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1690, 12 (Lyon)
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MERCURE
GALANT
DEDIE'A MONSEIGNEURTR
807156
LE DAUPHINQUE
DE
DECEMBКЕ 1690
LYON
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
më Merciere au Mercure Galant...
Avec Privilege du Roy..
M. DC, XC.

hmm
LIVRES NOUVEAUX
depuis Janvier 1690. jusqu'à
prefent.
د
On diſtribuéra àLyon avec le Mercute
Pierre de Touche, avec
une figure en taille-douce pour cinq fols
ichacun.
Hiſtoire de Charles VIII.par M.Varillas,
inquarto6. liv.
La vie de la Mere deXaintonge Fondatrice
des Urſules duComtédeBourgogne ,
par lePere Grozez auteur du Journal des
Saints,il y a à la fin ſes PratiquesdeDevotion
qui ſontutiles à toutes perſonnes qui veulent
faire leur falut, in-octavo, 2.liv. 5
Hiſtoirede l'Ordre de S. Benoiſt en deux
vol. inquarto 12.liv.
Nouvelle Grammaire Italienne,ind. 30.f.
Devoird'un Predicateur , ind. 3o..
Preparation àlaMort par le PoreBrig
neon, ind. 30. f. >
Exercices du Pere Neveu de laCompa
gnie de Jesus, ind. 2. v. 2. liv.
Evenemens finguliers du Roy , ou ilya
tout ce qu'il afaitdeplus remarquable, ind.
-30. fols
Almanach de Milan pour l'année 16912
folst
:
•Almanach de Liege pour l'année 1691 .
ro.fols.
La Connoiſſance des temps pour l'année
1691.20. fols.
L'Anatomie de l'Homme ſuivant la Circulationdu
ſang,&les dernieres découvertes
, demontrée au Jardin Royal par M.
Dionis premier Chirurgien de Madame la
Dauphine, in- octavo, 3.liv. 6.ſols .
Nouveau Traité des Fievres ou aprés
avoir examiné les differens Syſtemes qui
ont paru fur ce ſujet, on explique la nature&
les cauſes de ces maladies avec des remedes
-propres à leur guerifon, ind. 20.f.
Pratique de Medecine Speciale de Michel
Ettmullerfurfles maladies propres des Hommes,
des Femmes&des petits Enfans, où eſt
expliqué l'accouchement des femmes , avec
des Differtations du meſme Autheur , ſur
Epilepfie, l'Yvreſſe , le mal Hypochondriaque
la douleur Hypochondriaque , la corpulence&
lamorſure de la Vipere , in- octavo
2.1. 10. f.
L'ondonnera la Pratiquegenerale de tout
le corps humain inceſſamment étant ſur
preffe qui ſera en deux gros volumes in 8 .
Il y a auſſi lanouvelle Chirurgie d'Ettmulder
avec une Differtation ſur l'infuſion des
Liqueursdans les Vaiſſeaux, ind. 30 ..
Ettmulleri operum omnium medico Phyacum
editio noviffima cæteris omnibus
tum correctior,tum auctior, tum verò facilior
, en 2. vol . inf. pour 18.liv.
:
Dictionnaire Mathematique où idéegenerale
des Mathematiques ; dans lequel l'on
trouve outre les termes de cette Science pluſieurs
termes des Arts& des autres Sciences;
avecdes raiſonnemens qui conduiſent peu à
peu l'eſprit à une connoiffance univerſelle'
desMathematiques , par Mr Ozanan avec
pluſieurs figures en taille douce inquarto
Jo. liv.
t
Marc Anthonin de M. d'Affier avec des
Remarques ſur ſa vie , en 2.v. ind. 4.1. 10.f.
L'on vend auſſi l'Horace du meſme Mr
d'Affier endix vol. pour20. liv .
Les Memoires de la feu Reyne d'Eſpagne
parMadlleBernard en 2.vol. ind. 4.1.ou l'on
voit toutes les vexations que l'on a fait à
la Reine & autres particularitez fort curieuſes
.
10.f.
Dom AlvareNouvelleAllegorique , ind.
Catechiſme du Dioceſe de Montpellier
ind. 30. f.
Traité des Medicamens& la maniere de
s'en ſervir pour la gueriſon des malades
ſuivant les experiences des Medecins modernes
avec les formules pour la compofition
desMedicamens, parMr Tauvry Docteuren
Medecine , ind. 30.f.
L
Traité dela Charité qu'on doit avoir pour
les Morts, par le PereBrignon , ind . 30.f.
Traité des Mouches à Miel où les Regles
pour les bien gouverner & le moyen d'en
tirer un profit confiderable par la recolte de
2
laCire& du miel , ind. 20.f.
Les diſgraces des Amans dedié àMr le
Marefchalde la feuillade , ind . 30.f.
Hiſtoire de l'Admirable Dom Guichotte
delamanche , nouvelle édition , avec plufieurs
figures en taille douce en quatre volumes
6.1.
La Princeffede Cleves,nouvelle Edition.
endeux volumes indouze 30.f,
Evenemens Hiſtoriques choiſis , ind.30.f.
Traité des Operations de Chirurgie contenant
leurs cauſes fondées ſur la ſtructure
dela partie ,leurs fignes,leurs fimpromes,
&leur explication avec pluſieurs obfervations,
& une idée generale des playes , ind.
30.f.
Réponſe à la Differtation ſur la goutte , indouze
25.f.
Recueils des Edits, Declarations , Lettres
Patentes , & Ordonnances du Roy , Arrests
des Conſeils de Sa Majesté &du Parlement
de Grenoble , inquarto 4.1. 10.f.
Antheursdéguiſez ſous des noms étrangers
empruntez , ſuppoſez , feints à plaifir ,
chiffres renverſez, retournez ou changez
d'une langue en une autre,par Mr Bailet, indouze
2.1.
Lejugement des ſçavans du méme Autheur
ſe vend auffi endouze volumes pour 24.1 .
Hiſtoire des révolutions d'Angleterre,depuis
le commencementde la Monarchie, par
le PereDorleans Jefuiſte,ind.2.1.
Harangues fur toutes fortes de ſujets avec
l'art de les compoſer , dedié à Mr le Chancelier
par Mr Vaumoriere, inquarto 6.1 .
Lettres fur toutes fortes de ſujets avec
des avis fur la maniere de les écrire par Mr
Vaumoriere , ind . 2. vol. 4.1.10-f.
Inſtruction ſur la mort de Dom Muce de la
Trappe, ind. 15.f.
Oraiſons Funebre de Madame la Dauphine
parM.l'Abbé Fleſchier,inquarto 20.f.
Oraiſons Funebre de la mesme, par Mr
du Jaury , inquarto 20.f.
Idem par Mr Mirepoix,inquarto 20.f.
Oraiſon Funebre de Mr de Montaufier , par
Mr l'Abbé Fleſchier, inquarto 20.f.
Idem par Mr l'Abbé du Jaury , inquarto20.
f.
4
L'Ecole parfaite des Officiers de bouche,
contenant levray maiſtre d'Hoſtel , legrand
Ecuyertranchant , le Sommelier , Confiturier
, Cuiſinier , & Patiffier Royal , avec
pluſieurs figures , indouze 30, f.
Traité de Confiture ou le nouveau &parfait
Confiturier ; ind . 25.f.
Relation de la Bataille donné auprésde
Fleurus par l'Armée du Roy , Commandóc
parMr deLuxembourg ind. 20.f.
Les Reglemens de l'Abbaye de la Trappe
en formedeConſtitutions , ind. 25.f.
Meditations du R. Pere Jean Buſée, traduites
par le Pere Brignon Jeſuite, ind . 30.f.
HiſtoireMonaſtique d'Irlande , ind.2.1.
La vie duTaſſe,traduite par Mr l'Abbé de
Charmes,Doyen de Ville- neufve d'Avignon.
ind.30.f. 3
Hiſtoirede Louis le Grand depuis 1643 .
juſqu'à 1690. où l'ony trouvera le guerre
declarée au Prince d'Orange. La mortd'Innocent
XI . & l'Election d'Alexandre VIII.
comme auffi la mort de Madame la Dauphine
avec pluſieurs autres particularitez
fort curieules en deux volumesį, indouze
41.
Reflexions fur les défauts d'autruy , pak
Mrt'Abbé de Villiers , indouze 35.f,
Traité de l'Artillerie avec la maniere de
jetter les bombes, comme auffi des mortiers,
tant fur mer que für terre , avecpluſieurs
figures en taille douce par Mr Gautier
Ingenieur du Roy , indouze 25.Г.
3
Nouveau traité de fortifications contenant
lademonftration & l'examen de tout ce qui
regarde l'art de fortifier desplaces , tantregulieres
qu'irregulieres, fuivant cequi fepratique
aujourd'hui par Mr Gautier ,avecplu
figures en taille douce, ind . 25.
L'art de laver ou Peindre ſur le Coloris.
parMr Gautier, ind 1s.f.
Johannis Dolai Encyclopedia Medicinæ
Theoretico practica editio noviffima , inquarto
4.1. 10.f.
Plaidoyez de M. Le Maiſtre, inquarto 6.1.
Dictionnaire univerſel de Mrl'Abbé Fufetier
augmenté & degroſſe lettre infolio.
L'Art dévaluer toutes fortes de toifez en
pluſieurs manieres avec lavéritable méthode
de toiſer la dorure & de les unirenfemble ,
lamaniere de lever & de refoudre toures
fes difficultez qui ſe peuvent rencontrer dans
cettenouvellePratique ,avec des figures en
taille douce, indouze 30.6.
Dela Theorie de la Manoeuvre des Vaiffeaux
avec pluſieurs figures entaille douces,
inoctavo 3.1.
Cours de Chimie de Mr l'Emery ſeptié
me Edition avec des figures en tailledouce:
In octavo 3.1.
Tacire avec des Notes Politiques & Hiltoriques
par Mr. Amelot de la houſſaye , in
quarto 61 .
Remarques ou réfixions critiques mora
les & Hiſtoriques ſur les plus belles & les
plus agréables penſées qui fe trouvent dans
Les ouvragesdes Autheurs anciens & modernes,
indouze 30.f.
-Memoires & inftructions pourſervirdans
les negotiations & affaires concernant la
France ,indouze 30.f.
Les Fables d'Eſope Comedie, indouze 20. f..
Nouvelles Reflexions ou Sentences &Maximes
morales & Politiques dediez àMadame
deMaintenon , ind.15.f.
Journal duvoyage fait à la Mer du Sud
avec les Flibustiers de Lameriquesen 1084.
&années ſuivantes par le St Raveneau , ind.
40 f.
Hiftoire d'Hypolite,Comte deDuglas,indouze
2. vol. 3.1..
Inſtructions pour les jardins fruitiers &
Potagers avec un traité des Orangers , fuivi
de quelquesReflexions ſur l'agriculture par
feuMr la Quintinie Directeur des Jardins
du Roy,avec pluſieurs figures entaille douces
, inquarto 12.1.
Lesprincipes de la Geographie methodiquement
expliquez pour donner une idée generale
de toutes les parties de l'univers &
pour faciliter l'intelligence des tables& des
cartes Geographiques , ind. 30. f.
Oeuvresde Mr Capiſtron, ind.4.1 .
Hiſtoire de Charles V. par Mr. l'Abbé
Choiſy ,inquarto 6.1.
Les Satires de Juvenal , Traduction nouvellepar
lePere Tarteron Jeſuite . ind. 50.f.
Idem par Mr Silvecane , ind. so.f.
Lettres familieres &Galantes par Mr Milleran,
indouze 30. f.
Methode aſſurée & efficace pour guérir
la maladie Venerienne par un celebreMededecin
Anglois, indouze 20. f.
Reflexions Morales pour les perſonnes engagées
dans les affaires , un vol. ind. 30.f.
La vie de la Reine d'Angleterre , inoctavo
21.5.f.
Nouvelle Anatomie Raiſonnée avec plu-
Geurs figuresen taille douce , indouze 2.1 .
Nouvelle Ofteologie avec pluſieurs figures
en taille douce, indouze 2.1.
Lettres à Monfieur. *** contenant plufieursobſervations
ſur l'Oſteologie 10. f.
NouvelleEdition deGeographie de Mr Robbeaugmenté
de beaucoup , avec toutes les
cartes en taille douce, indouze deux volum.
6.1 .
Hiftoire des Perruques où l'on fait voir leur
origine, leurforme, l'abus de l'irregularité
de celles des Eccleſiaſtiques , par Mr Thiers
Docteur ind.2. P
Les,Caracteres de Theophrafte augmentésde
plus de la moitié dans les moeurs de
ce fiecle, indouze 30.f.
Affaires du temps contenant tout ce qui
s'eſt paffé depuis une année entre le Roy de
France , Rome,l'Eſpagne , l'Allemagne, la
Holande , Pologne , Suiffe , & Cologne, avec
P'entrepriſe du Prince d'Orange ſur l'Anglererre
, l'Irlande & far l'Ecoffe , ind.10.vol.
10.1.
48
Défence desnouveaux Chreftiens , & des
Miffionnaires de la Chine du Jappon se ded
Indes, contredeux libelles intitulez la Morale
Pratique des Jeſuiſtes , ind.2. vol.4.1.
L'Apocalipſe parMr deMeaux ,in octavo
4.1.
10.1
Bibliotheca Anatomica , fol. 2. vol. 21.1.
avec pluſieurs figures en taille douce.
Histoire de laGuerredesTures entre la
Pologne& la Hongrie,par Mr la Croix, ind.
30.f.
L'Art de plairedans les converſations, ind.
30.f.
Traité d'Algebre , inquarto 4.1.to.f.
Le Caractere de l'honneſte homme, indouze
30. f.
Sermons ſur les veritez de l'Evangile ,
parMrde la Volpilliere , inoctavo 4. volu
mes tr.1.
Reflexions ſur lesdifferens de la Religion
ou les chimeres de Mr Juricu parMr Pelifon
, ind. 40.f.
L'Art de bien prononcer & de bien parler
la langue Françoiſe , dedié à Mr le Duc de
Bourgogne , indouze 20.f. 1
LeNapolitain ou le défenſeur de ſaMaitreſſe,
ind.20.f.
Hiſtoire du Jappon, par le Pere Craffet de,
laCompagniede Jeſus, inquarto 2.vol.avec
desfigures 12.1.
La nouvelle Methode du Blaſon du Pere
Meneſtrier dedié à Mr le Duc de Bourgogne
avcc 33. figures en taille douce 2.1.
Oeuvres de Mr Varillas , contenant l'hiftoire
de Charles IX. en deux vol. inquarto
12.1.
Lemeſme indouze3.vol. 3.1.10.f.
Idem de François I. en 2. vol.inquarto
12 1.
Le meſme en quatre volumes , in-
يف
douze 6.1.
Hiſtoire des Hereſics, en6. volumes inquar-
το 36.1.
Le meſme endouzevolum. indouze 21.1.
Hiſtoire de Louïs XI I. en trois volum.inquarto18.1.
Le meſmeen fix volumes indouze. 10.1 .
zo.f.
Hiſtoire de LouïsX I. en 2. vol, inquarto
Ia.l.
Le meſme en 4. vol. indouze 7.1 .
Hiſtoire de Charles VIII. inquarto 6.1.
Politiquede la maiſon d'Autriche.ind.30.f.
Reponſe àBrunet ſur les Hereſies, in- oct .
3.1.
Relation del'Afrique ancienne & moderne
en4. volumes indouze, avec pluſieurs figu
res en taille douce 8.1 .
Les Conferances Eccleſiaſtiques du Dioceſe
de Luçon ,en 5. volumes ind.6.1.5.f.
Les entretiens du Perele Maiſtre en 2.vol .
indouze 2.1 .
Le meſme en 4. vol. 5o.f.
Les veritables dévotions, ind. 15.f.
La vie Chreſtienne , in-vingt- quatre 7.f.
La ChirurgiePratique de Felix Vurtzius,
indouze 30.f.
Le Treſor de la Pratique de Medecineon
le Dictionnaire Medical , contenant l'hiſtoire
de toutes les Maladies , traduit de Mr
Thomas Burnet, en 3. vol, in-octavo 6.1.
L'on continuëra à diſtribuër toutes les Se
maines le Journal des Sçavans pour6. fols
par cayer , & l'on les vend entiers pour le
meſme prix àproportion de ce qu'illy en
aura.
D
1
131
re
C
1
1 .
SATO
ze Cort ja
1.৯ ০те২০- nilor.g
L
?
TABLE..
Ode..
Relude.
Vers pour le Roy..
3
2
Nouvel article touchant la mort de
Madamela MarquisedeHauterive..
Discoursfur la Loy.
2:2
2.8
Mr Dagueſſe au eft pourven d'une
des Charges d'Avocat General aw
Parlement. 40
Ceremoniefaiteàl'Abbaye S. An
toinedes Champs... 41
Troisieme Lettre en Profe&envers
du Berger de Flore.. 43
•FablenouvelledeMrde la Fontaine.
75
Protection donnée par les Rois de
France aux Comtes & Ducsde
Savoye. 85
Histoire.. 112
-Lettrede Mr l'Abbé de la Trappe..
Avecplusieurs particularitez touchant
cetteAbbaye. 14,1
2
TABLE .
=
Harangue de l'Envoyéde Savoye au
Princed'Orange,avec une réponse
à cette Harangue. 164
Nouvelle Carte de Trafilvanie.192
Prife de poſſeſſion de l'Abbaye des
Aydes en Dauphiné, 194
Mariages. 197
Morts , &ChargedeGentilhomme
Ordinaire de la Maison du Roy
donnée àMr Racine. 198
Tragedie de Brutus. 205
Lettre d'an Hollandois à un defes
Amis àHambourg. 208
Journal de l'Armée d'Italic. 214
Nouvelle expedition faite par Mr
de Feuquieres.. 229
Article desEnigmes . 436
Voyage du Prince d'OrangeenHal-
Lande.
237
Accouchementde Madame la Du
cheffe, 242 -
MariagedeM.le Marquisde Villequier
&de Mademoiselle de Piennes..
242
Fin de laTable,,
MERCURE
GALANT

IYON
*193*
Lob
DECEMBRE 1690.
E Regne du Roy eft
fi remply de merveilles
, qu'il ne faut pas
s'étonner ſi les Dames qui
ont naturellement l'efprit delicat
, cherchent avec ſoin à
ſe rendre habiles pour chanter
plus dignement les loüanges
d'un ſi grand Monarque.
Decemb. 1690. A
2 MERCVRE
Leurs Ouvrages réuſſiſſent
tous les jours ſur cette matiere
, & la fatisfaction que vous
me marquez avoir receuë de
ceux que je vous envoyay le
mois paſſé de Madame de
Chevry, & de Madame de
Pringy m'oblige à rendre
iuſtice ce mois cy à Madame
de
,
Madame
Carſanlans , eenn/ccoommmmeennçantcette
Lettre par des Vers
de ſa façon. le ſuis afſuré que
vous les lirezavec plaifir.
GRAN
il
Roy,pour quile Cielne
[ fait que des miracles ,
- Quifus promis partant d'Oracles
Le Seigneur t' a comblé de benedi.
actions.antang a col
છછછછછછછ છ????????????
GALANT
Sa droite qui toujours te couronne de
gloire
Forme toname auxBrandes actions ,
Il le conduit de rebre mictoire
Il afoumis un grand Beuple anos
loix , danis
Il emprunte con bras pour proteger
Les Rois, avis galit
De Sa puiſſante main pour toy fo
liberale
Ilveut pour ton bonheur,&la gloire
des Lis
Benir inceffamment to Famible
Royale.
Il te donne un Heros en te donnant
تسین
un Fils ,

Un Fils dont les eſſais , comme autant
de prodiges , n
Font voir qu'ilfuit en tout tes glorieux
vestiges , ০৯
Sles Qu'ilfçait dans les perils s'expofer
Sans terreur,
Et dans les grands exploits imiter
tavaleur.
A 2
MERCVRE
Surluy commefurtoy l'Auteur de la
Nature
•Répandſes gracesfans mesure ,
Et toujourspropiceà nos voeux
Faitqu'en ton Petit-fils, tun'espas
moinsheureux.
Déja fon ieune coeur qui ne tend
qu'àlagloire,
1
Sent qu'ilapris naiſſance auseinde
la Victoire,
Et brûlant du defir d'imiter fes
Ayeux ,
Ilseporteaux vertus qu'on admiroiteneux.
Dansſes nobles ardeurs,à la gloire
animées, ९
S'ilpouvoit prévenir lecours defes
années,
Etjoindreàſon grandcoeur laforse
defonbras,
Tule verrois bientoftaumilieu des
combats ,
EgalerdesCefars l'invinciblevail.
lance,
2
GALANT S
Etendre chaque jour tagloire&ta
puissance ,
Ettoujours triomphant,après avoir
Leumis
Iusqu'au delà des Mers , tes plus
fiers Ennemis ,
Etportétongrandnom jusqu'àl'au
treHemisphere,
Venirſur les pas de SonPere ,
Apporteràtes piedsfesglorieux lan.
riers ,
Borner dans ſes travaux guerriere
Ses plus ardens deſirs à celuy de te
plaire ,
Etcontent comme luy devivre ſous
ta loy
Te donner le plaisir de te voir le
Grand-pere
D'un Petit- fils digne de toy.
Defigrandsfentimensdans unâge
Si tendre,
Monirent dès à preſens ce qu'on en
peut attendre,
A3L
6 MEROVRE
Mais defonfoible bras lanaiſſante
vigueur
Suspend les defirs de fon coeur
Cependant, ô grand Roy,pourformer
sa E a jeuneffe ,
Ces Maistrespartes soins choisisfi
pridemment ७४१०५१
13
Sont l'admirable effet de ton difcernement.
Ilfaut d'unGouverneur que lahauz
tefageffe,
Et que d'un Precepteur le zele &le
Sçavoir, (doit avoir
Auxvertus des Heros qu'un Prince
Loignent les vertus exemplaires.
Tureconnois en eux ces rares qualitek
Quand tu les mets àses côtez
Comme deux Anges tutelaires 3.
Dont lesfoins l'activité ,
Lour&nuit vers le Ciel portent fa
Epiete
Pourrendre un Petit-fils digne de
Son Grand-pere,
GALANT.
7
Et conduireſes pas au cbheemmiinngglloo--
rieux
Où l'on a vû marcherſes Augustes
Ayen ,
* Grand Roy , quepouvois - tu mieux
faire ?
Toy qui donnes aux Roisle pouvoir
Souverain ,
Et qui fais de Louis le bonheurGla
gloire,
Puis qu'il t'a plű , Seigneur , en luy
prêtant ta main
Luy donner en dix jours une double
victoire ,
Combats encor pour luy ;détruis ces
noirs deſſeins
Quiluy font declarerla guerre ,
Et deſes Ennemis furl'onde &fur
la terre,
Rens les efforts inutiles& vains.
Tuſçais comme en toy feul il met
fon esperance
L
A4
8 MERCVRE
Tourne toujours vers Iny tonregard

paternel
Exauce les voeux de la France ,
En le faisant jouir d'un bonheur
éternel.
LaBataille de Fleurus n'eft
pas un évenement nouveau ,
mais l'Ode que vous allez lire
fur cette Bataille ſera nouvelle
pour vous,puis que l'Auteurn'ena
laiſſé courir aucune
copie.Elle eft de Mr Roubin ,
del'Academie Royale d'Arles ,
qui fut député dela Ville il y a
quelques années,pour preſenter
au Roy l'eſtampe de l'Obeliſque
qu'on avoit trouvé
fousdes ruines,& qu'elle a fair
éleverdans une de ſes Places
publiques , en y faiſant mettre
un Soleil dans la pointe,
&quatre Inſcriptions en bas.
GALANT.
و
Jecroy vous avoir mande en
ce temps là que Mr Roubin
qui preſenta cette Eſtampe ,
fut ennobly par Sa Majesté
en confideration de la Ville
d'Arles & de ſon merite
particulier .
د
SUR LA BATAILLE
de Fleurus ,
ODE.
Nfatigable Meſſagere,
Qui fans perdre un moment
de temps ,
LaTrompetteàlamain, vasd'une
aîte legere
Publier les faits éclatans :
Hase- toy de partir, fidelle Renommée
,
Toy qui de longuemain dois estre
Accoutumée
As
10 MERCVRE
A conter des François les Exploits
inouis,
Vadu grand Luxembourg celebrer
t Le Vittoire,
Et montrat noſtre France au comble
defa gloire ,
Fais partout retentir le grand nom
de LOVIS,
Cefut dans cette vaſte plaine
Qui porte le nomde Fleurus ,
Que parut ànos yeux la deplorable
Scene
Quirend nos Ennemis confus.
Ce fut là que Valdek appuyant la
querelle
D'unPrince vfurpateur ,fcelerat
infidelle
Regent le coup sanglant de ce mortel
affront.
4
C'est làque Luxembourg,le vengeur-
N de leurs crimes,
Immolant àfon bras mille & mille
Victimes
GALANT . 11
D'un Laurier immortels'est couronnè
lefront .
Tels que dans unAmphiteatre
On voit deux Lions furieux ,
S'observer tourà touravant que de
Sebattre
Nese menaçant que desyeux ;
Telson vit les deux Chefs de deux
groſſes Armées ,
D'une pareille ardeur fierement
animées ,
Cuspendre en ſe voyant l'effet de
leur couroux ,
Mais ne pouvant long- temps demeurer
en balance ,
On donne le signal , l'un & l'autre
s'avance ,
Et sur fon Ennemy fait tomber
mille coups.
D'abord par le plombhomicide
Les Bataves font tearalen
A6
12 MERCURE
Etmalgré cettegrefle invisible&
rapide ,
Leurs rangsfout bien- toft remplacez
,
On voit ces vieux Soldats
Troupes aguerries,
ces
Etpar tantde combats au carnage
nourries ,
Soûtenir tout lefeu de cette occafion,
Etdespremiers Romains imitant la
pratique,
Sefaire un point d'honneur demow
riràl'antique,
Et perir avec ordre , &fans confufion.
(tonne
Cependant , quand l'airain qui
Vomitſes globes emflammez
Cet éclair impreveu tout d'un coup
les étonne,
Etfurprend leursyeux allarmez ,
L'atteinte deleurs coups eft terrible
&sanglante,
GALANT. 13
Et desfiers Ennemis la valeur im
puiſſante
Dans unmalſi preſſant ne lespeus
Secourir ;
Lefeude nos Canons leur fait bien
du ravage,
Et le Soldat qui peut éviter cet
orage,
Du moins n'est pas exempt de la
pourde mourir.
LeDieuMars au Siecle où nOUS
Sommes
N'a point d'instrumentplus mortel
Et l'art pernicieux de deftruire les
hommes ,
N'inventa jamais rien detel.
Si-toft qu'un bout de meſche appuye
Surla poudre,
Fait éclater ce feu qui reſſemble à
lafoudre,
Es qu'onpeut appeller la terreur des
combats.
14 MERCVRE
Lesplusaffreux carreaux que lance
letonnerre,
dle
Quandle Ciel indigné nous declare
2
la guerre ,
Causent moins d'épouvante,&font
moins defracas.
C'est par ces horribles tempeftes ,
Et par leurs afſfauts redoublez,
Que ces gros Bataillons , ces corps
à tantdeteftes ,
Se virent enfin accablez.
Toutefois leur malheur augmentant
Leur courage ,
Ils auroient du combatdiſputé l'avantage,
Et d'unfirude , choc foutenu tout
l'effort,
Mais du Maine Suivi desestroupes
guerrieres ,
Enfonçant de lleeuurrssrraannggsslesvivan--
tes barrieres ,
15
X: porta la terreur, le defordre & las
mort...
GALANT..
Quedeviendra cejeune Alcide
Au milieu de tant d'Ennemis ;;
Il court avec ardeur où la gloire le
guide,
Et fon coeurse croit tout permis.
Aforce d'efſuyer ou la flame , ou
l'épée,
Savaleur àla fin alloit efire trom-
,
Etde tant d'ennemis rien ne l'eust
garanti
Si Mars qui le connut atant d'ells .
Stres marques ,
Voulantfairefa Cour auplus grand
18 des Monarques,
N'eust respecté le Sangdont il eſtois:
Là recommença le carnage
Avea tant de bruit & d'horreur.
Qu'on eust dit à le voir que l'are
deurde courage
86 MERCURE
Tregnoit moins que la fureur.
LànosfiersEſcadrons,de leur Infanterie
Fontune fi cruelle&rude boucherie
Que lefangen tous lieux ruiffelle
àgros boüillons.
Enfindetantd'endroitson laperce,
on la taille;
Qu'on voit en moins de rien dans
lechampdeBataille
De mille bras coupez aplanir les
fillons.
Contented'un telfacrifice
Lamortvole de rangenrang,
Etfur ces malheureux exerçantSa
justice,
Sembleſebaignerdansleſang.
Onentend des Bleffez les cris épouvantables
,
On entend desMourans les plaintes
Lamentables,,
GALANT.
17
On nevoit d'autre objet que laflame
&lefer ;
Tout l'air est obscurcy d'une épaisse
fumée ,
Ledefordre ,le bruit,& l'effroy de
l'Armée,
Toutpeintde toutes parts les horrears
de l'Enfer.
Le Dieu du Fleuve affez tran
quille
Dermoitſur un litderofeaux,
Et laifſſoit toutle long d'uneplaine
fertile
Coulerle cristaldefeseaux,
Quandfes flots tout d'un coup devenusplusrapides
Par ledébordement que font tant
d'homicides
Deſa courseon luyvit redoubler les
efforts ,
Etsafrayeurhâtantfa lenteurna
turelle
18 MERCVRE
Il s'enfuit tout en trouble en porter
la nouvelle
Aux Peuples affligez dont il lave
Les bords.
Pour toy,ne te plains àpersonne ,
Fleurus , de tes champs defolez ,
LeDestin de la guerre aujourd'huy
te redonne
Tous les biens que l'on t'a volez.
Bientoſtpar tant de morts ta cam ,
pagne engraiffee
Du degast de ſes bleds fera récompensée,
Tapertevatournerà ton atilité.
Confole toy voyant ta future abondanco
Etmalgrénos debats , ne crainspas
que la France
Soit jalouſe à ce prix de tafelicité.
Voila quellefut lajournée
Dont Fleurus reçoit tant d'éclat2
GALANT .!
19
Quelle fut de Valdek la triste desti ..
née
Dansce memorable combat
Nous ne pouvions le vaincre ave
plus d'avantage ;
Outre les Etendarts, les Drapeaux,
- ১৯৪
Huit mille Prisonniers enlevez à la
Plus de dix mille Morts dont la
plaine est couverte ,
Cinquante Canons pris, fontfonner
cetteperte
Etpour la bienprouver font destemoins
de poids.
Mais dans lesfaveurs de Bellonne
Les mauxſuivent les biens de prés,
Et Marsdeſes lauriers nefait point
de couronne ,
Qu'il n'y mesle un brinde Ciprés
Du Mets, Gournay , Soyecour, gens
d'élite & de marque
20 MERCURE
Payerent en ce jour le tribut à la
Parque,
Avec une fiertéqu'on ne peut trop
:
Villarceaux, Nogaret , en tombant
prifer.
peste mesle
Demesme que zuſſac , fous une affreuse
grefle
Trouverentparleurmort às'immor.
talifer
Dalegre, Caftres,&Ximene ,
Tout percezdu plomb , ou du
fer,
Nepeuvent acquerir le triomphe
Sanspeine,
Ainsique Vivans&Greder.
C'estpar làquele Ciel quiregletout
enMaistre
Aux fiecles à venir voulut faire
connoistre
Quela France doit tout àſa propre
vertu
GALANT . 21
Et que fi tant d'éclat aujourd'huy
l'environne ,
Elle a par favalcarmeritéſaCouronne,
Et n'a point triompheſans avoir
combattu.
Abi je t'allois faire un outrage ,
Comment ay jeput t'oublier,
Jeune&vaillant Bonzols ,toy ,de
qui le courage
Fit trois fois l'Ennemy plier ?
Que ton fort glorieux parut digne
d'envie
Au mépris de tonfang, au perilde
tavie (Zards
On te vit enHeros affronter les ha.
de l'Histoire ,
Ces nobles coups d'eſſay ſont dignes
Et su was preceder autemple de
memoire
Tous ceux qu'on te voitfuivre au
Service de Mars..
22 MERCVRE
C'eſt aſſer, illustre Courriere ,
Jet'arefte icy trop longtemps .
Va , cours én diligence achewer ta
carriere
Sur le bord du Pô je t'attends.
Redoublefi tu peux lesélans de ta
course
De l'Aurore au Couchant du Midy
jusqu'àl'ourse ,
Va conter des François les exploits.
inouise Hot
Et du grand Luxembourgpublier la
victoire ,
Et montrant nostre France au comble
defa gloire , sical
Fais par toutretentir legrand nom
deLOVIS.com esa
32
Il eſt vray Madame que
dans ma derniere Lettre , en
vous apprenant la mort de
Madame la Marquiſe de HauGALANT.
23
rerive , je vous marquay ſeulement
qu'elle s'appelloit Eleonor
de Volvire , & qu'elle
eſtoit Fille de Mr le Marquis
de Ruffec , ſaus entrer dans
aucun détail de ſa Maiſon.
Puisque vous en voulez ſçavoir
davantage, je vous diray
qu'Ingelelme de Volvire
Vicomte de Thoars , vivoit
l'an 1020.& que c'eſt de luy
qu'eſtoit defcendu Maurice ,
Seigneur de Volvire , Pere
d'Hervé ll . du nom , Seigneur
deVolvire,de Nieul, de Chafteauneuf,
de RocheServieres ,
quiépouſa Eleonore,Heritiere
de Ruffec , iſſue des premiers
Comtes d'Angouleſme.liseurent
MauriceII . Seigneur de
Volvire, Baron deRuffer , marié
l'an 1403. avec Marie de
Baſoches,De ce mariage fortit
24 MERCVRE
Joachim , Seigneur de Volvire,
Baron de Ruffec , qui prit
alliance en. 1430. avec Marguerite
de Belleville , Dame
deComporté & d'Ardenne. Il
eneut Iean de Volvire II. du
nom , Baron de Ruffec
,
,
, marié
en 1456. avec Catherine
de Comboru & Françoiſe
de Volvire , qui épouſa loachim
Rouaut , Seigneur de
Gamaches Maréchal de
France. Jean fut Pere de
François de Volvire , Baron
de Ruffec , & de Charles de
Volvire , Seigneur de Courret
qui a fait les Branches
des Seigneurs du Courret
Dauvat & du Vivier en Angoumois.
François fut marié
quatre fois , la premiere à N.
de Guyenne , Fille naturelle
deCharles ,Duc deGuyenne ,
Fils
GALAN T.:
25
Fils du Roy Charles VII . & de
N. de Chambes de Montſoreau
, Veuve de Loüis d'Amboiſe
, Vicomte de Thoars ; la
ſecondeà Jeanne de la Rochefoucault;
la troiſième àFrançoi
ſe d'Amboiſe , & la derniere à
Anne Chaſtelier. Il laiſſa de
Françoiſe d'Amboiſe René de
Volvire , Baron de Ruffec , qui
deCatherine de Rohan, Dame
du Bois de Roche , de Sainte-
Brice& de Sens , cut Philippe
de Volvire , Baron de Ruffer ,
Capitaine de cinquante hommes
d'armes , Chevalier de
l'Ordre du S. Eſprit , Gouverneur
de Xaintonge , Angoumois
& Aunis , marié avec
Anne deDaillon du Lude. De
ce mariage fortirent Philippes
deVolvireII . du nom,Marquis
deRuffec , & Henry,Vicomte
Decemb. 1690. B
1
26 MERCURE
du Bois de la Roche en Bretagne,
qui a fait branche. Philip..
pes épouſa Americ de Rochechoüart-
Mortemar,& il en eut
Henryde Volvire , mort ſans
avoir eſté marié ; leanne de
Volvire, Abbeſſe de Saint Laurens
de Bourges,& Eleonore de
Volvire , dont je vous parlay
dés l'autre mois. Elle arcu
quatre enfans , ſçavoir Charles
de Laubeſpine , Marquis
de Chasteauneuf ſur Cher ;
Charlote de Laubeſpine , Femme
de Claude Duc de Saint
Simon,Pair de France; Marie-
Anne de Laubeſpine , Veuve
de Louïs de Harlay ,Marquis
de Chanvalon ,& Philippe den
Laubeſpine , Comte de Sagonne,
mort fansenfansde ſa Femme
Catherine Sylvie de Bigny
Aiſnay.Les Armes deRuf
6
GALANT 27
fec font bureléd'or& de gueules ,
que tous les Deſcendans du
mariage d'Hervé , Seigneur
deVolvire & d'Eleonorede
Ruffec ont toujours portées.
YOU 11 яса
L
Je vous envoye un Ouvrage
dont le hazard m'a fair
recouvrer une copie. Je n'en
connois point l'Autear, Com
me il n'y a rien qui contribuë
davantage à foustenis un
eftat que l'eftroite obſerva
tion des Loix vousde naz fans
doute bien aiſe de voir come
ment cette importante mas
tiere eſt traitéass zit ouplaap St
2
L
***A છછછỌ> છછછછછછRRRRRRRRRRRRRRRRRRR
છછછછછછછછછ???????? ????
B
2.8 MERCURE
粉粉粉粉
DISCOURS
-13- છ???? ?? ????????
SUR LA LOY.
うとけいこ
ILOTeſt au corps Politique, ce que la raison est
Tant qu'ellereglefes actions ,tant
qu'elle anime ses mouvemens &
qu'elle guideses démarches ,les paf.
Jions n'ont point de priſefurfowef
prit. Il est également àl'épreuve ,
&contre la douceur des unes , &b
contre la violence des autres ,
ſi quelque fois elles donnent at
teinteàson courage, ce n'est que
pour le mieux affermir , il en est
de mesme de la Loy. Tandis qu'on
Sefoûmetàfes décisions,&qu'onfuit
Ses ordonnances , on goûte avec
plaisir les fruits defon industrie&
GALANT. 29
defes travaux , & fi quelquefois
noussommes troublez dans nos biens
ne nous les afſfeure- t'elle pas davantagepar
l'Arrest qu'elle prononce
en nostre faveur ? La Loyest
donc au corpspolitique ceque lavai.
fon est à l'homme , non seulement
par leurs effets reciproques , mais
auſſi par rapport à leurfin. Quelle
aesté celle que Dieu a enë en doüant
l'homme de raiſon ,ſi ce n'est pour
l'éleverà lafelicité eternelle? De
mesme , la fin que le Princeſepropose
, en donnant des Loix àſes
peuples , c'est de leur procurer une
felicité temporelle. C'est cette Soûmission
, Messieurs de l'homme à la
raison , & du Citoyen à la Loy ,
pourvous rendre heureux , que je
tascheray devous perfuader , &fi
cen'est pas avec toute l'eloquence
que demande un telſujet , cesera
du moins avec le plus defoliditéque
nouspourrons..
B-3
30 MERCURE
La raiſon , cette portion de la
Divinité, a esté laißée à l'homme
aprèssa cheute, nonseulement pour
le distinguer des beſtes , mais afin
qu'il puſt reparer, ens'ysoumettant
entierement , la perte qu'il avoit
faitedefon immortalité, parce qu'il
n'avoit point voulu s'y ſoûmettre
affectant une indépendance injurieuse
àfon Createur, &prejudiciableàſa
posterité. Voila donc la
condition à laquelle Dieu a attaché
le bonheur de l'homme .Auffi éprou
vons nous tous les jours , Meffieurs,
qu'un homme n'est heureux qu'autant
qu'il foûmet ſon eſprit àfa
raison. Heureuse necessité , qu'il
faille que fes actions foient raiſonnables
pour estre justes , mais neceffitè
qui ne contraint pointfaliberté
, quiau contraire n'est veri-.
table liberté que quand elle est con..
formeàsa raisons and
GALANT.
31
Ce queje dis de la raison , ne
puis jepas l'adapterà la Loy , cette
portionde la Royauté; & cela avec
d'autantplus de convenance que le
fondement de la Loy est la raison?
C'est pourquoy si la foumiſſion de
l'homme àsa raiſon fait tout fon
bonheur , laſoumiſſion du Citoyen à
là Loy doit auſſi le rendre heureux ;
&comme cette soûmiſſion d'esprit
àfa raiſon ne bleſſe-point lefranc
arbitre de l'homme , de mesme le
Citoyen n'est pas moins libre quand
il obeit aux Loix. Au contraire, des
qu'ilne s'y Soumes point , ne devient
- t'il pas l'esclave de la lusti
ce&des Loix ? L'oſe avancer plus ,
que l'homme cesse d'eſtre homme ,
dés qu'il ceſſe d'eſtreſoumis àſa rai-
Son, comme le Citoyen ceſſe d'estre
bon Citoyen dés qu'il ceſſe d'estre
Soumis àla Loy. En effet , Messieurs
un homme tiranniséde sa paffion ,
B4
32
MERCURE
& emporté par le torrent de fes
vices , qu'est- ce autre chose qu'un
monstre dans la Morale , comme
c'enseroit un dans la Politique
Siun Sujet se revoltoit contre la
Loy,& dans la nature ,fi un membre
n'estoit pas soumis à fon chef?
Cen'est que dans cette fubordination
des cauſes ſuperieures & inferieures
que le mondeſubſiſte , & ce
nepeut estre nonplus que dans cette
Subordination de laraison àl'efpris,
&de l'esprit à la Loy , que l'homme
, qui est le petit monde , peut
Subsister autrement le monderetour-.
neroit dansson premier cachos , &
l'homme dansſonpremier neant.
Mais afin que noſtre ſoumiſſion
nous rende toujours heureux, il faut
qu'ellefoit continuelle ; car comme
celuy- là neferoit pasjuſte quiferoit
une action de justice ſans en avoir
l'habitude ; de mesme un homme
GALANT.
33
qui soumetroitson espritàSarai
ffoonn.ppaarrintervalle ou par caprice
ne peut pas se dire heureux parce
qu'il n'est pas toujours raisonnable;
nonplus qu'un Citoyen neseroitpas
veritable Citoyen s'il nesesoumettoit
en tout temps aux Loix qui luy
font prefcrites. Loin d'icy cette
vaine maxime que ceux qui ont
L'autoritéfont tant valoir, qu'il
faut que leur volontétienne lieude
raiſon , comme si estant corrompuë
&aveugle , elle pouvoitse paſſer
d'un guidefi neceffairepour en regler
les mouvemens defordonnez ,
commesienfin ellepouvoitfaire au
cune bonne action fans elle , quoy
qu'elle en faſſe de ſi méchantes ,
Loin auſſi cette autre maxime , que
les Loix menacent les Grands Bo
puniſſent les Petits , comme fi les
uns&les autres ne leurestoient pas
également soumis, & que l'autorité
BS
م د
MERCURE
34
du souverain ne fust pas intereßèe
àlesfaire obſerverſans restriction,
exception , ny distinction.
Si la Religion mesme a toujours
Subſiſté, ce n'a esté que par cette
continuelleSoumiſſion de l'esprit de
l'homme àfaraiſon , &desa raifon
àla foy ,& ce deffaut de foumiſſionn'a
i'il pas esté la cause de
tant de Schismes & d'Hereſies qui
ont (i miferablement dechiré l'E--
glife ?Et encoreunepreuveduveritableretour
de nos Freres égare,z
n'est- cepas une veritableSoumiſſion
de leur efprit àleurraiſon&de leur
raisonàlafoy? De mesmefiles Estats
ontfleury , c'estoit à cauſe que les
peuples estoient toujours foumis aux
Loix , &une marque de leur deca .
dancen'a-ce pas estéquandles Loix
ont estéou mepriſées , ouviolées im-
Punement.Icvous enprensàtémoins
Peuplesautrefois les plus illustres&
3
GALANT..
35
les plus puiſſans de la terre. A
quoy attribuer tant de Victoires
quivousrendirentpresque lesMaiſtres
de l'Univers , si ce n'est à la
discipline exacte qui vous faisoit
continuellementsoumettrevos Soldats
aux Loix Militaires,jusquelà
qu'un d'entre- vous eut la cruauté
de faire mourirfon Fils, quoy que
Victorieux , mais qui ne l'avoit efte
que parsa desobeißance aux Loix
tant ils estoient prevenus qu'ilestoit
plus neceſſaire de s'y foumettrepour
conferver ou conquerir des Provinces,
que non pas de vaincre.
Dans la Politique , estiez-vous
moins religieux àvousfoumetreaux
Loix, quoy qu'ellesfuffent&dures
&desang , comme dit Tertullien ??
Mais,Messieurs ,fans allersi loin ,
à quoy attribuer ce prodigieux accroißement
où la Franceſe voit au.
jourd'huy Sousle plus grand de fess
B6
36
MERCVRE
Rois, si ce n'est à une entiere &
continuelle foumiffion de nos eſprits,
aux Loix que laſageſſe de ce Prin.
ce a bien voulu preſcrire? A quoy
attribuer auffices furieuſesſecouſſes
de Ligues , de Seditions & de Guer
resCiviles qui l'ontſiſouvent ébran-.
lée,fi con'est au refus que l'on faifoit
d'obſerverles Loix?Que lefouvenir
de ces temps facheux où
l'autoritéméprisée laviolence exere.
cée, les Loix abolies, ont faitfou .
vent pancher ce florislant Estat
versfaruine , neſerve qu'à mon .
trer la neceffisé desesoumettretoujours
aux Loix , puisquefoninfrac-.
tiona causétantde maux. Si lafin
des Loix est noftre bonheur , nous y
devons tous concourir en nousy fou
mettant, nonseulementparrapport
à nous , mais auſſi par rapport au
Legislateur dont noſtre ſoumiſſion...
fait lagloire.
GALANT. 37
Ace noble caractere vous ingez
bien,Meffiours, que c'est du Roy que
i'entens parler,ſianiourd'huy ie ne
vous entretiens point defon amour
pour ſes Peuples, c'est que les Loix:
font lefeulfuiet de mon discours,&
queson amour estant fans bornes ,,
eſt par consequent sans Loix.
Quy a.t'il donc de plus glorieux,
pourne plus ſuſpendrevôtre
attente&l'effetde nôtreſoumiſſion
àſes Loix , que de voir qu'un Roy
auffi grand parses infortunes, que
parſes Estats, foit venu demander
justice à LOUIS LE GRAND
contre un Prince qui auroit deu être
fenfible aux coups terribles , mais
justes d'un Roy vengeur , s'il eftois
encore ſenſible ou à la nature , ou
àl'honneur; & s'il nese rend pas
tout àfait , ce n'est quepour fervir
de plus d'éclat au triomphe de
LOVIS LE GRAND. Quy a-isl
58 MERCVRE
de plus glorieux que de voir un
Prince qui devroit plutoſt avoir
fuivy fon devoir&son interest .
que la paſſion des autres dont ileft
aujourd'huy la victime , estre bien
toft reduit à venir implorer laclemence
de Louis le Grand , puis
qu'ilnepeut plus laſſer ſes armes
victorieuses , qui se font jour au
travers des Alpes & des Monts.
Pirenées,àtout autre inacceſſibles?
Qu'y a- t'il enfin de plus glorieux
queLouis le Grandforme un Heros
en le nommant pour executer ſes
ordres, qui font, allez , voyez &
vainquez ? Quelle reponse àdes
ordres ſi preſſans , veni , vidi ,
vici ? Si ces paroles executées avec
tant de promptitude vous surprennent
, elles furprirent bien dovan
tage nos Ennemis qui enreffentirent
les prodigieux effets .Le champ
de Bataille dont nous sommes de
GALANT.. 39
meurez les maistres , le nombre des
morts & des prisonniers que nous
avons faits , la quantité des Dra
peauxque nous avons remportez,le
nom de Louisle Grand qui leur
a fait prendre la fuite ,ſont des
marques trop éclatantes pour nese
pas reſſouvenir éternellement de
cette fameuse journée , où ilplus
au Dieu des Armées de benir les
Armes victorieuses de SaMajesté
fur la Sambre. Ce qu'il y a de plus
glorieux , écoutez le. C'est de voir
Louisle Grand ceder la Victoire
avec tout l'honneur qui l'accompagne,
àson incomparable Filsnostre
Dauphin, dont Dieun'a donnéle
Pere à la France , que pour fervir
de modele àſon Fils ,afin de le rem
dre unHeros parfait.
Vous eſtonnez vous , Messieurs,
aprés cela,fi à l'imitation de Louis
leGrand Ses premiers coups d'eſſay
5
40
MERCVRE
fontdes Victoires , &fifur le Rhin
ila arresté, repoussé &renversé
lesprojetsdetoute l'Allemagnedont
les Princesſe tenoientdéja aßcurez
de la Victoire parlegrand nombre
de troupes rassemblées de toutes
parts , Sans fonger que ce jeune
Herosvaut luySeul toute une armée
S'il ne leur a point fait sentirsa
valeur cette Campagne , c'estqu'il
ne les a pointvouluſurprendre,parce
qu'ils ne l'attendoientpoint , &
qu'il a voulu leur donner auffi le
temps d'attirerquelqu'autre Poten--
tat dans leur party , afin qu'estant
tous joints ensemble , ils puiſſent
parleur défaite rehauffer le lustre
defon Triomphe , & l'éclat defa
Victoire
Mr Dagueſſeau , fils de Mr
Dagueſſeau Conſeiller d'Estat ,
d'un tres grand merite , &
d'une tres grande reputation ,,
GALANT.
4
aachepté la troifiéme Charge
d'Avocat General au Parlement.
Il a exercé pendant
huit mois celle d'Avocat du
Roy au Chaſtelet , avec un
applaudiſſement ſi univerfel ,
que ce Corps ne l'en voit fortir
qu'avec chagrin. Quoy
qu'il n'ait pas encore ngrtrois
ans , on ne peut avoirpas
d'érudition , ny ſçavoir plus
à fond tout ce qui regarde
l'employ dont il ſe mefle. Je
ne parle icy qu'aprés le public,
& je nedonnerois pas
sant loüanges à un homme
fi peu avancé en âge , fi ce
que je dis n'eſtoit connu d'une
infinité de gens .
LeMardy 21. du mois paſſé
Feſtede la Preſentation de la
Vierge د
Mademoiselle de
Maupeou,fille de Mr de Mau
42
MERCURE
peou ,Maistre des Comptes ,
prit l'habit en l'Abbaye de
faint Antoine des Champs , où
Madame de Pontchartrain , ſa
Couſinegermaine , aſſiſta. Elle
eſtoit dans l'Abbaye avec Madame
la Preſidente Croiſet , &
pluſieurs autres Dames de
qualité . Mr l'Abbé de Champigny
, nommé à l'Eveſché de
Valence,officia , & Mr l'Abbé
de la Rongere fit la Predi .
cation. L'Aſſemblée eſtoit
nombreuſe , & de perſonnes
diftinguées . Le tout ſe paſſa
avec un ordre digne de la
couduite de Mr de Maupeou
Voicy une nouvelle Lettre
du Berger de Flore , c'eſt à
dire , la ſuite de celles que
vousavez déja veuës , & dont
vousm'avez teſmoigné avoir
receu tant de fatisfaction...
GALANT..
43
4
A LA BELLE
MARTHESIE.
6
NAyant cule Madame qu'une ſeule Inclination
dans la troiſiéme & dans la
quatriéme Societé , où l'on
me fit l'honneur de me recevoir
, je ne vous en écriray
qu'une ſeule Lettre. Cette
troiſiéme Societé fut appellée
L'Empire des Graces
les Galans. Le ruban en eſtoit
gris-de-lin , & laDeviſe , Plutoſt
mourir que de changer. Elle
tenoit du Paſtoral comme la
premiere , & la qualité de
Bergers'y confondant le plus
ſouvent avec celle de Galant,
44
MERCVRE
en prenoit la place. Les Cavaliers
& les Dames ne ſe ſervoient
neanmoins que de
leurs noms de Baptefme , mais
onles déguiſa un peu , pour
leur ofter ce qu'ils auroient
eude trop populaire , & fui.
vant cet uſage , Arthemice fut
le nom de la Belle que j'aimay.
Les commencemens de
noſtre connoiffance eurent
quelque choſe d'aſſez ſingulier
, en voicy l'hiſtoire. Un
demes intimes Amis du voifinage
de Paris , avec qui j'avois
lié partie pour le voyage
d'Allemagne , m'avoit donné
-rendez- vous à une Ville éloi
gnée de quatorze ou quinze
lieuës de chez moy. Comme
j'y allois au jour preſcrir entre
nous , jour de Dimanche ,
&que je n'en eſtois plus qu'à
L
GALANT.
45
une petite demy- lieuë , le
dernier coup del'Office divin
qui ſonnoit dans un Village
où je paſſois , m'obligea de
mettre pied à terre pour l'entendre.
Je vis dans le Temple
unejeune Blondeàteint vermeil
, dont les beaux yeux ,
le grand éclat , da jolie taille ,
&d'autres agrémens relevez
par une robe de damas bleuceleſte
, me la firent preſque
prendre pour l'Ange du San-
Quaire ,tant elle me ſembloit
aimable. La curioſité de ſçavoir
qui elle eſtoit , me donna
envie de dîner avec le Paſteur
pour en apprendre de ſeures!
nouvelles. L'ayant donc joint
apres le Sacrifice ,je l'emmenay
chez mon Hoſte , &'j'enrecous
les éclairciſſemens que
je ſouhaitois. Ils furent fui-
T
46 MERCVRE
vis d'un autre avertiſſement
, Il me dit qu'il devoit
arriver ce jour- là en ce meſ
me lieu une belle Brune , qui
effaçoit de toutes manieres
la belle Blonde , que j'avois
vû l'Aurore , mais qu'il me
ureſtoit à voir le Soleil ; & fur
ge que je luy répondis que
c'eſtoit donc un Soleil en
Eclipſe,puis que celle qu'on
attendoit eſtoit brune , il me
repliqua que ſi je raillois de
fon expreffion je ne raillerois
pas de la choſe exprimée
jela voyois ; que les charmes
de cette Belle n'entendoient
point paillerie,& qu'ils étoient
ſi propres à la faire aimer,qu'à
moins que d'avoir de grands
engagemens ailleurs, on re
ſiſtoit vainement à leur puifer
fance . Il m'en 1 ftienfuitenlei
fis
GALANT.
47
2
portrait , & m'en conta tant
de belles chofes , qu'il m'infpira
une forte envie de la
connoiſtre. Ainſi mes oreil .
les furent pour ainſi dire ,
les premieres brêches par où
l'amour de cette Inconnuë
entra dans mon coeur. Je me
refolus donc de coucher en ce
Village,fi mon Amy n'eſtoits
pas encore arrivé à la Ville,&
je ne fus pas trop fâché de n'en
aprendre point de nouvelles ,
aprés en avoir fait demander
à l'endroit où il devoit loger.
Le Pasteur me mena l'apreſdî- >
née rendre viſite à la belle
Blonde,& à fon Pere,qui étoie
un des Seigneurs du lieth Ce
Gentilhommetres honneſte&
tres preſſant , receut marcivi
lité de bonne grace , & m'engagea
mesme à fouper chez
3
48
MERCVRE
lay , & fur ce qu'il m'aſſura
qu'il me donneroit bonne
compagnie, je jugeay ſans me
tromper , qu'il entendoit parler
de la belle Brune , de ſon
Frere , & de leur Mere , qui
devoient arriver enſemble ,
comme le Paſteur me l'avoit
dit , & cette confideration cut
tout pouvoir far moy. l'eus
doncce foir-là le plaiſir de la
voir , & de manger avec elle ,
& j'apperceus tant de charmes
en toute ſa perſonne , tant de
graces en toutées ſes manieres,
& tant d'eſprit en toutes ſes
paroles, que ce ne fut pas ſans
raiſon que j'ajoûtay dans la
ſuite du temps ces quatreVers :
à beaucoup d'autres que l'amour
m'inſpira pour elle.
10 10
Sans le voir j'aimay ſes appas ,
Mais
GALANT
49
Mais la voyant si belle& fi par
faite,
Que nefis-ie pas ?
Pardon,grands Dieux,ie l'adorag
tout bas:
La ſoirée ſe paſſa à chanter,
à danſer , à jouër à divers petitsjeux
, & à m'inſtruire de
la galanterie des Dames du
pays qui avoient formé la Societé
que j'ay marquée , &
changé le nom de cette belle
Brune en celuy d'Arthenice ,
comme celuy de la belle Blonde
en celuy d'Amire Elles me
dirent enſuite qu'elles vouloient
m'en mettre , me deu
manderent mon nom , le
changerent en celuy d'An
tione , & tefmoignerent de
fouhaiter que mon amyne
vinſt pas fitoſt au rendez
Decemb. 1699 . C
९०
MERCVRE
vous , qu'il l'avoit promis , s'il
pretendoit m'emmener , afin
que je paſſaſſe le Carnaval
avec elles. Il eſtoit du Mardy
ſuivant en huit jours . C'eſtoit
bien du temps , ncantmoins
leur ſouhait fut accompli , &
au delà . Ie vis done les Dames&
les Cavaliers de la So.
cieté;Dames fort jolies , Cavaliers
bienfaits , & j'en fus
receu & regalé. Le plaifir que
je trouvois aupres de toutes
ces galantes perſonnes , fit que
je leur teſmoignay plus d'une
fois la peine que j'aurois
à m'en ſeparer ; & comme
une Veſtale , amie , parente
,& compagne d'Arthenice
que ietraitois de malpetite
Sainte , s'apperçeut dans
une rencontre que ie ne diſois
rien de cette peine à fon ai
GALANT.
mable Coufine , elle me demanda
tout bas ſi elle n'y
avoit pas un peu de part.
Cette demande me ſemblant
debon augure , ic luy répondis
qu'elle en ſeroit bien toſt
éclaircie , & fur cela , prenant
des Tablettes qu'elle tenoit ,
i'y écrivis comme en badinant
ce qui ſuit.gr
Le moyen que ie quitse un obiet
Cat ficharmant ,
'Aqui tant debeautez attirent tant
dhammages ? quer
Ah ! i'en mourray dés le mesme
moment.mobi
Quénepuis.je à fes pieds borner
tous mes voyages
Ie luy rendis enſuite ſes Tablettes
qu'elleleut bien de la
peine àſouſtraire à la curioſité
desDames qui m'avoient veu
C2
MERCVRE
écrire. Arthenice furladernica
re à les demander , & la premiere
à les obtenir, comme
privilegiée,maiselle ne lûtpas
ce qu'elle y trouva ſans redou
bler ſon vermillon , ce quifit
juger qu'elle y avoit intereſt.
Incertain fi ce redoublement
de couleur marquoitde la coles
re ou quelque émotion favorable,
je garday un filenceinquiet
qui fut auſſi obſervé.Arthenice
effaça ce qu'elle avoiriu &
me demanda pourtant fi jem'en
ſouviendrois bien. Ces paroles
auſquelles je donnay une explication
avantageute, diffipsrent
ma crainte , & rappellerent
ma joye , & l'on prefuma
fur tous ces mouvemensqu'il
yavoit du myſtere dansce que
j'avois eſcrit, &de l'intelligence
entre la charmante Brune&
3
GALANT .
53
moy, de forte qu'une de ces
Dames mejugeant amoureux ,
- & mefurant mon amour à la
bonté naturelle d'Arthenice ,
auſſi bien qu'à ſa beauté, fit par
jeuneſçay quel motif , deux
couplets de chanfon qu'elle apprit
à la Societé ;& qui vinrent
bientoſt à mes oreilles ; les voi-
:
4 Si le Berger Antione
Eſtoit Roy de l'Univers ,
Ilpriſeroit moins fon Throne
A
Qu'il n'estimeroitfes fers , 1
Ausfile toug d'Arthenice
A de (i charmans liens ,
Qu'on ne peut fans iniustice
Luy preferer d'autres biens.
Cette declaration publique de
mes ſentimens ne me cauſa pas
C3
54
MERCVRE
peu de ſurpriſe. Les démentir ,
ç'auroiteſté offenſer l'amour
&la Belle. Le parti que je pris
fut de laiſſfer dire , & d'aller
toûjours montrain ;& Arthenice
en uſa de méme quand
elleen fut avertie.Cette Belle
avoit dans l'eſprit beaucoup
dedifcernement &de juſteſſe ,
& vous ſçavez , Madame, que
cefont les fources du bon jugement&
dela bonne conduite ,
auſſi eſtoit-elle bonne douce ,
ſage& honneſte.
La connoiſſance de ces heureuſes
qualitez qui s'augmentoit
enmoy à mesure que je la
voyois , me faiſoit avoir pour
elle , du moins autant d'eſtime
qued'amour ; mais tandis que
je me laiſſois embraſer d'un fi
beau feu , j'appris par une lettre
de mon Amy qu'il avoit eſté
GALANT .
55
bleſſé à la chaſſeparune chute
decheval , & qu'il avoit beſoin
-de ſept ou huit iours de repas
pour la guerifon , aprés quoy
il ne manqueroit pas de me
venir ioindre au rendez - vous,
fi ie voulois l'y attendre. Ce
temps eftant expiré , il m'écrivit
que fon mal eſtoit plus grad
qu'on ne l'avoit cru dans le
commencement , qu'il ne ſçavoit
plus quand il pourroit
monter à cheval, que je l'excufaffe&
le plaigniffe. Je fus
fafché avec raiſon de l'incommodité
de mon Ami , mais je
fus bien aiſe de la rupture de
noſtre voyage. La veuë d'Arthenice
me touchoit plus que
n'auroit fait celle d'une Reine,
&mon eſprit prevenu de ſon
merite , me faiſoit trouver plus
de charmes auprés d'elle , que
C 4
56 MERCURE
1
je n'en aurois tencontré parmy
toutes les belles d'Allemagne.
Le temps vint neanmoins qu'il
fallut me refoudre à la quitter .
Le Gentilhomme chez qui j'avois
ſoupé d'abord , avoit voulu
dés ce temps -là que je priſſe
mon logement chez luy , dans
l'attente de mon amy ; & quelque
raiſon que i'euſſe employée
pour m'en deffendre, ſa civilité
empreſſée l'avoit emporté ſur
ma reſiſtance , ſi bien que n'ayant
plus d'amy à attendre , il
me reſtoit de prendre congé
d'unGentilhomme ſi obligeant
&enſuite de la Societé galante;
mais il arriva un autre évenement
peu attendu . La mere
d'Arthenice dont la conduite
n'eſtoit pas commune ,
me
voyant ſur le point de mon depart
, m'engagea à l'accompaک
$7
GALANT.
gner juſqu'à une Ville éloignée
de fix licuës de celle de
mon rendez vous, où elle avoit
une maiſon meublée & quelques
affaires. Elle me donna
placedans ſon caroſſe auprés de
fa fille , & quand nous fuſmes
arrivez où nous allions , elle .
voulut abſolument que je logeafſe
chez elle , comme j'avois
logé chez le Gentilhomme
ſon ami ; & me retint ,
comme luy , quinze jours entiers
. Je vous laiſſe à penſer ,
Madame , combien ces violences
m'eſtoient douces ,
combien de fois ie repetay en
moy-mefme ces vers que i'avois
appris de monFrere.
Au commcement des amours
Voiràtoutebeure ce qu'on aime
C'est leplaisir le plus douxde nos
jours. د 2
C
$8 MERCVRE
C'estunplaisir extreme.
* Que ne peut - il durer toniours !
Ce qui eſt bien fingulier en
toute cette avanture ,& co
que peut-eſtre vous aurez un
peu de peine à croire , quoy
queveritable , c'eſt qu'aucune
de ces obligeantes Perfonnes
ne sçavoit qui j'eſtois , parce
quemon Amy & moy eſtions.
convenus de nous dire Pari.
fiens , & de voyager inconnus
, & ſuivant cette reſolution
, Javois pris à mon depart
de chez moy , un nom
different de celuy que javois
accoutumé de porter , avec
ordre à un homme qui me
ſuivoit de ne me point appeller
autrement ; & je parfois
fiſouvent de Paris , où j'avois
déia demeuré quelques an
GALANT. 19
nées , & fi peu de tous les
autres lieux , qu'il n'y avoit
pas ſuietde iuger que ie falſe
d'un autre endroit. Avant
neanmoins que de m'éloigner
d'Arthenice , ie me fis connoître
à elle & par fon confeil
, à ſa Mere. Cette Dame
me retint encore quelques
jours après cette connoiſſance
, &m'affura qu'elle ſe rendroit
bientoſt à une Terre
qu'elle avoit à cing lieuës de
chez moy , où elle auroit
bien de la ioye de me revoir ;
& cette douce aſſurance aprés
un procedé obligeant , n'aie
da pas peu à ma confolation ,
lorsqu'il me fallut ſeparer de
fon aimableFille. C
le trouvay à mon retour
dans ma contrée , d'où iс-
crivis ſous mon nom ordinaire
au Gentilhomme qui
C6
60 MERCVRE
m'avoit fi bien receu , qu'il
s'y eſtoit étably une nouvelle
Societé ſous le titre de l'Ordre
des Fidelles . Sa couleur
eſtoit le blen , & ſa Deviſe
Plutoſt mourir que d'estre à deux.
L'heroique y eſtoit meſflé au
Pastoral , & on y avoit élevé
les Dames à la dignité de
Princeſſes ; mais pour contenirles
Cavaliers dans le devoir
, on avoit voulu qu'ils.
gardaſſent le rang de Bergers.
Les uns & les autres n'eurent
pas peu de ſurpriſe de me revoir
ſi toſt , aprés avoir crume
perdrepour long temps. Ils me
receurent à bras ouverts ;&
comme on ſe ſervoit dans la
Societé des noms de Maiſon
avec un peu de déguiſement ,
je fus nommé Eveninde; & Arthenice
qui voulut en eſtre auſſi ,,
GALANT. 6
dés queje luy en eus appris la
nouvelle , dans la Terre où ſa
Mere avoit promis de venir ,
fut appellé Ferubele ; & peu de
temps aprés , qualifiée l'Heroine,
à cauſe de ſa noble taille& de
fes grands airs . Quelques-uns
pourtant l'appellerent fimplement
Plusfide , du nom de cette
jolieTerre;& ce nom eſtant en
faveur auprés d'elle , fut celuy
que j'employay dans la
pluſpart des Billets , des Vers
& des Pieces galantes que je fis
pour luy marquer mon amour
ou mon eſtime .
On convint dans cette So
cieté que chacun travailleroit
à fon propre Portrait , en
Profe ou en Vers, à fon-choixs,
&qu'il exprimeroit ſon exterieur
, ſon humeur , & fa façon
d'aimer, le tout d'un air fimple
62 MERCVRE
mais accompagné de fincerité,
aprés quoy tous les Portraits
feroient propoſez à l'Ordre ,
par forme d'Enigme , pour
éprouver fil'on reconnoiſtroit
les perfonnes qu'ils reprefenteroient
, & que tous ceux qui
auroient cet avantage, ſeroient
mis au Trefor public, & les autres
au rebut, avec commande.
ment à leurs Auteurs d'étudier
à ſe mieux connoistre , &de
fe copier plus fidellement, fous
peine de diſgrace.Il fallut donc
fatisfaire à cette convention ,
& voicy la maniere dont je
m'en acquittay . Mais il faut que
je vous apprenne auparavant
que certains ennemis couverts
voulant décrediter mon amour
auprés de Ferubele ou de Pluſfide,
comme il vous plaira que
je l'appelle , firent courir dans.
la Societé les Vers qui ſuivent.
GALANT. 63
Neprotestezpas tant
Quevous estes constant..
Croyez- nous ,Eveninde,
C'est pour vous un mauvais partys
Deux bons témoins , Clione & Ro-
Selinde ,
Vous en pourroient donner un juste
démenty.
Cemalicieux reproche fut
cauſe que je m'expliquay fur
ma façon d'aimer , avec plus
d'étenduë & de clarté que je
n'euſſe fait. Tout le reſte eſt
del'air ſimple qu'on avoitprefcrit,
:
Le nefuis beau ny laid , blane ny
noir; gras ny maigre;
Grandm petit ; fluerni gros;
D'esprit ni tropdoux ,ni trop aigre,
Desdébanchez, ni des devots
Enjoué,ni mélancolique .
64 MERCURE
Rampant ni vain pointfourd, ni
verilleur ;
Aveugle , ni critique;
Muet , ni grand parleur .
Le ſuis d'humeur à ne chercher
qu'à plaire ,
Secret , difcret , officieux;
Affez perfuafif, affez propre à tout
fair,e
Peu credule, peu curieux ;
• Sensible à la reconnoiſſance ,
Ennemy du mensonge&de la mê
difance ;
Pour les abfens rempli de charité,
Un peu prompt , un peu velontaire
,
Prenant goust àla nouveaute;
Au reste, bon , franc&fincere.
Pour ma façon d'aimer
Elle estflateuse, complaisante ,
Souple , foigneuse infinuante...
GALANT.
65
Et qui prend garde à ne pas alarmer
Le coeur qu'elle veut enflammer.
Elle joint à cette prudence
Beaucoup de fermeté ,
Grand respect, grande patience
Une exacte fidelité ,
Un grand panchantà la perſeve.
rance.
Mais s'il advient que mon amour
Dans le temps du tendre rea
tour ,
Connoiſſe que la Belle
Que iefers fans partage, ait l'efprit
infidelle ,
Etles mesmes bontez pour d'autres
quepour moy
Aprenez ce quefaitalors le petit
drole. i
Se riant de ma bonne foy ,
Il prendſon effort & s'envole ,
F'ay beau le rappeller,ilcherche un
autre employ.
66 MERCURE
17269
Ce n'estpas tout ce qui ſe paſſe ,
Le dédain en secret vient occuper
Sa place ,
Etdans ses interests fçait si bien
m'engager,
Qu'il change tous mes feux en
glace ;
Et mesme forceroit mon coeur de
negliger
La Maîtreffe la plus humaine ,
Avec tous ſes attraits ,fes douceurs
&fes ris ,
Fust- elle auffi belle qu'Helene ,
Et mox,plus heureux que Paris.
le ceſſe ainſi d'aimer l' Amante qui
s'enflame
D'une double & trompeuse
flame ;
Etcomme envain l'on va contre
I'humeur ,
Honnestement,fans fracas , Sans
aigreur
و
GALANT. 67
Sans rien dire qui l'intereſſe,
Dansfon tort ie la laiſſe ;
Et puis, pour fuir l'oiſiveté,
Et fuivre en mesme temps l'Aftre
qui me domine ,
Jem'attacheaussi tôt à quelqu'au
the Beauté,
Vers qui ie trouveque m'encline
L'esprit , la douceur , ou la
mine.
Cen'est pourtantqu'après avoir
congen
D'un plus heureuxfuccez
teuse esperance ,
laflat-
Maisj'ay toûjours efté decen
Et la deceptionàfait mon incon-
Stance.
Prefentement je croy mieux que
iamais
Que l'Ange qui m'enchante auiourd'huyparſes
traits,
68 MERCURE
Scaura bien empécher que j'erre
davantage; 2020
Et qu'àlahontedes objets
Qui n'ont pû megarder',avec tous
leurs attraits ,
Sa conduite modeste &fage
Fixera mon efpritvolage;
Et qu'ainſi ceffant de changer
Je feray hautement connoistre
Que fi ie fus leger ,
On me donnoit Suiet de l'estre.
Voila quel est l'original,
Le réformer,ceferoit une affaires
Si ma fincerité pour luy retourne
enmal,
Je ne veux point tromper ,
Sçaurois que faire.
ie n'y
La Societé n'eut pas plucoſtoüy
la lecture de ce Portrait
que chacun s'écria , c'eſt
Eveninde ; & c'en fut affez
GALANT. 69
pour le faire paffer pour bon ,
& pour faire ordonner qu'il
ſeroit mis au treſor public ;
& en verité il a encore aujourd'huy
tant de mon air & de
mes traits , qu'on peut dire
qu'il n'eſtoitpas flatté.
-Comme c'eſtoit la mode
en de temps- là dans ce payscy
, de ne point ſaluer la fanté
des Dames fans fracas ,je
veux dire , ſans caffer le verre
foſte il de Venise gouedans
tirer le coup de piſtolet , le
grand nombre de verres caffez
pour Ferubele donna occaſion
àune piece galante af
fez bien tournée ,de la façon
d'un Berger de mes amis.
C'eſtoit un compliment en
vers qu'il fuppofoit s'adreſ
for accette Belle de la part
de cinq ou fix Maiſtres de
70
MERCVRE
Verreries , pour la remercier
du grand debit qu'elle leur cauſoit
, où aprés avoir fait mille
voeux pour ſa ſanté qui deur,
eſtoitſi utile, ils témoignoient
fouhaiter que chacune de ſes
Compagnes fuſt auſſi aimable&
auſſi aimée qu'elle , pour s'attirer
d'auſſi frequens fouvenirs
de ſes Amans , avec de pareils
facrifices . On m'a pris la copie
que l'avois de cette piece , &
jevous en dis le ſujet , parce
qu'il me ſemble affez ingenieux
& affez plaiſant.
Mes avantures avec Ferubelecurent
un affezlong cours
tout contribuoitales entrete
nir. Quatre ou cinq lieuës de
diſtance qu'il y avoit entre nos
habitations , ſembloientame
m'éloigner d'elle que pour au
gmenter le defir que j'avois
>
GALANT. 71
d'en approcher; les frequentes
abſences qui interrompoient
le plaiſir que l'avois à lerendre
plus grand ;& uneCampagne
enFlandre, avec deux voyages
àParis ne m'ayant pas empef..
ché de retourner auprés d'elle
avectout l'amour quej'en avois
emporté , elle ſe trouva fi convaincuë
de ma conſtance ,
qu'elle n'eut plus ſujets d'en
douter.Sa Mere me témoignoic
toutes fortes de bontez,me do
noit par tout des loüanges que
je ne meritois pas, me recevoit
avec joye, me regaloit avec une
honneſte abondance , me retes
noit avec empreſſement , &me
faifoit toûjours promettre de
revenir au plutoſt chez elle ,
toutes les fois que la bienſeance
m'obligeoit d'en partir; mais
divers ſentimens intereſſez la
72Σ MERCURE
rendoient ennemie de toute
conclufion , & par ſes delais la
fin de mesavantures arriva lors
qu'on y penſoit le moins. Sa
Fille fut enlevée pendant une
violente maladie où i'eſtois
tombé à Paris dans un troifiéme
voyage ; & qui me tenoit
encore enProvince depuis mon
retour . Cet évenement, Madame
, ne contribua pas à ma
guerifon; comme vous le iugez
bien ; car quel moyen de
fçavoir la perſonne qu'on aime
entre les mains d'un Rival,enfermée
, & comme priſonniere
dans une Citadelle éloignée ,
de Ville Frontiere &Maritime
où il a tout pouvoir, fans prendre
à partie le Ciel & la Terre ?
CeRivalavoirépousé la Blonde
dont je vous ay parlé;& la
mortla luy ayant ravie, il avoit
eu
GALANT.
73
eu recours à ſa Compagne qut
eſtoit alors au mefine lieu où
ie l'avors veuëla premiere fois
pour en reparer avantageuſes
ment la perte , par fa poffeffion
; & fur fon refus il l'avoit
arrachée de la maiſon de
ſa Mere pendant ſon abfence ,
&fait conduire dans l'endroit
que ie viens de vous marquer.
CetteMere courut aprés , ſans
garder de meſures ,& fa courſe
ne retourna qu'à ſa confufion
. Elle fut arreſtée , & le
defir de ravoir ſa liberté luy
coûta ſon conſentement pour
le mariage de ſa Fille. Il y eut
un peu plus de reſiſtance de
la part de cette Belle , mais fa
fermeté ne fut pas de durée ,
& un mois fut à peine écou
lé , qu'elle paſſa desmains de
mon Rival entre ſes bras ,ic
Decemb. 1690 . D
74
MERCVRE
veuxdire qu'elle l'epouſa. La
nouvelle que t'en receus me
cauſa une douleur que vous
pouvez mieux vous imaginer
que ie ne la pourrois depeindre
Tout ce que je vous en puis
dire, c'eſt que dans ce malheur
defolant & fans remede ; elle
me fit prendre la reſolution de
ne plus penſer à aucun engagementqui
tiraſtà conſequence
; ce quei'ay fort obſervé de
puis ce temps-là , & ce que je
tiendraytoute ma vie. Diſpenſez-
moy , Madame , de vous en
rien apprendre davantage , &
épargnez de triſtes reſſouvenirs
à Voſtre , &c.r と
Il n'y a rien de plus eſtimé
queles Fables de Mrde la Foncaine,
& c'eſt avec beaucoup
de juſtice, puis que tout ce qui
a paru de luy en ce genre, peut
GALANT. 75
1
eſtre appellé inimitable. Vous
verrez par la lecture de celle
queie vous envoïe,que malgré
l'excuſe qu'il prend ſur ſon âge
les années n'ont rien diminué
en luy de ce feu d'eſprit qui
luya fait faire tant d'agreables
Ouvrages.
LES COMPAGNONS
DULISSE.
A Menſeigneur le Duc
deBourgogne.
Prince
1
Rince , l'unique objet de tous
Les Immortels appr
Souffrez que mon encens parfume
vos Autels.
Je vous offre un peu tard ces prefens
dema Muse ,
D2
76 MERCVRE
Les ans & mes travaux me ſervi
ront d'excuse.
Mon esprit diminuë , au lieu qu'à
chaque instant
On apperçoit levostre aller en augmentant.
Ilne vapas ,il court ,& semble
avoir des aifles,
Le Heros dontiltient des qualitez
fi belles ,
Dans le métier de Mars brûle d'en
faire autant ;
Ilnetientpas à luy que forçant la
Il
victoire ,
ne marche àpas de Geant
Dansla carrierede la gloire
Quelque Dieu le retient: c'est noftre
Souverain , 200
Lay qu'un mois a rendu maistre&
vainqueur du Rhin .
Cette rapiditéfut alors neceſſaire;
Peut- estre elle feroit aujourd'huy
témeraire,
GALANT.
77
Je m'en,tais;aussi bien les Ris &les
Amours
Ne font pas soupçonnezd'aimer let
longs difcours .
Deces fortes de Dieux vostre Cour
Secompose
Ils nevous quittent point ; ce n'est
pasqu'aprés tout
D'autres Divinitezn'y tiennent le
hausbout,
Le Sens &la Raifony reglent toute
chofe,
Consultez ces derniers sur un fait
où les Greas
Imprudens , & peu circonspects
S'abandonnerentà des charmes
Qui métamorphosoient en Beſtes les
Humains.
Les Compagnons d'uliſſe ,aprés dix
ans d'alarmes ,
Erroient au gré du vent,de leurfort
incertains.
D3
78 MERCVRE
Ils aborderent un rivage
Où la Fille du Dieu du jour ,
Circé,tenoit alorsfa Cour.
Elle leur fit prendre un breuvage
Delicieux ,maisplein d'unfuneste
poison,
D'abord ils perdent la raiſon ,
Quelquemoment après leur corps
&leurvisage
Prennent l'air& les traits d'Ani
maux differens. (phans
Les voila devenus Ours Lyons, Ele-
Les unsfous une masse énorme
Les autressous une autre forme.
Il, en vit de petits , exemplum ,
ut Talpa.
Le ſeulviiffe en échapa.
Ilfceutsedéfierde la liqueur trai
Streffe.
Comme iljoignoit à la ſageſſe
La mine d'un Heros , & le doux
entretien ,
Ilfit tant que l'Enchantereffe
GALAN T. 79
Prit un autre poison peu different
dusien.
UneDeeffe dit tout ce qu'elle a dans
l'ame ,
Celle- cy declara ſaflame ;
Uliſſe eſtoit trop fin pour ne pas
profiter,
D'une pareille conjoncture,
Ilobtint qu'àfes Grecs on rendroit
leurfigure.
Mais la voudront- ils bien , dit la
Nymphe , accepter?
Allezle proposer de ce pas à laTroupe,
Vliffe y court,&dit;l'empoisonneuse
Coupe
Afon remede encor
vous l'offrir.
5& ie viens
Chers Amis voulez-vous hommes
redevenir ?
On vous rend déja la parole.
D4
80 MERCVRE
Le Lyon dit , penfant rugir ,
Je n'ay pas la reſtefifolle.
Moy, renoncer aux dons que jeviens
d'acquerir ?
F'ay griffe & dent,& mets en pieces
qui wi'attaque ,
Jefuis Roy deviendray- je un Citadin
d'Ithaque ?
Tu me rendrois peut-estre encor fim
? ple Soldat ;
Ie ne veux point changer d'estat.
Uliffe du Lyon court à l'ours . Eb
mon Frere ,
Comme te voila fait! je t'ay veufi
joly.
Ab vrayment , nous y voicy
Reprit l'Ours àſa maniere.
Comme me voila fait ? comme doit
estre un Ours .
Qui t'a dit qu'une forme est plus
belle que l'autre ?
GALANT. 8г
Eft.ce à la tienne à juger de la
nostre ?
Ieme rapporte auxyeux d'une Ourfemes
amours.
Te deplais- je ? vat'en suytaroute,
me laiſſe.
Ie vis libre , content ,sans nulſoin
qui me preſſe ,
Et te dis tout net & tout plat ,
Iene veux point changer d'estat.
LePrince Grec,au Loup va proposer
l'affaire.
Illuy dit au hazard d'un ſemblable
refus ,
Gamarade , je ſuis confus
Qu'une belle &jeune Bergere
Conte aux Echos les appetitsglou
tons ,
Qui t'ont fait manger fes Moutons.
Autrefois on t'euſt veu Sauver fa
Bergerie
D5
82 MERCURE
1
Tu menoisune honneste vie..
Quitte ces bois , & redevient,,
Au lieu de Loup , homme debien..
En est- il, ditle Loup?Laiffons cette
matiere.
Tu t'en viens me traittere deBeste
... carnaciere.
Toy quiparles,qu'es- tu ? N'auriezvous
pas fans moy ,
Mangé ces Animaux que plaint
toutle Village ?
Sip'estois homme, par tafoy ?
Aimerois-je moins le carnage ,
Pour un mot quelquefois vous vous
étranglez tous.
Nevous estes vous pasl'un àl'autre
des Loups ?
Tout bien confideré , je veſouſtiens
en Somme ,
Quefcelerat pourſcelerat ,
Ilvautmieux estreun Loup qu'un
Homme,
Le neveuxpoint changer d'estat..
20
GALANT.. 83
Uliffe fit à tous unemesmeſemonce,
Chacun d'eux fit mesme réponse,
Autant legrand que le petit.
La liberté, les bois ,fuivre leurappetit,
C'estoit leurs delices fupremes,
Tous renonçoient au lois des belles
actions;
Ils croyoient s'affranchir Suivant
leurs paſſions
Ils estoient esclavesd'eux-mêmes.
Prince , j'aurois voulu vous choisir
un sujet ,
Où je puſſe meſfler leplaisant àl'utile.
C'estoit ſans doute un beau projet
,
Si la chose cult estéfacile.
Les Compagnons d'vliſſe enfin se
font offerts ;
Ils ont force pareils en ce bas uni-
DG
84
>
MERCURE
9 Gens à qui j'impoſe pour peine
Vostre censure vostre haine.
Vous raisonnezlurtout ;les Ris &
les Amours ,
Tiennentsouvent chez vous defolides
discours.
Ie leurveux propoſer bien toſt une
matiere ,
Noble,d'un tres- grand Art conves
nable aux HeroS ,
C'est la louange;ses propos
Sontfaits pour occuper vostre ame
toute entiere.
Vous ferez ſans doute contente
de l'Air nouveau , dont
vous allez lire les paroles. Il
eſt de la compoſition d'un
de nos meilleurs Maiſtres de
Muſique..
GALANT.
85
C
AIR NOUVEAV.
omment ,maraut
coquin ,
comment
Tumefle de l'eau dans mon vin ,
Diſoit un gros Yurogne àfon Valet
Champagne.
Que t'importe fide mon bien
Iefais de ma maison un pais de
Cocagne
Puis qu'il ne t'en coute rien?
En vous parlant dans ma
Lettrede Novembre , des Car-1
tes des Etats de Piedmont & de
Savoye , qui ont eſté donnéesau
Public par le Sr Nolin , je
me fouviens bien queje vous
dis qu'il y avoit ajouſté une
deſcription Hiſtorique&Geo-
؟ graphique. Pour fatisfaire vo
Are curiofité ſur cette deſcrip86
MERCVRE
tion , ie vous diray que dans
celle qui eſt Hiſtorique , on
trouve l'Histoirede l'établiſſementde
la Maiſon de Savoye
dans ſes Etats, & qu'il fait voir
par ordre Genealogique que
depuis ſept cens ans qu'elle a
commencé , elle ne s'eſt aggrandie
qu'autantqu'elle a pris
d'attachement pour la France ,
d'oùl'on peut tirer une conſe .
quence infaillible , qu'elle ne
peut perdre cet attachement
fans courir à ſa ruine. Le ne
m'arraſteray point à vous marquer
les temps differens , où
elles'eſt miſe en poffeffion des
divers Etats qu'elle poſſede, &
fans fuivre le detail que l'Auteur
en fait , j'en prendray ſcu .
lement ce qui regarde la prorection
qu'ontdonnée nos Rois
aux Comtes & Ducs de Savoye
GALANT. 87
Y
pour leur aggrandiſſement.
Dés l'an 1030. Humbert
s'étendit dans le Chablais &
dans le Vallais par l'appuy qu'il
eut de Rodolphe,Roy deBourgogne..
Le mariage d'Oddon qui fut
fait en 1033. avec l'heritiere
Adelaïs de Suze , fic reconnoiſtre
ſa domination au delà des
Monts,& luy donnale titrede
Marquis en Italie , de Suze ,
Seigneur d'Aouſte , & Duc de
Turin. Les Hiſtoriens de Savoye
conviennent que les,
Marquis de Suze tenoient ces
Etats en Fiefde la Couronne
deFrance.
Humbert II. fut le premier
qui prit le titre de Prince de
Piemont. Il nomma fon Fils.
Amé III. Comte de Turin, ſous.
pretexts de la ſucceſſion d'imie
88 MERCURE
lie , Ducheſſe de Turin , Scoeur
d'Adelaïs , ce qui irritantAlix
fa Fille , Reine de France ,
Femme de Loüis le Gros, qu'il
vouloit priver de cette fucceffion
, elle fit entrer une Armée
en Savoye , où elle auroit fait
de grands degafts , fi le Roy
Loüis le Jeune ne l'euſt pas fait
retirer. Il le fit , parce qu'Amé
III. luy faifoit ſa Cour , & ce
Prince l'accompagna enfuite
aux Croiſades: Cet Amé III ..
prit le titre de Comte deBourgogne&
de Lombardie ; fur ce
que la Savoye faiſoit partie de
la Bourgogne ,& Turin de la
Lombardie , & fut le premier
quiemploya le terme , Par la
gracede Dieu.
Boniface fit connoiſtre par
ſa cheute combien il eſt dangereux
de ſe brouiller avec les
GALANT. 89
François , puis qu'il luy en
couta ſes Eſtats , & qu'il mourut
Prifonnier de guerre à
Turinen 1263.pour eſtreentré
dans laLigue que fitMainfroy,
Roy de Naples , contreCharles
d'Anjou .
Il arriva le contraire à Thomas
II. qui ſuivit l'exemple
d'Amé III . en s'attachant à la
France. Saint Loüis luy fit épouſer
l'Heritiere de Flandre
en 1236. & les Aſteſans l'ayant
fait prifonnier de guerre , il
les obligea de le mettre en lie
berté.
Philippe , l'un des Deſcendans
de Thomas III . Fils de
Thomas II. pour eſtre entré
dansles intereſts de Charles de
France,Roy de Sicile, fut marić
avec Iſabelle de Ville-Hardoüin
, Heritierede la Princi१०
MERCVRE
pauté d'Achaïe , & de la Morée.
L'attachement que Louïs ,
Petit- fils de ce Philippe , cut
pourla Maiſon de France , luy
fitobtenir deLouis d'Anjou les
Comtez d'Oleano & de Pefquaire
avec de grands biens
dans le Royaume de Naples , &
lapromeffe du Comté de Vintimille,
parce qu'il s'unit pour
le Roy au Maréchal de Bouci.
cautcontre les Genois .
On ne peutmieux faire voir
combien la bienveillance de la
France a toujours eſté utile aux
Princes de Savoye , que par
l'exemple de Pierre , Frere de
Thomas II. qui eut la Savoye
pour fon partage. Il s'appropria
ceux de ſes autres Freres & de
ſes Soeurs & entre autres de
Beatrix, Mere de la Reine Mar-
2
GALANT.
91
guerite,Femme de Saint Louïs,
&de Beatrix,Femme de Charles
d'Anjou , & parce qu'il s'eſtoit
toujours tenu en intelligence
avec les François , il ne
fut troublé ny pour ſes droits,
ny pour ceux d'Alix, ny mefme
pour d'autresque la Couronne
deFrance avoit acquis.
Amé IV.furnommé le Com
teVerd , par ſon mariage avec
Bonne de Bourbon , qui luy fit
prendre un attachement inviolable
avec la France, trouva
moyen de porter ſa domination
an delà des Monts fans aucun
obstacle , & ſes plus grands Ennemis
, HumbertDauphin , en
donnantle Dauphiné à Philippe
de Valois , & Frederic de
Saluces , en faifant hommage à
Charles V. ne purent jamais.
veniràbout de le brouiller avec
91
MERCURE
ces deux Rois. Il obtint mefme
du Dauphin les Baronnies de
Faucigny & de Gex , par le
Traité de Paris , fait en 1355 .
& ne receut aucun trouble
pour les droits de PhilippeDuc
d'Orleans Fils du RoyPhilippe
de Valois , ſur la Savoye , commeDonataire
de Jeanne de Savoye
, qui avoit épousé Jean
III .Duc de Bretagne .
Amé VII. dit le Rouge ,
s'eſtant emparé en 1388. du
Comté de Nice,de Vintimille ,
de Barcellonette & des heux
voiſins , pendant les brouilleries
de Charles de Duras & de
Louïs d'Anjou ,la Reine Marie
d'Anjou , Comteſſe de Provence
en fit ſes plaintes , &
l'on fufpendit par des treves à
luy en faire raiſon à cauſe de
l'attachement du Comte Rou..
GALANT. 93
:
e
ge à la Cour de Charles VI . de
forte que les Princes de Savoye
ont eu par là toutes fortes d'avantages
.
Amé VIII. qui fut le premier
creé Duc de Savoye en 1416 .
par l'Empereur Sigifmond, n'y
ayant eu auparavant que des
Comtes , obtint d'Odo de Villars
ſes droits fur Geneve , &
ceux d'Humbert de Thoire fur
la Breſſe , à la recommandation
de Jean Fils de France à qui il
s'eſtoit attaché.
Louïs ſon Aifné , Prince de
Piedmont , qui eſt un titre que
les Aînez de la Maiſon de Savoye
onttoûjours porté depuis
Cobtintde Louis de France Dauphin,
la Seigneurie directe de
Faucigny pour ſes pretentions
fur le Valentinois , Diois &
Forcalquier , & fit un accord
94
MERCURE
pour l'hommage que les Marquis
de Saluces firent depuis
auDauphin.En 1452. ſcachant
que le Roy Charles VII . eſtoit
indigné contre luy ,& jugeant
qu'il ne pouvoitéviter la ruine
deſaMaiſon s'il ne l'appaiſoit ,
il courut juſqu'en Foreſt au
devant de ce Monarque , &
pour aſſurance de ſon attachement
, il luy remit ſes
Troupes & fa Perſonne ,
& fit tout ce que Charles
voulut , de forte que le Roy
fit deux mariages. Il donna
Yoland fa Fille à Amé , Fils
du Duc Louïs , & prit Charlote
, Fille de ce Duc, pour ſon
Fils Loüis Dauphin. Le Duc
connoiſſoitſi bien de quelle importance
il luy eſtoit de ſe menager
avec la France,que quoy
que le Dauphin fuſt ſon GenGALANT.
95
dre , il luy refuſa du ſecours
pendant tout le temps qu'il fut
malavec le Roy ſon Pere , &
quand ce meſme Dauphin fut
devenu Roy ſous le nom de
Louis XI . nonobſtant la parenté
&les intereſts de laMaiſon
de Bourgogne,&des autres
Princes du Sang , il ne voulut
point eſtre de la Ligue appellée
du Bien public , dont il avertit
ſon Gendre. Il avoit meſme
tant de déference pour nos
Rois , que Charles VII. ayant
témoigné que le mariage de
ſon ſecond Fils avec Anne
d'Ecoſſe ne luy plaifoit pas , il
la renvoya, ce qui fut cauſe que
Louis épouſa en 1458. Charlote
, Heritiere du Royaume de
Chipre , l'un des plus beaux
ornemens de la Maiſon de
Savoye........
V
96 MERCVRE
,
د
Amé IX. Fils de Louis ,comprenant
que c'étoit avecbeaucoup
de raiſon que le Duc fon
Pere n'avoit jamais voulu ſe
détacher des intereſts de la
France , ſe declara pour Loüis
XI. contre les Princes liguez .
Il en fut recompensé par l'appuy
qu'il en receut auffibien
que ſa Femme & ſes Enfans
contre les Comtes de
Geneve& de Breſſe . Auſſi les
Hiſtoriens Savoyards conviennent-
ils que la Maiſon de
Savoye ſe fuſt trouvée en peril
d'eſtre aneantie dans cette
guerre , fi elle euſt eu une
protection moins puiſſante.
Anne , Fille de ce Duc , fut
dotée par Louis XI . & elle
eut entre autres biens les
Comtez de Rouffillon & de
Cerdagne. On la maria à Frederic
GALANT.
97
deric d'Arragon , qui fut Roy
deNaples .
Philipes I. Succeſſeur d'Amé
, cut pour Curateur le
mefme Louis XI. qui le garantit
des pieges de ſes Parens
& defes Sujets rebelles ,
&qui enfuite fut Tuteur de
Charles en 1482. Ce dernier
ſe menagea fi bien avec le
Roy Charles VIII . que ce
Monarque ne voulut point ſe
declarer contre luy dans les
démeſlez qu'il cut avec les
Marquis de Saluces , quoy que
ceux-cy fuſſent Vaſſaux de la
France. Le Roy fut Parrain
de fon FilsCharles-Iean- Amé,
qu'il laiſſa Pupille. Blanche de
Montferrat , fa Mere , ayant
eſté declarée Regente , s'aflura
toûjours la protection de ce
Monarque , en forte que ſes
Decemb . 1690 . E
28
MERCVRE
Ennemisneluy purent nuire.
Philippe épouſa Marguerite
de Bourbon , & le devouement
entier qu'il eut
pour la France , luy fit obtenir
de Louis XI. le Comté
de Lauragais , quantité de
Terres , de fort groſſes penfions,&
les plus grandes Charges
duRoyaume. Charles VIII.
fon Filsayant conquis le Royaume.
de Naples , luy donna
les Comtez d'Alifio , Terreneuve
, leChaſteau S. Ange ,
&CaftelDragon. Louiſe, Fille
dePhilippe , ayant eſté mariée
au Comte d'Angouleſme
fut Mere de François I. &
Philippe Comte de Genevois,
l'un de ſes Fils , poſſeda de
grandsbiens en France oùil
fit labranche des Ducs de Nemours
.
TYON
VILLE
GALANT.
HEQUE
DEL
J
YON
Philibert II. élevé autés
duRoy Chales VIII. eut
Compagnie de Gens d'Armes ,
&vingtmille écus de penſion
de Louis XII. fur le Milanez
avec d'autres avantages .
Charles III . qui ſucceda à
Philibert mort ſans Enfans ,
eutdes penſions de François
I. qui ne parla point des droits
de Louiſe de Savoye ſa Mere ,
&Soeur aîné edece Duc , tant
qu'il le vîtattaché aux intereſts
dela France , mais fuoſt qu'il
cût fait des brigues avec l'Empereur
Charles- Quint qui on
eſtoit l'ennemi,& qui pour l'attirer
luy donnal'inveſtitor: du
Comté d'At ,&du Marquiſat
de Ceve , François J. Juydemanda
l'heritage de la Mere,&
foumitTurinavecla plus grande
partie de ſes Etats. Ce fut
E 2
100 MERCVRE
une occafion à ceux de Geneve
& de Lauſane , de s'aliener
du Duc , & aux Bernois
, Fribourgeois , Valefans
& autres Suiſſes , de s'emparer
du Chablais . Aprés
avoir tant perdu pour s'eſtre
mis du party de la Maiſon
"d'Auſtriche, il eut le chagrin
de ſe voir debouté par l'Empereur
de ſa pretention ſur le
Montferrat. Il connut par là
que dans les belles promeſſes
qu'on luy avoit faites on n'avoit
eu pour tout but que de le
broüiller avec la France , afin
qu'il fuſt plus aiſé à ruiner la
-Maiſon de Savoye .
Emanuel Philibert connoifſant
que la protection de nos
Rois eſtoit un avantage qu'il
devoit preferer à ceux dont les
Auſtrichiens le flatoient,épou
GALANT. 10F
faen 1559. Marguerite Soeur
du Roy Henry II . quile reſtablit
dans ſes Estats ,à la reſerve
de Turin , Pignerol , Quiers ,
Chivas , & Villeneuve d'Aft ,
qu'il retint juſqu'à la décifion
des droits de Louiſe de Savoye
& autres . Ce Duc pritſi bien
ſon temps , en ſe rangeant da
party de François II . pendant
les Guerres Civiles , que toutes
ces Places luy furent remiſes
hormis Pignerol ; mais le Duc
continua toujours à faire paroiſtre
tantd'attachement pour
la France , qu'ayant eſté voir le
Roy Charles IX. à Lyon , & en
ſuite ayant receu le Roy Henry
III . dans ſes Etats à ſon retour
de Pologne avec tous les
honneurs qu'on luy pouvoit
rendre,il obtint en 1974 Pignerol
,laPerrouſe & Savillan , ce
E3
102 MERCURE
qui obligea l'Eſpagne à luy
rendre Aft & Sant-Ja ; les Bernois
à relacher le Pays de Gex
avectout cequ'ils avoient pris
au délà du Lac de Geneve , &
les Valeſans à luy remettre ce
qu'ils occupoient dans leChablais.
La Maiſon d'Auſtriche ayant
amuſéCharles Emanuel I. qui
eſtoit encore jeune , par des
Declarations del'Empire ſur ſa
preſeance ſur les autres Princes
d'Italie , le pouſſa , pendant
les revolutions de France , à
s'emparer du Marquiſat de
Saluces , & à entrer armé en
Provence, en luy faiſant preſumer
qu'il auroit part au debris
dela Couronne , mais enfin ſe
voyant trompé par les Eſpagnols
, &fes Etats envahis par
les François&les Suiſſes, il fut
GALANT. 103
contraint'en 1601. de ceder à
Henry IV . la Breffe , le Bugey,
Valromey , Gex & le Rhone
pourle ſeul Marquiſat de Saluces
,& renonçant aux Alliances
de la Maiſon d'Auſtriche
qui luy avoient eſté ſi fatales , il
maria Victor Amé ſon Ainé
avec Chriſtine de France , &
Thomas avec Marie de Bourbon.
L'appuy de cetteCouron
ne fut cauſe qu'il s'aggrandit
fur laRiviere deGenes pardes
droits acquis des Carretti , &
qu'il s'étendit dans le Montfertat
malgré l'oppofition des
Eſpagnols. Cependant s'eſtant
encore embarqué imprudemmentavec
eux contre les Gonzagues
de Nevers , protegez
par Louls XIII. il vit ſes Etats
tout de nouveau envahis par
les François & par les Auſtri
E 4
104
MERCVRE
chiens meſmes , qui pour recompenſe
de s'eſtre attaché à
eux , le traiterenten Vaffal. II
fut ſi touché de ce mépris qu'il
en mourut de douleur.
*** Victor Amé voyant les malheurs
qui accabloient ſa Maifon
lors qu'elle estoit mal avec
la Frances, laiſſa regler toutes
choſes au Roy fon Beaufrere, à
qui il ceda ſecretemetPignerol
la Perrouſe avec les rinages ,&
par ce moyen il fut retabli .
Louis XIII. luy fit donner Albe
&l'Albefan , outre Trin & la
partie du mont- ferrat qui eſt
deça le Pô , qu'il luy fit laiſſer
en 1631. par le Traité de Querafque
, & le nomma pour ſon
General . Chriſtine ſa Femme
porta en la Maiſon de Savoye
le titre deMadame Royale , ce
qui fat cauſe qu'il prit celuy
GALANT.
105
!
J
d'Alteſſe Royale , &de Roy de
Chipre. Il commença à fermer
fa Couronne , & eut les honneurs
Royaux dansla Cour de
France .
Charles Emanuel II. n'eut
d'autre protection contre les
Princes fes Oncles qui l'attaquerent
pendant ſa minorité ,
que l'appuy que la France luy
donna. Elleluy fit rendre Verceil
par la Paix des Pirenées »
avec ce que les Elpagnols luy
reſtoient , de forte qu'il ſe trouva
poſſeſſeur paiſible de cinq
Duchez , de trois Principautez
de quatre Marquiſats , de fix
Comtez qui estoient autrefois
des Souverainetez particulieres
, avec deux Archeveſchez ,
onze Eveſchez , plus de quarante
riches Abbayes , mille
Reudataires , cent. Villes fer
ES
106 MERCVRE
1
1
mées , & pluſieurs Places con
fiderables , Chaſteaux & Palais
Ce Prince recommanda tres.
fortement àMadame Royale ,...
Jeanne Baptiste , Princeſſe de
•Nemours ſa Femme,& à Victor
Amé II . ſon fils unique , dene
ſedétacherjamais des intereſtsdela
France. Madame Royale
l'a fait pendant la minorité du
Duc fon Fils , & par là elle a
conſervé ſes Etats en paix au
milieu des guerres entre la
stance & la Maiſon d'Auſtriche.
Aprés la rupture du mariage
de ce jeune Prince avec
l'Infante , Heritiere préſomptivedelaCouronne
de portugal,
qu'elle avoit fait agréer au
Roy , & qui fut rompu par les
mauvais conſeils des Emiſſaires
des Auſtrichiens , qui en
détournerent le Duc , par la
GALANT ..
107
4
:
crainte qu'ils avoientde trou.
verenluy untrop puiſſantvoi.
fin en Italie & en Eſpagne ,elle
procura l'alliance de Made.
moiſelle , que le Roy traita
comme ſa sille ,& qui fut un
gage de l'attachement de la Savoye
avec la France , mais enfin
les Auſtrichiens qui ont
leurs veuës , ont fibien fait par
leurs ſtratagemes ordinaires ,
&parde vaines promeſſes d'ag.
grandiſſement & d'honneurs ,
qu'ils ont precipité ce jeune
Prince dans les malheurs où
nous le voyons ; de ſorte que
fesEstats font en proye, non
feulement à toutes les Nations ,
mais encore aux Heretiques ,
quoy qu'ilen euſt d'abord chaf
fe lesBarbets par le ſecours que
Sa Majesté luy donna.
A
Voilà ,Madame , une par
E6
108 MERCURE
tiede ce qui ſe trouve dans la
Deſcription Hiſtorique des
Cartes du Sr Nolin , dont vous
m'avez demandé l'éclaciffement.
Celle qui eſt Geographique
fait connnoiſtre que par la
Savoye on entend tous les pays
dedeçà les Monts, où l'on parle
François , & par le Piemont ,
ce qui eſt pardelà, cù l'on parle
Italien . On y voitque la Savoye
contient les Duchez de
Savoye , de Genevois , & de
Chablais, les Comtez de Maurienne&
de Tarentaiſe,avecla
Baronnie de Faucigny ; que la
Ville de Chambery eſt Capitale,
non ſeulementdu Duché de
Savoye , mais detous les Etats
en deçà des Monts ; que le
Genevois qui eſt une partie
des anciens Allobroges ,auffibienquele
Duché de Savoye ,,
GALANT.
109
,a
avoit autrefois Geneve pour
Capitale , mais que cette Ville
s'eſtant ſeparée de l'Egliſe
Romaine en 1535. l'Eveſque
&le Chapitre de S. Pierre ,
quieſtoit la Cathedrale , font
leur refidence à Annecy fur
le Lac du meſme nom ? que
le Chablais , Pays des anciens
Antuates , ou Nantuates , a
pour.Capitale la Ville de
Thonon , furle Lac de Geneve;
que la Maurienne eſt un
Paysque les Peuples Garoceli
&les Brannovices ont autrefois
habité ; que la Tarentaiſe
, dont S. Pierre de Mouſtiers
eſt la Capitale , a eſté .
habitée par les Centrons,Peuplesde
la Viennoiſe cinquiéme
, & que le Faucigny eſtoit:
le Pays des Focunates
La meſme deſcription fair
ro MERCVRE
voir que le Piémont comprend
tout cequi eſt au delà
desMonts , c'eſt àdire , la
Principauté de Piémont , qui
aTurin pour ſa Capitale ( elle
l'eſtoit autrefois des Tauriniens
) le Marquiſat de Suze ,
dont la Ville de ce nom eſt
fituée dans le centre des Vallées
, & au bout des deſcentes
du Mont Genevre & du
Mont Cents . ( On tient que
c'eſtoit la Ville principale du
Roy Cottius ; dont les Montagnes
voifines ont pris le
nom de Cotties ) le Marqui
fat d'Yvrée , dont la Jurifdition
s'étend dans le Canavez
le Duché d'Aouſte ,qui
eſtoit la grande route des
Gaules en Italie , dont on voit
encore des Monumens admisables,
& entre autresla MonGALANT.
ragne coupée , entre Donax
Bard , qu'on croit eſtre un
buvrage d'Annibal ; la Seigneurie
de Verceil , dont la
Ville de ce nom a toujours
eſté une Place d'armes-; le
Montferrat Savoyard , dont
Trin eſt la Capitale , le Comtéd'Alt
,qui tire ſon nom de
la Ville Capitale d'Aft ( c'eſtoit
autrefois une Ville des
Liguriens Bagiens , ) le Marquiſat
de Ceve , auprés des
Laughes , Pays où les Terres
font fiefs de l'Empire ; Oneille
avec Marro , Vallée fur
le coſte de Genes , qui eut le
titre de Principauté lors qu'
elle fut donnée pour appanage
à Emanuel Philibert HI
Fils de Charles-Emmanuel L
le Pays de Tende , paſſage
de Piedmont au Comtat de
2 MERCURE
Nice , & le Marquifat de Sa
luces , entre le Dauphiné &
le Piémont , dont on tient
que la Ville de ce noma eſté
baſtie par les Saliens ,
Si on examinoit bien tou-
Les les traverſes où l'on s'expoſe
en aimant , on n'auroit
point affez de courage pour
ſe reſoudre à les eſſuyer; mais
on s'embarque fur l'apparence
d'un ſuccez heureux , &
quand le coeur s'eſt une fois
laiſſé prendre , les remedes
les plus violens ne l'arrachent
point aux impreſſions flateuſes
qui s'y font formées..
Un Cavalier d'un fort grand
merite en a fait l'épreuve
depuis quelque temps. Il
yoyoit avec aſſez d'affiduité
une Dame dont le tour
d'eſprit luy avoit plû.. Elle
GALAN T.
113
}
A
l'avoit vift , delicat & infinuant
, & comme il n'en
manquoit pas , il trouvoit
dans ſa converſation un char.
me engageant qui l'obligeoit
àluy rendre tous les foins qui
peuvent marquer la plus forte
eſtime . Elle fut ſuivie en
peu de temps d'une amitié
fort étroite & la Dame y
répondit avec d'autant plus
de joye , qu'ayant une Filte
de dix ſept à dix huit ans ,
elle ſe flatta de venir à bout
dela faire épouſer au Cavalier.
Il avoit du bien , eſtoit
parfaitement honneſte hom-
د
me , & ce qui plaiſoit en luy
plus que toutes choſes , un
excellent naturel l'avoit dégagé
des airs ridicules que ſe
donnent aujourd'huy la pluſpart
des jeunes gens. Comme
114 MERCVRE
il'aimoit fort la Mere , il cut
pour la fille toutes les honneſtetez
qu'on pouvoit attendre
de ſa complaiſance. Elle
avoit de la beauté ,& fila nature
l'euſt renduë capable de
profiter des leçons qu'on luy
donnoit , elle auroit pû la
faire valoir , & une autre
qu'elle s'en ſeroit ſervie utilement
; mais elle n'avoit
aucun talent pour l'eſprit ,
&rienn'eſtantanimé ny dans
ſes traits , nydans ſa perſonne
, quand on la voyoit , il
n'y avoit que les yeux qui
fuſſent contens. Ainsi la Dame
eut beau ménager le Cava .
lier, elle ne putluy rien mettre
dans le coeur , & ce qui luy
donna le plus de chagrin , c'eſt
que s'eſtant rencontré chez
elle trois on quatre fois dans le
GALANT.
temps qu'une Dame y eſtoit
venue avec une Fille fortaimable
qu'elle avoir , elle s'apperceut
qu'il prenoit plaifir à
l'entretenir ,& trouva dans ſes
regardsje ne ſçay quoy de brillant
qui estoit la marque d'une
pafſion naiſſante. Elle crut d'abord
que la ſeule honneſteté
l'engageoitaux manieres obligeantes
qu'il avoit pour elle,
eſtant difficile à un Cavalier
qui a veu le monde , de ne pas
montrer pour une jolie perſonne
certains ſentimens d'eſtime
empreſſée qui ne ſont ſouvent
que d'unGalanthomme ; & où
lamour n'a aucune part; mais
quand elle eut découvert qu'il
luy rendoit d'affez frequentes
viſites, elle demeura perfuadée
qu'il y avoit du deſſein , puifqu'il
en faiſoitmiſtere, luy qui
116 MERCVRE
n'avoit rien de caché pour elle,
&fur le reproche qu'elle luy en
fit , il luy avoüa de ce ton d'Amant
qui fait encore plus entendre
que l'on ne peut exprimer
, qu'il ne croyoit point
qu'il fuſt un bonheur plus grad
que celuy de ſe faire aimer
d'une perſonne , en qui l'humeur
&l'eſprit répondoient à.
la beauté , & pour qui les Graces
ſembloient avoir épuisé
tout ce qu'elles ontdeplus touchant.
Un épanchement de
coeur fi vif & fi naturel qui
faisoit voir combien il eſtoit
charmé , jetta la Dame dans
un chagrin incroyable. Elle
eſtoit au deſeſpoir de voir qu'-
une autre cuſt gagné en peu de
tems,& peut- être ſans étude ,
ce que ſa Fille avoit inutilement
tâché de s'acquerir pan
GALAN T.
117
tous les ſoins qu'elle luy avoit
fait prendre ,& quoy qu'il y euſt
de l'injustice , elle reſolut dés
ce moment de traverſerde tout
ſon pouvoir les pretentions du
Cavalier. La diffimulationluy
paroiffant neceffairepour réuffir
dans ſon entrepriſe , elle cachaſon
dépit , & prenant un
air tranquille qui dementoit
l'agitation dontſon ame eſtoic
remplie , elle dit au Cavalier 、
qu'elle ne pouvoitdiſconvenir
quela Demoiselle dont il luy
parloit n'euſt tout le merite qui
pouvoit engager un honneſte
homme , mais qu'il devoit
prendre garde à ne ſe pas embarquer
imprudemment ; qu'-
elle avoit un Pere d'une humeur
facheuſe qui pretendoit
que les gens de robe étoient
les ſeuls qui pouvoient faire
118 MERCURE
fortune , & qu'elle craignoit
qu'il n'euſt de la peine à confentirà
marier ſa Filleavec un
homme d'épée , qui loin d'a.
maſſer du bien , ne pouvoitſe
diſpenſerde faire de la dépenſe.
LeCavalier répondit qu'il
n'avoit encore ſongé qu'à ſe
mettre bien dans l'eſprit de la
Mere & de la rille ; que de la
maniere qu'il eſtoit reçû de
l'une& de l'autre,il avoit ſujet
de croire qu'il ne leur déplaiſoit
pas ; que la ville luy marquoitaſſez
d'eſtime pour 'luy
fairepreſumer qu'ilyavoitdans
ſoncoeur , tout ce qu'il pouvoit
y ſouhaitter de diſpofitions
favorables aux ſentimens
qu'il luy vouloit inſpis
rer , & qu'eſtantde leurs intimes
amies il ne doutoit
Point qu'elle n'achevaſt avec
,
GALANT.
119
fuccez ce qu'il avoit aſſez
heureuſement commencé , ſi
elle vouloit entrer dans ſes
intereſts ,& prendre ſur elle
la conduite de l'affaire. La
Dame continua de diſſimuler ,
&crut ne pouvoir parvenir
plus ſeurement à fesfins qu'en
luy promettant de faire ce
qu'il demandoit. Ainſi elle
fe chargea de la declaration
envers la Mere & la Fille , &
la joyé qu'elles luy en témoignerentne
luy laiſſantaucun
lieu de leur donner un confeil
contraire à leurs ſentimens,
elle fecontenta de leur
demander , ſi elles croyoient
que le Pere de la Belle duſt
approuver cet engagement.
La Mereluy avoüa qu'il commençoitaſe
plaindre des vi
120 MERCURE
fites qu'elles recevoient du
Cavalier ,& la pria de vouloir
bien comme d'elle même ,
fonder ſon eſprit ſur ce mariage
,& le menager de telle
forte qu'elle le previnſt favorablement
, La Dame accepta
la commiſſion , & comme elle
oſto cadroite , enluy vantantle
merite & les belles qualitez du
Cavalier , elle luy laiſſoitentrevoir
beaucoup de choſes qui
devoientle détourner de cette
alliance. Il s'emporta comme
elle vouloit qu'il fiſt . & dit que
ſa femme avoitbeau faire, que
le Cavalier n'eſtoit point un
homme qui luy convinſt, qu'il
ſeroit toûjours le Maître , &
qu'il trouveroit bien moyen
d'empecher qu'on empoiſonnaſt
l'eſprit de ſa Fille. La Dame
alla rendre compte de la
conver
GALANT . 121
converſation qu'elle venoitd'avoir
avec luy , & aprés avoir
exageré ſon emportement, elle
ajoûta qu'elle s'eſtoit enfin avi.
ſée de luy parler ſur lemeſme
ton ,& qu'à force de le quereller,
elle l'avoit rendu plus traitable
; qu'ainſi ſi la Mere l'en
croyoit , quand il uſeroit d'autorité
, elle luy laiſſeroit dire
tout cequ'il voudroit ſans s'en
étonner , & ſoutiendroit l'entrepriſe
d'un air reſolu qui affeurement
le mettroit à la raiſon.
La Mere la crut & gaſta
tout. La reſiſtance le fit aller
juſqu'àla fureur; il interdit ſa
maiſon au Cavalier , & commanda
ſi abſolument à tous ſes
valetsdeluy refuſer l'entrée ,
qu'on neput ſe diſpenſerde luy
obeïr. Le Cavalier accablé de
fon malheur, n'y put apporter
Decemb. 1690. F
122 MERCURE
d'autre remede que de conjurer
la Dame chez qui il avoitconnula
Belle , de luy donner du
ſecours dans une occaſion ſi
embaraſſante. Elle feignitd'eſtre
ſenſible à ſon déplaiſir , &
les deux Amans ſe virent trois
ouquatre fois chez elle en preſence
de la Mere , qui fut témoin
de la foy qu'ils ſe donnerent
, & des fermens reciproques
qu'ils ſe firent de ſouſtenir
leur engagement. Le Pereaverty
de ces entreveuës entra dans
une colere qu'il fut impoſſible
d'appaiſer. Il tint la Mere & la
Fille comme priſonnieres , &
ne leur laiſſa la liberté de fortir
que dans la neceffité, & toujours
ſuiviesd'un eſpion quiles
obſervoit. Vne vie ſi dure qu'-
elles menerent pendant quelque
temps , obligea le Cavalier
GALANT.
123
qui en eſtoit cauſe, de prendre
la reſolution de s'éloigner . C'eſtoitl'unique
moyende les tirer
decaptivité,& d'ailleurs il s'affuroit
par là le plaiſir de pouvoir
s'entretenir par Lettres
avec ſa Maiſtreſſe , en attendantque
le temps cuſt apporté
quelque changement à
leurs affaires. Illuy écrivit un
Billet d'adieu fort tendre , &
le laiſſa entre les mains de la
Dame , qui ſe chargea de luy
en faire tenir la réponſe. Il la
receut à Lion , où il alla faire
un ſejour de quelques mois
&les nouvelles aſſurances de
fidelité que la Belle luy donnoit
affez ſouvent , furent
un foulagement ſenſible au
déplaisir de ne la point voir
Dans ce tems là il fit connoif.
fance avec un Gentilhomme
FA
124
MERCVRE
Provençal , que quelque intereſt
à demefler avoit amené
dans la mesme Ville , & qui
eſtoit fur le point de partir
pour Rome. Le Cavalierdevenu
de ſes amis , & toûjours
contraint de s'abſenter , ſe fit
un plaifir de l'accompagner
dans ce voyage. Il l'écrivit à
laDame , & la pria qu'il puſt
trouver de ſes Lettres dans
trois ou quatre Villes , où ils
eſtoient refolus de s'arreſter .
Elle fut exacte à luy répondre
, mais fans lettres de la
Belle qu'elle lay manda
eſtre attaquée d'une fièvre
lente , qui lay oftoit la force
d'écrire. Le Cayalier alarmé
écrivit fur l'heure à l'une &
àl'autre les choſes les plus
touchantes , & quand il fut à
Venise , il receut une autre
,
$
GALANT.
125
Lettre , par laquelle la Dame
luy apprenoit que la Belle
avoiteſté à l'extremité , mais
que ſa jeuneſſe l'ayant ſauvée
fes forces commençoient àla
rétablir ; que fa maladie n'avoit
pointren d'autre 3 cauſe
que les perfecutions de fon
Pere , qui vouloit luy faire
épouſer un homme riche , &
fort touché de ſes charmes ,
& que ne voyant aucun
moyen de ſe diſpenſer de luy
obeir , ſtelle vouloit ſe garantir
de ſes mauvais traitemens
, elle l'avoit priée de le
diſpoſer à la nouvelle de ce
mariage ; qu'auſſi - bien rien
n'eſtant capable de tirer fon
Pere de l'enteſtement où il
eſtoit ,une plus longue conſtance
feroit inutile , & ne
ferviroit qu'à les rendre tous
F5
126 MERCVRE
deux malheureux , puis qu'-
elle ne voyoit aucun jour à
eſperer une meilleure fortune .
Cette nouvelle mit le Cavalier
dans une douleur inconcevable.
Elle parut malgré
luy , & pour eſſayer de l'adoucir
, il conta à ſon Amy
fon engagement avec la Belle
& l'ingratitude dont elle
payoit la plus forte paffion
qu'on euſt jamais euë. Le Provençal
luy dit tout ce qu'il put
de plus conſolant ,& pour le
tirer de ſon chagrin , il luy fit
prendre tous les divertiſſemens
du Carnaval , qui font
toûjoursfort grands à Veniſe.
Ils allerent enfuite à Rome ,
&un mois aprés qu'ils y farent
arrivez , la Dame fit ſçavoir
au Cavalier , non ſeulement
que ſa Maiſtreſſe eſtoit
GALANT.
127
mariée , mais qu'ayant vaincu
l'averſion qu'elle avoit d'abord
montrée pour celuy qui
ladevoit épouſer , elle vivoit
fi contente , qu'il ſembloit
que rien n'approchaft de
fon bonheur. Ce dernier article
le toucha ſenſiblement.
Latendreſſe qu'il gardoit toûjours
pour elle , devoit l'obliger
à ſouhaiter qu'elle fuſt
heureuſe , mais il regardoit
comme un outrage , qu'elle
fe fuſt confolée ſi toſt de ſa
perte ,& il euſt voulu que le
temps feul fuſt venu à bout
de ce changement. Il demeura
plus d'un an à Rome , &
tout ce qu'il y vit de rare &
de curieux , & les plaiſirs meſme
qu'il tâcha d'y prendre
furent incapables d'affoiblir
les impreſſions trop fortes
F4
128 MERCVRE
que cette aimable perſonne
avoit faites ſur ſon coeur. Le
temps où il devoit repaſſer
en France eſtant venu , le Provençal
l'engagea à luy donner
quelques mois pour le
divertir dans ſa Province , où
il luy fit voir tout ce qu'il
avoit & d'Amis & de Parens ,
& entre autres une jeune
Soeur tres-bien faite , demeurée
veuve ſans aucuns enfans
& avec beaucoup de bien. La
connoiſſance qu'elle eut en
fort peu de temps des qualitez
eſtimables qui avoient
rendu le Cavalier fi fort amy
de ſon Frere la fit entrer
dans ſes meſmes ſentimens .
Elle luy voulut du bien , &
les avances qu'elle' luy fit , &
qui l'obligerent à avoir pour
elle de fort grands égards ,
,
GALANT . 129
amenerent inſenſiblement les
choſes au point , qu'il fut aiſé
de s'appercevoir qu'elles finiroient
par le Mariage. Le
Frere favoriſa de tout fon
pouvoir les diſpoſitions où il
vit ſa Scoeur pour fon Amy ,
& le Cavalier à qui il reſtoit
toûjours des ſouvenirs qui
nuifoient à ſon repos , crut
qu'il ne pouvoit mieux faire
pour s'en dégager entierement
, que d'épouſer cette
jolie Veuve. Ainſi l'affaire
ſe fit avec des avantages fort
confiderables pour ſa fortune
& comme il entretenoit toujours
commerce de Lettres
avec ſon Amie ; qui luy écrivoit
de temps en temps , il
luy fit part de cette nouvelle .
La Dame alla auſſi toſt la dine
ala Belle pour qui il avoit
ES
130 MERCVRE
eu tant d'amour , & par la réponſe
elle luy en fit un compliment
de ſa part. Elle luy
mauda en même temps qu'el
le marioit ſa Fille à un Gentil
homme de Province , qui
l'emmenoit à trente lieües de
Paris,àune Terre où elle fere
folvoitd'aller avec eux pour y
demeurer , ce qui pourroit luy
ofter les occafions commodes.
de luy écrire ſouvent. Ce fut
laderniere Lettre qu'il en receut
,& il s'en ſeroit confolé
fans peine , s'il euſt trouvé
dans le mariage la tranquillité
qu'il s'eſtoit promiſe , mais
quoy que ſa Femme fuſt fort
bien faite & aimable de ſa
perſonne ; elle eſtoit d'une
humeur ſi inegale
quefois fi capricieuſe , qu'il
, &quelGALANT
. 134
ne pouvoit s'en accommoder.
Ses défauts luy remettoient
plus vivement dans
l'eſprit les manieres engageantes
de la Belle qui luy avoit
manqué de parole , & il s'en
faiſoit malgré luy un portrait
flatteur , qui entretenant fa
paſſion , le rendit encore plus
malheureux qu'il n'eſtoit avant
qu'il euſt épouséla Veuve.
Il devora fon chagrin
pour ne point donner fujet
de faire des contes , & par
des honneſtetez qui auroient
gagné tout autre eſprit que le
fien , il deroba ce qu'il foufroït
tous les jours , à la connoiſſance
de ceux qui en auroient
pû tirer avantage. Il
veſcut deux ans dans cette
contrainte,& il yauroit veſcu
toute la vie , fi un mal auſſi
F6
132
MERCVRE
violent qu'il fut impreven
n'euſt emporté la Dame en
fix jours . Il fit dans ſa mort
tout ce que doit faire un honneste
homme , & lors qu'il eut
reglé fes affaires avec ſonamy
Heritier en partie de cette
Scoeur , parce qu'elle n'avois
point laiffé d'enfans , il revint à
Paris , après une abſence de
quatre années , fort reſolu de
vivre pour luy , & derenoncer
Atous les engagemens qui lay
pourroient eſtre propoſez...
Quoy qu'il ſentiſt dans ſon
coeur beaucoup de reſtes d'une
paffion mal étoufée , qui pouvoit
ſe reveiller à la veuë de
celle qui luy avoit donné tant
d'amour , le premier deſſein
qu'il fit, fut de la voir au moins
une fois pour luy reprocher ſon
inconſtance . Il n'y avoit que
GALANT.
133
1
:
1
deux jours qu'il eſtoit arrivé ,
lors qu'entrant dans une Egliſe
, il y vit beaucoup de monde
aſſemblé pour le mariage d'une
jeuneDemoiselle , dont il entendit
vanter la beauté & le
merite. Il s'avança par la ſimple.
curioſité de voir fon viſage , &
demeura fort ſurpris , lors qu'il
reconnut l'aimable perſonne
qui avoit eſté toûjours ſi profondement
gravée dans ſon
coeur. Il s'adreſſa à elle auffi- toft
&dans le temps que le Preſtre
alloit commencer la ceremonie
tout hors de luy- mefme , & ne
ſcachant preſque ce qu'il faifoit
, il luy demanda d'un ton
qui fit accourir tous ceux qui
ſe trouverent alors dans l'Egliſe,
s'il eſtoit poſſible qu'au
prejudice de tant de fermens
qu'ils s'eſtoient faits l'un àl'au
1
134
MERCVRE
tre , elle vouluſt renoncer à ce
que ſa foy exigeoit d'elle. La
voix& la veuë du Cavalier la
fraperent tellement , qu'elle ſe
laiſſa tomber ſans aucune connoiſſance
, & tout ce qu'on fit
dans ce moment pour la faire
re venir , ayant eſté inutile , il
fallut la reporter toute évanoüiedans
la maiſon de ſa Mere
au grand déplaifir de fon Amant
, qui ne sçavoitque penferd'un
évenement ſi peu attendu.
Le Cavalier ſuivit ceux
que cet accident attira chez
elle , & faifant reflexion que
parun bonheur extraordinaire
le veuvageles avoit mis l'un &
l'autre en meſme temps dans la
liberté de s'époufer, il ne ſe put
refuſer àde douces efperanees,
qui augmenterentquand il eut
appris que le Pere de la Belle
GALANT. 139
eſtoitmort depuis un an .On ne
fongea d'abord qu'à la retirer
de l'eſtat où elle étoit,& quand
elle fut revenuë à elle , & que
tousles gens ſuſpects eſtant for.
tis, il fut queſtion de ſçavoir
du Cavalier pourquoy il avoit
fait un ſi grand éclat, puisqu'il
eſtoit marié , le noeud de l'intrigue
ſe developafans aucune
peine. Il conta tout ce qui luy
eſtoit arrivé depuis ſon retour
de Rome & mit la Belle dans.
une ſurpriſe extraordinaire, en
buy diſant qu'ilavoit payé bien
cher les deux années de fon
mariage , & que rien n'auroit
pû eſtre aſſez fortpour luy faire
prendre un pareil engagement
fi le deſeſpoir dela ſçavoir mariée
contre la promeſſe que fa
Mere avoitbien voulu qu'elle
luy cuſt faite entermes folem
136 MERCURE
nels , de n'eſtre jamais à d'autre
qu'à luy , ne l'euſt porté à
eſſayer ce cruel moyen de ſe
défaire d'une paffion qui ne luy
laiſſoit aucun repos. La Belle
fort étonnée , luy demanda par
quelle injustice il l'accuſoit
d'avoiroublié cequ'ils s'étoient
reciproquement promis , & le
furprit à ſon tour en l'aſſurant
qu'il la retrouvoit telle qu'il
l'avoit laiſſée , & qu'elle avoit
eu beſoin de beaucoupde tem:s
pour ſerefoudre fut fonexemple
, à donner ſon conſentement
au mariage dont il venoit
d'empecher la conclufion. Ce
qu'elle diſoit eſtant de fait , &
ne pouvant eſtre conteſté , on
vint à un éclairciſſement plus
particulier , qui fit connoiſtre
que tout ce que le Cavalier &
laBelle avoient fouffert parle
GALANT.
137
chagrin de leur inconftance
reciproque , dontils avoienteu
ſujet de ne pas douter , leur
avoiteſté causé par la perfidie
de la Dame leur commune
Amie , qui avoit mis en uſage
toutes fortes d'artifices pour
venir à bout de les deſunir.
Tandis qu'elle écrivoit fauffement
au Cavalier que ſa Mai,
ſtreſſe eſtoit mariée , elle fupprimoit
toutes les Lettres qu'el
le recevoit de luy pour cette
belle Perſonne , à qui elle en
montroitd'autres d'un caractereinconnu,
par leſquelles onluy
apprenoit qu'il eſtoit éperdûment
amoureux d'une Italienne
qui l'occupoit tout entier .
Ces Lettres qu'elle avoit l'adreſſe
de ſuppoſer , eſtoient
diſoit-elle , d'un de ſes Parens
qu'elle avoit à Rome , & elle
138 MERCVRE
faiſoit valoir pour un grand
ſervice auprés de la Belle , le
foin qu'elle prenoit d'empefcher
que ſon coeur ne fuſt la
dupe de la confiance qu'elle
avoit aux proteſtations de fidelité
qu'on luy avoit faites. Cela
joint au filence , du Cavalier,&
à la nouvelle qu'elle cut quelques
mois aprés par plus d'une
voye, qu'il avoit épousé la Provençale,
la fit refoudre àoublier
un ingrat qui avoit manqué à
ſes ſermés avectant de lâcheté.
Le Cavalier apporta dés cejour
meſme toutes les Lettres qu'il
avoit receuës de ſa maladie, du
deſſein qu'elle avoit fait de ne
plus fonger à luy , & enfin de
fon mariage , avec la cruelle
circonstance, qu'elleytrouvoit
unbonheur parfait . Onjugea
par là des juſtes ſujets dedefefGALAN
T. 139
}
poir qu'il avoit eus , & il fut fi
bien juſtifié , que la Belle ne
put s'empêcher de reprendre
tout l'amour qu'elle avoit cu
autrefois pour luy. Cependant
elle s'eſtoitpromiſe à un autre ,
&unContratde mariage ſigné
eſtoitune choſe embarraſſante
Heureuſementelle avoit affaire
à un homme genereux , à
quion fit entendre raiſon.Quoy
qu'il trouvaſt ſa perſonne toute
aimable , il vouloit avoir fon
coeur , & jugeant bien , aprés
qu'on luy eut appris toute l'avanture
, qu'il luy ſeroit im
poſſible d'en bannir leCavalier
il confentit à leur mariage ,
qui fut fait huit jours aprés
avec une égale fatisfaction des
deux parties.
Vous aurez ſans doute entendu
dire que le Roy d'An
140 MERCURE
gleterre , touché de ce qu'on
publie de la ſainteté des Religieux
de la Trappe , qui vivent
dans toute l'auſterité de
leur ancienne Inſtitution , s'eft
fait un plaifir d'aller à cette
Abbaye , pour voir par luymeſme
ce que le ſeul recit
qu'on en fait donne ſujet
d'adimrer. Il y alla accompagné
de Mr le Maréchal de
Bellefond qui a demeuré
longtemps dans cette Maiſon.
C'eſt ce qui adonné licu à Mr
de Chavigny,qui en eſt Abbé,
& qui eſt cauſe que cette étroite
Reforme y eft obfervée
, d'écrire la Lettre que
vous allez lire.
,

1
GALANT. 141
}
A Mr LE MARESCHAL
de Bellefond..
Efuis bienfaché,Monseigneur,de
cceeqquueevvoouussppaarrttiiſtes de laTrappe,
fans que i'cuſſe pû vous entretenir
un moment surle sujet du Roy
d'Angleterre. fefis pour cela tout ce
qui me fut poſſible , mais je ne pus
pas entrouver le temps.Je mourois
d'envie devous dire se que j'avois
remarqué dans ce Prince,ſi digne
durespect& de la veneration des
Gensdebien. Jevous avonë , Mon-
Seigneur, que je luy vis un fond de
pieté&de Religion, qui mefurprit,
un dégagement de toutes les choses
du monde , & une resignation à la
volonté de Dieu , qui ne peut estre
qu'unpur effet de sagrace ,& une
:
442
MERCVRE
impreſſion defon S. Esprit. Il connoist
parfaitement la grandeur&
l'étendue de sa disgrace , quand
il la regarde avec des veuës humaines
; mais le sentiment qu'il
ena, ne luy fert que de matiere
pour offriràDieu un perpetuelfacrifice
, &s'attirerpar là toute la
protection dont il a besoin , dans
une infortune si complete &fi
achevée. On ne sçauroit ne point
voirque ce quifaitfaconfolation ,
c'est qu'ilest persuadé que ce qu'il
perd , il ne l'avoit que pour peu
demomens , qu'il falloit toft ou
tard en souffrir la privation ;
mais que ce qu'il attend est éternel,
puisque le Sauveur luy pré-
Pareune Couronne qui ne connoist
point de changement ,& qui ne
peut luy estre ostée , ny par la
malignité des Demons , ny par
la conſpiration des hommes. J'ay
GALANT.
143
!
admiré la moderation & la retenue
avec laquelle il parle de ſes
Ennemis , ilnefortpas un mot de
Sa bouche quineſoit en cela selon
les regles les plus exactes de la
Morale Chrestienne, la naturen'a
nullepartàcceequ'il en dit , tous les
mouvemens en font arrêtez. C'est
aſſurément ce quin'eſtpoint dans la
puiſſancede l'homme,&on ne peut
douter que Dieu en ce moment ne
Soit entierement le maistre de fon
coeur. Rienn'égale la vivacité de
Safoy,&l'ardeurdefon zele, pour
les interests de l'Eglise , &pour le
Servicede 1. C. &il s'estime heum
reuxdansſon malheur,de ce qu'il
l'ajugé digne de souffrir quelque
chose pour la gloire de son nom. Il
Sçait& reffent que la perfecution
eftle caractere de ceuxqui luy appartiennent.
Nous le viſmes , vous
vous en souvenez, Monseigneur ,
142
MERCURE
s'approcherde la Sainte Tableavec
une pietéqui n'est pas ordinaire. Il
pria Dieu pendant l'Office , & la
grande Meſſe toute entiere ,fans
interruption d'un instant. Il quitta
le drap de pied fur lequel il eſtoit ,
ilsemitfur laderniere marche de
IAutel, & rejetta lecarreau qu'on
luy preſenta. Ily eut dans le meſme
temps une circonstance qui merite
d'eftre remarquée. Comme on luy
donna laſainte Hoftie , le Choeur
chanta ce qu'onappelle la Commu.
nion dela Meffe, qui ne pouvoit
estre plus juste ny plus expreſſe ,
quand elle auroit estéfaite àdeſſein
Confundantur ſuperbi , quia
injuſteiniquitatem fecerunt in
me , ego autem exercebor in
mandatis tuis. Que les fuperbes
foient confondus en punitionde l'injustice
avec laquelle ils m'ont trai.
té, & pour moy , Seigneur ,
ma
confo
GALANT .
143
confolationfera de mesoumettre à
vos ordonnances.
Ce qu'il y a de principal , c'est
que toute cette conduite paroift vifiblement
appuyéefurles veritables
principes , j'entensfur la confiance
dans la bonté de Dieu , &fur une
convictionferme que toutes les cho.
fes qui paſſent ne meritent pas d'eftredefirées
de ceux qui vivent dans
Fefperance des biens qui ne pafferont
jamais. Ilfaut avoüer , Mon-
Seigneur , que l'estat ounous voyons
te Prince infortuné , donne une
grande idée de la vanité de ce qu'il
yaicybasde plus éclatant , & tout
ensemble , de l'immensitéde la mifericorde
de Dieu. On apperçoit le
premier dans l'audace de l'vfurpateur
& dans la cheute impreveuë
de ce grand Roy , dans la revolte de
Ses peuples , & dans la perfidie de
fes Serviteurs , & l'autre dans lan
Decemb. 1690 . G
144
MERCVRE
fermeté avec laquelle il a porté le
poidsd'une disgrace qui l'auroit cent
fois accablé,si la main toute puiſsăte
de Dieune l'avoit garanti de ce
malheur.Heureux celuy qui connoist
l'incertitude des choses humaines ,
mais plus heureux celuy , qui nese
contentepas de laſimpleſpeculation
&qui prendſoin de reglerfes voyes
Sur cette connoissance , dont le bon
usage eſt ſi rare&fi neceſſaire! le
vous puis affurer , Monseigneur ,
que s'il a trouvé quelque confolation
parmi nous , commeil nous l'atémoigné
, il nous a laiſſé une édification
dont nous ne perdrons jamais la
memoire. Aprés le Roy , que Dieu a
gravédans nos coeurs, & tout ce qui
touchefa Perſonnefacrée , ily tiendra
les premieresplaces . Ie dois cela
à tant de grandes qualitez qo'ila
receuës de Dieu , àsa persecution
àfon attachement inflexible à
GALANT.
145
défense de la Foy,le ledois aussi à
toutes les marques qu'il m'a données
d'une bonté dont je n'estoispas digne.
Voilà, Monseigneur , unepartie
de ce que j'avois à vous dire , &
queje n'ay pû m'empêcherde vous
écrirepour ma propresatisfaction .
Ilne me reſte qu'à vous demander
la continuation de l'honneur devos
bonnes graces , & vous protester que
c'est avec toute lafincerité & le
respect poſſible ; que je suis vostre
-tres - humble & tres- obeiſſant Serviteur.
F. ARMAND . JE AN ,
Abbéde la Trappe.
La Trappe eſt une Abbaye
fituée dans le Dioceſe de Sez
au Pays du Perche. Rotrou ,
Comtedu Perche , qui la fonda
en 1140.à l'honneur de la Vierge
, y appella des Religieux de
l'Ordre de Ciſteaux , qu'il tira
G2
146 MERCVRE
du Breuil Saint Benoist , Abbaye
du Dioceſe d'Evreux , &
donna à celle- cy le nomde Noſtre
Dame de la Trappe. Cette
Maiſon a depuis embraſſe l'étroite
Obſervance , que quelques
Monafteres de Bretagne ,
de Normandie , & du Maine
s'eſtoient propoſée de ſuivre
fur les anciens uſages de la plus
auſtere Regle de S. Benoiſt , &
legenre de vie qu'ont choiſi les
Religieux de la Trappe eſt ſi
parfait , qu'on peut dire que ce
ſont pluſtoſt des Anges ſur terre
, que des hommes ſujets aux
meſmes miſeres que nous. Ils
ſont ſans ceſſe occupez de Dieu
& élevez au deſſus de toutes
les foibleſſes de la nature .Tous
lesjours ſe paſſent en travail
en prieres, en lectures & en meditations.
Ces lectures ne ſe
font pointdans leurs cellules ,
,
GALANT .
147
r
mais en commun ſous les Cloiſtres
du coſté où font les bans ,
& cela avec une telle modeſtie,
que chacun trouve dans la contenance
de ſon Frere le modelle&
la regle de la ſienne. Aprés
une courte priere qu'on fait à
genoux pour invoquer le Saint
Eſprit quand on y est arrivé , ſi
c'eſt quelque endroit du nouveau
Testament qu'on choifit
pour lire , on demeure à genoux
, & ademy découvertau
moins , pendant le temps que
lon employe à cette lecture .
Chaque Religieux peut s'affeoir
aprés qu'il a len ce qu'il
vouloit lire pour le repaſſer
dans ſon eſprit , & y faire fes
reflexions , & alors il eſt couvert
. Pour l'ancien Testament;
on n'en lit que les premieres
lignes à genoux , & on ſe cou-
G3
148 MERCVRE
vre toûjours quand on eſt aſſis .
Il n'eſt point permis de ſe promener
dans les Cloiſtres , où
l'on garde un perpetuel filence
fans qu'aucune neceffité puiffe
obliger de le rompre. On n'y
fait meſme aucun ſigne , ſi ce
n'eſt qu'il faille en faire fortir
quelqu'un à qui on a affaire . Si
on y écrit , ce ne doit eſtre que
des choſes ſaintes ,& on ſe ſert
pour cela des pulpitres & des
tables communes . Les Hoſtes
ne ſont jamais conduits à l'Egliſe
par les Cloiſtres , & s'il en
arrive quelqu'un à quion n'en
puiſſe refufer l'entrée à cauſe
de ſa haute qualité , le Portier
fonne quatre ou cinq coups de
la groſſe Cloche , pour donner
avis de ſa venuë,& auſſi toſt les
Religieux quittent les Cloiſtres
pour ſe retirer dans le Chapi
GALANT.
149
tre . C'eſt là qu'ils ſe rendent
pour dire leurs coulpes , ou
pour eſtre proclamez . Dire ſes
coulpes, c'eſt s'accufer des fautes
exterieures que l'on à commiſes
, contre la Regle, les couſtumes
de la Maiſon , & les reglemens
particuliers du Supe .
rieur. Ceux à qui il ordonne de
venir les dire , ſe preſentent
devant luy , & fe tiennent
proſternez juſqu'à l'ordre qu'il
leurdonne de ſe relever.ll commence
par les plus anciens , &
les jours ſuivans il continuë les
coulpes où elles ſontdemeurées
le jour précedent , juſqu'à ce
que tous les Religieux les
ayent dites . En cette action ils
font entierement découverts;
ils ont les bras abaiſſez
doivent parler d'un ton affez
haut pour eſtre entendus de
و
&
G4
150
MERCURE
tous Les Freres ſe proclamens
auſſiles uns les autres , c'eſt- àdire,
découvrent les fautes qu'-
ils ont remarquées dans leurs
Freres,& c'eſt le Superieur qui
regle le nombre de ceux qui
doivent ſe proclamer. Il n'eſt
pas permis de proclamer ſur
des ſoupçons , fur des doutes
ou ſur des rapports ; on ne
doit parler que des fautes que
l'on ſçait pour les avoir veuës.
ou entenduës , & on les expoſe
ſuccinctement & d'une.
mainere ſimple , en la mainere
qu'a parula chofe. Celuy qui
eſt proclamé ſe proſterne à
ſa place ſi- toſt qu'il's'entend
nommer , & demeure en cette
poſture , juſqu'à ce que le
Superieur le faſſe lever. Alors
il vient devant luy , & aprés
une profonde inclination ,
GALANT.
151
il écoute en filence la faute
dont on l'accuſe . Loin qu'il
ſe puiſſe excuſer , quand mefme
il ſe reconnoiſtroit inno .
cent , on regarderoit comme
une faute irremifſible , & qui
meriteroit un tres- rude chaſtiment
, fi par quelque parole
ou par quelque ſigne il
témoignoit dans le Chapitre
qu'il n'euſt pas commis la
faute dont un de ſes Freres l'a
proclamé , & s'il arrive que
quelqu'un s'excuſe , outre la
fevere penitence que luy impoſe
le Superieur , tous les
Religieux ſe proſternent,pour
reparation d'une fi grande
faute ,& pour en donner plus
d'horreur. On ne parle dans
le Chapitre que pour s'accufer
, ou pour proclamer quelqu'un
, ou pour répondre au
G
152
MERCVRE
Superieur. Le meſme Religieux
peut- eſtre proclamé
trois differentes fois en un
mefme jour par trois de fes
Freres , & ce jour là , il ne
peut proclamer ceux dont il
a eſté proclamé. Le Chapitre
des coulpes ſe tient tous les
jours , à l'exception des Dimanches
& des Feſtes qu'ils
appellent de garde. La rigueur
du filence qui interdit ſi abſolument
toute forte de diſcours
entre les Freres , empêche
qu'on ne s'entretienne hors
du Chapitre des fautes que
l'on y a entenduës , ny que
l'on s'en plaigne à ceux qui
les ont fait connoiſtre. D'ailleurs
, l'union qui eſt entre
ces vertueux Solitaires &
la charité ſincere & pure
qu'ils ont ſeule en veüe dans
:
:
GALANT. 153
ces mutuelles accufations , ne
permettent pas qu'aucun des
Religieux faſſe paroiſtre , mé .
me par le moindre ſigne , qu'il
n'eſt pas content qu'on l'ait accuſé
,& fiquelqu'un d'eux eſtoit
tombé dans une faute de cette
nature , il auroit fix jours de
ſuitela Difcipline dans leChapitre.
La nourriture des Religieux
conſiſte en Legumes ,
Racines , Herbes & Laitage
pour les portions de la communauté
. On n'y ſert jamais de
Poiffon , & l'on n'en donnepas
meſme aux infirmes, mais ſeument
des oeufs . Les legumes
qu'on leur fert , ce ſont des
Lentilles ,des Pois , des Feves
& des Aricots . On entend
par les Racines dest
Carrotes , des Betraves , des
Tartoufes & des Navets , a
G6
154
MERCVRE
7
quoy on joint les Citroüilles
Le Laitage , c'eſt de la Boüil-.
lie , & du gruau d'Orge ou
d'Avoine , & les Laituës &.
l'Ofeille en portion , font ce,
qu'ils appellent Herbes . On
ne ſert jamais de Beurre , &
on n'en met point dans les
portions . Le Potage , les Sal-.
lades & le Lait cru paſſent .
pour une portion , & on la
fert toujours le plus fimplement
qu'on peut , chaque
choſe en ſon eſpece. Le pain.
que l'on donne eſt toujours ,
cuit du jour precedent
l'on n'en ſert point de blanc .
Communauté , non pas
mefme aux Hoſtes . Il n'entre :
jamais de vin au Refectoir
ny meſme à l'Infirmerie pour
quelque foibleſſeque ce ſoit ,
fice n'est qu'il fauft neceffaire
à la
و
&
2,
?
1
GALAN T..
15:55
d'en donner un peu par forme.
de remede , dans quelque défaillance
paſſagere . On ufe.
ſeulement de Cidre ou de .
Biere , dont on ne donne jamais
plus d'une chopine , mefure
de Paris , à chaque repas ..
A diſner on peut fervir quelque
peude fruit , excepté les
jours de jeûnes d'Eglife , & les
Vendredis , mais pour du fromage
, on n'en donne jamais
qu'à fouper , avec la falade
& le lait clair , & non pas avec.
de la boüillie ou des herbes ,
cuites . Durant l'Avent , le.
Careſme , les jours de jeu.
nes d'Eglife , & tous les Vendredis
de l'année , à l'excep-.
tion du temps Pafchal &
de la veille de la Penteco ..
ſte , tout eſt au ſel & àl'eau , on.
neſert aucun laitage , & on ne
met pointde laitdans les porti--
و
156
MERCURE
tions . On peut pourtant dõner
dulaitage le premier Dimanche
de l'Avent & aux Quatretemps
de la Pentecoſte, maison
s'en abſtient le Lundy &le Mardy
qui précedent le Mecredy
des Cendres , & on ne ſert point
d'oeufs aux Infirmes dans le
Refectoir , non plus que pendant
tout le Carefme. On ne
fért qu'une portion à diſner
les trois premiers Vendredis
de ce faint temps , & les autres
Vendredis on jeûne au
pain & à l'eau , ſans rien du
tout davantage. Dans le temps
de Paſques , on donne à ſouper
de la boüillie ,
herbes cuites , & quelquefois
de la ſalade ; mais aprés ce
temps juſqu'à l'Exaltation ,
on ne ſert que de la ſalade
ou du lait caillé , ou des beou
des
GALANT. 197
4
traves , ou descardes en falade.
A la Collation , on donne
deux onces de pain les
jours de jeûnes de l'Ordre
&une orceaux jours de jeû
nes d'Eglife , & environ deux
fois à boire , fans fruit , ny
quelque autre choſe que ce
foit. On ne couvre ny ne réchauffe
aucune portion dans
le Refectoir , & on n'y fert
rien d'extraordinaire pour
quélque occafion que cepuiſſe
eſtre , de Profeffion , de premiere
Meffe , ou de quelque
Feſte. Comme on ne ſe ſert'
point de nappes fur les tables ,
chacun étend ſa ſerviette devant
foy . On ne demeure
point dans ſa Cellule hors le
temps de la nuit , fans quelque
neceſſité particuliere ,
comme pour la balayer , &
و
158 MERCURE
ود
femblables choses ,les lectures
fe faiſant dans les Cloſtres
& les prieres dans l'Eglife ..
On gardeun perpetuel falence
au Chaufoir , où l'on ſe
chauffe debout , & jamais le
dos tourné au feu . On n'y
demeure chaque fois qu'autant
que la neceffité le demande
, & on n'y va pas ſouvent.
Le temps de la Conference
eſt pour ces Religieux , ce
que l'on appelle ailleurs ,Tempss
de recreation . Quand chacun
eſt à ſa place , dans le meſme
ordre que l'on eſt au Choeur,le
Superieur faitl'ouverture de la
Conference en avertiſſant celuy
auquel elle eſt demeurée le
jour précedent. En même tems .
ce Religieux rapporte en peu
de mots & avec ſimplicité ce
qui luy a paru de plus édifiant,,
GALANT. 199
1
&de plus capable de porter à
Dieu ſoit dans ſes lectures particulieres
, ſoit dans celles qui
ont eſté faites en public. La
Conference n'eſt jamaisde plus
d'une heure , & le Superieur
eſſayed'y faire parler le plus
grand nombre de Religieux
qu'il peut. On n'admet_jamais.
dans ces Conferences , fous.
quelque pretexte que ce ſoit ,
aucune perſonne de dehors ,
foit Religieux , foit Seculiers..
Quoy que le Spaciment qui'a
eſté étably preſque dans toutes
les Congregations & Obfervances
Monaſtiques pour de
laſſer l'eſpritdes Religieux, ait
efté retranché à ceux de la
Trappe , on ne laiſſe pas quelquefois
de leurs permettre de
fortirtous enſemble pour aller
tenir la Conference dans les
160 MERCVRE
bois Quand cela arrive , ce qui
ne ſe fait tout au plus que quatre
ou cinq fois l'année , ils fortent
au fon de la Cloche du
Chapitre , tous en filence un
livre à la main ,& le Superieur
àla teſte. Ils vont en quelque
endroitdu bois , où ils s'écartent
de cent pas les uns des
autres, hors de la rencontre des
Seculiers , & aprés avoir paffé
dans la folitude environ une
heure & demie , ils ſe raffemblent
au ſignal que donnele'
Superieur , & tiennent leur
conference en la maniere ordinaire.
Ils difent , chacun à fon
tour , ce que l'Esprit de Dieu
leur à pû mettre dans le coeur ,
&le Superieur , avant'enfuite
frapé de la main,ils s'en retournenttous
en filence au Monaſtere.
Ily a trois heures de traa
GALANT. 161
vail tous les jours, une heure &
demie le matin , & autant l'apreſdinée.
Chaque Religieux
s'y employe ſelon l'ordre gu'il
en reçoit du Superieur , foit
dans le jardin, qui eſt le fond
de leur vie , ſoit à faire les lef
fives , curer les étables , & aider
les Converts dans leursOuviages
. On y garde un exact filence
, le Superieur même n'y
parlant que le moins qu'il peut,
& dés qu'on entend la fin du
travail , on quitte tout ,& on
laiſſemeſmeimparfait ce qu'on
avoit commencé , ſi ce n'eſt ,
qu'il fuſt neceſſaire de dégager
quelque outil , de ramaffer
les ordures du lieu ou l'on balayoit
, d'achever de couper du
pain pour les potages , ou de
nettoyer la vaiſſelle. Quandil
- vient quelque hoſte que la cha-
1
162 MERCVRE
rité& la pieté veulent qu'on
reçoive , le Portierlay ouvre
la porte aprés avoirdit Deogratias
, & ſe met à genoux en
s'inclinant profondement devant
luy.Enfuite il dit Benedicite
en ſa preſencepar maniere
de ſalutation ; aprés quoy il le
fait entrer dans une petite Salle
voutée , le priant de vouloir
bien attendre qu'il ait eſté avertir
le P. Abbé de ſon arrivée.
Le P. Abbé ayant receu cet avis
donne ordre à celuy qu'il a deſtiné
pour la reception des
Hoſtes , de l'aller recevoir , ce
qu'il fait en le faluant profondement
, ou ſe mettant à genoux
devant luy , & en fuite if
le conduit à l'Eglife , où il luy
donne de l'eau beniſte , & fe
sient un peu derriere luy dusant
ſa priere. Cela fait , aprés
GALANT. 163
un figne de Croix , il le mene
■ à l'Appartementqu'il doit occuper
, où il luy fait la lecture
dequelque Livre de pieté . Depuis
que le Portier a receu les
Hoſtes à leur entrée , il ne leur
parle plus fans une neceſſité
particuliere , que lors qu'il s'en
vont. On les traite honneſtement
,& proprement, ſans leur
ſervir que les viandes communes
du Refectoir , auſquelles
on ajoûte ſeulement des oeufs
& du beurre. Le Superieur ne
I mange point avec eux , & on
ne parle point à leur table, mais
on y lit quelque Livre de pieté
pendant le repas. Si quelque
Religieux eſt interrogé par
quelqu'un des Hoſtes qui l'ait
rencontré , il luy fait une in-
| clination avec reſpect en baiffant
la veüe , & fe retire ſans le
1
:
164
MERCVRE
regarder ny luy répondre. Voi .
là , Madame , une partie des
Reglemens de l'Abbaye de
Notre- Dame de la Trappe . Je
nedoute point qu'en ſongeant
avec quelle exactitude ees Sts
Religieux les obſervent , vous
n'admiriez les effets incomprehenſibles
de la Grace , quiles
élevantau deſſus de tout ce qui
eſt de la terre , les tient dans
une contemplation continuelle
des choſes du Ciel. Avoüez
que la traquillité dont ils jouïfſent
par le calme que leur donne
le plaifir d'être ſans ceſſe
occupez de Dieu , a des douceurs
que ne gouſtent point les
Grands du monde, & beaucoup
moins ceux qui ont acquis leur
grandeur par des voyes illegit
tumes.
Il ne ſe peut que vous n'ayez
1.
GALANT.
165
- entendu parler de la Harangue
Be
faite par le Preſident de la Tour
Envoyé Extraordinaire du
Duc de Savoye vers le Prince
d'Orange , dans la premiere audience
qu'il eutde ce Prince le
12. du mois paſſé . Elle a furpris
tous les gens de bien. Auffiferoit-
il fort difficile de trouver
une piece ſemblable dans aucune
Hiſtoire , eſtant inoüy
qu'un Prince Chreſtien ait
parlé de la forte à un Ufurpateurqui
n'eſt monté ſur le Trôneque
pour perfecuter la Religion
Catholique dans les Estats
qu'il a envahıs , & où il n'en a
juré la ruine , que parce qu'un
legitime Souverain en laiſſoit
l'exercice libre comme de
toutes les autres Religions ,
Avant que de répondre à tous
les points de cette Harangue ,
,
166 MERCURE
il ſera bon que vous la voyiez
entiere , afin qu'on ne puiffe
m'accuſerd'avoir employé des
termes qu'on n'y trouve pas .
Voicy comment elle a eſté imprimée
en Angleterre & en
Hollande.
Sire, Son Alteffe Royale felicite
Vostre Sacrée Majesté de fon
glorieux avenement à la Couronne
, devë à sa naissance ,
meritée par sa vertu , & sourenuëpar
sa valeur. La Provi
dence't'avoit destinée àvostre tefte
facrée , pour l'accompliſſement de
fes deſſeins eternels , qui après une
longue patiencetendent toujours à
fufciter des Ames choisies ,pourre
primer la violence , &proteger la
auftice. Les merveilleux commencemens
de vostreregnefont des prefages
affeurez des Benedictions que le
Cielprepareà la droiture de vos in
tentions
t
GALANT. 167
tentions , qui n'ont point d'autre
bus que de rendre la premieregrandeur
àce floriſſant Royaume,&
de rompre les chaînes dont l'Europe
estpresqueaccablée. Ce magnanime
deſſein,digne du Heros de nostre
Siecle , remplit d'abord Son Alteffe
Royale d'une joye indicible , mais
Elle fut contrainte de la tenir
refferrée dans le fecret de fon
coeur,&fi Elle a pû la faire éclater
dans lafuite,Elle en a l'obligation
au nom mesme devostre Majesté,
' qui a fait concevoirdes esperances
deliberté aprés tant d'années de
Servitude.
Mes paroles , & le Traité que
j'aysignéàlaHaye avec leMinif
tre de Vostre Majestén'expriment!
quefoiblement la paſſion qu'amon
Maistre de s'unir avec VoffreMa
jesté parun attachement inviolables
àSon Service. L'honneur , Sire,
Decemb.1690. H
168: MERCVRE
qu'ila de vous appartenir,aformé
les noeuds de cetteunion ; le respect.
infiny qu'il a pour Vostre Per
Sonne Sacrée les a ferrez plus
étroitement , & la protection que
vous luy accordez avectant degenerofitéachevera
de les redre indif
Solubles. Cefont lesfentimens (ince
res de San Alteffe Royale,anfquels
ie n'oferois rien mèlerdu mien ; car
quelque ardent quefoit le zele,
quelque profonde quefoit la vene
vation que i'ay pour la gloire deVof
tre Maiesté , ie nesçaurois mieux
m'en expliquer que par un fiten
sede respect &d'admiration.
•Aprés vous avoir fait voir
cediſcours entier , qui a foulevé
tous les veritables Ca
tholiques , j'y répondray par
Articles comme je fis il y
aquelques mois au libelle qui
parut ſous lenomd'une Lettre
GALANT.
169
écriteàSa Sainteté par le Roy
d'Eſpagne.
Sire, Son Alteſſe Royale felicite
Vostre Sacrée Matesté. Je ne dis
rien de te mot Sacrée Majeste.
On ne peut lelire fans en concevoirtoute
l'indignation qu'il
doit faire naiſtre,& je voy que ?
chacunſe repreſente là- deſſus *
tout ce que j'en pourrois
dire.
Defonglorieux avenement àla
Couronne. On pouvoit dire que
cetavenement a efte heuren
qu'il eft l'effet d'une intrigue
bien conduite,&de laprofondeurd'un
eſprit ambitieux,qui
facrifianttoutpour regner
réuſſit plûtoſt qu'ű autre,parce
qu'il employe toutes fortes de
moyens ,&que pourveu qu'
occupeun trône pendant fa vie
ilneſemetpoint en peine ſi ſon
P
H 2
170 MERCURE
entrepriſe ne l'expoſera point
eſtre l'horreur des gens de
bien,& fi la poſterizé nele mettra
pas au rang des criminels ,&
des ufurpateurs dans l'hiſtoire
des Etats meſmes où il aura
regné. Ainſi on ne peut dire
qu'un évenement ſoit glorieux
qu
à celuy qui n'a pu venir
de ſes deſſeins qu'en facrifiant
ſagloire.
4
à bout
:
Devë à sa naiſſance. Il
auroit fallu que ceux qui
avoient droit de ſucceder à la
Couronne avantluy , fuſſent
morts,pour pouvoir dire qu'elle
luy fuſt deuë. Si tous ceux わ
qui peuvent efperer un trône
vouloient s'y placer avant que
les heritiers qui onntt uunn droit
legitime d'y monter l'eufſent
remply , on ne verroit
que des guerres civileess dans
A
1
1.0
GALANT.. 171
:
tous les Etars du monde , &
comme cet exemple eſt pernicieux
, & qu'il regarde tous
les Souverains , tous les Po
tentats devroient ſe liguer
contre un particulier qui
donne de fi dangereux exemples
aux ambitieux qui facrifient
pour regner juſqu'à
leur religion , ſi l'on peut dire
qu'il y en ait dans le coeur
de ceux qui non feulement
font preſts d'embraſſer toutes
celles qui leur font utiles,mais
qui pour le bien de leurs affaires
font profeſſion de trois ou
quatre à la fois .
Meritée par sa vertu. Le
Prince d'Orange à deu rouagirde
s'entendre dire en face
qu'il avoit merité la Couronne
parSavertu;&il auroit eu fujetde
croire qu'un Prince qui
H3
472
MERCVRE
n'auroit pas eſté auſſi embar
qué dans la guerre preſente
que l'eſt le Duc de Savoye , ſe
feroit moequé de luy en le
traittant de vertueux. Ila cu
la politique de ne pas meſme
affecter d'avoir de la vertu ,
parce que les traiſtres , & les
ſcelerats qui ſe ſont donnez à
luy pour trahir leur Souverain
&leur patrie ,n'auroient
pas deu le faire s'ils l'avoient
crû affez honneſte homme
pour eftre capable de quel
que remords ,& de les oregarder
un jour comme des perfides
qui meriteroient d'eſtre
punis. Enfin rien ne choque
plus
plus le ſens commún que l'éloge
dela vertu dans le Prince
d'Orange , & de dire que c'eſt
par là qu'il a merité un trône ,
sú pendant qu'un juſte poſſef
GALANT.
173
** feur le rempliſſoit , perfonne
ne pouvoit monter fans.commettre
tous les crimes neceffaires
pour arracher avec violencecequi
n'eſt pas deu.
Soutenue par sa valeur . Le
Prince d'Orange n'a point
merité la Couronne d'Angleterre
par ſa valeur , & fa
valeur ne la point foutenuë.
Il n'a fait que paſſer la
mer ,& traverſer toute l'Angleterre
juſque à Londres.
S'iln'a pas merité cette Couronne
par fa valeur , cette
valeur pretenduë n'a pas non
plus fervi àle maintenir fur
ce Trôneufurpé , & l'Angle-
-terre a plus fait despertes depuis
qu'il y eſt entré , plusoffuyéd'affronts
, & plus donné
d'argent quelle n'avoit
fait ſous les derniers regnes.
H4
174
MERCVRE
L'Irlande qui luy coute des
-millions ,a veu perir pendant
un hiver des milliers d'hommes
que les maladies ont emportez
, fans qu'ils ayent donné
un coup. Le Prince d'Orange
pour avancer ſes affai
res , y a paffé enfuite , & il
a donné une Bataille qui n'a
eſté ny gagnée , ny perdue
par aucun des deux Partis
mais qui luy a couté bien
plus cher qu'au Roy d'An-
-gleterre , puis qu'ily a perdu
Mr de Schomberg , le Colonel
qui avoit défendu Londondery
,& pluſieurs Officiers
demarque,ce qui mitunetelle
conſternation dans ſes Troupes
, & l'abbatit tellement ,
qu'il demeura dans l'inaction
pendant tout l'Eſté. Cette ind
action alla juſqu'à mettre fort
longtemps toute l'Europe en
GALANT. 17
2
doute s'il vivoit encore. On ne
peutpas affeurerque ſa valeur
triomphoit pendant qu'il n'agiſſoit
pas ,& l'onnepeut dire
que ce Prince s'eſtoit repoſé
pendant tout l'Eſté , pour faire
quelque choſe d'éclatant en
Automne , puis qu'il eut nom
feulementla honte de lever le
Siege de Limeric , où il eſtoit
en perfonne , mais le chagrin
d'y avoir veu perir plus de fix
mille hommes.C'eſt apréscette
perte & cette honte qu'il eſt
retourné en Angleterre,où ſes
Amis firent des feux de joye
pour exciter le People à en
faire , mais ce fut pour marquer
qu'ils ſe réjouiſſoient de
fon retour ; & nonà cauſe de
ſes conqueſtes , puis qu'il n'a
voit pris que des Places onvertes,
& qu'il avoit eſté forcé
HS
176 MERCURE
de lever le Siege qu'il avoitmis
devant deux Places fortes ,
Athelone & limeric. Voilà les
progrés que la valeur du Prince
d'Orange a faits en Irlande,
tant qu'il y a eſté en perſonne..
Ainſi ce n'eſt pas parler juſte
quededire que ſa valeur a foutenu
l'Angleterre , puis que
depuis que ce Prince y a palle,
la gloire de la Nation a efé
cruellementmortifiée.Elle acu
part à ladéfaite de l'Armée de
ſes Alliez à Fleurus dont elle a
partagélahonte à proportio des
Troupes qu'elley avoit. L'affront
que la Nation a receu fur
mer, a eſté beaucoup plus confiderable
. Il n'est pas neceſſaire
d'entrer dans aucun dérail
pour le faire connoiſtre . Le
procés que l'on fait à l'Amiral
d'Angleterre en dit aſſez là
GALANT.
8177
deſſus. Enfinloin que cette valeur
du Prince d'Orange , tant
vantée par l'Envoyé de Savoye
dans ſa harangue, ait donné de
l'éclat à un Royaume ſi floriffant
avant l'ufurpation de ce
Prince , il a perdu tous ſes
avantages. L'Angleterre en
paix ſous le regne de ſes legitimes
Souverains , n'avoit pas
beſoin pour ſe maintenir de
donner d'argent à aucune Nation
; elle en recevoit plûtoſt ,
&fon alliance eſtoit recherchée
avec empreſſement de
tous les Potentats de l'Europe ,
maiselle eſt aujourd'huy contrainte
à lever des ſubſides ,
pour les tenir armez contre la
France. Elle a perdu ſous le
Prince d'Orange juſqu'à la
penſée dont elle ſe latait , de
poſſeder l'Empire de la mer.
H &
178 MERCVRE
Elle a tremblé juſque dans ſon
centre par la crainte qu'elle a
cuë des deſcentes , & l'on ne
parle plus chez elle que d'impoſts,
non pour faire des conqueſtes
, mais pour empêcher
quel'onn'en faſſe ſur elle.Jugez
ſi l'on peut dire aprés cela,que
la valeurdu Prince d'Orange a
foutenu l'ancien éclat de la
Couronned'Angleterre.
La Providence l'avoit destinéeà
Vostre Teste Sacrée pour l'accom
pliſſement de ſes deffeins éternels.
On ne peut dire à un homme
que la Providence l'a choiſy
pour l'accompliffementde ſes
deſſeins éternels , ſans le croi ..
re dans la bonne voye , & il
n'ya qu'un Proteſtantqui puiſ
ſe parler ainſi d'un Proteſtant;
&unCatholique d'un Catholique
, encore feroit-ce aux.
GALANT.
179
uns & aux autres porter la flaterie
au plus haut point,quand
méme on parleroit d'un homme
détaché du monde , &
dont la vie auſtere luy auroin
attiré l'eſtime de toutes les
Nations ; mais rien n'eſt plus.
contraire au bon fens , pour ne
pas me ſervir du mot de ridicule
, que d'entendre dired'un
homme auſſiattaché au monde
que le Prince d'Orange , tout
eequ'on pourroit dire du plus
vertueux , & de voir qu'on le
regarde ſeul fürlaterre comme
l'élû de Dieu pour accomplir
les deſſeins éternels de ſa Providence.
Il y a là dedans de
l'impieté, & une flaterie fi outrée,
qu'elle doit faire rougir ,
&celay qui encenfe , & celuy
qui reçoit l'encens.
Qui aprés une longue patience
1-80 MERCVRE
tendent toûjours àſuſciter desAmes
choisiespour reprimer làviolence&
proteger la justice. Il entend parler
des deſſeins de Dieu , &
comme ceux du Prince d'Orange
ne tendent qu'à s'affermir
dans un Trône uſurpé ,
ainſi qu'à étouffer la Religion
Catholique en Angleterre ,
parce qu'il craint que fon regne
ne ſoit troublé par les Catholiques
, l'Envoyé du Ducde
Savoye ne peut dire ce qu'il
avance, ſans eftre perfuadé que
les deſſeins de Dieu ſont qu'on
détrôneles Rois legitimes , &
qu'on aneantiſſe la Religion
Catholique , ce qui ne peut
eſtre , Dieu ne voulant pas
qu'on attente ſur ſes Oints
quandmeſme ils ſeroient chargez
de crimes. l'ay traité cette
matiere dans mes dix Volumes

GALANT. 185

des affaires du temps..
Les merveilleux commencemens
de vostre Regne font des preſages
aſſurez des benedictions que le Ciel
prepare à la droiture de vos inten .
tions , qui n'ont point d'autre but
que de rendre la premiere grandeur
à cefloriſſant Royaume, &de rompre
les chaines , dont l'Europe est
prefque accablée.
Je vous ay déja parlé des
commencemens du regne du
Prince d'Orange , qui font les
pertes qu'il a faites en Irlande..
en Flandre , & fur Mer. Ccpendant
onpeut dire qu'ily a
quelque choſede merveilleux
dans le commencementde fon
regne , puiſqu'il gouverne arbitrairement
une Nation qui
avoit toujours apprehende te
pouvoir arbitraire , qu'il l'or
blige à voir ſes pertes & fa
182 MERCVRE
honte fans murmurer qu'en
fecret ,& qu'il luy a fait plus
donnerd'argenten deux ans ,
que ſes Rois legitimesn'enont
euen vingt. Voilà ce que l'Envoyé
de Savoye appelle rendre
la premiere grandenr au Royaume
d'Angleterre , qu'il dis
eſtre floriſſant , quoy qu'il le
foit beaucoup moins depuis
l'ufurpation du Prince d'Orange;
qu'il fouffre en fon
commerce , que fon ſang ſe ré
pandede tous coſtez ,& que
fes Finances paſſent les Mers.
Je nedis rien des benedictions
duCiel,& de la droiture des
intentionsde ce meſme Prince
Si l'on juge des benedictions
du Ciel par l'état où ſe trouve
l'Angleterre , &de la droiture
des intentions du Prince d'O
range par ſes actions , on ne
GALANT. 183
trouvera pas beaucoup de verité
dans les paroles de l'Envoyé
de Savoye. Il ditque le
Prince d'Orange n'a point
d'autre but que de rompre les
chaiſnes dont toute l'Europe
eſt preſque accablée. Comme
l'uſage eſt de crier contre la
France ſans ſçavoir ce que
l'on dit, il y a apparence qu'on
veut dire que c'eſt elle qui
a preſque accablé l'Europe
de chaiſnes , & on luy fait
beaucoup d'honneur de publier
qu'en fe défendant con
tre toute l'Europe' , elle ſoit
encore aſſez puiſſante pour la
mettre aux fers . Le dépit
qu'on a de n'y pouvoir mertre
cetteFrance triomphante,
fait dire qu'elle accable l'Eu
ropede chaïfnes , afin de la
rendre odieuſe , & comme fi
184 MERCVRE
ce n'eſtoit pas aſſez que deux
censPuiſſancesliguées contre
une , on fait ce qu'on peut
pour en triompher par les
Ecrits les plus envenímez , ne
pouvant la vaincre parla force
des armes . 2
Ce magnanime deſſein digne
du Heros de nostre fiecle. Ce
diſcours ne ſe dément point ,
& la flaterie s'y trouve par
toutoutréed'une égale force.
Cedeſſein ſimagnanime qu'il
marque eſtre digne d'un Heros
, est un crime déteſtable ,
entierement éloigné du caratere
des Heros , & quand
l'Envoyé de Savoye l'approuveauinom
de fon Maiſtre ,
il fait voir que fon Maiſtre
approuve une ufurpation ,
digne d'eſtre miſe au premier
trang parmy les attentats les
GALANT. 185
:
plus criminels , puis qu'il ne
s'agiſſoit pas ſeulementd'ufurper
untrone ,mais de le ravir
àun Beaupere ,& à un Oncle ,
dont il n'avoit nul ſujet de ſe
plaindre , & à qui il avoit envoyé
faire des proteſtations
d'uneamitié inviolable dans le
temps qu'il cabaloit pour le
detroner. Voilà le caractere
de celuy que l'Envoyé de Savoye
appelle le Heros de nostre
Siecle,& qu'ilmet au deſſusde
tous les Potentats de l'Europe.
Il faut qu'il les eſtime
bien peu s'il croit le Prince
d'Orange le plus honneſte
homme de tous ceux qui ſont
affis fur le Trône.
1
Remplis d'abord Son Alteffe
Royale d'une joye indicible..
C'eſt àdire, que le Duc de Savoye
cut une joye indicible
186 MERCURE
de voir détrôner un Roy le-
-gitime. & Catholique par un
Prince Proteftant.
4 Mais il fur contraint de la
senir reſſerrée dans lefecret de fon
coeur ,& s'il a pûla faire éclater
dans lafuite , il en a l'obligation
au nom mesme de Voštre Maiesté ,
qui afait concevoir des esperances
de liberté aprés tant d'années de
fervitude. Ces paroles & les fuivantes
decouvrentimprudemment
que le Duc de Savoye
-n'a eu deſſein que d'amuser
le Roy ,par milte & mille
paroles qu'il luy a données ,
que lors qu'il affuroit Sa Majeſté
au commencement de
l'Eté dernier , d'une fidelité
inviolable , il y avoit deux
ans qu'il avoit refolu de faire le
contraire , puis que fon En
voyéditpour luy dans l'article
GALANT. 187
que vous venez de lirè , qu'il
n'avoitpû faire éclaterd'abord
ſajoye Le mot de d'abordexplique
ſi clairemét ſes intentions.
& celuy de refferrer marque fi
bien ſes deſſeins cachez ,qu'il
ne faut quelire pour eſtre bien
perfuadé dela verité que l'En-,
voyé de Savoye a voulu faire
connoiſtre au Prince d'Orange
,mais quand il ſe ſeroin efforcé
de la cacher , comme ila
fait , pour ne lamettre publiquement
au jour , que quand
l'occaſion favorables'en ſeroit
offert , on en a eu des preuves
convaincantes depuis quela
guerre eſt commencée,& l'ona
trouvé dix mille mousquets
en divers endroits de ſes E..
tats , auſquels ce Prince faiſoit
travailler ſecrettement
depuis deux ans. Il en fai-
;
188 MERCVRE
foit fournir aux Vaudois qui
avoient repaſſe ſans armes , ce
qui faiſoit croire qu'elles leur
avoient eſté fournies par
Meſſieursde Geneve. Mille
choſes de cette nature qu'on
découvre tous les jours , font
voir qu'il y a long - temps que
tous les Princes Confederez
avoient commencé à ſe liguer
contre le Roy , & qu'on doit
admirer la prudence & la conduite
avec laquelle il a ſceu
detourner tant d'orages , qui
ſe preparoient à éclater de tou.
tes parts.
3.Mes paroles , &le traité que
iny figne à la Haye avec le
Ministre de vostre Maiefté. On
voit par là qu'un Prince Catholique
a figné un Traité
avec un Uforpateur Proteſtant
, qui n'eſt monté ſur le
GALANT. 189
Trône qu'en promettant d'élever
la Religion Proteftante
fur les ruines de laCatholi ..
que , à quoy le Ducde Savoye
contribuë en armant les Vau
dois , en permettant le libre
exercice du Calviniſme dans
fes Etats ,& enfaiſant faire des
Collectespour ceux qui leprofeflent
, juſque dans Thurin.
Prodige nouveau chez un
Princed'Italie , & dans un Etar
ſujet à l'Inquisition !
Mes parolesn'expriment quefoi
blement la paſſion qu'a mon Maiſtre
de s'unirà voſtre Majestépar
un attachement inviolable à fon
Service, lamais Sujet n'a parlé
avee plus de ſoumiſſion à fon
Souverain , & jamais Duc de
Savoye n'eſt ainſi deſcendu de
ſa grandeur.
L'honneur , Sire , qu'il a de vous
1.90 MERCURE
&
appartenir a formé les premiers
noeuds de cette union. Ce mor
d'honneur marque un grand
abaiſſement dans un Duc de
Savoye devantunUfurpateur,
Si le Ducde Savoyes'unitau
Prince d'Orange comme ſon
Parent ,le Prince d'Orange ,
comme Gendre & Neveu du
Royd'Angleterre , devoit s'anir
àluy pour ledéfendre contre
ſes Ennemis , au lieu de ſe
joindre à eux pour l'attaquer.
Le respect infiny qu'il a pour
vostre perſonne ſacrée, les aferrezplus
étroitement , la protection
que vous luy accordez avec tantde
generofité, achevera de les rendre
indiffolubles. Lereſpect infinidu
Duc de Savoye , pour la perſonne
ſacrée du Prince d'Orange
, & la protection qu'il
avouëtenir de lagenerofité de
ce
1
GALANT.
191
cePrince , fontdes termes qui
ne feront jamais reconnoiſtre
la grandeur de la Maiſon de Savoye.
Cependant ce ſont les
ſentimens de SonAlteſſe Royale,
il eſt marquépar ces paroles,
ceJont lesfentimens de Son Alteffe
Royale. Je ne dis rien du reſtes
il eſt de l'Envoyé qui parle en
fon nom , & qui ayant épuisé
tous les termes de ſoumiſſion
pour les dire au nom de fon
Maiſtre , n'en trouve plus qui
marquent avec aſſez de reſpect
combien il eſt luy- meſme dévoüé
au Prince d'Orange,
Tout ce diſcours fait voir
queleDucde Savoye s'eſtant
engagé mal à propos dans la
guerre preſente,& voyantune
partiede ſes Etats perduë , &
l'autre en grand danger de ſe
perdre , s'eſt reſolu à donner
Decemb. 1690. I
192
MERCURE
4
au Prince d'Orange des louanges
excefſives , aux dépens de
ſa fierté, & de la grandeur dela
Maiſon de Savoye , pour en ti
rer tout le ſecours qu'il pourroit
. Il ſe ſert de cette voye ,
parce qu'il ſçait que dans la
fituation où ſontles affaires du
Princed'Orange, on ne le peut
flater d'une maniere plus
agreable , qu'en faiſant voir à
toute la terre qu'on le regarde
comme un Monarque legitime.
Enfin l'Ufurpateur promet
tout à ceux qui conviennent
avec luyd'en uſerde cette forte
afin d'ébloüir par là les Peuples
d'Angleterre , & d'affermir ton
autorité.
Ce qui a déja commencé à
ſe paſſer en Tranfilvaniedepuis
que les Turcs ont repris
Belgrade , a obligé le S. de Fer

ALEXANDER VII
・P
T -MAX CREAT

A1689D
6 - OCT .
NOMINE DEPOSITO
PETRUS INCIPIT ESSE
SEDENDO
OTTOBONUS, TOTO
CORDE SITERGOBONUS
EVENIUNTVENETISVEGETIS
TAMPROSPERAQVÆVIS
ID SATIS IPSERE CENS
PAPALATINEPRO
BAS
1
I.Dolivarfecit.
GALANT.
193
1
1
د
dedonner au public une Carte
nouvelle de cettePrincipauté.
Elle regarde cing Nations
Hongrois , Sicules , Saxons ,
Moldaves , & Valaques , &
elle eſt ſubdiviſée par Quartiers.
C'eſt la plus curieuſe &
la plus correcte qui ait encore
paru de ce Pays là . On y trouve
les diverſes routes que tiennent
les Armées du Prince
Loüis de Bade , & du Comte
Tekeli . Il doit mettre en vente
le mois prochain ſon Theatre
de la Guerre , & ſes Frontieres
de France & d'Italie . Ce font
des Cartes d'une invention
nouvelle , dontje vous entre
tiendray la premiere fois .
Ie vous envoye la Medaille
du Pape Allexandre VIII. Elle
n'a eſté frappéequedepuis fon
Exaltation au Pontificat
I 2
19Le Roy
MERCURE
Le Roy ayant donné l'Abbaye
des Ayes en Dauphiné à
Dame Eſperance de Saint Paul
de Preville , elle en prit pofleffion
le 21.du dernier mois ,jour
de la Preſentation de la Vierge
Cette Abbaye eſt de l'Ordre de
Ciſteaux à deux licües de
Grenoble , & les Dames dont
la Communauté eſt compoſée,
ne ſont pasmoins conſiderables
par leur pietéque par leur naiſ
fance. La nouvelle Abbeffe
dont je vous parle , eſt Petite-
Niece de celle dont elle remplitla
place , & elle avoit tellement
gagné les coeurs de
toutes les Religieuſes de cette
Maiſon par ſa vertu & par mille
belles qualitez qui la rendent
tres- digne d'y comman
der , qu'on ne peut marquer
plus de joye qu'elles ont fait du
GALANT.
195
:
choix de Sa Majesté . Le jour
que ſe fit la ceremonie de ſa
priſe de poſſeſſion , Madame
MoradPrieure la complimenta
àla Grille à la teſte de toute la
Communauté , avant qu'elle
entraſtdans le Monastere , &
enfuite Mrl'Abbé Canel , deputé
pourl'inſtaler ,la conduifit
au Chapitre , & la mit dans
ſa Chaire Abbatiale, oùelle receut
les foumifſions qui luy
estoientdevës . Le foir , tout le
Monastere fut illuminé par les
foins des Religieuſes ,& lelendemain
on chanta folemnellement
une Meffe du SaintEfpris
avec concert & fimphonie.
CetteDameeſt Fille de Meſſire
lean Baptiste de Girard de
SaintPaul , & elle a deux Freres
dans le ſervice , l'un Lieutenant
aux Gardes , & l'autre
I3
196 MERCVRE
Capitaine dans le Regiment
d'Humieres. Iean de Saint
paul , leur Trifayeul eſtoit
Capitaine d'une Compagnie
d'Ordonnance , & futemporté
d'un coup de Canon. Leur Biſayeul
, nommé Balthazar , fut
Colonel d'un Regiment, Gouverneur
de Mezieres , & de
Charleville , & Marechal de
Bataille . Il fut tué devant
Thionville aprés avoir fait
tout cequ'on pouvoit attendre
d'un vaillant homme ſansavoir
voulu recevoirle quartier que
luy offroit picolomini,General
de l'Armée ennemie. François
de SaintPaul leur Ayeul , Co-.
lonel du Regiment de ſon Pere,
& Marechal de Camp , receut
au Siege de Roſe vingt cinq
coup de piques ou d'autres Armes
, en montant à l'aſſaut à la
GALANT...
197
reſte de ſon Regiment , & ne
pouvantplus ſe tenir debout à
cauſede ſes bleffures , il combatit
à genoux l'épée à la main
juſqu'à fon dernier ſoupir.Ce
que je vous dis fait un affez..
bel éloge pourceux de cette
Famille ,& quandles faits par- a
lent, on n'apasbeſoind'y rien
ajoûter.
Mrde Chamilly, Fils de few
Mr de Chamilly , qui s'eſtoit
acquis une ſi haute reputation
dans le monde , & que Mr le
Prince regardoit comme un
des plus habiles dans le métier
de la guerre , vient d'épouſer
Mademoiselle Poncet. Elle est
Fillede Mr Poncet , Preſident
au Grand Conſeil , Fils de Mr
Poncet , Conſeiller d'Estat ,..
illuſtre par beaucoup d'actions
dejustice , qui luy ont fait me
I 4
198 MERCURE
riter une eſtime generale , &
parent de Mr le Chancelier
Seguier. Mademoiselle Poncer
a tout ce qu'il faut pourplaire,
& Mrde Chamilly marche fur
les pas de Mr fon Pere .
On vient de conclurre un
autre mariage , qui fait voir ce
que peut l'amour perfeverant
&la bonté paternelle. Le Roy
enafceu bongré à toutes les
parties , & toute la Cour en
atémoigné une extrême joye..
Cemariage eſt celuy de Mr le
Marquis de Villequier, Fils de
Mr le Duc d'Aumont , avec
Mademoiselle de Pienne. On
ne peut trop dire de bien de
l'un&de l'autre. L'ay parlé de
cequi les regarde dans ma derniere
Relation du Carrousel.
Mr Torf , Gentilhomme-
Ordinaire de la Maiſon du
LYON
GALANT..
یلوو
Roy ,& originaire de Vala
qure', eſt mort au comme
cement de ce mois. Il avoit
eſté élevé Page de feu Mr le
Maréchal de Castelnau , puis
s'eſtart mis dans la Cavalerie
, il eſtoit devenu Capitaine
dans le Regiment de
Crequi. Il a eſté enfuite Exempt
des Gardes du Corps ,
& enfin Gertilhomme Ordinaire.
Cette Charge ayant
vaqué par famort , elle a eſté
donnée à MrRacine , Treforier
de France , celebre par tant
d'excellens Ouvrages que le
Publica vûs de luy ,& par la
fameuse Hiſtoire qu'il referve
pour la poſterité . Il eſt inu.
tile de rien dire d'un hommes
fi connu , dont les louanges
ſont dans la bouche de tout
le monde , &qui au fentimentu
IS
200 MERCVRE
en
des plus critiques , eſt digne
de ſa réputation. Beaucoup en.
ontqui ont fait peu de choſe.
pour la meriter , & d'autres
manquent qui ſeroient
dignes d'une plus heureuſe
deſtinée. Tous les gens de-
Lettres doivent eſtre ravis du
preſent qui vient d'eſtre fait à
Mr. Racine , puis que l'hon--
neur en rejallit en quelque
forte fur eux.
Meffire Antoine de Charry
,Comte des Gouttes , Sei-.
gneur de Maiſon- fort , &Capitaine
d'un Vaiſſeau du Roy ,
mourur à Toulon fur la fin
d'Octobre. Il eſtoit d'une ancienne
Maiſon de Bourbonnois
. & l'un de ceux , qui ,
paſſerent le Détroit avec Mr.
le Comte de Chaſteaurenaud
à la veuë de vingt & un Vaif .
GALANT. 201
t
ſeaux ennemis , qui n'oferent:
les attaquer ,quoy qu'ils ne
fuſſent que oinq , Ils alloient
joindre l'Armée Navale , &
ſe trouverent au Combat
qui fut gagné , contre les
Anglois & Hollandois joints.
enſemble. Le feu Commandeurdes
Gouttes , Capitaine
auffi d'un Vaiffeau du Roy ,
qui mourut de maladie au
mois de Decembre 1688 .
dans le Chaſteau de Moulins ,
eftoit fon Frere. Il laiſſe trois
Garçons de Dame Silvie..
Guillaud dela Motte ſa Femme
, qu'il avoit épousée en
1681. Elleeft Fille de feu Mre
Charles Guillaud de la Mot
te ,Capitaine du Chaſteaude
Moulins , Baron de Boucé
grand Bailly de Caffel , Colonel
du Regiment d'An
1.6
202 MERCVRE
:
guien & Lieutenant general
des Armées de Sa Majesté ,
mort en Catalogne en 1684.
La Terre des Gouttes a eſté
portée dans la Maiſon de
Charry , par Dame Claude
des Gouttes , mariée à Meſſire
Jacques de Charry , Seigneur
de Maiſon -fort , Ayeul du
Comte des Gouttes qui vient
de mourir. Elle estoit Scoeur
du Commandeur des Gouttes
,Grand Prieur d'Auver
gne , & feul Lieutenant general
de l'Armée Navale de
Sa Majesté , qui mourut en
1649 .
Le 12. de ce mois , Meffire:
François de Choiſeul Marquis
de Praſlain , mourut à Praflain
en Champagne , âgé de foixaute
& dix- huitans . Il eſtoit
Lieutenant de Roy en Cham
GALAN T. 203
pagne,Gouverneur de Troyes,
& Maréchal des Camps &
Armées de Sa Majesté. La
Maiſon de Choiſeul , tres.
noble & tres -ancienne , viene
de Raynier I.du Nom , Sr de
Choiſeul , qui vivoit en 1060,
&dont le nom s'eſt conſervé
en pluſieurs chartes .Nicolas de
Choiſculofieur de Praffain ,con ..
nu ſous les Regnes de Loüis
XII. & de François I. laiſſa
Ferry de Choiſeul I. du nom ,
fieur de Praflain & du Pleffy ,
Chevalier de l'Ordre du Roy ,
qui mourut d'une bleſſure à la
bataille de Jarnac en 1569. Il
eut d'Anne deBethune,Vicom
teffe de Chavignon , Charles
de Choiſeul Maréchalde France
, Chevalier des Ordres du
Roy , Capitaine des Gardes de
Henry IV. & Gouverneur de
204 MERCVRE
Xaintonge& du Pays d'Aunix,
&Ferry de Choiſeul II.du nom,
Charles de Choiſeul , Maréchal
de France , épouſa en 1591 .
Claude de Cazıllac , & en cut
François de Choiſeul , dontje
vous apprens la mort. Ferry II..
du nom fit l'autre branche de
cette Maiſon , & ayant épousé
Magdeleine Barthelemy , il en
eut quatre Fils & trois Filles..
Cefar Duc de Choiſeul,Pair &
Maréchal de France, Comtedu
Pleſſy- Praflain , fut l'aifné des
Fils . Il eſtoit Chevalier des Ordres
du Roy, Sur- Intendantde
laMaiſon , & Premier Gentil
homme de laChambre deMonſieur,
& mourut le 23. Decem
bre 1675. Alexandre de Choiſeul
, Comtedu Pleſſy ſon Fils ,
receu en ſurvivance de laChargede
Premier Gentilhomme de
GALANT: 205
la Chambre de Monfieur , fat:
tué d'un coup de canon en 1672.
à la priſe d'Arnhem, laiſſant de
Marie de Bellenave qu'il avoit
épouséen 1659. Cesar Auguſte
de Choiſeul , tué au Siege de
Luxembourg..
Les Dames ſont aujourd'huy
capables de tout , & fila delicateſſe
de leureſprit leur faitproduire
ſans peine des Ouvrages.
tendres &galans,Mademoiselle
Bernard vient de faire voir
qu'elles ſçavent pouffer avec
force les ſentimens heroïques ,
&foutenir noblement le carac
tereRomain . C'eſt elle qui a
faitla Tragedie de Brutus , dont
les repreſentations attirent de
ſi grandes Aſſemblées . Il y a
deux ans qu'elle fit joüer une
autre Piece appellée Laoda
mie , qui couta des larmes , à2
206 MERCVRE
tous les coeurs tendres. Elle
écriten Proſe avec la mefme:
juleſſe qu'elle faiten Vers ,&
il n'y a rien de micux penfé
que les deux Nouvelles qu
elle adonnées au Public , l'une
fous le titre d'Eleonor d'Yurée
&l'autre ſous celuydu Comte
d'Amboise.
Vous avez veu la premiere
partie des Satyres de Juvenal
traduites en Vers par Mr le
Preſident de Silvecane .. La feconde
ſe doit debiter au
commencement du mois prochain
, avec les meſmes Re
marques , dont vous avez eſté
fi contente. Elles font trescurieuſes,
& donnent l'intelli
gence de beaucoup de choſes ,
dont l'uſage eſtoit commun
chez les Anciens. Ce Livre
ſetrouve chez le ſieur Pepie ,
à l'Image S. Bafile , & chez
GALANT.
207
le Sr Guerout , Galerie- neuve
du Palais.
: Vous avertirez ', s'il vous
plaiſt , ceux , de vos Amis que
vous ſçaurez qui travailleront
fur les Sujets propoſez par l'Academie
Françoiſe , pour les
prix qu'elle doit diſtribuer le
25.d'Aouſt de l'année prochaine,
que je me fuis trompé en
vousmandant, qu'il falloitque
leurs Ouvrages fuffent en
voyez avant le premier jour de
May. Il ſuffit qu'ils foient receus
dans la fin de ce meſme
mois de May , c'eſt à dire,.
avant le premierjour de Juin....
Je vous envoye une Lettre
fur les Affaires du Temps.Elle
eſt digned'eſtre veuë , & merite
les reflexions que vous y
ferez.
208 MERCVRE
LETTRE
Du Sr Vander - Boden , au
Sr Embrux , à Hambourg.
Velque chose que vous me
Puiſſezrepresenter ; mon cher
Amy ,fur le peu desatisfaction que
j'aurayà me retirerà Hambourg ,
où la ruine entiere du Commerce ne
Laisse entendre quedes plaintes
des gemiſſemens du malheureux
état où chacun se trouve pendant
cette cruelle guerre , j'aime encore
mieuxm'exposer à tous ce qui vous
Paroist le plusfacheux , que d'estre
icy le témoin oculaire de l'extrava .
zance de ceux qui gouvernent nos
principales Villes , & que je vois
non seulement courir aveuglement
à l'esclavage , mais y entraiſner
encore tous leurs Compatriotes
avecautantde fureur &d'empor
GALANT. 209
rement , que ceux qui les ont préce.
dez depuis l'établiſſement de la
Republique , ont fait paroiſtre de
courage &de fermeté, tant à procurer
la liberté des Provinces, qu'à
lamaintenir contre les attentats
de ceux qui ont voulut ufurperfur
elle une domination absoluë. Je
vous avoue que je nepuis voir d'un
oeilſec & d'un esprit tanquille ,
ces grands préparatifs ces dépenses
exceſſives , qui vont achever d'épuiser
noftre Etat, pour recevoir un
Prince qui ne vient chez nous , que
pour nous mettre les fers aux pieds
& aux mains; car enfin quoy que
le pretexte deſavenue foit d'excizer
ceux de nos Alliez, que les mau
vaisfuccés de la Campagne dernie
re pourroient porter à la Paix , à
continuer une guerre qui caufela
raine de toute l'Europe ,& qui na
peut jamais etre avantageuse à
210 MERCVRE
noſtre Patrie. Neanmoins , fi j'en
dois croire ce qui m'a efté dit confidemment
defes deſſeins , par un de
ceux qui font les plus devouez àfes
interests, nous le verrons bien tost
employer touteforte de moyens, pour
faive changersa qualité de Stathouder
en celle de Comte de Mollande
, & joindre nos Provinces à
la Couronne d'Angleterre. Il eft
vray que pour nous corfoler, on nous
fait entendre que nos Deputez e13
Brabant doivent faire un Traite
avec le Gouverneur des Pays- Bas ,
qui nous donnera des poftes confiderables
fur l'escaus , &que nostre
Prince n'aura pas de peine à se
rendre maiſtre , danspeu de temps,
des principales Villes du Roy Catholique
, dont il a d'autant plus de
raison de s'affarer , qu'ellesont , à
ce qu'onnous dit , un grand panchant
àferévolter,&à prendre le2
GALANT. 211
parti des François , voyant bien
qu'elles n'ont plus d'autre moyen de
conferver leur Religion , & leurs
biens, que de secouer le joug des
Espagnols, &dese mettreſous la
protection de la France , qui traite
fort benignement toutes les Villes
qu'elle aconquises, Mais de quelle
utilité nous pourra eftre le meilleur
fuccés de ce projet ; & ne tend.il
pasplútoſtà la ruine de noſtreliberté&
de nostre commerce , que
l'on voit bien que ce Princeveut
transporter en Angleterre , aprés
nous avoir ôté toutes nos forces &
tout nostre argent ? En unmmoott mon
cher Amy ,jefuis né Republicain ,
&ne puis vivrefous une dominasion
arbitraire , & ufurpée par
violence. Ainsi , puis que la Republique
n'aplus laforce defefoutenir
, je ne veux pas estre accablé
2
212 MERCURE
fousses ruines , & je pars dans ce
moment pour aller vous trouver.
AAmſterdam le 20. Novembre 16.90 .
Iln'y a rien dans cette Lettre
touchant l'ambition du
Prince d'Orange qui ne puiſſe
devenir veritable , & s'il ne
l'execute pas , c'eſt que l'heure
ne ſera pas encore venuë. Il
proteſte pour cacher ſes defſeinsqu'il
n'en veut point à
la Hollande. Ses Mainfeſtes
renoient le meſme langage
lors qu'il a paſſé en Angleterre
; ainſi on ne luy fera
pas grand tort quand on ſoupçonnera
fon ambition de ne
laiſſer échaper que ce qu'il ne
peut prendre. le veux croire
qu'il laiſſera encore cette an .
néela Hollande en repos. Il
luy ſuffit que les guerres l'afGALAN
T.
213
د foibliffent &qu'elles épuiſent
ſes Finances . Il luy ſera
plus aisé enſuite d'execurer
ſes projets . Il va toujours par
proviſion mettre des Troupes
dans les Places qui nerépondront
qu'à luy , fortifier
les eſprits de ceux qui balancent
à prendre ſon party ,
raffurer ſes Amis qui trahiffentleur
Patrie , & en faire
de nouveaux. Il prend ſes
meſures de loin , & s'il s'eſt
rendu maiſtre de l'Angleterre
dont il devoit moins penetrer
l'intericar que celuy de
la Hollande , il ya lieu de
croire que la Hollande , dont
il connoiſt mieux la politique
,les forces , & le fond
des eſprits , ne luy échapera
pas , & qu'aprés qu'il aura
fait placer ſes Creatures dans
214
MERCVRE
toutes les premieres Charges ,
il n'aura pas de peine à ſe
faire reconnoiſtre Souverain
par ceux qui tiendront tout
deluy.
Ic vous tiens parole , &
vous envoye un détail de ce
qui s'eſt paſſé à l'Armée d'Italie
, depuis le dernier Octobre
juſques au 18 du mois
paffé. Vous le trouverez nouveau,
puis qu'il n'en a point
paru dans les Nouvelles publiques,
Le vingt- ſeptième Octobre
l'Armée de Mr de Catinat
decampa de Raconis
pour venir à Lanuſque , &le
lendemain elle marcha pour
paſſer le Pô . Il y avoit cinquante
neuf jours qu'elle
eſtoit campée à Raconis , &
celle de Mr de Savoye àMoncallier,
GALANT. 215
callier , ſans qu'elle en euſt
fait aucun mouvement , quoy.
quelle euſt receu 6000 hommes
de renfort de Troupes
Allemandes , & qui ne luy
ont ſervi qu'à manger davantage
ſon pays , puiſque Mr
de Savoye ne s'eſt opposé à
aucune des entrepriſes que
Mr de Catinat a faites ,
qu'ila eu le chagrin de voir
bruler Ceriſoles , Auterive ,
& pluſieurs autres endroits
où il avoit envoyé ſes ordres
pour y faire retrancher des
payſans qu'il croyoit par là
garantir de contribution
L'Armée de Mr de Catinat
marchaſur deux colonnes ,
arriva d'affez bonne heure à
Enneuye ,qui eſtun affez gros
village , où il y avoit nombre
de payſans retranchez. Il les
Decemb.1690. K
216 MERCVRE
,
fit attaquer , & les força fans
perdre que deux Grenadiers .
Quelques uns des Payſans furent
tuez & l'on brula le
Village. Le lendemain premier
Novembre , l'Armée continua
ſa marche pour venir à
Grozillane , & Mr de Catinat
marcha pour attaquer Barge ,
petite Ville dans les Montagnes
où il y avoit 2000 .
hommes de troupes commandées
par le Colonel Locher.
Mr le Marquis du
Pleſſis Belliere commandoit.
Il avoit huit Compagnies de
Grenadiers & 1500. hommes
de pied ſous les ordres de Mr
de pompone . Des detachemens
des Dragons de l'Ar.
mée & les Regimens de Gramont
& de Catinat eſtoient
pour foutenir. Mr deCatinat
GALANT .
217
àleur teſte , & Mr du pleſfis:
devoient faire attaquer Barge
par trois endroits auſſi toſt
qu'il auroit eſté reconnu par
MrLapara l'undes Ingenieurs
de l'Armée ce qui fut executé
avec tant de vigueur
qu'on força tout ce qu'on
trouva d'ennemis retranchez
dans tous les poſtes des environs
de cette Place. Ils furent
heureux de ce qu'ils purent
gagner les Montagnes , car on
les pourſuivit peſlemeſle dans
la Ville qu'on brula entierement
, parce qu'elle ſervoit
d'azileaux Barbets . Le Baron
de Loupian y futtuéavec quelques,
Grenadiers & Dragons.
Le jour ſuivant. l'Armée marcha
àla Mirandole ,& on alla
bruler Bibiane & Luzerne .
pendanttoutes ces expeditions
K 2
-218 MERCURE
l'Armée de Mrde Savoye eſtoit
tranquille aux environs de
Turin ,& comptoit que Mr de
Catinat alloit remener ſonArmée
en quartier. Il eſt vray
qu'il fit defilertoute ſaCavalerie&
fes Dragons du côté du
Dauphiné,& ne garda que les
Bataillons deTroupes deCampagne
avec le Regiment de
Bourgogne commandé par Mr
Daligny , qui le deſtina pour
aider à la marche du canon
qu'il fit partir de Pignerolle 3 .
Novembre pour aller àChaumont;
ce qui donna lieu de
croire àMrde Savoye que l'on
pourroit bien faire le ſiege de
Suze , & parce que le Marquis
de Larré afſfembloit un corps
d'Infanterie à Briançon , cela
fut cauſe que Mr de Savoye fit
faire des retranchemensau pas
GALANT.
de Suze , & au pas de Afne ,
&mit du monde au Fort de
Gellas . Tous ces poſtes luy
parurent impenetrables , mais
Mr de Catinat avec les Brigades
de du pleſſis Belliere ,
Grance&Robecq,decampa des
environs de Pignerol le 6. &
arriva à Fenestrelle. Le lendemain
il en partit& étant venu
au village du Seau il y laiſſa
toutes ces brigades , & ne mena
avec luy qu'un détachement
de larzé , commandé par le
Colonel & les Grenadiers de
l'Armée. Il monta à pied toute
la journée à la teſtede ſes
Troupes depuis ce village , &&
arriva à celuy de Barbouts ,
qui eſt à une demy lieuë du
Col de la Feneſtre , où les ennemis
estoient retranchez . Mr
deCatinatalla les reconnoiſtre
K- 3
2.20 MERCVRE
accompagné de Mr le Prince
de Turenne & de Mr de Liancourt.
Il fit gagner les hauteurs
par Mr leMarquis de larzé qui
y coucha dans la neige juſqu'à
la ceinture. Le 9. au matin, les
Brigades de du Pleſſis,Grancé
& Robéc ſe mirent en marche,
& aprés avoir grimpé fix heures
, elles arriverent au Col de
la Feneſtre, que les ennemis
abandonnerent pour aller renforcer
le Col du Colet , qui eſt
àune lieuë de Suze. MrdeCatinat
fit defiler l'Infanterie , &
àla veuë du Col du Colet il s'aperceut
que les ennemis vouloientoccuper
les hauteurs qui
aboutiflent au Pas de Suze . Il
détacha encore le Marquis de
Iarzé pour aler ſe poſter ſur ces.
hauteurs, ce qu'il executa parfaitementbien,
& on arriva au
GALANT. 221
i
:
Coldu Colet où les ennemis
étoiét affez bien retrachez . Mr
de Catinat les fit attaquer par
Les Compagnies deGrenadiers
qu'il avoitavecluy. Les ennemis
ne firent que tres -peu de
reſiſtance , & abandonnerent.
ce poſte . On fit défiler toute
l'Infanterie par ce Col , & à la
nuit on arriva à la portée du
canon de Suze. Ce meſme foir
Mr de Larré arriva àGellas , &
diſpoſa toute la nuit ſes Troupes
pour forcer celles qui gardoient
le Pas de Suze ; mais
comme les feux que l'Armée
de Mr de Catinat faifoit, firent
connoiſtre aux ennemis qu'il
eſtoit arrivé devant Suze , &
qu'il ne manqueroit pas de les
couper en forçant le Pas de
l'Aſne , ils abandonnerent le
retranchement du Pas de Suze
K 4
222 MERCURE
&le FortGellas , & Mr de Catinat
qui marcha au Pas de
FAſne letrouva auſſi abandonné.
Toutes les Troupes de Mr
de Savoyepaſſferent au travers
de Suze , & rejoignirent fon
armée qui estoit à une licuč &
demie de là. On ne fongea
qu'à commencer l'attaque de
la Citadelle , où les Habitans
s'eſtant veus abandonnez, apporterent
les clefs à Mr de Catinat.
Ildonna ſes ordres pour
yprendre les poſtes neceſſaires
& y mit Mr le Marquis du
Pleſſis Belliere pour commander.
Ce Marquis eſt remply
d'activité , & d'intelligence.
Le 10. Novembre on pritdes
poſtes aux endroits les plus
voiſinsde laCitadelle .Les Ennemis
faifoient de lå grand feu
deCanon. Mr de Catinat qui
GALANT.
223
Place ,
vouloit preffer l'attaque de la
& ne pas donner le
tempsau Comte de Loſze qui
y commandoit , de ſe reconnoiſtre
, ordonna à Mr Lapal
ra , Ingenieur , de la reconnoiſtre
afin d'ouvrir la Tranchée
. Il le fit , & trouva qu'on
n'y pouvoit faire d'attaques
que par une cette où il n'y
avoit que du Roc ,& quel
ques cavains. On ouvrit la
Tranchéele 11. Ce fut le Re
giment de Sault avec quantité
de ſacs à terre & de ga
bions , & nonobſtant l'ingratitude
du terrain on ne
laiſſa pas d'approcher lesEnnemis
de cinquante pas. Ils
firent grand feu de Canon &
de Moufqucterie , & tuerent
un Capitaine duRegiment de
Iarzé , nommé du Chaunoy ,
Ks
:
2.24
MERCVRE .
& un Lieutenant qui fut extremement
regreté. Mr de
Catinat viſitoit les approches
avec Mrs deTurenne & de
Liancourt , dans le temps que
cet Officier fut tué. Le lendemain
, on travailla à grime
per deux pieces de Canon ſure'
unrocher , & on les y mit en
batterie.. Elles tirerept aprés..
dînée pour rompre un pont qui
venoit à une petite demy-
Lunequi couvroit la porte. On
travailla fort utilement la nuit
ſuivante , & l'on s'établit en
bien des endroits tout prés de
la demy- Lune. Au point du
jour , les Ennemis jetterent
nombre de Grenades , dont
l'une mit le feu à leurs propres
poudres , ce qui leur cauſa un ,
grand defordre . Il y cut vigne
hommes brûlez , & un de leurs
2
GALAN Τ..
225
meilleurs Officiers bleſſé . Noftre
Canon commença à tirer,
& à faire quelque degaſt dans
la Place . On ſe diſpoſoit à attaquer
la nuit la demy Lune, &
à ſe logerdans tousles cavains
& toutes les Roches qui tenoient
au plus prés de la place...
pour y attacher des mineurs ;
mais ſur le ſoir du 13. leComte
de Loſze fit battre la chamade,
& demanda à parlemanter. On
donna deux Oſtages de part &
d'autre , & M. de Catinat envoya
dans laPlace Mir Lapara
qui estoit de jour aux attaques.
Aprés pluſieurs allées & venuës
caufées par le Comte
de Loſze qui vouloit avoir des
nouvelles de Mr de Savoye, la
capitulation fut fignée à minuit
, & apportée par Mr Lapara
à Mr de Catinat pourlarati
,
Κ. 6
226 MERCVRE
fier. Le Comte de Loſze & fa
Garniſon fortirent le lendemain
14.avec armes & bagages,
tambour battant , méche allumée
, trois pieces de Canonde
fonte , & la moitié de leur munitions
de guerre . Cette Garniſon
eſtoit de quatre cens cinquante
hommes. On la conduifit
a l'Arméede Me de Savoye ,
qui fut témoin de la reduction
de cette importante Place , puis
qu'il n'en eſtoitqu'à une lieuë
&demie, Mrde Princede Turenne
, & Mrde Liancourt ſe
diftinguerent dans tous les endroits
, car on auroit peine à
concevoir quelles montagnes il
a fallu paffer pour arriver devant
Suze , & avec combien de
difficultez on en eſt venu àbout
La valeur & l'intrepidité que
lesTroupes du Roy ont fair pa
GALAN T. 227
roiſtre ſont des choſes incroya
bles. Mr le Comte de Robec وت
Mrle Comte de Grancé, & Mr
du Pleſſis Belliere s'y font extremement
distinguez . MrleMarquis
de Jarzé ya fait des merveiles,&
tous lesColonels d'Infanterie
y ontacquis beaucoup
de gloire. On n'a perda que
tres peu de monde dans toutes
ces expeditions. Cette Place en
devoitbien coûter davantage,
elle est tres bonne, & facilitera
l'entrée en Piemont , Mr de
Crey y a commandé l'Artillerie
toute la campagne,& s'eſt diſtingué
par tout , auffi bien que
Mr d'Arenne Major general ;
mais il eſt malaiſé de malfaire
quand on eſtconduitparMr de
Catinat. Mr de Coterne , fon
Ayde deCamp, &MrdeGranville
ſeſont auſſi diſtinguez.Mr
218 MERCVRE
de Bouchu Mr des Requeſtes &
Intendant de l'Armée a donné
tous ſes ſoins aux Bleſſez , tant
en Savoye qu'à l'Armée , dans
le's Montagnes & àtous les Cols
où l'on a forcé les ennemis ..
Toutes les troupes ontété fort
contentes de ſes ſoins.
Mr de Feuquieres eſtant
party le 6. de ce mois de Pignerol
, entra dans Luzerne
le lendemain au point du
jour , & furprit environ deux
cens Barbets du Regiment de
Loches , dont la pluſpart furent
paſſez au fil de l'épée..
On prit tous les équipages de
ce Regiment , & les Dragons
qui ont fait cette expedition
ſe ſont tous enrichis. Mr de
Feuquieres envoya en meſme:
temps quatre Compagnies de
Grenadiers pour enlever un
GALANT . 129 22
!
autre poſte dans lequel on l'avoit
aſſuré qu'il y avoit trois
Compagnies , mais il ne s'y
trouva que tres peu de monde
, & ce poſte futenlevé.
Sur les deux heures aprés
midy du mesme jour , on vinc
dire à Mr de Feuquieres qu'il
paroiffoit à la portée du cas
non un gros corps de Troupes
ennemies. Il ne put rafſembler
que foixante Dragons
, les chevaux des autres
eſtant trop fatiguez à cauſe
de la courſe qu'ils avoient
faite . Il fortiteavec ce petits
nombre , & trouva que c'é
toient deux mile Chevaux ,&
deux: mille hommes d'Infan--
terie qui ſoutenoient un gros
Fourage. Il prit neanmoinsfil
bien fon temps , que lors qu
ils ſe retirerent, il leur enfonças
230
MERCURE
trois troupes l'une aprés l'autre
, leur fit quitter une grande
quantité de Boeufs qu'ils
avoient pris , leur tua plus de
trente hommes , & en prit
vingt-cinq qui eſtoient fort
bienmontez fans qu'il luy
en ait couté que fon cheval
quieut uncoup de mouſquet
dansle ventre.
,
Ceux qui onttrouvé le mot
de l'Enigme du dernier mois ,
qui estoit le Coq d'un Clocher
font Mrs Dupont: Corcet
d'Avranches ; Thomas , Maî
tre de penſion au Faux- bourg
S.Antoine
potiquaire à Moulins ; Lan-
Gillet ,Mc A-
!
glois Avocat : M. Rivet de
Teoferet de la ruë Bardubec
; Benoist Girardot dit la .
Villette , de la rüe de la
vicille Monnoye : Antoine
GALANT. 23
,
Richer rüe S. Martin : Jean
Noël de la meſme rue &
Louis Thiriet : Ydrenteb de
la rue de Mouſſi Claude
Richard de Compiegne ,
Louis Capperon Sr du Pleffis
; Thieux ; Jeau Michel le
Vert Avignonnois , de la rue
Quinquempoix , Charles le
Ieune du Cloiſtre S. Benoist ;
Ieau Crafſſous dit grande Figure
; C. Hutuge d'Orleans";
Dra , rue de la grande Friperic
; René Lorilat aux deux
pots , Claude de la Beaume
Ecuyer chez Mr l'Abbé de
Fourille ; Tiby de la meſime
Maiſon ; Cotteret de Villiers
Commis aux Aydes ; Lom
pré&Mademoiselle Gulchard;
l'Amant inconnu de la plusaimable
Mademoiselle Vaugere
deBlois ,le Bel Amant heureux
232
MERCVRE
dela rue de le Harpe ; le beau
Cavalier& fa belle Dame de la
rue du Renard ; l'Endimion de
la jeune Diane : l'Amant indi
ſcretde la ruedes Maturins : le
Pere de la belle Famille dela rue
de la Draperie : le Pere & l'Illa +
ſtre Fille d'Angers : l'homme
fort du Pré S. Gervais : le Galant
Papa des Hayes : l'Amant
couroucé prés des Cordeliers :
le Berger ſecret de la rue S.
Louts :le Moins heureux en ef
fet qu'on imagination; l'Amant
en ſecret de la rue Geoffroylaſnier
: le Voiſin de l'aimable
couple de Soeurs de la
rue S. Julien des Menestriers :
le Courtiſan diſgracié de la
belle Deſpont rue des Marmouſets
: l'Epoux futur de l'ajmable
Brune de la Raquette;le
Brailleur de l'iſle noſtre Dame
GALANT.
233
de la Lande de Roüen : Vaudelle
de la rue S.Martin , & la
Charmante Niece de la rue de
Seine : le Favori reconcilié de
la belle Manon de la rue des
Blancs- manteaux : le Galant &
fpirituel Abbé de Monfort Lamaury
: letemperé Alcidon du
mefme lieu :l'Aimable & fage
Druide de la Ville de Houdan,
& le Chevalier Celeſte ſon
Frere-Mefdemoiselles des Chapelles
Hibert: l'Aimable C. P.
de Courlon : l'Aimable Couple
de Soeurs de la rue S, Julien des
Menestriers: l'Aimable Reveuſe
de la Ville d'Eu: l'Aimable Demoiselle
Drevoies rue de la
Truanderie; l'Aimable Fleurdu
Pré de la rue de Boffi :la Cruelleau
Piquetde la place de Sorbonne
, & le complaifant Allemant
: la charmante Mayon .
234
MERCURE
Penſionnaire de la Viſitation
de Compiegne : la Charmante
Louiſe Favé de la rue S
Martin : la charmante &tou
te aimable Icanne Savin
lincomparable Louiſe Bliere :
l'Agreable Michel Hajet de la
rue aux Ours : l'Incomparable
Marguerite Geoffienne : la
Belle Mariane de la Place Dauphine:
la Charmante Brune des
trois Rois de Compiegne , la
Spirituelle veuve Savin de la
rue S. Martin : la GentilleCorneille
du Coq S. Mederic ,
l'indifferente Demoiselle des
Champs de Corbeil : le Charmantpetit
couple de la rue des
Carmes de Caen : Marion la
Raviſſante de la rue des Quais:
&le beau petit Ange de la rue
des Segraïs de la meſme Ville:
laBrune conſtante de la rue de
GALANT.
235

Grenelle : la Precieuſe desBalances
de la rue S. Denis : l'Autrice
de ſeize ans du Mont-
Veſtalin : la petite Commerc
dela rue Comteſſe d'Artois : la
groſſe Tante de la rue des
Lions; la Groſſe de la ruë de la
Draperie : & Madame de la
Couque du meſme lieu .
le vous envoye une Enigme
nouvelle , qui ne vous donnera
que la peine de bien calculer
pouren découvrir le ſens.
236
MERCVRE

ENIG ME ...
Qui que tu fois qui
Vi que tu fois qui crois calculer
bien ,
F'entreprens aujourd'huy de te faire
la nique ,
Eti'aprendre une Arithmetique,
Où le Diable ne connoist rien.
Sans rien ajoûter ny rabattre,
Quatre fois trois font vingt,comme
quinzefontfix ,
Demesme trente-sept font dix;
Cependant tout ne faitque quatre.
Vous devez eſtre contente
de l'air nouveau dont
vous allez lire les paroles ,
puis qu'il eſt de la ſaiſon.
GALANT.
237
AIR NOUVEAU.
AFfreux Hyver, tu bannis de
ceslieux
L'émail des fleurs & l'aimable
verdure
,
Tuviens dépouiller la Nature
Deſes ornemensprécieux
Mais c'est un changement qui ne
Sçauroit me nuire ,
Puis que le teint de ma Philis
Fait voir des Roses&des Lis
Quetarigutur ne peut détruire.
Tous les preparatifs pour
la reception du Prince d'Orange
en Hollande devoient
eſtre achevez le 28. de ce
mois. On a eſté fort embaraſſe
de quelles actions de ce
Prince ou ſe ſerviroit pour les
Peintures ,& on a eſté obligé
d'avoir recours à celles de ſes
238
MERCVRE
Anceſtres pour remplir les
Arcs de Triomphe. Si l'on
avoit pu prendre les intrigues
fecrettes , tous les detours
d'une politique perfide , &
tous les replis d'un coeur ambitieux
, on n'auroit pas manqué
de matiere. Pendant
qu'on depenſe de l'argent
pour travailler à ces apprefis.
les François en tirent de tous
les Etats qui appartiennent
du Roy d'Eſpagne dans les
Pays-Bas , & tandis qu'on prepare
des feux de joye , les
François , felon l'uſage de la
Guerre, en allument d'autres
par tout où l'on refuſe de
payer des contributions ,
le bruit de leurs executions
militaires retentit juſque dans
la Haye. Les Moulins de
Mons
&
GALANT.
239
Mons ont eſté brulez par
Mr le Marquis de Crequi audélà
de la Hraiſne , & ceux
d'en deçà par Mr de Preconzal
. Mr le Marquis de Villars ,
s'eſt avancé juſques à Lombec
. & a fait piller beaucoup
de Villages & mettre le feu à
pluſieurs maiſons de ceux qui
ſont ſituez entre Bonbec &
Hall. Un des grands Faux
bourgs de Louvaina efté brur
lé par Mr de Bouflers avec
Gears Villages à droite,&
rache , & Mr de Ximenes
sulé quantité d'autres
xellesce quia caulé

arakallar que de toutes
topté de l'argent .
stages ,& qu'en
pungis oir avec Jay ,
٥٠
L
240 MERCURE
:
1
des contributions par tout le
Brabant. Les Etats de Namur
ont auſſi envoyé des Otages ,
pour cequi eſtdupar les Villages
de leur dépendance. Ie
n'entre point dans le détail
particulier de toutes ces execution's
,& je ne vous en parle
que pour faire voir qu'on a
peu de ſujet de ſe réjoüir à
la Haye , puis que les Alliez
ne peuvent eſtre ſi vivement
repouſez par toutpar les François
, ſans que la Hollande,
qui paye la plus grande partic
des frais de cette guerre , ſe
reſſente de tous ces mauvais
fuccés. En effet elle ſe voit
fur le point de perdre le peu
de liberté qui luy reſte. C'eſt
pour entretenir la guerre qui
l'affoiblira peu à peu , que le
GALANT. 241
Prince d'Orange doit conferer
à la Haye avec les Alliez
ou leurs Plenipotentiers. Ils
vonttous travailler pour luy ,
& contre cette Republique
ainſi que contre eux meſmes.
Ce princeza l'art de perfuader,&
les plusobſtinez ferendrontà
ſes raiſons , quand ils
les verront appuyées de l'argentd'Angleterre.
Ils ne regarderont
que le comprant ,&
le preſent ſans faire reflexion
fur les fuites , & fans fonger
que pour avoir un peu d'argentils
trouverom à la fin de
la Campagne leurs Troupes ,
ruinées , leurs pays deſolez ,
& les Turcs rétablis dans
les Places qui ont tant couté
de fangpa retirer de leurs.
mains.
Σ
L2
242
MERCURE
Madame la Ducheſſe eſt
accouchée d'une Fille , ce qui
a caufé beaucoup de joye
dans toute la Maiſon Royale.
Elle auroit eſté encore plus
grande fi cette Princeſſe cuſt
cu un Fils ,mais ſes premieres
couches donnant lieu d'efperer
d'autres enfans , on a ſujet
de s'en réjoüir.
Ie vous ay dit dans cette
Lettre que le mariage de Mr
le Marquis de Villequier a vee
Mademoiselle de Piennes
avoit eſté conclu , & je dois
vous dire preſentement que
c'eſt une affaire conſommée
Mr le Duc d'Aumont donna
ce jour là qui fut le 17. un
magnifique ſouper. Mr l'Archeveſquede
Reims en donna
unautre le lendemain , &
Madame la Chanceliere le
GALANT. 243
Tellier doit d'éfrayer les Mariez
pendant fix ſemaines.
Ie fuis , Madame Voftre
&c.
APOSTILLE ,
La Desolation des Fouenfes
que l'on a renouvellée , & qui
attire des Affemblées finombreuses
,se debite chez le Sieur
Guerout , Libraire , Salle.neuve
du Palais.
LYON
Avispour placer les Figures.
L'air qui commence par maraut ,
coquin , doit regarder la page
85 .
La Medaille doit regarder
la page 193 .
L'Air qui commence par, AffreuxHyver,
tu bannis ,&c.doir
regarder lapage 237-
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le