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1691, 03 (Lyon)
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Texte
me,
ExDono
RP Cland Frane Meneceries
Sar Jesu
C


807156
MERCURE
GALANT
MARS 1691 .
LAV
AVEC LA RELATIONADA
Colleg.Lugdun. H. Trinit.
Joc.Jadcal, insc.
STEGE DE MONS,
LENOM DES MORTS ET DES
Bleſſez , la priſe de Nice , le Voyage du
Prince d'Orange& des Princes d'Alemagne
àl'Aſſemblée de la Ligue d'Ausbourg à la
Hayc.
FADE
DE
LI
LYON
* 883
*
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ;
ruë Merciere au Mercure Galant.
Avec Privilege du Roy .
M. DC. XCI .
4
LE LIBRAIRE
au Lecteur..
L
A
On a retardé ce mois le Mercure de
la Relation quatre jours, à cause de
du Siege de Mons qui y est dedans
la prise de Nice : quoy qu'il soit beaucoup
plus gros , l'on ne le vendra que
vingt fols à l'ordinaire..
LIVRES NOVVE AVX
da Mois de Mars 1691 .
د
L'Histoire de Charles VIII. par
M. Varillas en trois volumes indouze
, s.livres , le même ſe trouve
inquarto pour 6. livres , & toutes les
autres oeuvres de Varillas à propor
tion.
La fainte Bible contenant le vieil
&nouveau Testament , traduite en
François par lesTheologiens de Lou
vain, nouvelle Edition , reveue
corrigée, en cinq vol.indouze,8.liv.!
a.
1
Nouvelle & parfaite Grammaire
Françoiſe , où l'on trouve en bel ordre
tout ce qui eſt de plus neceſſaire
& deplus curieux pour la pureté, l'or
tographe & la prononciation de cette
Langue , par le Pere Chifflet, augmenté
d'une metode abregée de l'ortographe
, indouze 20. fols.
Tacite avec des notes politiques &
hiſtoriques , par M. Amelot de la
Houffaye, en deux vol. indouze 4.liv.
Inſtruction far l'Hiſtoire de France
&Romaine, par demandes & par réponſes
, avec une explication ſuccinte
desMetamorphoſes d'Ovide,& un
recueil de belles. Sentences tirées de
plufieurs bons Auteurs, par M.le Ragois
, troifiéme Edition , augmentée
de nouveau , indouze 30.fols .
Voyage du Monde de Descartes,.
avec pluſieurs figures , indouze 2.liv..
10.fols.
Recueil des Pieces galantes en
proſes & en vers de Madame la Comteſſe
de la Suſe & de Monfieur Pelliſon
, augmenté de pluſieurs Pieces
nouvelles de divers Auteurs , en quatre
volumes indouze 4.liv.
Tiridate Tragedie , par M. Capiſtron
,indouze 25.fols.
Deſcription de la Ville de Rome
en faveur des étrangers , divifée en
trois parties : la premiere contient
Pl'explication des Antiquitez : la ſeconde
eſt la deſcription des Eglifes ,
Palais,Colleges , Hôpitaux , Biblioteques
, Cimetieres & autres édifices
publics & particuliers : la troiſieme
eſt la Relation du Gouvernement &
des ceremonies , en quatre volumes
indouze 3. liv.10.fols.
Dictionnaire François Latin du
Pere Tachart, inquarto 6.liv. 10.fols.
Dictionnaire Latin & François du
Pere Tachart, inquarto 7.liv.
Elemens de Mathematique du Pe
re Prefter de l'Oratoire , inquarto
deux volumes 16. liv.
Biblioteque des Auteurs, en quatre
volumes inoctavo 20. liv .
Le premier Concile general de
Nice ,traduit en François , inoctavo
3.liv.
Ellais de Sermons , par M. le Breteüil
, en quatre volumes inoctavo
14. liv.
C
Athalie Tragedie , tirée de l'Ecriture
ſainte , par M.Racine , inquarto
3. liv.
Les Secrets de la beauté par M. de
Blegny , inoctavo deux vol. 6.liv.
Lettre de Ciceron à Atticus , avec
des nottes & remarques , par M.l'Abbé
S.Real , en deux volumes indouze
4.liv..
Marc- Anthonin de M. d'Affier,
avec des remarques ſur fa vie, en deux
volumes indouze 4.liv . 10. ols .
Les Memoires de la feuë Reyne
d'Eſpagne , où l'on voit toutes les
vexations que l'on a faites à la Reyne,
& autres particularitez fort curieuſes,
par Mademoiselle Bernard , en deux
volumes indouze 4. liv.
Le parfait Courtiſan & laDame
de Cour , indouze 2.liv.
Le mois prochain vous aurez la
ſuite des Memoires d'Eſpagne juſqu'à
la mort de la feuë Reyne , en trois
volumes indouze.
TABLE.
Relude.
Preparaphraseallegorige,
1
3
Lettre tres- curieuse &tres importante
Ode
16
52
Carte du Theatrede la Guerre, 64
Lettre sur l'Opinion , 67
Fable , 78
Réjoniſſancesfaites àConstantinoplepar
l'Ambassadeur de Fran-
Ge,
80
Morts, 85
Assemblée faite à l'Accademie de
Nismes 91
Comparaison de la Fiêure & de
l'amour, 97
Declaration d'Amour , 100
TABLE.
Mariage de Monsieur le Princede
+ Turenne, 103
Theses soutenuës par M. l'Abbé
a'Auvergne , 110
Loterie, 112
M.le Maréchal de Lorge est créé
Duc 115
AutreArticle de Morts 116
Hiftoire 119
Détailde tout ce qui s'est paſſéau
Voyagedu Prince d'Orange à la
Haye, 150
Mariages, 192
ArticledesEnigmes.203
Prieresfaites pourle Roy&prefent
fait à Sa Majesté , 212
Livres nouveaux 213
Iournaldu Siege de Mons , 216
Nouvelles de Ville. Franche , 280
CO
MERCURE
GALANT de
MARS
S
DELU
LYON
169893
OUS ne devez point
vous étonnerMa
dame , ſi je commence
toutes mes Lettres,ou
par des actions du Roy qui
loüent Sa Majesté ſans qu'il foit
beſoin de faire autre choſe quo
les citer , ou par des Ouvrages
faits à ſa gloire par ſes Sujets ,
ou par d'Illuſtres Etrangers.
Mars 1691 . A
2 MERCVRE
Peut- on refuſer à cet Auguſte
Monarque les loüanges qu'il
merite , puis qu'on voit que
ſes plus grands Ennemis ſe
trouvent contraints de luy en
donner publiquement ? Vous
en allez lire de veritables &
d'ingenieuſes dans la Paraphrase
allegorique que je vous
envoye du Pſeaume qui com.
mence par , Deus ultionum Dominus.
Les Interpretes en le prenant
à la lettre, l'expliquent de
David perſecuré par Saul . Cet
Ouvrage eſt adreſſé à Mr de
Vignacourt, Grand Maiſtre de
Malthe.
GALANT.
1.
PARAPHRASE
ALLEGORIQUE
DU PSEAUME XCIII
Sur les Victoires que le Roy a
remportées contre la Liguede
preſque toute l'Europe.
RandDieu , quifur l'Impicas
feul droit de vengeance.
Qui peux quand il te plaift punir
fon infolence ,
Grand Dicu , ne tarde plus, &fait
fentir tescoups
Anos fiers ennemis qui bravent ton
couroux.
Lusqu'à quand verra- t- on leur orgueil
temeraire
Abatre les Autels , brifer ton Sanituaire
,
Az
4
MERCVRE
Et par un noir excés de leur rebel.
lion,
Abolir ton faint Culte ,&ta Reli.
gion?
Il est tems d'abaisser cettefiere im.
pudence ,
Qui vientjusqu'à nosjeux blâmer
ta Providence.
؟
2
Peut- on voir,fansgemir, detant
de maux l' Auteur
Du trône d'un Beau pere injuste
Usurpateur beca
Liguer contre ton nom tous lesRois
de la Terre,
Etporter en tous lieuxleflambeau
dela Guerre LOND
L'Empireconjure contre tesSaintes
Loix ,
Sarme pour accabler le plus grand
de nos Rois
Ce Roy , qui pour ſauver l'honneur
detonEglife,
Oppoſe ſeul fon bras àleur lâche
entreprise.
GALANT.
L'impieté paroistſur tous leurs éten
dards , [mille dards ,
Contre la Foy de Pierre ils lancent
Ils arment contre nous nos fugitifs
rebelles
Ils degradent les Rois lors qu'ils te
: Sant fidelles...
Une Reine éplorée , un Pupille in-
Dont l'Auguste LOVISest l'azile
puissant,
S'exposent fur les flots pour éviter
leur rage ,
Et ne font affarez que sur noftre
rivage.
Cen'est pas tout ,leur coeur dans
le crime enduroy ,
Etleur esprit hautain par l'erreur
obscurcy
Pouffant l'impieté jusqu'à la fres
nefie
T'insultent hautement par ce dif
coursimpia
A35
6 MERCVRE
Le Seigneur , disent- ils ,prend-il
Soindes Mortels ?
Distingue.t- it entr'euxſon Culte&
SesAutels?
A-t- ildes yeuxpourvoir lesforfaits
& les crimes ?
Ecoute- t- il des voeux ,reçoit. ildes
victimes ?
Aveugles inſenſez, quel demonfurieux
Vous met pour vous punir un bans
deaufur lesyeux ?
Celuy qui du néant tira la Terre &
l'onde ,
A.t-il perdu le droit de gouverner
leMonde ?
Celuy qui ſeul regit tout cevaste
Univers,
A- t ilmoins de sçavoir que vos efprits
pervers ,
Et cegrand Ouvrier quifit tant de
merveilles ,
Sera. t- il pour vous seuls fansyeux
&fans oreilles ,
GALANT. 7
Et ne sçaura- t- il point de vostre
impieté ,
Confondre l'infolense& la témerité
Mais grandDieu , de ton bras la
terrible puiſſance
Vient defaire éclater tafainteProvidence.
La luftice triomphe , & l'orgueil
éperdu
Danstous ſes vainsprojetsfetrouve
confondu.
L'Irlandea vû Naffau quiluy portoit
la Guerre ,
Aprés de vains efforts regagner
l'Angleterre.
La Sambreavûcueillirànos braves
Guerriers,
Sur ces bords fubjuguez, des forests
de Lauriers&
Et laMer qui n'a påfoûtenir tane
de crimes ,
An Batave,à l' Anglaisvient d'owurir
ſes abismes.
A4
8 MERCVRE
L'Eridam penetré d'un veritable
deuil ,
D'unnouveau Phaëton prépare le
cercaeil.
Et le Rhin étonnévoit déjaſurſes
rives ,
De l'Empire abbatu les Troupesfugitives:
Etfes Princes domptez par noftre
Grand Dauphin ,
Ost vû de leurs deffeins la redicule
fin..
Heureux , Seigneur , heureux les
Monarques les Princes ,
Qui font regner ta Loy dansleurs
vastes Provinces ,
Et qui n'immolent point à leur ambition
Les plus facrez devoirs de la Religion
!
Que leMonde contre euxélevefa.
2 Puissance ,
Il nepeut ebranler leur fidelle con-
Stance ;
GALANT..
99
Tranquilles dans la peine& dans
l'adverſité ,
Ils attendent les jours de la prof.
perité :
Et parmy les combats &la fureur
des armes,
Esperant au Seigneur , ils vivent
Sans alarmes.
Ilssçavent que sa main prête pour
leur fecours ,
Bien toſt de leurs malheursſcaura:
bornerle tours 3
Et que leurs ennemis irritant ta
iuſtice,
Tomberontà lafin au fonddu pré
сгрісе ,
Non, ie ne croiray point que tai
Jainteéqutié
Nous puiffe voir languirdans la calamité
,
Et que ton bras puiſſant pour iamais :
abandonne
Un Roy qui pour teſuivre a quitta
La Couronne.
A
10 MERCVRE
Jesens que ta iustice estpreste d'e
clater
Contre ces orgueilleux qui vous
loient t'inſulter;
Et que tu n'asfouffert avec tant
d'indulgence ,
Que pour les mieuxpunir au jourde
tavangeance.
Fortifié, Seigneur ,parcet unique
espoir,
le n'ay point redouté leur terrible
pouvoir;
Et lors que des Germains i'ay vù
fondre l'orage,
L'ay fenti ranimerma force & mon
courage.
En vain nos Alliez rebelles à ta
Loy
lointà nos Ennemis nous ont mans
qué defoy
Ils ont vû diſſiper leurs nombreuſes
Armées
Dar le fer, par le feu triſtement
Confuméess
GALANTI
Ilsse croyoient déia les maistresde
nos Forts ,
Leurs Flotes infultoient nos Vaif-
Seauxdansnos Ports,
Its devoroient des yeux nosplusfis.
perbes Villes,
Ils partagioient entre-cux nos Provinces
fertiles :
Mais dans ce triste estat ton appuy
glorieux,
Detous nos Ennemis nous rendva
Etorieux;
Et lors qu'ils nous croyoient au bord
du précipice ,
Tunousfoûtiens, Seigneur,parune
main propice ,
Meſurant ton fecours & tes fidet
lesfoins,
Anos preſſans dangers ,ànos plus
grands beſoins.
Apprenez , orgueilleux , par cess
coups admirables ,
Arefpecter du Ciel les fecrets ado
nables
A
12- MERCURE
Devôtre ambition calmez les vains
accez,
Et ne vous enflezpas de vos pre
miers succés.
Quandvous aveztrabi lapluspure
innocence ,
Vous avez dans vos loix cherché
voſtre défense ;
Mais le Juste accablé,mais un Princevendu,
Maisle fang innocent par voS
mains répandu ..
Ont une voix qui crie auprésdu juſte
Inge A
Qui donne aux opprimez un afſurd
refuge.
C'eſt luy qui de vos coeurs connoist
L'impicté ,
Et qui de vos complots perçant l'ob
Scurité ,
Contre tous vos deffeins nous met en
assurance,
C'estle Dieu des Combats qui pra
tegela France..
GALANT. 13
Genereux Vignacourt, quid'une
ardeur fid lle ,
DesHeros de ton nomfuis la trace
immortelle,
Etqui fuccedes moinsà leur Principauté
,
Qu'à leur brillant courage & qu'à
leur pieté;
Quand cet Ordre fameux que la
gloire environne ;
Aux pieds de fes Autelss'apporte
Sa Couronne , 5
Etquefes Nations pour vivre ſous
tes loix ,
D'un concours general ont réuny.
leursvoix.
Daigne entendre les fons de mes
Sacrez Cantiques ,
Où je peins de LOVIS les Succes
heroiques ,
Bien toſt ton heureux regne il me
faudra chanter
14
MERCVRE
Et le plus grand des Rois voudra
bien m'écouter.
Cette Paraphrafe qu'il ne
faut que lire pour en connoiſtre
les beautez ,eſt de Mr
l'Abbé de Viani , Commandeur
& Prieur de Saint Iean
d'Aix , Frere du Prieur de
Saint Jean de Malthe , prelature
ſi confiderable dans l'Ordre
de ce meſme nom. Vous
avez déja veu un Ouvrage de
meſme nature de cet excellent
homme C'eſt la Paraphrafe
allegorique aux Victoires de
Monſeigneur , du eſeaume 71
queDavid compoſa pour ſouhaitter
les vertus neceſſaires à
fon Fils Salomon,pour bien regner
. Cet Ouvrage fut leu en
cetemps làà l'Academie Fran
coife,& il y receut un apGALANT.
15
plaudiſſement general.Mrl'Abbéde
Viani n'eſt pas ſeulement
unhommede belles Lettres , il
eſt grand Theologien & fort
appliqué aux Sciences Saintes
où il a fait des progrés qui luy
ontacquis beaucoup degloire ,
Il eſt d'ailleurs un des plus honneſtes
hommes du monde ,&
fa reputation n'eſt bornée ny
par les Mers , ny par les Alpes ,
puis qu'il eſt dans une tres
grande eſtime parmy tous les
Sçavans Etrangers.
Comme il n'y a point de
bien qui nous foit plus pretieux
que la vie ,rien ne nous
doit faire plus de plaifir que
ce qui regarde les moyens qui
nous la peuvent faire conferver..
Auſſi aimons-nous toujours
à voir les Ouvrages qui
en traitent. C'eſtce qui m'a
16 MERCVRE
blige à vous en envoyer un
fortcurieux,& qui vous plaira
par la netteté avec laquelle
l'Auteur s'explique fur une
matiere remplie d'obscurité ,&
ſouvent renduë encore plus
obſeure , par ceux qui entre--
prennentd'en raiſonner..
LETTRE
D'UN PHILOSOPHE
A Mr Chapelas , Curé de
S. Jacques de la Boucherie,
4
• Docteur de Sorbonne..
M
ONSIEVR
Vous me marquez par voftre
Lettre,que lanaivetéavec laquelle
je vous entretins dernieremention
GALANT .
17
chant la Medecine , vous a telle
ment plû , que je ne vous sçaurois
obliger plus ſenſiblement que de
vous envoyer par écrit toutes mes
Reflexions,pour les communiquer d
vostre Medecin , dont lessentimens
font bien differens des miens. Ie le
feray , Monsieur , d'autant plus
agreablement, que je suis persuadé
que vous ne me refuſere pas de me
donner auſſi par écrit les objections.
qu'ily fera , afin que ma replique
vous puiffe faire connoistre que mes
Sentimensfont appuyez sur des fondemens
inébranlables . Mais comme
dans une Conversationles matieres
font traitées avecaffezde confusion
vous trouverez bon , s'il vous plaiſt,
que je leur donne quelque ordre,afin
de vous faire mieux comprendre
tout ce queje pense ,&jugeant que
j'auray besoin pour quelque Demonſtration
,de faire mention des Ele
18 MERCVRE
mens,ieſuis d'avis de vous en entretenir
d'abord&de commencer par
laTerre, comme celle quiseprefense
toujours à nos yeux.
Les Philosophes définiffent la
Terre un Element pesant ,ſolide ,
froid & sec , mais cette définition
fe trouve fausse par l'experience ,
puis que tous les mixtes les plus legers
ont plus de terre que les plus
pesans , ce qu'on peut remarquer
en anatomizant quelques mixtes ;
car on trouvera que le Liege & le
Saule qui font des arbres fors legers,
ont plus de terre que le Buis & le
Chefne , qui font fort pesans. La
Pierre Ponce qui est extremement
legere , a plus de terre que le Mar.
bre , qui est la pierre la plus pe-
Sante, & iln'y en a qu'une demyonce
dans une livre de Souphre ,
quoy que le Souphre foit un mineral
fort pesant. Ainsi nous définirons
GALANT. هو
la Terre , un ElementSpongieux ,
Leger &friable,& cette définition
explique parfaitement l'effence , la
nature , & les qualitez propres &
particulieresde laTerre, à laquelle
Seule elles conviennent ,&non AUX
autres Elemens ; & il est vray de
dire qu'elle ne peut estre pesante&
folide ,puis qu'elle estrare,friable
&pleine de pores , desquels on ne
fçauroit estre mieux convaincu
qu'en rempliffant un verre,de terre
élementaire,& verſant dans le mé
me verre autant d'eau qu'il es
pourroit contenir quand il n'y auroit
aucune chose dedans. Alors on
verra qu'ily entrera autantd'eau,
que s'il n'y avoit point de terre , ce
qui est une marque incontestablede
Saporoſité&legereté.
Nous donnerons le fecond rang
à l'Element de l'Ear , comme a
aeluy qui aprés la Terre nousest le
20 MERCVRE
plus apparent. Les Anciens ont
definy l'Element de l'Eau , froid&
humide , & ils ont declaré l'humi
ditéſa qualitépropre &naturelles
ce qui est éloigné de la raison , car
ce qui est propre &naturelàchaqueElement
,luy convient toujours.
àluyfout, mais l'humidité convient
àl'air, qu'ils mettent aurang des
Blemens. Il est donc vray de dire
que l'humidité n'est pas la qualité
propre&naturelle de l'Eau . Ainfi
nous definirons l'Eau un corps elé
mentaire simple & homogene ,
humide , qui fe coagulepar lefroid.
&ind fferent au chaud& au froid
maissa propre&naturelle qualité
est la coagulation & congelation
parle froid externe ; car il n'y a
pas d'autre Element quise congele
Seul au froid, & c'est àluy seul que
convient la congelation .
: A l'égard du Feu & de l'Air,
GALANT. 21
qu'on met au rang des Elemens , je
vous diray que le Feu n'y l'Air nese
trouvant pas dans la compoſition
des mixtes , ne peuvent estre mis
au vang des Elemens & comme le
propre des Elemens estd'entretenir
& de nourrir toutes choses,&que
Lefeu bien loin deles conferver, les
détruit,ilne peut estre mis aurang
de Elemens; outre que lefeumateriel
ſe reſout en d'autresſubſtances:
le propre toute fois des Elemens,
eft de ne pouvoir eftre reduits , ny
naturellement , ny par art , en au
cune autresubstance ; de forte que
tefoane peut pas care un Element.
mais bien un mixte & un composé,
d'autant que tous les jours il s'en
fait&produit par plusieurs voyes,
foit par la friction de deux corps
durs foit par divers mirows qu'on
appelle ardens , & comme il est
engendre journellement il ne peut
22 MERCVRE
pasestre mis aurang des Elemens,
qui ne peuvent estre engendrezny
produits.
Quam à l'Air , ilne peut pas
wen plus eſtre mis aurangdes Elemens
puis qu'iln'entre pas dans les
mixtes , comme partiedu composé,
&conftituant l'eſſence du mixte,
mais seulement comme rempliffans
lesporesdu mixte ; carfi l'Air étoit
mis au rang des Elemens , il n'y
auroit pas d'Element quipust estre
reduit à sa fimplicité , parce que
f'air parsa fubtilité rempliffant
les poresdes Elemens,il s'enfuivroit
que les Elemens seroient composez
d'autres Elemens , deforse que l'air
n'est pas un Element conftituant
l'effence des mixtes, maisseulement
rempliffant, les pores,afin que toute
la nature foit sointe & unie en
elle.mefme: & comme l'airexterne
n'estpas de la compofitiondesmixGALANT.
23
ses, l'air interne n'ensera pasnon
plus, estant de la mesme nature.
Ainsi de quatre Elemens reconnus
parles Anciens , il ne s'en trouve
que deux , mais comme on n'a pû
reconnoistre cette verité que par
l'analyse des mixtes , on a trouvé
qu'au lieu des quatre pretendus
Elemens ily en a cing:fçavoir la
Terre & l'Eau dont je vous ay
parlé,le Sel , l'Esprit &le Sou
phre, dont je vais vous entretenir
en peu de mots ,non pas comme
d'une choſe nouvelle , mais comme
d'une matiere rejettée par les uns ,
& recenë par les autres depuis
longtemps.
Le Sel est un corps fimple éle
mentaire , chand & humide dans
fon interieur , & exterieurement
froid&sea , qui se refout à l'humide
,&se coagule au chaud. Ilſe
trouve le dernierdans la reſolution
24
1
MERCURE
des mixtes , joint avec la terre, de
laquelle on lefepare avec de l'eau,
& on le reduit à la derniere pureté
d'élement.
L'Esprit est un corps simple élementaire
, qui entre dans la compoſition
des mixtes . Il est chaud &
bumide, & d'un goust acide. Si
tous les Chimistes connoiſſfoient bien
cet Esprit , ils sçauroient ce que
c'est que le Mercure des Philofophes...
Le Souphre est un corps simple
& élementaire inflammable , qui
Sert de glu aux autres Elemens pour
les ioindre enſemble. L'inflammabilité
eſtſa qualité propre naturelle,
fans qu'il puiffe changer en
aucune autre substance ; car quoy
qu'il soit rarefié par le feu , cela
n'empeſche pas que dans le recipient
itneseremetre enSouphre ou huile,
comme il estoit auparavant.
Ie
GALANT .
25
Je ne vous ay entretenuſur les
Elemensqui composent les mixtes ,
quepour vous faire voir que jen'étois
pas mal fondé,quand ie vous
aydit que le corps humainn'estpas
composé de quatre humeurs , comi
me pretendent les Medecins ,faifant
quadrer leurs quatre pretenduës
humeurs, aux quatre Elemens;
car dans la composition du corps
humain il n'y a point d'autres éle
mens que ceux quise trouvent dans
les autres mixtes , & on le peut
éprouver en passat un corps humain
par le tamis chimique. C'est ce que
ie vous feray voir quand vous le
Jouhaiterez , & vos yeux vous feront
avouer que C'est une chimere
que les quatre pretenduës humeurs.
Ce commun sentiment qui n'est
fondésur aucune raison n'y expe.
rience , a fait que depuis tant de
Mars 1691 . B
26 MERCVRE
ficcles la Medecine n'a pû trouver
aucunremede , pour querirla moin.
dre maladie avec quelque certitude,
&ie vousferay connoistre dans la
fuiteque tout ce qu'on a fait iusques
icy pour la guerifon desmaladies
, eſt opposé à la raison & aux
mouvemens de la nature ,&que
ceux qui attribuent leur querifon
auxremedes ordinaires dont ilsſe
ſontſervis , se trompent , car ils
n'en sont redevables qu'à la bonté
de leur nature, qui anonſeulement
reſiſtéà lamaladie , mais aussià la
mauvaiſe qualité des remedes dont
ils ont ufé.
Tous les Philosophes demeurent
d'accord que les ſubſtances quifont
les-premieres dans la compoſition
des mixtes , font les dernieres dans
la reſolution , & que les dernieres
dans la reſolution, font les premieGALANT.
27
د
en
res dans la composition. Or comme
les quatre pretenduës humeurs ne
Se trouvent pas les dernieres dans
la reſolution du corps humain, elles
neferont pasnon plusles permieres
dansſa composition, & c'est envain
qu'ils s'efforcent àle verifier
disant qu'ilse trouve dans le corps
humain une bumeuraqueuse , tantoſt
inſipide , tantoſt falée & acre,
à laquelle ils donnent le nom de
Pituitte; tantoft une humeuriau.
ne , verte & amere , à laquelle ils
donnent le nom de Bile jaune &
porrace , & plusieurs autres noms
felon la diverſité des couleurs ,
une autre qui est noire,qu'ils appellent
Melancholie , ou Atrebile,
carceshumeurs de diverſes couleurs
qui se trouvent dans l'estomach,
dans les intestins , oudans lecer
veau , font les excremens de l'ali.
B 2
28 MERCURE
1
2
ment quiyeſt porté en plus grande
quantité qu'aux autres parties , &
c'est de leur retention que dependent
la pluſpart des maladies .Que
filefang estoit bilieux dans la Fiepre-
tierce , comme on suppose, ne
devroit- ilpas estre amer? Car comme
la dénomination se prend
du predominant , lefang bilieux
doit avoir les qualitez effentielles
de la Bile , & par confequent
estre amer ; mais le fang qu'ils
appellent bilieux , &qu'ils pretendent
estre la cauſede la Ficure tierce,
est doux, comme l'on peut connoi-
Stre en le goûtant. Il est donc vray
de dire que la maſſe ſanguinaire
n'estpas composéede bile , ny autres
pretendues humeurs. Cela estant,
comme il n'est que trop wray , il ne
faut pas s'étonnersi tant defaiGALANT.
29
gnées& tant de rafraichiſſemens
donnezpour des supposées efferves.
cences d'un fang bilieux , produi.
fent ensuite des maladies , tant
d'hydropisies , & autres maladies
Chroniques , ce que je vous feray
remarquer en vous parlant de la
chaleur des Febricitans . Onn'ensend
parler la plupart des Medecins
que de chaleur d'entrailles ,
d'effervescences bilieuſes , & de
foyers dans le bas ventre ,
ces grands mots pour avoir lieu de
faire la guerre avec quelque pretexteau
sang humain , dont ilsfe
font declaréz les ennemis capitaux:
S'ils connoiffoient à fond la cauſe de
la chaleur des Febricitans , ou s'ils
vouloient s'attacher à la connoistre,
je suis certain que les malades ne
Jeroient pas tiranisez comme ils
font,tantpardes faignées quedes
&tous
B 3
30
MERCVRE
diettes qui conduisent fouvent au
tombeau . Ya- t- il rien de plus ridi.
cule que de dire qu'un aliment eft
bilienx, l'autre melancholique ,&م
partant qu'ils engendrent plus de
bile, plus de pituite & de melancholie
que les pretendus alimens
choiſis des Medecins , puiſque ces
humeurs de diverses couleurs , ne
font pas dans nos alimens , & que
ceſont ſeulenment des excremens
produits de la premiere coction , &
cette production ne dépend en aucunemaniere
des alimens dontnous
Sommes nourris , mais bien de la
Seule digestion ; de forte qu'unmême
aliment produira plus d'excremens
à un homme qu'à un autre,
mesme l'on voit tous les jours qu'un
mesme aliment profite à l'un &
nuit à l'autre , &tout cela dépend
&prendson origine de la foible ou
GALAN T.
31
forte digestion & coction de cet alis
ment , qui se fait par la chaleur
naturelle, &ainsi l'on peut accorder
toute forte d'alimens aux Ma.
lades pourveu qu'ils les puiſſent
bien cuire & digerer , & il n'y a
feulement qu'à conſiderer la force
de la chaleur naturelle , & à luy
proportionner l'aliment.
Aprés vous avoirdémontrè clairement
que la maffe dusang n'est
pas composée de quatre humeurs,
jeveux vousfaire toucher au doigt
lepernicieux évenement quirefulte
de ce mauvais fondement , & à
même temps le bien queproduit une
pratique etablie ſur un fondement
folide , dont je suis pleinement convaincu
par une longue experience,
& comme la fiévre est le mal le plus
commun, & qui accompagne prefque
toute forte de maladies , c'eſt
B 4
32
MERCVRE
de celuy là que je veux vous donner
quelque idée , & vous faire remarquer
de quelle importance il eſt
de bien définir les choses car la
mauvaise definition de la fièvre,
Suivant l'Ecole , a donné lieu à une
infinité d'erreurs.
,
On ladefinit une chaleur contre
nature , allumée dans le coeur ,
disperséepar toutle corps. Or comme
cette pretendue chaleur contre
nature , est la qualité effentielle
de la fiévre il faut par la
chaleur pouvoir connoiſtre la fievre,
puis que toute definition doit
expliquer la nature de la chose définic,
mais il falloit declarer plutost
ce que c'est que chaleur contre na
ture, comment elle est produite, &
comment elle s'allume dans le coeur,
& ne pas definir un obscurpar un
GALANT.. 33
plus obfcur ; & pour juger fi
un Medecin ſuivant cette définition
peut connoistre la fièvre ,
Supposons quelque incident . Un
Malade envoye chercher un Do-
Etcur Regent pour l'aller voir. Ce
Docteur luy envoye unieune Medecin
, qui trouve le Malade accablé
d'un grand friſſon. Ilva faire rapport
au Docteur que le Malade n'a
pas la fièvre , & n'a pas plutost
achevé de parler , que le Docteur
l'envoye viſiter un autre Malades
qu'il trouve étenduſur unlit ,
teint d'unegrande chaleur & alteration
. Il va dire au Docteur que
ce Malade ala fiévre. Le Docteur
s'en va voir ce deux Malades ,
trouve le dernier sans fiévre &
Lepremier avec la fieure. Estant
de retour au logistilreprend le jeune
Medecin du peu de connoiffance
BS
at34
MERCVRE
qu'ilade la fievre. Le jeuneMede.
cinſe defend , & dit que le premier
ayant froid,ne pouvoitpas avoir la
fièvre ,pu's que la chaleur est la
qualité effentielle de la fièvre ,
mais que le dernier avot chaud&
Soif,&par consequentla fiévre,de
forte que le Docteur , pour luy donner
mieux à connoistre lafiévre , est.
obligé de luy dire , quela fieureneſe
manifeſte que parle battement extraordinaire
, &plus frequent de
L'artere,fans avoir égard ny au
froid, ny au chaud, car quoy que la
chaleur nese manifeste pas , que
leMalade reffente un grand froid,
ilestsenséqu'une chaleur extraor-.
dinaire est dans l'interne ,&quele
frequent battementde l'artere n'est
causé que par l'effervescence du
fang..
Housestestrop bon Philosophe
GALANT. 35
Monsieur , pour ne pas connoistre
la nullitéde cette définition ,auffibien
que de leur hypothese. leferois
trop long fije voulois vous entretenir
àfond de lafiévre ,car comme mes
Sentimens , quoy qu'appuyez fur
l'experience &fur la raison ,font
opposez à ceux de l'Ecole , ie ferois
obligé d'étendremes raisonnemens ,
nonseulement pour les rendre plus
clairs & palpables , mais aussi pour
détruire une mauvaiſe opinion , qui
alpour défenſe l'autorité des Anciens,
l'opiniâtreté des Sectateurs;
& l'aveuglement du Public , car il
femble effectivement que chacun
prendplaisir à estretrompéfarcette
matiere ,& c'est cependant fur
selle là que roule tout le bonheur
de cette vie ,mais j'espere que dans
peu de temps vous pourrez estre
-Latis fair, par le moyen d'un Traise
36
MERCVRE
de la fieure que ie mettray au
jour , & il ſuffira pourle preſentde
vous dire que la chaleur des Febricitans
n'est pas de l'effence de
lafievre , mais seulement unsymptome,
comme le froid , la foif ,
la douleurde teste,le degoust,&autresſymptomes
qui l'accompagnent,
&ieferay d'autant plus fatisfait
de vous parler de la chaleur , que
j'espere vous faire connoiſtre l'erreur
dela pluſpart des gens , qui croyent
que toutes les máladies ne provien
nent que de trop de chaleur d'entrailles
& partant qu'il faut touiours
rafraichir , nepouvant comprendre
que la chaleur qu'ils fentent
, tant febrile,qu'autre,foit l'effet
d'une causefroide , crue &vif.
queuse , qui ne demande que des
remedes chauds&attenuans ce que
ie vous feray voir maisje veux
GALANT.
37
plûtoſt vous faire connoistre de
quelle maniere cette chaleur est
produite.
Voussçavez, Monfieur, que ce
font les eſprits qui font toutes lesfon.
Etions du corps humain, & qu'aussitoſt
que les alimens ſont dans l'eftomach,
ils les attenuent,lescuiſent,
& convertiſſent enſubſtance blanche
& liquide, qu'on appelleChile,
maisſi la digestion est mal faite ,
refulteun chile crud & visqueux ,
qui est la source de presque toutes
les maladies ; carcomme c'estpar la
coction parfaite que le chile devient
doux, &que les excremensſontſeparez&
expulfez dehors, fi la coction
est imparfaite,il en refulte un chile
indigest , visqueux ,aigre & Jale,
qui cauſe tantost des fievres,tantoſt
des pluresies , diffenteries ,diarrhées,
coliques,ardeurs d'urine, &presque
38 MERCVRE
4
toute forte de maladies,tät internes
qu'externes , & parce que les excremenspar
le defaut de la coction ,.
ne pouvant estre ſeparcz, Suivent
lemouvement du chile & dusang ,
estant unesubstance heterogene à la
maſſeſanguinaive , la nature travaille
inceſſamment àles attenuer,
Subtilifer pour les expulfer par
les pores ou autres voyes , deforte
queles ayant un peu attenuez&م
Subtilisez mais non pas au degré
neceffaire pour l'expulsion , àcaufe
de leur trop grande crudite &vifsofité
,ils restent dans le corps en
perpetuelmouvement, & ébranlant
parleurs figures irregulieres toutes
Les petites fibres des muscles &des
membranes, font cettesensation de
chaleur , foit febrile ou autre ,&
pour vous faire voir que cette cha
Leurque fent le Febricitant,nevient
GALANT.
39
pas de la chaleur ou effervescence
du sang , comme on préſuppoſe ,it
n'y aqu'àfaire saigner un Malade
atteint de la fievre , & à mesme
tempsfaire tirer duſang à un homme
quise porte bien ,&faire tom .
- ber le ſang de l'unſur le deffus de la
main d'un home,&le ſang del'autre
fur ledeſſus de l'autre main du
mêmehomme,&je ſuis certain par
experience que cet homme s'ap
percevra facilement que le fangde
celuy qui se porte bien , est plus
chaud que celuy du Malade. Que fo
cette experience ne vous contente
pas affez, prenez deux Thermometres
d'égale grandeur,&metters
les chacun dans un petit pot ,
que l'on faſſe tomber le fang du
Maladedans l'un de ces pots , &le
Sangdeceluy qui se porte bien,dans
l'autre,& l'on verra que l'esprit
40
MERCVRE
de vin de Thermometre où fera
coulélefang de celuy qui se porte
bien , Scraplus rarefié , & montera
plushaut que celuy où aura coulê
le sang du Malade , qui est une
preuve in contestable que lefang de
celuy quiſe porte bien estplus chaud
que celuy du malade:
Ie puisfortifier celapar un exemplefur
la Mecanique. Prenezdeux
globes de cuivre , ou d'autre métal ,
percez également de petits trous ,
& qu'à chaque globefoit attaché
un manche creux qui le penetre un
peu , & d'un pouce de diametre..
Mettez dans chacun une bougie
allumée quifoit d'égale grandeur ,
& que l'une de ces bougies foit faite
de cire pure & l'autre de cireimpuremêlée
de quelque gomme.Tenez
les globes par les manches dans vos
mains , & vous verrez que celuy
GALAN T. 4
dans lequelfera la bougie de cire
impure deviendra tellement chaud,
que vous ne le pourrez tenir à la
main , au lieu que celuy où sera la
bougie de cire pure, nefera que trespeu
chaud ; ce qui ne peut arriver
qu'à raison des fuliginofitez qui
émanent de la bougiefaite de cire
- impure,lesquelles estant plus épais
fes &visqueuses que celles qui fortent
de la bougiefaite de cire pure ,
&ne pouvantfacilementpaſſer par
les petits trous du globe , que je
compare aux pores du corps humain,
frapent& ébranlent de tous côtez
Lesparticules du metal dont eft fait
Le globe : & c'est par le monvement
de ces vapeurs qu'il est échauffé
que celay où est la bougie de cire pure
dont lavapeurà cauſeſa tenuité ,
paffe facilementparles petits trous..
Quesi l'on obiecte que la bougie faire
plus
42
MERCVRE
de cire impure brûleplus proptemët,
&queparconſequent dansunmême
espace de temps elle produit plus de
fumée que cellequi estde bonne cire,
jerépons que les excremens ſontplus
abondans auſſidans l'état de lamaladie
, que dans celuy de la fanté ,
& partant qu'ils ne sçauroient
également paſſer par les pores , tant
àraison de leur quantité que de
leur qualité. Que si la difference
des bougies apporte quelque difficulté
,ſervez vous de bougies
égales ,& bouchez une partie des
trous de l'un des globes , &vous verrez
que celuy dont quelques trous
feront bouchez ,deviendra beaucoup
plus chaud que l'autre,ce qui nepeut
arriver que des fuliginofitez , lefquelles
ne pouvant fortirſiviſte que
de l'autre dont tous les trous font
ouverts ,frappent par leur mou
vement continuel & ébranlent les
GALANT .
43
pores du globe , ce quile rend plus
chaud que l'autre ,fans qu'on puiſſe
alleguer que laflamme de l'une des
bougiesfoitplus chaude querelle de
l'autre.
Vous avezvû , Monfieur,traiter
beaucoup de Malades,puis que vostre
charité vous porte à les aſſiſter
tous les jours de vos avis ſalutaires,
&vous avez remarquè fans doute
qu'il n'y en a point parmy ceux
qui font atteins de fievre ,à qui on
n'épuise lefang des veines,& qu'on
ne taſche de rafraichir continuellement
, tant par les alimens , que
par les remedes , fur l'indication
que les Medecins pretendent avoir
d'une effervescence bilieuse , qu'ils
Suppoſent ſe faire dans le coeur , &
eſtre la cause du mouvement plus
frequent du poux comme ſi ce noble
viscere , qui est un muscle,ou pluſtôt
un aſſemblage de muscles , ne rece
44
MERCVRE
voit pas fon mouvement des efprits,
de mesme que les autres muscles ,
comme le feray voir das mon Traité
de la Fieure , & ils pouffentsi loin
l'action de la bi'e,qu'ils veulent que
les paſſions& les facultezde l'ame
dépendent de cettepretenduë effervefcence
debile , ce qui est une ab
furdité , qui ne peut proceder que
du peu de reflexion qu'ils font fur
l'action des eſprits qui font lesfeuls
instrumens de toutes les paſſions &
de tous les mouvemens de l'ame,
Ils n'ont pasdeplus grand plaisir,
que lors qu'un Malade donnant
dans leursentiment quand ilaesté
faigné , dit que fon sang est fort
bilieux , car d'abord ils élevent la
faignée sur le trône , & disent
qu'elle a esté faite fi àpropos , que
non seulement elle a emporté une
grande quantitéde Bile, mais aussi
GALAN Τ.
45
beaucoup d'atrebile , & tout le
monde est tellement imbu de cette
fausse croyance , qu'il ſemble qu'il
y a de la semerité à la contredire,
tant à raison de ceux qui l'appuyent
, qu'à raiſon du peu de cas
- quefont les plus grands de ſe vouloir
éclaircir d'une maniere qui a
fait autrefois l'application desRois.
Mais je me serviray seulement
d'une comparaiſon pour vous faire
connoistre que les diverſes couleurs
qu'ils remarquent dans le Sang,
ne proviennent pas des diverſes
humeurs dont ils pretendent qu'il
est composé, mais que cesont feulement
des excremens qui n'ont på
estre rejettez dehors , &que c'est
leur détention qui cauſe les maladies.
Vous pouvezsçavoir , Monfieur
,que dés que le pain reçoit
quelque alteration , ily paroist une
46
MERC VRE
moififfure blanche , & ficette alte
rationpaſſe plus avant , la moiſif-
Jure devient jaune & verte , &fi
la corruption devient plus grande ,
la moiſiſſurefera noire. Quefiquelqu'un
vous diſoit que ce pain eft
composé de pituite , de bile & de
melancholie , & qu'il pretendist
vous le prouver , envous diſant que
la moiſiſſure blanche est la pituite ,
la moiſiſſure jaune la bilejaune , la
moiſiſſure verte la bile porracée, &
la moiſiſſure noire la melancholie ,
le croiriez- vous sur une preuve fi
bien établie ? Vous le prendriezfans
doute pour un Viſionnaire & Ridicule.
Je ne trouve pas que lesMe.
decins ayent des raiſons plus convainquantes
, pour verifier leurs
quatre pretenduës humeurs dans la
masse dusang.
Jepaſſe maintenant à la pratiGALANT.
47
que , & vous prie de voussouvenir
- que je vous ay dit , que dés que les
alimens ſont dans l'estomache , la
naturetend à les cuire digerer &
attenuer , pour les convertir en une
ſubſtance blanche & liquide qu'on
appelle chile, d'oùse forme leſang.
Quesi elle n'obtient pas sa fin , il
en resulteun chile crud & indigeft ,
qui ne peut produire qu'un mauvais
Sang,rempli de matieres excrement.
reuses , qui n'ont pû eſtre ſeparées
par le défaut de la coction , & il
-n'est pas difficile de juger ce que
requiert la nature pour parvenir à
Sa fin , puis qu'elle demeure faute
de vigueur.Ilfaut donc lafortifier,
mais pour la fortifier ilfautsçavoir
en quoy conſiſteſaforce. Orsaforce
conſiſte dans la quantité & pureté
des eſprits. Il est donc neceſſaire de
multiplier& épurer les esprits , ce
48 MERCVRE
mais
qui ſe doit faire par des matieres
chaudes & Spiritueuses ,
elles font tellement en horreur à
ces Medecins dont la nature n'a
pas l'honneur d'estre connuë, qu'au
lieu de laſeconder , ils diſſipent les
efprits par desſaignées continuelles
, & donnent lieu à une plus
grande production d'excremens qui
terniffent & empeſchent l'action
des efprits. La nature neſe relâchant
jamais , tâche d'attenuer
&defubtiliser ces excremens, pour
les évaporer par les pores , &les
Medecins , au lieudeſeconderfon
mouvement, les coagulent en les
épaiſiſſant par des tisanes rafraichiſſantes
, pardes émulsions , par
du petit lait , & par de l'eau de
• poulet faite avec lesſemences froides
, & rejettent entierement les
aromates & les diaphoriques , qui
Sont
GALANT. 49
font les veritables remedes que la
naturedemande. Aprés cela l'on ne
doitpas estrefurprisfide lamoindre
maladie , on tombe dans des
maladies dangereuses , ce qui ne
peut arriver quepar lafeule faute
des Medecins , &je vous prie de
tenir pour regle infaillible , quesi
un Medecin qui est appellé au com_
mencement d'une maladie ne querit
pas le Malade dans le terme de
huitjours , c'est qu'il ne connoist
paslanature de la maladie , ou te
remede quiluy est convenable; &
cela estfivray , qu'ayant fait une
meure reflexion d'où procede le flux
de ventre , tant d'arrheique que
diſſenterique,j'ay coposé un remede
Suivant les principes de mon bypothese
, & les veritables loix de
la nature , qui guerit infailliblement
en quatre jours touteforte de
flux de ventre , &l'operation en est
Mars 1691 . C
1
50
MERCURE
fidouce &fi benigne , qu'on le peut
donner à touteforte d'âge , mesme
aux Femmes groffes , & quand on
Seroit àl'article de la mort : car
bien loin d'affoiblirpar quelque évacuation
, commefait la racinede
Pecouane, que Mr Helvetias a mise
envogue ,au contraire , il fortifie ,
&nefait aucune forte d'évacuationſenſible
,&dansson usage on
n'a besoinny de purgatif, ny defaignée,
nyde clistere. I'en ay préparé
un autre pour l'Hydropiſie, qui n'est
guere
quere moins afſuré que le premier ,
&jeſuis tellement convaincu de la
Solidité de mes principes , que je
défie les plus envieux de lespouvoir
détruire. Voilà , Monsieur , à peu
presle contenudenoſtre Entretien ,
que je souhaite vous eftre auſſi
utile pour voſtre ſanté , que vous
estes neceſſairepour leſalut devos
Paroissiens. Ie ſuis vostre , &c .
LA BROSSE.
A Paris ce 15.Février 1691 .
GALANT .
Στ
Il n'y a point d'Academie de
belles Lettres en France , où
il ſe faſſe une diſtribution de
Prix, qui n'ait rendu juſtice aux
Ouvrages de Mr l'Abbé Maumenet.
Ilen a remporté dans
toutes,& il eut celuy de Poëfie
la derniere fois que l'Academie
Françoiſe en donna. Je me
ſouviens que je vous ay mandé
dans quelqu'une de mes Lettres
, que l'Academie Royale
d'Arles en avoit propoſé un
pour celuy qui réuſſiroit le
mieux fur la fatisfaction que le
Roy a d'avoirun Fils digne de luy ,
& fur les premieres Conquestes
de cejeune Heros. Mr l'Abbé
Maumenet a encore remporté
ce Prix depuis peu de temps
C'eſt un Tableau repreſentant
Monſeigneur, & il a eſté donné
par Mr de Roubias d'Ef-
1
C 2
52 MERCVRE
toublou , fi diftingué dans l'Academie
d'Arles . Comme cette
Piece m'eſt tombée entre les
mains , & que la matiere n'en
ſçauroit eſtre plus relevée
vous ne ferez pas fachée de la
voir
E
ODE.
Nuaincent Nations à taperte
animées .
S'efforcent de troubler la Paix dont
tujouis ,
France, pour diffiper leurs nombreufesArmées,
Tu n'as besoin que de LOVIS.
Que contre toy l'Empire ofe armer
tousfes Princes,
Loin de porter l'alarme au fond de
tes Provinces
GALANT.
53
Il verra tomberses remparts;
Et ton vaillant Dauphinformésous
un grand Maistre ,
A ce Peuple jalouxfera bien.toft
connoistre ,
Situ dois craindre les Cefars.
ただ
Qu'entens-je ? Juste Ciel : Déjala
foudre tonne ,
Et lejeune Loüis semant par tout
l'effroy ,
Afurles bords du Rhin où l'appelle
Bellonne ,
Montréqu'il est Fils d'un grand
Roy.
audace
Philisbourg qui reſiſte,& croit avec
Mettre à couvertfes murs du coup
qui les menace ,
Enpeu de jours se voitsoumis;
Et déja Frankendal , Manbein
ouvrant leurs portes ,
C3
54
MERCVRE
Cedent au feul aspect de ces fieres
cohortes ,
Quifont trembler nos Eunemis.
Quel rampart affez fortferviroit
debarriere
Aux progrés d'un Vainqueur aimable&
redouté ,
Quiſçait l'art de mesler avec l'ar
deur guerriere .
La vigilance& la bonté?
Icyfon coeur touchédes malheursde
la guerre ,
Dece bras triomphant qui lance te
tonnerre
Soutient l'infortune Soldats
Et làplus redouté quele Dieu des
Batailles,
Ilnefonge aumilieu de mille funerailles
Qu'àfoudroyer un Peuple ingrat.
Il est temps d'arrester le beau feu qui
t'anime
2.
GALANT.
55
Dauphin ,n'expoſeplus des joursſi
pretieux ;
Etpour combler lesvoeux d'un Pere
magnanime ,
Bornetes Exploits glorieux.
CeMonarque content de ta noble
conduite,
N'aura plus deformais defoucy qui
L'agite ,
Si ton couroux eft defarmé;
Et bien que tout réponde au gréde
ton envie,
Quand pour vanger ſes droits tu
prodigues tavie ,
Peut- iln'enpas estre alarmé?
Certes , quiconque a veu l'eſſay de
ta vaillance ,
Détourner des malheurs prefts à
nous Accabler ,
Avouera ( s'il n'est point ennemi
dela France )
Que c'est asseztesignaler.
C 4
56 MERCVRE
Il est d'autres honneurs où LOVIS
terappelles .
Egale , s'il se peut , Sa prudence
immortelle.
Son genie &son équité ;
Pour un si grand deſſein tunesçaurois
trop faire,
Mais parmy les dangers que brave
ta colere,
Tu ne l'as que trop imité.
C'en est fait , tavaleur attentive à
nos plaintes ,
Adéjaſuſpēdu tes glorieux exploits.
Et par un prompt retour va diſſiper
les eraintes ,
Qui troubloient le plusgranddes
Rots.
Le voicy qui revient , ce jeune &
fier Alcide ,
Al'abry des fureurs de la Parque
homicide,
Luy renouvellerfon amours
GALANT..
ST
Et d'un espritsoumis au milieu de
Sagloire
Confeffer qu'il ne doitsa premiere
victoire
Qu'à celuy dont il tient le jour .
Acet aspect charmant quelle est tom
allegreffe,
Grand Roy , quipris le ſoin de formerce
Heros ,
Et qui le vis cent fois soupirer de
triſteſſe , ১০
Au milieu d'un profond repos!!
Qu'il t'est doux que Bellone à fon
ardeur propice
Les palmes à la main ait ouvert
cette lice,
Digne d'exercerfon grand coeur
Et qu'il doive aux complots duGer
main infidelle ,
Ce que jusqu'à ce jour tabontépa
ternelle
N'oſoit permettre àſavateur..
و
CS
58 MERCVRE
Si dans tous les hazards qu'affrontoitfon
courage
Tuſentis pourſes jours lapeur qu'il
n'avoit pas ,
Tun'en goûtes que mieux la gloire
& l'avantage ,.
Qui l'ontſuivi dans les combats.
Aprés que les écueils , les bancs, &
les tempeštes :
Demille affreux perils ont menacé
nos teftes ;
Lecalme en a plus de douceurs.
Et la belleſaiſon où Flore nous enchante,
Renaiſtroit à nos yeux moins belle&
1
moins touchante ,
Si l'Hyver n'avoit des rigueurs.
ただ
Tout ce que peut fentir de tendreſſe
&de joye
Un bon Pere , un grand Maistre, un
Monarque achevé ,
GALANT.
59
Nele reffens -tupas , quandle Ciel
Le renvoye
Ce Fils par tesfoins élevé?
De combien de lauriers sa reste est
couronnée !
Voy combien àses coſtezla France
fortunée,
Vient applaudir àſes exploits;
Et parmy tant de coeurs dont tu fais
lafortune ,
Sçache que si tu vois l'allegreffe
commune ,
C'estton Ouvrageque tuvois..
Tous ces bienfaits divers dignes de
ta puissance ,
Dont ta Royale main cent fois nous
a comblez,
Dansle don que tufaits d'un Heros
àla France ,
Nefont ils pastous rassemblez?
Par luy bravant du fort la baine
conjurée ,
C6
60 MERCVRE
Nos bons deſtins aurout l'éternelle
durée
Promiſe à l'Empiredes Lis;
Et nos derniers Neveux qui liront
tonHistoire ,
N'y pourront rien trouver (i digne
de ta gloire.
Que les Triomphes de ton Fils.
PRIERE
POUR LE ROY ,
Et pour la Maiſon Royale..
GrandDieu, de qui dépend le
destin desMonarques ,
Et qui de tes bontez as donné tant
de marques:
Aceluy que nous poffedons
Daigneétendre tesfoinsfurfaMai-
SonAuguste
- LYON
5
BIBL
*1893 *
68
ince enqu'il
eft
choſe à
ouveau
is paroia.
comileMu-
AU...
Cachema
:
dans mon
Ne paroryje plus tant ,
Quittez vostre rigueur extrême,
Et quandon me verra.content ,
On ne croira jamais que je vous
aime..
60
Nos bon!
di
Promis
Et nos d
101
N'y pour
di
Que l
P
Et por
GRA
Et qui de tes bontez as donné tane
de marques:
Aceluy que nous poſſedons
Daigneétendre tessoinssursaMaifonAuguste
GALANT. 68
:
4

Etfait qu'unsi grand Prince enrichi
de tes dons ,"
Nefoit pas moins heureux qu'il eſt
vaillant&juste
Ie n'ay rien autre choſe à
vous dire de l'Air nouveau
dont vous allez lire les paroles
, ſinon qu'il eſt de la compoſition
d'un fort habile Muficien.
AIR NOUVEAU..
Ivous voulez que je cachema
Si vous
flame , :
Et que l'amour qui regne dans mon
ame
Ne paroiſſe plus tant ,
Quittez vostre rigueur extrême,
Et quandon me verra.content ,
On ne croira jamais que je vous
aime..
62 MERCVRE
4 Vous vous plaignez que
dans ma derniere Lettre je ne
vous ay point parlé des plaifirs
du Carnaval. Vous dévez
eſtre bien perfuadée que dans
l'ettat glorieux où ſe trouve la
France , la joyea regné dans
tous les coeurs. Il ya eu quantité
de Balsa Paris , & de divertiſſemens
chez les Particuliers
, mais il n'y en a point eu
àla Cour parce que l'année du
deüil de Madamela Dauphine
n'eſt pas finie . La devotionya
occupé le Roy.Sa Majesté a afſiſté
à toutes les Prieres qui ſe
font plus frequemment en ce
temps-là , que dans tout le ref
te de l'année. Monseigneur ,
pour s'éloigner des plaiſirs de
la ſaiſon , a eſté prendre celuy
delaChaſſe à Anet , où Mr le
Duc de Vendofme , & Mr le
GALAN T.
63
Grand Prieur l'ont receu avec
un zele tout extraordinaire ,
pour répondre,autant qu'ils ont
pû , à l'honneur que cePrince
leur a fait. Leurs Majeſtez Britanniques,
dont la pieté eſt conuë,
en ontdonné des marques,
en allant faire leurs devotions
àS.Germain en Laye,où eſtoiét
les Prieres de Quarante heures
pendant les trois derniers.
jours du Carnaval. Elles affiſterent
le Lundy au Sermon de
Mr l'Abbé de Moré , Docteur
de Sorbonne & Chapelain du
Roy,& enfuite à la benediction
qu'il donna au Salut. Le jour
fuivant , Elles entendirent la
Predication de Mr l'Abbé de
Converſet,Docteur de Sorbonne,
Prieur &Curé de la meſme
Eglife &furent tres- fatisfaites
de ces deux actions ..
64 MERCVRE
du
Il paroiſt une Carte noirvelle
, intitulée , La Carte du
Theatre de la Guerre. Elle comprend
les Royaumes d'Angle.
terre,d'Ecoſſe , d'Irlande , & de
Dannemarck , le cours
Rhin , les dix- sept Provinces
des Pays-bas , & toute la partie
Septentrionale de la France ,
c'eſt à dire , les Provinces qui
ſont deçà la Riviere de Loire;
- ſçavoir , la Picardie, Bretagne ,
Maine, Anjou ,Perche,Beauce,
Ifle de France , Brie , Cham.
gne , Lorraine , Alface ,& le
Paysaux environs de la Saare
Lors que cette Carte, qui a fix
grandes feüilles , eſt aſſemblé,
on ajoûte une bordare inge.
nieuſement faite; & comme la
Carteporte le titre de Theatre
de laGuerre, cette Bordureeſt
GALANT. 65
compoſée de tous les Inſtru
mens quiluy font propres, Sacs
à terre , Gabions , Mortiers ,
Canons , Tambours , Timbales
Trompettes , Enſeignes , Guidons
, Pavillons, Tentes, Etendars
, Cuiraffes. Dans chacun
de ces Inſtrumens il y a
un plan des Villes fortes ſituées
dans les Etats compris en cette
Carte ,au nombre de cinquan
te fix. Elle est dédiée à Monſeigneur
le Dauphin , & aux
quatre coins font les Armesde
ce Prince , accompagnées de
deux Deviſes . L'Epiſtre dé.
dicatoire eſt enrichie d'ornemens
Allegoriques, & d'une
Medaille, au revers de laquelle
font ces mots, fur ce que Mon
ſeigneur a paſſéle Rhin.ANTE
PARENTEM UNUS TENT
TAVIT CESAR. Les ſix
66 MERCVRE
Les
feüilles qui compoſent cette
Carte fe diftribuent ſeparément,&
ont chacune leur Titre
&Echelle , pour la commodité
de ceux qui font des Recueils
de Cartes Geographiques .
vuides, ou mers , font repliesde
Tables, non ſeulement des longitudes
& latitudes des principaux
lieux, mais on y voit auſſi
dans quel Eſtat & dans quelle
Province ils font ſituez. Cet
Ouvrage eſtoit penible , &
n'avoit pas encore eſté donné
au Public dans des Cartes
Geographiques . Il n'y en a
pointoù les coſtes de la Manche
foient fi particulierement dé.
crites que dans celle cy , qui
ſe dißribuë chez le Sr de Fer
fon Auteur , Geographe de
Monſeigneur le Dauphin , fur
GALANT . 67
leQuay de l'Horloge du palais ,
en une en deux , en quatre ,&
en fix feüilles, ſelon la curioſité
ou la commodité de ceux qui
aiment ces fortes d'Ouvrages.
La Lettre qui fuit combat
agreablement le trop de pouvoir
que quelques- uns donnental'Opinion.
Ie ne doute
point que fa lecture ne vous di
vertiſſe. Elle eſt de Mr Cipiere
de Bordeaux , & fert de réponſe
à une autre Lettre qui avoit
eſté écrite ſur la Beauté.
h
A MONSIEUR B.
MONSIEUR ,
Le viens de lire vostre Lettre
68 MERCVRE
à Mr.S.... & j'ay admiré la maniere
aisée avec laquelle vous
tournezles choses . L'esprit&le bril.
lant quiy frappent , persuaderont
toujours ce que vous voudrez à la
premiere lecture, &je l'ay leuë plus
de trois fois avant que de remar
quer que les préjugez que vous opposezfavorisentsi
fort l'opinion ,
qu'ilfemble que vous ayez eu plus
de deſſein de foûtenirſes interests ,
que de combattre les couleurs یم
les beautez réelles, Souffrez , Monfieur,
que faisant gloire de ſuivre
vos sentimens, ie m'enéloigne cette
fois pour faire voire que ce n'est
qu'avecjustice que je tiens vostre
partien toute autre chose, le ne
Sçaurois endurer que l'opinion regneavec
tant de tirannie , qu'elle
Soumette le merite à son caprice ,
qu'elle chaſſe la raison de son empire
, & qu'elle puniſſe la justice
GALANT. 69
mesme. Cependant toute cette irregularité
doit arriver fil'on permet
que l'Opinion juge des causes
mesmes qui nefont point defon reffort;&
fi , toute aveugle qu'elleest
elle profane indignement tout ceque
l'Antiquitéla plus juſte & la plus
éclairée à aimé& consacré. Nous
n'admirons toute l'ancienne Grece ,
qu'aprés qu'elle a admiré le juſte
jugement que Paris fit ,lors qu'ilfe
declara si ouvertement pour la
beauté de certe Venus , dont parleront
tous les fiecles. On n'a
encore trouvé personne qui se
foit avisé d'accufer ce
cernement
,
Prince
d'iniustice , ou d'un mauvais dif-
& qui ait osé publier
que la Décſſe de l' Amour &
de la Beauté n'estoit pas belle. Se
pourroit. it bien faire que tout les
hommes euffent eulamesme diſpofition
de fibres de leurs cerveaux ,
70
MERCVRE
& qu'ilsse fuſſent tous accordezà
aimercette Reine ? Si cela est , on
auraplus defujetde dire que c'eſtoiz
une beauté imaginaire , puis qu'elle
ſembloit belle à tous les hommes ,
comme l'or leurparoiſtor , pour me
fervirde vos termes. Tous ceux quż
l'ontveue l'ont aimée , & ceux qui
n'ont veu ſon Portrait qu'en couleurs
, en figures , ou enparoles,n'ont
pas laissé de la trouver de leur gouft,
&de la consacrer aprés les autres .
Or , Monsieur, il n'est pas impoſſible
de trouver aujourd'huy une beauté
pareille , qui raviſſe l'eſtime, l'ad.
miration & l'amour de tous ceux
qui la verront. le crois mesme que
malgré toute la delicateſſe que vous
faites paroiſtre , vous l'aimeriez
avec tant d'autres , & peut - estre
que vous renonceriezà uneopinion,
quisoutenueavec toute la force que
vous avez , ne laiſſe pasde me paGALANT.
71
roiſtre éloignée de la verité. Vous
comprenez bien queie parle de Mademoiselle
de....... dont vous dites
fibien la premierefois que vous la
vistes.
J'en défierois tous les Appelles,
l'en défieroistous les Zeuxis ,
De peindre des traits mieux
choiſis ,
De faire des couleurs ſi belles .
La nature fait quelquefois
Ce que ny l'eſprit , ny la voix
Ne ſçauroient comprendre,ny
dire ;
Et ne le pouvant exprimer .
On fentque le coeur veut aimer
Ce que d'abord l'eſprit admire.
!
Jem'étonne quevous l'ayez connue
, & que vous ayezécritunetelle
Lettre. Il faut que vous ne vous
Soyez pasSoavenud'elle , car jeſuis
72
MERCVRE
perfuadé que sonidée vous eustfait
effacer autant de mots que vous en
auriez écrit , ou que vous en auriez
mis de contraires. Vous estes trop
raisonnable pourne l'avoirpasfait,
&jecrois dans le fond que vous n'avez
écrit tout cela que pour vous
divertir, car autrement ilfaudroit
que les Phitoſophes n'aimaſſent jamais
, parce qu'ils font profeſſion de
Suivre la verité, & de ne s'attacher
point aux imaginations & aux
opinions , ou qu'ils n'aimaſſent que
des beautez intellectuelles , parce.
qu'ils s'élevent quelquefois au def-
Susdes corps mesme. En verité c'est
pouffer la Philosophie trop loin , &
bien enprendaux Dames qu'elle ne
Soit pas vraye , car elles ne pourroient
avoir que des galans ignorans,
que l'étude de la Naturen'auroit
pas inſtruits & adoucis. Pour
moy , je me réjouis qu'il ne faille
Point
GALANT .
73
point abandonner la raison pour
s'approcher des Dames , & que
nostre merite ne depende pas toutàfaitde
leurbon ou mauvaisgoust.
L'onferoit bien malheureuxfi cela
eſtott, On verroit tous les jours des
étourdis avecles belles , auſquelles,
unhomme d'efprit enrageroit de ne
pas plaire, parce qu'elles auroient
peut- estre une diſpoſitiode cerveau
peu favorable. Il ſeroit obligé de
s'en aller avecdes Pretieuſesridicu
les qui n'auroient pas l'esprit de coprendre
cent iolis mots & cent pensées
tres-heureuses quise perdrosent
Vous voyezbien les defordres que
tout cela cauferoit , & croyezmoy ,
Monfieur, il est important que le
mondenesoit pas persuade de cette
opinion.
Mais , me direz vous , ce fontlà
des inconveniens. On en trouve
dans toutes les opinions , &
Mars 1691. D
74
MERCVRE
ايم
cene font point des preuves qui
détruiſent les raiſons que vous apportez.
Il mesemble pourtant que
ces exemples contraires que nous
voyons tous les jours doivent bien
diffuader de croire que les beautez
Soient fi arbitraires &fi dépen
dantes de la groffiereté ou de lade
licateſſe desfibres , del'opinion , ou
de la coutume des gens &des pays.
Nonobstant cette grande diverſité
que l'on voit entre tous les Peuples,
ontrouve des beautez qui plaiſent
à tout le monde , & l'on n'en peue
attribuer la cause ny auxyeux , ny
aux temperamens , mais plûtoft à
ces couleurs&àces figures qui font
par tous les endroits les mesmes
dans les beautez ; car qu'est- ce qui
changedansuneſtatue qui plaiſt à
tous les Peuples , &dans tous les fiecles?
Parexemple, dans cette belle
Venus demarbre blanc , de lamain
GALANT .
75
dufameux Praxitelés,pourlaquelle
il emporta le prix ? Vous sçavez
que plusieurs personnes de differentesNations
ont esté à Guide
pourvoircette Piece , que le Roy
Nicomede en offrit àcette ville- là
dequoypayer fes dettes ; mais que
lesHabitans ne voulurent écouter
aucunepropoſition , perfuadez que
labeautéde cette Statue rendroit
lear Ville plus celebre&plus recom.
mandable. Vous sçavezaussi que
cette Statue d'or&d'yvoire de Iu.
piter Olimpien , que Phidias fit en
Elide, apaßépour une merveille du
monde;&vous ne trouverezquere
d'Auteurs Grecs qui n'en ayeniparlé.
La MinervedumeſmeAuteur ,
qui fut placée dans ce Temple qui
eft encorefur pieddans Athenes , a
eftéadoréede toute la Grece & da
mondeentier ,ſans vous parler de
lafoliedeceieune homme , pourune
D 2
76
MERCVRE
د
elles trou-
Statuë d'un marbre bianc qui estoit
ailleurs dans un Temple , que l'on
reconnut par quelques defordres,que
fon amour luy fit faire. Seroit - il
bien possible que quelqu'un n'eust
pasdit que ces Statuës, ne luy plai-
Soientpas,& qu'elles n'estoient que
desgrotesques , fi leurs beautez euf-
Sent dependu de son gouft ? Pour
moy, ie croy qu'en quelques endroits
qu'on les apportast
veroient toujours des perſonnes qui
les estimeroient de belles figures , &
qui admireroient l'ouvrage avec la
main de l'Ouvrier. Cela doit paffer
fans contredit. Que si vous accordez
cela à deſimples figures inanimées
, muettes , ſans vivacité,
Sans tendreſſe , ie crois que vous ne
pouvezle refuser à une personne
dont les moindres traitsfont admirables,
dont tous les mouvemensparlent
, dont la vivacité rend at-
3
GALANT. 77
tentifs tous ceux qui la vojent , &
dont la tendreſſe vous attendris
vous même. C'eſt, Monsieur , tout
ce que i' ay à vous oppofer; c'est là
mon plus fort argument ; & fi vous
n'eſtes pas convaincu comme ilfaut
je suis prest à payer les frais du
voyagepour aller voir la force , la
Solidné&la verité de cette raiſon
D'attens donc une retractation , ou
T'heure que vous voulez que nous
Partions. Vous ne pouvezvous difpenſer
de choisir l'un ou l'autre,sans
faire croire que vous avez écrit
plûtost par passion que par raison ,
paſſion à la verité qui estplus raifonnable
& plus spirituelle que la
raiſon de certaines gens.lefuis.&c.
lene vous préviendray point
fur la maniere agréable dont
eſttournée la Fable que je vous
envoye. Lifez , & vous aurez
lieu d'eſtre contente..
D3
78
MERCVRE
LE THESAURISEUR
ET
LE SINGE.
Nhomme accumulant(onfçait
UNham que cette ardeur
Vasouvent jusqu'àlafureur )
Celuy- cy nefongeoit que Ducats&
Fiſtoles ,
Quand ces biens font oififs, je tiens
qu'ilsfontfrivoles .
Pour seuretédeson trefor ,
Nostre Avare habitoit un lieu, dont
Amphitrite
Défendoit aux Voleurs de toutes
parts l'abord.
Là , d'une volupté ,Selon moy fort
petite ,
Etfelon luyfortgrande , ilentaffoit
toujours.
Ilpaſſoit les nuits & les jours
GALANT. 79
Acompter, calculer, SupputerSans
relâche ,
Calculans ,Supputant , comptant
commeàla tâche ,
Car iltrouvoitſouvent du mécompte
àsonfait.
Un gros singe, plus sage , à mon
Sens, quefonMaistre ,
Iettoit quelques doublons ſouvent
par la fenestre ,
Et rendoitle compte imparfait.
Lachambre bien cadenaſſée
Permettoit de laiſſer l'argent fur le
comptoir,
Un beau iour Dom Bertrandfe mit
dans lapensée
D'en faire un sacrifice au liquide
manoir.
• Quant àmoy,lors que iccompare
Lespa ſirs de ce Singe à ceux de ces
Avare
Lenesçaybonnement auqueldonner
Leprix.
D 4
80 MERCVRE
Dom Bertrandgagneroit présde certains
esprits ,
Les raiſons enseroient trop longues
àdéduire.
Un jour donc l' Animal qui nefongeoit
qu'à nuire ,
S'il n'eust oûy l'homme rentrer,
Euft iettéfans confiderer
L'estime que l'on fait des biens de
ceite espece , 1
Tous ces beaux Ducats piece à
piece.
Il les eust fait voler tous iuſques au
dernier ,
Dans le gouffre, enrichy par maints
&maints naufrages.
Dieu veuille preferver maint ,&
maint Financier ,
Quin'enfait pas meilleur usage..
On nous mande de Pera ,
du 16. Novembre dernier,que
Mr de Chaſteauneuf, AmbafGALANT.
fadeur du Roy à la Porte, aprés
avoir fait des Feſtes pour les
Victoires de l'Armée de Flan-
-dre & de l'Armée Navale ,n'eût
pas ſi toſt ſceu que Sa Majesté
en avoit remporté une troiſiéme
, qu'il fit de nouveau éclater
ſa joye avec beaucoup de
magnificence . L'ouverture de
cette Feſte , ſe fit le matin du
meſme mois de Novembre, par
:une ſalve de trois censboëtes;
qui furent tirées dansle jardin
du Palais , & par la décharge
du canon de trente Vaiſſeaux..
Toute la Nation s'aſſembla
dans la Chapelle , où l'Arche .
veſque de Spiga chanta le Té
Deum , aprés avoir fait un dif
cours tres éloquent ſur la pui
fance du Roy. L'Eveſque des
Armeniens voulant faire voin
qu'il prenoit part à la joye que

D
82 MERCVRE
reſſentoient les François,aſſiſta
àcette ceremonic , avec ſon
Clergé& ſa Muſique , & fit
demander à Mr l'Ambaſſadeur
la permiſſion de faire fucceder
ſes actions de graces particulieres
à celles que rendoit la
Nation. Comme il n'eſt ny Sujet
du Roy , ny ſous la protection
de la France , & que fon
Egliſe ſuit un rit qui eſt different
de celuy de Rome , Mr de
Chaſteauneufjugea que la demande
de cet Evefque n'eſtoit
qu'un effet de l'eſtime & de la
veneration que la gloire de Sa
Majesté s'attire de tous les
Peuples du monde , ce qui le
fit confentir à ſa demande. Au
retour de laChapelle, on ſerviz
trois tables en mefme-temps ..
Celle de Mr l'Ambaſſadeur ef
unde vingt- quatre couverts.
GALANT.
83
Celle de la Nation , tenue par
fon Chancelier , de quatre
vingt-dix ,& la troifiéme pour
leClergé , de foixante& dix .
Il y en avoit une quatriéme
que tint fon Maître d'Hôtel ,
&celle là ne finit que le lendemain
. Mr l'Ambaſſadeur avoit
àfatablequinzeTurcs de confideration,
le Gouverneur de
la Ville , l'Intendant de la Marine,
le Commandant des laniſſaires,
le FilsduGrandTreforier
que fon Pere luy envoya
en luy faiſant dire qu'il cuſt
fouhaité eſtre depoſe la veille
pouravoir la libertéde venir ſe
réjoüir avec fon Excellence,&
le jeune Prince de Moldavic,
Lestables furent auſſi bien fervies
qu'elles pouvoient l'eſtre
en cepaïs-là. Les décharges des
boëtes&du canon recommen
D 6
84 MERCURE
cerent lors que l'on but la ſanté
du Roy ; elles s'eſtoient fait.
auſſi entendre pendant tout le
TeDeum. Le repas finità l'entrée
de la nuit , & le Palats ſe
trouva alors orné d'une illumination
dont l'effet fut fort.
brillant. Il y avoit dans la Cour
une Piramide de feu, du bas de
laquelle ſortoient deux fontai..
nes de vin , qui coûlerent pour
le peuple .On fit une quatrième
décharge,aprés laquelle on tira
cing cens fufées. On alla dans
les appartemens toute la nuit ,
&les Turcs qui ne ſortirentdu
Palais qu'au jour prirent tant
de goût à cette feſte , que pour
y contribuer eux meſmes , ils
firent reveiller pluſieurs Dervis.
C'eſt une eſpecede Moines
qui joüent admirablement
biende laflûre , & qui vinrent
GALANT.
5
concerteravec d'autres Inſtrumens.
Tout Conſtantinople
prit part a la joye de Mrl'Ambaſſadeur
, qui n'a rien de
plus preffant que de marquer
en toutes fortes d'occaſions le
zele qu'ila pour la gloire de
noſtre auguſte Monarque.
Madame la Comteffe de
Morſtin mourut icy le 12. de
ce mois , aprés avoir donné des
marques d'une piete finguliere
Elle estoit Femme de Meffire
Iean - André , Comte de Morftin
&de Chaſteauvilain ,Marquis
d'Arq en Barrois , Seigneur
de Mõtrouge Senateur &
Grand Treſorierde la Couronne
de pologne , & cy devant.
Ambaſſadeur Extraordinaire
du Roy & de la Republique de
Pologne en France , & s'appelloit.
Gordon de Huntley...
86 MERCVRE
Tous les Chefs de l'illuſtre
Maiſon de Gordon ont eſté
Pairs du Royaumed'Ecoffe ,depuisl'inſtitution
du parlement,
& ont remply les premieres
Charges de l'Etat , comme cellesdesGouverneurs
Generaux
ou vicerois d'Ecoffe , & Generauxd'Armée,&
ils font encoreGouverneurs
Hereditairesde
la partie Septentrionale
d'Ecoffe. Il y a eudes Seigneurs
decette Maiſon ,l'unedes plus
anciennes&des premieres de
ce Royaume.qui ont eſtéhonorez
de grands Vicerois hors
de leur Pays, l'Hiſtoire de France
fait mention d'un , Gordon
Grand Maréchal , ou General
de l'Allemagne. Il tua le Roy
Edoüard de ſa propre main
prés de Barcelone ,& fut tué
à la journée de Roncevaux.
GALANT. 87

L'an 1006. Malcolme ou
Milcolumbe II. Roy d'Ecoſſe ,
qui donna à la Maiſon deGordon
le Château de Huntley ,
dont l'Aîné a depuis portéle
nom. Bertrand de Gordon tua
au Siege de Chalus en 1199
Richard I. Roy d'Angleterre ,
furnommé coeur de Lion , &
en 1265. Adam de Gordon
ayant défié au combat Edoüard
prince deGalles,il ſe battitcontre
ce prince entre les deuxAr
mées d'Angleterre & d'Ecoſſe..
-On les ſepara , & lors que ce
prince fut parvenu à la Couronne
d'Angleterre ,il l'honora
d'uneamitié tres particulier.e.
L'an 1250. GuillaumedeGordon
fut General d'un ſecours
qu'Alexandre III. ROY d'Ecoffe
, envoya à S. Louis , Roy
de France ,& il mourut enA88
MERCVRE
و د
frique. Robert de Gordon fat
tué en 1356. à la Bataillede
Poitiers, au ſervice de Jean Roy
de France . le ne vous rapporteray
point tousles Décendans
de cette Maiſon le me contenteray
de vous nommerceux
de la Branche aînée depuis
Alexandre premier du nom ,
Comte de Huntley , mort en
1479.Georges I.ſon Fils ,Comte
deHuntley, qui mourut 1501...
avoit épousé leanne , Princeffe
d'Ecoſſe,Fille de Jacques I.Roy
d'Ecoſſe qui maria ſes trois autresFilles
,l'une à Loüis XI.Roy
de France; l'autre à Sigismond
Archiduc d'Autriche , & la
troifiéme à François Duc
deBretagne.De ce mariage nâquit
Alexandre Il. du nom ,,
Comte de Huntley , qui de
Leanne Stuart , Princeſſe d'E
C
GALANT . 89
coffe , Fille du Comte d'Athol
Prince legitime d'Ecoffe , eut
Iean , Comte de Huntley ,
mort avant ſon Pere , aprés
avoir épousé Marguerite d'Ecoffe
, Fille de lacques IV. Roy
d'Ecoffe.Georges 11.Comte de
Huntley , Fils de lean, tué à la
Bataille de Sterling en 1562.
épouſa Elifabeth Keth , Fille
du Comte Maréchal d'Ecoffe ,
&il en eutGeorges III . Comte
deHuntley, & GrandChancelier
d'Ecoffe qui d'Anne
Hamilton , Fille du Duc de
Chaſtelleraut , laiſſa Georges
IV. Marquis de Huntley . Celuy.
cy épouſa Henriette Stuart
Fille d'Eſmé Stuart , Duc de
Lenox ,& Couſine Germaine
de lacques I. Roy de la Grande
Bretagne. Ils eurent pour Fils
Georges V. Marquis de Hunt-
A
,
१० MERCVRE
ley qui épouſa Anne de Campbel,
Fille du Marquis d'Argyle .
Les Rebelles luy firent trancher
la teſte quelques jours aprés
le Parricide execrable de
Charles I. pour avoir fidellement
foutenu ſes droits. Ce
Georges V.eſtoit Pere de Madame
la Comteſſe de Morſtin
dont je vous apprens la mort ,
& Grand pere de Georges ,
Duc de Gordon , qui a défendu
juſqu'à la derniere extremité le
Chaſteau d'Edimbourg durant
fix mois , depuis la derniere
révolte d'Angletetre & d'Ecoffe
, excitée en faveur du
Prince d'Orange, contre le Roy
Iacques II . auprés de qui ce
Duc s'eſt retiré en France. Il
eſt aiſé dejuger partoutes les
choſes que je viens de dire,que
cette Maiſon n'eſt pas moins
GALANT.

illuſtre par ſa fidelité envers ſes
Rois , que par son ancienneté,
& par les alliances qu'elle a
cuësavec la Maiſon Royale ,
ainſi qu'avec pluſieurs autres
tresconſiderables ,tant d'Ecoffe
&d'Angleterre , que de France,
comme celles de Hovvard-
Norfolk
, ,
d'Hamilton de
Douglat , de Dromont , de
Montroſe , de Rohan de Milan,
d'Entragues,deHumieres,
dela Queille, deChaſteaugay,
de Castelnau , de Haluin , de
Damas , & autres .
Il y a preſentement à l'Academie
Françoiſe une place
vacante par la mort de Meffire
lean- Jacques Renoüard,Comte
de Villayer , Doyen des
Conſeillers d'Estat , arrivée au
commencement de ce mois La
declaration quele Roy fit en ſa
92
MI
faveur lors
Doyen luy
unConcur
merite , eſt
glorieuſe de
Prince l'hot
Teſtament
auxHôpita
ſa quatre-v
née. La pl
d'Estat qu'il
née à Mrd.
desMarcha
M. le Char
C'eſt un do
fait avec ce
geante quiluyeſt ſi naturelle ,
& en diſant à Mrle Chancelier ,
qu'ilauroit vouluque c'eût été
une place de Conſeiller d'eſtat
Ordinaire .
5 le vous tiens parole, & vous
envoye les lettons qui ontparu
GALAN Τ .
93:
au commencement de cette
année. Le premier eſt celuydu
Trefor Royal,& les autres ſont
ceux del'Amirauté , des Galeres
, des Baſtimens , de l'Artillerie
, del'Extraordinaire & de
l'Ordinaire des Guerres , de la
Chambre aux deniers , des
Menus - plaiſirs , des Revenus
cafuels ,&de la Ville de Paris .
Le 9. de ce mois l'Academie
Royale de Niſmes fit une Afſemblée
publique , de laquelle
Mr Demerés , Chanoine en
l'Egliſe Cathedrale de cette
Ville- là , bon Theologien &
habile Predicateur , fit l'ouverture
par un excellent diſcours.
Enfuite Mrde Marfolier , Auteurdepluſieurs
beaux Ouvrages
, Chanoine en la Cathedrale
d'Uzez , & Frere d'un Conſeiller
au Grand Conſeil , qui
94
MERCVRE
porte ce meſme nom , MrMefnard
, Conſeiller an Preſidialde
Niſmes , & Mr de Travenol ,
l'un des plus fameux Avocats
du Prefidial de la même Ville ,
firent leurs complimens à la
Compagnie, & la remercierent
de l'honneur qu'elle leur avoit
fait de les y aggreger . Mr Demerés
, qui eſt maintenantDi.
recteur de l'Academie , leurfic
une réponſe courte , éloquente
& tres - agreable au nom de la
Compagnie : aprés quoy Mr
Dayglun , Docteur de Sorbonne
, Chanoine , Grand Official
& Grand Vicaire de Niſmes ,
fameux Predicateur & Frere
de Mr de Trimond , Conſeiller
au Parlement de Provence, fir
l'Oraiſon Funebre de Mr Seguier
, le dernier Evêque de
Niſmes , & qui avoit cſté le
GALANT.
952
premier Protecteur del'Academie
. On applaudir fort àcette
Piece , & à celles qu'on lut enfuite
dans l'Aſſemblée . MrDemerés
qui avoit fait admirer
ſon éloquence , fit auſſi admirer
ſa Poëfie par la lecture d'une
Elegie qu'il avoit compoſée en
Vers François,ſur la mort de ce
digne Prelat , dont la perte eſt
fi heureuſement reparée: par
I'lllustre Mr Fléchier , qui eſt
auſſi protecteurde cette Compagnie
de beaux Efprits , &
l'un des quarante de l'Academie
Françoife. La cloſture de
cette Aſſemblée fut faite par
une autre lecture d'un chapitre
de l'HistoiredeNiſmes Payenne&
Chreſtienne , où Mr Mefnard
qui en eſt l'Auteur ,& qui
ladoit publier au premier jour,
tâche de prouver que Niſines
96 MERCVRE
n'a jamais eſté une Colonie
Romaine . On verra auſſi bien
toſt l'Histoire du Cardinal Ximenes
, par Mrl'Abbéde Marfolier
, Parifien de naiſſance ,
dont je viens de vous parler ,
l'un des Academicies externes
de l'Academie de Nilines . Le
ſçavantMr Graverol qui en eſt
l'un des principauxornemens ,
a eſté depuis peu receu dans
cellede Ricourati de Padovë.
Je vous envoye des Vers
d'une aimable Perſonne de
voſtre Sexe , dont vous avez
déja veu quelques Ouvrages.
Elle penſe finement , & vous
ſerez contente de l'expreſſion .
Une Dame de ſes particulieres
Amies l'ayant trouvée attaquée
de fiévre un jour qu'elle
l'alla voir luy dit en riant
qu'elle voyoit bien que ſon mal
د
venoit
GALANT. 97
venoit des ſoins qu'elle ſe don .
noit pour ſa Famille , & que fi
elle vouloit ſuivre fon conſeil ,
elle n'auroit jamais de chagrinsque
ceux que l'amour luy
cauſeroit , & qu'aſſurément
elle trouveroit ces fortes de
maux plus faciles à ſouffrir que
l'importune ardeur de la fiévre.
C'eſt ce qui luy donna lieu
de faire cette réponſe.
A MADAME DE M.
Ne brûlante ardeur me cours
UNedeveineenveine ;
Jeſens un inquiet chagrin ;
lenedors nonplus qu'un Latin ,
l'ay l'esprit à l'envers, tout me trouble&
me gêne.
Maisfiie brûle nuit & iour ,
Cen'estpas desfeux de l'amour.
La chaleur d'uneficure ardente
Mars 1691 .
E
9.8 MERCVRE
Me cause tous ces mouvemens.
L'amour nous livre encore à de plus
grands tourmens,
Au moins à ce que l'on nous
chante ,
Car,grace au ciel,iuſqu'à ce jour
C'estsurla foy d'autruy que ieparle
d'amour.
Cependant , fi ie puis dire cequż
m'enſemble
Sur le rapport de ceux dontfon cruel
poison
Troublelesſens & laraison.
Ce Dieu dansses effetsà la Fiévre
reffemble.
La Frévre met les gens enfeu ,
Fait refuer , rend viſionnaire ;
Ainfifait leDieu de Cithere;
Ses Suiets ne refvent pas peu.
Chaque Amant croit que fa
Maistresse
DE
LABrille
de
graces&d'appas ,
LYON Qu'il n'est point d'obiet icy-bas
GALANT.
99
Pareilà celuy qui le bleſſe ,
Ettoutes ces perfections
Nefont que pures viſions
THEADE
LYON
*1893*
D'unefolle delicateffe.
La Fievrerenversél'esprit ,
Ofte laforce& l'appetit ,
Empoisonnele coeur , fait centMetamorphoses
;
L'Amour ,fust- ce lepluspetit.
Avec excés cauſeles mêmes choses.
Est-il rien deplus fou que deux ieunesAmans?
A
Enfin on voit , plus ony pense ,
Que la Fiévre & l'Amour dans
:
leurs égaremens,
Ontunegrande reſſemblance.
I'y vois pourtant un peu de diffe
rence ,
C'est que la Fièvre à des momens
heurex
Oul'esprit en repos se fent dégagé
d'elle
Mais ceux à qui l'Amour a tourné
la cervelle
DE
E
E2
100 MERCVRE
C'estfans retour,plus de raiſon pour
eux ,
Ainsi donc, ma chere Amarante,
f'aimemieux fentir le couroux
De la Fieure qui me tourmente ,
Fust- elle encor plus violente
Que les feux importuns de l'Amour
leplus doux .
Voicy d'autre Vers qui n'ont
beſoin que du nom de leur
Auteur pour s'attirer les loüanges
qu'ils meritent. Ils font de
Mr de Meſſange , connu par
divers Traitez qui ont eſté favorablement
receus du Public .
DECLARATION
d'Amour
L'Amour , qui vouloit mefur.
prendre ,
Voyant que je craignois l'excés de
Sarigueur.
GALANT. 101
Et que de milleobjets jesçavois me
défendre ,
Afceu tendre un piege à mon coeur,
Et dans les beauxyeux de Silvie ,
Ilm'afait voir tant de douceur ,
Qu'enfin il atroublé'lerepos de ma
vir
Ces beauxyeux , par des traitsde
feux ,
Avecun tourment rigoureux ,
M'ont embrasé de la plus vive
flame,
Un teint que de Venusl'éclat n'effacepas
,
Vne bouche vermeille, & mille autresappas
,
Sans peine ont triomphé des forces
demoname.
Depuis ce temps fatal, ieſoupire en
tous lieux ,
Vn trouble secret m'environne s
E3
2 MERCVRE
Vn triste ennuy m'abat , le repos
m'abandonne:
Le fommeil revolté ne ferme plus
mes yeux.
Loin de la Beauté que j'adores
Tout femble fait pour m'affligers
Si l'espoir vient me soulager ,
L'impatience me devore .
Iours tranquilles , belas ! qu'eſtesvous
devenus ?
Adieu , charmante indifference ;
Paiſible , dans ton ſein , l'on ne me
verra plus.
Amour, ie cede à ta puiſſance.
Traite àtongrèmon coeur, puis qu'il
eftfousta loy :
Mais souviens.toy pourtant ,fii'ofe
te le dire ,
Qu'en me laiſſant fouffrir ſous ton
cruel empire,
GALANT.
103
Tu tefais à toy mêmeautantdetort
qu'à moy .
Je vais fatisfaire à ce que je
vous promis la derniere fois ,
de vous mander toutes les
particularitez que j'apprendrois
du mariage. de Mr le
prince de Turenne avec Mademoiselle
de Vantadour qui
fe fit la nuit du Dimanche gras
au Lundy. Il n'eſt pas neceſſaire
que j'en uſe , en cette rencontre,
commej'ay de coû tume
de faire dans les autres,nyque
je vous aprenne , qui font les
perſones dont ie vous parle,ny
quelle eſt leur origine. La Maifon
de Boüillon , & celle de
Vantadour ſont connuës de
tout le monde , & trop illuftres
pour me permettre d'entrer
dans un ſemblable détail. Ic
E 4
104
MERCVRE
د
me contenteray de vous dire
que comme les Sonverainetez
du Duché de Boüillon & de
Sedan entrerent dans la Maifon
de Bouillon l'an 1591. auſſi
la Dignité Ducale entra dans
celle de Vantadour l'an 1578 .
Il y avoit déja eu cy- devant,
une alliance entre ces deux
Maiſons , puis qu'Eleonor de
Montmorency Fille aînée
d'Anne de Montmorency
eſtoitTriſayculede Mrle Prince
de Turenne , & que Marguerite
de Montmorency , feconde
Fille de ce Conneſtable,
eſtoit la Bifayeule de Madame
la Princeſſe de Turenne. Il
eſtoit difficile de faire un mariage
plus fortable,ſoit que l'on
regarde les grands biens de
l'une &de l'autre de ces deux
Maiſons , ſoit que l'on confi-
و
GALANT.
dere la fituation de quelques
unes de leurs Terres,le Vicomté
de Turenne & le Duché de
Vantadour eſtant limitrophes,
& deux des plus grandes Terres
du Royaume, mais particulierement
le Vicomté de
Turenne, dont Mr le Preſident
de Thou,dans ſon Hiſtoire,ne
parle avec raiſon , que comme
des Principautez d'Allemagne
Aufſi ſont- ce-là , fans doute ,
les motifs qui ont porté Sa Majeſté
à faire paroiſtre publiquement
la fatisfaction qu'Elle
avoit de ce marige,dont Elle
a bien voulu ſigner le Contrat.
Ce fut chez Madame la Ducheffe
de de la Ferté Tante de
Madamela Princeſſe deTuren.
ne , que ſe fit l'Affemblée , &
où Monfieur , avec Meſſieurs
les Princes & Mesdames les
Ε
106 MERCVRE
Princeſſes du Sang , voulurent
bien ſe trouver pour affiſter à la
Ceremonie , Elle fut precedée
d'une grande Feſte , & il fuffit
de dire que Madame la Ducheſſede
la Ferté en prit le ſoin .
pour faire connoiſtre qu'elle
futdes mieux entenduës . Tout
ymarqua fon eſprit &fa generofité.
Onjoua d'abord un fort
gros jeu. Il y eut une agreable
Symphonie, une petite Comedie
Italienne , & le Soupé qui
fuivit futauſſi magnifique que
bien ordonné. On ſervit deux
Tables en meſme-temps , &
chacune eſtoit de vingt-cinq
couverts. Aprés minuit, Monfieur
,avectoute cette illuſtre
& nombreuſe aſſemblée , accompagna
les Fiancez à Saint
Eustache. Mr de Gordes ,
Evefque & Duc de LanGALANT.
F07
gres , y fit la Ceremonie , en.
ayant été prié ,tant par la Maifon
de Boüillon , que par celle
de Vantadour , dont il eſt é
galement l'amy , mais de ces
amistoûjours pleins d'empref.
ſement à obliger ,d'une fidelité
&d'une pobité finguliere. La
Ceremonie faite , Monfieur ,
&toute la Compagnie, reconduiſitles
Mariez chez Madame
la Ducheſſe de la Ferté .. Son
Alteſſe Royale y'donna la chemiſe
à Mrole Prince de Turenne
, & Madame la Princeſſe à
Madame la Princeſſe de Turem
ne. Ceux qui virent alors Ma
dame la Ducheſſe de Vantadour,
tomberent d'accord que
jamais Mere n'eut plus de joye
qu'elle ,& l'on peut dire à fa
gloire que comme ce mariage
eft fon ouvrage , auſſi jamais
E6
108 MERCVRE
perſonne ne fit tant pour fa
Fille qu'elle a fait pour Madame
la Princeſſe deTurenne.
Toute la Cour & tous ceux
qui la connoiſſent , conviennent
que parmy les grandes
qualitez de cette Ducheſſe , la
bonté & la droiture de ſon
coeur ne ſont pas celles qui
brillent le moins en elle: La
preuve qu'elle vient d'en donner
eſt grande & illustre . Il eſt
vray que l'on a raiſon de dire
que Madame de Vantadour a
une Fille qui a toujours digne,
ment répondu à fes eſperances
&à ſes ſouhaits. On ne peut
avoir plusd'eſprit qu'en àMadame
la Princeſſe de Turenne,
& il ne faut pas douter que fon
coeur n'ait les meſmes traits de
douceur & de bonté que celuy
deMadame ſa Mere. Comme
1
GALANT.
109
2
on eſt perfuadé qu'elle rendra
Mr le Princede Turenne fort
heureux , auſſi croit-on qu'il
n'y a perſonne qui merite
mieux que luy de l'eſtre . Vous
n'ignorez pas qu'il revint à la
Cour ilya quatre mois,& qu'il
adepuis dignement remply la
grande reputation, qu'il s'eſt
acquiſe dans les Païs Eſtrangers.
& particulierement à
Rome & à Venise. Ce Senat fi
fage& fi prudent conceut une
fi haute idée de ce jeune Prince
, qu'il voulut luy confier des
emplois , qu'il ne donne jamais
qu'à des perſonnes d'une experience
coſommée,mais Mrle
Princede Turennel'en remercia
, parce que ſon inclination
encore plus que fa naiſſance , le
portera toujours à ne defirer
jamais d'autres emplois que
110 MERCVRE
ceux dont le Roy le trouvera
digne. le finiray cet Articlepar
un endroitque vous ferez bien
aiſe d'apprendre ; c'eſt que
Monfieur a marqué ſa generoſité
naturelle en cette rencontre
, par un preſent qu'il a
fait à Madame la Princeſſe de
Turenne , le deux Boucles
d'oreille & d'un Coulant , qui
fontd'un tres-grand prix .
Le 6. de ce mois , Mr l'Abbé
d'Auvergne ſoutint une Theſeen
Sorbonne , où il eut une
grande afſemblée de toutes
fortes de Perſonnes, tant de la
Cour que de la Ville. C'eſtoit
uneTentative ſur les queſtions
les plus difficiles de l'excellence
de Dieu,& fur celle de la
Trinité . Il eut pour Preſident
Mrde la Hoguette , nommé à
l'Archeveſché de Sens,&je
GALANT .
puis vous aſſurer que tout le
monde fortit tres-fatisfait de
ce jeune Abbé . Il fit paroître
beaucoup de ſçavoir &de netteté
d'eſprit,&une grande facilité
àréduire en peu de mots
&en bon Latin ,les longs argumens
qu'on luy faifoit quelquefois.
Ses bonnes moeurs .
& ſa pieté répondent à ſon
ſçavoir , & il y a peu de perfonnes
de ſa naiſſance qui
ayent jamais mieux remply
que luy tous les devoirs d'un
bon Eccleſiaſtique ;& meſme
depuis qu'il fait ſes études de
Theologie , il a toujours logé
dans une maiſon,qui doit eſtre
confiderée comme un bon
Seminaire , & aux Exercices
de laquelle il aſſiſte avec la
derniere regularité. Vous
fçavez que Mr l'Abbé d'Au112
1
MERCVRE
vergne eſt de la Maiſon de
Boüillon ,& Fils de Mrle Comted'Auvergne
, Colonel Generalde
laCavalerie. Il ne faut
que vous nommer ce Prince ,
pour vous faire voir d'un coup
d'oeil , toutes les excellentes
qualitez de l'honneſte homme,
de l'homme d'eſprit , & de
l'homme de guerre raſſemblées
en un ſeul Sujet.
Puis que tant de gens de
Provinceont envoyé prendre
des Billets à la Loterie de Mr
Thuret , dont je vous parlay
le mois dernier , je dois vous
dire que l'impatience qu'ils
ant de ſçavoir ſi la fortune les
favorifera ,ne ſera ſatisfaite
qu'aprés la quinzaine de Paf
ques Elle l'auroit eſté plûtoſt ſi
la Loterie n'avoit eſté que de la
fomme que l'on s'étoit propoſée
GALANT. 113
maison a apporté,& l'on apporte
encore tous les jours de l'argent
avectantd'empreſſement,
àcauſeque l'on eſt ſeur ,&de
la beauté de tous les Lots , & de
l'extrême fidelité avec laqu'elle
ils feront diſtribuez ,
que ce ſeroit chagriner le Publieque
de la fermer , tandis
qu'il s'empreſſe ſi obligeamment
à venir toûjours prendre
des Billets . Mr Thuret,pour répondre
à la confiance qu'on a
en luy, a crû devoir ajoûter un
ſecond gros Lot de la valeur
&de la beauté de celuy dont
je vous ay déja parlé , & il l'a
fait , parce qu'il s'en eſt trouvé
deux pareils , fans quoy il luy
auroit été impoſſible d'en fours
nir un ſemblable en fix mois.
Tant de gens le ſouhaitoient
aprés l'avoir admiré , qu'il a
114 MERCVRE
cru leur faire plaifir enaugmentant
par là l'eſperance
qu'ils pouvoient avoir de voir
ce gros Lot parmy leurs billets
. Il en a auſſi aioûté beaucoup
d'autres ; & les heureux
font tres - affurez que la fortune
ne leur donnera rien , nonſeulement
qui ne vaille le prix
pour lequel il aura été mis à
cette Loterie , mais dont ils ne
ſe puiſſent défaire fur cemême
pied , puis qu'il n'y a que des
Medailles ,des Montres , des
Pierreries ,& de l'Argenterie.
Vos Amis qui croyent cette
Loterie fermée, peuvent encore
profiter de l'avantage qu'on
leur donne , de pouvoir pour
peu de choſe ſe mettre en eſtat
d'avoir des Ouvrages qui font
admirez & recherchez jufqu'au
fond des Indes..
GALANT.
118
(
Vous ne ferez point ſurprife
d'apprendre que le Roy a
créé Duc Mr le Maréchal de
Lorge. Ila , comme vous ſçavez
, non feulement toute la
valeur neceſſaire à un grand
Capitaine , mais il en a auſſi
toute la prudence , ayant appris
le métier de la guerre ſous
feu Mr de Turenne fon Oncle,
dont il a étudié toutes les manieres
. La retraite qu'il fit aprés
la mort de ce grand homme, eft
une des plus belles actions que
puiſſe faire un General. En effet
il luy eſt plus glorieux de
fauver une Armée , puis qu'il
a ſeul part aux mouvemens
qu'elle fait, que de gagner une
Bataille , dont tous ceux qui
s'acquittent de leur devoirpartagent
la gloire.
En vous parlantle mois paſſé
116 MERCVRE
de Conſeiller d'Estat d'Epée , je
vous dis que Mr le Marquis
d'Arcy eſtoit du nombre. Il
remplit d'autres Emplois qui
ne le diftinguent pas moins ;
mais lors que je vous le nom.
may ,je crus vous parler de Mr
de Villars, que le Roy a honoré
de pluſieurs Ambaſſades , &
qui a eſté deux fois Ambaſſa.
deur en Eſpagne .
: Mr le Comte de larnac , que
j'ay reſſuſcité aprés vous avoir
appris ſa mort , n'a laiſſe faux
que fort peu de temps le bruit
qui s'en eſtoit répandu. Ce
Comte vientde mourir,& com
me je vous en parlay fort amplementlors
qu'on le crut mort
lapremiere fois , je vous renvoye
à l'article que je fis de luy
&de ſa Maiſon en ce tempslà.
GALANT.
117
Il me reſte à vous apprendre
ſur cette triſte matiere , queMr
l'Abbé de Belebat mourut icy
d'Apoplexiele 7. de ce mois. Il
s'appelloit Paul Hurault de
Lhopital de Belebat , & il eſtoit
del'ancienne Maiſon des Hurault
, originaire de Bretagne ,
dontla Branche aiſnée s'établit
il y a prés de quatre cens ans
dans le pays Blefois ,& y acquitla
Terre de S. Denis , qu'-
elle y poſlede encore preſentement.
Elle compte plus de quinzegenerations
de Pereen Fils .
Il y a encore la Branche des
Marquis du Vibraie , & celle
des Comtes des Marais. La
Branche de Chiverni , dont
eſtoit le Comte de Chiverni ,
Chancelier de France , eſttombée
dans la Maiſon deMonglat.
La Branche de Belebat prit le
118 MERCVRE
furnom de Lhopital , quand le
Biſayeul de Mr l'Abbé de Belebat
épouſa la Fille heritiere de
Michel de L'hopital , Chancelier
de France . Le Défunt a fait
Mrle Comte de Belebat , ſon
Neveu,ſon Legataire univerſel
& il y a quelques années qu'il
refigna à Mr l'Abbé de Choiſi ,
auſſi ſon Neveu , le Prieuré de
S. Benoiſt , qui vaut cing ou
fix mille livres de rente. Mr
l'Abbéde Choiſi vous eſt connu
par pluſieurs Ouvrages qui
ont tous receu l'approbation du
Public, & fur tout , par l'agreable
Relation qu'il nous a donnée
de ſon Voyage de Siam , où
il devoit demeurer en qualité
d'Ambaſſadeur aprés le départ
de Mr le Chevalier de Chaumont
ſi l'on euſt trouvé dans Sa
Majesté Siamoiſe des diſpoſiGALANT.
119
tions plus favorables pour embraſſer
la Religion Chreſtienne.
Vous ſçavez qu'il eſt de
l'Academie Françoiſe . Feu Mr
l'Abbé de Belebat eſtoit Frere
de Madame de Choiſi ſa Mere ,
qui a faittant de bruit par ſon
eſprit ,& qui s'eſt veuë honorée
de l'amitié de preſque tous
les Souverains de l'Europe.
Elle estoit Femme de Mr de
Choiſi , Chancelier de feu
Monfieur le Duc d'Orleans .
Il y a des panchansfi forts ,
inſpirez par la nature , qu'il eſt
impoſſible d'y reſiſter: C'eſt ce
qui fait en quantité de perſonnes
la difference des profeffions
. Un jeune Gentilhomme
fils d'un Officier de juſtice, revêtu
d'une Charge tres confiderable,
fut deſtiné à remplir le
même poſte,& dans cette veuë
120 MERCVRE
fon Pere n'épargna rien pour
luy faire faire ſes études avec
le ſuccés qu'il ſouhaitoit. Il y
reuffit parfaitement , mais à
peine eut il quinzc à ſeize ans
qu'ilſe ſentit entraîner parun
violent deſir de ſervir le Roy
dans ſes Armées. Son Pere qui
n'avoit que luy d'enfans avec
une Fille , s'oppoſa fortement
à ce deſſein , & fans ſe laiſſer
fléchir par ſes prieres', il uſa
d'une autorité ſi abſoluë qu'il
l'obligea d'aller faire ſes trois
ans d'étude de Droit , aprés
quoy il futreçû Avocat. Quoy
quece ne fuit qu'un premier
degré pour paſſfer à uneCharge
ſi toſt qu'il feroit en âge de la
pouvoir exercer , il ne put ſe
forcer long-temps à porter la
robe , & après avoir faitparoiftre
le dégouſt qu'il en avoit , il
pria
GALANT. 121
pria ſa Scoeur de n'oublier rien
auprés de ſon Pere dont il la
voyoittendrement aimée,pour
luy obtenir la permiſſion de faire
quelques Campagnes . C'eftoit
uneBrune toute aimable ,
moins âgée que luy de trois à
quatre ans , qui n'avoit pas
moins d'agrément d'humeur
quedebeauté,& qui poſſedoit
toute la raiſondont ſa jeuneſſe
la pouvoitrendre capable. Elle
refuſa la cómiffion en luy difant
qu'ellel'aimoit trop pour
lny conſeiller de prendre un
parti qui l'obligeroit d'expofer
fa vie en mille rencontres ,
&elleajouta que la bienféance
même ne luy pouvoit permettre
de faire ce qu'il fouhaitoit
, puis qu'on ne manqueroit
pas de publier que
n'ayant qu'un Frere, elle auroit
Mars 1691. F
122 MERCVRE
eſté bien aiſe de le voir dans
une profeſſion ſi dangereuse ,
furl'efperance , s'il arrivoit un
mal heur , d'avoir ſeule à
recueillir la ſucceſſion de ſon
Pere, qui devoit eſtre fort confi.
derable. Ce refus le chagrina ,
mais fans luy faire changer
d'inclination , quoy qu'il luy
fâchaſt de s'éloigner de fa
Soeur, avec qui une amitié fort
étroite luy avoit fait prendre
une liaiſon tres particuliere .
Son Pere qui apprehendoit
qu'une paſſion ſi violente ne
prevaluſt ſur tous ſes defſeins
, voulut le fixer en le
mariant. Il luy propoſa un party
avantageux, & comme il eſtoit
extremement riche , il luy offrit
de luy faire des avances qui le
devoient mettre dans un eſtat
fort fatisfaiſant , mais fon peu
d'âge luy ſervit d'excuſe ,& fa
GALAN T. 123
Soeurluyayant voulu repreſenter
qu'il avoit tort de renoncer
à une fortune que tout autre
auroit recherchée par toutes
les voyes poſſibles, il luy répondit,
que quoy que fort jeune, il
ſe ſentoitpour le mariage une
averſion preſque invincible, &
qu'il la prioit, comme il ne pouvoit
douter que ſa beauté ne
luy attiraſt grand nombre d'Amans,
de vouloir ſerendre difficille
ſur le choix , parce qu'il
croyoit que tout le bien de fon
Pere la regardoit elle ſeule
ſes deſirs les plus ardens eſtant
de la voir dans une élevation
qui fatisfiſt la tendre amitié
qu'il avoit pour elle , à quoy il
contribueroit avec d'autant
plus d'ardeur , qu'il pouvoit
dire qu'elle eſtoit , aprés la
gloire , ce qui luy ſeroit jamais
,
F 2
124
MERCURE
le plus cher. Un diſcours fi
obligeant toucha vivement ſa
Soeur qui l'aſſeura qu'elle tâcheroit
de ſe rendre digne de
ſon amitié , en ne faiſant rien
d'important toute ſa vie que
par fon conſeil. Cependant
aprés avoir encore employé
inutilement quelquesamis auprés
de fon Pere,il prit de laymeſme
la permiſſion qu'il demandoit
, &' alla fervir , comme
Volontaire , dans le Regiment
d'un Marquis de ſes Voiſins
, qui depuis plus de vingt
ans s'étoit acquis une fort grãde
reputation dans le meſtier
de la guerre.Les heureuſes difpofitions
qu'il vit dans ce jeune
Cavalier , jointes à l'eſtime
qu'il avoit pour ſa Famille , l'obligerent
à le recevoir avec
beaucoup d'agrement , & le
GALANT. 125
,
Cavalier s'acquita ſi biende ſa
premiere Campagne , qu'il ſe
fit autant d'amis qu'il eut de
témoins de ſa bravoure. Sur
tout le Fils du Marquis qui
commandoit une Compagnie
dans le meſme Regiment
chercha àlny rendre tous les
bons offices dont il ſe trouva
capable ,& par un panchant
fecret qui les unitl'un àl'autre,
ils ſemblerent n'avoir plus que
des intereſts communs . Le
Cavalier paſſa l'hiver avec luy
en Allemagne,& quoy qu'il ne
puſt compter fur aucun ſecours
du coſté de ſes Parens , il eut
tout en abondance par le
moyen du Marquis , qui ſe faifoit
un plaisir de luy tenir lieu
de Pere , en attendant quele
tems &ſes Amis euſſept adoucy
le ſien . Trois ans s'écoule-
F3
126 MERCVRE
1
rent ſans qu'il retournaſt chez
luy. Sa Soeur avoit ſoin de luy
écrire ſouvent ,& c'eſtoitentre
cux un commerce de tendreſſe
, dont ils ſe faisoient
un plaifir ſenſible. Elle luy
rendoit un compte exact de
tous les Partis qui ſe preſentoient
pour elle, & le peu d'envie
qu'elle luy marquoit avoir
de ſemarier fi toſt ,l'autoriſoit
à l'en détourner. Il craignoit
toujours qu'elle ne fuſt trompée
dans le choix , & cuſt voulu
examiner par luy même ce
qui auroit pû luy être propre.
Les occaſions s'eſtant trouvées
favorables , il fit de ſi bellesactions
, qu'il fut fait en peu de
temps Capitaine de Cavalerie ,
& fa gloire s'augmenta de jour
enjour , fon Pere ravi d'enten-
- dre ce que l'on en publioit ,
GALANT. 127
rentra enfin en luy meſme. Il
confidera qu'il n'avoit que luy
de Fils , & s'accuſa de trop de
feverité , puis que le party des
armes eſtoirce qui convenoic
le mieux à un Gentilhomme .
Ainfi il ne putplus refiſter au
defirde le revoir, & le Cavalier
fe rendit auprés de luy ſi toſt
que les Troupes eurent eſté
miſes en quartierd'hiver. Certain
air noble qu'il s'eftoit acquis
en portant les armes luy
ayant donné un nouveau
merite , on le receut avec
rant de marques de tendreſſe , -
qu'il fut pleinementindemniſé
de la rigueur que fon Pere
avoit euë longtemps pour luy.Il
trouva ſa Soeur dans une perfection
debeauté qui le ſurprit
&pour lay montrer la joye
qu'il avoit de la voir fi digne
de poſſeder dans fon coeur la
F 4
128 MERCVRE
place qu'elle y tenoit , il ne
pouvoit luy faire affez de careſſes
. Sa Soeur lay rendoit le
change , en loüant ſa bonne
mine , & les manieres aifées
qu'il avoit en toutes choſes.
Comme elle estoit recherchée
de pluſieurs perſonnes qui avoient
du bien , ſon Pere voulut
l'obliger à faire un choix ,
afin de la marier avant que fon
Frere les quittaſt pour retourner
à fon Regiment.LeCavalier
voulut ſçavoird'elle ſi par-.
my tous ſes Amans il y en avoit
quelqu'un qu'elle préferaft
aux autres , & aprés qu'elle luy
cut témoigné beaucoup d'indifference
pour tous , elle
ajoûta en riant , que pour la
toucher il auroit fallu que l'un
d'entr'eux luy cuſt reſſemblé.
Son Frere luy répondit de la
GALANT.
129
mefme forte , que malgré l'éloignement
qu'il fentoit toujours
plus grand pour le mariage
, il ne voudroit pas répondrededemeurer
inſenſible ,
s'il trouvoitune perſonne auſſi
brillante& auffi aimable qu'elle
, & ne luy voyant d'attachementpouraucunde
ceux quila
recherchoient , il luy demanda
fi elle l'aimoit aſſez pour vouloir
bien ſouffrir qu'il la mariaſt.En
meſme temps illuy parla du Fils
du Marquis,qui estoit ſon Amy
particulier,& dontil luy vanta
le merite , comme le jugeant
tres-digne d'elle. Il fatisfaifoit
par là ſa reconnoiffance, ayant
receu mille bons offices du Fils
&du Pere , & c'eſtoit d'ailleurs
la faire entrer dans une Famille
fort confiderable , & d'une Nobleſſe
des plus diftinguées. La
F
130
MERCVRE
Belle qui ſe repoſoit entierement
ſur l'amitié de ſon Frere ,.
conſentit ſans peine à le rendre
maiſtre de ſa deſtinée , & fon
Pere n'eut pas ſi toſt appris
fon projet , qu'il le chargea de
n'épargner aucuns foins pour
le faire réufir. Le bien du Mar-
* quis luy eſtoit connu , & il ne
pouvoit faire dans ſon voiſina
ge une alliance qui luy duſt eftre
plus glorieuſe. Le Cavalier
partit fort content de ſes liberalitez
, mais il neputſe ſeparer
de ſa Soeur qu'avec un chagrin,
qui luy fit connoiſtre que la
douceur de fon entretien eſtoit
un plaiſir dont il ne pouvoit ſe
priver ſans peine. La Belle que
la nature autoriſoit à verſer des
larmes , n'en refuſa pas à ce
cher Frere , qu'elle conjura en
lequittant de prendre ſoin de
GALANT
1311
fa vie , comme de la choſe du
monde où elle prenoit le plus.
d'intereſt. Il ne fut pas fi- toſt
avee ſon Ami , qu'il luy parla
d'elle.Cet Ami qui ſe ſouvenoit
de l'avoir veuë dans ſes premieres
années , l'avoit trouvée
fort aimable , & l'idée qu'il en
confervoit encore , ſe rap-c
portant au portrait qu'on luy
en fit , il ne douta point qu'-
elle ne fuſt digne de toutes les
loüanges qu'on luy donnoit..
Elle estoit ſouvent le fujet de
leurs conversations ; & le Cavalier
qui luy faifoit voir less
Lettres qu'il recevoit d'elle
luy donnoit lieu d'admirer
l'eſprit aisé qu'elle y répandoit.
La Campagne ſe paſſa
avec beaucoup d'avantage:
pour l'un& pour l'autre. Ils fe
fignalerent en plufieurs oc
F6
132 MERCVRE
cafions ,& quand elle fut finie,
ils vinrent joüir avec leurs
Amis de la gloire que leur courage
leur avoit acquiſe. LeCavalier
revit ſon aimable Soeur
avec une extrême joye ,& illa
trouva dans une eſpece d'engagementqui
ne pouvoit eſtre
aiſement rompu que par celuy
où il devoit l'avoir miſe avec
fon Ami. Son Pereluy endemanda
d'abord des nouvelles ,
& comme ſa premiere veuë
fut d'empeſcher le ſuccés de
cette affaire , il l'aſſura que fon
Ami n'eſtoit venu que dans le
deſſein d'entrer dans ſon alliance.
Il l'y avoit diſpoſé en
quelque forte,&aprés que cet
Amy leur eut rendu deuxou
trois viſites , il fut fi charmé de
cette belle Perſonne , qu'on 3
n'eutpas beſoin de beaucoup
:
GALANT .
133
d'adreſſe pour luy faire faire
la declaration que l'on ſouhaitoit.
Le Cavalier , pour l'y engager
plus fortement , l'affura
qu'il obligeroit fon Pere à faire
à ſa Soeur tous les avantages
qui le pourroient fatisfaire , &
de la maniere dont les chofes,
furent pouffées en fort peude
temps,il nemanquoit plus pour
les terminer que le conſentement
du Marquis que l'on attendoitdejour
en jour. Il ar
riva ,& les belles qualitez qu'il
découvrit dans la charmante
Perſonneque fon Fils aimoit
le toucherent d'autant plus ,
qu'ayant toujours ſenty pour
leFrere un tres- fort panchant,
il futravy de voir que la Soeur,
alloit devenir ſa Belle- fille . On
ſignale Contrat de mariage ,&)
on eſtoit preſt de choisir un
134
MERCVRE
jour pourle conclurre, lorsque
la Belle ſe trouva attaquée
d'une violente fiévre , qui en
peude temps ſe reglaen quarte
Comme elle estoit extremement
delicate , elleen fut fort
abattuë. Son Frere que cet ac
cident ne toucha pasmoinsque
ſon Amy , eſtoit tres- affidu auprés
d'elle , & tâchoit par mille
ſoins de luy faire voir combien
il eſtoit ſenſible à ce que
fes longs accés luy faifoient:
ſouffrir. La Belle blamoit: le
trop de chagrin qu'il faifoit
paroiſtre pour un mal , qui ,
ſelon les apparences , ne pouvoit
avoir de ſuites facheuſes,
& ſans bien ſçavoir pourquoy
il eſtoit d'une humeur fi fombre
, il ne pouvoit s'empêcher
de s'abandonner à la reverie..
Un jour qu'il la vit ſe portere
GALANT.
135
mieux qu'elle n'avoitde coutume
, il la pria de luy dire fi la
paſſion de ſon Ami avoit fait
naître beaucoup d'amour dans
fon coeur : & la Belleluy ayant
avcüé qu'elle n'avoit fenti jufque
là que de l'eſtime, ce qu'el.
le avoit cruqui foffiſoit quand
on vouloit faire ſon devoir ,
il en montra de la joye , comme
s'il euſt pû eſtre jaloux que
les ſentimens qui luy estoient
permis pour un homme qu'-
elle ſe voyoit preſte d'époufer
, l'euffent emporté ſur l'amitié
qu'elle devoit à la fienne.
Enfin ſa fiévre qui avoit
duré plus de deux mois , la
quitta entierement , & déja on
recommençoit à parler desappreſts
du mariage,lors que tout
acoup , & fans que perſonne:
Leuſt préven , il vint un ordre à
136 MERCVRE
tous ceux quiavoient employ
dans les Troupes , de partir fur
l'heure , ce qui obligea d'en
differer la conclufion juſques
au retour de la Campagne . L'Amantdela
Belle ſentit cedélay
fort vivement , tandis que le
Cavalier ſe ſouſmit à l'ordre
fans aucun marmure. On remarqua
mesme qu'il s'éloignoitplus
content qu'il n'avoit
fait la derniere fois . Les deux
Amis ſerendirent enſemble où
ils eſtoient appellez,& comme
on eſtimoit leur bravoure , la
Campagne eſtant déja aſſez
avancée , on les commanda
pour une entrepriſe de vigueur
qu'ils ne pouvoient ſouſtenir
fans ſe hazarder beaucoup s'ils
vouloient donner l'exemple
aux autres : L'amour de lagloire
leur faiſant fermer les yeux :
GALANT.
137
fur le peril, il en couſta du fang
à tous deux , mais le Cavalier
en fut quitte pour une bleſſure,
quiheureuſement ne ſe trouva
pas mortelle , au lieu que ſon
Amy en recent trois ,dont ilmourut
peu de jours aprés. Le
Marquis qui de quatre Fils
qu'il avoit cus n'avoit conſervé
que celuy- là , reſſentit
ſa perte avec toute la douleur
imaginable , ce qui ne l'empeſchapas
dedonner ſes ordres
afin qu'on euſt ſoin du Cavalier
Sa bleffeure le retint un mois
au lit , & pendant ce tempsle
Marquis qui le viſitoit fouvent
luy donna toutes les marques
de la tendreſſe d'un Pere. Sa
Scoeur ayant ſçeu cette funeſte
avanture, parut oublier qu'elle
perdoit un Amant , tant elle
eſtoit occupéede crainte pour
138 MERCVRE
l'accident de ſon Frere. Lors
qu'il fut guery , comme il ne
pouvoit montrer affez de reconnoiſſance
pour tous les
ſoins que le Marquis avoit eus
de luy , il chercha à le convaincre
de ſon veritable attachement
par les devoirs les
plus empreſſez qui le pou
voient fatisfaire , & il le fit d'une
maniere fi engageante &fi
agreable , que le Marquis qui
avoit toujours fenty en fa faveur
tout ce qu'une forte inclination
eſt capable de produi.
re,luy dit enfin qu'il le regardoit
comme celuy qui pouvoit
ſeul réparer ſa perte , & qu'il
l'adoptoit dés ce moment pour
fon Fils , en attendant qu'une
Fille unique qu'il avoit , âgée
de dix ans , & qu'il faiſoit élever
dans un Couvent , euſt at
GALANT.
139
teint l'âge de pouvoir eſtre ſa
Femme Le Cavalier ne trouva
pointd'expreſſions aſſez fortes
pour témoigner au Marquis
combien il eſtoit penetré de ſes
bontez La reconnoiſſance , ainſi
que l'eſtime & le reſpect,l'avoit
veritablement attaché à luy ,
& s'il ne puts'empêcherde fre .
mir d'abord de la propofition
d'un mariage, c'eſtoit une affaire
à regarder de ſi loin , qu'il
crut inutile de laiſſer paroiſtre
l'averſion qu'il avoit pour les
engagemens de cette nature..
Le temps y pouvoit apporter
divers obſtacles , & il y euſteu
de l'imprudence à ne pas répondre
d'un coeur fort ouvert
aux honneſtetez qu'on avoit
pour luy. Ils revinrent l'un&
l'autre aprés la Campagne faite,&
le Pere du Cavalier alla
140
MERCVRE
auſſi- toft rendre viſite au Marquis.
Si l'un avoit un regret
ſenſible de la perte de celuy
qu'il s'eſtoit flaté d'avoir pour
Gendre , l'autre n'avoit pas
moins de peine à fe conſoler de
ce qu'il ne pouvoit plus avoir
pour ſa Belle- fille , l'aimable
Perſonneen qui ilavoit connu
un merite ſi parfait. Le Cavalher
entretint ſa Soeur fur cette
perte, & fat ſurpris que les
avantages qu'elle auroit receus
par l'alliance dont on eſtoit demeuré
d'accord , l'euffent tou
chée aſſez peu , pour lay laiffer
la tranquillité d'eſprit où
il la trouvoit. Elle luy dit
que n'ayant jamais rien aimé
affez fortement , pour n'eſtre
pas toujours maiſtreſſe de ſa
raiſon , elle avoit veu avec un
fi grand plaiſir le choix que le
GALANT.
141
Marquis avoit fait deluy pour
eſtre ſon Gendre ,& par confequent
l'Heritier de tout fon
bien, que la conſideration de
ſes intereſts l'avoit emporté ſur
toute autre chose. Le Cavalier
s'écria fur l'injustice qu'elle
luy faifoit de croire qu'il fuſt
capablede facrifier àdes motifs
de fortune,la repugnance qu'il
avoit toujours ſentie pour le
mariage , & qu'il ſçavoit bien
qu'il auroit toute ſa vie , puis
que pour l'obliger à la vainere
, il auroit fallu luy faire
voir une perſonne fi accomplie
, qu'il ne luy manquaft
aucune des charmantes qualitez
qu'il trouvoit en elle , foit
pourla beauté,ſoitpourl'eſprit
&l'humeur ,& il tenoitimpoffible
que cela ſe rencontraſt.
Cesſentimens ne luy eſtoient
142 MERCVRE
point nouveaux. La tendre
amitié qui l'uniſſoit à ſa Soeur
dés ſes plus jeunes années ,
eſtoitfoutenuë de toute l'eſtime
que l'on peut avoir pour le
vray merite,&il n'oſoit trop s'e.
xaminer fur ce fort panchant ,
de peur de ne pouvoir ſe cacher
qu'il l'aimoitplus que le nom
de Frere ne le permettoit. IlI
eſtoit dans cette forte d'agitationqui
le tourmentoit toutes
les fois que l'on parloit de la
marier , lors qu'un venerable
Capucin vint reveler un ſecret
qui apporta un grand changement
en toutes choſes . Il
demanda à entretenir ſon Pere
en particulier,& luy apprit que
le Cavalier qu'il croyoit ſon
Fils , ne l'eſtoit point , & qu'il
eſtoit celuy du Marquis.
Voicy le denoüement de cetGALANT.
143
te avanture , qui n'eſt point
une fiction , comme la pluſs
part de celles qu'on employe
dans les Romans , mais un
incidentdont pluſieurs perſon
nes tres dignes de foy atteſtent
la verité. CetOfficier de Juſtice
que le Cavalier croyoit fon
Pere, ayant paſſe cinq ou fix
années de mariage ſans avoir
d'enfans , eut enfin la joye de
yoir ſa Femme accouchée d'un
Fils,& illui choifit pourNourrice
la Femmed'un Laboureur
fotraccommodé, qui faiſoit valoir
une de ſes Terres Rien ne
pouvoit eſtre plus magnifique
que toutes les choses qui devoient
fervir à cet enfant ,&
en les donnant à ſa Nourrice
qu'ilafſura d'une, récompenſe
proportionnée aux foins
144
MERCVRE
qu'il la conjuroit d'en prendre,
il commença par de ſi gran.
des liberalitez , qu'elle fut perſuadéeque
ſa fortuneétoit faite
Il arrivadans ce meſme temps
que le Marquis eut auſſiun Fils
Comme il en avoit déja' trois
autres vivans ,& un équipage
de guerre à faire , il le fit remettre
fans nul éclat de dépenſe
entre les mains d'une
Belle- foeur de cette Nourrice ,
qui demeuroit avec elle,& qui
eſtoit Veuve depuis quelques
mois . Quinze jours aprés que
les deux Enfans curent eſté
portez dans cette maiſon , le
Fils de l'Officier de Juſtice ,&
la Nourrice de celuy du Marquis
moururent preſque tout à
coup , l'un d'une colique , &
l'auire d'une fiévre violente.
La Nourrice qui reſtoit ,deſeſperéc
GALANT.
145
perée de voir ſes eſperances
perduës ,trouva moyen de remedier
à ce malheur, en ſuivant
le conſeil de fon Mary ,
qui luy fit garder le Fils du Mar.
quis , comme eſtant celuy de
l'Officier de luſtice. Les traits
devoient eſtreſi peu connoiffables
dans cette premiere enfance
, que la veuë d'un intereſt
confiderable pour elle luy
fitapprouver cette ſuppoſition.
Ainſi on alla chez le Marquis
qui estoit déja party pour l'Armée
, porter la nouvelle de la
mortde ſon Enfant,& elle parut
fortvray- ſemblable , ſa Nourrice
ayantpûluy communiquer
le mal dont elle eſtoit morte.
On crut la choſe comme elle
fut rapportée , & fans rien approfondir
, on donna ordre de
faire enterrer l'Enfant dans-
Mars 1691 .
G
$46
MERCVRE
l'Egliſe du Village. L'autre
Nourrice demeura par là en
poſſeſſion du Fils du Marquis ,
qu'elle rendit dans ſon temps
àl'Officier de luſtice, ſans qu'il
yeuſt le moindre ſoupçon du
changement que l'intereſt luy
avoit fait faire . Lesdons qu'on
luy fit pendant qu'elle l'eut entre
ſes mains , &qu'onlay continuade
temps en temps aprés
qu'elle l'eut rendu , étoufferent
ſes remords , & le ſecret cuſt
éſté toujours enſevely , fiune
Miſſion de Capucins ne ſe fuſt
pas établie en ce lieu là . Ils
preſcherentavec tant de force
furl'unique Neceſſaire , que le
Mary de cette Nourrice épouvanté
de l'obstacle qu'il trouvoit
à ſon ſalut, ſe reſolut de
confier àl'un d'eux le triſteembarras
où il ſe trouvoit. Il cut
GALANT.
T
147
de la peine à perfuader ſa Femme
de l'indiſpenſable obliga.
tion qu'il y avoit pour l'un &
pour l'autre de découvrir ce
qu'ils avoientfait, mais ce zelé
Miſſionnaire tourna ſon eſprit
de telle forte , qu'enfin aprés
avoir reſiſté long- temps aux
fortes raiſons dont il ſe ſervit ,
elle ſe laiſſa toucher , & luy
promit de demeurer d'accord ,
comme ſon mary , de toutes les
circonſtances de la ſuppoſition .
L'Officier ſurpris de ce qu'on
luy declara , alla auſſi - toſt trouver
le Marquisavec le Mifſionnaire,
& le Marquis après avoir
ſceu la choſe ,nebalança point
à dire qu'il luy ſuffiſoit de la
voixde la nature qui avoittou .
jours parlé au fondde fon coeur
pour eſtre perfuadé que le Cavalier
eſtoit ſon Fils , & qu'il
G 2
148 MERCVRE
4
auroit eſté impoſſible ſans cela
qu'il l'euſt aimé avec autant de
tendreſſe qu'il en avoit toujours
eu pour luy.On interrogea
la Nourrice& fon Mary , &
leurs réponſes s'eſtant trouvées
uniformes , & meritant d'eſtre
cruës , puis qu'ils n'avoient aucun
intereſt à donner à l'un un
Fils qu'ils oftoient à l'autre , le
Marquis dit qu'il eſtoit facile
de juſtifier la verité , que tous
ſes Enfansavoient une marque
à la cuiſſe gauche , & qu'ilfe
ſouvenoit de l'avoir veüe dans
celuy qu'on luy vouloit rendre.
La marque ſe trouva dans
le Cavalier , qui s'abandonna à
des tranſports de joye incroïables
, lors qu'il connut qu'il
n'eſtoit pointFils de l'Officier.
Il n'eut plus à s'eſtonner de la
tendreſſe extraordinaire , qui
4
GALANT.
149
l'avoit toujours fi fortement attaché
aux intereſts de ſa Scoeur,
& il demeſla fans peine , ce
qui estoit cauſe qu'il n'avoit
jamais pû voir fans chagrin
que l'on fepreſſaſt de la marier.
Le Marquis, qui avoit déja fait
choix de cette belle Perfonne
pour ſa Belle ,Fille demeura
avec Plaisir dans les mesmes
fentimens , & vous jugez bien
qu'il ne pouvoit rien arriver
de plus agréable à l'Officier
que d'avoir pour Gendre ce-
Juy qu'il perdoit pour Fils.
Ainfile mariage fut fait avec
une égale fatisfaction des deux
familles , qui ne pouvoient
affez admirer ce que l'amour
déguisé ſous les dehors apparens
de la Natute , avoit cus
de force fur le coeur du Cava.
lier.
GS
150
MERCVRE
Je vous promis dans ma Lettre
du mois paſſe de vous en -
tretenir dans celle- cy du Voyage
du Prince d'Orange à la
Haye , & des motifs qui l'ont
porté à le faire . Il eſt juſte que
je vous tienne parole , mais avant
que d'entrer dans ce détail
, je croy qu'il eſt bon de
vous faire part d'un Ouvrage
oùileſt parlé aſſez juſte de ce
Prince. Sa lecture vous fera
connoistre que la peinture
qu'en fait Mr Castaignet de
Tanchou qui en eſt l'Auteur ,
a un grand rapport à ce que
j'ay à vous en dire .
De croire , Licidas , dans le fiem
cle où nous ſommes ?
Eft- urien d'aſſurémaintenant chez
leshommes?
Chaque jour on invente , &dés le
lendemain
GALANT.
151
Ce que l'on affirmost se rencontre
incertain.
L'homme estingenieux,&Son adref-
Se extrême
Nes'appliqueſouvent qu'à le tromm.
per luy mesme.
Tout lay paroiſt probable,& dans le
mesme temps
It croit aveuglement ce quiflateſes
Sens.
Si de l'uſarpateur la perte se publie
,
Dans son opinion sa mort est établie
,
Et le Peuple ignorant , s'en croyant
plus heureux ,
Pour témoignerfa joye,allume millè
feux.
Enfin lors que le temps détruit cette
nouvelle ,
Chacunfent en fon coeur une douleur
mortelle.
Le Peuple encore un coup fortement
prevenu ,
G4
152 MERCVRE
Croit que Naffau vivant, le Royaume
est perdu ,
Qu'a t'ilfait quiluy puiſſe inspi
rer cette crainte ?
A.t'il à nos Etats pû donner quelque
atteinte?
N'a- i'ilpas augmenté la grandeur
de mon Roy ?
Senef, Caffel, Mastrick, Saint- Denis
Charleroy
Seront des monumens , ou pour jamais
l'histoire
Marquera fa forbleſſe avec nostre
victoire.
Enfin par le plus grand de tous les
attentats
On l'à vû d'un Beau-pere usurper.
les Etats ,
Et par sa trabiſon voler une Couronne
Qu'un tas de Révoltez & le crime
luy donne ,
Mais oùsont les exploits de ceGuerrier
fameux ?
GALANT-
153
Qu'a-t'il fait pour monter à ce
rangglorieux ?
Quelfigne de valeur, quellegrande
Victoire
Affermitsa Couronne,& releve fa
gloire ?
Est- il quelque rencontre,est - ilquel--
ques combats ,
Où l'on ait reconnu la force de fon
bras ?
Non,toutefa vertun'ajamaisſcen
paroiſtre ,
Qu'à formerle deſſein de faire
quelque traiſtre.
Par cet esprit trompeur des Princess
ébloüis
LOVIS ,
Ont ose cependant armer contre
Et pour le foutenir, pour couronnerr
Son crime 95
Préferer le Tyran au Maistre legi--
time..
En vain pour le défendre ils ferenst
leurs efforts ;
G
154
MERCURE
LOVIS va l'attaquer mesmejufqu'en
fes Ports,
Et c'est là que sa Flote àvaincre
accoutumée ,
Deſes nouveaux exploits charge la
Renommée ,
Rien ne peut resister à nos braves
Guerriers ;
On les voit en tous lieux moiſſonner
des lauriers ,
Les rochers escarpez, les Rivieres
profondes,
De l'uneà l'autre Mer les écuman.
tes ondes ,
S'opposent vainement au cours de
leur valeur ;
LOVIS par tout inspire une invincible
ardeur :
Tout cede devant luy ,la plus forte
défense ,
Nesçauroit resister au Heros de la
France.
Bien- tost nous le verrons par de
nouveaux exploits
GALANT.
ISST
Forcer les Allemans à recevoir ſes
loix
C'eſt là, cher Licidas, ce que nous
pouvons croire
Dans l'Europe aujourd'huy tout par.
lede fagloire,
Ces Princes conjurez , ce monde
d'Ennemis ,
ParSa rare valeur feront bien toft
Soumis ,
Et déja du Hainaut lesfertiles cam.
pagnes,
Déjadu Savoyard les affreuſesmontagnes
,
Ont esté les Temoin de ces rudes
Combats,
Où par tout la victoire accompagne:
Sespas..
Cette mesme valeur ,cette mesme
fortune,
soumet à son pouvoir l'Empire dee
Neptune ,
G3
156 MERCVRE
Et le vaste Ocean ne voitplusfur
Ses eaux,
Que du Françoisvainqueur lesfus
perbes Vaiſſeaux ,
Remportant chaque jour de nouveaux
avantages.
On dait tout efperer de ces heureux
préſages;
Apréstantde combats&d'exploits
inouis,
Malheur à qui voudra resister à
LOVIS.
Le détail que je vais vous
donner du Voyage du Prince
d'Orange en Hollande; en vous
le faiſant voir entier dans un
ſeul Article , vous épargnera la
peinedele chercher dans mille
écrits differens, où vous ne le
trouverez qu'accompagné de
beaucoup de fauſſetez,dans les
Nouvelles étrangeres , & en
GALANT. 157
feüilles volantes, qui pour être
données trop freguemment au
Public, ne peuvent parler qu'à
diverſes repriſes , des chofes
meſmes qui ne font pas confiderables
par leur longueur.
Le Prince d'Orange ſetrouva
à la fin de la Campagne derniere
dans une facheuſe fitua
tion,rien n'ayant répondu aux
projets qu'il avoit faits ,& à ce
qu'il avoit promis à ſes Alliez ..
Les François paſſerentle Rhin,
vêcurent aux dépens des Allemans
, & en firent beaucoup
perir par la faim dans leur propre
pays , aprés avoir tiré des
contributionsdeçà& delà le
Rhin. Les Alliez ne furent
pas plus heureux en Flandre...
Onruina une partie du payst
avant l'ouverture de la Cam
pagne ; on fourragea juſquess
158
MERCVRE
aux portes deGand , & ou fic
auſſi payer de groſſes contributions.
Les Ennemis perdirent
une grande Bataille peu aprés
auCamp de Fleurus , & lesVainqueurs
leur en firent encore
payerde nouvelles en s'étendat
dans le pays . Les Troupes du
Roy n'eurent pas de moindres
fuccés d'un autre coſté. Elles
s'emparerentde la Savoye , gagnerent
laBataille de Stafarde,
& prirent pluſieurs Places en
Piedmont. Les Anglois & les
Hollandois croyoient avoir:
leur revanche ſurmer , mais
leurs Flotes jointes n'y parurent
qu'à leur honte. Toutes
les coſtes d'Angleterre furent
menacées de defcentes . On en
fit meſme quelques unes , &
toute l'Angleterre effrayée prit
les armes pour ſedéfendre cons
GALANT.
119
tre les François. Le Prince
d'Orange ne faiſoit pas mieux
ſes affaires en Irlande ,& aprés
avoir perdu Mr de Schomberg,
le Colonel Dunker qui avoit
défendu Londondery , & plufieurs
autres Officiers de marque,
cePrince tomba dans une
Letargie quile fit croire mort
pendant quelques mois. Il ſe
réveillaenfin pour le Siege de
de Limeric, qu'il fut contraint
de lever aprés la perte de ſes
meilleures Troupes , qu'il expoſa
, afin de pouvoir s'en retourner
avec quelque forte de
triomphe , & plus couvert de
gloire que ſes Alliez , mais ſes
efperances furent trompées >
&il arriva fort mortifié en An
gleterre. Il étoit à craindre que
le mauvais ſuccés de la Campagne
ne fiſt deſunirles Alliez ,
160 MERCVRE
& le Prince d'Orange pouvoir
meſme compter là deſſus , s'il
ne trouvoit des expediens
pour l'empeſcher. Celuy qui
luy parut le plus propre à
détourner un coupſi facheux,
fut de faire aſſembler à la Haye
tous les Princes qui compofoient
la Ligue , & de preſider
à cette Aſſemblée. Il leur fit ..
ſçavoir la réſolution qu'il avoit
priſe , en les aſſurant que s'ils
vouloient le ſeconder ,,non%
ſeulementils repareroient toutes
les pertes de la Campagne ,..
mais qu'ils pourroient meſme
dans la ſuite tailler de la befogne
aux François. Quoy
qu'on s'affaraſt beaucoup fur
ſon eſprit , ce langage n'avoit
pas encore affez dequoy perfuader
,& ce Prince eſtoit trop
habile pournele connoître pas...
GALANT . 161
Ilſçavoit qu'il fautde l'argent
pour foutenir une grande guerre
, & que s'il ne paroiſſoit du
moins en avoir on auroit peine
de croire qu'il pût réuſſir das ſes
deſſeins.Il repreſenta auxCrea.
tures qu'il a dans le Parlement
d'Angleterre , qu'on devoit
faire un grand effort pour lay
donnerdu ſecours , & qu'il n'y
avoit que ce feul moyen qui
puſtempefcher la Ligue de ſe
rompre . Il ajoûta qu'il pren.
droit les fonds pour ce qu'on
voudroit les luy donner,quand
meſme ils devroient n'approcher
pas de la ſomme pour
laquelle il les prendroit. Ilavoit
fon but , & eſtoit perfuadé que
les Alliez ne s'oppoſeroient.
point à ſes' volontez , pourveu
qu'ils le creuſſent en eſtat de
fournir aux frais de la guerre ,,
2
162 MERCVRE
&de leurdonner des ſommes
dont ils puſſent profiter. La
reſolution fut priſe d'abord
dans le Parlement d'Angleterre
d'accorder au Prince d'Orange
la plus grande partie de ce
qu'il demandoit. Ces fortes de
reſolutions ont accoutumé de
couter peu , mais on en trouve
toûjours l'execution tres difficile.
Le Prince d'Orange ne
fut fatisfait qu'en apparence ,
puis qu'on luy donna des fonds
qui ne valoient pas le quart
des ſommes pour lesquelles
ou les luy comptoit. Mais com.
me une partie de ſa politique
conſiſte à faire publier
ce qu'il ſouhaite , tout retentit
du bruit des grandes
ſommes que le Parlement luy
accordoit , ce qui remit les efprits
des Alliez .Cependant on
fut fi long- temps à trouver les
GALANT. 163
fonds qu'on deſtinoit à ce
Prince , que ſon Voyage à la
Haye en fut differé de pluſieurs
mois , & c'eſt ce qui a
fait que les Alliez ont pris des
meſures un peu trop tard pour
cette Campagne. Pendant
qu'on travailloit en Angleterre
à trouver de l'argent , on
eſtoitfort embarraſſé à la Haye,
oùl'on ne sçavoit dequoy remplir
les Arcs de triomphe , que
l'on avoit reſolu de faire conſtruire
pour l'Entrée du Prince
d'Orange, parce que ces fortes
d'ouvrages, ſuivant la force du
mot , ne doivent eſtre remplis
que des conqueſtes faites par
celuy à l'honneur de qui on les
éleve. On crut d'abord que
l'Irlande fourniroit de beaux
Sujets , mais lors qu'il fat queſtion
de mettre la main à l'oeu164
MERCVRE
vre , on trouva que les Sieges
d'Athlone & de Limeric ayant
eſté levez , le Prince d'Orange
n'eſtoit demeuré maiſtre que
d'une Ville ouverte , ce qui
ne le récompenſoit pas des
Troupes ,&des braves Officiers
qu'il avoit perdus , de forte
qu'on fut contraint de quitter
cette matiere , de donner dans
des loüanges vagues qui ne
fignifioient rien , n'eſtant fort
ſouvent que des lieux com.
muns , & de mettre pluſieurs
Inſcriptions ſur l'ufurpation
du Trône de l'Angleterre. On
remarqua parmy les peintures
un Oranger , ſous lequel l'Empereur
, le Roy d'Eſpagne , &
les Alliez du ſecond ordre cherchoient
à ſe mettre à couvert
des ardeurs trop fortes du Soleils&
ce qui vous ſurprendra,
GALANT .
165
✓ c'eſt que l'Envoyé de l'Empereur
, & l'Ambaſſadeur d'Eſpagne
, qui ne l'ont pas ignoré ,
ont pû fouffrir une choſe ſi
honteuſe , ce qui marque leur
aveugle & rampante ſoumisfion
pour le Prince d'Orange.
Comme le Voyage de ce Prince
a ſouvent eſté differé , les
fonds dont il avoit beſoin n'étant
pas preſts , les Peuples qui
ſe laitſent la pluſpart du temps
occuper de peu de choſe , ſe
font divertis à voir dreſſer ces
Arcs de triomphe , & on a eſté
bien-aiſe de leur faire prendre
par là des impreſſions toutes
contraires àla verité touchant
l'ufurpation d'Angleterre ,
imputant au zele de la Religion
, ce que le ſeul defir de
regner a fait entreprendre. Il
ne faut que faire un peu de reen
166 MERCVRE
Acxion fur le caractere du Prince
d'Orange pour eſtre bientoſt
persuadé que l'ambition eſt
ſa paſſion dominante.Ce Prince
partit enfin pour la Haye trois
mois plus tard qu'il n'avoit refolu
, fans que ce retardement
luy euſt fait trouver toutes les
ſommes qu'il avoit deſſein
d'emporter avec luy.Le 3. Decembre
de l'année derniere, les
Deputez des Etats, & un détachement
des Garniſons de la
Haye , allerent audevant de
luy. Cependant comme à deux
heures aprés midy on n'avoit
point encore de nouvelles de
ſon débarquement , on ne s'attendoit
point qu'il duſt arriver
ce jour là,& l'on fut fort ſurpris
lors qu'onle vit venirſur les g.
heures du foir , fans qu'on en
euſt cu aucun avis.Son Caroffe
GALANT. 167
eſtoit precedé de ceux du
Prince de Friſe , &de l'Ambafſadeur
d'Eſpagne. Il y avoir
deux Gardes du corps dechaque
coſté , & environ anetrentaine
derriere. Il eſtoit ſuivy
du Carroſſe de Mr Opdam , &
de ceux des autres Deputez des
Etats . Celuy du Comte d'Hornes
paroiſſoit enſuite , & il eftoit
ſuivyd'une douzaine d'autres
qui appartenoientaux Envoyez
ou aux principaux du
Pays. Ces Carroſſes eſtoient
tous à fix Chevaux. Le Prince
d'Orange paſſa ſous trois Arcs
de triomphe , dont les ouvertures
eſtoient encore bouchées
avec des planches au moment
qu'il yarriva , de ſorte qu'il fut
obligé d'attendre que les ais
fuſſent décloüez . Cette entrée
fut ſi inopinée que perſonne ne
168 MERCVRE
cria d'abord , vive le Roy,parcequ'on
ne pouvoit ſe perſuader
que ce fuſt luy.On tira le
canon lors qu'il approcha du
Chaſteau , & les Peuples commencerent
alors à faire paroiſtre
leur joye par leurs cris . Ce
Prince monta d'abord à ſon appartement
. où il ſe repoſa pendantquelque
temps,aprés quoy
il tint conſeil. Il ſoupa enſuite
fort legerement.On fitlplaſieurs
décharges de canon aprés qu'il
fut arrivé , &la derniere fut la
marque de ſon coucher. Le feu
d'artifice que l'on avoit preparé
depuis longtempst , ne brilla
pas plus qu'avoit fait l'entrée.
Tout paroiſſoit deconcerté depuis
le Prince juſques au dernier
Bourgeois , & fembloit
prédire le mauvais ſuccés de la
Campagne. Il y avoittroisgrandes
GALANT. A 169
des ruës, où l'õ avoitfaitdreſſer
des Balcõs preſque devattoutes
les maiſons , & l'on ne vitpoint
de Balconsremplis . On ne doit
point juger de l'inclination des
peuples par l'appareil de l'Entrée.
La politique avoit falt or.
donner toutes les peintures par
les Magiſtrats qui font tous
Creatures de ce Prince. Geite
depenſe eſtoit neceſſaire pour
faire connoiſtre à toute l'Europeque
la Hollande luy eſt entierementdévoüće.
Cependant
la plus part de ces peuples eftant
convaincus de l'ambition
qui le devore , & que non feulement
elle le porte a ſe faire
Souverain de Hollande , mais
qu'il croitavoir beſoin de cette
nouvelle dignité pour ſoumettre
les Anglois au pouvoir arbitraire
, on ne les voyoit pas
Mars 1691.
H
170
MERCVRE
marquer une joyequirépondiſt
àl'appareil de l'Entrée.Le Prince
d'Orange ayant decouvert
que ces mêmes Peuples commençoient
à ſoupçonner fes
deſſeins , parce que ſa politique
luy fait tout mettre enuſapour
eſtre averty de tout ce
qui leregarde,& jugeant d'ailleurs
qu'avant que de laiſſer
éclater ſon entrepriſe; il devoit
faire quelque choſe de confiderable
en Flandre , & qui remiſt
les affaires dans une meil
leure ſituation , refolut de gagner
les coeurs des Hollandois
par toutes les marques d'une
grande bonté , & par une modeſtie
extraordinaire pour tout
ce qui regarderoit les honneurs
Ainfi pour leur faire fentir la
maniere dont il en ufoit à leur
égard , il a traité tous les SouGALANT
.
171
verains qui ſe ſont rendus à la
Haye , avec une hauteur dont
les Bourguemeſtre de Hollande
ne ſe ſeroient pas accommodez;
mais cette Politique ne
les a ny trompez ny ébloüis ,
fon caractere leur eft connu,
& ils ſe ſouviennent qu'il proteſtoit
dans tous ſes Manifeftes
lors qu'il paſſa en Angleter.
re, que fondeſſein n'étoit point
de ſe faire Roy , & qu'aprés l'a
voir dit pluſieurs fois jenfai.
te de fon débarquement & avoir
bû à la ſanté du Roy fon Beaupere
, afin d'attirer dans ſon
parti les peuples qui le fuyoient
non ſeulement il s'eſt fan offrir
la couronne par les Traitres
qu'il avoit gagnez , mais qu'il
s'eſt declaré ennemi de tous
ceux qui auroient l'audace de
s'y oppofer. Il n'ya point àdou-
H 2
172
MERCVRE
ter qu'il n'euſt fait faire la meſ
me choſe en Hollande par ſes
Creatures, s'il euſt trouvé quelque
diſpoſition dans l'eſprit du
Peuple,& dans les affaires ; mais
de contre- temps auroit pû ruiner
pour toujours ſes pretentions
, & il a cru devoir attendre
qu'il ait mis les choſes
dans un eſtat qui luy
permettent de ſe declarer avec
moins de riſque. Iugeant cependant
que ſon voyage ne
luy ſera pas entierement inutile
, puis qu'il pourratuy fervir
à applanir les difficultez , à
tourner l'eſprit de ceux qui
s'oppoſent le plus à ſes deſſeins,
& à gagner par ſes manieres
obligeantes juſques au plus
menu peuple , dont on a toujours
beaucoup de beſoin en
ces fortes d'occaſions. Aprés
GALANT.. 173
ſon arrivée à la Haye , il ne
tarda pas long- tems à ferendre
àl'Affembléedes Etats deHollande
, & enſuite à celle des
Etats Generaux . Il fit un difcours
dansl'une & dans l'autre.
Ie vous envoye une copie de
celuyquia couru , ſans vous
pouvoir dire dans laquelle des
deux Aſſemblées ila eſté prononcé
, ny meſme s'il l'a eſté.
Les avis ſont partagez là-deffus.
Toutefois des gens tresdignes
de foy m'ont affure
l'avoir leu imprimé en Flamand
dans une Gazette de
Hollande. le ne me mêleray
point de décider ſur une choſe
que l'on tient douteuſe, mais
quand ilne ſeroit pas vray que
le Prince d'Orange cuſt prononcé
ce Difcours , ce qu'il
contient à l'égard du Royne
H3
174
MERCVRE
laiſſant pas d'eſtre tres veritable,
je croy vous le devoir envoyer,
commeune Piecedontla
lecture vous fera plaifir.
HARANGUE
Du Prince d'Orange , aux
Etats Generaux.
M
ESSIEURS ,
Je me suis déja expliquépluſieurs
fois par mes Dépeſches & par mes
Ambaffadeurs , fur mes veritables
intentions&mon attachement aux
noeuds inviolables du Traité d'Ausbourg.
L'ay accepté une Couronne
moins pour la gloire& la fortune
qui l'accompagnent ,queje puis dire
n'estre pas une juste compensation
avec tant de travaux & d'inquietudes
quiyfont attachez , que
pouracquerir plus d'autorité&de
C
GALANT.
175
17
forceàla protection de laveritable
Eglise , à laquelle je me suis voué,
&l'engagement où je suis entré
avec tant de Zele à Ausbourg, n'a
esté que lasuitede ce mesme desir
de défendre la Religion contre les
projets d'une puiſſance formidable
qui la veut détruire.C'est oùjevous
ay tous heureusement rencontrez
dans l'ardeur des mêmes intentions,
&ç'a esté leſuiet de l'espoirde tant
de Peuples opprimez,qui ont trouvé
unfiecle auffi cruel que les premiers,
qui furent ensanglantezdu sangde
tant de Profcrits & de Martirs.
Ces projets , ces diffeins ,& ces
premiers mouvemens quiles ontfaivis,
répondirent d'abordauxproteftations
jurées à Ausbourg ; mais
je puis dire avectoare la fincerité
que jevous dois , que lesfuites les ont
bien démenties . C'est à ce relâchement
que je me fu's éveillé que
Η 4
176 MERCVRE
i'ay tout laißé en Angleterre,pour
venir icy vous adreffer ma vive
voix. le n'ay pour vous résoudre
qu'à vous faire ietter lesyeuxfur la
Puiſſance qui vous preffe ,fur ce
Roy victorieux qui ne repose point ,
qui ne ceſſe point , qui répand dans
fes Ministres ces epritfuperieur
qui affureſes conquestes, avant que
fesArméestoujours invincibles , les
executent . Songez donc avec quelle
abondance fon autorité puiſe de
nouveaux trefors dans ſes Etats,
avec quelle utilité & quelle iufte
diſpoſition ſes Finances toujours
prestes s'employent à mettre dans
le mouvement plus de Troupes ,
d'Artillerie, de Vivres &de Munitions
, que ne pourroit faire le refte
de l'Europe. Depuis ſon Confeil interieur
juſques au dernier détail ,
tout est reglé&animéde laſageffe,
&de cette sublime politique qui
گن
GALANT.
177
f
menace l'Allemagnedefes chaînes.
Lifez, Messieurs, lifez ces Memoi
res . Voyez le nombre effroyable de
ſes Troupes, lepartage deſes Armées,
leur bon estat , & tout ce
qui peut contribuer aux neceffuez
de la prochaine Campagne ,fur les
frontieres & dans les Magaſins.
Vous ne trouverez pas un soldat
qui ne foit équipé d'habits&d'armes
, comme s'il s'estoit accommodé
luy mesmepar un foin particulier .
&defa propre bourfe. Faites donc
ces fatutaires reflexions,que leplus
formidable Prince qui ait regne
depuis les Cefars ,vous preffe, &fe
prepared'aller chezvousy depeupler
les campagnes,&enfaire devastes
deferts , comme il a déja fait fur
le Rhin.Jesçay que le Roy de Suede
s'offre aux mediations d'une Paix
avecla France.. Je ne croy pas que
vous deviez refuser ce Mediateur...
H
178 MERCVRE
Ily va de vostre falut ; une Paix
neceffaire est toujours honorable ...
Pour moy , je me suis engagé avec
confianceàtant degrandes entre.
priſes , fur les veuës de l'alliance
d'Ausbourg. Le cederay volontiersà
la fatalité qui vous preffe.. Traitez
donc, écoutez les mediations , mettez
vous à l'abry d'une Paix, il vous
encoutera moins , non pas tout ,
ce Conquerant ne vous laisseroit
rien; mais fi le defør de vostregloire,
inseparable des interests de vostre
Religion, l'emporte, &fivous vou
lezfoutenir lafoy d'une confederation
fi sainte & fi indispensable ,
accordez vous , épuisez vous,suspendez
les differends domestiques
de l'Empire, oubliez vos concurrences
dans cette fameuse conioncture..
La veritable gloire fera à propor
tion de la part que chacun de vous
aur,a dans leſuccès de ladéfense
GALANT..
179
commune. Si vous preferez cette
guerre de Religion ,& l'honneurà
sous autres interests,vous arrêterez.
rette Puissance qui vous menace, ch
qui destino vostre sheute dans in
ruine totale de l'Europe. Lerepaſſe
la mer, pour reveniravermes for
oes feconder vos efforts,fi ledefir de
La gloire vous détermine ,& ieparoistray
en perſonne aux coups de
vostre terribleEnnemy...
Le Voyage du Roy , & le
Siege deMons font voir qu'il
n'y a rien dans ce Discours d
la gloire de Sa Majesté , qui
ne ſe trouve veritable.Il y auroitbien
d'autres reflexions à
faire fur cette Harangne , qui
parle ouvertement de la Ligue
d'Ausbourg , que les Princes
confederez ſe ſont d'abord ef
forcez de cacher , parce qu'ils
180 MERCVRE
vouloient avoir lieu de dire
que la France les avoit attaquez
, avant qu'ils ſe fuſſent
liguez pour agır contre elle,&
pour troubler le repos de l'Eu
rope , en ſuppoſant qu'ils vouloient
rétablir la tranquillité ;
mais ce prétexte n'a jamais
eſté que pour couvrir la jaloufie
qu'ils avoientde la gloire de
Sa Majesté. Ceſt dequoy le
Prince d'Orage les avoit flatez,
quoy qu'il s'en miſt peu en
peine,ſon but n'ayanteſté que
deles faire contribuer à fonélevation
aux dépens de leur
honneur , de leurs Troupes
&de la ruine des Estats de la
pluſpart.
L'Electeur de Brandebourg
s'eſt trouvé le premier à la
Haye, comme parent du Princed'Orange
& celuy qui eſt
le plus dévoüé à ce Prince. Il

GALANT. 181
n'a pas fuivy en cela les fentimens
du feu Electeur fon
pere , qui ayant pendantſa vie
changé incefſamment de party
avoit reconnu quelque tems
avane fa mort qu'il n'y en
avoit point de meilleur que
d'eſtre uny avec la France ,
& avoit mandé au Roy aprés
avoir fait un traité avec ce
Monarque , que c'eſtoitledernier
qu'il feroit avec Sa Majeſté
, eſtant perfuadé qu'on ne
devoitjamats manquer de parole
à un ſi grand Prince. Ceux
qui ſe trouverent les premiers
alaHaye aprés l'Electeur de
Brandebourg font le Comte de
VVindiferats,Envoyéextraor.
dinaire de l'Empereur , le Princede
VVirtemberg , l'Electeur
de Baviere , le Landgrave de
Heſſe Caffel ,& le Marquis de
Caſtanaga.Le Princed'Orange
182 MERCVRE
voyant qu'il eſtoit difficile
d'accorder tous ces Princes ,
a cauſe des rangs & des honneurs
qui leur eſtoient dus ,&
voulant d'ailleurs avoir la
gloiredeles voirtous à ſa ſuite,
leur avoitfait prendre le party
devenirincognito,& ils ontdonné
dans ce paneau , fans confiderer
que l'incognito,qui ne faic
point detort à la gloire de celuy
qui veut bien s'en ſervir , n'eſt
que pour des occafions paffageres.
Par exemple , un Prince
qui voyage & qui paſſe au
la Cour d'un autre Prince
peut luyrendre viſite& y voir
ce qu'il y a de plus curieux ,
fans eſtre connu que de trespeu
de perſonnes , mais la
choſe change entierement de
face , fi toſt qu'il s'agit d'un
long ſejour ;que l'on paroift
ود
GALANT..
183
avec quelques équipages , qu'
on paſſe pour ce que l'on eft ;
que publiquement on eſtappellé
par fon nom ,& que l'on fait
tout cequi eſt ordinaire aux
autres hommes qui ne veulent
point qu'on lesregarde comme
inconnus. Ilſemble alors qu'on
ne ſoit incognito , que pour
eſtre privé des honneurs
dûs au rang & à la Naiffance.
C'eſt ceque vouloit le
Prince d'Orange , & il a eu le
plaifir d'en venir à bout . Ha
veu des Electeurs attendre pen.
dant des heures entieres dans
fon Antichambre. Le Marquis
de Caſtanaga, quoy qu'incognito
comme les autres , auroit eſté
faché de n'eſtre pas connu
ayantfait beaucoup de dépense
pour effacer par un équipage.
magnifiquetous les Souverains
184 MERCVRE
!
qui ſe ſont rendus à laHaye ,
ou pluſtoſt pour empêcher
qu'on ne fiſt reflexion ſur les
miſeres de la Flandre Eſpagnole
. Ainsi chacun à eſté , connu
à la Haye , & les Souverains
qui ontélevé le Prince d'Orange
, n'y ont paru que comme
fes Courtiſans qui font venus
encenſer l'Idele qu'ils onttaillée
de leurs propres mains.
Ainſi cette foule d'Alteſſes rampantes
,& de Potentats du ſecond
ordre , s'eſt veuë mêlée
avec des Marchands , qui fiers
de voir tant de Princes humiliez
chez eux , leur ont faie
payer cherement leur gifte , &
achepuer en même temps beaucoup
de chagrin & de honte.
Cela ne pouvoit arriver qu'à
dejeunes Princes , qui remplis
del'ardeurde voyager,onteſté
GALANT.
185
ravis de trouver un pretexte
pour fortir de leurs Etats , &
n'ontregardé que le plaiſir que
leurdonneroit cette promenade,
ſans en examiner les confe
quences . La poſterité ſera ſurpriſe
lors qu'elle apprendra que
des Souverains des premieres
Maiſons du monde auront ελέ
ramper aux pieds d'un Roy de
Comedie , dont un revers de
fortune feroit paroître tout le
crime aux yeux mêmes de ceux
qui pour leurs intereſtscherchent
à ſe le déguiſer , & je ne
fçay meſine ſi elle n'en feroit
point voir , & approuver la punition
, puis que ſi le crime
heureux est adoré, il ne devient
jamais malheureux , qu'il ne
ſemble puniſſable à ceux meſmes
qui ont eſté d'abord affez
lâches pour l'applaudir. Les
186 MERCVRE
Deſcendans de ces Princes
rougiront un jour de la baſſeſſe
que l'Histoire reprochera à
leurs Anceſtres , dans une occaſion
ſi honteuſe & ce qu'ily a
de ſurprenant , c'eſt qu'ils facrifient
tout pour maintenir
lePrincedOrange for un trône
ufurpé, fans qu'il leur en re.
vienne aucun avantage. L'uo
voit les Turcs preſts à l'accabler;
l'autre voit les François
entrerdans le coeur de fonPays
prendre fes meilleures Places ,
&les autres voyent diminuer
leurs Troupes fans qu'on leur
donnefuffisamment de quoy les
entretenir. Cependant les difcours
d'un hommequ'ils regardent
comme un Ufurpateur
dans le fond de leurame , ont
plus de force que leur propre
intereſt & leur propregloire,&
GALANT. 187
il paroiſt à leurs yeux comme
ces feux ébloüiſſans appellez
Ardens par le vulgaire , dont la
ſueur qu'on ne sçauroit s'empêcher
de ſuivre , mene au
precipice ceux qui s'attachent
ales regarder , Le Duc de Hanover
qui n'eſt pas moins fage
que brave, n'ayant point imité
la boüillante ardeurdes jeunes
Souverains qui ſe ſont trouvez
aux Conferences, le Prioce
d'Orange en a témoigné
beaucoup de chagrin , & a fait
nommer par les Etats le fieur
Herkaren , auquel il a donné
des inſtructions particulieres ,
pour faire expliquer ce Duc ,
qui n'eſt pas entré dansla Ligue
comme beaucoup d'autres par
l'envie de favorifer l'injuſte
ufurpation de la Couronne
d'Angleterre, mais parce qu'ila
188 MERCVRE
pas
creu que ſi la Ligue n'eſtoit forte',
le Roy à qui l'on mettoit les
armes à la main, feroitdes conqueſtes
en Allemagne , ce qu'il
fe croyoit obligé d'empeſcher
comme bon Allemand, & pour
la gloire , & l'intereſt de la
Nation . L'Electeur de Saxe ,
fier de fa naiſſance , n'a
voulu imiter les autres , ny ve
nir ramper comme eux aux
pieds du Prince d'Orange,puis
qu'ils n'ont en que des tabourets
qui même eſtoient éloignez
du fauteüil de ce Prince
ambitieux. Il eſt rare de voir des
Souverains en cette poſture ,&
ces tabourets jettent une idée
dont je n'oſerois parler à cauſe
du reſpect qui eſt dû aux Souverains.
Mais le but du Prince
d'Orange eſtoit de les faire
venir àla Haye pour les voir
GALANT. 189
en cette poſture , & ſe faire
ainſi reconnoiſtre Roy de la
grande Bretagne par ces Souverains
en perſonne , &d'une
maniere indigne de ceux qui
ont eu cet abaiſſement ; mais
le grand bruit des ſommes que
le Parlement d'Angleterre luy
avoit accordées falſoit croire
à ces Princes qu'il en avoit apporté
beaucoup plus qu'il n'a
fait , & l'avidité qu'ils avoient
d'en profiter , leur a fait ſacrifier
l'honneur de leur rang. Voicy
une Liſte des Souverains , des
Alteſſes inférieures ,& des Excellences
qui ſe ſont trouvées
à la Haye pendant le ſejour
qu'y a fait ce Prince ,
L'Electeur de Baviere .
L'Electeur de Brandebourg .
Le Duc de Lunebourg Zell .
Le Duc de Brunſyvick VVol
fembutel.
190 MERCVRE
Le Landgradve de Heſſe-Caffel.
Le Prince Chriſtian Loüis de
Brandebourg.
Le Marquis de Caſtanaga .
Le Prince de VValdeck.
Le Prince de Naſſau, Statouder
hereditaire,& Maréchal des
Camps &Armées des Etats.
Le Prince de Naſſau Saarbruck
.
Le Prince de Naſſau Dillin-
- bourg.
Le Prince de Naſſau Idſleyn .
Le Prince Philippe Palatin .
Le Prince de Saxe Eyfenach.
Le Landgrave de Heſſe Darmenſtadt
, & fon Frere.
Le Duc Adminiſtrateur de
VVirtemberg .
Le Comte de Hoorn .
Le Comte d'Erbachl
Le Lieutenant GeneralVVebbenum
.
GALANT. 191
Le General Chauver...
Le General Delvvich .
Le Comte Dareo.
Le Comte de San Fray.
Le Comte de Roviere.
Le Comte de Gryal......
Le Comte de Brouay .
Le Comte de Tirremont.
1
Le Marquis de Caſtel-Moncayo.
Le Princede Sulzbach .
Le General d'Autel.
Le Comte de la Lippe.
Le General Barfutz .
LeBaronde Pallant.
Le Prince de Vvirtemberg , &
fon Frere.
Le Prince de Vvirtemberg.
Nevvitadt.
Le Princed'Amsbach .
Le Landgrave de Hombourg.
Trois Princes de Holſtein-
Beeck...
192
MERCVRE
Le Prince d'Anhalt de Zerbſt.
Le Duc de Curland , & le Duc
fonFrere.
LeDucde Holſtein.
Le Prince de Commercy .
Le Pr. Palatin de Birckenfeldt
Le Duc de Schomberg , & le
Comte Maynard ſon Frere.
Le Comte de Spence.
Le Comte d'Enhoff.
Le Comte de Fugger :
Le Baron Spahiu.
Le Ringrave & fon Frere.
Le Comte de Katlſon .
Le Comte General Palfy .
On verra dansla ſuite , que
cette foule de princes n'aura
ſervy qu'à augmenter la gloire
de noſtre Auguſte Monarque.
Chacun ayant fait patoiſtre
ſon caracte en cette
occafion , l'Electeur de Brandebourg
aparu non ſeulement
tout
GALANT.
193
tout dévoué au PrincedOrange
, mais un perpetuel admirateur
de ce Prince , de forte que
quelque choſe qu'il ait pû di
re , il luy a toûjours donné
des loüanges .L'Electeur de Baviere
ad'abord un peu brillé
&ſa vivacitéayant du rapport
àfon âge , on ne la trouvoit
pointétrange ; mais pendant
qu'il avoituneoreille pour les
affaires , l'autre n'écoutoit que
ec qui regardoit ſes plaifirs
pour lesquels ſeuls il avoit des
yeux,cequi luya fait faire des
diſparates que je ne rapporte
point , voulant épargner fon
rang,& le Sang illuftre dont
il eſt forty. M. de Caſtanaga a
paru plus habile , & plus politique
que les autres , mais les
affaires d'Eſpagne eſtant en
trop méchant état, il faut plus
Mars 1691 .
I
194
MERCVRE
que de l'eſprit pour les reparer.
Le Ducde Zell a eſté ſurpris
de trouverſi peu de ſolidité
dans les deux arc-boutans de
la Ligue, qui font l'Electeur de
Baviere & celuy de Brandebourg
, l'un âgé de vingt- huit
ans ,& l'autre de vingt ſept.
Ce n'eſt pas qu'ils n'ayent ſouvent
faitde grands projets dans
leurs repas , mais il manque
toujours quelque choſe pour
executer les reſolutions que
l'on prend à table , & tel y bat
ſouvent ſes ennemis qui les
fuiroit en pleine campagne.
Le Duc de Zell perfuadé de
pluſieurs ſuccés que devoit
avoir la Ligue en continuant
ſes entrepriſes,témoigna beaucoup
de froideur , & cette
froideur a produit ce que vous
apprendrez avant quej'acheve
GALANT .
195
cette Hiſtoire des Conferances
de la Haye.
Aprés vous avoir parlédela
maniere dont les principaux
-Confederez y ont paru , j'ajoûteray
que le Prince d'Orange
s'eſt tellement accoûtumé
à boire avec les Anglois&
les Allemans , qu'ila
meſme trouvé du plaifir àle
faire ſans eſtre en debauche ,
ce qui a fait diminuer beaucoup
del'eſtime que les Hollandois
avoient pour luy avant
qu'il paſſaſt en Angles
terre. Ie n'avance rien dont
je n'aye veu des lettres de la
Haye écrites pardes perſonnes
qui loin d'eſtre ſuſpectes , en
ont un tres ſenſible chagrin.
Enfin aprés quelques legeres
conferences , car il n'en
eſtoitbeſoin que pour la for-
I 2
196 MERCVRE
J
{
me , le Prince d'Orange de.
vant propoſer & conclure , il
obligea les Confederez qui étoient
à la Haye de demeurer
d'accord de ce qu'il ſouhaitoit
, & leur dit qu'il le rédigeroit
par écrit , & l'envoye
roit à chacun lors qu'ils ſeroient
retournez dans leurs
Etats , c'eſt à dire , qu'ildonneroit
untour à ce qui avoit eſté
reſolu qui répondroit encore
plus à ſes intentions , voulant
les engager inſenſiblement , a
y defferer tout à fait. Il fut
conclu dans le même temps
que l'Electeur de Baviere
diroit à l'Empereur qu'il ſeroit
impoſſible que la Ligue
ſubſiſtaſt , à moins qu'il ne fiſt
Lapaix avec le Grand Seigneur
à quelque condition que ce
fuft. Les choses eſtoienten cer
GALANT. 197
état , lors que le bruit des mou -
vemens que faifoient les François
redoubla , ce qui obligea
le Prince d'Orange à dire aux
alliez . Ques'ils n'estoient pas pre-
Sentement en état de s'oppoſer à ce
que la France pourroit entreprendre,
itfalloit travailler inceſſamment à
s'y mettre , afin que dans laſuitede
la Campagne on pust reparer les
pertes qu'on auroit faites au commencement.
Toutes choses eſtant
reglées , l'Electur de Brandebourg
,qui juſque là n'avoit fait
qu'admirer le Prince d'Orange
saviſa de faire des propoſitions
trop à ſon avantage pour
luy eſtre accordées. Cependant
on partitpour Loo avant
que d'avoir rien décidé ſur
ſes pretentions , & il n'y eſtoit
queſtion que de parties de
chaſſe , lors que le Marquis
I3
198 MERCVRE
i
de Caſtanaga envoyaCouriers
fur Couriers pour porter la
nouvelle du Siege de Mons.
On crut d'abord que c'eſtoit
une terreur panique qui luy
avoit pris , & le Prince d'O .
range dit que cette nouvelle
meritoit confirmation . Il eſt
aiſe de s'imaginer qu'il n'avoit
pas cru qu'on puſt attaquer
une Place de cette importance,
puiſque s'il avoit eu cet
te penſée , il ne ſe ſeroit pas éloigné
de 25. lieuës de laHaye.
Iltintauffi- toſt Conſeil , où il
fut refolu d'envoyer vers tous
les Princes Alliez . Mr d'Oldam
eut ordre d'aller à Munſter ,
& Mr Huckłom à Neubourg.
On dépeſcha des Courriers
pour faire aſſembler les Troupes
par tout où il y en avoit, &
Mr de Baviere refolut d'aller
GALANT.
199
fur la Moſelle pour faire diverfion
, ignorant qu'il y a de ce
coſté là un gros Corps de Troupes
Françoiſes , commandées
par Mr le Marquis d'Harcourt,
pour rompre les deſſeins que
l'on auroit pûavoir en ces quar
tiers-là pendant le Siege de
Mons. Les Alliez reſolurent
auſſi que Mr le Duc de Zell
prendroitles devans,& ſe rendroit
à Bruxelles , afin de com.
mencer à faire préparer toutes
choſes pour mettre les Troupes
en campagne ;mais ce Duc
ayant veu le peu de diſpoſition
qu'ily avoit à faire reuffir
le deſſein des Allicz , s'eſt
retiré dans ſes Etats , & femble
les avoir abandonnezau
mal heur dont ils paroiſſent
menacez . Nous verrons le
fuccés qu'aura la ſuite de cette
14
100 MERCVRE
:
Ligue ,' dans le détail que je
vous donneray du Siege de
Mons , aprés vous avoir fait
part de quelques autres Articles,
Le 20.de cemois il ſe fiticy
un mariage fort confiderable,
de Mrle Marquis de Choiſeuil
Meſtre de camp, du Regiment
de la Reine , de Cavalerie
, avec Mademoiselle de
Lamberti heritiere d'un
grand merite & de grands
biens. Elleeſt fille de feu M
le Comte de Lamberti , qui
eſt une Maiſon illuftre &
tres diftinguée dans le Perigard
, ſes Anceſtres ayant eu
de grands emplois. Son grand
pere eſtoit Coloneld'Infanterie
Madame ſa mere eſt de l'an
cienne Maiſon Dedey de Riberac,
dont les predeceffeurs
GALANT.
201
ont eu de li grands Emploisauprés
de nos Rois. La Maiſon de
Choiseuil eſt i connuequ'il eſt
inutiled'en parler. Elle a paru
dans tous les ſiécles paſſez avec
un fort grand éclat ,& a
eu même l'honneur de s'allier
avec celle de France , dans la
perſonne de Renauld de Choi
ſeuil,qui épouſa AlixdeDreux
petite fille de Louis leGros.Depuis
elle s'eſt toûjours maintenuë
dans l'élevation où nous la
voyons , par des Mareſchaux
de France , Chevaliers de l'Ordre
, & Ducs & Pairs . Mr le
Marquis de Choiſcuil , dontje
vous parle , répond dignement
à ſa naiſſance . Il eſt dans le
Service depuis pluſieursiannées,
& s'eſt diſtingué enbeau
coup d'occaſions , entre autres
à la bataille de Stafarde en
202 MERCVRE
Piedmont , où il commandoie
un eſcadron de Dragons,& cut
ſon cheval bleſſé. Depuis ce
temps le Roy l'a honoré duRegiment
de Cavalerie de la Rei.
ne. Mr le Comte de Chevigny
fon Pere a ſervy le Roy pluſieurs
années dans ſon Regimentdes
Gardes avec distinction
. Madame ſa mere eſt de la
Maiſon de la Riviere qui eſt
tres- illustre & ancienne. Bairau
de la Riviere , un de ſes
Predeceſſeurs, fut grandChambellandes
Rois Charles V.
VI. & eft enterré à ſaintDenis
aux pieds du dernier. C'eſt un
mariage tres fortable , puiſque
lemerite perſonnel , les grands
biens & laqualité s'y trouvent.
H s'est fait dans le mêmetemps
un autre mariage à
Rouen- au contentement, de
GALANT.
203
deux familes fort confiderables..
C'eſt celuy de Mr le Chevalier
de Muteville , Frere de Mrde
Moteville , Premier Preſident
de la Chambre des Comptes ...
qui a épousé Madame de Caligny.
C'est une Dame d'un fort
grand merite , & de beaucoup
de vertu..
L'Enigme du mois paffé a
eſté expliquée ſur le Violon qui
eneſtoitle vray ſens , parMeffieurs
du Four : de Vaudricourt,
Commiſſaire General des ſaifres
réelles de Lion : de Bate,
Ingenieur ordinaire du Roy dus
fort Louïs du Rhin : Dumont,
Directeur des Poſtes de l'Election
de ChaſteauThierry :Ha..
tier de la ruë Richelieu : de
Percy : Gaillardin , Chirur
gien Juré à la Roche : de Sercy
du même lieu de: Villiers
و
L6
204 MERCVRE
Controlleur d'Exploits : Forger
lefils: Chevrain de Longu'avenne
prés de Peronne : l'E..
pinay Buret , de Vitré en Bretagne
: Vayon de la ruë aux
Fers:Prieur,ſous les pilliers des.
Halles:le Tourneur : Perreault
de Godefroy: de Bon , & Auger
, tous Profeſſeurs àAvranches
: Prignand Preſtre de la
méme Ville : Oudin , Cure de
Cuffi les forges : Jean Pinard :
Curé de Villette : Guerin, l'un
des huitChanoines de Mante ::
Alain Batteur d'or de fa Majeté
: les deux intimes voiſins.
Drohin & Brunet , Curez de
Rouvray&de ſaint Andheux
en Bourgogne , T. Gaudeloup
&fa moitié prés ſaint Nicolas
des Champs : C. Hutuge d'Orleans
: Tamiriſte delaruë de la
Cerifaye: Marcel , Chirugien,
GALANT.. 205
ruëſaint Martin :le Gros Jean
Noël de la mêmeruë: Leonard
Hajet S. de faint lacques de la
Boucherie : Conterer de Villiers,
Commis aux Aydes : Riché
de la ruë faint Martin , &
ſon époufe: Danjou & fon aimable
Marguerite : les amis de
lanouvelleconference , Bras de
fer &fa jolie Blonde de Cuffi
les Forges : l'Amant par capricede
la ruë pariſis de Dreux ::
le Mafle , paſquier & Rouffel,
ruë de l'Hirondelle : L'Abraham
& fes Ifaacs . le Bienfaifant
calomnié , & Gerlo ſatrop
aimable & trop aimée : le Con.
valeſcent Houdanois : le Reclus
des deux Rofes blanches
du Fauxbourg ſaint lacquest
le Reclus de la rue faint Mederic
, le Solitaire d'Honfleur ..
l'Envie des Bourgeois de la
206 MERCVRE
L
même Ville : l'Enfant gaſté
de la belle & bonne mere : le
petit Berger à bonne fortuue
du hameau voiſin de la Beuriere
le Chevalier de la Ro..
cheverte de l'fle Noſtre Dame
: le prophete malencontre
du grand Navire de la
rue faint Denis : Vaudelain&
ſon camarade ruë des Lavandieres
le cadet Filleut & fon
frere le Chevalier de Falaiſe :
le grand : Tervobal : de la Roche
, ruë S. André :du Buiſſon,
duPalais , tous deux de Roüen:
leDoux&ſon aimable Brune,
rue de la Vanerie ;Clauvet &
ſa Coufine Fanchon. Meſdemoiſelles
du Four , rue d'Orleans
: de ſaint Martin des
Moutiers deTorigny : cheron
de Silly de Soiſſons : Joffelin
du Fort Loüis du Rhin : Mi
A
GALANT.
207
ehelle &. Genevieve Hajet:
Catherine Miché , & MargueriteGeoffrenne
:la charmante
Mayon , penſionnaire de la
Viſitation de Compiegne : la
fpirituelle & tonte aimable
Louiſe Lavé : l'agreable Caterine
Barat de la Rue S. Martin,
&l'aimable Drevoies de la rue
aux Ours la plus inſenſible
blonde du Marais : MarieAndrée
Furon:la charmante Barbe
Mancienne du Fauxbourg
faint Germain : la tropaimable
&trop perfeverante veuve de
la rüe du petit hon : la charmante
Brunette devantle petit
faintAntoine : la fidelle d'Anjou
:lacharmante Rochemont,
&l'inconfolable Thereſe de la
rue du petit lion : la belle de
Dreux à l'anagrame fa vertu
m'ébloüitda belle Mariane de
208- MERCVRE
la rue des Lavandieres , & fa
bonne amie de la rue de laTableterre,
la ſpirituelle brune de
la rueGlatigny : l'indifferente
Uſtel de la rue ſaint André : la
petite Venusdu portd'Angleterre
ſur le pont au change : la
belle & toute charmante Mar
non proche le tripot de Caen:.
la charmante Madelon de la ruc
Tictonne : la charmante poulette
de la rue des Noyers : l'amie
de la jeune muſe:Diamantine
de la grande rue de la friperie
: l'aimable veuve & fa
filledes trois croiſſans de la petite
rue de la friperie :lablonde
indiſcrete de la rue au lait , &
ſajeune rivale en imagination
de la rue Pariſis de Dreux: l'aimable
couple de ſoeurs dubout
de la porte pariſis du meſme
lieu: le petit amant traverſé du
GALANT. 209
bout du marché de Mante , &
fon aimable Janneton :la Maiſtreſſe
du Soleil d'or de la rue
Dauphine & ſon frere: la tante
& le neveu : la plus ſpirituelle
de la rue de Geole de Caen :te
petit Lieutenant Criminel de
la rue desOdeurs :le charmant
petit coeur de la petiteMinette
de la rue du belair : la muſe
Normande : Bertin & la charmante
Madame Charpentier
dela ruede la Polerez : la Marquiſe
deGamenon : Me Affue
rus : le Garde d'Esther :l'Amanmetamorphofée
de la rueaux
Fers..
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye merite l'application
de vos Amies , pour en
trouver le vray mot.
1
210 MERCURE
ENIGME.
Potence, corde, vonë, Instrumens
deTorture ,
Tout cela se trouve avec moy....
Il est bon , m'abordant ; de prendre
garde àſoy ,
Etde garder quelque meſure..
On me cheritpourma commodité,
Ie fers mesme à la voluptés
Etquelquefois fort viste on recours
àmon aide;
Aussi d'un tres- grand maliesuis un
promptremede.
lefuis le fidelle Geolier
D'uneBelle,fans moy , fugitive &
volage ,
Etcependantje la laiffe au pillage
En prend qui veus,&fans enrien.
Payer.
BIBLIO TARAUR
DE
ant
nbe
nd
na-
LYON
כ ת ס
*1893 x,
u'il
les
irs.
US
1
vo
pre couroux ?
Ah,Souffrez ſeulement que jevous.
trouve belle
6
210
!
+
1
Po
To
Il est
E
On
Ie
Et qu
Aush
le
D'un
{
Et cependans je la laiffe au pillage
Enprend quiveus , &fans enrien. Payer
! 2 GALANT.
Dans ſes embraſſemens pourtant
cette rusée
Tend unpiegeà quiconquey tombe
imprudemment ,
L'entrée en est affez aisée ,
Mais lafortie est autrement.
Je vous envoye un ſecond
Air de la compoſition d'un habile
Maiſtre. Les paroles ſone
d'un Amant fi refpectueux ,
qu'il y a grade apparence qu'il
ne trouvera jamais parmy les
Belles d'oppoſition à ſes defirs.
AIR NOUVEAU.
Pourquoy me fuyez - VOUS
cruelle?
Mes regards auroient- ils causévoftre
couroux?
Ah,Souffrez ſeulement que je vous.
trouve belle
2
212 MERCVRE
C'est tout ce queje veux de vous.
Le Vendredy 23.de ce mois,
le Corps de Ville fit celebrer
une haute Meſſe au S. Efprit ,
pour la proſperité des armes du
Roy,& pour la conſervationde
ſa Perfonne facrée;& le lendemain
24. le Corps & Commu
nautédes Marchands Merciers
Groffiers & Joüailliers de paris,
en firent celebrer une autre
pour le meſme fujet au Saint
Sepulcre .Les Gardes en charge
lesAnciens,& quantité de ceux
de ce Corps y aſſiſterent.Ils ont
pouſſe leur zele plus loin , &
donnent cent mille écus à Sa
Majesté , ce qui fait voir avec
quelle ardeur ils fouhaitent
que ſes projets réuſſiſſent, puis
qu'ils contribuent felon leur
pouvoir , aux grandes dépen-
1
GALANT .
213
:
ſes que laguerre oblige à faire .
Ils donnerent cette meſme
marque de leur zele en 1673 .
en offrant au Roy cinquante
mille écus que Sa Majesté
n'accepta pas. Au contraire,
aprés avoir marqué qu'Elle
n'en avoit pasbeſoin alors. Elle
leur donna deux mille écus ,
afin qu'ils fiffent prier Dieu
pour la profperité de l'Etat
Mr de la Loubere , Envoyé
Extraordinaire du Roy auprés
du Roy du Siam en 1687. &
1688. a donné depuis peu au
Public un Ouvrage en deux
voulumes , où il traite du Pays
de Siam , de ſon étenduë , de
fa fertilité , des qualitez de
fon terroir & de ſon climat ,
des moeurs des Siamois en general
, de leurs moeurs particulieres
, felon leurs diverſes
1
214
MERCVRE
conditions,de leur Gouvernement
& de leur Religion . Il a
ajoûté à cela pluſieursMemoires
tres curieux , qui donneut
de grandes connoiſſances des
autres Royaumes des Indes , &
deceluy delaChine . Il y a dans
ces deux Volumes , trente huit
Tailles douces , qui conſiſtent,
*tantenCartes Geographiques,
qu'en Plans & Figures. Toutes
ces choſes font voir les grandes
recherches que Mr de Loubere
a faites , & ce qu'il y a de ſurprenant
, c'eſt qu'ayant parlé
aprés beaucoup d'autres , fon
Livre ne laiſſe pas de paroiſtre
encore tout nouveau à ceux
qui le liſent. Il eſt écrit nette-
-ment , & en honneſte homme,
ainfique doit faire un homme
de distinction , tel que ſon Auteur.
Il ſe vend chez la Veuve
GALANT.
215
de Sr Coignard , Imprimeur &
Libraire ordinaire du Roy, ruë
S. Jacques , à la Bible d'or , & fe
trouve auſſi chez le Sr Barbin ,
furle Perron de la Sainte Cha-
-pelle , au Palals.
Vous m'avez marqué avoir
leu avec plaiſir la premierepar.
tie de l'Histoire de Normandie
, qui paroiſt il y a deux ou
trois ans . Mr de Maſſeville, qui
en eſt l'Auteur, vient d'en donner
la ſeconde au Public. Elle
eſt, comme la premiere , diviſée
en trois Livres , dont l'un
contient ce qui s'eſt paſſé dans
cette grande Province depuis
Eſtienne de Blois , Roy d'Angleterre,
qui en fut l'onztéme
Duc , juſqu'à ce qu'elle retourna
à la Couronne de France ,
ſous le Roy Philippe Auguſte.
Le ſecond traite de l'eſtat de
216 MERCVRE
l'Egliſe de cette meſme Province
pendant le douziéme fiecle;
& dans le troiſieme , on voit
toutes les choſes qui ſe ſont
paſſées , & qui regardent en
particulier la Normandie , depuis
le regnede Philippe Auguſte
juſques àla mort de S.Loüis .
Cette Hiſtoire eſt pleine de recherches
fort curieuſes , & fe
debite chez le Sr Guerout , Libraire
, Galerie- neuve du Pa .
lais.
e
Vous ne doutez point que
je ne vous parle du Siegerde
Mons ; il auroitpû ſurprendre
fi c'eſtoit une nouveauté que
de voir de grandes choſes entrepriſes
par le Roy.Cedeſſein ,
quoy que formé depuis pluſieurs
mois , a eſté tenu fort caché.
Tout ſe découvre dans les
autres Cours , ou parce que le
fecret
GALANT .
193
tout dévoué au Princed'Orange,
mais un perpetuel admirateur
de ce Prince, de forte que
quelque choſe qu'il aitpûdi.
re , il luy a toûjours donné
des loüanges.L'Electeur de Baviere
a d'abord un peu brillé
&lavivacitéayant du rapport
à fon âge , on ne la trouvoit
pointétrange ; mais pendant
qu'il avoituneoreille pour les
affaires ,l'autre n'écoutoit que
ee qui regardoit ſes plaifirs
pour lesquels feuls il avoit des
@yeux, cequi luy a fait faire des
diſparates que je ne rapporte
point , voulant épargner fon
rang , & le Sang illuftre dont
il eſt foroy. M. de Caſtanaga a
-paru plus habile , & plus politique
que les autres , mais les
affaires d'Eſpagne eſtant en
trop méchant état, il faut plus
Mars 1691 .
194
MERCVRE
que de l'eſprit pour les reparer .
Le Ducde Zella eſté ſurpris
de trouver ſi peu de ſolidité
dans les deux arc-boutans de
la Ligue, qui font l'Electeur de
Baviere & celuy de Brandebourg
, l'un âgé de vingt- huit
ans ,& l'autre de vingt ſept.
Ce n'eſt pas qu'ils n'ayentfouventfaitde
grands projets dans
leurs repas , mais il manque
toujours quelque choſe pour
executer les reſolutions que
l'on prend à table , & tel y bat
ſouvent ſes ennemis qui les
fuiroit en pleine campagne .
Le Duc de Zell perfuadé de
pluſieurs ſuccés que devoit
avoir la Ligue en continuant
fes entrepriſes,témoigna beaucoup
de froideur & cette
froideur a produit ce que vous
apprendrez avant quej'acheve
,
GALANT. 195
cette Hiſtoire des Conferances
de la Haye.
Aprés vous avoir parlé de la
maniere dont les principaux
Confederez y ont paru , j'ajoûteray
que le Prince d'Orange
s'eſt tellement accoûtumé
à boire avec les Anglois&
les Allemans , qu'ila
meſme trouvé du plaifircàle
faire ſans eſtre en debauche ,
ce qui a fait diminuer beaucoup
de l'eſtime que les Hollandois
avoient pour lay avant
qu'il paſſaſt en Angleterre.
le n'avance rien dont
je n'aye veu des lettres de la
Haye écrites pardes perſonnes
qui loin d'eſtre ſuſpectes , en
ont un tres ſenſible chagrin.
Enfin aprés quelques legeres
conferences car il n'en
eſtoit beſoin que pour la for-
,
I 2
196 MERCVRE
me , le Prince d'Orange devant
propoſer & conclure , il
obligea les Confederez quiétoient
à la Hayede demeurer
d'accord de ce qu'il ſouhaitoit
,& leur ditqu'il le rédigeroit
par écrit , & l'envoye
roit à chacun lors qu'ils ſeroient
retournez dans leurs
Etats , c'eſt àdire , qu'ildonneroit
untour àce qui avoit eſté
reſolu qui répondroit encore
plus à ſes intentions , voulant
les engager inſenſiblement , a
y defferer tout à fait. Il fut
conclu dans le même temps
que l'Electeur de Baviere
diroit à l'Empereur qu'il ſeroit
impoffible que la Ligue
ſubſiſtaſt , à moins qu'il ne fiſt
ſa paix avec le Grand Seigneur
à quelque condition que ce
fuft. Les choses eſtoienten cet
GALANT. 197
état, lors que le bruit des mouvemens
que faifoient les François
redoubla , ce qui obligea
le Prince d'Orange à dire aux
alliez. Ques'ils n'estoient pas pre-
Sentement en état de s'opposer à ce
que la France pourroit entreprendre,
il falloit travailler inceſſamment à
s'y mettre , afin que dans lafuite de
la Campagne on pust reparer les
pertes qu'on auroit faites au commencement.
Toutes choſes eſtant
reglées , l'Electur de Brandebourg,
quijuſque là n'avoit fait
qu'admirer le Prince d'Orange
savifa de faire des propofitions
trop à ſon avantage pour
luy eſtre accordées . Cependant
on partit pour Loo avant
que d'avoir rien ' décidé fur
ſes pretentions , & il n'y eſtoit
- queſtion que de parties de
-chaſſe , lors que le Marquis
I3
198 MERCVRE
1 .
deCaſtanaga envoyaCouriers
fur Couriers pour porter la
nouvelle du Siege de Mons.
On crut d'abord que c'eſtoit
une terreur panique qui luy
avoit pris , & le Prince d'O .
range dit que cette nouvelle
meritoit confirmation . Il eſt
aiſe de s'imaginer qu'il n'avoit
pas cru qu'on puſt attaquer
une Placede cette importance
,puifque s'il avoit cu cet.
te penſée , il ne ſe ſeroit pas éloigné
de 25. licuës de laHaye.
Iltintauſſi- toſt Conſeil , où il
fut refolu d'envoyer vers tous
les Princes Alliez . Mr d'Oldam
eut ordre d'aller à Monster ,
&Mr Hucklom à Neubourg..
On dépeſcha des Courriers
pour faire aſſembler les Troupes
par tout où il y en avoit, &
Mr de Baviere refolut d'aller
GALANT. 199
fur la Moſelle pour faire diverfion
, ignorant qu'il y a de ce
coſté là un gros Corps de Troupes
Françoiſes , commandées
par Mr le Marquis d'Harcourt,
pour rompre les deſſeins que
L'on auroit pûavoir en ces quar.
tiers- là pendant le Siege de
Mons. Les Alliez refolurent
auſſi que Mr le Duc de Zell
prendroit les devans ,& ſe rendroit
à Bruxelles , afin de com.
mencer à faire préparer toutes
choſes pour mettre les Troupes
en campagne ; mais ce Duc
ayant veu le peu de diſpoſition
qu'il y avoit à faire reuf.
fir le deſſein des Alliez ,s'eſt
retiré dans ſes Etats , & femble
les avoir abandonnez au
mal heur dont ils paroiffent
menacez . Nous verrons le
fuccés qu'aura la ſuite de cette
L4
200 MERCVRE
Ligue , dans le détail que je
vous donneray du Siege de
Mons , aprés vous avoir fait
part de quelques autres Articles.
Le 20.de cemois il ſe fiticy
un mariage fort confiderable,
de Mrle Marquis de Choiſeuil
Mestre de camp, du Regiment
de la Reine, de Cavalerie
, avec Mademoiselle de
Lamberti heritiere d'un
grand merite & de grands
biens. Elleeſt fille de fou Mr
le Comte de Lamberti , qui
eſt une Maiſon illuſtre &
tres diftinguée dans le Perigord
, ſes Anceſtres ayant eu
de grands emplois. Son grand
pere eſtoitColoneld'Infanterie
Madame ſa mere eſt de l'an
cienne Maiſon Dedey de Riberac,
dont les predeceffeurs
GALANT. 2011
ont eu de ſi grands Emplois auprés
de nos Rois . La Maiſon de
Choiseuil eſt ſi connuequ'il eſt
inutiled'en parler. Elle a paru
dans tous les ſiécles paffuz avec
un fort grand éclat , & a
eu même l'honneur de s'allier
avec celle de France , dans la
perſonne de Renauld de Choifeuil,
qui épouſa Alix deDreux
petite fille de LoüisleGros.Depuiselle
s'eſttoûjours maintenuë
dans l'élevation où nous lat
voyons , par des Mareſchauxde
France , Chevaliers de l'Ordre
, & Ducs & Pairs . Mr le
Marquis de Choiseuil , dontje
vous parle , répond dignement
à ſa naiſſance . Il eſt dans le
Service depuis plufieurswannées
,& s'eſt diſtingué en beau.
coupd'occaſions , entre autres
àla bataille de Stafarde en
S
202 MERCVRE
!
Piedmont , où il commandoit
un eſcadronde Dragons,& eut
ſon cheval bleſſfé . Depuis ce
temps le Roy l'a honoré duRe
giment de Cavalerie de la Rei.
ne. Mr le Comte de Chevigny
fon Pere a ſervy le Roy pluſieurs
années dans ſon Regimentdes
Gardes avec distinction
. Madame ſa mere eſt de la
Maiſon de la Riviere qui eſt
tres- illuftre & ancienne. Bairau
de la Riviere , un de ſes
Predeceffeurs, fut grand Chambellan
des Rois Charles V.&
VI. & eft enterré à ſaintDenis
aux pieds du dernier. C'eſt un
mariage tres fortable , puiſque
le merite perſonnel , les grands
biens & laqualité s'y trouvent.
Il s'est fait dans le mêmetemps
un autre mariage à
Rouen au contentement de
GALANT.
2031
deux familes fort confiderables.
C'eſt celuy de Mr le Chevalier
de Muteville , Frere de Mrde
Moteville Premier Prefident
de la Chambre des Comptes .
qui a épousé Madame de Caligny.
C'est une Dame d'un fort
grand merite , & de beaucoup
de vertu...
L'Enigme du mois paffé a
eſté expliquée ſur le Violon qui
eneſtoitle vray ſens , par Meffreurs
du Four : de Vaudricourt,,
Commiſſaire General des ſaiſies
réelles de Lion : de Bate ,
Ingenieurordinaire du Roy du
fort Louis du Rhin : Dumont,
Directeur des Poſtes del'Elec
tion de ChaſteauThierry :Ha..
tier de la ruë Richelieu : dec
Percy : Gaillardin , Chirur
gien Juré à la Roche: de Sercyy
du même lieu de Villiers .
L6
204
MERCVRE
Controlleur d'Exploits : Forger
le fils: Chevrain de Longu'avenne
prés de Peronne : l'E.
pinay Buret , de Vitré en Bretagne
: Vayon de la ruë aux
Fers:Prieur, fous les pilliers des
Halles :le Tourneur : Perreault
de Godefroy : de Bon , & Auger
, tous Profeſſeurs àAvranches
: Prignand Preſtre de la
méme Ville : Oudin , Cure de
Cuſſi les forges : Jean Pinard
Curé de Villette : Guerin, l'un
deshuitChanoines de Mante :
AlainBatteur d'or de ſa Majeſté
: les deux intimes voiſins
Drohin & Brunet , Curez de
Rouvray&de ſaint Andheux
en Bourgogne , T. Gaudeloup
&la moitié prés ſaint Nicolas
des Champs : C. Hutuge d'Or
leans : Tamıriſte de la ruë de la
Cerifaye: Marcel ,Chirugien,
GALANT.
205
ruë faint Martin : le Gros Jean
Noël de la mêmeruë: Leonard
Hajet S. de faint lacques de la
Boucherie : Cotterer de Villiers,
Commis aux Aydes : Riché
de la ruë ſaint Martin , &
fonépouse: Danjou & fon aimable
Marguerite :les amis de
lanouvelleconference , Brasde
fer & fa jolie Blonde de Cuffi
les Forges : l'Amant par capricedela
ruë pariſis de Dreux :
le Mafle , paſquier & Rouffel,
ruë de l'Hirondelle : L'Abraham
& fes Ifaacs : le Bienfai
fantcalomnié , & Gerlo fa trop
aimable& tropaimée : le Con..
valefcent Houdanois : le Reclas
des deux Rofes blanches
du Fauxbourg faint lacques
le Reclus de la rue faint Mederic
, le Solitaire d'Honfleur..
l'Envie des Bourgeois de la
206 MERCVRE
même Ville : l'Enfant gaſté
de la belle & bonne mere : le
petit Berger à bonne fortune
du hameau voiſin de la Beuriere
: le Chevalier de la Ro..
cheverte de l'ifle Noſtre Dame
: le prophete malencontre
du grand Navire de la
rue faint Denis : Vaudelain &
fon camarade rue des Lavandieres
: le cadet Filleut & fon
frere le Chevalier de Falaiſe :
le grand : Tervobal : de la Roche
, ruë S. André : du Buiffonz
duPalais, tous deux de Roüen ::
le Doux & fon aimable Brune,
ruede la Vanerie ; Clauvet&
ſa Couſine Fanchon. Meſdemoiſelles
du Four , rue d'Orleans
: de ſaint Martin des
Moutiers de Torigny : cheron
de Silly de Soiſſons :Joffelin
du Fort Loüis du Rhin : Mi--
GALANT.
207
chelle & Geneviève Hajet:
Catherine Miché , & Marguerite
Geoffrenne : la charmante
Mayon , penſionnaire de la
Viſitation de Compiegne : la
ſpirituelle & tonte aimable
Louiſe Lavé : l'agreable Cate .
rine Barat de la Rue S. Martin,
&^l'aimable Drevoies de larue
aux Ours la plus inſenſible
blonde du Marais : Marie AndréeFuron
: la charmante Barbe
Mancienne du Fauxbourg
faint Germain : la trop aimable
&trop perfeverante veuve de
la rue du petit lion : la charmante
Brunette devantle petit
faint Antoine :la fidelle d'Anjou
: la charmante Rochemont,
&l'inconfolable Thereſe de la
rue du petitlion : la belle de
Dreux à l'anagramefa vertu
m'ébloüit la belle Mariane de
208 MERCVRE
la ruë des Lavandieres , & fa
bonne amie de la rue de laTableterie,
la ſpirituelle brune de
la rue Glatigny : l'indifferente
Uſtel de la rue ſaint André : la
petite Venusdu portd'Angleterre
ſur le pont au change : la
belle & toute charmante Manon
proche le tripot de Caen:
la charmante Madelon de la rue
Tictonne : la charmante poulette
de la rue des Noyers : l'amiedelajeune
muſe:Diamantine
de la grande rue de la friperie
: l'aimable veuve & ſa
filledes trois croiſſans de la petite
rue de la friperie:la blonde
indiſcrete de la rue au lait , &
ſa jeune rivale en imagination
de la rue Pariſis de Dreux:l'aimable
couple de ſoeurs dubour
de la porte pariſis du meſme
lieu le petit amant traverſé du
GALANT. 209
bout du marché de Mante , &
fon aimable Janneton : la Maiſtreſſe
du Soleil d'or de la rue
Dauphine& ſon frere:la tante
& le neveu : la plus fpirituelle
de la rue de Geole de Caen : te
petit Lieutenant Criminel de
la rue des Odeurs :le charmant
petit coeur dela petiteMinettе
de la rue du belair : la muſe
Normande : Bertin & la charmante
Madame Charpentier
dela rue de la Polerez :la Marquiſe
deGamenon : Me Affue
rus : le Garde d'Eſther: l'Amanmetamorphofée
de la rue aux
Fers.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye merite l'application
de vos Amies , pour en
trouver le vray mot.
2.10 MERCURE
ENIGME .
Potence, corde, vonë, Instrumens
deTorture ,
Tout cela se trouve avec moy....
Il est bon , m'abordant ; de prendre
garde à foy ,
Et de garder quelque mesure.
On me cherit pour ma commodité
Ie fers mesme à la voluptés.
Et quelquefois fort viste on recoure
à mon aide ;
Auffi d'un tres- grand matieſuis um
prompt remede.
lefuis le fidelle Geolier
D'une Belle,Sans moy , fugitive &
volage ,
Et cependant je la laiffe au pillage
En prend qui veut , &fans enrien.
Payer..
21
wiant
tombe
NEQUE DEC
LYON
BLI
B
,
nt
cond
nhas
fone
eux ,
: qu'il
my les
defirs.
Mes regarw
U
VOUS ,
usévo
ftre couroux ?
Ab,Souffrez ſeulement que je vous
trouve belle
9
210 M
E
Otence
,
deT
Tout
cela
Ilest bon , ?
garde
Etdegar
On me che
Iefers
m
Etquelquef
à mon
Auffi
d'un
tr
prom
lefuis lef
D'une
Belle
vola
Et cependant je la laiffe au pillage
En prend qui veut , &fans enrien
Payer..
GALANT . 21
Dans ſes embraſſemens pourtant
cette rusée
Tend unpiege à quiconquey tombe
imprudemment ,
L'entrée en est affez aisée ,
Mais lafortie est autrement.
Je vous envoye un fecond
Air de la compoſition d'un habile
Maiſtre. Les paroles fone
d'un Amant fi reſpectueux ,
qu'il y a grade apparence qu'il
ne trouvera jamais parmy les
Belles d'oppoſition à fes deſirs,
:
AIR NOUVEAU.
Pourquoy me fuyez - vous ,
cruelle?
Mes regards auroient- ils causévoftre
couroux?
Ab,Souffrez ſeulement que je vous
trouve belle
9
S
212 MERCVRE
C'est tout ce queje veux de vous.
P
Le Vendredy 23.de ce mois.
le Corps de Ville fit celebrer
une haute Meſſeau S. Eſprit ,
pour la profperité des armes du
Roy,& pour la conſervation de
fa Perſonneſacrée;& le lendemain
24. le. Corps & Commu
pautédes Marchands Menciers
Groffiers & Joüailliers de paга ,
en firent celebrer une autre
pour le meſme ſujet au Saint
Sepulcre .Les Gardes en charge
lesAnciens ,& quantité de ceux
de ce Corps y aſſiſterent.Ils ont
pouffé leur zele plus loin , &
donnent cent mille écus à Sa
Majesté , ce qui fait voir avec
quelle ardeur ils fouhaitent
que ſes projets réuſſiſſent, puis
qu'ils contribuent felon leur
pouvoir , aux grandes dépenGALANT.
213
4
ſes que laguerre oblige à faire .
Ils donnerent cette meſme
marque de leur zele en 1673 .
en offrant au Roy cinquante
mille écus , que Sa Majesté
n'accepta pas . Au contraire,
aprés avoir marqué qu'Elle
n'en avoit pasbeſoinalors. Elle
leur donna deux mille écus ,
afin qu'ils fiffent prier Dieu
pour la proſperité de l'Etat
Mr de la Loubere , Envoyé
Extraordinaire du Roy auprés
du Roy du Siam en 1687. &
1688. a donné depuis peu au
Public un Ouvrage en deux
voulumes , où il traite du Pays
de Siam , de ſon étenduë , de
ſa fertilité , des qualitez de
fon terroir & de ſon climat ,
des moeurs des Siamois en general
, de leurs moeurs particulieres
, felon leurs diverſes
214 MERCVRE
-conditions,de leur Gouvernement
& de leur Religion . Il a
ajoûté à cela pluſieurs Memoires
tres curieux , qui donneut
de grandes connoiſſances des
autres Royaumes des Indes , &
de celuy de laChine. Il y a dans
ces deux Volumes , trente huit
Tailles douces , qui conſiſtent,
tanten Cartes Geographiques,
qu'en Plans & Figures . Toutes
ceschofes font voir les grandes
recherches que Mr de Loubere
a faites , & ce qu'il y a de ſurprenant
, c'eſt qu'ayant parlé
aprés beaucoup d'autres , fon
Livre ne laiſſe pas de paroiſtre
encore tout nouveau à ceux
qui le liſent. Il eſt écrit nettement
, & en honneſte homme,
ainſi que doit faire un homme
dediſtinction , tel que ſon Auteur.
Il ſe vend chez la Veuve
GALANT.
215
duSr Coignard , Imprimeur &
Librare ordinaire du Roy, ruë
S. Jacques, à la Bible d'or , & fe
trouve auſſi chez le Sr Barbin ,
furlePerron de la Sainte Cha-
-pelle , au Palals ..
Vous m'avez marqué avoir
leu avec plaiſfir la premiere par.
tie de l'Histoire de Normandie
, qui paroiſt il y a deux ou
trois ans. Mrde Maſſeville, qui
en eſt l'Auteur, vient d'en donner
la ſeconde au Public. Elle
eft , comme la premiere , diviſée
en trois Livres , dont l'un
contient ce qui s'eſt paſſe dans
cette grande Province depuis
Eſtienne de Blois , Roy d'Angleterre,
qui en fut l'onztéme
Duc , juſqu'à ce qu'elle retourna
à la Couronne de Franee ,
ſousle Roy Philippe Auguſte.
Le ſecond traite de l'eſtat de
216 MERCVRE
l'Egliſe de cette meſmeProvince
pendant le douziéme fiecle ;
&dans le troiſième , on voit
toutes les choſes qui ſe ſont
paffées , & qui regardent en
particulier la Normandie , depuisleregnedePhilippe
Auguſte
juſques àla mort de S.Loüis.
CetteHiſtoire eſt pleine de recherches
fort curieuses ,& fe
debite chez le Sr Guerout , Libraire
, Galerie-neuve du Pa .
lais.
Vous ne doutez point que
je ne vous parle du Siegerde
Mons ; il auroit pû ſurprendre
fi c'eſtoit une nouveauté que
de voir de grandes choſes entrepriſes
par le Roy.Cedeſſein,
quay que formé depuis pluſieurs
mois, a eſté tenu fort caché.
Toutſe découvre dans les
autres Cours , ou parce que le
fecret
GALANT .
217
k
eret eſt mal gardé , ou parce
que la manoeuvre de ceux qui
gouvernent les affaires le fait
deviner, mais il n'en eſt pas de
meſme en France . On agit pour
les deſſeins qu'on s'eſt propoſé
d'executer. On met tout en
eſtat,& cela dure pendant pluſieurs
mois ſans que les ennemis
puiſſent rien prevoir , qui
leur ſerve à detourner l'orage
dont ils ſe voyent menacez , &
quand il s'agit de ces grandes
entrepriſes , le Royale plaiſir
de découvrir luy meſme ſon
ſecret,lorſque ſa prudencejuge
à propos de le divulguer. Dés
lemoment qu'il eſt decouvert,
tout ſetrouve preſt ,&l'ouvrage
de pluſieurs mois paroiſt
en état comme par enchantement.(
Les) Armées ſemblent
fortir de terre pour inveſtir la
Mars 1691 .
218 MERCVRE
Place que le Roy a refolu
d'affieger & on dinoit que
cette meſme terre ait encore
fait fortirde fon fein de quoy
les entretenir. Ce qui rendra
la conqueſte de Mans plus
glorieuſepour ſa Majesté , c'eſt
que pour aller en penfonne
faire un Siege, Elle n'a pas
attendu la ſaiſon favorablepour
detelles entrepriſes , ce qui a
fait dire aux habiles du païs ,
que le Roy fe leve quand les Efpagnolsfe
couchent.Ce Princen'a
pas non plus choiſi une Place
d'une reputation mediocre
puſqu'ila attaqué celle que ſes
onpemis eſtiment la plus forte
des Pays - Bas pendant qu'un
nombre preſque infini de Souverains,
d'Alteſſes , & d'Excellences.
eſtoientaſſemblez pour
prendredes meſures , non pas
GALANT.
219
pour ſe défendre , mais pour
attaquer celuy quiles previent
& qui leur épargne la moitiédu
chemin. Il cuſt pû ne ſe
mettre en campagne qu'aprés
que le Prince qui les anime
tous euſt eſté parti pour l'Angleterre.
S'ils avoientjeſté dif
perſez , il leur euft fallu du
temps pour ſe raffembler , ou
pour convenir par Couriers
des meſures qu'ils auroient
deu prendre pour luy reſiſter
au lieuqu'ils ont pû les prendre
fur le champ , mais c'eſt
cequeleRoy n'a point appre.
hendé , &l'on peut dire de ce
Monarque & de la deliberation
des Allicz , ce que nous
liſons dans les Hiſtoires , pen.
dant qu'on consulte à Rome on
affiege Sagonte.Le croy que cete
Place n'a jamais eſté mieux
K 2
220 MERCVRE
affiegée que Mons,comme vous
pouvez le voir par ce que vous
allez lire.
CAMPEMENT :
Des Troupes à la Circonval.
lation deMous, à commencer
à Genappe , & allant
finir à Gelin.
L
A GENAP PE.
Mr de Rozen
General
:
Lieutenant
Mr de Congis, Maréchal de
Camp.
2. Bataillons de Navarre.
2. Eſcadrons de Chartres.
2. Bataillons de la Reine.
2. Eſcadrons de S. Simon .
2. Bat . de Greder Allemand.
2
3. Eſc. un de S. Simon, & deux
deBiſſy .
Ils ont ſoin des Lignes depuis
Genappe juſque vis à vis de
Frameries.
GALANT. 221
A SUPLIE.
Mr de Bouflers , Lieum , General.
Mrle Ducdu Maine , Ma
réchal le Camp.
1. Rat. du Percher.
2. Eſc . un de Biſſfy , & un de
Clermont.
2. Bat. des Gardes Françoiſes .
2. Eſcadrons de Clermont.
2. Bat. des Gardes Françoiſes.
3.Efc. desGardes du Corps ;
2. de Noailles, & 1. de Duras.
2. Bat. des Gardes Françoiſes .
2. Efc des Gardes du Corps.
2. Eſc. de Luxembourg..
2.Bat. des Gardes Suiſſes .
3.Efc. des Gardes du Corps ;
1. de Luxemb. & 2. de Lorge.
1.Bat des Gardes Suiffes .
Ils ont ſoin des Lignes depuis
Frameries juſqu'à la Digue
de la Troüille.
K 3
212 MERCVRE
A LAMAISON- DIEU
DEPITIE
Mrle Duc de Vendosme , Lieu
tenant General.
MrleGrand- Prieur de France ,
Maréchalde Camp .
2.Efc. de Gendarmes , Chevaux-
Legers ,& Grenadiers
2. Bat.du Regiment du Roy.
2.Efc . de Gendarmerie ; ſçavoir
les Ecoſſfois , avec les
Gendarmes deBourgogne :
les Anglois avec les Chevaux
Legers deBourgogne.
1. Bat. du Regiment du Roy.
2.Efc. un de Gendarmerie de
Bourgogne , Gendarmerie
d'Anjou , & un de Flamans
&de Ch. Legers d'Anjou .
Ils ont ſoin des Lignes depuis
la Digue de la Tromille juf
qu'à la Maiſon Dicu de Pitió.
GALANT.
223
1
A LA BELLE MAISON ,
prés S. Antoine , regardant
le Mont Barizel..
Mr le Marquis de Inyeuse ,
LieutenantGeneral,
Monsieur le Prince de Conty
Maréchal de Camp .
3. Efc. unde Gendarmerie de
laReine & de Berty, undes
Chevaux Legersdela Reine&
de Berny , un des Gen.
darmes Dauphins & d'Orleans.
2. Bat. de Vermandois &de
Touloufe.
2. Efc. un des Chevaux-legers
Dauphins & d'Orleans , un
du MestredeCampgeneral.
2. BatduReg. Dauphin .
3 Efc. 2. du Meſtre de Camp.
general ,& un deduRozel.
2. Bat . de Greder Suiffe.
2. Eſc.dedu Rozel.
K
224 MERCVRE
2. Bat de Greder Suiſſe .
3. Efc de Fiennes .
Ils ont foin des Lignes depuis
la Digue de la Troüille
juſqu'à Nimy. نالا كلا
Ces 38.Efcadrons & 28. Ba
taillons ferment la CirconvallariondepuisGenappe,
jufques
à la communication de
Nimy.
A ANIMY
M. de Soubiſe, Lieut. General.
Monsieurle Duc. M. de Camp.
2. Bat de S. Laurent &de Nivernois.
3. Efc. les Carabiniers .
2.Bat. Poitou & Touraine.
3. Eſcadrons de Bourgogne.
3. Bat. dePoliér Suiffe.
4. Eſc. deux du Maine , deux
de Raſſan.
2. Bat. un de Polier , & un de
Dauphiné
GALANT.
/
2. Efc. un de Raffan , & un de
Courtebonne ..
z. B. d'Auvergne &deGuiche .
3. Efc.unde Courtebonne &
deux de Royal Dragons.
2. Bat. de Stouppel'ancien .
3. Efc. un du Royal , & Dragons,
deux de Givaudan .
Us ont foin des Lignes depuis
Nimy juſques à Gelin .
A GELIN.
Mr de Rubantel, Lieut. General..
Mrle Marquis de Villars , Maréchalde
Camp......
2. Bat. un de Stouppe & un de
Fifer.....
3. Efc. un de Givaudan , &
Deux de Levi ..
2. Bat. de Provence & de Ca
ftres:
3. Efc . un de Levi & deux do
Chalons.
2. Bat. de Rouffillon .
K5
226 MERCVRE
3.Efc. de Coaſlin, phus
2. Bat. de Champagne.
3. Efc deRoyal Rouſfilton.
Hs ont ſoin des Lignes depuis
Gelin juſqu'au Pont fur
Haifne, prés de Genappe.
Ces 31.Efcadrons & 20. Bataillons
ferment la circonvallation
depuis la belle Maiſon
prés de S. Antoine juſques au
Pont fur Haiſne , prés Genappe.
Mr de Luxembourg qui
eft à Nimy , les commande,
Les vivres & l'Hôpital font à
Genappes.
Total 69.Efcadrons.
Sans compter les Eſcadrons
desMouſquetaires.
48. Bataillons.
Sans comprendre deux de Ful
feliers & un des Bombardiers
qui font au parc de l'Artille-
Dic
GALANT
227
AIDES DE CAMP
du Roy.
M. le Chevalierde Nogent.
M. le Prince d'Elbeuf.
M. de Cominges .
M. le Prince de Turenne.
AIDES DE CAMP
de Monseigneur.
M. de Sainte -Maure.
M. de Cognée.
M. de la Chenaye.
M. de Chasteau-Vilain.
Le Quartier du Roy eſt à
P'Abbaye de Bethlem , prononcée
Beleam , entre Suplic
&la Maiſon Dieu de Pitié.
Le Roy,Manſeigneur,Monſieur
, Monfieur le Duc de
Chartres, Monfieur le Prince
&tous les Grands Officiers de
la Maiſon du Roy ,font logez
dans cette Abbaye...
6
C
Mr de la Feuïllade eft , &&
K6
228 MERCVRE
commande dans le Quartier
du Roy & dans les Quartiers
deGenappe, Suplie,& la Maiſon
Dieu de pitić .
Les quatre Eſcadrons des
Mouſquetaires campent prés
la maiſon du Roy.....
Mr de Monchevreuil eſt à
l'Artillerie , qui eſt campée
dans un fond prés de Queſnion.
Pendant que le Roy declaroit
à Versailles qu'il eſtoit
preſt de partir pour le Siege de
Mons queMrde Bouflers avoit
ordre d'inveſtir , toutes les
Troupes dont vous venez de
voir le dénombrement , devoienteſtre
le lendemain devant
cette place fans que les
Ennemiseuſſent eu le moindre
ſoupçon qu'elle duſt eſtre atzaquée.
Ils croyoient qu'on ne
GALANT.
229
fongeoit qu'à faire des courſes
pour tirer des contributions ,
ouqu'on vouloit aſſieger Charleroy
ou quelque autrePlace.
En effet, les mouvemens qu'on
faifoit eſtoient ſi continuels &
fi differens , qu'on leur avoit
mêmedonné de la crainte pour
Oſtende. Cependant Mons ſe
trouve inveſti , & il l'eſt ſi bien
&par tantde Troupes , qu'aucunOficier
ennemy ne peut ſe
jetterdedans . Il ne falloit pas
moins de forces pour affieger
unePlaced'une auſſi grande reputation
que celle de Mons ,
fortifiée par l'art& parla nature,
ayantoutre ſes fortifications
trois foffez pleins d'eau avec
des écluſes &des marais qui la
défendent. Il y avoit outre cela
unbois par lequel il eſtoir- facileau
Secours de ſejetter dansla.
230
MERCVRE
Place. On en a fait beaucoup
de plans, ce qui m'empêche de
vous en envoyer , mais celuy
de Mr de Fer s'eſt trouvé le
meilleur. Ileſt accompagnédes
plans de Namur ,de Charleroy
&d'Ath,qui ſon les Places que
les Eſpagnols avoient demandées
dans le dernier Traité de
paix pour leur fervir de barriere
contre la France , de forte
que la priſe de Mons donnera
au Roy une Place par delà
cette Barriere. Les environs de
cette Ville- là font tres- étendus&
tres - juſtes dans les Cartes
de Mr. Sanfon , & la conjoncture
où nous ſommes
donne de l'empreſſement à les
chercher. La grande reputa
tion de la Ville de Mons , regardée
comme une place qu'
on ne pouvoit attaquer la
GALANT. 23
mauvaiſe ſaifon & la confederation
d'un nombre preſque
infini de Souverains & de
Puiffances inferieures liguées
n'ont point arrété le Ray. Il
a cru que fes forces feules avec
tous lesPrinces de ſa Maifon
powvoient s'appofer à tous
les Souverains de l'Europe, &t
en triompher , en prenant la
fuperbe Ville de Mons , qui
dans laconfiance que luy dan
noient fes eaux & fes fortif
cations ne daignoitqu'd peine
fonger à ſe manin des choles
neceffaires pour ſa defenfe
Vous ſçavez fans doute que
corte Placed eft: Capitale du
Comté de Hainaut , qu'elle
eſt à dix lieües de Bruxelles &
bâtie fur de petites monzal
gnes , ce qui luy a fait donner
le nom de Mons.. Elle a de
232
MERCVRE
2
beaux Edifices & de tres beldes
Fontaines & ſes Habitans
font riches . Cette Ville fait
grand commerce d'étoffes de
foye , & toutes les Juſtices
du pays de Hainaut font du
reffort de fa Jurisdiction . Il y
aun Conventide Chanoinefſes
qui font le matin en habitde
Choeur , & l'aprés dinée en
habit ſeculier. Queques uns
donnent à Mons le fur- nom
de Pucelle , parce que cette
Ville-là n'a jamais eſté priſe.
Elle fut neanmoins contrainte
le Siecle paſſe de ſe rendre au
Duc d'Albe qui la prit ſur les
rebelles des Pays-bas. LeCom
te Gimbergue , qu'on appelle
aujourd'huy Princede Bergue,
& qui eſt de cette ancienne
Maiſon, Originaire de ce Pays
là, en eſt. Gouverneur. Il eſt.
GALANT..
233
K
gra
grand, de bonne mine & a fait
ſes exercices à Paris. Hafpire
depuis pluſieurs années à eſtre
General Major de bataille , ce
qu'il n'a pu obtenir. Ce refus
luy a donné quelque dégouft
da ſervice , en forte qu'il a cſté
vingt fois fur le point de quit
ter un Terce d'infanterie Ef
pagnole qu'il commande. Sa
Majeſté Catholique, pour l'appaiſer
en quelque maniere , l'a
nommé Commandant dans
-Mons, cequ'Elle n'auroitpeuteſtre
pas fait , fi Elle cuſt prévű
que cette Place euſt dû eſtre
attaquée. Le Roy ayant réſolu
de l'aſſieger en perſonne, partit
le 17. de ce mois , comme
il l'avoit declaré le 14. & tout
cequ'il faut pour une marche
qui entraîne tant de monde , ſe
trouva preſt. Il y cuſt des vi
t
234
MERCVRE
vres &des fourages preparez.
au Camp , pour une Cour qui
doit eſtre fort nombreuſe , puis
qu'elle efface ſeule aujourd'huy
toutes les Cours del'Eunope
Monfieur leDucdeChartres
partit le meſme jour , & fe
trouva preſt pour faire ce
Voyage, le Roy , pour fatisfaire
à la boüillante ardeur quile
portoit àmarcher ſur les traces
du glorieux Prince qui luya
donné la naiſſance , luy ayant
permis quelques mois auparavant
de faire la Campagne .
Sa Majesté a bien voulu que
M. le Comte de Toulouſe la
fiſt auſſi . L'eſprit de ce Prince
ayant toûjours eſté fort audeſſus
de ſon âge , on peut dire
auſſi que le deſfir de faire paroiftre
ſon couragen'attend pas le
nombre des années pour écla
GALANT .
23.5
ter. Il n'eſt ſorty perſonned'un
Sangfi Auguſte qui n'ait mépriſé
les perils pour la gloire ,
& qui dans un âge où les autres
ne commencent encore
qu'à apprendre leurs exercices
, n'ait expoſé cent fois ſa
viepour le bien , && la gloire,
de l'Etat:
LeRoy eftante party de Verfailles
la 17. artiva devant
Mons le zn. d'affez bonne
heure ,pour faire le tour de la
Place. Il n'eſtoit accompagné
que de Monſeigneur le Dauphin,
de Monfieur ,de Monfieur
le Duc de Chartres ,&
deMr deVauban ,ayant fait
demeurer tous ceux qui le
fuivoient à une certaine di.
ſtance avec defenfe d'avan
cer. Sa Majesté s'approcha à la
portéedu mouſquet. Pendant
2.36 MERCVRE
quece Prince eſtoit ainſi expoſé
, on tira pluſieurs coups
de canon ,à l'un deſquels il s'ap.
perçutqu'on métoit le feu . fl
eſtoit chargé d'un boulet de
huitlivres , qui paſſa fort prés
de Sa Majesté , & tuale cheval
de Mr de la Chenaye, Aide de
Camp de Monſeigneur , qui
eſtoit derriere , mais un peu
éloigné . Sa Majesté n'a point
affiegé de Places en perſonne
qu'elle ne ſe foit ainſi expoſée
en les viſitant. Elle courut le
même riſque à Rinbergue, où
Mr le Marquis d'Arquien fut
tué auprés d'Elle . Quoy que le
jour qu'Elle arriva au Camp.
Elle fuſt venue du Queſnoy ,
où Elle avoit couché , qu'Elle
cuſt en arrivant viſité & reglé
leslogemens, voulant que chacun
fuſt bien logé , & qu'Elle
GALANT.
237
euſt enſuite demeuré preſque
toute la journée à cheval pour
reconnoiſtre la Place , elle ne
laiſſa pas de fortir encore lors
qu'elle eut ſoupé , & de viſiter
divers poftes juſqu'à minuit.
Elle viſita tous ceux de la droite
,& Monseigneur tous ceux
de la gauche.Ces deux grands
Princes eſtoient éclairez chacun
par fix flambeaux que portoient
autant de Pages . Il y eut
le ſoir du même jour un Bioüac
general , parce que les lignes
n'étoient pas achevées .
Le 22. le Roy monta deux
fois à cheval,& y demeura plus
defix heures. Sa Majeſté fit le
tour des lignes , & celuy de la
Place à la demy - portée da
mouſquet , & quoy qu'Elle
allaſt d'un fort grand train.
Elle fut accompagnée de
238
MERCVRE
Monseigneur , de Monfieur
& de Monfieur le Duc de
Chartres , ce qui donna beaucoup
d'inquietude à toute la
Cour , puisqu'on tira fept ou
huit coups de mouſquet dont
ilspouvoient eſtre bleſſez . Mr
de Vauban fit tracer unegrande
tranchée du coſté d'Hion
& de Guine , & tira une ligne
de communicationydes deux,
de forte que cetravail tint licu
d'une tranchée ouverte . On
travailla fortement ce jour là
pour ſaigner le marais.
Le 23. au matin on mit trois
pieces de canon en batterie
pour détruire le Moulin de
l'écluſe . où il y a un baffin.
Le Roy monta à cheval cette
mêmé matinée , & alla viſiter
l'endroit où l'on devoit ouvrir
la tranchée , & où l'on faifoit
GALANT.
239
un grand retranchement en
forme de place d'armes , pour
recevoir tous les preparatifs
neceſſaires . Sa Majeſté s'avan
ça beaucoup , & même en des
heux où l'on pouvoin tirer , &
où il y avoit beaucoup deperil.
On tira ce jour là deux grandeslignes
qui occupent tout le
terrain par où laPlace eft affiegée
Monſeigneur s'eſtant fait
montrer par Mr de Vauban
toutes les attaques , marqua un
endroit pour mettre quelques
picces de canon en baterie
, & l'on y travailla dés
le foir meſme pour batre le
moulin de faint Pierre. On
arreſta far les dix heures du
matin un Officier General des
ennemis; il eſtoit à pied. C'eſt
un Comtois qui vouloit ſe jetter
dans la Place , & qui avoit
240
MERCVRE
1
i
ordre d'y commander l'artillerie.
Il fut amené devant le Roy,
& dit à Sa Majesté qu'Elle
prendroit Mons , mais qu'il
luy en couteroit une bataille.
Sa Majesté luy répondit qu'Elle
estoit venueà cette intention. Cet
Officier luy dit encore qu'il
s'eſtoit trouvé dans pluſieurs
Place que fa maieſté avoit aſ.
ſigées & priſes , comme Befançon&
Ipres,&qu'il eſtoit dans
l'Armée du Roy d'Angleterre
quand il aſſiegea Maſtric. Le
Roy repliqua à ce diſcours il
veut parler du prince d'Orange, à
quoy l'Officier ayant répondu
qu'il leur étoit ordonné de luy
donner ce nom. Sa Majesté ajoûta;
vous avezraison , car iln'y a
que ceux qu'on y oblige deforce, qui
l'appellent ainsi. On ſceut qu'il
yavoit pluſieurs Officiers dans
les
GALANT. 241
les bois qui cherchoiét à ſe jetterdans
la place,& à qui il avoit
eſté impoſſible d'executer leur
deſſein .Le gros canon arriva ce
jour- là,& les lignes furent en
tieremét achevées.LeRoy viſita
le ſoir le parc de l'artillerie.
On n'en a jamais veu un ſi bien
fourny que celuy là. Il y avoit
alors devant Mons un million
de poudre , 24, mortiers , 60 .
piecesde canon de 24.36. &
72. dc 4.& 12. & le reſte à
proportion.
Le 14 le Roy monta à cheval
dés ſept heures du matin ,
& n'en defcendit qu'à fix du
ſoir. Sa Majesté alla viſiter le
Pays du côté de Saint Denis &
deCatteau,pour voir par où les
ennemis pourroient venir , &
choiſir un poſte à Mr le Mareſchal
de Humieres , ou à
Mars 1691 . L
242
MERCVRE
1,
H
celuy qui commanderoit l'Armée
de dehors , pour couvrir le
Siege. Le Roy revint par Saint
Guillain pour voir arriver les
proviſions qui estoient en gran .
de abondance , fur tout pour
l'artillerie. Il paſſa dans le bois
d'Auté , cù il fit prendre deux
facines à chacun des Moufquetaires
qui l'accõpagnoient.
Ils les porterent à la tranchée,
que Sa Majesté , non contente
dela fatigue qu'Elle avoit euë
d'eſtre demeurée à cheval pandant
treize heures, voulut voir
monter. Elle fut ouverte àl'attaque
de la droite prés le village
d'Hion par deux batillons
desGardes Françoiſes , & deux
bataillons des Gardes Suiſſes ,
& 1500. Travailleurs relevez
par 1250. Mr le Marquis de
Joieuſe, Lieutenant General ,
GALANT .
243
&Mr Boiffelot , Brigadier ,
eſtoient de jour , ainſi que
Mr deCongis à l'attaque de la
gauche proche du village de
Queſme , où la tranchée fut
Bouverte avec deux bataillons
de Navarre& un de Provence
Les Travailleurs eſtoient
en auſſi grand nombre que
ceux du coſté droit. On fit un
travail extraordinaire puifqu'il
fut de 1200. toiſes à la
droite , & de 800. à la gauche
, avec pluſieurs boyaux de
communication . On continua
cette nuit là le travail
pour ſaigner le marais du
coſté de l'attaque . On travailla
auſſi pour detourner le
cours de la Trouille , & la
faire couler d'un autre coſté .
Les Afſiegez ne tirerent pas
un ſeul coup de mousquet
L 20
244
MERCVRE
juſqu'à onze heures du ſoir,
qu'ils firent quelque feu fur
des Soldats qui s'eſtoientavan.
cez en cherchant de l'eau pour
boire.lls en bleſſerent deux fort
legerement. Les Grenadiersdu
Roy, l'épée à la main s'emparerentdu
Moulin que noſtre canon
navoit pû entierementdétruire
, tuerent huit ou dix
hommes qui estoient dedans &
en firent 20. priſfonniers , dont
deux qui estoient du Regiment
de Brandebourg , furent amenez
au Roy . J'oubliois à vous
dire quetoute la cavalerie de la
Maiſon de Sa Majesté , auſſibienque
ſes Dragons,porta des
Facines toute cette journée.
Le Roy regla que dorenavant
lesCapitainesde ſes Gardes
Françoiſes tiendroient
rang de Colonels mais de
derniers Colonels ; que dans
5
GALANT.
245
quelque Armée que ce foit ou
il y aura des Compagnies du
Regiment des Gardes Françoiſes
, celuy quiles commandera
, quoy qu'il ne ſoit point
Brigadier , commandera tous
les Colonels, que dans les tran .
chées ſeulement , les Compaguies
des Gardes Françoiſes
ne feront jamais commandées,
que par le Lieutenant General,
ou le Marechal de Camp de
jour , ny par aucun Brigadier,
à moins qu'il ne ſoit du Corps
de ce mefme Regiment dés
Gardes Françoiſes . Sa Majesté
a fait le même Reglement en
faveur de ſes Gardes Suiſſes ...
Le 25. le Roy monta à cheval
à dix heures du matin , &
alla ſe promener dans les plaines
à deux lieuës du Camp.
Il viſitale méme jour la tran
L3
246 MERCVRE
chée de la queue à la téte.Mon
fieur accompagna par tout Sa
Majesté , qui estoit à cheval.
Monfieur le Duc de Chartres
n'en avoit point forty depuis
ſept heures du matin , & il y
auroit paſſé la nuit , fi Mr de
Joyeuſe qui avoit des ordres
ſecrets , ne l'euſt obligé à ſe
retirer. Ce Prince diſtribuaen
s'en allant 40. Louis d'or aux
Soldats, &leur dit que c'eſtoit
le premier preſent qu'il leur
faifoit , mais que ce ne feroit
pasle dernier pendant ce Siege.
Sa Majesté répondit à ceux
par qui la chofe luy fut raportée
, que ce Prince par ſes manieres
aiſées s'étoit déja acquis
l'eſtime du Soldat ,& qu'il gagneroit
tous les coeurs de l'Armée
par ſes liberalitez . On porta
encore des facines auCamp,
GALANT.
247
juſqu'à la portée du piſtolet
des Ennemis. Mrs de Maupertuis
, de Mirepoix & d'Artagnan
, y en porterent eux- mêmes
àla teſte des Mouſquetaires
, au fon des Tambours,des
Timbales & des Trompettes,&
demeurerent à découvert. Sur
les 4. heures aprés midy , le
Roy vit monter la tranchée.
Les Officiers Generaux de l'attaque
des Gardes eſtoient M.
le Prince de Soubize , LieutenantGeneral,
& M. de Bertil.
lac , Brigadier . Mr le Prince
d'Elbeuf ſervoit d'Aide de
Camp du Roy . La tranchée fut
montée à l'attaque des Gardes
par trois Bataillons du Regiment
du Roy , & fix cens Travailleurs
qui furent relevez le
matin par autant d'autres . Mr
de Montchevreüil , Marechal
L 4
248 MERCVRE
!
de Camp,monta à l'attaquede
Navarre avec deux Bataillons
de Champagne & un de Saint
Laurent , & fix cens Travailleurs
qui furent relevez lematin
par un pareil nombre. Sur
les huit heures du foir , les
trois Compagnies des Grenadiers
du Regiment du Roy, attaquerent
un Moulin , appellé
le Moulin du Roy , avec une
Redoute qui incommodoit fort
nos gens dans leurs Travaux.
It eſtoit tout criblé par le haut,
des coups de nôtre Canon ,
mais il y avoitdans le bas un
retranchement , d'où les Enne
mis faifoient grand feu. Ceretranchement
fut emporté l'épée
à la main. Les uns allerent
par une chauffée fort étroite,&
les autres par un petit marais.
Il n'y cut que quatre Soldats
GALANT. G
de tuez , & quelques bleſſez ..
On fit quatre prifonniersqu'om
mena au Roy . On en tua dix-)
ſept , & les autres ſe retirerent ,
parleurs faux fuyans.Ilyavoic
dedans cent Soldats de diverſes
Nations , qui ne ſe connoiffoient
qu'à peine, l'un l'autre.
On leur avoitdonné de la Ville
dequoi ſubſiſter,& ils y étoienti
depuis quelques jours. Le travail
de la Tranchée fut pouffé
cette nuit là a cent cinquante
pas de chacune des deux attaques..
Celuy de la nuit du 25 au 26..
fut de trois cens pas . On fit di
vers boyaux,qui au moyen de
la Ligne à laquelle on conti
nuoit de travailler le jour , des
voient faire unetraiſiéme ligne:
paralelle. Il n'y eutque fix Soldatsdebleſſez.
LaGarniſonne
L
250
MERCVRE
fitpasun feude plus de quatre
ou cinq cens hommes. A la
droite , la Baterie de vingtPieces
commença à tirer fur les
dix heures du matin , & celle
de la gauche tira une heure
aprés.Les deux Bateries de Bóbes
tirerent en meſme temps.
Elles eſtoient de douze Mortiers
chacune , & l'on s'apperceut
que le Canon commen
çoit à ruiner les Ouvrages , en
voyant voler la poudre & les
tuiles de toutes parts dans la
Ville, ce qui y fit un fracas confiderable
. Sur les onze heures
du matin, les Hautbois du Regiment
du Roydonnerent dans
laTranchée une Serenade aux
Dames de la Ville , dont quelques-
unes vinrent ſur le rempart
pour les entendre Pendant
detemps là on ne tira aucun
GALANT..
coup , mais une heure aprés
nôtre Canon commença àron-
Aer d'une grande force. Celuy
de laVille ne tira que quelques
coups à boulet perdu depuis
ce jour-là. Vn Gendarme étant
affis , fut tué d'un boulet de
Canon . Monſeigneur alla à la
Tranchée à deux heures aprés
midy,avec Mr de Vauban. On
aprit que les Bourgeois étoient
Partag
partagez en deux factions ,que
L'une vouloit foutenir le Siege,
&que la plus confiderable ef
toitd'avis de ſe rendre, fansat
tendrele bouleverſement de la
Ville. Monſeigneur & Monfieur
le Duc de Chartres allerent
le ſoir du 26, au 27. au
Bioüac, pour y paſſer la nuit..
Le ſoir du meſme jour , Mr de
Bouflers , Lieutenant General
&Mrde Solre, Brigadier,mon
L6
252 MERCVRE
1
terent la Tranchée avec deux
Bataillons du RegimentDauphin
, un de Nivernois ,& fix
cens Travailleurs , qui furent
relevez le matin. Mr de Villars
, Maréchal de Camp , la
monta à la gauche à l'attaque
de la porte du Rivage , avec
un Bataillon du Regiment
d'Auvergne , un de Castres ,
un de Dauphiné , & fix cens
Travailleurs. Le Canon avoit
tiré deux mille quatre cens
coups , depuis midy juſques à
l'heure que l'on monta la Tranchée
,& les Mortiers avoient
jetté trois cens Bombes .: On
pouffa cette nuit- là deux communications
de la droite à la
gauche des attaques d'Hion&
deQueſme, en forte que la derniere
ſe trouva à cinquante
toiſes, de l'Ouvrage à cornsa
GALANT ..
253
Mr de la Cafe , Ingenieur, fut
bleſſé à la teſte ; un Sergent &
deux Soldats furent auſſi bleffez:
Quoy que le Roy caft eu la
goutte le 26.au foir,Sa Majesté
ne laiſſa pas d'aller viſiter la
Tranchée le 27. au matin ,&
Elle y alla par le chemin le plus
perilleux , & tout à découvert.
Elle monta fur la Banquette
pour obſerver la Place plus
commodement , & dans ce
temps là les Ennemis firent un
feu épouvantable de Canon
vers l'endroit où Sa Majesté
eſtoit ,en forte qu'un bouler
ayantdonné derriere Elle ,ren
verſa un Soldat avec tant de
force fur Mr le Grand , qu'il
en fut auſſi renverſé , &la terre
qui fut élevée par la violence
du coup , couvris le chapeau
254
MERCVRE
du Roy.Un Soldat ſortit de la
Ville ,& dit à Sa Majesté que
les Habitans étoient les Maiftres
& fort refolus à ſe bien
défendre que les Troupes
eſtoient partagées dans les dehors
, & qu'on ne croyoit pas
que Sa Majesté fuſt au Siege en
perſonne. Ce Soldat prie party
dans le Regiment du Roy. Les
36. piecesde Canon de 24. &
les 25. mortiers qui avoient
commencé à tirer le matin dúir
jour precedent , firent un feu
fi terrible , & il étonna tellement
les Ennemis ,qu'ils ne
tirerent preſque point. Ainfi
tout le monde estoit ſur le
revers des tranchées , comme
oneſt dansle temps d'une capitulation.
Le Canon n'a jamais
encore eſté ſervy de lamaniere
qu'il l'acſté àce Siege , jamais
GALANT.
255
on n'a faitun ſi grand feu. Si
toſt que la Baterie de vingt pieces
avoit tiré , celle de dix
commençoit , & enfuite celle
de vingt. Cela ſe tiroit auffi
promptement qu'on peut tirer
trente coupsde Mouſquet l'un
aprés l'autre. Le demy Baſtion
droit de l'Ouvrage à corne
ayant eſté fappé,le reveſtement
tomba ,& il y parur une breche
de quatre toiſes de large:
Le 27. au foir la tranchée
fut relevée àl'attaqued'Hion ,
qui eſt à la droite , par deux
Bataillons de la Reine , à l'at
taque de Queſme , qui est la
gauche , par un Bataillon de
Poitou & de Pollier Suffe &
àla porte du Rivage , qui eſt
une eſpece de fauſſe attaque ,
par un Bataillon de Touraine
&le troiſième de Stouppe.Cet.
256 MERCURE
te attaque eſt proprement la
branche gauche de l'attaque
de Navarre , mais elle eſt ſeparée
par une inondation, L'at.
taque de Navarre s'eſtant
jointe à celle des Gardes pour
aller à l'Ouvrage à corne, celle,
de laPortedu rivage eſtoit tout
lelong de la Troüille, en remo
tant& en la laiſſant àgauche.
LesOfficiers Generaux étoient
Mr de Rubantel , Lieutenant
General,Mr le Duc du Maine,
Maréchal de Camp , Mrde
Crequi ,Brigadier , & Mrle
Prince de Turenne , Aide de
Camp. On fit la nuitdu 27.
au 28. plus de la moitié du che.
min qu'il y avoit à faire pour
eſtre au bord du foffé. On fis
une ligne paralelle à l'Ouvra
ge à corne , qui n'eſtoit pas à
vinge toiſes,des pointes des
GALANT. 257
Ouvrages des Ennemis. Les
Bombes ayant mis le feu à la
Ville fur les cinq ou fix heures
du foir , ellebrûlafur trente
toifes de large. Il diminua
fur les dix heures,mais quinze
pieces de Canon de calibre
ayant commencé à tirer des
boulets rouges à l'entrée de
la nuit , lefeu ſe ralluma , &
devintſigrand à quatre heures
, qu'il égala les plus hauts
Clochers. Sans une laque
d'eau qui ſe trouva entre la
teſte de nosTravaux & l'Ouvrage
à corne , on s'en feroit
rendu maiſtre , mais cette eau
obligea à prendre ſur la gauche
entre l'Ouvrage à corne
& une Demy lune qu'on battit
, en forte qu'au lieu de
trente toifes de Tranchée qu'il
reſtoit à faire , le travail eſtoic
258 MERCVRE
{
encore de cinquante. On auroit
neapmoins pris cet Ouvrageſi
on euſt voulu , mais
comme on auroit pû perdre
beaucoup de monde , le Roy
ne le ſouhaita pas , & aima
mieux pour épargner du ſang,
que la priſe en fuſt reculée,
Le 28. la goute du Roy étant
diminuée , ce Prince alla viſi .
terle campement de Mr de Luxembourg.
Sa Majesté fatiguanttoujours
à ſon ordinaire,
viſita auſſi ce jour là la tranchée
à droite & à gauche , &
non ſeulement Elle la viſitatous
les jours , mais Elte la voitauſſi
tous les jours monter & relever
Elle a ſouvent fait des liberalitez
aux Soldats,& il n'y a point
decorps qui ne s'en ſoit refſenty.
La Cour n'a jamais eſté
GALAN T.
259
,
plus nombreuſe & plus magnifique
que devant Mons. Le
Roy y mange avec les principaux
Seigneurs , que Sa
Maieſté nomme tous les jours.
Sa table eſt de quinze couverts
. Un Soldat de la Ville
qui ſe diſoit Irlandois , s'eſtant
venu rendre , dit à ce Prince
qu'il n'y avoit que fort peu
d'Officiers dans la Place , la
plus part eſtant allez chez
cux ; qu'il n'y avoit point d'union
parmy la garniſon , &
que les Bourgeois efperoient
du fecours du Prince d'O .
range. Ce Soldat reçût des
marques de la liberalité du
Roy. On eut avis le meſme
jour qu'il devoit ſe jetter trois
Colonelsdans la Place,on ſceut
comme ils eſtoient faits & ha260
MERCVRE
billez , & l'endroit par où ils devoient
paffer. On fit cejour là
deux faignées pour faire écouler
l'eau de l'inondation . Mrde
Roxen Lieutenant General ,
rentra lematin au Camp aprés
avoir eſté bruler tous les fourages
depuis noſtre Camp jufques
à Bruxelles . Vn Soldat de
la carnifon rapporta que c'étoient
les Eſpagonls qui défendoient
la grande attaque , &
que fe trouvant extrémement
preſſez , ils avoient demandé à
eſtre relevezou qu'on leurenvoyaſt
cinq cens hommes de
renfort ,& que les troupes des
autres Nations les avoient refuſez
, leur ayant dit que puis
qu'ils avoient choiſi ce poſte
là comme le plus honorable , &
l'avoient voulu avoir par preference
, ils pouvoient le déGALANT.
261
fendre. Ce Soldat dit de plus
au Roy qu'on manquoit daffuts
dans la Place,& qu'on en
falſoitavecle bois des Maiſons
qu'on a foudroyées ou qu'on
demoliſſoit exprés , ceux des
Magazins étant vermouleus. II
affura que le jourprecedant on
avoit publié dans la Place au
fon du Tabour , que le Prince
d'Orange la devoit focourir
deux jours aprés à une heure
aprés midy avee cent mille
hommes, ce qui luy ſeroitaiſe,
les troupes du Roy qui alliegoient
la Place n'eſtant pas au
nombre de plus de vingt mille
Le même Soldat dit encore
qu'ilyavoit eu plusde quaren.
te Officiers Eſpagnols reformez
tuez par le Canon depuis
qu'on avoit commencé à en
Lirer. On travailla ce jour - là à
202 MERCVRE
une Batterie de quatre pieces
pour battre un batardeau, qui
retient celle des foſſez& avant
foſſez. Monfieur alla ce jourlà
à la Tranchée , comme ce
Prince fait tous les jours , &
toute l'Armée parle de ſa
tranquillité avec admiration .
On fit une nouvelle Baterie
de vingt- cing pieces de Canon
de l'autre côté de la Ville
au quartier de Luxembourg.
Elletira à boulets rouges , &
mit le feu en pluſieurs Quartiers
de la Ville. L'infanterie
qui eſtoit de l'Armée de Mr
de Humiere arriva à S. Guillain
; de forte quele Roy pouvoitavoir
dans ſes lignes 70.
Bataillons & 230 Eſcadrons ,
Mr de Humiere pouvant ſe
rendre aiſement au Camp &
devancer les Ennemis. Si on
GALANT. 263
euſt eu avis quele Prince d'Orange
euſt dû venir , Mr de
Luxembourg auroit pris le
poſtedela Bruyere de Catteau
qui est tresb- on & qui couvrebien
les lignes , avec une
partiede l'Armée du Roy . &
il ſe ſeroit trouvé encore plus
fort que les Ennemis .
Le 28. au foir , la tranchée
fut montée à l'attaque des
Gardes parles deux Bataillons
des Vaiſſeaux , dont Mr de
Mailly eſt Colonel. Mr de
Rozen , Lieutenant General ,
eſtoit de jour. Monfieur le
Duc, Maréchal de Camp , releval'attaque
de Navarre avec
le Bataillon de Guiche , & le
troiſieme de Greder Suiffe , &
l'attaque du Rivage fut relevée
parMr le Due de la Rochegunion
avec les deux Ba.
254 MERCVRE
taillons de Boüillon. C'eſt un
Regiment de Catalans & Etrangers,
dont M. de Ximenes,
Gouverneur de Maubeuge, eſt
Colonel, Le Roy avec toute la
Couralla ce ſoir là ſur le bord
du Marais , pour voir tirer le
Canon , les Bombes , & les
Carcaffes . Le feu prit en cinq
ou fix endroits de la Ville,fans
que les aſſiegez tiraſſent un
ſeul coup de Canon ; ils ne firent
feu qued'un peu de moufqueterie.
Monfieur le Duc qui
commandoit à la tranchée fit
faire un fort grand feu de Canon&
de bombes pendant toute
la nuit ,& il fut tiré dans
cette nuit ſeule mille boulets
rouges & plus de deux cen's
Bombes ; jamais on n'avoit vû
un auſſi grand fen.Le Cuisinier
deMr le Duc de la Rocheguion
fut
GALANT. 265
fut bleſſé à l'épaule dans la tranchée
en ſervant ſon Maiſtre .
On envelopa tout l'Ouvrage
àcorne& une partie de la demy
lune de la gauche. L'angle-
faillant de cette demylune
fut écorné , & l'on fit
bréche à l'Ouvrage à corne ;
de forte qu'on ſe trouva en
état de commencer vers le
midy à combler le foſſé à la
droite & à la gauche. On
changea les Batteries , & l'on
en fit deux nouvelles qui
commencerentà tirer le matin.
Un Lieutenant de Nivernois
fut bleſſé. Mr Renaud
Ingenieur eut une groffe contuſion
au ventre. Mr Labory ,
auſſi Ingenieur , fut bleſſé au
viſage , & il y eut deux Soldats
tuez & dix où douze
bleſſez . Les Bombes ayant al-
Mars 1691.
,
M
266 MERCVRE
lumé le feu pluſieurs fois dans
la Ville , les Affiegez trouverent
moyen de l'éteindre avec
aſſez de facilité , mais à peine
l'avoient ils éteint d'un coſté
qu'il leur falloit recommencer
à travailler de l'autre. Le
29. furles dix heures du matin
Mr de Megrigny , Gouverneut
de la Citadelle de Tournay
qui estoit occupé à l'écoule
mentdes eaux, fut atteint d'un
coup de Fauconneau qui ne
luy fit qu'une contufion aux
deux bras ſans offenſer les os.
LeCheval de Mr le Chevalier
de Saint- Sens, cy- devantOfficier
des Gardes du Corps , &
qui commande depuis peu la
Compagnie des Gendarmes
de Bourgogne , fut tué d'un
coup deCanon avec cinq ou
fix de ſes Gendarmes . Le mefGALANT.
267
me Canon tua deux Cavaliers
&emporta la cuiſſe du Cheval:
deMrdu Hamel , Mouſque
taire ; un Cornete eut auſſi la
teſte emportée. Le Roy défendit
aux Mouſquetaires de.
ſe trop avancer , & depuis ce
temps- là ils n'ont plus porté
leurs facines qu'à la demyportée
du Canon. Sa Majesté
deffendit auſſi à Monfieur le
Duc de Chartres qui s'expo
ſoit trop,d'aller à la tranchée
ſans fon ordre. Il n'y avoit
ce jour là dans l'Hospital que
134. Soldats tant bleſſez que
malades . Iamais il ne s'en
eſt vû fi peu en quatorze jours
dans une Armée ſi nombreufe
Le foir , la Tranchée fut
montée à l'attaque des Gardes
, par Mr le Duc de Ven-
7
1
M 2
268 MERCVRE
doſme , Lieutenant General ,
avec le Bataillon de Vermandois
, & celuy de Toulouſe ,
Mr le Comte de Toulouſe
eſtant à la teſte , Monfieur le
Prince de Conty , Maréchal
deCamp , releva l'attaque de
Navarre , avec un Bataillon
du Perche ,& un de Fufiliers
& Mr d'Avejan , Brigadier ,
monta à l'attaque du Rivage
avecdeux Bataillons deStoupe.
Iamais Prince n'a monté la
Tranchée à l'âge de Mrle Com.
te deToulouſe , & jamais on
n'avû tant d'intrepidité avec
tantdejeuneſſe. Ce Prince auroit
bien voulu y paſſer la nuit
entiere , mais on ne luy permit
d'y reſter que quelques heures .
C'eſtoit affez pour faire paroiſtre
de la crainte , s'il cuſt
eſté capable d'en avoir. Ce
GALANT. 269
1
۱
Prince paſſa devant le Roy
d'une maniere qui charma
tous ceux qui le virent. On
cuſt dit qu'il alloit plutoſt à
quelque feſte , qu'à un lieu où
il devoit eſtre expoſé à des
coups qui n'épargnent point
ceux de fon rang. Comme
cette nuit là trois Princes
commandoient àla Tranchée ,
chacun ſe prepara à voir beau
feu. Sur les huit heures du
foir , le Roy monta à cheval
avee Monseigneur ,& toute la
Cour , & ilalla juſqu'aux Batteries
, pour voir de quelle
maniere leurs ordres ſeroient
executez. On s'en acquitta
trop bien pour les Afſiegez .
Le Clocher de l'Egliſe des
Chanoineſſes fut brûlé avec
la porte de la Nefde leur Egliſe
. On continua pendant la
M 3
270 MERCVRE
:
1
nuit à embraſfer l'Ouvrage à
corne,& à ſe bien établir dans
les logemens au bord & au l'on
du foſſé. Vn Sergent du Regi.
'ment de Vermandois qui avoit
monté la tranchée cette nuitla
, paſſa de bonne volonté le
foſſe de l'ouvrage à corne pour
le ſonder. Il eut de l'eaujufqu'aux
lévres , & obferva la
contre garde des Ennemis , &
lesOuvrages les plus avancez ..
Il trouva le terrain fort bon..
Quelques uns ayant eu de la
peine à le croire, il y retourna ,
& remporta une paliſſade de
eet Ouvrage , que noſtre Canon
avoit rompuë. M. le Prin..
cedeConty voulutluy donnercent
piſtoles. Il les refuſa endiſant
qu'il eſtoit Gentilhomme
& qu'il ne s'expoſoit que
pour la gloire qu'il y avoit à
GALANT. 271
acquerir en ſervant le Roy.Sa
Majesté dit qu'Elle auroit ſoin
deluy , & commença en luy
prometant une Lieutenance
dans les Grenadiers . Tous les
Soldats font d'une bravoure
extraordinaire , ils travaillent
àdécouvert, & portent des facines
juſque ſur le revers de la
Tranchée. Vn Sapeur fut tué
avec trois Soldats , & il y eut
un Sergent de bleſſé le 30. On
fit ce jours- là une nouvelle
Batterie de trois Mortiers , &
de trois pieces de Canon qui
tirerent dés midy. Il y avoit
alors quarante- quatre pieces
de Canon de 24. & de 33. qui
battoient la Ville. L'Ouvrage
à corne eſtoit preſque foudroyédu
Canon,mais il reſtoit
deux Ravelins qui n'en étoient
pas encore affez endommagez ..
M4
272 MERCVRE
1
1
:
1
Comme on ne pouvoit pouffer
les Tranchées plus avant, parce
qu'elles eſtoient fur le bord
du marais , on travailla à porter
des facines & dequoy faire
des gabions pour combler les
foffez . Vn de nos Partis amena
deux Cavaliers qu'il avoit pris
aux environs de Bruxelles . Ils
dirent au Roy que le Prince
d'Orange affembloit ſoixante
mille hommes du côte d'Ath,
à ce que publioient les Garnifons
de toutes les Villes . Vn
de nos Partis enleva un convoy
de dix - huit charertes
chargées de munitios de guerre
qui venoient de Bruxelles
pour entrer dans Ath , & pris
quelques Cavaliers qui leur
fervoient d'eſcorte .L'un d'eux
fut conduit devant le Roy , &
il l'aſſura que la conſternation
GALANT.
73
eſtoit fort grande dans Bruxelles;
que le bruit yavoit cour
le jour precedent que Mons
s'eſtoit rendu ,qu'on y farfois
de grands preparatifs pour les
Troupes du Prince d'Orange
qui devoient y arriver de touses
parts , qu'on y publicitque
сеPrince étoit à Breda,& qu'il
avoit déja vingt- cinq mille
hommes affemblez . Ce même
jour 30. unhomme de confiance
que la Cour avoit envoyé à
Bruxelles, en revint,& dit que
non ſeulementle Prince d'O
range n'y eltoit point , mais
mesme qu'aucun de ſes gens
n'y eſtoit encore arrivé. On
recent aufi des Lettres de Co
logne , qui diſoient qu'il
eſtortarrivé un Courier du
Prince d'Orange , pour faire:
avancer les Troupes de Brane
M
274
MERCVRE
1
!
:
debourg & de l'Eveſque de
Munster , mais que les Generaux
de ces Troupes avoient
répondu qu'ils écriroient à
leurs Maiſtres pour recevoir
desordres ſur ce qu'ils auroient
à faire. On n'a jamaisveu dans
aucune Armée , ce qui ſe voit
dans celle qui affiege Mons..
Quoy qu'elle ſoit fort nombreuſe,
il y a toujours pour quinze
jours de farine de reſte , à laquelle
on ne touche point,&
lon en faitinceſſammentvenir
pour ce qui ſe conſume chaque
jour. Les provifions de guerre
n'y ſont pas en moindre abondance,&
iuſques au 30. qui eſt
le jour où cet article eſt écrit ,
on avoit envoyé trois cens milliers
de poudre,ſept mille boulets
de vingt-quatre,trois mille
boulets rouges de huit,&ietté
GALANT..
275
prés de trois mille Bombes. Sa
Maieſté a donné à Mrle Comte
d'Evreux, l'Enseigne Colonelle
du Regiment du Roy. Mr de
Megrigny ſe trouvant mieux
deſa contufion,& n'ayant point
voulu retourner à ſon Gouvernement
de la Citadelle de
Tournay , continua à donner
ſes ordres fur ce qui regarde
l'employ qu'il a au Siege .
Le 30. au ſoir , Mr de Joyeuſe ,
Lieutenant General , montala Tranchée
à l'attaque des Gardes avec deux
Bataillons de Greder Allemand. Elle
fur montée à l'attaque de Navarre par
Mr le Grand- Prieur , Maréchal de
Camp , avec les deux. Bataillons de
Pollier Suiffe . Cesdeux attaques n'en
firent alors plus qu'une qui va à la
porte de Berthemont. La Tranchée
fut relevée à l'attaque du Rivage par
Mr Stouppe Cadet , Brigadier , avec
deux Bataillons des Gardes . Mode
Cominges efloit Aide de Camp du:
M. 6
276 MERCVRE
1
Roy. On avoit commencé le matin à
combler lefoffé de l'Ouvrage de terre
qui ſervoit de défenſe audemy-Bastion
droit de l'Ouvrage à corne, cet Ouvrage
à corne n'ayant qu'un demy-
Baſtion reveſtu à la droite , & celuy
de la gauche n'eſtant pas fair. Il y eut
huit ou neufSoldats de tuez, un Lieu
tenant des Grenadies , & une vin
gtaine de Soldats bleſſez pendant
cette journée en travaillant à combler
ce foffe. Il ſe trouva à peu prés achevé
fur le minuit , & Mr de Vauban fit
paffer deux Grenadiers de Navarre
pour découvrir s'ily avoit du monde
dans cet Ouvrage. Ils rapporterent
qu'il n'y avoit perſonne , & l'on y fit
un logement ſans perdre qui que ce
foit. Get Ouvrage eſtant plus haut
que l'Ouvrage à corne ,devoir extremoment
nuire à ceux qui l'auroient
défendu . On y devoit faire une-Batterie
, que l'on jugeoit d'autant plus
urile, qu'elle pouvoit ruiner laDemylune
qui couvre la portede Berthemont.
Un peu avant le jour , Mr de
Vauban fit monter deux Grenadiers .
GALANT.. 277
dans la Demy lune reveſtuë , dont la
face gauche avoit eſté ruinée la veille
parune de nos Batteries ,& l'ayant
trouvée encore abandonnée , il y fit
faireun logement qui patut chagrines
beaucoup les Ennemis , car ils tirerent
plus pendant une heure qu'ils
n'avoient fait pendant deux jours. Le
logement fut neanmoins achevé ſans
qu'il y euſt plus de trois Soldats blef
fez ,& un de tué. On prolongea la
ſappe le long de la chauſlée , laitlant
àdroitela Tranchée de l'Ouvrage à
corne, juſqu'à un terrain où l'on fit un
retour pour y mettre une Batterie.
Elle devoit abimer la Demy lune qui
eſt à la gauche de celle qui couvre la
porte. Il n'y avoit alors que 167: blef
ſez à l'Hôpital ,&, 136. Malades.Monſeigneur
allaà la Tranchée ſur les dix
heures, du matin , accompagné de
Monfieur le Duc de Chartres. Il viſita
avec Mr de Vauban , tous les travaux
quiavoient eſté faits pendant la nuit,
Un Soldatde la Place s'eſtant rendu..
dit que la Garnifon eſtoit fort fatiguée,
que le GouverneurLa renoit ti
278 MERCVRE
goureuſement ſans feu ſur les rem
parts ,& fans luy permettre d'entrer
dans la Ville , qu'ils avoient quantité
debleſſez , parmy leſquels il y avoit
beaucoup d'Officiers .
Le 31. au foir , la Tranchée fur
montée parMr de Bouflers , Lieute
nant General ,& Mr de Congis , Ma
réchal de Camp , avec les trois Ba
taillons des Gardes Françoiſes. L'attaque
des Gardes & de Navarre ayant
eſté unies ne doivent plus eßre appel..
lées que l'attaque de Berthemont. Mr
le Prince de Soubiſe , Lieutenant
General , ne put monter la Tranchée
eſtant indifpofé. Mr de Polaſtron ,
Brigadier , la monta à l'attaque des
Gardes avec le Bataillon de Provence,
&celuyde Solre. Cette attaque eftant
fauſſe, on ne la pouſſa que lentement.
Mr le Prince de Turenne , Aide de
Camp du Roy , eſtoit de jour. On ne
fit cette nuit-là qu'achever de ſe bien
loger ſur le bord du foffé de l'Ouvra .
ge à corne & fur la petite tenaille ,&
que voiturer des facines , parce que
pendant toute la journée on avoit tra
GALANT. 279
vaillé à perfectionner la Tranchée ,
& à élargir les logemens avancez.
Depuis dix heures du matin on avoit
continué un boyau que l'on avoit tiré
de la demy-lune , qui paſſe dans la
fauffe braye , & qui va aboutir droit
au batardean, ce qui estoit une diſpoſition
à ouvrir le paſſage qui devoit
ſervir à jetter le Pont du Radeau pour
lepaſlage du foffé de l'Ouvrage à corne.
On avoit auſſi tiré ſur la gauche
un boyau en defilant de l'Ouvrage
qu'on appelledemy Bastion , qui eſt à
noſtre égard ſur la gauche de l'Ouvrage
à corne. On tira toute la nuit
des boulets rouges qui mirent deux
ou trois fois le feu dans la Ville. On
travailla ſur la tenaille à une Batterie
de quatre Pieces pour battre l'Ouvrage
à corne. Nos Sappeurs trouverent
un Soldat Eſpagnol mortellement
bleffé , dans la ſappe qu'ils avoient
faitedepuis la Demy lunejuſques àla
Fauffle-braye . Le Roy monta à cheval
dés ſept heuresdu matin , pour voir
arriver l'Infanterie commandée par
Mr de Humieres . On l'a fait entrer.
i
180 MERCVRE
dans les Lignes , de forte qu'il ya
preſentement dans la Ligne de cir
convallation un cordon d'Infanterie
àcent quarante pas de Ligne.l y avoit
alors dans le Camp ſoixante &dix
Bataillons , & ce qu'il y a de ſurpre
nant , & qui doit paroiſtie preſque
incroyable ; c'eſt que tout s'y trouve
en abondance ,tant le Roy est bien
fervi. Pluſieurs Relations marquent
que le Camp a de l'air d'une Foire
bien garnie , où chacun peut trouver
les choſes dont il abeſoin...
ره
Le premier Avril , fur les deux
heures aprés midy, le comblement du
foſſé de l'Ouvrage à corne ayant eſté
achevé. Mr de Bouflers , Lieutenant
General eſtant de jour à la Tranchée,
envoya Mr le Prince de Turenne dire
au Roy ,que le pont ſur le foſſe eſtoit
entierement achevé ; que l'on eſtoit
logé ſur laBerme, & que ſi Sa Majefté
vouloit,le Regimentdes Gardes eſtoir
en eſtat d'emporter cet Ouvrage. 11
avoit lieu de le croire , les Ennemis .
n'ayant fait qu'une legere veſiſtance
lors qu'onavoit combléle foſſé. Mrr
GALANT . 28(
de Vauban , qui juſque-là avoit fait
differer cette attaque pour épargner
les Troupes,ayant auſſi dit qu'elle ſe
pouvoit faire ,avoit envoyé demander
permiffion au Roy d'y faire donner
un aſſaut quand il le jugeroit à
propos , ce que Sa Majesté luy avoit
accordé. Le Regiment des Gardes ,
qui estoit encore de Tranchée , & qui
en devoit eſtre relevé par les Suifles ,
fçachant la permiffion que le Roy
avoit donnée àMr de Vauban , le preffa
de permettre que l'attaque ſe fift
avant qu'il fuſt relevé ; à quoy il confent't,&
l'on nomma la ſeconde Com
pagnie des Grenadiers du meſme Re
giment ,& les trois Compagnies des
Grenadiers de ſon Regiment; Toutes
choſes eſtant preparées pour faire
reüffir cette attaque, le Regiment des
Gardes fit voir tant d'impatience de
ſe ſignaler , qu'il donna avant que les
Compagnies des Grenadiers du Regiment
du Roy fuſſent arrivées . Il eſtoit
environ quatre heures aprés midy.
Mr de Vauban expliqua luy-mefme à
Mrs de Beauregard& de Saillant,Ca
282 MERCVRE
pitaines des Grenadiers du Regiment
des Gardes , ce qu'ils avoient à faire
lors qu'ils feroient entrez dans l'ouvrage
à corne Mr de Beauregard marcha
le premier avec ſa Compagnie.Mr
de Saillant le ſuivit avec la ſienne ,&
tous les Soldats monterent avec beaucoupde
valeur. Les Ennemis ne tinrent
qu'environ demy heure, & aban.
donnerent l'Ouvrage , Si-toſt que les
noſtresy furent entrez,les travailleurs
yarriverent dans le temps que nos.
Troupes commençoient a y faire le
logement ; mais à peine eſtoit-il à
moitié fait , que pluſieurs Officiers
des ennemis ſuivis d'un gros corps ,
parurent avec des faux , à la gorge de
l'Ouvrage à corne , & en chafferent
les Grenadiers du Regiment desGardes
, dont les Officiers ont fait des
choſes ſurprenantes en cette occafion
Mrle Prince de Turenne & Mr le
Comte de Nogent s'y font fignalez ,
Mr de Cormaillon & beaucoup d'autres.
ll n'y eut pas juſques aux Sergens
du Regiment des Gardes qui ſe diftinguerent
, mais un petit nombre de
GALANT. 283
Nobleffe & d'Officiers ne pouvant
tenir contre une foule d'Ennemis qui
vint pour les accabler, ils ſe retirerent
&les Ennemis qui estoient ſortis en
foule du chemin couvert , revinrent
occuper les poſtes dont ils avoient eſté
chaſſez . Il y eut environ 20. Soldats
tuez en cette occafion , fix ou fept
Officiers tuez ou priſonniers . quatre
ou cinq Officiers bleſſez & cinquante-
cinq Soldats auſſi bloſſez & portez
à l'Hofpital. La plus pact desTravail
leurs reſterentlong- temps dans l'Ouvrage
aprés qu'il eut eſté abandonné ,
dontpluſieursont eſté tuez ou bleſſez ,
Mr de Bouflers a eſté bleſſé dans l'action
d'un coup de mousquet derriere
l'oreille, tout à l'extremité de la teſte,
mais ſa playe n'a pas eſté trouvée dangereuse.
Quelques Officiers qui eftoient
à cette action comme Volontaires
, ont auſſi eſté bleſſez , entre
autres Mr d'Albergorti d'un coup au
viſage. Le Fils aiſné de Mr de Chevreuſe
qui estoit à la batterie receut un
coup de mouſquet à la teſte quí luy a
percé lebord de ſon chapeau , qui en
284 MERCVRE
frapant la forme du chapeau ſans le
percer ,n'a pas laiffé de luy découvrir
l'os. Aprés cette déroute on fit une
cellation d'armes pour demander aux
Ennemis des nouvelles de Mr de Beauregard
, & de Mr le Chevalier de
Saillant. On apprit que Mr de Beauregard
avoit eſté tué , & que Mr de
Saillant eſtoit prifonnier. Le ſoir de
la même journée , la Tranchée fut
montée par Mr de Rubantel , LieutenantGeneral,&
Mr de Monchevreüil
Maréchal de Camp , à l'attaque de la
porte de Berthemont avec les trois
Bataillons des Gardes Suiffes . Mr.de
Vertillac , Brigadier , la monta à la
porte du Rivage avec 2. Bataillons
deNavarre. Mr le Comte de Nogent
fervoit ce jour la d'Aide de Camp du
Roy, On ne fit rien pendant toute la
nuit que de ſe bien établir dans les
logemens qu'on avoit faits ſur la Berme.
Le Roy voulant que le logement
fur l'Ouvrage à corne ſe fiſt le lendemain
, commanda pour cet effet deux
Compagnies des Grenadiers de ſon
Regiment , ainſi que du Regiment
GALANT. 285
des Vaiſleaux& de celuy de Navarre,
avec cent cinquante Mouſquetaires
commandez par Mr de Maupertuis
pour attaquer ledit Ouvrage, avec les
Suiſſes qui estoient à la tranchée. Il le
fut àdix heures du matin. Les Ennemis
au nombre de troisou quatre cens
eftoient en Bataille dans l'Ouvrage à
corne ,& à coups de piques ,de Grenades
,de faux emmanchées à revers,
ils difputerent long temps au Regiment
du Roy le haut de la Bréche
mais une autre Compagnie de Grenadiers
ayant paflé ſur le Batardeau qui
tient à la Courtine, & les Grenadiers
du Roy ayant fait un effort , ils entrerent
l'épée a la main parmy les
Ennemis , & en tuerentune grande
quantité. Pendant ce temps- là le Canon&
les Bombes ſervirentde maniere
que les Ennemis n'oferent ſe montrer
hors de leur chemin couvert ,&
le logement fut tellement aſſuré , que
Mr de Vauban manda au Roy qu'il luy
répondoit que les Eſpagnols ne remertroient
plus le pied dans l'Ouvrage à
corne. Les Ennemis ayant fait mine
286 MERCVRE
1
de revenir ,quarante Mouſquetaires
qui estoient entrez dans l'Ouvrage à
corne par le demy Baſtion de la bran->
chedroite ,les repoufferent juſques a
la Paliſſade de la demy-luneduchemin
couvert qui couvre la porte de
Berthemont. Mr de Lanjamet fit retirer
les autres par ordre exprésdu Roy
Mrs d'Artagnan & de Rigouille
eſtoient du détachement. Il yeut trois
Capitaines de Grenadiers ruez on
bleſſez . On travailla enſuite à une
batterie de fix Canons & de douze:
mortiers dans l'Ouvrage à corne, qui
devoient tirer le lendemain ſur la demy-
lune qui eſt à gauche de celle qui
couvre la portede Berthemont. Voicy
une Liſte des morts & des bleſſez ; je
ne vous affure pas qu'elle ſoit tout à
fait juſte ,non plus que la Relation
que je vous envoye , puis que je vous
écris avec précipitation dans le
temps que les premieres nouvelles arrivent.
OFFICIERS TUEZ
ou bleſſezà l'attaque de
l'Ouvrageàcorne.
Mr de Beauregard , Cupitaine de
GALANT. 287
Grenadiers au Regiment des Gardes,
tué d'un coup de Mouſquet au travers
ducorps.
Mr de Vauroiy , Lieutenant aux
Gardes, bleſſé d'un coup de Mouſquet
àla cuiffe ,&d'un autre à la jambe .
Mrde la Proderie , Enſeigne des
Grenadiers de Beauregard , tué d'un
coup de Mouſquet au travers du
corps.
Mr le Chevalier d'Haute- fort ,
Sous-L. au Regiment des Gardes ,
bleſſe de trois coups de faulx; & d'un
coupd'épée.
Mr le Chevalier Dujardin , Aide-
Major, bleffé.
Mr le Duc de Montfort, Volontaire
, bleſlé. 2
Mr de Cognée, Aide de Camp de
Monseigneur,bieffe.
Mr le Chevalier de Longueil , Aide
de Camp de Monfieur bleſſe.
Mr Contande , Enſeigne aux Gardes
, bleffé.
Onne ſçait ce qu'eſt devenu Mr le
Chevalier Deſtrade , Aide de Camp
de Monfieur le Duc de Chartres .
288 MERCVRE
F
Il y a eu auſſi quatre Ingenieurs
bleflez ,dont on ignore les noms .
Ne ſoyez point ſurpriſede voir ma
Lettre de Mars pouffée juſques au 4.
d'Avril . Je l'ay fait dans la penſée
que je pourrois y employer tout le
Journal du Siege de Mons , ſcachant
que je vous aurois fait plaiſir ,& à
tous ceux qui s'appreſtent à la lire ;
mais le temps qui preſſé , m'oblige
de la finir , Il manquera peu de choſe
à ma Relation pour la rendre complete
,& j'auray le plaiſir d'en avoir
donné une avec un trés-grand détail,
Pendant quele public eſt encore dans
la chaleur d'apprendre ce qui s'eſt
pafléà ce fameux Siege , ce qui ne
s'eſt point encore fait. Dans un ſi
grand nombre de particularitez tirées
d'une infinité de Relations, je me ſuis
peut-eſtre trompé en quelques endroits
, & puis avoir fait paſſer dans
un temps ce qui s'eft fait dans un autre
, mais ce n'est pas tout-à-fait ma
faute. Il n'y en a preſque aucune qui
ne laiſſe quelque choſe à deviner , la
pluſpart ne ſeparant pas affez les ac
tions

GALANT. 289 .
tions du matin , de l'aprés dînée , du
foir& de la nuit , & donnant ſujet de
croire que les choſesſe ſont paffées
le jour que leurs Lettres ſont dattées,
quoy qu'elles ſoient le plus ſouvent
Parrivées la veille Cela peut m'avoir
fait tomber dans quelques fautes
; mais les fautes de cette nature
ne font pas confiderables , puis
que des faits , pour eftre tranſportez
,n'en font pas moins verirables.
J'aurois pû m'empêcher de faire de
ces fortesde fautes en vous donnant
ce détail plus tard ; mais le plaifir da
vous le donner dans le temps que vous
ſouhaitez ,ſera mon excuſe. J'aurois
beaucoup de choſes à vous dire de la
priſe de Ville franche &de fon Chaſteau
, ainſi que des Forts de Saint
Sofpire ,& de Montalban, mais il ne
me reſte ny temps,ny place pous vous
en entretenir,non plus que de l'Armée
du Roy, qui arriva devant Nice le 25 ..
de Mars. C'eſt le cinquiéme Siege
qu'elle a fait avant le temps où l'on
ouvre ordinairement la Campagne..
Jeſuis voſtre ,&c.
Mars1.691 ..
LYON
i
Avispour placer les Figures.
L
'Airqui commence par, Si
vous voulezque je
cachema
lâme doit regarder la page. 61
LesJettons doivent regarder
lapage 92
L'Air qui commence par ,
Pourquoy me fuyez vous , &c. doit
regarder la page 11
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le