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1691, 04 (Lyon)
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me.
ex Dono
R. P. Claud. Franc .
menestrier Soc.Jesu
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MON
LA
VILLE
DE
VENTUR
LE DAUPHIN
Colleg.Lug 55.Frine.l
AVRIL 1691 .
Soc. Jeju cabal. in /cr.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC.. XCI .
Avec Privilege du Roy.
LE LIBRAIRE
au Lecteur.
E vous envoiray ſans manquer le
Ja Mois prochain la grande Pratique
Generale de tout le Corps humain , de
Michel Ettmuller , en deux gros volumes
in-octavo. Le prix ne ſera que
cing livres relié , quoy que plus ample .
d'un quart chaque volume que la pratique
Speciale , c'eſt ſans prevention
tout ce qu'il y aura de meilleur pour la
Medecine & Chirurgie. L'on continuë
à Traduire & Imprimer les Instituts
du mesme Autheur , la grande debite
de ces Ouvrages font affez connoiſtre
la bonté de ces Traductions.
LIVRES NOVVE AVX
da Mois d'Avril 1691 .
Hiſtoire des Albigeois & des Vaudois ou
Barbets , avec une Carte Geographique des
Valées, 2.7. 12. 4.liv.
Hiſtoire des Conclaves depuis Clement
V. juſqu'à preſent ou les derniers fong
Odeſchalchi de Come & Ottoboni de Ve
nife, 2. v. ind.3 .
22
Tacite avec des Notes Politiques & Hiſtoriques
par M. Amelot de la Houſſaye
2. v. ind. 4. liv .
Relation du Voyage d'Eſpagne par Mademoiselle
de Bernard, 3.v.ind. 4.1 . 10.f.
Sermons de M. l'Abbé de Fromentieres.
Evêque d'Aire , Sçavoir
Oeuvres Meſlées in-octavo , 3. liv.
Carême in- octavo 2. vol . 6. liv .
Panegyrique des Saints 3.vol . 9.liv.
Conferences Morales ſur les Myſteres de
Noftre Seigneur par le R.P. Lion del Oratoire
, 2.vol . in-octavo 4.1. 1o . f.
L'Avent Catholique ou Pratiques ſolides
&devotes par le R. P. Leon Augustin , 12 .
30. fols.
La main qui conduit auCiel du Cardinal
Bona , nouvelle Traduction, ind . 30.f.
Effais de Panegyriques des Saints par le
R. P. Renaud , Docteur en Theologic , inoctavo
3. 1. 10. f.
Lettres Familieres Galantes & autres fur
routes fortes de Sujets avec leur réponſes ,
parMr Milleran , ind. 30. f.
La maison de Campagne,Comedie deM..
d'Ancourt, ind. 20. f.
LesBourgeoiſes de qualité de Mr Hauteroche
, ind. 20. f.
Dictionnaire des Termes de la Marine
avec pluſieurs figures en tallle douce , inoctavo
3.liv .
Traité des Fiſtules , ind. 25. f.
Remarques ou Reflexions Critiques,Morales&
Hiſtoriques fur les plusbelles & les
plus agreables penſéesqui ſe trouvent dans,
lesoveagesdes Autheurs anciens &.Mon
deroes.ind.z ...
MERCURE
GALANT.
AVRIL 1691 .
OMME l'homme eft
naturellement envieuxdumerite
d'autruy
, & qu'il n'en
ſçauroit entendre parler fans
peine , rien n'eſt ſi ſuſpect ny
fi fatiguant que les louanges ,
pour ceux qui n'y prennent
point de part. Si elles ſont peu
aimées , il faut demeurer d'ac-
Avril 1691 . A
:
2 MERCVRE
cord que rarement elles font
dignes de l'eſtre . Combien de
fois eſt - on obligé de repeter les
meſmes choſes,pour donner de
l'encens à ceux que l'intereſt
ou la politique engage à louër,
& combien de lieux communs
font mis en uſage, qui peuvent
eſtre également appliquez à
differentes perſonnes ! Le croy,
Madame , que vous ferez de
mon ſentiment , & que vous
approuverez que j'oſe dire
qu'il n'y a que ceux qui travaillent
à la gloire de Sa Majeſté
, qui ſoient à couvertde ces
inconveniens . Il eſt difficile de
louër les autres ſans les louër
trop , & quand on entreprend
de louër le Roy , on ne sçau.
roit le louër aſſez . L'abondance
de ce que l'on trouve à dire
embaraſſe dans le choix. Les
$
GALANT.
3
penſées naiſſent en trop grand
nombre pour pouvoir les mettre
toutes dans leur jour ; & il
n'y a point d'expreſſions aff z
fortes pour répondre à la grandeur
d'une ſi noble matiere.
On ne peut dire qu'elle ne ſoit
pas nouvelle , & qu'il fot beſoin
, pour louër ce Prince ,de
le comparer aux Alexandres
& aux Cefars . Ce ſeroit ofter
beaucoup à ſa gloire. CesCon.
querans , quelque renommez
qu'ils foient , n'ont jamais vu
tantde Puiſſances liguées contre
l'élevation où ils eſtoient
parvenus. Tout eſtoit conjuré
contre le Roy , non pour affie.
ger ſes Places , comme l'on fait
dans les guerres ordinaires
mais pour entourer tous fes
Estats , comme on entoure une
ſeule Ville , & les afſieger ca
4
A2
4
MERCVRE
même temps , s'il m'eſt permis
de parler ainfi . Il y a plus en -
core .On vouloit faire révolter
le dedans en attaquant le dehors;
mais cePrince , par une
prudence & une vigilance qui
ne peuvent s'exprimer, pardes
ſoins & des travaux infatigables,
par des précautions qu'on
ne ſçauroit aſſez admirer , par
une prévoyance qui paſſe la
portée de noſtre eſprit , & enfin
par un genie fuperieur à
celuy de tous ſes Ennemisenſemble,
de tous leurs Miniſtres ,
de tous leurs Conſeils , & de
tous leurs Generaux , a coupé
la racine que la révolte devoit
faire étendre parmy ſes Sujets .
En mettant le calme dans ſes
Etats , il a porté la terreur dans
tous ceux des Princes Confederez
, & aprés avoir gagné
GALANT.
5
fur eux des Batailles par mer
& par terre , il a afſfiegé les plus
fortes Places de ces témeraires
Alliez quile vouloient aſſieger
luy - meſme ; deux Places qui
n'avoientjamais eſté priſes , &
qui eſtoient regardées comme
imprenables , Mons & Nice ,
ſituées dans des lieux fort éloignez
l'un de l'autre , avec des
Armées de terre & de mer , &
ces deux grandes expeditions ,
ainſi que celles de pluſieursautres
Places , ont eſté achevées
long- temps avant la ſaiſon où
les Armées ont accoûtumé de
ſe mettre en campagne , & en
dépit des neges , des ployes
froides , & de tout ce qui pouvoit
détourner de tenter des
entrepriſes inouies juſques au
regnede cet incomparableMonarque.
Quoy que la terre ne
L
A 3
6 MERCVRE
produiſiſt rien pour la nourriture
des chevaux quand il s'eſt
mis en campagne , il l'a neanmoins
couverte de Cavalerie ,
&il a fait mettre dans ſes Magaſins
, non ſeulement de quoy
tenir lieu abondammentde tout
ceque lanature nepouvoit luy
fournir en ce temps- là , mais
meſme de quoy ſuppléer à tout
cequ'elle auroit pú manquerde
produire, ſi par malheur l'année
euft eſté ſterile , de forte qu'on
pourroit dire que dans les lieux
qu'il a couverts d'hommes &
de chevaux , ce Princeaen le
pouvoirde rendre la terre feconde
en la faiſant produire
deux fois , comme le Soleilfait
en ces Climats fortunez , oùle
froid ſe fait rarement ſentir .
Le Roy en fourniſſant à fes
Troupes ce que la terre ne leur
GALANT.
7
auroit pas donné, elles ſe ſont
trouvées ſeules en eſtat de fub .
ſiſter; cequi ne ſeroit pas arrivé,
ſielle euſt eſté alors couverte
d'une ample moiſſon , puis
que les Ennemis auroient également
profité des preſens de la
nature,au lieu que par ſes ſoins
& ſa prévoyance ſes Armées
ſeules ont eu l'avantage d'en
joüir. Ce Monarque a fait plus
encore que tout cela. Il a pris
de ſi juſtes meſures, en dontiant
ſes ordres , que ſes Ennemis
n'ont point ſceu qu'il faifoit
remplir les Magazins de toutes
les Villesqui font ſous la domination
auprés de Mons. Il eſtoit
important que cette connoif-
- ſanee leur fuſt dérobée , parce
que de là dépendoit l'évenement
de ſes grands deſſeins ,
le ſuccés d'une entrepriſe éven.
A 4
8 MERCVRE
tée eſtant ordinairement douteux.
Il n'eſtoit pas ſeulement
queſtion d'en tenter une qui
ſembloit preſque impoffible , &
de la rendre facile par toutes
les précautions que la prudence
&l'intelligence dans le métierdela
guerre peuvent faire
prendre ; mais il falloit des
fondspour entretenir de nombreuſes
Troupes , pour foûtepirtoutesles
dépenſes d'unSiege
qui s'eſt fait avec tant d'Artillerie
, & de Mortiers , qu'il
ya peu d'exemples qu'on en ait
jamais fait venir un pareil
nombre pour attaquer une
Place. Ses revenus ordinaires
ne pouvant fournir les ſommes
immenfes que tout cela demandoit
, il ſembloit qu'il duſt
chercher du ſecours dans les
Impoſts mis ſur ſes Sujets , &
GALANT.
c'eſt cependant ce qu'il n'a
point fait , Sa Majesté ayant
cherché de plus doux moyens
pour en avoir , de forte que
pour empeſcher ſes Peuples de
s'en reſſentir , Elle a créé beaucoup
de Charges & de Rentes
, dont ils tireront de l'avantage
, qui dans l'avenir amoindriront
ſes Domaines . C'eſt une
bonté qui les touche d'autant
plus , que dans la conjoncture
des affaires preſentes , & dans
la crainte qu'ils avoient d'eſtre
accablez par la multitude des
Souverains qui avoientdeſſein
d'envahir la France,ils aurolét
contribué avec plaiſir pour les
repouſſer , de tout ce qu'on au:
roit pû exiger d'eux. Le Roy,
aprés avoir pris des meſures fi
juſtes , & ne manquant ny de
Troupes ny d'argent,& encore
A
10 MERCVRE
moins de bons Generaux,pouvoit
s'exempter d'aller en perſonne
à la conqueſte de Mons
mais ce Prince a voulu faire
voir à ſes Ennemis que leur
grand nombre eſtoit incapable
de le retenir ; & à ſes Sujets
qu'il n'épargnoit point ſa vie
lors qu'ilyalloit de la gloire de
l'Etat. Tantque le Siege a duré,
il s'eſt expoſé à tous les perils
les plus manifeſtes. Il y a commandé
en Roy & en General ;
il y a affronté les perils en Princeintrepide
; il a fait épargner
le ſang de ſes Troupes en Pere,
ne voulant pas que l'on précipitaſt
les aſſauts que l'on auroit
pûdonner plûtoſt aux Ouvrages
qui ont eſté attaquez ,&
enfin ilyaparu comme le plus
liberalde tous les Princes , aucun
ne s'eſtant diftingué pen
GALANT. "
dant le Siege,qu'il ne l'ait comblé
de ſes bienfaits .Tout ceque
je viens de rapporter étant conſtant
, ne sçauroit paffer pour
des loüanges , quoy que le Roy
foit extrêmement loué.Ce ſont
des faits; c'eſt l'Histoire mémes
ce ſont des chofes qui ne peuvent
eſtre dites que de ceMonarque
; puis quejamais aucun
Potentat n'a cu tant d'Ennemis
àcombattre , & ne s'eſt troυνέ
dans la ſituation glorieuſe
où nous voyons aujourd'huy
LOUIS LE GRAND . Je vous
dis des veritez preſque incroyables
; mais toute l'Europe
en eſt témoin, & loin qu'on les
puiſſe prendre pour des flateries
, ou croire qu'il y ait de
l'exageration dans la maniere
de les expliquer , on doit demeuser
d'accord que tous les
A 6
12 MERCVRE
termes font foibles quand il
s'agit d'exprimer ce qu'on ne
peut concevoir .
La matiere que jetraite vous
touche trop pour vous ennuyer.
Ainfi je pourſuivray ce
premier article , en vous faiſant
partd'un Diſcours fait par une
perſonne de voſtre Sexe, fur la
derniere conqueſte de Sa Majeſte.
Il eſt de Madame de Pringy .
Les autres Ouvrages que je
vous ay envoyez de fa façon
dans mes autres Lenres , doivent
vous faire attendre de
celuy cy tout le plaifir qu'on
peut recevoir d'une agreable
lecture.
GALANT.
13
SUR LA PRISE
L
DE MONS .
troubler 'ENVIE continuë de
'la tranquillité des Rois . Cette
ennemie du repos a donné la téme .
rité à ceux qui n'avoient pas la
puiſſance. Ne pouvant souffrir la
gloire des Lis , elle s'eft animée à
chercher les moyens de la ternir, &
l'éclat du jour luy faisant horreur
elle vouloit obfcurcir le Soleil de la
France ; mais elle est contrainte de
cacher fa honte dans les Enfers ,
laiſſant les Ministres de sa rage
couverts de ſa confufion. Ennemis
qui fuyez loin de nous , ne vous
abreuvez pas de fon fiel execrable.
Le mal qu'elle fait est la fuite ordinaire
du defir qu'elle donne , &
quand aprés de longues fatigues
14
MERCVRE
qu'ellefait essuyer pour entreprendre
ce qu'on ne peut executer , elle
vous confond dans vos propres malbeurs
, reconnoiffez les mauxqu'elle
cause. Que de peines , de foins ,
d'agitations de defirs , de fang, de
pleurs , & de travaux inutiles ! La
gloire devos peines eft refervéepour
celuy qui vous les causes àregret ,
&les lauriers des victoires nefont
dûs qu'à ce Prince qui trouve le
triomphe fans troubler la paix.
N'ayez plus la foibleſſe d'écouter
L'envie qui vousseduit ,sivous ne
voulez éprouverencore lespunitions
qu'elle vous prépare.Ne venez plus
vous oppoſer aucalme quiregne dans
les Etats d'un Monarque qui rend
le repos glorieux , &Songez qu'en
épuisant vos forces ,vous ne domi.
muez pas les nostres; & quepoun
les Peuplesde France,combattre&
vaincre n'est qu'une mesme chofe
GALANT.
15
!
- ſous les ordres de LOUIS LE
GRAND. Glorieux d'obeir , ani-
- me de valeur , couvert deſang ở
de pouffiere , le François porte par
tout la terreur ;& quand pardes
feux continuels il deſoloit voſtre
Ville Superbe , qu'un mouvement
impreven vous les montroitfans les
attendre , & vous obligeoit fans
ceffe àvous repentir par vos malhours
de b'engagement témeraireoù
vous estiez , que n'avez vouspoint
éprouve ? Abbatsus de longs travaux
, épuisez de tout , excepte
d'infortune , vous avez vû venir
une legion d'hommes , qui en éteignant
vos esperances ont redouble
vos craintes, &vous ont contraints
à quitter des lieux où l'on vous
couverts, desang,& dont la perte
vient devous couvrir de honte.C'est
dans ce derniextraitdelagrandeur
de nostre Monarque où il deviens
16 MERCVRE
admirable. Il vient devaincre avec
autant de bonté que de gloire. Iln'a
pas plûtoft triomphé qu'ilpardonne,
&la loy de ſon autorité est celle de
la misericorde. Il est party accompagné
defes legitimes esperances. Il
a augmenté ſes vertus en poursuivans
sa course , & il nous comble
de bonheur par l'aſſujettiſſement
d'un peuple àqui le malheur aprend
le devoir , & qui doit lire en gros
caracteresfa leçon dansſes infortu.
nes. Quel Prince ajamais ſcen aussi
bien que LOUIS LE GRAND
S'aſſujeitir ses peuples par amour
&ſes Ennemis parforce : Sa pre.
Sence anime une legion d'hommes ,
Son approche en fait trembler
une autre. Il fortifie cent mille bras
qui ne trouvent rien d'impossible ,&
ilabat cent mille coeurs qu'il ne pu
nit qu'à regret. Toute l'Europes'unit
pour altererſon repos. Cepen
GALANT.
17
e
dant il l'impose à l'Univers , & luy
* Seul contre un monde entier arreste
l'entrepriſe d'un temeraire ,fixe les
e projets d'un ambitieux , abbat l'or.
- gueil d'un injuste , &protegeun Roy
désrôné. Ilse deffend par tout ,
attaque où il veut. Ilpare tous les
coups qu'on lay porte , & n'en porte
I point qui n'accablent. Il est dans
tous les lieux par ses ordres , & fes
ordres font trembler tous les lieux.
Lieux que sa presence vient de
marquer , Monts qui eſtes le champ
de ſes Victoires , dites la verité ,
avouezfa gloire , & vostre confu-
- fion. Vous l'avezveu , ce Monarque
incomparable , fans crainte au mi
lieu du danger , auſſitranquille dans
leperil que dans fonrepos, d'un mouvement
tendre pourſes sujets,commander,
combattre & vaincre, s'expoſer
comme le moindre des hommes,
ſefaire craindre comme le plus grad
18 MERCURE
,
des mortels , & toujours égalà luy -
même dans les differens mouvemens
qu'il devoit remplir , confondre
ancantir, détruire l'orgueil&l'ennemy
par sa presence. Source iné.
puisable de vertus Modelle des
Rois , Figure desAnges , Prince qui
fuftes toniours le plus parfait des
hommes , vous eftes aviourd'huy le
plusgranddes humains. Vous avez
renversé ce que tout autre auroit eu
de la peine àſoûtenir ; vous avez
attaquépour vous deffendre,& vous
avez par voſtre derniere&brillante
Victoire donnéla crainte,la peine
&le repentir à ceux qui croyoient
vous faire le malqu'ils reffentent.
Que ne 'm'est il permis dans cette
occafion de vous admirer avec éloge,
&pourquoy faut-il que l'expreffion
la plus vive ne dépeigne qu'imparfaitement
lepompeux éclat de cette
Victoire ? Les plus grands Heros de
GALANT. 19
13
6.
es
es
A
- l'antiquité ont vaincu , n
A
mais pas un
n'avaincucomme vous,avectantde
bonté, tant de valeur,tant d'amour,
& tant de gloire, &s'il s'est trouvé
un Apelle pourAlexandre, il ne s'en
trouvera jamais pour Louis le
Grand. La perfection de l'Art ne
peut atteindre à la perfection de
la Nature, & quand les vertusfont
achevées , ce n'est queparlefilence
de l'admiration qu'on enfait l'éloge.
Juste , sage , grand& courageuxpar
excellence , vous eſtes une
merveille que l'antiquité n'a point
veuë , que nous ne pouvons dépeindre
, & que la posterité ne pourra
comprendre. Vous estes ce Roy Saint
dont parle l'Ecriture,quifait le bonbeurdeses
peuples &lefien par la
droiture de fon coeur , mais vonS
eftes auffice Roy fort qui porte l'épouvante&
la terreur àſes Ennemis
, & qui reduit en pouffiere ceux
20 MER CVRE
qui cherchoient à s'élever contreluy.
Point d'affaires, de temps,de lieux,
deſaiſons qui arreſtent le cours de
Ses iustes proiets. Ilva où le Ciel le
conduit ,fans s'embarafſſer des diffe.
rentes attaques qu'il reçoit. Mons
eſt investiparles nostres,&glorieux
devoir approcher le plus grand des
Monarques , il resiste un moment,
maisfon malheur ensevelitſon orgueil,&
la peur qui le trouble le
contraint au devoir , & l'oblige à
Sefoûmettre afin d'obtenir mifericorde.
C'en est affez pourfaire exau.
cerfes voeux. La valeurfait place
àla bonté, &la gloirede pardonner
fuccede à la gloire de combatre.
Voila , grand Prince , les fuites
néceſſaires de vos juſtes entrepriſes.
Voilàlafoumiſſion de l'Etranger ,&
l'autorité de vos armes. Voila la
hontede vos Ennemis & la gloire
de vostre nom . Enfin voila Mons
GALANT. 21-
Subjugué. La Flandre est afſſujettie,
l'Espagnoltremble , l'Empire craint
* le Savoyardfuit , &le Tiranredou
dere la puiſſance d'un Prince sijuste.
le Peuple abaissédu sommet de l'or-
.gueil , ferez- vous toujours animé
ns d'envie quand l'Eclat des vertus
* du plus grand Roy de la Terre ,
es
vous doit éclairer plûtoſt que de
1, vous éblouir ? La puretédefa gloire
- doit vous charmer , &non pas vous
It endurcir . Vous devez avoir moins
à d'envie deſes Victoires que d'éton
- nement de sa moderation , & ne
• pouvant luy donner voſtre obeiſſance
edu moins vous luy devez vostre
I admiration . Dieu des Armées , qui
repandeZvosgraces avec abondan.
ce fur nostre auguste Monarque ,
faites connoiſtreſes vertus à tout le
monde , comme vous nous les faites-
Sentir. Donnezà tout l'Univers des
impressionsvives de sa grandeur ,
-.
S
1
12 MERCVRE
comme nous avons des impreſſions
fenſibles de sa bonté, & puisque
vous l'avezfait le plus grand des
hommes&le plus puiſſant des Rois,
rendezfon bonheur constantsur la
terre , rendez la terre heureusepar
ladurée deſes jours.
Les vers qui ſuivent vous
paroiſtront placez à propos ,
puis qu'ils ont eſté faits fur le
départ de Sa Majeſté. Ils
ſont de Mr Marcel , & le fameux
Mr d'Ambruis les a mis
enair.
L
AIR NOUVEAU.
OVIS vient de partir , fiers
Ennemistremblez;
Déja vous entendez l'éclat de fon
tonnerre,
Malgrévos Princes aſſemblez
EC
ner
ble'sau
ter
Et
re et vi
ploits a-ud
LYON
12
con
Sen
102
109ren
ter
la
pa
nd
dé
fo
m
er
[
D
GALANT.
23
Au coeurde vos Etas il va porter
laguerre..
Riennepeut arreſter lecours
Desavaleur&defa gloire ;
Etvousverrez volerfurjes pas la
Victoire ,
LeCielpourses exploitsavance les
beaux jours,
L'Auteur du Madrigal que
vous allez lire a eu la meſme
penſée , & l'a exprimécheureuſement.
SUR LE DEPART
du Roy.
DEs que Louis le Grand eut forméle
deſſein
Desemettre en campagne,
Levent ceffa, l'air futferein.
C'est ainsi que toujoursle bonheur
l'accompagne.
:
24 MERCVRE
Plus de vents , plus de frimats ,
Cesreſtes importuns de laſaiſonfacheuse
Ont abandonné nos climats ,
Etpour rendrefa marche beureuſe
Plus brillant unefois le Soleilsefait
voir ,
Sachaleurfe réveille ,
Apollon rempli ſon devoir ,
EtMarspromet Mons&merveille.
Voicyunemaniere de perit
Opera , que l'Auteur intitule ,
LaFeſte univerſelle à l'honneur de
LOUIS LEGRAND. vous
reconnoiſtrez en le liſant qu'il
n'eſt pas indigne de voſtre ap .
probation.
C
MOMUS .
en ce Eft en jour que l'amour nous
•fait voir.
Que tout reconnoiſt ſon pouvoir.
Les Dieux reverentfon empire.
Il tient Iupiter dans lesfers ;
Pluton
GALANT.
25
.
(
1
1
Pluon dans ses prisons soupire ;
Neptune brûle dans les mers .
LISIS .
D'où vient que depuis quelques
jours
Le Sens je nesçay quoy quimefait
de lapeine?
Sans esperer aucunſecours ,
Par tout jeſuis Climene ,
Ie m'éloignede nos hameaux ,
Et mesme ilfaut que mesTroupeaux
Sejoignent au troupeau de la belle
inhumaine
S'ilspretendent que je les mene.
CLIMENE.
Ainsi, Berger , vous les défendrez
tous
Des attaques des Loups.
Ie confens qu'ilspaiſſent ensemble.
Allons danſerſous ces ormeaux.
Le Dieu qui nous aff mble ,
Aura leſoin denos troupeaux.
Avril 1691. B
26 MERCVRE
Le Choeur des Bergers repete
les trois derniers Vers .
Allons , &c .
DEUX BERGERS .
Quelmoyen dese defendre
Des careffes de l'amour ?
Ilfaut à lafinse rendre ,
On doit aimer quelque jour;
La Beautéqui cherche àprendre
Se trouve prife àson tour.
Quelmoyendese défendre
Des careſſes de l'amour ?
DEVX BERGERES .
Onne perd rien pour attendre
Danscet aimableSejour.
Suivons le chemin de tendre.
Necherchons aucun détour.
Vn Amant peut tout pretendre,
Quandilfçait fairefa cour.
Choeur de Bergers .
Onneperdrien pour attendre , &c .
LISIS.
Quand uneBeauténous enchaine
1
GALANT. 27
"Qu'elle nous fast sentir la douceur
deſes coups ,
Onse laisse menerfans peines
La liberté n'a rien qui fost fi dou ,
CLIMENE .
Qu'onmarche avec afſurance
Quandlefort remplis nôtre espoir
Quand le coeur fuit l'obeiſſance ,
" Quand l'amourprévient ledevoir !
Choeur de Bergers .
leunes Amans ,
Que vos plaisirsferont charmans!
Latendreſſe
Qurvous preffe
Vousfaitparoiſtre les momens
De longs retardemens.-
LISIS & CLIMENE.
Qu'on rie , qu'on chanse , qu'on
danſe
Dans cet heureux jour ;
Quelajoge augmente
Que toutse reffente
Des bienfaits de l'amour.
Ba
28 MERCVRE
CALLIOPE .
On voit,lors qu'à l'amour onſe laiſſe
engager,
Quela flâme la plus belle
Devient à lafin mortelle ;
Evitezſagement unfi crueldanger.
PAN.
Fayonsſaſurpriſe .
Sescharmes ,fesfers 3
Manquerdefranchise,
de
C'est estre aux enfers.
VRANIE.
Un Amant n'estquere ſage ,
Il s'estime malheureux
Si l'onmépriſeſes feux ;
Mais ill'est bien davantage
Quand on répondàſes voeux.
MELPOΜΕΝΕ .
Craignez, imprudente leunesse ,
Gardez pourla vertu toute voštre
tendreffe.
Choeur de Bergers .
Lavertuferoitfarouche ,
:
GALANT.
29
S'iln'estoit permis d'aimer ;
Un objet aimable touche ,
Hadroitdenous charmer.
PAN.
CeSexevolage
1.
Iamais ne s'engage
Quepourun moment.
Comme ilse dégage
Sansſçavoir comment,
CALLIOPE .
Mettons nousen oubly les Arts les
plusparfaits
Qui prestent à l'amour d'inévita.
bles traits?
On captive les coeurs par les Vers
d'Oranie.
VRANIE.
LaMuſiquefur toutparsespuissan
accords
Charme les Immortels , les Vivans
les Morts.
Larage cede à l'harmonie .
Sa douceur calme les fureurs,
A3
30
MERCVRE
Et l'on voit que la fimphonie
Suspend les plus grande's douleurs
MELPOMENE
Il n'est rien que l'on n'enchante
Par les charmes de la voix ,
Etla Live eft bien plus puiſſante
Que le fceptre des plusgrands
Rois.
LES MUSES s'adreſſant à la Renommée
qui ſurvient , précedée
par des Trompettes & des
Hautbois.
Vous venez à propos , joignons nous
joignons nous,
Leconcert enféra plusdous.
LE CHOEUR.
Celebrons cette Feste ,
Et que chacun s'apreste
Achanter tour à tour.
La merveille des Arts , &celles de
L'amour.
LA RENO ΜΜΕΕ.
Que deviendroient ces Arts dans le
fiecle où noussommes ,
GALANT.
31
Si le plus granddes Rois.
Si le plus grand des hommes
Ne les faisoit fleurir a Confacronsluy
nos voix.
SUIVANsde la Renommée .
Publions àl'envyfon éclatantegloire,
Traçonsde ſes hautsfaits làme.
morable histoire ; (veuir
Leur nombre étonnera les fiecles à
Et bien loin de ne les pas croire.
Ils en conferveront toujours lefou-
:
venir ,
DEUX FAVNES .
Dans l'horreur des combats ceux qui
l'ont oséſuivre ,
L'ont veu cent fois en danger de .
perir;
Mais celuy qui montre à bien vivre
Nedoit jamais mourir .
DEVX NIMPHES .
Des monstres infernaux il a vaincu
la rage
Lors que dans ſes Etats ila détruit
Perreur;
B 4
32
MERCVRE
Des Combats (inguliers il a banny
l'usage ,
On n'entend plus parler d'une telle
fureur,
NEPTUNE.
Ie luy vois faire des miracles
Pour releverl'éclat d'un Trône renwersé
,
En vain un fier Tirany forme des
obstacles ,
Ilſe verra bientôt à son tour abaißé
Ilſera contraintde descendre ,
L'imprudent court àſon trèpas ;
Sifon crime a pû noussurprendre
Safin ne noussurprendrapas ,
Troupes d'Irlandois .
Que la foudre
Le reduiſe en poudre
Four punirſa fureur,
Que la foudre
Le reduiſe en poudre
PourSoulager nostre douleur.
GALANT.
33
Deux François.
Quele Ciel en colere
L'accablede malheur,
Et que bientôt Cerbere
Lay devore le coeur.
!
Troupe d'Irlandois.
Qu'il meure, qu'ilperiffe .
Choeur de François.
Que leCielpuniſſe
Ce coeurinhumain.
Troupe d'Irlandois.
Qu'il meure , qu'il periffe.
Troupe de François.
Ilperira de nostre main.
Un Irlandois.
LePeuple d' Albion fon Monarque
abandonne.
Dansunsi triste fort quelfera fon
appuy ?
Ilperdenun moment unetriplecou
Lonne
Chooeur de François .
Han , non , il ne perdriew , LOVIS
fixa pour luz.
34
MERCVRE
MOMVS .
Moyqui trouve tout àredire ,
Quine trouve rien de parfait ,
Iemefens obligé de dire
Que des grandes vertusce Prince est
leportrait.
CeHeros bien souvent aux dépens
defågloire
Content desa grandeur ,
AfixélaVictoire ,
Etretenu ſon coeur.
Son Etat parses foins en delices a.
bonde;
On parlera de luy iusqu'à la fin du
monde.
LECHOEUR.
Il est heureux, pieux ,&iuste,
Et la Victoire fuitfon char.
Iln'est pas moinsfage qu' Augu
ſte,
Il est plus vaillant que Cefar.
LA RENO ΜΜΕ'Ε.
Quefon nom vole
GALANT .
35
Plus viſte qu'Eole
Partout l'Univers.
Suivans de la Renommée.
Quesonnom vole
De l'un àl'autre Pole:
Qu'àsonhonneuron chantemille
Vers .
CALLIOPE .
NostreParnaffe,
CIBELE.
Nos Campagnes.
UNE DR VIDE .
Nos forefts
VNE NAYADE.
Nos Eaux,
UNE OREADE .
Nos Montagnes.
Chooeur de Muſes & de Nimphes.
Retentiſſent toûjours du bruitdeſes
exploits ,
Ilest plus Roy que tous les autres
Rois.
B 6
36
MERCVRE
LE CHOEVR .
Il est plus Roy que tous les autres
Rois.
Sa grandeur n'apoint deſeconde,
Et nous défions le Soleil ,
Luy qui fart tout le tour du monde,
De voir iamais rien de pareil.
Deux François .
Mars ſur nos Ennemis fait tomber
Son tonnerre ,
Illes confond, illes détruit ,
Et cependant dans noftre terre
Apeine en oyons nous le bruit.
Sans quitter fon Palais il gagnedes
Barailles.
Hollandois, Allemans, appaisez fon
couroux ,
Tous vos Campsfont par luy remplis
de funerailles.
Que ne fera t'il pas s'il s'approche
de vous ?
Mais un ieune Heros doit terminer
laffaire ,
G
GALANT. 37
Et
Si Louis faisoit tout , qu'auroit son
Fils à faire ?
Ce Prince nous fait voir en fignalantfonbras.
Qu'il fuit bien ses leçons , qu'il
marche surses pas.
MERCVRE .
Il est prest àpartirfurvy de la fora
tune
le viens de luy porter
Le Trident deNeptune ,
Et le foudre de 1upiter.
CHOE VR .
- Grand Prince , si le ciel daigne
exaucer nOS VEUX ,
Tu ioviras d'un fort encore plus
beureux2
Le bonheur te ſuivradans lapaix,
dans la guerres
Acent Peuples divers tu donneras
des loix,
Nous le verrons un jourle Maistre
de la terre
38 MERCVRE
Tout l'Univers fora l'Empire des
François.
Dieux, confervez cegrandMonarque,
Qu'il n'ait jamais que de beaux
iours ;
Que iamais la cruelle Parque
Nen puiſſe interrompre lecours.
BACHVS ,
Quoy,Sans Bachus fait on des Feftes
Et celebre- t'on de LOVIS
Les hauts faits inouis ?
Mars ny l'amour fans moy nefont
point de conquestes ,
Pour les Guerriers il faut du vin.
SILENE .
Beuvonsfansfin
De ce nectar divin .
Que chacun s'enyure ,
Malheur à qui ne voudraſuivre
Ce Dieu depamprecouronné,
Qui's'enyora dés qu'ilfut né.
GALANT.
39
BACHUS & SILENE .
Beuvons , chantons , vaidons les
pots,
Pour boire àlaſantédu plusgrand
desHeros.
CHOEVR.
Prions les Immortels de nous donner
lapaixز
Que le bruit des Canons, des Moufquets
, des Trompettes
Faffeplace aux Balets, aux Chan-
Sons, aux Musenes .
VN FRANCOIS .
Ab, quand viendra ce temps avec
tous ses attraits !
CHOE VR .
Ilvavendre bien tôt nos defirsfatis
Lefiecle d'or qu'onvitſous le regne
faits.
d'Auguste ,
le Iufte;
Varegnerſous le Fils du Roy Louis
Nos lauriers produiront les Mirthes
delapaix ,
40 MERCVRE
Pour nefecheriamais.
Le Dialogue qui fuit eſt tellement
de faiſon , que je croy
ne vous pouvoir rien envoyer
qui ſoit plus capable de vous
fatisfaire . Si l'Auteur continue
à travailler fur cette matiere, ce
qui ſeroit fort à ſouhaiter, je
vous feray part de tous lesOuvrages
qui partiront de fa
Plume.
**********
LE HOLLANDOIS
dansla Barque de Caron.
DIALOGUE.
CARON.
ABord, à bord , à bord
vic ,Rameurs , à bord, la
GALANT.
41
Barque s'enfonce , & nous allons
tous perir. Malheureux
e Mercure , ſi jamais il t'arrive
de m'amener des ames peſantes
, j'iray te dénoncer à Minos
& je te feray condamnerlatirer
mes rames à perpetuité .
er
e- MERCURE .
Il faut que je fois né ſous une
• Etoile bien maligne. J'ay de la
1 peine autant que quatre : amais
Baſque n'a tant couru que je
fais. J'uſe chaque année plus
- de vingt paires d'ailles& autất
de fouliers , à conduire & reconduire
les Ames , & il faut
que je fois encore garant de
-leur peſanteur , comme ſi les
Parques me les delivroient au
poids.Sçache , Caron , que ces
airs de Maiſtre que tu te donnes
avec moy , ne peuvent
m'accommoder. Retranche- les
4
42
MERCVRE
je te prie , autrement....
:
CARON.
Je n'ay que faire de tes contes
, & il m'importe fort peu
parqui ſoit exercée la commiffion
dont tu es chargé. Je ſuis
ſeur qu'elle ne ſçauroit eſtre en
de plus méchantes mains que
les tiennes ; mais il n'eſt pas à
preſent queſtion de diſputer ;
il s'agit , ou de vuider ma Barque
, ou d'y donner un ſi juſte
contre- poids , qu'elle ne panche
pas plus d'un coſté que
d'autre. Prenons du ſable fur
le rivage; que chacun ſe mette
en devoir d'en jetter dans la
Barque ,&qu'on ne ceffe point
que je ne le commande.....
MERCURE .
A quoy t'amuſes tu , Caron ,
avec ton contrepoids ? tu vas
faire unbeau chef-d'oeuvre . Ie
GALANT.
43
20
el
لا
me condamne de moy meſme
àtirer tes rames, ſitu parviens
juſqu'àla moitié du fleuveſans
t'abiſmer. Fais autrement ; je
viens d'appercevoir cette Ame
peſante ; mets -la dehors. &
vogue à ton aiſe , tu paſſeras
fans contrepoids.
CARON.
Tes yeux ſont ſans doute
meilleurs que les miens, car
je nela voy pas.
MERCURE.
Faut-il s'en étonner ? Tu
esvieux , & je ſuis jeune; tu
es dans un lieu fombre , & fans
lunettes , & jenay les meilieures
du monde.Quandje crevay
les yeux d'Argus , j'en arrachay
une demy douzaine que je gar.
de en poche . En voicy deux
dontjete fais preſent.
44
MERCVRE
CARON.
Oh , que vois je ? oh , la grof.
ſe maſſe d'Ame Pourquoy me
l'avoir amenée ? Comment
l'appelles - tu ?
MERCURE.
C'eſt l'ame d'un Hollandois.
CARON.
Tu me rends - là de bons
offices , Mercure. Tu peux te
vanter que ce n'eſt point ta
fante ſi je n'ay pas eſté ſubmergé.
A la pareille , je prendray
ſoin de te dépeindre à Pluton
avec de fi bonnes couleurs qu'il
te traitera comme tu le merites .
Ignores -tu les deffenſes qu'il
a faitesde pafferd'autres Ames
que celles des hommes ? Affeurement
celle cy n'en eſt point
une,
MERCURE .
Tout beau , Caron ,ta coGALANT
.
45
lere eſt mal fondée . Cette grofſe
Maſſe , telle que tu la vois
eſt l'Ame d'un homme , mais
à dire vray , plus materielle
que les Ames ordinaires.Tu
auroisdonc eſté dans une bien
plus grande ſurpriſe , ſi tu
l'avois veuë lors qu'elle fortit
- du corps qu'elle a animé . II
faut ſçavoir combien je l'ay
limée & rabotée pour la met-
-tre en état de ne peſer pas plus
qu'une Ombre ; mais je n'ay
ofé y tien oſter davantage , de
crainte qu'en voulant la décharger
de tout ce qu'elle avoit
de materiel , je ne la reduiſſiſſe
à rien.
CARON.
Je commence à goûter le
conſeil que tu medonnois tout
à l'heure de la laiſſer aller fur
le rivage , & de l'abandonner
46 MERCVRE
au Temps , qui minant toutes
choſes imperceptiblement , en
enlevera tout ce qu'elle a de
terreſtre beaucoup mieux que
tes rabots & tes limes, & aprés
cela nous la paſſerons..
MERCURE .
A propos de ce Hollandois ,
il me ſouvient , Caron mon
vieil Amy , qu'autrefois nous
fimes enſemble un petit voyage
en l'autre monde , pour y
voir ce qui ſe paſſoit ſous le
Soleil . Je voudrois que l'envie
te priſt àpreſent d'y en faire
un autre , il ne fera pas long ,
&je ne te meneray qu'en
Hollande , où tu verras ces
gros Meſſieurs les Hollandois
qui , toutes groſſes que font
leurs ames , ont des corps qui
les furpaſſent encore de beaucoup
en groſſeur.
GALANT.
47
1
e
CARON.
Ce ſeroit faire un hardy coup
que de laiſſer ainſi les Ames &
la Barque à l'abandon ;tu ſçais
bien que ny toy ny moy , n'avons
point de temps de reſte.
Cependant ſur la parole que
tu me donnes , que ce voyage
ne ſera pas de durée , j'y conſens
, partons . Mais à qui laifſerons-
nous ma Barque à gouverner?
MERCURE. 1
Je vois là un hommequi ſera
ton affaire. Eh ! Duqueſne , à
moy , mon cher. Paſſe deçà ,
nousavons beſoinde toy .C'eſt
un bon Compagnon,qui en ſon:
temps a veu de fort prés les
Hollandois , & leur a ſouvent
fait peur. Je te répons de luy ,
c'eſt un François , il te ſera fidelle.
48 MERCURE.
CARON .
Malepeſte , comme tu voles
j'ay peine à te ſuivre. Je vois
le jour , & il faut que nous
ſoyons déja ſur la Terre.
MERCURE .
:
Oüy, nous y ſommes , tiens
toy bien , & fais ce que je te
diray. A noftre premier voyage
nous entaſſames Montagnes
ſur Montagnes , & nous
nous miſmes au fommet pour
mieux découvrir ; mais il ne
s'en trouve point icy , ce qui
m'embaraſſe un peu. Attens ;
voicy un expedient tout trouvé.
Vivent les eſprits inventifs.
CARON:
Que voy - je là , Mercure ?
Il me ſemble appercevoir des
Barques comme la mienne. Ie
croyois eſtre le ſeul Nautonnier
6
GALANT.
49
nier que les Dieux cuſſentcréé xeuffentcree
MERCURE.
Tu t'es trompé. Voicy des
Dt Barquesen affez bonne quantité
,& beaucoup plus grandes
que la tienne. Vois- tu cette
foreſt de mats ? c'eſt le Port
" d'Amſterdam , Ville Capitale
de la Hollande. Choiſi le plus
haut de ces mats , & grimpe.
deſſus . Ie vais me mettre fur
『un autre tout prés , d'où je ſatisferay
à ta curioſité . Prens
tes yeux d'Argus .
-,
CARON.
Pourquoy tantde Barques ?
- à quel uſage ſont elles employées
?
MERCURE.
Ce que tu nommes Barques,
ils les appellent Vaiffſeaux ou
Navires , & ils s'en fervent
pour courird'un boutdu Mondeà
l'autre.
Avril 1691 . C
1
SO
MERCVRE
CARON.
Qu'est- ce que cette groffe
machine de pierres que je vois
àma droite ;
MERCURE.
C'eſt l'Hôtel de Ville , qui
a couté des ſommes immenfes
àbaſtir.
CARON,
Aquoy bon tous ces cordages
, ces mats & ces anchres,
que je vois ſur le rivage à ma
gauche?
MERCURE.
C'eſt ce qu'ils appellent le
Magazin des Indes. Il eſt remply
de richeſſes , & contient
de quoy équiper un nombre
infiny de Navires .
CARON.
Etces manieres de Coloſſfes
qui vont & viennent le long
du Port , à quoy ſervent- ils ?
GALAN Τ.
10
MERCURE .
Ces meſmes Coloſſes que
tu vois ſont ce que l'on appelle
les Hollandois , & c'eſt
de ces gros corps que fortent
ces groffes Ames dont une
feule a manqué de faire enfoncerta
Barque.
CARON.
Par Pluton , je ne me ſerois
-jamais imaginé que ce fuffent
lades hommes. Je les prenois
pour des Elephans ces Ani-L
maux monstrueux , dont j'ay
oüy dire tant de merveilles à
Alexandre , à Porus,& auxautres
qui nous font venus des
Indes. Mais peut eſtre m'en
impoſes- tu , & il me souvient
qu'à notre premier voyage , ce
que tu me faifois paffer pour
des hommes n'eſtoit pas plus
gros que des fourmis .
A
C2
52
MERCVRE
MERCURE .
Ta remarque eſt bonne , &
pourtant jene te trompe pas ;
mais la cauſe de ton erreur
vient de ce que la premiere
fois tu regardois les hommes
deloin & fans lunettes , &
icy tu les vois de prés ,& avec
des yeux d'Argus. Il faut ſeulement
convenir que les premiers
, tout gros qu'ils eſtoient,
l'eſtoient pourtant beaucoup
moins que ceux - cy, qui vivant
dans des lieux de marécages ,
n'ont qu'un ſang groffier qui
rends leurs corps de meſme
trempe.
CARON.
•Laiſſons là leurs corps , &
voyons- les par l'eſprit. Auffibien
n'y a-t'il que par cet endroit-
là qu'ils ſont ſoumis à
ma Jurisdiction.Dis moy donc
GALANT.
53
as
eu
er
à quoy s'occupent les eſprits
des Hollandois.
MERCURE .
Ce fontde bonnes gens,dont
toute l'ambition ſe termine à
commencer tranquillement.
Pourveu qu'ils ayent la paix
* de ce coſté là ,ils ſont contens,
& on ne les voit guere inquie-
# ter ceux de leurs voiſins qui
leur laiſſent la liberté du trafic.
CARON.
Ie les aime d'eſtre de cette
humeur,& je leur ſeray le plus
favorable que je pourray , à la
ſeureté de ma Barque prés. Ils
ne font pas reſponſables de ce
que les Dieux n'ont pas jugé
à propos de fubtiliſer davanta-
-ge leurs eſprits. Iet'aſſure que
quand celuy que nous avons
laiſſe ſur le rivage ſe ſera dé---
materialiſé , je le paſſeray du
G3
54 MERCVRE
meilleur de mon coeur , & le
placeray dans un endroit des
plus commodes & des plus honorables
de ma Barque .
MERCURE
Ecoute , Caron, cela va bien ,
mais ils ont un defaut qui leur
porte plus de préiudice que
tous leurs Ennemis les plus
animezne sçauroient faire . Ils
prennent trop facilement la
mouche , & ont ombrage de
rien . Ils ont quatre voiſinstrespuiſſans
dont ils ſe défient; &
un entre autres qui leur eſt &
ſuſpect , qu'à la moindre démarche
qu'ils luy voyent faire ,
ils remuent contre luy le Ciel
&la terre , quoy qu'il ne fonge
point àleur nuire; car il les regarde
comme les Eleves de ſes
Anceſtres , & les ſiens meſmes ,
il oſt ravi de les voir dans la
GALANT.
55
proſperité : mais quand il les
voit entrer en défiance de luy ,
il commence par les raffurer ,&
s'ils refuſent d'aioûter foy aux
proteſtations d'amitié qu'il leur
fait faire , & qu'ils continuent
àcabaler contre luy , c'eſt alors
qu'il les châtie ; aprés quoy il
leur redonne la paix.
CARON.
Tu me fais plaifir de m'inſtruire
si bien ; mais nommemoy
leurs Voiſins , & fur tout
celuy qui leur eſt ſi ſuſpect.
MERCURE .
Les trois premiers font les
Allemans , les Eſpagnols , &
les Anglois ; & le quatrième
dont ils ont taut de défiance ,
c'eſt l'Empereur des François.
CARON.
Toutes ces Nations me ſont
connues , & je paſſe tous les
C4
56 MERCVRE
joursdes gens de leurs quartiers.
Ie me divertis meſme
ſouvent à les entendre raiſonner
, &jeris ſous cape quand ils
diſent qu'ils font morts pour la
querelle du Prince d'Orange ,
comme ſi ce Prince d'Orange ,
formé de bouë comme eux ,
valoit la peine qu'ils s'intereſſaſſent
à ſa querelle juſqu'à ſe
faireégorger pour la défendre.
Mais qui eſt donc ce Prince
d'Orange ? On ne parle que de
luy dans ma Barque. Les uns,
diſent , je ſuis mort de faim &
de miſere en Irlande, où j'eſtois
au ſervice du Princed'Orange.
Vn autre dit , j'y eſtois auſſi , &
j'y ay eſté tué , parce que j'ef-
Lois dans un parti contraire à
celuy du Prince d'Orange.
D'autres font morts ſur mer , à
Fleurus , à Staffarde , & tous
GALANT.
17
ou
dans la guerre allumée dans
l'Europe , pour foutenir
pour faire avorter l'entrepriſe
du Prince d'Orange. Dy moy
qui il eſt .
MERCURE .
Le Prince d'Orange eſt un
ambitieux qui paſſant ſur toutes
les loix de la Nature & de
l'honneur les plus inviolables ,
eſt allédétrôner le Roy desAn .
glois , fon Oncle & fon Beaupere
; & cela , à l'aide de ces
Hollandois que tu vois devant
toy
CARON..
Tu me les dépeignois ſi paifi
bles. Pourquoy donc ont-ils.
contribué à cette guerre; qui
ne sçauroit ſe faire ſans détrui.
releur commerce , qui , à t'en
tendre parler , eſt leur Idole
Cs
18 MERCVRE
MERCURE .
C'a eſté par une inſpiration
de leur mauvais genie , & de
cet eſprit de défiance qui les
gouverne . Ils ſe font imaginé
quele Roy de France vouloit
ſe rendre maiſtre de leur liberté
& de leur commerce . Ils ont eu
le maſme ſoupçon du Prince
d'Orange , qui vivoit chez eux
aleurs gages , & en qualité de
Lieutenant General de leur
Etat. Pour éviter donc de tom .
her ſous la domination de l'un
& de l'autre , ils ont mis celuy.
cy hors de leur Pays , en luy aidant
à conquerir un Royaume;
ilsluy ont attiréſur lesbras
une des plus fories guerres qui
ſe ſoient jamais veuës , & qui
te donnera bien de l'exercice .
CARON.
Qu'est- il arrivé de là 2 le
GALANT.
59
m'aſſure que cette politique
leura acquis une paix profonde
, & une afſſurance entiere
que leur commerce ne ſera
point trouble .
MERCURE.
C'eſtoit là ſans doute leur
veuë , Caron , & c'eſtoit- là le
plauſible de leur deſſein ; mais
de bonne foy , font-ce là les
moyens qu'ils falloit employer
poury parvenir , & pour peu
que leurs eſprits , qu'avec rai
ſon tu trouves ſi peſans , euffent
eſté plus fubrils , n'euffent- ils
pas reconnu facilement que
cette entrepriſe cauferoit leur
perte
CARON.
Explique - moy ce que tu
veuxdire. Ie ne fuis pas aſſez
informé de la ſituation où fort
leurs affaires . pour concevoi
ton raiſonnement..
C6
60 MERCVRE
MERCURE .
Il faut que ru ſçaches que le
Royde France qui leur eſtoir
ſuſpect , ne devoit pas eſtre
ſoupçonné d'en vouloir à leur
liberté . Ce Prince a des Etats
affez vaſtes & affez riches pour
s'en contenter. Il y a une bar ,
riere entre eux & luy tres-dif
ficile à rompre. C'eſt un enchaînement
de Villes fortes.
qu'on ne sçauroit prendre ſans
répandre beaucoup de ſang , &
on ſçaitque ce Prince ménage
le plus qu'il peut celuy de ſes
Sujets . D'ailleurs le Pays.
qu'ils occupent ne vaut pas la
peine qu'on ſouhaite en eſtre
Maiſtre. Il eſt diſpoſe de telle
maniere , qu'il ne peut etre
conſervé , ny habité que par
eux , & par confequentiln'invite
guere à le conquerir. Si
,
:
GALANT. 61
l'onjoint à cela que le commerceque
ſes Sujets fontavec eux,
ſans courir les riſques d'une
longue navigation,luy rapporte
preſque autant d'avantage
que s'ils étoient fes Tributaires
, on jugera aisément que ce
grand Roy,qui avoit de la gloire
de reſte ,& qui ne fongeoit
qu'à jouïr des fruits de la paix
qu'ilavoit procurée àſon Peuple
& donnée à les Voiſins ,
ne devoit pas eſtre ſoupçonné
de leur en vouloir. II
n'en eſt pas ainſi du Prince d'Orangesil
n'eſt que trop évident
qu'il fongeoit à ſe les aſſujettir,
&je ne ſçay s'il n'en viendra
pointà bout. Voicy comment
ils ontraiſonné àfon égard. Le
Prince d'Orange ayant trouvé
à propos de leur découvrir le
deſſein qu'ilavoit fait de détro
62 MERCVRE
nerfon Beaupere , ils appuyerent
ſa reſolution , & la fortifierent
par les ſommes qu'ils
luy donnerent & qu'ils luy promirent
, & par des ſecours
de Vaiſſeaux & d'hommes . Ils
firent cela pour ſe défaire d'un
Prince dont l'ambition démefurée
leur eſtoit connue , &
qu'ils sçavoient qui vouloit
regner à quelque prix que
ce fuſt . Ils avoient ſujet de
craindre que ce ne fuſt chez
eux , parce qu'il n'eſt pas aisé
d'enlever des Etats entiers à
des Souverains , au lieu qu'il
pouvoit plus facilement ſe rendre
Maistre des leurs , puis
qu'il en avoit déia les forces à
ſon commandement , & qu'il
s'eſtoit fait des Creatures dans
les Etats qui les facrifioient,
ou par la crainte d'être immo
GALANT. 63
lez , ou par intereſt.Ainfi.com .
me il eſtoit Maiſtre des Troupes
& des Magiſtrats , leur liberté
alloit expirer , & ils crurent
en luy donnant tout ce
qu'il falloit pourle chaffer
qu'ils en tireroient un double
avantage; premierement en ce
que ce Prince s'éloigneroit
d'eux,& les delivreroit des frayeurs
continuelles que fon ambition
leur caufon;& en ſecond
lieu , en ce qu'il viendroit à
leur ſecours toutes les fois qu'on
voudroit les inquieter. Voilà ,
comme ie te l'ay fait déia obforver,
le plausible de leur raifonnement
, & voicy en quoy
ils ont tres-groſſfierement erré..
Ils penſoient conſerver par là
leur commerce , & ils ne faifoient
pas reflexion que pour
foutenir cette entrepriſe il faue
64 MERCVRE
droit faire une guerre qui l'in
terrompt confiderablement. Ils
eſperoient ſe delivrer du Prinee
d'Orange,& ils ne faifoient
pas attention ſur ſon genie,qui
le porte à prendre de l'argent
de toutes mains. Ils penfoient
mettre leur liberté à couvert ,
& ce Prince la tient actuellement
opprimée. Il ſe ſervira
de l'argent des Hollandois pour
fubiuguer l'Angleterre , &enfuite
il ſe fervira de l'argent des
Anglois & de leurs Troupes
pour ſubiuguer la Hollande.
Ceux- cy contribueront volontiers
de leur bourse & de leurs
forces pour cette expedition ,
afin d'eſtre Maiſtres du commerce
dans tous les lieux où il
leur eſt difputé par les Hollandois.
Ainfiil n'y a que la France
qui puiſſe empêcher que leur
liberté ne foit oppriméc.
GALANT. 65
CARON .
Je vois bien par tout ce que
tu medis , que la Republique
ne ſubſiſte plus .
MERCURE .
Si l'on s'en tient ſimplement
aux noms , la Republique fubſiſte
encore; car tout ſe paſſe au
nomdes Etats , mais ſi l'on confidere
l'eſſentiel , il eſt conſtant
qu'il n'y a plus de Republique,
puis qu'aucune reſolution ne
s'y prend qu'aprés avoir eſté
dictée par le Prince d'Orange.
C'eſt luy qui diſpoſe des Charges
de Guerre & de Magiſtrature.
C'eſt lui qui regle le defaré
des Vaiſſeaux , & ie le regarde
comme le veritable Souverain
de la Hollande. Il eſt actuellement
à la teſte de leur Armée
de Terre, où il les flatte d'aller
faire lever le Siege de Mons ,
66 MERCVRE
que le Roy de Franceaſſiege en
perſonne avec une Armée formidable
. Quant à leur Armée
de Mer , il la va joindre à la
flotte Angloiſe par qui illa fera
ruiner , perfuadé que plus les
Hollandois feront foibles , plus
il aura de facilité à les reduire.
CARON.
Si cela eſt , adieu la liberté
de la Hollande. Il y a grande
apparence que le Prince d'Orange
s'en fera hautement declarer
le Souverain. Quelle pitié
d'avoir fi peud'eſprit, & des
Ames ſi peu clairvoyantes ! En
verité , j'ay de la compaſſion
pour eux , & ces bonnes grofles
gens me font de la peine dans
le danger que ie leur voy courir.
le ne verray qu'avec un
grand déplaifir que des gens de
ma profeffion , & qui font en
GALANT. 69
quelque façon mes Camarades,
- foient reduits àl'esclavage. St
tu ſçavois quelque moyen de
les en garantir , tu m'obligerois
- de leur donner tes conſeils .
Songe , mon cher Mercure , &
dis moy ce qui te vient dans
l'eſprit. Quelquefois les premieres
penſées ſont les meilleures.
MERCURE.
J'en ay une plaiſante .Tu en
penſeras ce qu'il te plaira , je
vais te la dire . Ce qui donne
la hardieſſe au Prince d'Orange
de fonger à affojettir les
Hollandois, c'eſt le grand pouvoir
où il eſt , & l'efperance
dont il ſe flatte de détruire
tout à fait l'autorité du Roy
fon beaupere en Irlande , qui
eſt le ſeul de ſes Royaumes où
ce Monarque foit encore re
68 MERCVRE
connu. Ils n'ont qu'à retrancher
l'argent qu'ils luy donnent
avec profuſion , car n'ayat
rien ou peu de choſe de ſon
fond , il ſera moins en estat
d'entreprendre fur eux , & fi
par hazard il arrive que la populace
Angloiſe , qui ne regarde
pas plus loin que ſon nez ,
foit affez mal conſeillée pour
fuppléer à leur deffaut , & luy
en fournir autant qu'il demandera
, qu'ils en faſſent tenir
ſous - main au Roy qu'il a detrôné.
Guerre pour Guerre , il
vaut mieux encore pour eux
qu'elle fe faſſe en Irlande à forces
égales entre ces deux Princes,
que dans leur Pays entre le
Prince d'Orange & eux , puis
que toſt ou tard il faudra qu'ils
rompent avec luy .
GALANT. 69
CARON.
J'approuverois aſſez ta politique
, qui ne me paroiſt pas à
mépriſer ; car enfin tandis que
le Princed'Orangeſeraoccupé
en Irlande de bonne maniere ,
les Hollandois peuvent s'aſſurer
qu'il les laiſſera en repos.
le veux meſme encherir fur
ton conſeil , & leur faire obſerver
qu'à moins d'eſtre abſolument
inſenſez, ilsdoivent
luy oſter le commandement de
leur Armée deterre ,( caraſfeurement
il la ruinera) & la mertra
dans les mains d'un Chef,
bon Republiquain,qui ne foit
pas dans la dépendance de ce
Prince , & qui ne ſuive que
leurs volontez ; & comme
d'ailleurs,leur grand intereſt
n'eſt pointd'attaquer leRoyde
France , qui est trop fort pour
70
MERCVRE
eux , ils doivent retenir leurs
Troupes ſur leurs frontieres ,
afin de voir où crevera le grand
orage ,&les tenir preſtes à tout
évenement , eſtant certain que
la priſe de Mons aura de terribles
fuites . Ils doivent faire la
meſme choſe deleur Armée de
Mer , la tenir ſur leurs coſtes ,
montrer les dents à quiconque
voudra les y inſulter ,& n'envoyeraucuns
Vaiſſeaux au large,
que ceux qui doivent ſervir
d'eſcorte à leurs Navires Marchands
, qui pourront de cette
fortes voguer en aſſeurance
vers les quatre coins du Monde.
MERCURE.
Ils peuvent meſme s'épargner
la dépense que leur coſteront
ces deux Armées s'ils veulent
recourir à la clemence duGALANT.
71
Roy de France. Je ſuis comme
aſſuré qu'il leur accordera encore
une paix particuliere , &
qu'il aimera autant tourner le
fort de ſes armes contre les And
glois rebelles , les Eſpagnols ,
les Savoyards&les Allemans ,
qui l'ontplus irrité qu'eux,que
de les réduire par le refus de la
paix , à reſter ſes Ennemis malgré
qu'ils en ayent.
CARON.
Tout ceque nous venonsde
dire , ne sçauroit queleur eſtre
avantageux , s'ils font gens à
faire d'utiles reflexions Mais
comment prendront ils cette
reſolution , s'ils n'ontperſonne
qui la leur inſpire ?"
MERCURE.
S'il ne tient quà leur apprendre
les chofes , cela ne fera
pas difficile , &tu vasle voir à
72
MERCURE
l'oeil. Confidere bien cette Place
quarréequi eſt devant nous .
Il y a de grandes Galeries qui
regnent autour , & qui auſſibien
que cette Place , fourmil
lent de monde. C'eſt ce qu'on
"appelle la Bourſe , où à l'heure
de midy. s'aſſemblent tous les
Negocians de cettegrandeVille.
le vaisme poſter au milieu ,
& crier à pleine teſte. Lefalut
de la Hollande dépend de trois cho-
Ses; premierement , d'oter le commandement
de l'Armée des Etats
au Prince d'Orange, &de le donner
àunhomme affectionné à la Republique
; Secondement , deſe rendre
maistrede ce Prince tandis qu'on le
tientdans le Pays , ou tout au moins
àne luy plus donner aucun argens;
troisièmement , de faire une paix
particuliere avec la France. C'est
Mercure, le Dieude la prudence ,
qui
GALAN T.
73-
qui est venu vous l'annoncer luymesme.
CARON.
- l'ay oüy distinctement tout
-ce que tu as dit , nous n'avons
plus que faire icy , retironsnous
. Dieux , qu'il fait froid
à la pointe de ce mats ! A dieu ,
la Hollande & les Hollandois
, profitez de noſtre viſitc.
Tout ce qui paroiſt eſtre de
Voyage a toujours touché voſtre
curiofité .C'eſt ce qui m'engage
à vous envoyer l'Extrait
ſuivant.
EXTRAIT
D'une Lettre écrite d'Alep ,
le 26. Octobre 1689 .
Voicy la description de la Ville
qu'on nomme à present Bal-
Avril 1691 . D
74
MERCVRE
beck ; elle est à une journée deDa.
mas , en tirant du coſté du Mont-
Liban. On dit que c'est celle qu'on
appelloit autrefois Heliopolis . Il y
a un grand Temple dedié au Soleil,
& duquel l'Empereur Heliogabalus
a exercéle Sacerdoce. Il fut mis
de làfur le Trône Imperial ,& depuis
il a toujours fort estimé cette
Ville- là. Elle n'a qu'un mille de
tour , & l'on y voit des ruines fi
extraordinaires , qu'elles étonnent
tous ceux qui les voyent On pretend
que ce font lesplus belles qu'ily ait
dans l'Empire du Turc. Pour moy ,
je trouve que les ruines d'Alexandrie
d'Egypte, qui sont si renommées,
ne sont que des bagatelles ,
fi on les compare à celles- là. La
Ville eft entourée de hautes murailles
de pierres de Taille , affez bien
conferuies , n'y ayant que deux ou
trois endroits où les pierresfefont
GALANT.
75
éboulées . Le Temple qui joint la
Ville est auſſientouré d'une muraille
de pierres de Taille , qui a p'us de
circuit quela Place Royale de Paris.
llya un foſsé autour des murailles.
- qui font hors de la Ville ; & ce qui
est dans la ville n'en a point. L'on
entre dans cet enclos par une porte
auſſihaute que celle de S. Antoine ,
& au frontispice on voit un grand
Aigle ,&deux Anges des deux coſtez
qui font de bas relief. Ils m'ont
paru , quoy quebien ruinez, avoir
estéfaitspar un habile homme ,le
deffeimy estant bien observé. Au
tour de la mesme porte , regne une
friſe avec des ornemens Gotiques
d'une, beautéfinguliere , & qui se
font affez bien confervez. Toute la
muraille eft de pierres de Tailled'u .
ne groffeur extraordinaire. f'en ay
mesuré trois qui faisoient toute la
façade d'un coſté de cette muraille.
D 2.
76
MERCVRE
Chacune avoitfoixante àsoixante
& deux pieds de long , avec huit
pieds d'épaisseur. Les plus petites
quifont au trois&quatrièmerang,
font longues de huit , dix & douze
pieds , &larges de fix àsept. Ceux
qui enirent par cette porte , trouvent
ensuite à droit & à gauche
quantité de ruines où il n'y a rien
de confiderable. Il est impoffible d'y
rien distinguer , mais la grande
quantité de pierres & de voûtes
donne lieu de croire que c'estois autrefois
un Palaisfort grand &fort
magnifique. On vade là juſquesà
la Place , au milieu de laquelle est le
Temple dontjeviens de vous parler.
Il est quarré long,ſans qu'ilparois-
Se qu'ily ait en ny Dome , ny cou
verture das le milieu. Le quarré
qui n'en a point contient environ
le tiers du Temple. Les murailles
enfont fort hautes , &les pierres
GALANT .
77
Ilprodigieuses , &felon ce que j'en ay
pûjuger , leur hauteur égale celle
11 des maiſons les plus élevées , Autour
deces murailles il y a un corridor
* dont la voûte estfoutenue par quarante
colomnes , vingt quatre dans
lalongueur , &feize aux deux bouts-
L'espace d'entre les colomnes est tout
en arcade . Il y a plusieurs de ces
colomnes , qui nesont que de deux
pierres , & les autres de trois . Elles
nefont pas égalementgroffes. Celles
qui lefont le plus ont dix - huit pieds
de tour,& les plus petites en ont un
de moins , Les chapiteauxfont d'une
beauté extraordinaire , mais ne
Sçashant pas d' Architecture ,je ne
puis vous direde quel Ordre ils font .
le montay par un escalier dérobe
qui est dans l'Epaisseur de sa mu .
railles juſque deſſus la terraſſe ou
couverture du Temple , &parquelques
endroits de la voûte qui ef-
D3
78 MERCVRE
toient tombez j'examinay trois ou
quatre chapiteaux , que jetrouvay
auffi finis& recherchez , que fi le
deffein des Ouvriers avoit eſté de les
faire voir. Quelques- uns de ces
chapiteauxsont extremement rui.
nez, mais ily en a plus de la moitié
que le tempsa respectez , en forte
qu'on les croiroit faits depuis pen
d'années. La mesme choſe est arrivée
aux colomnes. Le dedans de la
voûte eft orné de plusieurs comparti
mens . Dans ceux du milieu, quifont
les plus grands , ily a des demy Figures
de bas relief, une dans cha.
que quarré ou lozange, Il y ena
d'hommes&defemmes , habillez à
La Pirotesque , & ces Figures font
presque toutes de differentesfaçons.
Elles m'ont paru estre des Portraits
d'Empereurs & d'Imperatrices , &
tout cela du goust & de la beauté
de nos Medailles antiques.Dansles
GALANT . 79
autres compartimens il n'y a que des
feuillages , & autres ornemens, le
tout en bas -relief & de pierre ,
& d'une grande beauté , autant
que j'ay pû les voir avec des Lunettes
d'approche , parce que ma
vevë ne pouvoit rien distinguer fi
haut. Tous les endroits où la voûte
n'est point tombée ſe ſont ſi bien
confervez, qu'on les prendroit pour
un Ouvrage nouvellement fait. fe
remarquay au haut de l'escalier
par où je montay sur la Terraſſe,
une pierre où il y avoitvingtneuf
marches taillées dans la mesme
pierre. Cet escalier est fait en colimaçon
, & il n'y peut passer qu'un
homme à la fois. Cette pierre en
faitle sommet . Dans les quatre
coins du Temple font quatre escaliers
où buit perſonnes pourroient
aisément aller de front. On monte
par lààdegrands appartemens, où
D 4
140 MERC VRE
font plusieurs chambres qui vont
l'une dans l'autre. A costé de cet
escalier , il y en a un qui deſcend
en bas àd'autres appartemens , qui
font d'unegrande hauteur, &dont
lesfeneftres font à rez de chauffée
deterre. Ceux du Pays diſent que
c'estle Fils de Salomon qui a fait
bâtir cet Edifice.Iln'y a qu'unAga
qui gouverne la Ville , & qui est
dépendant du Pacha de Damas; &
pour la lustice , un Cadix. L'airy
est fort méchant ,& les dehors de
la Villefont affez beaux & bien
cultivez. Il n'y a point de gens de
consequence ; ce sont presque tous
des miferables avec beaucoup de
Voleurs.
Pour continuer à vous apprendre
ce que je ſçay des
Pays du Turc , je vous diray
que le Grand Seigneur SoliGALAN
T.
141
man III . eſt retourné à Con-
■ ſtantinople , où il a fait une
magnifique Entrée. Il eſtoit
accompagné d'un nombre con-
■ fiderable de Cavalerie & d'Infanterie.
Quantité d'Officiers ,
- tous à cheval , & fort leſtement
veſtus , parurent dans
- cette Entrée. Leurs habits
eſtoient tout chamarrez d'or
& garnis de Perles , ainſi que
les houſſes des chevaux , qui
leur pendoient juſqu'aux piez .
Les Dames furent auſſi de la
Feſte Elles rempliſſoient neuf
Carroffes , & les Pierreries
dont leurs habits eſtoient tout
couverts , jettoient une ſplen-
• deur admirable . Dans un dixiéme
Carroſſe tout doré , &
garny tout alentour d'un balu.
Are de fer auffi doré , & bien
doré,eſtoit l'Empereur Maho
D
82 MERCVRE
met IV . déposé , avec ſes deux
Fils , qui ſont détenus priſonniers
ainſi que luy . Aprés eux
parofon un Char de triomphe
tout ouvert . C'eſtoit là
que s'eſtoit mis le Sultan. Il
eſtoit ſurvy du premier Viſir ,
de ſept autres grands Viſirs
appellez Viſirs du Bane , & de
tous les principaux Seigneurs
de ſa Cour . Vne multitude extraordinaire
de Janiſſaires fermoit
cette marche. Toute la
Ville fit des feux de joye , & il
y eut des Illuminations par
tout. La reioüiſſance du Peuple
fut d'autant plus grande ,
que depuis que Soliman a
commencé à regner , il a preſque
rétably les affaires de l'Em.
pire.
Quoy que nos Ennemis publient
hautement que tous nos
GALANT .
83
nouveaux Convertis ſont les
premiers à ſouhaiter qu'il arri
vede la revolution dans l'Etat,
il faut avouer à leur avantage
que beaucoup d'entre eux rachent
d'impoſer filence à ces
eſprits deſedition & de cabale,
par le zele ardent , fidelle &
fincere avec lequel ils ſervent
le Roy. Il y en a meſme qui
pouſſent plus loin ce zele.Vne
perſonnede naiſſance,du nombre
de ceux qui ont abjuré
nouvellement les erreurs de
Calvin , a depuis peu donné
au Public un Ouvrage intitulé,
Avis fraternel aux nouveaux
Convertis de France,&particulie
rement à ceux qui habitent les pro
vinces de Picardie, Maine, Anou,
Bretagne&Normandie, pour les
exhorter à ſe comporter durant
la preſente guerre envers
D6
86 MERCVRE
noſtre invincible Monarque ,
.comme doivent faire de veritables
Sujets qui ſont éclairez
du Chriſtianisme. Après avoir
blâme la conduite de leurs Freres
qui ſe ſont retirez de ce
Royaume pour aller fervir l'Vfurpateur
d'Angleterre, & leur
avoir fait connoſtre que leur
fuite ne peut s'accorder avec
les preceptes de l'Evangile , il
entre dans le détail des Ecrits
feditieux& fatyriques que font
ces Refugiez contre la gloire
de leur Souverain. Illeur montre
combien ce langage eſt éloigné
de celuy des veritables
Chreſtiens,& afin de leur faire
concevoir que ces fortes de
diſcours ne peuvent ſervir qu'à
les éloigner de la bienveillance
de Sa Majesté , il entreprend
lexamen de ces Libelles dont
GALANT. 87
il leur fait voir la fauſſete .
Comme ils roulent preſque
tous ſur la caſſation de l'Editde
Nantes, il n'oublie aucune des
circonstances de ce ſurprenant
= évenement. Il dit d'abord que
le Roy eſtantperfuadé, comme
il le doit eſtre , queda Religion
Catholique est la veritable &
feule Religion , il avoit eſté de
fon devoir , & mefme de ſa
charité,de ſe ſervirdes moyens
qu'il avoit crus les plus efficaces
, pour la faire embraffer à
tous ſes Sujets , & qu'ils luy
devoient ſçavoir bon gré des
peines qu'il s'eſtoit données
poury réuffir. Il vient enſuite
à une diſcuſſion exacte de
cette affaire , & fait connoiſtre
que Sa Majesté trouvant
les voyes de douceur les plus
propres àgagner ceux que le
86 MERCVRE
malheur de leur naiſſanceavoit
tenus dans l'erreur , s'eſtoit
contenté de les priver d'honneurs
& de Charges , de diminuer
leurs Privileges , & de
leur ôter une partie de leurs
Temples , ſans avoir aucun
deſſein depouffer plus loin les
choſes , mais que les juſtes raifons
que l'Auteur rapporte l'ayant
obligé d'envoyer des
Troupes aux Sevenes pour prevenir
quelques factions , l'épouvante
qui s'en étoit répanduë
avoit commencé le grand
ouvrage de l'aneantiſſement de
l'Hereſie , que les Soldats que
l'on avoit fait allerdansle Poitou
, où la révolte paroiſſoit à
craindre , avoient continuéces
changemens , qui estoient devenus
inſenſiblement ſi confi
derables ,que le Roy , fur les
GALAN T. 87
inſtances des Prelats de fon
Royaume , prenant l'heureuſe
facilité qui ſe trouvoit à rame .
ner les Devoyez à l'Egliſe , pour
un effet de la Providence, avoit
cru devoir la feconder , en caffant
l'Edit qui les avoit maintenus
dans l'exercice de la Re.
ligion Pretenduë Reformée ,
afin de porter une poignée de
gens qui reſtoient , à recevoir
les Inſtructions qui leur ef
toient neceffaires ; que les excésqueles
Auteurs Hollandois
n'ont pas manqué de groffir ,
étoient venusde l'aveugleem
portement du Soldat , ou du
zeleimmoderéde quelque Magiſtrats
quiavoit executé plus
que ne portoient ſes ordres , &
que devant regarder toutes ces
chofes , comme reſoluës parun
decret incomprehenſible , ils
१०
MERCVRE
font obligez de continuer toujours
à facrifier leurs fortunes
& leurs vies pour le ſervice du
Roy.Aprés cela , pour les empeſcher
de ſe mettre en teſte
qu'ils font ſur le point d'eſtre
rétablis , ſuivant les Propheties
faites à la main par les Flateurs
du Prince d'Orange , il rapporte
les Ouvrages que les Peres
meſmes ont faits ſur l'Apocalypſe
, & fans blâmer perſonne ,
pour n'aigrir pas les eſprits , il
leur fait voir par cet exemple
que ces Auteurs de revelations
fe peuvent tromper , comme
l'on voit qu'il eſt déja arrivé..
Il leur prouve enſuite en peu
de mots qu'ils ne peuvent &
ne doivent pas attendre leur
reſtabliſſement des Liguetes
d'Ausgbourg, & ayantmonſtré
par des raiſons authentiques
GALANT.
91
que l'intereſt de la Religion
s n'eſt pas ce qui anime le Prince
■ d'Orange , il conclut définitivementque
ceux quin'ont en-
= core pû trouver leur repos de
- confcience dans l'Eglife Ro-
- maine, ne doivent attendre que
du Roy le remede que leurs
maux demandent. Pour cet
effet il les exhorte à eſtre fidel .
les ,& en les portant à luy offrir
leur fang & leurs biens. il leur
prouve pardes raiſons naturelles
, par des Sentences tirées de
l'Ecriture, par les admonitions
des Peres , & par des exemples
tant profanes que facrez , que
quand bien Sa Majesté les trai -
teroit rigoureuſement , le nom
de Chreſtiens les obligeroit
d'en uſer toujours de cette forte.
La maniere dont cet Ecrit
eſt touché , le rend d'autant
१०
MERCVRE
د
ont
plus capable de perfuader , qu'-
eſtant d'ane perſonne fort ſpirituelle
, il eſt autorisé , & par
ſon exemple , & par celuy de
ſes Anceſtres , qui malgré la
difference de Religion
toujours ſervy nos Rois avec
beaucoup de fidelité.D'ailleurs
l'antiquité de ſa Nobleffe , & le
rang que fa famille a toujours:
tenu dans l'Etat , & parmy les
Pretendus Reformez , doivent
donner un grand poids à fon
Ouvrage. Vous en ferez convaincuë
quand je vous diray
qu'il part du génie du jeune
Comte de Fontaine Berenger ,
l'un des premiers Capitaines
du Bataillon de Saint Monian ,
Regiment de Champagne . Il
a commencé au fortir de fes
études à fervir Sa Majesté ,&
a paſſé par tous les degrez qui
GALANΤ. وا
peuvent conduire au poſte où
il eſt. Lors qu'il a changé de
Religion , il ne l'a fait qu'aprés
avoir eu de longues conferences
avec les plus habiles Theologiens
. Feu Mr du Pleſſis.Pralin
, Evêque de Tournay , dont
le ſçavoir égaloit le zele , y a
fort contribué ,& tous les emplois
qui luy ont eſté offerts
chez les Hollandois , & en Angleterre
, n'ont eu rien d'aſſez
puiſſant pour le détacher du
ſervice de ſon Maiſtre. C'eſt
une vertu qu'il a heritée de ſes
Ayeux , puis qu'on peut dire
à l'avantage de cette illuftre
Famille , qu'il n'y en a point
qui ſcache mieux comment il
faut eſtre fidelle à ſes Princes .
Sans réveiller la memoire des
Ducs de Frioul , de ce nom de
Berenger , des Rois qu'elle a
92
MERCVRE
donnez à l'Italie , des Comtes
qu'elle a fournis à la Provence
& à Toulouze , des Archevê .
ques, Evéques & autres perſonnes
de picté qu'elle a conſacrées
à Dieu , des Reines ,
Princeſſes,Ducheffes, Com 、
teſſes ,&autres qui enfontforties
,on n'a qu'àjetter les yeux
furOlivier de Berenger, Sire de
Fontaine , qui encore qu'il euſt
quitté l'Egliſe que ſes Predecefſeurs
avoient fi fort réverée ,
que pluſieurs Monaſteres de ce
Royaume en folemniſent encore
ſouventla memoire , nelaifſa
pas d'être toujours fidelle
Sujet de ſes Maiſtres. Qu'on
life la vie de Meſſire lean de
Berenger , Seigneur de Fontaine
, Gentilhomme de la Cham-
- bre , Lieutenant de Roy dans
les Provinces du Maine &
GALANT. 93
on
d'Anjou , Commandant pour
Sa Majesté dans le Bailliage
d'Alençon , Gouverneurd'Argentan
, & Capitaine d'une
Compagnie d'Arquebufiers,
connoistra que quoy que zelé
Proteftant , il fut impoſſible de
le tirer du parti de la Ligu.ell
eut pour Henry III . tant que ce
Prince vêcut , un attachement
inébranlable , & lors qu'il fut
mort. il ſervit Henry IV . fon
Succeffeur , avec tantdezele ,
que ce Monarque , aprés luy
avoir donné la Baronnin de
Grandmeny , honora fon Fils
de ſes emplois ; & voulutbien,
enſa confideration , accorder
des Lettres de Nobleſſe à plufieurs
braves Gens qui avoient
ſervy ſous luy . Marc- Antoine
de Berenger, Comte de Berenger,
Seigneur de Fontaine ,
94
MERCVRE
ayant apprit que ſon Maiſtre
avoit la guerre , refuſa de demeurer
plus long- temps en
Hollande , où il eſtoit allé avec
ſa permiffion , quoy qu'il y fuſt
en qualité de LieutenantGeneral
. Il revint en France ſacrifier
ſa vie à ſon Roy , & fut Pere
deMeffire Jacques deBerenger,
qui a laiſſé quatre Fils , ſçavoir
Meffire Gedeon de Berenger
, Seigneur de Montaigu ,
l'un des plus anciens Capitaines
de France ,& qui commandele
ſecond Bataillon du Maine.
Quelques offres qu'on luy
ait pû faire pour luy faire abandonner
le ſervice de fon
Maiſtre , il n'en a voulu écouter
aucune. Meſſire ... de Be
renger , Seigneur de Languerville,
mort jeune,& déja Capitaine
du Regiment de ChamGALANT
.
95
e
e.
Π
C
.
pagne ; Meffire Cyrus Antoine
de Berenger, Seigneurde Cergneux,
mort l'année derniere ,
l'un des premiers Capitaines
I du Regiment du Maine. Il
eſtoit tout couſu de coups , &
avoit refuſé un Regiment dans
les Troupes de l'Electeur de
Brandebourg , qui le vouloit
tirer du Royaume.Auſſi ſa Majeſté
l'avoit honoré de penſions
& d'emplois confiderables
. Meſſire Jacques Jean de
Berenger, Seigneur de Fontaie
-
1
ne,Herenguerville,le Foucran,
& autres lieux. C'eſt l'Auteur
de l'excellent Ouvrage dont je
viens de vous parler, &qui ne
ſçauroit produire que des effets
tres - avantageux pour les nouveaux
Convertis .
Je viens à une Fable , à la
queile le départ du Roy pour
* Monsa donné lieu .
96 MERCVRE
LE CORBEAU.
IN jour un malheureux Cor-
UNYou beau
Montroit de tous coſtez la peau ,
Et n'avoit quere plus de plume
Qu'une Grenoüille au bord de
l'eau .
Cependant le grand froid l'enrume.
Il eſtoit en pays des plus marécageux
,
Ce qui l'avoit pourveu d'un rume
dangereux ,
Dont ilne respiroit qu'àpeine.
Voilà bien des maux à la fois 3
Malgré pourtantSa courte haleine,
Comme la faim chaſſe du bois
Le Loup qu'elle met aux abois .
Ainsi noſtre Corbeau, quoy qu'il eust
foible voix ,
L
GALAN T. 97
La fit pourtant par tout resentir
dans la plaine.
Ses lugubres croaff mens
Qu'il reitere àtous womens ,
Attirent les Oiseauxzjuſques au plus
farouche,
Il n'en est point que la pitié ne
touche ,
Et tous viennent autour de luy
Le conſoler dansson ennuy.
Mes Compagnons , dit-il regardez
ma miſere ,
Voyez au froid qu'ilfaitmagrande
nudité,
Etfaites moy la charité, -
Tout le mondevoit mon derriere.
Chacunde cediscoursfut touchévivement
,
Et d'un commun consentement ,
Tous les Oiseauxfc cottiferent ,
Tous une plume bourfillerent ,
Pour vestir le panure Corbeau ;
Il trouva l'habit chaud, & mesme
il estoit beau.
Avril 1691. E
4
יח
98
MERCVRE
B
Le brillant des couleurs , le different
plumage,
Luy parut d'unriche affemblage
Par (a rare diverſité.
Il en eut de lavanité.
Jusqu'à l'Aigle, à son grédéjarien
ne l'égale ,
Il en devient plusfier qu'unRoy des
Ostrogots,
Et plus quen' estoit Bucephale,
Quandle Grand Alexandre estoit
deſſus fondos.
Quoy qu'il ne fust qu'oiseau de
bale ,
Aprés avoir fait le plaintif,
Ilprit un air imperatif.
L'aſſemblée admirant Sa beauté
LYON
Surprenante,
Enfla for humeur arrogante.
lusqu'à l'Oiseau de Paradis ,
On n'entenditplus que les cris
Deferviteur & de fervante
Oi
Al'illustre Monsieur Corbeau ,
THEQUE DELA P
GALANT +8
Des habitans des airs le
leplusbeau ;
plasgrand,
Chacun ainſi le complimente ,
Achevant de gâter fon debile cerveau.
Auſſfuôt ilformale deſſeintemeraire
Desefaire Roy des Oiseaux ,
Et pourl'executer iljugea neceffaire
De ſe placer d'abord au Trône des
Corbeaux.
Ilproposa le cas à cette volatile,
Qui l'avoitsi bienrevétu ,
El prenant unairfier,&tranchant
de l'habile
Ilſceut par ce moyen ſe la rendre
facile ,
Et la preſomption luy tint lieu de
vertu .
Enmesme temps les Corbeaux s'af-
Semblerent ,
Tinrent confeil,&par luyseflateret
De mille avantages nouveaux.
L'Aspirant leur promit des choses
admirables ,
E 2
100 MERCVRE
Le rouge, vert & bleu , charma ces
noirs Oiseaux ,
Et tous à ses propos s'eſtant rendus
traitables ,
Il fut , pour trancher court , élû
Roy des Corbeaux ,
Chouettes , Chatshuants, & pareils
Animaux.
On le proclama tel par des cris effroyables
Et d'horribles croaſſemens ,
Qui pour tous ces Oiseaux ayant
des fons charmans ,
Leur parurent fine musique.
Chacun d'eux faluant sa Majesté
Corbique ,
Deses respectsſçeut l'aſſurer.
L' Aigle y vint, ſans confiderer,
Qu'il renonçoit àfon Empire.
C'estoit bien faire le butor ;
Sous capele Corbeau s'en étouffoit
derive ;
Mais ces lâches Oiseaux firent bien
pis encor.
GALANT. 101
Tous ,Sans exception ,sefirent une
gloire
De porter plumes de Corbeau,
Honneur,sans doute , fort nouveau
,
Dans toute l'Oiseliere hiſtoive,
Queles Oiseaux futurs ne pourront
jamais croire.
Sire Corbeau quise laiſſe charmer
De la foumission que chacun d'eux
luy jure,
Prit la peine de déplumer
Ses Sujets de noire figure ,
Et les plus beaux Oiseaux enfirent
Leur parure.
Enfin iln'estoit plus,grand, ny petit
Oiseau , (
Quiſe cruftdu bon airfans plumes
de Corbeau.
Noſtre corbeau par là se flatoit en
Luy mesme.
De parvenir dans l'air à la grandear
Suprême ,
E 3
102 MERCVRE
Et ce fut en effet une grandeur en
l'air ,
Qui disparut comme un éclair.
Tandis qu'il s'en faisoit accroire
davantage ,
Qu'ilfaisoit plus l'Olibrius ,
Un Coq d'un genereux courage
Se jetta tout d'un coup deſſus ,
Et du bec&des pieds, mettanttout
en usage,
Lerendit nud commeilappartenoit,
En dépit des Corbeaux & l'effort
inutile
DecetteTroupevolatile ,
Qui defon mieuxlefoutenoit.
Afon dam cependant le combat fe
donnoit.
Lecoq seul contre tous de tous com
tez les charge,
Etfeul il les terraſſe tous ,
Demainte plume illes décharge,
Et puis reprenant un air doux ;
Allez, dit- il, je vous pardonne .
GALANT.
103
لا
1
Vousne meritez pas que je fois en
COUYOUX ,
Recevez le pardon que ma bonté
vousdonne ,
Connoissez vostrefaute , & n'y retombez
plus.
Aces coups , à ces mots les Oiseaux
tout confus
Les yeux baissez& gardant le filence,
Reconnurent du Coq la force & la
puiſſance ,
Et qu'ilmeritoit beaucoup mieux
De regneràjamais fur eux,
Et de porter leur Diadéme ,
Que le Corbeau,que l'Aigle même
Belle Leçon pour ceux , dont lefu..
perbe esprit
N'apprend jamaisàse connoiſtre;
Qui de l'ambition nese rendpoint
leMaistre ,
Toftou tard par elle perit .
E 4
104 MERCVRE
La vanité conduit au precipice ,
Qui de toutes parts est ouvert .
Ceux qui fans confulter ny raison ,
nyjustice
Ne veulent croire qu'eux fur l'orgueil
qui les perd.
Je fatisferay avec plaifirà la
curiofité que vous avez touchantles
Predicateurs qui ont
rempli ceCarême les meilleures
Chaires de Paris. Je ne vous
en parleray point par moy mefme
, ne me trouvant pas caра-
ble de juger de leur merite ; &
d'ailleurs l'éloignement des
quartiers n'ayant pû me permettred'aller
les entendretous .
Je vous diray ſeulement que
j'ay entendu donner de grandes
loüanges au Pere Soanen , &
au Pere Hubert , tous deux de
l'Oratoire ; à Dom Ierofme ,
GALANT .
105
}
0%
10
10
Feüillant; au Pere Chauffemer,
Iacobin , à Mrs les Abbez Boileau
, Riqueti & Anfelme; au
Pere Gaillard , Jefuite , & au
Pere de la Ruë , auſſi leſuite ,
qui s'eſt diſtingué , meſme parmy
ceux qui ſe ſont le plusdiftinguez
, en s'attirant l'applaudiſſement
d'une infinité de perſonnes
qui ont eſté en foule
l'entendre à S. Roch. Quoy que
je vous en nomme un fort petit
nombre , cela ne doit point diminuer
la gloire de pluſieurs
autres qui ont paru avec un
fort grand fuccés , & ſe ſontacquis
beaucoupd'eſtime par leur
éloquence.
Al'égard de l'Office de la Semaine
Sainte , que l'on appelle
Tenebres , la voix de Madame
Cheret a eſté admirée à l'Af-
• ſomption , comme dans les an-
Es
106 MERCVRE
nées précedentes. Auſſi peutondire
que cette voix y attire
ſeule autant de monde que
pourroient faire des Tenebres
toutes en Muſique. Celle de
MrCharpentiera paru admirable,
& a fait augmenter de plus
en plus les Affemblées qui ſe
font trouvées dans l'Eglife
duCollege de Loüis leGrand ,
pour entendre les Tenebres
qu'on y a chantées les trois
jours accoutumez. Cette Mufique
a fait d'autant plus d'impreſſion
, qu'elle exprimoit
parfaitement le ſujet des paroles
qu'on chantoit , & qu'-
elle en faiſoit comprendre la
force.
Comme on n'oublie rien
pour affermir les nouveaux
Convertis dans la creace qu'ils
ont embraſſée,il ſe fait tous les
GALANT. 107
a
t
re
10
f
Dimanches aprés Vefpres , par
l'ordre de Mr l'Archeveſque ,
deux Conferences de Controverſe
, l'une par Mr Galliot ,
Docteur de Sorbonne , dansla
Chapelle des Lombards , à la
Montagne de S. Hilaire , fur
les points de dogme qui font
• conteſtez par les Proteftans ;&
l'autre par Mr Serre , auffi Docteur
, & Curé de Charenton ,
dans l'Egliſe des Saints Innocens
, fur la Morale pratique
des principales Veritez Catholiques
.
Le Sr Nolin qui continuë
toujours à faire graver des Cartes
Geographiques, vient d'en
donner deux nouvelles au Public
; l'une d'Allemagne , &
l'autre de la Lombardie . Il y a
grande apparence qu'on ne
fera pas moins content de ces
E6
1
108 MERCURE
Ouvrages , qu'on l'a eſté jufqu'icy
de tous les autres. L'Allemagne
eſt diviſée en haute &
baffe , & par Cercles , d'une
maniere extremament methodique
, de forte qu'on peut
avec beaucoup de facilité,connoiſtre
tout ce qui dépend de
chaque Cercle , par le moyen
des chiffres qui font proche de
chaque Estat , ou de chaque
Ville Imperiale . Il ya une explication
ſur la Carte , où l'on
amarqué les Estats qui neſont
plus de l'Empire , & qui en ont
eſté détachez par les conquê.
tes de la France,ou de quelques
autres Princes. Les chiffres qui
font auprés , font voir de quel
Cercle ces Estats eſtoient . L'on
y connoiſtra auffi les Eveſchez
& les Abbayes fupprimées , ou
ſeculariſées . Il ya d'autres obGALANT.
109
!
fervations qui pour la pluſpart
n'ont encore eſté miſes fur aucune
Carte. Celle de la Lombardie
n'eſt pas moins curieuſe
que l'Allemagne . Cette partie
d'Italie qui est le long & aux
environs du Pô , comprend les
Eſtats de Savoye , le Milanez ,
El Parme , Modene, Mantouë, les
Republiques de Venise,Genes,
- Luques, &c . Outre les Fiefs de
l'Egliſe &de l'Empire qu'onya
marquez avec un grand ſoin ,
on peut encore par le titre apprendre
ce que chaque Prince
poſſede aujourd'huy dans ce
Pays . Ces Cartes ſe trouvent
fur le Quay de l'Horloge du'
Palais , à l'Enſeigne de la Place
des Victoires , chez le Sr Nolin
, qui donnera dans peu la
Catalogne,la Suede,la Norvvege&
le Dannemarck , où l'on
110 MERCVRE
trouvera des choſes dont les
Sçavans auront ſujet d'eſtre
fatisfaits.
Le Sr de Fer, Geographe de
Monſeigneur le Dauphin , luy
a preſenté les Frontieres de
France & d'Italie , où ſe trouvent
les Estats du Duc de Savoye
, avec les diverſes routes
qu'il faut tenir pour entrer de
France & d'Allemagne en Italie
par les Alpes . On y voit les
environs de Pignerol , ou les
Vallées de Perouſe , de Saint
Martin , Pragelas , Lucerne ,
Angrogne , &c . les Plans &
veuës des Places fortes ſituées
dans ces Estats ; le Plan & l'élevationdeNice,
celuy de Villefranche
, avec l'élevation & le
plan de Montmelian. Cette
nouvelle Carte ſe trouve chez
l'Auteur ,dans l'iſte duPalais,
àla Sphere Royale.
GALANT. ΙΠΠ
La mort de Mr de Villayer,
Doyen du Conseil d'Estat du
Roy , ayant fait vaquer une
+ Place dans l'Academie Francoife,
cette illuftre Compagnie
s'aſſembla le Lundy 2. de ce
mois , pour la propoſition d'un
Sujet qui meritaſt d'être receu
e dans ſon Corps. Elle renditjuſtice
à Mr de Fontenelle , en le
jugeant digne de cet honneur,
quand on auroit ſceu , ſelon la -
Couſtume, ſi ſa perſonne feroit
agreable au Roy. Mr Roze
Preſident à la Chambre des
| Comptes , & Secretaire du Cabinet,
qui eſtoit alors au Siege
de Mons , auprés de Sa Majeſté
, fut prié par la Compagnie
dont il eſt undigne membre
de prendre ſon temps pour fçavoir
d'Elle , s'il luy plaifoie
que l'on procedaſt au ſecond
112 MER CVRE
Scrutin. La priſe de cette importante
Place ayant donné
lieu à Mr Roſe de dire au Roy
que c'eſtoit une belle matiere
pour l'Academie , luy facilita
l'Audience qu'il avoit à demander
. Cet Auguſte Protecteur
de cette celebre Compagnie
, ayant eſté informé par luy
du merite de Mr de Fontenelle
, dont on luy avoit déja rendu
d'heureux témoignages ,
agréa que l'on fiſt tomber fur
luy l'élection que l'on devoit
faire ; & le Lundy 23. on fit le
ſecond Scrutin , où il eut tous
les fuffrages , pour remplir la
place vacante. Sa reception ſe
fera au commencement du
mois prochain , & comme_elle
doit eſtre publique, j'auray ſoin
de vous apprendre ce qui s'y
ſera paffé.
GALANT.
113
el.
Le Roy a eſte ſi ſatisfait de
la maniere dont Mrle Duc de
- Noailles s'eſt acquitté du Comeft
mandement de ſon Armée en
Catalogne , pendant les deux
dernieres Campagnes , que Sa
Majesté luy a continue cette
1 année le meſme Commande-
Uy ment. Ce Duc partit le 16. de
ce mois , pour ſe rendre à la
d. teſte des Troupes , qui feront
ravies de revoir un general ,
ſous les ordres duquel elles
aiment à combatre ,& quijoint
àbeaucoup de valeur&d'intelligence
dans le Meſtier de la
Guerre , une douceur & une
bonté qui les charment, & qui
☐ leur feroit affronter toutes fortes
de perils , ſi elles n'étoient
1 déja portées à le faire pour le
☐ ſervice d'un Monarque,qui fait
les délices de tous ſes Sujets.
114
MERCVRE
Le 29. du mois paſſe , les
Commiſſaires- Contrôleurs ,
Mouleurs de bois , & autres
Officiers ſur le bois , voulant
témoigner le zele qu'ils ont
pour le Roy , firent chanter
une Meſſe ſolemnelle , pour la
conſervation de ſa perſonne
ſacrée & pour la profperité de
ſes armes ,dans l'Egliſe du faint
Eſprit , à l'imitation de Mrsles
Prevoſt des Marchads & Echevins
de Paris,qui s'eſtoient acquittez
de ce devoir dans la
mefme Eglife ; & le Mardy 3.de
ce mois , les Marchands Maiſtres
Ouvriersen draps d'or ,
d'argent & de foye d'établiſſement
Royal, firent faire la mé
me folemnité dans l'Egliſe des
Peres Benedictins de la Congregation
de S. Maur,dits Blan
Manteaux , où ils ont depuis
GALANT.
115
, &
longtemps étably leur Con-
Etfrairie. La Meſſe fut précedéc
de l'hymne Veni Creator
ſuivie du Pſeaume Exaudiat ,
st qui furent chantez alternati-
* vement par les Religieux &
par l'orgue . Tous leurs Of-
De ficiers en charge y aſſiſterent en
corps , & donnerent tous dans
cette occafion des marques de
leur picté. Le luminaire & les
Ornemens estoient les plus
beaux que ces Religieux ayent
de coutume d'employer dans
les Feſtes les plus ſolemnelles ;
& non ſeulement ils joignirent
leurs Sacrifices aux prieres de
cetteCompagnie, dont ils vou-
-lurent ſeconder le zele , mais ils
ont celebré pluſieurs Meſſes en
-leur particulier , pour demander
à Dieu ſes graces & fa protection
pour le Roy , tant qu'a
duré le Siege de Mons.
116 MERCVRE
Quoy que je vous aye déja
envoyé une Médaille frappée
ſur la Victoire que l'Armée Navale
de Sa Majefté remporta
l'Eſté dernier fur les Flotes
d'Angleterre & de Hollande
jointes enſemble , je vous en
envoye aujourd'huy encore
une ſur le mêmeſujet. Je ſçay
bienqu'on ne peut parler aufſi
long-temps qu'on devroit des
glorieux avantages que ſes Armées
remportent de tous co-
-ſtez , puis qu'ils font en ſigrand
nombre & fi frequens , queſi
les derniers ne font pas oublier
les premiers , ils font du moins
que l'on ceſſe pour un temps
d'en parler , afin de s'entretenir
de ce qu'il ya de plus nouveau
. Cependant je croy que
vous ne ferez pas ſurpriſe que
je revienne à la Bataille Nava
16
MPERIVM
MARIS ASSERTVM
ANG BATO.VNADEV.
ADBEVES,D.X.IVL
MDCLXXXX
LDolivarfeci.t
.
VILLE
LYON
*
GALANT. 117
le, lors que la priſe de Mons ,
& celle de Villefranche & de
Nice font l'entretien de toute
l'Europe,
Voicy les noms des Perſonnes
confiderables que nous
avons perduës depuis environ
un mois.
Meſſire Jacques de Vaſſan ,
Seigneur de la Tournelle. II
avoit eſté Gentilhomme Ordinaire
de la Maiſon du Roy ,
& avoit eu l'agrément pour la
Charge de ſon Avocat General
en ſa Chambre des Comptes
de Paris , dont il eſtolt reveſtu ,
ce qui marque sõ eſprit, l'eſprit
eſtant abſolument neceſſaire à
ceux qui poffedent ces fortes
de Charges .
Dame Elifabeth Gon. Elle
eſtoitFemmede Meſſire Robert
le Blanc , Seigneur du Rollet ,
1
118 MERCVRE
cy-devant Conſeiller au Parlement
de Roüen ,&depuis Maiſtre
des Requeſtes.
Mr de Montholon , Maiſtre
d'Hoſtel de la Reine Mere. Il
étoit Arriere petit- fils de François
de Montholon , Seigneur
d'Aubervilliers, Avocat General
, puis Preſident à Mortier
au Parlement de Paris , &Gardedes
Sceaux de France & de
Bretagne , qui avoit épousé
Marie Bouder, Soeur de Michel
Boudet , Evêque de Langres ,
Duc & Pair de France .Sa Quint
Ayeule fut Anne d'Aubuſſon ,
Soeur du Cardinal Pierre d'Aubuſſon
, Grand Maistre de l'Or
dre de S. Jean de Ierufalem. Il
eſtoit d'une Branche Cadette
de l'ancienne Famille des de
Montholon , deſcenduë delacques,
Seigneur de Montholon,
GALANT.
1
119
qui vivoit en 1213. De cette
Famille estoit Gauillaume de
Montholon , Cardinal , mort
en 1355. La Branche aiſnée
ſubſiſte en la perſonnede Meſfire
Charles-François de Montholon
, Seigneur d'Aubervilliers
, Conſeiller au Grand
Conſeil , & porte d'azur au
Mouton paſſant d'or , &trois rofes
de mesme,mises enchef.
Meſſire François de Pas-
Feuquieres , Abbé de Noſtre-
Dame de Relecen baſſe Bretagne
, & Grand Doyen de
Verdun. Il eſtoit dans ſa ſoixante&
douziéme année. Son
zele & fon attachement pour
la perſonne du Roy , l'avoient
fait partir de Paris pour accompagner
Sa Majesté au Siege
deMons , comme il avoit fait
dans tous ſes autres. Voyages.
A
120 MERCVRE
Il n'y fut pas plûtoſt arrivé que
ſe trouvant incommodé , &
des fatigues qu'il avoit fouffertes
, & de la rigueurde la ſaiſon,
il ſe fit porter à Valenciennes,
oùil mourut le sadece mois,
aprés avoir receu tous les Sa
cremens de l'Eglife. Tous
ceux qui le connoiſſoient le
regrettent fort ; auſſi faut il
avoüer qu'il n'y avoit point
de meilleur Amy. Il eſtoit
extremement charitable,bienfaiſant,&
toûjours preſt à faire
plaifir .Meffire Manafflé de Pas ,
ſon Pere,Marquis de Feuquieres
,de l'illuſtre Maiſon de Pas,
naquit poſthume à Saumur en
1590. & ayant commencé à
porter le Mouſquet ſous Mrde
Vic , Gouverneur de Calais ,
lors qu'il n'avoit encore que
quinze ans, il parvint à laCharge
GALANT. 121
00
7
1
ge de Capitaine aprés avoir
paſſé par tous les degrez infe.
rieurs . On peut dire que ſa vie
futun ſervice continuel rendu
6 au Roy & à l'Estat,dans les emplois
ſucceſſifs d'Aide de Camp
lors qu'il n'y en avoit que
deux , de Mestre de Camp de
Maréchal de Camp en huit
Campagnes , de Lieutenant
General , & de General d'Armée.
Il ſe ſignala par tout , &
fut pourveu en 1631. des Lieutenances
des Provinces de
Metz & de Toulavec les Gouvernemens
particuliers de Vie
Moyenvic & Toul & en 1636 .
Sa Majeſtél'honora de laChar-
-ge de Gouverneur, & le fit fon
- Lieutenant Generalen chefde
la Province, Ville & Citadelle
de Verdun. Jamais ces emplois
ne l'obligerent à diſcontinuer
Avril 1691 . F
122
MERCVRE
1
de ſervir le Roy , ſi ce n'eſt lors
qu'il fat fait deux fois prifonnier
, & que'ſa priſon dura
neuf mois chaque fois. Aprés
la mort du Roy de Suede , il
fut envoyé Ambaſſadeur Extraordinaire
en Allemagne ,
pour y maintenir les Alliez ,
& malgré les artifices des Ennemis
& desfaux Amis de la
Couronne,il fit differens Traitez
qui formerent cette folide
& importante union des Suedois&
de pluſieurs Princes &
Etats de l'Empire avec le Roy,
dont les ſuites ont eſte ſi glorieuſes
à la France , & fi utiles
à la liberté de l'Europe. Il avoit
épousé Anne Fille d'Iſac.
Arnaud , Seigneur de Corbeville
, Confeiller d'Estat , &
Intendant des Finances , ſi re.
commandable par fon meriGALANT
.
123
S
1
te , que Henry IV . l'honora
de ſa bien veillance particuliere.
Meffire François de Pas ,
Seigneur de Feuquieres , Pere
de Manaffé de Pas , épouſa en
1578. Madeleine, Fille de Claude
de la Fayette , Baron de S.
Romain ,& de Marie de Suze.Il
eut pluſieurs emplois confiderables
, outre celuy de Marefchal
de Camp , & fut tué à la
Bataille d'Ivry le 14. Mars
1590. âgé ſeulement detrentetrois
ans . Son Pere Louis de
Pas , Seigneur de Feuquieres ,
- eſtoit Premier Chambellan de
- Henry IV. & avoit pris alliance
avec Anne de Mazencourt .
Ce Loüis eſtoit deſcendu en
ligne directe , de la Famille,
d'Ancelot , Seigneur de Pasainſi
appellé àla difference de
ſon Pere qui s'appelloit Anfel-
F2
124
MERCVRE
1
me,& vivoit vers l'an 10so.ce
qui ſe justifie en ce qu'il eſtoit
déja Chevalier en l'an 1071 .
comme le témoigne la Charte
de Lubert , Eveſque de Cambray
, où il eſt nommé le premier
entre pluſieurs témoins ,
avec Eustache , Comte de Boulogne
, Gui Comte de Saint
Paul,Hugues ſon Frere,Robert
Seigneur de Bethune ,& autres
grands Seigneurs d'Artois. Il
fonda le Prieuré de Pas qu'il
ſouſmit à celuy de Saint Mars
tin de Paris . Mrl'Abbé de Feuquieres
qui vient de mourir ,
avoit eu quatre Freres , & trois
Soeurs : ſçavoir , Jſac de Pas ,
Marquisde Feuquieres , Coloneld'Infanterie,&
Gouverneur
&Bailly de Verdun , Chevalier
de la Cour du Parlement de
Mets, Lieutenant General des
GALANT.
125
コ
1
د
Armées du Roy , & de la Province
de Toul , Viceroy de
l'Amerique , Conſeiller d'Eſtat
ordinaire Gouverneur de
- Verdun , Ambaſſadeur Extraordinaire
en Suede pendant dix
ans , depuis en Eſpagne , où il
eſt mort aprés y avoirdemeuré
trois ans , & auparavant en
pluſieurs Cours d'Allemagne ;
Charles , dit Comte de Pas ,
Mestre de Camp & Maréchal
de Camp , qui commandoit la
Cavalerie de l'Arméeau Siege
- de Longvvi ſous le Marquis de
la Ferté Seneterre , depuis Maréchal
de France , au Siege de
Roſe ſous le Comte du Pleſſis-
Pralain ,& à la Bataille de Retel
ſous le meſme , devenu Maréchal
de France. Il mourut à
l'Armée durant les Troubles
en 1653. n'eſtant encore âgé
1
F 3
126 MERCVRE
quede trente trois ans ; Henry
de Pas,dit preſentement Comte
de Pas, Maréchal de Camp ,
Gouverneur de Toul , &
Chevalier du parlement de
Mets , qui en 1663. épousa Iulienne
petronelle , Comteſſede
Stirum, Limbourg, & Bronkors
Fille de Bernard - Alberti ,
Comte de Stirum , Limbourg
&Bronkors , & d'Anne Marie ,
Comteſſe de Bergue ,dont il a
pluſieurs enfans , & Louis de
ras , Comte de Feuquieres .
Maréchal de Camp , mort en
1670. & quia laiſſe deux pils
de Diane de poix de Mazencourt
, qui ſont Louis de pas ,
Seigneur de Mazencourt , &
François de pas , Lieutenant
de Vaiſſeau . Les Soeurs de Mr
l'Abbé de reuquieres ſontMadeleine
de pas, femme de Mef
GALANT.
127
fire Louis Baron d'Orthe , Seigneur
d'Aupais & de Fontaine
en Champagne,morte en 1681 .
Suzanne de pas , veuve de Meffire
Antoine de Batilly , Maréchal
de Camp , & Gouverneur
de Neuchaſteau en Lorraine ,
= & leanne de pas , épouſe en
premiere noces de Meffire
Loüis d'Aumale ,& en fecondes
, de Meffire lean de Montmorency
, Seigneur de Villeroye
. Mr'le Marquis de reuquieres
, dont je vous ay déja
parlé , mort Ambaſſadeur en
Eſpagne,avoit épousé en 1648 .
Anne- Louiſe , Fille d'Antoine
deGramont I I. du nom , Chevalier
des Ordres du Roy , Viceroy
de Navarre,Gouverneur
de Bayonne , & de Claude de
Montmorency , Soeur du feu
Maréchal de Gramont,& il en
1
F 4
128 MERCVRE
a eu pluſieurs Fils & une Fille ;
Sçavoir , Meſſire Antoine de
pas , Marquis de Feuquieres ,
Gouverneur des Ville & Citadelle
de Verdun , Maréchal de
Camp, Commandant les Troupes
du Roy à pignerol, François
de pas , Comte de Rebenac ,
Lieutenant General pour le
Roy en Navarre & en Bearn ,
Lieutenantde Roydu pays de
Toul , cy-devant Envoyé Extraordinairede
Sa Majesté pendantdix
ans en diverſes Cours
d'Allemagne,& enfuite Ambaf.
fadeur en Eſpagne & en Savoye;
Charles de pas Capitaine
de Vaiſſeau,Chevalier de Malthe
, tué à la Bataille de ſaint
Denis,proche Mons; Henry de
pas auſſi Chevalier de Malthe,
Capitaine de Vaiſſeau ,tué d'un
coup deCanon en Sicile ; lude
GALANT.
129
depas , Comte de Feuquieres ,
- Colonel d'un Regiment d'Infanterie
, qui eſt un des petits
-Vieux Corps ; Simon de pas ,
* Capitaine de Vaiffeau ; philbert
Charles de pas , Docteur
de Sorbonne , pourveu depuis
huit jours par le Roy del'Abbaye
de Cormeille , Dioceſe de
Lisieux en Normandie , qu'a
voit cy-devant feu Mrde Medavy
, Archevêque de Rouën ,
- & défunte Dame Louiſe Catherine
de pas,Femme de Mef-
- fire Gabriel-Ignace de Lavie;
Maiſtres des Requeſtes , mort
depuis deux ou trois mois. De
-pas Feuquieres porte de gueules
- au Lyon d'argent.
Ie me ſouviens de vous avoir
parlé , il y aun an ou environ,
d'an Livre nouveau que le
ſieur Amaulry , Libraire de
ES
130
MERCVRE
Lyon, avoit fait imprimer ſous
le Titre de Nouvelles Reflexions ,
où Sentences & Maximes Morales
& Politiques . Mr de Vernage,
Docteur en Theologie, qui en
eſt l'Auteur , l'a dedié àMadame
de Maintenon ,& il a eu un
fi grand fuccez , que cette premiere
Edition ayant manqué ,
il en a fait faire une nouvelle
qu'il a augmentée d'un grand
nombre de Maximes . Le grand
debit de ce Livre en fait voir
l'utilité , & on n'en peut demander
un témoignage plus
feur.
Je ne devrois donner place
dans ma Lettre aux Vers faits
fur la conqueſte de Mons
qu'aprés vous avoir fait part
dudétail entier du Siege de
cette importante Place , mais
comme vous n'en pouvez igno
GALANT ..
131
-
rer la priſe , il importe peu en
- quel endroit ces Vers foient
placez . On ne verra que des
loüanges de cette nature à la
gloire du Roy , Sa Majesté ayac
- fait dire aux Cours Superieures
qui ſe préparoient à l'aller
complimenter , qu'elle les en
diſpenſoit. On voit par là que
la modeſtie de ce Monarque
égale ſa valeur & ſa prudence ;
- que lors qu'il s'expoſe , il cherche
moins les éloges que la
= gloire de l'Estat,& que s'il vou-
= lut bien recevoir les complimens
de tous les Corps aprés
que Philiſbourg eut été réduit,
ce ne futqu'afin que Monfeigneur
le Dauphin qui en avoit
fait le Siege, receuſt les loüan
ges qu'il avoit ſi juſtement
meritées . Vous trouverez au
basde ces differens Ouvrages
F6
432 MERCVRE
les noms des Auteurs,au moins
autant qu'ils ont pû m'eſtre
connus.
************
AU RO Υ.
Sur le Siege de Mons.
MADRIGAL.
GRAND Roy.qui dansle Champ
deMars
Allezchercher la gloire au milieu
deshazars
Pourquoy vous expofer autant que
vous le faites ?
Tout l'Univers nesçait il pas
Quefans l'aller chercheron la trouve
oùvous estes,
Etqu'ellefuit partout vospas?
Moderez donc l'ardeur qui vous
unit ensemble,
GALANT.
133
Et voyezfans peril réussir vos projets.
Ne vous suffit- ilpas que vostre Ennemy
tremble ,
Sans faire trembler vos Suiets?
Madame Mezel.
AUTRE .
OVIS est invincble, il est
Lo Comparin
in
Tout ce qu'il fait est admirable..
Mons pris en quinze jours : Mons
pris ! qui le croiroit !
La fiere Ligue endouteroit ,
Si des Ligueurs le plus babile
N'avoit pas employé ſes ſoins,
Pour amener devant la Ville
Quarante- cing mille Temoins.
A
Sautin..
VERS LIBRES.
H ! modere l'ardeur qui nous
remplit d'alarmes,
Cette heroïque ardeur qui glace
d'effroy
134 MERCVRE
Songe , LOVIS, qu' Achille estoit un
puissant Roy.
Etdu Sangdes Dieux comine toy .
Pour ce Heros la gloire avoit feule
des charmes ;
Ilportoit au combat d'impenetrables
armes ;
Mais, Helas ! combien àThetis
Cedemy- Dieu mortelat - il coutéde
Larmes!
Mons quin'a point d'Hector , aura
mille Paris.
Arrestons ;si Mons indomprable,
Et par LOVIS bien- toſt dompté,
Est un fait approchant (i peu du
vray-Semblable ,
Faut il le faire croire à la Poftexité
Par l'Art du mensonge emprunté,
Quirendra ceProdige encor plus incroyable?
Non, non. Sipourestre vante.
L'achille fabuleux eut beſoinde la
Fable
GALANT.
139
LOVIS, l'Achilleveritable,
Doitfaire icy parler lafimpleverité
Grand Dieu ! qui l'as commis au
reposde la Terre.,
Conſervelepournous dans cettejufte
Guerre
Conferve le pour toy , pour tes droits
immortels.
- C'est icy ton Ouvrage, ilſoutient ta
querelle ,
Iln'apoint d'Ennemis que les tiens
&Son Zele ,
En foutenantſon Trône, affermittes
Autels.
Ta gloirefait toute lafienne.
Mais feroit il bien uray ? L'ay- je
bien entendu ?
Mons en moins de vingt jours à
LOVISs'est rendu.
Tout cede à ceVainqueur,la nouvelle
est certaine.
Mons vient d'ouvrirſonſein , &ce
vaste cercueil
$36
MERCVRE
Des Geansfoudroyez ensevelit l'orgueil
LeBelge , ce vaſſal rebelle ,
Afon joug legitimeenfinſeraſoumis
Loug , qu'il doit imposer à tous ſes
Ennemis ,
Pournefaire avec nouS
Peuplefidelle.
qu'unSeul
Veut-ilfaire connoitre àces Peuples
ingrats
Luſques oupeut aller la force defon
bras ,
toute la Terre ;.
Quoy qu'ausbourg contre luy ligue
Veutildefes Ayeux rentrer dans les
Etats,
Il commande,&Vauban , ce Demon
de laGuerre..
VoleàMons, qu'une mer,qu'un largemur
enferre,
En trace laruine enfon iuste compas.
Il vient , void ,le mur tombe,&la
mer est tarie
GALANT.
137 .
Le Montbrûle du feu qu'ily répand
en pluye ,
Et la Trouille àsongré coule ou ne
coulepas.
AfonArt laNature entiere eſt aſſervie.
Qu'ay ie dit ? LOVISſeul diſpoſe
desſaiſons.
Entout temps & partout oùfagloire
l'appelle ,
Le Soleil qui toujours entre dansſa
querelle.
Fait naiſtre le Printemps de toutes
fes maisons.
Qu'une Ville à mon Roy refuſe deſe
rendre ,
Auſſi toft le Demon tonne,&luifait
comprendre
- Parcent bouches defeuſes dernieres
raiſons .
Pourſuy,grand Roy , pourſuy;cette
juste conqueſte ,
RendVauban pour tagloire en merveilles
fecond.
138 MERCVRE
Le Tiran retranché n'oferoit faire
tête ,
Et Mons pris à fes yeux pour] amais
leconfond.
L. Deſmas .
SONNET.
D
Etantde vains exploits , foibles
Ligueurs d'Ausbour :
Ledestin de LOVIS fait mentir les
préſages;
Minerve, en cegrand Roy , l'objet
deſon amour ,
Vit toujours éclaterfes conſeils les
plusfages.
泰
Tel que dansson midy le brillant
Dieu du jour ,
Du moindre desestraitsdiſſipe cent
nuages ,
TelceHeros tranquille au millieu de
Sa Cour , (orages,
D'unmot, d'unseulregard écarte les
GALANT .
139
泰
Il marche, je le vois au pied de vos
remparts ,
Effuyer jour&nuit les fatigues de
MAYS ,
Etpar tout s'exposerà la fureur des
armes .
- Ciel , lors qu'il fuit la gloire avec
tant de chaleur ,
Détourne les perils qui cauſent nos
allarmes ,
Et daigne le ſauver de ſa propre
valeur.
Q
INPROMPTV .
Voy , Mons eft pris
croyable?
!eft il
Moy, qui contois par tout qu'il étuit
imprenable ,
Comment diray-je qu'il est pris
Dit l'autre jour la Renommée?
Al'en croira- t'on , fi ie le dis !
140 MERCVRE
Mais quoy!depuis trente ans ieſuis
accoutumée
Aconter des faits inouis.
Je plains bien plus la pauvre
histoire;
Lors qu'elle les racontera ,
Perſonne ne la voudra croire,
Et de fable on la traitera.
C'eſt, dira t'on, une brouillonne,
Elle a voulu parler des quatorze
Louis
Qui insqu'icy des Lis ont porté la
Couronne ,
Mettant Louis quatorze , on doit
s'estremépris.
MADRIGAL.
LEHollandois , l'Espagnol , les
Flamans ,
Soûtenus de Guillaume,& des fiers
Allemans,
Seflatoient,&nepouvoient croire
Que le plus grand des Rois forçant
LesElemens,
GALANT. 141
De la prisede Mons embellift son
histoire ;
Mais ils ne doutent plus qu'ilne luy
foitfoumis .
Que fon bras redouten'aitpar tout
la victoire.
Etcinquantemille Ennemis
Ont estébonnement les témoinsdefa
gloire.
Le Prieur de Cantenac ,
SUR LA DEFAITE
Du Prince d'Orange devant
Caffel , & la reduction de
Mons , arrivées au jour de
. Paſques Fleuries ."
D'où vient que le jour des
Rameaux
Eft fatal au Prince d'Orange ,
Ce jour , où le Seigneur recent tant
de louange,
Etde inſtes reſpects , de ſes Swiets
nouveaux?
142
MERCURE
Peut estre est- ce luy quise vange
D'unfier Ufurpateur qui cauſe tant
demaux.
Maisfans moraliſerſur unegrande
Feste ,
Tout le mondeſçait auiourd'huy
Qu'ayant Louis le Grand , ou bien
Philippe en teste ,
Les palmes nefont pas pour luy.
Lemeſme.
MADRIGA L.
Tandis que le faux Roy Guil.
laume,
Va chajſant par Vaux & par Monts
LOVIS se plaiſt àse coifer d'un
Heaume ,
Investit , affiege &prend Mons,
Monsque l'on croyoit imprenable
Maisde ceHeros redoutable
Tous les faitsſont ſiſurprenans
Qu'il n'est point de travaux qu'il
nepuiffe entreprendre.
Le croy même qu'ilpourroit prendre,
GALANT .
143
S'il l'avoit refolu , la Lune avec les
denis.
Petit , de Rouen.
AUTRE .
Astanagaſfachans la foibleſſe
d'Espagne ,
Et voyant dedans Mons l'invincible
LOVIS ,
S'écria bien confus , adieu tout le
Pays.
Quelcommencement de Campa.
gne !
Contreun tel Conquerant ,illefaut
avouer ,
En vain les armes on veut prendre,
Il nefait pas bon s'y jouer ;
Ouy , de l'air qu'il s'y prend ilva
prendre la Flandre ,
Etjeferay bien toft Gouverneur à
louer.
A MADEMOISELLE ***
Lemefme.
M
Ons estoit lafeûle Pucelle
144
MERCVRE
Que l'Espagne gardoit avec beaucoupdefoin
;
LOVISen eut besoin ,
LaBelleſe rendit , vous cuffiezfait
G
comme elle.
SONNET .
RAND Roy toujoursguerrier.
toujours infatigable.
Quis'engageàcouriràde nouveaux
Exploits?
Tant depeuplesvaincus &soumis à
tes loix ,
Ne te rendent ils pas un Prince incomparable?
Quel Heros fut jamais plus que toy
redoutable?
L'Hollandois , l'Espagnol , l'Allemand
, &l'Anglois ,
Que l'on t'aveupar tout foudroyer
tant defois,
Admirent en tremblant tavaleur
indomptable.
Contre
GALAN T.
151
را
1
1
Contre eux c'est trop d'unir ton bras
toujoursvainqueur
Avec celuy d'un Fils aufſſigrand que
ton coeur ,
C'est encor trop du ſien arme de ton
tonnerre :
Surle Rhin , en dépit de cent Princes
jaloux ,
Il en asouvent fait trembler toute
la Terre ,
Et Mons, N'amur, Anvers , pliera
Sousfescoups.
Iourdain Profeſſeur de Rhet.
au College du Card.le Moine.
MADRIG A L.
Es Princes de l'Europe LES
peine étrange,
en une
Confultent le Prince d'Orange ,
Et voicy dans leur grand Proiet
Lefuccez qui les accompagne.
Pendant qu'ils font au Cabinet
Avril 1691. G
146
MERCVRE
LOUIS LE GRAND eft en campagne,
Sefait un divertiſſement
De les voir en telles postures ,
Et prend leurs Villes ſagement ,
Pendant qu'ilsprennent des me-
Sures.
AU RO Υ.
A fon retour de la priſe
de Mons .
C
Herchant à vous donner une
juſte louange ,
Incomparable Conquerant ,
Mon embarras eſt auſſigrand
Que celuydu Prince d'Orange.
Parla grandeur de vos Exploits,
La Muse eft reduite aux abois
Auffi bien que les Hollandois.
Alexandre, Cesar , Achille ,
Ont eu desflateurs plus de mille.
GALANT. 147
Mais,gradRoy,loin de vousflater
On ne trouvera pas d'Histoires
Qui puiſſent ſeulement conter
La verité de vos victoires .
Apollon, quin'avoit iamais imaginé
Rien d'égal aux vertus que vous
faites retuire ,
Nenous apas encor donné
Determes propres à les dire.
En attendant que deſormais
Il enfaſſe pourvous exprés ,
Tout cequ'un Poëte peutfaire ,
C'eſt , vous admirer ,&se taire.
Le meſme.
MADRIGAL.
C'est vous (eul, puiſſant Roy, qui
triomphez toujours ,
Tout réuſſit àvostre gloire ,
On vous voit remporter VictoireSur
Victoire ,
Sans que l'Europe armée en retarde
le cours .
<
G
148 MERCVRE
Que d'un nombre infiny d'Alliez
redoutables ,
Seflattent Meſſieursles Etats,
S'il n'est point de Mons imprenables
,
Que deviendront les Pays- bas ?
L'Abbé de Preſſac .
VERS
Chan . d'Evreux .
LIBRES ,
Imitez & chantez ſur des airs
des Opera de Roland
& d'Armide.
Dv plus grand de nos Rois ce
lebrons la Conqueſte ,
Les faits éclatans & guerriers.
Cueillons àfoiſon des lauriers,
Et Soyons des premiers à couronner
Satefte.
Faiſons entendre en mille lieux ,
Qu'à ceHeros tout est poſſible ;
GALANT.
1
149
Faiſons entendre en mille lieux ,
Quefon regne est tout glorieux.
Afa rarevaleur rien n'est inaccef.
fible,
Etpar tout elle eft invincible ,
Quad la gloire s'offre àses yeux.
Tandis qu'P'envains projets la Ligue
est occupée ,
Que pour armer elle attend le
Printemps ,
Impatient d'exercer fon épée,
Ce Conquerant la tient prêteen
tout temps.
Deſes deffeins fecrets il cache l'importance
,
El prevenantSes Ennemis ,
Il va juſque chez eux affronter
leur Puissance ,
De leurs Ramparts forcer la refi.
stance ,
Et montrer qu'à fon bras tout doit
estreSoumis.
G
3
150
MERC VRE
Triomphez malgré l'envie ,
Triomphez, ô Puissant Roy ,
On vit heureux ſous vostre Loy.
Etparvos foins l'erreur en eft banie,
Triomphez malgré l'envie ,
Triomphez, & PuiffantRoy.
Quandvous courez aux armes,
Vous caufez mille allarmes .
Onfçait cobien pesent vos coups,
Et cequepeut vostre couroux
Quand vous courez aux armes
Vous caufez mille allarmes:
Les Lysfont latige feconde
Da plus baeu Sang du Monde.
C'est d'eux que fortent des Cefars ,
Dont laforce&lenom font craints
1
de toutesparts.
Caffel& Philisbourg les ont veus
intrepides,
GALAN T. 151I
AMons ils ont partout affrontéle
danger ,
Et déja de jeunes Alcides
S'empreſſent de les faivre, &de les
Partager.
SONNET.
LOVISest en campagne ; & la
Victoire est prête
A couronner bien-tost ſes exploits
éclatans.
Bellonne , avant que Flore acherve
le Printemps ,
Promet à ce Monarque une double
Conqueste.
Mons&Nice battus d'une horrible
tempeste ,
Nesçauroient contre luy se defendre
long temps ,
Etfon bras fifuneste àl'orgueil des
Titans,
Par ces coups improveus leur écrase
lateste.
G4
152
MERCVRE
Ce fameux Défenseur du Trône &
des Autels ,:
Quetant degloire éleve au deſſus
des Mortels ,
Va joindre à ses lauriers ces deux
Palmes nouvelles .
Et par ces grands fuccez dont les
Dieux font garants ,
Se va faire appeller le dompteur des
Rebelles ;
La terreur de la Ligue , &le flean
des Tyrans .
Roubin ,de l'Academie d'Arles .
MADRIGAL.
Tremblez , tremblez fiers ennemis
,
LOVIS part armé de la foudre ;
Ilva bien tost reduire en poudre
Vos rempars les plus affermis .
Malgrévostre Ligue infernale .
Il en a formé le projat ;
GALANT.
153
Ce n'est pas d'aujourd'huy qu'une
épreuve fatale ,
2
Entre le deſſein& l'effet ,
Vous afait voirpeu d'intervale.
Plus il afufpenda ſon bras ,
Plus vous devez redouter ſa vangeance;
Elle est juste,ne croyez pas
Avec tous vos efforts luyfaire refistance.
Vous lesçavez par cent combats;
Vous n'avez qu'un moyen pour vaincre
sa puiſſance ,
C'estde mettre les armes bas.
VERS
Voy ,
Q
Diereville
LIBRES .
malgré le Prince d'Orange
Mons est pris ? Quel malheur
étrange !
Quoy, ce grand Conquerant n'a pû
lefecourir
Lay qu'on a vúfans coup ferir
G
MERCVRE
154
se rendre maiſtie d'un Royaume .
Tel il fut Statouder , tel il eſt Roy
Guillaume.
Où la veritable valeur
Pour triompher est neceſſaire ,
Quelsglorieux exploits lay vit.on
jamais faire ?
Iltrouve par toutson vainqueur,
Il devoit cependant empêchercette
prife,
Lecoup auroit para nouveau ;
Mais il n'afaitfervir cettegrande
entreprise
Qu'à rendre de Louis le triomphe
plus beau ,
Il falloit pour témoin Guillaumede
Naflau.
Aux deffeins de Louis le Ciel toujours
propice ,
Luy fait vaincre en tous lieux fes
nombreux Ennemis ,
Dans le temps qu'il reduit & Villefranche&
Nice
GALANT.
155
Afon pouvoir Mons est soumis.
Quelle ouverture de Campagne!
La victoire déja ſe declare pour
nous ,
Que restera t'ilà l'Espagne?
Mais que restera-t'il à cent Rivaux
jaloux ,
Quemalgréleurs complots ildom.
pre ?
Lechagrin, larage&la honte
D'avoir excitéson couroux.
A l'ombre des Lauriers que sans
ceffeil moiffonne,
Ils le croyoient paisible au milieude
SaCour,
Qu'il laiſſoit àfon Fils les travaux
de Bellonne
Mais àpeine voit. il le Printems
deretour ,
Qu'il part , & que fa foudre
tonne.
Il renverſe leurs murs, il brife leurs
zemparts
G6
156
MERCVRE
G
Rien ne reſiſte àsa puissance ,
La terreur est de toutes parts,
Etl'on vient àsespieds implorerfa
clemence.
Enfin l'onse rend àſes loix ,
De Mons à ce vainqueur les portes
font ouvertes ,
Il entre triomphant , & ses nouveaux
Exploits
Font crandre aux vaincus d'autres
pertes.
Ils efperoient un prompt Secours,
Maisle demy Heros dont ils pow.
voient l'attendre ,
Préfere au foin de les défendre
Celuy de conferverſes jours.
Il a fait trop de fois la triste experience
Deſes malheurs au champ deMars,
Pour s'exposer àde nouveaux bazards;
Mais pour ménager l'alliance
Qu'ilfait avec cent Potentats,
GALANT . 117
Il a crû qu'il devoit faire au moins
quelques pas .
Il est connupar tout pour un grand
Politique ,
C'est ce que l'on voudroit en vain
luy difputer;
Mais quand de grands deffeins il
faut executer ,
Il en connoist peut la pratique ,
On le voit , on n'en peus douter ;
Afon espritmélancolique ,
Mons, quelchagrin vastu coûter !
Il'ne s'eft avancé que pour voir la
victoire
Que LOVISremporte aujourd'huy,
Mille Ennemis jaloux , tous armez
contre luy ,
En voulant l'accabler wont le cowvrir
de glone,
Ils n'esperent plus rien de leursva
ſtesprojets,
Vaincus &fur Mer &fur Terre.
Et tout le fruit de leur injate guerre.
Serabien tot de demander la Paix,
Diereville.
158 MERCVRE
SONNET.
Printemps que
pompeuse
ta naissance est
brillante !
Tu vois avec les fleurs éclorre des
projets ,
Que lamainde LOUIS heureuse &
triomphante
Execute en ce jouravectantdefuccés.
Comme tu rends aux Prezleur peinture
charmante ,
Et qu'en vain les Hyvers retardent
tes progrés ;
Ainfi de ce Heros la valeurſurprenante
Rajeunit , pour comblerde bonheur
fesSujets.
Delicieux Printemps,quelques beautez
qu'étale
Dans nos plus beaux Jardins in
chaleur liberale
GALANT.
159
Tu ne peux égaler le Printemps de
LOUIS .
Cede luy tu le dois, auteur des belles
choses;
Ton pouvoir ne s'étend qu'à nous
donner des rofes ,
Au lieu que sa valeur donne déja
des fruits.
Ces
AVTRE.
Es Superbes Ramparts, cette
Ville imprenable ,
Vient enfin de ceder aux foudres de
Louis ,
Ses rayons ont jetté dans les coeurs
éblouis ,
Une frayeur mortelle , un trouble
inévitable .
Jamais d'un Conquerant la force
redoutable
N'aSoumis les Remparts que nous
voyons détruits ;
160 MERCVRE
Jamais auffiVainqueur n'égala de
LOVIS .
Laforce, le pouvoir , la conduite
admirable.
Mons,ne regrettepoint danscefameux
malheur
Le beau nomde Pucelle acquis par
ta valeur,
On tedonne un Epoux que la gloire
accompagne:
Prefere untelHymen à cette qualite,
Ton honneur estoit maldéfendu par
l'Espagne,
Te rendant àla France il est enfeureté.
SUR LE DANGER
que le Roy a couru lors
qu'il paſſa un boulet de Canon
prés de Sa Majefté.
Orgueilleuse Cité, deviens encar
plus fiere2
GALANT. 161
Le Grand LOVIS pour toy méprise
les hazards .
Un foudre impetueux lancé de tes
Remparts [la pousfiere
Aux pieds de ce Monarque élève
D'unvisage remis,d'unefiertéquerriere.
Ce Prince entend gronder les tempêtes
de Mars ,
Il viſite les lieux , il dardefes regards
Sur ces murs menaçans,fur cette
Ville altiere.
L'alarme cependantſerépand dans
les coeurs ,
Les François par leur zele ont de ju .
ſtes frayeurs s
Peuples , ne craignezrien de ce
bruyant orage.
Ce tonnerre guerrier se baissant à
propos ,
162 MERCVRE
1
D'un bond respectueux adore ce He-
YOS ,
Etdevance de Mons les respects&
l'hommage.
AVIS AUX FLAMANS.
Our prélude d'une Campagne ,
LOVIS vient d'ofter à l'Espa- P
gne
Mons,dont les murs audacieux
Sembloient ne craindre que les
Cieux.
L'Usurpateurde l'Angleterre
Malgréses vains projets , &tous
fes Alliez ,
Aveufes murs humiliez ,
Tomberſous les coups du tonnerre
Du plus grand Princedela Terre,
Peuples , quivous voyezpreffez de
toutesparts ,
N'esperezplus envos Remparts,
Ils neferont pourvous qu'unefoible
défence;
Venezaux piedsde cegrandRoy
GALANT. 163
C'est le protecteur de la Foy ;
Vous vivrez trop heureux sous sa
juste puissance.
Louiſe Angelique deDomnaigné
de la Rochechute.
- Quoy que nous ne ſoyons pas
encore dans le temps où les
Armées ont accoutumé de fe
mettre en campagne, parceque
la terre ne doit pas produire ſi
toſt dequoy les faire ſubſiſter ,
le Royqui ſçait vaincre en tout
tempsa déja fait des conqueſtes
qui ne fontpas moins confiderables
par leur nombre , que
par leur importance , puis que
dés le commencement de ce
mois , il a déja rangé ſous ſes
loix avec une rapidité inoüie
juſqu'à fon regne , les Comtez
de Nice & de Hainaut , fi fameuſes
dans toutes les Hiſtoi164
MERCURE
res , que les Comtes de Hainaut
ſe vantoient de ne reconnoiſtre
que Dieu & le Soleil ,
ſelon ce qui eſt rapporté par
quelques Hiſtoriens des Paysbas
. C'eſtoit le ſujet de leur Deviſe
; & comme le Soleil fait
aujourd'huy le corps de celle
du Roy , c'eſt maintenant que
les Peuples de cette Comté
peuvent dire , qu'ils ne reconnoiſſent
que Dieu & le Soleil ,
& qu'on pourroit leur appliquer
cette ancienne Deviſe ,
où l'on voit une montagne que
cet Aſtre éclaire de ſes rayons ,
avec ces mots , Mons clarus ab
illo. Il n'y a point à douter que
cette Ville là eſtant preſentement
fousla domination de Sa
Majesté , ne devienne plus flo .
riſſante, ainſi l'on peut dire que
la Ville de Mons , Capitale du
GALANT. -165
Hainaut , éclairée par le Soleil
c'eſt à dire , gouvernée par le
Roy , brillera plus qu'elle n'a
fait avant qu'elle fuſt ſous la
domination de ce Monarque.
Quant au Comté de Nice ,
voicy cequ'en diſentles Hiſto
riens.
Son nom primitif qui veut
dire Victoire , luy fut donné par
les Marſeillois qui en ſont les
fondateurs . Après avoir eſté
une Colonie de ces Peuples ,
ellefut foumiſe aux Romains ,
puis aux Rois de Bourgogne ,
aux Comtes de Provence , &
enfin elle paſſa ſous la domination
des Ducs de Savoye. Les
Peuples de Nice avoient fait
ſouvent tous leurs efforts pour
ſe ſouſtraire à l'obeiſſance qu'ils
devoient aux Comtes de provenceleurs
Souverains , & les
166 MERCVRE
Hiſtoires de cette province le
prouvent par la guerre que leur
firent Raymond Berenger III.
en 1166, & Raymond Berenger
V.en 1229.Amedée VII. ufur.
pa ce pays ſur Jeanne , Com.
teſſedeProvence , dans le tems
que les Troubles du Royaume
deNaples l'occupoient ailleurs.
Les Ducs de Savoye ſont contraints
de tomber d'accordde
cette ufurpation; mais ils di
fent que leurs droits fur ce
Comté , font fondez ſur une
ceſſion que leur fit en 1418 .
Joland , Mere & Tutrice de
Loüis III . Comte de Provence
& Roy de Naples , qui laiſſa
Nice pour compéſer une pretention
de cent ſoixante mille
livres , qu'Amedée de Savoye
ſouterroit luy eſtre deuës . Cependant
les Deputez de nos
GALANT.
167
Rois leur ont fait voir en pluſieurs
occaſions que ce droit eſt
imaginaire , & que quand mê
meil y auroit cu de la justice
dans les pretentions du Duc
de Savoye , il n'eſtoit pas au
pouvoird'lolandde cederNice
Cette Ville eſt belle & marchande
, &ſon Chaſteau eſt un
des plus forts qui ſoient en Europe
. Auſſi la Ville ayanr eſté
priſe par l'Armée de François I.
que commandoit François de
Bourbon , Comte d'Anguien ,
& par les Troupesdu Ture ſous
barberouffe , le 20. Aouſt 1553 .
ils ne purent prendre le Château.
Le Pape Paul III. eſtoit
venu à Nicel'an 1538. & ce fut
là que ſe fit l'entreveuë du meſ
meRoy François I. & de l'Empereur
Charles Quint , avec
une Trevede dix ans. Le Com-
き
168 MERCVRE
téde Nice eſt diviſe en Vicariat
de Nice , Vicariat de Barcelone
Vicariat de Soſpelſo ,& Vicariat
de Puerin , & il a encore ſous
ſoy les Comtez de Bueil & de
Tende. La Ville , ſituée dans
une campagne extremement
fertile, eſt au pied des Alpes ,
& au bord de la mer , entre la
Riviere du Var & Villefranche
qui eſtle Port , l'Amphiteatre ,
les Inſcriptions , & les autres
reſtes d'antiquité que l'on voit
en cette Ville , ſont des témoignages
fuffiſans qu'elle a toujours
eſté fort confiderée.
Aprés vous avoir parlé des
Places que Sa Majeſté vient de
conquerir , il faut vous entretenir
de ce qui s'eſt paſſe à leur
priſe.
Mr de Reynac , Brigadier ,
s'eſtant rendu devant Villefranche
GALAN T. 169
t
franche , par l'ordrede Mr de
Catinat , avec trois Bataillons
du Regiment d'Allace , la Ville
ſe renditle 13. du mois paſſé.
On fit enſuite les approches du
Chaſteau , pendant que les Ga-
Jeres débarquoient du Canon
&toutes les munitions neceffaires
pour le Siege , & Mr de
Catinat ſe renditdevant la Place
avec deux Bataillons d'augmentation
.
Les Batteries ſe trouverent
bien toſt en estat , & le Canon
commença à tirerOnjetta auſſi
quelques Bombes , & les Affiegez
en furent tellementintimidez
, qu'ils ſe rendirent le 20.
ſi toſt que l'on cut ouvert la
tranchée. Il eſtoit difficile d'y
travailler , parce que le terrain
eſt tout deroc , ce qui faiſoit
croire qu'on demeureroit dix
Avril 1691 . H
170
MERCVRE
ou douze jours devant la Place.
Voicy les Articles dont on con.
vint avec le Gouverneur.
CAPITULATION
Faite entre Mr de Catinat ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , & commandant
en chefl'Armée de Sa Majesté
en Italie , d'une part , & Mr le
Comte de Rufie , Gouverneur
du Chaſteau de Villefranche,
d'autre part.
I.
Il a esté accordé que la Garnison
Sortiroit demain 21. Mars avec
bagages , méche allumée , armes
balle en bouche , tambour battant
& Drapeaux déployez.
II.
Il a eftè accordé deux pieces de
campagne de huit livres de balle
&de fonte , lesquellesferontpor.
tées à Oncil , fur uneTartanefourniede
la part du Roy.
1
GALAN T.
171
111.
Il sera fourny pareillement de
la part du Roy , des Galeres ou Tarzanes
pour le transport de cing com.
pagnies d'Ordonnance , qui compo-
Joient partie dela Garnison du Chaſteau
de Villefranche , de Mr le
Comte de Rufie Gouverneur , des
Etats Major & des Officiers ,
1 .
A l'égard des cinq Compagnis
de Milice , elles feront escortées
jusqu'à trois lienes d'icy , par une
escorte , ou un Commiſſaire de la
part du Roy , duquel lieu ilferapermis
à chagne Soldat de Milice de
Seretiver chez luy avecses armes.
V.
Il a esté accordé que l'on ne fera
aucune recherche ſous quelque pretexte
que ce puifſſe eſtre d'aucun
homme estantſous les Armes.
H2
172
L
MERCVRE
VI.
Ila efté accordé que la Garnifonpourraſepourvoir
des Maga-
Zins dudit Chasteau pour quatre
jours de vivres.
VII.
Quand la Capitulation Sera
fignée ,le Poste avancé, &le premier
Pont Levisferont occupez par
LesTroupes du Roy.
7
1111.
On est convenu que Mr leComte
de Rufie livrera demain 21. Mars,
uneporte du Chasteau à huit heures
du matin , avec promesse de la
partdeMrde Catinat que l'on empeschera
que qui que cesoit n'entre,
degens qui pourroientyfaire quelquedesordrejusqu'à
ce que la garwifonfoitfortie.
IX
Demain 21. Mars , à une demit
heure de jour , ilfera receu dans le
GALANT.
173
Chasteau un Commiſſaire des Guer.
resde lapart du Roy , auquel les
Magazinsseront remis, & un Commiſſaire
d' Artillerie, auquel pareillement
il fera remis tout ce qui
concerned' Artillerie ,&les Munitionsde
Guerre .
La Capitulation cy-deſſus a
eſté ſignée le 21. Mars 1691 .
par Mr de Catinat , d'une part,
& par Mr le Comte de Rufie
d'autre, promettantqu'elle fera
fidellement & ponctuellement
obſervée & executée.
On a trouvé dans la Place
dix- neuf Pieces de Canon de
Fonte , dont il y en avoit onze
de gros Calibre ; dix- neufCanons
de Fer,ſept Mortiers cinquante
Milliers de plomb. Il
n'y eut en cette attaque qu'un
Soldat tué & quatre bleſſez .
On attaqua le 23. le Fortde
H3
174
MERCVRE
>
Montalban ſitué ſur une pointe
de Rocher , & il ſe rendit le
meſme foir. Le 24. Mr de Catinat
envoya Mrde Saint Lau
rent,Brigadier,pour attaquer la
Fortereffe de San Ofpicio , qui
eſt forune langue de terre en.
tre Monaco & Ville franche
&elle ſe rendit à l'aproche des
Troupes. Le 15. les fix Batail.
lons que l'on avoit detachez
pour l'attaque de cette Fortereffe
, vinrent joindre l'Armée
de Mr de Catinat qui estoit
campée devant Nice. On prepara
toutes choſes pour l'ouver.
ture de la tranchéequi ſe fit le
27. à huit heures du ſoir; mais
la Ville ayant capitulé , Mr de
Catinat y fit entrer trois Bataillons
à onze heures & demie
du meſme ſoir ; & comme ils
prenoient des poſtes , lesTrou-
1
GALANT . 175
pes dela Citadelle firent une
fortie , & mirent le feu à trois
maiſons afin de voir clair autour
du glacis. Le 28. à huit
heures du matin , Mr de Catinat
entra dans la Ville , & deux
heures aprés , Mr le Marquis
de Tournon qui en eſtoit Gouverneur,
en fortit avec ſa Femme
& fa Fille. On l'eſcorta vers
la route de Turin . l'Eveſque
- fortit le meſme jour, & demeu-
-ra dans le territoire de Nice.
Une heure aprés , Mr de Catinat
fit publier dans la Ville
qu'il eſtoit permis à chacun de
ſortir ſans armes , mais que la
Nobleſſe pouvoit porter l'épée
& des piſtolets à cheval . Ce
jour- là , les Ennemis firent
grand feu de leur Canon & de
leur Mouſqueterie fur tous
ceux qui fortirent de la Ville ,
Η 4
176 MERCVRE
ſans épargner les Femmes , ny
les Enfans . Ils jetterent des
Bombes dans la Ville , &tuerentquelques
perſonnes. Toute
la journée ſe paſſa de cette
forte. Le foir , les Mortiers s'eſtant
trouvez en état , on jetta
une douzaine de Bombes dans
la Citadelle pour eſſayer fi on
les ajuſteroit bien . Les Ennemis
ne firent aucun feu pen,
danttoute la nuit.
Le 29. ils firent le meſme feu
que le jour precedent , & les
Troupes s'occuperent à remplir
des Sacs à terre , à faire des facines
& à achever les Batteries
Onjetta quelque Bombes dans
laCitadelle ,&fur les huitheures
du foir , Mr de Catinat accompagné
de tous les Officiers
Generaux , fit ouvrir la Tranchée
par le Bataillon de Sault,
GALANT. 177
&le premier Bataillon d'Alface.
Celuy de Sault ſouſtenoit les
Travailleurs de la Tranchée
du glacis de dedans la Ville,&
le Bataillon d'Alsace eſtoit à la
Tranchée dehors . Les Ennemis
firent grand feu ; mais il
n'eut pas grand effet. Le méme
jour , M. le Comte d'Eſtrées
eſtant arrivé dans la rade de
Villefranche, & M. de Catinat
luy ayat mandé que des Batteries
ſur la Montagne deMontalban,&
fur les hauteurs voiſines
pourroient eſtre d'une grande
utilité , ce Comte ordonna à
M. de Pointy de travailler inceſſamment
à les placer , cequi
fut executé avec tant de diligence
que le lendemain 30. à
midy elles commencerent à
tirer , M. le Comte d'Eſtrées
ayant eſté luy même à la poing
Η
178 MERCVRE
te du jour examiner les en .
droits où l'on travailloit à les
établir, auſſibien que la Batterie
qui avoit eſté dreſſée le jour
precedent par Mrs desGaleres.
M. deCatinat les alla viſiterle
foir du meſme jour & témoi .
gna eſtre fort fatisfait de les
trouver ſi avantagenſement
poſtées. Il ne fut pas moins
content de l'effet qu'elles firent
en ſa preſence , marqua beaucoup
d'étonnementde ce qu'on
avoit à force de bras placé du
Canon dans des endroits pleins
de precipices. On n'a jamais
veu un plus beau feu que celuy
de ces batteries, qui estoient fi
bienſerviesque le Canon alloit
commela Mouſqueterie.
Les Grenadiers & Fuziliers.
de Sault eſcarmoucherenttoute
la journée avec les Ennemis
GALANT. 179
quitirerent un fort grand nom.
bre de coups de Canon juſqu'à
-quatre heures du ſoir , qu'une
de nos Bombes mit le feu dans
le grand Magazin à poudres.
Elle renverſa preſque tout le
Donjon , elle demonta la plus
grande partie du Canon des
Ennemis du coſté de l'attaque ,
& leur tua & bleſſa quatre à
cinq cens hommes . Il y en eut
quarante à cinquante tuez ou
bleſſez parmy les Troupes du
Roy , Mr des Chiens de Reffons
, dont l'habileté eſt ſi grande
que ſes Bombes tombent par
tout ouil veut , n'en fit jetter
que trois pour caufer tout ce
grand defaſtre , & ceux qui furent
attentifs à le confiderer ,
diſent qu'au milieu d'une épaiſ
ſe & noire fumée ils remarquerent
en l'air une partie de l'EH6
180 MERCVRE
difice , qui en ſe ſeparant lors
qu'il tomba , fit perir un grand
nombrede gens juſqu'au milieu
de la Place . Les debris renverſerent
vingt outrente maiſons
. Le mefme jour à huitheures
du foir, le ſecond &le troifiéme
Bataillon d'Alface releverent
Sault , & le premier Bataillon
d'Alface du coſté de la
Ville. On ſeeut ſi bien profiter
de la conſternation où se trouverent
les Ennemis , qu'on ſe
logea juſque fur la paliſſade du
Chemin couvert uvert , & hors la
Ville on avança juſqu'au Redan
, oùl'on attacha le Mineur
Les Enuemis firent un grand
feu de mouſqueterie , & ne
tuerent que tres-peu de monde.
Le 31. comme ils avoient
tous leurs Canons démontez ,
GALAN T. 181
ou couverts de pierres , ils efcarmoucherent
toute la journée&
toute la nuit avec leur
mouſqueterie . On les chaſſa
de leurs paliſfades , & Mrde
Boſſerne ; Capitaine dans Alface,
receut un coup à la cuiſſe
qui perça de part en part ſa
Tabatiere , ce qui rend fa bleffure
moins profonde. Deux
Sergens & douze Soldats deferterent
ce jour- là , & diren : que
l'épouvante eſtoit tres - grande
dans la Place .
Le premter Avril, on attacha
les deuxMineurs au glacis pour
paffer ſous le Chemin couvert,
& entrer dans le foſſé , afin d'aller
attacher le Mineur aux
- deux faces des deux Bastions de
l'Ouvrage à corne qu'on attaquoit
, & qui a la figure d'un
- Fort. Ces deuxBaſtions eſtoient
182 MERCVRE
battus parquatre pieces de Canon
qu'on avoit placées ſur la
paliſſade du Chemin couvert ,
dont le glacis eſt fort droit &
fort court. Les quatre Canons
•faifoient deux trous aux pieds
des deux Baſtions pour y faire
attacher le Mineur. Le meſme
jour , une autre Bombe tomba
à pareille heure que la precedente
, fur un autre Magaſin
de poudres . Il n'y en avoit que
quatre cens quintaux dans celuy
cy , &dans le premier il y
enavoit cent ſoixante miliers .
Cette Bombe ne fit pas un ſi
grand effet que la premiere :
mais elle ne laiſſa pas de tuer
beaucoup de monde , & prefque
tous les Chirurgiens furent
de ce nombre. Ce ſecond
accident fit augmenter la deſertion
parmy les Ennemis ,&
GALANT . 183
leur fit perdre courage , pen
dant que celuy des noſtresangmentoit.
Douze Canoniers qui
leur reſtoient deferterent ce
jour là . Nos Bombes , nos Canons
, & noſtre Mouſqueterie
firent un grand feu toute la
journée. Les Ennemis en firent
auſſi de leur mouſqueterie ; cependant
noſtre travail & nos
Mines avancerent beaucoup ce
jour- là.
Le 2. le feu continua juſques
à trois heures aprés midy. Les
Ennemis battirent pourtant la
chamade à midy ſur lesBaſtions
mais les nostres eſtoient tellement
échauffez à tirer , qu'ils
continueren uſques à l'heure
que je viens de vous marquer ,
| fans s'en appercevoir. Les Afſiegez
croyant n'eſtre pas entendus
, firent redoubler le
184 MERCVRE
nombre de leurs Tambours, &
il en parut juſques à douze qui
battirent de toute leur force
pour ſe faire entendre , & tous
les Soldatsde laGarniſon crierent
Vive le Roy , en jettantleurs
chapeaux en l'air. Ils arbore.
rent un Drapeau blanc , & Mr
deCatinat fit ceſſer le feu : mais
il ordonna qu'on ſe tinſt toujours
en garde , ne pouvant s'i.
maginer qu'uneſi forte Place ,
& d'une fi grande importance ,
puſt ſe rendre en cing jours de
Tranchécouverte , ce qui luy
faifoit apprehender quelque
furpriſe. Les Ennemis laiſſe-.
rent tomber un billet , par le
quel ils demanderent deux
heures pour parler d'affaires.
On envoya des Oſtages , & la
Capitulation fut quelquetemps
àconclurre, parce que leGouGALANT.
185
verneur demanda des choſes
- qui neluy furent pasaccordées
Voicy les Articles dont on
convint.
CAPITULATION
Faite entre Mr de Catinat ,
Lieutenant General des Armées
duRoy , commandant en
chefcelle de Sa Majesté en Italie
, & Mr le Comte de Froſafque,
Brigadier d'Infanterie
Colonel du Regiment de Savoye
, & Gouverneur du Chaſteau
de Nice.
1.
Il a esté convenu que Mr le
Comte de Froſaſque liurera le 4.du
preſent mois , à cinq heures aprés
midy , la porte du Chasteau aux
Troupes du Roy , au cas qu'il ne
foit pasfecouru par une Armée.
11.
Il a este convenu qu'il fortira
186 MERCVRE
le g.au matin, avec toute la Garni-
Son du Chateau avec armes,bagages,
tambour battant ,méche allu.
mée , & Drapeaux déployez .
111.
Il a esté accordé qu'il emmenera
quatre pieces de Canon de moyen
calibredehuit à dix livres de balles.
1 v.
Ila efté convenu que la Garni.
fonira à Oneille , & qu'il luy ſera
fourny des Barques ou Vaisseaux
pour lesy conduire par le plus court
chemin de Cans retardement
des voitures our aller par terre ,
aus par lechemin le plus court , au
cas que la mer foit impraticable.
V
016
Il a esté accordé d'emporter les
meubles appartenans à Son Alteffe
Royale.
GALANT . 187
VI.
Ila esté accordé qu'ilfera permis
àtoutes fortes de perſonnes , de
quelque condition &nation qu'elles
puiſſent estre ,seretirer.
11.
Il a esté convena que la Garnison
Se retirantfoit par Mer , ou par
Terre , il luy fera fourny juſques à
Oneille les vivres neceſſaires ,
medicamens pour les Bleſſez , &
mesme que dés à present jufqu'au
4.0n leurfournirace qu'ils demanderont
de cette nature de subfistance
de bouche & medicamens .
VIII.
Pour la feureté de ladite Capi.
tulation,il fera donné deux Oftages
de part& d'autre .
Fait au Camp devant Nice ,
le 2. Avril 1691 .
1
Les . fur les onze heures du
matin , la Garniſon , ſuivant la
188 MERCVRE
Capitulation arreſtée , ſortit
par une porte de derriere , afin
d'éviterla confufion . Elle s'embarqua
avec le Gouverneur
ſur quatre Tartanes pour aller
joindre les trois autres Gouverneurs
que M. de Catinat y
avoit envoyez depuis quinze
jours .A meſure que la Garniso
fortoit par une porte,nosTroupes
entroient par l'autre . Elle
a beaucoup fouffert par la faim
pendant trois jours , la cheute
des Magazins ayant écrasé &
mis en pouſſiere generalement
toutes les proviſions . On apprit
, aprés que l'on fut entré
dans la Citadelle, que pluſieurs
perſonnes , parmy leſquelles il
y en avoit de qualité, avoient
eſté ensevelies ſous les ruines
des Magazins, où elles s'étoient
refugiées. On ſceut auſſi de
GALANT. 189
,
quelle maniere le feu avoit pris
au grand Magazin à poudres ;
&voicy ce qu'on apprit fur ce
ſujet. Deux Soldats fortant de
ce Magazin avec chacun un
baril de poudre pour porter
aux Batteries entendirent
crier ,gare la bombe , & ayant
pris l'épouvente ils laiſſerent
tomber les barils dont ils étoiét
chargez. Il en fortit unetrainée
de poudre , & la Bombe eſtant
tombéeenſuite y mit le feu qui
s'étendit juſqu'au Magazin , où
il fit l'effet prodigieux , dont je
viens de vous parler . Il y avoit
un autre Magazin à poudre à
trois voutes , dont les Bombes
en avoientdéja crevé deux, ce
qui obligea le Major de la Place
de dire au Gouverneur , que
quoyque M. le Duc de Savoye
l'euſt envoyé pour la défendre,
190 MERCVRE
il ne prétendoit pas attendre
ſa perte , qu'il voyoit inévitable
en differant de capituler ;
quepour luy il ne vouloit pas
perdre plus de temps , n'y ayant
pas d'apparence de pouvoir refifter
dans l'étatoù ils eſtoient .
Ce qui reſtoit de la Garniſon
s'eſtant trouvé dans les mêmes
ſentimens , le Gouverneur fut
obligé de conſentir à rendre
la Place. Sa perte met Mr de
Savoye hors d'état de recevoir
par mer aucun ſecours de ſes
Alliez . Le 6. les Habitans de
la Ville qui avoient abandonné
leurs Boutiques pour éviter
le pillage & les Bombes , commencerent
à y rentrer. La plufpart
des maiſons y font endommagées
, & celles qui ſont dans
le voisinage de la Citadelle
font renverſées par la ſecouffe
GALANT.
191
que l'effort des poudres leur
donna. Elles firent ſauter le
grand Magazin , & tous les
Monumens qui étoient dans
l'Eglise des Carmes s'ouvrirept.
On n'a perdu quedeux Capitaines
à la priſe de Villefranche
, de Nice & de leurs
- Chaſteaux . Ce font Mrs d'Agle
& Melchedec , tous deux
Capitaines au Regiment d'Alface
. Il n'y a eu qu'un Enſeigne
tué , & environ cent Soldats
tuez ou bleſſez . Mr le Duc de
la Ferté a eſté bleſſé legerement
à Villefranche , où il fervoit
en qualité de Brigadier. Mr
d'Endigny Commandant
- l'Artillerie , y a auſſi eſté bleſlé,
- & à Nice M. de Bofferne , Capitaine
au giment d'Alface .
Les armes du Roy eſtant
192. MERCVRE
victorieuſes dans tous les endroits
où les Ennemisl'ont obli.
gé deles porter , aprés vous
avoirdonnéle Journal des cinq
nouvelles Conqueſtes qu'elles
viennent de faire en Italie , je
paffe à la fuitede celuydu Siege
deMons , dontje vous ay
déja envoyé la plus grande &
la principale partie, puis qu'elle
contient la priſe de l'Ouvrage d
corne. Il est vray que ne vous
en ayant parle que fur les premieres
nouvelles qui en arriverent
, je ne vous ay pas fait
part de beaucoup de circonſtances
, qui meritent d'eſtre
ſceuës, & que vous attendez
ſans doute de moy. Je vais
donc vous en rapporter quel.
ques- unes , mais fans reprendre
le détailde tout ce qui s'eſt
paſſé dans cette attaque , pour
ne
GALANT.
193
.
ne vous point dire deux fois
les meſmes choſes .
Louvrage à corne devant
eſtre de nouveau attaqué le 2 .
d'Avril à dix heures du matin
, on fit dés le ſoir du jour
précedent un détachement de
cent cinquante Mouſquetaires
; ſçavoir , ſoixante & quinze
par Compagnie. Ils s'afſemblerent
le lendemain à fix
heures du matin à la teſte du
Camp , & l'on détacha douze
Mouſquetaires de chacune
pour aller aux Enfans perdus.
Ce détachement eſtoit commandé
par Mr de la Riviere
d'Arifat , Maréchal des Logis
de la premiere Compagnie.
Deces vingt- quatre Moufque.
taire il y en avoit huit qui portoient
des pertuiſanes. Mr
d'Artagnan marchoit enſuite à
Avril 1691. I
194
MERCVRE
la teſte de quarante autres ,tant
gris que noirs , & Mr de Maupertuis
, accompagné de Mrde
Rigoville , ſuivoitavec le reſte
du détachement. On arriva en
cet ordre à la Tranchée. Les
Grenadiers du Regiment du
Roy , & ceux qu'on avoit détachez
du RegimentDauphin,
de celuy des Vaiſſeaux , & du
Regiment de Toulouſe , avec
les Suiſſes qui estoientde tranchée
, attaquerent l'Ouvrage à
corne ſur les dix heures du matin
,& ils l'emporterent aprés
une courte , mais vigoureuſe
réſiſtance des Ennemis , qui ſe
défendirent à coups de piques,
de faulx emmanchées à revers
&de Grenades. Le détachementdes
vingt quatre Enfans
perdus attendoit cependant à
l'entrée du pont de faſcines.
GALANT.
195
Les Moufquetaires qui eſtoient
commandez par Mr d'Artagnan
, attendoient le long du
Boyau , ainſi que ceux que
commandoit Mr de Rigoville ,
mais dans un autre endroit. Un
Mouſquetaire à qui Mr de
Maupertuis avoitdonné l'ordre
- de ſuivre Mr de Vauban , vint
dire quel'on avançaſt . Le détachement
des vint quatre paſſa
le Pont de faſcines , & monta
fur le parapet de l'Ouvrage, où
Mr de Maupertuis les arreſta
dans le moment qu'ils alloient
s'y jetter , parce qu'on ne les
avoit fait avancer pour les y
faire entrer , ſuivantl'ordre du
Roy , qu'en cas que les Enne
mis, qu'on en venoit de chaſſer
vouluſſentle reprendre , comme
ils avoient fait le jour précedent
, ce qu'ils n'oferent
I 2
196 MERCVRE
tenter. Mr de Maupertuis les
fit étendre , tandis que Mr
d'Artagnan faiſoit alte avec
ceux qu'il commandoit au pied
de l'Ouvrage ſur le pont de
faſcines . M. de Rigoville attendoit
cependant autour du
Ravelin. Onentendit alors une
voix qui demanda les Moufquetaires.
Il s'en trouva trente
&un encet endroit là; ſçavoir
dix ou douze Mouſquetaires
gris qui s'eſtoient malheureuſement
trouvez à la queuë , &
vingt Mouſquetaires noirs M.
de la Noze, Brigadier des noirs,
s'eſtantmis à lateſte ,ils paſſerent
dans le Ravelin ,& aprés
avoir traverſé le pont , ils entrerent
l'épée à la main dans
l'Ouvrage par la courtine, malgré
les cris de M. de Maupertuis
qui s'apperceut de cetGALANT.
-
te fauſſe marche . Ils avanc
rent comme des Lions au pont
que les Ennemis avoient rom-
= pu en ſe retirant ,& ne trouvant
alors qu'un follé profond
- & plein d'eau , ils eſſuyerent
un feu terrible que faiſotent les
Ennemis,de tous lesOuvrages
qui reſtoient , de ſorte qu'on
peut dire que jamais la greſle
n'eſt tombée en plus grande
abondance , qu'il plut de balles
fur eux. LaGarniſon qui eliois
fur les rampartde ce coſté-là fit
un feu fi grand & fi frequent,
= qu'on n'en avoit point encore
veude pareilpendant le Siege.
M. de Villermont fut tué dans
le Chemin couvert par delà la
paliſſade . Le Fils de Mr'le PrincedeCourtenay
y eut lajambe
caffee , & voulant repaſſer la
paliſſade , il receut un coup de
1
13
198 MERCURE
mouſquetau travers du corps
qui le fit tomber.Il voulut faire
un effort dans ce moment pour
ſe relever , & recent un autre
coup de mouſquet dansla teſte,
dontil mourut. Tous les Mouf.
quetaires fortirent de l'Ouvrage
à corne , à l'exception du
Fils de Mr le Prince de Cour
tenay,&de Mrsde Villermont
Bayon , & de la Chapelle , qui
eſtoient morts de leursbleffures
Mrs de la Noze & Peſtel eſtant
tombez de celles qu'ils avoient
receuës , ſe tinrent dans la poſture
où ils s'eſtoient trouvez
en tombant , pour n'eſtre pas
traitez comme Mr le Prince de
Courtenay , lors qu'il avoit
voulu ſe relever. On les crut
longtemps morts,mais Mr de la
Noze ayant fait un petit ſigne
de la main qui fit connoiſtre
GALANT. 199
コ
د
qu'il eſtoit vivant , & qu'il demandoit
du ſecours Mrde
Filtz , Lieutenant de la Colonelle
du Regiment des Gardes
Suiſſes , le dit à Mr de Rigoville
qui le pria de faire entendre à
Mr de la Noze , par un autre
petit ſigne , qu'il gardaſt bien
-de ſe remuer , & qu'il feroit ſecouru
. Mr de Rigoville fit ſçavoir
au Roy l'état des choſes ,
- &luy fit demander permiffion
de faire battre la chamade. Mr
de Roſen qui venoit de relever
Mr de Rubentel , eut ordre de
la faire battre , & de propoſer
aux Ennemis une ſuſpenſion
d'armes,pour retirer nos Morts
Cetordre eſtantarrivé , Mr de
Maupertuis envoya Mr de S.
Gilles , Mouſquetaire , aux
Batteries de la part de Mr de
Roſen , pour dire aux Com-
+
14
200 MERCVRE
miſſaires de l'Artillerie de faire
ceffer de tirer le Canon lors
qu'ils verroient paroiſtre ſur
l'Ouvrage à corne trois mouchoirs
blancs au bout de trois
piques. Mr de Maupertuis eut
ſoin d'envoyer par tout où il
eſtoit neceſſaire pour cette fufpenfion,&
trois Mouſquetaires
allerent en mefme temps
porter ſes ordres . Mr de Saint
Gilles partit auffi toſt qu'il eue
receu les fiens ,& pour s'épargner
la longueur des frequens
détours de la Tranchée , qui
d'ailleurs eſtoit embaraſſée par
les Soldats qui montoient la
garde , & par ceux qui la defcendoient
, en fortit , & fe mit
à découvert pour prendre le
plus court chemin. Il eſſuya
une infinité de coups de mouſquet,
pendant que les Soldats
(
GALANT. 201
blâmoient par leurs exclamations
ſa trop grande intrepidité
Cependant il ne s'expoſoit pas
ainſi pour s'attirer des loüanges
mais il avoit beaucoupde zele
pour ſes Camarades , &il eſtoit
perfuadé qu'en arrivant un
moment plutoſt, il pouvoit ſauver
la vie à quelques uns. On
battit la chamade. Les Ennemis
firent voir par des fignaux de
chapeaux qu'ils l'entendoient.
Onleva trois piques , au bout
deſquelles estoient trois mouchoirs
blancs ,& on ceffa de
tirer de part & d'autre. Mr
Peſtel ſe leva ſur ſes genoux
dés qu'il entendit battre la
chomade , & comme il eſtoit
tombé proche des paliſſades du
Chemin couvert, dontils eftoient
encore les maiſtres , les
Ennemi's s'eſtant apperceus
IS
202 MERCVRE
qu'il n'eſtoit pas mort, letirerent
à eux. Ils retirerent auffi
le corps de Mr de Villermont
dont ils rendirent la ſoubreveſte.
Onreporta M. de laNoze
qui mourut de ſes bleſſures le
lendemain.On enleva pareillement
le corps de Mr le Prince
de Courtenay & des autres
Pendant cette petite tréve tout
le monde eſtoit à decouvert
parceque le peril devoit eſtre
ceſſé. Cependant un Soldat eut
lebras cafféd'un coup deMoufquet
auprés de Mr de S. Gilles,
&un inſtant aprés Mr de Fouquerolles
, Mouſquetaire noir
fut emporté d'un coup de Fauconneau
proche Mr de Maupertuis
,& les ennemis en fi.
rent beaucoup d'excuſes. Mr
de Filtz parloit à ce Mouſquezaire
lors qu'il fut frapé du
GALANT.
203
boulet qui luy emporta le ventre
, en forte que ſon ſang , &
ſes entrailles luy couvrirent
tout le viſage. La valeur & la
conduitede cet Officier furent
d'une grande utilité pendant
l'attaque de l'Ouvrage à corne.
Il y avoit un redan à la teſte du
travail que l'on avoit emporté
deux jours auparavant , dans
lequel on l'avoitmis pour commander
ſoixante Soldats &
deux detachez du Regiment
des Gardes Suiſſes,par lesquels
il fit faire un feu extraordinaire
ſur les ennemis pour favorifer
l'attaque , faisant tourner
ce feu à propos dans les endroits
où il pouvoit incommo
der le plus les Affiegez . Il ſe
méla en ſuite parmy les Moufquetaires
qui estoient entrez
dans l'Ouvrage àcorneoù il ſe
16
204 MERCVRE
fit remarquer.La Treve ceſſée,
on baiſſa les piques,& l'on recommença
à tirer de part &
d'autre. On trouva de bleſſez
parmy les Mouſquetaires gris,
Mr de Favencour, Sous Brigadier
, bleſſe à la teſte. Mr Marembac
, Mrs Gueroſe, la Machoire
caffée, Villabe, un coup
au travers de la cuiſſe , Genfac
bleſſe dangereuſementà la
hanche, du Freſne, deux coups
dont l'un eſt à l'épaule & l'autre
luy perceles poumons;Mrs
du Roc& Chalais des contufions.
Les bleſſez de la compagnie
des Mouſquetaires noirs font,
Mrs de Longuevergue bleſſé à
lateſte , Lombas au meſme endroit
, d'Armagnac bleſſé au
bras , de Rieux bleſſé à l'épaule,
de Lage bleſſe àla joüe&à
GALANT.
201
l'épaule , Sailly , Meſtel & la
Monetaye bleſſez & prifonniers
, Mrs Berniere , du Lon,
d'Antrave ,du Lac & Valiere.
bleſſez à mort.
Les Morts ſontMrs le Prince
de Courtenay , de la Nozc ,
Fouquerolles , Befon , Villermont
, la Chapelle. Ces derniers
font morts ſur le Champ
deBataille , hors M.de la Nozc
qui morut le lendemain,
Voicy les noms des Officiers
des Grenadiers qui ont eſté
tuez ou bleſſez ;Mrs de Grand'
Maiſon , legerement bleſſe ſur
l'os de la jambe d'un eſclat de
Grenade ; Conftant , Capitaine
au Regiment des Vaiſſeaux ,
bleſſe à mort d'un coup de
Mouſquet & Partrigny Lientenant
, bleſſe d'un coup de
Mouſquet à travers la cuiffes
206 MERCVRE
Gagniet Capitaine , bleſſe de
trois coups de Mouſquet ; Villedeux
Lieutenant , bleſſé à
mort d'un coup de Mouſquet
autravers du corps ,Verdigny
Capitaine des Fuſeliers , & Ingenieur,
tué.
Dansles Grenadiers du Roy
Mrs de Villemeur legerement
bleſſé , Brisacq Lieutenant ,
bleſſé d'un coup de Mouſquet
dans la poitrine , & d'un éclat
deGrenade à la teſte ,Cloſelle
bleſſe ; de Cambray dangereu.
fement bleffé, d'un coup de
Mouſquet ſous le jaret dont il y
aun os de caffé , Grimodet tué.
Dans la Compagnie de M. de
Crufſol ,le Capitaine a le bras
caffé d'un coup de Mouſquet,
Demeré Sous Lieutenant
bleſſe legerement d'un coup de
Mouſquet àla cuiffe. Dansla
2
GALANT. 207
feconde Compagnie , Mr de
Champigny Capitaine , tué
( ce fut luy qui monta lepremier
à l'aſſant ) de Liſampe
bleſſé d'un coup de Moufquet
à la teſte ; Maillard Sous - Lieutenant
, bleſſé d'un coup de
Mouſquet qui entre au coin
de la jouë. Mr de la Vergne
Volontaire , a eſté tué de cinq
coups de Mouſquet dans la même
occaſion : & Mr Godet des
Marais , Page du Roy , Neveu
de Mr l'Eveſque de Chartres,
y a eſté bleſsé d'un coup de
Mouſquet.
La reputation des Mouſquetaires
eſt ſi grande parmy les
ennemis ,quedés qu'ils apperceurent
les croix de leur Soubreveſte
ils ſe crurent perdus ,
&ſe retirerent ſans qu'aucun
oſaſt leur tenir teſte ,de forte
208 MERCVRE
1
qu'on ne tes a combatus qu'avecdes
armes à feu,& que l'on
peut afſſurer que plus de cent
perſonnes tiroient contre une
feule, puis que toute la Garniſon
, qui estoit dans les dehors
ou fur les Remparts , n'eſtoit
occupée qu'à tirer fur eux.
Aprés cette action le Roy qui
ne veut pas que la Nobleſſe de
ſon Royaume s'expoſe de la
forte , fit défendre à tout le
monde de fortir de ſes poſtes
ſans en avoir receu d'ordre , à
peine de demeurer un an prifonnier
dans uneCitadelle. Si
la mouſqueterie des Ennemis
fit grand feu ſur les Mouſquetaires
, nôtre Canon en fit un
terrible ſur eux lors qu'ils abadonnerent
l'Ouvrage à corne..
On en voyoit ſauter 8.à 10. àla
fois fur le Pontpar où ils ſe re
GALAN T.
209
tiroient. La tranchée fut relevéele
ſoir du meſmejour à l'attaquede
Bertamont par Mr de
Roſen , Lieutenant General,
& par Mr de Villars, Maréchal
de camp, avec les trois derniers
bataillons des Gardes Françoifes
, & Mr le Prince d'Elbeuf
Aydes deCamp du Roy. Mrle
Comte de Solre , Brigadier , releva
la Tranchée de l'attaque
du Rivage avec les deux Bataillons
de Champagne , à la
teſte deſqueis eſtoſt Mr de
Blainville , Colonel , & le ва-
taillon de Caſtres. La nuit on
coupa la gorge du demy Baſtion
de l'Ouvrage à corne par
un logemet,& par des Zigzags.
On s'avança plus de quinze
toiſes le long de la branche
droite , qui eſtoit à la gauche à
noſtre égard.L'on perfectionna
210 MERCVRE
les logemens pendant la nuit ,
& on fit un paralelle à la courtine
qui eſt à douze ou quinze
toiſes de l'avant foſſé . On approcha
une batterie, & on travailla
à une autre dans l'Ouvrage
à corne. Il n'y eut cette
nuit là qu'un Soldat tué &
deux ou trois bleſſez . Mr Devizé
, Enſeigne aux Gardes ,
receut un coup de Mouſquet
dans la machoire. Onjetta des
Bombes toute la nuit , & leCanon
ne ceſſa pointde tirer.
Le 3- au matin les ennemis
arborerent cinq Drapeaux fur
le Befroy. Ce fignal aprés la
priſe de l'Ouvrage à corne ne
fit augurer rien de bon pour
eux. On travailla toute la journée
à faire une ſape le long de
la digue , & l'on parvint jufques
au bord de l'avant foſſé ,
GALANT. 211
qui paroiſſoit large de douze
toiſes . Le Roy ayantdemandé
à un Priſonnier Eſpagnol, ſi les
Bombes , les Carcaſſes , & les
Boulets rouges ne luy avoient
point fait de peur, il répondit
qu'il ne ſçavoitce que c'eſtoit,
& qu'il n'avoit veu ny entendu
aucune choſe.Sa Majesté viſita
tous les Travaux , & eſtant fur
les trois heures aprés midy aux
Batteries du Canon, Elle vit
paffer un Soldatqui entra dans
laPlace. On le crutenvoyé par
lePrince d'Orange ; & on ſceut
enſuite que c'eſtoit un Soldat
du Regiment de Navarre, qui
eſtant échauffé par les vapeurs
de l'eau de vie qu'il avoit
beuë , avoit mis l'épée à la
main, en diſant qu'ilalloit ſeul
prendre Mons . En effet il s'en
approcha fi prés , queles Enne-
-
212 MERCVRE
mis s'avancerent pour le recevoir
, le croyant venu de la part
du Prince d'Orange. On fit
deux hommes prifonniers,dont
l'un eſtoit envoyé à ce Prince
par le Gouverneur de la Place,
qui luy mandoit qu'elle ne
pouvoit plus tenir que cinq ou
fix jours , fielle, n'eſtoit ſecouruë.
Il ajoûtoit beaucoup de
fauſſetez ſur tout cequi s'eſtoit
paffe, tant à l'armaque duMoulin,
que de l'Ouvrage à corne,
endiſant qu'il s'y eſtoit perdu
untres-grandnombre de François.
L'autre eſtoit un Envoyé
du Prince d'Orange qui venoit
affurer leGouverneur de Mons
que ce Prince viendroit à la
teſte de quatre - vingt mille
hommes pour battre les François
, ou reprendre la Ville , en
cas qu'elle fuſt déja renduë.Sur
GALANT.
213
leſoir,deux de nos Soldats qui
s'eſtoient ſauvez , aprés avoir
eſté faits prifonniers , arriverent
de Bruxelles. Ils rapporterent
qu'il y avoit beaucoup
de troupes dans la Ville ,
& environ ſeize bataillons
aux environs ; qu'on abuſoit
le Peuple en publiant que le
Prince d'Orange eſtoit à Vilvorde
, & devoit arriver le 4.
devant Mons , avec quatrevingt-
mille hommes , & que
s'il trouvoit la Place renduëil
donneroit bataille aux François
, & reprendroit la Ville.
Le ſoir , la garde de la Tranchée
fut relevée à l'attaque de
Bertamont par M. Le Duc de
Vendoſme , Lieutenant General
, & M. Le Duc du Maine
Mareſchal deCamp, avec trois
bataillons du Regiment du
214
'MER CVRE
Roy. Mr de Cominges eſtoit
Aide deCamp de Sa Majeſté .M.
de Caſtres Brigadier, releva la
tranchée de l'attaquedu rivage
avec le bataillon d'Auvergne,
qui eſtoit commandé par M.
de Prefle ſon Colonel , & avec
les deux bataillons de Greder
Allemand . Les ennemis firent
encore moins de feu qu'ils
n'avoient faitla nuit precedente.
Ils laifferent travailler à decouvert
dans l'Ouvrage à Corne
, à la Sape qui alloit le long
dela branche droite. On con.
tinua à diſpoſer de nouvelles
batteries , & il n'y eut cette
nuit-làque cinq ou fix foldats
bleſſez & un Sapeur tuć . Les
Bombes & les Boulets rouges
firent beaucoup d'effet toute la
nuit, & pendant cinq heures
le feu parut terrible dans la
GALANT. 215
:
Ville. On amena le matin au
Roy deux foldats qui en eftoient
fortis. Le premier dit
que les Bourgeois estoient
pouſſez à bout ; qu'il y avoit
beaucoup de maiſons abatuës
& brulées parles Bombes , que
celledu Gouverneur estoit entierement
ruïnée,& la grande
Egliſe fort endommagée, & Sa
Majesté luy ayant demandé
pourquoy il eſtoit forty de la
Ville, ilrépondit avecune in-
: genuité qui fit rire , que dans
la crainte d'un affaut general
l'épouvante luy avoit donné
la hardieſſe de ſe ſauver. Sa
Majesté luy demanda encore
s'il y avoit beaucoup de Canon
dans la Ville , à quoy il fit réponſe
qu'il y en avoit dans
P'Arsenal. Le ſecond dit a peu
prés la meſme chofe,& il affura
216 MERCVRE
que le Gouverneur eſtoit tellement
preſſe parles Bourgeois,
qu'il feroit battre la chamade ,
s'il n'eſtoit ſecouru dans quatre
jours. Il n'y eut que quatre
foldats bleſſez ce matin là . Le
Royqui ne s'eſt repoſé aucun
jour,aprésavoir fait le tour de
la tranchée, viſita les batteries,
& fit défiler devant luy les
troupes qui devoient le ſoir
monter la tranchée . On fitune |
batterie de trois pieces dans |
l'ouvrage à corne,&l'on pouſſa
la tranchée par le moyen de cét
ouvrage juſque ſur l'avanta
foffé . La batterie de huit Mortiers
que l'on avoit faite la
nuitdans la Tenaille de l'ouvrage
à corne , tira desle matindans
la Demy-lune. On fit
auſſi une batterie ſur la droitte
dans un chemin couvert qui
eſtoit
1
GALANT. 217
eſtoit à cinquante toiſes au
deſſus de la premiere batterie ,
&qui battit la demy Luneà
revers . Le foir , Monfieur le
Marquis de Joyeuſe Lieutenant
General , & Mr Le Duc ,
Mareſchal de Camp , releve--
rent la tranchée à l'attaque de
Bertamontavec les deux batail.
lons du Dauphin,& le bataillon
du Perche. M. le prince de
Turenne eſtoit Aide de Camp
du Roy.M.d'Avejan Brigadier,
la releva à l'attaque du rivage
avec le bataillon de Poitou , &
un de Dauphiné , qui avoient
en teſte Mrs de Mornay & de
Carcado , leurs Colonels . Un
homme ſeur , venu de Bruxelles
en diligence, donna avis de
P'arrivée du Prince d'Orange
en cette Ville- là , & dit qu'il
avoit veu tout le peuple émeu
Avril 1691 .
K
218 MERCVRE
accouriren foule pour le voir;
qu'il avoit rencontré l'avant
garde de l'armée Hollandoiſe
qui arrivoit à Noſtre Dame de
Hall , & qu'on y plantoit des
Piquets pour fon Campement.
Vn Payſan arriva aprés minuit,&
aſſeura avoir veu marcher
l'Armée ennemie juſques
àHall , où il dit l'avoir veuë
camper. Sa Majesté donna ſes
ordrespour faire venir dansle =
camps dix huit mille chevaux
d'augmentation , ce qui fut
executé le lendemain. Les
ſapes furent avancées pendant
la nuit en trois endroits juſque
fur le bord de l'avant foſſe de la
demy Lune. Il parut que cet
avant foſſé navoit que quinze
toiſes de large. Les Ennemi
firent un feu de quatre à cinq
cens hommes. C'eſt le plus
GALANT. 219
grand qu'ils ayent fait pendant
tout le Siege ; mais il ne dura
quedeux ou trois heures comme
tous les autres qu'ils faifoient
, aprés quoy ils eſtoient
des heures entieres fans tirer.
On prit vers lematin un Soldat
Eſpagnol qui estoit en ſentinellevers
l'anglede laContreſcarpe.
Il dit que la Garniſon
avoit perdu beaucoup de monde
par le feu du Canon & des
Bombes , &que les troupes ne
pouvoient demeurer dans les
deux demy Lunes qui leur reſtoient,
à cauſe du grand deſor.
dre qu'y faisoient les Bombes .
Le 5. au matin ſept pieces
de Canon qu'on avoit placées
dans l'Ouvrage à corne commencerent
à tirer dans lademy
Lune , & il y avoità midy
vingt-ſept Mortiers qui caufo
健
K 2
220 MERCVRE
rent beaucoup de deſordre parmy
les Ennemis , en ſorte qu'ils
ne tirerent preſque point pendant
toute la journée. Cela
rendit les Chartiers ſi inſolens
qu'ils menerent les munitions
juſqu'aux batteries. UnPayſan
aſſura le contraire de ce que
l'autre avoit raporté la nuit
precedente , & dit qu'il avoit
paſſé la veille à dix heures à
Hall , en revenant de Bruxel.
les,&qu'il n'avoit vû aucunes
Troupes . Un Tambour de
Namur vint au Camp pour
avoir des nouvelles de quelquesPrifonniers
, & les reclamer
, mais comme on crut que
c'eſtoit pour voir l'état du Siege
, on l'arreſta priſonnier. On
voitura le matin une tres gran
de quantité de fafcines & de
gabions pour combler l'avant
GALAN T. 221
foffé de la gauche. Cependant
on travailla à ſe bien établir fur
le bord de ce foſſe , & l'on fit
une communication qui paffoit
directement par la porte de
l'Ouvrage à corne. On trouva
deux pieds & demy d'eau
de diminution dans la largeur
du foſſe de cet Ouvrage,
& un pied & demy dans ſa
profondeur. Les Ennemis ne
tirerent pas un coup de moufquet
à nos gens qui estoient
fur lebord du foſſe de la demy-
Lune , & ſe contenterent
de tirer d'un petit Baſtion
qui eſt ſur le coſté ; n'oſant ſe
montrer , parce que noſtre
Canon emportoit autant de
teſtes qu'il s'en preſentoit . On
fit mettre des mantelets du
coſté où ils tiroient , afin que
ceux qui devoient combler le
K 3
222 MERCVRE
foſſe,y travaillaſſentplus commodement.
C'eſt une invention
nouvelle avec laquelle on
pare les coupsde mouſquet Mr
deRoſen, LieutenantGeneral,
partit avec mille Chevaux,
pour aller reconnoiſtre les Ennemis;&
s'informerde la verité
de leur marche & de leurs
forces . Le Roy fit le matin le
tour des Lignes , & vit défiler
l'apréſdinée les Troupes qui
devoient relever la Tranchée.
Elle fut relevée à l'attaque:
de Bertamont , par Mrde Soubiſe
, Lieutenant General , &
par Mr le Prince de Conty ,
Maréchal de Camp , avec les
deux Bataillons du Regiment
de la Reine , & le Bataillon
de Toulouſe. Les Bataillons
de la Reipe avoient à leur tefte
Mr le Marquis de CourtenGALANT.
223
-vaux , Colonel de ce Regiment.
Mrle Chevalier de Nogent
eſtoit Aide de Camp du
Roy. Mr de Rebé , Brigadier ,
releva la Tranchéc à l'attaque
du Rivage , avec le Bataillon
de Turenne , commandé par
Mr de Courchamp , quien eſt
Colonel ,& les Bataillons du
Royal Rouffillon .
On travailla toute la nuit à
perfectionner les logemens
qu'on avoit faits ſur le bord
de l'avant- foſſé . Une heure
avant le jour , on commença
à le combler , mais comme il
ſe trouva encore neuf à dix
pieds de profondeur , & onze
toiſes de large vis à vis la demy-
lune de la droite ,on ne
erut pas devoir faire travailer
au comblement de ce foſſé , ce
- qui empécha de ſe ſervirde
K 4
224 MERCVRE .
4
1
deux Compagnies de Grenadiers
de Champagne,de deux
de Navarre,de deux dela Reine,
d'une d'Auvergne,d'une de
Caſtres , & de celle de Toulouſe
, à qui le Roy avoit ordonné
de ſe trouver à la pointe du
jour à la Tranchée. Cependant
on nelaiſſa pas de commencer
à faire le paffage qui
alloit de l'Ouvrage à corne à la
Contreſcarpe. Mr de Vauban
ayant trouvé que les Ennemis
faifoient une mauvaiſe garde
dans la Contreſcarpe ,jugea à
propos de leur en enlever un
morceau. Vingt-quatre Grenadiers
pafſferent le foſſe ſur le
pont de fafcines , & firent un
logement qui occupoit le bord
exterieur du glacis du Chemin
couvert , dont la face droite de
la demy lune de la gauche à
GALANT. 225
l'égard des Affiegeans , eſt envelopée
depuis l'anglejuſqu'au
Redan qui en eſt à quinze toifes
, & il continua toute la
journée de le faire étendre à la
fape. On commença auſſi à
combler l'avant- foſſe , vis à vis
de la face droite de la demylune
qui regarde le milieu de
l'Ouvrage à corne . On rompit
trois batardeaux pour ſaigner
le foffé , & l'eau diminua d'un
pied& demy.Ilavoit eſté reſolu
de faire l'attaque des deux demy-
lunes, mais Mr de Vauban
changea de ſentiment pour ré
pondre à l'intention du Roy
qui vouloit qu'on épargnât les
Troupes , & qui n'apprehendoit
pas aſſez le Prince d'Orange
pour faire précipiter aucune
attaque. Les Aſſiegez avoiét
mis deux pieces deCanondans .
K 4
4
226 MERCVRE
leBaſtion gauche du coſté de la
fauſſe attaque,ſur un Cavalier,
dont ils démonterent une des
noſtres , & tuerent Mr de la
Vergne,Capitaine au Regimet
deTouraine.Sur les dix heures
du matin, Mr de Loſtange, Enſeigne
des Gardes du Corps de
laCompagnie de Noailles , fut
bleſſé à l'endroit oùl'on portoit
les faſcines,d'un coup de moufquetqu'il
receut à la teſte en la
tournant. Il en mourut deux
heures aprés , fort regreté,& le
Roy donna fa Charge à Mr
Caſtan , le plus ancien Exempt
de la Compagnie Pendanttoute
la nuit du sau 6.& tout le 6
oncut inceffamment des nouvelles
du Prince d'Orange.
Voicy les differens rapports
qui furent faits,
Vo priſonnier rapporta qu'il
GALANT.
227
avoit ſejourné le s . à Tubiſe
auprés de Hall ,& qu'il devoit
coucher le 6. à Anguien ; qu'il
avoit plus de quarante millo
hommes ; que les Electeurs de
Baviere & de Brandebourg
n'eſtoient pas avec lay , le premier
eſtant allédiſpoſer toutes
choſes en Allemagne pour de
grands projets , & que l'autre
n'eſtant pas content des Etats
& des Eſpagnols , avoit dit au
Prince d'Orange qu'il ne laiffoit
aller ſes Troupesau ſecours
de Mons que par amitié .
Un autre priſonnier , que
fait le Lieutenant Colonel de
Cavalerie de S. Simon , rapa
porta que le Prince d'Orange
eſtoit campéles . à Hall , avec
fon Armée , & qu'il devoit
marcher àAnguien.
Mr Roſen manda qu'undes
K6
228 MERCVRE
Partis qu'il avoit envoyez ,
avoit rapporté que le Prince
d'Orange eſtoit toujours à Hall
avec ſon Armée.
Un Priſonnier qui ſe diſoit
Valetd'un des Officiersde l'Armée
du Prince d'Orange , confirma
ce queles autres avoient
dit , & ajoûta que ce Prince
avoit ſept à huit mille chariots
chargez de fourage , d'avoine,
devivres & de munitions .
Deux Prifonniers de l'Armée
de ce meſme Prince furent
preſentez au Roy le meſ
me jour 6. au matin , & dirent
que ſon Armée n'eſtoit forte
que de trente mille hommes,
mais qu'elle devoit bien toſt
eſtre renforcée par les Troupes
de Brandebourg , & par celles
de pluſieurs autres Alliez qui
eſtoient en marche pour la
joindre
GALANT. 229
D'autres direntque l'Armée
du Prince d'Orange étoit campée
à Hall, fur deux lignes, &
qu'elle pouvoit eſtre de quarante
mille hommes .
- La Tranchée fut relevée le
foir du 6. par Mrde Rubantel ,
LieutenantGeneral,à l'attaque
de Bertamont , & par Mrle
Grand Prieur , Maréchal de
Camp , avec les deux Bataillons
des Vaiſſeaux ,& le Bataillon
de Vermandois , Mrs de
Mailly & d'Ancenis leurs Colonels
, à la teſte. Mr le Prince
d'Elbeuf eſtoit Aidede Camp
du Roy. M.le Marquis de Crequi,
Brigadier , releva la Tranchée
à l'attaque du Rivage avec
le Bataillon de Guiche , commandé
par M. le Comte de
Guiche ſon Colonel,un Bataillondes
Fufikers,& un Bataillon
MERCVRE
230
de Nivernois. Sur les dix heures
du ſoir , l'avant foſſe de la
demy - Lune de la droite à l'égard
des noſtres , ayant eſté
achevé de combler , on mit ſur
le glacis du Chemin couvert
des Travailleurs qui embraſſerent
l'angle de la demy - lune
& poufferent le logement jufques
à vingt quatre ou vingt
cing toiſes de chaque coſté.
Le feu des Ennemis ne parut
pas de plus de quinze hommes
, & ils ne tirerent pas plus
de trois cens coups. Mr Favier,
Ingenieur Volontaire, fut tué.
M. de la Ferriere , Lieutenant
Colonel de Vermandois , fut
bleſſé au doigt , & Mr le Chevalier
de S.Brice, Capitaine du
Regiment des Fufilierstué.M.
Boinor, Lieutenant dans le Regiment
Royal des Vaticaux ,
GALANT . 231
fut dangereuſement bleſſe àla
teſte, &il y eut trois Gendarmesdu
Roy tuez en portant des
fafcines. Les Affiegez avoient
une petite piece de Canon qui
voyoit nos Ponts; mais une de
nos Bombes étanttombée def.
fus, elle ceſſa de tirer. Un Offi.
cierde la Place voulut porter
duGaudró à l'angle duChemin
couvert , & il fut tuépar trois
de nos Grenadiers qui l'apperceurent.
Il y avoit une breche
detrente toiſes de largeur à la
face gauche de la demy lune
de la gauche à l'égard des Affiegeans.
Le 7. on étendit les logemens
de deſſus la Contrefcarpe
des demy lunes , & M.
de Vauban marqua des places
pour de nouvelles Batteries,
On eut avis que les Ennemis
faiſoient travailler àtroisChe232
MERCVRE
mins qui regardoient les quartiers
de M. de Humieres , aind
qu'aux chemins qui vont àNivelle
, Soignies , & à Augutecs;
qu'on ne pouvoit dire de combien
eſtoit ſon Armée. parce
qu'il y arrivoit inceſſament des
Troupes , comme à un rendezvous
general. La Troüille étant
détournée , coula dans le lit
que M. de Mégrigny luy avoit
fait faire. Monſeigneur viſita
le matin tout le travail de la
Tranchée . On, eut l'apréſdînée
des nouvelles de M. Roſen
, qui portoient que les Ennemis
n'avoient point marché;
qu'ils leur eſtoit arrivé
le s . cing ou fix mille hom..
mes ; qu'il leureſtoit venu du
Canon & des machines , qui
eſtoient encorela veille à Bruxelles
qu'on travailloit à
GALAN T.
233
:
trois chemins differens pour
l'Armée du Prince d'Orange ,
ſçavoir , à celuy d'Anguien ,
àceluy de Tubife ,& à celuy
des Eſtines , & que dans peu
il feroit ſçavoir auquel des
trois cePrince ſe ſeroit determiné.
Quelques deferteurs de
ſon Armée dirent qu'il attendoit
les ſoixante pieces de Canonquiluy
venoient de Bruxelles
. Toute la Cavalerie qu'-
on attendoit au Camp y arriva
dans le meilleur état du
monde , & campa dans les Lignes.
On ne peut penſer à ce
grand nombre de Cavalerie qui
n'a manqué de rien, ſans admirer
avec étonnement toute la
prevoyance qu'il a fallu avoir
pour la faire fubfifter. LeRoy
aprés avoir écouté les avis qui
lay venoientde toutes partsde
234
MERCVRE
la marchedu Prince d'Orange,
fit un detachement de dixhuit
mille Chevaux ,compoſé
de quatre Eſcadrons desGardes
du Corps , de quatre de la
Gendarmerie des Grenadiers
àCheval , de trois mille Dragons
,& le reſte de Cavalerie
Legere avec deux mille Grenadiers
à pied, ſous le commandement
de Mr de Luxem
bourg. Mr d'Augé ,de Joycuſe,
&de Rofen étoient Lieutenans
Generaux , Monfieur le Duc ,
Monfieur le Prince de Conty ,
&Mr de Bufca, Maréchaux de
Camp. Mr de luxembourg remercialeRoy
de luy avoirdonné
de fi braves gens , & luy
marqua qu'il eſperoit avec de fi
belles Troupes triompher de
ſesEnnemis.
Mr le Duc de Vendôme ,
GALANT. 235
Lieutenant General , monta le
7.au ſoir la Tranchée à la porte
de Bertamont , avec Mr de
Congis,Maréchal de Camp , &
les trois Bataillons de Polier
Suiffe . Mr le Prince de Torenne
eſtoit Aide de Camp du
Roy.La Tranchée de l'attaque
du Rivage fut relevée par Mr
de Surlaube,Brigadier,avec les
trois Bataillons de Greder ,
Suiffe . On fit pendant la nuit
une defcente dans le chemin
couvert de la face droite de la
demy Lune gauche , & l'on
conduiſit une ſappe à un Batardeau.
Elle avoit trois censtoiſes
à droite & à gauche desattaques,
avecdes Lignes de com.
munication , qui embraſferent
les demy Lunes qu'on vouloit
emporter. On fit un bon logement
dans le chemin couvert,
236 MERCVRE
& on diſpoſa une ouverture
pour faciliter le paſſage du foſſé
au mineur. On perdit plus de
monde qu'à l'ordinaire , parce
que la nuit eſtoit claire , que
nos gens eſtoient fort proche
des Ennemis , & qu'on travailloit
à decouvert; de forte que
les Ennemis pouvoient tirer à
coup feur. M. le Chevalier de
Villeneuve , Ingenieur , fut
tué , & M. Rouſſelot , auſſi logenieur
, dangereuſement blefſe
M. des Houlieres receut un
coup de Mouſques en conduifant
le travail qu'on faiſoit
pour ſe loger dans la gorge de
l'Ouvrage à corne . Il eſt Fils
de ce fameux M. des Houlieres
qui ſert le Roy depuis fi long
temps , & avec tant de repuration.
On arreſta le Lieutenant
Colonel du Regiment de Fagel,
e
GALANT.
237
& un Capitaine du meſme Regiment,
qui vouloient ſe jet
ter dans la Place. Le 8. degraud
matin une Batterie de deux
Pieces de 24. livres de balles.
& de quatre Pierriers qu'on
avoit dreffée ſur la Contrefcarpe
de la demy Lune de la
gauche , commença à tirer. Le
Roy receut la nouvelle de la
priſe de la Ville & du Château
de Nice. Elle furprit d'autant
plus que ceChâteau avoittoujours
paſſé pour une des plus
fortes Places de l'Europe. On
eut des avis que le Prince d'Orange
n'avoit fait encore aucun
mouvement , & on en receut
d'autres qui marquoient
qu'il s'eſtoit mis en marche ,
mais qu'il eſtoit retourné ſur
ſes pasdans ſon Camp de Hall,
cequi empêcha Mr de Luxem238
MERCVRE
•
bourg de ſortir du Camp avec
ſondétachement.
Le Roy étant monté à cheval
àdeuxheures aprės midy pour
voir monter la Gardedes deux
attaques,avoit veu défiler celle
de la grande,& eſtoit à la fauſſe
attaque, lors que Mr le Ducde
Vendôme,Lieutenant General
de jour, envoya dire à S. M. fur
les 5. heuresdu ſoir par un de
ſes Aides de Camp, que les Ennemis
avoiētbattu la chamade,
& vouloient capituler. Le
Royſe rendit à ſon Quartier.
Le Prince de Bergue , aprés avoir
fait une ſi grande demarche,
tâcha de gagner du temps,
&n'envoya qu'à ſept heures
les Articles qu'il avoit à pro
poſer . Il demanda que la Garpiſon
ne fortiſt de huit jours ,
&non ſeulement il ne vouloit
GALAN T.
239
donner une Porte qu'une heure
avant qu'elle fortiſt de la
Place , mais il ne la vouloit
remettre qu'à foixante hommes.
Il demanda pluſieurs autres
choſes ſur lesquelles le
Roy decida , & Sa Majesté luy
envoya la capitulation par Mr
le Prince d'Elbeuf , avec les
changemens qu'il luy avoit
plû d'y faire. Celle des Bourgeois
ſe fit durant ces allées &
ces venues , & elle fut ſignée
par Sa Majesté , & acceptée par
lesDeputez duMagiſtrat , qui
ne retournerent point dans la
Ville juſqu'à ce que le Gouverneur
euſt renvoyéla ſienne.
Pendant ce temps, les Oſtages
du Gouverneur , & les Deputez
du Magiſtrat demeurerent
dans l'Antichambre du Roy ,
où on leur fit l'honneur de
240
MERCVRE
1
leur ſervir la collation. Mr
le Prince d'Elbeuf rapporta
aprés minuit la Capitulation
ſignée ,& le Gnuverneur conſentit
à livrer une porte le
lendemain 9. à midy , & à fortir
le 10. Sa Majesté luy accorda
fix pieces de Canon , &
environ trois cent Chariots,
dont quelques uns devoient
eſtre couverts pour cacher la
honte de ceux qui les devoient
remplir. Il y a grande
apparence que le Prince d'Orange
avoit quitté Je deſſein
qu'il ſembloit avoir pris de
fecourir la Place , puiſque le
7. il avoit renvoyé à Charleroy
les Troupes qu'il en avoit
tirées. Le 9. les Gardes Françoiſes
prirent à midy poſſeſfionde
la porte de Bertamont .
Elles avoient ordre de ne laiſſer
entrer
GALANT .
241
entrer perſonne dans la Ville;
mais le Gouverneur ayant
laiſſe les autres portes ouver.
tes , il y avoit plus de dix mille
perſonnes des Troupes du Roy
àdeux heures aprés midy. Sa
Majesté donna le Gouvernement
de la Place à M. de Vertillac
, Lieutenant Colonel du
Regiment Dauphin . C'eſt un
homme actif& propre à commander
dans une Place dont
les partis doivent deſoler le
Pays Ennemy. Le Roy donna
le meſme jour cent mille livres
à M. de Vauban , vingt mille à
M. de Mégrigny , & mille Piſtolles
à M. de Vigny qui commandoit
l'Artillerie. Loin que
les Princesconfederez donnét
de pareilles recompenfes à
ceux qui les ſervent , il y en a
parmy eux que de fi groſſes
Avril 1691 . L
242 MERCVRE
>
couſommes
accommoderoient
& qui ne font dans la Ligue
que pour en tirer. Toute l'Armée
fit le ſoir trois ſalves pour
la priſede Nice . Le 10. laGarniſon
ſortit de Mons , & défila
devant Monſeigneur entre
deux hayes de la petite Gendarmerie.
Elle estoit precedée
de quelques Chariots
verts. La Scoeur du Gouverneur
eſtoit dans un Carroſſe à fix
Chevaux& fort propre. Elle
avoit l'air extrémement triſte ..
Elle ſalua tous les Officiers,&
admirala magnificence de la
Gendarmerie. Le Gouverneur
ſalua trois fois Monseigneur
l'Epée à la main , & dit à ce
Prince qu'il auroit ſouhaité
d'avoir pû faire une plus lon.
gue reſiſtance afin d'augmenter
la gloire du Roy.Il fortit quatre
GALAN Τ.
243
mille cinq cens cinquantehuit
Soldats , avec deux cens
quatre - vingt Officiers . Les
Eſpagnols & les Vallons étoient
trés mal veſtus & mal
armez . Cependant les Eſpagnols
ſe ſont deffendus avec
beaucoup de courage , & l'on
dit qu'il y en avoit fix cens
qui laſſez de leur miſere avoient
reſolu de perir , & de
ne point recevoirde quartier.
Le 11. le Roy fit le tour des
remparts , où il ſe trouva un
nombre conſiderable de Canons
; mais avec de méchants
affuts . Le Magazin des Poudres
eſtoit aſſez bien garny.
Les Religieuſes de l'Abbaye
où le roy a logé , ayant demandé
avec de grandes inſtancesá
voir Sa Majesté , on les
fit venir du lieu ou elles ef
L 2
244
MERCVRE
toient retirées . Elles chanterent
auſſi toſt le Te Dum , & le
Domine Jalvum fac regem ,& fa
Majesté leur fit de grandes
liberalitez ,
Si j'avois plus de place , je
m'étendrois ſur la generofité
de deux Officiers Eſpagnols
qui ont ſauvé la vie à Mr de
Beauregard , & à Mr le Chevalier
d'Eſtrades , & qui ont
meſme eſté bleſſez en les deffendant
de la fureur des
Troupes des Princes de la
Ligue. Lors que la Garniſon
paſſa Mr'de Chartres envoya
faire compliment à celuy qui
avoit ſauvé Mr d'Eſtrades .
On ne peutdire icy trop de
bien des Aides de Camp du
Roy , puis qu'ils ont merité
des loüanges de la bouche de
Sa Majeſté. La quantité des
GALANT.
245
travaux qui ont eſté faits devant
la Place eſt preſque incroyable
,& il eſt mal aiſe de
concevoir comment on a pû
les faire en ſi peu de temps.Jamais
on n'a fait trouvertant de
Troupes devant une Place, ſans
que les Ennemis en ayentieu
le moindre ſoupçon, jamais on
n'ya conduit un ſi grand attirail
de guerre ; jamais on n'a
fait pleuvoir tant de feux dans
une Ville ; jamais on n'a veu
tantde fourages enſemble dans
un tems que la terre n'en fournit
pas , jamais tout ce qui eſt
neceſſaire pour la ſubſiſtance
d'une nombreuſe Armée ne
s'eſt trouvé en ſi grande abon .
dance , &jamais la Poſterité ne
pourra croire tant de merveilles
ſans dire que ſi Louis XIV.
eſtoit le plus grand Prince du
L3
246. MERCVRE
monde , il avoit auſſi toutes les
lumieres qu'un Prince doit
avoir pour regler toutes les
choſes neceſſaires pour le détail
& l'execution des plus
grands projets.
LeRoy ayant donné ſes ordres à
l'égard de Mons & de ſes Troupes ,
partit duCamp le 12. de ce mois , &
ayant couché ce jour là au Queſnoy ,
&le lendemain S. Quentin , il arrivale
14 à Compiegne,où il ſejourna
le jour de Paſques. Sa Majesté , pour
folemnifer cette grande Feſte , quoy
qu'Elle ſe reſervaſtà faire ſes devotions
le Dimanche ſuivant à Verſailles
, alla le matin entendre la grande
Meſſe à la paroiffe de Saint Jacques ,
qui eſt celle du Chaſteau , Monfieur
communia àune baſſe , de la main
d'un Aumônier. L'apréſdînée , Sa
Majeſté qui avoit fait avertir les Religieux
Benedictins de l'Abbaye de
S. Corneil , de la Congregation de
S. Maur , qui eſt l'Egliſe principale de
la Ville, qu'Elle iroit yentendre Vef
GALANT.
247
pres s'y rendit fur les deux heures ,
accompagnée , comme le matin , de
toute la Cour. Le P. Prieur , revestu
d'une Chape , avec les Chantres &
les autres Officiers , l'alla recevoir à
la teſte de ſa Communauté , à la
porte de l'Egliſe , où il luy preſenta
une Croix pretieuſe de l'Empereur
Charlemagne , dans laquelle il ya
une partie tres- confiderable de la
-vraye Croix. Le Roy s'eſtant mis à
genoux la baiſa avec ſa devotion ordinaire,
aprés quoy ayant eſté conduit
à la place qu'on luy avoit préparée
dans le Choeur , il entendit les Vefprés
, qui furent chantées ſolemnellement
, & à la fin deſquelles on vint
encenſer Sa Majeſté. Pendant tout le
temps qu'elles durerent , Elle donna
desmarques de ſa ſolide pieté ,& de
lavenerationqui eſt deuë à ce ſaint
jour,en ſejoignant avec les Religieux
pour chanter à haute voix les louanges
de Dieu , auffi-bien que Monfeigneur
le Dauphin , & pluſieurs Scigneurs
de la Cour. Les Veſpresfinies
le P. Prieur avec toute la Commu-
L4
248 MERCURE
nauré , reconduifit ce Monarque hors
del'Eglife. Sa Majesté ſe recommanda
àleurs prieres en les quittant , & fit
diftribuer de grandes aumônes. Elle
partit le 16. de Compiegne , & arriva
le lendemain à Versailles , d'où Elle
eſtoit partie le 17. de Mars ; de forte
que pour aller àMons , pour en faire
la conqueſte , poury demeurer pendant
le Siege , pour attendre la fortie
de la Garniſon aprés la Capitulation,
pour en viſiter les fortifications , faire
combler lesTravaux,& revenir àVerfailles
, en ſejournant en chemin , il
n'en a couté qu'un mois au Roy. Il y
auroit trop de choſes à vous dire là
deſſus ,&je laiſſe à voſtre imagination
à vous les repreſenter. On a déja
chanté deux fois le TeDeum à Paris ,
quoy que le temps où la Campagne
s'ouvre ordinairement , ne ſoit pas encote
arrivé. La priſe de cinq Places
en Italie meritoit bien qu'on rendiſt à
Dieu des graces particulieres , & la
conqueſte de la plus forte Place des
Pays bas , ne le meritoit pas moins.
Les réjouiſſances ont eſté icy extraGALANT
.
249
ordinaires , plus par l'amour que les
Peuples ont pour le Roy , qu'à cauſe
de l'importance de ſes conqueſtes . Le
Feu d'artifice que la Ville a fait pour
la prife de Mons a eſté d'autant plus
confiderable , que ſuivant ſes Statuts,
la dépenſe augmente pour tout ce qui
ſe fait lors que les Rois prennent euxmeſmes
des Places , ou gagnent des
Batailles , & tous les Officiers de Ville
qui ont des droits pour ces fortes de
réjouiſſances , reçoivent le double.
On a eu nouvelles d'un avantage
nouveau dans les Eſtats de M. le Duc
de Savoye. M. le Marquis de Feuquie .
res ayant marché le 18. de ce mois au
foir , pour attaquer les Bataillons des
Refugiez dans Luzerne,où ils eſtoient
environ 1200. emporta la Place dans
laquelle il ne s'en trouva plus qu'une
partie , le reſte ayant gagné le haut
de la Montagne qui eſt au deſſus de
Luzerne. Il y eut beaucoup de gens
tuez . Ce Marquis fit piller & brûler
tout ce qui estoit dans cette Place , &
prit les Drapeaux du Regiment de
Loches qu'il a envoyez à la Cour. Ils
LS
250
MERCURE
ſont aux Armes d'Angleterre & de
Hollande. Les Drapeaux de Mallet&
de Rocca estoient dans une maiſon où
ils ont eſté brûlez. Il y a long temps
qu'il ne s'eſt veu un ſi gros feu . M. de
Fenquieres eut un Cheval tué ſous luy
M. de la Fere qui commande le Regiment
de la Marine, eut le pied caffé,
&l'on perdit une vingtaine d'hommesdans
cette occafion.
Je vous marquay la derniere fois
que dans un des prémiers jours du
Siege de Mons , M. Caſe , Ingenieur,
avoit eſté bleſſe à la teſte . Il eſt mort
de ſa bleffeure , fort regretté de tous
ceux qui le connoiffoient. C'eſtoit un
Gentilhomme de Languedoc , qui
avoit toutes les qualitez eſſentielles
d'un honneſte homme , & la valeur
d'un Soldat qui s'eſt mis au deſſus des
dangers. Il écrivoit galamment , faifoit
des Vers avec beaucoup de jufteſſe
,& ſcavoit parfaitement les
Mathematiques & les belles lettres Il
deſſinoit comme ceux qui y reuſſiffent
avec le plus d'avantage , & il l'avoit
fait paroiſtre à l'égard des lieux les
GALAN T.
251
plus confiderables de l'Egypte,dont il
avoit levélesPlans avec tat d'exactitude,
qu'il ne ſera pas peu loüé du public
ſi ceux à qui ſes ouvrages tomberont
entre les mains , luy rendentjuſtice.
Au reſte , Madame , je ne ſuis point
étonné que l'Article des Conferences
de la Haye qui estoit dans ma derniere
Lettre , ait fait tant d'impreſſion
fur vous . Cela vient ſans doute de ce
que les veritez ont toujours je ne ſçay
quoy qui touche plus , que les raille.
ries piquantes qui divertiſſent pendant
qu'on les lit , & qui ne laiffent rien
dans l'eſprit , parce que la veriré s'y
trouve envelopéede millemenfonges.
dont on remplit ces fortes d'écrits ,
afin d'avoir lieud'y mettre un fel dont
l'acreté dégenere en injures , & que
les injures ne découvrent rien autre
choſe ,que le caractere de ceux qui
les écrivent.Chacun a le ſien. Le mien
eſt de me faire, voir Hiſtorien , en ne
rapportant que des Pieces veritables ,
comme j'ay fait dans mes dix Volumes
des Affaires du Temps , & non
pasde faire rire .Je laiſſe aux autres la
L6
252 MERCVRE
gloire qu'ils s'acquierent en remplif
ſant leurs Ouvrages de Pieces faufles
de leur compoſition. Leur eſprit inventif
, & leur genie y paroiffent ,
mais la verité ne s'y trouve pas .Cepédant
chacun a ſujet d'eſtre content.
L'un veut eſtre plaiſant & divertir, il
y réuffit ; l'autre veut eſtre ſincere &
n'aime pas les fauffetez , & il ſe tire
là deſſus d'affaire autant qu'il luy eſt
poſſible , la verité ne ſe montrant pas
toujours toute nie ; mais du moins ,
s'il peche contre elle , c'eſt fans avoir
deffein de le faire .
Vous ne trouverez dans cette Lertre
aucun Article quiregarde le Prince
d'Orange, quoy que la matiere ſoir
belle ; je me contenteray de vous envoyer
ſix Extraits de Lettres de Hollande
, qui m'auroient en partie ſervy
à dreffer ce que je vous en aurois dit..
J'aurois pú y ajoûſter beaucoup de
choſes , mais je croy qu'avec tout ce
qued'autres raiſonnemens m'auroient
pú fournir , l'Article vous plairoit encore
moins que ces Lettres , queje
vous envoye telles qu'on les a écrites
GALANT .
255
Elles ont extrémement plû à ceux qui
les ont vuës,&des perſones du premier
ordre par leur naiſſance & par leur bon
gouft , en ont demandé des copies ,
avec un empreſſement qui me les a
fait juger dignes de voſtre curioſité.
EXTRAITS DE LETTRES .
Du 16. Mars 1691 .
Cinq Exprés arrivez icy ne peuvent
faire croire le Siege de Mons.
Ceux qui font tout remplis de la
puiſſance des Alliez difent , que ce
font des preparatifs des François,pour
mettre leurs Frontieres à couvert , &
pour ſe tenir ſur la deffenfive , & ceux
qui regardent les choſes de plus prés
croyent que ce grand mouvement de
Troupes , ce furieux appareil de guerre
, & le depart du Monarque des
François , n'aboutiront ſimplement
qu'à un bombardement de la ville de
Mons , car quelle apparence que le
Roy vinſt aſſieger Mons dans un tems
que tous les Alliez viennent d'eſtre
affemblez pour voir de quel coup la
France doit perir ; Il n'y auroit pas
même de la raiſon à le penſer.
256 MERCVRE
Du 22. Mars .
On vient d'apprendre en ce pays
que c'eſt tout de bon que le Roy de
France luy même en perſonne , devoit
partir le 17. pour faire le Siege de
Mons. C'eſt un coup qui nous étonne,
& tout ſe prepare icy pour un ſecours.
Les Troupes marchent de tous coſtez ,
& nôtre Roy Guillaume ſe diſpoſe à
partir pour le Brabant. Il ne nous
promet pas moins qu'une Victoire
entiere , & on laiſſe icy tous les Arcs
de triomphes dreſſez pour ſon retour.
Dus. Avril.
L'on eſt dans une joye extréme de
ce que les François de devant Mons
ontperdus à differentes repriſes par
les ſorties des Afſiegez , & par leur
vigoureuſe reſiſtance à deffendre les
poſtes neceſſaires pour la conſervation
de la Ville, environ vingt ou 25 mille
hommes ; mais l'on eſt bien plus
aiſe encore,de ce que noſtre tres puiffant&
tres- genereux Roy de la grade
Bretagne eſt à la teſte d'une Armée
d'environ cinquante mille Combattans.
On marche pour aller au fecours
GALANT. 257
deMons. Cette ſemaine nous decidera
bien des chofes , car ceux qui ſont un
peu moins fous , ne penſent pas que
tous nos efforts prévalent ſur lesforces
&le bonheur d'un Roy toûjours
grand & victorieux , qui ne ſçait ce
que c'eſt de manquer une entrepriſe,&
que nous puiſſions empeſcher cette
Ville de fuccomber , & cela arrivant ;
nous tomberons dans un accablement
dont nous ne pourrons nous relever ,
que par une méchante Paix.
Du 16. Avril .
Voſtre Centurie 203.eft bonne,& je
vois bien que Nostradamus n'eſt pas
un petit Prophete. Ceux de ce pays ,
comme Joricu & Maffart , grands
Commentateurs de beaucoup de profeties,
n'ont pas vû fi clair que ce bon
homme voyoit il y a plus d'un ſiecle.
Ils pretendent que ſi ; mais comme
on ne les a pas voulu croire en bien
d'autres choſes ,ils ſe gardent bien de
publier les revelations qu'ils ont du
fecret de la Montagne.
Du 21. Avril...
Nôtre Roy Guillaume eſt de retour
256 MERCVRE
de ſon expedition , & s'en retourne à
Londres la ſemaine prochaine. C'eſt
une rude botte que celle que la France
vient de luy porter. Elle eſt des plus
franches , & tout habile que l'on ſoit
en ce pays à plaſtrer nos diſgraces ,
nous n'avons point pourtant encore
oſté affez ingenieux pour trouver une
emplaſtre à ce coup, qui devroit nous
accabler , ou du moins ſervir à nous
retirer du malheureux eſtat où nous
nous trouvons par nos engagemens .
Il vient d'arriver un'accident aux Arcs
de Triomphe. Un tourbillon de vent
a abatu celuy de la Prudence. Voicy
une Medaille qui vient d'être frappée.
Le Lion Belgique tenant dans une de
fes pates les ſept fleches unies,&dans
Pautre une Lance ſurmontée du Bonnet
de la Liberté avec ces mots, Fecit
magna qui potens eft , & au revers , le
meſme Lion enchaiſné au pied d'un
Oranger endormy ſur un Faiſceau de
Flefches brifées,& ces paroles,Quantummutatus
ab illo !Rien au monde
n'eſt ſi conſtant , que toute la Republique
eſt enſevelie dans l'eſtonne
GALANT. 257
ment , & que de tous ceux qui ſont
dans le gouvernement , il n'y en a pas
un qui ne ſoit foible,ou Prevaricateur.
Une infinité de gens en gemiſſentdans
leur coeur,mais helas! que peuvent-ils
faire ? Tout leur eſt interdit.
Du 23. Avril.
Que Diable voudriez-vous que l'on
fift icy ſur la belle marche duRoyGuillauine
pour le ſecours de Mons ; Nos
Gazettes font impertinentes per omnes
cafus, nous le ſçavons bien; & n'y eſtes
vous pas fait- encore ? Le Gazetier ſçait
bien luy-même qu'ilne fait rien qui
vaille , mais il me diſoit l'autre jour ,
que voulez- vous quej'y plaſſe? J'écris
bien des fottiſes , & cependant je ne
ſçaurois encore contenter les Sots. La
verité eſt maſquée en ce pays ,l'on ſçait
bien où elle eſt , mais on ne veut pas
la connoiſtre. LeRoy Guillaume partit
hier pour l'Angleterre, où l'on ne ſera
pas ſi ridicule que nous l'avons été icy
avec tous nos grands Arcs de Triomphe.
Je triumphe , dit la medaille. Ce
qu'il y a de plaiſant eſt que depuis ſon
retour de l'expedition de Mons , ſes
258 MERCVRE
,&
Valets de pied , ſes Gardes & ſa ſuite
ont peu de peine à fendre la foûle qui
s'eſt aſſemblée pour le voir. On n'a
plus entendu ces acclamations
on l'a veu dix fois ſe promener à la
Haye ſur le Voorhout ſeul & ſans
qu'on ſe ſoit detourné de ſon chemin ,
pour voir s'il avoitle nez mieux fait
depuis ſon voyage à Hall qu'auparavant.
Jevous envoye les noms des nouveaux
Officiers Generaux que Sa Majeſté
vient de faire.
Maréchaux de Camp.
Mr le Marquis de Cregui.
Mr le Comte du Bourg , Maréchal
des Logis de la Cavalerie.
Mrle Prince d'Elbeuf.
Mr le Duc de Roquelaure.
Mr d'Artagnan , Maior des Gardes,
Me Defpordes Gouverneur de
Philifbourg .
Mr de Naves .
د
Mr de Polaſtron , du Regiment du
Roy
Mr de Laubenie.
Mrde Vertillac,Gouverneut de Mons
GALANT . 259
Brigadiers d' Infanterie.
Mr le Comte de Mailly .
Mr de Greder Allemand.
Mr Sorbeck.
Mr de Carman.
Brigadiers de Cavalerie .
MrCoade.
Mr de Roſtembourg.
Mr de Courtebonne.
Mr le Chevalier de Sainſans .
Mr d'Artagnan , Cornette de la
Compagnie des Mouſq. Blancs.
Mr le Marquis de Toiras.
Mr de Saint- Vians.
Mr de Rigoville , Cornette de la
Compagnie des Moufq. Noirs .
Mr le Comte de Gaffion.
Mr Phelippeaux .
MrdeMongon.
Brigadiers de Dragons.
Mr le Marquis de Sailly
Mr le Baron d'Asfeld l'ainé.
On a donné des Commiſſions de
Meſtre de Camp à trois Lieutenans
de Gendarmerie , qui ſont Mrs de
Meſieres , Beromas , & Seppeville.
On en a donné de Colonels à
260 MERCVRE
Mrs Serify , Dachy , & Reſigny
& des Lieutenans-Colonels , Mrs
Haiche , Bourfan , & Vertilly.
Mr le Chevalier de Courcelles a
eſté fait Capitaine de Curraſfiers .
LeRoy vient de nommer les Gene .
raux de ſes cinq Armées de terre ,
& les Officiers Generaux qui doivent
commander ſous eux pendant cette
Campagne. En voicy les noms .
ARME'E DE FLANDRE .
Mr de Luxembourg , General.
Lieutenans Generaux.
Mr le Duc de Choiſeuil .
Mr de Soubife.
Mr le Marquis de Joyeuse.
MrRoſen .
Mr le Marquis de Tillader.
Mr le Duc de Vendoſme.
Maréchaux de Camp ,
Mr le Duc du Maine.
Mr de Vatteville.
Mr de Vivans .
Mr deMontchevreuil.
Mr le Grand- Prieur de France.
Mr de Polastron.
Mr d'Artagnan,Major general .
M
GALANT. 261
ARMEE DE LA MOSELLE.
Mr le Marquis de Bouflers .
Mt Danger.
Mr de Rubantel.
MaréchauxdeCamp.
Mr le Marquis de Villars .
Mr le Comte de Gallé.
Mr le Duc de Roquelaure.
Mr de Marquis de la Vallette.
Mr de Vervins , Maior General,
ARMEE D'ALLEMAGNË,
Mr le Maréchal de Lorge , General.
Lieutenans Generauх.
Mr le Comte d'Auvergne.
Mr le Duc de Villeroy .
Mr le Comte de la Feuillée .
Mr le Marquis d'Uxelles .
Maréchaux de Camp.
Mr de Bartilllat.
Mr de Talar.
Mr le Marquis de Cognié.
Mr de Melac.
Monfieur le Duc.
Monfieut le Prince de Conty.
ARMEE D'ITALIE.
Mr de Catinat , General.
Maréchaux de Camp.
Mr le Comte de Tellé.
262 MERCVRE
4
Mr le Marquisde Feuquieres .
Mr de Saint Silvestre.
Mr le Marquis de Crequi.
Mr le Comte du Bourg,
Mr le Prince d'Elbeuf.
Mr Darennes , Major General.
Armée de Roufſſillon .
M. le Duc de Noailles , General .
M.de Chaferon, Lieutenant General.
Maréchauxde Camp.
M.deQuinçon.
M. de Juigné.
M. de Preſchat.
M. Berand , Major General.
Il y a eu une Priſe conſiderable ,
faite à Bayonne par un Armateur de
Mr le Duc de Gramont. C'eſt une
Fluſte Hollandoiſe de douze Pieces
de Canon , qui estoit chargée de ſept
cens vingt-quatre Balles de Laine de
Sigovie ,& leſtée de fer, On a trouvé
dans la meſme Fluſte vingt Sacs de
Piaſtres, de cinq cens Piaſtres chacun:
avec du Safran.
L'Enigme du mois paffé a eſté
expliquée ſur le Puis qui en eſtoit
le vrais ſens , par Mrs Hatier
GALAN T.
263
de la ruë de Richelieu : Bacquet
d'Amonville de la rue des Prouvaires
: Le Doux du Bois huet de la
ruë Saint Honoré : T. Gandeloup :
Maleſcot des Chaſtelliers : Fleuri Chirurgien
à ChaſteauThierri : Defchamps
Maistre de Penſionà Piquepuce
: Girault R. N.:de Barſe : Buirot
Conſeillerau Prefidial de Moulins: La
Gratiniere Sieur de Beauregard : du
Mont Directeur des Poſtes de Chaſteau
- Thierri : Menager Bourgeois ,
ruë Saint Jean de Lion:Caude Hutuge
d'Orleans : Bachelet & ſon aimalble
épouſe de Bazemonc : Le Curé de
Taux , ſon aimable Soeur,& leur meilleur
Ami Barbele Fils Peintre , & fa
femme : Bourgeois le Fils , & fa
femme : Bachelier : Le Peſcheur
Politique de la Raquetre : ſon frere ,
& l'aimable Champenoise de Piquepuce:
le Joli Renard de la rue Saint
Martin,& ſa poule aprivoiſée : la belle
Efpiciere du Cloiſtre Saint Oppor
tune: & la Belle aux Yeux mourans du
Faux bourg Saint Jean de Dreux : les
Freres Lambins , & les Charmantes
264 MERCVRE
voiſines de la Barriere du Temple ,
tous de Troyes : Le malheureux &
perfeverant Amant& ſaVeſtale fugiti.
ve de Mante : L'amant ſecret de la
Charmante blonde , de la rue du Chapitre
d'Evreux , & la toute- aimable
Catôde la meſme Ville : L'Aimable
inconnu de la rue des Ayresà Bordeaux
Les deux petits mariez de la Cheſneliere:&
les deux Clercs Avocats proche
le Palais : le petit Damarc de la Croix
P , C. de me P. F. de la Cour de la
vieille porte de Normandie , & fon
Camarade dit le Maſſon : le Grand
Cheroubal , & la Spirituelle de Launai
de la rue des Saints Peres ; La
Charmante affemblée de la rue de la
Tixeranderie : Le Nouveau Voiſin de
la Comedie Italienne L'homme noir
d'Elpinay, ſous- Senant:le Grand Saint
Michel & fon Compagnon de la rue
des Lavandieres : le Neveu des deux
Veuves heureuſes ; l'homme ſage de
la ruë S. Paul ; Prophete bouro du
coin de la rue des Fourreurs l'aimable
Adonis des environs de Palezeau : le
Voiſin du fameux Avocat du coin de
la
2
GALANT. 265
2
la ruë des mauvaiſes paroles : l'Inconnu
de la ruë de la Barillerie devant le
Palais : le Grand Bouvin du coin de
la ruë Gervais Laurent : le jeuneAmant
fincere , à la Bonne Foy couronnée
du Pont au Change : le Commis
du Mary content ,& la jeune Blonde :
le Vainqueur du Triton d'eau douce
de la ruë Mont- Martre , & l'un des
fils d'Æole : l'Orleannois nourriture
deGaſcone: la voix de Corbeau de
Gaſtinois : Meſdemoiselles du Four ,
filles de Mr du Four, Medecin à Blois
Thereze Jolry de la ruë S. Honoré :
la belle madame Ponard : Enitnemaid
, de la ruë des cinq Diamans ,
&fa charmante Compagne Petit, de
la rue desdeux Mores ; Bordereau de
Senlis : le jeune Abbé Germain & fes
charmantes Seoeurs : la charmante
Marguerite Eve d'Eſpoſne,& ſes deux
Soeurs, l'aimable Fanchon de la ruedu
Temple:la petite & charmante Venus
duPort d'Angleterre , ſur le Pont au
Change,&fa chere Poulette du meſme
lieu la charmante Aiſnée du fief Paupin,&
fa bonne amie l'Aterée : l'ai
Avril 1691. M
266 MERCVRE
mable petite Nayade de la Riviere
d'Opton : la trop ſcrupuleuſe Marefchale
de Leiterc : la ſpirituelle malicieuſe
de Mercyà l'Anagramme aimera
un Royaume : la belle Samaritaine de
Mante ; la Brune tremblante de la rue
Saint Eſtienne des Grecs:la trop bonne
Mere des trois mechantes Filles: la
groſſe Bourgeoiſe de la Chaſſe Royale
du Pont au Change:la petite Bamboche
de Montargis : la fidelle & trop
ſenſible Babet , & ſa jeune Rivale en
imagination , Nicolas Marchand de
Lyon , Arthaud , Parayre de Lyon.
lene vousdis rien ſur l'Enigmenouvelleque
je vous envoye.
Vous en jugerez quand
vous en aurez découvert le
fens .
ENIGME .
E ſuis une grande Affronteuse
Pourdepauvrespetis Niais;
Mais ceux que je poursuis nese
plaignent jamais ,
Quand, pour les attraper, je suis
affez heureuse.
GALANT. 267
Je fais ſouvent l'Employ des Faineants
,
Ou degens qui n'ont pasdepreſſantes
affaires ;
Carmonprofit n'enrichitgueres,
Etfaitperdrebeaucoup de temps.
Ie ſuis violente , & traiſtreſſe
Comme le grand Diable d'Enfer,
Pour ceux quejesurprends ; cari'ay
toujours l'adreſſe
De les prendre à la gorge , & d'y
porter leFer.
Enfin,jefuis dangereuse&fatale
Auxfots qui de trop prés viennent
me careffer z
Il vaudroit mieux, pour eux, aller
paffer
Sous la Ligne Equinoctiale.
Les Articles de guerre qui ſont dans
M 2
268 MERCVRE
ma Lettre m'ont mené fi loin , que je
ſuis obligé de remettre au mois prochain
des Morts , des Mariages , des
Benefices donnez par le Roi ,& les
nouvelles de Rome & de Conſtantitinople
, ainſi que pluſieurs autres
Articles , & quelques Ouvrages ſur la
priſe de Mons , dont le nom des Auteurs
ſuffiroit pour vous les faire eſtimer.
Je fuis , &c.
APOSTILLE.
a
Des Lettres de Londres qui
viennent d'arriver › portent
que VVithal a eſté preſque reduit
en cendres avec quelques
maiſons des environs ; que le
dommage ſe monte à cent cinquante
mille livres ſterlin , &
que les Bourgeois de la Ville
qui estoient preſts de faire des
avances au Prince d'Orange ,
avoient changé de reſolution
depuis la priſe de Mons. Mr le
Comte d'Eſtrées , aprés avoir
GALANT . 269
fait jetter des Bombes dans
Oneille pendant toute une nuit
a obligé Mr de Froſaſque qui
eſtoitdans la Place avec deux
mille hommes & quantité de
Payſans , de ſe retirer , & la
Ville & la Citadelle ont capitulé
. Mr de Vins a défait ſeize
cens Barbets dans la vallée
de Barcelonette . On affure
qu'il en a tué deux cens , & fait
quatre cens prifonniers , &
qu'il a brûlé dix- huitVillages.
On parle encore d'autres grandes
nouvelles de Siam & de
Liege. Les Vaiſſeaux du Roy
ont pris deux gros Vaiſſeaux
fur la Mediterranée , & huit
Flûtes fur l'Ocean . Il y a des
Lettres qui portent beaucoup
davantage; de maniere que l'on
peutdire que les journées entieres
fuffiſent à peine à SaMa
LYON
#1835
270
MERCVRE
ieſté,pourentendre le recit des
avantages que l'on remporte
chaque iourde tous coſtez ſur
ſesdifferens Ennemis .
TABLE .
ELoge du Roy fait par l'Auteur fur
laprise Mons
Discours de Madame de Pringyfur le
mesme suiet 13
23 Madrigal fur le départ du Roy .
Feſte universelle à l'honneur de Loñis
leGrand en maniere de petit Opera 24
Dialogue de Caron & de Mercure fur
lesAffaires du Temps
Extrait d'une Lettre écrite d'Alep 73
Entrée du Grand Seigneur à Constantinople
40
80.
Avis fraternel aux Nouveaux Convertis
de France , & particulierement
à cenx qui habitent ,
Provinces de Picardie
2
les
Maine,
Anjou , Bretagne & Normandie 83
Fablesfur les Affaires du Temps. 96.
Predicateurs qui sefont attiré de grands
applaudiſſemens pendant le Carefine 104
TABLE.
Tenebres
Conferences de Controverses
Cartes Nouvelles
105
106
107
M. de Fontenelle est élû Academicien à
laplacedefen M. de Villayer 11
Départ de M. le Duc de Noailles 112
Prieres faites pour le Roy par diver-
Corps
Morts
113
119
Divers Ouvrages sur la Prise de
Mors 132
163
lournal decequi s'est passé àlaprisede
singPlaces,que les Troupes du Roy viennent
d'emporter en Italie
Suite du Journal du Siege de Mons 191
Retour du Roy ,son sejour à Compiegne,
avec les rejouiſſancesfaites à Paris 246
Belleaction de M. le Marquis de Feuquieres
249
Extraits de Lettres de Hollande 253
Nouveaux Officiers Generaux nomine,z
parsaMajesté 28
Officiers Generaux qui doivent ſervir
dansles cing Arnées de S. M. 260
Prised'une Flufte Hollandoise 262
Enigmes
266
Articles refervez 267
Apostille 268
Fin de la Table .
• Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par ,
Louisvient de partir, & doit
regarder la page 22 .
La medaille doit regarder la
page 116
ex Dono
R. P. Claud. Franc .
menestrier Soc.Jesu
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MON
LA
VILLE
DE
VENTUR
LE DAUPHIN
Colleg.Lug 55.Frine.l
AVRIL 1691 .
Soc. Jeju cabal. in /cr.
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Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC.. XCI .
Avec Privilege du Roy.
LE LIBRAIRE
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E vous envoiray ſans manquer le
Ja Mois prochain la grande Pratique
Generale de tout le Corps humain , de
Michel Ettmuller , en deux gros volumes
in-octavo. Le prix ne ſera que
cing livres relié , quoy que plus ample .
d'un quart chaque volume que la pratique
Speciale , c'eſt ſans prevention
tout ce qu'il y aura de meilleur pour la
Medecine & Chirurgie. L'on continuë
à Traduire & Imprimer les Instituts
du mesme Autheur , la grande debite
de ces Ouvrages font affez connoiſtre
la bonté de ces Traductions.
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da Mois d'Avril 1691 .
Hiſtoire des Albigeois & des Vaudois ou
Barbets , avec une Carte Geographique des
Valées, 2.7. 12. 4.liv.
Hiſtoire des Conclaves depuis Clement
V. juſqu'à preſent ou les derniers fong
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22
Tacite avec des Notes Politiques & Hiſtoriques
par M. Amelot de la Houſſaye
2. v. ind. 4. liv .
Relation du Voyage d'Eſpagne par Mademoiselle
de Bernard, 3.v.ind. 4.1 . 10.f.
Sermons de M. l'Abbé de Fromentieres.
Evêque d'Aire , Sçavoir
Oeuvres Meſlées in-octavo , 3. liv.
Carême in- octavo 2. vol . 6. liv .
Panegyrique des Saints 3.vol . 9.liv.
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Noftre Seigneur par le R.P. Lion del Oratoire
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L'Avent Catholique ou Pratiques ſolides
&devotes par le R. P. Leon Augustin , 12 .
30. fols.
La main qui conduit auCiel du Cardinal
Bona , nouvelle Traduction, ind . 30.f.
Effais de Panegyriques des Saints par le
R. P. Renaud , Docteur en Theologic , inoctavo
3. 1. 10. f.
Lettres Familieres Galantes & autres fur
routes fortes de Sujets avec leur réponſes ,
parMr Milleran , ind. 30. f.
La maison de Campagne,Comedie deM..
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LesBourgeoiſes de qualité de Mr Hauteroche
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Dictionnaire des Termes de la Marine
avec pluſieurs figures en tallle douce , inoctavo
3.liv .
Traité des Fiſtules , ind. 25. f.
Remarques ou Reflexions Critiques,Morales&
Hiſtoriques fur les plusbelles & les
plus agreables penſéesqui ſe trouvent dans,
lesoveagesdes Autheurs anciens &.Mon
deroes.ind.z ...
MERCURE
GALANT.
AVRIL 1691 .
OMME l'homme eft
naturellement envieuxdumerite
d'autruy
, & qu'il n'en
ſçauroit entendre parler fans
peine , rien n'eſt ſi ſuſpect ny
fi fatiguant que les louanges ,
pour ceux qui n'y prennent
point de part. Si elles ſont peu
aimées , il faut demeurer d'ac-
Avril 1691 . A
:
2 MERCVRE
cord que rarement elles font
dignes de l'eſtre . Combien de
fois eſt - on obligé de repeter les
meſmes choſes,pour donner de
l'encens à ceux que l'intereſt
ou la politique engage à louër,
& combien de lieux communs
font mis en uſage, qui peuvent
eſtre également appliquez à
differentes perſonnes ! Le croy,
Madame , que vous ferez de
mon ſentiment , & que vous
approuverez que j'oſe dire
qu'il n'y a que ceux qui travaillent
à la gloire de Sa Majeſté
, qui ſoient à couvertde ces
inconveniens . Il eſt difficile de
louër les autres ſans les louër
trop , & quand on entreprend
de louër le Roy , on ne sçau.
roit le louër aſſez . L'abondance
de ce que l'on trouve à dire
embaraſſe dans le choix. Les
$
GALANT.
3
penſées naiſſent en trop grand
nombre pour pouvoir les mettre
toutes dans leur jour ; & il
n'y a point d'expreſſions aff z
fortes pour répondre à la grandeur
d'une ſi noble matiere.
On ne peut dire qu'elle ne ſoit
pas nouvelle , & qu'il fot beſoin
, pour louër ce Prince ,de
le comparer aux Alexandres
& aux Cefars . Ce ſeroit ofter
beaucoup à ſa gloire. CesCon.
querans , quelque renommez
qu'ils foient , n'ont jamais vu
tantde Puiſſances liguées contre
l'élevation où ils eſtoient
parvenus. Tout eſtoit conjuré
contre le Roy , non pour affie.
ger ſes Places , comme l'on fait
dans les guerres ordinaires
mais pour entourer tous fes
Estats , comme on entoure une
ſeule Ville , & les afſieger ca
4
A2
4
MERCVRE
même temps , s'il m'eſt permis
de parler ainfi . Il y a plus en -
core .On vouloit faire révolter
le dedans en attaquant le dehors;
mais cePrince , par une
prudence & une vigilance qui
ne peuvent s'exprimer, pardes
ſoins & des travaux infatigables,
par des précautions qu'on
ne ſçauroit aſſez admirer , par
une prévoyance qui paſſe la
portée de noſtre eſprit , & enfin
par un genie fuperieur à
celuy de tous ſes Ennemisenſemble,
de tous leurs Miniſtres ,
de tous leurs Conſeils , & de
tous leurs Generaux , a coupé
la racine que la révolte devoit
faire étendre parmy ſes Sujets .
En mettant le calme dans ſes
Etats , il a porté la terreur dans
tous ceux des Princes Confederez
, & aprés avoir gagné
GALANT.
5
fur eux des Batailles par mer
& par terre , il a afſfiegé les plus
fortes Places de ces témeraires
Alliez quile vouloient aſſieger
luy - meſme ; deux Places qui
n'avoientjamais eſté priſes , &
qui eſtoient regardées comme
imprenables , Mons & Nice ,
ſituées dans des lieux fort éloignez
l'un de l'autre , avec des
Armées de terre & de mer , &
ces deux grandes expeditions ,
ainſi que celles de pluſieursautres
Places , ont eſté achevées
long- temps avant la ſaiſon où
les Armées ont accoûtumé de
ſe mettre en campagne , & en
dépit des neges , des ployes
froides , & de tout ce qui pouvoit
détourner de tenter des
entrepriſes inouies juſques au
regnede cet incomparableMonarque.
Quoy que la terre ne
L
A 3
6 MERCVRE
produiſiſt rien pour la nourriture
des chevaux quand il s'eſt
mis en campagne , il l'a neanmoins
couverte de Cavalerie ,
&il a fait mettre dans ſes Magaſins
, non ſeulement de quoy
tenir lieu abondammentde tout
ceque lanature nepouvoit luy
fournir en ce temps- là , mais
meſme de quoy ſuppléer à tout
cequ'elle auroit pú manquerde
produire, ſi par malheur l'année
euft eſté ſterile , de forte qu'on
pourroit dire que dans les lieux
qu'il a couverts d'hommes &
de chevaux , ce Princeaen le
pouvoirde rendre la terre feconde
en la faiſant produire
deux fois , comme le Soleilfait
en ces Climats fortunez , oùle
froid ſe fait rarement ſentir .
Le Roy en fourniſſant à fes
Troupes ce que la terre ne leur
GALANT.
7
auroit pas donné, elles ſe ſont
trouvées ſeules en eſtat de fub .
ſiſter; cequi ne ſeroit pas arrivé,
ſielle euſt eſté alors couverte
d'une ample moiſſon , puis
que les Ennemis auroient également
profité des preſens de la
nature,au lieu que par ſes ſoins
& ſa prévoyance ſes Armées
ſeules ont eu l'avantage d'en
joüir. Ce Monarque a fait plus
encore que tout cela. Il a pris
de ſi juſtes meſures, en dontiant
ſes ordres , que ſes Ennemis
n'ont point ſceu qu'il faifoit
remplir les Magazins de toutes
les Villesqui font ſous la domination
auprés de Mons. Il eſtoit
important que cette connoif-
- ſanee leur fuſt dérobée , parce
que de là dépendoit l'évenement
de ſes grands deſſeins ,
le ſuccés d'une entrepriſe éven.
A 4
8 MERCVRE
tée eſtant ordinairement douteux.
Il n'eſtoit pas ſeulement
queſtion d'en tenter une qui
ſembloit preſque impoffible , &
de la rendre facile par toutes
les précautions que la prudence
&l'intelligence dans le métierdela
guerre peuvent faire
prendre ; mais il falloit des
fondspour entretenir de nombreuſes
Troupes , pour foûtepirtoutesles
dépenſes d'unSiege
qui s'eſt fait avec tant d'Artillerie
, & de Mortiers , qu'il
ya peu d'exemples qu'on en ait
jamais fait venir un pareil
nombre pour attaquer une
Place. Ses revenus ordinaires
ne pouvant fournir les ſommes
immenfes que tout cela demandoit
, il ſembloit qu'il duſt
chercher du ſecours dans les
Impoſts mis ſur ſes Sujets , &
GALANT.
c'eſt cependant ce qu'il n'a
point fait , Sa Majesté ayant
cherché de plus doux moyens
pour en avoir , de forte que
pour empeſcher ſes Peuples de
s'en reſſentir , Elle a créé beaucoup
de Charges & de Rentes
, dont ils tireront de l'avantage
, qui dans l'avenir amoindriront
ſes Domaines . C'eſt une
bonté qui les touche d'autant
plus , que dans la conjoncture
des affaires preſentes , & dans
la crainte qu'ils avoient d'eſtre
accablez par la multitude des
Souverains qui avoientdeſſein
d'envahir la France,ils aurolét
contribué avec plaiſir pour les
repouſſer , de tout ce qu'on au:
roit pû exiger d'eux. Le Roy,
aprés avoir pris des meſures fi
juſtes , & ne manquant ny de
Troupes ny d'argent,& encore
A
10 MERCVRE
moins de bons Generaux,pouvoit
s'exempter d'aller en perſonne
à la conqueſte de Mons
mais ce Prince a voulu faire
voir à ſes Ennemis que leur
grand nombre eſtoit incapable
de le retenir ; & à ſes Sujets
qu'il n'épargnoit point ſa vie
lors qu'ilyalloit de la gloire de
l'Etat. Tantque le Siege a duré,
il s'eſt expoſé à tous les perils
les plus manifeſtes. Il y a commandé
en Roy & en General ;
il y a affronté les perils en Princeintrepide
; il a fait épargner
le ſang de ſes Troupes en Pere,
ne voulant pas que l'on précipitaſt
les aſſauts que l'on auroit
pûdonner plûtoſt aux Ouvrages
qui ont eſté attaquez ,&
enfin ilyaparu comme le plus
liberalde tous les Princes , aucun
ne s'eſtant diftingué pen
GALANT. "
dant le Siege,qu'il ne l'ait comblé
de ſes bienfaits .Tout ceque
je viens de rapporter étant conſtant
, ne sçauroit paffer pour
des loüanges , quoy que le Roy
foit extrêmement loué.Ce ſont
des faits; c'eſt l'Histoire mémes
ce ſont des chofes qui ne peuvent
eſtre dites que de ceMonarque
; puis quejamais aucun
Potentat n'a cu tant d'Ennemis
àcombattre , & ne s'eſt troυνέ
dans la ſituation glorieuſe
où nous voyons aujourd'huy
LOUIS LE GRAND . Je vous
dis des veritez preſque incroyables
; mais toute l'Europe
en eſt témoin, & loin qu'on les
puiſſe prendre pour des flateries
, ou croire qu'il y ait de
l'exageration dans la maniere
de les expliquer , on doit demeuser
d'accord que tous les
A 6
12 MERCVRE
termes font foibles quand il
s'agit d'exprimer ce qu'on ne
peut concevoir .
La matiere que jetraite vous
touche trop pour vous ennuyer.
Ainfi je pourſuivray ce
premier article , en vous faiſant
partd'un Diſcours fait par une
perſonne de voſtre Sexe, fur la
derniere conqueſte de Sa Majeſte.
Il eſt de Madame de Pringy .
Les autres Ouvrages que je
vous ay envoyez de fa façon
dans mes autres Lenres , doivent
vous faire attendre de
celuy cy tout le plaifir qu'on
peut recevoir d'une agreable
lecture.
GALANT.
13
SUR LA PRISE
L
DE MONS .
troubler 'ENVIE continuë de
'la tranquillité des Rois . Cette
ennemie du repos a donné la téme .
rité à ceux qui n'avoient pas la
puiſſance. Ne pouvant souffrir la
gloire des Lis , elle s'eft animée à
chercher les moyens de la ternir, &
l'éclat du jour luy faisant horreur
elle vouloit obfcurcir le Soleil de la
France ; mais elle est contrainte de
cacher fa honte dans les Enfers ,
laiſſant les Ministres de sa rage
couverts de ſa confufion. Ennemis
qui fuyez loin de nous , ne vous
abreuvez pas de fon fiel execrable.
Le mal qu'elle fait est la fuite ordinaire
du defir qu'elle donne , &
quand aprés de longues fatigues
14
MERCVRE
qu'ellefait essuyer pour entreprendre
ce qu'on ne peut executer , elle
vous confond dans vos propres malbeurs
, reconnoiffez les mauxqu'elle
cause. Que de peines , de foins ,
d'agitations de defirs , de fang, de
pleurs , & de travaux inutiles ! La
gloire devos peines eft refervéepour
celuy qui vous les causes àregret ,
&les lauriers des victoires nefont
dûs qu'à ce Prince qui trouve le
triomphe fans troubler la paix.
N'ayez plus la foibleſſe d'écouter
L'envie qui vousseduit ,sivous ne
voulez éprouverencore lespunitions
qu'elle vous prépare.Ne venez plus
vous oppoſer aucalme quiregne dans
les Etats d'un Monarque qui rend
le repos glorieux , &Songez qu'en
épuisant vos forces ,vous ne domi.
muez pas les nostres; & quepoun
les Peuplesde France,combattre&
vaincre n'est qu'une mesme chofe
GALANT.
15
!
- ſous les ordres de LOUIS LE
GRAND. Glorieux d'obeir , ani-
- me de valeur , couvert deſang ở
de pouffiere , le François porte par
tout la terreur ;& quand pardes
feux continuels il deſoloit voſtre
Ville Superbe , qu'un mouvement
impreven vous les montroitfans les
attendre , & vous obligeoit fans
ceffe àvous repentir par vos malhours
de b'engagement témeraireoù
vous estiez , que n'avez vouspoint
éprouve ? Abbatsus de longs travaux
, épuisez de tout , excepte
d'infortune , vous avez vû venir
une legion d'hommes , qui en éteignant
vos esperances ont redouble
vos craintes, &vous ont contraints
à quitter des lieux où l'on vous
couverts, desang,& dont la perte
vient devous couvrir de honte.C'est
dans ce derniextraitdelagrandeur
de nostre Monarque où il deviens
16 MERCVRE
admirable. Il vient devaincre avec
autant de bonté que de gloire. Iln'a
pas plûtoft triomphé qu'ilpardonne,
&la loy de ſon autorité est celle de
la misericorde. Il est party accompagné
defes legitimes esperances. Il
a augmenté ſes vertus en poursuivans
sa course , & il nous comble
de bonheur par l'aſſujettiſſement
d'un peuple àqui le malheur aprend
le devoir , & qui doit lire en gros
caracteresfa leçon dansſes infortu.
nes. Quel Prince ajamais ſcen aussi
bien que LOUIS LE GRAND
S'aſſujeitir ses peuples par amour
&ſes Ennemis parforce : Sa pre.
Sence anime une legion d'hommes ,
Son approche en fait trembler
une autre. Il fortifie cent mille bras
qui ne trouvent rien d'impossible ,&
ilabat cent mille coeurs qu'il ne pu
nit qu'à regret. Toute l'Europes'unit
pour altererſon repos. Cepen
GALANT.
17
e
dant il l'impose à l'Univers , & luy
* Seul contre un monde entier arreste
l'entrepriſe d'un temeraire ,fixe les
e projets d'un ambitieux , abbat l'or.
- gueil d'un injuste , &protegeun Roy
désrôné. Ilse deffend par tout ,
attaque où il veut. Ilpare tous les
coups qu'on lay porte , & n'en porte
I point qui n'accablent. Il est dans
tous les lieux par ses ordres , & fes
ordres font trembler tous les lieux.
Lieux que sa presence vient de
marquer , Monts qui eſtes le champ
de ſes Victoires , dites la verité ,
avouezfa gloire , & vostre confu-
- fion. Vous l'avezveu , ce Monarque
incomparable , fans crainte au mi
lieu du danger , auſſitranquille dans
leperil que dans fonrepos, d'un mouvement
tendre pourſes sujets,commander,
combattre & vaincre, s'expoſer
comme le moindre des hommes,
ſefaire craindre comme le plus grad
18 MERCURE
,
des mortels , & toujours égalà luy -
même dans les differens mouvemens
qu'il devoit remplir , confondre
ancantir, détruire l'orgueil&l'ennemy
par sa presence. Source iné.
puisable de vertus Modelle des
Rois , Figure desAnges , Prince qui
fuftes toniours le plus parfait des
hommes , vous eftes aviourd'huy le
plusgranddes humains. Vous avez
renversé ce que tout autre auroit eu
de la peine àſoûtenir ; vous avez
attaquépour vous deffendre,& vous
avez par voſtre derniere&brillante
Victoire donnéla crainte,la peine
&le repentir à ceux qui croyoient
vous faire le malqu'ils reffentent.
Que ne 'm'est il permis dans cette
occafion de vous admirer avec éloge,
&pourquoy faut-il que l'expreffion
la plus vive ne dépeigne qu'imparfaitement
lepompeux éclat de cette
Victoire ? Les plus grands Heros de
GALANT. 19
13
6.
es
es
A
- l'antiquité ont vaincu , n
A
mais pas un
n'avaincucomme vous,avectantde
bonté, tant de valeur,tant d'amour,
& tant de gloire, &s'il s'est trouvé
un Apelle pourAlexandre, il ne s'en
trouvera jamais pour Louis le
Grand. La perfection de l'Art ne
peut atteindre à la perfection de
la Nature, & quand les vertusfont
achevées , ce n'est queparlefilence
de l'admiration qu'on enfait l'éloge.
Juste , sage , grand& courageuxpar
excellence , vous eſtes une
merveille que l'antiquité n'a point
veuë , que nous ne pouvons dépeindre
, & que la posterité ne pourra
comprendre. Vous estes ce Roy Saint
dont parle l'Ecriture,quifait le bonbeurdeses
peuples &lefien par la
droiture de fon coeur , mais vonS
eftes auffice Roy fort qui porte l'épouvante&
la terreur àſes Ennemis
, & qui reduit en pouffiere ceux
20 MER CVRE
qui cherchoient à s'élever contreluy.
Point d'affaires, de temps,de lieux,
deſaiſons qui arreſtent le cours de
Ses iustes proiets. Ilva où le Ciel le
conduit ,fans s'embarafſſer des diffe.
rentes attaques qu'il reçoit. Mons
eſt investiparles nostres,&glorieux
devoir approcher le plus grand des
Monarques , il resiste un moment,
maisfon malheur ensevelitſon orgueil,&
la peur qui le trouble le
contraint au devoir , & l'oblige à
Sefoûmettre afin d'obtenir mifericorde.
C'en est affez pourfaire exau.
cerfes voeux. La valeurfait place
àla bonté, &la gloirede pardonner
fuccede à la gloire de combatre.
Voila , grand Prince , les fuites
néceſſaires de vos juſtes entrepriſes.
Voilàlafoumiſſion de l'Etranger ,&
l'autorité de vos armes. Voila la
hontede vos Ennemis & la gloire
de vostre nom . Enfin voila Mons
GALANT. 21-
Subjugué. La Flandre est afſſujettie,
l'Espagnoltremble , l'Empire craint
* le Savoyardfuit , &le Tiranredou
dere la puiſſance d'un Prince sijuste.
le Peuple abaissédu sommet de l'or-
.gueil , ferez- vous toujours animé
ns d'envie quand l'Eclat des vertus
* du plus grand Roy de la Terre ,
es
vous doit éclairer plûtoſt que de
1, vous éblouir ? La puretédefa gloire
- doit vous charmer , &non pas vous
It endurcir . Vous devez avoir moins
à d'envie deſes Victoires que d'éton
- nement de sa moderation , & ne
• pouvant luy donner voſtre obeiſſance
edu moins vous luy devez vostre
I admiration . Dieu des Armées , qui
repandeZvosgraces avec abondan.
ce fur nostre auguste Monarque ,
faites connoiſtreſes vertus à tout le
monde , comme vous nous les faites-
Sentir. Donnezà tout l'Univers des
impressionsvives de sa grandeur ,
-.
S
1
12 MERCVRE
comme nous avons des impreſſions
fenſibles de sa bonté, & puisque
vous l'avezfait le plus grand des
hommes&le plus puiſſant des Rois,
rendezfon bonheur constantsur la
terre , rendez la terre heureusepar
ladurée deſes jours.
Les vers qui ſuivent vous
paroiſtront placez à propos ,
puis qu'ils ont eſté faits fur le
départ de Sa Majeſté. Ils
ſont de Mr Marcel , & le fameux
Mr d'Ambruis les a mis
enair.
L
AIR NOUVEAU.
OVIS vient de partir , fiers
Ennemistremblez;
Déja vous entendez l'éclat de fon
tonnerre,
Malgrévos Princes aſſemblez
EC
ner
ble'sau
ter
Et
re et vi
ploits a-ud
LYON
12
con
Sen
102
109ren
ter
la
pa
nd
dé
fo
m
er
[
D
GALANT.
23
Au coeurde vos Etas il va porter
laguerre..
Riennepeut arreſter lecours
Desavaleur&defa gloire ;
Etvousverrez volerfurjes pas la
Victoire ,
LeCielpourses exploitsavance les
beaux jours,
L'Auteur du Madrigal que
vous allez lire a eu la meſme
penſée , & l'a exprimécheureuſement.
SUR LE DEPART
du Roy.
DEs que Louis le Grand eut forméle
deſſein
Desemettre en campagne,
Levent ceffa, l'air futferein.
C'est ainsi que toujoursle bonheur
l'accompagne.
:
24 MERCVRE
Plus de vents , plus de frimats ,
Cesreſtes importuns de laſaiſonfacheuse
Ont abandonné nos climats ,
Etpour rendrefa marche beureuſe
Plus brillant unefois le Soleilsefait
voir ,
Sachaleurfe réveille ,
Apollon rempli ſon devoir ,
EtMarspromet Mons&merveille.
Voicyunemaniere de perit
Opera , que l'Auteur intitule ,
LaFeſte univerſelle à l'honneur de
LOUIS LEGRAND. vous
reconnoiſtrez en le liſant qu'il
n'eſt pas indigne de voſtre ap .
probation.
C
MOMUS .
en ce Eft en jour que l'amour nous
•fait voir.
Que tout reconnoiſt ſon pouvoir.
Les Dieux reverentfon empire.
Il tient Iupiter dans lesfers ;
Pluton
GALANT.
25
.
(
1
1
Pluon dans ses prisons soupire ;
Neptune brûle dans les mers .
LISIS .
D'où vient que depuis quelques
jours
Le Sens je nesçay quoy quimefait
de lapeine?
Sans esperer aucunſecours ,
Par tout jeſuis Climene ,
Ie m'éloignede nos hameaux ,
Et mesme ilfaut que mesTroupeaux
Sejoignent au troupeau de la belle
inhumaine
S'ilspretendent que je les mene.
CLIMENE.
Ainsi, Berger , vous les défendrez
tous
Des attaques des Loups.
Ie confens qu'ilspaiſſent ensemble.
Allons danſerſous ces ormeaux.
Le Dieu qui nous aff mble ,
Aura leſoin denos troupeaux.
Avril 1691. B
26 MERCVRE
Le Choeur des Bergers repete
les trois derniers Vers .
Allons , &c .
DEUX BERGERS .
Quelmoyen dese defendre
Des careffes de l'amour ?
Ilfaut à lafinse rendre ,
On doit aimer quelque jour;
La Beautéqui cherche àprendre
Se trouve prife àson tour.
Quelmoyendese défendre
Des careſſes de l'amour ?
DEVX BERGERES .
Onne perd rien pour attendre
Danscet aimableSejour.
Suivons le chemin de tendre.
Necherchons aucun détour.
Vn Amant peut tout pretendre,
Quandilfçait fairefa cour.
Choeur de Bergers .
Onneperdrien pour attendre , &c .
LISIS.
Quand uneBeauténous enchaine
1
GALANT. 27
"Qu'elle nous fast sentir la douceur
deſes coups ,
Onse laisse menerfans peines
La liberté n'a rien qui fost fi dou ,
CLIMENE .
Qu'onmarche avec afſurance
Quandlefort remplis nôtre espoir
Quand le coeur fuit l'obeiſſance ,
" Quand l'amourprévient ledevoir !
Choeur de Bergers .
leunes Amans ,
Que vos plaisirsferont charmans!
Latendreſſe
Qurvous preffe
Vousfaitparoiſtre les momens
De longs retardemens.-
LISIS & CLIMENE.
Qu'on rie , qu'on chanse , qu'on
danſe
Dans cet heureux jour ;
Quelajoge augmente
Que toutse reffente
Des bienfaits de l'amour.
Ba
28 MERCVRE
CALLIOPE .
On voit,lors qu'à l'amour onſe laiſſe
engager,
Quela flâme la plus belle
Devient à lafin mortelle ;
Evitezſagement unfi crueldanger.
PAN.
Fayonsſaſurpriſe .
Sescharmes ,fesfers 3
Manquerdefranchise,
de
C'est estre aux enfers.
VRANIE.
Un Amant n'estquere ſage ,
Il s'estime malheureux
Si l'onmépriſeſes feux ;
Mais ill'est bien davantage
Quand on répondàſes voeux.
MELPOΜΕΝΕ .
Craignez, imprudente leunesse ,
Gardez pourla vertu toute voštre
tendreffe.
Choeur de Bergers .
Lavertuferoitfarouche ,
:
GALANT.
29
S'iln'estoit permis d'aimer ;
Un objet aimable touche ,
Hadroitdenous charmer.
PAN.
CeSexevolage
1.
Iamais ne s'engage
Quepourun moment.
Comme ilse dégage
Sansſçavoir comment,
CALLIOPE .
Mettons nousen oubly les Arts les
plusparfaits
Qui prestent à l'amour d'inévita.
bles traits?
On captive les coeurs par les Vers
d'Oranie.
VRANIE.
LaMuſiquefur toutparsespuissan
accords
Charme les Immortels , les Vivans
les Morts.
Larage cede à l'harmonie .
Sa douceur calme les fureurs,
A3
30
MERCVRE
Et l'on voit que la fimphonie
Suspend les plus grande's douleurs
MELPOMENE
Il n'est rien que l'on n'enchante
Par les charmes de la voix ,
Etla Live eft bien plus puiſſante
Que le fceptre des plusgrands
Rois.
LES MUSES s'adreſſant à la Renommée
qui ſurvient , précedée
par des Trompettes & des
Hautbois.
Vous venez à propos , joignons nous
joignons nous,
Leconcert enféra plusdous.
LE CHOEUR.
Celebrons cette Feste ,
Et que chacun s'apreste
Achanter tour à tour.
La merveille des Arts , &celles de
L'amour.
LA RENO ΜΜΕΕ.
Que deviendroient ces Arts dans le
fiecle où noussommes ,
GALANT.
31
Si le plus granddes Rois.
Si le plus grand des hommes
Ne les faisoit fleurir a Confacronsluy
nos voix.
SUIVANsde la Renommée .
Publions àl'envyfon éclatantegloire,
Traçonsde ſes hautsfaits làme.
morable histoire ; (veuir
Leur nombre étonnera les fiecles à
Et bien loin de ne les pas croire.
Ils en conferveront toujours lefou-
:
venir ,
DEUX FAVNES .
Dans l'horreur des combats ceux qui
l'ont oséſuivre ,
L'ont veu cent fois en danger de .
perir;
Mais celuy qui montre à bien vivre
Nedoit jamais mourir .
DEVX NIMPHES .
Des monstres infernaux il a vaincu
la rage
Lors que dans ſes Etats ila détruit
Perreur;
B 4
32
MERCVRE
Des Combats (inguliers il a banny
l'usage ,
On n'entend plus parler d'une telle
fureur,
NEPTUNE.
Ie luy vois faire des miracles
Pour releverl'éclat d'un Trône renwersé
,
En vain un fier Tirany forme des
obstacles ,
Ilſe verra bientôt à son tour abaißé
Ilſera contraintde descendre ,
L'imprudent court àſon trèpas ;
Sifon crime a pû noussurprendre
Safin ne noussurprendrapas ,
Troupes d'Irlandois .
Que la foudre
Le reduiſe en poudre
Four punirſa fureur,
Que la foudre
Le reduiſe en poudre
PourSoulager nostre douleur.
GALANT.
33
Deux François.
Quele Ciel en colere
L'accablede malheur,
Et que bientôt Cerbere
Lay devore le coeur.
!
Troupe d'Irlandois.
Qu'il meure, qu'ilperiffe .
Choeur de François.
Que leCielpuniſſe
Ce coeurinhumain.
Troupe d'Irlandois.
Qu'il meure , qu'il periffe.
Troupe de François.
Ilperira de nostre main.
Un Irlandois.
LePeuple d' Albion fon Monarque
abandonne.
Dansunsi triste fort quelfera fon
appuy ?
Ilperdenun moment unetriplecou
Lonne
Chooeur de François .
Han , non , il ne perdriew , LOVIS
fixa pour luz.
34
MERCVRE
MOMVS .
Moyqui trouve tout àredire ,
Quine trouve rien de parfait ,
Iemefens obligé de dire
Que des grandes vertusce Prince est
leportrait.
CeHeros bien souvent aux dépens
defågloire
Content desa grandeur ,
AfixélaVictoire ,
Etretenu ſon coeur.
Son Etat parses foins en delices a.
bonde;
On parlera de luy iusqu'à la fin du
monde.
LECHOEUR.
Il est heureux, pieux ,&iuste,
Et la Victoire fuitfon char.
Iln'est pas moinsfage qu' Augu
ſte,
Il est plus vaillant que Cefar.
LA RENO ΜΜΕ'Ε.
Quefon nom vole
GALANT .
35
Plus viſte qu'Eole
Partout l'Univers.
Suivans de la Renommée.
Quesonnom vole
De l'un àl'autre Pole:
Qu'àsonhonneuron chantemille
Vers .
CALLIOPE .
NostreParnaffe,
CIBELE.
Nos Campagnes.
UNE DR VIDE .
Nos forefts
VNE NAYADE.
Nos Eaux,
UNE OREADE .
Nos Montagnes.
Chooeur de Muſes & de Nimphes.
Retentiſſent toûjours du bruitdeſes
exploits ,
Ilest plus Roy que tous les autres
Rois.
B 6
36
MERCVRE
LE CHOEVR .
Il est plus Roy que tous les autres
Rois.
Sa grandeur n'apoint deſeconde,
Et nous défions le Soleil ,
Luy qui fart tout le tour du monde,
De voir iamais rien de pareil.
Deux François .
Mars ſur nos Ennemis fait tomber
Son tonnerre ,
Illes confond, illes détruit ,
Et cependant dans noftre terre
Apeine en oyons nous le bruit.
Sans quitter fon Palais il gagnedes
Barailles.
Hollandois, Allemans, appaisez fon
couroux ,
Tous vos Campsfont par luy remplis
de funerailles.
Que ne fera t'il pas s'il s'approche
de vous ?
Mais un ieune Heros doit terminer
laffaire ,
G
GALANT. 37
Et
Si Louis faisoit tout , qu'auroit son
Fils à faire ?
Ce Prince nous fait voir en fignalantfonbras.
Qu'il fuit bien ses leçons , qu'il
marche surses pas.
MERCVRE .
Il est prest àpartirfurvy de la fora
tune
le viens de luy porter
Le Trident deNeptune ,
Et le foudre de 1upiter.
CHOE VR .
- Grand Prince , si le ciel daigne
exaucer nOS VEUX ,
Tu ioviras d'un fort encore plus
beureux2
Le bonheur te ſuivradans lapaix,
dans la guerres
Acent Peuples divers tu donneras
des loix,
Nous le verrons un jourle Maistre
de la terre
38 MERCVRE
Tout l'Univers fora l'Empire des
François.
Dieux, confervez cegrandMonarque,
Qu'il n'ait jamais que de beaux
iours ;
Que iamais la cruelle Parque
Nen puiſſe interrompre lecours.
BACHVS ,
Quoy,Sans Bachus fait on des Feftes
Et celebre- t'on de LOVIS
Les hauts faits inouis ?
Mars ny l'amour fans moy nefont
point de conquestes ,
Pour les Guerriers il faut du vin.
SILENE .
Beuvonsfansfin
De ce nectar divin .
Que chacun s'enyure ,
Malheur à qui ne voudraſuivre
Ce Dieu depamprecouronné,
Qui's'enyora dés qu'ilfut né.
GALANT.
39
BACHUS & SILENE .
Beuvons , chantons , vaidons les
pots,
Pour boire àlaſantédu plusgrand
desHeros.
CHOEVR.
Prions les Immortels de nous donner
lapaixز
Que le bruit des Canons, des Moufquets
, des Trompettes
Faffeplace aux Balets, aux Chan-
Sons, aux Musenes .
VN FRANCOIS .
Ab, quand viendra ce temps avec
tous ses attraits !
CHOE VR .
Ilvavendre bien tôt nos defirsfatis
Lefiecle d'or qu'onvitſous le regne
faits.
d'Auguste ,
le Iufte;
Varegnerſous le Fils du Roy Louis
Nos lauriers produiront les Mirthes
delapaix ,
40 MERCVRE
Pour nefecheriamais.
Le Dialogue qui fuit eſt tellement
de faiſon , que je croy
ne vous pouvoir rien envoyer
qui ſoit plus capable de vous
fatisfaire . Si l'Auteur continue
à travailler fur cette matiere, ce
qui ſeroit fort à ſouhaiter, je
vous feray part de tous lesOuvrages
qui partiront de fa
Plume.
**********
LE HOLLANDOIS
dansla Barque de Caron.
DIALOGUE.
CARON.
ABord, à bord , à bord
vic ,Rameurs , à bord, la
GALANT.
41
Barque s'enfonce , & nous allons
tous perir. Malheureux
e Mercure , ſi jamais il t'arrive
de m'amener des ames peſantes
, j'iray te dénoncer à Minos
& je te feray condamnerlatirer
mes rames à perpetuité .
er
e- MERCURE .
Il faut que je fois né ſous une
• Etoile bien maligne. J'ay de la
1 peine autant que quatre : amais
Baſque n'a tant couru que je
fais. J'uſe chaque année plus
- de vingt paires d'ailles& autất
de fouliers , à conduire & reconduire
les Ames , & il faut
que je fois encore garant de
-leur peſanteur , comme ſi les
Parques me les delivroient au
poids.Sçache , Caron , que ces
airs de Maiſtre que tu te donnes
avec moy , ne peuvent
m'accommoder. Retranche- les
4
42
MERCVRE
je te prie , autrement....
:
CARON.
Je n'ay que faire de tes contes
, & il m'importe fort peu
parqui ſoit exercée la commiffion
dont tu es chargé. Je ſuis
ſeur qu'elle ne ſçauroit eſtre en
de plus méchantes mains que
les tiennes ; mais il n'eſt pas à
preſent queſtion de diſputer ;
il s'agit , ou de vuider ma Barque
, ou d'y donner un ſi juſte
contre- poids , qu'elle ne panche
pas plus d'un coſté que
d'autre. Prenons du ſable fur
le rivage; que chacun ſe mette
en devoir d'en jetter dans la
Barque ,&qu'on ne ceffe point
que je ne le commande.....
MERCURE .
A quoy t'amuſes tu , Caron ,
avec ton contrepoids ? tu vas
faire unbeau chef-d'oeuvre . Ie
GALANT.
43
20
el
لا
me condamne de moy meſme
àtirer tes rames, ſitu parviens
juſqu'àla moitié du fleuveſans
t'abiſmer. Fais autrement ; je
viens d'appercevoir cette Ame
peſante ; mets -la dehors. &
vogue à ton aiſe , tu paſſeras
fans contrepoids.
CARON.
Tes yeux ſont ſans doute
meilleurs que les miens, car
je nela voy pas.
MERCURE.
Faut-il s'en étonner ? Tu
esvieux , & je ſuis jeune; tu
es dans un lieu fombre , & fans
lunettes , & jenay les meilieures
du monde.Quandje crevay
les yeux d'Argus , j'en arrachay
une demy douzaine que je gar.
de en poche . En voicy deux
dontjete fais preſent.
44
MERCVRE
CARON.
Oh , que vois je ? oh , la grof.
ſe maſſe d'Ame Pourquoy me
l'avoir amenée ? Comment
l'appelles - tu ?
MERCURE.
C'eſt l'ame d'un Hollandois.
CARON.
Tu me rends - là de bons
offices , Mercure. Tu peux te
vanter que ce n'eſt point ta
fante ſi je n'ay pas eſté ſubmergé.
A la pareille , je prendray
ſoin de te dépeindre à Pluton
avec de fi bonnes couleurs qu'il
te traitera comme tu le merites .
Ignores -tu les deffenſes qu'il
a faitesde pafferd'autres Ames
que celles des hommes ? Affeurement
celle cy n'en eſt point
une,
MERCURE .
Tout beau , Caron ,ta coGALANT
.
45
lere eſt mal fondée . Cette grofſe
Maſſe , telle que tu la vois
eſt l'Ame d'un homme , mais
à dire vray , plus materielle
que les Ames ordinaires.Tu
auroisdonc eſté dans une bien
plus grande ſurpriſe , ſi tu
l'avois veuë lors qu'elle fortit
- du corps qu'elle a animé . II
faut ſçavoir combien je l'ay
limée & rabotée pour la met-
-tre en état de ne peſer pas plus
qu'une Ombre ; mais je n'ay
ofé y tien oſter davantage , de
crainte qu'en voulant la décharger
de tout ce qu'elle avoit
de materiel , je ne la reduiſſiſſe
à rien.
CARON.
Je commence à goûter le
conſeil que tu medonnois tout
à l'heure de la laiſſer aller fur
le rivage , & de l'abandonner
46 MERCVRE
au Temps , qui minant toutes
choſes imperceptiblement , en
enlevera tout ce qu'elle a de
terreſtre beaucoup mieux que
tes rabots & tes limes, & aprés
cela nous la paſſerons..
MERCURE .
A propos de ce Hollandois ,
il me ſouvient , Caron mon
vieil Amy , qu'autrefois nous
fimes enſemble un petit voyage
en l'autre monde , pour y
voir ce qui ſe paſſoit ſous le
Soleil . Je voudrois que l'envie
te priſt àpreſent d'y en faire
un autre , il ne fera pas long ,
&je ne te meneray qu'en
Hollande , où tu verras ces
gros Meſſieurs les Hollandois
qui , toutes groſſes que font
leurs ames , ont des corps qui
les furpaſſent encore de beaucoup
en groſſeur.
GALANT.
47
1
e
CARON.
Ce ſeroit faire un hardy coup
que de laiſſer ainſi les Ames &
la Barque à l'abandon ;tu ſçais
bien que ny toy ny moy , n'avons
point de temps de reſte.
Cependant ſur la parole que
tu me donnes , que ce voyage
ne ſera pas de durée , j'y conſens
, partons . Mais à qui laifſerons-
nous ma Barque à gouverner?
MERCURE. 1
Je vois là un hommequi ſera
ton affaire. Eh ! Duqueſne , à
moy , mon cher. Paſſe deçà ,
nousavons beſoinde toy .C'eſt
un bon Compagnon,qui en ſon:
temps a veu de fort prés les
Hollandois , & leur a ſouvent
fait peur. Je te répons de luy ,
c'eſt un François , il te ſera fidelle.
48 MERCURE.
CARON .
Malepeſte , comme tu voles
j'ay peine à te ſuivre. Je vois
le jour , & il faut que nous
ſoyons déja ſur la Terre.
MERCURE .
:
Oüy, nous y ſommes , tiens
toy bien , & fais ce que je te
diray. A noftre premier voyage
nous entaſſames Montagnes
ſur Montagnes , & nous
nous miſmes au fommet pour
mieux découvrir ; mais il ne
s'en trouve point icy , ce qui
m'embaraſſe un peu. Attens ;
voicy un expedient tout trouvé.
Vivent les eſprits inventifs.
CARON:
Que voy - je là , Mercure ?
Il me ſemble appercevoir des
Barques comme la mienne. Ie
croyois eſtre le ſeul Nautonnier
6
GALANT.
49
nier que les Dieux cuſſentcréé xeuffentcree
MERCURE.
Tu t'es trompé. Voicy des
Dt Barquesen affez bonne quantité
,& beaucoup plus grandes
que la tienne. Vois- tu cette
foreſt de mats ? c'eſt le Port
" d'Amſterdam , Ville Capitale
de la Hollande. Choiſi le plus
haut de ces mats , & grimpe.
deſſus . Ie vais me mettre fur
『un autre tout prés , d'où je ſatisferay
à ta curioſité . Prens
tes yeux d'Argus .
-,
CARON.
Pourquoy tantde Barques ?
- à quel uſage ſont elles employées
?
MERCURE.
Ce que tu nommes Barques,
ils les appellent Vaiffſeaux ou
Navires , & ils s'en fervent
pour courird'un boutdu Mondeà
l'autre.
Avril 1691 . C
1
SO
MERCVRE
CARON.
Qu'est- ce que cette groffe
machine de pierres que je vois
àma droite ;
MERCURE.
C'eſt l'Hôtel de Ville , qui
a couté des ſommes immenfes
àbaſtir.
CARON,
Aquoy bon tous ces cordages
, ces mats & ces anchres,
que je vois ſur le rivage à ma
gauche?
MERCURE.
C'eſt ce qu'ils appellent le
Magazin des Indes. Il eſt remply
de richeſſes , & contient
de quoy équiper un nombre
infiny de Navires .
CARON.
Etces manieres de Coloſſfes
qui vont & viennent le long
du Port , à quoy ſervent- ils ?
GALAN Τ.
10
MERCURE .
Ces meſmes Coloſſes que
tu vois ſont ce que l'on appelle
les Hollandois , & c'eſt
de ces gros corps que fortent
ces groffes Ames dont une
feule a manqué de faire enfoncerta
Barque.
CARON.
Par Pluton , je ne me ſerois
-jamais imaginé que ce fuffent
lades hommes. Je les prenois
pour des Elephans ces Ani-L
maux monstrueux , dont j'ay
oüy dire tant de merveilles à
Alexandre , à Porus,& auxautres
qui nous font venus des
Indes. Mais peut eſtre m'en
impoſes- tu , & il me souvient
qu'à notre premier voyage , ce
que tu me faifois paffer pour
des hommes n'eſtoit pas plus
gros que des fourmis .
A
C2
52
MERCVRE
MERCURE .
Ta remarque eſt bonne , &
pourtant jene te trompe pas ;
mais la cauſe de ton erreur
vient de ce que la premiere
fois tu regardois les hommes
deloin & fans lunettes , &
icy tu les vois de prés ,& avec
des yeux d'Argus. Il faut ſeulement
convenir que les premiers
, tout gros qu'ils eſtoient,
l'eſtoient pourtant beaucoup
moins que ceux - cy, qui vivant
dans des lieux de marécages ,
n'ont qu'un ſang groffier qui
rends leurs corps de meſme
trempe.
CARON.
•Laiſſons là leurs corps , &
voyons- les par l'eſprit. Auffibien
n'y a-t'il que par cet endroit-
là qu'ils ſont ſoumis à
ma Jurisdiction.Dis moy donc
GALANT.
53
as
eu
er
à quoy s'occupent les eſprits
des Hollandois.
MERCURE .
Ce fontde bonnes gens,dont
toute l'ambition ſe termine à
commencer tranquillement.
Pourveu qu'ils ayent la paix
* de ce coſté là ,ils ſont contens,
& on ne les voit guere inquie-
# ter ceux de leurs voiſins qui
leur laiſſent la liberté du trafic.
CARON.
Ie les aime d'eſtre de cette
humeur,& je leur ſeray le plus
favorable que je pourray , à la
ſeureté de ma Barque prés. Ils
ne font pas reſponſables de ce
que les Dieux n'ont pas jugé
à propos de fubtiliſer davanta-
-ge leurs eſprits. Iet'aſſure que
quand celuy que nous avons
laiſſe ſur le rivage ſe ſera dé---
materialiſé , je le paſſeray du
G3
54 MERCVRE
meilleur de mon coeur , & le
placeray dans un endroit des
plus commodes & des plus honorables
de ma Barque .
MERCURE
Ecoute , Caron, cela va bien ,
mais ils ont un defaut qui leur
porte plus de préiudice que
tous leurs Ennemis les plus
animezne sçauroient faire . Ils
prennent trop facilement la
mouche , & ont ombrage de
rien . Ils ont quatre voiſinstrespuiſſans
dont ils ſe défient; &
un entre autres qui leur eſt &
ſuſpect , qu'à la moindre démarche
qu'ils luy voyent faire ,
ils remuent contre luy le Ciel
&la terre , quoy qu'il ne fonge
point àleur nuire; car il les regarde
comme les Eleves de ſes
Anceſtres , & les ſiens meſmes ,
il oſt ravi de les voir dans la
GALANT.
55
proſperité : mais quand il les
voit entrer en défiance de luy ,
il commence par les raffurer ,&
s'ils refuſent d'aioûter foy aux
proteſtations d'amitié qu'il leur
fait faire , & qu'ils continuent
àcabaler contre luy , c'eſt alors
qu'il les châtie ; aprés quoy il
leur redonne la paix.
CARON.
Tu me fais plaifir de m'inſtruire
si bien ; mais nommemoy
leurs Voiſins , & fur tout
celuy qui leur eſt ſi ſuſpect.
MERCURE .
Les trois premiers font les
Allemans , les Eſpagnols , &
les Anglois ; & le quatrième
dont ils ont taut de défiance ,
c'eſt l'Empereur des François.
CARON.
Toutes ces Nations me ſont
connues , & je paſſe tous les
C4
56 MERCVRE
joursdes gens de leurs quartiers.
Ie me divertis meſme
ſouvent à les entendre raiſonner
, &jeris ſous cape quand ils
diſent qu'ils font morts pour la
querelle du Prince d'Orange ,
comme ſi ce Prince d'Orange ,
formé de bouë comme eux ,
valoit la peine qu'ils s'intereſſaſſent
à ſa querelle juſqu'à ſe
faireégorger pour la défendre.
Mais qui eſt donc ce Prince
d'Orange ? On ne parle que de
luy dans ma Barque. Les uns,
diſent , je ſuis mort de faim &
de miſere en Irlande, où j'eſtois
au ſervice du Princed'Orange.
Vn autre dit , j'y eſtois auſſi , &
j'y ay eſté tué , parce que j'ef-
Lois dans un parti contraire à
celuy du Prince d'Orange.
D'autres font morts ſur mer , à
Fleurus , à Staffarde , & tous
GALANT.
17
ou
dans la guerre allumée dans
l'Europe , pour foutenir
pour faire avorter l'entrepriſe
du Prince d'Orange. Dy moy
qui il eſt .
MERCURE .
Le Prince d'Orange eſt un
ambitieux qui paſſant ſur toutes
les loix de la Nature & de
l'honneur les plus inviolables ,
eſt allédétrôner le Roy desAn .
glois , fon Oncle & fon Beaupere
; & cela , à l'aide de ces
Hollandois que tu vois devant
toy
CARON..
Tu me les dépeignois ſi paifi
bles. Pourquoy donc ont-ils.
contribué à cette guerre; qui
ne sçauroit ſe faire ſans détrui.
releur commerce , qui , à t'en
tendre parler , eſt leur Idole
Cs
18 MERCVRE
MERCURE .
C'a eſté par une inſpiration
de leur mauvais genie , & de
cet eſprit de défiance qui les
gouverne . Ils ſe font imaginé
quele Roy de France vouloit
ſe rendre maiſtre de leur liberté
& de leur commerce . Ils ont eu
le maſme ſoupçon du Prince
d'Orange , qui vivoit chez eux
aleurs gages , & en qualité de
Lieutenant General de leur
Etat. Pour éviter donc de tom .
her ſous la domination de l'un
& de l'autre , ils ont mis celuy.
cy hors de leur Pays , en luy aidant
à conquerir un Royaume;
ilsluy ont attiréſur lesbras
une des plus fories guerres qui
ſe ſoient jamais veuës , & qui
te donnera bien de l'exercice .
CARON.
Qu'est- il arrivé de là 2 le
GALANT.
59
m'aſſure que cette politique
leura acquis une paix profonde
, & une afſſurance entiere
que leur commerce ne ſera
point trouble .
MERCURE.
C'eſtoit là ſans doute leur
veuë , Caron , & c'eſtoit- là le
plauſible de leur deſſein ; mais
de bonne foy , font-ce là les
moyens qu'ils falloit employer
poury parvenir , & pour peu
que leurs eſprits , qu'avec rai
ſon tu trouves ſi peſans , euffent
eſté plus fubrils , n'euffent- ils
pas reconnu facilement que
cette entrepriſe cauferoit leur
perte
CARON.
Explique - moy ce que tu
veuxdire. Ie ne fuis pas aſſez
informé de la ſituation où fort
leurs affaires . pour concevoi
ton raiſonnement..
C6
60 MERCVRE
MERCURE .
Il faut que ru ſçaches que le
Royde France qui leur eſtoir
ſuſpect , ne devoit pas eſtre
ſoupçonné d'en vouloir à leur
liberté . Ce Prince a des Etats
affez vaſtes & affez riches pour
s'en contenter. Il y a une bar ,
riere entre eux & luy tres-dif
ficile à rompre. C'eſt un enchaînement
de Villes fortes.
qu'on ne sçauroit prendre ſans
répandre beaucoup de ſang , &
on ſçaitque ce Prince ménage
le plus qu'il peut celuy de ſes
Sujets . D'ailleurs le Pays.
qu'ils occupent ne vaut pas la
peine qu'on ſouhaite en eſtre
Maiſtre. Il eſt diſpoſe de telle
maniere , qu'il ne peut etre
conſervé , ny habité que par
eux , & par confequentiln'invite
guere à le conquerir. Si
,
:
GALANT. 61
l'onjoint à cela que le commerceque
ſes Sujets fontavec eux,
ſans courir les riſques d'une
longue navigation,luy rapporte
preſque autant d'avantage
que s'ils étoient fes Tributaires
, on jugera aisément que ce
grand Roy,qui avoit de la gloire
de reſte ,& qui ne fongeoit
qu'à jouïr des fruits de la paix
qu'ilavoit procurée àſon Peuple
& donnée à les Voiſins ,
ne devoit pas eſtre ſoupçonné
de leur en vouloir. II
n'en eſt pas ainſi du Prince d'Orangesil
n'eſt que trop évident
qu'il fongeoit à ſe les aſſujettir,
&je ne ſçay s'il n'en viendra
pointà bout. Voicy comment
ils ontraiſonné àfon égard. Le
Prince d'Orange ayant trouvé
à propos de leur découvrir le
deſſein qu'ilavoit fait de détro
62 MERCVRE
nerfon Beaupere , ils appuyerent
ſa reſolution , & la fortifierent
par les ſommes qu'ils
luy donnerent & qu'ils luy promirent
, & par des ſecours
de Vaiſſeaux & d'hommes . Ils
firent cela pour ſe défaire d'un
Prince dont l'ambition démefurée
leur eſtoit connue , &
qu'ils sçavoient qui vouloit
regner à quelque prix que
ce fuſt . Ils avoient ſujet de
craindre que ce ne fuſt chez
eux , parce qu'il n'eſt pas aisé
d'enlever des Etats entiers à
des Souverains , au lieu qu'il
pouvoit plus facilement ſe rendre
Maistre des leurs , puis
qu'il en avoit déia les forces à
ſon commandement , & qu'il
s'eſtoit fait des Creatures dans
les Etats qui les facrifioient,
ou par la crainte d'être immo
GALANT. 63
lez , ou par intereſt.Ainfi.com .
me il eſtoit Maiſtre des Troupes
& des Magiſtrats , leur liberté
alloit expirer , & ils crurent
en luy donnant tout ce
qu'il falloit pourle chaffer
qu'ils en tireroient un double
avantage; premierement en ce
que ce Prince s'éloigneroit
d'eux,& les delivreroit des frayeurs
continuelles que fon ambition
leur caufon;& en ſecond
lieu , en ce qu'il viendroit à
leur ſecours toutes les fois qu'on
voudroit les inquieter. Voilà ,
comme ie te l'ay fait déia obforver,
le plausible de leur raifonnement
, & voicy en quoy
ils ont tres-groſſfierement erré..
Ils penſoient conſerver par là
leur commerce , & ils ne faifoient
pas reflexion que pour
foutenir cette entrepriſe il faue
64 MERCVRE
droit faire une guerre qui l'in
terrompt confiderablement. Ils
eſperoient ſe delivrer du Prinee
d'Orange,& ils ne faifoient
pas attention ſur ſon genie,qui
le porte à prendre de l'argent
de toutes mains. Ils penfoient
mettre leur liberté à couvert ,
& ce Prince la tient actuellement
opprimée. Il ſe ſervira
de l'argent des Hollandois pour
fubiuguer l'Angleterre , &enfuite
il ſe fervira de l'argent des
Anglois & de leurs Troupes
pour ſubiuguer la Hollande.
Ceux- cy contribueront volontiers
de leur bourse & de leurs
forces pour cette expedition ,
afin d'eſtre Maiſtres du commerce
dans tous les lieux où il
leur eſt difputé par les Hollandois.
Ainfiil n'y a que la France
qui puiſſe empêcher que leur
liberté ne foit oppriméc.
GALANT. 65
CARON .
Je vois bien par tout ce que
tu medis , que la Republique
ne ſubſiſte plus .
MERCURE .
Si l'on s'en tient ſimplement
aux noms , la Republique fubſiſte
encore; car tout ſe paſſe au
nomdes Etats , mais ſi l'on confidere
l'eſſentiel , il eſt conſtant
qu'il n'y a plus de Republique,
puis qu'aucune reſolution ne
s'y prend qu'aprés avoir eſté
dictée par le Prince d'Orange.
C'eſt luy qui diſpoſe des Charges
de Guerre & de Magiſtrature.
C'eſt lui qui regle le defaré
des Vaiſſeaux , & ie le regarde
comme le veritable Souverain
de la Hollande. Il eſt actuellement
à la teſte de leur Armée
de Terre, où il les flatte d'aller
faire lever le Siege de Mons ,
66 MERCVRE
que le Roy de Franceaſſiege en
perſonne avec une Armée formidable
. Quant à leur Armée
de Mer , il la va joindre à la
flotte Angloiſe par qui illa fera
ruiner , perfuadé que plus les
Hollandois feront foibles , plus
il aura de facilité à les reduire.
CARON.
Si cela eſt , adieu la liberté
de la Hollande. Il y a grande
apparence que le Prince d'Orange
s'en fera hautement declarer
le Souverain. Quelle pitié
d'avoir fi peud'eſprit, & des
Ames ſi peu clairvoyantes ! En
verité , j'ay de la compaſſion
pour eux , & ces bonnes grofles
gens me font de la peine dans
le danger que ie leur voy courir.
le ne verray qu'avec un
grand déplaifir que des gens de
ma profeffion , & qui font en
GALANT. 69
quelque façon mes Camarades,
- foient reduits àl'esclavage. St
tu ſçavois quelque moyen de
les en garantir , tu m'obligerois
- de leur donner tes conſeils .
Songe , mon cher Mercure , &
dis moy ce qui te vient dans
l'eſprit. Quelquefois les premieres
penſées ſont les meilleures.
MERCURE.
J'en ay une plaiſante .Tu en
penſeras ce qu'il te plaira , je
vais te la dire . Ce qui donne
la hardieſſe au Prince d'Orange
de fonger à affojettir les
Hollandois, c'eſt le grand pouvoir
où il eſt , & l'efperance
dont il ſe flatte de détruire
tout à fait l'autorité du Roy
fon beaupere en Irlande , qui
eſt le ſeul de ſes Royaumes où
ce Monarque foit encore re
68 MERCVRE
connu. Ils n'ont qu'à retrancher
l'argent qu'ils luy donnent
avec profuſion , car n'ayat
rien ou peu de choſe de ſon
fond , il ſera moins en estat
d'entreprendre fur eux , & fi
par hazard il arrive que la populace
Angloiſe , qui ne regarde
pas plus loin que ſon nez ,
foit affez mal conſeillée pour
fuppléer à leur deffaut , & luy
en fournir autant qu'il demandera
, qu'ils en faſſent tenir
ſous - main au Roy qu'il a detrôné.
Guerre pour Guerre , il
vaut mieux encore pour eux
qu'elle fe faſſe en Irlande à forces
égales entre ces deux Princes,
que dans leur Pays entre le
Prince d'Orange & eux , puis
que toſt ou tard il faudra qu'ils
rompent avec luy .
GALANT. 69
CARON.
J'approuverois aſſez ta politique
, qui ne me paroiſt pas à
mépriſer ; car enfin tandis que
le Princed'Orangeſeraoccupé
en Irlande de bonne maniere ,
les Hollandois peuvent s'aſſurer
qu'il les laiſſera en repos.
le veux meſme encherir fur
ton conſeil , & leur faire obſerver
qu'à moins d'eſtre abſolument
inſenſez, ilsdoivent
luy oſter le commandement de
leur Armée deterre ,( caraſfeurement
il la ruinera) & la mertra
dans les mains d'un Chef,
bon Republiquain,qui ne foit
pas dans la dépendance de ce
Prince , & qui ne ſuive que
leurs volontez ; & comme
d'ailleurs,leur grand intereſt
n'eſt pointd'attaquer leRoyde
France , qui est trop fort pour
70
MERCVRE
eux , ils doivent retenir leurs
Troupes ſur leurs frontieres ,
afin de voir où crevera le grand
orage ,&les tenir preſtes à tout
évenement , eſtant certain que
la priſe de Mons aura de terribles
fuites . Ils doivent faire la
meſme choſe deleur Armée de
Mer , la tenir ſur leurs coſtes ,
montrer les dents à quiconque
voudra les y inſulter ,& n'envoyeraucuns
Vaiſſeaux au large,
que ceux qui doivent ſervir
d'eſcorte à leurs Navires Marchands
, qui pourront de cette
fortes voguer en aſſeurance
vers les quatre coins du Monde.
MERCURE.
Ils peuvent meſme s'épargner
la dépense que leur coſteront
ces deux Armées s'ils veulent
recourir à la clemence duGALANT.
71
Roy de France. Je ſuis comme
aſſuré qu'il leur accordera encore
une paix particuliere , &
qu'il aimera autant tourner le
fort de ſes armes contre les And
glois rebelles , les Eſpagnols ,
les Savoyards&les Allemans ,
qui l'ontplus irrité qu'eux,que
de les réduire par le refus de la
paix , à reſter ſes Ennemis malgré
qu'ils en ayent.
CARON.
Tout ceque nous venonsde
dire , ne sçauroit queleur eſtre
avantageux , s'ils font gens à
faire d'utiles reflexions Mais
comment prendront ils cette
reſolution , s'ils n'ontperſonne
qui la leur inſpire ?"
MERCURE.
S'il ne tient quà leur apprendre
les chofes , cela ne fera
pas difficile , &tu vasle voir à
72
MERCURE
l'oeil. Confidere bien cette Place
quarréequi eſt devant nous .
Il y a de grandes Galeries qui
regnent autour , & qui auſſibien
que cette Place , fourmil
lent de monde. C'eſt ce qu'on
"appelle la Bourſe , où à l'heure
de midy. s'aſſemblent tous les
Negocians de cettegrandeVille.
le vaisme poſter au milieu ,
& crier à pleine teſte. Lefalut
de la Hollande dépend de trois cho-
Ses; premierement , d'oter le commandement
de l'Armée des Etats
au Prince d'Orange, &de le donner
àunhomme affectionné à la Republique
; Secondement , deſe rendre
maistrede ce Prince tandis qu'on le
tientdans le Pays , ou tout au moins
àne luy plus donner aucun argens;
troisièmement , de faire une paix
particuliere avec la France. C'est
Mercure, le Dieude la prudence ,
qui
GALAN T.
73-
qui est venu vous l'annoncer luymesme.
CARON.
- l'ay oüy distinctement tout
-ce que tu as dit , nous n'avons
plus que faire icy , retironsnous
. Dieux , qu'il fait froid
à la pointe de ce mats ! A dieu ,
la Hollande & les Hollandois
, profitez de noſtre viſitc.
Tout ce qui paroiſt eſtre de
Voyage a toujours touché voſtre
curiofité .C'eſt ce qui m'engage
à vous envoyer l'Extrait
ſuivant.
EXTRAIT
D'une Lettre écrite d'Alep ,
le 26. Octobre 1689 .
Voicy la description de la Ville
qu'on nomme à present Bal-
Avril 1691 . D
74
MERCVRE
beck ; elle est à une journée deDa.
mas , en tirant du coſté du Mont-
Liban. On dit que c'est celle qu'on
appelloit autrefois Heliopolis . Il y
a un grand Temple dedié au Soleil,
& duquel l'Empereur Heliogabalus
a exercéle Sacerdoce. Il fut mis
de làfur le Trône Imperial ,& depuis
il a toujours fort estimé cette
Ville- là. Elle n'a qu'un mille de
tour , & l'on y voit des ruines fi
extraordinaires , qu'elles étonnent
tous ceux qui les voyent On pretend
que ce font lesplus belles qu'ily ait
dans l'Empire du Turc. Pour moy ,
je trouve que les ruines d'Alexandrie
d'Egypte, qui sont si renommées,
ne sont que des bagatelles ,
fi on les compare à celles- là. La
Ville eft entourée de hautes murailles
de pierres de Taille , affez bien
conferuies , n'y ayant que deux ou
trois endroits où les pierresfefont
GALANT.
75
éboulées . Le Temple qui joint la
Ville est auſſientouré d'une muraille
de pierres de Taille , qui a p'us de
circuit quela Place Royale de Paris.
llya un foſsé autour des murailles.
- qui font hors de la Ville ; & ce qui
est dans la ville n'en a point. L'on
entre dans cet enclos par une porte
auſſihaute que celle de S. Antoine ,
& au frontispice on voit un grand
Aigle ,&deux Anges des deux coſtez
qui font de bas relief. Ils m'ont
paru , quoy quebien ruinez, avoir
estéfaitspar un habile homme ,le
deffeimy estant bien observé. Au
tour de la mesme porte , regne une
friſe avec des ornemens Gotiques
d'une, beautéfinguliere , & qui se
font affez bien confervez. Toute la
muraille eft de pierres de Tailled'u .
ne groffeur extraordinaire. f'en ay
mesuré trois qui faisoient toute la
façade d'un coſté de cette muraille.
D 2.
76
MERCVRE
Chacune avoitfoixante àsoixante
& deux pieds de long , avec huit
pieds d'épaisseur. Les plus petites
quifont au trois&quatrièmerang,
font longues de huit , dix & douze
pieds , &larges de fix àsept. Ceux
qui enirent par cette porte , trouvent
ensuite à droit & à gauche
quantité de ruines où il n'y a rien
de confiderable. Il est impoffible d'y
rien distinguer , mais la grande
quantité de pierres & de voûtes
donne lieu de croire que c'estois autrefois
un Palaisfort grand &fort
magnifique. On vade là juſquesà
la Place , au milieu de laquelle est le
Temple dontjeviens de vous parler.
Il est quarré long,ſans qu'ilparois-
Se qu'ily ait en ny Dome , ny cou
verture das le milieu. Le quarré
qui n'en a point contient environ
le tiers du Temple. Les murailles
enfont fort hautes , &les pierres
GALANT .
77
Ilprodigieuses , &felon ce que j'en ay
pûjuger , leur hauteur égale celle
11 des maiſons les plus élevées , Autour
deces murailles il y a un corridor
* dont la voûte estfoutenue par quarante
colomnes , vingt quatre dans
lalongueur , &feize aux deux bouts-
L'espace d'entre les colomnes est tout
en arcade . Il y a plusieurs de ces
colomnes , qui nesont que de deux
pierres , & les autres de trois . Elles
nefont pas égalementgroffes. Celles
qui lefont le plus ont dix - huit pieds
de tour,& les plus petites en ont un
de moins , Les chapiteauxfont d'une
beauté extraordinaire , mais ne
Sçashant pas d' Architecture ,je ne
puis vous direde quel Ordre ils font .
le montay par un escalier dérobe
qui est dans l'Epaisseur de sa mu .
railles juſque deſſus la terraſſe ou
couverture du Temple , &parquelques
endroits de la voûte qui ef-
D3
78 MERCVRE
toient tombez j'examinay trois ou
quatre chapiteaux , que jetrouvay
auffi finis& recherchez , que fi le
deffein des Ouvriers avoit eſté de les
faire voir. Quelques- uns de ces
chapiteauxsont extremement rui.
nez, mais ily en a plus de la moitié
que le tempsa respectez , en forte
qu'on les croiroit faits depuis pen
d'années. La mesme choſe est arrivée
aux colomnes. Le dedans de la
voûte eft orné de plusieurs comparti
mens . Dans ceux du milieu, quifont
les plus grands , ily a des demy Figures
de bas relief, une dans cha.
que quarré ou lozange, Il y ena
d'hommes&defemmes , habillez à
La Pirotesque , & ces Figures font
presque toutes de differentesfaçons.
Elles m'ont paru estre des Portraits
d'Empereurs & d'Imperatrices , &
tout cela du goust & de la beauté
de nos Medailles antiques.Dansles
GALANT . 79
autres compartimens il n'y a que des
feuillages , & autres ornemens, le
tout en bas -relief & de pierre ,
& d'une grande beauté , autant
que j'ay pû les voir avec des Lunettes
d'approche , parce que ma
vevë ne pouvoit rien distinguer fi
haut. Tous les endroits où la voûte
n'est point tombée ſe ſont ſi bien
confervez, qu'on les prendroit pour
un Ouvrage nouvellement fait. fe
remarquay au haut de l'escalier
par où je montay sur la Terraſſe,
une pierre où il y avoitvingtneuf
marches taillées dans la mesme
pierre. Cet escalier est fait en colimaçon
, & il n'y peut passer qu'un
homme à la fois. Cette pierre en
faitle sommet . Dans les quatre
coins du Temple font quatre escaliers
où buit perſonnes pourroient
aisément aller de front. On monte
par lààdegrands appartemens, où
D 4
140 MERC VRE
font plusieurs chambres qui vont
l'une dans l'autre. A costé de cet
escalier , il y en a un qui deſcend
en bas àd'autres appartemens , qui
font d'unegrande hauteur, &dont
lesfeneftres font à rez de chauffée
deterre. Ceux du Pays diſent que
c'estle Fils de Salomon qui a fait
bâtir cet Edifice.Iln'y a qu'unAga
qui gouverne la Ville , & qui est
dépendant du Pacha de Damas; &
pour la lustice , un Cadix. L'airy
est fort méchant ,& les dehors de
la Villefont affez beaux & bien
cultivez. Il n'y a point de gens de
consequence ; ce sont presque tous
des miferables avec beaucoup de
Voleurs.
Pour continuer à vous apprendre
ce que je ſçay des
Pays du Turc , je vous diray
que le Grand Seigneur SoliGALAN
T.
141
man III . eſt retourné à Con-
■ ſtantinople , où il a fait une
magnifique Entrée. Il eſtoit
accompagné d'un nombre con-
■ fiderable de Cavalerie & d'Infanterie.
Quantité d'Officiers ,
- tous à cheval , & fort leſtement
veſtus , parurent dans
- cette Entrée. Leurs habits
eſtoient tout chamarrez d'or
& garnis de Perles , ainſi que
les houſſes des chevaux , qui
leur pendoient juſqu'aux piez .
Les Dames furent auſſi de la
Feſte Elles rempliſſoient neuf
Carroffes , & les Pierreries
dont leurs habits eſtoient tout
couverts , jettoient une ſplen-
• deur admirable . Dans un dixiéme
Carroſſe tout doré , &
garny tout alentour d'un balu.
Are de fer auffi doré , & bien
doré,eſtoit l'Empereur Maho
D
82 MERCVRE
met IV . déposé , avec ſes deux
Fils , qui ſont détenus priſonniers
ainſi que luy . Aprés eux
parofon un Char de triomphe
tout ouvert . C'eſtoit là
que s'eſtoit mis le Sultan. Il
eſtoit ſurvy du premier Viſir ,
de ſept autres grands Viſirs
appellez Viſirs du Bane , & de
tous les principaux Seigneurs
de ſa Cour . Vne multitude extraordinaire
de Janiſſaires fermoit
cette marche. Toute la
Ville fit des feux de joye , & il
y eut des Illuminations par
tout. La reioüiſſance du Peuple
fut d'autant plus grande ,
que depuis que Soliman a
commencé à regner , il a preſque
rétably les affaires de l'Em.
pire.
Quoy que nos Ennemis publient
hautement que tous nos
GALANT .
83
nouveaux Convertis ſont les
premiers à ſouhaiter qu'il arri
vede la revolution dans l'Etat,
il faut avouer à leur avantage
que beaucoup d'entre eux rachent
d'impoſer filence à ces
eſprits deſedition & de cabale,
par le zele ardent , fidelle &
fincere avec lequel ils ſervent
le Roy. Il y en a meſme qui
pouſſent plus loin ce zele.Vne
perſonnede naiſſance,du nombre
de ceux qui ont abjuré
nouvellement les erreurs de
Calvin , a depuis peu donné
au Public un Ouvrage intitulé,
Avis fraternel aux nouveaux
Convertis de France,&particulie
rement à ceux qui habitent les pro
vinces de Picardie, Maine, Anou,
Bretagne&Normandie, pour les
exhorter à ſe comporter durant
la preſente guerre envers
D6
86 MERCVRE
noſtre invincible Monarque ,
.comme doivent faire de veritables
Sujets qui ſont éclairez
du Chriſtianisme. Après avoir
blâme la conduite de leurs Freres
qui ſe ſont retirez de ce
Royaume pour aller fervir l'Vfurpateur
d'Angleterre, & leur
avoir fait connoſtre que leur
fuite ne peut s'accorder avec
les preceptes de l'Evangile , il
entre dans le détail des Ecrits
feditieux& fatyriques que font
ces Refugiez contre la gloire
de leur Souverain. Illeur montre
combien ce langage eſt éloigné
de celuy des veritables
Chreſtiens,& afin de leur faire
concevoir que ces fortes de
diſcours ne peuvent ſervir qu'à
les éloigner de la bienveillance
de Sa Majesté , il entreprend
lexamen de ces Libelles dont
GALANT. 87
il leur fait voir la fauſſete .
Comme ils roulent preſque
tous ſur la caſſation de l'Editde
Nantes, il n'oublie aucune des
circonstances de ce ſurprenant
= évenement. Il dit d'abord que
le Roy eſtantperfuadé, comme
il le doit eſtre , queda Religion
Catholique est la veritable &
feule Religion , il avoit eſté de
fon devoir , & mefme de ſa
charité,de ſe ſervirdes moyens
qu'il avoit crus les plus efficaces
, pour la faire embraffer à
tous ſes Sujets , & qu'ils luy
devoient ſçavoir bon gré des
peines qu'il s'eſtoit données
poury réuffir. Il vient enſuite
à une diſcuſſion exacte de
cette affaire , & fait connoiſtre
que Sa Majesté trouvant
les voyes de douceur les plus
propres àgagner ceux que le
86 MERCVRE
malheur de leur naiſſanceavoit
tenus dans l'erreur , s'eſtoit
contenté de les priver d'honneurs
& de Charges , de diminuer
leurs Privileges , & de
leur ôter une partie de leurs
Temples , ſans avoir aucun
deſſein depouffer plus loin les
choſes , mais que les juſtes raifons
que l'Auteur rapporte l'ayant
obligé d'envoyer des
Troupes aux Sevenes pour prevenir
quelques factions , l'épouvante
qui s'en étoit répanduë
avoit commencé le grand
ouvrage de l'aneantiſſement de
l'Hereſie , que les Soldats que
l'on avoit fait allerdansle Poitou
, où la révolte paroiſſoit à
craindre , avoient continuéces
changemens , qui estoient devenus
inſenſiblement ſi confi
derables ,que le Roy , fur les
GALAN T. 87
inſtances des Prelats de fon
Royaume , prenant l'heureuſe
facilité qui ſe trouvoit à rame .
ner les Devoyez à l'Egliſe , pour
un effet de la Providence, avoit
cru devoir la feconder , en caffant
l'Edit qui les avoit maintenus
dans l'exercice de la Re.
ligion Pretenduë Reformée ,
afin de porter une poignée de
gens qui reſtoient , à recevoir
les Inſtructions qui leur ef
toient neceffaires ; que les excésqueles
Auteurs Hollandois
n'ont pas manqué de groffir ,
étoient venusde l'aveugleem
portement du Soldat , ou du
zeleimmoderéde quelque Magiſtrats
quiavoit executé plus
que ne portoient ſes ordres , &
que devant regarder toutes ces
chofes , comme reſoluës parun
decret incomprehenſible , ils
१०
MERCVRE
font obligez de continuer toujours
à facrifier leurs fortunes
& leurs vies pour le ſervice du
Roy.Aprés cela , pour les empeſcher
de ſe mettre en teſte
qu'ils font ſur le point d'eſtre
rétablis , ſuivant les Propheties
faites à la main par les Flateurs
du Prince d'Orange , il rapporte
les Ouvrages que les Peres
meſmes ont faits ſur l'Apocalypſe
, & fans blâmer perſonne ,
pour n'aigrir pas les eſprits , il
leur fait voir par cet exemple
que ces Auteurs de revelations
fe peuvent tromper , comme
l'on voit qu'il eſt déja arrivé..
Il leur prouve enſuite en peu
de mots qu'ils ne peuvent &
ne doivent pas attendre leur
reſtabliſſement des Liguetes
d'Ausgbourg, & ayantmonſtré
par des raiſons authentiques
GALANT.
91
que l'intereſt de la Religion
s n'eſt pas ce qui anime le Prince
■ d'Orange , il conclut définitivementque
ceux quin'ont en-
= core pû trouver leur repos de
- confcience dans l'Eglife Ro-
- maine, ne doivent attendre que
du Roy le remede que leurs
maux demandent. Pour cet
effet il les exhorte à eſtre fidel .
les ,& en les portant à luy offrir
leur fang & leurs biens. il leur
prouve pardes raiſons naturelles
, par des Sentences tirées de
l'Ecriture, par les admonitions
des Peres , & par des exemples
tant profanes que facrez , que
quand bien Sa Majesté les trai -
teroit rigoureuſement , le nom
de Chreſtiens les obligeroit
d'en uſer toujours de cette forte.
La maniere dont cet Ecrit
eſt touché , le rend d'autant
१०
MERCVRE
د
ont
plus capable de perfuader , qu'-
eſtant d'ane perſonne fort ſpirituelle
, il eſt autorisé , & par
ſon exemple , & par celuy de
ſes Anceſtres , qui malgré la
difference de Religion
toujours ſervy nos Rois avec
beaucoup de fidelité.D'ailleurs
l'antiquité de ſa Nobleffe , & le
rang que fa famille a toujours:
tenu dans l'Etat , & parmy les
Pretendus Reformez , doivent
donner un grand poids à fon
Ouvrage. Vous en ferez convaincuë
quand je vous diray
qu'il part du génie du jeune
Comte de Fontaine Berenger ,
l'un des premiers Capitaines
du Bataillon de Saint Monian ,
Regiment de Champagne . Il
a commencé au fortir de fes
études à fervir Sa Majesté ,&
a paſſé par tous les degrez qui
GALANΤ. وا
peuvent conduire au poſte où
il eſt. Lors qu'il a changé de
Religion , il ne l'a fait qu'aprés
avoir eu de longues conferences
avec les plus habiles Theologiens
. Feu Mr du Pleſſis.Pralin
, Evêque de Tournay , dont
le ſçavoir égaloit le zele , y a
fort contribué ,& tous les emplois
qui luy ont eſté offerts
chez les Hollandois , & en Angleterre
, n'ont eu rien d'aſſez
puiſſant pour le détacher du
ſervice de ſon Maiſtre. C'eſt
une vertu qu'il a heritée de ſes
Ayeux , puis qu'on peut dire
à l'avantage de cette illuftre
Famille , qu'il n'y en a point
qui ſcache mieux comment il
faut eſtre fidelle à ſes Princes .
Sans réveiller la memoire des
Ducs de Frioul , de ce nom de
Berenger , des Rois qu'elle a
92
MERCVRE
donnez à l'Italie , des Comtes
qu'elle a fournis à la Provence
& à Toulouze , des Archevê .
ques, Evéques & autres perſonnes
de picté qu'elle a conſacrées
à Dieu , des Reines ,
Princeſſes,Ducheffes, Com 、
teſſes ,&autres qui enfontforties
,on n'a qu'àjetter les yeux
furOlivier de Berenger, Sire de
Fontaine , qui encore qu'il euſt
quitté l'Egliſe que ſes Predecefſeurs
avoient fi fort réverée ,
que pluſieurs Monaſteres de ce
Royaume en folemniſent encore
ſouventla memoire , nelaifſa
pas d'être toujours fidelle
Sujet de ſes Maiſtres. Qu'on
life la vie de Meſſire lean de
Berenger , Seigneur de Fontaine
, Gentilhomme de la Cham-
- bre , Lieutenant de Roy dans
les Provinces du Maine &
GALANT. 93
on
d'Anjou , Commandant pour
Sa Majesté dans le Bailliage
d'Alençon , Gouverneurd'Argentan
, & Capitaine d'une
Compagnie d'Arquebufiers,
connoistra que quoy que zelé
Proteftant , il fut impoſſible de
le tirer du parti de la Ligu.ell
eut pour Henry III . tant que ce
Prince vêcut , un attachement
inébranlable , & lors qu'il fut
mort. il ſervit Henry IV . fon
Succeffeur , avec tantdezele ,
que ce Monarque , aprés luy
avoir donné la Baronnin de
Grandmeny , honora fon Fils
de ſes emplois ; & voulutbien,
enſa confideration , accorder
des Lettres de Nobleſſe à plufieurs
braves Gens qui avoient
ſervy ſous luy . Marc- Antoine
de Berenger, Comte de Berenger,
Seigneur de Fontaine ,
94
MERCVRE
ayant apprit que ſon Maiſtre
avoit la guerre , refuſa de demeurer
plus long- temps en
Hollande , où il eſtoit allé avec
ſa permiffion , quoy qu'il y fuſt
en qualité de LieutenantGeneral
. Il revint en France ſacrifier
ſa vie à ſon Roy , & fut Pere
deMeffire Jacques deBerenger,
qui a laiſſé quatre Fils , ſçavoir
Meffire Gedeon de Berenger
, Seigneur de Montaigu ,
l'un des plus anciens Capitaines
de France ,& qui commandele
ſecond Bataillon du Maine.
Quelques offres qu'on luy
ait pû faire pour luy faire abandonner
le ſervice de fon
Maiſtre , il n'en a voulu écouter
aucune. Meſſire ... de Be
renger , Seigneur de Languerville,
mort jeune,& déja Capitaine
du Regiment de ChamGALANT
.
95
e
e.
Π
C
.
pagne ; Meffire Cyrus Antoine
de Berenger, Seigneurde Cergneux,
mort l'année derniere ,
l'un des premiers Capitaines
I du Regiment du Maine. Il
eſtoit tout couſu de coups , &
avoit refuſé un Regiment dans
les Troupes de l'Electeur de
Brandebourg , qui le vouloit
tirer du Royaume.Auſſi ſa Majeſté
l'avoit honoré de penſions
& d'emplois confiderables
. Meſſire Jacques Jean de
Berenger, Seigneur de Fontaie
-
1
ne,Herenguerville,le Foucran,
& autres lieux. C'eſt l'Auteur
de l'excellent Ouvrage dont je
viens de vous parler, &qui ne
ſçauroit produire que des effets
tres - avantageux pour les nouveaux
Convertis .
Je viens à une Fable , à la
queile le départ du Roy pour
* Monsa donné lieu .
96 MERCVRE
LE CORBEAU.
IN jour un malheureux Cor-
UNYou beau
Montroit de tous coſtez la peau ,
Et n'avoit quere plus de plume
Qu'une Grenoüille au bord de
l'eau .
Cependant le grand froid l'enrume.
Il eſtoit en pays des plus marécageux
,
Ce qui l'avoit pourveu d'un rume
dangereux ,
Dont ilne respiroit qu'àpeine.
Voilà bien des maux à la fois 3
Malgré pourtantSa courte haleine,
Comme la faim chaſſe du bois
Le Loup qu'elle met aux abois .
Ainsi noſtre Corbeau, quoy qu'il eust
foible voix ,
L
GALAN T. 97
La fit pourtant par tout resentir
dans la plaine.
Ses lugubres croaff mens
Qu'il reitere àtous womens ,
Attirent les Oiseauxzjuſques au plus
farouche,
Il n'en est point que la pitié ne
touche ,
Et tous viennent autour de luy
Le conſoler dansson ennuy.
Mes Compagnons , dit-il regardez
ma miſere ,
Voyez au froid qu'ilfaitmagrande
nudité,
Etfaites moy la charité, -
Tout le mondevoit mon derriere.
Chacunde cediscoursfut touchévivement
,
Et d'un commun consentement ,
Tous les Oiseauxfc cottiferent ,
Tous une plume bourfillerent ,
Pour vestir le panure Corbeau ;
Il trouva l'habit chaud, & mesme
il estoit beau.
Avril 1691. E
4
יח
98
MERCVRE
B
Le brillant des couleurs , le different
plumage,
Luy parut d'unriche affemblage
Par (a rare diverſité.
Il en eut de lavanité.
Jusqu'à l'Aigle, à son grédéjarien
ne l'égale ,
Il en devient plusfier qu'unRoy des
Ostrogots,
Et plus quen' estoit Bucephale,
Quandle Grand Alexandre estoit
deſſus fondos.
Quoy qu'il ne fust qu'oiseau de
bale ,
Aprés avoir fait le plaintif,
Ilprit un air imperatif.
L'aſſemblée admirant Sa beauté
LYON
Surprenante,
Enfla for humeur arrogante.
lusqu'à l'Oiseau de Paradis ,
On n'entenditplus que les cris
Deferviteur & de fervante
Oi
Al'illustre Monsieur Corbeau ,
THEQUE DELA P
GALANT +8
Des habitans des airs le
leplusbeau ;
plasgrand,
Chacun ainſi le complimente ,
Achevant de gâter fon debile cerveau.
Auſſfuôt ilformale deſſeintemeraire
Desefaire Roy des Oiseaux ,
Et pourl'executer iljugea neceffaire
De ſe placer d'abord au Trône des
Corbeaux.
Ilproposa le cas à cette volatile,
Qui l'avoitsi bienrevétu ,
El prenant unairfier,&tranchant
de l'habile
Ilſceut par ce moyen ſe la rendre
facile ,
Et la preſomption luy tint lieu de
vertu .
Enmesme temps les Corbeaux s'af-
Semblerent ,
Tinrent confeil,&par luyseflateret
De mille avantages nouveaux.
L'Aspirant leur promit des choses
admirables ,
E 2
100 MERCVRE
Le rouge, vert & bleu , charma ces
noirs Oiseaux ,
Et tous à ses propos s'eſtant rendus
traitables ,
Il fut , pour trancher court , élû
Roy des Corbeaux ,
Chouettes , Chatshuants, & pareils
Animaux.
On le proclama tel par des cris effroyables
Et d'horribles croaſſemens ,
Qui pour tous ces Oiseaux ayant
des fons charmans ,
Leur parurent fine musique.
Chacun d'eux faluant sa Majesté
Corbique ,
Deses respectsſçeut l'aſſurer.
L' Aigle y vint, ſans confiderer,
Qu'il renonçoit àfon Empire.
C'estoit bien faire le butor ;
Sous capele Corbeau s'en étouffoit
derive ;
Mais ces lâches Oiseaux firent bien
pis encor.
GALANT. 101
Tous ,Sans exception ,sefirent une
gloire
De porter plumes de Corbeau,
Honneur,sans doute , fort nouveau
,
Dans toute l'Oiseliere hiſtoive,
Queles Oiseaux futurs ne pourront
jamais croire.
Sire Corbeau quise laiſſe charmer
De la foumission que chacun d'eux
luy jure,
Prit la peine de déplumer
Ses Sujets de noire figure ,
Et les plus beaux Oiseaux enfirent
Leur parure.
Enfin iln'estoit plus,grand, ny petit
Oiseau , (
Quiſe cruftdu bon airfans plumes
de Corbeau.
Noſtre corbeau par là se flatoit en
Luy mesme.
De parvenir dans l'air à la grandear
Suprême ,
E 3
102 MERCVRE
Et ce fut en effet une grandeur en
l'air ,
Qui disparut comme un éclair.
Tandis qu'il s'en faisoit accroire
davantage ,
Qu'ilfaisoit plus l'Olibrius ,
Un Coq d'un genereux courage
Se jetta tout d'un coup deſſus ,
Et du bec&des pieds, mettanttout
en usage,
Lerendit nud commeilappartenoit,
En dépit des Corbeaux & l'effort
inutile
DecetteTroupevolatile ,
Qui defon mieuxlefoutenoit.
Afon dam cependant le combat fe
donnoit.
Lecoq seul contre tous de tous com
tez les charge,
Etfeul il les terraſſe tous ,
Demainte plume illes décharge,
Et puis reprenant un air doux ;
Allez, dit- il, je vous pardonne .
GALANT.
103
لا
1
Vousne meritez pas que je fois en
COUYOUX ,
Recevez le pardon que ma bonté
vousdonne ,
Connoissez vostrefaute , & n'y retombez
plus.
Aces coups , à ces mots les Oiseaux
tout confus
Les yeux baissez& gardant le filence,
Reconnurent du Coq la force & la
puiſſance ,
Et qu'ilmeritoit beaucoup mieux
De regneràjamais fur eux,
Et de porter leur Diadéme ,
Que le Corbeau,que l'Aigle même
Belle Leçon pour ceux , dont lefu..
perbe esprit
N'apprend jamaisàse connoiſtre;
Qui de l'ambition nese rendpoint
leMaistre ,
Toftou tard par elle perit .
E 4
104 MERCVRE
La vanité conduit au precipice ,
Qui de toutes parts est ouvert .
Ceux qui fans confulter ny raison ,
nyjustice
Ne veulent croire qu'eux fur l'orgueil
qui les perd.
Je fatisferay avec plaifirà la
curiofité que vous avez touchantles
Predicateurs qui ont
rempli ceCarême les meilleures
Chaires de Paris. Je ne vous
en parleray point par moy mefme
, ne me trouvant pas caра-
ble de juger de leur merite ; &
d'ailleurs l'éloignement des
quartiers n'ayant pû me permettred'aller
les entendretous .
Je vous diray ſeulement que
j'ay entendu donner de grandes
loüanges au Pere Soanen , &
au Pere Hubert , tous deux de
l'Oratoire ; à Dom Ierofme ,
GALANT .
105
}
0%
10
10
Feüillant; au Pere Chauffemer,
Iacobin , à Mrs les Abbez Boileau
, Riqueti & Anfelme; au
Pere Gaillard , Jefuite , & au
Pere de la Ruë , auſſi leſuite ,
qui s'eſt diſtingué , meſme parmy
ceux qui ſe ſont le plusdiftinguez
, en s'attirant l'applaudiſſement
d'une infinité de perſonnes
qui ont eſté en foule
l'entendre à S. Roch. Quoy que
je vous en nomme un fort petit
nombre , cela ne doit point diminuer
la gloire de pluſieurs
autres qui ont paru avec un
fort grand fuccés , & ſe ſontacquis
beaucoupd'eſtime par leur
éloquence.
Al'égard de l'Office de la Semaine
Sainte , que l'on appelle
Tenebres , la voix de Madame
Cheret a eſté admirée à l'Af-
• ſomption , comme dans les an-
Es
106 MERCVRE
nées précedentes. Auſſi peutondire
que cette voix y attire
ſeule autant de monde que
pourroient faire des Tenebres
toutes en Muſique. Celle de
MrCharpentiera paru admirable,
& a fait augmenter de plus
en plus les Affemblées qui ſe
font trouvées dans l'Eglife
duCollege de Loüis leGrand ,
pour entendre les Tenebres
qu'on y a chantées les trois
jours accoutumez. Cette Mufique
a fait d'autant plus d'impreſſion
, qu'elle exprimoit
parfaitement le ſujet des paroles
qu'on chantoit , & qu'-
elle en faiſoit comprendre la
force.
Comme on n'oublie rien
pour affermir les nouveaux
Convertis dans la creace qu'ils
ont embraſſée,il ſe fait tous les
GALANT. 107
a
t
re
10
f
Dimanches aprés Vefpres , par
l'ordre de Mr l'Archeveſque ,
deux Conferences de Controverſe
, l'une par Mr Galliot ,
Docteur de Sorbonne , dansla
Chapelle des Lombards , à la
Montagne de S. Hilaire , fur
les points de dogme qui font
• conteſtez par les Proteftans ;&
l'autre par Mr Serre , auffi Docteur
, & Curé de Charenton ,
dans l'Egliſe des Saints Innocens
, fur la Morale pratique
des principales Veritez Catholiques
.
Le Sr Nolin qui continuë
toujours à faire graver des Cartes
Geographiques, vient d'en
donner deux nouvelles au Public
; l'une d'Allemagne , &
l'autre de la Lombardie . Il y a
grande apparence qu'on ne
fera pas moins content de ces
E6
1
108 MERCURE
Ouvrages , qu'on l'a eſté jufqu'icy
de tous les autres. L'Allemagne
eſt diviſée en haute &
baffe , & par Cercles , d'une
maniere extremament methodique
, de forte qu'on peut
avec beaucoup de facilité,connoiſtre
tout ce qui dépend de
chaque Cercle , par le moyen
des chiffres qui font proche de
chaque Estat , ou de chaque
Ville Imperiale . Il ya une explication
ſur la Carte , où l'on
amarqué les Estats qui neſont
plus de l'Empire , & qui en ont
eſté détachez par les conquê.
tes de la France,ou de quelques
autres Princes. Les chiffres qui
font auprés , font voir de quel
Cercle ces Estats eſtoient . L'on
y connoiſtra auffi les Eveſchez
& les Abbayes fupprimées , ou
ſeculariſées . Il ya d'autres obGALANT.
109
!
fervations qui pour la pluſpart
n'ont encore eſté miſes fur aucune
Carte. Celle de la Lombardie
n'eſt pas moins curieuſe
que l'Allemagne . Cette partie
d'Italie qui est le long & aux
environs du Pô , comprend les
Eſtats de Savoye , le Milanez ,
El Parme , Modene, Mantouë, les
Republiques de Venise,Genes,
- Luques, &c . Outre les Fiefs de
l'Egliſe &de l'Empire qu'onya
marquez avec un grand ſoin ,
on peut encore par le titre apprendre
ce que chaque Prince
poſſede aujourd'huy dans ce
Pays . Ces Cartes ſe trouvent
fur le Quay de l'Horloge du'
Palais , à l'Enſeigne de la Place
des Victoires , chez le Sr Nolin
, qui donnera dans peu la
Catalogne,la Suede,la Norvvege&
le Dannemarck , où l'on
110 MERCVRE
trouvera des choſes dont les
Sçavans auront ſujet d'eſtre
fatisfaits.
Le Sr de Fer, Geographe de
Monſeigneur le Dauphin , luy
a preſenté les Frontieres de
France & d'Italie , où ſe trouvent
les Estats du Duc de Savoye
, avec les diverſes routes
qu'il faut tenir pour entrer de
France & d'Allemagne en Italie
par les Alpes . On y voit les
environs de Pignerol , ou les
Vallées de Perouſe , de Saint
Martin , Pragelas , Lucerne ,
Angrogne , &c . les Plans &
veuës des Places fortes ſituées
dans ces Estats ; le Plan & l'élevationdeNice,
celuy de Villefranche
, avec l'élevation & le
plan de Montmelian. Cette
nouvelle Carte ſe trouve chez
l'Auteur ,dans l'iſte duPalais,
àla Sphere Royale.
GALANT. ΙΠΠ
La mort de Mr de Villayer,
Doyen du Conseil d'Estat du
Roy , ayant fait vaquer une
+ Place dans l'Academie Francoife,
cette illuftre Compagnie
s'aſſembla le Lundy 2. de ce
mois , pour la propoſition d'un
Sujet qui meritaſt d'être receu
e dans ſon Corps. Elle renditjuſtice
à Mr de Fontenelle , en le
jugeant digne de cet honneur,
quand on auroit ſceu , ſelon la -
Couſtume, ſi ſa perſonne feroit
agreable au Roy. Mr Roze
Preſident à la Chambre des
| Comptes , & Secretaire du Cabinet,
qui eſtoit alors au Siege
de Mons , auprés de Sa Majeſté
, fut prié par la Compagnie
dont il eſt undigne membre
de prendre ſon temps pour fçavoir
d'Elle , s'il luy plaifoie
que l'on procedaſt au ſecond
112 MER CVRE
Scrutin. La priſe de cette importante
Place ayant donné
lieu à Mr Roſe de dire au Roy
que c'eſtoit une belle matiere
pour l'Academie , luy facilita
l'Audience qu'il avoit à demander
. Cet Auguſte Protecteur
de cette celebre Compagnie
, ayant eſté informé par luy
du merite de Mr de Fontenelle
, dont on luy avoit déja rendu
d'heureux témoignages ,
agréa que l'on fiſt tomber fur
luy l'élection que l'on devoit
faire ; & le Lundy 23. on fit le
ſecond Scrutin , où il eut tous
les fuffrages , pour remplir la
place vacante. Sa reception ſe
fera au commencement du
mois prochain , & comme_elle
doit eſtre publique, j'auray ſoin
de vous apprendre ce qui s'y
ſera paffé.
GALANT.
113
el.
Le Roy a eſte ſi ſatisfait de
la maniere dont Mrle Duc de
- Noailles s'eſt acquitté du Comeft
mandement de ſon Armée en
Catalogne , pendant les deux
dernieres Campagnes , que Sa
Majesté luy a continue cette
1 année le meſme Commande-
Uy ment. Ce Duc partit le 16. de
ce mois , pour ſe rendre à la
d. teſte des Troupes , qui feront
ravies de revoir un general ,
ſous les ordres duquel elles
aiment à combatre ,& quijoint
àbeaucoup de valeur&d'intelligence
dans le Meſtier de la
Guerre , une douceur & une
bonté qui les charment, & qui
☐ leur feroit affronter toutes fortes
de perils , ſi elles n'étoient
1 déja portées à le faire pour le
☐ ſervice d'un Monarque,qui fait
les délices de tous ſes Sujets.
114
MERCVRE
Le 29. du mois paſſe , les
Commiſſaires- Contrôleurs ,
Mouleurs de bois , & autres
Officiers ſur le bois , voulant
témoigner le zele qu'ils ont
pour le Roy , firent chanter
une Meſſe ſolemnelle , pour la
conſervation de ſa perſonne
ſacrée & pour la profperité de
ſes armes ,dans l'Egliſe du faint
Eſprit , à l'imitation de Mrsles
Prevoſt des Marchads & Echevins
de Paris,qui s'eſtoient acquittez
de ce devoir dans la
mefme Eglife ; & le Mardy 3.de
ce mois , les Marchands Maiſtres
Ouvriersen draps d'or ,
d'argent & de foye d'établiſſement
Royal, firent faire la mé
me folemnité dans l'Egliſe des
Peres Benedictins de la Congregation
de S. Maur,dits Blan
Manteaux , où ils ont depuis
GALANT.
115
, &
longtemps étably leur Con-
Etfrairie. La Meſſe fut précedéc
de l'hymne Veni Creator
ſuivie du Pſeaume Exaudiat ,
st qui furent chantez alternati-
* vement par les Religieux &
par l'orgue . Tous leurs Of-
De ficiers en charge y aſſiſterent en
corps , & donnerent tous dans
cette occafion des marques de
leur picté. Le luminaire & les
Ornemens estoient les plus
beaux que ces Religieux ayent
de coutume d'employer dans
les Feſtes les plus ſolemnelles ;
& non ſeulement ils joignirent
leurs Sacrifices aux prieres de
cetteCompagnie, dont ils vou-
-lurent ſeconder le zele , mais ils
ont celebré pluſieurs Meſſes en
-leur particulier , pour demander
à Dieu ſes graces & fa protection
pour le Roy , tant qu'a
duré le Siege de Mons.
116 MERCVRE
Quoy que je vous aye déja
envoyé une Médaille frappée
ſur la Victoire que l'Armée Navale
de Sa Majefté remporta
l'Eſté dernier fur les Flotes
d'Angleterre & de Hollande
jointes enſemble , je vous en
envoye aujourd'huy encore
une ſur le mêmeſujet. Je ſçay
bienqu'on ne peut parler aufſi
long-temps qu'on devroit des
glorieux avantages que ſes Armées
remportent de tous co-
-ſtez , puis qu'ils font en ſigrand
nombre & fi frequens , queſi
les derniers ne font pas oublier
les premiers , ils font du moins
que l'on ceſſe pour un temps
d'en parler , afin de s'entretenir
de ce qu'il ya de plus nouveau
. Cependant je croy que
vous ne ferez pas ſurpriſe que
je revienne à la Bataille Nava
16
MPERIVM
MARIS ASSERTVM
ANG BATO.VNADEV.
ADBEVES,D.X.IVL
MDCLXXXX
LDolivarfeci.t
.
VILLE
LYON
*
GALANT. 117
le, lors que la priſe de Mons ,
& celle de Villefranche & de
Nice font l'entretien de toute
l'Europe,
Voicy les noms des Perſonnes
confiderables que nous
avons perduës depuis environ
un mois.
Meſſire Jacques de Vaſſan ,
Seigneur de la Tournelle. II
avoit eſté Gentilhomme Ordinaire
de la Maiſon du Roy ,
& avoit eu l'agrément pour la
Charge de ſon Avocat General
en ſa Chambre des Comptes
de Paris , dont il eſtolt reveſtu ,
ce qui marque sõ eſprit, l'eſprit
eſtant abſolument neceſſaire à
ceux qui poffedent ces fortes
de Charges .
Dame Elifabeth Gon. Elle
eſtoitFemmede Meſſire Robert
le Blanc , Seigneur du Rollet ,
1
118 MERCVRE
cy-devant Conſeiller au Parlement
de Roüen ,&depuis Maiſtre
des Requeſtes.
Mr de Montholon , Maiſtre
d'Hoſtel de la Reine Mere. Il
étoit Arriere petit- fils de François
de Montholon , Seigneur
d'Aubervilliers, Avocat General
, puis Preſident à Mortier
au Parlement de Paris , &Gardedes
Sceaux de France & de
Bretagne , qui avoit épousé
Marie Bouder, Soeur de Michel
Boudet , Evêque de Langres ,
Duc & Pair de France .Sa Quint
Ayeule fut Anne d'Aubuſſon ,
Soeur du Cardinal Pierre d'Aubuſſon
, Grand Maistre de l'Or
dre de S. Jean de Ierufalem. Il
eſtoit d'une Branche Cadette
de l'ancienne Famille des de
Montholon , deſcenduë delacques,
Seigneur de Montholon,
GALANT.
1
119
qui vivoit en 1213. De cette
Famille estoit Gauillaume de
Montholon , Cardinal , mort
en 1355. La Branche aiſnée
ſubſiſte en la perſonnede Meſfire
Charles-François de Montholon
, Seigneur d'Aubervilliers
, Conſeiller au Grand
Conſeil , & porte d'azur au
Mouton paſſant d'or , &trois rofes
de mesme,mises enchef.
Meſſire François de Pas-
Feuquieres , Abbé de Noſtre-
Dame de Relecen baſſe Bretagne
, & Grand Doyen de
Verdun. Il eſtoit dans ſa ſoixante&
douziéme année. Son
zele & fon attachement pour
la perſonne du Roy , l'avoient
fait partir de Paris pour accompagner
Sa Majesté au Siege
deMons , comme il avoit fait
dans tous ſes autres. Voyages.
A
120 MERCVRE
Il n'y fut pas plûtoſt arrivé que
ſe trouvant incommodé , &
des fatigues qu'il avoit fouffertes
, & de la rigueurde la ſaiſon,
il ſe fit porter à Valenciennes,
oùil mourut le sadece mois,
aprés avoir receu tous les Sa
cremens de l'Eglife. Tous
ceux qui le connoiſſoient le
regrettent fort ; auſſi faut il
avoüer qu'il n'y avoit point
de meilleur Amy. Il eſtoit
extremement charitable,bienfaiſant,&
toûjours preſt à faire
plaifir .Meffire Manafflé de Pas ,
ſon Pere,Marquis de Feuquieres
,de l'illuſtre Maiſon de Pas,
naquit poſthume à Saumur en
1590. & ayant commencé à
porter le Mouſquet ſous Mrde
Vic , Gouverneur de Calais ,
lors qu'il n'avoit encore que
quinze ans, il parvint à laCharge
GALANT. 121
00
7
1
ge de Capitaine aprés avoir
paſſé par tous les degrez infe.
rieurs . On peut dire que ſa vie
futun ſervice continuel rendu
6 au Roy & à l'Estat,dans les emplois
ſucceſſifs d'Aide de Camp
lors qu'il n'y en avoit que
deux , de Mestre de Camp de
Maréchal de Camp en huit
Campagnes , de Lieutenant
General , & de General d'Armée.
Il ſe ſignala par tout , &
fut pourveu en 1631. des Lieutenances
des Provinces de
Metz & de Toulavec les Gouvernemens
particuliers de Vie
Moyenvic & Toul & en 1636 .
Sa Majeſtél'honora de laChar-
-ge de Gouverneur, & le fit fon
- Lieutenant Generalen chefde
la Province, Ville & Citadelle
de Verdun. Jamais ces emplois
ne l'obligerent à diſcontinuer
Avril 1691 . F
122
MERCVRE
1
de ſervir le Roy , ſi ce n'eſt lors
qu'il fat fait deux fois prifonnier
, & que'ſa priſon dura
neuf mois chaque fois. Aprés
la mort du Roy de Suede , il
fut envoyé Ambaſſadeur Extraordinaire
en Allemagne ,
pour y maintenir les Alliez ,
& malgré les artifices des Ennemis
& desfaux Amis de la
Couronne,il fit differens Traitez
qui formerent cette folide
& importante union des Suedois&
de pluſieurs Princes &
Etats de l'Empire avec le Roy,
dont les ſuites ont eſte ſi glorieuſes
à la France , & fi utiles
à la liberté de l'Europe. Il avoit
épousé Anne Fille d'Iſac.
Arnaud , Seigneur de Corbeville
, Confeiller d'Estat , &
Intendant des Finances , ſi re.
commandable par fon meriGALANT
.
123
S
1
te , que Henry IV . l'honora
de ſa bien veillance particuliere.
Meffire François de Pas ,
Seigneur de Feuquieres , Pere
de Manaffé de Pas , épouſa en
1578. Madeleine, Fille de Claude
de la Fayette , Baron de S.
Romain ,& de Marie de Suze.Il
eut pluſieurs emplois confiderables
, outre celuy de Marefchal
de Camp , & fut tué à la
Bataille d'Ivry le 14. Mars
1590. âgé ſeulement detrentetrois
ans . Son Pere Louis de
Pas , Seigneur de Feuquieres ,
- eſtoit Premier Chambellan de
- Henry IV. & avoit pris alliance
avec Anne de Mazencourt .
Ce Loüis eſtoit deſcendu en
ligne directe , de la Famille,
d'Ancelot , Seigneur de Pasainſi
appellé àla difference de
ſon Pere qui s'appelloit Anfel-
F2
124
MERCVRE
1
me,& vivoit vers l'an 10so.ce
qui ſe justifie en ce qu'il eſtoit
déja Chevalier en l'an 1071 .
comme le témoigne la Charte
de Lubert , Eveſque de Cambray
, où il eſt nommé le premier
entre pluſieurs témoins ,
avec Eustache , Comte de Boulogne
, Gui Comte de Saint
Paul,Hugues ſon Frere,Robert
Seigneur de Bethune ,& autres
grands Seigneurs d'Artois. Il
fonda le Prieuré de Pas qu'il
ſouſmit à celuy de Saint Mars
tin de Paris . Mrl'Abbé de Feuquieres
qui vient de mourir ,
avoit eu quatre Freres , & trois
Soeurs : ſçavoir , Jſac de Pas ,
Marquisde Feuquieres , Coloneld'Infanterie,&
Gouverneur
&Bailly de Verdun , Chevalier
de la Cour du Parlement de
Mets, Lieutenant General des
GALANT.
125
コ
1
د
Armées du Roy , & de la Province
de Toul , Viceroy de
l'Amerique , Conſeiller d'Eſtat
ordinaire Gouverneur de
- Verdun , Ambaſſadeur Extraordinaire
en Suede pendant dix
ans , depuis en Eſpagne , où il
eſt mort aprés y avoirdemeuré
trois ans , & auparavant en
pluſieurs Cours d'Allemagne ;
Charles , dit Comte de Pas ,
Mestre de Camp & Maréchal
de Camp , qui commandoit la
Cavalerie de l'Arméeau Siege
- de Longvvi ſous le Marquis de
la Ferté Seneterre , depuis Maréchal
de France , au Siege de
Roſe ſous le Comte du Pleſſis-
Pralain ,& à la Bataille de Retel
ſous le meſme , devenu Maréchal
de France. Il mourut à
l'Armée durant les Troubles
en 1653. n'eſtant encore âgé
1
F 3
126 MERCVRE
quede trente trois ans ; Henry
de Pas,dit preſentement Comte
de Pas, Maréchal de Camp ,
Gouverneur de Toul , &
Chevalier du parlement de
Mets , qui en 1663. épousa Iulienne
petronelle , Comteſſede
Stirum, Limbourg, & Bronkors
Fille de Bernard - Alberti ,
Comte de Stirum , Limbourg
&Bronkors , & d'Anne Marie ,
Comteſſe de Bergue ,dont il a
pluſieurs enfans , & Louis de
ras , Comte de Feuquieres .
Maréchal de Camp , mort en
1670. & quia laiſſe deux pils
de Diane de poix de Mazencourt
, qui ſont Louis de pas ,
Seigneur de Mazencourt , &
François de pas , Lieutenant
de Vaiſſeau . Les Soeurs de Mr
l'Abbé de reuquieres ſontMadeleine
de pas, femme de Mef
GALANT.
127
fire Louis Baron d'Orthe , Seigneur
d'Aupais & de Fontaine
en Champagne,morte en 1681 .
Suzanne de pas , veuve de Meffire
Antoine de Batilly , Maréchal
de Camp , & Gouverneur
de Neuchaſteau en Lorraine ,
= & leanne de pas , épouſe en
premiere noces de Meffire
Loüis d'Aumale ,& en fecondes
, de Meffire lean de Montmorency
, Seigneur de Villeroye
. Mr'le Marquis de reuquieres
, dont je vous ay déja
parlé , mort Ambaſſadeur en
Eſpagne,avoit épousé en 1648 .
Anne- Louiſe , Fille d'Antoine
deGramont I I. du nom , Chevalier
des Ordres du Roy , Viceroy
de Navarre,Gouverneur
de Bayonne , & de Claude de
Montmorency , Soeur du feu
Maréchal de Gramont,& il en
1
F 4
128 MERCVRE
a eu pluſieurs Fils & une Fille ;
Sçavoir , Meſſire Antoine de
pas , Marquis de Feuquieres ,
Gouverneur des Ville & Citadelle
de Verdun , Maréchal de
Camp, Commandant les Troupes
du Roy à pignerol, François
de pas , Comte de Rebenac ,
Lieutenant General pour le
Roy en Navarre & en Bearn ,
Lieutenantde Roydu pays de
Toul , cy-devant Envoyé Extraordinairede
Sa Majesté pendantdix
ans en diverſes Cours
d'Allemagne,& enfuite Ambaf.
fadeur en Eſpagne & en Savoye;
Charles de pas Capitaine
de Vaiſſeau,Chevalier de Malthe
, tué à la Bataille de ſaint
Denis,proche Mons; Henry de
pas auſſi Chevalier de Malthe,
Capitaine de Vaiſſeau ,tué d'un
coup deCanon en Sicile ; lude
GALANT.
129
depas , Comte de Feuquieres ,
- Colonel d'un Regiment d'Infanterie
, qui eſt un des petits
-Vieux Corps ; Simon de pas ,
* Capitaine de Vaiffeau ; philbert
Charles de pas , Docteur
de Sorbonne , pourveu depuis
huit jours par le Roy del'Abbaye
de Cormeille , Dioceſe de
Lisieux en Normandie , qu'a
voit cy-devant feu Mrde Medavy
, Archevêque de Rouën ,
- & défunte Dame Louiſe Catherine
de pas,Femme de Mef-
- fire Gabriel-Ignace de Lavie;
Maiſtres des Requeſtes , mort
depuis deux ou trois mois. De
-pas Feuquieres porte de gueules
- au Lyon d'argent.
Ie me ſouviens de vous avoir
parlé , il y aun an ou environ,
d'an Livre nouveau que le
ſieur Amaulry , Libraire de
ES
130
MERCVRE
Lyon, avoit fait imprimer ſous
le Titre de Nouvelles Reflexions ,
où Sentences & Maximes Morales
& Politiques . Mr de Vernage,
Docteur en Theologie, qui en
eſt l'Auteur , l'a dedié àMadame
de Maintenon ,& il a eu un
fi grand fuccez , que cette premiere
Edition ayant manqué ,
il en a fait faire une nouvelle
qu'il a augmentée d'un grand
nombre de Maximes . Le grand
debit de ce Livre en fait voir
l'utilité , & on n'en peut demander
un témoignage plus
feur.
Je ne devrois donner place
dans ma Lettre aux Vers faits
fur la conqueſte de Mons
qu'aprés vous avoir fait part
dudétail entier du Siege de
cette importante Place , mais
comme vous n'en pouvez igno
GALANT ..
131
-
rer la priſe , il importe peu en
- quel endroit ces Vers foient
placez . On ne verra que des
loüanges de cette nature à la
gloire du Roy , Sa Majesté ayac
- fait dire aux Cours Superieures
qui ſe préparoient à l'aller
complimenter , qu'elle les en
diſpenſoit. On voit par là que
la modeſtie de ce Monarque
égale ſa valeur & ſa prudence ;
- que lors qu'il s'expoſe , il cherche
moins les éloges que la
= gloire de l'Estat,& que s'il vou-
= lut bien recevoir les complimens
de tous les Corps aprés
que Philiſbourg eut été réduit,
ce ne futqu'afin que Monfeigneur
le Dauphin qui en avoit
fait le Siege, receuſt les loüan
ges qu'il avoit ſi juſtement
meritées . Vous trouverez au
basde ces differens Ouvrages
F6
432 MERCVRE
les noms des Auteurs,au moins
autant qu'ils ont pû m'eſtre
connus.
************
AU RO Υ.
Sur le Siege de Mons.
MADRIGAL.
GRAND Roy.qui dansle Champ
deMars
Allezchercher la gloire au milieu
deshazars
Pourquoy vous expofer autant que
vous le faites ?
Tout l'Univers nesçait il pas
Quefans l'aller chercheron la trouve
oùvous estes,
Etqu'ellefuit partout vospas?
Moderez donc l'ardeur qui vous
unit ensemble,
GALANT.
133
Et voyezfans peril réussir vos projets.
Ne vous suffit- ilpas que vostre Ennemy
tremble ,
Sans faire trembler vos Suiets?
Madame Mezel.
AUTRE .
OVIS est invincble, il est
Lo Comparin
in
Tout ce qu'il fait est admirable..
Mons pris en quinze jours : Mons
pris ! qui le croiroit !
La fiere Ligue endouteroit ,
Si des Ligueurs le plus babile
N'avoit pas employé ſes ſoins,
Pour amener devant la Ville
Quarante- cing mille Temoins.
A
Sautin..
VERS LIBRES.
H ! modere l'ardeur qui nous
remplit d'alarmes,
Cette heroïque ardeur qui glace
d'effroy
134 MERCVRE
Songe , LOVIS, qu' Achille estoit un
puissant Roy.
Etdu Sangdes Dieux comine toy .
Pour ce Heros la gloire avoit feule
des charmes ;
Ilportoit au combat d'impenetrables
armes ;
Mais, Helas ! combien àThetis
Cedemy- Dieu mortelat - il coutéde
Larmes!
Mons quin'a point d'Hector , aura
mille Paris.
Arrestons ;si Mons indomprable,
Et par LOVIS bien- toſt dompté,
Est un fait approchant (i peu du
vray-Semblable ,
Faut il le faire croire à la Poftexité
Par l'Art du mensonge emprunté,
Quirendra ceProdige encor plus incroyable?
Non, non. Sipourestre vante.
L'achille fabuleux eut beſoinde la
Fable
GALANT.
139
LOVIS, l'Achilleveritable,
Doitfaire icy parler lafimpleverité
Grand Dieu ! qui l'as commis au
reposde la Terre.,
Conſervelepournous dans cettejufte
Guerre
Conferve le pour toy , pour tes droits
immortels.
- C'est icy ton Ouvrage, ilſoutient ta
querelle ,
Iln'apoint d'Ennemis que les tiens
&Son Zele ,
En foutenantſon Trône, affermittes
Autels.
Ta gloirefait toute lafienne.
Mais feroit il bien uray ? L'ay- je
bien entendu ?
Mons en moins de vingt jours à
LOVISs'est rendu.
Tout cede à ceVainqueur,la nouvelle
est certaine.
Mons vient d'ouvrirſonſein , &ce
vaste cercueil
$36
MERCVRE
Des Geansfoudroyez ensevelit l'orgueil
LeBelge , ce vaſſal rebelle ,
Afon joug legitimeenfinſeraſoumis
Loug , qu'il doit imposer à tous ſes
Ennemis ,
Pournefaire avec nouS
Peuplefidelle.
qu'unSeul
Veut-ilfaire connoitre àces Peuples
ingrats
Luſques oupeut aller la force defon
bras ,
toute la Terre ;.
Quoy qu'ausbourg contre luy ligue
Veutildefes Ayeux rentrer dans les
Etats,
Il commande,&Vauban , ce Demon
de laGuerre..
VoleàMons, qu'une mer,qu'un largemur
enferre,
En trace laruine enfon iuste compas.
Il vient , void ,le mur tombe,&la
mer est tarie
GALANT.
137 .
Le Montbrûle du feu qu'ily répand
en pluye ,
Et la Trouille àsongré coule ou ne
coulepas.
AfonArt laNature entiere eſt aſſervie.
Qu'ay ie dit ? LOVISſeul diſpoſe
desſaiſons.
Entout temps & partout oùfagloire
l'appelle ,
Le Soleil qui toujours entre dansſa
querelle.
Fait naiſtre le Printemps de toutes
fes maisons.
Qu'une Ville à mon Roy refuſe deſe
rendre ,
Auſſi toft le Demon tonne,&luifait
comprendre
- Parcent bouches defeuſes dernieres
raiſons .
Pourſuy,grand Roy , pourſuy;cette
juste conqueſte ,
RendVauban pour tagloire en merveilles
fecond.
138 MERCVRE
Le Tiran retranché n'oferoit faire
tête ,
Et Mons pris à fes yeux pour] amais
leconfond.
L. Deſmas .
SONNET.
D
Etantde vains exploits , foibles
Ligueurs d'Ausbour :
Ledestin de LOVIS fait mentir les
préſages;
Minerve, en cegrand Roy , l'objet
deſon amour ,
Vit toujours éclaterfes conſeils les
plusfages.
泰
Tel que dansson midy le brillant
Dieu du jour ,
Du moindre desestraitsdiſſipe cent
nuages ,
TelceHeros tranquille au millieu de
Sa Cour , (orages,
D'unmot, d'unseulregard écarte les
GALANT .
139
泰
Il marche, je le vois au pied de vos
remparts ,
Effuyer jour&nuit les fatigues de
MAYS ,
Etpar tout s'exposerà la fureur des
armes .
- Ciel , lors qu'il fuit la gloire avec
tant de chaleur ,
Détourne les perils qui cauſent nos
allarmes ,
Et daigne le ſauver de ſa propre
valeur.
Q
INPROMPTV .
Voy , Mons eft pris
croyable?
!eft il
Moy, qui contois par tout qu'il étuit
imprenable ,
Comment diray-je qu'il est pris
Dit l'autre jour la Renommée?
Al'en croira- t'on , fi ie le dis !
140 MERCVRE
Mais quoy!depuis trente ans ieſuis
accoutumée
Aconter des faits inouis.
Je plains bien plus la pauvre
histoire;
Lors qu'elle les racontera ,
Perſonne ne la voudra croire,
Et de fable on la traitera.
C'eſt, dira t'on, une brouillonne,
Elle a voulu parler des quatorze
Louis
Qui insqu'icy des Lis ont porté la
Couronne ,
Mettant Louis quatorze , on doit
s'estremépris.
MADRIGAL.
LEHollandois , l'Espagnol , les
Flamans ,
Soûtenus de Guillaume,& des fiers
Allemans,
Seflatoient,&nepouvoient croire
Que le plus grand des Rois forçant
LesElemens,
GALANT. 141
De la prisede Mons embellift son
histoire ;
Mais ils ne doutent plus qu'ilne luy
foitfoumis .
Que fon bras redouten'aitpar tout
la victoire.
Etcinquantemille Ennemis
Ont estébonnement les témoinsdefa
gloire.
Le Prieur de Cantenac ,
SUR LA DEFAITE
Du Prince d'Orange devant
Caffel , & la reduction de
Mons , arrivées au jour de
. Paſques Fleuries ."
D'où vient que le jour des
Rameaux
Eft fatal au Prince d'Orange ,
Ce jour , où le Seigneur recent tant
de louange,
Etde inſtes reſpects , de ſes Swiets
nouveaux?
142
MERCURE
Peut estre est- ce luy quise vange
D'unfier Ufurpateur qui cauſe tant
demaux.
Maisfans moraliſerſur unegrande
Feste ,
Tout le mondeſçait auiourd'huy
Qu'ayant Louis le Grand , ou bien
Philippe en teste ,
Les palmes nefont pas pour luy.
Lemeſme.
MADRIGA L.
Tandis que le faux Roy Guil.
laume,
Va chajſant par Vaux & par Monts
LOVIS se plaiſt àse coifer d'un
Heaume ,
Investit , affiege &prend Mons,
Monsque l'on croyoit imprenable
Maisde ceHeros redoutable
Tous les faitsſont ſiſurprenans
Qu'il n'est point de travaux qu'il
nepuiffe entreprendre.
Le croy même qu'ilpourroit prendre,
GALANT .
143
S'il l'avoit refolu , la Lune avec les
denis.
Petit , de Rouen.
AUTRE .
Astanagaſfachans la foibleſſe
d'Espagne ,
Et voyant dedans Mons l'invincible
LOVIS ,
S'écria bien confus , adieu tout le
Pays.
Quelcommencement de Campa.
gne !
Contreun tel Conquerant ,illefaut
avouer ,
En vain les armes on veut prendre,
Il nefait pas bon s'y jouer ;
Ouy , de l'air qu'il s'y prend ilva
prendre la Flandre ,
Etjeferay bien toft Gouverneur à
louer.
A MADEMOISELLE ***
Lemefme.
M
Ons estoit lafeûle Pucelle
144
MERCVRE
Que l'Espagne gardoit avec beaucoupdefoin
;
LOVISen eut besoin ,
LaBelleſe rendit , vous cuffiezfait
G
comme elle.
SONNET .
RAND Roy toujoursguerrier.
toujours infatigable.
Quis'engageàcouriràde nouveaux
Exploits?
Tant depeuplesvaincus &soumis à
tes loix ,
Ne te rendent ils pas un Prince incomparable?
Quel Heros fut jamais plus que toy
redoutable?
L'Hollandois , l'Espagnol , l'Allemand
, &l'Anglois ,
Que l'on t'aveupar tout foudroyer
tant defois,
Admirent en tremblant tavaleur
indomptable.
Contre
GALAN T.
151
را
1
1
Contre eux c'est trop d'unir ton bras
toujoursvainqueur
Avec celuy d'un Fils aufſſigrand que
ton coeur ,
C'est encor trop du ſien arme de ton
tonnerre :
Surle Rhin , en dépit de cent Princes
jaloux ,
Il en asouvent fait trembler toute
la Terre ,
Et Mons, N'amur, Anvers , pliera
Sousfescoups.
Iourdain Profeſſeur de Rhet.
au College du Card.le Moine.
MADRIG A L.
Es Princes de l'Europe LES
peine étrange,
en une
Confultent le Prince d'Orange ,
Et voicy dans leur grand Proiet
Lefuccez qui les accompagne.
Pendant qu'ils font au Cabinet
Avril 1691. G
146
MERCVRE
LOUIS LE GRAND eft en campagne,
Sefait un divertiſſement
De les voir en telles postures ,
Et prend leurs Villes ſagement ,
Pendant qu'ilsprennent des me-
Sures.
AU RO Υ.
A fon retour de la priſe
de Mons .
C
Herchant à vous donner une
juſte louange ,
Incomparable Conquerant ,
Mon embarras eſt auſſigrand
Que celuydu Prince d'Orange.
Parla grandeur de vos Exploits,
La Muse eft reduite aux abois
Auffi bien que les Hollandois.
Alexandre, Cesar , Achille ,
Ont eu desflateurs plus de mille.
GALANT. 147
Mais,gradRoy,loin de vousflater
On ne trouvera pas d'Histoires
Qui puiſſent ſeulement conter
La verité de vos victoires .
Apollon, quin'avoit iamais imaginé
Rien d'égal aux vertus que vous
faites retuire ,
Nenous apas encor donné
Determes propres à les dire.
En attendant que deſormais
Il enfaſſe pourvous exprés ,
Tout cequ'un Poëte peutfaire ,
C'eſt , vous admirer ,&se taire.
Le meſme.
MADRIGAL.
C'est vous (eul, puiſſant Roy, qui
triomphez toujours ,
Tout réuſſit àvostre gloire ,
On vous voit remporter VictoireSur
Victoire ,
Sans que l'Europe armée en retarde
le cours .
<
G
148 MERCVRE
Que d'un nombre infiny d'Alliez
redoutables ,
Seflattent Meſſieursles Etats,
S'il n'est point de Mons imprenables
,
Que deviendront les Pays- bas ?
L'Abbé de Preſſac .
VERS
Chan . d'Evreux .
LIBRES ,
Imitez & chantez ſur des airs
des Opera de Roland
& d'Armide.
Dv plus grand de nos Rois ce
lebrons la Conqueſte ,
Les faits éclatans & guerriers.
Cueillons àfoiſon des lauriers,
Et Soyons des premiers à couronner
Satefte.
Faiſons entendre en mille lieux ,
Qu'à ceHeros tout est poſſible ;
GALANT.
1
149
Faiſons entendre en mille lieux ,
Quefon regne est tout glorieux.
Afa rarevaleur rien n'est inaccef.
fible,
Etpar tout elle eft invincible ,
Quad la gloire s'offre àses yeux.
Tandis qu'P'envains projets la Ligue
est occupée ,
Que pour armer elle attend le
Printemps ,
Impatient d'exercer fon épée,
Ce Conquerant la tient prêteen
tout temps.
Deſes deffeins fecrets il cache l'importance
,
El prevenantSes Ennemis ,
Il va juſque chez eux affronter
leur Puissance ,
De leurs Ramparts forcer la refi.
stance ,
Et montrer qu'à fon bras tout doit
estreSoumis.
G
3
150
MERC VRE
Triomphez malgré l'envie ,
Triomphez, ô Puissant Roy ,
On vit heureux ſous vostre Loy.
Etparvos foins l'erreur en eft banie,
Triomphez malgré l'envie ,
Triomphez, & PuiffantRoy.
Quandvous courez aux armes,
Vous caufez mille allarmes .
Onfçait cobien pesent vos coups,
Et cequepeut vostre couroux
Quand vous courez aux armes
Vous caufez mille allarmes:
Les Lysfont latige feconde
Da plus baeu Sang du Monde.
C'est d'eux que fortent des Cefars ,
Dont laforce&lenom font craints
1
de toutesparts.
Caffel& Philisbourg les ont veus
intrepides,
GALAN T. 151I
AMons ils ont partout affrontéle
danger ,
Et déja de jeunes Alcides
S'empreſſent de les faivre, &de les
Partager.
SONNET.
LOVISest en campagne ; & la
Victoire est prête
A couronner bien-tost ſes exploits
éclatans.
Bellonne , avant que Flore acherve
le Printemps ,
Promet à ce Monarque une double
Conqueste.
Mons&Nice battus d'une horrible
tempeste ,
Nesçauroient contre luy se defendre
long temps ,
Etfon bras fifuneste àl'orgueil des
Titans,
Par ces coups improveus leur écrase
lateste.
G4
152
MERCVRE
Ce fameux Défenseur du Trône &
des Autels ,:
Quetant degloire éleve au deſſus
des Mortels ,
Va joindre à ses lauriers ces deux
Palmes nouvelles .
Et par ces grands fuccez dont les
Dieux font garants ,
Se va faire appeller le dompteur des
Rebelles ;
La terreur de la Ligue , &le flean
des Tyrans .
Roubin ,de l'Academie d'Arles .
MADRIGAL.
Tremblez , tremblez fiers ennemis
,
LOVIS part armé de la foudre ;
Ilva bien tost reduire en poudre
Vos rempars les plus affermis .
Malgrévostre Ligue infernale .
Il en a formé le projat ;
GALANT.
153
Ce n'est pas d'aujourd'huy qu'une
épreuve fatale ,
2
Entre le deſſein& l'effet ,
Vous afait voirpeu d'intervale.
Plus il afufpenda ſon bras ,
Plus vous devez redouter ſa vangeance;
Elle est juste,ne croyez pas
Avec tous vos efforts luyfaire refistance.
Vous lesçavez par cent combats;
Vous n'avez qu'un moyen pour vaincre
sa puiſſance ,
C'estde mettre les armes bas.
VERS
Voy ,
Q
Diereville
LIBRES .
malgré le Prince d'Orange
Mons est pris ? Quel malheur
étrange !
Quoy, ce grand Conquerant n'a pû
lefecourir
Lay qu'on a vúfans coup ferir
G
MERCVRE
154
se rendre maiſtie d'un Royaume .
Tel il fut Statouder , tel il eſt Roy
Guillaume.
Où la veritable valeur
Pour triompher est neceſſaire ,
Quelsglorieux exploits lay vit.on
jamais faire ?
Iltrouve par toutson vainqueur,
Il devoit cependant empêchercette
prife,
Lecoup auroit para nouveau ;
Mais il n'afaitfervir cettegrande
entreprise
Qu'à rendre de Louis le triomphe
plus beau ,
Il falloit pour témoin Guillaumede
Naflau.
Aux deffeins de Louis le Ciel toujours
propice ,
Luy fait vaincre en tous lieux fes
nombreux Ennemis ,
Dans le temps qu'il reduit & Villefranche&
Nice
GALANT.
155
Afon pouvoir Mons est soumis.
Quelle ouverture de Campagne!
La victoire déja ſe declare pour
nous ,
Que restera t'ilà l'Espagne?
Mais que restera-t'il à cent Rivaux
jaloux ,
Quemalgréleurs complots ildom.
pre ?
Lechagrin, larage&la honte
D'avoir excitéson couroux.
A l'ombre des Lauriers que sans
ceffeil moiffonne,
Ils le croyoient paisible au milieude
SaCour,
Qu'il laiſſoit àfon Fils les travaux
de Bellonne
Mais àpeine voit. il le Printems
deretour ,
Qu'il part , & que fa foudre
tonne.
Il renverſe leurs murs, il brife leurs
zemparts
G6
156
MERCVRE
G
Rien ne reſiſte àsa puissance ,
La terreur est de toutes parts,
Etl'on vient àsespieds implorerfa
clemence.
Enfin l'onse rend àſes loix ,
De Mons à ce vainqueur les portes
font ouvertes ,
Il entre triomphant , & ses nouveaux
Exploits
Font crandre aux vaincus d'autres
pertes.
Ils efperoient un prompt Secours,
Maisle demy Heros dont ils pow.
voient l'attendre ,
Préfere au foin de les défendre
Celuy de conferverſes jours.
Il a fait trop de fois la triste experience
Deſes malheurs au champ deMars,
Pour s'exposer àde nouveaux bazards;
Mais pour ménager l'alliance
Qu'ilfait avec cent Potentats,
GALANT . 117
Il a crû qu'il devoit faire au moins
quelques pas .
Il est connupar tout pour un grand
Politique ,
C'est ce que l'on voudroit en vain
luy difputer;
Mais quand de grands deffeins il
faut executer ,
Il en connoist peut la pratique ,
On le voit , on n'en peus douter ;
Afon espritmélancolique ,
Mons, quelchagrin vastu coûter !
Il'ne s'eft avancé que pour voir la
victoire
Que LOVISremporte aujourd'huy,
Mille Ennemis jaloux , tous armez
contre luy ,
En voulant l'accabler wont le cowvrir
de glone,
Ils n'esperent plus rien de leursva
ſtesprojets,
Vaincus &fur Mer &fur Terre.
Et tout le fruit de leur injate guerre.
Serabien tot de demander la Paix,
Diereville.
158 MERCVRE
SONNET.
Printemps que
pompeuse
ta naissance est
brillante !
Tu vois avec les fleurs éclorre des
projets ,
Que lamainde LOUIS heureuse &
triomphante
Execute en ce jouravectantdefuccés.
Comme tu rends aux Prezleur peinture
charmante ,
Et qu'en vain les Hyvers retardent
tes progrés ;
Ainfi de ce Heros la valeurſurprenante
Rajeunit , pour comblerde bonheur
fesSujets.
Delicieux Printemps,quelques beautez
qu'étale
Dans nos plus beaux Jardins in
chaleur liberale
GALANT.
159
Tu ne peux égaler le Printemps de
LOUIS .
Cede luy tu le dois, auteur des belles
choses;
Ton pouvoir ne s'étend qu'à nous
donner des rofes ,
Au lieu que sa valeur donne déja
des fruits.
Ces
AVTRE.
Es Superbes Ramparts, cette
Ville imprenable ,
Vient enfin de ceder aux foudres de
Louis ,
Ses rayons ont jetté dans les coeurs
éblouis ,
Une frayeur mortelle , un trouble
inévitable .
Jamais d'un Conquerant la force
redoutable
N'aSoumis les Remparts que nous
voyons détruits ;
160 MERCVRE
Jamais auffiVainqueur n'égala de
LOVIS .
Laforce, le pouvoir , la conduite
admirable.
Mons,ne regrettepoint danscefameux
malheur
Le beau nomde Pucelle acquis par
ta valeur,
On tedonne un Epoux que la gloire
accompagne:
Prefere untelHymen à cette qualite,
Ton honneur estoit maldéfendu par
l'Espagne,
Te rendant àla France il est enfeureté.
SUR LE DANGER
que le Roy a couru lors
qu'il paſſa un boulet de Canon
prés de Sa Majefté.
Orgueilleuse Cité, deviens encar
plus fiere2
GALANT. 161
Le Grand LOVIS pour toy méprise
les hazards .
Un foudre impetueux lancé de tes
Remparts [la pousfiere
Aux pieds de ce Monarque élève
D'unvisage remis,d'unefiertéquerriere.
Ce Prince entend gronder les tempêtes
de Mars ,
Il viſite les lieux , il dardefes regards
Sur ces murs menaçans,fur cette
Ville altiere.
L'alarme cependantſerépand dans
les coeurs ,
Les François par leur zele ont de ju .
ſtes frayeurs s
Peuples , ne craignezrien de ce
bruyant orage.
Ce tonnerre guerrier se baissant à
propos ,
162 MERCVRE
1
D'un bond respectueux adore ce He-
YOS ,
Etdevance de Mons les respects&
l'hommage.
AVIS AUX FLAMANS.
Our prélude d'une Campagne ,
LOVIS vient d'ofter à l'Espa- P
gne
Mons,dont les murs audacieux
Sembloient ne craindre que les
Cieux.
L'Usurpateurde l'Angleterre
Malgréses vains projets , &tous
fes Alliez ,
Aveufes murs humiliez ,
Tomberſous les coups du tonnerre
Du plus grand Princedela Terre,
Peuples , quivous voyezpreffez de
toutesparts ,
N'esperezplus envos Remparts,
Ils neferont pourvous qu'unefoible
défence;
Venezaux piedsde cegrandRoy
GALANT. 163
C'est le protecteur de la Foy ;
Vous vivrez trop heureux sous sa
juste puissance.
Louiſe Angelique deDomnaigné
de la Rochechute.
- Quoy que nous ne ſoyons pas
encore dans le temps où les
Armées ont accoutumé de fe
mettre en campagne, parceque
la terre ne doit pas produire ſi
toſt dequoy les faire ſubſiſter ,
le Royqui ſçait vaincre en tout
tempsa déja fait des conqueſtes
qui ne fontpas moins confiderables
par leur nombre , que
par leur importance , puis que
dés le commencement de ce
mois , il a déja rangé ſous ſes
loix avec une rapidité inoüie
juſqu'à fon regne , les Comtez
de Nice & de Hainaut , fi fameuſes
dans toutes les Hiſtoi164
MERCURE
res , que les Comtes de Hainaut
ſe vantoient de ne reconnoiſtre
que Dieu & le Soleil ,
ſelon ce qui eſt rapporté par
quelques Hiſtoriens des Paysbas
. C'eſtoit le ſujet de leur Deviſe
; & comme le Soleil fait
aujourd'huy le corps de celle
du Roy , c'eſt maintenant que
les Peuples de cette Comté
peuvent dire , qu'ils ne reconnoiſſent
que Dieu & le Soleil ,
& qu'on pourroit leur appliquer
cette ancienne Deviſe ,
où l'on voit une montagne que
cet Aſtre éclaire de ſes rayons ,
avec ces mots , Mons clarus ab
illo. Il n'y a point à douter que
cette Ville là eſtant preſentement
fousla domination de Sa
Majesté , ne devienne plus flo .
riſſante, ainſi l'on peut dire que
la Ville de Mons , Capitale du
GALANT. -165
Hainaut , éclairée par le Soleil
c'eſt à dire , gouvernée par le
Roy , brillera plus qu'elle n'a
fait avant qu'elle fuſt ſous la
domination de ce Monarque.
Quant au Comté de Nice ,
voicy cequ'en diſentles Hiſto
riens.
Son nom primitif qui veut
dire Victoire , luy fut donné par
les Marſeillois qui en ſont les
fondateurs . Après avoir eſté
une Colonie de ces Peuples ,
ellefut foumiſe aux Romains ,
puis aux Rois de Bourgogne ,
aux Comtes de Provence , &
enfin elle paſſa ſous la domination
des Ducs de Savoye. Les
Peuples de Nice avoient fait
ſouvent tous leurs efforts pour
ſe ſouſtraire à l'obeiſſance qu'ils
devoient aux Comtes de provenceleurs
Souverains , & les
166 MERCVRE
Hiſtoires de cette province le
prouvent par la guerre que leur
firent Raymond Berenger III.
en 1166, & Raymond Berenger
V.en 1229.Amedée VII. ufur.
pa ce pays ſur Jeanne , Com.
teſſedeProvence , dans le tems
que les Troubles du Royaume
deNaples l'occupoient ailleurs.
Les Ducs de Savoye ſont contraints
de tomber d'accordde
cette ufurpation; mais ils di
fent que leurs droits fur ce
Comté , font fondez ſur une
ceſſion que leur fit en 1418 .
Joland , Mere & Tutrice de
Loüis III . Comte de Provence
& Roy de Naples , qui laiſſa
Nice pour compéſer une pretention
de cent ſoixante mille
livres , qu'Amedée de Savoye
ſouterroit luy eſtre deuës . Cependant
les Deputez de nos
GALANT.
167
Rois leur ont fait voir en pluſieurs
occaſions que ce droit eſt
imaginaire , & que quand mê
meil y auroit cu de la justice
dans les pretentions du Duc
de Savoye , il n'eſtoit pas au
pouvoird'lolandde cederNice
Cette Ville eſt belle & marchande
, &ſon Chaſteau eſt un
des plus forts qui ſoient en Europe
. Auſſi la Ville ayanr eſté
priſe par l'Armée de François I.
que commandoit François de
Bourbon , Comte d'Anguien ,
& par les Troupesdu Ture ſous
barberouffe , le 20. Aouſt 1553 .
ils ne purent prendre le Château.
Le Pape Paul III. eſtoit
venu à Nicel'an 1538. & ce fut
là que ſe fit l'entreveuë du meſ
meRoy François I. & de l'Empereur
Charles Quint , avec
une Trevede dix ans. Le Com-
き
168 MERCVRE
téde Nice eſt diviſe en Vicariat
de Nice , Vicariat de Barcelone
Vicariat de Soſpelſo ,& Vicariat
de Puerin , & il a encore ſous
ſoy les Comtez de Bueil & de
Tende. La Ville , ſituée dans
une campagne extremement
fertile, eſt au pied des Alpes ,
& au bord de la mer , entre la
Riviere du Var & Villefranche
qui eſtle Port , l'Amphiteatre ,
les Inſcriptions , & les autres
reſtes d'antiquité que l'on voit
en cette Ville , ſont des témoignages
fuffiſans qu'elle a toujours
eſté fort confiderée.
Aprés vous avoir parlé des
Places que Sa Majeſté vient de
conquerir , il faut vous entretenir
de ce qui s'eſt paſſe à leur
priſe.
Mr de Reynac , Brigadier ,
s'eſtant rendu devant Villefranche
GALAN T. 169
t
franche , par l'ordrede Mr de
Catinat , avec trois Bataillons
du Regiment d'Allace , la Ville
ſe renditle 13. du mois paſſé.
On fit enſuite les approches du
Chaſteau , pendant que les Ga-
Jeres débarquoient du Canon
&toutes les munitions neceffaires
pour le Siege , & Mr de
Catinat ſe renditdevant la Place
avec deux Bataillons d'augmentation
.
Les Batteries ſe trouverent
bien toſt en estat , & le Canon
commença à tirerOnjetta auſſi
quelques Bombes , & les Affiegez
en furent tellementintimidez
, qu'ils ſe rendirent le 20.
ſi toſt que l'on cut ouvert la
tranchée. Il eſtoit difficile d'y
travailler , parce que le terrain
eſt tout deroc , ce qui faiſoit
croire qu'on demeureroit dix
Avril 1691 . H
170
MERCVRE
ou douze jours devant la Place.
Voicy les Articles dont on con.
vint avec le Gouverneur.
CAPITULATION
Faite entre Mr de Catinat ,
Lieutenant General des Armées
du Roy , & commandant
en chefl'Armée de Sa Majesté
en Italie , d'une part , & Mr le
Comte de Rufie , Gouverneur
du Chaſteau de Villefranche,
d'autre part.
I.
Il a esté accordé que la Garnison
Sortiroit demain 21. Mars avec
bagages , méche allumée , armes
balle en bouche , tambour battant
& Drapeaux déployez.
II.
Il a eftè accordé deux pieces de
campagne de huit livres de balle
&de fonte , lesquellesferontpor.
tées à Oncil , fur uneTartanefourniede
la part du Roy.
1
GALAN T.
171
111.
Il sera fourny pareillement de
la part du Roy , des Galeres ou Tarzanes
pour le transport de cing com.
pagnies d'Ordonnance , qui compo-
Joient partie dela Garnison du Chaſteau
de Villefranche , de Mr le
Comte de Rufie Gouverneur , des
Etats Major & des Officiers ,
1 .
A l'égard des cinq Compagnis
de Milice , elles feront escortées
jusqu'à trois lienes d'icy , par une
escorte , ou un Commiſſaire de la
part du Roy , duquel lieu ilferapermis
à chagne Soldat de Milice de
Seretiver chez luy avecses armes.
V.
Il a esté accordé que l'on ne fera
aucune recherche ſous quelque pretexte
que ce puifſſe eſtre d'aucun
homme estantſous les Armes.
H2
172
L
MERCVRE
VI.
Ila efté accordé que la Garnifonpourraſepourvoir
des Maga-
Zins dudit Chasteau pour quatre
jours de vivres.
VII.
Quand la Capitulation Sera
fignée ,le Poste avancé, &le premier
Pont Levisferont occupez par
LesTroupes du Roy.
7
1111.
On est convenu que Mr leComte
de Rufie livrera demain 21. Mars,
uneporte du Chasteau à huit heures
du matin , avec promesse de la
partdeMrde Catinat que l'on empeschera
que qui que cesoit n'entre,
degens qui pourroientyfaire quelquedesordrejusqu'à
ce que la garwifonfoitfortie.
IX
Demain 21. Mars , à une demit
heure de jour , ilfera receu dans le
GALANT.
173
Chasteau un Commiſſaire des Guer.
resde lapart du Roy , auquel les
Magazinsseront remis, & un Commiſſaire
d' Artillerie, auquel pareillement
il fera remis tout ce qui
concerned' Artillerie ,&les Munitionsde
Guerre .
La Capitulation cy-deſſus a
eſté ſignée le 21. Mars 1691 .
par Mr de Catinat , d'une part,
& par Mr le Comte de Rufie
d'autre, promettantqu'elle fera
fidellement & ponctuellement
obſervée & executée.
On a trouvé dans la Place
dix- neuf Pieces de Canon de
Fonte , dont il y en avoit onze
de gros Calibre ; dix- neufCanons
de Fer,ſept Mortiers cinquante
Milliers de plomb. Il
n'y eut en cette attaque qu'un
Soldat tué & quatre bleſſez .
On attaqua le 23. le Fortde
H3
174
MERCVRE
>
Montalban ſitué ſur une pointe
de Rocher , & il ſe rendit le
meſme foir. Le 24. Mr de Catinat
envoya Mrde Saint Lau
rent,Brigadier,pour attaquer la
Fortereffe de San Ofpicio , qui
eſt forune langue de terre en.
tre Monaco & Ville franche
&elle ſe rendit à l'aproche des
Troupes. Le 15. les fix Batail.
lons que l'on avoit detachez
pour l'attaque de cette Fortereffe
, vinrent joindre l'Armée
de Mr de Catinat qui estoit
campée devant Nice. On prepara
toutes choſes pour l'ouver.
ture de la tranchéequi ſe fit le
27. à huit heures du ſoir; mais
la Ville ayant capitulé , Mr de
Catinat y fit entrer trois Bataillons
à onze heures & demie
du meſme ſoir ; & comme ils
prenoient des poſtes , lesTrou-
1
GALANT . 175
pes dela Citadelle firent une
fortie , & mirent le feu à trois
maiſons afin de voir clair autour
du glacis. Le 28. à huit
heures du matin , Mr de Catinat
entra dans la Ville , & deux
heures aprés , Mr le Marquis
de Tournon qui en eſtoit Gouverneur,
en fortit avec ſa Femme
& fa Fille. On l'eſcorta vers
la route de Turin . l'Eveſque
- fortit le meſme jour, & demeu-
-ra dans le territoire de Nice.
Une heure aprés , Mr de Catinat
fit publier dans la Ville
qu'il eſtoit permis à chacun de
ſortir ſans armes , mais que la
Nobleſſe pouvoit porter l'épée
& des piſtolets à cheval . Ce
jour- là , les Ennemis firent
grand feu de leur Canon & de
leur Mouſqueterie fur tous
ceux qui fortirent de la Ville ,
Η 4
176 MERCVRE
ſans épargner les Femmes , ny
les Enfans . Ils jetterent des
Bombes dans la Ville , &tuerentquelques
perſonnes. Toute
la journée ſe paſſa de cette
forte. Le foir , les Mortiers s'eſtant
trouvez en état , on jetta
une douzaine de Bombes dans
la Citadelle pour eſſayer fi on
les ajuſteroit bien . Les Ennemis
ne firent aucun feu pen,
danttoute la nuit.
Le 29. ils firent le meſme feu
que le jour precedent , & les
Troupes s'occuperent à remplir
des Sacs à terre , à faire des facines
& à achever les Batteries
Onjetta quelque Bombes dans
laCitadelle ,&fur les huitheures
du foir , Mr de Catinat accompagné
de tous les Officiers
Generaux , fit ouvrir la Tranchée
par le Bataillon de Sault,
GALANT. 177
&le premier Bataillon d'Alface.
Celuy de Sault ſouſtenoit les
Travailleurs de la Tranchée
du glacis de dedans la Ville,&
le Bataillon d'Alsace eſtoit à la
Tranchée dehors . Les Ennemis
firent grand feu ; mais il
n'eut pas grand effet. Le méme
jour , M. le Comte d'Eſtrées
eſtant arrivé dans la rade de
Villefranche, & M. de Catinat
luy ayat mandé que des Batteries
ſur la Montagne deMontalban,&
fur les hauteurs voiſines
pourroient eſtre d'une grande
utilité , ce Comte ordonna à
M. de Pointy de travailler inceſſamment
à les placer , cequi
fut executé avec tant de diligence
que le lendemain 30. à
midy elles commencerent à
tirer , M. le Comte d'Eſtrées
ayant eſté luy même à la poing
Η
178 MERCVRE
te du jour examiner les en .
droits où l'on travailloit à les
établir, auſſibien que la Batterie
qui avoit eſté dreſſée le jour
precedent par Mrs desGaleres.
M. deCatinat les alla viſiterle
foir du meſme jour & témoi .
gna eſtre fort fatisfait de les
trouver ſi avantagenſement
poſtées. Il ne fut pas moins
content de l'effet qu'elles firent
en ſa preſence , marqua beaucoup
d'étonnementde ce qu'on
avoit à force de bras placé du
Canon dans des endroits pleins
de precipices. On n'a jamais
veu un plus beau feu que celuy
de ces batteries, qui estoient fi
bienſerviesque le Canon alloit
commela Mouſqueterie.
Les Grenadiers & Fuziliers.
de Sault eſcarmoucherenttoute
la journée avec les Ennemis
GALANT. 179
quitirerent un fort grand nom.
bre de coups de Canon juſqu'à
-quatre heures du ſoir , qu'une
de nos Bombes mit le feu dans
le grand Magazin à poudres.
Elle renverſa preſque tout le
Donjon , elle demonta la plus
grande partie du Canon des
Ennemis du coſté de l'attaque ,
& leur tua & bleſſa quatre à
cinq cens hommes . Il y en eut
quarante à cinquante tuez ou
bleſſez parmy les Troupes du
Roy , Mr des Chiens de Reffons
, dont l'habileté eſt ſi grande
que ſes Bombes tombent par
tout ouil veut , n'en fit jetter
que trois pour caufer tout ce
grand defaſtre , & ceux qui furent
attentifs à le confiderer ,
diſent qu'au milieu d'une épaiſ
ſe & noire fumée ils remarquerent
en l'air une partie de l'EH6
180 MERCVRE
difice , qui en ſe ſeparant lors
qu'il tomba , fit perir un grand
nombrede gens juſqu'au milieu
de la Place . Les debris renverſerent
vingt outrente maiſons
. Le mefme jour à huitheures
du foir, le ſecond &le troifiéme
Bataillon d'Alface releverent
Sault , & le premier Bataillon
d'Alface du coſté de la
Ville. On ſeeut ſi bien profiter
de la conſternation où se trouverent
les Ennemis , qu'on ſe
logea juſque fur la paliſſade du
Chemin couvert uvert , & hors la
Ville on avança juſqu'au Redan
, oùl'on attacha le Mineur
Les Enuemis firent un grand
feu de mouſqueterie , & ne
tuerent que tres-peu de monde.
Le 31. comme ils avoient
tous leurs Canons démontez ,
GALAN T. 181
ou couverts de pierres , ils efcarmoucherent
toute la journée&
toute la nuit avec leur
mouſqueterie . On les chaſſa
de leurs paliſfades , & Mrde
Boſſerne ; Capitaine dans Alface,
receut un coup à la cuiſſe
qui perça de part en part ſa
Tabatiere , ce qui rend fa bleffure
moins profonde. Deux
Sergens & douze Soldats deferterent
ce jour- là , & diren : que
l'épouvante eſtoit tres - grande
dans la Place .
Le premter Avril, on attacha
les deuxMineurs au glacis pour
paffer ſous le Chemin couvert,
& entrer dans le foſſé , afin d'aller
attacher le Mineur aux
- deux faces des deux Bastions de
l'Ouvrage à corne qu'on attaquoit
, & qui a la figure d'un
- Fort. Ces deuxBaſtions eſtoient
182 MERCVRE
battus parquatre pieces de Canon
qu'on avoit placées ſur la
paliſſade du Chemin couvert ,
dont le glacis eſt fort droit &
fort court. Les quatre Canons
•faifoient deux trous aux pieds
des deux Baſtions pour y faire
attacher le Mineur. Le meſme
jour , une autre Bombe tomba
à pareille heure que la precedente
, fur un autre Magaſin
de poudres . Il n'y en avoit que
quatre cens quintaux dans celuy
cy , &dans le premier il y
enavoit cent ſoixante miliers .
Cette Bombe ne fit pas un ſi
grand effet que la premiere :
mais elle ne laiſſa pas de tuer
beaucoup de monde , & prefque
tous les Chirurgiens furent
de ce nombre. Ce ſecond
accident fit augmenter la deſertion
parmy les Ennemis ,&
GALANT . 183
leur fit perdre courage , pen
dant que celuy des noſtresangmentoit.
Douze Canoniers qui
leur reſtoient deferterent ce
jour là . Nos Bombes , nos Canons
, & noſtre Mouſqueterie
firent un grand feu toute la
journée. Les Ennemis en firent
auſſi de leur mouſqueterie ; cependant
noſtre travail & nos
Mines avancerent beaucoup ce
jour- là.
Le 2. le feu continua juſques
à trois heures aprés midy. Les
Ennemis battirent pourtant la
chamade à midy ſur lesBaſtions
mais les nostres eſtoient tellement
échauffez à tirer , qu'ils
continueren uſques à l'heure
que je viens de vous marquer ,
| fans s'en appercevoir. Les Afſiegez
croyant n'eſtre pas entendus
, firent redoubler le
184 MERCVRE
nombre de leurs Tambours, &
il en parut juſques à douze qui
battirent de toute leur force
pour ſe faire entendre , & tous
les Soldatsde laGarniſon crierent
Vive le Roy , en jettantleurs
chapeaux en l'air. Ils arbore.
rent un Drapeau blanc , & Mr
deCatinat fit ceſſer le feu : mais
il ordonna qu'on ſe tinſt toujours
en garde , ne pouvant s'i.
maginer qu'uneſi forte Place ,
& d'une fi grande importance ,
puſt ſe rendre en cing jours de
Tranchécouverte , ce qui luy
faifoit apprehender quelque
furpriſe. Les Ennemis laiſſe-.
rent tomber un billet , par le
quel ils demanderent deux
heures pour parler d'affaires.
On envoya des Oſtages , & la
Capitulation fut quelquetemps
àconclurre, parce que leGouGALANT.
185
verneur demanda des choſes
- qui neluy furent pasaccordées
Voicy les Articles dont on
convint.
CAPITULATION
Faite entre Mr de Catinat ,
Lieutenant General des Armées
duRoy , commandant en
chefcelle de Sa Majesté en Italie
, & Mr le Comte de Froſafque,
Brigadier d'Infanterie
Colonel du Regiment de Savoye
, & Gouverneur du Chaſteau
de Nice.
1.
Il a esté convenu que Mr le
Comte de Froſaſque liurera le 4.du
preſent mois , à cinq heures aprés
midy , la porte du Chasteau aux
Troupes du Roy , au cas qu'il ne
foit pasfecouru par une Armée.
11.
Il a este convenu qu'il fortira
186 MERCVRE
le g.au matin, avec toute la Garni-
Son du Chateau avec armes,bagages,
tambour battant ,méche allu.
mée , & Drapeaux déployez .
111.
Il a esté accordé qu'il emmenera
quatre pieces de Canon de moyen
calibredehuit à dix livres de balles.
1 v.
Ila efté convenu que la Garni.
fonira à Oneille , & qu'il luy ſera
fourny des Barques ou Vaisseaux
pour lesy conduire par le plus court
chemin de Cans retardement
des voitures our aller par terre ,
aus par lechemin le plus court , au
cas que la mer foit impraticable.
V
016
Il a esté accordé d'emporter les
meubles appartenans à Son Alteffe
Royale.
GALANT . 187
VI.
Ila esté accordé qu'ilfera permis
àtoutes fortes de perſonnes , de
quelque condition &nation qu'elles
puiſſent estre ,seretirer.
11.
Il a esté convena que la Garnison
Se retirantfoit par Mer , ou par
Terre , il luy fera fourny juſques à
Oneille les vivres neceſſaires ,
medicamens pour les Bleſſez , &
mesme que dés à present jufqu'au
4.0n leurfournirace qu'ils demanderont
de cette nature de subfistance
de bouche & medicamens .
VIII.
Pour la feureté de ladite Capi.
tulation,il fera donné deux Oftages
de part& d'autre .
Fait au Camp devant Nice ,
le 2. Avril 1691 .
1
Les . fur les onze heures du
matin , la Garniſon , ſuivant la
188 MERCVRE
Capitulation arreſtée , ſortit
par une porte de derriere , afin
d'éviterla confufion . Elle s'embarqua
avec le Gouverneur
ſur quatre Tartanes pour aller
joindre les trois autres Gouverneurs
que M. de Catinat y
avoit envoyez depuis quinze
jours .A meſure que la Garniso
fortoit par une porte,nosTroupes
entroient par l'autre . Elle
a beaucoup fouffert par la faim
pendant trois jours , la cheute
des Magazins ayant écrasé &
mis en pouſſiere generalement
toutes les proviſions . On apprit
, aprés que l'on fut entré
dans la Citadelle, que pluſieurs
perſonnes , parmy leſquelles il
y en avoit de qualité, avoient
eſté ensevelies ſous les ruines
des Magazins, où elles s'étoient
refugiées. On ſceut auſſi de
GALANT. 189
,
quelle maniere le feu avoit pris
au grand Magazin à poudres ;
&voicy ce qu'on apprit fur ce
ſujet. Deux Soldats fortant de
ce Magazin avec chacun un
baril de poudre pour porter
aux Batteries entendirent
crier ,gare la bombe , & ayant
pris l'épouvente ils laiſſerent
tomber les barils dont ils étoiét
chargez. Il en fortit unetrainée
de poudre , & la Bombe eſtant
tombéeenſuite y mit le feu qui
s'étendit juſqu'au Magazin , où
il fit l'effet prodigieux , dont je
viens de vous parler . Il y avoit
un autre Magazin à poudre à
trois voutes , dont les Bombes
en avoientdéja crevé deux, ce
qui obligea le Major de la Place
de dire au Gouverneur , que
quoyque M. le Duc de Savoye
l'euſt envoyé pour la défendre,
190 MERCVRE
il ne prétendoit pas attendre
ſa perte , qu'il voyoit inévitable
en differant de capituler ;
quepour luy il ne vouloit pas
perdre plus de temps , n'y ayant
pas d'apparence de pouvoir refifter
dans l'étatoù ils eſtoient .
Ce qui reſtoit de la Garniſon
s'eſtant trouvé dans les mêmes
ſentimens , le Gouverneur fut
obligé de conſentir à rendre
la Place. Sa perte met Mr de
Savoye hors d'état de recevoir
par mer aucun ſecours de ſes
Alliez . Le 6. les Habitans de
la Ville qui avoient abandonné
leurs Boutiques pour éviter
le pillage & les Bombes , commencerent
à y rentrer. La plufpart
des maiſons y font endommagées
, & celles qui ſont dans
le voisinage de la Citadelle
font renverſées par la ſecouffe
GALANT.
191
que l'effort des poudres leur
donna. Elles firent ſauter le
grand Magazin , & tous les
Monumens qui étoient dans
l'Eglise des Carmes s'ouvrirept.
On n'a perdu quedeux Capitaines
à la priſe de Villefranche
, de Nice & de leurs
- Chaſteaux . Ce font Mrs d'Agle
& Melchedec , tous deux
Capitaines au Regiment d'Alface
. Il n'y a eu qu'un Enſeigne
tué , & environ cent Soldats
tuez ou bleſſez . Mr le Duc de
la Ferté a eſté bleſſé legerement
à Villefranche , où il fervoit
en qualité de Brigadier. Mr
d'Endigny Commandant
- l'Artillerie , y a auſſi eſté bleſlé,
- & à Nice M. de Bofferne , Capitaine
au giment d'Alface .
Les armes du Roy eſtant
192. MERCVRE
victorieuſes dans tous les endroits
où les Ennemisl'ont obli.
gé deles porter , aprés vous
avoirdonnéle Journal des cinq
nouvelles Conqueſtes qu'elles
viennent de faire en Italie , je
paffe à la fuitede celuydu Siege
deMons , dontje vous ay
déja envoyé la plus grande &
la principale partie, puis qu'elle
contient la priſe de l'Ouvrage d
corne. Il est vray que ne vous
en ayant parle que fur les premieres
nouvelles qui en arriverent
, je ne vous ay pas fait
part de beaucoup de circonſtances
, qui meritent d'eſtre
ſceuës, & que vous attendez
ſans doute de moy. Je vais
donc vous en rapporter quel.
ques- unes , mais fans reprendre
le détailde tout ce qui s'eſt
paſſé dans cette attaque , pour
ne
GALANT.
193
.
ne vous point dire deux fois
les meſmes choſes .
Louvrage à corne devant
eſtre de nouveau attaqué le 2 .
d'Avril à dix heures du matin
, on fit dés le ſoir du jour
précedent un détachement de
cent cinquante Mouſquetaires
; ſçavoir , ſoixante & quinze
par Compagnie. Ils s'afſemblerent
le lendemain à fix
heures du matin à la teſte du
Camp , & l'on détacha douze
Mouſquetaires de chacune
pour aller aux Enfans perdus.
Ce détachement eſtoit commandé
par Mr de la Riviere
d'Arifat , Maréchal des Logis
de la premiere Compagnie.
Deces vingt- quatre Moufque.
taire il y en avoit huit qui portoient
des pertuiſanes. Mr
d'Artagnan marchoit enſuite à
Avril 1691. I
194
MERCVRE
la teſte de quarante autres ,tant
gris que noirs , & Mr de Maupertuis
, accompagné de Mrde
Rigoville , ſuivoitavec le reſte
du détachement. On arriva en
cet ordre à la Tranchée. Les
Grenadiers du Regiment du
Roy , & ceux qu'on avoit détachez
du RegimentDauphin,
de celuy des Vaiſſeaux , & du
Regiment de Toulouſe , avec
les Suiſſes qui estoientde tranchée
, attaquerent l'Ouvrage à
corne ſur les dix heures du matin
,& ils l'emporterent aprés
une courte , mais vigoureuſe
réſiſtance des Ennemis , qui ſe
défendirent à coups de piques,
de faulx emmanchées à revers
&de Grenades. Le détachementdes
vingt quatre Enfans
perdus attendoit cependant à
l'entrée du pont de faſcines.
GALANT.
195
Les Moufquetaires qui eſtoient
commandez par Mr d'Artagnan
, attendoient le long du
Boyau , ainſi que ceux que
commandoit Mr de Rigoville ,
mais dans un autre endroit. Un
Mouſquetaire à qui Mr de
Maupertuis avoitdonné l'ordre
- de ſuivre Mr de Vauban , vint
dire quel'on avançaſt . Le détachement
des vint quatre paſſa
le Pont de faſcines , & monta
fur le parapet de l'Ouvrage, où
Mr de Maupertuis les arreſta
dans le moment qu'ils alloient
s'y jetter , parce qu'on ne les
avoit fait avancer pour les y
faire entrer , ſuivantl'ordre du
Roy , qu'en cas que les Enne
mis, qu'on en venoit de chaſſer
vouluſſentle reprendre , comme
ils avoient fait le jour précedent
, ce qu'ils n'oferent
I 2
196 MERCVRE
tenter. Mr de Maupertuis les
fit étendre , tandis que Mr
d'Artagnan faiſoit alte avec
ceux qu'il commandoit au pied
de l'Ouvrage ſur le pont de
faſcines . M. de Rigoville attendoit
cependant autour du
Ravelin. Onentendit alors une
voix qui demanda les Moufquetaires.
Il s'en trouva trente
&un encet endroit là; ſçavoir
dix ou douze Mouſquetaires
gris qui s'eſtoient malheureuſement
trouvez à la queuë , &
vingt Mouſquetaires noirs M.
de la Noze, Brigadier des noirs,
s'eſtantmis à lateſte ,ils paſſerent
dans le Ravelin ,& aprés
avoir traverſé le pont , ils entrerent
l'épée à la main dans
l'Ouvrage par la courtine, malgré
les cris de M. de Maupertuis
qui s'apperceut de cetGALANT.
-
te fauſſe marche . Ils avanc
rent comme des Lions au pont
que les Ennemis avoient rom-
= pu en ſe retirant ,& ne trouvant
alors qu'un follé profond
- & plein d'eau , ils eſſuyerent
un feu terrible que faiſotent les
Ennemis,de tous lesOuvrages
qui reſtoient , de ſorte qu'on
peut dire que jamais la greſle
n'eſt tombée en plus grande
abondance , qu'il plut de balles
fur eux. LaGarniſon qui eliois
fur les rampartde ce coſté-là fit
un feu fi grand & fi frequent,
= qu'on n'en avoit point encore
veude pareilpendant le Siege.
M. de Villermont fut tué dans
le Chemin couvert par delà la
paliſſade . Le Fils de Mr'le PrincedeCourtenay
y eut lajambe
caffee , & voulant repaſſer la
paliſſade , il receut un coup de
1
13
198 MERCURE
mouſquetau travers du corps
qui le fit tomber.Il voulut faire
un effort dans ce moment pour
ſe relever , & recent un autre
coup de mouſquet dansla teſte,
dontil mourut. Tous les Mouf.
quetaires fortirent de l'Ouvrage
à corne , à l'exception du
Fils de Mr le Prince de Cour
tenay,&de Mrsde Villermont
Bayon , & de la Chapelle , qui
eſtoient morts de leursbleffures
Mrs de la Noze & Peſtel eſtant
tombez de celles qu'ils avoient
receuës , ſe tinrent dans la poſture
où ils s'eſtoient trouvez
en tombant , pour n'eſtre pas
traitez comme Mr le Prince de
Courtenay , lors qu'il avoit
voulu ſe relever. On les crut
longtemps morts,mais Mr de la
Noze ayant fait un petit ſigne
de la main qui fit connoiſtre
GALANT. 199
コ
د
qu'il eſtoit vivant , & qu'il demandoit
du ſecours Mrde
Filtz , Lieutenant de la Colonelle
du Regiment des Gardes
Suiſſes , le dit à Mr de Rigoville
qui le pria de faire entendre à
Mr de la Noze , par un autre
petit ſigne , qu'il gardaſt bien
-de ſe remuer , & qu'il feroit ſecouru
. Mr de Rigoville fit ſçavoir
au Roy l'état des choſes ,
- &luy fit demander permiffion
de faire battre la chamade. Mr
de Roſen qui venoit de relever
Mr de Rubentel , eut ordre de
la faire battre , & de propoſer
aux Ennemis une ſuſpenſion
d'armes,pour retirer nos Morts
Cetordre eſtantarrivé , Mr de
Maupertuis envoya Mr de S.
Gilles , Mouſquetaire , aux
Batteries de la part de Mr de
Roſen , pour dire aux Com-
+
14
200 MERCVRE
miſſaires de l'Artillerie de faire
ceffer de tirer le Canon lors
qu'ils verroient paroiſtre ſur
l'Ouvrage à corne trois mouchoirs
blancs au bout de trois
piques. Mr de Maupertuis eut
ſoin d'envoyer par tout où il
eſtoit neceſſaire pour cette fufpenfion,&
trois Mouſquetaires
allerent en mefme temps
porter ſes ordres . Mr de Saint
Gilles partit auffi toſt qu'il eue
receu les fiens ,& pour s'épargner
la longueur des frequens
détours de la Tranchée , qui
d'ailleurs eſtoit embaraſſée par
les Soldats qui montoient la
garde , & par ceux qui la defcendoient
, en fortit , & fe mit
à découvert pour prendre le
plus court chemin. Il eſſuya
une infinité de coups de mouſquet,
pendant que les Soldats
(
GALANT. 201
blâmoient par leurs exclamations
ſa trop grande intrepidité
Cependant il ne s'expoſoit pas
ainſi pour s'attirer des loüanges
mais il avoit beaucoupde zele
pour ſes Camarades , &il eſtoit
perfuadé qu'en arrivant un
moment plutoſt, il pouvoit ſauver
la vie à quelques uns. On
battit la chamade. Les Ennemis
firent voir par des fignaux de
chapeaux qu'ils l'entendoient.
Onleva trois piques , au bout
deſquelles estoient trois mouchoirs
blancs ,& on ceffa de
tirer de part & d'autre. Mr
Peſtel ſe leva ſur ſes genoux
dés qu'il entendit battre la
chomade , & comme il eſtoit
tombé proche des paliſſades du
Chemin couvert, dontils eftoient
encore les maiſtres , les
Ennemi's s'eſtant apperceus
IS
202 MERCVRE
qu'il n'eſtoit pas mort, letirerent
à eux. Ils retirerent auffi
le corps de Mr de Villermont
dont ils rendirent la ſoubreveſte.
Onreporta M. de laNoze
qui mourut de ſes bleſſures le
lendemain.On enleva pareillement
le corps de Mr le Prince
de Courtenay & des autres
Pendant cette petite tréve tout
le monde eſtoit à decouvert
parceque le peril devoit eſtre
ceſſé. Cependant un Soldat eut
lebras cafféd'un coup deMoufquet
auprés de Mr de S. Gilles,
&un inſtant aprés Mr de Fouquerolles
, Mouſquetaire noir
fut emporté d'un coup de Fauconneau
proche Mr de Maupertuis
,& les ennemis en fi.
rent beaucoup d'excuſes. Mr
de Filtz parloit à ce Mouſquezaire
lors qu'il fut frapé du
GALANT.
203
boulet qui luy emporta le ventre
, en forte que ſon ſang , &
ſes entrailles luy couvrirent
tout le viſage. La valeur & la
conduitede cet Officier furent
d'une grande utilité pendant
l'attaque de l'Ouvrage à corne.
Il y avoit un redan à la teſte du
travail que l'on avoit emporté
deux jours auparavant , dans
lequel on l'avoitmis pour commander
ſoixante Soldats &
deux detachez du Regiment
des Gardes Suiſſes,par lesquels
il fit faire un feu extraordinaire
ſur les ennemis pour favorifer
l'attaque , faisant tourner
ce feu à propos dans les endroits
où il pouvoit incommo
der le plus les Affiegez . Il ſe
méla en ſuite parmy les Moufquetaires
qui estoient entrez
dans l'Ouvrage àcorneoù il ſe
16
204 MERCVRE
fit remarquer.La Treve ceſſée,
on baiſſa les piques,& l'on recommença
à tirer de part &
d'autre. On trouva de bleſſez
parmy les Mouſquetaires gris,
Mr de Favencour, Sous Brigadier
, bleſſe à la teſte. Mr Marembac
, Mrs Gueroſe, la Machoire
caffée, Villabe, un coup
au travers de la cuiſſe , Genfac
bleſſe dangereuſementà la
hanche, du Freſne, deux coups
dont l'un eſt à l'épaule & l'autre
luy perceles poumons;Mrs
du Roc& Chalais des contufions.
Les bleſſez de la compagnie
des Mouſquetaires noirs font,
Mrs de Longuevergue bleſſé à
lateſte , Lombas au meſme endroit
, d'Armagnac bleſſé au
bras , de Rieux bleſſé à l'épaule,
de Lage bleſſe àla joüe&à
GALANT.
201
l'épaule , Sailly , Meſtel & la
Monetaye bleſſez & prifonniers
, Mrs Berniere , du Lon,
d'Antrave ,du Lac & Valiere.
bleſſez à mort.
Les Morts ſontMrs le Prince
de Courtenay , de la Nozc ,
Fouquerolles , Befon , Villermont
, la Chapelle. Ces derniers
font morts ſur le Champ
deBataille , hors M.de la Nozc
qui morut le lendemain,
Voicy les noms des Officiers
des Grenadiers qui ont eſté
tuez ou bleſſez ;Mrs de Grand'
Maiſon , legerement bleſſe ſur
l'os de la jambe d'un eſclat de
Grenade ; Conftant , Capitaine
au Regiment des Vaiſſeaux ,
bleſſe à mort d'un coup de
Mouſquet & Partrigny Lientenant
, bleſſe d'un coup de
Mouſquet à travers la cuiffes
206 MERCVRE
Gagniet Capitaine , bleſſe de
trois coups de Mouſquet ; Villedeux
Lieutenant , bleſſé à
mort d'un coup de Mouſquet
autravers du corps ,Verdigny
Capitaine des Fuſeliers , & Ingenieur,
tué.
Dansles Grenadiers du Roy
Mrs de Villemeur legerement
bleſſé , Brisacq Lieutenant ,
bleſſé d'un coup de Mouſquet
dans la poitrine , & d'un éclat
deGrenade à la teſte ,Cloſelle
bleſſe ; de Cambray dangereu.
fement bleffé, d'un coup de
Mouſquet ſous le jaret dont il y
aun os de caffé , Grimodet tué.
Dans la Compagnie de M. de
Crufſol ,le Capitaine a le bras
caffé d'un coup de Mouſquet,
Demeré Sous Lieutenant
bleſſe legerement d'un coup de
Mouſquet àla cuiffe. Dansla
2
GALANT. 207
feconde Compagnie , Mr de
Champigny Capitaine , tué
( ce fut luy qui monta lepremier
à l'aſſant ) de Liſampe
bleſſé d'un coup de Moufquet
à la teſte ; Maillard Sous - Lieutenant
, bleſſé d'un coup de
Mouſquet qui entre au coin
de la jouë. Mr de la Vergne
Volontaire , a eſté tué de cinq
coups de Mouſquet dans la même
occaſion : & Mr Godet des
Marais , Page du Roy , Neveu
de Mr l'Eveſque de Chartres,
y a eſté bleſsé d'un coup de
Mouſquet.
La reputation des Mouſquetaires
eſt ſi grande parmy les
ennemis ,quedés qu'ils apperceurent
les croix de leur Soubreveſte
ils ſe crurent perdus ,
&ſe retirerent ſans qu'aucun
oſaſt leur tenir teſte ,de forte
208 MERCVRE
1
qu'on ne tes a combatus qu'avecdes
armes à feu,& que l'on
peut afſſurer que plus de cent
perſonnes tiroient contre une
feule, puis que toute la Garniſon
, qui estoit dans les dehors
ou fur les Remparts , n'eſtoit
occupée qu'à tirer fur eux.
Aprés cette action le Roy qui
ne veut pas que la Nobleſſe de
ſon Royaume s'expoſe de la
forte , fit défendre à tout le
monde de fortir de ſes poſtes
ſans en avoir receu d'ordre , à
peine de demeurer un an prifonnier
dans uneCitadelle. Si
la mouſqueterie des Ennemis
fit grand feu ſur les Mouſquetaires
, nôtre Canon en fit un
terrible ſur eux lors qu'ils abadonnerent
l'Ouvrage à corne..
On en voyoit ſauter 8.à 10. àla
fois fur le Pontpar où ils ſe re
GALAN T.
209
tiroient. La tranchée fut relevéele
ſoir du meſmejour à l'attaquede
Bertamont par Mr de
Roſen , Lieutenant General,
& par Mr de Villars, Maréchal
de camp, avec les trois derniers
bataillons des Gardes Françoifes
, & Mr le Prince d'Elbeuf
Aydes deCamp du Roy. Mrle
Comte de Solre , Brigadier , releva
la Tranchée de l'attaque
du Rivage avec les deux Bataillons
de Champagne , à la
teſte deſqueis eſtoſt Mr de
Blainville , Colonel , & le ва-
taillon de Caſtres. La nuit on
coupa la gorge du demy Baſtion
de l'Ouvrage à corne par
un logemet,& par des Zigzags.
On s'avança plus de quinze
toiſes le long de la branche
droite , qui eſtoit à la gauche à
noſtre égard.L'on perfectionna
210 MERCVRE
les logemens pendant la nuit ,
& on fit un paralelle à la courtine
qui eſt à douze ou quinze
toiſes de l'avant foſſé . On approcha
une batterie, & on travailla
à une autre dans l'Ouvrage
à corne. Il n'y eut cette
nuit là qu'un Soldat tué &
deux ou trois bleſſez . Mr Devizé
, Enſeigne aux Gardes ,
receut un coup de Mouſquet
dans la machoire. Onjetta des
Bombes toute la nuit , & leCanon
ne ceſſa pointde tirer.
Le 3- au matin les ennemis
arborerent cinq Drapeaux fur
le Befroy. Ce fignal aprés la
priſe de l'Ouvrage à corne ne
fit augurer rien de bon pour
eux. On travailla toute la journée
à faire une ſape le long de
la digue , & l'on parvint jufques
au bord de l'avant foſſé ,
GALANT. 211
qui paroiſſoit large de douze
toiſes . Le Roy ayantdemandé
à un Priſonnier Eſpagnol, ſi les
Bombes , les Carcaſſes , & les
Boulets rouges ne luy avoient
point fait de peur, il répondit
qu'il ne ſçavoitce que c'eſtoit,
& qu'il n'avoit veu ny entendu
aucune choſe.Sa Majesté viſita
tous les Travaux , & eſtant fur
les trois heures aprés midy aux
Batteries du Canon, Elle vit
paffer un Soldatqui entra dans
laPlace. On le crutenvoyé par
lePrince d'Orange ; & on ſceut
enſuite que c'eſtoit un Soldat
du Regiment de Navarre, qui
eſtant échauffé par les vapeurs
de l'eau de vie qu'il avoit
beuë , avoit mis l'épée à la
main, en diſant qu'ilalloit ſeul
prendre Mons . En effet il s'en
approcha fi prés , queles Enne-
-
212 MERCVRE
mis s'avancerent pour le recevoir
, le croyant venu de la part
du Prince d'Orange. On fit
deux hommes prifonniers,dont
l'un eſtoit envoyé à ce Prince
par le Gouverneur de la Place,
qui luy mandoit qu'elle ne
pouvoit plus tenir que cinq ou
fix jours , fielle, n'eſtoit ſecouruë.
Il ajoûtoit beaucoup de
fauſſetez ſur tout cequi s'eſtoit
paffe, tant à l'armaque duMoulin,
que de l'Ouvrage à corne,
endiſant qu'il s'y eſtoit perdu
untres-grandnombre de François.
L'autre eſtoit un Envoyé
du Prince d'Orange qui venoit
affurer leGouverneur de Mons
que ce Prince viendroit à la
teſte de quatre - vingt mille
hommes pour battre les François
, ou reprendre la Ville , en
cas qu'elle fuſt déja renduë.Sur
GALANT.
213
leſoir,deux de nos Soldats qui
s'eſtoient ſauvez , aprés avoir
eſté faits prifonniers , arriverent
de Bruxelles. Ils rapporterent
qu'il y avoit beaucoup
de troupes dans la Ville ,
& environ ſeize bataillons
aux environs ; qu'on abuſoit
le Peuple en publiant que le
Prince d'Orange eſtoit à Vilvorde
, & devoit arriver le 4.
devant Mons , avec quatrevingt-
mille hommes , & que
s'il trouvoit la Place renduëil
donneroit bataille aux François
, & reprendroit la Ville.
Le ſoir , la garde de la Tranchée
fut relevée à l'attaque de
Bertamont par M. Le Duc de
Vendoſme , Lieutenant General
, & M. Le Duc du Maine
Mareſchal deCamp, avec trois
bataillons du Regiment du
214
'MER CVRE
Roy. Mr de Cominges eſtoit
Aide deCamp de Sa Majeſté .M.
de Caſtres Brigadier, releva la
tranchée de l'attaquedu rivage
avec le bataillon d'Auvergne,
qui eſtoit commandé par M.
de Prefle ſon Colonel , & avec
les deux bataillons de Greder
Allemand . Les ennemis firent
encore moins de feu qu'ils
n'avoient faitla nuit precedente.
Ils laifferent travailler à decouvert
dans l'Ouvrage à Corne
, à la Sape qui alloit le long
dela branche droite. On con.
tinua à diſpoſer de nouvelles
batteries , & il n'y eut cette
nuit-làque cinq ou fix foldats
bleſſez & un Sapeur tuć . Les
Bombes & les Boulets rouges
firent beaucoup d'effet toute la
nuit, & pendant cinq heures
le feu parut terrible dans la
GALANT. 215
:
Ville. On amena le matin au
Roy deux foldats qui en eftoient
fortis. Le premier dit
que les Bourgeois estoient
pouſſez à bout ; qu'il y avoit
beaucoup de maiſons abatuës
& brulées parles Bombes , que
celledu Gouverneur estoit entierement
ruïnée,& la grande
Egliſe fort endommagée, & Sa
Majesté luy ayant demandé
pourquoy il eſtoit forty de la
Ville, ilrépondit avecune in-
: genuité qui fit rire , que dans
la crainte d'un affaut general
l'épouvante luy avoit donné
la hardieſſe de ſe ſauver. Sa
Majesté luy demanda encore
s'il y avoit beaucoup de Canon
dans la Ville , à quoy il fit réponſe
qu'il y en avoit dans
P'Arsenal. Le ſecond dit a peu
prés la meſme chofe,& il affura
216 MERCVRE
que le Gouverneur eſtoit tellement
preſſe parles Bourgeois,
qu'il feroit battre la chamade ,
s'il n'eſtoit ſecouru dans quatre
jours. Il n'y eut que quatre
foldats bleſſez ce matin là . Le
Royqui ne s'eſt repoſé aucun
jour,aprésavoir fait le tour de
la tranchée, viſita les batteries,
& fit défiler devant luy les
troupes qui devoient le ſoir
monter la tranchée . On fitune |
batterie de trois pieces dans |
l'ouvrage à corne,&l'on pouſſa
la tranchée par le moyen de cét
ouvrage juſque ſur l'avanta
foffé . La batterie de huit Mortiers
que l'on avoit faite la
nuitdans la Tenaille de l'ouvrage
à corne , tira desle matindans
la Demy-lune. On fit
auſſi une batterie ſur la droitte
dans un chemin couvert qui
eſtoit
1
GALANT. 217
eſtoit à cinquante toiſes au
deſſus de la premiere batterie ,
&qui battit la demy Luneà
revers . Le foir , Monfieur le
Marquis de Joyeuſe Lieutenant
General , & Mr Le Duc ,
Mareſchal de Camp , releve--
rent la tranchée à l'attaque de
Bertamontavec les deux batail.
lons du Dauphin,& le bataillon
du Perche. M. le prince de
Turenne eſtoit Aide de Camp
du Roy.M.d'Avejan Brigadier,
la releva à l'attaque du rivage
avec le bataillon de Poitou , &
un de Dauphiné , qui avoient
en teſte Mrs de Mornay & de
Carcado , leurs Colonels . Un
homme ſeur , venu de Bruxelles
en diligence, donna avis de
P'arrivée du Prince d'Orange
en cette Ville- là , & dit qu'il
avoit veu tout le peuple émeu
Avril 1691 .
K
218 MERCVRE
accouriren foule pour le voir;
qu'il avoit rencontré l'avant
garde de l'armée Hollandoiſe
qui arrivoit à Noſtre Dame de
Hall , & qu'on y plantoit des
Piquets pour fon Campement.
Vn Payſan arriva aprés minuit,&
aſſeura avoir veu marcher
l'Armée ennemie juſques
àHall , où il dit l'avoir veuë
camper. Sa Majesté donna ſes
ordrespour faire venir dansle =
camps dix huit mille chevaux
d'augmentation , ce qui fut
executé le lendemain. Les
ſapes furent avancées pendant
la nuit en trois endroits juſque
fur le bord de l'avant foſſe de la
demy Lune. Il parut que cet
avant foſſé navoit que quinze
toiſes de large. Les Ennemi
firent un feu de quatre à cinq
cens hommes. C'eſt le plus
GALANT. 219
grand qu'ils ayent fait pendant
tout le Siege ; mais il ne dura
quedeux ou trois heures comme
tous les autres qu'ils faifoient
, aprés quoy ils eſtoient
des heures entieres fans tirer.
On prit vers lematin un Soldat
Eſpagnol qui estoit en ſentinellevers
l'anglede laContreſcarpe.
Il dit que la Garniſon
avoit perdu beaucoup de monde
par le feu du Canon & des
Bombes , &que les troupes ne
pouvoient demeurer dans les
deux demy Lunes qui leur reſtoient,
à cauſe du grand deſor.
dre qu'y faisoient les Bombes .
Le 5. au matin ſept pieces
de Canon qu'on avoit placées
dans l'Ouvrage à corne commencerent
à tirer dans lademy
Lune , & il y avoità midy
vingt-ſept Mortiers qui caufo
健
K 2
220 MERCVRE
rent beaucoup de deſordre parmy
les Ennemis , en ſorte qu'ils
ne tirerent preſque point pendant
toute la journée. Cela
rendit les Chartiers ſi inſolens
qu'ils menerent les munitions
juſqu'aux batteries. UnPayſan
aſſura le contraire de ce que
l'autre avoit raporté la nuit
precedente , & dit qu'il avoit
paſſé la veille à dix heures à
Hall , en revenant de Bruxel.
les,&qu'il n'avoit vû aucunes
Troupes . Un Tambour de
Namur vint au Camp pour
avoir des nouvelles de quelquesPrifonniers
, & les reclamer
, mais comme on crut que
c'eſtoit pour voir l'état du Siege
, on l'arreſta priſonnier. On
voitura le matin une tres gran
de quantité de fafcines & de
gabions pour combler l'avant
GALAN T. 221
foffé de la gauche. Cependant
on travailla à ſe bien établir fur
le bord de ce foſſe , & l'on fit
une communication qui paffoit
directement par la porte de
l'Ouvrage à corne. On trouva
deux pieds & demy d'eau
de diminution dans la largeur
du foſſe de cet Ouvrage,
& un pied & demy dans ſa
profondeur. Les Ennemis ne
tirerent pas un coup de moufquet
à nos gens qui estoient
fur lebord du foſſe de la demy-
Lune , & ſe contenterent
de tirer d'un petit Baſtion
qui eſt ſur le coſté ; n'oſant ſe
montrer , parce que noſtre
Canon emportoit autant de
teſtes qu'il s'en preſentoit . On
fit mettre des mantelets du
coſté où ils tiroient , afin que
ceux qui devoient combler le
K 3
222 MERCVRE
foſſe,y travaillaſſentplus commodement.
C'eſt une invention
nouvelle avec laquelle on
pare les coupsde mouſquet Mr
deRoſen, LieutenantGeneral,
partit avec mille Chevaux,
pour aller reconnoiſtre les Ennemis;&
s'informerde la verité
de leur marche & de leurs
forces . Le Roy fit le matin le
tour des Lignes , & vit défiler
l'apréſdinée les Troupes qui
devoient relever la Tranchée.
Elle fut relevée à l'attaque:
de Bertamont , par Mrde Soubiſe
, Lieutenant General , &
par Mr le Prince de Conty ,
Maréchal de Camp , avec les
deux Bataillons du Regiment
de la Reine , & le Bataillon
de Toulouſe. Les Bataillons
de la Reipe avoient à leur tefte
Mr le Marquis de CourtenGALANT.
223
-vaux , Colonel de ce Regiment.
Mrle Chevalier de Nogent
eſtoit Aide de Camp du
Roy. Mr de Rebé , Brigadier ,
releva la Tranchéc à l'attaque
du Rivage , avec le Bataillon
de Turenne , commandé par
Mr de Courchamp , quien eſt
Colonel ,& les Bataillons du
Royal Rouffillon .
On travailla toute la nuit à
perfectionner les logemens
qu'on avoit faits ſur le bord
de l'avant- foſſé . Une heure
avant le jour , on commença
à le combler , mais comme il
ſe trouva encore neuf à dix
pieds de profondeur , & onze
toiſes de large vis à vis la demy-
lune de la droite ,on ne
erut pas devoir faire travailer
au comblement de ce foſſé , ce
- qui empécha de ſe ſervirde
K 4
224 MERCVRE .
4
1
deux Compagnies de Grenadiers
de Champagne,de deux
de Navarre,de deux dela Reine,
d'une d'Auvergne,d'une de
Caſtres , & de celle de Toulouſe
, à qui le Roy avoit ordonné
de ſe trouver à la pointe du
jour à la Tranchée. Cependant
on nelaiſſa pas de commencer
à faire le paffage qui
alloit de l'Ouvrage à corne à la
Contreſcarpe. Mr de Vauban
ayant trouvé que les Ennemis
faifoient une mauvaiſe garde
dans la Contreſcarpe ,jugea à
propos de leur en enlever un
morceau. Vingt-quatre Grenadiers
pafſferent le foſſe ſur le
pont de fafcines , & firent un
logement qui occupoit le bord
exterieur du glacis du Chemin
couvert , dont la face droite de
la demy lune de la gauche à
GALANT. 225
l'égard des Affiegeans , eſt envelopée
depuis l'anglejuſqu'au
Redan qui en eſt à quinze toifes
, & il continua toute la
journée de le faire étendre à la
fape. On commença auſſi à
combler l'avant- foſſe , vis à vis
de la face droite de la demylune
qui regarde le milieu de
l'Ouvrage à corne . On rompit
trois batardeaux pour ſaigner
le foffé , & l'eau diminua d'un
pied& demy.Ilavoit eſté reſolu
de faire l'attaque des deux demy-
lunes, mais Mr de Vauban
changea de ſentiment pour ré
pondre à l'intention du Roy
qui vouloit qu'on épargnât les
Troupes , & qui n'apprehendoit
pas aſſez le Prince d'Orange
pour faire précipiter aucune
attaque. Les Aſſiegez avoiét
mis deux pieces deCanondans .
K 4
4
226 MERCVRE
leBaſtion gauche du coſté de la
fauſſe attaque,ſur un Cavalier,
dont ils démonterent une des
noſtres , & tuerent Mr de la
Vergne,Capitaine au Regimet
deTouraine.Sur les dix heures
du matin, Mr de Loſtange, Enſeigne
des Gardes du Corps de
laCompagnie de Noailles , fut
bleſſé à l'endroit oùl'on portoit
les faſcines,d'un coup de moufquetqu'il
receut à la teſte en la
tournant. Il en mourut deux
heures aprés , fort regreté,& le
Roy donna fa Charge à Mr
Caſtan , le plus ancien Exempt
de la Compagnie Pendanttoute
la nuit du sau 6.& tout le 6
oncut inceffamment des nouvelles
du Prince d'Orange.
Voicy les differens rapports
qui furent faits,
Vo priſonnier rapporta qu'il
GALANT.
227
avoit ſejourné le s . à Tubiſe
auprés de Hall ,& qu'il devoit
coucher le 6. à Anguien ; qu'il
avoit plus de quarante millo
hommes ; que les Electeurs de
Baviere & de Brandebourg
n'eſtoient pas avec lay , le premier
eſtant allédiſpoſer toutes
choſes en Allemagne pour de
grands projets , & que l'autre
n'eſtant pas content des Etats
& des Eſpagnols , avoit dit au
Prince d'Orange qu'il ne laiffoit
aller ſes Troupesau ſecours
de Mons que par amitié .
Un autre priſonnier , que
fait le Lieutenant Colonel de
Cavalerie de S. Simon , rapa
porta que le Prince d'Orange
eſtoit campéles . à Hall , avec
fon Armée , & qu'il devoit
marcher àAnguien.
Mr Roſen manda qu'undes
K6
228 MERCVRE
Partis qu'il avoit envoyez ,
avoit rapporté que le Prince
d'Orange eſtoit toujours à Hall
avec ſon Armée.
Un Priſonnier qui ſe diſoit
Valetd'un des Officiersde l'Armée
du Prince d'Orange , confirma
ce queles autres avoient
dit , & ajoûta que ce Prince
avoit ſept à huit mille chariots
chargez de fourage , d'avoine,
devivres & de munitions .
Deux Prifonniers de l'Armée
de ce meſme Prince furent
preſentez au Roy le meſ
me jour 6. au matin , & dirent
que ſon Armée n'eſtoit forte
que de trente mille hommes,
mais qu'elle devoit bien toſt
eſtre renforcée par les Troupes
de Brandebourg , & par celles
de pluſieurs autres Alliez qui
eſtoient en marche pour la
joindre
GALANT. 229
D'autres direntque l'Armée
du Prince d'Orange étoit campée
à Hall, fur deux lignes, &
qu'elle pouvoit eſtre de quarante
mille hommes .
- La Tranchée fut relevée le
foir du 6. par Mrde Rubantel ,
LieutenantGeneral,à l'attaque
de Bertamont , & par Mrle
Grand Prieur , Maréchal de
Camp , avec les deux Bataillons
des Vaiſſeaux ,& le Bataillon
de Vermandois , Mrs de
Mailly & d'Ancenis leurs Colonels
, à la teſte. Mr le Prince
d'Elbeuf eſtoit Aidede Camp
du Roy. M.le Marquis de Crequi,
Brigadier , releva la Tranchée
à l'attaque du Rivage avec
le Bataillon de Guiche , commandé
par M. le Comte de
Guiche ſon Colonel,un Bataillondes
Fufikers,& un Bataillon
MERCVRE
230
de Nivernois. Sur les dix heures
du ſoir , l'avant foſſe de la
demy - Lune de la droite à l'égard
des noſtres , ayant eſté
achevé de combler , on mit ſur
le glacis du Chemin couvert
des Travailleurs qui embraſſerent
l'angle de la demy - lune
& poufferent le logement jufques
à vingt quatre ou vingt
cing toiſes de chaque coſté.
Le feu des Ennemis ne parut
pas de plus de quinze hommes
, & ils ne tirerent pas plus
de trois cens coups. Mr Favier,
Ingenieur Volontaire, fut tué.
M. de la Ferriere , Lieutenant
Colonel de Vermandois , fut
bleſſé au doigt , & Mr le Chevalier
de S.Brice, Capitaine du
Regiment des Fufilierstué.M.
Boinor, Lieutenant dans le Regiment
Royal des Vaticaux ,
GALANT . 231
fut dangereuſement bleſſe àla
teſte, &il y eut trois Gendarmesdu
Roy tuez en portant des
fafcines. Les Affiegez avoient
une petite piece de Canon qui
voyoit nos Ponts; mais une de
nos Bombes étanttombée def.
fus, elle ceſſa de tirer. Un Offi.
cierde la Place voulut porter
duGaudró à l'angle duChemin
couvert , & il fut tuépar trois
de nos Grenadiers qui l'apperceurent.
Il y avoit une breche
detrente toiſes de largeur à la
face gauche de la demy lune
de la gauche à l'égard des Affiegeans.
Le 7. on étendit les logemens
de deſſus la Contrefcarpe
des demy lunes , & M.
de Vauban marqua des places
pour de nouvelles Batteries,
On eut avis que les Ennemis
faiſoient travailler àtroisChe232
MERCVRE
mins qui regardoient les quartiers
de M. de Humieres , aind
qu'aux chemins qui vont àNivelle
, Soignies , & à Augutecs;
qu'on ne pouvoit dire de combien
eſtoit ſon Armée. parce
qu'il y arrivoit inceſſament des
Troupes , comme à un rendezvous
general. La Troüille étant
détournée , coula dans le lit
que M. de Mégrigny luy avoit
fait faire. Monſeigneur viſita
le matin tout le travail de la
Tranchée . On, eut l'apréſdînée
des nouvelles de M. Roſen
, qui portoient que les Ennemis
n'avoient point marché;
qu'ils leur eſtoit arrivé
le s . cing ou fix mille hom..
mes ; qu'il leureſtoit venu du
Canon & des machines , qui
eſtoient encorela veille à Bruxelles
qu'on travailloit à
GALAN T.
233
:
trois chemins differens pour
l'Armée du Prince d'Orange ,
ſçavoir , à celuy d'Anguien ,
àceluy de Tubife ,& à celuy
des Eſtines , & que dans peu
il feroit ſçavoir auquel des
trois cePrince ſe ſeroit determiné.
Quelques deferteurs de
ſon Armée dirent qu'il attendoit
les ſoixante pieces de Canonquiluy
venoient de Bruxelles
. Toute la Cavalerie qu'-
on attendoit au Camp y arriva
dans le meilleur état du
monde , & campa dans les Lignes.
On ne peut penſer à ce
grand nombre de Cavalerie qui
n'a manqué de rien, ſans admirer
avec étonnement toute la
prevoyance qu'il a fallu avoir
pour la faire fubfifter. LeRoy
aprés avoir écouté les avis qui
lay venoientde toutes partsde
234
MERCVRE
la marchedu Prince d'Orange,
fit un detachement de dixhuit
mille Chevaux ,compoſé
de quatre Eſcadrons desGardes
du Corps , de quatre de la
Gendarmerie des Grenadiers
àCheval , de trois mille Dragons
,& le reſte de Cavalerie
Legere avec deux mille Grenadiers
à pied, ſous le commandement
de Mr de Luxem
bourg. Mr d'Augé ,de Joycuſe,
&de Rofen étoient Lieutenans
Generaux , Monfieur le Duc ,
Monfieur le Prince de Conty ,
&Mr de Bufca, Maréchaux de
Camp. Mr de luxembourg remercialeRoy
de luy avoirdonné
de fi braves gens , & luy
marqua qu'il eſperoit avec de fi
belles Troupes triompher de
ſesEnnemis.
Mr le Duc de Vendôme ,
GALANT. 235
Lieutenant General , monta le
7.au ſoir la Tranchée à la porte
de Bertamont , avec Mr de
Congis,Maréchal de Camp , &
les trois Bataillons de Polier
Suiffe . Mr le Prince de Torenne
eſtoit Aide de Camp du
Roy.La Tranchée de l'attaque
du Rivage fut relevée par Mr
de Surlaube,Brigadier,avec les
trois Bataillons de Greder ,
Suiffe . On fit pendant la nuit
une defcente dans le chemin
couvert de la face droite de la
demy Lune gauche , & l'on
conduiſit une ſappe à un Batardeau.
Elle avoit trois censtoiſes
à droite & à gauche desattaques,
avecdes Lignes de com.
munication , qui embraſferent
les demy Lunes qu'on vouloit
emporter. On fit un bon logement
dans le chemin couvert,
236 MERCVRE
& on diſpoſa une ouverture
pour faciliter le paſſage du foſſé
au mineur. On perdit plus de
monde qu'à l'ordinaire , parce
que la nuit eſtoit claire , que
nos gens eſtoient fort proche
des Ennemis , & qu'on travailloit
à decouvert; de forte que
les Ennemis pouvoient tirer à
coup feur. M. le Chevalier de
Villeneuve , Ingenieur , fut
tué , & M. Rouſſelot , auſſi logenieur
, dangereuſement blefſe
M. des Houlieres receut un
coup de Mouſques en conduifant
le travail qu'on faiſoit
pour ſe loger dans la gorge de
l'Ouvrage à corne . Il eſt Fils
de ce fameux M. des Houlieres
qui ſert le Roy depuis fi long
temps , & avec tant de repuration.
On arreſta le Lieutenant
Colonel du Regiment de Fagel,
e
GALANT.
237
& un Capitaine du meſme Regiment,
qui vouloient ſe jet
ter dans la Place. Le 8. degraud
matin une Batterie de deux
Pieces de 24. livres de balles.
& de quatre Pierriers qu'on
avoit dreffée ſur la Contrefcarpe
de la demy Lune de la
gauche , commença à tirer. Le
Roy receut la nouvelle de la
priſe de la Ville & du Château
de Nice. Elle furprit d'autant
plus que ceChâteau avoittoujours
paſſé pour une des plus
fortes Places de l'Europe. On
eut des avis que le Prince d'Orange
n'avoit fait encore aucun
mouvement , & on en receut
d'autres qui marquoient
qu'il s'eſtoit mis en marche ,
mais qu'il eſtoit retourné ſur
ſes pasdans ſon Camp de Hall,
cequi empêcha Mr de Luxem238
MERCVRE
•
bourg de ſortir du Camp avec
ſondétachement.
Le Roy étant monté à cheval
àdeuxheures aprės midy pour
voir monter la Gardedes deux
attaques,avoit veu défiler celle
de la grande,& eſtoit à la fauſſe
attaque, lors que Mr le Ducde
Vendôme,Lieutenant General
de jour, envoya dire à S. M. fur
les 5. heuresdu ſoir par un de
ſes Aides de Camp, que les Ennemis
avoiētbattu la chamade,
& vouloient capituler. Le
Royſe rendit à ſon Quartier.
Le Prince de Bergue , aprés avoir
fait une ſi grande demarche,
tâcha de gagner du temps,
&n'envoya qu'à ſept heures
les Articles qu'il avoit à pro
poſer . Il demanda que la Garpiſon
ne fortiſt de huit jours ,
&non ſeulement il ne vouloit
GALAN T.
239
donner une Porte qu'une heure
avant qu'elle fortiſt de la
Place , mais il ne la vouloit
remettre qu'à foixante hommes.
Il demanda pluſieurs autres
choſes ſur lesquelles le
Roy decida , & Sa Majesté luy
envoya la capitulation par Mr
le Prince d'Elbeuf , avec les
changemens qu'il luy avoit
plû d'y faire. Celle des Bourgeois
ſe fit durant ces allées &
ces venues , & elle fut ſignée
par Sa Majesté , & acceptée par
lesDeputez duMagiſtrat , qui
ne retournerent point dans la
Ville juſqu'à ce que le Gouverneur
euſt renvoyéla ſienne.
Pendant ce temps, les Oſtages
du Gouverneur , & les Deputez
du Magiſtrat demeurerent
dans l'Antichambre du Roy ,
où on leur fit l'honneur de
240
MERCVRE
1
leur ſervir la collation. Mr
le Prince d'Elbeuf rapporta
aprés minuit la Capitulation
ſignée ,& le Gnuverneur conſentit
à livrer une porte le
lendemain 9. à midy , & à fortir
le 10. Sa Majesté luy accorda
fix pieces de Canon , &
environ trois cent Chariots,
dont quelques uns devoient
eſtre couverts pour cacher la
honte de ceux qui les devoient
remplir. Il y a grande
apparence que le Prince d'Orange
avoit quitté Je deſſein
qu'il ſembloit avoir pris de
fecourir la Place , puiſque le
7. il avoit renvoyé à Charleroy
les Troupes qu'il en avoit
tirées. Le 9. les Gardes Françoiſes
prirent à midy poſſeſfionde
la porte de Bertamont .
Elles avoient ordre de ne laiſſer
entrer
GALANT .
241
entrer perſonne dans la Ville;
mais le Gouverneur ayant
laiſſe les autres portes ouver.
tes , il y avoit plus de dix mille
perſonnes des Troupes du Roy
àdeux heures aprés midy. Sa
Majesté donna le Gouvernement
de la Place à M. de Vertillac
, Lieutenant Colonel du
Regiment Dauphin . C'eſt un
homme actif& propre à commander
dans une Place dont
les partis doivent deſoler le
Pays Ennemy. Le Roy donna
le meſme jour cent mille livres
à M. de Vauban , vingt mille à
M. de Mégrigny , & mille Piſtolles
à M. de Vigny qui commandoit
l'Artillerie. Loin que
les Princesconfederez donnét
de pareilles recompenfes à
ceux qui les ſervent , il y en a
parmy eux que de fi groſſes
Avril 1691 . L
242 MERCVRE
>
couſommes
accommoderoient
& qui ne font dans la Ligue
que pour en tirer. Toute l'Armée
fit le ſoir trois ſalves pour
la priſede Nice . Le 10. laGarniſon
ſortit de Mons , & défila
devant Monſeigneur entre
deux hayes de la petite Gendarmerie.
Elle estoit precedée
de quelques Chariots
verts. La Scoeur du Gouverneur
eſtoit dans un Carroſſe à fix
Chevaux& fort propre. Elle
avoit l'air extrémement triſte ..
Elle ſalua tous les Officiers,&
admirala magnificence de la
Gendarmerie. Le Gouverneur
ſalua trois fois Monseigneur
l'Epée à la main , & dit à ce
Prince qu'il auroit ſouhaité
d'avoir pû faire une plus lon.
gue reſiſtance afin d'augmenter
la gloire du Roy.Il fortit quatre
GALAN Τ.
243
mille cinq cens cinquantehuit
Soldats , avec deux cens
quatre - vingt Officiers . Les
Eſpagnols & les Vallons étoient
trés mal veſtus & mal
armez . Cependant les Eſpagnols
ſe ſont deffendus avec
beaucoup de courage , & l'on
dit qu'il y en avoit fix cens
qui laſſez de leur miſere avoient
reſolu de perir , & de
ne point recevoirde quartier.
Le 11. le Roy fit le tour des
remparts , où il ſe trouva un
nombre conſiderable de Canons
; mais avec de méchants
affuts . Le Magazin des Poudres
eſtoit aſſez bien garny.
Les Religieuſes de l'Abbaye
où le roy a logé , ayant demandé
avec de grandes inſtancesá
voir Sa Majesté , on les
fit venir du lieu ou elles ef
L 2
244
MERCVRE
toient retirées . Elles chanterent
auſſi toſt le Te Dum , & le
Domine Jalvum fac regem ,& fa
Majesté leur fit de grandes
liberalitez ,
Si j'avois plus de place , je
m'étendrois ſur la generofité
de deux Officiers Eſpagnols
qui ont ſauvé la vie à Mr de
Beauregard , & à Mr le Chevalier
d'Eſtrades , & qui ont
meſme eſté bleſſez en les deffendant
de la fureur des
Troupes des Princes de la
Ligue. Lors que la Garniſon
paſſa Mr'de Chartres envoya
faire compliment à celuy qui
avoit ſauvé Mr d'Eſtrades .
On ne peutdire icy trop de
bien des Aides de Camp du
Roy , puis qu'ils ont merité
des loüanges de la bouche de
Sa Majeſté. La quantité des
GALANT.
245
travaux qui ont eſté faits devant
la Place eſt preſque incroyable
,& il eſt mal aiſe de
concevoir comment on a pû
les faire en ſi peu de temps.Jamais
on n'a fait trouvertant de
Troupes devant une Place, ſans
que les Ennemis en ayentieu
le moindre ſoupçon, jamais on
n'ya conduit un ſi grand attirail
de guerre ; jamais on n'a
fait pleuvoir tant de feux dans
une Ville ; jamais on n'a veu
tantde fourages enſemble dans
un tems que la terre n'en fournit
pas , jamais tout ce qui eſt
neceſſaire pour la ſubſiſtance
d'une nombreuſe Armée ne
s'eſt trouvé en ſi grande abon .
dance , &jamais la Poſterité ne
pourra croire tant de merveilles
ſans dire que ſi Louis XIV.
eſtoit le plus grand Prince du
L3
246. MERCVRE
monde , il avoit auſſi toutes les
lumieres qu'un Prince doit
avoir pour regler toutes les
choſes neceſſaires pour le détail
& l'execution des plus
grands projets.
LeRoy ayant donné ſes ordres à
l'égard de Mons & de ſes Troupes ,
partit duCamp le 12. de ce mois , &
ayant couché ce jour là au Queſnoy ,
&le lendemain S. Quentin , il arrivale
14 à Compiegne,où il ſejourna
le jour de Paſques. Sa Majesté , pour
folemnifer cette grande Feſte , quoy
qu'Elle ſe reſervaſtà faire ſes devotions
le Dimanche ſuivant à Verſailles
, alla le matin entendre la grande
Meſſe à la paroiffe de Saint Jacques ,
qui eſt celle du Chaſteau , Monfieur
communia àune baſſe , de la main
d'un Aumônier. L'apréſdînée , Sa
Majeſté qui avoit fait avertir les Religieux
Benedictins de l'Abbaye de
S. Corneil , de la Congregation de
S. Maur , qui eſt l'Egliſe principale de
la Ville, qu'Elle iroit yentendre Vef
GALANT.
247
pres s'y rendit fur les deux heures ,
accompagnée , comme le matin , de
toute la Cour. Le P. Prieur , revestu
d'une Chape , avec les Chantres &
les autres Officiers , l'alla recevoir à
la teſte de ſa Communauté , à la
porte de l'Egliſe , où il luy preſenta
une Croix pretieuſe de l'Empereur
Charlemagne , dans laquelle il ya
une partie tres- confiderable de la
-vraye Croix. Le Roy s'eſtant mis à
genoux la baiſa avec ſa devotion ordinaire,
aprés quoy ayant eſté conduit
à la place qu'on luy avoit préparée
dans le Choeur , il entendit les Vefprés
, qui furent chantées ſolemnellement
, & à la fin deſquelles on vint
encenſer Sa Majeſté. Pendant tout le
temps qu'elles durerent , Elle donna
desmarques de ſa ſolide pieté ,& de
lavenerationqui eſt deuë à ce ſaint
jour,en ſejoignant avec les Religieux
pour chanter à haute voix les louanges
de Dieu , auffi-bien que Monfeigneur
le Dauphin , & pluſieurs Scigneurs
de la Cour. Les Veſpresfinies
le P. Prieur avec toute la Commu-
L4
248 MERCURE
nauré , reconduifit ce Monarque hors
del'Eglife. Sa Majesté ſe recommanda
àleurs prieres en les quittant , & fit
diftribuer de grandes aumônes. Elle
partit le 16. de Compiegne , & arriva
le lendemain à Versailles , d'où Elle
eſtoit partie le 17. de Mars ; de forte
que pour aller àMons , pour en faire
la conqueſte , poury demeurer pendant
le Siege , pour attendre la fortie
de la Garniſon aprés la Capitulation,
pour en viſiter les fortifications , faire
combler lesTravaux,& revenir àVerfailles
, en ſejournant en chemin , il
n'en a couté qu'un mois au Roy. Il y
auroit trop de choſes à vous dire là
deſſus ,&je laiſſe à voſtre imagination
à vous les repreſenter. On a déja
chanté deux fois le TeDeum à Paris ,
quoy que le temps où la Campagne
s'ouvre ordinairement , ne ſoit pas encote
arrivé. La priſe de cinq Places
en Italie meritoit bien qu'on rendiſt à
Dieu des graces particulieres , & la
conqueſte de la plus forte Place des
Pays bas , ne le meritoit pas moins.
Les réjouiſſances ont eſté icy extraGALANT
.
249
ordinaires , plus par l'amour que les
Peuples ont pour le Roy , qu'à cauſe
de l'importance de ſes conqueſtes . Le
Feu d'artifice que la Ville a fait pour
la prife de Mons a eſté d'autant plus
confiderable , que ſuivant ſes Statuts,
la dépenſe augmente pour tout ce qui
ſe fait lors que les Rois prennent euxmeſmes
des Places , ou gagnent des
Batailles , & tous les Officiers de Ville
qui ont des droits pour ces fortes de
réjouiſſances , reçoivent le double.
On a eu nouvelles d'un avantage
nouveau dans les Eſtats de M. le Duc
de Savoye. M. le Marquis de Feuquie .
res ayant marché le 18. de ce mois au
foir , pour attaquer les Bataillons des
Refugiez dans Luzerne,où ils eſtoient
environ 1200. emporta la Place dans
laquelle il ne s'en trouva plus qu'une
partie , le reſte ayant gagné le haut
de la Montagne qui eſt au deſſus de
Luzerne. Il y eut beaucoup de gens
tuez . Ce Marquis fit piller & brûler
tout ce qui estoit dans cette Place , &
prit les Drapeaux du Regiment de
Loches qu'il a envoyez à la Cour. Ils
LS
250
MERCURE
ſont aux Armes d'Angleterre & de
Hollande. Les Drapeaux de Mallet&
de Rocca estoient dans une maiſon où
ils ont eſté brûlez. Il y a long temps
qu'il ne s'eſt veu un ſi gros feu . M. de
Fenquieres eut un Cheval tué ſous luy
M. de la Fere qui commande le Regiment
de la Marine, eut le pied caffé,
&l'on perdit une vingtaine d'hommesdans
cette occafion.
Je vous marquay la derniere fois
que dans un des prémiers jours du
Siege de Mons , M. Caſe , Ingenieur,
avoit eſté bleſſe à la teſte . Il eſt mort
de ſa bleffeure , fort regretté de tous
ceux qui le connoiffoient. C'eſtoit un
Gentilhomme de Languedoc , qui
avoit toutes les qualitez eſſentielles
d'un honneſte homme , & la valeur
d'un Soldat qui s'eſt mis au deſſus des
dangers. Il écrivoit galamment , faifoit
des Vers avec beaucoup de jufteſſe
,& ſcavoit parfaitement les
Mathematiques & les belles lettres Il
deſſinoit comme ceux qui y reuſſiffent
avec le plus d'avantage , & il l'avoit
fait paroiſtre à l'égard des lieux les
GALAN T.
251
plus confiderables de l'Egypte,dont il
avoit levélesPlans avec tat d'exactitude,
qu'il ne ſera pas peu loüé du public
ſi ceux à qui ſes ouvrages tomberont
entre les mains , luy rendentjuſtice.
Au reſte , Madame , je ne ſuis point
étonné que l'Article des Conferences
de la Haye qui estoit dans ma derniere
Lettre , ait fait tant d'impreſſion
fur vous . Cela vient ſans doute de ce
que les veritez ont toujours je ne ſçay
quoy qui touche plus , que les raille.
ries piquantes qui divertiſſent pendant
qu'on les lit , & qui ne laiffent rien
dans l'eſprit , parce que la veriré s'y
trouve envelopéede millemenfonges.
dont on remplit ces fortes d'écrits ,
afin d'avoir lieud'y mettre un fel dont
l'acreté dégenere en injures , & que
les injures ne découvrent rien autre
choſe ,que le caractere de ceux qui
les écrivent.Chacun a le ſien. Le mien
eſt de me faire, voir Hiſtorien , en ne
rapportant que des Pieces veritables ,
comme j'ay fait dans mes dix Volumes
des Affaires du Temps , & non
pasde faire rire .Je laiſſe aux autres la
L6
252 MERCVRE
gloire qu'ils s'acquierent en remplif
ſant leurs Ouvrages de Pieces faufles
de leur compoſition. Leur eſprit inventif
, & leur genie y paroiffent ,
mais la verité ne s'y trouve pas .Cepédant
chacun a ſujet d'eſtre content.
L'un veut eſtre plaiſant & divertir, il
y réuffit ; l'autre veut eſtre ſincere &
n'aime pas les fauffetez , & il ſe tire
là deſſus d'affaire autant qu'il luy eſt
poſſible , la verité ne ſe montrant pas
toujours toute nie ; mais du moins ,
s'il peche contre elle , c'eſt fans avoir
deffein de le faire .
Vous ne trouverez dans cette Lertre
aucun Article quiregarde le Prince
d'Orange, quoy que la matiere ſoir
belle ; je me contenteray de vous envoyer
ſix Extraits de Lettres de Hollande
, qui m'auroient en partie ſervy
à dreffer ce que je vous en aurois dit..
J'aurois pú y ajoûſter beaucoup de
choſes , mais je croy qu'avec tout ce
qued'autres raiſonnemens m'auroient
pú fournir , l'Article vous plairoit encore
moins que ces Lettres , queje
vous envoye telles qu'on les a écrites
GALANT .
255
Elles ont extrémement plû à ceux qui
les ont vuës,&des perſones du premier
ordre par leur naiſſance & par leur bon
gouft , en ont demandé des copies ,
avec un empreſſement qui me les a
fait juger dignes de voſtre curioſité.
EXTRAITS DE LETTRES .
Du 16. Mars 1691 .
Cinq Exprés arrivez icy ne peuvent
faire croire le Siege de Mons.
Ceux qui font tout remplis de la
puiſſance des Alliez difent , que ce
font des preparatifs des François,pour
mettre leurs Frontieres à couvert , &
pour ſe tenir ſur la deffenfive , & ceux
qui regardent les choſes de plus prés
croyent que ce grand mouvement de
Troupes , ce furieux appareil de guerre
, & le depart du Monarque des
François , n'aboutiront ſimplement
qu'à un bombardement de la ville de
Mons , car quelle apparence que le
Roy vinſt aſſieger Mons dans un tems
que tous les Alliez viennent d'eſtre
affemblez pour voir de quel coup la
France doit perir ; Il n'y auroit pas
même de la raiſon à le penſer.
256 MERCVRE
Du 22. Mars .
On vient d'apprendre en ce pays
que c'eſt tout de bon que le Roy de
France luy même en perſonne , devoit
partir le 17. pour faire le Siege de
Mons. C'eſt un coup qui nous étonne,
& tout ſe prepare icy pour un ſecours.
Les Troupes marchent de tous coſtez ,
& nôtre Roy Guillaume ſe diſpoſe à
partir pour le Brabant. Il ne nous
promet pas moins qu'une Victoire
entiere , & on laiſſe icy tous les Arcs
de triomphes dreſſez pour ſon retour.
Dus. Avril.
L'on eſt dans une joye extréme de
ce que les François de devant Mons
ontperdus à differentes repriſes par
les ſorties des Afſiegez , & par leur
vigoureuſe reſiſtance à deffendre les
poſtes neceſſaires pour la conſervation
de la Ville, environ vingt ou 25 mille
hommes ; mais l'on eſt bien plus
aiſe encore,de ce que noſtre tres puiffant&
tres- genereux Roy de la grade
Bretagne eſt à la teſte d'une Armée
d'environ cinquante mille Combattans.
On marche pour aller au fecours
GALANT. 257
deMons. Cette ſemaine nous decidera
bien des chofes , car ceux qui ſont un
peu moins fous , ne penſent pas que
tous nos efforts prévalent ſur lesforces
&le bonheur d'un Roy toûjours
grand & victorieux , qui ne ſçait ce
que c'eſt de manquer une entrepriſe,&
que nous puiſſions empeſcher cette
Ville de fuccomber , & cela arrivant ;
nous tomberons dans un accablement
dont nous ne pourrons nous relever ,
que par une méchante Paix.
Du 16. Avril .
Voſtre Centurie 203.eft bonne,& je
vois bien que Nostradamus n'eſt pas
un petit Prophete. Ceux de ce pays ,
comme Joricu & Maffart , grands
Commentateurs de beaucoup de profeties,
n'ont pas vû fi clair que ce bon
homme voyoit il y a plus d'un ſiecle.
Ils pretendent que ſi ; mais comme
on ne les a pas voulu croire en bien
d'autres choſes ,ils ſe gardent bien de
publier les revelations qu'ils ont du
fecret de la Montagne.
Du 21. Avril...
Nôtre Roy Guillaume eſt de retour
256 MERCVRE
de ſon expedition , & s'en retourne à
Londres la ſemaine prochaine. C'eſt
une rude botte que celle que la France
vient de luy porter. Elle eſt des plus
franches , & tout habile que l'on ſoit
en ce pays à plaſtrer nos diſgraces ,
nous n'avons point pourtant encore
oſté affez ingenieux pour trouver une
emplaſtre à ce coup, qui devroit nous
accabler , ou du moins ſervir à nous
retirer du malheureux eſtat où nous
nous trouvons par nos engagemens .
Il vient d'arriver un'accident aux Arcs
de Triomphe. Un tourbillon de vent
a abatu celuy de la Prudence. Voicy
une Medaille qui vient d'être frappée.
Le Lion Belgique tenant dans une de
fes pates les ſept fleches unies,&dans
Pautre une Lance ſurmontée du Bonnet
de la Liberté avec ces mots, Fecit
magna qui potens eft , & au revers , le
meſme Lion enchaiſné au pied d'un
Oranger endormy ſur un Faiſceau de
Flefches brifées,& ces paroles,Quantummutatus
ab illo !Rien au monde
n'eſt ſi conſtant , que toute la Republique
eſt enſevelie dans l'eſtonne
GALANT. 257
ment , & que de tous ceux qui ſont
dans le gouvernement , il n'y en a pas
un qui ne ſoit foible,ou Prevaricateur.
Une infinité de gens en gemiſſentdans
leur coeur,mais helas! que peuvent-ils
faire ? Tout leur eſt interdit.
Du 23. Avril.
Que Diable voudriez-vous que l'on
fift icy ſur la belle marche duRoyGuillauine
pour le ſecours de Mons ; Nos
Gazettes font impertinentes per omnes
cafus, nous le ſçavons bien; & n'y eſtes
vous pas fait- encore ? Le Gazetier ſçait
bien luy-même qu'ilne fait rien qui
vaille , mais il me diſoit l'autre jour ,
que voulez- vous quej'y plaſſe? J'écris
bien des fottiſes , & cependant je ne
ſçaurois encore contenter les Sots. La
verité eſt maſquée en ce pays ,l'on ſçait
bien où elle eſt , mais on ne veut pas
la connoiſtre. LeRoy Guillaume partit
hier pour l'Angleterre, où l'on ne ſera
pas ſi ridicule que nous l'avons été icy
avec tous nos grands Arcs de Triomphe.
Je triumphe , dit la medaille. Ce
qu'il y a de plaiſant eſt que depuis ſon
retour de l'expedition de Mons , ſes
258 MERCVRE
,&
Valets de pied , ſes Gardes & ſa ſuite
ont peu de peine à fendre la foûle qui
s'eſt aſſemblée pour le voir. On n'a
plus entendu ces acclamations
on l'a veu dix fois ſe promener à la
Haye ſur le Voorhout ſeul & ſans
qu'on ſe ſoit detourné de ſon chemin ,
pour voir s'il avoitle nez mieux fait
depuis ſon voyage à Hall qu'auparavant.
Jevous envoye les noms des nouveaux
Officiers Generaux que Sa Majeſté
vient de faire.
Maréchaux de Camp.
Mr le Marquis de Cregui.
Mr le Comte du Bourg , Maréchal
des Logis de la Cavalerie.
Mrle Prince d'Elbeuf.
Mr le Duc de Roquelaure.
Mr d'Artagnan , Maior des Gardes,
Me Defpordes Gouverneur de
Philifbourg .
Mr de Naves .
د
Mr de Polaſtron , du Regiment du
Roy
Mr de Laubenie.
Mrde Vertillac,Gouverneut de Mons
GALANT . 259
Brigadiers d' Infanterie.
Mr le Comte de Mailly .
Mr de Greder Allemand.
Mr Sorbeck.
Mr de Carman.
Brigadiers de Cavalerie .
MrCoade.
Mr de Roſtembourg.
Mr de Courtebonne.
Mr le Chevalier de Sainſans .
Mr d'Artagnan , Cornette de la
Compagnie des Mouſq. Blancs.
Mr le Marquis de Toiras.
Mr de Saint- Vians.
Mr de Rigoville , Cornette de la
Compagnie des Moufq. Noirs .
Mr le Comte de Gaffion.
Mr Phelippeaux .
MrdeMongon.
Brigadiers de Dragons.
Mr le Marquis de Sailly
Mr le Baron d'Asfeld l'ainé.
On a donné des Commiſſions de
Meſtre de Camp à trois Lieutenans
de Gendarmerie , qui ſont Mrs de
Meſieres , Beromas , & Seppeville.
On en a donné de Colonels à
260 MERCVRE
Mrs Serify , Dachy , & Reſigny
& des Lieutenans-Colonels , Mrs
Haiche , Bourfan , & Vertilly.
Mr le Chevalier de Courcelles a
eſté fait Capitaine de Curraſfiers .
LeRoy vient de nommer les Gene .
raux de ſes cinq Armées de terre ,
& les Officiers Generaux qui doivent
commander ſous eux pendant cette
Campagne. En voicy les noms .
ARME'E DE FLANDRE .
Mr de Luxembourg , General.
Lieutenans Generaux.
Mr le Duc de Choiſeuil .
Mr de Soubife.
Mr le Marquis de Joyeuse.
MrRoſen .
Mr le Marquis de Tillader.
Mr le Duc de Vendoſme.
Maréchaux de Camp ,
Mr le Duc du Maine.
Mr de Vatteville.
Mr de Vivans .
Mr deMontchevreuil.
Mr le Grand- Prieur de France.
Mr de Polastron.
Mr d'Artagnan,Major general .
M
GALANT. 261
ARMEE DE LA MOSELLE.
Mr le Marquis de Bouflers .
Mt Danger.
Mr de Rubantel.
MaréchauxdeCamp.
Mr le Marquis de Villars .
Mr le Comte de Gallé.
Mr le Duc de Roquelaure.
Mr de Marquis de la Vallette.
Mr de Vervins , Maior General,
ARMEE D'ALLEMAGNË,
Mr le Maréchal de Lorge , General.
Lieutenans Generauх.
Mr le Comte d'Auvergne.
Mr le Duc de Villeroy .
Mr le Comte de la Feuillée .
Mr le Marquis d'Uxelles .
Maréchaux de Camp.
Mr de Bartilllat.
Mr de Talar.
Mr le Marquis de Cognié.
Mr de Melac.
Monfieur le Duc.
Monfieut le Prince de Conty.
ARMEE D'ITALIE.
Mr de Catinat , General.
Maréchaux de Camp.
Mr le Comte de Tellé.
262 MERCVRE
4
Mr le Marquisde Feuquieres .
Mr de Saint Silvestre.
Mr le Marquis de Crequi.
Mr le Comte du Bourg,
Mr le Prince d'Elbeuf.
Mr Darennes , Major General.
Armée de Roufſſillon .
M. le Duc de Noailles , General .
M.de Chaferon, Lieutenant General.
Maréchauxde Camp.
M.deQuinçon.
M. de Juigné.
M. de Preſchat.
M. Berand , Major General.
Il y a eu une Priſe conſiderable ,
faite à Bayonne par un Armateur de
Mr le Duc de Gramont. C'eſt une
Fluſte Hollandoiſe de douze Pieces
de Canon , qui estoit chargée de ſept
cens vingt-quatre Balles de Laine de
Sigovie ,& leſtée de fer, On a trouvé
dans la meſme Fluſte vingt Sacs de
Piaſtres, de cinq cens Piaſtres chacun:
avec du Safran.
L'Enigme du mois paffé a eſté
expliquée ſur le Puis qui en eſtoit
le vrais ſens , par Mrs Hatier
GALAN T.
263
de la ruë de Richelieu : Bacquet
d'Amonville de la rue des Prouvaires
: Le Doux du Bois huet de la
ruë Saint Honoré : T. Gandeloup :
Maleſcot des Chaſtelliers : Fleuri Chirurgien
à ChaſteauThierri : Defchamps
Maistre de Penſionà Piquepuce
: Girault R. N.:de Barſe : Buirot
Conſeillerau Prefidial de Moulins: La
Gratiniere Sieur de Beauregard : du
Mont Directeur des Poſtes de Chaſteau
- Thierri : Menager Bourgeois ,
ruë Saint Jean de Lion:Caude Hutuge
d'Orleans : Bachelet & ſon aimalble
épouſe de Bazemonc : Le Curé de
Taux , ſon aimable Soeur,& leur meilleur
Ami Barbele Fils Peintre , & fa
femme : Bourgeois le Fils , & fa
femme : Bachelier : Le Peſcheur
Politique de la Raquetre : ſon frere ,
& l'aimable Champenoise de Piquepuce:
le Joli Renard de la rue Saint
Martin,& ſa poule aprivoiſée : la belle
Efpiciere du Cloiſtre Saint Oppor
tune: & la Belle aux Yeux mourans du
Faux bourg Saint Jean de Dreux : les
Freres Lambins , & les Charmantes
264 MERCVRE
voiſines de la Barriere du Temple ,
tous de Troyes : Le malheureux &
perfeverant Amant& ſaVeſtale fugiti.
ve de Mante : L'amant ſecret de la
Charmante blonde , de la rue du Chapitre
d'Evreux , & la toute- aimable
Catôde la meſme Ville : L'Aimable
inconnu de la rue des Ayresà Bordeaux
Les deux petits mariez de la Cheſneliere:&
les deux Clercs Avocats proche
le Palais : le petit Damarc de la Croix
P , C. de me P. F. de la Cour de la
vieille porte de Normandie , & fon
Camarade dit le Maſſon : le Grand
Cheroubal , & la Spirituelle de Launai
de la rue des Saints Peres ; La
Charmante affemblée de la rue de la
Tixeranderie : Le Nouveau Voiſin de
la Comedie Italienne L'homme noir
d'Elpinay, ſous- Senant:le Grand Saint
Michel & fon Compagnon de la rue
des Lavandieres : le Neveu des deux
Veuves heureuſes ; l'homme ſage de
la ruë S. Paul ; Prophete bouro du
coin de la rue des Fourreurs l'aimable
Adonis des environs de Palezeau : le
Voiſin du fameux Avocat du coin de
la
2
GALANT. 265
2
la ruë des mauvaiſes paroles : l'Inconnu
de la ruë de la Barillerie devant le
Palais : le Grand Bouvin du coin de
la ruë Gervais Laurent : le jeuneAmant
fincere , à la Bonne Foy couronnée
du Pont au Change : le Commis
du Mary content ,& la jeune Blonde :
le Vainqueur du Triton d'eau douce
de la ruë Mont- Martre , & l'un des
fils d'Æole : l'Orleannois nourriture
deGaſcone: la voix de Corbeau de
Gaſtinois : Meſdemoiselles du Four ,
filles de Mr du Four, Medecin à Blois
Thereze Jolry de la ruë S. Honoré :
la belle madame Ponard : Enitnemaid
, de la ruë des cinq Diamans ,
&fa charmante Compagne Petit, de
la rue desdeux Mores ; Bordereau de
Senlis : le jeune Abbé Germain & fes
charmantes Seoeurs : la charmante
Marguerite Eve d'Eſpoſne,& ſes deux
Soeurs, l'aimable Fanchon de la ruedu
Temple:la petite & charmante Venus
duPort d'Angleterre , ſur le Pont au
Change,&fa chere Poulette du meſme
lieu la charmante Aiſnée du fief Paupin,&
fa bonne amie l'Aterée : l'ai
Avril 1691. M
266 MERCVRE
mable petite Nayade de la Riviere
d'Opton : la trop ſcrupuleuſe Marefchale
de Leiterc : la ſpirituelle malicieuſe
de Mercyà l'Anagramme aimera
un Royaume : la belle Samaritaine de
Mante ; la Brune tremblante de la rue
Saint Eſtienne des Grecs:la trop bonne
Mere des trois mechantes Filles: la
groſſe Bourgeoiſe de la Chaſſe Royale
du Pont au Change:la petite Bamboche
de Montargis : la fidelle & trop
ſenſible Babet , & ſa jeune Rivale en
imagination , Nicolas Marchand de
Lyon , Arthaud , Parayre de Lyon.
lene vousdis rien ſur l'Enigmenouvelleque
je vous envoye.
Vous en jugerez quand
vous en aurez découvert le
fens .
ENIGME .
E ſuis une grande Affronteuse
Pourdepauvrespetis Niais;
Mais ceux que je poursuis nese
plaignent jamais ,
Quand, pour les attraper, je suis
affez heureuse.
GALANT. 267
Je fais ſouvent l'Employ des Faineants
,
Ou degens qui n'ont pasdepreſſantes
affaires ;
Carmonprofit n'enrichitgueres,
Etfaitperdrebeaucoup de temps.
Ie ſuis violente , & traiſtreſſe
Comme le grand Diable d'Enfer,
Pour ceux quejesurprends ; cari'ay
toujours l'adreſſe
De les prendre à la gorge , & d'y
porter leFer.
Enfin,jefuis dangereuse&fatale
Auxfots qui de trop prés viennent
me careffer z
Il vaudroit mieux, pour eux, aller
paffer
Sous la Ligne Equinoctiale.
Les Articles de guerre qui ſont dans
M 2
268 MERCVRE
ma Lettre m'ont mené fi loin , que je
ſuis obligé de remettre au mois prochain
des Morts , des Mariages , des
Benefices donnez par le Roi ,& les
nouvelles de Rome & de Conſtantitinople
, ainſi que pluſieurs autres
Articles , & quelques Ouvrages ſur la
priſe de Mons , dont le nom des Auteurs
ſuffiroit pour vous les faire eſtimer.
Je fuis , &c.
APOSTILLE.
a
Des Lettres de Londres qui
viennent d'arriver › portent
que VVithal a eſté preſque reduit
en cendres avec quelques
maiſons des environs ; que le
dommage ſe monte à cent cinquante
mille livres ſterlin , &
que les Bourgeois de la Ville
qui estoient preſts de faire des
avances au Prince d'Orange ,
avoient changé de reſolution
depuis la priſe de Mons. Mr le
Comte d'Eſtrées , aprés avoir
GALANT . 269
fait jetter des Bombes dans
Oneille pendant toute une nuit
a obligé Mr de Froſaſque qui
eſtoitdans la Place avec deux
mille hommes & quantité de
Payſans , de ſe retirer , & la
Ville & la Citadelle ont capitulé
. Mr de Vins a défait ſeize
cens Barbets dans la vallée
de Barcelonette . On affure
qu'il en a tué deux cens , & fait
quatre cens prifonniers , &
qu'il a brûlé dix- huitVillages.
On parle encore d'autres grandes
nouvelles de Siam & de
Liege. Les Vaiſſeaux du Roy
ont pris deux gros Vaiſſeaux
fur la Mediterranée , & huit
Flûtes fur l'Ocean . Il y a des
Lettres qui portent beaucoup
davantage; de maniere que l'on
peutdire que les journées entieres
fuffiſent à peine à SaMa
LYON
#1835
270
MERCVRE
ieſté,pourentendre le recit des
avantages que l'on remporte
chaque iourde tous coſtez ſur
ſesdifferens Ennemis .
TABLE .
ELoge du Roy fait par l'Auteur fur
laprise Mons
Discours de Madame de Pringyfur le
mesme suiet 13
23 Madrigal fur le départ du Roy .
Feſte universelle à l'honneur de Loñis
leGrand en maniere de petit Opera 24
Dialogue de Caron & de Mercure fur
lesAffaires du Temps
Extrait d'une Lettre écrite d'Alep 73
Entrée du Grand Seigneur à Constantinople
40
80.
Avis fraternel aux Nouveaux Convertis
de France , & particulierement
à cenx qui habitent ,
Provinces de Picardie
2
les
Maine,
Anjou , Bretagne & Normandie 83
Fablesfur les Affaires du Temps. 96.
Predicateurs qui sefont attiré de grands
applaudiſſemens pendant le Carefine 104
TABLE.
Tenebres
Conferences de Controverses
Cartes Nouvelles
105
106
107
M. de Fontenelle est élû Academicien à
laplacedefen M. de Villayer 11
Départ de M. le Duc de Noailles 112
Prieres faites pour le Roy par diver-
Corps
Morts
113
119
Divers Ouvrages sur la Prise de
Mors 132
163
lournal decequi s'est passé àlaprisede
singPlaces,que les Troupes du Roy viennent
d'emporter en Italie
Suite du Journal du Siege de Mons 191
Retour du Roy ,son sejour à Compiegne,
avec les rejouiſſancesfaites à Paris 246
Belleaction de M. le Marquis de Feuquieres
249
Extraits de Lettres de Hollande 253
Nouveaux Officiers Generaux nomine,z
parsaMajesté 28
Officiers Generaux qui doivent ſervir
dansles cing Arnées de S. M. 260
Prised'une Flufte Hollandoise 262
Enigmes
266
Articles refervez 267
Apostille 268
Fin de la Table .
• Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par ,
Louisvient de partir, & doit
regarder la page 22 .
La medaille doit regarder la
page 116
Qualité de la reconnaissance optique de caractères