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1690, 11 (Lyon)
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MERCURE
:
807156
GALANT
VILLE
DE
LYON
DEDIE'A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
*1893
NOVEMBRE 1.690 .
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere au Mercure Galant...
M. DC. XC.
Avec Privilege du Roy..
LE LIBRAIRE
1
au Lecteur
emos
L'on continue
à diftribuer le
Journal des Scavans pour fase
fols obacun, de mesme l'on donnera
tous les Mois avecle Mercure Galant
la Pierre de Touche de choque
mois pour trois folsfix deniers .
Inte
LIVRES NOUVEAUX
du mois de Novembre 1690 .
Pratique de Medecine Speciale de
Michel Ettmuller fur les maladies
propres des Homines ,des Femmes &
des petits Enfans, avec des Differra
tions du meſime Autheur ; fur l'épilepfie
, l'yvreffe , le mal hypochondriaque
la douleur hypochondriaque
la corpulence & la morfare de la Vi
pere in- octavo , 2. liv. 10.
Dictionnaire Mathematique où
Idée generale des Mathematiques
dans lequel l'on trouve outre les termes
de cette ſcience pluſieurs termes
des Arts & des autres Sciences . Avec
des Raiſonnemens qui conduiſent
peu à peu l'eſprit à une connoiſſance
univerſelle des Mathematiques , par
Mr Ozanan , avec pluſieurs figures
en taille douce , in 4. 10. 1.
Marc Anthonin de M.Daffier avec
desRemarques furfa vie,in 12.2.7.4 .
1. 10. fols.
3
Les Memoires d'Eſpagne , en deux
volumes , in 12. 4. 1.
Dom Alvarez Nouvelle allegorique
, 12.10.
258
Connoiffance des temps pour l'Année
169 1. ind. 20. f.
L'Almanach de Milan pour l'Année
1691. indan softonima leda
Catechisme du Dioceſe de Montpellier
contenant les 4. parties de la
Doctrine Chrétienne , par l'ordre de
Monseigneur l'Eveſque de Montpelliersind
good melobloupe
- Traité des Medicamens & la maniere
de s'en ſervir pour la guerifon
des malades ſuivant les experiences
des Medecins modernes avec les Formules
pour la compofitiondes medicamens
par M. Daniel Tauvry
Docteur en Medecine, ind. 30. f.
Traité de la charité qu'on doit
avoir pour les Morts, par le Pere Brignon
de la Compagnie de Jeſus , ind .
20. fols.
Traité des Mouches àmiel , où les
Regles pour les bien gouverner , &
le moyen d'en tirer un profit confiderable
par la recolte de la Cire & du
Miel , ind. 20. f.
Les diſgraces des Amans , dedié à
Mr le Mareſchal de la Feüillade, ind.
30. fol す
Hiſtoire de l'adinirable DonQuichotte
de la Manche , nouvelle Edition
, ind. 4. v.σιμος
Evenemens Hiſtoriques choifis
ind. 30. fols.
و
Traité des Operations de Chirurgie
contenant leurs cauſes fondées fur la
ſtructure de la partie,leurs fignes,leurs
fimptomes& leur explication , avec
pluſieurs obſervations & une idéet generale
des playes , ind. 30 .
Réponſe à la differtation fur la
Goutte , ind.zs ...
2 .
C
TABLE
Relude.
Eglozue.
Le Loup & le Renard , Dialogue.
18
Lettreſur les matieres du Temps.
28
Dialogue d'Apollon , & de Polimnie
. SI
Ordre de S. Ican de Ierufalem, 68
Lettre en Profe & en Vers.
86
Eloge de Monseigneur le Dau-
4
phin par Madame de Pringy.
21.0108
Lettre a Mad.des Houilleres . 117
Idille. 97505
Mishonkozol
Demo
126
Benefices donnezpar le Roy9134
Histoire.
1.3
TABLE .
Carte des Armes de's Chanceliers
deFrance.
136.
Effencepourarresterlesang. 159
Mortde M. de Seignelay , avec
( la diftribution de toutes ses
Charges & emplois.
Morts.
1.68
190
Gouvernemens donnezpar le Roy.
183
Operanouveau .. 1.85
Prologue. 1.87
Vers furla Tontine. 190
Cartesnouvelles. 194
Ouverture du Parlement avec
tout ce qui s'est passé à cette
occafion. 196
Article des Enigmes..
207
Edit du Roy , portant creationde
nouvelles Charges au Parlement,
avec les noms de ceux qui
doivent remplir plusieurs de
ces Charges. 210
TABLE .
caufe de Sauterelles qui ont
grands dommages en pluſieurs
Provinces de Pologne 217
Prix proposez par l'Academie
7 Françoise 220
Nouvelles & Angleterre
226
Le Bacha de la Bossine , se pre-
Sente devant Effek , avec les
Milices du Pays 230
Affaires d'Italie... 231
Fin de la Table ..
1
Avis pour placer les Figures.
L'airqui commence par , En
vain j'ay cru pouvoir rompre &c.
doit regarder la page 49
4
La Medaille doit regarder la
page 214-
د
L'air qui commence par,Echo
qui dans ces bois , & c. doit regare
der la page 209
C
1
??????????????????6 ?? y
MERCURE
JO DE LAVILLE
GALANTLYON
NOVEMBRE
*1893*
16
Evous l'ay déja dit
J pluſieurs fois , Madame,
chacun s'emprefſe
à loüer le Roy,mais
qui pourroit s'empêcher de le
loüer , aprés les grandes choſes
qu'il a faites & qu'il
continue encore tous les jours
de faire pour les avantages de
Νου. 1690 . A
2 MERCVRE
-2
la France & pour l'intereſt
de la veritable Religion ? On
ne ſe contente pas dans les
Cloiſtres de renouveller à
toute heure les prieres qu'on
y fait à Dieu pour la conſervation
de fa Perſonne facrée
; ceux qui ont quelque
talent fatisfont leur zele en
le conſacrant, à fon éloge , &
les Filles meſme ſe font un
plaifirde l'employer pour un
fi noble travail. L'Eglogue
que vous allez lire en eſt une
preave. Elle eſt de Madame
de Chevry , Religieuſe de
l'Abbaye de S. Pierre de Lyon
dont vous ſçavez que Madame
de Chaulnes eft Abbeffe.
Cette illustre Fille dont on
ne peut trop vanter le merite ,
poffede preſque toutes les
ſciences , la Langne Latine
GALANT.
3
& l'Eſpagnole , le Droit Civil
laGeometrie ,la Philofophie&
laMuſique , ſans parler de la
connoiffance qu'elle a du Blafon
& de la Geographie. II
ſemble que la Poëfie luy ſoit
naturelle , & vous en ſerez
aifément perfuadée en lifant
ſes Vers. Les grands ſervices
qu'ellea rendus à la Maiſon
où elle eſt Religicuſe , la font
fortconfiderer de certe Com-
-munauté , dontelleeſt preſentement
Grande Prieure ; &
pour ſa naiſſance , vous conviendrez
querien ne luy manquedece
coſté là , puis qu'elle
eſt Fille de Mr le Preſident de
Chevry,& Ratite Fille d'un Secretaire
des Ordres de Sa Majeſté.
A 2
4
MERCVRE
LOUIS LE GRAND .
EGLOGVE.
PHILIS , CLIMENE , IRIS .
UR les bords d'un ruiſſeau dont
l'onde toujours pure
Coule parmy lesfleurs d'un pré delicieux
,
-Le Troupeau de Philis erroità l'a-
こ
vanture ,
Etfansſe défier du Loup malicieux
Parfſoit confidemment la fraische
&tendre herbette......
Pendant que farsa Musette
-La Bergere faisoit retentir tous les
Bois
Des incroyables faits du plus puisfantdesRois.
Ses doux accens attirerent Climene
GALANT.
Quilaiſſant ses Moutonsfansgui
de dans la plaine ,
Vint àses chants joindrefes doux
accords,
Et la charmante Iris approuvant
leurs transports ,
Promit unflageolet d'ambre blanc
comme Yooire ,
Aqui chanteroit mieux la gloire
Et les vertus du Grand Loüis .
Alorsfans invoquer les Filles de
Memoire,
Philosreprit ainſiſes exploits inouis
PHILIS.
D'unejuſte ardeur animée
Je veuxunir mes chantsàl'eclatan.
tevoix
Que lafidelle Penommée
Fait entendre en tous lieuxjusqu'au
fond de nos Bois ,
A l'honneurdu plus juſte & plus
fagedes Rois
Mais,Seigneur,de cegrandAthlete
:
A 3
6 MERCURE
=
Dontte bras glorieuxne combatque
pour toy ,
Oferay-je chanterfesfaits Sur ma
Musette
Si tune te joins avec moy
Pour louer dignement cefoutien de
taLoy?
CLIMENE
ChanterleGrand Louis ! Une telle -
entrepriſe
Feroit craindre Apollon pourſa Lyre
&savoix.
Quoy!Sur mon chalumeau chaster
ces grands exploits
Quifont trembler leRhin ,leTage
&laTamise
Seigneur ,dont ce juſte Vainqueur
Seul contreluniversſçaitdéfendre
lagloire,
Donne moy toneſprit pour chanter
fonHistoire ,
Et m'échaufe du feu dont tu brûles
foncoeur.
GALANT.
7
ARHILLS
Autrefois laseule tendreſſe
Inspiroit les chants parmy nous.
Philene abfent , Tircis jaloux ,
Et Licidas content de fa Maistreffe
, i
Chantoient differemment lour fors
cruel, ou doux ;
Maisl'exemple & les loix de Loumis
l'invincible
Calment toutes lespaffions:
Et nostre coeur n'est plus ſenſible
Qu'àlagloire qai fuitſes grandes
actions.
Nousluy confacrons nos Musettes
Nos Chalumeaux , nos chanson.
nettes ,
Etl'on n'entendra plus retentir nos
Echos
Quedu nom glorieux de cefameux
Heros.
CLIMENE.
Alcide dont la Renommée
A4
8 MERCVRE
Vante encor auioud' huy les travaux
glorieux,
Defa dépouille orna fon front vi-
Etorieux ,
Pourporter le témoin desagloireen
tous lieux ;
Mais t' Auguste Louis quipar quelque
conqueſte ,
Peut compter tousſesjours,fesheures
&fes ans ,
Contentde couronnersa teste
Des Lauriers immortels qu'il moif
Sonne en tout temps 0
Et laßé de cueillir tous les fruits de
la gloire
Enrichit ſes Ennemis
Desbien qu'il a receus desmains de
La Victoire,
Lors qu'ils font vaincus ou foumis.
PHILIS.
Ona chanté les combats de Per-
Sée
Andromede fauvée,un Monstremis
àbas,
GALANTA
La teste de Meduſe àsespiedsrenversée
,
d'Atlas
Lefatalchangement de Phinée&
La mort du jeune Atis &du fier
Licabas ,
Ont laißeſa valeur tracée
Dans tous les Africains climats
MaisparlegrandLouisSa gloire est
effacée.
Del'Eglise exposée auMonstre de
l'Erreur
La Foy timide &languiſſante93
Sur le point de perir ſe revois
triomphante
Par l'unique fecours de ce puiſſant
Vainqueur.
Il luy rend tout l'éclat defa vertu
naiſſante ,
Etdétruit pour jamais ce Monstre
plein d'horreur
Dont elle alloitreſſentir lafureurs .
L'Univers pour couvrir cette im
mortelle gloire
AS
10 MERCVRE
En vain donne à l'Erreur un crimi
nelsecours ,
Cegrand Roy né pour vaincre&
triompher toujours ,
Par leur défaiteaugmentefon
histoire ,
Et le calme heureux de nos jours
Tous leurs effortsfont inutiles
Contreſom bras vittorieux ,
Et commedes rochers ils font tous
immobiles
[rieux.
Auseulaspect de son front glo-
CLIMENE... 0
Le Soleil tous les jours fortant du
Seinde l'onde
Doredeſes rayons nos champs&nos
cofteaux
Et nous devous àſachaleurfeconde
Les richesses de nos Hameaux
Mars laßé d'éclairer le monde
Tous lesfoirson le voit se coucher
dans les eaux.
Li Astre qui preſide à la France
GALANT LL
Eclaire en tout temps, en tous lieux,
Sa continuelle influence
Donne àtout l'Univers une heureuse
abondanc
Et les noires vapeurs des eſprits envieux
,
Loin d'obscurcirson éclatategloire
Contreſongré luyfont naiſtre tou-
Jours
Quelqueſujet denouvelle victoire
Etnous marquent ainsi les minutes
du cours
Da ce Soleil qui fait leurs mauvais
jours.
PHILIS..
Soleil, redouble ta Lumiere,
Eclaireenmesme temps tous les cli
mats divers
Puis que le monde entier est la
vaste carriere
Où Louis est aux mains avec tout
l'Univers লবানিজি
Il dompre icy l'Erreur &furmonte
levice.
A6
12 MERCVRE
Sur l'onde ilfait perir les Anglois
revoltez.
Là dufang des Germains domptez
Al'Elife trabieilfait unfacrifice.
Les perfides Liguriens ,
L'infidelle Batave,&les Iberiens
Renverſez fur l'arene éprouventfa
justice.
Enfin ce grand Vainqueur les ayant
tous foûmis ,
Preft encor à dompter de plus fiers
Ennemis,
Revientsans eftre las au milicu de
lalice.
CLIMENE.
Quandjay wowdes Mortelslaja.
louse fureur 4
Armer de toutes partsfurlaterre
&ſur l'onde ,
Pour rétablir cettefatale Erreur
Que l'immortel Louis vient de bannirdu
monde ,
Moncoeur,je le confeſſe , estoitſaiſi
depeur
GALANT. 13
Mais quand je vois ces Encelades
Qui vouloient attaquer les Cieux ,
Tomber triſtementànos yeux ,
Ecrafezſous leurs escalades ,
Et de leur débris malheureux
Elever un trophée à mon Roy gene..
reux ,
Alors mon coeur rougit de sa trif
tesse ,
Et mefaitchanter millefois
Qu'on ne peut craindrefansfoibleffe
Pourceluy dont le nomfait trembler
tous les Rois
PHILIS.
**Mortels , dont lejaloux caprice
Vous afait éprouver le touroux de
Louis,
Ouvrezenfin les yeux par la haine
éblouis,
Etforcez ſa clemence àcalmer fa
justice.
Cettenoble fierté qui brille dansſes.
Jeux
14 MERCVRE
L'éclatde fon frontglorieux
Cette bouche qui rend tant d'Arrests
équitables
Et dont les juſtes loix fatales aux
coupables
Ne laiffent point d'innoent malheureux;
Cette main (i feconde en bienfaits:
genereux
Cebras fameux par centmille con-
Meurtrierinnocent detantd'illufquestes
tres teftes
Ces pieds dont tous lespasfont naiſtredes
lauriers
Arroſez du beau fangdes plusfameax
Guernions,
Enfin , cecoeur chrestien , grand
magnanime , tendre ,
و ت
Ne font- ils pas assezcomprendre
Quemalgré vos efforts divers
Louisſeul a droit de pretendre
Al'Empire de l'Univers ?
GALANT ..
CLIMENE.
Le doux Printemps voit moins
d'herbesfleuries
Dansnos agreables prairies ,
L'Eſté voit moins d'épics dans nos
fertiles champs,
L'Automne a moins de fruits&
l'Hiver moins deglacos ,
Qu'on ne voit de lauriers fur les
beureuſes traces
Du Royal ſujet de nos chants.
Tout cede àl'effort defes armes
Etſous luyle Soldatſanscrainte&
Sans alarmes;
Affronte les perils &brave les bazards.
Helas s'il combatroitfousles dours,
étendarts ,
Que tous les coeurs feroient à
plaindre-
Il n'yseroitpas moins à craindre
Qu'il l'eſt ſous les drapeaux de
Mars
16 MERCURE
C'estoit ainsi que les Bergeres
Al'ombre des Ormeauxfur les ver
tesfougeres,
Charmoient par leurs recits les plus.
tristes, Echos ,
Quand le Soleilachevantfa cariere
Eteignit dans les eaux fa brillante
lumiere ,
Et les força de chercher le repos
Alors Iris offrit leprix de lavictoire
Alaſage Philis , mais de lafauſſe
gloire
Son grandcoeur n'estant point furpris
,
Elleluy dit en refusant ce prixs
Sij'ay scen bienlouer le Heros de la
1 France,
Cet avantage , Iris , m'est trop
derécompense;
J'abandonnay dés ma plus tendre
= enfance
Lesfaux biens & les vains hop
neurs ,
GALANT.
17
Cesſeducteurs de l'innocence ,
Qui corrompent souvent jusqu'aux
plus nobles coeurs.
Fay toujours fuy l'éclat dont la
gloire est suivie ,
Et fans ambition , Sans amour
fans defirs ,
Jepaffe dans ces lieux une tranquille
vie ,
Dont la vertu fais les plaiſirs
Ellefeule est l'objet & le fruit de
mes veilles ,
E quandpar cent modes divers
Du Grand Louis je chante les mer
veilles
Bergere , ce n'est pas pour flater
les oreilles , [Vers.
Mais pour laiſſeràjamais dansmes
Son exemple à tout l'Univers .
Les Animaux ne font:
pas indignes d'eſtre écoutez
quand ils parlent de bon fens
18 MERCURE
&comme ceux que je vais
vous faire entendre ne diſent
rien qui ne paroiffe raiſonnablement
penſé, vousne ſerez
pas fachée que je vous faſſes
part de leur entretien. Si j'en
connoiffois l'Auteur , je luy
rendrois , en vous apprenant
fon nom , la justice qu'il
merite.
nhnhnhnhnhnhnhnhnhan
DIALOGUE
LE LOVP , LE RENARD.
LE LOUP.
Bonjour , mon Compere la
Renard. Qu'avez- vous ,
que je vous vois tout en colero?
LE RENARD.
:
I'aybien ſujet de l'eſtre.Vn
GALANT .
19
miferable Lion qui ſe dit le
Royde tous les Animaux , ſe
laiſſe conduire en priſon comme
un fot, par leBerger Aziuglin
, qui luy a mis fon juſteau
- corps ſur la teſte , & fans
avoir l'eſprit de le fecoüer : il
marche par tout où il plaiſt à
ceBergerdele traiſner.
LE LOUP.
Voilà un vilain Animal, I
n'a pas voſtre fineſſe , mon
Compere.
LE RENARD.
Ny voſtre adreſſe auffi , mon
Compere le Loup , pour courir
à la proye, car que vous
foyez faoul , vous avez toujours
le boyau vuide , & preft
àbien faire ;& luyau contraire
, il ne fort jamais de fa tanniere
,que lors qu'il manque
deproviſions , & qu'il n'a pas
l'eſtomac plein..
20 MERCURE
LE LOUP .
Il eſt bon cependant d'avoir
de la prévoyance , & de fonger
à l'avenir . Mais comment eſtce
que ce Berger l'a pû prendre?
LE RENARD... 20
Je vais vous le dire j'en ay.
eſté le témoin. l'eſtois ſur un
rocher tres - élevé , d'où jedécouvrois
fort avant dans la plai .
ne, lors que je vis le Lion venir
bondiſſant de colere contre le
Berger pour le devorer. Ce
Berger n'avoit pour armes que
ſa houlette , & il gardoit paifiblement
ſes Troupeaux avec
ſes chiens , ne ſe doutant pas
que le Lion vouluſt l'attaquer.
Un autre Lion furvint. Le premier
attaqua le Berger ,qui luy
jetta ſon juſte- au- corps ſur la
reſte. Les chiens pourſuivirent
GALANT, 21
demeura
l'autre Lion . Le premier qui ne
voyoit plus à ſe conduire , parce
que le juſte- au - corps luy
fermoit les yeux
comme immobile , & donna la
- hardieſſe à Azeuglin de luyentourer
la teſte de ſon juſte au
-corps , afin de le traiſner aprés
luy . Ce miferable s'eſt ainſi
laiſſe mener où le Berger a voulu
, & l'autre Lion a pris la fuite,
faiſant neanmoins contenance
de marcher gravement tant
qu'il a cru qulon le pouvoit
voir , lors qu'il a eſté proche
du lieu où j'eſtois , il a eu une
telle crainte , que courant de
13 toute la force , il s'eſt jetté de
rocher en rocher , & il luyen a
couté la vie , Nevoila pas une
-belle eſpece de Roy ? le le re-
-noncede bon coeur, & je veux
enprendre un autre.....
22 MERCURE
t
LE LOUP .
Ie ne l'ay jamais voulureconnoiſtre
pour le mien , car
eſtant toujours en colere , il
n'eſt pas capable de commander
, n'y ayantrien de ſicontraire
au bon ſens & aux ſages
conſeils , qu'une paſſion de furie&
d'emportement.
LE RENARD... 1
Ileſt à proposcependantd'en
avoir un, car la fubordination
eſt neceſſaire dans le monde,&
fans elle il tomberoit dans ſon
premier cachos.
LE LOUP.
i
J'en conviens , & fi j'en
eſtois cru , nous choiſirions le
Coq. Commeil ne luy faut que
ſon ſeul chant pour terraſſer le
Lion, il me ſemble fort raiſonnable
de prendre pour Roy celuy
qui le reduit à le craindre.
GALANT. 23
LE RENARD.
l'en ay veul'experience , &
ce choix me convient aſſez par
la rathon , quoy que peu par
Pintereſt; car le Coq eſt touiours
éveillé ,& ilm'empêche
fouvent deprendremon gibier
qu'ilavertit par fon chant de
prendre garde à ſoy . Mais l'Aigle
pourrabien s'y oppofer.
CLELOUP
Bon , l'Aigle. Ne ſçavezvous
pas qu'elle a maintenant
le bec fi grand & fi courbé ,
qu'elle ne'le peut ouvrir pour
prendre fa nourriture ? Va
Royqui meurt de faim pour
s'eſtre mis horsd'eftat de pouvoir
manger , n'eſt pas digne
d'eſtre Roy. L'on ne ſouffre
point d'Aigle au Royaume
où nous fommes , par le mépris
que l'on a pour elle.
24
MERCURE
$
LE RENARD .
Elle eſt pourtant propre à
une choſe ; c'eſt qu'on luy
oſte la cervelle & le fiel , pour
éclaircir la veuë des autres ,
de forte que la pauvre beſte
eſt preſque toujours écervelée
& éventrée pour donner
à ſes ennemis une veuë
plus perçante & plus étenduë
LE RENARD.
Nousn'avons donc pointà
balancer fur le choix duCoq ,
qui naturellement a une veuë
admirable , & qui veille con
tinuellement ſur ſes Compagnons
. Aufſibien les Romains
ne combattoient jamais qu'ils
nel'euffentconfulté,pour ſçavoir
ſi leur entrepriſe auroitun
fuccés heureux .
LE LOVP .
Puis qu'il commande au
Lyon
GALANT .
25
Lyon , & qu'il a mesme commandé
par ces Augures à ceux
qui commandoient à toute la
Terre , il eſtiuſte qu'il ait ſur
nous l'authorité Souveraine.
Mais combien vois- ie d'Animaux
& d'Oiseaux venir à
nous !
LES ANIMAVX.
Boniour , nos comperes.
Nous vous cherchions ayant
remarquéque vous manquiez
ſeuls à l'Aſſemblée que nous
venonsde tenir pour l'élection
d'un Roy,car nous en voulous
un qui ſoit entierement digne
de regner ſur nous.
LE RENARD .
Nous raiſonnions ſur cette
meſme matiere .
LES ANIMAUX.
Il paroiſt que le deſtin nous
aitinſpirez les meſmes ſenti-
Νου. 1690. B
}
26 MERCVRE
mens. Suivons doncle mouvement
qu'il nous donne. Et
ſur qui jettiez vousles yeux ?
LE LOVP. r
Sur le Coq qui eſt toujours
éveillé le premier. Il a la
teſte levée vers le Ciel ſelon
les ordres duquel il ſe conduit.
Il eſt grave ſans or
gueil , majestueux ſans affectation
, brave , genereux , &
pourveu de toutes les qualitez
qui peuvent faire un grand
Roy.
LE LYON.
Je m'oppoſe à cette élection
, & vous ne pouvez me
detrôner ſans commettre une
injuſtice.
LES ANIMAVX.
Nous ne ſouffrirons jamais
qu'unRoy comme vous nous
commande. Vous craignez le
GALANT,
27
feu;vous ne sçauriez ſupporter
le chant du Coq , & voust
eſtes un glorieux craintif.
LE LYON.
Mais les Rois ne vont pas
au combat , & le feu par
confequent ne doit pas cſtre
un empeſchement legitime à
me laiſſer joüire de la Royautéapan
sγονος πονς !
LES OISEAVX
Nous ne voulons point de
Roy faineant. Le Coq ſe bac
à outrance , & lors qu'il a remporté
lavictoire , ileſt preſt à
recommencer. Si fon ennemy
veut encorechanter, il le pourfuit
juſqu'à ce qu'il ne diſe
plus mot. Nousle choifiſſons!
pour noftre Roy.
LES ANIMAVX.
Ouy , c'eſt un Arrelt irrevocable.
Le Coq ſera noſtre
1
B 2
28 MERCVRE
1
Souverain , & nous n'en
reconnoiſtrons point d'autre
fur la terre & dans l'air. Vive
leCoq, Vive le Coq. Que le
Ceil luy donne toutes les choſes
neceſſaires pour la conduite
de ſon Empire , avec
une vie heureuſe,&longuede
pluſieurs fieclesne temel
le vous envoye une Lettre
dont le hazard m'a fait recouvrer
une copic. Elle fut
écrite àMr le Cardinal de Forbin,
lors que Sa Saintetél'éleva
àcette éminente Dignité , &
contienttantde choſes curieuſes
ſur les matieres du temps ,
quejemetiens affſuré que vous
la lirez avec plaifir .
GALANT.
29
MONSEIGNEVR,
Comme vousm'avezfait l'honneur
iusques àpreſent de medonner
des marques de vostre bienveillance
avec quelque distinction,ie mesens
obligéde mon colléde me distinguer
du public dans les témoignages de
maioyefur le triomphe que vous
remportez, car vous triomphez de
vos Ennemis,&des obstacles quione
empêché depuis treize ans que
vous n'ayez esté Cardinal . Je
Souhaiteroispourtant n'avoir rien à
faire de plus que legros de la Cour
&des Provinces , quiprenant part
àvostre exaltation ,se contentent
d'applaudir des yeux &de la voix,
&de charger le Triomphateurde
benedictions&de louanges , mais
mon devoir m'engage à prendre
la plume ,& ne pouvant qu'en
B 3
30
MERCURE
tremlbant ietter les yeux fur ce
que vous estes , il faut pour me
rassurer queien'y trouve rien de
nouveau , qui m'effraye ou m'éblouiffe.
En effet,Monseigneur, cen'estpoint
unenouvelle EminenceVous l'aviez
dêia toute entiere , & il ne vous
manquoit quele nom&la couleur,
qui nefontſouvent quedes accidens
trompeurs qui fontparoiſtre les choſes
& les personnes ce qu'elles ne
font pas. Toute la substance d'un
Cardinal estoit renfermée dans
le fond de cet homme extraordi.
naire , qui agit avec tant d'éclat
depuis tant d'années dans les
Cours les plus difficiles de l'Europe
, de forte que si les Chapeaux
rouges se font de la pourpre des
Pontifes & des Rois , je veux dire
de leurs alliances & de leurs faveurs
, de leurs Negociations &
GALANT.
31
de leurs Ambaſfades , de leur
Politique & de leur Religion, vous
aviez Monseigneur , une si forte
teinturede tout cela, que vous estiez
dans l'estime des hommes ce que
vous estesmaintenant dans les regiftres
publics de la Revommée. Il
n'y avoit preſque plus que les Anges
de nos Eglises qui pouvoient interroger
celuy de Beauvais , & luy demander
respectueusement , Quare
ergo rubrum non eſt veſtimentuntuum
? Iſayx 63 .
Vous nepouviez pas leur répon
dre que vous eſiiez toutseul &Sans
Secours à fouler le preſſoir du Vati
can , dont on a tant de peineàfaire
fortir goutteàgoutte la liqueur&
-les infufions qui donnent la couleur
Sacrée du Martire aux ornemens
de cette éminenteDignité. Bien loin
de dire , Torcular calcavi ſolus ,
vous aviezlesplus grandes Puiſſan-
4
१२
B4
32
MERCURE
ces qui mettoient la main àla rouë,
&remuoient lamachine. Romen'a
pureſiſter à deux Rois , dont l'un
eft du coſté du Nordle Boulevard
de la Chreſtienté , & l'autre est
de tous coſtez le défenseur de la
Religion Catholique , contre les
Heretiques de toutes les Nations qui
font liguez ensemble pour la combattre&
l'ancantir. On ne pouvoit
donc pas avec honneur refufer
à ces deux Frinces un Chapeau
qui pust couronner la fidelité&les
Services de leur Ministre. Le grand
Sobieski que vous avez fait Roy .
vous auroit fait volontiers Pape ,
fivous cuffiez ešte papable
Sacré College; mais Louis le Grand
qui s'estoit ſervy de vous pour le
faire Roy , luy estoit encore neceffaire
pour vous faire Cardinal. Sa
Majesté Polonoise eust perdu sa
voix , fi celle de France ne l'eust
du
GALANT. 33
renforcée,& ce qui fait la rareté
d'une telle promotion , c'eft de voir
qu'un ſeul Prelat y brille entre dix
Italiens. Velutinter ignesLuna
minores.
La comparaiſon est affez juste
puis que c'est dans la nuit de nos
brouilleries avec la Cour de Rome ,
qu'elle vous a posé au haut de fon
firmament , & que si le nombre des
Estoiles eft plas grand, la clartéde
la Lune eft plus forte & plus viſi.
ble. Tous les Peuples voyant avec
admiration , que dans une creations
qui semble n'estre faite que pour la
Nation dominante dans le Conclave
, on ait fait entrer uniquement
un Pair de France, l'illastre Forbin
de lanſon , comme pourle distinguerpar
une exceptionfiglomeufe
des Evesques de tous les autres Ro
yaumes qui pouvoient y pres, dre,
par là Monseigneur , vou ar
BS
34 MERCURE
ſtes passeulement un Cardinald'élite,
mais d'une élection toutefinguliere
& tres -exquise , telle que
le Concile l'ordonnoit au Pape.
Lectiſſimos tantùm abi Cardinales
adcifcat , quoy qu'il ajouste
au mesme endroit qu'il doit les appeller
& choisir de toutes les Nations
de la Chrestienté. Ex omnibus
Chriſtianitatis Nationi.
bus. Conc. Trid. feff. 24. Le
Saint Esprit , qui estle Directeur
des Papes&des Conciles, n'apas
permis que l'on ait confidere ny
l'Empire ny l'Espagne , dans un
temps ou des Princes Catholiques
ont fait une Liguesifuneste àl'Eglife
Romaine,qu'ils ont entrepris
derminer par les puiſſances mesme
de l'Empire Romain , & par leurs
confyderations avec tous les Protede
l'Europe. C'eust esté une
agepromotion de leur donner
GALANT.
35
:
des Cardinaux quiſerviroient dans
leurs Cours&dans leurs Conſeils à
fortifier l'Apoſtaſie des Allemans ,
l'Atheisme des Hollandais, l'Anarchie
des Anglois , & la defolation
que leur Alliance peut produire.
La pourpre de l'Eglise n'est faite
que pour ceux qui en doivent estre
les Martirs ,&non pas pour ceux
qu'il est à craindre d'en voir les
persecuteurs.
Ilfalloit distinguer la Franceen
cate occafion, puis qu'elle fouffre
effectivement la persecution &le
Martire de toutes les Couronnes
pour la causede la Religion. Mais
comme iln'y a rien de fortuit à l'égard
de la Providence Divine, qus
dispose de tout avec une ſageſſfe
d'ordre , de poids & de mesure ,
pourquoy se dixons- nous pasqu'elle
afait tomber le fortfurvous, Mon-
Seigneur , je veux dire ,fur un Cor-
B6
36 MERCURE
dinal Evesque de Beauvais , qui
puiſſe reparer dans nostrefiecle,les
injures & lesdommages,qu'un autre
Cardinal , fon Predeceffeur , fit à
l'Eglise Catholique dans le fiecle
precedent ? La rencontre en est belle
& curieuse. Le CardinaldeCha-
Stillon se signala particulierement
en Angleterre au service d'une
fauffe Reine , quefa naiſſance illegitime
excluoit de la Couronne ,&
il l'aida malheureusement parses
conseils&parSon ministere,à etan
blir le Calviniſme , pour laReligion
Superieure & dominante de fon
Estat. Maisle Cardinalde Forbin
vient aprés luy au secours du veritable
&tegitimeRoy d'Angleterre
, qui veut y rétablir les Veritez
Catholiques,en soumettant au Chef
de l'Eglise ceite Teste rogale dont
'Heresie se faisoit une Idole ,
an Chefde l'Eglise Anglicane.
GALANT .
37
C'est à ce grand Ouvrage que
Vostre Eminence ſemble estre de
ftinée. Il falloit un Françoispour
remontrer au Pape & au S. Siege
ce que les Italiens n'auroient peutestre
pas la liberté de luy dire, que
fi l'Angleterre eftfeudataire du S.
Siege , il doit la défendre , comme
tout Seigneurdoitproteger son Vaffal;
que les Souverainsfont obligez
de droit naturel & divin d'employer
au Salut des Peuples les tributs
qu'ils en tirent , &que c'est pour
cela qu'on les leur paye ; que par
confequent le denier de S. Pierre.
que l'Angleterre Chreftienne
payoit par forme de tribut & de
cens, aux termes de leurs Ordonnances,
Cenfus Rome debitus,
est unTure incontestable qui donne
droit au Roy &àfes Suiets Catho.
liques de la Grand Bretagne , de
demander à Rome des Secours
38 MERCVRE
d'hommes &d'argent , pourſoûtewirle
Royaume &la Religion que
les Heretiques oppriment ; qu'il ne
faut donc pas regarder les Ambaffadeurs
de ce Prince comme des
Etrangers qui veulent impetrerdes
graces , ou des Pelerins qui vont
gagner des Indulgences ,mais comme
des Enfans &des Domestiques
de la Foyde Saint Pierre , qui luy
demandent l'interest &le profit de
tant de millions de deniers qui luy
ont esté fournis depuis plus dehuit
sens ans ; qu'envain leMartirologe&
le Breviaire Romain donnent
à S. GregoireleGrand le titred'Apostre
des Anglois,fi le Pape qui
jouit de ſa ſucceſſion ne veutpas
conserver l'honneur de ce titre , &
Soûtenir cette conquête , mais s'ils
ont eſté dans les filets des Peſcheurs
d'hommes , ils ont besoin preſentement
d'estre repris & conquis de
GALANT. 39
nouveau par les finances desPontifes
des Rois ; Que ce Pontife Souverain
doit bien prendre garde que les
Rois mesme ne l'empefchentdefaire
fon devoir en de pareilles occafions,
où le grand éclat des Couronnesfait
Souvent taire & éclipser l'Oracle
du Grand prestre , & que lameil
• Leurepreuve qu'ilpuiffe donner aux
Nations deforentiere application à
ce que demande un ministere st
faint c'eſt dedémesler feurementles
fauffesraisonsd'estat d'avec les intereſts
de la Religion , pour laquelle
-Seulementla Chairede S. Pierre eft
be premier Trâne de l'Eglise on
refide cette Principauté que les
Peres luy attribuent , Potiorem
principalitatem. Tert. lib. 30.
ad Hæ. Qu'enfin ( & c'est icy ,
Monseigneur,le dernier mot ,
leplus hardy ) si sa Sainteté veut
feparerle vil d'avec leprécieux, &
40
MERCVRE
débaraſſer la Politique d'avec la
Religion , nonseulement Elle con
noistra , mais Ell fera connoistre
&Sentir àl'Empereur&au Confeil
d'Espagne , plûtost qu'àson Roy qui
n'est pas capable de le conoître&de
lesentir quela Maison d'Autriche
eftfatale àla Religion Catholique
en Angleterre , & qu'après l'avoir
chaffee de ceRoyaumeparles intri.
quesdeCharles- Quint,elleempèche
maintenantpar l'ambition de LeopoldI.
Son Petit Neven , qu'elle n'y
foit rétablie& confervee , au licu
que la Franceſemble avoir estéprédestinée
pour fauver l'Angleterre
du Schifme & de l'Herefie,puisque
François Premierfit de fi grands
efforts d'amitié & de Sageffe pour
empêcher qu'elle n'y tombaft&que
LouisXIV, tâche de la relever par
defi terribles efforts de magnificence
&de puiſſance.
GALANT.
41
Ne dis -je pas bien, Monseigneur,
fi ie dis vray , puiſque tout l'Univers
qui a veu le paffé avec borreur,&
l'a deposé dans les Annales,
voit encore le present avec indignation?
Toutle monde convient
quele Saint Siege alla trop viſte
dans le dernier Siecle , mais peutestre
y a- t- il fuiet de s'eſtonver
que dans celuy- cy ilagiſſe aveclen.
teur pourSecourir trois Royaumes ,
que leur legitimeRoy estoit ſur le
point de rameneràson obeiſſance. Il
paroist mesme quepar un excez de
prudence&d'indulgence humaine
il taiſſefortifier le party de l'Vfurpateur
, & foufrant que l'Empereur&
le Roy des Romains , quine
fontfaits que pour defendre l'Egli
fe Romaine , s'allient avec ce nouveau
Chefdes Proteftans , pour diffiper
les Catholiques Romains qui
restent dans l'Angleterre dans
2
42
MERCVRE
4
l'Ecoffe & dans l'Irlande.
C'est affeurement une operation
dumiſtere d'iniquitéqui meriteroit
que les Pontifes & les Rois y fiſſent
quelque attention. Des deux Epées
que trouva Saint Pierre dans la
MaiſonouSon Maiſtre celebroit la
Pasque, Maison qui representoit
l'Eglise , puisque le Sauveur du
monde y faisoit ſon ſacrifice , &
inftituoit les Sacremens. Ecce duo
gladij fatis eſt . Luc 21. De ces
deux Glaives , dis je , la Maiſon
d'Austriche afrapé & fait mourir
la Religion Catholique daslagräde
Bretagne. Elleluy donna le coup de
La mort par le glaive ſpirituel de
l'excommunication , que la faction
deſes Cardinauxfit fulminer contre
HenryVIII. Royd' Angleterre, avec
une precipitation aussi imprudente
& auffimaligne que nous la liſons
dans l'Histoire , & commesi cepreGALANT.
43
mier coup neſuffiſoit pas , elle, luy
en donne aujourd'buy un autre
aprés lamort ,parleglaive de tous
les Princes Heretiques armez contre
Iacques II. qu'ilsveulent dépouiller
deſes Etats , parce qu'il s'est déclaréCatholique.
L'Empereur & le
Roy d'Espagne nesont- ilspas de la
conspiration , quand on voit leurs
Ambaſſadeurs congratuler lePrince
d'orange sur son avenement à la
Couronne?N'est- cepas,aux termes
del'Ecriture , courir avec le Larron,
au lieu de lay courirfus ? N'est
cepas , aux termes des Bulles , fe
decliver fauteurs de l'Herefie &
Ennemis des Papes , puis que l'Ufurpateur
a declaré luy mesme par
Son Manifeste, qu'il n'estoit entré
dans le Royaume d'Angleterre,&
qu'il ne prenoit cetteCouronne que
pour abolir le Papisme , maintenir
La Religion Anglicane, & défen44
MERCURE
dre les Protestans ? Peut- on s'imaginer
que des Princes qui affectent
lenom de Catholiques comme un titre
d'excellence,tiennentunprocedé
fi injuste? Romefansdoute en gemit,
&les remontrances qu'elle a faites
au Roy d'Espagne pour le porter à
fairela Paix, enſont une marque.
Aussi se doit- elle ſouvenir que
dans le temps que l'Empereur
Charles Quint tint le Pape emprisonné
par une Armée de Lutheriens
, il n'y eut que les Reis
de France & d'Angleterre , François
I. & Henry VIII. qui tra.
vaillerent efficacement à délivrer
& la Ville Sainte , &le Saint
Pere, qui auroient bonne grace
en ce temps.cf de rendre la
pareille à leurs anciens Liberateurs
Toutefois les autres Nations
du Conſiſtoire ne manquent pas ή
GALANT. 45
d'excuser leurs Souverains , &
les Souverains mesmes sont fi
honteux des reproches qu'on leur
fait , qu'ils publient par tout dans
leurs Declarations que la guerre
qu'ils ont allumée , n'est point
une guerre que l'intereft de la
Religion ait causée. Il faudroit
donc pour les en croire , étouffer
la raison ,& crever les yeux de
toute l'Europe , qui ne s'est remuée
que depuis que le Roy d' Angle.
terres'est rendu Catholique,& que
Louisle Grand a voulu mõtrer qu'il
estoit tres -Chrestienen aboliſſant
dans tousſes Etats la Religion Pretenduë
Reformée. Mais enfin la
Seule Maison d' Austriche est fi
religieuse , qu'elle ne veut point
toucher à la Religion. Ce n'est
pointſon deſſein , & elle n'a nulle
intention de nuire à l'Eglise Romai
ne,enſejoignant au Prince d'Oran
46 MERCVRE
ge& auxHollandois , quila venlent
exterminer. Ellen'ypenſepoint
actuellement dans tout ce qu'elle
fait. Ainsi ce n'est point un peche
pour elle , ou tout au plus , cen'est
qu'unpeché Philosophique, dont les
impies font des chansons , & les
Sçavans des sujets de Controverſes.
N'allons plus chercher ce
peché dans les Ecoles. Ne l'imputons
plus aux Theologiens qui
le détestent . C'està la Cour de
Vienne & de Madrid qu'onle
Joutient , & qu'on le pratique
innocemment.
L'Electoras de Cologne , qui
est une Principauté sacrée , où
il n'ya quele Saint Esprit qui
ait droit de meste un Evesque
par une élection canonique , fera
mis en proye à l'esprit & aux
Puiſſances du monde qui violeront
fur cola toutes les Loix divines&
3.
GALANT.
47
humaines. Les Princes Chrestiens
en viendrontàdesguerresfanglar.
tes. Les Princesfeparez& rebelles
à l'Eglise , s'animeront contre leur
Mere. Les Infidelles en releveront
leurs forces pour rentrer dans la
Chreftienté,d'où ils venoient d'eftre
chaſſez par des victoires mira.
culeuses ,&par l'argent beny de
la Chambre Apostolique. Enfin
on ne sçauroit dire ny comprendre
combien la Religion Catho
lique fouffre en tous lieux par
les ſuites funestes d'une si superbe&
aveugle politique ;&pour
en disculper l'Empereur & le
Roy d'Espagne , c'eſt aſſez de dire
qu'en tout cela ,dont ils font les
Auteurs & les Instrumens, ils n'en
veulent ny à l'Eglife , nyàla Relia
gion, qu'ils n'en ont pas lamoindre
pensée, & qu'en commettant ces
pechez, ou eny cooperant ils n'a-
1
48 MERCVRE
giffent qu'en Philoſophes & engens
raisonnables , pour défendre, con .
Server l'Empire , & humilier les
Ennemis de leur auguste Mai.
fon.
Mais on neſe jouë pas ainſi de
Dieu par des abſtractions metaphifiques.
Les Italiens & les Romains
pourroient avoir leurs raisons pour
ne sepas élever contre ces fauſſes
maximes , &jay licu de dire que
c'est un coup.de la Providence d'avoir
donné dans cette conjoncture
un Cardinal Evéque de Beauvais ,
un Cardinal amy & confident du
Pape, pour agir divinement & avec
de fijuſtes proportions à reparer
les fautes dufiecle passé , à remplir
les vuides du dernier Pontificat ,
&à avancerles heureux effets des
bonnes esperances de celuy-cy , par
les fages conſeils que Vostre Emi.
nence pourra donner à Sa Sainteté.
C'est
49
ejetion,
nelife,
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*1883*
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bonn
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nenc
Cest
GALANT, 149
C'est là , Monseigneur , ce quej'eſtime
le plus dans vostre exaltation,
qui neseroit quevanitéfi elle n'eſtoitpas
utileà la Sainte Eglife ,
pour le respect de laquelle je feray
encore davantage à l'avenir , par
unredoublement de zele & de fide.
lité , Voftre tres , &c.
L'air nouveau queje vous
envoye eſt de la compofition
d'un fort habile homme. Vous
demeurerez d'accord de ſa
beauté quand vous en aurez
parcourules notes, Les paroles
fontd'une perſonne de qualité.
AIR NOVVEAV.
E
Nvain j'ay cru pouvoir rompre
machaine ,
C'est mon destin de soupirer pour
vous.
Nov 1690.
८
C
1
50
MERCVRE
Je ne m'oppose plus au panchant
qui m'entraine ,
Loin de me plaindre encor de l'excés
de ma peine ,
Ie me plaindray toûjours de l'injufte
couroux ,
Quime fit preferer les fureurs de
lahaine
Aux plaisirs d'un Amant fi charmant
& fi doux.
Envain j'ay cru pouvoir rompre
ma chaine ,
C'est mon destin de Soupire pour
vous.
Vous ſcavez , Madame ,
quelle grande conteſtation
s'eſt émeuë il y a déja quelques
années entre les Sçavans
au ſujet d'un Poëme intitulé ,
Le Siecle de Louis le Grand, de Mr
Perrault de l'Academie Françoiſe
. Le ſieur Coignard , LiGALANT.
,
braire,a donné au public de.
puis ce temps- là deux Volumes
du Paralelle des Anciens&
des Modernes , du meſme Auteur
& ees Ouvrages ont
eſté attaquez par un Poëte
Hollandois ſous le nom de
Montmor . C'eſt cette Critique
qui a donné lieu à Mr de
Vins , dont vous connoiſſez
l'heureux genie par pluſieurs
galantes pieces que je vous en
ay déja envoyées , de faire le
Dialogue que vous allez lire.
Il eſt entre Apollon , & la Muſe
Polimnie , qui parle au nom
de toutes les autres .
NOW
POLIMΝΙΕ.
Ous nous jettons , Seigneur ,
toutesàvosgenoux ,
C2
$2
MERCVRE
Et nous vous demandons justice.
A POLLON.
Relevez- vous , mes Soeurs , parlez ,
expliquez-vous ,
Et fçachez qu'Apollou propice
Entre , comme il le doit, dans tous
vos interêts.
Quels font vos Ennemis , ou publics,
oufecrets ?
Dequi vous plaignez vous,& quel
témeraire ofe ,
Sans craindre ma colere,à mes yeux
infulter
Les Filles dugrand Iupiter ?
Du trouble où jevous vois quelle est
enfin la cause?
POLIMNIE.
Il ne falloit pas moins pour en finir
le cours
Que l'offre de vêtrefecours.
Nous allonsreprendre courage,
Et nons en craignons moins l'outrage
GALANT .
13
Qu'on nous fait depuis quelques
jours.
Malgrél'épais brouillard,& lesvapeurs
grossieres
Qui couvrenten tout temps le Batave
Climat ,
Nous n'avons pas laissé d'y porter
nos lumieres .
Cependant cePays fombre , & toûjoursingrat
,
Loin de nous en montrer quelque
reconnoiſſance ,
Ne s'enfertqu'ànous décrier;
Et Montmor vient de publier
Qu'il ne fort plus de nous qu'une
froide Eloquence.
Il est vray que cet entêté
Nousfait encor l'honeur de croire
Qu'autrefois nous eûmes lagloire
D'inspirer à l'Antiquité
Ce gouft fin , ce bonsens, cette delicateffe
Qu'on voit briller dans ses efcrits
:
C3
54
MERCURE
Maisilfoutient que lavieilleffe
Qu'il nous donne , & qu'il traite
avec tant de mépris ,
I faitsentir à nos esprits
La pertedu beaufeu qu'avoitnôtre
jeunesse.
Ilſemble, (i l'on veut s'en rapporter
àluy ,
Que l'Hiver ait fur nous verse
toutesa glace ,
Et qu'inutilement Hefiode aviour
d'huy
S'endormiroitſur le Parnaſſe.
Tel est l'impertinent discours .
De ceux quiſecs, &sans genie,
Sur ce qu'on voit de bon,répandent
tous les jours
Le venin de leur jalousie ,
Et se vangent par là du malheureuxfuccés
Desfots Ouvrages qu'ils ontfaits .
Cependant fi leur mediſance
Dans ce monde unefois trouve quelque
créance ,
GALANT.
55
Adieu lesfuprêmes honneurs
Quenous ont jusqu'icy rendus tous
les Auteurs.
Nous feront - ils , helas ! le moindre
Sacrifice ?
Ils en croiront plus leur caprice
Quelesfalutaires ardeurs
Qu'onpuiſe dans nostrefontaine
Et nous refuſeront les glorieux tributs.
Qu'ils ont toujours payezàson cau
Souveraine.
Qui voudraſe donner la peine
D'y chercher un Secours qu'on traitera
d'abus ?
Qui nous invoquera ? Perſonne
Nes'aviſera plusde nous offrir des
vaux ,
Et des beaux Arts ( quel coup ! j'en
tremble , j'enfriffonne )
Peut-estre que chacunseferad'au.
très Dieux .
Il mesemble déja que l'on nous
abandonne,
C4
16
MERCVRE
Que l'onnefonge plus ànous,
Et que nostre séjour , devenufolitaire
,
Sans Encens,fansAutels, n'estplus
que le repaire
Des Ours, des Lions & des Loups.
APOLLON.
A
Le mal n'est pas encor fi grand
qu'on s'imagine ,
Raffeurezvous , mes Soeurs, Montmor
, & fes pareils ,
Pour vous nuire , tiendront d'inutiles
conseils ,
Et quoy que du Parnaſſe ils tentent
la ruine ,
Ilsneſont pas (i dangereux ,
Que leurs traits mal lancez ne
retombentfur eux.
Autant , &plus que vous , leur audacem'offense
,
Et je les traiterois comme des Mar-
Sya's
S'ilsestoient dignes de mon bras :
GALANT..
رو
Maisplein d'une reconnoiſſance
Qui doit confondre ces ingrats ,
Vnde nos Favoris travaille àfa
deffense,
Et Perrault que j'ayspeuremplirde
tous mesfeux .
Est un Athlete vigoureux ,
Et telque d' Apollon exige la vengeance..
Ils ont desjafenty ce que pesent fes
coups;
Saplume&polie ,&féconde
Commence à détromper le monde
Descontes quel'on fait de vous ..
Chacunſçait que de la vieilleſſe
Lafroideur & l'infirmité
N'attaquent point une Déeſſc
Etqu'une éternelle jeuneffe
Eft lefruit precieux de l'immortalité..
27
Chacunſçait que toujours&vives,
&folides ,
Vous pouvez aujourd'huy , comme
dans les vieux temps ,
C
58 MERCURE
Faire , malgre ces médiſans ,
Des Sophocles , des Euripides ,
Des Plines , des Saphos , des Lon
gins, des Varrons ,
Des Ariftotes , des Euclides ,
Des Horaces , des Thucidides ,
Des Terences , des Cicerons ;
Des Luciens , des Praxiteles ,
Des Virgiles, &desAppelles.
Onfaitqu'autant defois qu'onverradesHeros
Amateurs de nos jeux , affables ,
liberaux ,
Et tels qu'en poſſede un la trop heureuſe
France ;
On ne manquera pas de fublimes
Esprits ;
Que vos feux , & leurs dons unis
En produisent enabondance,
Et queſans la douce esperance
D'estre unjour honorez de ces glorieux
dons ,
Pluſieurs qui negligeoient vos infpirations
GALANT .
59
Auroieni languy toute leurvie
Dans une molle oiſiveté;
Ceprix de leurs travaux réveille
leurgenie ,
Amieuxfaire par là l'onse sent
excité,
- Et chacun , cherchant à leur plaire
Redouble ses efforts , & pouren obtenir
La recompense qu'il eſpere,
Leur consacreſesſoins ,ſesveilles,
fon loiſir.
Onsçait ce quevalut autrefois à la
D'Alexandre le Grand la prodigue
Grece
largeffe ,
Et que jamais l'espritdans cetheureux
Climat
Nefut plus éclairé , plus fort , plus
délicat.
Iamais Romese trouva-t-elle
Plusdocte, pluspolic,&plusſpirituelle
C
60 MERCURE
Queſous les deux premiers Cefars
?
Cette tendreſſe liberalle
Que le Pere&le Fils* curent pour
les beauxArts,
Les y fis cultiver d'une ardeur fans
égale
Etleurfecourspeut- estre autant que
Savaleur,
Iusqu'au point qu'on l'a veuë éleva
Sa grandeur.
Ne leur doit- elle pas lafameuseEpoide
ti ১
Les Plaintes, les Amours, & less
Fables d'Ovide,
Ledelicat Horace , & tant d'Anteurs
divers ,
Qui ſoiten Proſe,ſoit en Vers .
Ont rendu ſagloire immortelle ,
Et dont le gout fi fin fert encor de
modelle?
LeFilsſurtouten leur faveur
*Auguſte fut adopté par Jules Céfara
GALANT. 61
De fonTrôneſouvent se plaifoità
descendre...
Rome vitfanschagrindeſon grand
Empereur
Jusqu'à l'excéssur eux les bienfaits
Serépandre,
Et quelques - uns mesme d'entre
Se trouverent affez heureux ,
Pour jouirdefa confidence.
On fçait enfin que dans la France
Louis que le Ciel aime , & quinous
aime auſſi
Apar fes Pensions, par leur douce
influence
Plusfait pournous que jusqu'icy
N'ontfait tous cesHeros que vante
6 tant l'Histoire..
Tout grand qu'ileft ,&plus qu'Alexandre
&Cesar ,
Deprotegerles Arts dédaigne.t.il!
la gloive ,
Et cefavorable regard
62 MERCURE
Qu'iljette fur l'Academie,
N'a-t-ilpas des François porté le
beaugenie
Iusqu'au point d'effacer ce quefirent
jadis
Les Grecs, & les Romains quand ils
furentpolis?
C'estpar là que chez eux ont brillé
les Molieres,
Les Voitures, les Ablancours ,
Etqu'éclairé devos lumieres
Vostre beau Sexe mesmey fait voir
en ces jours
Des Scuderis , des Deshoulieres .
POLIMNIE,
Ces Dames au Parnaſſe, il estvray,
fonthonneur ,
Et pleines qu'elles ſont de toute noftre
ardeur ,
Leurs Ecritsſeuls devroientſuffire
Pour confondre nos Ennemis.
Ceuxde Sapho font ils plusvifs ,
ouplus polis .
GALANT. 63
V
Et de ce fiecle enfin qui les force à
médire?
APOLLO Ν.
Tel qu'ilfut autrefois Apollon l'est
encor ;
Ainfiméprisons de Montmor
L'ennuyeuse critique , & la fade
Satire.
L'opiniastre erreur qui l'attache
auxvieux temps
N'a pour elle que peu de gens ;
Et chacun,quoy qu'il puiffe dire,
Ouvre , & preſte l'oreille à la voix
du bonfens.
Athenes, commeRome , en afourny
Sans doute,
Mais ſans prévention pour peu
que l'on l'écoute ,
Croiva- t- on qu'en ces lieux trouvant
trop de douceurs ,
Iln'ait pûfe refoudreàfe produire
ailleurs ?
Lors qu'à l'antiquitécefiecle rend
justice ,
64
MERCURE
Par quel injurieux caprice
Refuse- t-on auxbeaux esprits
Quiregnent dans la France, &fur
tout dans Paris ,
Celle qui leur est deuë , & que la
fiere Athenes ,
Plus équitable,que Montmor,
Elle meſme rendroit à tant de no-
P
bles veines ?
Faut - il, pour leprefferplusfort
Diſſiper les ſombres nuages
Dont un dépit jaloux envelope fes
yeux
Et, comme aux Ecoliers, faire àcet
envieux ,
Comprendre,& remarquer la beau
té des Ouvrages
DesRacines, desDespréaux,
Des Pairus , des Le - Bruns , des
Mignards,des Corneilles.
Mais fans de tant d'Auteurs
nouveaux
M'étendre fur les doîtes veilles..
GALANT.
65
Quene veulent pas voir ces eſprits
mécontens ,
Ou qui font au deſſus de leur intelligence
,
Sans, dis - je , perdre en vain &Sa
peine ,&son temps
A leur en expliquer la force &
l'excellence ,
Perrault écrit pour Nous , & ses
heureux talens
Suffisentfeuls pour prouver que la
France
Egale en leur bon gouft lesfiecles
précedens.
Sa netteté , ſa politeſſe ,
Ses traits vifs & brillans ,fon
goustfin ,sajustesse ,
Tout cela de Montmorafceu bleſſer
lesjeux.
Quels que foient ses efforts , Sa
plume languiſſante
Nepeut en approcher, c'est en vain
qu'il le tente
66 MERCVRE
Et dans ſon deſeſpoir , de ce lâche
envieux
La trop ingenieuse & jalouse
malice
Par un trop injuste artifice ,
Détourne ſur l'antiquité
Le legitime encens qu'àPerrault il
refuse ,
Etpar ce faux trait d'équité ,
D'en avoir peu pour luy ne craint
pasqu'on l'accuſe.
On en uſa toujours ainsi ,
Etdesfiecles paſſezcommede celuycy
Tellefut l'adroitemanie
Horace,leplus beau genie
Que Rome vit chez elle, eut ausfi
Son Montmor ;
Tout habile qu'il fut , le celebre
Mecene
A gouverner l'Empire cut mesme
moinsde peine
Qu'à l'exemter decet indignefort.
GALANT .
67
L'iniuftice toûjours bizarre
Nevantoit defon temps que sapho.
que Pindare ,
Toute la gloire estoit pour eux ,
On envioit la fienne , & ceux c
dans la Grece ,
Lors qu'ilsyprodiguoient leur ſcavanterichesse,
Nese virent- ils pas préferer leurs
Ayeux?
Tant quevefcut le grand Homere,
Surfa mendicité jette- t- elle un
regard ?
Cette ingrate prit elle part
Asa longue &dure miſere ?
Non, cenefut qu'aprèsſamort
Que fept Villes en concurrence
Disputant,mais trop tard, l'honneur
desa naiſſance ,
S'en firent an illustrefort .
Laiſſons donc à Perrault le ſoin de
nostre gloire ,
Nous ne pouvions la mettre en de
meilleures mains ;
68 MERCVRE
Et que les Filles de Memoire
*Calmant leurs ſenſibles chagrins,
S'appreſtent au pluſtoſt à chanterSa
Victoire..
Mrle Commandeur de Barbantane
, Vicaire General du
Grand Prieuré de Toulouſe ,
del'Ordre de Saint Jean de lerufalem
, ayant appris que Mr
le Commandeur de Vignacour
avoit eſté éleu Grand Maistre
de Malthe , en fit paroiſtre ſa
jove par des illuminations qu'il
fit faire devant ſa Maiſon , &
parungrand Feu d'artifice qui
futtiréau bruit des Fifres , des
tambours &des hautbois .Tous
les Chevaliers & Commandeurs
des environs s'y rendirent
, & enfuite il leur donna
un tres - magnifique repas , où
tout ce qu'il y avoit de perſon
GALANT. 69
nes de qualité furent conviées.
Toutes les nouvelles qu'on reçoit
de Malte portent que jamais
élection n'a eſté plus applaudie.
Quoy que cet Ordre
ſoit composéde diverſes Langues
ou Nations , dont chacune
peutfaire la brigue particuliere,
tous les ſuffrages furent
donnez à Mr de Vignacourt
ſans aucun partage , & meſme,
comme je croy vous l'avoir déja
mandé , on commença à luy
rendre en quelque forte les
honneurs qui ſont deûs au rang
de Grand Maiſtre , trois ou
quatre jours avant la mort de
Dom Gregorio Caraffa ſon
Predeceffeur , Il y avoit huit
Langues dans l'Ordre avant le
Schiſme de Henry VIII. &
l'Angleterre faiſoit la ſixiéme.
Son Chefeſtoit Grand Turco70
MERCVRE
L
polier de Cavalerie, mais il n'y
en a que 7.preſentemét.La premiere
eſt celledeProvence,& le
titre de Grand Commandataire
de la Religion eſt attaché à
ſon Chef. La ſeconde , qui eſt
celle d'Auvergne , a pour Chef
leMaréchal de l'Ordre. Latroifiéme
eſt celle de France , &
fon Chefeſt Grand Hoſpitalier
L'Italie fait la quatriéme Langue
, & a pour Chef l'Amiral.
La Charge de grandConſervateur
eſt poſſedée par le Chef de
la cinquième , qui eſt celle
d'Arragon. La ſixiéme eſt d'Allemagne,
& fon Chefeſt Grand
Bailly . Le Chefde la ſeptiéme,
qui eſt la Caſtille , eſt Grand
Chancelier. Il n'y a point d'Ordre
plus illuſtre dans toute la
Chreſtienté , & l'on n'y ſcauroit
eſtre receu qu'en faiſat des
GALANT. 71
preuves de Nobleffe de quatre
races , tant du coſté paternel ,
que du maternel. Il faut auſſi
avoir vingt ans,& eſtre né de
legitime mariage. On ne laiſſe
pourtăt pas d'y admettre les Fils
naturels des Rois & des Princes
. Il n'y a que les Grands
Croix , entre tous les Chevaliers
, qui puiffent pretendre à
ladignité de Grand Maiſtre ,
qui eſt leur Superieur&le Souverain
de Malthe. Ily a auffi
parmy eux des Chevaliers Ser
vans , que l'on prend dans les
bonnes Familles , & le courage
des uns & des autres ſemble
s'augmenter de jour en jour
dans les dangers continuels où
ils ſe trouvent , en faiſant la
guerre auxBarbares , & en con
fondant ſouvent la fierté des
Othomans.Je me souviens que
72
MERCURE
vous m'avez demandé dans
quelqu'une de vos Lettres ,
pourquoy ils ont eſté appellez
Hoſpitaliers de S. Jean de Jerufalem.
C'eſt le nom qu'ils eurent
lors que cet Ordre commença
à s'établir. Il fit peude
choſe dans ſon origine. Quelquetemps
avant queGodefroy
de Boüillon entrepriſt la conqueſte
de la Terre- Sainte , des
Marchands de Melfe , Ville du
Royaume de Naples , qui negocioientdans
le Levant , obtinrent
du Caliſe d'Egypte , moyennant
certain tribut qu'ils
s'obligerent de luy payer tous
les ans , la permiſſion de baſtir
dans Ierufalem une Maiſon où
ils pourroient ſe loger , ainſi
que tous ceux de leur Pays
qui feroient le voyage de la
Palestine. Ce premier avan
tage
GALANT.
73
rage leur donna lieu d'en folliciter
un autre , qu'on leur
accorda pareillement. Ce fut
de faire baſtir deux Egliſes ,
l'une dediée à la Vierge , pour
les hommes , & l'autre à SainteMagdeleine
, pour les Femmes
, & les Pelerins y eſtoient
receus avec une charité digne
de leur zele . Quelques autres
qu'un ſi pieux exemple tou--
cha , ſe ioignirent à eux pour
exercerdes emplois ſi ſaints ,
&cela fut cauſe que l'on fonda
une Egliſe ſous l'invocation
de Saint Jean, & que l'on
baſtit un Hôpital où l'on
avoit un fort grand ſoin des
Malades . Dans le temps que
les Chreſtiens que comman
doit le fameux Godefroy de
Boüillon , ſe rendirent maiftres
de Ierufalem , qui fut la
Νου. 1690.
D
74
MERCURE
,
derniere année de l'onziéme
fiecle , le Bienheureux Gerard
de Martignez , en Provence ,
eſtoit Directeur de cet Hofpital.
La ſainteté de ſa vie
&le zele qu'il montroit à recevoir
tous les Etrangers qui
viſitoient les Saints Lieux ,
futune choſe ſi édifiante , que
les Rois de Ierufalem firent
gloire de travailler avec ſoin
àétablir ceux qui paffoient
leur vie à faire de ſi bofines
oeuvres . Ils prirent le nom
d'Hoſpitaliers , & des habits
noirs avec une croix à huit
pointes Outre les trois voeux
de Religion , ils firent celuy
de recevoir & de defendre
tous les Pelerins qui auroient
ladevotion de venir dans les
Saints Lieux. Il falloit pour
celatenir les paſſages libres ,
GALANT.
75
&les garantir dans leurs
voyages des courſes des Infidelles.
On ne le pouvoit ſans
prendre les armes , & les affiſtances
que ces Hoſpitaliers
s'obligerent de leur donner ,
par la fondation qu'ils firent
en 1104. ſous le regne de Baudoüin
I. les engagea à les ren.
dre hommes de guerre. Cet
employ ayant attiré beaucoup
de Nobleſſe , leur fit prendre
le nom de Chevaliers > mais
ſans rien changer dans leur
projet , qui fut toujours de
regarder comme des Ennemis
irreconciliables ceux qui
l'eſtoient de la Foy Chreftienne
Gerard leur ayant dreſſé
des Statuts , mourut en 1148 .
& Remond du Puy, fon Succeſſeur
, n'oublia rien pour les
maintenir. Saladin , Roy de
*
D2
76
MERCVRE
Syrie & d'Egypte , aprés avoir
remporté pluſieurs victoires
fur les Chrêtiens, prit enfin lerufalem
en 1187 ſous le regne
de Guy de Lufignan , qui en
étoit devenu Roy, en époufant
Sibille , Fille du Roy Amaulry
& d'Agnes de Courtenay .
La priſe de cette Ville ayant
obligé les Hoſpitaliers d'en
fortir , ils ſe rendirent à Margat
, & enſuite à Ptolemaïde ,
autrement Saint Iean d'Acre ,
que le Sultan Melec- Seraf prit
d'aſſaut le 19. May 1291. malgré
la vigoureuſe reſiſtance
des Chevaliers , qui la défendirent
avec toute la valeur
imaginable. Peu de temps
apres , Guy de Luſignan ayant
acheté l'iſle de Chipre de Richard
Roy d'Angleterre , qui
l'avoit priſe ſur Ifaac ComGALANT.
77
mene , homme cruel & abans
donné à toutes fortes de chil
mesyldonna retraite aux
Chevaliers de Jerufalem , &
ils y demeurerent ,juſqu'en
1310. Cette mesme année , ils
prirent Rhodes fur les Sarra
fins qui l'avoient enlevée aux
Empereurs de Conſtantinople.
C'eſt une Iſle d'Afie , dans la
Mer Mediterranée , avec une
Ville du même nom. Elle a
eſté autrefois fameuſe par le
Coloffe ; Ouvrage de Charés ,
Diſciplede Liſippus , qui a été
eſtimé une des fept Merveilles
du monde . C'eſtoit une
Statue du Soleil , dont la hauteur
alloit à foixante & dix
coudées. Vn tremblement de
terre l'ayant renversée , Mahuvias
, Soudan d'Egypte ,
ten fit charger foixante & dou-
D3
78 MERCVRE
ze Chameaux. La priſe de
Rhodes apporta beaucoup de
gloire à Foulques de Villaret
François , Grand Maiſtre de
l'Ordre , qui fut le Chef de
cette entrepriſe. Tous les efforts
que les Infidelles firent
depuis pour recouvrer un poſte
ſi avantageux , ne ſervirent
qu'à augmenter la gloire
des Chevaliers , qui prirent
le nom de Chevaliers de
Rhodes. Ils en demeurerent
maiſtres , & Mahomer II .
Empereur des Turcs , en forma
le Siege inutilement en
1480. Pierre d'Aubuffon , alors
Grand Maistre de Malthe , le
foutint pendanttrois mois avec
un courage extraordinaire ,&
força enfin les Turcsde ſe retirer
avec perte de la pluſpart de
leurs Troupes. Ils n'auroient
GALANT. 79
pas mieux réuſſi en 1522. lors
que Soliman II, fit attaquer cet
tePlace par une puiſſanteArmée
fi les Chevaliers n'euſſent pas
eſté trahis. L'exemple de leur
Grand Maistre Philippes Villiers,
de l'IſleAdam,de la Langue
de France , leur avoit fair
donnerdes preuves de valeur &
peu communes , que les Turcs
aprés de fort grandes pertes é
tolent preſts de renoncer à
leur entrepriſe,lors que les avis
que leur fitdonner André d'Amarat
, Portugais , Chance
lier de l'ordre , les engagerent
à y perſiſter. La part qu'il
avoit à tous les Conſeils luy
avoit appris par où la Place
eſtoit foible , & pour ſe vanger
du tort qu'il pretendoit
qu'on luy avoit fait , en lui
preferant l'ifle Adam fon
1.
D 4
80 MERCVRE
Ennemy , en la Dignité de
Grand Maiſtre , il faifoit ſcavoir
à Soliman tout ce qui
pouvoit ſervir au fuccez de
ſon deſſein. Sa trahiſon ayant
eſté découverte , il eut la
teſte coupée le 30. d'Octobre
mais cela n'empeſcha pas que
les Infidelles ne pourſuiviſſent
le ſiege. Ils avoient eſté trop
bien informez de toutes choſes
pour ne pas voir que la
Place ne pourroit encore tenir
long-temps . Ils ne purent
neantmoins l'aſſujettir que
furla fin de Decembre . Solyman
y fit ſon entrée le jour
de Noël , & l'eſtime que la
vigoureuſe reſiſtance de l'iſle-
Adam luy avoir fait prendre
pour ſa valeur, l'obligea à le vifiter
dans ſa maiſon ,& à luy offrir
de grands avantages s'il
GALANT. 81
vouloitbien reſter avec luy.
L'Iſle-Adam les refuſa genereufement,&
alla paſſer l'hyveren
Candie avec ſes Chevaliers,&c
quatre mille Habitans quile
fuivirent , tant de l'fle de
Rhodes , que des autres lieux
de ſa dépendance. Il n'avoir
qu'une Voile déploiée , qui
repreſentoit une nôtre Dame
de Pitié , avec ces mots ,
Afflictis ſpes unica rebus . Il
alla enſuite à Naples , & de là
à Orviete d'où il vint de
meurer à Viterbe que le Pape
Adrien VI. donna à l'Ordre.
Les Chevaliers y trouverene
leur retraite juſqu'en 1530 .
que l'Empereur Charles-
Quint leur offrit l'ifle de
Malthe, pour mettre à couvert
ſonRoyaume de Sicile. Ilsl'accepterent,&
prirent le nom de
DS
88 MERCURE
Chevaliers de Malthe,du confentement
de tous les autres
Princes Chreſtiens,dans les ter.
res deſquels leur Ordre avoit
des poſſeſſions. Soliman quiétoit
venu à bout de fouf
mettre Rhodes , ſe flata d'avoir
le meſme fuccez en affiegeant
Malthe.Il la fic attaquer
pendantquatre mois en 1566.
&la defcente fut faite dans
l'Islele 17. May par Mustapha,
BachadeBade. Piali Bacha ef
coitAmiral , & le fameux Dragut
, & le vieux Occhiali ,,
qu'une infinité de Pyrateries
avoient rendus redoutable ,
l'eſtoient venus joindre avec
les Corſaires d'Afrique. Cependant
le Grand Maiſtre Jean
dela Valete Pariſot , ſecondé
deſes braves Chevaliers , dé
fondit la Placcavectant deva
GALANT. 83
leur& de conduite , que quoy
quele Fort Saint Elmeeuſteſté
pris , & que Saint Michel & le
Bourg euffent eſté tous deux
mis en poudre , il força les Infidelles
à ſe retirer, aprés qu'ils
eurent perdu foixante & dix
huit mille coups de Canon
quinze mille Soldats , & huic
mille Matelots. Depuis ce
temps là, on a pris ſoin de fortifier
la Ville & l'ifle. Elle eſt
bordée de divers Chaſteaux,&
de bons havres qui en defendent
l'entrée aux Ennemis . Ses
Villes fontMalche ou la Valete:
laCité , le Bourg & Saint Michel
ou la Sangle , avec les
Chaſteaux Saint-Ange& Saint
Elme. Le nom dela Valetea eſté
donné à Malche par leGrand
Maistre de ce nom qui la fic
baſlir,&commeleGrandMai
D6
84 MERCVRE
ſtre de Vignacour, Oncle de
celuy qui vient d'eſtre éleu , y
a fait porter des eaux par un
Aqueduc de quatre milles de
long , cela a fait dire que le
Grand Maistre de la Valete a
fait le corps de la Ville- neuve,
mais que Vignacour luy a donné
la vie , en y faiſant venir de
l'eau , qui eſt la choſe la plus
neceſſaire à une Ville de Guer .
re. Les avantages que Malthe
a receus du Gouvernement de
l'oncle , font tout eſperer de
l'adminiſtration du Neveu ,
ſes grandes qualitez jointes à
cet heureux ſouvenir , le font
voir dans cetteéminéteDignité
avec l'applaudiſſement de toute
l'ifle. Puiſque je vous en ay
parlé ſi amplement, j'ajouſteray
ce que l'on rapporte de
Saint Paul , lors qu'il s'y ſauva
1
GALANT, 85
après avoir fait naufrage. Il fit
mettre le feu à quelques brouffailles
afin de pouvoir faire ſe.
cher ſes habits , & il en fortit
un Serpent , qui s'attacha à ſa
main ſans le bleſſer. Il benitenfuitel'ifle
,&l'on tient que par
un effet de cette Benediction
tous les Reptiles , de quelque
eſpece qu'ils foient, ny gardene
aucun venin , en forte que fi
l'on y en apporte d'ailleurs ,ils
n'ont pas fitoſt touché la terre
de Malthe , qu'ils ceffent d'eftre
nuiſibles ..
Les matieres de la guerre
ayant remply depuis fort longtemps
la plus grande partie de
chacune de mes Lettres , beau
coup d'Ouvrages galans n'ont
pû y entrer. En voicy un du
Berger de Flore , dont le nom
vous eſt connu , Vous avez
86 MERCURE
déja veu une de ſes Lettres,
par laquelle il rend compte à
uneDame , d'une premiere Socicté
qu'ila faite. Celle- cy en
eſt la fuite , c'eſt à dire qu'il
inſtruit la mesme Dame d'un
engagement, nouveau qu'on
luy a fait prendre..
P
ALA BELLE
MARTHESIE .
Our continuer , Madame,
les éclairciſſemens que j'ay
commencé à vous donner,vous
fçaurez que la ſecondeSocieté
dont je fus , s'appelloit L'Empi.
re de Flore,& des Fleurs. SaDevi
ſe eſtoit , N'aspirons qu'à fleurir 3
fur quoy une des Belles qui
GALANT. 87
avoitl'eſprit enjoüé,fitlesVers
quiſuivent.
Ne caufons point de mauvais,
bruits,
Plaiſons- nous au Printemps,gardons
1
nous de l' Automne 12
Aimons les Fleurs ,fuyons les
fruits,
Pour nostre honneur Flore l'ordonne;
Etsil'amour en prenoit du Ssang
Iline faut point que l'on façona
ne
Nous devons le baunird'icy..
γοί τρου απα
4
Chaque Dame s'y donna
un nom de Fleur; & les Cam
valiers en prirent de ſemblables
ou d'approchans . J'eſtois
à Paris lors que crite Cour
Imperiale commença à s'éta
blir , & quand j'arrivay au
88 MERCURE
Pays , la Societé m'ayant receu
, je me declaray pour la
Belle qui avoit fait les Vers
que je viens de rapporter. Elle
s'appelloit Clione , & elle avoit
pris le nom de Lumiere. Ce
nom ne ſervoit pas mal à la
vivacité de ſes yeux & de ſon
eſprit. L'aſſurance qu'on me
donna qu'elle n'eſtoit point
deſtinée au Monastere & ,
qu'elle n'avoit point encore
d'engagement , me fit entre
prendre avec plus de hardieſſe
le deſſein de la fervir. Voicy
lemoyen que je pris pour luy
declarer queje l'aimois. Il fut
trouvé affez ſingulier , & tout
à fait propre à tromper le jaloux
le plus ſoupçonneux du
monde. On avoit fait une
loy dans cet Empire , qui défendoit
aux Dames de refufer
GALANT. 89
د
des Fleurs , de quelque part
qu'elles vinſſent. J'envoyay
donc un bouquet à Clione ,
fous la faveur de cette loy ,
avec une humble priere de le
regarder comme un Chiffre ,
qui luy apprendroit mot à
mot ce que je faifois pour
elle. Nous eſtions alors au
Printemps & ce bouquet
eſtoit composé de Fleurs toutes
printannieres , à la referve
d'une ſeule. Ily avoit au haut
une Ionquille & un Ellebore ;
au milieu , de la Violette , de
la fleur d'Orange , du Violier ,
& un Soucy ; & au bas , une
Anemone , une Iris , du Maguet
& de l'Epatique. Ces
Fleurs eſtoient entremeflées
de verdure ,pour en adoucir le
mélange un peu bizarre , comme
auffi pour marquer l'ef
92 MERCURE
perance que j'avois qu'on
les recevroit favorablement.
Clione qui ne manquoit pas
de curiofité , & que mon
compliment avoit piquée
d'intereſt , s'attacha auſſi toft
à examiner ces Fleurs , pour
reconnoiſtre ceque je voulois
dire ; & elle ne les confidera
pas longtemps fans le devi
ner. Cefut en jugeant , comme
elle fit , qu'à prendre la
premiere lettre du nom de
chaque Fleur, ſans avoir égard
aux h , que quelques- uns
mettent devant Ellebore &
Edatique, lesdeux Fleurs d'en
haut ſignifioient je ,les quatre
ſuivantes ,vous,& les quatre
dernieres , aime ; & qu'-
ainſi le bouquet exprimoit
ces mots ,je vous aime. Cette
declaration qui la furprit a
GALANT .
و
greablement , luy parut trop
galante pour s'en offenſer.
Auſſi ne s'en plaignit - elle
pas; mais pour me faire connoiſtre
qu'elle l'entendoit ,
fans pourtant la vouloir entendre,
elle me répondit par
cet in promptu. :
Qui l'auroitjamais cru ? Les Fleurs
Sçavent parler,
Un Bouquet me dit , le vous
aime.
C'a ma reconnoiſſance, il se faut
Signalera
Beau Bouquet je t'en dis de même.
Ces Vers me furent rapportez
par la mesme perſonne
qui lay avoit porté mon preſent
; mais comme ce n'eſtoit
pas mon compte qu'elle aimaſt
les productions de Florea
92
MERCVRE
ſans en aimer le Berger , je
Juy repliquay auffitoſt de la
forte. :
Le Bouquet n'estqu'un truchement,
Il vous a dit que je vous aime
Si voſtre bonté veut éclater noblement
,
Pourmoy vous en direz de mef-
Je lefouhaite , objet charmant ,
Plus qu'un ambitieux ne fait le
Diademe;
Etje croy qu'on ne peut jamais trop
ardemment
Souhaiter un bouheur extrême .
S'ilvous plaifoit d'ouir mes voeux ;
Jevous comparerois avec les Immortelles,
Et vous verriezmon coeur payer de
millefeux
!
GALANT.
93
La moindre de vos étincelles.
Vous avezcent fortes d'appas ,
Vostre teint pour charmer mefle les
lisaux rofes;
Mais tout cela n'est rien , ſi l'amour
n'enest pas ,
Luyſeul donne leprix aux choses,
Eny penfant pensezà moy ,
La probité me plaist, je vousferay.
fidelle.
Iesçay de plus unir la constance à
lafoy,
L'auraypour vous une amour éternelle.
Voulez- vous que l'onsoit difcret,
Soumis, respectueux , tendreſenſible
&Sage ?
Toutes ces qualitez entrent dans
almonportrait ;
Et quelque choſe davantage,
$4
MERCURE
Ie fçayfurtoutes les faveurs
Garderfans me contraindre un éternelfilence
Vous pouvezm'accorder de legeres
2
douceurs ,
1
Pour enfaire l'experience.
:
Mon Bouquet vous a dit l'amour
Que vos yeux , que vos traits , que
voſtre esprit me donne ;
Song e zà le nourrir, puis qu'il vous
doit le jour , ...
Ien'en diray rien àpersonne.
Il n'eſtoit pas difficile de
perfuader à cette Belle qu'on
l'aimoit. Elle avoit trop bonneopinion
d'elle meſme pour
en douter. Il ne me fallut
donc pas beaucoup de proteſtations
& de temps pour la
convaincre de ma tendreſſe ,
GALANT .
95
&c'en fut aſſez pour l'obliger
d'en avoir pour moy.
Nous veſeumes en repos deux
ou trois mois fort fatisfaits
l'un de l'autre ; mais enfin ie
remarquay par hazard une
grande intelligence qui ſe
formoit entre elle & un de
nos Bergers , ſans qu'elle m'en
diſt aucune chofe. Son filence
me femblant une trahifon
i'en fouffris une douleur ttesſenſible
, iamais Filis ne m'en
avoit cauſe de ſemblable. Je
m'en plaignis à une de ſes Amies
qui estoit auſſi la mienne
. Elle luy en fir de doux
reproches. Clione en fut touchée,&
elle eſſaya de faire
ceſſer mes plaintes par l'éloignement
dé leur cauſe. Le
calme revint done dans mon
eſprit, maisiln'y dura guere ,
96 MERCVRE
Finfidelle retourna à ſa nouvelle
conqueſte , & uſa de toutes
fortes d'artifices pour m'éblouir
parcequ'elle n'avoit pas
envie de me perdre. J'en fus
averty de bonne part , & alors
ledépit me la fit quitter tout à
fait , ſans m'en plaindre davantage.
Une autre Belle qui l'effaçoitpar
des brillans beaucoup
plus propres à charmer queles
fiens, étoit entrée depuis quelques
jours dans noſtre Socicté,
Je merangeay fous fon Empire,
dans l'eſperance d'un plus
heureux fuccés. Cette Belle
prit d'abord lenom de Rofe , &
cenom ne convenoit pas mal à
l'éclat de fon teint extrémement
vermeil;mais elle le quittabien-
toſt pour prendre celuy
de Rofelinde , qui luy ſembla
plus agreable. Elle joüa affez
bien
GALANT.
97
bien ſon perſonnage auprés de
moy , dans les commencemens
de mon amour , pour me perſuaderqu'elle
eſtoit de la naturedes
Rofes,& que fi elle avoit
beaucoup de douceur , il n'en
falloit pas abuſer ; qu'elle avoit
des épines à ſagarde , qu'il eftoit
dangereux de s'y joüer
avec trop de familiarité ; mais
je m'apperceus bien- toſt qu'elle
eſtoit facile à toucher que les
fleurs qui n'õt auſſi aucune défenſe,&
qu'elle ſe ſentoitmême
du fang amoureux de la Déeſſe
de qui les roſes ont tiré leur
couleur vermeille. Elle me
permit de rendre pluſieurs
témoignages publics de ſes
charmes & de mon amour ,
& en voicy un des plus
forts.
Que Rofelinde a de beautez !
Nov. 1690.
E
98 MERCVRE
Que de coeurs en font enchantez!
Que d'esclavesſousſon empire !
Son teint vermcil& delicat
Brille d'un merveilleux éclat ,
Tout lemonde l'admire.
Les traits qui partent deſesyeux,
Portent leurflâme en mille lieux
Avec une douceur.extrêmes
On ne sçauroit se garantir.
D'une ardeur fi douce afentir,
Et tout lemonde l'aime.
Pour moy , i'adore ſon eſprit ,
S'ilme captive , ilme ravit ;
Iene voisrien qui luy reſſemble,
Tout le mondeluyfait la cour ,
Mais i'ay pour elle plus d'amour
Que tout le mondeenſemble,
Roſelinde aimoit l'encens &
le bruit ; elle me ſceut bon gré
de ces Vers,& elle les fit meſme
en air , afin qu'on les
REQUE DELL
LYC
*1809
*
GALANT.
RBEQUE
LE
VILL
puſt chanter par tout.
elle ne manquoit pas d'An
lorsque je luy vouay mes fervices
, je ne manquay pasauſſi
de Rivaux; mais l'affeurance
qu'on me donna , qu'aucun
n'eſtoit favorisé d'elle , fut une
des raiſons qui m'y attira. Il
ſembla dans la ſuite du temps ,
-àl'entendre dire , & alla voir
faire,qu'elle me voyoit de meilleur
oeil queles autres , un de
mes Amis saviſa de m'en feliciter
, elle mele faifoit accroire
auſſi. le ſuis debonne foy , &
il n'eſt rien de ſi propre à furprendre
la créance des plus
zincredules , que ce qui flate,&
que l'on ſouhaite. Ie me laiſſay
donc aller à cette opinion de
preference , & je m'en fis un
grand ſojetdegloire& debonheur.
Toute-fois j'appris bien-
E
R
100 MERCURE
toſt qu'elle témoignoit autant
de bontez à d'autres qu'à moy ,
&je connus meſme qu'elle ne
s'en cachoit pas trop Cette
connoiffance me cauſa du chagrin&
du refroidiſſement , on
n'aime pas à eſtre trompé. Ic
conceus dés lors le deſſein de
retirer moncocut de la preffe,
& de le placerailleurs. Rofelinde
avoit beaucoup de penetration
, elle s'en apperçeut
, & me dit là deſſus qu'-
elle ne s'eſtonneroit pas quand
je la quitterois malgré toutes
les proteſtations de fidelité &
de conſtance que je luy avois
faites , mais que je pouvois
m'aſſurer de ne pas mieux
trouver mon compte autrepart,
qu'auprés d'elle. le luy
répondis qu'elle avoit bien de
la malice de me vouloir ofter
GALANT. ΙΟΙ
,
l'efperance aprés m'avoir ofté
le repos. Vous vous flattez
me repliqua- t- elle & je
veux vous defabufer , afin que
vous conferviez du moins le
ſouvenir de ma franchise , s'il
vous arrive d'oublier les autres
qualitez,qui m'ont tant de fois
attiré vos loüanges. Chaque
ſexe , continua-telle ,,a ſes defauts
particuliers ,& je laiſſe à
juger lequel du voſtre ou du
mien a les plus grands; maisj'ay
reconnu,&il n'eſt quetrop vray
que les femmes font beaucoup
plus ſujettes àl'infidelité , qu'à
l'inconſtance;& leshommesau
contraire,plus fuiets àl'inconftance
qu'à l'infidelite
qui eft affez fingulier, c'eſt que
cette difference eſt l'effet d'un
meſme principe , puis qu'il reſultedela
qualité de ſociable ,
;& ce
E 3
102 MERCURE
que la nature a également don
née aux hommes & aux fem.
mes.La raiſon des femmes vient
de ce que chacune d'elles a in .
tereſt de s'acquerir plufieurs
Amans,afin que l'un entretien.
ne,tandis que l'autre gardele fi
lence ,&qu'ainſi elle ne languiſſe
pas dans l'oifiveté. Lat
raifon des hommes naiſt de
ce que c'eſt affez d'une Belle
, pour épuiſer toutes les
douceursd'un Amant , & que
quand cet Amant eſt au bout
de fon rollet , & n'a plus rien de
nouveau à conter à ſa Belle , il
defire auſſi toſt d'en rencontrer
une autre qui l'eſcoute, à cauſe
de la demangeaiſon qu'il a de
recommencer un entretienqui
luy plaiſt. Ainfi chaque ſexe a
une raiſon naturelle , qui le
rend excuſable dans ſa condui-
تف
GALANT.
103
re,quelque plainte qu'on en faf.
ſe , & quelque peine qu'on en
fouffre , & comme je vous'ex.
cuſeray ſi vous me quittez ,
vous ne devez pas me condamner,
fi en vous aimant j'en aime
encore d'autres. Il me ſemble
meſme qu'il devroitſuſfire pour
vôtre repos & pour votre gloi.
re , que je vous aimaſſe , fans
vous faireun ſujet d'inquietude
&de rebut , de ce que
vous n'eſtes pas le ſeul que
j'aime. Je ne pus m'accom
moder de ce raiſonnement
ny de ce procede ; le partage
du coeur me déplaiſt ; je n'ai
mois qu'elle , je voulois eſtre
aimé de mefme ; & comme
ie connus par cette naïve ex .
preſſion de ſes ſentimens , que
cela n'eſtoit pas faiſable , ie
la remerciay de ſa franchiſe
E 4
104 MERCVRE
&de ſon amour. Neantmoins
tout mon dépit ne put empeſcher
que ſa ſincerité ne me
pluft, & ne voulant pas ceffer
de la voir , quoy que je
ceffaffe de l'aimer , ie luy envoyay
ces Vers .
Vous raifonnez trop bien , & vous
aimeztrop mal,
LaBelle ,je romps ma chaine.
Je ne puis en amour Supporter un
égal,
- Vous m'en donnez une douzaine ,
Vousfuivez voſtrehumeur , je vais
Suivrelamienne.
Pourtant point de rancune entre
nous , s'il vous plaift ,
Onsepeut voir fans interest.
Sans paſſion ny d'amour , ny de
haine.
Maperse eft peu de chose , & pour
lareparer
i
GALANT .
105
D'une façon qui vous contente,
Ievais ardemment defirer
Que chaque jourle Ciel aug.
mente
Le nombre des Amans Souples,
Soumis & doux ,
Quisoupirent pour vous .
En aurez- vous affez d'une tren.
taine?
Mes voeuxiront plus loin , fi vous
lefouhaitez;
Mais c'esttout ce qu'en eut iadis
la belleHelene .
La Reine des Beautez.
Un Frere unique que j'avois
alors , ſe mit de nôtre ſocieté ,
& y fut nommé le Berger flourifte.
Il faiſoit de la Profe &
des Vers , comme moy , c'eſt
à dire , à la Cavaliere , ſans
baucoup de recherche ; &
c'eſt ſous ce nom que plu-
E
106 MERCVRE,
ſieurs Pieces quej'avois de luy
ont paru dans le Mercure , &
qu'y paroiſtront encore celles
qui me reſtent de ſa façon ,
puis qu'on les trouve affez
galantes pour y avoir place.
Il y a déja quelques années
qu'il ne vit plus que dans ma
memoire , mais il n'y mourra
qu'avec moy, Jamais amitié
ne fut plus forteque celleque
nous avions l'un pour l'autre
Labelle Cloris , la Nymphe
des Bruyeres qu'il aima fucceſſivement,
eſtoient dela mefme
Socicté , & ne contribuerentpas
peu par leurs charmes,
à la rendre floriſſante. Cloris y
cut le nom d'Immortelle , & la
Nimphe des Bruyeres celuyde
Lis ou de Liliane. Il a affez faité
clater leur merite,pour medonner
lieu, de n'en rien dire dar
GALANT.
107
vantage;& puis Madame , il ne
s'agit pas de ſa vie galante ,
mais de celle de voſtre , &c.
LE BERGER DE FLORE .
Ie vous ay déja envoyé divers
Ouvrages de Madame
de Pringy , qui vous ont fait
voir que non ſeulement elle
ade l'eſprit brillant , comme
il s'en rencontre en beaucoup
de Dames qui ſçavent ſe diſtinguer
de leur Sexe , mais
que l'Eloquence eſt un talent
qu'on ne peut luy conteſter .
Le Difcours que vous allez
lire , & qui eſt encore de ſa
façon , n'affoiblira pas l'opinion
avantageuſe que vous
avez conceuë d'elle. Il eſt du
1
temps,& la matiere n'en ſcauroit
eſtre plus noble.
E6
108 MERCURE
!
A LA GLOIRE
DE MONSEIGNEUR
LE DAVPHIN .
Sur fon retour d'Allemagne.
En
le plus grand des Rois
voit tous fes Ennemis défaits ,
Soumis & vaincus. Le Lionest terraffe
, & l'Aigle abbatuë. L'envie
vient d'enchainer ceux qu'elle
avoit feduits, & tous les efforts de
ces Princes injustes n'ontseroy qu'à
les couvrir de honte &de confusion.
LOVIS foul victorieux ,fage &
paisible, ſe voit couronné degloire
& de bonheur , & dans le ſein de
fes Etats, il s'occupe à contempler
Le Ciel qui le benit.Ilvoit du haus
C
GALAN T. 109
de sa grandeur , l'abbaiſſemens
inouy de ceux qui le vouloient outrager
, &il offre toutesses victoires
à Dieu feut qui les luy procure.
Toute l'Europe liguée pour attaquer
la France, la guerre univerſellequi
la menaçoit , ce gros d'Ennemis
aſſemblez pour refoudre ſa perte,
tout est accablé. La puiſſance de noftre
monarque a diſſipé en un mo
ment tous cesprojets ,depuisfi long.
temps concertez , &Son Auguste
Fils qui afait éclaterfavaleur par
Ses victoires , a dans cette occaſion
moderéfon courage par sasoumisfion
, & n'a voulu donner la mort
à aucun de ceuxà qui sa prefence
donnoit du repentir. Ilrevient , ce
Heros redoutable , goûter dans ce
Sejourdepaix, le repos de l'admiration
. Admiration qu'il donne
qu'ilreffent ; qu'il donne à tout le
monde , & qu'il reffent pournoftre
MERCURE
Auguste Monarque. L'on nesçauroit
trop admirer ce jeune Prince ,
qui fçait vaincre& charmer 10-
nivers. Il vient d'accabler par fa
prudence , par son courage & par
faforce ,&il charmeparsavertu,
parsa bonté, & par ses dons. Ila
portè la terreur aux coeurs troublez
par l'injustice , & il rapporte la
joye aux coeurs charmezdeses vertus.
Il ſçaitplaire& étonner. Il est
tout emſemble un Heros redoutable
&un Prince charmant , & l'on ne
Sçaitſi l'on doit s'écriersursa va.
Leur , ou s'applaudır sursa bonté.
Rien de fi haut que son courage ,
vien de plus beau quesasoumiſſion ,
rien defi éclatant queſesvictoires,
riende plus charmant quefa douceur
; enfin rien de plus digne d'ad
miration que sa personne. Mais
comment pouvoir décrire les effets
d'unefinoble cause ? Toutes cesim
GALANT.
preſſions de crainte&d'amour qu'il
ffaaiittnnaaiiſſttrreeddaannssles coeurs , ces troubles
, ces agitations , ces terreurs.
que les Ennemis ont reſſenties ,&
cesjoyes , ces defirs,ces respects, ces
transportsquotes Peuples François
reffentent, fontdes merveilles qui
charment tout le monde, mais que
L'on ne peut dépeindre, &c'est l'effetde
la valeur & de la bonté de
ce Prince admirable , L'admiration
est unétonnement de l'ame qui l'arrête
, & luy fait contempler V'obser
qui l'aſurpriſe. Quand de grandes
vertusse preſentent en foule pour
l'éblouir, elle fixe fon regard fur
cette maffe d'objets qui luy plaiſent,
& la grandeur de leur beauté luy
fait marquer avec plaisir ce qu'elle
ne peut exprimer qu'avec peine.
Voila cequenoussentonspour cejeune
Heros que la France admire. On
est surpris de sa valeur & de fa
112 MERCVRE
bonté, on le contemple , on l'aime, &
nos marques d'affection font autant
de voix qui l'applaudiſſent &le
louënt , au deffaut de nos expreffions.
Quipeut mieux meriter l'admiration
que celuy qui la cauſedans
un âgeoù d'autresà peine la connoiffent
,& qui la peut mieux concevoir
que ceux qui reffentent les
bontez qu'ils admirent ? Dans les
fiecles paffez les Princes les plus
admirables n'ont eu que des vertus
militaires ; pour les vertus douces
&infinuantes, on les ignoroit, mais
aujourd'huy la clemence n'estpoint
Separée de la valeur , & nôtre Auguste
Dauphin nous fait voir l'affemblage
demille vertus opposées ,
& nous aprend en cent manieres
qu'il est l'admirable Copie
de Louisle Grand , de ce Prince qui
fait éclater par puiſſance un regne
merveilleux par bonté , qui abas
GALANT. 113
l'orgueilpar la honte , qui est toujours
prest d'accorder le repos par
mifericorde , & de confondre par
bonté ceux qu'il vient d'accabler
parjustice , qui est remply defageffe&
de vertus , & qui rendfa
gloire éclatante& éternelle.Vous,
Prince Auguste , qui admirez ſans
ceffe nôtre parfait Monarque , ses
faitsinouisvous charment& vous
enlevent. Vous regardez sa vie
comme lemodele leplusbeau ,leplus
Surprenant , le plus achevé, &vous
l'imitezcependant , comme l'exempleleplus
aisé àſuivre. Vous louez
fansceſſeſes actions merveilleusesparl'application
que vous apportez
àvousy conformer , & vous faites
Sajojeparvosvertus , commeilfait
vos vertuspar fon exemple. Quene
puis-je icy , en dépeignant voſtre
admiration , en décrire la caufer
Mais toute l'éloquence des hommes
M4 MERCURE
neSaffiroit pas pour en venir à bour.
Le Portrait de Louis le Grand est
une entrepriſe quifurpaffe les forces
desplus habiles . L'aſſemblage des
vertus & des grandes qualitez
qu'il renferme dans son Auguste
Ferfonne , est un objet que l'onimsgine,
que l'on conçoit , que l'on admire
, mais que l'on ne peut com.
prendre. Vous grand Prince ,qui
avez receu de ce Heros le noble
Sang qui vous anime, vous quifuivez
les traces éclatantes dans lefquelles
il marche , vous qui admirez
par effet la brillante gloire qui
le couvre , calmez vostre ardeur
guerriere,&jouiffez un moment du
glorieux repos où sapreſence vous
altire , avant que d'accabler ceux
que vos versus épouvantent , &
protegez les heureux Peuples qui
Yous admirent ..
Le Roy ayant honoré feu
GALANT.
MS
Mrle Prince Charles de Lorraine
de ſon eſtime , & en
ayant ſouvent parlé avec éloge
,j'en fis un de ce Prince
aprés ſa mort , qui devoiteſtre
accompagné de ſon Portrait ,
mais comme je n'en avois pas
alors de Medaille bien travaillée
, ny qui luy reſſemblaſt affez,
j'ay attendu juſqu'à au.
jourd'huy à vous l'envoyer.
Le revers vous fait voirque ce
Prince triomphoir des Turcs
avec autant de rapidité,que les
Tures triomphentaujourd'huy
desAllemans:
Rien n'eſt ſi commun que
les Vers , & rien n'eſt ſi rare
que d'en trouver de bons.
Parmy une infinité de perſonnes
qui font leur plaifir
de cette occupation , à peines
116 MERCVRE
en voit- on cingou fix qui ſe
diftinguent. Si j'oſe mefler
mon ſentiment avec celuy
de pluſieurs perſonnes du
jugement defquelles on ne
ſçauroit appeller , Mr de Senecé
, premier Valet de Chambredela
feuë Reine , doit eſtre
mis de ce nombre. Vous en jugerez
par l'Idille de ſa façon
queje vous envoye. Le ſujet
qu'il a pris eſt fort sterile , de
fortequ'il a eu beſoin debeaucoup
d'invention , qui eſt une
des principales parties de laPoë
fie .Ses pensées ſont belles,bien
foutenuës , & noblement exprimées
, & fes Vers ont un
tour aifé qui fait plaifir: 11
feroit à ſouhaiter qu'il en
vouluſt faire ſouvent. Il eſt a
Maſcon , d'où il a envoyé ſon
Idille à Madame Des houGALANT.
117
:
lieres en luy écrivant ce
que vous allez lire. Ie croy
que vous ne ferez pas fachée
de voir comment parle en
Profe un homme qui fait
paroiſtre tant d'eſprit en Vers .
AMaſcon . 16. Νον. 1690.
☑Ermettez - moy , Madame , de
vous dire, que jesuis de l'hu
meur de ces Heros de Comedie , qui
dans les plus grandes adverſitez .
confervent toujours lafiertéde leur
rang,&lafermetéde leur courage.
Cela veut dire , que tout exilé que
je mesuis du Royaume de l'esprit ,
&du bonsens,je me souviens toujours
que j'ay eu l'honneur d'estre
connu de vous , & d'avoir quelque
part envoſtre estime.C'est un avan
tage que je ne puis jamais oublier 3
mais, Madame, kommevous n'avez
pas les mesmes raisons de penser à
18 MERCURE
*moy, je ne puis reſiſteràla tentation
de vous en rappeller le fouvenir. Il
esttrop doux il est trop glorieux ,
pour pouvoir le negliger , de tenir
qivelqueplace dansvostre esprit , &
dans vostre memoire, parmy ces
idées brillantes,&Spirituelles, quż
font les delices & l'admiration de
tout ce qui parte François , je veux
-dire, de la pluspolie ,& de la plus
nombreuſe partie de la terre. Les
agréables épanchemens de vostre
heureux genie , viennent souvent
jusqu'ànous de plusieurs façons. Ie
vous avoue neanimoins , que tout
charmeque i'onfuis ,jeleferois en-
-core davantage, s'il en venoit quelquechose
en droitarede vous à moy.
Ie vousfuplie, Madame , d'ouvrir
en ma faveur les Trefors de vostre
Cabinet ,&de croireque je conferve
encore affesdegoust, pour faire
d'un parcil present , si vous avez
GALANT .
la bontéde m'en enrichir , tout le
casqu'ilmeritera. Pour exciter vô
tre liberalité parla mienne, je vous
envoye un Idillede mafaçon,femblableen
cela au Royde Perſe , qui
-Selon lerecit des Voyageurs , envoye
ordinairement aux Gouverneurs de
fes Provinces , quand ilsse font
enrichis , quelque méchante veste
des Indes , pour tirer de leur reconnoiſſance
unpresent dedeux ou trois
mille Tomans. Au fond , dans un
pareil échange, qui pourroitjamais
vousfournir une iuste compenfation
En tout cas, quelque party que vOUS
preniez,i'auray toujoursobtenu une
partie de ce que ieſouhaite , puifque
ie vous auray fait reſſouvenir
queiefuis , Madame , avec beau
coup d'admiration , &de reſprêt
Vostre ines ,&c.
120 MERCURE
C
LES GRANDES EAVX.
IDILLE.
IA Sône , ſi tranquille autrefois
danssa course,
Répand avecses eaux l'épouvante
&l'horreur.
Les Peuplesvoisins defa ſource
Ont àfon coeurpaisible inspiré leur
fureur.
Son énormeétenduë excitant la terreur,
Du Delugeànos yeux réveille les
idées,
Etvomit àflots écumans .....
Sur nos campagnes inendées
La colere des Allemans .
Onvoit enfevelir les herbes
Sous un obfcur limonde leur beauté
jaloux ,
Et
GALANT. 121
९
Et l'humble Flore aux Nayades
Superbes
Demande retraiteà genoux .
Zephir, le doux Zephir, toujours
tendre fidelle
Fait pour lafecourir un effort impuiſſant
;
Des cruels Aquilons le couroux fre-
: miſſant
Leur livre une guerre mortelle,
Ilfuccombe , & contraint d'abandonnerſa
Belle ,
Ilseretire en gemiſſant.
Ces arbres , autrefois l'ornement delaplaine
,
Quifur leur taille de Geant
Fondoient leur esperance vaine ,
Anos yeux évonnezfont reduits
au beant .
Leur teſtes d'écume fouillée ,
Aux Aftres pluvieux prefentent
triſtement ,
Νου. 1690. F
122 MERCURE
Au lieu debras , leurs branches
dépouillées .
Miserable jouet des ondes & du
vent
Nos timides Bergers,dont l'igno-
-ranceobscure !
Oppose un nuageà leurs yeux,
Prennent lecours de la nature
Pourunevangeance des Dieux ,
Etfatiguant les airs par d'inutiles
Voeux
S'imaginent qu'au Ciel ils ont fait
quelque injure ,
Et qu'illeurfait l'honneur d'estre
irrité contre eux.
Leur ame par l'effroy fervilement
contrainte,
Aux emplois de l'amour n'oſe plus
२. s'exercer.
Apeine leur tremblante crainte
Laiffeéchaperce nomfidouxàprononcer;
Ou s'ils riſquent encor dans leur
douleur profonde
GALANT.
123
D'invoquer ce Dieu revere ,
C'est pour le conjurer de préſerver
le monde
Du Cabos dontillative.
Pendant quetout ce quireſpire
Attenddansfa retraite un temps
plus adoucy3
Achantefeul,preffé deson martire,
Anos rivagesfourds va conterfon
Soucy. [ne
Leretourdesiréde l'aimable Clime-
Parce ravage affreuxse trouvere
tarde,
Etle tristeBerger poursoulagerfa
5८ .
peine,
Par ſonſeul deſeſpoir guidé ,
-Sans crainte d'attirersa baine,
Chaquejour la reproche au Fleuve
7 débordé.
د
Va, dit- il, tun'es plus cette paist--
ble Sône
F2
1 MERCURE 124
De qui les bords delicieux ,
Meritoient de porter le Trône
Du plus agreable des Dieux .
Qu'est devenue,helas , cette pudeur
modeste
Qui refferroit tes eaux dans ton
étroit canal?
D'où te vient ledefir funeste
D'affecter la grandeur qui te con-
なつ vient fimal?
Voyde combien de maux ton orgueil
est coupable ,
Tufais dans leur naiſſance avorter
nos Moiſſons ,
Tu couvres les herbes defable,
AuSommet des Ormeaux tu quindes
LesRoiffons
Tufais ceffer nos jeux ,&nos tendres
chansons , パー
Tubannisnos Troupeaux de la fertileplaine
,
Tu dégarnis tes bords de leur plus
doux espoir,
4
GALANT.
125
Ces jeunes arbriſſeaux que ton cou-
Youx entraine,
Et pour te dire enfin ton crime be
plusnoir,
Climene..
Tu t'oppſes , cruelle , au retour de
Onfçait affezlesujet de ta haine
Ilmesouvient dutemps où fur tes
riches bords
Cette Beauté dont mon ame est
ravie ,
Etaloitfes brillans trefors
Qui tefaisoientfecherd'envie.
On te voyoit alors au travers des
rofeaux
D'un oeiljaloux, d'un airsauvage ,
Examiner en vain les traits defon
visage , 2
Et courir de honte& de rage
Tecacher dans le fond des eaux
C'est l'offense qui t'aponßéc
A ce serrible emportement,
Et le chagrin d'estre effacée
F3
126 MERCURE
NeSepardonnepoint chezle Sexe
charmant.
Eh bienspour signaler cette illußre
vengance
Porte, porte en tous lieux leravage
&l'horreur ,
Cours , & va dire à la Provence
Que tu furpaſſes enfureur
Le Drac, la Drome& la Durance
Tandis qu'aux Echos d'alentour
A cris perçans ma triſte voix declare
Que tu peux disputer l'honneur
d'eftre barbare
AuxFleuves fans pitié de l'in.
fernal fejour.
Ecoute moy ,Cefar, s'il peut rester
aux Ombres.
Des choses de la terre un curieux
Soucy
Ouy,sil'on doute encor dans les
Royaumes Sombres ,
D'un ancien embarras tu vas estre
éclaircy
GALANT. 127
Tudourois où le cours de la Sône
l'entraine
و
Lors que tu remarquoisſi peu de
mouvement
Aux claires eaux qu'ellepromene.
Helas ! tout est change , Cesar , pour
mon tourment
Elle court s'opposeràmon contentement
,
Elle court empefcher le retour de
Climene..
Une vaine oftentation ,
Nefait point qu'à grands pas elle
quitteſaſource,
Pourmontrer les tresors ,amaſſez
danssa course,
Au farouche mary qui l'attend à
Lyon.
Cen'est pointpour s'unir d'une immortelle
chaîne
ASonimpetueux Amant,
Qu'elle courtfi rapidement;
Elle court éloigner un bien-heureux
moment
F4
128 MERCVRE
Elle court prolongerl'absence deCli
mene.
Tout ceque nousa raconté
La fabuleuse Antiquité ,
Des Dieux qui dans les Eaux exer
çoient leur empire ,
N'est qu'une pure fiction ,
Que controuve pour nous seduire
La vaineSuperftition.
Qu'on ne me cite point le conte ri
dicule
D'Alphée à qui tant de detours
Livrerent à la fin l'objet de ses
Amours ,
Non plus qu'A chelous écorné par
Hercule.c
Ah! d'aucune divinité
Lefond des Eaux n'eft habité,
- Ou s'il en est parmi les ondes ,
Jamais l'Amour , pour mon malbeur
Nefit dans leurs grottes profon
des
GALANT .
0129
Defes feux bien-faisants- penetrer
La chaleur
Decesfantaſques Dieux la poitrine
glacée
L'inexorable coeur ( foit dit sans
blafphemer.)
L'ame de couroux brißée ,
Sont unfujet peu propre à senflamer.
La Sône me le fait comprendre
Par l'outrageant excés deses débordemens.
therm SE
Holas quand on a le coeur tendre
On est favorable aux Amans
Rentrez dans votre lis orgueilleufe
Riviere दली
Après tant de foûpirs ſivainement
pouffez
Climene reviendra fur vos bords
délaißetokantal
De ses beaux yeux répandre la
lumiere...
ES
130 MERCURE
Quevous aurez d'Autels,Divinité
trop fiere,
Que d'encensſivous nousrendez
Cetteprefenceſi cherie!
Lebizarre plaisirde noyer la Praivie
Vaut- il les biens que vous perdez
?
:
Ainfi le mal-heureuxAchante
Mêle aux plaintes qu'ilfait mille
tendresfoupirs.
Des larmes qu'ilrépand l'amas des
eaux s'augmente
Lug mesme innocemment retarde
Ses plaifirs
L'Amour l'entend ,le plaint ,&
partage la nuë
D'untraitde feux éclatans ,
Et laface des Cieux se montrant
toutenuë
Luyfais efperer du beau temps...
GALANT.
135
Comme l'ouverture du lubilé
ne s'eſt faite dans le
Dioceſe de Roüen que fur la
fin du mois d'Octobre dernier
, Madame d'Ableiges ,
qui fait toujours de grandes
charitez , & qui ne ſe plaiſt.
qu'aux exercices de pieté , a
voulu répandre ſur les Paroifſes
dont elle eſt Dame , dess
benedictions particulieres par
une Miſſion qu'elle y a fait
faire à ſes dépens,dans le temps
meſme que le S. Pere ,à fon avenement
au Pontificat , a répandu
des graces generales fur
zous les Peuples . Iln'yaperſonne
qui ne conoiſſe le merite &
la vertu de cette Dame. Elle est:
Fille de Mr de Courchamps ,
Soeur du Maistre des Requſtes
decenom,qui a épousé la FilledeMrle
Preſident de Bailleul ,
F6
132 MERCURE
&Femme de Mrde Maupeou,
Seigneur d'Ableiges , Maiſtre
des Requeſtes , & cy -devans
Conſeiller au Parlement , Petit
filsdu fameux Mr de Maupeou
, Controlleur general des
Finances, fous le regne du Roy
Henry IV. & qui estoit Fils
d'un autrede Maupeou , Confeiller
d'Etat. Ileſt Cousin Germain
de Madame de Pontchar.
train , & le fixiéme de Pere en
Fils Seigneur d'Ableiges , qui
eſt un tres beau Chaſteau , où
les Rois Henry IV.& LouisXIX.
allorent fouvent. Cette Mimon
commença le 23. d'Octobre, &
fint le 7. de ce mois. Six Ecclefiaftiques
des Miſſions Etrangeres
y ont fait pendant ce
temps tous les exercices d'une
Mifſion reglée . L'un d'eux faifoitla
Priere dés cinq heures
GALANT. 133
dumatin, avec une inſtruction
quiduroit une heure ; enfuite
on diſoit la Meffe , & un autre
faifoitle Catechiſme pour les
Enfans juſqu'à neuf heures. A
dix heures on chantoit la grand
Meffe. Sur les quatre heures
du ſoir , on faiſſoit un autre.
Catechisme , & il y avoit Sermon
à fix heures , aprés quoy
en donnoit la Benediction du
S. Sacrement. Madame d'Ableiges
, quoy que d'une ſanté
fort delicate , ne laiſſoit pas de
ſe trouver la premiere à tous.
ees exercices. Six Confeffeurs.
extraordinaires ne pouvoient
qu'à peine fuffire à confeffer
les Peuples qui estoient attirez.
de toutes parts par la pieté
des Millionnaires. M. de Ca
napville , Conſeiller Clerc au
Parlementde Roüen,& Grand.
334 MERCVRE!
Archidiacre du Vicariat de
Pontoiſe,animoit cette Miſſion
par ſon exemple,&par lesbelles
Prédications qu'ilyfaifoit.Il fer
male Iubilé&la Miſſion par un
Difcours tres touchant , & fic
une Proceffion où tous les Curez
& Preſtres des Paroiſſes:
voiſines aſſiſterent en ſurplis.
On porta le Saint Sacrement
dans laChapelle du Chaſteau
d'Ableiges , qui pourroit paſſer
pour une belle Egliſe paroiſſiale
par la grandeur de fon Vaifſeau
, & par la beauté de ſes or--
nemenens . Tous les endroits
paroù l'on pafla eſtoient ten.
dus,& plus de deux mille perfonnes
ſe trouverent à cette
proceſſion . L'Evêché de Lodeve
eſtantdemeure vacant par
lanomination deMr de Lodeve
àceluy de Viviers , le Royla .
GALANT, 135
1
donné à Mr l'Abbé de Phelyppeaux
, Cousin Germain
de Monfieur de Pontchartrain,
&proche parente de Mr. de:
Chaſteauneuf: Il a eſté pendant
cing années Agents du
Clergé,où il a donné de tres--
grandes marques de conduite:
&deſageſſe. Il eſt Frere de Mr
Phelyppeaux , Brigadier dés
Camps & Armées du Roy , &
Colonel d'un Regiment de
Dragons.Lodeve eſt vers les
frontieres de Roüergue, à neuf
lieuës d'Agde . La Ville eſt ba..
ſtie entre des Montagnes, prés
des Rivieres de Lergne & de
Solondre , qui ſe jettent dans ,
l'Erant.L'EveſqueſeditComte:
deMontbrun, qui eſt un Chas
ſteau prés de la Ville. On
aſſeure que huit cens Gentils-.
hommes ont relevé autrefois
3
136 MERCVRE
de cet Eveſché , qui en fut
furnommé le Noble. Il eſt
Suffragant de Narbonne.
L'Abbaye de Leſcaldieu a
eſté donnée à Mr l'Abbé Bidal
, quia eſté Reſident pour
le Roy à Hambourg. Il eſt Frere
de feu Mrle Baron d'Asfeld ,
qui a défendu la Ville de
Bonn.
Mr Cottin , Curé de Marly ,
a eſtépourveu de l'Abbaye
de Clairfais , & Mr Ricard ,
Directeurde la Communauté
Royale de Saint Cirja eu celle
de Billion .
Le Roy a fait choix du Pere
Henry Denis , Religieux de
Saint Aubertde Cambray,pour
le faire Abbé Regulierde cette
meſmeMaiſon ,& Dame Victo
re- Christine Dauverdes Marets
,a eſté faite Abbeſſe du
GALANT .
137
Mont- NoſtreDame de Provins
Elle eſtoit Superieure de cette
Communauté,& Soeur de la défunte
Abbeffe de cette Maiſon .
Sa Majesté a eu égard à la
pieté de tous ceux que je vous
nomme , en les pourvoyant de
ces Abbayes.
Il n'y a point de moyen plus
ſeur pour réüffir en amour, que
de ſçavoir bien aimer. La veritable
tendreſſe tient lieu du
plus grand merite , & pourveu
qu'o puiſſe venir à bout de perfuader
quelesaſſeurances qu'on
endonne ſont ſinceres, le coeur
leplus fierſe laiſſe gagner . On
peut dire meſme qu'il ſe rend
avecd'autant moinsde peine ,
que ce genre de merite eſt devenu
rare,&quela plupart des
hommes font gloire aujour138
MERCVRE
d'huy d'eſtre trompeurs. Un
Cavalier qui faifoit ſa principale
vertude la bonne foy ,
& qui ayant paſſe juſques à
trente ans à étudier les defauts
des autres pour s'empercherd'y
tomber , eſtoit forty
de cet âge où le feu de la jeuneſſe
ſemble autoriſer beaucoup
de folies, il eur quelque
penſée de ſe marier ,& s'attacha
pour cela auprés d'une
Veuve qui par fa conduite ,
toujours reguliere , s'eſtoit acquis
une eſtime generale. Il
fut écouté favorablement ,&
les foins qu'il luy rendit luy
faiſant connoiſtre que fon
ecoeur eſtoir touché , eurent le
fuccez qu'il en avoir attendu .
La Dame ſe monſtra ſenſible
à fa paffion , & une Amic
qu'elle confultoit en toutes
GALANT.
139
choſes , ayant approuvé fon
choix , il ne futplus queſtion
que de dreſſer le Contrat de
mariage. Les Articles ne furent
pas difficiles à regler. Le
Cavalier l'en laiſſa maiſtreſſe
&ne voulant du bien que
pour ella,il ne chercha que
ace qui pouvoit luy faire plaifir.
Desmanieres ſigenereuſes
&fi deſintereſſées redoublant
l'eſtme qu'elle avoit pour luy ,
augmenterentenmeſmetemps
fon amour ,& ileut peut- eſtre
été malaiſé de voir une liaiſon
plus tendre que celle que la
ſympathie de leurs humeurs
forma entre eux en fort peu de
temps. C'eſtoit en l'un & en
l'autre beaucoup de douceur&
3
d'honneſteté ,& fans qu'il y
euſt ny d'empire pris , ny de
complaiſance trop ſoumiſe 2
140
MERCVRE
ils ſe rencontroient toujours
dans les meſmes ſentimens ,
&ne ſouhaitoient qu'une mefme
chofe . Ainſi l'Amie de la
Dame l'eſtant auſſi devenuë du
Cavalier, n'avoit point à craindre
d'eſtre employéeà prononcer
ſur ces petits differends qui
ont coûtume de naitre entre les
perſonnes qui s'aimentleplus.
Ils n'avoientjamais àluy parler
que du plaifir qu'ils prenoient
à ſedonner des marques d'une
vraye tendreſſe , & le Cavalier
fur tout s'en expliquoit
ravecelle d'une maniere fi vive
, que charmée des ſentimens
qu'il luy découvroit , &
toujours plus penetrée de ſes
bonnes qualitez , elle ne ceffoit
d'applaudir la Veuve fur
fon heureuſe fortune. Le jour
eſtoitpris pour le mariage , &
GALANT. 141
le Cavalier qui le voyoit proche
, monſtroitune joye qu'on
ne sçauroit exprimer , quand
la Dame tomba toutàcoup dans
un mal preſſant qui fut jugé de
voir eſtre long , s'il n'eſtoit pas
dangereux . Ce fut pour lui un
accablement qui alla juſqu'à
l'excez . Il fit venir Medecins
fur Medecins , comme ſi le
nombre euſt de avancer ſa guerifon
, mais tout leur Art fut
une reſource qu'il employa
inutilement.La malignité de la
maladie l'emporta fur les remedes
, & il fallut changer
l'appareil des noces en celuy
des funerailles . Rien n'eſt
comparable à la douleur que
fit voir le Cavalier. Il ne la
foulagea point par de vains
regrets , ny par cette abon
dance de larmes que les yeux
142 MERCVRE
fourniſſent dans les afflictions
mediocres ; il en fut entieres
ment occupé , & parut pendant
quelques jours comme
privé de tout ſentiment. On
avoit beau luy parler , il ſembloitne
rien entendre de tout
ce qu'on luy diſoit,& les yeux
diſtraits marquoient je neſçay
quoyde funeſte qui faisoit peineà
tous ceux qui jugeoientde
la grandeur de ſon déplaifir,
par la connoiſſance qu'ils avoient
de l'excez de ſon amour.
Enfin quand à force de le plaindre
ſes Amis l'eurent engagé
à s'expliqueravec eux du triſte
eſtat où il ſe trouvoit reduit ,
ſes pleurs commencerent à
couler , & il leur dit enſuite
les choſesdu monde les plus
touchantes fur la perte qu'il
venoit de faire. On n'adou
GALANT.
143
cit ſadouleur qu'en l'approuvant
dans toute ſa violence ,
& comme il vouloit qu'elle
fuſt connuë de tout le monde
, quoy qu'il fuſt contre
l'uſage d'en donner publiquement
des marques exierieures
, il prit le deuil , & le
fit prendre à ſes gens , comme
fi le mariage avoit eſté accomply
, &qu'il euſt veritablement
perdu ſa Femme , non pas une
Maiſtreſſe. Vous jugez bien
qu'il renonça àtous les plaiſirs,
& qu'il n'y eut rien pour luy
de plus agreable que la folitude.
Il ne la rompoit que pour
certaines perſonnes avec quiil
pouvoit s'entretenir ſans contrainte
, de ce qui eſtoit gravé
fi profondement dans ſon ſouvenir.
Il voyoit ſurtout l'Amic
de la Veuve , & alloit ſouvent
144 MERCURE
pleurer avec elle ceque ſes lar
mes ne pouvoient luy rendre.
Elle admiroit tous les jours de
plus en plus la conſtance d'un
amour qui ſembloit braver la
mort , & dont le temps n'avoit
encore pû amoindrir la force ,
Il y avoit déja plus d'un'an qu'il
paſſoit ſa vie dans les ſoupirs
toujours remply de ſa chere
veuve , & en parlat à tous ceux
qui avoient encore quelque
commerce avec luy. Enfin
ſe trouvant un jour avec une
Dame en qui il avoit de la
confiance , & qu'il ne pouvoit
ſe diſpenſer de voir quelquefois
, aprés qu'elle eut
écouté à l'ordinaire ce qu'il
avoit à luy conter de lugubre ,
elle tâcha de luy inſpirer
d'autres ſentimens que ceux
qui l'entretenoient dans les
refle
GALANT, 145
reflexions chagrinantes qu'il
faifoit ſans ceſſe. C'eſtoit une
de ces Femmes qui ſont nées
pour obliger , & qui n'aimane
que la joye , ne peuvent ſouf,
frir que leurs Amis ſouffrent.
Elle luy dit agreablement que
l'Amie de ſa défunte Maiftreſſe
, à qui il rendoit de ſi
frequentes viſites , avoit une
Fille toute aimable , & bien
plus capable que la Mere ,
d'adoucir ſes déplaiſirs qu'-
elle avoit du bien , de l'eſprit ,
de la ſageſſe , & que s'il vouloit
la croire , au lieu de ſoupirer
pour une Ombre qui ne
pouvoit luy en ſçavoir aucun
gré ; il ſoupireroit pour une
jolie Perſonne qui pouvoit
luy rendre ſoupirs pour fou.
pirs ; que la premiere année
de fon deüil eſtoit expirée ,
Nov. 1690 .
G
146 MERCVRE
& que les pleurs ne nous
pouvant redonner ce qui eſtoit
perdu ſans reſſource , il falloit
laiſfer les Morts en paix , &
chercher à vivre avec les Vivans.
Le Cavalier rejetta d'abord
cette propoſition comme
un crimede leze memoire dont
il eſtoit incapable,& pretendit
qu'il eſtoitdeſon honneur de
preferer le ſouvenir de la Veuve,
quelque inutile qu'il fuſt,à
tout ce que pouvoit avoir de
douceurs le mariage le mieux
aſſorty ; mais la Dame , qui
joignoit à l'enjouëment toute
l'adreſſe qui est neceſſaire pour
réuſſirdans une entrepriſe ,le
tourna fi bien de tous coſtez ,
qu'elle luy fit avouer que la
Demoiſelle dont elle parloit
avoitun merite fingulier , &
qu'il croyoit qu'un Mary ſe-
4
GALANT
147
roit heureux avec elle. Elle
l'engagea inſenſiblement à
raiſonner fur tous les obſtacles
qui ſe pouvoient rencontrer
dans cette affaire , & celuy
qui l'embaraſſoit le plus
s'il avoit à y ſonger , c'eſtoit
le perſonnage d'Amant où il
faudroit ſe reſoudre pour
s'acquerir le coeur de la Belle ,
&qu'il luy ſeroit honteux de
faire aprés avoir paru fi longtemps
inconfolable. La Dame
n'eut pas de peine à luy
applanir la difficulté. Elle luy
dit qu'il feroit juſte qu'on le
diſpenſaſt des formalitez accoûtumées
; qu'il ſuffifoit qu'il
ſeeuſt bien aimer pour eſtre
aſſeuré de plaire , & qu'un
homme qui avoit pleuré une
Maiſtreſſe pendant plus d'un
an , devoit eſtre cru plein,
G2
148 MERCVRE
+
4
d'amour ſur ſa parole , en
quelque lieu qu'il ſe declaraſt ,
ſans qu'on fuſt en droit d'en
exiger de plus grandes preuves
; qu'elle ſe chargeoit de
tout , & qu'elle eſtoſt ſeure
qu'on ne demanderoit point
de plus forte caution des afſurances
qu'elle donneroit
pour luy , que ſa conſtance qui
eſtoit connue. Le Cavalier ne
donna point ſon conſentement
àce que la Dame ſe montroit
preſte à faire pour luy , mais
auſſi il ne luy dit rien pour l'en
empeſcher. Ainfila Dame alla
trouver dés le lendemain la
Mere de la jeune Demoifelle
, & luy découvrit la penſée
qu'elle avoit cuë. Elle la trouva
dans des diſpoſitions ſi favorables
pour le Cavalier , par
toute la connoiſſance qu'elle
GALANT.
F49
avoit de fon merite , qu'il ne
fut plus queſtion que de ſçavoir
ſi ſa Fille n'auroit point
d'averſion pour ce mariage.
Elle n'en marqua aucune , &
comme elle avoit l'eſprit ſo .
lide , tout avoit contribué à
la détromper de ces jolis hommes
, qui fiers du brillantde la
jeuneſſe, en regardent les defauts
comme des vertus utiles
à pratiquer. Sa beauté & les agrémens
de ſa perſonne luy avoient
attiré depuis deux ans
cing ou fix Amansde cette ef
pece,quitous,plus fous lesuns
queles autres, avoient déſerté,
aprés avoir fait paroiſtre des
tranſports d'amour au delà de
toutcequ'on peut s'imaginer.
Leur conduite évaporée , & le
peude fermeté qu'ils avoient
eu à ſoûtenir leurs premieres
4
G3
150 MERCVRE
proteſtations , luy avoit fait
voir avec 'admiration la fidelitédu
Cavalier , que la mort
meſme ,malgré l'averſion que
l'on a pour tout ce qui peut
en offrir l'image , avoit eſté
incapable d'ébranler. Des fentimens
ſi peu ordinaires l'avoient
portée à l'eſtimer , &
dela manierequ'elle en eſtoit
prévenuë , fon coeur n'avoit
pasbeaucoup de chemin à fai .
re pour aller juſqu'à l'amour.
Tout ſe trouvant ainſi diſpoſé,
laDame qui avoit commencé
ànouer l'intrigue , laconduifitavec
tant d'adreſſe , que le
Cavalier fut obligé de ſouf.
crire à tout. Il eſtoit en commerce
d'amitié avecla Mere ,
il ne s'agiſſoit que d'aimer
la Fille d'une maniere plus,
tendie Eine pouvoit dif
LYON
BIB
*
1893*
E
GALANT.
15
convenir qu'elle n'en fuſt digne
.La ſeule crainte, qui le
retenoit , c'eſtoit de montrer
trop de foibleffe , & la Dame
l'affranchit de cette eſpece
de honte en luy épargnant
la peine de ſe declarer. Elle
dit pourluy tout ce qu'il auroit
dû direzla Mere agréa,&la Fille
conſentit, en forteque comme
il eſtoitdéja accouſtumé à
les voir ſouvent,il ne futpoint
engagé à rendrede plus grands
foins,mais feulement àdonner
àl'entretien une plus doucematiere
. On luy permit toutefois
den'en pas changer toujours
, & quand il laiſſoit é-
Veuve , on applaudiffoit au
chaper le nom de ſa chere
plaifir ſenſible qu'il témoignoit
prendre à s'en ſouvenir
Enfin la. Belle ayant adoucy
G4
152 MERCVRE
د
les triſtes idées qu'il en conſervoit
, il luy fit paroiſtre
tout ce que l'amour le plus
délicat a de touchant &
comme elle eſtoit fort convaincuë
qu'il ſçavoit mieux
aimer que tout autre , elle y
répondit d'une maniere done
il eut tout lieu d'eſtre content.
Cette paffion prenant tous les
joursde nouvelles forces dans
P'un && dans l'autre,la Mere jugea
apropos de ne pas attendre
plus long-tempsafaire le mariage
, mais ce n'eſtoit pas aſſez
que cette affaire luy pleuſt , il
falloit encore que fon mary
l'approuvaſt , & toute l'adreſſe
qu'elle ſcent mettre en uſage ,
n'en pût obtenir le conſentement
dont elle s'eſtoit flatée.
Ce n'eſt pas qu'il n'eſtimaſt
fort le Cavalier ; il en con.
GALANT.
153
noiffoit tout le merite , mais
foit que n'ayant regardé jufques
alors ſes viſites affiduës
que comme celles d'un homme
qui venoit ſe conſoler
chez des perſonnes Amies ,نا
fuſt fafche qu'on cuſt pouffé
les choſes ſi loin ſans l'en
avoir confalté , foit: qu'il eût
des veuës plus avantageuſes
pour ſa Fille qui estoit uni
que , il s'obſtina , malgré les
conſeils de tous ſes Amis,d
ne vouloir point entendre
parler de ce mariage. Il fallut
mefme pour le contenter , que
le Cavalier s'abſtinſt de venir
chez luy. Cette contrainte luy
auroit eſté inſupportable ſi la
Belle qui partageoit fenfible.
ment ſes chagrins , ne luy eufit
promis une conſtance à l'é
preuves de toutes fortes d'at+
taques. Elle tâcha pendants
G
C
154
MERCVRE
quelque - temps par ſes complaiſances
d'adoucir l'eſprit aigry
de fon Pere , & voyant
qu'il s'obſtinoit à luy propoſer
toujours quelque autre party,
elle crut ne pouvoir rien faire
de mieux pour ſe tirerde l'embarras
du refus , que de s'enfermer
dans un Convent.ll fut
fort ſurpris d'apprendre qu'elle
s'y eſtoit retirée , & alla luy
demander auſſi toſt ce qui avoit
pû l'obliger d'en uſer
ainfi . La Belle luy réponditque
puis qu'elle estoit aſſez malheureuſe
pour ne pouvoir plus
conſerver fans luy déplaire
l'engagement que le merite &
la maniere d'aimer du Cavalier
luy avoient fait prendre ,
elle ſe vouloit détacher 'du
monde ; qu'il eſtoit vray qu'el-
Jene ſe ſentoit point encore
GALANT.
155
une vocation affez forte pour
fonger ſi - toſt à changer d'habit
, mais que files exemples
de ferveur & de pieté qu'elle
auroit devant les yeux àtoute
heure , ne luy en pouvoient
inſpirer l'envie , elle eſtoit du
moins fort refoluë de paſſer ſes.
jours dans cette retraite , où
elle vivroit tranquillement, &
fans aucun trouble de coeur ny
d'eſprit. Elle dit cela d'un ton
fi ferme , que comme elle tinct
le meſme langage pendantplus.
d'un mois , le Pere craignit
qu'elle ne ſe fiſt Religieuſe,
L'extrême tendreſſe qu'il avoitt
pour elle ne pouvoit s'accommoder
de cet eftat , quelque
parfait qu'il puſt eſtre , & n'ayant
aucun ſujet raiſonnable
de ne pas vouloir le Cavalier
pour fonGendre,il aima mieuxx
G60
156 MERCURE
renoncer à l'empire paternel
qu'à la ſatisfaction de pouvoir
enfin marier ſa Fille. Vous jugez
bien qu'aprés qu'il luy eut
promis le conſentement qu'il
lay avoit toujours refuſé , il
n'eut pas de peine à la tirer du
Convent. Le mariage ſe fit peu
de jours aprés ,&on peut dire
qu'il n'y en a pointde plus heureux,
puiſque rien n'approche
de l'union qui s'y trouve.
Le Sr Chevillard qui a mis
au jour la Carte des Armes des
Archeveſques & Eveſques de
France , vient de donner au
Public celle des Armes des
Chanceliers & Gardes des
Sceaux, depuis le regne de S.
Loüis juſqu'à celuy de Sa Majeſté
, commençant à Frere
Guerin , Chevalierde S. Jean
de Jerufalem , & Evefque de
GALANT. 157
,
en
Senlis . Il ſe rencontre ſous le
Manteau cent cinq Ecuffons ,
dont il y en a trois des Rois
Henry IV . Loüis XIII. &
Louis XI V. qui ont tenu les.
Sceaux par eux- meſimes
faiſant ſceller les Arreſts ob
tenus par leurs Sujets, auſquels.
ils rendoient la juſtice en Peres.
Les cent deux autres Ecuf
ſons font d'autant de grands
Perſonnages , choiſis par nos
Rois , pour remplir cette premiere
Charge de la Juſtice, II
yena deux qui ont eſté Papes
Martin IV. Chancelier, & Clea
ment VI . Garde des Sceaux.
Cedernier eſtoit de la Maiſon
de Roſiers , alliée à celle de
Ganillac. Il y en a auſſi douze
Cardinaux illuftres égalemene
par leur naiſſance &par leur
merite , vingt ſix, tantArche
158 MERCURE
و
veſques qu'Eveſques , & pluſieurs
autres Perſonnes confiderables
d'Epée , & de Robe..
Chaque Ecuffon eft couvert
des ornemens qui conviennent
à leurs caracteres , & l'on
diftingue les Chanceliers par
les Mortiers, & les Gardes des
Sceaux par le Caſque & les
Lambrequins . Cette Carte
qui eſt dediée à M. le Chance--
lier Boucherat, ſe vend chez
l'Auteur , ruë, du Four , Faux
bourg Saint Germain, au Chariot
d'or , & chez le ſieur Guerout
Libriare , Salle neuvedus
Palais . Pour la Carte du Blaſon
du Clergé qui a eſté donnée
au public par le meſme
Auteur , on travaille à la graver
de nouveau pour la rendre
plus exacte . le vous en parlay
dans le temps qu'elle commen--
ça à paroiſtre..
GALANT. 139
L'Effence Styptique pour
arreſter le ſang , inventée
par Mr Denis Medecin , a
fait tant de bruit depuis uns
fort grand nombre d'années,
que je ne vous en parle aujourd'huy
qu'afin de vous
faire part de ce qu'elle vient
deproduirechez Mrle Boults ,
Maistre des Requeſtes , où le
fieur de Frouville ſe trouvant
preſſé d'un mal de teſte continuel,
appella un Chirurgien,
& ſe fit ouvrir l'artere de
la temple. L'ouverture fur
grande , & la ſaignée fort
bien faite , mais comme le
Ling qui s'écouloit à travers
les comprefles & les bandes ,
fit remarquer quelques jours
aprés , que l'artere n'eſtoit
pas refermée , trois Chirur
giens y travaillerent pendant
ةح
160 MERCURE
CE
un mois l'un aprés l'autre ,,
& ils y frrent divers bandages
, avec les applications du
bouton ordinaire du Vitriol
&les emplaftres deBole, cequi
ne put empefcher que l'Anerriſme
ne ſeformaſt , & que le
fang ne fiſtde frequentes éruptions.
Enfin on fut obligé d'avoir
recours à l'Effence Stypti.
que, & fitoſt qu'on en eut mis
quelque goutes avec une compreſſe
ſur l'artere, elle ſe ferma,
&on n'ena point veu depuis
fortir de ſang , la playe s'eſtant
touta fait cicatriſée. On s'eſt
fervy dela meſme Effence avec
fuccez pour arrſter le ſang de
la Mere le Févre , âgée de
foixante & treize ans , ancienne
Superieure des Religieuſes
de Sainte Catherine , à qui un
Chirurgien , en la faignant
GALANT. 161
du bras , avoit ouvert l'artere
au lieu de la veine , en forte
qu'on eſtoit preſt de luy
faire l'operation facheufe de
l'Aneuriſme , qui avoit eſté
reſoluë par les Chirurgiens
que l'on avoit confultez fur
cetaccident. Ce fut en 1673 .
que cette Effence futinventée
parM. Denis . Il en fie quantité
d'experiences dans des confe
rences publiques qu'il faifoit
alors , dans l'Academie Royale
des Sciences & à la Cour mefme,
en prefence de Monſeigneur
leDauphin. Le bruit que
firent ces experiences & lare.
putationqu'ellesluy acquirent
furent cauſe que Charles II..
Roy d'Angleterre le manda
pourvoir les effets ſurprenans
de cette Effence,& aprés qu'il
l'eut veu reüſſir parfaitement
fur pluſieurs arteres ouvertes,
162 MERCVRE
2
fur des bras & des jambes de
pluſieurs bleſſez qu'on eſtoit
obligé de couper fur des
Mamelles qu'on extirpa pour
en arracher des Cancers , Mr
Denisluy en communiqua le
fecret. Sa Majeſté Britannique
la fit preparer en fa prefence
dans ſon Laboratoire , & en
envoya fur tous les Vaifſeaux
de ſa Flotte . Les Chirurgiens
ſauverent par l'uſage de cette
eau une infinité de bleſſez qui
feroient morts en perdant tout
leur fang. On s'en eſt depuis
ſervy fort heureusement en
Francepourdes ſaignemens de
nez qu'on ne pouvoit arreſter
par d'autres remedes , pour des
crachemens de ſang , des ſaignées
où l'artere ſe trouvoit
picquée , pour des jambes &
des bras coupez , & pour des
GALANT. 163
femmes groſſes bleffées ..
Il auroit eſté à ſouhaiter
qu'on eutpû trouver quelque
remede auſſi infaillible pour
guerir M. le Marquis de Seignelay
, qui depuis quelques
années avoit une ſanté affez
imparfaite , & ſouvent interrompuë.
Il eſt mortà Verſailles
le 3. du mois , dans l'un
des quatre Pavillons deſtinez
aux quatre Secretaires d'Etat,
Ce fut M.de la Mothe Fene
qui luy annonça qu'il n'avoit
plus que fort peu de temps à
vivre ,ce qui le devoit d'autantplus
ſurprendre, que deux
jours auparavant ayant tra
vaillé huit heures avec fes
Commis , il s'eſtoit cru entie
rement échapé. Il receut cette
nouvelle avec toute la refigna
tion poffible , & fit un adicu
164 MERCURE
tres touchant à Madame de
Seignelay , quiaeſté affligée
de cette mort au delà de tour
ce qu'on en peut croire. Son
corps ayant eſté ouvert ,onluy
a trouvé une douzaine de
petites glandes extremement
dures dans la poitrine .& quel
ques autresqui commençoient
à ſe former, dans les reins . H
avoit le poumon attaché aux
coſtes , & tout fon fang eſtoit
congelé. Son eſtomac eſtoit fi
dur , qu'on a eu de la peine à
Lentamer. Il eſtoit Fils de feu
Meſſire Jean Baptiste Colbert.
Miniſtre & Secretaire d'Etat,
dont les grands ſervices rendus
à Sa Majesté , par le rétabliffement
de ſes Finances , feront:
toujours un fort grand ſujet de:
gloire pour ceux de cette Maifon
, Mr le Coadjuteur de
GALANT.
165
Roüen,MrleMarquis de Blainville,
Grand- Maiſtre des Cere.
monies , & Mr l'Abbé Colbert,
font les ſeuls Freres qu'il laifſe
, Mr le Bailly Colbert , &
Mr le Comte de Sceaux ayant
eſté tuez dans les deux dernieres
Campagnes,l'un &l'autre
à la teſte du Regiment de
Champagne , dont ils ont eſté
Colonels ſucceſſivement. Mr
le Marquis de Seignelay avoit
eſté marié deux fois; la premiere
à Mademoiselle d'Alegre,riche
Heritiere , dont il n'eut
qu'une Fille , qui mourut peu
de temps aprés qu'elle fut née ,
de forteque toat ce grand bien
eſt retourné aux Heritiers de la
Maiſon d'Alegre. Son fecond
mariage a eſté avec Mademoiſelle
de Matignon , d'une
Maiſon auſſi illuftre par elle
+66 MERCVRE
meſme , que par les grandes
alliances qu'elle a faites . Elle
eſt originaire de Bretagne , où
elle avoit le nom de Gouyon .
Elle le changea pour celuy
de Matignon , qui estoit
ancien dans la Famille de
Marguerite de Mauny , Dame
de Thorigny en Normandie
, qui épouſa Jeande
Gouyon. Jacques de Matignon
. Comte de Thorigny ,
Maréchal de Fance , Chevalier
des Ordres du Roy , &
Gouverneur deGuienne , rendit
de tres -grands ſervices à
l'Etat , & laiſſa de Françoiſe
deDaillon,Fille aiſnée de Jean
Comte de Lude , Odet de Matignon
, Comte de Thorigny ,
Chevalier des Ordres du Roy,
&Lieutenantgeneral auGouvernement
de Normandie,qui
GALANT.
167
د
ſervit auxCombats d'Arques,
d'Ivry & aux Sieges de
Roüen , de Lisieux , d'Alen.
çon , de Laon & de Dijon .
Charles de Matignon , Che
valier des Ordres du Roy , &
Lieutenant general en Baffe-
Normandie , épouſa en 1596.
Eleonore d'Orleans, Fille puifnée
de Leonor , Duc de Longueville
, & il en eut entre
autres Enfans François de
Matignon , Comte de Thorigny
& de Gaffé , Marquis
de Lonré , Chevalier des Ordres
du Roy , & Lieutenant
general en Baſſe- Normandie .
Ce dernier fut Pere de Henry
de Matignon, Comte de Tho
rigny , Lieutenant general en
Bafle Normandie qui de
Françoiſe le Tellier , Fille unique
& Heritiere de François
د
468 MERCVRE
Sr de la Luthumiere,a eu plufieurs
Enfans . Madame la
Marquiſe de Seignelay eſt
ſa Fille. Elle eſt demeurée
Veuve avec cinq Garçons
dont l'aiſné , que l'on appelle
Marquis de Lonré,âgé de ſept
àhuit ans, vient d'eſtre receu
en ſurvivance de la Charge de
Maiſtre de la Garderobe , que
poſlede Mr le Marquis de la
Salle.
Mr de Seignelay avoit eu
toutes les Charges & tous les
Emplois de feu Mr Colbert ,
à l'exception de la Surintendance
des Baſtimens , qui fut
donnée à Mr de Louvois , &
il fut fait Miniſtre d'Etat il
ya environ un an.On ne peut
guere l'eſtre plus jeune , puis
qu'il n'eſtoit encore que dans
ſa trente - huitième année.
Tout
GALANT. 169
Tout cela eſtant demeuré
vaccantpar ſa mort,le Roy qui
connoiſt parfaitement toute
l'étenduë da genie de ceux qui
ontl'honneur d'approcher ſouvent
de ſa Perſonne , fatisfait
des ſervices que Mr de Pontchartrain
luy renddans l'adminiſtration
de ſes Finances,& le
jugeant capable d'exercer encore
des Emplois plus importans
, l'a declaré Miniſtre d'Etat
, & luy a donné en meſme
temps la Charge de Secretaire .
d'Etat,qui eſtoit à remplir , avectoutes
ſes dépendancesſur
ce qui regarde la Marine ,&
laGarde des Pierreries de la
Couronne. On peut dire que
ce choix a eſté applaudy de
toute la France , & qu'il n'y
a perſonne qui n'ait veu avec
plaifir une ſi grande Charge
Νου. 1690 .
H
170
MERCVRE
rentrer dans la branche par
laquelle elle a commencé à
eſtredans cette Maiſon. Paul
Phelyppeaux , Seigneur de
Pontchartrain , Aycul de Mr
le Contrôleur General , ayant
eſtéhonoré par le Roy Henry
le Grand d'une ſemblable
Charge , qu'il exerça avec
gloire& avee diſtinction jufqu'en
1621. qu'il mourut à
Caſtel Sarrafin âgé ſeulement
decinquante-deux ans , ayant
ſuivy le Roy Loüis XIII . au
Siege de Montauban . Remond
Phelyppeaux ſon Frere ,
Seigneur d'Herbaut , luy fucceda
dans l'employ de Secretaire
d'Etat , le s . Novembre
de la meſme année , & n'ayant
pû reſiſter , à cauſe de ſon
grand age , aux fatigues du
Voyage que le Roy fit en Italie,
GALANT .
171
durant, une ſaiſon tres facheuſe
, Il mourut à Suze le 2. May
1619. Louis Phelyppeaux ſon
Fils , Seigneur de la Vrilliere
&deChasteau - neufſur Loire,
fut trouvé digne de remplir ſa
Charge , dont on luy accorda
les proviſions le ſeiziéme Juin
ſuivant. Louis Phelyppeaux,
ſon aîné , fut receu Secretaire
d'Etat en ſurvivance le 15 .
Avril 1654.& en 1669. Balthazar
Phelyppeaux , Marquis de
Chasteauneuf , puiſné de
Louïs , fut encore receu en
furvivance de la meſme Charge
, qu'il exerce aujourd'huy
ſi dignement. Ainfi Mr de
Pontchartrain qui vient d'avoir
celle que Mr de Seignelay
poſſedoit , eſt le ſixiéme du
nomde Phelypeaux qui en ait
eſté pourveu , & par ec choix
Ha
1472 MERCURE
-de SaMajesté il ſe trouve preſentement
deux de ces importantes
Charges dans cette
Maiſon . T
Mr de Louvois a eſté nome
mé Ordonnateur des Fortifications
des Places Maritimes ,
& des anciennes Fortifications
, qui font un certain
nombre de Places qui estoient
demeurées à Mr de Seignelay ,
parce que feu Mr Colbert les
avoit.Il a eſté auſſi fait Grand
Maiſtredes Haras ,& Directeur
de la Manufacture des Draps.
Sa maniere & la facilité avec
laquelle il s'acquite des grands
emplois dont il plaiſt au Roy
de ſe repoſer ſur luy , fait voir
avec quel heureux fuccés il
peut foutenir le poids des affaires.
La Charge deCommandeur
GALANT.
173
&Grand Treſorier des Ordres
du Roy , qu'avoit le meſmeMr
de Seignelay , a eſté donnée à
Mr le Marquis de Croiſſy , fon
Oncle , Ministre & Secretaire
d'Etat.
Voicy les noms de quelques
Perſonnes distinguées qui font
auffi mortes ce mois - cy.
Mr le Marquis de Marcilly..
Il eſtoit d'une des meilleures
&des plus anciennes Maiſons
deChampagne , Neveu de feu
Mrle Maréchal de Schulemberg
, & le plus ancien LieutenantGeneral
des Armées du
Roy. Il avoit fervi fort longtemps
en Catalogne , où il
épousa une Veuve tres-riche,
& de la premiere qualité du
_ Pays. Il eſtoit Frere de M. le
Vicomte de Marcilly Gouverneur
& Capitaine du Bois de
H3
174
MERCVRE
Boulogne,& de Mademoiselle
de Marcilly , fameuſe par ſa
picté.
Mr le Comte deJarnac,Chef
du Nom & des Armes de la
Maiſon deChabot , qui a donné
de ſi grands hommes à l'Eſtat.
Elle eſt connuë depuis
Guillaume Chabot, qui vivoit
en 1040. Louis Chabot mort
en 1422. avoit épousé-Marie
de Craon, Dame de Montcontour
& de larnac. Renaud
Chabot fon Fils , Sicur de Iarnac
, cut de François de laRochefoucaud
, Renaud II.marić
à Ifabelle de Rochechouart ,
Dame de Brion. De ce mariage
fortit lacques Chabot ,
Sieur de larnac & de Brion ,
qui de Madeleine de Luxembourg,
Fillede Thibaut , Sieur
de Fienne , laiſſa Charles Cha-
A
A
1
GALANT.
175
F
bot Sieur de larnac, Chevalier
de l'Ordre du Roy,Pere deGuy
Chabot , Chevalier du meſme
Ordre. Ce fut aceluy- cy que
le Roy Henry II. permit ce
fameux Combat en champ clos
qu'il fit en 1547. dans le Parc
de S. Germain en Laye , conare
François deVivonne,Sieur
de la Chastaigneraye . Aprés
qu'il eut gagné la Victoire , il
parla fi fagement , que le Roy
le fit monter ſur l'Echafaut où
il avoit eſté témoin du combat
pour luydire , qu'ilavoit combatu
en Cefar , & parlé en Ciceron.Il
mourut dans un âge extrêmement
avancé , laiſſant Leonor
Chabot,Comte de larnac, qui
épouſa Marguerite de Durefort,
& en eut Guy Chabot II .
du Nom , Comte de larnac , qui
pricalliance avec Marie dela
H4
176 MERCURE
Rochefoucaud .L'Aîné de leurs
enfans fut Louis Chabot , qui
ayant épousé Catherine de la
Rochebeaucourt , laiſſa pour
Fils Guy Henry Chabot ,
Comte de larnac. Celuy - cy
s'allia avec Marie Claire de
Crequi ,Fille d'Adrien,Sieurde
la Creffonniere ,& fut Perede
Mr le Comte de larnac qui
vient de mourir , & qui avoit
épouséla Scoeurde Monfieur le
Prince de Guimene , Dame
d'Honneur de Mademoiselle.
JacquesChabot queje vous ay
dit avoir épousé Madeleine de
Luxembourg , en cut un fecond
Fils ; ſçavoir Philippes
Chabot , Amiral de France ,
qui a fait la branche des Comtes
de Charny , & Marquisde
Mirebeau.
Mr le Comte de Bethune.
-
GALANT.
177
Il eſtoit ainé du Marquis du
meſme Nomqui eſt en Pologne
, & avoit épousé Marie-
Anne Dauvet des Marets
. le vous ay ſi ſouvent
parléde la Maiſon de Bethu
ne,queje nevousen diray rien
naujourd'huy..
Dame Eleonor de Volvires ..
Elle estoit Fille du Marquis
de Ruffec , & veuve de Meffire
François de Laubeſpine
de Chasteauneuf, Marquis de:
Hauterive , LieutenantGeneraldes
Armées du Roy ,General
de l'Infanterie Françoiſe:
aux Pays Bas , &Gouverneur
de Breda,qui mouruten 1670..
âgé de 84. ans . Mrde Laubefpine,
Garde des Seaux de Fran--
ce , eſtoit ſon Frere. Sa Veuve
eſt morte dans ſaquatre vingtfixième
année , ayant fait voir
H
178 MERCVRE
juſqu'au dernier moment de ſa
vie une grande fermeté d'efprit
, &une pieté ſolide. Elle a
cu trois enfans,qui ſontMr le
Marquis de Chaſteauneuf fur
Cher , Madame la Ducheſſede
Saint Simon,&Madame la Marquiſe
deChanvalon,Veuve de
MrleMarquis deChanvallon,
Neveude Mr l'Archeveſquede
Paris.
Dame Marie Madeleine de
Suramond ,Fille de feu Loüis.
de Suramond , Preſident des.
Treſoriers de France en Auvergne
, & deMarie Chaſſebras
,& Veuve de Meſſire Nicolasle
Clerc de Leſſeville ,,
Seigneurde Thun & le Mefnil,
Maistre des Comptes. Elle
laiſſe deux enfans , ſçavoir
Meffire Nicolas le Clerc de
Leffeville , Seigneur du Mek
GALANT.
1791
nil, Preſident en la cinquième
Chambre des Enquestes , &
Dame Anne le Clerc de Leffeville,
Femme de Meſſire Guillaume
de Seve,Premier Prefidentau
Parlementde Mets.Feu
Mr de Leſſeville eſtoit Frene
d'Eustache de Leſſeville,Evef
quede Couſtance ,&Fils de
Nicola le Clerc de Leſſeville,,
Doyen des Maistres des Comptes
à Paris. Ic vous ay parlé:
dans mes autres Lettres de tous
ceux de cette Famille.Leſſeville
ported'azuràtrois Croiſſans monzant
d'or , à la bordure endentée
demesme.
د
Dame Elizabeth du Pré ,,
Veuve de Meffire lacques
Amelot , Marquis de Mauregard
, Amelot le Meſnil , &
la Planchette , premier Prefident
en la Cour des Aides..
S
180
MERCVRE
১.
Elle a eu deux Fils & une
Fille. Les Fils font lacques
Charles Amelot , premier Pre
fident de la Cour des Aides
mort ſans alliance , & Charles
Amelot , Marquis de Mauregard
Amelot , Seigneur du
-Meſnil & la Planchette à preſent
Preſident en la troiſieme
Chambre des Enquestes du
Parlement de Paris. Feu Mre
Jacques Amelot , premier Preſident
en la Cour des Aides . ,
eſtoit Fils de lacques. Amelot ,
Seigneur de Carnetin , Mauregard
Amelot & le Meſnil
Preſident aux Requeſtes du
Palais , & Petit- fils de Jean
Amelot , Maiſtre des Requeſtes
& Preſident aux Enqueſtes
du Parlement de Paris.
Cette Famille de Amelot qui
adonné des Archeveſques
د و
GALANT. 18
P grand nombre de Maiſtres des.
Requeſtes Preſidens & Conſeillers
au Parlement , Grand
Confeil , & autres , Compa-
-gnies Superieures a fait trois
Branches. La premiere eſt celle
des Marquis de Mauregard-
-Amelot; la ſeconde celle des
Marquis de Gournay , & la
troifiéme , celle des Seigneurs.
de Chaillou & Bifeüil. Elle
porte d'azur à trois coeurs d'or
furmontez d'un. Soleil de même..
Quand je vous parlay. le
moispaſſéde la mort de Mr.
leDuc de Luynes , je ne ſcavois
point qu'il avoiteu d'autres
Filles que feu Madame
laPrinceſſe de Guimené ,Madame
la Princeffe de Bournonville,
& Madame la Comteffe
de Veruë . Il y en a une
quatrième , quis'appellelean
:
182 MERCVRE
ne-Thereſe Pelagic d'Albert ,
& quia eſté miſe dés l'âgede
deux ans auprés de Madame
deChaulnes , Soeur de Mr le
Duc de Chaulnes , Ambaſſadeur
Extraordinaire à Rome ,
faTante à la mode de Bretagne,
Abbeſſe de l'Abbaye Royale
de Poiſſy. Cette jeune
Demoiselle , qui eſt âgée de
quatorze à quinze ans
d'un eſprit vif&delicat . Cela
joint à l'éducation qu'elle a
receuë de Madame de Chaunes
, Dame dont les grandes
qualitez ne peuvent eſtre afſez
eſtimées, eſt une aſſurance
qu'elle ſe fera diftinguer par
fa vertu & par fon merite,
comme elle ſe fait diftinguer
par ſa beauté..
,
eft
Mr de la Fito , Lieutenant:
des Gardes du Corps , & qui
1
GALANT.
183
avieillydans le ſervice , ayanc
demandé a ſe retirer , arendu
fon Gouvernement de Guife
au Roy. Sa Majesté l'a donné
à Mr de Brifac , Major des
Gardes du Corps , & a gratifié
le Fils de Mr de la rite,Exempt.
dans les meſmes Gardes , de
celuy de Pequets , qu'avoit
Mr de Brifac...
Le Gouvernement de la
Ville & Chaſteau de Baugé
en Anjou , a eſté donné àM..
de Saint Offarge , Capitaine
au Regiment de la Marine ,,
par la démiſſion de M. Courti'n
fon Beau-pere. La Maiſon
de Saint Offange eſt fort an.
cienne , & s'eſt diſtinguée:
dans les Provinces de Breta
gne Anjou & poitou . Il en eſt
forti des Maréchaux de Camp,
des Colonels ,des Capitaine.s.
184 MERCURE
des Pages de la Chambre du
Roy , & pluſieurs Chevaliers
de Malthe. Elle a poſſedé les
Terres de la Ftopiniere , la
Sauvagiere , la Jaille , Heurtault&
Daviré . Ses alliances .
font confiderables , puis qu'elle
en a avec les Maiſons d'Appelvoiſin,
Criſſe, Turpin, Aubigné'
, Clermont , Maillé ,
Jarzé , Beaumont& Coigné..
Elle porte d'azur au- Chevron
d'argent , accompagné de trois
moletes de mesme. La Famille
des Courtin vient du Maine,
&a donné pluſieurs Comman
deurs & Chevaliers de Malthe,
Ambaſſadeurs , Colonels ,
Capitaines aux Gardes, Con.
ſeillers d'Etat , Maiſtres dess
Requeſtes ; Intendans de Juſti ,
ce, & Confeillers au , Parle
ment employez en plufieurs
:
GALANT. 185
Negociations d'Etat: Elle ported'azur
àtrois Croiſſans d'or.
Toute l'Europe liguée contre
le Roy depuis deux ans ,
n'empeſche point que tout
nemarche en France d'unpas
égal. Les ſeuls Etats de nos
Ennemis ſe reſſentent de la
guerre , & la magnificence
qui eſt ordinaire aux Opera ,
ſemble avoir augmenté cette
' année , dans celuy d'Enée &
de Lavinie, qui vient de paroiſtre.
En effet on ne peus
rien voir de plus ſomptueux
que les habits & les decorations
, le tout du deſſein de
Mr Berrin . La Muſique eſt de
Mr Colaſſe , dont je vous ay
parlé pluſieurs fois. Il a déja
fait trois Opera depuis la mort
de Mrde Lully , & la beauté
de la Muſique de ce dernier
186 MERCVRE
le
ſe fait tellement fentir , que
l'on ſe récrie àhaute voix dés
Prologue, ce qui n'arriveordinairement
qu'aux endroits
de paſſion : qui entraînent
l'Auditeur. Les paroles ſont
de Mr de Fontenelle , & le
titre de cet Opera vous fait
connoiſtre qu'il a tiré fon fujet
de ce que Virgile rapporte
du differend d'Enée & de
Turnus , qui afpiroient l'un
&l'autre à épouſer Lavinie..
On ne peut douter qu'un Ouvrage
de ſa façon ne ſoit plein
d'eſprit , aprés l'applaudiſſe.
ment general qu'ont receu
tous les Livres qu'il a donnez
au Public. Il eſt cependant
bien malaiſé decontenter tous
les gouſts dans les chofes de
cette nature , qui eſtant compoſées
de differentes parties,
GALANT. 187
neplaiſent qu'autant que chaque
gouſt particulier eſt ſatisfairl
Cet article de l'Opera m'engage
à vous envoyer des paroroles
que M. Tonti à faites
pour un Concert , & qui ont
eſté extremement applaudies.
Vous ſçavez qu'il a beaucoup
de talent pour ces fortes d'Ou
vrages. La matiere vous en
plaira, puis qu'elleregarde le
Roy. C'eſt une maniere de
Prologue , où il fait parler
Mars, la France & la Renom
mée... :
:
MARS.
I. Ors que dans mon couroux je
commande àla Parque
De ravagertout l'univers,
Al'abry des Lauriers d'un Auguste
Monarque
1881 MERCVRE
Les Bergers de ces lieux font mille
doux concerts.
LA FRANCE
La gloire de Louis remplit toute la
Terre,
Le cours de fon bonheur ne finira
jamais ,
Ilfaitgoûter icy les douceurs de la
:
paix,
f
Lors que toutse reffent desfureurs
3
de la guerre. :
LA RENOMMEE..
D'un grandPrince traby, privéde
fesEtats,
lvarétablirla Couronne ;
Ilremplit le devoir de tous les Po
tentats
Parles puiſſans fecours que fans
ceffeil luy donne.
MARS.
Déja de ce Heros lesfameux Combattans
Surſes fiers Ennemis remportent la
Victoire ,
GALANT. 189
Et la Sambre&le Pôfont retentir
la gloire
Defes faits éclatans.
LA RENOMMEE.
On voit àſa valeur obeir lafor
tune ,
Contreſesgrands projets lesvents
S'arment envain :
Ilfoumetàſes loix l'EmpiredeNe
prune,
Il en est aujourd'huy l'unique Souverain.
LAFRANCE.
Mon illustre Dauphinparsesvaſtes
conquestes
Va remplir les voeux des François.
Bergers,preparez- luy mille nouvelles
Festes ,
Meſlez des fons guerriers au doux
chant de vos voix.
MARS , LAFRANCE
ETLA REΝΟΜΜΕΕ.
Bergers,preparez- luy mille nouvelles
Festes ,
190 MERCVRE
1
Meflez des fons guerriers au doux
chant de vos voix.
Voicy d'autres Vers du
mefme Mr Tonti , dont un
de ſes Anceſtresaeſté le premier,
qui aitpropoſé l'établiſ
ſement de laTontine.
SUR LA TONTINE.
ToOyy,, qui de mes Ayeux tires
ton origine,
Aux deffeins d'un grand Roy in
vas ſervir ,Tontine.
VaSeconde aujourd'huy la juste intention
La Ieuneſſebouillante,
Etla Vicilieffe lente
Defirent de te voir dans ta perfe
Etion.
Les biens quetu prometsatout Sexe,
àtout âge,
GALANT .
195
Vont remplir cous lesvoeux ,
Le Riche , l'Indigent, l'Ignorant &
lesage,
Pourront égalementefperer l'avan
tage
De jouir d'un destin heureux.
Louis fera par toy renaiftre dans
la France
Lesfiecles fortunez;
Où l'on goûtoit dans l'innocence,
Et les plaiſirs & l'abondance
Qu'ànos premiers Parens le Ciel
avoitdonnez.
L'esperancefera commune
Dans tous les biens de la fortune ;
-Et par un miracle certain,
On nefentiraplus lamiſere importune
,
Qui maltraite legenrehumain .
Toyqui de mes Ayeuxtireston origine
Atous ces grands deſſeins tu vas
Servir,Tontine.
194
MERCURE
Le Sicur Nolin , connu par
les bonnes Cartes qu'il a miſes
au jour depuis quelques années
, vient de donner au public
celle des Etats de Savoye
& de Piedmont. Il a recueilly
divers Memoires curieuxpour
la rendre exacte. La pluſpart
luy ont eſté donnez par une
Perſonne que fa qualité ne
diftingue pas moins que ſon
érudition , & quiaune conpoiſſance
particuliere de ce
Pays-là . cette meſme Perſonne
qui ſcait bien l'Hiſtoire de la
Maiſon de Savoye , a cru devoir
ajouter à cette Carte
unedeſcription Hiſtorique &
Geographique qui a eſtétrouvée
tres curieuſe. Le Roy à
qui l'Ouvrage eſt dedié , l'a
honoré de ſon approbation , &
cela fuffit. On a joint une Table
GALAN T.
195
4
ble Alphabetique à cetteCarte,
afin qu'on trouve aisément
tousles noms qu'on a eſté obligé
d'y employer. Elle fera
d'ungrand ſecours à ceux qui
veulentvoir toutd'un coup&
fans peine les Placesdont il eſt
parlé dans les Relations journalieres.
L'on trouve auſſi chez le
Sicur Nolin fur le Quay de
l'Horloge du Palais , une nouvelle
Carte generale d'Italie
que l'on a renduë fortcuricuſepardes
obſervations particulieres.
L'on y a mis tous
les Archeveſchez & les.Eveſchez
, ce qui n'eſt pas fur
d'autres Cartes de ce Pays,
quoy que beaucoup plus
grandes, Elle eſt dreſſée far
les Memoires de Mr Cantel
qui eſt un des plus habiles
Geographes de noſtre temps
Nov. 1690. 1
196
MERCVRE .
& des plus laborieux. Le
Sieur Nolin fait graver la
Carte de la Lombardie du mê
meAuteur , qui pourra eſtre
neceſſaire ſi les Eſpagnols de
l'Estat de Milan continuent
àdonner du ſecours aux Savoyards.
Sa Majesté en confideration
des grandes dépenſes
qu'il fait , luy a accordé le
Privilege de faire graver les
Cartes de Mr Cantel , avec
défenſes de copier aucune de
celles qu'il aura fait faire.
Le Lundy 13. de ce mois
l'ouverturedu Parlement ſe fit
avec les ceremonies ordinaires .
Mr l'Archeveſque avoit eſté
prié de dire la Meſſe , & comme
il eſt Archevêque de
Paris , & Duc & Pair , on a
faitdes choſes à ſon avantage
qui n'ont point accoûtumé
d'eſtre pratiquées . M. le preGALANT.
197
!
mier Preſident alla le prendre
au palais Archiepifcopal , &
ne voalut point accepter la
droite, meſme dans la Carroffe
de ce prelat. L'Eveſque qui
officie dans ce jour de folemnité
, n'a ordinairement que deux
Chapelins pour Diacre ; &
Sous - Diacre ; & Mrs demla
Sainte Chapelle nommerent
deux Chanoines de leur corps
pour luy en ſervir. pendant
l'Office , le Chantre de la Sainte
Chapelle ſe promena avec
fonBaſton. Aprés la Meſſe,M.
le Premier preſident , en remerciant
M. l'Archeveſque, fit
le portrait d'un grand Prelat,
par rapport à toutes les grandes
qualitez , qui diſtinguent
éminemment Mr de paris , &
fit connoiſtre par là le juſte
diſcernement du Roy , quiaс-
I 2
198 MERCVRE
compagne de tant de graces
l'eſtime dont il l'honore . M.
l'Archeveſque en répondant
à ceremerciement avec l'éloquencequi
luy eſt ſi naturelle,
fit l'Eloge d'un parfait Magiſtrat
, qui fut reconnu ſans peine
dans M. le premier prefident
, élevé auſſi par un juſte
choix du Roy , à la Dignité du
Chefduplus Auguſtedes parlemens.
Avant la Meſſe que
dit Mrl'Archevêque , Mrsde
la Sainte Chapelle luy avoient
eſté faire compliment dans la
Sacriſtie du palais .
Le meſme jour. Mr le Camus
, premier preſident de la
Cour des Aides , parla comme
de coutume , aux Avocats
& aux procureurs , avec la
gravité d'un grand Magistrat.
Enſuite M. Bignon , Avocat
GALANT.
199
i
i
General en la meſme Cour, &
Fils deM. Bignon , Conſeiller
d'Estat , fit un diſcours ſur le
travail continuel des Magiſtrats
. Il commença en diſant
que tous les hommes eſtoient
nez pour travailler , & aprés
l'avoir prouvé , il fit voir quel
eft le travail de l'homme de
Robe&de l'homme d'Epée, &
que celuy de l'homme de Robe
eſtoit beaucoup plus grand ,
puis qu'il travailloit toujours ,
au lieu que les fatigues de
l'homme d'Epée , ceſſoient
dans les temps de paix. Il fitc
l'Eloge de M. le Camus , premier
preſident , qui fuit le repos
, & paffa délà à celuy du
Roy , qui veillant ſans ceſſe au
bien de ſes peuples , & à la
grandeur de ſon Estat , faifoit
ſa gloire de ſouſtenir un travail
1
L3
200 MERCURE
qui n'avoit point de relaſche.
L'ouverture des Audiences
D'avoitaccoutumé de ſe faire
au parlement que trois ſemai-
-nes aprés celle de la Saint
Martin, & l'on attendoit qu'il
y euſt une ſemaine franche ,
c'eſt à dire ſans Feſtes ordinaires
,ou du palais ; mais Mr
le premier preſident donne
moins de temps , & l'on n'a
eſté cette année qu'une femaine
ſans entrer.Ainſi cette ouverture
ſe fit le Lundy 20. de
ce mois. M. de la Moignon par.
la fur la Loy , dont il fit voir
la force & la néceſſité qu'il
y avoit de la ſuivre.. H dit
qu'elle estoit au corps politique
, ce que la raiſon eſt à
l'homme ; que le Roy qui faifoit
les Loix s'y fousmettoit ,
&qu'on voyoit par les deſor .
८
1
GALANT. 201
dres qui regnoient chez des
Peuples voiſins , ce qu'il leur
couſtoit de ſe revolter contre
la Loy. Ilajoûta qu'elle eſtoit
fondée ſur la Religion , ce qui
luy donna ſujet d'entrer dans
les grandes choſes que Sa Majeſté
a faites pour la Religion
Catholique. M. le premier
Preſident parla fur l'avantage
de la profeſſion des avocats,
& fur l'eſtimeque l'on en faifoit.
Il dit qu'il falloit qu'ils
retranchaſſent les Preludes
dans les petites Cauſes , & ces
longs diſcours qui ne doivent
preceder que les Cauſes d'appareil
; qu'ils s'inſtruiſfiſſent à
fonddes raiſons de leurs parties
& de celles des par-
2
,
ties adverſes & qu'ils leur ,
donnaſſent de bons conſeils,
fans les détourner jamais de
14
202 MERCVRE
s'accommoder, s'ils en avoient
ledeſſein,
** Le Mercredy fuivant , jour
de la Mercuriale , Mr de la
Briffe , procureur General ,
commença par ſouhaiter d'avoir
les qualitez de l'Illuſtre
Magiſtratqui avoit exercé ſa
Charge avant luy avec tant de
gloire , & aprés avoir dit qu'il
avoitbeſoin du meſme Flambeau
dont les lumieres l'avoient
ſi bien éclairé pendant
ſa courſe , il fit l'Eloge de tous
les premiers preſidens qui avoienteſté
choiſis par le Roy,
dont il apostropha les Filsou
proches parens qui ſont dans
le Parlement. Il commença par
M. Molé , & continua juſqu'à
M. de Harlay , aujourd'huy
premier prefident dont il reprit
l'éloge , en diſant que c'eſ
GALANT.
20.3
zoit l'homme juſte & l'homme
de bien. Il fit un portrait de
tout ce qui s'eſt paffé dans la
guerre preſente , montra juſ
qu'où alloit la grandeur du
Koy , & dit queſion pouvoit
le voir dans l'interieur , on le
verroit encore plus grand qu'il
ne paroiſt . M. le premier pre.
fident reprit toute la derniere
Campagne , commençant par
Monſeigneur le Dauphin qui
a repouſſé une multitude d'En ..
nemis. Il parla de la Bataille
gagnée par M. le Duc de Luxembourg,
du Combat Naval,.
dontl'avantage remporté par
l'Armée du Roy , l'avoit rendu
Maistre de la Mer , de l'affaire
de Savoye, & il finit en diſant:
qu'ils ſe devoient eſtimer
heureux d'avoir pû ſelon leurss
fortunes contribuer à la grang
IS
204 MERCVRE
deur de Sa Majesté , & au
bonheur de l'Estat .
Le vray mot de l'Enigme du
dernier mois eſtoit le Marteau
d'une porte , & non la Cloche ,
comme beaucoup l'ont cru.
Ceux qui ont trouvé ce mot,
font Mrs leLieutenant general
de Provins & ſa Belle Niece :
Berthier de Mornay & la bella
du Foy : du Pont Corbet d'Avranche
: Langlois Avocat au
meſme lieu : Gaillard Avocat,
ruë Grenier S. Lazare : le Chevalier
de Morange , rue Vieillemonnoye:
Henry Capperdu
Sr de Chaſtenay , rue des Meneſtriers
, Antoine Riché de
la rue Saint Martin : Nicolas
Vieillot rue Montorgueil :
Chauvin de Levroux ; Aubert
de l'Epinay du Mans : Cotteret
de Villiers , Commis aux
GALANT. 175
Aydes : Iean le Maire rue S.
Paul ; lacques de Normandie
Huiſſier au Chaſtelet : Ican
Noël rue S. Martin : Claude
Manfienne , Place Dauphine :
Deſcoutures Tabarie : Michel
Hervieux & ſon aimable Epouse
:Danet Pere & Fille &
la Motte Huiet , tous de Caën
GilleMc de Monlins : Richard
Dumont Directeur des Poſtes
deChaſteau , Thierry : de l'ifle
le voyageur rue Calande : Salus
rue de la Tiſſeranderie : Veudreſce
: Gueret , & fon aimable
Epouſe& ſon parfait Amy:
Jean Creſſon dit la grand' F1-
gure : Philibert Naudot , de
la Roche : Gaillardin le Pere,,
du meſme lieu : Germain de
Bolaſtre : Filleul le jeune : la
Fontaine , Commisau Bureau
du Tabac de Saint Malo : le
IS
206 MERCURE
petit Hautpont : du Four :
Bonnefoy B. de Saint lacques
de la Boucherie : C. Hutuge
d'Orleants :le Romain de Montauban
: le Portemanteau de
Strasbourg:le Voiſin de l'aimable
couple de Soeurs de la rue
S. Iulien des Meneſtriers :
l'Amant congedié du Pont au
change : l'Amant caché de fon
aimable Blonde : le Solitaire
de l'Arsenal , les Eſprits de
laCouture , Sainte Catherine:
Mlles Bellin rue S. Germain.
l'Auxerrois : Doze , proche la
Fontaine S. Innocent : l'heureux
Jaloux de la rue Neuve
S. Mederic : l'Amant banal ,
de la pointedel'Iſle : MrRouf-.
fel , Marchand : les Muſes
Normandes ; la nouvelle mariće
, ou la belleUranie de la
ue S. Honoré les trois Grae
GALANT. 207
cesdela rue des Bourdonnois ;
Geneviève& fa bonne Amic
ducoinde la rue aux Fers :
Manon de la rue Dauphine : la
charmante Brune de la rue
Grenier S. Lazare l'aimable
Veuve de la rue du petit Lion:
la charmante Manon Penfionnairede
la Viſitation de Compiegne
: la plus ſpirituelle des
Demoiselles de Corbeil : les
deux aimables & charmantes.
Sooeurs : la charmant & agreable
le Maſerie du meſme lieu :.
la charmante Berule de la ruë
du Bout du monde la charmante
Veſel du Fauxbourg
S. Germain : la charmante
Manon de la rue S. François
de S. Malo ; la Precieuſe du
Quay de Geſvre ; la petite .
Nanon Guillou : la belle Simone
d'auprés l'Hoſtel de
1
2.08 MERCVRE
Ville de Liſicux: ManonGan
don : l'aimable Angelique
Manſienne de la Place Dauphine
: la belle Marguerite de
Mouſſy : Marie Foulon , rue
S. Martin : la trop aimée&
trop aimable de Launay : l'aimable
Loüiſe Favé rue Saint
Martin : la charmante MichelleHuiet
, rue aux Ours :
l'agreable Veuve Vinot : l'aimable
couple de Soeurs de
Caën : l'inconſtante & fiere
Marote : la Dame Marie & la
charmante Manon du meſme
licu : la groſſe Commere de
la rue S. Iacques..
Icvous envoye une Enigme
nouvelle qui merite bien
L'application de vos Amics.
GALANT.
207
ENIGME.
TE nevois jamais rien cependant
jour & nuit
Leſuis auguct ,fans craindrevent
ny playe
Quoy qu'on diſe demay , fort peu
jem'en foucie ;
Carjesuis au deſſus du bruit...
Si le rang que je tiens peut donner
del'envie ,
Du moins j'ose bien me wanten
Que l'hommele plus fier jamais
par jalousie
N'entreprendra deme le contester.
Jeſuis toujourssi bien engarde,
Que cen'est qu'en tremblant qu'on
ofem'approcher ,
Etle plusrefolu , sans vouloir me
toucher
208 MERCVRE
Seulementde loin me regarde..
Mon corps , quoy quefort gros,se
remue aisément ;
1.
Toujours sobre ,jamaisjenefaisde
débauche;
Auffi je fais alaigrement
Ledemy touràdroit ,le demy tour
àgauche.
Aux endroits les plus frequentez
OnmevoitàParis tourner de tous
coftez ...
Sans craindre , commefont les Coquets
& Coquettes,
Ny les crottes , ny les charettes.
Demon pofte jamais je nefuis ennuye
;
C'est pourquoy, quelque temps qu'il
fasse
Ie conferve toujours ma place
Et restesurun mesme pied..
THEQUE
DELAVILL
LYON
E
C
ch
*C
*
au
☆
foy
2
M
To
1
Le
On
Sa
Ny
De
Ie
ES
GALANT. 209
Les paroles que vous allez
lire , & que je vous envoye
notées , ont eſté miſes en Air
r Mr de Montailly , Eleve
de feu Mr le Camus. Mr de
Bacilly , qui connoiffoit par
faitement ſon genie , eſtimoit
fort ſes Ouvrages .
AIR NOUVEAU.
E
1
Cho ,qui dans ces lieux redis.
àtout moment
Lesfermens que me fait Climene,
De ne brifer jamais fa chaine ,
Ceffe de me flater d'un bonheur fi
charmant.
Iesçaytrop quecette Infidelle
Aime un autre Berger que moy .
Helas que t'ay- jefait pour vouloir
avecelle
Tromper mon amonr &mafoy.
210 MERCURE
こLe 23 de ce mois , on enregiſtra
au Parlement un Edit
du Roy , qui porte creation
de quelques nouvelles Charges.
Comme les dépenſes exceſſives
que Sa Majesté ſe
trouve obligée de faire pour
garantir ſonRovaume du grand
nombre d'ennemis qui ſe ſont
liguez pour l'attaquer ,l'engagent
à chercher des fonds extraordinaires
pour ſuppléer au
defaut de ſes revenus, la gran .
deur du reffortqui eſt reſté au
Parlementde Paris , avoit fait
renouveller la propoſition d'en
créerd'autres dans ſon étenduë
ou d'attribuer à de nouvelles
Jurisdictions la connoiſſance de
quelques affaires quiluya eſté
donnéedés les premiers temps
de ſon établiſſemetzmais leRoy
a eſtimé qu'il étoit plus conGALANT.
211
コ
1-
venable aubiende ſon ſervice,
de n'affoiblir aucune des prérogatives
d'un Parlement qui
- eſt le premier Tribunal de ſa
- Justice , & le Siege oùce Monarque
la rend luy meſme dans
les plus importantes affaires.
Ainfi ne pouvant ſe paſſer
d'une partie des fonds que cette
propoſition executée auroit
pû produire, pour l'aider dans
la Campagne prochaine à ſoutenir
les efforts de tant de
Princes unis , & encore plus
animez contre la France par
les heureux fuccez de ſes Armes
, Sa Majeſté qui a rej
connu qu'elle pouvoit avec
moins d'inconvenient auga
menter le nombre des Offciers
d'une Compagnie , où
l'on rend la justice avec autant
de deſintereſſement , que
i
212 MERCVRE
de lumiere & d'exactitude ,a
créépar ſon Edit perpetuel &
irrevocable deux Offices de
Preſident dans ce Corps Auguſte
, ſeize Conſeillers Laics
dont quatorze feront départis
dans les Chambres des Enqueſtes
, & deux dans celles
des Requeſtes du Palais , un
troiſiéme Avocat General , un
Avocat pour plaider au nom
du Roy aux deux Chambres
des Requeſtes les Cauſes qui
feront ſujettes à communication
; quatre Commis pour
dreſſer dans le Stile accoutumé
,& écrire de leur main
fans le miniſtere d'aucun
Clerc, fous les deux Greffiers
ſervant à la Grand Chambre ,
les minutes des Arreſts ren.
dus ſur Requeſte , appointemens
à mettre , & Inſtances
GALANT. 213
appointées en droit , ou au
Conſeil ; un Commis pour
faire les meſmes fonctions
ſous les Greffiers de la Tournelle
; cinq pour les cinq
Chambres des Enqueſtes ; un
pour les Requeſtes de l'Hoſtel
,& deux pour celles da
Palais ; un Commis pour
communiquer les. Minutes
des Arreſts dépoſez au Greffe ,
les Regiſtres de la Cour , &
les declarations de dépens ,
quatre Huiffiers en la meſme
Cour. Ceux qui feront pourveus
de ces Charges , jouiront
des meſmes honneurs ,
autoritez , privileges , exemptions,
droits , profits & émolumens
dont jouiffent ceux
qui en ont de pareilles. Ceux
des Preſidents , Conſeillers
Avocats & Procureurs Gene-
&
214
MERCURE
raux , Greffiers en chef , des
quatre Notaires & Secretaires
du Parlement,premier & principal
Commis au Greffe Civil ,
qui ſont preſentement pourvûs,
ouqui le ſeront à l'avenir
quoy qu'ils ne foient pas de
race noble , enſemble leurs
Veuves demeurées en viduité,
&leurs Enfans de l'un & de
l'autre ſexe , feront reputez
Nobles , & jouiront comme
tels detous les droits & priz
vileges attribuez aux autres
Nobles du Royaume , pourveu
qu'ils ayent ſervi vingt
ans , ou qu'ils meurent reveſtus
de leurs Offices ;& pour
gratifier en particulier les Prefidens
& Avocats Generaux
du Parlement de Paris , le Roy
a fixé le prix des Charges de
GALAN T.
215
Prefident à cinq cens mille
livres , au lieu de trois cens
cinquante mille livres , & celles
des Avocats Generaux à
cette derniere ſomme , au lieu
de trois cens mille livres , à
quoy la fixation en avoit déja:
eſté augmentée,
:
Mr Dorat , Doyen de la
Grand' Chambre , ayant ſceu
l'intention de Sa Majesté fur)
cette création , en fit raportà
la Compagnie,&conclut qu'il
falloit remercier leRoy de leur
avoir donné le moyen de contribuer
à ſa grandeur , & aux
beſoins de l'Etat ſelon leur for->
tune , de meſme que la No-1
bleſſe y contribuoit en répandant
ſon ſang tous les jours.
pour ſon ſervice. On trouvera
peu de pareils endroits dans
les Hiſtoires des autres Re-.
216 MERCURE
gnes. L'empreſſement d'avoir
de ces Charges eſt ſi grand ,
qu'à peine a-t- on formé le
deſſein de les créer , qu'elles
ont eſté arreſtées. M. de Mcnars
&M. Talon onteu l'agrement
des deux Charges de
Preſident au Mortier ,& Mrde
Harlay , Filsde Mr le premier
prefident , a cu celuy de la
Charge d'Avocat General de
Mr Talon . L'Intendance de
paris qu'avoit Mr de Menars
eſtantpar lademeurée vacante
, elle a eſté donnée à Mr
Phelypeaux , Maiſtre des Requeſtes
, & Frere de Mr de
Pontchartrain.
- Ona auffi creé deux Preſidens
, quatre Maiſtres des
Comptes , quatre Correcteurs ,
&quatre Auditeurs.LaChambre
des Comptes a témoigné
fon
GALANT.
217
=
fon zele pour le Roy dans cette
création , ainſi qu'avoit fait le
parlement , & on ne s'eſt pas
moins empreſſé pour eſtre
pourveu de ces Charges.Celles
de preſident ont eſté don.
nées , l'une à Mrde Boiflandry,
petit filsde Mrle Chancelierd'Aligre
, qui a épousé la
Fille de Mr Turgot de S. Clair,
& l'autre à Mrle Tellier, Confeiller
au parlément. Il fuffit
de le nommer pour vous le faire
connoiſtre. Sa Majesté en a
fixé le prix à trois cens mille
livres , au lieu de deux cens
mille livres , à quoy la derniere
fixation avoit eſte faite .
Ie puis vous fatisfaire , Madame
, fur ce que vousme demandez
des Sauterelles , que
toutes les Nouvelles publiques 1
diſent avoir cauſe de ſi grands
Νου. 1906. K
218 MERCURE
c
dommages en pluſieurs Provinces
de Pologne ,puiſque
j'en ay vû une quia eſté envoyée
à Mr l'Abbé de Saint
Vifans Elles ſe ſont répanduës
juſque dans la Lithuanie en
une fi prodigieuſe quantité ,
que l'air en a eſté tout obfcurcy,&
la terre toute couverte
comme d'un drap noir. Elles
ont paru dans l'Vkraine , mais
fur toutdans la Ruffie , où ces
Inſectes volans font venus .
commeen trois corpspar trois
endroits differens. L'un y eſt
entré par les côtez des montagnes
de Hongrie, l'autre eſt
allé à l'armée Polonoiſe qu'il a
commeaſſiegée, & le troifiéme
qui venoitde Volhinie , a pafſé
à droite de Leopold.CetAnimal
à fix jambes , le corps de
couleur noiraſtre , & la teſte
faite à peu prés comme celle
GALANT. 219
d'un cheval. Ses aîles qu'il a
au nombre de fix & affez longues
, font de couleur de blane
fale , & toutes couchées les
unes fur les autres. Il y en a
quatre , toutes parfemées de
petites taches , qui y font comme
une petite eſpece de broderie
, & ces taches forment
des Lettres Hebraïques , où
l'on pretend qu'un Rabin aie
leu Saaphel, mot Hebreu, qui
fignificen noſtre langue, colere
deDieu. Les deux autres font
toutes unies,&l'on n'y decou--
vre aucune tache. En certains
endroits de la Pologne , où ces
Sauterelles font mortes les
unesfur les autres, il s'en eſt
trouvé juſqu'à quatre pieds de
hauteur. Celles qui font demeurées
vivantes ſe font per..
chées ſur les arbres en fi grand
K 2
220 MERCVRE
nombre , qu'elles en ont fait
plierles branches juſqu'à terre
Elles ont rongé les herbes jufqu'à
la racine , & mange les
bleds qui commençoient à
pouffer , en forte qu'il a fallu
femerde nouveau . Les Boeufs
quien ont mangé parmy l'herbe,
en font crevez auſſi toſt ,&
comme l'air s'en trouve infecté
, parce que les pluyes les ont
preſque toutes fait mourir ,
ceux du pays craignent fort
qu'unechoſe ſi extraordinaire ,
ne ſoit ſuivie , ou de peſte ou
defamine.
L'Academie Françoiſe a fait
publier que le 25. d'Aouſt de
l'année prochaine , jour de S.
Loüis , elle donnera le prix
d'Eloquence fondé par feu
Mrde Balzac , à celuy quiaura
fait le meilleur Difcours
,
1
GALAN T. 221
fur le zele de la Religion ,
,
fuivant
ces paroles Zelus domus
tue comedit me. Ce Difcours
ne doit eſtre tout au
plus que d'une demy heure
de lecture. Elle donnera le
-mefme jour le prix de Poëfic
à celuy qui aura le mieux
réûffi à faire voir , que le Roy
feul en toute l'Europe defend &
protege le droit des Rois , à quoy
con pourra joindre tel autre
ſujet de loüange pour Sa Majeſté
qu'on voudra choiſir.
Les Ouvrages de Poësie ne
doivent point exceder cent
vers ,& doivent finir par une
courte priere à Dieu pour le
Roy.On peut traiter ce ſujet
ou en vers croiſez , comme
ceux des Odes & des Stances
ou enVets Alexandrins.Ceux
qui pretendront aux prix , en-
K 3
222 MERCVRE
,
voyeront leurs pieces à Mr
l'Abbé Regnier Deſmareſts ,
Secretaire perpetuel de l'Academie
ou au ſieur Coignard
Libraire de la meſme
Academie , ruë Saint Jacques,
àla Bible d'or , avant le premier
jour de May , parce
qu'on ne les recevra qu'inclufisement
juſqu'au dernier
jourd'Avril.
Puiſque vous trouvez que
je vous ay parlé trop confuſement
dela Maiſon de la Baume
de Suze dans le temps que je
vous appris la mort de Mr
l'Eveſque deViviers,je reprendray
cet Article pour, ajouſter
ce que jecroy qui fatisfera votre
curiofité . Ce Prelat qui avoit
eſténommé à l'Epifcopat
dés l'année 1613. ayant beſoin
de ſecours dans ſes dernieres
GALAN T. 223
备
années àcauſe de ſon grad âge,
avoit employé Meffire Charles
de la Garde de Chambonas ,
Evefque de Lodeve, ſon Neveu
à la conduite de ſon Dioceſe
& ce Prelat y avoit travaillé
pluſieurs années avec beaucoup
de zele & de foin pour
les avantages de la Religion.
Auſfile Roy en le nommant
à l'Eveſché de Vivierstaprés
lalmort de Meſſite Louis François
de la Baume de Suze ,
-fon Oncle , luy dit qu'il avoit
plus confulté l'intereſt de la
-Religion que celuy de ce
Prelat ,& en effet il peut la
fervir beaucoup plus utilement
à Viviers , que dans
l'Eveſché de Lodeve où il n'y
a point de Proteſtans. Quant à
la Maiſon de la Baume de Suze,
ily a trois cens cinquante ans
K4
224
MERCVRE
que Louis de la Baume époufa
Antoinettede Saluces. Elle mit
la Terre de Suze dans cette
Maiſon , qui prouve fix generations
au deſſus de celle là.
François de la Baume tué en
1587. Quand les Pretendus
Reformez reprirent Montelimar
, s'eſt veu enmeſme temps
Lieutenant deRoy en Dauphiné.
Commandanten chefpour
le Pape dans leComtat Venaiffin
, Gouverneur de Province,
Amiral de France , & Chevalier
des Ordres du Roy. Il avoit
épousé Françoiſe de Levy, Fille
de Gilbert, Comte deVantadour
,& il en eut Roſtain de
laBaume , qui époufa en premieres
noces Madeleine Defprez
Montpezat , Fille d'Emanuel
Philibert , Marquis de
Villars&de Henriette de Sa-
2
GALANT .
225
*
voye , dont il eut Honoré de la
Baume , tué au Service de nos
Rois. Il épouſaen ſecondes
noces Catherine de Breffieux
Neüillon, &de ce mariage fortirent
Anne de la Baume , &
Louis François Eveſque de
Viviers , à qui. Mr de Lodeve
vient de ſucceder. Anne de la
Baume prit alliance avec Catherine
de la Croix Chevrieires,
dontila eu trois Fils & une
Fille qui s'est faite Religieuſe.
Louis François de la Baume ,
Comtede la Suze , quiett l'aifné
des trois Fils , s'eſt marié
avecHippolite de Montiers de
Merinville , dontil a eu un Fils
qui eſt mort . Ce Seigneur a
1 toujours vécu , & vit encore
- avec une grande distinction .
Le ſecond , appellé Gaspard
Joachim, a faitdix ſeptou dix226
MERCURE
huitCampagnes avec beaucoup
de reputation&de gloire ,
fous le nom du Chevalier de
Suze, mais voyant qu'il n'avoit
pointd'Enfans ,il ſe maria , &
prit le nom de Marquis de
Breffieux , qui estoit une Terre
defon partage. De fon mariage
avec Marthe d'Albon de Saint
Forgeux,Maiſon du Lyonnois
illuftre& connue , font fortis
deux Garçons & une Fille qui
font encore tout jeunes. Le
troifiéme, Anne Triftant,nom.
-mé d'abord parleRoy Evefque
de Tarbe,& peu detempsaprés
Eveſque de Saint Omer , fuc
fait Archeveſque d'Auch en
1684.200 mm
Le Prince d'Orange ayant
manqué la conqueſte d'Ielande,
& voyant les avantages
queles armes du Roy'ont rem
GALANT.
227
portez ſur mer& fur terre pendanttoute
la Campagne , & les
progrés des Turcs contre les
Imperiaux , a cru avec juſte
raiſon que les Alliez ouvriroient
les yeux , & que laſſez
d'une guerre qui de fert qu'à
les ruiner , & qui n'eſt utile
qu'à ce Prince, ils pourroient
traiter avec la France , puis
qu'ils font hors d'eſpoir de
l'entamer. C'eſt pour cela
qu'il a mis en ufage toute fa
politique , en qnoy il excelle
pour le malheur de l'Europes
& pour mieux ébloüir ſes
Alliez , & les engager à faire
de nouveaux efforts pendant
la Campagne prochaine , il
eſt convenu avec les Amis
qu'il a dans le Parlement
-d'Angleterre , qu'on luy accorderoit
cinquante - deux
228 MERCVRE
millions afin de faire voir ,
en
qu'il eſtoit en eſtat de ſoutenir
la guerre , & de payer
ceux qu'il y a engagez ; mais
il eſt demeuré d'accord
meſme temps qu'on luy donneroit
les fonds pour un prix
plus haut qu'ils ne doivent
rapporter , & il y en a tel
qui luy vaudra fix fois moins
que la ſomme pour laquelle
il le reçoit Cependant on
murmure beaucoup en Angletetre
, mais on n'oſe éclater;
on écrit , mais on ſe cache .
Le commerce ne fournit
point dequoy payer les gros
-ſubſides. Les François qu'on
croyoit ruiner en ceffant de
trafiquer avec eux , ont plus
fait de priſes que l'on n'en a
fait fureux. On ne voit point
que les affaires du Royaume
GALANT.
219
ayent changé de face. Chacun
y vit comme auparavant ,
& tout ce qu'il y a de nouveau
en Angleterre ,c'eſt que
les ſubſides y font dix fois
plus forts qu'ils n'ont eſté
ſous les Roislegitimes ; qu'on
n'y parle que de levées d'argent
, qu'on n'eſt occupé qu'à
chercher les moyens d'en
trouver,& ce qu'il y a de plus
chagrinant pour les peuples ,
c'eſt que non ſeulement ils
font accablez d'impoſts , mais
qu'ils ne voyent pas de quelle
utilité peut eſtre cette guerre
à une Ifle , qui dans la fituation
où font les affaires
de l'Europe , ne peut étendre
ſes conqueſtes hors de chez
elle, &qui n'en pourroit faire
ſans qu'elles fuſſent à charge
à l'Έται , par les Troupes &
230 MERCVRE
les convois qu'il y faudroit
fans ceffe envoyer. Maisle
Prince d'Orange ne regarde
plus l'intereſt de la Nation;
&comme il faut queles Vfurpateurs
foient toujours armez
pour ſe maintenir , il en coutera
toujours à l'Angleterre
pour payer des Troupes , qui
ſerviront à la tenir captive
tant que le Prince d'Orange
regnera.
i
Apréslapriſe de Belgrade ,
le Bacha de la Boſſine alla
avecquelques Milices fe camper
devant Effek , pour voir
fila terreur n'obligeroit point
les Imperiaux d'abandonner
cette Place , comme ils ont
fait beaucoup d'autres , mais
ayant reconnu qu'on avoit
refolu de la défendre , il s'eſt
retiré avec ſes Troupes. Le
GALANT.
231
Grand Vifireſtoit trop habile
pour y venir , avant que d'avoir
mis Belgrade en estatde
défenſe , d'avoir fait lever le
Blocus de deux Places impor.
tantes d'avoir donné du ſe
cours àTekeli ,& d'avoir faic.
repoſer ſes Troupes , puisqu'il
y en a dans ſon Armée quil
ont fait prés de mille licuës.
Il faut manquer de bon ſens
pour croire que s'il avoit afſiegé
Effek , il ne l'euſt pas,
emporté. Les Imperiaux n'en
doutent pas ,& ils en avoient
miné les Fortifications pour
les faire fauter à ſon approche.
Comme j'eſpere vous envoyer
un lournal de ce qui
s'eſt fait pendant cette Campagne
en Italie , plus curieux
que ce que je vous en ay dit à
232
MERCVRE
1
meſure que les choſes ſe ſont
paſſées , je n'entreray point
aujourd'huy dans le détail de
la prife de Suze. Je me contenteray
de vous dire que
toutes les Lettres portent que
cedevoit eſtre une tres groſſe
affaire , & qu'il doit eſtre
bienavantageux & bien glorieux
aux armes du Roy ,
d'avoir fait en vinge quatre
heures une conqueſte ſi importante
& fi difficile.d
FIN.
BIBLI
THEQUE
NOAT
*
1893
:
807156
GALANT
VILLE
DE
LYON
DEDIE'A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
*1893
NOVEMBRE 1.690 .
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere au Mercure Galant...
M. DC. XC.
Avec Privilege du Roy..
LE LIBRAIRE
1
au Lecteur
emos
L'on continue
à diftribuer le
Journal des Scavans pour fase
fols obacun, de mesme l'on donnera
tous les Mois avecle Mercure Galant
la Pierre de Touche de choque
mois pour trois folsfix deniers .
Inte
LIVRES NOUVEAUX
du mois de Novembre 1690 .
Pratique de Medecine Speciale de
Michel Ettmuller fur les maladies
propres des Homines ,des Femmes &
des petits Enfans, avec des Differra
tions du meſime Autheur ; fur l'épilepfie
, l'yvreffe , le mal hypochondriaque
la douleur hypochondriaque
la corpulence & la morfare de la Vi
pere in- octavo , 2. liv. 10.
Dictionnaire Mathematique où
Idée generale des Mathematiques
dans lequel l'on trouve outre les termes
de cette ſcience pluſieurs termes
des Arts & des autres Sciences . Avec
des Raiſonnemens qui conduiſent
peu à peu l'eſprit à une connoiſſance
univerſelle des Mathematiques , par
Mr Ozanan , avec pluſieurs figures
en taille douce , in 4. 10. 1.
Marc Anthonin de M.Daffier avec
desRemarques furfa vie,in 12.2.7.4 .
1. 10. fols.
3
Les Memoires d'Eſpagne , en deux
volumes , in 12. 4. 1.
Dom Alvarez Nouvelle allegorique
, 12.10.
258
Connoiffance des temps pour l'Année
169 1. ind. 20. f.
L'Almanach de Milan pour l'Année
1691. indan softonima leda
Catechisme du Dioceſe de Montpellier
contenant les 4. parties de la
Doctrine Chrétienne , par l'ordre de
Monseigneur l'Eveſque de Montpelliersind
good melobloupe
- Traité des Medicamens & la maniere
de s'en ſervir pour la guerifon
des malades ſuivant les experiences
des Medecins modernes avec les Formules
pour la compofitiondes medicamens
par M. Daniel Tauvry
Docteur en Medecine, ind. 30. f.
Traité de la charité qu'on doit
avoir pour les Morts, par le Pere Brignon
de la Compagnie de Jeſus , ind .
20. fols.
Traité des Mouches àmiel , où les
Regles pour les bien gouverner , &
le moyen d'en tirer un profit confiderable
par la recolte de la Cire & du
Miel , ind. 20. f.
Les diſgraces des Amans , dedié à
Mr le Mareſchal de la Feüillade, ind.
30. fol す
Hiſtoire de l'adinirable DonQuichotte
de la Manche , nouvelle Edition
, ind. 4. v.σιμος
Evenemens Hiſtoriques choifis
ind. 30. fols.
و
Traité des Operations de Chirurgie
contenant leurs cauſes fondées fur la
ſtructure de la partie,leurs fignes,leurs
fimptomes& leur explication , avec
pluſieurs obſervations & une idéet generale
des playes , ind. 30 .
Réponſe à la differtation fur la
Goutte , ind.zs ...
2 .
C
TABLE
Relude.
Eglozue.
Le Loup & le Renard , Dialogue.
18
Lettreſur les matieres du Temps.
28
Dialogue d'Apollon , & de Polimnie
. SI
Ordre de S. Ican de Ierufalem, 68
Lettre en Profe & en Vers.
86
Eloge de Monseigneur le Dau-
4
phin par Madame de Pringy.
21.0108
Lettre a Mad.des Houilleres . 117
Idille. 97505
Mishonkozol
Demo
126
Benefices donnezpar le Roy9134
Histoire.
1.3
TABLE .
Carte des Armes de's Chanceliers
deFrance.
136.
Effencepourarresterlesang. 159
Mortde M. de Seignelay , avec
( la diftribution de toutes ses
Charges & emplois.
Morts.
1.68
190
Gouvernemens donnezpar le Roy.
183
Operanouveau .. 1.85
Prologue. 1.87
Vers furla Tontine. 190
Cartesnouvelles. 194
Ouverture du Parlement avec
tout ce qui s'est passé à cette
occafion. 196
Article des Enigmes..
207
Edit du Roy , portant creationde
nouvelles Charges au Parlement,
avec les noms de ceux qui
doivent remplir plusieurs de
ces Charges. 210
TABLE .
caufe de Sauterelles qui ont
grands dommages en pluſieurs
Provinces de Pologne 217
Prix proposez par l'Academie
7 Françoise 220
Nouvelles & Angleterre
226
Le Bacha de la Bossine , se pre-
Sente devant Effek , avec les
Milices du Pays 230
Affaires d'Italie... 231
Fin de la Table ..
1
Avis pour placer les Figures.
L'airqui commence par , En
vain j'ay cru pouvoir rompre &c.
doit regarder la page 49
4
La Medaille doit regarder la
page 214-
د
L'air qui commence par,Echo
qui dans ces bois , & c. doit regare
der la page 209
C
1
??????????????????6 ?? y
MERCURE
JO DE LAVILLE
GALANTLYON
NOVEMBRE
*1893*
16
Evous l'ay déja dit
J pluſieurs fois , Madame,
chacun s'emprefſe
à loüer le Roy,mais
qui pourroit s'empêcher de le
loüer , aprés les grandes choſes
qu'il a faites & qu'il
continue encore tous les jours
de faire pour les avantages de
Νου. 1690 . A
2 MERCVRE
-2
la France & pour l'intereſt
de la veritable Religion ? On
ne ſe contente pas dans les
Cloiſtres de renouveller à
toute heure les prieres qu'on
y fait à Dieu pour la conſervation
de fa Perſonne facrée
; ceux qui ont quelque
talent fatisfont leur zele en
le conſacrant, à fon éloge , &
les Filles meſme ſe font un
plaifirde l'employer pour un
fi noble travail. L'Eglogue
que vous allez lire en eſt une
preave. Elle eſt de Madame
de Chevry , Religieuſe de
l'Abbaye de S. Pierre de Lyon
dont vous ſçavez que Madame
de Chaulnes eft Abbeffe.
Cette illustre Fille dont on
ne peut trop vanter le merite ,
poffede preſque toutes les
ſciences , la Langne Latine
GALANT.
3
& l'Eſpagnole , le Droit Civil
laGeometrie ,la Philofophie&
laMuſique , ſans parler de la
connoiffance qu'elle a du Blafon
& de la Geographie. II
ſemble que la Poëfie luy ſoit
naturelle , & vous en ſerez
aifément perfuadée en lifant
ſes Vers. Les grands ſervices
qu'ellea rendus à la Maiſon
où elle eſt Religicuſe , la font
fortconfiderer de certe Com-
-munauté , dontelleeſt preſentement
Grande Prieure ; &
pour ſa naiſſance , vous conviendrez
querien ne luy manquedece
coſté là , puis qu'elle
eſt Fille de Mr le Preſident de
Chevry,& Ratite Fille d'un Secretaire
des Ordres de Sa Majeſté.
A 2
4
MERCVRE
LOUIS LE GRAND .
EGLOGVE.
PHILIS , CLIMENE , IRIS .
UR les bords d'un ruiſſeau dont
l'onde toujours pure
Coule parmy lesfleurs d'un pré delicieux
,
-Le Troupeau de Philis erroità l'a-
こ
vanture ,
Etfansſe défier du Loup malicieux
Parfſoit confidemment la fraische
&tendre herbette......
Pendant que farsa Musette
-La Bergere faisoit retentir tous les
Bois
Des incroyables faits du plus puisfantdesRois.
Ses doux accens attirerent Climene
GALANT.
Quilaiſſant ses Moutonsfansgui
de dans la plaine ,
Vint àses chants joindrefes doux
accords,
Et la charmante Iris approuvant
leurs transports ,
Promit unflageolet d'ambre blanc
comme Yooire ,
Aqui chanteroit mieux la gloire
Et les vertus du Grand Loüis .
Alorsfans invoquer les Filles de
Memoire,
Philosreprit ainſiſes exploits inouis
PHILIS.
D'unejuſte ardeur animée
Je veuxunir mes chantsàl'eclatan.
tevoix
Que lafidelle Penommée
Fait entendre en tous lieuxjusqu'au
fond de nos Bois ,
A l'honneurdu plus juſte & plus
fagedes Rois
Mais,Seigneur,de cegrandAthlete
:
A 3
6 MERCURE
=
Dontte bras glorieuxne combatque
pour toy ,
Oferay-je chanterfesfaits Sur ma
Musette
Si tune te joins avec moy
Pour louer dignement cefoutien de
taLoy?
CLIMENE
ChanterleGrand Louis ! Une telle -
entrepriſe
Feroit craindre Apollon pourſa Lyre
&savoix.
Quoy!Sur mon chalumeau chaster
ces grands exploits
Quifont trembler leRhin ,leTage
&laTamise
Seigneur ,dont ce juſte Vainqueur
Seul contreluniversſçaitdéfendre
lagloire,
Donne moy toneſprit pour chanter
fonHistoire ,
Et m'échaufe du feu dont tu brûles
foncoeur.
GALANT.
7
ARHILLS
Autrefois laseule tendreſſe
Inspiroit les chants parmy nous.
Philene abfent , Tircis jaloux ,
Et Licidas content de fa Maistreffe
, i
Chantoient differemment lour fors
cruel, ou doux ;
Maisl'exemple & les loix de Loumis
l'invincible
Calment toutes lespaffions:
Et nostre coeur n'est plus ſenſible
Qu'àlagloire qai fuitſes grandes
actions.
Nousluy confacrons nos Musettes
Nos Chalumeaux , nos chanson.
nettes ,
Etl'on n'entendra plus retentir nos
Echos
Quedu nom glorieux de cefameux
Heros.
CLIMENE.
Alcide dont la Renommée
A4
8 MERCVRE
Vante encor auioud' huy les travaux
glorieux,
Defa dépouille orna fon front vi-
Etorieux ,
Pourporter le témoin desagloireen
tous lieux ;
Mais t' Auguste Louis quipar quelque
conqueſte ,
Peut compter tousſesjours,fesheures
&fes ans ,
Contentde couronnersa teste
Des Lauriers immortels qu'il moif
Sonne en tout temps 0
Et laßé de cueillir tous les fruits de
la gloire
Enrichit ſes Ennemis
Desbien qu'il a receus desmains de
La Victoire,
Lors qu'ils font vaincus ou foumis.
PHILIS.
Ona chanté les combats de Per-
Sée
Andromede fauvée,un Monstremis
àbas,
GALANTA
La teste de Meduſe àsespiedsrenversée
,
d'Atlas
Lefatalchangement de Phinée&
La mort du jeune Atis &du fier
Licabas ,
Ont laißeſa valeur tracée
Dans tous les Africains climats
MaisparlegrandLouisSa gloire est
effacée.
Del'Eglise exposée auMonstre de
l'Erreur
La Foy timide &languiſſante93
Sur le point de perir ſe revois
triomphante
Par l'unique fecours de ce puiſſant
Vainqueur.
Il luy rend tout l'éclat defa vertu
naiſſante ,
Etdétruit pour jamais ce Monstre
plein d'horreur
Dont elle alloitreſſentir lafureurs .
L'Univers pour couvrir cette im
mortelle gloire
AS
10 MERCVRE
En vain donne à l'Erreur un crimi
nelsecours ,
Cegrand Roy né pour vaincre&
triompher toujours ,
Par leur défaiteaugmentefon
histoire ,
Et le calme heureux de nos jours
Tous leurs effortsfont inutiles
Contreſom bras vittorieux ,
Et commedes rochers ils font tous
immobiles
[rieux.
Auseulaspect de son front glo-
CLIMENE... 0
Le Soleil tous les jours fortant du
Seinde l'onde
Doredeſes rayons nos champs&nos
cofteaux
Et nous devous àſachaleurfeconde
Les richesses de nos Hameaux
Mars laßé d'éclairer le monde
Tous lesfoirson le voit se coucher
dans les eaux.
Li Astre qui preſide à la France
GALANT LL
Eclaire en tout temps, en tous lieux,
Sa continuelle influence
Donne àtout l'Univers une heureuse
abondanc
Et les noires vapeurs des eſprits envieux
,
Loin d'obscurcirson éclatategloire
Contreſongré luyfont naiſtre tou-
Jours
Quelqueſujet denouvelle victoire
Etnous marquent ainsi les minutes
du cours
Da ce Soleil qui fait leurs mauvais
jours.
PHILIS..
Soleil, redouble ta Lumiere,
Eclaireenmesme temps tous les cli
mats divers
Puis que le monde entier est la
vaste carriere
Où Louis est aux mains avec tout
l'Univers লবানিজি
Il dompre icy l'Erreur &furmonte
levice.
A6
12 MERCVRE
Sur l'onde ilfait perir les Anglois
revoltez.
Là dufang des Germains domptez
Al'Elife trabieilfait unfacrifice.
Les perfides Liguriens ,
L'infidelle Batave,&les Iberiens
Renverſez fur l'arene éprouventfa
justice.
Enfin ce grand Vainqueur les ayant
tous foûmis ,
Preft encor à dompter de plus fiers
Ennemis,
Revientsans eftre las au milicu de
lalice.
CLIMENE.
Quandjay wowdes Mortelslaja.
louse fureur 4
Armer de toutes partsfurlaterre
&ſur l'onde ,
Pour rétablir cettefatale Erreur
Que l'immortel Louis vient de bannirdu
monde ,
Moncoeur,je le confeſſe , estoitſaiſi
depeur
GALANT. 13
Mais quand je vois ces Encelades
Qui vouloient attaquer les Cieux ,
Tomber triſtementànos yeux ,
Ecrafezſous leurs escalades ,
Et de leur débris malheureux
Elever un trophée à mon Roy gene..
reux ,
Alors mon coeur rougit de sa trif
tesse ,
Et mefaitchanter millefois
Qu'on ne peut craindrefansfoibleffe
Pourceluy dont le nomfait trembler
tous les Rois
PHILIS.
**Mortels , dont lejaloux caprice
Vous afait éprouver le touroux de
Louis,
Ouvrezenfin les yeux par la haine
éblouis,
Etforcez ſa clemence àcalmer fa
justice.
Cettenoble fierté qui brille dansſes.
Jeux
14 MERCVRE
L'éclatde fon frontglorieux
Cette bouche qui rend tant d'Arrests
équitables
Et dont les juſtes loix fatales aux
coupables
Ne laiffent point d'innoent malheureux;
Cette main (i feconde en bienfaits:
genereux
Cebras fameux par centmille con-
Meurtrierinnocent detantd'illufquestes
tres teftes
Ces pieds dont tous lespasfont naiſtredes
lauriers
Arroſez du beau fangdes plusfameax
Guernions,
Enfin , cecoeur chrestien , grand
magnanime , tendre ,
و ت
Ne font- ils pas assezcomprendre
Quemalgré vos efforts divers
Louisſeul a droit de pretendre
Al'Empire de l'Univers ?
GALANT ..
CLIMENE.
Le doux Printemps voit moins
d'herbesfleuries
Dansnos agreables prairies ,
L'Eſté voit moins d'épics dans nos
fertiles champs,
L'Automne a moins de fruits&
l'Hiver moins deglacos ,
Qu'on ne voit de lauriers fur les
beureuſes traces
Du Royal ſujet de nos chants.
Tout cede àl'effort defes armes
Etſous luyle Soldatſanscrainte&
Sans alarmes;
Affronte les perils &brave les bazards.
Helas s'il combatroitfousles dours,
étendarts ,
Que tous les coeurs feroient à
plaindre-
Il n'yseroitpas moins à craindre
Qu'il l'eſt ſous les drapeaux de
Mars
16 MERCURE
C'estoit ainsi que les Bergeres
Al'ombre des Ormeauxfur les ver
tesfougeres,
Charmoient par leurs recits les plus.
tristes, Echos ,
Quand le Soleilachevantfa cariere
Eteignit dans les eaux fa brillante
lumiere ,
Et les força de chercher le repos
Alors Iris offrit leprix de lavictoire
Alaſage Philis , mais de lafauſſe
gloire
Son grandcoeur n'estant point furpris
,
Elleluy dit en refusant ce prixs
Sij'ay scen bienlouer le Heros de la
1 France,
Cet avantage , Iris , m'est trop
derécompense;
J'abandonnay dés ma plus tendre
= enfance
Lesfaux biens & les vains hop
neurs ,
GALANT.
17
Cesſeducteurs de l'innocence ,
Qui corrompent souvent jusqu'aux
plus nobles coeurs.
Fay toujours fuy l'éclat dont la
gloire est suivie ,
Et fans ambition , Sans amour
fans defirs ,
Jepaffe dans ces lieux une tranquille
vie ,
Dont la vertu fais les plaiſirs
Ellefeule est l'objet & le fruit de
mes veilles ,
E quandpar cent modes divers
Du Grand Louis je chante les mer
veilles
Bergere , ce n'est pas pour flater
les oreilles , [Vers.
Mais pour laiſſeràjamais dansmes
Son exemple à tout l'Univers .
Les Animaux ne font:
pas indignes d'eſtre écoutez
quand ils parlent de bon fens
18 MERCURE
&comme ceux que je vais
vous faire entendre ne diſent
rien qui ne paroiffe raiſonnablement
penſé, vousne ſerez
pas fachée que je vous faſſes
part de leur entretien. Si j'en
connoiffois l'Auteur , je luy
rendrois , en vous apprenant
fon nom , la justice qu'il
merite.
nhnhnhnhnhnhnhnhnhan
DIALOGUE
LE LOVP , LE RENARD.
LE LOUP.
Bonjour , mon Compere la
Renard. Qu'avez- vous ,
que je vous vois tout en colero?
LE RENARD.
:
I'aybien ſujet de l'eſtre.Vn
GALANT .
19
miferable Lion qui ſe dit le
Royde tous les Animaux , ſe
laiſſe conduire en priſon comme
un fot, par leBerger Aziuglin
, qui luy a mis fon juſteau
- corps ſur la teſte , & fans
avoir l'eſprit de le fecoüer : il
marche par tout où il plaiſt à
ceBergerdele traiſner.
LE LOUP.
Voilà un vilain Animal, I
n'a pas voſtre fineſſe , mon
Compere.
LE RENARD.
Ny voſtre adreſſe auffi , mon
Compere le Loup , pour courir
à la proye, car que vous
foyez faoul , vous avez toujours
le boyau vuide , & preft
àbien faire ;& luyau contraire
, il ne fort jamais de fa tanniere
,que lors qu'il manque
deproviſions , & qu'il n'a pas
l'eſtomac plein..
20 MERCURE
LE LOUP .
Il eſt bon cependant d'avoir
de la prévoyance , & de fonger
à l'avenir . Mais comment eſtce
que ce Berger l'a pû prendre?
LE RENARD... 20
Je vais vous le dire j'en ay.
eſté le témoin. l'eſtois ſur un
rocher tres - élevé , d'où jedécouvrois
fort avant dans la plai .
ne, lors que je vis le Lion venir
bondiſſant de colere contre le
Berger pour le devorer. Ce
Berger n'avoit pour armes que
ſa houlette , & il gardoit paifiblement
ſes Troupeaux avec
ſes chiens , ne ſe doutant pas
que le Lion vouluſt l'attaquer.
Un autre Lion furvint. Le premier
attaqua le Berger ,qui luy
jetta ſon juſte- au- corps ſur la
reſte. Les chiens pourſuivirent
GALANT, 21
demeura
l'autre Lion . Le premier qui ne
voyoit plus à ſe conduire , parce
que le juſte- au - corps luy
fermoit les yeux
comme immobile , & donna la
- hardieſſe à Azeuglin de luyentourer
la teſte de ſon juſte au
-corps , afin de le traiſner aprés
luy . Ce miferable s'eſt ainſi
laiſſe mener où le Berger a voulu
, & l'autre Lion a pris la fuite,
faiſant neanmoins contenance
de marcher gravement tant
qu'il a cru qulon le pouvoit
voir , lors qu'il a eſté proche
du lieu où j'eſtois , il a eu une
telle crainte , que courant de
13 toute la force , il s'eſt jetté de
rocher en rocher , & il luyen a
couté la vie , Nevoila pas une
-belle eſpece de Roy ? le le re-
-noncede bon coeur, & je veux
enprendre un autre.....
22 MERCURE
t
LE LOUP .
Ie ne l'ay jamais voulureconnoiſtre
pour le mien , car
eſtant toujours en colere , il
n'eſt pas capable de commander
, n'y ayantrien de ſicontraire
au bon ſens & aux ſages
conſeils , qu'une paſſion de furie&
d'emportement.
LE RENARD... 1
Ileſt à proposcependantd'en
avoir un, car la fubordination
eſt neceſſaire dans le monde,&
fans elle il tomberoit dans ſon
premier cachos.
LE LOUP.
i
J'en conviens , & fi j'en
eſtois cru , nous choiſirions le
Coq. Commeil ne luy faut que
ſon ſeul chant pour terraſſer le
Lion, il me ſemble fort raiſonnable
de prendre pour Roy celuy
qui le reduit à le craindre.
GALANT. 23
LE RENARD.
l'en ay veul'experience , &
ce choix me convient aſſez par
la rathon , quoy que peu par
Pintereſt; car le Coq eſt touiours
éveillé ,& ilm'empêche
fouvent deprendremon gibier
qu'ilavertit par fon chant de
prendre garde à ſoy . Mais l'Aigle
pourrabien s'y oppofer.
CLELOUP
Bon , l'Aigle. Ne ſçavezvous
pas qu'elle a maintenant
le bec fi grand & fi courbé ,
qu'elle ne'le peut ouvrir pour
prendre fa nourriture ? Va
Royqui meurt de faim pour
s'eſtre mis horsd'eftat de pouvoir
manger , n'eſt pas digne
d'eſtre Roy. L'on ne ſouffre
point d'Aigle au Royaume
où nous fommes , par le mépris
que l'on a pour elle.
24
MERCURE
$
LE RENARD .
Elle eſt pourtant propre à
une choſe ; c'eſt qu'on luy
oſte la cervelle & le fiel , pour
éclaircir la veuë des autres ,
de forte que la pauvre beſte
eſt preſque toujours écervelée
& éventrée pour donner
à ſes ennemis une veuë
plus perçante & plus étenduë
LE RENARD.
Nousn'avons donc pointà
balancer fur le choix duCoq ,
qui naturellement a une veuë
admirable , & qui veille con
tinuellement ſur ſes Compagnons
. Aufſibien les Romains
ne combattoient jamais qu'ils
nel'euffentconfulté,pour ſçavoir
ſi leur entrepriſe auroitun
fuccés heureux .
LE LOVP .
Puis qu'il commande au
Lyon
GALANT .
25
Lyon , & qu'il a mesme commandé
par ces Augures à ceux
qui commandoient à toute la
Terre , il eſtiuſte qu'il ait ſur
nous l'authorité Souveraine.
Mais combien vois- ie d'Animaux
& d'Oiseaux venir à
nous !
LES ANIMAVX.
Boniour , nos comperes.
Nous vous cherchions ayant
remarquéque vous manquiez
ſeuls à l'Aſſemblée que nous
venonsde tenir pour l'élection
d'un Roy,car nous en voulous
un qui ſoit entierement digne
de regner ſur nous.
LE RENARD .
Nous raiſonnions ſur cette
meſme matiere .
LES ANIMAUX.
Il paroiſt que le deſtin nous
aitinſpirez les meſmes ſenti-
Νου. 1690. B
}
26 MERCVRE
mens. Suivons doncle mouvement
qu'il nous donne. Et
ſur qui jettiez vousles yeux ?
LE LOVP. r
Sur le Coq qui eſt toujours
éveillé le premier. Il a la
teſte levée vers le Ciel ſelon
les ordres duquel il ſe conduit.
Il eſt grave ſans or
gueil , majestueux ſans affectation
, brave , genereux , &
pourveu de toutes les qualitez
qui peuvent faire un grand
Roy.
LE LYON.
Je m'oppoſe à cette élection
, & vous ne pouvez me
detrôner ſans commettre une
injuſtice.
LES ANIMAVX.
Nous ne ſouffrirons jamais
qu'unRoy comme vous nous
commande. Vous craignez le
GALANT,
27
feu;vous ne sçauriez ſupporter
le chant du Coq , & voust
eſtes un glorieux craintif.
LE LYON.
Mais les Rois ne vont pas
au combat , & le feu par
confequent ne doit pas cſtre
un empeſchement legitime à
me laiſſer joüire de la Royautéapan
sγονος πονς !
LES OISEAVX
Nous ne voulons point de
Roy faineant. Le Coq ſe bac
à outrance , & lors qu'il a remporté
lavictoire , ileſt preſt à
recommencer. Si fon ennemy
veut encorechanter, il le pourfuit
juſqu'à ce qu'il ne diſe
plus mot. Nousle choifiſſons!
pour noftre Roy.
LES ANIMAVX.
Ouy , c'eſt un Arrelt irrevocable.
Le Coq ſera noſtre
1
B 2
28 MERCVRE
1
Souverain , & nous n'en
reconnoiſtrons point d'autre
fur la terre & dans l'air. Vive
leCoq, Vive le Coq. Que le
Ceil luy donne toutes les choſes
neceſſaires pour la conduite
de ſon Empire , avec
une vie heureuſe,&longuede
pluſieurs fieclesne temel
le vous envoye une Lettre
dont le hazard m'a fait recouvrer
une copic. Elle fut
écrite àMr le Cardinal de Forbin,
lors que Sa Saintetél'éleva
àcette éminente Dignité , &
contienttantde choſes curieuſes
ſur les matieres du temps ,
quejemetiens affſuré que vous
la lirez avec plaifir .
GALANT.
29
MONSEIGNEVR,
Comme vousm'avezfait l'honneur
iusques àpreſent de medonner
des marques de vostre bienveillance
avec quelque distinction,ie mesens
obligéde mon colléde me distinguer
du public dans les témoignages de
maioyefur le triomphe que vous
remportez, car vous triomphez de
vos Ennemis,&des obstacles quione
empêché depuis treize ans que
vous n'ayez esté Cardinal . Je
Souhaiteroispourtant n'avoir rien à
faire de plus que legros de la Cour
&des Provinces , quiprenant part
àvostre exaltation ,se contentent
d'applaudir des yeux &de la voix,
&de charger le Triomphateurde
benedictions&de louanges , mais
mon devoir m'engage à prendre
la plume ,& ne pouvant qu'en
B 3
30
MERCURE
tremlbant ietter les yeux fur ce
que vous estes , il faut pour me
rassurer queien'y trouve rien de
nouveau , qui m'effraye ou m'éblouiffe.
En effet,Monseigneur, cen'estpoint
unenouvelle EminenceVous l'aviez
dêia toute entiere , & il ne vous
manquoit quele nom&la couleur,
qui nefontſouvent quedes accidens
trompeurs qui fontparoiſtre les choſes
& les personnes ce qu'elles ne
font pas. Toute la substance d'un
Cardinal estoit renfermée dans
le fond de cet homme extraordi.
naire , qui agit avec tant d'éclat
depuis tant d'années dans les
Cours les plus difficiles de l'Europe
, de forte que si les Chapeaux
rouges se font de la pourpre des
Pontifes & des Rois , je veux dire
de leurs alliances & de leurs faveurs
, de leurs Negociations &
GALANT.
31
de leurs Ambaſfades , de leur
Politique & de leur Religion, vous
aviez Monseigneur , une si forte
teinturede tout cela, que vous estiez
dans l'estime des hommes ce que
vous estesmaintenant dans les regiftres
publics de la Revommée. Il
n'y avoit preſque plus que les Anges
de nos Eglises qui pouvoient interroger
celuy de Beauvais , & luy demander
respectueusement , Quare
ergo rubrum non eſt veſtimentuntuum
? Iſayx 63 .
Vous nepouviez pas leur répon
dre que vous eſiiez toutseul &Sans
Secours à fouler le preſſoir du Vati
can , dont on a tant de peineàfaire
fortir goutteàgoutte la liqueur&
-les infufions qui donnent la couleur
Sacrée du Martire aux ornemens
de cette éminenteDignité. Bien loin
de dire , Torcular calcavi ſolus ,
vous aviezlesplus grandes Puiſſan-
4
१२
B4
32
MERCURE
ces qui mettoient la main àla rouë,
&remuoient lamachine. Romen'a
pureſiſter à deux Rois , dont l'un
eft du coſté du Nordle Boulevard
de la Chreſtienté , & l'autre est
de tous coſtez le défenseur de la
Religion Catholique , contre les
Heretiques de toutes les Nations qui
font liguez ensemble pour la combattre&
l'ancantir. On ne pouvoit
donc pas avec honneur refufer
à ces deux Frinces un Chapeau
qui pust couronner la fidelité&les
Services de leur Ministre. Le grand
Sobieski que vous avez fait Roy .
vous auroit fait volontiers Pape ,
fivous cuffiez ešte papable
Sacré College; mais Louis le Grand
qui s'estoit ſervy de vous pour le
faire Roy , luy estoit encore neceffaire
pour vous faire Cardinal. Sa
Majesté Polonoise eust perdu sa
voix , fi celle de France ne l'eust
du
GALANT. 33
renforcée,& ce qui fait la rareté
d'une telle promotion , c'eft de voir
qu'un ſeul Prelat y brille entre dix
Italiens. Velutinter ignesLuna
minores.
La comparaiſon est affez juste
puis que c'est dans la nuit de nos
brouilleries avec la Cour de Rome ,
qu'elle vous a posé au haut de fon
firmament , & que si le nombre des
Estoiles eft plas grand, la clartéde
la Lune eft plus forte & plus viſi.
ble. Tous les Peuples voyant avec
admiration , que dans une creations
qui semble n'estre faite que pour la
Nation dominante dans le Conclave
, on ait fait entrer uniquement
un Pair de France, l'illastre Forbin
de lanſon , comme pourle distinguerpar
une exceptionfiglomeufe
des Evesques de tous les autres Ro
yaumes qui pouvoient y pres, dre,
par là Monseigneur , vou ar
BS
34 MERCURE
ſtes passeulement un Cardinald'élite,
mais d'une élection toutefinguliere
& tres -exquise , telle que
le Concile l'ordonnoit au Pape.
Lectiſſimos tantùm abi Cardinales
adcifcat , quoy qu'il ajouste
au mesme endroit qu'il doit les appeller
& choisir de toutes les Nations
de la Chrestienté. Ex omnibus
Chriſtianitatis Nationi.
bus. Conc. Trid. feff. 24. Le
Saint Esprit , qui estle Directeur
des Papes&des Conciles, n'apas
permis que l'on ait confidere ny
l'Empire ny l'Espagne , dans un
temps ou des Princes Catholiques
ont fait une Liguesifuneste àl'Eglife
Romaine,qu'ils ont entrepris
derminer par les puiſſances mesme
de l'Empire Romain , & par leurs
confyderations avec tous les Protede
l'Europe. C'eust esté une
agepromotion de leur donner
GALANT.
35
:
des Cardinaux quiſerviroient dans
leurs Cours&dans leurs Conſeils à
fortifier l'Apoſtaſie des Allemans ,
l'Atheisme des Hollandais, l'Anarchie
des Anglois , & la defolation
que leur Alliance peut produire.
La pourpre de l'Eglise n'est faite
que pour ceux qui en doivent estre
les Martirs ,&non pas pour ceux
qu'il est à craindre d'en voir les
persecuteurs.
Ilfalloit distinguer la Franceen
cate occafion, puis qu'elle fouffre
effectivement la persecution &le
Martire de toutes les Couronnes
pour la causede la Religion. Mais
comme iln'y a rien de fortuit à l'égard
de la Providence Divine, qus
dispose de tout avec une ſageſſfe
d'ordre , de poids & de mesure ,
pourquoy se dixons- nous pasqu'elle
afait tomber le fortfurvous, Mon-
Seigneur , je veux dire ,fur un Cor-
B6
36 MERCURE
dinal Evesque de Beauvais , qui
puiſſe reparer dans nostrefiecle,les
injures & lesdommages,qu'un autre
Cardinal , fon Predeceffeur , fit à
l'Eglise Catholique dans le fiecle
precedent ? La rencontre en est belle
& curieuse. Le CardinaldeCha-
Stillon se signala particulierement
en Angleterre au service d'une
fauffe Reine , quefa naiſſance illegitime
excluoit de la Couronne ,&
il l'aida malheureusement parses
conseils&parSon ministere,à etan
blir le Calviniſme , pour laReligion
Superieure & dominante de fon
Estat. Maisle Cardinalde Forbin
vient aprés luy au secours du veritable
&tegitimeRoy d'Angleterre
, qui veut y rétablir les Veritez
Catholiques,en soumettant au Chef
de l'Eglise ceite Teste rogale dont
'Heresie se faisoit une Idole ,
an Chefde l'Eglise Anglicane.
GALANT .
37
C'est à ce grand Ouvrage que
Vostre Eminence ſemble estre de
ftinée. Il falloit un Françoispour
remontrer au Pape & au S. Siege
ce que les Italiens n'auroient peutestre
pas la liberté de luy dire, que
fi l'Angleterre eftfeudataire du S.
Siege , il doit la défendre , comme
tout Seigneurdoitproteger son Vaffal;
que les Souverainsfont obligez
de droit naturel & divin d'employer
au Salut des Peuples les tributs
qu'ils en tirent , &que c'est pour
cela qu'on les leur paye ; que par
confequent le denier de S. Pierre.
que l'Angleterre Chreftienne
payoit par forme de tribut & de
cens, aux termes de leurs Ordonnances,
Cenfus Rome debitus,
est unTure incontestable qui donne
droit au Roy &àfes Suiets Catho.
liques de la Grand Bretagne , de
demander à Rome des Secours
38 MERCVRE
d'hommes &d'argent , pourſoûtewirle
Royaume &la Religion que
les Heretiques oppriment ; qu'il ne
faut donc pas regarder les Ambaffadeurs
de ce Prince comme des
Etrangers qui veulent impetrerdes
graces , ou des Pelerins qui vont
gagner des Indulgences ,mais comme
des Enfans &des Domestiques
de la Foyde Saint Pierre , qui luy
demandent l'interest &le profit de
tant de millions de deniers qui luy
ont esté fournis depuis plus dehuit
sens ans ; qu'envain leMartirologe&
le Breviaire Romain donnent
à S. GregoireleGrand le titred'Apostre
des Anglois,fi le Pape qui
jouit de ſa ſucceſſion ne veutpas
conserver l'honneur de ce titre , &
Soûtenir cette conquête , mais s'ils
ont eſté dans les filets des Peſcheurs
d'hommes , ils ont besoin preſentement
d'estre repris & conquis de
GALANT. 39
nouveau par les finances desPontifes
des Rois ; Que ce Pontife Souverain
doit bien prendre garde que les
Rois mesme ne l'empefchentdefaire
fon devoir en de pareilles occafions,
où le grand éclat des Couronnesfait
Souvent taire & éclipser l'Oracle
du Grand prestre , & que lameil
• Leurepreuve qu'ilpuiffe donner aux
Nations deforentiere application à
ce que demande un ministere st
faint c'eſt dedémesler feurementles
fauffesraisonsd'estat d'avec les intereſts
de la Religion , pour laquelle
-Seulementla Chairede S. Pierre eft
be premier Trâne de l'Eglise on
refide cette Principauté que les
Peres luy attribuent , Potiorem
principalitatem. Tert. lib. 30.
ad Hæ. Qu'enfin ( & c'est icy ,
Monseigneur,le dernier mot ,
leplus hardy ) si sa Sainteté veut
feparerle vil d'avec leprécieux, &
40
MERCVRE
débaraſſer la Politique d'avec la
Religion , nonseulement Elle con
noistra , mais Ell fera connoistre
&Sentir àl'Empereur&au Confeil
d'Espagne , plûtost qu'àson Roy qui
n'est pas capable de le conoître&de
lesentir quela Maison d'Autriche
eftfatale àla Religion Catholique
en Angleterre , & qu'après l'avoir
chaffee de ceRoyaumeparles intri.
quesdeCharles- Quint,elleempèche
maintenantpar l'ambition de LeopoldI.
Son Petit Neven , qu'elle n'y
foit rétablie& confervee , au licu
que la Franceſemble avoir estéprédestinée
pour fauver l'Angleterre
du Schifme & de l'Herefie,puisque
François Premierfit de fi grands
efforts d'amitié & de Sageffe pour
empêcher qu'elle n'y tombaft&que
LouisXIV, tâche de la relever par
defi terribles efforts de magnificence
&de puiſſance.
GALANT.
41
Ne dis -je pas bien, Monseigneur,
fi ie dis vray , puiſque tout l'Univers
qui a veu le paffé avec borreur,&
l'a deposé dans les Annales,
voit encore le present avec indignation?
Toutle monde convient
quele Saint Siege alla trop viſte
dans le dernier Siecle , mais peutestre
y a- t- il fuiet de s'eſtonver
que dans celuy- cy ilagiſſe aveclen.
teur pourSecourir trois Royaumes ,
que leur legitimeRoy estoit ſur le
point de rameneràson obeiſſance. Il
paroist mesme quepar un excez de
prudence&d'indulgence humaine
il taiſſefortifier le party de l'Vfurpateur
, & foufrant que l'Empereur&
le Roy des Romains , quine
fontfaits que pour defendre l'Egli
fe Romaine , s'allient avec ce nouveau
Chefdes Proteftans , pour diffiper
les Catholiques Romains qui
restent dans l'Angleterre dans
2
42
MERCVRE
4
l'Ecoffe & dans l'Irlande.
C'est affeurement une operation
dumiſtere d'iniquitéqui meriteroit
que les Pontifes & les Rois y fiſſent
quelque attention. Des deux Epées
que trouva Saint Pierre dans la
MaiſonouSon Maiſtre celebroit la
Pasque, Maison qui representoit
l'Eglise , puisque le Sauveur du
monde y faisoit ſon ſacrifice , &
inftituoit les Sacremens. Ecce duo
gladij fatis eſt . Luc 21. De ces
deux Glaives , dis je , la Maiſon
d'Austriche afrapé & fait mourir
la Religion Catholique daslagräde
Bretagne. Elleluy donna le coup de
La mort par le glaive ſpirituel de
l'excommunication , que la faction
deſes Cardinauxfit fulminer contre
HenryVIII. Royd' Angleterre, avec
une precipitation aussi imprudente
& auffimaligne que nous la liſons
dans l'Histoire , & commesi cepreGALANT.
43
mier coup neſuffiſoit pas , elle, luy
en donne aujourd'buy un autre
aprés lamort ,parleglaive de tous
les Princes Heretiques armez contre
Iacques II. qu'ilsveulent dépouiller
deſes Etats , parce qu'il s'est déclaréCatholique.
L'Empereur & le
Roy d'Espagne nesont- ilspas de la
conspiration , quand on voit leurs
Ambaſſadeurs congratuler lePrince
d'orange sur son avenement à la
Couronne?N'est- cepas,aux termes
del'Ecriture , courir avec le Larron,
au lieu de lay courirfus ? N'est
cepas , aux termes des Bulles , fe
decliver fauteurs de l'Herefie &
Ennemis des Papes , puis que l'Ufurpateur
a declaré luy mesme par
Son Manifeste, qu'il n'estoit entré
dans le Royaume d'Angleterre,&
qu'il ne prenoit cetteCouronne que
pour abolir le Papisme , maintenir
La Religion Anglicane, & défen44
MERCURE
dre les Protestans ? Peut- on s'imaginer
que des Princes qui affectent
lenom de Catholiques comme un titre
d'excellence,tiennentunprocedé
fi injuste? Romefansdoute en gemit,
&les remontrances qu'elle a faites
au Roy d'Espagne pour le porter à
fairela Paix, enſont une marque.
Aussi se doit- elle ſouvenir que
dans le temps que l'Empereur
Charles Quint tint le Pape emprisonné
par une Armée de Lutheriens
, il n'y eut que les Reis
de France & d'Angleterre , François
I. & Henry VIII. qui tra.
vaillerent efficacement à délivrer
& la Ville Sainte , &le Saint
Pere, qui auroient bonne grace
en ce temps.cf de rendre la
pareille à leurs anciens Liberateurs
Toutefois les autres Nations
du Conſiſtoire ne manquent pas ή
GALANT. 45
d'excuser leurs Souverains , &
les Souverains mesmes sont fi
honteux des reproches qu'on leur
fait , qu'ils publient par tout dans
leurs Declarations que la guerre
qu'ils ont allumée , n'est point
une guerre que l'intereft de la
Religion ait causée. Il faudroit
donc pour les en croire , étouffer
la raison ,& crever les yeux de
toute l'Europe , qui ne s'est remuée
que depuis que le Roy d' Angle.
terres'est rendu Catholique,& que
Louisle Grand a voulu mõtrer qu'il
estoit tres -Chrestienen aboliſſant
dans tousſes Etats la Religion Pretenduë
Reformée. Mais enfin la
Seule Maison d' Austriche est fi
religieuse , qu'elle ne veut point
toucher à la Religion. Ce n'est
pointſon deſſein , & elle n'a nulle
intention de nuire à l'Eglise Romai
ne,enſejoignant au Prince d'Oran
46 MERCVRE
ge& auxHollandois , quila venlent
exterminer. Ellen'ypenſepoint
actuellement dans tout ce qu'elle
fait. Ainsi ce n'est point un peche
pour elle , ou tout au plus , cen'est
qu'unpeché Philosophique, dont les
impies font des chansons , & les
Sçavans des sujets de Controverſes.
N'allons plus chercher ce
peché dans les Ecoles. Ne l'imputons
plus aux Theologiens qui
le détestent . C'està la Cour de
Vienne & de Madrid qu'onle
Joutient , & qu'on le pratique
innocemment.
L'Electoras de Cologne , qui
est une Principauté sacrée , où
il n'ya quele Saint Esprit qui
ait droit de meste un Evesque
par une élection canonique , fera
mis en proye à l'esprit & aux
Puiſſances du monde qui violeront
fur cola toutes les Loix divines&
3.
GALANT.
47
humaines. Les Princes Chrestiens
en viendrontàdesguerresfanglar.
tes. Les Princesfeparez& rebelles
à l'Eglise , s'animeront contre leur
Mere. Les Infidelles en releveront
leurs forces pour rentrer dans la
Chreftienté,d'où ils venoient d'eftre
chaſſez par des victoires mira.
culeuses ,&par l'argent beny de
la Chambre Apostolique. Enfin
on ne sçauroit dire ny comprendre
combien la Religion Catho
lique fouffre en tous lieux par
les ſuites funestes d'une si superbe&
aveugle politique ;&pour
en disculper l'Empereur & le
Roy d'Espagne , c'eſt aſſez de dire
qu'en tout cela ,dont ils font les
Auteurs & les Instrumens, ils n'en
veulent ny à l'Eglife , nyàla Relia
gion, qu'ils n'en ont pas lamoindre
pensée, & qu'en commettant ces
pechez, ou eny cooperant ils n'a-
1
48 MERCVRE
giffent qu'en Philoſophes & engens
raisonnables , pour défendre, con .
Server l'Empire , & humilier les
Ennemis de leur auguste Mai.
fon.
Mais on neſe jouë pas ainſi de
Dieu par des abſtractions metaphifiques.
Les Italiens & les Romains
pourroient avoir leurs raisons pour
ne sepas élever contre ces fauſſes
maximes , &jay licu de dire que
c'est un coup.de la Providence d'avoir
donné dans cette conjoncture
un Cardinal Evéque de Beauvais ,
un Cardinal amy & confident du
Pape, pour agir divinement & avec
de fijuſtes proportions à reparer
les fautes dufiecle passé , à remplir
les vuides du dernier Pontificat ,
&à avancerles heureux effets des
bonnes esperances de celuy-cy , par
les fages conſeils que Vostre Emi.
nence pourra donner à Sa Sainteté.
C'est
49
ejetion,
nelife,
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nenc
Cest
GALANT, 149
C'est là , Monseigneur , ce quej'eſtime
le plus dans vostre exaltation,
qui neseroit quevanitéfi elle n'eſtoitpas
utileà la Sainte Eglife ,
pour le respect de laquelle je feray
encore davantage à l'avenir , par
unredoublement de zele & de fide.
lité , Voftre tres , &c.
L'air nouveau queje vous
envoye eſt de la compofition
d'un fort habile homme. Vous
demeurerez d'accord de ſa
beauté quand vous en aurez
parcourules notes, Les paroles
fontd'une perſonne de qualité.
AIR NOVVEAV.
E
Nvain j'ay cru pouvoir rompre
machaine ,
C'est mon destin de soupirer pour
vous.
Nov 1690.
८
C
1
50
MERCVRE
Je ne m'oppose plus au panchant
qui m'entraine ,
Loin de me plaindre encor de l'excés
de ma peine ,
Ie me plaindray toûjours de l'injufte
couroux ,
Quime fit preferer les fureurs de
lahaine
Aux plaisirs d'un Amant fi charmant
& fi doux.
Envain j'ay cru pouvoir rompre
ma chaine ,
C'est mon destin de Soupire pour
vous.
Vous ſcavez , Madame ,
quelle grande conteſtation
s'eſt émeuë il y a déja quelques
années entre les Sçavans
au ſujet d'un Poëme intitulé ,
Le Siecle de Louis le Grand, de Mr
Perrault de l'Academie Françoiſe
. Le ſieur Coignard , LiGALANT.
,
braire,a donné au public de.
puis ce temps- là deux Volumes
du Paralelle des Anciens&
des Modernes , du meſme Auteur
& ees Ouvrages ont
eſté attaquez par un Poëte
Hollandois ſous le nom de
Montmor . C'eſt cette Critique
qui a donné lieu à Mr de
Vins , dont vous connoiſſez
l'heureux genie par pluſieurs
galantes pieces que je vous en
ay déja envoyées , de faire le
Dialogue que vous allez lire.
Il eſt entre Apollon , & la Muſe
Polimnie , qui parle au nom
de toutes les autres .
NOW
POLIMΝΙΕ.
Ous nous jettons , Seigneur ,
toutesàvosgenoux ,
C2
$2
MERCVRE
Et nous vous demandons justice.
A POLLON.
Relevez- vous , mes Soeurs , parlez ,
expliquez-vous ,
Et fçachez qu'Apollou propice
Entre , comme il le doit, dans tous
vos interêts.
Quels font vos Ennemis , ou publics,
oufecrets ?
Dequi vous plaignez vous,& quel
témeraire ofe ,
Sans craindre ma colere,à mes yeux
infulter
Les Filles dugrand Iupiter ?
Du trouble où jevous vois quelle est
enfin la cause?
POLIMNIE.
Il ne falloit pas moins pour en finir
le cours
Que l'offre de vêtrefecours.
Nous allonsreprendre courage,
Et nons en craignons moins l'outrage
GALANT .
13
Qu'on nous fait depuis quelques
jours.
Malgrél'épais brouillard,& lesvapeurs
grossieres
Qui couvrenten tout temps le Batave
Climat ,
Nous n'avons pas laissé d'y porter
nos lumieres .
Cependant cePays fombre , & toûjoursingrat
,
Loin de nous en montrer quelque
reconnoiſſance ,
Ne s'enfertqu'ànous décrier;
Et Montmor vient de publier
Qu'il ne fort plus de nous qu'une
froide Eloquence.
Il est vray que cet entêté
Nousfait encor l'honeur de croire
Qu'autrefois nous eûmes lagloire
D'inspirer à l'Antiquité
Ce gouft fin , ce bonsens, cette delicateffe
Qu'on voit briller dans ses efcrits
:
C3
54
MERCURE
Maisilfoutient que lavieilleffe
Qu'il nous donne , & qu'il traite
avec tant de mépris ,
I faitsentir à nos esprits
La pertedu beaufeu qu'avoitnôtre
jeunesse.
Ilſemble, (i l'on veut s'en rapporter
àluy ,
Que l'Hiver ait fur nous verse
toutesa glace ,
Et qu'inutilement Hefiode aviour
d'huy
S'endormiroitſur le Parnaſſe.
Tel est l'impertinent discours .
De ceux quiſecs, &sans genie,
Sur ce qu'on voit de bon,répandent
tous les jours
Le venin de leur jalousie ,
Et se vangent par là du malheureuxfuccés
Desfots Ouvrages qu'ils ontfaits .
Cependant fi leur mediſance
Dans ce monde unefois trouve quelque
créance ,
GALANT.
55
Adieu lesfuprêmes honneurs
Quenous ont jusqu'icy rendus tous
les Auteurs.
Nous feront - ils , helas ! le moindre
Sacrifice ?
Ils en croiront plus leur caprice
Quelesfalutaires ardeurs
Qu'onpuiſe dans nostrefontaine
Et nous refuſeront les glorieux tributs.
Qu'ils ont toujours payezàson cau
Souveraine.
Qui voudraſe donner la peine
D'y chercher un Secours qu'on traitera
d'abus ?
Qui nous invoquera ? Perſonne
Nes'aviſera plusde nous offrir des
vaux ,
Et des beaux Arts ( quel coup ! j'en
tremble , j'enfriffonne )
Peut-estre que chacunseferad'au.
très Dieux .
Il mesemble déja que l'on nous
abandonne,
C4
16
MERCVRE
Que l'onnefonge plus ànous,
Et que nostre séjour , devenufolitaire
,
Sans Encens,fansAutels, n'estplus
que le repaire
Des Ours, des Lions & des Loups.
APOLLON.
A
Le mal n'est pas encor fi grand
qu'on s'imagine ,
Raffeurezvous , mes Soeurs, Montmor
, & fes pareils ,
Pour vous nuire , tiendront d'inutiles
conseils ,
Et quoy que du Parnaſſe ils tentent
la ruine ,
Ilsneſont pas (i dangereux ,
Que leurs traits mal lancez ne
retombentfur eux.
Autant , &plus que vous , leur audacem'offense
,
Et je les traiterois comme des Mar-
Sya's
S'ilsestoient dignes de mon bras :
GALANT..
رو
Maisplein d'une reconnoiſſance
Qui doit confondre ces ingrats ,
Vnde nos Favoris travaille àfa
deffense,
Et Perrault que j'ayspeuremplirde
tous mesfeux .
Est un Athlete vigoureux ,
Et telque d' Apollon exige la vengeance..
Ils ont desjafenty ce que pesent fes
coups;
Saplume&polie ,&féconde
Commence à détromper le monde
Descontes quel'on fait de vous ..
Chacunſçait que de la vieilleſſe
Lafroideur & l'infirmité
N'attaquent point une Déeſſc
Etqu'une éternelle jeuneffe
Eft lefruit precieux de l'immortalité..
27
Chacunſçait que toujours&vives,
&folides ,
Vous pouvez aujourd'huy , comme
dans les vieux temps ,
C
58 MERCURE
Faire , malgre ces médiſans ,
Des Sophocles , des Euripides ,
Des Plines , des Saphos , des Lon
gins, des Varrons ,
Des Ariftotes , des Euclides ,
Des Horaces , des Thucidides ,
Des Terences , des Cicerons ;
Des Luciens , des Praxiteles ,
Des Virgiles, &desAppelles.
Onfaitqu'autant defois qu'onverradesHeros
Amateurs de nos jeux , affables ,
liberaux ,
Et tels qu'en poſſede un la trop heureuſe
France ;
On ne manquera pas de fublimes
Esprits ;
Que vos feux , & leurs dons unis
En produisent enabondance,
Et queſans la douce esperance
D'estre unjour honorez de ces glorieux
dons ,
Pluſieurs qui negligeoient vos infpirations
GALANT .
59
Auroieni languy toute leurvie
Dans une molle oiſiveté;
Ceprix de leurs travaux réveille
leurgenie ,
Amieuxfaire par là l'onse sent
excité,
- Et chacun , cherchant à leur plaire
Redouble ses efforts , & pouren obtenir
La recompense qu'il eſpere,
Leur consacreſesſoins ,ſesveilles,
fon loiſir.
Onsçait ce quevalut autrefois à la
D'Alexandre le Grand la prodigue
Grece
largeffe ,
Et que jamais l'espritdans cetheureux
Climat
Nefut plus éclairé , plus fort , plus
délicat.
Iamais Romese trouva-t-elle
Plusdocte, pluspolic,&plusſpirituelle
C
60 MERCURE
Queſous les deux premiers Cefars
?
Cette tendreſſe liberalle
Que le Pere&le Fils* curent pour
les beauxArts,
Les y fis cultiver d'une ardeur fans
égale
Etleurfecourspeut- estre autant que
Savaleur,
Iusqu'au point qu'on l'a veuë éleva
Sa grandeur.
Ne leur doit- elle pas lafameuseEpoide
ti ১
Les Plaintes, les Amours, & less
Fables d'Ovide,
Ledelicat Horace , & tant d'Anteurs
divers ,
Qui ſoiten Proſe,ſoit en Vers .
Ont rendu ſagloire immortelle ,
Et dont le gout fi fin fert encor de
modelle?
LeFilsſurtouten leur faveur
*Auguſte fut adopté par Jules Céfara
GALANT. 61
De fonTrôneſouvent se plaifoità
descendre...
Rome vitfanschagrindeſon grand
Empereur
Jusqu'à l'excéssur eux les bienfaits
Serépandre,
Et quelques - uns mesme d'entre
Se trouverent affez heureux ,
Pour jouirdefa confidence.
On fçait enfin que dans la France
Louis que le Ciel aime , & quinous
aime auſſi
Apar fes Pensions, par leur douce
influence
Plusfait pournous que jusqu'icy
N'ontfait tous cesHeros que vante
6 tant l'Histoire..
Tout grand qu'ileft ,&plus qu'Alexandre
&Cesar ,
Deprotegerles Arts dédaigne.t.il!
la gloive ,
Et cefavorable regard
62 MERCURE
Qu'iljette fur l'Academie,
N'a-t-ilpas des François porté le
beaugenie
Iusqu'au point d'effacer ce quefirent
jadis
Les Grecs, & les Romains quand ils
furentpolis?
C'estpar là que chez eux ont brillé
les Molieres,
Les Voitures, les Ablancours ,
Etqu'éclairé devos lumieres
Vostre beau Sexe mesmey fait voir
en ces jours
Des Scuderis , des Deshoulieres .
POLIMNIE,
Ces Dames au Parnaſſe, il estvray,
fonthonneur ,
Et pleines qu'elles ſont de toute noftre
ardeur ,
Leurs Ecritsſeuls devroientſuffire
Pour confondre nos Ennemis.
Ceuxde Sapho font ils plusvifs ,
ouplus polis .
GALANT. 63
V
Et de ce fiecle enfin qui les force à
médire?
APOLLO Ν.
Tel qu'ilfut autrefois Apollon l'est
encor ;
Ainfiméprisons de Montmor
L'ennuyeuse critique , & la fade
Satire.
L'opiniastre erreur qui l'attache
auxvieux temps
N'a pour elle que peu de gens ;
Et chacun,quoy qu'il puiffe dire,
Ouvre , & preſte l'oreille à la voix
du bonfens.
Athenes, commeRome , en afourny
Sans doute,
Mais ſans prévention pour peu
que l'on l'écoute ,
Croiva- t- on qu'en ces lieux trouvant
trop de douceurs ,
Iln'ait pûfe refoudreàfe produire
ailleurs ?
Lors qu'à l'antiquitécefiecle rend
justice ,
64
MERCURE
Par quel injurieux caprice
Refuse- t-on auxbeaux esprits
Quiregnent dans la France, &fur
tout dans Paris ,
Celle qui leur est deuë , & que la
fiere Athenes ,
Plus équitable,que Montmor,
Elle meſme rendroit à tant de no-
P
bles veines ?
Faut - il, pour leprefferplusfort
Diſſiper les ſombres nuages
Dont un dépit jaloux envelope fes
yeux
Et, comme aux Ecoliers, faire àcet
envieux ,
Comprendre,& remarquer la beau
té des Ouvrages
DesRacines, desDespréaux,
Des Pairus , des Le - Bruns , des
Mignards,des Corneilles.
Mais fans de tant d'Auteurs
nouveaux
M'étendre fur les doîtes veilles..
GALANT.
65
Quene veulent pas voir ces eſprits
mécontens ,
Ou qui font au deſſus de leur intelligence
,
Sans, dis - je , perdre en vain &Sa
peine ,&son temps
A leur en expliquer la force &
l'excellence ,
Perrault écrit pour Nous , & ses
heureux talens
Suffisentfeuls pour prouver que la
France
Egale en leur bon gouft lesfiecles
précedens.
Sa netteté , ſa politeſſe ,
Ses traits vifs & brillans ,fon
goustfin ,sajustesse ,
Tout cela de Montmorafceu bleſſer
lesjeux.
Quels que foient ses efforts , Sa
plume languiſſante
Nepeut en approcher, c'est en vain
qu'il le tente
66 MERCVRE
Et dans ſon deſeſpoir , de ce lâche
envieux
La trop ingenieuse & jalouse
malice
Par un trop injuste artifice ,
Détourne ſur l'antiquité
Le legitime encens qu'àPerrault il
refuse ,
Etpar ce faux trait d'équité ,
D'en avoir peu pour luy ne craint
pasqu'on l'accuſe.
On en uſa toujours ainsi ,
Etdesfiecles paſſezcommede celuycy
Tellefut l'adroitemanie
Horace,leplus beau genie
Que Rome vit chez elle, eut ausfi
Son Montmor ;
Tout habile qu'il fut , le celebre
Mecene
A gouverner l'Empire cut mesme
moinsde peine
Qu'à l'exemter decet indignefort.
GALANT .
67
L'iniuftice toûjours bizarre
Nevantoit defon temps que sapho.
que Pindare ,
Toute la gloire estoit pour eux ,
On envioit la fienne , & ceux c
dans la Grece ,
Lors qu'ilsyprodiguoient leur ſcavanterichesse,
Nese virent- ils pas préferer leurs
Ayeux?
Tant quevefcut le grand Homere,
Surfa mendicité jette- t- elle un
regard ?
Cette ingrate prit elle part
Asa longue &dure miſere ?
Non, cenefut qu'aprèsſamort
Que fept Villes en concurrence
Disputant,mais trop tard, l'honneur
desa naiſſance ,
S'en firent an illustrefort .
Laiſſons donc à Perrault le ſoin de
nostre gloire ,
Nous ne pouvions la mettre en de
meilleures mains ;
68 MERCVRE
Et que les Filles de Memoire
*Calmant leurs ſenſibles chagrins,
S'appreſtent au pluſtoſt à chanterSa
Victoire..
Mrle Commandeur de Barbantane
, Vicaire General du
Grand Prieuré de Toulouſe ,
del'Ordre de Saint Jean de lerufalem
, ayant appris que Mr
le Commandeur de Vignacour
avoit eſté éleu Grand Maistre
de Malthe , en fit paroiſtre ſa
jove par des illuminations qu'il
fit faire devant ſa Maiſon , &
parungrand Feu d'artifice qui
futtiréau bruit des Fifres , des
tambours &des hautbois .Tous
les Chevaliers & Commandeurs
des environs s'y rendirent
, & enfuite il leur donna
un tres - magnifique repas , où
tout ce qu'il y avoit de perſon
GALANT. 69
nes de qualité furent conviées.
Toutes les nouvelles qu'on reçoit
de Malte portent que jamais
élection n'a eſté plus applaudie.
Quoy que cet Ordre
ſoit composéde diverſes Langues
ou Nations , dont chacune
peutfaire la brigue particuliere,
tous les ſuffrages furent
donnez à Mr de Vignacourt
ſans aucun partage , & meſme,
comme je croy vous l'avoir déja
mandé , on commença à luy
rendre en quelque forte les
honneurs qui ſont deûs au rang
de Grand Maiſtre , trois ou
quatre jours avant la mort de
Dom Gregorio Caraffa ſon
Predeceffeur , Il y avoit huit
Langues dans l'Ordre avant le
Schiſme de Henry VIII. &
l'Angleterre faiſoit la ſixiéme.
Son Chefeſtoit Grand Turco70
MERCVRE
L
polier de Cavalerie, mais il n'y
en a que 7.preſentemét.La premiere
eſt celledeProvence,& le
titre de Grand Commandataire
de la Religion eſt attaché à
ſon Chef. La ſeconde , qui eſt
celle d'Auvergne , a pour Chef
leMaréchal de l'Ordre. Latroifiéme
eſt celle de France , &
fon Chefeſt Grand Hoſpitalier
L'Italie fait la quatriéme Langue
, & a pour Chef l'Amiral.
La Charge de grandConſervateur
eſt poſſedée par le Chef de
la cinquième , qui eſt celle
d'Arragon. La ſixiéme eſt d'Allemagne,
& fon Chefeſt Grand
Bailly . Le Chefde la ſeptiéme,
qui eſt la Caſtille , eſt Grand
Chancelier. Il n'y a point d'Ordre
plus illuſtre dans toute la
Chreſtienté , & l'on n'y ſcauroit
eſtre receu qu'en faiſat des
GALANT. 71
preuves de Nobleffe de quatre
races , tant du coſté paternel ,
que du maternel. Il faut auſſi
avoir vingt ans,& eſtre né de
legitime mariage. On ne laiſſe
pourtăt pas d'y admettre les Fils
naturels des Rois & des Princes
. Il n'y a que les Grands
Croix , entre tous les Chevaliers
, qui puiffent pretendre à
ladignité de Grand Maiſtre ,
qui eſt leur Superieur&le Souverain
de Malthe. Ily a auffi
parmy eux des Chevaliers Ser
vans , que l'on prend dans les
bonnes Familles , & le courage
des uns & des autres ſemble
s'augmenter de jour en jour
dans les dangers continuels où
ils ſe trouvent , en faiſant la
guerre auxBarbares , & en con
fondant ſouvent la fierté des
Othomans.Je me souviens que
72
MERCURE
vous m'avez demandé dans
quelqu'une de vos Lettres ,
pourquoy ils ont eſté appellez
Hoſpitaliers de S. Jean de Jerufalem.
C'eſt le nom qu'ils eurent
lors que cet Ordre commença
à s'établir. Il fit peude
choſe dans ſon origine. Quelquetemps
avant queGodefroy
de Boüillon entrepriſt la conqueſte
de la Terre- Sainte , des
Marchands de Melfe , Ville du
Royaume de Naples , qui negocioientdans
le Levant , obtinrent
du Caliſe d'Egypte , moyennant
certain tribut qu'ils
s'obligerent de luy payer tous
les ans , la permiſſion de baſtir
dans Ierufalem une Maiſon où
ils pourroient ſe loger , ainſi
que tous ceux de leur Pays
qui feroient le voyage de la
Palestine. Ce premier avan
tage
GALANT.
73
rage leur donna lieu d'en folliciter
un autre , qu'on leur
accorda pareillement. Ce fut
de faire baſtir deux Egliſes ,
l'une dediée à la Vierge , pour
les hommes , & l'autre à SainteMagdeleine
, pour les Femmes
, & les Pelerins y eſtoient
receus avec une charité digne
de leur zele . Quelques autres
qu'un ſi pieux exemple tou--
cha , ſe ioignirent à eux pour
exercerdes emplois ſi ſaints ,
&cela fut cauſe que l'on fonda
une Egliſe ſous l'invocation
de Saint Jean, & que l'on
baſtit un Hôpital où l'on
avoit un fort grand ſoin des
Malades . Dans le temps que
les Chreſtiens que comman
doit le fameux Godefroy de
Boüillon , ſe rendirent maiftres
de Ierufalem , qui fut la
Νου. 1690.
D
74
MERCURE
,
derniere année de l'onziéme
fiecle , le Bienheureux Gerard
de Martignez , en Provence ,
eſtoit Directeur de cet Hofpital.
La ſainteté de ſa vie
&le zele qu'il montroit à recevoir
tous les Etrangers qui
viſitoient les Saints Lieux ,
futune choſe ſi édifiante , que
les Rois de Ierufalem firent
gloire de travailler avec ſoin
àétablir ceux qui paffoient
leur vie à faire de ſi bofines
oeuvres . Ils prirent le nom
d'Hoſpitaliers , & des habits
noirs avec une croix à huit
pointes Outre les trois voeux
de Religion , ils firent celuy
de recevoir & de defendre
tous les Pelerins qui auroient
ladevotion de venir dans les
Saints Lieux. Il falloit pour
celatenir les paſſages libres ,
GALANT.
75
&les garantir dans leurs
voyages des courſes des Infidelles.
On ne le pouvoit ſans
prendre les armes , & les affiſtances
que ces Hoſpitaliers
s'obligerent de leur donner ,
par la fondation qu'ils firent
en 1104. ſous le regne de Baudoüin
I. les engagea à les ren.
dre hommes de guerre. Cet
employ ayant attiré beaucoup
de Nobleſſe , leur fit prendre
le nom de Chevaliers > mais
ſans rien changer dans leur
projet , qui fut toujours de
regarder comme des Ennemis
irreconciliables ceux qui
l'eſtoient de la Foy Chreftienne
Gerard leur ayant dreſſé
des Statuts , mourut en 1148 .
& Remond du Puy, fon Succeſſeur
, n'oublia rien pour les
maintenir. Saladin , Roy de
*
D2
76
MERCVRE
Syrie & d'Egypte , aprés avoir
remporté pluſieurs victoires
fur les Chrêtiens, prit enfin lerufalem
en 1187 ſous le regne
de Guy de Lufignan , qui en
étoit devenu Roy, en époufant
Sibille , Fille du Roy Amaulry
& d'Agnes de Courtenay .
La priſe de cette Ville ayant
obligé les Hoſpitaliers d'en
fortir , ils ſe rendirent à Margat
, & enſuite à Ptolemaïde ,
autrement Saint Iean d'Acre ,
que le Sultan Melec- Seraf prit
d'aſſaut le 19. May 1291. malgré
la vigoureuſe reſiſtance
des Chevaliers , qui la défendirent
avec toute la valeur
imaginable. Peu de temps
apres , Guy de Luſignan ayant
acheté l'iſle de Chipre de Richard
Roy d'Angleterre , qui
l'avoit priſe ſur Ifaac ComGALANT.
77
mene , homme cruel & abans
donné à toutes fortes de chil
mesyldonna retraite aux
Chevaliers de Jerufalem , &
ils y demeurerent ,juſqu'en
1310. Cette mesme année , ils
prirent Rhodes fur les Sarra
fins qui l'avoient enlevée aux
Empereurs de Conſtantinople.
C'eſt une Iſle d'Afie , dans la
Mer Mediterranée , avec une
Ville du même nom. Elle a
eſté autrefois fameuſe par le
Coloffe ; Ouvrage de Charés ,
Diſciplede Liſippus , qui a été
eſtimé une des fept Merveilles
du monde . C'eſtoit une
Statue du Soleil , dont la hauteur
alloit à foixante & dix
coudées. Vn tremblement de
terre l'ayant renversée , Mahuvias
, Soudan d'Egypte ,
ten fit charger foixante & dou-
D3
78 MERCVRE
ze Chameaux. La priſe de
Rhodes apporta beaucoup de
gloire à Foulques de Villaret
François , Grand Maiſtre de
l'Ordre , qui fut le Chef de
cette entrepriſe. Tous les efforts
que les Infidelles firent
depuis pour recouvrer un poſte
ſi avantageux , ne ſervirent
qu'à augmenter la gloire
des Chevaliers , qui prirent
le nom de Chevaliers de
Rhodes. Ils en demeurerent
maiſtres , & Mahomer II .
Empereur des Turcs , en forma
le Siege inutilement en
1480. Pierre d'Aubuffon , alors
Grand Maistre de Malthe , le
foutint pendanttrois mois avec
un courage extraordinaire ,&
força enfin les Turcsde ſe retirer
avec perte de la pluſpart de
leurs Troupes. Ils n'auroient
GALANT. 79
pas mieux réuſſi en 1522. lors
que Soliman II, fit attaquer cet
tePlace par une puiſſanteArmée
fi les Chevaliers n'euſſent pas
eſté trahis. L'exemple de leur
Grand Maistre Philippes Villiers,
de l'IſleAdam,de la Langue
de France , leur avoit fair
donnerdes preuves de valeur &
peu communes , que les Turcs
aprés de fort grandes pertes é
tolent preſts de renoncer à
leur entrepriſe,lors que les avis
que leur fitdonner André d'Amarat
, Portugais , Chance
lier de l'ordre , les engagerent
à y perſiſter. La part qu'il
avoit à tous les Conſeils luy
avoit appris par où la Place
eſtoit foible , & pour ſe vanger
du tort qu'il pretendoit
qu'on luy avoit fait , en lui
preferant l'ifle Adam fon
1.
D 4
80 MERCVRE
Ennemy , en la Dignité de
Grand Maiſtre , il faifoit ſcavoir
à Soliman tout ce qui
pouvoit ſervir au fuccez de
ſon deſſein. Sa trahiſon ayant
eſté découverte , il eut la
teſte coupée le 30. d'Octobre
mais cela n'empeſcha pas que
les Infidelles ne pourſuiviſſent
le ſiege. Ils avoient eſté trop
bien informez de toutes choſes
pour ne pas voir que la
Place ne pourroit encore tenir
long-temps . Ils ne purent
neantmoins l'aſſujettir que
furla fin de Decembre . Solyman
y fit ſon entrée le jour
de Noël , & l'eſtime que la
vigoureuſe reſiſtance de l'iſle-
Adam luy avoir fait prendre
pour ſa valeur, l'obligea à le vifiter
dans ſa maiſon ,& à luy offrir
de grands avantages s'il
GALANT. 81
vouloitbien reſter avec luy.
L'Iſle-Adam les refuſa genereufement,&
alla paſſer l'hyveren
Candie avec ſes Chevaliers,&c
quatre mille Habitans quile
fuivirent , tant de l'fle de
Rhodes , que des autres lieux
de ſa dépendance. Il n'avoir
qu'une Voile déploiée , qui
repreſentoit une nôtre Dame
de Pitié , avec ces mots ,
Afflictis ſpes unica rebus . Il
alla enſuite à Naples , & de là
à Orviete d'où il vint de
meurer à Viterbe que le Pape
Adrien VI. donna à l'Ordre.
Les Chevaliers y trouverene
leur retraite juſqu'en 1530 .
que l'Empereur Charles-
Quint leur offrit l'ifle de
Malthe, pour mettre à couvert
ſonRoyaume de Sicile. Ilsl'accepterent,&
prirent le nom de
DS
88 MERCURE
Chevaliers de Malthe,du confentement
de tous les autres
Princes Chreſtiens,dans les ter.
res deſquels leur Ordre avoit
des poſſeſſions. Soliman quiétoit
venu à bout de fouf
mettre Rhodes , ſe flata d'avoir
le meſme fuccez en affiegeant
Malthe.Il la fic attaquer
pendantquatre mois en 1566.
&la defcente fut faite dans
l'Islele 17. May par Mustapha,
BachadeBade. Piali Bacha ef
coitAmiral , & le fameux Dragut
, & le vieux Occhiali ,,
qu'une infinité de Pyrateries
avoient rendus redoutable ,
l'eſtoient venus joindre avec
les Corſaires d'Afrique. Cependant
le Grand Maiſtre Jean
dela Valete Pariſot , ſecondé
deſes braves Chevaliers , dé
fondit la Placcavectant deva
GALANT. 83
leur& de conduite , que quoy
quele Fort Saint Elmeeuſteſté
pris , & que Saint Michel & le
Bourg euffent eſté tous deux
mis en poudre , il força les Infidelles
à ſe retirer, aprés qu'ils
eurent perdu foixante & dix
huit mille coups de Canon
quinze mille Soldats , & huic
mille Matelots. Depuis ce
temps là, on a pris ſoin de fortifier
la Ville & l'ifle. Elle eſt
bordée de divers Chaſteaux,&
de bons havres qui en defendent
l'entrée aux Ennemis . Ses
Villes fontMalche ou la Valete:
laCité , le Bourg & Saint Michel
ou la Sangle , avec les
Chaſteaux Saint-Ange& Saint
Elme. Le nom dela Valetea eſté
donné à Malche par leGrand
Maistre de ce nom qui la fic
baſlir,&commeleGrandMai
D6
84 MERCVRE
ſtre de Vignacour, Oncle de
celuy qui vient d'eſtre éleu , y
a fait porter des eaux par un
Aqueduc de quatre milles de
long , cela a fait dire que le
Grand Maistre de la Valete a
fait le corps de la Ville- neuve,
mais que Vignacour luy a donné
la vie , en y faiſant venir de
l'eau , qui eſt la choſe la plus
neceſſaire à une Ville de Guer .
re. Les avantages que Malthe
a receus du Gouvernement de
l'oncle , font tout eſperer de
l'adminiſtration du Neveu ,
ſes grandes qualitez jointes à
cet heureux ſouvenir , le font
voir dans cetteéminéteDignité
avec l'applaudiſſement de toute
l'ifle. Puiſque je vous en ay
parlé ſi amplement, j'ajouſteray
ce que l'on rapporte de
Saint Paul , lors qu'il s'y ſauva
1
GALANT, 85
après avoir fait naufrage. Il fit
mettre le feu à quelques brouffailles
afin de pouvoir faire ſe.
cher ſes habits , & il en fortit
un Serpent , qui s'attacha à ſa
main ſans le bleſſer. Il benitenfuitel'ifle
,&l'on tient que par
un effet de cette Benediction
tous les Reptiles , de quelque
eſpece qu'ils foient, ny gardene
aucun venin , en forte que fi
l'on y en apporte d'ailleurs ,ils
n'ont pas fitoſt touché la terre
de Malthe , qu'ils ceffent d'eftre
nuiſibles ..
Les matieres de la guerre
ayant remply depuis fort longtemps
la plus grande partie de
chacune de mes Lettres , beau
coup d'Ouvrages galans n'ont
pû y entrer. En voicy un du
Berger de Flore , dont le nom
vous eſt connu , Vous avez
86 MERCURE
déja veu une de ſes Lettres,
par laquelle il rend compte à
uneDame , d'une premiere Socicté
qu'ila faite. Celle- cy en
eſt la fuite , c'eſt à dire qu'il
inſtruit la mesme Dame d'un
engagement, nouveau qu'on
luy a fait prendre..
P
ALA BELLE
MARTHESIE .
Our continuer , Madame,
les éclairciſſemens que j'ay
commencé à vous donner,vous
fçaurez que la ſecondeSocieté
dont je fus , s'appelloit L'Empi.
re de Flore,& des Fleurs. SaDevi
ſe eſtoit , N'aspirons qu'à fleurir 3
fur quoy une des Belles qui
GALANT. 87
avoitl'eſprit enjoüé,fitlesVers
quiſuivent.
Ne caufons point de mauvais,
bruits,
Plaiſons- nous au Printemps,gardons
1
nous de l' Automne 12
Aimons les Fleurs ,fuyons les
fruits,
Pour nostre honneur Flore l'ordonne;
Etsil'amour en prenoit du Ssang
Iline faut point que l'on façona
ne
Nous devons le baunird'icy..
γοί τρου απα
4
Chaque Dame s'y donna
un nom de Fleur; & les Cam
valiers en prirent de ſemblables
ou d'approchans . J'eſtois
à Paris lors que crite Cour
Imperiale commença à s'éta
blir , & quand j'arrivay au
88 MERCURE
Pays , la Societé m'ayant receu
, je me declaray pour la
Belle qui avoit fait les Vers
que je viens de rapporter. Elle
s'appelloit Clione , & elle avoit
pris le nom de Lumiere. Ce
nom ne ſervoit pas mal à la
vivacité de ſes yeux & de ſon
eſprit. L'aſſurance qu'on me
donna qu'elle n'eſtoit point
deſtinée au Monastere & ,
qu'elle n'avoit point encore
d'engagement , me fit entre
prendre avec plus de hardieſſe
le deſſein de la fervir. Voicy
lemoyen que je pris pour luy
declarer queje l'aimois. Il fut
trouvé affez ſingulier , & tout
à fait propre à tromper le jaloux
le plus ſoupçonneux du
monde. On avoit fait une
loy dans cet Empire , qui défendoit
aux Dames de refufer
GALANT. 89
د
des Fleurs , de quelque part
qu'elles vinſſent. J'envoyay
donc un bouquet à Clione ,
fous la faveur de cette loy ,
avec une humble priere de le
regarder comme un Chiffre ,
qui luy apprendroit mot à
mot ce que je faifois pour
elle. Nous eſtions alors au
Printemps & ce bouquet
eſtoit composé de Fleurs toutes
printannieres , à la referve
d'une ſeule. Ily avoit au haut
une Ionquille & un Ellebore ;
au milieu , de la Violette , de
la fleur d'Orange , du Violier ,
& un Soucy ; & au bas , une
Anemone , une Iris , du Maguet
& de l'Epatique. Ces
Fleurs eſtoient entremeflées
de verdure ,pour en adoucir le
mélange un peu bizarre , comme
auffi pour marquer l'ef
92 MERCURE
perance que j'avois qu'on
les recevroit favorablement.
Clione qui ne manquoit pas
de curiofité , & que mon
compliment avoit piquée
d'intereſt , s'attacha auſſi toft
à examiner ces Fleurs , pour
reconnoiſtre ceque je voulois
dire ; & elle ne les confidera
pas longtemps fans le devi
ner. Cefut en jugeant , comme
elle fit , qu'à prendre la
premiere lettre du nom de
chaque Fleur, ſans avoir égard
aux h , que quelques- uns
mettent devant Ellebore &
Edatique, lesdeux Fleurs d'en
haut ſignifioient je ,les quatre
ſuivantes ,vous,& les quatre
dernieres , aime ; & qu'-
ainſi le bouquet exprimoit
ces mots ,je vous aime. Cette
declaration qui la furprit a
GALANT .
و
greablement , luy parut trop
galante pour s'en offenſer.
Auſſi ne s'en plaignit - elle
pas; mais pour me faire connoiſtre
qu'elle l'entendoit ,
fans pourtant la vouloir entendre,
elle me répondit par
cet in promptu. :
Qui l'auroitjamais cru ? Les Fleurs
Sçavent parler,
Un Bouquet me dit , le vous
aime.
C'a ma reconnoiſſance, il se faut
Signalera
Beau Bouquet je t'en dis de même.
Ces Vers me furent rapportez
par la mesme perſonne
qui lay avoit porté mon preſent
; mais comme ce n'eſtoit
pas mon compte qu'elle aimaſt
les productions de Florea
92
MERCVRE
ſans en aimer le Berger , je
Juy repliquay auffitoſt de la
forte. :
Le Bouquet n'estqu'un truchement,
Il vous a dit que je vous aime
Si voſtre bonté veut éclater noblement
,
Pourmoy vous en direz de mef-
Je lefouhaite , objet charmant ,
Plus qu'un ambitieux ne fait le
Diademe;
Etje croy qu'on ne peut jamais trop
ardemment
Souhaiter un bouheur extrême .
S'ilvous plaifoit d'ouir mes voeux ;
Jevous comparerois avec les Immortelles,
Et vous verriezmon coeur payer de
millefeux
!
GALANT.
93
La moindre de vos étincelles.
Vous avezcent fortes d'appas ,
Vostre teint pour charmer mefle les
lisaux rofes;
Mais tout cela n'est rien , ſi l'amour
n'enest pas ,
Luyſeul donne leprix aux choses,
Eny penfant pensezà moy ,
La probité me plaist, je vousferay.
fidelle.
Iesçay de plus unir la constance à
lafoy,
L'auraypour vous une amour éternelle.
Voulez- vous que l'onsoit difcret,
Soumis, respectueux , tendreſenſible
&Sage ?
Toutes ces qualitez entrent dans
almonportrait ;
Et quelque choſe davantage,
$4
MERCURE
Ie fçayfurtoutes les faveurs
Garderfans me contraindre un éternelfilence
Vous pouvezm'accorder de legeres
2
douceurs ,
1
Pour enfaire l'experience.
:
Mon Bouquet vous a dit l'amour
Que vos yeux , que vos traits , que
voſtre esprit me donne ;
Song e zà le nourrir, puis qu'il vous
doit le jour , ...
Ien'en diray rien àpersonne.
Il n'eſtoit pas difficile de
perfuader à cette Belle qu'on
l'aimoit. Elle avoit trop bonneopinion
d'elle meſme pour
en douter. Il ne me fallut
donc pas beaucoup de proteſtations
& de temps pour la
convaincre de ma tendreſſe ,
GALANT .
95
&c'en fut aſſez pour l'obliger
d'en avoir pour moy.
Nous veſeumes en repos deux
ou trois mois fort fatisfaits
l'un de l'autre ; mais enfin ie
remarquay par hazard une
grande intelligence qui ſe
formoit entre elle & un de
nos Bergers , ſans qu'elle m'en
diſt aucune chofe. Son filence
me femblant une trahifon
i'en fouffris une douleur ttesſenſible
, iamais Filis ne m'en
avoit cauſe de ſemblable. Je
m'en plaignis à une de ſes Amies
qui estoit auſſi la mienne
. Elle luy en fir de doux
reproches. Clione en fut touchée,&
elle eſſaya de faire
ceſſer mes plaintes par l'éloignement
dé leur cauſe. Le
calme revint done dans mon
eſprit, maisiln'y dura guere ,
96 MERCVRE
Finfidelle retourna à ſa nouvelle
conqueſte , & uſa de toutes
fortes d'artifices pour m'éblouir
parcequ'elle n'avoit pas
envie de me perdre. J'en fus
averty de bonne part , & alors
ledépit me la fit quitter tout à
fait , ſans m'en plaindre davantage.
Une autre Belle qui l'effaçoitpar
des brillans beaucoup
plus propres à charmer queles
fiens, étoit entrée depuis quelques
jours dans noſtre Socicté,
Je merangeay fous fon Empire,
dans l'eſperance d'un plus
heureux fuccés. Cette Belle
prit d'abord lenom de Rofe , &
cenom ne convenoit pas mal à
l'éclat de fon teint extrémement
vermeil;mais elle le quittabien-
toſt pour prendre celuy
de Rofelinde , qui luy ſembla
plus agreable. Elle joüa affez
bien
GALANT.
97
bien ſon perſonnage auprés de
moy , dans les commencemens
de mon amour , pour me perſuaderqu'elle
eſtoit de la naturedes
Rofes,& que fi elle avoit
beaucoup de douceur , il n'en
falloit pas abuſer ; qu'elle avoit
des épines à ſagarde , qu'il eftoit
dangereux de s'y joüer
avec trop de familiarité ; mais
je m'apperceus bien- toſt qu'elle
eſtoit facile à toucher que les
fleurs qui n'õt auſſi aucune défenſe,&
qu'elle ſe ſentoitmême
du fang amoureux de la Déeſſe
de qui les roſes ont tiré leur
couleur vermeille. Elle me
permit de rendre pluſieurs
témoignages publics de ſes
charmes & de mon amour ,
& en voicy un des plus
forts.
Que Rofelinde a de beautez !
Nov. 1690.
E
98 MERCVRE
Que de coeurs en font enchantez!
Que d'esclavesſousſon empire !
Son teint vermcil& delicat
Brille d'un merveilleux éclat ,
Tout lemonde l'admire.
Les traits qui partent deſesyeux,
Portent leurflâme en mille lieux
Avec une douceur.extrêmes
On ne sçauroit se garantir.
D'une ardeur fi douce afentir,
Et tout lemonde l'aime.
Pour moy , i'adore ſon eſprit ,
S'ilme captive , ilme ravit ;
Iene voisrien qui luy reſſemble,
Tout le mondeluyfait la cour ,
Mais i'ay pour elle plus d'amour
Que tout le mondeenſemble,
Roſelinde aimoit l'encens &
le bruit ; elle me ſceut bon gré
de ces Vers,& elle les fit meſme
en air , afin qu'on les
REQUE DELL
LYC
*1809
*
GALANT.
RBEQUE
LE
VILL
puſt chanter par tout.
elle ne manquoit pas d'An
lorsque je luy vouay mes fervices
, je ne manquay pasauſſi
de Rivaux; mais l'affeurance
qu'on me donna , qu'aucun
n'eſtoit favorisé d'elle , fut une
des raiſons qui m'y attira. Il
ſembla dans la ſuite du temps ,
-àl'entendre dire , & alla voir
faire,qu'elle me voyoit de meilleur
oeil queles autres , un de
mes Amis saviſa de m'en feliciter
, elle mele faifoit accroire
auſſi. le ſuis debonne foy , &
il n'eſt rien de ſi propre à furprendre
la créance des plus
zincredules , que ce qui flate,&
que l'on ſouhaite. Ie me laiſſay
donc aller à cette opinion de
preference , & je m'en fis un
grand ſojetdegloire& debonheur.
Toute-fois j'appris bien-
E
R
100 MERCURE
toſt qu'elle témoignoit autant
de bontez à d'autres qu'à moy ,
&je connus meſme qu'elle ne
s'en cachoit pas trop Cette
connoiffance me cauſa du chagrin&
du refroidiſſement , on
n'aime pas à eſtre trompé. Ic
conceus dés lors le deſſein de
retirer moncocut de la preffe,
& de le placerailleurs. Rofelinde
avoit beaucoup de penetration
, elle s'en apperçeut
, & me dit là deſſus qu'-
elle ne s'eſtonneroit pas quand
je la quitterois malgré toutes
les proteſtations de fidelité &
de conſtance que je luy avois
faites , mais que je pouvois
m'aſſurer de ne pas mieux
trouver mon compte autrepart,
qu'auprés d'elle. le luy
répondis qu'elle avoit bien de
la malice de me vouloir ofter
GALANT. ΙΟΙ
,
l'efperance aprés m'avoir ofté
le repos. Vous vous flattez
me repliqua- t- elle & je
veux vous defabufer , afin que
vous conferviez du moins le
ſouvenir de ma franchise , s'il
vous arrive d'oublier les autres
qualitez,qui m'ont tant de fois
attiré vos loüanges. Chaque
ſexe , continua-telle ,,a ſes defauts
particuliers ,& je laiſſe à
juger lequel du voſtre ou du
mien a les plus grands; maisj'ay
reconnu,&il n'eſt quetrop vray
que les femmes font beaucoup
plus ſujettes àl'infidelité , qu'à
l'inconſtance;& leshommesau
contraire,plus fuiets àl'inconftance
qu'à l'infidelite
qui eft affez fingulier, c'eſt que
cette difference eſt l'effet d'un
meſme principe , puis qu'il reſultedela
qualité de ſociable ,
;& ce
E 3
102 MERCURE
que la nature a également don
née aux hommes & aux fem.
mes.La raiſon des femmes vient
de ce que chacune d'elles a in .
tereſt de s'acquerir plufieurs
Amans,afin que l'un entretien.
ne,tandis que l'autre gardele fi
lence ,&qu'ainſi elle ne languiſſe
pas dans l'oifiveté. Lat
raifon des hommes naiſt de
ce que c'eſt affez d'une Belle
, pour épuiſer toutes les
douceursd'un Amant , & que
quand cet Amant eſt au bout
de fon rollet , & n'a plus rien de
nouveau à conter à ſa Belle , il
defire auſſi toſt d'en rencontrer
une autre qui l'eſcoute, à cauſe
de la demangeaiſon qu'il a de
recommencer un entretienqui
luy plaiſt. Ainfi chaque ſexe a
une raiſon naturelle , qui le
rend excuſable dans ſa condui-
تف
GALANT.
103
re,quelque plainte qu'on en faf.
ſe , & quelque peine qu'on en
fouffre , & comme je vous'ex.
cuſeray ſi vous me quittez ,
vous ne devez pas me condamner,
fi en vous aimant j'en aime
encore d'autres. Il me ſemble
meſme qu'il devroitſuſfire pour
vôtre repos & pour votre gloi.
re , que je vous aimaſſe , fans
vous faireun ſujet d'inquietude
&de rebut , de ce que
vous n'eſtes pas le ſeul que
j'aime. Je ne pus m'accom
moder de ce raiſonnement
ny de ce procede ; le partage
du coeur me déplaiſt ; je n'ai
mois qu'elle , je voulois eſtre
aimé de mefme ; & comme
ie connus par cette naïve ex .
preſſion de ſes ſentimens , que
cela n'eſtoit pas faiſable , ie
la remerciay de ſa franchiſe
E 4
104 MERCVRE
&de ſon amour. Neantmoins
tout mon dépit ne put empeſcher
que ſa ſincerité ne me
pluft, & ne voulant pas ceffer
de la voir , quoy que je
ceffaffe de l'aimer , ie luy envoyay
ces Vers .
Vous raifonnez trop bien , & vous
aimeztrop mal,
LaBelle ,je romps ma chaine.
Je ne puis en amour Supporter un
égal,
- Vous m'en donnez une douzaine ,
Vousfuivez voſtrehumeur , je vais
Suivrelamienne.
Pourtant point de rancune entre
nous , s'il vous plaift ,
Onsepeut voir fans interest.
Sans paſſion ny d'amour , ny de
haine.
Maperse eft peu de chose , & pour
lareparer
i
GALANT .
105
D'une façon qui vous contente,
Ievais ardemment defirer
Que chaque jourle Ciel aug.
mente
Le nombre des Amans Souples,
Soumis & doux ,
Quisoupirent pour vous .
En aurez- vous affez d'une tren.
taine?
Mes voeuxiront plus loin , fi vous
lefouhaitez;
Mais c'esttout ce qu'en eut iadis
la belleHelene .
La Reine des Beautez.
Un Frere unique que j'avois
alors , ſe mit de nôtre ſocieté ,
& y fut nommé le Berger flourifte.
Il faiſoit de la Profe &
des Vers , comme moy , c'eſt
à dire , à la Cavaliere , ſans
baucoup de recherche ; &
c'eſt ſous ce nom que plu-
E
106 MERCVRE,
ſieurs Pieces quej'avois de luy
ont paru dans le Mercure , &
qu'y paroiſtront encore celles
qui me reſtent de ſa façon ,
puis qu'on les trouve affez
galantes pour y avoir place.
Il y a déja quelques années
qu'il ne vit plus que dans ma
memoire , mais il n'y mourra
qu'avec moy, Jamais amitié
ne fut plus forteque celleque
nous avions l'un pour l'autre
Labelle Cloris , la Nymphe
des Bruyeres qu'il aima fucceſſivement,
eſtoient dela mefme
Socicté , & ne contribuerentpas
peu par leurs charmes,
à la rendre floriſſante. Cloris y
cut le nom d'Immortelle , & la
Nimphe des Bruyeres celuyde
Lis ou de Liliane. Il a affez faité
clater leur merite,pour medonner
lieu, de n'en rien dire dar
GALANT.
107
vantage;& puis Madame , il ne
s'agit pas de ſa vie galante ,
mais de celle de voſtre , &c.
LE BERGER DE FLORE .
Ie vous ay déja envoyé divers
Ouvrages de Madame
de Pringy , qui vous ont fait
voir que non ſeulement elle
ade l'eſprit brillant , comme
il s'en rencontre en beaucoup
de Dames qui ſçavent ſe diſtinguer
de leur Sexe , mais
que l'Eloquence eſt un talent
qu'on ne peut luy conteſter .
Le Difcours que vous allez
lire , & qui eſt encore de ſa
façon , n'affoiblira pas l'opinion
avantageuſe que vous
avez conceuë d'elle. Il eſt du
1
temps,& la matiere n'en ſcauroit
eſtre plus noble.
E6
108 MERCURE
!
A LA GLOIRE
DE MONSEIGNEUR
LE DAVPHIN .
Sur fon retour d'Allemagne.
En
le plus grand des Rois
voit tous fes Ennemis défaits ,
Soumis & vaincus. Le Lionest terraffe
, & l'Aigle abbatuë. L'envie
vient d'enchainer ceux qu'elle
avoit feduits, & tous les efforts de
ces Princes injustes n'ontseroy qu'à
les couvrir de honte &de confusion.
LOVIS foul victorieux ,fage &
paisible, ſe voit couronné degloire
& de bonheur , & dans le ſein de
fes Etats, il s'occupe à contempler
Le Ciel qui le benit.Ilvoit du haus
C
GALAN T. 109
de sa grandeur , l'abbaiſſemens
inouy de ceux qui le vouloient outrager
, &il offre toutesses victoires
à Dieu feut qui les luy procure.
Toute l'Europe liguée pour attaquer
la France, la guerre univerſellequi
la menaçoit , ce gros d'Ennemis
aſſemblez pour refoudre ſa perte,
tout est accablé. La puiſſance de noftre
monarque a diſſipé en un mo
ment tous cesprojets ,depuisfi long.
temps concertez , &Son Auguste
Fils qui afait éclaterfavaleur par
Ses victoires , a dans cette occaſion
moderéfon courage par sasoumisfion
, & n'a voulu donner la mort
à aucun de ceuxà qui sa prefence
donnoit du repentir. Ilrevient , ce
Heros redoutable , goûter dans ce
Sejourdepaix, le repos de l'admiration
. Admiration qu'il donne
qu'ilreffent ; qu'il donne à tout le
monde , & qu'il reffent pournoftre
MERCURE
Auguste Monarque. L'on nesçauroit
trop admirer ce jeune Prince ,
qui fçait vaincre& charmer 10-
nivers. Il vient d'accabler par fa
prudence , par son courage & par
faforce ,&il charmeparsavertu,
parsa bonté, & par ses dons. Ila
portè la terreur aux coeurs troublez
par l'injustice , & il rapporte la
joye aux coeurs charmezdeses vertus.
Il ſçaitplaire& étonner. Il est
tout emſemble un Heros redoutable
&un Prince charmant , & l'on ne
Sçaitſi l'on doit s'écriersursa va.
Leur , ou s'applaudır sursa bonté.
Rien de fi haut que son courage ,
vien de plus beau quesasoumiſſion ,
rien defi éclatant queſesvictoires,
riende plus charmant quefa douceur
; enfin rien de plus digne d'ad
miration que sa personne. Mais
comment pouvoir décrire les effets
d'unefinoble cause ? Toutes cesim
GALANT.
preſſions de crainte&d'amour qu'il
ffaaiittnnaaiiſſttrreeddaannssles coeurs , ces troubles
, ces agitations , ces terreurs.
que les Ennemis ont reſſenties ,&
cesjoyes , ces defirs,ces respects, ces
transportsquotes Peuples François
reffentent, fontdes merveilles qui
charment tout le monde, mais que
L'on ne peut dépeindre, &c'est l'effetde
la valeur & de la bonté de
ce Prince admirable , L'admiration
est unétonnement de l'ame qui l'arrête
, & luy fait contempler V'obser
qui l'aſurpriſe. Quand de grandes
vertusse preſentent en foule pour
l'éblouir, elle fixe fon regard fur
cette maffe d'objets qui luy plaiſent,
& la grandeur de leur beauté luy
fait marquer avec plaisir ce qu'elle
ne peut exprimer qu'avec peine.
Voila cequenoussentonspour cejeune
Heros que la France admire. On
est surpris de sa valeur & de fa
112 MERCVRE
bonté, on le contemple , on l'aime, &
nos marques d'affection font autant
de voix qui l'applaudiſſent &le
louënt , au deffaut de nos expreffions.
Quipeut mieux meriter l'admiration
que celuy qui la cauſedans
un âgeoù d'autresà peine la connoiffent
,& qui la peut mieux concevoir
que ceux qui reffentent les
bontez qu'ils admirent ? Dans les
fiecles paffez les Princes les plus
admirables n'ont eu que des vertus
militaires ; pour les vertus douces
&infinuantes, on les ignoroit, mais
aujourd'huy la clemence n'estpoint
Separée de la valeur , & nôtre Auguste
Dauphin nous fait voir l'affemblage
demille vertus opposées ,
& nous aprend en cent manieres
qu'il est l'admirable Copie
de Louisle Grand , de ce Prince qui
fait éclater par puiſſance un regne
merveilleux par bonté , qui abas
GALANT. 113
l'orgueilpar la honte , qui est toujours
prest d'accorder le repos par
mifericorde , & de confondre par
bonté ceux qu'il vient d'accabler
parjustice , qui est remply defageffe&
de vertus , & qui rendfa
gloire éclatante& éternelle.Vous,
Prince Auguste , qui admirez ſans
ceffe nôtre parfait Monarque , ses
faitsinouisvous charment& vous
enlevent. Vous regardez sa vie
comme lemodele leplusbeau ,leplus
Surprenant , le plus achevé, &vous
l'imitezcependant , comme l'exempleleplus
aisé àſuivre. Vous louez
fansceſſeſes actions merveilleusesparl'application
que vous apportez
àvousy conformer , & vous faites
Sajojeparvosvertus , commeilfait
vos vertuspar fon exemple. Quene
puis-je icy , en dépeignant voſtre
admiration , en décrire la caufer
Mais toute l'éloquence des hommes
M4 MERCURE
neSaffiroit pas pour en venir à bour.
Le Portrait de Louis le Grand est
une entrepriſe quifurpaffe les forces
desplus habiles . L'aſſemblage des
vertus & des grandes qualitez
qu'il renferme dans son Auguste
Ferfonne , est un objet que l'onimsgine,
que l'on conçoit , que l'on admire
, mais que l'on ne peut com.
prendre. Vous grand Prince ,qui
avez receu de ce Heros le noble
Sang qui vous anime, vous quifuivez
les traces éclatantes dans lefquelles
il marche , vous qui admirez
par effet la brillante gloire qui
le couvre , calmez vostre ardeur
guerriere,&jouiffez un moment du
glorieux repos où sapreſence vous
altire , avant que d'accabler ceux
que vos versus épouvantent , &
protegez les heureux Peuples qui
Yous admirent ..
Le Roy ayant honoré feu
GALANT.
MS
Mrle Prince Charles de Lorraine
de ſon eſtime , & en
ayant ſouvent parlé avec éloge
,j'en fis un de ce Prince
aprés ſa mort , qui devoiteſtre
accompagné de ſon Portrait ,
mais comme je n'en avois pas
alors de Medaille bien travaillée
, ny qui luy reſſemblaſt affez,
j'ay attendu juſqu'à au.
jourd'huy à vous l'envoyer.
Le revers vous fait voirque ce
Prince triomphoir des Turcs
avec autant de rapidité,que les
Tures triomphentaujourd'huy
desAllemans:
Rien n'eſt ſi commun que
les Vers , & rien n'eſt ſi rare
que d'en trouver de bons.
Parmy une infinité de perſonnes
qui font leur plaifir
de cette occupation , à peines
116 MERCVRE
en voit- on cingou fix qui ſe
diftinguent. Si j'oſe mefler
mon ſentiment avec celuy
de pluſieurs perſonnes du
jugement defquelles on ne
ſçauroit appeller , Mr de Senecé
, premier Valet de Chambredela
feuë Reine , doit eſtre
mis de ce nombre. Vous en jugerez
par l'Idille de ſa façon
queje vous envoye. Le ſujet
qu'il a pris eſt fort sterile , de
fortequ'il a eu beſoin debeaucoup
d'invention , qui eſt une
des principales parties de laPoë
fie .Ses pensées ſont belles,bien
foutenuës , & noblement exprimées
, & fes Vers ont un
tour aifé qui fait plaifir: 11
feroit à ſouhaiter qu'il en
vouluſt faire ſouvent. Il eſt a
Maſcon , d'où il a envoyé ſon
Idille à Madame Des houGALANT.
117
:
lieres en luy écrivant ce
que vous allez lire. Ie croy
que vous ne ferez pas fachée
de voir comment parle en
Profe un homme qui fait
paroiſtre tant d'eſprit en Vers .
AMaſcon . 16. Νον. 1690.
☑Ermettez - moy , Madame , de
vous dire, que jesuis de l'hu
meur de ces Heros de Comedie , qui
dans les plus grandes adverſitez .
confervent toujours lafiertéde leur
rang,&lafermetéde leur courage.
Cela veut dire , que tout exilé que
je mesuis du Royaume de l'esprit ,
&du bonsens,je me souviens toujours
que j'ay eu l'honneur d'estre
connu de vous , & d'avoir quelque
part envoſtre estime.C'est un avan
tage que je ne puis jamais oublier 3
mais, Madame, kommevous n'avez
pas les mesmes raisons de penser à
18 MERCURE
*moy, je ne puis reſiſteràla tentation
de vous en rappeller le fouvenir. Il
esttrop doux il est trop glorieux ,
pour pouvoir le negliger , de tenir
qivelqueplace dansvostre esprit , &
dans vostre memoire, parmy ces
idées brillantes,&Spirituelles, quż
font les delices & l'admiration de
tout ce qui parte François , je veux
-dire, de la pluspolie ,& de la plus
nombreuſe partie de la terre. Les
agréables épanchemens de vostre
heureux genie , viennent souvent
jusqu'ànous de plusieurs façons. Ie
vous avoue neanimoins , que tout
charmeque i'onfuis ,jeleferois en-
-core davantage, s'il en venoit quelquechose
en droitarede vous à moy.
Ie vousfuplie, Madame , d'ouvrir
en ma faveur les Trefors de vostre
Cabinet ,&de croireque je conferve
encore affesdegoust, pour faire
d'un parcil present , si vous avez
GALANT .
la bontéde m'en enrichir , tout le
casqu'ilmeritera. Pour exciter vô
tre liberalité parla mienne, je vous
envoye un Idillede mafaçon,femblableen
cela au Royde Perſe , qui
-Selon lerecit des Voyageurs , envoye
ordinairement aux Gouverneurs de
fes Provinces , quand ilsse font
enrichis , quelque méchante veste
des Indes , pour tirer de leur reconnoiſſance
unpresent dedeux ou trois
mille Tomans. Au fond , dans un
pareil échange, qui pourroitjamais
vousfournir une iuste compenfation
En tout cas, quelque party que vOUS
preniez,i'auray toujoursobtenu une
partie de ce que ieſouhaite , puifque
ie vous auray fait reſſouvenir
queiefuis , Madame , avec beau
coup d'admiration , &de reſprêt
Vostre ines ,&c.
120 MERCURE
C
LES GRANDES EAVX.
IDILLE.
IA Sône , ſi tranquille autrefois
danssa course,
Répand avecses eaux l'épouvante
&l'horreur.
Les Peuplesvoisins defa ſource
Ont àfon coeurpaisible inspiré leur
fureur.
Son énormeétenduë excitant la terreur,
Du Delugeànos yeux réveille les
idées,
Etvomit àflots écumans .....
Sur nos campagnes inendées
La colere des Allemans .
Onvoit enfevelir les herbes
Sous un obfcur limonde leur beauté
jaloux ,
Et
GALANT. 121
९
Et l'humble Flore aux Nayades
Superbes
Demande retraiteà genoux .
Zephir, le doux Zephir, toujours
tendre fidelle
Fait pour lafecourir un effort impuiſſant
;
Des cruels Aquilons le couroux fre-
: miſſant
Leur livre une guerre mortelle,
Ilfuccombe , & contraint d'abandonnerſa
Belle ,
Ilseretire en gemiſſant.
Ces arbres , autrefois l'ornement delaplaine
,
Quifur leur taille de Geant
Fondoient leur esperance vaine ,
Anos yeux évonnezfont reduits
au beant .
Leur teſtes d'écume fouillée ,
Aux Aftres pluvieux prefentent
triſtement ,
Νου. 1690. F
122 MERCURE
Au lieu debras , leurs branches
dépouillées .
Miserable jouet des ondes & du
vent
Nos timides Bergers,dont l'igno-
-ranceobscure !
Oppose un nuageà leurs yeux,
Prennent lecours de la nature
Pourunevangeance des Dieux ,
Etfatiguant les airs par d'inutiles
Voeux
S'imaginent qu'au Ciel ils ont fait
quelque injure ,
Et qu'illeurfait l'honneur d'estre
irrité contre eux.
Leur ame par l'effroy fervilement
contrainte,
Aux emplois de l'amour n'oſe plus
२. s'exercer.
Apeine leur tremblante crainte
Laiffeéchaperce nomfidouxàprononcer;
Ou s'ils riſquent encor dans leur
douleur profonde
GALANT.
123
D'invoquer ce Dieu revere ,
C'est pour le conjurer de préſerver
le monde
Du Cabos dontillative.
Pendant quetout ce quireſpire
Attenddansfa retraite un temps
plus adoucy3
Achantefeul,preffé deson martire,
Anos rivagesfourds va conterfon
Soucy. [ne
Leretourdesiréde l'aimable Clime-
Parce ravage affreuxse trouvere
tarde,
Etle tristeBerger poursoulagerfa
5८ .
peine,
Par ſonſeul deſeſpoir guidé ,
-Sans crainte d'attirersa baine,
Chaquejour la reproche au Fleuve
7 débordé.
د
Va, dit- il, tun'es plus cette paist--
ble Sône
F2
1 MERCURE 124
De qui les bords delicieux ,
Meritoient de porter le Trône
Du plus agreable des Dieux .
Qu'est devenue,helas , cette pudeur
modeste
Qui refferroit tes eaux dans ton
étroit canal?
D'où te vient ledefir funeste
D'affecter la grandeur qui te con-
なつ vient fimal?
Voyde combien de maux ton orgueil
est coupable ,
Tufais dans leur naiſſance avorter
nos Moiſſons ,
Tu couvres les herbes defable,
AuSommet des Ormeaux tu quindes
LesRoiffons
Tufais ceffer nos jeux ,&nos tendres
chansons , パー
Tubannisnos Troupeaux de la fertileplaine
,
Tu dégarnis tes bords de leur plus
doux espoir,
4
GALANT.
125
Ces jeunes arbriſſeaux que ton cou-
Youx entraine,
Et pour te dire enfin ton crime be
plusnoir,
Climene..
Tu t'oppſes , cruelle , au retour de
Onfçait affezlesujet de ta haine
Ilmesouvient dutemps où fur tes
riches bords
Cette Beauté dont mon ame est
ravie ,
Etaloitfes brillans trefors
Qui tefaisoientfecherd'envie.
On te voyoit alors au travers des
rofeaux
D'un oeiljaloux, d'un airsauvage ,
Examiner en vain les traits defon
visage , 2
Et courir de honte& de rage
Tecacher dans le fond des eaux
C'est l'offense qui t'aponßéc
A ce serrible emportement,
Et le chagrin d'estre effacée
F3
126 MERCURE
NeSepardonnepoint chezle Sexe
charmant.
Eh bienspour signaler cette illußre
vengance
Porte, porte en tous lieux leravage
&l'horreur ,
Cours , & va dire à la Provence
Que tu furpaſſes enfureur
Le Drac, la Drome& la Durance
Tandis qu'aux Echos d'alentour
A cris perçans ma triſte voix declare
Que tu peux disputer l'honneur
d'eftre barbare
AuxFleuves fans pitié de l'in.
fernal fejour.
Ecoute moy ,Cefar, s'il peut rester
aux Ombres.
Des choses de la terre un curieux
Soucy
Ouy,sil'on doute encor dans les
Royaumes Sombres ,
D'un ancien embarras tu vas estre
éclaircy
GALANT. 127
Tudourois où le cours de la Sône
l'entraine
و
Lors que tu remarquoisſi peu de
mouvement
Aux claires eaux qu'ellepromene.
Helas ! tout est change , Cesar , pour
mon tourment
Elle court s'opposeràmon contentement
,
Elle court empefcher le retour de
Climene..
Une vaine oftentation ,
Nefait point qu'à grands pas elle
quitteſaſource,
Pourmontrer les tresors ,amaſſez
danssa course,
Au farouche mary qui l'attend à
Lyon.
Cen'est pointpour s'unir d'une immortelle
chaîne
ASonimpetueux Amant,
Qu'elle courtfi rapidement;
Elle court éloigner un bien-heureux
moment
F4
128 MERCVRE
Elle court prolongerl'absence deCli
mene.
Tout ceque nousa raconté
La fabuleuse Antiquité ,
Des Dieux qui dans les Eaux exer
çoient leur empire ,
N'est qu'une pure fiction ,
Que controuve pour nous seduire
La vaineSuperftition.
Qu'on ne me cite point le conte ri
dicule
D'Alphée à qui tant de detours
Livrerent à la fin l'objet de ses
Amours ,
Non plus qu'A chelous écorné par
Hercule.c
Ah! d'aucune divinité
Lefond des Eaux n'eft habité,
- Ou s'il en est parmi les ondes ,
Jamais l'Amour , pour mon malbeur
Nefit dans leurs grottes profon
des
GALANT .
0129
Defes feux bien-faisants- penetrer
La chaleur
Decesfantaſques Dieux la poitrine
glacée
L'inexorable coeur ( foit dit sans
blafphemer.)
L'ame de couroux brißée ,
Sont unfujet peu propre à senflamer.
La Sône me le fait comprendre
Par l'outrageant excés deses débordemens.
therm SE
Holas quand on a le coeur tendre
On est favorable aux Amans
Rentrez dans votre lis orgueilleufe
Riviere दली
Après tant de foûpirs ſivainement
pouffez
Climene reviendra fur vos bords
délaißetokantal
De ses beaux yeux répandre la
lumiere...
ES
130 MERCURE
Quevous aurez d'Autels,Divinité
trop fiere,
Que d'encensſivous nousrendez
Cetteprefenceſi cherie!
Lebizarre plaisirde noyer la Praivie
Vaut- il les biens que vous perdez
?
:
Ainfi le mal-heureuxAchante
Mêle aux plaintes qu'ilfait mille
tendresfoupirs.
Des larmes qu'ilrépand l'amas des
eaux s'augmente
Lug mesme innocemment retarde
Ses plaifirs
L'Amour l'entend ,le plaint ,&
partage la nuë
D'untraitde feux éclatans ,
Et laface des Cieux se montrant
toutenuë
Luyfais efperer du beau temps...
GALANT.
135
Comme l'ouverture du lubilé
ne s'eſt faite dans le
Dioceſe de Roüen que fur la
fin du mois d'Octobre dernier
, Madame d'Ableiges ,
qui fait toujours de grandes
charitez , & qui ne ſe plaiſt.
qu'aux exercices de pieté , a
voulu répandre ſur les Paroifſes
dont elle eſt Dame , dess
benedictions particulieres par
une Miſſion qu'elle y a fait
faire à ſes dépens,dans le temps
meſme que le S. Pere ,à fon avenement
au Pontificat , a répandu
des graces generales fur
zous les Peuples . Iln'yaperſonne
qui ne conoiſſe le merite &
la vertu de cette Dame. Elle est:
Fille de Mr de Courchamps ,
Soeur du Maistre des Requſtes
decenom,qui a épousé la FilledeMrle
Preſident de Bailleul ,
F6
132 MERCURE
&Femme de Mrde Maupeou,
Seigneur d'Ableiges , Maiſtre
des Requeſtes , & cy -devans
Conſeiller au Parlement , Petit
filsdu fameux Mr de Maupeou
, Controlleur general des
Finances, fous le regne du Roy
Henry IV. & qui estoit Fils
d'un autrede Maupeou , Confeiller
d'Etat. Ileſt Cousin Germain
de Madame de Pontchar.
train , & le fixiéme de Pere en
Fils Seigneur d'Ableiges , qui
eſt un tres beau Chaſteau , où
les Rois Henry IV.& LouisXIX.
allorent fouvent. Cette Mimon
commença le 23. d'Octobre, &
fint le 7. de ce mois. Six Ecclefiaftiques
des Miſſions Etrangeres
y ont fait pendant ce
temps tous les exercices d'une
Mifſion reglée . L'un d'eux faifoitla
Priere dés cinq heures
GALANT. 133
dumatin, avec une inſtruction
quiduroit une heure ; enfuite
on diſoit la Meffe , & un autre
faifoitle Catechiſme pour les
Enfans juſqu'à neuf heures. A
dix heures on chantoit la grand
Meffe. Sur les quatre heures
du ſoir , on faiſſoit un autre.
Catechisme , & il y avoit Sermon
à fix heures , aprés quoy
en donnoit la Benediction du
S. Sacrement. Madame d'Ableiges
, quoy que d'une ſanté
fort delicate , ne laiſſoit pas de
ſe trouver la premiere à tous.
ees exercices. Six Confeffeurs.
extraordinaires ne pouvoient
qu'à peine fuffire à confeffer
les Peuples qui estoient attirez.
de toutes parts par la pieté
des Millionnaires. M. de Ca
napville , Conſeiller Clerc au
Parlementde Roüen,& Grand.
334 MERCVRE!
Archidiacre du Vicariat de
Pontoiſe,animoit cette Miſſion
par ſon exemple,&par lesbelles
Prédications qu'ilyfaifoit.Il fer
male Iubilé&la Miſſion par un
Difcours tres touchant , & fic
une Proceffion où tous les Curez
& Preſtres des Paroiſſes:
voiſines aſſiſterent en ſurplis.
On porta le Saint Sacrement
dans laChapelle du Chaſteau
d'Ableiges , qui pourroit paſſer
pour une belle Egliſe paroiſſiale
par la grandeur de fon Vaifſeau
, & par la beauté de ſes or--
nemenens . Tous les endroits
paroù l'on pafla eſtoient ten.
dus,& plus de deux mille perfonnes
ſe trouverent à cette
proceſſion . L'Evêché de Lodeve
eſtantdemeure vacant par
lanomination deMr de Lodeve
àceluy de Viviers , le Royla .
GALANT, 135
1
donné à Mr l'Abbé de Phelyppeaux
, Cousin Germain
de Monfieur de Pontchartrain,
&proche parente de Mr. de:
Chaſteauneuf: Il a eſté pendant
cing années Agents du
Clergé,où il a donné de tres--
grandes marques de conduite:
&deſageſſe. Il eſt Frere de Mr
Phelyppeaux , Brigadier dés
Camps & Armées du Roy , &
Colonel d'un Regiment de
Dragons.Lodeve eſt vers les
frontieres de Roüergue, à neuf
lieuës d'Agde . La Ville eſt ba..
ſtie entre des Montagnes, prés
des Rivieres de Lergne & de
Solondre , qui ſe jettent dans ,
l'Erant.L'EveſqueſeditComte:
deMontbrun, qui eſt un Chas
ſteau prés de la Ville. On
aſſeure que huit cens Gentils-.
hommes ont relevé autrefois
3
136 MERCVRE
de cet Eveſché , qui en fut
furnommé le Noble. Il eſt
Suffragant de Narbonne.
L'Abbaye de Leſcaldieu a
eſté donnée à Mr l'Abbé Bidal
, quia eſté Reſident pour
le Roy à Hambourg. Il eſt Frere
de feu Mrle Baron d'Asfeld ,
qui a défendu la Ville de
Bonn.
Mr Cottin , Curé de Marly ,
a eſtépourveu de l'Abbaye
de Clairfais , & Mr Ricard ,
Directeurde la Communauté
Royale de Saint Cirja eu celle
de Billion .
Le Roy a fait choix du Pere
Henry Denis , Religieux de
Saint Aubertde Cambray,pour
le faire Abbé Regulierde cette
meſmeMaiſon ,& Dame Victo
re- Christine Dauverdes Marets
,a eſté faite Abbeſſe du
GALANT .
137
Mont- NoſtreDame de Provins
Elle eſtoit Superieure de cette
Communauté,& Soeur de la défunte
Abbeffe de cette Maiſon .
Sa Majesté a eu égard à la
pieté de tous ceux que je vous
nomme , en les pourvoyant de
ces Abbayes.
Il n'y a point de moyen plus
ſeur pour réüffir en amour, que
de ſçavoir bien aimer. La veritable
tendreſſe tient lieu du
plus grand merite , & pourveu
qu'o puiſſe venir à bout de perfuader
quelesaſſeurances qu'on
endonne ſont ſinceres, le coeur
leplus fierſe laiſſe gagner . On
peut dire meſme qu'il ſe rend
avecd'autant moinsde peine ,
que ce genre de merite eſt devenu
rare,&quela plupart des
hommes font gloire aujour138
MERCVRE
d'huy d'eſtre trompeurs. Un
Cavalier qui faifoit ſa principale
vertude la bonne foy ,
& qui ayant paſſe juſques à
trente ans à étudier les defauts
des autres pour s'empercherd'y
tomber , eſtoit forty
de cet âge où le feu de la jeuneſſe
ſemble autoriſer beaucoup
de folies, il eur quelque
penſée de ſe marier ,& s'attacha
pour cela auprés d'une
Veuve qui par fa conduite ,
toujours reguliere , s'eſtoit acquis
une eſtime generale. Il
fut écouté favorablement ,&
les foins qu'il luy rendit luy
faiſant connoiſtre que fon
ecoeur eſtoir touché , eurent le
fuccez qu'il en avoir attendu .
La Dame ſe monſtra ſenſible
à fa paffion , & une Amic
qu'elle confultoit en toutes
GALANT.
139
choſes , ayant approuvé fon
choix , il ne futplus queſtion
que de dreſſer le Contrat de
mariage. Les Articles ne furent
pas difficiles à regler. Le
Cavalier l'en laiſſa maiſtreſſe
&ne voulant du bien que
pour ella,il ne chercha que
ace qui pouvoit luy faire plaifir.
Desmanieres ſigenereuſes
&fi deſintereſſées redoublant
l'eſtme qu'elle avoit pour luy ,
augmenterentenmeſmetemps
fon amour ,& ileut peut- eſtre
été malaiſé de voir une liaiſon
plus tendre que celle que la
ſympathie de leurs humeurs
forma entre eux en fort peu de
temps. C'eſtoit en l'un & en
l'autre beaucoup de douceur&
3
d'honneſteté ,& fans qu'il y
euſt ny d'empire pris , ny de
complaiſance trop ſoumiſe 2
140
MERCVRE
ils ſe rencontroient toujours
dans les meſmes ſentimens ,
&ne ſouhaitoient qu'une mefme
chofe . Ainſi l'Amie de la
Dame l'eſtant auſſi devenuë du
Cavalier, n'avoit point à craindre
d'eſtre employéeà prononcer
ſur ces petits differends qui
ont coûtume de naitre entre les
perſonnes qui s'aimentleplus.
Ils n'avoientjamais àluy parler
que du plaifir qu'ils prenoient
à ſedonner des marques d'une
vraye tendreſſe , & le Cavalier
fur tout s'en expliquoit
ravecelle d'une maniere fi vive
, que charmée des ſentimens
qu'il luy découvroit , &
toujours plus penetrée de ſes
bonnes qualitez , elle ne ceffoit
d'applaudir la Veuve fur
fon heureuſe fortune. Le jour
eſtoitpris pour le mariage , &
GALANT. 141
le Cavalier qui le voyoit proche
, monſtroitune joye qu'on
ne sçauroit exprimer , quand
la Dame tomba toutàcoup dans
un mal preſſant qui fut jugé de
voir eſtre long , s'il n'eſtoit pas
dangereux . Ce fut pour lui un
accablement qui alla juſqu'à
l'excez . Il fit venir Medecins
fur Medecins , comme ſi le
nombre euſt de avancer ſa guerifon
, mais tout leur Art fut
une reſource qu'il employa
inutilement.La malignité de la
maladie l'emporta fur les remedes
, & il fallut changer
l'appareil des noces en celuy
des funerailles . Rien n'eſt
comparable à la douleur que
fit voir le Cavalier. Il ne la
foulagea point par de vains
regrets , ny par cette abon
dance de larmes que les yeux
142 MERCVRE
fourniſſent dans les afflictions
mediocres ; il en fut entieres
ment occupé , & parut pendant
quelques jours comme
privé de tout ſentiment. On
avoit beau luy parler , il ſembloitne
rien entendre de tout
ce qu'on luy diſoit,& les yeux
diſtraits marquoient je neſçay
quoyde funeſte qui faisoit peineà
tous ceux qui jugeoientde
la grandeur de ſon déplaifir,
par la connoiſſance qu'ils avoient
de l'excez de ſon amour.
Enfin quand à force de le plaindre
ſes Amis l'eurent engagé
à s'expliqueravec eux du triſte
eſtat où il ſe trouvoit reduit ,
ſes pleurs commencerent à
couler , & il leur dit enſuite
les choſesdu monde les plus
touchantes fur la perte qu'il
venoit de faire. On n'adou
GALANT.
143
cit ſadouleur qu'en l'approuvant
dans toute ſa violence ,
& comme il vouloit qu'elle
fuſt connuë de tout le monde
, quoy qu'il fuſt contre
l'uſage d'en donner publiquement
des marques exierieures
, il prit le deuil , & le
fit prendre à ſes gens , comme
fi le mariage avoit eſté accomply
, &qu'il euſt veritablement
perdu ſa Femme , non pas une
Maiſtreſſe. Vous jugez bien
qu'il renonça àtous les plaiſirs,
& qu'il n'y eut rien pour luy
de plus agreable que la folitude.
Il ne la rompoit que pour
certaines perſonnes avec quiil
pouvoit s'entretenir ſans contrainte
, de ce qui eſtoit gravé
fi profondement dans ſon ſouvenir.
Il voyoit ſurtout l'Amic
de la Veuve , & alloit ſouvent
144 MERCURE
pleurer avec elle ceque ſes lar
mes ne pouvoient luy rendre.
Elle admiroit tous les jours de
plus en plus la conſtance d'un
amour qui ſembloit braver la
mort , & dont le temps n'avoit
encore pû amoindrir la force ,
Il y avoit déja plus d'un'an qu'il
paſſoit ſa vie dans les ſoupirs
toujours remply de ſa chere
veuve , & en parlat à tous ceux
qui avoient encore quelque
commerce avec luy. Enfin
ſe trouvant un jour avec une
Dame en qui il avoit de la
confiance , & qu'il ne pouvoit
ſe diſpenſer de voir quelquefois
, aprés qu'elle eut
écouté à l'ordinaire ce qu'il
avoit à luy conter de lugubre ,
elle tâcha de luy inſpirer
d'autres ſentimens que ceux
qui l'entretenoient dans les
refle
GALANT, 145
reflexions chagrinantes qu'il
faifoit ſans ceſſe. C'eſtoit une
de ces Femmes qui ſont nées
pour obliger , & qui n'aimane
que la joye , ne peuvent ſouf,
frir que leurs Amis ſouffrent.
Elle luy dit agreablement que
l'Amie de ſa défunte Maiftreſſe
, à qui il rendoit de ſi
frequentes viſites , avoit une
Fille toute aimable , & bien
plus capable que la Mere ,
d'adoucir ſes déplaiſirs qu'-
elle avoit du bien , de l'eſprit ,
de la ſageſſe , & que s'il vouloit
la croire , au lieu de ſoupirer
pour une Ombre qui ne
pouvoit luy en ſçavoir aucun
gré ; il ſoupireroit pour une
jolie Perſonne qui pouvoit
luy rendre ſoupirs pour fou.
pirs ; que la premiere année
de fon deüil eſtoit expirée ,
Nov. 1690 .
G
146 MERCVRE
& que les pleurs ne nous
pouvant redonner ce qui eſtoit
perdu ſans reſſource , il falloit
laiſfer les Morts en paix , &
chercher à vivre avec les Vivans.
Le Cavalier rejetta d'abord
cette propoſition comme
un crimede leze memoire dont
il eſtoit incapable,& pretendit
qu'il eſtoitdeſon honneur de
preferer le ſouvenir de la Veuve,
quelque inutile qu'il fuſt,à
tout ce que pouvoit avoir de
douceurs le mariage le mieux
aſſorty ; mais la Dame , qui
joignoit à l'enjouëment toute
l'adreſſe qui est neceſſaire pour
réuſſirdans une entrepriſe ,le
tourna fi bien de tous coſtez ,
qu'elle luy fit avouer que la
Demoiſelle dont elle parloit
avoitun merite fingulier , &
qu'il croyoit qu'un Mary ſe-
4
GALANT
147
roit heureux avec elle. Elle
l'engagea inſenſiblement à
raiſonner fur tous les obſtacles
qui ſe pouvoient rencontrer
dans cette affaire , & celuy
qui l'embaraſſoit le plus
s'il avoit à y ſonger , c'eſtoit
le perſonnage d'Amant où il
faudroit ſe reſoudre pour
s'acquerir le coeur de la Belle ,
&qu'il luy ſeroit honteux de
faire aprés avoir paru fi longtemps
inconfolable. La Dame
n'eut pas de peine à luy
applanir la difficulté. Elle luy
dit qu'il feroit juſte qu'on le
diſpenſaſt des formalitez accoûtumées
; qu'il ſuffifoit qu'il
ſeeuſt bien aimer pour eſtre
aſſeuré de plaire , & qu'un
homme qui avoit pleuré une
Maiſtreſſe pendant plus d'un
an , devoit eſtre cru plein,
G2
148 MERCVRE
+
4
d'amour ſur ſa parole , en
quelque lieu qu'il ſe declaraſt ,
ſans qu'on fuſt en droit d'en
exiger de plus grandes preuves
; qu'elle ſe chargeoit de
tout , & qu'elle eſtoſt ſeure
qu'on ne demanderoit point
de plus forte caution des afſurances
qu'elle donneroit
pour luy , que ſa conſtance qui
eſtoit connue. Le Cavalier ne
donna point ſon conſentement
àce que la Dame ſe montroit
preſte à faire pour luy , mais
auſſi il ne luy dit rien pour l'en
empeſcher. Ainfila Dame alla
trouver dés le lendemain la
Mere de la jeune Demoifelle
, & luy découvrit la penſée
qu'elle avoit cuë. Elle la trouva
dans des diſpoſitions ſi favorables
pour le Cavalier , par
toute la connoiſſance qu'elle
GALANT.
F49
avoit de fon merite , qu'il ne
fut plus queſtion que de ſçavoir
ſi ſa Fille n'auroit point
d'averſion pour ce mariage.
Elle n'en marqua aucune , &
comme elle avoit l'eſprit ſo .
lide , tout avoit contribué à
la détromper de ces jolis hommes
, qui fiers du brillantde la
jeuneſſe, en regardent les defauts
comme des vertus utiles
à pratiquer. Sa beauté & les agrémens
de ſa perſonne luy avoient
attiré depuis deux ans
cing ou fix Amansde cette ef
pece,quitous,plus fous lesuns
queles autres, avoient déſerté,
aprés avoir fait paroiſtre des
tranſports d'amour au delà de
toutcequ'on peut s'imaginer.
Leur conduite évaporée , & le
peude fermeté qu'ils avoient
eu à ſoûtenir leurs premieres
4
G3
150 MERCVRE
proteſtations , luy avoit fait
voir avec 'admiration la fidelitédu
Cavalier , que la mort
meſme ,malgré l'averſion que
l'on a pour tout ce qui peut
en offrir l'image , avoit eſté
incapable d'ébranler. Des fentimens
ſi peu ordinaires l'avoient
portée à l'eſtimer , &
dela manierequ'elle en eſtoit
prévenuë , fon coeur n'avoit
pasbeaucoup de chemin à fai .
re pour aller juſqu'à l'amour.
Tout ſe trouvant ainſi diſpoſé,
laDame qui avoit commencé
ànouer l'intrigue , laconduifitavec
tant d'adreſſe , que le
Cavalier fut obligé de ſouf.
crire à tout. Il eſtoit en commerce
d'amitié avecla Mere ,
il ne s'agiſſoit que d'aimer
la Fille d'une maniere plus,
tendie Eine pouvoit dif
LYON
BIB
*
1893*
E
GALANT.
15
convenir qu'elle n'en fuſt digne
.La ſeule crainte, qui le
retenoit , c'eſtoit de montrer
trop de foibleffe , & la Dame
l'affranchit de cette eſpece
de honte en luy épargnant
la peine de ſe declarer. Elle
dit pourluy tout ce qu'il auroit
dû direzla Mere agréa,&la Fille
conſentit, en forteque comme
il eſtoitdéja accouſtumé à
les voir ſouvent,il ne futpoint
engagé à rendrede plus grands
foins,mais feulement àdonner
àl'entretien une plus doucematiere
. On luy permit toutefois
den'en pas changer toujours
, & quand il laiſſoit é-
Veuve , on applaudiffoit au
chaper le nom de ſa chere
plaifir ſenſible qu'il témoignoit
prendre à s'en ſouvenir
Enfin la. Belle ayant adoucy
G4
152 MERCVRE
د
les triſtes idées qu'il en conſervoit
, il luy fit paroiſtre
tout ce que l'amour le plus
délicat a de touchant &
comme elle eſtoit fort convaincuë
qu'il ſçavoit mieux
aimer que tout autre , elle y
répondit d'une maniere done
il eut tout lieu d'eſtre content.
Cette paffion prenant tous les
joursde nouvelles forces dans
P'un && dans l'autre,la Mere jugea
apropos de ne pas attendre
plus long-tempsafaire le mariage
, mais ce n'eſtoit pas aſſez
que cette affaire luy pleuſt , il
falloit encore que fon mary
l'approuvaſt , & toute l'adreſſe
qu'elle ſcent mettre en uſage ,
n'en pût obtenir le conſentement
dont elle s'eſtoit flatée.
Ce n'eſt pas qu'il n'eſtimaſt
fort le Cavalier ; il en con.
GALANT.
153
noiffoit tout le merite , mais
foit que n'ayant regardé jufques
alors ſes viſites affiduës
que comme celles d'un homme
qui venoit ſe conſoler
chez des perſonnes Amies ,نا
fuſt fafche qu'on cuſt pouffé
les choſes ſi loin ſans l'en
avoir confalté , foit: qu'il eût
des veuës plus avantageuſes
pour ſa Fille qui estoit uni
que , il s'obſtina , malgré les
conſeils de tous ſes Amis,d
ne vouloir point entendre
parler de ce mariage. Il fallut
mefme pour le contenter , que
le Cavalier s'abſtinſt de venir
chez luy. Cette contrainte luy
auroit eſté inſupportable ſi la
Belle qui partageoit fenfible.
ment ſes chagrins , ne luy eufit
promis une conſtance à l'é
preuves de toutes fortes d'at+
taques. Elle tâcha pendants
G
C
154
MERCVRE
quelque - temps par ſes complaiſances
d'adoucir l'eſprit aigry
de fon Pere , & voyant
qu'il s'obſtinoit à luy propoſer
toujours quelque autre party,
elle crut ne pouvoir rien faire
de mieux pour ſe tirerde l'embarras
du refus , que de s'enfermer
dans un Convent.ll fut
fort ſurpris d'apprendre qu'elle
s'y eſtoit retirée , & alla luy
demander auſſi toſt ce qui avoit
pû l'obliger d'en uſer
ainfi . La Belle luy réponditque
puis qu'elle estoit aſſez malheureuſe
pour ne pouvoir plus
conſerver fans luy déplaire
l'engagement que le merite &
la maniere d'aimer du Cavalier
luy avoient fait prendre ,
elle ſe vouloit détacher 'du
monde ; qu'il eſtoit vray qu'el-
Jene ſe ſentoit point encore
GALANT.
155
une vocation affez forte pour
fonger ſi - toſt à changer d'habit
, mais que files exemples
de ferveur & de pieté qu'elle
auroit devant les yeux àtoute
heure , ne luy en pouvoient
inſpirer l'envie , elle eſtoit du
moins fort refoluë de paſſer ſes.
jours dans cette retraite , où
elle vivroit tranquillement, &
fans aucun trouble de coeur ny
d'eſprit. Elle dit cela d'un ton
fi ferme , que comme elle tinct
le meſme langage pendantplus.
d'un mois , le Pere craignit
qu'elle ne ſe fiſt Religieuſe,
L'extrême tendreſſe qu'il avoitt
pour elle ne pouvoit s'accommoder
de cet eftat , quelque
parfait qu'il puſt eſtre , & n'ayant
aucun ſujet raiſonnable
de ne pas vouloir le Cavalier
pour fonGendre,il aima mieuxx
G60
156 MERCURE
renoncer à l'empire paternel
qu'à la ſatisfaction de pouvoir
enfin marier ſa Fille. Vous jugez
bien qu'aprés qu'il luy eut
promis le conſentement qu'il
lay avoit toujours refuſé , il
n'eut pas de peine à la tirer du
Convent. Le mariage ſe fit peu
de jours aprés ,&on peut dire
qu'il n'y en a pointde plus heureux,
puiſque rien n'approche
de l'union qui s'y trouve.
Le Sr Chevillard qui a mis
au jour la Carte des Armes des
Archeveſques & Eveſques de
France , vient de donner au
Public celle des Armes des
Chanceliers & Gardes des
Sceaux, depuis le regne de S.
Loüis juſqu'à celuy de Sa Majeſté
, commençant à Frere
Guerin , Chevalierde S. Jean
de Jerufalem , & Evefque de
GALANT. 157
,
en
Senlis . Il ſe rencontre ſous le
Manteau cent cinq Ecuffons ,
dont il y en a trois des Rois
Henry IV . Loüis XIII. &
Louis XI V. qui ont tenu les.
Sceaux par eux- meſimes
faiſant ſceller les Arreſts ob
tenus par leurs Sujets, auſquels.
ils rendoient la juſtice en Peres.
Les cent deux autres Ecuf
ſons font d'autant de grands
Perſonnages , choiſis par nos
Rois , pour remplir cette premiere
Charge de la Juſtice, II
yena deux qui ont eſté Papes
Martin IV. Chancelier, & Clea
ment VI . Garde des Sceaux.
Cedernier eſtoit de la Maiſon
de Roſiers , alliée à celle de
Ganillac. Il y en a auſſi douze
Cardinaux illuftres égalemene
par leur naiſſance &par leur
merite , vingt ſix, tantArche
158 MERCURE
و
veſques qu'Eveſques , & pluſieurs
autres Perſonnes confiderables
d'Epée , & de Robe..
Chaque Ecuffon eft couvert
des ornemens qui conviennent
à leurs caracteres , & l'on
diftingue les Chanceliers par
les Mortiers, & les Gardes des
Sceaux par le Caſque & les
Lambrequins . Cette Carte
qui eſt dediée à M. le Chance--
lier Boucherat, ſe vend chez
l'Auteur , ruë, du Four , Faux
bourg Saint Germain, au Chariot
d'or , & chez le ſieur Guerout
Libriare , Salle neuvedus
Palais . Pour la Carte du Blaſon
du Clergé qui a eſté donnée
au public par le meſme
Auteur , on travaille à la graver
de nouveau pour la rendre
plus exacte . le vous en parlay
dans le temps qu'elle commen--
ça à paroiſtre..
GALANT. 139
L'Effence Styptique pour
arreſter le ſang , inventée
par Mr Denis Medecin , a
fait tant de bruit depuis uns
fort grand nombre d'années,
que je ne vous en parle aujourd'huy
qu'afin de vous
faire part de ce qu'elle vient
deproduirechez Mrle Boults ,
Maistre des Requeſtes , où le
fieur de Frouville ſe trouvant
preſſé d'un mal de teſte continuel,
appella un Chirurgien,
& ſe fit ouvrir l'artere de
la temple. L'ouverture fur
grande , & la ſaignée fort
bien faite , mais comme le
Ling qui s'écouloit à travers
les comprefles & les bandes ,
fit remarquer quelques jours
aprés , que l'artere n'eſtoit
pas refermée , trois Chirur
giens y travaillerent pendant
ةح
160 MERCURE
CE
un mois l'un aprés l'autre ,,
& ils y frrent divers bandages
, avec les applications du
bouton ordinaire du Vitriol
&les emplaftres deBole, cequi
ne put empefcher que l'Anerriſme
ne ſeformaſt , & que le
fang ne fiſtde frequentes éruptions.
Enfin on fut obligé d'avoir
recours à l'Effence Stypti.
que, & fitoſt qu'on en eut mis
quelque goutes avec une compreſſe
ſur l'artere, elle ſe ferma,
&on n'ena point veu depuis
fortir de ſang , la playe s'eſtant
touta fait cicatriſée. On s'eſt
fervy dela meſme Effence avec
fuccez pour arrſter le ſang de
la Mere le Févre , âgée de
foixante & treize ans , ancienne
Superieure des Religieuſes
de Sainte Catherine , à qui un
Chirurgien , en la faignant
GALANT. 161
du bras , avoit ouvert l'artere
au lieu de la veine , en forte
qu'on eſtoit preſt de luy
faire l'operation facheufe de
l'Aneuriſme , qui avoit eſté
reſoluë par les Chirurgiens
que l'on avoit confultez fur
cetaccident. Ce fut en 1673 .
que cette Effence futinventée
parM. Denis . Il en fie quantité
d'experiences dans des confe
rences publiques qu'il faifoit
alors , dans l'Academie Royale
des Sciences & à la Cour mefme,
en prefence de Monſeigneur
leDauphin. Le bruit que
firent ces experiences & lare.
putationqu'ellesluy acquirent
furent cauſe que Charles II..
Roy d'Angleterre le manda
pourvoir les effets ſurprenans
de cette Effence,& aprés qu'il
l'eut veu reüſſir parfaitement
fur pluſieurs arteres ouvertes,
162 MERCVRE
2
fur des bras & des jambes de
pluſieurs bleſſez qu'on eſtoit
obligé de couper fur des
Mamelles qu'on extirpa pour
en arracher des Cancers , Mr
Denisluy en communiqua le
fecret. Sa Majeſté Britannique
la fit preparer en fa prefence
dans ſon Laboratoire , & en
envoya fur tous les Vaifſeaux
de ſa Flotte . Les Chirurgiens
ſauverent par l'uſage de cette
eau une infinité de bleſſez qui
feroient morts en perdant tout
leur fang. On s'en eſt depuis
ſervy fort heureusement en
Francepourdes ſaignemens de
nez qu'on ne pouvoit arreſter
par d'autres remedes , pour des
crachemens de ſang , des ſaignées
où l'artere ſe trouvoit
picquée , pour des jambes &
des bras coupez , & pour des
GALANT. 163
femmes groſſes bleffées ..
Il auroit eſté à ſouhaiter
qu'on eutpû trouver quelque
remede auſſi infaillible pour
guerir M. le Marquis de Seignelay
, qui depuis quelques
années avoit une ſanté affez
imparfaite , & ſouvent interrompuë.
Il eſt mortà Verſailles
le 3. du mois , dans l'un
des quatre Pavillons deſtinez
aux quatre Secretaires d'Etat,
Ce fut M.de la Mothe Fene
qui luy annonça qu'il n'avoit
plus que fort peu de temps à
vivre ,ce qui le devoit d'autantplus
ſurprendre, que deux
jours auparavant ayant tra
vaillé huit heures avec fes
Commis , il s'eſtoit cru entie
rement échapé. Il receut cette
nouvelle avec toute la refigna
tion poffible , & fit un adicu
164 MERCURE
tres touchant à Madame de
Seignelay , quiaeſté affligée
de cette mort au delà de tour
ce qu'on en peut croire. Son
corps ayant eſté ouvert ,onluy
a trouvé une douzaine de
petites glandes extremement
dures dans la poitrine .& quel
ques autresqui commençoient
à ſe former, dans les reins . H
avoit le poumon attaché aux
coſtes , & tout fon fang eſtoit
congelé. Son eſtomac eſtoit fi
dur , qu'on a eu de la peine à
Lentamer. Il eſtoit Fils de feu
Meſſire Jean Baptiste Colbert.
Miniſtre & Secretaire d'Etat,
dont les grands ſervices rendus
à Sa Majesté , par le rétabliffement
de ſes Finances , feront:
toujours un fort grand ſujet de:
gloire pour ceux de cette Maifon
, Mr le Coadjuteur de
GALANT.
165
Roüen,MrleMarquis de Blainville,
Grand- Maiſtre des Cere.
monies , & Mr l'Abbé Colbert,
font les ſeuls Freres qu'il laifſe
, Mr le Bailly Colbert , &
Mr le Comte de Sceaux ayant
eſté tuez dans les deux dernieres
Campagnes,l'un &l'autre
à la teſte du Regiment de
Champagne , dont ils ont eſté
Colonels ſucceſſivement. Mr
le Marquis de Seignelay avoit
eſté marié deux fois; la premiere
à Mademoiselle d'Alegre,riche
Heritiere , dont il n'eut
qu'une Fille , qui mourut peu
de temps aprés qu'elle fut née ,
de forteque toat ce grand bien
eſt retourné aux Heritiers de la
Maiſon d'Alegre. Son fecond
mariage a eſté avec Mademoiſelle
de Matignon , d'une
Maiſon auſſi illuftre par elle
+66 MERCVRE
meſme , que par les grandes
alliances qu'elle a faites . Elle
eſt originaire de Bretagne , où
elle avoit le nom de Gouyon .
Elle le changea pour celuy
de Matignon , qui estoit
ancien dans la Famille de
Marguerite de Mauny , Dame
de Thorigny en Normandie
, qui épouſa Jeande
Gouyon. Jacques de Matignon
. Comte de Thorigny ,
Maréchal de Fance , Chevalier
des Ordres du Roy , &
Gouverneur deGuienne , rendit
de tres -grands ſervices à
l'Etat , & laiſſa de Françoiſe
deDaillon,Fille aiſnée de Jean
Comte de Lude , Odet de Matignon
, Comte de Thorigny ,
Chevalier des Ordres du Roy,
&Lieutenantgeneral auGouvernement
de Normandie,qui
GALANT.
167
د
ſervit auxCombats d'Arques,
d'Ivry & aux Sieges de
Roüen , de Lisieux , d'Alen.
çon , de Laon & de Dijon .
Charles de Matignon , Che
valier des Ordres du Roy , &
Lieutenant general en Baffe-
Normandie , épouſa en 1596.
Eleonore d'Orleans, Fille puifnée
de Leonor , Duc de Longueville
, & il en eut entre
autres Enfans François de
Matignon , Comte de Thorigny
& de Gaffé , Marquis
de Lonré , Chevalier des Ordres
du Roy , & Lieutenant
general en Baſſe- Normandie .
Ce dernier fut Pere de Henry
de Matignon, Comte de Tho
rigny , Lieutenant general en
Bafle Normandie qui de
Françoiſe le Tellier , Fille unique
& Heritiere de François
د
468 MERCVRE
Sr de la Luthumiere,a eu plufieurs
Enfans . Madame la
Marquiſe de Seignelay eſt
ſa Fille. Elle eſt demeurée
Veuve avec cinq Garçons
dont l'aiſné , que l'on appelle
Marquis de Lonré,âgé de ſept
àhuit ans, vient d'eſtre receu
en ſurvivance de la Charge de
Maiſtre de la Garderobe , que
poſlede Mr le Marquis de la
Salle.
Mr de Seignelay avoit eu
toutes les Charges & tous les
Emplois de feu Mr Colbert ,
à l'exception de la Surintendance
des Baſtimens , qui fut
donnée à Mr de Louvois , &
il fut fait Miniſtre d'Etat il
ya environ un an.On ne peut
guere l'eſtre plus jeune , puis
qu'il n'eſtoit encore que dans
ſa trente - huitième année.
Tout
GALANT. 169
Tout cela eſtant demeuré
vaccantpar ſa mort,le Roy qui
connoiſt parfaitement toute
l'étenduë da genie de ceux qui
ontl'honneur d'approcher ſouvent
de ſa Perſonne , fatisfait
des ſervices que Mr de Pontchartrain
luy renddans l'adminiſtration
de ſes Finances,& le
jugeant capable d'exercer encore
des Emplois plus importans
, l'a declaré Miniſtre d'Etat
, & luy a donné en meſme
temps la Charge de Secretaire .
d'Etat,qui eſtoit à remplir , avectoutes
ſes dépendancesſur
ce qui regarde la Marine ,&
laGarde des Pierreries de la
Couronne. On peut dire que
ce choix a eſté applaudy de
toute la France , & qu'il n'y
a perſonne qui n'ait veu avec
plaifir une ſi grande Charge
Νου. 1690 .
H
170
MERCVRE
rentrer dans la branche par
laquelle elle a commencé à
eſtredans cette Maiſon. Paul
Phelyppeaux , Seigneur de
Pontchartrain , Aycul de Mr
le Contrôleur General , ayant
eſtéhonoré par le Roy Henry
le Grand d'une ſemblable
Charge , qu'il exerça avec
gloire& avee diſtinction jufqu'en
1621. qu'il mourut à
Caſtel Sarrafin âgé ſeulement
decinquante-deux ans , ayant
ſuivy le Roy Loüis XIII . au
Siege de Montauban . Remond
Phelyppeaux ſon Frere ,
Seigneur d'Herbaut , luy fucceda
dans l'employ de Secretaire
d'Etat , le s . Novembre
de la meſme année , & n'ayant
pû reſiſter , à cauſe de ſon
grand age , aux fatigues du
Voyage que le Roy fit en Italie,
GALANT .
171
durant, une ſaiſon tres facheuſe
, Il mourut à Suze le 2. May
1619. Louis Phelyppeaux ſon
Fils , Seigneur de la Vrilliere
&deChasteau - neufſur Loire,
fut trouvé digne de remplir ſa
Charge , dont on luy accorda
les proviſions le ſeiziéme Juin
ſuivant. Louis Phelyppeaux,
ſon aîné , fut receu Secretaire
d'Etat en ſurvivance le 15 .
Avril 1654.& en 1669. Balthazar
Phelyppeaux , Marquis de
Chasteauneuf , puiſné de
Louïs , fut encore receu en
furvivance de la meſme Charge
, qu'il exerce aujourd'huy
ſi dignement. Ainfi Mr de
Pontchartrain qui vient d'avoir
celle que Mr de Seignelay
poſſedoit , eſt le ſixiéme du
nomde Phelypeaux qui en ait
eſté pourveu , & par ec choix
Ha
1472 MERCURE
-de SaMajesté il ſe trouve preſentement
deux de ces importantes
Charges dans cette
Maiſon . T
Mr de Louvois a eſté nome
mé Ordonnateur des Fortifications
des Places Maritimes ,
& des anciennes Fortifications
, qui font un certain
nombre de Places qui estoient
demeurées à Mr de Seignelay ,
parce que feu Mr Colbert les
avoit.Il a eſté auſſi fait Grand
Maiſtredes Haras ,& Directeur
de la Manufacture des Draps.
Sa maniere & la facilité avec
laquelle il s'acquite des grands
emplois dont il plaiſt au Roy
de ſe repoſer ſur luy , fait voir
avec quel heureux fuccés il
peut foutenir le poids des affaires.
La Charge deCommandeur
GALANT.
173
&Grand Treſorier des Ordres
du Roy , qu'avoit le meſmeMr
de Seignelay , a eſté donnée à
Mr le Marquis de Croiſſy , fon
Oncle , Ministre & Secretaire
d'Etat.
Voicy les noms de quelques
Perſonnes distinguées qui font
auffi mortes ce mois - cy.
Mr le Marquis de Marcilly..
Il eſtoit d'une des meilleures
&des plus anciennes Maiſons
deChampagne , Neveu de feu
Mrle Maréchal de Schulemberg
, & le plus ancien LieutenantGeneral
des Armées du
Roy. Il avoit fervi fort longtemps
en Catalogne , où il
épousa une Veuve tres-riche,
& de la premiere qualité du
_ Pays. Il eſtoit Frere de M. le
Vicomte de Marcilly Gouverneur
& Capitaine du Bois de
H3
174
MERCVRE
Boulogne,& de Mademoiselle
de Marcilly , fameuſe par ſa
picté.
Mr le Comte deJarnac,Chef
du Nom & des Armes de la
Maiſon deChabot , qui a donné
de ſi grands hommes à l'Eſtat.
Elle eſt connuë depuis
Guillaume Chabot, qui vivoit
en 1040. Louis Chabot mort
en 1422. avoit épousé-Marie
de Craon, Dame de Montcontour
& de larnac. Renaud
Chabot fon Fils , Sicur de Iarnac
, cut de François de laRochefoucaud
, Renaud II.marić
à Ifabelle de Rochechouart ,
Dame de Brion. De ce mariage
fortit lacques Chabot ,
Sieur de larnac & de Brion ,
qui de Madeleine de Luxembourg,
Fillede Thibaut , Sieur
de Fienne , laiſſa Charles Cha-
A
A
1
GALANT.
175
F
bot Sieur de larnac, Chevalier
de l'Ordre du Roy,Pere deGuy
Chabot , Chevalier du meſme
Ordre. Ce fut aceluy- cy que
le Roy Henry II. permit ce
fameux Combat en champ clos
qu'il fit en 1547. dans le Parc
de S. Germain en Laye , conare
François deVivonne,Sieur
de la Chastaigneraye . Aprés
qu'il eut gagné la Victoire , il
parla fi fagement , que le Roy
le fit monter ſur l'Echafaut où
il avoit eſté témoin du combat
pour luydire , qu'ilavoit combatu
en Cefar , & parlé en Ciceron.Il
mourut dans un âge extrêmement
avancé , laiſſant Leonor
Chabot,Comte de larnac, qui
épouſa Marguerite de Durefort,
& en eut Guy Chabot II .
du Nom , Comte de larnac , qui
pricalliance avec Marie dela
H4
176 MERCURE
Rochefoucaud .L'Aîné de leurs
enfans fut Louis Chabot , qui
ayant épousé Catherine de la
Rochebeaucourt , laiſſa pour
Fils Guy Henry Chabot ,
Comte de larnac. Celuy - cy
s'allia avec Marie Claire de
Crequi ,Fille d'Adrien,Sieurde
la Creffonniere ,& fut Perede
Mr le Comte de larnac qui
vient de mourir , & qui avoit
épouséla Scoeurde Monfieur le
Prince de Guimene , Dame
d'Honneur de Mademoiselle.
JacquesChabot queje vous ay
dit avoir épousé Madeleine de
Luxembourg , en cut un fecond
Fils ; ſçavoir Philippes
Chabot , Amiral de France ,
qui a fait la branche des Comtes
de Charny , & Marquisde
Mirebeau.
Mr le Comte de Bethune.
-
GALANT.
177
Il eſtoit ainé du Marquis du
meſme Nomqui eſt en Pologne
, & avoit épousé Marie-
Anne Dauvet des Marets
. le vous ay ſi ſouvent
parléde la Maiſon de Bethu
ne,queje nevousen diray rien
naujourd'huy..
Dame Eleonor de Volvires ..
Elle estoit Fille du Marquis
de Ruffec , & veuve de Meffire
François de Laubeſpine
de Chasteauneuf, Marquis de:
Hauterive , LieutenantGeneraldes
Armées du Roy ,General
de l'Infanterie Françoiſe:
aux Pays Bas , &Gouverneur
de Breda,qui mouruten 1670..
âgé de 84. ans . Mrde Laubefpine,
Garde des Seaux de Fran--
ce , eſtoit ſon Frere. Sa Veuve
eſt morte dans ſaquatre vingtfixième
année , ayant fait voir
H
178 MERCVRE
juſqu'au dernier moment de ſa
vie une grande fermeté d'efprit
, &une pieté ſolide. Elle a
cu trois enfans,qui ſontMr le
Marquis de Chaſteauneuf fur
Cher , Madame la Ducheſſede
Saint Simon,&Madame la Marquiſe
deChanvalon,Veuve de
MrleMarquis deChanvallon,
Neveude Mr l'Archeveſquede
Paris.
Dame Marie Madeleine de
Suramond ,Fille de feu Loüis.
de Suramond , Preſident des.
Treſoriers de France en Auvergne
, & deMarie Chaſſebras
,& Veuve de Meſſire Nicolasle
Clerc de Leſſeville ,,
Seigneurde Thun & le Mefnil,
Maistre des Comptes. Elle
laiſſe deux enfans , ſçavoir
Meffire Nicolas le Clerc de
Leffeville , Seigneur du Mek
GALANT.
1791
nil, Preſident en la cinquième
Chambre des Enquestes , &
Dame Anne le Clerc de Leffeville,
Femme de Meſſire Guillaume
de Seve,Premier Prefidentau
Parlementde Mets.Feu
Mr de Leſſeville eſtoit Frene
d'Eustache de Leſſeville,Evef
quede Couſtance ,&Fils de
Nicola le Clerc de Leſſeville,,
Doyen des Maistres des Comptes
à Paris. Ic vous ay parlé:
dans mes autres Lettres de tous
ceux de cette Famille.Leſſeville
ported'azuràtrois Croiſſans monzant
d'or , à la bordure endentée
demesme.
د
Dame Elizabeth du Pré ,,
Veuve de Meffire lacques
Amelot , Marquis de Mauregard
, Amelot le Meſnil , &
la Planchette , premier Prefident
en la Cour des Aides..
S
180
MERCVRE
১.
Elle a eu deux Fils & une
Fille. Les Fils font lacques
Charles Amelot , premier Pre
fident de la Cour des Aides
mort ſans alliance , & Charles
Amelot , Marquis de Mauregard
Amelot , Seigneur du
-Meſnil & la Planchette à preſent
Preſident en la troiſieme
Chambre des Enquestes du
Parlement de Paris. Feu Mre
Jacques Amelot , premier Preſident
en la Cour des Aides . ,
eſtoit Fils de lacques. Amelot ,
Seigneur de Carnetin , Mauregard
Amelot & le Meſnil
Preſident aux Requeſtes du
Palais , & Petit- fils de Jean
Amelot , Maiſtre des Requeſtes
& Preſident aux Enqueſtes
du Parlement de Paris.
Cette Famille de Amelot qui
adonné des Archeveſques
د و
GALANT. 18
P grand nombre de Maiſtres des.
Requeſtes Preſidens & Conſeillers
au Parlement , Grand
Confeil , & autres , Compa-
-gnies Superieures a fait trois
Branches. La premiere eſt celle
des Marquis de Mauregard-
-Amelot; la ſeconde celle des
Marquis de Gournay , & la
troifiéme , celle des Seigneurs.
de Chaillou & Bifeüil. Elle
porte d'azur à trois coeurs d'or
furmontez d'un. Soleil de même..
Quand je vous parlay. le
moispaſſéde la mort de Mr.
leDuc de Luynes , je ne ſcavois
point qu'il avoiteu d'autres
Filles que feu Madame
laPrinceſſe de Guimené ,Madame
la Princeffe de Bournonville,
& Madame la Comteffe
de Veruë . Il y en a une
quatrième , quis'appellelean
:
182 MERCVRE
ne-Thereſe Pelagic d'Albert ,
& quia eſté miſe dés l'âgede
deux ans auprés de Madame
deChaulnes , Soeur de Mr le
Duc de Chaulnes , Ambaſſadeur
Extraordinaire à Rome ,
faTante à la mode de Bretagne,
Abbeſſe de l'Abbaye Royale
de Poiſſy. Cette jeune
Demoiselle , qui eſt âgée de
quatorze à quinze ans
d'un eſprit vif&delicat . Cela
joint à l'éducation qu'elle a
receuë de Madame de Chaunes
, Dame dont les grandes
qualitez ne peuvent eſtre afſez
eſtimées, eſt une aſſurance
qu'elle ſe fera diftinguer par
fa vertu & par fon merite,
comme elle ſe fait diftinguer
par ſa beauté..
,
eft
Mr de la Fito , Lieutenant:
des Gardes du Corps , & qui
1
GALANT.
183
avieillydans le ſervice , ayanc
demandé a ſe retirer , arendu
fon Gouvernement de Guife
au Roy. Sa Majesté l'a donné
à Mr de Brifac , Major des
Gardes du Corps , & a gratifié
le Fils de Mr de la rite,Exempt.
dans les meſmes Gardes , de
celuy de Pequets , qu'avoit
Mr de Brifac...
Le Gouvernement de la
Ville & Chaſteau de Baugé
en Anjou , a eſté donné àM..
de Saint Offarge , Capitaine
au Regiment de la Marine ,,
par la démiſſion de M. Courti'n
fon Beau-pere. La Maiſon
de Saint Offange eſt fort an.
cienne , & s'eſt diſtinguée:
dans les Provinces de Breta
gne Anjou & poitou . Il en eſt
forti des Maréchaux de Camp,
des Colonels ,des Capitaine.s.
184 MERCURE
des Pages de la Chambre du
Roy , & pluſieurs Chevaliers
de Malthe. Elle a poſſedé les
Terres de la Ftopiniere , la
Sauvagiere , la Jaille , Heurtault&
Daviré . Ses alliances .
font confiderables , puis qu'elle
en a avec les Maiſons d'Appelvoiſin,
Criſſe, Turpin, Aubigné'
, Clermont , Maillé ,
Jarzé , Beaumont& Coigné..
Elle porte d'azur au- Chevron
d'argent , accompagné de trois
moletes de mesme. La Famille
des Courtin vient du Maine,
&a donné pluſieurs Comman
deurs & Chevaliers de Malthe,
Ambaſſadeurs , Colonels ,
Capitaines aux Gardes, Con.
ſeillers d'Etat , Maiſtres dess
Requeſtes ; Intendans de Juſti ,
ce, & Confeillers au , Parle
ment employez en plufieurs
:
GALANT. 185
Negociations d'Etat: Elle ported'azur
àtrois Croiſſans d'or.
Toute l'Europe liguée contre
le Roy depuis deux ans ,
n'empeſche point que tout
nemarche en France d'unpas
égal. Les ſeuls Etats de nos
Ennemis ſe reſſentent de la
guerre , & la magnificence
qui eſt ordinaire aux Opera ,
ſemble avoir augmenté cette
' année , dans celuy d'Enée &
de Lavinie, qui vient de paroiſtre.
En effet on ne peus
rien voir de plus ſomptueux
que les habits & les decorations
, le tout du deſſein de
Mr Berrin . La Muſique eſt de
Mr Colaſſe , dont je vous ay
parlé pluſieurs fois. Il a déja
fait trois Opera depuis la mort
de Mrde Lully , & la beauté
de la Muſique de ce dernier
186 MERCVRE
le
ſe fait tellement fentir , que
l'on ſe récrie àhaute voix dés
Prologue, ce qui n'arriveordinairement
qu'aux endroits
de paſſion : qui entraînent
l'Auditeur. Les paroles ſont
de Mr de Fontenelle , & le
titre de cet Opera vous fait
connoiſtre qu'il a tiré fon fujet
de ce que Virgile rapporte
du differend d'Enée & de
Turnus , qui afpiroient l'un
&l'autre à épouſer Lavinie..
On ne peut douter qu'un Ouvrage
de ſa façon ne ſoit plein
d'eſprit , aprés l'applaudiſſe.
ment general qu'ont receu
tous les Livres qu'il a donnez
au Public. Il eſt cependant
bien malaiſé decontenter tous
les gouſts dans les chofes de
cette nature , qui eſtant compoſées
de differentes parties,
GALANT. 187
neplaiſent qu'autant que chaque
gouſt particulier eſt ſatisfairl
Cet article de l'Opera m'engage
à vous envoyer des paroroles
que M. Tonti à faites
pour un Concert , & qui ont
eſté extremement applaudies.
Vous ſçavez qu'il a beaucoup
de talent pour ces fortes d'Ou
vrages. La matiere vous en
plaira, puis qu'elleregarde le
Roy. C'eſt une maniere de
Prologue , où il fait parler
Mars, la France & la Renom
mée... :
:
MARS.
I. Ors que dans mon couroux je
commande àla Parque
De ravagertout l'univers,
Al'abry des Lauriers d'un Auguste
Monarque
1881 MERCVRE
Les Bergers de ces lieux font mille
doux concerts.
LA FRANCE
La gloire de Louis remplit toute la
Terre,
Le cours de fon bonheur ne finira
jamais ,
Ilfaitgoûter icy les douceurs de la
:
paix,
f
Lors que toutse reffent desfureurs
3
de la guerre. :
LA RENOMMEE..
D'un grandPrince traby, privéde
fesEtats,
lvarétablirla Couronne ;
Ilremplit le devoir de tous les Po
tentats
Parles puiſſans fecours que fans
ceffeil luy donne.
MARS.
Déja de ce Heros lesfameux Combattans
Surſes fiers Ennemis remportent la
Victoire ,
GALANT. 189
Et la Sambre&le Pôfont retentir
la gloire
Defes faits éclatans.
LA RENOMMEE.
On voit àſa valeur obeir lafor
tune ,
Contreſesgrands projets lesvents
S'arment envain :
Ilfoumetàſes loix l'EmpiredeNe
prune,
Il en est aujourd'huy l'unique Souverain.
LAFRANCE.
Mon illustre Dauphinparsesvaſtes
conquestes
Va remplir les voeux des François.
Bergers,preparez- luy mille nouvelles
Festes ,
Meſlez des fons guerriers au doux
chant de vos voix.
MARS , LAFRANCE
ETLA REΝΟΜΜΕΕ.
Bergers,preparez- luy mille nouvelles
Festes ,
190 MERCVRE
1
Meflez des fons guerriers au doux
chant de vos voix.
Voicy d'autres Vers du
mefme Mr Tonti , dont un
de ſes Anceſtresaeſté le premier,
qui aitpropoſé l'établiſ
ſement de laTontine.
SUR LA TONTINE.
ToOyy,, qui de mes Ayeux tires
ton origine,
Aux deffeins d'un grand Roy in
vas ſervir ,Tontine.
VaSeconde aujourd'huy la juste intention
La Ieuneſſebouillante,
Etla Vicilieffe lente
Defirent de te voir dans ta perfe
Etion.
Les biens quetu prometsatout Sexe,
àtout âge,
GALANT .
195
Vont remplir cous lesvoeux ,
Le Riche , l'Indigent, l'Ignorant &
lesage,
Pourront égalementefperer l'avan
tage
De jouir d'un destin heureux.
Louis fera par toy renaiftre dans
la France
Lesfiecles fortunez;
Où l'on goûtoit dans l'innocence,
Et les plaiſirs & l'abondance
Qu'ànos premiers Parens le Ciel
avoitdonnez.
L'esperancefera commune
Dans tous les biens de la fortune ;
-Et par un miracle certain,
On nefentiraplus lamiſere importune
,
Qui maltraite legenrehumain .
Toyqui de mes Ayeuxtireston origine
Atous ces grands deſſeins tu vas
Servir,Tontine.
194
MERCURE
Le Sicur Nolin , connu par
les bonnes Cartes qu'il a miſes
au jour depuis quelques années
, vient de donner au public
celle des Etats de Savoye
& de Piedmont. Il a recueilly
divers Memoires curieuxpour
la rendre exacte. La pluſpart
luy ont eſté donnez par une
Perſonne que fa qualité ne
diftingue pas moins que ſon
érudition , & quiaune conpoiſſance
particuliere de ce
Pays-là . cette meſme Perſonne
qui ſcait bien l'Hiſtoire de la
Maiſon de Savoye , a cru devoir
ajouter à cette Carte
unedeſcription Hiſtorique &
Geographique qui a eſtétrouvée
tres curieuſe. Le Roy à
qui l'Ouvrage eſt dedié , l'a
honoré de ſon approbation , &
cela fuffit. On a joint une Table
GALAN T.
195
4
ble Alphabetique à cetteCarte,
afin qu'on trouve aisément
tousles noms qu'on a eſté obligé
d'y employer. Elle fera
d'ungrand ſecours à ceux qui
veulentvoir toutd'un coup&
fans peine les Placesdont il eſt
parlé dans les Relations journalieres.
L'on trouve auſſi chez le
Sicur Nolin fur le Quay de
l'Horloge du Palais , une nouvelle
Carte generale d'Italie
que l'on a renduë fortcuricuſepardes
obſervations particulieres.
L'on y a mis tous
les Archeveſchez & les.Eveſchez
, ce qui n'eſt pas fur
d'autres Cartes de ce Pays,
quoy que beaucoup plus
grandes, Elle eſt dreſſée far
les Memoires de Mr Cantel
qui eſt un des plus habiles
Geographes de noſtre temps
Nov. 1690. 1
196
MERCVRE .
& des plus laborieux. Le
Sieur Nolin fait graver la
Carte de la Lombardie du mê
meAuteur , qui pourra eſtre
neceſſaire ſi les Eſpagnols de
l'Estat de Milan continuent
àdonner du ſecours aux Savoyards.
Sa Majesté en confideration
des grandes dépenſes
qu'il fait , luy a accordé le
Privilege de faire graver les
Cartes de Mr Cantel , avec
défenſes de copier aucune de
celles qu'il aura fait faire.
Le Lundy 13. de ce mois
l'ouverturedu Parlement ſe fit
avec les ceremonies ordinaires .
Mr l'Archeveſque avoit eſté
prié de dire la Meſſe , & comme
il eſt Archevêque de
Paris , & Duc & Pair , on a
faitdes choſes à ſon avantage
qui n'ont point accoûtumé
d'eſtre pratiquées . M. le preGALANT.
197
!
mier Preſident alla le prendre
au palais Archiepifcopal , &
ne voalut point accepter la
droite, meſme dans la Carroffe
de ce prelat. L'Eveſque qui
officie dans ce jour de folemnité
, n'a ordinairement que deux
Chapelins pour Diacre ; &
Sous - Diacre ; & Mrs demla
Sainte Chapelle nommerent
deux Chanoines de leur corps
pour luy en ſervir. pendant
l'Office , le Chantre de la Sainte
Chapelle ſe promena avec
fonBaſton. Aprés la Meſſe,M.
le Premier preſident , en remerciant
M. l'Archeveſque, fit
le portrait d'un grand Prelat,
par rapport à toutes les grandes
qualitez , qui diſtinguent
éminemment Mr de paris , &
fit connoiſtre par là le juſte
diſcernement du Roy , quiaс-
I 2
198 MERCVRE
compagne de tant de graces
l'eſtime dont il l'honore . M.
l'Archeveſque en répondant
à ceremerciement avec l'éloquencequi
luy eſt ſi naturelle,
fit l'Eloge d'un parfait Magiſtrat
, qui fut reconnu ſans peine
dans M. le premier prefident
, élevé auſſi par un juſte
choix du Roy , à la Dignité du
Chefduplus Auguſtedes parlemens.
Avant la Meſſe que
dit Mrl'Archevêque , Mrsde
la Sainte Chapelle luy avoient
eſté faire compliment dans la
Sacriſtie du palais .
Le meſme jour. Mr le Camus
, premier preſident de la
Cour des Aides , parla comme
de coutume , aux Avocats
& aux procureurs , avec la
gravité d'un grand Magistrat.
Enſuite M. Bignon , Avocat
GALANT.
199
i
i
General en la meſme Cour, &
Fils deM. Bignon , Conſeiller
d'Estat , fit un diſcours ſur le
travail continuel des Magiſtrats
. Il commença en diſant
que tous les hommes eſtoient
nez pour travailler , & aprés
l'avoir prouvé , il fit voir quel
eft le travail de l'homme de
Robe&de l'homme d'Epée, &
que celuy de l'homme de Robe
eſtoit beaucoup plus grand ,
puis qu'il travailloit toujours ,
au lieu que les fatigues de
l'homme d'Epée , ceſſoient
dans les temps de paix. Il fitc
l'Eloge de M. le Camus , premier
preſident , qui fuit le repos
, & paffa délà à celuy du
Roy , qui veillant ſans ceſſe au
bien de ſes peuples , & à la
grandeur de ſon Estat , faifoit
ſa gloire de ſouſtenir un travail
1
L3
200 MERCURE
qui n'avoit point de relaſche.
L'ouverture des Audiences
D'avoitaccoutumé de ſe faire
au parlement que trois ſemai-
-nes aprés celle de la Saint
Martin, & l'on attendoit qu'il
y euſt une ſemaine franche ,
c'eſt à dire ſans Feſtes ordinaires
,ou du palais ; mais Mr
le premier preſident donne
moins de temps , & l'on n'a
eſté cette année qu'une femaine
ſans entrer.Ainſi cette ouverture
ſe fit le Lundy 20. de
ce mois. M. de la Moignon par.
la fur la Loy , dont il fit voir
la force & la néceſſité qu'il
y avoit de la ſuivre.. H dit
qu'elle estoit au corps politique
, ce que la raiſon eſt à
l'homme ; que le Roy qui faifoit
les Loix s'y fousmettoit ,
&qu'on voyoit par les deſor .
८
1
GALANT. 201
dres qui regnoient chez des
Peuples voiſins , ce qu'il leur
couſtoit de ſe revolter contre
la Loy. Ilajoûta qu'elle eſtoit
fondée ſur la Religion , ce qui
luy donna ſujet d'entrer dans
les grandes choſes que Sa Majeſté
a faites pour la Religion
Catholique. M. le premier
Preſident parla fur l'avantage
de la profeſſion des avocats,
& fur l'eſtimeque l'on en faifoit.
Il dit qu'il falloit qu'ils
retranchaſſent les Preludes
dans les petites Cauſes , & ces
longs diſcours qui ne doivent
preceder que les Cauſes d'appareil
; qu'ils s'inſtruiſfiſſent à
fonddes raiſons de leurs parties
& de celles des par-
2
,
ties adverſes & qu'ils leur ,
donnaſſent de bons conſeils,
fans les détourner jamais de
14
202 MERCVRE
s'accommoder, s'ils en avoient
ledeſſein,
** Le Mercredy fuivant , jour
de la Mercuriale , Mr de la
Briffe , procureur General ,
commença par ſouhaiter d'avoir
les qualitez de l'Illuſtre
Magiſtratqui avoit exercé ſa
Charge avant luy avec tant de
gloire , & aprés avoir dit qu'il
avoitbeſoin du meſme Flambeau
dont les lumieres l'avoient
ſi bien éclairé pendant
ſa courſe , il fit l'Eloge de tous
les premiers preſidens qui avoienteſté
choiſis par le Roy,
dont il apostropha les Filsou
proches parens qui ſont dans
le Parlement. Il commença par
M. Molé , & continua juſqu'à
M. de Harlay , aujourd'huy
premier prefident dont il reprit
l'éloge , en diſant que c'eſ
GALANT.
20.3
zoit l'homme juſte & l'homme
de bien. Il fit un portrait de
tout ce qui s'eſt paffé dans la
guerre preſente , montra juſ
qu'où alloit la grandeur du
Koy , & dit queſion pouvoit
le voir dans l'interieur , on le
verroit encore plus grand qu'il
ne paroiſt . M. le premier pre.
fident reprit toute la derniere
Campagne , commençant par
Monſeigneur le Dauphin qui
a repouſſé une multitude d'En ..
nemis. Il parla de la Bataille
gagnée par M. le Duc de Luxembourg,
du Combat Naval,.
dontl'avantage remporté par
l'Armée du Roy , l'avoit rendu
Maistre de la Mer , de l'affaire
de Savoye, & il finit en diſant:
qu'ils ſe devoient eſtimer
heureux d'avoir pû ſelon leurss
fortunes contribuer à la grang
IS
204 MERCVRE
deur de Sa Majesté , & au
bonheur de l'Estat .
Le vray mot de l'Enigme du
dernier mois eſtoit le Marteau
d'une porte , & non la Cloche ,
comme beaucoup l'ont cru.
Ceux qui ont trouvé ce mot,
font Mrs leLieutenant general
de Provins & ſa Belle Niece :
Berthier de Mornay & la bella
du Foy : du Pont Corbet d'Avranche
: Langlois Avocat au
meſme lieu : Gaillard Avocat,
ruë Grenier S. Lazare : le Chevalier
de Morange , rue Vieillemonnoye:
Henry Capperdu
Sr de Chaſtenay , rue des Meneſtriers
, Antoine Riché de
la rue Saint Martin : Nicolas
Vieillot rue Montorgueil :
Chauvin de Levroux ; Aubert
de l'Epinay du Mans : Cotteret
de Villiers , Commis aux
GALANT. 175
Aydes : Iean le Maire rue S.
Paul ; lacques de Normandie
Huiſſier au Chaſtelet : Ican
Noël rue S. Martin : Claude
Manfienne , Place Dauphine :
Deſcoutures Tabarie : Michel
Hervieux & ſon aimable Epouse
:Danet Pere & Fille &
la Motte Huiet , tous de Caën
GilleMc de Monlins : Richard
Dumont Directeur des Poſtes
deChaſteau , Thierry : de l'ifle
le voyageur rue Calande : Salus
rue de la Tiſſeranderie : Veudreſce
: Gueret , & fon aimable
Epouſe& ſon parfait Amy:
Jean Creſſon dit la grand' F1-
gure : Philibert Naudot , de
la Roche : Gaillardin le Pere,,
du meſme lieu : Germain de
Bolaſtre : Filleul le jeune : la
Fontaine , Commisau Bureau
du Tabac de Saint Malo : le
IS
206 MERCURE
petit Hautpont : du Four :
Bonnefoy B. de Saint lacques
de la Boucherie : C. Hutuge
d'Orleants :le Romain de Montauban
: le Portemanteau de
Strasbourg:le Voiſin de l'aimable
couple de Soeurs de la rue
S. Iulien des Meneſtriers :
l'Amant congedié du Pont au
change : l'Amant caché de fon
aimable Blonde : le Solitaire
de l'Arsenal , les Eſprits de
laCouture , Sainte Catherine:
Mlles Bellin rue S. Germain.
l'Auxerrois : Doze , proche la
Fontaine S. Innocent : l'heureux
Jaloux de la rue Neuve
S. Mederic : l'Amant banal ,
de la pointedel'Iſle : MrRouf-.
fel , Marchand : les Muſes
Normandes ; la nouvelle mariće
, ou la belleUranie de la
ue S. Honoré les trois Grae
GALANT. 207
cesdela rue des Bourdonnois ;
Geneviève& fa bonne Amic
ducoinde la rue aux Fers :
Manon de la rue Dauphine : la
charmante Brune de la rue
Grenier S. Lazare l'aimable
Veuve de la rue du petit Lion:
la charmante Manon Penfionnairede
la Viſitation de Compiegne
: la plus ſpirituelle des
Demoiselles de Corbeil : les
deux aimables & charmantes.
Sooeurs : la charmant & agreable
le Maſerie du meſme lieu :.
la charmante Berule de la ruë
du Bout du monde la charmante
Veſel du Fauxbourg
S. Germain : la charmante
Manon de la rue S. François
de S. Malo ; la Precieuſe du
Quay de Geſvre ; la petite .
Nanon Guillou : la belle Simone
d'auprés l'Hoſtel de
1
2.08 MERCVRE
Ville de Liſicux: ManonGan
don : l'aimable Angelique
Manſienne de la Place Dauphine
: la belle Marguerite de
Mouſſy : Marie Foulon , rue
S. Martin : la trop aimée&
trop aimable de Launay : l'aimable
Loüiſe Favé rue Saint
Martin : la charmante MichelleHuiet
, rue aux Ours :
l'agreable Veuve Vinot : l'aimable
couple de Soeurs de
Caën : l'inconſtante & fiere
Marote : la Dame Marie & la
charmante Manon du meſme
licu : la groſſe Commere de
la rue S. Iacques..
Icvous envoye une Enigme
nouvelle qui merite bien
L'application de vos Amics.
GALANT.
207
ENIGME.
TE nevois jamais rien cependant
jour & nuit
Leſuis auguct ,fans craindrevent
ny playe
Quoy qu'on diſe demay , fort peu
jem'en foucie ;
Carjesuis au deſſus du bruit...
Si le rang que je tiens peut donner
del'envie ,
Du moins j'ose bien me wanten
Que l'hommele plus fier jamais
par jalousie
N'entreprendra deme le contester.
Jeſuis toujourssi bien engarde,
Que cen'est qu'en tremblant qu'on
ofem'approcher ,
Etle plusrefolu , sans vouloir me
toucher
208 MERCVRE
Seulementde loin me regarde..
Mon corps , quoy quefort gros,se
remue aisément ;
1.
Toujours sobre ,jamaisjenefaisde
débauche;
Auffi je fais alaigrement
Ledemy touràdroit ,le demy tour
àgauche.
Aux endroits les plus frequentez
OnmevoitàParis tourner de tous
coftez ...
Sans craindre , commefont les Coquets
& Coquettes,
Ny les crottes , ny les charettes.
Demon pofte jamais je nefuis ennuye
;
C'est pourquoy, quelque temps qu'il
fasse
Ie conferve toujours ma place
Et restesurun mesme pied..
THEQUE
DELAVILL
LYON
E
C
ch
*C
*
au
☆
foy
2
M
To
1
Le
On
Sa
Ny
De
Ie
ES
GALANT. 209
Les paroles que vous allez
lire , & que je vous envoye
notées , ont eſté miſes en Air
r Mr de Montailly , Eleve
de feu Mr le Camus. Mr de
Bacilly , qui connoiffoit par
faitement ſon genie , eſtimoit
fort ſes Ouvrages .
AIR NOUVEAU.
E
1
Cho ,qui dans ces lieux redis.
àtout moment
Lesfermens que me fait Climene,
De ne brifer jamais fa chaine ,
Ceffe de me flater d'un bonheur fi
charmant.
Iesçaytrop quecette Infidelle
Aime un autre Berger que moy .
Helas que t'ay- jefait pour vouloir
avecelle
Tromper mon amonr &mafoy.
210 MERCURE
こLe 23 de ce mois , on enregiſtra
au Parlement un Edit
du Roy , qui porte creation
de quelques nouvelles Charges.
Comme les dépenſes exceſſives
que Sa Majesté ſe
trouve obligée de faire pour
garantir ſonRovaume du grand
nombre d'ennemis qui ſe ſont
liguez pour l'attaquer ,l'engagent
à chercher des fonds extraordinaires
pour ſuppléer au
defaut de ſes revenus, la gran .
deur du reffortqui eſt reſté au
Parlementde Paris , avoit fait
renouveller la propoſition d'en
créerd'autres dans ſon étenduë
ou d'attribuer à de nouvelles
Jurisdictions la connoiſſance de
quelques affaires quiluya eſté
donnéedés les premiers temps
de ſon établiſſemetzmais leRoy
a eſtimé qu'il étoit plus conGALANT.
211
コ
1-
venable aubiende ſon ſervice,
de n'affoiblir aucune des prérogatives
d'un Parlement qui
- eſt le premier Tribunal de ſa
- Justice , & le Siege oùce Monarque
la rend luy meſme dans
les plus importantes affaires.
Ainfi ne pouvant ſe paſſer
d'une partie des fonds que cette
propoſition executée auroit
pû produire, pour l'aider dans
la Campagne prochaine à ſoutenir
les efforts de tant de
Princes unis , & encore plus
animez contre la France par
les heureux fuccez de ſes Armes
, Sa Majeſté qui a rej
connu qu'elle pouvoit avec
moins d'inconvenient auga
menter le nombre des Offciers
d'une Compagnie , où
l'on rend la justice avec autant
de deſintereſſement , que
i
212 MERCVRE
de lumiere & d'exactitude ,a
créépar ſon Edit perpetuel &
irrevocable deux Offices de
Preſident dans ce Corps Auguſte
, ſeize Conſeillers Laics
dont quatorze feront départis
dans les Chambres des Enqueſtes
, & deux dans celles
des Requeſtes du Palais , un
troiſiéme Avocat General , un
Avocat pour plaider au nom
du Roy aux deux Chambres
des Requeſtes les Cauſes qui
feront ſujettes à communication
; quatre Commis pour
dreſſer dans le Stile accoutumé
,& écrire de leur main
fans le miniſtere d'aucun
Clerc, fous les deux Greffiers
ſervant à la Grand Chambre ,
les minutes des Arreſts ren.
dus ſur Requeſte , appointemens
à mettre , & Inſtances
GALANT. 213
appointées en droit , ou au
Conſeil ; un Commis pour
faire les meſmes fonctions
ſous les Greffiers de la Tournelle
; cinq pour les cinq
Chambres des Enqueſtes ; un
pour les Requeſtes de l'Hoſtel
,& deux pour celles da
Palais ; un Commis pour
communiquer les. Minutes
des Arreſts dépoſez au Greffe ,
les Regiſtres de la Cour , &
les declarations de dépens ,
quatre Huiffiers en la meſme
Cour. Ceux qui feront pourveus
de ces Charges , jouiront
des meſmes honneurs ,
autoritez , privileges , exemptions,
droits , profits & émolumens
dont jouiffent ceux
qui en ont de pareilles. Ceux
des Preſidents , Conſeillers
Avocats & Procureurs Gene-
&
214
MERCURE
raux , Greffiers en chef , des
quatre Notaires & Secretaires
du Parlement,premier & principal
Commis au Greffe Civil ,
qui ſont preſentement pourvûs,
ouqui le ſeront à l'avenir
quoy qu'ils ne foient pas de
race noble , enſemble leurs
Veuves demeurées en viduité,
&leurs Enfans de l'un & de
l'autre ſexe , feront reputez
Nobles , & jouiront comme
tels detous les droits & priz
vileges attribuez aux autres
Nobles du Royaume , pourveu
qu'ils ayent ſervi vingt
ans , ou qu'ils meurent reveſtus
de leurs Offices ;& pour
gratifier en particulier les Prefidens
& Avocats Generaux
du Parlement de Paris , le Roy
a fixé le prix des Charges de
GALAN T.
215
Prefident à cinq cens mille
livres , au lieu de trois cens
cinquante mille livres , & celles
des Avocats Generaux à
cette derniere ſomme , au lieu
de trois cens mille livres , à
quoy la fixation en avoit déja:
eſté augmentée,
:
Mr Dorat , Doyen de la
Grand' Chambre , ayant ſceu
l'intention de Sa Majesté fur)
cette création , en fit raportà
la Compagnie,&conclut qu'il
falloit remercier leRoy de leur
avoir donné le moyen de contribuer
à ſa grandeur , & aux
beſoins de l'Etat ſelon leur for->
tune , de meſme que la No-1
bleſſe y contribuoit en répandant
ſon ſang tous les jours.
pour ſon ſervice. On trouvera
peu de pareils endroits dans
les Hiſtoires des autres Re-.
216 MERCURE
gnes. L'empreſſement d'avoir
de ces Charges eſt ſi grand ,
qu'à peine a-t- on formé le
deſſein de les créer , qu'elles
ont eſté arreſtées. M. de Mcnars
&M. Talon onteu l'agrement
des deux Charges de
Preſident au Mortier ,& Mrde
Harlay , Filsde Mr le premier
prefident , a cu celuy de la
Charge d'Avocat General de
Mr Talon . L'Intendance de
paris qu'avoit Mr de Menars
eſtantpar lademeurée vacante
, elle a eſté donnée à Mr
Phelypeaux , Maiſtre des Requeſtes
, & Frere de Mr de
Pontchartrain.
- Ona auffi creé deux Preſidens
, quatre Maiſtres des
Comptes , quatre Correcteurs ,
&quatre Auditeurs.LaChambre
des Comptes a témoigné
fon
GALANT.
217
=
fon zele pour le Roy dans cette
création , ainſi qu'avoit fait le
parlement , & on ne s'eſt pas
moins empreſſé pour eſtre
pourveu de ces Charges.Celles
de preſident ont eſté don.
nées , l'une à Mrde Boiflandry,
petit filsde Mrle Chancelierd'Aligre
, qui a épousé la
Fille de Mr Turgot de S. Clair,
& l'autre à Mrle Tellier, Confeiller
au parlément. Il fuffit
de le nommer pour vous le faire
connoiſtre. Sa Majesté en a
fixé le prix à trois cens mille
livres , au lieu de deux cens
mille livres , à quoy la derniere
fixation avoit eſte faite .
Ie puis vous fatisfaire , Madame
, fur ce que vousme demandez
des Sauterelles , que
toutes les Nouvelles publiques 1
diſent avoir cauſe de ſi grands
Νου. 1906. K
218 MERCURE
c
dommages en pluſieurs Provinces
de Pologne ,puiſque
j'en ay vû une quia eſté envoyée
à Mr l'Abbé de Saint
Vifans Elles ſe ſont répanduës
juſque dans la Lithuanie en
une fi prodigieuſe quantité ,
que l'air en a eſté tout obfcurcy,&
la terre toute couverte
comme d'un drap noir. Elles
ont paru dans l'Vkraine , mais
fur toutdans la Ruffie , où ces
Inſectes volans font venus .
commeen trois corpspar trois
endroits differens. L'un y eſt
entré par les côtez des montagnes
de Hongrie, l'autre eſt
allé à l'armée Polonoiſe qu'il a
commeaſſiegée, & le troifiéme
qui venoitde Volhinie , a pafſé
à droite de Leopold.CetAnimal
à fix jambes , le corps de
couleur noiraſtre , & la teſte
faite à peu prés comme celle
GALANT. 219
d'un cheval. Ses aîles qu'il a
au nombre de fix & affez longues
, font de couleur de blane
fale , & toutes couchées les
unes fur les autres. Il y en a
quatre , toutes parfemées de
petites taches , qui y font comme
une petite eſpece de broderie
, & ces taches forment
des Lettres Hebraïques , où
l'on pretend qu'un Rabin aie
leu Saaphel, mot Hebreu, qui
fignificen noſtre langue, colere
deDieu. Les deux autres font
toutes unies,&l'on n'y decou--
vre aucune tache. En certains
endroits de la Pologne , où ces
Sauterelles font mortes les
unesfur les autres, il s'en eſt
trouvé juſqu'à quatre pieds de
hauteur. Celles qui font demeurées
vivantes ſe font per..
chées ſur les arbres en fi grand
K 2
220 MERCVRE
nombre , qu'elles en ont fait
plierles branches juſqu'à terre
Elles ont rongé les herbes jufqu'à
la racine , & mange les
bleds qui commençoient à
pouffer , en forte qu'il a fallu
femerde nouveau . Les Boeufs
quien ont mangé parmy l'herbe,
en font crevez auſſi toſt ,&
comme l'air s'en trouve infecté
, parce que les pluyes les ont
preſque toutes fait mourir ,
ceux du pays craignent fort
qu'unechoſe ſi extraordinaire ,
ne ſoit ſuivie , ou de peſte ou
defamine.
L'Academie Françoiſe a fait
publier que le 25. d'Aouſt de
l'année prochaine , jour de S.
Loüis , elle donnera le prix
d'Eloquence fondé par feu
Mrde Balzac , à celuy quiaura
fait le meilleur Difcours
,
1
GALAN T. 221
fur le zele de la Religion ,
,
fuivant
ces paroles Zelus domus
tue comedit me. Ce Difcours
ne doit eſtre tout au
plus que d'une demy heure
de lecture. Elle donnera le
-mefme jour le prix de Poëfic
à celuy qui aura le mieux
réûffi à faire voir , que le Roy
feul en toute l'Europe defend &
protege le droit des Rois , à quoy
con pourra joindre tel autre
ſujet de loüange pour Sa Majeſté
qu'on voudra choiſir.
Les Ouvrages de Poësie ne
doivent point exceder cent
vers ,& doivent finir par une
courte priere à Dieu pour le
Roy.On peut traiter ce ſujet
ou en vers croiſez , comme
ceux des Odes & des Stances
ou enVets Alexandrins.Ceux
qui pretendront aux prix , en-
K 3
222 MERCVRE
,
voyeront leurs pieces à Mr
l'Abbé Regnier Deſmareſts ,
Secretaire perpetuel de l'Academie
ou au ſieur Coignard
Libraire de la meſme
Academie , ruë Saint Jacques,
àla Bible d'or , avant le premier
jour de May , parce
qu'on ne les recevra qu'inclufisement
juſqu'au dernier
jourd'Avril.
Puiſque vous trouvez que
je vous ay parlé trop confuſement
dela Maiſon de la Baume
de Suze dans le temps que je
vous appris la mort de Mr
l'Eveſque deViviers,je reprendray
cet Article pour, ajouſter
ce que jecroy qui fatisfera votre
curiofité . Ce Prelat qui avoit
eſténommé à l'Epifcopat
dés l'année 1613. ayant beſoin
de ſecours dans ſes dernieres
GALAN T. 223
备
années àcauſe de ſon grad âge,
avoit employé Meffire Charles
de la Garde de Chambonas ,
Evefque de Lodeve, ſon Neveu
à la conduite de ſon Dioceſe
& ce Prelat y avoit travaillé
pluſieurs années avec beaucoup
de zele & de foin pour
les avantages de la Religion.
Auſfile Roy en le nommant
à l'Eveſché de Vivierstaprés
lalmort de Meſſite Louis François
de la Baume de Suze ,
-fon Oncle , luy dit qu'il avoit
plus confulté l'intereſt de la
-Religion que celuy de ce
Prelat ,& en effet il peut la
fervir beaucoup plus utilement
à Viviers , que dans
l'Eveſché de Lodeve où il n'y
a point de Proteſtans. Quant à
la Maiſon de la Baume de Suze,
ily a trois cens cinquante ans
K4
224
MERCVRE
que Louis de la Baume époufa
Antoinettede Saluces. Elle mit
la Terre de Suze dans cette
Maiſon , qui prouve fix generations
au deſſus de celle là.
François de la Baume tué en
1587. Quand les Pretendus
Reformez reprirent Montelimar
, s'eſt veu enmeſme temps
Lieutenant deRoy en Dauphiné.
Commandanten chefpour
le Pape dans leComtat Venaiffin
, Gouverneur de Province,
Amiral de France , & Chevalier
des Ordres du Roy. Il avoit
épousé Françoiſe de Levy, Fille
de Gilbert, Comte deVantadour
,& il en eut Roſtain de
laBaume , qui époufa en premieres
noces Madeleine Defprez
Montpezat , Fille d'Emanuel
Philibert , Marquis de
Villars&de Henriette de Sa-
2
GALANT .
225
*
voye , dont il eut Honoré de la
Baume , tué au Service de nos
Rois. Il épouſaen ſecondes
noces Catherine de Breffieux
Neüillon, &de ce mariage fortirent
Anne de la Baume , &
Louis François Eveſque de
Viviers , à qui. Mr de Lodeve
vient de ſucceder. Anne de la
Baume prit alliance avec Catherine
de la Croix Chevrieires,
dontila eu trois Fils & une
Fille qui s'est faite Religieuſe.
Louis François de la Baume ,
Comtede la Suze , quiett l'aifné
des trois Fils , s'eſt marié
avecHippolite de Montiers de
Merinville , dontil a eu un Fils
qui eſt mort . Ce Seigneur a
1 toujours vécu , & vit encore
- avec une grande distinction .
Le ſecond , appellé Gaspard
Joachim, a faitdix ſeptou dix226
MERCURE
huitCampagnes avec beaucoup
de reputation&de gloire ,
fous le nom du Chevalier de
Suze, mais voyant qu'il n'avoit
pointd'Enfans ,il ſe maria , &
prit le nom de Marquis de
Breffieux , qui estoit une Terre
defon partage. De fon mariage
avec Marthe d'Albon de Saint
Forgeux,Maiſon du Lyonnois
illuftre& connue , font fortis
deux Garçons & une Fille qui
font encore tout jeunes. Le
troifiéme, Anne Triftant,nom.
-mé d'abord parleRoy Evefque
de Tarbe,& peu detempsaprés
Eveſque de Saint Omer , fuc
fait Archeveſque d'Auch en
1684.200 mm
Le Prince d'Orange ayant
manqué la conqueſte d'Ielande,
& voyant les avantages
queles armes du Roy'ont rem
GALANT.
227
portez ſur mer& fur terre pendanttoute
la Campagne , & les
progrés des Turcs contre les
Imperiaux , a cru avec juſte
raiſon que les Alliez ouvriroient
les yeux , & que laſſez
d'une guerre qui de fert qu'à
les ruiner , & qui n'eſt utile
qu'à ce Prince, ils pourroient
traiter avec la France , puis
qu'ils font hors d'eſpoir de
l'entamer. C'eſt pour cela
qu'il a mis en ufage toute fa
politique , en qnoy il excelle
pour le malheur de l'Europes
& pour mieux ébloüir ſes
Alliez , & les engager à faire
de nouveaux efforts pendant
la Campagne prochaine , il
eſt convenu avec les Amis
qu'il a dans le Parlement
-d'Angleterre , qu'on luy accorderoit
cinquante - deux
228 MERCVRE
millions afin de faire voir ,
en
qu'il eſtoit en eſtat de ſoutenir
la guerre , & de payer
ceux qu'il y a engagez ; mais
il eſt demeuré d'accord
meſme temps qu'on luy donneroit
les fonds pour un prix
plus haut qu'ils ne doivent
rapporter , & il y en a tel
qui luy vaudra fix fois moins
que la ſomme pour laquelle
il le reçoit Cependant on
murmure beaucoup en Angletetre
, mais on n'oſe éclater;
on écrit , mais on ſe cache .
Le commerce ne fournit
point dequoy payer les gros
-ſubſides. Les François qu'on
croyoit ruiner en ceffant de
trafiquer avec eux , ont plus
fait de priſes que l'on n'en a
fait fureux. On ne voit point
que les affaires du Royaume
GALANT.
219
ayent changé de face. Chacun
y vit comme auparavant ,
& tout ce qu'il y a de nouveau
en Angleterre ,c'eſt que
les ſubſides y font dix fois
plus forts qu'ils n'ont eſté
ſous les Roislegitimes ; qu'on
n'y parle que de levées d'argent
, qu'on n'eſt occupé qu'à
chercher les moyens d'en
trouver,& ce qu'il y a de plus
chagrinant pour les peuples ,
c'eſt que non ſeulement ils
font accablez d'impoſts , mais
qu'ils ne voyent pas de quelle
utilité peut eſtre cette guerre
à une Ifle , qui dans la fituation
où font les affaires
de l'Europe , ne peut étendre
ſes conqueſtes hors de chez
elle, &qui n'en pourroit faire
ſans qu'elles fuſſent à charge
à l'Έται , par les Troupes &
230 MERCVRE
les convois qu'il y faudroit
fans ceffe envoyer. Maisle
Prince d'Orange ne regarde
plus l'intereſt de la Nation;
&comme il faut queles Vfurpateurs
foient toujours armez
pour ſe maintenir , il en coutera
toujours à l'Angleterre
pour payer des Troupes , qui
ſerviront à la tenir captive
tant que le Prince d'Orange
regnera.
i
Apréslapriſe de Belgrade ,
le Bacha de la Boſſine alla
avecquelques Milices fe camper
devant Effek , pour voir
fila terreur n'obligeroit point
les Imperiaux d'abandonner
cette Place , comme ils ont
fait beaucoup d'autres , mais
ayant reconnu qu'on avoit
refolu de la défendre , il s'eſt
retiré avec ſes Troupes. Le
GALANT.
231
Grand Vifireſtoit trop habile
pour y venir , avant que d'avoir
mis Belgrade en estatde
défenſe , d'avoir fait lever le
Blocus de deux Places impor.
tantes d'avoir donné du ſe
cours àTekeli ,& d'avoir faic.
repoſer ſes Troupes , puisqu'il
y en a dans ſon Armée quil
ont fait prés de mille licuës.
Il faut manquer de bon ſens
pour croire que s'il avoit afſiegé
Effek , il ne l'euſt pas,
emporté. Les Imperiaux n'en
doutent pas ,& ils en avoient
miné les Fortifications pour
les faire fauter à ſon approche.
Comme j'eſpere vous envoyer
un lournal de ce qui
s'eſt fait pendant cette Campagne
en Italie , plus curieux
que ce que je vous en ay dit à
232
MERCVRE
1
meſure que les choſes ſe ſont
paſſées , je n'entreray point
aujourd'huy dans le détail de
la prife de Suze. Je me contenteray
de vous dire que
toutes les Lettres portent que
cedevoit eſtre une tres groſſe
affaire , & qu'il doit eſtre
bienavantageux & bien glorieux
aux armes du Roy ,
d'avoir fait en vinge quatre
heures une conqueſte ſi importante
& fi difficile.d
FIN.
BIBLI
THEQUE
NOAT
*
1893
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