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1690, 09 (Lyon)
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EXBIBLIOTHECA
AUGUSTINIANA
LVGDUNENSI


807156
MERCURE
GALANT
ILLE
DE
LYON
DEDIE'A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.06
LYON
SEPTEMBRE
1699113
*
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere au Mercure Galant..
M. DC. XC.
Aves Privilege du Roy..

LE LIBRAIRE
AV LECTEUR.
L'on vend le Mercure 20 .
:
fols
chaque volume & il eft inutile
de le demander à meilleur marché.
L'on prie ceux qui envoyront
des Ouvrages pour le Mercured'af
franchir les ports de Lettres .
LIVRES ΝουνEAUX
du Mois de Septembre 1690 ,
Recueil des Edits , Declarations,
Lettres Patentes & Ordonnances
du Roy , Arreſts
des Conſeils de ſa majesté &
du Parlement de Grenoble ,
concernant en general & en
particulier laProvince deDauphine
, în 4. 4. 1. 1o. f.
20
Auteurs déguiſez ſous des
noms étrangers empruntez ,
ſuppoſez feints à plaiſir , chif
frez , renverſez , Retournez ,
ou changez d'une langue en
une autre , par M. Baillet,Auteur
du Jugement des Sçavans
ind. 40. f.
Hiſtoire des Revolutions
d'Angleterre depuis le commencement
de la Monarchie ,
par le Pere d'Orleans Jeſuiſte,
12. 2. liv.
Lettres fur toutes fortes de
ſujets avec des avis ſur la maniere
de les écrire , par M..
Vaumoriere , ind. 2.v.4.1.10.f.
Harangues fur toutes fortes
de ſujets avec l'Art de les compoſer
dedié à Monfieur le
Chancelier par M. Vaumoriere
inquarto 6. liv.
Hiſtoire deD. Quichot dela
Manche , traduction nouvelle
ſeconde Edition,avec pluſieurs
figures en taille douce , ind. 4..
vol. 6. liv.
La Princeſſe de Cleves, nou--
velleEdition , tres-bien imprimé
, ind. 2. v. 30. f.
Oraiſon Funebre de Mr de
Montauſier par M. l'AbbéFlechier
,inquarto, 20. f..
Inſtruction ſur la mort de
Dom Muce Religieux de la
Trappe ind.15 .
L'Ecole parfaite des Officiers
de bouche contenant le vray
maiſtre d'Hôtel , le Grand
Ecuyer tranchant ,le fommelier
Royal ,le Confiturier Royal
, le Cuiſinier Royal & le
Patiſfier Royal quatriéme Edi-:
tion corrigé & augmenté , ind..
avec des figures 30.f.
Traité de Confiture ouale
7
3
nouveau &parfait confiturier.
ind.25.f
Les Oeuvres Tragiques de
Mr Capiſtron avec Phocion ,
ind. 4. liv .
Relation de la Bataille donnée
auprés de Fleurus par l'Armée.
du Roy le premier luillet 1690
fous les ordres de M.de Luxembourg
, avec un plan qui marque
tous les mouvemens que
ce general a fait pour lagagner,
ind. 20. f.
Les Reglemens del'abbaye
de noftre Dame de la Trappe
en forme de Conſtitutions,ind.
1. liv. s. f.
Meditations du R. Pere Iean
Buſée traduites par le Pere J.
Brignon leſuiſte , Autheur des
Meditations de Dupont , ind.
30. fols.
Oraiſon Funebre de Mada
me la Dauphine par M. de Flechier.
Par Mrla lavy & M. l'Evéque
de Mirepoix pour 20. f.
pieces .
Hiſtoire Monaſtique d'Irlande
, ind. 2.1 .
La vie du Taſſe , ind . 30. f.
Les Diſgraces des Amans.
ind. 30. f.
Hiſtoire de Louis le Grand
contenant toutce qui s'eſt paf.
ſé depuis 1643. juſques à 1690.
avec la mort de Madame la
Dauphine , par Mr de Riancourt,
ind. 2. vol .
Avis pour placer les Figures..
L'air qui commence par
Ah Printemps ton retour , n'a plus,
doit regarder la page 82 .
La Medaille doit regarder la
page 133 .
L'air qui commencepar , Un
coeurne doit jamaisse rendre,doit
regarder la page 203
MERCURE
TELI
GALANT
د.
LYON
*18031
SEPTEMBRE 1690.
A conjoncture preſente
des affaires
fait meriter tantde
loüanges au Roy, &
ceMonarque en reçoit de tant
d'éloquentes plumes , que je
croy devoir commencer ma
Lettre en vous faiſant part de
leurs productions . L'illuſtre
Madamedes Houlieres ne s'eſt
Sept. 1690. L
A
2 MERCURE
pas teuë ſur ſes dernieres Vicloires.
Ie ne vous vanteray
point les Vers que vous allez
lire. On n'en voit point d'elle
qui ne répondent àla réputation
qu'elle s'eſt acquiſe.
L
STANCES IRREGULIERES
Sur les Victoires du Koy .
F
ille du Ciet, zimable Paix ,
Vous qui de tous les biens eftes toй-
jours fuivie ,
Vous que l'aveugle erreur & laja
louse cuvie
Ont roule d'iny bas exiler pour ja
mais
Lovis eft triomphant furla terre
fur l'onde,
' Ses nombreux Ennemisſont confus 5
fom defaits , 2
GALAN T.
3
:
Ilvavous redonner au monde.
Si les fecrets du Ciel se peuvent
Penetrer , ८
Lesglorieuxfuccés qu'il accorde à
Ses armes
Forceront la difcorde & l'envieà
rentrer
Dans ces lieux deftinez à d'éternelleslarmes.
Ouy,je prevoy qu'avant le temps
Oules Roffignols par leurs chants
Font retentir les bois de plaintes
amoureuses,
Vous defcendrez icy du celeſteſejours
Plusses armes feront heureuses ,
Plûtoft vousferezde retour .
Entre les bras de la Victoire
Onavû ceHeros déja plus d'une
fois ,
Pourn'écouter que vostre voix
Impoferfilenceàsa gloire.
A
2
4 MERCURE
Son ame au deſſus des faveurs
Que fait l'inconstante Deeffe ,
N'apoint ce dur orgueil ny ces
rigueurs ,
Quimettent le combleauxmalbeurs
D'un Ennemyforcéd'avouersafoi
bleffe ,
Vice des vulgaires vainqueurs.
Icy lamesmemain qui terraffe , releve
,
Et toujours de Louis le triomphe
S'acheve
Par le retour de vos douceurs.
Plus àses peuples qu'à luy-même
Ilnevoit qu'à regret ce qu'ils font
aujourd'huy ,
Et cesPeuples inftruits àquel point
il les aime ,
Goûteroient un plaisir extrême
Adonner tous leurs biens & tout
leurfangpour luy.
GALANT.
5
Ilvoudroit qu'aumilieu de ces brillantes
festes,
Qu'enfante un doux loiſir dans les
lieux où vous eſtes,
Tousses sujets puſſent vieillir.
Cegenereux foucy fans ceſſe l'accompagne,
Des Conquestes qu'ilfais , desBatailles
qu'ilgagne ,
Vous eſtesleſeulfruit qu'il pretend
recueillir.
De rage& de douleur je les voy
fremiſſant
Au bruit de ses fameux exploits
Ces fiers Princes qui vous haiffent
:
Et qui foulant aux pieds routesfortes
de loix ,
Pour un ufurpateur trabiffent
Leurgloire & l'intereſt des Rois.
Laserre a bulefang de leurs meilleures
Troupes,
A 3
6 MERCVRE
Lamer , malgré les vents qui combattoientpour
eux ,
Posle meste a recen , Vaisseaux ,Ca.
nons , Chaloupes ,
Soldats& Matelois , dansses gouffres
affreux.
Goutez, charmante Paix,une douce
هقب
vangeance.
1
Dumépris qu'ils ontfaitdevosplus
facreznoeuds ,
Vousferez la reſſource & l'unique
esperance
DeleurmonstrueuseAlliance
Qu'acimentée un crime heureux.
Voicy d'autres Ouvrages
de vers fur cette melme matiere.
Les trois premiers Sonnets
font de Mr Boyer , de
l'Academie Françoiſe: le quatriéme
, de Mrle Clerc , de la
meſme Academie , & le cinquiéme,
de Mrde Liniere.
GALANT. 7
LE ROY
A SON PEUPLE .
CHHeerrPPeeuuppllee,, àm'obeirfiprompt
&fifidelle,
Vous qui me confacrez& vos biens
& vos bras ,
Vous en qui le courage & l'ardeur
d'un beau zele
MedonnentdesHeros autant que
de Soldats .
Soûtenons jusqu'au bout ane illuftre
querelle
Quetoutfoit contremoy , quecontre
mesElats
Ns'éleve une Ligue imuste& criminelle
,
Le Ciel & mes Sujets ne me manquerontpas..
8 MERCURE
23207
Nous vaincrons , & la Paix qui
Suivra la Victoire ,
Ramenant l'abondance au milieu
de lagloire,
Foradenostrefort Rois &Peuples
jaloux.
Toutes les Nations environt à la
France
Un Roy , dont voſtre zele augmente
la Puissance,
Tous les Rois m'environt des sujets
comme vous.
Sur ladéfaite des Flotes An
gloiſe& Hollandoife.
Demplesjaloux, voyez quelles
quelcarnage
Viennent d'ensanglanter l'un &
l'autre Element
Un Roy vangeur des Rois a puny
vostre rage ;
Malheur àqui s'expose à fon ref-
Sentiment.
GALANT.
Aulache ſurpateur yous ouvrez
unpaſſage
Vous l'éleviez au Trône ; il regne
impunement ;
Loüisfur vos Vaiſſeaux a vangé cet
outrage..
Quel horrible debris quel vaſte
embraſement !

Humiliez confus aprés cette dif
grace,
Oferez vous encor , pleins de le mê
me audace ,
Difputer avecnous de l'Empire des
Eaux ?
Dès que Louis poursuit la peine de
vos crimes s
L'Ocean vousvoitfuir , voit brûler
vos Vaiſſeax ,
Et pour les engloutir , lay prêtefes
abismes.
AS
JO MERCURE
Sur la Victoire remportée
en Savoye..
AU ROY.
Ve le Ciel fait pour vous de
miracles viſibles !
Grand noy,la Ligue en vainredouble
fes efforts;
Rien ne peut ébranler vos forces in
vincibles ;
Rien ne peut épuiser vos immenfess
trefors.. :
LeZele des Françoisrend vosarmes
terribles :
Unefi noble ardeur leur donne des
transports
Qui leur font penetrer des lieux
inacceſſibles,
Et couvrir des rochers d'une moiffon:
demoris.
GALANT .
Que ce triomphe est beau mais.
qu'il s'augmente encore
Quand de vostre Grandeur
l'Univers adore ,
que
Leſurprenantéclat ne vous éblouit
11
pas
رون
Loin de vous élever par ces grands
avantages ,
Vostre coeur reconnoist par d'affidus
hommages
L'inviſiblefecours quifoutient voftre
bras ..
Sur les heureux fuccés des
armes du Roy.
Non, ne vous love
fon , ne vous laffez point d'etalervoſtre
joye
Peuples trop fortunezſous les loix
à lux ces
deLOVIS ,
Vous ne devez qu'à
inouis ,
fuccéss
12 MERCVRE
Et ces profperitez que leCiel vouS
envoyc.
Deplusde Potentats que l'on n'en'
vid à Troye
Lescomplots forcenezfont presque
évanouis ,
Et l'aveugle fureur dont ilsfont
éblouis
A de nouveaux lauriers n'a fait
qu'ouvrir la voye.
Quel Hercule jamais égala nôtre
Roy?
Scul dans tout l'Univers défenseur
de la Foy ,
Du Dien des Combattans il lance
le tonnerre.
Ses Ennemis par tout en reffentent
les traits,
Et les ayant domplexparune juste
GALAN T.
3
Itdoit encor bien- toſt leur imposer
laPaix.
Surle mefme fujer.
Cedez , fers Ennemis , noftre
tonnerre gronde :
Tous ceux qui pretendoient noUS
donnerde l'effroy ,
Voudroient estre avec nousdansune
paixprofonde ,
Et veniren tremblant recevoirnotrelog.
Noussommes triomphansfurlater.
re& fur l'ondez
Nostre vigueur éclate,on nous craint
&je croy
Quela Franceferoit la Maiſtreſſe
du monde,
Si c'eſtait le desir denostre suguste
Rey
Luxembourg à Fleurusfavaillance
14
MERCVRE
Le bardy Catinatse fignale en Sa
voye
ElTourvilleſurmer a mis l'Anglois
àbas.
Quoyque ces trois grands Chefs honorent
nos Histoires ,
Gen'est ny leur sçavoir, ny leur coeur
ny leur bras ,
Mais l'esprit de LOVIS qui gagne
LesVictoires.
J'ajoûte à ces cinq Sonnets
un Madrigal de Mr Petit de
Rouën .
D
AVROY. DA
Ivin L
Etoire
OVIS , que la Vi
A toujoursfuivy pas à pas
Et qui prenant toute la gloire
Faisque les autres n'en ont pas.
Quelle est la force de ton bras !
Toute l'Europe conjurée
Sous ce bras se trouve atterrée
Dans toutesfortes de combats..
CALANT.
15
Maisfaut- ilque l'on s'en étonne?
Celuy du Tout- puiſſans affermit to
Couronne,
Etvoyant qu'onpretendabattrefes
Autels,
Toſeconde , animé d'une justevangeance...
Contre une fupreme Puiſſance ,
Que peuvent de ſimples Mortels?
Ie vous envoye l'Ouvrage
, dont vous avez entendu
parler ſi avantageuſement , &
que vous avez tant ſouhaité
de voir l'aurois fatisfait plûtoſt
voſtre curioſité , ſi l'empreſſement
qu'ona de l'avoir ,
n'en avoit pas rendu les cor
pics fortrares.
16 MERCUR E
định hìnhchính
JUSTIFICATION
Des Colonels & des Capitaines
- du Pays des Grifons
QUI SERVENT LE ROY
؟....DE FRANCE,
Contenue dans une Lettre écrite
aux Chefs des trois Ligues.
des Grifons.
T
PAR 1. B. STOPPA.
MESSIEURS,
:
L'eſpere que vous ne trouverez
pas mauvaisqu'en confervant
le reſpect que je vous
dois , comme aux Chefs &
Députez des trois Ligues afſemblez
en Diete , je vous
GALANT. 17
, de
diſe mon ſentiment ſur la
Lettre que vous m'avez fait
T'honneur de m'écrire
Davas le 18- Septembre dernier
laquelle ne m'a eſté renduë
que depuis trois femaines . le
ne m'étonne pas que le Roy
Catholique vous ait fait folliciter
, en vertu de l'Article
dixième du Capitulat , que
vous avez inſeré toutdu long
dans voſtre Lettre ,de rappel.
ler les Officiers du Païs qui
font en France au ſervice du
Roy ; mais bien que la pluſ
part d'entre Vous , qui avez
aſſiſté àcette Affemblée ,ayez
des engagemens avec les Efpagnols
,je ſuis ſurpris de ce
que vous leur avez accordé
cette demande , qu'ils n'ont
pas eu raiſon de vous faire ,
& que vous pouviez juſte18
MERCURE
ment leur refuſer. Vous ſcavez
mieux que moy que dés
que ce Traité fut fait , on le
condamna hautement dans le
Païs , ſur le ſimple bruit de
ce qu'il contenoit ; que les
Députez qui l'avoient ſigné ,
n'oferent le faire voir , fur
tout à cauſe de ce qu'il y
avoit de contraire aux intereſts
de la France , qu'il n'y
aqui que ce ſoit de ceux du
Païs qui en ait vû l'Original ,
que l'on croit avoir eſté ſupprimé
par les Eſpagnols , &
qu'il n'a jamais eſté ratifié ,
ny parle Roy d'Eſpagne , ny
par les Députez aſſemblez en
Diete. Ie ſçay bien qu'il
s'execute en pluſieurs Articles
pour l'avantage que l'on a
tiré depart & d'autre pourte
commerce ; mais il eſt conGALANT.
19
ſtant que durant un fort
long temps on n'a point eu.
d'égard à l'Article dixième
de ce Traité , non plus que fa
jamais il n'avoit eſté fait. Il
ne faut que le lire pour eſtre
convaincu de cette verité .
Toutes les fois que Nous des
trois Ligues aurons de nos
Troupes au service de quelque
Prince Potentat ,
, Republique
& de
ou Estat , qui voudroient envabir
lesterres de Sa Majesté , en
ce cas nous serons obligez de
rappeller nos Soldats
leur ordonner expreſſement fur
des peines severes , de mort &
de confiscation de biens , qu'ils
ayent promptement à se retirer
leur Pays , & à quitter
inceſſamment le service dudit
Prince , & qu'ils se gardent
d'endommager les Estats de Sa
en
20 MERCURE
Majesté , ſous quelque pretexte
que ce puiffe estre. Et de plus ,
pour plus de seureté , & pour
plus grand éclairciffement , tou.
tes les fois que l'on fera des le.
vées dans le Pays , pour quelque
Prince que cesoit , & qu'elles
fortiront de la Patrie , Nous
donnerons ordre exprés aux Soldats
& aux Colonels qui les
commandent , que dans aucune
maniere , ny dans aucun temps ,
ils n'aillent point directement
One s'affocient à aucunes Troupes
, de quelque qualité qu'elles
foient qui voudroient attaquer
Les Etats de Sa Majesté , leur
imposant les mesmes peines ,&
les executant à toute rigueur , &
leur faisons sçavoir ces engage
mens & cette Capitulation , afin
que dans aucun temps , les Colanels
Capitaines & Soldats
GALANT. 21
Grifons n'en puissent pretendre
caused'ignorance.
,
Cet Article comme vous
voyez, contient deux points.
Le premier , que les Ligues
du Pays ne doivent point
permettre que leurs Troupes
fervent un Prince pour attaquer
les Eſtats du Roy d'Efpagne,&
qu'ils doivent rappeller
leurs Troupes , & leur
commander fur peine de la
vie&de confiſcation de leurs
biens , de quitter le ſervicede
cePrince- là ,& de retourner
dans leur Païs . Le ſecond
pointeſt ,que toutes les fois
qu'on fait des levées pour le
ſervice de quelque Prince que
ce ſoit ,l'on défendra expreſſfément
aux Soldats & aux
Colonels qui les conduiront ,
d'attaquer les terres du Roy
22 MERCVRE
d'Eſpagne ,
peines ,& qu'on fera ſçavoir
cette Capitulation & accord
à tous les Capitaines & Soldats
, afin qu'aucun n'en pretende
cauſe d'ignorance. Je
yous demande , MESSIEURS ,
ſi vous avez execute ou l'un
ou l'autre de ces deux points .
Lors que ce Capitulat fut fait ,
Vous ne rappellates point les
Troupes du Pays qui estoient
en France pendant qu'elle
avoit la guerre contre l'Eſpagne.
Tant s'en faut. Vous
permiſtes quelques années aprés
à Mrs Pianta , Bouël &
Tſcharner , delever des Compagnies
pour les mener en
France , fans leur faire défenſe
de ſervir contre l'Eſpagne .
Vous n'avez pas fait non plus
cettedéfenſe àMrs lacquesdu
fur les meſmes
,
GALANT.
23
Mont & Estienne Bouël , lors
qu'ils menerent en Franceles
Compagnies qu'ils avoient
levées au Païs pour le ſervice
du Roy. Je ne croy pas que
pendant la guerre , qui a eſté
entre les deux Couronnes ,
juſqu'àla Paix des Pirenées ,
les Eſpagnols vous ayent follicitez
en vertu de ce pretendu
Traité , de rappeller les Offi .
ciers du Pais qui estoient en
France , ou s'ils vous ont fait
cette demande , vous l'avez
trouvée a pen juſte que vous
n'avez pas jugé à propos de
la leur accorder . Vous avez
permis à nos Compagnies de
fervir en France fans les engager
à quitter ce ſervice &
à revenirau Pays. Il y a quatorze
années que j'eſtois à
Meffine avec mon Regiment
3
24 MERCVRE
L'Ambaſſadeur d'Eſpagne qui
eſtoit au Païs fit alors un
grandbruit , ſe plaignant hau.
tementque vous aviez ſouffert
que nous euſſions paſſé la Mer
pour aller foûtenir un Peuple
qui s'eſtoit ſoulevé contre
ſon Roy. Vous cuſtes cependant
ſi peu d'égard à ſes
plaintes ,que vous ne trouvates
pas à propos de nous écrire
pour nous témoigner aucun
mécontentement à cet
égard. Ie ſçay bien que pendant
la guerre qui eſtoit il y
adouze années entre les deux
Couronnes , vous avez à la
follicitation des Eſpagnols ,
écrit à quelques Officiers du
Païs , de ne pas ſervir contre
leRoy d'Eſpagne ; mais vous
ne leur avez témoigné aucun
reſſentiment de ce qu'ils n'ont
point
GALANT.
25
point eu d'égard à vos Lettres
ny aux ordres que vous
leur avez donnez . Quoy qu'il
en ſoit , il ne vous eſt jamais
arrivé d'écrire , comme vous
avez fait depuis peu , àtous
les Officiers Grifons qui font
en France de quitter le fervice
, & de ſe retirerau Païs .
Tout le monde n'aura t - il
pas ſujet d'eſtre ſurpris de ce
que vous vous eſtes aviſez ,
l'an 1689. d'executer l'Artis
cle d'un Traité fait l'an 1639.
c'eſt à dire cinquante ans auparavant
, & qui juſques icy
n'avoit point eſté executé.
L'Ambaſſadeur d'Eſpagne qui
eſtoit dans le Païs , & qui
eſtoit fort vigilant pour les
intereſts de fon Maiſtre , n'auroit
pas manqué de vous engager
dés lors à faire revenir
Sept. 1690. B
26 MERCVRE
}
vos Officiers qui estoient en
France , s'il avoit cru avoir
droitde vous le demander.
Je ne voy pas pourquoy il ne
nous ſera pas permis de continuer
à ſervir le Roy comme
les autres Officiers ont eu la
liberté de le ſervir depuis que
ce pretendu Traité a eſté fair.
Mais ce qui eſt de plus furprenant
, c'eſt que vous avez
adreſſe vos Lettres de rappel ,
aux Officiers qui ont des
Compagnies, leſquelles n'ont
pas eſté levées dans le Païs.
Il eſtconſtant que quand il
n'y auroit rien à redire à ce
Traité ,& que vous voudriez
executer cet Article à la ri
gueur, il ne vous donne le
droit que de rappeller les
Officiers qui commandent les
Troupes levées dans le Pays
4
GALANT.
27
Nous ſerions bien malheureux
ſi nous n'avions pas la même
liberté qu'ont tous les particuliers
de noſtre Etat , d'aller
par tout où ils peuvent trouver
leur avantage. Tous nos
Predeceffeurs ont confervé
cette liberté , d'aller ſervir tels
Princesou Etats de l'Europe ,
qu'il leura plu , fans aucune
restriction . Nous ſommes vos
Compatriotes & non pas vos
Sujets , & vous ne devez pas
entreprendre de nous ofter
un droit qui nous appartient
par noſtre naiſſance , comme
membre d'un Etat libre , de
ſervir tous Rois ou Princes",
fans en excepter aucun , que
les Ennemis de noſtre Etat.
Mais outre noſtre intereſt , je
ne puis m'empefcher de vous
dire , Meſſicurs que je ſuis
B 2
28 MERCVRE
extremement ſurpris de ce
que vous n'avez point eu d'égard
à celuy dece grand Roy
que nous ſervons. Il eſt le plus
ancien Allié de noſtre Republique
; & depuis pluſieurs
Siecles nos Anceſtres
,
ont
donné des Troupes pour le
ſervice de la France . Désl'année
585. ils en donnerent au
Roy Chilperic contre les
Lombards en faveur de
l'Empereur Maurice; en l'année
616. au Roy Theodebert
contre Theodoric Roy
de Bourgogne ; à Charle-
Martel , à Pepin , à Charlemagne
& à Charles le
Gros lorsque les Predeceſſeurs
de Hugues Capet
eſtoient Ducs & Gouverneurs
du pays des Grifons. Louis
XI . avoit auſſi de nos Troupes
د
GALANT.
29
dans la conquête de la Bourgogne
; Charles VIII. dans
celle du Royaume de Naples ,
& Louis XII . dans celle du
Duché de Milan . François
Premier , en a eudemême , &
il ya soannées que ceroy fit
un Traité de Paix & d'Alliance
perpetuelle , avec vos Ligues
, auffi bien qu'avec les
Suiſſes . Tous ſes Succeſſeurs
en ont eu juſques à Louis
XIV. C'eſt une choſe fort
étrange , que vous nous vouliez
ôter à preſent la gloire
qu'ont euë ceux de nôtre Nation
depuis tant de Siecles , de
ſervir le plus grand Roy de
tous ſes Predeceſſeurs , auffibien
que de toute la Chrêtienté
& que vous vouliez
entreprendre de rompre par.
vôtre pretendu Capitulat , ce
B 3
20 MERCVRE
Traité de Paix perpetuelle ,
que nos ſages Predeceffeurs
avoient fait. Il ne me ſera pas
difficile de prouver qu'il n'é
toit pasdans le pouvoir d'un
petit nombre de Députez ,
non autoriſez , de faire ce
nouveau Traité , directement
contraire à celuy qui estoit
fait depuis ſi long- temps , &
qui devoit toujours durer.
C'eſt ce qui paroiſtra évidem
ment dans un Memoire que
je feray fur ce ſujet par lequel
on verra le prejudice
que le Roy ſouffre par ce Capitulat
, qui le prive du ſecours
de nos Troupes , & du
droit des paſſages de noſtre
pays. le me contenteray pour
le preſent de vous faire remarquer
la difference du traitement
que vous avez reccu
G
GALANT.
31
,
duRoydeFrance & du Roy
d'Eſpagne , par laquelle vous
jugerez fi vous avez en raiſon
de renoncer à l'alliance du
Roy Tres - Chreſtien ›pour
en contracter une nouvelle G
étroite avec le Rey Catholique.
Le Roy d'Eſpagne fie
bâtir en 1612. le Fort de
Fuentes , fur les frontieresde
voſtre Eſtat pour réüffir
dans le deſſein qu'il avoit de
vous mettre fous le joug , &
de vous tenir en ſervitude.
Quelques années aprés il fit
foulever vos Sujets , par le
moyen des Troupes qu'il fit
entrer dans le pays , leſquelles
firent un maſſacre cruel de
ceux de la Religion ,& occuperent
la Valtoline & le Comté
de Chiavennes . Que fit
Louis XIII . dans cette occa
B 4
32 MERCURE
1
fion; Il envoya le Mareſchal
de Baſſompierre , en qualité
d'Ambaſſadeur Extraordinaire
, auprés du Roy d'Eſpagne
, pour l'engager à vous
rendre ces terres , & pour
rétablir les choſes ſur le pied
qu'elles eſtoient l'an 1615 .
C'eſt ce qui fut ſtipulé par le
Traité de Madrid , l'an 1621
que le Gouverneurde Milan ,
ne voulut jamais executer : ce
qui obligea le Roy d'envoyer
Mr le Marquis de Coeuvres ,
avce une Armée pour prendre
vos terres , que les Eſpagnols
occupoient. Il les prit ,
&les en chaſſa , & ayant mis
en dépôt les Forts qu'on y
avoit fait bâtir , il fortit du
pays avec ſes Troupes , fur
Paffeurance qu'on luy avoic
donnée qu'on démoliroit ces
4
GALANT.
33
د Forts &que l'on vous remettroit
en poſſeſſion de ces
terres . Mais le Roy voyant
queles Eſpagnols les avoient
occupées de nouveau , y envoya
Mr le Duc de Rohan ,
avec une Armée , qui s'en
rendit encore le maiſtre , &
qui lesen chaſſa une ſeconde
fois . Vous ne pouvez pas
diſconvenir que ce ne ſoit
Loüis XIII . qui par ſa protection
& par le ſecours de
ſes Troupes , vous a conſervé
la liberté , & qui a recouvré
les terres que les Eſpagnols
avoient ufurpées ſans aucun
droit &dont ils vouloient
vous êter pour jamais la poffeſſion
& la ſouveraineté. Iugez
aprés cela ſi vous pouviez
honneſtement , en oubliant
tous les bienfaits de ce grand
,
BS
34 MER CVRE
Roy , qui avoit dépensé des
fommes immenfes pour vous
delivrer de ladomination des
Espagnols , faire un Traité ,
par lequel vous renoncez à
Ton Alliance , & le privez de
tous les avantages qu'il avoit
de tirer des Troupes du Pays ,
& des droits des paſſages qui
luy estoient dûs à cauſe de la
ceffion que François I. vous
avoir fait de la Valtoline , &
du Comté de Chiavennes ,
qui estoient des dépendances
duDuché de Milan ; & vous
donnez , par ce mémeTraité ,
tous ces avantages au Roy
d'Eſpagne , qui avoit envahi
& ravagé voſtre Eftat , excité
& fomenté la rebellion de
vos Sujets , & qui n'a rien
épargné pour les empeſcher
de retourner ſous vôtreDos
GALANT .
35
,
mination ,& pour leur laiſſer
la ſouveraineté du Pays , laquelle
vous appartenoit de
droit . Si vous aviez fait réflexion
ſur les grandes obligations
que vous aviez à la
France , vous n'auriez pas pris
le parti de nous donner ordre
de nous retirer du ſervice du
Roy fur tout dans cette
conjoncture de la guerre qu'il
a contre l'Empire' , l'Eſpagne.
l'Angleterre & la Hollande .
Quand vous n'auriez aucune
reconnoiſſance des bienfaits
que vous avez receus de ſa
Couronne , vous devriez au
moins craindre que ce Roy
nevous faſſe reſſentir un jour
les effets de ſon indignation ,
d'avoir pris fi hautement
contre luy , le party du
Roy d'Eſpagne. De plus ,
B 6
36
MERCVRE
,
fi vous avez quelque égard &
quelque confideration pour
nous , vous devez nous difpenſer
de faire une action
fi contraire à noſtre devoir ,
& qui nous couvritoit de
honte & de confuſion. En
effet , nous ferions courables
d'une grande ingratitude
& lâcheté fi aprés
avoir ſervy le Roy pluſieurs
années pendant la Paix , nous
quittions, le ſervice , à preſent
qu'il a une guerre ſi violente
à foûtenir. Mais outre
noſtre honneur , noſtre
intereſt meſme nous empêche
d'abandonner des Emplois
qui nous font avantageux ,
pour retourner au Pays , y
vivre dans une honteuſe oifivete.
Quand nous pourrions
honneſtement prendre party
GALANT.
37
avec le Roy d'Eſpagne , nous
naurions garde de nous engager
dans un ſervice fi décrié
& fi ruineux pour nos
Troupes . Vous n'avez pas
oublié , que le Regiment que
vous donnâtes aux Eſpagnols
il y a plus de vingt cinq ans
periten moins de deux années
faute de ſubſiſtance ; que pendant
tout le temps qu'il fut
en Eſpagne il ne receut pas
la dixieme partie de la folde
quiluy estoit deuë , & qu'-
enfin on acheva de le perdre
per une longue marche qu'on
luy fit faire fans neceſſité
d'une extremité de l'Eſpagne
à l'autre , dans les plus grandes
chaleurs de l'Eſté , n'ayant
que du pain pendant pluſieurs
mois ,& ſouvent n'en ayant
point du tout ,& que de deux
38
MERCURE
mille hommes dont il eſtoit
composé , il n'en revint pas
trois censau pays. Aprés une
ſi fâcheuſe experience , je ne
croy pas qu'il y ait des perfonnes
affez hardies pour
s'expofer à recevoir un fi
mauvais traitement; outre que
les Eſpagnols meſmes ne demandent
aucun corps de
Troupes de la Nation , ou
parce qu'il ne leur convient
pas , ou parce qu'ils ne font
pasen eſtat de les payer Il n'y
aque le Roy ſeul , de tous les
Princes &Eftats de l'Europe ,
qui ait le moyen d'entretenir
à ſa ſolde un fi grand corps.
de Troupes de noſtre Nation ,
&de les payer fi regulierement
, que depuis plus de
trente années on ne nous a
pas fait perdreun ſeul denier.
GALANT . 32
5.
Nous ne portons point d'envie
au profit que pluſieurs
d'entre vous tirez de la part
que vous avez à ces douze
Compagnies , de cinquante
hommes chacune , qui font
entretenues dans l'Estat de
Milan. Nous ne vous envions
pas non plus les penſions que
pluſieurs d'entre vous tirent
du Gouverneur de ce Duché
mais nous vous fupplions de
nous laiſſer joüir des avancages
que nous tirons de l'Employ
que nous avons en France.
Si vous n'eſtiez fort préoc
cupez de la paffion que vous
avez pour les intereſts du
Roy d'Eſpagne , vous devriez
vous réjoüir d'avoir cing Colonels
, pluſieurs Capitaines
& un grand nombre d'Officiers
tous du Pays dansle
40
MERCVRE
ſervice de France. Aprésavoir
parlé en general pour l'intereſt
de tous les Officiers du
Pays , permettez moy de vous,
dire un mot de ce qui me re
garde en particulier. Vous
ſçavez que je ne ſuis pas né,
ny élevé dans le Pays , & que
je n'yay preſque jamais fait
aucun ſejour. Il y a trente années
que je ſuis étably en
France , que je confidere à
preſent comme ma patrie. 11
yen a vingt-quatre que je
fers le Roy ; j'ay un Regiment
&trois Compagnies , & j'ay
l'honneur de ſervir de Brigadier
dans ſes Armées. Ie vous
demande , Meſſieurs ; fi je
puis ou ſi je dois quitter un
établiſſement ſi confiderable
pour me retirer dans un Pays,
yvivre ſans employ & fans
GALANT.
occupation , dans une triſte
folitude. Après avoir tiré de
fi grands avantages des Charges
que j'ay cuës pluſieurs années
en temps de Paix , bien
loin de me retirer pendant
la guerre , mon honneur , mon
devoir & ma reconnoiſſance ,
m'engagent d'achever ce qui
me reſte de vie au ſervicedu
Roy. Ie ne dois pas oublier
de vous repreſenter qu'il eſt
fort ſurprenant que vous
preſſiez à preſent l'execution
d'un Article du Traité de
l'an 39. puis queles Eſpagnols
ne croyoient pas que ce Traité
duſt eſtre executé lors que
l'on fit en l'an 60. le Traité
des Pyrenées. C'eſt ce qui
paroiſt évidemment par l'Article
103. de cedernier Traité,
dont voicy les termes .
42
MERCURE
Les differends survenus an
Pays des Grifous fur le fait de
la Valtoline , ayant diverſes fois
obligé les deux Rois & plusieurs
autres Princes de prendre les armes
, pour éviter qu'à l'avenir
ils ne puiſſent alterer la bonne
intelligence de leurs Majestez
il est accordé que dans fix mois
aprés la publication du present
Traité , & aprés qu'on aura esté
informé de part & d'autre de
Cintention des Grifons touchant
L'observation des Traitez cy de.
vant faits , ilfera convenu amiaz
blement entre les deux Couron
nes de tous les interests qu'elles
peuvent avoir en cette affaire ,
&que pour cet effet chacun def.
dits Seigneurs Rois donnera pouvoir
suffisant d'en traiter
l'Ambassadeur " qu'il envoyera à
la Cour de l'autre , aprés la pu
,
à
GALAN T.
43
blication de la Paix.
Je feray les reflexious neceffaires
ſur cet Article dans le
Memoire dont j'ay parlécydeſſus.
Ieme contenteray
pour le preſent de dire que
ſi les Eſpagnols avoient jugé
que ce Capitulat duſt eſtre
obſervé ils n'auroient pas
accordé dans cet Article ,
qu'aprés qu'on ſeroit informé
de l'intention des Griſons
touchant les Traitez cy-dcvant
faits , l'on conviendroit
amiablement entre les deux
Couronnes de l'intereſt qu'elles
pourroient avoir dans cette
affaire. Je conviens que cet
Article n'a pas eſté executé,
parce que les Eſpagnols au
roient eſté privez de tous les
avantages dont ils joüiffent ,
s'ils en avoient demandé l'es
44 MERCVRE
tous ces
xecution . La France meſme
ne l'a pas demandée parce
qu'il ne luy importoit pas
que les Eſpagnols , en temps
de Paix , euffent
avantages. Je ſçay bien qu'en
temps de guerre , où tous les
Traitez font rompus , il ne
faut pas demander que cet
Article foit executé. Il ſuffit
que je vousaye fait voir que
les Eſpagnols , dans le temps
du Traité des Pyrenées , ne
pretendoient pas que l'Arti
cle 139.fuſt executé . Cependant
vous voulez à preſent le
faire valoir , quoy qu'il n'ait
jamais eflé executé à l'égard
decet Article dixiéme dont
il eſt queſſion . Trouvez bon
enfin que je vous prie de faire
reflexion fur la qualité de
pluſieurs desDeputez qui ont
compoſé la Diete dont nous
GALANT .
45
quel
avons receu les ordres de noſtre
rappel . Vous ſçavez qu'il
eſt porté expreſſement par le
Keſſelbrief & par les Articles
dela reforme qui a eſté faite
depuis quelques années , qu'-
aucune perſonne qui a des
penſions ou qui eſt au ſervice
de quelque Prince
qu'il ſoit , ne pourra entrer
en Diete. Vous n'ignorez
pas que pluſieurs de
ceux qui ont eſté Députez à
Davas , ont part aux Compagnies
du Pays , ou tirent
des penſions du Roy d'Eſpagne.
Il s'enfuit de là que la
Diete n'étant pas compoféc
de perſonnes capables d'y afſiſter
comme Députez , elle
n'a pas eu l'autorité de nous
donner aucun ordre qui nous
engage à lay obeïr . Comme
46 MERCVRE
J
dans ce cas il s'agit de l'intereſt
des deux Couronnes ,
nons avons raiſon de confiderer
ceux qui ont des engagemens
avec les Eſpagnols
comme nos parties ; & par conſequent
nous ne devons pas
les recevoir pour nos luges.
Mais ſi l'on veut ſuivant les
Statuts & Loix du Pays , con.
voquer une Diete , qui ſoit
compoſée de perſonnes defintereſſées
, non ſuſpectes ,
& qui n'ayent d'attachement
à aucun Prince étranger
, ſi l'on nous y cite nous
y comparoiſtrons , ou nous y
envoyerons des perſonnes
pour repreſenter nos raiſons
Nous nedoutons pasque nous
ne faſſions approuver noſtre
conduite& la reſolution que
nous avons priſe de continuer
د
GALAN T.
47
à ſervir le Roy. Nous eſperons
même de reüſſir à perfuader
à cetteAſſemblée , qu'il
eſt de la gloire & de l'intereſt
de noltre Nation de ſe tirer
de la ſervitude des Eſpagnols
de renoncer à tous les engagemens
qu'ona pris mal à pro.
pos avec eux , contraires au
Traité de Paix perpetuelle
qu'ona avec la France , &
qu'il est neceſſaire de le rétablir
& de le confirmer. Vous
pourrez par ce moyen engagerleRoy
à vous donner les
mêmes marques de ſa protection
& de ſa bien-veillance
Royale quevous avez receuës
de Loüis XIII. de glorieuſe
memoite ,& vous n'aurez pas
ſujet de craindre les menaces
que le Gouverneur de Milan
vous fait de vous affamer en
:
48
MERCURE
deffendant la traite des bleds
pour le Païs ,parce que le Roy
pourra vous en faire avoir
autant que vous en aurez de
beſoin d'un côté par l'Alface ,
&de l'autre par l'Estat de
Veniſe. Si vous n'approuvez
pasces ſentimens, MESSIEURS
j'en auray bien du déplaiſir ,
mais je vous croy trop juſtes
pour exiger que nous facrifions
à la paſſion que vous avez
pour le parti d'Eſpagne ,
noſtrebonheur , nos intereſts ;
&tous lesavantages que nous
tirons du ſervice du Roy. Ic
ne laiſſeray pas de conſerver
toujours une veritable affection
pour le Païs , beaucoup
d'eſtime pour vous ,& d'être
avec reſpect ,
MESSIEURS ,
Voſtre tres humble & tres obeïſſant
ferviteur, J. B. STOPPA.
AParis le 15. Avril 1690.
GALAN T.
49
REM AR QVES SVR
l'Article 103. du Traitédes Pi
renées ,& fur trois autres Articles
du Traité fait entre les
Espagnols&les Grifons l'an 16 3 .
1
E crois avoir prouvé par
des raiſons invincibles , dans
la Lettre que j'ay écrite à
Meſſieurs les Chefs des Ligues
des Grifons , qu'ils n'ont pas
eu le droit en vertu de l'Artiele
dixiéme du Traité fait
avec les Eſpagnols l'an 39. de
rappeller les Officiers du Pays
qui font au ſervice du Roy.
Bien qu'il ſoit inutile de rien
ajoûter à cet égard , j'ay cependant
jugé , que pour donner
une entiere connoiffance
Sept. 1690. C
50
MERCVRE
des affaires des Grifons par
rapport à la France , & pour
faire voir l'intereſt que cette
Couronne a dans ce Pays - là ,
il eſtoit neceſſaire de faire
quelques Remarques, ſur ce
pretendu Traité , auſſi bien
que fur l'Article 103. de ce
luy des Pyrenées , où il eſt
parlé des differends ſurvenus
entre les deux Couronnes far
le fait de la Valtoline , Ia
commenceray à faire mes reflexions
fur cet Article , lefquelles
me fourniront des
raiſons convaincantes pour
faire voir que ce Traité de
l'an 39. ne doit point avoir
licu.
GALANT. Σ
ARTICLE CIII .
Du Traité des Pyrenées .
Les differensfurvenus au Pays
des Grifons sur le fait de la
Valtoline , ayant diverses fois
obligé les deux Rois & pluſieurs
autres Princes de prendre les..
armes , pour éviter qu'a l'avenir
ils ne puiſſent alterer la bonne
Intelligence de leurs Majestez , il
a esté accordé que dans (ix mois
après la publication du preſent
Traité, & aprés qu'on aura este
informé de part & d'autre de
l'intention des Grifons touchant
Lobſervation des Traitez cydevant
faits , il fera convenu
amiablement entre les deux Couronnes
de tous les interests qu'el.
lespeuvent avoir en cette affaire
& que pour cet effet chacun
C 2
2 MERCVRE
desdits Seigneurs Rois donnera
pouvoir fuffisant d'en traiter à
l'Ambassadeur qu'il envoyera à
la Cour de l'autre aprés la publication
de la paix,
Il ne faut pas s'étonner ſi
l'Eſpagne n'a pas preſſe l'execution
de cet Article. Elle
ſçavoit bien que quand on
viendroit à examiner le Trai
té qu'elle a fait avec les Griſons
l'an 1639. la France n'auroit
pas ſouffert qu'on l'euſt
fruſtrée , en vertu de ce Traité
, des droits & intereſts qu'-.
elleavoit en ce Pays , & que
l'Eſpagne jouiſt paiſiblement
en vertu de ce meſme Traité ,
de tant d'avantages qui ne luy
eſtoient point dûs . Comme
en temps de Paix il n'importoit
pas beaucoup à la
France que l'Eſpagne jouiſt
1
GALANT.
53
de tous ces avantages , & que
pendant la guerre l'Eſpagne
n'avoit jamais iufques icy
pretendu d'executer à la rigueur
les Articles du Traité
de l'an 39. qui font préjudiciables
à la France , elle ne
s'eſt pas miſe en peine de faire
executer ce qui avoit eſté ſtipulé
dans cet Article 103.du
Traité des Pirenées . Si l'on
avoit demandé l'intention
des Grifons touchant l'obſervation
des Traitez cy- devant
faits , le Traité de l'an 39. auroit
eſté entierement aboly
ou plûtoſt declaré nul.
Les Eſpagnols n'auroient
pas ſtipulé dans cet Article
103 qu'il feroit convenu amiablement
entre les Couronnes
de l'intereſt qu'elles pouvoient
avoir dans les Traitez
C 3
54
MERCURE
cy- devant faits , s'ils avoient
cru que celuy de l'an 39. fuſt
en ſa force , & duſt ſubſiſter .
Il paroiſt de là que les Grifons
ne peuvent pas juſtement
avoir une autre opinion
touchant la force de ce Traité
de l'an 39. que celle que les
Eſpagnols en avoient l'an
1660. lors que celuy des Pirenées
fut fait. D'ailleurs ; il n'y
a pas d'apparence que la Fran
cevouluſt conſentir amiablement
que le Traité de l'an 39
demeuraſt en ſa force , puis
qu'il luy eſt ſi contraire , &
tout entier à l'avantage de
l'Eſpagne .
Le Roy tiroit auparavant
trois avantages du Pays des
Grifons. Il avoit ſeul la poffeffion
& diſpoſition de ces
paſſages. Il en tiroit des Troui
GALANT.
55.
د
&
pes pour ſervir ſans diſtin-
Aion contre l'Eſpagne
contre tous les Princes & Etats
, & il avoit une Alliance
& Paix perpetuelle avec les
Grifons . L'Eſpagne par trois
Articles de ce Traité de l'an
39.l'a privé de tous ces avantages
. Par l'Article fixieme
elle ſe fait ajuger la poſſeſſion
des paſſages de ce Pays - là.
Parl'Article dixiéme elle engage
les Grifons à ne point
donner de Troupes à aucun
Prince pour fervir contre
l'Eſpagne . Par l'Article vingtiéme
les Grifons s'engagent à
ne renouveller plus l'alliance
avec laFrance lors qu'elle fera
expirée. Ileſt aiſe de faire
voir l'injustice de ces Articles
, & le préjudice que le
Royen fouffre.
C4
56
MERCURE
ARTICLE VI.
Du Traité de l'an 1639 .
Sa Majesté Catholique demandant
aux Seigneurs Grifons
le paſſage pour faire passer par
lour Pays des gens de guerre
pour la confervation de Jes Etats
les Seigneurs Grisons ne pourront
le leur refuser , &seront
obligezde l'accorder.
Pour faire voir l'injuſtice
de cetArticle , il faut examinerle
droit & l'intereſt que la
France a fur les paſſages du
Pays des Grifons.Il ſuffit pour
cet effet , de remarquer que la
Valtoline & le Comté de
Chiavennes , eſtoient ancien
nement des dépendances du
Duchéde Milan , & que les
د
GALANT. 57
Grifons , qui estoient àla
folde de François J. lors qu'il
alla à la conqueſte de ce Duché
, eſtant en poffeffion de
ces terres , quand ce Roy fut
fait priſonnier à la Bataillede
Pavie , les ont toujours gardées
, comme les Suiſſes ont
gardé Lugan , Lucerne , Bellinzone
& Mendris , qui ſont
des Bailliages au delà des
Monts , & qui faisoient par
tie du Duchéde Milan. François
I. eſtant en liberté ,& de
retour en France donna &
cedaaux Griſons la Valtoline
&le Comté de Chiavennes ,
avec cette expreſſe condition ,
que lesGrifons ne pourroient
diſpoſer des paſſages de ces
lieux- là qu'en ſa faveur , ou
en faveur de ceux qu'il voudroit
d'où il paroiſt que la
C
58
MERCVRE
France aun juſte droit ſurces
paſſages , fondé ſur le don &
ceſſion qu'elle en a fait aux
Griſons. La France a toujours
joüy de ce droit , ſans que
l'Eſpagne ait jamais pretendu
leluy ôter juſques au temps
du ſuſdit Traité.
,
- Se-
L'intereſt de la France ne
conſiſtepas à avoir ces paſſas
ges pour y faire paſſer ſes
Troupes , lors qu'elle veut en
envoyer en Italie , ſur tout à
preſent qu'elle a Pignerol ;
les paſſages du Mont
nis du Mont Genevre , &
autres luy ſont plus commodes
; mais la Fance a intereſt
d'ôter ces paſſages aux
Eſpagnols , par le moyen deſquels
ils peuvent faire paſſer
des Troupes d'Allemagne en
Italie,&d'Italie en Allemagne.
Il n'y a que deux paſſages
د
GALANT.
59
qui puiffent leur fervir pour
cet effet ſçavoir celuy des
Grifons , & celuy des petits
Cantons , qui leur eft incommode
pour pluſieurs raiſons.
Premierement , parce qu'il
eft plus éloigné ,& qu'il faut
paſſer par d'autres Etats avant
qued'yarriver.
En ſecond lieu parce qu'il
ne leur eſt permis de paſſer
que deux cens hommes à la
fois,& fans armes , & qu'ils
font par conſequent obligez
de les faire porter fur des
chevaux ; au lieu que les Ef
pagnols font paffer parle Païs
des Grifons , des Regimens
entiers d'Infanterie & de Cavalerie
tous armez ; dou
vient que quand ils ont beſoin
d'un prompt ſecours le
paſſage des petits Cantons ne
leurpeut fervir.
1
C6
60 MERCVRE
En troiſiéme lieu , parce
que les petits Cantons font
payer an Ducat par teſte pour
tous les Soldats qu'on veut
faire paſſer ſur leurs terres , au
lieu qu'il n'en coûte rien du
tout que la ſeule nourriture ,
en les faiſant paſſer par le
Pays des Griſons . D'où vient
que de puis que les Eſpagnols
font en poffeffion du paſſage
des Grifons , ils ne ſe ſont
jamais ſervis de celay des petits
Cantons , & ils ſe ſont
ſervis ſouvent & fort utilement
de celuy du Pays des
Grifons. Lors que Pavie eſtoit
affiegée par les Armes du
Roy ,l'an 1655.les Eſpagnols
firent paſſer d'Allemagne en
Italie par le Pays des Griſons ,
uncorps de Troupes , & ce
fut ce renfort que receut le
Marquis de Caracene qui
,
GALANT. 61
obligea le Prince Thomas de
lever le Siege de Pavie ; d'où
il paroiſt que la France avoit
un notable intereſt de faire
executer Article 103. du
Traité des Pirenées. Comme
lesEſpagnols ne font en pofſeſſion
de ce paſſage du Pays
des Griſons , qu'en vertu de
l'Article fait l'an 1639. pendant
la guerre entre les deux
Couronnes , il feroit juſte ,
fuivant cet Article , que les
choſes fuſſent rétablies en
l'eſtat où elles eſtoient l'an
1617. & que la France euſt
ſeule le diſpoſition de ces
paſſages , comme elle luy ap.
partient de droit.
ARTICLE X.
Toutes les fois que Nous des
trois Ligues aurons de nos Trou
pes au ſervice de quelque Prince ,
62 MERCURE
Potentat , Republique ou Estat ,
qui voudroient envahir les terres
de Sa Majesté en ce cas nous
ferons obligez de rappeller nos
Soldats & de leur ordonner expreſſementsur
des peines feveres .
de mort & de confiscation de
biens ,qu'ils nyent promtement
àse retirer en leur Pays , & à
quiter inseſſamment le service
dudit Prince & qu'ils se gardent
d'endommager les Estats de Sa
Majesté sous quelque pretexte
que ce puiffe estre . Et de plus ,
pour plus de seureté & pour
plusgrand éclairciſſement , toutes
des fois que l'on fera des levées
dans le Pays , pour quelque Prin.
ce que ce soit , & qu'elles fortiront
de la Patrie , Nous donneordre
exprés aux Soldats
&aux Colonels qui les comman
dent ,que dans aucune maniere
YONS
1
GALANT. 63
ny dans aucun tems , ils n'aillent
directement ,& ne s'aſſocient àaucunes
Troupes , de quelque qualité
qu'elles soient , qui voudroient attaquer
les Estats de Sa Majesté;
leur imposant les mesmes peines ,
&les executant àtoute rigueur,&
leur faisant fçavoir cet engagement
& cette capitulation , afin
que dans aucun tems , les Colonels,
Capitaines& Soldats Griſons
n'en puiſſens pretendre cause d'ignorance.
J'ay fait voir dans la Lettre
que j'ay écrite à Meffieurs les
Chefs de nôtre Pays , que cet
Article qui deffend de donner
des Troupes pour ſervir
contre l'Eſpagne n'avoitjamais
eſté executé; que lors même
qu'ilfut fait,quoy que les deux
Couronnes fuffent en guerre ,
bien loin derappeller lesTrou
64 MERCURE
pes du Païs qui ſervoient en
France contre l'Eſpagne , on
avoit permis l'an 1647. à Mrs
Planta , Bouël & Tſcharner de
lever des Compagnies au Pays
pour les mener en France, afin
de ſervir contre l'Eſpagne, ſans
leur faire aucune deffence
d'attaquer les Villes de cette
Couronne en Flandre .Deplus ,
les Capitaines Griſons qui fervent
le Roy , ont fait venir de
tems en tems & à petitesTroupes
, des Soldats du Pays qui
leur ont ſervy avec d'autres
à compoſer des Compagnies
entieres & ils en ont
toujours tiré des recruës pour
les entretenir. l'ay fait voir
encore que cet Article eſt directement
contraire au Traité
dePaix perpetuelle des Grifons
avec leRoy ; à l'Alliance
و
GALAN T. 65
particuliere laquelle duroit
encore ; à la liberté qu'ont euë
les Grifons de donner des
Troupes au Roy depuis plufieurs
Siecles pour ſervir indifferemment
ccoonntre tous
Princes , & à la pratique non
interrompuë preſque de deux
cens ans , par laquelle on a vu
que les Grifons ont donné de
têms en tems des Troupes à la
France pour attaquer les Terres
du Roy d'Eſpagne. le me
ſuis étendu ſi au long fur cet
Article dans ma Lettre à Mefſieurs
les Chefs du Pays , que
je crois inutile de rien ajoûter
là deſſus.
ARTICLE XX .
Du Traité de l'an 1639 .
Lesdits Seigneurs Grifons pro
mettent de ne point renouveller
l'Alliance qu'ils ont avec la Fran
66 MERCVRE
ce lors qu'elle fera expirée , s'il y
aguerre entre les deux Couronnes ;
&s'ils la renouvellent, que ce doit
estre aveccette declaration expreffe
qu'elle fera suspenduë & Sans
vigueur pendant que les deux Couronnes
feront en guerre.
CetArticle eſt auſſi directement
contraire , tant au Traité
de Paix perpetuelle que les
Grifonsavoient avec le Roy ,
qu'au Traité d'alliance particuliere
dont le terme n'eſtoit
pas encore expiré. Les Griſons
ne pouvoient contracter cette
Alliance particuliere avec
les Eſpagnols ſans violer le
Traité de Paix perpetuelle
auſſi bien que celuy de l'Alliance
particuliere qu'ils avoient
avec le Roy .
Il paroît que ces trois Artieles,
à ſçavoir le fixieme , le
GALANT.
67
dixiéme & le vingtième du
Traitéde l'an 1639. fait entre
les Eſpagnols& les Grifons ,
font fort prejudiciables aux
intereſts du Roy , puiſqu'ila
eſté accordé dans l'Article
103 du Traité des Pyrenées ,
queles deux Couronnes couviendroient
amiablement de
l'intereſt qu'elles avoient dans
cette affaire. Le Roy avoit
droit de faire caffer ces trois
Articles , & de faire rétablir
les choſes dans l'état auquel
elles eſtoient auparavant . Ic
ſçay bien qu'il n'eſt pas têms
pendant la guerre , que les
Traitez font rompus , d'en
faire executer un qui ne l'a
pas eſté pendant la Paix.
ſuffit que j'aye fait voir le tort
qu'on a fait au Roy par le
Traité de l'an 39. Il ſçaura
bienle faire reparer en fon
68 MERCVRE
têms ,& faire valoir fon droit
Il ne faut pas s'eſtonner ſi le
Roy n'a pas jugé neceſſaire de
faire executer cet Article 103.
du Traité des Pyrenées , pour
faire caffer ce traité de l'an 39 .
Il n'y avoit aucun égard , & il
le confideroit comme s'il n'avoit
pas eſté fait , parce que les
Grifons ne l'avoient pas ratifié,
ny pris foin de faire executer
ny, dés qu'il fut fait, ny jamais
juſques icy , l'article dixiéme
le plus important de ce Traité,
qui porte que les Troupes dù
Pays ne doivent pas fervir
contre l'Eſpagne. Si les Griſons
yeulent faire valoir cette
deffenſe; qui eſt- ce qui peut
douter que le Roy ne trouve
moyen de leur faire ſentir un
jour les effets de ſon indignation
, d'avoir rompu le Traité
GALAN T. 69
de Paix perpetuelle , & de luy
declarer la guerre en retirant
leurs Troupes , pour empêcher
qu'elles ne ſervent contre
le Roy d'Eſpagne , qui eſt
fon ennemy ? Si la ſituation
de leurs Pays, qui touche l'Etat
de Milan , les engage de
garder des meſures avec l'Efpagne
, ne font - ils pas obligez
d'en garder auffi avec la
France , en confideration de
l'ancienne Alliance qu'ils ont
avec cette Couronne , & des
grands biens faits qu'ils en
ont receus ! Ils devroient au
moins conferver une exacte
neutralité entre les deux Rois .
Le Roy de France ne trouvera
pas mauvais,& ne recevra pas
grand préjudice que les Griſons
laiſſent aux Eſpagnols les
douze Compagnies de so.
70
MER CURE
hommes qu'ils ont dans l'Eſtat
de Milan. Il ne craint pas même
qu'ils leur en donnent un
plus grand nombre, parcequ'il
Içait bien que leurs Finances.
ne leur permettent pas d'entretenir
& de payer un Corps
de Troupes de nôtre Nation.
Mais ce ſeroit une choſe fort
étrange que les Grifons entrepriſſent
d'engager les Officiers.
du Pays , à quiter le ſervice du
Roy , qui les paye fi regulierement
, auſſi bien que ce prodigieux
nombre de Troupes
de tantde differentes Nations,
& de ſes Sujets , qu'il a fur
pied.
Le reſpect & la veneration
que l'on garde pour la Memoire
de Mrle Duc'de Montaufier
luy a fair rendre 2
GALANT. 71
tous les honneurs qui étoient
deus à une perſonne d'un
merie aufſfi generalement reconnu
que le ſien l'eſtoit ,
Auſſi les rares vertus qui.
l'ont fait admirer pendant ſa
vie , ont receu aprés ſa mort
les juſtes Eloges qu'elles meritoient
, dans deux Oraiſons,
Funebres , prononcées avec
l'applaudiſſement de deux
Afſſemblées nombreuſes , l'une
le 11. du mois paſſé dans l'Egliſe
des Carmelites du Fauxbourg
Saint laques , par Mr
l'Abbé Flechier , nommé àl'Eveſché
de Niſmes , & l'autre
le 19. du meſme mois dansl'Egliſe
de S. Germain l'Auxerrois
ſa Paroiſſe, par Mrl'abbé
Ancelme.Comme ces deux cx
cellentes Pieces ſont ſi bien
liées chacunedans ſes parties ,
72 MERCVRE
qu'on n'en pourroit détacher
aucun endroit ſans luy faire
perdre beaucoup de ſa force ,
je me contenteray de vous
dire qu'elles ont eſté l'une
& l'autre données au Publie,
& qu'ayant eu beaucoup de
fuccés , il y a grande apparence
qu'on ne ſera pas longtemps
ſans les envoyer dans
voſtre Province. Cependant
pour ne vous pas priverdu
plaifir de voir ce qui s'eſt
fait à la gloire de ce Duc ,
dont les grandes qualitez ont
fait tant de bruit dans tout
le Royaume , je vous envoye
unOuvrage de Madame
des Houlières , fur le malheur
arrivé aux Muſes , qui
enle perdant , ont perdu leur
Protecteur..
SUR
GALANT .
73
SUR LA MORT
De M.le Duc de Montauſier.
IDILLE.
Vr le bord d'un ruiſſeau paia
fible.
Olimpe ſe livroit àde vives douleurs
,
Et malgréses autres malheurs
Au fort de Montaufier attentive
Senfible ,
Difoit en répandant despleurs :
Qu'allez- vous devenir , belles Infortunées
,
Mufes,qu'ilprotegea désfes jeunes
années?
Qu'allez-vous devenir, Heroiques
Vertus ,
Sept. 1690. D
74
MERCURE
4
Vous qui tremblantes, éplorées,
Aprés vos Temples abbatus,
Chez lay vous estiez retirées ?
Les titresprécieux dont furent revêtus
Ces Grecs & ces Romains,ornemens
de l'Histoire ,
Sont dûs à ce Heros d'immortelle
memoire ,
Qui pardessentiers pen bartus.
Marcha d'unpas égal vers la folidegloire.
F
Muses, Verius, belas ! quifera vo-
Stre appuy ?
Et qui regardera comme d'affreux
Spectacles
Vostre mifere & vostre ennuy ?
Qui vous écoutera ? Qui voudra
?
comme luy
Vous conduire à travers d'innom-
2 brables obstacles
Au grand Roy qui regne anjourd'huy
?
GALANT.
75
Ah ,qu'une telle perte ouvre de
precipices !
Qu'elle va vous livrer àd'injuftes
caprices!
Que de dédains , que de dégousts ?
Meuses, Vertus, belas ! l'Ignorance
&les Vices
Peut- estreparfamort triompheront
de vous.
Injustice de la Nature !
Les arbres dont l'ombrage embellit
ces cofteaux ,
Ne craignentpoint des ans l'irreparable
injure ;
Leur vieilleſſene fert qu'à les ren
dreplus beaux.
Après avoird'unfiecleachevé la
mefure ,
Ilspaſſent bien avant dans desfica
cles nouveaux .
Où voit- on quelque homme qui
dure
D 2
76
MERCURE
Autant que lesfapins, les cheſnes,
les ormeaux ?
Mais pourquoy m'amuser dansma
douleur mortelle
Afaire à lanature unevainequerelle?
Arbres qui vivez plus que nous,
Louiſſez d'un deſtinſi doux;
L'ay bien d'autres ſujets de murmuvercontr'elle.
Puis-jevoirfans blâmer des ordres
ficruels ,
Qu'unde ces indignes Mortels
Que dans sa pareſſe elle forme
De ce qu'ellea deplus mauvais ,
Plus tard que Montaufiers'endorme
De ce fatal Sommeil qui ne finit
jamais?
Un excès de douleur & de delica-

GALANT .
77
Porte ma colere plus loin.
Tout homme , quel qu'ilfoit, dont
elleapris lefoin
De conduire la vie à l'extréme
vieilleffe ,
Quand il s'offre à mesyeux les
bleffe.
Non,je nesçaurois plus fouffrir
Que de la fin d'un fiele icy quelqu'un
approche,
Sans luy faire un fecret reproche
Du long- temps qu'il est à mourir.
Vous, qu'avec une ardeurfincere
finvoquois pourſauver une Teste
fi there
Dieux , quelquefois ingrats &
fourds!
Seize luftres entiers nefirent pas le
Cours
D'une vie également belle ,
Et qui devoit durer toujours ,
Si le merite estoit un afſeuréSecours
2
"
D3
78
MERCVRE
Contre une loy dure& cruelle
Vous nevouliez pas quefon coeur
Eust le plaisir de voir ce Prince
dont l'enfance
Fut confiéeàſa prudence ,
Uneſeconde fois Vainqueur
Desfieres Nations que l'Envie &
l'Erreur
Ofent armer contre la France.
Vous estes fatisfaits. Les barbares
efforts
De la Déeſſe qui delie
Les inviſibles noeuds qui joignent
l'ame au corps ,
Ontfait quefur les fombres bords
Montaufier a rejoint sa divine
Iulie.
Tous deux malgré cette Eau qui
fait que tout s'oublie ,
Sentent encor dedoux tranſports;
Et tom deuxſontſuivis de ces il-
Lustres Morts,
GALANT... 97
Qui dans une ſaiſon aux Muses
pluspropice,
Firent de leurscharmans accords
Retentirfi longtemsle Palaisd' Artenice,
Tandis que des grands noms du
Heros que je plains
Auxfiecles à venir ontransmetla
memoire,
Etque les plussçavantes mains
Elevensà l'envi des Temples àfa
gloire.
Mr le Clerc , de l'Academie
Françoiſe,s'eſt auſſi adreſ
ſé aux Muſes dans un Sonnet
dont la perte que nous avons
faite de Mr de Montauſier ,
luy a fourny la matiere. Il eſt
trop beau pour ne vous en pas
envoyer une Copic.
80 MERCVRE
SONNE Τ.
Montaufier ne voit plus la lumiere
du jour ,
Muſes , quefontrépas a fifortdefolées
,
Al'honneur de fon nom dreſſez des
Mausolées ,
Dignes de fa vertu,dignes devostre
amour.
ただ
Dèsfes plusjeunes ans il vousfaiſoit
lacour,
Et quand de nos Climats Mars
vous eut exilées ,
Onvousy vid bien- costparsesfoins
rappellées ,
Accommoder vos chants au fier
bruit du tambour .
Quenos derniers Neveux,par ve
ſtreministere ,
GALANT. 81
Apprennentàquelpoint ilfutjuste
&fincere ,
Vaillant & liberal , fage , actif,
éclairé.

Mais non , LOVIS afaitson vray
Panegyrique,
Quand pour former d'un Fils le
courage heroique ,
Afes plus grands sujetsfon choix
l'a préferé...
د
Quoy que nous ſoyons
dansune ſaiſon fort éloignée
du Printemps je ne puis
m'empeſcher de vous faire
part d'un air qui fut fait lors
qu'on partit pour ſe rendre
en Flandre & en Allemagne.
Comme la Campagne n'eſt
pas encore achevée , je le croy
affez du temps pour vous
l'envoyer , puiſque les paroles
DS
82 MERCVRE
marquent la peine que foufrent
nos Belles d'eſtre ſeparées
de leurs Amans . Cet Air
eſt de la compoſition de Mr
Capus , Maiſtre de Muſique
fort eſtimé , & étably a Dijon.
AIR NOUVEAV.
AH
H, Printemps , son retour n'
pluspour moyde charmes.
Lecher objet de mes tendres defirs
S'éloigne de mes yeux malgré tous
mesfoupirs,
Moinsfenfibleàl'amourqu'àlafureurdes
armes.
Ab , Printemps, ton retourn'a plus
pourmoy decharmes
Ilrameneen ces lieux les jeux
tesplaisirs ,
Ilfait naiſtre lesfleurs &voler les
Zephirs , どこ
!
GALANT. 83
1
T
Etdansmoncoeur il met le trouble
&les alarmes.
Ah , Printemps , con retourn'aplus
pourmoyde charmes .
Comme les Victoires da
Roy ont continué , on a fait
de nouvelles réjouiſſances
dans toutes les Villes , &
celle d'Agen n'a rien épargné
pour faire voir combien
elle s'intereſſoit ſenſiblement
aux avantages que l'Arméc
Navale de Sa Majeſté a
remportez fur celle des Anglois&
des Hollandois , Le 7.
du mois paſſé jour choiſi
pour en rendregraces à Dieu
Mr l'Eveſque d'agen fit richement
tapiſſer une grande
Galerie qui eſt dans la cour
de l'Eveſché. Vn grand Buſte
duRoy fut expoſe au milieu
D 6
84 MERCURE
ſous un magnifique Dais , &
la nuit eſtant venuë , on alla
ma un nombre preſque infiny
de lumieres qui illuminerent
toute cette Galerie , avec de
grands flambeaux de cire
blanche aux coſtez du Buſte
Pendant tout ce jour & toute
la nuit , on regalade vin & de
pluſieurs mets tous ceux qui
Lepreſenterent. Le Corps de
Ville fit mettre toute la Bourgeoiſie
ſous les armes , avec
lesCapitaines & les Sergés des
quartiers, qui affifterentiau feu
de joye. Il fut allumé aprés
que l'on cut chanté le Te
Deum dans la Cathedrale , &
ce fut un feu continuel de
Mouſqueterie & de Canon
Mr Albengue fit une Compagnie
particulierede cinquante
jeunes hommes des mieux
1
GALANT . 85
faits de la Ville chacun avec
fon Mouſquet. Ils firent un
tres grand feu , & enfuite il
les traita tous magnifiquement.
Mr Bru ,Procureur Sindic
de l'Hoſtel de Ville', fe
fitdiftinguer par la reprefentation
d'une Armée Navale ,
en relief fufpenduë en l'air.
A l'entrée de la ruë de Garonne
où il loge , il avoit fait
éleverun grand portique couvertde
laurier , au couronnes
ment duquel on voyoit un
grand Tableau , où le Roy
eſtoit peint à cheval , foulant
ſes Ennemis à ſes pieds. Au
deſſous de ce Tableau , ily en
avoit trois autres moins
grands qui repreſentoient
admirablement bien trois
combats de mer ; l'un devant
I'lle de VVith , l'autre de Mir
86 MERCVRE
leMarquis de Villette , & le
dernier de l'Amée Navale
du Roy , qui en pourſuivant
les Ennemis les obligeoit de
mettre le feu à leurs Vaifſeaux.
Ces trois Tableaux qui
eſtoient tres bien faits , & entourez
,ainſi que celuy du Roy
de guirlandes de laurier & de
fleurs , avec les Inſcriptions
de chaque combat , faifoient
un fort bel effet. Aux deux
angles du Tableau du premier
combat de mer , qui ſe
rencontroit au milieu du Porzique
,&qui estoitplus grand
que les deux autres , on avoit
attaché deux petits Navires
en reliefornez de toutes leurs
voiles , cordages , ancres , guidons
& banderoles. Si toſt
qu'on estoit entré dans ce
Portique , on voyoit en l'air,
GALANT. 87、
ungros Vaiſſeau , nommé le
Soleil , où fix perſonnes auroient
pû ſe mettre fort facilement
Ileſtoit peint & doré ,
garny de quatre- vingt pieces
de Canon , avec le Pavillon
blanc aux Armes de France ,
& toutes les voiles de tafctas
de la Chine. Tous les
Guidons & banderoles de
differentes couleurs eſtoient
auſſi de taffetas , & on voyoit
fur les maſts & fur les cor
dages quantité de figures en
boſſeronde , tant Officiers
&Soldats , que Matclots qui
grimpoient aux cordages. Ce
Vaiſſeau eſtoit ſuivyd'un autre
moins grand , nomméle
Terrible , proprement fait
avec ſoixante pieces de Canon.
Il y avoit enſuite douze
autres Vaiſſcaux en boſſe auſſi
88 MERCVRE
bien équipez , portant tous
Pavillon bleu. Ces Vaiſſeaux
vinrene la nuit attaquer le
Soleil & le Terrible , qui fi
rootun ſi grand feu ſur l'ef
cadre bleuë qu'ils en brûlerent
quatre , en prirent un ,&
mirent le reſte en fuite . Ce
combat ſe fit à la clarté de
quatre vingt grandes lanternes
aux Armes du Roy
ficurdeliſées & ſemées d'L
couronnées , qui eſtant placées
avec ſimetrie , éclairoient
toute la ruë . La Feſte ſe termina
par des danſes & des
feux particuliers qu'on fit
dans toute la Ville. Chaque
Magiſtrat Preſidial fit la dan.
ſe de ſon quartier ; chaque
Conſul fitla meſme choſe , &
toutes ces danſes alloient
dans la cour de l'Eveſche
GALANT . 89
où inceſſamment l'on verſoit
à boire à tous ceux qui en
vouloient . Le Procureur Sindic
, qui fut occupé tout ce
jour-là à donner ſes ordres
pour la repreſentation.du
Combat Naval fit allumer de
nouveau lelendemain au ſoir
toutes l'es Lanternes de ſa ruë,
& ſemit à la teſte de tout ſon
quartier , qui fit une danſe
fi nombreuſe , qu'elle ſe multiplia
auſſi-toſt en huit autres
danſes.
Je ne vous parleray point d'un
Feu d'artifice qui a eſté fait à
Uzez dans la mesme occafion
par l'ordre del Mr l'Evefque;
nyd'unSoupé magnifique de
cinquante Couverts qu'il
donnaenfuite à toute la No.
bleſſe du Pays. Ie vous diray
ſeulement que le bruit de
१०
MERCURE
cette Feſte ayant attiré un
fort grand nombre de nouveaux
Converis, la Cathedrale
s'en trouva toute remplie
dansle temps du TE DEUM.
Il fut chanté en Muſique
en prefence des Corps de Vil.
le& de Juſtice , & ce Prelat
avantque de ſe reveſtir de ſes
habits Pontificaux , alla s'affeoir
au Fauteuil dont il ſe
ſert ordinairement pour entendre
le Sermon , & fit le
diſcours qui fuit.
Après avoir souvent reuny
nos voeux dans cette Eglise pour
laprosperité des Armes du Roy ,
il est bien juste que nous y réuniſſions
aujourd'huy nos prieres
& nos voix pour rendre graces
à Dieu qui les a exaucées par
le fuccés des deux plus grandes
&plus completes Victoires , done
GALANT!
il ait jamais favorisé l'Empire
du Fils aisné de fon Eglife. le
ne sexy cependant , Meſſieurs , si
nos premieres actions de graces
ne seroient pas mieux employées
pourlaconſervation de la vie&
de la fanté du plus heureux &
duplus fage de tous les Conquerans
, Louisle Grand , nostre Au
guste Monarque ; car quoy qu'il
nous foit infiniment glorieux&
avantageux dans les conjonctures
preſentes , d'avoir mis en fuite
quarante mille hommes , d'estre
demeurez maistres du champ de
Bataille , de leur avoir enlevé
Bagage, Canons , Drapeaux , &
d'avoir ietté la confufion & le
defordre dans ce puissant Corps
de Troupes , que tous les Princes
de l'Europe couiurez contre
nous , avoient formé pour porter
be fer & le feu iufque dans le
ود
MERCVRE
coeur de la France ; quoy qu'il
foit encore beaucoup plus honorable
à la Nation , & plus
honteux à nos superbes Ennemis
, que nostre Flote , maiſtreſſe
des deux mers ait fait rougir
Pocean du fang des Anglais &
des Hollandois , couvert toute la
coftedu debris de ces deux puif-
Santes Flotes , qui faisoient l'ef
perance de tout leparty , & qui se
font veuës contraintes par defefpoir
de brûler & de couler à fond
leurs propres Vaisseaux pour se
confoler de leur perte par l'honneur
imaginaire de n'avoir pery que de
leurpropre main ; cependant,Mesfleurs,
fans craindre de ne pa
roiſtre pas assezſenſible à ces faveurs
du Ciel, je publierayhautement
que preferablement à ces vi-
Etoires Surprenantes , ilfaut benir
Laimable Providence de Dieu far
GALANT.
93
now , qui nous comble de toutes ces
faveurs en nous confervant la
personne du Roy , qui comme un
fage Pilote , & comme un Monarque
accompli , par l'applica
tion continuelle qu'ilapporte aux
affairesde l'Etat , comme à celles
de la guerre par les ordres qu'il
donne aux Armées de terre com.
me àcelles de mer , semble tenir
d'une main le gouvernail defes
Vaisseaux , & de l'autre les rênes
de fon Empire , également
admirable & terrible fur la mer
&fur la terre, à la teſte de ſes
Troupes ,&danslefecretdu Cabinet.
Carenfin quelremerciement ne
doit on point au Ciel pour la con
fervation d'une personne fi neceffaire
aufalut de ſonRoyaume,dont
la profonde ſageſſe occupéesans relâchede
tous nos besoins, attentive
àtoutes nos neceffitez, appliquée à
94
MERCURE
découvrir&à déconcerter tous les
deſſeins que la jalousie , la fureur
&la perfidie de nos Ennemis avoiet
formez contre la France , s'étend
égalementsur la Meuse &furle
Rhin , dans la Savoye &dans le
Piedmont,fur la Catalogne&fur
la Flandre , furla Mediterranée
comme fur l'Ocean , équipant des
Flotes, fortifiant des Places , im
primantaux Soldats la nobleardeur
dont ils paroiſſent animez ; entretenant
lapaix,lafeureté&latră
quillitédanstoutes lespartiesdefon
Royaume ; bonheur dont nous
ioniſſons dans nos montagnes ,
&dont nos Alliez reffentent les
effers iusqu'à l'extremité de l'Europe
? C'est à ta veuë de ces
merveilles & de ces prodiges
Surprenans que ie ne puis m'empescher
d'employer pour Louis le
Grand les paroles que le Saint
GALANT. 95
Esprit ſemble nous mettre auiourd'huy
luy même dans la bouche
. Sapientia ædificavit fibi
domum , ſubdidit fibi gentes ,
ſuperborum & fublimium colla
propria virtute calcavit. Le
fageffede Louis , le Salomon de la
France,luy a bâry une maison d'une
magnificence fans pareille mais
pourune qu'elle luy a faite, ellelug
en afait rêtablır millepourleSauveurdu
monde. Cettefageffe luya
Soumis cent differens Peuplesarmez
contre luy, Enfin cette mesmefageffeafeen
humilier ces Teftes fuperbes,
ces fiers Ennemis , ces Rois
de la mer & de la terre ,fans em
prunterd'autres forces que les fiennes
Peut-on nepas admiver lagran
deur d'ame de ce Heros, né pour la
felicité de l'Univers , qui dans les
pluspreſſans besoins defon Royaume
96 MERCURE
attaquépar toutes les puiſſancesde
l'Europe,se fait un devoirde partagerſesforces
pournepasmanquer
àun Souverain legitime , depoffedé
parun iniuste vfurpateur,&abandonné
lâchement de ceux mesmes
que la fidelité &la Religion de.
voient luy attacher le plus fortement
? Luyfeulle retire le con
fole,leſouſtient ,&tandis que les
autres Princes oublient leurs veritables
interests pour foûtenir
l'usurpateur , il n'épargne rien
pour lerétablirfur leTrône , per-
Suadéque la gloiredeſouſtenirune
Couronneestplus grande que celle
dela porter. Peut-on nepas admirer
la picté fincere & religieuse
de Louisle Grand , dont
les deſſeins toujours pacifiques
& religieux n'ont jamais fait
prendre les armes que pour estre
en estat d'aſſurer les Temples&
,
les
GALANT .
97
les Autels du Dieu des Armées,
& qui malgré toutes les veuës
d'unepolitique intereßee, a donnè
la paix à l'Europe , quand il
a cru qu'elle pouvoit estre funeſte
aux Ennemis du Sauveur &
de la Religion , content defoutenir
aujourd'huy cette sanglante
guerre fans aucun autre interest
que celuy d'achever de les abattre
& de les confondre ?
Mais pourquoy ne parler que
d'admiration & d'étonnement à
la veuë de tant de merveilles ?
Est- ce un miracle nouveau que
nous voyons ; N'est-ce pas le
bonheur ordinaire de Louis le
Grand Les autres années de
Sonregne ont elles esté moins ad
mirables ? La force & la iuftice
deses armes n'a t-elle pas touiours
esté redoutable àses Enne.
mis , favorable à ses Alliez ,
Sept. 1690.
E
98
MERCVRE
4
terrible à chacun de ces mesmes
Princes qui ne font rassemblez
que pour donner une plus grande
étendue à ses triomphes , & un
plus grand éclat à ſa gloire ;
Pourquoy donc se récrier fur fes
dernieres victoires , qui ne sont
qu'une fuite d'un infinité d'autres
,&une continuation des benedictions
que la Religion lay attire?
Que dis.ie ? C'est à l'Eglife à fe
récrier , & à consacrer desvictoivesfi
neceffaires àla confervatiode
La Foy & àl'extinction de l'Herefic.
C'est à elle à celebrer des victoires
qui ôtent les armes aux Ennemis
étrangers , & qui les font tomber
des mains des Ennemis domesti
ques , dont la révolte & la fureur
font toute l'esperance des Coniurez;
des victoires qui rompent les mesures
denos perfides Alliez , & de nos
voiſins infidelles , qui malgré la
QUE DE
LAVIE
LYON
LLE
GALANT.
QUE DE
و و
conspiration de tant d' ausNaires av
*
ouvrent un chemin à la Paix
feront bien- tost contraints de demander
; trop heureux de recourir à
la clemence de celuy dont ils redos
tentfi ført le pouvoir , & d'estre
affeurez par plus d'une experience,
que iamais la fortune ne luyfait
oublierfa bonté. Le Traité avanrageux
que Sa Majesté offre au
Duc de Savoye , en estune nouvelle
preuve,dont la memoireſera éternelle,
L'Histoire la conſervera com.
me un monumentde la puiſſance&
de la generofitéde Louis le Grand,
de sa puiſſance , ayant pû d'abord
fe faire justice , le perdre & l'abiſmer
; desagenerofité ayant bien
voulu luy faire grace & luy pardonner
auffitoft qu'il aura temoignefon
deplaisir.
Elevez donc vos voix , Chantres
, Musiciens. Que ces voûtes
E 2
100 MERCVRE
retentiffent de nos Cantiques d'Allegreffe
, Peuple fidelle. Animez
vos coeurs d'un Zele tout nouveau ,
Ecclesiastiques ,prestres , Ministres
de I. C. redoublez vos prieres ; elles
monteront comme un encens odoriferant
vers le Trône du Dieu des
Armées en Action de graces de la
confervation de l'auguste Perſonne
de noſtre invincible , Monarque,
& des deux celebres Victoires qui
nous exprometent beaucoup d'autres
& qui ne nous laiſſent plus rien à
desirer qu'une prompte&heureuse
Paix , que LOUIS donnera encore
une fois à toute l'Europe.
La Ville de Mende , dans le
Givaudan , Province du Gouvernement
de Languedoc, n'a
pas monftré moins de zele ,
qu'Agen & Vzez . Les Chanoines
de la Collegiale de tous les
GALANT. 101
Saints firent dreſſer un Feu de
joyedans leur cour, avec toute
la magnificence poſſible. Ils s'y
rendirent tous en Surplis &en
Aumuſſes ayant leur Doyen à
leur teſte , & tenant chacun un
Cierge de cire blanche à la
main , & aprés avoir chanté le
Te Deum ,& commencé le Veni
Creator ils alumerent ce Fea à
ces paroles , Accende lumenſenſi
bus. Entre les Particuliers de la
Ville , M. de Reverſac, Treſorier
de France en la Generalité
de Montpellier qui eſtoit
alors àMende avec ſa Famille,
ſe diftingua par un feu d'artifice
fort agreable . Il fut allumé
devant ſa maiſon au bruitde
fix Muſettes , de douze Violons
, de quatre Trompetes &
d'une aſſez grandeMouſqueterie
. Le Bal fucceda à ce diver
E 3
102 MERCURE
tiſſement , & la Compagnie
groffit de telle forte en fort peu
de temps , qu'on fut obligé de
danferdans une cour extréme.
ment ſpatieuſe. Douze Mafques
fuperbement veſtus , y
vinrent accompagnez d'une
bande de Violons & par les
fauts ſurprenans qu'ils firent, il
fut aifé de connoiſtre que s'étoit
une Troupes de Commediens
nouvellement arrivée.
Ces rejoüiſſances durerent
juſqu'au jour.
On en fit de fort grandes à
NogentleRoy le 25. de Juillet ,
pour la Victoire remportée à
Fleurus par l'Ameé du Roy , &
elles furent renouvelléesle 30 .
dumeſme mois pour la défaite
des Flotes Angloiſe & Hollandoiſe.
Deux Compagnies de
Bourgeois formerent une ſpece
GALANT. 103
deBataillon,qui fut ſuivy d'u .
ne Compagnie de Cadets, chacun
de huit à neuf ans , tous
bienfaits & propres. Elles marcherent
au bruit des Fifres , des
Violons, des Tambonrs, & des
Trõpettes, & allerent ſe ranger
prés de l'Egliſe en deux lignes
paralelles. Aprés que l'on cût
chanté leTE DEUM , pendant
lequel tout le Canon fut tiré,
les Compagnies defilerent , &
monterent au Chaſteau, ayant
Meſſieurs de la luſtice à leur
teſte. Elles ſe placerent dans
l'Hippodrome , qui fait face à
un ſuperbe Perron du meſme
Chasteau , & le jeune Fils de
M. le Marquis de Biron Gendre
de Madame la Comteſſe de
Nogent alluma le Feu avecune
grace qui le fit admirer de tout
le monde , aprés quoy les
E 4
104
MERCVRE
Mouſquetaires , Fuziliers , &
autres firent une décharge de
toutes leurs Armes . M. le
Bailly tint ce ſoir-là table ouverte
,& Mrs de Brehainville .
de Sainte Loye, Leger, Vaillant
& Bouchair , qui commandoient
les Milices , ſignalerent
leur adreſſe par les divers mouvemens
qu'ils leur firent faire,
L'épanouiſſement de la joye
fut fi grand parmy le Peuple,
qu'on tira pendant la nuit plus
de mille coups d'Armes à feu .
Les Dames mêmes ſe montrerent
Amazones, & ſe firent un
plaiſir de tirer le Piſtolet.
Il s'eſt fait auſſi une grande
réjoüjſſance à Marseille pour
les avantages qu'ont remportez
les Armes du Roy. Elle fut
ordonnée par M. d'Arvieux,
:
GALANT.
105
Commandant de la Milice de
quatre quartiers du terroir de
cette Ville- là , dans la Paroiſſe
de Noſtre - Dame de Grace ,
joignant la terre du Canet.
Aprésles actions de graces renduës
à Dieu. Il fit mettre en
ordre ſa Compagnie, Compoſées
de trois cens hommes marcha
à leur teſte,& paflant trois
fois devant le Portrait du Roy
qui eſtoit ſur le Portail de l'Egliſe
il le ſalua de ſa pique en
diverſes manieres . La meſme
choſe fut faite par les autres .
Officiers , & par M, d'Arvieux
ſon Fils , qui eſt ſon Enſeigne,
&qui ſalua auffidu Drapeau .
CetteCompagnie eſtant remiſe
àſon premier poſte , on tira
devant l'Egliſe trente fix Boëtes
,& les Soldats firent trois
dêcharges de leurs Mouſquets.
E
S
106 MERCVRE
Aprés cela M. d'Arvieux leur
commanda de mettre les armes
à terre , de tirer l'épée,& de la
tenir haut élevée en figne de
la promeſſe qu'ils faifoientdevant
Dieu , de donner leur vie
pour le ſervice de Sa Majesté,
& pour la defence dela Foy. Il
les fit enſuite défiler par quatre
,&ils marcherent autour
de ſes dépendances, faiſantun
feu continuel pour marquer
leur joye. Ils ſe rendirent encore
dans le meſme ordre à l'Egliſe.
devant laquelle ils allumerent
un grand Feu avec toutes
les ceremonies qui ſe pratiquentdansles
occaſions de cet
te nature. La Feſte fut termi .
née par les Vigiles des Morts .
&par d'autres Prieres qu'on
fit pour le repos des Ames de
xant de Braves qui ont répen,
GALANT.
197
du leur ſang dans une guerre
qu'on peut appeller de Religion
, puiſque la France fouſtient
la Foy Catholique contre
un fortgrand nombre d'Alliez
qui cherchent à la détruire.
Les meſmes réjouiſſances
ont eſté faites à Toulon , où
l'on a chanté le TE DEUM dans
la Cathedrale avec beaucoup
de ceremonie. Entre les Particuliers
qui ont fignaléleur zele
dans cette rencontre , on peut
dire que M. Mallard s'eſt diſtingué.
Il fit parer magnifique.
ment l'Eglise des Peres Auguſtins
Deſchauſſez qui eſt la
plus belle de la Ville. On y
voyoit un Portrait du Roy repreſenté
avec ſa Cotte d'Ar
mes , & au deſſous ces paroles
Cunctis fufficit & necat omnes ,
pour faire entendre , que quoy
E 6
108 MERCURE
qu'il ſoit ſeul à combattre tous
les Souverains de l'Europe liguez
contre luy , il ne laiſſe pas
de les ſurmonter. Sous ce Portrait
eſtoientd'un coſté les Armes
de France avec ces mots,
Terraque Marique triumphant. &
de l'autre celles de la Ville de
Toulon , qui font d'azur à une
Croix d'or . Ces paroles ſe lifoient
autour , Fidumfemper erit
Regique Deoque Tolonum , pour
marquer la fidelité que Toulon
garde inviolablement à Dieu
& au Roy . Le matin du 13.
du mois paffé , jour choiſy
pour cetre Feſte , le Pere Raphaël
, Prieur du Convent ,
celebra uneMeſſe folemnelle ,
Aprés Veſpres , les Religieux,
ayant chacun un Flambeau à
la main , firent une Proceffion
où l'on porta l'Image miraGALAN
Τ .
109
culeuse de noſtre Dame de
Montaigu. Le ſoir , les Violons
au dedans , & les Tam
bours & les Fifres au dehors
firent connoiſtre qu'on alloit
chanter le TE DEUM. Cette
ceremonie eſtant achevée , le
Pere Prieur , accompagné de
pluſieurs Religieux portant
des Flambeaux , alla benir &
allumer le Feu de joye qui
avoit eſté dreſſé entre l'Egli
fe , & la Maiſon de Mr Mallard.
Ie ne vous dis rien des
illuminations qui eſtoient aux
feneftres , & en d'autres endroits
de cette Maiſon', ny
duregalequ'il fit ce ſoir là à
ſes Amis.
Le23. dumois paſſé , on fit
à Cologne , dans l'Egliſe Cathedrale
, un Service folemnel
pour Madame la Dau
110 MERCVRE
phine. Tous les Ecclefiaftiques
de ce Diocese s'y trouverent
avec les Religieux de
tous les Ordres. L'Office s'y fit
en Muſique; & on y entendit
toutes fortes d'Inſtrumens . Les
Timbales & les Trompettes étoient
couvertes de friſe noire,
Un tres -grand nombre de cierges
brûloientdans des chandeliers
d'argent tout autour du
Maufolée. Le cercueil eſtoit
couvert de drap noir , avec un
carreau de velours noir bordé
d'argent. On avoit poſe ſur ce
carreau une Couronne d'or enrichiedeDiamans,&
on voyoit
au deſſus une repreſentation de
Mort qui voltigeoit. La Meſſe
fut celebrée par un Eveſque,&
les Bourguemeſtres , les Magiſtrats
,& tout ce qu'il y avoit à
Cologne de perſonnes conſideGALANT.
rables aſſiſterent à cette lugubre
Ceremonie.Aprés la Meſſe,
l'Evefque & les Prelats s'avancerent
vers le Mauſolée , ſuivis
des Chanoines qui avoient de
longues robes de velours rouge
&des ſurplis par deſſus . On fit
les encenſemens , & le toutfe
termina par des chants lugubres.
Mr le Prevoſt a ſoûtenu
depuis peu de temps au College
Mazarin , des Theſes de
Mathematique ſur l'Archite-
Aure Militaire. Comme elles
eſtoient dédiées à Mrsles Prevoſt
des Marchands & Echevins
de Paris , ils firent l'honneur
au Soûtenant d'y vouloir
bien aſſiſter en Corps.
Ces Theſes eſtoient imprimées
en livre , & dans celivre
on avoit repreſenté l'Hos
112 MER CVRE
1
ſtel de Ville , avec la marche
de ſes Officiers. Il contenoit
pluſieurs autres Tailles douces
, ſuivant les ſujets qui devoient
ſervir de matiere à la
difpute. L'aſſemblée fut illuſtre
& fort nombreuſe , & le
Soutenant s'attira une approbationgenerale
par ſes réponſes
. On distribua dans l'Af.
ſemblée une Ode Latine , faite
par Mr le Comte , à l'honeur
de ceux à qui les Theſes
eftoient dédiées le vous en
envoye la traduction . Elle eſt
d'un des plus heureux Genies
del'Academic Françoiſe.
NOATE
P
GALANT . 113
A MESSIEURS
Les Prevoſt des Marchands
& Echevins de la Ville
Ourcy ,
de Paris .
'en tous lieux puis qu'en
par tes travaux utiles,
De Paris chaque jours'augmentela
Splendeur,
Etqu'enfin la Reine des Villes
Partoyvoitsa beautérépondreàSa
grandeur .
Donne trève âtessoins,fuis lavoix
qui t'appelle
Au plaisir innocent de nos doctes
Combats ;
Etvous qu'anime un mesme Zele,
Sonfidelleconfeil, accompagnezfes
pas.
114 MERCURE
Là ne s'agitent point ces disputes
frivoles ,
Où la raiſon trop vive obscurcit le
discours ,
Etsur unvain jeu deparoles.
Sedebat & s'égare en mille faux
détours.
Mais là brille cet art à qui tout est
poffible ,
Qui ceint une cité d'invincibles
remparts ,.
Etqui d'unmur inacceſſible
Porte, comme il luy plaist,lamort de
toutes parts.
Onyvoit un Enfant , d'une main
intrepide ,
Allumer les Canons dont il eſt entouré;
Déiafon adreſſe homicide
Menace l'Ennemi d'un trèpas aſſuré
GALANT. 115
é
C'est avec ce bel art quefans estre
nombreuse
Une Troupe reſiſte à mille efforts
divers ,
Et que la France belliqueuſe
Sous le bras de LOVISfait trembler
l'Univers.
Par ce belArt , Fleurus deformais
fi celebre ,
A vû ses champs couverts d'une
moiſſon de morts ,
Et dufangdes Peuples de l'Ebre
La Meuse épouvantée avûrougir
fes bords.
Par luy denos Guerriers l'heroïque
vaillance
A lancé sur les mers cent foudres
irritez,
Et des Ennemis de la France
Faitvoler en éclats lesflotates Citez
116 MERCVRE

Quelfracas! & combiensur l'onde
lumincuse
Periſſent par le feu de fuperbes
Vaiſſeaux !
Tout brûle, & la flameorgueilleuse
S'applaudit de regnersur l'empire
deseaux.
Les restes malheureux de ces tristes
naufrages
Vont heurter les rochers effrayez&
furpris ,
Et lamer avec fesrivages ,
Toute avare qu'elleest , partage le
débris .
Les Enfans d'Albion , malgré leur
arrogance,
En ont tremble d'horreur ,&parces
grands exploits
Ontvûcommencerla vangeance
GALAN T.
117
ن
De leur noir attentatſur la Pourpre
can .
des Rois
,
Il paroiſt un Livre nouveau,
intitulé , Les Philofophes à l'en-
Il contient deux Dialogues
, dont l'un eſt traduit de
Lucien . Ce premier Dialogue
renferme ce qu'il y a de plus
particulier à dire de la doctrine
de Pythagore , de Diogene ,
d'Ariſtippe , de Democrite
d'Heraclite , de Socrate , d'Epicure,
de Chryfippe, d'Ariſto .
te,& de Pyrrhon . Il eſt accompagné
de remarques fort utiles
pour l'intelligence de
beaucoup de chofes , & il y en
ade meſme ſur le ſecond Dialogue
, qui eſt purement du Traducteur.
Il a continué la matiere
, afin de parler des autres
Philoſophes celebres dont Lu
118 MERCVRE
eien n'a rien dit. Ainſi en lifant
ce livre avec les Remarques ,
on apprend la vie de tout ce
qu'il y a cu de Philoſophes.con .
fiderables dans l'Antiquité .
Mrl'Abbé de Pezene a ſatisfait
l'empreſſement du Public,
en permettant au Sr Coignard
Libraire , de faire imprimer
l'excellent Panegyrique de S.
Loüis , qu'il prononça le 25. du
mois paffé , dans la Chapelle
du Louvre. Il eſten vente depuis
quelques jours,&je vous
l'envoye.Je ſuis aſſuré quevous
trouverez dans cet Ouvrage
tout ce que l'éloquence la plus
fine peut fournir de vif à un
eſpritdelicat , qui poſſede parfaitement
ſa matiere,& qui fait
toujours s'en rendre maiſtre
Lifez , Madame. Tout ce que
je vous dirois ne ſerviroit qu'à
GALANT. 119
i
retarder le plaiſir que vous recevrez
de cette lecture.
que
Les actions merveilleuſes
du Roy , ont tant de rapport à
cellesde S. Loüis, que le Panegyrique
de l'un emporte prefneceſſairement
le Panegyrique
de l'autre. C'eſt ce qui
fit dire lejour de la Feſte de ce
Saint , au Pere de S. Martin
lefuite , Profeſſeur de Rethorique
, lors qu'eſtant monté
en Chaire dans l'Egliſe de
Hopital general de la Ville
dePerigueux , il en commença
l'éloge. Ne croyezpoint que
je puisse separer les louanges
qu'on leur doit . Vous reconnoiftrez
Louis le Grand dans

ce que je vous diray de plus
merveilleux de la vie de Saint
Louis , & vous trouverez les
images ſenſibles des versus de
120 MERCVRE
2 dans ſes
S. Louis dans les actions de Louis
le Grand. Ce Pere fit enſuite
la diviſion de ſon diſcours ,
en diſant que S. Loüis avoit
fait triompher la Religion
dans luy meſme
Etats , & dans les Royaumes
étrangers ; dans luy - meſme ,
par ſon application à pratiquer
les vertus lesplus heroïques
du Chriftianiſme ; dans
ſes Etats par ſa ſageſſe & par
fa douceur à ramener à leur
devoir ceux de ſes Sujets que
l'erreur& le vice avoient eu
le pouvoir d'en éloigner ; &
dans les Royaumes étrangers
par ſon courage & fon zele à
défendre la Religion contre
les Infidelles qui avoient cherché
à la détruire Tout cela
fut accompagné de preuves
auſſi ſenſibles que fortes , &
lors
GALANT.
121
lors qu'il les eut finies : fe
n'auray pas de peine , ajoûta-
t- il , à vousfaire entrer dans
mapensée. Penetrez de tout ce que
le Roy fait tous les jours de grand
pour les interests de la veritable
Religion ,vous avezdéiamis dans
voſtre espritàlaplace du Saint dont
ie vous parlois , le pieux Monarque
dont ie devois vousparler. La moderation
de l'un , sa charité ,sa
douceur , Samodestie , ſa clemen
ce,ſapieté, &fon zele, quiſeſont
preſentées à vos yeux en mesme
temps que ievous marquois les vertus
de l'autre , vous ont déia fait
iugerde la conformité de leur vie ,
& vous n'avezpas creu qu'ilfust.
une copie plus fidelle du triomphe
que la Religion a remporté ſous le
regne de S. Louis , que le triomphe
qu'elle remporte aujourd'buyfousle
regne de Loüis le Grand. En effet ,
Sept. 1690. F
122 MERCURE
quelle force n'a pas deu avoir la
Religionfur lecoeur de ceMonarque
pour l'arrestertant de fois au milien
defes Victoires ? Rappeliez dans
vostre efprit ce que doivent nos Ennemis
àfa moderation . Il pouvoit
tout attaquer & tout vaincre. Sa
prefence renverfoit les murs desplus
fortes Places. Les Provinces entieres
prevenoientfes desseins en fefou
mettant àfon Empire ,& dans la
rapidité deſes Conquestes, invinci
blesà tout autre, ilfefurmonta lugmesme
, &mettant des bornes àfa
puissance, que toute l'Europe enfem
ble ne pouvoit arrester , il donna la
Paixàſes voisins ,& par une gene
rofitéinoüie , il leur rendit defortes
Places qu'il leur eust estè impoſſible
de reprendre. Le Pere de Saint
Martin s'étendit ſur les autres
marques de cette meſme moderation
que le Roy a données en
1
GALANT .
123
tant de rencontres . Il parla de
ſa douceur , de ſa clemence , de
fa modeſtie dans les plus grandes
profperitez de ſon regne ,
de ſa charité , & de ſa tendrefſepour
les Pauvres, qui paroiſt
par ces Hofpitaux baſtis dans
toutes les Villes par ſes ſoins,
&fondez la pluſpart de ſes propres
revenus . Il parcourut ſes
autres vertus, & paffat à ce que
le Roy a fait dans ſon Royaume
pour détruire l'herefie , &
pour reformer les moeurs de
ſes peuples ; Ce Monarque ,
dit- il , a souiours esté à la teste
deſes Armées , ou à la teſte de fon
Conseil, pour estre l'ame de l'un par
lafuperiorité deson genie , & pour
donner le mouvement aux autres
parsa prudence & parson courage,
mais partout il a eu en veuë la Religion
qui a esté la directrice de fes
F 2
124 MERCVRE
, Conſeils l'ame de ſes Loix
le motif, de ses entreprifes.
S'il a combatu, cen'a esté que
pourmettreſes Ennemishors d'estat
de traverſer ſes pieux deffeins , &
s'il a donné la Paix à l'Europe dans
letemps quesa valeur&fa fortuneſembloient
luy promettre de nouveaux
Royaumes , ce n'a efté que
pour affermir d'avantage le Royaume
de 1. C. dans le sien . N'est- ce
pas à luy que noussommes redevables
de cesſages Reglemens, qui ont
fait que la guerre , qui estoit la
mere du libertinage est devenuë
l'Ecole de lavertu, &que les blafphemes
, les larcins , les excés du
seu & de la débaucheyfont punis
fort feverement ? Enfin les Eglifes
pourveues de Pasteurs si vigilans,
les Barreauxde Inges si integres ,
les Villesfi bien policées , les beaux
Arts cultivez, tant d'établiſſemens
de pieté pour l'un & pour l'autre
GALANT .
125
Sexe , mais fur tout l'hereſſe dé.
truite,ſes Temples renverſez , tant
de milliers d'Enfans de l'Eglise
êgarezramenez dans leſein deleur
mere , ne font ils pas le plus glorieux
triomphe de la Religion ,&
pouvons nous affez louer laſageſſe
d'un Monarque qui asecu prendre
deſi justes mesures , pour bannir
ainſi l'erreur & le vice , & faire
regner la veris dans ſes Estats ?
Il vint delà au troifiéme raport
de ſa Majesté avec Saint Loüis
&pour montrer quele zele du
Roy avoit la meſme étenduë
que celuy dece Saint,puiſqu'à
ſon exemple il fait triompher
la religion dans les Royaumes
Eſtrangers , il parla dabord de
ce qu'ila fait pour elle hors de
ſes Estats dés le commencement
de ſon regne , des Ambaſſades
qu'il a envoyées en
E3
126 MERCURE
Perſe & dans l'Orient , des
preſens qu'il a faits , & des
Lettres qu'il a écrites à tantde
Rois & de Princes infidelles
, pour les engager à ſouffrir
dans leur Pays les Predicateurs
de l'Evangile , des ordres
qu'il donne continuellement
àfon Ambaſſadeur , à la
Porte , de ſe ſervir de toute
fon autorité dans cette Cour
afin d'obtenir en faveur des
Fidelles de la Paleſtine tous
les Privileges dont ils ontbeſoin
pour conferver & avancer
la Religion Chreſtienne .
Aprés beaucoup d'autres
choſes , à quoy m'arreſtay-je ,
continua-t- il ; ce quise passe
depuis deux ans sous les yeux
de tout le monde , ne nous fait il
pas voir Louisle Grand tel qu'il
est ? A.til jamais paru à nos
Ennemis fi puiſſant qu'il le pa.
1
GALANT.
127
reifst dans cette guerre qu'il foûtient
contre les efforts de toute
l'Europe ? Nous a 1. il jamais
paru si Chreftien , fi attachéaux
interests de l'Eglise ,&fizelé de.
fenseurde la Religion ; Il a combatu
autrefois pour l'Estat , & pour
luy mesme ,si vous voulez , lors
que dans la rapidité de fes Victoires,
lesplusfortes Places ont cedé
àsavaleur ,&quemille & mille
Ennemis vaincus ontporté la ter
reurdesonnomjusqu'aux extremitez
de laterre. Icy la guerre est
tonte Sainte c'est pour le Cielqu'il
combat , & iln'a point d'Ennemis
qui nefoient les Ennemis de la Reli
gion. Les unssefont depuis longtemps
declarez contre elle ou
vertement. Les autres se sont liê
guezavec les premiers , & tous
ont juré sa perte , quoy que par
des veues differentes qui nefer
F4
128 MERCURE
vent qu'à les vendre plus coupables.
Combien de fois avons nous
dit qu'il estoit luy seul l'appuy
de la Religion , & que sans luy
elle alloit presque s'éteindre par
les derniers efforts que vient de
faire l'Enfer , pour se vanger des
pertes que la pietédu Roy luy a fait
fouffrir ! Iusqu'où n'avezvous pas
portévostrefureur,Anglois rebelles,
pouffez parcePrince ambitieux que
vous avez misſur le Trône de vostre
Roy legitime ? A quels excés ne
vousferiez-vous pas abandonnez ,
St Louis le Grandn'custfervy d'asile
&dedéfenſeàcet auguste Fugitif?
Tu te préparoisdéia des triomphes ;
audacieuse Herefie , qui as causé
tant de malheursàl'Europe ? Tu ne
te promettois pas moins quede rentrerarmée
dans la France , & de
t'y rétablirpar les voyes cruelles qui
t'yontfaitfaire autrefois defigrads
GALANT .
129
ravages. C'est ce que tu attendois
deces fauſſes Propheties qui animoient
tes indignes sectateurs , 018
plutost, c'est ce que ſembloient te
devoirfaire esperer tant de Princes
Chrestiens liguez ensemble pour
tes interests , & qui ont abandonné
lâchement un Royperfecusépour la
iuſtice , après avoirtraby leur confcience
& leurfoy pour ſe ioindre à
l'usurpateur de ſes Etats. Mais
tremble malgrétespuifſſantes Ligues
LOVISſeulqui entreprend la défens
Sed'un Roy détrônépourſa Religion.
porterafurtoy le coupqui doit achever
ta perte, & plus tu as cru avoir
deforces pour detruire la vrayeReligion
, plus la vraye Religion en
trouvera dans l'appuy de ce grand
Prince , pour triompherdes inutiles
efforis que tant d'alliez ofent
faire en ta faveur. Il finit avec
une fatisfaction entiere de ſon
FS
130
MERCVRE
Auditoire , par des voeux pour
la conſervation de la Perſonne
facrée de Sa Majesté , & pour
l'heureux fuccés de ſes armes .
La Ville & la Cour de Montpellier
ayant fait chanter le Te
Deum pour les Victoires du
Roy , la veille du jour où l'on
celebre la Feſte de Saint Ignace
, le lendemain Mr l'Abbé
Plomet qui prononça le Panegyrique
de ce Saint, das l'Egliſe
des Peres leſuites , le finit par
ces paroles . Estes- vousfatisfaits ,
Chreftiens , de mon ministere, & me
reste- t- il quelque chose à dire pour
finirce discours ? Ah , Seigneur ,
woſtre Peuple, la joyeſur le visage
&la reconnoissance dans le coeur ,
m'oblige encore de publier icy avec le
Prophetevos infinies mifericordes ..
pour avoir mis les Nations à nos
pieds,&Soumis les Peuplesànoftre
GALANT .
131
1
|
puiſſance : Rex magnus ſubjecit
populos nobis , & gentes fub
pedibus noftris. Que Ferusalem
doncfe réjouiſſe! que les Filles de
Sion inventent mille chants nouveaux
: Omnes gentes plaudite
manibus , jubilate Deo in voce
exultationis. L'Hydre conjurée
contre nous vient de recevoir le coup
fatal defa mort , par le bras également
victorieux & redoutable de
Louis le Grand , nostre invincible
Monarque. La formidable Statuë
de Nabuchodonofor vient d'estre
renversée ; les murs de lericofont
abatius. Datan & Abyron , cette
troupe orgueilleuse de Factieux,cette
Ligue infernale vient d'estre dif
fipée. Les ingrats Gabaonites
font défaits ; les Ammonites font en
fuite ; les Moabites font détruits ,
Les Philistinsfont en déroute..Goliat
estterraßé. Amalec eft vaincu , &
E6
132
MERCVRE
par un comblede bonheur l'Armée
entieredePharaonvient d'estresubmergée.
Quelle gloire pour Louis !
quel triomphe pour l'Eglife ! quel
Sujet de honte & de confusion pour
tousnos Ennemis ! Graces éternelles
vousfoient donc renduës , ô mon
Dieu , pour defi grandes victoires
pourtant de bienfaits receus ! Combattez
toujours pour ce Monarque
dont le regne eftfi utile à l'Eglise,fi
glorieux à la Religion , (i avantageuxà
la France. Mais, Seigneur ,
en beniſſant les armes du Pere ,
n'oubliez pas celles du Flis . Faites
que l'un & l'autre travaillant de
concertpourfoûtenirvostre gloirefur
Laterre , ils puiffent un jour comme
Saint Ignace, en recevoirla récompenſedans
leCiel. Cefont, Seigneur
Les voeuxdetout ce Peuple , qui demandevostre
benediction .
GALANT . 133
On a repreſenté cette année
, ſelon la coutume , fur le
Theatre du College Royal &
Archiepifcopal de Bourbon
des Peres leſuites de Roüen ,
une Tragedie pour la diſtribution
des Prix fõdez par Mrs du
Parlement de Normandie . Le
ſujet eſtoit Idomenée , Roy de
Crete , qui à ſon retour du
Siege de Troye,fut batta d'une
fi forte tempeſte , que pour appaiſer
la colere des Dieux qu'il
croyoit avoir irritez , il promit
de leur immoler la premiere
choſe vivante qui s'offriroit à
ſes yeux ſur le rivage de Crete .
Il y vit d'abord ſon Fils unique,
appellé Idée , & lors qu'il voulut
le ſacrifier, la Reine ſa Femme
s'y oppoſa . Elle s'eſtoit engagée
à le marieravec Electre,
Filled'Agamemnon, qui s'étoit
t
134
MERCURE
retirée en l'ifle de Crete aprés
la mortde ſon Pere. Les Sujets
d'Idomenée ne pouvant ſouffrir
la mortde ce jeune Prince
, entreprirent de le faire
regner en chaſſant ce Roy ,
mais il ſe déroba ſecretement
tandis qu'on preparoit toutes
choſes dans le Temple pour
fon mariage , & afin de détourner
la vangeance des
Dieux de deſſus la teſte de
fon Pere il s'immola laymeſme
,& ſe rendit la Victime
&le Sacrificateur , ſans
que ſon deſſein eût été connuny
dela Reine ſa Mere , ny
dela Princeſſe Electre . Cette
Tragedie eſtoit du Pere d'Epineul
, Regent de Rethorique,
& fut repreſentée avec
beaucoup de magnificence ,
par les meilleurs Acteurs.
d'entre lajeuneſſe de ce Col-
2
GALANT.
135
6
lege. Chaque Acte eſtoit ſuivy
de Balets differents , où les
Paſſions parurent ſous les
ſimboles de la crainte , du
deſeſpoir , de la triſteſſe , de
l'eſperance &de la joye. Ils
furent danſez par les plus habiles
Danſeurs de l'Opera étably
à Roüen depuis peu d'années
& par les Maiſtres de
danſe de la Ville . Ce grand
Spectacle finit par la diſtributiondes
Prix , où les Enfans
des perſonnes les plus.
qualifiées eurent bonne part.
Le Fils de Mr de Brinon ,
Conſeiller au Parlement , en
remporta cinq en Rhetorique
Le Fils de Mr de Machonville
, Preſident en la Chambre
des Comptes , en remporta
deux . Le Fils de Mr d'Orgeville
, Preſident au Mortier ,
136 MERCURE
en eut un ,& le Fils de Mr de
S. Gervais Conſeiller , un au -
tre ; chacun en ſa Claſſe .
:
Je vous envoye le revers
d'une Medaille de la vie du
Roy , où vous trouverez la
priſe de Bude. On voit au
deſſus un Soleil avec ces paroles
, Me ſtante triumphant ,
c'eſt à dire ,que lors que le
Roy n'a point les armes à la
main , les Allemans triomphentides
Turcs. Rien n'eſt
plus conſtant , & le contraire
ſe voit dans la perte qu'ils
ontfaite , le premier jour de
cette année & dans celle
د
qu'ils viennent de faire en
Tranfilvanie. Cependant ils
n'ont pù joüir de leur bonheur
, & ils ont mieux aimé
ſeliguer contre la France , &
forcer Sa Majesté à reprendre
1
GALAN Τ.
137
les armes aprés les avoir quittées
en faveur de la Chreſtien-
ιέ , que de voir augmenter
les Conqueſtes qu'ils avoient
commencé à faire ſur les Ennemis
de la Foy. Ils ont affuré
par là de nouveaux triomphes
à ce grandMonarque,
& l'on peut dire avec beaucoup
de raiſon à ſon avantage ,
ceque Mr de Condamine , Re.
ceveur des Finances à Nevers,
aheureuſement exprimé dans
ce Sonnet.
Q
AU ROY.
1
Ve de gloire à la fois éclate
fur ta teste !
Que d'Ennemis vaincus cedent à
ton pouvoir !
L'Allemagne à l'aspect detes Drapeaux
s'arreste ,
138 MERCURE
Et le Belgedompté n'ose sefaire
Voir
Amarbcer contre toy le Savoyard
s'appreſte;
Ils'allie aux Lombards ,flaté d'un
vain espoir;
Maisbien- toſt ſes sujets deviennent
ta conqueſte ,
Et soumis à tes loix te marquent
leurdevoir.
Ayant vûle Batave & l'Anglois
diſparoiſtre ,
L'Oceaneffrayè te reconnoist pour
Maistre ;
Grand Roy , que reſte- t- ilaprésde
tels exploits ?
!
Tout cede à tavaleurfur la terre&
Sur l'onde ,
Ton nomést reveré des peuples&
des Rois ;
GALANT . 139
1
:
Pour le rendre plus grand est- il encore
un Monde ?
- Le Roy n'eſt pas moins
grand par ſes manieres genereuſes
, que par la force de ſes
armes . Ie ne loüe jamais ce
Prince , que je ne rapporte
un fait qui convienne à la
loüange. Ainſi je vous diray
que le procedé de Monfieur
le Duc de Savoye n'a point
empêchéque Sa Majesté n'ait
envoyé des ordres dans toutes
les Provinces & dans toutesles
Villes où les Ambaſſadeurs
de Savoye devoient
paſſer , afin de leur faire rendre
les honneurs accoutumez .
Cela eſt cauſe qu'ils y ont
receu des complimens accompagnez
des preſens de
chaque Ville. Ces fortes de
140 MERCVRE
harangues n'étoient pas aiſées
à faire , & il falloit avoir de
l'eſprit pour s'en tirer. C'eſt
ce qu'a fait avec éclat Mr de
la Porte , Lieutenant en l'Election
de Mâcon. Le compliment
qu'il fit à Mr le Marquis
Dogliani eut tant d'applaudiſſement
, que malgré ſa
modeſtie il fut obligé d'en
donner une copie. Elle eſt
tombée entre mes mains , &
je vous l'envoye. Il faut pour
en bien juger , examiner la ſituationdes
affaires .
MONSEIGNEUR.
Les Officiers en l'Election de
Maſcon, en venant icyſuivant les
ordres de Sa Majesté ,aſſeurer Vo.
ſtre Excellencede leur tres humble
respect poursa personne , trouvent
en mesme temps un moyen fort
GALANT. 141
:
.
!
eft
)
&
ut
fide
les
0.
ble
t
rt
agreable pour concilier leur devoir
avec leur inclination . Il leur fuffi-
Soit d'avoir appris par la voix publique
ce qui s'eſt paſſedans le cours
de vostre importante Ambaſſade.
Ilsfont perfuadez qu'il ne falloit
pas un Genie d'un ordre inferieur
au vostre pour meriter l'estime &
l'agrément du plus grand Roy de la
Terre, dans des negociationsfipleines
de difficultez &desconjonctures
facheuſes , qui auroientpûnon seulement
effrayer , mais encore rebuter&
décourager les plus accoutu.
mezàtraiter avec les Souverains ,
du repos & de la fortune de leurs
Etats. Cependant , Monseigneur ,
nous avons veu avec autant de joye
que d'étonnement , que la grandeur
du peril, & la difficulté de l'entrepriſe
n'ontſervy qu'à redoubler voſtre
vigilance & voſtre activité.
Nousscavons que cettefageſſse con
142
MERCUR E
Somméequi preſide à toute vostre
conduite ,a trouvéheureusement le
Secretdenemanquer envien , ny au
respect & à la haute estime que
vous avez toujours fait paroistre
pour la personne facrée de SaMa.
jesté , ny au zele & à la fidelité
qu'attendoit de vousle Prince qui
venoit de déposer avec tant de confiance
entre vos mains les interests
les plus precieux &les fecrets les
plus importans ,ſoit pour sa propre
gloire,feit pour la felicité deses
Sujets. Ils ont lieu d'esperer que ce
Genie qui asuspendu pendant pluſieurs
mois lebras foudroyant d'un
Heros justement irrité , trouvera
encore les moyens de ledefarmer,&
que vos ſages conseils redonneront
aux Feuplesfoumis à la domination
de S. A. Rale calme&la tranquillité
dont ils avoient heureusement
jouy , tandis que le Demon de la
GALAN T.
143
k
que
lui
qui
COM
erefts
Isles .
yopre
Lefes
ue ce
plwa
d'un
ver
yout
ation
quilnent
la
difcorde n'avoit pû troublerle concert
& l'union que des alliances fi
augustes , si faintes , & fi ſouvent
renouvellées devoient rendre éternelles
& indiffolubles . En atten.
dant, Monseigneur , un evenement
conforme àdes pronosticsſiheureux,
dont nous verrons l'accompliſſement
avec d'autant plus dejoye,que nôtre
climat est plus voisin du rotre ,
trouvez bon que nous vous afſfurions
que cesont là nossentimens les plus
finceres , que cette Province ayant
retenty plusieurs fois des éloges &
des approbations de Sa Majesté
voſtreſage conduite,nous neſommes
que des Echos fidelles de fa voix
Sacrée ,& que dans tout ce grand
Royaume qui a l'honneur de vivre
fousfon Empire, voštre Excellence
ne trouvera perſonne qui ait pour
elle une plus parfaite veneration
que, &c.

fur
144
MERCVRE
- Il y avoit deux Ambaſſadeurs
de Savoye en France , & Mrle
Preſident de Provane venoit
relever Mr. Dogliani , lors que
les affaires ſe ſont brouillées .
Le Roy leur a donné à chacun
un Gentilhome ordinaire de ſa
Maiſon pour les accompagner,
& huit Mouſquetaires auſſi à
chacun , commandez par un
Brigadier , pour les conduire.
Mr de S. Olon eſt auprés de
Mr le Marquis Dogliani , &
Mr du Libois eſt auprés deMr
deProvane.
Il n'y a rien dont les Femmes
ne foient capables quand
elles font poſſedées de l'ardeurde
ſe vanger , & vous
tomberez d'accord de ce que
je dis quand vous ſçaurez
l'avanture dont je vais vous
faire part. Une jeune Demoifelle,
GALAN T.
145
le
que
ees.
Bela
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s de
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Mr
Fem
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l'arvous
e que
urez
VOUS
emoi
felle,
!
felle , dont la fortune eſtoit
mediocre , faiſoit valoir à fon
avantageles agrémens qu'elle
avoit dans ſon eſprit & dans
ſa perſonne. L'envie de plaire
ne laiſſoit languir aucun
de ſes charmes , & ce qu'ils
avoient de vif eſtoit ſoûtenu
de manieres engageantes , qui
prévenoient favorablement
pour elle les moins indulgens
ſur le merite. Sa Mere
qui luy ſouhaitoit un party
avantageux , n'eſtoit pas fachée
qu'elle viſt du monde.
Elle eſperoit que parmy la
foule il ſe trouveroit quelque
étourdy qui donneroit
dans le mariage ; & cela ſeroit
ſans doute arrivé ſi pour
fon maheur une Dame de
Province , veuve depuis dixhuitmois
, ne fuſt pas venuë
Sept. 1690. G
146
MERCURE
demeurer dans ſon quartier.
C'eſtoit une de ces Femmes
quedes traits mignons & délicats
font long- temps paroître
jeunes , & qui ſe dérobent
des années ſans peine , ſi on
ne les ſuit de prés . Elle eſtoit
brillante dans tout ce qu'elle
faifoit ou diſoit , & un en
jouement d'humeur & d'efprit
qui animoit ſa beauté
la faiſoit aimer auſſi toſt qu'on
l'avoit veuë . Le voisinage luy
ayant fait connoiſtre la Demoiſelle
forma entre elles
une liaiſon qui les rendoit
preſque inſeparables . La belle
eſtoit charmée d'avoir une
Amie , dont l'attachement ne
luy pouvoit qu'eſtre avantageux
, mais elle ne fongeoit pas
que la Dame eſtant coquette,
elleſe donnoit une Rivale , qui
,
GALAN T.
147
nes

rof
bent
on
eſtoir 1
u'elle
nen
d'el. )
Deauid
qu'on
ge luy
a Dee
elles
rendoit
a belle
ir une
hent
ne
avanta
geoit
pas
devoit enlever la pluſpart de
ſes Amans . En effet, la Dame
ayant trouvé chez cette jeune
perſonne des gens bienfaits , &
qui avoient de l'eſprit,elle ſe fit
un plaiſir de leur faire voir que
tout ſon merite ne conſiſtoit
pasdans ſabeauté. Elle leurdifoit
mille choſes agreables , &
eut pour eux je ne ſçay quoy
de ſi prévenant, quel'honneſteté
les engagea inſenſiblement
à la voir chez elle ; mais ſid'abord
leur deſſein ne fut que de
luy rendre quelques viſites de
civilité , l'accueil qu'ils receurent
leur fut une amorce pour
redoubler leurs empreſſemens .
Ses complaiſances eſtoient employées
ſi à propos , qu'il ſema
bloitqu'elles partiſſent ducoeur .
Squette, plutoſt que de l'habitude qu'el- vale, qui le s'eſtoit faite d'en avoir pour
G 2
148
MERCVRE
tout le monde. Joignez à cela
un charme au deſſus de tout .
Elle n'avoit point d'enfans , &
jouïſſoit de quinze à vingt mille
livres de rente. Ainſi chacun
ſe croyant favoriſé, s'abandonnoit
àdes eſperances, & les
affiduitez où les engageoit leur
nouvelle paſſion , affoibliſſant
leurs foins pour la Belle, la mirent
dans un chagrin qu'elle
ne put déguiſer . Elle fit force
plaintes à la Dame , qui luy
ayant proteſté qu'elle n'avoit
aucune pensée deluy oſter ſes
Amans, & que fon deſſein étoit
de vivre toujours independante,
la conjura d'eſtre à tous
momens chez elle , afin qu'étant
témoin de tout ce qu'elle
feroit , elle puſt connoiſtre
qu'elle ne cherchoit qu'à ſe
divertir par d'agreables con-
د
GALANT.
149
e
םע
bit
es
it
n
US
'éelle
tre
fe
опе
1
;
verſations , fans que ſon coeur
priſt la moindre part aux choſes
qui luy étoient dites. Elle
luy parloit felon ſes vrais ſentimens.
Le bien qu'elle avoit
eſtant fort confiderable , elle
dédaignoit toute autre fortune,&
les plus grands avantages
ne l'auroient pas obligée à renoncer
à l'heureux état de
Veuve ; mais quoy qu'elle fuſt
fort reſoluë à ne ſe donner jamais
un maiſtre , elle eſtoit
bien aiſe de voir qu'on luy fiſt
la Cour , & d'entendre dire
qu'elle estoit aimable. Cependant
pour fatisfaire la Belle qui
continuoit ſes plaintes , elle ſe
fit une loy d'aller tous les jours
chez elle , afin de luy ramener
tous ſes Amans . Cette conduite
leur fit reprendre leurs premieres
affiduitez ; mais la Belle
G3
150 MERCVRE
B
n'y trouvapas mieux ſon comp.
te. Elle s'appercent bien - coſt
que s'eſtoit la Damequi les attiroit
, & le dépit qu'elle en
eut la rendant ſouvent de mé
chante humeur, luy fit prendre
uneſpritaigre quileur cauſa de
frequentes brouilleries. Leur
amitié en fut alterée ;& quoy
que la Dame conſervaſt tous
jours pour cette aimable perfonne
les dehors les plus honneſtes
, la Belle n'eut pas tant
de moderation. Elle commença
à diminuer autant qu'elle
put le merite de la Veuve ; &
s'appliquant à examiner tous
ſes defauts , elle s'attacha ſur
tout à ce qui eſt l'endroit ſenfible
des Femmes .Elle infinua
qu'il eſtoitaiſé de voir que l'art
reparoit ce que ſon âge déja
Tanceluy avoit fait perdre, &
B
LYON
*1893 *
DA
GALANT.
151
el
"
۲۰
:
le hazard luy ayant donné la
connoiſlance d'un Gentilhomme
de la même Ville dont étoit
la Dame , ſur ce qu'il luy dit
qu'il falloit qu'il y eût du
moins vingt ans qu'elle cuſt
eſté mariée , elle fit ſi bien
qu'elle l'engea à faire venir un
extrait de ſon Baptefme. Elle
ne l'eut pas ſi toſt entre les
mains, qu'elle en fit courir ſous
main diverſes copies , par lefquelles
il étoit juſtifié que la
Veuve qui ne ſe donnoit que
コー
le
vingtcinq ans, en avoit prés de
&
quarante. Rien ne luy pouvoit
S
r
n .
ua
cauſer un plus ſenſible chagrin.
Auſſi fut- elle picquée
vivement de cet outrage ; mais
comme elle avoit beaucoup
d'eſprit , elle n'en fitrien paart
éja
&
roiſtre , & tournant la choſe
en plaifanterie , afin de tâcher
G4
152 MERCVRE
A
de faire croire quela calomnie
eſtoit trop viſible pour ſe mettre
en peine de la repouſſer ,
elle chercha ſeulement qui
luy avoit fait une ſi ſanglante
piece. Il ne luy fallut pas une
fort longue application , pour
découvrir ce qu'elle avoit envie
de ſçavoir . Quelques uns
de ſes Amans', que rebuta le
peu d'apparence qu'ils virent
à réüffir auprés d'elle , ayant
commencé à dire , pour juſtifier
leur deſertion , qu'ils avoient
trouvé ſur ſon viſage
quelque choſe de flétry , qu'ils
n'yavoient pas remarqué d'abord
, la Belle s'applaudit de
ſon triomphe , & quelques
mots qui luy échaperent , &
qu'on raporta enméme temps à
la Dame , luy firent connoiſtre
avec certitude d'où eſtoit party
GALANT.
453
-
a
S
le coup qui l'avoit frapée fi ru
dement. Elle feignit neanmoins
de l'ignorer, & fort refoluë
d'en tirer vangeance par
toutes fortes de voyes , elle en
attendit l'occaſion , ſans rien
changer dans ſes manieres d'agir.
La Belle ne laiſſa pas de
s'appercevoir qu'elle faifoit fon
plaifir plus que jamais de luy
oſtertoujours quelque Amant,
& jugeant bien qu'il luy ſeroit
malaiſé de jouïr de ſes conqueſtes
tant qu'elle anroit pour
voiſine une Amie ſi redoutable
, elle changea de quartier,
afin que l'éloignement rompiſt
leur commerce. Il fit l'effet
qu'elle en avoit eſperé , mais
S quoy que la Dame la viſt
d
e
rarement , elle n'en nourit pas
moins la haine ſecrete qu'elle
avoit conccuë pour elle , & qui
y GS
154
MERCVRE
1
redoubloit de jour en jourdans
ſon coeur le deſir de ſe vanger
de ce qu'elle avoit découvert
ſon âge. Six mois ſe paſferent
ſans qu'elle en puſt trouver
les moyens ; mais enfin
aprés ce temps , quelqu'un luy
vint dire qu'un Cavalier fort
bien fait , & qui avoit beaucoup
plus de bien qu'elle n'en
pouvoit pretendre, s'étoit attaché
, à luy rendre quelques
foins , & qu'elle avoit fi bien
ménagé l'amour qu'elle luy
avoit fait prendre , que le mariage
devoit ſe faire dans fore
peu de jours. La Dame ſe mit
auffitoſt enteſte de n'épargner
rien pour l'empêcher , & fans
perdre temps , elle rendit une
viſite à la Belle, & comme pour
lui fairecópliment ſur ſonheureuſe
fortune,mais en effetpour
GALANT.
155
ſçavoir l'eſtat où eſtoient les
choſes , afin de refoudre enfuite
ce qu'elle croiroit le plus à
propos de faire. L'aſſurance
qu'elle luy donna de la part
qu'elle venoit prendre à ſon
bonheur, parut eſtre accompagnée
de tant de ſincerité , &
elle employa pour la convaincre
des manieres ſi flateuſes,
qu'elle fit tomber la Belle dans
tous les paneaux qu'elle luy
tendit. Elle apprit d'elle qu'elle
n'avoit engagé leCavalier qu'-
en luy marquant tout l'amour
dont elle estoit veritablement
toucheé; qu'il avoit eu d'abord
1
quelque peine à ſe contenter
du peu de bien qu'elle avoit,
mais qu'il avoitenfin paſſé par
deſſus , & que l'affaire feroit
déja terminée ſi ſa Mere n'avoit
pas formé quelque con-
G6
156 MERCVRE
teſtation ſur les avantages qu'il
luy devoit faire . Ce fut en dire
affez à la Dame pour luy faire
voir que le Cavalier ſeroit ſenfible
à des raiſons d'intereſt.
Elle ſortit avant qu'il fuſt arri .
vé ,& le vit deſcendre de Carroffe
dans le meſme temps
qu'elle montoit dans le fien. Sa
bonne mine, & le portrait qu'-
on luy avoit faitde ſon merite,
la confirmerent dans la refolu.
tion de ſe ſacrifier plûtoſt elle
meſme, que de ne ſe pas vanger
de l'outrage que luy avoit
faitla Belle en luy rendant toutes
fes années. Elle alla trouver
une de ſes intimes Amies
qui pouvoit beaucoup ſur l'efprit
du Cavalier , & aprés l'avoir
priée d'uſer des plus fortes
remontrances pour le dés
tourner d'un mariage qui ruiGALAN
T.
157
!
noit ſa fortune , elle l'authorifa
àluy déclarer , en cas qu'il falluſt
en venir là ,que fi une belle
perfonne , & cent mille francs
qu'on luy donneroit , le pouvoientaccommoder,
on le conduiroit
en lieu où ilauroit tour
fujet d'eſtre content. LaVeuve
avoit de l'averſion pour un ſe.
cond mariage , mais elle aimoit
mieux s'y aſſujettir qued'endurer
que laBelle fuſt heureuſe
LeCavalier ne fut ébranlé que
par l'intereſt . Il avoit peine à
quitter une perſonne qui l'aimoit
fincerement , & à qui il
avoit faitles plus forts fermens
de n'eſtre jamais qu'à elle , mais
il luy fut impoſſible de tenir
contre les cent mille francs .
Ainſi il ſe laiſſa mener chez la
Veuve dont il connoiſſoit& le
-bien& la perſonne. Iltrouvoit
158 MERCVRE
tant d'avantages dans l'offre
qu'on luy faiſoit , qu'il avoit
peine à concevoir ſon bonheur.
La Damede ſon coſté ne
ſe ſentoit pointde joye , lors
qu'elle ſongeoit au deſeſpoir
où elle alloit plonger ſa Rivale.
On fit dreſſer le Contrat , & le
mariage s'eſtant fait deux jours
aprés , ſans que perſonne en
euſt pu riendécouvrir , le premier
ſoin de la Dame fut d'en
informer la Belle , par un Billet
qui l'embaraſſa. Il contenoit
ſeulement qu'elle ſe croyoit
obligée de luy apprendrequ'une
Femme de quarante ans qui
ſeroit riche, l'emporteroit toujours
aisément ſur une Fille de
18. qui feroit ſans bien.Quoy
que la Belle ne puſt pas bien
comprendre ce que vouloit dise
le Billet, elle ne laiſſa pas de
GALAN T.
159
1
trembler . Ses allarmes furent
d'autant plus cruelles , que le
Cavalier ſur un pretexte d'affaire
preſſée , n'avoit pu trouverdepuis
deux jours le temps.
de la voir. Iugez de ſon déplaifir
lors qu'elle eut receu l'avis,
de ſa perfidie. Elle eut tout le
loiſir de ſe repentir de ce que
la jalouſie luy avoit fait faire,
&connut à ſes dépens combien
les Femmes ſont vindica
tives , puis qu'elle fut convaincuë
parles avantages que
la Dame avoit faits au Cavalier
,& par la prompte reſolution
qu'elle avoit priſe de
changer d'eſtat, qu'elle nes'étoit
portée à ce mariage que
par le plaiſir de rompre le fien,
Comme vous m'avez toujours
témoigné beaucoup d'é.
ſtime pour tout ce qui vient
160 MERCVRE
du ſçavant M. de Comiers ,
que bien des gens appellent le
Didime de noſtre Siecle , voicy
un article de cet illuſtre Aveugle
, concernant l'hiſtoire des
Vaudois ou Barbets , dont je
vous ay parlé dans une de mes
Lettres precedentes , qui convient
affez aux affaires , de ce
temps , & le le laiſſe dans les
termes qu'il a eſté écrit par
l'Auteur. Aprés la mort du Pape
Adrien IV . arrivée le premier
jour de Septembre 1159 .
Roland de Siene fut éleu Pape
fous le nom d'Alexandre III .
par vingt-& un Cardinaux .
Trois autres Cardinaux élurent
Octavien , Romain , qui
prit le nom de victor I V. Cet
Antipape fut appuyé par l'EmpereurFrideric,
& reconnu par
toutel'Allemagne .Les Factieux.
GALANT. 161
luy donnerent pour ſucceſſeur
en 1165.Guy de Cremone, qui
prit le nom de Pafcal III . &
qui couronna deux ans aprés
Frideric & l'Imperatrice Beatrix
fa Femme, dans l'Eglife de
Saint Pierre de Rome. Il mourut
en 1170. & ceux de fa Faction
éleurent Jean , Eveſque de
Freſcati , ſous le nom de Calixte
III . Cependant Alexandre III .
ne ſe trouvant point en ſeureté
en Italie,où l'Empereur ſe rendoit
Maître des Places , n'eut
dans ſon affliction d'autre retraite
que celle qu'avoienteuë
ſes Predeceſſeurs en France. Il
ſe refugia auprés de Louïs le
Jeune d'où il fut rappellé par
les Romains . Alors Calixte ſe
vintjetter à ſes pieds & le
Schiſme eſtant finy aprés une
cruelle guerre qui avoit duré
162 MERCURE
dix huitans , le Pape Alexandre
,qui estoit dans la vingtié.
me année de ſon Pontificat ,
fit ouvrir les jour de Mars
del'année 1179. le Concile ,
tenu dans Rome dans la Baſilique
de Conſtantin , dite de
Latran. Ce Concile , qui eſt le
troifiéme de ce nom , fut compoſé
de trois cens Prelats,tant
d'Europe que d'Aſie . Les principaux
motifs qu'eut ce Pape
de faire tenir ce Concile , furent
premierement pour regler
l'élection du Souverain
Pontife , ordonnant pour cet
effet qu'il ne pourroit eſtre
éleu à l'avenir que par les deux
tiers des voix des Cardinaux
du Conclave. Le ſecond motif
ape
fut contre les herefies des
Vaudois ou Albigeois , qui
faisoient grand bruit dés
GALANT. 163
l'année 1170. Ce Concile dans
ſon dernier Canon , qui eſt le
27. prononça anatheme contre
ces Heretiques , & contre
ceux qui lesſouffroient,les recevoient
ou les protegeoient ,
d'où il eſt facile de conclure ,
queLouis le Grand, Filsaîné de
l'Egliſe , qui n'a rien épargné
pour l'extirpation de ces mê
mes Heretiques , a le Dieu des
Armées dans ſesintereſts , &
que le Bras du Tout puiſſant
combat pour luy. C'eſt pourquoyon
ne doit pas eſtre ſurpris
que Dieu ſouſtenant ſes
Armes , il remporte ſur mer &
fur terre de continuelles victoires
ſur un monde d'ennemis
. Il eſt auſſi d'une confequence
neceſſaire , que Mr le
Duc de Savoye , qui protege
ces Barbets , & leur fournit
164 MERCVRE
ant , in-
,
des munitions de guerre & de
bouche , ne peut eſtre que
malheureux , ayant encouru
l'anatheme foudroyé par ce
troifiéme Concile de Latran ,
dont voicy les termes . Quia
in Gasconia , Albegefio er partibus
Tolofanis & aliis locis , ita
hereticorum , quos alij Catharos ,
alij Patrinos , alij Publicanos
alij aliis nominibus vocant
valuit damnata perverſitas , &c.
Eos & defensores corum & rem
ceptores anathemati decernimus
Subjacere ; & fub anathemate
prohibemus ne quis eos in domibus
, vel in terraſua tenere
fovere vel negotiationem cum eis
exercereprafumat .... Cunctis autem
fidelibus in remiffionem peccatorum
injungimus ut fe viriliter
illis opponant & contra eos armis
populum Chriftianum tueantur.com
vel
GALANT .
165
fifcenturque eorum bona , & liberumfit
principibus hujusmodi homines
fubjicere fervituti. Nous
voyons depuis deux moisl'effet
de cet anatheme, puiſque
la protection que Monfieur le
Duc de Savoye a bien voulu
donner aux Vaudois , luya
atriré toute ſorte de malheurs .
Meſſire François Camus
de la Magdeleine, Chancelier
Theologal de l'Eglife de Saint
Gatien de Tours , prieur de
Sainte Melenne de Chinon ,&
de Saint Clement lez Craon ,
& Docteur de la Maiſon &
Societé de Sorbonne mourut
fur la fin du mois paſſé,
Il a paru ſur les Bancs avec
diſtinction , eſtant un des premiers
qui ait foutenu contre
les opinions de lanſenius , &
a remply fort longtemps les

166 MERCURE
meilleures Chaires de Paris .
د
Heſtoit depuis un affez grand
nombre d'annés Grand-
Vicaire de l'Archevêché de
Tours , où il avoit acquis l'approbation
de tout le monde.
Mr l'Achevêque de Paris
l'honoroit d'une eſtime particuliere
,& il avoit lié une ami .
tié fort étroite avec Mr l'Abbé
de la Trappe. Il eſtoit Frere
de Mrs Camus dont je vousay
parlé pluſieurs fois ; ſçavoir ,
de Mr Camus Deſtouches
Contrôleur General d'Artillerie
, mort en 1679. de Mr
Camus du Clos auſſi Contrôleur
General d'Artillerie
mort en 1681. de Mr Camus
de Beaulieu , qui joüit preſentement
de ce même employ,
& de Mr Camus du Morton ,
Gouverneur de Belfort.
>
د
है
GALANT.
167
Les.de ce mois , Meſſire
Louis de la Baume de la Suze.
Eveſquede Viviers , mourut
dans ſon Dioceſe ,après avoir
receu les Sacremens avec une
tres grande reſignation aux
ordres de Dieu. Il paſſoit
pour le plus ancien Eveſque
dela Chreſtienté , ayant eſté
nommé en 1613 , par le Roy
Loüis XI I I. Il obtint ſes
Bulles en 1615. & fut donné
pour Coadjuteur en 1618.à
lean de l'Hoſtel , Eveſque de
Viviers , & facré le 14. May Evéque
de Pompeiopolis . Il luy
fucceda dans cet Eveſché en
1621. & il a toujours gouverné
ce Dioceſedepuis ce temps
là avec beaucoup de ſageſſe.
Viviers eſt une Ville de France
prés du Rhône , Capitale de la
petite Province du Vivarets.
168 MERCVRE
Quoy qu'elle ſoit tres ancienne
, elle n'a pas toujours eſté
Ville Epiſcopale. C'eſtoit autrefois
Abs , où l'on voit encore
de ſuperbes reſtes d'antiquité.
Cette Ville ayant eſté
ruinée par Crocus , Roy des
Allemans , versl'an 430. le Siege
fut trans feré à Viviers , dont
l'Eveſque prend le titre de
Comte de Viviers , & de Prince
de Donſere & de Chasteauneuf.
La Maiſon de la Baume
dela Suze, dont eſtoit ce vieux
Prelat, eſt une des plus nobles
&des plus anciennes du Dauphiné.
Au commencement
du dernier fiecle , Pierre de la
Baume s'acquit beaucoup de
reputation , & eût pour Fils
Roſtaing ,Eveſque d' Orange
mort enisss . Guillaume de
laBaume , fort conſideré par
fon
GALANT. 169
fon credit , fut Pere de François
, Chevalier des Ordres du
Roy , & Lieutenant General
en Provence, quien 1587.enleva
Montelimar aux Pretendus
Reformez . Ceux- cy le reprirent
peu de temps apres . Le
Comtede la Suze fut tué dans
cette attaque , & Roftaing de
la Baume .fon Fils , y demeura
prifonnier. Il l'avoit eu de
Françoiſe de Levy , Fille de
Gilbert, Comte de Vantadour
Roſtaing de la Banme épouſa
Magdelaine Deſprez - Montpezat
, Fille d'Emanuel Philibert
, Marquis de Villars , &
d'Henriette de Savoye , & il
eutHonoré de la Beaume , tué
au ſervice de nos Rois . Il époſa
en ſecondes Noces Catheri
ne de Breffieu Meüillon , Fille
de François , Sr deBreſſicu , &
Sept. 1690.
H
170
MERCURE
de ce Mariage fortirent entrees
Enfans Anne de la autres
,
Baume , Comte de Rochefort ,
& Louïs - François , Eveſque
de Viviers , dont je vous apprens
la mort. Anne de la Baume
épouſa Catherine de la
Croix Chevrieres , & il en acu
François , Comte de la Suze,
Anne - Triſtan , Eveſque de
Tarbes , Gaſpard- loachim , &
une Fille qui s'eſt faite Religieufe.
Dame Claude Nompar de
Caumont de la Force , mourut
auſſi le 12. de ce mois au Chaſteau
de Briquemault lez Chaſtillon
fur Loin . Elle étoit Fille
de M. leMarquis de Caſtelmoron,
Petite Fille de Jacques
Nompar de Caumont , Duc de
la Force , Pair & Maréchal de
France, mort en 1652. & Niéce
GALANT.
171
d'Armand Nompar de Caumont
Duc de la Force , qui fut
fait Maréchal de France aprés
la mortde lacques Nompar de
Caumont ſon Pere. Elle avoit
eſté élevée dans la Religion de
Calvin avec beaucoup d'application
,& fut inſtruite des
veritez Catholiques par les
ſoins du Pere Faulques , Chanoine
Regulier de Sainte Geneviefve
de Paris , & Prieur
deBriquemault. Il cut avec elle
pluſieurs conferances ſur ce
ſujet, & enfin M. l'Eveſque de
Poitiers nommé à l'Archévef.
chéde Sens, acheva de l'éclaircirſur
cequi pouvoitluy reſter
dedoutes , & elle fit l'abjuration
deſes erreursen 1685.entre
les mainsde M. l'Evequede
Toulon,ainſi queMeſſire Marc
Auguſte de Briquemault , de
H 2
172
MERCVRE
l'ancienne Maiſon des Briquemault
, ſi conſiderable dans le
dernier Siecle , qu'elle avoit
épousé quelques années avant
ſa converfion. Depuis ce temps
là , on l'a veuë fidellement attachée
aux devoirs de la Religion
Catholique , dont elle a
pratiqué juſqu'à la mort tous
les exercices avec beaucoup
de zele & d'exactitude . La maladie
dont elle eſt morte a eſté
de peu de jours ; mais on peut
dire que tous les momens en
ont eſté precieux. Si-toſt qu'elle
en eut fenty la premiere attaque
, elle fit appeller Mr le
Prieur de Briquemault , en
qui elle avoit une entiere confance
& alors qu'il luy eut
appris qu'elle devoit ſe preparer
à mourir , elle s'y diſpoſa
en femme Chrétienne . Elle
د
GALANT.
173
1
renonça des ce moment à tous
lesobjets qui la pouvoient attacher
, & donnant toutes ſes
penſées à l'affaire de ſon ſalut ,
elle receut les Sacremens de
l'Eglife , avec une pieté qui ,
édifia tous les aſſiſtans . Sa mort
qui eſt regretée de toute la Pro .
vince , laſſe aux nouveaux
convertis un grand exemple
de Religion .
Il mereſte à vous parler d'une
mort , arrivée le 2. de ce
mois , & qui fait grand bruit
dans toute l'Europe: C'eſt celle
de Philippes Guillaume , Eleteur
Palatin & Duc de Neubourg.
Il a eu fort grande part
à la guerre qui eſt aujourd'huy
ſi allumée , puis qu'ayant fuccédé
en 1685. comme plus
prochin heritier, à l'Electorat
vacant par la mort de Charles
H 3
174
MERCUR E
Electeur Palatin , Frere de
Madame , qui n'a point laiſſfé
d'Enfans , il n'a point voulu
payer à cette Princeſſe ce qui
luy appartenoitpourdes droits
incontestables.Cerefus injuſte
ayant obligé le Roy d'envoyer
desTroupes dans le Palatinat
aprés beaucoup de remiſes cet
Electeur reſolut de s'en vanger
& pour en venir à bout , il
tourna ſi bien l'eſprit de l'Empereur
dont il eſtoit Beaupere..
qu'il le fit entrer dans la ligue
pour foûtenir le Prince d'Orange
aux d'épens de la Religion
Catholiqueen Angleterre.
Ainſi il ne ſe mit pas en
( peine des malheurs qu'il attiroit
fur toute l'Europe , pourveu
que ſes intereſts fuſſentà
couvert,& qu'il s'exemptaſt de
fatisfaire Madame. C'eſtoit un
4
GALANT.
175
eſprit fort dangereux , & que
tout lemonde connoiſſoitpour
tel . Il s'étoit fait Chefdu Con.
feil de l'Empereur ; & aprés
avoir allumé la guerre , il l'a
maintenuë par les grandes alliances
qu'il a faites. Il nâquit
en 1615. & épouſa en premieres
noces Anne Caterine Conſtance
, Fille de Sigifmond III .
Roy de Pologne , morte le 7 .
Octobre 1651. Comme il n'en
eut point d'Enfans , il prit une
feconde alliance en 653.avec
Elifabeth Amelie'de Heffe
Darmſtadt, Fille du Landgrave
George , & de Sophie Eleonor
de Saxe. Elle ſe fit Catholique
peu aprés fon mariage , & l'a
rendu Pere de dix ſept Enfans ,
huit Garçons & neuf Filles ,
Jean Guillaume Iofeph Ignace,
Prince de Neubourg , & pre-
H 4
176 MERCURE
fentement Electeur:Palatin ,
épousa en 1678. Marie Anne
Iofeph d'Autriche , Fille de
l'Empereur Ferdinand III . &
d'Eleonor de Gonzaguefa troi.
fiéme Femme. Ainſi il eſt Beau .
frere de l'Empereur Leopold,
& il l'eſt deux fois puiſque
l'Empereur a épousé en 1676.
AnneMarie Iofeph ſa Scoeur, &
l'aifnée des Filles de philippes
Guillaume, Electeur Palatin,
qui vient de mourir. Il en a
marié trois autres la premiere
au Roy d'Eſpagne , la feconde
au Roy de Portugal ,&la troifieme
au Prince de Parme. Il y
en a encore une accordée au
Prince lacques , Fils du Roy
de Pologne. Ses autres Fils font
Volfgang Guillaume né en
1659. Louïs - Antoine né en
1660. Charles - Philippes né
GALANT .
477
1
en 1661. Alexandre . Sigifmond
né en 1663. François-
Loüis né en 1664. Frederic-
Guillaume né en 1663. & Philippes
Guillaume- Auguſte né
en 1668. Vous ſçavez que la
Maiſon de Neubourg eſt une
branche de celle de Baviere ,&
qu'elle eſt l'ainée de Deuxponts,
qu'elle quitta en 1569.Je
croy vous avoir déja marqué
das quelqu'une de mes Lettres ,
qu'Eſtienne , Fils puiſné de
l'Empereur Robert le Petit,ent
Frederic & Louis le Noir. Ce
dernier laiſſa Alexandre le
Boiteux , Duc de Deux ponts ,
Pere de Loüis II. qui eut Volfgang.
Ce Volfgang , Duc de
Deux ponts eut le Duché de
Neubourg , qui fut le titre de
Philippes - Louis, fon Fils aifné.
Celay-cy mourut en 1624. &
H
S
178 MERCVRE
laula Volfgang- Guillaume ,
Duc de Neubourg, qui s'eſtant
fait Catholique en 1614. eut
grande part aux affaires d'Allemagne
, & foûtint une longue
guerre pour la ſucceſſion
de Cleves au droit d'Anne ſa
Mere , Fille de Guillaume, Duc
deCleves . Illaiſſa de ſon premier
mariage avec Magdeleine
. Fille de Guillaume, Duc de
Baviere , Philippes - Guillaume
Duc de Neubourg , &
Electeur Palatin, mort le 2. de
ce mois , comme je l'ay déja
dit au commencement de cet
Article. l'ay oublié de vous
dire que dans le temps que le
Prince Michel Koribut Vviefnovviſki
fut élu Roy de Pologne
, aprés la démiſſion de Jean
Caſimir , Sa Majeſté s'employa
pour faire tomber cette Cou-
د
GALANT .
179
ronne ſur la teſte du Duc de
Neubourg. Elle donna auffi
l'Abbaye de Feſcamp à un des
Princes ſes Fils , ſans que de ſi
grands bienfaits ayent pû fervir
qu'àle rendre plus ingrat.
Vous avez oüy parler de la
défaite d'un Convoy en Irlande.
Les Ennemis l'envoyoïent
au Siege de Limeric. Je nepuis
vous endonner un plus fidelle
détail , qu'en vous envoyant
une copie de la Lettre qui a
eſté écrite à M. le Duc de
Tirconel , par celuy - meſme
qui a fait l'action . C'eſt un tres
habile Commandant , qui a
ſervy dans pluſieurs Campagnes
ſous feu M. de Turenne.
180 MERCURE
:
Banaghar 13. Aouſt 1690.1
TeEfſuuiiss aarrrriivveé.ccoe matin àla poin
te du jour , avec ma petite Brigade
victorieuse, après avoir entierement
défait l'Ennemy. Hier
fur les deux heures du matin , nous ,
le joignîmes à un mille & demy
au delà de Luten. Nous attaquam
mesd'abord la garde qui estoit de
trois Compagnies de la Batterie,
appuyées de quelque Infanterie &
Dragons. Aprés une foible resistan
ce elle fut défaite , & presque
toute taillée en pieces avec tous les
Canonniers &Officiers de l'artil
lerie. Il n'y eut de nostre costé que
deux ou trois Soldats de suez, &
quatre ou cing de bleſſe.z Nous
trouvâmes huit pieces de Canon,..
que nonſeulement nous fismes crever,
mais nous en filmes auffisau
GALANT. 181
ter les afufts,à l'exception d'un seul
qui n'estoitpas enestat defervir. Il
y avoit cent cinquante trois , tant
charettes que chariots chargez de
poudres, de proviſions , &de toutes
fortes d'uſtenciles neceffaires, avec
dix-huit Bateaux de cuivre , &
douze grands chariots chargez de
pain&de biscuit. Enfin , pour ce
qu'ily en avoit, c'estoit leplus beau
train d'Artillerie qu'on ait vû. IL
Sauta en l'air , & fut brûlé. Nos
gensfirent un grand butin , & emmenerent
trois ou quatre cens chevaux
. Ie ne doutepoint que cela
n'oblige les Ennemis à lever le Siege
Ils avoient envoyé douze sens chevaux
& Dragons fous le commandement
de Villers pour nous couper
chemin. Ils n'estoient qu'à trois
milles de nos gens quand j'en appris
la nouvelle ce qui m'obligea à
faire une diligence extraordinaires
و
182 MERCVRE
car de leur coſté s'ils se fuſſent
haste,z nous aurions tres malpaffé
nostre temps. Depuis que je suis
partyd'auprésdevostre Excellence,
nous avons marchécontinuellement
&fans débrider. Ioignezàcela le
manquement de provisions. C'est ce
qui me fit haſterla marche , que
nous avons graces àDieu, achevée
avec beaucoup defacilité. Leſuis
vostre , &c .
SARSFIELD.
i
GALANT. 183
Comme ſouvent un bonheur
en attire un autre , l'action qui
fuit ſe paſſa quelque temps
aprés celle dont vous venez de
voir le détail. Le Prince d'Orange
fit attaquer une Redoute
qui eſtoit au pied du glacis de
Limeric. Elle fut priſe aprés
avoir eſté défenduë longtemps
&vaillamment par M. de Boiffeleau
, qui commande dans la
Place. Il en fit fortir douze
cens Maiſtres qui chargerent
& renverſerent la Cavalerie
des Ennemis,& en tueret beau .
coup. L'Infanterie en ſortit
auffi , & ayant pouſſé celle du
Prince d'Orange , elle l'éloigna
du chemin couvert d'où elle
s'eſtoit approchée. Le combat
dura quatre heures . Les Irlandois
firent des Priſonniers ,
184 MERCVRE
mais il leur fut impoſſible de
regagner la Redoute. Cette occafion
couta au Roy d'Angleterre
trente Officiers , & environ
deux cens cinquante Soldats
tuez ou bleſſez . La perte
que les Ennemis avoient faite
les ayant mis dans une grande
conſternation , ils n'avancerent
pas leur tranchée cette
nuit- là. La Batterie que le
Prince d'Orange avoit fait
dreſſer contre la muraille de
la Ville , estoit de dix pieces
de Canon , dont il y en avoit
quatre de quatre livres de
balle , & fix de douze. Ce
Canon ayant fait brêche , Mr
de Boiſſeleau fit faire un retranchement
derriere des coupures
à la droite & à la gauchede
la bréche , & dreſſes
GALANT . 185
une Batterie de trois groſſes
pieces de Canon qui la flanquoit.
Il fit auſſi couper le chemin
couvert à la droite & à la
gauche de l'endroit par où il
jugea queles Ennemis l'attaqueroient
pour aller à l'aſſaut ,
cequ'ils firent le 6. dece mois .
Ils commanderenttrois Batail.
lonsdes Françoisqu'ils ont par.
my leurs Troupes , quatre de
Danois , un de Brandebourg ,
& le Regiment des Gardes du
Prince d'Orange , avec un détachement
de tous les Grenadiers
de ſon Armée.Leurgrand
nombre & un gros feu de Grenades
, obligerent les Aſſiegez
à ſe retirer derriere leurs traverſes
du chemin couvert , οù
ils firent ferme , mais leur refiſtance
ne put empeſcher les
186 MERCVRE
Ennemis de s'en rendre maîtres
,& de monter àla bréche.
Il y eut meſme pluſieurs Officiers
de Grenadiers qui entrerent
dans la paliſſade , & qui
donnerent juſques au retranchement,
mais ils y trouverent
un tres grand feu. Les trois
pieces de Canon chargées à
cartouche qui batoient labréche
, firent un ſigrand carnage
des Affiegeans , qu'ils furent
contraints d'abandonner l'attaque
du retranchement.
Monfieur de Boiſſeleau voulant
épargner la poudre , fit
monter des Officiers de fon
Regiment , avec des Soldats
choiſis pour les chaſſer l'épée
àlamain , ce qu'ils firent avec
beaucoup de valeur. D'ailleurs
,les coups de Grenades &
GALANT. 187
de bombes les incommodant
fur le logement qu'ils vouloient
faire , ils n'eurent point
• d'autre party à prendre que
celuy de ſe retirer fort brufquement.
Les Affiégez reſtez
à la garde des traverſes du
chemin couvert voyant les
ennemis chaſſez de la bréche,
fortirent fur ceux qui gardoient
le poſte de la contrefcarpe
,& le chemin couvert
qu'ils avoient forcé. Ils les
pouſſerent d'une maniere fort
vigoureuſe ,& ce fut inutilement
que lesOfficiers des Ennemis
voulurent rallier les
Soldats à coups de plar d'épée
Ils n'en purent venir à bout ,
& il y en eut un ſi grand
nombre de'tuez , que le chemin
couvert& la contrefcarpe
ſe trouverent remplis de
188 MERCVRE
corps morts. La perte a eſté
dumoins de quinze cens hommes
de leur coſté . Ils avoient
fait un retranchement entre
la teſte de la tranchée des
Affiegez & de leur chemin
couvert ; mais Mr de Boiffeleau
les en fit chaſſer à la bru.
ne à coups d'épées & de piques
. C'eſtoit un logement
où il y avoit foixante Soldats.
Il y eut environ deux
cens hommes tuez ou bleſſez
du coſté des Affiégez . Monſieur
de Beaupré , Lieutenant
Colonel du Regiment
de Boiſſelean , fut tué ſur
la bréche , & Monfieur d'Arpentigny
qui en
jor , fut bleſſe à mort. Les
Ennemis laiſſerent deux cens
outils à remuer la terre
eſt Ma-
2
GALANT. 189
د
dont on manquoit dans la
Place avec pluſieurs juſtaucorps
& quantité d'armes
. Les Irlandois ont fait
paroiſtre beaucoup de valeur
, & il y a eu deux Of-
3
ficiers Ennemis pris ſur la
bréche , l'un François &
l'autre Ecoſſois .
د
Je vous ay déja parlé des
HeretiquesVaudois ou Barbets
qui habitent quelques Vallées
du Piemont. Le ſieur Nolin
vientde donner au Public une
Carte tres - exacte de ces Vallées
. Elle vous fera connoiſtre
les endroits où ces Heretiques
ſe ſont le plus fortifiez dans
le temps qu'on les a vigoureuſement
pourſuigis . Cette
Carte eft accompagnée d'une
Deſcription tres- curieuſe fai .
190
MERCVRE
te par un des ſçavans Hommes
de noſtre temps ; on y a
marqué ce qui leur eſt arrivé
de plus confiderable depuis
plus de cing Siecles juſques à
preſent , & même les avantages
que les Armées victoricuſesdu
Roy y ont remportez depuis
peu. Le ſieur Nolin
chez qui on la trouve , ſur le
Quay de l'Horloge du Palais,
doit donner dans quelque
temps une Carte des Etats
de Savoye en deux feüilles
, qui ſera une des meilleures
& des plus amples qui
ayent encore paru en France.
Rien ne pouvoit eſtre plus
avantageux aux Turcs que la
Ligue où l'Empereur eſt entré
contre la France , puiſque
GALANT.
191
l'Armée qu'il eſt obligé d'entretenir
ſur le Rhin , non feulement
ne luy premet pas de
continuer ſes Conquestes dans
la Hongrie , mais qu'elle expoſe
meſmeles Places conquiſes
à ſe remettre ſous la domination
de ces Ennemis du
nom Chreiſten. Le Grand Vifir
eſtant party de Sophie à la
teſte de l'Armée Ottomane ne
s'eſt pas plutoſt montré devant
Pirot que la Place a eſté
obligée de capituler. Les nouvelles
portent , qu'il alla delà
inveſtir Niſſa , & que le
ſeize du mois paffé il fit
ouvrir le tranchée. Le vingtuniéme
de ce meſme mois
il y eut un grand Combat
entre les Troupes Imperiales
& un Corps de Tar192
MERCURE
tares , de Vvalaques ,
Tranſilvains
de
& de Hongrois
Mécontens , qui ont
pris les armes en faveur du
Comte Tekeli , que le Grand
Seigneur a declaré Prince
de Tranſilvanie en la place
du Prince Michel Abaffi ,
mort depuis quatre ou cinq
mois. Ce Comte devant aller
prendre poffeffion de ces
Etats , où il eſt fort ſouhaité
parles Peuples , à cauſe qu'il
profeſſe leur Religion ,
General Heufler , qui avoit
mis environ cing mille hommes
de Milices du Pays pour
garder le principal paſſage,
de Vvalaquie en Tranfilvanie,
ſe rendit en un endroit par
lequel on l'avoit aſſuré que
le Comte Tekeli devoit venir.
le
GALANT.
193
venir. Comme il y alla ac.
compagné des Comtes de
Noirkerme , de Patz , de Magni
& de Pulizani , qui eftoient
, chacun à la teſte de
leurs Regimens , & foutenus
par d'autres Troupes reglées
& que s'eſtant poſté fort
avantageuſement il avoit
range ſes Troupes en ordre
de bataille , il crut hazarder
peu de choſe à le combattre.
Cependant les guides dontle
Comte Tekeli ſe ſervit , luy
firent prendre une autre route
par des Bois , des défilez
& des montagnes eſcarpées ,
ſi peu praticables , que la Cavalerie
fut obligée de mettre
pied à terre de mener les ,
chevaux par la bride. Les
Coureurs de l'Armée Imperiale
n'ayant pu rien décou-
Sept. 1690. I
194
MERCURE
, que
vrir d'une marche ſi ſecrete ,
it fit un détachement qui prit
les Imperiaux par derriere ; &
l'attaque fut fi rude
ceux cy ſe trouvant envelopez
avant qu'on leur cust
donné le temps de ſe reconnoiſtre
, ſe laifferent enfoncer
de toutes parts . Les Allemans
ſe defendirent avec allez de
vigueur , quoy qu'ils ſe vifſent
abandonnez parles Tranfilvains
, qui prirent d'abord
la fuite fans avoir tiré un ſeul
coup ; mais leur reſiſtance fut
inutile , & aprés avoir perdu
la pluſpart des Generaux , &
plus de trois à quatre mille
hommes , ils furent contraints
de ſe retirer avec précipitation.
Les Comtes de Noirkerme
, de Magni & de Pulizain
demeurerent fur la place ,
A
GALAN T. 195
General
ainſi que le Sr Teleki , premier
Miniſtredu défunt Prince de
Tranfilvanie. Le
Heufler eut fon cheval tue , &
dans le temps qu'il ſeſauvoit
à Cronſtadt , les Hongroisle
reconnurent & le firent prifonnier.
On lemena au ComteTekeli
, dont il n'attendoit
qu'un rigoureux traitement;
aprés les efforts qu'il a faits
depuis longtemps pour ſe ſaifir
de luy , & le mettre au
pouvoir de l'Empereur. Il en
recent pourtant des honneſtetez
qui le ſurprirent d'autant
plus , qu'il n'avoit pas.
lieu de les eſperer. Le Marquis
Doria fut fait auſſi pri
fonnier par les Tartares
comme ſa priſon euſt eſté
trop dure parmyeux , le Comte
Tekeli cut ſoin de le ra-
!

I 2
196 MERCVRE
cherer. Le Comte Serini , ſon
Lieutenant Colonelſe ſauva à
Hermanſtadt , & fut en grand
peril d'eſtre pris . Les moindres
Regimens Imperiaux
ſontde quinze cens hommes ,
& puis qu'il demeure pour
conſtant qu'il n'en eſt pas
reſtéquatre cens de quatre ,
il faut neceſſairement que la
perte des Imperiaux ait eſté
fort grande . On ne peut
guere douter que la défaite
de ces quatre Regimens
n'ait eſté entiere , aprés la
perte des quatre Colonels ,
tuez ou faits prifonniers . Les
Tranſilvains qui combatoient
àregret contre le Comte
Tekeli qu'ils fouhaitoient pour
leur Prince, l'ont joint preſque
tous depuis ſa victoire . On dit
qu'eſtant allé vers Cronſtadt ,
GALAN T. 197
L
il s'eſt déja rendu maiſtre de la
pluſpart des Villes , qui n'attendoient
qu'une favorable occaſion
pour rentrer ſous l'obeiſſance
de la Porte . La Tran.
filvanie eſt une partie de l'ancienne
Dace , ayant la Moravie
au Levant , la VValaquie
au Midy , le Mont Carpathe
au Septentrion , & la Hongrie
au Couchant. Les Romainsqui
s'en rendirent les maiſtres fous
Trajan , luy donneret ce nom
à cauſe des Poreſts qui l'environnent.
Les Saxons l'ont
habitée autrefois , & les ſept
Villes qu'ils y ont baſties ſont
cauſe queles Allemans l'appellent
Sibenburgen. Dans la Suite
des temps cette Principauté ſe
trouva unie au Royaume de
Hongrie , d'où elle fut ſeparée
cn 1541. Aujourd'huy les
1.3
198 MERCURE
Princes ſont électifs , & payent
tributau Turc .
Voicy les noms de ceux qui
ont expliqué l'Enigmedu dernier
mois , fur leBalay qui en
eſtoit le vray ſens Mrs Boucher
, ancien Curé de Nogent
le Roy ; Eustache , Abbé de
Sainte Catherine de Poitiers;
des Eifars : de Boiſchalant de
la ruë de la Tiſſeranderie : Tho
mas Maistre de Penſion au
Fauxbourg faint Antoine : C.
Hutuge d'Orleans : Jacques de
Normandic : Gibour & du
Chefne Huiffiers au Chaſtelet :
Pierre le more : lean Vieillet :
Cotteret de villers Commis
aux Aydes : Mefnard Marchand:
Antoine Richar : Rougemont
ruë Saint Martin :
Cipiere de Bordeaux : Bellet
deSainteFoy : GatindeBlaye:
GALANT . 199
Vaudelle & dela Lande, dela
ruë Saint Martin : La charmante
Louiſon : La ſpirituelle Nanon
de la Croix de Beaulieu :
la charmante Nanon Robier
de Levroux ; la jeune Mariée
de la ruë du Bourre , & la plus
jolie Marchande de la meſme
ruë de la Ville de Chartres : le
Pigeon Ramier de Saint Martial:
l'Amant du mois de Septembre
, & l'aimable Mademoiſelle
Pierre Benite de Lion-
L'aimable couple de Soeurs de
la ruë Saint Julien des Meneſtriers
: M. Fouton , & la charmante
L. Favé de la ruë S. Martin
; l'aimable veuve Vinot, de
la ruë Tranſnonain : &la charmante
Michele Faietde la ruë
aux Ours .
Ce mot de Balay, a eſté trouvé
de Bian du monde ; mais
14
200 MERCVRE
quoy que l'Enigme ait paru
aiſée à expliquer , il y a eu
beaucoup de perſonnes emba
raffées par le dernier Vers .
L'Auteur fait entendre qu'il ne !
faut pas ſe donner beaucoup
de peines à chercher le mot,
puis qu'il eſt devant les yeux
du Lecteur. Cela veut dire
qu'en joignant enſemble la
premiere lettre de chaque
Vers, on a trouvé que ces ſept
lettres font Va Balay .
: L'Enigme qui ſuit eſt du même
Auteur , qui ſe plaiſt toûjours
à cacher ſon nom.
ENIGME.
:
7
:
UN Labour
'N Laboureur peut toûjours
Du grain qu'il a ſemé la recolte
abondante ; 1-
GALANT .
201
Mais je cultive un Champ que
j'ay beau labourer ,
Ilne rapporte rien de tout ce que
i'y plante.
Je travaille pour des ingrats ,
Qui n'ont de mon labeur nulle reconnoiſſance
; 1
C
Mais si de ce travail ils ne me
payent pas ,
I'enſçais fort bien tirer d'ailleurs
La recompense.
Dans mon employ , Souvent ,
& de defſſein ,
Le fais coucher le Fils avec ſa
Mere,
Le Frere avec sa Soeur , la Fille
avec ſon Pere ,
Et la Cousine avecquefon Cousin..
222
Aimer n'est pas mon exercice ,
Le m'y prendrois tout de tra
wers;
IS
1202 MERCURE
Mais à ceuxa qui je rendsfervice
Font naturellement bien tost après
des Vers.
luxPavens, aux Amis&mesme
en leur prefence ,
On me voit enlever ce qu'ils ont de
plus cher,
Sans qu'ils se mettent en defence
Pourm'empefcherde le leur arracher.
Mon Ouvrage quoy que penible
Ne me chagrine point pourtant
Toûjours il s'acheve en chantant
Bien loin qu'à sa fatigue on me
trouvefenfible.
De ma profeſſionſi l'on faitpeude
८ cas
"Abus ; carfur ce point à bon droiz
jem'obstine
GALAN T.
203
3.Qu'on devroitluy donnerlepas
Immediatement apréstaMedecine.
BIBLIO
TREAS
*
472
LYON
7711
DELA
Souvent del'Amant le plus tendre
On fait un infidelle Amant.
Voicy pluſieurs couplets de
16
MERCURE
202
Mais à ceux a queije rends fervice
Font naturellement bien toſt adres
In coeur nedoitjama
que l'on s'engage ai s
fait uninfi delte an
sur lafoy din premier
De ma profeſſionſi l'on fait peu de
cas
-Abus carfur ce point à bon droit arfurte
jem'obstine
GALANT.
203
C
3.Qu'on devroitluy donnerlepas
Immediatement apréslaMedecine.
Le ſecondAir nouveau que
I je vous envoye , & dont vous
allez lire les paroles , eſt le
dernier que vous aurez de M.
de Bacilly . Il eſt mort depuis
trois jours. Ses Ouvrages ont
fait connoîtrela beauté de ſon
genie , & comme ils font fon
éloge, je n'y dois rien ajoûter.
AIR NOUVEAV.
VNcoeur ne doit jamais se rena
dre
Sur La foy d'un premier ferment.
Lors que l'on s'engage aisément ,
Souvent del'Amant le plus tendre
On fait uninfidelle Amant
Voicy pluſieurs couplets de
16
204
MERCVRE
Chanſon , qui apparemment
feront auſſi bien reccus dans
vôtre Province qu'ils l'ont éte
àParis . Ils font de Mr Dieréville
, qui les a faits ſur l'air ,
I'ay paßédeuxjours fansvous voir.
Illes intitule
PLAINTES
des Hollandois, défaits ſur mer
&fur terre .
0
Ciel ! quel est nôtre malheur
Sur mer comme ſur terre !
LOUIS en tous lieux est vainqueur ,
Tout cede àfon tonnerre.
Helas ! faut- il comme à Fleurus
Nousvoir encor icy vaincus ?
Luxembourg, ce vaillant Heros
Iparut en Alcide ;
Et Tourville deſſus les flots,
N'est pas moins intrepide
1
GALANT. 205
Helas après ces deux combats ...
Que vont devenir les Etats ?
!
LesAnglois croyoient fur les Mers
Avoir un grand empire .
Et qu'aucuns Rois de l'Univers
N'ofoient leur contredire.
Helas ! LOVIS leur fait trop voir
Qu'ilsse flattoient d'un vain pouvoir
Vainement nous estions unis
Pour conjurerſa perie;
Nous n'enfommes que mieux punis,
Noftre Flotte est deserte .
Helas ! malgré tous nos efforts,
Ilnousbat juſque dans les Ports. ९
i
Nousveguons de tous les coſtez
Sans trouver un azile;
Noussommes par tout arrestez,
Rien n'échape à Tourville.
Helas envain pous le fuyons ,
1206 MERCVRE
Il nous brûle& nous coule àfonds.
Ah! que LOVIS est bienfervy
Sur la Terre& fur l'Onde !
Chacun leveut rendre àl'envy
Le plus puiſſant du monde
Helas ! quelle rage pournous
Quandnous voulons l'accabler tous !

Quenousfertdevoiraujourd'huy
Toute l'Europe en Ligues?
Rienne réussit contre luy ,
Ilrompttoutes nos brigues.
Helas tout ce qu'on entreprend
Nefert qu'àlerendre plus grand.
Voy tous les maux que tunous fais ,
Maudit Prince d'Orange;
Crains à ton tourde tes forfaits
QueleCielneſevange.
Helas :nousreffentons des coups
Que tu merites mieux que nous..
Sous une libre &douce loy
GALANT. 207
Nous vivions ſans traverse ;
Falloit- il pour te faire Roy
Rompre nostre Commerce ? >
Helas nous enſommes plus queux
-Et tun'enes pas plus heureux...
Lacheute est lefort des Tyrans
Tu ne sçaurois le croire ,
Quand tu veux comme les Titans
Porterfi haut tagloire.
Helas puiſſes - tu l'éprouver
Du Trône où tu foens t'élever..
Ie vous manday la derniere
fois que Mr l'Abbé de Poudens
avoit eſté nommé àl'Eveſché
d'Aqs.leme ſuistrompé
; c'eſt Mr l'Abbé d'Abadic
d'Arboucave. Cette Maiſon
*eſt fort ancienne , & a occupé
fous les Rois de Navarre les
premieres Charges de l'Etat
Celle de Chancelier y estoit
208 MERCUR E
encore ſous lean d'Albret.
Elle a conſervé cette ſplen.
deur juſqu'aux troubles que
'Hereſie excitadans le Bearn
le Siecle paílé La Reine Ieanney
ayant défendu l'exercice
de la Religion Catholique , le
Baron d'Abadie renonça àſes
emplois , & quitta la Cour
pour ſeretirer à Maflac , Bourg
prés d'Orthés en Bearn . Il y
choiſit un endroit caché pour
yfaire baſtir une Chapelle où
l'on celebroit ſecretement le
divin Office , & qui eſt encoreun
illuſtre monument deſa
piété.LaReine leanne en ayant
eſté informée ,il crut devoir fe
mettre à couvert de ſes violences.
Cela l'oblicade tranfplanter
ſa famille en Guyenne
, où elle demeura pluſieurs
années dans quelques terres
GALANT. 3 209
1
qu'elle y poſſede encore aujourd'huy.
Enfin Henry I V.
ayant fait abjuration de ſes er
reurs , ce grand Roy ne trou
va pointde ſujet plus propre
pour rétablir la Religion Catholique
en Bearn , que lean
Pierre d'Abadie , qui avoit
ſervy pluſieurs années auprés
de Sa Majesté en qualité de
Conſeiller d'Estat. C'eſtoit
un homme ſçavant , mais encore
plus recommandable par
ſa picté.Ce Monarque le nomma
Evêque de Leſcar en 1600
Il yavoit plus de trente années
quecette Province gemiſſoit
ſous le joug des Heretiques , &
il ſembloit que les mauxqu'
ils y avoient faits fuſſent ſans
remede . Cependant ce ſage
Prelat , fans procés , ſans violence
,& parla ſeule force de
210 MERCVRE
1
ſa parole , trouva le ſecret de
rendre à l'Egliſe une partiede
ſes biens & de ſes enfans . Il
auroit ſans doute pouſſé les
choſes plus loin s'il ne fuſt
pas mort dans la neuvième
année de ſon Pontificat Arnaud
d'Abadie ,un de ſes Anceſtres
, qui avoit auſſi eſté
nommé Eveſque de Leſcar en
1428 avoit beaucoup travaillé
à l'accroiſſement de la Religion
, dans le peu de temps
qu'il remplit ce Siege. Mais
Mr l'abbé d'Abadie , nommé
à l'Eveſché d'aqs ſemble
avoir encore enchery fur l'un
& l'autre. Il y a déja longtemps
qu'il fait fon unique
application de ramener à l'Egliſe
ceux qu'en avoit ſeparez
le malheurde leur naiſſance.
Il a parcouru quatreDiocefes,
où il a fait des fruits merveil .
,
GALANT. 211
leux, Mr le Baron d'Arboucave
, fon Frere aifné , a creu
auſſi qu'il convenoit à toutes
fortes d'états de tavailler à
la propagation de la Foy. Il
fut nommé par le Roy en
1682. pour affiſter en qualité
deCommiſſairo de Sa Majeſté
, au Synode des Pretendus
Reformez , & il y fit fi bien
fon devoir, que c'eſt le dernier
qu'ils ayent tenu en Bearn. IH
yades Familles heureuſes où
certaines vertus font naturelles
, & paſſent des Peres aux
Enfans ſans nulle interruption
. Telle eſt celle d'Abadie
d'Arboucave. Le zele pour la
Religion Catholique y a regné
de tout temps ,& c'en ce qui
en releve beaucoup plus l'éclat
que l'ancienneté, les alliances
confiderables , les hautes di.
212 MERCVRE
gnitez , & le grand nombre
d'Officiers de Pere en Fils,prefque
tous ceux de cette Maiſon
ayant porté les armes , &pluſicurs
ayant eſté tuez au ſer
vice de leur Prince . Il y a eu
méſme deux Capitaines de ce
nom , morts dans ce ſiecle; l'an
au Siege de la Rochelle,& l'autre
à la Bataillede Norlinghen .
La Mere de M. l'Abbé d'Abadie
, eſt Soeur de M. l'Eveſque
deTarbes & du Pere de M. le
Vicomte de Poudens , Colonel
d'un Regiment d'Infanterie ,
qui s'eſt ſi bien ſignalé à Lucerne.
Il n'eſt pas Frere d'un
Preſident de Pau , comme je
me ſouviens de vous l'avoir
dit , mais Beau - frere ayant
épousé une Soeur de M. le Marquis
de Gaffion , preſident à
Mortier dans ce parlement.
GALANT.
213
Je vous ay auſſi mandé que
M. de Vignacourt qui vient
d'eſtre éleu Grand - Maistre de
Malte, eſtoit âgé de 78. ans . Il
n'eſt que dans ſa 72. année ,
eſtant né le 13. Février 1619 .
Il eſt originaire de picardie,
& Fils de Meſſire Adrien de
Vignacourt , premier Gentilhomme
de la Chambre du
ROY Henry IV. Capitaine de
cent hommes d'armes des Ordonnances
de Sa Majesté , &de
Dame Loüiſede Saint prier,&
propre Neveu de Meſſire Allophe
, & non pas Adolphe de
Vignacourt , éleu GrandMaiſtre
de Malte en 1610. & mort
en 1622. comme je vous l'ay
déja dir.
Vous vous ſouvenez ſans
doute d'une perſonne dont
je vous ay déja parlé dans
214
MERCURE
une de mes Lettres . C'eſt de
M. Thiers , Preſtre du Dioceſe
deGap , qui ayant employé
les premieres années de ſa vie
àdéfendre une mauvaiſe cauſe
, s'eſt donnéà l'Egliſe pour
en défendre une bonne. Ic
vous ay dit qu'il avoit paru
en publicdiverſes fois à Charenton
; &comme ſa converfion
fut fincere , il ne fut pas
plutoſt Catholique , qu'il ſe
mit eneſtat de travailler à la
converfion des autres. C'eſt
luy qui faiſoit ces utiles Conferences
des nouveaux Catho
liques dela Paroiffe de S. Sulpice.
Peu de temps aprés il
fut envoyé dans les Miſſions
qui ſe firent par l'ordre du
Roy , pour l'inſtruction des
Nouveaux Convertis de
Xaintonge & de la Rochelle .
GALANT.
215
Vous ſçavez que depuis quelque
temps ces Miſſions ont
eſté ſuſpenduës. C'eſt ce qui
luy fit prendre le party d'aller
au Seminaire , pour ſe difpoſer
à recevoir les Ordres
facrez. Comme ſon Eveſque
avoit eſté particulierement
informé de ſa conduite , il
luy permit de ſe faire Preftre.
Il dit ſa premiere Meſſe à -
S. Barthelemy. Tout le Choeur
eſtoit pleinde nouveaux Catholiques
de bonne foy , qui
communierent de ſa main ,
& qui pleuroient de joye de
veu dans la Chaire de menle
voir à l'Autel , aprés l'avois
fonge. Depuis ce temps là il
a preſché dans les principales
Paroiſſes de Paris avec beau
coup d'approbation ; & com.
me il doit preſcher les Dominicales
des mois d'Octobre
214
MERCVRE
&de Novembre dans celle de
S. Sauveur , je ne manqueray
pas de vous mander quel
en ſera le ſuccés ......
- l'ay encore quelques morts
à vous apprendre . Celle de
Mr le Chevalier Daunet arriva
le 18. du mois paffé. Il
eſtoit Fils de Mr le Baron
Daunet , tué au ſervice du
Roy ſous feu Mr de Turenne ,
& avoit eſté élevé Page de
Monfieur le Duc , qui luy
avoit donné une Lieutenance
dans ſon Regiment . Il laiſſe
deux Freres . Son Aîné eſt
Lieutenant de la Colonelle ,
&Capitaine dans le Regiment
de Bourbon , & le Cadet eſt
Enſeigne dans la Marine.
Meffire Pierre Gaucher de
Sainte Marthe Seigneur de
Meré ſur Indre & des Lionnieres
1
GALANT. 215
nieres , Maiſtre d'Hoſtel du
Roy , & Hiftoriographe de
France , eſt mort auſſi depuis
peude temps. Il a fait part
au Public de divers Ouvrages
ſur l'Histoire , ainfi
ſes Anceſtres , qui nous ont
donné l'Histoire Genealogique
de la Maiſon de France
, & de ſes Alliances , &
l'Hiſtoire des Archevêques .
Evêques & Abbez de l'Egliſe
de France. Cette Famille
originaire de Poitou ,
porte d'argent à la face fuzelée
de trois pieces & deux demies
de fable au chef de même.
Il en eſt ſorty pluſieurs Capitaines
, qui ont ſignalé leur
valeur en diverſes occaſions ,
des Conſeillers au parlement
& à la Cour des Aydes de
Paris , des Lieutenans gene,
Sept. 1690.
K
?
216 MERCVRE
raux à Poitiers , Maiſtres des
Eaux & Foreſts , non ſeulement
recommandables par
leurs ſervices , mais auſſi la
pluſpart s'eſtant fait diſtinguer
dans les belles Lettres
par les Ouvrages qu'ils ont
compoſez . Mrde Sainte MartheGeneral
des Peres de l'Oratoire
, eſt frere de Mr.de
Sainte Marthe qui vient de
mourir ; & Mr de Sainte Marthe
, Conſeiller de laCour des
Aydes,& Garde de la Biblio.
teque du Roy à Fontainebleau
, eſt d'une des branches
de eette Famille .
Ces morts ont eſté ſuivies
de cellede Mr l'abbé le lau
de Chamberjoſt. Ceux de cetteFamille
, qui eſt originaire
d'Anjou , eſtoient Seigneurs
du pleſſis au lau dés l'an 1262
GALANT .
217
)
Depuis ils ont eſté Seigneurs
de Chamberjoſt en Gaſtinois
par le mariage de Maurice le
Iau ,Gouverneur de Milly, vi .
vant en 1470. avec l'Heritiere
de Chamberjoſt . L'Abbé dont
je vous apprensla mort , avec
ſes deux Freres , lean Henry
le lau , Seigneur de Chamberjoſt
, & François le lau ,
Enſeigne aux Gardes , puis
Sous - Brigadier des Mouſque.
taires du Roy font Fils de
Henry le lau , Seigneur de
Montaquoy , & d'Anne de
Morgues de S. Germain , defcenduë
des de Morgues , Barons
de S. Germain le Prade
prés le Puy en Velay , & de
L'illuſtre Famille de Montholon
le lau. Ils portent de gueules
àtrois Lozanges d'argent,
,
K 2
218 MERCURE
Il faut vous parler de la
derniere affaire qui s'eſt paſſée
en Savoye où Mr de Sales , &
M. le Comte de Bernex commandoient
un Corps qu'on
navoit pu joindre , àcauſe de
la parfaite connoiſſance qu'ils
ont du Pays , & de la facilité
que leur donne les montagnes
d'échaper à ceux qui les pourfuivent.
M. de Thoy partit de
Chambery où il commande
avec deux Bataillons Irlandois
&M. de S. Ruth marcha de
fon coſté avec deux autres , &
un Regiment de Cavalerie ,
pendant que M.de Vins avec
les Dragons deBretagne & un
détachement d'un Regiment
de Cavalerie , vint d'Anecy ,
de forte qu'ils ſe trouverent
tous trois ſur les bords de l'Iſere
, où deux petites pieces de
GALANT. 219
Canon les joignirent le lendemain
. M. de S. Ruth eſtantallé
viſiter les chemins , trouvaM.
de Sales poſté ſur un rocher
qui vaà la grande montagne
de l'Iſere. Il ordonna à M. de
Thoy de paſſer la nuit au pied
de cette montagne avec le
Regiment de Bretagne & cent
Irlandois , pour empêcherque
M. de Sales n'échapaſt. Il
l'obſerva pendant toute la nuit,
& remarqua qu'il occupoit
encoreleméme poſte à la pointe
du jour. M. de S. Ruth
eſtant arrivé à ſept heures du
matin avec de l'Infanterie
ordonna les attaques , ſçavoir
l'une par le Regiment Irlan-
) dois de Moncaffel , à la teſte
duquel ce Milord ſe mit avec
M.de Thoy , & une autre fur
ſa droite commandée par M.
1
,
K 3
220 MERCVRE
de Vinsavec ſes Dragons. On
marcha aux Ennemis , quí
aprés avoir fait un grand feu ,
voyant qu'on les approchoit
de prés , prirent la fuite. Il y
en eutpluſieurs de tuez . M. de
Seles fut fait prifonnier , c
Milord Moncaffel fut bleſſé .
On marcha au retranchement
où eſtoit M. de Bernex , mais
dés que les Itlandois curent
gagné le deſſusdela montagne,
il prit le party de ſe retirer en
Piedmont. On le poursuivir
juſque ſur la montagne appellée
de S. Bernard , où l'on demeura
quelque temps. Il n'y a
plus queMonmelian dans toute
la Savoye qui ne foit pas
au Roy ; mais felon toutes les
apparences cette Place tombera
bien-toſt d'elle meſme, ſans
qu'il en couſtede ſang.
GALANT . 221.
2
Voicy un détail exact de
tout ce qui s'eſt paſſe en Flandre
pendant tout le mois paffé
& celuy - cy. Depuis la Bataille
de Fleurus , les Ennemis ont
eſté immobilles, & n'ont point
quitté le Camp qu'ils avoient
pris du coſté de Bruxelles , jufqu'à
ce que M. l'Electeur de
Brandebourg lesait joints avec
ſes Troupes . Ce fut au commencement
d'Aouſt. Ils vinrent
alors camper à Genape, à
plus de quinze lieuës de Kevvin
, où noſtre Armée eſtoit
campée depuis le 21. de Juilliet.
Il ne s'eſt rien fait de confiderable
pendant ce campement
. Les fourages ont eſté
ordinaires , & les convois
que l'on tiroit de Valenciennes
, n'avoient pas meſme beſoin
d'eſcorte.
K 4
222 MERCUR E
On quitta le Camp de Kevrin
le s . d'Aouſt , pour venir
à Hans , où l'Armée a demeuré
tranquillement juſques au
10. de ce meſme mois. Elle
décampa ce jour- là pour aller
occuper le Camp de Henfies ,
& y confumer le fourage qui
s'y trouvoit. Ce Camp fut de
neuf jours . Le 19. l'Armée
décampa fort matin , ſur un
avis que M.de Luxembourg receut
que les Ennemis avoient
fait quelque mouvement , &
elle vint camper à Pervels , où
elle demeura trois jours entiers
, & en partit le 23. pour
aller à Blequi , où elle reſta
juſqu'au 26. Le 25. jour de S.
Loüis , M. de Luxembourg fit
faire un grand fourage aux
portes de Mons , pendant lequel
il fit démolir l'Abbaye de
GALANT. 223
Cambron. Le lendemain, l'Armée
étantrangée en bataille,&
faiſant face à Mons , on fit trois
décharges generales de l'Artillerie
,&les Troupes en firent
autant, en réjouiſſance du gain
de la Bataille de Stafarde . Les
Ennemis estoient venu de Genape
camper à Nôſtre Dame
de Hall , & M. de Luxembour
voulant s'approcher d'eux , &
s'avancer dans leur pays, pour
augmenter les contributions,
& achever le deſſein qu'il
avoit de démolir les lieux
où ils devoient mettre des
Troupes en garniſon pendant
l'hiver , fit décamper
l'Armée le 29. à une heure
aprés minuit , afin de pouvoir
arriver de bonne heure à Leffines,
parce qu'ils avoient reſolu
d'y venir camper. L'armée
K
224
MERCVRE
n'en rencontra aucun dans ſa
route, quoy qu'elle paſſaſt à la
portée du Canon d'Ath. M.
de Luxembourg marqua luymeſme
le Camp que l'armée
y occupe aujourd'huy. Le 31 .
qui eſtoit deux jours aprés l'arrivéede
l'armée , il fit démolir
les murailles & les portes de la
Ville , quoy que les Ennemis
n'en fuſſent qu'à quatre heures
, & par confequent à por.
téede Grammont , de Ninove,
&de Brene -le- Comte. Cependant
M. de Luxembourg ne
laiſſa pas de faire démolir &
rafer tous les dehors deces Vil
les , fans que les Ennemis paruffent.
* Pendant que le Campeſtoit
àPervels , M. de Bouflers ſe
détacha avec quelques Bataillons
& Efcadrons pour aller
GALANT. 245
du coſté de la Meuſe. Ce détachement
fut remplacé au
Camp de Blegni , où le détachement
que commandoit Mr
de Rivarole joignit l'armée ;
mais ce Commandant cut or
dre d'aller joindre le Corps
que commande M. de Maulevrier.
Depuis qu'on eſt à Lef
fines , on a détaché trois Regimens;
ſçavoir , Dauphiné,
l'Ile de France , & un autre
pour aller du côté des Lignes.
Ce détachement joignit M. de
Maulevrier au Camp d'Oſtigny.
Depuis qu'on eſt campé à
Leſſines les Ennemis ſe ſont
éloignez , & on a fait fans obſtacle
la démolition de toutes
les petites Villes ,où ils avoient
deſſein de laiſſfer des Troupes
enquartier d'hyver. Nos Fourages
on eſté d'ailleurs preſque
K 6
226 MERCURE
tous fort inſultans , puisqu'on
a ſouvent pris ceux
qu'ils deſtinoient pour euxmêmes
.
Le 20. de ce mois , on alla à
quatre lieuës du Camp faire
un autre grand fourage. Toute
nôtre Cavalerie marcha avec
du Canon ; mais il n'arriva
rien , quoy que l'Armée des
Ennemis fourrageaſt à une
heure de la noſtre .On connoît
par toutes ces choſes la grande
perte qu'ils ont faite à la Bataillede
Fleurus , puiſque leurs
Armées & la noſtre vivent
dans leur pays , dont ils n'ont
pas eſté meſme en eſtat de
nous: chaffer , quoy qu'ils
ayent eſté renforcez d'une
Armée entiere , avec laquelle
ils devoient eſtre beaucoup
fuperieurs en forces. Ainſi ils
GALANT. 247
!
n'ont pas raiſon de publier
que nous n'avons tiré nul
avantage de la Bataille de
Fleurus , puis que nos Troupes
font chez eux , que nous
démoliſſons leurs Places , &
que deux Armées qui devoient
faire ſeparément des
Sieges , n'en ont ofé entreprendre
aucun depuis leur
jonction.
Ily a de differentes manieres
de ſe faire la guerre, Les plus
ordinaires ſont de donner des
Batailes , ou de faire des Sieges.
Les deux parties perdant
dans l'une & dans l'autre. Il
eſt vray que la perte du vainqueur
n'est pas égale à celle
qu'il fait ſouffrir à ſes
Ennemis ; mais la victoire
ne laiffe pas de lay couter
quelque fang. Il ya une trois
228 MERCURE
fiéme maniere toute admirarable
, & qui demande qu'un
General ait une parfaite in
telligence du métier de la
Guerre. C'eſt celle de ſçavoir
par d'heureux campemens fatiguer
ſon Ennemy , ruiner
fon pays , vivre à ſes dépens ,
Juy porter la famine chez luymeſme
, lors qu'on ne manquede
rien dans ſes Etats , &
luy faire finir la Campagne
avec autantde perte que s'il
en eſtoit venu à un combat ,
fans qu'on ait ſouffert de ſon
coſté le dommage , que le
Vainqueur meſme ne peut
éviter lors qu'on gagne une
Bataille de vive force. Il eſt
aiſe de voir à quoy doit conclure
ce raiſonnement , puis
queMonſeigneur le Dauphin
vient d'executer tout ce que
GALANT. 219
je viens de dire. Iamais on
n'a veu d'activité pareille à
celle de ce jeune Prince. Il a
toujours agy depuis qu'il eſt
àla teſte de ſes Troupes , &
s'eſt acquitté de toutes les
fonctions d'un grand Gene.
ral , comme vous pouvez voir
par ſes divers Campemens ,par
tous les mouvemens qu'il a
faits pendant ce mois , & par
uneinfinité de choſes dignes
d'eſtre remarquées & qui
fontconnoiſtrece qu'on peut
efpererd'un Prince genereux,
bon , juſte,& liberal.
1
Le 1. de Septembre , toute
fon Armée vint camper à
Ettemheim.
Le 3. une partie de l'Armée
campa à Kentſinghen .
Le 4. elle arriva dans la
plaine de Veuïll. Le quartier
230
MERCVRE
du Roy fut marqué à Endinghen,
où les logemens ſe trouverent
affez commodes , &
le pays tres abondant en toutes
choſes. L'Armée y fuc
campée ſur deux lignes paralelles
tant que la veuë pouvoit
porter dans cette plaine ,
où l'on ne voit pas un ſeul
buiſſon . Il faut paſſer la Riviere
d'Elts pour y arriver , &
cette Riviere eſt gayable en
trois endroits. On propoſa à
Monſeigneur d'y faire des Redoutes,&
de mettre du Canon
en ces trois endroits ; mais ce
Prince n'y voulut pas conſentir,
ny meſme qu'on rompift
les guez , afin que les Ennemis
cuſſent plus de facilité
pour venir à luy .
Le 6. Monſeigneur alla vifiter
la gauche& la teſte de fon
GALANT.
231
Camp, le long de la Riviere
d'Elts juſqu'au bord du Rhin.
• Le 7.& le 8.on fit des foura.
ges dans des lieux où les Ennemis
en auroient pû prendre
s'ils ſe fuſſent avancez.
Le premier de cesdeux jours
Monſeigneur monta à cheval
dés huit heures du matin , &
ne revint qu'à onze du foir.
Ce Prince fortit par le chemin
de Fribourg , & rentra par celuy
de Briſac.Il ſe promena fur
toutes les hauteurs qui font
entre ces Places , & paſſa en
revenant par un marais affez
difficile. Le meſme jour un
Trompette de la Chambre
nommé Beaupré , revint de
Mayence, d'où il rapporta que
le Gouverneur luy avoit dit,
que quand on ſçauroit où étoit
l'Armée de Monseigneur, Mr
232
MERCURE
deBaviereiroit le trouver. Le
Trompete répondit que ſi Mr
deBaviere eſtoit ſur les Terres
de France , Monſeigneur l'auroit
trouvé il y a longtemps . Si
les Ennemis avoient eu une
véritable envie de le joindre ,
cela leur auroit fait faire des
efforts qui auroient pu leur
réuſſir,Monſeigneur ayant demeuré
pluſieurs jours dans un
même Camp, & en ayất même
paſſe huit entiers dans celuy
de Veuïll . S'ils le trouvoient
trop avantageuſement
campé , c'eſtoit à eux à prendre
leurs meſures de bonne
heure , pour empeſcher qu'il
nefiſt de ſi bons campemens .
Il eſtoit ſur leurs Terres , ils
le devoient chercher ,& faire
en forte qu'il n'y fuſt pas ſi
commodement. Du refte , il
GALANT.
233
pouvoit eſtre attaqué par tout
puis qu'il n'eſtoir ſous le Ca
nond'aucune Place. Les Ennemis
avoient l'avantage du
campement dans les Batailles
deFleurus & de Stafarde ,
cependant ilsont eſté attaquez
&battus. :
Le 8. un rendu qui estoit
party du Camp des Ennemis
le7. à quatre heures du foir ,
aſſura qu'ils eſtoient toujours
au delà d'Offemboug. Il
ajoûta que leur Armée avoit
beaucoup fouffert dans cette
marche , & qu'ils avoient eſté
ſept à huit jours fans pain ,
vivantde racines & de mauvaisfruits.
Le 9 un de nos Partis rap
porta dés quatre heures du
matin qu'il avoit veu la teſte
de l'Armée de Mr de Bavicre
234 MERCURE
auprés des Chaſteaux de Molberg.
Le meſme jour , deux
à trois cens des Ennemis ſe
rendirent à Strasbourg , & dirent
que l'Armée devoit
marcher ce jour là , & pour
roit paſſer derriere les Montagnes
, n'ayant point de fourages
où elle eſtoit. Tous les
gros Bagages & les Carroffes
marcherent 'ce meſme jour
avec eſcorte pour ſe rendre en
deuxjours ſous les contrefcarpes
de Briſac à quatre lieuës
duCamp .Le meſme jour ; tous
les ponts de deſſus la petite
Riviered'Eltsstant ceux que
l'on y avoit faits pour paſſer
l'armée , que ceux que l'on
yavoittrouvez , hors celuy
de la petite Ville de Kentſighen
, furent entierement
rompus.
GALANT.
235
Le 10. on ſe leva des trois
heures du matin pour partir
comme on avoitdit à l'ordre ,
dans l'efperance qu'on auroit
des nouvelles des Ennemis
parun party qu'on avoit envoyé
, mais on n'en cut point ,
ce qui fit croire qu'ils étoient
encore éloignez ;mais on en
receut par Strasbourg de Mr
de Chamilly qui manda
qu'ils eſtoient encore prés
d'Offembourg , & qu'ils n'avoient
point marché. Il futrefolu
que l'Artillerie & l'Infanterie
décamperoient ; ce qui
fut executé.
La nuit du 10. Mr de Maffelle,
Lieutenant Colonel , retourna
au Camp , & dit à Monſeigneur
que les Énnemis étoient
campez à la petite Ville
d'Altemheim , où estoit la gau236
MERCVRE
che de leur Armée,& la droite -
au Château de Molberg ; Qu'il
paroiſſoit y avoir deux lignes ;
Que la ſeconde estoit éloignée
de la premiere de la portée du
fufil , & que ce pouvoit eſtre
les troupes de Saxe. Une heure
aprés un Dragon rendu dit
à peu prés la meſme choſe . II
ajoûta ſeulement qu'il y avoit
ſept jours qu'ils manquoient
de pain, celuy qu'on leur avoit
diſtribué étant tout pourry ,
qu'ils mangeoient quantité de
citroüilles& de fruits,dont il
y a abondance dans le pays ....
Monſeigneur voyant que les
Ennemis n'oſoient avancer ,
envoya pour les attirer tous les
gros bagages ſous Briſac , fic
marcher l'Artillerie,&décamper
l'Infanterie , & ordonna
que tout fuſt preſt le lendemain
GALANT. 237
à la generale pour partir.
Cependant on ſceut que les
Ennemis avoient ungros corps
de troupes campé àtrois quarts
de lieuë de Kentſinghen , & à
une grande lieuë du Camp de
Monseigneur.Ce Prince monta
à cheval pour les aller reconnoiſtre,
& fut ſuivy de tout
ce qui ſe trouva dans le Quartier
general . Il donna ordre de
faire revenir le Canon &l'Infanterie
; ce qui fut promptement
executé , & l'Armée
ſe miten Bataille en fortant
des Tentes. Monſeigneur
obſerva toutes leurs demar .
ches ; & comme il leur laiſſa
remarquer tranquillement la
maniere dont eſtoit poſtéc
fon Armée
,
on ne douta
point , ſcachant les difcours
queMr de Baviere tenoità ſes
138 * MERCVRE
troupes , qu'on ne fuſt attaqué
lelendemain ...

د
Le 12. bien loin d'en venir
aux mains , les Ennemis ne firent
aucun mouvement pour
s'approcher ; ce qui mortifia
fort nos Troupes &fit refoudre
Monſeigneur à partir
le lendemain , afin de ſe rendre
dans la Plaine de Staufen ,
pour prévenir les Ennemis
qui avoient deſſein d'y aller ,
& pour les empêcher de joüir
des avantages qu'ils auroient
pû tirer d'un pays qui n'avoit
pointeſté fouragé .
و Le 13. avant que l'Armée
decampaſt , le feu prit ſur les
trois ou quatre heures du matinau
quartier de Mr le Duc
de Vendoſme. Il y eut dix ou
douze maiſons blûlées avec
quelques équipages. Monſeigneur
GALANT. 139
gneur envoya auſſi toſt de
l'argent à Mr de la Grange Intendant
d'Alface , pour reparer
ce dommage. Ce jour là
on n'eut aucunes nouvelles
des Ennemis , quoy qu'il y
cuſt pluſieurs Partis en campagne.
Monseigneur fit décamper
ſonArmée ſur les ſept
cu huit heures du matin , tambour
batant , & marchant fur
trois colomnes , l'Infanterie
eſtoit au milieu. Monſeigneur
viſita toutes ſes Colomnes avant
que l'Armée marchaſt ,
& fit retirer l'Infanterie de
quelques poſtes qu'elle occupoit.
Si les Ennemis l'avoient
voulu joindre , il leur eſtoit
aiſé de donner ſur l'Arriere
garde. Monſeigneur occupa
ce Poſte avec la Maiſon du
Roy. L'Armée campa ce ſoir
Sept. 1690. L
240 MERCURE
là à Akeren à une petite lienë
de Brifac. Un Lieutenant des
Compagnies franches d'Alface,
fit pendant la marche
quelques prifonniers,qui dirent
que les Ennemis ne penfoient
point à nous attaquer ;
qu'ils fouffroient beaucoup ;
que les Païfans des Montagnes
leur avoient tué plus de
mille de leurs Fourrageurs , &
que l'Electeur de Saxe menaçoit
toujours de les quitter
, difant qu'il ne vouloit
pas que fon Armée perift de
miſere dans des Montagnes
& de fort mauvais chemins.
Le 14. on décampa d'Akeren
pour venira Mengen entre
Brifac&Strasbourg. Monſeigneur
alla en partant fe
promener à Brifac . Il
tour de la vieille Ville , &
fit le
ةيرحلدامح
GALANT.
241
defcenditau bas d'un Bastion
parune Ecluſe nouvelle , qui
aeſté faitedepuis que la Cour
ya paflé. On apprit ce jourlà
que l Armée Ennemie étoit
campée proche de l'Abbaye
de Schusteren . Le quartier de
Mengen s'eſt trouvéfort bon ,
& le paysabondant. .:
Le 16. Monſeigneuralla voir
Fribourg , quiluy parut une
desplus ſurprenantes , & des
plus fortes Places qu'il y ait
en Europe...
Le 18. ce Prince fit la revenuë
de ſaCavalerie . On eut nou
velles le meſme jour queles
Ennemisavoient pris le party
de paffer derriere les Montagnes
, & qu'lls alloient ſe poſter
devant Rinfeld , dans la
crainte qu'on ne l'affiegeaft.
Ils marchoient par un pays
L2
242
MERCVRE
terrible , & leur marche devoit
eſtre de quatorze jours.
Le 19. Monſeignenr fit la
reveuë de ſon Infanterie , qui
luy ſembla plus belle qu'elle
n'étoit lors qu'il la vit en arrivant
à Lampſem', & à Vakenem.
L'armée devoit décamper
le 22. ou le 23. pour avancer
vers Stauffen , & pour prendre
les devans ſi les Ennemis
rentroient par les gorges
desMontagnes , car on a reccu
avis que leur Armée a
marché au dela de la Foreſt
&Montagne noire. On croit
que c'eſt pour ſubſiſterplas
aifément dans ces gorges ,&
qu'ils ont deſſein de rentrer
dans leBriſgau.
On a ſceu par les deſer-
,& parles priſonniers teurs
GALANT.
243
qu'on a faits ſur eux , que la
mefintelligence regnoit toû .
jours entre les Ducs de Saxe
& de Baviere , & que le premier
vouloit retourner vers
Hailbron , voyant qu'ils avoient
tant de peine à ſubſiſter
dans un pays que noſtre
Arméea mangé , ayant toùjours
ſceu prendre les devans
Monſeigneur aprés avoir
ſejourné huit jours dans le
Camp de Mengen ,alla cam
per le 22 dans la plaine de
Neubourg. Le quartier general
eſt à Oberiflenlen. Ce
Prince prit cette reſolution fur
ce qu'il avoit ſceu que les En .
nemis avoient marché par la
vallée de Loor & de Valkrik
& paffé derriere les Montagnes
comme s'ils cuffent
voulu entrer dans cette plaine
L
244
MERCURE
de Neuboug par les gorges
qui yconduiſent , ou s'approcherde
Rhinfeld , mais il n'avoit
point encore eu de nouvelles
le 24. qu'ils vouluſſent
paffer les montagnes qui les
ſeparent de luy. On trouva
ſeulementen arrivant un Party
dans la montagne de noſtre
coſté , & Monſeigneur le fit
pouſſer par une partie de ceux
qui le ſuivoient , lors qu'il
voyoit la ſituation du Camp
pour le faire luy-mefme . Les
ſoins que ſe donne cet infatigable
Prince ne ſe peuvent comprendre
que par ceux qui le
voyent agir. Rien ne luy échape,
& il entre dans les détails
des moindres choſes comme
des plus importantes. Il donne
ordre à tout , & voit luy- même
chaque jour tout ce qui doit
GALANT.
445
eftre veu d'un bon General.
Ses liberalitez ſe répondent ſur
tous ceux qui meritent quel
que recompenfe , quelque ſecours,
ou mesme quelque charité
, & fi l'on pouvoit recuillir
toutes les choſes qu'il a dites
en beaucoup d'occaſions , onl
verroit que perſonne n'a parlét,
plus juſte , ny avec plus de
prudence fur toutes fortes de
ſujets:
Le 26. l'Armée de ce Prince
occupoit le mesme Camp , &
l'on croyoit qu'elle y reſteroit
encore cinq ou fix jours pour
confumer les fourages , dont
il n'y avoit guere plus que ce
qu'il falloit pour ce temps- là.
La Republique de Venise ,
ſage & prudente , &qui allant
toujours fon chemin, ne s'em-
L 4
246 MERCVRE
baraſſe que de choſe qui la touchent,
vientd'emporterNapoli
de Malvafie , ſans s'eſtre rebutée
de la longueur du Siege
de cette Place , qu'elle a commencé
il y a déja deux ans.
C'eſt un port de mer dans la
Morée , aufſi -bien que Napoli
de Romanie , dont les Veni
tiens s'eſtoient déja rendus
maiſtres.M.Cornaro,Capitaine
General qui commandoit àce
Siege, fit battre au commence
ment du mois paſſé le Fauxbourg
& la Palanque , avec
quatre pieces de Canon,&tandis
qu'il faiſoit encore travail
ler à quelques Ouvrages qui
devoient faire apprehender
aux Aſſiegez de ne pouvoir reſiſter
encore long- temps , on
alla par ſon ordre leur faire de
nouvelles propoſitions , pour
GALANT.. 247
tâcher de leur faire prendre
la reſolution de ſe rendre.
Ils répondirent qu'ils n'éſtoient
pas encore ſi preſſez
qu'on les croyoit , & continuerentà
ſouſtenir les efforts des
Aſſiegeans , mais enfin ils craignirentque
leur opiniaftreté
ne cauſaſt leur perte , & capitulerent.
Les principales conditionsde
la capitulation , furent
qu'ils pourroient fortir avec
leurs Armes, & tout ce
qu'ils pourroient emporter.
Cela fut executé le 21. Aouſt.
Ils eſtoient au nombrede 940..
dont il n'y avoit que trois cens
hommes de Troupes reglées
On les embarquafur troisVaifſeaux
Venitiens pour eſtremenez
à la Canée. Onze Renegats
&treize Eſclaves qu'ils laiſſerent
dans la Place , furent mis
LS
248
MERCVRE
en liberté . On y trouva beaucoupde
munitions de guerre ,
fçavoir , 35. Pieces de Canon
de fonte , & 37. de fer , trois
Mortiers , 70. Rarils de Poudre ,
440. de Biscuit, & un grand
nombre de Bombes .
M. de Chambonas, Eveſque
de Lodeve, a eſté nommé à l'Eveſché
de Viviers. Il eſt Neveu
du vieux Prelat àqui il fucce.
de , & comme il avoit eu de-1
puis long temps la conduce
de ceDioceze àcaufe du grand
âge de M. fon Oncle ,le Roy
a jugé que la continuation de
ſes ſoins ne pouvoit eſtre que
d'un fort grand avantage pour
cette Eglife. Je ſuis Madame,
voftre, &c .
On affure que la gangrene
s'eſt miſe dans la playedu Princed'Orange.
le ne vous garanGALANT
.
249
tis pas cette Nouvelle , mais je
latiens d'un lieu qui devroit la
faire croire . On dit auſſi que
lesTroupes de ce Prince ayant
donné un ſecond aſſaut à Limeric,
ont eſté repouffées avec
beaucoup de perte .
Le Sr Amaulry avertit qu'en debitant
le Mercure il debitira auſſi au
commencement de chaque mois , La
Pierre de touche politique , qui
a commencé à paroistre depuis plus
d'un an , Cet Ouvrage estfi conne ,
qu'il feroit inutile d'expliquer en
quoyil confifte.
THEASE D
LYON
E
#
18937
7
TABLE.
Relude.
Stances de Me des Houlieres.2
Sonnets.
Madrigal.
7
14
Juftification des Colonels &desCapitainesdu
pays des Grifons qui
fervent le Royde France, contenuedans
une Lettre écrite aux
trois Chefs des trois Ligues des
Grifons, par I. B. Stoppa. 16
Oraiſons funebresfaites pourM.de
Montaufier. 70
Idille de Madame des Houlieres
furla mort de ce Duc. 73
sonnet ſur le mesmesujet. 80
Réjouiſſances faites en pluſieurs
Villes du Royaume pour lesderTABLE.
nieres Conquestes du Roy , avec
un discours prononcépar M.l'Evesque
d'Vzezsur le mesmesujet.
83
Service fait à Cologne pour le repos
de l'ame de Me la Dauphine.
109
Theses deMathematiquesoutenuës
au College Mazarin.
Les Philosophes à l'encan.
111
117
Panegyrique de S. Louis , prononcé
devant l'Academic Françoise.
119
Fragment du Panegyrique du même
Saint, prononcé par le Pere
de S. Martin Iefuite. 120
Autre Fragment de M. l'AbbéPlomet.
125
Divertiſſement representé sur le
Theatre de Bourbon à Rouën ,
133
Sonnet. $37
! TABLE.
Manieres gencreuses du Roy. 139
Compliment faitpar M. de la Porte,
Lieutenant en l'Election de
Mafcon , à M. Dogliani , Ambassadeur
de Savoye. 144
Histoire. 145
Article curieux touchant les affai.
res du tems, 160
Morts. 167
Nouvelles d'Irlande. 179
Carte des Vallées de Piemont habitéespar
les Barbets ou Vaudois .
189
Defaite des Imperiaux en Tranfilvanie..
190
Article des Enigmes. 198
Divers couplets de Chanson , fur
l'air de l'ay paffé deuxjours
fans vous voir. 204
Erreurs du dernier Mercure corre
gées. 207
Mr Thiers ditsa premiere Messeà
TABLE .
S. Barthelemy , à laquelle plu
ficurs nouveaux Convertis coma
munient. 213
Autre article de Morts. 214
Nouvelles de Savoye. 218
Nouvelles de Flandre. 221
: Nouvelles d'Allemagne. 227
Prise de Napolyde Malvafic. 248
M. de Lodeve est nommé à l'Evefchéde
Viviers. 249
Fin de la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le