→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Nom du fichier
1690, 10 (Lyon)
Taille
7.53 Mo
Format
Nombre de pages
253
Source
Année de téléchargement
Texte
807156
MERCURE
LLE
DE
VON
GALANT
DEDIE'A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
OCTOBRE 1690
THEQUE DELAVIL
LYON
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
Fue Merciere au Mercure Galant.
M. DC . XC.
Avec Privilege duRoy.
Avis pour placer les Figures.
L
Airquicommence par,Iris
que mon coeur est à plaindre
doit regarder la page 41 .
L'air qui commence par,Yous
m'avezdit centfois,doit regarder
la page 209.
MERCURE GALANTHERA M
OCTOBRE 169
LYON
*
1893
*
L ne ſuffit pas d'être
puiſſant Souverain
& grand Conquerant
, pour eſtre
aimé. La grande puiſſance &
Theureux fuccés des Armes
de ceux qui ſont ſur le Trône
, n'eſt pas toujours ce qui
leur attire l'amour de leurs
Peuples , & s'ils ne joignent à
Oct. 1690 . A
2 MERCVRE
leurs plus grands titres celuy
d'honneſte homme , on lesdéreſte
ſouvent pendant qu'on
les craint , & qu'on ne peut ſe
diſpenſer de leur obeïr. Cela
n'eſt point arrivé au Roy. Auſſi
peut- on dire qu'il eſt les delices
de ſon Peuple , & que les
merveilles de ſon regne ont
eſté celebrées par plus d'Ouvrages
de differente nature ,
qu'on n'en a fait ſous tous les
Monarques qui ont porté la
Couronne en France depuis
l'établiſſement de la Monarchie.
En voicy un de M. le
Prieurde Cantenac. Son nom
n'eſt pas inconnu à ceux qui
ſe piquent de ſçavoir les belles
Lettres.
GALANT.
3
*************
AU RO Υ.
Grand Roy, que Dieu formapour
la gloiredu Monde ,
Qui viens de triompherfur la terre
&fur l'onde ,
Qui plusfage&plusfort que tous
lesConquerans,
Es l'amour de ton Peuple,Gleficau
des Tyrans .
Les Heros de la Fable , les Dieux
de l'Histoire ,
N'ont jamais égaléta grandeur&
ta gloire,
Et l'on n'envitiamais vaincre tant
d'Ennemis ,
Ny paroiſtre ſi douxà cent Peuples
Soûmis.
Que vingt Rois coniurez menacent
tes Provinces ,
A2
4
MER CURE
Ton bras est affezfort pour combattre
cent. Princes ;
Tules as tout enſemble aſſaillis &
vaincus
Sur le sein de Neptune & los
champs de Fleurus.
Ils ont par leurs efforts fignalé ta
victoires
Mais dans leurfuite mesme ils en.
2005 vioient ta gloire ,
Ils craignoient ta clemence autant
quetavaleur ,
Et d'estre enfin reduits à cherir leur
Vainqueur.
Combien d'heureux captifs en la
plaine sanglante ,
Où Luxembourg porta la mort &
l'épouvante ,
Malgré toute leur haine&leur ferocité
,
Conſolez de leurfort , ont beny ta
bonté!
GALANT.
5
Lefangmesme épargnéde tes Suiets
* rebelles ,
Va diſpoſer leurs coeurs à devenir
fidelles .
Ta grace va les vaincre & forcer
en tous lieux
D'adorer en ton bras la puiſſance des
Cieux.
Orgueilleux Ennemis de ce Monar
que auguste,
Unis par vostre crainte & vostre
baine iniuste ,
Pour êtreglorieux deuneezfes amis
Vos ramparts les plusfeurs c'est l'a
mour de LOVIS,
Rien n'est plusgrand que luy , mais
rien n'estplus aimable ,
Ce n'est qu'aux Ennemis qu'ilparoift
redoutable ,
Et mesme lors qu'on voit un si
doux Conquerant ,
Vn coeur , tout fier qu'ileft , s'adou.
cit & se rend.
*Refugiez pris en combattant.
A 3
6 MERCURE
Lajustice & l'honneur, la pietéSublime
,
Sont de tousſes hautsfaits le motif
magnanime .
Sous ces guides certains qui menent
aux grandeurs ,
Il s'efl fait une route à l'Empire des
coeurs .
Du Dieu qui le protege ilſoutient
les Oracles ,
C'est par là quesa vie est pleine de
miracles ;
Que le Ciel qui luy doit fon culte *
&fes Autels ,
L'éleve infiniment au deſſus des
Mortels.
Qui de tous les Heros par la folide
gloire
Vit toujours à fon bras attacher la
victoire ,
Soulever contre lwy tant de Peuples A
divers ,
* L'Hereſie auroit triomphe ſans le Roy ..
GALANT.
7
Etfçeut par leur défaite étonner
l'Univers ?
Cesfieres Nations que laMerenvironne
,
Prètendoientfarſes flots * étendre
leur Couronne ;
Maisleurs Vaisseauxforcez portent
Sur leur débris
Lejuſte defaveu d'un pouvoirfimal
pris.
Ces Tirans de Thetis qui les avoit
faitnaistre ,
Abandonnant leur Mere aux loix
d'un meilleur Maistre ,
Etsoumise à Loüis , plus grand &
plus heureux , 1
Elle imite la Terre ,&feconde nos
Doeux.
Aux efforts de Louis déja l'onde ap
planie ,
Adéchargé fon sein de leur Flote
ennemie ,
Qui tremblante & battue enfon
premier afſaut ,
* Les Anglois ſe diſoient Rois de laMes.
8 MERCVRE
Apris pourse cacher la Tamiſe &
l'Escaut.
Mais penfent - ils ſauver dans leur
honteusefuite
Les restes malheureux de leur Flote
détruite ?
Par Tourville abbatus , le feu , la
terre , & l'eau
Sous leurs Forts alarmez préparent
leur tombeau.
Vales punir , grand Prince , acheve
ta conqueſte,
A te ſuivre par tout la victoire
s'appreſte ;
Fais réparer leur crime,&lesforce
en tout lieu ,
De recevoir leur Prince,& connoître
leur Dieu .
Des farouches Teutons reprime l'in
folence ,
Ils doivent leur Empire * auxHeros,
de la France.
* A Charlemagne & à ſes Succeſſeurs..
GALANT. و
Mais ton bras qui par tout lesſceut
Si bien dompter .
N'aspire pas au bien qu'il apů leur
ôter.
L'imprudent Allobroge, &l'orgueil
leux Ibere,
Expoſez juſtement aux traits de ta
colere ,
Parleurschamps defolez inftruiront
nos Neveux
De leur ingratitude , de leur fort
malheureux ...
Sous tes loix , & ton nom tes Guer
riers intreprides,
Admirant ta valeur , sont comme
autant d'Alcides ,
Qui par de grands efforts fignalent
en tous lieux ,
L'amour pour leur Monarque , &
la caufedes Cieux.
De nos fiers: Ennemis la cabale
abusée:
A
10 MERCVRE
Seflatoit contre nous d'une victoire
aisée.
Mais leurs étendarts pris , leurs
Vaiſſeaux tout briſez ,
Et leurfangrépandu les ont defabufez.
Penſervaincre Louis c'estune erreur
extrême ,
S'il peut estre vaincu , ce n'est que
par luy- mesme ;
Il faut que favorable àleurs justes
Souhaits,
Il triomphede luy pour leurdonner
la Paix.
Si l'on donne tant de loüan-.
ges au Roy , la flaterie n'ya
nulle part ; au contraire on
peut dire qu'il eſt mal-aiſe
d'expliquer affez le caractere
de grandeur de ce Monarque,,
& qu'il eſt preſque impoſſible.
de donner une parfaite idée
GALANT.. 1-13
des choſes extraordinairesqu'il
a faites. C'eſt ce qui a fait dire
dans un nombre infini d'Ecrits
des plus grands hommes , que
la poſterité refuſeroit de les
croire. Comme il n'eſt pas poffible
qu'on ſoit dans la plus
haute élevation de gloire , ſans
briller d'un éclat qui bleſſe tous
ceux qui font devorez d'une
violente ambition,& qui n'ont:
pu approcher de ce qui met le
Roy , non ſeulement au deſſus
de tous les Souverains , mais
meſime au deſſus de tous les
hommes extraordinaires , leur
jalouſie s'eſt fait remarquer
&elle éclate encore tous les
jours par mille & mille impoſtures
. Mais ce qu'il y a de
tres-glorieux pour ce Monar
que , c'eſt que ſa grandeur eft
établie fur de fi bons fonde
6
12 MERCVRE
mens , qu'on ne peutrien dire
contre luy , qui ne retourne:
auffi - toſt à la confufion de fes
Ennemis , par la facilité que
l'on trouve à repliquer à des
choſes dont l'impoſture paroiſt
d'abord. On en peut juger par
une Lettre du Roy d'Eſpagne
écrite au Pape , qui a paru depuis
peu dans un des Ecrits
publics de Hollande. Elle a
foulevé non ſeulement toute la
France contre ſon Auteur, mais
meſme beaucoup d'Etrangers,
qui quoy qu'Ennemis du Roy,
parce que la jaloufie de leurs
Souverains les a obligez de déclarer
la guerre à la France ,
n'ont pu s'empêcher de faire
paroiſtre leur indignation contre
un Libelle ſi faux , qu'il ne
peut que couvrir ſon Auteur
de honte. On tombe d'accord
GALANT.
13
que ceux qui l'attribuent au.
Roy d'Eſpagne , font bien plus
de tort à ce Monarque , qu'à
Loüis le Grand. Les Rois,quoy
qu'ils foient en guerre , ne parlent
point ainſi les uns des autres
, & ils agiſſent pour euxmeſmes
quand ils ont pour leur
propre caractere le meſme refpect
que tout le monde luy
rend. Je ne rapporteray poins
les termes de cette Lettre ſup .
poſée , & fabriquée enHollande,
parce qu'ils excitent l'indignation
de tous ceux que la
paſſion n'aveugle point. D'ailleurs
,les injures ne meritens
point de réponse , & retournenttoujours
ſur ceux qui les
écrivent , mais je répondray à
quelques faits qui font qu'on
laiſſe échapper ces invectives.
Elles font telles ,&donnent l'i
14
MERCVRE
dée d'une ame ſi baſſe , qu'à
peine pourroit- on les pardonner
dans les emportemens du
commun des hommes . Vous
ne trouverez pas la matiere
que je vais traiter tout- à-faic
nouvelle; j'en ay touché quel
que choſe dans mes dix Volumes
des Affaires du Temps;
&dans le Prelude de la Bataille
de Fleurus ; mais puis que les
Ennemis du Roy ne ſcachant
plus de quel coſté l'attaquer ,
tombent dans des repetitions
continuelles , afin de ſurprendre
toujours quelques- uns de
ceux qui n'ont pas veu les réponſes
qu'on leur a faites , il
faut détromper les plus aiſez
à eſtre ſurpris , faute de s'eſtre
appliquez à la connoiffance
generale des affaires du mon
de. La Leure qu'on ſuppoſe
GALAN T.
15
écrite au Pape par le Roy d'efpagne
, en réponſe du Bref,
par lequel Sa Sainteté l'avoit
exhorté à faire la Paix avec la
France , roule principalement
fur ce que le Siege de Vienne
n'a eſté fait par les Turcs qu'à
la follicitationdu Roy. Le contraire
de cette ſuppoſition ſera
bien facile à juftifier , & il ſuffira
pour cela de voir quelle
eſtoitalors la ſituationdes affaires
des Turcs, & l'état de celles ,
de France avec les autres Souverains
, & fur tout avec la
Porte.Quand les Turcs aſſiegerent
Vienne , trois choſes
contribuerent à cette entrepriſe.
Il y avoit fort longtemps
qu'ils estoient en paix ,
& leur Empire naturellement
peuplé , l'eſtoiz tellement des
venu , qu'il y avoit de la pos
16 MERCVRE
litique à donner de l'employ
à un fi grand nombre d'hommes
, qui ſouvent faute d'oc.
cupation , prennent des partis
qui tendent au foulevement..
La Paix n'avoit pas rendu cet
Eſtat moins opulent que peuplé,&
s'il eſtoit remply d'hommes
, il l'eſtoit auſſi d'argent ,
pour foutenir tout ce qui leur
paroiſſoit avantageux d'entreprendre;
mais pardeſſus tout
cela , Cara Mustapha , qui étoit
alors Grand Viſir eſtoit
d'une ambition demeſurée
qui luy faiſoit croire que l'Empire
d'Allemagne, qu'une longue
guerre devoit avoir affoibly
, feroit hors d'eſtat de refifter
au torrent avec lequel il
ſe croyoit en pouvoir de l'inonder.
Le grand credit qu'il
avoit auprés du Sultan fom
9
GALANT.
17
Maiſtre , & l'état floriſſant où
ſe trouvoit alors l'Empire Orthoman
, luy avoient donné
lieu , pour ſe diſtinguer des
autres Viſirs , de refuſer le Sopha
à l'Ambaſſfadeur de France,
quoy qu'il luy euſt eſté accordé
par tous les Viſirs ſes
Predeceffeurs
د
comme une
choſe de droit & d'uſage. Le
refus vigoureux de Mr de
Guilleragues , pour lors Ambaſſadeur
du Roy à la Porte ,
d'aller à ſon Audience fans
avoir le Sopha , l'avoit tellement
aigry , qu'il n'y avoit
point alors à la Porte de Nation
qui y fuſt plus broüillée
que l'eſtoit la France. Elle
acheva de s'y mettre mal par
la Canonnade de Chio . Il ſeroit
inutile de rapporter icy
l'action de Mr du Queſne,dont.
18 MERCVRE
on a parlé dans toute l'Europe.
L'échec qu'y receurent lesGaleres
Turques, mortifia beaucoup
la vanite Othomane.
Cette affaire n'aigrit pas feule.
ment le Grand Vifir , mais
elle luy donna occafion de demander
des réparations.Ainſi
ſous pretexte de vouloir tirer
raiſon de l'injure qu'on avoit
faite à tout l'Estat en maltraitant
les Galeres Turques , il
chercha à ſe vanger des refus
que l'on faifoit à ſa vanité,lors
qu'on s'obſtinoit à ne vouloir
point aller àfon audience fans
eſtre aſſuré que l'on auroit le
Sopha. Cette affaire fit grand
bruit, & fut long temps à ac
commoder , mais on ne l'accommoda
point à l'égard du
Sopha , & la France & fon Ambaſſadeur
demeurerent touGALANT
.
19
jours broüillez avec le Vifir.
Il eſt aiſé de juger que pendant
qu'on avoit de violens démêlez
avec la Porte , & fur tout
avec ſon premier Miniſtre ,
dont l'autorité eſtoit abſoluë ,
on ne pouvoit s'entendre affez
avecluy pour l'engager à venir
affieger Vienne. Cependant
ſans examiner ſi la choſe eſt
vray - ſemblable , & fans donner
aucunes raiſons , mais par
un uſage ſeulement de s'attacher
à noircir la France depuis
que le Roy l'a miſe dans le haut
point d'élevation où elle ſe
trouve aujourd'huy ,on parle,
on écrit , & on dédaigne de
faire aucune reflexion fur ce
que l'on dit. Tout est bon
pourveu qu'on décrie la France
, & qu'on attaque fonGouvernement.
Quand on a parlé
20 MERCVRE
du Siege de Vienne fait par
conſeil . on n'a pas pris garde
qu'elle avoit alors des démêlez
particuliers avec la Porte , &
L'on a ſeulement parlé , parce
que ces deux puiſſans Estats
n'avoient point de guerre enfemble.
Mais ceux qui avan
centtdes fauſſetez ſur de tels
raiſonnemens , devroient ſçavoir
qu'il eſt rare que deux
Puiſſances qui n'ont point de
Terres contiguës , entrent en
guerre l'une contre l'autre. La
Religion a tiré un grand avantage
de cette Paix. La France
s'eſtoit ſouvent trouvée en
eſtat de la ſervir, auſſi bien que
pluſieurs Nations de l'Europe,
comme je l'ay prouvé par des
pieces que j'ay rapportées entieres
dans mon Livre des Amballades
àla Porte Othomane..
2
GALANT. 21
Mais pour revenir aux Turcs ,
qu'on ſuppoſe que la France a
fait venir devant Vienne , il
faut voir ſi elle en a profité ,
comme élle auroit dû faire, s'il
eſtoit vray que ce Siege euſt
eſté formé par ſes intrigues.
Elle avoit alors les armes à la
main pour tirer raiſon de l'Efpagne
, qui s'obſtinoit à ne
vouloir pas donner les dépendances
des Places qu'elle avoit
eſté obligée de remettre au
Roy par le Traité de Paix . Ce
Prince toujours victorieux n'avoit
qu'à fraper pour vaincre.
Ses Generaux eſtoient
campagne ; mais ils n'avoient
point encore d'ordre pour agir.
Les Turcs parurent alors devant
Vienne , & dans le temps
que le Roy pouvoit profiter de
l'occaſion , & que la Maiſon
en
22 MERCURE
d'Auſtriche accablée s'y devoit
attendre , ce Monarque , plus
genereux qu'on ne l'auroit été
à ſon égard , écrivit à ceux
qui commandoient ſes Troupes
, & leur défendit de rien
entreprendre . Ses Lettres furent
renduës publiques; ſa moderation
qu'on veut oublier
aujourd'huy , fut admirée , &
les Politiques aſſurerent que
la Maiſon d'Auſtriche n'en auroit
pas uſé de la forte, & que
l'intereſt de la Religion ne
l'auroit pas deſarmée , comme
les affaires d'aujourd'huy nous
le font connoiſtre. Cependant
dés que le Roy voit que le progrés
de ſes armes peut nuire à
cet intereſt, il s'arreſte malgré
la justice de ſa cauſe. Ce Monarque
auroit pu prendre pendant
le Siege de Vienne , non
GALAN T.
23
د
ſeulement ce qui luy eſtoit refuſe
injustement , parce qu'il
ne demandoit rien qui ne fuft
porté par les Traitez ; mais
comme on l'avoit forcé à s'emparer
de fon bien en Conquerant
, il auroit pu continuer
ſes victoires &fe rendre à
droit de conqueſte , legitime
poſſeſſeur detous les Etats qu'il
auroit conquis. Il eſt mal-aiſé
de s'arreſter au milieu d'une
courſe glorieuſe quand on a
une fois entrepris une guerre
avec justice. Noſtre Siecle ſeal
en a produit un exemple : &
c'eſt par làque le Roy ſera diſtingué
à la poſterité de tous les
Monarques qui ont porté , &
qui porteront jamais la Couronne.
Cequi ſe paſſe aujourd'huy
nous fait voir , que i
la Maiſon d'Auſtriche s'eſtoit
24
MERCVRE
trouvée dans la mesme ſituation
, où le Roy ſe rencontra
lors que les Turcs vinrent af.
fieger Vienne , elle auroit aux
dépens de la Religion profité
d'un avantage qui auroit pu
luy faciliter la conqueſte de
la plus grande partie de l'Europe
, puis que dans un temps
où la guerre n'eſt allumée que
contre les Ennemis du nom
Chreftien , au lieu de faire
toute fon occupation de les
poursuivre , & d'y employer
toutes ſes forces , elle fait une
Ligue pour détrôner un Roy
legitime & Catholique , pour
ruïner dans ſes trois Royaumes
les progrés que la veritable
Religion commençoit à y
faire , pour faire foûlever la
France contre ſon Souverain,
pour y rétablir la Religion
Proteftante,
GALANT.
25
د
Proteftante , & pour donner
ce beau Royaume en proye à
ſesAlliez Proteftans , qui unis
avec l'Angleterre auroient -
appuyé les Proteſtans ſoûlevez
de France, auſquels ſe ſeroient
joints tous les Souverains de
l'Europe de cette meſme Religion.
Voilà ce que cette Ligue
auroit produit file Roy n'avoit
pas eſté aſſezpuiſſant pour en
empêcher les triſtes effets. Le
Prince d'Orange, comme Chef
de la Religion Proteftante , ſe
feroit mis à la teſte de tant de
millions d'hommes; la Maiſon
d'Auſtriche auroit alors connu
, mais trop tard , la faute
où la jalouſie de gloire contre
la France l'a fait tomber , auſſi
bien que les conſeils du feu
Electeur Palatin , & ceux de
l'Imperatrice ſa Fille , dont l'un
Oct. 1690. B
26 MERCURE:
n'avoit que ſes intereſts particuliers
en veuë , tandis que
l'autre n'agiſſoit que par l'organe
du Prince ſon Pere. La
France ayant fuccombé , cette
fiere Maiſon , toute orgueilleuſe
qu'elle eſt , n'auroit pu
trouver de forces pour arreſter
ce torrent , puis que l'Empereur,
& le Roy d'Eſpagne enſemble
ne sçauroient entresenir
trente mille hommes.
Ainſi la Religion doit tout aujourd'huy
aux victoires de Sa
Majesté , puis que ſi Elle ne
s'étoit par trouvée affez puifſante
pour reſiſter ſeule aux
efforts de tant d'Ennemis liguez
, il eſt certain qu'il auroient
forcé la Maiſon d'Auſtriche
, & tout le reſte des Catholiques
de l'Europe , d'embraffer
leur Religion , ou du
GALANT .
27
- moins de la reconnoiſtre comme
la dominante , & celle qui
feroit des graces au lieu d'en
recevoir. On peut reconnoiſtre
par là ce que doit au Roy
la Maiſon d'Auſtriche,& combien
ceux qui ſuccederont aux
Etats qu'elle poſſede preſentement
, luy feront redevables,
auſſi bien que leurs Sujets , davoir
empeché quel Hereſic ne
priſt racine chez eux .
La Lettre ſuppoſée du Roy
d'Eſpagne ', fait fonner bien
haut que la France a declaré la
guerre la premiere. Cecymerite
qu'on y faffe attention , &
l'on trouvera dans le fond que
les Ennemis ſont les aggreffeurs
. La Ligue d'Ausbourg
eſtoit faite ; la Mer eſtoit couverte
de trois cens voiles ,
d'hommes &de chevaux pour
B 2
28 MERCURE
envahir l'Angleterre , & l'orage
devoit fondre enſuite fur
la France.Il eſt vray que com
me on cherchoit à la ſurprendre
, & qu'il falloit pour cela
du temps à ſe concerter, on ne
declaroit point encore la guerre.
Au contraire , on affectoit
de faire paroiſtre que c'eſtoit
la choſe qu'on vouloit le moins .
LaHollande feignoitd'ignorer
les deſſeins du Prince d'Orange
, dont le temps nous a fait
voir qu'elle eſtoit bien informée,
qu'elle avoit même prêté
de l'argent à ce Prince. Le
Roy cependant mieux inſtruit
qu'on n'avoit cru prend ſes
meſures pour porter le coup .
Ilarme avec une extrême diligence
, & declare la guerre à
ceux qui avoient commencé à
la luy faire fourdement . On
GALANT. 19
vouloit que ce Monarque attediſt
qu'il fuſt accablé de toutes
parts , & on luy reproche d'avoir
évité les pieges qu'on luy
tendoit. On avoit refoludene
l'attaquer qu'aprés que l'Angleterre
ſcroit fubjuguée , &
Fon ne vouloit pas qu'il armaſt
avant que de ſe voir attaqué.
Comme ſa prudence n'a pu luy
permettre de laiſſer agir ſes
Ennemis , ſans qu'il ſe miſt en
érat de s'oppoſſer à leurs entrepriſes
, on l'acuſe d'avoir eſtéle
premierqui aitdéclaré la guer
re , mais on ſe garde bien de
dire ce qu'ona fait pour l'y engager.
On trouveroit enl'examinant
que ce Monarque n'a
pas plus de tort qu'un homme
qui ſçachant qu'on le voudroit:
enfermer chez luy , & qu'on
auroit juré ſa ruine , ſe met
B 3
30 MERCVRE
troit en campagne pour empefcharles
deſſeinsque l'on auroit
formez pour ſa perte ,fans attendre
que ceux qui auroient
deu les executer , fuſſent arrivez.
Le Roy dont les lumieres
font vives, a penetré ce que les
Princes liguez machinoient
contre la France , & pour rompre
leurs projets , il a trouvé à
proposde leur declarer la guerre
dans les formes. A-t-on raifon
de luy faire un crime de ce
qu'il n'a pas voulu ſe laiſſer
furprendre?
Il ne faut pas tout- à- fait aca
cuſer les Hollandois des
Ecrits qui ſe debitent chez
cux. Ils ne font preſque toujours
que prêter leur conſentement
à ces Ecrits , & la
pluſpart des Refugiez payent
par là l'aſile dont fans auGALANT.
3
cun fondement ils ont cru
avoir besoin. On doit remarquer
queces fortes de Libelles
plaiſent beaucoup aux Ef
pagnols , & aux Hollandois
&que c'eſt par là qu'ils trouvent
moyen d'amuſer leurs
Peuples , qui ne fourniſſent
plusqu'avec peine& à regret ,
aux frais d'une guerre infru-
Aueuſe. Il faut bien auſſi que
ces Ecrivains éternels trouvent
dela matiere pour remplir
vingt ou trente feüilles
volantes qui paroiffentchaque
mois. Comme ils ne peuvent
nier des faits que l'on ſçait
eſtre conſtans , tels que eequi
s'eſt paſſfé à Fleurus,ils tâchent
àfaire voir parde faux raiſonnemens
que la perte de cette
Bataille ne leur a apporté aucun
préjudice , quoy qu'elle
B 4
32 MERCVRE
Hollandois
ait rendu inutile l'Armée de
Brandebourg , qui auroit agy
autre partqu'en Flandre , &
qu'avec cette Armée , les Ennemis
n'ayent pu ny fortir
de chez eux , ny nous en chaf
fer. l'ay lû depuis peu un de
cesEcrits de Hollande dontje
viens de vous parler , & pour
perfuader aux
qu'ils tireroient un grand
avantage de la Bataille de
Fleurus cet Ecrit portoit ,
Que les François avoient perdu
dix mille hommes à cette Bataille,
& que dix mille qu'ils perdroient
encoreà la premiere qui se donne_
roit les afforbliroient de vingt mille
hommes, enfortequ'aprés cetteperteilferoit
aisé aux Alliez d'entrer
en France. Si cette ſeule eſperance
conſole les Hollandois du
deux centiéme denier qu'ils
2
GALANT.
33
ont ſi ſouvent payé pour foûte
nir la guerre preſente , ilsdoivent
ſe tenir ſeurs de le payer
encore long temps. Quant à
l'Eſpagne , on y voit moins de
libelles , mais comme les lieux
où ſe fait la guerre en font
éloignez , on y ment d'une
maniere ſi hardie ſur ce qui
ſe paſſe entre les Armées , que
la choſe paroiſt à peine oroyable.
Quand on a perdu unet
Place , on fait ordinairement
imprimer une Relation qui
marque que les Ennemis ont
levéle Siege. Voicy le titre
de laderniere qui a eſté publiée
à Madrid , & que j'ay
tranſcrit mot pour mot furs
lImprimé.....
Noticias Extraordinarias
De losfucceſſos ventajosos y wito-s
riofos de lasarmas de Su Majestad..
B
34 MERCURE
A
unidas àlasde Piamonte, debajo
del mando de Su Alteza Real el
Senor Duque de Saboya ; con la
expulsion fuera del Piamonte del
Exercitode Francia , que manda el
General Catinat. Comprenden en
uiario lo acontecido desde primero
hasta 16. Agosto 1690 .
C'eſt à dire en noſtre Langue..
Nouvelles extraordinaires
Des avantageux & victorieux
fuccés des armesde Sa Majesté ,
unies àcelles du Piedmont , fous le
commandement de Monsieur le
Ducde Savoye , avec la retraite
de l'Arméede France que commana
de le General Catinat ,& que l'on
a chaffée du Piedmont. On comprend
en ce Journal ce qui est arrivé
depuis le premier jusqu'au ſeize
Moust 1690.
Ce titre fait voir de com
>
GALANT
35
bien de fauffetez & d'impertinences
la Relation doit efſtre
remplie. 2
Vous ne trouverez que des
veritez dans le Sonner que
vous allez lire. Il eſt de Mr
Morcau , Avocat General de
la Chambre des Comptes de
Dijon.
SUR LA GUERRE
preſente.
Orgueilleux Ennemis, quelfu jet vous engage
A liguer contre nous tantde Peuples .
divers
Et troubler unepaix qu'un Royvaillant&
fage
Avoitparfa bontédonnée àl'Univers
?
Mettre la France en proje &fas
Sujets auxfers ,
Bvj
36 MERCVRE
Est donc le grand projet queforme:
vostre rage ?
Mais par le coup fatal d'un éclas.
tant revers ,
Sur vous qui l'exciteZon voit tom
ber l'orage..
Tous armez costre luy ,Seul armé
contre tous ,
L'invincible LOVIS qui fait tant:
defaloux,
Par vos tristes débrisva couronner
Sagloire.
D'un triomphe achevé tout l'aßure
auiourd'huy
Riennepeut à ce Prince enlever la
victoire ;
C'est pour Dieu qu'il combat ,&
Dieu combat pourlug
Cet autre Sonnet eſt de Mr
de Liniere.
GALANT..
377
Sur le meſme ſujet..
MAlgréľ Anglois,malgré l'Es-
разне
Et d'autres Peuples furieux
Nousdevonsbenir en tous lieux
Lesfuccés decette Campagne..
Un iuste bonheur accompagne
Nostre Prince victorieux ,
Et fon Fils revient glorieux
D'avoirfait trembler I'Alemagne..
FierSaxon, vain Bavarois
Ge. Fils du plus grand de nos Rois
Aneantit voſtre puißance..
Acesyeux ilvous voit perir ,
Iltriompheparsa prudence,
Etvousdéfaitsanscoup ferir..
Voicy d'autres. Vers, qui
38
MERCURE
meritent bien d'avoir place
icy . Le Madrigal eſt de Mr
d'Eſtrez , de Laon .
AU ROY.
Louis que ton Peuple est hew
reux !
Lors que la difcorde& l'envie
Excitent contre luy milleMonstres
affreux ,
Ton ſoinmet à couvert&Ses biens
&Savie.
Voir tes Suiets heureux borne tous
tes defirs,
C'est àlafeureté de ces Suiets tranquilles
,
Qu'on te voit immoler ton repos ,
tes plaisir,
C'estpar toy quelapaix regne encor
dans nos Villes,
Lorsque nos Ennemis abbatus confpernez,
GALANT.
39
Brûlent des mesmes feux qu'ils
avoient allumez,
Quel plaisir de les voir travailler
pour tagloire!
Depuis trois mois pour t'offrir la
victoire
Leur foible audace a troisfois combattu
.
Taſageſſeàton gréregle tes destinées;
C'est toy qui renstes armes fortu
nèes ,
Et tu dois ton bonheur à ta feule
vertu ..
MADRIGAL.
+ TE premier des Cefars,pour ac.
: croiſtrefa gloire,
Foulut placer fon nom dans le Calendrier,
C'est lemois de Faillet,où ce fameux
Guerrier

40
MERCURE
A depuis deux mille ans celebre
Samemoire..
LOVISfait en ce moisplus quefule
en trente ans..
Anglois ,vous le savez , Hollan
dois & Fiamans,
Combien pose le bras de ce nouvel
Hercule.
En Iuillet ſivanté par tes faits
inouis ,
Il est juste . grand Roy , qu'à la
placede Iule
On écrive àpreſent , C'est lemois
de LOUIS..
L'Air nouveau dont vous
allez lire les paroles , ne vous
paroiſtra pas indigne de ſuivre
ceux que feu Monfieurde
Bacilly m'a fournis depuis.
long- temps. Il eſt d'un fort has
bile homme , & qui a un talent
tres- particulier pour laMufique..
C
THEODE DE
BIBLIO
*
1893
LYON
=
*
eurest a
pla
Sivousn'e
X
Qusfe ray je
899
eet
M
GALANT. 4
マ1
AIR NOUVEAU.
Ris , que mon coeur est à plaindre
?
Vous allumez des feux ,& voulez
les éteindre
Par mille& mille cruautez .
Si vous n'écoutez pas la douleur
qui me preſſe ,
Queferez- vous de vos beautez ?
Que feray-ie de ma tendreffe ?
2
Quoy que je vous aye parlé
des réjoüiſſances faites en
pluſieurs Villes de France
pour les trois Batailles gagnées
pendam la Campagne ;
je ne vous ay entretenue que
de la moindre partie de eelles
qui en ont eſté faites , & ne
pouvant donner place à toutes
ces Feſtes ,j'en ay ſeulemena
2
42
MERCVRE
choiſi quelques-unes , où les
Habitans ſe ſont diftinguez
par des choſes extraordinaires,
& que leur zele leur avoit
fait inventer. La Ville de
Chaſtillon fur Scine a eſté
de ce nombre. S'ileſt un peu
tard de vous en parler , fongez
que je n'ay pû le faire
plutoſt , ayant eſté obligé de
ſeparer des matieres dans plufreurs
de mes Lettres pour
n'en pas remplir entierement
les premieres. Toute la Ville
& toutes les Maiſons Reli
gieuſes contribuerent à la parure
de la principale Eglife ,
où le Te Deum fut chanté ,
ainſi que tous les Corps des
Métiers , qui prirent ſoin d'y
faire arborer leurs étendards
On plaça le Portrait du Roy
àl'entrée du Choeur &la

GALAN Τ.
43
Tribune fut couverte de verdure
, garnie d'un fort grand
nombre d'Oiseaux , qui mêlerent
leur ramage aux chants
d'allegreffe , & curent enſuite
la liberté . Les Corps du Bailliage
& de la Magistrature ,
ſe rendirent de l'Hoſtel de
Ville dans l'Eglife , au bruit
desTambours , Fifres & Violons
, précedez de deux Compag
pagnies de jeunes gens ſous
les armes. Aprés la ceremonie
, les Corps des Officiers
retournerent à l'Hoſtel de
Ville dans le meſme ordre
qu'ils eſtoient venus , & enfaite
les Magiſtrats marcherent
par toute la Ville , au
bruit de toutes fortes d'Inſtrumens
, & par leur exem.
ple animerent les Bourgeois ,
qui dreſſerent des tables ,&
44
MERCVRE
mangerent ainſi qu'eux au
milieu des ruës. Pendant le
repas , les Dames , tenant le
verre d'une main & le piſtoler
de l'autre , ſeconderent galam .
ment , & à diverſes repriſes
Mrs. du Corps de la Magiſtrature.
Après le foupé, les feux
eſtant allumez devant les maifons
, & les feneſtres illuminées
,Mr le Chape , Maire de
la Ville , commença un Bal
public avec les Magiſtrats ,
dans la plus belle Place de la
Ville , que l'on éclaira de
quantité de flambeaux . Il regala
tous ceux qui abordoient
devant la maiſon , & n'épargna
rien pour marquer fon
zele. La Feſte qui commença
le Dimanche, fut continuée le
reſte de la ſemaine Le Lundy
ayant fait cueillir toutes les
GALAN T.
45
,
Aeurs qui estoient dans ſes
parterres , pour faire des feſtons
autour du Portrait du
Roy , il les fit mettre dans
un grand baſſin &marcha
avec les Magiſtrats dans leur
appareil ordinaire. Un jeune
homme fort leſte , placé au
milieu des Fifres , des Tambours&
Violons , portoit ce
baſſin , qui pendant la marche
fut remply d'une infinité
de Bouquets , que les hommes
, femmes & filles y jettoient
inceſſamment. Le Mardy
, il fit faire en ſa maiſon
"une tres belle Couronne de
Laurier au meſme Portrait du
Roy , & la fit pofer dans un
grand baſſin au milieu de toutes
fortes de fleurs . On mit
auſſi tous les bouquets des
Habitans dans deux autres
46 MERCUR E
garnds baſſins enforme de
piramide , &le tout fut porté
avec les meſmes ceremonies
que l'on avoit obſervées le
jour précedent. Le Mécredy ,
les Magiſtrats ſe firent un
honneur de compoſer de leurs
propres mains des feſtons &
des guirlandes decette varie .
té de fleurs , & les diſpoſerent
autour du Portrait du Roy ,
que deux jeunes hommes
fort propres , porterent à la
veuë de tout le Peuple , qui
appelloit ce Monarque , comme
un autre Tite , l'amour
& les délices du genre humain.
La marche ſe termina
comme les ſuivantes
principale Eglife , où l'on remettait
ce Portrait à l'entrée
du Choeur. Le Jeudy Mrs.du
Corps de la Magiftrature le
,
à la
GALANT ..
47
firent porter en triomphe au
bruit des Fifres & des Tambours
. Il eſtoit environné de
lauriers ,& lors qu'on fut arrivé
devant la Maiſon de Ville ,
ils en firent auſſi couronner le
Buſte du Roy , qui eſt placé
fur la porte de cet Hoſtel. Le
Vendredy Mr le Maire fit apporterchez
lay tous les Drapeaux
des Quartiers & des
Corps des Meſtiers , & les fit
marcher chacun dans fon
rang , Enſeignes déployées ,
devant & aprés ce meſme
Portrait , qui fut accompagné
lejour ſuivant dans toutes les
ruës par tous les Fils de Famille
qui s'eſtoient mis ſous
les Armes . Ce mefme jour les
plus beaux enfans de la Ville
ſuperbement habillez marcherent
prés du Portrait en té
48. MERCVRE
Bant des Branches & des Couronnes
de laurier , & Mr le
Maire le porta luy meſme depuis
l'Hoſtel de Ville juſques
à l'Eglife , où il redoubla ſes
prieres & ſes voeux pour Sa
Majesté . Le Frere Zenon , Religieux
Feüillant ſe ſignala
particulierementpar le grand
nombre de belles Fuſées qu'il
fat, & que l'on tira pendantles
trois jours que les TE DEUM
furent chantez pour le gain
des trois Batailles. Il eſtoit
fort connu de la Reine mere
qui luy a inſpiré un tel amour
pour le Roy , qu'il fait
dire tous les ans deux cens
Meſſes , pour la conſervation
de ſa ſanté , & pour la profperité
de ſes Armes.:
La Ville de Chaſtillon fur
Seine a fait une choſe qui n'a
eſté
GALANT...
49
eſté faite par aucune Ville ,
puis qu'outre les manieres
nouvelles & ingenieuſes dont
elle s'eſt ſervie pour faire écla
ter ſa joye ,& dont vous ve.
nez de lire la Relation , elle
employa Mr Pyon , Bache
lieren Theologie , & Principal
du College de la Ville ,
pour faire trois pieces d'Eloquence
, dont chacune avoit
pour ſujet une des Batailles
qui donnoient occaſion à la
réjoüiſſance publique. Elles
furent expoſées aux yeux du
Peuple à la porte de l'Eglife
dans les jours des Te Deum ,
afin que la lecture de ces Pie
ces l'excitaſt encore davan.
tage à l'admiration de ce que
le Roy a fait cette derniere
Campagne , contre un fi grand
nombre d'Ennemis liguezt
Oct.1690. C
50
MERCVRE
Ie vous envoye la derniere ,
la quantité d'articles dont je
dois remplir ma Lettre , ne
me laiſſant pas de place pour
les deux autres.
SUR LA VICTOIRE
remportée en Piedmont,par
l'Armée du Roy, fur le Duc
de Savoye .
3
N
l'étonne-
Ous n'avons plus de paroles
pour publier les grandeurs de
nostre Monarque. Nous reconnois
Sons que nos forces diminuent à
mesure que les merveilles augmentent
,&que le filence&
ment font pour un ſuiet si auguste
les meilleures regles de l'Eloquence.
puis que son Regne n'est qu'un con.
tinuel enchainement de prodiges ,
&que la verité mesme qui a des
bornes , adit de ce Prince tout ce
۱
GALANT.
51
que le mensonge , qui n'en connoist
point ,a inventé pour les autres.En
effet , il ne suffisoit pas à LOUIS
LE GRAND d'avoir glorieuse.
ment terraßé l'orgueil& l'impreté
denos Ennemis . Cen'estoitpas affez
de les avoir domptez sur mer &
fur terre , par deux celebres Vi-
Etoires qu'ilen vient deremporter;
il falloit encore que la Religion ,
après avoirvaincufes Ennemisdéclarez
, triomphaft dansses propres
Suiets , &qu'enfin le Duc de savoyefift
éclater auxyeux de toute
l'Europe , que porter la guerre dans
les Etats de nostre Monarque , c'est
fe Soustraire aux ordres du Dia
des Armées , & s'attirer cette indignation
du Ciel , qui est toutours
Suivied'un repentir éternel ,& de
l'entiere défaite des Rebelles. Auffi
cePrince n'eut pas plútoſtpris lesarmes
,pour faire executer les Traitez
C2
52
MERCURE
qu'il avoit faits avec nos Ennemis.
que Mr de Catinat , General de
l'Arméede Sa Maieftédansle Piedmont
, refolut de le prévenir par
unevigoureuſe attaque , & de luy
faire connoistre que la fortune difpoſe
les choses de telle forte en fa--
weur de ce grand Roy , que pour
toute la peine de l'execution , elle
ne luy laiſſe que la gloire del'évenement
; car bien que l'Arméede
l'Ennemy fuſt plus nombreuſe , bien
qu'elle cust l'avantage du lieu pour
combatre ,&qu'ellefuſt ce ſemble,
fortifiée de toutes parts; neanmoins
ceGeneralla fit attaqueravec tant
de vigueur , qu'aprés un combat
aussi long qu'opiniastre , les Caffines
où l'Infanterie s'estoitretirée ,furent
emportées l'épée àla main,tout
ce qui estoit dedans tue , on fait
prisonniers ,& le reste de l'armée
entierement mis en déroute ; de
GALANT. 53
forte qu'en ce moment l'Ennemy
reffentit que les ordres de Sa Majesté
pour livrer des Batailles,font
autant de victoires aſſurées, par la
pleine confiance qu'Elle a dans la
puiſſante protection du Ciel , &
dans la valeur de fes Troupes tou -
jours victorieuses. Tel est donc le
fort d'un Prince infortuné, qui s'est
abandonné aux fauſſes perfuafions
de nos Ennemis au prejudice des
intereſts de la Religion , & de ceux
d'un Monarque qui les ſoutient
avec tant de chaleur.Tellesfont les
peines que le ciel deftine pour la
punition de ceux qui partageant
avec l'invicible LOVISl'auguste
qualité de Prince Chreftien , n'entrent
ny dans ſes louables reffentimens
, ny dans cette ardeur infatigable
à pourſatore un infigne
vfurpateur , dont laviolance jointe
à l'impicté , ne tend qu'à defoler
C 3
54
MERCVRE
-
leurEmpire. C'est ainsi que la Religion
s'eft vanzéede la conduite
de ce prince , pourn'avoirpasfoûtenu
l'excellence du nom Chreftien
&pour avoir oublié , àlafolicitationdenos
ennemis, les devoirs que
le SangRoyal,&lesparfaites obli
gations qu'il avoit à Louis le
Grand, luy impofoientfifolemnellement.
Mais comme ny l'amour
de la gloire , ny les faveurs extraordinaires
dont nostre Prince l'avoit
comblé iusqu'alors ne l'avoient
aucunement touché , ởqu'il
n'avoit pas mesme esté ſenſible à
fon propre avantage , il est tombé
dans unſi prodigieux aveuglement,
qu'ilne s'est pas repreſenté que la
Religion , pour laquelle nostreMoparque
combat depuis tant d'années,
est la principale partie de
ce grand Corps dont les Princes
doivent estre l' Ame ; l'oeil qui con-

GALANT, 55
duit plus feurement leurs demarches
; le coeur qui leur répand le
plus de vie , & le bras qui donne
te plus de force à leur autorité ;
de maniere qu'il estoit expedient
quenostreMonarque lay apprift par
une experience qui luy a estefatale.
qu'un Souverain ne peut rendrefon
Estas floriſſant , quand il s'est dé.
pouilléde cet esprit qui en doitfai.
rele noeud & le foûtien , & qu'il
ne peut entretenir ſes Suiets dans le
respect,&dans la foûmiffion pour
Ses commandemens , quand il we
veut point s'affriestir luy mesme
aux ordres queDieu a bien voulu
Luy prescrive. Que ce jeune Prince
réfléchiſſe maintenant , combien il
luy a esté funeste de n'estre point
venu avec l'invincible LOVIS ren .
dre à Dieu des Actions de graces
aux pieds de nos Autels, de n'avoir
point érigé avec lay des trophées à
C 4
56 MERCURE
la Religion , & den'avoirpassecondé
la rapiditéde ses Conqueſtes
, en conspirantàla ruine entiere
des plus cruels Ennemis defon
Etat & du nom Chrêtien . Qu'il
apprenne combien il est deſavantageux
de s'opposer àses picux deffeins
, & de vouloir renverſer ſes
justes projets . Qu'il rougiſſe d'avoir
prostitué fon caractere en favorifant
une ligue honteuse quin'a pour
but quede faire triompher l'erreur
& le crime par une detestable ia .
louſie du cours de nos prosperitez.
Qu'un exemplefi recent vous épouvante
, Princes iniustement ligue,z
fi du moins il ne vous attendrit pas.
Rentrez dans vous mesmes &dans
vos devoirs à la veuë d'un ſiiuste
chastiment. Que les Temples démolis
, les Saints lieux profanez ,
les Autels renverſez , l'impietéfur
le Trône, lefang des Fidellesrépan
GALANT.
57
du , les allarmes de toute l'Europe,
le defordre & la confusion partout,
lefer&le feudetoutes parts,fasfent
de l'impreſſion ſur vos eſprits.
Le fein de nostre Prince vous est
toniours ouvert , &son coeur n'aja
mais manqué de tendreſſe nonplus
que de generosite. Excitez-vous ,il
est encore temps de prendre les armes
en faveur de la Religion&de
vos propres interests. Il vous reste
encore des palmes à cueillirdans le
champ de l'furpateur, &fon optmiaſtreté
doit estre pour vous ung
legitimeſemencede victoires&de
triomphes . Consacrez donc vos
Armes &vos Perſonnes àſeconder
la pieté&la valeur d'un Prince ,
à qui toute la terre devroitsefaire
un honneur de se foûmettre..
Il y a eu dans cette Feſte
des nouveaurez fi particulieres
, qu'on ne peut donnes
C
58
MERCVRE
crop de louanges à Mr le
Chape ,Maire de Chaſtillon
ſur Seine , qui n'a épargné
ny peines , ny foins pour
luy donner tout l'éclat poſſible.
On doit ſur tout admirer
fon zele & fa maniere empreſſée
à inventer des moyens
qui n'cuſſent point encore eſté
pratiquez,pour rendre des refpects
au Roy dans une réjouiſſance
, où il s'agiſſoitde
faire comprendre au Peuple
tout ce qu'il doit à la vigilan
ce & à la bonté de ſon Souverain.
ة م ر ح
Tout eſt miraculeux au
jourd'huy en France , & la
Ieuneſſe y eſt ſcavante dans
un âge , où à peine ſçavoit elle
autrefois lire. Ce qui ( vient
de ſe paſſer à Caſtelnaudary ,
Capitale de Lauragais en Lan.
GALANT..
19
ل و ا
guedoc , en eſt une preuve.
Mr la Riviere de Laudun ,
jeune Gentilhomme , âgé ſeulement
de onze ans ,& qui
étudie en cette Ville là au
College des Peres de la Do-
Arine Chreftienne , y a répondu
publiquement durant
trois jours ſur la Geographie
univerſelle , fur l'Histoire
Sainte , fur celle de France
de Rome & de Grece , fur le
Blaſon , ſur la Sphere , fur les
Fables de Phedre , & fur les
plus belles Odes d'Horace...
Sa Theſe étoit dédiée au Roy,
&àl'ouverture & à l'iſſue de
chaque ſeance ,il a recité des
vers àlagloire de cet auguffe
Monarque Toute l'Affemblée
eſttoujours ſortie avec uneentiere
fatisfaction de ſes répon
fes Le Pere Riviere desBorde
C6
60
MERCVRE
ries , ſon Regent , qui l'a inftruit
dans toutes ces belles
connoiſſances , lediſpoſe àrépondre
dans quelque temps
fur les plus beaux endroits des
Poëtes Grecs & Latins .
すVoicy un Article trescurieux
, auquel j'ay fort peu
de part, puis que je ne fais que
ſuivrepreſque par tout les Mcmoires
qui m'en onteſté fournis
. Toute l'Europeales yeux
ouverts fur les Victoires de
Loüis le Grand , & cependant
la pluſpart des hommes & des
Nations ne font nulle attenti
on fur les plus beaux endroits
de fa vie. La reſtitution des
Saints Lieux , que ce pieux
Monarque vient de procurer
FEglife Catholique , & à
l'Ordre de Saint François en
particulier , eſt un triomphe
1
GALANT. Gr
fi éclatant pour Sa Majesté ,
& fi glorieux pour le Chrif
glorieux f
waniſme , qu'il doit luy attirer
les benedictions de tous les
Fidelles . Ce grand Roy apprend
à tous lesPotentats de la
terre, que ſi les Princes Chreſtiens
entretiennent quelque
د
correſpondance avec les Infidelles
& les Heretiques , ce ne
doit eſtre que pour le maintien
& la propagation de la
Foy , & pour proteger dans
leurs Etats la Religion Catholique
, non pas pour l'oppri
mer & pour la détruire.
Vous avez vû , Madame , dans
maLettre d'Avril les avanta
ges que les Miniſtres du Roy
ont remportez à la Porte ,
contre les Grecs Schifmatiques
, & contre le Bacha de
Ierufalem , qui opprimoit les
Religieux de la Terre Sainte ,
62 MERCVRE
& vous avez veu enſuite par
my les Articles du mois de
May , la Lettre que Sa Majeſté
écrivit au Grand Seigneur,
le 1 2. Imin 1689. pour obliger
Sa Hauteſſe à rendre aux Religieux
de l'Obſervance de
SaintFrançois , tous les Saints
Lieux que les Grecs Schiſmatiques
avoient ufurpez fur
eux depuis prés de ſoixante
ans. Mr de Chasteauneuf de
Castagneres , Ambaſſadeur du
Roy à la Porte, preſenta cette
Lettre à Sa Hauteſſe , le 28 ..
Avril dernier dans l'audience
publique qu'ilen cut à Andrinople.
Elle fut remiſe en.
tre les mains du Grand Vifir
&trois jours apres il demanda
dans une audiance particuliere
à ce premier Miniſtre
de la Cour Othomane
46
GALANT. 63
que l'on donnaſt fatisfaction
au Roy ſon Maiſtre fur le
contenu de cette Lettre. Le
Grand Viſir aſſembla le Divanquelques
jours aprés. Ily
appella la Grand Muphti , le
Nachib , ou Chef des Emirs
de la race de Mahomet , le
Reys Effendy , ou. Secretaire
d'Etat , & les Teſcheraggi ,
qui font les deux Cadis de
Natolie&de Romelie. Ils fi
rent comparoiſtre le PatriarcheGrec
de lerufalem , & le
Pere Procureur General de la
Terre Sainte , Religieux Cor
delier , & les obligerent de
produire leurs atitres & leurs
Papiers. Le Procureur de la
Terre Sainte en produifit des
Saltansd'Egypte , depuis qua.
tre, trois ,& deux cen'sans
& de tous les Grands. Seigneurs
depuis que Selima con64
MERCURE
puis la Paleſtine.Ils furent tous
examinez parleDivan qui les
recõnut veritables &legitimes .
On obligea enſuite le Patriarche
Grec de lerufalemde produire
les fiens. Il en preſenta
unde Sultan Omar , comme le
principal & fondamental , &
aprés qu'il eut eſté examiné
par le Divan , il fut reconnu
faux & ſuppoſé. Ainſi le
Patriarche Schifmatique fut
confondu , & le Divan prononça
Sentence contradictoirement
contre les Grecs
en faveur des Religieux Cordeliers
de la Terre Sainte ,
dont tous les anciens Titres
furent confirmez par un Catacherif,
ou commandement
ſuprême duGrand Seigneur ,
qui priveles Grecs, Schifmar
tiques ,du Saint Sepulchre de
GALANT. 65
د
Noſtre Seigneurqu'ils avoient
ufurpé aux Religieux Latins
il y a quinze ans ; du Mont de
Calvaire où le Sauveur fut
crucifié ; de la Pierre de
l'Onction , où il fut embaumé
aprés qu'on l'eutdeſcendu de
la Croix ; de la Sainte Grotte
de Bethleem où il eſt né &
generalement de tous les
lieux que les Grecs avoient
ufurpez aux Religieux de
Saint François depuis environ
cinquante- cinq ans , fous le
regne d'Amurat IV. rétabliſ
fant les Religieux Cordeliers
dans toutes leurs anciennes
poffeffions. Ce Commandement
fut ſcellé &remis par
le Grand Vifit , le 2. May
dernier , à Mr l'Ambaſſadeur ,
avec la réponſe du Grand Seigneur
,qui marquoit au Roy

66 MERCURE
qu'il luy avoit accordé avec
plaifir toutes ſes demandes ;
aprés quoy le Grand Viſir
commit un Capigi pour aller
faire executer les ordres de Sa
Hauteſſe , & mettre en poffeſſion
les religieux de Saint
François ,qui s'embarquerent
àConſtantinople pour Iaffa
au commencement de Iuin
avec cetOfficier Turc , & le
Cady de Ierufalem. Si on
faiſoit reflexion à la picté &
au zele d'un million d'hommes
qui abandonnerent toutes
choſes pour voler à la conqueſte
de la Terre Sainte dans
le temps des Croifades , ſous
la conduite du vaillant Godefroy
de Boüillon ,& fion vouloit
ſe ſouvenir des efforts
qu'ont fait autrefois Loüis le
Ieune , Philippe Auguſte , &
GALANT. 67
le grand S. Louis , Rois de
France , les Empereurs d'Allemagne
, les Rois d'Angleterre
,& tant de Princes , Etats
& Republiques Chreſtiennes,
pour retirer les Saints lieux,&
particulierement le Saint Sepulchre,
des mains des Infidel
les , fans pouvoir y reuſſir , on
admireroit que le Roy ait fait
par ſon credit & par ſa haute
reputationceque tant de Rois
&de Potentats n'ont pû faire
avec des millions d'hommes
par la force de leurs armes , &
on avouëroit en meſme temps
que c'eſt le plus glorieux triophe
qui ait eſté remporté dans
le Chriſtianiſme depuis plufieurs
fiecles . Auſſi a- t- il eſté
pour Sa Majesté , le premier de
cette Campagne , & il paroiſt
viſiblement qu'il a attiré les
68 MERCVRE
benedictions du Ciel ſur lesar
mes de ce Prince qui onttriomphé
enfuite de toutes parts fur
Mer & fur Terre contre les
Ennemis Occidentaux de l'Egliſe
Catholique, aprés que les
Schifmatiques Orientaux ont
eſté vaincus par la grandeurde
fon nom & de ſa gloire , &
qu'onlesa dépoüillez des lieux
adorables de la Naiſſance , de
la Mort , & de la Refurrection
du Sauveur , qui avoient eſté
uſurpez à l'Egliſe Catholique ,
rétablie par Louïs le Grand
dans ces facrez monumens de
noſtre Redemption ,où il neluy
êtoit pas permis auparavant
d'offrir le Sacrifice propitiatoire
, ny d'y celebrer les Divins
Offices , ces lieux eſtant profamez
par les Schifmatiques à la
GALANT. 69
!
, honte de l'Egliſe Romaine
dont cegrand Monarque a eſté
l'opprobre , la rétabliſſant dans
ſon premier heritage , & dans
toute la ſplendeurde ſa gloire .
LePere Louis Verdun , Religieux
du grand Convent de
l'Obſervance de Saint François
de Toulouſe , qui exerce
depuis plus de huit ans la
fonction de Commiſſaire &
ProcureurGeneral de la Terre
Sainte dans toute la France ,
receut la nouvellede ce grand
triomphe par Madame Girardin
, lejour qu'on porta à Noftre
Dame les Etendarts & les
Drapeaux pris à la Bataille de
Fleurus , & qu'on y chanta le
Te Deum pour rendre graces
à Dieu d'une Victoire fi -
gnalée contre les Ennemis de
l'Eglife Catholique & de l'Ef
70
MERCURE
tat , & le lendemain on luy
rendit un Paquet de Conftantinople
, où le Procureur
General de la Terre Sainte luy
faiſoit le détail de cette Negociation.
C'eſt un religieux,qui
eſt fort zelé & infatigable pour
les intereſts des Saints lieux ,
quia pourſuivi cette affairedepuis
quinze ou ſeize ans ſans
ſe rebuter. Il obtint pour cet
effet des Lettres du Roy pour
le Grand Seigneur au mois
d'Avril 1675. & les porta à
Conſtantinople , où n'ayant
pas trouvé des diſpoſitions
favorables pour ſe faire accorder
ce qu'il demandoit , il
alla à Ierufalem , & ayant efté
deputé enſuite à Sa Majesté
par les Superieurs de la Terre
Ste en 1679 , il fit enforte que
le Roy voulut biendonner ſes
GALANT.
74
ordres à Mr de Guilleragues
lors qu'il partit pour ſon Am.
baſſade de Conſtantinople ,
afin qu'il tâchaſt de venir à
bout de ce grand Ouvrage , &
fur latres-humble priere de ce
mefme Procureur General de
la Terre Sainte , Sa Majesté
cut la bontéde répondre à la
Lettre du gardien de Jeruſalem.
Mr de Guilleragues étant
mort ſans avoir rien obtenu,
le pere Verdum procura de
nouvelles Lettres du Roy au
Grand Seigneur , avec les ordres
de Sa Maieſté à MrGi
rardin , qui partit pour cette
méme Ambaſſade en 1685. M.
Girardin rendit ces Lettres à
ſa Hauteſſe dans ſon Audience
publique, & en obtint un aga
pour aller informer à lerufa
lem. Les Informations furent
72
MERCURE
faites fur les lieux par cetOfficier
Turc , & ſe trouverent
favorables pour les Religieux
Cordeliers contre les Grecs .
Il y avoit licu d'eſperer alors
que les religieux de S. Fran- 1
çois feroient rétablis dans
leurs anciennes poſſeſſions ,
mais les revolutions. de l'Empire
Othoman eſtant ſurvenuës
par la dépoſition de
Sultan Mahomet I V. & par
le changement de pluſieurs
Grands Viſirs , & ayant eſté
ſuivie de la mort de ce dernier
Ambaſſadeur , qui avoit
déja ſi bien commencé , l'af..
faire demeura interrompuë!
juſqu'à ce que le Pere Verdun
ayant follicité de nouvelles.
Lettres du RoyauGrand Seigncur
, elles ont eſté portées
& rendues par Mr de Chafteauneuf
1
GALANT.
73
teauneuf de Castagneres , &
onteu l'effet que l'on ſouhaitoit
depuis fi long-temps . Ce
Religieux ayant appris cet
heureux fuccés , fe vit dans
de comble de ſa joye , & ne
fongea plus qu'à fatisfaire
l'impatience qu'il eut d'en
remercier le Roy. Cet honneur
luy fut accordé le jour
dela Feſte de S. Louis , & il
avoit demandé à faire fon
compliment ce jour- là à cauſe
du zele que ce faint Roy a
marqué pour la Terre Sainte .
Son remerciement futapprou
vé de toute la Cour. Apres
avoir fupplié Sa Majesté de
vouloir fouffrir , qu'au nom de
tous les Superieurs dela Terre-
Sainte , dont il avoit l'hon
neur d'eſtre Commiffaire, it
luy rendiſt de tres humbles
Oct. 1690.
D
}
i
74 MERCVRE
actions de graces, de la reſtitution
des Saints Lieux , qu'Elle
venoit de procurer à l'Eglife
Catholique , il dit que cette
Eglife, toute brillante qu'elle estoit
par l'eclat deſa Royale protection,
gemiffoitdepuis longtempsde la per
se d'unſipreticux treſor, & voyoit
avec douleur cettefainte habitation
entre les mains des Schifmati
ques ,ſes plus cruels ennemis ; que
ce que nos Rois les plus zelez n'avoient
pû luy rendre par la force
de leurs armes , elle l'obtenoit aujourd'huy
par la ſeule idée qu'on
avoit de sa magnanimité , de sa
grandeur , &de sa puiſſance ; que
tout l'Orient charmé des vertus de
se grand Roy.l'adoroit dans le temps
quetoute l'Europe estoitforcéede le
craindre,& qu'il gagnoit les coeurs
des Nations les plus reculées , au
moment qu'il humilioit fes voisins.
GALANT.75
Il ajoûta , qu'il n'y avoit rien ny
deplus avantageux pour la Religion
Catholique , ny de plusgloricuxpour
SaMajesté que cetriomphe,
puis qu'il luy offroit des palmes
quin'estoient point arroséesdufang
de ses Sajets , & que l'interest
de l'Etat n'y partageoit point celuy
du Sauveur du monde. Il fupplia
enſuite le Roy de luypermettre
de faire éclater publique
ment les témoignages de fon
reſpect&de ſa reconnoiſſance,
&d'ordonner un TeDeum dans
l'Egliſe du grand Conventdes
Cordeliers , & un Feu devant
la porte , afin qu'ils puffent
devenir plus ſolemnels. La fin
defon compliment fut ,Que les
Religieux Cordeliers n'oublieroient
rien pour attirerSur Sa Majesté
les benedictions du Ciel dans ces
mefmes Lieux , où le Sauveur les a
D2
76
MERCVRE
répanduessi abondammentsur tous
les hommes .
Le Roy fut fort ſatisfait de
ce compliment , & accorda la
permiffion qu'on luy demandoit.
Ainſi le 20. dumois pafſſé.
on chanta unTeDeum folemnel
dans l'Egliſe du grand Convent
des Cordeliers de Paris .
Elle estoit tenduë de riches
capiſſeries , & Il y avoit cent
Chandeliers d'argent ſur l'Autel
, qui estoit illuminé depuis
le bas juſques à la voute. Vous.
jugez bienqu'on n'oublia pas
d'avoir une excellente Muſique.
Elle estoit de la compoſition
de M. Noël , qui a fi bien
réuſſi en pluſieurs occaſions .
Tout ce qu'ily a de plus habile
parmy les Muſiciens du Roy ,
&ceux de la Villeſoit pour les
Voix , ſoit pour les Inſtrumens
GALANT .
77

Domine
2
&la Simphonie , fut employé
pour ce TeDeum,aprés lequel ,les
Religieux chanteret l'Exaudiat
& laMuſique finit par la Simphonie
, & par le
Salvum fac Regem , ce qui fut
faivy d'un grand bruit de Boë
tes . ſur les ſept heures du ſoir .
on vit paroiſtre une Illumination
devant la porte de l'Egliſe
en dehors , où une infinité de
lampons formoient une double
guirlande tout autour du grand
portail , ainſi que des Obelifques
des deux coſtez , avec des
Fleurs de lis au bout , & au def
ſusdugrand portail, à la facede
l'Eglife , on voyoit les cinq
Croix de Ierufalem. Cette illumination
dura juſques à minuit
, & on entendit preſque
toujours le fon des Timballes
&des Trompetes. Au milieu
D3
78 MERCVRE
de la Place à coſté du grand
portail , éftoit un theatre , fur
lequel il y avoit unetres-belle
Figure de neuf pieds de haut,
qui repreſentoit la Religion.
Elle tenoit de ſa maindroite un
Calice avec l'Hoftie , & ayant
du Laurier dans ſamain gauche
, elle en couronnoit un
Bouclier , furlequel paroiſſoit
le Blafon de France des deux
coſtez , avec des Sentences
autour des trois Fleurs de lis.
Sur le devant vers la rue
des Cordeliers , on liſoit
Reftituenti hareditatem
mihi Pfal. 15 A celuy qui me
reſtitue mon heritage. C'eſt
à dire , quela Religion couronnoitle
Roy qui luy a reftitué
les biens où elle a pris
fa naiſſance ,&trouvé ſa conſommation
,puis que Sa Ma-
2
2
meam
GALANT.
79
Eo
jeſté luy a rendu le Berceau
du Sauveur , ſon Calvaire , &
fon Sepulchre . On liſoit de
l'autre coſté du Bouclier ,
protegente porta inferi non pravalebunt.
Matth. 16. Tant qu'il
me protegera ,les portes d'enfer
ne prévaudront pas contre
moy.C'eſt à dire , que le
Schifme des Grecs n'a pu tenir
contre la protection que
le Roy donne à l'Egliſe Catholique.
Le Soc fur lequel la
Figure eſtoit poſée , & qui
avoit deux pieds de hauteur ,
faifoit voird'un coſté les cinq
Croix de terufalem rehauffées
d'or , & entourées de deux
palmes . De l'autre coſté , à
l'oppoſite , eſtoient les armes
de France avec la Couronne
&les Colliers des Ordres rehauffez
d'or, comme les cing
Croix,& fur les deux autres
2
D4
80 MERCVRE
د
facesdu Soc aux deux coftez
paroiſſoient des Ovales
formez par des branches de
palmes . On liſoit au milieu
d'un coſté , Primogenitum pofui
illum excelfum pra Regibus
terra Pfal. 88. Ie l'ay étably
mon premier né plus éminent
que tous les Rois de la terre
C'eſt à dire que la Religion a
declaré leRoy ſon Fils aiſné ,&
l'a reconnu pour le plusGrand
Monarque du monde. On liſoitdans
l'autre Ovale à l'oppoſite
InIerufalem ponam nomen
meum. 4. Reg. 21. l'établiray
mon nom en Ierufalem , ce qui
ſe raporte au Sauveur du monde,
qui a operé le Salut de tous
leshommesdans cetteCapitale
de la ludée,où il a fondé la Religion
Chrétienne. On le peut
aufſi raporter au Roy ,qui faiGALANT.
81I
fant reſtituerà l'Egliſe Catholique
& àl'Ordre de S. François
les lieux de la Naiſſance ,de la
Mort , de l'onction , & de la
Reſurrection du Sauveur ,rend
parce bien-fait fon nom immortel
dans la Cité Sainte.
Sur les faces du piedestal de
la Statuë , eſtoient dépeints les
Saintslieux reſtituez , & on
liſoit d'un coſté en haut , la
Sniute Créchede Bethleem , de
l'autre , le Mont de Calvaire
de l'autre , la Pierre de l'onction
, & de l'autre le Saint Se
pulchre. Au deſſous de ces
quatre Titres on avoit peint
les Sants lieux. Sur un coſté
paroiſſoit la Crécheavec l'Enfant
leſus couchéſur la paille.
Les trois Couronnes des Ma
ges & l'Estoile qui les cons
duifit , eſtoientau deſſus , &
DS
1
82 MERCURE
on liſoitau deſſous pour marquer
l'Adoration des Rois
Procidentes adoraverunt cum
Math. 2. S'eſtant proſternez
devant luy ,ils l'adorerent.
Sur un autre coſté, on voyoit
le Mont de Calvaire , & le
Sauveur cloüé àla Croix ,&
on liſoit au deſſous Livore ejus.
Sanaci fumus. Isay. 53. Nous
avons eſtégueris par ſes bleffures
, c'eſt àdire , que le ſang
du Sauveur répandu ſur le:
Calvaire a ſauvé tous les hommes.
Sur la troiſième face du
piedestal ,paroiſſoit la Pierre
de l'Onction fur laquell étoit
poſé le Corps du Sauveur
deſcendu de la Croix & cm--
baumé,&on liſoit au deſſous...
In odorem unguentorun tuorum
currimus, cant. 1.Nous courons,
Seigneur , aprés la ſuavité de
4
GALAN T.
83
vos parfums , c'eſt à dire , que
lesonguents du Sauveur ont
guery toutes nos playes; & fur
la quatrième face,on voyoitle
Saint Sepulchre, &le Sauveur
reſuſcitant glorieux. On liſoit
au deſſous , Sepulchrum ejus
erit gloriofum. Ifay, 11. Son Sepulchre
fera glorieux. C'eſt à
dire , que le sepulchredu sauveureſten
veneration à tous
les Peuples de la Terre ,& que
l'Egliſe Catholique en doit la
reftitution & la gloire à
Loüis le Grand ..
Ie ne vousparleray point de
la decoration de la charpente
& vous diray ſeulement que
tout y eſtoit bien entendu ,
bien peint, & fort bien orné .
Quant a l'Artifice , Mr. Careſme
, Artificiel ordinaire du
Roy & de la Ville , l'avois
D6
84
MERCVRE
compoſéde toutce qu'on met
dans les plus beaux feux , & il
fut aisé d'y diftinguer les Soleils
brillans Hierogliphiques
duRoy , & les gerbes des fufées
volantes. On y mit le feu
fur les neuf heures du ſoir
aprés la décharge de quantité
de fort groffes Boëtes que l'on
auroit priſes pour du Canon. Il
eut beaucoup de fuccés , &
l'on peut dire que fi cette
grande Feſte parut avec tout
Péclat qu'on en attendoit , le
Pere Verdun , Commiſſaire de
la Terre Sainte , en a eſté l'unique
mobile. C'eſt luy qui a
inventé & conduit tout co
deſſein, pour donner au Roy
une preuve de ſon zele qui
répondiſt à la reconnoiffance
qu'il a des bienfaits de Sa
Majesté, dont les liberalitez
GALANT.
& celles des Bienfaicteursde
laTerre Sainze , ont fourny à
cette dépenſe. Pendant tout le
temps que dura le feu , chacun
donnoit à ce Prince mille benedictions
ſur ſes triomphes
pour la religion Catholique ,
&comme il y a des gens qui
fouhaiteroient ſçavoir de
quelle importance eſt ce dernier
, & en quoy confifte cette
grande victoire que le Roya
remportée ſur les Schifmati
ques du Levant par ſa haute
reputation , en faveur de l'EgliſeCatholique,
dans letemps
qu'il triomphe ſi gloricuſement
de tous fes Ennemis en
Occident parla forcede ſesarmes
, on fera bien- aiſede leur
donner là-deſſus tout l'éclairciſſement
qu'ils peuvent attendre.
On a deja dit que la
3
86 MERCVRE
ſainteGrotte de Bethleem , où
leSauveur receutla naiſſances
lemont de Calvaire , où il fut
crucifié , & la Pierre de l'Ontion
, où on l'embauma ,
avoient eſté uſurpezauxReli.
gieux Cordeliers,par lesGrecs
Schifmatiques, ily a environ
cinquante - cinq ans , ſous le
regne d'Amurat IV. & que le
faint Sepulchre , d'où Noſtre
Seigneur reffucita Iglorieux,
leur fut ufurpé il y a quinze
ans, par ces meſmes Schifmatiques
, ſous le Regne deMahomer
I V.
La Grotte de Bethleem eft
fouſterraine placée ſous le
Choeur de la grande Eglife,
qui eſtla plus belle de laTerre
Sainte , ornée de quatre rangs
de colomnes de Marbrejaſpé,
d'une hauteur & groffeur exGALANT.
87
traordinaire. On deſcend dans ,
cetteGrotte d'un coſté &d'autre
du Choeur , par des eſca--
liers d'un Marbre jaſpé, au bas
deſquels ſont des portes d'un
ferdoré qui fermentlaGrotte..
On trouve en entrant fur le
devant entre les deux portes,
le lieu où le Sauveur naquit,
&l'on y voit une pierre ronde
&précieuſe, garnies d'argent,
avec ces paroles ,Hic natus est
JESUS. C'eſt icy où JESUS eſt
né. Il yaun Autel audeſſus où
l'on celebre la Meſſe . & l'Office
divin. Il eſt ouvert par le devant,
afin de donner licu aux
Fidelles de baiſer la porte du
lieu où cette naiſſance miraculeuſe
eſt arrivée. qui ſetrouve
placé au deſſous de l'Autel.
Sur la droite , eſt un autre Autel
, où l'on dit auſſi la Meffe,
88 MERCVRE
&c'eſt le lieu où le Sauveur
fut adoré par les Mages , & à
cauſe de cela on l'appelle l'Autel
des trois Rois . Au devant
de cet Autel un peuſur la droite.
paroiſt la Créche où l'Enfant
Iefus repoſoit parmy les
animaux. Cette Grotte , qui
eſtpavéed'un beau Marbre, eſt
partie dans le rocher,& partic
voûtée ,& peut contenir deux
cens perſonnes. Il y a plus de
vignt lampes d'argent qui y
brûlent nuit&jour ,& un plus
grand nombre dans les Solemnitez.
Quelque triſte qu'on
puiſſe eſtre quand ony entre,
on en fort toujours gay &
confolé,
Le Mont de Calvaire eſt
dans l'Egliſe du ſaint Sepulchre
en la ville de Ierufalem,
&on y monte par dix- neuf
GALANT. 89
marches . Il eſt diviſé en deux
parties ſeparées par deux voûtes
ouvertes du coſté du milieu.
Sur la droite eſt le lieu
du Crucifiement , où le Sauveur
fut attaché àla Croix ,&
l'ony voit comme un grand lit
dedouleur, de la longueur &
largeur d'une grande croix ,
pavé du plus beau Marbre, lafpc
, Porphire , & autres pierres
précieuſes . Les Fidel
les & les Pelerins baiſent ce
lieu facré ,& ſe roulent& proſternent
deſſus par devotion..
il y a un Autel au bout ; on y
celebre la Meſſe & l'Office divin
, & c'eſt ce lieu- là que le
Roy a fait reftituer aux Reli
gieux de Saint François . Sur
le coſté gauche du Calvaire,
paroiſt le trou ou la Croix fut
plantée ,& où le Sauveur ex१०
MERCURE 1
pira. On voit la fente du Rocher
ſur ladroite. Ce lieu eft
élevé de deux pieds plus que le
refte, & il y a deux Credences ,
ou petits Autels à droite & à
gauche. Il eſt poſſedé par les
Grecs de longue main,& avoit
appartenu aux Georgiens , &
auparavant aux Cophtes. Il y
a trente ou quarante lampes
d'argent fur le Calvaire , qui
brûlent continuellement , &
on y en metdavantage dans les
grandes Solemnitez.
La Pierre de l'Onction eft
placée dans l'aille de l'Egliſe
du faint Pepulchre , vis à vis
le grand Sortail , entre le Cal
vaire & le faint Sepulchre &
preſque à meſme diſtance.
C'eſt une belle pierre de Marbre
de la longueur & largeur
d'un tombeau, qui releve d'un
GALANT, وا
demy-pied fur le pavé ,& qui
eſt entourée d'une petite &
baſſe balustrade de fer , pour
laiſſer la liberté aux Fidelles.
de la baſſer. C'eſt ſur cette
pierre , ou plutoſt en cemeſme
lieu ,que leCorps du Sauveur
futplacé par loſeph d'Arimathio
, par Nicodeme , & par S.
Iena , aprés qu'ilsl'eurent defcendu
de la Croix , & où il fuc
oint & embaumé , avecles onguens,
les parfums, &les Aromates
apportez par lesMaries.
yaau deſſus huit groffes lampes
d'argent qui bruſlent jour
& nuit. Ilyen a une du Roy
avec lesArmes de France. Les
Grecs ayant ufurpé ce faint
lieu aux Peres Cordeliers
en ôterentun Autel de bronze
ouvert de toutes parts , pour
laffer voir & baiſſer aux Pe
92 MERCVRE
lerins cette pierre ſacrée , fus
laquelle on ne diſoit plus la
Meſſe , mais à preſent les Religieux
Latins y remetront l'Autel
de bronze , & y offrirontle
divin Sacrifice , comme ils
faiſoient autrefois.
Le Saint Sepulchre de Notre
Seigneur eſt au milieud'un
grand Dome ouvert par le
haut ,& qui éclaire toute l'Eglife.
La charpente eſt compoſée
de groſſes Poutres carrées
des Cedres du Liban . Ce
Dome eſt au fond de l'Egliſe
au devant du grand Choeur ,
& a un grand corridor vouté
de belle pierre tout ou tour,&
de grandes Galeries auſſi voutées
au deſſus , avec debelles
Arcades ouvertes du coſté du
Dome en dedans , & où l'on
met une infinité de Lampes.Le
GALANT.
93
faint Sepulchre eſt reveſtu dedans&
dehors de belles pierres
de marbre blanc , & orné en
dehors de petites colonnes &
arcades auſſi de marbre. On'
entre d'abord dans la Chapelle
de l'Ange où l'on voit devant
la porte du Sepulchre , qui eſt
baſſe comme un Guichet de
Priſon , la pierre fur laquelle
eſtoit l'Ange quand il annonça
aux Maries la Refurrection du
Sauveur du monde. Il y a 26..
Lampes d'argent dans cette
Chapelle. Elles brûlent jour
& nuit , & ce lieu peutcontenir
ſoixante ou quatre- vingt
perſonnes, Le Guichet pour
entrer dans le Saint Sepulchre
taillé dans le Roc , eſt tonjours
ouvert , & n'a point
de porte. Le Sepulchre eſt cous .
vert& tout reveſtu d'un beau
94 MERCURE
.
Marbre blanc que les Fidelles
baiſent avec grand reſpect &
reverence. Il occupe toute la
longueur & la moitié de la
largeur de cette petite voute
taillée dans la pierre ſur le
coſtédroit & le vuide qui
refte ne peut contenir commodement
que douze perſonnes
fur deux rangs : Il y a
dans ce petit eſpace quarante
quatre Lampes d'argent qui
font continuellement allumées.
Celledu Roy aux Armes
de France, eſt placée au milieu
du Saint Sepulchre dans le
licu le plus honorable , & à
coſté ſont les Lampes du Pape
, de l'Empereur , du Roy
d'Eſpagne , & de tous les
Rois , Princes , Republiques
& Estats Catholiques . Les
Religieux de Saint François
GALANT.
95
eclebreront la Meſſe & l'Office
Divin ſolemnellement fur
le Sepulchre du Sauveur qui
ſert d'Autel , comme ils faiſoient
autrefois ,& les Catholiques
y recevront la Sainte
Communion , ce qui leur
eſtoit interdit lors que les
Schifmatiques profanoient
cous ceslieux adorables , &les
occupoient à la honte & confuſion
de l'Egliſe Romaine ,
qui avoit la douleur de ne
pouvoir facrifier , ny exercer
le culte Divin dans ces lieux
facrez , que le credit& la picié
du Roy luy a fait rendre
avectant de gloire
Voila en quoy conſiſte le
triomphe de ce Monarque
qui luy eſt infiniment glorieux
, puis qu'il donne le
moyen aux Catholiques d'of
96
MERCVRE
frirle Sacrifice de la Meſſe ,
&de faire les Divins Offices
dans les lieux les plus ſacrez
&les plus pretieux de noſtre
Redemption,& ofte la liberté
aux Schifmatiques de les profaner
davantage ; car pour ce
qui regarde les Tributs ordipaires
qu'il faut payer aux
Turcs , lors qu'on va viſiter
les ſaints Lieux , les Religieux
& les Pelerins ſeculiers les
payeront comme auparavant ;
ibn'y aura aucun changement
pour ces droits que ces Infidelles
ne cedent jamais , mais
il y auraplus de confolation ,
parce qu'omifera toutes les
fonctions Catholiques dans
ces lieux adorables , où les
Preftres celebrerontlayMeſſe ,
& où lesLaïques recevront la
fainte Communion το
Cette
GALANT.
97
:
Cette victoire eſtoit difficile
à obtenir. Il n'eſt point
d'effort que les Religieux de
la Terre-Sainte n'ayent fait ,
depuis qu'ils ont perdu ces
précieux trefors , pour les recouvrer.
Tous les Princes
Chreftiens , Etats & Republi
ques , y ont travaillé en vain,
& leurs miniſtres & Ambaſſadeurs
y avoient appliqué
juſqu'à preſent tous leurs
:ſoins ſans aucun ſuccés . Le
Roy de Pologne en avoit fait
un Article dans ſon Traité de
Paix avec le Turcen 1678.Le
Grand Seigneur ne voulut jamais
le ratifier , & les Saints
Lieux reſterent toûjours entre
les mains des Schifmatiques
par le credit de Mauro Cordato
, Grec obſtiné , qui étoit
tout puiſſant à la Porte , & qui
Oct.1690. E
98 MERCURE
fut envoyé à Vienne il y a
trois ans , comme Miniſtre
de Sa Hauteſſe , pour traiter la
Paix avec l'Empire , qui le retient
encore à Comorre avec
Dulficar Effendi. L'Empereur
s'étoit flaté d'une victoire fi
glorieuse , & avoit promis ſolemnellement
au Pere Sormanni
, de Milan , General de
l'Ordre de Saint François ,
le 2.d'Aouſt 1685 jour de Nôtre
Dame des Anges , aprés
avoir entendu ſa Meffe , &
communié de ſa main avec
l'Imperatrice , dans ſa Chapelle
Imperiale de Vienne
que s'il faiſoit la Paix avec la
Porte , le premier Article du
Traité demanderoit la reſtioution
des Saints Lieux ; mais
Dieu reſervoit ce triomphe fameux
à Loüis le Grand , dans
,
GALANT,
و و
=
6
:
4
le temps qu'il protege
reuſement
figeneLON
un Prince CathoWRIT
que , dépoüillé de ſes Etats
pour les intereſts de la Foy , &
qu'il ſoutient l'Eglife avectant
de picté , contre ſes Enfans
rebelles , qui ſecondez des
Enfans domestiques, la redui -...
roientaux abois , ſi ce puiſſant
Monarque ne luy ſervoit de
bouclier , ne terraſſoit tous
ſes Ennemis par ſes forces re
doutables , qui les ont vain .
cus par mer& par terre . C'ette
victoire convenoit au Roy ;
car quoy que tous les Princes ,
& tous les Etats du Chriſtianiſme
protegent laTerre Sainte,
les Roisde France en font
les ſouverains Protecteurs , &
y ont un droit plus fingulier
que tous les autres . En effet;
on trouve qu'Aaron , Roy de
E
E 2
100 MERCVRE
Perſe & de Sirie , qui eſtoit
Sarrafin ; en fit donnation à
Charlemagne, à qui le Patriarche
de lerufalem envoya les
clefs de l'Egliſe du ſaint Sepulchre
, un Etendart chargé des
Armes de lerufalem , avec le
titre de Roy Tres Chreſtien ,
Charles d'Anjou , Roy de Naples
& de Sicile , fut reconnu
Roy de lerufalem par le faint
Siege , en conſequence de la
donation de Marie , Fille du
Prince d'Antioche , qui luy
avoit cedé le droit legitime
qu'elle y avoit
bert & Sancie , ſes petits Fils,
obtinrent tous les ſaints lieux
du Sultan de Babilone , & y
établirent les Religieux de
ſaint François en 1313. pour y
faire le Service divin ,en vertu
d'une Bulle de Clement V.
& Ro-
-
GALANT. JOI
1.
' donnée à Avignon la premie .
re année de ſon pontificat.
Philippe de Vallois Roy de
France obtingenfuite duSultan
nitez & privileges en faveur
de ces meſmes Religieux , établis
dans la Terre Sainte dés
l'année 1657. comme il paroiſt
par la Bulle d'Alexandre 1 V.
donnée à faint lean de Latran
l'an troifiéme de fon Pontificat,&
felon l'opinion de quelques
autres,les Freres Mineurs
y font établis depuis que leur
Patriarche faint François alla
precher l'Evangile aux Sar.
razins dans la Sirie, ce que l'on
voit par les Bulles accordeés
à ces religieux , en 1238. par
Gregoire IX. & par Innocent
IV. en 1144. Tout cela prouve
que les Rois de France ont un
E 3
104
MERCURE
droit veritable & legitime fur
le Royaume de lerufalem , que
Dieu ſemble avoir deſtiné à
Laine Loijs &
,
a
garder comme les uniques
Protecteurs de la terre ſainte
qui leur appartient àjuſte titre,
puis qu'ils font les. Fils aiſnez
de l'Eglife , & qu'ils doivent
heriter de la maison de leur
Pere , & de tous ſes Trefors , &
c'eſt ce quele Roy vientd'obtenir
par ſa haute reputation,
puiſque leGrand Seigneur re.
ſtitue à Sa Majeſté le lieu de la
Naiſſance , de la mort , & de la
Sepulture du Sauveur , que cG
pieux Monarque confie aux
Freres Mineurs qui les ontpoffedez
depuis quatre Siecles , &
qui y font le Divin Service
jour & unit , avec tant de zele
TE
2
GALANT.
105
*&de picté. Sa Majestéles fir
reftablir en : 674 dans l'Eglife
• de la Nativité de Saint Ican-
Baptiste,dont les Turcs les
avoient chaſſez . Elle les a reſtablis
fur leMont de Thabor, où
ils vont celebrer laMeffe,& ils
peuvent meſme y batir un
Couvent en vertu d'un Commandement
du Grand Sei
gneur obtenu par Mr de
Goilleragues , qui leur a auſſi
procuré un eſtabliſſement ſur
le Mont Liban '; ce qui oblige
tous ces bons Religieux de
redoubler leurs Prieres pour
le falut & la proſperité d'un
Roy qui par fa pieté s'attire
les Benedictions de tous les
veritables Enfans de l'Eglife
Catholique , dontik eſt l'unique
appuy. Si le public defire
içavoir le nombre des Cou-
2
E 4
106 MERCURE
د
vents de la Terre Sainte dépendans
du Gardien de lerufalem
, & la quantité des Religieux
qui y habitent , quels
font les Saints lieux qu'ils
poſſedent , de quelle maniere
les Pelerinsy ſont receus &
lagez & les tributs qu'ils
payent au Ture en chaque
lieu, le Pere Verdun en éclaircira
les curieux , & leur en
fera une deſcription exacte &
fidelle ,ayant eu le bonheurde
paffer trois ou quatre ans dans
la Terre Sainte, quipublic par
ſa bouche qu'elle doit tout.
fon bonheur & toute ſa gloire
à Loüis le Grand, & qui invite
tous les Peuples à s'en réjoüir,
& en rendre graces au Dieu
immortel , qui fait triompher
cepieux Monarque , de
tous les Ennemis de l'Eglife
fon épouse.
GALANT.
107
Le Pere Placide , Geogra
phe du Roy , a donné au
Public une Carte fort exacte
du Comté de Flandre , dans
laquelle est compriſe la plus
grande partie de l'Artois &&&
du Hainaut. Elle eſt d'une
relle exactitude , que quoy
qu'elle ne ſoit que d'une
feüille , ou y trouve , non
ſeulementjuſqu'aux moindres
Villages & Hameaux , mais
encore tous les Canaux , Marais
, & Eſtangs . Il y a autour
une diviſion & fubdivifion
d'une maniere facile , metho
dique & claire , en forte que
tout le monde peut de ſoy
meſme s'inſtruire ſans aucune
peine à la feule inſpection de
cette Carte. Ceux qui l'ot vûë,,
☐luy rendent juſtice,& avouene
qu'elle eſt auſſi remplie danss
E
108 MERCVRE
ſa petiteſſe,que fi elle eſtoit
dequatre feuilles , ce qui ne
ſe rencontre guere dans un fi
petit eſpace. Elle ſe debite fur
le Quay de l'Horloge du Palais
, au grand Louis , chez la
Veuve du Sr du. Val , Geographe
ordinaire de Sa Majefté.
Le Sr Theodore Girard
Libraire dans la grande Salle
du Palais , commence à de.
biter unOuvrage d'une autre
nature , qui doit eſtre d'une
grande uulité aux Ingenieurs
Contrôleurs , Inſpecteurs ,
Architectes , Entrepreneurs,&
Ouvriersdes Travaux , tant
civils que militaires . H eſt
de Mr Deſenne , Profeſſeur
d'Arithmetique à Paris , &
a pour titre , Calcul du Toi
se. Toutes les perſonnes qui
GALANT. 109
1
font baſtir y trouveront un
chemin certain pour éviter les
erreurs , épargner du temps ,
&, foulager, la memoire
puis que le Calcully eſtant,
faitde tous Toiſez de ſuperficies
, Solides & Bois équarris
, il ne faut que ſçavoir lire
pour venir à bouten un moment
de ce qu'il feroit impoffible
de calculer fans, beau-,
coup de peine. L'Auteur a
employé huit manieres ou
methodes differentes pour
faire ce Calcul. C'eſt ce qui
avoit eſté inconnu juſqu'à
preſent
Il paroiſt auſſi depuis peude
jours un Livre que l'on peur
dire nouveau,quoy qu'on l'ait
veu il ya déja quelques années,
L'Auteur en a renversé tour
E6
210 MERCUR E
1
l'ordre ,& y a fait des augmentations
fi confiderables ,
que ce n'eſt plus en effet le
mefme Livre. Son titre , qur
eft L'Art de vivre heureux ,
vous fera tomber d'accord
qu'il doit eſtre leu de tout le
monde , puis qu'il n'y a perfonne
qui ne doive mettre
tous ſes ſoins à vivre content..
CetArt eft formé ſur les idées
les plus claires de la raiſon
& du bon fens , & fur de
tres- belles Maximes de Mr
Deſcartes . L'Auteur l'a divifé
en trois parties. La premiere
traite du bonheur de cetto
vie , & de l'idée qu'on en doit
avoir ; la ſeconde , de la nature
de l'Ame , de ſes puiffances
& de fa liberté , qui
font les moyens dont le libre
uſage doit nous rendre heuGALANT.
HT
reux en cette vie , & la troifiéme
, de l'application & du
droit uſage des deux puiffances
de noſtre'ame , qui
confſiſte à trouver les moyens
neceſſaires pour fortifier faraifon,&
pour la diſpoſer à juger
toujours ſi bien de tout ce qui
eſt bon ou mauvais dans la
vie , que la volonté ne ſoir
pas trompée dans ſes pourfuites.
On trouve ce Livre
chez le Sr Coignard ruë faint
Jacques ála Bible d'or .
On a donné au Public au
commencement de ce mois
L'Histoire Monastique d'Irlande.
C'eſt un Ouvrage plein de
recherches , dans lequel on
voittoutes les Abbayes , Prieurez
, Couvents , & autres
Communautez Regulieres
qu'il ya eu dans ce Royaume
1112 MERCVRE
le temps & les titres de leur
fondation , le nom & la qualité
des Fondateurs,les Villes,
Bourgs ,Comtez & Provinces
où elles eſtoient ſituées ; les
differens Ordres Reguliers
dontelles dépendoient, & les
circonstances les plus remar
quables de leur établiſſement
& de leur fuppreffion , avec
quantité de Remarques Hif
toriques & Critiques . Il eſt
précede d'un Traité fort curieux
ſervant d'introduction à
cette Hiſtoire. L'Auteury fait
voirque l'Irlande a veu des
Moines preſque auffi toſt que
des Creſtiens , puiſque ceux
qui- vinrent y planter la foy
eſtoient engagez dansla vic
Monaſtique ; que dans le quas
triéme fiecle Saint Diarmir &
Saint Liberius , rendirent le
4
GALANT.
Lacde rée qui eſt au milieu
de ce Royaume , confiderable
par les deux premieres
Abbayes qu'on y ait fondées ,
qu'au commencement du
fiecle ſuivant , les quatre
grands Precurſeurs de Saint
Patrice , ſçavoir , Saint Albée,
Saint Declan , Saint Ibée , &
Saint Kiaran , qui estoient
Moines , convertirent une
grande partie de l' ] fle ,& έτα
blirent des Abbayes confidérables
où ils furent eux- mef
mes Abbez ; que le ſixiéme
fiecle ,& les autres qui lefur
virent furent fi fertiles ep
Saints Moines qui fonderent
d'autres Abbayes en Irlande ,
&dontquelques uns leur donnerent
à ſuivre des regles par
ticulieres,que cettemultitude
de Saints fut cauſe que llon
14 MERCURE
appella l'Irlande l'ifle des
Saints ; que dans le temps où
les premiers Moines Irlandois
parurent , les deux plus anciens
Ordres qui floriſſent au
jourd'huy dans le Chriſtianifme
, celuy de Saint Benoist
&celuy des Chanoines Reguliers
de Saint Auguſtinen
l'eſtat où ils ſont preſentement
, n'eſtoient pas encore
connus ,& qu'on trouve que
les premiers Saints d'Irlande
eſtoient partagez en trois Ordres
Reguliers , dont le premier
eſtoit appellé tres- Saint ;
que troiscens cinquante EvêquesReguliers
, tous Saints,&
qui n'avoient q'une meſme
touſure & une meſme Liturgie
, compoſoient cet Ordre
que le ſecond n'eſtoit pas ſi
Saint; qu'il yavoit peu d'Es
GALANT.
my
veſques&differentes liturgies ,
&que les Moines qui en dépendoient
eſtoient preſque
tous Preſtres au nombre d'environ
trois cens,peu deMoines
prenant anciennement l'Or--
dre de Preftriffe , qu'enfin le
troiſteme & dernier Ordre qui
eſtoit Saint auſſi , mais moins
Saint que les deux autres, comprenoieut
encore pluſieurs SS.
Moines au nombre de cent
preſque tous Preſtres ,&dont
il y en avoit auſſi quelques uns
d'Eveſques ; que leurs Convents
estoient bâtis dans des
deferts &dans des bois , où ils
ne beuvoient que de l'eau,&
ne ſe nourriffoient que de legumes
qu'ils cultivoient euxmeſmes
, àla maniere des ce
lebres moines de la Trappe,
L'auteur fait connoiſtre en
16. MERCVRE
fuite par ledétail toutes lesRegles
particulieres qu'il y avoit
dans l'Irlande , & qu'il reduit
au nombre de treize , dont il
dit que l'Ordre de Saint Calombanfe
foufmit à celuy de
Saint Benoiſt , & qu'ily en cur
neuf autres qui reconnurent
l'Ordre des Chanoines.Reguliers
de S. Augustin. Hepaſſe
de làaux moyens dontſe ſervitt
Henry VIII. pour ſupprimer
tous les Convens, tant en An
gleterre qu'en Irlande , au milieu
du ſeiziéme fiecla , lors
qu'il rendit ces deux Royaumes
Schifmatiques pour ſe ſou
ſtraire au pouvoir du Pape,qui
n'avoit point voulu luy accorder
la permiſſion qu'il demandoit
pour ſe marier avec Anne
de Boulen . Les circonstances
-de cette fuppreffion de ConGALANT
. 117
1
vens ſont écrites avec beaucoup
d'ordre & d'exactitude .
Cet Article de Convent me
faitſouvenir que les Auguſtins
DL-L ffer de la Place des
Victoires , qui tenotentleur
Chapitre General en cette
Ville , éleurent ſur la fin du
mois paſſé , le Pere Anfelme
de Noſte Dame , dela Provincede
Provence. pour Vicaire
General de leur Congregtion.
Le 30. du meſme mois, cePere
accompagné de ſes Aſiſtans,
eſtant allé ſaluer M. l'Archeveſque
, le Pere Clement de
fainte Praxede , Preſident dus
Chapitre , porta la parole ,&
dit à ce grand Prelat.
MONSEIGNEUR,
Voicy nostre tres -Reverendi
Pere Visaire General&les Offi
118 MERCURE
all-
T
ciers Genevaux eftûs par le Chapi
tre General de nostre Congregation,
que nous avons tenu ces derniers
jours dans cette Ville, quiviennent
Se preſenter devant Voltre co
deur pear in juplier tres humblement
de nous accorder l'honneur de
Sa protection , & la continuation
des bontez qu'elle a toujours cues
pournoftre Ordre. Tous les Peres du
Chapitre venus des Provinces les
plus éloignées du Royaume ,
roientfouhaitté nous accompagner,
& je ne doute point , MONSEFGNEVR
qu'aprés avoir veu V. G
ils ne fuſſent entrez dans les
mesmes sentimens de ta Reine de
Saba , qui ayant veu toute la
ſageſſe de Salomon , luy dit : Ce
qu'on m'avoit rapporté dans
mon Royaume de vos entretiens
& de voſtre ſageſſe, eſtoit
tres veritable, mais j'ay reconGALANT.
119
:
nu qu'on ne m'avoit pas dit la
moitié de ce qui en eſt . Voſtre
ſageſſe paſſe de beaucoup ce
que la Renommée m'avoit dit
de vous. Je veux , MONSEIGNEVR
, quela Renommée faße
retentir tous les Cloiſtresdu Royau
me du bruit de vostre fageffe ; je
veux qu'elle paſſe les Mers je
veux qu'elle employe les plumes de
tous les Ecrivains , l'éloquence de
tous les Orateurs , pour faire un
crayon deces grans talents dont la
providence de Dieu vous a revestu
préferablement au refte des hom.
mes ; je veux qu'elle leporte iusque
dans la Cour de Rome, où lapourpre
attend V. G. comme le plus digne
Sujet qui l'ait iamais portée , iamais
elle ne dira lamoitiéde ce qui
en eft. Heureux ſont ceux qui
font à vous , disoit cette Reine à
Salomon , heureux font vos Ser
120 MERCVRE
viteurs qui ſont ſans ceſſe
devant vous , & qui écoutent
voſtre ſageſſe ! Heureux , Monfeigneur,
les Religieux de vostre
Diocese , qui écoutent les grands
oracles de vostre bouche , la plus
éloquente du Royaume ! Nous les
avons ſouvent écoutez avec plaifir,
ces grands oracles , dans ces
Conferances qui estoient un précis
de tous ce que les Peresde l'Eglife
ontdeplusſpirituel, de plusfolide
&de plus sçavant. Le Clergéde
France qui vous regarde , Mos-
Seigneur , comme un autre Saint
Paul,par le foin que vous avezde
toutes lesEglifes du Royaume,vient
d'estre charme de cet oracle, dans
cette derniere Affemblée generale
&toute la Cour'n'a-t-elle pas esté
ravie d'admiration lors qu'elle a
entendu la Harangue queV. G. a
faire au Roy ,àla teste du mesme
GALANT .
Clergé ? Iln'y a personne qui ait fi
Souvent harangué ce grand Monarque
, qui parses actions heroiques
toujours nouvelles , toujours
distinguées,toujours extraordinai.
res, auroit épuisé l'éloquence de tous
Les Orateurs defon Royaume. La
voſtre , Monseigneur , inépuisable,
vient de se donner un nouvean
relief par cette harangue , qui a
fifort agrée au Roy , qu'il vous l'a
fait demander pour se faire un
plaisir de la live àloisir ,& pour
y voir en abregé toutes les grandes
actions defa vie. Il n'y avoit que
4. G. qui pust les faire connoistre
aux fiecbes futurs , non pas en luy
élevant des Statues , nonpas en les
faisant graver sur le Bronze &
Sur le Marbre , mais en vous fervant
de vostre Plume éloquente ,
commed'un burinfur lequelle toms
n'a point de iurifdiction. Nousef
112 MERCURE
perons que V. G. donnera bien - toft
cette belleHarangue au Public, &
nous attendons avec impatience ces
Conferences , où le Clergé Seculier
&Regulier trouvera de quoy s'édifier
&de quoy s'inſtruire. En attendant
ce moment heureux , nous
vedoublerons nos prieres & nos
voeux pour la conservation de vô
tre Personne.tha
Rien n'eſt plus ordinaire en
amour que les traverſes , & ce
quej'ay à vous en conter n'aunoit
rien de ſurprenant , s'il
n'avoit êté ſuivy d'évenemens
affez peu comuns , pour meriter
que vous les ſçachiez dans
toutes leurs circonstances.
Un Cavalier , plein de bonnes
qualitez , & fort eſtimé far
tout pour une droiture d'ame
qui paroiffoit dans toutes
fes
GALANT
123
ſes actions , ſe laiſſa toucher.
inſenſiblement d'une jeune
Demoiselle , en qui la ſageſſe
& la modeſtie estoient l'effet
des ſoinsd'une Mere qui fais
mant fort tendrement ; enl
avoitprisde tres -grands pour
ſon éducation. Elleoneftoit
pas tout à fait belle ysmaist
mille agrémens reparoient
dans ſa perſonne ce qui manquoit
à la regularité de ſes.
traits , &elle avoit d'ailleur)s
un eſpritfidoux , & des matnieres
fi infinuantes
eſtoit mal aifé de la connoiſtre
ſans ſouhaiterdes'en faire
aimer. Son Pere eſtoiteriche,
mais quoy qu'en la mariant il
luy duſt faire des avantages)
confiderables , ils n'allosene
point audelà des prétentions:
que le Cavalier ſe pouvoit
Oct. 1690.
F
qu'il
124
MERCVRE .
prometere. C'eſtoit un Gentilhomme
de Normandie qui
jouiſſoit de quinze à vingt
mille livres de rente en belles
Terres , & qui ayant toutes
les inclinations d'un honneste
homme , ſe plaiſoit à
faire unedépense proportions
néchau bien qu'il avoit. Sa
Mere eſtoit venuë s'établir à
Paris depuis ſon Veuvage ,
avec une Fille unique , à qui
elle tâchoit inutilement d'in
ſpirer l'envie de choisir un
Cloiſtre où elle cuſt eſté plus
propre qu'au monde. En effet ,
on ne pouvoit arveſter,les.
yeux ifur elle fans fe fentir
dégouſté de ſa laideur, Elle
eſtoit d'une humeur infupe
portable ,& le chagrin de ne
pouvoirfaire quelque agreable
conqueſte ,luy avoit don-
1
GALANT. 125
ué une aigreur d'eſprit que la
raiſon ne pouvoit regler. Il y
avoit environ trois mois que
le Cavalierr voyoit la Belle ,
quand unConſeiller qui commençoit
à entrerdans cet age
meur où l'on ne fonge à ſe
marier que par des veuës d'intereſts
ou d'alliance , jetta les
yeux fur cette aimable perfonne
dans le deſſein d'en
faire fa Femme. Il luy rendit
d'abord quelques ſoins ſans
ſe declarer , & le temps qu'il
prit pour tâcher de la connoiſtre
, ne fit que l'affermie
davantage dans la refolution
qu'il avoit priſe ; mais fi la
Belle luy plut , il s'en fallut
bien qu'il ne reuffit également
à lay plaire. Ses manie
res eſtoient rudes , & tout ce
qu'il diſoit ou faifoit eftoit
F2
126 MERCVRE
plus d'un lugequi ſe ſert avec
empire de l'autorité qu'il a en
main , que d'un Amant qui
fait fon plaifir de ſe ſoumettre.
Ainfi s'il avoit quelques
complaiſances , on y remarquoit
toujours je ne ſçay quoy
de force,& il ne put ſi bien
faireque la Belle ne connuſt
qu'il eſtoit avare , ſujet à des
viſions de pur caprice , & fort
difficile à ramener , meſme
dans les choſes où il n'avoit
pas raiſon. Tous ces defauts
qui éloignoient de luy le
coeur de la Belle , ſervirent à
mettre dans un plus beau jour
tout ce que le Cavalier avoit
d'eſtimable,& ſes belles qualitez
augmentées , pour ainſi
dire , par les imperfections de
fon Rival , l'euffent mis dans
une entiere aſſurance de ſe
voir heureux , ſi elle eût été en
GALANT.
127
0
droitde diſpoſer d'elles mais
pour fon malheur elle dépendoitd'un
pere fort attaché à
ſes ſentimens , & qui s'eſtant
laiſſe gagner par le Conſeiller
prétendit que dans une,
affaire de cette importance
elle ne devoit avoir de vo
lonté que la ſienne. La declasation
impreveuë qu'il fis
tout à coup fans l'en avoir
confultée , renverſal tous les
projets qu'on avoit pû faire.
Le Cavalier en fut accablé ,
laMere effrayée , & la Fille au
defeſpoir. L'ordre qu'elle receût
de ſon Pere , de ne plus
regarder le Conſeiller que
comme un homme, qu'elle
devoit épouſer dans peu de
jours , la fit refoudre à tenter
toutes fortes de moyens pour
ſegarantir d'un mariage done
la penſée ſeulela faifoit trem
E 3
128 MERCVRE
bler. Elle s'adreſſa d'abord à
l'Amant choiſi qui luy caufoittout
cet embarras ,& crut
qu'en luy avouane qu'elle ſe
ſentoitpour luy un éloignement
qui la mettoit hors d'état
de répondre à fon amour ,
il ne voudroit pas s'obſtiner
dans une affaire qui les rendroit
l'un & l'autre également
malheureux ; mais elle cut
beau ſe ſervir des termes les
plus touchans pour l'obliger
àyrenoncer. Il luy dit d'ane
maniere fort reſpectueuſe
qu'elle exigeoit de luy une
generoſité dont il n'eſtoit
point capable ; que l'amour
devoit l'emporter fur toutes
choſes , &que ſi l'injuſte prevention
qu'elle avoit pour
fon Rival l'avoit renduë juf
que là inſenſible à ſa tendref
24
GALANT.
129
fe , il ne doutoit point que
trois moisde mariage ne luy
fitfent prendred'autres fentimens.
La Mere qui eſtoit en -
tierementdans les intereſts du
Cavalier , voyant qu'on ne
devoir tien attendre de ce co
ité là , fit ce qu'elle put pour
gagner l'eſprit de fon Mary.
Elle lay repreſenta l'averſion
invincible que fa Fille avoit
pour le Confeiller , & luy
ayant peinttous les malheurs
qui accompagnent ordinairement
un mariage forcé , elle
tâcha de luy faire concevoir
quele Cavalier ayant encore
plusde bien que celuy qu'il
choiſiſſoit pour fon Gendre ,
devoit eſtrepreferé , puis que
l'eſtime eſtoit reciproque en
tre eux , & qu'une fecrete
ſimpatie ayant commencé
F4
130 MERCVRE
leur union , eſtoit à croire
qu'enla confirmant ils ne feroient
que ſuivre les ordres:
du Ciel. Le raiſonnement
eſtoit fort juſte , mais il ne
fut point du gouſt du Mary.
Comme il avoit l'humeur
tres imperieuſe il répondit
bruſquement qu'il ſuffifoir
qu'il euſt donné ſa parole
pour ne la point retracter ;
que quoy qu'il entendiſt eſtimer
leCavalier dans le monde
, il ne vouloit point d'un
homme d'épée ,que file métier
eſtoit honnorable,les équi
pages qu'il falloit renouveller
d'année en année , menoient
neceſſairement à une groſſe
dépenſe , & que quandunBrave
avoit mangé la plus grande
partie de fon bien pour s'acquerir
de la gloire , un coup.
GALANT.
131
1
םי
t
de Canon ou de Mouſquer
terminoit les eſperances qui
l'avoient flaté. Cette matiere
ne s'épuiſa pas fans une lons
gue diſpute , qui ne produi
fit rien autre choſe qu'une
défenſe de plus recevoir le
Cavalier , & un ordre de ſe
preparer au mariage dans un
certainjour. Il le ſignifia luy.
meſme à ſa Fille , qui s'eſtant
armée d'une courageuſe réſolution
, luy dit que le reſpect
qu'elle luy devoit l'empêcheroitde
ſonger jamais à épou
fer un homme qui ne luy
agréoit pas,mais qu'auſſi l'au--
torité quele nom de Pere luy
donnoitſurelle, neluy paroiffoit
point affez legitime pour
l'engager à faire une choſe dõr
elle estoit affeurée qu'elle fa
repentiroit toute la vie,que
Rs
132
MERCVREcomme
elle renonçoit pour
ne luy déplaire pas , aux ſentimens
les plus doux qui fufſent
jamais entrez dans ſon
coeur , elle le prioit de trouver
bon qu'elle ſe diſpenſaſt
de luy obeir ſur un mariage
qui ne pouvoit avoir de ſuites
heureuſes , & qu'elle ne vouloit
pas luy cacher , que puis,
qu
qu'il luy défendoit de ceder à.
fon penchant , elle estoit refoluë
de demeurer Fille, & de
n'épouser ny le Confeiller, ny
aucun autre. Sa fermeté éton
na ſon Pere , qui pour l'ébranler
la menaça d'un Convent ,
mais elle parut ſi preſte à s'y
enfermer , que la craintede la
perdre luy fit ſuſpendre l'execution
de cette menace. Cependant
il fallut congedier le
Cavalier , qu'elle ne laiſſa pas
GALANT. 133
de voirpluſieurs fois chez une
Amie en prefence de ſa Mere.
Tant d'obstacles ne ſervirent
qu'à redoubler leur amour, Ils,
ſe donnerent les plus tendres
affeurances de ne ſe laiſſer jamais
affoiblir , & le temps de
la Campagne eſtant arrivé,le
Cavalier dit à cette aimable
perſonne , que peut- eſtre elle
ſe verroit bien toſt degagéede
ſes ſermens , parce qu'un ſecret
preſſentiment luy faifoit
croire qu'il y periroit. La Belle
ſe mocqua de ſes alarmes ,&
pour l'animer à ſe conſerver
pour elle, elle l'aſſeura que fi elle
étoit aſſez malheureuſepour le
perdre, jamais perſonne, quoy
que l'on puſt faire,ne tiendroit
fa placedans ſon coeur, Il partit
charme de cette promelle,
dont neantmoins il luy paroif
3
F6
134 MERCURE
ſon injuſte de luy demander
l'effet , puiſque la mortdevoit
rompre les plus forts engagemens.
Les Lettres furent frequentes
, & les chagrins del'éloignement
ſe trouverent
adoucis pendant deux mois par
tout ce que une vive paſſion
peut faire écrire de plus obligeant
; mais enfin il vint avis
que dans une attaque où les
Ennemis avoient perdu bien
du monde. Le Cavalier avoit
eſté bleffe dangereuſement .
Peu de jours aprés , la Belle
reçeutla nouvelle de ſa mort,
&elle luy fat confirmée de
tant d'endroits , qu'elle n'eutplus
ſujetd'en doûter, ſur tout
aprés que la Soeur cut pris le
deüil , & que l'on en publia
juſqu'aux moindres circonſtances.
La douleur qu'elle en
GALANT.
135
montra eſt inconcevable. Elle
s'eſtoit déclarée pour luy avec
ſt peu de referve , qu'elle ne
prit aucun ſoin de cacher fest
larmes. Le Conſeiller qui les
vit couler , ne s'en embaraſſa
point; il crut que le temps- les
effayeroit , & reprit de nouvelles
efperances , puiſque
cette mort la diſpenſoit de ſe
piquer de conſtance pour
un homme qu'elle ne pouvoit
jamais revoir, mais il fut trompé
dans ſon attente. Son Pere
voulut inutilement renoüer
l'affaire . Elle l'affeura tout de
nouveau que rien ne l'oblige.
roit à changer d'eſtat ; & que
puisqu'il ne luy avoit pas permis
de fe donner à ce qu'elle
aimoit , elle ne ſeroit jamais à
perſonne. Il ſe repentit alors,
(&lelay marqua pluſieurs fois
1136
MERCVRE
à elle meſme ) d'avoir combatu
ſes ſentimens & s'imaginant
que le deſeſpoir où lesrefus
avoient mis le Cavalier ,
l'avoitobligé àmenager moins
ſa vie dans l'occaſion , il ſe re- ,
procha d'eſtre cauſe de ſa
mort. Le Conſeiller ayant veu
toutes ſes pourſuites inutiles,
renonça enfin à importuner la
Belle ,& l'avidité du bien luy
fit tourner ſes pensées vers la
Scoeur du Cavalier. La mort
de ſon Frere la rendoitun gros
party., & beaucoup de gens
qui ſongeoient à leur fortune
ayant commencé à la rechercher
, il crût ne pouvoir mieux
faire , que de ſe mettre du
nombre des Pretendans . La
Mere qui avoitbeſoin d'appuy
dans quelques procésdont elle
eſtoit menacée , ne fut pas
GALANT.
137
fachée de la propoſition du
Conſeiller. Elle l'écouta , &
comme il eſtoit adroit, il ſçeure
fibien tourner ſon eſpritqu'en
fort peu de temps elle luy fit
épouſer ſa Fille. Les belles
Terres dont il ſe voyoit le
Maiſtre par ce mariage, le con
foloient de la laideur de fa
Femme ; mais ce qu'il y eut:
pour luy de plus chagrinant ,
il ne fut pas long temps avec
elle fans s'appercevoir qu'elle
avoitl'eſprit auſſi mal fait que
le corps. Ses remontrances
n'ayane pû rien obtenir ſun
fon humeur aigre &toûjours
contrariante , illuy laiſſa fon
Appartement où elle vivoità
fa fantaisie. Pour luyoſtertour
lieu de ſe plaindre , il avoie
foindeluy faire fournir avec
abondance tout ce qu'elle dee
:
138 MERCVRE
mandoit , & ne la voyoit que
fortrarement. Sixou ſeptmois
s'étoient d'éja écoulez depuis
la novelle de la mort du Cava
lier , lors que la Belle qui la
fentoittoûjours vivement , fuc
obligée d'affifter au mariage
d'une Parente avec qui elle
eſtoit lice d'une amitié fort
eſtroite. La ſaiſondu Carnaval
fut cauſe qu'on appella les
Violons a la Feſte. Les Mafquesyvinrenten
foule,&tandis
que la Belle qui ne vouloit
pas danſer , reſvoit a l'écart à
toute autre choſe qu'aux plaifirs
qui occupoient l'Affemblée
, un Bomien habilé ford
proprement s'approcha d'elle,
&l'affeurant qu'ilexcelloit fur
tour autre dans la connoifance
de l'avenir , il luy demanda
fielle vouloit favoir ſa bonne

GALANT.
139
avanture.LaBelle ayant répons
du que ſes malheurs étoient
plus forts que fon Art , luy
donna fa main nonchalamment
,& le Bohemien l'ayano
regardée long-temps , luy dit
qu'il ne pouvoit bien déveloper
ce qu'ily avoitde plus particulier
dans ſa vici qu'il
voyoit ſeulement en general
qu'un Amấtaimé luy avoit fait
verſer bien des larmes , mais
quele temps eſtoit proche , où
elle auroit lieu en le revoyant
auſſi remply d'amour que jamais
,de fentir autant de joye
qu'elle avoit cu de chagrin.
La Belle pouffa un long foupir
&renvoya le Bohemien en
luy diſant qu'au moins il des
voitchercher à luy prédiredes
chofes , où il y cuſt quelque
poſſibilité. Il ſoutint toujours.
1:40 MERCVRE
que l'effet confirmeroit ſa prediction
, & l'ayant quittée , il
fe perdit dans la foule & ne
parot plus. La Belle trouva
guelque choſe de fingulier
dans l'avanture du Bohemien
qu'elle n'avoit point ven s'adreſſer
à d'autres qu'à elle , &&
le lendemain il luy fut impofſible
de n'y pas réver pendant
tout le jour . Elle ent beau ſe
dire qu'il n'y avoit aucun remede
à la mort. le ne ſçay
guoy de flateur l'entretenoit
malgré elle , & plus tranquille
qu'elle ne l'eſtoit ordinaire.
ment , elle ne pouvoit ſe refufer
à de fecrets mouvemensi
dejoye qu'ellene comprenoit
pas. Cela ſe termina par des
larmesque luy arracha le ſou
venir d'un Amant ſi digne de
fatendreſſe ,&le jourſuivant
GALANT. 141
elle ſe trouva dans un abatementextraordinaire.
Elle n'en
fortit que pour ſe plaindre de
ceux quiluy vinrentdire qu'il
couroit un bruit du retour du
Cavalier. Tandis qu'elle ſouſtenoit
la fauſſeté de cette
nouvelle qui ne laiſſoit pas de
Fembaraffer par le rapport
. qu'elle avoit avec ce que le
Bohemien luy avoit dit , un
de ſes Amisſurvint,&l'affura
qu'il venoitde luy parler. Ce
fut pour elle une ſigrande furpriſe
, que ne pouvant croire
ce qu'on luy diſoit ,& voulant
d'ailleurs que la choſe fuſt, elle
demeura comme immobile.
Dans ce moment , on receus
meſſage du Cavalier méme ,
qui envoyoit demander ſi on
agréroit qu'il rendiſt une vis
fite, Le Pere aſſeura qu'il la
142
MERCURE
1
recevroit avec plaifir , & l'ayant
d'abord entretenu feul , il
le mena à ſa Femme & à ſa Fil
le , avecqui il le laiſſa, ne doutant
point qu'il n'euſt à leur
dire bien des chofes quidemandoient
une conversation
particuliere. N'attendez pas
que je vous dépeigne la joye
deces deux Amans ; il fautai.
mer pour la concevoir. La
Belle n'eut pas de peine à ſe
figurer que le Bohemien & le
Cavalier n'eſtoient qu'une
mefme choſe. Elle le felicita
fur ce qu'il ne prédiſoit que
sequi estoit certain ,& l'impatience
où il la vit de ſçavoir
comment il pouvoit eſtre vivant
aprés qu'on avoit publié
fa mort comme une choſc
affeurée , ne permettant pas
qu'il differaſt à luy rendre
GALANT.
143
2
compte d'un évenement fi
peu commun , il luy dit qu'-
ayant receu de dangereuſes
bleſſures dans une rencontre ,
où il avoit eſté commandé , il
s'eſtoit fait porter à une Ville
prochaine , où quelque accident
facheux avoit fait d'abord
deſeſperer de ſa guerifon
; qu'eſtant tombé quelques
jours aprésdans une entiere
défaillance de ſes ſens ,
où il eſtoit demeuré vingt
heures fans donner aucune
marque de vie , ſon Valet de
chambre s'estoit hâté d'écrire
àſaMere , pour luy donner
avis de ſa mort ; qu'eſtant
revenu à luy , & ayant appris
ce qu'ilavoit fait , il luy avoic
ordonné d'en écrire encore
de nouvelles circonstances ,
afin qu'on ne puſt la tenir
44 MERCURE
douteuſesqu'il n'avoit eu en
veuë dans tout cela que de
bien connoiſtre parle déplaifir
qu'elle en auroit , fi elle
eſtort auffi veritablement attachéeàluy
, qu'elle luy avoit
permis de le croire; qu'il avoit
eu cette fatisfaction ,puis que
par le moyend'un de ſes Amis
qui écrivoit ſouvent à Paris
il avoit feeu la genereuſe reſolution
qu'elle avoit priſe de
n'aimer jamais perfonne aprés
luys que rien ne l'avoit plus
réjoüy que le marige du
Confeiller avecſa Soeur qu'on
avoitmandé à cet Amy ; qu'il
n'auroit pû ſouhaiter une plus
rude vangeance des maux
qu'illuy avoit faits , qu'il luy
avoit fallu un longtemps pour
guerir entierementdeſesbleffures
, & pour revenir de la
foibleſſe que ce qu'il avoit
GALANT
145
fouffert luy avoit cauſée ; qu'à
fon retour , il eſtoit allé
d'abord ſe cacher chez un
Amy , qui en le voyant
s'eſtoit écrié comme de l'apparition
de quelque rantôme
, parce qu'il le croyoit
mort , comme tous les autres ,
qu'ayant ſeeude luy qu'on parloit
d'un Bal pour le lende
main , où elle estoitconviée, il
avoit ſongé à ſe déguiſer en
Bohemien , pour l'entretenir
fans eftre connu ;qu'aprés cela
il s'eſtoit fait voir à ſaMere,
&qu'il venoit prendre leurs
avis ſur la maniere dont il fe
devoit conduire avecſonBeau .
frere le Conſeiller. Ce n'étoie
pasneanmoins ce quiluy donnoin
del'inquietude; il en avoir
ſeulementde la ſituation d'efprit
où ſeroit pour luy le Pere
146 MERCURE
de ſa Maiſtreſſe . La Mere &
la Fille ne crurent point luy
devoir cacher qu'il y avoit
apparence que tout iroitbien,
puis que le chagrin qu'ilavoit
marqué de l'injustice que le
Conſeiller luy avoit fait faire,
eſtoit preſque une afſurance
du confentement qu'il devoit
donner à leurs deſſeins . En
effet comme il aimoit tendrement
ſa Fille , & qu'une
affez rude épreuve luy avoit
fait voir ſa fermeté , il ne jugea
pas qu'il fuſt à propos de
ſe priver pour jamais du plai-..
fir d'avoir un Gendre. D'ailleurs,
outre les avantages du
bien &de la naiſſance , qui
eſtoient confiderables , le Cavalier
s'eſtoit mis par tout
dans une fort grande eſtime .
Ainfi il n'eut pas plutoſt renouvellé
GALAN T.
147
nouvellé ſes prétentions, qu'il
fut écouté favorablement. Le
mariage ſe fie avec une égale
fatisfaction des deux parties.
Vous jugez bien que le Conſeiller
n'eut pas ſujet d'en eſtre
content. Son avarice l'avoit
engagé à prendre pour Femme
une tres laide perſonne , & il
ſe vit obligé de renoncer à tout
ce grand bien dont il s'eſtoic
laiſſé ébloüir , pour ſe contenter
de peu de choſe , les droits
des Filles que ne marientpas
les Peres , eſtant toujours fort
legers en Normandie.
Ie vous appris dans ma Lettre
de Septembre une action
qui s'eſtoit paſſée en Savoye,
je n'en avois pas alorsle détail
entier ; mais ayant eſté infor
mé depuis de toutes fes circonſtances
, je croy devoir
Oct.1690. G
48
MERCURE
1 vous en faire part .
Le 21. du dernier mois , M.
de Saint Ruth partit de Conflant
à trois heures du matin ,
avec le Regiment de Dragons
de Bretagne , un détachement
de celuyde Cavalerie de du
Pleffis &le Regiment d'Infanterie
Irlandois de Montcaſſel ,
& après avoir effuyé un chemin
aſſez penible il arriva fur
les huit heures à la Roche-
Sevin dans une petite plaine
bornée par les Montagnes , &
par l'Iſere , Riviere tres - large
&tres- rapide , à laquelle fait
face une roche fort eſcarpée ,
oùle Marquis de Sales s'eſtoit
retranché avec trois cens
hommes pour nous en difputer
le paſſge. Il avoit pris
toutes les mesures que l'on
pouvoit prendre , ayant fait
1
GALANT. 149
1
couper de grands & gros arbres
dontle chemin ſe trouva
embaraffe , & fait faire pluſieurs
foſſez , & entre autres
pluſieurs bons retranchemens
au chemin qui eſt entre la
Roche & la Riviere. Il faloir
indiſpenſablement ſuivre co
chemin , quoy que ce soit un
defilé ſi étroit qu'on n'y ſcans
foir paſſer qu'un à un . Mr de
SaintRuth ayant reconnu le
terrain diſpoſa ſes Troupes
1. pour faire l'attaque de cette
Roche par trois endroits dif.
ferens. Les Dragons paſſerent
dans le petit chemin le long
de la riviere , avec ordre de
remonter la Roche; La Cavalerie
alla droit grimper par
le milieu aprés avoir mis pred
à terre , & Milord Montcafe
fel marcha à la teſte de fon
!
G 2
150
MERCVRE
Regiment le long de la Montagne
pour gagner la mesme
Roche par une gorge fort rude.
Mr de Saint Ruth grimpa
des premiers par un endroit
extrémement eſcarpé. Les
Ennemisfirent fortgrand feu ;
mais malgré leur reſiſtance
on força la Roche , & tous
ceux qui la gardoient furent
mis en fuite. Ils ſe ſauverent
fur les plus hauts fommets des
Montagnes , où les nostres
qui les pourſuivirent vigoureuſement
, en tuerent plusde
cent cinquante. On trouva
le Marquis de Sales dans une
vigne , où il s'eſtoit caché de
telle forte qu'on eut de la
peine à le découvrir. Il fut
fait prifonnier , ainſi que plu
ſieurs autres Officiers ; fon
Mutenant Colonel avoit eſté
E
LYON
*
1893*
VILLE
GALANT .
Igr
el
tué peu auparavant à fon cofté.
Cette premiere Victoire
ne nous couſta que trois Irlandois
tuez , & deux , bleffez
Milord Montcaffel fut bleſſé
* à la Mammelle gauche , mais
legerement; ily eut auffi uni
Dragonstué , deux bleſſez , &
un Cavalier . Le Major des
Dragons de Bretagne , & deux
ou trois autres Cavaliers curent
leurs Chevaux tuez ou
bleffez ſous eux . La Cavalerie
de du Pleſſis , & le Regiment
dd'Obreen qui estoit en marche
pour venir à nous pendant
at cette premiere expedition
joignirent l'Armée qui marcha
enfuite contre le Comte
de Bernex. Ce Comte eſtoic
retranché avec quatre cens
hommes dans un endroit encore
plus deſavantageux pour
es
1
G3
152
MERCVRE
nous que le premier. C'etoit
un défilé par un chemin
forteſtroit , borné à la gauche
de pluſieurs Montagnes inacceſſibles
, & à la droite par l'Ifere
, qui ne ſe trouve guayable
en aucun endroit. Cependant
M. de Deléc , lieutenant
Colonel du Regiment d'Obreen
, grimpa juſqu'à la hauteur
de la Montagne fur noftre
gauche , & fit le tour par des
endroits ſi peu pratiquables ,
qu'on auroit peine à ſe les imaginer
tels qu'ils font. Il vine
defcendre droit dans les retranchemens
des Ennemis, qui
eſtoient fortitiez par pluſieurs
foſſez auffi larges que profonds.
Ils ſe ſauverent auſſitoſt
qu'ils l'aperceurent , &
abandonnant leurs retranchemens
, leurs Canons ,& leurs
ED
GALANT.
153
בו
1-
2
0-
&
Fauconneaux , ils deſcendirent
à la riviere qu'ils paſſe
rent far un pont , d'où ils gagnerent
la hauteur des Montagnes
qui estoient fur la droite
de l'autre coſté de cette même
Riviere. Nos Troupes les y
pourſuivirent pendant quel
que temps. Le Comtede Bernex
avec pluſieurs Officiers
pritle Chemin de la Valdoſte,
& s'y retira honteufement.
On trouva dans leur Camp du
Pain & du Vin que M. de S.
Ruth fit donner aux Irlandois,
auſquels il permit d'aller dans
les Montaignes prendre des
Troupeaux qu'on fçavoit y
eſtre en paſturage. Le foir , il
receut les Deputez de Montiers
. En y arrivant le 13. au
matin il trouval'Archeveſque
àquarante pas de la Ville , ac-
G4
154
MERCVRE
compagné des principaux Habitans
qui luy offrirent les
Clefs dans ungrand&magnifique
Baffin , entouré de roſes.
M'de Saint Ruth mit pied à
terre , & recent ces Clefs en
ceremonies . On alla enſuite
dans la Ville , & l'on y chanta
le Te Deum pour la Victoire
qu'on venoit de remporter, &
aprés laquelle le Peuple voulut
perfuader aux François
qu'il soupiroit depuis fort
long-temps . Il y avoit quelques
autres pieces de Canon
dans les retranchemens des
Ennemis , qu'ils firent jetter
dans la Riviere , lors qu'ils ſe
virent forcez de prendre la
fuite, Il n'y eut pas un ſeul
homme tué en cette derniere
occafion ; mais ſeulement un
Lieutenant , un Dragon ,xun
GALANT..
i
31
Garde de M. de Saint Ruth
bleſſez . Deux jours aprés on
marcha à la Maurienne , & les
principaux dela Capitale , qui
eſtſaintlean ; en apporterent
les Clefs à M. de Saint Ruth.
Le 13. toute l'Armée avoit
campé à Briançonnet fur le
chemin de Fefon ...
Mr Bardou de Poitiers , que
ſes emplois avoient empéché
depuis longtemps de s'appli
#queraaucunOuvrage dePoëfies
a fenty rouvrir ſa Veine
comme malgré luy , & il n'a
espû s'empecherde méler ſa voix
avec celle de tous les honneſtes
gens qui aiment à chanterla
gloire de noſtre Auguſte Monarque.
L'Ouvrage allegorique.
que vous allez lire eſt de ſa facon
, & vous en connoiſtrez
- aisément la matiere par le titre..
G
156
MERCVRE
*************
LE TREBUCHEMENT
DE PHAETON .
১৭
Tout fier de la naiſſance w
Dans le zele indiscret de s'égaler
aux Dieux ,
Du Soleil fon Amy veut obscurcir
lagloire ,
Etpar unvolhardy fignalerſame.
moire.
Sur le Char perilleux qui donne à
l'Univers
Des ombres & des jours lesſpecta.
cles divers ,
Malgrétous les dangers dont leCiel
Lemenace,
Le temeraive enfin s'expose àprendre
place.
GALANT .
157
Si chezluy la raison eust trouve
quelque lieu ,
Ilſeſeroittenudans un juſte milien
Sans vouloirdansson cours s'élever
ny descendre ;
On a beau luy parler,il ne veut rien
entendre ,
Deſon ambitionfans ceſſetourmen
té,
Les mouvemens d'un coeur remply
devanité,
Sont lesfeules raisons queson esprit
écoute,
Sur cet appuyfragile il commencefa
route.
Divers Peuples d'abord l'admirant
dansson cours , 2
Decenouveau Soleilattendent leurs
beauxjours.
Il s'anime, & croit voir la gloire au
bout du terme
Mais n'ayant pas encor une main
affezferme
رفس
4
1
158
MERCUR E
Pour reglerdans leurspasfes Courfiers
vagabonds
Onvit l'inforuné qui parfauts &
parbonds
S'écartantde lafin qu'ils'estoitproposée,
1,
Quitte lagloire, &prendune route
opposée.
Trop près denous, on craintfesta
yons enflâmez ,
Ilſemblemenacer nos Peuples alarmez,
Mais quoy ?C'est vainementqu'on
craint pour noſtreTerre,
Quand nous avons pour nous le
Maistredu Tonnerre.
Auplus haut de l'Olimpe un fuperbe
Palais ,
Ou iamais desTitans ne parviennent
les traits ;
Eftdupremierdes Dieux leglorieux
afile.
Pacifiquevainqueur de ce fejour
tranquille ,
1 1999 GALANT.
Ilenvoyeàfon gré lafoudre en tous
les lieux ,
OdSon bras doitpunir des coeurs audacieux
Partout,comme illuy plaist,ilſeme
l'épouvante ,
Voyde ses derniers coups la terre
encor fumante,
Temeraire Mortel,&plein d'un ju
fte effroy ,
Arton ambition impoſe enfin la logr
Avantque lenuage ait crevéfurta
teste
Tupeux end'autres lieux détourner
latempeste.
Laiſſe dansson éclat briller noftre
Soleil
Et fais gloire plûtoſt de suivrefon.
confeil:
Riennepeut arrester se coeur fier&
rebelle
Lambitieux poursuitsa route cri
minelles.
:
ל
1601
MERCVRE
Iupiter indigné le livre àfon cou
YOUX ,
L'oragegrande éclate il tombe fous
Ses coups.
Son Charprécipitédans le Po *fait
naufrage ,

Ses chevaux detelezſeſauvent à
lanâge.
C'est ainsi que sa cheute&fa témerité
Rendent fon nomfameux à la po-
Sterité
Cecy n'eſtrien moins qu'une Fable,
C'est une histoire veritable .
Sur ce mesme rivage où l'on tient
qu'autrefois
Jupiter foudroyalejeune Temeraire
Qui profita si mal des tendreſſes
d'un Pere,
Loüis , le plus terrible &le plus
doux des Rois ,
A de iustes rigueurs force dese
refoudre ,
Excipit Eridanus, Metam. 2 ..
GALANT. 160
5
Sur un vray Phaëton vient de lancer
la foudre.
Lefeud'un beau couroux vient d'es
teindre les feux
Qu'allumoit une fauſſe gloire,
Eile Pôque la Fable avoit rendu
fameux ,
Va devenir encorplus fameux dans:
'Histoire..
Lameſme pentée a donné
lieu à ces autres Vers .
LENTIERE
Défaite de l'Armée de Mr
SUR
leDuc de Savoye , par les
Troupes victorieuses du
Roy , fur le Pô
ce jeune
Q
Vand Phaeton
ambitieux ,
Conduifit les chevaux du bet Aftre
du monde
162 MERCVRE
Etqu'enſa course vagabonde
Il embrasa l'Univers deses feux
Jupiter renversant ses projets orgueilleux,
LePô l'engloutit dansſon Onde;.
Maisun Prince encore plus téme.
raire que lay, :
Sousl'effort d'un Roy redoutable
Dont ila negligél'appuy ,
Sur lesrives du Pô trouve un destin
Semblable
Ainsi ce qui nefut autrefois qu'une
4 Fable
Devient uneHiſtoire aujourd'huy.
C'eſt ſans ſortir des Articles
de la guerre que j'ajoute icy
de fort agreables Vers,qu'une
Demoiselle d'Angouleſme a
faits pour un jeune Cavalier,
qui par une action de bravou
xe diftinguée , a bien meri-
7
GALANT. 163
té qu'elle marquaſt l'intereſt
qu
qu'elle prend en ſa perſonne.
C'eſt le troiſfiéme Fils de Mr
de Sorſac , d'une Maiſon fort
confiderable dans l'Angoumois.
Il n'a encore que quinze
ans , & s'eſtant trouvé dans
une eſcarmouche qui ſe fit
avant la journée où ſe donna
la Bataille de Fleurus , aprés
qu'il eut eſſuyé le Feu d'un
Officier Ennemy qui s'eſtoit
avancé , il le tua d'un coup de
piſtolet à la veuë des deux
Armées . Il a eu pour récompenſe
de cette action la
Charge de Cornette de la
Colonelle du Regiment de
- Langallerie . Comme l'ardeur
avec laquelle il coure au peril
, fait connoiſtre celle qu'il
a pour la gloire , la Demoiſelle
dont je vous envoye les
4
,
1
164 MERCVRE
Vers , ne fait point difficulté
de luy témoigner qu'elle en
eſt jalouſe.
:
La guerre & les hazards ont pour
vous trop de charmes .
Ménagez mieux des jours qui ne
fontplus à vous ;
Vostregloire, Tircis , me coute mille
alarmes,
Et je lavoisavec un oeiljaloux.
Ne mepreferez plus cettefiere Ri
vale ,
Dont lafaveurſujetteàmille chan .
?
gemens
Afesplus chersAmans
Devientsouventfatale.
De fon fragile éclat aveuglement
épris , ..
Vous luy donnez des voeux qu'elle
ne peut entendre.
:
Mon amourdu voſtre est le prix;
La gloire comme moyn'en a point à
vous rendre.
:
GALANT, 165
لا
"Ie vous ay parlé dans quelqu'une
demes Lettres de Mr
Deflandes , Docteur en Theologie
, Grand Archidiacre &
Chanoine de Treguier. C'eſt
un homme d'un fort grand
merite , connu de Sa Majesté
qui l'a comblé de bienfaits.
Il eſt Neveu de ce fameux
Predicateur de la Cour Meſſire
Noël Deſlandes , Evefque
& Comte de Treguier , dont
l'éloquence a fait tant de bruit
ſous les derniers Regnes , &
queMrs de Sainte- Marthe qui
ont fait fon éloge dans le Livre
intitule , Gallia Chriftiana
marquent avoir prononcé
l'Oraifon funebre de Henry
IV. Les Dames de la Croix ,
de la Ville de Treguier , qui
font un Inſtitut de S. François
de Sales , ayant priéMr Def
166 MERCURE
landes , Grand Archidiacre
depreſcher dans leur Eglife
lejour de l'Exaltation de Sainte
Croix , Il prit occafion
de parler du Roy , & s'adreſ
fant à l'Egliſe au milieu de
fon diſcouts ; Divine Epouse
du Sauveur du monde , dit- il
c'est à present que vous pouvez
chanter , O Crux ſplendidiorr
cunctis Aftris ! L'Herefic estoit
un nuage qui obscurciffost l'éclat
de la Croix. Louisle Grand ne
pent plus fouffrir les ennemis de
La Croix. Hora eſt jam nos
de fomno furgere. Le temps,
preſſoit , l'heure estoit venuë
l'Edit de Nantes devoit estre
aboly. Cefommeil politique devoit
estre interrompu . Les Rois
ont leur fommeil aussi bien que
Leurs Sujets. La Nature l'inspireà
tous les hommes , &les Medecins
T
GALANT.:
167
ta
4
1
nous aßcurent que la premiere cho-
• Sequefait un Enfant dans le ſein
de fa Mere au moment qu'il commence
à vivre, c'est d'estreSurpris
du sommeil. Cependant l'Ecriture
nous apprend que le sommeil des
Souverains est diftingué de celuy
du commun des hommes. On regardait
la tolerance de l'Edit de Nanses
, comme un fommeil du Lyon.
Louis le Grand ne se contentepas
de reduire dans ſon Royaume lesennemis
de la Croiss. Sa preté,fon
Zele , fa religion , l'amour qu'il a
pour l'Eglise , l'engagent à proteger
un Roy detrôné , à qui des Peuples
rebelles ofent faire un crime
de s'estre attaché à l'étendard de
La Croix. Faut -il qu'un si inſte
Spectacle ait paru de nos jours ?
Faut-il que l'on voye leſang con.
trelefang, l'Enfant contre le Pere,
Les sujets contre lear Prince ? On
168 MERCVRE
pourroit faire anreproche à l'Ocean
de n'avoir pas abismé l'Usurpateur
, s'ilne pouvoit dire pour le
repouffer , qu'iln'afait quefuivre
T'exemple de ceux qui ont appuyé
la perfidie de ce Gendre ingrat.
En effet , qu'y a.t- il de plusfurprenant
que de voir qu'un crimefi
detestable , ait esté autorisé,Souſtenu
, protegé par ceux mesmes
qui devoient s'armerpour lepunir?
Qui n'eust pas creu qu'on auroit
lance les foudre facrez ? Tous les
Orthodoxes ſe devoient unir , &
tous leshommes devenir autant de
Soldats pour chastier le Tiran
contra reum majeſtatis, omnis
homo miles. Raison humaine,
que vous estes foible dans vos
reflexions ! Grand Dieu , que vos
pensées font bien differentes des
pensées des hommes. Viæ meæ non
funt viæ veſtræ. Cettefupreme
GALANT. 169

0
di
is
puiſſance qui a changé la boulette
d'un Berger auscepire d'un Roy,
Sçaura Bien retablir un Prince opprimédans
les Eftatsque l'iniuftice
Iny ausurpez. Dieu qui tient entre
fesmainsle coeurde Louis le Grand,
Sefervira defon braspour cegrand
Ouvrage. Laposteritépourra-t- elle
croire que toute l'Europe estant
Liguée contre ce Monarque , il ait
eu affez de force pour entreprendre
la defense d'un Souverain que
fes Suiets revoltez ofent ne plus
reconnoistre ? La Renommée fe
faisoit un plaisir de publier que la
gloiredece Prince ne pouvoit aller
plus loin. Ellese trompoit ;il falloit
, afin d'y mettre le comble,
qu'il fist l'action la plus heroique
dont on ait iamais parlé.
He
Vous aurez appris la mort
de Meffire Louis Charles
170
MERCURE
d'Albert , Duc de Luynes ,
Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roy , & ey devant
grand Fauconnier de France,
Elle est arrivée le 10. de ce
mois Albert ou d'Alberti eſt
une Famille noble qui s'eſtoit
établie dans la Comté d'Avignon
depuis Innocent IV.
& quis'eſt extrémement élevée
dans ce ſiecle . Honoré
d'Albert , Sr de Luines dans
le meſme Comté d'Avignon ,
rendit de grands ſervices à
Henry IV . en pluſieurs occaſions.
Il avoit épousé Anne
de Rodulf , & il en cut trois
Fils & quatre Filles. Charles
fon Aîné , fut Pere de Mr le
Duc de Luines qui vient de
mourir . Honoré d'Albert ,
fon ſecond Fils , qui fot fait
Chevalier des Ordres du Roy
&
j
171
GALANT.
1
1
1
ل
He
1
& Maréchal de France en
1620. & l'année d'aprés , créé
Duc de Chaulnes & Pair de
France, épouſa Charlote d'Ailly,
Comteſſe de Chaulnes, Fille
unique & Heritiere de Philibert
Emanuel d'Ailly , Srde
Pequigny , de Rainval , Vidame
d'Amiens , Chevalier des
Ordres du Roy , & de Loüiſe
d'Ognies , Comteſſe de Chaulnes
& Dame de Magny , & il
en eut entre autres Enfans ,
Henry - Loüis , Duc de Chaulnes
, Pair de France , marié en
1646.à Françoiſe de Neufville,
Fille aînée de Nicolas Ducde
Villeroy , Pair & Maréchal de
France , & mort en 1653. &
CharlesDuc de Chaulnes,Pair
de France , Commandeur des
Ordres du Roy , qui a eſtéAmbaſſadeur
à Rome , & qui eft
Oct. 1690 . H
172
MERCURE
preſentement Gouverneur de
Bretagne. Leon d'Albert ,Sieur
de Brantes , troiſième Fils
d'Honoré d'Albert , fat Lieutenant
de la Compagnie des
deux cens Chevaux Legers de
la Garde du Roy & depuis
Duc de Luxembourg Pair de
France & Chevalier des Ordres
de Sa Majeſté: Il mourut
en 1630. aprés avoir épousé
CharloteDucheſſe de Luxem
bourg , de laquelle il laiſſa
Henry Leon Eccleſiaſtique ,&
Marie Religieuſe dans l'Abbaye
aux Bois. Des quatre Filles
du même Honoré d'Albert ,
Sieur de Luines;il y en eut une
qui ſe fit Religieuſe. Les trois
autres furent Marie d'Albert ,
qui épouſa Claude , dit du
Roure , Sieur de Bonneval &
de Combalet; Antoinette ma
GALANT.
173
riée en premieres noces avec
Mr de Vernay , & en ſecondes
avec Henry Robert de la
Marck, Duc de Buillon ; Comtede
Braine,& Louiſe , mariée
à Antoine de Villeneuve ,
Baron de Baux. Quant à Charles
, ainé des Fils d'Honoré
- d'Albert , il eut le bonheur
de gagner les bonnes graces
du feu Roy , qui le combla
de biens & d'honneur , & l'éleva
à la Dignité de Conneſtable
de France , dont il preſta
le ſerment le 2. d'Avril
1621. Il mourut à Longueville
1 prés de Monheut , fur la fin
- de la meſme année , & fon
corps fut porté à Maille, qui
elt un Bourg prés de la Ville
de Tours , qu'il avoit fait éri -
ger en Duché ſous le nom de
Luines . Il avoit épousé en

H 2.
174
MERCURE
1617. Marie de Rohan , Fille
ainée d'Hercule de Rohan ,
Duc de Montbaſon , Pair &
Grand Veneur de France , &
de ſa premiere Femme Madeleine
de Lenoncourt , Dame
de Coupvray , Cette Marie de
Rohan prit en 1622.une ſeconde
alliance , avec Claude de
Lorraine, Duc de Chevreuſe,
Pair & Grand Chambellan de
France . C'eſt du mariage du
Conneſtable d'Albert , avec
Marie de Rohan qu'eſt venu
Loüis Charles d'Albert,Duc de
Luines , dont la mort donne
occaſion à cet article. Il eſtoit
âgé de 69. ans , & avoit épouſé
en premieres noces Marie
Seguier , Marquise d'O . Fille
unique de Pierre Seguier Marquis
d'O . Il en eut Charles
Honoré d'Albert Duc de
GALANT.
175
Chevreuſe Capitaine Lieutenant
des Chevaux Legers du
Roy , qui en 1667. épousa
Jeanne Marie Thereſe Colbert
, Fille ainée de lean Baptiſte
Colbert , Miniſtre d'Eſtat.
De ce meſme mariage
fortirent encore trois Filles,
Françoise , Paule , Charlote
d'Albert , mariée avec Henry
Charles de Baumanoir , Marquis
de Lavardin , & Lieutenant
General au Gouvernement
de Bretagne ,& mort en
1670. & Marie Louiſe &
Thereſe d'Albert Religieuſes
en l'Abbaye de Joüare. Feu
Mr leDuc de Luines avoit époufé
en ſecondes nocesAnne
de Rohan ſa Tante , Fille puifnée
du mesme Hercule de
Rohan , Duc de Montbafon ,
&de ſa ſeconde femme Marie
H3
176 MERCVRE
de Bretagne , Fille aînée de
Claude , Comte de Vertus. Il
eutdece ſecond mariage , Mr
le Comte d'Albert , bleſſé à la
Bataille de Fleurus , & tro's
Filles ; ſcavoir , Marie-Anne
qui épouſa Charles de Rohan
, Prince de Guimené ,
fon couſin germain ,& qui
mourut le 21. Aouſt 1679. en
la dix-ſeptième année de ſon
âge. Les deux autres ſont
Madame la Princeſſe de Bournonville
,& Madame la Com-
⚫teſſe de Veruë. Aprés la mort
d'Annede Rohan , ſa ſeconde
femme , il prit une troifiéme
alliance , & épouſa Madame
de Manneville , Fille de Mr
le Chancelier d'Aligre , dont
il n'apoint eu d'enfans.
Mr Amproux , Conſeiller
en la Grand Chambre , eft
GALANT . 177
mort/environ dans le meſme
- temps. Il eſtoit Frere de feu
Mr de Lorme , Intendant des
Finances. On n'a guere veu
de Juge qui ait paru plus integre.
Il n'a jamais enduré
1 qu'on luy ait fait aucunes fol.
licitations , & comme il avoit
une tres belle Bibliotheque ,
il donnoit aux Livres & à
l'étude le temps. qu'il auroit
perdu à les écouter. Il eſtoit
nouveau Converty. 4
Madame Ranchin , Femme
&Mere de Mrs Ranchin Secretaire
du Conſeil , eſt auſſi
morte. Elle avoit une Fille
mariée à Mr Ratabon , Envoyé
du roy à Liege & à
Génes , & une autre à Mrle
Marquis de Chenoiſe.
Nous avons perdu dans ce
mesme mois un excellent
H4
178 MERCVRE
&
homme.C'eſtoit MrdeVanders
meulen , Peintre de l'Hiſtoire
du Roy. Cette qualité que je
luy donne doit vous étonner ;
auſſi eſt elle nouvelle.L'employ
eſtoit grand,& peu de Peintres
ſfeepeuvent vanter d'en avoir
eu un pareil , puis que Mr de
Vandermeulen a peint en autant
de grands Tableaux tous
les Sieges où Sa Majeſté a
eſté preſente. Le nombre en
eſt ſi confiderable qu'il
n'y a point de Monarque au
monde depuis pluſieurs fiecles
, qui ait conquis tant de
Places , & meſme l'Histoire
auroit peine à en fournir plus
de deux ou trois qui l'ayent
jamais furpaffé ou égalé. Les
Tableaux de Mr de Vander-
* meulen ſont d'une beauté que
L'on peut dire achevée. Ce
GALANT. 79
4
fameux Peintre , original en
fon genre , eſtoit de Bruxelles
, & avoit l'inclination
toute Françoiſe. Cela venoit,
dece qu'en peignant les furprenantes
actions du Roy , il
ſe les estoit ſi bien imprimées
dans l'eſprit , qu'elles luy a
voient donné de l'amour pour
ceMonarque.
Vous avez veu dans tous
les éloges qui ont eſté faits
de Mr le Duc de Montauſier ,
qu'on l'a toujours appellé le
Protecteur Illuſtre des Sciences
defolées . Mr l'abbé Da
net , Curé de Sainte- Croix
de la Cité qu'un zele reconnoiffant
engageoit à le regarder
comme fon genereux.
bienfaicheur , s'eſt empreſſé
d'en donner un témoignage
public , en rendant à ſa me
H
180 MERCVRE
moire tous les honneurs qui
luy eſtoient dûs . Il y a déja
quelque temps qu'il fit faire.
dans ſon Egliſe un Service:
folemnel pour le repos de
fon ame ,& Mr l'Abbé Iul-.
lard du larry y prononça l'Oraiſon
funebre. Vous ſçavez
dans quelle reputation eſt cet
Abbé. Il écrit fort juſte , penſedelicatement
, & a des cx--
preſſions heureuſes qui font
connoiſtre que l'éloquence
luy eſt naturelle. Il tira fon
texte du ſixiéme chapitre du
ſecond livre des Machabées
où il eſt dit Il ne seroit pas
digne de nous de feindre , ny de
laiſſer un exemple pernicieux.
auxjeunes gens , les feduisant
par une lache diſſimulation , &
laiſſant une tache ineffaçable imprimée
sur ma vieilleffe. Vous .
GALANT 181
a

2
voyez que ces paroles conviennent
parfaitement au caractere
de M. de Montauffer,.
qui a fait revivre la noble fimplicité
de nos Peres dans un
ficcle où à peine il en paroiffoit
aucune trace , & qui ,
pour continuer à me fervir
des termes que M. l'Abbé du
Iarry a employez dans l'Oraifon
funebre dont je vous par--
le , a mieux aimé porter dans
le tombeau une reputation
fans tache, que de donner aux
Courtiſans l'exemple d'une
diffimulation criminelle. Pour
fe prefcrire des bornes dans
l'ample matiere des loüanges
qui s'offroit à ſon eſprit , il
diviſa ſon diſcours en trois
parties ,& fit voir dans la premiere
les ſervices que M. de
Montauſier avoit rendu à
k
H 6
180 MERCURE
l'Etat. La ſeconde fut employée
à montrer la protetion
qu'il avoit donnée au
merite , & dans la troifiéme
il parla des grands exemples
qu'il avoit laiſſez aux Courtiſans
mais en faiſant le Portraitde
ſes vertus , il fit connoiſtre
qu'elles n'avoient
point eſté falfifiées de foibleſſe
qui corrompt ſouvent
les actions humaines dans
leur principe ; que la ſource
eſtoit encore plus pure que
les ruiſſeaux , & que le Sujet
fidelle , le zelé Protecteur , &
le Courtiſan parfait eſtoient
appuyez ſur l'homme droit &
ſimple. Je vous parlerois plus
amplement des beautez de cet
Ouvrage , s'il n'avoit pas eſté
donné au Public. Lifez - le ,
Madame.Quoy que vous ayez
GALANT.
a
deja veu d'excellens Diſcouss
fur cette meſme matiere,vous
ne trouverez rien dans celuy
cy qui ne vous faſſe plaifir.
Les Venitiens ont pris ta
Valone fur les Turcs .C'est une
Ville ſituée ſur une hauteur à
deux millesdans les terres , &
défenduë par un fortChâteau.
Comme il s'y faifoit un tresgrand
commerce , quantité de
Turcs estoient venusl'habiter,
ainſi que d'autres Peuples de
differente Religion. C'eſt où
les Corſaires Turcs & ceux
de Barbarie ſe retiroient pendant
les tempeftes.Le mauvais
tempsayant empêché pendant
quelques jours le Capitaine
General Cornaro , de faire débarquer
ſes Troupes , les Infidelles
eurent le loiſir de travailler
à quelques nouveaux
182 MERCVRE
Ouvrages dans les dehors dela
Place,& de ſe retrancherdans
les Fauxbourgs.Les Venitiens
s'eſtant rendus maiſtres de la
Tour du Port,le 12 du mois paf--
fé,attaquerent enfuite on gros
Bourg, ſitué ſur une colline à
une lieuë de la Valone . Ce
Bourg que défendoit un Chaſteau
fut emporté l'épée à la
main,&dans letemps que l'on
minoit ce Chaſteau , les Turcs
qui estoient dedans capitulerent.
Il y eut trois Chevaliers
de Malte bleffez dans cette
occaſion; sçavoir Mr le Chevalier
de Gennetines,General
duBataillon de Malte , & Mrs
les Chevaliers de Benoift &
de Broüilly Mr Borry , General
Major des Troupes da
Pape, y fut tué , ainſi que
quelques Soldats. Il y en cut
GALANT. 183
=
5

auſſi de bleſſez. Un coup de
Canon emporta le chapeau
du Capitaine General ,& le
Noble Grimani , ſon Neveu
recent de dangereuſes bleſſures.
L'Armée ſe rendit de là
devant la Valone , où l'on ne
fut pas plutoſt arrivé , que
l'on fit fommer la Ville & le
Chasteau de ſerendre. Le Bacha
ſe diſpenſa de répondre
juſqu'au lendemain matin ,.
& pendant la nuit il emporta.
ſes meilleurs effets, & les portes
qu'on trouva ouvertes firent
connoiſtre que la Garnifon
eſtoit fortie de la Place..
Les Venitiens y eſtant entrez
en meſme temps , y firents
chanter le Te Deum . Quoy.
que l'Armée fuſt compoſée
de dix - neuf mille hommes ,
de pied de neuf cens che
184 MERCVRE
vaux de débarquement , &de
quantité de Volontaires , l'entrepriſe
n'euſt pas eſté fans
difficulté ſi les Ennemis euf
ſent voulu ſe défendre. Le
Bacha de la Boſſine leur préparoit
un ſecours confiderable,
qu'ils n'auroient pas longtemps
attendu .
Pendant que les Turcs étoient
occupez devant Niſſa ,
leGrand Viſir recent les Drapeaux
& les Etendards qui
avoient eſté gagnez ſur les
Troupes Imperiales par le
Comte Tekeli. Onluy apportaen
meſme temps les Teſtes
des Principaux Allemans qui
avoient eſté tuez dans l'occafion
ou leGeneral Heuſler fut.
fait prifonnier. Le Vifir fit
tout arborer à la teſte de la
Tranchée , & cela ne ſervic
GALANT .
185
pas peu à faire avancer la reddition
de la Place. La Garnifon
en fortit tambour battant
& méche allumée , pour eſtre
conduite à Belgrade , où elle
arriva le 22. du mois paſſé.
Elle estoit reduite à deux mille
hommes qui furent deſarmez
& dépouillez par les
Turcs ſur le chemin.Huit milleTartares
qui les pourſuivirent
les auroient peut - eſtre
maſſacrez ſi l'obscurité de la
nuitqui ſurvint heureuſement
ne leur euſt donné moyen de
les éviter, & de paſſer leDanube.
Les Tartares continuerent
leur courſe juſqu'au deſſous
de Belgrade , & ils ne s'en retournerent
qu'aprés avoir enlevé
quelques Païfans & du
Bétail.
Let. du mesme mois la
186 MERCVRE
garniſon de Vvidin renditla
Place , & fuivant la capitulation
, on devoit la conduire à
Orſovva: Elle n'a fouffert que
quatre ou cing jours d'attaque
& comme il n'y avoit point
de breche faite , & que les
Afſigeans étoient encore àplus
de quarante pas de la contrefcarpe,
il n'y avoit aucun lieu
de craindre qu'ils puſſent donner
affaut. C'eſt ce qui a obligéle
Prince Loüis de Bade à
faire venir le commandant
pour luy demander raiſon de
ſa conduite. Ce Prince qui
eſtoit party le 7. de Cibina
pour aller s'oppoſer aux deffeins
du Comte Texeli , arriva
le 16. àCaransebes avecla Cavalerie
, qui avoit paſſéį la
Riviere de Caras à la nage , &
l'Infanterie que la hauteur des
GALANT .
187
eaux & la difficulté des paſſa.
avoient obligée de prendre un
longdetour, la réjoignit le 17 .
Le lendemain toute l'Arméc
ſe raſſembla . Le 19. elle continua
de marcher vers des
Montagnes qui ne laiſſent
qu'un paſſage fort étroit pour
entrer de Hongrie en Tranfilvaniedu
coſté de Belgrade &
de Themiſvvar. Les Allemans
nomment ce paſſage Eyfenthor
, les Hongrois Vallapou ,
& nous l'appelons Porte de
fer. Le Prince Louis de Bade
le Lieutenant Colonel de Ciglie,
avec, cinq censChevaux,
tant Allemans que Hongrois ,
pour s'en rendre maître, & on
a nouvelles que de ſon coſté
leComte Tekeliavoitdetaché
mille Chevaux ſous les ordres.
du Comte Petrozzi pour s'ens
affeurer.
i
188 MERCURE
LaVille de Semendria a eſté
priſe d'aſſaut , & on a paffé au
fil de l'épéecinq cens Allemans
& quatre cens Hongrois , qui
étoient dedans. Les avis qu'on
areceus portent quele Grand
Viſir a formé le Siege de Belgrade
, & qu'en meſme temps
le Serakier a commencé celuy
d'Orſovva. Le Comte d'Apremont
qui commande dans cette
premiere Place a mandé à
l'Empereur qu'il n'avoit pas
affez de munitions pour ſoûtenir
un long Siege , & que les
fortifications n'en eſtoient pas
affez bien retablies . On les
avoit negligées pour s'attacher
à celles de Niſſa , qui eſtantune
Place plus avancée ſembloit
devoir arreſter les Turcs. Ainfi
l'on avoit crû que rien ne preffoit
encore pour fortifier BelGALANT,
189
grade. Les Turcs ont pris beaucoup
de Chasteaux fur leur
route ,& ont fait priſonniers
ſeptcens hommes qui faisoient
vandanges. Ils ont auſſi jetté
du ſecours dans Giula , dans
Themiſvvar & dans le Grand
Vvaradin qui estoient bloquez
depuis trois ans : de
forte que c'eſt avoir perda
tois années , qui ne laiſſentpas
de coûter des Troupes a l'Empereur.
On ne croit pas qu'il
doive rien eſperer du Royde
Pologne cette année. Ce Prince
a trop de montagnes àpaſſer
pour venirle fecourir.
On a chanté la defaite des
Savoyars ſur un air de leur
Pays , M. Diereville , Auteur
des couplets que je vous ay
envoyez fur cette défaite , a
changé de ton , & pour faire
190
MERCVRE
ſouvenir les Eſpagnols & les
Hollandois qu'ils n'ont point
pris leur revanche en Flandre,
il a fait fur l'air des Folies d'Ef
pagne les nouveaux couplets
queje vous envoye. Il n'y en
apoint qui ſoit plus connu.
AVX ESPAGNOLS
Et aux Hollandois .
Avant le tempsfiniſſez la Campagne
,
Retirez vous,&necombattez plus;
Tous les efforts de Hollande &
d'Espagne
Contre Louisfont toujoursfuperflus.
Allez chezvous manger en paix
l'efclanche,
Castanaga , Vualdeck & Brandebourg;
Vous pretendiez avoirvotrerevanvanche
,
1
GALANT .
191
Et vous fuyez les coups de Luxem
bourg.
Quoy.contre unseul trois nepeuvent
suffire !
Que faut-il donc pour en venir à
bout?
C'eſt de Louis dont il défend l'Em .
pire,
C'en est affez pour reſiſter à tout. pourrefifter
Ce puiffant Roy vous force de le
croire.
VOUS!
Quel desespoir , quelle rage pour
:
Tout ce qu'onfait pour abbatrefa
gloire ,
Vous en rendra mille fois plus ialoux.
Vousnesçauriezbumilier la Frace,
Laiffez Louis ionir deſon bonheur;
Decent Liguez il brave l'alliance,
192
MERCVRE
f
Et tout n'est rien contre un figrand
Vainqueur.
!
C'est le partyle meilleur qui vous
refte !
:
Dans lemalheur qui vous poursuit
toniours.;
Il deviendra chaque jour plus funeste
,
C'est trop long- temps en éprouver
le Cours.
Tout doit trembler quand fon
brasse déploye ,
PourSatisfaireàſon iuſte couroux :
Il vient encor de prendre la Savoye,
Les Ramonneursfont traitez com .
me vous .
Plus d'Ennemis , pour luy plus de
victoires ,
Sufoitez en, vous les verrezsoumis .
En
GALANT.
193
En pourroit on croire un jour les
Histoires.
Si tout n'estoit prodigeſous Louis ?
Vous , Hollandois , faites vostre
commerce,
Au champ de Mars vos malheurs
Sont tropgrands , ةرك
Et vous n'aurezny chagrin,ny traverse
,
Quandvoussçaurez vous conduire
en Marchands.
Vous , Espagnols , rengainez la
rapiere ,
Etdans Madrid allez vous enparer
,
Vous perdez tout vostre prestance
fiere
Dans le moment qu'il faudroit la
tiver, 8
Je ne vous feray point un
Oct.1690. I
194
MERCVRE
,
détail de la levée du Siege de
Limeric . On ena donné un
au Public fi remply de cir.
conſtances , qu'il me ſeroit
impoffible de vous rien apprendre
de nouveau, le vous
diray ſeulement que lePrince
d'Orange voyant que la bréche
avoit fix- vingt pieds de
large commanda que l'on
donnaſt l'aſſaut general fur la
Contreſcarpe , avec ordre que
l'on montaſt enſuite ſur la bréche.
Treize Bataillons de ſes
meilleures Troupes , Anglois,
Danois , Suedois , Allemans
& Hollandois , & neuf cens
Dragons commencerent à exe .
cuter cet ordre , & allerent à
l'aſſaut. Ils ſe ſaiſirent de la
Contreſcarpe qui couvroit la
bréche , & il y en cutmeſme
quelques uns qui y monterent,
GALANT .
195
mais ils furent auſſi - toſt tuez .
Le combat dura quatre heures
&demie entre la Contrefcarpe
& la bréche. Les Irlandois. ,
quoyque fort fatiguez , ayant
eſté trois nuits ſans dormir , &
n'ayant eu que tres peu de
pain , qu'on leur donnoit par
meſure chaque jour , & ne
pouvant meſme avoir d'eau,
ne laiſſerent pas de montrer
une bravoure digne du party
- qu'ils maintenoient. Le feu
de leur mouſqueterie fur fort
grand. Ils yemployerem quarante
ſepa barils de poudre ;
mais encore que leur valeur
fuſt foutenuë de beaucoup
d'adreſſe , ils firent encore plus
d'execution dans la mêlée par
la croffe de leurs Moufquets ,
qu'ils n'en avoient fait par le
feu. Leur reſiſtance futfi vi-
12
196
MERCURE
goureuſe , qu'elle contraignit
les Ennemis à ſe retirer en confufion.
On les pouſſa juſque
dans leurs Lignes , & les Prifonniers
avoüent qu'ils ont
perdu plus de deux mille hommes
à cet aſſaut , outre quatre
mille tuez on bleſſez aux attaques
que l'on avoit déja faites
,& quatre autre mille morts
de miſere ou de maladie . On
dit que le Prince d'Orange
avoit fait voeu , ou de perir
avec ſon Armée devant Limeric
, ou de prendre la Place
d'aſſaut ; mais aprés avoir éprouvé
le courage des Affiegeans
, il n'a pas laiſſé de lever
le Siege. Les Ennemis ne cef.
foient point de les infulter
avant l'affaut , en leur demandant
d'où leur venoit ce courage
, & pourquoy ils ne s'en
GALANT .
197
eſtoient pas ſervis au paſſage
de la Riviere de Boyne , pour
leur épargner la peine de les
venir chercher juſqu'à Limeric.
Les Affiegez répondoient
que le courage ne leur avoit
jamais manqué , & qu'ils feroient
voir à l'Vfurpateur &
aux Rebelles , ce que pouvoient
les Irlandois quand ils
eſtoientbien conduits. Ils n'ont
perdu que quatre cens hommes
pendant tout le Siege.ll y
en a eu environ fix cens blefſez
, & ceux que leurs bleſſures
font le plus fouffrir , diſent
que rien ne les peut conſoler
davantage , que de les avoir
receuës dans une auſſi belle
occafion , que celle du ſervice
de Dieu , du Roy , & de la Patrie.
Il y a eu auſſi beaucoup de
Femmes tuées , & quelques
13
198 MERCURE
unes qui ont eu les jambes &
les bras emportez , s'eſtant expoſées
au grand feu pour porter
à manger à leurs Maris, &
aux autres Soldats engagez
dans le combat .
Quant aux Affaires d'Irlande,
je croy les devoir reprendre
d'un peu haut. Il y a treize
ou quatorze mois , que le
Maréchal de Schomberg paf.
ſadans ceRoyaume avecune
Armée affez confiderable..
CesTroupes couſterent beaucoup
au Prince d'Orange &
lay furent inutiles . Elles y
arriverent dans le commencementdes
pluyes , qui font
mortelles à ceux qui n'ont
pas encore reſpiré l'air de ce
pays là, de forte que pendant
tout l'hyver cette Armée deperittellement
, qu'il n'en reGALANT.
199
ſtoit pas letiers , lors que l'on
vit arriver le tempsd'ouvrir la
Campagne. Ainsi l'on fut obligé
d'y faire paſſer d'autres
Troupes fur la fin du printemps
, & le Prince d'Orange
les ſuivit . On ne sçauroit dou
ter que les autres ne fuſſent
autant diminuées que je viens
de marquer , puis qu'elles ne
firent rien ſous un General
auffi habile qu'eſtoit M. de
Schomberg. Le debris de fon
Armée eſtant fortifié par les
Troupes que le princed'Orange
fit paſſer en Irlande, par celles
de ſa Maiſon , & par la prefence
de ce Prince , il livra
Bataille fi toſt qu'il fut arrivé.
On peut dire qu'elle fut perduë
par les deux partis , puis
qu'aprés quelques heures de
Combat , aucun des deux ne
14
200 MERCVRE
pourſuivit l'autre . L'Armée du
Roy qui avoit eſté attaquée
avant que d'eſtre en Bataille,
fat un peu repouffée , de forte
qu'on ne crut pas à propos de
pourſuivre celledu Princed'O.
range , qui avoit un air ſupe
rieur & de conqueſte , & le
prince d'Orange ayant perdu
M. de Schomberg &trois ou
quatre de ſes meilleurs Officiers
generaux , demeura fi
conſterné qu'il n'entreprit
point de pouffer celle du Roy.
Il entra ſeulementdans lespla
ces ouvertes , & fit faire le Sie
ge d'Athlone, que ſes Troupes
furent obligées de lever. Trois
mois ſe paſſerent enfuite fans
qu'on entendiſt parler de luy,
ny de fon Armée , & s'il n'eſtoit
pas mort, comme lebruit
en courut en ce temps-là, on
GALANT . 201
peut dire qu'il eſtoit mort an
monde , puis qu'il n'agiffoit
non plus que s'il n'avoit pas
eſté vivant. Pendant tout ce
temps il s'eſt preparé au Siege
de Limeric , & a fait des dépences
extraordinaires , ayat
eſté obligé de faire venir d'angleterre
par Convois , toutes
les proviſions de guerre & de
bouche neceſſaires , ce qui a
beaucoup coûté aux Anglois ,
& n'a ſervy qu'à luy faire lever
honteuſement le Siege...
Aprés cela il a avoüé ſa honte
en diſant au parlement qu'il
n'avoit pointachevé la Conqueſte
d'Irlande faute d'argent..
Il y a beaucoup d'apparence
qu'il n'en viendra pas à
bout , puiſque les Irlandois ſe
font tellement aguerris depuis
deux ans , qu'ils promettent de
: IS
202 MERCURE
luybien tailler de la beſogne.
La vigoureuſe défenſe qu'ils
ont faite à Limeric , montre
qu'ils peuvent tenir leurparole.
l'ay vû des Lettres de ce
pays là écitespar des Proteſtas
François qui portent qu'on les
avoit envoyez à la boucherie
devant Limeric pour leur
faire honneur , & que leur
nombre eſt extrémement diminué
, que ceux qui reſtene
dans ce Royaume manquent
detout,&que les Bleſſez n'ont
pasmeſme de linge pour panfer
leurs playes. Ces Lettres
ajoûtent qu'ils admirent la
conduite , & la grandeur du
Roy , non ſeulement d'avoir
pû reſiſter à tant d'Ennemis,
maisde les avoir mefme batus.
par tout où ils ont ofé pasoiſtre.
GALANT.
203
L'Enigme a trompé beaucoup
de gens qui l'ont expliquée
ſur la Mort. Le vray
mot eſtoit le Foffoyeur , & il
aeſté trouvé par Mrs Bucquet
Damonville : leDoux de
Bois huer de la rue des Prouvaires
: Poignard , Preſtre Regent
au College d'Avranche :
VVatier le jeune : Charles-
Florimond Louchet : Gillot
de Moulins : de Lorme , rue
de la Harpe : T. Gaudeloup ,
prés S. Nicolas des Champs :
Jaret Officier du Bas Choeur
deNoſtre Dame de Chartres :
la Caille Medecin ; Bobeline
&Iofeph: Aimable des Champs
de Chartres :Cotterer de Villiers
, Commis aux Aides :le
Converty fortuné de la ruëaux
Ours: les trois Aſſociez dela
ruede laTruanderie :les stois
16
204 MERCVRE
Freres&Coufins : leBergerperſeverant
: le petit Allemandde
la rue Saint Martin : ГА-
mant fidelle de la charmante
Brune du jour de Saint Jean :
Pipi le Hollandois : les deux
jeunes Clercs privilegiez de
la Paroiffe Saint Louis dans
l'ifle , les deux Amis Avignonnois
de la la rue Quinquempois,
Bourſaut : Thomas
Maistre de Penſion Faux
bourg Saint Antoine : Gaillardin
Maiſtre Chirurgien
Luré à la Roche , & lacques.
de Sercy du meſme lieu : du
Pont Corbet d'Avranches :
du Maſt: de Villerin : Rougemontde
la rue Saint Martin
: Michel Hervieux de la
ruë Saint Jean de Caën : la
Motte Huet du meſme licu :
le Chevalier de Perceval Of-
,
GALANT.
205
ficierde la Marine , de la rue
Comteſſe d'Artois : Gueret
&ſon aimable Epouſe de Falaiſe
leManois,& Fillieu de la même
Ville : C. Hutuge d'Orleans :
Tamiriſte de la rue de la Cerifaye
les deux Voyageurs du
vieux S.George:l'aimable Abbé
fidelle de la rue S. Denis
Bonnet Procureur,& Madame
ſon Epouſe, de la rue de la Lanterne
: de Sors-pon en nouvelle
France de Roüen : gros
Guillot Pelerin de S. lacques..
Meſdemoiselles Marotte
Montron du Fauxbourg Saint
Honoré rue de la Madeleine :
limable. Angelique M.....
de la Place Dauphine : l'aimable
Gabrielle de la rue aux
Bouchers d'Evreux : la jolie
Brunette de la rue Saint Denis
dela meſme Ville:la bel
206 MERCVRE
sla
le Marie Anne de la rue de
'Homme armé : Loüifette
Carloton l'Etrangere
Muſe de l'aimable Mion de
Lion : la belle Catin de la rue
de la Draperie : la plus enjoüée
des Veuves Dernée ::
l'aimable couple des Soeurs
dela rue Saint Julien des Meneſtriers:
les plus aviſées du
joly Cercle de la Cité : la
charmante & incomparable
Amarillis de la rue Michel
leComte: la belle Eſpagnolette
de la rue Comteſſe d'Artois
: l'infidelle Manon : l'aimable
couple de Soeurs de la
grande rue de Caën : la charmante
Manon du meſme lieu
la charmante Brune & l'adorable
Blonde , ou les deux
infeparables Soeurs de la Fontaine
du Pont au Change :
GALANT.
207
lafage Mariane Seget de Devroux
: la plus aimable des
Nimphes clauſtrales de Saint
Agnan d'Orleans , & Mr de
Varanges D. L. ¡V. de la mefme
Ville.
Vous me manderez , s'il
vous plaiſt , ſur quel mot vos
aimables Amies auront expliqué
la nouvelle Enigme que
Je vous envoyc..
ENIGME.
Blen que d'abord je frape fans
Parler,
On ne doitpas me croirefort ter-
F'importune ſouvent jusques à
rible,
réveiller,
Ceux qui la nuit font en repos
paisible.
108 MERCURE
L'aydes égards que bien des gens
: n'ont pas.
De la gloire j'entens bien la rubri
que
Suivant la qualité jereglemuMufique,
Je prens un ton , ou plus haut
ou plus bas.
Quelquefois je m'explique en
Maistre,
Etd'autres fois fort humblement
:
Ie fuis fixe& mobile , & tout mon
mouvement .
Eft Sans quitter l'endroit où j'ay
coutumed'estre.
Len'ay pas un fort grand cre
dit,
Quoy que de bien des lieux je procure
l'entrée
*
NOATE
Vous maves dit eur
W
Di
Vousm'aues d
+
Cette quali he
lasle voudro lit'e
W
GALANT . 209
LeSecours d'une main pour cela me
Suffit.
Et rend la chose fort aisée.
Enfin , pour n'obmettre icy rien.
Dans mon ordinaire exercices
leneparle François , ny Suiffe ,
En mille endroits pourtantun Saiffe
m'entend bien. 7
Ie ne vous dis rien du ſe
cond Air nouveau dont vous
allez lire les paroles ; vous
ſçavez ce qu'il y a de plus fin
dans la Muſique ,
& vous
en aurez bien toſt connu la
beauté.
AIR NOUVEAV.
V
Ous m'avez dit cent fois qua
vous m'aimiezen Frere.
Et jevous aypromis de vous aimer
en Soeur
210 MERCVRE
Cette qualité m'est bien chere
Mais quandje confultemon coeur
Surune fitendre matiere ,
Helas ! je voudrois bien n'estreplus
voftre Frere ,
وج
Et ne vousplus aimeren Soeur.
Le s. de ce mois , le Roy
partit de Verſailles , & fe rendità
Fontainebleau , où Monfeigneur
le Dauphin devoit
arriver le 8. mais ce Prince
ayant appris que Sa Majesté
avoitreſolu d'aller au devant
de luy , voulut luy en és
pargner la peine , & pour
fatisfaire en meſme temps
l'impatience qu'il avoit de la
revoir , il marcha avec tant
de diligence , qu'eſtant
party le 7. d'Epernay à deux
heures du matin , il fit quasante
lieuës ce jour- là , &
GALANT. 211
furprit agreablement le Roy
qui prenoit le divertiſſement
de la Chaffe. Ce Monarque
defcendit de cheval pour
l'embraffer ,& le baifa des
deux coſtez . Monſeigneur
ferra les genoux du Roy , &
fut longtemps ſans ſe vouloir
relever. Toutes les Dames,
ayant ſceu qu'il arrivoit , avoienteſté
au devant de luy..
Le 11. leurs Majeſtez Britanniquespartirent
de S.Germain
en Laye , & aprés avoir
diſnéà Fremond , Maiſon de
plaiſance de Mr le Chevalier
de Lorraine , où les Officiers
du Roy avoient préparé un
magnifique repas : Elles arriverent
fur les quatre heures à
la Foreſt de Fontainebleau ,
oùSa Majeſté qui s'eſtoitavancéejuſque-
là pour les recevoit
212 MERCVRE
leur propoſa le plaisir de voir
courreun Loup. On ſe p'a ça,&
Les Veneurs eſtant entrez dans
le bois enfirent fortir ce pauvre
animal,qui fut joint en un
inftant , & devoré par les Levriers.
Le Roy d'Angleterre
monta enſuite en Carroffe
avec le Roy , qui dés le commencement
y estoit entré
avec la Reine & Monfieur .
On arriva àFontainebleau fur
les fix heures entre deuxhayes
de peuple pendant plus d'une
licuë de chemin. La cour du
Cheval blanc eſtoit pleine ,&
le grand eſcalier de l'appartement
de la Reine mere , qui
fut celuy deleursMajeſtez Britanniques,
fe trouva ſi chargé
de monde , que l'on avoit de
la peine à y paſſer . Le Roy qui
voulut les y conduire ,les laif

GALANT .
213
ſa repoſer juſqu'à ſept heures
& demie , qu'il vint les reprendre
pour les mener aux
Appartemens, où de deux jours
en deux jours il y eut Muſique.
Pendant tout le ſejour du
Roy d'Angleterre à Fontainebleau,
tous les Princes , Princeffes
, grands Seigneurs &
Dames de la Cour , ſe ſont
rendus chez la Reine à ſept
heures & un quart , pour l'accompagner
aux Appartemens,
ce qu'ils ont fait auffi tous les
jours un quart d'heure avant
la Meffe, Le Roy donnoit la
main à cette Princeffe , & le
Roy d'Angleterre alloit deux
pas devant Monseigneur.
Monfienr , Madame ; Monſieur
le Duc de Chartres , &
les autres Princes & Princeſſes
les ſuivoient. A table, le Roy
214
MERCVRE
d'Angleterre eſtoit à droite ,
la reine à ſa gauche , le Roy
àla gauche de la Reine , & du
meſme coſté au bout de la table,
Monfieur , Madame , &
Monfieur le Duc de Chartre.
De l'autre coſté à la
droite du Roy d'Angleterre ,
eſtoit Monſeigneur , & plus
bas , c'eſt à dire , au bout de la
table du meſme coſté , Madame
la Princeſſe de Conty la
Doüairiere , Madame la Princeffe
de Conty , & Mademoiſelle
de Blois. Le repas
finy , le Roy remenoit leurs
Majeſtez Britanniques chez
Elles.
Le 11. le Roy d'Angleterre
alla rendre viſite au Roy dans
le temps qu'il s'habilloit. Sa
Majesté ſo plaignit agreablement
d'avoir eſté prevenuë
a
GALANT.
215
&pria le Roy d'Angleterre
de paſſer dans ſon Cabinet
avec Monseigneur pendant
qu'elle acheveroit de
s'habiller. Elle alla l'y joindre
, & la viſite fut de prés
d'uneheure. Lors qu'elle fut
finie Monseigneur accompagnale
Roy d'Angleterre jufque
chez luy, & à midy &demy
, le Roy alla prendre la
Reine pour la menerala Mefſe,
ce qu'il a fait tous les jours .
Il fitun temps a facheux l'apreſdinée,
qu'on ne put aller
courre le Cerf. Ainsi on n'alla
qu'au Jeu de Paume , où une
partie entre les Sieurs Lourdain
Freres , & les Srsle Page
Clerger & Cerveaux contre
eux,donna beaucoup deplaifir.
Le 13. le Roy ,leurs Majef
tez Britaniques , Monseigneur
216 MERCURE
&Madame coururent leCerf
avec les chiens de Sa Majesté,
&dans cene meſme apréſdînée
le Roy d'Angleterre alla
chez Madame la Princeſſe ,
chez Madame la Ducheſſe ,
chez Madame la Princeſſe de
Conty la Doüairiere , chez
Madame la Princeſſe de Conty
, & chez Mademoiselle de
Blois:
Le 14. au matin , le Roy
d'Angleterre , Monseigneur
&Madame coururent le Cerf,
qui les mena toujours autravers
des rochers. Il fut enfin
pris avec beaucoup de peine.
L'apreſdînée , toute la Cour
alla aux Toiles , où il y avoit
ſeize Sangliers de renfermez.
LeRoy , la Reine , Monfieur ,
&toutes les Dames y vinrent
fur des Chariots , & le Roy
d'Angle
GALANT.
217
d'Angleterre , Monſeigneur ,
&les Princes eſtoient à cheval.
Le Roy d'Angleterrebleſſa
quatre Sangliers .
Le 15. qui estoit Dimanche ,
on ne chaſſa point. On fit
deux iours de Canal , où l'on
vit peſcher des Cormorans , &
l'on alla aux baſſes Loges , à
demy lieuë de Fontainebleau.
Le 16. au matin , le Roy
d'Angleterre , Monſeigneur ,
&Madame allerent contre le
Loup L'apréſdînée il y eut une
grande Cavalcade pour l'Hermitage
de Francard. Le plaifir
en fut troublé par un violent
orage.
Le 17. ily eut deuxChafſes
. Onalla courre le matin un
Cerf, qui foula pluſieurs fois
fur les chiens , en bleſſa un,
Oct. 1690.
4
K
218 MERCVRE
&en prit un autre par la teſte
entredeux de ſes andouïllérs ,
& le porta vingt à vingt- cinq
pas courant à toutes jambes.
Sur les cing heures on
alla aux Toiles , où ſept Sangliers
& deux Cerfs ſe trouverent
enfermez . Les Levriers
qui estoient poſtez en
divers endroits pour les joindre
, prirent deux Sangliers ,
&manquerent les deux Cerfs ,
l'un ayant ſauté les Toiles , &
l'autre s'eſtant ſauvé par un
des bouts de l'enceinte qu'on
avoit laiſſé ouvert. On laiſſa
les quatre autres Sangliers
dans les toiles , à cause de la
nuit qui s'avançoit , & l'on revint
à la clarté de plus de cent
flambeaux , fuivant les ordres
que M. de la Rochefoucaut
avoit donnez. Les gens du
Chenil qui les portoient mar
GALANT .
219
choient en deux hayes , & les
chiens ſuivoient leurs Offciers.
Ils furent récompenfez
de l'ardeur qu'ils avoient
montrée pendant la Chaſſe .
On avoit fait apporter leur
moüée dans huit baquets ,
quatre de chaque coſté de
l'allée qui regardoit la Terraſſe
de l'Appartement de la
Reine. Le Roy s'y eſtoit rendu
, ſuivy de toute la Cour.
Le Cerf qu'on avoit pris le
matin fut mis par quartiers
plus loin que les baquets
qu'on avoit remplis de la
moüée. Tout eſtant bien dif
poſe , ſix Gentilshommes de
la Venerie , les Piqueurs , Valets
de Limiers & Valets de
chiens ſonnerent ,& en mefme
temps les chiens s'enfoncerent
la teſte dans les huie
K 2
220 MERCUR E
baquets. Lors que leur groffe
faim fut paſſée , leurs Officiers
les menerent au lieu où
eſtoient les quartiers du Cerf,
&leur permirent de s'en regaler
au bruit des fanfares.
Le 18, le Koy & la Reine
d'Angleterre partirent à dix
heures& demie de Fontaine--
bleau dans le Carroſſe du
Roy , avec Monſeigneur
Monfieur & Madame qui
و
,
accompagnerent leurs Majeſtez
hors de la Foreſt , aprés
quoy ils ſe ſeparerent , les uns
pour retourner à Saint Germain
, & les autres pour ſe
trouver à un rendez- vous de
Chaffe-
Ie vousay marquéque le 15.
laCouravoit eſté aux Baffes-
Loges. On v celebroit la Feſte
de Sainte Thereſe dans l'EGALANT,
221
gliſe des Religieux Carmes,
& le Roy qui ne manque à
aucun devoir de pieté futbien
aiſe d'y aller entendre Complies.
Aprés que l'on eut receu
la Benediction du Saint
Sacrement par les mains de
Mr l'Archeveſque de Sens ,
leurs Majeſtez firent l'honneur
à ces Péres de viſiter leur
folitude , & elles en fortirent
fort édifiées . Ce lieu n'eſtoit
dans les commencemens qu'un
Hoſpice qui dépendoit, & qui
dépend encore à preſent du
Couventdes Carmes de Paris
que l'on appelle Billettes ,&
qui ſont de la Province des
Touraine , & de l'Obſervance
ou Reforme de Rennes. Il eſt
devenu dans la ſuite plus con.
fiderable par les bontez de la
feuë Reine Mere qui s'y plai-
K 3
222 MERCVRE
foit fort , & qui alloit y faire
ſes Devotions quand la Cour
eſtoit à Fontainebleau. Elle y
fit un voeu en faveurde la Paix,
un peu avant le Traité des
Pyrenées , & Dieu permit qu'-
elle fuſt concluë entre la France&
l'Eſpagne. Le mariage du
Roy en fut le lien ,& la naiffance
de Monseigneur le Dauphin,
en fut le fruit. Le Roy
pour reconnoiſtre ces faveurs
du Ciel , fit rebâtir l'Eglife , &
par ſon ordre on y érigea un
Auteldans une nouvelleChapelle,
dediée à Sainte Thereſe.
La Reine Mere y poſa la premiere
pierre , fur laquelle font
écrites ces paroles .
GALANT. 223
VOEV POVR LA PAIX.
L'Oratoire Royal
4
Baty par la pieté de la Reine mere
ANNE D' AUSTRICHE .
A l'honneur de Sainte
Sous le Regne,
Et par lesfoims
Therese,
De LOUIS XIV.
L'an M. DC. LXI.
C'eſt dans ce lieu qu'on a
auſſi veu ſouvent la feuë Reine
, Marie- Thereſe d'Autriche,
repandre fon coeur devant
Dieu , abaiſſer ſa Couronne
aux pieds de l'Agneau Divin ,
faire un Sacrifice des plaiſirs
du Siecle , & animer par fon
exemple la pieté des perſonnes
de la Cour. Depuis ce
temps-là le Pere Eſtienne de
Saint François -Xavier , eſtant
K 4
224 MERCURE
de
pourlaſeconde fois Provincial
des Carmes de cette Province
y jetta les fondemens des Cellules
de cette Solitude , & il a
cu la confolation avant ſa mort
d'en voir pluſieurs parfaites.
Le Pere Marie de la Nativité,
ſon Succeſſeur dans la Charge
Provincial , y a introduit
des Solitaires qui y vivent ſelon
l'ancien eſprit de l'Ordre
de Noſtre Dame du MontCarmel.
Les jeûnesy font ordinaires
; on ne s'y occupe que de
Dieu ſeul , fans aucune communication
avec les externes :
& comme la pluſpart des Reli
gieux de cette province demandent
à y demeurer pour
étre plus éloignez du monde,
& y renouveler leurs premiers
deſirs de la perfection Chre-

GALANT .
225
ſtiene, ceux à qui l'on accorde
cettegrace n'y reſtent ordinai .
rement qu'une année , afin de
ceder la place aux autres . C'eſt
ainſi que fousle regne de Loüis
leGrand , & ſous les propres
yeux de Sa Majesté , l'on voit
revivre le premier eſprit des
Prophetes Elie & Elifee , dans
la folitude de ce nouveau
Carmel.
•L'Armée du Roy commandée
par Mr le Duc de Luxembourg
a campé quarante
jours à Leffines , petite Ville
àune heure & demie d'Ath
appartenante à Mr le Prince
de Vaudemont. Durant ce
campement , il a faitdemolir
tous les dehors , mürailles &&
portes de deffenſe de toutes
les petites Villes ou les Ennemis
avoient coustume de jet-
K 4
226 MERCVRE
:
ter des Troupes pour lequartier
d'hyver , qui font Leffines
, Grammont , Ninove ,
Brene le Comte , Joignies ,
Anguion , Cambron. On
auſſi fait fauter toutes les
Ecluſes qui estoient depuis
Ath juſqu'à Leffines ſur la
Dendre , pour ofter aux Ennemis
le moyen de voiturer
par eau des fourrages , ayant
confumé tout celuy qui s'eſt
trouvé à fix lieuës à l'entour
du Camp. La veille du décampement
, oonn bruſla fur le
glacis de la contreſcarpe plus
de ſoixante groſſes Mules de
grain en gerbes , & du foin ,
que le Gouverneur de cette
Ville là y avoit fait retirer .
Tous nos partis , pendant que
l'Armée a campé à Leſſines ,
n'eſtant qu'à quatre heures
GALANT.
227
des Ennemis

د
ont toujours
battu , pris & enlevé les partis
contraires qu'ils ont rencontrez
. Il y venoit tous les
jours des Deſerteurs qui s'engageoient
dans lesTroupesde
France. L'Armée decampade
Leſſines le 9. de ce mois , &1
alla à Han Sureuil fur la Rone
, où elle campa un jour
franc. Le 11. elle en decampa
&on fit un détachement de
neuf Bataillons & de vingt
Eſcadrons pouraller du coſté
de la Meuſe , & l'Armée alla
camper à Harlebec prés
Courtay. Elle y campa jufqu'au
dix ſept , & pendant
ce temps , Mr le Duc da
Luxembourg a cſté tous les
jours à Courtray viſiter les
travaux que l'on y fait pour
fortifier la Place. Ils con228
MERCURE
ſiſtent à un grand foſſé tout
autour , & à une forte palif
ſade pour mettre en deffence
les Troupes qu'on a deffein
d'y lastfer en quartier d'hyver
Le 17 on mit l'Armée dans
les quartiers de fourrages aus
tour de Rouffelar qui eft le
quartier general.On y arriva
le meſme jour , & le lendemain
Mr de Luxembourg alla
àDixmude viſiter les Fortific
cations qu'on y fait pour le
meſme deſſein qu'à Courtray.
Deux jours aprés il alla à
Ypres , & de là a Dunkerque
par le Canal pour viſiter cette
Place. On devoit commencer
le 23. à faire entrer les Troupes
en quartier d'hyver , & le
24. les Gardes Françoiſes de
voient partirpour Paris,
L'entrée de M. le Duc de
GALANT. 229
Noailles dans les plaines de
Cerdaigne avoit fort inquieté
les Ennemis , mais fon retour
les a raſſurez . Le Camp de Prades
ſe ſepara le 13. de ce mois
Ceux de Puicerda & de Thuir
ont auſſi eſté rompus. On a
diſtribué les quartiers aux
Troupes . Le Regiment d'Alface
, & le Bataillon du Roy
vont avec M. de Bullonde en
Provence. La Cavalerie va en
Guienne , & les Dragons demeurenten
Rouſſillon .Le reſte
de l'Infanterie y ſera en garnifon
danslePays de Conflans &
en Cerdaigne.Mr de Langalerie
y commandera les troupes
ſous les ordres de M. de Chaferon.
Je n'ay rien à vous dire d'Allemagne
, ſinon que la Campagne
eſt finie en ces quartier- là ,
230
MERCVRE
& que les Imperiaux qui ſe
promettoient de venir juſque
au coeur de la France , n'ayant
pas forty de chez eux , n'ont
fait la guerre qu'à leurs compatriotes
,aux dépens deſquels
ils ont eſté obligez de vivre.
Cequ'il y a de fort ſurprenant,
c'eſt que toute l'Europe eſtant
liguée contre la grandeur du
Roy , ſes troupes ont vécu par
tout aux dépens de ſes Ennemis
, ce qui les met dans la neceſſité
de prendre des quartiers
d'Hyver plus éloignez des Fró.
tieres de France qu'ils n'auroient
fait . Voicy des Versde
M. Diereville , qui conviennent
bien à l'eſtat preſent des
affaires de ce Païs- là .
Fiers Allemans , quel est voſtre
destin ?
GALANT.
231
L'Aigle n'a plus la victoire pour
guide ,
Luy qui fur le Danube cût unvolfi
rapide ,
Ne fait que planer fur le
Rhin.
Il ne peut du SoleilSupporter la
lumierelovac
:
L'effort qu'il fait est impuissant.
Que n'achevoit ilfa carriere ,
Ileaftrenversé le Croiffant.
Ialouxdel'éclatde lagloire.
Dugrand LOVIS toujours Warm.
queur , T
Il quitte unefeure victoire
Pour tâcher vainement d'abaiffer
Sa grandeurs
On se ligue pour le combattre ,
• Contrelayſeul on fait toutfou
lever;
Ettout ce qu'onfait pour l'abar .
tre.
Nefervira qu'à l'élever.
$32
MERCVRE
Il rend imprenables des Villes
Qu'il emportades premiers coups.
Quellegloirepourluy : quellehonte
pourvous ,
Devoirun Roy ſeulcontretous
Rendrevos Ligues inutiles !
La nouvelle qui vientd'arriver
de la perte de Belgrade
juſtifie ce qui eſt dit dans ces
Vers , que l'Empereur qui
efoit en pouvoir de renverfor
le Croiſſant a quitté une
victoire afſeurée , pour tâcher
inutilement d'abaiſſer la gloire
duRoy. Cette Place qui fut
priſe il y a deux ans , par l'Electeur
de Baviere , & qu'on
avoit raiſon d'eſtimer une des
plus importantes Conqueſtes
que les armes de Sa Majesté
Imperiale euſſent faites ,vient
d'eſtre repriſe l'épée à la main
GALANT.
233
par le Grand Viſir. La Garnifon
eſtoit de fix mille hommes
,
و
& on n'a fait quartier
qu'à deux cens. On a épar
gné Mr d'Afpremont qui
commandoit dans la Place
& il a eſté fait prifonnier de
guerre. Cela eſt arrivé le 8..
de cemois. Le Grand Vifir eft
allé enſuite vers le Pont d'ef
feck avec vingt- cinq mille
hommes. On dit qu'il en envoye
auſſi quinze mille en
Tranſilvanie pour foûtenir le
Comte Texeli . Ce que nous
voyons arriver eſt étonnant.Le
Prince d'Orange paffe en Angleterre
pour chaſſer du Trône
un Aoy legitime ,& pour'empêcher
quela religion Catholique
n'y foit ſoufferte & un
Prince Catholique , pour appuyer
une ufurpation fi crimi
L
2
234
MERCURE
nelle , non ſeulement renonce
a conquerir le reſte de laHongrie,
mais il ſe met en eftat
de perdre toutes les Places
qu'il a conquiſes pendant fix
Campagnes. Il pouvoit aller
chaffer l'Empereur Turc de
Conſtantinople , & en laiſſant
échaper une occaſion qui ne
s'offrira peut eſtre de pluſieurs
Siecles, il doit craindre preſentement
de ne pouvoir conſerver
Vienne. Voila ce qu'à
produit la jalouſie que l'on a
de la grandeur de la France. Ic
n'ajouteray rien icy à ce que
j'ay dit au commencement de
cette Lettre. Je me ſuis laiffé
emporter au meſme zele qu'a
fait paroiſtre celuy qui a répondu
à la Lettre écrite au
Pape par le Roy d'Eſpagne , &
comme je commence toujours
la mienne dés les premiers
joursdu mois , ce que
GALANT. 435 23
Jay fait fur ceste matiere ef
toit écrit avant que j'cuſſe
veu la réponſe dont je vous
parle. le ne pretens point
avoir fait un Ouvrage de pareille
force , ny me mettre en
concurrence avec un homme
fi éloquent & fi bien inſtruit.
Lors que j'ay pris la plume àla
main , j'ay ſuivy la chaleur qui
m'a emporté , ſans penfer que
d'autres pourroient traiter le
mefme ſujet. le me flate que
j'aurois pû y mieux réüfir , a
j'avois cu plus detemps...
Mr Boiſſeleau , qui commandoit
dans Limerik pendant
le Siege de cette Place,eſt
Arevnu d'Irlande; & il a eſtére
çu duRoiavec tout l'agrément
qu'il pouvoit attendre. Sa Majeſté
le nomma Brigadieren
luy diſant qu'il s'eſtoit acquis
beaucoup d'honneur
& qu'il en avoit fait à la Natio .
236 MERCURE
Le Gouvernement de Taraf
con a eſté donné à M. Mauroy
, Meſtre de Camp d'un Regiment
de Cavalerie,&MaréchaldesLogisde
la Cavalerie,
dans l'Armée de Mr de Luxembourg
, ſous Monfieur le
Duc du Maine . le fuis , Madams,
Yolt , &c .
ON
Prelude.
ABLE.
Eloge du Roy,parM. de Cantenac
, 102 3
Réponsefaitepar l'AuteurduMercure,
àla Lettre que le Royd'Efpagne
a écrite an Pape.
Sonnet.
Madrigal.
10
35
384
Réjouiſſancesfaites àChaſtillonfur
Seine
4
Nouvelles manieres de Theses foutennes
à Castelnaudary. 58
la def Article curieux concernant la defcription
des Sts Lieux , & toute
TABLE.
l'histoire de la reſtitution de cess
meſmes lieux,procuréeparle Roy
àl'Eglife Catholique. 60
Nouvelle Carte de Flandre , dans
laquelleſont comprisjuſquesaux
moindres Hameaux.. 107
Calculdu Toise.. 108
L'Artdevivreheureux , 109
HistoireMonastique d'Irlande.110
HaranguefaiteàM.l'Archevesque
parlePere Clement de S. Praxede.
Augustin Déchauffé. 117
Hiftoire.. 122
Nouvelles de Savoye.. 147
Le trebuchement de Phaëton. 157
• Madrigalfurle mesmesujet. 161
Galanterie par une Demoiselle
t
d'Angoulesme. 164
Fragment d'un Ouvrage de Mr
Deflandes grandArchidiacrede
Treguier. 165
Morts. 169
Nouvelle Oraiſon FunebredeMon
fieurdeMontauſier , faite par
MalAbbé du Jarry .. 179
TABLE.
Prisede laValonepar les Venitiens.
181
priſede Niſſa&depluſieurs autres
Places. 184
Marche du Prince de Badevers la
Transilvanie. 185
Nouveaux couplets de Chansonfur ト
l'airdesfoliesd'Espagne. 1.90
Etat des affaires d'Irlande depuis
l'arrivéedeM. de Schomberg en
ce Royaume-là. 193
Article des Enigmes. 207
Voyagede Fontainebleau. 210
4
Divertiſſemens donnez àleursMajeftez
Britanniques dans le mesme
lieu. 211
Le Royvaviſiterles Religieux Carmes
des Baffes-loges. 220
Affairesde Flandre. 225
Affaires de Catalogne , 228
Affaires d'Allemagne. 229
PrisedeBelgrade. 232
RetourdeM. Boiffeleau. 2351
Gouvernement deTarafcon donnéà
M. Mauroy. 236
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le