez à faire mener le
Canon ,& l'on ne ſe ſervir de
la Mine pour rompre des
rochers en pluſieurs endroits ,
ce qui fut cauſe que le Vicercy
eutle temps d'aſſembler le plus
de Troupes qu'il put. Mr de
Noailles , qui par la grande
connoiffance qu'il a du Pays
comprit au mouvement des
Ennemis , qu'ils avoient defſein
d'entrer en Cerdagne , &
d'y attaquer le poſtede Belver,
qui eſtoit ce qu'ils pouvoient
faire de plus utile pour eux ,
reſolut de demeurer dans ce
meſme poſte , pour leur faire
teſte de ce coſté- là, rien ne luy
pouvant eſtre ſi important que
de le conſerver , puis qu'il luy
✓ eſtoit tres - neceſſaire, non ſeulement
pour garder la communication
avec Mont- Loüis d'où
210 MERCURE
il tiroit toutes ſes Munitions
de guerre & de bouche , mais
encore pouraſſurer ſon retour.
Il fit faire un grand amas de fa
rines & de munitions dans ſon
Camp pour les Troupes qu'il
avoit avec luy , & pour celles
du Siege. Il fit venir auſſi quatre
petites pieces de Mont-
Loüis , & fe mit en eſtat de ne
pouvoir eſtre forcé de quitter
ce poſte. Mr de la Princherie
avoit marché avec tous ſes Miquelets
du coſté de la Seu
d'Vrgel par le Val de Ribe.Nos
Fuſeliers de Montagne ſe batirent
contre les Ennemis avec
beaucoup d'avantage. Ils firent
quelques Prifonniers, & outre
pluſieurs Bleſſez , il y eut un
Capitaine de Miquelets d'Efpagne
tué . Il s'appelloit Cap
de Furre Le Viceroy meſme
GALAN T. 211
qui estoit à Vich où eſtoit le
rendez vous de ſes Troupes ,
s'avança juſqu'à Bergue , &
ſembloit par cette marche
vouloir attaquer Mr de Chaferon
, quoy que les paſſages
fuſſent extremement difficiles
; mais s'en eſtant retourné
à Vich , Mr , de Noailles connutavec
certitude que cette
marche n'avoit eſté qu'une
feinte , pour luy faire abandonner
le Poſte qu'il occupoii
, & qu'il n'avoit garde
de quitter. Cependant comme
il eſtoit important de preſſer
le Siege , ce Ducenvoya deux
Bataillon avec Monfieur de
Iuvigny , Brigadier outre
les deux de Leïfler qui
eſcortoient le Canon , & ayant
appris que Mr de Chaſeron ſe
trouvoit indiſpoſé de quelque
د
212 MERCURE
attaque de goutte , il fut fur le
point de monter à cheval pour
aller au Siege faire attacher le
Mineur, & donner l'aſſaut ſans
attendre le Canon , qui estoit
depuis deux jours à un quart
de lieuë de la Place , dans
l'incertitude ſi on pourroit
l'amener aux Batteries ; mais
fur la reflexion qu'il fit que le
fuccés du Siege dépendoit
abſolument de la conſervation
du poſte de Belver , il crut plus
à propos d'y demeurer pour
impoſer aux Ennemis ,& leur
faire croire qu'il avoit un
grand Corps de Troupes , qui
leur feroit craindre de l'attaquer
Lors qu'il eut pris cette
reſolution , il envoya Mr de
Quinſon , Maréchal de Camp
- au Siege, & demeura ſeul avec
un Bataillon de Navarre tiré
GALANT.
213
1
des Garnisons , un de Joull E-..
tranger , mille Irlandois , trois
Regimens ,& la moitiéd'un de
Cavalerie avec Mr de Pointegut,
Brigadier. Enfin leCanon
arriva devant la Place,& com
mela Tranchée étoit fort prés,
que les Bombes avoient mis le
feu dans quelques maiſons , &
que le Canon avoit commencé
de faire breche, le Peuple& les
Milices craignant un aſſaut
obligerent le Commandant à
faire battre la Chamadele huitiéme
jour de l'ouverturede la
Tranchée . La Capitulation
qu'il put obtenir fut de demeurer
Priſonnier de guerre avec
toute ſa Garniſon , compoſée
de plus de neuf cens hommes
de Troupes reglées , parmy lefquels
il y avoit cent trente fix
Officiers ; le Regiment qu'ils
214
MERCVRE
appellent de Los Colorados , qui
eſt des meilleures Troupes
d'Eſpagne ; une partie de celuy
de Los Amarillos, qui eſtauſſi un
vieux Regiment,& douze cens
Payſans . D. Joſeph d'Agullo ,
Officier general, tenoit lieu de
Gouverneur dans la Place , où
il s'eſtoit jetté par ordre du Viceroy.
Tous ces Priſonniers ont
eſté envoyez en Languedoc .
Vne Bataille perduë n'auroit
pas couté ſi cher aux Eſpagnols
, & l'on eſtime beaucoup
plus la priſe de tant d'Officiers ,
&des Troupes que je viens de
vous nommer, que celle de la
Ville qui n'a que deux foſſez:
ſecs,& des murailles avec quelques
tours . Cette Conqueſte
fait voir la fuperiorité que les
Armées du Roy ont par tour
où les Ennemis oſent envoyer
GALANT. 215
1
desTroupes pour s'oppoſer aux
juſtes deſſeins de ce Monarque.
Voicy un état de celles d'Efpagne
, tant Officiers que Soldats
, qui ont eſté faits priſonniers
de guerre dans la Seu.
d'Vrgel le 11.de ce mois.
Dom Joſeph d'Agullo , Officier
general , qui commandoit
dans la Place.
1
Vn Major.
Vn Aide Major.
KRAJE DEL
3
AYON
E
Officiers de Cavalerie , 180
Officiers du Terce de Los
Colorados. 22
Officiers du Terſe de Los
Amarillos. 26
Capitaine de Miquelets. 7
Cavaliers , 46
Soldats du Terſe de Los
Colorados , 500
Soldats du Terſe de Los
Amarillos . 164
216 MERCVRE
1 Miquelets ,
Soldats à l'Hôpital.
Total ,
38
17
924
Il y avoit outre cela douze
cens Payſans , à qui Mr &
Noailles a permis de ſe retirer
chez eux .
Ie vous envoye un Madrigal
qui a eſté fait ſur la priſe d'Urgel
.
Noailles faisant faire auprés
du Roussillon ,
Aſon Armée, entoute occasion ,
Tout ce que feroit la plusgrande,
Apprend auxplus braves Soldats,
Que leur force est moins dans leur
bras ,
Que dans le Chefqui les commande.
Voicy un Iournal de tout
ce qui s'eſt paſſé enFlandre de
puis
GALAN T.
217
puis que la Campagne eſt ouverte.
Les Troupes deſtinées .
pour former le corps d'Arméc
que M. le Maréchal Duc de
Luxembourg y commande,s'étant
aſſemblées entre Menin &
Courtray , ce General ſe rendit
le 15.du mois paſſé au Camp de
Kuerne , où elles eſtoient auprés
de cette derniere Place . Il
eſtoit accompagné de M. le
Grand Prieur , & de M. le Duc
de Montmorency ſon Fils . Son
équipage qu'il avoit laiſſe à
Valenciennes ne le joignit à ce
camp que le 17. au foir. Il ne
s'y paſſa rien de particulier
juſqu'au 19. les Ennemis en
eſtant trop éloignez , & n'eſtant
pas mefme encore aſſemblez.
☐ Si toſt que Mr le Maréchal fut
averty que leur rendez - vous étoitprés
deBruxelles, l'envie de
Iwin 1691. K
218 MERCVRE
s'approcher d'eux l'obligea d'aller
camper ce même jour 19. à
Hauterive , d'où il ne décampa
que le 25. pour venir à Arnay.
C'eſt une petite Ville qui appartientàla
Maiſon de Naſſau.On
n'y campa que par la ſeule necetlité
du paſſage. Le 26. l'Armée
campa à Leſſine , où les
Troupes repoferent un jour
franc. Elle campa le 28. à Anguyen
qui appartient au Duc
d'Aſcot , & où eſt cebeau Parc
fi agreable , & fi renommé par
les lardins & par les Parterres
qu'il contient. On y voit les
plus belles paliſſades , & avec
le plusbel ordre qui ſoient dans
aucun lieu deplaiſance de l'Europe
, ſi l'on excepte Verſailles ,
à qui rien ne pourra jamais
eſtre comparé. L'Armée en decampa
le 29. au matin ,& Mr le
GALANT. 219
Duc de Luxembourg , quiavoit
envoyé Mr de Montmorency
fon Fils au devant de MrleDuc
de Chartres avec une groſſeEf
corte de Cavalerie pour l'accompagner
juſqu'au Camp ,
attendit ſon arrivée pour partir.
Ce Prince l'ayant jointstout
alla du coſté de Thubiſe , où
l'Armée avoit marché avec
tous les bagages , ſans ſçavoir
qu'elle devoit avancer juſques
àHall, parce queMrde Luxembourg
voulant ſurprendre les
Troupes qui étoient en garniſon
dans ce poſte , & les attaquer
en bonne forme , avoit
donné l'ordre pour Thubiſe ,
qui eſt ſur le chemin à plus d'une
lieuë & demie de Hall. Le
campement fut ordonné de
telle maniere que la droite s'étendoit
juſqu'à la portée du
K 2
220 MERCVRE
,
mouſquet de cette Place , que
le Prince d'Orange avoit fait
fortifier aprés la priſe de Mons ,
afin de pouvoir couvrir Bruxelles.
Les Fortifications en ef
toient fortbonnes,& trois mille
hommes qui ſe montrerentd'abord
ſur les Remparts firent
mine de ſe vouloir aſſez bien
deffendre , pour ne ſe rendre
qu'en perdant la vie. Le ſoir
Mr de Luxembourg fit un détachement
de deux mille hommes
, & ordonna qu'on ouvriſt
une Tranchée afin de les prendre
par aſſaut le lendemain au
matin . On executa cet ordre .
Mrle Comte de Luxe , Colonel
du regiment de Provence , &
Filsde M. le Duc de Luxembourg
, fit ouvrir la Tranchée
fur les onze heures de nuit ,
pour faire l'attaque du coſtéde
GALANT. 221
la porte de Bruxelles. Vn chemin
creux & couvertqui va de
la droite du Camp juſqu'au
bord du foſſé favoriſa ce defſein.
Les Travailleurs furent
conduits le plus proche de la
Place,& auſſi avant qu'il futpof
fible , & ouvrirent un boyau.
Pendant ce temps , les Ennemis
tiroient quelques coups , &
crioient de tous les poſtes en
gens allarmez , Qui Vive. Tout
d'un coup ils ceſſerent detirer,
&quelques Sentinelles réïtererent
le Qui Vive. La terreur
dont ils ſe trouverent faifis ne
leur permit plus de demeurer
dans la Place. Ils en fortirent
par une porte de derriere qui
les jettoit dans un Bois, & leur
fuite fut fi cachée aux Bourgeois,
qui avoient eu ordre ſous
peinede la vie de ſe renfermer
K 3
212 MERCURE
dans leurs maisons , & de ne
point paroiſtre juſqu'au lendemain
, que l'on n'auroit point
interrompu nos Travailleurs
qui continuoient toujours leurs
Travaux , fi deux Ecclefiaftiques
qui s'échapperent n'en
fuffentvenus donner avis . Sitoſt
qu'une Sentinelle les eut
amenez au Corps de Garde, on
les condusfit au quartier de Mr
de Luxembourg. Cependant
M. le Comte de Luxe s'eftant
avancé juſques à la paliſſade,&
ayant paflé le Foflé , s'apperçut
que la Garniſon ne faisoit nul
mouvement, ce qui luy faiſant
conjecturer qu'elle avoit abandonné
la Place, il entra dedans
avec quelques Officiers, & M.
l'Abbé de Riqueti qui l'accom
pagnoit. Comme il avoit eſté
reſolu , en cas qu'elle reſiſtaſt ,
GALANT. 223
de prendre la Ville par aſſaut
&de la laiſſer piller , cet Abbé,
qui eſt auprés de Mr le Duc de
Luxembourg,l'avoit prié de luy
accorder la permiffion d'aller
avec Mrle Comte de Luxe,qui
devoit commander les Grenadiers,&
monter à l'affaut , afin
d'entrer dans la Place en même
temps qu'il y entreroit, & de
faire ſes efforts pour ſauver l'Eglife
, & empeſcher qu'on ne
pillaſt la Maiſon des Peres Jeſuites
qui deſſervent la Chapelle
de Nôtre Dame de Hall ,
où il y a une Image miraculeuſe
de la Vierge. Il obtint d'autant
plus facilement ce qu'il
ſouhaitoit que l'intention de
Monfieur de Luxembourg
étoit qu'on exemptaſt les Eglifes
, & qu'on n'y commiſt aucun
defordre. Ainſi quelque
K 4
224
MERCURE
riſque qu'il eût pour luyld'e.
ſtre meſlé parmy des Soldats
acharnez,& que l'eſperancedu
butin rendoit moins propres à
écouter la raiſon,il ne manqua
point de ſe trouver auprés de
M. le Comte de Luxe qui faifoit
ouvrir la Tranchée ; mais
la fuite de la Garniſon ayant
faitheureuſement avorter le
deſſein de l'aſſaut& du pillage,
& Mr le Maréchal ayant envoyé
ordre de mettre des
Corps de Garde à toutes les
portes , & fur la Place , il alla
d'abord avec deux des Gardes
de ce General ſe poſter dans
l'Egliſe, où il demeura juſqu'à
ce que les Corps de Garde
ayant eſtémis comme on l'avoit
ordonné ,il eut aſſurance qu'il
n'y avoit plus rien à craindre
pour ce faint lieu . Mr de Lu
GALANT.
225
xembourg entra dans la Place
lematin ſur les cinq heures ,
&ordonna que l'on démolift
les Fortifications que les Ennemis
y avoient faites . Deux
ou trois mille Allemans ou
Suiſſes furent employez à
cette expedition , & ils y trouverentde
l'ouvrage pour cinq
ou fix jours, les travaux & les
poſtes de défenſes s'étant
trouvez meilleurs que l'on n'avolt
crû. Pendant qu'on
faifoit cette démolition
injurieuſe au Prince d'Orange
, Mr de Luxembourg
averty que l'Armée des Ennemis
eſtoit campée à Anderlechk
, & que leur gauche s'étendoit
juſqu'à Bruxelles , alla
luy- meſme les reconnoiſtre ,
& commanda le Piquet , la
Maiſon du Roy , & la plus
grande parue de l'Infanterie
KS
226 MERCVRE
,
pour le ſuivre , dans le def
ſein de les attaquer dans leur
Camp ou de leur preſenter
la Bataille . Peu de temps aprés
, l'Armée entiere ayanr
eſté commadée , toute l'Infanterie
joignit , à l'exception
de ce qui estoit neceffaire
pour garder le Camp.
L'Armée fut miſe en bataille
àla veuë de celle des Ennemis
qui estoit ſur une hauteur ,
& qui fit en ce tems- là unmouvementaffez
fier , pour ſe mettre
auſſi en Bataille àla teſte de
leur Camp. Elles demeurerent
en venë l'une de l'autre à la
portée du canon , & l'on crut
pendantdeux heures quequelque
grande action alloitſe paſ
fer. Leterrain n'eſtoit pas propre
pour une Bataille , mais on
auroit pû y donner un grand.
GALANT.
227
د
,
combat , comme celuy de Senef.
Cependant on ſe retira
ſans rien faire , parce que les
Ennemis avoient l'avantage
d'un Ruiffeau & qu'on ne
pouvoit aller à eux ſans paſſer
undefilé. Mr de Luxembourg
tint Confeil de Guerre &
aprés avoir écouté l'avis de
tous les Officiers Generaux ,
il trouva qu'il eſtoit de la prudence
de ramener ſon Arméc
au Camp de Hall. La principale
raiſon qui l'obligea d'en
uferainfi , c'eſt que les Ennemis
eſtoient poſtez de telle
maniere qu'il pouvoit ne
nous eſtre pas avantageux de
les attaquer , ne nous ayant
pas eſté poſſible de les obiger
à ſe déplacer, quelques mouvemens
que nouscuſſions faits
Le Prince d'Orange n'arriva a
KG
१
228 MERCVRE
l'Armée que le 2. de ce mois ,
& depuis ce temps il luy eſt
venu beaucoup de Troupes.
Les nostres decamperent de
Hallle J.& vinrent camper à
Braine le Comte. Lors qu'on
y fue arrivé , Mr de Luxembourg
détacha Mr lanet , Capitaine
du Regiment de Bourgogne
& fils du Colonel du Re.
gimentdeMilicedeProvence,
pour aller apprendre des nouvellesdu
mouvement que faifoient
les Ennemis. Il ſceut en
marchant qu'ils eſtoient au
fourage , ce quiluy fit former
ledeſſein d'aller s'embuſquer à
portéedu lieu où ils venoient
fourager,& fur les cing heures
du matin,les Ennemis paroiffant
,il donna fur les fourrageurs
àla veuëdeleur eſcorte
&leur prit trente chevaux ,&
GALANT. 229
fit quinze priſonniers . Noſtre
Armée eſtoit encore le 21. à
Braine le Comte , attendant
toûjours que les Ennemis fifſent
quelque mouvement. Ils
enfirent un du coſté de Digon
entre Louvain & Bruxelles
,& fur cela Mrde Luxembourg
avoit fait un gros dêtachement
de quarante Eſcadrons
du coſté de Leuze , pour
eſtre à portée des lignes
où l'on diſoit qu'ils avoient
fait auſſi un détachement. Mr
le Duc de Choiſeul commandoit
le noſtre , & fur un faux
avis qu'on teceut, on y envoya
un renfort confiderable ſous
les ordes de Mr de loyeuſe
Mr le Duc de Chartres y vou.
lut aller, & M. le Duc du Maine,
Mr le Prince de Turenne, c
MrleDuc de Montmorency le
230
MERCVRE
fuivirent , mais un Partiſan de
retour ayant aſſuré Mr de Luxembourg
que les Ennemis n'avoient
falcaucun détachement
vers les lignes , tout eſt revenu ,
& nosTroupes sõt à obſerver ce
qu'ils feront pour choisir un autre
Camp, parce qu'il n'y a plus
de fourrages à portée de celuy
où elles font , & qu'il eſt incommode
d'aller fourager plus
loin .Nos Partis batient tous les
jours les leurs. La nuit du 20.
au 21. nousleur en batimes un
de deux cens chevaux avec
cent cinquante des noſtres . On
leur en prit quarante , & l'on fit
plus de cinquante prifonniers ,
parmy leſquels il y a hust Of.
ficiers. Le Prince d'Orange
vient de faire des mouvemens
comme s'il vouloit affiegerDir
nan ou Philippeville , ou du
GALANT.
231
moins le faire croire . Il a laiffé
dix Bataillons à Bruxelles où
les peuples ſont fort conſternez
dans l'aprehenfion qu'ils.
ont qu'on n'aille les bombar
der.
La Priſe de quatre Places importantes
en Italie , dans une
ſaiſon oùles ſeuls François font.
aujourd huy des Sieges, n'a pas
empêché qu'ils n'ayent ouvert
la Campagne dans le temps accoûtumé
par de nouvelles Co
queſtes .M. de Catinat partit de
Suze le 27. du mois paſſé avec
l'Armée qu'il commande , &
ayant pris le chemin de Veillane
, il ſe rendit en deuxjours
devant cette Place. Les Boon.
geois avoient abandonné la
Ville. Le Gouverneur du Chaſteau
ayant réſolu de ſe bien
défendre , fit grand feu de fon
232 MERCURE
Canon ſur noſtre Cavalerie ,
dont un Capitaine de Carabiniers
fut tué.Le 29.Mrde Catinat
ordonnatrois attaques,&
fit dreſſer une Batterie de cinq
pieces de Canon ſur une hauteur
de l'autre coſté de la Ville..
On détacha fix cens hommes
des Regimens de la Marine, de
Feuquieres , & de Sault , avec
lesGrenadiersde ces Regimens.
pour monter la Tranchée , &
attaquer la premiere paliſſade ,
aprés quoy il y avoit encore
à forcer pluſieurs Redans au
pied du Chaſteau,qui eſt ſitué
fur un roc fort élevé .Ces Redans
eſtoient ſoutenus avec de
la Maçonnerie ſeche , & traverſez
par un tres -grand nombre
de paliſſades. Le Canon fut
inutile pour cette Conqueſte ,
les Troupes commandées ne
GALANT.
233
luy laiſſant pas le temps d'agir .
En effet , elles monterent fi
promptement juſqu'à la ſeconde
paliſſade,malgré les bombes,
les grenades , & les pots à feu
qu'on rouloit de haut en bas ,
qu'elles couperent le chemin à
ceux qui défendoient la premiere
paliſſade,& ne leur firent
aucun quartier.LeGouverneur
ayant perdu la plus grande
partie de la Garniſon ,refufa
d'ouvrir la porte du Chaſteau à
ceux qui avoient échapé,parce
qu'eſtant ſuivis des François
qui les menoient battant.il apprehendoit
qu'ils n'entraſſent
pefle-mefle avec eux , de forte
qu'il fit battre la chamade , &
demanda des Oſtages , mais il
fut obligé de ſe rendre Priſonnier
de guerre avec cent quatre
234 MERCVRE
vingt homines qui luy reſtoiết ,
tant Piemontois qu'Allemans .
Ils fortirent le 30. au matin
pour eſtre conduits à Suze ,
& de là à Briançon . Mr le
Comte de Teſſe , qui commandoit
cette attaque en qualitéde
Maréchal de Camp ,y
fut bleſſé d'un éclat de grenade.
Mr le Comte de Grancey
y ſervoit de Brigadier.
Les deux derniers jours de
May,& les deux premiers de ce
mois ſe paſferent à faire ſauter
'les fortifications de la Ville ,
auſſi bien que celles du
Chaſteau , où l'on trouva quaare
pieces de Canon de fonte
&d'où l'on retira vingt charetées
deméche, 15. milliers de
poudre , 20. milliers de plomb
& des proviſions de bouche
GALANT .
235
يف
pour trois mois. Le 3. l'Armée
décampa , & alla paſſer à Rivoli
, Maiſon de Plaiſance de
Mr de Savoye Comme ce lieu
avoit refuſe de contribuer ,
Mr du Pleſſis y fit mettre le
feu , felon l'uſage de la guerre
& abandonna le Bourg au pillage
, ainſi que dix autres qui
n'avoient point apporté les
contributions . Toute cette
journée , & la nuit ſuivante ,
l'Armée marcha par des défilez
, coſtoyant toujours Turin
d'une lieuë & demie, & campa
le4. à deux heures du matin ſur
deux lignes , à trois lieuës de
cette Place. Elle cut ordre peu
de temps aprés de marcher à
Carignan , & de ſe ſaiſir du
paſſage du Pô . On en approcha
d'une demi- lieuë cette nuit-là,
& le s . fur les g. ou 10 heures
236 MERCVRE
du matin on arriva devantCarignan
avec l'Artillerie & les
Pontons par fix chemins differens
, l'Artillerie au milieu.Mrs
du Pleſſis & de S.Silvestre y joignirent
l'Armée avecla Cavalerie
& les Dragons,& paſſerent
à midy le Pô à gué au deſſous
de Carignan, vis à vis un petit
bois où l'on croyoit que les Ennemis
eſtoient embuſquez . La
Cavalerie & les Dragons poufferent
juſqu'aux Portes de Carmagnole
, où ils donnerent la
chaſſe à deux Compagnies de
Gendarmes du Duc de Savoye,
&aux Barbets qui eſtoientdans
les Fauxbourgs,ſans perdre que
deux Dragons de Bretagne , &
cinq Chevaux .Cependant toutel'Armée
qu'on avoit laiſſée le
jour precedent , ſuivit & paſſa
le Pô , n'ayant de l'eau qu'au
GALANT.
237
genoüil , & alla camper à une
lieuë de Carmagnole , fans avoir
trouvé aucun party ennemy.
Le 6. à quatre heures du
matin , M. de Catinat fit un
détachement de tous les Grenadiers
,& de la Cavalerie&
& Dragons pour ſerrer la
Ville. Ce jour- lá ſe paſſa a
poſer la grande Garde. On
fit pluſieurs eſcarmouches
&le Canon des Ennemis nous
tua quelques Chevaux . Enfin
l'Armée arriva & campa fur
une ligne tout autour de la
Place , en ligne de circonval
lation . Mr le Marquis de Biron
Colonel eſtoit à la
Garde avancée ſur le chemin
de Pignerol , & receut Mr de
Feuquieres qui en arrivoitavec
les Regimens de Vendofme
& de Gerſey , & des Ca-
, ,
238 MERCVRE
nons & Mortiers. Le 7. ſe
paſſa encore en eſcarmouches
, &la nuit de ce jour là
les Regimens de la Marine , de
Feuquieres & de Sault ouvrirent
la Tranchée en trois endroits
à cent pas de la Contreſcarpe.
Les Officiers Generaux
eſtoient M. de Bulonde ,
Lieutenant General , M. de
Feuquieres , Mareſchal de
Camp, & Mr le Ducde la Ferté
Brigadier. Les Affiegez ayant
faitun feu terrible de leurs
Canons chargez à cartouches
tuerent cinquante Soldats de
Feuquieres , & blefferent Mr
de Vraynes , Lieutenant Colonel
de ce Regiment , & deux
Capitaines. Pendant cetempslà
, la Marine avança ſes travaux
du coſté des Capucins ,
&Sault du coſté du Moulin ,
GALANT .
239
ſans perdre perſonne. La nuit
du S. au 9. Mrde Saint Silvetre
, Marefchal de Camp ,&
Mr de Famechon , Brigadier ,
releverent la Tranchée avec le
fecond bataillon de la Marine ,
& les Regimens d'Artois &de
Bretagne. Ils poufferent leurs
Travaux ſi vivement qu'ils en
vinrent à la Paliſſade , malgré
le feu continuel d'environ
trois mille hommes de Garniſon
&de dix pieces de Canon
chargées à cartouches , de
forte qu'elles auroient pû s'établir
la nuit ſuivante ſur l'angle
dela Contreſcarpe du Baa
ſtion gauche ,& fur celuy de la
Place d'armes de la Demylune
; mais le Gouverneur fit
battre la Chamade le 9. à dix
heures du matin. Il y eut des
oftages donnez . Le Major du
240
MERCVRE
Regiment de Piémont Ducal
fortit par la Demy lune du
Fauxbourg , & l'on envoya Mr
de la Chaſſagne , Lieutenant
Colonel de Bretagne. Les Ennemis
demandoient de ſortir
avec 36. Chariots couverts ,
quatre Canons , armes & bagages
pour toute la garniſon ;
mais Mr de Catinatayant fait
voir que la Place ſeroit priſe &
pillée la meſme nuit , permit
ſeulement aux Troupes reglées
de fortir avec leurs armes . Les
milices & les Barbets ne joüirent
point du même honneur ,
& il ne leur accorda ny bagage
ny canon . Ce même jour a
trois heures aprés midy , le
Regiment de la Marine , prit
poſſeſſion de l'une des portes de
la Ville ,& les Allemans , & le
reſte de la garniſon , composée
des
GALA'N T.
د
1
des Regimensde laCroix blan
che,& de Piémont Ducal , for,
tirent le 10. pour aller à Turin.
La Ville ſe trouva en
bon érat nos canons &
nos bombes n'ayant pas cu
le temps de l'endommager.Les
Milices qui fortirent ſans
armes , avoient à leur teſte le
Capitaine Sebastien Fachin,fameux
par la deffenec qu'il a
fait les années dernieres de
la Villede Mondovi contre le
Duc de Savoye , & qui com
mandeapreſent les milices de
ce quartier là pour ce méme
Duc. On a trouvé dans la
Place dix pieces de canon de
fonte , & quantité de mut
nitions deGuerre & debouche
M. de Catinat aprés y avoir
étably M. le Marquis du
Pleſfis Belliere pour Commandant
fit occuper les Portes de
Juin 1691. L
242 MERCVRE
1
Saluffes & de Savillan. Aini
voilà déja cinq places confiderables
priſes depuis le com
mencement de la feconde
Campagne que les Troupes du
Roy ont ouverte cette aunée
en Italie. le vous ay déja
parlé de Veillane , & de la
bonté de ſon Chaſteau .
Carmagnole eſt dans leMarquiſatde
Saluſſes à 8. ou 9.millesdeTurin,&
à deux milles du
Po . Elle à toûjours paſſé dans
le Pays pour une Place importante
à cauſe de ſa Fortereſſe.
Charles EmanuelDuc de Savoye
s'en empara pendant les
Guerres Civiles de France ,&
leDucde Savoyea fait travailler
tout l'hyver à ſes fortifications
, ſans avoir pûla deffendre
que deux jours .
Carignan eft en Piémont.C'eſt une
Ville qui a titre de Principauté. Elle
1
GALANT.
243
eſt ſituée ſur le Po , entre Turin&
Carmagnole.
Savillan eſt auſſi en Piémont.Charles
quint eſtimoit beaucoup ſon affiette
, que de grands Capitaines ont
jugée la plus commode de l'Italie.On
rient que Philbert Emanuel , Duc de
Savoye, avoit reſolu d'en faire laCapitale
de ſes Eſtats .
Suluſſes ,Ville & Marquiſat d'Italie,
eſt proche des Alpes . Henry IV. l'échangea
en 1600. pour la Breſſe avec
Charles Emanuel,Duc de Savoye.La
ville de Saluſſes eſt l'Augusta Vagiennorum
des ancions. Elle eſt ſituée
fur une agreable colline ,& a un fort
beau Chaſteau.
Mr de Catinat ayant eu avis que le
Regiment de Saluſſes des Troupes de
Savoye , auſquelles s'eſtoient joints
deux mille cinq cens hommes des
Milices du Pays , avoit reſolu de ſe
jetter dans Conis , en envoya donner
avis à Mr de Feuquieres qui fait le
Siege de cette Place , qui détacha
auffi-toſt M. de Baudot , Lieutenant
Colonel du Regiment de GrammontDragons
,avectrois cens Mai
1
1
L 2
244
MERCURE
ſtres pour tâcher d'en apprendre des
nouvelles , à peu prés dans l'endroit
où l'on ſçavoit qu'ils devoient paffer
&prit des meſures pour le foutenir ,
ſuivant les avis qu'il recevroit, M. de
Baudot ſepara ſes Troupes en deux ,
&n'eut pas fait cinq cens pas qu'il
rencontraun Soldatde Saluſſes , qui
luydit que les Troupes qui ſe devoient
jetter dansla Place , n'eſtoient
pasà plus de cinq cens pas de là.
Il envoya chercher les cent cinquante
Chevaux qu'il avoit envoyez pour
les découvrir d'un autre coſté. Ils ſe
joignirent en tres- peu de temps. N
envoya avertir M.de Feuquieres de ce
qui ſe paſſoit, & cependant comme le
tems preffoit, il prit le party de charger
les Ennemis; ce qu'il fit ſi vigoureuſement
qu'il y en eut plus de cinq
cens tuez ſur la place.Le reſte fut culbuté&
mis en déroute. Il les a pourſuivis
pendant deux heures , en forte
qu'à peine en eſt. il reſté deux enſemble.
Quelques unsdemeurerent priſonniers
,& quelques autres ſe jetterent
dans la Place. Ily eut un Capitaine
deDragons bleſſe dangereusement ,
१.
GALANT .
245
un Cornette ,& cinq ou fix Dragons
tuez.
M. de Catinat eſtoit encore campé
le 17.à un quart de lieuë de Carignan,
de l'autre coſté du Pô qu'il a à ſa gauche.
Sa droite s'étend du côté de
Villaſtelon . Les Ennemis occupent
tout ce qu'il y a depuis Turin juſqu'à
Moncalier, & nos Gardes& les leurs
ne font qu'à une lieue les unes des
autres.
L'Enigme du mois pafféa eſté ex
pliquée ſur la ſeconde , la troifiéme ,
& la cinquième des voyelles qui
font l'e l'i & l'u , & qui forment ces
deux mots , jen & vie , par Meſſieurs
fieurs Rouffel Curé de Saint Estien
ne de Conches : Rouffel fils du Pro
cureur du Roy de la meſime Ville :
A. Turreault de la Coffonniere
Chanoine de l'Egliſe Royale & Col
legiale de Saint Pierre d'Amiens
Gourdin , Ingenieur du Roy à la
Rochelle : Pecheur ; de Befferotte
Lionnois : de la Tronche de Rouën:
Gobert de la rue des deux boules;
Gale Boeuf,& J. Morandé , Lecteurs
Mercurialiſtes de la rue Saint. Denis
L3
246 MERCVRE
Jacques a trois lieuës de Montargis :
Richard le Spirituel de la ruë Saint
Martin : le Miquelet Parifien : le
petit Intendant de la ruë Poupée :
I't nfant gaſté de la chaiſe de Mais :
La Guenuche de mon bon Seigneur
Je Jaloux bannal : le Trop ſage Abbé
, le Propre Longavene & fon
bon amy : Bordier : Pilon Apotiquaire&
fon Gendre , tous deux de
Blois: le Bourguignon traverſé dans
ſes amours ; & la charmante Veuve
vangée de fon infidelle : le Mulier
Sieur de Beauvais , ancien Mayeuride
la ville de Semur : L'Eſprit de Saint
Julien de la Ville d'Avalon;& l'aima .
ble Madelon : le Chanoine de Saint
Gobert : M. & A. Bellier: Lely Brunet
du Dreux : le Spirituel Amant tranfi
de l'Hôtel de Ville : L. Burrau : le
Conquerant des coeurs de la rue aux
Fers : N. Pioche & ſont aimable
Compagnie du Fauxbourg Saint Denis
: le Berger à l'union defirée ſuſpenduë
: les trois ſoeurs de la rue de
L'Evéché de Dreux , & le ſpirituel
Avocat leur bon amy , le Conquerant
des Fauxbourgs de la meſme
GALANT .
247
3
Ville le trop bon Mouton & fa Brebis
trop cruelle du meſme lieu : le
tout aimable de la Jaquiniere de
Montargis : l'aimable Iannot de la
rue des Bourdonnois ; le fincere
amy des finceres de la Raquete ; le
veritable amy de la charmante Blon
de Caqué : la petite belle Gaudiche:
le grandTervobalde & fon grand
amy : Labouret ; l'agreable Blondin
dela Cour de la vieille Pofle de
Normandie , & le gros Bachus du
mefme endroit ; Aubert, ordinaire de
la Muſique du Roy : le Comte de
Quermenoa ; & Marchand de la ruë
de la Bucherie: C.Hutuge d'Orleans :
Le Commis du mary- content & fa
belle blonde : Dufour Receveur du
Domaine du Roy à Moulins : Du
Four Controlleur : Gillet Apotiquaireda
meſme lieu : des Chaſtelliers ,
Tayleman , Page d'Avignon a le
Chaffeur ſecret de la belle Foreſt de la
Samaritaine : Meſdemoiselles
Baillon
de Blois : Dufay , & fa Bonne- Amie
de Vienne : de Marville de Vernon :
Manon Houdard , & M. D. choſne :
la Spirituelle Manon Charpentier :
L40
248 MERCVRE
1
L'Abbeffe de Caſſaux : l'aimable
Guyon de la rue au Lait de Dreux : la
belle Prude de la rue Serpente : la Sapho
de l'Academie d'Autun : la plus
aimable Brune de la rue aux Féves :la
Dolente du quay de la Tournelle , &
ſa Soeur de la Providence : la Belle
toujours maſquée de la rue S.Jacques
de la Boucherie , & la couſine à tout
le monde de la rue de Geſvre : N. D.
de l'Hoſtel de Benhard : la Belle
Iphigen de la rue Saint Avoye, & fon
Achille : & les deux Spirituelles
Soeurs du Venitien de la rue des Fof
foyeurs.
La nouvelle Enigme que je vous
envoye eſt de M. le Tourneur , Regent
au College d'Avranche .
NIGME .
t par un funeste deſſein,
Et parune injustice extrême
Mon Pere ne me faitque pourm'emplir
lefein
Du poison dont je dois me détruire
moy même ;
C'est que dans l'ordinaire employ
Où monfâcheuxfort me destine ,
!/*
NOAT
S
Cest pourvousseuls petits oyseat
*
X X
coeurs l'amour estsans at larm
seuls petits oyseauxque lePrin
6
4monfacheuxfort me destine ,
GALANT . 249
Le bien que l'on attend de moy
Ne dépend que de ma ruine ;
Etpar un deſtin trop fatal ,
Ie ne fais aucun bienfije nefaisdu
mal.
Le Printemps dont vous allez lire
les paroles merite bien que vous vous
faffiez un plaiſir de le chanter.
AIR NOUVEAU.
C'est pour vousf
Oifeaux ,
Is petits
Que le Printemps a des charmes.
Parmy vos tendres coeurs l'amour est
Sans alarmes ,
Vous goûtezfesplaisirs fans reſſen?
tirfes maux.
C'est pour vous feuls , petits oi-
Seaux,
Que le Printemps a des ohurmes.
Vous me demandez ce que c'eſt
qu'un petit Livre en Dialogues qui
fait tant de bruitdepuis quinzejours.
Je vous diray à cela que c'eſtune ſuite
des Affaires du Temps dont il a le
Titre , & que le premier Dialogue ou
250 MER CURE
Entretien qui paroiſt preſentement ,
contient lesplaintes de l'Europe contre
le Prince d'Orange. L'Auteur , pour
informer le Public de ſon deſſein , dit
dans ſa Preface , qu'aprés avoir fait
au commencement des revolutions
d'Angleterre , dix Volumes des Affaires
du Temps , ou quantité de pieces
originales font renfermées , le trop
grand& continuel travail avoit fait
ceffer cet ouvrage , quoy que la ſuite
en fuſt demandée avec empreſſement;
qu'enfin pour fatisfaire les curieux;
& avoir un peu plus de temps pour
travailler; il a reſolu de diviſer par
Entretiens chaque Volume qui ſuivra
les dix qui ont eſté déja publiez;qu'il
donnera un Entretien le 15. de chaque
mois , en forte qu'au bout de fix
mois ceux qui voudront faire relier
ces fix Entretiens enſemble , auront
dequoy faire un volume complet , qui
fera la onzième partie des Affaires du
Temps , ce qui ſera d'autant plus facile
,qu'au lieu de recommencer à
chaque Entretien les chifres qui marquent
le nombre des pages , on les
continuera juſqu'à la fin du fixieme ;
GALANT.
251
aprés quoy on recommencera dans le
même ordre la douziéme partie des
Affaires du Temps afin de donner
deux Volumes chaque année. Qu'il
poursuivra cet ouvrage , tant que les
affaires feront dans une ſituation à
fournir une importante matiere ;Que
ces Entretienspouront n'eſtre pas toûjoursdu
meſme ſtile , mais plus ou
inoins ferieux , ſuivant les ſujets ;
qu'onymettra des figures , lors qu'-
elles y pourront trouver place naturellement
, & que le defir de dire des
choſes agreables &divertiſſantes , ne
le fera jamais parler contre la verité ,
àmoinsqu'elle ne ſoit tellement envelopée
, qu'il ſoit impoſſible de la
découvrir. J'ajouteray à cela qu'on ne
paye que ſept ſols de cet Ouvrage ,
dont la ſuite paroiſtra le 15.de Juillet
avec des Figures tres- curieuſes , Que
le titre Général ſera toûjours , Affai
resdu Temps ; mais qu'on changera
ſouvent lestitres & les ſujets des Entretiens
,&qu'il n'y en aura jamais
plus de deux ſous le meſme titre.
Ie viens d'apprendre que Mr de la
Hoguette ,à la teſte de ſept Batail
252 MERCVRE
lons ,& de deux Regimens de Dragons
,eſtant ſorti de la Tarentaiſe ,
paſſa la nuit du 17. au 18. de ce mois,
la montagne du petit S. Bernard pour
entrer dans la vallée d'Aouſte , nommée
par les Habitans du Pays , Valdote,
11 trouva les Ennemis retranchez
à Pont Seran , dont ils avoient
rompu le Pont. Nos Troupes pafferent
la Doëte à gué ; l'eau estoit peu grofſe
, mais rapide ,& fon lit estoit rempli
de cailloux. Il yeut un Dragon &
deux chevaux de noyez. Les Ennemis
firent aſſez de reſiſtance , ce qui leur
'couta quelques Soldats , & fut cauſe
du pillage. Les Dragons commence.
rent&acheverent l'affere. Nos Troupes
s'eſtant avancées vers Thuille , en
trouverent le Pont coupé ; mais comme
la Riviere y eſt partagée en divers
petits bras , elles y firent plusieurs
petits Ponts. M. le Marquis d'Antin
étant paſſe ſur un de ces Ponts avec
l'ardeur qu'il fait paroifire dans tour
tes les occafions , tomba dans la Riviere
,& l'on crut pendant quelque
temps qu'il luy en couteroit la vič.
M.de la Hoguette trouva à propos
GALANT. 253
de faire ſejourner l'Armée le 19. Le
20. les fuyards de Pont Serant &de la
Tuille ayant jetté l'épouvante parmy
les Ennemis , qui gardoient les montagnes
, nos Troupes n'y trouverent
point d'autre reſiſtance que celle que
laNature y a miſe. On n'y peut aller
plus de trois de front, entre une montagne
fort élevée & un precipice , au
fond duquel il y a une Riviere. Le
chemin finit avant que d'entrer dans
la Valdote , dans un lieu appellé le
Pont levis de pierre taillée, où il y a
effectivement un Pont levis ; de forte
qu'on ne trouve plus ny chemin , ny
montagne pour avancer , & qu'on ne
voit que des précipices devant foy.
M. de laHoguette fit prendre à gauche
par deſſus les montagnes. On
avança beaucoup le 21 & l'on força
des retranchemens que les Ennemis
avoient fur ces montagnes. Le 22.
nos Troupes entrerent dans la vallée
d'Aouſte ,& les Députez de la Ville
appellée auffi Aouſte en aporterent
clefs àM. de la Hoguette. Il y entra
quelque Troupes ,&le reſte campa au
pied des murailles, qui onteſté baſties
les
254 MERCVRE
1
par Cefar Auguste. On y voit un Are
de Triomphe preſque entier du même
Empereur , un Colyſée , & pluſieurs
autres Monumens de la grandeur des
Romains. Le 23. M. de la Hoguette
ayant décampé , marcha du coſté
d'Ivrée ,& envoya M. de Graveſon ,
l'un de ſes Aides de Camp , & Moufquetaire
dans ſa Compagnie , porter
au Roy la nouvelle de cette expedition.
Rien n'égale l'ardeur de nos Troupes,
qui ne trouvent rien d'impoſſible
&qui ſe ſont fait des paſſades par des
endroits que l'on avoit juſqu'icy crus
inacceſſibles. Ils ont trouvé dans la
Valdote une grande quantité de boeufs
de moutons, de vaches ,& de mulets,
de ſorte qu'on les donnoit dans le
Camp pour fort peu de choſe Mr de
Thoy , Commandant de Chambery ,
qui accompagnoit Mrde la Hoguette
a receu ordre d'y revenir pour y commander
en fon abſence , auſſi bien que
dans toute la Savoye , & ſous ſon autorité
lors qu'il ſera de retour. Il eſt
demeuré dix Bataillons en Savoye.
Toute la Flote duRoy eſt en mér
GALANT .
255
1
1
dés le 25. Mr de Luxembourg décampa
le 27. de ſon Camp de Braiſne le
Comte , pour venir camper à Haiſne
S. Pierre & Haiſne S. Paul. On eſt au
chemin couvert de Conis , & felon
toutes les apparences , les Troupes du
Roy doivent preſentement eſtre dans
la Place. Les Allemans commencent
à s'aſſembler à trois licues de Philifbourg.
La Lettre de M. de la Broſſe , que
je vous envoiay il y a quelques mois ,
vous en a fait ſouhaiter une feconde.
Il m'en eſt tombé une entre les mains ,
mais la trop grande quantité de matieredont
j'ay eu à vous entretenir,me
la fait referver pour le mois prochain,
Ie ſuis , Madame , voſtre , &c.
AParis ce 31. Juin 1691 .
256
MERCVRE
On m'aſſure que M. le Marquisde
la Trouſſe , dont je vous mande la
mort dans cette Lettre eſt encore vivant.
Le Sieur Guerout vend une Explication
de la Galerie de Verfail-
Ics , en Vers , qui pourra fatisfaire
la curioſité de ceux qui ne peuvent
aller voir ces beaux Tableaux de Mr
leBrun.
FIN.
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à diftribuer tous les mois le 20. les Affaires
duTemps & les plaintes de l'Europe
contre le Prince d'Orange , pour
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TABLE .
Plantique des Triomphes de la
France. 4
Priere pourle Roy, composée (ur divers
paſſages. 18
Vers adreſſez au Roy. -26
MaisondeRis. 32
Remerciement fait à l'Academie
Royale de Nifmes. 36
Ode.
44
Jupiter àsa fenestre. Dialogue. 63
Lettre de M.l'Abbé Deſlandes à M.
Goureau, Secretaire de l' Academie
d'Angers. 100
:
Architecture Pratique. HI
Hiſtoire de Cromvvel.n 113
Réjouissances, 117
Idille. 129
Sonnets, 135
TA BLE.
Madrigaux&Sonnets , 139
Ouvrages de M. Broffardde Montaney.
Moris
Histoire.
141
148
155
Etat denostre ArméeNavale avec
l'ordre de Bataille. 182
Iournalde tout ce qui s'est passé au
bombardement de Liege . 187
LettredeM.le Vicomte de la Neuville.
203
Relation de ce qui s'est passé en Catalogneà
la prise de Seu d'Urgel.
707
Journalde tout ce qui s'est passé en
Flandre depuis l'ouverture de la
Campagne. 215
Journalde toutce qui s'estpassédans
la Campagne.
Enigmes.
le Piemont, depuis l'ouverture de
Plaintesde l'Europecontre le Prince
231
248
d'Orange 249
TABLE.
Détailde ce qui s'est passéàlaprise
de la Valdote.
294
Dernieres Nouvelles des Armées du
Roy. 296
Avis pour placer les Figures.
Loit TA Chanfon Provençale
doit regarder la page 100
La Medaille doit regarder la
page 155.
L'Air qui commence par ,
C'est pour vous ſeuls, petits oiseaux,
doit regarderla page 149.
I
MERCURE
THEADE
DEL
GALANT LYON
4VILLE
*1893**
JUIN 169 1 .
(
Nine ceſſe point de
loüer le Roy,& c'eſt
toûjours avec beau -s
coup de juſtice, puis :
que jamais Souverain n'a faith
des choſes ſi ſurprenantes,& en
ſi grand nombre .Cela est cauſe
que la maniere ordinaire del
luy donner des loüanges com -
mençant enfin à eſtre épuisée ,
Juin 1691 . A
2 MER CURE
1
on s'attache à chercher des
tours nouveaux , pour rendre
àſes actions toutes merveilleuſes
, la justice qu'on leur doit.
Le zelequ'on a pour la gloire
de cet Auguſte Monarque, qui
faitles delices de ſon Siecle ,
ne peuteſtre ralenty par la difficulté
des expreſſions qui font
toujours beaucoup au deſſous
detout ce qu'on voudroitdire ,
& fi l'on ſe voit dans l'impuiffance
d'en trouver ou qui
n'ayentpoint encore eſté employées
, ou qui repondent affez
à la grandeur du ſujet qu'on
traite , on tâche du moins d'y
donner de l'agrément par la
maniere nouvelle de le traiter.
C'eſt ce qui a fan naiſtre l'idée
du Cantique que je vous cit
voye. Ellea eſte fort heureure
ment executée, se je choy que
د
2
GALANT .
3
vous ne ſerez pas moins contente
de l'Original Latin , que
de l'Imitation en VersFrançois
quien a eſté faite.
A 2
MERC VRE
CANTICUM
:
GALLIÆ TRIUMPHANTIS .
To triumphe, o Galli, to triumphe
! Ter Deo noftro jucunde cantemus
, Io triumphe.
Dedifti , Domine Gallorum Populo
Regempiam ,justum &fecundum
cor tuum : Regem fortem
invictum , & te adjuvante , in .
vincibilem .
,
GALANT.
5
CANTIQUE
DESTRIO MPHES
de la France.
Peuple comblé degloire.
O François à qui tout rit.
Pouffez des chats de Victoire
Vers le Ciel qui vous cherit.
Ce Roy ſi doux aux bons , aux
méchans fi terrible ,
Ce Roy , par voſtre appuy fi
grand , ſi fortuné ,
Ce Roy de voſtre gouſt , pieux
juſte , invincible ,
C'eſt vous, Seigneur, c'eſt vous
qui nous l'avez donné .
A 3
6 MERCVRE
Zelus domus tua poſſedit eum ;
& ided inimicis tuisfactus est inimicus.
Nonfuftinuit Hareticos in terra
furdiutius immorari ; aut enim
dociles adoptavit ut filios , aut contumaces
ut degeneres abdicavit.
Expulsi sunt à Regno Chrif
tianiſſimo Iconoclasta , & Ico-
2
GALANT . 7
Son coeur fans balancer pre
nant voſtre querelle ,
Toûjours d'un zele ardent fut
pour vous dévoré ;
Toûjours de vos Amis le Protecteur
fidelle ,
Et de vos Ennemis l'Ennemi
declaré.
On l'a veu de l'Etat guérir la
freneſie .
Extirper ſagement un mal enraciné
,
Et parmi ſes Sujets infectez
d'héréſie ,
adopter le docile , & bannir
l'obſtiné.
Voeux ſacrez ,ennemis des voluptez
flateuſes ,
Sacremens, de la Foy nourri
ture & foûtien ,
A 3
8 MERCVRE
nomachi, omnesimpii contemptores
Sacramentorum,
Eiectifunt qui Hierarchiam Catholicam
evertere meditabantur ,
qui Monarchicum Imperium inviti
fubibant.]
Perfecit LUDOVIC US
fine bellis & fine cade intra fines
unius anni , quod Majores fui tota
plus quàm faculo in vanum cupie
runt&tentaverunt.
GALANT .
و
Et vous , Sermons mücts des
Images pieuſes .
Nous vous perdions helas ſans
ce Héros Chrétien.
Des mutins éxilez l'inſolente
entrepriſe ,
Sembloitavoir en but la ſeule
Papauté ;
Maisles coups qu'ils portoient
au Prince de l'Eglife .
Attaquoientdansle coeur l'Aus
guſte Royauté.
Sixde nos Roisarmez & de fer
&de flame ,
Pour abbatre cette Hydre ont
en vain combattu . (
Sans répandre aucun fang, cette
peſte de l'ame
Cede à LOUIS armé de fa
ſeule Vertu .
AS
10 MERCVRE
Io Triumphe , o Galli ,lo trium
phe: Ter Deonoſtrojucunde cantemus
, lo triumphe.
Lumen tanta virtutis offendit
oculosfuperborum; Zeli tam efficacis
gloriaHareticorum , & Principum
Europa odium & invidiamſuſcitavit.
Convenerunt in unum Germanus
Iberus , & Allobrex , adverfus
Christum Domini , primogenitum
Ecclefia.
GALANT
11
OPeuple comblé de gloire ,
OFrançois àqui tout rit ,
Pouffez des chants deVictoire
Vers le Ciel qui vous cherit..
L'orgueil s'en eſt ému, la jalouſe
arrogance ,
Afait contre mon Roy frémir
les Nations ,
Et cent Princes Liguez que tane
d'éclat offense ,
Ont tenté d'obſeurcir fes
grandes actions .
L'lbere & le Germain attaquent
ſa fortune ,
L'impuiſſant Allobroge à leur
couroux ſe joint ,
Contrele Fils aîné de leur Mere
commune
Les Frères fontarmez , & n'ea
rougiffent point.
A6
12 MERCURE
Conjunctifunt Rebellibus Anglis
& Hollandia Confædératis adha.
ferunt : non erubuerunt Principes
Catholici fociari cum iniquo &
Haretico Throni Britannici Invafore
Factus estMagnus LUDOVICUS,
Protector vera Religionis & vindex:
Regia dignitatis affertor acer
ximus.
@mnes iſti unanimiter impeGALANT.
13
Aulache Ufurpateur du Trône
d'Angleterre ,
Aux Bataves ingrats leur foibleſſe
a recours :
Tout preſts à ſoulever le centre
de la terre
Si l'Enfer à leur rage euſt pû
donner ſecours .
DIEU ſeul ſoutient Louis contre
tant d'adverſaires ,
Etſa haute Valeur redoublans
ſes Exploits ,
AunomdeDéfenſeurde la Foy
de nos Péres ,
Joint le titre éclatant de Prote-
Acur des Rois .
La France impenetrable aux
efforts de ees Princes
14 MERCVRE
4
sumfecerunt in Galliasfrustrà oper
sisunt confusione ,&cum ignomi
marepulsifunt.
Catenato Rheno gemit Germania
, Eridanus confractis cornibus
luget : Belgii nobis penetrale referant
(ubjecti Montes Hannonia
maria victricibus Francorum Navibus
obtemperant.
IoTriumphe , o Galli,IoTrium
phe! ter Deo noftro jucunde cantemus
,loTriumphe.
GALANT. 15
Repouſſe fiéremettant de traits
conjurez ,
Et juſque dans le Centre attaquant
leursProvinces ,
Les accable des maux qu'ils
nous ont préparez .
Nos Vaiſſeaux des deux Mers
ne font qu'un ſeulEmpire,
Nos Ennemis vaincus tremblentde
toutes parts ,
Le Pô gemit aux fers , le Rhin
captifſoupire ,
Mons aux yeux de Naſſau voit
forcer ſes remparts .
OPeuple comblé de gloire ,
O François à qui tout rit ,
Pouffez des chants de Victoire
Vers le Ciel qui vous cherit.
16 MERCVRE
CetOuvrage a eſté compofé
en Latin ſur les Victoires du
Roy , à l'imitation des Cantiques
de Moyfe ,& de pluſieurs
autres ſemblables , par Mr de
Senecé , ancien Lieutenant
General au Préfidial de Mâcon .
C'eſt un homme qui a trouvé
le ſecretde joindre une profonde
Litterature & une grande
politeffe , à l'exacte connoiſſance
des Loix & de tout ce qui
concerne l'adminiſtration de la
Juſtice, qu'il a exercée pendant
cinquante ans avec une réputation
de ſçavoir & d'integrité
qui vivra long-temsaprés luy.
Il a déja donné des marques de
fon zele pour le Roy dans pluſieurs
Ouvrages , & particulicrement
dans ſon Apollon François,
où par une feconditemerveilleuſe
, il a raſſemblé plus de
GALANT.
17
cent Deviſes deſa façon , compoſées
à la loüange de Sa Majeſté
, qui ont toutes le Soleil
pour corps,& qui ſont accopagnées
d'autant de difcours remplisde
beaucoup d'érudition.
Il a voulu faire voir à l'âge de
présde quatre vingt ans que
fon ardeur pour ſon Maiſtre
n'eſt point encore ralentie.Les
Vers François ſont de Mr de
Senecé ſon Fils , dont je vous
ay envoyé pluſieurs Ouvrages
que vous n'avez pas moins eftimez
que le Public.
L'uſage des Prieres pour le
Roy eſt auſſi devenu fort à la
mode , l'ardeurde parler de ce
grand Prince , & de faire des
voeux au Ciel pour la conſervation
de ſa Perſonne ſacrée , a
donné ſujet d'en compofer de
divers Paſſagesjoints enſemble
18 MERCVRE
En voicy une de cette nature.
Vous n'y devez regarder que
l'invention & le zele de l'Auteur
, qui a ſcen en faire un
corps,& leur donner une ſuite .
PRIERE POVR LE ROY,
Sur les Victoires qu'ila
remportées.
C'eſt pour le Roy que je compoſe
mes Ouvrages. Pl. 44-
DIEVtout puifſſant, Seigneur
Ciel&de la Terre , nous
Sommes maintenant profternez aux
pieds de voſtre divine Majesté , &
extraordinairement humiliez pour
vous adreffer nos voeux &nosprieres
pour la profperité de nostre grand
Roy ,le Filsaine de vostre Eglife;
GALANT.
19 す
&en mesme temps , ô Dieu , pour
vous rendre nos tres-humbles ac.
tions de graces , des Victoires que
Ses Armes justes & legitimes ont
remportées non seulement sur nos
Ennemis,maisauſſiſur les Ennemis
de vostre Eglife. Nous connoiſſons
bien , Grand Dieu , que vous avez
toûjours prisen voſtre Sainte Garde
&SaSacrée Personne ,&Son Estat;
mais il faut que nous avouyons que
vostre Protection Paternelle s'est
particulierement declarée enfaveur
denostre Roy tres- Chrestien contre
toute apparence& esperance humaine
ce qui doit convaincre à
l'avenir toute la Chrétienté que
comme un auire Joseph vous regardezd'un
oeil favorablele facré Fils
aisnéde l'Eglise, &le delivrez des
mains tiranniques defes Freresdé.
naturez; & que vous les obligerez,
comme autrefois , à lay venir de
20 MERCVRE
manderle froment de paix & de
reconciliation . Vous avez , grand
Dieu , étably ce Roy pour estre le
Legislateur de vostre Sainte Republique
,&le Restaurateur des bre.
ches de lerufalem , afin que tout
l'univers foit averty que le plus
puiſſant Roy du monde a par son
Zele& parsa pietévaincu les ennemis
de I. C. auffi bien que les fiens
propres. Les merveilleuses & illu-
Stres Conquestes que nostre Augufte
Monarque afaites les armes de F.
C. à la main , doivent imprimer
dans tous les coeurs , quec'est l'Ange
Exterminateur qui a detruit les Ennemis
de vostre gloire & de lafienne.
Les dons extraordinaires que
vous avezdépartisenfa faveur luy
faisant porter ce glorieux titre de
Deffenseurde la Foy , ne perfuaderont
ils jamais les hommes que vous
l'avez appellé pour réedifier Sion ,
GALANT. 21
la Maison du Dieu vivant , & pour
estre icy-bas l'Arbitre Souverain
de tous les Peuples? Vous sçavez,
Dieu des Armées,&queses armes
Sont legitimes ,&qu'il ne les apas
priſes pour agrandirſes Estats, mais
Seulement pour la deffenſe de vostre
cauſe, leſoin devoſtre Maiſon l'occupant
continuellement , & pour
rétablirfur le Trône un grand Roy
qui ena esté tiraniquement chaffé
par la cruauté de ſes Sujets. Vous
Sçavez encore , Dieu de Paix , que
tout couvert delauriers il a donné
la Paixà toute l'Europe , qu'il a
aimela Paix&a seme dans cette
Paix lesfruits de la Justice. Cemagnanime&
invincible Prince , qui
veille du haut deſon Trôneſur les
plus grandes affaires de l'Europe,&
qui leur donne le branle qu'il luy
plaist ,estant aſſistédevoſtreſainte
Grace; ce grand Roy qui rezne (i
1
22 MERCVRE
(
absolument , nonseulement dans le
coeur des Villes , mais encore dans
le coeur des Hommes , a pour le
bien publicde la chrestienté , con-
Senty contreses propres interests ,
que ſes Ennemis reculaſſent leurs
bornes , voyant qu'il s'agiſſoit de
delivrer de la tirannie de l'Ennemy
commun de la Chrétientéun nombre
infinyde Fidelles. C'est pourquoy ,
Seigneur du Ciel&de la Terre nous
redoublons icy nos Prieres & nos
Supplications pour la confervation
de la Personne Royale de nôtre
invincible Monarque , & auf-
Sipour Monseigneur le Dauphin ,
vous priant tres humblement de
faire profperer les armes qu'ila
en main , en les faisant triompher
partout , afin que nous puiſſions dire
uniour avec le Prophete,Combien
fontbeaux fur les Monragnes
les pieds de celuy qui public.
GALANT .
23
la Paix, qui apporte de bonnes
nouvelles touchant le ſalut , &
,
qui dit à Sion,voſtre Dieu regne.
Qu'ilvous plaife, Dieu de mifericorde
ouvrir les yeux aux
Princes Liguez , afin qu'ils remtrent
en eux. mesmes,& que voyant
noſtre incomparable Souverain re
gner fi absolument dans ces grands
&vastes Estats,avec un tel droit
de Royauté& une telle ſplendeur
de Majesté, unesi grande autorité
& puissance , ils le reconnoiffent
pour le plus brillant portrait de la
Divinte qui jamais ait porté le
Diadême, & viennent enfoule de
mander la Paix à celuy qui lapeut
donner de toutes parts , afin que
de cette Paix naifſſe le soulagement
des Peuples , le bonheur
lerepos , & la tranquillité de tous
les Chrétiens , & que
foit àson ordinaire le magazin
la France
24 MERCVRE
des commoditez des Nations circon.
voisines. Qu'ilvous plaiſe auſſi donner
à nostre invincible Prince un
favorablefuccès enſes entrepriſes,
le garantir de tous les accidens qui
menacent lanature humaine, & cõ
Server Sa Sacrée Perſonne en lonqueur
de jours & multitude de
benedictions,verſantſurſes Couronnes
vos plus precicuses influences.
Qu'il vous plaiſe encore , Pere de
grace & de verité , conferver une
Teštefi importante à l'Estat , & une
mainfiglorieuse , dont le Sauveur
du Mondesefervira , s'illuyplaiſt,
pournousfairesentir utilement fa
faveur , & le secours de sa main
toute puiſſante. Daignez enfin , ô
Dieu , répandre furfa Royale Perfonne
une telle abondance de toutes
vos Graces celestes , que nous
puiſſions voir ce grand Roy eftre en
nos jours le Reſtaurateurdes bréches
de
GALANT. 25
- de l'Eglise, la merveille des Roy , &
les délices du genre humain : &م
qu'aprés avoirregné long- temps&
glorieusement enſes Etats , Sa Majesté
puiſſe transmettre à sa
Royale pofterité le Sceptre &
l'Empire qu'Elle poſſede icy bas ,
pour y continuer tant qu'ily aura des
jours , & que lors qu'elle quittera
les Couronnes qu'Elle poſſede , cesoit
pour aller regner dans le Ciel , & en
recevoir une éternelle&incorrupti
blede lamainde celuy qui est leRoy
des Rois , &le Seigneur des Seigneur.
,
Je vous envoye des Vers
dont je devrois vous avoir fait
part plûtoſt , mais les Ouvrages
quin'ont pas encore eſté vûs
eſtanttoujours nouveaux pour
ceux qui les liſent , celuy- cy
doit avoir pour vous la grace
dela nouveauté. Il eſt de Mr
Juin 1691 . B
26 MERCVRE
Andry ; Docteur en Theologie
, & Directeur des Dames
Religieuſes dela Ville l'Everque.
AU ROY.
Pendant le ſejour de Sa
Majesté devant Mons .
Auguste Conquerant ,
inimitable ,
Heros
Princeàtes Ennemisfans ceffe redoutable
,
Unique Protecteur de nos facrez
Autels ,
LOVIS , fans contredit , le plus
grand des Mortels ;
Laiſſe à tes Generaux leſoin de tes
conquestes ,
Nous avons pour tes mains des Palmes
toutes preſtes ,
Pourcouronner ton front nous avons
des lauriers , A
GALAN T.
27
Cucillis exprés pour toy par le Dieu
desGuerriers.
Loin d'un Peuple ſoumis , fidelle ,
&qui t'adore ,
Peux-tu nepassçavoirl'ennuy qui
le devore ? L
Helas ! ignores- tula peur,letrem.
blement
Dont on le voitfaiſide moment en
moment ?
Doutes-tu que toy seul n'en foisla
juste cause,
Quand ilſçait les hazards où ta
valeur t'expose?
Telqu'on voit un Troupeau, dont
lehardyBerger
Volepoursa défense au devant du
danger ,
Lorsqu'un Loup raviſſant paroist
dans la prairie ,
Etveutſurſes Brebis déchargersa
furie
Tel que l'on apperçoit ce timide -
Troupeau
B 2
28 MERCVRE
Languir nonchalamment à l'abry.
d'un côteau ,
Tandis quefon Berger,son défenseur
fidelle ,
Affrontant le perilprend enmainfa
querelle ,
Telle est de ton PARIS , Monarquè
glorieux,
La langueur&le trouble éloignéde
tesyeux.
Ouy , tandis que pour luy , pour
l'honneur de la France ,
Tuvas des Alliez reprimer l'infolence,
Prendre Mons à leurs yeux, en forcer
les ramparts ,
E t'ouvrir des chemins chez eux de
toutes parts ,
Ce Paris , ces Sujets dont tufais les
delices ,
Deta Campagne heureuse admi
vant les prémices ,
Ne peuvent toutefois paroiſtreſans
effroy ,
GALANT . 29
;
Aurécit des perils où s'expoſe leur
Roy.
Ab! revienspromptementſur les
bords de la Seine ,
Reviens, Prince charmant ,Soulager
nostre peine !
Bannis partonretour la crainte &
lefoucy ,
Où tu nous asplongez ent'éloignant
d'icy.
Faispour quelque temps grace aureſtede
la Flandre ;
Aussi bien l'auras - tu quand tu la
voudras prendre ,
Etdéja lamoitié i'ayantpour Sou-
Unsemblablefuccéspourl'autre t'eft
verain,
certain ,
Ildépendra de toy d'en marquer la
journée ,
Un mot quetu dirasferasadestinée,
Etmalgréses efforts , quandiu l'ordonneras
;
B3
30 MERCURE
Ilfaudra, qu'ellecede aux effortsde
ton bras .
Quittedoncfans regretſes Forts
&fes Murailles ,
Viensrevoir tes Aiglons élevezdans
Versailles ;
Leur montrer de tes yeux le brillant
Sanspareil,
C'est les accoutumer aux regards du.
Soleil ,
Et ces jeunes Heros Sans filler la
paupiere,
Venantàfoutenir cesfources delumiere
,
Inſtruits parton exemple , &marchantfur
tes pas,
De leurs vaſtes deſtins que n'attendra-
t- on pas ?
De fi dignes objets , invincible
Monarque.
Doivent de ta tendreſſe obtenir cette
marque,
Pereaussi bien que Roy d'eux &de
tes Sujets
GALANT.
31
Interromps pour un temps le cours
de tes projets,
Souviens- toy quetoujours maistrede
la Victoire,
Tunesçaurois plusrien ajoûteràta
gloire ,
Mais que Pere adoré, parun juste
retour ,
Tupeux&dois pour eux augmenter
ton amour..
Tu n'en sçaurois donner un plus
grandtemoignage ,
Qu'en bâtant le retour de ton beu
reuxvoyage..
Chaque inſtant qui retarde un bien
Siprétieux,
Est un terme pour nous aussi long
qu'ennuyeux ;
Etpourrendre à nos coeurs le repos
&lajoye ,
Ilfaut que dans ces lieux auplûtost
on te voye.
Parmy tant de Sujets qui vivent
Sous ta loy,
B
32 MERCVRE
L'honneurd'estre du nombre,est tout
mon bien , grand Roy.
Ateparlerainſi cetitrem'autorife,
Et cette liberté me doit estre permise
,
Puis qu'enfait deſouhaits pour ton
heureux retour ,
Iene le cede pas aux premiers de ta
Cour ,
je vous ay appris la mortde
Mre Charles de Faucon , Sei 、
gneur de Ris , Premier Preſident
au Parlement de Rouën ,
& vousay mandé que quand
le Roy le nomma pour cette
importante Charge , je vous
en avois parlé fort amplement.
Puiſque cela ne vous ſuffitpas,
je vous diray qu'il avoit eſté
dabord Conſeiller au Parlement
de Normandie ,& enſuite
Maistre des Requeſtes , IntenGALANT.
33
"
dant de Justice à Moulins & à
Bordeaux , & que dans tous ces
Emplois il avoit fait voir ſa capacité&
fon zele pour le ſervice
du Roy , à l'imitation de ſes
Anceſtres , eſtant le quatriéme
de ſa famille qui a exercé cette
Charge de Premier Preſident. Il
eſtoit fils de Meſſire Jean Louis
de Faucon , Seigneur de Ris ,
Marquis de Charleval , qui
aprés avoir eſté Conſeiller au
Parlement de Rouën , puis
Maiſtre des Requeſtes & Intendant
de luſtice à Lyon , fur
faitPremier Preſident du Parlement
de Normandie , &petis
fils de Meffire Charles de Faucon.
Seigneur de Frainville ,
Cõſeiller au méme Parlement ,
Maiſtre des Requeſtes , & enfuite
Premier Prefident , qui
mourut fubitement à Dieppe -
B
34 MERCVRE
où il eſtoit allé haranguer le
Roy. Ce dernier eſtoit frere
de Meffire Alexandre de Faucon,
Seigneurde Ris, quiavoit
eſté premier Preſident avant
luy. Cette famille eſtoit originaire
de Florence , où elle a
donné des Gonfanoniers dés .
l'an 1333. Faleo de Faucon fut
le premier qui vint s'établir en
France ſous le regnede Charles
VIII. Il y a eu de cette Famille
Jacques de Faucon , Evêque
d'Orleans, puisdeCarcaſſionne
Claudede Faucon , Conſeiller ,
d'Estat ſous Henry III . & François
de Faucon , Chevalier de
l'Ordrede Saint Jean de Icrufalem
, appellé le Commandeur
de Kis , qui s'eſt ſignalé contre
les Turcs en pluſieurs combats.
&a efté General des Vaiſſeaux
de cét Ordre. Faucon de Ris
GALANT.
35
}
au
porte écarteléau 1. & 4. dezuen.
les , àlapatre de griffon d'or poſe
en bande au 2. & 3. d'argent ,
Taureau defable , portant au col
un écu d'argent àla croix degueules.
Ie vous ay parlé dans ma Lettre
de Mars dernier , de ce quis
s'eſtoit paflé quandMrdeMarfolier
, Chanoine de la Cathedraled'Uzés
, & Frere de Mr de
Marfolier, Conſeiller au Grand
Confeil , fut receu à l'AcademieRoyale
de Niſmes . On m'a
donné une copie du Diſcours.
qu'il y fit en ce temps- là, &je
vous l'envoye..
65
36 MERCVRE
***************
REMERCIEMENT
Fait à l'Academie Royale
de Niſmes.
MESSIEURS ,
Ie n'eus pas plúsost apprisà
Paris , où j'estois alors , l'honneur
que vous aviez bien voulu mefaire
en me recevant dans vostre illustre
Academie,queje me donnay celuy
devous enfairepar Lettre mes treshumbles
remercimens. Cefut comme
un premier mouvement de reconnoißace&
jeme trouvaysipenetré,
de lagrace que vous veniezde m'accorder
, & des circonstances obli..
geantes dont vous aviez cu la bonté
de l'accompagner , que ne pouvant
zenfermer dans moy-meſme tous les
GALANT. 37
Sentimens qu'un honneur fipeu meritè
y avoit excitez , il fallut en
Laiſſer échaper quelque chose. Aujourd'huy
qu'il m'eſtpermis de regarder
plus prés cettemesmegraces
que l'éloignement qui diminue tous
les objets , qui afforblit l'action
des choses les plus agiſſantes , ne
m'empesche plus de la voir dans
toute son étenduë , de la reſſentir
danstout ce qu'elle a de plus towchant
, dans tout ce qu'elle a pour
moy de plus glorieux& de plus doux,
quepuis je penser , Meſſieurs , que
dois-jefentir ? Quel concours dans
ce moment mesme où j'ay l'honneur
de vousparler,nesefait point dans
mon coeur , d'estime pour vos Per
Sonnes , de veneration pour vostre
illustre Compagnie , de reconnoiffance
, mais d'une reconnoissance
éternelle pour la place que
vous avez bien voulu m'y ac
corder
د
38
MERCVRE
Mef
Iel'aysouhaitée , cette place
ellefaisoit depuis longtemps l'objet
de mon ambition,& cette am.
bition est trop glorieuse pour la
defavüer; car aprés tout
ſieurs ,qui neseroit agreablement
flarédeſevoir aſſis avec les Sages,
avectout ce que cette Province , où
l'air même que l'ong respire ſemble
dõnerde l'esprit,a deplusfin, deplus
delicat , de plus sçavant , de plus
capable enfin de foutenir la reputation
d'une Academie qui a
la gloire d'avoir esté fondée par
LOUIS LE GRAND ?
Il faut l'avoüer Meffieurs
voſtre Academie a des avantages
qu'on ne luy peut contefter. Née...
Sous un Cielplus pur , fous des in...
fluences plus bheureuses , que
par tout ailleurs, ellese voit éta...
blie dans une Ville celebre par fon
antiquité,parSagrandeur, parfess
ود
GALANT.
39
} vicheſſes;Ville queles Muſesmesme
auroient chofie pour leur sejour,ſt
elles n'estoient pasles Citoyennesde
toute la terre ; Vitle où l'on respire
encore cet air Romain , cet air genereux,
cet air noble que le long
feiourqu'y out fait ces Maistres du
Monde , que leur sang qui coule
encore dans les veines defes Citoyensy
a répandu ,& que tant
defiecles quisesont écoulez,n'ont
på encore effacer.
Quede lumiere , que d'érudi
tion , que de delicateffe ne doiton
point attendre d'une Acade.
mieforméedans uneVille,oùleGenie
fi favorable aux belles Lettres ,
Sembleencore préſider; d'une Academie
composée de tout ce qu'ily a
deplus poly dans tous les Ordres
d'une Province qui est elle mesme
fifpirituelle & pour ainsi dire.
40 MERCVRE
animéepar l'illustre Prelat *qui en
est le Protecteur , & qui le seroit
auiourd'huy de tout l'Empire des
Lettres,fi cet Empire pouvoitse réunirſous
un ſeul Protecteur ou fi cette
qualité n'estoit iamais donnée qu'au
merite & aux grands talens !
Ces avantages , Messieurs ,font
pariculiers à vostre Academie. Ils
font grands , mais elle n'en a point
quila releve davantage ny qui luy
donne un droit plus folide à l'im.
mortalité, que d'estre l'ouvrage du
plus grandRoy du monde , d'avoir
estéformée pour estre comme la dépofitairede
cettegloire immortelle à
laquelle il acquiert tous les jours de
nouveaux droits, &de pouvoir estre
comptée entre les proiets qui ſemblent
formez , conduits , execute
par la sagesse mesme i proiets
*M. Fléchier , Evefque de Niſmes , l'un des
quarante de l'Academic Françoife.
GALANT . 41
fur lesquels le temps n'aura point
depriſe , &quiſont ſeurs depaſſer
avecgloire à la Posterité la plus
éloignée.
Ouy , Messieurs , quand l'Hiſtoire
décriva la vie de LOUIS
LE GRAND , on y verra des
Bataillesgagnées,des Villes forcées
des Provincesſubinguées , des Plottes
diſſipées , les Mers domprees
, des Ligues déconcertées
des Rois protegéz , des Hommages
libres ou forcez des Nations
Etrangeres. L'on y verra les Loix
rétablies la Licence réprimée
les Lettres honorées , la Religion
vangée, l'honneur vendu aux Autels
, l'Eglise pacifiée , la France
au plus haut point degloire où elle
puiffe monter ; la Pieté, la Sageſſe ,
la Valeur , toutes les Vertus fur le
Trône. L'Academie Royalede Nif--
mes fera placée parmylesMonu-
,
42 MERCVRE
,
les
mensde cemerveilleuxRegne ; elle
aura rangparmy les Statuës
Arcs de triomphe , les Trophées, elle
Sera comptée entre les monumens
de lagloire de ce grand Roy.
9*
Quel avantagepourvous ,Mesfieurs
d'avoir comme une liaison
neceſſaire avec l'immortalité de ce
Heros ! Quel honneur pour vos noms
devenus immortels,d'alleràlafuite
duſiendans leTemple de la Gloire ?
C'est à cet honneur , Messieurs
que vous m'aſſociez aujourd'huy.
C'est ce quifait l'effentiel , & pour
ainſi dire , le fond du Remerciment
que je vous dois. Mais de combien
de circonstances obligeantes cette
grace que vous m'accordezn'est-elle
point accompagnée?Abſent éloigné.
dépouillé de ce merite éclatant
dont je vous vois tous revestus ,
jobtiens , Messieurs , sur une
premiere demande ce que j'auGALANT
. 43
rois cru n'avoir pas trop acheté
- quand j'aurois employé plusieurs an
nées àſolliciter, quandj'auroisdon.
nésoins ,veilles , Amis ,credit ,
recommandations
tenir.
pour l'ob-
Il est vray que ces derniers
moyes nesontguere propres àobtenir
un rangque vous n'accordezjamais
qu'àl'érudision &aux belles lettres
Envainferoit- onpresētépar lafortune
mesme. C'est le meriteſeul qui
donne l'entrée ; c'est le sçavoir qui
diftribue les places dans cetteilluftre
Affmblée, le voudrois bien pouvoir
dire que c'est à euxſeuls que ie dois
celle que vous voulez bien que i'y
occupe , mais ie me connois trop pour
ne pas avouer que la grace a bien
plusde part que le merite à l'honeur
que vous me faites . C'est ce qui rea
double , Messieurs , l'obligation que
is vous ay, ce qui m'y rendra toute
1
44
MERCVRE
ma vie infinimentſenſible, & ce qui
m'engage à une reconnoissance é-
Bernelle.
Ilm'eſt aisé de iuſtifier ce
que je vous ay dit pluſieurs fois
que l'on écrit partout pour le
Roy. L'Ouvrage qui fuit m'a
eſté envoyé d'Avignon.L'Auteur
qui en eſt , s'appelle
Mr Guintrandi & vous trouverez
en le lifant que la pluſpart
de fes Vers ont un tour
particulier ,& qu'on peut dire
veritablement Poëtique .
ODE.
Sur les dernieres Victoires
duRoy.
Doctes Habitans du Parnaffe ,
Et vous , celestes Déitez ,
Dont les Cignes de Grece en no05
tempsſi vantez,
GALANT. 45
é.
Ont chanté les faits & larace :
Ie ne demande point vos faveurs
pourmes Vers ,
Ils feront bienſans vous le tour de
l'Univers;
LOVIS est mon Heros , mon bonheur
eft extrême.
Leprenspour Apollonce Mars vi-
Etorieux
A quoy bon invoquerd'autre Dieu
que luy-mesme ,
Quand on a dans luy ſeulenſemble
tous les Dieux ?
LOVIS , daigne voir mon ouvrage ;
C'est pour toy que ie l'entreprens ;
Sutrefois on a vû defameux Conquerans
Donner à des Vers leurfuffrage
Alexandre estima ceux du Chantre
Thebain;
Scipion applauditle Comique Affricain
;
46 MERCVRE
Augusteseplaiſoitaux chansons de
Virgile.
Maisque dis-je ? Grand Roy , ne
fais-tu pas plus qu'eux ?
Ton Louvren'est-ilpas des Sciences,
l'azile?
Et quel Dočte ſous toy se voit.il
malheureux ?
Vous, que lacharmante Courriere
De l'Aſtre qui chaſſe la nuit .
Cotore les premiers de l'or dont elle
luit Sur un charde riche matiere.
Et vous, qui du Soleil bornant l'obliquetour,
Voyezſur l'Occanensevelir le jour ,
Preſtezà mes accords uneattentive
oreille.
Heureux , fi iepouvoistendre auffihaut
mon Lut ,
QuemonRoy quifait voir merveil.
lefur merveille ,
Ades plus vieux Héros paſſé le
noble but .
GALANT. 47
Où vit- on jamais plus de gloire.
Plus devertus ,plus de bonheur
Qu'on envoit en LOVIS , dont
la noblevaleur
A pour compagne la Victoire ?
Combien a- t-il de fois parsespuis-
Jans regards
Forcéd'un Peuplefier les orgueilleux
Remparts;
Fait tremblerfur leurs bords le Rhin
l'Escaut , la Meuse ,
Etranimé ſes Gens d'un rayon impreveu
Qui rend commeun Soleilſaface
lumineuse ,
Et qui fait qu'on luy cede aussi.
tost qu'on l'a ven !
L'infatigable Meſſagere.
Quifans ceffe va discourant
Des Exploits inouis de ce grand
Conquerant
48 MERCVRE
Remplit l'un l'autreHemisphere.
Attentive & charméeelle ourre
fes centyeux ,
Pour compter du Heros les Exploits
glorieux ;
Le moindre pas qu'ilfait est digne
de remarque.
Mais quoy qu'elle ait toûjoursfur lui
les yeux tendus,
Quand il faut reciter les beaux
Faitsdu Monarque ,
Le nombre l'embaraffe, &le choix
encorplus.
Ce qu'on craintpour luy de nuisible
C'est lenombre de tant d'Exploits
Qui le font le plus iuste & le plus
grand des Rois ;
VntelHéros ſemble impoffible
En vain en parlons- nous comme
laverité,
Nous ne ferons point crûs chez la
Pofterité :
Mais
GALANT.
49
1
Mais non , l'on croira tout de sa
vaillance.
Vous , Places , qui borniez nostre
Empire avant luy ,
Vous montrant à nos Fils dansle
coeur de la France ,
Ne prouverezvous pas ce qu'ilfait
aujourd'huy
Lors queſaſageſſe profonde ,
Preferant l'olive aux lauriers.
Avoulu defarmer les mains de nos
Guerriers
Pour donner le repos au monde ;
L'envie aux yeux ardenstraverſant
ce deſſein ,
Ets'opposant au cours d'un calmefi
Serein ,
Mon Roys'est vû contraint de res
prendre lafoudre.
Ilmarche ; & les Titans punis de
leur orgueil
Sous leurs forts Bastions d'abord reduits
en poudre
Juin 1691. C
So MERCVRE
Trouvent en expirant un funefte
Cercueil
Mais voici ce qui plus m'étonnе
Lorsque toute l'Europe en corps ,
Pour fondrefurla France,unit tous
Ses efforts ,
LOVIS craint-il pour sa Couronne;
Non ; quand le fier Tiran qui
commandeaux Anglois
Poufféparle defir deperdre le François,
Souleve contre luy l'Empire& l'Al.
lemagne ,
Qu'il est dans cedeffein fecondédu
Piémont ,
Suivi de la Hollande , ainsi que de
l'Espagne
LOVIS voit à couvert les lauriers
defon Front .
Ainſi quand ſur l'onde écumeuse
Les vents , l'effroy des Matelots ,
GALANT.
51
1 Soulevent tout à coup des montagnes
de Flots
Forment une tempeste affreuſes
- Que poussant à l'envi les nuages
épars,
Ils rempliffent les mirs de tenebreux
brouillars ,
Phæbuscraint- il deperdreun rayon
de lumiere ?
Leurs deffeinsfurieux nesçauroient
réussir ;
Et ce beloeil du jour poursuivant sa
carriere ,
Sçait bien- coſt diſſiper qui l'osoit
obscurcir.
秀
Demême ,Partiſans de l'Envie,
LOVISferit de vos projetss
Il connoîtſa valeur, ilconnoît fes
Sujets ,
Et le Cielveille poursa vie.
Vous apprendrez bien. toft que fon
brasSçaitpunir
C2
52
MER CURE
Tous ceux qui contre luyseflatent
de tenir.
Oubliez- vous déja ſes fameuses
Conquestes ?
Autant de fois liguez , autant de
foissoumis ;
L'Hydre que vous formeza vû cou.
perſes teftes ,
Et luy s'estvû Vainqueur d'un monded'Ennemis.
Deja le destin de laGuerre
Allumeſes tristes flambeaux ;
Je vois déjafloter dansles airs nos
drapeaux ,
EtMarsfait gronderſon Tonnerre.
Catinat d'une part,ce Guerrierva.
leureux,
Suivi de nos Soldats hardis&genereux
,
Entre dans le Fiémont, y porte l'épouvante;
Bellone au front altier , marche à
pas redouble,z
GALANT. 53
1
1
Etfaisant reſonnerſa trompettetonnante
,
De tous nos Ennemis rend les eſprits
troublez .
L'effet de nos juſtes menaces
Nesçauroit eſtre diverty ;
Pour deffendre l'orgueil de l'injufte
Parti
Eft il aßezde fortes Places ?
Vainement leurs Châteaux veulent
nous reſiſters
La justice punit qui l'oſoit insulter
Ievois déja plier Villes& Citadelles
Ville-franchese rend, Saint Sospire
eftà nous ,
Mont-albanfuitdeprés,Gnostronpes
fidelles
Netrouvent point d'obstacle à leur
noble couroux.
Tu lefçais , fier Chasteau de Nice
Toy qui teflatois , mais en vain ,
C3
54
MERCURE
Parla difficulté de tonrude terrain
De nousfervir de precipice ,
Ouy , tu ſçais maintenant , s'il est
rien d'affezfort
Quipuiſſereſiſter au vif& prompt
effort ,
Dont iu viens desentir la terrible
fecouffe.
Tremblez , lâchesmutins , par ce
commencement,
Vn Fort quiſcent braver Anguien.
&Barberouffe,
Pris en moins de fix jours ,vous est
un monument.
Tandis que la Savoye en larmes
Deplorefonfort malheureux,
LOVISdont la Iustice accompagne
Lesvoeux ,
Donne à Mons de vives alarmes
Son Fils en qui du Pere on voit le
vifportrait ,
Qui icune eut la valeur d'un Conquerant
parfait ,
GALANT. SS
I montre avec Philippe le courage
d'Alcide.
Vn feul de ces Heros peut mettre
Monsà bas:
Mais attachez tous troisà l'honneur
qui les guide,
Ce leur feroitsouffrir que ne com.
battre pas.
Qu'il est beau de voirà laTeste
Denos Bataillons avancez
Ces Princesgenereux par la gloire
poussez
Braver les coups dela Tempeste !
Qu'il est beau de les voirſur d'agiles
Chevaux
Tantôt de leurs Soldats visiter les
travaux ,
Ettantôtde l'honneur leur ouvrir
Lacarriere! :
LOV ISſurtout agit puiſſamment
Sur lescoeurs ,
1
Saprefence adoucit la plus rude carviere
,
C
56
MERCVRE
Et tous veulent ſous luy vivre oss
mourir vinqueurs.
Aquoy penses-tu , fiere Ville ,
D'ofer tenir contre mon Roy ?
Non, ne teflatepoint , tu dois fubir
Sa Loy ,
Ta reſiſtance est inutile.
Tu ne dois rien fonder ſur tes Retranchemens
;
Apeine pourront- ils tenir quelques
momens ;
J'entens déja tonnerfon redoutable
foudre.
Ah , quel horrible bruit : Quel
étrangefracas !
On ne voit dans tes murs que sang
que feu , que poudre ,
Affreux & triſte objet de cent cruels
trépas.
Quand tes Habitans pleins de
crainte
Frappez de ces terribles coups ,
GALAN T.
$7
Font vomir les Canons qu'ils tournent
contre nous ,
Nos Gens en craignent ils l'atteinte?
Le Demon des François volantpar-
De fumée épaiſſis , rouges de mille
my les airs ,
éclairs ,
D'unemain agiſſante en détournent
l'orage :
Tandis que nostrefeuredoublant fon
effort
Frappe, éclate , envelope ,ébranle
abat , ravage ,
Etfaitpartoutmarcher le defordre
&la mort.
Lors que nos Gens de viveforce
Atravers leplomb & le fer
Aux yeux de mon Heros marchent
pour triompher ,
Ab , que le peril a d'amorce
Ah,quelchamp de valeur,quand
il est question
CI
58 MERCVRE
D'arborernos Drapeauxfur quelque
Bastion ,
Où le fier Défenseur ne craint rien
decontraire !
On les voit tous courir d'un pas précipité,
Chacunvoleàl'aſſaut,&learjuste
colere
S'ouvre mille chemins à l'immorta
lité.
En vain les Piques herißées,
En vain les effroyablesfaux
Tâchent de repoufferles vigoureux
aßauts,
Faux&Piquessont renversées..
Camme l'on voit des bieds applanir
lesfillons
Par la grêle qui tombe en affreux
tourbillons,
Ainsi l'on voit plier leBeige redow.
table ;
Etfidans cet effort quelques- uns de
nosMars
GALAN T. 59
- Fléchiſſentſous la main de la Parque
indomptable ,
Leur fort eft enviédes Manes des
Cefars.
Mons , tunesçauroiste défendre,
On te pouffe trop vivement.
Attens tu duſecours ? C'eſtinutiles
ment !
Quepeut-il contreunAlexandre?
Lefier Guillaume en vain tâche à
te secourir,
Ilvoit ques'approsher,c'est chercher
àmourir.
VnHeros comme luy doit craindre
leTonnerre.
Qu'ilparte, denosfaits ilferale
témoin,
Ne pensezpas qu'il trouble une fi
juste guerre,
S'il vient voir nos exploits , c'est
Seulement de loin
60 MERCVRE
Vain Prinse , élevé par le crime ,
Aquil'équitable Destin
S'enva bien toſt filer unenuitſans
matin ,
( Nuitfuneste , triſte victime.
Cruel vfurpateur , approche , &
viens deprés
Voir noſtre heureuxtriomphe ,&les
tristes Ciprés
Quide tes Alliez ombragent les
murailles.
démolis,
Voy Mons bouleversé,voy fes toits
Voy ton pavé couvert de millefune_
railles,
Esvoy ſur ſes dekors briller déja
nos Lis.
Enfin Mons est hors de défense
Voy - le de forces épuisé;
Il cede à nos efforts ,honteux d'avoirose
GALANT. 61
S'attirer les Armes de France.
Voycomme nos Guerriers , d'un pas
victorieux ,
Entrant dans cette Ville arrêtent
tous lesyeux.
L'Envie à leur abord voitfa torche
étouffée.
l'orgueildeconcerté montré un front
paliffant ,
Et les débris des toitsnous dreſſent
un trophée
Que le Lion domptéregarde en rugiffant!
Ovous,dont le noble courage
Faitfi- toft l'Ennemy plier ,
Que ne puis- je auffi haut vos exploits
publier
Queje vois baut vostre partage!
LaVictoire contente , aſſiſe ſur vos
fronts
Kous étale des prix de toutes les
façons
১
62 MERCVRE
H Je vousvois tout couverts du jour
qui l'environne.
Allez, braves Guerriers dont lefort
est si beau ,
Poursuivez le chemin quevous montre
Bellonne ,
Par vous bien- toſt l'orgueilſera mis
au tombeau.
Toy , l'objet de ma Poësie ,
LOVIS , vray temple des vertus,
Qui fais queſous tes pieds les vices
abbatus
Expirent avec l'Herefie.
Pardonne , toy qui ſçait aisément
pardonner,
Sijay par mes chansons osé t'im.
Portuner;
MonZele est indiscret,grand Prince
ie t'avoue;
Mais ce crune eft commun dans las
bouchede tous ;
Chacun veut te chanter, tout le
monde te louë
GALANT . 63
Et ce crime eftfi beau que tu m'en
vois ialoux .
Vous m'avez mandé que
vous avez leù avec beaucoup
de plaiſir le Dialogue intitulé,
Le Hollandois dans la Barque de
Caron, qui eſt dans ma Lettre du
mois d'Avril . En voicy un autre
qui ne vous plaira pas moins
Il eſt encore fur les matieres du
temps , & du meſme Auteur.
JUPITER
A SA FENESTRE ..
DIALOGUE .
JUPITER .
Vous eſtes de franchesque
relleuſes . C'eſt à Junon
64 MERCVRE
& Pallas, & Venus que je parle.
On ne vous voitjamais d'accord
, & il faut que j'aye àtoute
heure la teſte rompuë de vos
bagatelles . Si vous continuez
à me chagriner , je mangeray
à petit couvert , & vous irez
chercher le Nectar , & l'ambrofie
où vous pourrez. Viens ,
Mercure , laiſſons les diſputer,
&allons nous promener dans
la Galerie qui a veuë fur la
Terre. Peut eſtre y verronsnous
quelque choſe qui nous
deſennuyera.
MERCUR E.
Allons , je ne vous quitteray
point.
IUPITER..
Oh , le bon air qui vient de
là-bas ! Approche toy de certe
fenêtre pour le refpirer avec
moy. Quelle eſt la partie du
1
GALAN Τ . 65
Monde qui ſe preſente à nos
yeux ? C'eſt fi rarement que je
viens icy , queje n'y reconnois
plusrien.
MERCVRE .
C'eſt l'Europe , quia pris ce
nom pour éternifer celuy d'une
de vos Favorites ; & c'eſt le
Pays que je frequente le plus
volontiers , parce qu'on y cultive
les beaux Arts , &que les
Peuples y font fort polis.
IVPITER .
Bon , tu as la mine d'eſtre
bien informé de ce qui s'y
paſſe. Fais moy connoiſtre en
qu'elle ſituation y font les affaires.
MERCVRE .
On s'y bat à toute outrance
, & les Princes , jaloux les
uns des autres s'y font une
cruelle guerre . Il y a parmy
66 MERCVRE
eux un Louis le Grand , Roy
deFrance quiy cient le même
rang que vous tenez parmy
nous autres . Ils le voyent de
mauvais oeil , à cause de cela ,
& à l'heure qu'il eſt il y a contre
luy une Ligue , ſemblable
à peu prés à celle que lesTitans
formerent autrefois
vous.
JUPITER .
contre
Comment s'en démêle il ?
Crois- tu qu'il puiſſe éviter leur
fureur ?
MERCURE .
Illes foudroye les uns aprés
les autres; il ſerend leur Maître
par mer & par terre , il les.
chaſſe de leurs Provinces , & je
ne fais aucun doute qu'il n'en
forte auffi glorieusement que
vous eſtes forty de l'entrepriſe
desTitans.
GALANT. 67
JVPITER .
Qu'aperçois je là-bas proche
de la mer ? Il me ſemble que
c'eſt une grande Ville que je
n'ay pas accoutumé d'y voir ;
mais elle n'eſt point fermée de
murailles .
MERCURE .
C'eſt la Haye , lieu fort con
fiderable dans la Hollan e On
tientque c'eſt le plus beau Village
du Monde . Ce n'eſt que de
puis peu qu'on ya baſty , & il
n'y a pas plus d'un Siecle qu'il
commence à ſe peupler.
IVPITER .
I'y voy rouler , ce me ſemble,
beaucoup de carroſſes . Yen at-
il tant pour l'ordinaire dans
les Villages ?
MERCURE .
Ce n'eſt que par hazard
qu'il s'y en trouve un ſi grand
68 MERCVRE
nombre , & ils y ont eſté amenez
par les Députez de tous
ces Princes , qui ſe ſont liguez
contre le Roy de France.
IUPITER .
Eh, que font ils là ?
MERCVR E.
Ils y dépenſent l'argent de
leurs Maiſtres ,à déliberer iputilement
comme ils pourront
nuire à ce puiſſant Roy , & cependant
les Soldats de ces princes
manquent d'habits , & ne
viventla plupart que de pillage
IVPITER .
Belle economie ! Y ſerontils
encore long -temps ?
MERCVRE.
Autantqu'il plairaau Prince
d'Orange , qui eſt le grand
Mobile de cette Ligue , & fur
la volonté de qui ſe reglent les
volontezde tous les autres.
GALANT . 69
1
2
IUPITER .
Prince d'Orange ! N'est - ce
pas ce Roy de nouvelle fabri-.
que , contre qui Themis m'a
preſenté requeſte il y a déja du
temps ? le le connois , & je la
luy garde bonne. Si ce maraut
de Vulcain avoit eu l'eſprit de
bien pointer le Canon , dont le
boulet l'atteignit en Irlande
l'Eſté paſſé , nous en cuſſions
dépêtré le monde. le voudrois
bien le connoiſtrede viſage .
MERCURE .
Pourveu que nous demeurions
icy quelque temps , vous
pourrez le voir en original ,
car il doit venir dans peu à la
Haye.
IUPITER .
Ne le vois-je pas là qui court
lapoſte ?
MERCVRE..
Non , c'eſt un Allemand ,
70 MERCURE
qu'on appelle Electeur de Brandebourg.
IUPITER .
Ces noms d'Electeur &
d'Electorat me déplaiſent . Ce
ſontdes titres nouveaux que
je ne reconnois point. Qu'ils
foient Rois , ou rien . Ordonne
de ma part à Leopold , Roy
de l'Allemagne , d'abolir toutes
ces nouveautez .
MERCURE
د
cela
Si ſon pouvoir alloit auffi
loin que ſes ſouhaits
ſeroit déja fait. Quant à moy ,
je voudrois de bon coeur , que
tous ces titres chimeriques
fuſſent réduits à l'ancien pied.
Quand il meurt quelquesuns
de ces Electeurs , & qu'il
faut que je les conduiſe aux
Enfers , nous en avons toûjours
Caron & moy pour
GALANT .
71
une heure à conteſter. Il faic
l'étonné ; il demande ce que
c'est qu'un Electeur , & croit
leur faire trop de grace que
de les mettre à fonds deCale.
Eux au contraire , glorieux
comme des demi- grands
Seigneurs veulent eſtre aux
premiers rangs.Enfin c'eſt une
peine étrange & je vous
aſſure que voſtre ſervice ca
eſt quelquefois bien retardé..
IVPITER.
,
Laiſſe moy faire , j'y donneray
bon ordre ? Quel homme
eſt- ce que
bourg ?
ce Brande-
MERCURE
On ne le connoiſt pas bien
encore. Il avoit pour Pere un
tres- habile Prince , auquel il
n'a ſuccedé que depuis peu ;
mais pour luy ,jene lay veu
paroiſtre qu'a Bonn qu'il
72 ✓ MERCVRE
bombarda longtemps inutilement
, & meſme il y feroit
encore, ſi le Prince de Lorraine
n'eſtoit venu le relever de
ſentinelle . Le bruit a couru
qu'il ne tint qu'à fort peu
que les François ne le prifſent
dans les vignes. Cependant
il ne leur en marque aucun
reſſentiment , & la Campagne
derniere qu'il eſtoit en
Flandre ſur le pied de Chefde
la Ligue , il a eu pour eux
l'honneſteté de les y laiſſer
promener tout à leur aiſe
l'épée au coſté , & le Moufquet
ſur l'épaule , fans les
obliger à prendre de ſes Paſſeports.
IUPITER.
C'eſt eſtre bien civil en
temps de guerre. Où va- t- il
fi viſte ?
MERC .
GALANT.
73
MERCURE .
A la Haye , pour y preparer
les Appartemens du Prince
d'Orange , afin qu'il trouve
コtout preſt quand il y arrivera.
Appercevez - vous bien cet autre
Courrier qui le ſuit de prés
C'eſt l'Adminiſtrateur de V virtemberg.
Sauve les bagages .
JUPITER .
Me prens - tu pour un fourd ,
extravagant que tu es , à me
crier ainſi aux oreilles ? Que
veux- tu dire avec tes bagages ?
MERCVRE .
Je veux dire que comme le
Deſtin & moy nous caufions
ces jours paſſez avec l'Avenir ,
il nous aſſura que ce Prince devoit
perdre ſes bagages au retour
de la Haye , & que les
François les luy pilleroient. Ie
l'en avertis afin qu'il s'en donne
degarde.
Iuin 1691. D
74
MERCVRE
JVPITER .
Que ne prend il une bonne
eſcorte ?
MERCVRE.
Iln'a pas de quoy la payer.
JVPITER .
Et cet autre , qui eſt- il ?
MERCVRE.
C'eſt le Landgrave.
IVPITER.
Repete ce nom ,je ne l'ay pas
bien entendu .
MERCVRE.
C'eſt le LandgravedeHeſſe-
IVPITER .
Caffel.
y
2. Je ne sçaurois le prononcer.
Que maudits foient les Allemans
avec leurs noms heteroclites
. le veux abolir ce baroguoin
fait en dépit des gens .
Sçais- tu bien , Mercure , que
je n'exauce pas la moitié de
GALANT.
75
בו
leurs prieres , faute de les entendre
?
MERCVRE .
Place, place à cet autre qui
pourroit bien fe caſſer le col en
courant fi viſte . C'eſt un Courrier
Bannal , & je le rencontre
toûjours par voye ou par chemin.
IVPITER .
Tu l'appelles ?
MERCVRE .
:
L'Electeur de Baviere . Il va
comme les autres à la Haye.
IVPITER .
Il me ſemble qu'il s'eſt acquis
quelque reputation .
MERCVRE .
Ouy , contre les Tures à
Mohaks & à Belgrade : & comme
il eſt jeune , ces premiers
avantages luy avoient enflé
le coeur juſqu'à vouloir aller
7
D 2
76 MERC VRE
1
de pair avec le Prince de Lorraine
2
IVPITER.
Le petit temeraire .
MERCVRE.
Il faut bien à preſent qu'il
en rabatte . Tout grand Coureur
qu'il eſt , il n'a pu pourtanttrouver
en de belles plaines
dans l'Allemagne , le Dauphin
de France , qui la Compagne
derniere y a eſté prendre de
bons repas avectout ſon train ,
n'y l'obliger à payerſonécor.
IVPITER.
Netrouvestu pas cela bien
vilain dans ce Dauphin , d'allerainſi
vivre aux dépens d'autruy
, tandis qu'il a une ſi bonne
table chez ſoy ?
MERCVRE.
Il eſt aſſez à propos qu'ils'accoutume
de bonne heure à
GALANT.
77
manger du pain d'Allemagne ;
nous ne sçavons pas ce qui en
arrivera . Voyez - vous cette
Flotte qui vogue ſur la mer ? Elle
porte le Prince d'Orange , qui
vient d'Angleterre à ſon rendez-
vous .
IVPITER .
Qu'il eſt pafle & défait ! On
le prendroit pour un....
MERCVRE .
Tout défait qu'il eſt , on ne
laiſſera pas de le recevoir en
Hollande avec un grand applaudiſſement
, & comme s'il
eneſtoitleDieu tutelaire. Tous
cesgrands préparatifs, ces Arcs
de triomphe , ces feux d'artifice
, tout cela l'attend. Si vous
m'en croyiez , nous luy feriens
une malice.
IVPITER.
Etque ſerois -tu d'avis que
nous luy fiſſions ?
D3
78 MERCVRE
MERCURE.
Vous pourriez amaſſer en
l'air tantde nuages & tant de
broüillards ,le jour qu'il deſtine
à ſon Triomphe , qu'il ne pour
roitny voir , ny eſtre veu .
IVPITER .
Tiens cela pour fait. Voilà
un joly train quiarrive.
MERCVRE.
C'eſt celuy du Gouverneur
General de ce que le Roy d'Efpagne
poffede en particulier
dans les Pays- bas. Voilà des
équipages dignes du Marquis
deCaſtanaga, voilà ce qu'on
appelle ſçavoir ſe faire valoir
dans l'occaſion , & donner à
connoiſtre à chacun que tout
Payseſt un Perou pour les Efpagnols
. Il n'eſt rien tel qu'un
Gouverneur de cette Nation ,
pour trouver par tout des Mi
GALANT. 79
nes d'or. Il en découvriroit au
milieu des cailloux, & fçauroit
s'en faire des trefors. Que la
Chroniquefcandaleuſe vienne
aprés cela nous dire que cet
homme eſt entré gueux dans
la Flandre , & qu'il eſttoujours
reſté tel tandis qu'iln'a eſté que
Mr d'Agourto ; nous ne le croironsjamais
, car il n'eſt pas pofſible
que dans lepeu de temps
qu'ily a qu'il occupe ce poſte ,
dont perſonne ne veut ſe charger
, il ait pû amaſſer dequoy fe
parer fi bien luy & fes Mulets .
IUPITER .
Ces gens là tiennent de longues
Conferences . le m'imagineque
le refuitat portera bien
du préjudice au Roy des François.
MERCURE..
Pastantqu'on pourroitpen-
D4
80 MERCVRE
fer . Ils s'accorderont admirable
ment bien à boire , à manger ,
& à chaffer ; mais quant au
reſte , ils feront comme à Ratifbonne
, où l'on délibere toυ-
jours , & où l'on ne conclut jamais.
IVPITER .
Ie voy , ce me ſemble , un
Hollandois qui ſe preſente à
l'audience du Princed'Orange .
Cet homme a bonne phiſionomie
, & il me paroiſt capable
de bien des choſes.Le connois
tu ?
MERCURE .
C'eſt l'Amiral Tromp , le
ſeul homme de conſequence
qu'ily ait en Hollande . C'eſt
à ce qu'on appelle un bon Republicain.
Les de Vvic ne l'eftoient
pas plus que luy . Auſſi
n'eſt il pas l'homme du Prince
GALANT. 81
d'Orange , qui l'a toujours
écarté des grands emplois ; car
il neluy faut que des Vvaldecks
L'Amiral Tromp va à cette audience
ſur les ordres da Prince
d'Orange , qui luy doit donner
avis qu'on l'a choiſi pour commander
la Flotte Hollandoiſe
la Campagne prochaine , mais
ce n'estqu'à ſon corps défen
dant qu'il luy doit donner cet
employ , & parce que toute la
Hollande le demande. Auffi
n'entirera- t - on pas tout le ferviceque
l'on en attend,&dont
il eſt capable ; car le Prince
d'Orange aura ſoin de luy mertreenteſte
des Officiers ſubalternes
pour le contrepointer
dans les Conſeils & dans l'execution
,& il fera fi fort limiter
ſes pouvoirs ,qu'ikl'empêche
rade réütfir. Si vous voyez arm
D
82 MERCVRE
river le contraire,& queTromp
ait la carte blanche , dites hardiment
que le Prince d'Orange
aura perdu plus de la moitié de
fon credit en Hollande. Mais
j'ay bien peur que le pauvre
Amiral Tromp ne monte pas
fur la Flotte , car je croy avoir
entendu dire au Deſtin quelque
choſe là- deſſus .
IUPITER.
Selon ce que tu m'as dit , le
Prince d'Orange n'en ſeroitpas
trop faché. Mais le voilà qui
part pour la Haye.
MERCVRE .
Et le Marquis de Bouflers ,
pour aller inveſtir Mons .
Voyons qui des deux fera meil
leure prife.
IVPITER .
Que veux tu dire ?
MERCURE ..
Levez , levez les yeux ,
GALANT. 83
tournez les du coſté de cette
montagne que vous voyez
environnée de marais . Cette
Ville fi bien fortifiée que vous
voyezdeſſus , s'appelle Mons.
Voilà un gros de Cava'crie qui
s'en approche pour ſe rendre
maiſtre des avenues , & j'en
vois bien d'autres en marche
pour venir les joindre ; ils ſerontdans
peu plus de cent mille
hommes .
JVPITER .
Ne voy je pas aufli le Roy de
France qui vient grand'erre fur
cette route ? O la belle Cour, &
qu'il eſt glorieux d'avoir fous
fon commandement des gens
de fi bonne mine ! Pourquoy
prend il tantde peine ? Aprés
avoir eſſuyć tant de fatigues ,
& fi bien payé par tout de ſa
perfonne ,il eſt en droitderef
84 MERCVRE
ter chez luy ſans craindre de
paſſer pour un Fainéant.
MERCURE.
C'eſt un Prince infatigable.
Tel que vous le voyez , il vient
au Siege pour s'y donnerautant
depeine qu'un fimple Officier.
Il y amene ce qu'il ade plus cher
au monde . Ses Miniſtres l'ont
devancé de quelques jours,& il
trouvera tout en bon ordre en
arrivant . Vous allez voir beau
jeu , & voſtre Boiteux de Fils.
bien occupé. Il ne fortit pas
tant de lâmes de Troye durant
fon incendie , qu'il en
fortira de cette Ville. Nous
entendrons d'icy le bruit du
Canon.
IUPITER .
le tremble de frayeur..
MFRCVKE .
Qu'est ce qui vous peut
alarmer ainfi ?
7
GALANT. 85
IVPITER.
Ne vois-tu pas ce vilain
Canonnier qui braque fon
Canon pour faire tomber le
bouler directement ſur ce
Roy ? Vole , Mercure , varompre
ce coup qui m'affligeroit
infiniment.
MERCVRE.
Fay ſuivy voſtre ordre , &
du ſeul ſouffle de mon chapeau
j'ay détourné ce boules
fatal qui de dépit eſt allé
mettre enpieces le cheval du
pauvre la Chenaye.
IVPITER
le ſuis content & j'auray
,
toujours l'oeil ſurce Prince pour
le garantir des dangers qui le
menacerone . Recommande.
Juy pourtant de ſe moins expoſer
, &fais luy entendre que
jeveux que la France luy ait
86 MERCVRE
l'obligation d'avoir monté ſous
fa ſage conduite au plus haut
point de gloire où elle puiffe afpirer.
Retournons à nos Chaffeurs
. le trouve leur nombre
augmenté.
MERCVRE .
Ce nouveau Chaſſeur eſt le
Duc de Zell Il . vient chercher
dansle Prince d'Orange
un Protecteur contre les Rois
de Suede & de Dannemark
qui veulent prendre connoiffance
de la ſucceſſion de Lavvembourg
, dont il s'eſt emparé
par droit de bienfeance ,
tandis que le Duc de Saxe qui
y a de fortes pretentions ,
s'amuſoit à tirer ſa poudre
moineaux le long du aux
Rhin.
JVPITER .
levoy venir du coſtédeFlanGALAN
Τ. 87
dre un homme qui a la mine
d'unCourrier.
MERCVRE .
C'eſt celuy qui vient leur
donneravis que Mons eſt inveſti
,& quele Roy de France
eſt venu en perſonne en
former le Siege.
IVPITER
Qu'ils font étonnez Le
Prince d'Orange paroiſt ſe
poffeder mieux que les au
tres.
MERCVRE.
Ie ne ſuis pas furpris des
differentes impreffions que
cette Nouvelle fait fur leurs
efprits. Ces bons Allemans qui
ont quelque choſe à perdre,
& qui s'apperçoivent bien
qu'ils courent du riſque , fi la
Flandre ,dontMons eſt la clef
tombe au pouvoir des François
88 MERCVRE
ces bons. Allemans , dis- je,
craignent avec raiſon que cette
Ville ne puiſſe ſe ſauver,& c'eſt
cette crainte qui les déconte.
nance fi fort. Mais le Prince
d'Orange , qui , graces à la
fortune, n'ya preſque rien à perdre
du ſien , ne s'embaraſſe pas
beaucoup du ſuccés de ce Siege
C'eſt ce qui fait qu'il eſt plus
maiſtre de luy . Le voilà meſme
qui lesaffure, & qui leur promet
de le faire lever.
IVPITER .
Quelle effronterie sluy qui
ſçait bien qu'il n'a pas des
forces fuffiſantes pour cela,
&d'ailleurs , que le Roy de
France ne manque jamais à
ſes meſures. Donnons nous
le regalede le ſuivre dans l'exxecution
de ce hardy deſſein,
lele voy qui mome à cheval..
Iroit-il droit à Monse
GALANT. 89
MERCVRE.
Non, ſur ma parole; au contraire,
il va tourner le dos pour
ſe rendre à la Haye , où il donnera
ſes ordres pour affembler
l'Armée de la Ligue.
IV PITER .
Est-ceque cette Armée eſt
aux environs de la Haye ?
MERCVRE .
Point du tout ; elle eſt dans
le voiſinage du lieu où ce
Prince faifoit ſa Chaſſe.
IUPITER .
Que n'y reſte-t-il done ,
luy qui n'a des ordres ny des
conſeils à prendre de perfonne
MERCVRE .
C'eſt toujours autant de tems
paſſé à couvert. Tandis qu'il
s'amuſera à parcourir la Hollande
ſous prétexte d'af
روه
MERCVRE
ſembler l'Armée , il n'aura pas
à craindre que quelque Party
François le vienne enlever.
Le voicy enfin qui vient à
Bruxelles & l'Armée de la
د
Ligue qui ſe rend à Hallde
toutes parts .
IUPITER .
Comptons combien de
jours durera leur marche de
Hall à Mons. le m'imagine
qu'ils décamperont demain ,
car tout eſt preſt , excepté
quelques provifions qu'il fera
facile d'envoyer delà à l'Armée
, quand elle feroit avancée
d'une journée ou de deux.
MERCVRE.
Est-ce que vous vous perfuaderiez
, qu'avec une poignée
de gens ils aillent entreprendre
de forcer des Lignes ,
où , s'ils oſoient s'y preſenter
GALANT.
وا
on les enſeveliroit tout vivans
tant elles font profondes ;
Vous allez voir qu'on demeureratranquilement
à Hall .
Le Prince d'Orange plein de
reſpect pour les Deſtinées , qui
donnent affez à connoiſtre
qu'elles veulent livrer Mons
aux François , réſervera ſa chere
perfonne , & fa timide Armée,
ad meliora tempora; & mefme par
une generoſité inonie dans
un Chefd'Armée qui va faire
lever un Siege , il ſe retran .
chera dans ſon Camp pour
couvrir Hall & Bruxelles , en
casqueles François faffent un
détachement pour les venir
faccager.C'eſt là ce qu'on appelle
une prudence conſommée
,& un moyen ſeur pour
mourir paiſiblement dans ſon
dit entre les bras de ſes Amis.
92
MERCVRE
JUPITER .
l'entens pourtant crier d'i
cy qu'on va deſaſſieger Mons
MERCURE .
, Ouy à Bruxelles où l'on
parle un méchant François ,
& ou le Peuple credule à l'excés
, place le Prince d'Orange
parmy les Heros .
IVPITER .
Tu devines juſte , car j'entens
battre la Chamade à Mons ,
& je voy encore le Prince
d'Orange à Hall . Voilàla Garniſon
qui fort , & le Dauphin
de France quiluy fait l'honneur
de la voir paſſer. Que fera
le Prince d'Orange
MERCURE .
Ce qu'il verra faire aux
François , dont il tâche d'eſtre
le Singe. Le Roy de France
va s'en retourner à Versailles,
GALANT. 93
د
&mettre ſes Troupes en quartier
de rafraichiſſement jufqu'à
l'ouverture de la Campagne
; & le Prince d'Orange
va ſe mettre en chemin pour
retourner à Londres &
donnera ſes ordres pour mertré
l'Armée de la Ligue en
de bons rafraichiſſemens . Ils
luy ſontbien dûs , carles Troupes
ont beaucoup ſouffert à
Hall.
IVPITER .
Tu penſes railler ?
MERCURE
Point du tout , & ie fuis
perfuadé que des gens dontle
cocar eſt ſaiſi de frayeur , &
qui craignent à tous momens
qu'on ne les vienne infulter ,
patiſſent plus de corps & d'efprit
, que d'autres qui font un
grand travail , quand c'eſt de
(
94 MERCVRE'
bon coeur qu'ils s'y appli
quent,
IVPITER .
En verité c'eſt un grand
trompeur que ce Prince d'Orange.
Ne ſe deſinfatueras
t-on iamais deluy , & fera- til
dit encore longtemps , que
pour ſes beaux yeuxtantd'hon .
neſtes gens ſe feront la guerre
ſanspitié?
MERCURE .
C'eſt à vous à y mettre
ordre
IVPITER .
Patience , Mercure,j'y veux
mettre une fin qui faſſe voir
que jene ſuis pas un Dieu de
paille. Allons- nous en de ce
pas tenir conſeil avec les autres
Dieux , &deliberer ſur ce que
nous ferons de ce Broüillon .
i
95
plus
ven.
VOUS
nd il
que
Proeune
Pays
rpier.
nap-
ว
affaires
VELO
1Vsqu'à Venizo aves courrut
Senſo gagna ley jojo ,
Vous fias foulamen mourfoundut,-
Pauré Duc de Savoyo.
R
Jusqu'a vezniso awes
Jusqu'a ve niso a-ues
voussios soula men m
+
vous sios soulamen mor
pa
SHOUs en de ce
pas tenir Dieux , & deliberer fur ce que
nous ferans de ce Broüillon.
W
GALANT .
95
Comme il n'y a riende plus
4 agreable que l'accent Provençal
, & que je ſçay que vous
le prnoncez ſi bien quand il
vous plaiſt , qu'il ſemble que
vous soyez une veritable Provençale
, je vous envoye une
Chanfon qui vientde ce Pays
là. L'Air eſt de Mr Garnier.
Le titre qu'elle a vous en apprend
le ſujet.
COMPLEIN TO 1
Sur l'état present deis affaires
dau Duc de Savojo.
CANSOVN NOUVELO
2 2
1Vsqu'à Venizo aves courrut
Senſo gagna ley joyo ,
Vous fias foulamen mourfoundut,
Pauré Duc de Savoyo .
96 MERCVRE
LouPiemontdey Souldats Francés
Esdevengut laproyo ,
Veas coumo Catinat l'a més ;
Pauré duc de Savoyo .
Nicon'ésplus cequ'és iſtat ,
Carn'és qu'unomoun joyo ,
Sounfamon Casteoufa pietat ,
Pauré Duc de Sovoye.
Poudé's ty ben vousgaranti
Dau Grand Loüis quand foudroyo ?
Revenez donc au boüen parti ,
Pauré Duc de Savoyo.
Veiren leou tous voueftrey Barbés
Eméla boueno voyo ,
Supousas que n'en pendoun gés )
PaurėDuc de Savoyo.
Vins d'un trouésde voueftreis Etats
Afach de fuecs de ioyo ,
Segur leis amouffarezpas ,
Paure
GALANT.
97
Paure Duc de Savoyo.
Veſez que tout és abima ,
Et dias encaroſoyo ,
Efperas que toutfié crema ,
PauréDucde Savoyo.
Voueſtreis Poplésfauto depey
Soun reduits à l'Anchoyo .
Perque trabiſſias noueftré Rey
Pauré Duc de Savoyo ?
Fauty que de paurey ſujets
Souffroun de voueftrey moyo ?
Mettezau fuec voueftrey proujets,
Paurédu de Savoyo .
N'aurez plus quede Lendenous ,
De Gus , de lichofroyo ,
Si noun vousmettezàginous ,
PauréDuc de Savoyo.
4
Lou tem's coumo chacun vai crés ,
Juin 1691 . E
98 MER CURE
N'ésplus coumo fouloyo :
Noun vous rendran plus ce qu'au
prés ,
Pauré Duc de Savoyo.
Verceil , Carmagnolo & Thurin
Tendran pas tan que Troyo ;
Va prendren tout un beou matin ,
Paurė Duc de Savoyo.
Vouestro grand glory tous leis jours
S'eſcarpo coumo croyo ,
Aves brou cridar au secours ,
Pauré Duc de Sovoyo.
La Liguo n'en poou déja plus ,
Car és mancheto & goyo ,
Nonlyfaut pas couta deſſus ,
Paure Duc de Savoyo.
Ly'an escarpina tous ley peous ,
Etſemblo uno ninoyo ;
Contentas- vous defey confeous ;
JADE DE
= LYON
E
DEL
GALANE
THEQUE
PauréDuc de
LYON
Savoyo.
GILLE
Quandvous prenguet au quichoped
,
Vous traté en fadoyo ,
Sias abima (i tenez ped ,
Pauré Duc de Savoyo .
LeisAliats vous ant peiſſut,
Iusque icy de baboyo ,
May chacun s'és recouneiſſut ,
Pauré Duc de Savoyo .
Guillaumé vous aviéproumés
De gens & de mounoyo ,
Mayfabezcoumo Mons l'amés ,
Pauré Duc de Savoyo.
Donc per ſauva voueftré Pays ,
Per avé pax &joyo ,
N'ya qu'à plega davan LOVIS ,
Pauré Ducde Savoyo .
E 2
100 MERCURE
Ie vous ay parlé pluſieurs fois
de Mrl'Abbé Deſlandes ,Grand
Archidiacre & Chanoine de
Treguier , & je vous ay fait part
de quelques- uns de ſes Ouvrages
que vous m'avez témoigné
avoir lûs avec plaiſir. C'eſt ce
qui m'engage à vous envoyer
la Lettre qui fuit. Comme il l'a
écrite ſur les affaires preſentes ,
elle regarde le Roy , & il n'y a
point de matiere qui vous plaiſedavantage.
A Mr GOVREAV ,
Secretaire de l'Academie
d'Angers.
C'Est denos quartiers, Monfieur
qu'ilfaut apprendre les bonnes
nouvelles . Nous allons avoir commerce
avec les bonnestesgens de la
GALANT . 101 (
Cour & des Provinces ,& gardezvous
bien de croire que ce soit de
nous autres Bretons que voſtre Amy
Horace àvoulu parler d'une maniere
fi odieuse &fi honteuse. Il est conſtant
qu'il parle des Anglois qu'il
traite de Sauvages. Visam Britannos
hofpitibus feros .
Nos Armateurs Bretons ne font
rien moins que des Sauvages. Com.
me on ne peut rien voir deplus intrepide
dans le combat , on ne peut
auſſi rien voirde plus poly dans la
conversation , nydeplus reglédans
La conduite. Cefont de ces choses qui
ne ſe ſontveuës quesous le Regne
de Louis le Grand , l'Empereur des
François, &leRoy de la Mer. Un
Armateur de mes Amis qui a
• amenez dansnos Havres de Barre
quatre gros Vaisseaux pris fur les
Ennemis , m'ayant mandéqu'ilvou
loitſeſervirde mon ministere pour
E3
102 MERCVRE
demander à Dieu la conſervation de
ce Monarque , je me rendis à fon
Bord. Ily avoit dans un des quatre
Vaiffeaux plusieurs Officiers Hollandois
, avec qui j'eus conversation .
Nous allâmes diner sur un Efcore.
C'est le nom que nous donnons à un
Rocher qui s'avance dans la mer .
LesTablettes d'un deces Officiers étant
tombéesdefapoche; S'ilm'estoit
permis de lire , luy dis- je aprés que
je les cus ramaffées , je sçaurois
fans doute des nouvelles de vostre
coeur. Lifez, me répondit - il , tout
vous est permis . I'ouvris ces Tablettes
, & jy leus cesvers.
Il faut finir mesjours dans l'amour
d'Vranie ,
L'abſence ny le temps nem'en
ſçauroient guérir ,
Etje ne vois plus rien qui me
puſt ſecourir ,
Ni qui ſceut rappeller ma libertébannic.
GALAN T.
103
و
Confidencepour confidence me
dit l'Officier en reprenantſes tablettes
; montrez moy les vostres. Ie ne
fis point de difficultéde les luy don-
ner , & ily trouva les vers fuivans.
CetteAigle en rapines fameuſe
Ne vole plus inſolemment
Aux bords du Rhin & de la
Meuſe ,
Qu'elle a bravez ſi longuement.
Mon Princeluy coupa lesailes ,
Quand de ſes atteintes cruelles
L'Allemagne penſoitmourir.
Celaeft bien uray , dit cet officier
, & continuant de lire, il trou .
va ce Madrigal.
L'Aſtre dont la courſe ronde
Tous les jours voit tout le mõde
N'aura point achevé l'an ,
Quetes conqueſtes ne raſent
Tout le Piémont, & n'écrafent
La couleuvre de Milan .
E 4
104 MERCVRE
On vit à cette lecture le Hol-
,
landois tout pensif, ce qui donna
lieu deparler de la pensée. On
demandafi la pensée dans l'homme
le distinguoit d'un Lion , &quelle
pouvoit estre la différence de la pensée
dans l'Homme , d'avec lapensée
dansune Iutelligence. Tandis que
chacun poufſoit la matiere felon
Sa capacité un Pilote Flamand
pris en guerre fit une autre que
ſtion. Il vouloitsçavoir si l' Anrore
&le Crepuscule estoient cenfez
estre , ou dujour , ou de la nuit.
On parla enfuite du flux& du rea
flux de la mer. Nôtre Armateur
jurapar la ruche de fon Vaisseau
toûjours victorieux , que le Soleil
en estoit la vrayecause. Ce nepeut
estre la Lune , continuat- il , puis
qu'elle ne produit ny chaleur ny
froideur. Leflux de lamernevient
d'autre chose que de ce que l'eau se
GALANT.
105
rarefie par la chaleur , &se
condense par le froid. Ce fisteme
paroiſt aſſez vray ſemblable , luy
répondit - on , mais rendez - nous rai .
fon pourquoy'le Soleil faisant le
tour de la terre en vingt- quatre
le flux & reflux ne se
font qu'en vingt quatre heures
quarante- huit minutes.
heures ,
Jem'adreſſeà vous , Monsieur ,
afin que vous prononciez sur toutes
ces questions , car je regarde
vostre Illustre Compagnie avec le
même respect que cet Etranger ,
dont parle Stobée, regardoit le Senat
d' Athenes . Charmé de l'estime
generale que s'étoit acquiſe cette
Republique de Magistrats ,
quittafa Patrie pour aller écouter
ces Senateurs .. C'est de vos
celebres Academiciens qu'il faut
apprendre à louer Louisle Grand.
Comme il n'appartenoit qu'à ce
Es
it
106 MERCVRE
Monarque d'achever tant de gloà
rieuses entrepriſes , il n'apartient
auſſi qu'à ces hommes éloquens d'en
parler , & d'en conſerver la memoire
à tous les fiécles. Vous sçavez,
Monsieur , que je n'ay jamais esté
de l'opinion de ceux qui ont creu
que l'éloquence avoit épuisé toutes
ſesforces, & qu'on ne pouvoit plus
rien dire de nouveau àla gloire de
Sa Majesté . Ya- t- il rien qui puiſſe
Luy en donner davantage , que le
Zele ardent de ſes Sujets , qui
bruslent par tout de donner leur vie,
pour contribuer , s'ils pouvoient , à
Sagrandeur ? Je me souviens d'avoir
leu dans Hermogenes , le ſuiet
d'une Declamation qui m'a paru
fort nouveau . Un peintre ayant
expoféſur le port la peinture d'un
Naufrage qui estoit une merveilleu
fe piece, cette representation.cauſa
zant de frayeur aux Marchands27
GALANT. 107
&mesme aux Soldats dela Marine
que les uns se retirerent du commerce,
& les autres duſervice. Le
Magistrat, en qualité de Vangeur
Public , fit venir le Peintre en ingement.
le nesçay pas bien ce qui
fut decidé , mais ce que ie ſçay, &
cequi eft bien certain , c'est que les
naufrages effectifs nefont qu'exciter
les courages de nos Bretons
les Ancestres ont fait les premieres
Découvertes dans le Nouveau Monde.
Iene puis vous en donner de
meilleures preuves qu'en vous diſant
que dans le moment que je vous
écris pluſieurs ieunes Gentilhommes
veulent que ie me charge
de ce Placet,pour lefaire presenter
,
au Roy .
و
dont
Croy moy , contente l'envie
Qu'ont tant de Guerriers ,
D'aller expoſer leur vie,
Pour t'aquericdes Lauriers. )
E6
108 MERCVRE
Lesprodiges que ce grand Monarque
afaits iusqu'icy nous permettent
d'en esperer d'auſſi grands..
Ceserafans douteparson applica
tion que les inspirations du Saint
Esprit ne seront plus combattuës
par l'artifice de nos Ennemis , &
qu'ils'élevera des courages dignes.
de l'ancienne Italie , pour défendre
la Religion &la Cause commune.Ce
Seraparsa prudence qu'un nuage
obscur,formé de differentes vapeurs
Sera diſſipé. Cefera enfinparsafermetè
que l'Empire des Françoisfera
le plus heureux de tous les Empires.
Un fameux Academicien a comparè
la Ligued'Ausbourgàce nuagedont
je viens de vous parler. Pour moy ,
ie l'ay comparée à ce Mal-adroit
dont parle Trebellius Pollio , qui
en dix coups de javelot ne put toncher
un Taureau . L'Empereur Gallien,
qui estoit present,cherchant
GALANT.
109
A
!
A
F
àſedivertir, prononça enſafaveur
& luy envoyale prix du combat des
Bestes , parce qu'àson ingement il
avoitfait la chose du monde la plus
mal- aisée. Tories Taurum non
ferire difficile eſt. Iene pense ia.
mais acette Ligue contrela France,
qu'il ne me souvienne en mesme
temps de ce que i'ay lù dans Coiffeteau
. Cet Historien si estimé &fi
connu , dit que Romese railla de la
conſpiration de pluſieurs Nations
qui s'allierent avec les Samnites ,&نم
qui menacerenthautement d'effacer
lenom Romain. On detruifit la Ville
de Samnium , &aprés tant de Vi-
Etoires &vingt quatre Triomphes,
il n'enparut presque aucun veſtige
Quel est l'homme de bon ſens qui
pust regarder cette Ligue comme un
lien d'amitié entre des Nationsfe
differentes de Religions & d'inclinations
? On ne verra pas dans pem
10 MER CVRE
de temps qu'ily enait aucun d'eux
qui pare les coups pour fon Compagnon.
Cesont les François , ceſont
les Alliez de Louis le Grand , qui
combattant pour lawraye Religion,
pour les Aurels, pour la Patrie , pour
Lagloire , font comme ces Soldats
dontparle le Taſſe.
Arte di ſchermo nova , & non
più udita ,
A i magnanimi Amanti ufar
vedreſti .
Oblia di ſe la guardia , & l'altrui
vita
Difende intentamente , &
quella e queſti .
La Pofterité ne ferat.elle pas
effrayée , quand elle verra dans
l'histoire de Sa Maiesté , que des
Princes, qui nesont Princes , de leur
propre aven , que parle respectque
leurs Ancestres ont eu pour la vraye
Religion, ayent eu affezdefoibleſſes.
GALANT. III
&affezd'aveuglement pour entrer
dans une Ligue contrel'unique Protecteur
de cette Religion qui les a
mis sur le Trône ? Les Souverains
Pontifes qui rempliront le Saint
Siege iusqu'àla fin desfiecles , admireront
le Zele , la preté , & l'exceſſive
moderation de Louis le Grand
& Sancti benedicant tibi . Ils
beniront ſans doute le regne de ce
Monarque. Gloriam regni tui
dicent , & poteftatem tuamloquentur.
lefuis ,&c.
Il n'y a preſque rien de plus
important dans la vie que ce
qui met les hommes à couvert
des injures du temps , & leur
donne lieu de travailler commodement
, ſuivant la profeffion
qu'ils ont embraffée. Les
Baſtimens empeſchent que la
confuſion ne ſe trouve parmy
cux ,& ces demeures des par-
2
112 MERCVRE
ticuliers , qui uniſſent les familles
, font d'autant plus neceſſaires,
que ce ſont elles qui
forment les Villes , comme les
Villes forment les Etats dont
le Monde eſt composé. Ainfi
ſi ceux qui s'apliquent à ce qui
regarde leur conſtruction, ſont
confiderez comme des perſonnes
fort utiles au public ,
on eſt encore bien plus obligé
á ceux qui veulent bien faire
cette dépenſe , puisqu'ils contribuent
à ce qui nous met en
fociere,& fixeles hommes dans
un meſme lieu. Monfieur
Bulet Architecte du Roy &
l'un de ceux qui compoſent
l'Academie Royale d'Architecture
, a erû leur faire plaifir
en leur donnant un livre intitulé
, Architecturepratique,qui
comprend le détail du Toiſé
&du Devis des Ouvrages de
GALAN T.
113
د Maçonnerie Serrurerie ,
Plomberie , Verrerie, Ardoiſe ,
Tuille , Pavé de grais , & impreſſion.
Comme ce livre parle
dela conſtruction de toutes les
fortes d'ouvrages dont un batiment
eſt compoſé ; & qu'en
inſtruiſant ceux qui font bâtir,
illes doit empeſcher d'eſtra
trompez , on peut affeurer
qu'il leur ſera d'une grand
utilité. Il eſt remplide figures
& ſe vend chez Estienne
Michalet , Imprimeur du Roy
ruë S. Jacques , à l'image S.
Paul. On trouve auſſi dans le
meſme livre une explication
dela Coûtume , ſur le Titre
des Servitudes , & rapports qui
regardent les batimens .
Ceux qui ontjoüé un grand
perſonnage ſur le théatre du
Monde , donnent toûjours
beaucoup d'envie de ſçavoir
۲ MERCVRE
114
ce qu'il y a eu de plus particu
lier dans leur vie , Teleſt Olivier
Cromvvel , fameux par
le titre de Protecteur de la Republique
d'Angleterre dont
il a jouy depuis l'exécrable attentat
commis en 1649. en la
perſonne de Charles I. juſqu'à
ſa mort,arrivée en 1658.LHiftoirede
ſa domination qui n'a
été que trop abſoluë doit plaired'autant
plus aux Curieux,
qu'il est difficile de trouver
un temps plus favorable pour
la mettre au jour , puiſque ce
qui ſe paſſe aujourd'huy en
Angleterre, doit faire ſouhaitter
d'aprendre ce qui s'v paſſoit
du temps du Tiran quila gouvernoitalors
. Mille , & mille
Ecrits en parlent , mais nous
n'avions point encore de corps
d'Histoire , comme celuy que
GALANT.
115
Mr Raguenet vient de donner
au Public. Il l'acompoſe ſur les
ouvrages de quarante Auteurs ,
& dont il marque les noms ,
ainſi que le temps de l'édition
deleurs ouvrages, afin qu'on les
puiſſe aiſementtrouver. Il s'eſt
auſſi ſervi des Manuscrits de
feu M. l'Abbé de Montaigu ,
grand Aumonier de la Reine
d'Angleterre défunte , & des
Memoires de Mr le Marquis
de Ruvigni , autrefois Deputé
General des Eglifes Prétenduës
Reformées de France , &
de ceux de Mr de Chambertaine
, de la Societé Royale de
Londres , qui a écrit de l'Etat
d'Angleterre . Il a encore employé
dans cette Hiſtoire
quantitéde circonſtances qu'il
a appriſes de perſonnes dignes
de foy , qui estoient à Londres
116 MERCURE
du temps de Cromvvel , qui
l'ont vû,& qui ont eſté témoins
de ſes actions . Ila joint à tout
cela beaucoup de faits qu'ila
tirez d'un Manuscrit de feuMr
deBroffe, Docteurde la Faculté
de Paris , qui avoit eſté de la
Religion Prétenduë reformée,
& qui avoit demeuré cinq
annéesen Angletere, àrecherchertout
ce qui pouvoit l'é
claircir ſur la vie de Cromvvel.
On trouve de plus dans cet
Ouvrage tout ce qui s'eſt écrit
de plus mémorable pour ſervir
àcette hiſtoire , tantenAngle.
terre & en Hollande qu'en
France, en Eſpagne & en Italie
Les curieux doivent ſçavoir
gré àl'Auteur d'avoir recherché
, & fait graver toutes les
Medailles qui ont eſté frappées
à l'occaſion des actions de
GALANT . 117
Cromvvel , ou des affaires importantesqui
ſe ſont faites de
fontemps en Angleterre, Enfin
l'on ne sçauroit faire plus de
recherches pour la verité d'une
Hiſtoire , ny la travailler avec
plus de ſoin qu'a fait Mr Raguenet.
Vous vous ſouvenez
peut eſtre que la derniere fois
qu'il y eut des prix diſtribuezà
l'Academie Françoiſe , il remporta
celuy d'éloquence . Il eſt
fortjeune, & un homme de ſon
âge qui réuſſit autant qu'il a
fait dans une entrepriſe auſſi
difficile , que celle qu'il a ſi
heureuſement executée , merite
beaucoup de gloire . Cette
Hiſtoire de Cromvvel ſe vend
au Palais chez le ſieur Barbin .
Quoy que je ne me fois pas
étendu ſur les réjoüiſſances qui
onteſté faites dans toutes les
118 MERCVRE
Villes de France , pour les der
nieres conqueſtes du Roy , je
puis neanmoins vous aſſurer
qu'il s'eſt fait des choſes extraordinaires
, & qui font connoiſtre
avec combien d'ardeur ce
grand Prince eſt aimé de ſes
Sujets . La Ville de Dieppe s'eſt
fort diftinguée. Touty fut en
armes , & rien n'y manqua de
ce qu'on peut faire de plus éclatant,
foit pour la céremonie
du Te Deum , ſoit pour la beauté
des Feux de joye. L'Eloge du
Roy fut prononcé dans la grande
Eglife par le Pere Michel
Ange de Roüen , Gardien des
Capucins , & ce Diſcours luy
attira de grands applaudiſſemens
.
La Ville d'Agen a marqué
ſon zele par tout ce qui peut
accompagner ces ſortes de FeGALANT.
119
ſtes . Tous les Bourgeois ſe mirent
ſous les armes , & l'on ne
vit par tout que Deviſes , Inf.
criptions , Tableaux , Illuminations
, & ce qui ne s'eſt point
encore pratiqué , les Tableaux
qui ontfervi à faire voir la gloiredu
Roy , ont eſté mis dans la
grande Chambre du Conſeil
de l'Hostel de Ville , afin qu'on
les at toujours prefens ,& qu'on
ſe ſouvienne éternellement des
actions merveilleuſes de cet
Auguſte Monarque.
La Ville de Chaſtillon fur
Seine , qui s'eſt toujoursfignalée
en de pareilles occafions , a
fait des choſes ſi particulieres ,
qu'il a fallu un volume pour
les rendre publiques . Mr Pyon ,
Bachelier en Theologie , &
Principaldu College de la mefme
Ville , s'eſt donné la peine
-
120 MERCURE
de le faire. Ainſi le tropde matiere
m'empefchant de vous
donner une deſcription de cette
Feſte & de vous envoyer un
Livre dans une Lettre , je me
contenteray de vous dire en
peu de mots que Mr le Chapt,
prevoſt Royal & Maire du mefme
lieu , pouſſé d'un zele dont
l'ardeur le rend toujours ingenieux,
a fait connoiſtre qu'on
nepeut pouffer plus loin la pafſion
qu'il a pour la gloire de
fon Prince . Dés qu'il eut appris
que le Roy eſtoit party
pour aller affieger Mons , il fit
celebrer à ſes dépens une Mefſe
ſolemnelle pour la conſervation
de Sa Majeſté. Le iour qui
fut choiſi pour le Te Deum , on
trouva une allée d'arbres qu'il
avoit fait élever , & qui alloit
depuis l'Hoſtelde Ville juſques
à
GALAN T. 121
à l'Eglife. Ces arbres eſtoient
d'une verdure naiffante,& tout
couverts de fleurs & de fruits
qui furent diſtribuez au Peuple.
Les deux bouts de cette
allée eſtoient terminez par
deux grands Tableaux remplis
d'éloges du Roy en Proſes
& en Vers.Il y eut des Con..
certs , & des leux faits à la
gloire de ce Monarque , dont
Mr leChapt ſon Fils prononça
le Panegyriquedans la Tribune
, qui se trouva tapiſſée de
verdure.Le Panegyrique eſtoit
la compoſition du pere , & repreſentoit
ſi bien la grandeur
de Sa Majesté , que lors qu'il
finit , les Auditeurs qui en furent
penetrez , remplirent l'air
de cris de Vivele Roy. LaMoufqueterie
fit alors pluſieurs décharges
, & la Icuneſſe de la
Iuin 1691. F
122 MERCVRE
د
Ville parut en même temps
ſous les armes . Deux Fils de
Mr le Chapt portoient des Guidons
tout ſemez d'Emblêmes
fur la Ligue & ſur la prise de
Mons. Ils eſtoient precedez de
trois Déeſſes , qui reprefentoient
la Force , la Juſtice , & la
Prudence. Elles arreſterent le
Corps du Bailliage & de la Magiſtrature
, au bruit de pluſieurs
Inſtrumens , & firent trois Difcours
à la gloire du Roy . qui
furent écoutez teſte nuë. Les
Diſcours finis , cette leuneſſe
continua ſa marche vers la
principale Eglife , où auffi toſt
l'on vit arriver , au bruit des
fanfares , une Compagnie de
Dames , veſtuës en Amazones ,
& dont la magnificence égaloit
le zele, Quandtous les Corps
&toutes ces brillantes Troupes
GALANT.
123
furent entrées dans l'Egliſe , on
entonna le Te Deum , qui fut
chanté avec des violons & des
Aûtes douces .On chanta enſuis
te un Motet tiré de l'Ecriture
Sainte ,& qui ſembloit avoir
eſté fait exprés pour la priſede
Mons. Il avoiteſté mis en mufique
par Mr Morot. Les leux
& les Concerts à la gloire du
Roy qui devoient ſe faire aprés
le Te Deum , furentremis à dix
heures du ſoir , à cauſe de la
trop grande affluence du peuple
, qui n'auroit pûy trouver
place. Le tout eſtoit de l'invention
de Mr le Chapt , & fi les
Dames s'acquiterent bien de
leur employ d'Amazones , la
Fille de ce zelé Magiſtrat y
parut avec distinction . Cette
Feſte ſe termina par un magnifique
regale qu'il donna aux
F 2
124
MERCVRE
Dames. Tous les autres Magiſtrats
donnerent auſſi des marques
particulieres de leur joye,
ainſi que tous les Bourgeois, &
generalement tout le Peuple.
Les Feüillans qui ſont particulierement
attachez à la Maiſon
Royale , fipirent la Feſte par
unbeau feu d'Artifice .
Cačneſtune Ville trop conſidérable
pour n'avoir pas cherché
à ſe diftinguer. Aprés le
TeDeum chanté ,&des feux de
joye allumez par tout dés le
Dimanche 6. du mois paffé, on
renouvellales réjouiſſances le
Jeudy ſuivant. On les commença
par une Loterie d'une invention
nouvelle qui fut tirée
ce jour là dans la Maiſon d'un
Particulier. L'argentdes billets
avoiteſtédeſtiné pourſoulager
les beſoins des Pauvres , & les
GALANT.
125
Lots ne conſiſtoient qu'à rencontrerdes
ordres de fairequelquejolie
choſe en l'honneur du
Roy. Toutela Ville étant ſous
les armes , on chantale Te Deum
dans l'Eglise de S. Pierre. au
bruit du Canon du Château ,
en preſence de Mrs de Beuvron
& de Matignon , Lieutenans
de Royde Normandie, accompagnez
de toute la Nobleſſe &
deMr Foucault,Intendant , à la
teſte de toute la Juſtice. Mr
l'Eveſque de Bayeux y aſſiſta
avec tout leClergé . Le ſoir ily
eut une illumination generale
dans toute la Ville , & dans
tous les clochers . On ne voyoit
que des tables dans les ruës , &
pourle beau monde , il fut invité
à ſouper au Pavillon de la
Foire Franche qui donne fur les
prez. Il ne manqua rien à la
F3
126 MERCVRE
magnificence du repas , & comme
laVille en faiſoit les frais ,Mr
le Marquis de Breſſole, en qualité
de premier Echevin , aſſiſté
de Mr de la Motte , Lieutenant
General , en fit les honneurs .
La Fête finit par pluſieurs feux
d'artifice , dont les effets furent
furprenans .
Les Particuliers n'ont pas
oublié de marquer leur zele , &
ce qui ſe fit dés le 16. d'Avril
dans la Paroiſſe d'Herenguerville
, Dioceſe de Coutance,en
eſt une preuve Mr de Berenger
qui en eſt Seigneur& Patron ,
avoit invité tous les Eccleſiaſti.
ques & toutes les perſonnes
qualifiées de ſon voiſinage de
l'un & de l'autre ſexe,d'aſſiſter
àcette Feſte,qui commença par
une grande diſtribution de
pains qui fut faite aux Pauvres
GALANT. 127
&par pluſieurs Meſſes , à la
fin deſquelles on chanta toûjours
de le Te Deum. Il fut encore
chanté ſolemnellement
l'apreſdinée , & enſuite on alla
voir les buchers que l'on avoit
préparez pour cette réjoüiſſance.
Ils étoient au nombre de
quatre d'une moyenne gran.
deur, qui en entouroient un
plus grand . Il eſtoit quarré , &
l'on y voyoit quatre l ableaux
en deux étages , qui reprefentoient
les efforts inutiles du
Prince d'Orange & des Alliez
contre le Roy. On avoit peint
tout autour un Jupiter qui d'un
coup de foudre tarifſoit un
Fleuve & écraſoit un rocher ,
avec ces paroles Tout luy cede.
Autour des quatre petits buchers
brilloit un Soleil qui difſipoit
des nuagesavecces mots;
F
128 MERCURE
Rien d'impur ne luy plaift. On défera
l'honneur d'y mettre le feu
à une perſonne du beau ſexe ,
&Madame de S. Iean, l'une des
plus confiderables du Canton ,
ne put ſe défendre de l'acepter.
Ie ne vous parle point du repas
qui ſe fit enſuite ; vous jugez
bien que rien n'y futépargné .
Vous vous plaindriez ſans
doute ſije manquois à vous envoyer
des Vers qui ont eſté faits
ſur la conqueſte de Mons , &
qui ont acquis icy une eſtime
generale. Ils font du fameux
Mr de la Monnoye , dont la reputation
vous eſt connue.
GALANT.
129
h
SVR LA PRISE
DE MONS.
IDYLLE .
THEQUR
LYON
*
1893*
Conqueste de LOVIS, Mons
honneurdu Hainau
Rens grace au Ciel de ta défaite...
( Du mesme bras qui te maltraite
Attens aprèsun rude aſſaut ,
Une tranquillité parfaite..
Deton Maistre nouveau l'heroïque .
vigueur
Teferadeformais un Fort inébran..
lable;
D'un siege à tes murs redoutable
On ne teverra plus éprouver la rim
queur
F
130
MERCVRE
Pris une fois par ce Vainqueur
Tu vas devenir imprenable.
Tune craindras pointfous ſes loix
Qu'en ton fein l'Hereſie impunement
prétende
Elever deprofanes toits ,
D'où jusqu'à tes Sutelsſon poison
Se répande.
Dece mélange impur que l'Eglise
apprebende
LOVISte garantit parſes heureux
exploits.
Germain farouche , aveugle Ibere
Quefert defoulever &la terre&
lesmers ,
L'Erreur, la trahison, l'envie ,&
La colere
Toutes les fureurs des Enfers
Contre un Roy qui vous deſeſpere
I'laffronteluyſeultous cesMonstress
divers
GALANT.
131
Et femble aufameux Persée,
Commefi deson bouclier
LaMedusefortoit de Serpens heriffée
,
Apeine pour humilier
Deſes fiers Ennemis la force ra.
maßée
Il attaque de Mons les fuperbes
remparts ,
Qu'il voit d'abord àſes approches
Transformezen autant de roches
Aigles , Lions , & Leopars.
Quandla nombreuſe Ligue opposée
àſa gloire ,
Pourroit en balancer le poids ,
Pourtant d'Etats , pour tant de
Rois..
LeSuccés feroit-ilfidigne de nemoi...
re?
Icy , bravant fes envieux ,
LOVIS triomphe Seulde l'Europe
onnemie..
132
MERCVRE
Pour lePrince Vainqueur quel éclat
glorieux !
Pour les Vaincus quelle infamie !
Ils devoient, ces braves Guerriers
Juſqueſur les bords de la Seine
Venir moiſſonner des lauriers.
L'un s'emparoit de l'Aquitaine,
L'autre le longduRhin étendoit fon
domaine,
La Bourgogne de l'un flatoit l'am
bition
Tandis que l'autre à Mets pleinde
Safrenesie
Alloit prendre poffſſion
De la Couronne d'Austrasie.
Ainsi, quand d'un Malade accable
dedouleurs 6
De veilles &de laſſitude ,
Le ſommeilvientparſes douceurss
Asuspendre l'inquietude ,
Un Songe au malheureux offre de
beaux vergers
GAL ANT. 133
Oùfur un verd tapis , au pié des
Orangers,
D'une claire fontaine il entend le
murmure.
Làde charmans oiseauxformentde
doux concerts;
Lesfleurs y parfument les airs ,
Etpreſentent auxyeux leur riante
peinture;
Mais bien- toſt un fâcheux réveil
Détruit de ces plaisirs l'agréable
imposture ,
Et le trifte Malade endure
Une longue fatigue après un court
Sommeil.
Tels àvaincre la France &par mer
८ &par terre
Dans le Cabinet attentifs ,
On a vû des. Princes oififs
Rouler de vains projets de guerre..
Gependant le Heros que menaçoient:
leurs coups
134 MERCVRE
Sur Mons fait tomberfon tonnerre
Le Songe se difſſipe ,&la Place est
ànous.
Du Trône paternel l'vfurpateur
perfide ,
Néhardyſeulement pour un lâche
attentat ,
N'ose , indigne Ennemy d'un Monarque
intrepide,
Tenter lehazard du Combat.
Iln'afait danssa marche errante,
irrefoluë ,
Quemontrerſafoibleſſeàla Flandre
éperduë ,
Ilfuit , couvert de honte, avecses
legions.
Lafoudre estpartieàſaveuë.
Iuſque fur luy s'étend lanuë ;
Et latempefte encorpoursuit ses efcadrons.
Mais que du voile épais des ombres
les plus noires:
GALANT.
135
Il couvreson front odieux .
S'il échape au Victorieux ,
Iln'échapera pas au bruit deſes via
Etoires .
Qu'unejustefrayeur précipitantSes
Pas
L'emporte aux plus lointains cli
mats ,
Lagloire de LOVIS volera devant
elle ,
Et d'un long ennuy devore',
Le Parricide , l'infidelle ,
De laperte de Mons déja desespe
ré
Va d'un autre en fuyant apprendre
La nouvelle.
Les deux Sonnets que vous
allez lire , ſont du Pere de la
Rouffie , Jefuite.
136 MERCVRE
SUR LA PROSPERITE
des Armes du Roy.
CE Ent Princes conjurez pour abbatire
unseul Roy,
Ont formé le deſſein de conquerir la
France;
Leur orgueil leur fait voirſon Erat
Sans defense ,
Etqu'il leur est aisé de luy faire la
loy..
Se flattant que par tout ils porteront
l'effrey,
Que par tout on craindra leurs
Traittez d'Alliance ,
Leurs puiſſans armemens,leurs fonds
pour la dépense,
Ils riſquentfur cepred leur honneur
&leur foy.
Mais ou vont ces projets ? à trom
per tout le monde
GALANT .
137
?
Les aggreffeurs batius fur la terre
&fur l'onde
Au gré de leur Vainqueur vont expofer
leurfort .
Pour défendre l'Eglise & dompter
l'Allemagne ,
Avec bien plus de gloire, avec bien
moins d'effort ,
LOUIS LE GRAND fera ce que fit
Charlemagne.
SUR L'ASSEMBLE'E
de la Haye , & fur le Siege
P
de Mons.
Ourquoy ce
Conquerant revient.
il d'Angleterre ?
Pourquoyces Alliez arment- ils tant
de bras?
Pourquoy ces Souverains quittent
ils leurs Etats ?
CeSecret important touche toute la
Ferre.
138
MERCURE
Eft. cepour achever une sanglante
guerre ?
Est - ce pour hazarder de perilleux
Combats?
Est- cepour mettre enfin leurs Ennemis
àbas ,
Qu'ils font fonner fi haut le bruit
de leur tonnerre ?
Non, mais embaraſſez des deſſeins
de LOUIS ,
Etourdis des fuccés de ses faits
inoüis ,
Ils difent ; Fera-t- il les choſes
impoſſibles ?
Aprés tout,les François neſont
pointdes Demons.
Allons donc àla Haye ,ở là , témoins
paiſibles ,
Regardons defangfroid comment il
prendra Mons.
GALANT .
139
LA PREFERENCE
HONTEVSE .
MADRIGAL .
N trouve, dites- vous, étrange,
Que le petit Prince d'Orange
Ofe comparerses exploits
A ceux du GRAND ROYdes François.
Adire levray , lapartie
Paroist unpeu mal aſſortie.
Cependant ilfaut accorder
Quecenouveau Roy Statouder
Enunfensa lapreference
Sur leMonarque de la France ,
Et s'ilfaut direfranc & net
Ce que c'est que ce privilege ,
LOVISjamais n'a levé Siege ,
Et Guillaume en a levéſept.
DELORME , Avocat au Parle
ment de Grenoble.
140
MERCURE
V
SONNET.
Ous qu'on voit à la Haye encenferune
Idole ,
Princes Confederez , n'en rougiſſez
vouspas?
Ce culte injurieux aufacré Capitole
Reprocheàvostre rangdessentimens
trop bas ,
Si vous déliberez fur le moyen
frivole
Dereparer l'honneur detrois divers
Combats,
AllezSecourir Mons , LOVISLE
GRAND y vole
Allez,& contre luy méſurez vôtre
bras.
Mais quoy ?fiers des projetsd'une
vaine entreveuë ,
Vous tremblez, vous fuyezson approche
imprevue ?
GALANT. 141
Agilfez , il est temps , & quittez
vostre effroy.
Si ce Prince à vos jeux remporte
une Victoire ,
Ala luy disputer vous aurez plus
de gloire ,
Qu'à vous mettre au deſſous d'un
fantômedeRoy.
DELAGRANCHE , de l'Academie
Royale de Niſmes .
MADRIGAL.
Ie finis cet article par trois
pieces de Mr Broſſard de Montancy.
Toutes celles que vous
avez veuës de luy vous ont fait
connoiftre combien il eſt diſtingué
parmy ceux qui travaillent
en Poësie . l'ay ſeparé dans mes
Lettres d'Avril & de May les
Ouvrages qui m'ont eſté en
142 MERCURE
voyez ſur les dernieres Con
queſtes du Roy . le ſuis fâché
de ne pouvoir donner place à
tous ; mais il n'y a pas moyen
de rappeller toûjours la meſme
matiere.
SVR LA RETRAITE
du Prince d'Orange .
Vandle Roy Statouder , dans
un fauteuil placé ,
De jes futurs exploits endormoit
l'Assistance ,
Et qu'àlaHaye on estoit empresßé
Adiſpoſer l'attaque & la defence
Ilvient un bruit fâcheux du costé
de la France ,
Qui par malheur trouble la
Conference,
Et ſon Heros en est embarrassé.
Mons en peril , tout s'alarme,tou
tremble ,
GALANT.
143
Ilfaut courir à cepreſſant beſoin.
Laissezle faire , iln'ira pas fort
loin ,
Il est fougueux beaucoup moins
qu'il neſemble.
Il va pourtant , & s'aproche de
Mons ,
Quand tout à coup soupçonnant
quelquepiege ,
Prenons conseil , ne ſoyons pas fi
prompts,
Aliez , dit - il àson nombreux
Cortege.
Quelque accident pourroit nous
arriver,
L'ay du courage , & je sçay le
prouver
Lors qu'à propos il faut lever un
Siege ,
Mais il s'agit de le faire lever ,
Et franchement j'entens peu ce
manege.
144 MERCVRE
1
SUR LE RETOVR
du Prince d'Orange en Angleterre,&
la fin de l'Aſſemblée
de laHaye. 1
'Nfoin preſſant occupe laHol-
UN lande ,
Le Roy Guillaumey vient tenir sa
Cour.
De toutes parts on se haste , on accourt,
Apparemment lafoirefera grande:
Princes& Ducs viennent tous à
l'offrande ,
Pour s'attirer quelque regard benin
De ceHeros qui regie leur destin .
Ilva bien toſt faire un beau plan
de guerre.
Dont les François se trouveront
Surpris.
Force Soldats amenez d' Angleterre,
S'ille commande, iront jusqu'à Paris
,
Dés
GALANT. 145
Dés qu'on l'aura conclu dans l'Af-
Semblée
Quevont tenir tant de graves efprits
,
Villes , châteaux , il prendra tout
d'emblée.
Peu ferviront le mur & lerempart ,
Aupremierhoc la France estaccablèe
,
C'est un coup feur à ce nouveau
Cefar
Dans cette veue, on l'encense , on
l'admire.
LesHarangueurs s'empreſſent de luy
dire
Ce qu'il a fait de beau depuis un
ani
Que c'estpar luy que l'Europe refpire.
Au fond de l'ame il est tenté d'en
rire ,
Mais ils'observe ,&plussur qu'un
Sultan ,
Juin 1691.
146 MERCVRE
Nonchalamment étendu dans fasa
Chaife ,
Il les écoute , & regarde àson aife
Ces bons Seigneurs qu'ilvoit bas &
Soumis.
Rien n'estsi beau que la ceremonie ,
Maisàfon point fi.cost qu'il les a
mis ;
Bien , grandmercy, dit- il , mes bons
Amis,
*Partez en paix , car la farce est
finie.
AU PRINCE D'ORANGE
Sur la prise de Mons .
Vis , Prince malheureux
Fuis
tourne en Angleterre ,
د
re-
La Flandre à ton honneur est un Païs
fatal
Quitte un illustre employ dont tu
t'aquites mal,
Trompe, opprime , trabis , &nefais
point laguerre.
GALANT.
147
泰
Envain pourſauver Mons preſt à
tomberpar terre ,
Tu promets à la Ligue un effort martial;
Entre LOVIS & toy tout est tropiné.
gal ,
Tun'as que trop fenty le poids de
Son tonnere.
Tu sçais juſques au bout pouffer
un attentat ,
Tu fçais malgré les loix renverſer
un Etat ,
Enfourbe consommétu conduis une
brigue .
Tu dois à cent forfaits le rang
dont tu jouis ;
Mais les lâches complots, l'imposture
&l'intrigue
Sont d'un foible secours pour combattre
LOVIS . 2
G
148 MERCVRE
1
Voicy les noms des Perſonnes
confiderables de l'un & de
l'autre Sexe , mortes depuis ma
derniere Lettre .
Meſſire Guy d'Alogny de
Bois Morant, Chevalier delOrdre
de S. lean de lerufalem ,
Grand Bailly de la Morée & de
Cury , Commandeur de S. lean
Le Latran à Paris ,& de la Feüillée.
La Maiſon d'Alogny , defcend
de Pierre d'Alogny , Sr de
laMilandiere , qui vivoit fous
Charles V. & qui épouſa Aglantine
de la Tremoille , Dame de
Rochefort , dont vint Guillaume
d'Alogny , Sr de Rochefort ,
qui ſe maria avec Jacquette
Courande. De celuy-cy eſt venu
un autre Guillaume d'Alogny
, Sr de Rochefort & de la
Milandiere , qui eut pour Femme
Marguerite de la Touſche ,
GALANT.
149
Dame de Nivelle. C'eſt d'eux
que deſcend toute la Maiſon
d'Alogny, qui a donné pluſieurs
Perſonnes ſignalées par leur
valeur , entre auttes , Pierre d'Alogny
, Sr de Rochefort&de la
Milandiere,Guidon de la Compagniedes
Gendarmes du Comte
deCharny, vivant ſous François
1. Il épouſa Marguerite de
Salignac , Fille du Seigneurde
la Roche Belaſſon , & il en eut
Antoine d'Alogny , Chevalier
de l'Ordre du Roy , & Gentilhommede
la Chambre deHenry
III . qui de Lucrecede Perion,
Fille du Seigneur de laGrange,
eut Louïs d'Alogny , Marquis
de Rochefort , Baron de Craon,
Bailly de Berry , que le fen Roy
fit Chevalier de ſes Ordres.
D'Alogny portedegueules àtrois
Fleurs delis d'argent.
G 3
150
MERCVRE
Mademoiselle Chabot. Elle
eſton Soeur de Henry Chabot ,
Sr de Sainte Aulaye , qui en
1641. épousa Marguerite , Ducheffe
de Rohan , Princeſſe de
Leon , &Comteſſe de Porhoët .
Elle a fait des legs en faveur de
ſes trois Nieces , Filles du feu
Duc de Rohan ſon Frere , qui
font Madame la Marquiſe de
Coërquen , & Madame la Princeffe
d'Epinay , & a eſté enterrée
aux Celeſtins , où ſont les
corps de l'Amiral Chabot , & de
LeonorChabot , Grand- Ecuyer
de France .
Mr le Marquis de Monfuron .
Il eſtoit dela Maiſon de Valbelle
, & Grand Bailly des Montagnes
de Dauphiné. Le Roy a
donné cette Charge à Meffire
Bruno de Valbelle Monfuron
fon Frere , Chevalier de Malte,
GALANT.
151
Commandeur de la Tronquicre,
&Capitaine d'une des Galeres
de ſa Majesté
Dame Renée de la Marſeliere
, Veuve de Meſſire Jacques .
Auguſte de Thou , Preſidenten
la premiere Chambre des En
queſtes du Parlement de Paris ,
& Ambaſſadeur pour Sa Majeſte
en Hollande . Cet Ambaſſadeur
, qui avoit épouſe en premieres
Noces Marie Picarder ,
Fille de Hugues Picardet , Procureur
General au Parlement
de Bourgogne , dont il a eu un
Fils Abbé , & des Filles , eſtoit
Fils de lacques-Auguſte de
Thou , Baron de Merlay , Prefidentà
Mortier au Parlement
de Paris .qui dans ſes Voyages
& dans ſes Negociations d'Eſtat
en Italie , Allemagne , Flandre
& Venise , avoit acquis une en-
)
G4
ISA MER CURE
tiere connoiſſance des Droits
des Princes , & des moeurs des
Etrangers. C'eſt luy qui compoſal'Histoire
de ſon temps, en
pluſieurs volumes Latins , que
toutes les Nations ont receuë
avec eſtime . Il avoit amaſſé une
celebre Bibliotheque , remplic
de grand nombre de Volumes
rare ,& fort eſtiméede tous les
Sçavans . Il mouruten 1617. en
ſa ſoixante quatrième année.La
Mere de Mr de Tõou ,Ambaſſfadeur
en Hollande , fut Gaſparde
dela Chaſtre , Fille de Gafpard
de la Chaſtre , Comte de
Nancey , Capitaine desGardes
du Corps du Roy. Son Ayeul ,
Criſtophede Thou , Seigneur
deBonnoeil &de Cely , avoit
épousé Jacqueline de Tulleu ,
Fille de Jacques de Tulleu ,
Seigneur de Cely. Il fut preGALANT.
153
mier Prefident au Parlement de
Paris , Chancelier des Ducs
d'Orleans & d'Alençon , &
mouruten 1582 âgé de foixante
quatorze ans. Son Bifayoul ,
Auguſtin de Thou , fut Prefident
à Mortier au Parlement
de Paris , & prit alliance avec
Claude de Marle, Fille de Claude
deMarle , Seigneurde Verfilly
, & d'Anne du Drac , &c.
Petit fils d'Arnault de Marle ,
Preſident à Mortier. Trifayeul,
Iacques de Thou , mort en
1504. avoit eſté Avocat General
en la Cour des Aides à Paris
Ilya eu de cette FamilleNicolas
de Thou , Eveſque de ( hartres ,
quien 1994. eut l'honneurde
facrerle Roy Henry IV. àChartres.
Ileſtoit Frere de Chriſto.
phede Thou ; porte d'argent au
chcoron defable accompagnéde trois
G
154
MERCVRE
taons , ou mouches à miel de mefme.
Meffire Adrien le Hardy ;
Marquis de la Trouffe. LieutenantGeneral
des Armées du
Roy , & cy devant Grand Maître,
Meſureur & Arpenteur de
France . Il eſtoit Fils ou Petitfils
de Sebastien le Hardy , Sr de
la Trouffe , Grand Prevoſt de
l'Hoſtel , & de Loüiſe Hennequin
, Fille de René Hennequin,
Sr de Sermoiſes , Maistre
desRequeftes .
Meffire Henry de Creil , Seigneur
de Bournezeau , Maiſtre
des Requeſtes . Il eſtoit Fils de
Louis de Creil , Conſeiller en
la Cour des Aides , & avoit
époaſé Françoiſe Bardin , dont
ila eu Meſſire lean de Creil ,
Seigneurde Bournezeau , Con.
ſeillerau Parlement , puis MaiILLE
NOATE
*1833*
ILSPANLÆ
DVXIT
AR
INFANTES MARI ANNA
DABIT
QVOD.
GANDA -
PRECATVR
SP QG
MED CLXXXIX
L.Dolivartfecit
GALANT . 155
ſtre des Requeſtes en 1676. Intendant
de luſtice à Orleans .
DeCreil porte d'azur au chevron
d'or , accompagné de trois clouds de
mesme.
L'uſage eſtant de fraper des
Medailles pour tout ce qui ſe
faitde memorable dans lesEtats
des Souverains , je vous envoye
celle qui a eſté frapée à l'occaſion
du mariage du Roy d'Eſpagne..
Les paſſions violentes font
beaucoup fouffrir. Heureux
qui eft affez maiſtre de foy.
mefme ; pour ſe tenir toujours
en eſtat de les ſurmonter
. Vn Cavalier , que la qualité
de fort honnette homme ,
&les avantages du bien & de
la naiſſance rendoient un party
confiderable eſtant allé
voir une Dame de ſes Amies ,
5
G6
156
MERCVRE
و
laif
qui logeoit dans un quartier .
entierement éloigné du ſien ,
trouva chez elle une affez
jeune Perſonne , qui attira fes
regards auſſi- toſt qu'il fut entré.
C'eſtoit une Brune d'une
taille aisée & fine , dont le
seint uny , les yeux noirs &
pleins de feu , la bouche admirable
, & les autres traits
formez à proportion
foient peu de coeurs dans l'in.
difference quand on la voyoit
un peu fouvent.Une fort grande
douceur eſtoit répandüe ſur
fon viſage , & il y regnoit un
air modeſte qui ne plaiſoit
guere moins que ſa beauté .Elle
eſtoit venue avec ſa Mere , qui
n'ayant encore que quarantecinq
ans, montroitd'agreables
neſtes de ce qu'elle avoit eſté
dans fon jeune âge . Le Cava
GALANT.
157
lier ,après avoir fourny quelque
temps à l'entretien general
, profita ſi biendel'ocaſion,
que s'eſtantenfin placé auprés
de cette belle Perſonne , il en
eut un particulier avec elle.
Il lui dit mille chofes obligeantes
,& ſes réponſes , également
ſages & judicieuſes , furent
pourluyun charme nouveau.
Elle parloit peu , mais toujours
juſte ,& ne diſoit rien qui ne
filt connoiftre que dansle foin
que l'on avoit pris de ſon education
; elle avoit recen d'u
tiles leçons. Elle ne fut pas
plûtoſt fortie ,que le Cavalier
s'informa qui elle estoit. L'empreſſementqu'il
eut à le des
mander, obligea la Dame avec
qui il eſtoit demeuré foul , à
luy répondre que fa curiofité
luy ſembloit eſtre d'Amant,&
158
1
MERCVRE
qu'il devoit prendre garde à ne
pass'abandonner tropaveaglement
aux premieres impreffions
qu'elle pouvoit avoir faites
ſur ſon coeur ; que tout ce
qu'elle avoit àluy en dire, c'eſt
qu'elle estoit ſa voiſine environ
depuis un an; qu'elle voyoit
peu de monde , & avoit une
conduite extremement régulieres
que ſa Mere qui ne la
quittoit preſque jamais , eſtoit
une Veuve de Province , &
qu'on jugeot à la maniere dont
elles vivoient , qu'elles avoiét
quelque bien . Le Cavalier repliqua
qu'il ne deſavoüoit pas
qu'il avoit trouvé beaucoup
de merite dans cette belle Perſonne
, mais que l'on devoit
penſer , que ne pouvant prendre
d'engagement veritable
fans le confentement de fon
GALANT. 159.
Peredontil attendoit degrands
avantages , il n'étoit pas aſſez
ennemy de ſa fortune ,quelques
douces habitudes qu'il
puſt pratiquer , pour former
jamais d'autre deſſein que celuy
d'avoir quelquefois où s'amuſer
pendant quelques heures
inutiles. Cependant l'idée
qu'il conſerva de la Belle le fit
aller chez la Dame beaucoup
plus ſouvent qu'il n'avoit accoutumé
. Illy vit encore cinq
ou fix fois , & toûjours avec
un redoublement d'eſtime qui
alla plus loin qu'il ne penſoit.
Ces entreveuës fuffiſant pour
l'autoriſer à luy rendre une
viſite', il alla chez elle ,& il fut
receu de la Mere & de la Fille
avec toute la civilité qu'il en
pouvoit eſperer , mais quand
it leur en eut encore rendu
160 MERCVRE
trois ou quatre autres en fort
peu de temps , on le pria de
retrancher l'affiduité . Ce fut
alors que ſa paffion , dont il
s'eſtoit déguisé la force , ſe fit
ſentir dans toute ſa violence.
Les bornes que l'on donna à ſes
foins luy furent inſupportables
, & il commença à s'appercevoir
qu'il ne pouvoit vivre
heureux , privé du plaifie
de voir ce qu'il preferoit à
toutes choſes. Il ſe plaignit de
l'odre cruel qu'il eſtoit forcé
de fuivre ,& il ne put obtenir
qu'on le revoquaſt, Vn jour
qu'il révoit à elle dans les Tuilleries
, il la vit dans une allée,
qui ſe promenoit avec ſaMere.
Il courut les joindre,les entretint
joſqu'à ce qu'elles fortirent
,& aprés qu'il les cut remenées
dans leur Carroffe,un
GALANT. 161
de ſes Amis qui l'avoit veu
avec elles , le felicita ſur ſon
heureuſe fortune . Ille fit d'un
ton fi malicieux , que le Cavalier
jugeant qu'illes conoif.
ſoit , le pria de luy en vouloir
dire des nouvelles . Cet Amy
ne ſe fit pas fort prier pour luy
apprendre qu'il avoit eſte trois
ou quatre ans dansleur voiſinage
, où elles faisoient une
figure des plus mediocres ;
qu'un Marquis qu'il luy nomma
leur avoit rendu des devoirs
fort affidus ,& que depuis
eetemps- làelles eſtoient allées
loger au Marais , où il avoit
ſceu qu'elles avoient équipage
, ce qui luy faiſoit penſer
que leMarquis avoitcontribué
par ſes liberalitez à cet heureux
changement de leur for
tune. Cette nouvelle mit le
162 MERCURE
Cavalier dans un fort grand
trouble. La Dame quiluy avoit
parlé de la Belle , la luy avoit
peinte comme une perſonne
d'une conduite fort fage , & ce
que ſon Ami luy apprenoit
ſembloit contraire à cette fageſſe.
Il voulut s'en éclaircitpar
luy meſme , & n'en trouva
pointdemeilleur moyen,qu'en
tâchant de faire recevoir quelques
prefens . Si la Belle étoit
intereſſée , c'étoitun infaillible
ſecret pour faire fouffrir ſes
foins , quelque empreſſez qu'il
les vouluſt rendre . Il conduifit
la choſe d'une maniere qu'il eut
des occaſions de ſe montrer liberal
, & il s'en fervit ; mais
tous ſes preſens furent refuſez ,
&même avecaſſez de hauteur,
pour luy devoir faire quelque
peine . Il erut d'abord que l'on
GALANT. 163
n'agiſſoit de cette forte que
pour l'obliger à une dépenſe
plus conſiderable , & fon amonr
l'engageant à n'épargner rien
pour réuſſir , il eſpera d'en venir
à bout , s'il pouvoit joindre
la galanterie à la liberalité.
Voicy ce qu'il fit dans cette
penſée. UneRevendeuſe eſtant
venuë chez la Belle dans le
temps qu'il y eſtoit , luyj montra
un lit fort propre , dont la
Mere offrit un certain prix.
Le marché neſe put faire , &
on la laiſſa ſortir , en luy diſant
ſeulement que fi elle n'en pouvoit
trouver davantage , elle
n'auroit qu'à le rapporter. Dans
ce moment , le Cavalier qui
n'avoitoſe ſe mêler de cetachat
ayant appellé un de ſes Laquais
luy donna ordre de direen ſecret
à la Revendeuſe qu'elle
164 MERCURE
vinſt chez luy le foir , & luy
apportaſt le lit. La choſe ſe
fit comme il l'avoit ordonné.
Le Cavalier parla à la Revendeuſe
qui trois jours
aprés alla chez la Belle , où elle
laiſſa le lit , dont le prix luy fut
payé. On voulut le tendre
quelque temps aprés , & ce fut
un grand ſujet de ſurpriſe de
trouver dedans pour mille
piſtoles de Pierreries . On ne
douta point que le Cavalier ne
les euſt données , & non ſeulementon
luyen fit de fort grandes
plaintes , mais on voulut
le forcer à les reprendre. Il nia
la choſe obſtinément ,&d'une
maniere qui l'auroit fait croire,
s'il ne s'eſtoit pas trouvé auprés
dela Belle la premiere fois qu'-
on luy avoitapportéle lit. Cependant
comme il eſtoit impoffiblede
le convaincre ſans le
GALANT.
165
-
-témoignage de la Revendeuſe
que l'on ne connoiſſoit pas , on
fut obligé de garder les Pierreries
, juſqu'à ce qu'à force de
foins , on vint à bout de la déterrer
par le portrait qu'on en
fit à d'autres Femmes qui ſe
mêloientdu meſme trafic . Le
Cavalier futau deſeſpoir de l'avanture.
Non ſeulement on luy
rendit ſes Bijoux qu'il ne put
faire accepter , quelqueinſtance
qu'il en fiſt , mais on s'offença
de ſon entrepriſe , comme
eſtant contraire à l'opinion
qu'il devoit avoir de la vertu
de la Belle. Il y eut plus. La
force de ſon amour qui s'augmentoit
toujours par la refiſtance
,l'ayant fait recommencer
à rendre des viſites aſſiduës ,
la Mere s'y oppoſa avec plus
d'empire qu'elle n'avoit faitau166
MERCVRE
4
paravant , & lors qu'il voulut
les autorifer par l'exemple du
Marquis dont on luy avoitparlé
, elle luy dit qu'il eſtoit vray
qu'il avoit eu libre accés chez
elle pendant quelque temps ,
par ce qu'il avoit d'abord propoſé
un mariage , mais que les
choſes n'ayant pû s'accommoder,
on avoit fait avec luy rupture
entiere ſans qu'onl'euſt
reveu depuis. La fermeté de la
Mere , jointe à la ſageſſe de la
Fille , qui ne ſe démentoit
point, & qu'il ne voyoit jamais
en particulier , irritant ſa paffion
dont il n'étoit plus le maître
, il declara qu'on pouvoit
fouffrir ſon empreſſement ,
puiſque ſes deſſeins avoient
toûjours eſté legitimes ; que
s'il avoit differé juſque là à
s'expliquer , c'eſt qu'il craiGALANT.
167
:
gnoit que fon Pere qui lay devoit
laufer de grands biens , ne
fuſt pas content de ſon amour ;
qu'étant dans un âge extrémement
avancé , il ne pouvoit
vivre encore long temps , mais
que li on faiſoit diffi.ulté d'attendre
ſa mort , le bien de ſa
Mere qui estoit confiderable ,
&dont il avoit la jounfance ,
pouvoit le mettre en eſtat d'épouſerla
Belle , quand meme
fon Pere luy refuſeroit ſon conſentement
. La Mere prenant la
parole , tandis que la Fille faiſoit
voir par une rougeur modeſte
, que la declaration ne luy
eſtoit pas deſagreable , fit connoîſtre
au Cavalier que les ſentimens
qu'il leur témoignoit
la touchoient tres- vivement ,
mais qu'elle ſe croiroit indigne
de l'honneur qu'il vouloit faire
168 MERCVRE
à ſa Fille , ſi l'impatience d'en
joüir la rendoit aſſez injuſte
pour fouffrir qu'il s'expoſaſt à
ſe mettre mal avec ſon Pere ;
qu'elle le prioit de ne luy rien
dire d'un engagement qui
pourroit le chagriner,& qu'elle
attendroit ſans aucun murmure
qu'il fuſt en estat de diſpoſer
deluy meſme,pour yfatisfaire;
que cependant il devoit garder
beaucoupde meſures dans
ſapaſſion pour ne donner aucun
lieu à la médiſance. Si
la declaration du Cavalier ne
luy fit pas obtenir une entiere
liberté de voir la Belle auffi
ſouvent qu'il l'euſt ſouhaité ,
dumoins il eut celle de luy
pouvoir dire tout ce que l'amourluy
faifoit fentir , ce qui
luy eſtoitun fort grand foulagement.
La Belle l'aſſeuroit de
fon
i
169
GALANT.
fon côté qu'elle avoit pour luy
l'eſtime la plus parfaite.& lors
qu'il luy demandoit un aveu
moins reſervé des ſentimens
de ſon coeur , elle répondoit en
rougiſſant , qu'elle ſe trouvoit
dans un eſtat où elle n'oſoit ſe
rien permettre de plus ; qu'il
ſuffiſoit qu'il y euſt alors un
obſtacle eſſentiel qui les empéchoit
de rien conclure ; que cet
obſtacle ſeroit peuteſtre ſuivy
dechangemens qu'ils ne prévoyoient
ny l'un ny l'autre ; &
qu'au hazard de parler contre
elle meſme , elle ne pouvoit ſe
deffendre de luy dire , que s'il
eſtoit ſage , il donneroit ſur luy
moins d'empire à un amour
qu'il pourroit ſe voir obligé
d'éteindre . Cette réponſe qui
l'enflamoit encore davantage ,
produiſoit entre eux de fort
Luin 1691 . H
170
MERCVRE
agreables , conteſtations. Illuy
reprochoit que la rupture ne
pouvant ſe faire que par elle
ſeule , puis qu'il eſtoit reſolu
del'épouſer quand elle voudroit
fans attendre même la mort de
ſon Pere , il falloit que le conſeil
qu'elle luy donnoit de ſe
rendre maiſtre de ſa paſſion ;
pour l'étoufer s'il arrivoit qu'il
en fuſt beſoin , vinſt de ce qu'-
elle ſe ſentoit le coeur peu favorablement
diſpoſe pour lay , &
l'incertitude où elle ſembloit
mettrepar làſon bonheur, luy
eſtoit un vray ſupplice. La
mort du Pere qui arriva peu de
temps aprés , ayant finy cette
forte de diſpute , le Cavalier
n'eut plus à douter qu'il ne
deuſt avoir le plaifir d'entendre
dire qu'il eſtoit aimé parfaitement.
Il vint offrir à la Belle
1
(
GALANT.
171
1
une fortune tres - confiderable ,
& il la trouva toûjours modeſte
c'eſt à dire ne s'expliquantqu'à
demy ſur tous autres ſentimens
que ceux de reconnoiſſance.
Vneauſſi grande ſucceſſionque
celle qu'il avoit a recueillir faiſant
toûjours naiſtredes affaires
, il demanda ſi on vouloit
bien luy donner un mois ou
deux pour les terminer , afin
qu'en ſe mariant enſuite il puſt
gouſter ſon bonheur ſans embarras.
On voulut ce qu'il voulut
, & il luy ſembla que l'on
conſentoit trop facilement au
retardement du mariage . Il crut
pourtant voir le coeur de la
Belle ſe developer inſenſiblement
en ſa faveur. Il luy écha
poit toûjours quelques marquesde
tendreſſe qui luy répondoient
, qu'il pouvoit beau
H 2
172 MERCVRE
coup fur elle , & fi elle refuſoit
de s'expliquer en des termes
auſſi forts que ceux dont il ſe
ſervoit , ce refus luy donnoit
lieu de tant deviner, qu'ilavoit
ſujetd'être content.Enfin aprés
qu'ileut donné ordre à tout ,
rien ne pouvant plus le détourner
de travailler à ſe rendre
heureux, il propoſa de fairedrefſer
unContrat de mariage,mais
qu'elle fut ſa ſurpriſe, lors qu'à
cette propofition il vit la Mere
& la Fille qui ſe regardoient
ſansluy répondre ! Il demanda
l'explication de ce miſtere , &
la Belle ſe vit enfin forcée de
luy dire que s'il vouloit bien ſe
ſouvenir des conſeils qu'elle
avoit cru luy devoir donner, il
nel'accuſeroit pas quand il apprendroit
qu'elle n'avoit agi de
laforte, que parce qu'elle estoit
GALANT. 173
mariée ſecrettement. Il ne ſe
peut rien imaginer de pareil
au deſeſpoir que montra le Cavalier.
On le laiſſa ſe plaindre
d'abord ſans combattre ſa douleur
, & quand il ſe fut un peu
foulagé par là , la Mereluy dit
que s'il vouloit l'écouter , elle
eſtoit perfuadée qu'il ſe trouveroitbien
moins malheureux
qu'il ne croyoit. Il ne pouvoit
concevoir que cela puſt eſtre
puis qu'il voyoit tout perdu
pour luy,& fe reſolvantcomme
malgré luy à luy laiſſer dire ce
qu'elle aſſeuroit qu'il feroit
bien aiſe de ſçavoir , il apprit
d'elle qu'aprés qu'elle eut congedié
le Marquis ,dont on luy
avoit découvert l'attachement,
un vieux Gentilhomme qui
avoit du moins ſoixante &
quinze ans, eſtoit venu latrou-
د
H 3
174 MERCURE
ver pour ſçavoir d'elle fi quarante
mille écus qu'il étoit
preſt de donner comptant ,
pourroient obliger ſa Fille à le
vouloirépouſer;que le peu de
bien qu'elles avoient leur avoit
fait accepter la choſe; que quoy
qu'il n'euft point d'enfans,
ilavoit voulu la tenir ſecrete
,pour éviter le reproche
qu'on luyauroit fait de ſe trouver
encore ſenſible à l'amour
dans un âge où il devoit eſtre
à couvert de ſes foibleſſes ;
qu'un peu aprés l'affaire conclue,
elles avoient changé de
quartier afin qu'on n'euſt
point à raiſonner ſur le changementde
leur fortune ; que le
Gentil- homme qui ne
voyoit jamais que la nuit , &
qui venoit fans aucune fuite ,
s'étoit caché avec tant de ſoin
les
GALANT. 175
à elles -meſmes ,qu'elles ne le
connoiffoientque par un nom,
qui apparemment eſtoit un
nom ſuppoſé , puis que toutes
leurs recherches ne leur avoientpû
faire découvrir qui
le portoit ; que malgré l'amour
qu'il avoit toûjours marqué
pour ſa Fille , il y avoit prés de
trois mois qu'elles n'avoient
entendu parler de luy , quoy
qu'il euſt accoûtumé de les
venir voir tous les trois ou
quatre jours , & qu'une fi longue
negligence leur donnoit
ſujetde croire qu'il eſtoit mort.
Le Cavalier à qui la confidencede
cette avanture renditl'ef
perance,demanda le nom que
s'étoit donné le vieux Gentilhomme
, & il eut beau s'informer
, il n'en put avoir aud
cunes nouvelles. Trois mois
H4
176 MERCURE
>
paſſez ſans qu'il cuſt paru étoient
preſque une aſſeurance
qu'il ne vivoit plus , mais on
ne pouvoit ſe determiner à
rien , à moins qu'on ne l'euft
entiere , & l'impoſſibilité où
l'on ſe trouvoit de s'éclaircir
les mettoit tous dans une terrible
inquietude. Quoy que la
Belle fult elle meſme perfuadéede
la mort du Gentilhomme,
la rigidité de ſa vertu luy
faifoit traiter de foibleſſe criminelle
les fentimens favora
bles qu'elle témoignoit au Cavalier
, & elle ſe reprochoit
juſqu'au moindres complaiſances
,où il l'engageoit à force
d'amour. Il les meritoit par ſes
"manieres pleines de tendreſſe ,
mais ſi ſon Mary eſtoit vivant ,
elle ne pouvoit les avoir pour
luy,& cette idée ſuffiſoit pour
GALANT. 177
lalaiſſer ſans repos . Il luy eſtoit
pourtant impoffible de ne point
aimer le Cavalier. Illa voyoit
tous les jours , & loin de l'en
empeſcher, elle auroit eſté fachée
qu'il ne leuſt pas venë.
Il luy propoſa un jour de la
mener àune fort jolie maiſon
qu'il avoit à quatre lieuës de
Paris , & la Mere ayant conſenty
à cette partie,ildonna ſes.
ordres pour les regaler..Aprés
un repas fort propre, il les pria
d'entrerdans un Cabinet,qui
ouvroit fur le lardın ,& d'où
la veuë ſe portoit fort loin. Cc.
Cabineteſtoit remply de. Tableaux
, & la Belle les ayant
parcourasen un moment , ar.
reſta ſes yeux fur un Portrait
qui luy fit faire un grand cry.La
Mere qui regarda le même par
trait,dit toute ſurpriſe,que c'es
H
178 MERCVRE
ſtoit celuy du Gentil-homme:
Mary de la Fille ,& ces paroles.
furent come un coupde foudre
pour le Cavalier. Ce portrait
eſtoit celuy de ſon Pere qu'il
avoit fait faire depuis quelques.
mois , & le rapport du temps
deſa mort au temps qu'ily avoit
qu'on n'avoit point veu le
Gentilhomme , luy repreſenta
en un moment tout l'excés de
fon malheur . Il fut partagé ſenfiblement
par la Mere & par la
Fille , que la peinture qu'il fit
des manieres de ſon Pere , outrela
reſſemblance des traits du
Portrait , ne convainquit quec
trop de la verité. Illeur en vint
*un témoignage aſſeuré peu de
jours aprés . Vn Religieux revenu
d'un long voyage , remit
entre les mains de la Belle un
papier cacheté que leGentil
GALANT. 179
homme l'avoit chargé de luy
apporter lors qu'il feroit mort.
C'eſtoit une déclaration en
bonne forme , toute écrite de
ſamain , par laquelle il la reconnoiſſoitpour
ſa Femme , &
ordonnoit à fon Fils de prendre
ſoin d'elle,& de la faire joüir du
doüaire qu'il limitoit.LeCavalier
à qui l'écriture eſtoit connuë
, confentit à tout , & cut
pour cette aimable Perſonne
tous les égards qu'il devoit àla
Veuvede ſon Pere , mais ne
pouvantplus ſoûtenir la veuë,
qui contribuoit toûjours malgré
luyà entretenir ſa paffion ,
il ſe reſolut à faire un voyage
en Italie , d'oùil n'eſt point en
core revenu
J'eſpere vous mander le mois
prochain de grandes nouvelles
touchant les Flotes qui ſong
H6
480 MERCVRE
preſentement en Mer. On s'at
tendoit que les Ennemis feroient
un fort détachement
pour traverſer notre Convoy
d'Irlande , commandé par Mr
de Neſmond, mais il y a beaucoup
d'apparence qu'ils en ont
eſté empeſchez par leur foibleſſe
, & qu'ils ſe ſouviennent
du Combat de Bantrie , & de
celuy dela Manche de l'année
derniere. S'ils ont quelque autreraiſon
; on ne la penetre pass
Vous ſçavez que Mr de Nef
monda pris à ſon retour deux
Vaiſſeaux Angloisqui faifoient
route aux Barbades. On pretend
que les Ennemis feront
cette année ſuperieurs en nom
bre de Vaiſſeaux , mais les na .
Ares l'emporteront affurement
par la force de leurs Equipages.
qui font complets , par celleda
GALANT. 18
nos Vaiſſeaux, par le calibre de
l'Artillerie , par le nombre de
bons Matelois , & de Soldats ,
& enfin par celuy des Officiers
qui font admirablement bien
executer tout ce qui eſt du fervice
, & avec une vivacité &
une diligence ſi grande , que
dans le Combat de la Manche.
nos Vaiſſeaux faifoient trois
décharges contre une des Ennemis
, fans aucun embarras ny
mouvement extraordinaire , au
lieu que les Ennemis faifoient
une manoeuvre plus marchande
que de guerre , & que leurs
Matelots & leurs Officiers paroiſfoient
fourds & peſants
dans le ſervice.. Voicy la Liſte
des Vaiſſeaux qui compoſent
noſtre Armée Navale , avec
l'ordre de Bataille.
८
1
182 MERCVRE
VAISSEAUX
Qui composent l'Armée Navale
du Roy , commandée par Mr
LeComtedeTourville.
ESCADRE BLANCHE ET BLEUE..
Commandans. Vaiſſeaux. Can.Equip ..
Mrsde Relingues. Le Fou 84 600
droyant.
Le Chevalier L'Ardent . 70 420
d'Infreuille .
Le Chev.de Rhodes..
Le Fidelle. 14. 300
De Pallas . Le Conftant. 70 450円
De Panactić, Le Grand, 86. 600
Du Challard, Le Triomphant.
78. 500
Du Rivauthuet, L'excellent. 64. 375
De Caffiniere , le Le Neptune. 50. 3000
Le Ch. de Genlis . Le Brave . 62 .
375
Le Chevalier de
Montbron. L'Aſſuré , 64. 400
DeMericourt , L'ecueil . 70 . 4.20
De Perinet , 1 Le Bourbon: 64. 400
DE CHASTEAU LE DAUPHIN
:
RENAULD ,
Le Chev . de Bel- Le Belli-
Iefontaine .
ROYAL . 100. 800%
queux. 78... 500
GALANT. 183
Le Chevalier de
Rofmadec , Le Fier.
De Colbert Saint- Le Courtie
৪০. 500
Marc , lan. 64. 4000
Le Chev.de Chaſteau-
Renauld. Le Vigilant. 54. 3751
Le Chev. d'Hervaut,
Le Precieux. 60.
3.50
Le Ch . de Combes
, Le Brillant. 64 .. 380
Le Baton Defa
drets,
De Combes ,
LeFrançois, 52.
L'Illuſtre.
3003
76.. 500 ,
De Forant , Le S. Philippe.
84. 580
De Belle- Ifte , LeS. Eſprit, 70. 420
De la Roque-
Percin , Le S.Loüis . 60. 3.800
Le Ch. du Palais , LeTemerai- 6.2 . 380
re.
DeRouvroy. LeBon.
56. 360
ESCADRE BLANCHE.
Commandans. Vaiſſeaux . Can.Equip..
Mrs de Serquigny, Le Furieux. 60. 375
De Forbin Gar- 1
daune , La Perle.. 56% 3500
De Montbant , Le Hardy. 54. 330
DeCogoln , Le Superbe. 70. 4.20
De Villette, Le Victorieux
. 96. 800 .
De Vaudricourt , Le Terrible, 80, 500
F84
MERCURE
-
Du Queſne Mof- L'Arc-ennier,
Ciel. ३
54. 350
Le Chev . de la
Rongere , Le Fort. 60. 375
Le Chev . Defadrets
, L'Arrogant. 60. 375
De Pallieres , L'Apollon. 62 . 400
DeBlenac, Le Serieux . 62 . 400.
De Coëtlogon , Le Magnifique
,
86 . 600
Mr De ToUR- LE SOLEIL
VILLE 、ROYAL . 106 . १००
De la Porte , Le Conquerant.
84. 600
De l'Arteloire , Le Henry ; 66. 400
De Champigny ,
Le Chevalier de
Villars .
Le Gaillard. 66.
Le S. Mi.
380
chel . 60.. 360.
De Beaugets , L'Aquilon. 56. 3.50
Divry , Le Moderé. 56. 350
Le Chevalier de
la Guiche , LeSage. 54. 330
Du Magnon, L'Aimable. 70 400.
DeFlacourt, Le Magna.
nime. 84 550
De S. Hermine , LaCouronne . 76 500
De havigny , Le Ferme. 64 . 400
De Levy, Le Sans pa.
reil. 60. 370x
ESCADRE BLEUE..
Commandans. Vaisseaux, Can.Equip
Mrs le Chev.de
GALANT. 185
Montgon, Le Fleuron. 60.
360
De Ferville, L'Indien .
54. 330
De Sevigné, L'Entrepre
De la Galiffon- nant. 60.
370
niere , La Sirene. 60 .
400
De Langeron , LeSouverain. 84 600
De Bidault,
L'Invincible.70 .
430
De Roche-Alart, Le Trident . 94.
330
Le Chev . de leuquieres,
Le Diamant . 60 . 370
Де вадиеих , Le Prince . 60 . 360
Jean Baert ,
L'Entendu . 66 .
400
De S.Pierre, Le Content.66 . 1400
De Sebeville , Le Floriſſant.75 . 500
DAMFREVILLE , L'ORGUEIL
LEUX, 98. ৪০০
De Septemes ,
Le Chev. d'Am.
Le Tonnant. 82 .
Le Verman-
500
freville , dois . 60. 375
Le Ch. d'Ailly , L'Agreable. 64 . 400
La Motte Ge . Le Coura
noüille , geux. 60. 370
La Vigerie, Le Fendant. 56. 350
De Réals , Le Laurier. 64. 350
Des Francs,
L'Heureux. 70 . 2.20
D'Aligre S. Lie. Le Pompeux. 76 . 500
De Neſmond , Le Monarque.
92 750
Le Chevalier des
!
Augers, Le Maure. 60 . 380
DeMachaut , Le Parfair, 66 . 400
D'Amblimont , L'Intrepide. 80 . 460
Le Ch . de Chaſteau
Morant. LeGlorieux. 86. 420
186 MERCVRE
Mrs Naudy ,
BRULOTS.
LeDrofle,
Giraldin . LC Dur.
Lonchamp , LaJolie .
La Motte Louvaft . LaMaligne.
Le Ch.Damont , L'Eſpion.
Boifouge L'Inſenſé .
LaBrouffe , L'Ameçon.
Marin , L'Impertinent.
Moſnier, La Friponne.
Cadenoſt , Le Facheux.
Serpaut, La Vicille.
Verguin , LePetillant.
Covier , Le Renard.
Deslaurier , L'Extravagant.
Robert , Le Serpent.
Ruffy, LeKufe.
La Lande, LeDeguisé.
Coulomb , L'Inquiet.
Longchamp Mon. Le anfaron.
tandre,
Moriau ,
Tourteau ,
Le Boutefeux.
LeDangereux.
On ne peut jetter les yeux
fur cette Liſte ſans étonnement,&
fans admiration, tous
les Rois de France enſemble
n'ayant jamais misen Merune
Flotte & formidable il y a ſur le
Vaiſſeau Amiral trois Capitai
GALANT. 187
nes ; fous Mrle Vice Amiral ,
quatre Lieutenans , quatre Enſeignes
,& cinquante Gardes
ou Cadets de Marine; autant
ſur le Royal Dauphin , & pour
Officiers Majors trente Gardes
ſeulement ; ſur les Lieutenans
Generaux & Chef d'Escadre ,
deux Capitaines en ſecond ,
deux Lieutenans , deux Enſeignes
& dix Gardes .Ces Gardes
font la pluſpart de tres bons
Officiers , & tres braves , & il
y en a parmy eux qui ont fix
années de ſervice , & qui font
auſſi habiles que beaucoup de
Capitaines .
Il faut vous parler des Liegeois
. Aprés qu'ils eurent fait
un Traité de Neutralité avec
ie Roy , non ſeulement ils le
rompirent quelque tems aprési
mais leur infidelité fut ſi gran188
MERCVRE
1
de, qu'ils voulurent la ſignaler
en contribuant au pillage d'un
Convoy confiderable que les
François avoient dans leur
Ville.Cette perfidie fit du bruit
dans toute l'Europe , & comme
il eſtoit de la grandeur & de la
juſtice du Roy de les châtier ,
pour faire connoiſtre que les
temeraires , qui ſans nul reſpect
oſent s'attaquer à de puiſſans
Souverains , doivent toûjours
attendre ce qui eſt dû à leurs
perfidies,on étoit d'autant plus
attentif à voir des effets de la
vangeance de Sa Majesté , que
les Loix de la Guerre permettent
ces fortes de chaſtimens.
Mais ce Monarque voulant punir
doublement un peuple ſi
ſcelerat , laiſſa expres gronder
la foudrelong temps , afin que
l'apprehenfion fiſt ſouffrir ceux
GALANT. 189.
qui avoient oſé luy manquer
de foy , avant qu'illeur fiſttentir
le coup. Il ne craignoit point
les précautions qu'ils pouvoient
prendre pour s'en garantir
,& il eſtoit ſeur de venir
about de ſes deſſeins quand il
luy plairoit de les faire executer.
Après avoir pris la
Ville deMons pendant l'Aſſemblée
des Alliez à la Haye , ce
quiles devoit mettre en pouvoir
de la ſecourir avec d'autant
plus de promptitude, qu'il
p'eſtoit point neceſſaire d'attendre
les Couriers en divers
Etats pour déliberer ſur les mefures
qu'on avoit à prendre ,
puis que la plus grande partie
des Chefs de la Ligue eſtoient
fur les lieux , le Roy voulut
chaſtieria Ville de Liege das le
temps meſme que leur Armée
190 MERCURE
eſtoit en Corps , afin que cette
juſtepunition , non ſeulement
marquaſt ſa ſuperiorité ſur ſes
Ennemis , mais qu'Elle fiſt voir
aux Princes liguez , que toute
leur protection ne ſçauroitmettre
à couvert de ſa colere ceux
qui s'en ſont rendus dignes .
Mr le Marquis de Bouflers
ayant receu l'ordre pour cette
execution , on vit auſſi-toſt
arriver des Troupes de tous
coſtez pour le joindre , & il
ſe trouva entres peude temps
à la teſte d'une Armée confiderabe
, & munie de toutes
les choſes neceſſaires pour
l'expedition dont le Roy l'a.
voit chargé. La France en
fait toûjours trouver de cette
maniere-là part tout où elle
peut en avoirbeſoin , & quelquefois
des Armées ſemblent
GALANT. 191
naiſtre dans des lieux , où il
n'y avoit peu auparavant aucune
apparence qu'on duſt voir
le moindre Corps de Troupes .
Celles de Mr de Bouflers ayant
eſté aſſemblées de la forte entre
Marche & Rochefort partirent
le 30. du moins dernier
pour s'approcher de Liege , &
la teſte de cette Armée n'en
eſtoit qu'à deux lieuës le premier
jour de ce mois. Elle oc.
cupa les hauteurs dela Chartreuſe,
où les Ennemis avoient
mis beaucoup de Troupes. Ils
avoient meſime retranché ce
poſte par un foſſé , dans le fond
duquel eſtoit une paliſſade , &
ils avoient fait devant le
foſſé des Redans fraiſez &
paliſſadez en forme de Demy
lune. Ils occupoient pareillement
un Fort qu'ils avoient
192
MERCVR E
fait au Chefnay,& où il y avoit
300. hommes , & ils eſtoient
encore retranchez dans les
Fauxbourgs voiſins des Chartreux..
A peine Mr de Bouflers futil
arrivé qu'il fit travailler àdes
ouvrages pour des batteries ,
&en fit faire une à Robermont
pour battre la muraille des
Chartreux. Elle fut achevée la
nuit de ce meſme jour. Le Samedy
2. de ce mois , le canon
ſe fiz entendredésle matin , &
continua juſqu'à la nuit. On
pouſſa la grande garde des Ennemis
; on dreſſa la nuit une
ſeconde batterie de quatre pieces
,aveclaquelle on croiſa ſur
la muraille tout le Dimanche,
&l'aprés - midyıl yavoit une
breche de quarante pas . On
occupa le fond de la Jupille
Pour
GALANT.
193
pour s'afurer du gué de la
Meuſe qui eſt de ce coſté là.
Mr.de Bouflers fit poſter le Regiment
de Dragons de Mr. le
Chevalier de Grammont entre
le Fort de Cheſnay & le
Fauxboug qui en eſt le plus
voiſin ,& les Troupes ennemies
, qui étoient dans le Fort,
ayant voulu l'abandonner , furent
coupées par ce Regiment.
Il y en eut quatre- vingt tuez
fur la place,& le reſte des trois
cens qui estoient dans le Fort,
ſe jettadans la riviere ou plufieurs
furent noyez . Toutes
les batteries ayant eſté achevées
le Dimanche ſurle midy,
tirerent avec tant d'effet qu'elles
firent perdre aux ennemis
la reſolution de ſe conſerver
dans la Chartreuse. On ſe prépara
à l'attaquer , l'on fit por-
Juin 1691 . I
194
MERCVRE
ter des fafcines , mais lors qu'à
l'entrée de la nuit on y voulut
marcher , il ne s'y trouva
plus perſonne. Les ennemis
n'oſant plus ſe hazarder à défendre
les Faux- bourgs les abandonnerent
, & ils furent
entierement pillez . Le Lundy
4. à ſept heures du matin , on
fit avancer les batteries qui
devoient tirer des boulets rouges
,& les batteries de bombes
qui découvroient la Ville étant
en eſtat , douze mortiers
ne ceſſerent point d'en jetter
juſques'au Mardy midy , fans
qu'il y eût qu'une heure
de relâche . Le même jour à
quatre heures aprés midy , on
tira des boulets rouges, ce qui
duratoutle Mercredy matin.
On vit de grands feux en cinq
ou fix endroits de la Ville ,
particulierement dans la gran
GALANT.
195
de Place . Le Mardy 5. fur les
ſept heures du foir , quatre
cens Dragons rouges des Ennemis
qui estoient poſtez dans
dés maiſons du Fauxbourg
d'Amercourt , & couverts de
petits retranchemens , eſtant
ſortis pour s'avancer du coſté
✓ de la Chartreuſe , & encloüer
le canon , furent repouſſez &
chaſſez par des Grenadiers ,
& par les détachemens qui
eſtoient poſtez aux environs.
On affure qu'il n'en revint
que quatorze. Mr. de Cligny ,
Lieutenat Colonel du Soiſſonnois,
fut bleſſé en cette occafion
auſſi bien que Mr de Baſſelande,
Capitaine , & Mr Fautrier
Lieutenant du regiment Dauphin.
Mr de la Barte, Capitaine
dans Vaubecourt , fut tué ,
Une Bombe tomba dans la
د
12
196 MER CVRE
Chapelle des Flamans de l'E .
gliſe de Saint Lambert,& il
en couſta une jambe à Mr de
Bel air , fils de Mr Roffieux ,
Echevin. Une femme fut emportée
,&le Treſorier de Saint
Lamberttué. Il y eut auſſi une
bombe qui tomba dans la
chambre de l'Evêque & Prince
de Liege. ةيف
:
La nuitdu s . au 6. un détachement
d'Infanterie , & le
Regiment de Dragons de Mr.
le Chevalier de Grammont ,
attaquerent les Ennemis qui
eſtoient poſtez dans pluſieurs
maiſonsle long dela Meuſe, en
allant de la Ville au Chefnay ...
On les en chaſſa , & l'on bruſla
plus de cinquante maiſons . Les
Ennemis tirerent quatre coups
de canonde fer de la Citadelle .
L'Evêque & le Grand Doyen
GALANT.
197
qui s'estoient refugiez dans un
Couvent à l'extremité de la
Ville , ne s'y croyant pas en
ſeureté , en fortirent la meſme
nuit pour aller coucher dans la
Citadelle. Le 6. à deux heures
du matin , les Troupes du Roy
attaquerent la Bouverie que
cinq cens hommes des Troupes
de Brandebourg deffendirent
avec beaucoup de vigueurjuſques
à cinq heures du matin .
Les feux continuerent toute la
nuit,& toute la matinée du 7 .
Mr de Bouflers , qui n'avoit
plusrien à faire pour rendre
ſon expedition complette , &
qui avoit fait partır Mr. le
Marquisd'Harcourtle 6. avec
quatorze Eſcadrons , ſe mit en
marche le 7. à cinq heures du
matin avec le reſte de l'Armée,
& huit pieces de canon qu'il
I 3
198 MERCVRE
,
avoit reſervées pour s'en fervir
à l'arriere garde , en cas
qu'elle fuſt attaquée par les Ennemis
.Ils ſe preſenterent fur le
bord de la Meuſe avec deux
bataillons , & pluſieurs Eſcadrons
, dont trois paſſerent la
riviere au guć comme s'ils
cuffent eu envie de charger les
troupes qui étoient campées
vis- à vis , mais ils ſe retirerent
à l'approche de quelques Carabiniers
qui tirerent ſur eux.
Il n'y a jamais eu d'exemple
quel'infidelité d'une Ville ait
eſté punic plus ſeverement en
ſi peu de temps que celle de
Liege.On y a tiré en une heure
juſqu'à cent ſoixante bombes,
ſuivantles Relations écrites de
la Villemeſme , par divers particuliers.
Il eſt impoſſible de
ſçavoir le dommage que leur
1
GALANT. 199
couſte leur perfidie , & leur
obſtination , puiſque pluſieurs
mois ne ſuffiront qu'à peine
pour le faire connoiſtre entierement
auxintereſſez mêmes.
Pluſieurs chofesont contribué
alaſſer agir le feu dans toute
ſa violence . Les Bourgeoistrop
effrayez de la quantité & du
grand effet des bombes , ont
preſque tous abandonné leurs
maiſons , aimant mieux hazarder
leurs biens que leur vie , &
quand ils auroient voulula rifquer,
ils n'auroient travaillé
que pour les Soldats qui les pilloient
, ſous pretexte de les
vouloir ſecourir. D'ailleurs ,
il eſtoit mal aiſé que ce feu ne
ſe communiquaſt , les maiſons
eſtant trop preſſées & les ruës
detraverſe trop etroites , outre
que le canon tiroit fi frequem-
14
200 MERCVRE
>
ment , en meſime temps qu'on
jettoit des bombes , qu'on ne
pouvoit travailler à en éteindre
le feu ſans s'expoſer à une
perte manifeſte. Auſſiles Troupes
de la Garniſon pilloientelles
moins les maiſons où le
feu avoir pris que les autres :
ce qui leur eſtoit facile
parce qu'elles s'eſtoient répanduës
dans les rues , dans
les marchez , dans les grandes
places , & fur tout dans toutes
les avenuës , afin d'empécher
que les Bourgeois ne s'aſſemblaſſent
pour parler d'accommodement.
Ainſi pour peu
qu'elles s'entendiſſent , il leur
étoit aiſé de piller desquartiers
entiers. C'eſt à quoy elles
n'ont pas manque , & fur tout
les Troupes de Brandebourg.
On afſſeure meſme qu'il eſtoit
défendu aux Bourgeois de les
GALANT . 201
د
en empécher fur peine d'eſtre
pendus ny de prendre les
armes . Iugez de l'état où cette
Ville s'eſtoit miſe par ſa faute.
puiſque d'un coſté elle n'avoit
point de plus grands Ennemis
que ceux qui devoient veiller
à ſa conſervation & qu'elle
eſtoit obligée d'en tout ſouffrir,
de crainte qu'ils ne caufaffent
fa ruine entiere , & que d'un
autre coſté ſe reprochant ce
qu'elle avoit fait contre le Roy,
& devant encore en apprehender
d'autres chaſtimens , elle
ne pouvoit ſe reſoudre à prendre
les armes contre ce Monarque.
Des Relations écrites
meſme par des Habitans de
Liege , portent que les deux
ruës les plus marchandes ont
eſté entierement ruinées , &
qu'il y a peu de maiſons quiu
I
202 MER CURE
2
n'ayent eſté tout à fait reduites
en cendres , ou qui ne ſoient
fort endommagées . Une partie
de l'Egliſe Cathedrale de faint
Lambert a eſté brûlée , ainſi
quede la Maiſon de Ville. L'Egliſede
ſainte Catherine a eſté
enveloppée dans l'embraſement.
Le bas du Pont des Arches
, la Madeleine , le ſouverain
Pont & generalement
tout ce qui eſt outre Meuſe , les.
environs de la Place où logeoient
les plus gros Marchands
qui avoient de grands
Magazins de toutes fortes de
Marchandises , ont eſté entierement
confumez , & l'on pretend
qu'une feule Marchande
en a perdu pour plus de cent
mille écus . Les flames ſe voyoient
de Maſtric , où ceux qui
pûrent ſe ſauver ſe refugierent.
GALANT.
203
Ainfi non ſeulementils ont perdu
leurs Marchandises , mais
leur commerce ſe trouve parlà
rainé pour longtemps . On a
voit vuidé des Magazins entiers
pour en remplir des caves,
mais le feu n'ayant point eſté
éteint , les voûtes ont enfoncé
, & tout ce qu'on croyoit
fauveraeſté réduit en cendre
de forte que la perte va audelà
de tout ce qu'on peut
s'imaginer. Les Alliez n'oublient
rien pour en cacher la
plus grande partie ,& l'on ne
voit que des Relations qui
déguiſent la verité . Ils ont raiſon
de le faire , puis que rien
neleureſt plus honteux que le
chaſtiment que le Roy a fait
ſentir à la Ville de Liege. Non
ſeulement Sa Majesté s'en eſt
vangée par cette punition,mais
16
204
MERCVRE
Elle a fait voir la foibleſſe de ſes
Ennemis à ceux qui ſe mettent
ſous leur protection eſt dangereuſe
, puis qu'elle devient
inutile dans l'occaſion , & qu'-
elle augmente meſme le malde
ceux qui font affez credules ,
&affez imprudens pour en efperer
quelque ſecours .
Je vous envoye une Letre
queMr le Vicomte de la Neuville
, Envoyedu Roy de Pologne
à la Cour de Hanover , &
au Gouverneur des Pays - bas ,
àécrite àunde ſes Amis à Paris ..
Elle vous fera connoiſtre que
tous les Alliez ne ſont pas fore
contensles uns des autres.
ALingence 22. May 1691 .
AGreez,Monfieur, queje vous
faſſe reſſouvenir d'un de vos
feruiteurs quisefait unfort grand
GALANT.
205
plaisirde marcher tous les jours pour
avoir bientoſt l'honneur de vous
voir , & de vousrendre compte de
bouchede tout ce qu'il a entendu
dire de vous à Monseigneurde Duc
d'Hanover , & à toute sa Cour ,
de qui j'ay esté receu le plus agreablement
du monde , & qui auroit
voulu me faire oublier quele Roy
mon Maistre m'envoye exprés de
VarfovieàBruxelles pourses affaires
, ausujet de quelques Vaiſſeaux
defes Sujets pris& arrestez à Oftende,
dont il demande , non seule
ment restitution, mais mesmefatisfaction,
ſans quoy il declare qu'il
ne penſera nullementàse mettre
cesteannée à la Teste de fon Ar
mée,comme l'Empereur l'en fait
priertres- instamment parle Comte
de Thun qu'il luy vient d'envoyer
àcet effet. Voilà, Monsieur ,
ce qui me fera voir bien toſt mes
206 MERCVRE
amis ; car je croy que la bonne for.
tune des Alliez , & l'espérance de
cette Campagne les vendrafi fiers ,
qu'ils neferont pas grand cas des
plaintes de leurs Alliezcontre les
Tures. Le Roy m'ayant chargé d'une
lestrede créance pourMonseigneur
le Duc d'Hanover au sujet de la
mort du Prince Augustefon fils , ce
Prince ne s'est pas contenté de
faire rendre au caractere les honneurs
accoustumez , mais par un
excès de bonté pour moy il m'a
fait défrayer pendant mon fejour
àſa Cour ,& regale d'un present à
mon depart , avec mille instances .
deSéjourner encore quelque temps.
Vous neferez pointsurpris qu'il ait
ainſi traitél'Envoyé du Royde Pologne.
Peut- estre auſſine le ferezvous
point des graces qu'il a faites
à celuy qui est parfaitement.Vostre
GALANT. 207
,
Mr le Duc de Noailles ,
General de l'Armée du Roy
en Catalogne , ayant deſſein
de faire le Siege de la Ville
d'Vrgel en Cerdagne , appellée
La Seu d'Urgel , le Siege
d'Urgel , à cause de l'Eveſché
qui y eſt ,détacha Mrle Comte
de Chaferon , LieutenantGeneral
avec fix Bataillons
& mille Chevaux ou Dragons
que ce Ducavoit fait demeurer
à cette intention dans le
Capfir , en entrant par le Pays
de Foix Mrde Chaſeron invelitla
Place la nuit du 4. aug .
après avoir paſſe lePont de bois
avec l'Infanterie , compoſée
d'un Bataillon de Normandie ,
de trois Bataillons d'Erlac,d'un
Bataillon du Gaſt , & du Regiment
de Noailles. La Cavalerie
eſtoit compoſée de fix
208 MERCVRE
Compagnies de Poinſegut, du
Regiment de Montbas , de fix
Compagnies de Dragons de la
Salle , des Miquelets ,& des
Barratins . Les Ennemis ayant
rompu les chemins ordinaires
on travailla à les raccommoder
D. Iofeph d'Agullo qui commandoit
dans Urgel , obligea
les Chanoines de demeurer
dans la Ville , dont l'Egliſe eſt
forte & paliſſadée. Il avoit fait
faire une eſpece deDemy-lune
de terre devant la Porte , &
beaucoup de Payſans & de
Miquelets y estoient entrez par
fon ordre. Cependant Mr de
Noailles marcha avec l'Arméc
par Mont-Louis & Puycerda,
& fit l'entrepoſt du Siege à
Belver , qui eſt l'entrée des
Montagnes , à quatre lieuësde
Mont Louis Il y eut degrandes.
GALANT.
209
difficultez à faire mener le
Canon ,& l'on ne ſe ſervir de
la Mine pour rompre des
rochers en pluſieurs endroits ,
ce qui fut cauſe que le Vicercy
eutle temps d'aſſembler le plus
de Troupes qu'il put. Mr de
Noailles , qui par la grande
connoiffance qu'il a du Pays
comprit au mouvement des
Ennemis , qu'ils avoient defſein
d'entrer en Cerdagne , &
d'y attaquer le poſtede Belver,
qui eſtoit ce qu'ils pouvoient
faire de plus utile pour eux ,
reſolut de demeurer dans ce
meſme poſte , pour leur faire
teſte de ce coſté- là, rien ne luy
pouvant eſtre ſi important que
de le conſerver , puis qu'il luy
✓ eſtoit tres - neceſſaire, non ſeulement
pour garder la communication
avec Mont- Loüis d'où
210 MERCURE
il tiroit toutes ſes Munitions
de guerre & de bouche , mais
encore pouraſſurer ſon retour.
Il fit faire un grand amas de fa
rines & de munitions dans ſon
Camp pour les Troupes qu'il
avoit avec luy , & pour celles
du Siege. Il fit venir auſſi quatre
petites pieces de Mont-
Loüis , & fe mit en eſtat de ne
pouvoir eſtre forcé de quitter
ce poſte. Mr de la Princherie
avoit marché avec tous ſes Miquelets
du coſté de la Seu
d'Vrgel par le Val de Ribe.Nos
Fuſeliers de Montagne ſe batirent
contre les Ennemis avec
beaucoup d'avantage. Ils firent
quelques Prifonniers, & outre
pluſieurs Bleſſez , il y eut un
Capitaine de Miquelets d'Efpagne
tué . Il s'appelloit Cap
de Furre Le Viceroy meſme
GALAN T. 211
qui estoit à Vich où eſtoit le
rendez vous de ſes Troupes ,
s'avança juſqu'à Bergue , &
ſembloit par cette marche
vouloir attaquer Mr de Chaferon
, quoy que les paſſages
fuſſent extremement difficiles
; mais s'en eſtant retourné
à Vich , Mr , de Noailles connutavec
certitude que cette
marche n'avoit eſté qu'une
feinte , pour luy faire abandonner
le Poſte qu'il occupoii
, & qu'il n'avoit garde
de quitter. Cependant comme
il eſtoit important de preſſer
le Siege , ce Ducenvoya deux
Bataillon avec Monfieur de
Iuvigny , Brigadier outre
les deux de Leïfler qui
eſcortoient le Canon , & ayant
appris que Mr de Chaſeron ſe
trouvoit indiſpoſé de quelque
د
212 MERCURE
attaque de goutte , il fut fur le
point de monter à cheval pour
aller au Siege faire attacher le
Mineur, & donner l'aſſaut ſans
attendre le Canon , qui estoit
depuis deux jours à un quart
de lieuë de la Place , dans
l'incertitude ſi on pourroit
l'amener aux Batteries ; mais
fur la reflexion qu'il fit que le
fuccés du Siege dépendoit
abſolument de la conſervation
du poſte de Belver , il crut plus
à propos d'y demeurer pour
impoſer aux Ennemis ,& leur
faire croire qu'il avoit un
grand Corps de Troupes , qui
leur feroit craindre de l'attaquer
Lors qu'il eut pris cette
reſolution , il envoya Mr de
Quinſon , Maréchal de Camp
- au Siege, & demeura ſeul avec
un Bataillon de Navarre tiré
GALANT.
213
1
des Garnisons , un de Joull E-..
tranger , mille Irlandois , trois
Regimens ,& la moitiéd'un de
Cavalerie avec Mr de Pointegut,
Brigadier. Enfin leCanon
arriva devant la Place,& com
mela Tranchée étoit fort prés,
que les Bombes avoient mis le
feu dans quelques maiſons , &
que le Canon avoit commencé
de faire breche, le Peuple& les
Milices craignant un aſſaut
obligerent le Commandant à
faire battre la Chamadele huitiéme
jour de l'ouverturede la
Tranchée . La Capitulation
qu'il put obtenir fut de demeurer
Priſonnier de guerre avec
toute ſa Garniſon , compoſée
de plus de neuf cens hommes
de Troupes reglées , parmy lefquels
il y avoit cent trente fix
Officiers ; le Regiment qu'ils
214
MERCVRE
appellent de Los Colorados , qui
eſt des meilleures Troupes
d'Eſpagne ; une partie de celuy
de Los Amarillos, qui eſtauſſi un
vieux Regiment,& douze cens
Payſans . D. Joſeph d'Agullo ,
Officier general, tenoit lieu de
Gouverneur dans la Place , où
il s'eſtoit jetté par ordre du Viceroy.
Tous ces Priſonniers ont
eſté envoyez en Languedoc .
Vne Bataille perduë n'auroit
pas couté ſi cher aux Eſpagnols
, & l'on eſtime beaucoup
plus la priſe de tant d'Officiers ,
&des Troupes que je viens de
vous nommer, que celle de la
Ville qui n'a que deux foſſez:
ſecs,& des murailles avec quelques
tours . Cette Conqueſte
fait voir la fuperiorité que les
Armées du Roy ont par tour
où les Ennemis oſent envoyer
GALANT. 215
1
desTroupes pour s'oppoſer aux
juſtes deſſeins de ce Monarque.
Voicy un état de celles d'Efpagne
, tant Officiers que Soldats
, qui ont eſté faits priſonniers
de guerre dans la Seu.
d'Vrgel le 11.de ce mois.
Dom Joſeph d'Agullo , Officier
general , qui commandoit
dans la Place.
1
Vn Major.
Vn Aide Major.
KRAJE DEL
3
AYON
E
Officiers de Cavalerie , 180
Officiers du Terce de Los
Colorados. 22
Officiers du Terſe de Los
Amarillos. 26
Capitaine de Miquelets. 7
Cavaliers , 46
Soldats du Terſe de Los
Colorados , 500
Soldats du Terſe de Los
Amarillos . 164
216 MERCVRE
1 Miquelets ,
Soldats à l'Hôpital.
Total ,
38
17
924
Il y avoit outre cela douze
cens Payſans , à qui Mr &
Noailles a permis de ſe retirer
chez eux .
Ie vous envoye un Madrigal
qui a eſté fait ſur la priſe d'Urgel
.
Noailles faisant faire auprés
du Roussillon ,
Aſon Armée, entoute occasion ,
Tout ce que feroit la plusgrande,
Apprend auxplus braves Soldats,
Que leur force est moins dans leur
bras ,
Que dans le Chefqui les commande.
Voicy un Iournal de tout
ce qui s'eſt paſſé enFlandre de
puis
GALAN T.
217
puis que la Campagne eſt ouverte.
Les Troupes deſtinées .
pour former le corps d'Arméc
que M. le Maréchal Duc de
Luxembourg y commande,s'étant
aſſemblées entre Menin &
Courtray , ce General ſe rendit
le 15.du mois paſſé au Camp de
Kuerne , où elles eſtoient auprés
de cette derniere Place . Il
eſtoit accompagné de M. le
Grand Prieur , & de M. le Duc
de Montmorency ſon Fils . Son
équipage qu'il avoit laiſſe à
Valenciennes ne le joignit à ce
camp que le 17. au foir. Il ne
s'y paſſa rien de particulier
juſqu'au 19. les Ennemis en
eſtant trop éloignez , & n'eſtant
pas mefme encore aſſemblez.
☐ Si toſt que Mr le Maréchal fut
averty que leur rendez - vous étoitprés
deBruxelles, l'envie de
Iwin 1691. K
218 MERCVRE
s'approcher d'eux l'obligea d'aller
camper ce même jour 19. à
Hauterive , d'où il ne décampa
que le 25. pour venir à Arnay.
C'eſt une petite Ville qui appartientàla
Maiſon de Naſſau.On
n'y campa que par la ſeule necetlité
du paſſage. Le 26. l'Armée
campa à Leſſine , où les
Troupes repoferent un jour
franc. Elle campa le 28. à Anguyen
qui appartient au Duc
d'Aſcot , & où eſt cebeau Parc
fi agreable , & fi renommé par
les lardins & par les Parterres
qu'il contient. On y voit les
plus belles paliſſades , & avec
le plusbel ordre qui ſoient dans
aucun lieu deplaiſance de l'Europe
, ſi l'on excepte Verſailles ,
à qui rien ne pourra jamais
eſtre comparé. L'Armée en decampa
le 29. au matin ,& Mr le
GALANT. 219
Duc de Luxembourg , quiavoit
envoyé Mr de Montmorency
fon Fils au devant de MrleDuc
de Chartres avec une groſſeEf
corte de Cavalerie pour l'accompagner
juſqu'au Camp ,
attendit ſon arrivée pour partir.
Ce Prince l'ayant jointstout
alla du coſté de Thubiſe , où
l'Armée avoit marché avec
tous les bagages , ſans ſçavoir
qu'elle devoit avancer juſques
àHall, parce queMrde Luxembourg
voulant ſurprendre les
Troupes qui étoient en garniſon
dans ce poſte , & les attaquer
en bonne forme , avoit
donné l'ordre pour Thubiſe ,
qui eſt ſur le chemin à plus d'une
lieuë & demie de Hall. Le
campement fut ordonné de
telle maniere que la droite s'étendoit
juſqu'à la portée du
K 2
220 MERCVRE
,
mouſquet de cette Place , que
le Prince d'Orange avoit fait
fortifier aprés la priſe de Mons ,
afin de pouvoir couvrir Bruxelles.
Les Fortifications en ef
toient fortbonnes,& trois mille
hommes qui ſe montrerentd'abord
ſur les Remparts firent
mine de ſe vouloir aſſez bien
deffendre , pour ne ſe rendre
qu'en perdant la vie. Le ſoir
Mr de Luxembourg fit un détachement
de deux mille hommes
, & ordonna qu'on ouvriſt
une Tranchée afin de les prendre
par aſſaut le lendemain au
matin . On executa cet ordre .
Mrle Comte de Luxe , Colonel
du regiment de Provence , &
Filsde M. le Duc de Luxembourg
, fit ouvrir la Tranchée
fur les onze heures de nuit ,
pour faire l'attaque du coſtéde
GALANT. 221
la porte de Bruxelles. Vn chemin
creux & couvertqui va de
la droite du Camp juſqu'au
bord du foſſé favoriſa ce defſein.
Les Travailleurs furent
conduits le plus proche de la
Place,& auſſi avant qu'il futpof
fible , & ouvrirent un boyau.
Pendant ce temps , les Ennemis
tiroient quelques coups , &
crioient de tous les poſtes en
gens allarmez , Qui Vive. Tout
d'un coup ils ceſſerent detirer,
&quelques Sentinelles réïtererent
le Qui Vive. La terreur
dont ils ſe trouverent faifis ne
leur permit plus de demeurer
dans la Place. Ils en fortirent
par une porte de derriere qui
les jettoit dans un Bois, & leur
fuite fut fi cachée aux Bourgeois,
qui avoient eu ordre ſous
peinede la vie de ſe renfermer
K 3
212 MERCURE
dans leurs maisons , & de ne
point paroiſtre juſqu'au lendemain
, que l'on n'auroit point
interrompu nos Travailleurs
qui continuoient toujours leurs
Travaux , fi deux Ecclefiaftiques
qui s'échapperent n'en
fuffentvenus donner avis . Sitoſt
qu'une Sentinelle les eut
amenez au Corps de Garde, on
les condusfit au quartier de Mr
de Luxembourg. Cependant
M. le Comte de Luxe s'eftant
avancé juſques à la paliſſade,&
ayant paflé le Foflé , s'apperçut
que la Garniſon ne faisoit nul
mouvement, ce qui luy faiſant
conjecturer qu'elle avoit abandonné
la Place, il entra dedans
avec quelques Officiers, & M.
l'Abbé de Riqueti qui l'accom
pagnoit. Comme il avoit eſté
reſolu , en cas qu'elle reſiſtaſt ,
GALANT. 223
de prendre la Ville par aſſaut
&de la laiſſer piller , cet Abbé,
qui eſt auprés de Mr le Duc de
Luxembourg,l'avoit prié de luy
accorder la permiffion d'aller
avec Mrle Comte de Luxe,qui
devoit commander les Grenadiers,&
monter à l'affaut , afin
d'entrer dans la Place en même
temps qu'il y entreroit, & de
faire ſes efforts pour ſauver l'Eglife
, & empeſcher qu'on ne
pillaſt la Maiſon des Peres Jeſuites
qui deſſervent la Chapelle
de Nôtre Dame de Hall ,
où il y a une Image miraculeuſe
de la Vierge. Il obtint d'autant
plus facilement ce qu'il
ſouhaitoit que l'intention de
Monfieur de Luxembourg
étoit qu'on exemptaſt les Eglifes
, & qu'on n'y commiſt aucun
defordre. Ainſi quelque
K 4
224
MERCURE
riſque qu'il eût pour luyld'e.
ſtre meſlé parmy des Soldats
acharnez,& que l'eſperancedu
butin rendoit moins propres à
écouter la raiſon,il ne manqua
point de ſe trouver auprés de
M. le Comte de Luxe qui faifoit
ouvrir la Tranchée ; mais
la fuite de la Garniſon ayant
faitheureuſement avorter le
deſſein de l'aſſaut& du pillage,
& Mr le Maréchal ayant envoyé
ordre de mettre des
Corps de Garde à toutes les
portes , & fur la Place , il alla
d'abord avec deux des Gardes
de ce General ſe poſter dans
l'Egliſe, où il demeura juſqu'à
ce que les Corps de Garde
ayant eſtémis comme on l'avoit
ordonné ,il eut aſſurance qu'il
n'y avoit plus rien à craindre
pour ce faint lieu . Mr de Lu
GALANT.
225
xembourg entra dans la Place
lematin ſur les cinq heures ,
&ordonna que l'on démolift
les Fortifications que les Ennemis
y avoient faites . Deux
ou trois mille Allemans ou
Suiſſes furent employez à
cette expedition , & ils y trouverentde
l'ouvrage pour cinq
ou fix jours, les travaux & les
poſtes de défenſes s'étant
trouvez meilleurs que l'on n'avolt
crû. Pendant qu'on
faifoit cette démolition
injurieuſe au Prince d'Orange
, Mr de Luxembourg
averty que l'Armée des Ennemis
eſtoit campée à Anderlechk
, & que leur gauche s'étendoit
juſqu'à Bruxelles , alla
luy- meſme les reconnoiſtre ,
& commanda le Piquet , la
Maiſon du Roy , & la plus
grande parue de l'Infanterie
KS
226 MERCVRE
,
pour le ſuivre , dans le def
ſein de les attaquer dans leur
Camp ou de leur preſenter
la Bataille . Peu de temps aprés
, l'Armée entiere ayanr
eſté commadée , toute l'Infanterie
joignit , à l'exception
de ce qui estoit neceffaire
pour garder le Camp.
L'Armée fut miſe en bataille
àla veuë de celle des Ennemis
qui estoit ſur une hauteur ,
& qui fit en ce tems- là unmouvementaffez
fier , pour ſe mettre
auſſi en Bataille àla teſte de
leur Camp. Elles demeurerent
en venë l'une de l'autre à la
portée du canon , & l'on crut
pendantdeux heures quequelque
grande action alloitſe paſ
fer. Leterrain n'eſtoit pas propre
pour une Bataille , mais on
auroit pû y donner un grand.
GALANT.
227
د
,
combat , comme celuy de Senef.
Cependant on ſe retira
ſans rien faire , parce que les
Ennemis avoient l'avantage
d'un Ruiffeau & qu'on ne
pouvoit aller à eux ſans paſſer
undefilé. Mr de Luxembourg
tint Confeil de Guerre &
aprés avoir écouté l'avis de
tous les Officiers Generaux ,
il trouva qu'il eſtoit de la prudence
de ramener ſon Arméc
au Camp de Hall. La principale
raiſon qui l'obligea d'en
uferainfi , c'eſt que les Ennemis
eſtoient poſtez de telle
maniere qu'il pouvoit ne
nous eſtre pas avantageux de
les attaquer , ne nous ayant
pas eſté poſſible de les obiger
à ſe déplacer, quelques mouvemens
que nouscuſſions faits
Le Prince d'Orange n'arriva a
KG
१
228 MERCVRE
l'Armée que le 2. de ce mois ,
& depuis ce temps il luy eſt
venu beaucoup de Troupes.
Les nostres decamperent de
Hallle J.& vinrent camper à
Braine le Comte. Lors qu'on
y fue arrivé , Mr de Luxembourg
détacha Mr lanet , Capitaine
du Regiment de Bourgogne
& fils du Colonel du Re.
gimentdeMilicedeProvence,
pour aller apprendre des nouvellesdu
mouvement que faifoient
les Ennemis. Il ſceut en
marchant qu'ils eſtoient au
fourage , ce quiluy fit former
ledeſſein d'aller s'embuſquer à
portéedu lieu où ils venoient
fourager,& fur les cing heures
du matin,les Ennemis paroiffant
,il donna fur les fourrageurs
àla veuëdeleur eſcorte
&leur prit trente chevaux ,&
GALANT. 229
fit quinze priſonniers . Noſtre
Armée eſtoit encore le 21. à
Braine le Comte , attendant
toûjours que les Ennemis fifſent
quelque mouvement. Ils
enfirent un du coſté de Digon
entre Louvain & Bruxelles
,& fur cela Mrde Luxembourg
avoit fait un gros dêtachement
de quarante Eſcadrons
du coſté de Leuze , pour
eſtre à portée des lignes
où l'on diſoit qu'ils avoient
fait auſſi un détachement. Mr
le Duc de Choiſeul commandoit
le noſtre , & fur un faux
avis qu'on teceut, on y envoya
un renfort confiderable ſous
les ordes de Mr de loyeuſe
Mr le Duc de Chartres y vou.
lut aller, & M. le Duc du Maine,
Mr le Prince de Turenne, c
MrleDuc de Montmorency le
230
MERCVRE
fuivirent , mais un Partiſan de
retour ayant aſſuré Mr de Luxembourg
que les Ennemis n'avoient
falcaucun détachement
vers les lignes , tout eſt revenu ,
& nosTroupes sõt à obſerver ce
qu'ils feront pour choisir un autre
Camp, parce qu'il n'y a plus
de fourrages à portée de celuy
où elles font , & qu'il eſt incommode
d'aller fourager plus
loin .Nos Partis batient tous les
jours les leurs. La nuit du 20.
au 21. nousleur en batimes un
de deux cens chevaux avec
cent cinquante des noſtres . On
leur en prit quarante , & l'on fit
plus de cinquante prifonniers ,
parmy leſquels il y a hust Of.
ficiers. Le Prince d'Orange
vient de faire des mouvemens
comme s'il vouloit affiegerDir
nan ou Philippeville , ou du
GALANT.
231
moins le faire croire . Il a laiffé
dix Bataillons à Bruxelles où
les peuples ſont fort conſternez
dans l'aprehenfion qu'ils.
ont qu'on n'aille les bombar
der.
La Priſe de quatre Places importantes
en Italie , dans une
ſaiſon oùles ſeuls François font.
aujourd huy des Sieges, n'a pas
empêché qu'ils n'ayent ouvert
la Campagne dans le temps accoûtumé
par de nouvelles Co
queſtes .M. de Catinat partit de
Suze le 27. du mois paſſé avec
l'Armée qu'il commande , &
ayant pris le chemin de Veillane
, il ſe rendit en deuxjours
devant cette Place. Les Boon.
geois avoient abandonné la
Ville. Le Gouverneur du Chaſteau
ayant réſolu de ſe bien
défendre , fit grand feu de fon
232 MERCURE
Canon ſur noſtre Cavalerie ,
dont un Capitaine de Carabiniers
fut tué.Le 29.Mrde Catinat
ordonnatrois attaques,&
fit dreſſer une Batterie de cinq
pieces de Canon ſur une hauteur
de l'autre coſté de la Ville..
On détacha fix cens hommes
des Regimens de la Marine, de
Feuquieres , & de Sault , avec
lesGrenadiersde ces Regimens.
pour monter la Tranchée , &
attaquer la premiere paliſſade ,
aprés quoy il y avoit encore
à forcer pluſieurs Redans au
pied du Chaſteau,qui eſt ſitué
fur un roc fort élevé .Ces Redans
eſtoient ſoutenus avec de
la Maçonnerie ſeche , & traverſez
par un tres -grand nombre
de paliſſades. Le Canon fut
inutile pour cette Conqueſte ,
les Troupes commandées ne
GALANT.
233
luy laiſſant pas le temps d'agir .
En effet , elles monterent fi
promptement juſqu'à la ſeconde
paliſſade,malgré les bombes,
les grenades , & les pots à feu
qu'on rouloit de haut en bas ,
qu'elles couperent le chemin à
ceux qui défendoient la premiere
paliſſade,& ne leur firent
aucun quartier.LeGouverneur
ayant perdu la plus grande
partie de la Garniſon ,refufa
d'ouvrir la porte du Chaſteau à
ceux qui avoient échapé,parce
qu'eſtant ſuivis des François
qui les menoient battant.il apprehendoit
qu'ils n'entraſſent
pefle-mefle avec eux , de forte
qu'il fit battre la chamade , &
demanda des Oſtages , mais il
fut obligé de ſe rendre Priſonnier
de guerre avec cent quatre
234 MERCVRE
vingt homines qui luy reſtoiết ,
tant Piemontois qu'Allemans .
Ils fortirent le 30. au matin
pour eſtre conduits à Suze ,
& de là à Briançon . Mr le
Comte de Teſſe , qui commandoit
cette attaque en qualitéde
Maréchal de Camp ,y
fut bleſſé d'un éclat de grenade.
Mr le Comte de Grancey
y ſervoit de Brigadier.
Les deux derniers jours de
May,& les deux premiers de ce
mois ſe paſferent à faire ſauter
'les fortifications de la Ville ,
auſſi bien que celles du
Chaſteau , où l'on trouva quaare
pieces de Canon de fonte
&d'où l'on retira vingt charetées
deméche, 15. milliers de
poudre , 20. milliers de plomb
& des proviſions de bouche
GALANT .
235
يف
pour trois mois. Le 3. l'Armée
décampa , & alla paſſer à Rivoli
, Maiſon de Plaiſance de
Mr de Savoye Comme ce lieu
avoit refuſe de contribuer ,
Mr du Pleſſis y fit mettre le
feu , felon l'uſage de la guerre
& abandonna le Bourg au pillage
, ainſi que dix autres qui
n'avoient point apporté les
contributions . Toute cette
journée , & la nuit ſuivante ,
l'Armée marcha par des défilez
, coſtoyant toujours Turin
d'une lieuë & demie, & campa
le4. à deux heures du matin ſur
deux lignes , à trois lieuës de
cette Place. Elle cut ordre peu
de temps aprés de marcher à
Carignan , & de ſe ſaiſir du
paſſage du Pô . On en approcha
d'une demi- lieuë cette nuit-là,
& le s . fur les g. ou 10 heures
236 MERCVRE
du matin on arriva devantCarignan
avec l'Artillerie & les
Pontons par fix chemins differens
, l'Artillerie au milieu.Mrs
du Pleſſis & de S.Silvestre y joignirent
l'Armée avecla Cavalerie
& les Dragons,& paſſerent
à midy le Pô à gué au deſſous
de Carignan, vis à vis un petit
bois où l'on croyoit que les Ennemis
eſtoient embuſquez . La
Cavalerie & les Dragons poufferent
juſqu'aux Portes de Carmagnole
, où ils donnerent la
chaſſe à deux Compagnies de
Gendarmes du Duc de Savoye,
&aux Barbets qui eſtoientdans
les Fauxbourgs,ſans perdre que
deux Dragons de Bretagne , &
cinq Chevaux .Cependant toutel'Armée
qu'on avoit laiſſée le
jour precedent , ſuivit & paſſa
le Pô , n'ayant de l'eau qu'au
GALANT.
237
genoüil , & alla camper à une
lieuë de Carmagnole , fans avoir
trouvé aucun party ennemy.
Le 6. à quatre heures du
matin , M. de Catinat fit un
détachement de tous les Grenadiers
,& de la Cavalerie&
& Dragons pour ſerrer la
Ville. Ce jour- lá ſe paſſa a
poſer la grande Garde. On
fit pluſieurs eſcarmouches
&le Canon des Ennemis nous
tua quelques Chevaux . Enfin
l'Armée arriva & campa fur
une ligne tout autour de la
Place , en ligne de circonval
lation . Mr le Marquis de Biron
Colonel eſtoit à la
Garde avancée ſur le chemin
de Pignerol , & receut Mr de
Feuquieres qui en arrivoitavec
les Regimens de Vendofme
& de Gerſey , & des Ca-
, ,
238 MERCVRE
nons & Mortiers. Le 7. ſe
paſſa encore en eſcarmouches
, &la nuit de ce jour là
les Regimens de la Marine , de
Feuquieres & de Sault ouvrirent
la Tranchée en trois endroits
à cent pas de la Contreſcarpe.
Les Officiers Generaux
eſtoient M. de Bulonde ,
Lieutenant General , M. de
Feuquieres , Mareſchal de
Camp, & Mr le Ducde la Ferté
Brigadier. Les Affiegez ayant
faitun feu terrible de leurs
Canons chargez à cartouches
tuerent cinquante Soldats de
Feuquieres , & blefferent Mr
de Vraynes , Lieutenant Colonel
de ce Regiment , & deux
Capitaines. Pendant cetempslà
, la Marine avança ſes travaux
du coſté des Capucins ,
&Sault du coſté du Moulin ,
GALANT .
239
ſans perdre perſonne. La nuit
du S. au 9. Mrde Saint Silvetre
, Marefchal de Camp ,&
Mr de Famechon , Brigadier ,
releverent la Tranchée avec le
fecond bataillon de la Marine ,
& les Regimens d'Artois &de
Bretagne. Ils poufferent leurs
Travaux ſi vivement qu'ils en
vinrent à la Paliſſade , malgré
le feu continuel d'environ
trois mille hommes de Garniſon
&de dix pieces de Canon
chargées à cartouches , de
forte qu'elles auroient pû s'établir
la nuit ſuivante ſur l'angle
dela Contreſcarpe du Baa
ſtion gauche ,& fur celuy de la
Place d'armes de la Demylune
; mais le Gouverneur fit
battre la Chamade le 9. à dix
heures du matin. Il y eut des
oftages donnez . Le Major du
240
MERCVRE
Regiment de Piémont Ducal
fortit par la Demy lune du
Fauxbourg , & l'on envoya Mr
de la Chaſſagne , Lieutenant
Colonel de Bretagne. Les Ennemis
demandoient de ſortir
avec 36. Chariots couverts ,
quatre Canons , armes & bagages
pour toute la garniſon ;
mais Mr de Catinatayant fait
voir que la Place ſeroit priſe &
pillée la meſme nuit , permit
ſeulement aux Troupes reglées
de fortir avec leurs armes . Les
milices & les Barbets ne joüirent
point du même honneur ,
& il ne leur accorda ny bagage
ny canon . Ce même jour a
trois heures aprés midy , le
Regiment de la Marine , prit
poſſeſſion de l'une des portes de
la Ville ,& les Allemans , & le
reſte de la garniſon , composée
des
GALA'N T.
د
1
des Regimensde laCroix blan
che,& de Piémont Ducal , for,
tirent le 10. pour aller à Turin.
La Ville ſe trouva en
bon érat nos canons &
nos bombes n'ayant pas cu
le temps de l'endommager.Les
Milices qui fortirent ſans
armes , avoient à leur teſte le
Capitaine Sebastien Fachin,fameux
par la deffenec qu'il a
fait les années dernieres de
la Villede Mondovi contre le
Duc de Savoye , & qui com
mandeapreſent les milices de
ce quartier là pour ce méme
Duc. On a trouvé dans la
Place dix pieces de canon de
fonte , & quantité de mut
nitions deGuerre & debouche
M. de Catinat aprés y avoir
étably M. le Marquis du
Pleſfis Belliere pour Commandant
fit occuper les Portes de
Juin 1691. L
242 MERCVRE
1
Saluffes & de Savillan. Aini
voilà déja cinq places confiderables
priſes depuis le com
mencement de la feconde
Campagne que les Troupes du
Roy ont ouverte cette aunée
en Italie. le vous ay déja
parlé de Veillane , & de la
bonté de ſon Chaſteau .
Carmagnole eſt dans leMarquiſatde
Saluſſes à 8. ou 9.millesdeTurin,&
à deux milles du
Po . Elle à toûjours paſſé dans
le Pays pour une Place importante
à cauſe de ſa Fortereſſe.
Charles EmanuelDuc de Savoye
s'en empara pendant les
Guerres Civiles de France ,&
leDucde Savoyea fait travailler
tout l'hyver à ſes fortifications
, ſans avoir pûla deffendre
que deux jours .
Carignan eft en Piémont.C'eſt une
Ville qui a titre de Principauté. Elle
1
GALANT.
243
eſt ſituée ſur le Po , entre Turin&
Carmagnole.
Savillan eſt auſſi en Piémont.Charles
quint eſtimoit beaucoup ſon affiette
, que de grands Capitaines ont
jugée la plus commode de l'Italie.On
rient que Philbert Emanuel , Duc de
Savoye, avoit reſolu d'en faire laCapitale
de ſes Eſtats .
Suluſſes ,Ville & Marquiſat d'Italie,
eſt proche des Alpes . Henry IV. l'échangea
en 1600. pour la Breſſe avec
Charles Emanuel,Duc de Savoye.La
ville de Saluſſes eſt l'Augusta Vagiennorum
des ancions. Elle eſt ſituée
fur une agreable colline ,& a un fort
beau Chaſteau.
Mr de Catinat ayant eu avis que le
Regiment de Saluſſes des Troupes de
Savoye , auſquelles s'eſtoient joints
deux mille cinq cens hommes des
Milices du Pays , avoit reſolu de ſe
jetter dans Conis , en envoya donner
avis à Mr de Feuquieres qui fait le
Siege de cette Place , qui détacha
auffi-toſt M. de Baudot , Lieutenant
Colonel du Regiment de GrammontDragons
,avectrois cens Mai
1
1
L 2
244
MERCURE
ſtres pour tâcher d'en apprendre des
nouvelles , à peu prés dans l'endroit
où l'on ſçavoit qu'ils devoient paffer
&prit des meſures pour le foutenir ,
ſuivant les avis qu'il recevroit, M. de
Baudot ſepara ſes Troupes en deux ,
&n'eut pas fait cinq cens pas qu'il
rencontraun Soldatde Saluſſes , qui
luydit que les Troupes qui ſe devoient
jetter dansla Place , n'eſtoient
pasà plus de cinq cens pas de là.
Il envoya chercher les cent cinquante
Chevaux qu'il avoit envoyez pour
les découvrir d'un autre coſté. Ils ſe
joignirent en tres- peu de temps. N
envoya avertir M.de Feuquieres de ce
qui ſe paſſoit, & cependant comme le
tems preffoit, il prit le party de charger
les Ennemis; ce qu'il fit ſi vigoureuſement
qu'il y en eut plus de cinq
cens tuez ſur la place.Le reſte fut culbuté&
mis en déroute. Il les a pourſuivis
pendant deux heures , en forte
qu'à peine en eſt. il reſté deux enſemble.
Quelques unsdemeurerent priſonniers
,& quelques autres ſe jetterent
dans la Place. Ily eut un Capitaine
deDragons bleſſe dangereusement ,
१.
GALANT .
245
un Cornette ,& cinq ou fix Dragons
tuez.
M. de Catinat eſtoit encore campé
le 17.à un quart de lieuë de Carignan,
de l'autre coſté du Pô qu'il a à ſa gauche.
Sa droite s'étend du côté de
Villaſtelon . Les Ennemis occupent
tout ce qu'il y a depuis Turin juſqu'à
Moncalier, & nos Gardes& les leurs
ne font qu'à une lieue les unes des
autres.
L'Enigme du mois pafféa eſté ex
pliquée ſur la ſeconde , la troifiéme ,
& la cinquième des voyelles qui
font l'e l'i & l'u , & qui forment ces
deux mots , jen & vie , par Meſſieurs
fieurs Rouffel Curé de Saint Estien
ne de Conches : Rouffel fils du Pro
cureur du Roy de la meſime Ville :
A. Turreault de la Coffonniere
Chanoine de l'Egliſe Royale & Col
legiale de Saint Pierre d'Amiens
Gourdin , Ingenieur du Roy à la
Rochelle : Pecheur ; de Befferotte
Lionnois : de la Tronche de Rouën:
Gobert de la rue des deux boules;
Gale Boeuf,& J. Morandé , Lecteurs
Mercurialiſtes de la rue Saint. Denis
L3
246 MERCVRE
Jacques a trois lieuës de Montargis :
Richard le Spirituel de la ruë Saint
Martin : le Miquelet Parifien : le
petit Intendant de la ruë Poupée :
I't nfant gaſté de la chaiſe de Mais :
La Guenuche de mon bon Seigneur
Je Jaloux bannal : le Trop ſage Abbé
, le Propre Longavene & fon
bon amy : Bordier : Pilon Apotiquaire&
fon Gendre , tous deux de
Blois: le Bourguignon traverſé dans
ſes amours ; & la charmante Veuve
vangée de fon infidelle : le Mulier
Sieur de Beauvais , ancien Mayeuride
la ville de Semur : L'Eſprit de Saint
Julien de la Ville d'Avalon;& l'aima .
ble Madelon : le Chanoine de Saint
Gobert : M. & A. Bellier: Lely Brunet
du Dreux : le Spirituel Amant tranfi
de l'Hôtel de Ville : L. Burrau : le
Conquerant des coeurs de la rue aux
Fers : N. Pioche & ſont aimable
Compagnie du Fauxbourg Saint Denis
: le Berger à l'union defirée ſuſpenduë
: les trois ſoeurs de la rue de
L'Evéché de Dreux , & le ſpirituel
Avocat leur bon amy , le Conquerant
des Fauxbourgs de la meſme
GALANT .
247
3
Ville le trop bon Mouton & fa Brebis
trop cruelle du meſme lieu : le
tout aimable de la Jaquiniere de
Montargis : l'aimable Iannot de la
rue des Bourdonnois ; le fincere
amy des finceres de la Raquete ; le
veritable amy de la charmante Blon
de Caqué : la petite belle Gaudiche:
le grandTervobalde & fon grand
amy : Labouret ; l'agreable Blondin
dela Cour de la vieille Pofle de
Normandie , & le gros Bachus du
mefme endroit ; Aubert, ordinaire de
la Muſique du Roy : le Comte de
Quermenoa ; & Marchand de la ruë
de la Bucherie: C.Hutuge d'Orleans :
Le Commis du mary- content & fa
belle blonde : Dufour Receveur du
Domaine du Roy à Moulins : Du
Four Controlleur : Gillet Apotiquaireda
meſme lieu : des Chaſtelliers ,
Tayleman , Page d'Avignon a le
Chaffeur ſecret de la belle Foreſt de la
Samaritaine : Meſdemoiselles
Baillon
de Blois : Dufay , & fa Bonne- Amie
de Vienne : de Marville de Vernon :
Manon Houdard , & M. D. choſne :
la Spirituelle Manon Charpentier :
L40
248 MERCVRE
1
L'Abbeffe de Caſſaux : l'aimable
Guyon de la rue au Lait de Dreux : la
belle Prude de la rue Serpente : la Sapho
de l'Academie d'Autun : la plus
aimable Brune de la rue aux Féves :la
Dolente du quay de la Tournelle , &
ſa Soeur de la Providence : la Belle
toujours maſquée de la rue S.Jacques
de la Boucherie , & la couſine à tout
le monde de la rue de Geſvre : N. D.
de l'Hoſtel de Benhard : la Belle
Iphigen de la rue Saint Avoye, & fon
Achille : & les deux Spirituelles
Soeurs du Venitien de la rue des Fof
foyeurs.
La nouvelle Enigme que je vous
envoye eſt de M. le Tourneur , Regent
au College d'Avranche .
NIGME .
t par un funeste deſſein,
Et parune injustice extrême
Mon Pere ne me faitque pourm'emplir
lefein
Du poison dont je dois me détruire
moy même ;
C'est que dans l'ordinaire employ
Où monfâcheuxfort me destine ,
!/*
NOAT
S
Cest pourvousseuls petits oyseat
*
X X
coeurs l'amour estsans at larm
seuls petits oyseauxque lePrin
6
4monfacheuxfort me destine ,
GALANT . 249
Le bien que l'on attend de moy
Ne dépend que de ma ruine ;
Etpar un deſtin trop fatal ,
Ie ne fais aucun bienfije nefaisdu
mal.
Le Printemps dont vous allez lire
les paroles merite bien que vous vous
faffiez un plaiſir de le chanter.
AIR NOUVEAU.
C'est pour vousf
Oifeaux ,
Is petits
Que le Printemps a des charmes.
Parmy vos tendres coeurs l'amour est
Sans alarmes ,
Vous goûtezfesplaisirs fans reſſen?
tirfes maux.
C'est pour vous feuls , petits oi-
Seaux,
Que le Printemps a des ohurmes.
Vous me demandez ce que c'eſt
qu'un petit Livre en Dialogues qui
fait tant de bruitdepuis quinzejours.
Je vous diray à cela que c'eſtune ſuite
des Affaires du Temps dont il a le
Titre , & que le premier Dialogue ou
250 MER CURE
Entretien qui paroiſt preſentement ,
contient lesplaintes de l'Europe contre
le Prince d'Orange. L'Auteur , pour
informer le Public de ſon deſſein , dit
dans ſa Preface , qu'aprés avoir fait
au commencement des revolutions
d'Angleterre , dix Volumes des Affaires
du Temps , ou quantité de pieces
originales font renfermées , le trop
grand& continuel travail avoit fait
ceffer cet ouvrage , quoy que la ſuite
en fuſt demandée avec empreſſement;
qu'enfin pour fatisfaire les curieux;
& avoir un peu plus de temps pour
travailler; il a reſolu de diviſer par
Entretiens chaque Volume qui ſuivra
les dix qui ont eſté déja publiez;qu'il
donnera un Entretien le 15. de chaque
mois , en forte qu'au bout de fix
mois ceux qui voudront faire relier
ces fix Entretiens enſemble , auront
dequoy faire un volume complet , qui
fera la onzième partie des Affaires du
Temps , ce qui ſera d'autant plus facile
,qu'au lieu de recommencer à
chaque Entretien les chifres qui marquent
le nombre des pages , on les
continuera juſqu'à la fin du fixieme ;
GALANT.
251
aprés quoy on recommencera dans le
même ordre la douziéme partie des
Affaires du Temps afin de donner
deux Volumes chaque année. Qu'il
poursuivra cet ouvrage , tant que les
affaires feront dans une ſituation à
fournir une importante matiere ;Que
ces Entretienspouront n'eſtre pas toûjoursdu
meſme ſtile , mais plus ou
inoins ferieux , ſuivant les ſujets ;
qu'onymettra des figures , lors qu'-
elles y pourront trouver place naturellement
, & que le defir de dire des
choſes agreables &divertiſſantes , ne
le fera jamais parler contre la verité ,
àmoinsqu'elle ne ſoit tellement envelopée
, qu'il ſoit impoſſible de la
découvrir. J'ajouteray à cela qu'on ne
paye que ſept ſols de cet Ouvrage ,
dont la ſuite paroiſtra le 15.de Juillet
avec des Figures tres- curieuſes , Que
le titre Général ſera toûjours , Affai
resdu Temps ; mais qu'on changera
ſouvent lestitres & les ſujets des Entretiens
,&qu'il n'y en aura jamais
plus de deux ſous le meſme titre.
Ie viens d'apprendre que Mr de la
Hoguette ,à la teſte de ſept Batail
252 MERCVRE
lons ,& de deux Regimens de Dragons
,eſtant ſorti de la Tarentaiſe ,
paſſa la nuit du 17. au 18. de ce mois,
la montagne du petit S. Bernard pour
entrer dans la vallée d'Aouſte , nommée
par les Habitans du Pays , Valdote,
11 trouva les Ennemis retranchez
à Pont Seran , dont ils avoient
rompu le Pont. Nos Troupes pafferent
la Doëte à gué ; l'eau estoit peu grofſe
, mais rapide ,& fon lit estoit rempli
de cailloux. Il yeut un Dragon &
deux chevaux de noyez. Les Ennemis
firent aſſez de reſiſtance , ce qui leur
'couta quelques Soldats , & fut cauſe
du pillage. Les Dragons commence.
rent&acheverent l'affere. Nos Troupes
s'eſtant avancées vers Thuille , en
trouverent le Pont coupé ; mais comme
la Riviere y eſt partagée en divers
petits bras , elles y firent plusieurs
petits Ponts. M. le Marquis d'Antin
étant paſſe ſur un de ces Ponts avec
l'ardeur qu'il fait paroifire dans tour
tes les occafions , tomba dans la Riviere
,& l'on crut pendant quelque
temps qu'il luy en couteroit la vič.
M.de la Hoguette trouva à propos
GALANT. 253
de faire ſejourner l'Armée le 19. Le
20. les fuyards de Pont Serant &de la
Tuille ayant jetté l'épouvante parmy
les Ennemis , qui gardoient les montagnes
, nos Troupes n'y trouverent
point d'autre reſiſtance que celle que
laNature y a miſe. On n'y peut aller
plus de trois de front, entre une montagne
fort élevée & un precipice , au
fond duquel il y a une Riviere. Le
chemin finit avant que d'entrer dans
la Valdote , dans un lieu appellé le
Pont levis de pierre taillée, où il y a
effectivement un Pont levis ; de forte
qu'on ne trouve plus ny chemin , ny
montagne pour avancer , & qu'on ne
voit que des précipices devant foy.
M. de laHoguette fit prendre à gauche
par deſſus les montagnes. On
avança beaucoup le 21 & l'on força
des retranchemens que les Ennemis
avoient fur ces montagnes. Le 22.
nos Troupes entrerent dans la vallée
d'Aouſte ,& les Députez de la Ville
appellée auffi Aouſte en aporterent
clefs àM. de la Hoguette. Il y entra
quelque Troupes ,&le reſte campa au
pied des murailles, qui onteſté baſties
les
254 MERCVRE
1
par Cefar Auguste. On y voit un Are
de Triomphe preſque entier du même
Empereur , un Colyſée , & pluſieurs
autres Monumens de la grandeur des
Romains. Le 23. M. de la Hoguette
ayant décampé , marcha du coſté
d'Ivrée ,& envoya M. de Graveſon ,
l'un de ſes Aides de Camp , & Moufquetaire
dans ſa Compagnie , porter
au Roy la nouvelle de cette expedition.
Rien n'égale l'ardeur de nos Troupes,
qui ne trouvent rien d'impoſſible
&qui ſe ſont fait des paſſades par des
endroits que l'on avoit juſqu'icy crus
inacceſſibles. Ils ont trouvé dans la
Valdote une grande quantité de boeufs
de moutons, de vaches ,& de mulets,
de ſorte qu'on les donnoit dans le
Camp pour fort peu de choſe Mr de
Thoy , Commandant de Chambery ,
qui accompagnoit Mrde la Hoguette
a receu ordre d'y revenir pour y commander
en fon abſence , auſſi bien que
dans toute la Savoye , & ſous ſon autorité
lors qu'il ſera de retour. Il eſt
demeuré dix Bataillons en Savoye.
Toute la Flote duRoy eſt en mér
GALANT .
255
1
1
dés le 25. Mr de Luxembourg décampa
le 27. de ſon Camp de Braiſne le
Comte , pour venir camper à Haiſne
S. Pierre & Haiſne S. Paul. On eſt au
chemin couvert de Conis , & felon
toutes les apparences , les Troupes du
Roy doivent preſentement eſtre dans
la Place. Les Allemans commencent
à s'aſſembler à trois licues de Philifbourg.
La Lettre de M. de la Broſſe , que
je vous envoiay il y a quelques mois ,
vous en a fait ſouhaiter une feconde.
Il m'en eſt tombé une entre les mains ,
mais la trop grande quantité de matieredont
j'ay eu à vous entretenir,me
la fait referver pour le mois prochain,
Ie ſuis , Madame , voſtre , &c.
AParis ce 31. Juin 1691 .
256
MERCVRE
On m'aſſure que M. le Marquisde
la Trouſſe , dont je vous mande la
mort dans cette Lettre eſt encore vivant.
Le Sieur Guerout vend une Explication
de la Galerie de Verfail-
Ics , en Vers , qui pourra fatisfaire
la curioſité de ceux qui ne peuvent
aller voir ces beaux Tableaux de Mr
leBrun.
FIN.
BIBLIO
THEQUE
*
18933
Qualité de la reconnaissance optique de caractères