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1690, 08 (Lyon)
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EXBIBLIOTHECA
AUGUSTINIANA
LVGDUNENSI
929


807156
MERCURE
GALANT
ILLE
DE
LYON
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MEZUL DEC
A0UST 1690 LYON
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
suë Merciere au Mercure Galant..
M. DC. XC.
Avec Privilege du Roy.
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par
Qu'on chante à la Cour,à la Ville
doit regarder la page 24.
La Figure doit regarder l
page 175
L'Ordre de Bataille doit re
garder la page 235
T
1
H
GALANEQUE DE LAVIL MERCURE
1.
AOUST
3 LYON

BIBLI
169
N voit aujourd'huy
ce qu'on n'a point
veu danses autres
Siecles . Les merveilles de la
vie du Roy ſont ſi ſurprenantes
& en ſi grand nomqu'elles
font l'objet
de toutes les actions publiques
,& fourniſſent ſans ceſſe
des ſujets nouveaux aux Aca-
Aoust 1690.
bre
د
A
2
MERCVRE
demies de France pour les
ouvrages d'eſprit qu'elles pro
poſent. Celles d'Angers avoit
donné pour ſujet de proſe ,
le difcernement de ce grand
Monarque , touchant le choix
qu'ila fait des perſonnes aufquelles
ila confié l'éducation
de Monseigneur le Duc de
Bourgogne , & le prix a eſté
remporté par Mr de la Grange
Avocat au parlements
Celuy de Vers eſtoic la protection
que donne Sa Majesté
au Roy d'Angleterre. Conme
il n'y a rien de plus genereux
, vous ferez ſansdoute
bien aiſe de voir comment
Mr l'Abbé Maumeneta traité
cette matiere . C'eſt luy qui a
merité le prix de Poësie , &
voicy la piece qui l'a remporté.
P
GALANT.
SURLA PROTECTION
Que le Roy donne à Sa
Majefſté Britannique.
D
ANS les champs ennemis
LOVIS couvert de gloire
Eut àpeine achevéle cours defa
victoire
Qu'immolant à Dieufeul la forte
de fon bras
Il vint chaffer l'Erreurdu sein de
fes Etais.
Elle cedeàses coups , &le coeur
pleinde rage ,
२०
N'épargnons point , dit- elle , an
Prince qui m'outrage ,
Desarmée, &contrainte àquitter
ces beaux licusos
Où jaysceuresisterà ses puiſſans
Ayeux .
Allons pour luy livrer une cruelle
guerre,
A2
4
MERCVRE
Exciter la Hollande , & la fiere
:
Et dans tous les climats à mon culte
Angleterre ,
Soumis,
Armer enmafaveur mille bras ennemis
Ceuxmesme dont lafoy s'oppose à
mes maximes ,
Unirent contre luy Leurs couroux
legitimes ,
Et dans cette union trouvant un

ferme appuy ,
Febraveraybien- toft qui me brave
aujourd'huy ,
C'est ainsi qu'elle parle,&soudain
La perfide
Porte au coeur d'un Tiranfafureur
parricide,
Leflate avec adreſſe
tenter
l'anime à
Leplus noir desforfaits qu'elle ofa
projetter.
Prince , à qui mes Autels font plus
chers quetavie,
GALANT. 了
Dit- elle , tu me voi pardeux Rois
poursuivie.
L'un adéjaſoumis au Pontife Romain
Defidelles Sujets élevez dans mon
Sein;
Et l'autre s'assurant d'imiterfes
exemples ,
S'appreſteà renverser mes Autels
&mes Temples ,
Maisfon Peuple constant àmegarder
la foy ,
D'unfi foible ennemin'écoute plus
la loy.
Profite du moment où ton ardeur
querriere
Peutfe frayer au Trôneune illuftre
Carriere;
Afeconder tes foins mon zele est
préparé
Et j'ose t'en promettre un succés
affuré.
Necrainspasd'attenterſur les droits
d'unBeaupere,
A 3
6 MERCVRE
Où jeparle , la loy , lesang toutse
doit taire
Et quand demesAutels l'honneur
est combatu ,
La violence est juste,& le crime eft
vertu.
Il écoute ,& rempli d'une fecreto
joye
Ade fi noirs confeils fon coeur se
livre en proye ,
Et moins vaillant Guerrier , que
Princefcelerat,
Ilfe montre au comploi plus adroit
qu'au combat.
Que vois.je , o Dieu! déja fa fu
reur inhumaine
Détrônefon Beau- pere & poursuit
une Reine ,
Qui les tarmes aux yeux fuyant
avec ſon Fils ,
Vient chercher un afile en l'Empire
des Lis.
Aquel excés de maux les verroit
on en bute
GALANT. 7
Ces princes malheureuxqu'unTivan
persecute,
Si leplusgrand des Rois ſenſible à
leurs malheurs ,
N'en cuftpar millefoins adoucy les
rigueurs ?
LOVIS, dont les vertus nefont
jamais fteriles ,
Ne bornepointfon Zele à desvaax
inutiles
Itpaffe en mesme temps des discours
aux effets
En formant des foupirs il répand
des bien-faits..
Layfeulde tous les Rois que l'Europenousvante,
Leur send dans la disgrace une
main careffante ,
Leur offre fon Palais , ſes tresors ,
Se's soldats,
Br semble partager avec eux fes
Etats.
Quipeut voirfans l'aimer ce Vainqueur
magnanime ,
A
8 MERCURE
Gedant aux doux tranſports dont
Sa bonté l'anime ,
Mettreàles confoler l'éclat defes
grandeurs. ১
Et s'affliger luy- mesme en effuyant
leurspleurs?
Certes , ou je me trompe, oujamais
la Victoire ,
Louis n'asur tonfront fait briller
tant degloire ,
Quand fidelle à teſuivre en cant
combats divers
On la vitfur tespas alarmer l'Unid
vers
Au bruit de cent exploits dignes de
tavaillance ,
Nos esprits admirerent l'effetdeta
vengeance ,
Mais quand ton bras foutient des
Princes opprimez ,
Nos coeurs &nos esprits également
charmez
Admirent encorplus cette tendreſſe
extrême
GALANT..
و
Qui comble de bienfaits un Roy.
Sans Diademe ;
f
Et c'est pournous grand prince , uns
Spectacleplus doux
Que celuy desbienfaits que su ré..
pansfurnous.
Plus que nos intereſts ta gloire nous
est chere..
Digne exemple des Rois , tu veux
estre leur Pere.
Quelfort plus glorieux , que toy
Seul aujourd'huy ,
Sois de leurs droits facrez l'orne
ment & l'appuy
Maisquefera.ce un jour , quand!
loin du bruit des armes
Lafoy desfaintsAutels étalera fas
charmes , ιστικά
Et qu'a tou's les mortelscette Fille
desCienx:
Ferade tes vertus le récit gloricux
Alors ils apprendront dofa bouche
immarrelleap
10
MERCVRE
Qu'en combattant pour nous tu
combattispour elle ,
Etque ton bras vainqueur defendis
àla fois
1
LeSceptre les Autels ,la Natureles
Loix.
Peuples, s'écriva t- elle , & vous ,
Sçavans Orphées ,
Vous ne luy dreſſez point d'aſſez
dignes trophées
Ievaisgraver moy mefine au celefte
Sejour ६
Ce qu'il m'a témoigné de tendroffe
& d'amour. N
Surpris àcetaspectleGermaininfidelle
Verrafoufront couvert d'une honte
éternelle
Et tomberpour jamais les superbes
lauriers
Donti'nguere il avû couronnerfes
ของ κού Guarriers!
Vainqueurde l'Ottoman quand tout
lefavorise
GALANT.
1.
A de vils interests il immole l'Eglife
Un fier Ufurpateur , un Fils denaturé,
Loin d'attirerfahaine , en eftplus
reveré
Prenstafoudre , LOVIS, marche où
la Foy te guide ,
Remporte entafuivant untriomphe
Solide,
Ex rappelle bien-toft les douceursde
1
la Paix
Que l'Europefans tog ne reuerroit
jamais.
PRIERE POUR L'E ROΥ..
Eigneur ,je viens aux pieds
de tesfacrez Ampels,
Tinvoquer en faveur du plusgrand
des mortels د. 1
Quandil s'armapour nous , tusoû
sinsſavaillanc
A6
72 MERCVRE
Aujourd' huy que ta gloire eftfon
unique objet ,
Que du Troſne & dusangfon bras
prendla defense,
Seigneur , benis encore un ſi juste
projet
Et rien nesçauroit mieux fignaler
tapuiſſance..
Le Roy eſt ſi tendrement
aiméde ſes Sujets, que je cray
qu'il n'y en aura aucun qui
n'entre avec une forte ardeur
dans le ſentiment de celuy
qui a composé cette autre
Priere . Elle eſt toute de verſets
des Pſeaumes , & l'Au
teur explique d'aborda ſon
deſſein par celuy.cy.
Mon coeur pouffe avec ar
deur la parole fainte. C'est pour
Le Roy que je compose ce Canti--
que, Pl. 44. VI, την
GALANT.. 13
PRIERE POUR LE ROΥ ,
tirée des Pſeaumes du Roy
Prophere .
One le Seigneur vous
exauce au jour de l'affliction
; que le Dieu de grace
vous protege. Pf. 19.1.
Le Seigneur est celuy qui
vous garde 3le Seigneur vous
couvre de fon ombre ; c'est luy
qui vous tient par la main. Pf..
120.5..
C'est luy feul qui vous délia
vrera de tous vos Ennemis , & ilne
permettra pas queleur entreprise
foircontraire à vos deſſeins. 45-1..
Vous accomplirez les defirs de
fon coeur, &vous nerejeterezpoint:
les prieres qu'il vous offre. 20. 2.
life reiouina , Seigneur , dans
woßre force , & quellefatisfaction
TERCURE
ne reſſentira- t'il pas de la protection
qu'il reçoit de vous? 20.1.
Que ſes Ennemis n'ayent point
de droit ſur luy , & que lemechant
ne puiſſe jamais luy faire aucun
mal. Pf. 88.22 ..
Seigneur , faites maintenant
profperer le regne de nostre Roy..
Quevostre main luy preſteſecours,
& que vostre bras le fortific..
117.24
O Monarque invincible , vôsve
mainseferafentir à tous vos
Ennemis , & le Seigneur vous
élevera audeffus de tous les Rois
dela Terre. 20. 8.
Queles Nations foient émeuës 5
tant qu'elles voudront , il n'y a
point deforce capable de l'ébran
ber, parce que la main da: Scigneur
est son bouclier ,& qu'il
est en la garde du Saint d'Israël
456 4
GALANT
Vostre protection l'a mis aans
ungrand éclat , & vous l'avez
comblé d'honneur & de gloire..
20٠٢٠٠
Le Seigneur des Armées foit
avec vous le Dieu de Iacob
foit vostre fortereſſe & vostre
défenfe . 45.7 .
Nous vous souhaitons les benedictions
du Seigneur ; le Seigneur
estle Tout- puissant ; c'est
luy qui vous protegera. 117.25..
Vous aimezla justice , vONS
haissez l'iniquité , c'est pourquoy
Le Seigneur vous a facré d'une
buile de toye d'une maniere
plus excellente que tous ceux qui
vous ont precedé. 44. 9.
Aioûte , Seigneur , jour fury
jour à la vie de noftre Roy ,&
que la suite de fes années ſoit
d'une longuedurée. 60.6.
Seigneur confervez Sa FA16
MERCURE

mille pour toûjours , & que la
durée de ſon Trône dure autant
que tous lesfiecles àvenir. 88.19
Seigneur , vous eſtes tout plein
de bonté défendez nostre cause
contre ceux qui nous tourmentent
, combattez ceux qui nous
font la guerre. 34..1 ...
LaFrance ne peut manquera
d'eſtre heureuſe puis que le
Roy paroiſt fatisfait du zele
de ſes Sujets. C'eſt ſur cela
que Mr Perrault , de l'Academie
Françoiſe a fait le Ma
drigal que vous allez lire-
LOVIS, quandlaHollande&la
fiere Angleterre
Ontflechyſous les coupsde ton puif.
fant tonnerre
Etque toute l'Europe on atremble
d'effroy
GALANT.
17
-
Tudis queton bonheur vient d'avoir
Sous taloy
Le meilleur Peuple de la terre.
Ah , combien dans le temps d'une
Si rudeguerre ,
Sommes-nous plus heureux d'avoir
unsigrandRoy.
J'oubliay le mois paffé de
vous dire , qu'on a celebré
cette année les Jeux Floraux
Là Toulouſe felon la coûtα
me , & que Mr l'Abbé d'Auf.
fonne , Frere de Mr d'Auffonne
, Avocat General dans:
le Parlement de Languedoc,
& Mrs Gay & Pages yont
remporté les Fleurs.
On avoit fait bruit de
deux pierres d'une groſſeur
extraordinaire , tirées de deux
Cadavres humains , & que
Mr Tolet avoit venës , l'une
18 MERCURE
à Saint Omeren 1682.chez les
Peres Jeſuites Anglois , &
l'autre à Paris en 1689. La
premiere pefoit vingt - huic
onces , & la feconde qui en:
peſoit trente-deux & fix dragmes,
avoit eſté apportéed'Ecoffe.
Cependantny l'une ny
l'autre n'approche de la groffeur
de celle qui s'eſt trouvée
dans la veſſie d'un homme
mortiey au mois de luin dernier
dans l'Hôpital de laCharitédes
Hommes. Elle peſoit
cinquante-deux onces . Tout
Paris l'a veue avec admira--
tion.
La rable qui fuit eſt trop
du temps pour ne vous l'envoyer
pas . Elle eſt de Mr..
Nault , qui avoit l'honneur
d'eſtre duConfeil de feu Mr le
Prince. 2 .
۱
GALANT..
او
LES LYONS ET L'AIGLE
Cing Ing Lions ennemis des dow-
Ne voulurent plus deformais
Demeurer enfermez dans leursfombres
tanieres .
Et ialoux desgrandeurs & des ver
tus guerrieres
Du plusgrand Potentat qui foit
dans l'Univers ;
Il vanous mettre dans les fers
Dirent-ils,fitous cinq ensemble
Nous ne liguons les plus fiers animaux
Pauraller defoler fan peuple &fes
топрепих.
Ce Prince que le monde adore ,
Et qui d'oùse leve I'Aurore
Iuſques au coucher du Soleil,
Ne sçauroit trouver son pareil,
Regne sur la terre &fur l'onde ,
20 MERCURE
2
Ravage & détruit tout le monde
Brûlefurlesrives du Rhin
Les Provinces du Palatin ,
Et bien tost mesme la Baviere
Sinous ne prenons ſoin d'y mettre
quelquefin
Afes exploitsfervira de matiere.
Appellons avec nous les Loups , les
Leopards, 4
Hurlons & rugeſſons , courans de
Loutes parts,
Et fi nous le pouvons excitons le
tonnerre
1
Aluyfaire avecnous unesanglante
guerre..
Deut etre qu'attaque par de tels en
nemis
১৯
Nousverrons qu'àson tour il nous
SeraSoumis.. 参
Un deffein genereux , quoy qu'il
Soit témeraire,
A Souvent du bonheur fur le party
contraire.
GALANT.... 2
La révolte est conclue , & d'un
communaccord
Du paſſage du Rhin l'un d'entreeuxsefaitforts
3
L'autre dit;& pour moy,ie porteray
la guerre
Jusques au Souverain des Etats
d'Angleterre ,
L'autre l'irriteray les Princes d'alentour:
Les derniers;& pour nous,ravageant
tour à tour
Les lieux qui font icy les témoins
defa gloire,
Nous en effacerons â iamais lame
moire.
Ils cabalent tous cing, &fur cefol
espoir,
Far tout où s'étend leur pouvoir ,
Ils excitent divers orages...
D'une merenfaveur Ils paſſent les
rivages...
Toutfait de leurs deffeins l'iniufte
emportement ,
22 MERCURE
Riende plus fortunépour un consmencement.
1801
Dès le premier exploit l'un détrône
unmonarque,
Maisdans lesdecrets de la Parque ,
Il estoit destiné
Que leCoqde la France
Partoutdeleurs proiets confondroit
l'arrogance,
Et que parle fameux Heros du
Dauphiné
On châtieroit le party mutiné.
Ainfile Lion d' Auſtraſic
Au premier chantdu Coq meurs de.
paralifie.
Les autresfuyent dans leurs trous
Tâchent d'éviterfon couroux.
Mais delAigle l'audace extrême
Veut s'en mêler de mesme ,
Etdit ; ie porteraydes coups
Qu'on ne pourra merendre.
Le Soleilfans attendre
Qu'elle eust entierement achevéfon
discours .
GALANT. 23
D'un proiet infolentueut arrefterle
cours.
Il affembleses feux furcetteAigle
legere,
Qui voulantse guinder auprés de
Sa lumiere ,
Sentit pour son malheur
Laplus forte & cuifante ardeur,
Ses cris parmyles airs le firent bien
connoistre.
Ah , dit- elle , pourquoy s'adreſſer
àfon Maistre!?
Apprenez , ô Mortels , par ma
- mouranvevoix ,
Que tout doit obeir à l'Empire
François .
Les avantages que le Roy
a remportez ſur terre & fur
merpar les deux grandes Batailles
que Mr le Maréchal
Ducde Luxembourg , & Mr
le Comte de Tourville ont
24
MERCVRE ィ
gagnées le mois paſſe ont
donné lieu a quantité d'ouvrages
de Vers que l'abondance
des nouvelles importantes
dont j'ay à vous faire
part ne me permet pas d'employer
dans cette Lettre. Ainſije
me contente de vous envoyer
un Virelay que Mr
Marcella fait ſur ces deux
Victoires . Le fameux Mr
Dambruys ya fait un Air en
Vaudeville.
4
VIR ELAY.
Qu'on chante àla Cour, àlaville,
Vive Luxembourg, & Tourville !
Qu'on chanteàlaville ,à la Cour
Vive Tourville , & Luxembourg!
Luxembourg plus vaillant qu'Achille
Defit nos Ennemis par mille ,
Et le fier Tourvilleà son tour ,
SHY
GALANT .
25
Sur les eaux fait le Luxembourg.
Qu'onchante à la Cour , &c .
Vous avez ſceu parles Nouvelles
publiques que Mr de
Chasteauneuf , Ambaſſadeur .
de France à la Porte avoit
eu ſa premiere Audience du
Grand Seigneur à Andrinople.
Un des Gentils hommes
de ſa ſuite qui estoit preſent,
ayant écrit icy à un de ſes
Amis , toutes les ceremonies
que l'on y a obſervées
copie de ſa Lettre m'eſt tombée
entre les mains , & je
vous l'envoye.
,
AAndrinople , ce 8. May 1690.
une
Comme ne ri Omme il ne s'est rien paßè
dans nostre route
, qui
meritast vostre curiosité , j'ay
Aoust 1690. B
26 MERCURE
voulu attendre à vous écrire que
Mr l'Ambassadeur eust en Audience
de Sa Hauteffe. On nous
avoit envoyé toutes les voitures
neceffaires pour nous
>
rendre à
,
Andrinople , tant pour les équipages
, que pour la Maison de
Mr l'Ambassadeur , & mesme
pour tous ceux de la Nation
dont il a esté accompagné. Nous
Sommes arrivezicy beureusement
en dix jours , & avons toutourS
eſté logez dans les Serrails du
Grand Seigneur ou du particulier.
Pour éviter la confunous
nous separions en
chambres , chacune de quatre
perfonnes ; & quoy que dans
ces fortes de voyages ,
obligé de porter iusqu'au charbon
, tout nous
auſſi abondamment que si nous
avions esté au Palais de France.
fion ,
on foit
a este fourny
GALANT. 27
نم
,
Trois jours aprés noſtre arrivée ,
on distribua la paye aux lanisfaires
dans le Serrail , & aux
Spabis chez le Grand Visir.
Cela parut d'autant plus nouveau
qu'il y avoit neuf mois
qu'on ne l'avoit faite. Pendant
que l'on tenoit le Divan
que l'on comptoit seize cens bourfes,
qui fonthuit cens mille écus
on mangea le Pilland dont il
y avoit un fort grand nombre de
plats dans la Cour. C'est un
mets composé de Ris cuit avec du
bouillon. Enfuite ils coururent de
toutes leurs forces prendre les
bourſes qui estoient destinées pour
chaque Compagnie. Le Visir a
retranché plus de trois mille
payes- mortes , ne voulant payer
que ceux qui fervent. Les François
qui se trouverent à cette
Ceremonie , reccurent de grandes
B 2
28 MERCURE
VA
honnestetez des Officiers de la
Porte qui prirent foin de les
faire placer commodement , afin
qu'ils puſſent tout voir. Le Grand
Seigneur fort du Serrail regulierement
tous les Vendredis , pour
aller faire fa priere dans quelque
Moſquée de la Ville. Il y
d'une maniere fort modeste , &
n'a qu'environ cent personnes à
fafuite.. Il voit agreablement les
Etrangers qui ont de l'empresse
ment pour se rencontrer fur fon
passage. C'est un Prince qui a
la phiſionomie d'un parfait honneste
homme. On ne doit pas
S'étonners'il aime tant à fortir ,
après avoir été enfermé plus de
quarante ans. On ne s'est point
trompé dans la bonne opinion
qu'on atue d'abord de la conduite
du Grand Viſir Kuproli . Il
employe tous sesfoins à rétablir.
les affaires & comme il n'en
GALANT.
19
ner.
trouve point de plus importan.
tes que ' la guerre , qu'il la
veut foûtenir , ilne fut pas platoſt
élevé à cette premiere digni
té de l'Empire , qu'il envoya
trente mille sequins au Comte
Tekeli pour payerfes Troupes , &
cinquante mille àAlger Tunis
Tripoli , pour les obliger de fournir
cette Campagne le plus de
Vaisseaux qu'ils pourroient don-
On avoit envoyé querir
Mezomorto qui a commandé
dansAlger , afin de le faire Capitan
Pacha , mais il a prié qu'on
le diſpenſast de remplir ce pofte
en representant au Grand Visir ,
que ce seroit donner un pretexte
à ceux d'Alger pour n'envoyer
pas leurs Vaiffeaux cette Campagne.
LeSr Gallot Italien qui
fervoit les Venitiens devant Negrepont,&
quiſauva cette Pla-
,
B 3
30
MERCVRE
се
, s'y estant jetté sur quelque
mécontentement qu'il avoit recen
• pris le Turban , & fait travailler
icy à des Bombes .
Le 3. Mars , on vit arriver
prente deux mulets chargezd'or,
du tribut d'Egipte . Ils avoient deux
sens Spahis pour efcorte.
Le 8. l'Empereur des Tartares,
que l'on appelle le Kam , arriva en
cette ville, & on luy rendit d'autant
plus d'honneurs , qu'il venoit
de défaire sept mille hommes en
Bosnie outre beaucoup d'autres
avantages qu'il a remportez l'hyver
dernier sur les Allemans era
Transilvanie & en Hongrie. Le
Grand Viſir l'allarecevoir à deux
lieuës d'Andrinople , avec environ
fix mille hommes ,&tous les Grands
de la Porte . La magnificence Turque
parut ce jour là en beaux
chevaux , & en Superbes harGALANT
. 31
au
nois. Deux mille Tartares l'accompagnoient
. Quatre jours aprés
qu'il fut arrivé , il rendit visite
Grand Seigneur , qui luy
donna une vefte de Samoure , avec
un Bonnet garny de pierreries ,
& de deux aigrettes , qui font
les marques d'honneur de cette
Cour. Son Vesir estant venu
chez Mr l'Ambassadeur , luy
fit connoistre que l'Empereur fon
Maistre seroit ravy de le voir. Il
fut convenu que le Kam le rece
vroit avec les mesmes honneurs
qu'il rend au Visir ; mais Mr
IAmbassadeur qui n'avoit pas
encore eu fon audience publique
du Grand Seigneur , ne voulut
point faire cette viſite en cere.
monie. Ainsi il y alla accompagné
seulement de quelques- uns
de ſes Gentils hommes. C'est un
Prince d'un fort grand merite ,
B 4
32 MERCVRE
honneste & civil , & qui ne
tient rien du Tartare que le
nom. Il fera icy jusqu'au mois
de May , qu'il partira avec le
Vifir pour aller commander l'Armée
en Hongrie , où ils doivent
estre joints par foixante mille
Tartares . Ses peuples sont sous
la protection du Grand Seigneurs ,
& s'il arrivoit qu'il n'y eust plus
aucun Prince du fang Othoman
ce seroit luy qui fuccederoit à
l'Empire Turc. C'est ce qui est
cauſe qu'une tres grande union
s'est établie entre les deux Naqui
ont des inclinations
differentes , quoy qu'elles profesfent
la mesme Religion .
tions
د
>
Le Samedy Saint 25. Mars ,
Mr l'Ambassadeur eut fon awdience
publique du Grand Viſir ,
qui l'envoya prendre le matin
àfon Palais par deux de fes preGALANT.
33
:
miers Officiers , & pour luy marquer
l'estime qu'il en faisoit , il
Luy fit mener quarante chevaux.
Ce sont dix de plus que de coûtume.
L'Aga & les quatre la.
niſſaires de fon Excellence commencerent
la marche. Sa Maiſon
Suivit , le Maistre d'Hôtel eſtant
à la tešte de quatre Valets de
Chambre , de vingt deux Valets
de pied habillez d'écarlate avec
un grand galon d'or. On voyoit
enfuite une chaise à porteurs fort
magnifique , les Carroſſes n'estant
point d'usage en ce Pays- cy , &
fix chevaux de main en houſſes
brodées d'or , conduits par autant
de Palfreniers veſtus à la
Grecque. Huit Drogmans ou
Interpretes precedoient Mr l'Am.
bassadeur , qui par fon air agreable
& sa bonne mine attiroit fur
luy les yeux d'une infinité de
BS
34
MERCURE
peuple,dont toutes les ruës étoiene
bordées. L'Ambassadeur de Hollande
estoit dans une maison derriere
une lalousie , d'où il nous
voyoit paſſer ſans estre veu. Environ
cinquante hommes à che
val parmy lesquels se trouverent
les principaux de la Nation
Françoise , fermoient cette mara
che. Deux Compagnies de lan
niſſaires estoient rangées en baye
devant la Maison du Grand
Visir , & toute sa Cour estoit à
la Chambre d'Audience pour y
recevoir Mr l'Ambassadeur... Le
Grand Vifir y entra presque dans
le mesme temps par une autre
porte, & ces deux Ministres
s'estant Saluez reciproquement
s'affirent fur deux tabourets femblables
, placez vis à vis l'un
de l'autre fur le Sofa. On ne
parla point d'affaires dans cette
i
33 GALANT.
premiere audience , qui est toujours
courte , & qui ne se paſſe
qu'en complimens. Mr de Chateauneuf
remit la Letire du Roy
entre les mains du Viſir qui lareceut
avec de grandes marques de
respect. Elle estoit dans une bourse
deſatin cramoify. Cela estantfait,
on apporta les rafraîchiſſemens
ordinaires de confitures , de Sorbet,
de Caffé , & de parfums d'ambre..
Le tout fut ſervi également à ces
deux Ministres , & ensuite on pre-
Senta une veſte fort riche à Mr
l'Ambassadeur , & on en distribua
trente autres à ceux de sa suite
qui furent appellez par un Drogman.
Après qu'il eut pris congé
du Grand Visir , il s'en retourna à
fon Palais dans le mesme ordre
qu'il estoit venu , & il y trouva
trente Ioueurs d'Instrumens de ce
Ministre , Hautbois , Flûtes
B6
36 MERCVRE
Trompettes , Timbales , Pfalte
rions qui s'accor.
د
&autre د
doient tous si bien que cette
Muſique nous parut fort agream
ble.
Le 27. le Grand Viſir fit (ortirſes
queues de cheval avec de
grandes ceremonies. C'est une
marque qu'il va commander
l'Armée , & cela fait que tous
ceux qui sont destinez pour le
Servir,sepreparent à le ſuivre.
On fit la priere &le facrifice aca
coûtumé. L'origine de ces queuës
vient de ce que dutemps de Baja.
Zit , l'Armée estanten deroute ,&
ayant perdu ſes Etendards , un
Officier s'aviſa de faire couper la
queuë àfon cheval, &de la mettre
au bout d'une pique. Les Fuyards
qui vivent cette nouveauté , &
qui comprirent pourquoy elle fe
faifoit , en curent bonte. Ils fe
مال
GALANT.
37
rallierent & retournerent si vin
goureusement à la charge qu'ils
regagnerent les Etendards qu'ils
avoient perdus . C'est en memoire
de cette action que l'on s'eſt toû
jours fervy des queues depuis ce
temps- là. Le Grand Seigneur en
aſept , &le Grand Visir trois.
Le 29. Mr de Chasteauneuf
eut audiance de Sa Hauteffe. Il
luy avoit envoyé ses preſens dés
le matin parvingt Esclaves. Ils
consistoient en un tapis de la Sa
voniere de ſept aunes de long
&d'une beauté extraordinaire ;
en des pendules d'une invention
nouvelle du fameux Mr Turet;
en quantité de vestes de drap de
brocard d'or & de satin , & en
divers Ouvrages d'horlogerie. La
Maison de Mr l'Ambassadeur
marchadansle mesme ordre que
lors qu'on alla chez le Visir. Le
,
L
38 MERCURE
Chaoux Bachi , & le Chaoux
Tegkahachi vinrent prendre fon
Excellence avec quarante chevaux
en bouffes brodées d'or , &
qui avoient des brides d'argent
garnies de pierreries.. Quatre
Compagnies de laniſſaires étoient
rangées en baye au dehors du
Serrail. Le Grand Maistre des
Ceremonies attendoit Mr l'Am.
baſſadeur à la porte. Lors qu'il
eut mis pied à terre ,on le conduisitsur
un petit Sofa , où ilfe
fut à peine reposé quelques momens
que le Capigiolakagi
le Chaoux Bachi arriverent portant
de grands bastons d'argent .
&le conduisirent à la Salle du
Divan que l'on avoit afſemblé..
LeGrand Visir se leva , & fit
deux pas pour le recevoir. Aprés
quelques complimens , Mr l'Ambassadeur
s'affit sur un tabouret
GALANT.
39
de velours , & le Divan consinua.
On y plaida quelques
causes , & elles furent jugées avec
un tres- grand filence. Sitoſt
qu'on eut finyLe Divan , on
couvrit quatre tables qui furent
Servies également. L'une estoit
pour Mr l'Ambassadeur &le
Visir qui mangerent seuls. Les
trois autres furent renuës parle
Nichangis , le Tefterdar , & le
Terfter fuiny , qui font le Chancelier,
le Treforier &le Controleur
General de l'Empire. On fervit
chair&poison,& environ trente
plats les uns après les autres. Ily.
avoit detres- bons mets &s'ilsn'avoient
pas estéfi ambrez,sur tout
uneſoupe de pois chiches& de noi-
Settes,nous nous enferions beaucoup
mieux accommodez. Comme les
coûteaux & les fourchettes ne
font point d'aſage en ce Pays- cy.
40
MERCVRE
و ce qui
il nous fallut déchirer la viande
avec les doigts. Le Sorbet que
L'on nous donna à boire estoit fi
musqué que nous avions grande
impatience d'eftre de retour au
Palais de France pour boire du
vin. Nous fufmes dix ſeulement
qui eusmes l'honneur de mangeraux
tables .. Tous les autres de la
fuite iusques aux Valets de pied ,
mangerent dans l'Office
ſefit contre la coutuume. LeGrand
Seigneur estoit àſafenestre grillée
qui voyoit tout ce qu'on faisoit
dans la Salle. Peu de temps aprésque
l'oneut diſné, le Capia
giolakagi & le Chaoux Bachi
toujours avec leurs Batons d'argent
, vinrent prendre Mr l'Ambassadeur
, qui en fortantSalua le
Grand Visir.Ce Ministre se leva
pour luy rendrefon falut , ce que la
fiertéOthomane l'empeche ordinai
A
9
1
GALAN T. 4Σ
rement de faire. Son Excellence fut
conduite à la porte de la Salle d'Audience
, où unun riche Caffetant luy
fut donné. On en diftribua trente
autres à ceux defa suite , & fuis
vant la mauvaiſe coûtume du Pays,
deux Capigi- Bachi , qui font les
Gentilhomes de Sa Hauteffe,prirent
Mr l'Ambassadeur par deſſous les
bras pour l'introduiredans la Salle.
Le Grand Seigneur estoit aſſis fur
un Trône , ou espece de sofa , entouré
de coufſſins bordez d'or , parfemez
de perles & enrichi de quantitè
de pierreries. Ils avoit une
Veste magnifique , &Son Turban
estoit garny de Diamans & de deux
Aigrettes . Mr l'ambassadeurentra
dans la Salle les pieds chauffez
, ce que jamais Ambassadeur
n'avoit fait . Il fi fa barangue
avec beaucoup d'éloquence , & far
l'interpretation qu'en fit le Sr For
42
MERCURE
neity , premier Drogman ,le Grand
Seigneur en fut fi touché , qu'ily
répondit par sa bouche , quoy que
ce foit toujours le Visir qui falle
cette réponse. Il n'y eut que ceux
qu'on avoit admis aux tables qui
eurent l'honneur de faire la reverence
au Sultan . Je fus de cenom.
bre, mais les Capigi qui me tenoient
par deffous les bras , me laifferentfi
peu de temps dans la Salle que je
n'y pus rien obferver que ce queje
viens de vous dire. On n'est pas
d'accord icy touchant les raiſons
qui font qu'on mene les Etrangers
par deſſous les bras dans les audien
ces. Les uns disent que c'est pour
leur faire plus d'honneur , & les
, pour les obliger àfaire autres
la reverence plus bas. Pour
moy , je croy qu'on en use ainsi ,
par la crainte que l'on a que
GALANT.΄
1 43
quelqu'un d'eux ne s'écarte dans
l'appartement des Femmes. L'audience
estant finie. Mr l'Ambaſſadeur
trouva dans la Cour tous les
Officiers & Grands de la porte , &
par une distinction particuliere, les
ruës furent bordées de laniſſaires
jusqu'àfon Palais.
Le mesme jour 29. Mars , il
allarendre viſite au Mufti , qui
n'est pas moins confidere en ce
Pays ,que le Pape l'est dans tous
les Royaumes Catholiques. Sa
Maiſon marcha avec environ
trente hommes à cheval. Ce vea
nerable vieillard ,pour le rece.
voir avec plus d'honneur que fes
Predeceffeurs n'en avoient rendu à
aucun Ministre de fon caractere ,
ne voulut point se trouver affis
quand ſon Excellence entreroit,&
Je tint dans une chambre jusqu'à
ce qu'elle fus entrée & affife. Il
L
:
44 MERCVRE
vint ensuite s'affeoirsur des carreaux
vis à vis de Mr l'Ambaſſadeur
, qui luy dit qu'ilnedevoitpas
estrefurpris de l'empressement qu'il
avon eu de voir uneperſonne d'une
vertusi eminente , & que l'Empe.
reurfon Maistre estant informé de
fon grand mente , l'avoit charge
de le voir , & de luy rendre une
Lettre qu'il luy presenta dans une
boursede Satın. Le Mufti la receut
avec de grandes marques derespect
&la tenant toujours en la main
illuydit , le fans bien obligé
à l'Empereur de France,le plus
anciende nos Amis. Ie ſouhaite
que fon regne ſoit de longue
durée,& comblé de toute forte
de bonheur , Aprés quelques autres
complimens de part&d'autres,
lacollation futfervie,àfon Excellence
seulement .Le Muftieftla
Seconde perfonne de l'Empire . Ilne
GALAN T. 45
fe peut faire aucun changement ,
wy guerre nypaixfans qu'ily con-
Sente. Celuy - cy affecte une si
grande humilité , qu'il prend zoujours
le titre de Pauvre , quoy qu'il
aitplus de buit cens mille écus de
rente. Sa maison n'est pas mieux
meublée quela cellule d'un Capu
cin , mais il ne laiſſe pas d'avoir
dansfon Serrailles plus belles Fem.
mes de l'Empire.
د
Mrl'Ambassadeur continuant
fes viſites , alla le 16. Avril voir
Le Caimacan qui est comme le
Gouverneur& le commandant en
L'absence du Vifir. Il n'y en a que
deux dans l'Empire , l'un icy ,
l'autre à Constantinople. Ce sont
soujours les gens du plusgrand merite
quifont choisis pour rempler ces
Charges. Cettevisitefut plus longue
que toutes les autres, parce que
Mr l'Ambassadeur trouva beau
46
MERCURE
coup d'esprit & de politeſſe dans le
Caimacan , qui luy dit mille choſes
obligeantes de Sa Majesté , noubliant
rien pour l'engager à le
voir ſouvent. La Collation avec
le parfum , fut servie à l'ordinaire.
Comme rien n'échape à
Mr l'Ambassadeur de tout ce
qui regarde la gloire du Roy &
l'intereſtde la Religion , il a ob
tena un Commandement pour
faire defervir l'Eglise de Saint
Ragouse par les Peres Iacobins.
C'estoit laseule qui fuſt en cette
Ville. Elle estoit vacante depuis
trois ans ,& les Turcs avoient deffein
de la prendre pour en faire une
Moſquée.
On a fait icy l'épreuve decent
cinquante pieces de Canon d'envi.
ron une livre & demie de balle
nouvellement fabriquées pour ferwir
cette Campagne. Elles fons
,
GALANT. 47
montéessur deux petites romesqu'un
cheval peut traiſnerpar tout. L'afurpation
du Saint Lieu de Jerufalem
, autrement appellé la Terre-
Sainte , que le Patriarche Grec
avoitfaitedepuis SultanAmurat,
fur les Religieux de Saint François
quien estoient en pofſſeſſion depuis
pluſieurs siècles , a toujours paru
d'unesi grande importancepour la
Religion Catholique , que la piete
da Royse trouvoit bleſſsée, de laiſſfer
leſoin de ces Lieux facrezà d'au
tres qu'à ces bons Religieux dont
il estle Protecteur , aussi bien que
detoutes les Eglises du Levant.
C'est ce quiaſouvent obligé ce Prin .
ce de fairefaire de grandes inſtances
par ſes Ambassadeurs à la Porte
pour en avoir la reſtitution , mais..
cette Cour ayant toujours differé à
l'accorder , cette irresolution a
donné lieu à plusieurs contestations
*
A
44
MERCVRE
depart & d'autre . Les Grecs diforent
, que comme Sujets du Grand
Seigneur , ils devoient estre preferez
à des Etrangers , qui attireroient
unjour la guerre dans le pays pour
en faire la conqueſte. Cette raison
estoitfoûtenue par de groſſes fommes
qu'ils distribuoient chaque année
aux Grands de la Porte , ce qui
les a maintenusjusqu'àpreſent dans
cette ufurpation , mais Mr l'Ambassadeur
a si bien profité de la
conjoncture , & a conduit cette af
faire avec tant de prudence , que le
Grand Seigneur n'a pu enfin refuferau
Roy la reſtitution de tous les
Saints Lieux . Aimſiſon Excellence
a fait en un mois ce que l'on n'avoit
Pûfaire en cinquante ans l'Ambaf-
Sadcur d'Angleterre & celuy de
Hollande ont employé tous leursfoins
pour empefcher que cette negociation
ne réussist. Ils ont répandu
de
GALANT.
49
de faux bruits , &supposé mesme
des Gazettes qu'ils ont fait
courir juſque dans le Sarrail du
Visir , par lesquelles ils vouloient
perfuader à ce Ministre , que la
France faisoit une Tréve de
८ quatre ans avec les Allemans
ce qu'il pouvoit prévenir par une
paix avec l'Empereur , mais bien
loin d'avoir donné aucune croyance
à ces supoſitions , le Viſir est tela
lement prévenuſur les faux avis
qu'on luy fait donner , qu'il y a
fort peu de jours qu'il dit à l'Aga
des Ianiſſaires , que de toutes
les nouvelles qui se répandoient ,
ilnefalloit croire que celles qu'on
publioit chez l'Ambassadeur de
France.
Le 2. de May fon Excellence
prit for audience de congé, du
Grand Visir , qui l'envoya prendre
àfon Palais parle Chaoux Bachi
Aoust 1690. C
50
MERCVRE
avec des chevaux . Il fut recew
avec les mêmes honneurs qu'à la
premiere audiance,& mesme nombre
de Caffetans fut distribué.
Aprés quelques complimens leViſir
rémit entre les mains de fon Excellence
la Lettre quele Grand Sei
gneura écrite au Roy. Elle estoit das
une bourse de brocard. Illay remit
auſſile Commandement pour la refti
tution des Saints Lieux de Jerufa-
Lem , dans unebourſe d'environ trois
pansde long.
Le Comte de Feudor , Beaufrere
de Techeli,&Son Lieutenant Gene -
val, est venu en cette Ville, & com_
me il eſt Catholique , il s'est rendu
fouvent au Palais de France poury
entendre la Meſſe. Tout se dispose
pour l'ouverture de la Compagne.
Les Troupes viennent de toutes
parts ,&de jour en jour on attend
celles d'Egipte. LeBachad'Afferon,
GALANT. St
!
quieft nommé serachier enHongrie
eftarrivé. Ou espere beaucoup de
Sa conduite. Le Grand Vifirpretend
avoir cent mille hommes , outre les
Tartares.
Il n'y a point de Ville dans
le Royaume où l'on n'ait fait
des réjoüiſſances pour les Victoires
remportées ſur terre &
fur mer par les Armées de Sa
Majeſté. Ie vous parleray ſeulement
de quelques unes , ne
pouvant groſſir ma lettre de
ces fortes de Relations , à cauſe
des Nouvelles indiſpenſables
qui doivent y trouver
place. La Ville de Nevers
donna des marques de ſa joye
le 20. du mois paſſé par un
feu d'artifice dreſſé dans la
Place Ducale , auquel Mr Daquin
, Intendant de la Province
, mit le feu , à la teſte
C2
52
MERCURE
des Echevins . Le Te Deum
avoiteſté chanté auparavant
dans la Cathedrale de Saint
Cir , par Mr l'Evefque & fon
Chapitre en prefence de
tous les Corps de la Ville ,
& de pluſieurs Religieux de
chaque Convent. La Compagnie
des Chevaliers de la
Butte composée des perſonnes
les plus diftinguéesau
nombre de deux cens , s'etoient
mis ſous les armes pour
aſſiſter à cette ceremonie. Les
Bourgeois de la Ville firent
une Compagnie ſeparée de
plus de quatre cens hommes
& demeurerent armez pendanttout
le jour. Il yeut depuis
fix heures du matin jufqu'à
minuitdes rafraichiffemens
à la porte de Mr de la
Condamine Receveur des
GALANT .
53
Tailles de l'Election de Nevers,&
une fontaine de vin y
coula pendant tout ce temps .
On avoit écrit ces Vers fur
le haut en Lettres d'or.
Peuples , finiſſez vos ennuis ,
Vous allezvoir finir la guerre.
Ne sçavez vous pas que Louis
Avaincusur mer&far terve?
Vis à vis lejet de la fontaine
de vin qui alloit juſqu'au milieu
de la ruë , on avoit mis
un vaiſſeau pour le recevoir ,
&c'eſtoit là que le peuple en
alloit puifer . Ces quatre autres
Vers y estoient écrits.
Par des prosperitez l'une à
l'autre enchaisnées
Une double Victoire a couronné
LOUIS
Ainsi coulent toujours fes heureuſes
années ;
Ainfi coulepar tout lefang des
Ennemis
54
MERCURE
Mr de la Condamine accompagna
cette Feſte d'une
Collation fort propre qu'il
donna à Mr & à Me l'Intendante
avec toute forte de liqueurs.
Le ſoir il y eut quantité
de fuſéestirées ſur la Riviere
de l'autre coſté de fa
maiſon , aux feneſtres de la
quelle on vit des Illuminations
ainſi qu'autour de la
fontaine de vin.
Le 23. du meſme mois , on
donna à Noyon les mefmes
marques de joye. La diſpoſition
du Feu d'artifice fut faite
de cette maniere. La France
eſtoit preſentée en Pallas
, fur un piedestal garny
d'une balustrade . Elle tenoit:
unepique d'une main , & de
l'autre un bouclier , ſur lequel
on liſoit ces paroles , Ludo-
1
GALANT.
55
vico Magno semper victori ,
novis palmis nuper inclito. A
l'une des faces du piedeſtal
eſtoit pour Deviſe , Territa
:
Europa , recreata Gallia , trium.
phante Ecclefia. A la ſeconde ,
Duabus arcibus ad Sabim prima
impressione expugnatis. A la
troiſieme ,Duobus deletis exercitibus
, relatis manubiis. A la
quatrième , Fufis ,fugatis ad
Sabim Batavis , inglis , Germanis.
Aux quatre coins du
piedeſlal l'on avoit repreſenté
autanrde Figures ; sçavoir
un Eſpagnol , un Hollandois ,
un Anglois , & un Suedois ,
chacun avec ſa Deviſe..
Un peu avant que l'on allumaſt
le feu , les quatre Compagnies
des quartiers eftant
arrivées fur la Place , Mrs Sezille
& Martine , premier &
G4
$6
MERCURE
,
ſecond Echevin, ſe rendirent à
l'Eveſché , pour accompagner
Meſſire François de Clermont,
Abbé de Tonnerre , Grand
Vicaire de ce Dioceſe &
Neveu de Mr l'Evefque de la
Ville à cette ceremonie. Il fur
receu à la premiere porte de
l'Hoſtel de Ville par Mr Bellot
Maire , & par Mrs Caffe
&de Targuy , Echevins , &
monta à la Chambre de Vil-
Je , où eſtoient Mr de Liffe
Adam , Lieutenant de Roy ,
&Mr de Charmeluë , Liea
tenant Civil , auſſi invitez ,
qui vinrentau devant de luy
à la porte de l'eſcalier ; aprés
quoy la marche ſe fit en cet
ordre. Les Gardes du Gouvernement
& Sergens de Ville
, tenant chacun un flambeau
allumé , eſtoient prece
GALANT. s
57
dez des Violons , & auties
Inftrumens , & ensuite Mr le
Grand Vicaire en manteau.
long marchoit ſeul. Il eſtoir
fuivi de Mr le Lieutenant de
Roy , de Mr le Lieutenant
Civil ,&de Mr le Maire , tous
trois fur la meſme ligne. Les
quatre Echevins en faifoient
deux autres , & le Procureur
du Roy , le Greffier , & l'Argentier
fermoient la marche ,
ayant derriere eux deux Gardes
& deux Valets de Ville.
On fit trois tours dans cer
ordre autour du Feu préparé ,
& au dernier , le Procureur -
du Roy preſenta un flambeau
allumé à Mr l'Abbé de Cler.
mont , & il en fut preſenté
d'autres , à Mrde Lifle . Adam
parundes Gardes ,& à Mrs le
Lieutenant Civil , Maire &
C
58
MERCURE
Echevins par les Sergens de
Ville , en forte qu'ils mirente
enſemble le feu à huit en--
droits diſpoſez pour cet effet,,
cequi ſe fit aux acclamationss
du Peuple ,& aux cris reiterezde
Vive le Roy. Aprés cela
tous ces Meſſicurs ſe rendirent
dans le meſme ordre à
la porte de l'Hoſtel de Ville ,
où ils receurent le falut des
Compagnies qui firent troiss
décharges , & ils monterent
en ſuite dans la Chambre de
Ville. Ils y trouverent la Collation
préparée. Les Officiers
des quartiers y avoient eſté
invitez ,& l'on but la fanté
du Roy au bruitde pluſieurs
décharges deMouſqueterie..
Ce meſme jour , il y eut à
Auxerre des Illuminations.
dans toutes les ruës , mais
GALAN T.
59
principalement depuis le
quartier de la Cloche bleuë
juſques au puits de la Verité.
On y vit un Efculape un
Jupiter foudroyant , un Apollon
,& d'autres Figures , ſelon
les divers deſſeins de ceux qui
vouloient faire paroiſtre leur
joye..
On ne s'eſt pas montré
moins zelé à Chalons en
Champagne. Tous les Corps
de la Ville ſe trouverent au
Te Deum qui fut chanté par
Mr l'Eveſque dans l'Egliſe
Cathedrale ; aprés quoy celuy
de Ville ayant ce Prelat à ſa
teſte , ſe rendit dans la Place
publique ,& mitale feu à un
artifice que l'on y avoit dreſſe..
Celaſe fit au bruitdes Hautbois
& des Trompettes , &
de la décharge generale de
C.6
60 MERCURE
la Moſqueterie des Bour.
geois. Ils firent des feux dans
toutes les ruës , &des fontainesde
vin coulereut pendant
tout lejour.
Mrde Langlade , LieutenantGeneral
du Preſidial d'Evieux
n'a épargné aucune
dépenſe pour ſe diftinguer
dans toutes les occaſions où
ils'eſtagy de ſoutenir dignementle
poſte où il eſt . Ainfi
danstoutes les Aſſemblées &
les convocations de la Nobleſſe
, ila toujours tenu une
table proprement fervie , &
dans les réjoüiſſances qui ont
eſté faites pour les victoires da
Roy , les Canons tirez & les
fontaines de vin ont eſté les
moindres marques qu'il aic
données de ſa joye...
Les Communautez n'ont
GALAN T. 61
1
Par
pas eſté moins ardentes à faire
voir la part qu'elles prennent
à l'heureux ſuccés des armes
de Sa Majesté. Les Benedictins
de Seez en Normandie, en ont
donné un exemple. Ils chanterent
le Te Deum le 25. de luillet
avec beaucoupde ſolemniré
,& cette Feſte fut annoncée
le jour precedent par le bruit
des Canons & par le carrillon
de toutes leurs cloches qui
fonten grand nombre. La ceremonie
commença aprés les
Veſpres . Toutes les perſonnes
de confideration furent placés
dans les hautes chaiſes du
choeur , & les Dames trouverent
des Sieges preparez pour
elles aux deux coſtez delAuecl
. Aprés qu'on eut rendu graees
àDieu des avantages que
nous avons remportez , on alla
62 MERCURE
en proceſſion allumer un feu
dreſſé dans leparvis de l'Eglife.
Le bruit du Canon , des Tambours
& des Trompettes , répondoit
aux Violons & au car.
rillon des Cloches. La réjoüif
ſance ſe termina par une Collation
qu'on donna aux hommes
dans le monastere , & aux
Dames dans une Maiſon d'emprunt.
On fitunegrandediſtri--
bution de pain & de vin au
Peuple , & les Pauvres ne furent
point oubliez .
L'amour est difficile à cacher,
&ſouvent tout ce qu'on fait
pour empeicher qu'il ne ſoit
connu , ne ſert qu'à le faire
mieux paroiſtre. L'inutile pre--
caution de la Linote dans la
Fable que vous allez lire en eſt
une preuve. Elle m'a eſté en
voyée de Poitou ſous le nom
duPaftor Fido..
GALANT.. 63
LE MOINEAU ETLA
LINOTTE ..
Dans une agreable Voliere
Où l'on voit. cent Oiseaux:
divers,
Qui de mille chansons font retenir
les airs
D'une raviſſante maniere ,
Setrouvoit un jeune Moineau ,,
Qui dédaignant tous ceux defons
espece
د Epris paruninstinct nouveau,
D'une Linote qui le bleſſe ,
Prés d'elle voltigeoitfans ceffe
Ettâchoit de paroiſtrebeau,
afin qu'elle vouluſt devenirſaMaid
treffe..
LaLinote de ſon costé
Que le mesmepanchant entraines ,
64
MERCVRE
Partageant enfecretfon amoureuse
r
peine
N'affecte point de cruauté.
Ainfi ces deux Oiseaux de differente
espece
Se prennent parle coeur avecque
tantd'amour
Qu'ilnese passe point dejour
Que contraints de ceder à l'ardeur
qui les preſſe ,
Ils ne se donnent tourà tour
Quelquemarque de leur tendreffe
La Linotehait les Linots
ود Etfi quelqu'un d'euxsepresente
Elle luy dit , quelque doux air.
qu'il chante,
Qu'il l'importune& trouble fon
repus ,
Etfans l'heureux Moineau , rienne
larend contente.
Elle voudroit tirliter commeluy ,
EtleMoineau, fiffter comme elle..
GALANT. 63
Si l'un de fon jarzon fait leçon aujourd'huy
,
Demain l'autre dufien enfait une
nouvelle.
En s'inſtruisant ainſi tous deux ,
A toute heure de leur ramage ,
Ils font un inconnu langage
Qui leurfert à courrir leursfecrets
amoureuxх ,
Et que personne n'entend qu'eux .
Affezl'ongtemps par ceite adreſſe
Leursfeux avoient esté cachez:
De tout ce qu'ils fentoient ils ſe
parloient fans ceffe ,
Sans que iamais témoin les en euft
empefchez ;
Mais l'amour quand ilest extrême,
Bienfouvent se trabit luy mesme.
Vn iour estant dans un reduit
Où les amene leur tendreſſe ,
Eloignez des oiseaux n'entendant
aucun bruit
66 MERCVRE
Chacun d'eux se diſpoſe asefaire
carreffe.
Le Moineau Sans retardement
Prés la Linote bat des aisles .
Et luy iure amoureusement
Que fes ardeurs feront fidelles..
Après qu'elle a receu ce tendre
compliment ,
Cesont promeſſe mutuelles
De s'aimer eternellement
Rien n'approchoitde leur conten
tement 24
Quand une Linote perchée
Sous unfeüillage épais qui latenoit
cachée ,
Ayant entenduleurs discours;
Ah, dit- elle , peut - on croire cequ'i
Sepaffe?
Une Linotte avoir l'ame fi baſſe
Qu'un Moineausoit l'objet defes
amours !!
D'un reprochefi dur la pauvrete
accablée
GALANT . 67
Demeure interdite & troublée .
Desa Compagne elle craint le caquet
Et de peur qu'elle n'aille ailleurs
faire unehistoire
Qui luy pourroit attirer un bouquet
De mechante odear pourfagloire,
Elle veut par precaution
Semer des bruits quireſſentent la
fable
Pour donner àſa paſſion
Un tourqui luy foit favorable..
Elle court aux endroits ou d'un com--
mun concOUYSS
Les oiſeauxſe trouvent enſemble .
Là d'un air aſſeure,ſans que la voix
lúy tremble
Elle leurfait enriant ce discours..
Ecoutez,Linots & Linotes ,
Bruans, Pinçons, Chardonnerets ,
Roffignols , Tarins, foyexprestss
68 MERCVRE
A célebrer mon nomſur vos plus
belles nores ,
Puis quepar un deſſein ſurprenant
&nouveau
i
Que je mesuis mis en la tefte,
F'ay fait aujourd'huy la conquefte
Du plus beau des obiets , c'est un
jeune Moineau
Qui pour me plaire à tout s'apprefte.
Depuis quelques momens une folaſtre
Soeur
M'en vient defaire lereproche,
Et pretend que quand ilm'aproche
Ilme fait palpiter le coeur.
Il est vray qu'elle a pûm'entendre
Luy dire en badınanifur ſes fades
douceurs
Que j'aimois à luy voir un coeur
facile à prendre ,
Mais moy , que je réponde àsesfolles
ardeurs ,
O l'avantageusepartie ,
GALANT .
69
Et que le ſujetſeroit beau !
Admirez entre vous l'étroite fim-
Patie
Du coeur d'une Linote & du coeur
d'un Moineau
A ces mots dits d'une voix fiere ,
Pleine de confiance elle fort en chantant
;
Maisles Oiseaux pensant àfond
fur lamatiere
En jugent d'une autre maniere
Que la Linote ne l'entend .
Chacun reflech ſſant sur les choses
passées
Sansfc.contraindre enrien explique
Sespensées .
L'un dit qu'illes a veusſouvent
Dans des lieux retirez ſe parler en
cachette ;
L'autre qu'illes a veus l'un l'autre
ſeſuivant ,
Et percherfur mesmebuchette.
F
70
MERCURE
Quelques-uns des Linots jaloux
Citent contr'eux defecretsrendez
VOUS ,
Ces circonstances&leurfuite
Font quede la Linoteon blafme la
conduite
Làdeſſus entrentdeux Moineaux,
Deſes Moineauxà hautes hupes,
Rigides Cenſeursdes Oiseaux.
Qui tâchent à trouverdes Dupes.
Si-toft qu'ilsfont entrez un Bruant
leurfait part
De lamatiere quise traite.
Ildit qu'uneLinote à l'amefimal.
faire ,
Quefansavoiraucun égard
Ace qu'elleſe doit non plus qu'à
Son espece,
Elle trouve un Moineaudigne defa
tendreffe.
Ah Meſſieuss les Moineaux , dit
alors un Pinçon,
GALANT. 71
Vous agiſſez d'unefaçon
Avousfaire afſommerpartous les
Vollatilles.
Est-ce là la belle leçon
Quevousfaites dans vosfamilles?
Envoyez-vous vos gens de buifſſon
en buiſſon.
Courirpartout comme des drilles,
Pour nous ravir ainſi nos Femmes
nos Filles?
Les deux graves Moineaux de ce
discour piquez ,
Répondent au Pinçon ; Pinçon,vous
nous choquez.
Vous faites de nous peu d'estime
Et raiſonnez en Ecolier ,
D'atribuer à tous un crime
Commis par un Particulier.
Mafoy , chacunde vous cours à
ce qu'il souhaite ,
Reprendauffi- toft l'Alloüete ,
4
72
MERCVRE
4
Et peut estre est- ce un de vous deux
Qui captivezle coeur de ma fæurla
Linote,
Et qui cachant vos soupirs & vos
feux ,
Venez encoreicy pour attraper la
Jotte.
Sans doute c'est un d'eux , opine
leTarin ,
Ievis ſous voſtre habit hier au foir
àlabrune
Un Oiseau de bonne fortune ,
Qui lay foûmettoit son destin.
C'est un mensonge , dit la pie
le connois ces Moineaux , ils font
de bonne vie
Et n'ont rien de l'esprit coquet.
Il estvray , dit le Perroquet ,
LeSuis fort afſeuré que l'un& lau
tre eſt ſage ,
L
Lefait dont il s'agit ne lesregardepas,
Je
GALANT.
73
1
Te puis en rendre témoignage ,
Mieux qu'un autre je ſçayle cas.
J'ay veu mesme à plusieurs repriſes.
Un autre Moineau queceux.cy
Carreffer la Linote , & d'un air
radoncy
LLaaffllaatteerr,, tl'appaſter , luy porterdes
cerifes.
Eh , bien , Meffieurs , l'entendez-
VOUS
Dit le Moineau de haute lice ?
CeTemoin oculaire est bien fort en
Iustice,
Et nous doitfaire croire incapables
des coups
Qui procedent de la malice
De certains Moineaux dont le
vice
Les afait chaffer d'avec nous.
Apréscela tour garde lefilence ,
Aoust 1690. D
74 MERCVRE
Onvoit les deux Moineaux traitez
de reverence ,
Comblez d'honneur par chaque
Ofeau ,
Et la seule Linote & l'amoureux
Moineau
Demeurent dans la mediſance
Cecy prouve avec évidence ,
Qu'enfait de tendre paffion
Prevenir les efprits c'est manque de
prudence,
Et quesouvent trop deprecaution
De ce qu'on croit cacher fait avoir
connoissance.
Il ya peu de perſonnes qui
ayent mieux merné qu'on
honoraft leur memoire par
des Eloges funebres , que feu
Mr le Duc de Montaufier.
L'Etatluy estoit redevablede
l'éducation d'un Prince qui
GALANT. 75
de
marche ſur les traces de Loüis
le Grand , c'eſt tout dire. Les
belles Lettres luy devoient
beaucoup ; tous les honneſtes
gens luy avoient obligation ,
& Mr l'Abbé Fléchier
l'Academie Françoiſe , nommé
à l'Eveſché de Niſmes ,
eſtoitde ce nombre . Il avoit
demeuré pendant un fort
grand nombre d'années auprés
de ce Duc , & comme
il ne l'avoit quitté que pour
rendre à ſon Troupeau ce
qu'il luy devoit , il reprenoit
quand il revenoit de ſon Eglife
, ce qui faisoit un veritable
plaifir à Mr de Montanfier
, qui n'avoit point de plus
grande confolaltion que d'eſtre
avec ce Prelat qu'il faifoit
entrerdans ce qu'il penſoitde
plus fecret. Mr de Nif-
ال
D2
76 MERCURE
&
mes le connoiſſant tres-parfaitement
, & n'ignorant rien
de ce qui ſe paſſoit au fond
de ſon coeur , qu'ilavoit étudié
par une longue habitude ,
nepouvoit faire une Oraiſon
funebre de ce Duc qui ne fuſt
tres - juſte , puis qu'il ne la faiſoit
pas fur des memoires , dont
la pluſpart font remplis de flaterie
, maisſur des choſes qu'il
connoiſſoit par luy- mefme, &
que la verité luy fourniſſoit à
l'avantage d'un homme qui
toute la vie avoit fait profeſſion
d'eſtre ſincere. Il la prononça
le 1. de ce mois dans l'Egliſe
des Carmelites du Fauxbourg
S. Jacques , où repoſe le corps
de Mrle Duc de Montauher.
L'Aſſemblée y fut nombreufetant
pour entendre l'Elogede
ce Duc ,qui estoit dans
GALANT.
77
une eſtime generale, que parce
que celuy qui la devoit faire
excelle dans ces fortesd'Ouvrages
, on estoit perfuade
qu'il n'oublieroit rien pour
bien mettre dans fon jour
le merite de ſon bienfaicteur ,
qu'il connoiſſoit à fond , &
qui luy fourniſſoit une ample
matiere , de la beauté de la
quelle tout le public demeuroit
d'accord. Auffi cette action
a-t-elle répondu à l'at
tente que tout le monde en
avoir , à l'éloquence de l'Orateur
, & aux grandes qualitez
de I'llluſtre Duc dont
il avoitentrepris l'éloge.
Vous devez avoir appris la
mort de Madame de Beaus
vais. Elle estoit Fille de Madame
Filandre , premiere Femme
de Chambre de la feuë
D3
78 MERCURE
Reyne Mere du Roy , à qui
elle avoit fuccedé dans cette
Charge. Comme elle s'eſtoit
acquis les bonnes graces de
cette Princeſſe , elle fit Mr de
Beauvais fon Mary Conſeil-
Jer d'Estat au commence
ment de la Regence , & il a
longtemps fervy dans le Conſeil
. Madame de Beauvais
eſtoit née avec un eſprit fort
infinuant. Les faveurs qu'elle
a receuës de la Reyne pendant
ſa vie ont eſté des preuves
de ſon merite , & celles
quele Roy luy a continuées
juſques à ſa mort , ne permettent
à perſonne d'en douter.
Ellea eu beaucoup d'Enfans.
Ceux qui ſe ſont mis dans
le party de l'Egliſe y ont remply
leurs devoirs Mr le Baron
deBeauvais , Maistre d'Hoſtel
GALANT. 79
-
du Roy des ſon enfance , &
Capitaine de Boulogne & de
laMuette , eſt le ſeul qui paroiſt
preſentement dans le
monde. L'approbation que
Sa Majesté luy donne , fait
connoiſtre ce qu'il vaut , & il
a luy ſeul mille qualitez , qui
pourroient faire honneur à
pluſieurs. Il a une Scoeur dans
le Monastere des Filles de
Sainte Marie de Challiot , qui
aprés avoir eſté le charme de
la Cour , & avoir fervy la
Reyne Mere en qualité de
premiere Femme de Chambre
juſqu'à fon dernier foupir , ſe
retira dans cette Communauté
,&y conſacra au pied
des Autels une ſomme confiderable
qu'elle avoit receuë
de Sa Majesté , & qui avec
une vertu à l'épreuve de tout
D4
80 MERCVRE
& des qualitez admirables
dans toute ſa perſonne , auroit
pûluy ſervir dans le monde ,
a choiſir un party des plus
avantageux.
Les Curieuxde Cartes font
obligez à Mr de Fer. Il n'y a
perſonne qui en mette plus
au jour , ny qui s'attache davantage
,& avec plus de foin
pour donner quelque choſe:
de nouveau. Il vient de mertre
en vente une Carre d'Ir-s
lande , dont tous les Connoif
feurs font ført faits. C'eſt
la premiere feüille d'un grand
Ouvrage , intitulé l'Europe,
qui doit eſtre en vingt feüilles.
Les dix- neufautres feront:
fur la meſme échelle d'Irlande.
Il a commencé auſſi à
faire le debit d'un Livre qui
apour titre , Coftes de Francefur
GALANT. 81
L'Occean &fur lamer Mediteranée
divisées en Capitaineries Gardescoftes.
Les Cartes de ce Livre
onteſté dreſſées par l'ordre &
fous le Ministere du Cardinal
de Richelieu , par Mr Taffin ,
Commiſſaire des Guerres ,
Geographe de Sa Majesté , &
l'un des plus habiles hommes
de ſon temps. Son Livre eſtoit
devenu fort rare , & quelques
porſonnes l'ayant demandé avec
empreſſement , parce que
ces Cartes ſoneles plus exactes
qui ayentencore paru gravées,
on ajugé à propos d'en faire
une nouvelle Edition , dans
laquelleon a ajouté un nouveau
Titre , une Figure ou
Bouſſole, avec le nom des Vens
en fix Langues , à l'uſage de
l'Ocean &de la Mer Mediterranée.
On a augmenté les Con
DS
82 MERCVRE
ſtesdesdiviſions des Capitai
nerics Gardes - coſtes ,des poſitions
qui les compoſent , du
nom des Rivieres , & de beau
coupd'autres chofes curieuſess
répanduës dans le corps de
l'Ouvrage. Le diſcours a eſté
change ,& augmentédes defcriptions
des Vents , des Mers
&du nouveau Canal de Languedoc
, & MrGregoireMariette,
connu par pluſieurs Ouvrages
, & par la Table qu'il a
dreſſée des diviſions du Firmament
, a beaucoup de part au
changement & à l'augmentation
de l'ancien Ouvrage de
MrTaſſin. Celuy qui ſe debite
aujourd'huy eſt précedé de
trente Cartes particulieres, devaneleſquelles
eſt une grande
Carte generale de toutes les
CoftesdeFrance,où eft mar
GALANT.
83
quée l'étenduë de chacune de
cesCartes,qui font ſur un mefme
pied , c'eſt à dire qu'elles
font d'une même proportion ,
que l'échelle d'une ſeule peut
ſervir à toutes , & qu'eſtant
jointes enſemble , elles compoſeront
une grande Carte.
On a marqué dans celle dont
je vous parle les coſtes avec
les Dunes , les Montagnes &
les Caps ou pointes , les Rivieres
qui ſe déchargent dans
la Mer , les Villes , Bourgs &
Villages qui font deſſus& aux
environs, les Golphes, Havres
ou Ports, les rades ou ancrages
qui font repreſentez par de petites
ancres les bancs de fable
par des amas de points , les
équëils par de petites croix, les
profondeurs de la Mer par des.
chiffres enfin les Iles déta
D6
84 MERCVRE
chées des coſtes .. Le diſcours
qui accompagne ces Cartes eſt
tres - utile. Il explique exactement
tout ce qui peut eſtre
avantageux à la navigation des
-coſtes & Mers de France , &c.
apprend la qualité de la coſte
du Havre ou Porr, les banes,
de ſable qui s'y rencontrent ,
par où on y entre , la qualité
des Baſtimens qui y peuvent
-demeurer , de quels vents il y
font à couvert , le détour qu'il
faut prendre pour éviter les
hazards , la facilité qu'il y a
de les aborder , & ce qui eſt
particulier à chaque Port &
Havre. CetOuvrage eſt divi
ſe en deux parties. Dans la
premiere il eſt traité de l'in
troduction à la deſcription des
coſtes de France , & dans la
faconda des Mers & des mef
1
GALANT 85
mes coſtes. L'an 1676. le Roy
fit un Reglement pour la divis
fion des CapitaineriesGardes.
coſtes de fon Royaume , pour
marquer l'étendue que chacu
ne doit avoir,&comme il n'eſt
fait dans ce Reglement nulle:
mention des coſtes de Bretagne&
de Provence, on ne doir
pas s'étonner ff ces deux Pro
vinces fe trouvent dans ce Livre
fans diviſion , conformement
au reſte des autres côtes..
On amis deux Tables ſur la
fin de ce Livre. L'une eſt des
Amirautez & de leurs dépen
dances , &l'autre des Capitai
neries Gardes- coſtes au nom
bre de cinquante & une. Le
licude la reſidence du Capi
raine eſt Marquédans lesCar
sespar un double Etendart, &&
leslieux qui endependent par
86 MERCURE
un ſimple. Cer Ouvrage auffi
curieux qu'utile , ſe vend chez
le Sr de Fer , ſur le Quay de
'Horloge , à la Sphere Royale,..
Mr du Puys , Avocat au
Parlement, vient de donner au
Public un Livre d'une grande
utilité , non ſeulement pour les
Negotians , mais pour tous
ceux qui ont à prendre où à
donnerdes Lettres de change,
& neceſſaire ſur tout à ceux
qui en doivent connoiſtre , en
eas de conteſtation , ſoit pour
en éclaircir les differens , foir
pour les juger. Il a pour titre ,
L'Art des Lettres de change,suivant
l'usage des plus celebres Places
de l'Europe , & contient tous les
droits & toutes les obligations
des Tireurs , Donpeurs de var
leur , Endoſſeurs Porteurs
Accepteurs, & PayeursdeLer
GALANT. 87
tres de change , avec l'application
des Loix , des Ordonnances
& des Reglemens , les Queſtions
les plus importantes qui
n'ont point encore eſté traitées
, & les Arreſts les plus
celebres rendus fur cette matiere.
CetOuvrage , où elle ſe
trouve expliquée dans toute
fon étenduë , eſtoit d'autant
plus à ſouhaiter , que le Negoce
produit ſeul plus deProcés
, que tous les autres actes ,
de la vie civile enſemble
eſtant certain que les Juges &
Confuls , & les autres Tribunaux
du Commerce dans cha
que Ville , rendent plus de Jugemens,
queles Prefidiaux qui
y font établis. Cependant la
Jurisprudence du Commerce
eſt fort incertaine dans le Ro
yaume,& particulierement fur
88 MERCURE
le fait des Lettres de change ,
qui en eſt la plus confiderable
partie , quoy qu'il n'yait prefque
perſonne qui ne prenne
ou ne donne , n'envoye ou ne
reçoive , ne paye ou n'exige le
payementde ces fortesde Lettres
. Il ſemble que ce ſoit un
miſtere qui ne puiſſe eſtre entendu
que par les Banquiers,
& il arrive la pluſpartdutempss
quelors queles caufesde cerre
nature ſont portées aux Parlementopar
appel , les luges de
mandent l'avisdes Negocians,
de qui ils ne reçoivent pas
quelquefois de ſeures lumie--
res , parceque ceux qu'ils confultent
, confiderant , l'affaire
par des veuës differentes , ou
d'égalitéd'intereſt, oud'acceptiondeperſonnesou
de juſtice ,
ſont ſouventdecontraire opi
يف
GALANT. 89
4
nion, appuyez reſpectivement
des raifons vrayes ou apparentes
, dont les Magiſtrats
ontpeine à faire le difcernement.
Cela ne ſe fait qu'à
cauſe que nos Jurifconfultes
François ne s'eſtant point appliquez
à traiter ceue matiere
, commeils font toutes les
autres qui produiſent les procés
,on ne connoiſt point la
nature du Contract des Let
tres de change , ny les principes
qu'il faut ſuivre pour
décider les conteſtations qu'
elles font naiſtre . Pour remedier
à ce deſordre , l'Auteur
a ramaſſé toutes les plus cusieuſes
remarques qui peuvent
éclaircirles doutes dans le fait
&dans le doit , pour donner
un Ouvrage plus univerſel
plus juſte & plus folide que
१० MERCVRE
sous ceux qui ont paru jufqu'icy
ſur la matiere qu'il
traite. Les propofitions qu'il
avance y font appuyées des
Ordonnances , des Loix , des
Arreſts , ou des ſentimens
des Auteurs les plus celebres ,
particulierement des décifions
de la Rote de Gennes ,
& de Sigismond Scarcia ,Jurifconfulte
Romain , qui a eſté
Auditeur de Rote dans la
meſme Ville , & dans pla
ſieurs autres des plus confide-
Fables d'Italie. Comme il n'a
pas voulu qu'on le cruſt ſur
ſa parole , & que d'ailleurs il
luya paru qu'il n'y avoit rien
de plus incommode qu'un
Ouvrage entre- coupéde citations
, fur tout dans une masiere
de Commerce , où beau
coup de ceux qui entendent
GALANT. 91
bien le fait n'entendent pas
le Latin , il a obvié à ces inconveniens
en faiſant le ſien
d'un ſtile ſuivy , comme fi
tout ce qu'il propoſoit eſtoit
de luy meſme , & mettant
fidellement les citations à la
marge . Il l'a diviſe en dixhuit
Chapitres , où ſont reſoluëstoutes
les difficultez qui
peuvent eſtre formées , tant
fur les diverſes formes des
Lettres de change ,les perfonnes
qui y entrent , les differenstermes
de payement , les
differentes manieres d'en declarer
la valeur , & les Lettres
miſſives qui s'écrivent àcette
occafion , que fur les acceptations
des meſmes Lettres de
change ,& les diligences que
les Porteurs doivent faire faute
de payement à l'écheance..
92
MERCURE
Le Sr Quinet , Libraire au
Palais , debite un Livre nouveau
, qui eſt d'une nature
biendifferente de celuy dont
je viens de vous parler. Ila
pour titre , Les disgraces des
Amans,&il ne faut pas vous
en dire davantage pour vous
faire voir qu'il eſt purement
de galanterie L'Auteur allure
que toutes les intrigues en
font veritables , & qu'il n'a
point eu d'autre deſſein en les
publiaut que de faire connoiftrejuſqu'où
nous mene l'amour
, & combien les effets
qu'il produit ſontdangereux.
Il propofe & reſout agréablement
pluſieurs queſtions galantes
.&les ſentimensou maximes
qu'on trouve dans cet
Ouvrage, ne feront pas fans
ucilité pour ceux qui avant
GALANT.98
:
que de s'engager à aimer, voudront
faire reflexion que quelques
douceurs que nous promette
l'amour , il n'eſt l'occupation
que de ceux qui n'en
ont point.C'eſt ce que marque
l'Auteurdans une de ces maxis
mes.
Il faut cependant demeuser
d'accord que la beauté à
des charmes auſquels il eſt
malaiſé de reſiſter , mais on
doit convenir en meſme temps
que lors que la paſſion où l'on
s'abandonne eſt uniquement
fondée ſur l'éclat d'un beau
viſage ſans que l'on y falſe en.
trer ny la douceur de l'eſprit,
ni l'agrement de l'humeur ,
comme elle eſt fort violente,
elle n'eſt jamais de longue durée.
C'eſt dequoy une jeune
Demoiselle aimable par mille
94
MERCURE
endroits , a fait l'épreuve depuis
quelque temps . Elle avoit
le teint fort vif , & toute la
regularité des traits qu'on peut
ſouhaiter dans une belle pere
ſonne. Vn Cavalier dont les
bonnes qualitez repondoient.
au bien & à la naiſſance , s'en
eſtant laiſſe toucher , voulut
connoiſtre de prés ce qui luy
plaiſoit de loin. Il trouva
moyen de s'introduire chez
elle.Sa Mere , de qui elle dépendoit
, jugeant le party
avantageux pour ſa Fille , receut
ſes vifites avec beaucoup
de plaifir , & a quelque choſe
luy fit peine , ce fut de voir
que pendant trois mois de
foins & de devoirs aſſez affidus
, tout l'amour du Cavalier
ſe bornoit à des loüanges ,
fans qu'il paruſt avoir deſſein
GALANT.
95
de ſe declarer. Il trouvoit la
Belle incomparable , & fes
regards eſtoient ſi paſſionnez,
qu'ils faifoient entendre tout
cequ'il ne diſoit pas , mais ce
n'eſtoit point aſſez , on vouloit
qu'il s'expliquaſt, &ildifferoit
toujours à le faire. Ses re-
Acxions cauſoient ſon ſilence.
Illenviſageoit le mariage comme
un lien d'autant plus facheux
, qu'on ne le peut rompre
quand il eſt malaſſorty , &
afin de n'eſtre pas expoſé à ſe
repentir inutilement , il avoit
voulu ſe defendre des ſurpriſes
que la beauté fait preſque
toujours quand on ne fait pas
agir fa raifon, pour ne cher.
cher dansla Belle que le ſolide
merite,& ce que le temps ne
ſçauroit ofter. Il l'y rencontra
heureuſement.Cette charman
96
MERCURE
te perſonne avoit l'eſprit auffi
aiſe qu'agreable , beaucoup de
douceur dans ſes manieres , &
tant d'honneſteté & de complaiſance
dans toutes les choſes
où il luy étoit permis d'en
avoir , qu'elle alloit meſme
au delà de ce qu'on pouvoit
raiſonbablemet ſouhaiter d'elle.
Le Cavalier qui s'attachoit
à l'étudier , n'eut pas
eſté plûtoſt convaincu par
l'égalité de ſon humeur , &
par la nobleſſe de ſes ſentimens
, que les avantages qu'
elle avoit receus de la nature,
eſtoient beaucoup au deſſous
deceux qu'elle ne devoit qu'a
elle. meſme , qu'il s'abandonna
à tout fon amour. Il luy
en fit une peinture fort vive ,
& en luy marquant que tout
fan bonheur dépendoit d'elle,
il
GALANT . 97
it la conjura de vouloir en
décider , ſans écouter que ſon
: ſeul panchant fur la réponſe
- qu'il la prioit de luy faire. La
- Belle qui l'eſtimoit fit lay
paroiſtre beaucoup de reconnoiſſance
pour les favorables
ſentimens qu'il luy venoit
d'expliquer & luy dit en ſuite,
d'une maniere auſſi obligeante
quemodeſte ; que s'agiſſant
d'une liaiſon pour toute la
vie , elle vouloit luy donner
plus de temps qu'il n'en prenoit
,pour examiner ſi un peu
de brillant qu'il luy trouvoit
n'avoit point fait de ſurpriſe à
ſa raiſons qu'elle luy avoit end
tendu parler d'un voyage de
trois mois qu'il ne pouvoit
s'empêcher de faire pour quel.
ques affaires importantes qu'-
elle vouloit qu'il fiſt ce voyage
Aoust 1690.
E
98 MERCURE
4
avant que de prendre un plus
fort engagement en ſe déclarant
avec ſa Mere ; que l'éloignementdiminuant
les objets ,
cemerite qu'il croyoit ſi grand
en clle pourroit luy paroiſtre
peu de choſe ; que s'il eſtoit
capable de s'en degoûter , il
valoit mieux qu'il prit ce dégouſt
tandis qu'il y auroit du
remede ,& que fi à ſon retour
illuyrapportoitle mémeoeur
&les meſmes ſentimens ; elle
connoiſſoit affez le prix des
choſes ,pour ne luy pas donner
ſujetde ſe repentir de l'avoir
aimée. Le Cavalier trouva
cet arreſt fort rude , mais il
eut beau la prier de fouffric
qu'il l'épouſaſt avant que de
faire fon voyage où elle l'auroit
accompagné , elle exigea
cette épreuvede ſa conſtance ,
GALANT.
MEQUE DECA
RYON
&l'obligea de partir fans
tre aſſeurance que celle qu
luy donnoit un ſi ſage procedé.
La Mere trouva beaucoup
à redire à celuy da Cavalier.
Elle pretendit qu'avant
que de s'éloigner il devoit
luy avoir parlé d'affaires
& blaſma ſa fille du trop de
precaution qu'elle prenoit ,
pour s'aſſeurer ſi ſon amour
eſtoit veritable. La Belle n'en
changea pas de conduite.
Quoy qu'elle en receuſt fort
ſouventdes Lettres , & qu'elle
ne fuſt pas fachée d'y trouver
des marques d'une vio
lente paſſion , elle ne chercha
pointà la ſoûtenir par ſes re
ponſes . Au contraire elle affecta
de luy écrire rarement ,
& obferva meſme en lay écrivant
de n'employer point de
E 2
100
MERCURE
termes qui luy découvriſſent
trop la joye qu'elle ſe faiſoit
de ſe voir aimée . Le Cavalier ,
que la reconnoiſſance de fon
caractere laiſſoit tranquille
fur les ſentimens qu'il luy
pouvoit avoir inſpirez paſſa
pardeſſus beaucoup de choſes
qui auroient tiré ſes affaires
en longueur , afin depouvoir
haſter ſon retour , & fon abfence
n'avoit plus enfin que
peu de jours à durer , quand
un Marquis ,
bien & de fa perſonne , quoy
qu'il euſt à peine vingt cinq
ans , ayant rencontré la Belle
chez une Dame qu'il voyoit
de temps en temps , fut ſi ſurpris
de l'éclat de ſa beauté ,
qu'il s'écria pluſieurs fois qu'il
ne pouvoit croire qu'ily euſt
rien qui en approchaſt. Il ſe
maiſtre de ſon
GALANT: 101
plaça auprés d'elle , la regarda
attentivement , & aprés luy
avoir dit beaucoup de douceurs
avec une maniere d'extaſe
qui avoit quelque choſe
de fingulier , il luy déclara
qu'il la chercheroit par tour ,
& qu'il fentoit bien qu'il
eſtoit de ſon étoile de luy
confacrer tous les momens de
ſa vie. La Belle ſoûtint cette
déclaration avec efprit , elle
fit voir qu'elle eſtoit accoûtumée
à recevoir des loüan
ges. Cependant le Marquis
eſtant du nombre de ces jeunes
étourdis qui s'abandonnent
ſans reflexion aux ſenti
mens qui leur font plaifir ,
alla chez la Belle dés le lendemain.
Il continua ſon empor
tement d'amour , & il s'en
sendit ſi peu le maiſtre , que
E 3
102 MERCURE
H
quatre longues viſites qu'il
se put s'empefcher de luy
rendre en quatre jours , ayane
obligé la Mere à luy venir
direle cinquième jour que ſa
Fille le prioit de la diſpenſer
de ſe laiffer voir , parce que
des ſoins fi affidus ne pouvoient
que faire de méchants
effets pour ſa reputation , il
luy répondit ſans balancer
que cette raiſon de refuſer ſes
viſites n'eſtoit pas valable ,
puis qu'il eſtoit dans le defſeind'épouſer
ſa Fille & qu'il
ſigneroit quand on voudroit
un Contrat de mariage. Une
reſolution ſi prompte étonna
la Mere . Elle cut de la peine
à s'imaginer d'abord que le
Marquis parlaſt ſerieuſement
mais il luy dit tant de fois la
mefme choſe , & aprés luy
GALANT. 103
avoir déclaré fon bien ,& l'a
voir laiſſée maiſtreſſe des conditions
qu'elle pourroit demander
pourles avantages de
ſa Fille , il la conjura fi inf.
tamment de le vouloir accepter
pour Gendre , qu'enfin ne
doutant plus qu'il ne fouhaitaſt
veritablement le mariage
qu'il luy propoſoit , elle luy
donna parole de n'épargner
aucuns ſoins pour le faire
réüffir. Quoy qu'elle luy repondiſt
en quelque façon du
fuccés , elle ne laiſſa pas dele
preparer à y trouver de l'obſtacle
par le trop de delicateſſede
ſa Fille qui ne fcroir
pas fi prompte que luy à ſe
refoudre fur une affaire de
cette importance. Elle luy
dit meſme qu'il y avoit plus
de fix mois qu'elle estoit ai
E 4
104
MERCVRE
mée d'un Cavalier qu'elle avoit
laiſſé s'éloigner pour un
temps confiderable , fans avoir
voulu luy découvrir les
ſentimens qu'elle avoit pour
luy ,& qu'il devoit eſtre bientoſt
de retour , mais qu'elle
ne doutoit point qu'il ne
l'emportaſt ſur ce Rival auprés
de ſa Fille s'il avoit de la
conſtance , & fi par ſes ſoins
il prenoit autant de peine à
gagner ſon coeur , qu'elle en
prendroit à luy faire perdre
les impreſſions qu'elle avoit
déja reccuës . Le Marquis
l'avant aſſeurée en termes fort
vifs que rien n'approchoit de
fon amour , la conjura d'appuyer
ſes intereſts , & prit con .
gé d'elle , voulant luy laiſſer
le temps de tourner les choſes
favorablement pour luy.
دف
GALANT. 105
La Belle quoy que fachée de
trouver ſa mere dans le party
du Marquis , ne s'alarma point
de ſa paffion . Elle luy parut
trop violente pour pouvoir
durer , & perfuadée qu'elle ne
reſiſteroit à aucune épreuve
elle le receuſt le lendemain
avec l'honneſteté qui eſtoit
deuë à un Amant declaré
mais ſans luy vouloir donner
d'eſperance qu'aprés que le
temps leur auroit fait voir s'il
y avoit entr'eux aſſez de rapport
d'humeur pour leur per
mettre de croire qu'ils feroient
nez l'un pour l'autre . Le Marquis
pretendit eſtre aſſez informé
du merite de la Belle ,,
& ne put voir fans murmure
qu'elle ne fuſt pas affez touchée
des ſentimens qu'il luy
expliquoit pour balancer à
Es
R
106 MERCVRE
les recevoir auſſi agreablement
qu'il l'avoit creu ; mais
l'eſſay qu'elle en voulut faire
luy cauſa quelque chagrin , le
Cavalier qui revint plus amoureux
qu'il n'eſtoit party ,
fut inconfolable. Non ſeulement
il ſe voyoit un Rival par
qui ſes deſſeins alloient eſtre
traverſez , mais un rival qui
avoit gagné l'eſprit de la Mere.
La Belle le raſſeura enluy
témoignant que la fermeté de
ſes ſentimens l'avoit touchée,
& qu'il ne devoit rien craindre
des foins du Marquis , qui
l'avoit aimé avec trop d'emportement
pour ne ſe pas rebuter
des longues épreuves ,
où elle efloit reſoluë de mettre
ſa paſſion. Certe affeurance
diminua fort le chagrin du Ca--
valier , quoy que le retardement
que ces épreuves de
:
GALANT. 107
voient mettre à ſon bonheur
fuſt une choſe qui luy donnoit
beaucoup à ſouffrir. Le Marquis
qui estoit encore tout
plein des premiers tranſports
de ſon amour , en continua les
empreſſemens avec beaucoup
de chaleur , & il parut meſime
que la concurence du Cavalier
eut quelque part au deſſein
qu'il prit de n'oublier rien pour
fe faire aimer, mais ces empreſſemens
n'allerent pas loin . La
Bulle ayant commencé à ſe mal
porter , donna tout à coup des
marques qu'elle alloit avoir
une dangereuſe maladie.. Le
Marquis la vint voir le lende
main à ſon ordinaire , & lors
qu'on luy eut appris que la petite
verole s'eſtoit déclarée , il
montra tant de ſurpriſe & fe
xetira ſi promptement , qu'on
E6
108 MERCURE
n'eut pas de peine à s'apperce
voir que la peur le faifoit fuir .
Le Cavalier qui arriva un moment
aprés , receut cette facheuſe
nouvelle avec toute la
douleur qu'on ſe peut imagi
ner. Il fit cent queſtions à la
fois ſur les accidens du mal de
la Belle , & quoy qu'on puſt
faire pour l'empeſcher d'entres
dans ſa Chambre , il fut impoſſible
d'en venir à bout. Ilne
l'abandonna point pendant cette
maladie , & ces preuves de
tendreſſe gagnerent fi bien fon
coeur , que quand elle n'auroit
pas eſté prevenuë en la
faveur , elle n'auroit pû fans
injustice refuſer à fon amour
le prix qui luy eſtoit deu. Le
Marquis ſe contenta d'envoyer
chez elle tant qu'on la crut en
quelque peril , & ayant fecu
2
GALANT . 109
ceque le Cavalier avoit fait , il
connut bien que n'ayant pas
fait la mefme choſe , il luy ſeroit
inutile de vouloir continuer
à luy difputer la préference.
D'ailleurs il avoitpeine
à s'imaginer que la Belle duft
eſtre à couvert des ordinaires
effets de la petite verole , &
quand ce mal ne luy auroit
ny change les traits ny groſſi le
reint , il ne pouvoit ſonger aux
rougeurs qu'il verroit fur fon
viſage , fans en eſtre dégoûté..
Ainſi ſon amour s'éteignit entierement
, & il laiſſa la Mere
&la Fille dans l'entiere liberté
de rendre justice au Cava
lier. La Belle l'épouſa un mois
aprés qu'elle fut guerie & à
preſent que ſes rougeurs font
paffées , elle eſt auſſi brillante
qu'elle l'a jamais cré
410 MERCURE
Le Vendredy 11. de ce mois
Mr le Duc de Charoſt prit
feance au Parlement en qualité
de Pair de France. Je ne
vous repeteray point de quelle
maniére ſe font ces receptions
, ny ce qui ſe pratique
dans les ceremonies de cette
nature. Ie vous en ay déja entretenuë
pluſieurs fois , & vous
ay marqué qu'on y fait l'Eloge
de ceux qu'on reçoit. Celuyde
Mrde Charoſt n'eſtoit pas difficile
à faire . Sa ſageſſe& fa pieté
ſont exemplaires , & brillent
d'autantplus à laCour,que ces
vertus ne font pas communes
dans le ſejour ,de la joye , des
plaiſirs , de la grandeur , & de
la magnificence , & que de
pareils exemples font fort à
ſouhaiterdans les Cours , pour
exciter la jeuneſſe à prendre
1
GALANT .
les impreſſions qui la conduiſentau
bien . Ce Duc eſt Gouverneur
de Calais , & a ſervi
long- temps en qualité de Capitaine
des Gardes du Corps
de Sa Majesté meſme du
vivant de Mrle Duc de Charoft
fon Pere. Il a auſſi ſervi
dans les Armées , où il a receu.
une bleffure tres-dangereuſe
dans les reins . Enfin ſes ſervices
luy ont fait meriter le glorieux
employ de Lieutenant
General , & il a fervi en cette
qualité. Le Roy dit àMadame
la Ducheffe de Charoſt lors
qu'elle voulut le remercier
de la grace qu'il avoit faite à
Mrle Duc de Charoſt ſon
Mary que ce n'estoit point une
grace , mais une deste dont il
s'estoit acquitté.
:
Mr l'Archeveſque de Paris
MERCVRE
eſtant Duc depuis longtemps ,
Sa Majesté luy dit qu'il falloit
qu'il ſe fiſt recevoir Pair , &
qu'elle donneroit là deſſus
ſes ordres àMr le premier Preſident.
Cela ſe fit le Samedy
19. de ce mois avec les cere
monies accoutumées. Je vous
ay parlé tant de fois du rare
merite de cet illuſtre Prelat ;;
que je ne repeteray point ce
qui eſt connu de toute la
France..
:
le croyois que je n'aurois
plus à vous parler de ce qui
s'eſt fait dans les Provinces
pour les Victoires du Roy ,
mais l'article que vous allez
voir eſt trop important pour
le paſſer ſous filence. Mr le
Comte de Broglio , LieutenantGeneral
de ſes Armées
& Commandant en chef
GALANT .
113
pour Sa Majeſté en Languedoc
envoya ſes ordres dans
toutes les Villes principales
de cette Province pour
y faire faire des réjoüiſſances
publiques , & choifit le Dimanche
30. du mois paſſe
pour le Feu de joye qui devoit
ſe faire à Montpellier.
La Place de Peyrou , qui eſt
parfaitement belle par fon
étenduë & ſa ſituation , puis
qu'on y voit la Mer d'un côté ,
&de l'autre une grande Plaine
plantée d'Oliviers , fut le lieu
qu'on choiſit pour le dreffer.
On y avoit élevé une décoration
de douze toiſes de haut,
& de dix de large , qui repre.
ſentoit la façade du Temple
de Mars . Il eſtoit orné d'un
ordre d'architecture Dorique
avec trois portes , & l'on y
montoit par trois grands de
114 MERCURE
grez. Sur le fronton de la
portedu milieu s'élevoit une
Pyramide pleine de chifres &
de Fleurs de lis , à la pointe
de laquelle eſtoit un Soleil ,
avec cette Inſcription ſur le
Piedestal , Victori Gentium , &
au deſſous ces deux Vers Latins.
Victori quondam Marti qua
Templa Vetustas
:
Voverat , hac Lodoixdignior
hofpeshabet.
Un Cartouche où l'on avoit
peint leChar du Soleil montant
fur le Zodiaque , ſe voyoit
fur le fronton , & l'on y lifoit
ces mots.
ter
Rapido contrarias evehar orbi.
Ce Char qu'Ovide fait monrapidement
contre le
mouvement des cercles dont
les Cieux ſontcompoſez , ree
GALANT.
115
preſentoit parfaitement le
Roy qui vientà bout de tant
de Puiſſances unies contre
luy , & force avec une rapidité
extraordinaire tout ce
qui s'oppoſe à la valeur de
fon bras.
Dansla friſe , au deſſus de
la grande porte , il y avoit un
Soleil & deux nuées au deffous
, l'une plus petite &
moins élevée , qui eſtoit ouverte
, & d'où il eſtoit forty
des foudres qui avoient abatu
des hommes & des chevaux
que l'on voyoit étendus à
terre L'autre , plus élévée &
plus groſſe , n'eſtoit pas encore
ouverte ,& l'on y liſoit
ces autres mots. Tenet majora
tonantis fulmina. Le Soleil qui
eſt la Deviſe du Roy , le repreſentoit
dans ce Tableau , &
116 MERCVRE
la plus groſſe nuée que leSoleil
élevoit , & qui n'eſtoit
pas encore ouverte eſtoit la
Figure de Monſeigneur le
Dauphin , parce que l'Armée
qu'il commande en Allemagne
, n'a pû joindre encore
les Ennemis. La ſeconde de
ces nuées de laquelle il eſtoit
forty des foudres , avoit eſté
miſepour faire entendre que
Monfieur le Duc du Maine
s'eſt ſignalé par fa valeur &
par fa conduite avec beaucoup
de distinction àla Bataille
de Fleurus.
Sur les deux portes à coſté
de la grande estoient deux autres
Tableaux .On voyoit dans
le premier un jeune Lion fier
& animé parla victoire , pourfuivant
un Leopard demy dechiré
,& un vieux Lion. Ce
GALANT .
117
jeune Lion repreſentoit encore
Monfieur le Duc du maine,
qui a défait les Anglois , figurez
par le Leopard , & les Hollandoispar
le vieux Lion- On luy
- appliquoit ce comencement de
Vers , Inſtat vi patriâ , dont ſe
fert Virgile pour exprimer la
valeur du jeune Pirrhus , en la
comparant à celle d'Achille
fon Pere . Dans l'autre Tableau
eſtoit peint un Aigle fondant
fur pluſieurs oiſeaux de proye
avec ces mots , Dignas Jove concipit
iras.
: Ces deux portes eſtoient
ornées de deux pilaſtres chacune
, dont le fond eſtoit d'azur
, ſemé de Fleurs delis d'or
chargé de quatre Tableaux.
Le premier repreſentoit un
Soleil dont les rayons alloient
118 MERCVRE
fraper un miroir ardent , qui
les reflechiſſoit ſur des Vaiffeaux
qu'ils bruloient, avec ces
mots , Nec mier hic radiis", pour
faire entendre quele Roy eſt
également heureux & puiſſant
par tour. Dans le ſecond on
voyoit un édifice foutenu par
pluſieurs colomnes dont l'une
eſtoit abatuë . On y liſoit ces
paroles Trahet una ruinam. Le
troifiéme eſtoit un Soleil & un
Arc-en-ciel au deſſous , avec
ces mots , Sic orbem componet.
L'Arc- en-ciel eſt le ſimbolede
la paix , & chacun ſçait que le
Roy par une grandeur d'ame,
& une generofité ſans exemple,
adeclaré que plus il gagneroit
de victoires , plus il ſeroit
porté à finir la guerre. Dans le
quatriéme tableau paroiſſoit
un vieux prophete , qui d'un
GALAN T.
19
coſté montroitdesVaiſſeaux en
- feu ,&de l'autre un champ de
bataille tout couvers de morts .
On avoitécrit ces mots au bas
Hacverafuturiomnia. Par ce Prophete
on entendoit du Moulin
dont la ridicule Prophetie
avoit abuſé quantité de
gens , qui doivent preſentement
revenir de leur erreur ,
puis qu'ils voyent des évenemens
tout à fait contraires à
ſes chimeriques predictions .
Toute l'architecture de cet->
tedécorarion eſtoit ornée de
lauriers. Sur le fronton à cha
que coſté de la pyramide &
fur les coins , on avoit élevé
des trophées d'armes , & le
Temple étoit remply dequantitéde
feux d'artifice.
L'aprés - dinée du jour qu'on
avoit choiſy pour cette ré--
:
120 MERCURE
jouiſſance , les Compagnies
de la Bourgeoiſie dela Ville
qui eſtoit ſous les armes , &
qui faisoient un corps. de
douze cens hommes , marcherent
dans les ruës , & firent
pluſieurs décharges. Il y
avoit auſſi deux cens jeunes
hommes à cheval tres bien
montez & tres propres , avec
des timbales & des trompettes
de la livrée des Confuls de
mer qui s'eſtoient mis à leur
teſte . Sur les cinq heures , Mr
le Comte de Broglio partit de
fonHôtel avecMr de Baville
Intendantde la Province , pour
ſe rendre en l'Egliſe Cathedrale.
Il fut precedé de ſa
Compagnie des Gardes , &
accompagnédes Officiers des
Troupes , &'des Gentils hom
mes de la Campagne & de
la
GALANT. 127
|-
la Ville , qui s'eſtoient rendus
auprés de lay. La ruë
qui conduit de ſon Hôtel
à l'Eglife , où eſtoient déja
toutes les Dames ainſi que
la Cour des Aydes en robes
rouges les Treſoriers de
France le Prefidial & les
autres Corps de Juſtice avec
les Confuls , ſe trouva bordée
des deux coſtez des Compagnies
des Bourgeois. Il ſe
plaça au milieu du Choeur fur
un Prie- Dieu magnifique , &
l'on commença le TE DEUM
qui fut chanté en Muſique
avec beaucoup de ſolemnité
. La Ceremonie étant as
chevée , Mr le Comte de Bro
glio retourna à ſon Hoſtel
dans le même ordre qu'il étoit
party. Toutes les Sales &
toutes les Chambres estoient
remplies de tables de jeu , &
Aoust 1690. F
122 MERCVRE
la nuit ne commença pas fi
toſt à paroiſtre , qu'il ſe fit
un nouveau jour dans la Ville
par la quantité de feux quel'on
alluma par tout , &par les illuminations
qui éclairerent toutes
les Feneſtres des Maiſons,
Ily en avoit une tres grande
fur tout le devant de l'Hoſtel
deMr le Comte de Broglio , &
fur la porte eſtoit un cartouche
avec ſes Armes , qui font un
Sautoir ancré , dont l'une des
ancres entroit dans le vuide
d'une Croix vuidée , clechée
& pommetée. Ce font lesArmes
de la province de Languedoc.
Les Confuls de la Ville
y avoient fait mettre ce Cartouche
, avec ces mots , A tem.
peftate tuetur, pourfaire entendre
que Mr le Comte de Brogliotient
toute cette ProvinGALANT.
123
ce dans un tres-grand calme
par les ſoins extraordinaires
qu'il ſe donne ,& par ſa vigilance
à prévenir ce que quelques
nouveaux Convertis mal
intentionnez auroient pûtenter.
Sur les neuf heures du
foir , il fortit de ſon Hoſtel
dans l'ordre ſuivant pour aller
àlaPlace de Peyrou . Six Pertuiſaniers
habillez de la livrée
de la Ville , avec leurs pertuiſanes
, & chacun un flambeau
àlamain, marchoient à la teſte
deux à deux , ſuivis de quatre
Valets du Guet portantlamémelivrée.
Aprés eux venoient
les Tambours & les Hautbois
de la Ville ; enfuite fix Efoudiers
ou Maſſiers , avec des
robes de la meſme livrée , &
chacun un flambeau de cire
blanche. Ils precedoient leCa-
F 2
124 MERCURE
,
pitaine du Guet , aprés lequel
on voyoit paroiſtre la Compagnie
des Gardes de Mr le
Comte de Broglio , avec leurs
Cafaques & leur Carabines
fur l'épaule ayant à leur teſte
des Hautbois & d'excellens
Violons. Douze Laquais chacun
avec un flambeau de cire
blanche à la main precedoient
ce Comte. Le Lientenant
de Roy de la Ville eſtoit
à ſa gauche & enfuite les
Confuls avecleurs Robes. Il y
avoit un grand nombre d'Officiers
& de Gentilshommes
de la Province devant & derriereluy.
En arrivant à la Place,
il y trouva toutes les Compagnies
de Bourgeoific fous
les armes bordant la haye de
chaque coſté ,&un Efcadron
de la jeuneſſe dela Ville avec
GALAN T.
125
les Confuls de Mer à leur
teſte . Il fut receu au bruit des
و
Timbales des Trompettes ,
desTambours , &de la Moufqueterie
, & aprés qu'il eut
mis le feu à un Bucher que
l'on avoit élevé entre la porte
dela Ville & le Feu d'artifice
dans le milieudela Place , il
fe rendit ſur le rempart qui
regne tout le long du Palais ,
où on luy avoit preparé une
place , ainſi que pour toutes
les Dames , les Officiers ,& les
Gentils hommes de ſa Suite.
Mr le premier Preſident de la
Cour des Aides , dont le zele
pour le fervice du Roy eſt
affez connu , avoit pris le ſoin
de faire orner ce rempart de
tapis& feüillées , & il eſtoit
d'ailleurs éclairé par tant de
lumieres , qu'elles jettoient
F3
126 MERCVRE
uné clat pareil àceluy du feu
d'artifice,qui étoit veud'ú côté
par ceux qui estoient dans la
place , tandis qu'ils voyoient
del'autre , à la faveur de cette
illumination
د
toutes Dames
qui occupoient le rempart.
Si toſt que M. le Comte de
Broglio fut placé ', on mit le
feuà l'Artifice qui estoit parfaitementbien
entendu &
qui eut tout le fuccés que
l'on pouvoit en ſouhaiter. La
Bougeoifie & l'Eſcadron des
Confuls de Mer , firent plufieurs
décharges pendant qu'il
joüoit. Quantité de Boëtes
furent tirées , & l'on fit à la
Citadelle une ſeconde décharge
de l'Artillerie. Ce
brust joint aux acclamations
du Peuple redoubloit la joye
que tout le monde avoit euë
GALANT . 127
4
des grandes Victoires de Sa
Majesté . Aprés que l'on eut
jouy , de ce divertiſſement
toutela Compagnie ſe rendit
à l'Hostel de M. le Comte de
Broglio , où l'on trouva une
Feſte des plus magnifiques .
Dans un Jardin qui regne le
long d'une Salle, baſſe tout
paliſſadé de Lauriers & de
Grenadiers , & bordé tout au
tour de quantité d'Orangers ,
eſtoient diſpoſées cinqugrandes
Tables , l'une au milieu
&les quatre autres dans les
quatre coins . Toutes les paliſſades
eſtoient garnies de
lumieres avec des Deviſes à
la loüange du Roy , & ces
lumieres jointes à celle que
rendoient un nombre infiny
de Bougies qui estoient dans
des Luftres attachez à une
F4
128 MERCVRE
&
grande Tente qui couvroit
tout le Jardin , faisoient une
clarté extraordinaire. Au deffus
des paliſſades , on avoit
dreſſé un Oecheſtre pour les
Violons & les Hautbois
des Amphitheatres pour le
peuple , qui regnoient tout
le long des paliſſades. Toutes
lesDames qui estoient en fort
grand nombre , & d'une parure
magnifique , ſe placerent
avec une partie des hommes
aux tables qui estoient dans
le Jardin ,& qui furent fervies
de tout ce qu'on peut s'imaginer
de plus exquis , avec
une delicateſſe & un ordre
furprenant. Le reſte des hommes
alla dans une Salle ſeparéedu
Jardin par une grande
Galerie aux deux bouts de
laquelle on avoit placé un
,
J
119
GALAN T.
buffet magnifique , ce qui faifoit
un tres bel effet , & un
grand dégagement. Cette Salle
eſtoit auſſi parfaitement
bien éclairéc , & il y avoit
trois grandes tables ſervies
avec la meſme abondance &
la meſme propreté que les
tables du lardin. Le Bal fucceda
à ce ſuperbe ſoupé , & il
dura juſques à deux heures
aprés minuit. Les Dames y
parurent extremement par
leur danſe , leur ajustement
& leur beauté , & pour fatis
faire tout le monde , il y avoit
des tables de leu dans
pluſieurs Chambres , afin que
ceux qui ſe laſſeroient du Bal ,
cuſſent moyen de ſe divertic
d'une autre maniere. Tous
ceux qui ſe ſont trouvez à
cctte Feſte demeurent d'ac
ES
130
MERCVRE
cord qu'on n'en ſçauroit faire
une plus galante ny mieux
entenduë
Comme Mr le Maréchal
Ducde Luxembourg eſt Gouverneur
de Champagne , on
a fait de grandes réjoüiſſances
dans toute cette Province ,
pour la Victoire qu'il a remportée
, & fur tout à Troyes
qui en elt la Capitale. Ie ne
vous diray rien du Feu d'ar
tifice qui fut élevé par les
ſoins de Mrs de Ville , & qui
réuſſic admirablement, le me
contenteray de vous faire:
part de quatre Deviſes qui
ont paru dans ſa decoration..
La premiere eſtoit ſur les Armes
de Luxembourg , quifont:
une croix chargée d'un écuffon
où l'on voit un Lion. On
avoia misces motsau deſſous ,
GALANT. 131
Tutatur gremioque haret , parce
que la guerre que ſoutient la
France , eſt une guerre de Religion.
La feconde estoit fur
les meſmes Armes . On y
voyoit un Lion courant apres
une troupe de beſtes feroces
dont il avoit déja renversé une
partie ,& dont il pourſuivoit
l'autre de fort prés avec ces
paroles , Auget fi tardat turba
triumphum. La troifiéme eſtoit
un Soleil &des Alerions qui
ſe regardoient , avec ces mots ,
Durant , referuntque genus. Les
Alerions font les Armes de
Montmorency dans la Maifon
duquel celle de Luxembourg
eſt entrée. La quatriéme
estoit la foudre tombante
fur desgens qui cherchoient
àſe cacher , avec ces mots ,
Iueluctabile telum Ces Deviſes
E6
132
MERCURE
venoient du College de
Troyes. Vous ſçavez , je croy ,
qu'il eſt tenu par les Peres de
l'Oratoire.

Les Particuliers n'ont pas
eſté moins ſenſibles aux glorieux
fuccés des Armes de Sa
Majesté que les Communautez
& les Villes . Mr le Comtede
Bouligneux en ayant eu
la nouvelle à Bouligneux , y
fit chanter le Te Deum qui
fut accompagné d'un Feu
d'artifice ,& de la décharge de
vingtpieces de Canon. On fic
par fon ordre une grande diſtribution
d'argent & les
Habitans ne ſe contentant
pas de crier Vive le Roy , joi
gnirent mille loüanges à ces
cris de joy.
>
Mr de Schomberg a fait
aſſez de bruit pendant la vie,
GALANT.
133
pour meriter qu'on parle de
luy aprés ſa mort. Il auroit
pû finir ſes jours plus glorieuſementqu'il
n'a fait ,quoy
qu'il foit mort dans le lit
d'honneur , c'eſt à dire , quoy
qu'il ſoit mort les armes à la
main. Dans le combat qui
fut donné en Irlande le 11 du
dernier mois , il s'eſtoit trop
avancé pour reconnoiſtre les
mouvemens 'des Troupes du
Roy d'Angleterre . Comme
le peril paroiſſoitgrand , on le
preſſa de ſe retirer
n'en voulut rien faire , & re
ceut un coup de Mouſquet
dans le col , trois de fabre fur
la teſte , & un dans le viſage,
On le couvrit aufi- toſt , de
crainte que le bruit de fa
mort venant à ſe répandre
fes Troupes ne perdiffent cou
mais il
134
MERCURE
rage. levousay dit beaucoup
de choſes touchant ſon engagement
avec le Prince d'Orange
, dans mes dix volumes
des Affaires du temps. Ainfi
je paſſe à ce qui regarde ſa
Maiſon. Il s'appelloit Frederic
, & eſtoit Comte du Saint
Empire& de Mirtola en Portugal
, Seigneur de Coubert,
Vitry Soignoles , Barneaux
Tancarville &c. Baron de
Laberen & d'Altorf , Milord
Grand de Portugal. Il fut fair
Maréchal de France le 30.
Juillet 1675 & ila eſté General
des Armées du Roy de Cata
logne & Rouffillon , Capi--
taine Lieutenant des Gendar--
mes Ecoffois , & Gouverneur
de S. Guillain , Bergue , Gra
veline , Bourbourg , Furne
Dixmude , & Pays circonvoi
3
GALANT. 135
fins. Ila eſté auffi Capitaine
general , & Gouverneur de
la Province d'Alenteio en
Portugal , General du meſme
Royaume , & de toutes les
Nations Etrangeres , quilont
fecouru pendant la guerre.
Les ſervices qu'il avoit rendus
à cette Couronne contre
l'Eſpagne juſques à la Paix ,
luy en avoient fait meriter
une penſion viagere de ſeize
mille Cruzades , tant pour
luy que pour ſes Enfans. II
avoit auſſi un Brevet qui luy
attribuoit en France tous les
honneurs , prerogatives&privileges
attachez á la dignitéde
Duc& Pair , à la reſerve de la
feance au Parlement.Ce Brevet
eſtoit ſemblable à celuy de:
Mr le Prince d'Epinoy , & il
en avoit cu la ſurvivance pour
2
136
MERCURE
le Comte Menard de Schomberg
, ſon ſecond Fils , qu'il
regardoit comme ſon aîné. Ce
fut luyqui fit lever le Siege de
Maſtrik au Prince d'Orange,
en 1677. Enfin , après avoir
eſté General en Angleterredes
trois Royaumes de Sa Majesté
Britannique , il s'eſtoit mis du
party du Prince d'Orange ,
abandonnant les intereſts du
Roy Tres Chreftien , & ceux
du Roy d'Angleterre , ſes bien .
faicteurs . Menard, Comte de
Schomberg , ſon Pere eſtoit
grand Marechal du haut & bas
Palatinat , Gouverneur de la
Province & de la Ville de Juliers
& Cleves , commandant
au Siege de cette Place le ſe.
cours d'Allemagne ; Ambaſſadeur
extraordinaire enAngleterre
, pour faire le mariage
GALANT. 137
de la Princeſſe avec le Prince
Electoral Palatin , & deſtiné
trois mois avant ſa mort pour
commander l'Armée de
ley د
ce
Prince , lors qu'il marcha en
Boheme où il fut élu Roy. Sa
Mere , Anne Dudley , eftoit
Fille de Milord Edoüard Dud-
Pair & fecond Baron
d'Angleterre. Son Ayeul
a ſervy la France , ayant amené
au Roy Henry IV . des
Troupes qu'il avoit levées àſes
deſpens. La Maiſon de Schomberg
fortie de celle des Ducs
de Cleves , a donné deux Ele
teurs de Mayence,& un grand
Commandeur de l'Ordre Teutonique
.Theodoric de Schomberg
, qui ſe diftingua à la Baraille
d'Ivry , eſtoit de cette
Maiſon , & c'eſt de luy qu'elle
138 MERCVRE
aherité de la terre de Sarguemunde
en Lorraine , dent le
dernier Duc Charles de Lorraine
s'empara fans rembourfer
les deniers pour lesquels il
la leur avoit laiſſée , à la refervede
la Fortereſſe de Birche ,
gue Theodoric de Schomberg
avoit affiegée & priſe avec des
Troupes qu'il avoit encore levées
à ſes defpens . Mr le Maréchal
de Schomberg avoit
épousé en premieres noces Elifabeth
de Schomberg fa Coufine
,& en ſecondes , Suſanne
d'Aumale de Haucourt. Ila cu
plufieurs enfans de fon premier
mariage. Frederic de
Schomberg marié en Allemagne
, & qui commandoit les
Troupes Angloiſes en portugal
, eſt ſon Aifné. Il eſt
boiteux , & à cauſe de cela il
GALANT .
139
avoit fait mettre pour Deviſe
dans ſes Etendards , Attendez
leboiteux . Le Comte Menard
de Schomberg , ſon ſecond
Fils , eſtoit Maréchal de Camp
en France , & a épousé une
Fille naturelle du défunt Ele-
Aeur Palatin Pere de Madame..
Le Comte Charles de Schomberg,
ſon troifiéme Fils à ſervy
de Brigadier de Cavalerie en
Francc. Il enaeu deux autres
tuez , l'un au Siege de Valanciennes
àune fortie , au coſté
de fon Pere qui fut tout couvertde
fa cervelle, Il s'appelloit
Othon de Schomberg.
L'autre qu'on nommoit Henry
, fut pris au Combat que le
Marquis de Nogent Vaubrun
donna en Flandre. Il avoit percé
trois Eſcadrons , & il fut
bleſſe de quatre coups dont
140
MERCURE
il mourut à Bruxelles . Le ſeul
qui reſte des autres branches
de cette Maiſon eſt preſentement
Gentilhomme de laChabre
de l'Empereur. Son Pere
eſt mort Ambaſſadeur de Sa
Majesté Imperiale à Madrid ,
&fon cadet fut tué à la Bataille
de Leipfic , eftant tout enfemble
General de la Cavalerie
& de l'Artillerie pour
l'Empereur. Schomberg porte
de Sable à l'écu d'argent en
abyme aux bâtons fleurdelisez
d'or, paffezen croix& enfautoir
qui est de Schomberg , & fur le
tout, d'argent au Cavalier armé
defable pour la Ville & Comté
deMertola , Grandat de Porsugal.
La Lettre qui ſuit vous apprendra
ce qui s'eſt paffé fur
mer depuis le Combat Naval..
GALANT.
141
De
}
la Rade de Torbay , ce 8. Aouſt 1690
Tous les Bleffez de l'Armée,&
une partie des Malades ayant
esté debarquez au Havre & à
Honfleur , & les Vaisseaux raccom
modez des dommages du dernier
Combat , & pourveus de rafraichiffemens
, on travailla à diftri
buer à chaque Vaisseau le remplacement
de Matelots & de Soldats
qui leur manquoient. On les
tira des petits Vaisseaux deftinezà
defarmer au Havre, &on les fournit
de poudre & de boulets pour un
Second Combat . Mrle Marquis
de Chafteaumorant, Neveu de noftre
General, fait Capitaine , revint
de la Cour , & aporta de nouveaux
ordres , ſuivant lesquels Mr
de Tourville fit un détachement de
cinq Vaisseaux de guerre les meilleurs
voiliers de l'Armée , ſous le
142
MERCURE
commandement de Mrle Chevalier
de Chasteaumorant fon autre neveu
, pour aller croiser à la hauteur
de l'ile de Vith , & de
Porsthmouth , d'où ils retournerent
trois jours aprés avec une Priſe
Hambourgoise chargée defel.Le 27
Mr le Major general Raimondi ,
que Mr de Tourville avoit envoyé
à la Cour , joignit l'Armée ,
avec des ordres pourfaire deux détachemens
confiderables . Le premier
eft de cinq Vaiſſeaux de guerre&
de deux Brulots , destiné pour l'Irlande
, Sous les ordres de Mr le
Marquis d'Amfreville , Lieutenant
general, qui a quitté fon Vaiſſeau
le Magnifique , de trois ponts ,
pour prendre le Courtiſan defoixante-
quatre pieces de Canon, que
commandoit Mr de Pointis , qui
monte àpresent le Magnifique. Le
Second est d'un pareil nombre de
GALANT.
143
Vaisseaux,sous les ordres de M.
de Relingue , Chef d'Escadre , qui
quitte fon Vaiſſeau de trois ponts le
Fier , pour prendre le Serieux ,
qui est celuy de M. le Chevalier de
Belfontaine , de foixante deux picces
de canon, à qui il remet le Fier.
Son Escadre est destinée pourcroifer
àl'entrée de la Manchedu costé du
Pas de Calais , où trois Vaiſſeaux de
Dunkerque le doivent joindre , &
ensuiteferendreàl' Armée,suivant
les avis qu'il aura de la fortie de la
Rivierede Londres , & de l'entrée
dans laManche de celle des Ennemis
, qu'il a ordre d'obſerver pour
envenir rendre compteà nostreGeneral.
Il y eut aussi un autre petit
détachement de deux Vaiſſeaux ,le
Furieux & l'Arrogant ,pour aller
à la Houquejoindre les Galeres ,
&les escorter jusques au gros de
L'Armée.
144
MERCVRE
Chacune de ces Escadres ayant
appareillé le 29. conjointement
avec toute l'Armée de la Rade
du Havre ,fit sa route où elles ont
àse rendre , pendant que le gros fit
celle de la coſte d'Angleterre , les
vents estant à l'Est. Pour nous, nous
miſmeste cap à l'Oüeft. Nord-Est ,
& arrivâmesle 30.au matin à la
hauteur de laHouque , où nous envoyâmes
de Brigantin des Galeres
leur fairesçavoir que nous les attendions
fous voiles . Elles nous joi
gnirent à midy au nombre de quins
Ze , commandées par Mr le Che.
valier de Noailles , LieutenantGe.
neral , & fous luy Mr le Comman
deur de la Breteſche , & Mr do
Viviers, Chefs d'Escadres. Sur le
foir du mesme jour , nous rejoignismes
conjointement le gros de l'Armèe
, où les Galeres faluerent Mr
de Tourville , qui leur rendit le fa-
Lut coup pour coup.
La
GALAN T.
145
Lanuit du 30. au 31. Se paſſa
avec tres - peu de vent , àla faveur
duquel nous ne fismes que refouler
la Marée. Le 31. les vents fauterent
au Sud- Est ,àmidy au Sud ,&م
furle foir au Sud Ouest, rafraichis
fant beaucoup avec grains &pluzes
ce qui incommodoit fort les Galeres ,
quifirent force de voiles pour chercher
l'abry de la Baye de Torbay ,
qu'elles privent fort à propos fur le
minuit , car le reste de la nuit fut
fort rude. Les vents s'estant rangez
à l'Ouest - Sud - Ouest ,le reste de
l'Armée y arriva le lendemain I..
d'Aoust , & y fut toute moüillée à
midy par les vingt braſſes d'eau ,
fond de ſable vaſeux. Le reste de la
journéefut occupe à regler les détachemens
des Chaloupes de chaque
Vaisseau , qui se trouverent au
nombre de quarante- huit ,armées
pour une descente . Ily avoit dans
Aoust 1690. G
146 MERCURE
chacune trente- sept homses , dont
vingt doivent defcendre,les Gardesmarines
de chaque Bord compris.
Chaque Chaloupe estoit commandéepar
le Lieutenant en fecond&
un Enseigne du Vaisseau , &celles
de chaque Escadrepar le Capitaine
du Bord du Chefd'Escadre, Ainfi
il se trouve neuf Capitaines à la
teste de ce détachement , &quelques
autres détachez de ceux qui
ontferviy par terre , &dont l'experience
eft cruë neceſſaire. Celuy
des Galeres estde trente Soldatspar
chaque Galere qui doivent descendre,;
& leurs Chaloupes font aussi
commandées par un Lieutenant &
un Enseigne. Vous observerezque
les Enſeignes des Vaiffeaux & des
Galeres ont ordre de ne pointdefcendre
, & de garder chacun sa
Chaloupe pendant la descente ,
afin qu'il n'arrive point de deforGALANT.
147
dre. Ce détachement ,
tantdes
Galeres que des Vaisseaux , peut
monterà 1800. hommes de Troupes
d'élite, qui en batroient plus de
trois mille. Le Comte d'Etrées ,
Vice- Amiral du Ponant , alecom..
mandement general du tachement,
& Mr duViviers , Chefd'Escadre
des Galeres , & Mr de Raimondy,
Maiorgeneral,font les deux Gene
raux foux luy. Les Capitaines quž
commandent le detachement des
trois Escadres font, Mr de Perinet,
l'Escadre blanche, Mr de Colombe.
l'Ecadre blanche &bleuë , & M.
de Certau , l'Escadre bleue. Les
Capitaines qui commandent les
détachemens des trois diviſions de
chaque Escadre font , pour la
blanche M. de Lagnon , la Luzerne,
&leMarquis de Chateaumo
rant ; pour l'Escadre blanche &
blenë , Mrs de Lhery , Courbon-
Ga
148
MERCURE
>
blenac & Saujon, &pour la bleuës,
Mrsle Motheux , Darginy & le
Comte d'Aunay . Les Capitaines,
commandans les Grenadiers des
trois Escadres font Mr d'Osmont ,
Eſcadre blanche , M. de Chavigny
Escadre blanche & bleuë , M. Le
Vicomte de Coetlogon , Escadre
bleue . Le Capitaine du débarquement
est M. de Bel- Arce , & les
Majors des Escadres font , M.
Chavizeau , de la blanche ; M,
de Blenac , de lablanche & bleuë.
M. de Baujeu , de la blenë.
Cette Lettre contient auſſi
ce qui s'est fait à Tingmouth
mais quoy que cet article y
foit bien touché , je ne veux
point vous le donner d'un
ſeul homme qui n'a point
débarqué mais pour vous
en faire un ample détail où
GALAN T. 129
aucune circonstance ne foir
oubliée , je vais le tirer des
Relations de pluſieurs dont
quelques uns ont eſté à l'ac
tion. Mr de Tourville ayant
eſté viſſter les coſtes d'Angleterre
des envirous de Torbay
où l'on pouvoir faire une defcente
, reconnut que les Chaloupes
pouvoient aborder à
Tingmouth . Il y avoit douze
Vaiſſeaux Anglois dans cette
Baye , & cela fit prendre la
reſolution d'y aller pour les
bruler. Ainſi le 4 de ce mois
toutes les Chaloupes armées
ſe rendirent aux Galeres deftinées
pour les remorquer ,
chacune fſa divifion ८
tout ce détachement quitta
le gros de l'Armée ſur les dix
heures du foir. Les Galeres
marchoient fur deux Colom
و
G3
MERCURE
150
1 nes toutes les Chaloupes &
les Caïquesau milieu ,& elles
mouillerent la nuit du 4au 5 ,
à la demi-portée du Canon
du Bourg de Tingmouth. Si
zoſt que le jour parut , on vit
fur une plage qui eſt entre le
Bourg & la Mer, environ cent
cinquante Cavaliers , & deux
cens hommes d'Infanterie , le
toutde milice , & les Galeres
qui s'eſtoient rangées fort
prés du rivage ayant tiré un
coup de Canon , ces Troupes
ſe retirerent dans leur rétranchement
qui eſtoit avantageuſement
ſitué , & où il y
avoittrois pieces de Canon ,
& trois Pavillons Anglois ,
éloignez de cent cinquante
pas l'un de l'autre.Les Galeres
tirerent encore cinq ou fix
coups de Canon , & en mef
/
GALANT. 151
me temps on fit la defcente.
Mr le Comte d'Eſtrées ſauta
le premier à terre , tout le
mondele ſuivit , & nos gens
s'eſtantmis en Bataille fur la
Marine , marcherent droit aur
retranchement des Ennemis.
La frayeur les avoit pris , &
s'eſtant retirez d'abord derriere
les Arbres des Maiſons
les plus éloigées , on les ap
perçeut bien-toſt aprés qui
gagnoient la Montagne en
grande haſte . Mr le Comte
d'Eſtrées jugea à propos de ſe
rendre maiſtre d'un Temple
& de_quelques Maifons qui
eſtoient à l'autre bout du retranchement
, ce qui fut executé
par Mr de Pointis , avec
cent cinquante Grenadiers
fans beaucoup de reſiſtance,
&comme de ces endroits on
G4
152
MERCURE
voyoit la Baterie des Enne
mis à revers , ils l'abandonnerent
, quoy que leurs trois
Canons batiffent en flane la
Place où ſe faisoit la defcente..
Le reſte des Troupes des
Vaiſſeaux & des Galeres ayane
debarqué , on s'empara du retranchement
, ce qui estoit
demeuré de Cavalerie &
d'Infanterie Angloiſe ayant
pris la fuite. On enleva les
trois Pavillons & les trois
Pieces de Canon , & lors que
cela fut fait , on ſe ſaiſit de
toutes le avenuës , & de toutes
les Portes par où les Ennemis
pouvoient revenir dans le
Bourg pour traverſer le rembarquement.
En même temps
on fit un détachement pour
aller brûler les douze Vaifſeaux
qui estoient dans le
GALANT.
153
Port. Il y en avoit un tout
neuf de quarante Pieces de
Canon portant au grand Mast
le Pavillon d'Angleterre , du
rang de ceux qu'on appelle
Yachs , deux de trente , & un
de vingt - quatre , armez en
guerre. Les huit autres étoient
Qu Fluftes ου baſtimens
Marchands , chargez de cuir ,
de draps & de bas . Ces douze
Vaiſſeau furent brûlez , &
nos Troupes ſe rembarquerent
enfuite dans le mefme ordre'
qu'elles eſtoient defcenduës
ayant emporté dans les Galeres
le Canon & les Etenit
dards , que les Ennemis aut
voient laiſſez dans leur re
tranchement. Ily a une barre
àl'entrée du Port , qui affe
che en baſſe mer , & cela pen
fa faire demeurer une de noss
GS
154
MERCURE
2 Chaloupes le Capitaine de
Brulot qui avoit eſté commandé
pour bruler ces Vaif
ſeaux , n'ayant pas voulu quitter
, qu'il ne les euſt veus confumez
entierement , mais on
la tira à force de bras. Tout
cela ſe fit en cinq heures de
temps , & preſque à la veuë
de fix mille hommes de
Troupes reglées des Ennsmis
qui n'étoient qu'à trois quarts
de lieuë de là , & dont meſme
on voyoit quelques Bataillons.
Ce qui contribua beaucoup
àrendre cette execution
fi facile , fut une fauſſe alarme
qu'on donna pendant
toute la nuitdu coſté de Torbay
, avec huit ou dix Chaloupes
pleines de Moufquezaires
qui avoient des Meches
allumées. Cene rufe obligea
GALANT.
155
les Ennemis à envoyer la plus
grande partie de leurs Troupes
de ce coſté- là. Quelques
ordres qu'euſt donnez Mr le
Comte d'Eſtrées , qui commandoit
la defcente en chef ,,
il y eut quinze ou vingt Maiſons
des moins confiderables
pillées & brulées. Tout ce
que les Soldats & Matelots
avoient pris leur fut ofté , &
on le brula à la teſte des
Troupes avant le rembarquement.,
qui fut fait dans un
grand ordre , & fansque nous
cuſſions perdu un ſeul homme
. Les Ennemis perdirent
fort peu de monde de leur
coſté , à cauſe du peu de re
ſiſtance qu'ils firent. On fat
ſept prifonniers que Mr de
Bonrepaux interrogea. Ils di
tent que tous ceux qui for
G6
956 MERCVRE
د
moient cette Milice , n'y étoient
que malgré eux &
dans la crainte qu'on ne les
déclaraſt Amis du Roy d'Angleterre.
Lay attendu à vous parler
des Galeres qu'elles fuffent en
Mer , & qu'elles euffent commencé
d'agir Elles ſont au
nombre de quinze & on
avoit cu deſſein de les baſtir
àBordeaux , mais parce qu'il
n'y avoit ny materiaux ny arſenal
, il fut ordonné qu'elles ,
feroient faites à Rochefort.
C'eſt le lieu qui s'eſt trouvé
Je plus propre pour cela. Elles
ne font pas fi longues que les
Galeres du Levant , mais elles
font plus larges , ce qui les
rend ſemblables en quelque
façon aux Galeaffes. Elles ont
164. pieds de quille & vingtGALANT.
157
quatre bancs , au lieu que celles
de Marſeilles n'ont que
vingtbancs ,& 144. pieds de
quille. Celles cy ont autant
de Canons à la proue qu'à
poupe , & font plus hautes au
deſſus de l'eau , & par confe
quent il a fallu leur donner de
plus longues rames .. Elles ont
vingt hommes à la chiourme
plus que celles du Levant , &
un homme par bane davanta
ge ,&on les a renforcées & for
tifiées d'ailleurs . Les emboucheures
de la Garonne , de la,
Seudre , dela. Charante & de
la Loire , ainſi que la Mer depuis
la Tremblade, juſqu'à
Breft font admirablement
bonnes pour la navigation
de ces Galeres qu'on n'y a
point veuës depuis cent ans..
Iln'y a que le Roy ſeul car
58 MERCVRE
pable de faire une fi grande
dépenſe en ſi peu de temps ,
& il fera difficile qu'il ne ſe
paſſe encorebien des années ,
avant que les Anglois & les
Hollandois puiſſent établir
de ces fortes de Vaiſſeaux .
Ie vous ay entretenuë de
la Paix qui a eſté concluë avec
les Algeriens. Mehemet
Elemin , leur Envoyé , eſtant
venu icy en demander la ratification
, fut preſenté au Roy
par Mr le Marquis de Seignelay
le 26. dudernier mois
dans la grande Galerie de Ver.
failles , & fit à Sa Majesté la
harangue que vous altez lire
Mr de la Croix le Fils l'interpreta..
GALANT. 1
159
TRES PVISSANT ,
tres - majestueux , & tresredoutable
Empereru Dieu
veüille conſerver V. Maje
ſté avec les Princes de fon
Sang , & augmenter d'un à
mille les jours de voſtre
beauregne.
E fuis envoyé, & tres- magnifique
Empereur , soujours victorieux,
de la part des Seigneurs du Divan
d'Alger , & du tres- illustre Dey,
pour meprofterner devant le Trône
Imperialde Vostre Majesté,& pour
luy témoigner l'extreme joye qu'ils
ont reffentie de ce qu'Elle a cu la
bontéd'agréer la publication de la
Paixqui vient d'estre concluë entre
Ses Sujets & ceux du Royaume
d'Alger. Les Generaux & les Capitaines,
tant de terre que de mer
160 MERCURE
m'ont choisi , Sire , d'un commun
confentement , nonobstant mon in-
Suffisance , pour avoir l'honneur
d'entendre de la boucheSacrée de
V. Majesté la ratification de cette
Paix , eftant perfuadez que c'estde
cette parole royale que dépend fon
éclat &Sa durée, quifera s'ilplaist
àDieu , éternelle. Ilsm'ont ordonnéd'assurer
V. Majestéde leur tresprofond
respect, & de luy dire qu'il
n'y a rien au monde qu'ils ne faf-
Sentpourtacher de se rendre dignes
de sa bien- veillance.
prient Dieu qu'il luy donne la vi
Etoirefur tant d'Ennemisde toutes
fortes de Nations quisefontliguées
contre Elle , & qui seront confon..
duës par la vertu des miracles de
Jeſus & de Marie , pour ledroit
desquels nous sçavons que vous
combattez. Je prendray , Sire laliberté
de dire à vostre Majestés
Ils
GALANT. 161
qu'ayant eu l'honneur de fervir.
long temps à la PorteOthomane, à
la veuë de l'Empereur des Musul
mans ,ilne mereſtoit pour remplir
mes defirs , que defaire la reve
rence à un Monarque , qui now
Seulement par la valeur heroique
mais encore parsa prudence con-
Sommé s'est rendu le plus grand
Leplus puiſſant Empereur de toute
La Chreftiente , l'Alexandre & lo
Salomon defon fiecle ,&enfin l'ad
miration de tout l'Univers. C'est
donc pour m'acquitter de cette commiſſion
, qu'après avoir demandé
pardon àV. Maiestéavecles larmes,
aux yeux & avec une entierefou
miſſion au nom de mes Superieurs &
de toutenostre Milice,à cause des
excés commis pendant la derniere
guerre , & l'avoirpriéede leshono
rer defa premiere bonté,joſe lever
Les yeux en haut ,& luy presenter
161 MERCVRE
la Lettredes Chefs de nôtre Divan
eny joignant leur tres humble requeste
dont jeſuis chargé, &comme
ils esperent qu' Elle voudra bien
avoir égardà leur priere , il n'y a
point de doute qu'ils nefaffent écla
terdans les climats lesplus éloignez
la gioire ,la grandeur &la ginerosité
de V. Maj ſté , afin que les
Soldats&les Peuples penetrez de
Jon incomparable puffance,foient
fermes & constans à obſerver exa-
Stement jusqu'à la fin des fiecles les
conditions de la Paix qu'Elle leur
àdonnée. Je ne manqueraypas aussi
fi V. Majesté me le permet, de rendre
compte à l'Empereur Ottoman
mon Maistre , dont j'ay l'honneur
d'eſtre connu , des victoires que j'ay
appris avoir efté remportéesparvos
Armées de terre & de mer sur
tous vos Ennemis , &de prier Diew
qu'il continue vos triomphes. An
GALANT.
163
reste toute nostre esperance dépend
des ordres favorables de vostre
Majefté.
Le Roy réponditqu'il rece
voit agréablement les aſſurancés
que cet Envoyé luy don.
noit des bonnes intentions
de ſes Maiſtres à maintenir
une parfaite union avec ſes
Sujets qu'il eſtoit bien-aife
d'entendre ce qu'il venoit de
luy dire deleur part; qu'il confirmoit
le Traité de Paix qui
leur avoit eſté accordé en fon
nom ; que ce qui s'eſtoit paſſe
feroit oublié , & que pourveu
qu'ils fe comportaſſent de la
maniere qu'ils devoient , ils
pouvoient s'aſſurer que l'ami
tié & la bonne intelligence
s'augmenteroient toujours de
elus enplus , & qu'ils en ver
roient les fruits.
164 MERCURE
:
Le 14. de ce mois, le meſme
Envoyé d'Alger fit la harangue
qui fuit , au Roy de la Grand
Bretagne..
TRES- HAUT , TRESMagnanime
, & tres -Excellent
Roy , Dieu conſerve
toûjours à Voſtre Majesté
cette grandeur d'ame qui
doit éternifer ſon Regne ,
& preſerve de tous dangers
Voſtre Auguſte & Royale
Famille..
L'Affection dont Voltre Maieste
honore depuis ſi longtemps la
a porté le Republique d'Alger ,
tves Illustre & Magnifique Dey
mon Maistre , ainsi que tous les
Seigneurs de nostre Divan , à m'ora.
donner de venir rendre mes pro
GALANT .
165
fonds respects aux estriers de Vostre
Majesté , & de vous afſeurer ,
SIRE , que leur intention est de
maintenir à jamais la paix & l'amitié
qu'ils ont contractée avec
Elle. Ils ont appris , Sire , avec
un tresfenfible déplaisir la lâcheté
avec laquelle un grand nombre de
- Ses suiers se font laiſſsé corrompre
aux poursuites fraudulenses deſes
Ennemis , & oubliant que les Rois
font l'ombre de la Divinité, ilsfont
tombezdans unefelonie qui marque
leur front d'un opprobre eternel au
regard de Vostre Maieste. Comme il
n'est que trop évident que les guerres
que le tres puissant &le tresinvincible
Empereur de France&
Vostre Maiefté ont entrepriſes ,font
les effets de la vengeance que Dien
veut prendre de cette multitude se
ditienfe, & de ces Usurpateurs dont
Les Sectes impies ont corrompu la
166 MERCVRE
SaineDoctrinedes Livres deDien .
nous esperons que vostre Maiesté
fera bien - toft en estat de faire
triompher la iuftice deſa cauſe , en
remontantfur le Trône deſes Anceftres
pour briller derechefcomme
le Soleildans le centre delamagnificence.
L'Antiquité nous fournit
tant d'exemples deſemblables ro
volutions dont les Auteurs ont esté
punis, qu'elles nedoivent pluspaſſer
danslemondepour une nouveauté.
N'a- t-on pasveu les Juifs, quipar
leur ſedition contre Jesus leur Roy,
Seigneur de toutes les Creatures se
font nonseulement mis aux pieds
les ceps de la malediction , mais
encore sefont rendus le mépris de
tous les peuples de l'Univers ? Auſſi
Vostre Majesté doit regarder l'impie
Pharaon , qui pouſſaſon infolence
jusqu'àsefaire adorer comme
Dieu , ne ceffant de perfecuter les
GALANT.
167
Prophetes , & parses mauvaiſes
intrigues & invention diabolique,
de détrôner plusieurs grands Rois;
mais à même temps Elle doit envifagerſafin
abominable , puis que
Dieu faiſſant éclater les effets de
defon juste couroux , priva cet infidelle
deſon Trône , precipitaſon
corps & son ame dans un abisme
de malediction , & enfin l'extermina
enforte, qu'à peineparoiſſoitil
que cepernicieux Tiran eust ja
mais esté fur la terre. Oüy , Sire,
cettepetite abfence de Vostre Maieſté
eſtant une preuve incontesta
ble de la fermeté à maintenir la
veritable Loy de Jesus danssa pureté
, nous pouvons avec une espece
de certitude nous promettre qu'elle
verra dans peu de temps renaiſtre
de tous coſtez les forces defon Sceptre
& éclater de nouveau la ſplendeur
defa Couronne. C'est ce qu'on
1
11
168 MERCVRE
doit esperer de la parfaitounion
qui paroist aujourd'huy avec tant
de generofité & d'amitié entre le
tres - puissant Empereur de France
Vostre Maiesté. Nous prions
Dieu de vous faire goûter à l'un &
à l'autre les fruits de vostre grand
courage , vous prefervantfur terre
&sur mer des trahisons infames
de vos Ennemis , & dedonner par
vos victoires la ioje aux amis de
vestre prosperité. Lesupplie Vostre
Maiesté d'estre persuadée que
nous donnerons dans toutes les occafions
en face des Amis & des Ennemis
, des marques de noftre amitie&
de la fermetéde la Paixque
nous aurons avec tous vos fidelles
Suiets ,& comme nous sommes obli
gez de faire connoistre à tout le
monde la grande estime que nous
confervons pour les Royales vertus
de vostre Maieste,& les voeux que
nous
GALANT.
169
nous faisons pour fon retabliſſe.
ment. C'estavec un grand plaisir
que i'ay l'honneur de me proſterner
devant Elle , & de luy temoi.
gner le zele ardent que nous aurons
toûjours pourſon ſervice , esperant
que Vostre iviaiesté aura la bonté
de l'agréer& de nous honorer de la
continuation defonaffection.

Cette Harangue doit ſervir
d'une belleleçon aux Princes
liguez , & faire apprehender
aux Anglois , & for tout au
Princed'Orange , les effets de
la luſtice de Dieu .
Leis.de ce mois , le Corps
de Ville s'eſtant aſſemblé ,
Mrle Preſident de Fourcy fut
encore continue Prevoſt des
Marchands . C'eſt la troiſiéme
élection qui s'eſt faite en ſa
faveur. Il y cut auſſi de' nou
Aoust 1690. H
1
170
MERCVRE
veaux Echevinsélus àla place
de Mrs Bellier & Marefcal
Ce furentMr Chauvin,Quar
tenier , & Savalet , Notaire
au Chaſtelet. Mr de Poiſſi
Conſeiller au Parlement , &
Fils de Mr le Preſident de
Maiſons , eſtant allé le 22.
preſenter le Scrutin au Roy
pour faire preſter le ferment
accoutumé parla en ces termes
à Sa Majeſté.
SIRE ,
La Capitale de vostre Royanme
penetrée d'amour & de ve
neration pour Vošire Majesté ,
vient luy presenter les nouveaux
Magistrats , destinez à l'hon
neur immortel de voir leurs noms
écrits dans les Annales de vostre
Regne. Quel Regne quel enchaiſnement
de glorieuses & de
GALANT.
171
,
conftantes prosperitez& Nous ne
cefferions , Sire , de nous écrier
fur tant de merveilles ,fi vostre
Maiesté ne nous y avoit tellement
accoutumez qu'à peine
l'habitude nous permet- elle les
premiers mouvemens de la furprife.
Eh , comment se troubleroit
l'ordre de vos proicts ? La
prudence y prefide , &vous affervit
la fortune. Par où viendroit
à s'interrompre le cours de
vos triomphes ? La Victoire qui
n'osa iamais balancer devant
vous reconnoist à la conduite
de vos Armées le veritable
Chef qui les anime. L'ingraritude
& l'envie cuffent-elles
à groffir encore
nos Ennemis
le nombre de
ils se briferont
tous ensemble , Sire , contre vostre
Sageffe. Si le prefage leur paroist
Suspect, qu'ils confultent une Re-
H
MERCURE
172
publique leur alliée apprendront
d'elle à quel prix ils peuvent
faire entre- voir leurs étendars
fur nos frontieres. Je n'en
atteſtepas moins bardiment cette
Nation fiere & rebelle qui se
vantoit de poffeder seule l'Empire
des Mers , & qui pour se
l'affermir contre vous n'a pas de
daigné le secours de sa Rivale.
L'une & l'autre avoüeront que
malgré la jonction de leurs forelles
n'ont pû derober au
vainqueur les débris de leurs
Flôtes diffipées , que par les
plus cruelles refources qu'infpirent
la rage & le desespoir. Le
touche fans y penser à des evenemens
qui paſſent de bien loin
la portée de ma voix. Peut- estre
außi s'eftonnera - t - on qu'une
villefi feconde en fameux genies
m'ait pris pour son interpretes
ces ,
GALANT.
175
mais , SIRE , le ministere
qu'elle me confie auiourd'huy
appartient au Zele plutost qu'à
L'Eloquence. Mon coeur en ce mo
ment garantitla iuftice du choix
qui m'honore , & peu s'en faut ,
SIRE , que dans l'ardeur qui
me transporte ,
ic nemm'oublie
iusqu'à defier vos bien faits , de
me dévouer plus religieusement
àVostre Personne facrée.
Ie vousay déja envoyé un
grand nombre de Medailles
touchant la vie de noſtre
Auguſte Monarque , & mon
deſſein eſt de les faire graver
toutes . Ainficelle que je vous
envoye aujourd'huy eſt de ce
nombre. Elle fut frappée en
1661. & marquela paix quele
Roy donna aux voeux de
l'Europe dansle temps de fon
H3
174 MERCURE
ود
mariage. Quelques Souve
rains ont pû l'accorder au
milieu de leurs triomphes
mais il n'y a eu jamais que
leRoy , qui l'ait donnée tane
de fois , toûjours triomphant
&toûjours en eſtat de faire
de nouvelles conqueſtes , malgré
les jaloux efforts de plu
fieurs Ennemis liguez enſemble..
Le Roy d'Angleterre alla
ta ſemaine paſſfee à l'Obſervatoire
, & dit en y entrant,
Qu'il venoit voir ces Meßieurs
dont on parloit par tout. Il fue
d'abord conduit dans une
tour orientale , & on luy fit.
voir comment ſe faisoient les
Obſervations Astronomiques.
CePrince s'arréta longtemps
à confiderer divers Inſtrumens
, les Lunettes , les Ni
GALANT.
175
veaux & les Pendules. Aprés
celaonluy montra commentt
on ſe ſervoit des Verres de
Lunettes fans tuyau , parce
que l'on a des Vetres ſi grands
qu'on ne leur peut donner
destuyaux , qui ſe trouvent
droits ,juſqu'à cent ou deux
cens pieds. On luy fit voir
enfuite de ce meſme coſté le
Planiſphere dont il ſe fit exe
pliquer tous les ufages. Ce
Monarque fut conduit de là
dans la tour occidentale de
ecrez de chauffée , où il vit
la grande Carte dontj'ay parlé
fort au long dans les Volumes
de l'Ambaſſade de
Siam en France. Il parlalongtemps
ſur les Voyages de
Merdont il dit plufieurs particularitez,
ainſi que fur les
Obſervations qu'il avoit fait
H4
176 MERCVRE
faire, meſme ſur la variation
des variations de l'Aimant.
Au fortir de cet appartement
de Mr de Caffini il monta
dans la tour occidentale du
ſecond appartement , où il vit
des effets du Miroir ardent,
qu'on avoit tiré du Cabinet
des Machines pour l'expoſer
au Soleil, où il fondit une piece
de trente ſols auſſi toſt qu'elle
cut rencontré le foyer de ce
Miroir . Ce Prince vit les Niveaux
dont on s'eſt ſervi à mefurer
la riviere d'Eure , & en
ſortant de cet appartement de
M. Sedileau , il entra dans le
Cabinet des Machines , où il
s'arreſta long- temps fur celles
qui montrenttoutes les Eclipfes
qui ont eſté & qui feront , &
fur les Machines qui font voir
qu'elle est la diſpoſition des
GALANT
177
07
Planetes à telle heure qu'on
lademande . Il examina enfuite
les diferens modelles des
Machines à élever de l'eau ,&
parlant de pluſieurs Machines,
pour ſervir à la meſme élevation
qui luy eſtoient connuës,
il fit voir qu'il avoit une parfaite
connoiſſance des forces
mouvantes M. Couplet luy
montra enfuite un pont de
ſon invention , qui ſanscharroy
, ſans compagnie d'Ouvriers,
ſans avoir des morceaux
de bois plus que de trois ou
quatre pieds , portez par cinquante
hommes venant ſeparément,
peut- eſtre bâty en une
heure de temps fur une Riviere
de huit on neuf toiſes ,
fans eſtre appuyé aucunement..
ny ſur le fond ny fur le cou
rantde cette Riviere. Le Roy
HS
178 MERCVRE
d'Angleterre s'arrêta à ce Pont
demanda de qui il eſtoit , &
dit aprés avoir fait pluſieurs
remarques fur ſa construction
qu'il croyoit que l'execution
en estoitfacile. Comme il y a de
tout dans ce Cabinet , il ſe fit:
donner des modelles de Cabeſtans
, diſant qu'il en avoit
fait faire beaucoup pour tirer
les ancres. Après avoir examiné
ceux qu'il ſe fir donner,
il parla de la maniere de quelques
autres qu'il a fait faire ,&
monta de là ſur la Terraſſe
haute , d'où il fit voir à ces
Meſſieurs un lieu , où ilavoit
autrefois commandé pendant
les guerres de Paris .Il pritplaifir
à entendre toutes les obfervationsque
Mr Sedileau à faites
pour déterminer la quan.
nité d'eau qui tombe en un an
GALANT.
179
fur laterre ,& la quantité qui
s'en évapore . Sa Majesté entra
à l'Obſervatoire à neuf heures
du matin , & en fortit à
prés d'une heure. Elle diten
partant , que le Roy avoit gran.
de raison de louer Son Assemblée
de Spavans .. Il fitenfuite l'honneur
à Mr l'Eveſque d'Autunte
d'aller difner chez luy.
10
.
YON
Onaeu nouvelles qure Dem
Gregorio Caraffa , Grand
Maiſtre de la Religion de
Malte eſtoit mort le 21. du
mois paffé ,aprés une maladie
de peu de jours. Il avoit 75 .
ans ,& s'eſtoit trouvé en 1656.
au combat des Dardanelles
avecles ſept Galeres de la Religion
dont il eſtoit General.
My joignit Laurent Marcello
qui commandoit celles de
Venife, & il en prit pour fa
part quatorze des Ennemis 22
H. 6.
180 MERCVRE
tes
91
qu'il amena dans le Port de
Malte. Il eſtoit Fils de Je--
rôme Caraffa , Prieur de la
Boccella en Calabre , & fut
éleu Grand Maiſtre en 1680 ..
Ie vous parlay amplement en
ce temps là des ceremonies
qui s'obſervent dans ces ford'élections
. Ainfi pour
éviter une repetition inutile
je vous diray ſeulement aujourd'huy
que trois jours aprés
ſa mort , c'eſt àdire le 24. de
Juillet , Mr le Commandeur
de Vignacourt , Grand Tre..
forier de l'Ordre fut éleu
pour remplir ſa place. Ce qu'il
y eut de bien remarquable
c'eſt que toutes les Nations.
differentes dont l'Ordre de:
Malte eſt compofé , y concoururent
unanimement . IL
oft yray que l'union des trois.
6
GALANT . 181
Langues de France , avec celle
d'Allemagne , & une partie
de celle d'Italie & d'Arragon ,
donna un grand branle aux
autres. Cette élection a cu
quelque choſe de bien ſingulier
, en ce que le mefme jour
qu'on apportales derniers "Sacremens
au Grand Maiſtre
Caraffa , Mr le Commandeur
de Vignacourt receut les foumiſſions
de tout le monde , &
fut viſité de tous les Grande-
Croix ,& meſmede ceux qui
eſtoient le plus ſur les rangs,
de forte que l'on peut dire
qu'il a eſté reconnu Grand-
Maiſtre du vivantde ſon Predeceffeur
, & que la ceremonie
du jour de ſon élection
n'a eſté qu'une ſimple forma
lité pour confirmer celle que
le Public avoit déja faite
182 MERCVRE
Loin d'avoir eu rien de tu
multueux , il ſemble qu'elle
ait reconcilié tous les eſprits ,
&coupé la racine àtoute forte
de diviſions . Tous les honneſtes
gens s'en font réjoüis
& les Peuples dont les plus
anciens ſe ſouviennent de
l'heureux regne d'Adolphe de
Vignacourt, fon grand Oncle ,
éleu en 1601 & mort en 1622
font des voeux pour voir
celuy da Neveu d'une auffi
longue durée. Ce fut cer Adolphe
de Vignacourt , qui à
la priere de l'Univerſité de
Paris , fitpreſent à la Maiſon
& Socicté de Sorbonne , du
piedgauche de Sainte Fuphemie
, Vierge & Martire , qui
de Calcedoine avoit cſté apporté
à Rhodes , & de Rhodes,
à Malte. Le nouveau
GALANT.. 183
Grand Maiſtre qui eft âgé de
78. ans , a déja choiſi ſes Officiers.
Il a nommé M le Com.
mandeurde Luxembourg , de
la Langue de France , pour
fon Maistre d'Hoſtel , & Mr
le Commandeur de S. Oüen
de Champigny , pour ſecond
Maistre dHostel. Mr le Commandeur
de Méchatin de la
Langue d'Auvergne , eſt fon
Chambrier Major Mr le
Commandeur de S. Andiol ,
de la Langue de Provence ,
eft fon premier Ecuyer , & Mr
le Chevalier de Lusignan-
Lezé , de la Langue de France
ala Charge de Secretaire de
ſes Commandemens. Si - toft
que Mr le Bailly de Hautefeüille
, Ambaffadeur Extraordinaire
de Malte cut appris
la mort du Grand - Maistre
5
184 MERCVRE
Caraffa , il alla en donner avis
au Roy à Marly , & le 23. de
ce mois , il eut audience de Sa
Majesté à Versailles , pour luy
faire part de l'Election du
nouveau Grand Mailtre.
Mrle Comte de Teſſé ayant
cu ordre de commander ſur
la Moſelle un Camp volant
dedeux mille Chevaux , refolut
de faire une courſe dans
le Duché de luliers pour faire
contribuer le Pays , qui juſque
là n'avoit voulu rien payer..
Il falloit combattre les Trous
pes de Munſter & de Neubourg
qui y étoient campécs ,
ce quiluy fit prendre des mefures
avec Mr le Marquis
d'Harcourt , aprés quoy il
partit avec ſa Cavalerie , &
Mr de Gaſſion luy amena de
Mont-Royal le Regiment de
६.
1
GALANT..
185
Dragons de Mr le Chevalier
de Gramont. Mr le Marquis
d'Harcourt ayant de ſon
coſté tiré environ mille Dragons
des Garnisons du Païs
de Luxembong , ils ſe trouverent
, aprés trois jours de
marche , à plus de vingt lieuës
d'où ils eſtoient partis ,& en
Bataille dans la Plaine de Iuliers
à deux petites lieuës des
Generaux Schvvart & Bek ,
qui par l'extrême diligence
que fit Mrde Teſſé , ne purent
eſtre affez informez fi ce qui
eſtoit arrivé de trois coſtez
differens estoit nombreux . Les
feux qu'il fit faire les ayant
avertis qu'il eſtoit en Bataille
dans la Plaine , les Gardes
ainſi que les Gens qu'il détacha
fureux , ne les laiſſerene
plus douter de ce qu'ils a
6
186 MERCURE
1
voient commencé à croire..
On entendit battre leur generaleau
matin , &les partis
qu'envoya M. de Teſſé l'af
furerent qu'ils ſe preparoient
à marcher. Leur Camp estoit
compoſe de huit Bataillons ,
de 2500. chevaux & de 22.
pieces d'Artillerie. Mr de
Teffé fit commencer ſes executions
à la pointe du jour
&l'on brula tous les Villages
qui estoient dans cinq lieues
de païs , les plus beaux du
monde , depuis Barvenik jufqu'à
une licuë par delà Duren.
Cing eens Chevaux des
Ennemis parurent, & coſtoye
rent les noftres pendant tout
le jour , ſans les approcher ;
de forte que Mrde Teſſé pour
attendre ſes détachemens , fe
mit en Bataille dans la Plaine
de Duren. Ses executionsé
GALANT.
187
tant faites ,il ne crutpas qu'il
fuſt à propos dy demeurer.
C'eſtoit aſſez qu'il euſt donné
aux Ennemis pendant tout
le jour une entiere facilité de
combattre. Il fit paſſer le Roure
àſes Troupes ſansautre oppofition
que celle de quelques
Partis de la Garnison deDuren,
qui furentrepouſſez vivement
juſque dans la Barriere
delaVille. M. le Marquis d'Acher
, Capitaine de Dragons
dans Gramont y tua d'un
coup d'épée un Major des
Troupes de Neubourg. Une
heure aprés ces meſmes cinqcens
Chevaux ſeurs de leur
retraite, s'approcherent de nos
Eſcadrons , & firent mine de
les vouloir attaquer. Mr de
Teſſe ne voulut d'abord leur
répondre que par quel--
ود
188 MERCVRE
ques Carabiniers , mais enfin
l'impatience le prit , & tout
d'un coup il détacha fix Efcadrons
qui les joignirent& qui
les ſuivirent de ſi prés au delà
de la meſme Barriere , queMr
le Marquis d'Acher & fix Cavaliers
entrerent dans la porte
peſle-meſle avec les Ennemis.
M. le Marquis du Terrail fit
pluſieurs prifonniers à la Barriere
,& on leur tua prés de 80
hommes ,ſans autre perte de
noſtre coſté que de ſept ou
huitCavaliers & de huit ou
dix chevaux. Vingt Soldats
qui ne purent rentrer dans la
Ville , ſe ſauverent dans une
Abbaye fous la portée du demy
Canon. M. de Teſſe les fitattaquer
par M. le Chevalier de
Gramont qui brula cette Abbaye..
Il n'y cut que dix. hom
GALANT . 189
mes qui ſe ſauverent de l'embraſſement.
Ils ſe jetterent par
les feneſtres & on leur donna
quartier. Aprés cela nos Trou
pes reprirent leur marche par
le païs de Limbourg , où Mrs
d'Aix la Chapelle envoyerent
des oſtages pour les contributions
parées & à venir , dont
ils n'avoient pas voulu compofer.
Nos détachemens mirent
ie feu en divers endroits jufqu'aux
portes de Maſtrik , &
emmenerent les Mayeurs des
environs pour ſervir d'oſtages.
On tient que Mr de Teſſé en
a amené de ſa courſe pour
quatre cens mille écus. Cette
action eſt ſi ſurprenante , qu'on
ne peut la regarder ſans étonnement.
Les Ennemis meſmes
l'ont trouvée ſi extraordi
naire & en ont parlé tant de
190
MERCURE
,
fois dans leurs nouvelles publiques
, que ſans ce qu'ils en
ont dit on auroit peine à
croire une ſi grande execution
au milica du Pais ennemy
, & fi prés d'une Armée
qui ledevoitdeffendrede cette
inſulte
&elle
• LeRoyaeſté ſi ſatisfait de
ſa petite Gendarmerie qu'il
l'a conſiderablement augmentée.
Elle n'eſtoit que de
douze Compagnies
eſt preſentement de ſeize ,
Sa Majesté en ayant créé une
nouvelle de Gendarmes , &
une autre de Chevaux Legers
deMonſeigneur le Duc d'Anjou
, & deux autres ſemblable
, l'une de Gendarmes , &
l'autre de Chevaux-Legersde
Monſeigneur le Duc de Berry.
Chaque Compagnie n'ef
GALANT.
toit que de cinquante Gendarmes
ou Chevaux Legers ,
& de deux Maréchaux des
Logis , ce qui faisoit ſeulement
quatreEſcadrons , & à
l'avenir chaque Compagnie
fera de ſoixante & ſeize Gen.
darmes ou Chevaux- Legers ,
de quatreMaréchaux des Logis
, de deux Trompettes &
d'un Timbalier & on en fera
huit Eſcadrons , deux Compagnies
ſuffifant pour en faire
un. Voicyles noms des nouveaux
Officiers qui entrent
dans cette Gendarmerie .
Mr de la Berange,cy-devant
Maréchal des Logis des Gen.
darmes du Roy , et Sou-
Lieutenant des Gendarmes
Bourguignons , & Mr de Pierre-
court en eſt Enſeigne .
Mr Deſtin eſt Lieutenant
192
MERCVRE
Gendarmes Dauphins , &
Mr Deſpinac Sous - Lieutenant.
Ce dernier eſtoit Capitaine
deCavalerie.
Mrde Toiras , Colonel du
Regiment de Condé, eſt Lieutenant
des Chevaux Legers
Dauphins . Mr de Bethomas
en eſt Sous- Lieutenant , &
Mr le Chevalier de Toiras
Guidon. Ce dernier efſtoic
Major du Regiment de Condé
, & Mr de Béthomas , Exempt
desGardes du Corps.
Mr de Virieu qui estoit
Sous Lieutenant des Gendarmes
d'Anjou , eſt Lieute.
nant desGendarmes de Monſeigneur
le Duc de Bourgo
gne , & Mr d'Iliers Sous-
Lieutenant. Il eſtoit Enfei
gne de Gendarmerie..
Mr de Saint Sens , Enſeigne
des
GALANT.
193
des Gardes du Corps, eſt Lieu.
tenant desChevaux Legers de
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
, & M. de Meziere Capitaine
de Cavalerie , en eſt
fous - Lieutenant.
Mr de Beaujeu , qui estoit
Lieutenant Colonel du Regiment
du Maine eſt ſous Lieutenant
des Gendarmes d'Anjou.
Mrde Virville , cy devant
dans la Gendarmerie, eſt Lieutenant
des Gendarmes de
Berry , & Mr de Sebville,Sous-
Lieutenaut Il eſtoit Exempt
des Gardes.
Mr de Keroüel qui eſtoit
auſſi dans la gendamerie , eſt
Lieutenant des Chevaux-Legers
de Berry.
Mrde Druy le Cadet , qui
cſtoitExempt des Gardes , eſt
Aoust 1690. I
1
194
MERCURE
Majorde la Gendarmerie , avec
un brevet de Sous Lieutenant.
د
Mr de Joncas , Exempt des
Gardes, eſt Lieutenant de Roy
de la Baſtille avec quatre
mille livres d'appointement.
Mr le Marquis d'Vrfé , Enſeignedes
Gardes du Corps ,
en a été fait Lieutenant à la
place, de Mr de S. Rhut qui
eft Lieutenant General.
Mr de Marfilli- Martainville
, à qui le Roy venoit de
donner le Regiment de Bertillac
, a eſté fait Enſeigne de
ſes Gardes , à la palce de Mr
le Marquis d'Vrfe ,&fon Regiment
a eſté donné à Mr le
Comte de Naſſau .
Mrde Chaſeron , Exempt
des Gardes du Corps , ena
eſté fait Enſeigne à la place
GALANT.
195
deMr Saint- Sens , que l'on
afait Lieutenant des Chevaux-
Legers de Monſeigneur le
Duc de Bourgogne.
Peu de temps aprés que Sa
Majeſté eut nommé ces Officiers
, Elle nomma ceux qui
doivent compoſer la Maiſon
deMonſeigneur le Duc d'Anjou.
Mr le Duc de Beauvilliers
l'Abbé Fleury , ſerviront au
prés de ce Prince , en la meſme
qualité qu'ils ont de Gouverneur
de Precepteur , & de >
Sous precepteur aupres de -
Monſeigneur le Duc de Bour
gogne. Je ne vous repeteray
point ce que je vous dis de
chacun d'eux ily a un an , lors
que le Roy les nomma pour
ces glorieux emplois .
Mr le Marquis de Sommery
, Fils de Mr le Marquis de
I 2
1-96 MERCURE
Sommery , Mestre de Camp
du Regiment d'Infanterie de
feu Monfieur le Duc d'Or .
leans ,Capitaine de Chambor
&Neveu de feu Mr Colbert ,
a eſté nommé Sous gouverneur
de Monſeigneur le Duc
d'Anjou . Il eſt ſage , d'une
difcretion admirable , & il a
pris dans les Familles où il eſt
allié , cette picté & cette droiture
dont on y fait une particuliere
profeſſion. Son courage
n'a pas moins paru dans
les emplois qu'il a eus à la
guerre , & il en porte d'ho
norables marques .
Mr l'Abbé de Langeron a
eſté fait Lecteur. Il eſt Fils de
feu Mrde Langeron , premier
Gentil homme de la Chambre
de Monfieur le Prince. Madame
ſa Mere eſt Dame
1
GALANT.
157
d'honneur de Madame la
Princeſſe. Il ſçait beaucoup ,
& s'eſt appliqué dés ſa plus
tendre jeuneſſe aux Ouvrages
de pieté . Il a paru avec
une grande distinction dans
plufieurs Miffions qui ſe
font faites pour la converfion
des Pretendus Refor
mez , & a toujours eu pour
Mr l'Eveſque de Meaux un
attachement digne du merire
de ce grand Prelat , auprés de
qui il a puiſé une partie de
ces lumieres , qu'il a répanduës
depuis ſi utilement dans
les lieuxoù ſa charité l'a porté
pour tirer d'erreur les Heretiques.
Les autres Officiers de la:
Maiſon de Monseigneur le
Duc d'Anjou , font Mrs de
Cando & de Louville , Geni
13.
198
MERCURE
,
tilshommes de la Manche
Mr de la Roche premier
Valet de Chambre ; Mr Here
fan ,' premier Valet de garderobe
, & Mr de Boisbrun ,
Porte- arquebuſe. Le choix du
Roy eſt un grand ſujetd'élo.
ge pour eux , puis qu'on ſçait
aſſez que Sa Majeſté ne mer
auprés de cejeuue Prince, que
des perſonnes d'une ſageſſe
&d'une probité reconnuë.
Mr l'Abbé de Verneüil ,
Neveu de Mr l'Archeveſque
de Toulouſe , & de Mrs de
S. Poüange & de Villacerf, a
efté nommé à l'Archidiaconé
deToulouſe , vacant en regale.
Il eſtoit de la derniere
Aſſemblée du Clergé. Ie ne
vous dis rien de ſon merite.
Ces choix ne tombent que
fur des perfonnes qui en ont
beaucoup.
GALANT. 199
Je vous parlay il y a quelque
temps d'une Abbaye que
Mr l'Abbé Bernier avoit au
Mans ,& qu'il remit entre les
mains du Roy , afin de mener
une vie plus retirée. Elle a
eſté donnée à Mr l'Abbé
Baudin,Beaufrere de Mr Manfard,
premier Architecte , &
Intendant des Baſtimens de
SaMajeſté .. :
Je vous dis auſſi il y a quelquesmois
que Mr le Duc de
Bournonville ayant pris l'Or.
dre de Preſtriſe , le Roy luy
avoit donné l'Abbaye de Savigny.
Ce meſme Due voulant
aujourd'huy vivre encore
d'une maniere plus détachée
dumonde , a remis cette
grande Abbaye entre les mains
de Sa Majesté , qui en a gratifié
Mr le Cardinal de Forbin.
14
200 MERCVRE
Depuis que les Troupesde
l'Electeur de Brandebourg ſe
font jointes avec celles des
Hollandois que commande
le Prince deVValdec, le bruit
s'eſtoit répandu que lesGeneraux
cherchoient à combatre,
mais il s'eſt fort diſſipé , & on
ne croit plus qu'ils ayent ce
deffein. Leur Armée eſtoit
encore le 26. de ce mois à
Noſtre Dame de Hall à quatre
on cinq heures de la noftre.
Le 24. on alla fourager
juſqu'aux portes d'Ath
pendant ce temps , Mr le
Maréchal Duc de Luxembourg
fit rafer les murailles
les portes , & tous les poſtes
forts de l'Abbaye de Campton
, qui est à une lieuë de
cette Place. On fit joüer la
Mine pour faire fauter une
و
&
GALANT. 201
و
porte fortifiée & voutée , &
toutauroit eſté démoly avec
le Canon, ſi les Moines n'eufſent
offert de le faire faire
eux-meſmes inceſſamment
pour éviter les accidens qui
pouvoientarriver des boulets
perdus. Mr de Luxembourg
leur accorda ce qu'ils demanderent
fur cet article , & ils
donnerent deux oſtages pour
aſſeurance de leur parole . Mr
l'Abbé Riquetti avoit eſté le
matin par l'ordre de ce General
faire aſſembler la Communauté
pour leur declarer que
l'intention du Roy eſtoit que
l'on oſtaſt à cette Abbaye
tout ce qui avoit ſervy l'année
derniere aux Ennemis
pour s'y retrancher & fortifier
durant le temps qu'ils y
furent en garnison , afin qu'a
Is
202 MERCVRE
l'avenir on ne puſt plus y
mettre de Troupes. Cela les
avoit étonnez d'abord , mais
ils ne purent refuſer de ſe ſoſtmettre
.
Monfieur le Duc de Savoye
a permis aux Miniſtres de
la Religion Pretenduë Reformée
de preſcher dans tous
ſesEtats , dont il n'a excepté
que la ſeule Ville de Turin ...
C'eſt une grande nouveauté
dans un pays d'Inquifition ,
& qui fait murmurer toute
l'Italie. Comme ce Princes
a cu depuis ce temps -là
tous les malheurs que vous
allez voir ; la pluſpart de ſes..
Sujets diſent hautement que
laprotection qu'il donne aux
Heretiques en est cauſe. Il eſt
certain que celle de Dieu paroiſt
viſiblement pour le Roy ,
GALANT. 203
puis qu'avec ſes ſeules troupes
il a remporté un grand
nombre d'avantages en Savoye
& en piedmont , contre
les Armées d'Eſpagne & de
Savoye , quelques Troupes
Allemandes & Suiſſes , les
Vaudois , & quelques Refugiez
François. On ſe ligue
partoutcontre ce Monarque ,
& il ſemble que ces Ligues
ne ſe font que pour faire
mieux éclater ſa gloire , puis
que plus il a d'Ennemis à
combattre , plus ſes triomphes
augmentent. Ce qui doit
le plus ſurprendre dans le
progrés des armes de France
en Italie , c'eſt que le Roy
n'eſtoit point préparé , lors
qu'on ouvrit la Campagne , à
foûtenir les efforts de tant
d'Ennemis de ce coſté-là
(
16
202 MERCURE
Cependant il les a battus em
differentes rencontres ; il a
pris des Places , & gagné une
Bataille avant la fin de cette
mefme Campagne .. Ma derniere
Lettre eſtoit remplie de
quantité d'avantages rempor
tez pendant le mois de luil
let. Voicy ceux de ce mois-
су
Le 2. d'Aouſt ſur les dix
heures du ſoir , Mr de Catinat
ayant fait partir ſes Troupes..
du Camp de Brillane , d'où il
décampa tranquillement ſans
aucun obſtacle des Ennemis
qui estoient fort prés delà
leur fit faire une marche de
14. heures , encore plus penible
qu'elle ne fut longue..
Avant que d'arriver à Caours
qu'il avoit refolu d'attaquer.
il trouva à un défilé au pied
GALANT. 203
P
d'une Chapelle , des Païfans
qui s'y eſtoient retirez , & qui..
firent un affez grand feu . Il les ,
fit forcer , & ils furent paſſez
au fil de l'épée. Vne partie de
ſes Troupes arriva le ſoir du.
3. devant Caours , & le reſte.
s'y rendit le lendemain ſur les -
dix heures du matin ainſi que
l'Artillerie . Cette Place eſtentre
Villefranche & Saluſſe dans
une Plaine fur la gauche de
Pignerol & à un mille du Pô .
La Plaine eſt petite , & la Ville
qui eſt au pied d'une Montagne
n'eſt point commandée. Ilt
ya un Château ſur la cime ,
dont il ne reſte preſque plus
rien. Cependant l'affiette , &
les retranchemens qu'on y avoit
faits auffi-bien qu'à la
Ville , ne laiſſoient pas de donner
licu de les défendre,d'au
206 MERCURE
8
د
tant plus que ceux de la Ville
avoient une retraite affeurée
fur la Montagne , où il y avoit
une eſpece de pâté qui auroit .
fait tuer beaucoup de monde
fi les Ennemis s'y fuſſent
mieux défendus . A peine Mr
de Catinat fut - il arrivé de...
vant la Place , qu'il alla luymeſme
la reconnoiſtre . Il la fic
ſommer le s . à la pointe du
jour , & fur le refus que la
Garniſon fit de ſe rendre , il
détacha pour l'attaque trois
censGrenadiers&quatrecens
Fuſeliers commandez parMeffieurs
de Chamarante & de
Chaſteau - renault, qui estoient
ſoûtenus d'un petit détachement
ſous les ordres de M. le
Comte de Montignac , compoſé
des Grenadiers de ſon Regiment
, de ceux de Cambre
GALANT. 207-
fis ,& de trois cens Fuſeliers .
Le reſte des Troupes demeura
campé à un quart de lienë de
la Place. Elle fut battuë par
l'endroit le plus fortavec qua
tre pieces de Canon. Tous les
retranchemens qui ſervoient
de dehors, furent d'abord renverſez.
On rompit la porte ,&
l'on abatit prés de trente toiſes
de muraille. Ceux qui défendoient
la bréche curent
beau faire feu ſur les nôtres.
L'attaque alla ſi viſte , que la
Ville fut emportée en un quart
d'heure par les deux premiers
détachemens . Les Grenadiers
yentrerent les premiers , &
furent auſſi-toſt ſuivis du reſte
des Troupes . Quelques efforts
que fiſſent les Officiers pour ſee
rendre maistres de la fureur du
Soldat , les Loix de la Guerre
ip 208 MERCURE
l'emporterent , & la pluſpare
des Soldats, des Officiers & des
Habitans furent paſſez au fil.
de l'épée . On mit le feu à la
Ville aprés qu'elle eut eſté
quelque - temps abandonnée
au pillage . Il y avoit dedans un
détachement de Troupes reglées
, commandées par des
Officiers du Regiment de
Montferrat . Illy avoit auſſi
des Milices de Mondovi &
quantité de Barbets. Ceux qui
échaperent ſe retirerent dans
le Château qui estoit fur la
Montagne , où l'on croyoit
qu'ils duſſent faire une vigou ..
reuſe défenſe. Comme ce n'étoit
pas un poſte qu'on cuſt
deſſein de garder , & que d'ail..
leurs les Ennemis n'y pouvoient
ſubſiſter plus de deux.
jours. M.de Catinat qui vou-
4
GALANT.. 209
loitépargner ſon monde,& qui
ne jugeoit pas que le Chaſteau
puſt eſtre facilement infulté
, n'avoit pas reſolu d'en
faire faire l'attaque. Ainsi
ayant donné ordre que les
Troupes ſe retiraſſent de la
Ville que l'on voyoit toute en
feu , il les fit repaiſtre. Pendant
ce temps- là , on s'apperceut
que la Montagne eſtois
infultable par deux endroits ,
&que les Ennemis qui ne cro
yoient pas pouvoir eſtre attaquez
, bravoient nos Troupes
. M. de Catinat changea
auſſi toſtde refolution & chargea
M. de Montignac avec fon
troifiéme d'étachement qui
n'avoientpoint encore combatu
, d'aller à cette expedition.
Les Troupes des deux autres
détachemens qui venoient de
210 MERCURE
prendre la Ville , neurent pas
plutoſt connu que cette attaque
estoit reſoluë , que fans at -
tendre aucun ordre elles monterent
, avec une eſpece de fureur
, qui leur laiſſa à peine
le temps de ſe mettre en ordre
de bataille. Les Ennemis .
firent d'abord affez bonne reſiſtance
, mais leur fermeté:
devint inutile. Ils furent forcez
& paffez auſſi au fil de
l'epée , à l'exception de quatre-
vingt entre lesquels ſe
trouverent le Gouverneur ,le
Commandant des Troupes ,
le Major , quelques Officiers ,
& quelques femmes , qu'on
eutde la peine à dérober aux
Soldats qui ne faifoient quartier
à perſonne. Ainſi il y cat
au moins huit cens hommes
sucz en cette ſeconde affaire
GALANT. 21 I
parce que plus de trois cens
des Habitans de la Ville s'étoient
retirez dans le Châ
teau . On y perdit un Capitaine
du Regiment de Grancé
, nommé Mr de Raucourt,
qui s'eſtoit diſtingué en pluſieurs
occaſions , & particu
lierement dans Bonn , & un
Capitaine de Cambreſis . Mr
de Courouge , Aide de Camp
de Mr de Catinat , fut tué auprés
de luy , ce General s'é
tant toûjours trouvé où le
peril eſtoit le plus grand. II
entra dans la Ville auſſi toft
queles Grenadiers & les Dra
gons , & ne quitta point les
Troupes fur la Montagne. Mr
de Joigny , Capitaine , qui
commandoit les Grenadiers
a eſté bleſſé. On n'a perdu que
vingt ou vingt-cinq Soldats
212 MERCVRE
dans ces deuxexpeditions.qui
ont eſté faites avec cette ardeurqui
empeſche les François
d'enviſager le peril quand il
s'agit de ſervir leur Prince.
Le 12. Mr le Comte de Bernex
ſeretira de Chambery où
il commandoit , ſur l'avis qu'il
eut que M. de S. Ruth, venu du
Coſté de Champarlaım , étoit
arrivé devant la place , ainfi
que Mr de Varennes , du Coſté
des Echelles , & qu'on avoit
déja fait braquer quelque pie--
ces, deCanon. Mrde S. Ruth
apprenant qu'elle estoit aband
donnée, fit entrer dans la Ville
quatorze cens Irlandois qu'il y
mit engarnifon , laiſſantM. le
Marquisde Thoy , brigadier ,
pour y commander. Il mit auſſi
quatre cens Irlandois dans le
Chaſteau. Chambery , comme
GALANT. 213
vous le ſçavez, eſt laCapitale de
Savoye. Elle eſt affez grande ,
& fituée fur la petite Riviere
d'Orbanne , dans une Plaine
environnée de collines .C'étoit
l'ancien ſejour des Dues. Il y a
un Parlement que l'on appelle
Senat compoſé de quatre Pre.
fidens & de quinze Senateurs .
Il y aauſſi une chambre des
Comptes , compoſée de Preſidens
, Auditeurs , & des Generaux
&Treſoriers des finances
de Savoye.
Annecy ſuivit l'exemplede
Chambery, & n'eut pas plûtoſt
appris la reduction de cette
Place , qu'elle receut les Troupes
du Roy . C'eſt une autre
Ville de Savoye ſur un Lac de
mefime nom , qui a quatre ou
cinq lieuës de longueur , & un
peu plus d'une demi licuë de
214
MERCVRE
largeur , entre des montagnes
preſque toujours couvertes de
neiges . Elle eſt aujourd'huy la
retraite de l'Eveſque & du
Chapitre de Geneve , & le lieu
d'exil de cette Egliſe, que l'Herefie
en chaſſa en 1555. ſous
Pierre de la Baume qui avoit
alorsla conduitede ceDioceſe .
Ie viens d'apprendre que
Rumilly , autre Ville de Savoye
, n'ayant point voulu ſe
rendre , a eſté emporté d'affaut.
Tout le reſtede ce Duché
ſe ſoumet. Trois mille
hommes de Milices , & cinq
cens Refugiez qui défendoient
la Riviere de Larve qui
n'eſt point gayable , ſe ſont
retirez à l'approche de Mr de
S. Rut. Tout ce Corps s'eſt
diffipé , & tae partie des Proteſtansa
paſſé en Piedmont ,
*
GALANT.
215
ne ſcachant pas encore la Bataille
gagnée par l'Armée de
France , qui s'eſtoit donnée
dans le meſme temps qu'on
les pouſſoit en Savoye. Les
Habitans& la Nobleſſe viennent
ſe ſoumettre de tous
coſtez , & il ſuffit pour cela
que nos Troupes ſe prefentent.
La Cour a confirmé à
Mt le Marquis de Thoy le
commandement des Troupes
qui font dans Chambery. Il a
demandé par grace qu'il puſt
ſe trouver dans toutes les occaſions
où il y auroit à combattre
, ce qui luy a eſté accordé.
Il ſervoit de Brigadier
dans les expeditions dontje
viensdevous parler.
Mrde Parelle , Maréchal de
Camp de Monfieur le Duc
de Savoye , eſtant arrivé trop
216 MERCURE
5
tard, pour ſecourir Caours ,
prit ſa marche dans les Montagnes
à l'inſceu de Mrode
Catinat , & ſe rendit à la
gorge de la Vallée de Lucerne
, dans le deffein d'enveloper
Mr de Feuquieres avec
cinq ou fix mille hommes
ramaſſez du Regiment de
Montferrat , de Payſans , de
Milices du Mondovi , Layne
& Barbets , & une Compagnie
des Gardes de Son Alteſſe
Royale de Savoye , avec un
Regiment de Dragons verts.
Le 6. de ce mois au ſoir il
arriva à la portée de Briqueras.
Mr de Feuquicres avoit
fait partir le matin du meſme
jour cinquante Chariots chargez
demunitions de bouche ,
& quelques reſtes de Lucerne.
Les cinquante Chariots arriverent
GALANT.
215
verent fort heureuſement à
Pignerol. Les Troupes qui étoient
avec Mr de Feuquieres
faiſoient en tout 2600. hommes
, la pluſpart Milices hors
le Regiment de Dragons de
Saillis. Comme on devoit
mettre le feu dans Lucerne
la nuit du 6 au 7. & ſe retirer
le 8. Mr de Saillis demanda à
Mr de Feuquieres la permif.
ſion d'envoyer les Equipages
de ſon Regiment à Pignerol ,
dans l'eſperance qu'ils arriveroient
avec le meſme bonheur
que les Chariots. Ces
équipages partirent le 7. à la
pointe du jour , & tomberent
au deſſous de Briqueras dans
l'embuscade de Mr de Parelle.
Cinquante Dragons qui les
eſcortoient furent taillez en
pieces , & il ne s'en fauva que
Aoust 1690. K
216
MERCVRE
quatre , dont deux ſe rendirent
à Pignerol , & les deux
autres au Regiment. Mr de
Saillis , campe à une demylieuë
de là ſous Lucerne,ayant
eſté averty de cette avanture
fit monter à cheval les neuf
Compagnies de ſon Regi.
mentqu'il avoit avec luy , & courut au lieu où elle venoit
de ſe paffer . Comme il n'entendit
plus tirer , il envoya
un Maréchal des Logis &
quinze Dragons à Briqueras
pouren ſçavoir des nouvelles
Mr de Parelle qui s'en estoit
rendu maistre , à la reſerve de
l'Eglife , où cent hommeside
la Garniſon de Pignerol s'étoientretranchez
pour favo .
rifer les Convois de Lucerne
à cette Place ,les fit paſſer au
fil de l'épée dés qu'ils y fu
GALANT.
217
rent entrez. Mrde Saillissimpationtant
de ne rien apprendre
, reſolut d'aller luy-mefme
à Briqueras , & fut fort
furpris d'y trouver les Ennemis
, &de voir que de toutes
les fenestres des Maiſons on
tiroit fur luy. Il fut d'abord
bleſſé au bras , & receut un
autre coup qui luy effleuroit
le ventre , mais ces deux bleffures
ne l'empeſcherent point
d'agir. Il eſtoit alors huit heures
du foir. All fit avancer ſon
Regiment , & ordonna à un
Capitaine nommé Mr de Leſtang
, déja bleſſé d'un coup
de mouſquet , de ſejetter avec
cinquanteDragons , dans l'Egliſe
que défendoient nos
centhommes de la Garniſon
de Pignerol . Mr de Parelle
les fit ſommer deux fois de
K 2
218
MERCURE
veu
ferendre , & ils répondirent
qu'ils ne demandoient point
de quartier , parce qu'ils étoient
refolus de n'en point
faire . Mr de Saillis voulut s'é.
pauler de la paliſſade del'Egiſe
, mais il eſtoſt cellement
de toutes les feneftres
voiſines , qu'aprésavoir perdu
vington trente Dragons &
quelques chevaux , il ſe gliffa
à la faveur de la nuit , jul.
que ſous les Halles , où les
foûtiens de pierre de taille
garantiffoient un peuſes Dragons
, aufquels il fit mettre
pied à terre. Mr de Parelle
eſſaya trois fois de le charger ,
mais il trouva tant de refifdance
qu'il crut qu'il valoit
mieux le laiſſer dans Briqueras
,& aller chercher Mr de
Feuquieres. Dés la pointe du
GALANT. 219
&
jour , Mr de Saillis , qui avoir
paffé toute la nuit à efcarmoucher
, commença à vouloir
chaffer ceux qui l'incommodoient
& qui tiroient des
Maiſons . Il fit mettre le feu
à uve , puis à une autre , &
enfaite à une troiſfiéme
à meſure que l'embraſement
en chaſſoit les Ennemis , ils
eſtoienttuez parfes Dragons .
Cela dura juſques à quatre
heures dufoir,que MrdeSaint
Silveſtre parut. Il vint fur la
nouvelle qui s'étoit répanduë
au Camp , de l'embarras
où ſe trouvoit Mr de Saillis
& lors qu'il arriva à Briqueras
il n'y avoit plus que deux cens
Barbets ou Mondovis. On en
avoit déja tué plus de cing
cens. Il acheva de les mettre
en pieces , & de dégager ce
Coloncl. On ne referva que
-42
K 3
220 MERCVRE
dix prifonniers ,& il y eut fixvingt
Dragons de fon Regiment
tuez ou bleſſez . Il receut
deux coups , comme je vous
l'ay déja marqué,M. deLeſtang.
unde moufquetdans le corps,
&Mr de l'Eſchelle un dans le
crane fur le haut de la teſte. I.I
y cut trois Lieutenans, de tucz
& cinq de bleſſez , 7
Cependant Mrde Feuquieres
fuſt d'autantplusinquietde
n'apprendre aucunes nouvelles
de M. de Saillis,qu'il voyoit
Lucerne entourée de tous co
Aez , & ces Troupes qui s'étoientjointes
aux Barbets.A la:
teſte de la Ville qui eſt beaucoup
plus longue que large, il
yaunemontaigne aſſez droite,,
mais d'une petite élevation..
Sur le ſommet de cette montagne
qu'occupoit un Regiment
GALANT 224
de Milice, eſtoit une Redout
que nous avionsrninée. Mrde
Feuquieres eſtantparty de Lu
cerne avec douze cen's hom
mesn'en fut pas plutoſtdehors ,
que ceux qu'il y avoit laiſſez
furentattaquez pardes Barbets
&des Mondovis , qui repoufferent
ceux qui gardoient la
montagne juſqu'à leurs barraques
dans la Ville , qui estoit
route raſée. Il revint fort à pro
pos pour foutenir le choc des
Barbets; mais en meſme temps
il vit paroiſtre M. de Parelle fur
les hauteurs avee cinq ou fix
mille hommes. Il ſe retrancha
le mieux qu'il put avec quel
ques pierresdu démoliſſement
qui luy ſervirent de barriere,
& fit couler le Regiment de
Poudens pour ſe reſaiſirde la
montagne, d'où l'on incommo
K4
222 MERCVRE
doitbeaucoupceux quiétoient
dans la Ville . Mr de Poudens fit
un fort grand feu , repouſſa les
Ennemis , & quand ceux qu'il
commandoit n'curent plus de
poudre, ils ſe ſervirent deleurs
épées , & quoy que gens de
Milices , ils firent tout ce que
les Troupes les plus aguerries
auroient pu faire , & chaſſerent
les Barbets depuis le pieds de
la montagne juſqu'au haut ,
où ils pafferent la nuit. Cette
fermeté étonna les Ennemis ,
qui s'approchoient quelquefois
, mais fans ofer faire aucune
entrepriſe.Pendantcetemps
Mr de Feuquieres , avec un
Ingenieur qui avoit le ſoin de
ladémolition detous ces poſtes,
reſolut de quitter Lucerne , &
de ſe retirer ſous le Fort de la
Tour qui n'avoit pas encore
GALANT
223
fauté. Il fit emporter tous les
Malades & toutes les munitions
, fit fauter le Magaſin :
faperles murailles de la Ville ,
&enfuiteſe retira ſous le Fort ..
A la pointe du jour , il vie
paroiſtre des Troupes qui venoient
à luy , & qu'il creut
d'abord eſtre ennemies.C'eſtoit
Mrde S. Silvestre , qui aprés
avoir delivré Mr de Saillis
amenoit à ſon ſecours quatre
cent Fantaſſins , autant deDra
gons , 300. Cavaliers , & huit
Compagnies de Grenadiers. Il
tenoit l'arrieregarde , & quoy
qu'il fuſt toujours attaqué en
queue , en flanc& par tout , il
fit fi bonne contenance qu'on
ne le put entamer. Mr de Feuquieres
eut beaucoup de joye
de l'arrivée d'un ſecours , avec
lequel il pouvoit entreprendre
KS
224
MERCVRE
quelque choſe. Il fit prendre les
armes à ſes Troupes , & celles
de Lucerne en firent autant . Le
Canon ſortitde là , & ſe miten.
marche . Les Ennemis eſtant
deſcendusen foule pour char--
ger nos Troupes furent receus .
vigoureuſement, & l'on en ren--
verſaun fort grand nombre . Il
fut queſtion de faire retraite..
On fit fauter le Fort de la Tour ,,
avec un Moulin qui avoit eſté :
miné. Aprés qu'on eut fait un
quarede, lieuë , les Ennemis ,
embuſquez dans trois Maiſons,.
& bordantune haye au basde:
laquelle eſt un chemin creux:
par où nos Troupes eſtoient
forcées de paffer , firent un
grand feu pendant un quartd'heure
fur noſtre Arriere garde
.. Ils. eſtoient plus de huis
cens hommes. Le Regimentde
هللا
GALANT.. 22
Boiffiere , ayant à ſa teſte Mrde
Barte ; Lieutenant Colonel, les
chaſſa du poſte qu'ils occupoit.
avec perte de quarante ou cinquante
hommes . Un détache--
ment des Ennemis qui s'attachaau
Canon, en prit une pie--
ce , l'effieu où elle eſtoit attelée :
s'eſtant rompu , mais elle fut
repriſe aufi toſt , & chargée
fur une charete. Monfieur le
Duc de Savoye , ſur les avis
qu'il recent de l'eſtat de cette
affaire, creut Mr de Feuquieres:
perdu , ce qui l'obligea de pafſer
le Pô ſur les trois Ponts qu'il
a au deſſus de Pancalier. Les
Eſpagnols vinrent paſſer au
deſſous de Vigon fur desChariots
qui formerent: un autre
Pont; mais fi ces mouvemens
firent croire d'abord à cePrins.
cequ'il entoureroit ſi bien l'Ar..
1
K6
230
MERCVRE
mée de Mr de Catinat , qu'elle
ne pourroit éviter d'êtrebatuë,.
ilconnutbien toſt qu'ils'eſtoit
trompé. Les Ennemis , au nom-,
bre de plus de huit mille hom..
mes ſuivirent nos. Troupes,
deux lieuës juſqu'à ce qu'elles.
cuffent paflé l'Epelle en les
attaquanttoûjours avec peude
fruit, puis que Mrde Feuquieres
ne perditpas 150. hommes
dans ſa retraire.On ne peutrien
dire à ſa loüange , finon que
c'eſt le meſme Mr de Feuquieres,
qui l'année dernière fut fait
Maréchal de Campaprés s'eſtre
distingué dans le Palatinat. Mr
de Poudens a beaucoup contri .
buéà faire fuir les Barbets qui
étoient venus attaquer Lucerne.
De vingtOfficiers qu'il y
avoit dans ſon Regiment , il y
ena cu ſeize tuez ou bleſſez.
GALANT.
23.3
:
avecquatre vingt Soldats.Cet
te action & celle de Briqueras
nous ontcouté prés de fix cens
hommes.On croit que la perte
des Ennemis monte à plus de
deux millecinq cens. Mr du
Lac , Colonelde Bourbonnois,
aeſté bleſſé aux reins , & fon
Lieutenant Colonel à la jambe
Le Regiment de Quinfon a
perdu pluſieurs de ſes Officiers.
& 40. Soldats
Mr de Catinat vientdecouronner
par une Bataille toutes
les actions de vigueur & de
prudence qu'il a faite depuis la
declaration de la guerre entre
laFrance & la Savoye. Iamais
on n'en a vu un ſi grand nobre
enfi peu de temps ,& il ſemble
que ſes Troupes n'ayent fait
aucun pas que pour marcher à
la Victoire , ant il a pris de
-
4
232 MERCURE
1.
:
juſtes meſures pour les avan
tages continuels qu'il a rem--
portez . Enfin il a voulu en venir
à une affaire generale , &
il y a engagé les Ennemis,comme
, & quand il as voulu. I
eſtoit ſi aſſuré que le ſuccés répondroit
à ſes deſſeins , qu'il
avoit mandé au Roy tout ce
qui arriveroitde cette dernie
re action , de forte que huit:
jours avant la Bataille , Sa Majeſté
eſtoit preſque ſeure du
triomphe que ſes Troupes
remporteroient , & des mou
vemens qu'elles devoient faire
pours'acquerir cette gloire.Mr
deCatinar a eſté attaquer les
Ennemis juſque chez eux ,.
quoy qu'ils foffent plus forts
que luy. Il fit fairebeaucoupde
fafcines , & ne s'en cacha point :
Au contraire il affecta , afin de
GALANT..
233
les mieux tromper , de faire
dire par tout qu'il avoitdeſſein
de faire un Siege , mais en effet:
il neſemuniſſoitainſi de fafci..
nesque pour les jetter dans le
marais où il a paſlé , pour ,,
Paction dont je vais vous faire
part. Sa reſolution eſtant priſe
delongue- main, auſſi bien que
ſes meſures , il laiſſa ſes gross
bagages & fon gros Canon à
Pignerol , & ſe ſervit de pluſieurs
chariots des Officiers ,,
pour conduire des Pieces de
Campagne à l'Armée. Je ne
fçay fi vous ferez auffi contente
qu'à l'ordinaire de la
Relation que je vais vous faire
de cette Bataille , elle fera
plus ſuccinte que celles que:
jay accoutumé de vous envoyer
, puis que je ne la com.
mence que le dernier jour du.
1
234 MERCVRE
mois qui eft celuy où ma
Lettre doit partir. La raiſon
eſt qu'il n'en est pas arrivé de
Relations avant ce tems-là.
Ainſi je me ſers des premieres
qui tombent entre mes
mains fans avoir le temps , je
ne dis pas de les examiner
toutes mais meſme de les
lire. Cela ſera cauſe que je me
rencontreray peut- eſtre avec
ceux qui en donneront au
Public en meſme temps. En
tout cas , ce ſera la premiere
fois que cela me fera arrivé,
& vous me le pardonnerez,
puis que je ne le fais que pour
fatisfaire voſtre impatience.
Avantque j'entre dans le désail
de la Bataille je croy
qu'il eſt à propos de vous en
faire voir l'ordre. Vous le trou
verez dans cette Planche.
2
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LYON
*1893*
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qu'il
faire
GEC
GALANT.
235
Le17.afix heures du mazin
, les Troupes du Roy décamperent
de Caours . Il y a
voit trois jours qu'on diſoit
publiquement qu'on leur
vouloit faire paſſer le Pô , &
la veille à l'ordre on ordonna
le décampement , qui fut fait
tambour battant , avec tout le
bruit qui accompagne les,
marches qui ſe font fans
crainte . On arriva à Saluces
fur les quatre heures aprés
midyde ce meſme jour. C'eſt
une Villeaudeladu Pô bien
plus importante que Caours
ſituée ſur une hauteur avec
un Chaſteau qui commande
toute la Plaine , adoſſé contre
une montague , & où il y
avoit du moins cinq mille
hommes tant Barbets , que
deux Bataillons de Troupes
236 MERCURE
reglées ſous les ordres du
Marquis de Martignan . Mrde
Catinatdétacha auſſi toſt Mr
de Grancey avec ſa Brigade
pour attaquer un affez grand
nombre de ces Milices qui a
voientprisdes poſtes auprésde
la Ville. Les Ennemis titerent
fur les noſtres quelques coups
de Fauconneau , & firent un
grand feu des vignes qui é
toient fur la montagne , mais
enfin ils furent contraints de
fe retirer . Cette action dura
environ deux heures . Mrole
Marquis de Vieupont,qui n'eſtoit
Colonel du Regiment
de Bourbon que depuis deux
jours y fut tué , & Mr de
Chaſteauregnaut recent un
coup de Mouſquer au travers
du corps. Pendant ce temps ,
Mrde Catinat qui faiſoit pafi
GALANT. 235
fer le Po au reſte de fon Ar
= mée & à ſon Bagage , receut
- avis de Mr de Montgomme-
- ry qui couvroit noſtre marche
ſur la gauche, qu'il voyoic
paroiſtre lateſte de celle des
Ennemis. Mr de Catinat y
courut pour reconnoiſtre luymeſme
la chose , & on luy
dit que ce n'eſtoit qu'un
Corps de quelques Eſcadrons
qui avoit voulu tâter noſtre
Arriere garde. On eſtoit preſt
fur cela de continuer ce qu'on
avoit reſolu d'entreprendre
fur Saluces ,lors que l'on fut
aſſuré que l'avis de Mr de
Montgommery eſtoit verita.
ble ,&que toute l'Armée des
Ennemis s'avançoit. Mr de
Catinat quitta ſon premier
deſſein ,& fit repaſſer le Po
aux Troupes qui estoient au
1
236 MERCVRE
dela , ce qui dura juſques
minuit. Le reſte du temps fut
employé à mettre l'Armée.
en bataille ſur deux Lignes .
On fit retirer les Bagages &
l'Artillerie qu'on mit dans le
Corps de referve , & l'on en
donna la gardė au Regimentde
Jofreville ,Cavalerie, &à ceux
de Dragons de Languedoc , de
la Boiffiere , de Kaifſſon , & du
Lac, bonnes Milices . On paſſa
la nuit ſous les armes, & à donner
les ordres pour les Equipages.
Le matin , un paylan qui
fut pris affura qu'il n'y avoit
que les Troupes de Monfieur
de Savoye qui avoient paru, &
que les Eſpagnols avec Mrde
Louvignies eſtoient demeurez
àVillefranche . Cela fut cauſe
queMrde Catinat recommen
ça àfaire quelques détachemes
GALANT...
237
pour Saluces , mais dans ce momentayanteſtéaverty
que Mr
de Saint Silvestre avoit engagé
l'affaire fur la droite avec un
Eſcadron de Fimarcon , la Brigade
de Montgommery , & le
Regiment deDragons du vieux
Languedoc , il concremanda
les détachemens , & donna ſes:
ardres. Mr de Quinçon cut la
gauche ,& Mr de Feuquieres
leCorps de Bataille , où eſtoit
l'infanterie,& lors qu'il vitles
Lignes en bon eſtat pour marcheril
alla devant , & trouva
les Ennemis campez fort avantageuſement.
Ils avoient le PÔ
&un petit Ruiſſeau avec un
autre Marais preſque impraticable
à leur droite, n'occupant
qu'un front de cinq ou fix
Eſcadrons par où l'on pouvoit
aller à eux. Ils s'étoient
238 MERCVRE
emparez de deux Caſſines , qui
nous eſtoient abſolument ne
ceſſaires pour le gain de laBa
taille ,& d'où ils faisoient un
fortgrand feu. Il fut effuyé par
Mr de Saint Silvestre qui les
enchaſſa ,mais il en fut chaffé
àfon tour , n'ayant point enco
re aſſez de monde, & cela juf.
qu'àdeux fois , parce que les
Ennemis y avoient la plus
grande partiede leur Infanterie
, avec du Canon , dont il ne
paroiſſoit que trois pieces . 11.
ne fit pas grand effet,&il n'y
eût que le Regiment de Languedoc
qui ſouffrit beaucoup.
Toute noſtre Infanterie eſtant
arrivée avec noſtre Artillerie
qui conſiſtoit en ſcize pieces
de Canon , Mrde Grancé cut
ordre d'attaquer la' gauche des
Ennemis , qui estoit couverte
4
GALANT.
239
par un Marais tres difficile à
- franchir. Il ne laiſſa pas de le
pafferavec ſon Regiment ,le
- Bataillon de Bourbon & celuy
de Hainaut , commandé par
Mr de Pompone , & prenant
les Ennemis en flanc il les
pouſſa vigoureuſement. Pendant
ce temps , Mrde Catinat
ordonna à Mr le Prince de
Robecq de s'avancer avec ſon
Bataillon , & ceux d'Artois &
de Flandre qui compoſoient
fa Brigade , & d'attaquer les
deux Caſſines que les Ennemis
avoient fortifiées par le Bataillon
des Gardes de Mr de
Savoye , celuy de Villanova
& celuy du Duc de Saint
Pierre.Ils yallerent ,& firent
l'auaque par trois endroits
differens . Les Ennemis les receurent
avec un feu auffi
240
MERCURE
violentqu'on en puiffe faire.
On mit fix pieces de noſtre
Canon à gauche de la Cleriere
, au travers de laquelle
on voyoit le front qu'ils occupoient
, & huit autres pieces
à la gauche. Cela fit un
feu croifé qui les foudroya
d'une telle forte , qu'on s'apperceut
qu'ils perdoient le
terrain ,& fe renverſoient ſur
leur droite. Cette attaque dura
plus d'une groffe heure &
demie; & enfin les noſtres ſe
rendirent maiſtres des deux ,
Caffines. Ce ſontdesMaiſons en
pleine Campagne', que nous
appellons ordinairement des
Fermes. Dans ce temps là , Mr
de Catinat fit fonner la charge .
La Cavalerie & les Dragons
s'avancerent , on approcha le
Canon , & le tout enſemble
donna
GALANT.
14
donna ſi violemment , que les,
Ennemis commencerent à lâ
cher pied. Leur ſeconde ligne,
de Cavalerie s'avança , & on la)
renverſa juſqu'au Pô , que
quelques- uns des noſtres pafſcrentavec
les Fuyards. Mrde
Catinat les fit revenir à Stafarde
, Abbaye de Mr le Cardinal,
d'Eſtrées qu'ils avoient à leur
droite ,& où ils avoient laiffé
un grand nombre de Bleſſez .
On revint ſur le champ de Ba
taille , où l'on trouva douze
pieces de Canon, beaucoup de
munitions de guerre , & peu
d'équipage , les Ennemis n'en
ayant point amené. Ils ontper
du preſque toute la jeuneſſe de
Turin ,& l'on fait monter les,
Morts à prés de quatre mille.s
Nous avons fait à 3. cens
Prifonniers. On tient que Mr
Aoust 1690 .
L
242
MERCURE
it
de Louvignies a eſté bleſſé à la
cuiffe , & que Monfieurde Savoye,
en ſe retirant dans une
Chaiſe roulante , penſa eſtre
emportéd'une volée deCanon:
Mr de Moniſterole , Lieutenant
de ſes Gardes du Corps ,
&Mrde Fouville , Capitaine
au Regimentde ſes Gardes, ont
cité pris, avec beaucoup de
gens de distinction , dont on ne
ſçait pas encore les noms . On
lesarenvoyez furdeari parole)
aprés leur Maiſtrepà condition
de revenir dans cingjours.Mr
le Comte de Beuil a eſté tuć
avee pluſieurs Colonels. Nous
avons perdu environ centcinquante
hommes , & eu quatre
cens bleſſez , entreleſquelsil y
a beaucoup d'Officiers , entre
autres Mrs de Pelleport , & du
Bourdez , Lieutenant Colonle
RRRRRRRRRRRRRRRRRR
GALAN T.
243
de Perigord , dangereuſement;
Mrs de Montgommery & de
Liancourt , au bras ; Mr de la
Lande , à la jambe, Mr le Marquisd'escau,
Colonel d'Artois,
àla teſte;Mr d'Apremont,Lieu.
tenant Colonel de Clerambaut,
au coſté; Mr Corrogne ,
LieutenantColonel d'Artois ,
les deux cuiſſes percées ; Mr
de Montignac , au bras fans
fracture , Mr de S. Marc &
Mr de Ferile Aide de Camp
de Mrde Catinat , ce dernier
une contufion au deſſous de
la mammelle . Mr Mongez
Lieutenant Colonel de Montgommery
,& le Major de ce
mefme Regiment , ont eſté
tuez ,ainſi que Mr que la Roche
Aimon ,& le Frere de Mr
dela Lande , Capitaine de
Dragons. Le Regimentde Robecq
a eſté des plus maltrais
L 2
244
MERCVRE
e
tez.Mr le Prince de Robeeq
outre une rude bleſſure au talon
, a eu une groffe contufion
àla jambe, & fon cheval bleffé
à la teſte ſon Major bleffé en
deux endroits , un Capitaine
tué,quatre bleſſez , fon Enfeigne
Colonel , un coupautravers
du corps , le Sous licute
nan des Grenadiers , les deux
cuiffes percées , & quelques
Lieuterans auſſi bleſſe z . Ce qui
eft refté de l'Armée des Enne
mis s'eſt retiré en fott grand
defordre juſqu'à Morette,& de
la à Cramagnole , cù l'ontient
que Monfieur le Duc de Sa
voye raſſemble ſes Troupes. Ce
Prince a toujourseſté à lateſte
de ſon Armée pendantleCombat
, d'où il ne s'eſt retiré que
lors qu'il a perdu toute eſper
rance de vaincrg.
GALANT.
245
La nuitdu 18.au 19. leGounerneur
de Saluces & les Payfans
fortirentde cette Place ,&
le 19. fur les cing heures du
foir, les Sindics en apporterent
les clefs à Mtde Catinat. لم
Le mot de l'Enigme du mois
paffe, qui estoit te leu de Paume,
a eſté trouvé par Mrs Duval
de S. Germain en Laye : de
Blarat de l'Academied'Angers :
Gibourg& du Chefne ,Huiffiers
aun Chaſtelet : Claude
Manfiennedela Place Dauphine:
Richer rue S. Martin:de
Tavane de la Marine , & de
Mondefir , Officier de Cavale
rie:lejeuneChevalier de Pontorfon
: Pipi le petit Hollandois
: leanBougemont de la ruë
S. Martin : l'Amy malheureux
de la belle Cafſuiſte : l'indiffe
rentAtis: le MoreCabaretier:
L3
246
MERCURE
Cotterot de Villiers;& parMefdemoiselles
Malingre de la ruë
de la Salle de S. Germain en
Laye : les deux Amies inſeparables
de la rue des deux
Boules : la charmante Michelle
Haiel de la rue Mont
merency : l'aimable Niece de
la ſpirituelle Tante de l'Echelle
du Temple : la petite
Brune du Pont Saint Michel =
l'aimable couple de Socurs de la
ruë S. Julien des Meneſtriers .
L'Auteur de l'Enigme nouvelle
que je vous envoye n'a
pas cu deſſein d'en cacher le
mot puis , qu'il affure qu'il
et devant les yeux du Lecteur.
ENIGME.
10 :
:
U main Ne main Roturiere affezsou
bud vente mederuesA
GALANT . 3747 2
Né dans les Bois , en Ville j'ay
commerce ,
Biensouvent employédans le Palais
d'un Roy.
At onfait ce qu'on veut de moy ,
L'on me met aussi toſtſans façon à
laporte.
A connoistre mon nomsi ton defin te
portet пори
Ya-tailrien,Lecteur qui soit plas
devant toy ?
Mr l'Abbé de Poudens a
ëté nommé à l'Evofché
d'Aqs . Il eſt Bearnois , &
Frere d'un Prefident de Pau,
& de Mride Poudens, qui
commande les Milicesde
Guienne enPiedmont , & qui
s'eſt ſi bien diftingué dans
l'affaire de Lucerne. Ileſt auſfi
Neveu de Mr l'Evefqueide
Tarben... no.fina
1
L
Le 25. de ce mois , la Feſte de
L 4
248 MERCURE

S.Loüis fat folemnisée àl'ordinaire
par Mrs de l'Academic
Françoiſe dans la Chapelle du
Louvre. M. l'Abbé de la Vau ,
l'un des Academiciens, celebra
la Meſſe, pendant laquelle, un
fortgrandChoeur de Muſique
chanta un Motet de la compo.
fitionde M. Oudor,& M.l'Abbé
de Pezene prononça enfuite
le Panegyrique du Saint.
J'affoiblirois la force de ſes penſées,
& le noble tour qu'il leur
donna , ſi je voulois faire icy
un extrait de ſon discours . Il
rescut une approbation generale
,& je ne puis mieux vous
marquer combien toutlemonde
en fut fatisfait , qu'en vous
envoyant la copie d'un Billet
qu'un homme d'eſpritécrivit
le lendemain à M. l'Abbé du
Fay fur cette action. En voicy
les termes.
GALANT 249
Donnez moy la connoiffance de
M. l'Abbé de Pezene , & vous me
ferez un plaisir fingulier. Ihonore
fa vertu,j'admire la delicateſſe de
fon genie, &j'avoue avec tout le
wonde, qu'il donna hier les regles
d'un Art , dont il est l'Inventeur..
Sansſortir deſonſujet , &dans un
discours tous Chrestien, ilfit l'Eloge
de Saint Loüis , du Roy, de l'Acade
mie, le fien . Il fit auffi connoistre
qu'il eſt des termes heureux , dont
L'expreſſionforce lavolontédecroire
les veritez qui paroiffent des prodi
ges. L' Aſſemblée luy applauditpar
un doux murmurefans éclat , tant
elle apprebendois de perdre une de
fesparoles.Getrepiccomerited'estre
traduite en toutes fortes da Langues
la modestie de l'Auteur n'endoit
point empefcher l'impression , &
pour moy , de la part de tous
lesbeaux esprits ,je vous conjure
L
250
MERCURE
d'yemployer vostre credit ; il doit
estre grand par rapportà l'amitié
mutuelle qui est entre wans
Opm'envoye tous preſentement
une copie de la Relation
deM. de Feuquieres ,touchant
la Victoire remportée par l'Armée
du Roy far les Troupes
de MonfieurleDuc de Savoye
Comme elle eſt plus étenduë
que celle que j'ay faite ſur les
diverſes Lettres que l'on a rea
çûës de cette affaire,je vous en
fais part,afin que vous n'enig.
noriczaucune circonstance.Sa
modeſtie l'ayant empeſché de
parlerde luy,jecroy que vous
buy rendrez la mesme Justice
qu'il send aux Officiers donn
il parle.
GALANTA
25με
Ce 20.Aoust 1690.
Suivat Lordre de
laCourqueM
de cher de Catinat avoit recen
cher les occafions de combatre l'Ar
mée ennemie , ce qu'il estoit impoffible
de faire pendant qu'elle demeuroit
dans ſon Camp de Villefranche
, où elle estoit bien retrans
chée il fut refolu de faire quelque
entrepriſe qui obligeast les Ennemis
àsedéposter, & à tacher deprendre
dans leur mouvement l'occasion de
leur donner Bataille. Pour cela,
aprés avoir pris durant plusieurs
jours les précautions neceffaire pour
nous pourvoirde vivres pour dix ow
douze jours, afin de n'avoirpas be-
Soin d'estre prés de Pignerol pendant
tout ce temps - là , on marche le 17 .
Aoust du Camp des Ocquets, &par
une marche fort belle & fort bardie
,prêtant le flancaux Ennemis,
L6
2525
MERCURE
nous vinſmes à Saluces que nous
avions refolu de forcer , malgréplus
de trois mille hommes que les Enne -
misy avoient jettez , afin de faire
de cette Ville un lieu feur pour nos
vivres , & un poste au delàdu Pô
qui nous mist en estat de nouspaſſer
de Pignerol.
M. de S. Silvestre étant de jour,
eutSoin du Camp , &je fus charge
de prendre les hauteurs autour de
la Ville. Fy marchay pour cet effet
avec la Brigade deGrancé, pour or
cuper une hauteur qui est abſolument
fur la Ville,&fur laquetle les
Ennemis avoient jetté beaucoup de
monde. Elle fut attaquée par les
Bataillons de Grancé , Bourbon, &
Hainaut , commandez par M. de
Pompone ,& emportée avec perte
des Ennemis , parce qu'ils voulurent
défendre des collines & des postes
qu'ils aveient dans des vignes dent
GALANT.
253
cettehauteur est couverte. Denostre
coste , M. le Marquis de Vieuxpont,
à qui Monsieurle Duc venoit
de Donnerfon Regiment , & qui
n'avoit esté receu que la veille ,y
fut tué , &ily eut quelques autres
Officiers bleffez. En mesme temps
nous occupions les Fauxbourg , dont
les maisons estoient à vingtpas au
plus des murailles de la Ville , qui
fontmauvaiſes, &les Bataillons de
Cambrefis &de la Garde , Milice
de Montauban, estoient occupez à
cela,CommeM. de Catinat &moy
reconnoiffions les endroits où nous
pourrions attacher le mineurs ,M.
de Chasteaurenaud , Colonel de
Cambrefis qui estoit avec nous ,fut
blessé d'un coup qui luyfort entrela
fix&septième coste du coſté droit
Comme ce coup ne lay aufferien , on
aroit qu'il s'en tirera
Dans le temps que nous estions
م ا
254
MERCVRE
occupez à Saluces , M. de Montgommery
qui avec 400. chevaux
couvroit nostre marche,envoya plufieurs
Officiers les unsfur les autres
à M. de Catinat pour l'avertir
que l'Armée Ennemie paroiſſoit.
M. de Catinat y alla mais comme
les Ennemis n'arrivoient que par
une teste qui estoit couverte à leur
droitepardes Rivieres& des Ma
rais,&à lagauche par le Pô,&des
Marais que les debordemens du Pô
forment , on ne put du veste de la
journée inger si c'estoit toute l'Armee
Ennemie, ousi ce n'estoit qu'un
gros party qui fuſt venupour tâcher
à profiter de nostre Arrieregarde
en paffant le Pô , qui a fort pew
d'cauvis àvis de Saluces.
Cependant comme il n'y avoit
que la Brigade de Grance, lesGardes
de Cavalerie& une partie de
Artillerie & des Bagages qui
GALANTA
255
euffent paffé cette Riviere , ie fus
chargéde faire repaffer tout cela,
&après avoir retiré tous les postes
d'Infanteric, de la ramener prendrefon
pofte fur la ligne ,ce qui fut
executé, Ainsi nous paſſames en
bataille toutela nuit du 17. au. 18,
fans sçavoir furement fi ce corps
des Ennemis qui s'opiniatroit àde
mearer devant nous , estoit feulement
un gros party , commeie vous
l'aymarqué, ou toute leurArmées
mais pourtant prefumant plutost
que ce fust toute l' Armée,à cause
que ces Troupes ſe tenoient trop
près de nous. La nuitne nouséclair
tit derien , parce qu'ils se retirerent
un peu enarrione ,& que com
me leMaraistourne,ce terrain que
IArmée Ennemie occupoit se cachoit
à nos yeux. Nous ne pumes.
d'ailleurs en estre éclaircis par les
partis que nous envojâmes par la
256 MERCURE
droite& par la gauche pour tä
cher d'en voir le revers , à cauſe que
par nostre droite , le Pô &les Marais
qui l'avoisinent fontfort couverts
de Bois , & que par la gaw.
che l'Abbaye de Stafarde qui est à
M.le Cardinal d'Estrées . & où
M. de Savoye avoit mis fon quartier,
eft auffi un pays fort couvert.
Le 18. aumatin nous entendiſmes
beaucoup battre&tirer dans l'Ar.
mée Ennemie,fans pouvoir demèler
fi ce bruit avançoit précisement à
nous.Tantoftcelanous paroiſſoit,&
tantost nous croyions que ce bruit
couloit vers nôtre gauche comme
pour donner la main auxAlpes, &
nous êter la communication avec
Pignerol. La peine que nous avions
àdemefler ces mouvemens des Ennemis,
venoitde ce que ie vous ay
fait remarquer que le terrain qu'ils
occupoient tournoit entre les deuxx
1
FGALANT.
257
Marais,&qu'ainſi nous entendions
les tambours & les coups des Sol.
dats qui déchargeoient leurs armes
à droite & à gauche , Enfin
un Party que nous envoyaſmes en
teste , commandé par M. de Cha .
ban , nous éclaircit en fort peu de
temps , car il n'eut pas esté un
quart d'heure dehors qu'il trouva
la teſte des Ennemis.M.deCatinat
pouffa à ce Party avec M. de Saint
Silvestre & moy . Nous vismes un
gros Corps qui rempliffoit tout le
terrain entre les deuxMarais capa.
blede contenirſept ou huit Bataillons,&
autant d'Escadrons,& nous
démeſlames pluſieurs lignes de
Troupes derriere celle- là. Pour en
estre encore mieux éclaircy , M. de
Catinat envoya chercher M. de
Mongommery avec toute l'aisle
droite de Cavalerie & de Dragons
pour pouffer quelque Cavalerie que
258
MERCVRE
les Ennemis avoient icttée devant
cux , ce qui fut executé ; mais le
terrain que nous leur fiſmes laſchet
ne fervit qu'à nous découvrir leur
Infanterie&à nousfaire connoistre
que c'estoit l'Armée ennemie entiere
; de quoy nous fuſmes encore
affurez parun Gendarme de M. de
Savoye ,qui fut pris & conduit à
M. de Catinat , qui ne fceut pas
plutoſt ſcurement que toute l'Armée
ennemicestoit là qu'il refo
lut de la combattre , & pour cela
ilfit refter M. de S. Silvestre avec
L'asfle droite ovelle s'étoit avancée
&meramena avec luy à l' Armée
pour lafaire marcher. Comme j'ay
l'honneur de commander l'Infanterie,
je fus chargépar M.de Cativat
dusoin de la faire marcher
aux Ennemis en remplissant tou
jours tout le terrain que je pourrois
occuper entre les deux marais ,
ALANT.
259
'ayantfar ma droite que leMestre
de Camp generalde Dragons. L'aif.
legauche de Cavalerie &de Dragonsfut
commise auxsoins de Mr
de Quinon , qui naturellement a
Son poste à l'aisle gauche ;& l'Artilleriefe
partagea dans les inter
valles de l'Infanterie. Lemarchay
donc presque tonjours fur trois lignes
d'Infanterie , ayant pour bri
gadierde la droite M.de Medavy à
la gauche M.le Princede Rebecq,
&en feconde ligne M. du Plessis
Belliere. Lorsquenous fufmes pres
des Ennemis , nous trouvaſmes
qu''iillss avoientjetté deux Bataillons
dans les endroits du marais de noftre
droite , où la connoissance
qu'ils avoient de ce lieu leur avoit
faitremarquer que le terrain estoit
le meilleur ,&qu'à leur droite qui
estoit nostre gauche , ily avoit plufleurs
groffes Caffines qui estoient
260 MERCVRE
remplies de gros Bataillons , dowe
ceux qui étoientfur la ligne,& qui
de leur feu foûtenoient les Caffines ,
& en estoient foutenus , avoient
devant eux ou des hayes ou des
chevaux de frife , à la mode des
troupes de l'Empereur en Hongrie,
Cette disposition estoit terrible à
voir,& ces postes estoient admira.
bles pour nos Ennemis . Cependant
nostre General refolut de les attaquer,&
pour cela, quoy que nous ne
connuſſions pas le marais de nostre
droite que nous y viſſions entre
les deuxBataillons des Ennemis,
postez quantité de Paysans armez
qui le rempliffoient , & que ceux
que l'on y envoya le fonder nous te
rapportaſſent fort difficile à paſſer
M. de Medavy cut ordre d'y entrer
avecſon bataillon & celuy de Bour
bon ,pour tâcher d'en chaffer les
Ennemis ,&par là ſe poſter dans
GALANT. 261
Leurflanc gauche. En même temps
jefis remplacer ce vuide par lesBataillons
de Perigord & de la Garde,
qui n'avoient pûtrouver place fur
la Ligne , er par là Hainaut que
commandoit M. de Pompone , se
trouva à la droite de la Ligne. Des
que cela fut fait , on s'ébranla pour
attaquer de front l'Armée ennemie
, en passant par les intervalles
de nostre aile droite de Cavalerie
qui avoitdéja chargéplusieursfois,
M.de Robeeg avecfa Brigadede
l'afle gauche , s'avança pour aller
attaquer les Caffines. LesEnnemis.
avoient en premiere ligne desEfcadrons
de Cavalerie& Dragons ,
tant de Savoye que d'Espagne , &
du Prince Eugene, dont les derniers
les avoient joints depuis deux jours
& leur Infanterie de la premiere
lique estoit,tantàleur droite dans
les Caffines & leur voisinage , qu'à
262 MERCVRE
leur gauche dans des hayes ,fur le
bord du marais, d'où elle protegeoit
Les Bataillons qui estoient dans le
marais, &les Dragons qui estoient
dans la plaine,&cette Infanterie
avoit trois preces de Canon devant
elle,& outre cela ,à une demie
portée de fufil en teste , un foßé
fort difficile à paffer. Quoy que
dans cette diſpoſition , nous mar
châmes à eux . Les Regimens de
Grance& de Bourbon , malgré les
dificultez du marais, arriverent à
l'Infanterie ennemie qui legardoit,
en mesme temps que Hainaut arri
voit à linfanterie de la gauche des
Ennemis qui estoit dans les hayes.
Le reste de la ligne jusques à la
gauche où M. de Robeeq avoit à
faire aux Caffines ,se trouva chargeant
les Ennemis. Le combat fut
fort rude& long. CependantM. de
Medavy avec les deux Bataillons
1
GALANT.
263
penetra le marais M. de Pompone
avec ſon Regiment déposta les En
nemis d'une partie de la haye ,
ی ن م
Se trouva à hauteur de leurs trois
pieces de canon &de la ligne de
Dragons. Cela n'alla pas si vište
fur le reſte la ligne , parce que les
difficultez du foßéfirent que les Regimens
de Dragons du Mestre de
Camp, dela Lande , Fimarcon , &
Catinat,ne purent pas le paffer fitôt
. Quant aux Caffines que nostre
gauche attaquoit, lespremieres emportées,
ne nous donnoient pas les
autres , qui se trouvoient appuyées.
de toute la ligne des Ennemis .Ainst
le Combat durant trop en ce lieu
là, on y fit avancerles Bataillonsde
la feconde ligne , qui comme elle
avoit à traverſer une ligne de Cavalerie
formée derriere nostre premiere
ligne d'Infanterie , ne pou
voit arriverfi promptement qu'on
164 MERCURE
l'eustdesire. Pendant ce temps.la,
nos Dragonsde la premierelignes&
les Bataillons de Hainaut la Garde
& Perigord, par des efforts extra.
ordinaires firent affez perdre de
terrain aux Ennemis pour quenous
nous rendiſſions Maistres de trois
pieces de Canon. Dans ce mesme
temps ,le nostre qui avoit marché
d'abordà la teste de l'Infanterie ,
où il avoitfait merveilles , perça
noftreligne de Cavalerie qui estoit
derrierela premiere ligne d'Infanterie
,&vintse mettre à la teste
de l'Infanterieproche des trois PiccesdeCanonprifes
àla portée du
Pistolet des Ennemis qui par le
terrain qu'ils avoient perdu , n'avoient
fait qu'en trouver un plus
estenduremply de gros Bataillons ,
dont la contenance estoitfort bon
ne ,& où ils avoient encore du
Canon. Toute noftre ligne qui fe
M
CALANT. 265
1
trouvoit avancée fouffrois baucoup
, tant parce qu'elle estoit de
bordée à la droite par des Bataillons
poſtezdans les bayes le long
du Marais,quepar toute l'Infanserie
du front de la ligne des Ennemis,&
parcelle qui occupoit les
Caffinesde leur droite ,& les bayes
qui alloient jusque vers le milieu
de leur ligne ,&qu'outre cela , des
Efcadrons cuirassez ſouſtenoient
encore cette Infanterie. Cepen.
dant elle foûtint les effortsdesEnnemis
avec unevigueur extraordi
naire,&donna le temps àl'Infanserie
de lafeconde ligne d'arriver.
Le Regiment de la Sarre marcha
pour foûtenir Perigord. Celuy de..
Clerembaut attaqua la groſſeCaffineoùles
Ennemis avoient le Re.
giment de la Croix blanche , & un
Bataillon des Gardes de M. de Sam
voye,&le Regimeut du Plessis avee
lereste defa Brigade , foûtint la
Aoust 1620.
M
:
266 MERCVRE
Brigade d'Artois qui avoit cu affai
re avec eux aux Caffines & Hayes
qui estoient toutàfaitànostre gauche.
Dans cettediſpoſition, tout don
na avecune furie fi extraordinai.
re , que toutes les Caffines furont
emportées , les Ennemis malgré
les hayes ,& tous les Chevaux
defrife, pouſſez ; leur ligne de Ca
valerie& de Dragons renversée .
&les hayes de nostre droite occupées
par les Regimens de Hainault,
Grance Bourbon ,qui dans ce
temps- là, ayant achevé de chaffer
lesEnnemis du Marais ,se rendi
rent maistres de la baye qui le
bordoit , & marcherent l'épée à la
main aux Bataillons quise trouverent
prés d'eux. Depuis cettecharge
qui fut des plus fieres, onnedonna
plus aux Ennemis le temps de rallier
leur Infanterie. Elle fut renversée
par nostre droite dans les
Bois quifont le long du Pô,par lef
GALANT. 267
quels une partie s'estsauvée par
nostre gauche dans les marais qui
Sont proche l'Abbaye de Stafarde
&leur Cavalerie pouffée jusques
au delà du Pô proche Villefranche.
Dans ce chemin de douze
pieces de Canon que les Ennemis
avoient au commencement du Combat
, nous en avons pris onze,
La douzieme a esté apparemment
jettée dans le Pô en quelque endroit
où nous ne l'avons pû trouver.
Nous leur avons pris aussi
toutes leurs poudres , quantité de
Caissons & leurs Equipages qui
n'estoient pas fort nombreux ,
à cauſe qu'ils les avoient laiſſezà
Villefranche. Il y en a pourtant
de ceux de Monsieur de Savoye ,
&environ 1200.prifoniers, beaucoup
d'Etendarts & Drapeaux ,
quantité d'Officiers و tant des
Troupes de Savoje que de celles
d'Espagne,dontje remets les noms
M 2
268 MERCURE
VONS
à la Liſte qui en ſera envoyée par
M. de Catinat. Ce que les Prison.
nitrs nous ont dit de leurs Bleffa
Moriseft ,queM. de Louvignies
eft bleffe , un des Favoris de Son
Alsesle Royale , Colonel du Regiment
de Savoye , nommé leMarquis
de Bueil , twe ; le Fils du Vice-
Roy deNaples rues Voilà ce que
j'enscay aujourd'huy. On dit que
Monfieur de Savoye s'eft retiré
d'affez bonneheure. Nous y
reconnu le Prince Eugene , qui depuis
le commencement de la Baille
a toujours brille ,
Iarriere garde avec les Gardes&
Gendarmes de Monfieur de savoyequi
n'ont esté rompus que fort
proche du Pô. Ils l'auroient esté
beaucoup plutost , &leur Cavalerie
bien plus endommagée ,si elle n'avoit
pas esté dansfaretraite continuellement
protegée des bois &
marais dontj'ayparlé , dans lef.
tail baa fait
GALANT 269
quels leur Infanterie s'estoit jettée ,
& d'où elle a fast few , & où la
postre ne pouvoit arriver affiz
viste pour ouvrir absolument la
Plaine à nostre Cavalerie plus d'une-
demy lieue durant , la Plaine
nayant pas de large dequoy mettre
plus de fix on Sept Escadrons de
front. Cette Victoire est grande&
compiere , &nous n'avons ny Offi
ciers Generaux , ny Brigadiers , ny
Colonels tuez , mais beaucoup de
bleffez. M. de Carinas a eu plu
ficurs coups dans fes habits,fans
qu'ily en ait aucun qui l'aitfrapd,
outre qu'ilafait tout ce qu'un ba.
bile General peut faire de bien de
fateste, as pour perueniraux effets
de deposter les Eon mis, afin de les
pourvoir combatre, que pour les batare
lors qu'ilen a trouvé l'occaſian.
Ce que jespay, c'est qu'il est assurément
le plus dur homme au feu que
jaye jamais vi. M. de S.Sylvestre
1
M 3
270 MERCVRE
fait des merveilles, tant en engageant
l'affaire au commencement
avec la Brigade de Montgommery,
que dans le reste de la journée, où il
aeu un cheval tuésous luy M. de
Quinson y a parfaitement bien
fait,&a este beureux en tour. Le
reste des Officiers a combattu aves
une valeur & une conduite fort
grande M. deMongommery y a cu
le bras gauche caffé & deux groffes
contafions M. de Pelleport, un coup
de mousquet qui luy prend au deffus
de l'aine droite , luy fort de
L'autre costé du ventre. M.de Robecq
, deux coups , l'un au talon ,
l'autre àlaiambe, fort heureux-
Md'Escau , un coup de mousquet
qui luy perce-la joue au deſſous de
L'oreille. M. de Montignac , un
coup qui luy perce le bras gauche
Sans le taffer. M.de Liancourt, un
coup leger au bras . Des Lieute
nans Colonels ,celuy de Grancé
GALANT. 271
<
nommé du Chastel bleffe ; Chartogne
d'Artois , les deux cuiffes
percées Debere de Sarre , legerement
bleffé,Aspremont de Clerembaut
un coup à l'épaule le
Lieutenant Colonel de Mongom
mery , nommé Mongé , tue. Du
reste des Capitaines, ie n'en ay pas
encore la Liſte je ſçay pourtant
Le Chevalier de la Roche-Gomon ,
Maior deMongommery , tue ; le
Fils de M. de Servon , tué ; M. de
Prie, parent de Mela Maréchale
de la Mothe ,tué , le Chevalier
Bourder,Lieutenant Colonel de Pe
rigord: fort bleffé , ainſi que le Che
valier de Villerville , Capitaine
dans le Mestre de Camp de Dragons.&
Moneran, LieutenantColonelde
Cambrefis . Percy, Maior de
la Sarre,la iambe caffée ; S. Pierre
Maior de Robec ,bleffé; la Riande
rie dans Robec , la cuiffe cafféefors
haut la Fare,Capitainedans Bour.
M4
272 MERCVRE
bon, tut. Voilà ce que jefçai d'officiers
tuez on bleffe.z Ilfautdire
engeneral que l'Infanterie afait
des chofes ſurprenantes non feulement
lors qu'ellea attaqué , mais
enfoûtenant un gros feu. My acu
des Bataillons qui ont chargé plufieurs
fois avant qued'emporter ce
qu'ils attaquoient ,sansse rebuser
pour cela , &ont retourné iusqu'à
ce qu'ils agent forcé les Ennemis.
Nous avonspafféla nuit da 18. au
19.fur te Champ de Bataille,&
marchéensuiteà Saluces, que toutes
les Milices de M. de Savoye ont
abandonné; de forse que les Habitansont
ouvert les ports àM.
de Catinat,quifaisféiourner l'Arméeaujourd'huy
tant pour rétablir
tes Bleffez dans Saluces, que pour
donner ordre aux subsistances
afinde sepouffer en avant , &fe
mettreen estat enremarchant aux
Ennemis , de les obliger à nous
laifferles Maîtresde la Campagne.
GALANT.M
273
Les Armes duRoyont conquis fur
Monfieur de Savoye leChablais ,le
Genevois , la Maurienne ,& le Foci
gny, felon toutes les apparences elles
ontfoumis ilya déja quelque- temps,
la Tarantaife où nos Troupes doi.
vent eftre entrées. Mrsde Geneve ont
envoyé des Députez à M. de Saint
Rhut pour luy faire compliment fur
cesConquestes,
2
M. de Bouflers a eſté detaché de
l'Armée de M.de Luxembourg pour
aller entre Sambre & Meufe. Ces
jours paffez les Ennemis , qui ſont
toûjours àHall ,& à Braine , firent
undétachement de quinze cens Maiſtresqui
portoient en croupe unpareil
nombre de Fantaſſins, dans le deſſein
de venir forcer noftre retranchement
audeffus d'ipres . mais M. de Mont
bron qui y commande en ayant eſté
avertyà temps , tira des Troupes des
Garniſons voifines pour aller à leur
rencontre , ceque les Ennemis ayant
fçu , ils s'en retournerent. Les Brandebourgs
qui estoient plus de 15000.
hommes,&plus de 60000. bouches
en Femmes , Enfans & Chevaux ont
entierement defolé les endroits par
274
MERCURE
où ils ont paffé. Ils ont meſme brûlé
un gros Village proche de Bruxelles,
de forte quel'on peut dire qu'ils ſe
font fait bien achepter par tous les
ravages qu'ils ont faits. On peut connoiſtrepar-
là que la venuë de l'Electeur
deBrandebourgekant fidominageable
aux Ennemis , il n'est pas fort necef
faire de leur donner Bataille pendant
qu'ils ſe ruinent eux- meſmes en deſolant
le Pays qui les doit faire ſuſibſter..
Cen'eſt pasque M. de Luxembourg,
ait reculé au contraire il s'eſt toûjours
preſenté , mais M. de Brandebourg
n'est pas venu pour combatre..
Si ſes Troupes eſtoient payées il tes
'riſqueroit davantage , mais n'ayant
pas touché tout l'argent qui luy eft.
deû, il nepourroit pas , ſi les François
le batoient ,remettre facilement
une autre Armée ſur- pied ,& c'eſt ce
qui luy fait conſerver la fienne. M. de
Maulevrier eſt toûjours avec ſon petit
Camp à Dotignies en deça des lignes.
&M. de la Vallette avec le ſien ſous
Menin. :
M. de Guifcar , Gouverneur de
Dinan , eſtant forty de ſa Place avec
unepartie de ſaGarnison , & ayant
GALANT
375
J
eſté joint par des détachemens de plufieurs
Garniſons des environs , a eſté
à la teſtede cinq ou fix mille hommes
bruler autour de Bruxelles ſept ou
huit Villages , qui n'ont point voulu
payer les contributions dont ils ef
toient convenus. Quoy que l'Armée
Ennemie en fuft proche,elle n'a point
fait de détachemens pour les défendre
, apprehendant d'eſtre attaquée
pendant ce temps là par M. de Luxembourg
, qui avoit en effet reſolu
de la combattre , ſi elle euſt fair quel.
que mouvement .
Le 1. de ce mois, l'Armée que Mon
ſeigneur le Dauphin commande s'ap
procha de Landau , & vint ſur le ſoir
Offemback . M. de Baviere eſtoit
-campé à Dourlach avec la ſienne ;
ſans qu'elle euſt encore efté jointe par
celle de l'Electeur de Saxe , dont une
partie des Troupes eſtoit arrivée aux
environs de Heilbron. CependantM.,
le Duc de Villeroy qui commandoit
undetachement campé ſur le Fort
Loüis du Rhin , paſſa cette Riviere
avec mille Chevaux , & cinq cens
hommes de pied,& défit un Party da
276 MERCVRE
Huſſars qu'il rencontra. Ily en eut
ungrand nombre tuez ou bleſſez ,&&
vingt- cing qui furent faitsprifonniers.
Le 17. Monſeigneur paſſa le
Rhin, Jamais on n'a monſtre tantde
joye qu'en fit paroiſtre tome fon Armée,
au moment qu'elle receut l'ordre
pour ce paffage. Elle en fut fi penetrée,
que tous les malades,(car il y en
atoûjours parmy des Troupes nom.
breuſes ) , parurent ſe bien porter ; &
en effet la pensée qu ils pourroient
voir l'Ennemy dans un Combat, leur
donna des forces , & Monseigneur
écrivit au Roy ,qu'iln'y avoit plus de
Malades dans fon Armée depuis qu'il
avoitpafféle Rhin. L'envied'en venir
auxmains a efté pouffée fi loin , que
eePrince areceuplufieurs Placets fort
ferieux&bien raiſonnez, par leſquels
fes Troupes le ſuplient avec toute la
foumiffion poffible ,& tout le reſpect
qui luy eſt deû,de vouloir bien éprouver
par une Bataille l'ardeur qu'ils
ont ſous ſes ordres pour le ſervice du
Roy. Il a deffendu ſur peinede la vic;
de brûler , tuer , & violer dans le
Pays Ennemy , de forte que l'on n'a
GALANT. 177
brûlé qu'un ſeul Village prochede
Steimbach , parce que les payfans a
voient tiré fur les Troupes de SaMa
jeſté. Le lendemain que ce Prince eur
palle le Rhin , il détacha Monfieur le
Prince deConty avec mille Fuzeliers,
&quelque Cavalerie, pour aller faire
un fourrage à un Village fermé del
bonnes Barricades , & où il y avoit
quelques Pieces de Canon.M.de Mar
quis de Nangis receut un coup de
moufquet àla teſte dans l'attaque de
ladroite ,&il en eſt mort depuis. La
gauche fut attaquée par M. le Comre
deCruffol,& lavigueur avec laquelle
onpoufla les Ennemis, les obligea de
quiter leur poſte. On les pourfuivit
dans la montagne , & enſuite on ſe
rendit maiſtre d'une redoute où il y
avoit du Canon , & de tous les lieux
où ſe devoit faire le fourage. Cela ne
ſe paſſa pas fans qu'ils perdiffent
beaucoup de monde ; la perte fut legere
de noftre coſté.Le 25. jour deS
Louis , Monfieur de Baviere envoya
un Bouquet à Monfeigneur par deux
Trompettes,& Monſeign.l'envoya remercier
le lendemain. Les Troupes
1
278
MERCURE
de Saxe & de Helle , & pluſieurs
Corps des Alliez ont joint Monfieur
de Baviere , & M. le Marquis d'Uxel
les amena àMonſeigneur les Troupes
qu'il commandoit. Ge Prince
campa le 26. àUrlaf, le 27. à Zuſveir
prés d'Offembourg , où il réjoignit
I'Infanterie ,& le 28. à Schutteren ,
d'où il devoit aller camper deſſus &
au delàde la petite Riviere d'Etz , entré
Cappel & Kentzingen. Le 29. les
Electeurs de Baviere & de Saxe camperent
à Etlingen , un peu en deça de
Dourlac. Ainſi les deux Armées ef-
✓ toient à dix huit heures l'une de l'autre..
17
: Monfieur de Savoye à eu nouvelle
que les Troupes d'Eſpagne ont fuy ?
juſques àMilan. Il demandeun homme
à chaque Famille ; il s'eſt retiré à
Montcaillier. M.de Catinat eſt par-,
ty de Saluces , où il a laiſſe huit cens
homines , pour aller du coſté de Savillan
,& enſuite à Cazal. On vient
d'apprendre que cette derniere Place
s'eſt renduë.
-Je ſçay que vous attendez que je vous par
le du Princed'Orange , & je vous avoue que
f
GALANT.
279
cet Article n'eſt pas peu embaraſſant. J'avois
amaflé pendant tout le mois un tres-grand
nombre de conjectures dont on pouvoit inferer
fa mort avec beaucoup de vray-femblance,
maisil ſemble qu il y a preſentement plus
deſujet de croire qu'il eſt vivant. On affure
que le coursde ventre dont il eſtoit attaqué
au
A
débarquementen Irlande s'eſtant tourné
endiffenterie, il a eſté pendant un mois à l'extremité
,& ily en a qui ſoutiennent , quales :
mouvemens qui furent cauſez à Londres par
la perte de la Bataille Navale l'ayant allarmé,
il avoit quitté l'Armée incognird , afin'de ne
pas encourager celle du Duc de Tirconel par
Iondépart, pouraller avec ſes Amis ,&quelques
Troupes qu'il avoit reſolu de faire
pafferenAngleterre,pour empefcher que Londres
ne ſe foulevaſt,& que l'exemple de cette
Ville n'entraînaſt le reſte du Royaume ,
fur tout fit les François y faifoient une
defcente , mais que fur le point de s'embar
quer ayant receu des Lettres de la Princeſſe
d'Orange , qui marquoient qu'il n'y avoit
rien à craindre & qu'il pouvoit achever ſa
conqueſte d'Irlande , il s'en eſtoit retourné.
Quoyqu'ilen foit , tous les Couriers qui reviennent
d'Irlande, affurent qu'il eſt à la têtede
ſon Armée, & qu'il doit à preſentavoir
affiegé Limerich . Jene vous dis pas qu'on
doive ajoûter foy à ce qu'ils diſent , mais je
vous fais partde ce qu'ils rapportent. Vous
apprendrez peut-eitre d'autres nouvelles avat
quevous réceviez ma Lettre.M.de Laufun eft
àGallovvay avec les Troupesde France, où
il ſe propoſede faire une reſiſtance vigoureu
280 MERCURE
ſe, & d'où il pourra fe retirer par mer fors
qu'il le jugera à propos.Madamela DuchefſedeTirconel
eſt, arrivée à Breſt avec pluſicursDames
Irlandoiſes . En vous donnant
licu de conjecturer que le Prince d'Orange
eſt vivant, je ne fuis pas la plus commune
opinion , mais je me conforme au ſentiment
deceux quidoivent eſtre les mieux inſtruits ,
ou qui ſe mettent le moins en peine de ſa
mort. Eu effet, qu'importe àla France , au
milieude ſes triomphes , qu'elle ait un Ennemy
deplus ou de moins ? Elle eſtprotegée
du Ciel ,& défend la cauſe de Dieu& la
gloiredes Autels que ſes Ennemis cherchent
àdétruire,puis qu'ilsfont rendredes actions
degracesàDieu pour les victoires remportéeessſur
laReligionCatholique.C'eſtunfait
qui a eſté connu parles Te Deum qui ſe font
chantez pour lapremiere victoire du Prince
d'Orange en Irlande. On dira que cePrince la
permet dans ce Royaume là , mais ce n'eft
.quepour la détruire auſſi bien quedanstoute
l'Angleterre,quand il en ſera paiſſible poffeffeur.
La liberté qu'elle y avoit , eſt cequiluy
aſervi de pretexte pour envahir les trois
Royaumes. Ainſi cetteguerre que les Princes
liguez ont fomentée avec luy , eſt uneguerre
deReligion , & le Roy ne doit point apprehender
ſes Ennemis en défendant contre eux
lacaufe de Dieu. Auffi ce Monarque ar
écoutélepremierbruit de la mortdu Prince
d'Orange avec une ſage indifference . Il a blaméles
rejoüiffances qui ſe ſont faires désqu'il
les afceues , & il adit qu'il ne falloir pas se
réjouir de la mort d'un homme. Comment
auroient
GALANT . 28
auroient elles pu eſtre commandées, comme
- lesNouvellespubliques Etrangeres l'ont dit ,
puis que le buit de cette mortne s'eſtant répandu
à Paris qu'à minuit , les feux parurent
dans le même inſtant, Elles auroient eftéplis
loin le lendemain ft on ne l'euſt empeſche,
■ mais il ſemble qu'elles ſe foientfaitespar permiffion
du Ciel , pour faire voir aux Sujets de
tousles Princes liguez , que la France n'eſtoit
pas preſte à ſe ſoulever, commeils leuravoient
voulu faire croiredes que le Prince d'Orange
auroit paru en armes contre elle , & quejamais
Sujets n'ont tant aimé leur Prince que
font les François . Je fuis , &c .
S
בו
A
AParis. ce 31. Aoust 1690 .
En vous parlant de la mort de Madame
de Beauvois,j'ay oublié de vous
dire que Mademoiselle de Beauvais.fa
Fille avoit éponse fen Mrle Marquis
de Richelieu.
Rien ne varie plus que la Nouvelledela
- mort duPrinced'Orange ,tous les Couriers
diſorent il y a trois jours qu'il eſtoit en vie ;
toutes les Lettresportent aujourd'huy qu'ileſt
mort . La Cour qui eſtoit fort éloignéed'yajoûter
foy , ſemble avoir du panchant à le
croire , mais ceux qui fontparler affirmativement
le Roy & lesMiniſtres , ne diſentpasla
Vérité puis qu'il est conſtant qu'il n'eſt rien
forti de leur bouche qui donne une entiere
certitude ; ny du pour , ny du contre. Mais
peut- eftre qu'on fera mieux éclaircy
que vous recevicz ma Lettre.
NLYONE
#1898
TABLE
.
P
Rélude.
Vers qui ont
remporté le prix A
l'Academie d'Angers. 3
Priere pour le Roy , tirée des Pfeaumes
duRoy Prophete. 13
Madrigal.
16
Tholouze. 17
Prix remportez aux Jeux Floreaux de
Pierres d'une groffeur extraordinaire
tirée de quelques corps humains. 18
19
Les Lions & l'Aigle , Fable.
Lettre contenant un détailde la receprion
face à la Porte àM. de Chaseauneuf,
Ambassadeurde France. 25
Réjouſſances faites en plusieurs Villes
du Royaume, pour les Vittoires remporsées
sur terre & fur mer par lu
Armées de Sa Maiesté.
Le Moineau la Linore , Fable. 63
Oraifonfunebrefaitepar M. l'Evefqui
deNismes...
Mart de Me de Beauvais.
7
80
Nouveaux Ouvrages de Geographit
debitez par Mode Fer.
L'Art des Lestres de Change, fuivam
Kusage des plus celobres Places de
TABLE.
4
l'Europe.
Les disgracesdes Amans.
Histoire.
186
22
93
Mile Dut de Charost & M. l'Archevesque
de Paris ,font receus Pairs
LIO
Suites des Réjouiſſances faites pour les
an Parlement.
VictoiresduRoy.
Mort de M. le Maréchal de Schomberg.
132
Journal de tout ce qu'à fait la Flote
de France depuisle Combat Naval
, avec la description des Gasleres.
14
Heringues frites au Ray & au Roy
d'Angleterre par l'Envoyé d'Alger.
TANDA 129
Horangue faire au Roy en luy pre-
Sentant le Scrutin , pour faire préver
le ferment aux nouveaux Echevins.
169
Mort du grand Maistre de Mulie
avec l'Election d'un nouveau grand
Maistre.
Détailde la Course faite par M.le
Comte de Toffé dans le Pays de
Fulliers .
Augmentation faite par le Roy dans
:
4
A
TABLE.
noms
la petite Gendarmerie , avec les
des nouveaux. Officiers de
ce Corps. 150
Officiers nommez pour composer 1.
Maison de Monseigneur le Duc
d'Anjou.. 191
Benefices donnezpar leRoy.. 192.
Démolition des Fortifications de l'Abbayede
Campton.
206
Prisede Caours. 202.
Reddition de Chamberry , Annecy&
Rumilly.. 212
-Affaire de Lucerne & de Briqueras.
217
Détailde la Bataille gagnée en Piedmont
par M. de Catinat.. 233
Article des Enigmes. 246
K
Feste de S. Louis celebrée par l'Aca-
247 demic Françoise... ?
Autre Relation du Combar donné en
Piedmont par M. de Catinat,fuite
par M.de Feuquieres .
Conquestes faites dans la Savoye par
les armes du Roy.
251
273
Nouvelles de Flandres... 273
Nouvelles d'Allemagne. 2750
Nouvellesde Piemont. 278
Nouvelles d'Irlande 279
Finde la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le