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1691, 01 (Lyon)
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me.
lfDona
R.P.Claud. Franc.
MonastrierSoc.Jele
807156
MERCURE
Colleg.Lugd.SS. Tr
Loc.GALANT inser
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JANVIER 1691 .
DE LYCIE
LYON
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
rmë Merciere au Mercure Galant.
Avec Privilege du Roy...
M.DC. XCI .
P
Avis pour placer les Figures.
'Air qui
Lobarunte
commence par ,
Aurore enfin te
voilà de retour , doit regarder la
page48 . 3
La Medaille doit regarder
lapage 159.
L'air qui commence par ,
Non l'Hyvern'est plus ,&c.doit re
regarder la page 232 ..
TABLE..
Sonnet.. 2
Lettre d'un Prelat Flamand à un
Conseillerd'Etat enEspagne. 4
Morts.. 211
Origine des Religieuses de Beaumontprés
Tours 25
La Conquestede la Savoye , Eglogue.
j 28
Reception des deux nouveaux Prefidens
àMortier ,&des deux As
vocats Generaux au Parlement.49)
Lieutenances de Roy du pays de la
MarchedeXaintonge&d'Angoumois
données par le Roy. 51
Lettre contenant plusieurs nouvelles
des Indes..
52
Noms dequatre-vingt-deux Lieutenans
de Vaisseau àqui le Roy
88 adonnédes Compagnies.
Ode à Mrs de l'Accademie Frangoife..
1
94
TABLE .
4
Compliment fait à Monsieurparle
Pere Bourfault,Theatin. 103
Histoire. 111
Lettre d'un Gentilhomme François
àun de fes Amis refugiéen Angleterre,
fur la Harangue du
Preſident de la Tour.
Mariages.
128
160
Benefices donnez... 169
Lettre de l'Envoyé d'Angleterre à
laHaye au Marquis de Carmar--
ten. 178
Belle action de Mrle Marquis de
Feuquieres 189
AutreArticle de Morts. 190
Monument à lagloire du Roy. 276
Relationde Canada. 213
Article des Enigmes .. 226
Convoy party pour l'Irlande. 233
Livres nouveaux , 234
Fin de la Table
MERCURE
GALANT
JANVIER 169
017819LYON
*7693
E croy , Madame ,
I que je ne puismieux
commencer ma premiere
Lettrede cette
nouvelle année , qu'en vous
faiſant partd'un nouveau Por.
trait du Roy. Les traits ſont
fi reſſemblans, que vous n'aurez
pas de peine à tomberd'accordqu'ils
ne peuvent conve-
Janv. 1691.A
1
2
MERCURE
nir qu'à ce grand Monarque.
E
AV ROΥ.
SONNET.
Tonner l'Universparfon rare
genie ,
Combaire,terraffer un monde d'Ennemis,
Défendre ſes sujets , proteger ses
Amis ,
Et signaler par tout sa prudence
infinie.
Braver ouvertement toute l'Europe
unie;
Ases Auguſtes loix voir l'Ocean
Soûmis ;
Faire deſes Etats l'Empire de Themis
,
Et celuy des beaux Arts,de Mars ,
d'Vranic.
GALANT .
3
Defon peuple charmé prevenir les
defirs,
Le combler de bonheur; de joye, &
deplaisirs;
Eſtre grand , liberal, égal & magnanime.
Poursuivre un Parricide àſa perte
obstiné ,
Pour rétablir au Trône un Prince
legitime ,
Sent les faits d'un Heros qui n'a
rien de borné.
Aprés ce Sonnet qui m'a
eſté envoyé au nom du Solitaire
de Pontoiſe , vous ferez
bien- aiſe de voir un Ouvrage
d'une autre nature,&qui merite
d'eſtre leu avec attention.
On y voit le peril où la Ligue
faite contre le Roy met la ReligionCatholique
en Flandre.
A 2
4 MERCURE
LETTRE
D'UN PRELAT
FLAMAND ,
A un Conſeiller d'Eſtat
M
en Eſpagne.
ONSEIGNEUR ,
C'est avec une extrêmerepu.
gnance queje me hazarde à vous
écrire furdes matieres qui ne peuwent
vous eftre agréables, &encore
moinsàMeffieurs vos Collegues , qui
Suivant un ancien abus quieſt paſſe
encoûtume,ne reçoiventpasvolonsiers
des nouvelles , toutes importances
qu'ellessoient, quand elles ne
répondent pasà ce qu'ilssouhaitent,
&encore moins à l'honneur de la
GALANT.
S
Monarchie : mais comme vous
aimez notrefainte Religion Catholique,
Apostolique & Romaine,
leservice du Roy nôtre Maître,&
le bien public defes sujets , je ne
puis refifter aux mouvemens dema
conscience qui m'obligent à vous
informer de plusieurschoses que j'ay
inutilement representées àceuxqui
tiennent icy les premieres places
Vous croirez peut - estre que je vais
vous parler de l'état où les pauures
Peuplesſontreduits par la guerre
des violences inonies commifes par
les troupesde ces Alliez qui nous
devoient mettre à couvert des hoftslitez
des François , & qui nous
ont neanmoius traitezavec autant
&peut offre plus de barbarie ,de
La profanationdes Eglifes,des Vases
Sacrez& des mifteres de nostre
Sainte Religion ; enfin de tous les
maux qui nous accablent,&qui
<
A 3
6 MERCVRE
font millefois par jour maudire la
Ligue & les Alliez. Non , Mon-
Seigneur,vous enfçavez desnouvelles
, le Conseil en est informé par
pluſieurs Lettres ,& particulierementpar
celles de Meffieurs les Etats
de Brabant . Sa Majestéa eu
la bonté de leur faire une réponse
capable,felon ce que le Confeit
d'Etat paroist en avoirjuge,de leur
mettre l'esprit en repos,en leur don
nant esperance d'un puiffantsecours
pourla Campagne prochaine. C'est
cependant cela qui augmente l'in
quietude , non seulement des
Brabançons , maisde tous nos bons
Flamans , qui nonobstant leur fim.
pliciténaturelle ont crû , que puis
qu'on avoit affecté de rendre pu
blique cette Lettre du Roy , il leur
estoit permis derasonner deſſus;&
voicy comme ils raisonnent.Ils diſent
qu'on leur donneàla veritédes
GALANT.
7
louanges qui leur fontplaisir ; mais
quequand pour toute réponseà des
remontrances articulées paroant de
faits odieux quifont affez connoif
tre que ces Alliez dont on efperoit
tant defervices,ne fongent en effet
qu'àruiner les Pays de Sa Majesté,
&qu'a fairesubsister leurs Troupes
aux dépens defes Sujets ; quand ,
dis-je pour toute réponſeon leurdis
en termes generaux , qu'ils seront
fscourus puiſſamment , & que sa
Majesté risquera toutela Monarchie
pour leur confervation , ils ne
fçavent que penser sii ce n'est que le
Con feil d'Etat a trouve des expediens
dont on ne juge pas àpropos
d'informerle public . C'est ce qui
augmente lour inquietude & leur
curiosité; car quelque fimples qu'ils
foient,ils neprennent pas pourargent
comptant lesremises que son
Excellence attend depuis tant de
A 4
8 MERCVRE
mois , & que les Officiers Espagnols
ont toujours mangées long temps
avant qu'elles arrivent , encore
moins l'argent qui doit arriver fur
lesGalions &les revenans- bon de la
grande reformefaite danslesFinan
cesily a quelques années , laquelle
vn'a pas rendu l'argent d'Espagne
moins rare en ce Pays cy. Vous Cro
yezà Madrid que la bourse des
Hollandois eft inépuisable , comme
les gens de qualité crogent ne pou
voir jamais ruiner leurs Marchads
àforce deprendre àcredit & de ne
pas payer; mais on eft icy trop prés
d'eux pour nepas favoir quefi leurs
Livresfont fort chargez de groffes.
parties pour l'Empereur , & pour
tantde Princes dontle Roy Guillaume
leuradonné la pratique , en
gagnantfur leur marché les frais
defon Sacre , leurs Magazins n'en
font pas mieux fournis. Ainsi nos
GALANT
bonnes gens-ne comptent pasfurtout
ce que le Roy Guillaume promet de
les obliger à prêter pour se Pays.cy
comme sur une reffource fort cousi
derable , puis que quinze cens milte
Florins nefuffirontpasà payer une
groffe Armée,telle qu'on la promet
&à l'empêcher de ruiner les Peu.
ples , comme elle a fait les dens
dernieres Campagnes. Cependant
quand ils voyent la contenance af
furée de nos Ministres , ilsse dou
sent qu'il y a quelque autre chose
qu'ilsn'auroientpeut- estre pas deviné,
s'ils ne ne l'avoient appris
parbeaucoup deLettresdeHollande
& d'Angleterre. C'est le bruit qai
s'est répanduque le Roy nostreMaistre
avoit fais un Traité, parlequel
il cedoit Nieupors Oftende,
quelques autres places aux Hol
landois&aux Anglois, pour Senreté
du secours qu'ils envoyeront
dans les Pays bas , & vous ne
A
10 MERCVRE
pouvez croire , Monseigneur , le
mauvais effet qu'a produit parmy
les Peuples cette nouvelle , vraye
ou fauſſe. Vous sçavez combien ils
font icyzelezpour la Religion Catholique,&
vous pouvezparconfequent
inger quelles font leurs alarmes,
devoir dans les nouvelles publi
ques qu'on a refolu en Espagne de
prendre des Eglifes pour y faire
des Preſches , afin que les protestans
puiſſent avoir l'exercice
de leur Religion dans des lieux
oùon ne la connoist que pour l'avoir
en horreur. Hs fe represen
tentdéja ces Armées nombreuſes
d'Heretiques , quisetrouvant part
tout lesplusforts , donneront la loy
aux Catholiques ; & quoy que son
Excellence & les Ministres des
Alliez puiſſent dire au contraire ,
rienneferacapable de lesraffeurer.
Les Ecclefiaftiques font , comme
2
t
GALANT
voussçavez, la plaspartgensfçavans&
d'une vie exemplaire. Ils
ont ungrand credisparmyle reuple
&on nepeut assezloüer leur zele
pourle ſervice du Roy. Cependans
de la maniere dont j'en connois
pluſieurs ,je ne voudrois pas répon
dreques'ils estoient unefoisperfua.
dez , comme il s'en fant fort pew
qu'ilsne le foient, que la Religion
Catholiquefuft icy en quelque peril
ils nefuſſent capables d'animer les
Peuples pour sa défense ,& vous
pouvezingerce qui pourroit arriver
dans un ſemblable defordre ; carfi
lefeul motifde la Religion aporté
fouvent les Peuplesles plus foumis
aux dernieres extremitez, on pourroit
icy craindre la mesme chose
fur tout , quand l'intereſt des Ec.
oleſiaſtiques s'y trouveroit mesle
Soyez perfuade, Monseigneur , que
les riches Abbayes, les Chapiszes
A 6
12 MERCV'RE
&tant de bons Beneficiers nefont:
pasiſans inquietude, quandils en..
tendent dire quencus aurons l'annéeprochaine
trente ou quarante
mille hommes , Anglois , Hollan
dois , ou Huguenots refugiet, &
qu'ils apprennent en mesme temps.
qu'on met enventeen Angleterre
& en Irlande , tous les biens des.
Catholiques , qu'ils voyent des,
Affiches dans les Gazettes Flamandes
pour indiquer des Chanoinies
d'Utrech ou de Boiſleduc , d
vendre. Ouy , ilne faut pas vous
tromper, ils craignent qu'ilne leur
en arrive autant ,Sçachant bien
que quand une fois les Protestans
Seront enpoffeſſion de ces biens ,&
qu'ils auront des Places defeureté,
toutes les forces du Roy nostreMaiftre
neserontpas capables de les en
chaffer. Quesi par matheur il arrivaitque
quelques Ecclesiastiquess
GALANT..
zelez, quand ce ne seroit que ces
Seminaristes Anglois quifontla
derniere pitié , & qui sont dépouillezde
tout par celuy dont on
nous fait efperer unepuiſſante prow
tection,se miſſent pardesespoir, ou
par un zelemal entendu,à exhorter
les Peuples à défendre la Reli.
gion de leurs Peres , je doute fort
que toute l'autorité de ceux qui
gouvernent te pays.cy,fuftcapable
d'Empêcher quelque grande revo-
Lution ; car enfin ilsn'auroient qu'à
ouvrir leurs portes aux François
&fi la moindre Ville avoitfait cer
te démarche , peut- estre qu'elle ne
Soroitpasseule. Vous comptez pour
estre fur la hainedes deux Nations,
qui est affaremem fort augmentér
par tous les maux qu'ils nous ont
faits,& qu'ils nous font encore tous
les jours ; mais d'un autre costé, on
les craint d'autant plus , qu'ilpa
14 MERCVRE
roiſt que les Alliezles craignent
aussi,sur tout depuis la Bataille de
Fleurus , qu'onnous a,dit on,fait
gagner àMadrid , quoy queje vous
affure qu'elle a esté icy parfaite.
ment perduë. Si vous aviez veu
comme nous , l'embarras & l'irrefolution
où tous nos grands Capi
caines ont eſtédepuis cette lournée,
lefoin qu'ils ont eu de ne pasfortir
de nostre pays , &la tranquillité
avec laquelle ils ont laiffévivre les
François,vous comprendriezaizément
que nos Flamands , n'ont pas.
tortden'avoirplus de confiance en
eux. l'avoue que les. François lear
ont esté toûjours fort odieux , mais
Soyez persuadé que cette haine est
bien diminuée par l'amour de la
Religion , quiseroit peut- estre opprimée,
fi la France ne lafoutenoit.
IeSçay bien que les François parlent
ainfi; mais nos Reuplesle croyent
GALANT.
Gen effet n'ont ils, pas raiſon ?
LesTraitez faits avecleRoyGuil
laume pour la feureté de la Reli.
gion Catholique , ne leur mettent
pas l'esprit en repos . Itsçavent de
quelle maniere il a obfervé ceus
qu'il avoit faits , comme Hollandois
, avec le Roy Jacques fon
Beau pere , ainsi que les paroles
données dans ſes Declarations &
dansſes Harangues aux Parlemens.
Enfin ils n'ignorent pas qu'il a
thangé trois ou quatre fois de ma.
ximesdepuis qu'il est parvenu à la
Couronne , qu'il a abandonné tous
ceux qui l'ont le mieux fervi , &
ils ne doutentpas qu'ilne facrifiast
auſſi volontiers fes Allicz , si une
fois il n'en avoit plus affaire.ll eft
vray qu'en cepays- cynous ne com
prenons pas comment le Roy nôtre
Maître s'y fie , fur tout aprés que
l'Empereur a perdu des conquêtes
16 MERCVRE
qui affuroient la Chrétienté pour
iamais ,& mettoientsa Maison
en estat de donner la loy à toute
l'Allemagne,&peut-estreàtoute
L'Europe, pour s'eftre laiſſe tromper
par ses vaines promesses. Mais
quandily auroit fuiet des'y fier ,
quel compte peut-on faire fur une
Armée de Rebelles preſts toniours à
changerde party ,&sur tout ,fur
les Huguenots François , qui non
Seulement portent les armes contre
leur Patrie, mais qui ont esté les
principaux.inftrumens de la trabi.
fonconcertée contre le Roy Jacques
qui les avoit recens avec trop de
facilité,&lear avoit accordéplus
de graces qu'ils n'en auroient osé
demander?En veritéc'est beaucoup
bazarder , de remplir ce pays cy
de gens fans foy &fans loy , qui
n'entretiendront leurs hostes quede
leurs pronëffes contre des Prestres&
GALANT.
17
des Catholiques. Ily a encore plus
deperilà laiſſer apprendre à nostre
bon Peuple tout ce qu'ils ont fait
pour déposer un Roy legitime
Sous le ridicule prétexte d'avoir
violé le Contrat original entre luy
&ſes Suiets , maxime qu'iln'est
pasà proposde renouveller,aprés
ce qu'elle a fait faire aux Arragonnois&
aux Catalans, àqui on
Sçait affez qu'ellen'aiamaisdéplû,
Enfin il est tres- perilleux d'ats
coutumernos Flamands à entendre
tousesfortes de blafphemes contre
la Religion , pour laquelle nous les
voyonsprests d'expofer leurs vies. Il
eft del'intereſt de Sa Majesté de
conserverlesPays- bas,mais il n'en
eſt pas moins de conferver les Peuples
dans une heureuſe ignorance
de ces abominables maximes,&fur
tout dansla veritable Religion ,puiss
que l'experience du Siecle paſſe a
18 MER CURE
fait connoître qu'auſſi cost que
l'Hereſicſefut répandue en ces païs
cy, ceux qui en furent infectez r
noncerent à l'obeiſſance qu'ils devoient
à leur legitime Souverain.
Vous sçavez affez que ce n'est pas
ta force des armes de SaMajesté
quitient ces Peuples dans le devoir,
c'est leur Religion , &une droiture
naturelle qui les confervent dans
la soumiſſion , & leurfont fouffrir
patiemmenttous les malheurs cau.
fez par la foibliffe da gouvernement
qui les accable depuis fi longtemps.
Les interefts quele Roy
nostre Maistrepeut avoir communs
avecles Alliez , nefontpas comparables
à celuy de ne pas laiffer corrompre
ces bons sentimens de ces
fidelles Sujets , & encore moins la
Religion qui en est leprincipe.Mais
fi le mauvais eftat de ſes affaires
fait qu'il ne puiſſe conferuer ce
GALANT.
او
paysfans en abandonner une par
sie ; qu'ony prenne garde , je vous
le repete, car nos Flamans ne fe
laiſſeront pas vendre facilement.
Si on leur vouloit donnerde nou.
veaux Maistres, cela leurpourroit
fairenaiſtre l'envie d'en chercher,
&ils prefereroientfans doute ceux
Sous qui leur Religion feroit en
Seureté , & leur repos aussi peu
troublé que celuy des Villes conquiſes
parla France
Alliczne regardent que de fort loin
&avec respect. Voila , Monfeigneur
, ce que mon devoir & ma
confcience m'obligent de vous écrire,
comme une des plus importantes
affaires de ce pays- cy. Vous enferez
l'usage que vous en jugerezà pro.
pos. le prie Dieu cependant qu'il
inſpire Sa Majesté&Son Confeil
enfortequenouspuiſſionsvoir bien-
Loft la fin de taut de malheurs, par
, que les
20 MERCVRE
une bonne Paix qui nousseroitplus
neceffaire que les Victoiresdes Alliez.
Aufſi pour vous parlerfranehementinos
gensde bien nefongent
guereà eux dansleurs prieres ,&
ily ena qui fe feroient un grand
Scrupule d'avoir prieDieu pour la
Ligue, quand ils pensent qu'elle a
pour Chefle plus grand Ennemy
de la Religion Catholique ,&c'est
tout dire , car nonobstant les éloges
extravaguans & blafphematoires
qu'en vient de faire , à la honte
éternelle du Ducde Savoye,un pevit
homme , qui aprés cent més
chantes figures , fait celle defon
Envoyé en Hollande&en Angle.
terre , nos Compatriotes ne regardent
pas le Roy Guillaume comme
anHeros choisideDieu pour executer
fes deffeins éternels. Ils font
trop fimplespour entendre ce galia
matias,& ils appellent les choses
GALAN T. 21
parleurnom. Dieu tombleSaMajesté
à prosperitez, qu'illa confervepourle
bien de la Chreftienté ,
qu'illa delivre de tels Alliez , &
qu'il donne àſes Ennemis de tels
Gendres , de tels Amis , de tels
Officiers , & de tels Maistres. Ie
fuis , &c.
On a eu icy avis de la mort
de Meffire Charles Cottereau,
Licencié de Sorbonne , Chanoine
Prebendé , & Celerier
de l'Egliſe de Saint Martin de
Tours .C'eſtoit un hommed'une
ancienne Famille , & d'une
profonde crudition. Il joignoit
àces avantages une pieté tresédifiante,
ne manquantjamais
àaucun Office.Commeil étoit
d'une forte conſtitution , il
employoit le reſte de ſon temps
à l'étude & aux affaires . Les
fonctions de Grand Vicaire&
22 MERCURE
d'Official de ſon Chapitre luy
en demandoient beaucoup. La
dignité de Celerier qu'il poſſedoit
eſt un reſte de la vie commune
que menoient autrefois
lesChanoines de Saint Martin.
Ils furent établisdans cette fameuſe
Egliſe vers l'an 795.par
Charlemagne, de l'autorité du
Pape Adrien. Cela paroiſt par
Eginard, Secretaire de cet Empereur,
& par la Chronique de
Tours . Le Celerier eſt un des
fix Prieurs dont les noms ſe
mettoient autrefois à la teſte de
tous les actes du Chapitre , &
ſans lesquels le Chapitre même
ne pouvoit , ny s'aſſembler ny
conclure aucune affaire, commeon
le voit par quantité d'Actes
, & par les Statuts de cette
Eglife.
l'ay auffi à vous apprendre la
GALANT.
23
A
mort de Dame Claude Faye
d'Eſpeiſſes , Veave de Meſſire
Philipes Andrault , Comte de
Langeron , Baron de Vaux &
de Coigny , Seigneur de l'lile
de Mare , Chaviniere , Varic
&Goulou , Bailly de Nivernois
& Donziois , Meſtre de
Camp d'un Regiment entre .
tenu pour Sa Majesté , Maréchalde
ſes Camps & Armées ,
Gentilhomme de la Chambre
de feu Monfieur le Duc d'Orleans
, & auſſi Gentilhomme
de la Chambre de Monfieur le
Prince . Elleavoit eſté Gouvernantede
Meſdemoiselles d'Or-
Jeans . Son Pere eſtoit Charles
Faye , Sr d'Eſpeiſſes , Baron de
Trifac & de Cheirouze , Conſeiller
au Parlement de Paris ,
enfuite Maiſtre des Requeſtes ,
puis Conſeiller d'Etat & Am24
MERCURE
baſſadeur en Hollande , & fa
Mere Charlottede Fourcy,fille
deJean de Fourcy , Surintendant
des Bâtimens du Roy.Son
Aycul, Jacques Faye Seigneur
d'Eſpeiſſes , un des ſçavans
hommes de ſon temps , dont il
nous reſte des Ouvrages imprimez
, avoit eſté Conſeiller
auParlement, Maiſtre des Requeſtes
, Avocat General au
Parlementde Paris , puis Prefident
à Mortier ; il fut auſſi
Ambaſſadeur en Pologne. Son
Ayeule Françoiſe de Chaluet ,
eſtoit fille de François de Chaluet
Baron de Trifac & de
Cheirouze . Son Biſayeul , Barthelemy
Faye , Seigneur d'Efpeiſſes
, fut Preſident aux Enqueſtes
du Parlement de Paris,
&il épousa Marie Viole , de
l'ancienne Famille des Violesà
Paris.
GALANT..
25
A
Paris. La Famille de Faye d'Ef
= peiflies , qui eſt originaire du
- Lionnois , porte d'argent à la
bande d'azur , chargée de trois
testes de Licorne d'or , & celle de
Langeron , porte d'azur à trois
Etoiles d'or écartelé de gueules à
fases vivrées d'argent , au bâton
d'azur ſemé de Fleurs de Lys d'or
peri en bandebrochantfur le tout .
Je ne vous diray rien de
particulier de ce qui s'eſt fait
àl'entrée de Madame l'Abbeffe
de Beaumont prés Tours , lorS
qu'elle a eſté receu ë dans cette
Abaye. On a obſervé toutes les
ceremonies qu'on a de couſtu.
me de pratiquer dans les occaſions
de cette nature. Je croy
que vous n'ignorez pas qu'elle
. eſt Niece de Madame l'Abbefle
de Fontevraud,& que ſa vertu
& ſa pieté font en elle des qua .
Janvier 1691 .
B
26
MERCVRE
litez auſſi eſtimables que ſa
naiſſance. A l'égard des Religieuſes
de Beaumont , ce ſont
originairement) des Hoſpitalieres
, qui demeuroient à la
Porte de Saint Martin, fondées
par Ingeltrude ſous la premiere
Racede nos Rois , pourrecevoir
les perſonnes de leur
ſexe , qui venoient en peleri
nage au tombeau de Saint
Martin. Le Bienheureux
Hervé voyant qu'on avoit
inſtitué en d'autres Pays des
Religieuſes,qui s'appliquoient
àchanter les loitanges deDieu
transfera celles- cy àBeaumont
prés Tours , pour vaquer au
meſme employ ſous la tegle
de S. Benoist . Il leur donna
une place , leur fit baſtir une
Eglife & les dota d'autres bies ,
le tout à la charge que les ReGALANT.
27
ligieuſes payeroientvingtſols
decens pour eſtre employez à
achepter l'encens & l'huile ,
qui pourroient ſe conſumer
dans l'Egliſe de Saint Martin ,
pour leClergé delaquelle elles.
offriroient àDieu leurs prieres.
Ces donations ainſi que cette
Inſtitution furent confirmées
par le Roy Robert au commencement
de l'onziéme Siecle.
Quand l'Abbeſſe de Beaumont
venoit à mourir , on apportoit
ſa Croſſe au Tombeau
deSaint Martin. Celle qui luy
fuccedoit eſtoit éleuë par la
permifion du Chapitre , &
alors elle venoit demander la
Croffe& l'inveſtiture de l'abbaye
,& la confirmation de
ſon élection , ce que le Chapitre
de Saint Martin ne manquoitjamaisdeluy
accorder.
B 2
28 MERCYRE
Je vous envoye une Eglogue
qui a charmé tous ceux
qui l'ont mouy lire , & dans
laquelle vous trouverez des
louanges pour le Roy auffide
licates que ſpirituelles .
LA CONQUESTE
de la Savoye.m
RHOE GILOUFormo
maadaaeT maa બH) શ્રી 21031R
A Mr de Belloo , Walet de
Chambre ordinaire du Roy,
Porte manteaw bde: dal feno
ri
οὐ οτηηλοναil 38 3
OToy ; dont l'amitiéme confote
Sanspeines , catu
Desmauxque m'a cauſez montria
fterengagemenbzirmaisioup
GALANT 29
Otoy , qui dans la Cour de nostre
Auguste Reine
Eſtois l'unique objet de mon empreffement
,
Accepte d'un Amy malheureux ,
-maisfide letos should
Ce fruit d'un'ennuyeux &fterile
Qui te seroit offert avec plus de
Sijefaisois des Vers-dignesde Fon-
-IreneWes
Dans les fiecles futurs on t'enten-
Et nos noms joints , des temps ne
craindroient point l'empire,
Belloc,fore sçavois écrire
Aussi bien queie fçais aimer.
C
•swing star
20
baig a rep
B 3
30
MERCURE
EGLOGUE.
DAPHNIS ,Berger de Savoye
ACANTHE , Berger de Bour-
4 gogne.
Dieux de cesBois, tutelairesGenies
.
Rivage heureux par les Graces
هیم orne's
Prezémaillezde couleurs infinies ;
Accordezun azile à cet infortuné
Et vous, Berger, de qui l'ame attendrie
Vous intereſſeaffezaux malheursde
ma vie 27
Pourvouloir en estre informé ,
Puiſfiez - vous en aimant eftre soujours
aimés
Fuiſfiez vous de Troupeaux couvrir
la vaſte plaine ,
Puiſfiez- vous voir mourir le Chéne
Né troisfiecles devant , du gland
qu'il a planté.
२.
GALANT .
31
ACANTHE ..
Je prens part aux ennuis , qui fur
voſtrevisage
Ont peint leurs traitslesplus tou
chans :
Nos coeursfimples font lepaxtage
De lapitié qui neregne qu'aux
champs ; 4 [Village,
La Cour, la dure Cour larelegue an
Maisle panchant qui nous engage
Afuiure un tendre mouvement ,
N'estpas l'effet uniquement
De la simplicité qui dans nos
champs abonde ,
Ny du doux air qui nous nourrit.
Climene , helas Climene attendrit
tout lemonde ,
Rien ne touche l'ingrate,& rien ne
l'attendrit.
Envain , dans le mal qui nous
preffe,
Aux Arbres , aux Rochers nous apprenonsfans
ceffe
B 4
32
MER CVRE
Arépeter noſtre tendroffe ,
Vaipement à l'Amour nous dreffons
des Antels ,
Climene avec l'Amour ritde nostre
foibleſſe , :
C'est làleseulchagrin que leDestin
nous laiſſe ,
Maisunbonheur completn'estpoint
... pourles Mortels.
L' Astre dujour, dégagéde nuage
Brûle les fteurs, appanuritle ri
vage.
Sur ce gazon , protegepar l'ombrage
e
3
Contezmoy le fujet de vostre affliction
, :
Et recevez fous cet épais feuillage
LeSecours impuiſſant de
mißion .
DAPHNIS.
macom
Jefuis , beureux Berger , je suis
de la Savoye , alt gi
D'où l'Amant cruel de Venus ,
GALANT
133
Les armesàla main vient de bennir
lajoye: :
C'estvous en dire affez, nos mal
heurs font connus.
Dans un vallon profond & Solis
taire,
Oùjamais le Soleiln'éclaire
Qu'aux plus hautes heures du jour,
Nos Ayoux depuiste deluge,
Avoient pris foin d'établir un
refugeri 2.
Al'Innocence ,à la paix,à l'ALesAlpes
, dont les testes nuës
Nefentent leur Sommet d'aucuns
pentsagit
S'élevant audeſſus des nuës ,
Donnoientà nos esprits: des leçons
ingenuës
D'une heureuse tranquillité.
Laneigequichez nous entouttemps
Se retranchewi
Gontre les plus vives chaleurs ,
BS
4
MERCVRE
Aux Lieures,aux Perdrixdonnant
Sacouleur blanche ,
Inspiroit aux Bergers la puretédes
moeurs
Ilest vray queles Dieuxdeleurprefenceavares
Anoschamps negligez épargnoient
leurs bienfaits ,
Pour nous Cerés, Bacchus ,& Pomone
estoient rares ,
Nous estions nuds , mais fatis
faits,
humaines
Pourfuffire aux besoins des miferes
2 : ?
:
Nousioignions à noſtre travail
LelaitdenosBrebis, leursagneaux
& leurs laines ,
Et lesmainspleines de métail
Nous revenionsſouvent des Bourgades
prochaines.
Vousparleray-jeencor de millejeux
divers
Qui ſous les ſapins toujours verts
GALANT.
35
Nous exerçoient aux jours de
Feſte ,
Quand te Soleil des Cieux occupant
lehaut faifte ,
Denos ruiffeauxglacezvenoit briferlesfers
.
Et borner la longueur
Hyvers ,
des farouches
Parlefendes rayons qui couronnent
Sa teste ?
O ma chere Patrie ! o mon heureux
Hameau !
Quevous aviezalors degraces en
Partage!
Bien qu'aux yeux étrangers vous
A paraffiezSauvage,
La icune Ægle vous trouvoit
beau.
Ægle regle mon goust , qui ſur le
fien se fonde,
Tant que vous enferez cheri ,
Vous ferezà mon gré le plus beau
lieu du monde .
B6
36
MERCVR E
Plus beau mesme que Cham
beri.
Mais pourquoy rappeller noftre
gloire effacée ?
Sortez, charmant sejour,fortezde
ma pensée !
Vous n'eftes plus ces champs deli
cicux
Où Panànos regards daignoit eſtres
viſible ,
Oùla Muse Champestre,& les
Rustiques Dieuxna I
Exerçoient faintement tear Empire
paisible , !
où l'on nefentoit aucuns maux
Que les maux que cause un coeur
rendre l 3100
L'impitoyable Mars a changé nos
Hameaux
2
Ende tristes monceaux de cendres
Plus fier, plasredoute centfois
Que l'amas foudrogant des neiges
entaffées
GALANT 37
Qui roulant dusommet des Alpes.
beriffées,
Par l'énormitédefon poids ,
Entraîne fierement les Roshers &
les Bois ,
Erfous les maisonsfracaffées
Enfevelit Bergers& troupeaux à
la fois .
Quel moyen de gouter les charmes
-Qu'on trouvoit à nos Chants
<
divers?
où l'on entend tonner les Armes,
Quelle est la puissance desvers ?
Comment pourroient , helas ! les
... fimples Tourterelles
Resisterauxferres cruelles ,
Quand l'Aiglefaitfa pointe ,&
vient du haut des Airs
Fondre inhumainementfur elles?
L'antre aux Muſes le plus facré
Au lieu de leurs noms adorables ,
Ne fait plus retentir que ces cris
formidables.
}
38 MERCURE
Catinat , Saint Rut , & Larré.
Enfin , tout eft perdu tout fuccombe
au ravage
Quefait de nos vainqueurs la
bruyantevaleur ,
Etfij'aymanquédecourage
Pourperirparlefer enfuyant l'efclavage,
Du moins, je viensfarcerivage
Expirerparl'excés d'unejuſtedonleur.
ACANTHE.
Devos mauxparla renommée
CetteProvince eft informée;
N'en doutez point , nous vous
plaignons , (Simble ,
Unmêmeſangdans nosveines s'af-
Etjeſçais qu'autrefois nous compofions
ensemble
LeRoyaume des Bourguignons.
• Certainjour,far vos avantures
Poufféd'un defir curieux ,
Je consultois Phorbas ,l'interpréte
desDieux
2
GALANT. 30
Aqui le grand des augures
Eclaircit l'avenir , si fombre pour
nosyeux.
Va demain me dit il , au everde
l'Aurore
Dans ce grandpré'd'Alifiers couronné,
Par mos Bergers de tout temps
destiné
Acelebrerles jeux deFlore.
Ecoute ,&voy ,
Taferas instruitcomme moy.
l'y fus & da gazon qui bordefa
fontaine,
Une jeune Alowëte à mes pieds ſe
leva;
D'abord unvolhardy vers les Cieux
s'éleva
Etdans peufonchant gays'en tendit
avec peine
Delabrillanteplaine.
40
MERCURE
Déiafon coeur tropvainsesent tour
embrafer
Dufeu des Astres qu'ilmédite ,
En ne prétendant pas se pouvoir é
puifer ,
Il regarde en pitié cette terre qu'il
quitte :
Lors qu'un Aigle Royal tout à coup
paroiffant
1
e
Abat fon courage impuiſſant.
Apeine atteinte de fon ombre
Elle se précepite au centre refprité
D'un ballier épineux &Sombré ,
Et danssapetiſſe , &fon obscurité
P
Gherchefa fureté,
L'allois révant à ce ſpectacle ,
Quand un Berger ,prés d'un trou
peaupaiſſant ,
Me vint confirmer cet Oracle
Par ce couplet qu'il chantoit ers
danfan't
GALANT.
1
4
Del'adreſſe & de la grace
Le jeune Arcas ale prix,
Mais il quitte ſes brebis
Pour s'adonner à la chaſſe ..
Les os leur percent la peau
Pendantqu'il eſt en quête ;
Malheur au pauvre troupeau
Conduit par jeune tête .
-Alors mon esprit fat ouvert,
Mon coeur pournos voisinsfut senfible
à la crninte, l
Et je crûs voir à découvert
Lesmauxquicaufent uêtre plainte
Ilssont cuifans,j'en demcure d'acz
cord ;
Ils pourroient ébranler l'ame la plus
છ
constante ,
Mais sivous en croyezmon amitié
naiſſante ,
Ilsnefont point sigrands qu'ils pa
roiffent d'abord :
Lors que vostre douleur , à preſent
legitime
42
MERCURE
Avec le temps aura meury,
Nos malheurs,direz -vous, nous tirent
de l'abîme ,
Et nous estions perdus , finous n'avions
pery . ८
Vous allez compofer un membre in-
Separable
• De ce Corps entout tems vainqueur
Dont l'Auguste Louis , Louis le redoutable
Eft le bras,la tête & le coeur ,
C'est ce Louis , craintpar toute la
Terre.
C'est ce Lonis ,fameux par fes
bienfaits;
Aux Ennemis ,vray Demon de la
Guerre ,
Aux fiens , Dieu d'amour&
dePaix.
Fuffiez- vous menacezdesplus terribles
traits
Que lance lafureur de Bellone La
fiere ,
GALANT.
43
4
Sousſa protection vous pourrez tout
braver ,
C'est une plus forte barriere
QuecesMontsorgueilleux quin'ont
pûvousfauver.
Cent autres nations souffrent , gémiffent,
pleurent ,
L
Noustriomphons parfonappuy,
Et s'il m'étoit permis d'avoir des
Dieuxqui meurent,
Ien'aurois d'autreDica que luy.
Parluymes boeufs errants dans nos
vertesprairies
Ruminentſans danger les berbettes
C poaries
Par luy , tranquillement fous un
arbre endormi. ( Fontaine ,
Iepuis goufter le frais au bordd'une
Sans redouterd'autre Ennemi.
Quelesyeuxvainqueurs de Climene.
DAPHNIS.
Vous pourriez me perfuaders
44
MERCURE
Ma douleurferoit fans replique
Si mon fidelle amourſe pouvoit accorder..
Auxſolides raiſons de vostre Politique..
Mon coeur mortellement troublé,
Loin de s'en confoter,ſefoûleve &
s'irrite,
Lefuis abfent des yeux de la char
mante Ægle, χασία
Puis -je vivrecontent loindes lieux
qu'elle habite ?
L'ignore de fon fort la déplorable
253
Ah,Berger, qu'elle cruauté ,
Quand la leunesse & la Beauté
Se rencontrent avoir en teste
La licence l'impunitér
Sur tout en Pays de conquête :
Maisde pareilsfoupçons pourroient
vous offenser , ( l'innocences
Vous avez ,tendre Amour, protegé
En vaſtre divina prispanoa
GALANT
45
A détourné ce crime , où jen'ofe
penfer.
Vainc esperance ,helas ! vous m'estes
interdite,
CeDieu n'apointparu dans ce be-
Soin preffantasia
Non: ie n'en puis douter,l'Amour
estoit absent
Et le bruit des combats met le timio
nadeenfuitein
La
ACHANTHE
८
Desmalheurs que vous redoutez
Ne craignez point la violence,
fageſſedes Chefs dans les TroupesdeFrance
Scait l'artd'enchainer l'infolence
- des Soldats les plus emportez.
Sous le doux abryde nosChaumes,
Parnosfoins pour vous redoublez
Venez dißiper les phantômes ;
Dontvosfensparoiffent troublez .
Les ieux , & les plaisirs habitent
allamos demeures 10 2014 LUURCE
1
46
MERCURE
LesMuſes de leurs chants viennent
nous égayer ,
Bachus qui racourcit nos heures ,
Nous défend de nous ennuyer.
Cheznous milleBeautezfont naiftremille
doutes,
Toutes ont leur party , toutes font
quelque bruit ,
Climeneles efface toutes ,
CommeDiane fait lesflambeauxde
Lanuit!
Chacun peut s'adreſſer oùfon goût
le conduit
Reut être aimerez-vous ma cruelle
Bergere ,
Maisie le verrayfans douleur ,
Mefaisantdes Rivaux,iefuis certainda
fuire danwel al ha
Des Compagnons de monmalheur.
DAPHNIS
Fustelle millefois plus belle ,
1
Deſes.coups iefuisgarantis
Dansnos Climatson naist fidelle,
GALANT. 47
Et mon coeura prisfon parti.
Ie vous dois cependant beaucoup de
complaisance
Pourpayer vostre honnesteté,
Eti'en conferverayde lareconnois
Janice ,
Tant queleMont- Cenisfurſa base
plante.
Pourra de l'Italic & de l'heureuse
France
Conferuer la fecondité.
ACANTHE.
Allons:nas gaistroupeaux ont quittèles
campagnes;
Déia dansenos Hameaux on allume
du feu ,
Et lesgrandes ombres danspeu
Vont descendre de nos montagnes.
Je ne doute point que vous
n'ayez enviede ſçavoir le nom
de l'Auteur de cette Eglogue ,
parcequ'ilya peu de perfon-
:
48
MERCVRE
nes dont les Ouvrages ſoient
d'un fi bon goust. Elle est de Mr
de Senecé , premier Valet de
Chambre de la feuë Reine ,
dontje vous envoyay un Idille
il y a deux mois . Cet Idille a fi
fort furpris par fabeauté, qu'on
n'attend plus de la même Plume
que des choſes achevées .
L'Air dont vous allez lire les
paroles , eſt de la compoſition
de Mr le Camus . Vous ferez
perfuadée qu'il ne peut avoir
qu'un tres beau genie , quand
je vous auray appris qu'il eſt
fils du fameux Mr le Camus ,
qui a fait tant de beaux Airs
fur lesparoles de Me la Com-
Leſſe de la Sufe.
2004 aap safay gumad 27 of
AIR NOUVEAU.
To Harmantes Aurore,enfin te voilà
de retour ,
Le
PW
THEQUE
DEC
LYON E
*1893
*
49
ténou
amours
joun
plusfu
Your
de la
on,&
harge
Parnt
rea
deca
esac-s
is ay
occarg
lace
Mr
comcats,
& leur dis qu'shy avoit qua
rante cing Aus qir'il eſtoirAp
Janv. 1691. C
द
48
ME
nes dont les
d'un fibong
de Senecé ,
Chambre d
dontje vou
il y a deux
fort furpris
n'attend plo
me quedes
L'Air do
paroles, eft
de Mr le (
perfuadée
qu'un tres
Je vous aur
fils du famo
qui a fait t
fur lesparc
Leffede la
1
4
C
rdas 4002mAIR
4 359-છકુછબિઝ 73 3 3136
Harmantes Aurore,enfin 16voilà
de retour ,
Le
GALANT.. 49
Le Soleilva briller d'une clarténouvelle
, 3
Flateur espoir pour mon amour:
Je reverray dans ce beau jour
Iris encor plus tendre & plusfi-
Espoirflateur pour mon amour.
Je vous ay déja parlé de la
nommination de Mr.Talon,&
deMr de Menarts , à la Charge
de Preſident à Mortier au Parlement
de Paris . Ils furent rej
ceus au commencement deca
mois , avec les ceremonies accoûtumées,
dont je vous ay
entretenue en d'autres occa-g
fions. Le jour qui préceda celuy
de cette reception Mr
Talon fit au Parquet un compliment
auCorpsdes Avocats,
& leur dis qu'ily avoit qua
rante cing ans qu'il choirAp
Janv. 1691. C
4
48
MERCVRE
vocat , & quarante ans qu'il
eſtoit à leur teſte , & qu'ils devoient
eſtre perfuadez qu'en
quelque poſte qu'il foſtil-auroit
toujours beaucoup de
confideration & d'eſtime pour
un Corps fi celebre. Après ſa
reception, le meſime Corps des
Avocats alla le complimenter ,
pour luy témoigner le regret
qu'il avoit de le perdre ,& la
joye qu'il reffentoit enmeſme
temps de le voir élevé à une
dignitéqui estoit fi bien deuë
à fon grand merite.
८
A
Mr du Harlay & Mr d'Agueffeau
, dontjevousay auffi
parlé lors que Sa Majesté les
nomma,Avocats Generaux ,
furent receus dans ce meſme
jour,& aprés leur reception ,
on appella une Cauſe . Lors
qu'elle fut finie, Mr du Hatlay
ว
GALANT
prit la parole , avec autant de
facilité&d'érudition , que s'il
avoit exercé pendant pluſieurs
années cette importante &
penible Charge.
Le Roy a donné à Mr de
Loſtange Lieutenant des
Gardes du Corps , la Lieute-
Dance de Roy du pays de la
Marche , qui eſtoit vacante
depuis quelquetemps ,& celle
deXaintonge&d'Angoumois,
àMr de Ligondez , cy- devant
LieutenantColonel du Regiment
de Vivens , & à preſent
Meſtre de Campde Cavalerie.
Ce poſte vaquoit par la mort
deMrleComte de Jarnac.
Je ne doute point que vous
ne liſiez avecbeaucoup de
plaiſir la Relation qui fuit.Elle
eſt d'un Pere Jeſuite party de
Siam , depuis la mort de Sa
C2
572
MERCVRE
Majesté Siamoiſe ,& l'élevation
de l'Vfurpateur fur le
Trône.
2
0
LETTRE
Contenant pluſieurs nouvelles
gades Indes dist
८
Apresle dépa
Prés le départ de la Normande
& du Coche , de la
3
Radede Pontichery , qui fut le 15 .
Fevrier 1689. le R. P. le Royer ,
Superieur de la Miſſion , n'avoit
rien tant à coeur que detrouver
à employer les huit Miffionnaires
qui restoient du debris de Siam.
Le Royaume de Pegou , où le
Pere Deſpagne avoit esté retenu
prisonnier à la fortie des François
deMerguy, fut le premier qui pre-
S
GALANT.
53
2
fentaune occafionfavorable. Onap
pritpar leretour d'un petit Vaif-
Sean Portugais , que ce Pere qui
avoit échapé la mort avec bien de
lapeine dans la chaleur de l'action
qui ſe paſſa entre les François &
ces Sauvages , avoit esté conduit
au Roy , qui fait sa residence à
prés dedeux cens lieuës dans lesterreess,
dans la Ville d'Ava; que ce
Prince, qui est enmesmetemps Empereurd'ava&
du Pégou luy avoit
faitaffez bon accueil , & luy avoit
affignépoursa demeure une Eglife
où ily a plusieurs Chreftiens , tant
Portugais que Pegouans, Comme
Mr l'Evesque de Rosalie envoyoit
enmesme temps dans cette Mission
deux defes Prestres , le Pere du
Chats qui s'estoit offert avec beau
coup de zele à aller aider le Pere
Despagne danssa captivité , au
perilmesmede tomber auſſidans l'e-
C3
$4
MERCVRE
Sclavage,ſcjoignit à cesdeux Mif-
Lionnaires. Un Anglois de Madras,
appelléMr Grey,qui devoit d'abord
les paſſer , s'en excusa ensuite ,
Sous pretexte qu'il apprehendoit
queles Portugais qui font établis au
Pegou ne luy fiffent de la peine;mais
cependant on Portugais nommé
Pinto,lesprit luy-mesme tous trois
dansune petite Barque lors qu'ils
n'esperoient presqueplus trouverde
paſſage. Cefutdans le meſme temps,
asçavoir au commencement d'Avril
quele Pere Hieronimo Tellés ,
Miſſionnaire de Maduré,vintpour
nous voir à Ponticheri , Il y avoit
estéappellépar le Pere Louisde
Sylva, qui venoitdeBengale , où il
avoit esté Recteur ,& qui alloit
exercer lamesmechargeàTutucurim
,& parle R. P. Cofme de
Gien , Capucin , Miſſionnaire de
Contichery. L'habit & lesmanieres
a
GALANT.
de ce bon Pere travesty en Can
daraon ( c'est le nom des Religieux
dela Caste Raija )nous soucherent
encore bien autrement que tout
ce que nous avions ony dire
de cette admirable Mission du
fameux Pere Robertode Nobilibus
CePere Roberto s'estoit d'abord
déguisé en Bramine ; mais comme
Les Bramines fe difent de Caste
divine & Royale , &en cette qualiseneſe
laiſſentaborder à qui que
cefoit des autres Castes ,
tain pere d'Acosta jugea quelques
années après la mort duPere
Roberto ,qu'on fcroit plus de fruit
fil'onprenost l'habit de ceux qu'on
appelle la Caſte Raija, ou des Prins
ces, parce que ceux- là ne peuvent
avoir commerce avec les personnes
des autres Castes. Les diverſes
Castes ou Tribus de ses Peuples ,
repondent à peu près à ce que nous
un oer-
C 4
MERCVRE
appellons en Europe les divers Estats
du Clergé , de la Noblesse , & du
Peuple, avec cette difference , qu'à
parler en general,les gës d'uneCaste
ne peuvent avoir aucun commerce
avec les perſonnes d'une autre Cafte
nonseulementpoursemarier, mais
nonpas mesme pour demeurer, converſer
&manger ensemble,& cela
fous peine de perdre fa Caste ,&
d'estre regardé comme l'opprobre de
La Nation.C'estainsi que la Caste
qu'ils appellent paria, pour s'estre
abandonnée amanger de la Vache,
s'est renduëfi abominable- à toutes
les autres , qu'au lieu qu'elle estoit
l'une despremieres Castes, on ne la
veut plusfouffrir dans les Villes,&
qu'ilfaut mesme assigner un lieu
Particulier à la porte de l'Eglife
pour ceux qui sefont chrestiens ,
tant ces Peuples font jaloux de leur
rang&de leurnobleffe , qu'ils con
GALANT .
$ 7
Servent au peril mesme de leur vie
comme on en a veniln'y apas long
temps des exemplesà Maſulipatan,
&ailleurs. Outre cela ilyapresque
autant de Castes differentes , qu'il
y a de differens Métiers dans nos
Villes ; car on distingue la Cafte des
Marchands,la Caſtedes Pescheurs,
celle des Laboureurs , jusque- là
qu'un de nos Peres François ayant
un jour voulu faire monter sur un
arbre un jeune garçon qui nous fervoit,
il s'en excuſa en disant que
cen'estoit pas sa Caste. Ilestaußi
àremarquer qu'ils ne se font pas
un deshonneur en certaines Castes
-deſervir les Européens qu'ilsappellent
Franquis, mais ilsſe laif-
Seroient plûcost reduire aux dernieres
extremitezparla faim , que de
manger chez ceux-mêmes qu'ilsfervent
, ou de gouster de leurs restes,
comme nous Lavons experimenté
58 MERCVRE .
4
-
nous mesmes. Ils ont un souverain
mépris pourles Européens,tantparce
qu'ils les regardent comme des
gens fort mal propres auprix deux,
queparce qu'ils les croyent des foss
qurse laissent trompertous les jours.
par les Indiens. C'est pourquoy les
Peres travestissegardent bien de
Laiffer échaperdevantceux qui ne
*Scaventpas lefecret , quelque mot
de Portugais , ou de donner ſuietdepanfer
qu'ils font d'Europe. C'est
pour cette raison que le Pere Tellés.
So logea àPonticberi dans un jardin
que les Peres Capucins ont hors
la Ville ,& ne venoit chez nous
- que de nuit, depour que les gensde
La Miffion apprenant qu'il avoit cu
commerce avec des Franquis , ne
vouluffent plus levoir. Tandis que
ae Pere étoit avec nous , unde cess
petits Princes duPays qu'ilsappellontdeNaiques,
vintàune de fes
Eglifos pour l'enlever&le maltrai
GALANT
او
ter;maispar bonheur ilne letrouva
pas.Ils nesont que fix ou fept Peres
qui ont cependant plus de fix vingt
mille Chrétiens,du nombre defquels
eft le R. P. Jean de Britto,quiaprés
avoir beaucoup fouffert & press
que gagné la Couronne de Martyr
fut deputé de la Province
de Cochineà Rome ily a environ
trois ans. Plusieurs de nos Peres
Soupiroient après cette admirable
Mission , mais le Pere Bouchet , en
quionremarque une disposition&
une ardeur particuliere pour ce
genre de vie veritablement Apofsolique
,y fut ſeul destiné,&partit
aumoisd' Avrilavec le Pere Louis
de Sylva pour aller obtenir du R. P.
Provincial de Cochine la permiſſion
defe joindre à ces Miſſionnaires
trauchissimote
Les Troupes Françoiſes qui partirent
aussi le 10'd' Avril pour aller
1
MERCURE
s'établir dans une ifle des Siamois
nommée lonceland , fournirent de
l'employ au Pere Thionville. Mr
Desfarges , General des Troupes ,
le voulut avoir, parce que tous les
Officiers les Soldats avoient pour
ce Pereunee amitié & une confiance
toute particuliere . Il pritanssi Mr
Ferreux Miſſionnaire forti de Siam
4
avec My
an
de Lionne
Scavoit bien
Les
C
parce qu'il
la Langue Siamoise.
Troupes estoient au nombre
d'environ fix cens hommes, tant
Soldats que Matelots , fur trois
Vaiffeaux ,, à sçavoir l'Oriflame
tom
de foixante preces de Canon ,
mandé par Mr de l'Estrille ,
Siam de quarante pieces, & une
Fregate nommée le Lour , dedix.
huit pieces avec une Barque. Dans
leséjour que nousfimesàPontichery,
nous eufmes l'occaſion d'obſerverune
Eclipse de Lunele 4.d'Avril 1689,
GALANTA 68
qui fut tres grande. Mr de Lionne;
MrMartin Directeur , & tous les
Officiers François qui n'étoient pasencore
partis , vinrent en foule à
noſtre Maison pour voir l'Eclipse
qui arriva au moment que le Reverend
Pere Richard l'avoitprédi
te ; mais ce n'estoit rien au prix de
la maltitude presque innombrable
des Indiens qui étoient accourus de
bienloin dans les terres fur le bord
de la Mer , & qui yvenoient pour
fepurifierdans les eaux au moment
de l'Eclipse. Ils évitoient fur
tout de se laiſfer toucher àaucun.
Européen ,& entre neuf à dix
heures de la nuit , qui fut le temps
du commencement de l'Eclipse, ils
sejetterent tous à l'eau . On dit
qu'ils marmottoient leurs pechez
en se lavant , & qu'ils croyoient
ainſi en détourner les chatimens
dont l'Eclipfelesmenaçoit. On nouss
MERCURE
amena le lendemain au matin un
Aftrologue du Paps qui sçavoit à
laveritéquelque chosede cequ'ily
a de plus commun dans l'Astronomie,
excepté qu'il mettoit neuf
Planetes, comptant apparemment
ce quenosAltronomes appellent teße
& la queue du Dragon , & qu'ils
expriment comme les Planetes par
deuxfigures particulieres ;& com--
me nousluy demandâmes s'il fçavoit
les Eclipses de l'année suivante
ilnous renvoya àfon Maître
quise tient , à ce qu'ildit, dans la
Fortereſſe de Gingy , qui a donné le
nom au petit Royaume de Gingy
dans lequel est Pontichery. Nous
observâmes auſſi des immersions du
premier Satellite de Iupiter fur
lesquelles jointes à l'Eclipsede Lu
ne le Pere Richard a corrigé la
longitude de Pontichery ,& par
confequent celle de toute la côte
GALANTM
63
de puis Oglon jusqu'à Bengale...
GePere &aufficorrigé la latitude:
de Pontichery quis'esttrouvée de 11 :
degrez quarantchuit minutes,quoy
gaeles Cartes & d'habilesgens de
la Marine qui l'avoient priſe , la
marquaffent de douze degrez&-
davantage..
Suivant le deffein qu'on avoit
endepafferde Siamà la Chine, &
les Lettres qu'on venait de recevoir
du R. P. de Fontenay , on pensa à:
Sefervir de la commodité des Anglois
de Madras , qui équipoient
cinq Vaisseauxpour Emouy & pour
Cantom. Commele R. P. Rochette,
qui y avoit eftédestiné nommement
dés noſtre depart de Siam estoit
mort leP. de Beze & moy fuſmes:
nommez pour cetre Mission. Quoy
qu'ilnous cuft esté plus faciled'en
trer par Emouy , nous priâmesMr
leGouverneur de Madras de nous
64
MERCVR E
donnerpaſſagesur un des Vaiſſeaux
qui alloient à Cantom , parce que
nostre deffein estoit de nous aller
preſenterd'abord au R. P. Philipavi
Visiteur, quiſetenoit dans cette
Ville. La difficulté qu'il y eut à
avoir placefur un des Vaisseaux
de Cantom , qui furent presque
toujours indeterminez iusqu'au
bout , nous obligea defeiourner à
Madras prés d'un mois , pendant
lequelnousfusmes toujours traitezavec
beaucoup de charitépar les
Peres Capucins François , qui font
dans cette Ville fort confiderez par
les Anglois. Ilsfont trois, leR.P ..
Ephrem de Nevers , qui conferve
dans un âge de plus de quatrewingt
ans une belle humeur , qui
le rend auffi aimableà tout le mon
de,que fon merite &fon application
le rendent utile & neceffaire
à ces pauvres Chreftiens Mataba
GALANT.
65
rois , qu'il entretient au nombrede
plus de quatre mille. Il a perdu
depuis quelques annéesfon Compagnon
le R. P. Zenon de Vauge , à
peuprés de mesme âge. LesAnglois
de Madras , quieft une des belles
Places des Indes ,les ont toûjours
confiderez comme les principaux
foûtiens de leur établiſſement
parce que ces Peres ont retenu&
attire àMadras une quantitéprodigieuse
de riches Portugais de
Saint Thome , qui d'ailleurs contribuent
beaucoupà la grandeur du
commerce,Le R. P. Michel Ange
de Bourges , &le R. P. Esprit de
Tours, venus depuis quelques annèes
de France, rempliffent digne.
ment laplace de leurs predeceffeurs.
Nous vîmes à Madras le R. Pere
Recteur de Saint Thomé , qui n'en
est qu'à une lieuë ,&le pere Lonis
de Sylva le jeune fon Compagno.n.
66 MERCVRE
e
Ils estoient venus pourse remettre
un peu de quelques legeres incom.
moditez , chez un Medecin Venitien
, nommé M. Manuchy , quż
nousfit auſſibeaucoupd'amitié. Ce
Venitien a csté Medecin du Fils
du Grand Mogor , qu'il n'avoit
quitté que depuis quelque temps..
CommeAurengzebe est le Monarque
des Indes, & qu'on n'y parle
preſque que de luy,il ne sera pas
peut- estre hors de propos d'ajoûter
icy ce que M. Manuchy nous endit..
Aurengzebe aenvironsoixante&
quinze ans. Il a quatreFils,Chaa
lem , Azemchaara , Echar
Champac. Chaalem avoit feint
d'entrer avec Echardans unecon
Spiration contre leur Pere,mais le .
premier ayant decouvert la trahifon
à Aurengzebe , Echar a esté
obligédeferefugier en Perſe auprés
du Grand Sophy, où ilattend quel
یب
GALANT.
67
que occafion favorable pour faire
une irruption dans les Etats du
GrandMogor. Chaalem qui s'estoit
acquis parses grandes qualitez
L'amitié de tous les Peuples ,a esté
depuis mis en priſon parAurengzebe,
soupçonné d'avoir rendu de
bons offices aux Rois de Viſiapour&
de Golconde . &de n'avoir pas enlevé
cettederniere Place aussi tost
qu'il eustpû. Cela obligeaAureng-
Zebe de venir luy- mesme l'affieger
au moisde Feurier 1687. Il l'Em.
porta par intelligenceavecles gens
du Roy , au mois d'Octobre de la
mesme année, &par mépris il ne
voulutpas confentirà voir ce Roy
Il le tient prisonnier avec deux ou
trois de fes Filles . A moins que
Chaalem netrouve moyen defortir
depriſon , Azemcharafera le suc
-ceßeur. Champac , qui est le quatrième,
eſt iſſu d'une Femme de bass
68 MERCVRE
lieu. Comme Madras estoit autre
fois du Royaume de Golconde , &
que la guerre estoit allumée depuis
quelques années entre les Mogols
&les Anglois , on recevoit tous les
jours des avis de Madras de l'Armée
d'Aurengzebe , qui n'en estoit
pas éloignée , que cette Villeferoit
affiegée au premier jour , & les
Angloisfaisoient tous leurs preparatifs
pour foutenir le Siege,mais
ils en ont esté quites pour la peur ,
car cette Placen'avoitpas encore
esté afſſiegée à noſtre depart des
Indes. Bombaye , qui estune autre
Place des Anglois, qu'ils tiennent
du Roy de Portugal , présde Goa ,
estoit actuellement afſiegé pendant
nostre sejour de Madras ;
mais ilſedefendoit toûjours vigou.
reusement. Cette guerre avoit don
né de nouveaux sujets de mécon
tentement entre les Anglois & less
GALANT. 69
1
Hollandois , car les Vaiſſeaux des
Mogols n'ofant plus fortir en mer.
les Peuples estoient obligezde prezer
des Vaiffeaux Hollandois pour
faire leur commerce& leurs Con
vois , & les Anglois pretendoient
avoir droitfur ces Vaiſſeaux , ou du
moinsfur les effets de leurs Ennemis .
Ces nouvelles ſemences de guerre
iointes aux anciennes faisoient que
les Anglois s'attendoient àrecevoir
pour Nouvelles la Declaration de
la guerre entre la CompagnieAngloise
& celle de Hollande. C'est
ce qui obligea les Marchands qui
équipoient des Vaisseaux pourla
Chine , de differer leur depart un
mois au delà de la ſaiſonordinaire
Enfin , Mr Fifiel , Gouverneur
de Madras , nous donna paſſage
Sur un petit Vaiſſeau d'un Anglois,
nommé M. Eldrich. Ce Capitaine
fit d'abord quelque difficulté de
70
MERCVRE
nous prendre , fur un bruit qui
s'estoit répandu qu'un Miſſionnaire
François s'estant gliffe dans la
Chine par Cantom,le Gouverneur
de Macao avoit menacéde confifquerle
Vaiffeau Anglois qui l'avoit
portes maisM. le Gouverneur qui
nous a fait toûjours des honnestetez
, ayant veu des Lettres que Sa
Majesté nous avoit fait l'honneur
de nous donner , diffipa sa vaine
frayeur. Nous nous embarquames
le dernier de May 1689. & un
Vaisseaux Françoispartitdu Port-
Louis au mois d'Octobre 1688 .
arrivaà Pontichery. NostreCapitaine
ayant apprispar làqu'il ne
Se parloir point de guerre entre
'Angleterre&laHollande, non
plus qu'entre la France&les Etats,
partit entouteseureté le 4. Iuin.
Nous traverfâmes en dix jours tout
laGolphe de Bengale, wats les calGALANT..
78
mes nous retinrent depuis par le
travers d'Achem iusqu'à Malaque
pres d'un mois, de forte que
nous mouillames devantcette Place
le 11. de Juillet. Nous estant informezd'un
MarchandPortugais de
Malaque qui vint sur notre bord .
nous n'apprimes aucune nouvelle
de guerre. Comme il nous falloit
neceffairement faire faire àMalaque
des habitsà la Chinoise,
fans quoy nous ne pouvions entrer
dans la Chine , nous nous adreſſa.
mes à M.le Chabandar , pourſcavoirsi
M. le Gouverneur voudroit
bien nous permettre d'entrer dans
la Ville, pouri acheter les chofes
neceffairesà notre voyage. Mr le
Gouverneur nous fit répondre que
nous pouvions entrer& estre entous
tefeurete dans la Villepoury faire
ce que nous voudrios,&deuxheures
aprés nous ayant fait venirchez
MERCVRE
luy ,
Major de la Place qui nous decla
ra que Mr le Gouverneur nousresenoit
prisonnier de guerre ,parce
quequelque Vaiffeau de la Compos
gnievenant aux Indes avoit esté
pris par des Vaiſſcaux de Dunkerque.
On nous mit dans le Corpsde
Garded'un Bastion nomméſous les
Portugais des onze mille Vierges
& depuis par les HollandoisHenviette.
C'est là qu'on nous a gardez
tres -étroitement pendantſept mois
Sans nous laiſſerſortis ny parlerqu'à
tre- peu de personnes en prefence
d'un Sergent qui devoit entendre
tout ce qui fe diſoitz encorefallois.
il avoir la permiffion du Gompes
neux ou du Majors on nous permettoit
bien encore moins d'ecrive. Nous
cumesau moins cette petite con-
Solation d'avoir presque toûjours
devant nos yeux la Tour.&ce qui
il nous mit entre les mains du
reste
GALANT.
73
1
veste de la fameuse Eglise deNôtre
Dame du Mont, où le grand Saint
FrançoisXavierafais tant d'actions
&de predictions miraculeuses. Ce
Clocherfert encoredeTourauxHol.
landois ,qui ont basty leur temple
àlaplace de l'Eglise ,& t'est là
qu'ils arborent leur Pavillon. La
conformité que nous avions avec ce
grand Apoftre des Indes , qui fut
auffi empêché d'aller à la Chinepar
un Gouverneurde Malaque , nous
fit bien encore mieux comprendre
que les meilleurs deffeins font ruinez
par les interests temporels. Mr.
LeGouverneurnous ayantfaitfortir
furle Rampart un jour qu'ilfaisoit
laviſite defaPlace,troissemaines
aprés que l'on nous cut arrétez,
nous dit que la guerre n'estoit pas
encore declarée entre la France &
laHollande , & qu'il ne nous retenoitpas
commeprisonniers deguer.
Janvier 1691 . D
74
MERCURE
re , mais qu'il attendoit des ordres
de Batavia , & qu'il eſperoit que
Mrle General nous laiſſeroit ache.
ver noftre Voyage. Nous n'enfumes
pas pourcelaplus au large dans la
Suite. Ce Gouverneur ajoûta qu'il
avoit receu une Lettre de Mrde
Lionne, Evêque , en noftre faveur.
En effet Mr l'Abbéde Lionne nom.
mé Evêque de Rosalie , qui avoit
attendu außt bien que nous unmois
àMadrasle temps de l'embarquement
pour la Chine ,paſſa quelques
jours aprés noſtre arrivée. Il eſtoit
fur un grandVaisseau que deriches
Luifs venus de Bordeaux & d'Angleterre
à Madras , envoyoient à
la Chine à Emoui . Mr de Rosalie
avoit avec luy Mr Pin qui a déja
demeuré plus de dix ans à la Chine
, &qui estoit revenu en Février
1686.àla Coste pour les affaires de
la Miffion. Ces Meſſierusprofite-
L
GALANT.
75
rent de nostre malheur , qui leur
appit les premieres nouvelles de la
guerre, car la premiereexpedition
&peut- estre une des plus confide.
rablesqu'ayent faitMrs de la Compagniedans
les Indes ; c'estd'avoir
arreste parfurpriſedeux pauvres
Missionnaires. Mrde Lionne laiſſa
une lettre qui fut rendue au Gouverneur
aprés le départ du Vaif-
Seau. Mr Gravé& Mr Raffet ,
deux autres Mißionnaires François
paſſerent presque en mesme temps
fur un petit Vaisseau que les mesmes
Iuifs envoyent à Cantom. Ils nous
écrivoientune Lettre , maisMi le
Gouverneur ne jugea pas à propos
de nous la laiſſer voir. Nous trouwasmes
cependant le moyen de leur
faire gliffer un Billet , par lequel
nous les prion , quand ils feroient
arrivez à Cantom , d'avertir le
P. Fontenaydenostre disgrace ,&
D2
76 MERCVRE
d'avoir foin en attendant , detout
ce qui nous resteroit encore dans l.e..
Vaiſſeau de Mr Eldrich , car nous
ne voulûmes rien faire débarquerà
Malaque , qu'un peu de linge,&
quelques Livres. Je ne dois pas
oublier icy l'obligation que nous
avons à un bon CatholiquedeMataque
nommé Francisco Rodrigo ,
& à Sa Famille ; carfi ces bonnes
gens , malgréleur pauvreté,n'eus-
Sent entrepris de nous nourrir du
peu que Meffiours de
gnie nous fourniffoient ,
fions esté bien en peine pour noſtre
Subſiſtance. Malaque est le pays de
zoutes les Indes où il fait le plus
cher viure. Les Hollandais pour
P de la Companous
culattirer
toutle commerce à Batavia
, ont ruiné celuy de Ma.
Laque , quoy que ce soit la Place
la mieux fituée des Judes pour
ungrand commerce....Il ya encore
GALANT.
77
nô
àMalaque environ neufcens Catholiques
, tous Portugais des Indes.,
entretenusparunbon Prestre de Gon
qui s'y tient inconnu aux Hollandois,
quifont payerdegroffes amendes
à ces pauvres gensquand ils les
furprenent àfaire des Affemblées ,
on àfaire dire la Meffe en quelque
maison , comme il estoit arrivé
quelque temps auparavant à
tre Francisco Rodrigo , qui avoit
estécondamné à payer deux cens
écus , parce qu'il avoit prêtéſa
maison,commeilfait encoreſouvent
*
ces Saints Minifleres. Cette ri
queurn'est que pour les Catholiques,
car les Mahometans y ont leurs
Temples , omilsexercent librement
beurs fauffes Religions. De grand
to firque nous avions dansin pri
fon nous fie naistre la pensée de
faire des Obferuations , quoy que
nous n'cuſſionspreſqueni instrumens
D3
78 MERCVRE
2 ni commoditépour regarder leCiel
qui est d'ailleurs presque toujours
couvert àMalaque , ce qui contribuë
beaucoup à en faire lepays le
plus temperédu monde , quoy qu'il
foitpreſqueſous la Ligne. Avec un
peu de travailnous ne laißâmespas
deprendrela latitudede Malaque
parle Soleil,&sa longitude par
diverſes immerſions du premier Sasellisede
Iupiter.Nous priſmes auffi
la declinaison & l'aſcenſion droite
de la plupart des Etoiles du Sud ,
où l'on voit des endroits du Cielqui
Semblent l'emporter fur tout ce que
nousvoyons vers le Nord. Lagrande
Comete quiparut aumoisde Decembre
dernier vers le mesme coſté du
Sud,nous donna encore de l'occupation.
La longitude auffib- ien
que la latitude de Malaque,ne s'eft
pas trouvée la mesme qu'elle est
marquée dans les Cartes qui ont
εα
GALANT..
79
parconſequent besoin d'estre un peu
corrigées.
Nostre Capitaine Anglois nous
estant venu voiràfon retour de la
Chine,nousdit qu'unjeunePeintre
de Paris , appellé Francard,
âgé de dix ſept à dix-huit ans ,
que nous avions avec nous dansfon
Vaisseau ,& à qui nous avionscon
fié tout ce que nous y laiſſames ,
ayant esté attiré à terre par les
Portugais de Macao, avoit esté
arreſtè prifonnier parle Gouverneur
de cette Place ,& renvoyé
àGoa. Comme les Vaiſſeaux qui
vont pour Cantom ,font obligez
de mouiller devant les Ifles deMacao
,les Miffionnaires Françoisfont
par là exposez aux infultes des
Portugais , quoy qu'ilsemble qu'ils
n'en veulent qu'à la Nation ; car
ils pouvoient bien sçavoirque c'était
unjeune feculier& nullement
D 4
80 MERCURE
Miſſionnaire qu'ilsarretent, cepen
dant prisonnier tandis que les Anglois,
les Hollandois , & les autres
Nations , entrent par tout avec
toute forte de liberté. On dit que
les Portugaisle prirent d'abord
pour un Cardinal,ou'au moins pour
unEvêque déguisé,mais je croisque
c'estpour rire. Pournos instrumens
&les autres choses que nous avions
dansle Vaiffeau de Mr Eldrich , il
nous dit que quoy que ſon deſſein
fuft de nous lesraporteràMalaque,
on à la coste de Coromandel , it
avoit esté contraint de les laiffer
prendreàMrHyel, frere du Gou
verneur de Madras , qui estoit
venu de la part de Mr Gravé la
veille de son départ de la Chine ,
avec une lettre écrite de nostre
main, par laquelle nous prions ce
Miſſionnaire de prendretoutes nos
affaires. Pour ce qui est du premier
GALANT. 8
article de la detention du jeune
Peintre ,nous en ſcavions déja une
partie ; our nous avions ven paſſer
dans to Port deMalaquoleVaisseau
qui le porroit prisonnierà Goa , on
il avoit trouvé moyen de nous faire
Sçavoir,quoy que fort confusement,
une partiedeſes avantures.Quant
àcequi op denos inßrumens , it
fallut nous en raporter à la parole
de noſtre Capitain . Indusditenco
re que les Chinois de Cantom
avoientmis le feean fur la maifon
des Meffionnaires Avançois, difant
que c'étoit une Fasturie sous l'apparence
d'une Eglife, maisqueMr
Kemener Mishannaneavoit diſſipe
cet orageparja prudence,&àla
faveur de quelque préfent , ce qui
eftoit apparemment le but de ces
avides Chinois. Nous avions appris
avant nostre déparede Pontichery
bamort du R. P. Tiffanier. Pour le
DS
L
84 MERCVRE
Ra Pa GrestonMK Pip nous die
qu'il l'avoir laissé plein de ſanté
dans la plus beureuſe vieilleffe du
monde , également aimé des Mifa
Sionnaires &des Chreitians.og sl 200
Au mois de lanvier les Hollandois
furent obligez de faire un
détachement de leuk Garmifon
gain'est que d'environs deux gens
hommes, pouraller chaffen quelques
Malbays, nutres du Royaume
de Beras qui affiegotent une ving
taide de Hollandois dans une iled
l'embouchure dela Riviaxe de Rera
Cette Isle s'appelteDingDing.C'est
une des fles Sambylon , dont il est
parlédans lafameuse vistoire que
Les Portugais remporterentfar les
Achenois du temps de St. François-
Xavier. Les Hollandois y ont une
maison affezforte,nonpas tantpour
le peu qu'ils tirent du Royaume de
Bera , que pour empefcher, comme
GALANT . 83
ils font en beaucoup d'autres lieux,
que les Européens ne s'y établiſſent,
àcausede lacommodité du détroit
de Malaque. Onfit auffien même
temps un autre détachement pour
aller donner la chaſſe à quelques
petits Corsaires qui estoient
vers la Riviere de Micar , qui
eft , je croy , celle où se retirerent
autrefois les Achenois après avoir
insulté Malaque. Les uns &
les autres de ces Sauvages furent
bien- cost dißipez; mais les Hollandois
firent bien d'autrespreparatifs
àMalaquepour la Coste de Coromandel.
Outre quatre gros vais-
Seaux venusdu Japon chargez d'or,
de cuivre, &d'autresmarchandises,
il en vintfix ou ſept de Batavia
avec des Soldats. Nous ne pumes
Sçavoir si c'estoit (implement pour
escorter des Vaiſſeaux du tapon qui
alloient àlaCoste & à Ceylon,ous
D
ว
34 MERCVRE
pour aller chercher les François ,quê
estoient,diſoit on ,dans la Riviere
de Bengale. Nous nesçavions pas ft.
les François estoient seulement ceux
qui estoient venus à l'iſfle de lonces
land, comme j'ay dit plus haut, م&
qui n'ayant pas trouvé là leur af
faire, s'estoient retirez bren tot
aprés , & s'en estoient retournezà
Bengale, aprés s'estre rafraichis
àAchen , ou sil n'en estoit point
venu de nouveaux de France. On
Portugais qui avoit briséfon Vaiffeau
prés de Ceylon enallant de Goa
à Macao, & qui en estoit allé, as
cheterun autre à Palicate, qui n'est
pas loin de Pontichery, nous affura
qu'il n'estoit arrivé aucun Vaiffeau
de France àla Coste mais je ne comptequerefur
cesnouvelles. Ce qui
eſt ſeur, c'est qu'une Galiore Hollandoiſe
arriva au mois de Ianvier
1690. à Malaque. Ellevenoit de
GALANT 85
Bengale, &on diſoit qu'elle s'estois
àpeineſauvéedes mains des François,
pour venir avertir qu'ils
estorentfortifiez dans cette Riviere..
Les dixVaisseaux affemblezàMa
laque,devoient partir au commen
cement de Février. Mrde Sainte-
Marie, Officier François , pris au
Capfurla Normande,& qui estoit
fur unde ces vaisseaux nomméle
Castrocom ,nous vint voir fur le
Kaiffeaunomméle Vicopsée , qui
partitle4. de Fevrier pourBalavai..
Nousne mifmes que onze jours dans
Levoyage. On nous dit d'abord à
Batavia, que quoy quenous fuffions:
malades , on ne nous debarqueroit
de Vicopfée quepour nous mettredans
les Vaiffeaux qui feroient
bien.toft voile pour l'Europe. On
nousfit pourtantveniraterresept ou.
buit joursaprés. Onnous mit àl'Hofpital
ouàla priſen prés qui estoir
:
86 MERCVRE
fort étroite, on avoit affezſoin de
nous.MrClarius Miniſtre nous vint
voir de la part de Mr le General.
Nous nous ferviſmes de la
bonne volonté de ce Ministre qui
estfort honneste homme , pourfaire
traduire&preſenter nos Requestes
à Mr le General & au Confcil.
CommeMrle General lean Cham
phuits est fort incommodé&pres
que hors d'état d'agir, ilfalut nous
adreffer conjointement au General
&au Conseil, maisquelquesfortes
protestations que nous puſſions faire
par diverſes fois, on n'y cut aucun
égard , & l'on nous embarqua
malgré nous le 13. de Marsfur le
-Prince- Lave, grande Flute qui fit
voile pour la Chambre de Defsle
dummeeſmemois,avec trois auores
Vaisseaux qui estoient pour les
- Chambresde Rotterdam , de Horn
deNeufe.MrClariusnouspro
16.
GALANT 87
mitde la part de Mrs da Confeil
querienne nous manqueroit dans
JeVaisseau .Cependant quand nous
I fumes,le Capitaine nous dit qu'il
avoit ordre de nous traiter comme
Les Matelots, & quay que nous le
fuffions prier par un de ses amis
Inommé Mr de Glin , de vouloir
bien prendre mostre argent pour
nousfaire manger avec fes Pilo
resaldit qu'ilne pouvoit pas aller
contre fas ordres. C'est anceMr
Nigotas de Glin natif de Namur&
tres bon Catholique , que
nous avons les dernieres obligations,
car c'està lafaveurdesrafraichis.
fomens qulil nous aporealuy mesme
dans le bord que nous avonsfupprté
bes fatigues&la difette d'unfi long
voiage. On ne nous permit pas de
mettrepieda terre au Capoù nous
paffomes au mois de luin ,&nous
avens enfin heureusement monil
88 MERCVRE
Lé le 8. Octobre , à l'emboucheure
de la Meuse après avoir fouffert
un peu de froid par 63. degrez
Nordoù il nous a falla paffer.
On a choiſi quatre. vingtdeux
Lieutenans de Vaiffeau
pour commander un pareil
nombre de Compagnies qui
onteſté créées nouvellement.
Elles font de cent hommes
chacune. Le Roy en donne
foixante & dix à chaque Capitaine
,& ils font obligez de
lever le reſte.Illeur eft permis
deprendre des Cadets , parmy
lesquels on choiſirades Lieucenans
deFregate &de Brulot;
de meſme qu'on prend desEnfeignes
& Lieutenans de Vaifſeaux
parmy lesGardesdeMa.
rine. L'avantage eſtant confie
derable doit leur en faire trouwer
beaucoup.Voicy les noms
GALANT. 189
- des Lieutenans - Capitaines des
quatrevint deux Compaguies.
A BREST.
Compagniesde Port
Mrs Des Blottiers.
Champagner.
DesBoisdairs .
Du Coudray S. Genie-
Feuquerolle.
DuBroſloy.
D'Eſtienne. 1
Eterac.
De Burques.
D'Amnancourt.
Gedoüin.
J81535543α
De Bellocier.
Du Rivaude Bauvau.
De Cancleu de Salins .
De Longruë.
DeGrancey .
DeToujouves.
De Saint-Pierre...
Du Tartre.
وو
MERCVRE
De Villeray .
De Francines.
Du Coudray.
DeGourdon.
DeSeve.
De Potoy .
DeLoubes..
Taormines.
De Sourelles.
Compagnies de Galere incorporéeau
Port.
Mrs de Baroiſe ..
De Caffaro.
De Bellicour..
DePoudens..
De Courcy.
Du Bart de Marolles.
AU PORT- LOVIS.
Mrsde Lachenaut.
De Marolles ..
De la Goudiniere ..
DeBarny .
De Change .
GALANT.
16 DeBerulle.
De Bochart,
De Roque feüille.
{
A ROCHEFORT.
Mrs du Roflau..
De Martel.
De Roquart..
DaMahes..
٢٠
DeS. Paul.
Deſgranges..
Du Roffel.
stlivean:
De S. Andre.IVOT A
De Caumont
De S. Eugene.
DeGramari.
DG C DeS. Loup.connettoma
DesRoches.
Audifredy.
De laRoqucb2500108901
De Vigeun.
De Courbon..
De S. Abre..
Jeannodado - o slog
Μια
92 MERCVRE
AU HAVRE .
Mrs de Languetot...
De Chamillard.
De Montagnes.
De Buquet
A DVNKER OVE
Mrs de Gratien.
De Marfonet ,
DesCartes.
арас
25
De Bonnemic.
De Benneville.
A TOVLONA 2
Mrs de Godimare .
DeGoeffroy.
DesGreain.
2 .
11
DeCarque ranne. quod 250
De Simona.
DuQueſnel.
DeBurques ,Cadeypool s
DeBeauffier .
De Boisjoly.
De Baudimare.
regis
De la Motte- Chabonnes.
DeMoras.
GALANT. 93
Quoy que ceux dont vous
venez de lire les noms demeurent
toujors Lieutenans de
Vaiſſeau , on n'a pas laiſſé d'en
créer encore quatrevingt avec
cent dixou douze Enſeignes ,
&cetGardese deMarine.Il s'en
preſentoitun bien plus grand
nombre , mais on n'a pas jugé
à propos d'en faire davantage
cetteannée.
J'ay tort , Madame , & vous
avez raiſon de vous plaindre ,
de ce que ſcachant combien
vous eſtimeztout ce qui part
de la Plume de Mr Perrault
je ne vous ay par envoyé les
Vers qu'il fit l'Automne dernier
pendant qu'il eſtoit à
Troyes , & qu'il adreſſa à Mrs
del'Academie Françoiſe. Puis
qu'ils font encore nouveaux
pour vous , je répare avec
94
MERCURE
beaucoup de plaifir la negligence
dont vous m'accuſez.
A MESSIEVRS
DE L'ACADEMIE
FRANCOISE .
ILLUSTRE& dofteCompagnie,
Où les richeſſes du sçavoir
Et les dons ſacrezdu genie
Auplus haut degréjefont voirs
Oùbrille lamême lumiere
Dont Romese montrafifiere
Quand le monde adorafes loix ;
Etlamême delicateffe,
Dont laſage&sçavanteGrece
Sefit tant d'honneur autrefois .
Soit que le devoirvous engage,
Suspendant vos emplois divers,
GALANT. 95
Apolir ensemble un langage
Quedois parler tout l'Univers
Soit qu'aufeu divin qui l'inſpire
Chaque espritſelaiſſeconduire,
Et que d'un vol precipité
L'Eloquence ou la Poësie,
Par la route qu'il a choiſie ,
Lemeneà l'Immortalité.
Souffrez que preßé de mon zele,
Etpour contenter mon defir ,
Levousrende un comptefidelle
Desdouxmomensde mon loiſir ;
Loiſir qu'aprés de longues peines,
Qu'aprésmille esperances vaines,
Chez vous enfin j'ay rencontré ;
Loiſir que charment les delices
Devos innocens exercices ,
Et que je leur ay consacré.
Danslebeau climat où la Seine
N'estencorqu'un jeune Ruiſſeau ,
Qui parmy les prezſe promene ,
Etles Embelitdefon cau ;
96
MERCVRE
Dont les campagnes fortunées
Se couvrent toutes les années
Desplus abondantes moiffons ,
Et dont les brulantes collines
Donnent aux cabanes voisines
Laplusexquise des boiſſons.
i
Librede tousſoins inutiles,
Et de ces chagrins devorans
Qui font au sein des grandes villes
Mouvoir tant d'hommes differenss
J'admire dans leur beautèpure ,
Les merveilles de la Nature ,
Ses biens,sa force ,sa grandeur ,
Son agiſſante quietude ,
Etfa pieuſe exactitude
Arendregloireàfon Auteur.
Quandl'Aftredu jourſerallume,
Es quefur le haut desfillons ,
I'apperçois la Terre qui fume
Au premier feu deſes rayous ;
Lorsque cette vapeur groffiere
Se confondavec la lumiere ,
I
11
GALANT. 97
Ilmesemblevoirun encens ,
Qui des plaines,montantparondes
Vers le Ciel qui les rend fecondes,
Luy portent leurs voeux innocens.
LesHabitansdesforestsfombres,
Demille couleurs émaillez,
Auffi- cost qu'en chaſſant les ombres
L'Aurore les a reveillez,
Neceßentparreconnoiffance
De chanter sa magnficence
Et de l'en fairefouvenir
Parla beautéde leur plumage,
Et parla douceurdu ramage
Qu'il leur donne pour benir.
Icy lesfillons reverdiffent
Desgrains qu'ils retenoientcachez
Plus loinj'envoy qui se noirciſſent
Sous le foc qui les a tranchez.
De tous coſtez les granges pleines
De lariche toiſon des plaines
Rendent cette agreable odeur ,
Qu'au frais d'une belleſoirée
Ianv.1691 . E
98 MERCVRE
4.
Exhale la moiſſon dorée
D'un champ qu'a beni le Seigneur.
泰1
Icy fous un toitde feuillages
Letraiſtrechant de l'Oiseleur
Contraint les Hostes des bocages
D'y venir chercherleur malheur.
Làſous un saule qui lecache,
LePescheur que l'espoirattache,
Ietteſes trompeurs hameçons ;
Mais en tous ces lieux la malice
Nedeçoit parſon artifice
Que les Oiseaux&les Poiffons .
Lorsque desyeuxde lapensée
Leparcours les autres Etats ,
Où dansſa fureur infensée
La guerre fait tant de degats,
Aprés que d'une ardeur extreme
L'ay beny l'Effence Suprême
Qui loin de nous chaffe ces maux,
Iebenis lePrince admirable ,
Par quiſa bonté favorable
Nous conferve un fi doux repos.
QUB
DE
LYON
*193*
THEQUE DE
GALANT.
E
ZION
VILLE
Seigneur, c'est ce
Que tu pris plaisiràformer ,
L'on nepeut , estant ton image,
Ny trop craindre , nytrop aimer ,
Aqui desfa plustendre enfance
LeSoin du bonheur de la France
Ade ta part esté commis ,
Quefeul tu chargesdesa cause,
Queseul sa providence oppose
Aux efforts de tes Ennemis.
pour montrer à toute laTerre
Quefon interest est le sien ;
Que dans tout le cours de la guerre
Tuseras fon ferme foûtien ,
Par une victoire fameuse ,
Et de la Sambre&de laMeuse
Il adéja rougi lesflors ,
Et plein d'une jufte colere
Puny leBatave& l'Ibere
Deleurs vains& jaloux complots
Ses Flotes toujours intrepides ,
E2
100 MERCVR E
Et que revere l'Univers ,
Ont chaßédes plaines liquides
Les orgueilleux Tirans des mers ;
Ils ontvà leurs Nefs triomphantes
Sous l'effort des bombes tonnantes.
Se brifer ainsi queroseaux;
Et leurs fieres poupes dorées ,
Desfeux à demy Wevortes ; ahh
Se cacher dans lefein des eaux.
Au pied des AlpesSourcilleuses
Unjeune Prince ambitieux ,
Denos armes victorieuses
Veut troubler le cours glorieux
Mais bien- toft malgréson audace
Du puiſſant bras qui le terrasse
Il fent quelle est la pesanteur ,
Etcombien on efttemeratres
Quandonse fait un adverfaire
Defon unique Protecteur
Cependant une affreufe Armée
Toute de fer,toute d'airain,
Contre nous derage anime ,
GALANTI FOL
:
Couvre les rivages du Rhin .....
Leur effroyable cimeterne
D'une horrible&sanglanteguerre
Nous a le malheur ampanga,
Et nostre feconde esperenca
Lejeune LOUIS quis'avavoe
En eft fierement menacé N
Mois d'unesi frivole audace
Le vain argueil ne l'emourpas ,
Et le Guerrier&sa menace
Diſparoiſſent dervant ſes pas.
Levif éclat qui l'environne
Les éblouis& les étonne ,
Leurglace le bras&le coeur ,
Et je voy quefa propregloire
Luyva derober la victoire
Que lay preparaitfa valeur: J
Seigneur,acheve&fais connoître
L'erreur de ces Princes jaloux ,
Quela ſplendeur de nôtre Maître
Afeule êlevez contrenaus.
Fais leur voir , quedans leur colere.
E 3
101 MERCVRE
Avec leBatave & libere
Ilssefont affemblezen vain i
Que leurforce n'est que foibleſſe,
Es que lagrandeur qui les bleſſe
Est un ouvrage deta main.
Surle Tiran , dont l'Angleterre
Afubi le joug rigoureux ,
L'horreur du Ciel&de la Terre,
Je ne daigne former des veux.
Aſſez zajustice irritée
Aleperdre eftfollicitée,
Sous ton bras ilvafuccomber
El tafoudre dès longtemps preffe
Qui gronde& roulefursa teste ,
N'attend que l'heure de tomber.
Le 24. du mois pafféVeille
dela Feſte de Noël Leurs AlteſſesRoyalesMonfieur
&Madame;
accompagnées deMonſieur
le Duc de Chartres& de
Mademoiselle ſe rendirent en
l'Egliſe des Peres Theatins, où
T
GALANT.
103
com-
Elles aſſiſterent à la folemnité
qui s'y fit pour la cloſture de la
neuvaine des Couches de la
Vierge. Le Pere Bourſault ,
jeuneReligieux de cetteMaifon
, y fit à Monfieur le
pliment que vous allez lire . It
fut extrémement applaudy ,
& trouvé digne d'un nom que
MrBourfault fon Pere a rendu
fameux par beaucoup d'Ouvrages.
MONSEIGNET ONSEIGNEUR,
Il n'estoit pas neceſſaire d'apprendre
à cette Assemblée que le
Seigneur doit arriver aujourd'huy ,
& que demain on verrafa gloire,
L'humiliation où elle voit Vostre
Atteffe Royale annonce affez que
l'Enfant qui doit naiſtrecette nuit
eft le Maistre absolu de toutes les
E 4
104 MERCVRE
Couronnes du monde. Ce n'est que
devant la Majesté de Dieu ,que
les Princes de l'Auguste Maison
de France font gloire de flechir
les genoux. Le Sang dont ils ont
L'honneur defortir tient un fi haue
rang parmy les Monarques de la
Terre, qu'ils naiſſent pour soumettre
les autres Puiſſances , &pour
n'eſtre foumis que devant leRoydes
Rois. Que cette foumiffion , Monfeigneur,
vous acquiert degloire,
& que le Divin Enfant qui prévoit
L'ingratitude des hommes qu'il ram
chete par l'excés de fon amour ,
trouve de confolation dans lafainte
impatience que vous avezde lere.
cevoir ! La piouse Reine àqui V
A. R. doit le jour , &dont les vertus
ont meritéde lajustice de Dieu
une Couronne immortelle , a tracé
àfaPofteritèle chemin que vous
enseignezà la vostre. Tant qu'ila
GALANT. 10
plú à Dieu qu'elle fuſt l'exemple
des Reines ,le modelle des Veuves ,
& l'édification des Fidelles , elle
n'a jamais manqué de venir dans
ce facré lieu adorer Jesus naiſſant.
V. A. R. l'a imitée ;°enera.
tion en generation les Princes qui
naiſtront de vostre Sang vous imiteront.
Courtisans , qui avez coutume
d'étudier l'inclination des Princes ,
pour regler voſtre conduite fur la
leur , & quiſouvent encensezleur
défauts pour les engageràautoriser
les vostres , vous n'aurez pas la
malheureuseSarisfaction de trouver
icy ce que vous cherchez. Iln'y a
que des vertus àadmirer. Dames
mondaines , qui croyez que vostre
delicateſſe vous diſpenſe de rendre
voshommages à la Creche de leſus
venezvoir la plus auguſte de touses
Les Dames parsanaiſſance , & la
ES
106 MERCURE
plus digne de l'estre parfon merite
partager avec la Mere de Dieu In
glorieuse qualité de fa Servante..
Et vous , tiedes Chreftiens , qui
voyez le digne Frere du premier
Monarque du monde,ſi ardent à
témoigner fon zele à l'adorable
Enfant qui abandonne leCielpour
laTerre,&quitte la gloire éternel
le pourvous l'acquerir:quelles excuſes
pourrez- vous avoir quand
il ne trouvera pas vos coeursdifpofez
à recevoir les graces qu'il y vient
répandre ?
Pardonnez - moy,Monseigneur,,
fi en presence de V. A. Royale il
m'est échapé d'adreffer ma parole
ailleurs ; je voulois animer ces
Chrestiens par l'exemple devostre
picté,&les engageràjoindre leurs
voeux àvos prieres , pour attirer
fur laFrance toutes les benedictions
dont la Naiſſance du Sauveur est
GALANT. 107
accompagnée. SousleRegnede l'invincible
Monarqueà qui la qua
Lité de Tres- Chreftien est si bien
deuë ,puis qu'il est aujourd'huy
leseul ,& l'inébrawlable appuy
du nom Chreftien , il femble que
la Terre où nous avons l'avantagede
vivre ,ſoit celle que Diew
avoit autrefois promiseàson Peuple.
Leshorreursdelaguerrenefont
que pour les Ennemis qui nous la
declarent;& la France attaquée
en tant d'endroitspar l'ambition&
par l'Hereſieſe conſerve dans toute
L'etenduë de ses limites ,& dans
toute l'integrité de sa Religion.
Quelle difference de ces paisibles
Climats àces Paysdefedition&de
revolt,e où les Loix de la Nature
font éteintes , & les privileges du
Sangviolez , où le culte deDieu eff
aboly,&l'impieté triomphante ,&
pourtout dire en un mot, où lesvere
*
108
MERCVRE
$
zus deviennent des crimes àpunir&
Les crimes des vertus àrecompenfer!
Tel , & plus horrible encore que
zoutes lespeintures qu'on en peut
faire, estle coupable Royaumefur
quiunUfurpateur vange tant de
Sacrileges ,& de Parricides , & qui
après avoir ferui d'instrument à
lacolere de Dieu , fera puny des
Sacrileges & du Parricide qu'il
commet luy- mesme. Qu'il nes'attende
plus à une mort auffi glo...
rieuse que celle dont il fut mena
cé devant Caffet,lors qu'aprés la
défaite entiere de ſon Armée,fa
fuite le déroba au bras victorieux
de V. A. R. Les Tyrans ne doi-
Dent pas mourir comme lesHéros;&
te Diadéme qu'il s'eft ose mettre
Sur la teste, est moins la Couronne
d'un Roy , que celle d'une victime
dont la lustice du Ciel demande un
memorable facrifice...
GALANT
109
Princes timides qui luy prétex
vestre appay , ou pluſtoft qui allezz
avec indignité mandier le ſien
Dieuamis un Monarque fur la
Terre à qui les grands évenemens
font refervez. Si aider àperfecuter
un Ray legitimevousparoît uneffort
digne de vous , LOUIS LE
GRAND fera voir que leprose
ger, lay donner unazile , & le ré
tablir dans fes Etats,font des actions
dignes de luy..C'est àvous
mon Dieu , à donner vostre Benediction
aux équitables deffeins d'un
Monarque quine combas que pour
étendre vostre culte ,& pour faire
Santifier vostrenom..Tous les Prin.
ces de cette Rayale Famille font
d'infatigables défenſpurs de vostred
gloire , toujours preſts àrcimenter
de leur sang les facrez Autels où
ils fon bumiliez dans larespectueu
Le attente dra Verbe qui s'et fais
9
A
110 MERCVRE
Chair,pour venir habiter parmi les
hommes. Si les Bergers quifurent les
premiersàla Creche de vostre ado..
rable Fils , astirerentsur eux les
premieres graces defa Naiſſance ,
voicy , mon Dieu ,vos images les
plus parfaites , qui previennent le
Cantique des Anges pour meriter
nos premieres benedictions. Repandez
, Divin Sauveur , répandez
fur cesillustresTestes toute laplenitudede
vos graces , & naiffet.
pour eftre leurfelicité en ce monde,
&dans l'autre leur beatitude éter.
nalle..
La ſincerité eſt un grand
charme pour gagner les coeurs
bienfaits, & quand elle accom
pagne l'amour , elle en ferre les
noeuds ſi étroitement qu'il n'y
a rié qui les puiſſe rompre. Vn.
Cavalier fort bienfait , & dont
GALANT. FHD
les manieres nobles ſouſtenoient
avec beaucoup d'avantage
, Celuy qu'il tiroit de fa
naiſſance , aprés fept ou huie
Campagnes où il ne s'eftoit
tiré d'affaires que par le gain
qu'il faiſoit aujeu , reſolut de
voir fi quelque heureux mariage
ne pourroitpointle mettue
en estat de reparer ce qui
luy manguoit du coſté de la
fortune. Il eſtoit Cadet , & né
dans une Province oùla pluf
part des Ainez emportent
preſque tout le bien de leur
Maiſon. Ainfiil n'avoit cu que
tres peu de choſedes ſucceſ
frons de ſon Pere&de ſa Mere,
& ayant trouvé des Achepteurs
, il vint à Paris avec une
fomme affez forte pour y pouvoir
ſubſiter avec éclat pendant
une année. Comme il
eſtoit fort galant,& qu'il avoit
BF2 MERCVRE
4
autant que perſonne , ce que
l'on appelle eſprit du monde
il s'imagina qu'en prenant les
Airsd'un hommeaiſé ,il reülfiroit
à ébloüir quelque riche
Veuve , qui en l'épouſant
partageroit fon bien avec lay..
Il eſtoit fort refolu denepoint
s'arreſter à l'âge , & la plus
vieille luy paroiſſoit mefme la
plus propre à ſon deſſein,parce
qu'elledevoiteſtre plus aiſée à
prendre , & qu'il auroit moins
de temps à vivre avec elle..
Dans cet eſpris il ſe miten
équipage, prit un train fort
propre ,& un ancien Valetde
Chambre en qui il avoit une
confiance entiere ,ayant inf
truit fon Cocher & ſes Laquais
de ſes pretenduës richeſſes , il
n'euſt point à craindre qu'aucund'eux
puf. découvrir qu'i
PA
GALANT.
113
n'eſtoit pas ce qu'il paroiſſoit.
Ses domeſtiques eſtant habillez
,&le Carroffe choifi , il
s'accommodad'unAppartemet
fort bien meublé dans un
Hoſtel Garny des plus renommez
, & le hazard voulut
que dix jours aprés unejeune
VeuvedeProvince,qui chan.
geade logement, en arreſtaun
dans le meſme Hoſtel. Elle ne
l'eut pas fi roſt occupé , qu'il
luy fit demander permiſſion
de luy rendre ſes devoirs. Il
en fut receu fort civilement,
&il connut des fa premiere
vifite qu'elle n'étoit pas moins
eftimable par ſon efprit que
par ſa beauté.C'eſtoit unebrune
tres- agreable , & qui faisoit
une aſſez belle figure , ayant
Caroffe & un train honneſte.
elleeſtoit depuis fix mois àPa114
MERCVRE
1
ris, où la pourſuite d'un procez
fort important ne la laiſſoitpas
fans exercice . Comme naturellement
on aime à ſervir les
Dames , & fur tout celles qui
portentdansleur perſonne des
recommandations favorables ,
le Cavalier luy offrit ſes ſoins
auprés de ſes Juges. Il vous eſt
aiſe de croire qu'on les accepta
avec plaifir ,puis que c'eſt
là le ſenſible des Plaideurs , &
que par plufieurs raiſons il y
alloit de la gloire & des avantages
de la belle Veuvedevenir
à bout de.fon entrepriſe.
Le Cavalier entra dans ſes intereſt
avecd'autant plus d'empreſſement,
qu'ayantapprispar
Je rapport de ſes gens qu'elle
eſtoit fort riche ; car les domeſtiques
ne manquent jamais de
ſe dire l'un à l'autre ce qu'ils
GALANT.
115
ſçavent de leurs Maiſtres , il
connut en peu de jours que
tout ce qu'il luy diſoit de flateur
& d'obligeant commençoit
à faire impreſſion ſur ſon
cooeur. Ainfi il eut lieu de ſe
flater,que s'il s'intriguoit aſſez
pour contribuer à luy faire gagner
ſon procés , la reconnoif.
ſance pourroit ſe joindre à l'amour
, & produire en ſa faveur
ce qu'il attendoit de ſon Etoile.
Cette penſée luy fit redoubler
fes diligences auprés des Avocats
& des Procureurs , & le
compte qu'il avoit à luy en
rendre luy donnant occafion
de la voir àtous momens, il fe
ſervit ſi bien du talent de perfuader
tout ce qu'il vouloit ,
qu'en eſtant effectivement
tres - amoureux , il la convainquit
de toute la force de fa
116 MERCVRE
paffion.Deux mois ſe paſſferent
dans les témoignages reciproques
d'un amour naiſſant , &
dont le progrés ne plaiſoit pas
moins à l'un qu'à l'autre , &
quand le Cavalier le crut affez
affermy pour ſe pouvoir décla
rer , il s'expliqua avecdes termes
ſi paſſionnez , qu'il eſtois
aiſé de voir que le cooeur s'ac
cordoit avec la bouche. La
Dame , dont la Demoiselle
s'eſtoit informée ſous main de
la naiſſance& dubien du Cavalier
n'en avoit rien appris
que de fort avantageux , & les
apparences répondant à ce
qu'on luy endifoit , elle nepût
ſe défendre de luy témoigner
que ſa declaration luy faifoit
plaifir , mais avant que la choſe
allaſt plus loin , elle voulut for
tir d'un ſcrupule , & fçavoir
GALANT.
117
du Cavalier ſi elle pouvoit ſe
croire affez fortement aimée ,
pour ne devoir point apprehender
qu'il entraſt dans ſon
amouraucune autre veuë que
celle de l'amourmeſme. Il luy
proteſtaque ſon ſeulmerite en
eftoit la caufe , & aprés qu'elle
eut receu cette affurance , elle
ſe crut obligéedeluy apprendre
qu'en ſe reſolvant à l'époufer,
il devoit compter fur un
bien tres mediocresqueleCarroffe&
tout l'équipage qu'illuy
voyoit , n'eſtoient point à elle ;
qu'un Oncle au nom de qui
le procés qu'elle pourfrivoit
avoit eſte intenté , fourniſſoit
àtoute cettedépenſe; que luy
voyantune affez iolie figure, il
avoit voulu qu'elle l'euſt accompagné
à Paris , perfuadé
qu'une agreable perſonne ef
118 MERCVRE
toit toujours écoutée favorablementdes
luges; qu'une Fille
unique qu'il avoit,& qui eſtoit
un fort grand party,avoit conſenty
pendant ſon abſence àſe
laiſſer enlever d'un Convent
où il l'avoit miſe à ſon départ:
que ce malheur l'avoit rappellé
& luy cauſoit de grands embarras,
parce qu'il avoit affaire
à un Parent du Gouver.
neur de la Province qui avoit
beaucoup d'Amis , & qu'il
devoit revenir ſi toſt qu'il
ſeroit mis en eſtat de tirer
raiſon du Raviſſeur. Le Cavalier
, dont la confidence qu'-
on luy faifoit , renverſoit les
eſperances , en eut un chagrin
qu'il luy fut impoſſible de ſurmonter.
Il parut tout à coup
fur ſon viſage , & la Dame
s'appercevantde ſon trouble ,
GALANT. 11.9
luy dit qu'elle voyoit bien
qu'il eſtoit fait comme tous
les autres hommes , & que
l'amour qu'il luy proteſtoit ,
n'eſtoit pas auffi deſintereſſé
qu'il vouloit le faire croire.
LeCavalier qui avoit le coeur
veritablement touché , luy dit
qu'elle luy faisoit beaucoup
d'injuſtice , puis qu'il eſtoit
preſt de l'épouſer, s'il luy falloit
cettemarque de l'entier pouvoir
qu'elle avoit fur luy , mais
qu'après ce qu'elle venoit de
luy avoüer , ſon honneur l'obligeoitde
luy parler ſans déguiſe.
ment. Ladeſſus il luy rendit ſin
cerité pour fincerité , & l'ayant
inſtruite de l'eſtat de ſes affaires
illuy ditque c'eſtoit à elle à
examiner ſi ayant tous deux
de la naiſſance fans aucun
moyen de la ſoutenir , ils de120
MERCURE
voient hazarder un mariage
dont les fuites ne pourroient
que les rendre malheureux ;
que non ſeulement il eſtoit
fans bien , mais qu'il ne pouvoitpas
meſmeeſperer lamoindre
ſucceſſionsqu'à la verité ſon
Aîné eſtoit fort riche , mais
qu'outrequ'il n'eſtoit pas en.
coredansun âge extremement
avancé,il avoitdeux Filsd'une
fanté vigoureuſe ,& qu'ayant
pour elle autant d'eſtime qu'il
avoit d'amour, il ſe reprocheroit
toute la vie comme un fort
grand crime , d'avoir abuſe de
ſa complaiſance , quand même
elle voudroit bien luy facrifier
tourſon repos . LaDamene put
s'empeſcher de faire paroiſtre à
fon tour ſa ſurpriſe & fon chagrin.
Elle n'avoit attendu rien
moins que cette ſecondedeclaration
,
GALANT. T21
ration ,&il eſtoit extraordinaire
que faiſant tous deux leur
bonheurde leur amour , ils ſe
trouvaſſent également dans
une ſituation malheureuſe qui
les mettoit hors d'état de rien
faire l'un pour l'autre . A prés avoir
raiſonné long temps fur
leuravanture , ils ne purent ſe
cacher qu'il falloit qu'ils renonçaiſentaux
eſperances flateuſes
qui avoient formé leur
engagement , mais il leur fut
impoſſible de renoncer aux
- fentimens de tendreſſe dont
ils s'eſtoient fait l'aveu , &
fans fçavoir à quoy pourroit
aboutir leur paſſion ils ſe promirent
de s'aimer toûjours .
Le Cavalier redoubla ſes ſoins
pour ſervir l'aimable Veuve ,
& il le fit fi utilement qu'il
mit ſon procez en état d'eſtre
Janvier 1691. F
122 MERCURE
gagné. Quoy qu'il ne confervât
plus aucune pretention fur
le mariage où il avoit crû d'abord
la conduire , il ne laiſſoit
pas d'avoir pour elle les mefmes
empreſſemens,&non ſeulement
il ne voyoit qu'elle ,
mais il auroit refufé un party
confiderable s'il s'étoit offert .
LaDame de ſon coſté trouvoit
un charme ſenſible dans le plaifir
de le voir,& malgré la certi .
zudequ'ils pouvoient avoir de
n'eſtre jamais unis,il euſt eſté
difficilede trouver dans l'uniondedeux
coeurs un attachement
plus veritable. L'Oncle
arriva dans ce meſme temps ,
& revint fort indigné de ce
quele trop grand credit du
Raviffeurde ſa Fille l'avoit
obligé de ſouffrir ſon mariage,
mais quoy qu'il en euſt ſigné
GALANT .
123
le contract , il avoit gardé
pour l'un & pour l'autre un
eſprit d'aigreur qu'ils avoient
tâché inutilement de luy faire
perdre. Son reſſentiment
éclatoit fur tout contre ſa Fille
, qui ayant permis qu'on
l'enlevaſt , luy avoit donné un
Gendre qu'elle ſçavoit bien
qu'il n'agréoit pas. Cependant
il ne lauſa pas à ſon retour
d'apprendre avec joye ce qu'il
devoit aux foins de ſa Niece,
par qui ſon procez avoit eſté
mis dans l'heureux état où il
le trouvoit. Il luy en fit des
remercimens tels que demandoit
la tendre amitié qu'il
avoit pour elle , & ayant eſté
informé en meſme temps du
fecours que le Cavalier luy
avoitpreſté, il luy en marqua
fa reconnoiſſance par mille
!
F 2
124
MERCVRE
offres de ſervice . Comme il
le voyoit ſouvent , & que le
merite qu'il luy connut , augmentoit
pour luy de jour en
jourpar les bons offices qu'il
luy rendoit auprés de ſes Juges
, il ne put condamner la
liaiſon qu'il remarqua bien
qui s'eſtoit formée entre luy
& fa Niece pendant ſon abfence.
La Dame ne luy cacha
point qu'elle avoit beaucoup
d'eſtime pour leCavalier , &
fans entrer dans aucun détail
de ce qui s'eſtoit paſſe entre
eux , elle ſe contenta de luy
dire que quand il
pour elle les ſentimens les
plus favorables , il luy ſeroit
inutile de les écouter , puis
qu'il n'eſtoit pas plus riche
qu'elle & que le manque de
bien eſtoit leplus fort obſtaauroit
GALANT.
125
,
ele que puſt rencontrer l'amour,
La matiere ne fut pas
-pouffée plus loin . Il s'ecoula
encore quelque temps , & le
Cavalier continuant à s'inte
reffer avec ardeur pour l'Oncle
de l'aimable Veuve
obtint Arrest , & eut gain entier
de cauſe. Il s'agiffoit de
cinquante mille écus , dont il
fut payé partie en argent
comptant , & partie en heri.
tages qui estoient aſſez à ſa
bienſeance. Lors qu'il eut reglé
toutes lesaffaires , le defir
de ſe vanger de ſa Fille le
preſſant de plus en plus , il
declara à ſa Niece , pour qui
il avoit toujours marqué une
tendreſſe fortparticuliere ,que
fur l'argent qu'il venoit de
recevoir , illuy deſtinoit vingt
mille écus , & qu'il vouloit
outre ce preſent , luy faire
F 3
126 MER CURE
la donation d'une Terre qui
en valoit bien encore dix mille
: à condition qu'elle ſe
choiſiroit un Mary avant
que de retourner dans la Province,
l'aſſurant qu'il conſen .
tiroit à tout , pourveu que
fon coeur fuſt ſatisfait. C'étoit
luy en dire afſſez ; auſſi ne balança-
t-elle point à choiſir le
Cavalier. Il fut agréé de l'Oncle
,& lemariage ſe conclut en
peu de jours. Ils allerent avec
Juy dans la Province , où les
vingt mille écus furent employez
en fonds ſans que le Gendre
oſaſt murmurer de cette
donation. Sa ſucceſſion devoit
eſtre encore ſi conſiderableque
la Fille & luy s'eſtimerent fort
heureux de ce qu'il promit enfind'oublier
l'enlevement. Les
Mariez goûterent toutes les
GALANT. 127
douceurs dont une union parfaite
peutfaire jouir deux tendres
Amans , & unan aprés , la
Dame fut récompensée de fa
generoſité. Le Frere du Cava
lier qui avoit deux Fils, eut le
malheur de les perdredans la
JournéedeFleurus,&la douleur
qu'il en reſſentit fut ſi violente,
qu'il en mourut peu de temps
aprés . Ainſi le Cavalier ayant
herité de tous fes biens , eutle
plaiſir de mettre la Dame en
eſtat de s'applaudir du ſacri .
fice qu'elle luy avoit fait de
ſa fortune.
***
F4
12.8 MERCURE
******
LETTRE
D'un Gentilhomme François,
aan de fes Amis refugié en
Angl terre, furla Harangue
du Prefident de la Tour.
MONSIEUR, ONSIEVR ,
Quand vous nous avez envoyé
la Harangue du President de la
Tour , nous avons compris cequ'apparemment
vous n'ofieznous man.
der, que vous vouliez nous faire
rive , ou platoſt nous faire pitié. Il
n'y a pas eu en effet depuis 'ongtemps
une production plus ridi ule
quécetteHarangue , &jem'étonn
que vôtre Cour en ait fait une matiere
de triomphe , en la faijan:
imprimer en François &en An-
:
GALANT .
129.
glois, comme une piece fort vare.
Elle l'eft veritablement, mais c'est
par la bizarrerie despensées &des
expreſſionsplus dignesduperſonnagequi
l'a prononcée,que du Prince
du nom duquel il a vray-Semblablement
abuse , car nousnepouvons
croire qu'en quelque mauvais état
queforet les affaires de M. le Ducde
Savoye,il ait pûs'abaiſſerjusqu'àse
väter publiquementde l'honneur
qu'il a d'appartenir au Prince
d'Grange , luy demander ſa protection
, l'aſſurer d'un attachement
inviolable à ſon ſervice ,
& d'un reſpect infini pour ſa
perſonne facrée. Ouy , Monsieur,
nous avons peineà croire que S. A.
R. qui a toujours foûtenufon rang
avec tant de dignité à l'égard des
Testes couronnées , à meilleur titre
que celle du Prince d'Orange , ait
pû mettre des paroles fi baſſes & fi
E
いい
130
MERCURE
indignes dans la bouchedefonEnvoyé.
Nous croyons de plus que
dans toute la Courde Savoye il ne
Seferoit pas trouvé un homme de
qualité ou de vertu , qui euft voulu ,
en prononçant une demi page de
mauvais Fraçois,donner lieu de crei
re qu'iln'any bons sens,ny religion,
ny fenfibilitépour l'honneur defon
Maitre. Ilfalloit donc un Ministre
d'un ordre tout different pour donner
cette comedie au public. Ne
voussouvenezvous pas d'avoirven
ici des Savoyards de toutesfaçons ?
Vous sçavez qu'ily en a qui font
bons à quelque chose , &jem'étonne
que parmi les moyens de ruïner
La France, les Politiques de Hol-
Lande ont oublié celuy dobliger le
Ducde Savoyeà les rappeller, pour
priverd'unfecours auffi neceſſaire
que celui des Ramoneurs de cheminées.
Ily ena de feneants qui con.
GALANT.
rent les rues , chargezd'une grosse
bëte emplie de Marionnetes,&de
petites machines propre à amuser
des enfans. Le Savoyard a une
chanson ausfiridicule quefamachine.
Dicu , la Vierge , les Saintsy
Sontmélez àpropos de rien , la mu
ſique répond à toute la piece ,&
quand elle est finie , il demande
l'aumône. Pardonnez-moy cette
ridicule comparaiſon ;maisnous ne
voyons point de ces Savoyards,qu'ils
ne nous faffent penserà cette honteuse
Ambassade. Quandle Prelident
de laTour est arrivé en Hollande
, vousſpavezavec quels airs
importansily a paru , & lesprojets
dont il amusoit les Ministres des
Alliez , devant lesquels il faisoit
marcher avec le bout du doigt ces
Armées imaginaires qui devoient
entrer dans le coeur de la France.Le
jeu auroit eté plus beau ,si la ba
132
MERCVRE
raille de Staffarde n'avoit fort dé--
concerté toute la machine. Enfin il
ademandé de l'argent ,& il en a
obtenu affez pour payer ſongifteen
Hollande , &faireboire les Minitres
des Alliez à laſantédu Prince.
d'Orange. Ensuite il est paſſe en
Angleterre, & c'est là qu'il achan
téla chanson. On des principaux.
traits de l'éloquence de ces Savogards
, est de donner de beaux noms.
àceux qu'ils amusent. Monfei--
gneur mon brave Prince,font
des qualitez qu'ils donnent au pre-.
miervenu commele Preſident de
La Tour n'a pas épargné les titres
bizarres & extravagans , quele
Prince d'Orange luy- mesme , avec
le bon sens qu'il a , ne peut avoir
entendus qu'avecmépris.Je ne dou
ze pas qu'il n'en ait ry de tout fon
coeur,fur tout quand il l'a veu tombersur
les Decrets Eternels de la
GALANT.
133
Providence. Il a enfin demandé de
L'argent , mais ce n'est pas chez les.
grands Seigneurs que ces fortes de.
gens gagnent leur vie. Ainsi il est
révenu les mains vuides , &voilà
nostre comparaison achevée. L'idée
en est ridicule, je vous l'avonë,mais
ne vous en fächez. pas , je vous
prie , carfinous examinons la Harangue
plus ferieusement , ily a
bien d'autres choses à dire .
L'affectation bizarre avec laquelle
il s'estfervy à chaque periode du
mot de Perſonne ſacrée , ſacrée
Maieſté , Teſte ſacrée , quin'est
pas dans l'usage de la langue dans
laquelle ila parlé, est-ellesuppor
table ? On voudroit bien luy de
mander comment cette Teste qui
n'estoit rien moins que facrée , ily
a trois ans , l'est devenue. Est- ce
parlabenediction de ces Evesques ,
avec qui l'Archevesque de Car
134
MERCVR E
torbery &les autres bons Protestans
ne veulent avoir aucune сотти-
nion ? Si c'est cela qu'il a voulu
dire , il a bien fait de quitter la
Soutane, car ce n'est pas estre Catholique
que de parler ainsi.
:
Ilfelicite le Prince d'Orange au
nom du Duc de Savoye , fur fon
glorieux avenement à la Couronne
, deuë à ſa naiſſance ,
meritée par ſa vertu , ſoûtenuë
par ſa valeur. Les trois points de
ce Sermon font fort justes , puis qive
la vertu & la valeury ont autant
de part que la naissance. Si le Prin..
ce d'Orange aime tant lajustice,&
que la droiture de fes intentions
foit aussi grande que le dit ſon Pa.
negyriste, s'ileſt ſenſible àtous les
maux que fon seul interest cause
dans toute la Chrestienté, qu'ilmet.
te le premier article en arbitrage,
pour fairejuger par qui il voudra
GALANT.
13
mesme par les Anglois, si sa naisfance
luy donneun titre legitime à
la Couronne qu'il a ufurpée. Onest
bien aſſuré qu'il n'oferoit le faire ;
& auffi le droit que luy donne sa
naiſſance ne fera jamais un obstacle
àla Paix. Les Souverains qui se
trouvent engagez à foûtenir fa
cause , reconnoistroient bien- soft'
quel interest ils auroient à ne pas
autoriser unesemblable ufurpation,
contraire à toutes les Loix , & fi
peu conforme à celles d'Angleterre,
qu'il lesa fallu caffer toutes
, pour le faire entrer comme
Par labreche,& en faire de nouvel .
les , qui nepeuvent subsister que
dans une révolutiongenerale.com
me celle que nous voyons preſentement
,&qu'il auroit luy- mesme u
interest preſſant de détruire , s'il
devenoit paisible poffeffeur de la
Couronne, Voila le titre de fa naif136
MERCVRE
Sance ; celuy de fa vertu est àpeu
prés aussibon . Mais quand Mr de la
Tour parlede vertu , ou il n'en
connoiftpas le nom , ou il l'employe
dans cettefignification vaſtede la
Langue Italienne, qui comprend la
vertu & lavice, l'industrie bonne ou
mauvaise , & qui ne convient pas
plus auHeros,qu'au Joueur degobelets&
au Coupeur debourses. Il est
vray quand des Bandits , des Barbets
,des Rebelles de Mondovi,des
Ministres armezdeviennent à la
mode , comme ilsfont preſentement
en Piedmont , la vertu du Prince
d'Orange peut fraper les yeux.
Perſonne cependant ne s'avisa à
la mort de Charles II. que cette
vertu le dust faire parvenir à la
Couronne à l'exclufion de l'Heritier
legitime , qui estoit alors
Gatholique auffi declaré qu'il l'est
presentement.Cette vertufutsibien
GALANT.
137
oubliée, que personne neſeplaignit
du tore qu'on luy avoit fait , & il
nosa luy - mesme s'en plaindre.
Quand enfin il ajoûte que cette
Couronne ufurpée est soutenuëpar
fa valeur, il femble qu'ils'est voulumoquer
de luy ..Oùfont doncces
exploits militaires ? Est- on grand
Capitaine pour avoir ſceu débaucherune
Armée,&tourner les axmes
d'un Peuple furieux contre un
Roy legitime, pouravoir profité de
la terreur panique de quelques
Troupesà laJournée de Boine ,
pouravoir levéprademment le siege
de Limerik , car voila tousſes exploits
militaires depuis qu'il est en
Angleterre? Non , Monsieur , cene
Sontpaslàles beaux endroits devof.
tre Heros. Qu'il soit brave de fa
personne tant qu'il plaira à ceux
qui l'admirent,fice n'estoit quepar
ce titre qu'il eust disputéla Couron
138 MERCVRE
il ne
ne au Roy Son Beau-pere ,
l'auroit pas plûcost obtenuë que
parsa naissance & parsa vertu.
Mais cet exorden'est rien en comparaiſon
de ce quifuit. Vousn'avez
paseu de peine à connoistre par le
commencement de cetteHarangue,
que l'Auteur est fort mauvais
Theologien,vous enferez encoreplus
perfuadépar lafuite.
La Providence , dit- il ,avoit
destiné la Couronne à voſtre
teſte ſacrée pour l'accompliſfement
de ſes deſſeins éternels
, qui après une longue
patience tendent toujours à
fufciter des Ames choifies ,
pour reprimer la violence &
proteger la justice. S'ily a du
fens dans ces grands mots, c'est que
l'avenement du Prince d'Orange à
la Couronne, eftun effet de la providence
de Dieu,fans les ordres duquel
GALANT
139
१
*
iln'arrive rien en ce monde ; mais
ce n'est pas ce que l'Envoyé de Savoye
a voulu dire . Il a voulu parler.
d'unevocation toute particuliere &
miraculeuſe , ſans laquelle en effet
le Prince d'Orange auroit eu encore
long-temps à attendre l'accomplis-
Sement de ces deffeins éternels. Elle
trouvoit un obstacle invincible dans
les Preceptes du Decalogue , dans
les principes de l'équité naturelle
dans toutes les loix divines & bumaines
, que ta difference des Re
ligionsn'a jamaisdétruites & enfin
dans les loix particulieres de l'Angleterre.
Il a genereusement fur.
montétous ces obstacles , & c'est en
quoy cettevocation a des caracteres
merveilleux , & peut estre compa.
réeàcelle d'Attila , pour la qualité
de Fleau de Dien, à celle de Cromvvel,
& d'autres ſemblables Vaiffeauxdefa
colere.Ce n'est pourtans
140
MERCVR E
८
pas l'idée qu'ilnous pretend donner
du Prince d'Orange , qu'il repre-
Sente comme une ame choisie , c'est
à dire un élu & un predestiné , qui
n'a fait qu'executer les decrets
éternels de la Providence. Hfailoit
d'abord nousfaire voir que les Commandemens
de Dieu & toutes les
Loix n'estoient pas faites pour luy ,
mais pour les ames vulgaires , qui
n'agissent, que par les maximes
fimples &groſſieres de l'Evangile ,
de l'équité naturelle, qui n'ofent
faireà autruy ce que nous nevoudrions
pas qu'on nousfist , qui craignentun
Dieu vangeur de la Foy &
desfermensviolez ,&qui honorent
leurs peres &leurs meres . On an
vouëra au moins que ce n'est pas.
par ce chemin batu du Chriftianisme
, ni mesme des vertus morales
, que Dieu a conduitle Heros
de la Ligue à l'accomplisse..
GALANT.
141
ment de ces deffeins éternels , si
opposez àſa volonté , déclarée par
Jesus- Christ fon Fils & par ses
Apostres. Il ne faut pas non plus
oublier que cet instrument extraordinaire
des deſſeins de Dien , n'est
pas dans le ſein de l'Eglise Catholique
, bors de laquellevoussçavez
que nous ne connoissons point d'élûs ,
ny d'ames choisies , mais des reprouvez
, instrumens de la colere de
Dieu , pourpunir les crimes, qualité
que peut - estre personne ne peut
difputer au Heros de nostreHaranqueur.
MaisSans s'arreſterſur cet
article,ſuppoſons que nous parlons
àdes Protestans , c'està dire , à
ceux qui ont la conscience affez
large,pour croire que ce procedé
puiffe s'accorder avec les regles de
la Morale Chrestienne , car vous
Sçavez que tous n'en conviennent
pas. Nous leur demandons ,fi dé- *
142
MERCURE
pouillerſon pere &sa mere , opprimerle
pupille, violer lesfermens ,
&prendre le bien d'autruy, nesont
pas des actions contrairesauDecalogue
, &à la Loy naturelle. Voilà
le droit , & ils n'en peuvent difconvenir
, ny par confequent que re
nefoient des crimes execrables, dignes
de la colere de Dieu , & de
l'horreurde tous les Chreftiens. Le
Roy d'Angleterre n'est il pas dépouillé
, opprimé , pillé , chaſſe
parsa Fille& par son Gendre?
Les Angloisn'ont- ilspas violétous
lesfermens les plus facrez , puis
qu'en les preſtant ils ont declaré
par des clauses expreſſes , qu'ils
parloientfans équivoqueny reſtriction
mentale , & qu'aucune autorité
ne les en pouvoit diſpenſer ?
La Couronne d'Angleterre n'estelle
pas entre les mains d'un Eftranger,
quifelon les Loix du pays
GALANT .
143
ss'y a pas plus de droit qu'ilen avoit
ily a trois ans ? Voilàle fait ,
&par la conſequence qui eft aisée
àtirer , ilparoist que tout cela est
contrela volonté de Dieu,& contre
toutes les Loix divines & humaines.
Cependant le Preſident dela
Tourvient nous aſſurer à la face
de toute l'Europe , que ce tiſſfu de
crimes énormes , est l'accompliſfement
des deſſeins deDieufurune
amechoisie.Cen'est pas des deſſeins.
conformesàſavolontémarquéepar
lesEcritures ,&par conſequent il
faut en chercher une autre directement
contraire, Sur quoy peut - elle
donc estre appuyée,si ce n'eſtſur les
Resultats de la Convention , qui
mesmen'ayant esté faits qu'aprés
coup , we peuvent rectifier par un
effet retroactif,le crime qui les a
precedez : ou fur les complimens de
L'Empereur,duRoy d'Espagne,&
b
1
144
MERCVRE
des autres Alliez , &fur le certi.
ficat du Preſident de la Tour. Si un
Angedefcenduda Ciel nous venoit
dire qu'il ne faut pas honorer fon
pere&sa mere, qu'on peut violer
les fermens , & prendre le bien
d'autray , voussçavezque selon S.
Paul nous devrions tuy dire , anatheme.
Imaginons nous qu'il en
vient unqui nousdit:Mes enfans,
faites comme cette ame choifie,
le Prince d'Orange .Quand
vôtre Beaupere vivra plus que
vous ne voudrez , quand il
naiſtra de petits Beaufreres incommodes
, qui vous excluent
d'une ſucceſſion ſur laquelle
vous aurez compté; chaſſez-le
de fa maiſon ,prenez ſon bien,
laiſſezerier l'enfant,Dieu vous
benira . Cela luy déplatſoit autrefois
,mais ila changé d'avis.
Qui pourroit douter que cenefuft
1113
GALANT. 145
an Ange de tenebres ? Cependant
voilà ce quenous diſent depuis deux
ans,des gens qui aſſurement ne
fontpasdesAnges : quiaprés toutes
les extravagances qu'ils ont publiées
, ne peuvent paffer que pour
des foux furieux , & qui sont
traitez pour tels par leurs propres
Confreres. Enfin c'est ce que le Mi
nistre de Savoye s'est approprié ,&
qu'il a pris comme lefondement de
SaHarangue. Quand il se feroit
dix mille miracles en faveur d'un
procedé si odieux&fi contraire au
Christianisme,&à toutes les Loix,
lafoy nous obligeroit à les regarder
comme ceux que l'Antechrift fera
quelque jour : mais ils nedevroient
pas nous faire douter de la verité
de la Religion & des Commandemens
de Dieu , qu'ilrenverſe. Ingez
donc de ce que nous devons penſer ,
quand on n'apoint d'autres miracles
1anv.1691. G
i
1.46
MERCVRE
à nous alleguer , que les merveilleux
commencemens de
fon regne,qui ſont des preſages
aſſurez des benedictions que
le Ciel prepare à ladroiturede
ſes intentions. Cescommencemens
n'ont rien de miraculeux , puis qu'il
n'y a rien de plus éloignédumira.
cle, que devoirles Angloisrevoltez
Sansfujer contre leurs Rois legitimes.
C'enseroit unde les voirfidel
les& contents du meilleur état de
leurs affaires. Les autres effets mi.
raculeux & les benedictions que ce
Heros leur a attirées ,font la perie
d'une partiede la Hongrie, la defon
lation des Pays Bas & de toute
l'Allemagne , voila celles de la
Ligue , & pour l'Angleterre , des
taxes insuportables , la ruine du
commerce, la perte honteuse d'une
bataille Navale , la defolation
generale des Provinces , &le ren
GALANT. 147
versement de toutes les Loix. Ce
font là les premieres benedictions ,
&file Ciel mesure celles qu'il leur
prepare dans lafuitefelon ladroi
ture des intentions du Prince d'orange
, ils n'ont qu'à s'armer de
patience. S'il y a des Catholiques
affezsimples , pour demander à
Dieu qu'il beniſſe les deſſeins des
Ennemis de leur Eglife; s'il y a des
Protestansaffez enteſtez pourfaire
deſemblables prieres , noussommes
perfuadezqu'àmoins qu'ilsn'ayent
perdu l'esprit , ils demandenttoute
autre chose qu'un bonheur proportionnéàla
droiture des intentions
d'un homme, qui a une conscience
pour l'Angleterre,une pour l'Ecoffe
unepour la Hollande , & unepour
les Pays Etrangers. Croyez- vous
qu'ilsy aitquelque Fanatique affez
horsdefens ,pourdemander àDieu
une Fillefemblable à cette Princef-
G2
148 MERCURE
1
fe , qui fait monter avec elle
la vertu fur le Trone , comme
luy a dit le President de la Tour ?
Croyez- vous que les Flamans , les
Hollandois, les Allemans s'accommodent
long - tems des benedictions
que leur a attirées le commencement
de ce glorieuxregne : & que
lesAnglois nesoient pas fort las de
celles dont il les a comblez ? Vous
ensçavezaſſez de nouvelles. Vous
avez veu l'etat florifſfant du Pays
avant la revolution ; vous en con.
noiſſezla difference, & vous pouvez
juger s'il est prest de ſe voir
rétably dansſa premieregrandeur;
car pour rompre les chaiſnes
dont l'Europe eſtoit accablée ,
qui eft le magnanime deſſein
du Heros de noſtre ſiecle, d'eft
à dire , abaiſſer la puiſſance de la
France, c'est un article far lequel
les decrets éternels revelez à vos
با
GALANT.
14)
ς
Viſionnaires , ne nous diſent encore
rien , & vous m'avouerez que trois
Batailles perduës l'année derniere,
font de grandes épreuves pour la
foy des Alliez , s'ils en ont fur de
Semblables Prophetis . Mais y at-
il chaines &fervitude pareille
acelle qu'ils ont à souffrir de celuy
qu'ils regardent comme leur Liberateur
? Ne les traite- t'ilpas avec
toute la hauteur possible ,& ne
facrifie- t'ilpas tous leurs interests
aux fiens ? L'Empereur luy doit
déja la perte d'une partie de la
Hongrie; les Princes & Etats de
l'Empire la ruine de leurs Pays; les
Hollandois ſe vanteront - ils qu'il
arompu leurs chaines ,& celles
dont Mr le Duc de Savoye s'est
chargé , font elles moins pesantes
que celles dont il a pretendu le dc.
livrer?Car enfin,Monsieur, quelles
estoient ces chaines, fi cen'est qu'il
iso MERCVRE
-
vouloit perir , & que ne pouvant
L'empefcher avec raifon, on vouloit
l'en empécher parune contrainte
Salutaire ? Maisla France a
t'elle jamais exigéde luy des baf-
Seſſesſemblablesàcelles qu'il fait
Sans aucun profit ? Luy a-t'on fait
Autantde maldans le tempsmême
qu'onpouvoitne le plus ménager
queluy enontfait ces Troupes au
xiliaires quiluy ont renduſipeu de
fervice ; Y at- il fervitude pa.
reille à celle de renoncer à fon
vang , pour fléchir le genouil de.
vant l'Idole de la Ligue & de:
traiterde Sacrée Majesté celuy
qu'il auroit il y a peu de temps:
honoré en le traitant de Coufin ?
Enfinya-t.il choseplus indigne que
ce qu'on luyfait dire touchant la
joye qu'il a eſté contraint de
referrer dans ſon coeur , qu'il
n'a fait éclaterque par les eſperances
de liberté que le ſeul
GALANT. 1
nom du Prince d'Orange luy a
faitconcevoir aprés tant d'années
de ſervitude ? Quoy , un
Ministre qui doit couvrir les foi.
bleſſes defon Maistre,a la bardieffe
de le faire paſſer publiquement pour
un fourbe & pour un traiſtre !
Mais ila cru que comme latrabifon
& le mépris des Traiteza esté le
premierpas que chacun des Confe
derez a fait en entrant dans la
Ligue , il ne falloit pas que cet
avantagemanquaſt àfon Maistre.
Voila , Monfieur , les principales
reflexions que nous avons faites icy
Sur cette Harangue. L'Empereur
& le Royd'Espagneont complimenté
le Prince d'Orange par leurs
Lettres & par leurs Miniftres;mais
au moins ilsontgardé des mesures,
& ils y ont fait couler quelques
expreſſions en Faveur de laReligion
Catholique , pour faire croire aux
G4
152 MERCVRE
Çimples qu'ils ne la perdoient pas
de venë. Ils n'ont pas employé des
termes manifestement beretiques
& blafphematoires , &même le
Roy d'Espagneamandé au Pape ,
qu'un des deſſeins de la Ligue estoit
l'exaltation du Saint Siege . Ileft
wray que jusqu'à present tout ce
qu'on a vù qui eust rapport à ce
deſſfein , a esté que les soldats du
Prince d'Orange ont bûàlafanté
d'Innocent XI. mais vous avez vû
il n'y a que quinze jours brusler Alexandre
VIII.Enfin ils ont conſervé
quelque ombre de leur dignité , &
ils ont remply le papier de louanges
vagues , d'augures&de preſages ,
dont nous n'avons pas encore ven
beaucoup d'effer . Auſſi après avoir
eusi peu defuccès heureux, & tant
de malheureux , on voit que les
Harangues qui en étoient remplies,
deviennent elles-meſmes d'heureux
GALANT.
453
:
preſages de l'avenir. C'est le jugementqu'afaitde
celle- cyun Auteur
qui depuis deux ou trois ans s'eſt mis
fur les rangs , & qui croit estre
grand Politique , parce que son
Librairele croit.
Sed qui me vendit Bibliopola putat.
Il ſuffit , dit- il , de dire du me
rite de ces deux pieces, qu'elles
ont eſté generalement applaudies
& receuës avecl'agrément
du gouft public. On
a trouvé les traits&les cara
Aeres touchez d'une maniere
noble qui excite de grandes
idées & éleve l'eſprit. Il y a
plus de choſes que de paroles,
aplus de force que d'ornement.
Ioignez à cela la diſpoſition favorable
du public pour les caracteres
qui y font depeints.Il
neſera pas difficile de trouver
lacauſe de cet applaudiffement
G
154
MERCVRE
general, mais il n'est pas ſi aiſe
de l'expliquerquede le ſentir..
Ilnefaut pass'étonner que des gens ;
entestez du Prince d'Orange reçoi.
vent avec l'agrément de leur
goult ( pourse fervir de fon expreſſion
bizarre , )la Harangue
d'un Ministre Catholique conceuë
en des termes qui nepeuvent s'accorder
avec la Religion de son:
Princes qu'on voyeavecplaisir une
petite Cour la plusfiere quifuft jamais
, ramper devant unepuiſſance
âgée de moins de trois ans , qui as
pour fondement la fidelitédes An--
glois ,lafervitude des Hollandois .
&l'union de pluſieurs Princes,dont
les interests n'ayantjamais esté les
mesmes, peuvent se separer avec
plus defacilité qu'il n'y en a eu à
les réunir. Ilseroit difficile, comme
ilditd'expliquer les causes de cer
applaudissementfion lesexaminais:
GALANT..
ISS
ferieusement: mais il n'est pas difficile
de lefentir ( la pensée est aussi
nouvelle que la phrase) : car ilne
faut avoirque des oreilles. Pour la
cause; comment n'auroit- on pas ry
d'unetelleHarangueprononcéepar
un homme d'une figurepeu propreà
attirer le respect , & quidit autantd'impertinences
quedeparoles??
Je laiſſe le reste de ces reflexions
qui roulent sur des penséesfauſſes
&des viens , reveſtus des paroles
impropres & inutiles ; jugez - en ,
Mr,Toutes cesidées, ilparledu
Prince d'Orange ) ſe prefentent
aux yeux du public, àla lecture
du diſcours , & font qu'on
eſt également touché de la
ſouffrance du Prince , qui eſt
reduit à demander du ſecours.
( Personne n'en doute. )
& de la generofité du Mor
narque qui embraſſe ſa de
4
G6
156
MERCVRE
fenfe . ( Il faut en attendre les
effers. ) Quelque corruption
qu'il y ait parmi les hommes ,
les grands fentimens attirent le
refpect & l'admiration. ( Cela
n'est pas toujours uray , & s'il
veut parler du Prince d'Orange ,
rien n'est plus faux , si ce n'est
que par ces grands sentimens ,
il ne veuille entendre ce que Machiavel
apelle , Effer honorevolmente
triſto ) Ec la vertu
n'eſt jamais ft belle , que lors
qu'elle éclate avec la dignité
Youveraine . Voilà aſſurement
une belle maxime ,felon laquelle
la vertu aura beſoin d'estre foutenuë
de la fortune ; mais il n'a
pas tant de tort en l'appliquant
à ſon Heros à qui une pareille
dignité estoit neceſſaire , non pas
pour estre , mais pour paroistre
vertueux à ceux qui peuvent
GALANT
197
envier Sa grandeur ; mais qui ne
buy envieront jamais fa veriu .
On ſe faitun honneurd'imiter
les maximes de ceux dont on
ne peutimiter la puiffance , &
de s'égaler par là en quelque
maniere à la grandeur de fon
Souverain. Que veut il dire ?
On n'imite ny les maximes ,
ny la puiſſance;mais s'il parle du
Duc de Savoye, il nous aprend que
ne pouvants'égaler en puiſſance au
Princed'Orange,il agisfelonfes maximes.
Voilà unbeau Panegyrique.
Vent- il porter lapointedefapensée
jusqu'à nous faire entendre qu'il le
regarde commeſon souverain ? Il
est vray qu'il luy a parlé comme
auroitpûfaireun Prince tributaire;
mais enfin quelraport ont tous fes
grands axiomes qui ne font que
des jeux de motsavec la Harangue
duPresident de la Tour , dans la
158 MERCURE
quelle ilne paroist ny Religion , ny
vertu , ni grandeur , nysens com.
mun ? Il faudra le chercher en
d'autres choses qu'il dit que l'imagination
des Lecteurs ſuppléra .
C'est donc à l'imagination qu'il
faut avoir recours pour y trouver
toutes ces merveilles: car affurement
Lejugement & la droite raiſon n'y
trouvent rien que d'abominable &
deridicule. Itfuispersuadé , Monfieur
, que quelque interest que
vostre état preſent vousfaſſe prendreà
lafortune du Prince d'Orange,
vous avez fait de cetteprece le
mesmejugement que nous , &vous
conviendrez , comme je crois que
cette proposition est un peu plus
vraye que celle devostre Politique ,
que quelque coruption qu'il y
ait parmi les hommes , des ſen .
timens auſſi bas attirent lemépris
& l'indignation , & que la
PREQUE
DE
3
☑ LYON =
159,
ande que
n Souvesis.
١١٠٠
:
ment de
heMr du
,& que
iſtampe..
be , il fit
la grant
gravées.
r qu'il a
MonfeiàMontres
d'ar
Bes aux
nfideraenereux
pour la
grandeurde fon Prince, ne s'eſt
pas contentéde faire fraper des
Medailles; il vient auffi de faire
158 N
quelle ilne
vertu ,ni g
mun ? Il f
d'autres che
ginationd
C'est donc
faut avoir
toutes cesm
lejugement
trouvent ri
deridicule
freur , que
vostre état
dreà lafor
ge,vousa
mesmejug
conviendr
cette prop
vraye que
que quel
ait parmi les hommes , des ſentimens
auffi bas attirent le mépris
& l'indignation , & que la
GALANT.
1591
bafleſſen'estjamais plus grande que
quand elle estfaite par un Souve--
rain à un Usurpateur. lefuis.
Le 1. Janvier 1691 ..
Ie vous ay parlé amplement de
la Figure de marbre que Mr du
BoisGuerina fait faire , & que
vous voyezdans cetteEſtampe..
Lors qu'elle futachevée ,il fit
fraperdesMedailles de la gran
deurdecelles quiyſon gravées.
11 y en a quatre en or qu'ila
données au Roy , à Monfeigneur
le Dauphin , & à Monfieur
, & pluſieurs autres d'ar
gent qu'il a diſtribuées aux
Perſonnes les plus confiderables
de la Cour. Ce genereux
Sujet , plein de zele pour la
grandeur de ſon Prince,ne s'eſt
pas contentéde faire fraper des
Medailles; ilvient auſſi de fairee
160 MERCVRE
faire une Eſtampe du meſme
Ouvrage , de la hauteur d'une
coudée. 1
Le 10. de ce mois , Mr de
Fourcy,&Fils deMr de Fourcy
Prevoſt des Marchands , é
pouſa Medemoiſelle de Villers,
qui eſt unegrandeHeritiere de
Bourgogne. Les Noces ſe firent
chez Mrle Chancelier. l'ajoûteray
à ceci quelePape viet de
donner un illuſtre témoignage
de l'eſtime qu'il fait de ce digne
Chefde la Iustice , en donnant
gratis à Mrl'Abbé de Fourcy ,
Frere du Maiſtre des Requeſtes
les Bulles de l'Abbaye de S.
Vandrille . C'eſt un preſent de
plus dedix mille écus , auquel
Sa Sainteté a bien voulu joindre
l'Indult des Cardinaux
qui eſt une grace que les Papes
n'accordent guere qu'aux
inces
GALANT. 161
Mr d'Amfreville , LieutenantGeneralde
la Marine,qui
a merité ce grand Employ par
de longs ſervices,par beaucoup
de valeur,& par une experienceque
pluſieurs évenemensoù
l'on peut dire qu'il a paru tout
entier , ont toujours fortifiée
pour ſa gloire, a épousé depuis
peu de temps Mademoiselle
de l'iſle Marie,ſeconde Fille de
Mr le Maréchalde Bellefond,
dont il eſt proche parent.
Mademoiselle de l'ifle Marie
joint une grande vertu & beaucoup
d'agrément & de beauté à
une éducation merveilleuſe ,
qu'elle a receuë d'une Mere
toute remplie de fageffe , toujours
égale dans la bonne & la
mauvaiſe fortune &qui a une
pieté exemplaire , dont rien
n'a jamais eſté capable de la
162 MER CUR E
détourner. Lesgrandes quali
tezde Mele Maréchal de Belfond
ſont connues de tout le
monde. L'Italie , l'Allemagne
&l'Eſpagne en peuvent rendre
de glorieux témoignages. Ileſt
plein d'eſprit,de valeur,&d'experience
à la guerre,admirable
dans la ſocieté civile,& encore
plus recommandable par une
devotion qui le détache ſans
peine de tout ce qui pourroit
eftre contraireà ſon ſalut,& qui
luy fait faire les plus grands
exploits , de la meſme forteque
faifoiet les premiers Chrétiens
que le devoir & l'amour qu'ils
avoient pour leur Prince faifoient
agir , & qui estoient
. toujours preſts de mettre leurs
dignitez & leurs plusgran is
avantages au pied de la Croix ,
eſtant inceſſamment occupez
GALANT.
163
de leur falut ,& du ſoin de
celuy des autres ..
l'ay à vous apprendre un
troiſiéme mariage , c'eſt celuy
de Mr d'Vſcé .Fils de Mr de
Valentine , Controleur General
de la Maiſondu Roy ,avec
Mademoiselle de Vauban. On
ne peut rien deſirer dans la
perſonne du Marić.. Il a tout
l'eſprit , & toute la ſageſſe
poſſible , & n'ignore rien de
ce qui peur perfectionner
un galant homme. Lors qu'il
aſuivyMonſeigneur à laGuer
re,pour faire auprés de cePrin
ce la Charge de Contrôleur
General , Mr de Vauban a
pû voir qu'il ne ſeroit pas
en peril . en avançant la priſe
d'une Place , de n'eſtre pas
ſecouru de celuy qu'il avoit
deffein de faire ſon Gendre..
7
164 १
MERCURE
Il ne falloit pas auſſi une mediocre
vertu pour eſtre digne
du choixd'un home fi éclairé ,
& loüable par ſa ſincerité , par
fa bonté,&par un zele pour le
Roy qui égale ſon defintereffement.
Aufſi n'eft il pas moins
redouté de ſes Ennemis qu'eftimé
en France. Mr de Valenti
néa beaucoup merité de ceux
qui l'ont connu,&a joint à tout
ce qui l'a diſtingué dans fes
Emplois une politeſſe & une
magnificence digne du Maiftre
qu'il fert. Madame de Valentiné
eſt une des Femmes de
noſtre ſiecle qu'on admire davantage.
On n'en a point va
une qui euſt plus de beauté ny
unevertu plus folide. Son efprit
naturellement bon, eſt orné
de tout cequi peut le rendre
agreable. Elle est aimée de tous
GALANT. 165
ceux qui la connoiffent,& qui
ne peuvent la voir fans avoir
pour elle une eſtime que l'on
n'a pas ordinairement pour cel
lesqui ont un moindre merite
que celuy que Mr de Vauban
luy a reconnu. Auſſi luy a- t- il
confié ſa Filledés ſes plus tendres
années, afin quel'avantage
de ſon éducation luy fuſt une
ſeureté pour tout le merite
qu'il luy ſouhaitoit.
Mr Brunet de Monforan a
été receuPreſident à laChambre
des Comptes de Paris . La
reputation qu'il s'eſt acquiſe
au Parlement,où il aleſtéConſeiller
à la Quatriéme des Enqueſtes
; ſon merite connu de
tout le monde , ſes manieres
honneſtes , & l'amour qu'il a
pour les belles Lettres , luy ont
acquis une eſtime generale . Il
166 MERCURE
(
eft Frere de Mr Bruner , Garde
du Trefor Royal .
L'ancienneEgliſedu Villagede
S. Leu lez Taverny dans
le Duché d'Anguien , autrefois
éloignée du Village &
par là extrémement incommode
aux Habitans fur tout
enHyver,a eſté demolie,& on
en a edifié une nouvelle au
milieu de ce Village. La premiere
Pierre en fut poſée le 4.
d'Avril de l'année derniere par
l'ordre de S. A. S. Monfieur le
Prince , qui a bien voulu contribuer
au blen &àl'utilitédes
Habitans de ſon Duché. Ce fut
fon Baillyd'Anguien qui la pofa,&
les Armes & toutes les
qualitez de Son Alteſſe Serenif.
fime furent gravées ſur une
feüillede cuivre, afin d'en conſerver
la memoire. La Cerc
GALANT. 167
monie ſe fit avec beaucoup
de folemnité , au ſon des Tambours
& des Boëtes,&lalibera.
lité ordinaire de Son Alteſſe
ſe répandit abondamment
furles Ouvriers par une diftribution
d'argent qu'il fit
faire. Lors que la nouvelle
Egliſe fut achevée de baſtir,
Mril'Archeveſque de Paris en
ayant permis la Dedicace ,
Mr l'Eveſque deBethleem en
commença la Ceremonic le 6.
de Novembre dernier par la
préparation des Reliques pour
poſer ſous les Autels , & le
lendemain elle fut continuée à
ſept heures du matin,& ſuivie
d'une grande Meſſe celebrée
Pontificalement par ce Prelat.
LesPains benits de Son Alteſſe
Sereniffimey furent preſentez
par le Bailly d'Anguien qui
168 MERCVRE
avoit fait diſtribuer tout ce qui
pouvoit être neceſſaire pour
rendre ce jour des plus folemnels
. Il étoit accompagné des
Gardes du Duché qui firent
leur décharge au ſon des
Trompettes & des Tambours .
Il y eut l'apreſdinée Predication
par Mr l'Abbé Chauffau ,
& cette Feſte finit par une Proceſſion
où Mr l'Eveſque de
Bethleem porta le Saint Sacrement
. Les concours de peuples
qui font venus viſiter cette
Egliſe de toutes parts , tant que
l'Octave a duré , eſt quelque
choſe d'extraordinaire . Pendant
tout ce temps il s'eſt faitde
nouvelles diſtributions d'ar
gent par l'ordre de Monfieur le
Prince ,& tous les Curez des
Villages des environs y font
venus en Proceffion .
M
GALANT.
169
Mr l'Abbé du Bois a eſté
pourveu de l'Abbaye d'Airvaux
, Diocele de la Rochelie.
Il avoit eſte choiſi par feu Mr
de S. Laurent , pour luy aider à
enſeigner la Langue Latine à
Monfieur le Ducde Chartres .
Aprés ſa mort, Monfieur qui
avoit approuvé ce choix , le
fit demeurer auprés de cejeune
Prince , qui n'a pas peu profité
avec un tel Precepteur; auſſi
ne peut- on le voir , ny l'entendre
, ſans avoir une opinion
fort avantageuſe de celuy dont
il a pris les leçons .
Le Lundy , premier jour de
cette année , Mrs les Chanoines
de l'Egliſe Royale & Collegiale
de S. Thomas du Louvre
ayant ſçeu que Meſſire Omer
de Champin , Docteur de la
Faculté de Paris , de laMaiſon
Janvier 1691. H
170
MERCVRE
deNavarre,Doyen&Chanoinede
leur Eglife , étoit mort
ſubitement ſur les quatre
heures du matin , s'affemblerent
aprés Matines dans
leur Sacriftie au ſon de la 6
Cloche , & en eſtantpartis en
Corpsils allerent à la chambre
dudéfunt , où eſtant arrivez ,
ils luy rendirent les devoirs de
la picté Chreſtienne envers les
Morts. Ils ſe mirent tous à genoux
, direntun De profundis&
ſa Collecte , luy jetterent de
l'Eau benite , & ſe retirerent.
Aprés la grand Meſſe ils s'afſemblerent
encore au ſon de la
Cloche en leur Chapitre , pour
deliberer l'électió d'un Doyen
ſuivant l'ancien uſage,& convinrent
d'y proceder lelendemain
, jour ordinaire de leur
Aſſembléc Capitulaire. Ce
GALANT. 171
jour- là , aprés laMeſſe haute
du Saint Efprit qui fut celebrée
par l'ancie Chanoine, ilsmonterentau
Chapitre au ſon de
la cloche , où eſtant tous aſſemblez
au nombrede dix qui le
compoſent , le mefme ancien
Chanoine commença le Veni
Creator.Lesautres continuerent
les Verſets alternativement , &
enfuite ils propoſerent l'élection.
On convint de la voye
du Scrutin par Billets , fur lefquels
estoient écritsdela main
duGreffier,les noms de tous les
Chanoines . Ces noms ayant
eſté diſtribuez en preſence de
deux Officiers de l'Egliſe qu'on
appella pour témoins , on dit
encore une fois le Veni Creator,
à genoux ,& enſuite chacun
felon fon rang de reception
paſſa devant le Bureau,& mit
H -
172
MERC VRE
H
dans la bourſe ſon nom plié.On
compta les noms ,& à l'ouverture
faite en preſencedes Chanoines&
des Témoins,tous de-;
bout autour du Bureau , il ſe
trouva que Mr d'Aquin , l'un
des Chanoines,& Abbé Commandataire
de l'Abbaye de
Saint Laurent, eutle plus grand >
nombre des ſuffrages . Onlen
dreſſa l'Acte d'élection qu'il accepta
,&on députa troisChanoines
pour alleravec luy en ,
demander la confirmation àMr
l'Archeveſque , ſelon la coutume.
Ils ſe rendirent le jour
ſuivant au Palais Archiepifcopal
,& luy preſenterent une
requeſte ſignée de tous les
Chanoines , par laquelle ils
ſupplioient ce Prelat , de confiumer
cette élection. Mr l'Archeveſque
, qui fait tout avec
GALANT.
173
beaucoup de circonſpection ,
ayant veu le procés verbal , &
jugeant l'élection bien & canoniquement
faite , en donna
l'acte de confirmation en dat
tedu 13.Le Lundy is de ce
mois , jour ordinaire du Cha
pitre , Mr d'Aquin preſenta
la confirmation à la Compa
gnie , requerant d'eſtre mis en
poſſeſſion . Aprés cela il ſe retira
, & la lecture de l'acte de
confirmation ayant eſté faite ,
les Chanoines conclurent de
luy accorder ce qu'il demandoit
. Mr d'Aquin eſtant ren .
tré , s'acquitta des ceremonies
accoutumées , & preſta le ſerment
à genoux, entre les mains
de l'ancien Chanoine , qui ef.
toitdebout , les autres aſſis En .
fuite ils deſcendirent tous à
l'Egliſe , où l'ancien Chanoine
H 3
174 MERCVRE
luy preſenta de l'Eau benite,&
le donduiſit au grand Autel.
Tous les autres Chanoines les
accompagnerent ,& aprés la
priere ſur le Marche-piedde
l'Autel , le nouveau Doyen y
monta , lebaiſa , le toucha de
la main droite , & revint au
Choeur où il toucha auſſi le Livredu
grand Pupitre. Iltinta la
Cloche ,& fut inſtallé en la
premiere des hautes Chaires
du coſté droit. De là ils alle
rent tous en la maiſon Decanale
luy en faire montre pour
acte de poſſeſſion ; aprés quoy
on remonta au Chapitre où il
fut placé dans la Chaire de
Doyen. Il embraſſa, ſes Confreres
, & on fit fonner les
Cloches lors qu'il defcendit.Le
Greffier ayant publié l'élection
fuivant l'uſage , le nouveau
GALANT. 175
Doyen commençale Te Deum,
que les Chanoines continuerent
avec l'Orgue.& il defcendit
de ſa place Decanale au
milieu du Choeur, pour dire à
la fin l'Oraiſon , Pro gratiarum
altione,& l'on finit par l'antienne
& l'Oraiſon de S. Thomas
Martyr, Archeveſque de Cantorbery
, Patron de cette Eglife.
J'ay cru devoir vous faire
part de tout ce qui s'eſt pafſſé à
cette Election , afin qu'en vous
apprenant les Ceremonies qui
fepratiquentdans les occafions
de cette nature , je puſſe vous
faire voir que la pieté y accompagne
l'ordre . Le Chapitre de
S. Thomas du Louvre vit avec
une regularité qui peut fervir
d'exemple à beaucoup d'autres
. L'union regne parmy ſes
H4
176 MERCURE
Chanoines , & quand il a eſté
queſtion de faire un Doyen , ils
ſe ſont trouvez tous dignes de
remplir cette place . Ainſi il a
eſtébeaucoup plus glorieux à
Mr d'aquin del'Emporter fur
tant de perſonnes de merite . Le
fien ſeul a ſollicité pour luy , &
l'on n'en doutera pas quand on
fongera que l'Election s'est faite
le lendemain de la mort du feu
Doyen . Mr d'Aquin eſt Frere
de Mr d'Aquin , premier Medecin
du Roy , & pendant tout
le temps qu'ila eſté Chanoine ,
il s'eſt acquis l'eſtime de ſes
Confreres,avec une distinction
qui luya fait meriter le choix
qu'ils ont fait pour le mettre à
leur teſte. Mr Champin dont
il remplit à preſent la place ,
s'eſtoit auſſi acquis beaucoup
d'eſtime parmy eux. Il eſtoit
GALANT.
177
Cousin de Mr Talon, cy devant
Avocat General , & preſentement
Preſident à Mortier .
Je crois , Madame , que je
ne puis rien faire de mieux
pour répondre à ce que je
fçay que vous attendez de
moy , que de vous faire part
de toutes les choſes quis'écrivent
ſur les affaires du temps.
Voicy encore une fort curieuſe
Lettre fur cette matiere , &
que l'on peut dire entierement
de faifon.
THEQUE
SE
LYON
*1893
178 MERCVRE
:
LETTRE.
De l'Envoyé d'Angleterre à la
Haye , au Marquis de Carmarten
.
M ८
ILORD ,
Je ſuis obligé de vous dépécher
ce Courier pour vous informer de
la diſpoſition preſente de cette af.
Semblée , afin que vous en puissiez
rendre un compte exact au Roy
nôtre Mature , & qu'il prenne les
meſſures neceffaires pour pouvoir
contenterles Ministres des Alliezà
Son arrivée; car ilnefautpas efperer
que nous les puiſſionsdorénavant
retenir dans nos interests,auſſifacilement
que nous avons faitjusqu'à
GALANT . 179
preſent. La haine qu'ils avoient
pour la Francefuffifoit pour lesfaire
concouriraveuglément àl'execution
de nos projets. Laſeule esperance
que nous leur donnions d'employer
contre cette Couronne toutes les
forces d'Angleterre & de Hollande
auſſi coſt que nous ferions priſibles
poffefſſeurs de la Grand Bretagne ,
leur a fait faire pendant ces deux
dernieres Campagnes , des efforts
extraordinaires, pouroccuper toutes
les forces de la France , tant fur le
Rhin que dans la Flandre,&nous
faciliter la Conquête de l'Irlande;
maisà preſent qu'ils font entiere,
ment épuiſſez d'argent , & qu'ils
perdent toute efperance de remporter
aucun avange sur un Roy aussi
puissant qu'est le Roy Tres- Chreftien,
nous n'entendons plus ici que
des reproches menaçans ; & ceux
des Alliez qui me font le plus de:
G6
180 MERCVRE
de peine,font les miniftres de l'Empereur
& du Ray Catholique, nous
disant qu'ils ont tout sacrifié pour
nostre feul avantages que rien
n'estoitplus cheràla Maifond'Au
triche que d'abuser les Peuples de
lafauffe opinion de fon zele ardent
pour la Religion , qu'elle s'eſt ſervie
d'un pretexteſiſpecieux pour couwrir
les deffeins qu'elle formoitpour
fon agrandiſſement; que cependant,
ces confiderations, qui avoient este
jusqu'à present estimées les maxis
mes fondamentales defa Politique,
n'ontpas empêché qu'elle n'ait don.
né les moyens à nostre Prince d'ar
racher la Couronne au Roy Son
Beaupere, qui ne peut attribuerfon
malheur & la revolte de ſes Sujets
qu'à l'attachement qu'ila pourcette
mesme Religion , dont il fait profeſſion
, & pour laquelle les Cours
de Vienne & de Madrid avoiens.
GALANT. 181
品
toûjours paru si zelées. Ils ajoûtent
àces reprochesla perte de la plus
grande partiede laHongrie dans
le temps qu'ils pouvoient esperer de
pouffer leurs Conquestes jusqu'à
Constantinople , la desolation& la
ruine entiere des Pays- Bas Catho
liques , la dépense excessive qu'ils
ont esté obligezdefuire pour entretenir
de nombreuſes Armers , & le
peu de fruit qu'ils en ont retiré ,
n'ayant pûfaire paſſer le Rhin à
leurs Troupes pour prendre des
quartiers d'Hyver ailleurs que dans
-leurs propres Pays. Ils disent auffi
que la Guerre qui s'est faites ces
deux dernieres Campagnes , ayant
beaucoup ralenty la haine recipro .
que , on pourroit facilement conve
nir d'une bonne Paix , fi l'interest
de nostre Maître n'y apportoit le
principal obstacle , & qu'ainſine
L'agissant danscette Guerre que de
182 MERCURE
fon établiſſement , il est bien juste
que les Anglois , qui en font les
promoteurs , nonseulement fournis-
Sent tout ce quifera neceſſaire,pour
la continuer ; mais auſſi qu'ils dedommagent
tous les Princes & les
Etats qui embraffent leur party, de
tout ce qu'il leur en a cousté pour
la foûtenir. Enfin , Milord , ilsine
feignent pas de dire , quesinous ne
leur donnons uneprompte&entiere
Satisfaction , ils sçauront bien
trouver les moyens de mettre finà
une Guerre quinepeut tourner qu'à
leur desavantage. Maisfilesplaintes
des Catholiques vous donnent
quelque inquietude , celles des
Princes Proteftans, & qui ont toujours
esté les plus dévouez à nos :
interests , ne vous feront pas moins
de peine.Ils me disent que l'abbat.
•tément de la puissance de France est
une chimere qui ne doit faire auGALANT.
183:
9
cune impreſſion ſur des Princes bien
fenſez; qu'il leurfera toûjours fort:
aiséd'entretenir une bonne corref
pondance avec cette Couronne
quand ils voudront ſe reconcilier
avec elle,que cette Guerren'a fervi
jaſqu'àpresent qu'àl'établiſſe.
ment de noftre Prince , &à l'augmentation
de l'autorité de l'Empereur
à leur préjudice ; qu'ils n'ont
pour leur part que des dépensesexceſſives
, & beaucoup au deſſus du
peu de ſubſides qu'ils ont tiré; que
ce qu'ils ont fait pour appuyer ce
qu'ils appellent la Rebellion d' An--
•gletterre,& ufurpation du Trône,.
nepeut estre que d'un tres- mauvais
exemple pour leurpofterité, &au
toriſer tous les Peuples mécontens
d'un Gouvernement à se revolter
contre leur Souverain , & faire
reconnoistre par force celuy qu'ils
auront choist; Qu'en un mot ils ons:
184 MER CURE
Sacrifié à un Princeingrat leurveritable
interest , leurproprefeureté,
mesme leur gloire& qu'au lieu de
lear faire part des dons immenfes
qu'il a receus du Parlement d'Angleterre,
de leur marquerfarecon
noiſſance par desliberalitez convenables
à ce qu'ils ont faitpour luy
-il ne leur a pas seulement fait donner
ce qui leur est neceſſaire pour
entretenir leurs Troupes , quoi qu'elles
n'ayent esté employées que pour
luy faciliter les moyens d'usurper la
Couronne d' Angleterre , & qu'ilait
tiré plus d'argent des Peuples en
deux années de temps , qu'ils n'en
ont accordé en dix ans à leur Roy
-legitime ; que s'il veut avoir des
amis pour continuer la Guerre avec
luy , il faut qu'ilouvreſes coffres qui
doivent estre bien remplis àpreſent,
& qu'ils les paye liberalement ,
pour le paffé&pour l'avenir; qu'en
GALANT.
185
fin ilne manque pas de Troupes en
Angleterre & en Hollande pour
Se faire obeïr , & qu'il sçait aſſez
les moyens de tirer des Peuples au.
tant d'argent qu'il envoudra. fe
vous affure,Milord, queje n'ay rien
obmis pour leurfaireprendre patience
, & les porter à employer encorecette
Campagne leurs Troupes
& leur argent àladéfencede ce que
nous appellons la Cause commune,&
qu'ils nous diſent enface n'estre
que celle de la révolte , & dircetemunt
opposée à l'interest public de
tous les Souverains .Je leur ayreprefenie
que l'Irlande estant à cette
heure entierementsubjuguée, tou .
tes les forces des trois Royaumes
pourroient paſſer en Flandre pour
faire la guerre à la France plusvigoureusement
que par lepaffé; mais
je vous avoue, Milord, qu'ils m'ont
fait unebuéefur nostre conqueste
186 MERCURE
d'Irlande, commeſi je leur avois diť
la choſe du monde la plus abfurde,
& l'un d'eux a eu la hardieffe de
me dire qu'onentendoit bien parler
de ce que font les Troupes de Cavalerie
& de Dragons du Roy Jacques,
qui font répanduës dans les
Comtez de Slego , deBoſcomon,de
Mayo , de Gallouay , de Clare , de
Limerik , & de Kerry , que l'In.
fanterie dudit Roy qui est en Garnifon
dans les Places de Slego , de
Iames-Tovune, Athlone,Banaker,
Portumni, Killilon, Limmerik , &
Gallouay ,fait auffi parler d'elle
mais que les nostres ne donnentpas
feulement le moindre figne de vies
qu'à peine sçait on qu'il y en a
dans Cork , Kingfall& Dublin,qui
bien loin d'agir comme si nous
eftions maistres du pays , n'ofent
passeulementfortir de leurs Garnifons
; que cependant les Troupes
GALANT. 187
Papistes plus aguerries qu'elles
w'estoient l'années derniere ,plus
accoutumées à souffrir qu'aucune
autre Nation , & Zelées pour la
Religion audelà detoute expreffion,
font en estatde reprendre ce
qu'elles ont perdu; que le peu qui
nous restera degens après toutes les
grandes pertes que les maladies
nous ont causées ,&le rappel des
treize Regimens qui doivent incef-
Sament repafferen Angleterre, ne
Serapas disposé à résister aux entrepriſes
que les Irlandois réunis
Sous la puissance du Roy laques ,
auront la liberte de faire dans
toute l'étenduë de l'Irlande ,&que
quand mesme nostre Maistre feroit
paffer en Flandre tout ce qu'illa
preſentement de Troupes entretenuës
aux dépens de l'Angleterre
non seulement la France auroie
encores des forcesfuperieures à cel
6
1-
188 MERCVRE
les des Alliez&les Papistes chaſſe.
roient entierement les Protestans de
l'Irlande , mais d'ailleurs tes
Anglois & les Ecoffois pourroient
bien fe desabuser , &
rentrer ſous l'obeiſſance dudit
Roy Jacques , que vous Senvez
que la plupart d'entre eux trouvent
moins rude que celle d'aprefent.
fe craindrois, Milord,de vous
ennuyerde tous leurs raisonnemens;
mais quelque bon usage que j'aye
faitde tout ce que vous m'avez
écrit pour les amuser , je vous
avouë qu'ils ont defifortes raiſons
de pretendre que c'estànousàfaire
tousles frais de laguerre , qu'il ne
me reſte rien à leur repliquer , ny
d'autres moyens de les appaiser ,
que l'esperance que je leur donne ,
que de gréou deforce , nous tiverons
de l' Angleterre où de la Hollande
tout lefond neceſſaire, non seuleGALANT.
189
aujjs pour
ment pour la continuation de la
guerre mais auffipour les rembouſer
des dépenses qu'ils ont faites pour
noſtre intereft. Iefuis ,&c.
AlaHaye le 20. Decembre 1690..
Mr le Marquis de Feuquieres
ſçachant que les Ennemis
avoient mis dans Benaſque
une Compagnie du Regiment
des Gardes du Duc de Savoye,
marcha la nuit du sau 6.de ce
mois, avec soo.Chevaux& 2.
cens Grenadiersen croupe , &
fit mener deux petards. Il
arriva un peu avant lejour ,fit
une attaque&la pouſſa de maniere
, qu'une heure & demie
aprés, ſes petards ſe trouverent
en eſtat , de forteque la Garni
ſon,au lieu de ſe défendre plus
longtemps ,ſe rendit , & tous
ceux qui la compoſoient furent
190
MERCVRE
1
faits prifonniers de guerre. Mr
de Feuquieres amena toutela
Compagnie des Gardes avec
ſes Officiers . Elle estoit commandée
par le Marquis d'Angrone
, qui en eſt Capitaine.Le
jour eſtant venu . Mr de Feuquieres
ſe mit en Bataille dans
la plaine de Millefleurs , d'où il
envoya brûler un poſte qui
n'eſt pas tout à fait à un mille
de Turin , & après avoir attendu
plus de trois heures pour
voir ſi neufcens Chevaux qui
eſtoient à Rivoli & à Veillanc
voudroient ſe vanger de l'expedition
qu'il venoit de faire ,
il ſe retira,lors qu'il eut recon
nuque les Ennemis ne faifoient
aucun mouvement qui marquaſt
qu'ils euſſent deſſeinde
venir àluy. Tous les lieux qui
avoient juſques alors refuſé les
GALANT. 191
Contributios s'y ſont ſoumis,&
l'Armée ennemie qui a campé
il ya quelques jours dans la
plainede Pignerol,n'a oſé prendreaucuns
quartiers au deçà
du Pô .
Depuis ma derniere Lettre
nous avons perdu quelques
perſonnes conſiderables , dont
voicyles noms.
Meſſire Charles Ripault ,
Seigneurde Viüilly. Il eſtoit
fils de Charles Ripault , Seigneur
de Vinilly,&de Marie du
Texier,&avoit eſté receu Confeiller
au Parlememt de Paris
en 1642. Son Ayeul , Michel
Ripault , Seigneur de Viuilly
, Preſidentaux Enqueſtes de
ce mêmeParlementavoitépou
ſe Marthe le Jay , Soeur de Nicolas
le lay , Seigneur de la
Maiſon Rouge , qui eſtoit pre-
1
192 MERCVRE
1
premier Preſident . Chriſtophe
Ripault ſon Biſayeul y avoit
eſté receu Conſeiller en 1952 .
Ripault portedegueules au Sautoir
échiqueté d'argent & d'azur ,
cantonnédequatre Fleurs de Lys
d'or.
Meſſire Estiennede Sainctot .
Il eſtoit de la Grand Chambre,
&avoit eſté receu Conſeiller
au Parlement en 1624. Cette
Famille adonné des Officiers
au Parlement de Paris , & plufieurs
Maiſtres des Ceremonies
de France , qui ſe ſonttres-dignemét
acquitez des fonctions
de leurs Charges ſous celuy de
Loüisle Grand ce que continue
encore de faire aujourd'huy
Mr de Sainctot , Maiſtre
des Ceremonies. Mre Eſtienne
de Sainctot , Abbé de Ferriere
, receu Conſeiller Clerc
au
GALANT. 193
au Parlement en 1674. eſtde la
meſme Famille . De Sainctor
porte d'or à la face d'azur chargée
en coeur d'une Fleur de Lys d'or,
accompagnée de deux Rofes de
queules en Chef
Teste de More bandée d'argent en
pointe.
d'une
Dame Anne d'Arnaud de la
Caſſagne ,Baronne de Pougée.
Elle estoit Veuve de Marc-
Antoine de Gregoire , Comte
de Montpeiroux , Marechal des
Camps &Armées du Roy.
Comme jamais la France
ne s'eſt veuë dans un ſi haut
degré de grandeur que fous
le regne de LOUIS LE
GRAND , auſh n'a- t-elle
jamais montré tant de zele
pour aucun de ſes Souverains,
qu'elle en fait paroiſtre pour
cet Auguſte Monarque. Le
Ianv.1691.
194
MERCURE
1
1
en
ſoin qu'elle prend de tranſmettre
ſa gloire à la poſterité ſe
remarque dans le grand nombrede
ſes Figures Equeſtres ,
auſquelles la pluſpartdes Provinces
du Royaume ont fait
travailler pour fondre
bronze. Les Etats de Bourgogne
ne pouvoient manquer
d'eſtre les premiers à marquer
lesſentimens de leur profonde
veneration pour Sa Majeſté,
puis qu'ils avoient devant
les yeuxl'exemple d'un Prince
du Sangdnot il ſeroit difficile
d'exprimer le zele , & la paffion
pour la gloire du Roy. Ils ont cu
lebonheur d'avoir pour leur
Ouvrage un des plus fameux
Ouvriers ,puis que Son Alteſſe
Sereniffime a choiſi pour cela
feuMr le Hongre qui a fait la
belle Figure de l'Air › que
GALANT.
195
l'on admire à Versailles , &
qui a remportéle prix ſur toutes
celles qui font dans ce fuperbe
Palais Son dernier ouvrage a
répondu à l'attente qu'on avoit
de fon heureux Genie,& l'empreſſement
qu'il voyoit dans
un Princeſi zelé ,& qui ſouhaitoitde
voir cet ouvrage dans
la derniere perfection,luy a fait
redoubler ſes ſoins pour lemet.
tre en cet état ; de forte que
l'on peut dire que c'eſt un ouvrage
qui eſt achevé juſque
dans les moindres ornemens ,
dont il eſt beaucoup plus remply
quelesautres de cette nature.
Mr leHongre tomba maladele
jour mêmequ'il le finit.
Comme il n'eſt point relevé de
ſa maladie , cet ouvragen'a eſté
fondu qu'aprés la mort , en
quoy ſa Famille a heureuſe
A
496 MERCVRE
mentreüſſi par ſes ſoins, &par
le choix qu'elle a fait des plus
habiles fondeurs. Cela s'est fait
àdeux fois . Il y a déja pluſieurs
mois que la Figure du Roy eſt
fondue , & le Cheval qui l'a
eſté ſeulement depuis deux
mois , a fait voir qu'on vient
aujourd'huy à bout en France
de cequ'on n'auroit osé entreprendre
avant le regne duRoy
Ainſi les Etats de Bourgogne
auront l'avantage d'avoir fait
faire à la gloire de ceMonarque
unOuvrage digne de l'anciene
Grece& de l'ancienne Rome ,
& la Ville de Dijon aura celuy
de l'avoir dans ſon Enceinte.
Ses Habitans , en regardant
dans les ficcles futurs la Figure
d'un Roy qui fait la terreurde
l'Europe , & l'admiration de
I'Vaivers, fongeront enmeſme
GALANT. 197
remps qu'ils la doivent aux
foins d'un Prince du mesme
fang dont les archives de la
Province-conſerveront la memoire
àcauſe de ſon attache
ment pour la gloire & pour la
perſonne du Roy , & de fon
affection pour le pays.
Les nouvelles certaines que
l'on areçues depuis quelques
jours de. Canada nous font
connoiſtre que l'on ne doit
gueres ajoûter foy à cellesque
l'on imprime dans les Pays Etrangers.
Selon leurs Gazettes ;
Quebec avoit eſté pris par les
Anglois , & il n'y a rien de vray
en cela que les efforts inutiles
que les Anglois ont faits pour
le prendre. Ils vinrent moüiller
devant cette Placele 16. Oλο
bre dernier , & le 22. ils furent
contraints de regagner leurs i
I3
198 MERCVRE
Vaiſſeaux. Avant que d'entren
dans le détailde cette entrepri
fe , il faut vous dire que la Riviere
de Saint Laurent forme
un fort grand Baffin, & qu'elle
deſcend à Quebec par un ſeul
Canal. Elle fe diviſe en deux
bras à l'Iſle d'Orleans , deux
lieuës au deſſous .L'un paſſeau
Nord, entre cette Ifle & laCoſte
de Beaupré , & l'autre au
Sud entre cette meſme Ifle &
lePont de Levy. C'eſt ce qui
forme cegrand Baffin oùla Flote
Ennemie moüilla du coſté
deBeauport qui n'eſt ſeparéde
laCoſte de Beaupré que par le
Saut de Monmorency , dont la
chute fait la plus belle Nape
d'eau du monde. Beauport eſt à
une lieuë de Quebec,avec une
petiteRiviere entte deux,que
les Ennemis paſſerent à gué en
GALANT.
اوو
baffe marée. Quebec eſt placé
vis - à- vis la pointede Levy, un
peu au deſſus . Il eſt diviſé en
haute & en baſſe Ville , qui
n'ont communication enfem
ble que par un feul chemin
aſſez eſcarpé. Les Eglifes &
toutes les Communautez ſont
dans la haute - Ville , le Fort eſt
fur la Crouppe de laMontagne,
&commande la baſſe , où ſont
les plus belles Maiſons & où
demeurent tous les Marchands
Le Palais qu'occupe Mr l'Intendant
, eſt preſque detaché
de tout le reſte de la Ville. 11.
eſt ſitué ſur la gauche fur le
bord de la petite Riviere , & au
bas de la Goſte. Les Fortifica-)
tions que Mr le Comte de
Frontenac , Gouverneur du
Canada , avoit fait faire , y
commençoient , & remon
14
200 MERCVRE
toient du coſté de la haute-
Ville qu'elles entouroient , &
elles venoient finirà la chute
de la Montagne du coſté du:
Fort , à l'endroit nommé le:
Cap au Diamant. Il avoit con
zinué auprés du Palais unepaliffadetoutle
longde laGrève,,
qui venoit gagner au deſſous
del'Hospital, juſqu'àla cloſtu
re du Seminaire , & ſe perdoit
àdes Rochers inacceſſibles. 11.
y avoit au deſſus une autre
paliſſade qui joignoit au meſ--
me endroit que l'on nomme le
Sautan Matelot , où l'on avoit
mis une Batteriede trois Pieces
de Canon. L'autre Batterie
eſtoit à la droite. Il y en avoit
deux àla baſſe Ville de trois :
Pieces de dix- huit livres de
Balles chacune ,&toutes deux:
poſtées au milieu de celles
GALANT. 201
, un
d'enhaut. Les endroits ouverts,
& où iln'y avoit point de portes
, estoient baricadez de
bonnes poutres &de barriques
pleinesde terre . Le chemin de
la baſſe à la haute- ville eſtoir
coupé par trois differens retranchemens
de bariques &de
ſacs à terre. On fitdepuisl'attaque
une autre Batterie az
meſme Saut au Matelot
peu plus ſur la droite que la
premiere. On en fit auſſi une à
la porte , qui va à la petite riviere.
Il y avoit quelques pe
tites Pieces diſpoſées autour
de la haute- Ville , particulierementſur
la butted'un Moulin
qui ſervoit de Cavalier.
Voila de quelle maniere la
Ville eſtoit diſpoſée lors que
les Anglois y vinrent. Leur
Flote eſtoit composée de tren-
:
102 MERCVROE
te quatre voiles , dont il n'y
avoit que quatre gros Vaifa
ſeaux , & quatre autres un
peu moindres. Le reſte eſtoit
Caïques , Barques, Brigantins,
ou Fitbots , parmy leſquels on
dit qu'il y avoit auſſi quelques
Brulots.Les petitsBaſtimens ſe
rangerent du coſté de la coſte
de Beauport,& les gros timrent.
un peu plus le large. Le Lunr
dy 16.Octobre,ſur lesdix heutes,
une Chaloupe qui portoit
pavillon blano à fon avant,partit
de l'Admiral & vint àterre..
Quatre Canots allerent au de
vant portant meſme pavillon..
Ils la joignirent preſqu'à la
moitié du chemin,& ils ytrou.
verent un Trompette qui accompagnoit
l'Envoyé du Ge
neral. Il fut mis ſeul dans les..
Canous.On luy bandales yeux..
GALANT.
203
&onle conduifit à Mr le Gouverneur,
auquel il preſenta une
Lettre du Commandant des
Ennemis , par laquelle il luy
marquoit , au nom de leurs
tres excellentes Majeſtez Guillaume&
Marie, Roy & Reine
d'Angleterre , d'Ecoffe & d'Ir
lande , Défenſeurs de la Foy ,
que pour éviter l'effuſion du
fang , il euſt à luy rendre fans
aucune démolition , les Forts
& Chaſteaux qui reconnoiſ
foient ſes ordres ,avec menaces,
s'il ne ſe ſoumettoit à la Couronne
d'Angleterre , de le faire
repentir du refus qu'il en feroit.
La Lettre qui estoit en
Anglois ayant eſté expliquée ,
l'Envoyétira une Montre de ſa
poche ,& falfant voir à Mrde
Frontenac qu'il eſtoit dix heures
, il luy demande qu'il le
16
204 MERCURE
る
vouluſt renvoyer à onze pré
ciſes avec ſa réponſe. Ce zelé
Gouverneur luy repliqua qu'il
ne le feroit pas tant attendre,
&qu'il pouvoit aller dire àfon
General , qu'il ne connoiſſoit
point d'autre Royd'Angleterre
guele Roy Jacques II.qui étoit
en France ;& luy montrant là
deſſus quantité d'Officiers qui
eſtoient autour de luy,il ajoûta
quand il feroit d'humeur à
vouloir ſe rendre , tant de braves
gensqui estoient preſts de:
donner leurs vies pour le fer.
vice de Sa Majesté , n'y confentiroient
famais ; que pour les
Prince Guillaume qu'il nommoitle
Royd'Angleterre , ilne
pouvoit concevoir comment il
ofoit luy donner le titredeDéfanſeur
de la Foy , puis qu'il
détruiſoit les Loix& les Privi -
GALANT.
205
}
lèges du Royaume , & renverſoit
la Religion Anglicane. Ce
diſcours ayant furpris & mef
me alarmé l'Envoyé, il deman
da ſi l'on ne vouloit pas luy
donner de réponſepar écrit; à
quoy Mr le Gouverneur re
partit qu'il n'en avoit aucune
àfaire à fon General que par la
bouche de ſes Canons. L'En--
voyé fut congedié aprés cela ..
On luy rebanda les yeux ,& il
fut remené dans les meſmes
Canots à ſa Chaloupe . Sur les
quatre heures aprés midy , Mr
de Longueil revenant aveo ſes
Sauvages , accompagné deMr.
Maricour fon Frere , qui arri-
*voit de la Bayed Hudſon , dans
le Navire commandé par le
Sieur de Bonaventure , fut :
averty aſſez à temps pour ne
point tomber entre les mains
206 MERCVRE
des Anglois. Il s'échapa lelong
de la Flote ; & quelques Chaloupes
ſe détacherent pourle
charger , mais il gagna terre ,
&les receut à coups de fufil ;
ce qui obligea ces Chaloupes
de retourner à leurs Navires ,
aprés avoir eſté ſaluées en paffant
pardes Habitans deBeauport
, qui eſtoient ſur la gréve
Le Mardy 17. une Barque
chargée de monde alladu coſté
de terre ,entre Beauport& la
petite Riviere. On y eſcarmoucha
affez longtemps aprés
qu'elle eut échoüé ,& on l'auroit
attaquée , s'il n'avoit pas
fallu ſe mettre dans l'eau jufqu'à
la ceinture. Le Mécredy
18. ſur les deux heures , on vit
preſque toutes les Chaloupes
chargées de monde gagner le
meſme endroit où cette Barque.
GALANT. 207
avoit échoüé le jour précedent
. Comme on étoit incertain
du lieu où les Ennemis.
feroient leur descente , il y
avoit peu de monde de ce cofté
là. On détachala pluſpart
des Habitans de Montreal &
des trois Rivieres ,& ceux qui
ſe trouverent les plus propres
pourlefcarmoucher. Les Ennemis
estoient déja àterre au
nombre de deux mille ,& s'ef.
toient rangez en bataille avant
l'arrivée du détachement , qui
n'estoit au plus que de trois
eens hommes , en comptant la
jonction de quelques Habitans
de Beauport , qui ne demeure.
rent pas tous . Comme le terrain
eſt fort difficile , plein de
broſſailles & de rochers , &
-que dans la baſſe marée on a de
la vaſe juſqu'à my-jambe , ils
208 MERCVRE
eſtoient diviſez en pluſieurs
petits pelotons,&attaquoient,
fans tenir preſque aucun ordre
&à la maniere des Sauvages ,
ce gros Corps qui estoit fort
ferré. Ils firent plier un Bataillon
,&le contraignirent d'aller
regagner la queue. Le Feu
dura plus d'une heure. Les
François vokigeoient incefſamment
autour des Ennemis s
d'arbre en arbre,& ainſi les furieuſes
décharges qu'on faifoit
far eux ne les incommodoient
pas beaucoup , au lieu qu'ils
tiroient à coup feur fur des
gens qui estoient tous en un
Gorps : Mr le Gouverneur fic
paſſerun Bataillon de Troupes
pour affurer leur retraite. On
perditdans cette occafion ,Mr
leChevalier deClermont,Ca--
pitaineReformé qui avoidfui--
८
GALANT.
209
wy avec d'autres Officiers
comme Volontaire; il s'engageaun
peutrop avant & ne pût
ſe retirer. Le Fils de Mr de la
Touche , Seigneur de Cham--
plain fut auffi tué , & Mr
Juchereau de Saint Denis , âgé
de plus de ſoixante ans qui
commandoit la Milice de
Beauport eat le bras caffe. Les
Bleſſez furent ſeulement au
nombre de dix ou douze, & les:
Ennemis perdirent 150. hom.
mes , au rapportd'un Habitant
qui viſita la nuit le champ de
Bataille. Sur le foir, leurs quatre
plus gros Navires vinrent
mouiller devant Quebec. Le
Contre-Admiral qui portoit
Pavillon bleu , ſe poſta un peu
fur la gauche,preſque vis - à-vis
du Saut au Matelor. L'Admiral
eſtoit ſur la droite , le Vice
210 MERCURE
Admiral un peu au deſſous.,
tous deux vis- à- vis la Baffe-
Ville ,&le quatrieme qui portoitla
flame deChef-d'Efcadre,
ſe tira un peu plus du coſté du
Capau Diamant.Les François
les faluerent les premiers ,&
enfuite ils commencerent leurs
Canonnades aſſez vigoureuſement
, on leur répondit de
même. Les Enemis ne tirerent
preſque point ſur la haute Ville
ce ſoir là. Le Fils d'un Bourgeois
fut tué. Il y en cut un
autre bleffé ,& Mr de Vieuxponteut
ſon Fuzil emporté du
mefme coup ,& enſuite lebras
demis.Les coupsde Canon cefferent
de part &d'autre ſur les
huitheures.
Le leudy 19. à la pointe du
jour , les François recommencerent
encore les premiers. II
GALANT.
ſembloitque les Ennemis eufſent
un peu rallenty leur feu .
Le Contre Admiral qui avoit
tiré le plus vigoureusement,ſe
trouva fort incommodé par les
Batteries du Saut au Matelot ,
& celle d'embas , du coſté de
la gauche ,auſſi fut.il obligéà
relaſcher le premier. L'Admiral
le ſuivitd'aſſe prés , mais avec
beaucouq de precipitation. Il
avoit receu plus de vingu
Boulets dans le Corps de fon
Vaiſſeau ,& il y en avoit plufieurs
qui l'avoieét percé àl'eau.
Toutes les manoeuvres estoient
coupées , ſon grand Maſt prefque
caſſé,en forte qu'il avoit éte
obligé de mettre des Iamelles
. Quantité de gensyavoient
eſté bleſſez , & pluſieurs tuez.
La crainte qu'il eut de recevoir
encore quelques coups
Στα2 MERCVRE
deCanon qui l'achevaſſent,fut
cauſe qu'il fila toutle Cablede
fon anere , l'abandonna & fe
retira fort en deſordre . Less
deux autres tinrent encore
quelque temps, mais fans tirer,
&fur les cinq heures du ſoir ,
ils allerent ſe mettre à l'abry
dans l'Anſe des Meres, prés le
Cap au Diamant, où ils feradouberent
le mieux qu'ils purent.
On avoit envoyé dans
cette Anfo un détachements
pour les obſerver,& comme on
leur tua quelques hommes en
tirant de terre , ils furentcontrainis
de moüiller hors la por--
tée du Fuſil.
3
Le Vendredy Mrs de Lon
gueil & de Sainte Helene avec
quelques François commencerent
à eſcarmoucher ſur less
deux heures après-midy conGALANT.
213
tre la teſte de l'armée des Ennemis
, qui marchoit en bon ordre
le long de la petite Riviere,
Ils firent plier leurs gens detachez
qui ſe rejoignirent à leur
gros ..Le combat fut affez longtemps
opiniaſtré , lesFrançois
ſouſtenant avec beaucoup de
courage. Cependant Mr le
Gouverneur avoit fait mettre
en bataille trois bataillons de
troupes du coſté d'ende çàde la
Riviere , & il eſtoit à leur teſte
preſt à recevoir les Ennemis ,
s'ils en avoient voulu tenter le
paſſage. La retraite fut faite en
bon ordre , mais par malheur
Mrde S. Helene eut la jambe
caffée d'un coupde Fufil . Mr
de Longueil ſon Frere, qui l'année
derniere eut un bras caffe
au combat de laChine, receut
une contusion au coſté, & au344
MERCURE
το eſté tué ſans ſa corne à
poudre qui ſe trouva à l'endroit
où donna la balle.Il y eut
deux autres hommes bleſſez ,
autant de tuez , & les Ennemis
tirerent quelques volées
deCanon ſans aucun effet . Ils
en envoyerent auſſi à l'endroit
où les Troupes eſtoient
en bataille , ce qui fit connoiſtre
qu'ils en avoient mis à
terre. On leur répondit de la
batterie qui estoit à la porte de
la petite Riviere. Ils mirent
enſuitele feu à quelquesGranges
, ce que l'on ne pouvoit
empêcher & tuerent quelques
Beſtiaux qui estoient dans la
campagne & qu'ils tranſporterent
à leurs Navires. Ils perdirent
encore beaucoup de monde
dans cette ſeconde occa-
Tron
GALANT. 1
215
Le Samedy 21.Mr deVillieu,
Lieutenant reformé qui avoit
demandé à M. le Gouverneur
unpetit détachement de Soldats
debonne volonté ,alla du
coſté où eſtoient campez les
ennemis . Mrs de Cabanac &
du Clos de Beaumanoir fortirent
auſſi avec d'autres petits
détachemens. Mr de Villieu
commença l'eſcarmouche ſur
les deux heures aprés midy. II
attira les ennemis dans ſon
embuscade,& fe maintint fort
long- temps. Ils firent un détachement
pour l'entourer, &
ce détachement ennemy fut
chargé par une autre embufcade
des Habitans de Beauport
, de Beaupré & de l'Iſle
d'Orleans Mrs de Cabanac
& de Beaumanoir donnerent
auffi de leur coſté. Les Fran
4
216 MERCVRE
ب
gois qui eſcarmouchoienttoujours
en perdant le terrain ,
firent ferme lors qu'ils ſe furent
tous rejoints à une maiſon
, où il y avoitſur une hauteurquantitéde
paliſſades,der.
riere leſquelles ils tiroient. Le
combat dura juſqu'à la nuit ,
& les gens frais que les ennemis
y envoyoient toûjours , ne
ſervirent qu'à augmenter leur
perte qui fut fort confiderable.
La nuit dont la pluye re
doubla l'obſcurité , leurdonna
moyen d'enlever leurs morts ,
& empêcha de connoître le defordre
oùils eſtoient. Il fut tel
qu'ils ſe ſervirent de cet avantage
pour ſe rembarquer . Mr
deVillieu& les Habitans , ne
le ſceurent que le lendemain
Dimanche au point du jour.
Les Sauvages qui faifoient la
decou
GALANT.
217
decouverte trouverent cing
pieces de Canon , cent livres
depoudre , & quarante à cinquante
boulets abandonnez.
Ceux de Beauport & de Beaupré
s'en ſaiſirent. Pluſieurs
Chaloupes tenterent de met.
tre des gens à terre pour les reprendre
, mais ils furent repouſſez.
Mr de Monie Capitaine
eſtoit forty le jour precedent
avec cent hommes;
il avoit fait un fort grand circuit
pour s'aller jetter dans
Beauport , & ne s'eſtoit pû
trouver au combat. Mr de
Frontenac le fit demeurer à
quelque diſtance du Camp des
Habitans , pour les ſouſtenir
en cas d'une nouvelle defcente.
Ils ſe faifoient fort de garderleur
poſte avecdeux pieces
qu'onleur avoit laiſſées 5 les
trois autres furent amenées à
Janvier 1691. K
218 MERCVRE
Quebecle meſme jour. L'aprés
diſnéeles deux Navires qui
efſtoient dans l'Anſedes Meres,
mirent à la voile pour aller rejoindre
la Flote . On les ſaluaà
boulets en paſlant & ils
repondirent ſans faire grand
mal.
Le Lundy 23. Mrs de Subereuſe
& Dorvilliers,Capitaine
partirent à la teſte de centhom.
mes pour s'allerjetter dans l'Iſle
d'Orleans. Mr de Villieu avoit
auffi receu ordre de deſcendre
auCap Tourmente audeſſus
de la coſte de Beaupré. On jugeoit
bien que les Ennemis
nous quitteroient bien- toſt, &
on craignoit leur deſcente en
ees endroits- là. Ils mirent à la
voile le foir,& ſe laifferent aller
au courant;mais quelques uns
n'ayant pû trouver de bon
moüillage furent obligez de
GALANT .
219
relâcher . Ils diſparurent enfin
tous le lendemain Mardy
fur les dix heures du matin , &
allerent moüiller à l'Arbreſec.
Mademoiselle de la Lande, qui
eſtoit priſonniere ſur l'Amiral,
voyant qu'ils ſe diſpoſoient à
retourner en leur pays , fit demander
au General Ph Ips par
un Interprete , s'il vouloit l'y
mener , & laiſſer à Quebec
quantité de ſes Compatriotes
qui y étoient prifonniers ;
qu'elle eſperoit que ſi on propoſoit
de faire une échange ,
cette negociation pourroit
réuffir. Elle fut elle- meſme
envoyée ſur ſa parole pour faire
cette propoſion. Monfieur le
Gouverneur l'accepta , eftant
bien aiſe de la recouvrer avec
fa Fille , auffi bien que Mr de
Grandville,& queMe Trouvé,
Preſtre , qui avoit eſté pris au
K
220 MERCVRE
Port Royal , & qu'ils avoient
emmené avec quelques autres
Priſonniers de l'Acadie , eſperant
qu'ils leur ſeroient d'une
grande utilité aprés la priſe du
Pays. Elle s'en retourna fort
joyeuse à bord de l'Amiral Les
Priſonniers Angloisqu'on vou.
loit rendre furent aſſemblez le
foir meſme. Cen'eſtoit que des
Femmes& des Enfans, & il n'y
en avoit pas un de conſiderable
que le Capitaine Denis
qui commandoit dans le Fort
que le SrdePorneufavoitpris .
Il y avoit auſſi les deux Filles
de ſon Lieutenant qui fut tué
&queMr leGouverneuravoit
rachetées des Sauvages Mada .
me l'Intendante avoit racheté
auſſi fune petite Fille de neuf
ou dix ans aſſez jolie , qu'elle
rendit . Mrdela Valiere , Capi .
taine des Gardes de Mr de
GALANT. 121
Frontenac , fut chargé de cette
échange. Il ſe rendit à terre le
Mecredy matin,vis- à- vis l'endroit
où les Anglois estoient
mouïllez . La negociation dura
toutle jour. Un Miniſtre avoit
paffé à terre ,& on trouva le
-ſecret de legarder ſur les difficultez
qu'on faifoit de rendre
Mr Trouvé . Enfin tout fut
échangé de bonne foy. Les
François y'gagnerent, puis que
le nombre de leurs Priſonniers
eſtoit plus grand que celuy des
Anglois , qu'en rendant des
Enfans , ils curent des hommes
faits&en eſtat de ſervir. Les
Ennemis garderent deux de
nos Pilotes , qu'ils promirent
de mettre à terre lors qu'ils
auroient paffé les dangers de
laRiviere...
Dans le meſime temps quelques
Sauvages Abenaguis ar
K3
22 MERCURE
riverent de l'Acadie, & dirent
qu'ils avoient eſté dansunVillage
de Loups , où ils avoient
apris que les Anglois avoient
cu du deſſous par mer en France
que la petite verole avoie
fait mourir quatre cens Iroquois
& cent Loups ,& qu'il
n'eſtoit reſté que ſeize hommes
dans le grand Village des
Loups; que dans une occafion
où les Anglois avoient témoignédefirer
faire la paix avec
les Abenaguis , les derniers
leur avoient répondu , que ny
eux , ny leurs enfans , ny les
enfans de leurs enfans , ne feroient
jamais de paix avec des
gens qui les avoient ſi ſouvent
trompez ; & qu'enfin depuis
deux mois les Canidasavoient.
défait cent ſoixante & dix Anglois
,& trente Loups.
Le Vendredy 27. trois homGALANT.
223
mes arriverent de la Baye S.
Paul , & rapporterent qu'ils
avoient eſté à deux Navires
François qui estoient preſts à
paſſer le Détroit de l'Iſle aux
Coudres , qu'ils les avoient
avertis que la Flotte Angloiſe
eſtoit devant Quebec, & qu'ils
avoient apris d'eux , qu'ils devoienteſtre
ſuivis par huitautres
Vaiſſeaux avec leſquels ils
eſtoient partis de la Rochelle.
Peudetemps aprés,des Canots
que Mr le Gouverneur tenoit
exprés ſur les Coſtes ,leur confirmerent
ce que ces trois hom.
mes leur avoient dit. Vn troifiéme
Navire , nommé le glo .
rieux , futaverty de la meſme
chofe, & on a cu avis qu'il ſe
preparoit à entrer dans la Riviere
de Saguenay pour s'y cacher
juſqu'à ce que la Flotte
Ennemie cuſt paſſe .
K 4
224 MERCVRE
८
Le Dimanche 29. les rejoüif
fances furent faites à Quebec
avec beaucoupd'appareil...
Le grand Pavillon de l'Amiral
, & un autre que Mr de
Porneufavoit pris à l'Acadie
furent portez à l'Eglife au fon
desTambours. Mr l'Eveſque y
chanta le Te Deum& l'on fit enfuite
une Proceſſion ſolemnel
le en l'honneur de la Vierge ,
Patronne du Pays. Toutesles
troupes eſtoient fous les armes.
Ona inſtitué à perpetuité une
Feſte ſous le nom de Noftre-
Dame des Victoires , & l'Egliſe
que l'on a commencée à la Baſ
fe- Ville eſt dediée ſous ce mê
me nom,pour eſtre une marque
éternelle de la protection que
les François ont receuëduCiel
dans cette attaque. Le Feu de
joye fut allumé à l'entrée de
a nuit par Mrle Gouverneur ,,
GALANT.
225
au bruit de pluſieurs decharges
du Canon & de la Mouſqueterie,&
l'on n'oublia pas à faire
tirer pluſieurs fois les Pieces
qui avoient eſté priſes fur les
Ennemis. Le 12. Novembre on
aprit que les trois Navires
François qui avoient paru à
F'Iſle aux Coudres, eſtoient entrez
dans le Saguenay; qu'aprés
avoir veu paſſer devant eux
la Flotte ennemie , ils eſtoient
fortis de ce Fleuve , & qu'ils
n'eſtoient pas loin de Quebec.
Le Sieur François de Xavier
y vint mouiller le 15. la
Fregate nommée la Fleur de
May , le 16. & le 17. le Glorieux.
Toutes ces nouvelles
ont eſté portées par Mr de
Villebon,que Mrle Comte de
Frontenac a depeſché à la Cour
Il eſt venu dans un petit Baſtiment
qui a fait la traverſe en
K
S
226 MERCURE
cinquante- cinq jours , & qui
arriva au Port- Louis le 19. de
cemois.
Leſens de l'Egnime du mois
paſſe ne conſiſtoit qu'à trouver
lenombredes lettres de chaque
mot.Trois eſt compoſe de cinq
lettres , & quatrefois trois en
font vingt. Quinze a ſix lettres ,
& le mot. tout n'en a que quatre.
Ceux qui ontdevelopé ce
miſtere , font Mrs François de
Lions , Ecuyer , Seigneur de
Theuville , Conſeiller & Procureurdu
Roy àPontoiſe;Cor
delier,Vicaire de S. Nicolas
desChamps : Gaillardin , Chirurgien
Juré'à la Roche:Oudin
Curé de Cuſſy les Forges : le
petit Beraud du Parc deMarfeille
: de Baignolles Gardemarreau
des Eaux & Forestsde
Dreux : de Pauton du Marchis
de Nantes: Colibeaux Regent
GALANT.
227
Avranches :Godefroy Regent
de Rhethorique au College de
la meſme Ville , & du Pont
Corbetdu meſmelieu: de Bruxelles
,Principal du College
de Chaſteau - Thiery : de la
Chaintre de Rennes : Yvelin
Capitaine ; Auvray : le Cointre
Croüen devant l'Hoſtel de
Villede Chartres : Iſambert de
la rue Comteſſe d'Artois ::
Conſtance de la ruedes Prouvaires:
Diereville : de Lautriche
:Tarmulot : l'Espritmediocre
de Lionale MoſcoviteAnglois:
leCommiſſaire des Emblêmes
: la Rambauche: Meriel
deCaën : le Cenobite de la ruë
S. Martin Pillecoeur de la
Place de Sorbonne : Themisto.
ele: Tamiriſte de la ruë de la
Ceriſaye : le Phenix des Orphelins
d'Orleans : Cotteretde
Villiers : le Solitaire de la rue
128 MERCVRE
S. Mederic : le Compere de la
belle Blonde nommée M. Μ.
le Reelus du Fauxbourg S. Jac--
ques : l'aimable Lorrain de
Bourg en Breffe : l'Indifferente
en paroles : les Mariez du 22 ..
Ianvier de la rue du Pot d'Eftain
de Soiffons : leur meilleur
Amy ; la Scrupuleuſe Vertu
de Leitere le petit Amant
Imaginaire & diſgracić de la
plus charmante des trois
Soeurs de l'Holtelde Charoft::
l'Heureux en: Intrigues de la
rue de la Harpe : le Jaloux de
la rue neuve S. Mederic
pauvre Nouvelliſte des belles
Amourettes de la meſme.ruë :
Blandre Sr de Bras de Fer& fa
Blonde : l'Amant inconfolable
de la Province de Bourgogne :
la petite Henriette de la rue
Caffette: le Sr de Broquillon &
-ſagrande&petite Commerce
le
GALANT. 219
de la rue S. Martin: le Fidelle
Inconſtant & l'aimable Infidelle
prés de la fontaine de la
Herſe : Meſdemoiselles AUvray
: le Cointre : Gourlin : la
Spirituelle & toute charmante
Louiſe Favé de la rue S. Martin:
Mariane de la ruedes Carmes
de Caën: Chicaneau vis à vis
del'Oratoire à Rouen:Perſeval
de Nogent le Rotrou & fon
Amant ; la plus aimable des
Coufines : la plus Coquette
des fix aimables inſeparables
de la rue Aubriboucher : l'Invincible
Bellier de la mesme
rue: le brave Savar de la ruc
d'argenteuil : le Docteur
Verſeville : la Charmante
Brunette devant le petit S.
Antoine : la trop aimable &
aimée Veuve de la rue du petit
Lyon : l'aimable coupe de
coeurs de la rue de S. Iulien
230
MERCVRE
des Meneſtriers : la charmante
& incomparable Amarillis
de la rue des Urſules : la Marquiſe
à l'Anagrame Pure Imagede
vertu : Loüife Lucie de
Chaſtillon en Barois': le Berois,
le Berger à l'Anagrame siecle
d'Amour: Diane d'Alcleon la
Bergere Aimantée : la Princeſſe
au Roy de Trefle : & la
Nimphe aux jours filez de ſoye
la belle Catin de la rue Guillebert
:labelle Lolotte de Picardie&
les belles Brunes avec
leurs Amans delarue du Parc-
Royal : le Prophete Helie , rue
S. Denis : du Buiſſon : Grujetout
le Preneur de Café , &
les Fuyards du Pont- neuf de
Falaiſe : M. le Docteur: la grofſe
Bourgeoiſe de la Chaſſe
Royale , Pontau Change : l'inconfolable
Veuf & le Cavalier
Fillent , tous deux de Falaiſe
GALANT.
231
l'Amant fatisfait du Pont au
Change : Mimon Avocat à
Moulins : Jean Michel le Vort
Avignonnois : la charmante
Manon, ſa Compagne , & l'aimable
couple de Soeurs de vis
àvis la rue Hamon de Caën : le
Sr M.Hervieux & ſon aimable
Epouſe , de la meſme Ville : la
trop fiere Marote , & la belle
Madelon , l'une proche le Tripot,&
l'autre de la rue du Guet
de Caën.
La nouvelle Enigme que je
vous envoye eſt de Mr Iſambert.
ENIG ME.
beau changer fort ſouvent
defigure ,
Lesſoins de l'art changent peuma
nature,
Iem'accommode enwain aux eſprits
differens ,
Ceux mesme àqui je fais des plaifirs
affezgrands ,
1
t
232 MERCURE
Quoy qu'en parlant de moy quel.
qu'un toujours s'en love,
Quand j'approche me font la
тоиё,
Comme àquelque chose d'affreux.
Enfin mon fort est étrange & fa-
L
cheux.
Jefers à tout le monde, &neplais
àpersonne,
Onme trouve méchante,& pourtant
jesuis bonne.
He vous envoye un ſecond
Airnouveau dont les paroles
font de Mr Rabiet d'Anrefpine.
Elles ont eſté miſes en
chantpar Mr Montailly.
AIR NOVVE AV.
Non, l'hyver n'est plus en ces lieux.
Ilestwray que nos prez ont perdu
leur verdure ,
Nos ruiſſeaux leur murmure ,
Et nos Oiseaux leur chant delicieux.
Mais
Loa
Di
LYON
E
33
Hou
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c,
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232
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L
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Ie
Air
font
pinc
cha1
N
Ilep
E
GALAN T.
233
Mais , belle Iris , quand j'y voy
vos beaux yeux
Ranimer toute la nature ,
Laplus rigoureusefroidure
N'a pluspour moy rien de fa--
cheux.
Il partit le 9, de ce mois un
grand Convoy pour l'Irlande ,
avec pluſieurs Anglois & Irlandois
fidelles , le tout efcorté
par huit ou neuf Vaiſſcaux
de guerre , que commande Mr
le Marquis de Nesmond ,
Chef d'Escadre. Le mauvais
temps fit rélâcher à Breſt deux
Baſtimens qui repartirent le
17. avece trois Vaiſſeaux de
Guerre , nouvellement arrivez
de Rochefort. Mr le
Baron de Paliere les com-
-mandoit.
Mr du Bois, qui s'eſt acquis
tant degloirepar ſon exeellente
traduction des Leutes de Se
L
234
MERCURE
Auguſtin,nous a donné depuis
peu de temps celles des Offices
deCiceron . Il l'a faite ſur la nouvelle
Edition Latine de Groe.
vius , & il l'a diviſée comme
luy par Chapitres, afin de ſoulager
le Lecteur,avec des Som--
maires à la teſte de chaque
Chapitre. Cette Traduction eſt
fort eſtimée , & on peut tirer
une fort grande utilité des Notes
dont elle eſt accompagnée..
Les plus importantes,pour me
fervir des termes qu'on trouve
dans la Preface,ſont celles qui
vont a demefler & à rectifier
certains fentimens de la Philofophie
payenne,obil y a quelque
ſorte de verité,mais qui ont
beſoind'eſtre reduits aux principes
de la ReligionChreſtien-
2ne.Lesaueres ne ſontque pour
donner un plusgrand jour à ce
que la ſeule clartédelaTradu
GA LANT. 235
A
Aion ne pouvoit aſſez éclaircir
pour faire connoiſtre les lieux
ou les actions dont Ciceron
☐☐ parle en beaucoup d'endroits.
de cet Ouvrage , & pour ſuppléer
en d'autres certains faits ,,
dontla connoiſſance eft neceffaire
pourles bien entendre.Ce
Livre ſe debite chezłe SrCoi.
gnard, ruë S. Iacques; àla Bible
d'Or ,&chezle Sr Guerout,Ga--
lerie neuve du Palais ..
1.
11
On trouve auſſi chez le Sr
Guerout,le Grand TarifdesMon.
moyes Nouvelles. Iln'y a rien de
plus commode,& même de plus
neceſſaire , puis que ce Tarif.
contient laReduction en livres
de toutes fortes de nombres de
Louis d'Or à douze livres dix
fols,& de Louis d'argent à trois
livres fix fols; en forteque fion
vous apporic, par exemple ſoixante
- quatorze Louis d'or , on
:
236 MERCVR E
d'argent , vous trouverez fur
l'heure, par le moyen de ce Ta .
rif,que les uns valent925 livres
&les autres 144.livres 4.ſols ; en
reſte de meſme, depuis unEcu ,
pour les Louis d'Argentjuſques
aun Million,& depuis un Louis
d'Or juſquà: douze Millions
cing cens mille livres...
En vous parlantlemoispaſſé
de la Lettre écrite à Mr leMaréchal
de Belfond, ſur leVoyage
que leRoyd'angleterre a faita
la Trape,je vous ay dit qu'elle
eſtoit de Mrl'Abbé de Chavigny,
abbé de la Trape. Il eſt
vray que Mrl'abbé de laTrape
eft de cette Famille , mais il
porroit le nom d'Abbé de Ranſé
, tant qu'il a demeuré dans
ale monde. Le ſuis , Madame
Voftre,
YANIEN
* 103
lfDona
R.P.Claud. Franc.
MonastrierSoc.Jele
807156
MERCURE
Colleg.Lugd.SS. Tr
Loc.GALANT inser
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JANVIER 1691 .
DE LYCIE
LYON
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
rmë Merciere au Mercure Galant.
Avec Privilege du Roy...
M.DC. XCI .
P
Avis pour placer les Figures.
'Air qui
Lobarunte
commence par ,
Aurore enfin te
voilà de retour , doit regarder la
page48 . 3
La Medaille doit regarder
lapage 159.
L'air qui commence par ,
Non l'Hyvern'est plus ,&c.doit re
regarder la page 232 ..
TABLE..
Sonnet.. 2
Lettre d'un Prelat Flamand à un
Conseillerd'Etat enEspagne. 4
Morts.. 211
Origine des Religieuses de Beaumontprés
Tours 25
La Conquestede la Savoye , Eglogue.
j 28
Reception des deux nouveaux Prefidens
àMortier ,&des deux As
vocats Generaux au Parlement.49)
Lieutenances de Roy du pays de la
MarchedeXaintonge&d'Angoumois
données par le Roy. 51
Lettre contenant plusieurs nouvelles
des Indes..
52
Noms dequatre-vingt-deux Lieutenans
de Vaisseau àqui le Roy
88 adonnédes Compagnies.
Ode à Mrs de l'Accademie Frangoife..
1
94
TABLE .
4
Compliment fait à Monsieurparle
Pere Bourfault,Theatin. 103
Histoire. 111
Lettre d'un Gentilhomme François
àun de fes Amis refugiéen Angleterre,
fur la Harangue du
Preſident de la Tour.
Mariages.
128
160
Benefices donnez... 169
Lettre de l'Envoyé d'Angleterre à
laHaye au Marquis de Carmar--
ten. 178
Belle action de Mrle Marquis de
Feuquieres 189
AutreArticle de Morts. 190
Monument à lagloire du Roy. 276
Relationde Canada. 213
Article des Enigmes .. 226
Convoy party pour l'Irlande. 233
Livres nouveaux , 234
Fin de la Table
MERCURE
GALANT
JANVIER 169
017819LYON
*7693
E croy , Madame ,
I que je ne puismieux
commencer ma premiere
Lettrede cette
nouvelle année , qu'en vous
faiſant partd'un nouveau Por.
trait du Roy. Les traits ſont
fi reſſemblans, que vous n'aurez
pas de peine à tomberd'accordqu'ils
ne peuvent conve-
Janv. 1691.A
1
2
MERCURE
nir qu'à ce grand Monarque.
E
AV ROΥ.
SONNET.
Tonner l'Universparfon rare
genie ,
Combaire,terraffer un monde d'Ennemis,
Défendre ſes sujets , proteger ses
Amis ,
Et signaler par tout sa prudence
infinie.
Braver ouvertement toute l'Europe
unie;
Ases Auguſtes loix voir l'Ocean
Soûmis ;
Faire deſes Etats l'Empire de Themis
,
Et celuy des beaux Arts,de Mars ,
d'Vranic.
GALANT .
3
Defon peuple charmé prevenir les
defirs,
Le combler de bonheur; de joye, &
deplaisirs;
Eſtre grand , liberal, égal & magnanime.
Poursuivre un Parricide àſa perte
obstiné ,
Pour rétablir au Trône un Prince
legitime ,
Sent les faits d'un Heros qui n'a
rien de borné.
Aprés ce Sonnet qui m'a
eſté envoyé au nom du Solitaire
de Pontoiſe , vous ferez
bien- aiſe de voir un Ouvrage
d'une autre nature,&qui merite
d'eſtre leu avec attention.
On y voit le peril où la Ligue
faite contre le Roy met la ReligionCatholique
en Flandre.
A 2
4 MERCURE
LETTRE
D'UN PRELAT
FLAMAND ,
A un Conſeiller d'Eſtat
M
en Eſpagne.
ONSEIGNEUR ,
C'est avec une extrêmerepu.
gnance queje me hazarde à vous
écrire furdes matieres qui ne peuwent
vous eftre agréables, &encore
moinsàMeffieurs vos Collegues , qui
Suivant un ancien abus quieſt paſſe
encoûtume,ne reçoiventpasvolonsiers
des nouvelles , toutes importances
qu'ellessoient, quand elles ne
répondent pasà ce qu'ilssouhaitent,
&encore moins à l'honneur de la
GALANT.
S
Monarchie : mais comme vous
aimez notrefainte Religion Catholique,
Apostolique & Romaine,
leservice du Roy nôtre Maître,&
le bien public defes sujets , je ne
puis refifter aux mouvemens dema
conscience qui m'obligent à vous
informer de plusieurschoses que j'ay
inutilement representées àceuxqui
tiennent icy les premieres places
Vous croirez peut - estre que je vais
vous parler de l'état où les pauures
Peuplesſontreduits par la guerre
des violences inonies commifes par
les troupesde ces Alliez qui nous
devoient mettre à couvert des hoftslitez
des François , & qui nous
ont neanmoius traitezavec autant
&peut offre plus de barbarie ,de
La profanationdes Eglifes,des Vases
Sacrez& des mifteres de nostre
Sainte Religion ; enfin de tous les
maux qui nous accablent,&qui
<
A 3
6 MERCVRE
font millefois par jour maudire la
Ligue & les Alliez. Non , Mon-
Seigneur,vous enfçavez desnouvelles
, le Conseil en est informé par
pluſieurs Lettres ,& particulierementpar
celles de Meffieurs les Etats
de Brabant . Sa Majestéa eu
la bonté de leur faire une réponse
capable,felon ce que le Confeit
d'Etat paroist en avoirjuge,de leur
mettre l'esprit en repos,en leur don
nant esperance d'un puiffantsecours
pourla Campagne prochaine. C'est
cependant cela qui augmente l'in
quietude , non seulement des
Brabançons , maisde tous nos bons
Flamans , qui nonobstant leur fim.
pliciténaturelle ont crû , que puis
qu'on avoit affecté de rendre pu
blique cette Lettre du Roy , il leur
estoit permis derasonner deſſus;&
voicy comme ils raisonnent.Ils diſent
qu'on leur donneàla veritédes
GALANT.
7
louanges qui leur fontplaisir ; mais
quequand pour toute réponseà des
remontrances articulées paroant de
faits odieux quifont affez connoif
tre que ces Alliez dont on efperoit
tant defervices,ne fongent en effet
qu'àruiner les Pays de Sa Majesté,
&qu'a fairesubsister leurs Troupes
aux dépens defes Sujets ; quand ,
dis-je pour toute réponſeon leurdis
en termes generaux , qu'ils seront
fscourus puiſſamment , & que sa
Majesté risquera toutela Monarchie
pour leur confervation , ils ne
fçavent que penser sii ce n'est que le
Con feil d'Etat a trouve des expediens
dont on ne juge pas àpropos
d'informerle public . C'est ce qui
augmente lour inquietude & leur
curiosité; car quelque fimples qu'ils
foient,ils neprennent pas pourargent
comptant lesremises que son
Excellence attend depuis tant de
A 4
8 MERCVRE
mois , & que les Officiers Espagnols
ont toujours mangées long temps
avant qu'elles arrivent , encore
moins l'argent qui doit arriver fur
lesGalions &les revenans- bon de la
grande reformefaite danslesFinan
cesily a quelques années , laquelle
vn'a pas rendu l'argent d'Espagne
moins rare en ce Pays cy. Vous Cro
yezà Madrid que la bourse des
Hollandois eft inépuisable , comme
les gens de qualité crogent ne pou
voir jamais ruiner leurs Marchads
àforce deprendre àcredit & de ne
pas payer; mais on eft icy trop prés
d'eux pour nepas favoir quefi leurs
Livresfont fort chargez de groffes.
parties pour l'Empereur , & pour
tantde Princes dontle Roy Guillaume
leuradonné la pratique , en
gagnantfur leur marché les frais
defon Sacre , leurs Magazins n'en
font pas mieux fournis. Ainsi nos
GALANT
bonnes gens-ne comptent pasfurtout
ce que le Roy Guillaume promet de
les obliger à prêter pour se Pays.cy
comme sur une reffource fort cousi
derable , puis que quinze cens milte
Florins nefuffirontpasà payer une
groffe Armée,telle qu'on la promet
&à l'empêcher de ruiner les Peu.
ples , comme elle a fait les dens
dernieres Campagnes. Cependant
quand ils voyent la contenance af
furée de nos Ministres , ilsse dou
sent qu'il y a quelque autre chose
qu'ilsn'auroientpeut- estre pas deviné,
s'ils ne ne l'avoient appris
parbeaucoup deLettresdeHollande
& d'Angleterre. C'est le bruit qai
s'est répanduque le Roy nostreMaistre
avoit fais un Traité, parlequel
il cedoit Nieupors Oftende,
quelques autres places aux Hol
landois&aux Anglois, pour Senreté
du secours qu'ils envoyeront
dans les Pays bas , & vous ne
A
10 MERCVRE
pouvez croire , Monseigneur , le
mauvais effet qu'a produit parmy
les Peuples cette nouvelle , vraye
ou fauſſe. Vous sçavez combien ils
font icyzelezpour la Religion Catholique,&
vous pouvezparconfequent
inger quelles font leurs alarmes,
devoir dans les nouvelles publi
ques qu'on a refolu en Espagne de
prendre des Eglifes pour y faire
des Preſches , afin que les protestans
puiſſent avoir l'exercice
de leur Religion dans des lieux
oùon ne la connoist que pour l'avoir
en horreur. Hs fe represen
tentdéja ces Armées nombreuſes
d'Heretiques , quisetrouvant part
tout lesplusforts , donneront la loy
aux Catholiques ; & quoy que son
Excellence & les Ministres des
Alliez puiſſent dire au contraire ,
rienneferacapable de lesraffeurer.
Les Ecclefiaftiques font , comme
2
t
GALANT
voussçavez, la plaspartgensfçavans&
d'une vie exemplaire. Ils
ont ungrand credisparmyle reuple
&on nepeut assezloüer leur zele
pourle ſervice du Roy. Cependans
de la maniere dont j'en connois
pluſieurs ,je ne voudrois pas répon
dreques'ils estoient unefoisperfua.
dez , comme il s'en fant fort pew
qu'ilsne le foient, que la Religion
Catholiquefuft icy en quelque peril
ils nefuſſent capables d'animer les
Peuples pour sa défense ,& vous
pouvezingerce qui pourroit arriver
dans un ſemblable defordre ; carfi
lefeul motifde la Religion aporté
fouvent les Peuplesles plus foumis
aux dernieres extremitez, on pourroit
icy craindre la mesme chose
fur tout , quand l'intereſt des Ec.
oleſiaſtiques s'y trouveroit mesle
Soyez perfuade, Monseigneur , que
les riches Abbayes, les Chapiszes
A 6
12 MERCV'RE
&tant de bons Beneficiers nefont:
pasiſans inquietude, quandils en..
tendent dire quencus aurons l'annéeprochaine
trente ou quarante
mille hommes , Anglois , Hollan
dois , ou Huguenots refugiet, &
qu'ils apprennent en mesme temps.
qu'on met enventeen Angleterre
& en Irlande , tous les biens des.
Catholiques , qu'ils voyent des,
Affiches dans les Gazettes Flamandes
pour indiquer des Chanoinies
d'Utrech ou de Boiſleduc , d
vendre. Ouy , ilne faut pas vous
tromper, ils craignent qu'ilne leur
en arrive autant ,Sçachant bien
que quand une fois les Protestans
Seront enpoffeſſion de ces biens ,&
qu'ils auront des Places defeureté,
toutes les forces du Roy nostreMaiftre
neserontpas capables de les en
chaffer. Quesi par matheur il arrivaitque
quelques Ecclesiastiquess
GALANT..
zelez, quand ce ne seroit que ces
Seminaristes Anglois quifontla
derniere pitié , & qui sont dépouillezde
tout par celuy dont on
nous fait efperer unepuiſſante prow
tection,se miſſent pardesespoir, ou
par un zelemal entendu,à exhorter
les Peuples à défendre la Reli.
gion de leurs Peres , je doute fort
que toute l'autorité de ceux qui
gouvernent te pays.cy,fuftcapable
d'Empêcher quelque grande revo-
Lution ; car enfin ilsn'auroient qu'à
ouvrir leurs portes aux François
&fi la moindre Ville avoitfait cer
te démarche , peut- estre qu'elle ne
Soroitpasseule. Vous comptez pour
estre fur la hainedes deux Nations,
qui est affaremem fort augmentér
par tous les maux qu'ils nous ont
faits,& qu'ils nous font encore tous
les jours ; mais d'un autre costé, on
les craint d'autant plus , qu'ilpa
14 MERCVRE
roiſt que les Alliezles craignent
aussi,sur tout depuis la Bataille de
Fleurus , qu'onnous a,dit on,fait
gagner àMadrid , quoy queje vous
affure qu'elle a esté icy parfaite.
ment perduë. Si vous aviez veu
comme nous , l'embarras & l'irrefolution
où tous nos grands Capi
caines ont eſtédepuis cette lournée,
lefoin qu'ils ont eu de ne pasfortir
de nostre pays , &la tranquillité
avec laquelle ils ont laiffévivre les
François,vous comprendriezaizément
que nos Flamands , n'ont pas.
tortden'avoirplus de confiance en
eux. l'avoue que les. François lear
ont esté toûjours fort odieux , mais
Soyez persuadé que cette haine est
bien diminuée par l'amour de la
Religion , quiseroit peut- estre opprimée,
fi la France ne lafoutenoit.
IeSçay bien que les François parlent
ainfi; mais nos Reuplesle croyent
GALANT.
Gen effet n'ont ils, pas raiſon ?
LesTraitez faits avecleRoyGuil
laume pour la feureté de la Reli.
gion Catholique , ne leur mettent
pas l'esprit en repos . Itsçavent de
quelle maniere il a obfervé ceus
qu'il avoit faits , comme Hollandois
, avec le Roy Jacques fon
Beau pere , ainsi que les paroles
données dans ſes Declarations &
dansſes Harangues aux Parlemens.
Enfin ils n'ignorent pas qu'il a
thangé trois ou quatre fois de ma.
ximesdepuis qu'il est parvenu à la
Couronne , qu'il a abandonné tous
ceux qui l'ont le mieux fervi , &
ils ne doutentpas qu'ilne facrifiast
auſſi volontiers fes Allicz , si une
fois il n'en avoit plus affaire.ll eft
vray qu'en cepays- cynous ne com
prenons pas comment le Roy nôtre
Maître s'y fie , fur tout aprés que
l'Empereur a perdu des conquêtes
16 MERCVRE
qui affuroient la Chrétienté pour
iamais ,& mettoientsa Maison
en estat de donner la loy à toute
l'Allemagne,&peut-estreàtoute
L'Europe, pour s'eftre laiſſe tromper
par ses vaines promesses. Mais
quandily auroit fuiet des'y fier ,
quel compte peut-on faire fur une
Armée de Rebelles preſts toniours à
changerde party ,&sur tout ,fur
les Huguenots François , qui non
Seulement portent les armes contre
leur Patrie, mais qui ont esté les
principaux.inftrumens de la trabi.
fonconcertée contre le Roy Jacques
qui les avoit recens avec trop de
facilité,&lear avoit accordéplus
de graces qu'ils n'en auroient osé
demander?En veritéc'est beaucoup
bazarder , de remplir ce pays cy
de gens fans foy &fans loy , qui
n'entretiendront leurs hostes quede
leurs pronëffes contre des Prestres&
GALANT.
17
des Catholiques. Ily a encore plus
deperilà laiſſer apprendre à nostre
bon Peuple tout ce qu'ils ont fait
pour déposer un Roy legitime
Sous le ridicule prétexte d'avoir
violé le Contrat original entre luy
&ſes Suiets , maxime qu'iln'est
pasà proposde renouveller,aprés
ce qu'elle a fait faire aux Arragonnois&
aux Catalans, àqui on
Sçait affez qu'ellen'aiamaisdéplû,
Enfin il est tres- perilleux d'ats
coutumernos Flamands à entendre
tousesfortes de blafphemes contre
la Religion , pour laquelle nous les
voyonsprests d'expofer leurs vies. Il
eft del'intereſt de Sa Majesté de
conserverlesPays- bas,mais il n'en
eſt pas moins de conferver les Peuples
dans une heureuſe ignorance
de ces abominables maximes,&fur
tout dansla veritable Religion ,puiss
que l'experience du Siecle paſſe a
18 MER CURE
fait connoître qu'auſſi cost que
l'Hereſicſefut répandue en ces païs
cy, ceux qui en furent infectez r
noncerent à l'obeiſſance qu'ils devoient
à leur legitime Souverain.
Vous sçavez affez que ce n'est pas
ta force des armes de SaMajesté
quitient ces Peuples dans le devoir,
c'est leur Religion , &une droiture
naturelle qui les confervent dans
la soumiſſion , & leurfont fouffrir
patiemmenttous les malheurs cau.
fez par la foibliffe da gouvernement
qui les accable depuis fi longtemps.
Les interefts quele Roy
nostre Maistrepeut avoir communs
avecles Alliez , nefontpas comparables
à celuy de ne pas laiffer corrompre
ces bons sentimens de ces
fidelles Sujets , & encore moins la
Religion qui en est leprincipe.Mais
fi le mauvais eftat de ſes affaires
fait qu'il ne puiſſe conferuer ce
GALANT.
او
paysfans en abandonner une par
sie ; qu'ony prenne garde , je vous
le repete, car nos Flamans ne fe
laiſſeront pas vendre facilement.
Si on leur vouloit donnerde nou.
veaux Maistres, cela leurpourroit
fairenaiſtre l'envie d'en chercher,
&ils prefereroientfans doute ceux
Sous qui leur Religion feroit en
Seureté , & leur repos aussi peu
troublé que celuy des Villes conquiſes
parla France
Alliczne regardent que de fort loin
&avec respect. Voila , Monfeigneur
, ce que mon devoir & ma
confcience m'obligent de vous écrire,
comme une des plus importantes
affaires de ce pays- cy. Vous enferez
l'usage que vous en jugerezà pro.
pos. le prie Dieu cependant qu'il
inſpire Sa Majesté&Son Confeil
enfortequenouspuiſſionsvoir bien-
Loft la fin de taut de malheurs, par
, que les
20 MERCVRE
une bonne Paix qui nousseroitplus
neceffaire que les Victoiresdes Alliez.
Aufſi pour vous parlerfranehementinos
gensde bien nefongent
guereà eux dansleurs prieres ,&
ily ena qui fe feroient un grand
Scrupule d'avoir prieDieu pour la
Ligue, quand ils pensent qu'elle a
pour Chefle plus grand Ennemy
de la Religion Catholique ,&c'est
tout dire , car nonobstant les éloges
extravaguans & blafphematoires
qu'en vient de faire , à la honte
éternelle du Ducde Savoye,un pevit
homme , qui aprés cent més
chantes figures , fait celle defon
Envoyé en Hollande&en Angle.
terre , nos Compatriotes ne regardent
pas le Roy Guillaume comme
anHeros choisideDieu pour executer
fes deffeins éternels. Ils font
trop fimplespour entendre ce galia
matias,& ils appellent les choses
GALAN T. 21
parleurnom. Dieu tombleSaMajesté
à prosperitez, qu'illa confervepourle
bien de la Chreftienté ,
qu'illa delivre de tels Alliez , &
qu'il donne àſes Ennemis de tels
Gendres , de tels Amis , de tels
Officiers , & de tels Maistres. Ie
fuis , &c.
On a eu icy avis de la mort
de Meffire Charles Cottereau,
Licencié de Sorbonne , Chanoine
Prebendé , & Celerier
de l'Egliſe de Saint Martin de
Tours .C'eſtoit un hommed'une
ancienne Famille , & d'une
profonde crudition. Il joignoit
àces avantages une pieté tresédifiante,
ne manquantjamais
àaucun Office.Commeil étoit
d'une forte conſtitution , il
employoit le reſte de ſon temps
à l'étude & aux affaires . Les
fonctions de Grand Vicaire&
22 MERCURE
d'Official de ſon Chapitre luy
en demandoient beaucoup. La
dignité de Celerier qu'il poſſedoit
eſt un reſte de la vie commune
que menoient autrefois
lesChanoines de Saint Martin.
Ils furent établisdans cette fameuſe
Egliſe vers l'an 795.par
Charlemagne, de l'autorité du
Pape Adrien. Cela paroiſt par
Eginard, Secretaire de cet Empereur,
& par la Chronique de
Tours . Le Celerier eſt un des
fix Prieurs dont les noms ſe
mettoient autrefois à la teſte de
tous les actes du Chapitre , &
ſans lesquels le Chapitre même
ne pouvoit , ny s'aſſembler ny
conclure aucune affaire, commeon
le voit par quantité d'Actes
, & par les Statuts de cette
Eglife.
l'ay auffi à vous apprendre la
GALANT.
23
A
mort de Dame Claude Faye
d'Eſpeiſſes , Veave de Meſſire
Philipes Andrault , Comte de
Langeron , Baron de Vaux &
de Coigny , Seigneur de l'lile
de Mare , Chaviniere , Varic
&Goulou , Bailly de Nivernois
& Donziois , Meſtre de
Camp d'un Regiment entre .
tenu pour Sa Majesté , Maréchalde
ſes Camps & Armées ,
Gentilhomme de la Chambre
de feu Monfieur le Duc d'Orleans
, & auſſi Gentilhomme
de la Chambre de Monfieur le
Prince . Elleavoit eſté Gouvernantede
Meſdemoiselles d'Or-
Jeans . Son Pere eſtoit Charles
Faye , Sr d'Eſpeiſſes , Baron de
Trifac & de Cheirouze , Conſeiller
au Parlement de Paris ,
enfuite Maiſtre des Requeſtes ,
puis Conſeiller d'Etat & Am24
MERCURE
baſſadeur en Hollande , & fa
Mere Charlottede Fourcy,fille
deJean de Fourcy , Surintendant
des Bâtimens du Roy.Son
Aycul, Jacques Faye Seigneur
d'Eſpeiſſes , un des ſçavans
hommes de ſon temps , dont il
nous reſte des Ouvrages imprimez
, avoit eſté Conſeiller
auParlement, Maiſtre des Requeſtes
, Avocat General au
Parlementde Paris , puis Prefident
à Mortier ; il fut auſſi
Ambaſſadeur en Pologne. Son
Ayeule Françoiſe de Chaluet ,
eſtoit fille de François de Chaluet
Baron de Trifac & de
Cheirouze . Son Biſayeul , Barthelemy
Faye , Seigneur d'Efpeiſſes
, fut Preſident aux Enqueſtes
du Parlement de Paris,
&il épousa Marie Viole , de
l'ancienne Famille des Violesà
Paris.
GALANT..
25
A
Paris. La Famille de Faye d'Ef
= peiflies , qui eſt originaire du
- Lionnois , porte d'argent à la
bande d'azur , chargée de trois
testes de Licorne d'or , & celle de
Langeron , porte d'azur à trois
Etoiles d'or écartelé de gueules à
fases vivrées d'argent , au bâton
d'azur ſemé de Fleurs de Lys d'or
peri en bandebrochantfur le tout .
Je ne vous diray rien de
particulier de ce qui s'eſt fait
àl'entrée de Madame l'Abbeffe
de Beaumont prés Tours , lorS
qu'elle a eſté receu ë dans cette
Abaye. On a obſervé toutes les
ceremonies qu'on a de couſtu.
me de pratiquer dans les occaſions
de cette nature. Je croy
que vous n'ignorez pas qu'elle
. eſt Niece de Madame l'Abbefle
de Fontevraud,& que ſa vertu
& ſa pieté font en elle des qua .
Janvier 1691 .
B
26
MERCVRE
litez auſſi eſtimables que ſa
naiſſance. A l'égard des Religieuſes
de Beaumont , ce ſont
originairement) des Hoſpitalieres
, qui demeuroient à la
Porte de Saint Martin, fondées
par Ingeltrude ſous la premiere
Racede nos Rois , pourrecevoir
les perſonnes de leur
ſexe , qui venoient en peleri
nage au tombeau de Saint
Martin. Le Bienheureux
Hervé voyant qu'on avoit
inſtitué en d'autres Pays des
Religieuſes,qui s'appliquoient
àchanter les loitanges deDieu
transfera celles- cy àBeaumont
prés Tours , pour vaquer au
meſme employ ſous la tegle
de S. Benoist . Il leur donna
une place , leur fit baſtir une
Eglife & les dota d'autres bies ,
le tout à la charge que les ReGALANT.
27
ligieuſes payeroientvingtſols
decens pour eſtre employez à
achepter l'encens & l'huile ,
qui pourroient ſe conſumer
dans l'Egliſe de Saint Martin ,
pour leClergé delaquelle elles.
offriroient àDieu leurs prieres.
Ces donations ainſi que cette
Inſtitution furent confirmées
par le Roy Robert au commencement
de l'onziéme Siecle.
Quand l'Abbeſſe de Beaumont
venoit à mourir , on apportoit
ſa Croſſe au Tombeau
deSaint Martin. Celle qui luy
fuccedoit eſtoit éleuë par la
permifion du Chapitre , &
alors elle venoit demander la
Croffe& l'inveſtiture de l'abbaye
,& la confirmation de
ſon élection , ce que le Chapitre
de Saint Martin ne manquoitjamaisdeluy
accorder.
B 2
28 MERCYRE
Je vous envoye une Eglogue
qui a charmé tous ceux
qui l'ont mouy lire , & dans
laquelle vous trouverez des
louanges pour le Roy auffide
licates que ſpirituelles .
LA CONQUESTE
de la Savoye.m
RHOE GILOUFormo
maadaaeT maa બH) શ્રી 21031R
A Mr de Belloo , Walet de
Chambre ordinaire du Roy,
Porte manteaw bde: dal feno
ri
οὐ οτηηλοναil 38 3
OToy ; dont l'amitiéme confote
Sanspeines , catu
Desmauxque m'a cauſez montria
fterengagemenbzirmaisioup
GALANT 29
Otoy , qui dans la Cour de nostre
Auguste Reine
Eſtois l'unique objet de mon empreffement
,
Accepte d'un Amy malheureux ,
-maisfide letos should
Ce fruit d'un'ennuyeux &fterile
Qui te seroit offert avec plus de
Sijefaisois des Vers-dignesde Fon-
-IreneWes
Dans les fiecles futurs on t'enten-
Et nos noms joints , des temps ne
craindroient point l'empire,
Belloc,fore sçavois écrire
Aussi bien queie fçais aimer.
C
•swing star
20
baig a rep
B 3
30
MERCURE
EGLOGUE.
DAPHNIS ,Berger de Savoye
ACANTHE , Berger de Bour-
4 gogne.
Dieux de cesBois, tutelairesGenies
.
Rivage heureux par les Graces
هیم orne's
Prezémaillezde couleurs infinies ;
Accordezun azile à cet infortuné
Et vous, Berger, de qui l'ame attendrie
Vous intereſſeaffezaux malheursde
ma vie 27
Pourvouloir en estre informé ,
Puiſfiez - vous en aimant eftre soujours
aimés
Fuiſfiez vous de Troupeaux couvrir
la vaſte plaine ,
Puiſfiez- vous voir mourir le Chéne
Né troisfiecles devant , du gland
qu'il a planté.
२.
GALANT .
31
ACANTHE ..
Je prens part aux ennuis , qui fur
voſtrevisage
Ont peint leurs traitslesplus tou
chans :
Nos coeursfimples font lepaxtage
De lapitié qui neregne qu'aux
champs ; 4 [Village,
La Cour, la dure Cour larelegue an
Maisle panchant qui nous engage
Afuiure un tendre mouvement ,
N'estpas l'effet uniquement
De la simplicité qui dans nos
champs abonde ,
Ny du doux air qui nous nourrit.
Climene , helas Climene attendrit
tout lemonde ,
Rien ne touche l'ingrate,& rien ne
l'attendrit.
Envain , dans le mal qui nous
preffe,
Aux Arbres , aux Rochers nous apprenonsfans
ceffe
B 4
32
MER CVRE
Arépeter noſtre tendroffe ,
Vaipement à l'Amour nous dreffons
des Antels ,
Climene avec l'Amour ritde nostre
foibleſſe , :
C'est làleseulchagrin que leDestin
nous laiſſe ,
Maisunbonheur completn'estpoint
... pourles Mortels.
L' Astre dujour, dégagéde nuage
Brûle les fteurs, appanuritle ri
vage.
Sur ce gazon , protegepar l'ombrage
e
3
Contezmoy le fujet de vostre affliction
, :
Et recevez fous cet épais feuillage
LeSecours impuiſſant de
mißion .
DAPHNIS.
macom
Jefuis , beureux Berger , je suis
de la Savoye , alt gi
D'où l'Amant cruel de Venus ,
GALANT
133
Les armesàla main vient de bennir
lajoye: :
C'estvous en dire affez, nos mal
heurs font connus.
Dans un vallon profond & Solis
taire,
Oùjamais le Soleiln'éclaire
Qu'aux plus hautes heures du jour,
Nos Ayoux depuiste deluge,
Avoient pris foin d'établir un
refugeri 2.
Al'Innocence ,à la paix,à l'ALesAlpes
, dont les testes nuës
Nefentent leur Sommet d'aucuns
pentsagit
S'élevant audeſſus des nuës ,
Donnoientà nos esprits: des leçons
ingenuës
D'une heureuse tranquillité.
Laneigequichez nous entouttemps
Se retranchewi
Gontre les plus vives chaleurs ,
BS
4
MERCVRE
Aux Lieures,aux Perdrixdonnant
Sacouleur blanche ,
Inspiroit aux Bergers la puretédes
moeurs
Ilest vray queles Dieuxdeleurprefenceavares
Anoschamps negligez épargnoient
leurs bienfaits ,
Pour nous Cerés, Bacchus ,& Pomone
estoient rares ,
Nous estions nuds , mais fatis
faits,
humaines
Pourfuffire aux besoins des miferes
2 : ?
:
Nousioignions à noſtre travail
LelaitdenosBrebis, leursagneaux
& leurs laines ,
Et lesmainspleines de métail
Nous revenionsſouvent des Bourgades
prochaines.
Vousparleray-jeencor de millejeux
divers
Qui ſous les ſapins toujours verts
GALANT.
35
Nous exerçoient aux jours de
Feſte ,
Quand te Soleil des Cieux occupant
lehaut faifte ,
Denos ruiffeauxglacezvenoit briferlesfers
.
Et borner la longueur
Hyvers ,
des farouches
Parlefendes rayons qui couronnent
Sa teste ?
O ma chere Patrie ! o mon heureux
Hameau !
Quevous aviezalors degraces en
Partage!
Bien qu'aux yeux étrangers vous
A paraffiezSauvage,
La icune Ægle vous trouvoit
beau.
Ægle regle mon goust , qui ſur le
fien se fonde,
Tant que vous enferez cheri ,
Vous ferezà mon gré le plus beau
lieu du monde .
B6
36
MERCVR E
Plus beau mesme que Cham
beri.
Mais pourquoy rappeller noftre
gloire effacée ?
Sortez, charmant sejour,fortezde
ma pensée !
Vous n'eftes plus ces champs deli
cicux
Où Panànos regards daignoit eſtres
viſible ,
Oùla Muse Champestre,& les
Rustiques Dieuxna I
Exerçoient faintement tear Empire
paisible , !
où l'on nefentoit aucuns maux
Que les maux que cause un coeur
rendre l 3100
L'impitoyable Mars a changé nos
Hameaux
2
Ende tristes monceaux de cendres
Plus fier, plasredoute centfois
Que l'amas foudrogant des neiges
entaffées
GALANT 37
Qui roulant dusommet des Alpes.
beriffées,
Par l'énormitédefon poids ,
Entraîne fierement les Roshers &
les Bois ,
Erfous les maisonsfracaffées
Enfevelit Bergers& troupeaux à
la fois .
Quel moyen de gouter les charmes
-Qu'on trouvoit à nos Chants
<
divers?
où l'on entend tonner les Armes,
Quelle est la puissance desvers ?
Comment pourroient , helas ! les
... fimples Tourterelles
Resisterauxferres cruelles ,
Quand l'Aiglefaitfa pointe ,&
vient du haut des Airs
Fondre inhumainementfur elles?
L'antre aux Muſes le plus facré
Au lieu de leurs noms adorables ,
Ne fait plus retentir que ces cris
formidables.
}
38 MERCURE
Catinat , Saint Rut , & Larré.
Enfin , tout eft perdu tout fuccombe
au ravage
Quefait de nos vainqueurs la
bruyantevaleur ,
Etfij'aymanquédecourage
Pourperirparlefer enfuyant l'efclavage,
Du moins, je viensfarcerivage
Expirerparl'excés d'unejuſtedonleur.
ACANTHE.
Devos mauxparla renommée
CetteProvince eft informée;
N'en doutez point , nous vous
plaignons , (Simble ,
Unmêmeſangdans nosveines s'af-
Etjeſçais qu'autrefois nous compofions
ensemble
LeRoyaume des Bourguignons.
• Certainjour,far vos avantures
Poufféd'un defir curieux ,
Je consultois Phorbas ,l'interpréte
desDieux
2
GALANT. 30
Aqui le grand des augures
Eclaircit l'avenir , si fombre pour
nosyeux.
Va demain me dit il , au everde
l'Aurore
Dans ce grandpré'd'Alifiers couronné,
Par mos Bergers de tout temps
destiné
Acelebrerles jeux deFlore.
Ecoute ,&voy ,
Taferas instruitcomme moy.
l'y fus & da gazon qui bordefa
fontaine,
Une jeune Alowëte à mes pieds ſe
leva;
D'abord unvolhardy vers les Cieux
s'éleva
Etdans peufonchant gays'en tendit
avec peine
Delabrillanteplaine.
40
MERCURE
Déiafon coeur tropvainsesent tour
embrafer
Dufeu des Astres qu'ilmédite ,
En ne prétendant pas se pouvoir é
puifer ,
Il regarde en pitié cette terre qu'il
quitte :
Lors qu'un Aigle Royal tout à coup
paroiffant
1
e
Abat fon courage impuiſſant.
Apeine atteinte de fon ombre
Elle se précepite au centre refprité
D'un ballier épineux &Sombré ,
Et danssapetiſſe , &fon obscurité
P
Gherchefa fureté,
L'allois révant à ce ſpectacle ,
Quand un Berger ,prés d'un trou
peaupaiſſant ,
Me vint confirmer cet Oracle
Par ce couplet qu'il chantoit ers
danfan't
GALANT.
1
4
Del'adreſſe & de la grace
Le jeune Arcas ale prix,
Mais il quitte ſes brebis
Pour s'adonner à la chaſſe ..
Les os leur percent la peau
Pendantqu'il eſt en quête ;
Malheur au pauvre troupeau
Conduit par jeune tête .
-Alors mon esprit fat ouvert,
Mon coeur pournos voisinsfut senfible
à la crninte, l
Et je crûs voir à découvert
Lesmauxquicaufent uêtre plainte
Ilssont cuifans,j'en demcure d'acz
cord ;
Ils pourroient ébranler l'ame la plus
છ
constante ,
Mais sivous en croyezmon amitié
naiſſante ,
Ilsnefont point sigrands qu'ils pa
roiffent d'abord :
Lors que vostre douleur , à preſent
legitime
42
MERCURE
Avec le temps aura meury,
Nos malheurs,direz -vous, nous tirent
de l'abîme ,
Et nous estions perdus , finous n'avions
pery . ८
Vous allez compofer un membre in-
Separable
• De ce Corps entout tems vainqueur
Dont l'Auguste Louis , Louis le redoutable
Eft le bras,la tête & le coeur ,
C'est ce Louis , craintpar toute la
Terre.
C'est ce Lonis ,fameux par fes
bienfaits;
Aux Ennemis ,vray Demon de la
Guerre ,
Aux fiens , Dieu d'amour&
dePaix.
Fuffiez- vous menacezdesplus terribles
traits
Que lance lafureur de Bellone La
fiere ,
GALANT.
43
4
Sousſa protection vous pourrez tout
braver ,
C'est une plus forte barriere
QuecesMontsorgueilleux quin'ont
pûvousfauver.
Cent autres nations souffrent , gémiffent,
pleurent ,
L
Noustriomphons parfonappuy,
Et s'il m'étoit permis d'avoir des
Dieuxqui meurent,
Ien'aurois d'autreDica que luy.
Parluymes boeufs errants dans nos
vertesprairies
Ruminentſans danger les berbettes
C poaries
Par luy , tranquillement fous un
arbre endormi. ( Fontaine ,
Iepuis goufter le frais au bordd'une
Sans redouterd'autre Ennemi.
Quelesyeuxvainqueurs de Climene.
DAPHNIS.
Vous pourriez me perfuaders
44
MERCURE
Ma douleurferoit fans replique
Si mon fidelle amourſe pouvoit accorder..
Auxſolides raiſons de vostre Politique..
Mon coeur mortellement troublé,
Loin de s'en confoter,ſefoûleve &
s'irrite,
Lefuis abfent des yeux de la char
mante Ægle, χασία
Puis -je vivrecontent loindes lieux
qu'elle habite ?
L'ignore de fon fort la déplorable
253
Ah,Berger, qu'elle cruauté ,
Quand la leunesse & la Beauté
Se rencontrent avoir en teste
La licence l'impunitér
Sur tout en Pays de conquête :
Maisde pareilsfoupçons pourroient
vous offenser , ( l'innocences
Vous avez ,tendre Amour, protegé
En vaſtre divina prispanoa
GALANT
45
A détourné ce crime , où jen'ofe
penfer.
Vainc esperance ,helas ! vous m'estes
interdite,
CeDieu n'apointparu dans ce be-
Soin preffantasia
Non: ie n'en puis douter,l'Amour
estoit absent
Et le bruit des combats met le timio
nadeenfuitein
La
ACHANTHE
८
Desmalheurs que vous redoutez
Ne craignez point la violence,
fageſſedes Chefs dans les TroupesdeFrance
Scait l'artd'enchainer l'infolence
- des Soldats les plus emportez.
Sous le doux abryde nosChaumes,
Parnosfoins pour vous redoublez
Venez dißiper les phantômes ;
Dontvosfensparoiffent troublez .
Les ieux , & les plaisirs habitent
allamos demeures 10 2014 LUURCE
1
46
MERCURE
LesMuſes de leurs chants viennent
nous égayer ,
Bachus qui racourcit nos heures ,
Nous défend de nous ennuyer.
Cheznous milleBeautezfont naiftremille
doutes,
Toutes ont leur party , toutes font
quelque bruit ,
Climeneles efface toutes ,
CommeDiane fait lesflambeauxde
Lanuit!
Chacun peut s'adreſſer oùfon goût
le conduit
Reut être aimerez-vous ma cruelle
Bergere ,
Maisie le verrayfans douleur ,
Mefaisantdes Rivaux,iefuis certainda
fuire danwel al ha
Des Compagnons de monmalheur.
DAPHNIS
Fustelle millefois plus belle ,
1
Deſes.coups iefuisgarantis
Dansnos Climatson naist fidelle,
GALANT. 47
Et mon coeura prisfon parti.
Ie vous dois cependant beaucoup de
complaisance
Pourpayer vostre honnesteté,
Eti'en conferverayde lareconnois
Janice ,
Tant queleMont- Cenisfurſa base
plante.
Pourra de l'Italic & de l'heureuse
France
Conferuer la fecondité.
ACANTHE.
Allons:nas gaistroupeaux ont quittèles
campagnes;
Déia dansenos Hameaux on allume
du feu ,
Et lesgrandes ombres danspeu
Vont descendre de nos montagnes.
Je ne doute point que vous
n'ayez enviede ſçavoir le nom
de l'Auteur de cette Eglogue ,
parcequ'ilya peu de perfon-
:
48
MERCVRE
nes dont les Ouvrages ſoient
d'un fi bon goust. Elle est de Mr
de Senecé , premier Valet de
Chambre de la feuë Reine ,
dontje vous envoyay un Idille
il y a deux mois . Cet Idille a fi
fort furpris par fabeauté, qu'on
n'attend plus de la même Plume
que des choſes achevées .
L'Air dont vous allez lire les
paroles , eſt de la compoſition
de Mr le Camus . Vous ferez
perfuadée qu'il ne peut avoir
qu'un tres beau genie , quand
je vous auray appris qu'il eſt
fils du fameux Mr le Camus ,
qui a fait tant de beaux Airs
fur lesparoles de Me la Com-
Leſſe de la Sufe.
2004 aap safay gumad 27 of
AIR NOUVEAU.
To Harmantes Aurore,enfin te voilà
de retour ,
Le
PW
THEQUE
DEC
LYON E
*1893
*
49
ténou
amours
joun
plusfu
Your
de la
on,&
harge
Parnt
rea
deca
esac-s
is ay
occarg
lace
Mr
comcats,
& leur dis qu'shy avoit qua
rante cing Aus qir'il eſtoirAp
Janv. 1691. C
द
48
ME
nes dont les
d'un fibong
de Senecé ,
Chambre d
dontje vou
il y a deux
fort furpris
n'attend plo
me quedes
L'Air do
paroles, eft
de Mr le (
perfuadée
qu'un tres
Je vous aur
fils du famo
qui a fait t
fur lesparc
Leffede la
1
4
C
rdas 4002mAIR
4 359-છકુછબિઝ 73 3 3136
Harmantes Aurore,enfin 16voilà
de retour ,
Le
GALANT.. 49
Le Soleilva briller d'une clarténouvelle
, 3
Flateur espoir pour mon amour:
Je reverray dans ce beau jour
Iris encor plus tendre & plusfi-
Espoirflateur pour mon amour.
Je vous ay déja parlé de la
nommination de Mr.Talon,&
deMr de Menarts , à la Charge
de Preſident à Mortier au Parlement
de Paris . Ils furent rej
ceus au commencement deca
mois , avec les ceremonies accoûtumées,
dont je vous ay
entretenue en d'autres occa-g
fions. Le jour qui préceda celuy
de cette reception Mr
Talon fit au Parquet un compliment
auCorpsdes Avocats,
& leur dis qu'ily avoit qua
rante cing ans qu'il choirAp
Janv. 1691. C
4
48
MERCVRE
vocat , & quarante ans qu'il
eſtoit à leur teſte , & qu'ils devoient
eſtre perfuadez qu'en
quelque poſte qu'il foſtil-auroit
toujours beaucoup de
confideration & d'eſtime pour
un Corps fi celebre. Après ſa
reception, le meſime Corps des
Avocats alla le complimenter ,
pour luy témoigner le regret
qu'il avoit de le perdre ,& la
joye qu'il reffentoit enmeſme
temps de le voir élevé à une
dignitéqui estoit fi bien deuë
à fon grand merite.
८
A
Mr du Harlay & Mr d'Agueffeau
, dontjevousay auffi
parlé lors que Sa Majesté les
nomma,Avocats Generaux ,
furent receus dans ce meſme
jour,& aprés leur reception ,
on appella une Cauſe . Lors
qu'elle fut finie, Mr du Hatlay
ว
GALANT
prit la parole , avec autant de
facilité&d'érudition , que s'il
avoit exercé pendant pluſieurs
années cette importante &
penible Charge.
Le Roy a donné à Mr de
Loſtange Lieutenant des
Gardes du Corps , la Lieute-
Dance de Roy du pays de la
Marche , qui eſtoit vacante
depuis quelquetemps ,& celle
deXaintonge&d'Angoumois,
àMr de Ligondez , cy- devant
LieutenantColonel du Regiment
de Vivens , & à preſent
Meſtre de Campde Cavalerie.
Ce poſte vaquoit par la mort
deMrleComte de Jarnac.
Je ne doute point que vous
ne liſiez avecbeaucoup de
plaiſir la Relation qui fuit.Elle
eſt d'un Pere Jeſuite party de
Siam , depuis la mort de Sa
C2
572
MERCVRE
Majesté Siamoiſe ,& l'élevation
de l'Vfurpateur fur le
Trône.
2
0
LETTRE
Contenant pluſieurs nouvelles
gades Indes dist
८
Apresle dépa
Prés le départ de la Normande
& du Coche , de la
3
Radede Pontichery , qui fut le 15 .
Fevrier 1689. le R. P. le Royer ,
Superieur de la Miſſion , n'avoit
rien tant à coeur que detrouver
à employer les huit Miffionnaires
qui restoient du debris de Siam.
Le Royaume de Pegou , où le
Pere Deſpagne avoit esté retenu
prisonnier à la fortie des François
deMerguy, fut le premier qui pre-
S
GALANT.
53
2
fentaune occafionfavorable. Onap
pritpar leretour d'un petit Vaif-
Sean Portugais , que ce Pere qui
avoit échapé la mort avec bien de
lapeine dans la chaleur de l'action
qui ſe paſſa entre les François &
ces Sauvages , avoit esté conduit
au Roy , qui fait sa residence à
prés dedeux cens lieuës dans lesterreess,
dans la Ville d'Ava; que ce
Prince, qui est enmesmetemps Empereurd'ava&
du Pégou luy avoit
faitaffez bon accueil , & luy avoit
affignépoursa demeure une Eglife
où ily a plusieurs Chreftiens , tant
Portugais que Pegouans, Comme
Mr l'Evesque de Rosalie envoyoit
enmesme temps dans cette Mission
deux defes Prestres , le Pere du
Chats qui s'estoit offert avec beau
coup de zele à aller aider le Pere
Despagne danssa captivité , au
perilmesmede tomber auſſidans l'e-
C3
$4
MERCVRE
Sclavage,ſcjoignit à cesdeux Mif-
Lionnaires. Un Anglois de Madras,
appelléMr Grey,qui devoit d'abord
les paſſer , s'en excusa ensuite ,
Sous pretexte qu'il apprehendoit
queles Portugais qui font établis au
Pegou ne luy fiffent de la peine;mais
cependant on Portugais nommé
Pinto,lesprit luy-mesme tous trois
dansune petite Barque lors qu'ils
n'esperoient presqueplus trouverde
paſſage. Cefutdans le meſme temps,
asçavoir au commencement d'Avril
quele Pere Hieronimo Tellés ,
Miſſionnaire de Maduré,vintpour
nous voir à Ponticheri , Il y avoit
estéappellépar le Pere Louisde
Sylva, qui venoitdeBengale , où il
avoit esté Recteur ,& qui alloit
exercer lamesmechargeàTutucurim
,& parle R. P. Cofme de
Gien , Capucin , Miſſionnaire de
Contichery. L'habit & lesmanieres
a
GALANT.
de ce bon Pere travesty en Can
daraon ( c'est le nom des Religieux
dela Caste Raija )nous soucherent
encore bien autrement que tout
ce que nous avions ony dire
de cette admirable Mission du
fameux Pere Robertode Nobilibus
CePere Roberto s'estoit d'abord
déguisé en Bramine ; mais comme
Les Bramines fe difent de Caste
divine & Royale , &en cette qualiseneſe
laiſſentaborder à qui que
cefoit des autres Castes ,
tain pere d'Acosta jugea quelques
années après la mort duPere
Roberto ,qu'on fcroit plus de fruit
fil'onprenost l'habit de ceux qu'on
appelle la Caſte Raija, ou des Prins
ces, parce que ceux- là ne peuvent
avoir commerce avec les personnes
des autres Castes. Les diverſes
Castes ou Tribus de ses Peuples ,
repondent à peu près à ce que nous
un oer-
C 4
MERCVRE
appellons en Europe les divers Estats
du Clergé , de la Noblesse , & du
Peuple, avec cette difference , qu'à
parler en general,les gës d'uneCaste
ne peuvent avoir aucun commerce
avec les perſonnes d'une autre Cafte
nonseulementpoursemarier, mais
nonpas mesme pour demeurer, converſer
&manger ensemble,& cela
fous peine de perdre fa Caste ,&
d'estre regardé comme l'opprobre de
La Nation.C'estainsi que la Caste
qu'ils appellent paria, pour s'estre
abandonnée amanger de la Vache,
s'est renduëfi abominable- à toutes
les autres , qu'au lieu qu'elle estoit
l'une despremieres Castes, on ne la
veut plusfouffrir dans les Villes,&
qu'ilfaut mesme assigner un lieu
Particulier à la porte de l'Eglife
pour ceux qui sefont chrestiens ,
tant ces Peuples font jaloux de leur
rang&de leurnobleffe , qu'ils con
GALANT .
$ 7
Servent au peril mesme de leur vie
comme on en a veniln'y apas long
temps des exemplesà Maſulipatan,
&ailleurs. Outre cela ilyapresque
autant de Castes differentes , qu'il
y a de differens Métiers dans nos
Villes ; car on distingue la Cafte des
Marchands,la Caſtedes Pescheurs,
celle des Laboureurs , jusque- là
qu'un de nos Peres François ayant
un jour voulu faire monter sur un
arbre un jeune garçon qui nous fervoit,
il s'en excuſa en disant que
cen'estoit pas sa Caste. Ilestaußi
àremarquer qu'ils ne se font pas
un deshonneur en certaines Castes
-deſervir les Européens qu'ilsappellent
Franquis, mais ilsſe laif-
Seroient plûcost reduire aux dernieres
extremitezparla faim , que de
manger chez ceux-mêmes qu'ilsfervent
, ou de gouster de leurs restes,
comme nous Lavons experimenté
58 MERCVRE .
4
-
nous mesmes. Ils ont un souverain
mépris pourles Européens,tantparce
qu'ils les regardent comme des
gens fort mal propres auprix deux,
queparce qu'ils les croyent des foss
qurse laissent trompertous les jours.
par les Indiens. C'est pourquoy les
Peres travestissegardent bien de
Laiffer échaperdevantceux qui ne
*Scaventpas lefecret , quelque mot
de Portugais , ou de donner ſuietdepanfer
qu'ils font d'Europe. C'est
pour cette raison que le Pere Tellés.
So logea àPonticberi dans un jardin
que les Peres Capucins ont hors
la Ville ,& ne venoit chez nous
- que de nuit, depour que les gensde
La Miffion apprenant qu'il avoit cu
commerce avec des Franquis , ne
vouluffent plus levoir. Tandis que
ae Pere étoit avec nous , unde cess
petits Princes duPays qu'ilsappellontdeNaiques,
vintàune de fes
Eglifos pour l'enlever&le maltrai
GALANT
او
ter;maispar bonheur ilne letrouva
pas.Ils nesont que fix ou fept Peres
qui ont cependant plus de fix vingt
mille Chrétiens,du nombre defquels
eft le R. P. Jean de Britto,quiaprés
avoir beaucoup fouffert & press
que gagné la Couronne de Martyr
fut deputé de la Province
de Cochineà Rome ily a environ
trois ans. Plusieurs de nos Peres
Soupiroient après cette admirable
Mission , mais le Pere Bouchet , en
quionremarque une disposition&
une ardeur particuliere pour ce
genre de vie veritablement Apofsolique
,y fut ſeul destiné,&partit
aumoisd' Avrilavec le Pere Louis
de Sylva pour aller obtenir du R. P.
Provincial de Cochine la permiſſion
defe joindre à ces Miſſionnaires
trauchissimote
Les Troupes Françoiſes qui partirent
aussi le 10'd' Avril pour aller
1
MERCURE
s'établir dans une ifle des Siamois
nommée lonceland , fournirent de
l'employ au Pere Thionville. Mr
Desfarges , General des Troupes ,
le voulut avoir, parce que tous les
Officiers les Soldats avoient pour
ce Pereunee amitié & une confiance
toute particuliere . Il pritanssi Mr
Ferreux Miſſionnaire forti de Siam
4
avec My
an
de Lionne
Scavoit bien
Les
C
parce qu'il
la Langue Siamoise.
Troupes estoient au nombre
d'environ fix cens hommes, tant
Soldats que Matelots , fur trois
Vaiffeaux ,, à sçavoir l'Oriflame
tom
de foixante preces de Canon ,
mandé par Mr de l'Estrille ,
Siam de quarante pieces, & une
Fregate nommée le Lour , dedix.
huit pieces avec une Barque. Dans
leséjour que nousfimesàPontichery,
nous eufmes l'occaſion d'obſerverune
Eclipse de Lunele 4.d'Avril 1689,
GALANTA 68
qui fut tres grande. Mr de Lionne;
MrMartin Directeur , & tous les
Officiers François qui n'étoient pasencore
partis , vinrent en foule à
noſtre Maison pour voir l'Eclipse
qui arriva au moment que le Reverend
Pere Richard l'avoitprédi
te ; mais ce n'estoit rien au prix de
la maltitude presque innombrable
des Indiens qui étoient accourus de
bienloin dans les terres fur le bord
de la Mer , & qui yvenoient pour
fepurifierdans les eaux au moment
de l'Eclipse. Ils évitoient fur
tout de se laiſfer toucher àaucun.
Européen ,& entre neuf à dix
heures de la nuit , qui fut le temps
du commencement de l'Eclipse, ils
sejetterent tous à l'eau . On dit
qu'ils marmottoient leurs pechez
en se lavant , & qu'ils croyoient
ainſi en détourner les chatimens
dont l'Eclipfelesmenaçoit. On nouss
MERCURE
amena le lendemain au matin un
Aftrologue du Paps qui sçavoit à
laveritéquelque chosede cequ'ily
a de plus commun dans l'Astronomie,
excepté qu'il mettoit neuf
Planetes, comptant apparemment
ce quenosAltronomes appellent teße
& la queue du Dragon , & qu'ils
expriment comme les Planetes par
deuxfigures particulieres ;& com--
me nousluy demandâmes s'il fçavoit
les Eclipses de l'année suivante
ilnous renvoya àfon Maître
quise tient , à ce qu'ildit, dans la
Fortereſſe de Gingy , qui a donné le
nom au petit Royaume de Gingy
dans lequel est Pontichery. Nous
observâmes auſſi des immersions du
premier Satellite de Iupiter fur
lesquelles jointes à l'Eclipsede Lu
ne le Pere Richard a corrigé la
longitude de Pontichery ,& par
confequent celle de toute la côte
GALANTM
63
de puis Oglon jusqu'à Bengale...
GePere &aufficorrigé la latitude:
de Pontichery quis'esttrouvée de 11 :
degrez quarantchuit minutes,quoy
gaeles Cartes & d'habilesgens de
la Marine qui l'avoient priſe , la
marquaffent de douze degrez&-
davantage..
Suivant le deffein qu'on avoit
endepafferde Siamà la Chine, &
les Lettres qu'on venait de recevoir
du R. P. de Fontenay , on pensa à:
Sefervir de la commodité des Anglois
de Madras , qui équipoient
cinq Vaisseauxpour Emouy & pour
Cantom. Commele R. P. Rochette,
qui y avoit eftédestiné nommement
dés noſtre depart de Siam estoit
mort leP. de Beze & moy fuſmes:
nommez pour cetre Mission. Quoy
qu'ilnous cuft esté plus faciled'en
trer par Emouy , nous priâmesMr
leGouverneur de Madras de nous
64
MERCVR E
donnerpaſſagesur un des Vaiſſeaux
qui alloient à Cantom , parce que
nostre deffein estoit de nous aller
preſenterd'abord au R. P. Philipavi
Visiteur, quiſetenoit dans cette
Ville. La difficulté qu'il y eut à
avoir placefur un des Vaisseaux
de Cantom , qui furent presque
toujours indeterminez iusqu'au
bout , nous obligea defeiourner à
Madras prés d'un mois , pendant
lequelnousfusmes toujours traitezavec
beaucoup de charitépar les
Peres Capucins François , qui font
dans cette Ville fort confiderez par
les Anglois. Ilsfont trois, leR.P ..
Ephrem de Nevers , qui conferve
dans un âge de plus de quatrewingt
ans une belle humeur , qui
le rend auffi aimableà tout le mon
de,que fon merite &fon application
le rendent utile & neceffaire
à ces pauvres Chreftiens Mataba
GALANT.
65
rois , qu'il entretient au nombrede
plus de quatre mille. Il a perdu
depuis quelques annéesfon Compagnon
le R. P. Zenon de Vauge , à
peuprés de mesme âge. LesAnglois
de Madras , quieft une des belles
Places des Indes ,les ont toûjours
confiderez comme les principaux
foûtiens de leur établiſſement
parce que ces Peres ont retenu&
attire àMadras une quantitéprodigieuse
de riches Portugais de
Saint Thome , qui d'ailleurs contribuent
beaucoupà la grandeur du
commerce,Le R. P. Michel Ange
de Bourges , &le R. P. Esprit de
Tours, venus depuis quelques annèes
de France, rempliffent digne.
ment laplace de leurs predeceffeurs.
Nous vîmes à Madras le R. Pere
Recteur de Saint Thomé , qui n'en
est qu'à une lieuë ,&le pere Lonis
de Sylva le jeune fon Compagno.n.
66 MERCVRE
e
Ils estoient venus pourse remettre
un peu de quelques legeres incom.
moditez , chez un Medecin Venitien
, nommé M. Manuchy , quż
nousfit auſſibeaucoupd'amitié. Ce
Venitien a csté Medecin du Fils
du Grand Mogor , qu'il n'avoit
quitté que depuis quelque temps..
CommeAurengzebe est le Monarque
des Indes, & qu'on n'y parle
preſque que de luy,il ne sera pas
peut- estre hors de propos d'ajoûter
icy ce que M. Manuchy nous endit..
Aurengzebe aenvironsoixante&
quinze ans. Il a quatreFils,Chaa
lem , Azemchaara , Echar
Champac. Chaalem avoit feint
d'entrer avec Echardans unecon
Spiration contre leur Pere,mais le .
premier ayant decouvert la trahifon
à Aurengzebe , Echar a esté
obligédeferefugier en Perſe auprés
du Grand Sophy, où ilattend quel
یب
GALANT.
67
que occafion favorable pour faire
une irruption dans les Etats du
GrandMogor. Chaalem qui s'estoit
acquis parses grandes qualitez
L'amitié de tous les Peuples ,a esté
depuis mis en priſon parAurengzebe,
soupçonné d'avoir rendu de
bons offices aux Rois de Viſiapour&
de Golconde . &de n'avoir pas enlevé
cettederniere Place aussi tost
qu'il eustpû. Cela obligeaAureng-
Zebe de venir luy- mesme l'affieger
au moisde Feurier 1687. Il l'Em.
porta par intelligenceavecles gens
du Roy , au mois d'Octobre de la
mesme année, &par mépris il ne
voulutpas confentirà voir ce Roy
Il le tient prisonnier avec deux ou
trois de fes Filles . A moins que
Chaalem netrouve moyen defortir
depriſon , Azemcharafera le suc
-ceßeur. Champac , qui est le quatrième,
eſt iſſu d'une Femme de bass
68 MERCVRE
lieu. Comme Madras estoit autre
fois du Royaume de Golconde , &
que la guerre estoit allumée depuis
quelques années entre les Mogols
&les Anglois , on recevoit tous les
jours des avis de Madras de l'Armée
d'Aurengzebe , qui n'en estoit
pas éloignée , que cette Villeferoit
affiegée au premier jour , & les
Angloisfaisoient tous leurs preparatifs
pour foutenir le Siege,mais
ils en ont esté quites pour la peur ,
car cette Placen'avoitpas encore
esté afſſiegée à noſtre depart des
Indes. Bombaye , qui estune autre
Place des Anglois, qu'ils tiennent
du Roy de Portugal , présde Goa ,
estoit actuellement afſiegé pendant
nostre sejour de Madras ;
mais ilſedefendoit toûjours vigou.
reusement. Cette guerre avoit don
né de nouveaux sujets de mécon
tentement entre les Anglois & less
GALANT. 69
1
Hollandois , car les Vaiſſeaux des
Mogols n'ofant plus fortir en mer.
les Peuples estoient obligezde prezer
des Vaiffeaux Hollandois pour
faire leur commerce& leurs Con
vois , & les Anglois pretendoient
avoir droitfur ces Vaiſſeaux , ou du
moinsfur les effets de leurs Ennemis .
Ces nouvelles ſemences de guerre
iointes aux anciennes faisoient que
les Anglois s'attendoient àrecevoir
pour Nouvelles la Declaration de
la guerre entre la CompagnieAngloise
& celle de Hollande. C'est
ce qui obligea les Marchands qui
équipoient des Vaisseaux pourla
Chine , de differer leur depart un
mois au delà de la ſaiſonordinaire
Enfin , Mr Fifiel , Gouverneur
de Madras , nous donna paſſage
Sur un petit Vaiſſeau d'un Anglois,
nommé M. Eldrich. Ce Capitaine
fit d'abord quelque difficulté de
70
MERCVRE
nous prendre , fur un bruit qui
s'estoit répandu qu'un Miſſionnaire
François s'estant gliffe dans la
Chine par Cantom,le Gouverneur
de Macao avoit menacéde confifquerle
Vaiffeau Anglois qui l'avoit
portes maisM. le Gouverneur qui
nous a fait toûjours des honnestetez
, ayant veu des Lettres que Sa
Majesté nous avoit fait l'honneur
de nous donner , diffipa sa vaine
frayeur. Nous nous embarquames
le dernier de May 1689. & un
Vaisseaux Françoispartitdu Port-
Louis au mois d'Octobre 1688 .
arrivaà Pontichery. NostreCapitaine
ayant apprispar làqu'il ne
Se parloir point de guerre entre
'Angleterre&laHollande, non
plus qu'entre la France&les Etats,
partit entouteseureté le 4. Iuin.
Nous traverfâmes en dix jours tout
laGolphe de Bengale, wats les calGALANT..
78
mes nous retinrent depuis par le
travers d'Achem iusqu'à Malaque
pres d'un mois, de forte que
nous mouillames devantcette Place
le 11. de Juillet. Nous estant informezd'un
MarchandPortugais de
Malaque qui vint sur notre bord .
nous n'apprimes aucune nouvelle
de guerre. Comme il nous falloit
neceffairement faire faire àMalaque
des habitsà la Chinoise,
fans quoy nous ne pouvions entrer
dans la Chine , nous nous adreſſa.
mes à M.le Chabandar , pourſcavoirsi
M. le Gouverneur voudroit
bien nous permettre d'entrer dans
la Ville, pouri acheter les chofes
neceffairesà notre voyage. Mr le
Gouverneur nous fit répondre que
nous pouvions entrer& estre entous
tefeurete dans la Villepoury faire
ce que nous voudrios,&deuxheures
aprés nous ayant fait venirchez
MERCVRE
luy ,
Major de la Place qui nous decla
ra que Mr le Gouverneur nousresenoit
prisonnier de guerre ,parce
quequelque Vaiffeau de la Compos
gnievenant aux Indes avoit esté
pris par des Vaiſſcaux de Dunkerque.
On nous mit dans le Corpsde
Garded'un Bastion nomméſous les
Portugais des onze mille Vierges
& depuis par les HollandoisHenviette.
C'est là qu'on nous a gardez
tres -étroitement pendantſept mois
Sans nous laiſſerſortis ny parlerqu'à
tre- peu de personnes en prefence
d'un Sergent qui devoit entendre
tout ce qui fe diſoitz encorefallois.
il avoir la permiffion du Gompes
neux ou du Majors on nous permettoit
bien encore moins d'ecrive. Nous
cumesau moins cette petite con-
Solation d'avoir presque toûjours
devant nos yeux la Tour.&ce qui
il nous mit entre les mains du
reste
GALANT.
73
1
veste de la fameuse Eglise deNôtre
Dame du Mont, où le grand Saint
FrançoisXavierafais tant d'actions
&de predictions miraculeuses. Ce
Clocherfert encoredeTourauxHol.
landois ,qui ont basty leur temple
àlaplace de l'Eglise ,& t'est là
qu'ils arborent leur Pavillon. La
conformité que nous avions avec ce
grand Apoftre des Indes , qui fut
auffi empêché d'aller à la Chinepar
un Gouverneurde Malaque , nous
fit bien encore mieux comprendre
que les meilleurs deffeins font ruinez
par les interests temporels. Mr.
LeGouverneurnous ayantfaitfortir
furle Rampart un jour qu'ilfaisoit
laviſite defaPlace,troissemaines
aprés que l'on nous cut arrétez,
nous dit que la guerre n'estoit pas
encore declarée entre la France &
laHollande , & qu'il ne nous retenoitpas
commeprisonniers deguer.
Janvier 1691 . D
74
MERCURE
re , mais qu'il attendoit des ordres
de Batavia , & qu'il eſperoit que
Mrle General nous laiſſeroit ache.
ver noftre Voyage. Nous n'enfumes
pas pourcelaplus au large dans la
Suite. Ce Gouverneur ajoûta qu'il
avoit receu une Lettre de Mrde
Lionne, Evêque , en noftre faveur.
En effet Mr l'Abbéde Lionne nom.
mé Evêque de Rosalie , qui avoit
attendu außt bien que nous unmois
àMadrasle temps de l'embarquement
pour la Chine ,paſſa quelques
jours aprés noſtre arrivée. Il eſtoit
fur un grandVaisseau que deriches
Luifs venus de Bordeaux & d'Angleterre
à Madras , envoyoient à
la Chine à Emoui . Mr de Rosalie
avoit avec luy Mr Pin qui a déja
demeuré plus de dix ans à la Chine
, &qui estoit revenu en Février
1686.àla Coste pour les affaires de
la Miffion. Ces Meſſierusprofite-
L
GALANT.
75
rent de nostre malheur , qui leur
appit les premieres nouvelles de la
guerre, car la premiereexpedition
&peut- estre une des plus confide.
rablesqu'ayent faitMrs de la Compagniedans
les Indes ; c'estd'avoir
arreste parfurpriſedeux pauvres
Missionnaires. Mrde Lionne laiſſa
une lettre qui fut rendue au Gouverneur
aprés le départ du Vaif-
Seau. Mr Gravé& Mr Raffet ,
deux autres Mißionnaires François
paſſerent presque en mesme temps
fur un petit Vaisseau que les mesmes
Iuifs envoyent à Cantom. Ils nous
écrivoientune Lettre , maisMi le
Gouverneur ne jugea pas à propos
de nous la laiſſer voir. Nous trouwasmes
cependant le moyen de leur
faire gliffer un Billet , par lequel
nous les prion , quand ils feroient
arrivez à Cantom , d'avertir le
P. Fontenaydenostre disgrace ,&
D2
76 MERCVRE
d'avoir foin en attendant , detout
ce qui nous resteroit encore dans l.e..
Vaiſſeau de Mr Eldrich , car nous
ne voulûmes rien faire débarquerà
Malaque , qu'un peu de linge,&
quelques Livres. Je ne dois pas
oublier icy l'obligation que nous
avons à un bon CatholiquedeMataque
nommé Francisco Rodrigo ,
& à Sa Famille ; carfi ces bonnes
gens , malgréleur pauvreté,n'eus-
Sent entrepris de nous nourrir du
peu que Meffiours de
gnie nous fourniffoient ,
fions esté bien en peine pour noſtre
Subſiſtance. Malaque est le pays de
zoutes les Indes où il fait le plus
cher viure. Les Hollandais pour
P de la Companous
culattirer
toutle commerce à Batavia
, ont ruiné celuy de Ma.
Laque , quoy que ce soit la Place
la mieux fituée des Judes pour
ungrand commerce....Il ya encore
GALANT.
77
nô
àMalaque environ neufcens Catholiques
, tous Portugais des Indes.,
entretenusparunbon Prestre de Gon
qui s'y tient inconnu aux Hollandois,
quifont payerdegroffes amendes
à ces pauvres gensquand ils les
furprenent àfaire des Affemblées ,
on àfaire dire la Meffe en quelque
maison , comme il estoit arrivé
quelque temps auparavant à
tre Francisco Rodrigo , qui avoit
estécondamné à payer deux cens
écus , parce qu'il avoit prêtéſa
maison,commeilfait encoreſouvent
*
ces Saints Minifleres. Cette ri
queurn'est que pour les Catholiques,
car les Mahometans y ont leurs
Temples , omilsexercent librement
beurs fauffes Religions. De grand
to firque nous avions dansin pri
fon nous fie naistre la pensée de
faire des Obferuations , quoy que
nous n'cuſſionspreſqueni instrumens
D3
78 MERCVRE
2 ni commoditépour regarder leCiel
qui est d'ailleurs presque toujours
couvert àMalaque , ce qui contribuë
beaucoup à en faire lepays le
plus temperédu monde , quoy qu'il
foitpreſqueſous la Ligne. Avec un
peu de travailnous ne laißâmespas
deprendrela latitudede Malaque
parle Soleil,&sa longitude par
diverſes immerſions du premier Sasellisede
Iupiter.Nous priſmes auffi
la declinaison & l'aſcenſion droite
de la plupart des Etoiles du Sud ,
où l'on voit des endroits du Cielqui
Semblent l'emporter fur tout ce que
nousvoyons vers le Nord. Lagrande
Comete quiparut aumoisde Decembre
dernier vers le mesme coſté du
Sud,nous donna encore de l'occupation.
La longitude auffib- ien
que la latitude de Malaque,ne s'eft
pas trouvée la mesme qu'elle est
marquée dans les Cartes qui ont
εα
GALANT..
79
parconſequent besoin d'estre un peu
corrigées.
Nostre Capitaine Anglois nous
estant venu voiràfon retour de la
Chine,nousdit qu'unjeunePeintre
de Paris , appellé Francard,
âgé de dix ſept à dix-huit ans ,
que nous avions avec nous dansfon
Vaisseau ,& à qui nous avionscon
fié tout ce que nous y laiſſames ,
ayant esté attiré à terre par les
Portugais de Macao, avoit esté
arreſtè prifonnier parle Gouverneur
de cette Place ,& renvoyé
àGoa. Comme les Vaiſſeaux qui
vont pour Cantom ,font obligez
de mouiller devant les Ifles deMacao
,les Miffionnaires Françoisfont
par là exposez aux infultes des
Portugais , quoy qu'ilsemble qu'ils
n'en veulent qu'à la Nation ; car
ils pouvoient bien sçavoirque c'était
unjeune feculier& nullement
D 4
80 MERCURE
Miſſionnaire qu'ilsarretent, cepen
dant prisonnier tandis que les Anglois,
les Hollandois , & les autres
Nations , entrent par tout avec
toute forte de liberté. On dit que
les Portugaisle prirent d'abord
pour un Cardinal,ou'au moins pour
unEvêque déguisé,mais je croisque
c'estpour rire. Pournos instrumens
&les autres choses que nous avions
dansle Vaiffeau de Mr Eldrich , il
nous dit que quoy que ſon deſſein
fuft de nous lesraporteràMalaque,
on à la coste de Coromandel , it
avoit esté contraint de les laiffer
prendreàMrHyel, frere du Gou
verneur de Madras , qui estoit
venu de la part de Mr Gravé la
veille de son départ de la Chine ,
avec une lettre écrite de nostre
main, par laquelle nous prions ce
Miſſionnaire de prendretoutes nos
affaires. Pour ce qui est du premier
GALANT. 8
article de la detention du jeune
Peintre ,nous en ſcavions déja une
partie ; our nous avions ven paſſer
dans to Port deMalaquoleVaisseau
qui le porroit prisonnierà Goa , on
il avoit trouvé moyen de nous faire
Sçavoir,quoy que fort confusement,
une partiedeſes avantures.Quant
àcequi op denos inßrumens , it
fallut nous en raporter à la parole
de noſtre Capitain . Indusditenco
re que les Chinois de Cantom
avoientmis le feean fur la maifon
des Meffionnaires Avançois, difant
que c'étoit une Fasturie sous l'apparence
d'une Eglife, maisqueMr
Kemener Mishannaneavoit diſſipe
cet orageparja prudence,&àla
faveur de quelque préfent , ce qui
eftoit apparemment le but de ces
avides Chinois. Nous avions appris
avant nostre déparede Pontichery
bamort du R. P. Tiffanier. Pour le
DS
L
84 MERCVRE
Ra Pa GrestonMK Pip nous die
qu'il l'avoir laissé plein de ſanté
dans la plus beureuſe vieilleffe du
monde , également aimé des Mifa
Sionnaires &des Chreitians.og sl 200
Au mois de lanvier les Hollandois
furent obligez de faire un
détachement de leuk Garmifon
gain'est que d'environs deux gens
hommes, pouraller chaffen quelques
Malbays, nutres du Royaume
de Beras qui affiegotent une ving
taide de Hollandois dans une iled
l'embouchure dela Riviaxe de Rera
Cette Isle s'appelteDingDing.C'est
une des fles Sambylon , dont il est
parlédans lafameuse vistoire que
Les Portugais remporterentfar les
Achenois du temps de St. François-
Xavier. Les Hollandois y ont une
maison affezforte,nonpas tantpour
le peu qu'ils tirent du Royaume de
Bera , que pour empefcher, comme
GALANT . 83
ils font en beaucoup d'autres lieux,
que les Européens ne s'y établiſſent,
àcausede lacommodité du détroit
de Malaque. Onfit auffien même
temps un autre détachement pour
aller donner la chaſſe à quelques
petits Corsaires qui estoient
vers la Riviere de Micar , qui
eft , je croy , celle où se retirerent
autrefois les Achenois après avoir
insulté Malaque. Les uns &
les autres de ces Sauvages furent
bien- cost dißipez; mais les Hollandois
firent bien d'autrespreparatifs
àMalaquepour la Coste de Coromandel.
Outre quatre gros vais-
Seaux venusdu Japon chargez d'or,
de cuivre, &d'autresmarchandises,
il en vintfix ou ſept de Batavia
avec des Soldats. Nous ne pumes
Sçavoir si c'estoit (implement pour
escorter des Vaiſſeaux du tapon qui
alloient àlaCoste & à Ceylon,ous
D
ว
34 MERCVRE
pour aller chercher les François ,quê
estoient,diſoit on ,dans la Riviere
de Bengale. Nous nesçavions pas ft.
les François estoient seulement ceux
qui estoient venus à l'iſfle de lonces
land, comme j'ay dit plus haut, م&
qui n'ayant pas trouvé là leur af
faire, s'estoient retirez bren tot
aprés , & s'en estoient retournezà
Bengale, aprés s'estre rafraichis
àAchen , ou sil n'en estoit point
venu de nouveaux de France. On
Portugais qui avoit briséfon Vaiffeau
prés de Ceylon enallant de Goa
à Macao, & qui en estoit allé, as
cheterun autre à Palicate, qui n'est
pas loin de Pontichery, nous affura
qu'il n'estoit arrivé aucun Vaiffeau
de France àla Coste mais je ne comptequerefur
cesnouvelles. Ce qui
eſt ſeur, c'est qu'une Galiore Hollandoiſe
arriva au mois de Ianvier
1690. à Malaque. Ellevenoit de
GALANT 85
Bengale, &on diſoit qu'elle s'estois
àpeineſauvéedes mains des François,
pour venir avertir qu'ils
estorentfortifiez dans cette Riviere..
Les dixVaisseaux affemblezàMa
laque,devoient partir au commen
cement de Février. Mrde Sainte-
Marie, Officier François , pris au
Capfurla Normande,& qui estoit
fur unde ces vaisseaux nomméle
Castrocom ,nous vint voir fur le
Kaiffeaunomméle Vicopsée , qui
partitle4. de Fevrier pourBalavai..
Nousne mifmes que onze jours dans
Levoyage. On nous dit d'abord à
Batavia, que quoy quenous fuffions:
malades , on ne nous debarqueroit
de Vicopfée quepour nous mettredans
les Vaiffeaux qui feroient
bien.toft voile pour l'Europe. On
nousfit pourtantveniraterresept ou.
buit joursaprés. Onnous mit àl'Hofpital
ouàla priſen prés qui estoir
:
86 MERCVRE
fort étroite, on avoit affezſoin de
nous.MrClarius Miniſtre nous vint
voir de la part de Mr le General.
Nous nous ferviſmes de la
bonne volonté de ce Ministre qui
estfort honneste homme , pourfaire
traduire&preſenter nos Requestes
à Mr le General & au Confcil.
CommeMrle General lean Cham
phuits est fort incommodé&pres
que hors d'état d'agir, ilfalut nous
adreffer conjointement au General
&au Conseil, maisquelquesfortes
protestations que nous puſſions faire
par diverſes fois, on n'y cut aucun
égard , & l'on nous embarqua
malgré nous le 13. de Marsfur le
-Prince- Lave, grande Flute qui fit
voile pour la Chambre de Defsle
dummeeſmemois,avec trois auores
Vaisseaux qui estoient pour les
- Chambresde Rotterdam , de Horn
deNeufe.MrClariusnouspro
16.
GALANT 87
mitde la part de Mrs da Confeil
querienne nous manqueroit dans
JeVaisseau .Cependant quand nous
I fumes,le Capitaine nous dit qu'il
avoit ordre de nous traiter comme
Les Matelots, & quay que nous le
fuffions prier par un de ses amis
Inommé Mr de Glin , de vouloir
bien prendre mostre argent pour
nousfaire manger avec fes Pilo
resaldit qu'ilne pouvoit pas aller
contre fas ordres. C'est anceMr
Nigotas de Glin natif de Namur&
tres bon Catholique , que
nous avons les dernieres obligations,
car c'està lafaveurdesrafraichis.
fomens qulil nous aporealuy mesme
dans le bord que nous avonsfupprté
bes fatigues&la difette d'unfi long
voiage. On ne nous permit pas de
mettrepieda terre au Capoù nous
paffomes au mois de luin ,&nous
avens enfin heureusement monil
88 MERCVRE
Lé le 8. Octobre , à l'emboucheure
de la Meuse après avoir fouffert
un peu de froid par 63. degrez
Nordoù il nous a falla paffer.
On a choiſi quatre. vingtdeux
Lieutenans de Vaiffeau
pour commander un pareil
nombre de Compagnies qui
onteſté créées nouvellement.
Elles font de cent hommes
chacune. Le Roy en donne
foixante & dix à chaque Capitaine
,& ils font obligez de
lever le reſte.Illeur eft permis
deprendre des Cadets , parmy
lesquels on choiſirades Lieucenans
deFregate &de Brulot;
de meſme qu'on prend desEnfeignes
& Lieutenans de Vaifſeaux
parmy lesGardesdeMa.
rine. L'avantage eſtant confie
derable doit leur en faire trouwer
beaucoup.Voicy les noms
GALANT. 189
- des Lieutenans - Capitaines des
quatrevint deux Compaguies.
A BREST.
Compagniesde Port
Mrs Des Blottiers.
Champagner.
DesBoisdairs .
Du Coudray S. Genie-
Feuquerolle.
DuBroſloy.
D'Eſtienne. 1
Eterac.
De Burques.
D'Amnancourt.
Gedoüin.
J81535543α
De Bellocier.
Du Rivaude Bauvau.
De Cancleu de Salins .
De Longruë.
DeGrancey .
DeToujouves.
De Saint-Pierre...
Du Tartre.
وو
MERCVRE
De Villeray .
De Francines.
Du Coudray.
DeGourdon.
DeSeve.
De Potoy .
DeLoubes..
Taormines.
De Sourelles.
Compagnies de Galere incorporéeau
Port.
Mrs de Baroiſe ..
De Caffaro.
De Bellicour..
DePoudens..
De Courcy.
Du Bart de Marolles.
AU PORT- LOVIS.
Mrsde Lachenaut.
De Marolles ..
De la Goudiniere ..
DeBarny .
De Change .
GALANT.
16 DeBerulle.
De Bochart,
De Roque feüille.
{
A ROCHEFORT.
Mrs du Roflau..
De Martel.
De Roquart..
DaMahes..
٢٠
DeS. Paul.
Deſgranges..
Du Roffel.
stlivean:
De S. Andre.IVOT A
De Caumont
De S. Eugene.
DeGramari.
DG C DeS. Loup.connettoma
DesRoches.
Audifredy.
De laRoqucb2500108901
De Vigeun.
De Courbon..
De S. Abre..
Jeannodado - o slog
Μια
92 MERCVRE
AU HAVRE .
Mrs de Languetot...
De Chamillard.
De Montagnes.
De Buquet
A DVNKER OVE
Mrs de Gratien.
De Marfonet ,
DesCartes.
арас
25
De Bonnemic.
De Benneville.
A TOVLONA 2
Mrs de Godimare .
DeGoeffroy.
DesGreain.
2 .
11
DeCarque ranne. quod 250
De Simona.
DuQueſnel.
DeBurques ,Cadeypool s
DeBeauffier .
De Boisjoly.
De Baudimare.
regis
De la Motte- Chabonnes.
DeMoras.
GALANT. 93
Quoy que ceux dont vous
venez de lire les noms demeurent
toujors Lieutenans de
Vaiſſeau , on n'a pas laiſſé d'en
créer encore quatrevingt avec
cent dixou douze Enſeignes ,
&cetGardese deMarine.Il s'en
preſentoitun bien plus grand
nombre , mais on n'a pas jugé
à propos d'en faire davantage
cetteannée.
J'ay tort , Madame , & vous
avez raiſon de vous plaindre ,
de ce que ſcachant combien
vous eſtimeztout ce qui part
de la Plume de Mr Perrault
je ne vous ay par envoyé les
Vers qu'il fit l'Automne dernier
pendant qu'il eſtoit à
Troyes , & qu'il adreſſa à Mrs
del'Academie Françoiſe. Puis
qu'ils font encore nouveaux
pour vous , je répare avec
94
MERCURE
beaucoup de plaifir la negligence
dont vous m'accuſez.
A MESSIEVRS
DE L'ACADEMIE
FRANCOISE .
ILLUSTRE& dofteCompagnie,
Où les richeſſes du sçavoir
Et les dons ſacrezdu genie
Auplus haut degréjefont voirs
Oùbrille lamême lumiere
Dont Romese montrafifiere
Quand le monde adorafes loix ;
Etlamême delicateffe,
Dont laſage&sçavanteGrece
Sefit tant d'honneur autrefois .
Soit que le devoirvous engage,
Suspendant vos emplois divers,
GALANT. 95
Apolir ensemble un langage
Quedois parler tout l'Univers
Soit qu'aufeu divin qui l'inſpire
Chaque espritſelaiſſeconduire,
Et que d'un vol precipité
L'Eloquence ou la Poësie,
Par la route qu'il a choiſie ,
Lemeneà l'Immortalité.
Souffrez que preßé de mon zele,
Etpour contenter mon defir ,
Levousrende un comptefidelle
Desdouxmomensde mon loiſir ;
Loiſir qu'aprés de longues peines,
Qu'aprésmille esperances vaines,
Chez vous enfin j'ay rencontré ;
Loiſir que charment les delices
Devos innocens exercices ,
Et que je leur ay consacré.
Danslebeau climat où la Seine
N'estencorqu'un jeune Ruiſſeau ,
Qui parmy les prezſe promene ,
Etles Embelitdefon cau ;
96
MERCVRE
Dont les campagnes fortunées
Se couvrent toutes les années
Desplus abondantes moiffons ,
Et dont les brulantes collines
Donnent aux cabanes voisines
Laplusexquise des boiſſons.
i
Librede tousſoins inutiles,
Et de ces chagrins devorans
Qui font au sein des grandes villes
Mouvoir tant d'hommes differenss
J'admire dans leur beautèpure ,
Les merveilles de la Nature ,
Ses biens,sa force ,sa grandeur ,
Son agiſſante quietude ,
Etfa pieuſe exactitude
Arendregloireàfon Auteur.
Quandl'Aftredu jourſerallume,
Es quefur le haut desfillons ,
I'apperçois la Terre qui fume
Au premier feu deſes rayous ;
Lorsque cette vapeur groffiere
Se confondavec la lumiere ,
I
11
GALANT. 97
Ilmesemblevoirun encens ,
Qui des plaines,montantparondes
Vers le Ciel qui les rend fecondes,
Luy portent leurs voeux innocens.
LesHabitansdesforestsfombres,
Demille couleurs émaillez,
Auffi- cost qu'en chaſſant les ombres
L'Aurore les a reveillez,
Neceßentparreconnoiffance
De chanter sa magnficence
Et de l'en fairefouvenir
Parla beautéde leur plumage,
Et parla douceurdu ramage
Qu'il leur donne pour benir.
Icy lesfillons reverdiffent
Desgrains qu'ils retenoientcachez
Plus loinj'envoy qui se noirciſſent
Sous le foc qui les a tranchez.
De tous coſtez les granges pleines
De lariche toiſon des plaines
Rendent cette agreable odeur ,
Qu'au frais d'une belleſoirée
Ianv.1691 . E
98 MERCVRE
4.
Exhale la moiſſon dorée
D'un champ qu'a beni le Seigneur.
泰1
Icy fous un toitde feuillages
Letraiſtrechant de l'Oiseleur
Contraint les Hostes des bocages
D'y venir chercherleur malheur.
Làſous un saule qui lecache,
LePescheur que l'espoirattache,
Ietteſes trompeurs hameçons ;
Mais en tous ces lieux la malice
Nedeçoit parſon artifice
Que les Oiseaux&les Poiffons .
Lorsque desyeuxde lapensée
Leparcours les autres Etats ,
Où dansſa fureur infensée
La guerre fait tant de degats,
Aprés que d'une ardeur extreme
L'ay beny l'Effence Suprême
Qui loin de nous chaffe ces maux,
Iebenis lePrince admirable ,
Par quiſa bonté favorable
Nous conferve un fi doux repos.
QUB
DE
LYON
*193*
THEQUE DE
GALANT.
E
ZION
VILLE
Seigneur, c'est ce
Que tu pris plaisiràformer ,
L'on nepeut , estant ton image,
Ny trop craindre , nytrop aimer ,
Aqui desfa plustendre enfance
LeSoin du bonheur de la France
Ade ta part esté commis ,
Quefeul tu chargesdesa cause,
Queseul sa providence oppose
Aux efforts de tes Ennemis.
pour montrer à toute laTerre
Quefon interest est le sien ;
Que dans tout le cours de la guerre
Tuseras fon ferme foûtien ,
Par une victoire fameuse ,
Et de la Sambre&de laMeuse
Il adéja rougi lesflors ,
Et plein d'une jufte colere
Puny leBatave& l'Ibere
Deleurs vains& jaloux complots
Ses Flotes toujours intrepides ,
E2
100 MERCVR E
Et que revere l'Univers ,
Ont chaßédes plaines liquides
Les orgueilleux Tirans des mers ;
Ils ontvà leurs Nefs triomphantes
Sous l'effort des bombes tonnantes.
Se brifer ainsi queroseaux;
Et leurs fieres poupes dorées ,
Desfeux à demy Wevortes ; ahh
Se cacher dans lefein des eaux.
Au pied des AlpesSourcilleuses
Unjeune Prince ambitieux ,
Denos armes victorieuses
Veut troubler le cours glorieux
Mais bien- toft malgréson audace
Du puiſſant bras qui le terrasse
Il fent quelle est la pesanteur ,
Etcombien on efttemeratres
Quandonse fait un adverfaire
Defon unique Protecteur
Cependant une affreufe Armée
Toute de fer,toute d'airain,
Contre nous derage anime ,
GALANTI FOL
:
Couvre les rivages du Rhin .....
Leur effroyable cimeterne
D'une horrible&sanglanteguerre
Nous a le malheur ampanga,
Et nostre feconde esperenca
Lejeune LOUIS quis'avavoe
En eft fierement menacé N
Mois d'unesi frivole audace
Le vain argueil ne l'emourpas ,
Et le Guerrier&sa menace
Diſparoiſſent dervant ſes pas.
Levif éclat qui l'environne
Les éblouis& les étonne ,
Leurglace le bras&le coeur ,
Et je voy quefa propregloire
Luyva derober la victoire
Que lay preparaitfa valeur: J
Seigneur,acheve&fais connoître
L'erreur de ces Princes jaloux ,
Quela ſplendeur de nôtre Maître
Afeule êlevez contrenaus.
Fais leur voir , quedans leur colere.
E 3
101 MERCVRE
Avec leBatave & libere
Ilssefont affemblezen vain i
Que leurforce n'est que foibleſſe,
Es que lagrandeur qui les bleſſe
Est un ouvrage deta main.
Surle Tiran , dont l'Angleterre
Afubi le joug rigoureux ,
L'horreur du Ciel&de la Terre,
Je ne daigne former des veux.
Aſſez zajustice irritée
Aleperdre eftfollicitée,
Sous ton bras ilvafuccomber
El tafoudre dès longtemps preffe
Qui gronde& roulefursa teste ,
N'attend que l'heure de tomber.
Le 24. du mois pafféVeille
dela Feſte de Noël Leurs AlteſſesRoyalesMonfieur
&Madame;
accompagnées deMonſieur
le Duc de Chartres& de
Mademoiselle ſe rendirent en
l'Egliſe des Peres Theatins, où
T
GALANT.
103
com-
Elles aſſiſterent à la folemnité
qui s'y fit pour la cloſture de la
neuvaine des Couches de la
Vierge. Le Pere Bourſault ,
jeuneReligieux de cetteMaifon
, y fit à Monfieur le
pliment que vous allez lire . It
fut extrémement applaudy ,
& trouvé digne d'un nom que
MrBourfault fon Pere a rendu
fameux par beaucoup d'Ouvrages.
MONSEIGNET ONSEIGNEUR,
Il n'estoit pas neceſſaire d'apprendre
à cette Assemblée que le
Seigneur doit arriver aujourd'huy ,
& que demain on verrafa gloire,
L'humiliation où elle voit Vostre
Atteffe Royale annonce affez que
l'Enfant qui doit naiſtrecette nuit
eft le Maistre absolu de toutes les
E 4
104 MERCVRE
Couronnes du monde. Ce n'est que
devant la Majesté de Dieu ,que
les Princes de l'Auguste Maison
de France font gloire de flechir
les genoux. Le Sang dont ils ont
L'honneur defortir tient un fi haue
rang parmy les Monarques de la
Terre, qu'ils naiſſent pour soumettre
les autres Puiſſances , &pour
n'eſtre foumis que devant leRoydes
Rois. Que cette foumiffion , Monfeigneur,
vous acquiert degloire,
& que le Divin Enfant qui prévoit
L'ingratitude des hommes qu'il ram
chete par l'excés de fon amour ,
trouve de confolation dans lafainte
impatience que vous avezde lere.
cevoir ! La piouse Reine àqui V
A. R. doit le jour , &dont les vertus
ont meritéde lajustice de Dieu
une Couronne immortelle , a tracé
àfaPofteritèle chemin que vous
enseignezà la vostre. Tant qu'ila
GALANT. 10
plú à Dieu qu'elle fuſt l'exemple
des Reines ,le modelle des Veuves ,
& l'édification des Fidelles , elle
n'a jamais manqué de venir dans
ce facré lieu adorer Jesus naiſſant.
V. A. R. l'a imitée ;°enera.
tion en generation les Princes qui
naiſtront de vostre Sang vous imiteront.
Courtisans , qui avez coutume
d'étudier l'inclination des Princes ,
pour regler voſtre conduite fur la
leur , & quiſouvent encensezleur
défauts pour les engageràautoriser
les vostres , vous n'aurez pas la
malheureuseSarisfaction de trouver
icy ce que vous cherchez. Iln'y a
que des vertus àadmirer. Dames
mondaines , qui croyez que vostre
delicateſſe vous diſpenſe de rendre
voshommages à la Creche de leſus
venezvoir la plus auguſte de touses
Les Dames parsanaiſſance , & la
ES
106 MERCURE
plus digne de l'estre parfon merite
partager avec la Mere de Dieu In
glorieuse qualité de fa Servante..
Et vous , tiedes Chreftiens , qui
voyez le digne Frere du premier
Monarque du monde,ſi ardent à
témoigner fon zele à l'adorable
Enfant qui abandonne leCielpour
laTerre,&quitte la gloire éternel
le pourvous l'acquerir:quelles excuſes
pourrez- vous avoir quand
il ne trouvera pas vos coeursdifpofez
à recevoir les graces qu'il y vient
répandre ?
Pardonnez - moy,Monseigneur,,
fi en presence de V. A. Royale il
m'est échapé d'adreffer ma parole
ailleurs ; je voulois animer ces
Chrestiens par l'exemple devostre
picté,&les engageràjoindre leurs
voeux àvos prieres , pour attirer
fur laFrance toutes les benedictions
dont la Naiſſance du Sauveur est
GALANT. 107
accompagnée. SousleRegnede l'invincible
Monarqueà qui la qua
Lité de Tres- Chreftien est si bien
deuë ,puis qu'il est aujourd'huy
leseul ,& l'inébrawlable appuy
du nom Chreftien , il femble que
la Terre où nous avons l'avantagede
vivre ,ſoit celle que Diew
avoit autrefois promiseàson Peuple.
Leshorreursdelaguerrenefont
que pour les Ennemis qui nous la
declarent;& la France attaquée
en tant d'endroitspar l'ambition&
par l'Hereſieſe conſerve dans toute
L'etenduë de ses limites ,& dans
toute l'integrité de sa Religion.
Quelle difference de ces paisibles
Climats àces Paysdefedition&de
revolt,e où les Loix de la Nature
font éteintes , & les privileges du
Sangviolez , où le culte deDieu eff
aboly,&l'impieté triomphante ,&
pourtout dire en un mot, où lesvere
*
108
MERCVRE
$
zus deviennent des crimes àpunir&
Les crimes des vertus àrecompenfer!
Tel , & plus horrible encore que
zoutes lespeintures qu'on en peut
faire, estle coupable Royaumefur
quiunUfurpateur vange tant de
Sacrileges ,& de Parricides , & qui
après avoir ferui d'instrument à
lacolere de Dieu , fera puny des
Sacrileges & du Parricide qu'il
commet luy- mesme. Qu'il nes'attende
plus à une mort auffi glo...
rieuse que celle dont il fut mena
cé devant Caffet,lors qu'aprés la
défaite entiere de ſon Armée,fa
fuite le déroba au bras victorieux
de V. A. R. Les Tyrans ne doi-
Dent pas mourir comme lesHéros;&
te Diadéme qu'il s'eft ose mettre
Sur la teste, est moins la Couronne
d'un Roy , que celle d'une victime
dont la lustice du Ciel demande un
memorable facrifice...
GALANT
109
Princes timides qui luy prétex
vestre appay , ou pluſtoft qui allezz
avec indignité mandier le ſien
Dieuamis un Monarque fur la
Terre à qui les grands évenemens
font refervez. Si aider àperfecuter
un Ray legitimevousparoît uneffort
digne de vous , LOUIS LE
GRAND fera voir que leprose
ger, lay donner unazile , & le ré
tablir dans fes Etats,font des actions
dignes de luy..C'est àvous
mon Dieu , à donner vostre Benediction
aux équitables deffeins d'un
Monarque quine combas que pour
étendre vostre culte ,& pour faire
Santifier vostrenom..Tous les Prin.
ces de cette Rayale Famille font
d'infatigables défenſpurs de vostred
gloire , toujours preſts àrcimenter
de leur sang les facrez Autels où
ils fon bumiliez dans larespectueu
Le attente dra Verbe qui s'et fais
9
A
110 MERCVRE
Chair,pour venir habiter parmi les
hommes. Si les Bergers quifurent les
premiersàla Creche de vostre ado..
rable Fils , astirerentsur eux les
premieres graces defa Naiſſance ,
voicy , mon Dieu ,vos images les
plus parfaites , qui previennent le
Cantique des Anges pour meriter
nos premieres benedictions. Repandez
, Divin Sauveur , répandez
fur cesillustresTestes toute laplenitudede
vos graces , & naiffet.
pour eftre leurfelicité en ce monde,
&dans l'autre leur beatitude éter.
nalle..
La ſincerité eſt un grand
charme pour gagner les coeurs
bienfaits, & quand elle accom
pagne l'amour , elle en ferre les
noeuds ſi étroitement qu'il n'y
a rié qui les puiſſe rompre. Vn.
Cavalier fort bienfait , & dont
GALANT. FHD
les manieres nobles ſouſtenoient
avec beaucoup d'avantage
, Celuy qu'il tiroit de fa
naiſſance , aprés fept ou huie
Campagnes où il ne s'eftoit
tiré d'affaires que par le gain
qu'il faiſoit aujeu , reſolut de
voir fi quelque heureux mariage
ne pourroitpointle mettue
en estat de reparer ce qui
luy manguoit du coſté de la
fortune. Il eſtoit Cadet , & né
dans une Province oùla pluf
part des Ainez emportent
preſque tout le bien de leur
Maiſon. Ainfiil n'avoit cu que
tres peu de choſedes ſucceſ
frons de ſon Pere&de ſa Mere,
& ayant trouvé des Achepteurs
, il vint à Paris avec une
fomme affez forte pour y pouvoir
ſubſiter avec éclat pendant
une année. Comme il
eſtoit fort galant,& qu'il avoit
BF2 MERCVRE
4
autant que perſonne , ce que
l'on appelle eſprit du monde
il s'imagina qu'en prenant les
Airsd'un hommeaiſé ,il reülfiroit
à ébloüir quelque riche
Veuve , qui en l'épouſant
partageroit fon bien avec lay..
Il eſtoit fort refolu denepoint
s'arreſter à l'âge , & la plus
vieille luy paroiſſoit mefme la
plus propre à ſon deſſein,parce
qu'elledevoiteſtre plus aiſée à
prendre , & qu'il auroit moins
de temps à vivre avec elle..
Dans cet eſpris il ſe miten
équipage, prit un train fort
propre ,& un ancien Valetde
Chambre en qui il avoit une
confiance entiere ,ayant inf
truit fon Cocher & ſes Laquais
de ſes pretenduës richeſſes , il
n'euſt point à craindre qu'aucund'eux
puf. découvrir qu'i
PA
GALANT.
113
n'eſtoit pas ce qu'il paroiſſoit.
Ses domeſtiques eſtant habillez
,&le Carroffe choifi , il
s'accommodad'unAppartemet
fort bien meublé dans un
Hoſtel Garny des plus renommez
, & le hazard voulut
que dix jours aprés unejeune
VeuvedeProvince,qui chan.
geade logement, en arreſtaun
dans le meſme Hoſtel. Elle ne
l'eut pas fi roſt occupé , qu'il
luy fit demander permiſſion
de luy rendre ſes devoirs. Il
en fut receu fort civilement,
&il connut des fa premiere
vifite qu'elle n'étoit pas moins
eftimable par ſon efprit que
par ſa beauté.C'eſtoit unebrune
tres- agreable , & qui faisoit
une aſſez belle figure , ayant
Caroffe & un train honneſte.
elleeſtoit depuis fix mois àPa114
MERCVRE
1
ris, où la pourſuite d'un procez
fort important ne la laiſſoitpas
fans exercice . Comme naturellement
on aime à ſervir les
Dames , & fur tout celles qui
portentdansleur perſonne des
recommandations favorables ,
le Cavalier luy offrit ſes ſoins
auprés de ſes Juges. Il vous eſt
aiſe de croire qu'on les accepta
avec plaifir ,puis que c'eſt
là le ſenſible des Plaideurs , &
que par plufieurs raiſons il y
alloit de la gloire & des avantages
de la belle Veuvedevenir
à bout de.fon entrepriſe.
Le Cavalier entra dans ſes intereſt
avecd'autant plus d'empreſſement,
qu'ayantapprispar
Je rapport de ſes gens qu'elle
eſtoit fort riche ; car les domeſtiques
ne manquent jamais de
ſe dire l'un à l'autre ce qu'ils
GALANT.
115
ſçavent de leurs Maiſtres , il
connut en peu de jours que
tout ce qu'il luy diſoit de flateur
& d'obligeant commençoit
à faire impreſſion ſur ſon
cooeur. Ainfi il eut lieu de ſe
flater,que s'il s'intriguoit aſſez
pour contribuer à luy faire gagner
ſon procés , la reconnoif.
ſance pourroit ſe joindre à l'amour
, & produire en ſa faveur
ce qu'il attendoit de ſon Etoile.
Cette penſée luy fit redoubler
fes diligences auprés des Avocats
& des Procureurs , & le
compte qu'il avoit à luy en
rendre luy donnant occafion
de la voir àtous momens, il fe
ſervit ſi bien du talent de perfuader
tout ce qu'il vouloit ,
qu'en eſtant effectivement
tres - amoureux , il la convainquit
de toute la force de fa
116 MERCVRE
paffion.Deux mois ſe paſſferent
dans les témoignages reciproques
d'un amour naiſſant , &
dont le progrés ne plaiſoit pas
moins à l'un qu'à l'autre , &
quand le Cavalier le crut affez
affermy pour ſe pouvoir décla
rer , il s'expliqua avecdes termes
ſi paſſionnez , qu'il eſtois
aiſé de voir que le cooeur s'ac
cordoit avec la bouche. La
Dame , dont la Demoiselle
s'eſtoit informée ſous main de
la naiſſance& dubien du Cavalier
n'en avoit rien appris
que de fort avantageux , & les
apparences répondant à ce
qu'on luy endifoit , elle nepût
ſe défendre de luy témoigner
que ſa declaration luy faifoit
plaifir , mais avant que la choſe
allaſt plus loin , elle voulut for
tir d'un ſcrupule , & fçavoir
GALANT.
117
du Cavalier ſi elle pouvoit ſe
croire affez fortement aimée ,
pour ne devoir point apprehender
qu'il entraſt dans ſon
amouraucune autre veuë que
celle de l'amourmeſme. Il luy
proteſtaque ſon ſeulmerite en
eftoit la caufe , & aprés qu'elle
eut receu cette affurance , elle
ſe crut obligéedeluy apprendre
qu'en ſe reſolvant à l'époufer,
il devoit compter fur un
bien tres mediocresqueleCarroffe&
tout l'équipage qu'illuy
voyoit , n'eſtoient point à elle ;
qu'un Oncle au nom de qui
le procés qu'elle pourfrivoit
avoit eſte intenté , fourniſſoit
àtoute cettedépenſe; que luy
voyantune affez iolie figure, il
avoit voulu qu'elle l'euſt accompagné
à Paris , perfuadé
qu'une agreable perſonne ef
118 MERCVRE
toit toujours écoutée favorablementdes
luges; qu'une Fille
unique qu'il avoit,& qui eſtoit
un fort grand party,avoit conſenty
pendant ſon abſence àſe
laiſſer enlever d'un Convent
où il l'avoit miſe à ſon départ:
que ce malheur l'avoit rappellé
& luy cauſoit de grands embarras,
parce qu'il avoit affaire
à un Parent du Gouver.
neur de la Province qui avoit
beaucoup d'Amis , & qu'il
devoit revenir ſi toſt qu'il
ſeroit mis en eſtat de tirer
raiſon du Raviſſeur. Le Cavalier
, dont la confidence qu'-
on luy faifoit , renverſoit les
eſperances , en eut un chagrin
qu'il luy fut impoſſible de ſurmonter.
Il parut tout à coup
fur ſon viſage , & la Dame
s'appercevantde ſon trouble ,
GALANT. 11.9
luy dit qu'elle voyoit bien
qu'il eſtoit fait comme tous
les autres hommes , & que
l'amour qu'il luy proteſtoit ,
n'eſtoit pas auffi deſintereſſé
qu'il vouloit le faire croire.
LeCavalier qui avoit le coeur
veritablement touché , luy dit
qu'elle luy faisoit beaucoup
d'injuſtice , puis qu'il eſtoit
preſt de l'épouſer, s'il luy falloit
cettemarque de l'entier pouvoir
qu'elle avoit fur luy , mais
qu'après ce qu'elle venoit de
luy avoüer , ſon honneur l'obligeoitde
luy parler ſans déguiſe.
ment. Ladeſſus il luy rendit ſin
cerité pour fincerité , & l'ayant
inſtruite de l'eſtat de ſes affaires
illuy ditque c'eſtoit à elle à
examiner ſi ayant tous deux
de la naiſſance fans aucun
moyen de la ſoutenir , ils de120
MERCURE
voient hazarder un mariage
dont les fuites ne pourroient
que les rendre malheureux ;
que non ſeulement il eſtoit
fans bien , mais qu'il ne pouvoitpas
meſmeeſperer lamoindre
ſucceſſionsqu'à la verité ſon
Aîné eſtoit fort riche , mais
qu'outrequ'il n'eſtoit pas en.
coredansun âge extremement
avancé,il avoitdeux Filsd'une
fanté vigoureuſe ,& qu'ayant
pour elle autant d'eſtime qu'il
avoit d'amour, il ſe reprocheroit
toute la vie comme un fort
grand crime , d'avoir abuſe de
ſa complaiſance , quand même
elle voudroit bien luy facrifier
tourſon repos . LaDamene put
s'empeſcher de faire paroiſtre à
fon tour ſa ſurpriſe & fon chagrin.
Elle n'avoit attendu rien
moins que cette ſecondedeclaration
,
GALANT. T21
ration ,&il eſtoit extraordinaire
que faiſant tous deux leur
bonheurde leur amour , ils ſe
trouvaſſent également dans
une ſituation malheureuſe qui
les mettoit hors d'état de rien
faire l'un pour l'autre . A prés avoir
raiſonné long temps fur
leuravanture , ils ne purent ſe
cacher qu'il falloit qu'ils renonçaiſentaux
eſperances flateuſes
qui avoient formé leur
engagement , mais il leur fut
impoſſible de renoncer aux
- fentimens de tendreſſe dont
ils s'eſtoient fait l'aveu , &
fans fçavoir à quoy pourroit
aboutir leur paſſion ils ſe promirent
de s'aimer toûjours .
Le Cavalier redoubla ſes ſoins
pour ſervir l'aimable Veuve ,
& il le fit fi utilement qu'il
mit ſon procez en état d'eſtre
Janvier 1691. F
122 MERCURE
gagné. Quoy qu'il ne confervât
plus aucune pretention fur
le mariage où il avoit crû d'abord
la conduire , il ne laiſſoit
pas d'avoir pour elle les mefmes
empreſſemens,&non ſeulement
il ne voyoit qu'elle ,
mais il auroit refufé un party
confiderable s'il s'étoit offert .
LaDame de ſon coſté trouvoit
un charme ſenſible dans le plaifir
de le voir,& malgré la certi .
zudequ'ils pouvoient avoir de
n'eſtre jamais unis,il euſt eſté
difficilede trouver dans l'uniondedeux
coeurs un attachement
plus veritable. L'Oncle
arriva dans ce meſme temps ,
& revint fort indigné de ce
quele trop grand credit du
Raviffeurde ſa Fille l'avoit
obligé de ſouffrir ſon mariage,
mais quoy qu'il en euſt ſigné
GALANT .
123
le contract , il avoit gardé
pour l'un & pour l'autre un
eſprit d'aigreur qu'ils avoient
tâché inutilement de luy faire
perdre. Son reſſentiment
éclatoit fur tout contre ſa Fille
, qui ayant permis qu'on
l'enlevaſt , luy avoit donné un
Gendre qu'elle ſçavoit bien
qu'il n'agréoit pas. Cependant
il ne lauſa pas à ſon retour
d'apprendre avec joye ce qu'il
devoit aux foins de ſa Niece,
par qui ſon procez avoit eſté
mis dans l'heureux état où il
le trouvoit. Il luy en fit des
remercimens tels que demandoit
la tendre amitié qu'il
avoit pour elle , & ayant eſté
informé en meſme temps du
fecours que le Cavalier luy
avoitpreſté, il luy en marqua
fa reconnoiſſance par mille
!
F 2
124
MERCVRE
offres de ſervice . Comme il
le voyoit ſouvent , & que le
merite qu'il luy connut , augmentoit
pour luy de jour en
jourpar les bons offices qu'il
luy rendoit auprés de ſes Juges
, il ne put condamner la
liaiſon qu'il remarqua bien
qui s'eſtoit formée entre luy
& fa Niece pendant ſon abfence.
La Dame ne luy cacha
point qu'elle avoit beaucoup
d'eſtime pour leCavalier , &
fans entrer dans aucun détail
de ce qui s'eſtoit paſſe entre
eux , elle ſe contenta de luy
dire que quand il
pour elle les ſentimens les
plus favorables , il luy ſeroit
inutile de les écouter , puis
qu'il n'eſtoit pas plus riche
qu'elle & que le manque de
bien eſtoit leplus fort obſtaauroit
GALANT.
125
,
ele que puſt rencontrer l'amour,
La matiere ne fut pas
-pouffée plus loin . Il s'ecoula
encore quelque temps , & le
Cavalier continuant à s'inte
reffer avec ardeur pour l'Oncle
de l'aimable Veuve
obtint Arrest , & eut gain entier
de cauſe. Il s'agiffoit de
cinquante mille écus , dont il
fut payé partie en argent
comptant , & partie en heri.
tages qui estoient aſſez à ſa
bienſeance. Lors qu'il eut reglé
toutes lesaffaires , le defir
de ſe vanger de ſa Fille le
preſſant de plus en plus , il
declara à ſa Niece , pour qui
il avoit toujours marqué une
tendreſſe fortparticuliere ,que
fur l'argent qu'il venoit de
recevoir , illuy deſtinoit vingt
mille écus , & qu'il vouloit
outre ce preſent , luy faire
F 3
126 MER CURE
la donation d'une Terre qui
en valoit bien encore dix mille
: à condition qu'elle ſe
choiſiroit un Mary avant
que de retourner dans la Province,
l'aſſurant qu'il conſen .
tiroit à tout , pourveu que
fon coeur fuſt ſatisfait. C'étoit
luy en dire afſſez ; auſſi ne balança-
t-elle point à choiſir le
Cavalier. Il fut agréé de l'Oncle
,& lemariage ſe conclut en
peu de jours. Ils allerent avec
Juy dans la Province , où les
vingt mille écus furent employez
en fonds ſans que le Gendre
oſaſt murmurer de cette
donation. Sa ſucceſſion devoit
eſtre encore ſi conſiderableque
la Fille & luy s'eſtimerent fort
heureux de ce qu'il promit enfind'oublier
l'enlevement. Les
Mariez goûterent toutes les
GALANT. 127
douceurs dont une union parfaite
peutfaire jouir deux tendres
Amans , & unan aprés , la
Dame fut récompensée de fa
generoſité. Le Frere du Cava
lier qui avoit deux Fils, eut le
malheur de les perdredans la
JournéedeFleurus,&la douleur
qu'il en reſſentit fut ſi violente,
qu'il en mourut peu de temps
aprés . Ainſi le Cavalier ayant
herité de tous fes biens , eutle
plaiſir de mettre la Dame en
eſtat de s'applaudir du ſacri .
fice qu'elle luy avoit fait de
ſa fortune.
***
F4
12.8 MERCURE
******
LETTRE
D'un Gentilhomme François,
aan de fes Amis refugié en
Angl terre, furla Harangue
du Prefident de la Tour.
MONSIEUR, ONSIEVR ,
Quand vous nous avez envoyé
la Harangue du President de la
Tour , nous avons compris cequ'apparemment
vous n'ofieznous man.
der, que vous vouliez nous faire
rive , ou platoſt nous faire pitié. Il
n'y a pas eu en effet depuis 'ongtemps
une production plus ridi ule
quécetteHarangue , &jem'étonn
que vôtre Cour en ait fait une matiere
de triomphe , en la faijan:
imprimer en François &en An-
:
GALANT .
129.
glois, comme une piece fort vare.
Elle l'eft veritablement, mais c'est
par la bizarrerie despensées &des
expreſſionsplus dignesduperſonnagequi
l'a prononcée,que du Prince
du nom duquel il a vray-Semblablement
abuse , car nousnepouvons
croire qu'en quelque mauvais état
queforet les affaires de M. le Ducde
Savoye,il ait pûs'abaiſſerjusqu'àse
väter publiquementde l'honneur
qu'il a d'appartenir au Prince
d'Grange , luy demander ſa protection
, l'aſſurer d'un attachement
inviolable à ſon ſervice ,
& d'un reſpect infini pour ſa
perſonne facrée. Ouy , Monsieur,
nous avons peineà croire que S. A.
R. qui a toujours foûtenufon rang
avec tant de dignité à l'égard des
Testes couronnées , à meilleur titre
que celle du Prince d'Orange , ait
pû mettre des paroles fi baſſes & fi
E
いい
130
MERCURE
indignes dans la bouchedefonEnvoyé.
Nous croyons de plus que
dans toute la Courde Savoye il ne
Seferoit pas trouvé un homme de
qualité ou de vertu , qui euft voulu ,
en prononçant une demi page de
mauvais Fraçois,donner lieu de crei
re qu'iln'any bons sens,ny religion,
ny fenfibilitépour l'honneur defon
Maitre. Ilfalloit donc un Ministre
d'un ordre tout different pour donner
cette comedie au public. Ne
voussouvenezvous pas d'avoirven
ici des Savoyards de toutesfaçons ?
Vous sçavez qu'ily en a qui font
bons à quelque chose , &jem'étonne
que parmi les moyens de ruïner
La France, les Politiques de Hol-
Lande ont oublié celuy dobliger le
Ducde Savoyeà les rappeller, pour
priverd'unfecours auffi neceſſaire
que celui des Ramoneurs de cheminées.
Ily ena de feneants qui con.
GALANT.
rent les rues , chargezd'une grosse
bëte emplie de Marionnetes,&de
petites machines propre à amuser
des enfans. Le Savoyard a une
chanson ausfiridicule quefamachine.
Dicu , la Vierge , les Saintsy
Sontmélez àpropos de rien , la mu
ſique répond à toute la piece ,&
quand elle est finie , il demande
l'aumône. Pardonnez-moy cette
ridicule comparaiſon ;maisnous ne
voyons point de ces Savoyards,qu'ils
ne nous faffent penserà cette honteuse
Ambassade. Quandle Prelident
de laTour est arrivé en Hollande
, vousſpavezavec quels airs
importansily a paru , & lesprojets
dont il amusoit les Ministres des
Alliez , devant lesquels il faisoit
marcher avec le bout du doigt ces
Armées imaginaires qui devoient
entrer dans le coeur de la France.Le
jeu auroit eté plus beau ,si la ba
132
MERCVRE
raille de Staffarde n'avoit fort dé--
concerté toute la machine. Enfin il
ademandé de l'argent ,& il en a
obtenu affez pour payer ſongifteen
Hollande , &faireboire les Minitres
des Alliez à laſantédu Prince.
d'Orange. Ensuite il est paſſe en
Angleterre, & c'est là qu'il achan
téla chanson. On des principaux.
traits de l'éloquence de ces Savogards
, est de donner de beaux noms.
àceux qu'ils amusent. Monfei--
gneur mon brave Prince,font
des qualitez qu'ils donnent au pre-.
miervenu commele Preſident de
La Tour n'a pas épargné les titres
bizarres & extravagans , quele
Prince d'Orange luy- mesme , avec
le bon sens qu'il a , ne peut avoir
entendus qu'avecmépris.Je ne dou
ze pas qu'il n'en ait ry de tout fon
coeur,fur tout quand il l'a veu tombersur
les Decrets Eternels de la
GALANT.
133
Providence. Il a enfin demandé de
L'argent , mais ce n'est pas chez les.
grands Seigneurs que ces fortes de.
gens gagnent leur vie. Ainsi il est
révenu les mains vuides , &voilà
nostre comparaison achevée. L'idée
en est ridicule, je vous l'avonë,mais
ne vous en fächez. pas , je vous
prie , carfinous examinons la Harangue
plus ferieusement , ily a
bien d'autres choses à dire .
L'affectation bizarre avec laquelle
il s'estfervy à chaque periode du
mot de Perſonne ſacrée , ſacrée
Maieſté , Teſte ſacrée , quin'est
pas dans l'usage de la langue dans
laquelle ila parlé, est-ellesuppor
table ? On voudroit bien luy de
mander comment cette Teste qui
n'estoit rien moins que facrée , ily
a trois ans , l'est devenue. Est- ce
parlabenediction de ces Evesques ,
avec qui l'Archevesque de Car
134
MERCVR E
torbery &les autres bons Protestans
ne veulent avoir aucune сотти-
nion ? Si c'est cela qu'il a voulu
dire , il a bien fait de quitter la
Soutane, car ce n'est pas estre Catholique
que de parler ainsi.
:
Ilfelicite le Prince d'Orange au
nom du Duc de Savoye , fur fon
glorieux avenement à la Couronne
, deuë à ſa naiſſance ,
meritée par ſa vertu , ſoûtenuë
par ſa valeur. Les trois points de
ce Sermon font fort justes , puis qive
la vertu & la valeury ont autant
de part que la naissance. Si le Prin..
ce d'Orange aime tant lajustice,&
que la droiture de fes intentions
foit aussi grande que le dit ſon Pa.
negyriste, s'ileſt ſenſible àtous les
maux que fon seul interest cause
dans toute la Chrestienté, qu'ilmet.
te le premier article en arbitrage,
pour fairejuger par qui il voudra
GALANT.
13
mesme par les Anglois, si sa naisfance
luy donneun titre legitime à
la Couronne qu'il a ufurpée. Onest
bien aſſuré qu'il n'oferoit le faire ;
& auffi le droit que luy donne sa
naiſſance ne fera jamais un obstacle
àla Paix. Les Souverains qui se
trouvent engagez à foûtenir fa
cause , reconnoistroient bien- soft'
quel interest ils auroient à ne pas
autoriser unesemblable ufurpation,
contraire à toutes les Loix , & fi
peu conforme à celles d'Angleterre,
qu'il lesa fallu caffer toutes
, pour le faire entrer comme
Par labreche,& en faire de nouvel .
les , qui nepeuvent subsister que
dans une révolutiongenerale.com
me celle que nous voyons preſentement
,&qu'il auroit luy- mesme u
interest preſſant de détruire , s'il
devenoit paisible poffeffeur de la
Couronne, Voila le titre de fa naif136
MERCVRE
Sance ; celuy de fa vertu est àpeu
prés aussibon . Mais quand Mr de la
Tour parlede vertu , ou il n'en
connoiftpas le nom , ou il l'employe
dans cettefignification vaſtede la
Langue Italienne, qui comprend la
vertu & lavice, l'industrie bonne ou
mauvaise , & qui ne convient pas
plus auHeros,qu'au Joueur degobelets&
au Coupeur debourses. Il est
vray quand des Bandits , des Barbets
,des Rebelles de Mondovi,des
Ministres armezdeviennent à la
mode , comme ilsfont preſentement
en Piedmont , la vertu du Prince
d'Orange peut fraper les yeux.
Perſonne cependant ne s'avisa à
la mort de Charles II. que cette
vertu le dust faire parvenir à la
Couronne à l'exclufion de l'Heritier
legitime , qui estoit alors
Gatholique auffi declaré qu'il l'est
presentement.Cette vertufutsibien
GALANT.
137
oubliée, que personne neſeplaignit
du tore qu'on luy avoit fait , & il
nosa luy - mesme s'en plaindre.
Quand enfin il ajoûte que cette
Couronne ufurpée est soutenuëpar
fa valeur, il femble qu'ils'est voulumoquer
de luy ..Oùfont doncces
exploits militaires ? Est- on grand
Capitaine pour avoir ſceu débaucherune
Armée,&tourner les axmes
d'un Peuple furieux contre un
Roy legitime, pouravoir profité de
la terreur panique de quelques
Troupesà laJournée de Boine ,
pouravoir levéprademment le siege
de Limerik , car voila tousſes exploits
militaires depuis qu'il est en
Angleterre? Non , Monsieur , cene
Sontpaslàles beaux endroits devof.
tre Heros. Qu'il soit brave de fa
personne tant qu'il plaira à ceux
qui l'admirent,fice n'estoit quepar
ce titre qu'il eust disputéla Couron
138 MERCVRE
il ne
ne au Roy Son Beau-pere ,
l'auroit pas plûcost obtenuë que
parsa naissance & parsa vertu.
Mais cet exorden'est rien en comparaiſon
de ce quifuit. Vousn'avez
paseu de peine à connoistre par le
commencement de cetteHarangue,
que l'Auteur est fort mauvais
Theologien,vous enferez encoreplus
perfuadépar lafuite.
La Providence , dit- il ,avoit
destiné la Couronne à voſtre
teſte ſacrée pour l'accompliſfement
de ſes deſſeins éternels
, qui après une longue
patience tendent toujours à
fufciter des Ames choifies ,
pour reprimer la violence &
proteger la justice. S'ily a du
fens dans ces grands mots, c'est que
l'avenement du Prince d'Orange à
la Couronne, eftun effet de la providence
de Dieu,fans les ordres duquel
GALANT
139
१
*
iln'arrive rien en ce monde ; mais
ce n'est pas ce que l'Envoyé de Savoye
a voulu dire . Il a voulu parler.
d'unevocation toute particuliere &
miraculeuſe , ſans laquelle en effet
le Prince d'Orange auroit eu encore
long-temps à attendre l'accomplis-
Sement de ces deffeins éternels. Elle
trouvoit un obstacle invincible dans
les Preceptes du Decalogue , dans
les principes de l'équité naturelle
dans toutes les loix divines & bumaines
, que ta difference des Re
ligionsn'a jamaisdétruites & enfin
dans les loix particulieres de l'Angleterre.
Il a genereusement fur.
montétous ces obstacles , & c'est en
quoy cettevocation a des caracteres
merveilleux , & peut estre compa.
réeàcelle d'Attila , pour la qualité
de Fleau de Dien, à celle de Cromvvel,
& d'autres ſemblables Vaiffeauxdefa
colere.Ce n'est pourtans
140
MERCVR E
८
pas l'idée qu'ilnous pretend donner
du Prince d'Orange , qu'il repre-
Sente comme une ame choisie , c'est
à dire un élu & un predestiné , qui
n'a fait qu'executer les decrets
éternels de la Providence. Hfailoit
d'abord nousfaire voir que les Commandemens
de Dieu & toutes les
Loix n'estoient pas faites pour luy ,
mais pour les ames vulgaires , qui
n'agissent, que par les maximes
fimples &groſſieres de l'Evangile ,
de l'équité naturelle, qui n'ofent
faireà autruy ce que nous nevoudrions
pas qu'on nousfist , qui craignentun
Dieu vangeur de la Foy &
desfermensviolez ,&qui honorent
leurs peres &leurs meres . On an
vouëra au moins que ce n'est pas.
par ce chemin batu du Chriftianisme
, ni mesme des vertus morales
, que Dieu a conduitle Heros
de la Ligue à l'accomplisse..
GALANT.
141
ment de ces deffeins éternels , si
opposez àſa volonté , déclarée par
Jesus- Christ fon Fils & par ses
Apostres. Il ne faut pas non plus
oublier que cet instrument extraordinaire
des deſſeins de Dien , n'est
pas dans le ſein de l'Eglise Catholique
, bors de laquellevoussçavez
que nous ne connoissons point d'élûs ,
ny d'ames choisies , mais des reprouvez
, instrumens de la colere de
Dieu , pourpunir les crimes, qualité
que peut - estre personne ne peut
difputer au Heros de nostreHaranqueur.
MaisSans s'arreſterſur cet
article,ſuppoſons que nous parlons
àdes Protestans , c'està dire , à
ceux qui ont la conscience affez
large,pour croire que ce procedé
puiffe s'accorder avec les regles de
la Morale Chrestienne , car vous
Sçavez que tous n'en conviennent
pas. Nous leur demandons ,fi dé- *
142
MERCURE
pouillerſon pere &sa mere , opprimerle
pupille, violer lesfermens ,
&prendre le bien d'autruy, nesont
pas des actions contrairesauDecalogue
, &à la Loy naturelle. Voilà
le droit , & ils n'en peuvent difconvenir
, ny par confequent que re
nefoient des crimes execrables, dignes
de la colere de Dieu , & de
l'horreurde tous les Chreftiens. Le
Roy d'Angleterre n'est il pas dépouillé
, opprimé , pillé , chaſſe
parsa Fille& par son Gendre?
Les Angloisn'ont- ilspas violétous
lesfermens les plus facrez , puis
qu'en les preſtant ils ont declaré
par des clauses expreſſes , qu'ils
parloientfans équivoqueny reſtriction
mentale , & qu'aucune autorité
ne les en pouvoit diſpenſer ?
La Couronne d'Angleterre n'estelle
pas entre les mains d'un Eftranger,
quifelon les Loix du pays
GALANT .
143
ss'y a pas plus de droit qu'ilen avoit
ily a trois ans ? Voilàle fait ,
&par la conſequence qui eft aisée
àtirer , ilparoist que tout cela est
contrela volonté de Dieu,& contre
toutes les Loix divines & humaines.
Cependant le Preſident dela
Tourvient nous aſſurer à la face
de toute l'Europe , que ce tiſſfu de
crimes énormes , est l'accompliſfement
des deſſeins deDieufurune
amechoisie.Cen'est pas des deſſeins.
conformesàſavolontémarquéepar
lesEcritures ,&par conſequent il
faut en chercher une autre directement
contraire, Sur quoy peut - elle
donc estre appuyée,si ce n'eſtſur les
Resultats de la Convention , qui
mesmen'ayant esté faits qu'aprés
coup , we peuvent rectifier par un
effet retroactif,le crime qui les a
precedez : ou fur les complimens de
L'Empereur,duRoy d'Espagne,&
b
1
144
MERCVRE
des autres Alliez , &fur le certi.
ficat du Preſident de la Tour. Si un
Angedefcenduda Ciel nous venoit
dire qu'il ne faut pas honorer fon
pere&sa mere, qu'on peut violer
les fermens , & prendre le bien
d'autray , voussçavezque selon S.
Paul nous devrions tuy dire , anatheme.
Imaginons nous qu'il en
vient unqui nousdit:Mes enfans,
faites comme cette ame choifie,
le Prince d'Orange .Quand
vôtre Beaupere vivra plus que
vous ne voudrez , quand il
naiſtra de petits Beaufreres incommodes
, qui vous excluent
d'une ſucceſſion ſur laquelle
vous aurez compté; chaſſez-le
de fa maiſon ,prenez ſon bien,
laiſſezerier l'enfant,Dieu vous
benira . Cela luy déplatſoit autrefois
,mais ila changé d'avis.
Qui pourroit douter que cenefuft
1113
GALANT. 145
an Ange de tenebres ? Cependant
voilà ce quenous diſent depuis deux
ans,des gens qui aſſurement ne
fontpasdesAnges : quiaprés toutes
les extravagances qu'ils ont publiées
, ne peuvent paffer que pour
des foux furieux , & qui sont
traitez pour tels par leurs propres
Confreres. Enfin c'est ce que le Mi
nistre de Savoye s'est approprié ,&
qu'il a pris comme lefondement de
SaHarangue. Quand il se feroit
dix mille miracles en faveur d'un
procedé si odieux&fi contraire au
Christianisme,&à toutes les Loix,
lafoy nous obligeroit à les regarder
comme ceux que l'Antechrift fera
quelque jour : mais ils nedevroient
pas nous faire douter de la verité
de la Religion & des Commandemens
de Dieu , qu'ilrenverſe. Ingez
donc de ce que nous devons penſer ,
quand on n'apoint d'autres miracles
1anv.1691. G
i
1.46
MERCVRE
à nous alleguer , que les merveilleux
commencemens de
fon regne,qui ſont des preſages
aſſurez des benedictions que
le Ciel prepare à ladroiturede
ſes intentions. Cescommencemens
n'ont rien de miraculeux , puis qu'il
n'y a rien de plus éloignédumira.
cle, que devoirles Angloisrevoltez
Sansfujer contre leurs Rois legitimes.
C'enseroit unde les voirfidel
les& contents du meilleur état de
leurs affaires. Les autres effets mi.
raculeux & les benedictions que ce
Heros leur a attirées ,font la perie
d'une partiede la Hongrie, la defon
lation des Pays Bas & de toute
l'Allemagne , voila celles de la
Ligue , & pour l'Angleterre , des
taxes insuportables , la ruine du
commerce, la perte honteuse d'une
bataille Navale , la defolation
generale des Provinces , &le ren
GALANT. 147
versement de toutes les Loix. Ce
font là les premieres benedictions ,
&file Ciel mesure celles qu'il leur
prepare dans lafuitefelon ladroi
ture des intentions du Prince d'orange
, ils n'ont qu'à s'armer de
patience. S'il y a des Catholiques
affezsimples , pour demander à
Dieu qu'il beniſſe les deſſeins des
Ennemis de leur Eglife; s'il y a des
Protestansaffez enteſtez pourfaire
deſemblables prieres , noussommes
perfuadezqu'àmoins qu'ilsn'ayent
perdu l'esprit , ils demandenttoute
autre chose qu'un bonheur proportionnéàla
droiture des intentions
d'un homme, qui a une conscience
pour l'Angleterre,une pour l'Ecoffe
unepour la Hollande , & unepour
les Pays Etrangers. Croyez- vous
qu'ilsy aitquelque Fanatique affez
horsdefens ,pourdemander àDieu
une Fillefemblable à cette Princef-
G2
148 MERCURE
1
fe , qui fait monter avec elle
la vertu fur le Trone , comme
luy a dit le President de la Tour ?
Croyez- vous que les Flamans , les
Hollandois, les Allemans s'accommodent
long - tems des benedictions
que leur a attirées le commencement
de ce glorieuxregne : & que
lesAnglois nesoient pas fort las de
celles dont il les a comblez ? Vous
ensçavezaſſez de nouvelles. Vous
avez veu l'etat florifſfant du Pays
avant la revolution ; vous en con.
noiſſezla difference, & vous pouvez
juger s'il est prest de ſe voir
rétably dansſa premieregrandeur;
car pour rompre les chaiſnes
dont l'Europe eſtoit accablée ,
qui eft le magnanime deſſein
du Heros de noſtre ſiecle, d'eft
à dire , abaiſſer la puiſſance de la
France, c'est un article far lequel
les decrets éternels revelez à vos
با
GALANT.
14)
ς
Viſionnaires , ne nous diſent encore
rien , & vous m'avouerez que trois
Batailles perduës l'année derniere,
font de grandes épreuves pour la
foy des Alliez , s'ils en ont fur de
Semblables Prophetis . Mais y at-
il chaines &fervitude pareille
acelle qu'ils ont à souffrir de celuy
qu'ils regardent comme leur Liberateur
? Ne les traite- t'ilpas avec
toute la hauteur possible ,& ne
facrifie- t'ilpas tous leurs interests
aux fiens ? L'Empereur luy doit
déja la perte d'une partie de la
Hongrie; les Princes & Etats de
l'Empire la ruine de leurs Pays; les
Hollandois ſe vanteront - ils qu'il
arompu leurs chaines ,& celles
dont Mr le Duc de Savoye s'est
chargé , font elles moins pesantes
que celles dont il a pretendu le dc.
livrer?Car enfin,Monsieur, quelles
estoient ces chaines, fi cen'est qu'il
iso MERCVRE
-
vouloit perir , & que ne pouvant
L'empefcher avec raifon, on vouloit
l'en empécher parune contrainte
Salutaire ? Maisla France a
t'elle jamais exigéde luy des baf-
Seſſesſemblablesàcelles qu'il fait
Sans aucun profit ? Luy a-t'on fait
Autantde maldans le tempsmême
qu'onpouvoitne le plus ménager
queluy enontfait ces Troupes au
xiliaires quiluy ont renduſipeu de
fervice ; Y at- il fervitude pa.
reille à celle de renoncer à fon
vang , pour fléchir le genouil de.
vant l'Idole de la Ligue & de:
traiterde Sacrée Majesté celuy
qu'il auroit il y a peu de temps:
honoré en le traitant de Coufin ?
Enfinya-t.il choseplus indigne que
ce qu'on luyfait dire touchant la
joye qu'il a eſté contraint de
referrer dans ſon coeur , qu'il
n'a fait éclaterque par les eſperances
de liberté que le ſeul
GALANT. 1
nom du Prince d'Orange luy a
faitconcevoir aprés tant d'années
de ſervitude ? Quoy , un
Ministre qui doit couvrir les foi.
bleſſes defon Maistre,a la bardieffe
de le faire paſſer publiquement pour
un fourbe & pour un traiſtre !
Mais ila cru que comme latrabifon
& le mépris des Traiteza esté le
premierpas que chacun des Confe
derez a fait en entrant dans la
Ligue , il ne falloit pas que cet
avantagemanquaſt àfon Maistre.
Voila , Monfieur , les principales
reflexions que nous avons faites icy
Sur cette Harangue. L'Empereur
& le Royd'Espagneont complimenté
le Prince d'Orange par leurs
Lettres & par leurs Miniftres;mais
au moins ilsontgardé des mesures,
& ils y ont fait couler quelques
expreſſions en Faveur de laReligion
Catholique , pour faire croire aux
G4
152 MERCVRE
Çimples qu'ils ne la perdoient pas
de venë. Ils n'ont pas employé des
termes manifestement beretiques
& blafphematoires , &même le
Roy d'Espagneamandé au Pape ,
qu'un des deſſeins de la Ligue estoit
l'exaltation du Saint Siege . Ileft
wray que jusqu'à present tout ce
qu'on a vù qui eust rapport à ce
deſſfein , a esté que les soldats du
Prince d'Orange ont bûàlafanté
d'Innocent XI. mais vous avez vû
il n'y a que quinze jours brusler Alexandre
VIII.Enfin ils ont conſervé
quelque ombre de leur dignité , &
ils ont remply le papier de louanges
vagues , d'augures&de preſages ,
dont nous n'avons pas encore ven
beaucoup d'effer . Auſſi après avoir
eusi peu defuccès heureux, & tant
de malheureux , on voit que les
Harangues qui en étoient remplies,
deviennent elles-meſmes d'heureux
GALANT.
453
:
preſages de l'avenir. C'est le jugementqu'afaitde
celle- cyun Auteur
qui depuis deux ou trois ans s'eſt mis
fur les rangs , & qui croit estre
grand Politique , parce que son
Librairele croit.
Sed qui me vendit Bibliopola putat.
Il ſuffit , dit- il , de dire du me
rite de ces deux pieces, qu'elles
ont eſté generalement applaudies
& receuës avecl'agrément
du gouft public. On
a trouvé les traits&les cara
Aeres touchez d'une maniere
noble qui excite de grandes
idées & éleve l'eſprit. Il y a
plus de choſes que de paroles,
aplus de force que d'ornement.
Ioignez à cela la diſpoſition favorable
du public pour les caracteres
qui y font depeints.Il
neſera pas difficile de trouver
lacauſe de cet applaudiffement
G
154
MERCVRE
general, mais il n'est pas ſi aiſe
de l'expliquerquede le ſentir..
Ilnefaut pass'étonner que des gens ;
entestez du Prince d'Orange reçoi.
vent avec l'agrément de leur
goult ( pourse fervir de fon expreſſion
bizarre , )la Harangue
d'un Ministre Catholique conceuë
en des termes qui nepeuvent s'accorder
avec la Religion de son:
Princes qu'on voyeavecplaisir une
petite Cour la plusfiere quifuft jamais
, ramper devant unepuiſſance
âgée de moins de trois ans , qui as
pour fondement la fidelitédes An--
glois ,lafervitude des Hollandois .
&l'union de pluſieurs Princes,dont
les interests n'ayantjamais esté les
mesmes, peuvent se separer avec
plus defacilité qu'il n'y en a eu à
les réunir. Ilseroit difficile, comme
ilditd'expliquer les causes de cer
applaudissementfion lesexaminais:
GALANT..
ISS
ferieusement: mais il n'est pas difficile
de lefentir ( la pensée est aussi
nouvelle que la phrase) : car ilne
faut avoirque des oreilles. Pour la
cause; comment n'auroit- on pas ry
d'unetelleHarangueprononcéepar
un homme d'une figurepeu propreà
attirer le respect , & quidit autantd'impertinences
quedeparoles??
Je laiſſe le reste de ces reflexions
qui roulent sur des penséesfauſſes
&des viens , reveſtus des paroles
impropres & inutiles ; jugez - en ,
Mr,Toutes cesidées, ilparledu
Prince d'Orange ) ſe prefentent
aux yeux du public, àla lecture
du diſcours , & font qu'on
eſt également touché de la
ſouffrance du Prince , qui eſt
reduit à demander du ſecours.
( Personne n'en doute. )
& de la generofité du Mor
narque qui embraſſe ſa de
4
G6
156
MERCVRE
fenfe . ( Il faut en attendre les
effers. ) Quelque corruption
qu'il y ait parmi les hommes ,
les grands fentimens attirent le
refpect & l'admiration. ( Cela
n'est pas toujours uray , & s'il
veut parler du Prince d'Orange ,
rien n'est plus faux , si ce n'est
que par ces grands sentimens ,
il ne veuille entendre ce que Machiavel
apelle , Effer honorevolmente
triſto ) Ec la vertu
n'eſt jamais ft belle , que lors
qu'elle éclate avec la dignité
Youveraine . Voilà aſſurement
une belle maxime ,felon laquelle
la vertu aura beſoin d'estre foutenuë
de la fortune ; mais il n'a
pas tant de tort en l'appliquant
à ſon Heros à qui une pareille
dignité estoit neceſſaire , non pas
pour estre , mais pour paroistre
vertueux à ceux qui peuvent
GALANT
197
envier Sa grandeur ; mais qui ne
buy envieront jamais fa veriu .
On ſe faitun honneurd'imiter
les maximes de ceux dont on
ne peutimiter la puiffance , &
de s'égaler par là en quelque
maniere à la grandeur de fon
Souverain. Que veut il dire ?
On n'imite ny les maximes ,
ny la puiſſance;mais s'il parle du
Duc de Savoye, il nous aprend que
ne pouvants'égaler en puiſſance au
Princed'Orange,il agisfelonfes maximes.
Voilà unbeau Panegyrique.
Vent- il porter lapointedefapensée
jusqu'à nous faire entendre qu'il le
regarde commeſon souverain ? Il
est vray qu'il luy a parlé comme
auroitpûfaireun Prince tributaire;
mais enfin quelraport ont tous fes
grands axiomes qui ne font que
des jeux de motsavec la Harangue
duPresident de la Tour , dans la
158 MERCURE
quelle ilne paroist ny Religion , ny
vertu , ni grandeur , nysens com.
mun ? Il faudra le chercher en
d'autres choses qu'il dit que l'imagination
des Lecteurs ſuppléra .
C'est donc à l'imagination qu'il
faut avoir recours pour y trouver
toutes ces merveilles: car affurement
Lejugement & la droite raiſon n'y
trouvent rien que d'abominable &
deridicule. Itfuispersuadé , Monfieur
, que quelque interest que
vostre état preſent vousfaſſe prendreà
lafortune du Prince d'Orange,
vous avez fait de cetteprece le
mesmejugement que nous , &vous
conviendrez , comme je crois que
cette proposition est un peu plus
vraye que celle devostre Politique ,
que quelque coruption qu'il y
ait parmi les hommes , des ſen .
timens auſſi bas attirent lemépris
& l'indignation , & que la
PREQUE
DE
3
☑ LYON =
159,
ande que
n Souvesis.
١١٠٠
:
ment de
heMr du
,& que
iſtampe..
be , il fit
la grant
gravées.
r qu'il a
MonfeiàMontres
d'ar
Bes aux
nfideraenereux
pour la
grandeurde fon Prince, ne s'eſt
pas contentéde faire fraper des
Medailles; il vient auffi de faire
158 N
quelle ilne
vertu ,ni g
mun ? Il f
d'autres che
ginationd
C'est donc
faut avoir
toutes cesm
lejugement
trouvent ri
deridicule
freur , que
vostre état
dreà lafor
ge,vousa
mesmejug
conviendr
cette prop
vraye que
que quel
ait parmi les hommes , des ſentimens
auffi bas attirent le mépris
& l'indignation , & que la
GALANT.
1591
bafleſſen'estjamais plus grande que
quand elle estfaite par un Souve--
rain à un Usurpateur. lefuis.
Le 1. Janvier 1691 ..
Ie vous ay parlé amplement de
la Figure de marbre que Mr du
BoisGuerina fait faire , & que
vous voyezdans cetteEſtampe..
Lors qu'elle futachevée ,il fit
fraperdesMedailles de la gran
deurdecelles quiyſon gravées.
11 y en a quatre en or qu'ila
données au Roy , à Monfeigneur
le Dauphin , & à Monfieur
, & pluſieurs autres d'ar
gent qu'il a diſtribuées aux
Perſonnes les plus confiderables
de la Cour. Ce genereux
Sujet , plein de zele pour la
grandeur de ſon Prince,ne s'eſt
pas contentéde faire fraper des
Medailles; ilvient auſſi de fairee
160 MERCVRE
faire une Eſtampe du meſme
Ouvrage , de la hauteur d'une
coudée. 1
Le 10. de ce mois , Mr de
Fourcy,&Fils deMr de Fourcy
Prevoſt des Marchands , é
pouſa Medemoiſelle de Villers,
qui eſt unegrandeHeritiere de
Bourgogne. Les Noces ſe firent
chez Mrle Chancelier. l'ajoûteray
à ceci quelePape viet de
donner un illuſtre témoignage
de l'eſtime qu'il fait de ce digne
Chefde la Iustice , en donnant
gratis à Mrl'Abbé de Fourcy ,
Frere du Maiſtre des Requeſtes
les Bulles de l'Abbaye de S.
Vandrille . C'eſt un preſent de
plus dedix mille écus , auquel
Sa Sainteté a bien voulu joindre
l'Indult des Cardinaux
qui eſt une grace que les Papes
n'accordent guere qu'aux
inces
GALANT. 161
Mr d'Amfreville , LieutenantGeneralde
la Marine,qui
a merité ce grand Employ par
de longs ſervices,par beaucoup
de valeur,& par une experienceque
pluſieurs évenemensoù
l'on peut dire qu'il a paru tout
entier , ont toujours fortifiée
pour ſa gloire, a épousé depuis
peu de temps Mademoiselle
de l'iſle Marie,ſeconde Fille de
Mr le Maréchalde Bellefond,
dont il eſt proche parent.
Mademoiselle de l'ifle Marie
joint une grande vertu & beaucoup
d'agrément & de beauté à
une éducation merveilleuſe ,
qu'elle a receuë d'une Mere
toute remplie de fageffe , toujours
égale dans la bonne & la
mauvaiſe fortune &qui a une
pieté exemplaire , dont rien
n'a jamais eſté capable de la
162 MER CUR E
détourner. Lesgrandes quali
tezde Mele Maréchal de Belfond
ſont connues de tout le
monde. L'Italie , l'Allemagne
&l'Eſpagne en peuvent rendre
de glorieux témoignages. Ileſt
plein d'eſprit,de valeur,&d'experience
à la guerre,admirable
dans la ſocieté civile,& encore
plus recommandable par une
devotion qui le détache ſans
peine de tout ce qui pourroit
eftre contraireà ſon ſalut,& qui
luy fait faire les plus grands
exploits , de la meſme forteque
faifoiet les premiers Chrétiens
que le devoir & l'amour qu'ils
avoient pour leur Prince faifoient
agir , & qui estoient
. toujours preſts de mettre leurs
dignitez & leurs plusgran is
avantages au pied de la Croix ,
eſtant inceſſamment occupez
GALANT.
163
de leur falut ,& du ſoin de
celuy des autres ..
l'ay à vous apprendre un
troiſiéme mariage , c'eſt celuy
de Mr d'Vſcé .Fils de Mr de
Valentine , Controleur General
de la Maiſondu Roy ,avec
Mademoiselle de Vauban. On
ne peut rien deſirer dans la
perſonne du Marić.. Il a tout
l'eſprit , & toute la ſageſſe
poſſible , & n'ignore rien de
ce qui peur perfectionner
un galant homme. Lors qu'il
aſuivyMonſeigneur à laGuer
re,pour faire auprés de cePrin
ce la Charge de Contrôleur
General , Mr de Vauban a
pû voir qu'il ne ſeroit pas
en peril . en avançant la priſe
d'une Place , de n'eſtre pas
ſecouru de celuy qu'il avoit
deffein de faire ſon Gendre..
7
164 १
MERCURE
Il ne falloit pas auſſi une mediocre
vertu pour eſtre digne
du choixd'un home fi éclairé ,
& loüable par ſa ſincerité , par
fa bonté,&par un zele pour le
Roy qui égale ſon defintereffement.
Aufſi n'eft il pas moins
redouté de ſes Ennemis qu'eftimé
en France. Mr de Valenti
néa beaucoup merité de ceux
qui l'ont connu,&a joint à tout
ce qui l'a diſtingué dans fes
Emplois une politeſſe & une
magnificence digne du Maiftre
qu'il fert. Madame de Valentiné
eſt une des Femmes de
noſtre ſiecle qu'on admire davantage.
On n'en a point va
une qui euſt plus de beauté ny
unevertu plus folide. Son efprit
naturellement bon, eſt orné
de tout cequi peut le rendre
agreable. Elle est aimée de tous
GALANT. 165
ceux qui la connoiffent,& qui
ne peuvent la voir fans avoir
pour elle une eſtime que l'on
n'a pas ordinairement pour cel
lesqui ont un moindre merite
que celuy que Mr de Vauban
luy a reconnu. Auſſi luy a- t- il
confié ſa Filledés ſes plus tendres
années, afin quel'avantage
de ſon éducation luy fuſt une
ſeureté pour tout le merite
qu'il luy ſouhaitoit.
Mr Brunet de Monforan a
été receuPreſident à laChambre
des Comptes de Paris . La
reputation qu'il s'eſt acquiſe
au Parlement,où il aleſtéConſeiller
à la Quatriéme des Enqueſtes
; ſon merite connu de
tout le monde , ſes manieres
honneſtes , & l'amour qu'il a
pour les belles Lettres , luy ont
acquis une eſtime generale . Il
166 MERCURE
(
eft Frere de Mr Bruner , Garde
du Trefor Royal .
L'ancienneEgliſedu Villagede
S. Leu lez Taverny dans
le Duché d'Anguien , autrefois
éloignée du Village &
par là extrémement incommode
aux Habitans fur tout
enHyver,a eſté demolie,& on
en a edifié une nouvelle au
milieu de ce Village. La premiere
Pierre en fut poſée le 4.
d'Avril de l'année derniere par
l'ordre de S. A. S. Monfieur le
Prince , qui a bien voulu contribuer
au blen &àl'utilitédes
Habitans de ſon Duché. Ce fut
fon Baillyd'Anguien qui la pofa,&
les Armes & toutes les
qualitez de Son Alteſſe Serenif.
fime furent gravées ſur une
feüillede cuivre, afin d'en conſerver
la memoire. La Cerc
GALANT. 167
monie ſe fit avec beaucoup
de folemnité , au ſon des Tambours
& des Boëtes,&lalibera.
lité ordinaire de Son Alteſſe
ſe répandit abondamment
furles Ouvriers par une diftribution
d'argent qu'il fit
faire. Lors que la nouvelle
Egliſe fut achevée de baſtir,
Mril'Archeveſque de Paris en
ayant permis la Dedicace ,
Mr l'Eveſque deBethleem en
commença la Ceremonic le 6.
de Novembre dernier par la
préparation des Reliques pour
poſer ſous les Autels , & le
lendemain elle fut continuée à
ſept heures du matin,& ſuivie
d'une grande Meſſe celebrée
Pontificalement par ce Prelat.
LesPains benits de Son Alteſſe
Sereniffimey furent preſentez
par le Bailly d'Anguien qui
168 MERCVRE
avoit fait diſtribuer tout ce qui
pouvoit être neceſſaire pour
rendre ce jour des plus folemnels
. Il étoit accompagné des
Gardes du Duché qui firent
leur décharge au ſon des
Trompettes & des Tambours .
Il y eut l'apreſdinée Predication
par Mr l'Abbé Chauffau ,
& cette Feſte finit par une Proceſſion
où Mr l'Eveſque de
Bethleem porta le Saint Sacrement
. Les concours de peuples
qui font venus viſiter cette
Egliſe de toutes parts , tant que
l'Octave a duré , eſt quelque
choſe d'extraordinaire . Pendant
tout ce temps il s'eſt faitde
nouvelles diſtributions d'ar
gent par l'ordre de Monfieur le
Prince ,& tous les Curez des
Villages des environs y font
venus en Proceffion .
M
GALANT.
169
Mr l'Abbé du Bois a eſté
pourveu de l'Abbaye d'Airvaux
, Diocele de la Rochelie.
Il avoit eſte choiſi par feu Mr
de S. Laurent , pour luy aider à
enſeigner la Langue Latine à
Monfieur le Ducde Chartres .
Aprés ſa mort, Monfieur qui
avoit approuvé ce choix , le
fit demeurer auprés de cejeune
Prince , qui n'a pas peu profité
avec un tel Precepteur; auſſi
ne peut- on le voir , ny l'entendre
, ſans avoir une opinion
fort avantageuſe de celuy dont
il a pris les leçons .
Le Lundy , premier jour de
cette année , Mrs les Chanoines
de l'Egliſe Royale & Collegiale
de S. Thomas du Louvre
ayant ſçeu que Meſſire Omer
de Champin , Docteur de la
Faculté de Paris , de laMaiſon
Janvier 1691. H
170
MERCVRE
deNavarre,Doyen&Chanoinede
leur Eglife , étoit mort
ſubitement ſur les quatre
heures du matin , s'affemblerent
aprés Matines dans
leur Sacriftie au ſon de la 6
Cloche , & en eſtantpartis en
Corpsils allerent à la chambre
dudéfunt , où eſtant arrivez ,
ils luy rendirent les devoirs de
la picté Chreſtienne envers les
Morts. Ils ſe mirent tous à genoux
, direntun De profundis&
ſa Collecte , luy jetterent de
l'Eau benite , & ſe retirerent.
Aprés la grand Meſſe ils s'afſemblerent
encore au ſon de la
Cloche en leur Chapitre , pour
deliberer l'électió d'un Doyen
ſuivant l'ancien uſage,& convinrent
d'y proceder lelendemain
, jour ordinaire de leur
Aſſembléc Capitulaire. Ce
GALANT. 171
jour- là , aprés laMeſſe haute
du Saint Efprit qui fut celebrée
par l'ancie Chanoine, ilsmonterentau
Chapitre au ſon de
la cloche , où eſtant tous aſſemblez
au nombrede dix qui le
compoſent , le mefme ancien
Chanoine commença le Veni
Creator.Lesautres continuerent
les Verſets alternativement , &
enfuite ils propoſerent l'élection.
On convint de la voye
du Scrutin par Billets , fur lefquels
estoient écritsdela main
duGreffier,les noms de tous les
Chanoines . Ces noms ayant
eſté diſtribuez en preſence de
deux Officiers de l'Egliſe qu'on
appella pour témoins , on dit
encore une fois le Veni Creator,
à genoux ,& enſuite chacun
felon fon rang de reception
paſſa devant le Bureau,& mit
H -
172
MERC VRE
H
dans la bourſe ſon nom plié.On
compta les noms ,& à l'ouverture
faite en preſencedes Chanoines&
des Témoins,tous de-;
bout autour du Bureau , il ſe
trouva que Mr d'Aquin , l'un
des Chanoines,& Abbé Commandataire
de l'Abbaye de
Saint Laurent, eutle plus grand >
nombre des ſuffrages . Onlen
dreſſa l'Acte d'élection qu'il accepta
,&on députa troisChanoines
pour alleravec luy en ,
demander la confirmation àMr
l'Archeveſque , ſelon la coutume.
Ils ſe rendirent le jour
ſuivant au Palais Archiepifcopal
,& luy preſenterent une
requeſte ſignée de tous les
Chanoines , par laquelle ils
ſupplioient ce Prelat , de confiumer
cette élection. Mr l'Archeveſque
, qui fait tout avec
GALANT.
173
beaucoup de circonſpection ,
ayant veu le procés verbal , &
jugeant l'élection bien & canoniquement
faite , en donna
l'acte de confirmation en dat
tedu 13.Le Lundy is de ce
mois , jour ordinaire du Cha
pitre , Mr d'Aquin preſenta
la confirmation à la Compa
gnie , requerant d'eſtre mis en
poſſeſſion . Aprés cela il ſe retira
, & la lecture de l'acte de
confirmation ayant eſté faite ,
les Chanoines conclurent de
luy accorder ce qu'il demandoit
. Mr d'Aquin eſtant ren .
tré , s'acquitta des ceremonies
accoutumées , & preſta le ſerment
à genoux, entre les mains
de l'ancien Chanoine , qui ef.
toitdebout , les autres aſſis En .
fuite ils deſcendirent tous à
l'Egliſe , où l'ancien Chanoine
H 3
174 MERCVRE
luy preſenta de l'Eau benite,&
le donduiſit au grand Autel.
Tous les autres Chanoines les
accompagnerent ,& aprés la
priere ſur le Marche-piedde
l'Autel , le nouveau Doyen y
monta , lebaiſa , le toucha de
la main droite , & revint au
Choeur où il toucha auſſi le Livredu
grand Pupitre. Iltinta la
Cloche ,& fut inſtallé en la
premiere des hautes Chaires
du coſté droit. De là ils alle
rent tous en la maiſon Decanale
luy en faire montre pour
acte de poſſeſſion ; aprés quoy
on remonta au Chapitre où il
fut placé dans la Chaire de
Doyen. Il embraſſa, ſes Confreres
, & on fit fonner les
Cloches lors qu'il defcendit.Le
Greffier ayant publié l'élection
fuivant l'uſage , le nouveau
GALANT. 175
Doyen commençale Te Deum,
que les Chanoines continuerent
avec l'Orgue.& il defcendit
de ſa place Decanale au
milieu du Choeur, pour dire à
la fin l'Oraiſon , Pro gratiarum
altione,& l'on finit par l'antienne
& l'Oraiſon de S. Thomas
Martyr, Archeveſque de Cantorbery
, Patron de cette Eglife.
J'ay cru devoir vous faire
part de tout ce qui s'eſt pafſſé à
cette Election , afin qu'en vous
apprenant les Ceremonies qui
fepratiquentdans les occafions
de cette nature , je puſſe vous
faire voir que la pieté y accompagne
l'ordre . Le Chapitre de
S. Thomas du Louvre vit avec
une regularité qui peut fervir
d'exemple à beaucoup d'autres
. L'union regne parmy ſes
H4
176 MERCURE
Chanoines , & quand il a eſté
queſtion de faire un Doyen , ils
ſe ſont trouvez tous dignes de
remplir cette place . Ainſi il a
eſtébeaucoup plus glorieux à
Mr d'aquin del'Emporter fur
tant de perſonnes de merite . Le
fien ſeul a ſollicité pour luy , &
l'on n'en doutera pas quand on
fongera que l'Election s'est faite
le lendemain de la mort du feu
Doyen . Mr d'Aquin eſt Frere
de Mr d'Aquin , premier Medecin
du Roy , & pendant tout
le temps qu'ila eſté Chanoine ,
il s'eſt acquis l'eſtime de ſes
Confreres,avec une distinction
qui luya fait meriter le choix
qu'ils ont fait pour le mettre à
leur teſte. Mr Champin dont
il remplit à preſent la place ,
s'eſtoit auſſi acquis beaucoup
d'eſtime parmy eux. Il eſtoit
GALANT.
177
Cousin de Mr Talon, cy devant
Avocat General , & preſentement
Preſident à Mortier .
Je crois , Madame , que je
ne puis rien faire de mieux
pour répondre à ce que je
fçay que vous attendez de
moy , que de vous faire part
de toutes les choſes quis'écrivent
ſur les affaires du temps.
Voicy encore une fort curieuſe
Lettre fur cette matiere , &
que l'on peut dire entierement
de faifon.
THEQUE
SE
LYON
*1893
178 MERCVRE
:
LETTRE.
De l'Envoyé d'Angleterre à la
Haye , au Marquis de Carmarten
.
M ८
ILORD ,
Je ſuis obligé de vous dépécher
ce Courier pour vous informer de
la diſpoſition preſente de cette af.
Semblée , afin que vous en puissiez
rendre un compte exact au Roy
nôtre Mature , & qu'il prenne les
meſſures neceffaires pour pouvoir
contenterles Ministres des Alliezà
Son arrivée; car ilnefautpas efperer
que nous les puiſſionsdorénavant
retenir dans nos interests,auſſifacilement
que nous avons faitjusqu'à
GALANT . 179
preſent. La haine qu'ils avoient
pour la Francefuffifoit pour lesfaire
concouriraveuglément àl'execution
de nos projets. Laſeule esperance
que nous leur donnions d'employer
contre cette Couronne toutes les
forces d'Angleterre & de Hollande
auſſi coſt que nous ferions priſibles
poffefſſeurs de la Grand Bretagne ,
leur a fait faire pendant ces deux
dernieres Campagnes , des efforts
extraordinaires, pouroccuper toutes
les forces de la France , tant fur le
Rhin que dans la Flandre,&nous
faciliter la Conquête de l'Irlande;
maisà preſent qu'ils font entiere,
ment épuiſſez d'argent , & qu'ils
perdent toute efperance de remporter
aucun avange sur un Roy aussi
puissant qu'est le Roy Tres- Chreftien,
nous n'entendons plus ici que
des reproches menaçans ; & ceux
des Alliez qui me font le plus de:
G6
180 MERCVRE
de peine,font les miniftres de l'Empereur
& du Ray Catholique, nous
disant qu'ils ont tout sacrifié pour
nostre feul avantages que rien
n'estoitplus cheràla Maifond'Au
triche que d'abuser les Peuples de
lafauffe opinion de fon zele ardent
pour la Religion , qu'elle s'eſt ſervie
d'un pretexteſiſpecieux pour couwrir
les deffeins qu'elle formoitpour
fon agrandiſſement; que cependant,
ces confiderations, qui avoient este
jusqu'à present estimées les maxis
mes fondamentales defa Politique,
n'ontpas empêché qu'elle n'ait don.
né les moyens à nostre Prince d'ar
racher la Couronne au Roy Son
Beaupere, qui ne peut attribuerfon
malheur & la revolte de ſes Sujets
qu'à l'attachement qu'ila pourcette
mesme Religion , dont il fait profeſſion
, & pour laquelle les Cours
de Vienne & de Madrid avoiens.
GALANT. 181
品
toûjours paru si zelées. Ils ajoûtent
àces reprochesla perte de la plus
grande partiede laHongrie dans
le temps qu'ils pouvoient esperer de
pouffer leurs Conquestes jusqu'à
Constantinople , la desolation& la
ruine entiere des Pays- Bas Catho
liques , la dépense excessive qu'ils
ont esté obligezdefuire pour entretenir
de nombreuſes Armers , & le
peu de fruit qu'ils en ont retiré ,
n'ayant pûfaire paſſer le Rhin à
leurs Troupes pour prendre des
quartiers d'Hyver ailleurs que dans
-leurs propres Pays. Ils disent auffi
que la Guerre qui s'est faites ces
deux dernieres Campagnes , ayant
beaucoup ralenty la haine recipro .
que , on pourroit facilement conve
nir d'une bonne Paix , fi l'interest
de nostre Maître n'y apportoit le
principal obstacle , & qu'ainſine
L'agissant danscette Guerre que de
182 MERCURE
fon établiſſement , il est bien juste
que les Anglois , qui en font les
promoteurs , nonseulement fournis-
Sent tout ce quifera neceſſaire,pour
la continuer ; mais auſſi qu'ils dedommagent
tous les Princes & les
Etats qui embraffent leur party, de
tout ce qu'il leur en a cousté pour
la foûtenir. Enfin , Milord , ilsine
feignent pas de dire , quesinous ne
leur donnons uneprompte&entiere
Satisfaction , ils sçauront bien
trouver les moyens de mettre finà
une Guerre quinepeut tourner qu'à
leur desavantage. Maisfilesplaintes
des Catholiques vous donnent
quelque inquietude , celles des
Princes Proteftans, & qui ont toujours
esté les plus dévouez à nos :
interests , ne vous feront pas moins
de peine.Ils me disent que l'abbat.
•tément de la puissance de France est
une chimere qui ne doit faire auGALANT.
183:
9
cune impreſſion ſur des Princes bien
fenſez; qu'il leurfera toûjours fort:
aiséd'entretenir une bonne corref
pondance avec cette Couronne
quand ils voudront ſe reconcilier
avec elle,que cette Guerren'a fervi
jaſqu'àpresent qu'àl'établiſſe.
ment de noftre Prince , &à l'augmentation
de l'autorité de l'Empereur
à leur préjudice ; qu'ils n'ont
pour leur part que des dépensesexceſſives
, & beaucoup au deſſus du
peu de ſubſides qu'ils ont tiré; que
ce qu'ils ont fait pour appuyer ce
qu'ils appellent la Rebellion d' An--
•gletterre,& ufurpation du Trône,.
nepeut estre que d'un tres- mauvais
exemple pour leurpofterité, &au
toriſer tous les Peuples mécontens
d'un Gouvernement à se revolter
contre leur Souverain , & faire
reconnoistre par force celuy qu'ils
auront choist; Qu'en un mot ils ons:
184 MER CURE
Sacrifié à un Princeingrat leurveritable
interest , leurproprefeureté,
mesme leur gloire& qu'au lieu de
lear faire part des dons immenfes
qu'il a receus du Parlement d'Angleterre,
de leur marquerfarecon
noiſſance par desliberalitez convenables
à ce qu'ils ont faitpour luy
-il ne leur a pas seulement fait donner
ce qui leur est neceſſaire pour
entretenir leurs Troupes , quoi qu'elles
n'ayent esté employées que pour
luy faciliter les moyens d'usurper la
Couronne d' Angleterre , & qu'ilait
tiré plus d'argent des Peuples en
deux années de temps , qu'ils n'en
ont accordé en dix ans à leur Roy
-legitime ; que s'il veut avoir des
amis pour continuer la Guerre avec
luy , il faut qu'ilouvreſes coffres qui
doivent estre bien remplis àpreſent,
& qu'ils les paye liberalement ,
pour le paffé&pour l'avenir; qu'en
GALANT.
185
fin ilne manque pas de Troupes en
Angleterre & en Hollande pour
Se faire obeïr , & qu'il sçait aſſez
les moyens de tirer des Peuples au.
tant d'argent qu'il envoudra. fe
vous affure,Milord, queje n'ay rien
obmis pour leurfaireprendre patience
, & les porter à employer encorecette
Campagne leurs Troupes
& leur argent àladéfencede ce que
nous appellons la Cause commune,&
qu'ils nous diſent enface n'estre
que celle de la révolte , & dircetemunt
opposée à l'interest public de
tous les Souverains .Je leur ayreprefenie
que l'Irlande estant à cette
heure entierementsubjuguée, tou .
tes les forces des trois Royaumes
pourroient paſſer en Flandre pour
faire la guerre à la France plusvigoureusement
que par lepaffé; mais
je vous avoue, Milord, qu'ils m'ont
fait unebuéefur nostre conqueste
186 MERCURE
d'Irlande, commeſi je leur avois diť
la choſe du monde la plus abfurde,
& l'un d'eux a eu la hardieffe de
me dire qu'onentendoit bien parler
de ce que font les Troupes de Cavalerie
& de Dragons du Roy Jacques,
qui font répanduës dans les
Comtez de Slego , deBoſcomon,de
Mayo , de Gallouay , de Clare , de
Limerik , & de Kerry , que l'In.
fanterie dudit Roy qui est en Garnifon
dans les Places de Slego , de
Iames-Tovune, Athlone,Banaker,
Portumni, Killilon, Limmerik , &
Gallouay ,fait auffi parler d'elle
mais que les nostres ne donnentpas
feulement le moindre figne de vies
qu'à peine sçait on qu'il y en a
dans Cork , Kingfall& Dublin,qui
bien loin d'agir comme si nous
eftions maistres du pays , n'ofent
passeulementfortir de leurs Garnifons
; que cependant les Troupes
GALANT. 187
Papistes plus aguerries qu'elles
w'estoient l'années derniere ,plus
accoutumées à souffrir qu'aucune
autre Nation , & Zelées pour la
Religion audelà detoute expreffion,
font en estatde reprendre ce
qu'elles ont perdu; que le peu qui
nous restera degens après toutes les
grandes pertes que les maladies
nous ont causées ,&le rappel des
treize Regimens qui doivent incef-
Sament repafferen Angleterre, ne
Serapas disposé à résister aux entrepriſes
que les Irlandois réunis
Sous la puissance du Roy laques ,
auront la liberte de faire dans
toute l'étenduë de l'Irlande ,&que
quand mesme nostre Maistre feroit
paffer en Flandre tout ce qu'illa
preſentement de Troupes entretenuës
aux dépens de l'Angleterre
non seulement la France auroie
encores des forcesfuperieures à cel
6
1-
188 MERCVRE
les des Alliez&les Papistes chaſſe.
roient entierement les Protestans de
l'Irlande , mais d'ailleurs tes
Anglois & les Ecoffois pourroient
bien fe desabuser , &
rentrer ſous l'obeiſſance dudit
Roy Jacques , que vous Senvez
que la plupart d'entre eux trouvent
moins rude que celle d'aprefent.
fe craindrois, Milord,de vous
ennuyerde tous leurs raisonnemens;
mais quelque bon usage que j'aye
faitde tout ce que vous m'avez
écrit pour les amuser , je vous
avouë qu'ils ont defifortes raiſons
de pretendre que c'estànousàfaire
tousles frais de laguerre , qu'il ne
me reſte rien à leur repliquer , ny
d'autres moyens de les appaiser ,
que l'esperance que je leur donne ,
que de gréou deforce , nous tiverons
de l' Angleterre où de la Hollande
tout lefond neceſſaire, non seuleGALANT.
189
aujjs pour
ment pour la continuation de la
guerre mais auffipour les rembouſer
des dépenses qu'ils ont faites pour
noſtre intereft. Iefuis ,&c.
AlaHaye le 20. Decembre 1690..
Mr le Marquis de Feuquieres
ſçachant que les Ennemis
avoient mis dans Benaſque
une Compagnie du Regiment
des Gardes du Duc de Savoye,
marcha la nuit du sau 6.de ce
mois, avec soo.Chevaux& 2.
cens Grenadiersen croupe , &
fit mener deux petards. Il
arriva un peu avant lejour ,fit
une attaque&la pouſſa de maniere
, qu'une heure & demie
aprés, ſes petards ſe trouverent
en eſtat , de forteque la Garni
ſon,au lieu de ſe défendre plus
longtemps ,ſe rendit , & tous
ceux qui la compoſoient furent
190
MERCVRE
1
faits prifonniers de guerre. Mr
de Feuquieres amena toutela
Compagnie des Gardes avec
ſes Officiers . Elle estoit commandée
par le Marquis d'Angrone
, qui en eſt Capitaine.Le
jour eſtant venu . Mr de Feuquieres
ſe mit en Bataille dans
la plaine de Millefleurs , d'où il
envoya brûler un poſte qui
n'eſt pas tout à fait à un mille
de Turin , & après avoir attendu
plus de trois heures pour
voir ſi neufcens Chevaux qui
eſtoient à Rivoli & à Veillanc
voudroient ſe vanger de l'expedition
qu'il venoit de faire ,
il ſe retira,lors qu'il eut recon
nuque les Ennemis ne faifoient
aucun mouvement qui marquaſt
qu'ils euſſent deſſeinde
venir àluy. Tous les lieux qui
avoient juſques alors refuſé les
GALANT. 191
Contributios s'y ſont ſoumis,&
l'Armée ennemie qui a campé
il ya quelques jours dans la
plainede Pignerol,n'a oſé prendreaucuns
quartiers au deçà
du Pô .
Depuis ma derniere Lettre
nous avons perdu quelques
perſonnes conſiderables , dont
voicyles noms.
Meſſire Charles Ripault ,
Seigneurde Viüilly. Il eſtoit
fils de Charles Ripault , Seigneur
de Vinilly,&de Marie du
Texier,&avoit eſté receu Confeiller
au Parlememt de Paris
en 1642. Son Ayeul , Michel
Ripault , Seigneur de Viuilly
, Preſidentaux Enqueſtes de
ce mêmeParlementavoitépou
ſe Marthe le Jay , Soeur de Nicolas
le lay , Seigneur de la
Maiſon Rouge , qui eſtoit pre-
1
192 MERCVRE
1
premier Preſident . Chriſtophe
Ripault ſon Biſayeul y avoit
eſté receu Conſeiller en 1952 .
Ripault portedegueules au Sautoir
échiqueté d'argent & d'azur ,
cantonnédequatre Fleurs de Lys
d'or.
Meſſire Estiennede Sainctot .
Il eſtoit de la Grand Chambre,
&avoit eſté receu Conſeiller
au Parlement en 1624. Cette
Famille adonné des Officiers
au Parlement de Paris , & plufieurs
Maiſtres des Ceremonies
de France , qui ſe ſonttres-dignemét
acquitez des fonctions
de leurs Charges ſous celuy de
Loüisle Grand ce que continue
encore de faire aujourd'huy
Mr de Sainctot , Maiſtre
des Ceremonies. Mre Eſtienne
de Sainctot , Abbé de Ferriere
, receu Conſeiller Clerc
au
GALANT. 193
au Parlement en 1674. eſtde la
meſme Famille . De Sainctor
porte d'or à la face d'azur chargée
en coeur d'une Fleur de Lys d'or,
accompagnée de deux Rofes de
queules en Chef
Teste de More bandée d'argent en
pointe.
d'une
Dame Anne d'Arnaud de la
Caſſagne ,Baronne de Pougée.
Elle estoit Veuve de Marc-
Antoine de Gregoire , Comte
de Montpeiroux , Marechal des
Camps &Armées du Roy.
Comme jamais la France
ne s'eſt veuë dans un ſi haut
degré de grandeur que fous
le regne de LOUIS LE
GRAND , auſh n'a- t-elle
jamais montré tant de zele
pour aucun de ſes Souverains,
qu'elle en fait paroiſtre pour
cet Auguſte Monarque. Le
Ianv.1691.
194
MERCURE
1
1
en
ſoin qu'elle prend de tranſmettre
ſa gloire à la poſterité ſe
remarque dans le grand nombrede
ſes Figures Equeſtres ,
auſquelles la pluſpartdes Provinces
du Royaume ont fait
travailler pour fondre
bronze. Les Etats de Bourgogne
ne pouvoient manquer
d'eſtre les premiers à marquer
lesſentimens de leur profonde
veneration pour Sa Majeſté,
puis qu'ils avoient devant
les yeuxl'exemple d'un Prince
du Sangdnot il ſeroit difficile
d'exprimer le zele , & la paffion
pour la gloire du Roy. Ils ont cu
lebonheur d'avoir pour leur
Ouvrage un des plus fameux
Ouvriers ,puis que Son Alteſſe
Sereniffime a choiſi pour cela
feuMr le Hongre qui a fait la
belle Figure de l'Air › que
GALANT.
195
l'on admire à Versailles , &
qui a remportéle prix ſur toutes
celles qui font dans ce fuperbe
Palais Son dernier ouvrage a
répondu à l'attente qu'on avoit
de fon heureux Genie,& l'empreſſement
qu'il voyoit dans
un Princeſi zelé ,& qui ſouhaitoitde
voir cet ouvrage dans
la derniere perfection,luy a fait
redoubler ſes ſoins pour lemet.
tre en cet état ; de forte que
l'on peut dire que c'eſt un ouvrage
qui eſt achevé juſque
dans les moindres ornemens ,
dont il eſt beaucoup plus remply
quelesautres de cette nature.
Mr leHongre tomba maladele
jour mêmequ'il le finit.
Comme il n'eſt point relevé de
ſa maladie , cet ouvragen'a eſté
fondu qu'aprés la mort , en
quoy ſa Famille a heureuſe
A
496 MERCVRE
mentreüſſi par ſes ſoins, &par
le choix qu'elle a fait des plus
habiles fondeurs. Cela s'est fait
àdeux fois . Il y a déja pluſieurs
mois que la Figure du Roy eſt
fondue , & le Cheval qui l'a
eſté ſeulement depuis deux
mois , a fait voir qu'on vient
aujourd'huy à bout en France
de cequ'on n'auroit osé entreprendre
avant le regne duRoy
Ainſi les Etats de Bourgogne
auront l'avantage d'avoir fait
faire à la gloire de ceMonarque
unOuvrage digne de l'anciene
Grece& de l'ancienne Rome ,
& la Ville de Dijon aura celuy
de l'avoir dans ſon Enceinte.
Ses Habitans , en regardant
dans les ficcles futurs la Figure
d'un Roy qui fait la terreurde
l'Europe , & l'admiration de
I'Vaivers, fongeront enmeſme
GALANT. 197
remps qu'ils la doivent aux
foins d'un Prince du mesme
fang dont les archives de la
Province-conſerveront la memoire
àcauſe de ſon attache
ment pour la gloire & pour la
perſonne du Roy , & de fon
affection pour le pays.
Les nouvelles certaines que
l'on areçues depuis quelques
jours de. Canada nous font
connoiſtre que l'on ne doit
gueres ajoûter foy à cellesque
l'on imprime dans les Pays Etrangers.
Selon leurs Gazettes ;
Quebec avoit eſté pris par les
Anglois , & il n'y a rien de vray
en cela que les efforts inutiles
que les Anglois ont faits pour
le prendre. Ils vinrent moüiller
devant cette Placele 16. Oλο
bre dernier , & le 22. ils furent
contraints de regagner leurs i
I3
198 MERCVRE
Vaiſſeaux. Avant que d'entren
dans le détailde cette entrepri
fe , il faut vous dire que la Riviere
de Saint Laurent forme
un fort grand Baffin, & qu'elle
deſcend à Quebec par un ſeul
Canal. Elle fe diviſe en deux
bras à l'Iſle d'Orleans , deux
lieuës au deſſous .L'un paſſeau
Nord, entre cette Ifle & laCoſte
de Beaupré , & l'autre au
Sud entre cette meſme Ifle &
lePont de Levy. C'eſt ce qui
forme cegrand Baffin oùla Flote
Ennemie moüilla du coſté
deBeauport qui n'eſt ſeparéde
laCoſte de Beaupré que par le
Saut de Monmorency , dont la
chute fait la plus belle Nape
d'eau du monde. Beauport eſt à
une lieuë de Quebec,avec une
petiteRiviere entte deux,que
les Ennemis paſſerent à gué en
GALANT.
اوو
baffe marée. Quebec eſt placé
vis - à- vis la pointede Levy, un
peu au deſſus . Il eſt diviſé en
haute & en baſſe Ville , qui
n'ont communication enfem
ble que par un feul chemin
aſſez eſcarpé. Les Eglifes &
toutes les Communautez ſont
dans la haute - Ville , le Fort eſt
fur la Crouppe de laMontagne,
&commande la baſſe , où ſont
les plus belles Maiſons & où
demeurent tous les Marchands
Le Palais qu'occupe Mr l'Intendant
, eſt preſque detaché
de tout le reſte de la Ville. 11.
eſt ſitué ſur la gauche fur le
bord de la petite Riviere , & au
bas de la Goſte. Les Fortifica-)
tions que Mr le Comte de
Frontenac , Gouverneur du
Canada , avoit fait faire , y
commençoient , & remon
14
200 MERCVRE
toient du coſté de la haute-
Ville qu'elles entouroient , &
elles venoient finirà la chute
de la Montagne du coſté du:
Fort , à l'endroit nommé le:
Cap au Diamant. Il avoit con
zinué auprés du Palais unepaliffadetoutle
longde laGrève,,
qui venoit gagner au deſſous
del'Hospital, juſqu'àla cloſtu
re du Seminaire , & ſe perdoit
àdes Rochers inacceſſibles. 11.
y avoit au deſſus une autre
paliſſade qui joignoit au meſ--
me endroit que l'on nomme le
Sautan Matelot , où l'on avoit
mis une Batteriede trois Pieces
de Canon. L'autre Batterie
eſtoit à la droite. Il y en avoit
deux àla baſſe Ville de trois :
Pieces de dix- huit livres de
Balles chacune ,&toutes deux:
poſtées au milieu de celles
GALANT. 201
, un
d'enhaut. Les endroits ouverts,
& où iln'y avoit point de portes
, estoient baricadez de
bonnes poutres &de barriques
pleinesde terre . Le chemin de
la baſſe à la haute- ville eſtoir
coupé par trois differens retranchemens
de bariques &de
ſacs à terre. On fitdepuisl'attaque
une autre Batterie az
meſme Saut au Matelot
peu plus ſur la droite que la
premiere. On en fit auſſi une à
la porte , qui va à la petite riviere.
Il y avoit quelques pe
tites Pieces diſpoſées autour
de la haute- Ville , particulierementſur
la butted'un Moulin
qui ſervoit de Cavalier.
Voila de quelle maniere la
Ville eſtoit diſpoſée lors que
les Anglois y vinrent. Leur
Flote eſtoit composée de tren-
:
102 MERCVROE
te quatre voiles , dont il n'y
avoit que quatre gros Vaifa
ſeaux , & quatre autres un
peu moindres. Le reſte eſtoit
Caïques , Barques, Brigantins,
ou Fitbots , parmy leſquels on
dit qu'il y avoit auſſi quelques
Brulots.Les petitsBaſtimens ſe
rangerent du coſté de la coſte
de Beauport,& les gros timrent.
un peu plus le large. Le Lunr
dy 16.Octobre,ſur lesdix heutes,
une Chaloupe qui portoit
pavillon blano à fon avant,partit
de l'Admiral & vint àterre..
Quatre Canots allerent au de
vant portant meſme pavillon..
Ils la joignirent preſqu'à la
moitié du chemin,& ils ytrou.
verent un Trompette qui accompagnoit
l'Envoyé du Ge
neral. Il fut mis ſeul dans les..
Canous.On luy bandales yeux..
GALANT.
203
&onle conduifit à Mr le Gouverneur,
auquel il preſenta une
Lettre du Commandant des
Ennemis , par laquelle il luy
marquoit , au nom de leurs
tres excellentes Majeſtez Guillaume&
Marie, Roy & Reine
d'Angleterre , d'Ecoffe & d'Ir
lande , Défenſeurs de la Foy ,
que pour éviter l'effuſion du
fang , il euſt à luy rendre fans
aucune démolition , les Forts
& Chaſteaux qui reconnoiſ
foient ſes ordres ,avec menaces,
s'il ne ſe ſoumettoit à la Couronne
d'Angleterre , de le faire
repentir du refus qu'il en feroit.
La Lettre qui estoit en
Anglois ayant eſté expliquée ,
l'Envoyétira une Montre de ſa
poche ,& falfant voir à Mrde
Frontenac qu'il eſtoit dix heures
, il luy demande qu'il le
16
204 MERCURE
る
vouluſt renvoyer à onze pré
ciſes avec ſa réponſe. Ce zelé
Gouverneur luy repliqua qu'il
ne le feroit pas tant attendre,
&qu'il pouvoit aller dire àfon
General , qu'il ne connoiſſoit
point d'autre Royd'Angleterre
guele Roy Jacques II.qui étoit
en France ;& luy montrant là
deſſus quantité d'Officiers qui
eſtoient autour de luy,il ajoûta
quand il feroit d'humeur à
vouloir ſe rendre , tant de braves
gensqui estoient preſts de:
donner leurs vies pour le fer.
vice de Sa Majesté , n'y confentiroient
famais ; que pour les
Prince Guillaume qu'il nommoitle
Royd'Angleterre , ilne
pouvoit concevoir comment il
ofoit luy donner le titredeDéfanſeur
de la Foy , puis qu'il
détruiſoit les Loix& les Privi -
GALANT.
205
}
lèges du Royaume , & renverſoit
la Religion Anglicane. Ce
diſcours ayant furpris & mef
me alarmé l'Envoyé, il deman
da ſi l'on ne vouloit pas luy
donner de réponſepar écrit; à
quoy Mr le Gouverneur re
partit qu'il n'en avoit aucune
àfaire à fon General que par la
bouche de ſes Canons. L'En--
voyé fut congedié aprés cela ..
On luy rebanda les yeux ,& il
fut remené dans les meſmes
Canots à ſa Chaloupe . Sur les
quatre heures aprés midy , Mr
de Longueil revenant aveo ſes
Sauvages , accompagné deMr.
Maricour fon Frere , qui arri-
*voit de la Bayed Hudſon , dans
le Navire commandé par le
Sieur de Bonaventure , fut :
averty aſſez à temps pour ne
point tomber entre les mains
206 MERCVRE
des Anglois. Il s'échapa lelong
de la Flote ; & quelques Chaloupes
ſe détacherent pourle
charger , mais il gagna terre ,
&les receut à coups de fufil ;
ce qui obligea ces Chaloupes
de retourner à leurs Navires ,
aprés avoir eſté ſaluées en paffant
pardes Habitans deBeauport
, qui eſtoient ſur la gréve
Le Mardy 17. une Barque
chargée de monde alladu coſté
de terre ,entre Beauport& la
petite Riviere. On y eſcarmoucha
affez longtemps aprés
qu'elle eut échoüé ,& on l'auroit
attaquée , s'il n'avoit pas
fallu ſe mettre dans l'eau jufqu'à
la ceinture. Le Mécredy
18. ſur les deux heures , on vit
preſque toutes les Chaloupes
chargées de monde gagner le
meſme endroit où cette Barque.
GALANT. 207
avoit échoüé le jour précedent
. Comme on étoit incertain
du lieu où les Ennemis.
feroient leur descente , il y
avoit peu de monde de ce cofté
là. On détachala pluſpart
des Habitans de Montreal &
des trois Rivieres ,& ceux qui
ſe trouverent les plus propres
pourlefcarmoucher. Les Ennemis
estoient déja àterre au
nombre de deux mille ,& s'ef.
toient rangez en bataille avant
l'arrivée du détachement , qui
n'estoit au plus que de trois
eens hommes , en comptant la
jonction de quelques Habitans
de Beauport , qui ne demeure.
rent pas tous . Comme le terrain
eſt fort difficile , plein de
broſſailles & de rochers , &
-que dans la baſſe marée on a de
la vaſe juſqu'à my-jambe , ils
208 MERCVRE
eſtoient diviſez en pluſieurs
petits pelotons,&attaquoient,
fans tenir preſque aucun ordre
&à la maniere des Sauvages ,
ce gros Corps qui estoit fort
ferré. Ils firent plier un Bataillon
,&le contraignirent d'aller
regagner la queue. Le Feu
dura plus d'une heure. Les
François vokigeoient incefſamment
autour des Ennemis s
d'arbre en arbre,& ainſi les furieuſes
décharges qu'on faifoit
far eux ne les incommodoient
pas beaucoup , au lieu qu'ils
tiroient à coup feur fur des
gens qui estoient tous en un
Gorps : Mr le Gouverneur fic
paſſerun Bataillon de Troupes
pour affurer leur retraite. On
perditdans cette occafion ,Mr
leChevalier deClermont,Ca--
pitaineReformé qui avoidfui--
८
GALANT.
209
wy avec d'autres Officiers
comme Volontaire; il s'engageaun
peutrop avant & ne pût
ſe retirer. Le Fils de Mr de la
Touche , Seigneur de Cham--
plain fut auffi tué , & Mr
Juchereau de Saint Denis , âgé
de plus de ſoixante ans qui
commandoit la Milice de
Beauport eat le bras caffe. Les
Bleſſez furent ſeulement au
nombre de dix ou douze, & les:
Ennemis perdirent 150. hom.
mes , au rapportd'un Habitant
qui viſita la nuit le champ de
Bataille. Sur le foir, leurs quatre
plus gros Navires vinrent
mouiller devant Quebec. Le
Contre-Admiral qui portoit
Pavillon bleu , ſe poſta un peu
fur la gauche,preſque vis - à-vis
du Saut au Matelor. L'Admiral
eſtoit ſur la droite , le Vice
210 MERCURE
Admiral un peu au deſſous.,
tous deux vis- à- vis la Baffe-
Ville ,&le quatrieme qui portoitla
flame deChef-d'Efcadre,
ſe tira un peu plus du coſté du
Capau Diamant.Les François
les faluerent les premiers ,&
enfuite ils commencerent leurs
Canonnades aſſez vigoureuſement
, on leur répondit de
même. Les Enemis ne tirerent
preſque point ſur la haute Ville
ce ſoir là. Le Fils d'un Bourgeois
fut tué. Il y en cut un
autre bleffé ,& Mr de Vieuxponteut
ſon Fuzil emporté du
mefme coup ,& enſuite lebras
demis.Les coupsde Canon cefferent
de part &d'autre ſur les
huitheures.
Le leudy 19. à la pointe du
jour , les François recommencerent
encore les premiers. II
GALANT.
ſembloitque les Ennemis eufſent
un peu rallenty leur feu .
Le Contre Admiral qui avoit
tiré le plus vigoureusement,ſe
trouva fort incommodé par les
Batteries du Saut au Matelot ,
& celle d'embas , du coſté de
la gauche ,auſſi fut.il obligéà
relaſcher le premier. L'Admiral
le ſuivitd'aſſe prés , mais avec
beaucouq de precipitation. Il
avoit receu plus de vingu
Boulets dans le Corps de fon
Vaiſſeau ,& il y en avoit plufieurs
qui l'avoieét percé àl'eau.
Toutes les manoeuvres estoient
coupées , ſon grand Maſt prefque
caſſé,en forte qu'il avoit éte
obligé de mettre des Iamelles
. Quantité de gensyavoient
eſté bleſſez , & pluſieurs tuez.
La crainte qu'il eut de recevoir
encore quelques coups
Στα2 MERCVRE
deCanon qui l'achevaſſent,fut
cauſe qu'il fila toutle Cablede
fon anere , l'abandonna & fe
retira fort en deſordre . Less
deux autres tinrent encore
quelque temps, mais fans tirer,
&fur les cinq heures du ſoir ,
ils allerent ſe mettre à l'abry
dans l'Anſe des Meres, prés le
Cap au Diamant, où ils feradouberent
le mieux qu'ils purent.
On avoit envoyé dans
cette Anfo un détachements
pour les obſerver,& comme on
leur tua quelques hommes en
tirant de terre , ils furentcontrainis
de moüiller hors la por--
tée du Fuſil.
3
Le Vendredy Mrs de Lon
gueil & de Sainte Helene avec
quelques François commencerent
à eſcarmoucher ſur less
deux heures après-midy conGALANT.
213
tre la teſte de l'armée des Ennemis
, qui marchoit en bon ordre
le long de la petite Riviere,
Ils firent plier leurs gens detachez
qui ſe rejoignirent à leur
gros ..Le combat fut affez longtemps
opiniaſtré , lesFrançois
ſouſtenant avec beaucoup de
courage. Cependant Mr le
Gouverneur avoit fait mettre
en bataille trois bataillons de
troupes du coſté d'ende çàde la
Riviere , & il eſtoit à leur teſte
preſt à recevoir les Ennemis ,
s'ils en avoient voulu tenter le
paſſage. La retraite fut faite en
bon ordre , mais par malheur
Mrde S. Helene eut la jambe
caffée d'un coupde Fufil . Mr
de Longueil ſon Frere, qui l'année
derniere eut un bras caffe
au combat de laChine, receut
une contusion au coſté, & au344
MERCURE
το eſté tué ſans ſa corne à
poudre qui ſe trouva à l'endroit
où donna la balle.Il y eut
deux autres hommes bleſſez ,
autant de tuez , & les Ennemis
tirerent quelques volées
deCanon ſans aucun effet . Ils
en envoyerent auſſi à l'endroit
où les Troupes eſtoient
en bataille , ce qui fit connoiſtre
qu'ils en avoient mis à
terre. On leur répondit de la
batterie qui estoit à la porte de
la petite Riviere. Ils mirent
enſuitele feu à quelquesGranges
, ce que l'on ne pouvoit
empêcher & tuerent quelques
Beſtiaux qui estoient dans la
campagne & qu'ils tranſporterent
à leurs Navires. Ils perdirent
encore beaucoup de monde
dans cette ſeconde occa-
Tron
GALANT. 1
215
Le Samedy 21.Mr deVillieu,
Lieutenant reformé qui avoit
demandé à M. le Gouverneur
unpetit détachement de Soldats
debonne volonté ,alla du
coſté où eſtoient campez les
ennemis . Mrs de Cabanac &
du Clos de Beaumanoir fortirent
auſſi avec d'autres petits
détachemens. Mr de Villieu
commença l'eſcarmouche ſur
les deux heures aprés midy. II
attira les ennemis dans ſon
embuscade,& fe maintint fort
long- temps. Ils firent un détachement
pour l'entourer, &
ce détachement ennemy fut
chargé par une autre embufcade
des Habitans de Beauport
, de Beaupré & de l'Iſle
d'Orleans Mrs de Cabanac
& de Beaumanoir donnerent
auffi de leur coſté. Les Fran
4
216 MERCVRE
ب
gois qui eſcarmouchoienttoujours
en perdant le terrain ,
firent ferme lors qu'ils ſe furent
tous rejoints à une maiſon
, où il y avoitſur une hauteurquantitéde
paliſſades,der.
riere leſquelles ils tiroient. Le
combat dura juſqu'à la nuit ,
& les gens frais que les ennemis
y envoyoient toûjours , ne
ſervirent qu'à augmenter leur
perte qui fut fort confiderable.
La nuit dont la pluye re
doubla l'obſcurité , leurdonna
moyen d'enlever leurs morts ,
& empêcha de connoître le defordre
oùils eſtoient. Il fut tel
qu'ils ſe ſervirent de cet avantage
pour ſe rembarquer . Mr
deVillieu& les Habitans , ne
le ſceurent que le lendemain
Dimanche au point du jour.
Les Sauvages qui faifoient la
decou
GALANT.
217
decouverte trouverent cing
pieces de Canon , cent livres
depoudre , & quarante à cinquante
boulets abandonnez.
Ceux de Beauport & de Beaupré
s'en ſaiſirent. Pluſieurs
Chaloupes tenterent de met.
tre des gens à terre pour les reprendre
, mais ils furent repouſſez.
Mr de Monie Capitaine
eſtoit forty le jour precedent
avec cent hommes;
il avoit fait un fort grand circuit
pour s'aller jetter dans
Beauport , & ne s'eſtoit pû
trouver au combat. Mr de
Frontenac le fit demeurer à
quelque diſtance du Camp des
Habitans , pour les ſouſtenir
en cas d'une nouvelle defcente.
Ils ſe faifoient fort de garderleur
poſte avecdeux pieces
qu'onleur avoit laiſſées 5 les
trois autres furent amenées à
Janvier 1691. K
218 MERCVRE
Quebecle meſme jour. L'aprés
diſnéeles deux Navires qui
efſtoient dans l'Anſedes Meres,
mirent à la voile pour aller rejoindre
la Flote . On les ſaluaà
boulets en paſlant & ils
repondirent ſans faire grand
mal.
Le Lundy 23. Mrs de Subereuſe
& Dorvilliers,Capitaine
partirent à la teſte de centhom.
mes pour s'allerjetter dans l'Iſle
d'Orleans. Mr de Villieu avoit
auffi receu ordre de deſcendre
auCap Tourmente audeſſus
de la coſte de Beaupré. On jugeoit
bien que les Ennemis
nous quitteroient bien- toſt, &
on craignoit leur deſcente en
ees endroits- là. Ils mirent à la
voile le foir,& ſe laifferent aller
au courant;mais quelques uns
n'ayant pû trouver de bon
moüillage furent obligez de
GALANT .
219
relâcher . Ils diſparurent enfin
tous le lendemain Mardy
fur les dix heures du matin , &
allerent moüiller à l'Arbreſec.
Mademoiselle de la Lande, qui
eſtoit priſonniere ſur l'Amiral,
voyant qu'ils ſe diſpoſoient à
retourner en leur pays , fit demander
au General Ph Ips par
un Interprete , s'il vouloit l'y
mener , & laiſſer à Quebec
quantité de ſes Compatriotes
qui y étoient prifonniers ;
qu'elle eſperoit que ſi on propoſoit
de faire une échange ,
cette negociation pourroit
réuffir. Elle fut elle- meſme
envoyée ſur ſa parole pour faire
cette propoſion. Monfieur le
Gouverneur l'accepta , eftant
bien aiſe de la recouvrer avec
fa Fille , auffi bien que Mr de
Grandville,& queMe Trouvé,
Preſtre , qui avoit eſté pris au
K
220 MERCVRE
Port Royal , & qu'ils avoient
emmené avec quelques autres
Priſonniers de l'Acadie , eſperant
qu'ils leur ſeroient d'une
grande utilité aprés la priſe du
Pays. Elle s'en retourna fort
joyeuse à bord de l'Amiral Les
Priſonniers Angloisqu'on vou.
loit rendre furent aſſemblez le
foir meſme. Cen'eſtoit que des
Femmes& des Enfans, & il n'y
en avoit pas un de conſiderable
que le Capitaine Denis
qui commandoit dans le Fort
que le SrdePorneufavoitpris .
Il y avoit auſſi les deux Filles
de ſon Lieutenant qui fut tué
&queMr leGouverneuravoit
rachetées des Sauvages Mada .
me l'Intendante avoit racheté
auſſi fune petite Fille de neuf
ou dix ans aſſez jolie , qu'elle
rendit . Mrdela Valiere , Capi .
taine des Gardes de Mr de
GALANT. 121
Frontenac , fut chargé de cette
échange. Il ſe rendit à terre le
Mecredy matin,vis- à- vis l'endroit
où les Anglois estoient
mouïllez . La negociation dura
toutle jour. Un Miniſtre avoit
paffé à terre ,& on trouva le
-ſecret de legarder ſur les difficultez
qu'on faifoit de rendre
Mr Trouvé . Enfin tout fut
échangé de bonne foy. Les
François y'gagnerent, puis que
le nombre de leurs Priſonniers
eſtoit plus grand que celuy des
Anglois , qu'en rendant des
Enfans , ils curent des hommes
faits&en eſtat de ſervir. Les
Ennemis garderent deux de
nos Pilotes , qu'ils promirent
de mettre à terre lors qu'ils
auroient paffé les dangers de
laRiviere...
Dans le meſime temps quelques
Sauvages Abenaguis ar
K3
22 MERCURE
riverent de l'Acadie, & dirent
qu'ils avoient eſté dansunVillage
de Loups , où ils avoient
apris que les Anglois avoient
cu du deſſous par mer en France
que la petite verole avoie
fait mourir quatre cens Iroquois
& cent Loups ,& qu'il
n'eſtoit reſté que ſeize hommes
dans le grand Village des
Loups; que dans une occafion
où les Anglois avoient témoignédefirer
faire la paix avec
les Abenaguis , les derniers
leur avoient répondu , que ny
eux , ny leurs enfans , ny les
enfans de leurs enfans , ne feroient
jamais de paix avec des
gens qui les avoient ſi ſouvent
trompez ; & qu'enfin depuis
deux mois les Canidasavoient.
défait cent ſoixante & dix Anglois
,& trente Loups.
Le Vendredy 27. trois homGALANT.
223
mes arriverent de la Baye S.
Paul , & rapporterent qu'ils
avoient eſté à deux Navires
François qui estoient preſts à
paſſer le Détroit de l'Iſle aux
Coudres , qu'ils les avoient
avertis que la Flotte Angloiſe
eſtoit devant Quebec, & qu'ils
avoient apris d'eux , qu'ils devoienteſtre
ſuivis par huitautres
Vaiſſeaux avec leſquels ils
eſtoient partis de la Rochelle.
Peudetemps aprés,des Canots
que Mr le Gouverneur tenoit
exprés ſur les Coſtes ,leur confirmerent
ce que ces trois hom.
mes leur avoient dit. Vn troifiéme
Navire , nommé le glo .
rieux , futaverty de la meſme
chofe, & on a cu avis qu'il ſe
preparoit à entrer dans la Riviere
de Saguenay pour s'y cacher
juſqu'à ce que la Flotte
Ennemie cuſt paſſe .
K 4
224 MERCVRE
८
Le Dimanche 29. les rejoüif
fances furent faites à Quebec
avec beaucoupd'appareil...
Le grand Pavillon de l'Amiral
, & un autre que Mr de
Porneufavoit pris à l'Acadie
furent portez à l'Eglife au fon
desTambours. Mr l'Eveſque y
chanta le Te Deum& l'on fit enfuite
une Proceſſion ſolemnel
le en l'honneur de la Vierge ,
Patronne du Pays. Toutesles
troupes eſtoient fous les armes.
Ona inſtitué à perpetuité une
Feſte ſous le nom de Noftre-
Dame des Victoires , & l'Egliſe
que l'on a commencée à la Baſ
fe- Ville eſt dediée ſous ce mê
me nom,pour eſtre une marque
éternelle de la protection que
les François ont receuëduCiel
dans cette attaque. Le Feu de
joye fut allumé à l'entrée de
a nuit par Mrle Gouverneur ,,
GALANT.
225
au bruit de pluſieurs decharges
du Canon & de la Mouſqueterie,&
l'on n'oublia pas à faire
tirer pluſieurs fois les Pieces
qui avoient eſté priſes fur les
Ennemis. Le 12. Novembre on
aprit que les trois Navires
François qui avoient paru à
F'Iſle aux Coudres, eſtoient entrez
dans le Saguenay; qu'aprés
avoir veu paſſer devant eux
la Flotte ennemie , ils eſtoient
fortis de ce Fleuve , & qu'ils
n'eſtoient pas loin de Quebec.
Le Sieur François de Xavier
y vint mouiller le 15. la
Fregate nommée la Fleur de
May , le 16. & le 17. le Glorieux.
Toutes ces nouvelles
ont eſté portées par Mr de
Villebon,que Mrle Comte de
Frontenac a depeſché à la Cour
Il eſt venu dans un petit Baſtiment
qui a fait la traverſe en
K
S
226 MERCURE
cinquante- cinq jours , & qui
arriva au Port- Louis le 19. de
cemois.
Leſens de l'Egnime du mois
paſſe ne conſiſtoit qu'à trouver
lenombredes lettres de chaque
mot.Trois eſt compoſe de cinq
lettres , & quatrefois trois en
font vingt. Quinze a ſix lettres ,
& le mot. tout n'en a que quatre.
Ceux qui ontdevelopé ce
miſtere , font Mrs François de
Lions , Ecuyer , Seigneur de
Theuville , Conſeiller & Procureurdu
Roy àPontoiſe;Cor
delier,Vicaire de S. Nicolas
desChamps : Gaillardin , Chirurgien
Juré'à la Roche:Oudin
Curé de Cuſſy les Forges : le
petit Beraud du Parc deMarfeille
: de Baignolles Gardemarreau
des Eaux & Forestsde
Dreux : de Pauton du Marchis
de Nantes: Colibeaux Regent
GALANT.
227
Avranches :Godefroy Regent
de Rhethorique au College de
la meſme Ville , & du Pont
Corbetdu meſmelieu: de Bruxelles
,Principal du College
de Chaſteau - Thiery : de la
Chaintre de Rennes : Yvelin
Capitaine ; Auvray : le Cointre
Croüen devant l'Hoſtel de
Villede Chartres : Iſambert de
la rue Comteſſe d'Artois ::
Conſtance de la ruedes Prouvaires:
Diereville : de Lautriche
:Tarmulot : l'Espritmediocre
de Lionale MoſcoviteAnglois:
leCommiſſaire des Emblêmes
: la Rambauche: Meriel
deCaën : le Cenobite de la ruë
S. Martin Pillecoeur de la
Place de Sorbonne : Themisto.
ele: Tamiriſte de la ruë de la
Ceriſaye : le Phenix des Orphelins
d'Orleans : Cotteretde
Villiers : le Solitaire de la rue
128 MERCVRE
S. Mederic : le Compere de la
belle Blonde nommée M. Μ.
le Reelus du Fauxbourg S. Jac--
ques : l'aimable Lorrain de
Bourg en Breffe : l'Indifferente
en paroles : les Mariez du 22 ..
Ianvier de la rue du Pot d'Eftain
de Soiffons : leur meilleur
Amy ; la Scrupuleuſe Vertu
de Leitere le petit Amant
Imaginaire & diſgracić de la
plus charmante des trois
Soeurs de l'Holtelde Charoft::
l'Heureux en: Intrigues de la
rue de la Harpe : le Jaloux de
la rue neuve S. Mederic
pauvre Nouvelliſte des belles
Amourettes de la meſme.ruë :
Blandre Sr de Bras de Fer& fa
Blonde : l'Amant inconfolable
de la Province de Bourgogne :
la petite Henriette de la rue
Caffette: le Sr de Broquillon &
-ſagrande&petite Commerce
le
GALANT. 219
de la rue S. Martin: le Fidelle
Inconſtant & l'aimable Infidelle
prés de la fontaine de la
Herſe : Meſdemoiselles AUvray
: le Cointre : Gourlin : la
Spirituelle & toute charmante
Louiſe Favé de la rue S. Martin:
Mariane de la ruedes Carmes
de Caën: Chicaneau vis à vis
del'Oratoire à Rouen:Perſeval
de Nogent le Rotrou & fon
Amant ; la plus aimable des
Coufines : la plus Coquette
des fix aimables inſeparables
de la rue Aubriboucher : l'Invincible
Bellier de la mesme
rue: le brave Savar de la ruc
d'argenteuil : le Docteur
Verſeville : la Charmante
Brunette devant le petit S.
Antoine : la trop aimable &
aimée Veuve de la rue du petit
Lyon : l'aimable coupe de
coeurs de la rue de S. Iulien
230
MERCVRE
des Meneſtriers : la charmante
& incomparable Amarillis
de la rue des Urſules : la Marquiſe
à l'Anagrame Pure Imagede
vertu : Loüife Lucie de
Chaſtillon en Barois': le Berois,
le Berger à l'Anagrame siecle
d'Amour: Diane d'Alcleon la
Bergere Aimantée : la Princeſſe
au Roy de Trefle : & la
Nimphe aux jours filez de ſoye
la belle Catin de la rue Guillebert
:labelle Lolotte de Picardie&
les belles Brunes avec
leurs Amans delarue du Parc-
Royal : le Prophete Helie , rue
S. Denis : du Buiſſon : Grujetout
le Preneur de Café , &
les Fuyards du Pont- neuf de
Falaiſe : M. le Docteur: la grofſe
Bourgeoiſe de la Chaſſe
Royale , Pontau Change : l'inconfolable
Veuf & le Cavalier
Fillent , tous deux de Falaiſe
GALANT.
231
l'Amant fatisfait du Pont au
Change : Mimon Avocat à
Moulins : Jean Michel le Vort
Avignonnois : la charmante
Manon, ſa Compagne , & l'aimable
couple de Soeurs de vis
àvis la rue Hamon de Caën : le
Sr M.Hervieux & ſon aimable
Epouſe , de la meſme Ville : la
trop fiere Marote , & la belle
Madelon , l'une proche le Tripot,&
l'autre de la rue du Guet
de Caën.
La nouvelle Enigme que je
vous envoye eſt de Mr Iſambert.
ENIG ME.
beau changer fort ſouvent
defigure ,
Lesſoins de l'art changent peuma
nature,
Iem'accommode enwain aux eſprits
differens ,
Ceux mesme àqui je fais des plaifirs
affezgrands ,
1
t
232 MERCURE
Quoy qu'en parlant de moy quel.
qu'un toujours s'en love,
Quand j'approche me font la
тоиё,
Comme àquelque chose d'affreux.
Enfin mon fort est étrange & fa-
L
cheux.
Jefers à tout le monde, &neplais
àpersonne,
Onme trouve méchante,& pourtant
jesuis bonne.
He vous envoye un ſecond
Airnouveau dont les paroles
font de Mr Rabiet d'Anrefpine.
Elles ont eſté miſes en
chantpar Mr Montailly.
AIR NOVVE AV.
Non, l'hyver n'est plus en ces lieux.
Ilestwray que nos prez ont perdu
leur verdure ,
Nos ruiſſeaux leur murmure ,
Et nos Oiseaux leur chant delicieux.
Mais
Loa
Di
LYON
E
33
Hou
גמ
c,
rx
Mr
LIS
1x
le
de
ru
le
n-
- !!
itss
232
qu
Com
Enfin
Zefer
L
Onm
Ie
Air
font
pinc
cha1
N
Ilep
E
GALAN T.
233
Mais , belle Iris , quand j'y voy
vos beaux yeux
Ranimer toute la nature ,
Laplus rigoureusefroidure
N'a pluspour moy rien de fa--
cheux.
Il partit le 9, de ce mois un
grand Convoy pour l'Irlande ,
avec pluſieurs Anglois & Irlandois
fidelles , le tout efcorté
par huit ou neuf Vaiſſcaux
de guerre , que commande Mr
le Marquis de Nesmond ,
Chef d'Escadre. Le mauvais
temps fit rélâcher à Breſt deux
Baſtimens qui repartirent le
17. avece trois Vaiſſeaux de
Guerre , nouvellement arrivez
de Rochefort. Mr le
Baron de Paliere les com-
-mandoit.
Mr du Bois, qui s'eſt acquis
tant degloirepar ſon exeellente
traduction des Leutes de Se
L
234
MERCURE
Auguſtin,nous a donné depuis
peu de temps celles des Offices
deCiceron . Il l'a faite ſur la nouvelle
Edition Latine de Groe.
vius , & il l'a diviſée comme
luy par Chapitres, afin de ſoulager
le Lecteur,avec des Som--
maires à la teſte de chaque
Chapitre. Cette Traduction eſt
fort eſtimée , & on peut tirer
une fort grande utilité des Notes
dont elle eſt accompagnée..
Les plus importantes,pour me
fervir des termes qu'on trouve
dans la Preface,ſont celles qui
vont a demefler & à rectifier
certains fentimens de la Philofophie
payenne,obil y a quelque
ſorte de verité,mais qui ont
beſoind'eſtre reduits aux principes
de la ReligionChreſtien-
2ne.Lesaueres ne ſontque pour
donner un plusgrand jour à ce
que la ſeule clartédelaTradu
GA LANT. 235
A
Aion ne pouvoit aſſez éclaircir
pour faire connoiſtre les lieux
ou les actions dont Ciceron
☐☐ parle en beaucoup d'endroits.
de cet Ouvrage , & pour ſuppléer
en d'autres certains faits ,,
dontla connoiſſance eft neceffaire
pourles bien entendre.Ce
Livre ſe debite chezłe SrCoi.
gnard, ruë S. Iacques; àla Bible
d'Or ,&chezle Sr Guerout,Ga--
lerie neuve du Palais ..
1.
11
On trouve auſſi chez le Sr
Guerout,le Grand TarifdesMon.
moyes Nouvelles. Iln'y a rien de
plus commode,& même de plus
neceſſaire , puis que ce Tarif.
contient laReduction en livres
de toutes fortes de nombres de
Louis d'Or à douze livres dix
fols,& de Louis d'argent à trois
livres fix fols; en forteque fion
vous apporic, par exemple ſoixante
- quatorze Louis d'or , on
:
236 MERCVR E
d'argent , vous trouverez fur
l'heure, par le moyen de ce Ta .
rif,que les uns valent925 livres
&les autres 144.livres 4.ſols ; en
reſte de meſme, depuis unEcu ,
pour les Louis d'Argentjuſques
aun Million,& depuis un Louis
d'Or juſquà: douze Millions
cing cens mille livres...
En vous parlantlemoispaſſé
de la Lettre écrite à Mr leMaréchal
de Belfond, ſur leVoyage
que leRoyd'angleterre a faita
la Trape,je vous ay dit qu'elle
eſtoit de Mrl'Abbé de Chavigny,
abbé de la Trape. Il eſt
vray que Mrl'abbé de laTrape
eft de cette Famille , mais il
porroit le nom d'Abbé de Ranſé
, tant qu'il a demeuré dans
ale monde. Le ſuis , Madame
Voftre,
YANIEN
* 103
Qualité de la reconnaissance optique de caractères