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1691, 02 (Lyon)
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ma.
Ex Mono
RP Cland. Francur.Mencaria
Sor-Jeni
)
807156
MERCURE
Collag.Lugd.Hi Trinit,
GALANT
DEDIE A MONSEIGNE LYON
LE DAUPHIN
FEVRIER 1691.
E
FILER
OFI
@
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere au Mercure Galant .
Avec Privilege du Roy ..
M. DC . XCI .
ܘܬ iterint M. Spud po
LE LIBRAIR E
au Lecteur.
L
'ON continue à distribuer
toutes les ſemaines le fournal
des Sçavans pour fix fols chacun
feparé ou tout entier il eft inutile
de les demander à meilleur marché.
LIVRES NOVVEAVX
da Mois de Fevrier 1691 .
Le Parfait Courtiſan & la
Dame de Cour , ind. 2. livres .
Les Sermons du Pere Cheminay
leſuiſte en deux volue
mes , ind. 3.liv . 10.f.
Les Secrets de la Beauté ,
مل
A2.
par Mr de Blegny , in- octavo
2. vol . 6. liv .
Brutus Tragedie parMademoiſelle
Bernard, ind. 20. f.
La folle enchere Comedie '
ind . 20.f.
Le Deuxiéme tome des
Satyres de Iuvenal de Monfleur
le Preſident de Sylvecane,
ind. 2.1 10. f.
Traité de la fiſtule de Lannus
, ou du fondement , ind.
20. fols .
Les plus beaux endroits de
l'Hiſtoire , ind. 30. f.
Lettre de Ciceron à Atticus
par Monfieur l'Abbé faint
Real , ind. deux volumes 4
livres.
L'hiſtoire de Philipe Emanuel
de Lorraine Duc de Mcrcoeur
, ind. 20. f.
Entretien fur ce qui forme
l'honneſte - homme , ind . 25 .
fols .
Entretiens fur l'Hiſtoire de
l'Univers depuis la Creation
du Mondejuſqu'à la Naiſſance
de JESUS - CHRIST , indouze
3. v. 4. liv.
Thomas a Kempis de la
Diſcipline reguliere , ind.20.f.
Pensées Chrétiennes fur
divers ſujets de Pieté , par Mr
l'Abbé Choiſy , ind. 20.f.
?
Intrigue du Conclave de
Rome avec la vie de tous les
cardinaux indouze 20. fols.
Avispour placer les Figures.
'Air qui commence par, La
doit regarder la page 37
La Medaille doit regarder la
page 123
L'Air qui commence par
Mon aimable Silvic ,&c. doitregarder
la page 190.
Prelude.
TABLE.
Article curieux concernant
un ancien Temple de Niſmes . 2
Lettre d'un GentilhommeAnglois,
à un Bourgmestre Hollandois ,
furle Iugement de Milord Torrington.
21
Nouvelles découvertes faites par
M. de Caffini. 32
Le Carnaval. 45
Morceau d'Histoire tres- curieux
touchant les affaires d'Ecoffe.
58
Avis àTimante. 117
M. de Vieuſſens est choisi pour
premier Medecin de Son A.
Royale Mademoiselle d'orleans
124
2
TABLE.
Morts.
Livres nouveaux.
Histoire.
126
132
138
Traduction de la réponse du Roy
de Perſe à une Lettre de l'Empereur.
155
Réponses faites au nom du Sophy à
l'Ambassadeur de Pologne . 157
Réponſe du Sophy au Pape Innocent
XI...
159
Nouvelles de Perfe.. 162
Les deux Chevres , Fable.. 167
Tiridate, Tragedie nouvelle. 170
Loteries. 172
Priſes faitesfur mer.. 175
Nouvelles des Indes. 176
Lettre de l'Abbé dela Trappeau
Roy d'Angleterre.. 183
darmerie.
Nouvelles Charges dansla Gen.
Regimens donnez vendus . 191
Autre articlede Morts, 192
M. de Noyon eft nomméparleRoy..
1
190/
TABLE.
Conseiller d'Etat Ordinaire..
283
Articledes Enigmes..
Mort duſieurAston..
187
295
Findela Table..
MERCURE
FEVRIER
THEQUE DE
1691.
LYON
*
1893 *
E
OUS avez connu ,
Madame , par pluſieurs
Articles de
mes Lettres, que depuis
le Regne de LOUIS LE
GRAND , il ne s'eſt preſque
point bâti ou rétabli d'Egliſe
neuve , que ce Monarque ne
ſe ſoit fait une gloire d'y contribuer
. Vous allez voir enco
Fev. 1691 . A
2 MERCVRE
re un effet de cette pieuſemagnificence
dans ce que je vais
vous dire d'une Egliſe de Nifmes
, que l'on a benitele mois
paffé. Celuy qui en a dreſſé
l'Article , a raiſon de dire qu'il
eſt pour les perſonnes devotes
&pour ceux qui aiment l'Antiquité
, puis qu'il y a de quoy
contenter la picté des uns , &
la curioſité des autres . C'eſt Mr
Paulian autrefois fameux
Miniſtre, & preſentement zelé
Catholique , fort eſtimé de
toute la Ville. Voicy en quels
termes il en parle .
On benit à Niſmes le 26.
Janvier une Egliſe , qui ayant
eſté autrefois un Temple des
Payens , aeſté converty en une
Maiſon ſainte , conſacrée à
Iefus-Chriſt ſous le nomde Roy
des Rois. L'ancien Temple fut
GALANT.
7
appellé par les Anciens cux
meſmesla Baſilique de Plotine .
Il y a eu un temps qu'il a porté
lenomde Caducil , qui eft un
mot corrompu de l'Italien Campidoglio
, dont les Florentins ſe
• fervent encore pour nommer
leCapitole;&aujourd'huy cet
édifice n'eſt connu parmy le
vulgaire que par ſa forme ,&
s'appelle la Maison quarrée.
C'eſt un ouvrage de l'Empereur
Adrien, qu'ilbâtit àl'honneur
de Plotine , l'an 25. de
l'Ere Chreftienne. Ce Prince
eſtant enAngleterrereceut les
nouvelles d'une dangereuſe ſe.
dition , qui s'eſtoit formée à
Alexandrie à l'occaſion du
BoeufApis. On avoit trouvé
enEgypte un Boeufavec toutes
les marquesque la ſuperſtition
des Peuples exigeoit pour re
A 2
4
MERCVRE
connoiſtre un Dieu en cet
Animal. Là deſſus on s'eſtoir
foûlevé , afin de décider le par
fortdes armes à qui ce Dieu appartiendroit
, & on eſtoitpreſt
à ſe faire la guerre , de meſme
qu'aujourd'huy dans les Indes
les Rois du Pays s'y battent
pour l'Elephant blane , qu'ils
regardent comme une eſpece
de Divinité . L'Empereur partit
d'Angleterre , traverſa les
Gaules , y laiſſa preſque par
tout des marques de fa grandeur
, & s'eſtant arreſté dans
Niſmes, qui eſtoit en ce tempslà
unedes plus grandes & des
plus ſomptueuſes Villes de
l'Empire , & pour ainſi dire ;
une autre Rome , il y décerna à
Plotine, les meſmes honneurs
qu'on luy avoit rendusdans la
Ville Imperiale. Niſmes receut
A
1
GALANT.
5
alors un nouvel ornement, qui
effaça par ſa beauté tous les autres
ornemens de la magnificence
Romaine . Adrien eſtoit
redevable à Plotine de la poſfeſſion
de l'Empire. Cette
Princeſſe avoit ménagé auprés
de Trajan une adoption
feinte ou veritable, & l'on penſe
qu'elle ménagea ſi peu ſa
gloireauprés d'Adrien , que ce
n'eſt pas fans raiſon que la poſ.
teritéa conceude grands ſoupçons
de ſa vertu. Quoy qu'il
en ſoit, Adrien conſervaſi bien
le ſouvenir de Plotine , qu'entre
les marques publiques qu'il
donna deſa reconnoiffance ,
il fit élever dans le coeur de
Niſmes un Temple conſacré
à ſa memoire. Cet édifice eſt
porté ſur trente colomnes d'ordreCorinthien,
qui ſont poſées
A 3
6 MERCURE
وي
avectant d'art , que les jointes
n'y paroiſſent pas , & les chapiteaux
(des colomnes avec la
friſequi regne autour du baſtiment,
ſont travaillez avec une
delicateſſe qui les feroit prendre
pour des Ouvrages d'Orfévrerie.
Le nomde Basilique,
c'eſt à dire , Maison Royale
qu'on donna au Bâtiment,marque
ſa ſomptuoſité,& il ne faut
pas le regarder comme une eſpecede
Mausolée pour honorer
Plotine ainſi qu'une creature
mortelle , mais proprement
comme un Temple conſacré à
faDivinité ; car les Imperatrices
avoient part aux honneurs
des Apotheoſes,de meſme que
les Empereurs , excepté que
l'Aigle paroiſſoit dans le bucher
de ceux - cy,&le Paon dans
le bucher de celles - là. Que
GALANT.
7
fes
la Baſilique de Plotine fuſt un
Temple , ſon Portique
Grotes foûterraines propres
aux miſteres de laReligion des
Payens , lededans du Temple
tout fermé ne recevant la clarté
que par leDôme,ne permettent
pas d'en douter ; mais ce
quieſt toutafait convainquant,
c'eſt un monument ſemblable
qu'Antonin le Pie élevaàl'honneur
de Fauſtine. La ſtructure
eſtoit la meſme avec cette
infcripton Dedicatio Edis
la Dedicacedu Temple , com .
me on le voit dans les Medailles
de cét Empereur. On
pourroit ſeulement revoquer
en doute , fi ce que l'on appelle
aujourd'huy la maiſon quarrée
eſt effectivement la Bafilique
de Plotine , & le meſme
Baſtiment que l'Empereur Ar
A 4
8 MERCVRE
drien éleva dans Nimes ; ou
bien , s'il n'eſt pas arrivé que
cét édifice a peri avec la Ville,
qui à peine eſt maintenantune
onziéme ou douziéme partie
de ce qu'elle estoitdans ſa premiere
grandeur ; mais je ne
penſe pas qu'on doive s'arréter
à cette dificulté : card'un cof
té , on ne trouve aucunes tra
ces de cetteBafilique dans les
anciennes ruines de la Ville ,
ny dans tout l'eſpace qu'ellea
rempli autrefois . D'ailleurs ,
lamagnificence du Baſtiment
montre affez , que ce n'en eſt
point un autre;& enfin uneinſcription
antique gravée ſur
une pierre , qui ſe voit à Aix
nous doit pleinement perfuader
, que c'eſt l'ouvrage d'Adrien
, puis que , ſi l'on confidere
un peu attentivement
GALANT. هو
trouveraſur
la face du Portique du
Temple de Plotine l'étenduë
de l'inſcription qu'on y avoit
appliquée en grands caracteres,
qui occupoient d'un boutà
autre toute la friſe , & même
une partie des architraves , on
que l'Inſcription
d'Aix s'y pourroit coucher tout
deton long , & qu'ainſi il peut
bien être que l'une n'a eſté que
l'imitation de l'autre , pour ne
par affurer que c'eſtoit la meſme.
Ce n'estqu'une conjecture,
qui ſe pourra fortifier avec le
temps . Cependant , je diray
en paſſant , qu'il y a ſujet
de s'étonner qu'entre tant de
curieux &de ſçavans ,qui
viennent tous les jours admirer
ce rare édifice , pas un
n'ait ſongé à tirer fur l'imprefſion
que les anciennes lettres
AS
10 MERCVRE
ont laiſſée ſur la pierre,la verité
de ce qui y eſtoit appliqué.
C'eſtoit la grande paſſion de
l'illustre Mr de Peyreſſe , qui ſe
ſentoit aſſez fort pour en venir
about , pourvu qu'on luy envoyaſtla
forme & la ſituation
des trous ,qui deſignent encore:
la place des anciens caracteres ...
De cette maniere ce grand
homme avoittrouvé le ſens de
quelques inſcriptions , dont
on ne voyoit que les veſtiges .
Entr'autres par des trous qu'avoient
faits les cloux imprimez
fur une Améthyste , il
avoitdécouvert que c'étoit le
celebre Graveur Diuſcorde
Auguſte , qui y avoit gravé le
viſaged'un Solon,& cela , par
le rapport que ces traces des
lettres avoientavec les lettres
meſmes . Ilenayoit fait autant
GALANT. IL
de l'inſcriprion d'un Temple à
Aſſiſe , que perſonne n'avoit
pû déchifrer. Tout de meſme
il ne faudroit pas deſeſperer de
trouver la ſignification des
marques des lettres , qui contenoientl'inſcription
de la Bafilique
, fil'on en tiroitune copie
figurée , & qu'on la donnaſt
à examiner à de bons connoiffeurs.
Maispour revenir ànoftre
ſujet la Baſilique de
Plotine fut ſauvée de la deſolation
de la Ville lors qu'elle
fut reduite en cendres
parles François , qui la prirent
fur les Sarazins. Il eſt pourtant
certain qu'ils n'avoient pas
eu la penſée d'épargner ce fu
perbe Edifice, car les fix Colonnes
qui ſoutiennent la facedu
Portique , ſont à demy coupées
imais par une heureuſe
>
A. 6
12 MERCVRE
fatalité lors que cét. Edifice
eſtoit fur le point de s'abif
mer tout à la fois , il fût pré
fervé on ne ſçait comment ,
&ainſi on conſerva un des
plus beaux monuemens de la
grandeur Romaine. En effet
on peut affeurer que ce morceau
d'Architecture , eft non
ſeulement le plus entier ,mais
eccore un des plus beaux , qui
foit dans l'Univers . On dit
que la Maiſon Confulaire de
Niſmes a poffedél autre fois
eette Bafilique , & qu'elle y
tenoit ſes aff mblées. Si cela
eft , on peut rendre raiſon du
nom de Capitole , qu'on luya
donne,car cela peut eftre arrivé
, ou à cause de la ceſſemblance
de ce Temple avec celuy
qui estoit ſur le Capitole ,
ouparce que comme le Senar
!
GALANT.
13
Romain s'aſſembloit fort fre
quemment dans le Capitole ,,
le Senat Niſmois avoit voulu
impoſer le meſme nom au
lieu de fes Aſſemblées. Quoy
qu'il en ſoit , ce riche édifice:
que la colere du vainqueur
avoit reſpecté , a penſe peric
par la negligence du Citoyen ,,
puiſque la fortune de cette
Maiſon , digne ſeulement de
logerdes Dieux , a eſté ſi deplorable
, qu'on l'avoit miſe
aux uſages les plus abjets , &
on l'avoit tournée d'une maniere
, qu'elle ſervoit de loge.
ment à de ſimples particuliers
, qui ayant ajoûté du
Baſtiment moderne à la truture
antique , en avoient
fait un ridicule composé , &
un monſtre d'Architecture .
Mais voicy le glorieux chan- 1
14 MERCURE
i
gement qui eſt arrivé à cette
Maifon. Ellea paffé entre les
mains des Religieux Auguftins
, qui ont obtenudu Roy ,
non ſeulement la permiffion
de bâtir à la charge de ne point
toucher à l'ancien, ouvrage ,
mais encore Sa Majeſté leur a
acordé liberalement des ſomes
confiderables pour reparer cet
édifice ,& le remettre dans ſon
ancienne ſplendeur , de forte
que toutce qui le rendoitdifforme
ayant eſté abatu,on a redonné
àtoutle dehors de laBa
filique ſa premiere beauté.Pour
lededans qui estoit tout brut,
onl'a entichi de tous les ornemens
dont le lieu eſtoit capables
&dans le petit efpace qu'onas
voit à ménager,on y a pratiqué
avec beaucoup d'art & de dé
licateſſe un Choeur ,des Cha
GALANT .
:
pelles , des Galeries , & generalement
tout ce qui entre dans
la compoſition d'une Eglife ,
qu'on veut rendre également.
commode & agréable . Tout
cela eſt un fruit de la prudence:
& dela picté deMr de laMoignon
de Baville , Intendant de
Juſtice en Languedoc. Ce ſage
Magiſtrat , ſecondant les intentions
du Roy,a donné tous
ſes ſoins pour la perfection de
cetouvrage vrayment Chref
tien , qui doit ſurpaſſer autant
endurée celuy des Romains ,
qu'il le ſurpaſſe en ſainteté ,
& qui vaapporter plus de luf
tre à l'Empire de Louis le
Grand , comme reſtaurateurde
la Baſilique de JESUS CHRIST ,
que n'en receut l'Empire d'Adrien
de la Baſiliquede Plotine.
Cefera une occaſion àtous les.
16- MERCVRE
Eſtrangers , qui vont rendre
hommage à la grandeur des
Romains , enviſitant cette Baſilique
, d'admirer l'ouvrage
des François, & on y trouvera
plus de matiere pour la gloire
du Roy Tres Chreſtien , que
pour les Eloges de l'Empereur
du Paganiſme.. Volontiers je
donnerois à cette nouvelle
Egliſe le nom de Bafilique de
Jeſus Chriſt , parce qu'elle eſt
devenuë comme ſon Palais ,
puis qu'elle luy a eſté conſacrée
ſousle nom de Roy des
Rois. C'eſt pourquoy on a mis
à l'Autel unTableau,qui repreſente
l'adoration des Mages
avec cette inſcription au deffus
, Regi Regum , au Roy des
Rois , & c'eſt en cela qu'il faut
admirer la juſteſſe d'eſprit de
Mr de Baville , quia fait con
GALANT. 17
facrer à Jeſus - Chriſt , comme
Roy des Rois, une Maiſon qui
portoit le nom de Bafilique.
On ſçait que les Baſiliques ef
toient proprement la demeure
des Rois ; mais ce nom à cauſe
de ſa magnificence ayant eſté
tranſporté aux Temples des
Payens , les Chreſtiens n'ont
point fait de ſcrupule de retenir
le nom , après avoir
changé l'uſage de la choſe ,
repurgé ces lieux profanes
par une eſpece de Baptefme ,
pour me fervir des vieux termesdes
Confecrations . Delà
vient que la Bafilique des
Apoſtres a gardé à Rome le
nom qu'elle portoit avant fon
changement , car elle s'appelloit
Baſilique ,lors qu'elle eſtoit
unTemple des faux Dieu. Il
en eſt de mesme de pluſieurs
18 MERCVRE
C
autres Eglifes Telle eſtoit cet -
le, qui vient d'eſtre conſacréeà
Jeſus- Chriſt le Roy des Rois.
La confecration en fut faite par
Mr l'Eveſque de Niſmes. Le
merite de ce Prelat donnoit
du poids à cette action de
picté. Mr de Baville aſſiſta à
cette Ceremonie avec tout ce
qu'il y a dans Niſmes de perſonnes
diſtinguées. Il eſt certain
que lors que la Muſique ,
qui estoit fortbonne , entonna
ce Divin Cantique Cantate
Domino canticum nouum : Chantez.
au Seigneur un Cantique nouveau ,
elle fit retentir la voûte de cette
maiſon ſanctifiée avec une fi
aimable ſurpriſe , que le coeur
ne pût refuſer ſes tendreſſes
en une occaſionoùl'on voyoit
conſacrer à Jeſus-Chriſt le Palais
de ſa demeure par des
GALAN T.
chants ſacrez, auſquels les Anges
toujours preſts à louer leur
Createur joignent leur voix
dans le ſejour de la gloire ; &
de cette maniere on vit reparer
l'impieté de tant d'Himnes
profanes , qu'on chanta ,
ſelonle temoignage de l'Antiquité
, dans ceue Bafilique
lors qu'elle fut conſacrée à la
memoire de Plotine. Ces
fortes d'évenemens ne ſont pas
d'un grand éclat parce qu'on
en juge moins par le coeur
que par l'eſprit. Toute fois
pour peu qu'on ait de fentiment
de picté on ne peutqu'eſ.
timer une folemnité , où l'on
voit que l'Arche de Dieu
renverſe encore une fois le
Dagon des Philiſtins, où Jeſus-
Chriſt , le Dieu vivant& vray,..
eſt adoré à la place des Idoles
20 MERCVRE
fes faints Autels font dreſſez
fur les autels profanes des
Payens ,où ſon ſaint Nom eſt
reclamé au lieu des fauſſes Divinitez
. C'eſt ainſi que la foy
Catholique , aprés avoir triomphé
de l'hereſie , dont Nifmes
eſtoit comme le centre ,
remporte ce nouveau trophée
fur le reſte du Paganiſme. Aprés
cela, il fauteſperer , que
puis que la pieté du Roy s'ap.
plique à faire regner par tout
Jeſus Chriſt le Roy des Rois ,
fonfecours ne luy manquera
pas : qu'ilrendra ſes armes victorieuſes
, & le fera triompher
detous ſes ennemis , qui s'op .
poſent autant aux progrés du
regne de Dieu , que Sa Majefté
en procure l'avancement.
L Le plaifir que vous prenez
àlire tout ce qui s'écrit ſur les
GALANT. 21
affaires du temps , m'oblige
à vous envoyer la Lettre ſui
vante. Elle eſt extrémement
eſtimée,&je ſçay qu'elle vous
fera plaifir
LETTRE
D'un Gentilhomme Anglois
à un Bourgmeſtre Hollandois
ſur le lugement de
Mylord Torrington .
TRADUITE D'ANGLOIS.
MONSIEUR ,
Eftoit - il poſſible que vous pusfiezvous
attendre à voir Mylord
Torringtonfacrifié à leurs Hautes
Puiffances ; & puis que vous nous
avezcrut affez laches pour vous
f
1
ΣΣ MERCVRE
產
avoir laissé bien battre , pouviez
vous croire que nostre lâcheté iroit
affez loin pour vous abandonner un
OfficierGeneral , un Gentilhomme,
enfin un Anglois ? Vous en aviez
déja trop fait , & on s'attendoit
meſme que vous n'approuveriez pas
que vos Officiers aussi-tost aprés la
Bataille Navale , fuffent allez
commedes enfanspleurer autourde
la Reine, pour luy dire que les François
les avoient battus , & s'en
prendre au premier venu , Quand
donc on vous a vû pouſſer vostre
vangeance jusqu'à demander la
teste de Mylord Torrington,croyez .
moy , Monsieur , l'amitié des deux
Nations n'est passiancienne, qu'ellen'en
ait esté fort refroidie. si
d'un coup defifflet on a mis enpieces
chezvous deuxgrands Hommes,
dont jene puis m'empefcher d'honover
la memoire , tant je suis mau",
GALANT .
23
wais Courtisan , icy on ne va pas
toujourssi viste sur tout quand il
s'agit de donneratteinte aux Loix
qui aſſurent nos vies&noftre liberté.
Vous avezvû que nous n'avons
paseu beaucoup de peine à laiſſer
renverſer toutes les autres, qui cons
cernent lafucceffion à la Couronne,
la forme du Gouvernement , &
mesme la Religion ; mais quelque
confiance que nous ayons priſe au
Maistrequenous nous sommes donnè
, nous avons compris par une
experience affez courte durant la
Suſpenſion des premieres, que noftre
liberté& nos vies estoient mieux
entre nos mains, qu'entre lesfiennes
ouentreles vostres. Peut- estre que
dans laviſite qu'il va vous rendre
ilse trouvera quede pareilles Loix
vous feroient affez commodes
quelques - uns de ceux qui ont
opinéàdemander la tefte de My
24 MERCURE
lord Torrington , pourront estreaffez
embarraſſez à Sauver la leur ,
quand le Stathouder Roy fera ju-
Sticedes vivres caffées d'un Concuffionnaire
de Roterdam. Ilsferoient
bien étonnez ſi quelques Angloisde
la Flote, quand ce ne seroit que
pourse divertir & leur rendre la
pareille , alloient paroiſtre là comme
témoins : Leurs dépositionsne
feroient elles pas auſſi bonnes que
celles de vos Officiers ? Ellesseroient
au moins auffi vrayes que lapluspart
de ce qu'ils ont dit pour noircir
lareputation deMylord Torrington
pour rendrefafidelitéſuſpecte , &
enfin pour le faire perir. Affurement
, ces Messieurs ont faiten
cette occaſion un indigne perſonna.
ge. S'ils estoientpersuadezqu'il euft
manqué de fidelité ou de courage,
ne suffisoit- il pas de le couvrir de
confusion par leurs reproches , puis
que
GALANT.
25
que s'il estoit auſſi lâche qu'ilsse
l'imaginoient , ils ne devoient pas
craindre qu'il leurfist mettre l'épée
àla main ? Mais nous n'aurions
jamais cru que depuis ce temps-là
sousvos ſoins cuffent esté employez
àchercherdans desdétours de chicane&
deprocedure, la vangean,
ce que vous aviez demandée, d'abord,&
quevous auriezobtenue,
finos Loixne l'euffent mis à couvert
devoſtre mauvaise humeur.
Vous nous citerefzans doute la
Lettre du Comtede Notingham ,&
toutes tes belles promeſſes qu'elle
contient. Il voudroit preſentement
ne l'avoir pas écrite , &ilſeſouviendra
peut estre longtemps de
Son petit Ministereſous laRegence
de la Reine pendant levoyaged'Irqui
luy peut attirer des lande
,
affaires pour le moins auſſi facheufes
que celles dont Mylord Torring-
Fcv.1690. B
4
26 MERC VRE
ton vient defortir avec honneur ,
car il eft occupé àfolliciter un Acte
d'indemnité pourſe justifier , non
pas de poltronnerie& d'infidelité ,
mais d'un peu trop de hardieffe&
d'obeiſſance aveugle àfigner des
ordres contraires à ces Loix qui
affurent nostre liberté contrelePouvoir
Arbitraire. Ilsedéfendfurles
ordres exprésde laReine , ce qui ne
ſignifie vien parmy nous , &Sçait
bien, estantforti d'une Famillede
Robe , que si elle ne peut estre recherchée
pour tant de procedures
arbitraires ,son trop fidelleMiniſtre
pourroit bien l'estre , quand
ceneseroit qu'en reparation d'inju.
res , parceluy qu'il a diffamé publi
quement survos Memoires comme
untraistre & un poltron , & qui
néanmoins vient d'eſtre déclaré
innocent. Mais enfin cefont-làfes
affaires , &il s'en tirera comme il
lentendra.
GALANT.
27
Pourcequi concerne la Reine,
dont vous faites tant valoir les
premiers reſſentimens pour justifier
vostre conduite , iln'est pas difficile
decomprendreque dans la conſternation
où ellevousvoyoit, ellevous
traita à peu prés commeune bonne
merede Famille traite en certaines
occafions des domestiques devenus
infolens parce qu'ilsse croyent nea
ceffaires , en donnant le tort aux
enfans de la maison; mais elleſçad
voit bien ce qu'elle faisoit , &les
ordres qu'elle avoit donnez à My-
Lord Torrington. Vous en estes pred
fentement informez, puis qu'ils ont
eftéproduits auprocez, Si elle vous
avoitpromis de le punir , ne vous
a- t- elle pas tenuparole ? N'est-ce
pas une assezgrande punition de
tenirun Seigneur en prison durant
prés defix mois , & de lefatiguer
luy & ses amis en renvoyantfon
B2
28 MERCURE
affaire d'une chambre à l'autre ?
On trouve en ce pays- cy que la punition
a estéfort ſevere ,àproportion
de ce qui s'est passé à l'égard
de Mr de Valdeck , qui meritoit
pour le moins autant voſtre indignation
que Milord Torrington ,fur
qui vous n'aviez pas lemeſme droit
puis qu'il n'est pas voſtre Officier.
Vous luyavezdonnéaffez d'inquieindepour
ne luypas ofter le plaisir
deſemocquer de vous àson tour,&
faire connoîſtreau public&àses
amis quevos plaintes estoient mal
fondées , puis qu'il en afi bien convaincu
les fuges qu'ila eſtè abſous
tout d'unevoix , même sur ladéposition
des témoins que vous avez
produits,fans avoir besoin defaire
entendre les ſiens.
C'est àvouspreſentementàvous
jaſtifierfar lesreproches qu'il vous
afaits , fur tout d'avoir este tres.
GALANT. 29
mal informez des forces de nos ennemis
, &de nous avoir trompez.
Qui peut vous défendrefur cet article,
puis que tous les avisdel'estat
des affaires de France fur lesquels
les Alliez ont pris leurs mesures ,
croyant aisément qu'elles estoient
velles qu'ils les fouhaitoient , ſont
venus de Hollande? Les Ministres
des Alliezen ont rempli leurs depêches
,&vos libelles ont encheri
fur la matiere. Enfin vous nous
aviez tant de fois aſſurez que la
Flote Françoise n'oferoit paroître
devant les nostres, quesinousavons
ouvers lesyeux , cen'a esté que lors
qu'il falloit que nostre Flote ou la
vôtre perift. Que pouvoit donc
faire Mylord Torrington ,finon de
Vous recommander à Dieu& avoUS
mêmes, pour fortir d'une intrigue
dans laquellevous nous avieztemerairement
engagez? Vous auriez
B 3
30
MERCVRE
voulu ſans doute en pouvoir faire
autant : mais puisque c'est une affairefinie
, vousferez bien de n'en
pas témoigner tant de chagrin.
Cela donneroit lieu de croire que
vous voudriezfaire ici les Maistres
&on en est déja perfuadé. Si on
vous avoit promis un châtiment
plusfevere de Mylord Torrington,
vous connoissezceux qui vous l'ont
promis , &vous devez croire qu'ils
v'ontpù le faire. Quand ils pourront
vous contenter sans mé
contenterles Anglois, nevous attendez
pas à tout ce qu'onvous
pourra promettre. Continuezau
contraire à nousfervir de modeles
de soumiſſion & d'obeiſſance , car
nousn'avonspas encore affezprofite
devos bons exemples pour n'avoir
pas besoin d'estre ménagez. Auffi
vous voyezque le Roy vous laisse
depuis près de trois ans ſur vêtre
GALANT.
31
bonnefoy , au lieu que durantfon
voyage d'Irlande ila fallu ici mettre
huit ou dix mille hommes en
prison,oumesme ils n'étoientpasfi
fages que vous estes dans les Cabarets.
Nefongezdonc plus à MylordTorrington
que pour le respecter
&fionvous a delivrezdela crainte
de luy obeir, en luy oftantfa Commiſſion
penfez que vous aurez affaireàses
Juges , àses Amis ,&
àſes Camarades. Puis que lavangeance
que Milord Notingham
vous avoitpromiſen'apas estéfaite,
tâchez à la prendrefur nos Ennemis
communs , comme il vous y
exhortoitparfa Lettre; c'est affurément
le meilleur expedient, quoy
que peut-estre ce neſoitpas le plus
facile. Mais au moins ne vous laif-
Sez pas battre par dépit , comme
l'annéepasséevousfuſtes battuspar
présomption. Jesuis ,&c.
B 4
32
MERCURE
L'illustre Mr de Caffini , de
l'Academie Royale des Sciences
, a fait à l'Obſervatoire
Royal de nouvelles Découvertesdans
le Globe de Iupiter ,
queles Sçavans de vôtre Province
ſeront bien aiſes d'apprendre.
En attendantque ſes
Obſervations fur les changemens
de cette Etoile , paroifſent
dansles Ouvrages de l'Academie,
auſſi étenduës qu'elles
doivent l'eſtre , il s'eſt hâté
d'en donner un Effay au Public
, afin que les Aſtronomes
en eſtant avertis , puiſſent obſerver
ces changemens tandis
qu'ils ſe laiſſent remarquer. La
premiere Découverte regarde
le changement journalier des
diverſes bandes de Iupiter. Mr
de Caſſini dit que le 14. du
mois de Decembre dernier , à
GALANT.
33
quatre heures vingt minutes
du ſoir , on ne voyoit que deux
bandes obſcures dans le diſque
de cette Etoile , qui estoient
peu éloignées de ſon centre ;
l'unedu coſté du Septentrion ,
l'autre du coſté du Midy ; que
la Septentrionale qui paroiſt
preſque toujours , eſtoitla plus
large ; qu'il l'a toûjours veuë
depuis quarante ans qu'il obferve
lupiter , & qu'elle doit
eſtre une de celles qu'on a
vûës depuis l'an 1630. tantoſt
au nombrede deux , & tantoft
au nombre de trois ; que la
bande meridionale eſtoit un
peu plus étroite ; qu'à quatre
heures vingt huit minutes , il
paroiſſoit comme une Iſle blanche
dans le milieu , & qu'en
meſme temps il parut un veſtige
d'une bande plus Septen
BS
:
34
MERCVRE
trionale , étroite , éloignée de
la pluslarge un peu moins de
ſon épaiſſeur. Cette bande, dit
il, paroiſt auſſi tres ſouvent ,
mais elle ne s'étend pas toujours
juſqu'aux bords de lupiter
, & on la voit quelquefois
manquer du coſté d'Orient , &
d'autres fois du coſté d'Occident.
Il parut auffi dans le bord
oriental de Iupiter, dans ſa partie
meridionale, qui estoit fort
claire , un commencement
d'une quatriéme bande obſcure,
qui s'avançoitpeu à peu
entierement du bord occidental
: ce qui luy a faitjugerqu'il
y a dans Jupiter des bandes
interrompuës , qui entrent &
fortent dans le diſque apparent
de Jupiter par fa revolution
autour de ſon axe , qui ſe fait
enmoins dedix heures.Le 16...
GALANT.
35
Decembre à fix heures du ſoir,
non ſeulement il vit retourner
la meſme bande meridionale
dela mesme maniere , mais il
en vit paſſer une autre entre
celle- cy& la meridionale plus
proche du centre , & au delà
des deux bandes Septentrionales,
ilenparut encoreunetroifiéme
, de forte que l'on vit
dans Iupiter trois bandes obſcures
meridionales , & trois
autres ſeptentrionales , toutes
paralelles entre elles. Dans
l'interſtice , entre les bandes
meridionales & les ſeptentrionales
qui eſtoit aſſez large , il
parut auſſi le meſme jour à fix
heures trente- huit minutes du
foir ,une bande oblique qui
paſſoit par le centre , & ne ſe
voyoit que dans la partie occidentale
, declinant beaucoup
B 6
36 MERCVRE
du coſté du midy,qui eſt la pre
miere qu'il ait jamais obfervée
avec une obliquité ſi ſenfible
; ce qui fait connoiſtre
que non ſeulement il y a des
bandes interrompuës qui retournent
par la revolution de
Iupiter autour de ſon axe ,
mais qu'il s'en forme de nouvelles
d'unjour àl'autre. Aprés
avoir obſervé dans la partiemeridionale
de Iupiter trois bandes
obfcures paralelles entre
elles ,& une quatriéme oblique
avec leurs intervalles clairs
Mrde Caffini vit le 20. Decembre
, depuis fix heures &
vingt minutes juſqu'à huit
heures du foir , ces intervalles
entierement effacezà làreſerve
d'un,dont il reſtoit une partie
du coſté d'Orient , qui faisoit
une apparence ſemblable àcel
D
GALANT.
37
le de l'Italie , placée entre la
mer Adriatique & la mer de
Toscane , tout le reſtedela parsie
meridionale du Diſque apparent
de Iupiter eſtant comme
inondé d'une obſcurité
uniforme , parfemée de quel
ques petites (Ifles . Les bandes
plus permanentes dans le difque
de Lupiter font quatre ,
deux du coſtédu Septentrion,
dontl'une eſtla bande la plus
large , qui s'y voit toujours ;
l'autre eſt l'étroite , qui s'y voit
le plus ſouvent; & deux du cofté
du Midy , qui ſont quelque-
•fois plus larges que la bande la
plusSeptentrionale,& quelque
foisétroites..
La ſeconde Découverte de
Mr de Caſſioi eſt d'une nouvelle
tache dans Iupiter. Il y a
plusde vingt cinq ans qu'ily
38
MERCVRE
6
en parut une ronde , adherente
à la partie la plus meridionale,
du coſté da centre apparent
, dont les obſervations.
luy ſervirent à trouver la periodede
la revolution de lupiter
autour de ſon axe , de
neufheures cinquante fix minutes.
Cette tache , aprés avoirparu
les ſix derniers mois
de l'année 1665. s'éfaça l'année
ſuivante , & parut de nouveaudepuisle
commencement
de l'année 1672. juſques àla fin
• de 1674.Pendant ce tems la ,on
fit à l'Obſervatoire Royal des
obſervatios qui fervirent à déterminer
ſa periode avec plus
de préciſion, l'ayant trouvéede
neuf heures cinquante-cinq
minutes& cinquante & une
on cinquante deux ſecondes .
Elle diſparut de nouveau ,&
GALANT . 39
recommença de paroiſtre en
1677. aprés quoy elle a par
& diſparu pluſieurs autres fois
On la vit encore fur la fin de
Novembre dernier & au com
mencement de Decembre ,adherente
à la meſme bande plus
meridionale, & le s .. de ce memois
de Decembre , à cinq
heures 25- minutes du foir,Mr
deCaffini fut furpris de voir
unenouvelle tache plus obſcure
que l'ancienne , adherente ,
non pas à la bande plus meridionale
de Iupiter , mais à la
moins , meridionale du coſté
du centre dont elle eſtoit fort
proche. Elle estoit alors de figure
ronde ,& à peu prés égale
: àl'ombre du troiſiéme Satellite,
dont le diametre eſt un peu
plus grand que la vingtiéme
partiedu diametre de Iupiter ,
40 MERCVRE
qui occupe plus de fix degrez
de ſa circonference ,& en oc
cuperoit plus de ſoixante &
trois de la circonference de la
terre , autant à peu prés qu'en
occupe toute l'Afrique. Il obſerva
pendant une heure le
cours de cette tache , qui alloit
versle bord occidental de Iu
piter , & elle en eſtoit peu éloignée
, quand les broüillards
l'empêcherent de la ſuivrejuſ
ques à ſa fin mais il eut la commodité
de l'obſerver pluſieurs
fois à fon retour , & d'en confi
derer le mouvement.
Depuis le s . de Decembre
juſques au 23 il tâcha toûjours
d'obſerver les retours de la
nouvelle tache an milieu de
Iupiter , & remarqua que ſes
revolutions, anticipoient celles,
de la tache ancienne da
GALANT.
4F
1
cing minutes chacune ; de
forte que la revolution de la
nouvelle tache parut eſtre de
neuf heures cinquante & une
minutes , negligeant quelques
ſecondes. Cette nouvelle tache
ne conſerva pas la meſme
figure qu'elle avoit au commencement.
Aprés quelques
jours en retournant au milieu
de Iupiter , elleparut en forme
de croiſſant , dont les pointes
tournoient vers la bande à laquelle
elle eft adherente. Aprés
quelques autres revolutions ,
elle parut avoir la figure Af.
tronomique duTaureau , dont
les cornes tournoient vers la
meſme bande. Enſuite , cette
meſme tache parut diviſée en
troistaches peu éloignées l'une
de l'autre. La premiere vers
l'Occident eſtoitla plus petite
&la plus adherente à labande.
42
MERCVRE
:
La ſeconde eſtoit la plus grande&
plus détachée de la bande
vers le Septentrion ;& la troiſiéme
plus Orientale eſtoit la
moyenne en grandeur , & un
peu plus proche de la meſme
bande. Trois jours après , ces
trois taches firent enſemble la
figure d'un chevron d'armoiries
, dont la pointe eſtoit
tournée vers la bande , & l'efpace
adherent vers le centre
avoit comme l'apparence d'une
Montagne claire ,dont la tache
feroit l'ombre. Le 23 Decem
brecette tache parut fort longne
Elle estoit precedée d'une
tache ronde , & fuivie d'une
autre d'une figure fort irreguliere
, qui en eſtoit éloignée de
la neuvième partie du diametre
de Iupiter.
Le 13.dumesme mois,aprés
GALANT.
43
}
;
c
, une
qu'on cut veu dans Iupiter
cing band s, deux Septentrionales
&trois Auſtrales
heure aprés il n'y reſta que les
deux bandes plus proches du
centre,& un veſtige tres-foible
de la Septentrionale étroite.
l'interſtice clair entre les deux
bandes qui reſtoient entiere
du coſté'd'Orient , deux petites
taches rondes & noires adherentesà
cesbandes l'une contre
l'autre qui s'avançoient vers
le centre,& qui ſe trouverent
au milieu de Iupiter àſept
heures quarantecinq minutes
du foir , où elles retournerent
enſemble le 15. à neuf heures
ſeptminutes. Je vous rapporte
le faitdans les meſmes termes ,
donts'eſt ſervy Mr de Caffini ,
qui finit ſes Obſervations en
diſantque lupiter luy a paru
44
MERCVRE
autre fois de figure un peu ova
le ,dont le plus grand diametre
tendoit d'Orient en Occident ,
& que preſentement il luy
paroiſt rond , ce qui eſt une
marque qu'il y a eu du changement
dans ſa figure. Ceux
qui voudront voir les ſçavans
raiſonnemens qu'il fait ſur ces
découvertes , les trouveront
dans cet Eſſay d'obſervations
qu'a imprimé le Sr Cuſſon ,
ruëS. Jacques...
Le temps où nous ſommes
rend de faifonla piece que
vous allez lire. Elle eſt deMr
de Vin , dont tous les Ouvrages
ont eſté de voſtre gouft..
GALANT.
45
LE CARNAVAL.
E
N bonnes gens Saturne &
Rhée
Dans leur Cielvivoient à l'écart
Et courbezfous leurs ans , ne prenoientplus
depart
Aux honneurs du vaſte empyrée.
Làcontens l'un de l'autre , & toujours
de loiſir ,
Ils s'embarraſſoient peu des affaires
du monde ,
Etsefaisoienttousdeux unſenſible
plaisir
Deleur vieille tendreffe ,&de leur
Paixprofonde.
Làny bruit , ny procez ; là dufer ;
dupoison ,
Pour augmenter ses biens , pour
perdreune Rivale ,
t
46 MERCURE
On ne connoiſſoit point la fureur
infernale ; (raison.
Tout s'y regloit au gré de la droite
Comme despaffions elle y domptoit
lafougue ,
Laſanté, la vigueur enfaisoit les
tresors ,
Et l'onn'y couroit point aux Eaux
d'Aix , ou de Pougue.
Làde concert l'ame & le corps
Suivoient tranquillement l'ordrede
lanature.
Là l'unſans cruditez , & l'autre
Sans chagrins , ( vains ,
Sepaſſoit dusecours, &des remedes
D'Hypocrates&d'Epicure.
Là ny transports bouillans , ny rubarbe,
ny bains.
Lànulle adreſſe criminelle ,
Nulsenvieux , nuls ſeducteurs
N'y tendoient des panneaux , n'y
corrompoient lesmoeurs.
Làtoujours l'amitié reciproque &
fidelle
GALANT . 47
Parloit à coeur ouvert làſe voyoit
encor
Cette bonneſtepudeur de l'heureux
Siecle d'or.
Là regnoient en un mot , sans
trouble,fans malice ,
La probité, la foy , la paix, & la
justice.
L'inconstance par tout ailleurs
L
Duplaifir le plus grand alteroit les
douceurs .
Tel qui couroit après le fuyoit par
caprice
L'airmesme trop aisédont ilſepro.
duiſoit.
En émouſſoit la pointe ,y rendoit
infenfible ,
Et l'Ennemy leplus terrible
Qu'il eust, estoit l'excezquechacun
enfaisoit.
Onjuge, on voitpar là quelle en est
Lamanie ,
Et de làvint que les Dieux las
48 MERCVRE
Du Nectar& de l' Ambroisie
Ne trouvoient plus de goust dans
leurs divins repas .
Envain Silene de la treille.
Leur offre la liqueur vermeille ,
Et,pourla rafraiſchir ,faneige&
Sesglaçons ,
Envain Neptuneſes poiſſons ;
Envain & Vertumne & Pomone
Leurs fruits d'eſté, ceux de l'Automne;
Envain Panfon gibier , en vain
Cerès la blancheurdeſonpain ,
Ils enfont dégoustez , & rien ne les
contente.
Enfin Minerve la prudente
D'un airgay se leve , & leur dit ,
J'ay veu quelquefois dans lemonde
Des Princes rebutez de leur table
Seconde
Sur un morceau de boeufretrouver
l'appetit ,
Etnouspouvons,fi bon vousſemble,
PAY
GALANT.. 49
Pardes meistout nouveaux nous regaler
ensemble.
Chez Saturne allons de cepas ;
Ilvitgroſſieremei deméchanteden
rée ,
Et, pour nous ragouster, mangeons ;
jusqu'aux Chats
Qu'en guise de Lapins luySertfa
FemmeRhée.
Ceconſeilfit trembler lesjeunesde
licats.
Peus'enfallut qu'ilsn'envomis-
Sent.
Acenomfeulſaiſis d'horreur
Venus& Phoebus en fremiſſent ;
Ganimede en a mal au coeur,
Cemignondu Lanceur defoudre
Hebé, ny Cupidonne pouvoientse
refoudre
Amanger de ces Lapins-Chats.
Et tous invectivoient tout bas
Contrecettefaçondeviure.
Maisbien moins friand qu'eux le
redoutable Mars
Fev. 1691. C
so
MERCVRE .
Lettant fur euxd'affreux regards
Lesforça bien-tost de le ſuivre.
Lapartie arrestée,on veut l'executerMomus
toujours bouffon,dit lors
àlupiter,
Ilfaudroit chez Saturne aller en
mascarade,
Et nous déguiser à peu prés
Del'air que nous estions, quand du
fier Encelade
Nousvoulions éviter les traits.
Leplaisir enferoitpluspiquant, &
moinsfade.
D'ailleurs, chezlebon homme on ne
८
nous voitjamais :
Nous le laiſſous en proye àsa triste
vieillesse,
Etfans mesmedu moins cacheravec
adreffe
Lemépris trop honteux que nous
faiſons de luy ,
On le neglige , on l'abandonne ,
Comme cesmalheureux qui ne souchent
personne. :
GALANT.
:
Quediroit il donc aujourdhuy
D'uneviſiteſi nouvelle ?
Qu'on traite, si l'on veut, cela de
bagatelle ,
Maraison,n'en déplaiſeauxfots,
N'en sera pas pourtant moins
bonne ,
Et, Saufmeilleur avis,ilmesemble
Àpropos
Deprendre unpretexte. Bellone
Applaudit àMomus de la main&
desyeux,
Etsejoignant àluy, trouva bon que
lesDieux
Fiffentpaffer cettepartie
Sous la fauffe couleur d'une galanterie.
Ainfidit, ainfifait. Onsemasque,
l'onpart ,
Et fuivant àla file un burlesque
Etendart,
Toute leur troupeàpied, du dégouft
qui l'obſede.
C2
52
MERCVRE
4
Enfolâtrant court chercherle remede.
Le bon Saturne un peusurpris
Decettefolle Mascarade ,
Ness''eenspromitd'abordde
fon Fils,
lapartde
Quequelquenouvelleincartade :
Maisfi- tost qu'ileneut appris
Le motif& la cause , il reprit ſes
4 esprits,
Et leurfaisant fort bonne mine
Les conduisit luy- mesme ensamaigrecuisine.
Là poussez,soit par lesuccés
Qu'ils s'estoient tous promis du con
SeildeBellone;
Soit parlafaim qui lors learfitfentirſestraits
,
Et qu'un peu d'exercicedonne,
Soit par la nouveauté du mets,là ,
dis-je,enfin
Jufques à s'arracher le morceaude
lamain ,
GALANT . 53
Ils fe ruerent tous, quelle qu'en fuft
la cause ,
Sur un affreuxgigot de Boeuf,
Que Rhée avoit mis àla dobe ,
Iupiter Et , plein commeun oeuf,
Iura qu'iln'avoit deſa vie
Avec tant d'appetit mange de
IAmbrosie.
Les Guignards & les Ortolans
Auroient eftépour eux moins doux
moinsfucculens.
Ils en lechoient leurs doigts,&jamais
Sacrifice
Nefut au plus friand des Dieux
Si touchant,ſi delicieux ,
Que ce gigot de Boeuf assaisonné
d'épice.
Legrand Comus,Dieu des ragouts
CeDocteur en cuisine aux Noces de
Pelée [ de gousts ,
Avoit bien moinsflatétoutesfortes
Et bien moinssatisfait la divine
Affemblée , 1
C3
54
MERCVRE
Quepar làfit alors la bonne Femme
Rhée.
Lecroira-t-on ? Du Ciel cefameux
Affaffin
QueRomehonoratant,&quimémeauplusſain
,
N'ordonnoit pour toute recette
Qu'une exacte& longueDiette.
Ne s'y reſſouvint plus qu'il estoit
Medecin,
En unmotlecelebreGuille
Denos Traiteurs leplus habile,
Etquisçavoit fibienréveillerl'appetit,
Auprés d'elle peut - estre eustperdu
Son credit,
Peut-estremoins réussi qu'elle
Ales guerir de leur dégoust,
Etpeut estre perdu cette gloire im-
4 mortelle ,
Qu'il s'est acquiſeen l'art defaire
(unbon ragoust.
Iln'eustpasfait taster commeelle
GALANT . 55
Desfiens à la vieille Cibelle,
Car malgré sa froideur &le poids
deſes ans ,
La doze cut lefecret de chatoüiller
fesfens.
Loin de vouloirfonger qu'elle est
trop indigefte ,
Elle en goufte, & dans les afſfauts
Qu'àl'envi l'on luy liure , aidant
lesplus difpos,
Tout s'en devore,&rien n'enreste.
Pour tout dire, ces delicats
Qu'avoient tant alarmé les Chars
Plus que les autres en mangerent.
L'hiſtoire dit qu'ils s'enfaoulerent.
Et qu'oubliant leur mal de coeur
Ils donnerent deffus d'unesigrande
ardeur ,
Qu'à peine attendoient - ils que la
viande fust cuite.
L'appetit leur tint lieu defaace &
de cuiſſon ,
Et cemetsfat trouvési bon ,
C 4
56 MERCVRE
Qu'enfinpendant trois jours de
Suite
On en continua l'agreable repas,
LegalantApollon fit luy -mesme à
fagloire
Des Vers dont par malheur je ne me
Souviens pas ,
Et pour en conserver la joye& la
memoire ,
Ce temps , à lavertu qui n'est que
tropfatal ,
Serenouvelle chaque année ;
Cetempsfortuné,dis-je , aux leux
aux Ris , au Bal
Sepaſſe, &tant que dure une triple
journée
Leplus fobre Mortel le consacre au
Regal.
Enfaveurde l'Epoux de Rhée
On voulut de fon nom le nommer
Saturnal ;
On l'érige encor mesme en Feſteſotemnelle
IBLIO
かっ
LYON
*
VILLE
ritma
6
хде
८.
e
he
rep
X
772
re
pos de ma vie
ma vi
4
dan
e.Jecroyje' =
M
e qurroy
GALANT.
57
:
Etce tempsplus que Bachanal
Sans changerde deftin commede në
s'appelle
Aujourd'huy LES IOVRS GRAS ,
autrement CARNAVARL.
Les Vers que vous allez lire
ont eſté mis en air par l'Illuſtre
Mr Lambert. Ce nom eſt un
grand Eloge.
AIR NOUVEAU.
LA Paix estoit maiſtreſſe de
mon coeur ,
Et je goustois le tranquille
bonheur
Derevoir fans changer les beaux
yeux de Silure;
Le croyois loinde moy l'amour &fon
tourment ,
Mais j'éprouve aux dépens du re
pos de ma vie ,
CS
58 MERCVRE
Que pour se rengager il ne faut
qu'unmoment.
On ne ſouhaite rien tane
que la verité dans l'Histoire,&
cependant il eſt aſſez rare de l'y
trouver , non feulement parce:
que chacun cherche à la déguiſer
ſuivant la diverité de
ſes intereſts , mais encore parce
que tant de gens mal inſtruis
ſe melent de faire des.
Relations , que quelques précautions
que prennent ceux.
qui s'en ſerventcomme dememoires
pour faire un corps de
toutes les circonſtances qui s'y
rencontrent , ils ne peuvent
ſouvent s'empeſcher d'eſtre
trompez . C'eſt ce qui eft cauſe
qu'on n'a rien fceu juſqu'icy
de bien certain , touchant ce
qui s'eſt paſſe au SiegeduChar
GALANT.
19
ſteau d'Edimbourg , durant la
derniere revolution d'Ecoſſe.
On en a parlé differemment
ſelon les differentes nouvelles
que l'on en a répanduës . &
commeilm'en eſt tombé entre
les mains une Relation qu'on
ne sçauroit ſoupçonner de
fauſſeté, puis qu'ellea eſté faite
par Mr leDuc de Gordon, qui
défendoit ce Château pour le
RoyJacques II. fon Maiſtre, je
croy vous faire plaiſir de vous
l'envoyer. Elle ſervira à rectifier
auprés de vos amis qui
peuventen avoir leu d'autres ,
mille choſes éloignées de la
verité qui ont eſté publiées
pendant ce Siege. Quoyque ce
foit rappeller ce qui s'eſt paſſé
il y a prés de deux ans , c'eſt
vous faire part d'un morceau
d'Histoire qui est bon à con-
C6
60 MERCVRE
ſerver. Il a eſté dreſſé en ees
termes . :
Le ſoulevement general arrivé
en Angleterre contre le
Røy de la grande Bretagne fur
la fin de l'année 1688. s'eſtant
enfuite étendu en Ecoſſe , le
Ducde Gordon , Gouverneur
duChaſteaud'Edimbourg , refolut
de ſignaler fon zele& fa
fidelité pour Sa Majesté Britannique
en cettemalheureuſe
occaſion. Dans cedeſſein il alla
accompagnédu Colonel Vvinderham,
Lieutenantde Royda
Chaſteau , voir le Comte de
Perth , Chancelier d'Ecoffe ,
auquel Sa Majesté avoit confié
le ſoin du Gouvernement du
Royaume. Ils confererent enſemble
ſur ce qui regardoit les
devoirs de leurs Emplois , &
ils inſtruifirent le Capitaine
GALANT. 61
Vvalis , qui commandoit alors
la Garde du Palais Roïal où
logeoit le Chancelier , de ce
qu'il avoit à faire en cas qu'il
fuſtattaqué parla populace.Le
Gouverneur ayant appris qu'il
y avoit du tumulte & de la feditiondans
la Ville,ſe retira au
Chaſteau pour empêcher qu*-
on ne le ſurpriſt ,& il envoya avertirleChancelier
de cequi ſe
paſſoit , & que les Gårdes de la
Ville ne s'oppofoient point aux
feditieux. Il fortitdu Chaſteau
le lendemain pour l'aller trouver
,& luy propofa de venir
s'y mettre en feureté ; mais le
Chancelier luy declara la refolution
qu'il avoit priſe de
s'éloigner, ne jugeant pas qu'il
fe puſt foutenirdans l'adminiftration
des affaires ,& il figna
avant que de partir de la Ville
62 MERCVRE
un ordrede luy payer la fommede
cing cens livres ſterlin ,
pour eſtre employée comme le
Gouverneur le jugeroit à propos
pour le ſervice du Roy ;
mais les Receveurs des revenus
de SaMajefté refuſerent
de la payer,difane qu'ils n'avoient
point de fonds. Quelquesheuresaprés
queleChancelier
fut party d'Edimbourg .
une foule de jeunes gens attaqua
la Garde du Palais Royal ,,
commandée par le Capitaine
VValis qui donna ordre de tiper
deffus. Le Gouverneur
l'ayant ſceu ,envoya auſſi toſt
un Sergent au Maire ou Prevoſt
de la Ville , avec une lettre
par laquelle il luy demandoitle
ſujet de cette ſedition,
& il l'exhortoit à la faire cef.
fer, en luy offrant toute forte
GALANT . 63
d'aſſiſtance encas qu'il en cût
beſoin pour tenir la Ville tranquille.
Le Prevoſt de la Ville
répondit au Gouverneur qu'à
la verité il y avoit du tumulte
mais qu'il eſperoit le faire ceffer
fans le ſecours du Chaſteau.
Le Gouverneur envoya dire
en mesme temps au Capitaine
VValis , que s'il ne pouvoit
fe foutenir , il n'avoit qu'à ſe
retirer dans le Chaſteau , &
qu'il luy envoyeroit un détachement
de ſa garniſon pour le
recevoir & faciliter ſa retraites,
mais celuy qu'il envoya à ce
Capitaine ne put jamais l'aborder,
parce que les Gardes
de la Ville l'avoient attaqué &
forcé dans la Palais. Le Gouver
neurenvoya au Roy un compre
exactdetout ce qui ſe paſ
fois.
64 MERCVRE
Le jour ſuivant , le Gouverneur
apprit que la populace pil.
loit des maiſons qui étoiet aux
Catholiques ,après avoir abatu
la porte dela Chapelle du Roy ,
& celle du Palais qu'elle pilla .
Ilécrivit au Preſident du Conſeil
, auquel appartenoit le ſoin
duGouvernement du Royaume,
en l'absence du Chancelier
conjointement avec le Confeil
, de luy mander l'avis du
Conſeil fur ce qu'il avoità faire
dans cette fâcheuſe conjon-
Aure. Le Preſidentdu Conſeil
luy répondit qu'il n'avoit qu'à
fe tenir fur la défenſive dans le
Château.Le ſoir du mêmejour
le Gouverneurdécouvrit que
fa Garniſon alloit ſe revolter.
Il aſſembla les Officiers Catholiques
qui estoient dans le
Chaſteau, afin de reſoudreaves
GALANT. 65
eux ce qu'il avoit à faire pour
empeſcher cette revolte. Le
Lieutenant de Roy ſe chargea
de veiller toute la nuit , & d'avertir
le Gouverneur de tout
cequi pourroit arriver , & crût
avoirtout calmé en envoyant
au lit une partie de ſes Soldats .
Cependant l'un d'eux vint
avertir le Gouverneur au milieu
de la nuit , qu'une partie
de laGarniſon eſtoit venuë en
tumulte dansla Salle des Gardes
,où ils tiroient hors du lit
ceux qui s'étoient couchez . Le
Gouverneur y courut auffitoſt
, & leur parlant avec autorité
il apaiſa leur mutinerie,
les fit coucher en ſa preſence ,
tantdans la Salle des Gardes
que dans une Salle voiſine , &
fit éteindre toutes les lumieres.
66 MERC VRE
Le jour d'aprés , le Gouverneur
aſſembla toute la garnifon
, dont les Soldats étoient
la pluſpart Proteftans,& ayant
apris que le ſujet qui les por
toit à la revolte , eſtoit qu'ils
croyoient que le Gouverneur
vouloitles obliger par ferment
à foutenir la Religion Catholique
Romainezilles raſſura
en leur diſant qu'il n'exigeoit
point d'eux d'autre ferment
que celuy de ſoutenir la Religion
établie par les Loix , &
d'obeïr auRoy & à leurs Officiers
fuperieurs. La pluſpare
de la garniſon renouvella ce
ferment,& leGouverneur caffa&
fit fortir du Château ceux
qui refuſerent de le preſter
Quelques uns d'eux le preſte,
rentpourunmois ſeulement ,
en attendant les ordres duRoy,
GALANT. 67
leGouverneur n'en ayant receuaucundepuis
que le Prince
d'Orange eſteit arrivéen An
gleterre.
Quelques jours aprés , un
Soldat Catholique qui estoit
dans le Chaſteau , eſtant yvre,
donna un coup de bayonnette
àfon Camarade qui estoit couché
Cet accident jetta de la
deffianceparmy tous les Soldats
Proteftans , qui difoient qu'ils
ne vouloient pas ſe coucher,
depeur qu'on ne les vinſt égorger.
LeGouverneur fit auſſi toſt
arréter le coupable pour le
faire punir ſeverement , mais
les Soldats Proteftans luy demanderent
ſa grace , & il fut
chaffé. Un homme de qualité
qui alloit à Londres vint don.
ner avisauGouverneur, qu'on
avoit propoſe dans le Confcil
68 MERCVRE
de le ſommer de rendre leChaſteau
,parce qu'il eſtoitCatholique
Romain. Le Gouverneur
écrivit pour la ſeconde fois au
Roy par un homme quiaccom.
pagnoit à Londres celuy qui
luy avoit donné cet avis ,& il
rendit compte à Sa Majeſté de
l'eſtat des affaires en luy demandant
ſes ordres.
:
Quelques jours aprés , le
ConſeilPrivéluy envoya dire
qu'il alloit deputer vers luy
quelques-uns de fes Membres
pour luy parler.Le meſmejour,
Je Preſidentdu Conſeil& trois
Conſeillers vinrent le trouver,
& luy dirent que le Conſeil
fouhaitoit qu'il miſt le Chaſteau
entre fes mains. Le Gouverneur
répondit qu'il ne devoit
obeïr qu'au Roy , & le
justifia par lalecture de faComGALANT.
69
+
miffion. Le Preſident & les
Conſeillerslui repartirentqu'il
eſtait obligé d'obeïrau Conſeil
qui repreſentoit la perſonne
du Roy , ajoûtant qu'ils n'avoient
fait aucune démarche
contre l'obeïſſance deüe à Sa
Majesté pour reconnoiſtre le
Prince d'Orange. Ils ſe retirerent
enſuite , voyant qu'ils
ne gagneroient rien ſur l'efprit
du Gouverneur.
Le lendemain un Clerc du
Conſeil vint au Chaſteau avec
un ordre ſigné de pluſieurs
Conſeillers , par lequel leConſeil
ordonnoit au Gouverneur
de luy remettre le Chaſteau .
Le Gouverneur refuſa d'y
obeïr , quoy que le Conſeileût
receu quelques ſemaines auparavant
une lettre du Roy ,
qui portoit que tous les Gou
70 MERCURE
verneurs des Forts & Cha
ſteaux du Royaume devoient
obeïr aux ordres du Conſeil ,
&que pluſieursde ceux qui ſe
diſoient des Amis du Roy , &
meſme des Catholiques , luy
conſeillaſſentde's'y foûmettre.
Il y en eut meſme quelquesuns
qui lay infinuerent qu'il
falloit laiſſer mutiner ſagarniſon
, afinqu'il parût eſtre forcé
de ſe rendre , fuivant ce qui
eſtoit arrivé en Angleterre à
l'égard de plufieurs Officiers
Catholiques; mais leGouverneur
rejetta également ces
deux confeils , qu'il trouva
pleinsde foibleſſe&de friponnerie.
La nouvelle eſtant venuë
d'Angleterre , que le Prince
d'Orange s'étoit rendu le
'maiſtre abfolu de ce Royaume
depuis la retraite du Roy , le
GALANT. 71
Gouverneur depêcha à Londresun
exprés avec des lettres
àla Ducheſſede Gordon ,& à
pluſieurs de ſes amis, pour ſçavoir
fi Sa Majesté n'avoit point
laiſſé d'ordres pourlny , n'en
ayant point receu de ſa part.
On luy répondit que le Roy
n'en avoit laiſſé aucun quile
regardaſt , qu'on avoit ſeulement
entendu dire que Sa Majeſté
en partant de Londres
avoit dit à pluſieurs de ceux
quieſtoient en charge,de pourvoir
à leur ſeureté , ce qui obligea
le Gouverneur d'écrire
encoreà Sa Majeſté pour luy
demander ſes ordres , & il appritque
fa lettre avoit été renduë
à Sa Majeſté. Il ne ſe paſſa
rien de confiderable dans le
Chaſteau pendant quelques
ſemaines , juſqu'à ce que les
72 MERCURE
Ecoſſois qui estoient à Londres
ſe fuſſent adreſſez au Prince
d'Orange , pour luy offrir le
Gouvernement d'Ecoſſe , & le
ſuplier d'en afſſembler les Etats,
comme il avoit fait ceux d'Angleterre.
Alors le Gouverneur
fut expoſé àde nouveaux dan
gersd'eſtre trahy parune partie
de ſaGarniſon , &il eut beſoin
detoute ſa fermeté&de toute
ſon adreſſe , pour la maintenir
dans l'obeïſſance.
Le Prince d'Orange ayant
acceptéleGouvernement d'Ecoſſe
qui luy avoit eſté offert ,
ilécrivit une lettre au Gouverneur
, par laquelle ce Prince
luy en donnoit avis , & luy
mandoit qu'il eût à quitter le
Chaſteau , & à laiſſer le com .
mandement au Lieutenant de
la Compagnie qui y eſtoit en
garniſon
GALANT . 1
73
garniſon , lequel eſtoir Proteſtant.
Cette lettre fut renduë
au Gouverneur quelques
jours aprés qu'on eut publié
à Edimbourg une proclamation
du Prince d'Orange , par
laquelle ce Prince ordonnoit
à tous les Catholiques de ſe
deffaire de leurs Emplois , &
de remettre leur Commiſſion
au premierOfficier ſubalterne
Proteftant, ce qui encouragea
le Lieutenantde laCompagnie
d'Infanterie qui eſtoit dans le
Chaſteau , à refuſer d'obeïr
aux ordres du Gouverneur &
du Licutenant deRoy & il fut
meſme conſeillé de ſurprendre
le Gouverneur & de s'en
faifir ; mais de Gouverneur
ménagea ſi bien les eſprits de
ſagarniſon ,que ce Lieutenant
rentra dans ſon devoir. La
Fev.1690. D
74
MERCVRE.
Proclamation du Prince d'Orange
fit que pluſieurs de ceux
meſmes qui estoient dans les
intereſts du Roy , renouvellerent
leurs inſtances auprés
duGouverneur , pour luy perfuader
de rendre le Chaſteau ,
ne prévoyant pas qu'il le puſt
garder contre toutle Royaume
Le Gouverneur en fit fortir.
une partie de ſon équipage , &
le Lieutenant deRoy fit la mefme
choſe, ce qui donna lieu au
bruit qui courut qu'il devoit
rendre le Chaſteau,& le Gouverneur
à la faveur de ce bruit
fortit du Chaſteau pour voir
ſes Amis,aprés y avoir eſté enfermé
deux mois entiers , tant
pour empêcher la révolte
de ſa Garniſon que pour n'eftre
pas arreſté dans la Ville .
Quelques jours aprés , on
GALANT.
75
vint avertir le Gouverneur
qu'il eſtoit arrivé un homme
de la part du Roy , chargé de
fos ordres . Il fut ravi d'eſtre
honoré des commandemens
de Sa Majeſté , n'en ayant receu
aucun depuis le commencement
des troubles. Cet
homme dit au Gouverneur
qu'il avoit veu le Roy partir
de Paris pour Breſt , & que Sa
Majesté luy avoit commandé
de dire à luy , Duc de Gordon
,que ſa volonté croit qu'il
laiſſaſt leChaſteau en ſeureté
entre lesmains du Lieutenant
de Roy ,& qu'il ſe retiraſt au
Nord d'Ecoſſe,pour y attendre
de nouveauxordres de Sa Majeſté.
LeGouverneur répondit
à celuy qui luy portoit cet
ordre de vive voix , que n'a
yant pointl'honneurde le con
D 2
76 MERCURE
noiſtre , il ſouhaitoit de voir
quelque écritquiautoriſaſt ſon
meſſage.Cethomme , nommé
Braddy , luy repliqua qu'à la
verité on le devoit charger
d'une Lettre , mais que le Secretaire
d'Estat fut ſi preſſede
ſuivre Sa Majesté àBreft ,que
laLettre fut perduë. Le couverneurnejugea
pas à propos
de déferer à unordre verbal de
cette nature , apporté par un
homme qui lay eſtoitinconnu,
Ijoint qu'il croyoit de pouvoir
pas laiſſer en ſeureté le Chafteau
entre les mains du Licutenant
de Roy. Ce n'eſt pas
qu'il ne fuſtſeurde ſa fidelité&
de ſon courage, maisil ſçavoit
quece Lieutenant de Roy eftoit
fort haï de ſa Garniſon,qui
en avoit donné des marques
ſenſiblespeude temps aupa-
4
GALANT .
77
ravant. Le Gouverneur eſtoit
d'ailleurs bien informé des
mauvais offices que ſes ennemis
luy avoient rendus auprés
de Sa Majesté , & des impreffions
deſavantageuſes qu'ils luy
donnoient de luy,& il leur auroitdonné
un juſte ſujet de le
blamer , s'il avoit laiſſe la gardedu
Chaſteau au Lieutenant
deRoy, ſans un ordre par écrit
de Sa Maieſté , ou de ſon Secretaire
d'Etat.
Quelques jours après lapre
miere Scance de la Conven
tion d'Ecoffe , le Gouverneur
découvrit qu'il ſe formoit une
nouvelle conſpiration dans ſa
Garniſon , ce qui l'obligeaà
propoſer àtous ſes Soldats de
luy préter un nouveau ferment;
&comme il prévoyoitbien que
pluſieurs lerefuſcroient,ildon
D3
78 MERCVR E
na ordre à Henry Gordon d'engagerde
nouveaux Soldats qui
avoient quitté ſervice depuis
les troubles,&qui efoien dans
la Ville aux environs , & de
choiſir ceux dont il pourroit
répoudre , pour remplacer les
Soldats de ſa Garniſon qui
buy eſtoient fufpects. Il aſſembla
cette Garniſon ,&diſſimulantqu'il
ſçavoit les mauvaiſes
intentions d'une partie d'entre
eux , il loüa hautement leur
fidelité , nonobſtant les mauvais
exemples que les deux
Nations leurdonnoient. Il leur
dit en ſuite qu'il eſtoit bieninformédes
deſſeins qu'on avoit
de les débaucher , & que pour
mettre ſon eſprit en repos , il
ſouhaitoit que tous les Soldats
renouvellaſſentle ſermentqu'-
ils avoient déja preſté, enmet
GALANT. 79
tant la main fur l'Evangile ,
qui leur fut preſenté par Mr
Foreſter , Miniftre Proteftant ,
lequel a donné des marques
ſingulieresde ſa fidelité durant
tout le Siege. Les plus confiderables
des Soldats refuſerent
de renouveller ce ferment , &
entre , autres un Sergent& le
Maiſtre Canonier; deux ſous-
Canonniers demanderent du
temps pour y ſonger , & le
Chirurgien qui estoit hors du
Chaſteau n'y revint plus. Le
Gouverneur fit deſarmer ceux
qui refuſerentde preſter le ſerment
,& on donna leurs armes
aux nouveaux Soldats que
HenryGordon avoit engagez ,
Il fit auſſi payer tout ce qui eftoit
dû aux Soldats , chaſſa du
Chaſteau tous ceux qui avoientrefuſé
de preſter le fer
D 4
86 MERCVRE
ment , & fitarreſterle Maiſtre
Cannonnier , pour luy faire
rendre comptede tout l'argent
qu'il avoit receu en fonabſence
pour ſervir leCanon. Com
me il avoit preveu l'embarras
où il feroit en chaffant cesCanonniers
mal intentionnez, il
avoit fait venirquelques jours
auparavant dans le Chasteau
un Capitaine de Vaiſſeau nom
mé Dumbar , fort expert en
l'Artillerie, qui laiffa genereuſement
ſa femme&fes enfans,
abandonnez à la fureur de la
populace,qui fut fort utiledans
la fuite à la défenſe duChafteau.
c
La Convention s'eſtant afſemblée
, la premiere choſe
qu'elle reſolut fut , qu'il ſeroit
ordonné de ſa part au gouverneur
de rendre le Château ,
.:
GALANT. 81
& àluy & aux'Officiers de ſa
Religion de ſe retirer. Deux
Membres de la Convention
vinrent luy annoncer cet ordre
, portant qu'il cuſt ày répondre
fur le champ , & à y
obeir dans vingt-quatreheures
Le Gouverneur demanda du
temps pour y répondre ; les
Deputez ſe retirerent ſans luy
en vouloir accorder. Ce jour
là , le Comte de Cumfermelin
Beau freredu Gouverneur,luy
ditqu'il prévoyoit que lesen
nemis du Roy ſeroientlesmaiſtres
dans la Convention , &
qu'il eſtoit refolu de fe retirer ,
& aprés quelques meſures prifes
entre aux pour le ſervicede
Sa Majesté , il ſe retira vers le
Nordd'Ecoffe. Le Gouverneur
luy donna un écrit , par lequel
il prioit tous ſes Amis,& com
DS
82 MERCVRE
mandoit à tous ſes Vaſſaux de
fe joindre & d'obeir à ſonBeaufrere
dans toutes les occafions
où il le jugeroit à propos pour
le ſervice du Roy , & pour
maintenir le Païs dans ſon
obeiffance.Il y joignit un ordre
au Sr Ineffe , fon Ecuyer , de
donner à ce Comte tous les
chevaux dont il auroit beſoin,
ce qu'il executa , & fuivit le
Comte de Dumfermelin pour
le ſervice du Roy. Enſuitele
Gouverneur recent avis par
pluſieurs billets que la Convention
eſtoit reſoluë de mettre
ſateſte àprix, s'il refuſoit de
luy obeïr Le lendemain , deux
Comtes , deputez de la Con--
vention , retournerent au Chaſteau,
pour fçavoir du Gouverneur
fa derniere réponſe ſur la
reddition du Chateau.
>
GALANT . 83
Le Gouverneur jugeant
qu'il falloit mettre l'affaire en
negociation , leur donna quelques
articles pour eſtre preſentez
à la Convention . Il demandoit
entre autres choses que
luy & tous ſes Amis puſſent
aller librement par tout où bon
leur ſembleroit; qu'ils ne fufſent
point recherchez pour le
paffé,& quetous ceux qui voudroient
paſſer les mers , auroient
des paſſeports.Les deux
Seigneurs députez porterent
ces articles à la Convention.
Les Députez revinrent au
Chaſteau , pour ſçavoir qui
eſtoient les Amis dont le Gouverneur
parloit. Il répondit
qu'il les nommeroit lors que la
Convention auroit figné les
articles qu'il demandoit. Aprés
pluſieurs allées & venuës , le
D 6
84 MERC VRE
Gouverneur nomma pour ſes
Amis tous les Clans Magdonels,
& autres qui compoſent:
Ics Tribus des Highlanders ,
ou Habitans des Montagnes
d'Ecoſſe. Cette propoſition
étonna tellement un des Dé
putez,qu'il ſe mit enunetresgrande
colere ,& citantderetourà
la Convention , à peine
voulut il rendre comptede ſa
negociation au Preſident &
aux autres ..
Immediatement aprés ,le
Vicomte de Dundée donna
avis au gouverneur parlejeuneCokbron
, Gentilhomme de
qualité & de merite , que la
Convention alloit fur le champ
le faire ſommer dans les formes
par lesHerautsavecleursCottes
d'armes. Auſſi- toſt on ensendit
les Trompettes qui ac;
GALANT. 8
compagnoient les Herauts.Le
Gouverneur fit fermer les por
ses , & monta furles murailless
LesHerauts approcherent de
l'endroit où il eſtoit , & l'un
d'euxleut à haute voix la fommation
, par laquelle il luy
eſtoit ordonné ſur peine capitaledequitter
inceſſammentle
Chasteau , & l'on promettois
fix mois de paye aux Soldats.
qui leprendroient priſonnier ,
ou quilivreroient le Chaſteau ..
Le Gouverneur parla aux Hesauts
,& leur dit de remontrer
de ſa part à la Convention ,
qu'il gardoit le Chaſteau par
commiſſion de leur Maistre
comman , &qu'il eſtoit reſolu
de le défendre juſqu'à la derniere
extremité . En même
temps , il jetta de l'argentaux
Herauts pour boire à la fanté
88 MERCURE
de Sa Majesté , & ils s'y engagerent
publiquement en le recevant.
Si - toft queles Herauts
furent retirez , un Gentilhomme
arrivé d'Irlande vint au
Chaſteau , & dit qu'il apportoit
une Lettredela part de Sa
Majesté , & des aſſurances au
Gouverneur de la part de Milord
Tirconel , Vice- Roy d'Irlande
, que s'il pouvoit encore
garder le Chasteau fix femaines,
il auroità ſon commandement
uneArmée de vingtmille
hommes. Quandle couverneur
vit la Lettre , il trouva
qu'elle n'eſtoit point adreſſée
à luy , mais au Chancelier , &
en ſon abſence à l'Archevelque
, & en l'absence de celuycy
àun autre. Ainfile couverneur
eut fcrupule! de l'ouvrir.
Un autre moins ſcrupuleux
GALANT. 89
l'ouvrit& la lut , mais on n'y
trouva aucun ordre touchant
le Chasteau . On demanda au
Gentilhommequi l'avoitappor
tée , ſi Sa Majesté eſtoiten Ir
lande lors qu'il en eſtoit party.
Il répondit que non. Le Gouverneur
l'envoya avec la Lettre
du Roy , au Comte de Balcaris
, & au Vicomte de Dundéc.
Le même jour,le Lieutenant
de la Compagnie du Chaſteau
demanda permiſſion au couverneurd'en
fortir pour aller
parler à quelque Amis dans
la Ville , &dans le meſme inftant,
un Sergent disChaſtaudes
meilleurs qui fuſt en Ecoſſe ,
qui estoit meſme Gentilhomme,
vint la larme à l'oeil luy demander
ſon congé.Le couverneur
ne jugeapas à propos de
88
MERCVRE
les retenir. Il fit affébler ſa garniſon,
luy parla,&dit aux Soldats
, que ceux qui voudroient
demeurer avec luy auroient
ſujetde ne s'en pas repentir ,&
qu'il donnoit la liberté de ſa
retirer à ceuxqui ne vouloient
pas refter . Pluſieurs ſe retirerent,&
mêmede ceux en quile
Gouverneur avoirpris confiance.
Après cette précaution , le
Gouverneur fit fermer toutes.
les portes du Chasteau ,& fe
diſpoſa à ſe bien défendre. La
garnifon eſtoit alors compoſée
du Gouverneur ,du Lieutenant
deRoy, d'un Enſeigne,de qua .
are Sergens , dontil y en avoit
un malade, &de fix vingt Soldats
ou environ, reſtez de cent
foixante qui compofoient cette
garniſon un peu auparavant,
&tout cela , fans Canonniers,
GALANT.
89
fans Ingenieur , fans Chirur-il
gien,ny argent ,ny drogues .
Le 18 Mars 1689. la Com
vention fit placer des Gardes
autour du Chaſteau , pourcmpeſcher
les provifions d'y en--
trer ,& ceux qui estoient dedans
d'en fortir. Ce jour là, le
Gouverneur fit fortir ſes chevaux
conduits par fonCocher ,
qui futfaifi&mis en prifon.
Le Gouverneur viſita les Ma
gazinsduChateau , aprés ca
avoir fait rompre les portes;
furquoy il eft neceffairede remarquerque
les Magazins des
manitions de guerre n'eſtoient
pas ſousla direction du Gouverneur
, mais du Maiſtre de
l'Artillerie d'Ecoſſe , qui avant
les troubles avoit ordre & pouvoir
d'en diſpoſer àſa volonté.
Le Gouverneur en avoit plan-
1
१० MERCVRE
,
ſieurs fois fait ſes plaintes inutilement
,& repreſenté quela
choſe eſtoit ſans exemple , &
contre le bien du ſervice du
Roy ce qui ſe juſtifia par
l'évenement. Tous ceux qui
avoient ſoin des Magazins du
Chaſteau , & qui n'obeiſſoient
qu'au Maistre de l'Artillerie ,
allerent fe rendre aux Ennemis
,& leur déclarerent le peu
de munitions qu'ils avoient
laiſſé dans le Chasteau' ,& qu'il
ſcroit facilede leprendre d'affaut
en peu de jours. Le
Gouverneur n'y trouva que
cent ſoixantebarilsde poudre
mal en ordre,& qui n'eſtoient
pas remplis.
Le Dimanche ſuivant , Mrs
Grant &Macdonel vinrent ſe
rendre au Chaſteau. Ils appor
GALAN T.
91
terent une lettre au Gouverneur
, par laquelle il apprit
qu'il ſe tramoit pluſieurs confpirations
contre luy , & que le
Roy avoit écrit une Lettre à la
Convention , qui y avoit eſté
leuë, mais fans aucun effet. Le
jour ſuivant , le gouverneur
découvrit avec une Lunette
quelques Cavaliers qui paroiſ.
foientdu coſté du Nord de la
Ville,& qui s'approchoient du
Château . C'eſtoit le Vicomte
deDundée, qui s'eſtant rendu
au pieddu Roc, le converneur
luy parla de deſſus les murailles
,& fortitenfuite du Chaſteau
pour conferer avec
luy. Le Vicomte rapporta au
Gouverneurce qui s'étoit paffé
la Convention , à la reception
de la Lettre duRoy , & le peu
92
MERCVRE
2
d'effet que cette Lettre avoie
fait fur les Membres de cette
Aſſemblée . Le Gouverneurluy
demanda à voir cette Lettre ,
maisMilordDundée n'en avoit
pasde copie , & le Gouverneur
ne l'a jamais veuë. Milord
Dundée ſe ſepara enſuite du
Gouverneur en luy, diſant
qu'ilalloit joindre ſes amis , &
les faire monterà cheval. Depuis
ce temps- là , le couverneurn'a
receu aucunes Lettres
du Vicomte de Dundéc .
Quelque temps aprés , le
Gouverneur ayant demandé
à parler le Capitaine Lauder
qui commandoitauBlocus luy
fut envoyé pour ſçavoir ce
qu'il vouloit. Il demanda Sauf
conduit qui luy fut accordé
pour le Sr VVinſter , jeune
hommed'eſprit&de courage ,
GALANT. 93
qu'il envoya à la Convention.
Il écrivit une Lettre au Prefident
pour la communiquer à
cette Aſſemblée , par laquelle
illuy marquoitqu'ayant appris
l'arrivéedu Roy en Irlande , il
lour offroit d'aller de leur part
affurer Sa Majesté de leurs
foumiſſions,& leurrepreſentoit
toutes les raiſons qui pouvoient
les obliger à prendre
cette reſolution. Il demanda
qu'on enregiſtraſt ſa Lettre ,
dontily a encorepluſieurs co-
-pies, mais tout cela luy fut refuſe.
ll rompit toutes fortes de
negociations aveclaConventio
depuis cerefus , fit des feux
deioye dans le Chaſteau pour
l'arrivée de Sa Maieſté en Irlande
,& ontira par ſon ordre
pluſieurs volées de Canon.
Au commencement d'A94
MERCVRE
vril , le General Major Mac
kay arriva avec des Troupes ,
du Canon ,& quantité d'armes
&' demunitions , & il fit amas
d'un grand nombre de ſacs de
laine pour les faire approcher
du Chaſteau. Le Major Mackay
avoitfervy dans lesTroupes
du Roy ,& ceux de la Famille
avoient donné des marques
de leur zele & de leur fidelité
durant les precedens
troubles. Cet Officier avoit
eſté des amis du Gouverneur ,
ce qui l'obligea à luy écrire
quelque temps aprés fon arrivée
, & à luy propoſer une
conference pour taſcher dele
faire rentrer dans ſon devoir.
Le General Mackay fit réponſe
au Gouverneur qu'il ne
pouvoit accepter cette conference
qu'en preſence de deux
GALANT.
95
Conſeillers du Conſeil Privé .
Le Gouverneur luy repliqua
qu'il ne vouloit conferer qu'
avec luy ſeul ,& qu'il devoit
juger que ſon party n'avoit
pas confiance en luy , puis
qu'ille vouloit faire accompaguer
dedeux témoins.
Quelque temps aprés , on
entendit dans la Ville beaucoup
de bruit meſlé de fons de
Trompettes. Ceux qui étoient
dansle Chaſteau crurent que
c'eſtoit une nouvelle ſommation
qu'õ venoit faireļauGouverneur
de ſe rendre , & il ſe
trouva par la fuite que c'eſtoit
la Proclamation qu'on faiſoit
du Prince d'Orange en qualité
de Roy d'Ecoffc. Quelques
gens mal intentionnez contre
de Gouverneuren ont pris occafion
de le blaſmer , de ce
96 MERCVRE
qu'il n'avoit pas fait tirer fus
la Ville lors de cette Proclamation
; mais il luy eſt aisé de répondre
à ce reproche. Premierement
, ny le Gouverneur, ny
les Officiers du Chaſteau ne
ſçavoient pas au vrayquel pouvoit
eſtre le ſujet de cette ceremonie.
Secondement ,le lieu de
la Ville où on la faiſoit eſtoit
hors de la veuë du Chaſteau ,
& couvert de pluſieurs baftimens
qui estoient entredeux.
D'ailleurs , le devoir du Gouverneur
estoit de défendre le
Chasteau quele Roy luy avoit
confié,& non pas de conſumer
inutilement, laopoudre & les
boulets qu'il avoit en fort petite
quantité; & quand il auroit
cru ne pas manquer en
ſuivant l'exemple du Genera
Ruthen , qui avoit défendu
avant
GALANT.: 97
avant luyle Chasteau d'Edimbourg
durant la Rebellion con.
tre Charle 1. & qui fut fin
Comte de Brandefort pouros
bons & fidelles ſervices . Il
tint le Siege durant un an contre
la Ville ,& cependant il ne
tirany fur la Ville ny fur la
Maiſon du Parlement durang
ce Siege, & la conduite fut approuvée
en cela pluſieurs années
aprés par le Duc de Lauderdal
, alors grand Commiffaire
du Roy en Ecoffe.
Le Gouverneur ayant eſté
averty la nuit qu'on remuoir
la terre du coſté de l'Occident
du Chaſteau,ſe rendit avec les
Officiers fur le rempart , & par
le moyen de quelques fuſées
qu'il fit jetter , il découvrit les
approches des Ennemis. Il fit
mettre le Canon en batterie , c
Fev.1690. E
98
MERCVRE
le fit tirer ſur leurs travaux
pour les ruiner. Il fit auffi tirec
quelques petites pieces de Canon
chargées à cartouches , ce
qui fit affez d'effet. On continua
le fendurant toutes les
nuits fuivantes , ce qui retarda
les travaux des Ennemis ; mais
ee feu continuel confuma be
aucoup de ſes munitions. Le
Chaſteau eſtoit fi mal fourny
des choſes neceſſaires , que le
Gouverneur fut obligé d'ordonnerune
ſortie pour ſe pourvoir
de ce qui luy manquoit ,
&ſes gens ramenerent quel.
ques charges de paille qu'on
portoit à la Ville , dont on avoitbeſoin
au Chaſteau pour
charger leCanon. Cette fortis
obligea les affiegeans à empêcher
qu'il ne paſſaſt aucunes
proviſions prés du Châ
BIBL
tcan
LYON
GALANT.
Pendant
VILLE
que les Enpon
m
avançoient leurs travaux
*
leurs approches , le Chaſteau
abbatit quelques maiſons où
les afſiegeans faisoient leurs
Corps de Garde ,& ils commencerent
à élever une Bat
terie contre le Chaſteau.Le
Gouverneur fit terraſſer les
Parapets qui n'eſtoient que de
deux pieds d'épaiſſeur , afin
demettre ſes Batteries en feureté
contre le Canon des Ennemis
Comme il n'avoit point
de Canonniers,il choiſit douze
de ſes Soldats des plus forts
qu'il employa à fervir leCanon
ſous les ordres du Capitaine
Dambar , le ſeul qui entendift
quelquechoſe dans l'Artillerie
Voicy en quoy conſiſtoit celle
qui eſtoit dans le Chaſteau.
Vnepiecede canon de fonte
E 2
100 MERC VRE
portant quarante- deux livres
de balle,quatre de vingt quatre
livres , une de dix huit , &
deux de douze , outre leſquelles
il y avoit quelques canons
de fer de 24. 16. & de 12. livres
de balle , mais qui ne valoient
pas grand' choſe. Il y avoit encorequelques
petites pieces de
capagne,un Mortier de quatorze
pouces de calibre , & feize
bombes ſeulement.
Environ ce temps-là , Mrs
Mackpherſon & Mackey , Irlandois
, ſe jetterent dans le
Chaſteau ,& montrerent pendant
le Siege beaucoup de fermeté
. Cependant le Gouverneur
n'eſtoit pas en eſtat de
faire des ſorties àcauſedu petit
nombre de ſes Soldats& qu'il y
en avoit une partie peu affectionnez
, quien auroient pris
GALANT. 101
occafion de deferter, & queles
autres qui luy eſtoient fidelles
venant à eſtre tuez , il auroit
elté abandonné à la diſcretion
des mutins , qui se trouvant
les plus forts dans le Chaſteau,
l'auroient indubitablement
trahy . Les Ennemis firent feu
de leurbatterie contre le Chaf
teau,elle estoit dequatre pieces
de canon. Le Gouverneur la
fit démonter, ils la reparerent,
&jetterent quelques bombes
dans le Chaſteau qui mirent le
feu à la méche dans un Magazin
; le Gouverneur la fit
retirer ſur le champ. Vn Sentinelle
quoy que Catholique
Romain , deſerta du
Chaſteau , ayant ſauté pardeſfus
la muraille , où elle eſtoit
plus bafie qu'il ne falloit , & il
arriva un grand nombre de ca
nons , de mortiers, de bombes,
E 3
402 MERCURE
&de toutes fortes de munisions
auxEnnemis , pour eſtre
employées contre le Chafteau.
Aprés l'arrivée de cette nouvel
leArtillerie , les Ennemisdrefferent
une ſeconde batterie de
pieces de 24. livres de l'autre
coſté du Chaftcau , & une au
tre batterie pour les Mortiers
, de laquelle ils firene
grand feu. Ils jetterent quantité
de bombesqui obligerent
la garniſon de ſe retirer ſous
des voûtes . Tout cela joint au
travail des batteries & des retranchemens
fatigua tellement
la garniſon , que beaucoup de
Soldats tomberent malades ſans.
pouvoir eſtre ſecourus n'y
ayant ny remedes , ny autres
choſes neceſſaires .
En ce tempslå , le Gouverneur
receur une Lettre du
؟
GALANT.
103
Comte de Dunfermelin ſon
Beaufrere , qui eſtoit dans le
Nord d'Ecoſſe avec le Vicomte
de Dundée. Cette Lertre
marquoit qu'ils avoient
plus de cent Cavaliers ; qu'ils
avoient ſurpris un Party des
Troupes de la Convention ,&
qu'ils s'en retournoient dans
les Montagnes , où ils avoient
beſoin de quelques ordres du
Gouverneur. Le Gouverneur
répondit à la Lettre de fon
Beaufrere,&fatisfit à toutesſes
demandes, afin de le mettre en
eſtat d'envoyer du ſecours au
Château avant le premier de
Juin,vejugeantpas qu'il le puſt
tenir plus long- temps s'il n'ef.
toit ſecouru Il donna le meſme
avis à tous ſes autres amis qui
eſtoient attachez auRoy . ce
qu'il fit de cocertavec le Lieu
E4
104 MERCVRE
tenant de Roy du Chasteau.
Dans le meſme temps , le gouverneur
cut communication
d'une Lettre d'une perſonne
accreditée , qui luy ôtoit toute
efperance d'eſtre ſecouru ; il en
fut d'autant plus ſurpris que la
Flotte de France avoit battu
celled'Angleterre ſur les coſtes
d'Irlande , ce qui avoit fait efperer
un prochain ſecours aux
amis du Roy enEcoffe.
Le 28. May, une bombedes
Ennemis tomba la nuit dans
la Chambre où l'on gardoit
les Regiſtres du Parlement &
autres papiers du Royaume.
Le 29. leGouverneur demanda
à parler à Milord Roffe
touchant les Regiſtres , fit arborer
le Pavillion , & envoya
dire au Preſident de laConvention
, que c'eſtoit pour ſoGALANT.
,
I1ος
lemnifer la Feſte ordonnée
par un acte du Parlement tous
les 29. jours de May , en memoire
du rétabliſſement de
la Famille Royale. Deux jours
aprés , un Sergent , un Caporal
&trois Soldats deſerterent du
Chaſteau . La meſme nuit il
en fortit deux femmes , dont
le Gouverneur & la garniſon
ſe ſervoient pour porter des
Lettres à la Ville , & pour y
acheter quelques commoditez,
Une de ces femmes alla
trouver les Ennemis , & leur
livrant les Lettres qu'elle portoit
à pluſieurs perſonnes de
la Ville , elle fit connoiſtre
l'estat du Chaſteau ,ce qui fat
confirmé par le Sergent & le
Caporal qui avoient deſerté.
Elle accuſa l'autre femme qui
fut priſe & miſe en priſon.,,
ES
106 MERCVRE
aprés avoir fait depuis le com
mencement du Siegedes mefſages
tres- difficiles .. La Convention
fit enſuite arreſter
pluſieurs perſonnes dans la
Ville , à cauſe de l'intelligence
qu'ils avoient avec le
Chaſteau , & particulierement
le Chevalier Grant , dont la
famille a toujours eſté fidelle
dans les tems les plus difficiles ..
On yarreta auffi plufieursDames
, comme Madame Lerge ,
Mademoiselle Ogelby & Mademoiselle
Smith , qui nonobftant
les terribles menaces du
Confeil, répondirent fi courageuſement
& fi à propos , que
toutlemonde les admira. Cette
ceffation. de correſpondance
avec la Villedécouragea extré
mement la garnison duChaf
ecau..
GALANT.
107/
La nuit ſuivante , les Afficgeans
jetterent 40. bombes
dans le Chaſteau , & un Gentilhomme
du Gouverneur fut
bleſſé de l'éclat d'une de ces
bombes , qui ruinerent & ren
verſerent les Logemens du
Chasteau. Le Gouverneurdécouvrit
un endroit du Château
qui estoit fort foible &
aiſe à forcer , il y redoubla la
garde ,& les Ennemis firent un
Logement fort prés de cet
endroit. Le Colonel Vuilfon
Irlandois étant venu
expres de Londres à deſſein
de fervir le Roy , tenta de ſe
jetter dans le Château;il avoit
gagné un Sergent des ennemis.
pour le conduire , mais ce Ser.
gent fut tué , ce qui empecha
l'excution de ſon deſſein. Le
nombre des Malades eſtoit Gi
E. 6
108 MERCVRE
grand dans le Chaſteau , qu'il
ne reſtoit pas affez de Soldats
pour remplir les poſtes ordinaires
, en forte qu'on eſtoit
obligé de laiſſer un Sentinelle
douze heures en faction fans
le relever. Le Gouverneur alloit
ſouvent voir les Malades ,
& il obligeoit ceux qui ſe portoient
mieux de ſe lever pour
faire leur devoir. Il fut reſolu
dans cette extremité de faire
ſortir du Château le SrGrant ,
avec ordre de s'informer exactement
s'il y avoit quelque ef.
perance de fecours , & de faire
un ſignal dont on convint à un
mille delà , s'il y avoit lieu d'en
eſperer , & que s'il n'y avoit
aucune eſperance , il feroitun
autre ſignal different , & fe retireroit
au Nord d'Ecoffe de
peur d'eſtre pris. Deux jours.
GALANT. Fog
aprés , ledit Sr Grant ſe rendie
à l'endroit defigné , & fit un
ſignal par lequel le Gouverneur
& les Officiers comprirent.
qu'iln'yavoit point d'efperaneede
ſecours.
Cette derniereinformation;
le miferable état de la garnifon
malade , & deſtituée de
vivres & de ſecours ,& le manque
de munitions obligerent
enfin le Gouverneur à faire
battrela chamade pour demander
à capituler. Le Chevalier
Lanier Maior general , le
Colonel Balfour & Milord Clocheſter
, vinrent au Pont-levis
où le Gouverneur ſe rendit
pour leur parler, & aprés quel
ques difcours, on remit à trai
ter juſqu'au lendemain La nuit
on fitbonne garde dans le Châ
teau , le Sr Grant , dont nous,
MERCVRE
avons déja parlé yrentra , ce
qui donna d'abord une grande
joye au Gouverneur , croyant
qu'il luy apportoit quelque
bonne nouvelle ; mais aprés
l'avoir examiné , il apprit de
luy qu'il n'y avoit rien à eſperer.
Immediatemant aprés , le
general Major Lanier , qui avoit
ſceu l'entrée dudit Sr
Grant dans le Chasteau , déclara
au Gouverneurqu'il romproit
le Traité, s'il ne luy mettoit
cethomme entre les mains..
LeGouverneurle tay refuſa ,
&leTraité fut rompuce qui
fit comprendre aux Officiers
delagarniſon qu'ils n'auroient
qu'une tres-méchante com--
poſitiondes ennemis. Ainſi le
Gouverneur propoſa avec le
Capitaine Dumbat ,au Lieutenant
de Roy , à l'Enseigne:
GALANT..
ود
& à Monfieur Garden
Volontaire , qui s'eſtoit forte
diftingué durant le Siege ,un:
moyen de ſe garantir de la
cruauté des Ennemis , qui fut
de ſemettre à la teſte des Soldatsdela
garniſon qui leur re...
ſtoient en estat de combattre ,
&lors qu'ils ſeroientau basdu
Roc,defe faireun paſſagejuſ.
quesaubordde la mer , & de:
s'y faifir de quelque Bateau
pour s'embarquer. Ce deffein
parut hazardeux & obligea un
des Officiers àrepreſenter qu'il
nedevoit eſtre pratiqué qu'en:
cas que les Ennemis refufaffent
de leur accorder la vie
fauve. La nuit ſuivante , les
Ennemis couverts de ſacs de
laine pour ſe garantir des.
coups des Affiegez , dreffexent
fur le milieu de la Mon,
BN2
MERCURE
tagne du Chaſteau une batte
rie defenduë par deux logemens
qui ſe communiquoient:
Us firent beaucoup de feu fur
le Chaſteau deces deux loge
mens , & on leur répondit de
meſme avecle canon chargé à
cartouches & avec la moufqueterie
La garniſon paſſa
toute la nuit ſous les armes .
& laGarde qui estoit à la grans
de porte , eſtoit expoſée aux
bombes qui tomboient incefſamment
parmy les Soldats : il
y'eut un de ceux qui ſervoient
Artillerie , tué cette même
nuit.
Le lendamain , le couver
neur , quoy qu'indiſpoſé ,ne
laiſſa pas de viſiter les poſtes,
& d'obſerver tout ce que les
Ennemis avoient fait, & trou
GALANT.
113
valeurs logemens avancez fur
la Montagne , garnis d'Enfeignes
déployées qu'ils y avoient
arborées . Le Lieutenant de
Roy luy dit qu'il falloit écrire
un billet pour obliger les Ennemis
à renoüer le Traité . Le
Gouverneur luy répondit qu'il
luy ſembloit à propos d'attendre
la Seance prochaine de la
Convention , qui estoit le
Lundy ſuivant , & luy diten
confidencequ'il ne vouloit pas
recommencer à traiter , que
MrGrant, qui avoit eſté cauſe
de la rupture , ne fuſt hors du
Chaſteau , pour n'eſtre pas obligé
de le livrer. En meſme
temps on vint dire au Gouverneur
que Mr Grant venoit
de fortir du Chaſteau , ce qui
obligea le Lieutenant de pref.
fer le Gouverneur d'écrire , &
114
MERCVRE
de s'offrir à porter la Lettre.
Le Gouverneur écrivit au general
Major Lanier,& le Lieutenant
de Roy donna ſa Lettre
au Capitaine Muddi qui commandoit
à la Tranchée Ce
Commandant demanda à parler
au gouverneur , quicut de
la peine ày conſentir. Milord
Colchester ,Anglois , ſetrouva
àl'entreveuë,&le couverneur
témoigna eſtre ſurpris de ce
qu'on employoit un Etranger
où il y avoit tant d'Ecoſſois .
Enfin il donna les articles qu'il
avoit dreſſez le jour'precedent,
du conſentement de tous les
Officiers , il eſtoit écritde la
main de l'Enseigne de la Compagnie.
Sur les3. heures aprés
midy,Milord Colcheſterrevint
àla porte du Chaſteau , on le
Gouverneur & le Lieutenant
GALANT. 19
deRoy le receurent. Il rendit
au Gouverneur les articles
qu'il en avoit receusle matin ,
& luy en preſenta d'autres que
le GeneralMajor Lanier avoit
dreſſez . Ces articles eſtoient
tres-deſavantageux , Lanier
voulant que le Gouverneur &
le Lieutenant de Roy demeuraſſent
priſonniers de guerre.
Colcheſter ſe retira aprés avoir
remis ces nouveaux articles au
Gouverneur.JI revint quelque
temps aprés , & porta parole
au Gouverneur , que tous les
Volontaires & Soldats de ſa
garniſon ne perdroient pas un
fol ,& pourroient ſe retirer
par tout où bon leur ſembleroit
dans le Royaume ; que
le Lieutenant de Roy auroit
la vie ſauve , & feroit confervé
dans ſes biens. A l'égard
116 MERCVRE
du Gouverneur , comme il ne
voulut rien ſtipuler pour lay ,
il demeura priſonnier de guerre
à la difcretion du Prince
d'Orange. La nuit fuivante du
quinze de luin,leGenral Major
Lanier prit poffeſſion des portes
du Chateau , que leGouverneuravoit
confervéfouslo.
beïſſance de fon Roy legitime,
fix mois aprés que toute la
Grande Bretagne y avoit renoncé.
Apres une lecture auſſi ſerieuſe
que celle de cette Relation
, vous voudrez bien
donner un moment à une galanterie
, où vous trouverez
de la nouveauté. Ic n'en
connois point l'Auteur' ; je
fçay ſeulement qu'elle a rejoüy
tous ceux qui l'ont leuë.
GALAN T. 117
AVIS A TΙΜΑΝΤΕ .
Avory du grand Mecene ,
Recevezen bonne Eftrenne
Un avis fort bon & beau
Que vous trouverez nouveau ,
Quivous rendra cette année
Toute heureuse & fortunée
Siparvoſtre grand credit
Ilen eftfait un Edit.
Cela ne vous fera pas difficile
dans la conjoncture preſente
,où noſtre invincible
Monarque , pour achever de
vaincre ſes Ennemis, cherche
des moyens aiſez de groffir
ſes Finances , & il n'en peut
trouver de meilleur qu'en
demandant de l'argent à ceux
qui le donnent facilement &
avec profufion....
2
118 MERCVRE
On veut parler des Amans;
Ils donnent en abondante
Et ne prouvent leurs fermens
Que par la belle dépense.
Par la liberalité.
Une Maiſtreſſe adorable
Leur devient plus favorable.
Que par l'affiduité
Onn'envoisplus d'affezfolles
Pour réſiſter aux piftoles ,
L'or leurouvre l'appetit ,
Metlaplusfarouche en feste ,
Et l'intervale est petit
Dudonjusqu'àla conqueſte.
Onne veut point citer ,
Danaény Iupiter,
Puis qu'il en est des exemples
Et plus recens&plus amples.
Or pour vous expliquer davantage
l'avis dont je parle , il
faudra propoſer à noſtre Victorieux
Monarque d'interdire
2
119
GALANT.
le commerce des amours dans
fon Royaume,pendant la guerre
ſeulement , d'exiger de tous
les Amansdurant ce temps là ,
les dépenses qu'ils font pour
leurs Maiſtreſſes . Il en tirera
des ſommes immenſesſans leur
ofter leurs beſoins. puis que la
pluſpart ne mettentà cela que
leur ſuperflu,&ilne ſera queſtion
que de ſe priver pour un
temps de leurs plaiſirs.
Hé,dansqueltemps pourroientilsfaire
Une pluslouable action ?
Est-il rien deplus neceffaire?
Est- il plus belle occafion
De donnerà cegrandMonarque
D'un Zele Sans mesureune fiwere
marque ?
Voilà donc un moyen cer120
MERCVRE
tain de remplir plus d'un Tre
for Royal , & comme il eſt plufieurs
Amans qui ne font point
ou peu de dépenſe en amour ,
foit par impuiſſance ou par
avarice , il faudra obliger tous
ces gens là de prendre party
dans les Armées de Sa Majesté
en forte que ceux qui ne grof.
frontpoint ſes Finances. grof
fiſſentdu moins ſes Troupes ,
cequi fera un avantage égal à
ce Prince.
1
D'ailleursn'est- onpasplus bem-
D'aller auchemin de la gloire,
Etdevoirfon nom dans l'Histoire
Que d'estre un avareamoureux?
Mais comme il arrivera ſans
doute , que pluſieurs groffes
Villes & Perſonnes confiderables
à noſtre Monarque , ou
mefme
GALANT. 124
meſme de ſa Cour , luy preſenterent
des requeſtes en faveur
desAmours ,& pour estre
exceptées de l'Edit que l'on
propoſe , en ce cas il faudra
que Sa Majesté ne leur accorde
cette exception , qu'à condition
que tous les Amans
&tous les Prevaricateurs des
loix de l'Amour de l'un & de
l'autre Sexe , payeront des taxes
ſelon la qualité du crime ,
&ſuivant le tarif qui en ſera
reglé en ſonConfeil.
On taxera premierement
Leprix dechaque engagement.
Qui s'appellera droit d'entrée ,
Etlataxeenfera reglée
Sur le pied de la qualité .
Durang&delafacultés
Etpuistant pouruneinconstance
Tant pourane infidelité,
Fev.1690. F
122
MERCVRE
:
:
5
Tant pour une legéreté,
Tant fautede perfeverance,
Tant pour manquer un rendez-
VOUS ;
Tantpour un injufte couroux .
Tant pourune humeurinégale,
Tant pour un mauvais intervale
Cardans un amour delicat
Tout paffe pour crime d'Etat ;
Tant pourun Amant qui préfere
Le Ieu , le Vin,la Bonne- chere,
La Chaffe,ou bien d'autresplai.
firs
Avoir l'objet de ſes defirs ;
Tantfaute d'une Serenade,
D'unBouquet,d'une Promenade,
Ettant pour qui ne donnera
Al'objet qui caufeSapeine
La Comedie & l'Opera
4
Du moins une fois laſemaine ,
Cela s'entendpour les Iris
Qui font leur sejour à Paris ;
Tant aussi pour uneMaistreffe
MATVRATE
FVGAM
:ILLI IMPERIVM
PELAGE
PVGNA AD BEVES .ANG
BATOVNAFVG
D.XIVL1690
LDolivarfe.
BU
LYON
GALANT.
123
Qui fera perfide & traiſtreſſe ,
Qui prodiguera ſes douceurs ,
Et partageraſesfaveurs,
Tant pour tout coeur double
parjure
Qui viole un tendre ferment ;
Tant pour un crime de rupture ,
Tant pour un racommodement;
Enfin tant pour les infractaires
De toutes les loixde l'amour ,
Dont on voit troubler les miſte .
res
EnSon empirechaque jour.
Vous voyez preſentement,
genereux Timante , que.cer
Edit ſeroit admirable , & que
vousendevez attendre de l'Illuſtre
Mecene une récompen
ſe tres confiderable pour vôtre
droit d'Avis.
Etpour celles quivous ledonnent
Voſtre bon coeur en ufera
De lafaçon qu'il luy plaira ;
1
F 2
24
MERCVRE
Acecoeur elles s'abandonnent ,
Sans attendre de leurs attraits
Dans la conjoncture opportune
Leſoin de leur bonne fortune,
Et de leurs petits interests :
Caràtrop pen vousferiezquitte
Neregardantque leur merite.
La Faculté de Medecine de
Montpellier a toujours eſté
celebre par les grandsHommes
qu'elle a produits , & que l'on
peut dire qu'elle a donnez à la
pluſpart des Cours de l'Europe.
Mr Vieuſſens , qui eſt de ce
Corps , en a cité tiré depuis
deux ans par un grand Seigneur
, qui ayant connu fes
rares talens , l'a fait venir à
Paris , où il s'eſt acquis beaucoup
d'eſtime.Sa Majesté ayant
eſté informée de ſon merite, l'a
recompensé d'une penfion, &
GALANT.
125
cette marque d'honneur l'amis
dans une ſi haute reputation ,
que S. A. Royale Mademoiſelle
d'Orleans, luy abien voulu
confierle ſoin de ſaſanté, en
le choiſiſſantpour ſon premier
Medecin..
Je referve encore juſqu'au
mois prochain à vous faire
voir, felon ma coutume , les
Icttons de cette année , afin de
vous donner aujourd'huy la
Medaille d'une des plus memorables
actions du Regne
du Roy. C'eſt le CombatNavaldonné
au Cap de Belvefier,,
où les Flotes Angloiſe & Hollandoiſe
furent battues & miſes
en fuite par celles de France,
le 10. de Juillet de l'année
derniere. Cette Victoire a fait
connoiſtre à toute l'Europe
que ces deux Nations s'attri-
?
F3
126 MERCVRE
buoient fauſſement l'Empire
de la mer , qu'elles voudroient
inutilement conteſter à leur
Vainqueur. Vous verrez dans
cette Medaille un revers d'un
deſſein correct & tres- bien executé.
Le Roy en Neptune ſur
un Char , le Tridenten main,
pouſſe les Flotes d'Angleterre
&de Hollande , dont chacune
porte ſon Pavillon. Ces mots
du premier de l'Eneide de Virgile
ſon autour. Maturatefugam.
Illi Imperium Pelagi. L'application
eneſt tres -heureuſe, puis
que les Anglois & les Hollandois
lay cedent par leur fuite
ladomination de l'Ocean . On
lit dans l'Exergue : Pugna ad
Beveferium ; Anglis, Batavis unà
fugatis decimo Iulii 1690 .
Vous avez fans doute appris
lamort deMeffire François
GALANT .
127
Rouxel de Medavy , Archeveſque
de Roüen , arrivée à
Maſcon au commencement de
cemois. Ontientque l'origine
de la Maiſon de Rouxel-
Medavy, vientde lean Rouxel
Gentilhomme Anglois, dont le
Roy Charles VII, récompenſa
les ſervices en luy donnant
pluſieurs Terres ſituées aux
Bailliages d'Alençon & de
Caën. Il épouſa Marie d'Arconneur,
Fille & Heritiere de
Guillaume , Sr de Medavy ,&
ilen eut entre autres Enfans .
Georges Rouxel , Sr de Medavy,
tué en 1479. à la Journée
de Guinegaſte. Fleury
Rouxel , Sr de Medavy , Fils de
Georges , fut Pere de Jacques
Rouxel , Sr de Medavy , quide
Françoiſe, Damede Pierre fitte
laiſſe Jacques Rouxel de Mc-
F4
128 MERCVRE
davy II. du nom , qui fut fait
Chevalier de l'Ordre du Roy
en 1969. Gouverneurd'Argentan
en 1572. Capitainede cinquante
Lanciers , Lieutenant
general du Duché d'Alençon
pour François de FranceDuc
d'Alençon en 1584. & fon
ChambellanOrdinaire. Pierre
Rouxel , Baron de Medavy ,
fon Fils, épouſa en 1586.Charlotre
de Hautemer , Comteffe
deGrancey , Fille de cuillaume,
Sr de Fervacques , Maréchalde
France. Il fut fait Lieutenant
general en Normandie
en 1594. Conſeiller d'Etat ordinaire
en 1611. & mourut
deux ans aprés. Il fut eſtimé
par ſa valeur ,& renommé par
ſa force, dont on raconte qu'-
ayant percé d'un coupd'épée
dans un combat le SrdeTrepiGALANT
129
?
gny qui eſtoit à la teſte d'une
Compagnie de Gendarmes
il le porta tout armé & enferré
de ſon épée plus de quatre
pas en l'air . Ce Pierre Rouxel
deMedavy , Comte de Grancey,
laiſſa trois Fils , qui furent
Iacques III. du nom , Comte
de Grancey & de Medavy ,
Chevalier des Ordres du Roy ,
Maréchal de France ; François
Rouxel de Medavy , Abbéde
Cormeilles & de Saint André
nommé à l'Eveſche de Seez
en 1651. & l'Archeveſché de
Roüen en 1671. & Guillaume
Comte de Marey , Maréchal
de Camp , mort d'une bleſſure
au combat de Briare en 1651 .
Mr l'Archeveſque de Roüen ,
dont la mortdonne lieu à cet
article , eſtoit dans ſa quatrewingt
ſeptième année,&Cone-
BS
130
MERCVRE
J
a
qu'il
ſeiller d'Etat ordinaire , &s'ef-
• coittoujours extrémementdi-
Aingué par la force de ſon efprit,
dont les lumieres étoient
demeurées également vives
malgré ſon grand age. Sa charité
ſe répondoit ſur quantité de
pauvres Eccleſiaſtiques ,
affittoit ſelon leurs befoins, par
des penſions ſecretes ,il fecou -
roitmême beaucoup de Familles
de Nobleſſe qu'it ſçavoit
eſtre en neceffité. Mrl'Eveſque
deMaſcon ne l'a preſque point
quitté dans ſa maladie,pendant
laquelle il luy a rendu toutes
fortes dedevoirs. Son Corpsta
eſté porté à Grancey , & on a
fait àMaſcon des Services ſolemnels
pour le repos de ſonA
me. LePrefidial& tous les autres
Corps y ont aſſiſté-Quant à feu
Mr le Maréchal deGrancey ,,
GALANT...
131
Aîné des trois Freres , ilépouſa.
en premieres,Noces Catherine
de Monchy , Soeur de Charles,
Marquis d'Hocquincourt
Maréchal de France , & en ſecondes
Noces vers l'an 1648 ..
Charlotte de Mornay , Fille de
Pierre , Sr de Villarceaux , &
d'Anne Olivier Leuville. Il a
laiſſe de ſon premier mariage
Pierre Rouxel II .du nom,Comte
de Grancey ,qui s'eſt marié
trois fois , & qui eſt Pere
de Mr le Comte de Medavy
que Mr l'Archeveſque de
Roüen a fait ſon Legataireuniverſel
.
J'ay auſſi à vous apprendre
la mort de Meſſire Hilaire Bordief,
Preſident en la Cour des
Aides, arrivée ſur la fin du mois
paſſé. Il eſtoit Frere de Mr
Bordier, Intendant des Finan-
F6
132
MERCURE
ces par qui la belle maiſon dús
Raincy a eſté baltie.
€ Il vient de paroiſtre un Livre
, de l'utilité duquelle titre
pourra vous faire juger. C'eſt
l'Anatomiede l'homme ſuivant la
circulation dufang& les dernieres
découvertes démontrée au Jardin
Royal par Mr. Dionis , premier
Chirurgien de Madame la Dau.
phine , Chirurgien ordinaire de la
feuë Reine,&luréàParis. Il commence
d'abord par l'Oſteologie
, parce que c'eſt par elle
qu'on ouvre les Exercices au
FardinRoyal , & que la con--
noiſſance desOs doit preceder
celle detoutes les autres parties.
Il faic huit Demonſtra
tions ; deux des os en general ,
deuxdesos de la teſte ,deuxde
ceux dutronc ,&de ceux des
extremitez. Il continuëpardix
GALANT ..
133
autres Demonſtrations Ana
tomiques. Il en fait quatre des
parties contenues dans le bass
ventre ; deux de celles de la
poitrine , deux de celles de la
teſte ,& deux des extremitez..
Au commencement de chacune
de ces Demonstrations ill
y a une Planche qui reprefente
les parties que l'on y fait voir ,
&les meſmes lettres qui y font
gravées, ſe trouvent à la marge
de l'endroit du diſcours qui ex--
plique ces parties , afin qu'on
y ait recours . Mr Dionis ayant
fait ces Demonſtrations publiques
au lardin Royal pen--
danthuitannées conſecutives ,,
par ordre du Roy , & de Mr.
Daquin , premier Medecinde
Sa Majesté, & n'ayant ceſſe que
pour remplir la Charge de Premier
Chirurgien de Madame
134
MERCVRE
laDauphine dont il fut alors
honoré ,on doit juger par là du
merite de ſon Ouvrage , dont
on peutdire que le travail eſt
immenſe . Il y a dix- huit Planches
, & chaque Planche contient
differens ſujets ,& ce qui
va à l'infiny . Elles ſont gravées
par Mr Thomaſſin , fort
eſtimédans ſon art , & rien ne
manquede toutce qui apû con
tribuer à la beauté de l'impreſ
fion de cetOuvrage.
Le Sr Guerout Libraire, Galerie
neuve du Palais , debite
unautre Livre nouveau , intitulé
, Pratique de Medecine
Speciale. Il eſt du ſçavant Michel
Etimuler, & on peut direc
que cegrandHomme qui excelle
en tout , s'eſt en quelque
forte ſurpaflé dans cet Ouvra--
ge , où il traite des maladies
GALANT .
135
;
propres des Hommes, des Femmes
& des Enfans. Tout y eft
demontré d'une maniere aufi
nette que fçavante , en forte
qu'il rend tres intelligibles les
matieres embroüillées de lageneratio.
Les maladies des hom..
mes qui y ont rapport , y. font
propoſées avec beaucoup de
methode , ainſi que celles des
Filles&des Femmes . On y en--
ſeigne le regime des Femmes
groffes& des Accouchées,avec
la maniere d'accoucher ,& de
remedier aux maladies qui fur.
viennent en ces eftats...Quoy
que l'Auteur parle fort au
longde toutes ces chofes , il
s'étend particulierement fur ce
qui regarde l'éducation des .
petits Enfans. Il rend raiſon de
toutes les incommoditez aufquelles
ils peuvent eſtre ſujets
13:6 MERCVRE
pour en mieux fonder la cure,
perfuadé que c'eſt dans cetage
tendre que la pluſpart des
maladies jettent leurs racines.
On a ajoûté quelques Differtations
pleines d'érudition du
meſme Auteur , ſur l'Epilepſie
, ſur l'Ivreſſe , ſur le mal
Hypocondriaque , ſur la douleur
Hypocondriaque , ſur la
Corpulence , & fur la morfure
de la Vipere. Ces fortes de
maladies fontexpliquées tresmethodiquement
, avec leurs
fignes & leurs cures , & le tout
fait un corps de Pratique de
Medecine , que l'on nomme
Speciale , tant parce qu'elle ne
regarde que certains âges, que
pour la diſtinguer de la pratique
de toutes les maladies du
corps humain en general , qu
Ettmulera écrite avec la der
niere exactitude,&qu'on don
5
GALANT.
137
nera inceſſamment au Public
!
traduite en noſtre Langue ,
comme la Pratique ſpeciale
dontje vous parle.
Mr Gautier , IngenieurOrdinaire
du Roy , Auteur du
Traité des Fortifications nou .
velles , & de l'Art de laver c
depeindre fur le coloris , qui
ont eſté ſibien receus du Public
, vient de nous donner un
Traité de l'Artillerie , qui explique
la difference , les proportions,
lesrenforts , les portées,
les affuſts , & toutce qui concerne
les Canons dont on fe
fert en France , tant for terre
que ſur mer. Il y ajoûtela maniere
de jetter des Bombes ,&
donne à connoiſtreles proportionsde
ces machines , comme
des Mortiers qui ſervent à les
chaffer,avec pluſieurs expe
138 MERCVRE
riences fur ceſujet,& le moyen
de compoſer toute forte de
feux d'artifice de guerre. Cc.
Livre ſe trouve auſſi chez le St
Guerout ,& a eſté imprimé à
Lyon , ainſi quela Pratique de
Medecine Speciale , par le St
Amaulry..
A
Le hazard fait quelquefois
arriver des choſes qu'on croit
impoſſibles, à ne regarder que
les appareces.UnCavalierd'un
veritable merite , né parmy les
graces , mais fortbroüillé avec
la fortune , devint amy d'une
jeune Demoiselle , qui par fa
beauté& par fon eſprit auroit:
pûtoucher les plus inſenſibles ..
Elleavoitun bien aſſez mediocre',
& vivoit contente lavec
ſa Mere, qui luy ſouhaitantun
Party avantageux , ſe tenoit
fort refervée ſur les viſites qu
GALANT. 139
elle permettoit qu'on luy rendiſt
.Ainſi ſa maiſon eſtoit fermée
àtous ceux qui pouvoient
n'avoir que des douceurs à luy
dire , & fi elle confentoit à
fouffrir le Cavalier, c'eſtoit par
un certain privilege qu'il s'eftoit
acquis d'eſtre bien venu
par tout, non ſeulement parun
agrément d'humeur qui le fai
foit ſouhaiter dansle plus beau
monde , mais parce que l'éloi
gnement qu'il montroit pour
tout ce qu'on peut appeller en
gagement , le rendoit ſans conſequence.
Il eſtoit d'une Nobleſſe
aſſez diſtinguée , & le
Jeu dont il faiſoit ſa plus ſolide
reſource , fourniſſoit dequoy
fubfifter. Cependant le merite
de la jeune Demoiſelle avoit
fait ſur luy des impreffions
fi fortes , qu'il s'échapoit quel
140
MERCVRE
quefois juſqu'àluydire , que
malgré l'averſion qu'il avoit à
s'engager , il ſentoit bien que
s'il s'eſtoit trouvé en eſtat de
la rendre heureuſe , il auroit
voulu paſſer ſa vie avecelle. La
Belle luy répondoit en riant ,
qu'à cela prés il eſtoitaſſez fon
fait , mais que la raiſon eſtoir
ſeule à confulter lors qu'il s'agifſoit
de mariage , & que la
vie eſtant longue , & le coeur
auffi ſujet à s'ufer que toute:
autre choſe , il n'y avoitrien
de ſidangereux que d'en croirele
penchant. La ſageſſede ſa
conduite ,& fes belles qualitez
le faiſant toujours entrer plus
vivementdans ſes intereſts , i
luy dit un jour , que puis qu'il
ne pouvoit eſpererde la mettre
par luy - meſme dans la
fortune qu'il lay ſouhaitoit,
GALAN T. 141
il vouloit tâcher d'y réuſſir par
un autre , en luy amenant un
de ſes Parens, qu'il jugeoit capable
d'en devenir amoureux ,
pour peuqu'ellepriſt ſoind'em.
ployer les avantages que luy
donnoit ſa beauté. Ce parent
eſtoit un homme qui donnoit
dans les grands airs , &qui cftant
déja maiſtre d'unbien tres
confiderable , attendoit encore
la ſucceſſion d'un Oncle fort
riche,qui devoit luy laiſſerdequoi
fouteniravec éclat le nom
Marquis, que l'ambition luy
avoit fait prendre. Cette propoſition
charmala Mere , qui
attendit avec grande impatience
que le Cavaliers'acqui-
<taſt de ſa parole. Le Marquis
leur fut amené peu de jours
aprés ,& vous pouvez croire
qu'ileut toutſujet d'eſtre con142
MERCVRE
১
tent des honneſtetez qu'on eut
pour luy. La Belle n'oublia pas
de faire valoir tout ce qu'elle
avoit de charmes,& il demeura
ſi touché de ſes manieres ,qu'il
ne put la voir ſans ſouhaiter de
la voir fans ceſſe.Ainſi ſes ſoins
furent aſſidus ,& comme dans
ſes viſites il n'eſtoit troublé par
aucun Rival,il paſſoit des jours
entiers auprés d'elle avec un
plaiſir qui ne ſe peut concevoir
Le Cavalier eſtoit quelquefois
de la partie , & ce qu'il diſoit
ſouvent au Marquis du vray
merite qu'il luy connoiſſoit, ne
ſervoit pas peu à flater ſa pafſion.
Si toſt qu'on la crut aſſez
violente pour ne riſquer rien
en l'engageant à ſe declarer
la mere qui n'avoit pas moins
d'eſprit que d'adreſſe , ayant
inſenſiblement conduit le dif,
GALANT.
143
cours ſur le ſoin que l'on étoit
obligé d'avoir de ſa reputatio ,
prit delà occaſion de luy remonſtrer
qu'il y alloit de la
gloirede ſa Fille de ne pas donner
matiere àde facheux contes
, &que les viſites qu'il luy
rendoiteſtant remarquées , il
falloit ou les finir, où faire connoiſtre
quelle eſtoit la cauſe de
tantd'affiduité . Le Marquisen.
tierement charmé de la Belle
ne manqua pas de répondre
qu'il n'avoit pour elle que des
veuës fort legitimes ; qu'il le
feroit voir en l'épouſant, mais
quedevant heriter d'un Oncle
fort riche , qui ne confentiroit
pas à un mariage où le
ſeul merite de cette belle
perſonne eſtoit à confiderer,
al eſtoit contraint d'attendre
que la mort le miſt en pouvoir
44
MERCURE
1
i
d'executer ce qu'il eſtoit reſolu
de faire ; que cet Oncle eſtoit
fort vieux , & mefme ſujet à
de grands maux en forte qu'il
y avoit lieu de s'aſſeurer qu'il
nevivroit pas encore longtemps.
Cette réponſe ne ſarisfit
pas tout à fait la Mere , qui
ayantparlé au Cavalier preſſa
de nouveau le Marquis en ſa
prefence.Le Cavalier futd'avis
d'un mariage ſecret qui demeureroit
caché du vivantde
l'Oncle,mais lesinconvenients
que le Marquis ytrouva , l'empeſcherent
de ſe rendre ,& enfin
pour les convaincre de ſa
bonne foy il propoſa de faire
cefferleurcrainte,par unePromeſſe
demariage qu'il offrit de
faire dans les termes les plus
forts. La choſe fut acceptée
& l'on refolut d'attendre la
: .mort
GALANT.
145
i
mort de l'Oncle. Le Marquis
n'eut pas ſi - toſt uneentiereliberté
de voir la Belle , qu'il en
voulut abuſer. Il crut que la
Promeſſe qu'il luy avoit faite",
lemettoit en droit d'en éxiger
quelques legeres faveurs ,&
le refus qu'elle luy en fit , eftant
regardé comme une marque
de ſon peu d'amour pour
luy , le porta à des reproches
☑ qu'elle repouſſa avec d'autant
plus d'aigreur , que ne trouvant
rien qui luy pluſt dans
ſa perſonne , elle ne s'eſtoit
reſoluë à l'écouter que par la
veuë ſeule de ſes intereſts .Ce
procedépeu reſpectueux commença
à les brouiller , & la
Belle en fut fi fort irritée ,
que ne pouvantplus s'aſſujertir
aux complaiſances qu'elle
avoit euës juſqu'alors , elle re-
Fev.1690.
G
146 MERCVRE
fuſa de le voir un ſeul moment
qu'en preſecede ſa mere.
Une vertu ſirigide ne put accommoder
le Marquis. Il en fit
ſes plaintes& les voyant inutiles,
il s'imagina que s'il luytendoitdes
devoirs moins affidus ,
la crainte dele perdre pourroit
l'obliger à prendre une autre
conduite. Cet expedient luy
plut& ille mit en uſage. Il paſſa
cinq ou fix jours fans aller chez
elle,&cette retraite ne fit point
l'effet qu'il en avoit attendu.
Elle ne ſervit qu'à faire ouvrir
les yeux à la Belle , qui
le recevant enſuite avec beaucoup
de froideur , porta , inſenſiblement
fon indifference
juſques au dégouſt. Ainfi il eut
beau continuer à la voir plus
rarement, elle dedaigna de luy
demander pourquoy il diminuoit
ſes empreſſemens , & la
GALANT.
147
Mere ſeule lay en fit quelque
reproche. Il s'excuſa ſur ce
qu'on avoit averty ſon Oncle
de ſes frequentes viſites , &
qu'ilſe voyoit contraint de les
retrancher , pour ne luy pas
donner des ſoupçons qui luy
pouroient eſtre préjudiciables.
LaBelle luy répondit fierement
que puis que cetOncle trouvoit
mauvais qu'il fit paroiſtre de
l'attachement pour elle , le
meilleur party qu'il euſt à
prendre eſtoit de l'abandonner
pourle fatisfaire. Le Marquis
ſe tenant fort outragé de cette
fiere réponſe , ceſſa de la voir
entierement , & le Cavalier
l'ayant blaſmée du peu de mégement
qu'elle avoit eupour
un homme qui la pouvoitmettre
dans un rang confiderable ,
elle luy fit voir qu'en l'éloi-
G 2
148 MERCVRE
gnant elle ne perdoit que ce
qu'illuy euſt eſté impoſſible de
garder.En effet , toutes les déa
marches du Marquis faiſoient
trop connoiſtre qu'il ne luy
avoitrendudes ſoins que dans
l'eſperance de ſurprendre ſa
foibleſſe , ſi elle euſt eſté capable
d'en avoir pour luy. Cette
penſée luy donna une ſi forte
indignation , que comme elle
avoit autant de fierté que de
vertu, elle voulut que leCavalier
luy reportaſt ſaPromesſe,
afin qu'il ne la cruſt pas d'un
caractere à vouloir turer quel
que avantage de l'engagement
oùil s'eſtoit mis. Le Cavalier
luy reſiſta fort long- temps , &
ſe vit enfin contraint d'emporter
cettePromeſſe , qu'elle l'engagea
de rendre au Marquis .
Il luy dit le lendemain qu'il l'a
GALANT.
149
voit remiſe entre ſes mains , &
ne laiſſa pas de la garder , jugeant
à propos d'en eſtre toujours
keamaiſtre , afin qu'elle
luy ferviſtà donner au moins
de l'inquietude à ſon Parent
dans l'occaſion , s'il n'en pou
voit faire unmeilleurufage. Il
arriva quelques jours aprést
que l'oncle fe miten teſte de
marier le Marquis. Il jetta les
ycux far une jeune Heritiere
qui avoit beaucoup de bien ,
&dont le Tateur estoit fon
meilleurAmy. H.n'eut pas de
peine à legagner, mais la pluf
part des autresParensluyrefif .
tetem. Ils s'intereffoient pour
un Gentilhome qui étoit pour
elle un Party confiderable ,&
aptés qu'on eut faitjoüer toutes
fortes de refforts , il fut impof
fible de les faire conſentira ce
mariage , à moins que l'oncle
G3
150
MERCVRE
1
"
ne ſe reſoluſt a faire une a
vancede cent mille écus à fon
Neveu. Il agréa la condition ,
&le Marquis futdans une joyc
qu'on ne ſçauroit exprimer.
Rien ne luy pouvoit eſtre plus
avantageux que cette affaite
qui luy affurdit cent mille écus
fur le bien de l'Oncle , & luy
donnoit une Femme qui luy
apportoit de tres bellesTerres.
Si-toſt qu'oncut reglélesarticles
, le Cavalierprit ſon temps
pour demander au Marquis
comment il croyoit ſe pouvoir
tirer d'affaire avec la Belle . Il
l'affura que fa refolution étoit
de s'oppoſer àfon mariage , c
luy fit comprendre qu'il devoit
tout craindre de l'éclat qu'elle
feroit , puis que les Parens de
ſa Maistreffe ne demandoient
qu'un pretexte pour rentrer
€
GALAN T. 1
dans le Party qu'on les avoit
forcez de quitter. Le Marquis
s'inquieta , & jugeantqu'il luy
eſtoit d'une tres grande importancede
remedier à cet em ,
barras , il pria le Cavalier d'employer
toutes fortes de moyens
pour retirer ſa Promeſſe. Le
Cavalier luy fit croire pendant
quelques jours , qu'il ne falloit
efperer aucun accommodement
, laBelle eſtant obſtine
ment refoluëde le pourſuivre ;
& enfin comme s'il euſt rem
porté quelque ſignalée victoire,
il luy vint dire avec de grandes
marques de jove , qu'il l'avoit
fait confentir à luy rendre ſa
Prometre pour une certaine
ſomme ; mais il la porta fi haut
que le Marquis en fut effrayé.
Aprés pluſieurs allées & ve
nuës que le Cavalier feignitde
G4
152 MERCVRE
,
faire, elle fut reglée à dix mille
écus. Le Marquis ne les donna
pas fans beaucoup de repuguance,
mais ce qu'il gagnoit
parlà eſtoitfi confiderable
qu'il ctut devoir finir promptement.
Lesdix mille écus furent
payez,&le Cavalier rendit la
Promeffe. Sitoft qu'il eut receu
eet argent,comme il eſtoit fort
heureux au jeu , il voulut
hazarder tout à la fois trois ou
quatre mille francs qu'il avoit
gagnez en pluſieurs rencontres
,&la fortune qui l'avoit
déja favorisé fut fi conftante
pourlay , qu'en moins de huic
jours elle luy donna cing à fix
mille piſtoles. Cela jointà ce
qu'il avoittouché du Marquis,
faiſoit une ſomme aſſez importante.
Il voulut iouïr de ſon
bonheur ,& eſtant allé trouver
GALANT.
153
la Belle , il luy demanda ſi ſa
perfonne luy pourroit eſtre
agréable avec trente mille écus
enargent comptant ,dont elle
diſpoſeroit pour telle Terre
qu'elle voudroit luy faire acheter.
La Belle écouta d'abord!
cette propoſition comme une
plaiſanteric, maisquand enluy
parlant ſerieuſementsil luy eut
appris ce que la fortune avoit
fait pour luyselle l'affura qu'en
l'obtenantde ſa Mere , il ne
devoit craindre aucun refusde
ſa part. La Mere qui luy avoit
obligation des avantages qu'il
avoit tâché de procurer à ſa
Fille luyen montra fa reconnoiſſance
en luy accordant le
confentement qu'il luy demanda.
Il ne cacha pas ce qu'il
avoit faittouchant le Promeſſe
GS
ود
154
MERCURE
&toutes deux ſe conſolerent
fans peinede la perte duMars
quis,dont le marige n'eſt point
encore fait. Il eſt traversé par
fon Rival qui fait agir contre
luy une Puiſſance affez redoutable
, tandis que le Cavalier
gouſte avecla Belle toutes les
douceurs qui accompagnent
une parfaite union.
Vous avez veu le moispaffé
dansles Nouvelles publiques,
celles qui nous font venues
de Perſe. Voicy l'Original
d'une Réponſe du Sophi à
l'Empereur , dont lePublic n'a
veu que l'Extrait.
१०
GALANT.
15.5
こ
TRADUCTION
De la Réponſe du Sophi à une
Lettre del'Empereur , ..
du 20. Mars 1688 .
ARegledes Potentats dans la
pureté lefondement
assuré de l'amitié & bien
veillance , &le refugede la confiance,
Leopoldus Empereur , toujours
Augucte , RoydeHongrie,Allemagne
, Boheme , Dalmatie , &c.
Soliman Ambassadeurdu tres-haut
&tres- puiſſant Roy de Pologne, en
toute perfection d'éloquence &
beaux discours nous a apporté une
Lettre remplie de témoignages
d'honneur&d'affection des conque
ſtes , & des moyens de retirer des
mains des Tures les Provinces dé
pendantes du pays d'Yron & Perfe
qu'ils ont empietees,&cela avoit
G6
156
MERCVRE
déja esté representé diverſes fois
parte Roy de Pologne & les Ducs
de Mofcovie au Troſne tres élevé ,
&beurs Ambassadeursfont venus
àcesujet;mais dautant que depuis
fort longtemps la paix& lafoy jurée
est entre les Ofmanſons &les
Perfes, la rupture de cettepaix est
empêchéepar la Loy &par la Religion
, & encore par la confiderationde
mes Ancestres quifont dans
le Paradis , & leur promeffe de fidelité
est un empêchement à ma
grandeur , & je suis empêché de
commencer guerre & hoftilitez,
parce que je fuis cette maniere de
grandeur & de foypar écritures..
Nousferonsinformez désſuccés , &-
le voile des prosperiteznousfera
levé,& les Serviteurs de la Cour,
repos des creatures , les recevronse
Pour tres- agreables...
3
GALANT.
157
Te vous envoye auſſi en originalles
réponſes du Capigi.
Bachi , ou Grand Portier
Comte de Siri , Ambaſſadeur.
du Roy de Pologne..
,
IPROPOSITION
Du Comte..
au
TLL offrit de la partde ſon Maiſtre
deux mille Cofaques an
Roy de Perſe.
REPONSE.
Vostre Roy en a besoin pour preferver
fon Pays de l'incursion des
Tertares. .
11. PROPOSITION.
LeComte repreſente la belle
occaſion qu'a le Sophy de
reprendre Bagder..
REPONSE ..
Onattend que vostre Roy represa.
De Caminiecks..
4
98 MERCURE
III. PROPOSITION..
Il remontre les grands avanrages
que le Sophy retireroit
de ſon union avec les Princes
Chreſtiens.
REPONSE.
Queson Maistre retireroit bien
plus d'avantageſiſes sujets estoient
bien unis avec luy. Uniſſez vous
bien ensemble , luy dit- il ,&
aprés , venez nous preſcher l'union.
Noussçavons, ajoûta-t il, ce qui
s'estpassé dans vos dernieres Diettes
,&nousſcavons de quelle maniere
on a brouilléles Princes Chrétiens.
Nous ne pouvons plus nous
déterminer coutre les Turcs , prévoyant
les avantages qu'ils vont
retirerde ladefunionde vos Princes
Chreftiens..
l'ajoûte une Réponſe du
Sophiau Pape innocentXL
GALANT.
159
Vous ferez bien aiſe , ſans
doute , de voir les qualitez
que les Rois de Perſe donnent
à nos Souverains Pontifes...
REPONSE DU SOPHY
AN. S. P. le Pape Innocent
XI . qui luy avoit demandé
un Hofpice à Chamaki
pour les Capucins
foumis à la facrée Congregation.
Elle a eſté expliquée
mot pour mot du Perſan en
noſtre Langue ..
AlaplauseMajest
La Haute Majestédu degré
Mercure
Firmament des Etoiles , opulente
Sageſſe de Iupiter de tres - haut lieu ,
lagloire de l'Aurore , Refuge de la
Serenité& royauté , Arsenalde la
grandeur&de la justice , Reſidence
4
160 MERCVRE
de la Majesté& de la manificence,
Heritagede la force& puiſſance ,
Lieudes excellences, Precisiondans
les Armées, Connoiffance entiere
detous les Etats , Esprit penetrant
les veritez , Maistre des inte
rieurs les plus illuminez , plus
exhauffé que les montagnes , vol
d'une mesurefublime, Perle éclatante,
voye des richeffes, l'excellence
des excellences , le Chefdes
Grands ,le premier des Potentats ,
Maistredufecret des Chreftiens , le
Suprême des Seigneurs , l'honneur
& fermeté des: Chreftiens , & la
Serenité,Royauté , grandeur , ma.
gnanimité, justice ,fublimité , excellence
, magnificence , & bon
augure, InnocentXI. Pape..
Après tous les discours neceſſairespour
témoignage d'affection &
les preuves des degrez d'amour , lar
bauteur claire commela Lune&
GALANT . 16г
brillante comme le soleil , donne
preuve entieredeson affection , &
faitsçavoir que vostre Lettrepleinede
témoignages d'amitié nous a
eſté renduë en nostre demeure ref-
Semblante un Faradis , par l'éloquent
& doué de rares discours,
Soliman Ambassadeur du tres - haut
& tres puissant Roy de Pologne.
Leſujet de cette Lettre,eft que nous
commandions que quelqu'un da
haut lieu dispose dans le pays de
Chirvan une habitation pour recevoir
les allans & venaas dans ce
paysde Cofroës . CePapier noble &
ferme a este expedié & accordé à
ceſuiet, quiſert de nouveaufondement
posésur l'affection. Si quelque
choſe manque des demandes &
proiet'sence rencontre,faites le nous
Sçavoir , & la bien veillance du
Royfera toujours portée àleur enterinement.
Que l'Etoilede la bonne
ま
162 MERCVRE
fortune avec l'honneur du bon plaifir
de Dieu vous preferve de tout
accident.
l'ajouſteray aux Nouvelles
qui ont eſté publiées de Perſe,
que les Enfans de Canavaſ-
Kan , anciens Gouverneurs de
Teflis , ayant fait des alliances
de mariage avec le Prince
de Rache Archetk , ont uny
cette Province avec celles de
laMingrelie& de Dadianqui
ſe ſont données à eux ; & que
le Roy de Perſe craint qu'He
racle Mirza leur Beaufrere ,
àqui il donna il y a deux ans
Gouvernementde Teflis , ne
ſe mette de leur party , pour
recouvrer la Principauté de
Kakret qui luy appartient. II.
retient toujours pour ce ſujet
fa Mere , fa Femme & fes
le
2
GALANT.
163
Enfans en oftage. Il feroit à
fouhaiter pour lebien des Catholiques
de Georgie , ou que
lesdeux Princes de Chanavalkan
réuſſiſſent dans leurs defſeins
, ou qu'ils recouvraſſent
le Gouvernement de Teflis ,
dont ils ont joüy fucceſſive
ment en rentrant dans les
bonnes graces du Roy , qu'ils
ont perduës par une avanture
extraordinaire. L'Aîné de ces
Freres,appelléChaknazarkan,
ayant prié Sa Majesté de faire
élever ſa Soeur dans ſa Cour ,
leRoy la receut ,& la voulant
marier avecavantage , il donna
à ce Frere la liberté de choifir
entre ſes deux plus grands
Favoris, dontl'un eſtoit le Fils
de l'Aramadaulet , ou Grand
Vifir , fon premier Miniſtre; &
l'autre , le Gouverneur de la
164 MERCVRE
Province de l'Oreſtan appelle
Chakrerdikan , qui estoit de la
plus illuftre Famille de Perſe.
Chaknazarkan cuſt pû éviter
les malheurs où l'engageoit
infailliblementle refus de l'un
des deux, s'il en euſt remis le
choix au Roy , mais la gloire
qu'il tiroird'eſtre petit Fils du
dernier Roy de Georgie , luy
fit mépriſer l'alliancedu Filsde
l'Atamadaulet , comme luy
eſtant tresinégal , & ildonna
fa Soeur à l'autre Prince. L'Aramadaulet
ne fut pas longremps
fans chercheràs'en vanger.
Il inſpira de l'amour au
Roy pour la Femme de Chaknazarkan
, qui paffe pour la
plus belle perfonne du Levant.
Le Roy la luy demanda , & fur
le refus qu'il luyen fit , ilenvoya
pour l'enlever le Neveu
GALAN T. 165
du grand Viſir avec une puifſante
armée. Il en vint aux
mains avec Chaknazarkan ,
qui eutdu deſſous , & fut obligé
de ſe ſauver en Moſcovie.
On pourſuivit ſa Femme , qui
s'eſtant miſe à la teſte des
Troupes de ſon Mary qu'elle
rallia , ſoutint long-temps les
attaques de l'Armée de Perſe ,
&trouva enfin moyen de ſe
refugier auprés de luy. Cependantl'autreFrere,
nommé
Gourguinkan , faiſoit l'hypocrite
à la Cour , & le peu d'inſtruction
queles Georgiens ont
du Chriſtianiſme , luy faiſoit
croire qu'il pouvoit ſouffrir
d'eſtre circoncis , pour obtenir
le Gouvernementde Chaknazarkā,
mais l'Atamadaulet qui
l'en fit bien - toſt chaſſer , trouva
auſſi le moyen de faire cou166
MERCVRE
٤
perlateſte à ſon Beaufrere , &
fit expoſer ſa Soeur à toutes les
indignitez que peut inventer
la labricité Perſanne.Les Princes
avoient eu quelque eſperance
de l'en pouvoir vanger
par le ſecours des Ducs de
Moſcovie , mais il paroiſſent
avoir peu d'envie de profiter
desavantages , quela Religion
Grecque leur donne fur ce
beau Royaume . Nous avons en
Perſe Mr de SaintOlon, Eveſquede
Babilone , Frere de Mr
de SaintOlon , Gentilhomme
ordinairede la Maiſon du Roy,
& cy devant Envoyé Extraordinaire
de Sa Majesté àGenes .
CePrelat animé d'un vray zele
pour la gloire de Dieu , y fait
les fonctions d'un digne Chef;
avec tout le ſuccez que l'on
peut attendre delala plus arGALANT
.
167
dente' & plus ſincere ferveur.
La Fable qui ſuit vous doit
paroiſtre agréable & par ſa morale
, & par l'heureux tour que
l'Auteur luy a donné .
LES DEUX CHEVRES,
FABLE .
Es Chevresont une proprieté,
C'est qu'ayant fort long- temps
bronte
Elles prennent l'effor, & s'en vont
en voyage
Vers les endroits dupasturage
Inaceſſibles auxHumains.
Est- il quelque lieu fans chemins ,
Quelque Rocher un Montpendant
en precipices,
168 MERC VRE
-
Mesdames s'en vont là promener
leurs caprices ,
Rien ne peut arrester cet Animal
grimpant.
Deux Cheures donc s'émancipant,
Toutes deux ayant patte blanche,
Quitterent certain Pré , chacune
defapart
L'une vers l'autre alloit pourquelque
bon hazard.
Un Ruiſſeause rencontre , & pour
Pont une planche ,
Deux Bellettes à peines anroient
passé defront.
SurcePont.
D'ailleurs , l'onde rapide , & le
Ruiſſeau profond ,
Devoient faire trembler depeur nos
Amazones.
Malgré tant de dangers l'une de
cespersonnes ,
Pofe un pied fur la planche ,&
l'autre en fait autan
Le
GALANT.
169
Ie m'imagine voir avec LOUIS
LE GRAND ,
Philippe quatre qui s'avance
Dans l'ifle de la Conference.
Ainsi s'avançoient pas à pas,
Nezà nez , nos Avanturieres,
Qui toutes deuxétantfort feres,
Sur le milieu du Pont neſe voulurent
pas
3
L'uneà l'autre ceder , ayant pour
Devancieres ,
L'une , certaine Chevre au merite
Sans pair ২.
Dont Polypheme fit present à Ga.
Latée,
Etl'autre, la Chevre Amalthée
Par qui fut nourry Iupiter.
Faute de reculer , leur cheute fut
commune,
•Toutes deux tomberent àl'eau .
Cet accident n'est pasnouveau.
Dans le chemin de la fortune.
Fev.1690. H
170
MERCVRE
le ne doute point que vous
ne chantiez avec plaifir les
paroles que vous allez lire ,
puis qu'elles ont eſté miſes en
air par un Muſicien fort celé .
bre.
AIR NOVVE AV.
Monaimable silvie
M'affure chaquejour
Quelle est sensible àmon amours
Et qu'elle m'aimera le reste de fa
vie.
Mais sij'ayflechy (arigueur ,
N'eft cepoint uneffet dema perfeverance
,
Et dois-jetontà la reconnoiſſance,
Etrien au panchant deson coeur.
Quoy qu'un grand nombre
d'excellentes Pieces de Theatre
que nous ont laiſſées d'IlTHEQUE
DELA
LYON
B
VILLE
*
1893
171
it d'air
ceux
ecfucrages,
ement
led'en
ayent
nouliteur.
Mr de
don-
Ittour
tincavec
id art,
ns de
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1
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Qu
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Etri
d'ex
trec
GALANT.
171
luſtres Auteurs , foient d'avantageux
modelles pour ceux
qui veulenttravailleravec fuccésà
ces fortes d'Ouvrages ,
tous les ſujets font tellement
épuiſez , qu'il eſt difficile d'en
faire aujourd'huy qui ayent
quelque choſe d'aſſez nouveau
pour attacher l'Auditeur.
Malgré cesdifficultez , Mr de
Capiſtron vient denous donner
une Tragedie , dont tour
Paris eſt charmé. Elle eſt intitulée
, Tiridate , & faite avec
tantd'eſprit & un ſi grand art,
qu'il a trouvé les moyens de
faire naiſtre de la compaffion
pour un Prince , dont l'amour
doit faire horreur. Tous fes
ſentimens qui ſontpathetiques
& d'honneſte homme , font
qu'on ſe trouve forcé de le
plaindre , lors qu'il parle d'une
H 2
172
MERCVRE
paffion 'qu'il reffent avec une
extrême violence , & qu'il ſe
plaiſt à nourrir dans le meſme
tempsqu'il la condamne. La
fituation où ce malheureux Amantiſe
trouve , a je neſçay
quoy de ſi touchant , qu'il eſt
impoſſible de ne pas entrer
dans ſes intereſts. Les nom.
breuſesaſſemblées qui ſe trouvent
aux repreſentations de
cette Piece font une marque
duplaiſir que l'on y prend. Le
jeu des Acteurs en donne un
nouveau. Surtout, Mrle Baron
y ſoutient fon rôle d'une maniere
ſi aiſée & fi naturelle
&avec un art qui ſent ſi peu
l'art , qu'il eſt admiré des plus
difficiles.
Puis que vous voulez ſçavoir
fi les Lotteries nous ont
fervide divertiſſement cetHi.
GALANT.
173
ver , je vous diray qu'il n'a pas
tenu à diversParrticuliers que
l'onn'en ait veu Paris remply.
Iamais il n'y eut plus de diſpofitiopour
cela mais les Mag ferats
prudens & éclairez ayant
découvert qu'il s'y commettoit
beaucoup d'abus , ont jugé à
propos de les défendre;de forte
qu'on n'en a permis que trois
ou quatre ,parce qu'elles fe
font par des gens d'une fidelité
reconnuë. Ilyen auned
Verfailles qui n'eſt que d'un
Lot unique, & ce Lot eſt d'une
Maiſon confiderable , ſituée
dans le meſme licu. Il y en a
une autre à Paris , au Palais
Royal. C'eſt un Officier de
Monfieur qui l'a ouverte.
Comme elle ſe fairfous les aufpices
de ce Prince ,& qu'elle
doit luy fervir de divertiſſe174
MERCVRE
ment , on auroit tort de ſoupçonner
la fidelité de ceux qui
enpronment foio-La trosfiome
eſt aux Galeries du Louvre ,
chez le fameux Mr Thuretà
qui la -ermiffion en a eſté accordéeavec
plaifir , non ſeulementparce
que ſa probité n'eſt
pas moins connuë des Magiftrats
que de la Cour , qui s'eſt
intereſſée pour lay , mais encore
parce que l'on eſt perfuadé
qu'il fe répandra dans
le Public quantité d'Ouvrages
qui ſont dans une eſtime generale.
C'eſt ce qui fait que
l'on s'empreſſe à porter de l'argent
à cette Loterie , qui fera
bien- toſt remplie.Cependant ſi
les Amis que vous avez dans
voſtre Province veulent envoyer,
prendre des Billets , je
croy qu'ils pourront encore le
faire affez à temps , pour avoir
GALANT. 4 175
quelques unes de ces belles
Pendules à repetition , qui
doivet cequ'elles fontangenie
deMt Thuret .Ilya auffi dans
la meſme Loteriedes Montres
àboëtes d'or , des Ouvrages
-d'Orfevrerie,& des Pierreries ,
afin de contenter ceux quiaimentces
fortes de choſes , &
quiaſpirent à des Lots de plus
d'une nature. Le gros Lot eſt
de deux mille cinq cens livres,
d'un ouvrage i fingulier , que
vi'on n'en pourroit trouver au
tant ailleurs quelque ſomme
que l'on en vouluſt donner. Les
billets ne foneque de vingt fols
mais on n'en donne point au
deſſous de trois
Mrde Baugey , Capitaine
de Vaiſſeau , qui commande
le François,allant au devant
de Mrade Neſmond , a faite
H4
$76 MERCVRE
rencontre de deux Fluſtes
d'Amſterdam , de deux cens
tonneaux chacune , qu'il a
priſes & amenées au Port de
" Breſt. Elles venoientde Saint
Habes,& eſtoient chargées de
Sel . Les Maiſtres ont dit que
les autres Baſtimens avoient
eſté pris par les Armateurs de
S. Malo , & qu'ils avoient eſté
ſeparez du reſte de la Flotede
foixante Vaiſſeaux en venant
du meſme lieu. Ils ontajoûté
queles François de Pontichery
y eſtoient fort bien , & s'y
maintenoient demeſme.
Mr le Baron de Palliere a
qui commandelApollon , croifant
ſur les coſtes d'Irlande à
la rencontre du mesme Mr de
Neſmond , avec l'Arrogant &
-le Trident , commandez , l'un
par Mr le Chevalier des AGALANT.
177
: drets,&l'autre par Mr de Levy
a trouvé uneBarque Angloife
de cinquante tonneaux char-..
gée de beurre & de boeuf ſalé ,
qui ſortoitde Kotk , & alloit
aux Iſles . Elle a eſté priſe par
Mr de Levy. Ils ont auſſi rencontré
un Vaiſſeau nommé Les
Ieux , qu'on croyoit perdu .
appartenant à la Compagnic
des Indes Orientales. Il eſtoit
de trente fix Canons , & com .
mandé par le Capitaine Vevaux.
Mr des Adrets l'a en
voyé à Breſt avec la Barque
Angloiſe , & ils y arriverent le
ſixiéme de ce mois. La Cargaifonde
ce Vaiſſeau eſt eſtiméc
huità neuf cens mille livres .
Il partit de Surate le premier
jourdeMay de l'année dernie
re , & il a fejourné trois jours
Maſearcigne , que l'on apelte
Η
178 MERCVRE
autrement lifle de Bourbon..
Le Capitaine a raporté que
Goa eſtoit affiegé par les Troupes
du Grand Mogol , & quela
Place eſtant fort preſſe , illa
croyoit priſe , que les Hollandois
eſtoient auſſi fort preſſez
dans l'ifle de Ceilan , parceux
du pais , au nombre de plus de
cent mille hommes , comman
dez par Mr de la Nerolle, Gen- .
tilhomme Poitevin , & que de ,
dix hut Places qu'ils, occnpoient
dans cette flit ne leur,
reſton plus que Colombo
Neugombos ,& Malte. Goa eft
la Capitale des Indes Orientales
,& fut priſe pour les Portugais
en 1410. par Alphonfe
d'Albuquerque Elle eſt ſituée .
dans le Royaume de Viſapour ,
en la preſqu'Iſle de deçà le
Gange , & l'une des plus belles
T
GALANT. 179
&des plus marchande de tout
l'Orient . Le Viceroy y fait ſon
ſejour. Son affiette eſt dans une
Ifle que les Rivieres de Guari
& de Mandoüa forment à leur
emboucheure . Quant à l'ifle
de Ceillan , Ceylon , ou Zeilan,
on la croit la Taprobane des
Anciens . Elle eſt dans la mer
des Indes deçà le Gange , prés
le Cap de Comori , & fur le
Détroit de Manar ou de Quilais
, & l'air en eſttres - pur &
tres ſain , ce qui la fait appeller
Tenariſim par les Indiens , c'eſt à
dire , Terre de delices . Quelquesunsymettent
ſeptRoyaumes
, & d'autres neuf. Candea
ou Gandi eſt le premier de ger .
te Ifle. Les autres font Jala,
Batecala, Ceiatavaca , Colom.
bo,Jafanatopam , Chilao Trinquilemalo
, & Galo , qui ont
H6
80 MERCURE
h
tous des Villes du meſme nom..
Il y a dans cette Iſle de la meil
leure Canelle du monde , & de
toutes ſortes de drogues , avec
des Pierres precicuſes , de l'or
&des Perles . La peſche s'en fait
dans le Detroit qui eſt entre
Ceilan&la terre ferme. Vous
feroz fans doute bien aiſe d'apprendre
par quelle avanture
Mrde la Nerolle ſe trouve dans
cettelfle. Il eſtoit Lieutenant
du Vaiſſeau de Mr Herpin , à
preſent Capitaine de Port à
Breſt , au voyage que fit Mr de
laHaye en ce pays là il ya environ
dix huit ans. Mr de la
Haye ayant moüillé devane
lifle de Ceilan, voulutenvoyer
un Ambaſſadeur au Roy , pour
faire alliance avec ce Prince.
Chacun apprehendant ce qui
artiva àMr dela Nerolle , il far.
GALANT. 18
le ſeul qui voulut bien accepter
la commiffion .Il alla trouver le
Roy quileretint auſſi bien que
la Chaloupe qui l'avoit porté.
Ainſi il reſta dans le pays, fort
confideré du Prince &desHa
bitans. Ce Roy eſtant mort, &
ayant laiſſé deux jeunes prin
ces ,Mr de la Nerolle prit loin
de les élever, du conſentement
des Infulaires , & leur inſpira
ledeſſein de chaffer les Hollan
dois de leur ifle . Ces princes
qui en estoientdevenus comme
les eſclaves,laſſez de leur domi
nation, ſe ſont enfin refolus de
leur faire la guerre , & ont donné
le commandement de leurs .
Troupes àMr de la Nerolle ,
qui n'a pas mal commencé..
Le Capitaine Vevaux dontje
viens de vous parler ,a dit en
core que la Peſte à détruit le
182 MERCURE
tiers des Habitans de Batavia ,
quele Roy de Bantam qu'on y
tenoit prisõnier s'eſtant ſauvé
a aſſemblé ſes Peuples,& compoſé
une Armée avec laquelle
il a attaqué les Hollandois,qui
fouffrent beaucoup depuis que
la guerre a commencé en Europe
, parce qu'ils n'en reçoivent
plus aucuns fecours , &
que les Anglois ayant fait
banqueroute , & perdu tout
leur credit en ces Pays-là , il
leur reſte ſeulement quatre
Vaiſſeaux , avec lesquels ils ne
ceffent de piller tout ce qu'ils
rencontrent .
Vous avez déja veu une Lettre
de Mrl'Abbé de laTrappe à
Mrle Maréchal de Belfond fur
la viſite du Roy d'Angleterre ;
en voicy une autre qu'ila écri
te àce Prince mesme ...
GALANT.
1836
IRE ,
Je meferois contentéde conferver
dans le fond de mon coeur le
reffentiment que j'ay de toutes les
bontezdont Vostre Majesté a bien
voulu nous combler ,& le ſouvenirde
l'édification dont Elle a remply
tout nostre Monastere,si Elle ne
m'ordonnoit par la Lettre qu'Elle
m'a fait l'honneur de m'écrire de
Iny parler & de luy dire mes penséessur
ce qui la regarde. Il faut
que je luy avoue que je n'ay pû те
Laffer de louer Dieu des mifericordes
qu'il luy afaites en le rendant
Superieur à la plus grande de tou-
Bes les disgraces. C'est unesituation
fi extraordinaire , qu'iln'y en apas
qui marque avec plus d'évidence
l'application de Dieu furfa per.
fonne&sur sa conduite. Il n'y a
point d'inquietude & de mouve
184 MERCVRE
ment qu'un tel accident n'y deust
produire,fi la nature estoit écoutée;
mais comme c'est lavoix de
Dieu qui sefait entendre , &que
VostreMajestéla confidere comme
lafeule regle desa vie , ilne faut
pas s'étonnerſi on la voit dans la
paix& dans la tranquillité , puis
que Dieu la donneàtous ceux qui
Suivent les operations de sa grace ,
&defon Esprit,& quise laiſſent
aller aux diſpoſitionsde sa Provi .
dence. Vostre Majesté connoist st
parfaitement ce que Dieu afait
pour Elle ,& les impreſſions qu' Elle
en conferve ſontſi vives &fi profondes
, qu'on ne peut pas douter
qu'Elle n'en ait dans lafuite toute
la protection qui luyſeraneceffaires
car comme il n'y a rien qui puiſſe
vous en priver davantage , que le
deffaut de la gratitude qui luy est
deve , iln'y arien ausfiqui l'attire
GALANT .
185
davantage que la reconnoiſſance.
C'est elle qui preffefa compassion ;
c'est elle qui l'engage avec plus de
certitude ,&le grand moyen d'avoir
Dieu defon costé& de ne le
point perdre, c'est de ne point oubliercequ'on
luy doit ;& ce qu'ily
a, SIRE, de plus important , c'est
qu'ilne faut pas que ce sentiment
Soitfuperficiel , mais il four qu'il
foit effectif, qu'il s'exprime dans
les oeuvres , &que toute la vie en
foitunepreuve constante& conti
nuelle. Il paroift bien que vôtre
Majesté est convaincuë de cetteverité
par toutes ses actions & les
circonstances defa conduite.
Vostre Majesté , SIRE, a grande
raiſon quand Elle dit que l'on peut
faireson falut danstous les états ,
c'est àdire, que Dieu regarde dans
Ja mifericorde tous les hommes, que
les Rois y ont part nonobstant cer
186 1 MERCVRE
éclat qui les environne , ces grands
foins & ces grandes occupations qui
les rempliffent mais il est vray aussi
qu'ils ont plus d'obstacles ,plus de
difficultez à vaincre , plus de sentationsàcombattre
, & c'est ce qui
lesoblige à veiller fur eux- mêmes
avec plus d'attention&às'adreffer
àDicu avecplus de Foy&deReli.
gion , afin d'en obtenir les fecours
dont ils ont besoin pourferendreles
Maistres de tant de paſſions , dent
ilsfont inceſſamment attaquez,&
de luy faire un sacrifice de tout ce
qui peut s'opposer à l'envie & à
l'obligation qu'ils ont deluy plaire..
Vostre Majestéſçait qu'ils peuvent
conferver cette grandeur qui les
distingue & qui les met audeſfiss
des autres hommes , mais qui ne
doivent pas l'aimer. Dieu vent bien
qu'ils marchent avec des équipages,
&des fuites qui les rendent redon
GALANT . 187
tablesàleurs Ennemis , & qui les
faffent craindre,aimer,&refpreter
delours peuples ; mais ilne vent
pas qu'ils s'y astachent, ny qu'ils
S'en élevent , &pendant qu'il les
met fur la teste d'un nombre infiny
depeuples qui leur obeiffent,il veut
qu'ils se confiderent eux.mefmes ,
comme l'un d'entre ceux qui font
fous leurs pieds. En un mot, SIRE,
l'Evangile de IESUS -CHRIST
qui est pour les grands Monarques,
commepour leurs Sujets ,n'ouvre les
portes de fon Royaume qu'à ceux
qui ont vécu dans une humilité
Sincere,& dans un détachement
veritable de toutes les choses d'ici
bas. Iln'en exempre perfonne ; &
n'y a qui que ce soit qui ne doive
s'appliquer cette declaration fi
fainte, mais si peu connue , qu'il
fait, lors qu'iladit, Quiconque
ne renoncera pas à tout ce
188 MERCVRE
qu'il poſſede ,ne peut eſtre mon
Diſciple. C'est une conviction qui
doit eſtre dans lecoeur. Ce Roy qui
eft affis før fon Trône par l'ordrede
Dica,doit l'avoir commeles autres,
ellene l'empefchepoint de tenir les
reſnes qui luy ontesté confiées , elle
n'affoiblit pointſon autoritéelle la
confirme au contraire ,& jamais
les Peuptes nefont plussoumis àſes
volontez , que lors qu'il est plus
dépendant luy- même de celle de
Dieus à moins que Dien par des
confiderations particulieres n'interrompe
en cela , pour ainsi dire , le
cours ordinaire defes Conſeils.
Enfin , SIRE , Dieu a voula
faire voir , comme Vostre Majesté
le remarque , que la Sainteté estoit
compatible avec la PuiffanceSouveraine
; il a voulu que le Sceptre
fetrouvaſt entre les mains des
Saints. C'estce que nous avonsvu
GALANT. 189
dans la perſonne des Henris , des
Louis , des Edmonds,des Edoüards,
&dequantitéd'autres Vostre Ma.
jeſteſuit leurs traces avec tant de
fidelité, qu'ily atoutſujet de croire
qu'Elle aurapart àleur recompense
&à leurs Couronnes ,ſoit par le
bon usage qu'Elle ferade celle que
nous esperons qui luyſera renduë ,
Soitpar la resignation qu'Elle aura
aux defſſeins de Dieu , aw cas qu'il
veuille qu' Elle achetepar la perte
d'une grandeur bornée&paſſagere,
une gloire d'une durée &
d'une valeur infinie.
Je ne merite pas , SIRE ,la con.
fiance que vostre Majesté me témoigne,
mais je la puis affurerqu'il
ne mesçauroit arriveren ce monde
un plus grand bonheur que de pouvoir
contribuer quelque chose àsa
confolation&àsonservice.
Nous continuerons SIRE , د
190
MERCVRE
d'offrirnos prieres à Dieu & de luy
demander qu'il ne cesse pas de répandreſes
benedictions &Ses graces
fur Vostre Majesté,fur la per-
Sonnede la Reine,&fur le Prince
fon Fils,&je lasupplietres-bum .
blement de croire que je regarde
cela deformais comme un devoir
indispensable &qu'onnepeut rien
ajouteràl'attachement inviolable,
non plus qu'au profond respect avec
lequelie fuis ,
SIRE ,
De Vostre Maieste ,
Ce21.
Decem
1690.
Le tres-humble& tres
obeïffant ferviteur ,
F. ARMAND JEAN
Abbé de la Trappe .
On a augmenté la petite
Gendarmerie d'une CompaTHEQUE
VILL
gnie
GALANT .
de Gendarmes deBerr
Mr de Queroüel en eſt Ca
pitaine Lieutenant .
LYON
*
Mr leComte de Saffenagea
eſté nommé Capitaine -LieutenantdesGendarmes
de Mon.
ſieur , à la place de Mr de Salad
qui futtué à laBataille de Fleurus.
Le Roy a donné un Regiment
de Cavalerie à Monſieur
le Marquis de Saligny
qui n'a encore que vingt
ans,& quin'en avoit que dixhuitlors
qu'on le fit Capitaine.
Ce jeune Seigneur , l'un des
mieux faits de laCour , eſt Fils,
de Meffire Noël Eleonor,Palatin
de Dyo, Marquis deMonperroux
, & de Dame Marie
Iſabeau de Coligny.Le nom de
Monperroux eftfi connu dans
les Troupes par de longs ſervi192
MERCVRE
ces , que Sa Majesté qui ne fait
rien qu'avec juſtice&prudence
a voulu faire connoiſtre la conſideration
qu'Elle a pour ceux
qui le portent.
Mr le Marquis d'Harcourt
vend ſonRegiment de Picardic
à Mr le prince d'Epinoy ; & Mr
le Marquis de Richelieu ſedéfaitdu
ſien, qui eſt deCavalerie,
en faveur deMr deThoria.
Le 12. de ce mois , Dame
Marie du Cambout de Coiflin
, Tante de Mr le Duc de
Coiflin , & Fille de Charles
du, Cambour , Marquis de
Coiflin , Chancelier des Ordres
du Roy , Gouverneur de
Bref ,Lieutenant General pour
Sa Majesté en Bretagne , &de
Louïſe du pleſſis de Richelieu,
mourut au Val deGrace , où
elles'eſtoit retirée. Elle estoit
Soeur
GALANT.
193
Soeur de feuëMadamelaComtelſed'Harcour,
Mere de Mrle
Comte d'Armagnac , Grand
Ecuyer de France,& Veuve de
Meſſire Bernard de la Valette ,
Ducd'Eſpernon & deCandale,
Pair de France , Colonel Ge
neral de l'Infanterie Françoiſe
,Gouverneur de Guyenne ,
Chevalier des Ordres du Roy
&de la Iartiere, mort en 1661 .
Mr leDuc d'Eſpernon , qui
l'avoit épousée en ſecondes
Noces , avoit cu pour premiere
Femmeen 1622. Gabrielle-
Angelique legitimée de Fran
ce , Fille naturelle de Henry
IV. & il en eut Louis-Charles-
Gaston , connu ſous le nom de
Duc de Cadale,mort à Lyon en:
1658. & AnneChriſtine- Louiſe
, Religieuſe Carmelite au
Fauxbourg S.Iacques.La Mai-
Fev.1690.
I
194
MERC VRE
Fille d'Anfon
deCandale eſtoit une bran
che de celle de Foix. Iean de
Foix I.du nomépouſaMargue.
rite de Suffolck , Heritiere du
Comté de Candale en Angleterre
,& Henry de Foix-
Candale , Gouverneur de Bor- 1
deaux ,l'un de ſes Deſcendans ,
épouſa en 1967. Marie de
Montmorency
ne , Conneſtable de France
dont il eut une Fille unique
Marguerite de Foix- Candale ,
qui fut mariée en 1987. avec
Jean Louïs de la Valette', Amiral
de France. De ce mariage
fortirent Henry de la Valette
, dit de Foix , mort ſans
poſterité àCaſal en 1639. Bernard
, Duc d'Epernon de Candale
, dont la Veuve vient de
mourir , & Louis, Cardinal de
la Valette.
GALAN T.
195
Mr de Lavie , Maiſtre des
RReeqquueesſttees , mourut auſſi ſur
la fin du mois paſſe. Il eſtoit
Veuf, & a laiſſé un Fils& une
Fille , & beaucoup de bien .
Sa mort a d'autant plus ſurpris
tous ceux qui le connoiſſoient,
qu'il n'avoitguere plus dequarante
ans . Il a fort brillé dans
les Charges qu'il a euë , &jamais
homme n'a donné de fi
belles eſperances .
Jeme ſuis trompé quand je
vous ay mandé que Mr le
Comtede Jarnac eſtoit mort;
c'eſt Mr le Comte de Chabot
fonFils .
-Ces Morts ont eſte ſuivies
de celle de Meſſire Louis de
Mornay , Marquis de Villarceaux
arrivée le 21. de ce
mois en ſonChaſteau de Villar
ceaux. Il eſtoit âgé de ſoixante
,
I 2.
196: MERCVRE
& douze ans. Commeje vous
ay parlé amplementdeluydans
le Volume de la Bataille de
Fleurus , en vous apprenant
que Mrde Villarceaux ſon Fils
y avoit eſté tué , je vous diray
ſeulement que la Famille de
Mornay , noble & ancienne ,
s'eſt ſeparée en diverſes branches
qui ont eſté fecondes en
hommes Illuſtres , & qui ſe
font alliées aux premieres
Maiſons du Royaume. Elle a
demeuré depuisenviron 1300 .
dans l'Orleanois , dans le Berry
, & dans le Gaſtinois , où
elle poſſedoit les Baronnies
d'Archeres & de la Ferté Nabert,
la Chapelle la Reine ,&
le Chaſteau de Mornay dans le
Berry, juſqu'à Charles deMornay
, Sieur de Villiers , qui
s'eſtablit dans le Pays deCaux,
k
GALANT. 197
par le mariage de Jeanne de
Trie , Dame de Bahy &deHachicourt
, Fille de lacques ,
Chambellan du Roy, Sieurde
Roulleboiſe , Buhy , Magny ,
Villarceaux , &c.& de Catherine
de Fleurigny . Ils curent
lean de Mornay , d'où ſont venus,
les Sieurs de Buhy , du
Pleſfis- Mornay , de Monche
vreüil , de la Ville au Tartre ,
&de Villette. Iacques deMornay
, Sieur de Buhy & de Boiſemont
, defcendu de lean ,
épouſa Françoiſe du Bec ,Dame
du Pleſfis - Marly , Fillede
Charles du Bec, Sieur de Bourry
& de Vardes , Vice-Amiral
de France , & de Madeleinede
Beauvilliers Saint Agnan.
Leurs Enfans furent Pierre &
Philippes de Mornay , pierre
deMornard,Maréchal deCamp
1
I 3
198 MERCVRE
ءاسم
&Lieutenant en l'Ile de Fran
ce, qui fut honoré par Henry
IV. du Collier de ſes Ordres ,
fut pered'un autre Pierre qui
nelaiſſa que des Filles de Catherine
de Saveuſe. Philippes
deMornay fon Cadet, fur attiré
parſa Mere dés l'âge de neuf
àdix ans dans les nouvelles
opinions ,& c'eſt ce fameux du
Pleſſis Mornay , qui par fon
grandOuvragede l'Eucharistic
donnalieu à la Conference de
Fontaine-Bleau , qui ſe fit en
1600.entre luy & Mr du Perronqui
n'eſtoit alors qu'Eveſque
d'Evreux, & il fut fait de
puis Cardinal.
Le Pontificat d'Alexandre
VIII. a eſté court , pais qu'il
n'aoccupé le Saint Siege que
feize mois cinqjours moins . Il
fut incommode d'une fluxion
GALANT.
199
,
fur les jambes le 15. du mois
paſſe ,& le lendemain,il y paut
une crefipelle ,' accompagnée
d'une fiévre qui redoubla
fort le 21 Ses jambes s'eſtant
ouvertes deux jours aprés , on
y fit deux incifions qui le
foulagerent,de forte quele 25.
il ſetrouva aſſez bien,pour fignerunDecrettouchantla
reforme
desdépenſes du Conclave,
mais enfin la gangrenne ayant
paru en pluſieurs endroits , il
fut impoſſible d'y remedier , &
il mourut le premier jour de
ce mois ſur les fix heures du
foir , dans ſa quatre vingt&
uniéme année. Peu de jours
auparavant , il avoit declaré
MrMarini , Auditeur de Rote.
C'eſt un homme qui n'avoit
eſté pourveu que depuis peu
de la Charge de Clerc de la
14
200 MERCVRE
Chambre , & qui n'eſt âgé que
de 22. ans . Si- toſt que le Pape
fut mort,les Cardinaux ,Chefsd'Ordres
, dépeſcherent des
Courriers pour en porter la
nouvelle à tous les Princes
Catholiques , & aux Cardinaux
abſens .Mr le Cardinal de
Boüillon , & Mr le Cardinal
d'Eſtrées partirent ces jours
paffez , & prirent la route de
Provence , où Mr le Cardinal
de Bonzy , & Mr le Cardinal le
Camus ſedoivent trouver,pour
s'embarquer tous enſemble &
ſe rendre à Rome.
Ily a trois places de Conſeiller
d'Etat Ordinaire qui ſont
toujours occupées par des Prelats.
Ceux qui les poſſedent
preſentement ſont Mrl'Archeveſque
de Reims Duc & Pair
deFrance, Mr de Mets,ArcheGALANT.
201
veſque d'Ambrun , & Mr l'Eveſque
& Comte de Noyon ,
Pair de France . Ce dernier
vientd'eſtre nommépour remplir
elle de Mr de Medavy ,
Archeveſque de Roüen , qui
mourut le mois paſſe . Mr de
Noyon n'avoit point demandé
que le Roy luy fiſt cet
honneur , & il y avoit meſme
quelques jours qu'il n'avoit
eſté à Verſailles , lors que Sa
Majesté l'ayant apperceu , luy
dit qu'elle l'attendoit, pourluy
declarer le choix qu'elle avoit
fait de luy pour le poſte que je
viens de vous marquer. On
voit par là que le Roy ne cherche
que le merite ,& la naifſance
pour remplirlesEmplois
de distinction . L'un & l'autre
ſe trouvent au plus haut degré
enMr de Noyon.Sonéloquen
1
Is .
201 MERCVRE
ce a brillé dans la Chaire lors
qu'il n'estoit encore qu'Abbé
deTonnerre , & peu de perfones
ont pouffé auſſi loin que
luy le grand talentde la Predication.
Quant à la naiffance, il
yapeu de Maiſons qui puiſſent
égaler celle deClermont-Ton .
nerre , tant par l'éclat qu'elle
tire d'elle meſme, que par celuy
de ſes grandes alliances..
Il y a auffi trois Conſeillers .
d'Etat d'Epée , qui fontMr de
S. Romain , Mr le Marquis
d'Arcy , & Mr le Comte de la
Vauguion, tous trois celebres
par un grand nombre d'Ambaſſades
& de Negociations ,
ce qui doit faire admirer le
choix du Roy , puis que ce
font particulierement des perſonnes
de ce caractere qui
doivent affifter dans les Confeils.
GALANT. 203
L'Enigme du mois paflé a
eſté expliquée ſur la Medecine
qui en eſtoit le vray mot , par
MrsBouvetdu petit Pont,l'Abbé
Chauvin l'aisné , rue de la
Vieille Monnoye : C. Hutuge
d'Orleans : François Logerot
rue du Mail : PonthierApotiquaire
de Mante ſur Seine:
Philippe Mozede la Ville de
Bruxelles rue aux Fers : philippe
Rigault du petit Pont : A.
D. Lhoſpital du Foreſt. Gaillardin
Chirurgien Juré à la
Roche : lacques de Sercy du
meſme lieu : Blandre Sr de
Bras defer & fon aimable
Blonde de Villiers : Tamiriſte
de la rue de la Ceriſaye , le
Reclus martial : le Miduelet
Parifien : le plus beau des quatre,
rue S. Honoré aux Baſtons
,
16
204 MERCVRE
Royaux : le Docteur au Roy d'Angleterre,
court neuve duPalais:
le Prophete du coin de la rue
des Fourreurs : le galant Papa
des Hayes du pont S. Michel:
le petitGuefite& fon aimable
Coufine Mademoiselle des
Noyers : le petit Amant par
caprice de la belle Lolotte de
Hôtel d'Autriche rue Montorgueil
: le petit Emiſſaire de
Madame de Chantale : le pere
ferieux & la belle Dormeuſe
ſaFille, du Fauxbourg S. Germain
, l'Envieux du vaſe d'or
du Pont auChange:Maconnet
du même endroit Vandelain
& fon Camarade de la rue des
Lavandieres: Filleul du Cavalier
de Falaiſe & fon Camarade
le Liévre & fon Epouſe vis à
vis laCroixdu Tiroir : Michel
GALANT.
205
Hervieux : les Mariez du 6 .
Février de la rue des Cinq
Diamans ,& la groſſe Bourgeoiſe
leur Voiſine . Et par Meſdemoiſelles
Deſquilac , rue neuve
Saint Louïs prochele Palais;
Forgeron : Antoinette & Marie
Bellier : l'aimable couple de
-Soeurs de la rue S. Iulien des
Menestriers : l'aimable Brune
rueaux Fers : l'Arc- en-cielde
la meſme rue : la Spirituelle &
l'Enjoüée Niſon de la rue S.
Honoré : la fidelle Colinette :
la trop aimable & aimée Veuve
de la ruedu petit Lion : la Spi
rituelle Palote & fa bonne
Amiedu Cloiſtre S. Iacques de
la Boucherie : la charmante
-Brunette devant le petit S. Antoine
: l'aimable Veyſel de la
Porte S. Michel , & Laurence
i
206 MERCURE
ruedela Truanderie : la chatmante
Brune de la courtde Lamoignon
au Palais : l'aimable
couple de Soeurs vis à vis la
rueHamon de Caen, la charmante
Marote proche le Tripot
de la meſme Ville ; & la
belle Madelonne dela rue des
Quais du meſmelieu : laCharmante
Brune du petit Saint
Denis : la toute aimable Catin
du Roy de la Chine de la mefmerue
: l'aimable couple des
deux Soeurs de la Croix de Fer
dela porte Paris : la ſpirituelle
&toute charmante Loüifette
du Mouton du mesme licu :
l'incomparable Fanchon du
pin auffi du meſme endroit : &
la groſſe Bourgeoiſe delaChaffe
Royale du Pont au Change:
la Nourrice du Mardy gras , &
GALANT .
207
fabonne-Amie : l'inconnu in
connu : l'Amoureuſe infenfi .
ble : les deux Amans miſterieux
de la rue ſecretele Pas
Directeur des Poſtes de Quimpercorantin.
3.
Voicy une Enigme nouvelle
qui fera peut- être réver vos
Amies.
ENIGME .
Stj'ay quelque agrément, ce n'est
point parma graiſſe ,
Iefuis fort maigre , & prens peu fore m
d'aliment
Celuy qui me le donne en reçoit lari
gement,
Maisfansm'ouïr gronder,jamais
il ne m'en laisse.
208 MERCVRE
Auſſimon foible corps de moment en
moment
Est agité par quelque tremblement
Et fi je me trouvois par malheur à
la preffe ,
Mon ame quitteroit bien- toftson
logement...
Cependant je me donne auxplaiſirs
de la vie ,
Ceux de l'Amour font souvent
mon employ ,
Et quand ie fais quelque partie
Pour d'autres pafſſetemps , ie me
fais une loy.
Detriompher de lamelancolie,
Et de bien divertir ceux qui font
avecmoy.
**Eftant ainsi dans la réjouiſſance,
Ierens le sommeil fans puiſſan.
ce
Etpaſſe gayement lanuit...
GALANT.
209
Le jour tont habillé ie repofeà merveille
,
Et dans ce temps,si quelqu'un me
: réveille ,
L'enfaits afſeurement du bruit.
:
De quelque adreſſe que ſe
ſerve unUfurpateur , & quelques
forces qu'il ait en main ,
il eſt impoſſible qu'il vienne
à bout de regner , ny tranquillement,
ny feurement il a beau
employer tout fon eſprit ,&
tous les ſtratagêmes imaginables
pour faire voir qu'il eſt
legitime poffefſſeur de la Couronne
qu'ila ufurpée , & il ne
peut y réuffir , & tout l'art de
la politique la plus rafinée, n'a
pû encore yfaire parvenir ceux
qui ont monté ſur le Trône par
des voyes illegitimes . Quant
210 MERCVRE
ces grandes revolutions ſe font
& que le Party des Traiſtres
prévaut dans un Etat , les
Sujets fidelles ſont obligez de
diffimuler , & de laiſſer paffer
ce torrent dont la rapidité les
accableroit ; mais quand l'Etat
commence àparoiſtre plus
tranquille , & que le Tiran
ſemble jouïr , c'eſt alors qu'il
atout à craindre , & qu'il s'élevede
tous coſtez des orages
contre luy. La plus ſaine partie
de ce meſme Etat,qui dans
le coeur eſt demeurée fidelle
à fon Prince , fonge à prendre
ſes meſures pour éclater ,
& pour faire voir que l'Vfurpateur
n'a pas dit vray quand
il a voulu faire croire qu'il
regnoit d'un confentement.
unanime , & que la Nation
GALANT.
luy avoit offert un Trône
qu'il s'eſtoit fait offrir pardes
Traiſtres , qui l'emportoient ,
non par le nombre , mais
parce qu'ils avoient les armes
en main. C'eſt alors que cet
Vſarpateur ſe trouve dans
une ſituation bien embaralſante
. S'il laiſſe agir les Sujets
fidelles , il eſt perdu , & s'il
les fait condamner , leur cons
damnation fait voir qu'il n'eſt
pas vray qu'il regne du confentement
de toute la Nation .
Cependant il croit les devoir
facrifier à ſa ſeureté , & ce
facrificera fort ſouvent un
effet contraite. Le grandCor
neille a touché admirablement
cet endroit dans fon
excellente Tragedie deCinna
, lors qu'il fait dire à Au
212 MERCVRE
gufte , en parlant de ceux
qui avoient conſpiré contre
luy;
Une teste coupée en fait renaitre
mille ,
:Et le ſangrépandu de mille Conjurez
, :
-Rend mes jours plus maudits
&non plus assurez
C'eſt ce que va faire la mort
du ſieur lean Aſthon , qui fut
exécuté àLondres le 7. de ce
mois. Le ſang du juſtedonnera
aux fidelles Sujets la force de
fe declarer . L'Ufurpateur fe
croira obligé d'en faire encore
répandre,&la ſource n'entarira
point Vingthommes demarque
executez font ſoulever
vingt Familles contre un Tiran
,& ces vingt Familles,non
feulement compoſent ſouvent
une bonne partie d'un Etat ,
GALANT .
213
mais elles ſont alliées à cent
autres , qui entrent dans leurs
intereſts , de forte qu'un Ufurpateur
voit tout à craindre .
Tout luy devient ſuſpect il fait
arréter, il fait executer,& chaque
teſte coupée en fait renaiftre
un gran nombre d'autres
qu'il neluy eſt pas facile d'abat.
re. Il ne garde plus de meſures,
& le ſang des innocens reprochant
aux traîtres l'infidelité
quiles noircit , juſtifie la Nation
& fait connoiftre
qu'elle a de bon fang , qu'-
elle n'eſt pas coupable , &
que les Rebelles pour couvrir
leurs perfidies leur ont faufſement
imputé leurs crimes.
La mort du Bieur Aſtbon va
commencer à produire tous
ces effets , & le fang de la
د
214
MERCVRE
Nation qui ſe répandra , empêchera
le Princes d'Orange
de joüir tranquillement du
fruit de ſes attentats , & peuteſtre
mesme d'en jouir long
temps. le nedoute point qu'avant)
que vous receviez cette
Lettre vous n'appreniez la
deſtinée de Milord Proſton ,
puis que le Courrier qu'on
avoit depeſché à la Hayepour
faire ſçavoir ſa condamnation
àce Prince , & pour recevoir
ſes ordres , doit eſtre de retour
il y a déja du temps.
Comme l'Hiſtoire ne nous
fait rien voir de la naturede
fon Ufurpation , ny qui puiſſe
eſtre mis en balance avec les
manieres dont il la ſouſtient ,
tout ce qui regarde ſa viemerite
que l'on en parle avec
GALANT .
215
une entiere connoiſſance .C'eſt
cequi m'oblige à differet jufques
au mois prochain à vous
entretenir de ſon Voyage en
Hollande , mais j'eſpere vous
en pouvoir alors parler amplement
, & je commenceray
parſon départ d'Angleterre .
l'attendray auſſi juſqu'à ce
temps là à vous parler du
Mariage de Mr le Prince de
Turenne & de Mademoiselle
de Ventadour , qui ne s'eſt
fait que depuis trois jours .
le ſuis , Madame , Voſtre &
AParis
د
ce28 Février
1
Le ſecond Volume des Satyres de
Juvenal traduites en vers François
par Mr le Freſident de Silvecane ,
Se debite presentement , & on le
trouve auffibien que lepremierchez
le Sr Pepieruë Saint Jacques ,&
chezle Sr Amaulry à Lyon. Ce Livre
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'Air qui commence par, La
doit regarder la page 37
La Medaille doit regarder la
page 123
L'Air qui commence par
Mon aimable Silvic ,&c. doitregarder
la page 190.
Prelude.
TABLE.
Article curieux concernant
un ancien Temple de Niſmes . 2
Lettre d'un GentilhommeAnglois,
à un Bourgmestre Hollandois ,
furle Iugement de Milord Torrington.
21
Nouvelles découvertes faites par
M. de Caffini. 32
Le Carnaval. 45
Morceau d'Histoire tres- curieux
touchant les affaires d'Ecoffe.
58
Avis àTimante. 117
M. de Vieuſſens est choisi pour
premier Medecin de Son A.
Royale Mademoiselle d'orleans
124
2
TABLE.
Morts.
Livres nouveaux.
Histoire.
126
132
138
Traduction de la réponse du Roy
de Perſe à une Lettre de l'Empereur.
155
Réponses faites au nom du Sophy à
l'Ambassadeur de Pologne . 157
Réponſe du Sophy au Pape Innocent
XI...
159
Nouvelles de Perfe.. 162
Les deux Chevres , Fable.. 167
Tiridate, Tragedie nouvelle. 170
Loteries. 172
Priſes faitesfur mer.. 175
Nouvelles des Indes. 176
Lettre de l'Abbé dela Trappeau
Roy d'Angleterre.. 183
darmerie.
Nouvelles Charges dansla Gen.
Regimens donnez vendus . 191
Autre articlede Morts, 192
M. de Noyon eft nomméparleRoy..
1
190/
TABLE.
Conseiller d'Etat Ordinaire..
283
Articledes Enigmes..
Mort duſieurAston..
187
295
Findela Table..
MERCURE
FEVRIER
THEQUE DE
1691.
LYON
*
1893 *
E
OUS avez connu ,
Madame , par pluſieurs
Articles de
mes Lettres, que depuis
le Regne de LOUIS LE
GRAND , il ne s'eſt preſque
point bâti ou rétabli d'Egliſe
neuve , que ce Monarque ne
ſe ſoit fait une gloire d'y contribuer
. Vous allez voir enco
Fev. 1691 . A
2 MERCVRE
re un effet de cette pieuſemagnificence
dans ce que je vais
vous dire d'une Egliſe de Nifmes
, que l'on a benitele mois
paffé. Celuy qui en a dreſſé
l'Article , a raiſon de dire qu'il
eſt pour les perſonnes devotes
&pour ceux qui aiment l'Antiquité
, puis qu'il y a de quoy
contenter la picté des uns , &
la curioſité des autres . C'eſt Mr
Paulian autrefois fameux
Miniſtre, & preſentement zelé
Catholique , fort eſtimé de
toute la Ville. Voicy en quels
termes il en parle .
On benit à Niſmes le 26.
Janvier une Egliſe , qui ayant
eſté autrefois un Temple des
Payens , aeſté converty en une
Maiſon ſainte , conſacrée à
Iefus-Chriſt ſous le nomde Roy
des Rois. L'ancien Temple fut
GALANT.
7
appellé par les Anciens cux
meſmesla Baſilique de Plotine .
Il y a eu un temps qu'il a porté
lenomde Caducil , qui eft un
mot corrompu de l'Italien Campidoglio
, dont les Florentins ſe
• fervent encore pour nommer
leCapitole;&aujourd'huy cet
édifice n'eſt connu parmy le
vulgaire que par ſa forme ,&
s'appelle la Maison quarrée.
C'eſt un ouvrage de l'Empereur
Adrien, qu'ilbâtit àl'honneur
de Plotine , l'an 25. de
l'Ere Chreftienne. Ce Prince
eſtant enAngleterrereceut les
nouvelles d'une dangereuſe ſe.
dition , qui s'eſtoit formée à
Alexandrie à l'occaſion du
BoeufApis. On avoit trouvé
enEgypte un Boeufavec toutes
les marquesque la ſuperſtition
des Peuples exigeoit pour re
A 2
4
MERCVRE
connoiſtre un Dieu en cet
Animal. Là deſſus on s'eſtoir
foûlevé , afin de décider le par
fortdes armes à qui ce Dieu appartiendroit
, & on eſtoitpreſt
à ſe faire la guerre , de meſme
qu'aujourd'huy dans les Indes
les Rois du Pays s'y battent
pour l'Elephant blane , qu'ils
regardent comme une eſpece
de Divinité . L'Empereur partit
d'Angleterre , traverſa les
Gaules , y laiſſa preſque par
tout des marques de fa grandeur
, & s'eſtant arreſté dans
Niſmes, qui eſtoit en ce tempslà
unedes plus grandes & des
plus ſomptueuſes Villes de
l'Empire , & pour ainſi dire ;
une autre Rome , il y décerna à
Plotine, les meſmes honneurs
qu'on luy avoit rendusdans la
Ville Imperiale. Niſmes receut
A
1
GALANT.
5
alors un nouvel ornement, qui
effaça par ſa beauté tous les autres
ornemens de la magnificence
Romaine . Adrien eſtoit
redevable à Plotine de la poſfeſſion
de l'Empire. Cette
Princeſſe avoit ménagé auprés
de Trajan une adoption
feinte ou veritable, & l'on penſe
qu'elle ménagea ſi peu ſa
gloireauprés d'Adrien , que ce
n'eſt pas fans raiſon que la poſ.
teritéa conceude grands ſoupçons
de ſa vertu. Quoy qu'il
en ſoit, Adrien conſervaſi bien
le ſouvenir de Plotine , qu'entre
les marques publiques qu'il
donna deſa reconnoiffance ,
il fit élever dans le coeur de
Niſmes un Temple conſacré
à ſa memoire. Cet édifice eſt
porté ſur trente colomnes d'ordreCorinthien,
qui ſont poſées
A 3
6 MERCURE
وي
avectant d'art , que les jointes
n'y paroiſſent pas , & les chapiteaux
(des colomnes avec la
friſequi regne autour du baſtiment,
ſont travaillez avec une
delicateſſe qui les feroit prendre
pour des Ouvrages d'Orfévrerie.
Le nomde Basilique,
c'eſt à dire , Maison Royale
qu'on donna au Bâtiment,marque
ſa ſomptuoſité,& il ne faut
pas le regarder comme une eſpecede
Mausolée pour honorer
Plotine ainſi qu'une creature
mortelle , mais proprement
comme un Temple conſacré à
faDivinité ; car les Imperatrices
avoient part aux honneurs
des Apotheoſes,de meſme que
les Empereurs , excepté que
l'Aigle paroiſſoit dans le bucher
de ceux - cy,&le Paon dans
le bucher de celles - là. Que
GALANT.
7
fes
la Baſilique de Plotine fuſt un
Temple , ſon Portique
Grotes foûterraines propres
aux miſteres de laReligion des
Payens , lededans du Temple
tout fermé ne recevant la clarté
que par leDôme,ne permettent
pas d'en douter ; mais ce
quieſt toutafait convainquant,
c'eſt un monument ſemblable
qu'Antonin le Pie élevaàl'honneur
de Fauſtine. La ſtructure
eſtoit la meſme avec cette
infcripton Dedicatio Edis
la Dedicacedu Temple , com .
me on le voit dans les Medailles
de cét Empereur. On
pourroit ſeulement revoquer
en doute , fi ce que l'on appelle
aujourd'huy la maiſon quarrée
eſt effectivement la Bafilique
de Plotine , & le meſme
Baſtiment que l'Empereur Ar
A 4
8 MERCVRE
drien éleva dans Nimes ; ou
bien , s'il n'eſt pas arrivé que
cét édifice a peri avec la Ville,
qui à peine eſt maintenantune
onziéme ou douziéme partie
de ce qu'elle estoitdans ſa premiere
grandeur ; mais je ne
penſe pas qu'on doive s'arréter
à cette dificulté : card'un cof
té , on ne trouve aucunes tra
ces de cetteBafilique dans les
anciennes ruines de la Ville ,
ny dans tout l'eſpace qu'ellea
rempli autrefois . D'ailleurs ,
lamagnificence du Baſtiment
montre affez , que ce n'en eſt
point un autre;& enfin uneinſcription
antique gravée ſur
une pierre , qui ſe voit à Aix
nous doit pleinement perfuader
, que c'eſt l'ouvrage d'Adrien
, puis que , ſi l'on confidere
un peu attentivement
GALANT. هو
trouveraſur
la face du Portique du
Temple de Plotine l'étenduë
de l'inſcription qu'on y avoit
appliquée en grands caracteres,
qui occupoient d'un boutà
autre toute la friſe , & même
une partie des architraves , on
que l'Inſcription
d'Aix s'y pourroit coucher tout
deton long , & qu'ainſi il peut
bien être que l'une n'a eſté que
l'imitation de l'autre , pour ne
par affurer que c'eſtoit la meſme.
Ce n'estqu'une conjecture,
qui ſe pourra fortifier avec le
temps . Cependant , je diray
en paſſant , qu'il y a ſujet
de s'étonner qu'entre tant de
curieux &de ſçavans ,qui
viennent tous les jours admirer
ce rare édifice , pas un
n'ait ſongé à tirer fur l'imprefſion
que les anciennes lettres
AS
10 MERCVRE
ont laiſſée ſur la pierre,la verité
de ce qui y eſtoit appliqué.
C'eſtoit la grande paſſion de
l'illustre Mr de Peyreſſe , qui ſe
ſentoit aſſez fort pour en venir
about , pourvu qu'on luy envoyaſtla
forme & la ſituation
des trous ,qui deſignent encore:
la place des anciens caracteres ...
De cette maniere ce grand
homme avoittrouvé le ſens de
quelques inſcriptions , dont
on ne voyoit que les veſtiges .
Entr'autres par des trous qu'avoient
faits les cloux imprimez
fur une Améthyste , il
avoitdécouvert que c'étoit le
celebre Graveur Diuſcorde
Auguſte , qui y avoit gravé le
viſaged'un Solon,& cela , par
le rapport que ces traces des
lettres avoientavec les lettres
meſmes . Ilenayoit fait autant
GALANT. IL
de l'inſcriprion d'un Temple à
Aſſiſe , que perſonne n'avoit
pû déchifrer. Tout de meſme
il ne faudroit pas deſeſperer de
trouver la ſignification des
marques des lettres , qui contenoientl'inſcription
de la Bafilique
, fil'on en tiroitune copie
figurée , & qu'on la donnaſt
à examiner à de bons connoiffeurs.
Maispour revenir ànoftre
ſujet la Baſilique de
Plotine fut ſauvée de la deſolation
de la Ville lors qu'elle
fut reduite en cendres
parles François , qui la prirent
fur les Sarazins. Il eſt pourtant
certain qu'ils n'avoient pas
eu la penſée d'épargner ce fu
perbe Edifice, car les fix Colonnes
qui ſoutiennent la facedu
Portique , ſont à demy coupées
imais par une heureuſe
>
A. 6
12 MERCVRE
fatalité lors que cét. Edifice
eſtoit fur le point de s'abif
mer tout à la fois , il fût pré
fervé on ne ſçait comment ,
&ainſi on conſerva un des
plus beaux monuemens de la
grandeur Romaine. En effet
on peut affeurer que ce morceau
d'Architecture , eft non
ſeulement le plus entier ,mais
eccore un des plus beaux , qui
foit dans l'Univers . On dit
que la Maiſon Confulaire de
Niſmes a poffedél autre fois
eette Bafilique , & qu'elle y
tenoit ſes aff mblées. Si cela
eft , on peut rendre raiſon du
nom de Capitole , qu'on luya
donne,car cela peut eftre arrivé
, ou à cause de la ceſſemblance
de ce Temple avec celuy
qui estoit ſur le Capitole ,
ouparce que comme le Senar
!
GALANT.
13
Romain s'aſſembloit fort fre
quemment dans le Capitole ,,
le Senat Niſmois avoit voulu
impoſer le meſme nom au
lieu de fes Aſſemblées. Quoy
qu'il en ſoit , ce riche édifice:
que la colere du vainqueur
avoit reſpecté , a penſe peric
par la negligence du Citoyen ,,
puiſque la fortune de cette
Maiſon , digne ſeulement de
logerdes Dieux , a eſté ſi deplorable
, qu'on l'avoit miſe
aux uſages les plus abjets , &
on l'avoit tournée d'une maniere
, qu'elle ſervoit de loge.
ment à de ſimples particuliers
, qui ayant ajoûté du
Baſtiment moderne à la truture
antique , en avoient
fait un ridicule composé , &
un monſtre d'Architecture .
Mais voicy le glorieux chan- 1
14 MERCURE
i
gement qui eſt arrivé à cette
Maifon. Ellea paffé entre les
mains des Religieux Auguftins
, qui ont obtenudu Roy ,
non ſeulement la permiffion
de bâtir à la charge de ne point
toucher à l'ancien, ouvrage ,
mais encore Sa Majeſté leur a
acordé liberalement des ſomes
confiderables pour reparer cet
édifice ,& le remettre dans ſon
ancienne ſplendeur , de forte
que toutce qui le rendoitdifforme
ayant eſté abatu,on a redonné
àtoutle dehors de laBa
filique ſa premiere beauté.Pour
lededans qui estoit tout brut,
onl'a entichi de tous les ornemens
dont le lieu eſtoit capables
&dans le petit efpace qu'onas
voit à ménager,on y a pratiqué
avec beaucoup d'art & de dé
licateſſe un Choeur ,des Cha
GALANT .
:
pelles , des Galeries , & generalement
tout ce qui entre dans
la compoſition d'une Eglife ,
qu'on veut rendre également.
commode & agréable . Tout
cela eſt un fruit de la prudence:
& dela picté deMr de laMoignon
de Baville , Intendant de
Juſtice en Languedoc. Ce ſage
Magiſtrat , ſecondant les intentions
du Roy,a donné tous
ſes ſoins pour la perfection de
cetouvrage vrayment Chref
tien , qui doit ſurpaſſer autant
endurée celuy des Romains ,
qu'il le ſurpaſſe en ſainteté ,
& qui vaapporter plus de luf
tre à l'Empire de Louis le
Grand , comme reſtaurateurde
la Baſilique de JESUS CHRIST ,
que n'en receut l'Empire d'Adrien
de la Baſiliquede Plotine.
Cefera une occaſion àtous les.
16- MERCVRE
Eſtrangers , qui vont rendre
hommage à la grandeur des
Romains , enviſitant cette Baſilique
, d'admirer l'ouvrage
des François, & on y trouvera
plus de matiere pour la gloire
du Roy Tres Chreſtien , que
pour les Eloges de l'Empereur
du Paganiſme.. Volontiers je
donnerois à cette nouvelle
Egliſe le nom de Bafilique de
Jeſus Chriſt , parce qu'elle eſt
devenuë comme ſon Palais ,
puis qu'elle luy a eſté conſacrée
ſousle nom de Roy des
Rois. C'eſt pourquoy on a mis
à l'Autel unTableau,qui repreſente
l'adoration des Mages
avec cette inſcription au deffus
, Regi Regum , au Roy des
Rois , & c'eſt en cela qu'il faut
admirer la juſteſſe d'eſprit de
Mr de Baville , quia fait con
GALANT. 17
facrer à Jeſus - Chriſt , comme
Roy des Rois, une Maiſon qui
portoit le nom de Bafilique.
On ſçait que les Baſiliques ef
toient proprement la demeure
des Rois ; mais ce nom à cauſe
de ſa magnificence ayant eſté
tranſporté aux Temples des
Payens , les Chreſtiens n'ont
point fait de ſcrupule de retenir
le nom , après avoir
changé l'uſage de la choſe ,
repurgé ces lieux profanes
par une eſpece de Baptefme ,
pour me fervir des vieux termesdes
Confecrations . Delà
vient que la Bafilique des
Apoſtres a gardé à Rome le
nom qu'elle portoit avant fon
changement , car elle s'appelloit
Baſilique ,lors qu'elle eſtoit
unTemple des faux Dieu. Il
en eſt de mesme de pluſieurs
18 MERCVRE
C
autres Eglifes Telle eſtoit cet -
le, qui vient d'eſtre conſacréeà
Jeſus- Chriſt le Roy des Rois.
La confecration en fut faite par
Mr l'Eveſque de Niſmes. Le
merite de ce Prelat donnoit
du poids à cette action de
picté. Mr de Baville aſſiſta à
cette Ceremonie avec tout ce
qu'il y a dans Niſmes de perſonnes
diſtinguées. Il eſt certain
que lors que la Muſique ,
qui estoit fortbonne , entonna
ce Divin Cantique Cantate
Domino canticum nouum : Chantez.
au Seigneur un Cantique nouveau ,
elle fit retentir la voûte de cette
maiſon ſanctifiée avec une fi
aimable ſurpriſe , que le coeur
ne pût refuſer ſes tendreſſes
en une occaſionoùl'on voyoit
conſacrer à Jeſus-Chriſt le Palais
de ſa demeure par des
GALAN T.
chants ſacrez, auſquels les Anges
toujours preſts à louer leur
Createur joignent leur voix
dans le ſejour de la gloire ; &
de cette maniere on vit reparer
l'impieté de tant d'Himnes
profanes , qu'on chanta ,
ſelonle temoignage de l'Antiquité
, dans ceue Bafilique
lors qu'elle fut conſacrée à la
memoire de Plotine. Ces
fortes d'évenemens ne ſont pas
d'un grand éclat parce qu'on
en juge moins par le coeur
que par l'eſprit. Toute fois
pour peu qu'on ait de fentiment
de picté on ne peutqu'eſ.
timer une folemnité , où l'on
voit que l'Arche de Dieu
renverſe encore une fois le
Dagon des Philiſtins, où Jeſus-
Chriſt , le Dieu vivant& vray,..
eſt adoré à la place des Idoles
20 MERCVRE
fes faints Autels font dreſſez
fur les autels profanes des
Payens ,où ſon ſaint Nom eſt
reclamé au lieu des fauſſes Divinitez
. C'eſt ainſi que la foy
Catholique , aprés avoir triomphé
de l'hereſie , dont Nifmes
eſtoit comme le centre ,
remporte ce nouveau trophée
fur le reſte du Paganiſme. Aprés
cela, il fauteſperer , que
puis que la pieté du Roy s'ap.
plique à faire regner par tout
Jeſus Chriſt le Roy des Rois ,
fonfecours ne luy manquera
pas : qu'ilrendra ſes armes victorieuſes
, & le fera triompher
detous ſes ennemis , qui s'op .
poſent autant aux progrés du
regne de Dieu , que Sa Majefté
en procure l'avancement.
L Le plaifir que vous prenez
àlire tout ce qui s'écrit ſur les
GALANT. 21
affaires du temps , m'oblige
à vous envoyer la Lettre ſui
vante. Elle eſt extrémement
eſtimée,&je ſçay qu'elle vous
fera plaifir
LETTRE
D'un Gentilhomme Anglois
à un Bourgmeſtre Hollandois
ſur le lugement de
Mylord Torrington .
TRADUITE D'ANGLOIS.
MONSIEUR ,
Eftoit - il poſſible que vous pusfiezvous
attendre à voir Mylord
Torringtonfacrifié à leurs Hautes
Puiffances ; & puis que vous nous
avezcrut affez laches pour vous
f
1
ΣΣ MERCVRE
產
avoir laissé bien battre , pouviez
vous croire que nostre lâcheté iroit
affez loin pour vous abandonner un
OfficierGeneral , un Gentilhomme,
enfin un Anglois ? Vous en aviez
déja trop fait , & on s'attendoit
meſme que vous n'approuveriez pas
que vos Officiers aussi-tost aprés la
Bataille Navale , fuffent allez
commedes enfanspleurer autourde
la Reine, pour luy dire que les François
les avoient battus , & s'en
prendre au premier venu , Quand
donc on vous a vû pouſſer vostre
vangeance jusqu'à demander la
teste de Mylord Torrington,croyez .
moy , Monsieur , l'amitié des deux
Nations n'est passiancienne, qu'ellen'en
ait esté fort refroidie. si
d'un coup defifflet on a mis enpieces
chezvous deuxgrands Hommes,
dont jene puis m'empefcher d'honover
la memoire , tant je suis mau",
GALANT .
23
wais Courtisan , icy on ne va pas
toujourssi viste sur tout quand il
s'agit de donneratteinte aux Loix
qui aſſurent nos vies&noftre liberté.
Vous avezvû que nous n'avons
paseu beaucoup de peine à laiſſer
renverſer toutes les autres, qui cons
cernent lafucceffion à la Couronne,
la forme du Gouvernement , &
mesme la Religion ; mais quelque
confiance que nous ayons priſe au
Maistrequenous nous sommes donnè
, nous avons compris par une
experience affez courte durant la
Suſpenſion des premieres, que noftre
liberté& nos vies estoient mieux
entre nos mains, qu'entre lesfiennes
ouentreles vostres. Peut- estre que
dans laviſite qu'il va vous rendre
ilse trouvera quede pareilles Loix
vous feroient affez commodes
quelques - uns de ceux qui ont
opinéàdemander la tefte de My
24 MERCURE
lord Torrington , pourront estreaffez
embarraſſez à Sauver la leur ,
quand le Stathouder Roy fera ju-
Sticedes vivres caffées d'un Concuffionnaire
de Roterdam. Ilsferoient
bien étonnez ſi quelques Angloisde
la Flote, quand ce ne seroit que
pourse divertir & leur rendre la
pareille , alloient paroiſtre là comme
témoins : Leurs dépositionsne
feroient elles pas auſſi bonnes que
celles de vos Officiers ? Ellesseroient
au moins auffi vrayes que lapluspart
de ce qu'ils ont dit pour noircir
lareputation deMylord Torrington
pour rendrefafidelitéſuſpecte , &
enfin pour le faire perir. Affurement
, ces Messieurs ont faiten
cette occaſion un indigne perſonna.
ge. S'ils estoientpersuadezqu'il euft
manqué de fidelité ou de courage,
ne suffisoit- il pas de le couvrir de
confusion par leurs reproches , puis
que
GALANT.
25
que s'il estoit auſſi lâche qu'ilsse
l'imaginoient , ils ne devoient pas
craindre qu'il leurfist mettre l'épée
àla main ? Mais nous n'aurions
jamais cru que depuis ce temps-là
sousvos ſoins cuffent esté employez
àchercherdans desdétours de chicane&
deprocedure, la vangean,
ce que vous aviez demandée, d'abord,&
quevous auriezobtenue,
finos Loixne l'euffent mis à couvert
devoſtre mauvaise humeur.
Vous nous citerefzans doute la
Lettre du Comtede Notingham ,&
toutes tes belles promeſſes qu'elle
contient. Il voudroit preſentement
ne l'avoir pas écrite , &ilſeſouviendra
peut estre longtemps de
Son petit Ministereſous laRegence
de la Reine pendant levoyaged'Irqui
luy peut attirer des lande
,
affaires pour le moins auſſi facheufes
que celles dont Mylord Torring-
Fcv.1690. B
4
26 MERC VRE
ton vient defortir avec honneur ,
car il eft occupé àfolliciter un Acte
d'indemnité pourſe justifier , non
pas de poltronnerie& d'infidelité ,
mais d'un peu trop de hardieffe&
d'obeiſſance aveugle àfigner des
ordres contraires à ces Loix qui
affurent nostre liberté contrelePouvoir
Arbitraire. Ilsedéfendfurles
ordres exprésde laReine , ce qui ne
ſignifie vien parmy nous , &Sçait
bien, estantforti d'une Famillede
Robe , que si elle ne peut estre recherchée
pour tant de procedures
arbitraires ,son trop fidelleMiniſtre
pourroit bien l'estre , quand
ceneseroit qu'en reparation d'inju.
res , parceluy qu'il a diffamé publi
quement survos Memoires comme
untraistre & un poltron , & qui
néanmoins vient d'eſtre déclaré
innocent. Mais enfin cefont-làfes
affaires , &il s'en tirera comme il
lentendra.
GALANT.
27
Pourcequi concerne la Reine,
dont vous faites tant valoir les
premiers reſſentimens pour justifier
vostre conduite , iln'est pas difficile
decomprendreque dans la conſternation
où ellevousvoyoit, ellevous
traita à peu prés commeune bonne
merede Famille traite en certaines
occafions des domestiques devenus
infolens parce qu'ilsse croyent nea
ceffaires , en donnant le tort aux
enfans de la maison; mais elleſçad
voit bien ce qu'elle faisoit , &les
ordres qu'elle avoit donnez à My-
Lord Torrington. Vous en estes pred
fentement informez, puis qu'ils ont
eftéproduits auprocez, Si elle vous
avoitpromis de le punir , ne vous
a- t- elle pas tenuparole ? N'est-ce
pas une assezgrande punition de
tenirun Seigneur en prison durant
prés defix mois , & de lefatiguer
luy & ses amis en renvoyantfon
B2
28 MERCURE
affaire d'une chambre à l'autre ?
On trouve en ce pays- cy que la punition
a estéfort ſevere ,àproportion
de ce qui s'est passé à l'égard
de Mr de Valdeck , qui meritoit
pour le moins autant voſtre indignation
que Milord Torrington ,fur
qui vous n'aviez pas lemeſme droit
puis qu'il n'est pas voſtre Officier.
Vous luyavezdonnéaffez d'inquieindepour
ne luypas ofter le plaisir
deſemocquer de vous àson tour,&
faire connoîſtreau public&àses
amis quevos plaintes estoient mal
fondées , puis qu'il en afi bien convaincu
les fuges qu'ila eſtè abſous
tout d'unevoix , même sur ladéposition
des témoins que vous avez
produits,fans avoir besoin defaire
entendre les ſiens.
C'est àvouspreſentementàvous
jaſtifierfar lesreproches qu'il vous
afaits , fur tout d'avoir este tres.
GALANT. 29
mal informez des forces de nos ennemis
, &de nous avoir trompez.
Qui peut vous défendrefur cet article,
puis que tous les avisdel'estat
des affaires de France fur lesquels
les Alliez ont pris leurs mesures ,
croyant aisément qu'elles estoient
velles qu'ils les fouhaitoient , ſont
venus de Hollande? Les Ministres
des Alliezen ont rempli leurs depêches
,&vos libelles ont encheri
fur la matiere. Enfin vous nous
aviez tant de fois aſſurez que la
Flote Françoise n'oferoit paroître
devant les nostres, quesinousavons
ouvers lesyeux , cen'a esté que lors
qu'il falloit que nostre Flote ou la
vôtre perift. Que pouvoit donc
faire Mylord Torrington ,finon de
Vous recommander à Dieu& avoUS
mêmes, pour fortir d'une intrigue
dans laquellevous nous avieztemerairement
engagez? Vous auriez
B 3
30
MERCVRE
voulu ſans doute en pouvoir faire
autant : mais puisque c'est une affairefinie
, vousferez bien de n'en
pas témoigner tant de chagrin.
Cela donneroit lieu de croire que
vous voudriezfaire ici les Maistres
&on en est déja perfuadé. Si on
vous avoit promis un châtiment
plusfevere de Mylord Torrington,
vous connoissezceux qui vous l'ont
promis , &vous devez croire qu'ils
v'ontpù le faire. Quand ils pourront
vous contenter sans mé
contenterles Anglois, nevous attendez
pas à tout ce qu'onvous
pourra promettre. Continuezau
contraire à nousfervir de modeles
de soumiſſion & d'obeiſſance , car
nousn'avonspas encore affezprofite
devos bons exemples pour n'avoir
pas besoin d'estre ménagez. Auffi
vous voyezque le Roy vous laisse
depuis près de trois ans ſur vêtre
GALANT.
31
bonnefoy , au lieu que durantfon
voyage d'Irlande ila fallu ici mettre
huit ou dix mille hommes en
prison,oumesme ils n'étoientpasfi
fages que vous estes dans les Cabarets.
Nefongezdonc plus à MylordTorrington
que pour le respecter
&fionvous a delivrezdela crainte
de luy obeir, en luy oftantfa Commiſſion
penfez que vous aurez affaireàses
Juges , àses Amis ,&
àſes Camarades. Puis que lavangeance
que Milord Notingham
vous avoitpromiſen'apas estéfaite,
tâchez à la prendrefur nos Ennemis
communs , comme il vous y
exhortoitparfa Lettre; c'est affurément
le meilleur expedient, quoy
que peut-estre ce neſoitpas le plus
facile. Mais au moins ne vous laif-
Sez pas battre par dépit , comme
l'annéepasséevousfuſtes battuspar
présomption. Jesuis ,&c.
B 4
32
MERCURE
L'illustre Mr de Caffini , de
l'Academie Royale des Sciences
, a fait à l'Obſervatoire
Royal de nouvelles Découvertesdans
le Globe de Iupiter ,
queles Sçavans de vôtre Province
ſeront bien aiſes d'apprendre.
En attendantque ſes
Obſervations fur les changemens
de cette Etoile , paroifſent
dansles Ouvrages de l'Academie,
auſſi étenduës qu'elles
doivent l'eſtre , il s'eſt hâté
d'en donner un Effay au Public
, afin que les Aſtronomes
en eſtant avertis , puiſſent obſerver
ces changemens tandis
qu'ils ſe laiſſent remarquer. La
premiere Découverte regarde
le changement journalier des
diverſes bandes de Iupiter. Mr
de Caſſini dit que le 14. du
mois de Decembre dernier , à
GALANT.
33
quatre heures vingt minutes
du ſoir , on ne voyoit que deux
bandes obſcures dans le diſque
de cette Etoile , qui estoient
peu éloignées de ſon centre ;
l'unedu coſté du Septentrion ,
l'autre du coſté du Midy ; que
la Septentrionale qui paroiſt
preſque toujours , eſtoitla plus
large ; qu'il l'a toûjours veuë
depuis quarante ans qu'il obferve
lupiter , & qu'elle doit
eſtre une de celles qu'on a
vûës depuis l'an 1630. tantoſt
au nombrede deux , & tantoft
au nombre de trois ; que la
bande meridionale eſtoit un
peu plus étroite ; qu'à quatre
heures vingt huit minutes , il
paroiſſoit comme une Iſle blanche
dans le milieu , & qu'en
meſme temps il parut un veſtige
d'une bande plus Septen
BS
:
34
MERCVRE
trionale , étroite , éloignée de
la pluslarge un peu moins de
ſon épaiſſeur. Cette bande, dit
il, paroiſt auſſi tres ſouvent ,
mais elle ne s'étend pas toujours
juſqu'aux bords de lupiter
, & on la voit quelquefois
manquer du coſté d'Orient , &
d'autres fois du coſté d'Occident.
Il parut auffi dans le bord
oriental de Iupiter, dans ſa partie
meridionale, qui estoit fort
claire , un commencement
d'une quatriéme bande obſcure,
qui s'avançoitpeu à peu
entierement du bord occidental
: ce qui luy a faitjugerqu'il
y a dans Jupiter des bandes
interrompuës , qui entrent &
fortent dans le diſque apparent
de Jupiter par fa revolution
autour de ſon axe , qui ſe fait
enmoins dedix heures.Le 16...
GALANT.
35
Decembre à fix heures du ſoir,
non ſeulement il vit retourner
la meſme bande meridionale
dela mesme maniere , mais il
en vit paſſer une autre entre
celle- cy& la meridionale plus
proche du centre , & au delà
des deux bandes Septentrionales,
ilenparut encoreunetroifiéme
, de forte que l'on vit
dans Iupiter trois bandes obſcures
meridionales , & trois
autres ſeptentrionales , toutes
paralelles entre elles. Dans
l'interſtice , entre les bandes
meridionales & les ſeptentrionales
qui eſtoit aſſez large , il
parut auſſi le meſme jour à fix
heures trente- huit minutes du
foir ,une bande oblique qui
paſſoit par le centre , & ne ſe
voyoit que dans la partie occidentale
, declinant beaucoup
B 6
36 MERCVRE
du coſté du midy,qui eſt la pre
miere qu'il ait jamais obfervée
avec une obliquité ſi ſenfible
; ce qui fait connoiſtre
que non ſeulement il y a des
bandes interrompuës qui retournent
par la revolution de
Iupiter autour de ſon axe ,
mais qu'il s'en forme de nouvelles
d'unjour àl'autre. Aprés
avoir obſervé dans la partiemeridionale
de Iupiter trois bandes
obfcures paralelles entre
elles ,& une quatriéme oblique
avec leurs intervalles clairs
Mrde Caffini vit le 20. Decembre
, depuis fix heures &
vingt minutes juſqu'à huit
heures du foir , ces intervalles
entierement effacezà làreſerve
d'un,dont il reſtoit une partie
du coſté d'Orient , qui faisoit
une apparence ſemblable àcel
D
GALANT.
37
le de l'Italie , placée entre la
mer Adriatique & la mer de
Toscane , tout le reſtedela parsie
meridionale du Diſque apparent
de Iupiter eſtant comme
inondé d'une obſcurité
uniforme , parfemée de quel
ques petites (Ifles . Les bandes
plus permanentes dans le difque
de Lupiter font quatre ,
deux du coſtédu Septentrion,
dontl'une eſtla bande la plus
large , qui s'y voit toujours ;
l'autre eſt l'étroite , qui s'y voit
le plus ſouvent; & deux du cofté
du Midy , qui ſont quelque-
•fois plus larges que la bande la
plusSeptentrionale,& quelque
foisétroites..
La ſeconde Découverte de
Mr de Caſſioi eſt d'une nouvelle
tache dans Iupiter. Il y a
plusde vingt cinq ans qu'ily
38
MERCVRE
6
en parut une ronde , adherente
à la partie la plus meridionale,
du coſté da centre apparent
, dont les obſervations.
luy ſervirent à trouver la periodede
la revolution de lupiter
autour de ſon axe , de
neufheures cinquante fix minutes.
Cette tache , aprés avoirparu
les ſix derniers mois
de l'année 1665. s'éfaça l'année
ſuivante , & parut de nouveaudepuisle
commencement
de l'année 1672. juſques àla fin
• de 1674.Pendant ce tems la ,on
fit à l'Obſervatoire Royal des
obſervatios qui fervirent à déterminer
ſa periode avec plus
de préciſion, l'ayant trouvéede
neuf heures cinquante-cinq
minutes& cinquante & une
on cinquante deux ſecondes .
Elle diſparut de nouveau ,&
GALANT . 39
recommença de paroiſtre en
1677. aprés quoy elle a par
& diſparu pluſieurs autres fois
On la vit encore fur la fin de
Novembre dernier & au com
mencement de Decembre ,adherente
à la meſme bande plus
meridionale, & le s .. de ce memois
de Decembre , à cinq
heures 25- minutes du foir,Mr
deCaffini fut furpris de voir
unenouvelle tache plus obſcure
que l'ancienne , adherente ,
non pas à la bande plus meridionale
de Iupiter , mais à la
moins , meridionale du coſté
du centre dont elle eſtoit fort
proche. Elle estoit alors de figure
ronde ,& à peu prés égale
: àl'ombre du troiſiéme Satellite,
dont le diametre eſt un peu
plus grand que la vingtiéme
partiedu diametre de Iupiter ,
40 MERCVRE
qui occupe plus de fix degrez
de ſa circonference ,& en oc
cuperoit plus de ſoixante &
trois de la circonference de la
terre , autant à peu prés qu'en
occupe toute l'Afrique. Il obſerva
pendant une heure le
cours de cette tache , qui alloit
versle bord occidental de Iu
piter , & elle en eſtoit peu éloignée
, quand les broüillards
l'empêcherent de la ſuivrejuſ
ques à ſa fin mais il eut la commodité
de l'obſerver pluſieurs
fois à fon retour , & d'en confi
derer le mouvement.
Depuis le s . de Decembre
juſques au 23 il tâcha toûjours
d'obſerver les retours de la
nouvelle tache an milieu de
Iupiter , & remarqua que ſes
revolutions, anticipoient celles,
de la tache ancienne da
GALANT.
4F
1
cing minutes chacune ; de
forte que la revolution de la
nouvelle tache parut eſtre de
neuf heures cinquante & une
minutes , negligeant quelques
ſecondes. Cette nouvelle tache
ne conſerva pas la meſme
figure qu'elle avoit au commencement.
Aprés quelques
jours en retournant au milieu
de Iupiter , elleparut en forme
de croiſſant , dont les pointes
tournoient vers la bande à laquelle
elle eft adherente. Aprés
quelques autres revolutions ,
elle parut avoir la figure Af.
tronomique duTaureau , dont
les cornes tournoient vers la
meſme bande. Enſuite , cette
meſme tache parut diviſée en
troistaches peu éloignées l'une
de l'autre. La premiere vers
l'Occident eſtoitla plus petite
&la plus adherente à labande.
42
MERCVRE
:
La ſeconde eſtoit la plus grande&
plus détachée de la bande
vers le Septentrion ;& la troiſiéme
plus Orientale eſtoit la
moyenne en grandeur , & un
peu plus proche de la meſme
bande. Trois jours après , ces
trois taches firent enſemble la
figure d'un chevron d'armoiries
, dont la pointe eſtoit
tournée vers la bande , & l'efpace
adherent vers le centre
avoit comme l'apparence d'une
Montagne claire ,dont la tache
feroit l'ombre. Le 23 Decem
brecette tache parut fort longne
Elle estoit precedée d'une
tache ronde , & fuivie d'une
autre d'une figure fort irreguliere
, qui en eſtoit éloignée de
la neuvième partie du diametre
de Iupiter.
Le 13.dumesme mois,aprés
GALANT.
43
}
;
c
, une
qu'on cut veu dans Iupiter
cing band s, deux Septentrionales
&trois Auſtrales
heure aprés il n'y reſta que les
deux bandes plus proches du
centre,& un veſtige tres-foible
de la Septentrionale étroite.
l'interſtice clair entre les deux
bandes qui reſtoient entiere
du coſté'd'Orient , deux petites
taches rondes & noires adherentesà
cesbandes l'une contre
l'autre qui s'avançoient vers
le centre,& qui ſe trouverent
au milieu de Iupiter àſept
heures quarantecinq minutes
du foir , où elles retournerent
enſemble le 15. à neuf heures
ſeptminutes. Je vous rapporte
le faitdans les meſmes termes ,
donts'eſt ſervy Mr de Caffini ,
qui finit ſes Obſervations en
diſantque lupiter luy a paru
44
MERCVRE
autre fois de figure un peu ova
le ,dont le plus grand diametre
tendoit d'Orient en Occident ,
& que preſentement il luy
paroiſt rond , ce qui eſt une
marque qu'il y a eu du changement
dans ſa figure. Ceux
qui voudront voir les ſçavans
raiſonnemens qu'il fait ſur ces
découvertes , les trouveront
dans cet Eſſay d'obſervations
qu'a imprimé le Sr Cuſſon ,
ruëS. Jacques...
Le temps où nous ſommes
rend de faifonla piece que
vous allez lire. Elle eſt deMr
de Vin , dont tous les Ouvrages
ont eſté de voſtre gouft..
GALANT.
45
LE CARNAVAL.
E
N bonnes gens Saturne &
Rhée
Dans leur Cielvivoient à l'écart
Et courbezfous leurs ans , ne prenoientplus
depart
Aux honneurs du vaſte empyrée.
Làcontens l'un de l'autre , & toujours
de loiſir ,
Ils s'embarraſſoient peu des affaires
du monde ,
Etsefaisoienttousdeux unſenſible
plaisir
Deleur vieille tendreffe ,&de leur
Paixprofonde.
Làny bruit , ny procez ; là dufer ;
dupoison ,
Pour augmenter ses biens , pour
perdreune Rivale ,
t
46 MERCURE
On ne connoiſſoit point la fureur
infernale ; (raison.
Tout s'y regloit au gré de la droite
Comme despaffions elle y domptoit
lafougue ,
Laſanté, la vigueur enfaisoit les
tresors ,
Et l'onn'y couroit point aux Eaux
d'Aix , ou de Pougue.
Làde concert l'ame & le corps
Suivoient tranquillement l'ordrede
lanature.
Là l'unſans cruditez , & l'autre
Sans chagrins , ( vains ,
Sepaſſoit dusecours, &des remedes
D'Hypocrates&d'Epicure.
Là ny transports bouillans , ny rubarbe,
ny bains.
Lànulle adreſſe criminelle ,
Nulsenvieux , nuls ſeducteurs
N'y tendoient des panneaux , n'y
corrompoient lesmoeurs.
Làtoujours l'amitié reciproque &
fidelle
GALANT . 47
Parloit à coeur ouvert làſe voyoit
encor
Cette bonneſtepudeur de l'heureux
Siecle d'or.
Là regnoient en un mot , sans
trouble,fans malice ,
La probité, la foy , la paix, & la
justice.
L'inconstance par tout ailleurs
L
Duplaifir le plus grand alteroit les
douceurs .
Tel qui couroit après le fuyoit par
caprice
L'airmesme trop aisédont ilſepro.
duiſoit.
En émouſſoit la pointe ,y rendoit
infenfible ,
Et l'Ennemy leplus terrible
Qu'il eust, estoit l'excezquechacun
enfaisoit.
Onjuge, on voitpar là quelle en est
Lamanie ,
Et de làvint que les Dieux las
48 MERCVRE
Du Nectar& de l' Ambroisie
Ne trouvoient plus de goust dans
leurs divins repas .
Envain Silene de la treille.
Leur offre la liqueur vermeille ,
Et,pourla rafraiſchir ,faneige&
Sesglaçons ,
Envain Neptuneſes poiſſons ;
Envain & Vertumne & Pomone
Leurs fruits d'eſté, ceux de l'Automne;
Envain Panfon gibier , en vain
Cerès la blancheurdeſonpain ,
Ils enfont dégoustez , & rien ne les
contente.
Enfin Minerve la prudente
D'un airgay se leve , & leur dit ,
J'ay veu quelquefois dans lemonde
Des Princes rebutez de leur table
Seconde
Sur un morceau de boeufretrouver
l'appetit ,
Etnouspouvons,fi bon vousſemble,
PAY
GALANT.. 49
Pardes meistout nouveaux nous regaler
ensemble.
Chez Saturne allons de cepas ;
Ilvitgroſſieremei deméchanteden
rée ,
Et, pour nous ragouster, mangeons ;
jusqu'aux Chats
Qu'en guise de Lapins luySertfa
FemmeRhée.
Ceconſeilfit trembler lesjeunesde
licats.
Peus'enfallut qu'ilsn'envomis-
Sent.
Acenomfeulſaiſis d'horreur
Venus& Phoebus en fremiſſent ;
Ganimede en a mal au coeur,
Cemignondu Lanceur defoudre
Hebé, ny Cupidonne pouvoientse
refoudre
Amanger de ces Lapins-Chats.
Et tous invectivoient tout bas
Contrecettefaçondeviure.
Maisbien moins friand qu'eux le
redoutable Mars
Fev. 1691. C
so
MERCVRE .
Lettant fur euxd'affreux regards
Lesforça bien-tost de le ſuivre.
Lapartie arrestée,on veut l'executerMomus
toujours bouffon,dit lors
àlupiter,
Ilfaudroit chez Saturne aller en
mascarade,
Et nous déguiser à peu prés
Del'air que nous estions, quand du
fier Encelade
Nousvoulions éviter les traits.
Leplaisir enferoitpluspiquant, &
moinsfade.
D'ailleurs, chezlebon homme on ne
८
nous voitjamais :
Nous le laiſſous en proye àsa triste
vieillesse,
Etfans mesmedu moins cacheravec
adreffe
Lemépris trop honteux que nous
faiſons de luy ,
On le neglige , on l'abandonne ,
Comme cesmalheureux qui ne souchent
personne. :
GALANT.
:
Quediroit il donc aujourdhuy
D'uneviſiteſi nouvelle ?
Qu'on traite, si l'on veut, cela de
bagatelle ,
Maraison,n'en déplaiſeauxfots,
N'en sera pas pourtant moins
bonne ,
Et, Saufmeilleur avis,ilmesemble
Àpropos
Deprendre unpretexte. Bellone
Applaudit àMomus de la main&
desyeux,
Etsejoignant àluy, trouva bon que
lesDieux
Fiffentpaffer cettepartie
Sous la fauffe couleur d'une galanterie.
Ainfidit, ainfifait. Onsemasque,
l'onpart ,
Et fuivant àla file un burlesque
Etendart,
Toute leur troupeàpied, du dégouft
qui l'obſede.
C2
52
MERCVRE
4
Enfolâtrant court chercherle remede.
Le bon Saturne un peusurpris
Decettefolle Mascarade ,
Ness''eenspromitd'abordde
fon Fils,
lapartde
Quequelquenouvelleincartade :
Maisfi- tost qu'ileneut appris
Le motif& la cause , il reprit ſes
4 esprits,
Et leurfaisant fort bonne mine
Les conduisit luy- mesme ensamaigrecuisine.
Là poussez,soit par lesuccés
Qu'ils s'estoient tous promis du con
SeildeBellone;
Soit parlafaim qui lors learfitfentirſestraits
,
Et qu'un peu d'exercicedonne,
Soit par la nouveauté du mets,là ,
dis-je,enfin
Jufques à s'arracher le morceaude
lamain ,
GALANT . 53
Ils fe ruerent tous, quelle qu'en fuft
la cause ,
Sur un affreuxgigot de Boeuf,
Que Rhée avoit mis àla dobe ,
Iupiter Et , plein commeun oeuf,
Iura qu'iln'avoit deſa vie
Avec tant d'appetit mange de
IAmbrosie.
Les Guignards & les Ortolans
Auroient eftépour eux moins doux
moinsfucculens.
Ils en lechoient leurs doigts,&jamais
Sacrifice
Nefut au plus friand des Dieux
Si touchant,ſi delicieux ,
Que ce gigot de Boeuf assaisonné
d'épice.
Legrand Comus,Dieu des ragouts
CeDocteur en cuisine aux Noces de
Pelée [ de gousts ,
Avoit bien moinsflatétoutesfortes
Et bien moinssatisfait la divine
Affemblée , 1
C3
54
MERCVRE
Quepar làfit alors la bonne Femme
Rhée.
Lecroira-t-on ? Du Ciel cefameux
Affaffin
QueRomehonoratant,&quimémeauplusſain
,
N'ordonnoit pour toute recette
Qu'une exacte& longueDiette.
Ne s'y reſſouvint plus qu'il estoit
Medecin,
En unmotlecelebreGuille
Denos Traiteurs leplus habile,
Etquisçavoit fibienréveillerl'appetit,
Auprés d'elle peut - estre eustperdu
Son credit,
Peut-estremoins réussi qu'elle
Ales guerir de leur dégoust,
Etpeut estre perdu cette gloire im-
4 mortelle ,
Qu'il s'est acquiſeen l'art defaire
(unbon ragoust.
Iln'eustpasfait taster commeelle
GALANT . 55
Desfiens à la vieille Cibelle,
Car malgré sa froideur &le poids
deſes ans ,
La doze cut lefecret de chatoüiller
fesfens.
Loin de vouloirfonger qu'elle est
trop indigefte ,
Elle en goufte, & dans les afſfauts
Qu'àl'envi l'on luy liure , aidant
lesplus difpos,
Tout s'en devore,&rien n'enreste.
Pour tout dire, ces delicats
Qu'avoient tant alarmé les Chars
Plus que les autres en mangerent.
L'hiſtoire dit qu'ils s'enfaoulerent.
Et qu'oubliant leur mal de coeur
Ils donnerent deffus d'unesigrande
ardeur ,
Qu'à peine attendoient - ils que la
viande fust cuite.
L'appetit leur tint lieu defaace &
de cuiſſon ,
Et cemetsfat trouvési bon ,
C 4
56 MERCVRE
Qu'enfinpendant trois jours de
Suite
On en continua l'agreable repas,
LegalantApollon fit luy -mesme à
fagloire
Des Vers dont par malheur je ne me
Souviens pas ,
Et pour en conserver la joye& la
memoire ,
Ce temps , à lavertu qui n'est que
tropfatal ,
Serenouvelle chaque année ;
Cetempsfortuné,dis-je , aux leux
aux Ris , au Bal
Sepaſſe, &tant que dure une triple
journée
Leplus fobre Mortel le consacre au
Regal.
Enfaveurde l'Epoux de Rhée
On voulut de fon nom le nommer
Saturnal ;
On l'érige encor mesme en Feſteſotemnelle
IBLIO
かっ
LYON
*
VILLE
ritma
6
хде
८.
e
he
rep
X
772
re
pos de ma vie
ma vi
4
dan
e.Jecroyje' =
M
e qurroy
GALANT.
57
:
Etce tempsplus que Bachanal
Sans changerde deftin commede në
s'appelle
Aujourd'huy LES IOVRS GRAS ,
autrement CARNAVARL.
Les Vers que vous allez lire
ont eſté mis en air par l'Illuſtre
Mr Lambert. Ce nom eſt un
grand Eloge.
AIR NOUVEAU.
LA Paix estoit maiſtreſſe de
mon coeur ,
Et je goustois le tranquille
bonheur
Derevoir fans changer les beaux
yeux de Silure;
Le croyois loinde moy l'amour &fon
tourment ,
Mais j'éprouve aux dépens du re
pos de ma vie ,
CS
58 MERCVRE
Que pour se rengager il ne faut
qu'unmoment.
On ne ſouhaite rien tane
que la verité dans l'Histoire,&
cependant il eſt aſſez rare de l'y
trouver , non feulement parce:
que chacun cherche à la déguiſer
ſuivant la diverité de
ſes intereſts , mais encore parce
que tant de gens mal inſtruis
ſe melent de faire des.
Relations , que quelques précautions
que prennent ceux.
qui s'en ſerventcomme dememoires
pour faire un corps de
toutes les circonſtances qui s'y
rencontrent , ils ne peuvent
ſouvent s'empeſcher d'eſtre
trompez . C'eſt ce qui eft cauſe
qu'on n'a rien fceu juſqu'icy
de bien certain , touchant ce
qui s'eſt paſſe au SiegeduChar
GALANT.
19
ſteau d'Edimbourg , durant la
derniere revolution d'Ecoſſe.
On en a parlé differemment
ſelon les differentes nouvelles
que l'on en a répanduës . &
commeilm'en eſt tombé entre
les mains une Relation qu'on
ne sçauroit ſoupçonner de
fauſſeté, puis qu'ellea eſté faite
par Mr leDuc de Gordon, qui
défendoit ce Château pour le
RoyJacques II. fon Maiſtre, je
croy vous faire plaiſir de vous
l'envoyer. Elle ſervira à rectifier
auprés de vos amis qui
peuventen avoir leu d'autres ,
mille choſes éloignées de la
verité qui ont eſté publiées
pendant ce Siege. Quoyque ce
foit rappeller ce qui s'eſt paſſé
il y a prés de deux ans , c'eſt
vous faire part d'un morceau
d'Histoire qui est bon à con-
C6
60 MERCVRE
ſerver. Il a eſté dreſſé en ees
termes . :
Le ſoulevement general arrivé
en Angleterre contre le
Røy de la grande Bretagne fur
la fin de l'année 1688. s'eſtant
enfuite étendu en Ecoſſe , le
Ducde Gordon , Gouverneur
duChaſteaud'Edimbourg , refolut
de ſignaler fon zele& fa
fidelité pour Sa Majesté Britannique
en cettemalheureuſe
occaſion. Dans cedeſſein il alla
accompagnédu Colonel Vvinderham,
Lieutenantde Royda
Chaſteau , voir le Comte de
Perth , Chancelier d'Ecoffe ,
auquel Sa Majesté avoit confié
le ſoin du Gouvernement du
Royaume. Ils confererent enſemble
ſur ce qui regardoit les
devoirs de leurs Emplois , &
ils inſtruifirent le Capitaine
GALANT. 61
Vvalis , qui commandoit alors
la Garde du Palais Roïal où
logeoit le Chancelier , de ce
qu'il avoit à faire en cas qu'il
fuſtattaqué parla populace.Le
Gouverneur ayant appris qu'il
y avoit du tumulte & de la feditiondans
la Ville,ſe retira au
Chaſteau pour empêcher qu*-
on ne le ſurpriſt ,& il envoya avertirleChancelier
de cequi ſe
paſſoit , & que les Gårdes de la
Ville ne s'oppofoient point aux
feditieux. Il fortitdu Chaſteau
le lendemain pour l'aller trouver
,& luy propofa de venir
s'y mettre en feureté ; mais le
Chancelier luy declara la refolution
qu'il avoit priſe de
s'éloigner, ne jugeant pas qu'il
fe puſt foutenirdans l'adminiftration
des affaires ,& il figna
avant que de partir de la Ville
62 MERCVRE
un ordrede luy payer la fommede
cing cens livres ſterlin ,
pour eſtre employée comme le
Gouverneur le jugeroit à propos
pour le ſervice du Roy ;
mais les Receveurs des revenus
de SaMajefté refuſerent
de la payer,difane qu'ils n'avoient
point de fonds. Quelquesheuresaprés
queleChancelier
fut party d'Edimbourg .
une foule de jeunes gens attaqua
la Garde du Palais Royal ,,
commandée par le Capitaine
VValis qui donna ordre de tiper
deffus. Le Gouverneur
l'ayant ſceu ,envoya auſſi toſt
un Sergent au Maire ou Prevoſt
de la Ville , avec une lettre
par laquelle il luy demandoitle
ſujet de cette ſedition,
& il l'exhortoit à la faire cef.
fer, en luy offrant toute forte
GALANT . 63
d'aſſiſtance encas qu'il en cût
beſoin pour tenir la Ville tranquille.
Le Prevoſt de la Ville
répondit au Gouverneur qu'à
la verité il y avoit du tumulte
mais qu'il eſperoit le faire ceffer
fans le ſecours du Chaſteau.
Le Gouverneur envoya dire
en mesme temps au Capitaine
VValis , que s'il ne pouvoit
fe foutenir , il n'avoit qu'à ſe
retirer dans le Chaſteau , &
qu'il luy envoyeroit un détachement
de ſa garniſon pour le
recevoir & faciliter ſa retraites,
mais celuy qu'il envoya à ce
Capitaine ne put jamais l'aborder,
parce que les Gardes
de la Ville l'avoient attaqué &
forcé dans la Palais. Le Gouver
neurenvoya au Roy un compre
exactdetout ce qui ſe paſ
fois.
64 MERCVRE
Le jour ſuivant , le Gouverneur
apprit que la populace pil.
loit des maiſons qui étoiet aux
Catholiques ,après avoir abatu
la porte dela Chapelle du Roy ,
& celle du Palais qu'elle pilla .
Ilécrivit au Preſident du Conſeil
, auquel appartenoit le ſoin
duGouvernement du Royaume,
en l'absence du Chancelier
conjointement avec le Confeil
, de luy mander l'avis du
Conſeil fur ce qu'il avoità faire
dans cette fâcheuſe conjon-
Aure. Le Preſidentdu Conſeil
luy répondit qu'il n'avoit qu'à
fe tenir fur la défenſive dans le
Château.Le ſoir du mêmejour
le Gouverneurdécouvrit que
fa Garniſon alloit ſe revolter.
Il aſſembla les Officiers Catholiques
qui estoient dans le
Chaſteau, afin de reſoudreaves
GALANT. 65
eux ce qu'il avoit à faire pour
empeſcher cette revolte. Le
Lieutenant de Roy ſe chargea
de veiller toute la nuit , & d'avertir
le Gouverneur de tout
cequi pourroit arriver , & crût
avoirtout calmé en envoyant
au lit une partie de ſes Soldats .
Cependant l'un d'eux vint
avertir le Gouverneur au milieu
de la nuit , qu'une partie
de laGarniſon eſtoit venuë en
tumulte dansla Salle des Gardes
,où ils tiroient hors du lit
ceux qui s'étoient couchez . Le
Gouverneur y courut auffitoſt
, & leur parlant avec autorité
il apaiſa leur mutinerie,
les fit coucher en ſa preſence ,
tantdans la Salle des Gardes
que dans une Salle voiſine , &
fit éteindre toutes les lumieres.
66 MERC VRE
Le jour d'aprés , le Gouverneur
aſſembla toute la garnifon
, dont les Soldats étoient
la pluſpart Proteftans,& ayant
apris que le ſujet qui les por
toit à la revolte , eſtoit qu'ils
croyoient que le Gouverneur
vouloitles obliger par ferment
à foutenir la Religion Catholique
Romainezilles raſſura
en leur diſant qu'il n'exigeoit
point d'eux d'autre ferment
que celuy de ſoutenir la Religion
établie par les Loix , &
d'obeïr auRoy & à leurs Officiers
fuperieurs. La pluſpare
de la garniſon renouvella ce
ferment,& leGouverneur caffa&
fit fortir du Château ceux
qui refuſerent de le preſter
Quelques uns d'eux le preſte,
rentpourunmois ſeulement ,
en attendant les ordres duRoy,
GALANT. 67
leGouverneur n'en ayant receuaucundepuis
que le Prince
d'Orange eſteit arrivéen An
gleterre.
Quelques jours aprés , un
Soldat Catholique qui estoit
dans le Chaſteau , eſtant yvre,
donna un coup de bayonnette
àfon Camarade qui estoit couché
Cet accident jetta de la
deffianceparmy tous les Soldats
Proteftans , qui difoient qu'ils
ne vouloient pas ſe coucher,
depeur qu'on ne les vinſt égorger.
LeGouverneur fit auſſi toſt
arréter le coupable pour le
faire punir ſeverement , mais
les Soldats Proteftans luy demanderent
ſa grace , & il fut
chaffé. Un homme de qualité
qui alloit à Londres vint don.
ner avisauGouverneur, qu'on
avoit propoſe dans le Confcil
68 MERCVRE
de le ſommer de rendre leChaſteau
,parce qu'il eſtoitCatholique
Romain. Le Gouverneur
écrivit pour la ſeconde fois au
Roy par un homme quiaccom.
pagnoit à Londres celuy qui
luy avoit donné cet avis ,& il
rendit compte à Sa Majeſté de
l'eſtat des affaires en luy demandant
ſes ordres.
:
Quelques jours aprés , le
ConſeilPrivéluy envoya dire
qu'il alloit deputer vers luy
quelques-uns de fes Membres
pour luy parler.Le meſmejour,
Je Preſidentdu Conſeil& trois
Conſeillers vinrent le trouver,
& luy dirent que le Conſeil
fouhaitoit qu'il miſt le Chaſteau
entre fes mains. Le Gouverneur
répondit qu'il ne devoit
obeïr qu'au Roy , & le
justifia par lalecture de faComGALANT.
69
+
miffion. Le Preſident & les
Conſeillerslui repartirentqu'il
eſtait obligé d'obeïrau Conſeil
qui repreſentoit la perſonne
du Roy , ajoûtant qu'ils n'avoient
fait aucune démarche
contre l'obeïſſance deüe à Sa
Majesté pour reconnoiſtre le
Prince d'Orange. Ils ſe retirerent
enſuite , voyant qu'ils
ne gagneroient rien ſur l'efprit
du Gouverneur.
Le lendemain un Clerc du
Conſeil vint au Chaſteau avec
un ordre ſigné de pluſieurs
Conſeillers , par lequel leConſeil
ordonnoit au Gouverneur
de luy remettre le Chaſteau .
Le Gouverneur refuſa d'y
obeïr , quoy que le Conſeileût
receu quelques ſemaines auparavant
une lettre du Roy ,
qui portoit que tous les Gou
70 MERCURE
verneurs des Forts & Cha
ſteaux du Royaume devoient
obeïr aux ordres du Conſeil ,
&que pluſieursde ceux qui ſe
diſoient des Amis du Roy , &
meſme des Catholiques , luy
conſeillaſſentde's'y foûmettre.
Il y en eut meſme quelquesuns
qui lay infinuerent qu'il
falloit laiſſer mutiner ſagarniſon
, afinqu'il parût eſtre forcé
de ſe rendre , fuivant ce qui
eſtoit arrivé en Angleterre à
l'égard de plufieurs Officiers
Catholiques; mais leGouverneur
rejetta également ces
deux confeils , qu'il trouva
pleinsde foibleſſe&de friponnerie.
La nouvelle eſtant venuë
d'Angleterre , que le Prince
d'Orange s'étoit rendu le
'maiſtre abfolu de ce Royaume
depuis la retraite du Roy , le
GALANT. 71
Gouverneur depêcha à Londresun
exprés avec des lettres
àla Ducheſſede Gordon ,& à
pluſieurs de ſes amis, pour ſçavoir
fi Sa Majesté n'avoit point
laiſſé d'ordres pourlny , n'en
ayant point receu de ſa part.
On luy répondit que le Roy
n'en avoit laiſſé aucun quile
regardaſt , qu'on avoit ſeulement
entendu dire que Sa Majeſté
en partant de Londres
avoit dit à pluſieurs de ceux
quieſtoient en charge,de pourvoir
à leur ſeureté , ce qui obligea
le Gouverneur d'écrire
encoreà Sa Majeſté pour luy
demander ſes ordres , & il appritque
fa lettre avoit été renduë
à Sa Majeſté. Il ne ſe paſſa
rien de confiderable dans le
Chaſteau pendant quelques
ſemaines , juſqu'à ce que les
72 MERCURE
Ecoſſois qui estoient à Londres
ſe fuſſent adreſſez au Prince
d'Orange , pour luy offrir le
Gouvernement d'Ecoſſe , & le
ſuplier d'en afſſembler les Etats,
comme il avoit fait ceux d'Angleterre.
Alors le Gouverneur
fut expoſé àde nouveaux dan
gersd'eſtre trahy parune partie
de ſaGarniſon , &il eut beſoin
detoute ſa fermeté&de toute
ſon adreſſe , pour la maintenir
dans l'obeïſſance.
Le Prince d'Orange ayant
acceptéleGouvernement d'Ecoſſe
qui luy avoit eſté offert ,
ilécrivit une lettre au Gouverneur
, par laquelle ce Prince
luy en donnoit avis , & luy
mandoit qu'il eût à quitter le
Chaſteau , & à laiſſer le com .
mandement au Lieutenant de
la Compagnie qui y eſtoit en
garniſon
GALANT . 1
73
garniſon , lequel eſtoir Proteſtant.
Cette lettre fut renduë
au Gouverneur quelques
jours aprés qu'on eut publié
à Edimbourg une proclamation
du Prince d'Orange , par
laquelle ce Prince ordonnoit
à tous les Catholiques de ſe
deffaire de leurs Emplois , &
de remettre leur Commiſſion
au premierOfficier ſubalterne
Proteftant, ce qui encouragea
le Lieutenantde laCompagnie
d'Infanterie qui eſtoit dans le
Chaſteau , à refuſer d'obeïr
aux ordres du Gouverneur &
du Licutenant deRoy & il fut
meſme conſeillé de ſurprendre
le Gouverneur & de s'en
faifir ; mais de Gouverneur
ménagea ſi bien les eſprits de
ſagarniſon ,que ce Lieutenant
rentra dans ſon devoir. La
Fev.1690. D
74
MERCVRE.
Proclamation du Prince d'Orange
fit que pluſieurs de ceux
meſmes qui estoient dans les
intereſts du Roy , renouvellerent
leurs inſtances auprés
duGouverneur , pour luy perfuader
de rendre le Chaſteau ,
ne prévoyant pas qu'il le puſt
garder contre toutle Royaume
Le Gouverneur en fit fortir.
une partie de ſon équipage , &
le Lieutenant deRoy fit la mefme
choſe, ce qui donna lieu au
bruit qui courut qu'il devoit
rendre le Chaſteau,& le Gouverneur
à la faveur de ce bruit
fortit du Chaſteau pour voir
ſes Amis,aprés y avoir eſté enfermé
deux mois entiers , tant
pour empêcher la révolte
de ſa Garniſon que pour n'eftre
pas arreſté dans la Ville .
Quelques jours aprés , on
GALANT.
75
vint avertir le Gouverneur
qu'il eſtoit arrivé un homme
de la part du Roy , chargé de
fos ordres . Il fut ravi d'eſtre
honoré des commandemens
de Sa Majeſté , n'en ayant receu
aucun depuis le commencement
des troubles. Cet
homme dit au Gouverneur
qu'il avoit veu le Roy partir
de Paris pour Breſt , & que Sa
Majesté luy avoit commandé
de dire à luy , Duc de Gordon
,que ſa volonté croit qu'il
laiſſaſt leChaſteau en ſeureté
entre lesmains du Lieutenant
de Roy ,& qu'il ſe retiraſt au
Nord d'Ecoſſe,pour y attendre
de nouveauxordres de Sa Majeſté.
LeGouverneur répondit
à celuy qui luy portoit cet
ordre de vive voix , que n'a
yant pointl'honneurde le con
D 2
76 MERCURE
noiſtre , il ſouhaitoit de voir
quelque écritquiautoriſaſt ſon
meſſage.Cethomme , nommé
Braddy , luy repliqua qu'à la
verité on le devoit charger
d'une Lettre , mais que le Secretaire
d'Estat fut ſi preſſede
ſuivre Sa Majesté àBreft ,que
laLettre fut perduë. Le couverneurnejugea
pas à propos
de déferer à unordre verbal de
cette nature , apporté par un
homme qui lay eſtoitinconnu,
Ijoint qu'il croyoit de pouvoir
pas laiſſer en ſeureté le Chafteau
entre les mains du Licutenant
de Roy. Ce n'eſt pas
qu'il ne fuſtſeurde ſa fidelité&
de ſon courage, maisil ſçavoit
quece Lieutenant de Roy eftoit
fort haï de ſa Garniſon,qui
en avoit donné des marques
ſenſiblespeude temps aupa-
4
GALANT .
77
ravant. Le Gouverneur eſtoit
d'ailleurs bien informé des
mauvais offices que ſes ennemis
luy avoient rendus auprés
de Sa Majesté , & des impreffions
deſavantageuſes qu'ils luy
donnoient de luy,& il leur auroitdonné
un juſte ſujet de le
blamer , s'il avoit laiſſe la gardedu
Chaſteau au Lieutenant
deRoy, ſans un ordre par écrit
de Sa Maieſté , ou de ſon Secretaire
d'Etat.
Quelques jours après lapre
miere Scance de la Conven
tion d'Ecoffe , le Gouverneur
découvrit qu'il ſe formoit une
nouvelle conſpiration dans ſa
Garniſon , ce qui l'obligeaà
propoſer àtous ſes Soldats de
luy préter un nouveau ferment;
&comme il prévoyoitbien que
pluſieurs lerefuſcroient,ildon
D3
78 MERCVR E
na ordre à Henry Gordon d'engagerde
nouveaux Soldats qui
avoient quitté ſervice depuis
les troubles,&qui efoien dans
la Ville aux environs , & de
choiſir ceux dont il pourroit
répoudre , pour remplacer les
Soldats de ſa Garniſon qui
buy eſtoient fufpects. Il aſſembla
cette Garniſon ,&diſſimulantqu'il
ſçavoit les mauvaiſes
intentions d'une partie d'entre
eux , il loüa hautement leur
fidelité , nonobſtant les mauvais
exemples que les deux
Nations leurdonnoient. Il leur
dit en ſuite qu'il eſtoit bieninformédes
deſſeins qu'on avoit
de les débaucher , & que pour
mettre ſon eſprit en repos , il
ſouhaitoit que tous les Soldats
renouvellaſſentle ſermentqu'-
ils avoient déja preſté, enmet
GALANT. 79
tant la main fur l'Evangile ,
qui leur fut preſenté par Mr
Foreſter , Miniftre Proteftant ,
lequel a donné des marques
ſingulieresde ſa fidelité durant
tout le Siege. Les plus confiderables
des Soldats refuſerent
de renouveller ce ferment , &
entre , autres un Sergent& le
Maiſtre Canonier; deux ſous-
Canonniers demanderent du
temps pour y ſonger , & le
Chirurgien qui estoit hors du
Chaſteau n'y revint plus. Le
Gouverneur fit deſarmer ceux
qui refuſerentde preſter le ſerment
,& on donna leurs armes
aux nouveaux Soldats que
HenryGordon avoit engagez ,
Il fit auſſi payer tout ce qui eftoit
dû aux Soldats , chaſſa du
Chaſteau tous ceux qui avoientrefuſé
de preſter le fer
D 4
86 MERCVRE
ment , & fitarreſterle Maiſtre
Cannonnier , pour luy faire
rendre comptede tout l'argent
qu'il avoit receu en fonabſence
pour ſervir leCanon. Com
me il avoit preveu l'embarras
où il feroit en chaffant cesCanonniers
mal intentionnez, il
avoit fait venirquelques jours
auparavant dans le Chasteau
un Capitaine de Vaiſſeau nom
mé Dumbar , fort expert en
l'Artillerie, qui laiffa genereuſement
ſa femme&fes enfans,
abandonnez à la fureur de la
populace,qui fut fort utiledans
la fuite à la défenſe duChafteau.
c
La Convention s'eſtant afſemblée
, la premiere choſe
qu'elle reſolut fut , qu'il ſeroit
ordonné de ſa part au gouverneur
de rendre le Château ,
.:
GALANT. 81
& àluy & aux'Officiers de ſa
Religion de ſe retirer. Deux
Membres de la Convention
vinrent luy annoncer cet ordre
, portant qu'il cuſt ày répondre
fur le champ , & à y
obeir dans vingt-quatreheures
Le Gouverneur demanda du
temps pour y répondre ; les
Deputez ſe retirerent ſans luy
en vouloir accorder. Ce jour
là , le Comte de Cumfermelin
Beau freredu Gouverneur,luy
ditqu'il prévoyoit que lesen
nemis du Roy ſeroientlesmaiſtres
dans la Convention , &
qu'il eſtoit refolu de fe retirer ,
& aprés quelques meſures prifes
entre aux pour le ſervicede
Sa Majesté , il ſe retira vers le
Nordd'Ecoffe. Le Gouverneur
luy donna un écrit , par lequel
il prioit tous ſes Amis,& com
DS
82 MERCVRE
mandoit à tous ſes Vaſſaux de
fe joindre & d'obeir à ſonBeaufrere
dans toutes les occafions
où il le jugeroit à propos pour
le ſervice du Roy , & pour
maintenir le Païs dans ſon
obeiffance.Il y joignit un ordre
au Sr Ineffe , fon Ecuyer , de
donner à ce Comte tous les
chevaux dont il auroit beſoin,
ce qu'il executa , & fuivit le
Comte de Dumfermelin pour
le ſervice du Roy. Enſuitele
Gouverneur recent avis par
pluſieurs billets que la Convention
eſtoit reſoluë de mettre
ſateſte àprix, s'il refuſoit de
luy obeïr Le lendemain , deux
Comtes , deputez de la Con--
vention , retournerent au Chaſteau,
pour fçavoir du Gouverneur
fa derniere réponſe ſur la
reddition du Chateau.
>
GALANT . 83
Le Gouverneur jugeant
qu'il falloit mettre l'affaire en
negociation , leur donna quelques
articles pour eſtre preſentez
à la Convention . Il demandoit
entre autres choses que
luy & tous ſes Amis puſſent
aller librement par tout où bon
leur ſembleroit; qu'ils ne fufſent
point recherchez pour le
paffé,& quetous ceux qui voudroient
paſſer les mers , auroient
des paſſeports.Les deux
Seigneurs députez porterent
ces articles à la Convention.
Les Députez revinrent au
Chaſteau , pour ſçavoir qui
eſtoient les Amis dont le Gouverneur
parloit. Il répondit
qu'il les nommeroit lors que la
Convention auroit figné les
articles qu'il demandoit. Aprés
pluſieurs allées & venuës , le
D 6
84 MERC VRE
Gouverneur nomma pour ſes
Amis tous les Clans Magdonels,
& autres qui compoſent:
Ics Tribus des Highlanders ,
ou Habitans des Montagnes
d'Ecoſſe. Cette propoſition
étonna tellement un des Dé
putez,qu'il ſe mit enunetresgrande
colere ,& citantderetourà
la Convention , à peine
voulut il rendre comptede ſa
negociation au Preſident &
aux autres ..
Immediatement aprés ,le
Vicomte de Dundée donna
avis au gouverneur parlejeuneCokbron
, Gentilhomme de
qualité & de merite , que la
Convention alloit fur le champ
le faire ſommer dans les formes
par lesHerautsavecleursCottes
d'armes. Auſſi- toſt on ensendit
les Trompettes qui ac;
GALANT. 8
compagnoient les Herauts.Le
Gouverneur fit fermer les por
ses , & monta furles murailless
LesHerauts approcherent de
l'endroit où il eſtoit , & l'un
d'euxleut à haute voix la fommation
, par laquelle il luy
eſtoit ordonné ſur peine capitaledequitter
inceſſammentle
Chasteau , & l'on promettois
fix mois de paye aux Soldats.
qui leprendroient priſonnier ,
ou quilivreroient le Chaſteau ..
Le Gouverneur parla aux Hesauts
,& leur dit de remontrer
de ſa part à la Convention ,
qu'il gardoit le Chaſteau par
commiſſion de leur Maistre
comman , &qu'il eſtoit reſolu
de le défendre juſqu'à la derniere
extremité . En même
temps , il jetta de l'argentaux
Herauts pour boire à la fanté
88 MERCURE
de Sa Majesté , & ils s'y engagerent
publiquement en le recevant.
Si - toft queles Herauts
furent retirez , un Gentilhomme
arrivé d'Irlande vint au
Chaſteau , & dit qu'il apportoit
une Lettredela part de Sa
Majesté , & des aſſurances au
Gouverneur de la part de Milord
Tirconel , Vice- Roy d'Irlande
, que s'il pouvoit encore
garder le Chasteau fix femaines,
il auroità ſon commandement
uneArmée de vingtmille
hommes. Quandle couverneur
vit la Lettre , il trouva
qu'elle n'eſtoit point adreſſée
à luy , mais au Chancelier , &
en ſon abſence à l'Archevelque
, & en l'absence de celuycy
àun autre. Ainfile couverneur
eut fcrupule! de l'ouvrir.
Un autre moins ſcrupuleux
GALANT. 89
l'ouvrit& la lut , mais on n'y
trouva aucun ordre touchant
le Chasteau . On demanda au
Gentilhommequi l'avoitappor
tée , ſi Sa Majesté eſtoiten Ir
lande lors qu'il en eſtoit party.
Il répondit que non. Le Gouverneur
l'envoya avec la Lettre
du Roy , au Comte de Balcaris
, & au Vicomte de Dundéc.
Le même jour,le Lieutenant
de la Compagnie du Chaſteau
demanda permiſſion au couverneurd'en
fortir pour aller
parler à quelque Amis dans
la Ville , &dans le meſme inftant,
un Sergent disChaſtaudes
meilleurs qui fuſt en Ecoſſe ,
qui estoit meſme Gentilhomme,
vint la larme à l'oeil luy demander
ſon congé.Le couverneur
ne jugeapas à propos de
88
MERCVRE
les retenir. Il fit affébler ſa garniſon,
luy parla,&dit aux Soldats
, que ceux qui voudroient
demeurer avec luy auroient
ſujetde ne s'en pas repentir ,&
qu'il donnoit la liberté de ſa
retirer à ceuxqui ne vouloient
pas refter . Pluſieurs ſe retirerent,&
mêmede ceux en quile
Gouverneur avoirpris confiance.
Après cette précaution , le
Gouverneur fit fermer toutes.
les portes du Chasteau ,& fe
diſpoſa à ſe bien défendre. La
garnifon eſtoit alors compoſée
du Gouverneur ,du Lieutenant
deRoy, d'un Enſeigne,de qua .
are Sergens , dontil y en avoit
un malade, &de fix vingt Soldats
ou environ, reſtez de cent
foixante qui compofoient cette
garniſon un peu auparavant,
&tout cela , fans Canonniers,
GALANT.
89
fans Ingenieur , fans Chirur-il
gien,ny argent ,ny drogues .
Le 18 Mars 1689. la Com
vention fit placer des Gardes
autour du Chaſteau , pourcmpeſcher
les provifions d'y en--
trer ,& ceux qui estoient dedans
d'en fortir. Ce jour là, le
Gouverneur fit fortir ſes chevaux
conduits par fonCocher ,
qui futfaifi&mis en prifon.
Le Gouverneur viſita les Ma
gazinsduChateau , aprés ca
avoir fait rompre les portes;
furquoy il eft neceffairede remarquerque
les Magazins des
manitions de guerre n'eſtoient
pas ſousla direction du Gouverneur
, mais du Maiſtre de
l'Artillerie d'Ecoſſe , qui avant
les troubles avoit ordre & pouvoir
d'en diſpoſer àſa volonté.
Le Gouverneur en avoit plan-
1
१० MERCVRE
,
ſieurs fois fait ſes plaintes inutilement
,& repreſenté quela
choſe eſtoit ſans exemple , &
contre le bien du ſervice du
Roy ce qui ſe juſtifia par
l'évenement. Tous ceux qui
avoient ſoin des Magazins du
Chaſteau , & qui n'obeiſſoient
qu'au Maistre de l'Artillerie ,
allerent fe rendre aux Ennemis
,& leur déclarerent le peu
de munitions qu'ils avoient
laiſſé dans le Chasteau' ,& qu'il
ſcroit facilede leprendre d'affaut
en peu de jours. Le
Gouverneur n'y trouva que
cent ſoixantebarilsde poudre
mal en ordre,& qui n'eſtoient
pas remplis.
Le Dimanche ſuivant , Mrs
Grant &Macdonel vinrent ſe
rendre au Chaſteau. Ils appor
GALAN T.
91
terent une lettre au Gouverneur
, par laquelle il apprit
qu'il ſe tramoit pluſieurs confpirations
contre luy , & que le
Roy avoit écrit une Lettre à la
Convention , qui y avoit eſté
leuë, mais fans aucun effet. Le
jour ſuivant , le gouverneur
découvrit avec une Lunette
quelques Cavaliers qui paroiſ.
foientdu coſté du Nord de la
Ville,& qui s'approchoient du
Château . C'eſtoit le Vicomte
deDundée, qui s'eſtant rendu
au pieddu Roc, le converneur
luy parla de deſſus les murailles
,& fortitenfuite du Chaſteau
pour conferer avec
luy. Le Vicomte rapporta au
Gouverneurce qui s'étoit paffé
la Convention , à la reception
de la Lettre duRoy , & le peu
92
MERCVRE
2
d'effet que cette Lettre avoie
fait fur les Membres de cette
Aſſemblée . Le Gouverneurluy
demanda à voir cette Lettre ,
maisMilordDundée n'en avoit
pasde copie , & le Gouverneur
ne l'a jamais veuë. Milord
Dundée ſe ſepara enſuite du
Gouverneur en luy, diſant
qu'ilalloit joindre ſes amis , &
les faire monterà cheval. Depuis
ce temps- là , le couverneurn'a
receu aucunes Lettres
du Vicomte de Dundéc .
Quelque temps aprés , le
Gouverneur ayant demandé
à parler le Capitaine Lauder
qui commandoitauBlocus luy
fut envoyé pour ſçavoir ce
qu'il vouloit. Il demanda Sauf
conduit qui luy fut accordé
pour le Sr VVinſter , jeune
hommed'eſprit&de courage ,
GALANT. 93
qu'il envoya à la Convention.
Il écrivit une Lettre au Prefident
pour la communiquer à
cette Aſſemblée , par laquelle
illuy marquoitqu'ayant appris
l'arrivéedu Roy en Irlande , il
lour offroit d'aller de leur part
affurer Sa Majesté de leurs
foumiſſions,& leurrepreſentoit
toutes les raiſons qui pouvoient
les obliger à prendre
cette reſolution. Il demanda
qu'on enregiſtraſt ſa Lettre ,
dontily a encorepluſieurs co-
-pies, mais tout cela luy fut refuſe.
ll rompit toutes fortes de
negociations aveclaConventio
depuis cerefus , fit des feux
deioye dans le Chaſteau pour
l'arrivée de Sa Maieſté en Irlande
,& ontira par ſon ordre
pluſieurs volées de Canon.
Au commencement d'A94
MERCVRE
vril , le General Major Mac
kay arriva avec des Troupes ,
du Canon ,& quantité d'armes
&' demunitions , & il fit amas
d'un grand nombre de ſacs de
laine pour les faire approcher
du Chaſteau. Le Major Mackay
avoitfervy dans lesTroupes
du Roy ,& ceux de la Famille
avoient donné des marques
de leur zele & de leur fidelité
durant les precedens
troubles. Cet Officier avoit
eſté des amis du Gouverneur ,
ce qui l'obligea à luy écrire
quelque temps aprés fon arrivée
, & à luy propoſer une
conference pour taſcher dele
faire rentrer dans ſon devoir.
Le General Mackay fit réponſe
au Gouverneur qu'il ne
pouvoit accepter cette conference
qu'en preſence de deux
GALANT.
95
Conſeillers du Conſeil Privé .
Le Gouverneur luy repliqua
qu'il ne vouloit conferer qu'
avec luy ſeul ,& qu'il devoit
juger que ſon party n'avoit
pas confiance en luy , puis
qu'ille vouloit faire accompaguer
dedeux témoins.
Quelque temps aprés , on
entendit dans la Ville beaucoup
de bruit meſlé de fons de
Trompettes. Ceux qui étoient
dansle Chaſteau crurent que
c'eſtoit une nouvelle ſommation
qu'õ venoit faireļauGouverneur
de ſe rendre , & il ſe
trouva par la fuite que c'eſtoit
la Proclamation qu'on faiſoit
du Prince d'Orange en qualité
de Roy d'Ecoffc. Quelques
gens mal intentionnez contre
de Gouverneuren ont pris occafion
de le blaſmer , de ce
96 MERCVRE
qu'il n'avoit pas fait tirer fus
la Ville lors de cette Proclamation
; mais il luy eſt aisé de répondre
à ce reproche. Premierement
, ny le Gouverneur, ny
les Officiers du Chaſteau ne
ſçavoient pas au vrayquel pouvoit
eſtre le ſujet de cette ceremonie.
Secondement ,le lieu de
la Ville où on la faiſoit eſtoit
hors de la veuë du Chaſteau ,
& couvert de pluſieurs baftimens
qui estoient entredeux.
D'ailleurs , le devoir du Gouverneur
estoit de défendre le
Chasteau quele Roy luy avoit
confié,& non pas de conſumer
inutilement, laopoudre & les
boulets qu'il avoit en fort petite
quantité; & quand il auroit
cru ne pas manquer en
ſuivant l'exemple du Genera
Ruthen , qui avoit défendu
avant
GALANT.: 97
avant luyle Chasteau d'Edimbourg
durant la Rebellion con.
tre Charle 1. & qui fut fin
Comte de Brandefort pouros
bons & fidelles ſervices . Il
tint le Siege durant un an contre
la Ville ,& cependant il ne
tirany fur la Ville ny fur la
Maiſon du Parlement durang
ce Siege, & la conduite fut approuvée
en cela pluſieurs années
aprés par le Duc de Lauderdal
, alors grand Commiffaire
du Roy en Ecoffe.
Le Gouverneur ayant eſté
averty la nuit qu'on remuoir
la terre du coſté de l'Occident
du Chaſteau,ſe rendit avec les
Officiers fur le rempart , & par
le moyen de quelques fuſées
qu'il fit jetter , il découvrit les
approches des Ennemis. Il fit
mettre le Canon en batterie , c
Fev.1690. E
98
MERCVRE
le fit tirer ſur leurs travaux
pour les ruiner. Il fit auffi tirec
quelques petites pieces de Canon
chargées à cartouches , ce
qui fit affez d'effet. On continua
le fendurant toutes les
nuits fuivantes , ce qui retarda
les travaux des Ennemis ; mais
ee feu continuel confuma be
aucoup de ſes munitions. Le
Chaſteau eſtoit fi mal fourny
des choſes neceſſaires , que le
Gouverneur fut obligé d'ordonnerune
ſortie pour ſe pourvoir
de ce qui luy manquoit ,
&ſes gens ramenerent quel.
ques charges de paille qu'on
portoit à la Ville , dont on avoitbeſoin
au Chaſteau pour
charger leCanon. Cette fortis
obligea les affiegeans à empêcher
qu'il ne paſſaſt aucunes
proviſions prés du Châ
BIBL
tcan
LYON
GALANT.
Pendant
VILLE
que les Enpon
m
avançoient leurs travaux
*
leurs approches , le Chaſteau
abbatit quelques maiſons où
les afſiegeans faisoient leurs
Corps de Garde ,& ils commencerent
à élever une Bat
terie contre le Chaſteau.Le
Gouverneur fit terraſſer les
Parapets qui n'eſtoient que de
deux pieds d'épaiſſeur , afin
demettre ſes Batteries en feureté
contre le Canon des Ennemis
Comme il n'avoit point
de Canonniers,il choiſit douze
de ſes Soldats des plus forts
qu'il employa à fervir leCanon
ſous les ordres du Capitaine
Dambar , le ſeul qui entendift
quelquechoſe dans l'Artillerie
Voicy en quoy conſiſtoit celle
qui eſtoit dans le Chaſteau.
Vnepiecede canon de fonte
E 2
100 MERC VRE
portant quarante- deux livres
de balle,quatre de vingt quatre
livres , une de dix huit , &
deux de douze , outre leſquelles
il y avoit quelques canons
de fer de 24. 16. & de 12. livres
de balle , mais qui ne valoient
pas grand' choſe. Il y avoit encorequelques
petites pieces de
capagne,un Mortier de quatorze
pouces de calibre , & feize
bombes ſeulement.
Environ ce temps-là , Mrs
Mackpherſon & Mackey , Irlandois
, ſe jetterent dans le
Chaſteau ,& montrerent pendant
le Siege beaucoup de fermeté
. Cependant le Gouverneur
n'eſtoit pas en eſtat de
faire des ſorties àcauſedu petit
nombre de ſes Soldats& qu'il y
en avoit une partie peu affectionnez
, quien auroient pris
GALANT. 101
occafion de deferter, & queles
autres qui luy eſtoient fidelles
venant à eſtre tuez , il auroit
elté abandonné à la diſcretion
des mutins , qui se trouvant
les plus forts dans le Chaſteau,
l'auroient indubitablement
trahy . Les Ennemis firent feu
de leurbatterie contre le Chaf
teau,elle estoit dequatre pieces
de canon. Le Gouverneur la
fit démonter, ils la reparerent,
&jetterent quelques bombes
dans le Chaſteau qui mirent le
feu à la méche dans un Magazin
; le Gouverneur la fit
retirer ſur le champ. Vn Sentinelle
quoy que Catholique
Romain , deſerta du
Chaſteau , ayant ſauté pardeſfus
la muraille , où elle eſtoit
plus bafie qu'il ne falloit , & il
arriva un grand nombre de ca
nons , de mortiers, de bombes,
E 3
402 MERCURE
&de toutes fortes de munisions
auxEnnemis , pour eſtre
employées contre le Chafteau.
Aprés l'arrivée de cette nouvel
leArtillerie , les Ennemisdrefferent
une ſeconde batterie de
pieces de 24. livres de l'autre
coſté du Chaftcau , & une au
tre batterie pour les Mortiers
, de laquelle ils firene
grand feu. Ils jetterent quantité
de bombesqui obligerent
la garniſon de ſe retirer ſous
des voûtes . Tout cela joint au
travail des batteries & des retranchemens
fatigua tellement
la garniſon , que beaucoup de
Soldats tomberent malades ſans.
pouvoir eſtre ſecourus n'y
ayant ny remedes , ny autres
choſes neceſſaires .
En ce tempslå , le Gouverneur
receur une Lettre du
؟
GALANT.
103
Comte de Dunfermelin ſon
Beaufrere , qui eſtoit dans le
Nord d'Ecoſſe avec le Vicomte
de Dundée. Cette Lertre
marquoit qu'ils avoient
plus de cent Cavaliers ; qu'ils
avoient ſurpris un Party des
Troupes de la Convention ,&
qu'ils s'en retournoient dans
les Montagnes , où ils avoient
beſoin de quelques ordres du
Gouverneur. Le Gouverneur
répondit à la Lettre de fon
Beaufrere,&fatisfit à toutesſes
demandes, afin de le mettre en
eſtat d'envoyer du ſecours au
Château avant le premier de
Juin,vejugeantpas qu'il le puſt
tenir plus long- temps s'il n'ef.
toit ſecouru Il donna le meſme
avis à tous ſes autres amis qui
eſtoient attachez auRoy . ce
qu'il fit de cocertavec le Lieu
E4
104 MERCVRE
tenant de Roy du Chasteau.
Dans le meſme temps , le gouverneur
cut communication
d'une Lettre d'une perſonne
accreditée , qui luy ôtoit toute
efperance d'eſtre ſecouru ; il en
fut d'autant plus ſurpris que la
Flotte de France avoit battu
celled'Angleterre ſur les coſtes
d'Irlande , ce qui avoit fait efperer
un prochain ſecours aux
amis du Roy enEcoffe.
Le 28. May, une bombedes
Ennemis tomba la nuit dans
la Chambre où l'on gardoit
les Regiſtres du Parlement &
autres papiers du Royaume.
Le 29. leGouverneur demanda
à parler à Milord Roffe
touchant les Regiſtres , fit arborer
le Pavillion , & envoya
dire au Preſident de laConvention
, que c'eſtoit pour ſoGALANT.
,
I1ος
lemnifer la Feſte ordonnée
par un acte du Parlement tous
les 29. jours de May , en memoire
du rétabliſſement de
la Famille Royale. Deux jours
aprés , un Sergent , un Caporal
&trois Soldats deſerterent du
Chaſteau . La meſme nuit il
en fortit deux femmes , dont
le Gouverneur & la garniſon
ſe ſervoient pour porter des
Lettres à la Ville , & pour y
acheter quelques commoditez,
Une de ces femmes alla
trouver les Ennemis , & leur
livrant les Lettres qu'elle portoit
à pluſieurs perſonnes de
la Ville , elle fit connoiſtre
l'estat du Chaſteau ,ce qui fat
confirmé par le Sergent & le
Caporal qui avoient deſerté.
Elle accuſa l'autre femme qui
fut priſe & miſe en priſon.,,
ES
106 MERCVRE
aprés avoir fait depuis le com
mencement du Siegedes mefſages
tres- difficiles .. La Convention
fit enſuite arreſter
pluſieurs perſonnes dans la
Ville , à cauſe de l'intelligence
qu'ils avoient avec le
Chaſteau , & particulierement
le Chevalier Grant , dont la
famille a toujours eſté fidelle
dans les tems les plus difficiles ..
On yarreta auffi plufieursDames
, comme Madame Lerge ,
Mademoiselle Ogelby & Mademoiselle
Smith , qui nonobftant
les terribles menaces du
Confeil, répondirent fi courageuſement
& fi à propos , que
toutlemonde les admira. Cette
ceffation. de correſpondance
avec la Villedécouragea extré
mement la garnison duChaf
ecau..
GALANT.
107/
La nuit ſuivante , les Afficgeans
jetterent 40. bombes
dans le Chaſteau , & un Gentilhomme
du Gouverneur fut
bleſſé de l'éclat d'une de ces
bombes , qui ruinerent & ren
verſerent les Logemens du
Chasteau. Le Gouverneurdécouvrit
un endroit du Château
qui estoit fort foible &
aiſe à forcer , il y redoubla la
garde ,& les Ennemis firent un
Logement fort prés de cet
endroit. Le Colonel Vuilfon
Irlandois étant venu
expres de Londres à deſſein
de fervir le Roy , tenta de ſe
jetter dans le Château;il avoit
gagné un Sergent des ennemis.
pour le conduire , mais ce Ser.
gent fut tué , ce qui empecha
l'excution de ſon deſſein. Le
nombre des Malades eſtoit Gi
E. 6
108 MERCVRE
grand dans le Chaſteau , qu'il
ne reſtoit pas affez de Soldats
pour remplir les poſtes ordinaires
, en forte qu'on eſtoit
obligé de laiſſer un Sentinelle
douze heures en faction fans
le relever. Le Gouverneur alloit
ſouvent voir les Malades ,
& il obligeoit ceux qui ſe portoient
mieux de ſe lever pour
faire leur devoir. Il fut reſolu
dans cette extremité de faire
ſortir du Château le SrGrant ,
avec ordre de s'informer exactement
s'il y avoit quelque ef.
perance de fecours , & de faire
un ſignal dont on convint à un
mille delà , s'il y avoit lieu d'en
eſperer , & que s'il n'y avoit
aucune eſperance , il feroitun
autre ſignal different , & fe retireroit
au Nord d'Ecoffe de
peur d'eſtre pris. Deux jours.
GALANT. Fog
aprés , ledit Sr Grant ſe rendie
à l'endroit defigné , & fit un
ſignal par lequel le Gouverneur
& les Officiers comprirent.
qu'iln'yavoit point d'efperaneede
ſecours.
Cette derniereinformation;
le miferable état de la garnifon
malade , & deſtituée de
vivres & de ſecours ,& le manque
de munitions obligerent
enfin le Gouverneur à faire
battrela chamade pour demander
à capituler. Le Chevalier
Lanier Maior general , le
Colonel Balfour & Milord Clocheſter
, vinrent au Pont-levis
où le Gouverneur ſe rendit
pour leur parler, & aprés quel
ques difcours, on remit à trai
ter juſqu'au lendemain La nuit
on fitbonne garde dans le Châ
teau , le Sr Grant , dont nous,
MERCVRE
avons déja parlé yrentra , ce
qui donna d'abord une grande
joye au Gouverneur , croyant
qu'il luy apportoit quelque
bonne nouvelle ; mais aprés
l'avoir examiné , il apprit de
luy qu'il n'y avoit rien à eſperer.
Immediatemant aprés , le
general Major Lanier , qui avoit
ſceu l'entrée dudit Sr
Grant dans le Chasteau , déclara
au Gouverneurqu'il romproit
le Traité, s'il ne luy mettoit
cethomme entre les mains..
LeGouverneurle tay refuſa ,
&leTraité fut rompuce qui
fit comprendre aux Officiers
delagarniſon qu'ils n'auroient
qu'une tres-méchante com--
poſitiondes ennemis. Ainſi le
Gouverneur propoſa avec le
Capitaine Dumbat ,au Lieutenant
de Roy , à l'Enseigne:
GALANT..
ود
& à Monfieur Garden
Volontaire , qui s'eſtoit forte
diftingué durant le Siege ,un:
moyen de ſe garantir de la
cruauté des Ennemis , qui fut
de ſemettre à la teſte des Soldatsdela
garniſon qui leur re...
ſtoient en estat de combattre ,
&lors qu'ils ſeroientau basdu
Roc,defe faireun paſſagejuſ.
quesaubordde la mer , & de:
s'y faifir de quelque Bateau
pour s'embarquer. Ce deffein
parut hazardeux & obligea un
des Officiers àrepreſenter qu'il
nedevoit eſtre pratiqué qu'en:
cas que les Ennemis refufaffent
de leur accorder la vie
fauve. La nuit ſuivante , les
Ennemis couverts de ſacs de
laine pour ſe garantir des.
coups des Affiegez , dreffexent
fur le milieu de la Mon,
BN2
MERCURE
tagne du Chaſteau une batte
rie defenduë par deux logemens
qui ſe communiquoient:
Us firent beaucoup de feu fur
le Chaſteau deces deux loge
mens , & on leur répondit de
meſme avecle canon chargé à
cartouches & avec la moufqueterie
La garniſon paſſa
toute la nuit ſous les armes .
& laGarde qui estoit à la grans
de porte , eſtoit expoſée aux
bombes qui tomboient incefſamment
parmy les Soldats : il
y'eut un de ceux qui ſervoient
Artillerie , tué cette même
nuit.
Le lendamain , le couver
neur , quoy qu'indiſpoſé ,ne
laiſſa pas de viſiter les poſtes,
& d'obſerver tout ce que les
Ennemis avoient fait, & trou
GALANT.
113
valeurs logemens avancez fur
la Montagne , garnis d'Enfeignes
déployées qu'ils y avoient
arborées . Le Lieutenant de
Roy luy dit qu'il falloit écrire
un billet pour obliger les Ennemis
à renoüer le Traité . Le
Gouverneur luy répondit qu'il
luy ſembloit à propos d'attendre
la Seance prochaine de la
Convention , qui estoit le
Lundy ſuivant , & luy diten
confidencequ'il ne vouloit pas
recommencer à traiter , que
MrGrant, qui avoit eſté cauſe
de la rupture , ne fuſt hors du
Chaſteau , pour n'eſtre pas obligé
de le livrer. En meſme
temps on vint dire au Gouverneur
que Mr Grant venoit
de fortir du Chaſteau , ce qui
obligea le Lieutenant de pref.
fer le Gouverneur d'écrire , &
114
MERCVRE
de s'offrir à porter la Lettre.
Le Gouverneur écrivit au general
Major Lanier,& le Lieutenant
de Roy donna ſa Lettre
au Capitaine Muddi qui commandoit
à la Tranchée Ce
Commandant demanda à parler
au gouverneur , quicut de
la peine ày conſentir. Milord
Colchester ,Anglois , ſetrouva
àl'entreveuë,&le couverneur
témoigna eſtre ſurpris de ce
qu'on employoit un Etranger
où il y avoit tant d'Ecoſſois .
Enfin il donna les articles qu'il
avoit dreſſez le jour'precedent,
du conſentement de tous les
Officiers , il eſtoit écritde la
main de l'Enseigne de la Compagnie.
Sur les3. heures aprés
midy,Milord Colcheſterrevint
àla porte du Chaſteau , on le
Gouverneur & le Lieutenant
GALANT. 19
deRoy le receurent. Il rendit
au Gouverneur les articles
qu'il en avoit receusle matin ,
& luy en preſenta d'autres que
le GeneralMajor Lanier avoit
dreſſez . Ces articles eſtoient
tres-deſavantageux , Lanier
voulant que le Gouverneur &
le Lieutenant de Roy demeuraſſent
priſonniers de guerre.
Colcheſter ſe retira aprés avoir
remis ces nouveaux articles au
Gouverneur.JI revint quelque
temps aprés , & porta parole
au Gouverneur , que tous les
Volontaires & Soldats de ſa
garniſon ne perdroient pas un
fol ,& pourroient ſe retirer
par tout où bon leur ſembleroit
dans le Royaume ; que
le Lieutenant de Roy auroit
la vie ſauve , & feroit confervé
dans ſes biens. A l'égard
116 MERCVRE
du Gouverneur , comme il ne
voulut rien ſtipuler pour lay ,
il demeura priſonnier de guerre
à la difcretion du Prince
d'Orange. La nuit fuivante du
quinze de luin,leGenral Major
Lanier prit poffeſſion des portes
du Chateau , que leGouverneuravoit
confervéfouslo.
beïſſance de fon Roy legitime,
fix mois aprés que toute la
Grande Bretagne y avoit renoncé.
Apres une lecture auſſi ſerieuſe
que celle de cette Relation
, vous voudrez bien
donner un moment à une galanterie
, où vous trouverez
de la nouveauté. Ic n'en
connois point l'Auteur' ; je
fçay ſeulement qu'elle a rejoüy
tous ceux qui l'ont leuë.
GALAN T. 117
AVIS A TΙΜΑΝΤΕ .
Avory du grand Mecene ,
Recevezen bonne Eftrenne
Un avis fort bon & beau
Que vous trouverez nouveau ,
Quivous rendra cette année
Toute heureuse & fortunée
Siparvoſtre grand credit
Ilen eftfait un Edit.
Cela ne vous fera pas difficile
dans la conjoncture preſente
,où noſtre invincible
Monarque , pour achever de
vaincre ſes Ennemis, cherche
des moyens aiſez de groffir
ſes Finances , & il n'en peut
trouver de meilleur qu'en
demandant de l'argent à ceux
qui le donnent facilement &
avec profufion....
2
118 MERCVRE
On veut parler des Amans;
Ils donnent en abondante
Et ne prouvent leurs fermens
Que par la belle dépense.
Par la liberalité.
Une Maiſtreſſe adorable
Leur devient plus favorable.
Que par l'affiduité
Onn'envoisplus d'affezfolles
Pour réſiſter aux piftoles ,
L'or leurouvre l'appetit ,
Metlaplusfarouche en feste ,
Et l'intervale est petit
Dudonjusqu'àla conqueſte.
Onne veut point citer ,
Danaény Iupiter,
Puis qu'il en est des exemples
Et plus recens&plus amples.
Or pour vous expliquer davantage
l'avis dont je parle , il
faudra propoſer à noſtre Victorieux
Monarque d'interdire
2
119
GALANT.
le commerce des amours dans
fon Royaume,pendant la guerre
ſeulement , d'exiger de tous
les Amansdurant ce temps là ,
les dépenses qu'ils font pour
leurs Maiſtreſſes . Il en tirera
des ſommes immenſesſans leur
ofter leurs beſoins. puis que la
pluſpart ne mettentà cela que
leur ſuperflu,&ilne ſera queſtion
que de ſe priver pour un
temps de leurs plaiſirs.
Hé,dansqueltemps pourroientilsfaire
Une pluslouable action ?
Est-il rien deplus neceffaire?
Est- il plus belle occafion
De donnerà cegrandMonarque
D'un Zele Sans mesureune fiwere
marque ?
Voilà donc un moyen cer120
MERCVRE
tain de remplir plus d'un Tre
for Royal , & comme il eſt plufieurs
Amans qui ne font point
ou peu de dépenſe en amour ,
foit par impuiſſance ou par
avarice , il faudra obliger tous
ces gens là de prendre party
dans les Armées de Sa Majesté
en forte que ceux qui ne grof.
frontpoint ſes Finances. grof
fiſſentdu moins ſes Troupes ,
cequi fera un avantage égal à
ce Prince.
1
D'ailleursn'est- onpasplus bem-
D'aller auchemin de la gloire,
Etdevoirfon nom dans l'Histoire
Que d'estre un avareamoureux?
Mais comme il arrivera ſans
doute , que pluſieurs groffes
Villes & Perſonnes confiderables
à noſtre Monarque , ou
mefme
GALANT. 124
meſme de ſa Cour , luy preſenterent
des requeſtes en faveur
desAmours ,& pour estre
exceptées de l'Edit que l'on
propoſe , en ce cas il faudra
que Sa Majesté ne leur accorde
cette exception , qu'à condition
que tous les Amans
&tous les Prevaricateurs des
loix de l'Amour de l'un & de
l'autre Sexe , payeront des taxes
ſelon la qualité du crime ,
&ſuivant le tarif qui en ſera
reglé en ſonConfeil.
On taxera premierement
Leprix dechaque engagement.
Qui s'appellera droit d'entrée ,
Etlataxeenfera reglée
Sur le pied de la qualité .
Durang&delafacultés
Etpuistant pouruneinconstance
Tant pourane infidelité,
Fev.1690. F
122
MERCVRE
:
:
5
Tant pour une legéreté,
Tant fautede perfeverance,
Tant pour manquer un rendez-
VOUS ;
Tantpour un injufte couroux .
Tant pourune humeurinégale,
Tant pour un mauvais intervale
Cardans un amour delicat
Tout paffe pour crime d'Etat ;
Tant pourun Amant qui préfere
Le Ieu , le Vin,la Bonne- chere,
La Chaffe,ou bien d'autresplai.
firs
Avoir l'objet de ſes defirs ;
Tantfaute d'une Serenade,
D'unBouquet,d'une Promenade,
Ettant pour qui ne donnera
Al'objet qui caufeSapeine
La Comedie & l'Opera
4
Du moins une fois laſemaine ,
Cela s'entendpour les Iris
Qui font leur sejour à Paris ;
Tant aussi pour uneMaistreffe
MATVRATE
FVGAM
:ILLI IMPERIVM
PELAGE
PVGNA AD BEVES .ANG
BATOVNAFVG
D.XIVL1690
LDolivarfe.
BU
LYON
GALANT.
123
Qui fera perfide & traiſtreſſe ,
Qui prodiguera ſes douceurs ,
Et partageraſesfaveurs,
Tant pour tout coeur double
parjure
Qui viole un tendre ferment ;
Tant pour un crime de rupture ,
Tant pour un racommodement;
Enfin tant pour les infractaires
De toutes les loixde l'amour ,
Dont on voit troubler les miſte .
res
EnSon empirechaque jour.
Vous voyez preſentement,
genereux Timante , que.cer
Edit ſeroit admirable , & que
vousendevez attendre de l'Illuſtre
Mecene une récompen
ſe tres confiderable pour vôtre
droit d'Avis.
Etpour celles quivous ledonnent
Voſtre bon coeur en ufera
De lafaçon qu'il luy plaira ;
1
F 2
24
MERCVRE
Acecoeur elles s'abandonnent ,
Sans attendre de leurs attraits
Dans la conjoncture opportune
Leſoin de leur bonne fortune,
Et de leurs petits interests :
Caràtrop pen vousferiezquitte
Neregardantque leur merite.
La Faculté de Medecine de
Montpellier a toujours eſté
celebre par les grandsHommes
qu'elle a produits , & que l'on
peut dire qu'elle a donnez à la
pluſpart des Cours de l'Europe.
Mr Vieuſſens , qui eſt de ce
Corps , en a cité tiré depuis
deux ans par un grand Seigneur
, qui ayant connu fes
rares talens , l'a fait venir à
Paris , où il s'eſt acquis beaucoup
d'eſtime.Sa Majesté ayant
eſté informée de ſon merite, l'a
recompensé d'une penfion, &
GALANT.
125
cette marque d'honneur l'amis
dans une ſi haute reputation ,
que S. A. Royale Mademoiſelle
d'Orleans, luy abien voulu
confierle ſoin de ſaſanté, en
le choiſiſſantpour ſon premier
Medecin..
Je referve encore juſqu'au
mois prochain à vous faire
voir, felon ma coutume , les
Icttons de cette année , afin de
vous donner aujourd'huy la
Medaille d'une des plus memorables
actions du Regne
du Roy. C'eſt le CombatNavaldonné
au Cap de Belvefier,,
où les Flotes Angloiſe & Hollandoiſe
furent battues & miſes
en fuite par celles de France,
le 10. de Juillet de l'année
derniere. Cette Victoire a fait
connoiſtre à toute l'Europe
que ces deux Nations s'attri-
?
F3
126 MERCVRE
buoient fauſſement l'Empire
de la mer , qu'elles voudroient
inutilement conteſter à leur
Vainqueur. Vous verrez dans
cette Medaille un revers d'un
deſſein correct & tres- bien executé.
Le Roy en Neptune ſur
un Char , le Tridenten main,
pouſſe les Flotes d'Angleterre
&de Hollande , dont chacune
porte ſon Pavillon. Ces mots
du premier de l'Eneide de Virgile
ſon autour. Maturatefugam.
Illi Imperium Pelagi. L'application
eneſt tres -heureuſe, puis
que les Anglois & les Hollandois
lay cedent par leur fuite
ladomination de l'Ocean . On
lit dans l'Exergue : Pugna ad
Beveferium ; Anglis, Batavis unà
fugatis decimo Iulii 1690 .
Vous avez fans doute appris
lamort deMeffire François
GALANT .
127
Rouxel de Medavy , Archeveſque
de Roüen , arrivée à
Maſcon au commencement de
cemois. Ontientque l'origine
de la Maiſon de Rouxel-
Medavy, vientde lean Rouxel
Gentilhomme Anglois, dont le
Roy Charles VII, récompenſa
les ſervices en luy donnant
pluſieurs Terres ſituées aux
Bailliages d'Alençon & de
Caën. Il épouſa Marie d'Arconneur,
Fille & Heritiere de
Guillaume , Sr de Medavy ,&
ilen eut entre autres Enfans .
Georges Rouxel , Sr de Medavy,
tué en 1479. à la Journée
de Guinegaſte. Fleury
Rouxel , Sr de Medavy , Fils de
Georges , fut Pere de Jacques
Rouxel , Sr de Medavy , quide
Françoiſe, Damede Pierre fitte
laiſſe Jacques Rouxel de Mc-
F4
128 MERCVRE
davy II. du nom , qui fut fait
Chevalier de l'Ordre du Roy
en 1969. Gouverneurd'Argentan
en 1572. Capitainede cinquante
Lanciers , Lieutenant
general du Duché d'Alençon
pour François de FranceDuc
d'Alençon en 1584. & fon
ChambellanOrdinaire. Pierre
Rouxel , Baron de Medavy ,
fon Fils, épouſa en 1586.Charlotre
de Hautemer , Comteffe
deGrancey , Fille de cuillaume,
Sr de Fervacques , Maréchalde
France. Il fut fait Lieutenant
general en Normandie
en 1594. Conſeiller d'Etat ordinaire
en 1611. & mourut
deux ans aprés. Il fut eſtimé
par ſa valeur ,& renommé par
ſa force, dont on raconte qu'-
ayant percé d'un coupd'épée
dans un combat le SrdeTrepiGALANT
129
?
gny qui eſtoit à la teſte d'une
Compagnie de Gendarmes
il le porta tout armé & enferré
de ſon épée plus de quatre
pas en l'air . Ce Pierre Rouxel
deMedavy , Comte de Grancey,
laiſſa trois Fils , qui furent
Iacques III. du nom , Comte
de Grancey & de Medavy ,
Chevalier des Ordres du Roy ,
Maréchal de France ; François
Rouxel de Medavy , Abbéde
Cormeilles & de Saint André
nommé à l'Eveſche de Seez
en 1651. & l'Archeveſché de
Roüen en 1671. & Guillaume
Comte de Marey , Maréchal
de Camp , mort d'une bleſſure
au combat de Briare en 1651 .
Mr l'Archeveſque de Roüen ,
dont la mortdonne lieu à cet
article , eſtoit dans ſa quatrewingt
ſeptième année,&Cone-
BS
130
MERCVRE
J
a
qu'il
ſeiller d'Etat ordinaire , &s'ef-
• coittoujours extrémementdi-
Aingué par la force de ſon efprit,
dont les lumieres étoient
demeurées également vives
malgré ſon grand age. Sa charité
ſe répondoit ſur quantité de
pauvres Eccleſiaſtiques ,
affittoit ſelon leurs befoins, par
des penſions ſecretes ,il fecou -
roitmême beaucoup de Familles
de Nobleſſe qu'it ſçavoit
eſtre en neceffité. Mrl'Eveſque
deMaſcon ne l'a preſque point
quitté dans ſa maladie,pendant
laquelle il luy a rendu toutes
fortes dedevoirs. Son Corpsta
eſté porté à Grancey , & on a
fait àMaſcon des Services ſolemnels
pour le repos de ſonA
me. LePrefidial& tous les autres
Corps y ont aſſiſté-Quant à feu
Mr le Maréchal deGrancey ,,
GALANT...
131
Aîné des trois Freres , ilépouſa.
en premieres,Noces Catherine
de Monchy , Soeur de Charles,
Marquis d'Hocquincourt
Maréchal de France , & en ſecondes
Noces vers l'an 1648 ..
Charlotte de Mornay , Fille de
Pierre , Sr de Villarceaux , &
d'Anne Olivier Leuville. Il a
laiſſe de ſon premier mariage
Pierre Rouxel II .du nom,Comte
de Grancey ,qui s'eſt marié
trois fois , & qui eſt Pere
de Mr le Comte de Medavy
que Mr l'Archeveſque de
Roüen a fait ſon Legataireuniverſel
.
J'ay auſſi à vous apprendre
la mort de Meſſire Hilaire Bordief,
Preſident en la Cour des
Aides, arrivée ſur la fin du mois
paſſé. Il eſtoit Frere de Mr
Bordier, Intendant des Finan-
F6
132
MERCURE
ces par qui la belle maiſon dús
Raincy a eſté baltie.
€ Il vient de paroiſtre un Livre
, de l'utilité duquelle titre
pourra vous faire juger. C'eſt
l'Anatomiede l'homme ſuivant la
circulation dufang& les dernieres
découvertes démontrée au Jardin
Royal par Mr. Dionis , premier
Chirurgien de Madame la Dau.
phine , Chirurgien ordinaire de la
feuë Reine,&luréàParis. Il commence
d'abord par l'Oſteologie
, parce que c'eſt par elle
qu'on ouvre les Exercices au
FardinRoyal , & que la con--
noiſſance desOs doit preceder
celle detoutes les autres parties.
Il faic huit Demonſtra
tions ; deux des os en general ,
deuxdesos de la teſte ,deuxde
ceux dutronc ,&de ceux des
extremitez. Il continuëpardix
GALANT ..
133
autres Demonſtrations Ana
tomiques. Il en fait quatre des
parties contenues dans le bass
ventre ; deux de celles de la
poitrine , deux de celles de la
teſte ,& deux des extremitez..
Au commencement de chacune
de ces Demonstrations ill
y a une Planche qui reprefente
les parties que l'on y fait voir ,
&les meſmes lettres qui y font
gravées, ſe trouvent à la marge
de l'endroit du diſcours qui ex--
plique ces parties , afin qu'on
y ait recours . Mr Dionis ayant
fait ces Demonſtrations publiques
au lardin Royal pen--
danthuitannées conſecutives ,,
par ordre du Roy , & de Mr.
Daquin , premier Medecinde
Sa Majesté, & n'ayant ceſſe que
pour remplir la Charge de Premier
Chirurgien de Madame
134
MERCVRE
laDauphine dont il fut alors
honoré ,on doit juger par là du
merite de ſon Ouvrage , dont
on peutdire que le travail eſt
immenſe . Il y a dix- huit Planches
, & chaque Planche contient
differens ſujets ,& ce qui
va à l'infiny . Elles ſont gravées
par Mr Thomaſſin , fort
eſtimédans ſon art , & rien ne
manquede toutce qui apû con
tribuer à la beauté de l'impreſ
fion de cetOuvrage.
Le Sr Guerout Libraire, Galerie
neuve du Palais , debite
unautre Livre nouveau , intitulé
, Pratique de Medecine
Speciale. Il eſt du ſçavant Michel
Etimuler, & on peut direc
que cegrandHomme qui excelle
en tout , s'eſt en quelque
forte ſurpaflé dans cet Ouvra--
ge , où il traite des maladies
GALANT .
135
;
propres des Hommes, des Femmes
& des Enfans. Tout y eft
demontré d'une maniere aufi
nette que fçavante , en forte
qu'il rend tres intelligibles les
matieres embroüillées de lageneratio.
Les maladies des hom..
mes qui y ont rapport , y. font
propoſées avec beaucoup de
methode , ainſi que celles des
Filles&des Femmes . On y en--
ſeigne le regime des Femmes
groffes& des Accouchées,avec
la maniere d'accoucher ,& de
remedier aux maladies qui fur.
viennent en ces eftats...Quoy
que l'Auteur parle fort au
longde toutes ces chofes , il
s'étend particulierement fur ce
qui regarde l'éducation des .
petits Enfans. Il rend raiſon de
toutes les incommoditez aufquelles
ils peuvent eſtre ſujets
13:6 MERCVRE
pour en mieux fonder la cure,
perfuadé que c'eſt dans cetage
tendre que la pluſpart des
maladies jettent leurs racines.
On a ajoûté quelques Differtations
pleines d'érudition du
meſme Auteur , ſur l'Epilepſie
, ſur l'Ivreſſe , ſur le mal
Hypocondriaque , ſur la douleur
Hypocondriaque , ſur la
Corpulence , & fur la morfure
de la Vipere. Ces fortes de
maladies fontexpliquées tresmethodiquement
, avec leurs
fignes & leurs cures , & le tout
fait un corps de Pratique de
Medecine , que l'on nomme
Speciale , tant parce qu'elle ne
regarde que certains âges, que
pour la diſtinguer de la pratique
de toutes les maladies du
corps humain en general , qu
Ettmulera écrite avec la der
niere exactitude,&qu'on don
5
GALANT.
137
nera inceſſamment au Public
!
traduite en noſtre Langue ,
comme la Pratique ſpeciale
dontje vous parle.
Mr Gautier , IngenieurOrdinaire
du Roy , Auteur du
Traité des Fortifications nou .
velles , & de l'Art de laver c
depeindre fur le coloris , qui
ont eſté ſibien receus du Public
, vient de nous donner un
Traité de l'Artillerie , qui explique
la difference , les proportions,
lesrenforts , les portées,
les affuſts , & toutce qui concerne
les Canons dont on fe
fert en France , tant for terre
que ſur mer. Il y ajoûtela maniere
de jetter des Bombes ,&
donne à connoiſtreles proportionsde
ces machines , comme
des Mortiers qui ſervent à les
chaffer,avec pluſieurs expe
138 MERCVRE
riences fur ceſujet,& le moyen
de compoſer toute forte de
feux d'artifice de guerre. Cc.
Livre ſe trouve auſſi chez le St
Guerout ,& a eſté imprimé à
Lyon , ainſi quela Pratique de
Medecine Speciale , par le St
Amaulry..
A
Le hazard fait quelquefois
arriver des choſes qu'on croit
impoſſibles, à ne regarder que
les appareces.UnCavalierd'un
veritable merite , né parmy les
graces , mais fortbroüillé avec
la fortune , devint amy d'une
jeune Demoiselle , qui par fa
beauté& par fon eſprit auroit:
pûtoucher les plus inſenſibles ..
Elleavoitun bien aſſez mediocre',
& vivoit contente lavec
ſa Mere, qui luy ſouhaitantun
Party avantageux , ſe tenoit
fort refervée ſur les viſites qu
GALANT. 139
elle permettoit qu'on luy rendiſt
.Ainſi ſa maiſon eſtoit fermée
àtous ceux qui pouvoient
n'avoir que des douceurs à luy
dire , & fi elle confentoit à
fouffrir le Cavalier, c'eſtoit par
un certain privilege qu'il s'eftoit
acquis d'eſtre bien venu
par tout, non ſeulement parun
agrément d'humeur qui le fai
foit ſouhaiter dansle plus beau
monde , mais parce que l'éloi
gnement qu'il montroit pour
tout ce qu'on peut appeller en
gagement , le rendoit ſans conſequence.
Il eſtoit d'une Nobleſſe
aſſez diſtinguée , & le
Jeu dont il faiſoit ſa plus ſolide
reſource , fourniſſoit dequoy
fubfifter. Cependant le merite
de la jeune Demoiſelle avoit
fait ſur luy des impreffions
fi fortes , qu'il s'échapoit quel
140
MERCVRE
quefois juſqu'àluydire , que
malgré l'averſion qu'il avoit à
s'engager , il ſentoit bien que
s'il s'eſtoit trouvé en eſtat de
la rendre heureuſe , il auroit
voulu paſſer ſa vie avecelle. La
Belle luy répondoit en riant ,
qu'à cela prés il eſtoitaſſez fon
fait , mais que la raiſon eſtoir
ſeule à confulter lors qu'il s'agifſoit
de mariage , & que la
vie eſtant longue , & le coeur
auffi ſujet à s'ufer que toute:
autre choſe , il n'y avoitrien
de ſidangereux que d'en croirele
penchant. La ſageſſede ſa
conduite ,& fes belles qualitez
le faiſant toujours entrer plus
vivementdans ſes intereſts , i
luy dit un jour , que puis qu'il
ne pouvoit eſpererde la mettre
par luy - meſme dans la
fortune qu'il lay ſouhaitoit,
GALAN T. 141
il vouloit tâcher d'y réuſſir par
un autre , en luy amenant un
de ſes Parens, qu'il jugeoit capable
d'en devenir amoureux ,
pour peuqu'ellepriſt ſoind'em.
ployer les avantages que luy
donnoit ſa beauté. Ce parent
eſtoit un homme qui donnoit
dans les grands airs , &qui cftant
déja maiſtre d'unbien tres
confiderable , attendoit encore
la ſucceſſion d'un Oncle fort
riche,qui devoit luy laiſſerdequoi
fouteniravec éclat le nom
Marquis, que l'ambition luy
avoit fait prendre. Cette propoſition
charmala Mere , qui
attendit avec grande impatience
que le Cavaliers'acqui-
<taſt de ſa parole. Le Marquis
leur fut amené peu de jours
aprés ,& vous pouvez croire
qu'ileut toutſujet d'eſtre con142
MERCVRE
১
tent des honneſtetez qu'on eut
pour luy. La Belle n'oublia pas
de faire valoir tout ce qu'elle
avoit de charmes,& il demeura
ſi touché de ſes manieres ,qu'il
ne put la voir ſans ſouhaiter de
la voir fans ceſſe.Ainſi ſes ſoins
furent aſſidus ,& comme dans
ſes viſites il n'eſtoit troublé par
aucun Rival,il paſſoit des jours
entiers auprés d'elle avec un
plaiſir qui ne ſe peut concevoir
Le Cavalier eſtoit quelquefois
de la partie , & ce qu'il diſoit
ſouvent au Marquis du vray
merite qu'il luy connoiſſoit, ne
ſervoit pas peu à flater ſa pafſion.
Si toſt qu'on la crut aſſez
violente pour ne riſquer rien
en l'engageant à ſe declarer
la mere qui n'avoit pas moins
d'eſprit que d'adreſſe , ayant
inſenſiblement conduit le dif,
GALANT.
143
cours ſur le ſoin que l'on étoit
obligé d'avoir de ſa reputatio ,
prit delà occaſion de luy remonſtrer
qu'il y alloit de la
gloirede ſa Fille de ne pas donner
matiere àde facheux contes
, &que les viſites qu'il luy
rendoiteſtant remarquées , il
falloit ou les finir, où faire connoiſtre
quelle eſtoit la cauſe de
tantd'affiduité . Le Marquisen.
tierement charmé de la Belle
ne manqua pas de répondre
qu'il n'avoit pour elle que des
veuës fort legitimes ; qu'il le
feroit voir en l'épouſant, mais
quedevant heriter d'un Oncle
fort riche , qui ne confentiroit
pas à un mariage où le
ſeul merite de cette belle
perſonne eſtoit à confiderer,
al eſtoit contraint d'attendre
que la mort le miſt en pouvoir
44
MERCURE
1
i
d'executer ce qu'il eſtoit reſolu
de faire ; que cet Oncle eſtoit
fort vieux , & mefme ſujet à
de grands maux en forte qu'il
y avoit lieu de s'aſſeurer qu'il
nevivroit pas encore longtemps.
Cette réponſe ne ſarisfit
pas tout à fait la Mere , qui
ayantparlé au Cavalier preſſa
de nouveau le Marquis en ſa
prefence.Le Cavalier futd'avis
d'un mariage ſecret qui demeureroit
caché du vivantde
l'Oncle,mais lesinconvenients
que le Marquis ytrouva , l'empeſcherent
de ſe rendre ,& enfin
pour les convaincre de ſa
bonne foy il propoſa de faire
cefferleurcrainte,par unePromeſſe
demariage qu'il offrit de
faire dans les termes les plus
forts. La choſe fut acceptée
& l'on refolut d'attendre la
: .mort
GALANT.
145
i
mort de l'Oncle. Le Marquis
n'eut pas ſi - toſt uneentiereliberté
de voir la Belle , qu'il en
voulut abuſer. Il crut que la
Promeſſe qu'il luy avoit faite",
lemettoit en droit d'en éxiger
quelques legeres faveurs ,&
le refus qu'elle luy en fit , eftant
regardé comme une marque
de ſon peu d'amour pour
luy , le porta à des reproches
☑ qu'elle repouſſa avec d'autant
plus d'aigreur , que ne trouvant
rien qui luy pluſt dans
ſa perſonne , elle ne s'eſtoit
reſoluë à l'écouter que par la
veuë ſeule de ſes intereſts .Ce
procedépeu reſpectueux commença
à les brouiller , & la
Belle en fut fi fort irritée ,
que ne pouvantplus s'aſſujertir
aux complaiſances qu'elle
avoit euës juſqu'alors , elle re-
Fev.1690.
G
146 MERCVRE
fuſa de le voir un ſeul moment
qu'en preſecede ſa mere.
Une vertu ſirigide ne put accommoder
le Marquis. Il en fit
ſes plaintes& les voyant inutiles,
il s'imagina que s'il luytendoitdes
devoirs moins affidus ,
la crainte dele perdre pourroit
l'obliger à prendre une autre
conduite. Cet expedient luy
plut& ille mit en uſage. Il paſſa
cinq ou fix jours fans aller chez
elle,&cette retraite ne fit point
l'effet qu'il en avoit attendu.
Elle ne ſervit qu'à faire ouvrir
les yeux à la Belle , qui
le recevant enſuite avec beaucoup
de froideur , porta , inſenſiblement
fon indifference
juſques au dégouſt. Ainfi il eut
beau continuer à la voir plus
rarement, elle dedaigna de luy
demander pourquoy il diminuoit
ſes empreſſemens , & la
GALANT.
147
Mere ſeule lay en fit quelque
reproche. Il s'excuſa ſur ce
qu'on avoit averty ſon Oncle
de ſes frequentes viſites , &
qu'ilſe voyoit contraint de les
retrancher , pour ne luy pas
donner des ſoupçons qui luy
pouroient eſtre préjudiciables.
LaBelle luy répondit fierement
que puis que cetOncle trouvoit
mauvais qu'il fit paroiſtre de
l'attachement pour elle , le
meilleur party qu'il euſt à
prendre eſtoit de l'abandonner
pourle fatisfaire. Le Marquis
ſe tenant fort outragé de cette
fiere réponſe , ceſſa de la voir
entierement , & le Cavalier
l'ayant blaſmée du peu de mégement
qu'elle avoit eupour
un homme qui la pouvoitmettre
dans un rang confiderable ,
elle luy fit voir qu'en l'éloi-
G 2
148 MERCVRE
gnant elle ne perdoit que ce
qu'illuy euſt eſté impoſſible de
garder.En effet , toutes les déa
marches du Marquis faiſoient
trop connoiſtre qu'il ne luy
avoitrendudes ſoins que dans
l'eſperance de ſurprendre ſa
foibleſſe , ſi elle euſt eſté capable
d'en avoir pour luy. Cette
penſée luy donna une ſi forte
indignation , que comme elle
avoit autant de fierté que de
vertu, elle voulut que leCavalier
luy reportaſt ſaPromesſe,
afin qu'il ne la cruſt pas d'un
caractere à vouloir turer quel
que avantage de l'engagement
oùil s'eſtoit mis. Le Cavalier
luy reſiſta fort long- temps , &
ſe vit enfin contraint d'emporter
cettePromeſſe , qu'elle l'engagea
de rendre au Marquis .
Il luy dit le lendemain qu'il l'a
GALANT.
149
voit remiſe entre ſes mains , &
ne laiſſa pas de la garder , jugeant
à propos d'en eſtre toujours
keamaiſtre , afin qu'elle
luy ferviſtà donner au moins
de l'inquietude à ſon Parent
dans l'occaſion , s'il n'en pou
voit faire unmeilleurufage. Il
arriva quelques jours aprést
que l'oncle fe miten teſte de
marier le Marquis. Il jetta les
ycux far une jeune Heritiere
qui avoit beaucoup de bien ,
&dont le Tateur estoit fon
meilleurAmy. H.n'eut pas de
peine à legagner, mais la pluf
part des autresParensluyrefif .
tetem. Ils s'intereffoient pour
un Gentilhome qui étoit pour
elle un Party confiderable ,&
aptés qu'on eut faitjoüer toutes
fortes de refforts , il fut impof
fible de les faire conſentira ce
mariage , à moins que l'oncle
G3
150
MERCVRE
1
"
ne ſe reſoluſt a faire une a
vancede cent mille écus à fon
Neveu. Il agréa la condition ,
&le Marquis futdans une joyc
qu'on ne ſçauroit exprimer.
Rien ne luy pouvoit eſtre plus
avantageux que cette affaite
qui luy affurdit cent mille écus
fur le bien de l'Oncle , & luy
donnoit une Femme qui luy
apportoit de tres bellesTerres.
Si-toſt qu'oncut reglélesarticles
, le Cavalierprit ſon temps
pour demander au Marquis
comment il croyoit ſe pouvoir
tirer d'affaire avec la Belle . Il
l'affura que fa refolution étoit
de s'oppoſer àfon mariage , c
luy fit comprendre qu'il devoit
tout craindre de l'éclat qu'elle
feroit , puis que les Parens de
ſa Maistreffe ne demandoient
qu'un pretexte pour rentrer
€
GALAN T. 1
dans le Party qu'on les avoit
forcez de quitter. Le Marquis
s'inquieta , & jugeantqu'il luy
eſtoit d'une tres grande importancede
remedier à cet em ,
barras , il pria le Cavalier d'employer
toutes fortes de moyens
pour retirer ſa Promeſſe. Le
Cavalier luy fit croire pendant
quelques jours , qu'il ne falloit
efperer aucun accommodement
, laBelle eſtant obſtine
ment refoluëde le pourſuivre ;
& enfin comme s'il euſt rem
porté quelque ſignalée victoire,
il luy vint dire avec de grandes
marques de jove , qu'il l'avoit
fait confentir à luy rendre ſa
Prometre pour une certaine
ſomme ; mais il la porta fi haut
que le Marquis en fut effrayé.
Aprés pluſieurs allées & ve
nuës que le Cavalier feignitde
G4
152 MERCVRE
,
faire, elle fut reglée à dix mille
écus. Le Marquis ne les donna
pas fans beaucoup de repuguance,
mais ce qu'il gagnoit
parlà eſtoitfi confiderable
qu'il ctut devoir finir promptement.
Lesdix mille écus furent
payez,&le Cavalier rendit la
Promeffe. Sitoft qu'il eut receu
eet argent,comme il eſtoit fort
heureux au jeu , il voulut
hazarder tout à la fois trois ou
quatre mille francs qu'il avoit
gagnez en pluſieurs rencontres
,&la fortune qui l'avoit
déja favorisé fut fi conftante
pourlay , qu'en moins de huic
jours elle luy donna cing à fix
mille piſtoles. Cela jointà ce
qu'il avoittouché du Marquis,
faiſoit une ſomme aſſez importante.
Il voulut iouïr de ſon
bonheur ,& eſtant allé trouver
GALANT.
153
la Belle , il luy demanda ſi ſa
perfonne luy pourroit eſtre
agréable avec trente mille écus
enargent comptant ,dont elle
diſpoſeroit pour telle Terre
qu'elle voudroit luy faire acheter.
La Belle écouta d'abord!
cette propoſition comme une
plaiſanteric, maisquand enluy
parlant ſerieuſementsil luy eut
appris ce que la fortune avoit
fait pour luyselle l'affura qu'en
l'obtenantde ſa Mere , il ne
devoit craindre aucun refusde
ſa part. La Mere qui luy avoit
obligation des avantages qu'il
avoit tâché de procurer à ſa
Fille luyen montra fa reconnoiſſance
en luy accordant le
confentement qu'il luy demanda.
Il ne cacha pas ce qu'il
avoit faittouchant le Promeſſe
GS
ود
154
MERCURE
&toutes deux ſe conſolerent
fans peinede la perte duMars
quis,dont le marige n'eſt point
encore fait. Il eſt traversé par
fon Rival qui fait agir contre
luy une Puiſſance affez redoutable
, tandis que le Cavalier
gouſte avecla Belle toutes les
douceurs qui accompagnent
une parfaite union.
Vous avez veu le moispaffé
dansles Nouvelles publiques,
celles qui nous font venues
de Perſe. Voicy l'Original
d'une Réponſe du Sophi à
l'Empereur , dont lePublic n'a
veu que l'Extrait.
१०
GALANT.
15.5
こ
TRADUCTION
De la Réponſe du Sophi à une
Lettre del'Empereur , ..
du 20. Mars 1688 .
ARegledes Potentats dans la
pureté lefondement
assuré de l'amitié & bien
veillance , &le refugede la confiance,
Leopoldus Empereur , toujours
Augucte , RoydeHongrie,Allemagne
, Boheme , Dalmatie , &c.
Soliman Ambassadeurdu tres-haut
&tres- puiſſant Roy de Pologne, en
toute perfection d'éloquence &
beaux discours nous a apporté une
Lettre remplie de témoignages
d'honneur&d'affection des conque
ſtes , & des moyens de retirer des
mains des Tures les Provinces dé
pendantes du pays d'Yron & Perfe
qu'ils ont empietees,&cela avoit
G6
156
MERCVRE
déja esté representé diverſes fois
parte Roy de Pologne & les Ducs
de Mofcovie au Troſne tres élevé ,
&beurs Ambassadeursfont venus
àcesujet;mais dautant que depuis
fort longtemps la paix& lafoy jurée
est entre les Ofmanſons &les
Perfes, la rupture de cettepaix est
empêchéepar la Loy &par la Religion
, & encore par la confiderationde
mes Ancestres quifont dans
le Paradis , & leur promeffe de fidelité
est un empêchement à ma
grandeur , & je suis empêché de
commencer guerre & hoftilitez,
parce que je fuis cette maniere de
grandeur & de foypar écritures..
Nousferonsinformez désſuccés , &-
le voile des prosperiteznousfera
levé,& les Serviteurs de la Cour,
repos des creatures , les recevronse
Pour tres- agreables...
3
GALANT.
157
Te vous envoye auſſi en originalles
réponſes du Capigi.
Bachi , ou Grand Portier
Comte de Siri , Ambaſſadeur.
du Roy de Pologne..
,
IPROPOSITION
Du Comte..
au
TLL offrit de la partde ſon Maiſtre
deux mille Cofaques an
Roy de Perſe.
REPONSE.
Vostre Roy en a besoin pour preferver
fon Pays de l'incursion des
Tertares. .
11. PROPOSITION.
LeComte repreſente la belle
occaſion qu'a le Sophy de
reprendre Bagder..
REPONSE ..
Onattend que vostre Roy represa.
De Caminiecks..
4
98 MERCURE
III. PROPOSITION..
Il remontre les grands avanrages
que le Sophy retireroit
de ſon union avec les Princes
Chreſtiens.
REPONSE.
Queson Maistre retireroit bien
plus d'avantageſiſes sujets estoient
bien unis avec luy. Uniſſez vous
bien ensemble , luy dit- il ,&
aprés , venez nous preſcher l'union.
Noussçavons, ajoûta-t il, ce qui
s'estpassé dans vos dernieres Diettes
,&nousſcavons de quelle maniere
on a brouilléles Princes Chrétiens.
Nous ne pouvons plus nous
déterminer coutre les Turcs , prévoyant
les avantages qu'ils vont
retirerde ladefunionde vos Princes
Chreftiens..
l'ajoûte une Réponſe du
Sophiau Pape innocentXL
GALANT.
159
Vous ferez bien aiſe , ſans
doute , de voir les qualitez
que les Rois de Perſe donnent
à nos Souverains Pontifes...
REPONSE DU SOPHY
AN. S. P. le Pape Innocent
XI . qui luy avoit demandé
un Hofpice à Chamaki
pour les Capucins
foumis à la facrée Congregation.
Elle a eſté expliquée
mot pour mot du Perſan en
noſtre Langue ..
AlaplauseMajest
La Haute Majestédu degré
Mercure
Firmament des Etoiles , opulente
Sageſſe de Iupiter de tres - haut lieu ,
lagloire de l'Aurore , Refuge de la
Serenité& royauté , Arsenalde la
grandeur&de la justice , Reſidence
4
160 MERCVRE
de la Majesté& de la manificence,
Heritagede la force& puiſſance ,
Lieudes excellences, Precisiondans
les Armées, Connoiffance entiere
detous les Etats , Esprit penetrant
les veritez , Maistre des inte
rieurs les plus illuminez , plus
exhauffé que les montagnes , vol
d'une mesurefublime, Perle éclatante,
voye des richeffes, l'excellence
des excellences , le Chefdes
Grands ,le premier des Potentats ,
Maistredufecret des Chreftiens , le
Suprême des Seigneurs , l'honneur
& fermeté des: Chreftiens , & la
Serenité,Royauté , grandeur , ma.
gnanimité, justice ,fublimité , excellence
, magnificence , & bon
augure, InnocentXI. Pape..
Après tous les discours neceſſairespour
témoignage d'affection &
les preuves des degrez d'amour , lar
bauteur claire commela Lune&
GALANT . 16г
brillante comme le soleil , donne
preuve entieredeson affection , &
faitsçavoir que vostre Lettrepleinede
témoignages d'amitié nous a
eſté renduë en nostre demeure ref-
Semblante un Faradis , par l'éloquent
& doué de rares discours,
Soliman Ambassadeur du tres - haut
& tres puissant Roy de Pologne.
Leſujet de cette Lettre,eft que nous
commandions que quelqu'un da
haut lieu dispose dans le pays de
Chirvan une habitation pour recevoir
les allans & venaas dans ce
paysde Cofroës . CePapier noble &
ferme a este expedié & accordé à
ceſuiet, quiſert de nouveaufondement
posésur l'affection. Si quelque
choſe manque des demandes &
proiet'sence rencontre,faites le nous
Sçavoir , & la bien veillance du
Royfera toujours portée àleur enterinement.
Que l'Etoilede la bonne
ま
162 MERCVRE
fortune avec l'honneur du bon plaifir
de Dieu vous preferve de tout
accident.
l'ajouſteray aux Nouvelles
qui ont eſté publiées de Perſe,
que les Enfans de Canavaſ-
Kan , anciens Gouverneurs de
Teflis , ayant fait des alliances
de mariage avec le Prince
de Rache Archetk , ont uny
cette Province avec celles de
laMingrelie& de Dadianqui
ſe ſont données à eux ; & que
le Roy de Perſe craint qu'He
racle Mirza leur Beaufrere ,
àqui il donna il y a deux ans
Gouvernementde Teflis , ne
ſe mette de leur party , pour
recouvrer la Principauté de
Kakret qui luy appartient. II.
retient toujours pour ce ſujet
fa Mere , fa Femme & fes
le
2
GALANT.
163
Enfans en oftage. Il feroit à
fouhaiter pour lebien des Catholiques
de Georgie , ou que
lesdeux Princes de Chanavalkan
réuſſiſſent dans leurs defſeins
, ou qu'ils recouvraſſent
le Gouvernement de Teflis ,
dont ils ont joüy fucceſſive
ment en rentrant dans les
bonnes graces du Roy , qu'ils
ont perduës par une avanture
extraordinaire. L'Aîné de ces
Freres,appelléChaknazarkan,
ayant prié Sa Majesté de faire
élever ſa Soeur dans ſa Cour ,
leRoy la receut ,& la voulant
marier avecavantage , il donna
à ce Frere la liberté de choifir
entre ſes deux plus grands
Favoris, dontl'un eſtoit le Fils
de l'Aramadaulet , ou Grand
Vifir , fon premier Miniſtre; &
l'autre , le Gouverneur de la
164 MERCVRE
Province de l'Oreſtan appelle
Chakrerdikan , qui estoit de la
plus illuftre Famille de Perſe.
Chaknazarkan cuſt pû éviter
les malheurs où l'engageoit
infailliblementle refus de l'un
des deux, s'il en euſt remis le
choix au Roy , mais la gloire
qu'il tiroird'eſtre petit Fils du
dernier Roy de Georgie , luy
fit mépriſer l'alliancedu Filsde
l'Atamadaulet , comme luy
eſtant tresinégal , & ildonna
fa Soeur à l'autre Prince. L'Aramadaulet
ne fut pas longremps
fans chercheràs'en vanger.
Il inſpira de l'amour au
Roy pour la Femme de Chaknazarkan
, qui paffe pour la
plus belle perfonne du Levant.
Le Roy la luy demanda , & fur
le refus qu'il luyen fit , ilenvoya
pour l'enlever le Neveu
GALAN T. 165
du grand Viſir avec une puifſante
armée. Il en vint aux
mains avec Chaknazarkan ,
qui eutdu deſſous , & fut obligé
de ſe ſauver en Moſcovie.
On pourſuivit ſa Femme , qui
s'eſtant miſe à la teſte des
Troupes de ſon Mary qu'elle
rallia , ſoutint long-temps les
attaques de l'Armée de Perſe ,
&trouva enfin moyen de ſe
refugier auprés de luy. Cependantl'autreFrere,
nommé
Gourguinkan , faiſoit l'hypocrite
à la Cour , & le peu d'inſtruction
queles Georgiens ont
du Chriſtianiſme , luy faiſoit
croire qu'il pouvoit ſouffrir
d'eſtre circoncis , pour obtenir
le Gouvernementde Chaknazarkā,
mais l'Atamadaulet qui
l'en fit bien - toſt chaſſer , trouva
auſſi le moyen de faire cou166
MERCVRE
٤
perlateſte à ſon Beaufrere , &
fit expoſer ſa Soeur à toutes les
indignitez que peut inventer
la labricité Perſanne.Les Princes
avoient eu quelque eſperance
de l'en pouvoir vanger
par le ſecours des Ducs de
Moſcovie , mais il paroiſſent
avoir peu d'envie de profiter
desavantages , quela Religion
Grecque leur donne fur ce
beau Royaume . Nous avons en
Perſe Mr de SaintOlon, Eveſquede
Babilone , Frere de Mr
de SaintOlon , Gentilhomme
ordinairede la Maiſon du Roy,
& cy devant Envoyé Extraordinaire
de Sa Majesté àGenes .
CePrelat animé d'un vray zele
pour la gloire de Dieu , y fait
les fonctions d'un digne Chef;
avec tout le ſuccez que l'on
peut attendre delala plus arGALANT
.
167
dente' & plus ſincere ferveur.
La Fable qui ſuit vous doit
paroiſtre agréable & par ſa morale
, & par l'heureux tour que
l'Auteur luy a donné .
LES DEUX CHEVRES,
FABLE .
Es Chevresont une proprieté,
C'est qu'ayant fort long- temps
bronte
Elles prennent l'effor, & s'en vont
en voyage
Vers les endroits dupasturage
Inaceſſibles auxHumains.
Est- il quelque lieu fans chemins ,
Quelque Rocher un Montpendant
en precipices,
168 MERC VRE
-
Mesdames s'en vont là promener
leurs caprices ,
Rien ne peut arrester cet Animal
grimpant.
Deux Cheures donc s'émancipant,
Toutes deux ayant patte blanche,
Quitterent certain Pré , chacune
defapart
L'une vers l'autre alloit pourquelque
bon hazard.
Un Ruiſſeause rencontre , & pour
Pont une planche ,
Deux Bellettes à peines anroient
passé defront.
SurcePont.
D'ailleurs , l'onde rapide , & le
Ruiſſeau profond ,
Devoient faire trembler depeur nos
Amazones.
Malgré tant de dangers l'une de
cespersonnes ,
Pofe un pied fur la planche ,&
l'autre en fait autan
Le
GALANT.
169
Ie m'imagine voir avec LOUIS
LE GRAND ,
Philippe quatre qui s'avance
Dans l'ifle de la Conference.
Ainsi s'avançoient pas à pas,
Nezà nez , nos Avanturieres,
Qui toutes deuxétantfort feres,
Sur le milieu du Pont neſe voulurent
pas
3
L'uneà l'autre ceder , ayant pour
Devancieres ,
L'une , certaine Chevre au merite
Sans pair ২.
Dont Polypheme fit present à Ga.
Latée,
Etl'autre, la Chevre Amalthée
Par qui fut nourry Iupiter.
Faute de reculer , leur cheute fut
commune,
•Toutes deux tomberent àl'eau .
Cet accident n'est pasnouveau.
Dans le chemin de la fortune.
Fev.1690. H
170
MERCVRE
le ne doute point que vous
ne chantiez avec plaifir les
paroles que vous allez lire ,
puis qu'elles ont eſté miſes en
air par un Muſicien fort celé .
bre.
AIR NOVVE AV.
Monaimable silvie
M'affure chaquejour
Quelle est sensible àmon amours
Et qu'elle m'aimera le reste de fa
vie.
Mais sij'ayflechy (arigueur ,
N'eft cepoint uneffet dema perfeverance
,
Et dois-jetontà la reconnoiſſance,
Etrien au panchant deson coeur.
Quoy qu'un grand nombre
d'excellentes Pieces de Theatre
que nous ont laiſſées d'IlTHEQUE
DELA
LYON
B
VILLE
*
1893
171
it d'air
ceux
ecfucrages,
ement
led'en
ayent
nouliteur.
Mr de
don-
Ittour
tincavec
id art,
ns de
affion
mour
is fes
iques
font
de le
l'une
170
le
이
ne c
parol
puis
airpa
bre.
1
@
Qu
Et qu
M
Neft
Et di
Etri
d'ex
trec
GALANT.
171
luſtres Auteurs , foient d'avantageux
modelles pour ceux
qui veulenttravailleravec fuccésà
ces fortes d'Ouvrages ,
tous les ſujets font tellement
épuiſez , qu'il eſt difficile d'en
faire aujourd'huy qui ayent
quelque choſe d'aſſez nouveau
pour attacher l'Auditeur.
Malgré cesdifficultez , Mr de
Capiſtron vient denous donner
une Tragedie , dont tour
Paris eſt charmé. Elle eſt intitulée
, Tiridate , & faite avec
tantd'eſprit & un ſi grand art,
qu'il a trouvé les moyens de
faire naiſtre de la compaffion
pour un Prince , dont l'amour
doit faire horreur. Tous fes
ſentimens qui ſontpathetiques
& d'honneſte homme , font
qu'on ſe trouve forcé de le
plaindre , lors qu'il parle d'une
H 2
172
MERCVRE
paffion 'qu'il reffent avec une
extrême violence , & qu'il ſe
plaiſt à nourrir dans le meſme
tempsqu'il la condamne. La
fituation où ce malheureux Amantiſe
trouve , a je neſçay
quoy de ſi touchant , qu'il eſt
impoſſible de ne pas entrer
dans ſes intereſts. Les nom.
breuſesaſſemblées qui ſe trouvent
aux repreſentations de
cette Piece font une marque
duplaiſir que l'on y prend. Le
jeu des Acteurs en donne un
nouveau. Surtout, Mrle Baron
y ſoutient fon rôle d'une maniere
ſi aiſée & fi naturelle
&avec un art qui ſent ſi peu
l'art , qu'il eſt admiré des plus
difficiles.
Puis que vous voulez ſçavoir
fi les Lotteries nous ont
fervide divertiſſement cetHi.
GALANT.
173
ver , je vous diray qu'il n'a pas
tenu à diversParrticuliers que
l'onn'en ait veu Paris remply.
Iamais il n'y eut plus de diſpofitiopour
cela mais les Mag ferats
prudens & éclairez ayant
découvert qu'il s'y commettoit
beaucoup d'abus , ont jugé à
propos de les défendre;de forte
qu'on n'en a permis que trois
ou quatre ,parce qu'elles fe
font par des gens d'une fidelité
reconnuë. Ilyen auned
Verfailles qui n'eſt que d'un
Lot unique, & ce Lot eſt d'une
Maiſon confiderable , ſituée
dans le meſme licu. Il y en a
une autre à Paris , au Palais
Royal. C'eſt un Officier de
Monfieur qui l'a ouverte.
Comme elle ſe fairfous les aufpices
de ce Prince ,& qu'elle
doit luy fervir de divertiſſe174
MERCVRE
ment , on auroit tort de ſoupçonner
la fidelité de ceux qui
enpronment foio-La trosfiome
eſt aux Galeries du Louvre ,
chez le fameux Mr Thuretà
qui la -ermiffion en a eſté accordéeavec
plaifir , non ſeulementparce
que ſa probité n'eſt
pas moins connuë des Magiftrats
que de la Cour , qui s'eſt
intereſſée pour lay , mais encore
parce que l'on eſt perfuadé
qu'il fe répandra dans
le Public quantité d'Ouvrages
qui ſont dans une eſtime generale.
C'eſt ce qui fait que
l'on s'empreſſe à porter de l'argent
à cette Loterie , qui fera
bien- toſt remplie.Cependant ſi
les Amis que vous avez dans
voſtre Province veulent envoyer,
prendre des Billets , je
croy qu'ils pourront encore le
faire affez à temps , pour avoir
GALANT. 4 175
quelques unes de ces belles
Pendules à repetition , qui
doivet cequ'elles fontangenie
deMt Thuret .Ilya auffi dans
la meſme Loteriedes Montres
àboëtes d'or , des Ouvrages
-d'Orfevrerie,& des Pierreries ,
afin de contenter ceux quiaimentces
fortes de choſes , &
quiaſpirent à des Lots de plus
d'une nature. Le gros Lot eſt
de deux mille cinq cens livres,
d'un ouvrage i fingulier , que
vi'on n'en pourroit trouver au
tant ailleurs quelque ſomme
que l'on en vouluſt donner. Les
billets ne foneque de vingt fols
mais on n'en donne point au
deſſous de trois
Mrde Baugey , Capitaine
de Vaiſſeau , qui commande
le François,allant au devant
de Mrade Neſmond , a faite
H4
$76 MERCVRE
rencontre de deux Fluſtes
d'Amſterdam , de deux cens
tonneaux chacune , qu'il a
priſes & amenées au Port de
" Breſt. Elles venoientde Saint
Habes,& eſtoient chargées de
Sel . Les Maiſtres ont dit que
les autres Baſtimens avoient
eſté pris par les Armateurs de
S. Malo , & qu'ils avoient eſté
ſeparez du reſte de la Flotede
foixante Vaiſſeaux en venant
du meſme lieu. Ils ontajoûté
queles François de Pontichery
y eſtoient fort bien , & s'y
maintenoient demeſme.
Mr le Baron de Palliere a
qui commandelApollon , croifant
ſur les coſtes d'Irlande à
la rencontre du mesme Mr de
Neſmond , avec l'Arrogant &
-le Trident , commandez , l'un
par Mr le Chevalier des AGALANT.
177
: drets,&l'autre par Mr de Levy
a trouvé uneBarque Angloife
de cinquante tonneaux char-..
gée de beurre & de boeuf ſalé ,
qui ſortoitde Kotk , & alloit
aux Iſles . Elle a eſté priſe par
Mr de Levy. Ils ont auſſi rencontré
un Vaiſſeau nommé Les
Ieux , qu'on croyoit perdu .
appartenant à la Compagnic
des Indes Orientales. Il eſtoit
de trente fix Canons , & com .
mandé par le Capitaine Vevaux.
Mr des Adrets l'a en
voyé à Breſt avec la Barque
Angloiſe , & ils y arriverent le
ſixiéme de ce mois. La Cargaifonde
ce Vaiſſeau eſt eſtiméc
huità neuf cens mille livres .
Il partit de Surate le premier
jourdeMay de l'année dernie
re , & il a fejourné trois jours
Maſearcigne , que l'on apelte
Η
178 MERCVRE
autrement lifle de Bourbon..
Le Capitaine a raporté que
Goa eſtoit affiegé par les Troupes
du Grand Mogol , & quela
Place eſtant fort preſſe , illa
croyoit priſe , que les Hollandois
eſtoient auſſi fort preſſez
dans l'ifle de Ceilan , parceux
du pais , au nombre de plus de
cent mille hommes , comman
dez par Mr de la Nerolle, Gen- .
tilhomme Poitevin , & que de ,
dix hut Places qu'ils, occnpoient
dans cette flit ne leur,
reſton plus que Colombo
Neugombos ,& Malte. Goa eft
la Capitale des Indes Orientales
,& fut priſe pour les Portugais
en 1410. par Alphonfe
d'Albuquerque Elle eſt ſituée .
dans le Royaume de Viſapour ,
en la preſqu'Iſle de deçà le
Gange , & l'une des plus belles
T
GALANT. 179
&des plus marchande de tout
l'Orient . Le Viceroy y fait ſon
ſejour. Son affiette eſt dans une
Ifle que les Rivieres de Guari
& de Mandoüa forment à leur
emboucheure . Quant à l'ifle
de Ceillan , Ceylon , ou Zeilan,
on la croit la Taprobane des
Anciens . Elle eſt dans la mer
des Indes deçà le Gange , prés
le Cap de Comori , & fur le
Détroit de Manar ou de Quilais
, & l'air en eſttres - pur &
tres ſain , ce qui la fait appeller
Tenariſim par les Indiens , c'eſt à
dire , Terre de delices . Quelquesunsymettent
ſeptRoyaumes
, & d'autres neuf. Candea
ou Gandi eſt le premier de ger .
te Ifle. Les autres font Jala,
Batecala, Ceiatavaca , Colom.
bo,Jafanatopam , Chilao Trinquilemalo
, & Galo , qui ont
H6
80 MERCURE
h
tous des Villes du meſme nom..
Il y a dans cette Iſle de la meil
leure Canelle du monde , & de
toutes ſortes de drogues , avec
des Pierres precicuſes , de l'or
&des Perles . La peſche s'en fait
dans le Detroit qui eſt entre
Ceilan&la terre ferme. Vous
feroz fans doute bien aiſe d'apprendre
par quelle avanture
Mrde la Nerolle ſe trouve dans
cettelfle. Il eſtoit Lieutenant
du Vaiſſeau de Mr Herpin , à
preſent Capitaine de Port à
Breſt , au voyage que fit Mr de
laHaye en ce pays là il ya environ
dix huit ans. Mr de la
Haye ayant moüillé devane
lifle de Ceilan, voulutenvoyer
un Ambaſſadeur au Roy , pour
faire alliance avec ce Prince.
Chacun apprehendant ce qui
artiva àMr dela Nerolle , il far.
GALANT. 18
le ſeul qui voulut bien accepter
la commiffion .Il alla trouver le
Roy quileretint auſſi bien que
la Chaloupe qui l'avoit porté.
Ainſi il reſta dans le pays, fort
confideré du Prince &desHa
bitans. Ce Roy eſtant mort, &
ayant laiſſé deux jeunes prin
ces ,Mr de la Nerolle prit loin
de les élever, du conſentement
des Infulaires , & leur inſpira
ledeſſein de chaffer les Hollan
dois de leur ifle . Ces princes
qui en estoientdevenus comme
les eſclaves,laſſez de leur domi
nation, ſe ſont enfin refolus de
leur faire la guerre , & ont donné
le commandement de leurs .
Troupes àMr de la Nerolle ,
qui n'a pas mal commencé..
Le Capitaine Vevaux dontje
viens de vous parler ,a dit en
core que la Peſte à détruit le
182 MERCURE
tiers des Habitans de Batavia ,
quele Roy de Bantam qu'on y
tenoit prisõnier s'eſtant ſauvé
a aſſemblé ſes Peuples,& compoſé
une Armée avec laquelle
il a attaqué les Hollandois,qui
fouffrent beaucoup depuis que
la guerre a commencé en Europe
, parce qu'ils n'en reçoivent
plus aucuns fecours , &
que les Anglois ayant fait
banqueroute , & perdu tout
leur credit en ces Pays-là , il
leur reſte ſeulement quatre
Vaiſſeaux , avec lesquels ils ne
ceffent de piller tout ce qu'ils
rencontrent .
Vous avez déja veu une Lettre
de Mrl'Abbé de laTrappe à
Mrle Maréchal de Belfond fur
la viſite du Roy d'Angleterre ;
en voicy une autre qu'ila écri
te àce Prince mesme ...
GALANT.
1836
IRE ,
Je meferois contentéde conferver
dans le fond de mon coeur le
reffentiment que j'ay de toutes les
bontezdont Vostre Majesté a bien
voulu nous combler ,& le ſouvenirde
l'édification dont Elle a remply
tout nostre Monastere,si Elle ne
m'ordonnoit par la Lettre qu'Elle
m'a fait l'honneur de m'écrire de
Iny parler & de luy dire mes penséessur
ce qui la regarde. Il faut
que je luy avoue que je n'ay pû те
Laffer de louer Dieu des mifericordes
qu'il luy afaites en le rendant
Superieur à la plus grande de tou-
Bes les disgraces. C'est unesituation
fi extraordinaire , qu'iln'y en apas
qui marque avec plus d'évidence
l'application de Dieu furfa per.
fonne&sur sa conduite. Il n'y a
point d'inquietude & de mouve
184 MERCVRE
ment qu'un tel accident n'y deust
produire,fi la nature estoit écoutée;
mais comme c'est lavoix de
Dieu qui sefait entendre , &que
VostreMajestéla confidere comme
lafeule regle desa vie , ilne faut
pas s'étonnerſi on la voit dans la
paix& dans la tranquillité , puis
que Dieu la donneàtous ceux qui
Suivent les operations de sa grace ,
&defon Esprit,& quise laiſſent
aller aux diſpoſitionsde sa Provi .
dence. Vostre Majesté connoist st
parfaitement ce que Dieu afait
pour Elle ,& les impreſſions qu' Elle
en conferve ſontſi vives &fi profondes
, qu'on ne peut pas douter
qu'Elle n'en ait dans lafuite toute
la protection qui luyſeraneceffaires
car comme il n'y a rien qui puiſſe
vous en priver davantage , que le
deffaut de la gratitude qui luy est
deve , iln'y arien ausfiqui l'attire
GALANT .
185
davantage que la reconnoiſſance.
C'est elle qui preffefa compassion ;
c'est elle qui l'engage avec plus de
certitude ,&le grand moyen d'avoir
Dieu defon costé& de ne le
point perdre, c'est de ne point oubliercequ'on
luy doit ;& ce qu'ily
a, SIRE, de plus important , c'est
qu'ilne faut pas que ce sentiment
Soitfuperficiel , mais il four qu'il
foit effectif, qu'il s'exprime dans
les oeuvres , &que toute la vie en
foitunepreuve constante& conti
nuelle. Il paroift bien que vôtre
Majesté est convaincuë de cetteverité
par toutes ses actions & les
circonstances defa conduite.
Vostre Majesté , SIRE, a grande
raiſon quand Elle dit que l'on peut
faireson falut danstous les états ,
c'est àdire, que Dieu regarde dans
Ja mifericorde tous les hommes, que
les Rois y ont part nonobstant cer
186 1 MERCVRE
éclat qui les environne , ces grands
foins & ces grandes occupations qui
les rempliffent mais il est vray aussi
qu'ils ont plus d'obstacles ,plus de
difficultez à vaincre , plus de sentationsàcombattre
, & c'est ce qui
lesoblige à veiller fur eux- mêmes
avec plus d'attention&às'adreffer
àDicu avecplus de Foy&deReli.
gion , afin d'en obtenir les fecours
dont ils ont besoin pourferendreles
Maistres de tant de paſſions , dent
ilsfont inceſſamment attaquez,&
de luy faire un sacrifice de tout ce
qui peut s'opposer à l'envie & à
l'obligation qu'ils ont deluy plaire..
Vostre Majestéſçait qu'ils peuvent
conferver cette grandeur qui les
distingue & qui les met audeſfiss
des autres hommes , mais qui ne
doivent pas l'aimer. Dieu vent bien
qu'ils marchent avec des équipages,
&des fuites qui les rendent redon
GALANT . 187
tablesàleurs Ennemis , & qui les
faffent craindre,aimer,&refpreter
delours peuples ; mais ilne vent
pas qu'ils s'y astachent, ny qu'ils
S'en élevent , &pendant qu'il les
met fur la teste d'un nombre infiny
depeuples qui leur obeiffent,il veut
qu'ils se confiderent eux.mefmes ,
comme l'un d'entre ceux qui font
fous leurs pieds. En un mot, SIRE,
l'Evangile de IESUS -CHRIST
qui est pour les grands Monarques,
commepour leurs Sujets ,n'ouvre les
portes de fon Royaume qu'à ceux
qui ont vécu dans une humilité
Sincere,& dans un détachement
veritable de toutes les choses d'ici
bas. Iln'en exempre perfonne ; &
n'y a qui que ce soit qui ne doive
s'appliquer cette declaration fi
fainte, mais si peu connue , qu'il
fait, lors qu'iladit, Quiconque
ne renoncera pas à tout ce
188 MERCVRE
qu'il poſſede ,ne peut eſtre mon
Diſciple. C'est une conviction qui
doit eſtre dans lecoeur. Ce Roy qui
eft affis før fon Trône par l'ordrede
Dica,doit l'avoir commeles autres,
ellene l'empefchepoint de tenir les
reſnes qui luy ontesté confiées , elle
n'affoiblit pointſon autoritéelle la
confirme au contraire ,& jamais
les Peuptes nefont plussoumis àſes
volontez , que lors qu'il est plus
dépendant luy- même de celle de
Dieus à moins que Dien par des
confiderations particulieres n'interrompe
en cela , pour ainsi dire , le
cours ordinaire defes Conſeils.
Enfin , SIRE , Dieu a voula
faire voir , comme Vostre Majesté
le remarque , que la Sainteté estoit
compatible avec la PuiffanceSouveraine
; il a voulu que le Sceptre
fetrouvaſt entre les mains des
Saints. C'estce que nous avonsvu
GALANT. 189
dans la perſonne des Henris , des
Louis , des Edmonds,des Edoüards,
&dequantitéd'autres Vostre Ma.
jeſteſuit leurs traces avec tant de
fidelité, qu'ily atoutſujet de croire
qu'Elle aurapart àleur recompense
&à leurs Couronnes ,ſoit par le
bon usage qu'Elle ferade celle que
nous esperons qui luyſera renduë ,
Soitpar la resignation qu'Elle aura
aux defſſeins de Dieu , aw cas qu'il
veuille qu' Elle achetepar la perte
d'une grandeur bornée&paſſagere,
une gloire d'une durée &
d'une valeur infinie.
Je ne merite pas , SIRE ,la con.
fiance que vostre Majesté me témoigne,
mais je la puis affurerqu'il
ne mesçauroit arriveren ce monde
un plus grand bonheur que de pouvoir
contribuer quelque chose àsa
confolation&àsonservice.
Nous continuerons SIRE , د
190
MERCVRE
d'offrirnos prieres à Dieu & de luy
demander qu'il ne cesse pas de répandreſes
benedictions &Ses graces
fur Vostre Majesté,fur la per-
Sonnede la Reine,&fur le Prince
fon Fils,&je lasupplietres-bum .
blement de croire que je regarde
cela deformais comme un devoir
indispensable &qu'onnepeut rien
ajouteràl'attachement inviolable,
non plus qu'au profond respect avec
lequelie fuis ,
SIRE ,
De Vostre Maieste ,
Ce21.
Decem
1690.
Le tres-humble& tres
obeïffant ferviteur ,
F. ARMAND JEAN
Abbé de la Trappe .
On a augmenté la petite
Gendarmerie d'une CompaTHEQUE
VILL
gnie
GALANT .
de Gendarmes deBerr
Mr de Queroüel en eſt Ca
pitaine Lieutenant .
LYON
*
Mr leComte de Saffenagea
eſté nommé Capitaine -LieutenantdesGendarmes
de Mon.
ſieur , à la place de Mr de Salad
qui futtué à laBataille de Fleurus.
Le Roy a donné un Regiment
de Cavalerie à Monſieur
le Marquis de Saligny
qui n'a encore que vingt
ans,& quin'en avoit que dixhuitlors
qu'on le fit Capitaine.
Ce jeune Seigneur , l'un des
mieux faits de laCour , eſt Fils,
de Meffire Noël Eleonor,Palatin
de Dyo, Marquis deMonperroux
, & de Dame Marie
Iſabeau de Coligny.Le nom de
Monperroux eftfi connu dans
les Troupes par de longs ſervi192
MERCVRE
ces , que Sa Majesté qui ne fait
rien qu'avec juſtice&prudence
a voulu faire connoiſtre la conſideration
qu'Elle a pour ceux
qui le portent.
Mr le Marquis d'Harcourt
vend ſonRegiment de Picardic
à Mr le prince d'Epinoy ; & Mr
le Marquis de Richelieu ſedéfaitdu
ſien, qui eſt deCavalerie,
en faveur deMr deThoria.
Le 12. de ce mois , Dame
Marie du Cambout de Coiflin
, Tante de Mr le Duc de
Coiflin , & Fille de Charles
du, Cambour , Marquis de
Coiflin , Chancelier des Ordres
du Roy , Gouverneur de
Bref ,Lieutenant General pour
Sa Majesté en Bretagne , &de
Louïſe du pleſſis de Richelieu,
mourut au Val deGrace , où
elles'eſtoit retirée. Elle estoit
Soeur
GALANT.
193
Soeur de feuëMadamelaComtelſed'Harcour,
Mere de Mrle
Comte d'Armagnac , Grand
Ecuyer de France,& Veuve de
Meſſire Bernard de la Valette ,
Ducd'Eſpernon & deCandale,
Pair de France , Colonel Ge
neral de l'Infanterie Françoiſe
,Gouverneur de Guyenne ,
Chevalier des Ordres du Roy
&de la Iartiere, mort en 1661 .
Mr leDuc d'Eſpernon , qui
l'avoit épousée en ſecondes
Noces , avoit cu pour premiere
Femmeen 1622. Gabrielle-
Angelique legitimée de Fran
ce , Fille naturelle de Henry
IV. & il en eut Louis-Charles-
Gaston , connu ſous le nom de
Duc de Cadale,mort à Lyon en:
1658. & AnneChriſtine- Louiſe
, Religieuſe Carmelite au
Fauxbourg S.Iacques.La Mai-
Fev.1690.
I
194
MERC VRE
Fille d'Anfon
deCandale eſtoit une bran
che de celle de Foix. Iean de
Foix I.du nomépouſaMargue.
rite de Suffolck , Heritiere du
Comté de Candale en Angleterre
,& Henry de Foix-
Candale , Gouverneur de Bor- 1
deaux ,l'un de ſes Deſcendans ,
épouſa en 1967. Marie de
Montmorency
ne , Conneſtable de France
dont il eut une Fille unique
Marguerite de Foix- Candale ,
qui fut mariée en 1987. avec
Jean Louïs de la Valette', Amiral
de France. De ce mariage
fortirent Henry de la Valette
, dit de Foix , mort ſans
poſterité àCaſal en 1639. Bernard
, Duc d'Epernon de Candale
, dont la Veuve vient de
mourir , & Louis, Cardinal de
la Valette.
GALAN T.
195
Mr de Lavie , Maiſtre des
RReeqquueesſttees , mourut auſſi ſur
la fin du mois paſſe. Il eſtoit
Veuf, & a laiſſé un Fils& une
Fille , & beaucoup de bien .
Sa mort a d'autant plus ſurpris
tous ceux qui le connoiſſoient,
qu'il n'avoitguere plus dequarante
ans . Il a fort brillé dans
les Charges qu'il a euë , &jamais
homme n'a donné de fi
belles eſperances .
Jeme ſuis trompé quand je
vous ay mandé que Mr le
Comtede Jarnac eſtoit mort;
c'eſt Mr le Comte de Chabot
fonFils .
-Ces Morts ont eſte ſuivies
de celle de Meſſire Louis de
Mornay , Marquis de Villarceaux
arrivée le 21. de ce
mois en ſonChaſteau de Villar
ceaux. Il eſtoit âgé de ſoixante
,
I 2.
196: MERCVRE
& douze ans. Commeje vous
ay parlé amplementdeluydans
le Volume de la Bataille de
Fleurus , en vous apprenant
que Mrde Villarceaux ſon Fils
y avoit eſté tué , je vous diray
ſeulement que la Famille de
Mornay , noble & ancienne ,
s'eſt ſeparée en diverſes branches
qui ont eſté fecondes en
hommes Illuſtres , & qui ſe
font alliées aux premieres
Maiſons du Royaume. Elle a
demeuré depuisenviron 1300 .
dans l'Orleanois , dans le Berry
, & dans le Gaſtinois , où
elle poſſedoit les Baronnies
d'Archeres & de la Ferté Nabert,
la Chapelle la Reine ,&
le Chaſteau de Mornay dans le
Berry, juſqu'à Charles deMornay
, Sieur de Villiers , qui
s'eſtablit dans le Pays deCaux,
k
GALANT. 197
par le mariage de Jeanne de
Trie , Dame de Bahy &deHachicourt
, Fille de lacques ,
Chambellan du Roy, Sieurde
Roulleboiſe , Buhy , Magny ,
Villarceaux , &c.& de Catherine
de Fleurigny . Ils curent
lean de Mornay , d'où ſont venus,
les Sieurs de Buhy , du
Pleſfis- Mornay , de Monche
vreüil , de la Ville au Tartre ,
&de Villette. Iacques deMornay
, Sieur de Buhy & de Boiſemont
, defcendu de lean ,
épouſa Françoiſe du Bec ,Dame
du Pleſfis - Marly , Fillede
Charles du Bec, Sieur de Bourry
& de Vardes , Vice-Amiral
de France , & de Madeleinede
Beauvilliers Saint Agnan.
Leurs Enfans furent Pierre &
Philippes de Mornay , pierre
deMornard,Maréchal deCamp
1
I 3
198 MERCVRE
ءاسم
&Lieutenant en l'Ile de Fran
ce, qui fut honoré par Henry
IV. du Collier de ſes Ordres ,
fut pered'un autre Pierre qui
nelaiſſa que des Filles de Catherine
de Saveuſe. Philippes
deMornay fon Cadet, fur attiré
parſa Mere dés l'âge de neuf
àdix ans dans les nouvelles
opinions ,& c'eſt ce fameux du
Pleſſis Mornay , qui par fon
grandOuvragede l'Eucharistic
donnalieu à la Conference de
Fontaine-Bleau , qui ſe fit en
1600.entre luy & Mr du Perronqui
n'eſtoit alors qu'Eveſque
d'Evreux, & il fut fait de
puis Cardinal.
Le Pontificat d'Alexandre
VIII. a eſté court , pais qu'il
n'aoccupé le Saint Siege que
feize mois cinqjours moins . Il
fut incommode d'une fluxion
GALANT.
199
,
fur les jambes le 15. du mois
paſſe ,& le lendemain,il y paut
une crefipelle ,' accompagnée
d'une fiévre qui redoubla
fort le 21 Ses jambes s'eſtant
ouvertes deux jours aprés , on
y fit deux incifions qui le
foulagerent,de forte quele 25.
il ſetrouva aſſez bien,pour fignerunDecrettouchantla
reforme
desdépenſes du Conclave,
mais enfin la gangrenne ayant
paru en pluſieurs endroits , il
fut impoſſible d'y remedier , &
il mourut le premier jour de
ce mois ſur les fix heures du
foir , dans ſa quatre vingt&
uniéme année. Peu de jours
auparavant , il avoit declaré
MrMarini , Auditeur de Rote.
C'eſt un homme qui n'avoit
eſté pourveu que depuis peu
de la Charge de Clerc de la
14
200 MERCVRE
Chambre , & qui n'eſt âgé que
de 22. ans . Si- toſt que le Pape
fut mort,les Cardinaux ,Chefsd'Ordres
, dépeſcherent des
Courriers pour en porter la
nouvelle à tous les Princes
Catholiques , & aux Cardinaux
abſens .Mr le Cardinal de
Boüillon , & Mr le Cardinal
d'Eſtrées partirent ces jours
paffez , & prirent la route de
Provence , où Mr le Cardinal
de Bonzy , & Mr le Cardinal le
Camus ſedoivent trouver,pour
s'embarquer tous enſemble &
ſe rendre à Rome.
Ily a trois places de Conſeiller
d'Etat Ordinaire qui ſont
toujours occupées par des Prelats.
Ceux qui les poſſedent
preſentement ſont Mrl'Archeveſque
de Reims Duc & Pair
deFrance, Mr de Mets,ArcheGALANT.
201
veſque d'Ambrun , & Mr l'Eveſque
& Comte de Noyon ,
Pair de France . Ce dernier
vientd'eſtre nommépour remplir
elle de Mr de Medavy ,
Archeveſque de Roüen , qui
mourut le mois paſſe . Mr de
Noyon n'avoit point demandé
que le Roy luy fiſt cet
honneur , & il y avoit meſme
quelques jours qu'il n'avoit
eſté à Verſailles , lors que Sa
Majesté l'ayant apperceu , luy
dit qu'elle l'attendoit, pourluy
declarer le choix qu'elle avoit
fait de luy pour le poſte que je
viens de vous marquer. On
voit par là que le Roy ne cherche
que le merite ,& la naifſance
pour remplirlesEmplois
de distinction . L'un & l'autre
ſe trouvent au plus haut degré
enMr de Noyon.Sonéloquen
1
Is .
201 MERCVRE
ce a brillé dans la Chaire lors
qu'il n'estoit encore qu'Abbé
deTonnerre , & peu de perfones
ont pouffé auſſi loin que
luy le grand talentde la Predication.
Quant à la naiffance, il
yapeu de Maiſons qui puiſſent
égaler celle deClermont-Ton .
nerre , tant par l'éclat qu'elle
tire d'elle meſme, que par celuy
de ſes grandes alliances..
Il y a auffi trois Conſeillers .
d'Etat d'Epée , qui fontMr de
S. Romain , Mr le Marquis
d'Arcy , & Mr le Comte de la
Vauguion, tous trois celebres
par un grand nombre d'Ambaſſades
& de Negociations ,
ce qui doit faire admirer le
choix du Roy , puis que ce
font particulierement des perſonnes
de ce caractere qui
doivent affifter dans les Confeils.
GALANT. 203
L'Enigme du mois paflé a
eſté expliquée ſur la Medecine
qui en eſtoit le vray mot , par
MrsBouvetdu petit Pont,l'Abbé
Chauvin l'aisné , rue de la
Vieille Monnoye : C. Hutuge
d'Orleans : François Logerot
rue du Mail : PonthierApotiquaire
de Mante ſur Seine:
Philippe Mozede la Ville de
Bruxelles rue aux Fers : philippe
Rigault du petit Pont : A.
D. Lhoſpital du Foreſt. Gaillardin
Chirurgien Juré à la
Roche : lacques de Sercy du
meſme lieu : Blandre Sr de
Bras defer & fon aimable
Blonde de Villiers : Tamiriſte
de la rue de la Ceriſaye , le
Reclus martial : le Miduelet
Parifien : le plus beau des quatre,
rue S. Honoré aux Baſtons
,
16
204 MERCVRE
Royaux : le Docteur au Roy d'Angleterre,
court neuve duPalais:
le Prophete du coin de la rue
des Fourreurs : le galant Papa
des Hayes du pont S. Michel:
le petitGuefite& fon aimable
Coufine Mademoiselle des
Noyers : le petit Amant par
caprice de la belle Lolotte de
Hôtel d'Autriche rue Montorgueil
: le petit Emiſſaire de
Madame de Chantale : le pere
ferieux & la belle Dormeuſe
ſaFille, du Fauxbourg S. Germain
, l'Envieux du vaſe d'or
du Pont auChange:Maconnet
du même endroit Vandelain
& fon Camarade de la rue des
Lavandieres: Filleul du Cavalier
de Falaiſe & fon Camarade
le Liévre & fon Epouſe vis à
vis laCroixdu Tiroir : Michel
GALANT.
205
Hervieux : les Mariez du 6 .
Février de la rue des Cinq
Diamans ,& la groſſe Bourgeoiſe
leur Voiſine . Et par Meſdemoiſelles
Deſquilac , rue neuve
Saint Louïs prochele Palais;
Forgeron : Antoinette & Marie
Bellier : l'aimable couple de
-Soeurs de la rue S. Iulien des
Menestriers : l'aimable Brune
rueaux Fers : l'Arc- en-cielde
la meſme rue : la Spirituelle &
l'Enjoüée Niſon de la rue S.
Honoré : la fidelle Colinette :
la trop aimable & aimée Veuve
de la ruedu petit Lion : la Spi
rituelle Palote & fa bonne
Amiedu Cloiſtre S. Iacques de
la Boucherie : la charmante
-Brunette devant le petit S. Antoine
: l'aimable Veyſel de la
Porte S. Michel , & Laurence
i
206 MERCURE
ruedela Truanderie : la chatmante
Brune de la courtde Lamoignon
au Palais : l'aimable
couple de Soeurs vis à vis la
rueHamon de Caen, la charmante
Marote proche le Tripot
de la meſme Ville ; & la
belle Madelonne dela rue des
Quais du meſmelieu : laCharmante
Brune du petit Saint
Denis : la toute aimable Catin
du Roy de la Chine de la mefmerue
: l'aimable couple des
deux Soeurs de la Croix de Fer
dela porte Paris : la ſpirituelle
&toute charmante Loüifette
du Mouton du mesme licu :
l'incomparable Fanchon du
pin auffi du meſme endroit : &
la groſſe Bourgeoiſe delaChaffe
Royale du Pont au Change:
la Nourrice du Mardy gras , &
GALANT .
207
fabonne-Amie : l'inconnu in
connu : l'Amoureuſe infenfi .
ble : les deux Amans miſterieux
de la rue ſecretele Pas
Directeur des Poſtes de Quimpercorantin.
3.
Voicy une Enigme nouvelle
qui fera peut- être réver vos
Amies.
ENIGME .
Stj'ay quelque agrément, ce n'est
point parma graiſſe ,
Iefuis fort maigre , & prens peu fore m
d'aliment
Celuy qui me le donne en reçoit lari
gement,
Maisfansm'ouïr gronder,jamais
il ne m'en laisse.
208 MERCVRE
Auſſimon foible corps de moment en
moment
Est agité par quelque tremblement
Et fi je me trouvois par malheur à
la preffe ,
Mon ame quitteroit bien- toftson
logement...
Cependant je me donne auxplaiſirs
de la vie ,
Ceux de l'Amour font souvent
mon employ ,
Et quand ie fais quelque partie
Pour d'autres pafſſetemps , ie me
fais une loy.
Detriompher de lamelancolie,
Et de bien divertir ceux qui font
avecmoy.
**Eftant ainsi dans la réjouiſſance,
Ierens le sommeil fans puiſſan.
ce
Etpaſſe gayement lanuit...
GALANT.
209
Le jour tont habillé ie repofeà merveille
,
Et dans ce temps,si quelqu'un me
: réveille ,
L'enfaits afſeurement du bruit.
:
De quelque adreſſe que ſe
ſerve unUfurpateur , & quelques
forces qu'il ait en main ,
il eſt impoſſible qu'il vienne
à bout de regner , ny tranquillement,
ny feurement il a beau
employer tout fon eſprit ,&
tous les ſtratagêmes imaginables
pour faire voir qu'il eſt
legitime poffefſſeur de la Couronne
qu'ila ufurpée , & il ne
peut y réuffir , & tout l'art de
la politique la plus rafinée, n'a
pû encore yfaire parvenir ceux
qui ont monté ſur le Trône par
des voyes illegitimes . Quant
210 MERCVRE
ces grandes revolutions ſe font
& que le Party des Traiſtres
prévaut dans un Etat , les
Sujets fidelles ſont obligez de
diffimuler , & de laiſſer paffer
ce torrent dont la rapidité les
accableroit ; mais quand l'Etat
commence àparoiſtre plus
tranquille , & que le Tiran
ſemble jouïr , c'eſt alors qu'il
atout à craindre , & qu'il s'élevede
tous coſtez des orages
contre luy. La plus ſaine partie
de ce meſme Etat,qui dans
le coeur eſt demeurée fidelle
à fon Prince , fonge à prendre
ſes meſures pour éclater ,
& pour faire voir que l'Vfurpateur
n'a pas dit vray quand
il a voulu faire croire qu'il
regnoit d'un confentement.
unanime , & que la Nation
GALANT.
luy avoit offert un Trône
qu'il s'eſtoit fait offrir pardes
Traiſtres , qui l'emportoient ,
non par le nombre , mais
parce qu'ils avoient les armes
en main. C'eſt alors que cet
Vſarpateur ſe trouve dans
une ſituation bien embaralſante
. S'il laiſſe agir les Sujets
fidelles , il eſt perdu , & s'il
les fait condamner , leur cons
damnation fait voir qu'il n'eſt
pas vray qu'il regne du confentement
de toute la Nation .
Cependant il croit les devoir
facrifier à ſa ſeureté , & ce
facrificera fort ſouvent un
effet contraite. Le grandCor
neille a touché admirablement
cet endroit dans fon
excellente Tragedie deCinna
, lors qu'il fait dire à Au
212 MERCVRE
gufte , en parlant de ceux
qui avoient conſpiré contre
luy;
Une teste coupée en fait renaitre
mille ,
:Et le ſangrépandu de mille Conjurez
, :
-Rend mes jours plus maudits
&non plus assurez
C'eſt ce que va faire la mort
du ſieur lean Aſthon , qui fut
exécuté àLondres le 7. de ce
mois. Le ſang du juſtedonnera
aux fidelles Sujets la force de
fe declarer . L'Ufurpateur fe
croira obligé d'en faire encore
répandre,&la ſource n'entarira
point Vingthommes demarque
executez font ſoulever
vingt Familles contre un Tiran
,& ces vingt Familles,non
feulement compoſent ſouvent
une bonne partie d'un Etat ,
GALANT .
213
mais elles ſont alliées à cent
autres , qui entrent dans leurs
intereſts , de forte qu'un Ufurpateur
voit tout à craindre .
Tout luy devient ſuſpect il fait
arréter, il fait executer,& chaque
teſte coupée en fait renaiftre
un gran nombre d'autres
qu'il neluy eſt pas facile d'abat.
re. Il ne garde plus de meſures,
& le ſang des innocens reprochant
aux traîtres l'infidelité
quiles noircit , juſtifie la Nation
& fait connoiftre
qu'elle a de bon fang , qu'-
elle n'eſt pas coupable , &
que les Rebelles pour couvrir
leurs perfidies leur ont faufſement
imputé leurs crimes.
La mort du Bieur Aſtbon va
commencer à produire tous
ces effets , & le fang de la
د
214
MERCVRE
Nation qui ſe répandra , empêchera
le Princes d'Orange
de joüir tranquillement du
fruit de ſes attentats , & peuteſtre
mesme d'en jouir long
temps. le nedoute point qu'avant)
que vous receviez cette
Lettre vous n'appreniez la
deſtinée de Milord Proſton ,
puis que le Courrier qu'on
avoit depeſché à la Hayepour
faire ſçavoir ſa condamnation
àce Prince , & pour recevoir
ſes ordres , doit eſtre de retour
il y a déja du temps.
Comme l'Hiſtoire ne nous
fait rien voir de la naturede
fon Ufurpation , ny qui puiſſe
eſtre mis en balance avec les
manieres dont il la ſouſtient ,
tout ce qui regarde ſa viemerite
que l'on en parle avec
GALANT .
215
une entiere connoiſſance .C'eſt
cequi m'oblige à differet jufques
au mois prochain à vous
entretenir de ſon Voyage en
Hollande , mais j'eſpere vous
en pouvoir alors parler amplement
, & je commenceray
parſon départ d'Angleterre .
l'attendray auſſi juſqu'à ce
temps là à vous parler du
Mariage de Mr le Prince de
Turenne & de Mademoiselle
de Ventadour , qui ne s'eſt
fait que depuis trois jours .
le ſuis , Madame , Voſtre &
AParis
د
ce28 Février
1
Le ſecond Volume des Satyres de
Juvenal traduites en vers François
par Mr le Freſident de Silvecane ,
Se debite presentement , & on le
trouve auffibien que lepremierchez
le Sr Pepieruë Saint Jacques ,&
chezle Sr Amaulry à Lyon. Ce Livre
est accompagné de remarques
tres- curieuses.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères