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1690, 07 (supplément, Relation de la bataille donnée auprés de Fleurus par l'Armée du Roy) (Lyon)
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neut
Nr
.
8.7
Donnean de Vise
RELATION
DE
LA BATAILLE
DONNE΄Ε
Auprés de Fleurus par l'Armée du Roy,le
1.Juillet 1690.ſous les ordres de M. le
Mareſchal Duc de Luxeinbourg.
Avecun Plan qui marquetous les mouvemens que
ce General a faitspour lagagner .
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC. XC.
Avec Privilege du Roy.
EJJIATAE AL
BRITISH
MUSEL
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEUR
LEDUC
DE CHARTRES.
MONS LONSEIGNEUR ,
Fayfifouvent parlédans mes
Ouvrages des progrés de vostre
á 2
EPITRE
هل
ce qui
esprit , de la vivacité &du
bonfens de vos reparties,de vos
manieres bonneftes , de la penetration
avec laquelle vous découvrez
ce que les Mathematiques
ont de plus obscur , & du
plaisir que vous prenez à tout
vous donne quelque idée
de la guerre , que j'ay cru vous
devoir dedier un Livre qui ne
parle que de ce qui fera un jour
vos delices les plus cheres , fi on
en juge par la forte inclination
• que vous avezfait paroiſtre dés
le berceau pour le métier glorieux
qui fait distinguer les Princes,
qui produit les Heros. Vaas 4
EPITRE
verrez, MONSEIGNEUR ,
dans ce que je prens la liberté
d'offrir à V. A. Royale , les chemins
qu'un fameux General a
tenus pour aller à la Victoire.
C'est le méme qui en combatant
fous les ordres de Monseigneur
Vostre Pere , eut part aux Lau
riers , qui nonſeulement coururirent
la France de gloire , dans
la fameuse journée de Caßel ,
mais qui en produiſfirent encore
d'autres , par le grand nombre
de Places importantes , qui aprés
cetteBataille reconnurent le p'us
grand des Rois pour leur Souve
rain. On ne doit pas s'étonner ,
á 3
EPITRE
MONSEIGNEUR , quand on
confiderera ceque fit en cette occafion
le grand Prince dont vous
tenezla naiſſance , si vous ester
entrainé fi rapidement vers tour
co qui regarde la gloire qui s'acquiert
dans le Champ deMars..
Vous trouvez dans vostre
Sang de glorieux exemples qui
vous animent ; mais comma
l'exemple & le ſang ne produifent
pas toûjours les effets qu'on
afujet d'esperer, & qu'on reüffic
rarement dans tout ce qu'onfait,
à moins qu'on n'y soit porté
par une forte inclination , on
peut dire que Vostre Alveffe
EPITRE
Royale en fent une tres- i-
De pour tout ce que doitfaire
un Prince , qui estant dif
tingué par la plus haute naiffance
, travaille tous les jours à
Se faire estimerpar lay-mesme ;
quesivous continuez a marcher
fur les traces des grands
Princes dont vousfortez , nous
vous verrons un jour auffi recommandable
par les actions
extraordinaires qu'on attendde
vous, que vous l'étes déja par le
rang glorieux qui vous distingue
du reste des Hommes. Ge
font les voeux de celuy qui 2
EPITRE
eft , avec un tres- profond refpect
MONSEIGNEUR ,
DE V. ALTESSE ROYALE ,
Letres humble & tres obeiſſant
Serviteur, DEVIZE :
AU LECTEUR .
Voicy la troifiéme Relation
qui a eſté donnéeau Public. La
premiere eſt de M. l'Abbé Renaudot
, de l'Academie Françoiſe
, dont les ſages Ecrits font
eſtimez de toute l'Europe . La
ſeconde a eſté diſtribuée au
meſme lieu que la premiere ,
c'eſt à dire, au Bureaud Adrefſe.
Elle eſt de Mr de Court ,
Secretaire des Commandemens
deMonfieur le Duc du Maine ,
connu par ſa profonde érudition
, & qui meſme a ſuivi le
Prince ſon Maiſtre d'affez prés
à l'Armée pour avoir eſté témoin
d'une partie des chofes
7
AU LECTEUR .
qu'il rapporte. J'avoüe queſi je
n'eſtois engagé par un Contrat
paffé avec le Public depuis
quinze ans , de luy donner des
Relations un peu étenduës de
tous les grans évenemens , les
deux qui ont parutde laBataillegagnée
parMr le Duc deLuxembourg
, m'auroient empêchéd'en
entreprendre une troi .
ſieme ,&que je ne l'ay faitque
pour remplir la carriere que je
meſuis obligéde fournir. Il cit
dangereux de parler aprés les
autres, quand on traite une matiere
fur laquelle il n'eſt pas
permis à l'imagination d'agir.
Il eſt queſtionde dire des veritez
; & elles doivent ſe ref
ſembler en tout . Ainfi les premiers
qui les font voir au Public,
ont un fort grand avantage.
Il ne faut point queje fati
L
AU LECTEUR
t
gue le lecteur par des chofes
qu'il a déja vûës , cependant il
faut que je diſe les meſmes ves
ritez. Il ſeroit plus facile de
traiter le même ſujet dans une
Piece d'Eloquence ; mais il
n'eneſt pas de meſme des Relations.
L'eſpere pourtant que cel
le cy ne laiſſera pas de vous
paroiſtre nouvelle , puisqu'elle
eſt beaucoup plusamplequeles
deux autres. Ma coutume eſt
de ramaffer, comme je l'ay marqué
pluſieurs fois , un grand
nombre de Relations des actions
memorables qui ſe font ,
&d'en compoſer une de toutes
les particularitez differentcs
qui se trouvent dans les unes,
&quine ſe rencontrent point
dans les autres ,parce que chacun
de ceux qui les écrivent
)
AU LECTEUR.
occupe des poſtes differens. l'ay
redoublé mes ſoins en cette occafion
,&j'ay travaillé d'aprés
plus dequaranteRelations.Un
Ouvrage d'eſprit que l'on auroit
compoſe ainſi ſur ceuxdes
autres , reffembleroit à la Cor
neille d'Horace ,& feroit peй
eſtimer fon Auteur. La meſme
chofe,comme jel'ay dit , n'arrive
pas des Relations , eſtant
plusaiſed'en fuivreune toute
faite , &de la mettre en beaux
termes pour la donner au Public,
que de ſe fatiguer àen lire
vingt fois quarante ou cinquante,
pour en prendre ce que
que chacune a de different. Ic
fuis obligé de dire icy que celle
dont je me fuis le plus ſervi ,
eſt deMr l'abbé de riquetti ,
qui eſt auprés deMir le Ducde
AU LECTEUR.
1
Luxembourg; &que l'ordrede
Bataille dontj'ay le plus profité,
eſtd'un Fils de Mr Vedeau de
Grammont, Enſeigne Colonel
au Regiment des Gardes .
VO FECILCB 1
C
:
12
T
A24224321mig?છ?ે -
RELATION
DE
LA BATAILLE
DE FLEURUS.
EUROPE joüiffoit
du repos que
le Roy avoit bien
voulu accorder aux voeux des
Peuples de cette belle Partie
du Monde , qui ne pouvoit
A
BATAILLE
i
plus fuporter la guerre que la
jalouſie de ſes Souverains leur
faifoit foûtenir , quoy qu'avec
de continuelles pertes.Ce
Monarque au milieu de ſes
triomphes , avoit eſté touché
de ſes malheurs , & dans le
fort de ſes conqueſtes , aprés
s'eſtre ouvert un nouveau
paſſage en Hollande par la
priſe de Gand, il ſe fit un
plaiſir d'impoſer la Paix,lorfque
les allarmes des Hollandois
ſe trouvat augmentées ,
leur tremblante & peu auparavant
fi fiere Republique,
ſecroyoit à la veille de ſe voir
obligée de recevoir les loix
DE FLEVRVS.
3
d'un Conquerant , dont les
victoires étoient ſi rapides.
Ce Prince pour executer fon
- deſſein avec une generofité
digne de ſa grande ame , &
= de toutes les autres actions
de ſa vie , voulut bien qu'il
luy en coûtât une partie de
ſes Conqueſtes , ſans que
aneanmoins il fût obligé de ſe
1 deſſaiſir d'aucunes pour avoir
- la paix , puis qu'il en regloit
S
- luy - même les conditions
, dans le champ de victoire où
- il étoit encore , & comme il
venoit de triompher au mi-
■ lieu de l'Hyver , il étoit aiſe
de connoître qu'il pouvoir
A 2
4
BATAILLE
penetrer juſqu'au coeur de la
Hollande, s'il eut voulu pourſuivre
ſes Conquêtes. Il avoit
alors les Suedois pour Alliez ,
qui ayant commecé trop tard
à executer le Traité qu'ils avoient
fait avec luy, avoient
laiſſe prendre pluſieurs de
leurs Places par le Roy de
Dannemark,& par l'Electeur
de Brandebourg .Le Roy devoit
les indemnifer des pertes
qu'ils auroient faites ;mais
ce Prince n'y étoit plus obligé
, parce qu'ils s'étoient attiré
leur malheur. Cependant
ſa bonté naturelle voulut en
cette occaſion aller audelà
DE FLEVRVS.
de ce qu'elle devoit , & afin
que ſes Alliez ne puflent pas
dire que fon Alliance leur
étoit préjudiciable, il donna
volontairement des Places
aux Princes avec qui il étoit
en guerre, afin qu'en imitant
= un ſi bel exemple, on reſtituat
= aux Suedois ce qu'on avoit
: pris ſur eux. Il fit plus, il éva-
- cua lepremier les Places qu'il
- voulut faire ſervir de ſceau à
cette Paix. On ne l'imita pas.
- au contraire , on ſe défendit
- de rien rendre aux Suedois.
On connut alors que le Roy
avoit bien voulu donner la
Paix lors qu'il étoit en état de
A 3
6 BATAILLE
continuer glorieuſement la
guerre , puis qu'il fit rendre
aux Suedois par la force de
ſes armes les places qu'on
leur refuſoit , & qu'il avoit
achetées pour eux par les
Conquêtes qu'il avoit cedées..
La Paix devint alors generale
, & les peuples de toutes
les Nations de l'Europe donnerent
mille l'oïanges &
mille benedictions à Sa Majeſté
, mais leurs Souverains
conſerverent dans leur coeur
une jalouſie de gloire , capable
de remettre un jour
toute l'Europe en armes. Le
Prince d'Orange,qui nepouDE
FLEVRVS .
7
:
voit déguiſer la ſienne , parce
qu'il étoit devoré d'une
violente ambition , la fit paroître
en donnant une bataille
, quoy- qu'il eût alors la
Paix fignée dans la poche.
Cette action furt generalement
blamée , & mème de
ceux qui auroient voulu qu'-
elle euſt réüfli,& le Roy perſuadé
que ce Prince étoit ſeul
coupable de tout le ſang qui
avoit été répandu , perfifta
genereuſementdanslamême
volonté de faire jouïr l'Europe
des fruits dela paix. Elle
les goûta , & l'Allemagne
pendant tout ce temps a
A 4
8 BATAILLE
triomphe des Hongrois rebelles,
& a remporté de continuelles
victoires ſur le Turc
Mais à peine a-t- elle commécé
àformer des ligues pour
détrôner un Roy legitime &
Catholique , que les Turcs
ont eu des avantages confiderables
. Tant qu'a duré la
Paix , que le Roy avoit donnée
à l'Europe , tous les Souverains
ont travaillé à faire
contre luy une plus forte
union. Ils ſe ſont trouvez en
plus grand nombre qu'auparavant
, & le Prince d'Orange
qui avoit ſes veuës particulieres
, en étoit , pour ainſi
DE FLEVRVS و
dire,l'Agent general. Le Roy
en avoit de bien differentes ,
puis qu'il ne penſoit qu'à la
gloire du nom Chrêtien. Il a
pendant ce temps là obligé
Tunis & Tripoly à faire la
paix , & il a juſqu'à deux fois
abatu l'orgueil d'Alger. Il a
fait dans ſes Etats pour la
gloire de la veritable Religion
ce que fept de ſes Prédéceſſeurs
avoient tenté vai
nement. Une affaire de cette
importance a produit des
mécontens , il en eſt ſorti du
Royaume, & leur fortie a fait
eſperer aux Princes liguez, &
même aux Catholiques ,
AS
10 BATAILLE
qu'ils pourroient ruiner la .
France méme, en mettant les
armes à la main des Réfugiez
contre leur Souverain & contre
leurs Compatriotes. Ils
ont crû ſur cet eſpoir , & fur
) ce que le Roy n'eſtoit point
armé , qu'il pourroit étre aifément
furpris, & il avoit été
réſolu que le Prince d'Orange
pafferoit en Angleterre
pendantque nous avions peu
de forces ſur l'Ocean , & que
la Flotte de la Mediterrannée
n'étoit pas revenuë d'al
ger , où elle étoit allée con
clure la Paix une ſeconde fois
avec les algeriens. On étoit
1
DE FLEVRVS.
auſſi convenu que le Prince
d'Orange donneroit l'allarme
à nos côtes avant fon
paſſage en Angleterre,& qu'il
y feroit ſoûlevertous les nouveaux
Covertis,ce qu'on croyoit
d'autant plus facile, qu'il
ſe vantoit d'y avoir de grandes
intelligences par le moyen
des Réfugiez qui étoient
auprés de luy , Il ya deux
choſes tres- effentielles à remarquer
dans cette Ligue
qui juftifient pleinement
leRoyde tout ce qu'on luy a
impofé pour avoir des pretextes
de l'attaquer , & de
tout ce qu'on allegue encore
Ligue ,
12 BATAILLE
tous les jours contre ce Monarque
, pour avoir lieu de
continuer une injufte guerre.
Dés que les Princes confederez
ont commencé à faire
paroître leur union contre le
Roy, ils ont publié dans leurs
Manifeſtes , & mille Ecrits
ſeditieux , ont ſuppofé faufſement
pour ſurprendre les
peuples, que le Roy par une
ambition demeſurée , vouloit
envahir tous les Etats de
P'Europe, &qu'il afpiroit àla
Monarchie univerſelle. Cependant
c'eſt un fait conftat
que ce Monarque n'étoit
point armé, qu'il n'avoit de
DE FLEVRVS. 13
ſtiné aucuns fonds pour la
guerre,que ſes revenus étoiét
employez à faire fleurir les
Arts,&àrendre ſes Maiſons
Royales dignes d'un Etat
auffi floriſſantque la France.
Il n'avoit de troupes que ce
que la prudence vouloit qu'-
il en eût pour garder fes Places
,&cela eft & veritable,
qu'on fut obligé d'envoyer
en toute diligence lesMoufquetaires
fur les coſtes de
Normandie pour les garder,
& pour retenir les nouveaux
Convertis dans leur devoir,
avec ce qu'on y put affembler
de l'Arriere-ban de las
14 BATAILLE
Province. Les choſes n'é-'
toient pas plus diſpoſées du
côté de la Mer à ſe rendre
maître de l'Europe, puis qu'-
on ne put avoir quarante
Vaiſſeaux fur l'Ocean , pour
empêcher le paſſage du Prince
d'Orange en Angleterre.
Cependant on ne laiſſe pas
de dire & de redire dans un
million d'Ecrits, qu'on s'eſt
vû contraint de prendre les
armes pour arréter le cours
de l'ambition du Roy. Tous
les Memoires envoyez par
les Princes liguez aux Princes
qui ne font pointen guerre
le portent ,& on les invite à
DE FLEVRVS.S
s'opoſer à la rapidité de ce
torrent. On ne ſçauroit aſſez
faire de reflexion ſur l'iniuſtice
de ce procedé;&je croy
ne pouvoir affez faire remarquer
; que le Roy jouiſſoit
des douceurs de la paix , &
qu'il n'étoit point armé lors
qu'on a formé des Ligues
contre luy.L'éclat de ſagrandeur,
ſes ſoins vigilans , & fa
ſage prévoyance, empêchent
qu'on n'ouvre affez les yeux
la deſſus, parce quenon- feulement
il s'eſt mis en peu de
temps en état de parer les
coups qu'on tâche de luy
porter, mais même de triompher
de ceux qui cherchent
16 BATAILLE
19
àle ſurprendre. Cependant
la France ſe ſeroit trouvée
dans un embarras dont elle
ne ſeroit pas fortie aifément ,
file prince d'Orange n'euft
point preferé ſes intereſts
particuliers à ce qu'il avoit
promis à ſes alliez , & sil
n'euſt point paffé en Anglererre
avant que de donner
plus que de la peur à nos côtes.
Le Roy voyant par tout
ce qui ſe paſſoit, que l'orage
ſe preparoit àtomber ſur luy,
& qu'on commençoit par
détrôner le Roy d'Angleterre
fon aillé , afin de joindre en-.
fuite les forces de ſes trois
DE FLEVRVS.
17
Royaumes à celles des Alliez
pourl'accabler, reſolut nonſeulement
de ſe mettre en état
de défenſe,mais même de
prévenir , s'il étoit poſſible ,
ceux qui ſe préparoient à
l'attaquer. Rien n'eſt plus
beau que les projets des Ligues
ſur le papier , mais l'execution
en eft ordinairement
lente,à cauſe des differens
intereſts , & avis de ceux
qui les compoſent. ainſi le
Roy dont l'activité eſt ſurprenante,
& qui eſt ſervi par
fes Sujets avec un zele tout
extraordinaire , ſe trouva en
êtat d'attaquer les Princes
18 BATAILLE
Confederez qui avoient réfolu
de le ſurprendre.La que.
ſtion fut de ſçavoir quelles
Places on afliegeroit pour
empécher l'entrée de la France
aux ennemis, ( car on ſçavoit
qu'ils avoient réſolu de
s'y ouvrir des paſſages pour
ladéſoler,plutôt que de faire
des Sieges, ) & fi ce ſeroitfur
les frontieres de Hollande ,
ou fur le Rhin .
Il paroiſſoit qu'en affiegeant
Maſtric,on rompoit les
meſures du Prince d'Orange,
mais outre que rien n'eſtoit
capable de le détourner de fo
entrepriſe, il en tenoit le fucDE
FLEVRVS. 19
cés ſi aſſuré, qu'en paſſant en
Angleterre avec cinq cens
hommes ſeulement , il ſe fla
toit de la faire reüfir. Le Siege
de Maſtric devoit vrayſemblablement
embarraffer
les Hollandois, mais le ſuccés
en eſtoit douteux , la Ville eſt
grande, & pour l'attaquer il
falloit avoir beaucoup de
Troupes. Le Prince d'Orange
pouvoit laiſſer une partie
de celles qu'il amenoit en
Angleterre , & les nôtres ſe
ruinant à ce Siege ſans emporter
la place , la France ſe
ſeroit trouvée dans un grand
peril;de maniere qu'en man
20 BATAILLE
quant ce coup, le dommage
cuſt eſté plus grand que l'avantage
n'auroit eſté utile en
réüffiſſant . Quoy qu'ons'ouvriſt
l'entrée en Hollande en
prenant Maſtric , cette Conqueſte
n'accommodoit pas
encore nos affaires, puis qu'il
eſtoit moins queſtion d'attaquer
que de nous défendre,
&de couvrir nos places . La
prife de philiſbourg fut donc
jugée neceſſaire , & elle l'étoit
en effet , puis qu'ayant à défendre
l'entrée de la France,
il eſtoit plus à propos d'arrêter
les ennemis dés les
bords du Rhin , qu'à quelDE
FLEVRVS. 21
ques journées de Paris . On
dira qu'ils pouvoient paſſer
ce Fleuve en d'autres endroits
, comme ils l'ont fait,
mais outrequ'ils avoiétbeaucoup
de chemin à faire dans
un pays conquis, & que pendant
une longue marche les
Provinces de France , auroient
eu le temps de ſe préparer
à les recevoir,nous pouvions
par le moyen de Philiſbourg
& des autres places
que nous avons de ce coſtélà
avancer chez eux comme
ils auroient avancé chez
nous. Enfin ceux qui avoient
reſolu de nous ſurprendre &
22 : BATAILLE
d'envahir le Royaume , furent
les premiers attaquez ,
tant par la grande diligence
avec laquelle on prépara toutes
choſes, que parce qu'une
grande ligue n'eſt pas ſi-toſt
en eftat d'agir , & qu'il faut
beaucoup de temps pour la
mettre en mouvement. On
s'aſſura donc non ſeulement
un nouveau paſſage au de
là du Rhin par la priſe de
Philisbourg , mais comme
on devoit avoir affaire à
un monde d'ennemis , s'il
eſt permis de parler ainfi ,
on fit le dégaſt que les loix
de la guerre permettent, afin
DE FLEVRVS. 23
d'empeſcher qu'ils n'avançaffent
, & l'on prit Mayence
, & pluſieurs autres Places
, pour ſervir ſeulement
de digue pendant un temps,
au torrent qui commençoit
à groffir pour ſe precipiter
contre nous , pendant qu'on
prendroit des meſures , pour
batre nos ennemis dans la
Campagne ſuivante.Les choſes
ont réüffi, comme leRoy
&fon Confeil l'avoient ré
folu. Philisbourg a eſté pris ;
Mayence & le pays ruiné
ont arrefté la fureur des ennemis
; ils ont eſté batus la
ſeconde Campagne , & phi
24
BATAILLE
lisbourg nous demeurant ,
nous avós déja une des meilleures
places del'Europe pour
fruit de cette guerre , & les
'Ennemis n'ontque ce qu'ils
poſſedoient auparavant , ce
qui leur a coûté beaucoup
d'hommes & d'argent àreprendre.
On voit par là
que la France ſeule a pris de
plus juſtes meſures, pour parer
les coups que tant de
puiſſances liguées luy vouloient
porter, que toutes ces
Puiſſances enſemble n'en ont
Pris pour la ſurprendre , &
que juſqu'à aujourd'huy cette
guerre n'eſt avantageuſe
qu'à
3
DE FLEVRVS .
25
qu'à elle ſeule, puis qu'elle
luy a donné unedes plus fortes
places de l'Europe par
droit de conqueſte; qu'elle.
en occupe beaucoup d'autres
qui font ſubſiſter ſes troupes
en Allemagne aux dépés
de ſes ennemis;que ces troupes
ont toujours fait la mefme
choſe avant le gain de la
Bataille de Fleurus , dont j'ay
entrepris de vous donner la
Relation ; que la France a ti
ré des contributions par tout
où ſes Ennemis l'ont attaquée
; que ſes Armées ont
entré dans leur pays de tous
coſtez, fans que celles de tant
B
26 BATAILLE
de puiſſances ayent mis le
pied dans le lien,& que Dieu
ayant ſecondé par tout le
bonheur de ſes Armes , elles
n'ont pas eſté moins victorieuſes
ſur mer que ſur terre,
ce qui doit paroître incroyable
, & ne peut eſtre arrivé
fans une benediction du
Ciel toute particuliere , puis
que le Roy eſt demeuré vainqueur
de deux puiſſances
unies enſemble , qui ſeparément
ſe ſont diſputé entr'"-
elles l'Empire de la Mer.L'union
de preſque tous les Souverains
de l'Europe contre
ce Monarque , a eſté cauſe
DE FLEVRVS. 27
qu'il a remporté des avantages
dont la poſterité doit eftre
étonnée. Les princes qui
ſont aujourd'huy liguez contre
luy , & qui préferent un
intereſt imaginaire à leur
gloire , ne regardent que le
preſent;mais come ils ſe ſont
trompez dans la penſée qu'ils
avoient d'accabler la France,
plus leurs affaires déperiſſent
plus ils publient de victoires,
afin d'empeſcher que leurs
Peuples , qu'ils ont trompez
lors qu'ils ont entrepris cette
guerre, ne ſe ſoulevent ein
aprenant que leurs mauvais
fuccés continuënt. Ainſi ils
t
B2
28 BATAILLE
&
veulét faire croire qu'ils font
toujours victorieux , quoy
qu'il ſoit tres-vray , non- feulement
que l'on a toujours
vécu dans leur pays , &qu'on
les a fait toujours contribuer,
mais encore , qu'ils ne font
entrez en campagne que fort
long-temps aprés nous
qu'ils ont eſté barus en toutes
rencontres. Ce qui s'eſt
paffé depuis l'ouverture de
cette Campagne confirme
toutes ces choſes. On a vêcu
par tout à leurs dépens,& ils
ont payé par tout des contributions,
M.le Maréchal Duc
de Luxembourg ayant camDE
FLEVRVS . 29
4
pé fort avant dans leur pays
avant qu'aucun d'eux paruſt
en campagne , & en ayant
tiré de groſſes ſommes. Ce
n'eſt pas qu'ils n'euffent quelques
forces de ce coſté- là ,
mais on n'a iamais vû des
troupes Eſpagnoles éviter avec
tant de ſoin de paroiſtre
devant leurs ennemis,juſque
là que noſtre Armée étant
campée àDeinſeà deux lieuës
de Gand , on alla deux fois
au fourage avec des Bâtons ,
ſans que ces Troupes ofaffent
tirer un coup de mouſquet ,
ny meſme ſe montrer , quoy
que l'on fourageaft jufque
B 3
30
BATAILLE
ſous le Canon de Gand &
qu'il y euſt plus de dix mille
Chevaux cámpez de l'autre
coſté. comme ils ne firent
aucune fortie, ny meſme aucune
tentative,les Bourgeois
ne peurent s'empefcher d'accuſer
de lâcheté les troupes
de la Garniſon , & celles qui
eſtoient entrées dans la Ville
pour les défendre. On ſceut
meſme que cela avoit eſté li
loin , qu'ils furent ſur le
point de faire main-baſſe ſur
cux & de nous ouvrir les
portes. Ils étoientméme reſo-
Jus de faire une ſomme confiderable
pour les contribu-
,
DE FLEVRVS.
31
tions , pourveu que M. de
Luxembourg voulût chaffer
les Eſpagnols de leurs poſtes;
mais ce general avoit d'autres
deſſeins , & de grandes
meſures à prendre,ayant ſeeu
que
qu'enfin M. de Valdec afſembloit
fon Armée à Nivelle
& à Picton. Elle étoit beaucoup
plus forte que celle de
M. de Luxembourg , & devoit
eſtre jointe par lesTroupes
de l'electeur de Brandebourg
, à qui le Prince de
Liege offroit cent mille écus
pour faire le Siege de Dinan,
& la poſſeſſion de la Place
juſques à la paix, pour entr
B 4
32
BATAILLE
rer toutes les contributions
qu'il pourroit, afin delerembourſer
des frais du Siege.M.
de Valdec n'avoit nul ſujet
de craindre ce qui luy eſt arrivé,
puis qu'il n'y voyoit aucune
diſpoſition. Il faloit
que M. de Luxembourg fift
une diligence à laquelle il ne
croyoit pas devoir s'attendre
, & quand il en auroit
eſté perſuadé , trois chofes le
raffeuroient , l'Armée de M.
de Luxembourg eſtoit beaucoup
moins forte que la ſienne;
il attendoit celle de Brendebourg
qui la devoit rendre
encore plus confiderable , &
DE FLEVRVS .
33
il ne voyoit nulle apparence
que l'Armée de M. de Bouflers
dust joindre fi-toſt , en
cas qu'on euſt arreſté cette
jonction , ou du moins celle
d'une partie ce cette Armée.
M. de Luxembourg ayant
refolu de chercher M.de Valdec
pour le combattre , fit
divers détachemens de fon
Armée. Ce ſtratagéme luy
ſervit à couvrir ſes deſſeins,&
à marcher avec plus de diligence
, parce que les petits
Corps font plus de chemin
qu'une groffe Armée, Ces
mouvemens commencerent
le 10. de Juin. Le Journal de
BS
34
BATAILLE
cette Marche eſtant inutile,
je n'en ſuivray les dates que
depuis le 22. du meſme mois.
Ce jour- là 22. l'Armée pafſa
ſous le Canon de Mons,
où rien ne fit appercevoir
que ce fuſt une Place ennemie
; la Ville n'ayant point
tiré , & la Garniſon n'ayant
fait aucun mouvement. On
campa au petit Queſnet.
On en décampa le vingttrois
, & l'on alla paſſer la
Sambre à Iumont à trois
quarts de lieuës du Camp
volant de M. de Gournay ,
quicommandoit un des détachemens
dont j'ay parlé,&
DE FLEVR VS.
35
qui eſtoit campé ſur cette
meſme Riviere.
Le vingt-quatre , le dérachement
de l'armée de Mr.
de Bouflers,qui étoit à Hayes
au- delà de la Meuſe , partit
pour venir joindre Mr. de
Luxembourg ſous les ordres
de M. de Rubantel.
Le vingt- cinq, il paſſa la
Meuſe à Charlemont.
Le vingt ſix , noſtre Armée
& le Camp volant de
Monfieur de Gournay décamperent
, & Monfieur de
Luxembourg vint à Boſſu
prés de Valcourt. Le meſme
jour,M. de Rubantel paſſa à
36 BATAILLE
gué avec ſon détachement ,
pour aller joindre l'armée.
- Il campa le 27. fur le côté
de Philippeville àune petite
Ville nommée Florennes. Ce
jour-là , l'armée de M. de
Luxembourg qui s'étoit rendu
à Boſſu prés Valcourt , &
qui dans ſa marche avoit fair
un gros détachement tiré des
troupes de M. de Gournay
pour envoyer vers Avefines,
en decampa , & vint à Gerpines
entre Sambre & Meuſe
, où il fejourna. C'eſt un
lieu où les Hollandois camperent
l'année derniere , &
où nous campâmes auffi penDE
FLEVRVS. 37
dant neuf ou dix jours , &
c'eſt de là que nous les canonnâmes
dans leur Camp
proche de Charleroy. On
voit cette Place affez aisément
de ce meſme lieu,quoy
qu'elle en foit éloignée d'une
heure & demie. On ne peut
trop admirer la diligence
que fit M. le Marechal Duc
de Luxembourg. pour venir
en quatorze jours au Camp
de Gerpines. Il n'y a rien de
plus beau que cette marche,
pour laquelle il falloit faire
plus de Ponts que l'on n'en
fit dans toute la derniere
Campagne. Pendant queM.
38 BATAILLE
de Luxembourg avec le gros
de l'Armée campoit à Gerpines,
M. le Comte de Gournay
eſtoit campé à Gogny.
Ses meſures avoient eſté i
bien prifes pour empeſcher
que M. de Valdek ne ſceuft
la jonction du détachement
de l'armée de la Moſelle, que
M. de Rubantel qui le commandoit
arriva le 28.à Metel,
à deux lieuës de la grande
Armée. M. de Luxembourg
ayant ſceu ſon arrivée, détacha
fur les neufheuresdu foir
un grand corps de troupes,
& aprés avoir donné pluſieurs
ordres qu'il jugea ne
DE FLEVRVS.
39
ceffaires , il partit de Gerpines
à deux heures du matin
, & marcha tout le refte
de la nuit, avec ce détachement
de ſon armée, les pontons&
fon artillerie , afin de
derober ſa marche àMonfieur
de Valdec , & de paſſer la
Sambre ſans qu'il en fuſtaverti.
En effet , ce General
des ennemis ne croyoit pas
qu'il fuſt poffible à M. de
Luxembourg de ſe preſenter
fur les bords de cette Riviere
plutoſt que le 30. & il avoit
meſme de la peine à ſe
perfuader qu'il puſt y arriver
ce jour- là. Le detachement
40
BATAILLE
dont je viens de vous parler
eſtoit compoſe de tous les
Grenadiers de l'armée,de la
Gendarmerie , du Royal Allemand
, & du Regiment du
Maine. Comme depuis l'ouverture
de la Campagne M.
le Duc du Maine s'étoit trouvé
dans toutes les occaſions
d'éclat , tantoſt comme General
de la Cavalerie, tantoft
comme Maréchal de Camp,
ce Prince voulant eſtre prefent
à tout , non ſeulement,
pour donner les ordres qui
regardent ces deux emplois ,
mais pour payer meſme de ſa
perfonne , accompagnoit
DE FLEVRVS . 41
Monfieur de Luxembourg.
Les Troupes marcherent fur
quatre colomnes. Monfieur
de Luxembourg.fit deux dettaacchheemmeerns,
dont l'un fut envoyé
du coſté de l'abbaye
d'Ogny , & l'autre à Ham
qui eſt du coſtéde Charleroy
&de Namur, ſur la Sambre,
où l'on devoit faire des
ponts. Iljoignit en chemin
les troupes que commandoit
Monfieur de Rubantel , &
celles qui estoient fous les
ordres de Monfieur de
Gournay. Monfieur de Luxembourg
ſcachant l'impatience
où eſtoit l'armée
44
BATAILLE
d'en venir aux mains avec les
ennemis dit hautement pour
leur donner de la joye qu'il
alloit chercher Monfieur de
Valdec pour le combatre.
On n'a jamais vu de troupes
plus fatisfaites , ny avancer
avec plus de réſolution de
bien faire. Auſſi étoient- elles
preſtes d'entrer dans un pays
qui n'eſtoit pas ſoumis à la
contribution. Monfieur de
Valdec eſtoit dans un poſte
tres- avantageux entre Charleroy
& Namur , & n'auroit
jamais pû croire que monfieur
de Luxembourg ſe fuſt
refolu à paſſer une Riviere
DE FLEVRVS . 39
entre deux Villes ennemies,
&à huit lieuës de ſon Armée;
mais il n'eſtoit pas queſtion
de demeurer dans ce Camp,
mais de combatre , & ce General
avoit pris des meſures
aſſurées pour ſurprédre Monſieur
de Valdec , qui auroit
toujours évité la bataille ſans
un coup auſſi hardy que celuy-
là,parce que non ſeulement
il est difficile d'en venir
à un combat contre un ennemi
qui évite de s'y engager
, mais encore parce que
M. de Valdec entend fort
bien les campemens , ayant
campem
fervi long-temps ſous feu M.
44 BATAILLE
E
de Turenne . Il falloit donc
que M. de Luxembourg le
ſurpriſt , ce qu'il ne pouvoit
faire que dans un lieu où M.
de Valdec ſe croyoit en ſeureté.
Mais comme en voulant
furprendre les autres on peut
quelquefois s'engager mal- àpropos
, la prudence veut
qu'on prenne de grandes
meſures , afin de ne rien rifquer
, & c'eſt ce que M. de
Luxembourg avoit fait , en
dérobant fa marche à ſon ennemi
, & en luy cachant ſes
forces. Il eſtoit venu à bout
du premier par la grande diligence
qu'il avoit faite ; & il
DE FLEVR VS. 45
د
avoit li bien diſpoſe les choſes
, que M. de Valdec ignoroit
qu'il euſt eſté joint par
le detachement de l'Armée
de la Moſelle, qui eſtoit ſous
le commandement de M. de
Rubantel & par le Corps
que commandoit M. de
Gournay. D'ailleurs il eſtoit
aſſuré , non- feulement de la
bonté& de la bonne volonté
de ſes troupes, mais encore
de l'intelligence & de la
valeur des Officiers Generaux
: il connoiſſoit le terrain
où il avoit à combatre , &
avoit imaginé des mouvemens
qui devoient embaraf46
BATAILLE
fer M. de Valdec , comme
vous le verrez dans la ſuite .
Aprés avoir paſſé par des
chemins tres-difficiles , & des
defilez fort méchans , on arriva
à un village où il y a un
Chaſteau ſur une petite coſte
affez longue , mais qui n'eſt
pas fort haute, &qui eſt toute
environnéede Bois; la Sam .
bre paſſe au pied. Il y avoit
auſſi une redoute de l'autre
coſté de la Riviere,au devant
de laquelle eſtoit un gué.
Cette redoute n'eſtoit pas
ſeule les Ennemis en ayant
conſtruit à droite & à gauche
pour defendre le bord de la
DE FLEVRVS. 47
Riviere. Il fut queſtion d'attaquer
ces Redoutes , quoy
que l'Infanterie ne fuſt pas
encore arrivée. Elle estoit en
marche par d'autres chemins,
ſuivant les ordres de Monſieur
de Luxembourg , qui
avoit pris de grandes précau-
- tions , afin que les marches
ne fuſſent point embarrafſées
, & que le reſte de l'armée
pût arriver peu de temps
aprés luy ſur une petite hauteur
qui eſt à la gauche de
Ham . Monfieur le Duc de
Choiſeuil menoit la Cavalerie
, & Monfieur le Chevalier
de Tilladet l'Infanterie.
48 BATAILLE
Comme elle étoit encore éloignée,
M.de Luxébourg fit mettre
pied à terre aux Dragons
de Pompone, pour attaquer
la Redoute qu'ils emporterent
l'épée àla main , aprés
avoir paſſe la Riviere à la
nâge. Les ennemis qui la gardoient
ſe retirerent , partie
dans un Château appellé
Froidmond partie ſur la
droite dans des Bois & dans
des hayes qui bordoient la
Riviere. Il n'y eut perſonne
de tué en cette occaſion. On
dit qu'il y avoit ſoixante ou
quatre-vingts hommes , &
quelques Officiers dans cette
د
Redoute
DE FLEVRVS. 49
Redoute. Celle de la gauche
fut emportée avec la meſme
vigueur , par quelques Cavaliers
des Regimens duMaine ,
& de Furſtemberg,qui d'euxmeſmes
ſe porterent à cette
action, pour ſatisfaire à l'umpatience
qu'ils avoient de ſe
ſignaler , & pour imiter l'ardeur
qu'ils venoient de remarquer
dans les Dragons
de Pompone. Quelques Officiers
partagerent la gloire de
cette action , quien merite
d'autant plus que les Ennemis
avoient eu ſoin de rompre
les guez. Ils s'eſtoient
perfuadé que leurs Redoutes
C
50 BATAILLE
& ces guez rompus défendroient
plus longtemps le
paſſage de la Sambre. On fit
applanir les Ouvrages- qu'on
emporta , & l'on travailla
pour rendre facile la fortie
des Ponts qu'on devoit faire .
Le Château de Froidmont
reſtoit à prendre ; mais comme
les chemins eſtoient prefque
impraricables , les Pontons
n'étoient pas encore
arrivez , ce qui cauſoit un
grand embarras,puiſque fans
Potons la Riviere eſtoit tresdifficile
à paſſer de ce cóftélà.
Ce n'est pas qu'elle fuſt
profonde , mais l'abord en
DE FLEVRVS. 51
eſtoit fi méchant, que de trois
Cavaliers il en tomboit deux
dans l'eau. Cependant M.
de Luxembourg connoiffant
l'ardeur des Troupes , & le
deſir que lesOfficiers avoient
de donner des marques de
leur valeur, ordonna à M. du
Roſel & à Mrs. les Marquis
d'Alegre & de Toiras , d'aller
avec leurs Regimens inveſtir
Froidmont, Ils receurent
ce commandement avec
joye, & cent Cavaliers choifis
du Régiment de Condé
ayant paffé des premiers, allerent
ſe poſter devant ce
Château , pour empeſcher
C 2
52
BATAILLE
que la Garniſon ne ſe ſauvaſt
par les Bois; ce que Monfieur
de Luxembourg avoit témoigné
apprehender. Leur Colonel
y demeura tout le jour
avec cette petite troupe;& les
Ennemis qui ne pouvoient
decouvrir ſes derrieres , ne
tenterent rien pour l'enfoncer.
Le reſte de ce Regiment
& les deux autres pafferent
plus à loiſir , partie à gué ,
partie à la nage. Les Eſpagnols
avoient rehauffé les
bords de la Sambre de leur
cofté , ce qui en rendoit les
forties impraticables, de maniere
qu'on ne paſſa qu'avec
DE FLEVRVS.
53
beaucoup de difficulté Com
me les troupes commençoient
à groffir , M. le Comte
de Saillant arriva avec les
Grenadiers des Gardes , &
quatre autres Compagnies
deGrenadiers. Il ſe preparoit ,
à paſſer de la meſime maniere
que les Regimens qui avoieť,
_pris le devant , mais ayant
- aperceu un bateau , il l'envoya
prendre, quoy qu'il fuſt
ſous le feu du Chateau , &
aprés y avoir fait paffer les
troupes qu'il commandoit, il
acheva d'inveſtir Froidmont .
avec ſon détachement.
Pendant que ces troupes
C3
54
BATAILLE
eſtoient en mouvement , celles
qui estoient commandées
par M. de Rubantel , arriverent
à un village ſitué fur
une petite hauteur, où il y a
une Prairie du coſté du Cha.
teau , & de l'autre une petite
Plaine& des Bois par où l'on
défiloit. M de Luxembourg
s'eſtoit rendu en ce lieu là,
pour faire loy- meſme défiler
les Pontons afin de faire au
plutoſt Paſſer des troupes de
l'autre coſté. Les Grenadiers
firent les Ponts, & il y en eut
deux en état ſur les fix heures
du foir. On y fit paſſer quatre
pieces de canon pour
DE FLEVRVS. 55
commencer à batre Froidmont
, & M. de Montrevel y
paſſa enfuite , avec trois brigades
de Cavalerie & fix bataillons.
La nuit empeſcha
qu'on n'y filt paſſer un plus
grand nombre de Troupes.
Ces Brigades & ces Bataillons
entourerent le Château,
fur lequel on tira huit ou dix
volées de canon , fans un
ſeul coup de mouſquer.Ceux
qui estoient dedans y répondirent
par quelques coups de
fauconneau , & par une décharge
de leur mouſquetterie
, dont il n'y eut perſonne
bleſfé. Ils arborerent enfuite
C 4
56 BATAILLE
un drapeau blanc , pour demander
à capituler. On ne
les écouta point, & ils furent
obligez de ſe rendre à difcretion.
Le Château fut pillé ,
aprés qu'on eut fair prifonniers
, huit Capitaines , autant
de Lieutenans , un Enſeigne
de Dragons , tous ef
pagnols naturels , & plus de
quatre- vingt Soldats dont la
Garniſon eſtoit compoſée.
Pendant l'attaque du Château
de Froidmont , il y eut
des Dragons qui ſe deshabillerent
, & qui ayant mis leur
épée nuë à leur bouche , pafferent
de l'autre côté de la
DE FLEVRVS.
57
Sambre ; ils allerent attaquer
une redoute que les Ennemis
abandonnerent à leur
veuë.
Cependant l'Infanterie étant
arrivée par un défilé qui
ſe trouve dans un bois à la
defcente d'une grande montagne
où l'on ne peut paſſer
qu'un à un , & au pied de laquelle
eſt la Sambre , eut ordre
d'avancer. La premiere
colomne fut obligée de pafſer
ſur la droite , & de côtoyer
un endroit de la Riviere,
de l'autre coſté de laquelle
eſtoient retranchez dans des
hayes tout- à-fait fur le bord,
CS
58 BATAILLE
tre
,
,
dix- ſept cens hommes de la
Garniſon de Namur qui
formoient pluſieurs bataillons
: ils firent diverſes décharges
fur les bataillons des
Gardes. Les bataillons de
Greder Allemand , & un aueſſuyerent
le premier
feu , mais toutes les troupes
qui ſe trouverent en cette occafion
leur répondirent par.
un feu fi furieux , qu'ils furent
contraints de quitter le
bord de la Riviere , & de ſe
retirer dans des bois qui étoient
derriere eux , de forte
qu'ils furent bientoſt hors de
portée,mais voyant que nous
DE FLEVRVS. 59
marchions le long de cette
Riviere , ils ſe montrerent
encore , & firent feu ſur les
noſtres . La grande décharge
qu'on leur fit , les obligea de
ſe retirer une ſeconde fois ,
ce qu'ils firent avec beaucoup
de précipitation. Nous
euſmes en cette occaſion environ
trente hommes tuez ,
& ils en perdirent plus de
cent. Nos troupes continuerent
leur marche fans plus
voir d'ennemis , & fans qu'ils
tiraffent un feul coup,& elles
arriverent à dix ou onze heures
du ſoir au Chaſteau de
Froidmond , prés du quel
60 BATAILLE
elles coucherent. On avoit
laiffé les gros bagages au village
nommé Ham, ſur la gauche
duquel on paſſa , en cô
- toyant la Riviere , où les ennemis
avoient paru. On peut
dire que la bataille de Fleurus
eft confiderable par les
avantages remportez ſur les
Ennemis , pendant troisjours
de ſuite.
Le 29. de Juin , une partie
de l'Armée paſſa la Sambre ,
comme vous venez de voir ,
les uns à gué , les autres fur
les deux Ponts , qui forent
faits le ſoir de cette journée.
On ſe ſaiſit le même jour des
DE FLEV.R V S. 61
redoutes que les Ennemis avoient
fait conſtruire pour
en défendre le paſſage , on ſe
rendit maiſtre du Château de
Froidmond , & l'on repouſſa
dix-ſept cens hommes de la
Garniſon de Namur. Voilà la
premiere journée dont je
viens de vous donner le détail
, aprés vous avoir fait
voir les meſures que M. de
Luxembourg avoit priſes ,
afin d'engager le Prince de
Valdec à ne pas fuir un combat
qu'iln'auroitpas manqué
d'éviter , fans toutes ces prudentes
précautions , & toutes
ces rufes de guerre. Je
62 BATAILLE
paſſe à la ſeconde journée,
qui étoit le 30. & qui fait
voir que nos avantages ont
toujours efté en augmentant,
& je finiray par le détail de
la Bataille qui ſe donna le
premier Juillet..
Le trente de Juin à la pointe
du jour , ce qui avoit reſté
de l'Armée en deça de la Riviere
, pafſa ſous les ordres
de Monfieur le Duc du
Maine avec tous les menus
bagages . On marcha , laiffant
le Château de Froidmond
à gauche , & on palla
au Pont d'Orme un petit
Ruiſſeau qui entre dans la
DE FLEVRVS. 63
Sambre , prés de ce Château
M. de Luxembourg avoit ordonné
à Mrs , de Vateville,
& de Rubantel , de faire
marcher les gros bagages
vers l'Abbaye d'ogny de
l'autre coſté de la Sambre ,
avec eſcorte de deux mille
chevaux & de quinze cens
hommes de pied , foit parce
qu'ilvouloit eſtre plus libre ,
acauſe de l'expedition qu'il
Texpedition
avoit en veuë, ſoit parce que
la marche eſtoit plus aifée de
ce coſté-là Les Vivandiers
eſtoient demeurez avec les
gros bagages , & la plus
grande partie de l'artillerie,
64 BATAILLE
que l'on fit marcher ſur la
gauche à trois quarts de lieuë
de l'endroit , où l'on avoit
fait des Ponts , fur une hauteur
où la Riviere tourne
preſque tout , autour , avec
des Prez qui la bordent ,
& des bois de l'autre coſté
qui font comme un cercle;
de forte que cela faiſoit une
eſpece d'ille entourée de Bois
& d'une Riviere . M. de Luxébourg
qui ne faiſoit aucune
démarche ſans avoir des
veuës pour le combat qu'il
avoit réſolu de donner, avoit
fait paffer l'Armée par le lieu
que je viens de vous marDE
FLEVRVS . 65
!
i
quer , parce qu'il eſperoit
tomber plus aiſement fur le
corps de Cavalerie que le
Prince de Naſſau avoit de
ce coſté-là, l'Armée ayant
pallé , ou pluſtôt défilé par
cet endroit où il y a un
Pont de pierre , marcha fur
cinq colones , ſçavoir fur
deux d'Infanterie , deux de
Cavalerie , & une d'Artillerie.
Cet habile General qui
non- ſeulement agiſſoit de la
teſte , mais qui ſe trouvoit
par tout,avoit eſté reconnoître
les chemins que devoit
prendre l'Armée lors que M.
le Duc du Maine l'auroit fait
66 BATAILLE
paffer , les Ponts qu'il avoit
fallu raccommoder, & la difficulté
des défilez ayant beau.
coup retardé le paſſage des
Troupes , quoy que M. du
Maine priſt des ſoins tout extraordinaires
. On ſçait nonſeulement
l'aplication de ce
Prince , pour tout ce qu'il
fait , mais que ſon commandement
eft foutenu de manieres
fi honneſtes , & de récompenſes
pour ceux qui les
meritent ſi dignes de ſon auguſte
naiſſance, qu'iln'entreprend
rien dont il ne luy ſoit
aiſé de venir à bout , parce
qu'il joint à toutes ces chofes
DEFLEVRVS . 67
une valeur naturelle. Il fit
donc en cette occafion tout
ce qu'il put pour faire avancer
l'Armée avec diligence , à
cauſe que ſon grand courage
le preſſoit d'aller enfuite aux
ennemis.
C'eſtoit à quoy on l'avoit
vû aſpirer depuis longtemps ,
mais outre qu'il fallut raccommoder
les ponts , la difficulté
des défilez ſe trouva
ſigrande , que la Cavalerie
ne put paſſer auſſi viſte que
ſouhaitoit ce jeune prince
qui en eſt General. Cela fut
cauſe que M. de Luxembourg
qui vouloit voir tout
68 BATAILLE
par luy- même , ne put avoir
que fix eſcadrons de Dragons
& quatre de Gendarmerie
, pour aller reconnoiſtre
les chemins , & affurer
ſa marche. A peine avoit- il
fait une lieuë & demie , qu'il
apprit par Monfieur Cheladet
, Lieutenant Colonel du
Regiment de Noailles, qu'on
découvroit vers Fleurus une
colomne de l'Armée ennemie,
& qu'elle paroiſſoit foutenue.
Ces Troupes qui faifoient
plus de trois mille
chevaux , eſtoient ſous le
commandement du Comte
de Flodorf , Gouverneur de
DE FLEVRVS. 69
Maſtric , & du Baron de Berlo.
Elles ne nous croyoient
pas ſi avancez , & n'avoient
deſſein que de venir reconnoiſtre
les endroits favorables
de la Sambre , que M.de
Valdec vouloit nous empê-
⚫cher de paſſer. C'eſtoit là le
ſeul motif qui l'avoit engagé
à s'avancer avec toute ſon
Armée dans le camp qu'il
occupoit, mais il s'eſtoit laifſe
prevenir par les grandes
marches de M. de Luxembourg
, qui s'eſtoit trouvé
plus diligent & plus habile
General que luy.
M. de Luxembourg qui ne
70
BATAILLE
reſpiroit que le combat , &
qui avoit ſes raiſons pour ne
pas laiſſer avancer les Ennemis
, ayant medité le moyen
de les embaraſſer dés l'entrée
de la Bataille, comme vous le
verrez dans la ſuite , fit tout
ce qu'il crut neceſſaire pour
engager cette grande action ,
& pour empécher qu'ils ne
quittaſſent le Camp où il
avoit reſolu de les combattre.
Il envoya reconnoiſtre les
endroits où les Eſcadrons
pouvoient eſtre poſtez , &
donna ordre à M.de Cheladet
de prendre trois cens
Chevaux , & d'aller décou-
1
DE FLEVRVS. ZE
vrir le derriere des Ennemis ,
car ils avoient un rideau qui
- cachoit toute leur Armée, &
comme il eſtoit tombé beaucoup
de pluye le jour précedent
, il n'y avoit point de
pouſſliere qui en pút donner
connoiffance. Ainſi il eſtoit à
craindre qu'ils n'euffent de
l'Infanterie pour les foutenir,
parce que la nôtre n'étoit pas
encore arrivée. M de Luxembourg
eut le temps d'aprédre
tout ce qu'il vouloit ſçavoir ,
les Ennemis eſtant demeurez
-plus de deux heures ſans faire
ول
4aucun mouvement Lors qu'il
eut receu l'éclairciſſement
72
BATAILLE
qu'il ſouhaitoit , il donna les
ordres pour faire avancer
l'Armée en bataille. La plaine
eſtoit belle , & rien n'eſtoit
plus beau à voir que la fierté
avec laquelle toutes les Troupes
marchoient. Monfieur le
Comte de Gournay qui couvroit
la marche de l'Armée
avec vingt eſcadrons ſur des
hauteurs fort éloignées , cut
ordre de venir joindre Monſieur
de Luxembourg le plûtoſt
qu'il luy ſeroit poſſible ;
mais cet éloignement , & la
difficulté des paflages donnerent
lieu à la Cavalerie des
Ennemis de ſe retirer affez
loin,
DE FLEVR VS.
73
loin,& de mettre un défilé devant
elle. Comme ils avoient
quantité de troupes dans des
fonds derriere des hauteurs ,
ils avoient deſſein de nous attirer
juſqu'au gros de leur armée
,,& nous ne nous prefſions
point d'avancer , parce
que nous voulions attendre
noſtre Infanterie qui eſtoit
encore fort éloignée .
L'impatience que M. le
Duc du Maine avoit de combattre,
luy ayantfait ſurmonter
tous les obſtacles qui l'avoient
arrêté jufque-là , ce
Prince arriva ſuivy de quelque
Cavalerie. Sa prefence
DD
1
74
BATAILLE
produifit pluſieurs effets confiderables
, & la diſpoſition
où les Ennemis le virent d'aller
à eux,les ayant intimidez
ils prirét le party de ſe retirer
aſſez loin juſqu'au deſſus de
Fleurus , ayant mis des Dragons
dans les hayes du Village,&
devant eux un Ruiſſeau
aſſez difficile , dont les bords
étoient relevez. L'arrivée de
ce Prince fit prendre un deffein
tout contraire à M. de
Luxembourg , puisqu'elle le
fit refoudre de marcher aux
Ennemis , malgré les poſtes
avantageux où ils ſe mettoient
en ſe retirant . Il ne
DE FLEVRVS. 75
L
voulut pas que leur retraite
fuſt paiſible , & qu'ils la fiffent
ſans qu'il leur en coutaſt
quelque choſe. A peine cut- il
apperceu de loin Mr. le Duc
du Maine avec une teſte de
Cavalerie, qu'il forma une ligne
de celle qu'il avoit avec
luy , qui ne puteſtre que fort
mediocre . Les Ennemis avoient
fait le détachement
dont je viens de vous parler ,
fur ce que leurs Eſpions leur
avoient rapporté que M. de
Luxembourg ſe retiroit , &
voulant profiter de l'occaſion
ils avoient reſolu de charger
l'Arriere-garde de ce qu'ils
D 2
76 BATAILLE
croyoient qui reſtoit à repaffer
, car ils eſtoient perfuadez
qu'il n'y en avoit encore qu'-
une partie qui avoit paſſe la
Sambre ; que M. de Luxembourg
venoit à deſſen d'occuper
leur Camp , mais qu'-
eſtant arrivétrop tard, il vouloit
repaffer cette riviere, parce
qu'il ſe croyoit moins fort
qu'eux , & qu'il n'avoit pas
encore eſté joint par le détament
de M. de Bouflers. Ils
avoient vingt-ſept Eſcadrons
parmy leſquels il y avoit deux
Regimens de Dragons Liegeois
; & deux de Cavalerie
Hollandoiſe. Ces Troupes ſe
DE FLEVRVS. 77
laifferent d'abord pouffer
ſans tirer un ſeul coup , mais
comme en allant à la charge
on vit paſſer entre nous &
Fleurus deux de leurs Troupes
, qui alloient joindre leur
détachement, M. de Luxembourg
détacha M. de Cheladet
, pour leur couper le paflage
, & pour les combatre ,
& l'on marcha en mefme
temps au refte. Mr. de Cheladet
pouſſa avec une vigueur
extraordinaire les Troupes
qu'il avoit eu ordre d'aller attaquer.
Elles ſe retirerent de
Village en Village & de haye
enhayejuſqu'à un lieu où l'on
D 3
78
BATAILLE
apperceut vingt Efcadrons
dans un fond. M. de Luxembourg
fit avancer la Gendarmerie
, qui avoit à ſa teſte
Monfieur le Duc du Maine ,
&Monfieur de Matignon. Il
y avoit un Efcadron de Pracontal,
un de Piedmont Ro
yal , deux des Dragons du
Roy, & celuy de Condé qui
fit des choſes ſurprenantes ce
jour- là. Le Regiment de Bouzoles
fit auſſi des merveilles ,
auffi-bien que ſon Colonel.
On paſſa le défilé qui étoit
devant les Ennemis . Seize
Eſcadrons ſauterent une ravine
en leur prefence pour les
DE FLEVRVS. 79
aller charger , ils les rompirent,
& les culbuterent, & les
menerent l'épée dans les reins
juſqu'àun vallon, ſur le haut
duquel ,&de l'autre coſté on
vit toute l'Armée ennemie
enbataille ,& l'on fe trouva
meſme auprés de leur premiere
colomne d'Infanterie.
Comme on les menatoujours
battant, ily en eut beaucoup
de tuez. Les Dragons Liegeois
furent entierement dé
faits ; il reſta peu de la Cavalerie
Hollandoiſe, & le Baron
de Berlo , l'un de leurs Commandans
, y fut tué avec la
plusgrande partie des princi
D4
80 BATAILLE 2
paux Officiers, que Mr. de Luxembourg
leur permit d'enterrer
à Fleurus. On ne fit
guere de prifonniers , parce
que leur Armée eſtant proche
d'eux , ils précipiterent
leurs pas pour s'y rendre. Ce
fut alors qu'on eut beſoin de
la prudence & de l'experience
du General. L'ardeur des
Troupes les avoit emportées
juſqu'auprés d'une groffe Armée
ennemie , noftre Infanterie
eſtoit encore fort éloignée
à cauſe de la difficulté
de la marche , & nous n'avions
que ſeize Eſcadrons.
Ainſi ſelon toutes les appaDE
FLEVRVS. 81
rences , ce qui nous pouvoit
arriver de plus heureux , c'eſtoit
d'eſtreremenezlemeſme
train que nous les avions
conduits. M. de Luxembourg
prit toutes les meſures qu'il
eſtoit alors poſſible, pour
l'empêcher , & retint enſemble
deux Eſcadrons de Gendarmerie
pour ſoûtenir quelques
Eſcadrons des Ennemis
quimarchoient à noſtre Ca--
valerie débandée. Ils furent
repouffez , &M. le Comte de
Marcin fit paroiſtre ſa valeur
en cette occaſion , où il fut
bleſſé , ainſi que M. de Rofamel.
Ce choc fut violent ,,
DS
82 BATAILLE
nous y eûmes tout l'avantage
la Gendarmerie ſe ſurpaſſa
& tous les Officiers de се
Corps ſe diftinguerent. M. le
Marquis de моüy , qui commande
la premiere Compagnie
, y courut rifque de la
liberté&de la vie. Comme il
chargeoit à la teſte de ſon
Eſcadron avec une vigueur
extraordinaire , il fut envelopé
pluſieurs fois , & aprés
avoir eſſuyé de rudes coups ,
ſe voyant pris par des Ennemis
qui le tenoiet & qui l'entraînoient,
il fit un effort qui
les écarta,& il ſe déroba d'eux
La précaution de M.de LuDE
FLEVRVS. 83
xembourg alla plus loin que
ce que je viens de vous marquer,
puis qu'il fit en meſme
teps former trois lignes, dont
la premiere fut de deux Eſcadrons
de Gendarmerie. M. le
Duc du Maine fut chargé par
ce General de former la ſeconde
derriere les deux Eſcadrons,
& il reprit ce qu'il put
de Troupes pour en former
une troifiéme derriere cette
feconde. Monfieur le Duc du
Maine donna de la befogne
aux Ennemis par la manoeuvre
qu'il fit , & les deux Efcadrons
de Gendarmerie firent
des choſes ſurprenantes en
84 BATAILLE
cette occaſion. Ils foûtinrent
non ſeulement l'effort de toute
la Cavalerie ennemie,mais
ils l'empêcherent de paffer ,
& la repouſferent deux cens
pas dans leurs Troupes.M. le
Marquis de Villarceaux ſe
distingua avec l'Eſcadron
qu'il commandoit. Ils'agifſoit
aprés cela de repaffer le
petit Ruiſſeau que nosTrou
pes avoient paflé , & elles le
firent en leur preſence. Leur
ſeconde ligne venant encore
àles charger, elles ſoûtinrent
le choc avec la meſine vi,
gueur , & les renverferent ;
aprés quoy les Ennemis baDE
FLEVRVS. 85
A
lançant àfaire une quatriéme
attaque , nos Troupes repaſferent
au pas le Ruiſſeau , &
les attendirent derriere, mais
ils fe contenterent de faire
pluſieurs décharges , & n'o
ferent le paſſer devant elles ,
comme elles l'avoient paffé
devant eux.. Pendant que
les Gendarmes firent cette
belle retraite , Monfieur
de Pracontal , à la teſte de
Piedmont Royal , ſoutint
l'effort des Ennemis à la gaue
che& les repouſſa demeſme,
& le Regiment de Condé
continua de ſe ſignaler.M.de
86 BATAILLE
Roſmadec fut blefle dans les
occaſions de cette journée ,
ainſi que Monfieur d'Eſpagne
, Fils du brave M d'Efpagne,
Gouverneur de Thioville
, qui eut le bras gauche
caffé au deſſus du coude , en
faiſantdes choſes étonnantes..
Il tua luy ſeul pluſieurs Officiers
& un grand nombre de
Cavaliers , & ne ſe retira que
lors qu'il y fut forcé par la
foibleſſe où le mit la grande
quantité de ſang qu'il répandoit.
M. le Duc de Choiſeül
eut un cheval tué ſous luy
cette meſme journée. On admira
M. le Duc du Maine,qui
DE FLEVRVS. 87
parut dans un temps où il y
avoit- lieu d'avoir de l'inquietude
, avec un air noble &
intrepide , qui ne contribua
pas peu à augmenter la confiance
des Troupes. Je n'avance
rien de moy mefme en
diſant cela , l'ayant tiré de la
Lettre d'un Colonel qui n'a
pas moins d'eſprit que de
naiſſance & de valeur. M. de
Luxembourg fit retirer ſa Cavalerie
par une contre marche
fort fiere, & vint camper
enfuite à Velaines dans un
Camp fort ſeur , où elle paſſa
la nuit avec plus de tranquillité
que les Ennemis . Ce Ge
88 BATAILLE
د
neral jugea à propos de faire
interroger les Priſonniers qui
eſtoient entre les mains de M.
Godin Commiſſaire des
Guerres. Quelques Officiers
d'entr'eux luy dirent , fur ce
qu'ils crurent qu'il n'y avoit
qu'un gros détachement de
pallé , qu'ils étoient bien trompez
fileurArméene nous tomboit pas
le lendemainſur les bras. M. de
Luxembourg dit auxTroupes
en les remerciant , & en leur
donnant des loiüanges, qu'elles
en avoient affez fait pour
faire connoistre aux Ennemis
qu'elles les battroient par tout,
mais qu'il falloit repaffer la Ri-
?
DE FLEVRVS. 89
Viere le lendemain. En meſme
temps il donna ordre à l'Artillerie
de prendre le chemin
du Pont dés le ſoir meſme ,
mais elle en receut un tout
cótraire bien toſt aprés.Comme
les Troupes ne trouverent
point leur gros bagage au
Camp,&qu'il leur fut ordonné
de partir le lendemain dés
la pointe du jour , elles commencerent
àſe perfuader qu'-
elles devoiét repaſſfer la Sambre.
Cependant à leur affemblée
on leur diftribua de la
poudre,des bales , de la méche.
Les menus Equipages
prirent le chemin duPont ,&
१० BATAILLE
les Troupes celuy de Fleurus,
ce qu'elles firent avec une
joye d'autant plus grande ,
que ce qui s'eſtoit paffé le
jour précedent leur avoit fait
redoubler la confiance que
leur donnoit la conduite de
leur General,qu'elles avoient
vû avant le combat, pendant
le combat,& aprés le combat,
agir en grand Capitaine , &
mettre en pratique avec la
valeur , toutes les ruſes de
guerre des plus experimentez.
Enfin toutes choſes eftant
difpofées pour une grande
Bataille , elle ſe donna le preDE
FLEVRVS .
mier Juillet , jour remarquable
à jamais , & qui fait voir
quele regne de Sa Majesté eſt
un enchaiſnement de miracles.
Mr. de Valdec voyant la
gloire qu'il y avoit à acque
rir à vaincre des troupes auffi
aguerries que celles de France,
s'eſtoit ſervy pour camper
avantageuſement , de toutce
qu'unelongue experience luy
adonné de lumieres dans le
meſtier de la Guerre. Il ne ſa
contenta pas de cela,& quoy
qu'il duſt s'aſſurer fur le nombre
de ſes troupes , il crut les
devoir exciter, en leur diſant,
qu'il les alloit mener juſques
92.
BATAILLE
mais
à Paris. Le chemin n'etoit pas
long , mais les fortes Armées
de Flandre n'ont encore pû le
trouver. M de Luxembourg
eſtoit plus modefte
peut eſtre avoit-il plusde fujet
de ſe fier à ſes troupes. Il
eſtoit neceffaire qu'elles fufſent
bonnes , puis qu'aprés avoir
paſſe la Sambre, le party
de la bataille eſtoit le ſeul
qu'il avoit à prendre, ne pouvant
repaffer cette Riviere en
prefence d'uneArmée ſi forte
fans qu'il luy en coûtaſt une
Arriere-Garde ; ce qui auroit
fait diminuer la réputation
des Armes du Roy , &auroit
DE FLEVRVS . 93
pû avoir des ſuites facheuſes .
D'ailleurs , il n'eſtoit plus
temps de ſe retirer , puis
que l'Armée du Prince
de Valdec avoit eſté toute la
nuit dans un mouvement violent
, pendant que les François
l'avoient paſſée ſous
leurs Tentes , & avoient jouy
d'un repos que les Armées ne
gouſtent jamais , à moins
qu'elles ne ſoient ſeures de la
prudence & de l'experience
de leur General. C'eſt ce qui
épargne aux troupes des alarmes
continuelles , & les fait
dormir ſans inquietude.Mile
Prince de Valdec en avoit
94
BATAILLE
beaucoup , quoy qu'il affetaſt
de paroître ſeur du gain
de la Bataille , & qu'il vouluſt
le perfuader aux Troupes
qu'il commandoit. Dés le foir
du 30. Juin , il avoit fait mettre
ſon Armée en bataille , &
elle paſſa toute la nuit dans
cet ordre . Rien ne fait mieux
voir le contraire de ce que
M. de Valdec avoit envie de
luy faire croire. Il y a grande
apparence que ſon deſſein
n'eſtoit pas de donner la bataille
pendant la nuit. Cependant
il met dés le ſoir ſes
Troupes en état de combatre,
& il les fait demeurer juſques
DE FLEVRVS .
95
au jour dans une ſituation où
il eſtoit impoſſible qu'elles
cuſſent du repos. Il falloit ,
ou qu'il euſt bien peu d'experience
, de fatiguer ainſi ſon
Armée ſans ſujet , ou qu'aprehendant
à tous momens
d'eſtre attaqué , il euſt plus
de la moitié de la peur qu'il
vouloit donner. M. de Luxembourg
avoit fait tout le
contraire. Il avoit fait repoſer
ſes Troupes , mais il avoit
veillé pour elles , & meſme
deux raiſons l'avoient portéà
leur cacher la reſolution qu'il
avoit priſe de donner bataille.
Ilnevouloit pas que l'idée
:
96 BATAILLE
d'un combat les agitaſt pendant
la nuit , ny que M. de
Valdec puſt apprendre qu'il
avoit deſſein de l'attaquer. 11
en méditoit les moyens depuis
long- temps , mais il ne
les avoit pas encore communiquez
aux Officiers Generaux
, de peur que leur joye
ne les trahiſt en paroiſlant
trop fur leur viſage ,& que le
Prince de Valdec venant à en
avoir connoiſſance , ne prift
des meſures, ou pour éviter le
combat , ou pour ne le donner
qu'avec de grands avantages.
Pendant quetoute noftre
Armée repoſa , noſtreGeneral
DE FLEVRVS . 97
neral fur dans un mouvement
perpetuel. Il envoya pluſieurs
partis en Campagne ;
il écouta leur rapport ; il apprit
tout ce qui ſe paſſoit dans
le Camp de M. de Valdec , &
en fut témoin luy- meſme dés
la petite pointe du jour. Les
Ennemis firent une grande
faute de s'eſtre mis ſi- toſt en
bataille. Outre qu'ils donnerent
lieu à M. de Luxembourg
d'examiner la ſituation où ils
eſtoient, & d'empeſcher qu'ils
n'en profitaffent , cette fituation
, quelque avantageuſe
qu'elle fuſt pour eux , luy fit
prendre des meſures pour en
E
98 BATAILLE
tirer quelque fruit. Il falloit
pour cela, non ſeulement connoiſtre
parfaitement le pays ,
mais ſçavoir à fond toutes les
ruſes de guerre qui peuvent
eſtre miſes en pratique en de
pareilles occaſions. M.de Luxembourg
les avoit appriſes
ſous un trop grand Maiſtre ,
&s'eſtoit trouvé en trop de
batailles rangées pour les
ignorer. Il n'a pas ſeulement
l'experience , mais encore ce
qui manque à beaucoup de
grands Capitaines , je
dire , une réſolution fixe. Il
n'y a rien de plus neceſſaire
pour les grands coups , puif-
,veux
DE FLEVR VS. 99
que les eſprits irrefolus gâtent
ſouvent tout , quand meſme
ils prendroient un bon party,
la lenteur eſtant toujours préjudiciable
aux affaires importantes
; de forte qu'il eſt plus
dangereux de prendre tard
une bonne réſolution , que
d'en prendre de bonne heure
une méchante , la premiere
devenant inutile,& le mal de
la derniere pouvant eſtre reparé
aſſez toft pour n'apporter
aucun préjudice , ou du
moins , pour n'en cauſer que
tres- peu. M. de Luxembourg
ayant vû luy-meſme l'Armée
des Ennemis en bataille , &
E 2
100 BATAILLE
ſçachant qu'elle y avoit paſſé
la nuit , réſolut de l'attaquer,
& ne penſa plus qu'à faire
marcher noſtre Armée vers
Fleurus , & à mettre en execution
tout ce qu'il avoit
imaginé pour ſurprendre les
Ennemis , & s'aſſurer la victoire
par la diſpoſition de
nos Troupes , malgré toutes
les précautions que Monſieur
de Valdec avoit priſes
pour avoir l'avantage du
terrain , qui luy eſt demeuré,
& dans lequel il a eſté batu
; ce qui n'auroit pû arriver
fi M. de Luxembourg euſt
fuivi la roouuttee ordinaire,&s'il
DE FLEVRVS . 101
! ſe fuft prefenté pour combatre
devant une Armée rangée
en bataille , qui l'attendoit.
Il le fit , mais d'une maniere
qui déconcerta M. de
Valdec, & qui jetta du deſordre
dans toute fon Armée,
avant que le premier coup
euſt eſté tiré. On affeure que
la marche de la noſtre de
Velaines àFleurus, eſt la plus
hardie qui ſe puiſſe faire. M.
de Luxembourg luy fit prendre
des détours deplus d'une
lieuë dans des défilez qu'un
autre auroit tâché d'éviter ; &
cesdéfilez cacherent fa marche
aux ennemis, qui s'atren-
E 3
102 ΒΑΤΑILLE "
doient à nous voir venir par
le droit chemin , qui est découvert
, & ainſi ce General
ayant trouvé le moyen de reconnoiſtre
le nombre des Ba
taillons & des eſcadrons des
Ennemis , & de leur ofter la
connoiſſance des forces de
noſtre Armée , les prit avec
tous les avantages qu'un habile
General doit tirer de ſon
experience , car d'ailleurs les
deux Armées eſtoient à peuprés
auſſi fortes l'une que
l'autre. La noſtre eſtoit de
quatre-vingt Eſcadrons & de
trente - ſept Bataillons , qui
pouvoient faire environ tren,
DE FLEVRVS.
103
te trois mille hommes, fur
quoy il en faut ofter prés de
quatre mille , commandez
pour la garde des gros equipages
, & qui par confequent
n'ont point combatu..
L'Armée des ennemis étoit
du moins auſſi nombreuſe, &
dans un campement fort
avantageux. Elle eſtoit rangée
en bataille audelà de
Fleurus ayant ſa droite ape
puyée à Hepigny , Village
fitué ſur une petite hauteur,
& ſa gauche s'étendoit dans
la plaine , où elle estoit à decouvert
foutenuë pourtant
du Chaſteaude Saint Amant.
E. 4
104 BATAILLE
Il y avoit de leurs Troupes
dans une Cenſe quieft entre
ceChauſteau & le Village du
meſme nom , & ils avoient
d'ailleurs devant eux deux
Ruiſſeaux également difficiles
à paffer , l'un venant de
Fleurus,& qui avoit ſes bords
relevez , & l'autre venant de
Saint Amand , & dont les
eaux eſtoient alors fort profondes.
Noſtre Armée ne fut
pas moins avantageuſement
poſtée par le bon ordre deM.
de Luxembourg. Ce General
fit marcher la gauche la premiere
pour la poſter auprés
de Fleurus , où il jetta un
DE FLEVRV S.0.105
gros Corps d'infanterie,parce
que la gauche eſtoit plus pres
-des Ennemis que la droite. Il
mit enſuite l'Arméeenbataille
en doublant toujours fur
cette gauche , & s'étendant
fur la droite du coſté de Saint
Amand; il tira avantage de
tout, meſme de ce qui devoit
felon les apparences luy eſtre
deſavantageux, ayant tantoſt
maquéde terrain pour former
les deux lignes d'Infanterie ,
tantoſt ayant rencontré un
foffe plein d'eau,& qu'il eſtoit
prefque impoffible de combler
, & tantoſt ayant trouvé
des marais, des ravines & des
Es
тоб BATAILLE
hayes, qui l'empeſchoient de
mettre l'Armée regulieremét
en Bataille. Tous ces obſtacles
devinrent par la capacité
de M. de Luxembourg des
moyens infaillibles pour la
Victoire , car ſe voyant obligéd'attaquer
les Ennemis par
le Flanc , leur gauche eſtant
tout à fait decouverte , il leur
cacha ſon deffein en laiſſant
lesTroupes qui les prenoient
en front depuis Fleurus jufqu'à
Saint Amand , dans la
meſme diſpoſition où il les
avoit miſes ſous les ordres de
M. le Chevalier de Tillader ,
&de M. le Comte de GourDE
FLEVRVS. 107
nay , ce qui trompa les Ennemis,
& leur fit croire qu'on les.
attaqueroit par là , ou qu'on
ſe retireroit ſans les attaquer..
Ce n'eſtoit pas le party que
M. de Luxembourg avoit pris...
Comme il avoit reſolu de
combattre , il ordonna que
tous les Auſmoniers de l'Armée
donneroient la Benediction
aux Regimens. Toutes
les Troupes firent paroître
une joye extraordinaire aprés
l'avoir receuë. On n'entendit
que des cris redoublez de
VI VE LE ROΥ , & l'on ne
vit que des chapeaux en l'air
ſuivant l'uſage pratiqué, de
108 BATAILLE
tout temps , pour faire con
noître que l'allegreſſe eft grade,&
univerſelle Rien n'eſtoit
plus beau que de voir ces
deux puifſſantes Armées ſe developer
dans une grande plaine
, qui eſt la ſeule de tout le
Pays qui pouvoit mieux fervir
de theatre à l'éclatante
action qui s'y eſt paſſée. Elles
demeurerent depuis le matin
juſques à une heure aprés midy
à ſe poſter , à s'obſerver ,
& à faire les mouvemens ,
que l'occaſion preſente rendoit
neceffaires . Le Canon
des ennemis tira le premier
far noſtre Cavalerie , & mef
DE FLEVRVS. 109
me quelques heures avant le
noſtre. Les Troupes en furent
peu incommodées,& il auroit
mieux valu pour les ennemis
qu'ils euffent eu moins d'em-
4
preſſement à le faire entendre
, puiſque cela ne ſervit
qu'à faire découvrir leurs batteries,
ce qui ne leur eftoit pas
avantageux , M. de Luxembourg
ſçachant profiter de
tout ,& eftant en cette occafio
fecondé de M.du mets,qui
nonſeulement avoit une connoiſſanec
parfaite de toutes
les choſes qui regardent l'Artillerie
, mais une activité incroyable
pour le ſervice de
no BATAILLE
qui a paru dans le combat,
nôtre canon ayant eſté tranfporté
avecune viteſſe inconcevable
dans tous les endroits
où il s'eſt trouvé neceſſaire..
Les décharges continuelles de
celuy des ennemis n'empefcherent
pas que M. de Luxembourg
ne fift faire aux
Troupes tous les mouvemens
qu'on eut beſoin qu'elles fiffent.
M. le Ducdu Maine , M.
le grand Prieur de Frances
M. le Duc de Choifcuil , &
Mrs les marquisde Montrevel
& de Vatteville eurent grande
part à ces mouvemens..
Tout ce que M. de Luxem
DE FLEVRVS.
bourg leur dit , pour contri
buer au deſſein qu'il avoit de
dérober aux Ennemis la marche
de quelques corps de
Troupes , fut ponctuellement
executé , à quoy ne fervirent
pas peu deux Ponts que M. le
grand Prieur , & M. le Marquis
de Mont - revel fi
rent faire auffi -bien que la
hauteurdes bleds.Tout estant
dans la diſpoſition que M.
de Luxembourg ſouhaittoit,
ce General qui n'avoit pas
jugé à propos de dire fon defſeinà
perſonne avant qu'il le
vift en eſtat d'eſtre executé
avec ſuccés voyant qu'il avoic
112 BATAILLE .
$
'furmonté toutes les difficultez
qui s'y eſtoient oppoſées ,
le découvrit aux Generaux
qui ſe trouverent auprés de
*luy ,& aprés leur avoir marqué
qu'il en eſperoit une bonne
iffuë , il les renvoya chacun
àleur pofte , & leur donna
pour mot de raliement ,
LeRoy , n'eſtant occupé que
de la gloire de Sa Majefté ,
&mettant toute fa confiance
à la profperité qui accompagne
par tout la justice de fes
Armes. Alors chacun penetré
de fon devoir, &de l'importance
de l'action qui eftoit
liée , ne penſa plus qu'à le fo
DE FLEVR VS. 113
L
gnaler. Mr de Gournay fit le
premier mouvement de la
gauche dont il tenoit la droite.
Il paſſa le ruiffeau,& marcha
aux Ennemis avec toute
la Cavalerie qu'il commandoit.
On fit en meſime temps
le meſme mouvement à la
droite , & l'on peut dire que
le combat commença par
pluſieurs actions particulieres.
Chaque Bataillon donna
bataille , & chaque Eſcadron
foutint un combat. Il y eut
d'abord un fort grand feu , &
les décharges que firent les
Ennemis furent terribles
mais ils ne laiſſferent pas d'ef
14
BATAILLE
tre les plus mal- tratez , puis
que les noſtres qui avoient
ordre de les eſſuyer ſans tirer,
afin d'aller ſur eux l'épée à la
main , & la bayonnette dans
le fufil pour les enfoncer ,
donnerent d'une ſi grande
force , qu'ils firent plier leur
aifle droite. Elle ſe rallia ,&
M. de Rubantel avec les Brigades
de Champagne & de
Navarre , pouſſa d'une maniere
ſi vigoureuſe , qu'il fut
inutile de luy vouloir refifter..
Mrs. de Vivans & de Ximenes
avoient eſté bleſſez à la
premiere charge.M.deGournay
y fut tué , tant elle fut
DE FLEVRVS. Fif
violente , & M. de Vateville
aprés avoir eſté pluſieurs fois
enveloppé , cuſt eſté fait pri
fonnier , ſi M. de la Haze ,
Capitaine des Cravates , ne
l'euſt delivré. Les Ennemis
rompus de toutes parts fuyoient
déja partout , leur Cavalerie
n oſoit tenir contre la
noftre , leur Infanterie aprés
une bonne contenance avoit
eſté renverſée , les noftres eftoient
avancez dans leur ter
rain , & avoient déja gagné
leur Canon qui tiroit depuis
ſept heures du matin , & la
Bataille qui ne faiſoit que de
commencer , ſembloit finirà
116 BATAILLENI
cette deroute, & fur tout lors
que M. de Mont- revel eut
chargé& diffipé trois Baraillons
, qui poſtez dans les hayes
de ſaint Amand , s'eſtant
joints àquelques Eſcadrons ,
faifoient un effort pour ſe retirer.
Cependant ce n'étoit
que le commencement. M.
deMont-revel fit la premiere
action de noſtre droite,ayant
cu ordrede couvrir avectrois
Eſcadrons qui ſe trouvoient
de referve , le Flanc de deux
Bataillons des Gardes Françoifes
, qui estoient poſtez
dans les hayes vis-à-vis de la
Cenſe de Cheſſeau , avec quaDE
FLEVRVS. 117
11
tre Pieces de Canon qui couvroient
la droite de ces deux
Bataillons du coſtéde la Plaine.
Il trouva ſi prés de luy des
eſcadrons Ennemis, qu'il fut
obligé de les charger. Il le
fit avec la valeur que tout le
monde luy connoiſt , & les
battit en ruine , enſuite un
vuide qui ſetrouvoit entre le
Ruiſſeau de Saint Amant, &
la gauche de cette droite ,
ayant eſté occupé par l'Infanterie
de la ſeconde ligne que
commandoit M. de Gaffé,
ſuivant l'ordre qu'il avoit
receu de M. de Luxembourg
par M. d'Artagnan , maior
218 BATAILLE
1
General , qu'il trouvoit par
tout pendant le combat. Les
brigades d'Auvergne , & de
Stoppa s'y joigniret,la Cavalerie
de la droite& dela gauche
parut. L'ordre étoit donné
à la Brigade de Champagne
que commandoit M.
d'Uſſon , &à celle de Navarre
commandée par M. de la
Rocheguyon , de fortir de la
gauche de Saint Amand dés
que la Cavalerie paroiſtroit;
cet ordre fut auffi- toſt executé.
Ces Brigades furent
miſes en Bataille , ſelon la
diſpoſition du terrain à portée
du mouſquet de la ligne
DE FLEVRVS. 119
des Ennemis. Ceux qui les
commandoient firent parfaitement
bien leur devoir. Les
Grenadiers qui ſe trouvoient
les plus prés ,& qui estoient
foutenus par deux Bataillons
de Champagne , eſſuyerent
legros feu que fit cette ligne.
M. le Comte de Sceaux qui
s'y diftingua , fut bleffé , ce
qui n'empeſcha pas que cette
Infanterie , ne miſt en déroute
celle des Ennemis, qui formoit
une ligne. Tous ces avantages
nous promettoient
la victoire;elle n'eſtoit pourtant
pas encore affurée , &
les Ennemis ſe rallioient
120 BATAILLE
pour la diſputer.Ce qui estoit
reſté d'infanterie s'eſtant rafſemblé
dans un endroit couvert
à côté de Fleurus , forma
unegroſſe ligne , &parut
fur une hauteur , où elle fut
renforcée de huit ou dix Efcadrons
en preſence des
Troupes que M. de Loëmaria
remettoit en bataille , & qui.
avoient paſſe avecм.deGournay
pour ſe joindre à noſtre
droite. Il y eut dans cette occaſion
un combat violent ,
Eſcadron contre Eſcadron.
د
Les Ennemis chargerent les
premiers , mais les noftres
riſpoſterent fi vigoureuſement,
DE FLEVRVS . 121
ment , que pluſieurs des
leurs ayant eſté tuez ou blefſez
, le reſte fut obligé de reculer
bien loin .
Durant ce combat partiticulier
, la nouvelle ligne
d'Infanterie que les ennemis
avoient formée , faisoit une
bonne contenance. Les Bataillons
paroiſſoient gros ,
ferrez , & fermes , tandis que
M. le Duc de Choiſeuil difpoſoit
de ſon coſté une ligne
demeſme force, qui luy puſt
étre oppoſée ; la Brigade de
Navarre ayant eſté rangée, ſe
trouvala premiere.CeDuc fit
avancer d'autres Bataillons
A
F
122 BATAILLE
pour la joindre,& mit en ba
caille tout ce qu'il trouva ſous
ſa main derriere les Bataillós
des ennemis,qu'ils formoient
àleur gauche de nouvelles
Troupes en preſence de M. le
Duc du Maine , qui estoitdemeuréà
nôtre droite. Il eſtoit
neceſſaire d'en avertir M. de
Luxembourg. Ce jeune Prince
erut devoir prendre ce
foin luy- meſme , érant toujours
plus preſt d'agir que de
commander. M. de Luxembourgdont
les reffourcesfont
inépuiſables,voulantprofiter
de l'avis de ce Prince , le pria
de s'aller promptenment éten
DE FLEVRVS. 123
dre fur la droite avec toute la
Cavalerie qu'il pourroit afſembler.
Il y courut avec M.
de Vaudeuil , qui l'accompagnoit
par tout , auffi-bien
que M. le Chevalier de
Chambonard , fon Capitaine
des Gardes , cy- devant
Major des Cuiraſfiers. A peine
fut- il arrivé au lieu où il
ſe devoit rendre , qu'il commença
à executer les volontez
de M. de Luxembourg ;
mais ayant apperçu quelque
Cavalerie , il s'en approcha
avec tant d'ardeur , qu'elle
prit la fuite aprés avoir fait
fa décharge.Ce Prince revint
F 2
124
BATAILLE
enfuite former pluſieurs Eſcadrons,&
fit tout ce queM. de
Luxembourg avoit ſouhaité
de luy. On démeura quelque
temps de part & d'autre
fans mouvement. Nous attendions
de l'infanterie qui
avoit beaucoup de chemin à
faire ,& les Ennemis eſtoient
fatiguez de tous les mouvemens
qu'ils avoient fait.
Quelques Bataillons parmi
leſquels ſe trouverent le troiſieme
des Gardes Françoiſes
& le premier des Gardes
Suiſſes, firent une tres- bonne
contenance, encore qu'à portée
de piſtolet des Ennemis,
DE FLEVRVS .
125
qui ne parurent pas moins
fiers ; quoy qu'on euſt tourné
contre eux fix picces de canon
qu'on leur avoit priſes.
Chaque coup faiſoit de grandesbreches
à leurs Bataillons
mais elles étoient à l'inſtant
reparées , les Ennemis ſe refferrant
aufli- toſt ſanss'ébran-
Her. Cette Batterie ne laiffa
pas deles incommoder beaucoup.
Voicy par quel hazard
ce canon qu'on leur a pris tira
contre eux. M. de Marfilly,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Coiflin , & qui en
commandoitle ſecond eſcadron,
ſe trouva leplusavan
F3
126 BATAILLE
cé devant la premiere ligne
au canon des. Ennemis , & à
foixante pas de leur gros d'Infanterie
que l'on vouloit
rompre , & comme il avoit
dans ſon eſcadron un Trom
pette qui avoit eſté Canon+
nier , il fit par l'ordre de M.
de Luxembourg , tourner le
canonpris aux Ennemis, contre
leur Cavalerie , qui ſe rallioit&
fe remettoit en batail
le prés des noſtres, à la droite
de leur Infanterie. Le Tromperte
tiroit fi juſte & de ſi
prés dans cette Cavalerie ,
qu'elle quitta , & alla plus
loin derriere l'Infanterie. M.
DE FLEVRVS . 127
de Marfilly voyant arriver
M. de Loëmaria avec quel
ques Troupes , vouloit charger
cette Infanterie ; mais M.
de Luxembourg eſtant furvenu
, l'en empefcha , & fit
raſſembler tous les morceaux
de Troupes , car ce n'eſtoient
pasTroupesentieres.Pluſieurs
ſe joignirent à la ſienne , &
pendant ce temps ils demeurerent
en prefence ; les annemis
ſe raſſemblant auſſi fur
leur droite. Enfin aprés qu'il
cut receu pluſieurs ordres de
ne point charger , qu'il ne
fût venu d'autres troupes , 11
vint de la Cavalerie&de l'in
F4
128 BATAILLE
fanterie , que l'on avoit ral.
liée , & alors il chargea avec
tant de force que toute la
longueur de la ligne des Ennemis
demeura marquée par
les foldats qui avoient eſté
tuez dans leurs rangs. M. de
Quoad qui estoit à la teſte
de quelques Eſcadrons, entra
en meſme temps dans leurs
Bataillons. Il ne reſtoir plus
qu'à réduire leur gauche qui
tenoit encore bon. Cet exploit
eſtoit deu à M. le Marquis
de Coiſlin. Il eſtoit à la
teſte du premier Eſcadron de
ſon Regiment. C'eſtoit à luy
à charger , il le fit avec une
DE FLEVRVS. 129
valeur diftinguée , & qu'on
ne peut trop louer. Il batit
en ruine un Eſcadron des Ennemis
qui ſoutenoit l'Infanterie
de cette gauche, & toute
noſtre Infanterie chargea
en même temps la ligne des
Ennemis. M de Marfilly commandoit
le ſecond Eſcadron
du meſme Regiment deCoiflin.
Toute la valeur & la force
qu'il a fait paroiſtre en tant
d'occaſions differentes , ſe
réünirent en celle- cy. Il don
na pour la troiſieme fois avec
un autre qui fe joignit à luy ,
perça tout ce qu'iltrouva , &
ſe mefla avec un courage quill
Es
130
BATAILLE
étonna les ennemis , & qui
les mit en fuite. Un Bataillon
Ennemy luy tua beaucoup
de Cavaliers , mais il ne
perdit aucun Officier. Il ne
reſtoit plus qu'à battre un
Corps de reſerve que les ennemis
avoient fur une hauteur
, composé de quelques
Bataillons que ſix Eſcadrons
foutenoient.Ce dernier coup
qui devoit rendre la victoire
complette , eſtoit refervéà
M. le Duc du Maine. Ce
Prince dóna avec un courage
qui égale tout ce qu'on a jamais
vu dans les plus braves.
Il attaqua la Cavalerie qui
DE FLEVRV S. 131
reſtoit aux Ennemis , avec les
Eſcadrons qu'il avoit étendus
fur la gauche , pendant que
M. de Gaffé attaquoit les
Bataillons qu'ils avoiét encore,
avec la Brigade de Stoppa.
Cette Cavalerie fut bientoſt
défaite , mais l'Infanterie
fit unereſiſtance que l'Hiſtoiren'oubliera
pasde marquer.
C'eſt cette belle & groffe ligned'Infanterie,
& ce grand
Bataillons quarré formé des
debris de pluſieurs autres , &
garni d'autant de Troupes
qu'il enfalloit pour en for
mer fix,&dont toutes les Re
lations ont tant parlé. Il ne
E6
132 BATAILLE
pouvoit éviter d'eſtre défait.
Toutel'Amée Ennemic eſtoit
en déroute , & lesEſcadrons
qui le ſoutenoient venoient
de prédre la fuite aprés avoir
eſté batus. M. de Luxembourg
l'ayant fait envelopper
, & voulant épargner le
fang de part & d'autre , jugea
à propos de le faire ſommer
de ſe rendre , en luy offrant
bon quartier . Sa contenance
eftoit fi fiere, quenyleTrompette,
ny le Tambour que ce
General y envoya , n'oferent
avancer. M. Chpi , l'un de ſes
Aides - de- Camp , fut plus
hardi qu'eux. Il ſe chargea de
DE FLEVRVS. 133
cette commiffion , & alla faire
la propoſition , qui fut receuë
avec une fierté extraordinaire.
Voicy ce qui donna
lieu à cette groſſe ligne de ſe
mettre en estat de défenſe.
Ceux qui la compofoient
ayant conſideré noſtre application
àpourſuivre la victoire
de toutes parts , dans une
déroute generale , réſolurent
de ſe rallier. Toute noftre Cavalerie
, & Gendarmerie vit
former cette ligne fans pouvoir
l'empefcher , parce que
nos Generaux , & noftre Infanterie
eſtant à ſa. gauche
où ils eftoient neceſſaires ,
434 4 BATAILLE
ellen'avoit point d'Infanterie
pour la ſeconder. Enfin
l'Infanterie eſtant revenue aprés
avoir achevé de mettre
en déroute le reſte des Ennemis
, on attaqua cette groffe
ligne juſques à trois fois ſans
la pouvoir rompre , & l'on y
fit une grande perte , mais
elle plía àla quatrième , & il
yeut un grand carnage de
part & d'autre. M. le Duc
du Maine qui tant que la
bataille a duré s'eſt trouvé
dans tous les endroits les plus
périlleux,y courut grand rif
que. M. le Comte deJuſſac,
premier Gentilhomme de fa
DE FLEVRVS. 135
Chambre, & M. de Genvril ,
fon Aided-e-Camp ,&trois
de fes Gardes , furent tuez à
fes côtez. La Gendarmerie y
perdit pluſieurs Officiers de
distinction . M. le Marquis de
Verderonne. Mile Chevalier
Soyccourt, M. le Marquis de
Sallart , & pluſieurs Gendarmes
furent tuez , & bleſſez..
M. le grand Prieur donna en
cette occafion , comme il a
fait pendant tout le combat,
des marques de ſon courage ,
ayant effuyé à la teſte de
deux Compagnies de Gendarmes
, tout le feu des annemis.
Ils ſo retirerent à la fa
2
136 ΒΑΤAILLE
veur des Bois & des ravins
qui leur offrirent uneretraite
feure. Quatre à cinq cens
hommes ſejetterent dans des
hayes & dans un Hermitage
Le reste de noſtre Infanterie
arriva , & ne trouvant plus
d'ennemis, jetta ſeschapeaux
en l'air , & cria , VIVE LE
Roy. On fit alors une dé
charge generale. Cependant
ceux qui estoient dans les
hayes & dans l'Hermitage ,
voyant qu'ils alloient eſtre
coupez par M. le Chevalier
deTilladet avec laCavalerie
de la gauche, crierent,VIVE
LE ROY DE FRANCE. Се
DE FLEVR VS. 137
L dernier mot ajoûté marquoit
qu'ils n'eſtoient pas ſujets de
Sa Majesté , mais qu'ils ſe tenoient
vaincus , & qu'ils ſe
rendoient. Ainſi cette grandejournée
finit par des cris
de , VIVE LE Rov , en prenant
poffeffion du Champ de
bataille , avec l'aveu meſme
des Ennemis qui reſtoient ,
puis qu'ils firent connoiſtre
par leurs cris de VIVE LE
ROY DE FRANCE , qu'ils en
demeuroient d'accord .
Alpeine y eut-on repris
haleine , que M. de Luxembourgcourant
de victoire en
victoire , fit attaquer deux .
138 BATAILLE
Chaſteaux qui estoient envi
ron àune lieuë de Fleurus. Ils
eſtoient bien garnis de monde
, parce que M. de Valdec
ayant creuqu'on lesattaqueroit
avant le combat, y avoit
jetté beaucoup de Troupes.
D'ailleurs, un grand nombre
de fuyards s'y estoient refugiez
;mais comme ilsy porterent
la terreur , ces Chaf
teaux ne firent pas une longue
reſiſtance,& fe rendirent
bien-toſt a difcretion , quoy
qu'ily cutt plus de trois mille
hommes de Garniſon dans
les deux. Aini l'Armée acheva
de triompher par la priſe
DE FLEVRVS. 139
de ces deux poſtes: Ceux qui
avoient eſtévaincus en pleine
Campagne , le furent encore
dans des lieux fermez ,
&lesTroupes qui n'avoient
point encore combam, furent
contraintes malgré la
vigueur qu'elles devoient avoir,
de ceder à des Troupes
atiguéesd'une longue marche&
d'un long combat. Il
y eut enfin plus de fix mille
des Ennemis tuez dans cette
fameuſe journée , & l'on en
fit prés de huit mille priſonniers
, parmi lesquels on
compte plus de ſept cens
Officiers. Ileut deux Officiers.
140 BATAILLE
Generaux tuez , &deux perſonnes
d'une grande diftintion
par leur naiffance. On
prit deux cens chariots chargez
de munitions de guerre,
quarante- neuf pieces de canon
, & plus de cent , tant
Etandarts que Drapeaux ,
cinq Pontons &pluſieurs pai .
res de Timbales . Le Champ
de bataille nous eftant demeuré
, l'Armée victorieufe
yy ccoouucchhaappaarrmmyy les morts.&
les mourans ; ce fejour, quoy
que peu agreable, eſt toujours
doux aux Vainqueurs. On
n'y demeura qu'autant qu'il
faloit pour faire voir qu'on
DE FLEVRVS. 141
en eſtoit maiſtre. Il eſt dangereux
de reſter long-temps
dans unlieu infecté , il auroit
encore eſté remply d'un plus
grand nombre de Morts,
fans l'humanité naturelle aux
François . On donna quartier
de fort bonne heure &
l'on épargna beaucoup de
ſang , qu'on euſt pu faire répandre.
Le carnage auroit
eſté horrible ſi les Ennemis
fuſſent demeurez vainqueurs,
car les ſoldats avoient ordre
de ne faire quartier à perſonne.
C'eſt ce que les priſonniers
ont raporté. Ils ont traité
avec une indignité cruelle
142 BATAILLE
toutes les perſonnes diftins
guées , qui ſont tombées entre
leurs mains. M. le Chevalier
de Soyecourt ayant eſté
bleſſe dangereuſement , &
fait priſonnier , les Ennemis
le dépoüillerent , luy lierent
les mains derriere le dos , luy
firent faire fix lieuës à pieds,
ſans que ſa bleſſeure fuſt ſeulement
bouchée d'un linge,
ce qui luy faiſoit perdre tout
ſon ſang ; & enfin luy donnerent
tant de coups pour
l'obliger à marcher , que ce
jeune Seigneur en mourut le
lendemain. L'humanité de
M.de Luxembourg ne ſe borDE
FLEVRVS. 143
na pas à donner quartier ,
puis qu'ayantpris aprés la Bataille
les deux Chaſteaux
dont je viens de vous parler,
il fit défenſe ſur peine de la
vie de foüiller ny de dépouiller
aucun Officiers,ny foldat,
laillant aux Officiers toute ce
qu'ils avoient ,& leurs épées
meſmes . La victoire étoit fi
completre , & le nombre des
prifonniers fi grand , qu'on
enlaiſſa échaper plus de trois
mille. M. du Roſel , colonel
de Cavalerie , eut la garde
des prifonniers. On en envoyaenfuite
deux mille deux
cens trentequatre à Charle
744 BATAILLE
mont,parmi leſquels eſtoient
deux cens Officiers , qui furent
mis en un grand Magazin
dans la Place , & les foldats
dans les Foſſez. On en
mit beaucoup d'autres dans
des Bateaux pour les conduire
à Mezieres ; deux mille
cinq cens à Philippeville , &
les autres aux Villes circonvoiſines.
Jamais bataille n'a
mieux merité de porter ce
nom que celle- cy. Les deux
Armées ſe ſont veuës pendant
pluſieurs heures dans
une Plaine tres- étenduë , àla
portée du mouſquet , & l'actioneſt
d'autant plus glorieufe
DEJELE VRVS. 145
ſe qu'elle a eftéfaite au milieu
du pays Ennemy , aprés une
marche de pluſieurs jours par
des chemins difficiles & embaraffez
de Bois & de rochers
au lieu que l'Armée des Ennemis
eftant fraiſche , cam
pée avantageuſement , &
nombreuſe , devoit felon
toutes les apparences , l'emporter
ſur la noſtre , comme
ils s'en eſtoient flatez , ayant
publié hautement , qu'il n'alloientpas
au cobat,mais àla victoire,
de forte qu'outre la réfolution
qu'ils avoient priſe
de ne pas donner quartier à
nos Troupes , l'impoffibilité
G
146 BATAILLE
گلا
où elles estoient de faire aucune
retraite , leur en oſtant
l'eſperance , il faloit vaincre
ou mourir. L'Armée Ennemie
eſtoit tout l'eſpoir de la
Hollande. Il y avoit beaucoup
de vieilles troupes fort
aguerries ,& c'eſt par cette
raifon que le Prince d'Orange
l'appelloit fon Armée. Cependant
elle a eſté ſi generalement
défaite, que les Ennemisn'ont
pû rien ſauver de
cequi estoit meſme aux environs
, Made Luxembourg
ayant envoyé prendre les
munitions qu'ils avoient cachées
dans les Bois de Char-
D
DE FLEVR VS. 147
leroy , avec ordre de les brûler,
ſi elles ne pouvoient eſtre
amenées dans fon Camp.
Le combat dura depuis
midy juſqu'à plus de fix heures
du ſoir. La pluſpart des
fuyards prirent le chemin de
Charleroy,& tout ce qui s'af
ſembla autour de cette Place
d'Officiers & de foldats pendant
la nuit , marcha le matin
du coſté de Bruxelles , foit
que le Gouverneur de Charleroy
ne jugeaſt pas à propos
, dans la crainte d'eſtre
aſſiegé , de donner l'entrée de
ſa Place à des Troupes vaincuës
, & encore effrayées de
G 2
148 BATAILLEENI
leur déroute , ce qui n'auroit
pas beaucoup ſervy à la défendre
, foit que dans l'eſtat
où ſe vit M. de Valdec , de
tout craindre aprés une défarte
aufli entiere , il leur cust
envoyé de Nivelle où il s'eftoit
retiré un ordre de mareher
de ce coſté là , pour les
éloigner du Vainqueur , &
râcher de les rallier. M. de
Valdec n'oſa aller à Bruxelles
,où les Eſpagnols parurent
fort irritez contre les
Hollandois , difant hautement
, qu'ils estoient cause de
cette guerre , que puis que
c'estoit une guerre de Religion ,
DE FLEVRVS. 149
on ne devoit pas s'étonner , fi
Dieu beniffort les Armes de France
Un garde de M. de Luxembourg
eſtant allé à Bruxelles
conduire le corps d'un homme
de diſtinction , tué à la
bataille , aſſure y avoir oüy
dire les meſmes choſes. Il apprehendoit
qu'on ne luy fift
quelque inſulte dans cette
Ville là , mais il n'y receut
que beaucoup d'honneſteté.
M. de Valdec paſſant
par Nivelle le lendemain de
la bataille à fix heures du matin,
dit à tout le pays de porter
des contributions à M. de
Luxembourg. Elles winrent
G3
150
BATAILLE
de toutes parts , tout contribua
juſqu'aux Faux-bourgs
de maſtric. Le même M. de
Valdec envoya un Trompette
à ce General , pour luy de
mander un Paffe- port pour
fon Equipage , qui eſtoit à
Charleroy.Rien ne marque
davantage que nous eſtions
non-ſeulement maiſtres du
Champ de Bataille, mais que
tout trembloit aux environs,
&qu'il n'y avoit point de
ſeureté pour les ennemis. Le
mayeur de Nivelle qui vint
au Camp pour traiter des
contributions , dit , qu'il y
avoit plus de Mortsfur les che
DE FLEVRVS.
IS
mins qu'il n'y en avoit eufur le
Champ de bataille , que toutes les
bayes en estoient remplies
qu'on entendoitpar tout des cris
effroyables . Les bleffez des ennemis
tomboient de tous
coſtez ſur la route , faute
de Chirurgiens , & mouroient
en deſeſperez de ſe
voir abandonnez & denuez
de tout ſecours . Non-ſeule
ment nous avons eu plus de
ſoin des noſtres , mais on les
faifoit retirer du combat à
meſure qu'ils eſtoient bleſſez,
& on les tranſportoit en des
lieux de ſeureté. Comme la
politique des Ennemis eft de
G4
152 BATAILLESO
cacher toujours leurs deſavantages
le bruit ſe répandit
à Liege que M. de Valdec
avoit gagné une grande Bataille.
On y chanta auffi -toft
leTe Deum. Cependant peu
de temps aprés on y vint rapporter
tout le contraire , ce
qui chagrina fi fort Mrs. de
Liege', qu'ils firent emprifonner
celuy qui avoit apporté
cette nouvelle. Le caractere
des François eſt bien
different; ils rendent juſtice
à tout le monde , & particulierement
aux braves, aimant
la valeur juſque dans leurs
Ennemis meſmes. On le voit
DE FLEVRVS. 153
par les Eloges qu'ils ont faits
dans toutes leurs Relations,
de ceux qui ont bien combatu
dans l'Armée de M. de
Valdec , & je ne ſçay meſme
ſi l'eſtime qu'ils font des gens
de coeur ne les a point fait
aller trop loin . 4
A peine la Bataille eutelle
eſté gagnée , que M. de
Luxembourg. choiſit M. le
Chevalier de Vandoſme ,
Grand Prieur de France,pour
en aller porter la premiere
nouvelle au Roy, & luy en
faire un détail de vive voix.
Sa naiſſance ne fit point tomber
ce choix fur ce Prince ,
GS
154 BATAILLE
mais M. de Luxembourg l'ayant
veu par tout pendant la
Bataille ,& fçachant qu'il en
avoit obſervé tous les mouvemens
, crut que perfonne
n'en pourroit rendre un plus
fidelle compte à Sa Majefté.
L'éloge qu'on a fait del'Armée
Ennemie me donne ſujet
de croire que vous ferez
bien- aiſe de voir iciune Lifte
de ſes Troupes.
६
PREMIERE LIGNE.
Dragons de Lippe 2. Efc.
Grenadiers Anglois à cheval , 1. E.
Gardes du Corps Anglois à chev.1 E.
CavalerieEſpagnol. 3E..
Anhalt , Infanterie Bar.
DE FLEVRVS. 155
VVimberg , I B.
Rheingrave , B.
Berlo , Cav. I B.
Faliſe , cy-devant Holſteis , I B.
Valdech, IB.
1
Marelboroug , Anglois.
I B.
Falmuche , Anglois , 1B.
Hules, Anglois , 1B.
Coliard , Anglois ,
1B.
Masbury , IB,
Biremtord , Allemand , I B.
Holles,Anglois , 1 B.
Dortling de Brandebourg , IB.
Ailva , B.
Valdec , IB.
Opdam , 2E.
PrinceCharles de Brandebourg , 1 B.
Benting ,
Hagendfom ,
Tilly,
Trucſes,
Bulo ,
Vebbenum,
De Vede ,
De Vede ,
Oxford.,Anglois.
2E.
B.
2.E.
2.E..
1B.
2Ε.
E.
B
B
G6
156
BATAILLE
-
SECONDE LIGNE .
Cavalerie Eſpagnole , SE.
Du Theil , 1B.
Naſſau Veilburg , 3 E.
Amelucert , A 1B.
Erfa , 2E.
Naſſau , General de la Cavalerie, 2 E.
Schomberg , Anglois ,
Churchel , Anglois ,
Fitz Patrich ,
Hooge;
Offarel ,
Svverin , Heſſois ,
Grand de Brandebourg ,
Birchenfeld ,
Frince de Nallau ,
Flodorf,
1B.
IB.
IB.
B.
B.
1B.
1.B.
1B.
L.B.
2Ε.
Compagnies de nouveles levées , 1 E.
Fagel ,
Saxe-Gotha ,
B
2E.
B. Covverden.
Heiden ,
Naffau ,
2E.
2E.
Troupes de Lunebourg. Dragons de
Francs- Regimens de quatre ComDE
FLEVRVS . 157
A
pagnies de cent hommes chacune.
4Ε.
Regimens de cinq Compagnies de
120. hommes chacune.
Boiſdavid , 1.B...
Netelhort , 1B.
Escadrons de cinquante hommes.
Linſtravy , E.
La Mothe , IB.
Cavalerie , 9200. hommes.
Dragons 1400
Infanterie , 27200.
Le tout monte en ſemble à 37800. h.
;
Cette Armée reçut un
renfort de quelques Regimens
avant le Combat, mais
je n'en ſçay pas les noms.
Quoy que M. de Valdeceût
une Armée nombreuſe , &
compoſée de bonnes Troupes&
qu'il les euſt aſſeurées
158 BATAILLE
qu'il battroit par tout les nôtres
, il eſt ſi dangereux de
combattre contre des François
, qu'on affeure qu'il n'avoit
aucun deſſein de le faire
; qu'il creut d'abord quif
n'avoit qu'à tenir teſte àun
gros détachement , & qu'il
ne s'apperçut que M. de Luxembourg
vouloit donner
laBataille , que lors qu'étant
attaqué en front & en flanc
fans l'avoir preveu , ilne fut
plus en pouvoir de la refufer
; mais tout ce qu'il peut
dire ne ſert qu'à faire mieux
paroiſtre le merite & la gloire
de ce General , puis que
4
DE FLEVRVS .
159
toute l'Armée convient que
la ſeule manoeuvre qu'il
a faite nous a donné la Victoire.
Aprés vous avoir envoyé
une Relation tres curieuſe
par le grand nombre de circonſtances
qu'elle contient,
je vous en envoye une plus
courte , qui ne coûte pas
moins de travail. Elle parle à
la veuë , pour ainſi dire , &.
l'onyvoit preſque d'un coup
d'oeil ce qu'on n'a pu expliquer
que par un volume entier.
Vous verrez tout cela
en racourcy dans ce que
contiennent les renvois des
160 BATAILLE
chiffres qui font marquez ſur
l'Eſtampe que vous trouverezicy.
1. Redoutes qui défendoient le
paſſage de la Sambre.
2. Paſſages des Troupes, qui les ont
emportées.
3. Les Ponts qui furent faits après
Laprise de ces Redoutes.
4. Chasteaude Froidmont.
5. Bataillons de la Garnison de
Namar poſtez dans les hayes qui
alloient aux Ponts.
6. Gros Bagages de l'Armée qu'on
laiſſa en deçàde la Sambre, gardezpar
undétachement de Troupes.
7. Pont de pierre appellé Pont d'Orme,
fur lequel l'Armée paſſa te
30. de Juin , après avoir campe
DE FLEVR VS. 161
ta nuit à la droite de Froidmont.
3. Marche de l'Armée du Roy fur
cinq colomnes , pendant laquelle
Mr de Luxembourg fut averty
que la Cavalerie ennemie estoit
entre Fleurus & les hauteurs de
Velaines ,fe mit aprés les Dra
gons,où noſtre Cavaleriele joignit
aumesme endroit 12.au delà du
quel estoient les Ennemis au
m.Sme lieu marqué z .
14. C'est l'endroit où noſtre Infanterie
estoit en bataille pen.
dant que la Cavallerie estoit
aux mains .
15. Marche de l' Armée du Roy fur
cinq colomnes allant droit à
Fleurus le premier fuillet au matin.
Sur le rapport des Officiers qui
avoient reconnu les Ennemis , M.
162 BATAILLE
de Luxembourgrefolut de les enveloper,
& pour couvrir ſon deſſein, it
leur fit face en mettant en bataille
au lieu 16. une partie de l'Armée
depuis s . Amant jusqu'à Fleurus ,
Pendant qu'ilfit prendrela gauche
del'Armée au lieu marqué 17. à
M.de Gournay pour allerjuſques au
Ruiffeau d'Heppenies marqué 18.
&Mrde Luxembourgprit la droise
19. qu'ilmenaàla gauche des
Ennemis 20. paſſant au deſſus&au
deffous du Chafteau de Ligny ,fur
les Ponts 21. qu'il fitfairepar des
Piquiers àla faveur d'une hauteur
marquée 22. qui le couvroitdes Ennemis.
Il continua sa marche 23.
jusques à Marbais, malgré un mauvais
chemin plein d'étangs & de
Ravins , & y estant arrivé , ilfit
monterſes troupes fur la hauteur,&
elless'y trouverent en bataille 24.
DE FLEVR VS. 163
MrdeGournay qui avoit la gauche
fe trouva de mesme à leur droite.
25. Les Ennemissurpris dese voir
tout d'un coup envelopez, reculerent
leur gauche à iarbais , par
une Plaine un peuenfoncée dans le
milien , &se rangerent sur deux
lignes 26. qu'ils fortifierent de
Leur corps de reserve. 27. pendant
que noftre droitese mettoit
en bataille. Monfieur de Lu-.
xembourg profita dece mouvement,
&fitdonnerfiàpropos& avec tant
de vigueur sur leur aifle gauche
que toute la Cavalerie fut défaite
&obligée defe rallier derriere l'Infanterie
Mr de Gournayqui avoit
ordrede donner en mesme temps de
fon costé, chargeasivigoureusement
l'aifle droite qu'elle plia aussi. Mr
de Valdec voyant ce defordre ,&
fon infanterieenproye &abandon164
BATAILLE
née , fit revenir à la charge lesval.
liemens de Cavalerie pour la foûte.
tenir , pendant que quelques Batail
lons & Escadrons de noſtre droite
chargeoient encore les leurs qui ne
s'étoient pûretirer de l'envelope,&
qui furent défaits enſe retirant en
tres mauvais ordre , lors que quelques
autres de leurs bataillons faifant
bonne contenance , revinrent
encore à la charge, mais nostre Infanterie
s'eftant pointe ànoftre Cavalerie,&
ajaneſté miseenbataille
fur les deux lignes 28. opposées aux
leurs 25: qui s'estoient valliées , une
déroutegenerale devint ensuite une
bataillerangée. L'on donna de toutes
parts avec une chaleur qui les
obligea de fuir &de tout abandonner.
Noftre victoire les mit dans
un tel desordre , qu'ils oublierent
trois de leurs meilleurs Bataillons
DE FLEVR V S. 165
qui estoient dans les Jardinages de
Saint Amant 30.
no Lelieunde Fleurus où ce
Combat s'est donné ,reſtoit
déja confiderable dans l'Hiſtoire.
Le 29. Aouft 1622. il
s'yidonna une Bataille, l'Armée
Allemande commandée
par le Comte Ernest de
Mansfeld , & le Prince Chriſtien
de Brunſvic Volfenburel
, Evefque d'Harbeſtad ,
contre l'Armée Eſpagnole ,
commandée par DomGonzales
de Cordouë.oll demeuera
quatre à cinq mille morts
fur la place Chacun fe dong
166 BATAILLE
na le gain de la Bataille , où
l'Eveſque ayant eu le bras
caffé , il falut le luy couper;
mais laplus cómune opinion
eft ,que les Allemans furent
batus. Quelque celebre que
foit cette Bataille , elle l'eſt
bien moins que celle qui ſe
vient de donner dans le mefme
lieu , puis qu'encore que
toute l'Armée ait veritablement
paru Françoiſe , par
l'intrepide valeur qu'elle a
fait voir , preſque toutes les
perſonnes d'un rang diftingué
s'y ſont fait remarquer
par des actions particulieres
dignes d'une immortelle me
DE FLEVRVS. 167
moire. Je vais vous en rapporter
quelques-unes mais
je croy vous devoir parler
auparavant du General qui
leur a donné lieu de meriter
cette diſtinction. Tous ſes
pas ont eſté utiles depuis
qu'il s'eſt mis à la tére des
Troupes , & fa route vers
Gand en ouvrant la Campagne
, ne devoit guere faire
foupçonner qu'il duft gagner
une bataille à Fleurus.
On pourroit preſque dire
qu'il en a gagné trois ; du
moins eft-il feur qu'il a remporté
pendant trois jours de
fuite des avantages confide-
ة م ي م ع ت ل ا
168 BATAILLE
rables for fes Ennemis.
a paffé une Riviere dont on
avoit rendu les bords impraticables
,&ill'a fait devant
une Armée nombreuſe. Il a
forcé des redoutes pris des
Chaſteaux & donné des
combats , qui dans le temps
que les Armées n'eſtoient pas
figroffes,auroient paffé pour
des Batailles. Le jour,qu'il
batit M. de Valdec , ille fit
tenir en bataille toute la nuit
precedente , & toute la matinée
, ce qui marque que
l'on n'oſoit l'attaquera Pendant
tout ce temps ,ce General
qu'on dit ſi rufé,oublia
tout
DE FLEVRVS. 169
tout cequ'il ſçait du meſtier
de la Guerre, puis qu'il laiſſa
faire à M. de Luxembourg
toutes lesmanoeuvres necef
faites pour le batre , de forte
qu'on cuſt dit qu'il nes'eſtoit
mis en bataille de ſi bonne
heure, que pour donner lieu
del'obſerver , & de prendre
de juſtes meſures pours'affurer
la victoire. Il faloir du
temps pour cela.Monfieur de
Luxembourg n'en manqua
pas , M. de Valdec luy en
ayant donné autant qu'il en
pouvoit ſouhaiter pour faire
de longues marches , afin de
Fenvelopper. M. de Luxem-
H
170 BATAILLE
bourg étant venu à bout de
fon deſſein vit bien que les
Ennemis eſtoient perdus ; il
dit mefme à ceux qui eftoient
autour de luy, la furpriſe
où ils alloient eſtre ,
les mouvemens qu'ils feroient
, & la certitude qu'il
avoit de les barre. Le combat
ſe dorna,& tout ſe paſſa
comme ceGeneral l'avoit dir.
Il eſt vray qu'il n'oubliarien
pour le faire réüffir , & que
pendant toute laBataille, on
le vit par tout,agiſſant de la
teſte , de la voix & de la
main.
On peut dire de Mile Duc
DE FLEVRVS. 178
duMaine qu'il fut veritablement
l'ame de la Cavalerie
qu'il commandoit. On le vit
à la teſte de tous les Eſcadrons.
Il ne ſe contenta pas
de donner des ordres avec
toute la capacitéque peut ac.
querir la plus longue expetience
,quoy que ce fuſt la
premiere Bataille rangée où
fon âge luy euſt permis de ſe
trouver mais il chargea plufieurs
fois ,& alla par tout ,
où il crut qu'il devoit eſtre.
Pluſieursde ſes Officiers tuez
ou bleſſez à ſes côtez , font
affez voir qu'il ne fut pas
toûjoursenſeûretéde ſa vie.
H 2
174 BATAILLET
On eut beau luy faire connoiſtre
lepril, ce fut le moyen
de l'engager davantage à le
chercher. C'est un vray Heros
que co jeune Prince,
quoy qu'il n'ait encore que
l'âge qu'il faut pour.com.
mencer à le devenir. M. le
Duc de Luxembourg ,auffi
occupé à le conſerver qu'à
gagner la Bataille, fut obligé
pluſieurs fois de le faire
retirer des endroits où il le
vit trop expoſé,en luy faiſant
comprendre que ſa preferice
étoit neceſſaire en d'autres
endroits. F :
Male Duc de MontmoranDE
FLEVR VS. 173
cy fut doublement occupé
durant , toute la Bataille ;
pendant que fa valeur agiffost
contre les Ennemis, fon
eſprit eſtoit attentif à examiner
tous les mouveniens que
faiſoit faire M. de Luxembourg
, afin que ſçachant
déia vaincre en Soldat , il
apprift à triompher en grand
Capitaine
M. de la Rocheguion fit
une action qui marque beaucoup
d'intrepidité , de prefence
d'eſprit , &de conduité.
Ayant veu ſon Bataillon
attaqué par deux Bataillons
adas Ennemis ; il le pratagea
H 3
2
174 BATAILLE
en deux,& en ayant fait ainh
deux Batrilons , il ſe mit à la
teſte de l'un; &pouffa & battit
les deux Bataillons qu'il
avoit en teſte .
Quoy que M. le Comte
-d'Albert, fils de M. le Duc de
Luines , qui estoit du détachement
que M. de Bouflers
envoya à M.de Luxenbourg,
cuſt le fiévre quand leCombat
ſe donna , & qu'il euſt
par là un pretexte legitime
pour s'en abſenter,il ne laiſla
pas de s'y trouver& fit tout
ce qu'on pouvoit attendre
du courage le plus intrepide.
Un Officier des Ennemis
DE FLEVRVS. 175
ayant connu à fon air que
c'eſtoit une perſonne diftinguée
, ſe détacha , & pouffant
vers luy à toute bride,
il luy lâcha un coup de piſtoler
dans les reins à bout
portant, & s'enfuit: Ce jeune
Seigneur , quoy que bleffe,
le pourſuivit juſqu'au milieu
d'un ſçadron Ennemy , luy
enfonça ſon épée juſqu'à la
garde , & le laiſſfant mort ,
il ſe retira , aprés avoir encore
receu un coupde piſtolet
dans la main ,& un coup de
fabre qui luy coupa la manche
de fon juſte-aucorps , &
bleſſa fon cheval à l'épaule.
H4
176 BATAILLEI
Il retourna encore une fois
à lacharge , à la teſte d'un
autreRegiment,maisvoyant
enfin que les forces luy manquoient
, il ſe retira pour ſo
faire penſer , Lepremier foin
quil eut , aprés celuy de fa
confcience , fut d'ordonner.
qu'on fourniſt à ſes depent
aux Soldats bleffez de fa
Compagnie, tout ce qui leur
feroit neceffaire,
Lepre
M. de Clerbourg, Capitai
ne dans le Regiment Royal
Etranger , & commandant
un Efcadron, alla à la charge
pluſieurs fois , & n'ayant pu
ébranler un bataillon Suć
DE FLEVRVS. 177
dois qu'il vouloit rompre , il
chargea l'eſcadron qui estoit
auprés , le renverſa & le mit
en fuite. M. de Luxembourg
qui venoit de la droite àla
gauche pour voir en quel
eſtat tout estoit , trouva ce
Capitaine , qui en luy montrant
le Bataillon qu'il n'avoit
pû rompre , luy dit que
c'eſtoient de braves gens qui
eſtoient fermes. Ce General
jugea à propos d'envoyer le
Trompette de l'escadron less
ſommer de mettre les armes
bas , en leur promettant de
leur fairebon quartier. L'OFfre
qu'il leur fit ne les ayant
H
1
13 BATAILLE 7
point touchez , il alla luy
mefme à toutes jambes faire.
avancer de l'Infanterie & de
la Cavalerie. Comme on les
chargea de toutes parts , ill
furent défaits entierement ,
& paffez tous au fil de l'épée.
M. de Clerbourg recent en
cette occafion une legere.
bleffure à la main.
M. le Marquis de Langallerie
, Colonel du Regiment
de ce nom , ayant elté
commandé pour le Corpsde
referve trois jours avant la
Bataille , s'échappa pour demander
à M. de Luxem
bourg permiffion de com-
E
DE FLEVRVS. 179
battre à la teſte de ſon Regiment
, qui naturellementdevant
eſtre àllaa ſleeccoonde ligne,
s'eſt toûjours trouvé à la premiere
, & a battu les Ennemis
en trois charges differentes.
CeColonel a eu fon cheval
tué ſous luy & fon chapeau
percé de deux bales. M.
le Chevalier des Couleurs ,
fon Oncle , Major de ce
meſme Regiment , fut tué
dansl'une de ces charges ,
aprés avoit donné des mar
ques de la bravoure.
L'action de M. le Comte
d'Iliers de la Gendarmerie a
paru d'une intrepidité extra-
H6
180 BATAILLEO
ordinaire.Ce Comte voyand
ſon Etendard pris , ſe déta
cha avec deux Chevauxle
gers ſeulement ,& falla te
prendre au millieu d'un Efca
dron Ennemy. Ne trouvant
plus le ſien à fon retour,il fer
mit à la teſte d'un autre do
Cavalerie legere ,& chargeal
de nouveau les Ennemis
quoy qu'il fuſtbleflé endeux
endroits.
Il n'est pas neceſſaire de fai ...
re toujours des actions ex
traordinaires pour ſe diftin
guer ,& quand ceux qui oc
cupentoles grands poftes
rempliffentparfaitementleur
DE FLEVRVS.
devoir,iln'yapointde loüan.
ges qu'ils ne meritent , puis
qu'aprés le General, ils don
nent l'ame à un combat , &
que c'eſt ſouvent de leurs
mouvemens, &de leur intre
pidité que dépend le gain!
d'une Bataille. Male Ducde
Choiseuil & Mode Mone
trevel ont beaucoup contri
bué àfaite gagner celle de
Fleurus ,& toutes les Rela
tions en parlent avec élo-
- Les Aidesde Camp deM
dol Luxembourg qui font en
grand nombre,&d'unequa
lice diftinguée , ont tous efté
182 BATAILL 4
à la charge avec tous les
Corps auprés deſquels ils ſo
font trouvez , & fur tout M.
de la Rochebaron, de la
Maiſon de la Rochefoucault,
quiayant chargé avec
lesGrenadiers,& tous les autres
Corps de Cavalerie jufquesà
cinq ou fix fois , a tué
pluſieurs Officiers des Enner
mis & fait un Colonel pri
fonnfermos de us
-M. de Laignon , qui com
mande une Compagnie de
Gendarmes , merite uneplaee
diſtinguée parmy tous les
braves de ceCorps . Ondonne
auffi beaucoup de àloian..
DE FLEVRVS. 1834
ges à M. de Seguran , qui
commande les Gardes Franet
çoiſes, à M. de Saillant, Capitaine
desGrenadiers du mefme
Corps,& à M. de Carman,
Capitaine dans le meſme Regiment
, qui ont tous com->
batu avec diftinction. Ilyen
aune infinité d'autres que je
ne vous nomme point, faure
de remps , & de place. C'eſto
cequi m'oblige de finir aprés
que je vous auray parlé de
quelques morts de diftinctio
qui ont acheté par leur fang
la place qu'ils merítent dans
Hiſtoire. Pou antokb
M. de Gournay , Licutes
184 BATAILLEG
1
nant General, étoit un hom
me fort attaché au ſervice,
qui faiſoit plus parler de luy?
à l'armée qu'à la Cour,& qui
s'eſt beaucoup ſignalé dans
ce dernier combat , ainfi
qu'en mille autres occaſions.
Il eſtoit d'une nobleſſe forc
diftinguée ,& de l'ancienne
Chevalerie de Lorraine. Il you
en avoit quatre Famille originaires
de Mets,& ceComte
eftoit de l'une de ces quatre,
Sa femme dont il eſtoit pas
rent, ſe nommoit de la Rache
Seſtoit de l'une des troisi
autres Maiſons de cette anticienne
Chevalerie de LorDEJELEYRVS.
185
raine dont je viensde vous
parler. Il a laiſſe deux gar
çons , l'un d'épée & l'autre
d'EglifeTobojo al ab so
M.du Mets, LieutenantGe
neral des Armées du Roy&
de l'Artillerie , Gouverneur
desVille&Chaſteau de Gra
veline , eſt mort glorieufel
ment dans cetre Bataille , &
comme ſa modeſtie n'a pas
permis qu'on parlaft de luy
pendant la vie dans les oc
cafions qui s'en ſont offertes,
jedois luy rendre juſtice en
vous apprenant qu'il prit dés
fes plus tendres années à
l'exemplede fes Ancétres,la
186 BATAILLE
১
profeffion des Armes que
Jacques du Mets fon Pere
mort en 1669. dans l'exercice
de la Charge de Treſorier
des Parties Cafuelles , avoit
quittée en 1632. Il fit ſa pre
miere Campagne en 1655.
dans le Regiment de la meil
leraye, ſervit dans l'Artille
rie en 1616. au fiége de Valancienne.
& fut bleſſe l'année
fuivante au ſiege de S.
Venant, d'un coup de canon
au viſage,qui futune des plus
grandes & des plus extraordinaires
bleffeures qu'on ait
veuës ; & dont il a porté de
gloricuſes marques le reſta
DE FLEVRVS. 187
de ces jours. Il ſe ſignala en
1677.dans les fieges deTournay
,Doüay, Lifle & Oudenarde
en preſence du Roy
quien 1668 le fr Lieutenant
General de l'Artillerie dans
les Provinces de Picardie,
Flandre , Artois , Hainaut ,
Pays conquis& reconquis.11
la commanda en 1672. dans
les fiéges de Vveſel , Nimegue
, Grave , & autres Places
deHollande, & fe diftingua
en celuy de Maſtric en 1673.
Depuis ce temps - la il s'eſt
trouvé àtous les lieges ,&à
toutes les batailles qui ſe
font données en Flandre. Il
188 BATAILLEC
cut la jambe percée de part
enpart àcelle Senef , d'un
coup de pistolet , & receur
un coup de Mouſquer à la
cuiffe dans celle de S. Denis.
Le Roy le fit Mareſchal de
Camp, & luy donna le Gouvernement
de la Citadelle de
Lifle en 1680. & celuy de
Graveline en 1684. Il fut fait
Lieutenant General de ſes
Armées en 1688. & il a fini
ſa vie dans la fameuſe journée
de Fleurus , pleuré des
fiens, aimé des ſoldats, chery
des Officiers , regretté de
tout le monde ,& du Roy
meſme qui l'a honoré de fon
eftime..
DE FLEVRVS. 189
La Charge de Maréchal
des logis de l'Armée qu'avois
M. Deſcures ,eſt une Charge
de distinction ,& l'on arrive
rarement à ce grand Poſte
fans s'eſtre ſignalé en beau,
coup d'occaſions, MyDeſcu ,
res eſtoit petit fils du fameux
Deſcares ,qui avoit la Char
gedeMarefchaldes Camps &
Armées du temps d'Henry
IV. Il y en a cu pluſieurs de
ce nom qui ſe ſont rendus
recommandables.
M. le marquis de Soyscourt,
Colonel du Regiment
deVermandois,& M. le Chevalier
de Soye- court , Capi190
BATAILLE
6
taine - Lieutenant des Gendarmes
de Monſeigneur le
Dauphin , estoient freres , &
fils de M. de Belleforiere ,
Marquis de Soyecourt,Commandeur
des Ordres du Roy,
Grand Veneur de France , &
de l'une des meilleures Maifons
de Picardie , &de Maric
Renée Longueil de Maiſons.
Ils n'ont rien negligé , dés
qu'ils ont eſté en âge de le
pouvoir faire, pour ſe diftinguer
parmi les gens de leur
qualité , & l'on doit croire
qu'ils ne ſe ſeroient pas fitoſt
laſſez dedonner des marques
de leur zele , & de leur
DE FLEVRVS. TOT
valeur que l'on avoit éprouvée,
s'ils n'euffent pas eftétuez
aprés avoir fait tout ce qui
pouvoit confirmer les eſpe-
Tances qu'on en avoit juftament
conceuës.
M. de Verderonne , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes
de Monſeigneur , avoit
eſté nourri Page de la
grande Ecurie. Il eſtoit du
Vexin,& perit fils de M. le
Chancelier d'Aligre. Il avoit
de la valeur , & du ſervice ,
& s'étoit diftingué dans toutes
les dernieres guerres .
Monfieur le Marquis de Villarceaux
étoit de l'illustre
ود BATALHET
& ancienne Maiſon de
Mornay , dont les Hiftoiros
de Froillard ,& les memoires
de Mr du Tillet font d'amples
remarques. M. du Plefis-
Mornay , fi connu fous Henry
IV. eſtoit cadet de Pierre
de Mornay Marechal des
Camps & Armées du Roy,
Chevalier de ſes Ordres , &
Gouverneur de lifle de Frangeaiſne
de cette Maiſon. M.
le Marquis de Villarceaux
qui vient d'eſtre tué , eſtoit
Capitaine Lieutenant des
Chevaux-Legers de la Garde
deMonſeigneur le Dauphin.
Il avoit chargé cinq ou fix
fois
DE FLEUR VS. 1935
fois les Ennemis , & les avoit
toujours rompus. Enfin s'étant
mêlé avec eux à la derniere
charge , il y fut enveloppé
& n'en revint point.
Il s'eſtoit diſtingué la veille
au premier Combat ,& avoit
eſte nommé pour commanderlaGendarmerie
le lendemain.
Il fit la Campagne de
Hongrie à l'âge de dix huit
ans , & ſe ſignala à la Bataille
de Saint Godard. Depuis
ce temps là , il n'apas
manqué une Campagne. Le
Roicrea en ſa faveur lacharge
de Sous-Lieutenant des
Chevaux-Legers de Monfci-
)
194 BATAILLER
gneur. Il reçut un coup de
fabre au milieu du front à
la Bataille de Caſſel à la reſte
de la compagnie , dont il
fut fait capitaine Lieutenant
àla fin de la Campagne.Son
Eſcuyer a rapporté les clefs
qu'il avoit dans ſa poche ,
que Mr de Valdec a ren--
voyées àMonfieurdeLuxembourg
, &l'on affeure qu'il a
fait punir ceux qui l'ont tué
aprés l'avoir pris. Le Roy cftant
fatisfait de ſes ſervices, a
receu Mr de Villarceaux fon
pere avec beaucoup de bonté,
& luy a donné fa Charge.
Feu Mr'de Villarceaux jorg
DE FLFUR VS.
noit à la valeur beaucoup de
politeffe. Il avoit eſté fait
Chevalier de l'Ordre dans la
derniere Promotion ,M. le
Marquis deVillarceaux fon
Pere ayant fupplié le Roy de
vouloir donner à ſon Fils
cette marque d'honneur!,
dont Sa Majesté vouloit recompenfer
les ſervices qu'ila
rendus à la Guerre , & dans
JesautresCharges qu'il a euds
dans la Maiſon Royals, par
ce qu'étant retirésdans fa
maiſon deCampagnepourly
vivre en Philofophe, il ne
fongeoit plus à ſe montrera
laCour que pour venit af
12
196 BATAILLE
ſeurer Sa Majesté de la continuation
de ſon zele..
Mrde Sallard, Capitaine
Lieutenant des Gendarmes
de Monfieur , eſtoit à la Bataille
de Saint Godard ; ainfi
Ton peut dire qu'il eſtdepuis
long-temps dans le ſervice.Il
a eſté Officier aux Gardes ,
&Monbeur l'honoroit de
fon estime& de ſes bienfairs, >
Il eſtoit parent de Mr le Maréchal
de Gramond.
Mr de Bertillac , Colonel
du Regiment de ce nom,
eſtant encore fort jeune avoit
peu de ſervice ; mais il
avoit beaucoup de valeur ,&
DE FLEVRVS. 197
marchoit ſur les traces de M.
de Bertillac ſon Pere ,Maréchal
des Camps & Armécs
duRoy. Son Grand pere.cydevant
Garde du Trefor
Royal,& Tréſorier de la Maiſon
de la feuë Reyne Mere
du Roy , eſt estimé pour ſa
grande probité.
Mr le Comte de Seaux ,
Colonel du Regiment de
Champagne,eſtoit le dernier
des Fils de feu M Colbert. 11
donnoit degrandes eſperances
ayant déja fait paroiftre
beaucoup de courage. Il avoit
de l'eſprit & de l'honneur,&
s'attiroit la bienveil
4
198 BATAILLE
lance de tous les honneſtes
gens.
M.de Nogaret estoit fils de
N... Louver de Marat & de
Nogaret, Marquis de Cauviſſon
, l'un des Lieutenans
pour le Roi au Gouverne
mens de Languedoc , & de
Madelaine de l'Ile Marivaux
Il avoit de l'eſprit&du
coeur , & Monseigneur le
Dauphin l'honoroit de fon
eſtime.
Quelque fuperieurs que les
Ennemis puiſſent eſtre en forces
, il eſt impoſſible qu'ils gagnentjamais
une Bataille complette
contre les François. La
nobleffe dontils connoiſſentle
DE FLEVRVS. 199
coeur , perdrala vie avant que
de ſouffrir qu'ils s'emparentdu
Champ de Bataille , & les Soldats
encouragez par l'exemple
des Officiers , & animez du zele
qu'ils ont pour leur Prince , &
pour leur Patrie , combattront
toujours avec une ardeur tou
te Françoiſe. La fatisfaction
qu'en ale Roy , luya fait dite:
Qu'il estoit heureux d'estre Souve
rain d'une Nationfi belliqueuse,&
qu'iln'avoit point de meilleurs &
de plus fidelles Alliez quefosSujets
Celadoitétonner ceux qui ont
crut que la France ſuccombe
roit dés qu'elle ſevoit abandon.
néede les Alliez .On peut dire
que la Bataille de Fleurus eft
doublement glorieuſement và
SaMajesté , puis qu'on n'apref
11
200 BATAILLE
que vaincu que des Ennemis
de la Foy. Ils eſtoient ſecondez
par les Eſpagnols , qui travaillent
à faire fleurir la Religion
Proteftante , & à ruiner
la Catholique dansdes Royaumes
entiers. Pendant que leur
Inquifition en Eſpagne , mene
en triomphe quelque malheureux
proteſtans. Le Clergé
Eſpagnol n'eſt pas fatisfair de
cetteGuerre, puis que Sa Majeſté
Catholique ayant deman.
dé , qu'il imitaft celuy de France ,
en luy donnant quelque somme ,
a répondu , qu'ily avoit bien de
la difference: que l'argent que don
noit le Clergé de France , estoit pour
defendre la veritable Religion , &
que celuy qu'on leur demandoit estoit
pour ladétruire
BRITISH.
9 OC 76
MUSEUM
11
DE FLEURUS. I
Il n'y a point de Nation au
monde , où l'on déguiſe moins
la verité qu'en France,& comme
on n'y diminuë point les
pertes qu'on fait , on n'y groffit
point les avantages qu'on rem
porte. On cacheroit dans d'autres
Etats les noms d'un auſſi
grand nombre de Morts & de
Bleſſez , que vous en allez lire,
mais outre que ce grand nombre
n'arien de honteux quand celuy
des Ennemis eſt infiniment
plus grand , il eſt juſte de faire
connoiſtre ceux qui ont ſi vaillamment
combatu , & de ne pas
priver la poſterité du plaific
qu'elle doit avoir d'apprendre
**leurs noms. C'eſt un avantage
pour leurs Familles que de pouvoir
compter des Anceſtres qui
ont prodigué leur ſang , pour la
veritable Religion , pour leur
A
2 BATAILLE
Prince , & pour leur Patrie ,
&c'eſt par oùexciter leurs Defcendans
à ſe montrer dignes
d'eſtre ſortis d'eux. L'égard qu'-
on doit avoir à cela, pour ne dé .
rober la gloire à perſonne , eſt
cauſe que loin d'avoir affoibly
le nombre des Bleſſez , on en
a mis dans la Liſte qui ne le ſont
que tres legerement. Si les Ennemisen
ufoient avec la mesme
franchiſe , il faudroit des Volumes
entiers pour contenir les
noms deleurs Morts & de leurs
Bleſſez , quoy que leurs Compagnies
qui font une fois auſſli
remplies que les noſtres,n'ayent
pasun plusgrand nombre d'Offiers
, fans quoy ils en aurolent
eu beaucoup davantge;
mais il faut qu'en leur place il
y aiteu quantité de braves Soldats
tuez . A l'égard des noms
BRITISH
R
MUSEU
DE FLEURUS.
3
propres , comme il eſt impoffible
de deviner ceux qui ne
ſont pas écrits d'un caracte aſſez
- bien formé, les intereſſez excuferont
s'ils en rencontrentquelques-
uns défigurez . On pretend
meſme qu'on en marque
de tuez , qui ne font que
priſonniers , & de bleſſez qui
ſe portent bien , mais on n'en
dit point les noms , ce qui
m'empeſche de rien changer
dans la Liſte.
A A
BATAILLE
ETAT DES OFFICIERS
de Gendarmerie & Cavalerie
tuez ou bleſſez à la Bataille
de Fleurus le 1. Iuillet 1690.
OFFICIERS GENERAUX.
Mrs de Gournay , Lieutenant
General , tué.
Du Mets , L. General , & L.
general d'Artilerie , tué.
De Vivans ,
Camp , bleffé.
Maréchal de
De Ximenes , Brigadier d'Infanterie
, bleffé.
Dalegre , Brigadier de Dragons
, bl.
De Castres , Brigadier d'Infanterie
, bl.
Des Cures , Maréchal des logis
de l'Armée , tué.
DE FLEURUS . 5
GENDARMERIE .
Morts.
Mr La Rouay , Enſeigne.
Depucy , Maréchal de logis.
Blanſac . Sousbrigadier .
Langelier Brigadier.
Dom Pedro , Mare. des Logis .
Le Chevalier de Soyecourt ,
Capitaine Lieutenant.
Le Marquis de Verderonne,
Capitaine Lieutenant .
Le Marquis de. Villarceaux ,
Capitaine Lieutenant .
De Salar , Capitaine L.
Dugué , Mareſchal des Logis.
De Sautour , Mareſchal des L.
BLESSEZ.
De Leſtrez , Marechal des L.
Mal- Maiſon , Sousbrigadiere.
Mineur , Marechal des Logis.
Livarot; Sous- Lieutenant :
De Marſin , Cap . L.
Petit , Mareſchal des Logis.
A 3
6 BATAILLE
La Riviere , Guidon .
Beauvel , Brigadier.
Boulon , Enſeigne.
Saint Luc, Mareſchal des L.
La Bertonniere , M. des L.
Blonſac , M. des Logis .
La Raſe , Sous Brigadier .
De Villiers , Sous -Brigadier-
REGIMENT
Etranger.
ROYAL
MORTS .
Maiſon - ville , Capitaine.
Greiſtol , Capitaine .
De Planches , Lieutenant.
BLESSEZ .
Le Comte d'Albert , Cap .
De Brandins , Cap.
La Fillet Lieutenant.
Coupeſſard, Cornette.
Grandeveze , Cornette.
Couvigny , Cornette.
Deffencourt , Cornette.
De Genets , Cornette.
Peronel , M.des Logis .
DE FLEURUS . 7
Beaulieu , M. des Logis .
Le Chevalier de Creſſeil .
LOMARIA.
Morts.
Being ,Capitaine.
Liffac , Capitaine .
Larmont , Lieutenant.
Drabille , Lieutenant.
BLESSEZ.
Clermont , Major.
Deſpagne , Lieutenant.
Vigniole , Lieutenant.
Degremont, Cornette,
Saint Estienne , M. des Logis.
Saint Hierofme, M. de Logis .
La Chapelle, M.des Logis .
CHARTRES.
Morts.
Valcourt, Lieutenant Col.
Memeac , Capitaine.
Pradinet , Lieutenant.
Vouſy , Aide- Major.
Milliozé , Cornette .
E
A4
8 BATAILLE
Danguis , M. des Logis .
Petit , M. des Logis :
BLESSE Ζ .
Cailus de Fontange , Colonel
mortde ſes bleſſures .
Valon , Capitaine.
Courſais Major .
La Garde , Lieutenant.
La Briffoliere , M. des Logis .
Du Freſnoy , M. des Logis .
Varlofin.
MERINVILLE
Morts
Garencieres, L. Colonel.
Quelon , Lieutenant.
BLESSEZ.
Michel Lieutenant ,
Brion , Cornette.
Foncienet , Cornette.
Dantragues , Lieutenant .
DuPont , Cornette.
De Bolen , Colonel.
Vertugua , M.des Logis .
DE FLEURUS.
9
BERTILLA C.
Morts.
Bertillac , Clonel .
Monluc د Lieutenant Col.
Beauſſon , Major.
LaChaife , Capitaine.
DePrecy Cornette.
Le Chevalier de Barmont ,
Cornette.
Joüillac Cornette.
Barantin , M. des Logis.
BLESSEZ.
De Balen , Major.
Le Chev.de Biſſy , Capitaine
Ricarville , Capitaine.
Palieres , Lieutenant.
Bongard , Lieutenant
Le Chevalier de Tanus , Cornette.
Villars , Lieuterant .
Le Chev. de Culan , Cornette.
Boileau , des logis.
As
10 BATAILLE
ROY AL ROUSSILLO N.
Morts.
Deſpaliou , Capitaine.
DeChauſſerie , Lieutenant.
Jafferan , Cornette.
Bleffez.
Fournier , Lieutenant.
Brunet , Cornette.
Foreſtier , M. des logis.
CIBOURG.
Morts.
Rochefort , Captaine .
Caumont , Capitaine.
SaintGermain , Lieutenane
La Bourgiſe , Lieutenant.
De Creil Cornette .
De Laurier , M. des logis.
Bleffez .
Le Chevalier Deſcluſelle
Ayde-major.
Beſſons , Lieutenant .
La Barde Lieutenant,
,
Miramont , Corncite.
1
DE FLEURUS . II
La Beſſiere , Cornette.
Chevet , Cornette.
CRAVATE ROYALE.
Morts .
Goville , Lieutenant-Colonel.
De Lom- Naugaret , Capitais
ne
Dela Salle , Cornette .
Bleffez
Roucy , Colonel .
La Brille , Lieutenant..
Deſgremont , Cornette.
Beaufort , M. des logis .
Laillerie , M. des logis.
DV ROSEL.
Morts.e
:
4
La Chaiſne , Lieutenant.
De Termes .
Bleßez
Du Rouſſay ,Capitaine .
Verneüille, A yde-major .
Beauvais , Capitaine...
Longat ,Capitaine
A6
ii BATAILLE
Beduë , Capitaine.
Saint Primat.Lieutenant
Muron, Lieutenant.
De Pré , Lieutenant.
Gueſtron ,Cornette
La Badie , Cornette.
Le Chevalier de Lacq
DUMAINE.
Morts.
Chavancé , Colonel .
Deſtourneau , Cornette
Vilſecq ,Cornette
Bleffez
La Ferronnais , Major.
De Boure Capitaine ,
Le Févre , Capitaine,
De Peray , Lieutenant
Martin , Cornette.
Deſmarets , M. des logis.
QUOAD.
Morts.
Robert d'Eſpagne , Cap.
Villepech , Capitaine.
DE FLEURUS.
13
Charolles , Ayde major.
Saint Hircelles , Lieutenant
Bleffez.
Lusborg ,Capitaine .
Milly M. des logis .
Bertran , Capitaine.
Bernard , Capitaine.
La Pierre , Capitaine.
Quoad ; Major.
LEVIS
Morts.
Geneſt , Capitaine.
Darly , Lieutenant.
Lantage , Cornette.
Bleffez.
Montaigu , Capitaine.
Beaulicu , Ayde-major.
La Tour , Lieutenant,
La Foreſt , Cornette.
Roger , M. deslogis .
Sereau , M.des logis.
14
BATAILLE
DIMECOURT
Morts
:
Valligny , Major.
Touchereſne , Capitaine.
Du Pin .
De Sais .
: .
Dalaigne. Lieutenans.
La Fenon .
Dardenne.
Bonna fond , Cornette.
Poſtard , Cornette .
Saint Germain , M. des logis .
Bleffez.
Defoſſé , Capitaine.
Mery , Lieutenant.
Davou , Lieutenant.
Le Chevalier de Miromenil .
Cominges , Cornette.
La Foreft , Cornette.
Daubufſſon , M. des logis.
RO QUEPINE.....
Morts.
Croſſet ,Capitaine ..
DE FLEURUS .
Loiſier, Capitaine .
Malines , Lieutenant.
Moran , Lieutenant.
Bracq , Lieutenant,
Drigny , Lieutenant.
Comingis,Cornette.
Caravannes,M. des logis.
Roye , M.des logis .
Bleffez
DeBroffau. Lieutenant Col.
Du Buiſſon , мајог.
Bonis,Capitaine, priſonnier.
Dal , Capitaine.
Daucher , Capitaine..
Valentin , Lieutenant.
La Calpaffe , Lieutenant.
Du Pecy , Cornette.
Duché. Cornette.
Chevalier , M. des logis .
PHELIPPE AVX.
Mort.
Betaut, Cornette.
16 BATAILLE
Blesse.z
Imecourt , Major ,
Condé , Capitaine.
Blin , Capitaine
Blas , Lieutenant.
Gouvert , Lieutenant.
Goubeau ,Cornette.
La Pierre , Cornette.
Du Bois , M.des logis.
CONDE .
Morts
Migneau , Capitaine.
Solais , Capitaine- Lieutenant..
Bleffez.
Bruſſon , Capitaine.
Soules , Lieutenant.
De Leyrap ,
Barte , Aide-major..
Broſſard , Cornette.
Bourgant , Cornette.
De Laurie , M. des logis..
Foreville , M. des logis.
La Cour , M. des logis..
DE FLEURUS. 17
PRACOMTAL.
Morts.
Alexandre , Lieutenant .
Sales de Brie , Lieutenant.
Duretail , Lieutenant .
Bleffez......
Capdeville , Lieutenant Col.
Limane , Capitaine.
Pecche , Capitaine.
Douba , Capitaine.
Cauferran , Aide- major.
Cafaubon , Lieutenant.
Dautrives , Capitaine.
Dorigny , M. des logis.
S. Ollaire , M. des logis.
BOUFLERS .
Mort.
১
S. Remy , Maréchal des logis.
Bleffez .
Le Comte de Naſſau , Col.
S. Balmont , Capitaine .
Rouffy , Lieutenant.
Mouffy , Cornette.
38 BATAILLE
Le Maceu , Cornette.
Millain,M. des logis.
Du Monceau , M. des logis .
1
ROYAL ALLEMAND.
Morts.
Meuler , Colonel .
Fridemberg , Capitaine.
Bravert, Capitaine .....
De Guincenac , Lieutenant.
Ten , Lieutenant.
Hauſer , Lieutenant.
Lenish , Lieutenant.and
Bleter , M. des logis
Bleffex
Bolen , Colonel .
Bolen le Cadet , major.
Le Guain,Capitaine
Bielque , Capitaine.
Ranfperg, Capitaine.
Chemberk , Capitaine.
Nogent , Capitaine.
Croucanberg , Capitaine.
Fredeberg , Capitaine.
DE FLEUR U S. 19
Hanh, Lieutenant .
Ieunove , Lieutenant .
Groflo , Cornette.
- Zeuven , Cornette.
Niles , Cornette.
Godefni , Cornette...
Eſtein , M. des logis .
Cazacoski , M. des logis.
FVRSTEMBERG.
Morts.
Meulerſe , Capitaine.
Deſprez , Lieutenant.
Hotpen , Cornette.
Dimenau , Cornette.
Beaumont , Cornette.
Le Brun , M. des logis .
Blessez
Tenſenhouse , Colonel.
Denil , Major .
Donal , Capitaine ...
Conflant , Capitaine.
Maubeuge , Capitaine.
Deifremond , Lieutenant.
20 BATAILLE
La Haye , Lieutenant .
La Motte , Cornette.
Meronfal , Cornette .
La Barre Maréchal des logis .
Baucolin , M. des logis.
MAGNAC.
Morts.
Saint Remy , Lieutenant.
Boubarre , Lieutenant.
Goville , M. des logis
Bon- abord , M. des logis
Morts.
Montauroux , Capitaine.
Colombel , Capitaine.
NOVAILLES.
Morts.
Florenfet Lieutenant.
La Boiffiere , Cornette.
La Broffe , Cornette.
La Grange' , M. des logis .
Du Val , M.des logis
Du Laurier , M. des logis.
Damelot , M. des logis.
DE FLEURUS. 2
Bleffez
Bacalan , Capitaine.
Dantelon , Capitaine.
Paſchal , Capitaine.
Roffillac , Lieutenant.
Le Chevalier de Meure , L.
Moſtin.
Tradet.
ROYAL PIEDMONT.
Morts.
Monteil , Capitaine.
Villepreux , Capitaine.
Bourlon , Capitaine.
Balbian , Lieutenant.
La Vigne , Lieutenant.
Des Chomes , Lieutenanr .
Borion , Cornette .
Hald , Marechal des logis
S. Auban , M. des logis .
Bleffez C
Bouzole , Colonel .
Bourſeton , Capitaine.
Gadaine ,Capitaine
}
22
BATAILLE
Des Roches , Lieutenant.
Belleville , Lieutenant.
Roger , Lieutenant.
Du Cros , Cornette.
Hoſtard , Cornette.
Grandpré , Cornette.
Beauregard , M. des logis.
De Coſte , M. des logis.
ETAT DES COLONELS ,
Capitaines & Officiers d'Infanterie
qui ont eſté tuez & bleſſez
àla Bataille de Fleurus.
GARDES FRANÇOISES .
Mrs. Senterre , bleſſsé.
Mefle , bl.
Hoel , bl.
De Creil , prisonnier.
Regiment de Salis.
Morts.
Gerard, Capitaine.
DE FLEURUS. 23113
Labregement , Enſeigne.
Bleffez.
Stoup , Colonel.
De Saconnet , Capitaine.
Paraviany , Capitaine .
Planta , Capitaine.
Deschamps , Sous - Lieut .
Cornu , Enſeigne .
Queller , Enſeigne.
Malacrida , Sous - lieutenant.
Regiment de soiffons.
De Villecourt, Lieut. Col. bl.
Fenenville , Major , bl.
Chauvet , Capitaine & Aidemajor
, bl.
Verrien , Lieutenant &Garçon
Major , bl.
Caprugues , Cap. bl. à mort.
Le Capitaine , Chevalier de
Malthe , bl
Bernamont , Capitaine, tué.
De Senffet , bl.
De la Sablonniere , Cap. bl.
2 BATAILLE
:
Vauſſel Capitaine , bl.
Du Montel L. de Grenad. bl .
Bargerene , bleffé à mort.
La Pipane , bl.
De Caye , bl.
Sous- Lieutenans.
Naval Sous - Lieutenant de
Grenadiers , bl.
Chambon , bl.
Du Borda , bl.
Coguau , bl.
Brandon , Enſeigne , bl.
Darla , Enſeigne , bl.
Regiment Stoup suiffe,
Lieutenant General.
Bleffez .
Courlans commandant un
Bataillon .
Facy , Capitaine ,
Feciy , Lieutenant .
Inderſtorf , Lieutenant.
Regiment de la Chastre.
De Villette , Capitaine , tad,
Bleffez
DE FLEURUS . 25
Bleffez .
De Millon , Lieutenant Col.
De Juillet , Major.
- Maſſonniere , Cap . Grenadier.
Pontchantel ,Capitaine.
Getrancourt , Capitaine .
Lieutenans bleffez
Monplacet.
Monredon.
Sous Lieutenans bleſſez .
Baſſanniere.
Baſtral .
De Ferriere.
Regiment de Castre...
Le Colonel.
Bleffez
Le Brun , Capitatine de Gre
nadiers.
Baucet , Capitaine.
La Mafle .
Bandilargues , Capitaine.!
Dautriment , Capitaine .
Figuerie , Capitaine.
вь
A
26 BATAILLE
Breconnet , Capitaine ,
Lieutenans.
Montbriffon , tué.
Tirmoy , tué.
Darce , bl. :
La Chalſe , bl .
Du Serail , bl .
Sous lieutenans bleff.ez
De Sandrieu.
Raouffet.
Soran.
Deſguienne ,
Langlade.
Regiment des Gardes Suiſſes.
Acheimatte , Major , fort bl.
Ficher , Lieutenant, bl.
Diemont , Lieutenant , bl.
De Fitte , le visage &le bras
bristez.
De Vaulle , bl.
De Pegrand , bl. à mort.
De la Brie , bl. à mort .
La Rochede Vau , bl.
DE FLEURUS. 27
De Gueſſie , bl.
De Montagne , bl. à mort.
Du Buffon , bl.
De Villequers , bl.
Sous -lieutenans,
De Cautigny, tué.
De Nau.
Bleffez.
Boulonois.
Bordereau.
Du Pleſſes.
Bertigny.
Renault.
DeBeaumont.
Pajot.
Darmant.
De la Bute.
Regiment des Bombardiers.
La Garde tué.
Berthe , tue.
Rouſſeau , tué,
De Bigny , Colonel d'Infan
terie , tué.
Bbz
28 BATAILLE
Fontenaille.
Bardon.
Bleffez.
Gargas Major.
La Roche , Capitaine , à mort.
Veniſe .
Pacy.
Perault. :
Lieutenans tuez .
Beatrix
Gauvary .
lavary .
Bleffez
Jamet ,
Menonville ,
Sous - lieutenans & Enseignes
SaintAntoine
Larbouſſe .
Boiſville ,
tuez.bond 1
Grancourt,
Bleffez .
La Pareille .
DE FLEURUS. 29
La Prinige.
Olivrier.
Villemort.
Regimentde Provence.
Seguier , Lieut , bleſſé d'un
coup de Sabre àla teſte ,
Quatre Capitaines bleſſez.dangereusement
, & quatre legerement./.
10
Regimentde Soiffons.
Capitaines.
Dorthenard , tué.
Danché , bl.
Delmont , bl.
Bodeville .
Nogaret.
Lieutenant deGréder Suiffe.
:
GrederColonel bleſſé .
Huit Capitanes bleſſez .
Trois Lieutenans tuez .
Huitbleſſez .
RegimentduMaine.
De Neuilly , bl.
Bb3
30
BATAILLE
Genvril , tué.
Lieutenans bleſſez ....
Dalincourt , des Grenadiers .
Marcaut .
Fontenaille.
La Montagne.
Sarimnoiſées .
Chasteaucouvert .
La Roque.
Du Haguet
De Las .
Regiment d'Auvergne..
Capitaines.
Le Milan . bleffé .
Sailly , bleffé .
Des Catfiers , tué .
De Laurier, fort bleffé .
Mafan , bieffé ;
Saint Maurice , bleffé.
Boffer , tué .
Lieutenans.
De Sorne , bl . à mort.
Renaud , bl.
ز
DE FLEURUS. 31
Chambadon ,fort bleſſe.
Du bafle , tué,
Sous-Lieutenans .
La Coſte.
Boyer , fort bleffé .
Bricart, fort bleſſé.
Roche Bertiere .
Second Bataillon .
Du Diſons , Capitaine , bleſſé.
Regiment d'Orleans .
A
za Lande de Baliquaile , bl.
Des Coſtieres , Major , bl.
Camofle , Aide,major, tué.
Montfalin , mortellementbl.
Regiment deTouraine.
Mefliers.
D'Antoine , Capitaine , 1.
De Cauffois , Capitaine , t.
Deux chevaux de tuez , & un
de bleſſe ſous Mr d'Vſſon .
Dartaut , Lieut. Col. tres bl .
De Montaut , mortellement bl.
La Reinterge , Aide major ,
Bb 4
32 BATAILLE
deux contufions.
De Beaumont,Cap. legerement
bleffé .
De Marcomay , fort bleſſé .
Dambois , mortellement bl.
De Briffon,Capit.mortellement
bleffé .
La Vergne , Capitaine , bl.
Lieutenans.
Melly , Aide deCamp , r.
Boudin , mortellement bleſſé ,
Bouffy , mortellement bleſſe .
De Caftellan ,dangereuſement
bleffé .
La Serre , legerement bleffé.
La Chaine , legerement bleffé.
Sous-lieutenans.
De la Carriere , tué.
De Mignon,tué.
De Signy, Enſeigne , Colonel ,
bleffé à mort.
De Perriere . legerement bl .
De Salard , legerement bl....
DE FLEURUS . 33
Boiſſacq ,bleffé.
De Charles , bleffé.
Regiment de Champagne.
Le Comte de Sceaux , les deux
jambes percées , mort de ſes
bleffures .
Capitaines .
Cotignon , bleſſe au pied
De Gaſquet , Major, deux contufions
, & fon cheval tué
fous lay:
De Bourguet , bleſſé dangereuſement
.
:
Chaſtrier , le bras caffé,
Cheneviere , legerement bleſſé
au pied.
Treſemane , deux doigts de la
main emportezo
Saint Blemont , Capitaine de
Grenadiers , bleſſé à mort.
Mablan , Capitine stué .
Eounaux , Capitaine bleſſe à la
cuifse.
Bb s
34 BATAILLE
Dartaut , Capitane ,tué.
Du Pleſſis Calidos ,Capable
La Bafle , Cap . bleſſé àla teſte.
Bourneffan Cap le bras caffé .
Luffer , bleffé .
Fagot , bleſſé à mort
Berge , bleffé .
Chafteüil, la jambe percée.
Cofmille , dangereufement bl.
Reaumont , dangereuſement
bleté.
Figeac , Aide- major , bras
percé.
Lieutenans.
Tillieul, des Grenadiers , tué.
Du Frefneune contufion .
Chaſhilon unecontufion .
De Montagne, mé.
Bufion', dangereusementbl.
Damiel fort bleffé.1.
Des Foffoz, bleffé àla jambe.
Gauber , bleffe à la teſte ,
Chaſteau ,tué ....
DE FLEURUS. 35
Caquet , tué.
S. Oupignon , tué.
Touchet,bleſſé au genoüil.
DeLo,dangereuſement bleſſé.
Morande , bleſſé à l'épaule.
Souslieutenans . 1
Duret , legerement bleſſé .
Dastelnau , des Grenadiers , t.
De Bert une contufion à la
teſte.
Bouffandis , fort bleſſé.
S. Estienne , bleſſe à la jambe.
Bourgutaux , l'épaule caffée .
Faïet, fort bleffé au pied..
Regiment des Fufeliers du Roy.
Capitaines.
De Tenier , tué. こ
De Reffius , tué .
De Lanfray , tué .
DeGoville , tué ..
5
De Montigny , une contufion .
La Touche , une contufion.
De Rocancourt , bleſſé à mort.
A
Bb 6
36 BATAILLE
De Martel , bleſſé .
De Garnay , bleffé.
De Blais , bleſſe.da
DaChamperouſe ,bleſſé.
Du Moulin , bleſſe..
DuPlessis , bleſſe à mort .
De Pointy , bleſſé à mort.
Dela Combe , bleffé .
6. Lieutenans.c
De Vignay , tuê.
De Chambau , tué.
Du Pré , bleffé .
DeBeauvais , bleſfé .
२
:
Ladrieux , dangereuſement bl .
Puger , bleffe. Mervier,bleffé .
La Martine , mort.
De Sonde , more.
Liewithansh
Nocville,dangereuſement bl .
Foncourt, dangereuſement-bl.
Borvantitué . Lavigent,bleſſé.
Honcourt, bleffec
-Chamois , bieffe
DE FLEURUS . 37
- Chauvager , bleſſé .
د
Bonneuil , tue' , su pris
-Sous treutenans .
L'Epinet bleſſe . Dragis.
Le Chevalier de Bailleul , tué.
ou pris .
Regiment de Navarre.
101
Dole , Capitaine Grenadier, bl .
De Rofulet , Capitaine Aidemajor
, bl .
Dorſignát , bleſſé.
1
De Carignon , Capitaine , bl.
De Prelac, Lieutenant , bl.
De Prelae , Sous bleffe.
30. Regiment de Vermandois .
Lé Marquis de Soyecourt
Colonel , tuế.
Capitaines . !
La Ferriere , Lieutenant Colo
nel, bleffe .
De la Touche,CapitaineGre
- nadier , bleſſé .
-S. Gilles, bleffés
1
38
BATAILLE
Dannery , bleſſé .
La Factiere , bleſſé .
Lieutenans bleffez
Morances.
Egeron .
Lalic.
DesGranges.
De Sales .
De Palats.
De Varennes .
Il vient de me tomber entre
les mains une nouvelle Lifte
des Morts & Bleſſez de la Cavalerie
, dans laquelleje trouve
, non ſeulement pluſieurs
noms nouveaux qui ne font
point dans celle que vous venez
de voir , mais encore
beaucoupde noms qui approchant
de ceux que j'ay déja
mis , comme Depeux , Maréchal
de logis dans la Gendar
DE FLEURUS. 39
merie , pour Deputy que j'ay
marqué, pourroient bien eſtre
les veritables. Cela m'engage
à vous envoyer tous ces noms
douteux . Par tout où vous en
trouverez deux dans la même .
ligne , ſouvenez vous que l'un
eſt pris dans la premiere Liſte ,
& l'autre dans la ſeconde , &
que je les croy employez pour
la me me perſonne , ſans pouvoir
dire lequel des deux eſt
le veritable nom. Les noms
qui ſont ſeuls , font ceux des
Officiers tuez ou bleffez , qui
ont eſté oubliez dans la premiere
Liſte qui n'a point parlédes
Dragons du koy ,
ceux du Regiment de Pompone
, ny du Regiment de Langallerie
de
40
:
BATAILLE.
DRAGONS DU ROY.
Bleffez..
Dalegre , Colonel.
ronboiſat, Lieutenant Col.
Deſpagne , Capitaine.
Guery.
Dolmont-
De Pouce , Lieutenant .
Des Moulins , lieutenant.
Fercourt, Cornette.
LeChevalier d'Au .
Dragons de Pompone. Morts..
Le Ch.de Longueil , Cap.
"De Layne , Capitaine...
Bertol, Cornette .
Montauban , M. de. logis .
ruſtemberg , M. deslogis..
Janin,M. des- logis..
Bleffez .
Lormeny , Major .
De Rofset , Lieutenant.
Barbier , Lieutenant.
Du Pré , Cornette.
E
DE FLEURUS. 41
Valmont , M. des logis.
Langlois , M. des logis ..
Langallerie. Morts.
Le Chev. Major des Couleurs.
S. Vigor, Lieutenant.l
Renal , Lieuteane.
.. Bleffez.
Porleſquive , M. des logis.
DeMees ,M. des logis
GENDARMERIE.
Magieux , M. des logis , the.
Bleffez .
De Leſtrez , De Laiſtre , 14
Malmaiſon , Chalmaiſon .
Boisbilly , Beauvel .
Balfat , Sousbrigadier.ad
Roſamel .
Boulon , Bullion,
La Raſe , la Haye.
Blanzac , Blomat.
Merinville.
Quelon ,Queſtaux , sud
I
2 BATAILLE
Bleffiz
Du Boſc, Capitaine.
Fongrezole , Lieutenant.
Perrin : M. deslogis .
Foncienet , Foncienne .
Vertugua , Bertuga.
Cravates.
La Brille , Boifte .
Deſgremont , Gremard,
Laillerie , Lallerie .
Royal Rouſfilon .
Deſpaliou , Deſpaillon .
De Chauſſerie , Chanferry .
Brunet , Bonnet.
Bertillac.
Barmont, Bofmon .
Barantin , Baranton .
Bleffez .
DuBofe , Capitaine.
Crelan , Lieutenant.
Dangeville , M.des logis ..
Cibourg.
De Laurier , des Lauriers .
:
DE FLEURUS. 43
Deſcluſelles , de Clufel .
Beffons , Beffou .
Beuvieres , Lieutenant , bl.
Du Coſteau , bl .
Bouffandon , Corn. bl.
-Verſel , Corn.bl.
La Coſte , bl.
Levi
Cartier , Lieutenant , tud.
Le Roy , M. des logis , tué.
Fontroux , M.des logis, bl.
Roquepine.
Croffet , Crozet.
Loifier , Lofier .
Malines , Maligny.
Drigny , Dangluy .
Comingis , Cominges.
Du Buiffon , Daubuiſſon .
Bonis , Benc.
Dalet Dal.
De Pecy , Du Puy.
Quoat.
S. Hircelles , Slirzelt
44 BATAILLE.
Royal Etranger.
Creſtol , Creze .
Defferſe , Cornette tué. ,
Clerbourg , Capitaine , bl.
De Brandins , Desbardins ,
La Fillet LaTilliais.
Coupeffard, Coupefac.
Deffencourt , Biffancourt.
Du Mame, and
Chavancé ,Chouerfe.
Deſtourneau , Leſtourneau.
Vufeeq , Viffec .
De Boure , Du Roure.
De Peray , Perfot.
Martın , Martiner.
Bouflers.
Maniffi , Mouffy,
Thevenin , Lieutenant , bl.
Livallar , Cornette , bl.
Milon , M. des logis , bl.
Loëmaria.
Beineg , Benque .
Darmont , lafermon..
いま
DE FLEURUS.
Drabille , Roisbrille.:
Deſpagne , Depagner.
Vigniole , Vignolles .
DuRofel. •
La chaiſne , La Chenaye.
S. Primat , S. Privat .
Muron , Des Murs .
De Pré , Des Prez ..
Gueſtron , Gueffron.
Roncée du Roſel , Cap. bl.
Marquis de Beauvau , Cap. bl.
Chev. de Verneüil du Roſel ,
Aide major , bidang
Bonnet bleffe.
Chartres,
Memeac , Meinios.
Pradediner , Pradines
Millioſé , Millalet.
Courſais, Courtois .
DuFreſnoy , Frenage.
Dimecoλντ, π
De Sais , Dezegue.
Defoffé, Des Foffes .
46
BATAILLE
La Saigne , Lieutenant , bl.
Dardenes , Lieutenant , bl.
Du Pin , Lieutenant , bl.
Pitard , Cornette , bl.
Conde.
Celeſt , Capitaine , tue.
Beſteuil , Major , bl.
Deſtezal , Lieut . bl .
Clein ,Cornette , bl.
e
Chapet , M. des logis . bl
Migneau , Mignot.
Solais , Soulais .
Bourgaut ,Bourges .
De Laurie , Du Laurier.
Forceville , Freſſeville.
Pracontal. 3
Sales Debrie , Saldebru ,
Duretail Darſel .
bl.
Cauferran , Canferon.
Limane Limiane.
De Chets , Capitaine,
Robardey, Cornette bl.
Dautetrive ,Cornette , bl.
DE FLEURUS. 47
Dourino , M. des logis , bl
LaPanerte , M. des logis , bl
Phelypeaux.
Blas ,Bloc.
Goupeau , Gombetit.
P100 , Major , bl.
Joüars , bl.
Defiles , bl.
Phillippe , M.des logis , bl
T
Je vous repete ce que je
vous av déjà dit , que parmy
les Bleſſez il y en a un fort
grand nombre qui ont reccu
de ſi legeres bleſſures , qu'on
ne les nommé que pour faire
voir qu'ils n'ont pas fuy le peril.
C'eſt une gloire pour eux
qu'on ne pouvoit leur oſter
ſans injustice. Je finis par quel-
-ques preces de Poësie qui ont
eſté faites fur cette Victoire.
4S BATAILLE
AUROΥ ,
7
11"
1
Q
SONNET.
We de prosperitez d'une à
l'autre enchaisnées...
Nous affeurent, Grand Roy , de la
faveur des Cieux ,
Et que de tant d'Estats les complots,
furieuses
Combattent vainement contre nos
20
destinées !
Dufangdes Ennemis tes Armes
fortunées
De la Sambre ont groſfile cours im ,
perieux, it i
La terreur qué'répandton nomvic-
Storieux, ?
DEFLEURUS . 49
Va Soumettre àtes Loix leursVilles
consternées.
LaVictoire nousfuitſurl'Empire
desEaux
Ta Flotte a foudroyé leursfuperbes
Vaisseaux,
De leur trifte débris on voit la Mer
*couverte :
L'infidelle Albionfremit à nostre
abord;
L'injuſte ſurpateurfent approcher
Sa perte.
Etl'Aigleépouvantéeattend le mefmefort.
LE CLERCde l'Academic Françoiſe.
F
MADRIGAL.
'lers Ennemis , ilfaut vousrendre,
CC
50
BATAILLEJ
La terre& la merfont pour nous.
Sur quel autre Element pourriezvous
vous défendre ?
Dien quiſoutient Louis , eft le Mai-
R
tredetous.
ソルL
Mile. de Scudery.
AVTRE
Ois , qui contre Louis armez
toute la Terre ,
Pour détruire un pouvoir dontvous
estesjaloux,
Tremblez , c'est Luxembourg qui
lancefon tonnerre ,
Et Valdec vous dira ce quepesent
Jescoups.
TA
AUTRE
Loris eft toûjours glorieux
Tant de Princes liguez pour luyfaire
4
純
DE FLEURUS.
laguerre
Nesçauroient arreſterſon bras vic
torieux ,
IlſeraMaistre de la Terre.
Tous leurs projets font vains , leur
orgueil eſtſoûmis ,
Et cette éclatante Victoire
Qu'il vient deremporterſurſesfiers
Ennemis,
Fait voir que leurs effortsnefervent
qu'àlagloire..
AVTRE.
De cens Princes liguezrenver
fer les complots,
Faire tout tremblerfur les flots
Attaquantle Piedmont, triompher
dans la Flandre ,
sont des faits jusqu'icytout à fait
2
4 BATAILLE !
inoûis
La moitiéfuffiroit pour pafferAle
xandre,
Mais le tout , quoy quegrand,n'est
pastroppourLoûis.
AMrleDucduMaine.
Jeune be
vaillant Heros,dont le
noble courage
Marque si bienle fang dont vous
eftes venu
Es que le fier Lion n'a que trop re
connu,
Expoſezmoins vos jours dans l'hora
reur du carnage..
Prince l'on vous a veu dans le beau
ChampdeMars,
Affronter les plus grand hazards
Moderez l'ardeurqui vous preſſe.
Dans la peurdetomberſouslepoids.
devos coups ,
DE FLEURUS. 段
Les Ennemis tremblent pour eux
fans ceffe,
Mais nous tremblons auffi pour
VOUS,
Quandparun coupfataldespar
ques,
Un Gouverneur tombe à vostre
coste,
Et qu'un chevalfous vous d'unautre
est emporté ,
Cesont de trop certaines marques
D'u dangereux peril où vous avez
Merefte
Vousdevez calmer nos allarmes ,
Vousn'enferez pas moins terrible
aux Ennemis .
Au pouvorde vos armes.
Ils sont déja foûmis .
Vous partagez unegrande Victoire
Dans leplus fameux des Combats ;
Vous aurez toûjours meſmes bras ,
Et vous avez parusi charmant àla
Ce
2
>
BATAILLE
gloire.
Qu'elleſuivra par tout vos pass
Dierville.
AVX HOLLANDOIS
fur la défaite du Prince
de VValdec .
HE' bien, Mefficars
dots,
lesHollan
Eprouvez- vous affez deLOVISle
tonnerre ??
Vous le fuyezsur Mer, ilvous défaitfar
Terre,
Par tout ilvous donnede's loix
Vous estes mal fervis, c'est un mal--
beurétrange,
Le Princede VValdecen combattant r
pour vous,
Eftun fecond Prince d'Orange,
Dans les Combats ilfuit les coups.
BATAILLE
On ne perd point avec eux de
Batailles ,..
Lafuitefait toûjours le plus grand
de leurfoins.
Ces Heros n'ont jamais le coeurd'etre
témoins
Defi terribles funerailles.
Quand pourdes gens commevous
on combat;
Lecourage aisément s'abat ,
Peut- onse piquer de bravoure ?
St l'onmouroitdans ce noble tranfport,
On enrageroit d'estre mort ,
Le meilleur est defçavoir courre
Reconnoiffez vostre néant ,
Loûis a mis bien basvoſtre Haute-
Puiffance;
Venezimplorerfa clemence
Il est auffi- bon que puissant.
Le meſme.
BATAILLE
3
A Mr LE MARECHAL
Duc de Luxembourg.
UN Ne Victoirefolemnelle
Ramene lajoje à la Cour2
Et cette action immortelle
Pour nostre bonheur renouvelle-
Tous nos Heros en Luxembour.
t
د Cette victoire entiere&pleine
Conferve la France aujourd'huy...
Honneur à cegrand Capitaine ;
Condefon Cousin,&. Turenne ,
N'ont jamais mieux vaincu que luy,
Je voudrois ,fameux Luxembour,
Vousfaireune Lettre auffi nette
Que celle que vous avez faite
AuRoyfur le cu d'un tambour.
Tout le monde est pourvousgazette,
Et l'onneparle que de vous...
*
1 DE FLEURUS. ST
1
2
Voſtreſalutaire Victoire
Vous comble d'immortelle gloire :
Ce coup est un des plus grands coups
Qu'on puiſſe lire dans l'histoire ,
Vos Ancestres vouscedent tous.
On admire voſtre vaillance ,
Vostre esprit, &vostre prudence:
Vous estes par voſtre grand coeur :
Noftre Heros Liberateur ,
Etmoy , jesuis avec toute la France
Vostre tres-humble Serviteur.
Celuyqui commande tes Gardes,
NostrevieilAmy Villerurad ,
Qui toûjours quand tu te hazardes
Se montre intrepide&gaillard ...
Tupeut dire quel eft Liniere ,
Quelle estsa vie ,&sa maniere...
BATAILLE
MADRIGAL.
Vviens de combattre
Twins
en Sol.
Tu viens de vaincre en Capitaine
Tu fais plus , Luxembourg i parce
fameuxCombat
Tu conſoles Louis de la mort de Tusrenne:
BOYER de l'Academic Françoiſe:-
AVTRE
IVxembourg, un chacun s'éleve.
Atavaleur tout à cedés
Ainsi l'on te voitdeCondé
L'illustre &digne Eleve.
L'ABBE MARTINET
FIN
BRITISH
9 00 76
MUSEUM
Nr
.
8.7
Donnean de Vise
RELATION
DE
LA BATAILLE
DONNE΄Ε
Auprés de Fleurus par l'Armée du Roy,le
1.Juillet 1690.ſous les ordres de M. le
Mareſchal Duc de Luxeinbourg.
Avecun Plan qui marquetous les mouvemens que
ce General a faitspour lagagner .
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC. XC.
Avec Privilege du Roy.
EJJIATAE AL
BRITISH
MUSEL
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEUR
LEDUC
DE CHARTRES.
MONS LONSEIGNEUR ,
Fayfifouvent parlédans mes
Ouvrages des progrés de vostre
á 2
EPITRE
هل
ce qui
esprit , de la vivacité &du
bonfens de vos reparties,de vos
manieres bonneftes , de la penetration
avec laquelle vous découvrez
ce que les Mathematiques
ont de plus obscur , & du
plaisir que vous prenez à tout
vous donne quelque idée
de la guerre , que j'ay cru vous
devoir dedier un Livre qui ne
parle que de ce qui fera un jour
vos delices les plus cheres , fi on
en juge par la forte inclination
• que vous avezfait paroiſtre dés
le berceau pour le métier glorieux
qui fait distinguer les Princes,
qui produit les Heros. Vaas 4
EPITRE
verrez, MONSEIGNEUR ,
dans ce que je prens la liberté
d'offrir à V. A. Royale , les chemins
qu'un fameux General a
tenus pour aller à la Victoire.
C'est le méme qui en combatant
fous les ordres de Monseigneur
Vostre Pere , eut part aux Lau
riers , qui nonſeulement coururirent
la France de gloire , dans
la fameuse journée de Caßel ,
mais qui en produiſfirent encore
d'autres , par le grand nombre
de Places importantes , qui aprés
cetteBataille reconnurent le p'us
grand des Rois pour leur Souve
rain. On ne doit pas s'étonner ,
á 3
EPITRE
MONSEIGNEUR , quand on
confiderera ceque fit en cette occafion
le grand Prince dont vous
tenezla naiſſance , si vous ester
entrainé fi rapidement vers tour
co qui regarde la gloire qui s'acquiert
dans le Champ deMars..
Vous trouvez dans vostre
Sang de glorieux exemples qui
vous animent ; mais comma
l'exemple & le ſang ne produifent
pas toûjours les effets qu'on
afujet d'esperer, & qu'on reüffic
rarement dans tout ce qu'onfait,
à moins qu'on n'y soit porté
par une forte inclination , on
peut dire que Vostre Alveffe
EPITRE
Royale en fent une tres- i-
De pour tout ce que doitfaire
un Prince , qui estant dif
tingué par la plus haute naiffance
, travaille tous les jours à
Se faire estimerpar lay-mesme ;
quesivous continuez a marcher
fur les traces des grands
Princes dont vousfortez , nous
vous verrons un jour auffi recommandable
par les actions
extraordinaires qu'on attendde
vous, que vous l'étes déja par le
rang glorieux qui vous distingue
du reste des Hommes. Ge
font les voeux de celuy qui 2
EPITRE
eft , avec un tres- profond refpect
MONSEIGNEUR ,
DE V. ALTESSE ROYALE ,
Letres humble & tres obeiſſant
Serviteur, DEVIZE :
AU LECTEUR .
Voicy la troifiéme Relation
qui a eſté donnéeau Public. La
premiere eſt de M. l'Abbé Renaudot
, de l'Academie Françoiſe
, dont les ſages Ecrits font
eſtimez de toute l'Europe . La
ſeconde a eſté diſtribuée au
meſme lieu que la premiere ,
c'eſt à dire, au Bureaud Adrefſe.
Elle eſt de Mr de Court ,
Secretaire des Commandemens
deMonfieur le Duc du Maine ,
connu par ſa profonde érudition
, & qui meſme a ſuivi le
Prince ſon Maiſtre d'affez prés
à l'Armée pour avoir eſté témoin
d'une partie des chofes
7
AU LECTEUR .
qu'il rapporte. J'avoüe queſi je
n'eſtois engagé par un Contrat
paffé avec le Public depuis
quinze ans , de luy donner des
Relations un peu étenduës de
tous les grans évenemens , les
deux qui ont parutde laBataillegagnée
parMr le Duc deLuxembourg
, m'auroient empêchéd'en
entreprendre une troi .
ſieme ,&que je ne l'ay faitque
pour remplir la carriere que je
meſuis obligéde fournir. Il cit
dangereux de parler aprés les
autres, quand on traite une matiere
fur laquelle il n'eſt pas
permis à l'imagination d'agir.
Il eſt queſtionde dire des veritez
; & elles doivent ſe ref
ſembler en tout . Ainfi les premiers
qui les font voir au Public,
ont un fort grand avantage.
Il ne faut point queje fati
L
AU LECTEUR
t
gue le lecteur par des chofes
qu'il a déja vûës , cependant il
faut que je diſe les meſmes ves
ritez. Il ſeroit plus facile de
traiter le même ſujet dans une
Piece d'Eloquence ; mais il
n'eneſt pas de meſme des Relations.
L'eſpere pourtant que cel
le cy ne laiſſera pas de vous
paroiſtre nouvelle , puisqu'elle
eſt beaucoup plusamplequeles
deux autres. Ma coutume eſt
de ramaffer, comme je l'ay marqué
pluſieurs fois , un grand
nombre de Relations des actions
memorables qui ſe font ,
&d'en compoſer une de toutes
les particularitez differentcs
qui se trouvent dans les unes,
&quine ſe rencontrent point
dans les autres ,parce que chacun
de ceux qui les écrivent
)
AU LECTEUR.
occupe des poſtes differens. l'ay
redoublé mes ſoins en cette occafion
,&j'ay travaillé d'aprés
plus dequaranteRelations.Un
Ouvrage d'eſprit que l'on auroit
compoſe ainſi ſur ceuxdes
autres , reffembleroit à la Cor
neille d'Horace ,& feroit peй
eſtimer fon Auteur. La meſme
chofe,comme jel'ay dit , n'arrive
pas des Relations , eſtant
plusaiſed'en fuivreune toute
faite , &de la mettre en beaux
termes pour la donner au Public,
que de ſe fatiguer àen lire
vingt fois quarante ou cinquante,
pour en prendre ce que
que chacune a de different. Ic
fuis obligé de dire icy que celle
dont je me fuis le plus ſervi ,
eſt deMr l'abbé de riquetti ,
qui eſt auprés deMir le Ducde
AU LECTEUR.
1
Luxembourg; &que l'ordrede
Bataille dontj'ay le plus profité,
eſtd'un Fils de Mr Vedeau de
Grammont, Enſeigne Colonel
au Regiment des Gardes .
VO FECILCB 1
C
:
12
T
A24224321mig?છ?ે -
RELATION
DE
LA BATAILLE
DE FLEURUS.
EUROPE joüiffoit
du repos que
le Roy avoit bien
voulu accorder aux voeux des
Peuples de cette belle Partie
du Monde , qui ne pouvoit
A
BATAILLE
i
plus fuporter la guerre que la
jalouſie de ſes Souverains leur
faifoit foûtenir , quoy qu'avec
de continuelles pertes.Ce
Monarque au milieu de ſes
triomphes , avoit eſté touché
de ſes malheurs , & dans le
fort de ſes conqueſtes , aprés
s'eſtre ouvert un nouveau
paſſage en Hollande par la
priſe de Gand, il ſe fit un
plaiſir d'impoſer la Paix,lorfque
les allarmes des Hollandois
ſe trouvat augmentées ,
leur tremblante & peu auparavant
fi fiere Republique,
ſecroyoit à la veille de ſe voir
obligée de recevoir les loix
DE FLEVRVS.
3
d'un Conquerant , dont les
victoires étoient ſi rapides.
Ce Prince pour executer fon
- deſſein avec une generofité
digne de ſa grande ame , &
= de toutes les autres actions
de ſa vie , voulut bien qu'il
luy en coûtât une partie de
ſes Conqueſtes , ſans que
aneanmoins il fût obligé de ſe
1 deſſaiſir d'aucunes pour avoir
- la paix , puis qu'il en regloit
S
- luy - même les conditions
, dans le champ de victoire où
- il étoit encore , & comme il
venoit de triompher au mi-
■ lieu de l'Hyver , il étoit aiſe
de connoître qu'il pouvoir
A 2
4
BATAILLE
penetrer juſqu'au coeur de la
Hollande, s'il eut voulu pourſuivre
ſes Conquêtes. Il avoit
alors les Suedois pour Alliez ,
qui ayant commecé trop tard
à executer le Traité qu'ils avoient
fait avec luy, avoient
laiſſe prendre pluſieurs de
leurs Places par le Roy de
Dannemark,& par l'Electeur
de Brandebourg .Le Roy devoit
les indemnifer des pertes
qu'ils auroient faites ;mais
ce Prince n'y étoit plus obligé
, parce qu'ils s'étoient attiré
leur malheur. Cependant
ſa bonté naturelle voulut en
cette occaſion aller audelà
DE FLEVRVS.
de ce qu'elle devoit , & afin
que ſes Alliez ne puflent pas
dire que fon Alliance leur
étoit préjudiciable, il donna
volontairement des Places
aux Princes avec qui il étoit
en guerre, afin qu'en imitant
= un ſi bel exemple, on reſtituat
= aux Suedois ce qu'on avoit
: pris ſur eux. Il fit plus, il éva-
- cua lepremier les Places qu'il
- voulut faire ſervir de ſceau à
cette Paix. On ne l'imita pas.
- au contraire , on ſe défendit
- de rien rendre aux Suedois.
On connut alors que le Roy
avoit bien voulu donner la
Paix lors qu'il étoit en état de
A 3
6 BATAILLE
continuer glorieuſement la
guerre , puis qu'il fit rendre
aux Suedois par la force de
ſes armes les places qu'on
leur refuſoit , & qu'il avoit
achetées pour eux par les
Conquêtes qu'il avoit cedées..
La Paix devint alors generale
, & les peuples de toutes
les Nations de l'Europe donnerent
mille l'oïanges &
mille benedictions à Sa Majeſté
, mais leurs Souverains
conſerverent dans leur coeur
une jalouſie de gloire , capable
de remettre un jour
toute l'Europe en armes. Le
Prince d'Orange,qui nepouDE
FLEVRVS .
7
:
voit déguiſer la ſienne , parce
qu'il étoit devoré d'une
violente ambition , la fit paroître
en donnant une bataille
, quoy- qu'il eût alors la
Paix fignée dans la poche.
Cette action furt generalement
blamée , & mème de
ceux qui auroient voulu qu'-
elle euſt réüfli,& le Roy perſuadé
que ce Prince étoit ſeul
coupable de tout le ſang qui
avoit été répandu , perfifta
genereuſementdanslamême
volonté de faire jouïr l'Europe
des fruits dela paix. Elle
les goûta , & l'Allemagne
pendant tout ce temps a
A 4
8 BATAILLE
triomphe des Hongrois rebelles,
& a remporté de continuelles
victoires ſur le Turc
Mais à peine a-t- elle commécé
àformer des ligues pour
détrôner un Roy legitime &
Catholique , que les Turcs
ont eu des avantages confiderables
. Tant qu'a duré la
Paix , que le Roy avoit donnée
à l'Europe , tous les Souverains
ont travaillé à faire
contre luy une plus forte
union. Ils ſe ſont trouvez en
plus grand nombre qu'auparavant
, & le Prince d'Orange
qui avoit ſes veuës particulieres
, en étoit , pour ainſi
DE FLEVRVS و
dire,l'Agent general. Le Roy
en avoit de bien differentes ,
puis qu'il ne penſoit qu'à la
gloire du nom Chrêtien. Il a
pendant ce temps là obligé
Tunis & Tripoly à faire la
paix , & il a juſqu'à deux fois
abatu l'orgueil d'Alger. Il a
fait dans ſes Etats pour la
gloire de la veritable Religion
ce que fept de ſes Prédéceſſeurs
avoient tenté vai
nement. Une affaire de cette
importance a produit des
mécontens , il en eſt ſorti du
Royaume, & leur fortie a fait
eſperer aux Princes liguez, &
même aux Catholiques ,
AS
10 BATAILLE
qu'ils pourroient ruiner la .
France méme, en mettant les
armes à la main des Réfugiez
contre leur Souverain & contre
leurs Compatriotes. Ils
ont crû ſur cet eſpoir , & fur
) ce que le Roy n'eſtoit point
armé , qu'il pourroit étre aifément
furpris, & il avoit été
réſolu que le Prince d'Orange
pafferoit en Angleterre
pendantque nous avions peu
de forces ſur l'Ocean , & que
la Flotte de la Mediterrannée
n'étoit pas revenuë d'al
ger , où elle étoit allée con
clure la Paix une ſeconde fois
avec les algeriens. On étoit
1
DE FLEVRVS.
auſſi convenu que le Prince
d'Orange donneroit l'allarme
à nos côtes avant fon
paſſage en Angleterre,& qu'il
y feroit ſoûlevertous les nouveaux
Covertis,ce qu'on croyoit
d'autant plus facile, qu'il
ſe vantoit d'y avoir de grandes
intelligences par le moyen
des Réfugiez qui étoient
auprés de luy , Il ya deux
choſes tres- effentielles à remarquer
dans cette Ligue
qui juftifient pleinement
leRoyde tout ce qu'on luy a
impofé pour avoir des pretextes
de l'attaquer , & de
tout ce qu'on allegue encore
Ligue ,
12 BATAILLE
tous les jours contre ce Monarque
, pour avoir lieu de
continuer une injufte guerre.
Dés que les Princes confederez
ont commencé à faire
paroître leur union contre le
Roy, ils ont publié dans leurs
Manifeſtes , & mille Ecrits
ſeditieux , ont ſuppofé faufſement
pour ſurprendre les
peuples, que le Roy par une
ambition demeſurée , vouloit
envahir tous les Etats de
P'Europe, &qu'il afpiroit àla
Monarchie univerſelle. Cependant
c'eſt un fait conftat
que ce Monarque n'étoit
point armé, qu'il n'avoit de
DE FLEVRVS. 13
ſtiné aucuns fonds pour la
guerre,que ſes revenus étoiét
employez à faire fleurir les
Arts,&àrendre ſes Maiſons
Royales dignes d'un Etat
auffi floriſſantque la France.
Il n'avoit de troupes que ce
que la prudence vouloit qu'-
il en eût pour garder fes Places
,&cela eft & veritable,
qu'on fut obligé d'envoyer
en toute diligence lesMoufquetaires
fur les coſtes de
Normandie pour les garder,
& pour retenir les nouveaux
Convertis dans leur devoir,
avec ce qu'on y put affembler
de l'Arriere-ban de las
14 BATAILLE
Province. Les choſes n'é-'
toient pas plus diſpoſées du
côté de la Mer à ſe rendre
maître de l'Europe, puis qu'-
on ne put avoir quarante
Vaiſſeaux fur l'Ocean , pour
empêcher le paſſage du Prince
d'Orange en Angleterre.
Cependant on ne laiſſe pas
de dire & de redire dans un
million d'Ecrits, qu'on s'eſt
vû contraint de prendre les
armes pour arréter le cours
de l'ambition du Roy. Tous
les Memoires envoyez par
les Princes liguez aux Princes
qui ne font pointen guerre
le portent ,& on les invite à
DE FLEVRVS.S
s'opoſer à la rapidité de ce
torrent. On ne ſçauroit aſſez
faire de reflexion ſur l'iniuſtice
de ce procedé;&je croy
ne pouvoir affez faire remarquer
; que le Roy jouiſſoit
des douceurs de la paix , &
qu'il n'étoit point armé lors
qu'on a formé des Ligues
contre luy.L'éclat de ſagrandeur,
ſes ſoins vigilans , & fa
ſage prévoyance, empêchent
qu'on n'ouvre affez les yeux
la deſſus, parce quenon- feulement
il s'eſt mis en peu de
temps en état de parer les
coups qu'on tâche de luy
porter, mais même de triompher
de ceux qui cherchent
16 BATAILLE
19
àle ſurprendre. Cependant
la France ſe ſeroit trouvée
dans un embarras dont elle
ne ſeroit pas fortie aifément ,
file prince d'Orange n'euft
point preferé ſes intereſts
particuliers à ce qu'il avoit
promis à ſes alliez , & sil
n'euſt point paffé en Anglererre
avant que de donner
plus que de la peur à nos côtes.
Le Roy voyant par tout
ce qui ſe paſſoit, que l'orage
ſe preparoit àtomber ſur luy,
& qu'on commençoit par
détrôner le Roy d'Angleterre
fon aillé , afin de joindre en-.
fuite les forces de ſes trois
DE FLEVRVS.
17
Royaumes à celles des Alliez
pourl'accabler, reſolut nonſeulement
de ſe mettre en état
de défenſe,mais même de
prévenir , s'il étoit poſſible ,
ceux qui ſe préparoient à
l'attaquer. Rien n'eſt plus
beau que les projets des Ligues
ſur le papier , mais l'execution
en eft ordinairement
lente,à cauſe des differens
intereſts , & avis de ceux
qui les compoſent. ainſi le
Roy dont l'activité eſt ſurprenante,
& qui eſt ſervi par
fes Sujets avec un zele tout
extraordinaire , ſe trouva en
êtat d'attaquer les Princes
18 BATAILLE
Confederez qui avoient réfolu
de le ſurprendre.La que.
ſtion fut de ſçavoir quelles
Places on afliegeroit pour
empécher l'entrée de la France
aux ennemis, ( car on ſçavoit
qu'ils avoient réſolu de
s'y ouvrir des paſſages pour
ladéſoler,plutôt que de faire
des Sieges, ) & fi ce ſeroitfur
les frontieres de Hollande ,
ou fur le Rhin .
Il paroiſſoit qu'en affiegeant
Maſtric,on rompoit les
meſures du Prince d'Orange,
mais outre que rien n'eſtoit
capable de le détourner de fo
entrepriſe, il en tenoit le fucDE
FLEVRVS. 19
cés ſi aſſuré, qu'en paſſant en
Angleterre avec cinq cens
hommes ſeulement , il ſe fla
toit de la faire reüfir. Le Siege
de Maſtric devoit vrayſemblablement
embarraffer
les Hollandois, mais le ſuccés
en eſtoit douteux , la Ville eſt
grande, & pour l'attaquer il
falloit avoir beaucoup de
Troupes. Le Prince d'Orange
pouvoit laiſſer une partie
de celles qu'il amenoit en
Angleterre , & les nôtres ſe
ruinant à ce Siege ſans emporter
la place , la France ſe
ſeroit trouvée dans un grand
peril;de maniere qu'en man
20 BATAILLE
quant ce coup, le dommage
cuſt eſté plus grand que l'avantage
n'auroit eſté utile en
réüffiſſant . Quoy qu'ons'ouvriſt
l'entrée en Hollande en
prenant Maſtric , cette Conqueſte
n'accommodoit pas
encore nos affaires, puis qu'il
eſtoit moins queſtion d'attaquer
que de nous défendre,
&de couvrir nos places . La
prife de philiſbourg fut donc
jugée neceſſaire , & elle l'étoit
en effet , puis qu'ayant à défendre
l'entrée de la France,
il eſtoit plus à propos d'arrêter
les ennemis dés les
bords du Rhin , qu'à quelDE
FLEVRVS. 21
ques journées de Paris . On
dira qu'ils pouvoient paſſer
ce Fleuve en d'autres endroits
, comme ils l'ont fait,
mais outrequ'ils avoiétbeaucoup
de chemin à faire dans
un pays conquis, & que pendant
une longue marche les
Provinces de France , auroient
eu le temps de ſe préparer
à les recevoir,nous pouvions
par le moyen de Philiſbourg
& des autres places
que nous avons de ce coſtélà
avancer chez eux comme
ils auroient avancé chez
nous. Enfin ceux qui avoient
reſolu de nous ſurprendre &
22 : BATAILLE
d'envahir le Royaume , furent
les premiers attaquez ,
tant par la grande diligence
avec laquelle on prépara toutes
choſes, que parce qu'une
grande ligue n'eſt pas ſi-toſt
en eftat d'agir , & qu'il faut
beaucoup de temps pour la
mettre en mouvement. On
s'aſſura donc non ſeulement
un nouveau paſſage au de
là du Rhin par la priſe de
Philisbourg , mais comme
on devoit avoir affaire à
un monde d'ennemis , s'il
eſt permis de parler ainfi ,
on fit le dégaſt que les loix
de la guerre permettent, afin
DE FLEVRVS. 23
d'empeſcher qu'ils n'avançaffent
, & l'on prit Mayence
, & pluſieurs autres Places
, pour ſervir ſeulement
de digue pendant un temps,
au torrent qui commençoit
à groffir pour ſe precipiter
contre nous , pendant qu'on
prendroit des meſures , pour
batre nos ennemis dans la
Campagne ſuivante.Les choſes
ont réüffi, comme leRoy
&fon Confeil l'avoient ré
folu. Philisbourg a eſté pris ;
Mayence & le pays ruiné
ont arrefté la fureur des ennemis
; ils ont eſté batus la
ſeconde Campagne , & phi
24
BATAILLE
lisbourg nous demeurant ,
nous avós déja une des meilleures
places del'Europe pour
fruit de cette guerre , & les
'Ennemis n'ontque ce qu'ils
poſſedoient auparavant , ce
qui leur a coûté beaucoup
d'hommes & d'argent àreprendre.
On voit par là
que la France ſeule a pris de
plus juſtes meſures, pour parer
les coups que tant de
puiſſances liguées luy vouloient
porter, que toutes ces
Puiſſances enſemble n'en ont
Pris pour la ſurprendre , &
que juſqu'à aujourd'huy cette
guerre n'eſt avantageuſe
qu'à
3
DE FLEVRVS .
25
qu'à elle ſeule, puis qu'elle
luy a donné unedes plus fortes
places de l'Europe par
droit de conqueſte; qu'elle.
en occupe beaucoup d'autres
qui font ſubſiſter ſes troupes
en Allemagne aux dépés
de ſes ennemis;que ces troupes
ont toujours fait la mefme
choſe avant le gain de la
Bataille de Fleurus , dont j'ay
entrepris de vous donner la
Relation ; que la France a ti
ré des contributions par tout
où ſes Ennemis l'ont attaquée
; que ſes Armées ont
entré dans leur pays de tous
coſtez, fans que celles de tant
B
26 BATAILLE
de puiſſances ayent mis le
pied dans le lien,& que Dieu
ayant ſecondé par tout le
bonheur de ſes Armes , elles
n'ont pas eſté moins victorieuſes
ſur mer que ſur terre,
ce qui doit paroître incroyable
, & ne peut eſtre arrivé
fans une benediction du
Ciel toute particuliere , puis
que le Roy eſt demeuré vainqueur
de deux puiſſances
unies enſemble , qui ſeparément
ſe ſont diſputé entr'"-
elles l'Empire de la Mer.L'union
de preſque tous les Souverains
de l'Europe contre
ce Monarque , a eſté cauſe
DE FLEVRVS. 27
qu'il a remporté des avantages
dont la poſterité doit eftre
étonnée. Les princes qui
ſont aujourd'huy liguez contre
luy , & qui préferent un
intereſt imaginaire à leur
gloire , ne regardent que le
preſent;mais come ils ſe ſont
trompez dans la penſée qu'ils
avoient d'accabler la France,
plus leurs affaires déperiſſent
plus ils publient de victoires,
afin d'empeſcher que leurs
Peuples , qu'ils ont trompez
lors qu'ils ont entrepris cette
guerre, ne ſe ſoulevent ein
aprenant que leurs mauvais
fuccés continuënt. Ainſi ils
t
B2
28 BATAILLE
&
veulét faire croire qu'ils font
toujours victorieux , quoy
qu'il ſoit tres-vray , non- feulement
que l'on a toujours
vécu dans leur pays , &qu'on
les a fait toujours contribuer,
mais encore , qu'ils ne font
entrez en campagne que fort
long-temps aprés nous
qu'ils ont eſté barus en toutes
rencontres. Ce qui s'eſt
paffé depuis l'ouverture de
cette Campagne confirme
toutes ces choſes. On a vêcu
par tout à leurs dépens,& ils
ont payé par tout des contributions,
M.le Maréchal Duc
de Luxembourg ayant camDE
FLEVRVS . 29
4
pé fort avant dans leur pays
avant qu'aucun d'eux paruſt
en campagne , & en ayant
tiré de groſſes ſommes. Ce
n'eſt pas qu'ils n'euffent quelques
forces de ce coſté- là ,
mais on n'a iamais vû des
troupes Eſpagnoles éviter avec
tant de ſoin de paroiſtre
devant leurs ennemis,juſque
là que noſtre Armée étant
campée àDeinſeà deux lieuës
de Gand , on alla deux fois
au fourage avec des Bâtons ,
ſans que ces Troupes ofaffent
tirer un coup de mouſquet ,
ny meſme ſe montrer , quoy
que l'on fourageaft jufque
B 3
30
BATAILLE
ſous le Canon de Gand &
qu'il y euſt plus de dix mille
Chevaux cámpez de l'autre
coſté. comme ils ne firent
aucune fortie, ny meſme aucune
tentative,les Bourgeois
ne peurent s'empefcher d'accuſer
de lâcheté les troupes
de la Garniſon , & celles qui
eſtoient entrées dans la Ville
pour les défendre. On ſceut
meſme que cela avoit eſté li
loin , qu'ils furent ſur le
point de faire main-baſſe ſur
cux & de nous ouvrir les
portes. Ils étoientméme reſo-
Jus de faire une ſomme confiderable
pour les contribu-
,
DE FLEVRVS.
31
tions , pourveu que M. de
Luxembourg voulût chaffer
les Eſpagnols de leurs poſtes;
mais ce general avoit d'autres
deſſeins , & de grandes
meſures à prendre,ayant ſeeu
que
qu'enfin M. de Valdec afſembloit
fon Armée à Nivelle
& à Picton. Elle étoit beaucoup
plus forte que celle de
M. de Luxembourg , & devoit
eſtre jointe par lesTroupes
de l'electeur de Brandebourg
, à qui le Prince de
Liege offroit cent mille écus
pour faire le Siege de Dinan,
& la poſſeſſion de la Place
juſques à la paix, pour entr
B 4
32
BATAILLE
rer toutes les contributions
qu'il pourroit, afin delerembourſer
des frais du Siege.M.
de Valdec n'avoit nul ſujet
de craindre ce qui luy eſt arrivé,
puis qu'il n'y voyoit aucune
diſpoſition. Il faloit
que M. de Luxembourg fift
une diligence à laquelle il ne
croyoit pas devoir s'attendre
, & quand il en auroit
eſté perſuadé , trois chofes le
raffeuroient , l'Armée de M.
de Luxembourg eſtoit beaucoup
moins forte que la ſienne;
il attendoit celle de Brendebourg
qui la devoit rendre
encore plus confiderable , &
DE FLEVRVS .
33
il ne voyoit nulle apparence
que l'Armée de M. de Bouflers
dust joindre fi-toſt , en
cas qu'on euſt arreſté cette
jonction , ou du moins celle
d'une partie ce cette Armée.
M. de Luxembourg ayant
refolu de chercher M.de Valdec
pour le combattre , fit
divers détachemens de fon
Armée. Ce ſtratagéme luy
ſervit à couvrir ſes deſſeins,&
à marcher avec plus de diligence
, parce que les petits
Corps font plus de chemin
qu'une groffe Armée, Ces
mouvemens commencerent
le 10. de Juin. Le Journal de
BS
34
BATAILLE
cette Marche eſtant inutile,
je n'en ſuivray les dates que
depuis le 22. du meſme mois.
Ce jour- là 22. l'Armée pafſa
ſous le Canon de Mons,
où rien ne fit appercevoir
que ce fuſt une Place ennemie
; la Ville n'ayant point
tiré , & la Garniſon n'ayant
fait aucun mouvement. On
campa au petit Queſnet.
On en décampa le vingttrois
, & l'on alla paſſer la
Sambre à Iumont à trois
quarts de lieuës du Camp
volant de M. de Gournay ,
quicommandoit un des détachemens
dont j'ay parlé,&
DE FLEVR VS.
35
qui eſtoit campé ſur cette
meſme Riviere.
Le vingt-quatre , le dérachement
de l'armée de Mr.
de Bouflers,qui étoit à Hayes
au- delà de la Meuſe , partit
pour venir joindre Mr. de
Luxembourg ſous les ordres
de M. de Rubantel.
Le vingt- cinq, il paſſa la
Meuſe à Charlemont.
Le vingt ſix , noſtre Armée
& le Camp volant de
Monfieur de Gournay décamperent
, & Monfieur de
Luxembourg vint à Boſſu
prés de Valcourt. Le meſme
jour,M. de Rubantel paſſa à
36 BATAILLE
gué avec ſon détachement ,
pour aller joindre l'armée.
- Il campa le 27. fur le côté
de Philippeville àune petite
Ville nommée Florennes. Ce
jour-là , l'armée de M. de
Luxembourg qui s'étoit rendu
à Boſſu prés Valcourt , &
qui dans ſa marche avoit fair
un gros détachement tiré des
troupes de M. de Gournay
pour envoyer vers Avefines,
en decampa , & vint à Gerpines
entre Sambre & Meuſe
, où il fejourna. C'eſt un
lieu où les Hollandois camperent
l'année derniere , &
où nous campâmes auffi penDE
FLEVRVS. 37
dant neuf ou dix jours , &
c'eſt de là que nous les canonnâmes
dans leur Camp
proche de Charleroy. On
voit cette Place affez aisément
de ce meſme lieu,quoy
qu'elle en foit éloignée d'une
heure & demie. On ne peut
trop admirer la diligence
que fit M. le Marechal Duc
de Luxembourg. pour venir
en quatorze jours au Camp
de Gerpines. Il n'y a rien de
plus beau que cette marche,
pour laquelle il falloit faire
plus de Ponts que l'on n'en
fit dans toute la derniere
Campagne. Pendant queM.
38 BATAILLE
de Luxembourg avec le gros
de l'Armée campoit à Gerpines,
M. le Comte de Gournay
eſtoit campé à Gogny.
Ses meſures avoient eſté i
bien prifes pour empeſcher
que M. de Valdek ne ſceuft
la jonction du détachement
de l'armée de la Moſelle, que
M. de Rubantel qui le commandoit
arriva le 28.à Metel,
à deux lieuës de la grande
Armée. M. de Luxembourg
ayant ſceu ſon arrivée, détacha
fur les neufheuresdu foir
un grand corps de troupes,
& aprés avoir donné pluſieurs
ordres qu'il jugea ne
DE FLEVRVS.
39
ceffaires , il partit de Gerpines
à deux heures du matin
, & marcha tout le refte
de la nuit, avec ce détachement
de ſon armée, les pontons&
fon artillerie , afin de
derober ſa marche àMonfieur
de Valdec , & de paſſer la
Sambre ſans qu'il en fuſtaverti.
En effet , ce General
des ennemis ne croyoit pas
qu'il fuſt poffible à M. de
Luxembourg de ſe preſenter
fur les bords de cette Riviere
plutoſt que le 30. & il avoit
meſme de la peine à ſe
perfuader qu'il puſt y arriver
ce jour- là. Le detachement
40
BATAILLE
dont je viens de vous parler
eſtoit compoſe de tous les
Grenadiers de l'armée,de la
Gendarmerie , du Royal Allemand
, & du Regiment du
Maine. Comme depuis l'ouverture
de la Campagne M.
le Duc du Maine s'étoit trouvé
dans toutes les occaſions
d'éclat , tantoſt comme General
de la Cavalerie, tantoft
comme Maréchal de Camp,
ce Prince voulant eſtre prefent
à tout , non ſeulement,
pour donner les ordres qui
regardent ces deux emplois ,
mais pour payer meſme de ſa
perfonne , accompagnoit
DE FLEVRVS . 41
Monfieur de Luxembourg.
Les Troupes marcherent fur
quatre colomnes. Monfieur
de Luxembourg.fit deux dettaacchheemmeerns,
dont l'un fut envoyé
du coſté de l'abbaye
d'Ogny , & l'autre à Ham
qui eſt du coſtéde Charleroy
&de Namur, ſur la Sambre,
où l'on devoit faire des
ponts. Iljoignit en chemin
les troupes que commandoit
Monfieur de Rubantel , &
celles qui estoient fous les
ordres de Monfieur de
Gournay. Monfieur de Luxembourg
ſcachant l'impatience
où eſtoit l'armée
44
BATAILLE
d'en venir aux mains avec les
ennemis dit hautement pour
leur donner de la joye qu'il
alloit chercher Monfieur de
Valdec pour le combatre.
On n'a jamais vu de troupes
plus fatisfaites , ny avancer
avec plus de réſolution de
bien faire. Auſſi étoient- elles
preſtes d'entrer dans un pays
qui n'eſtoit pas ſoumis à la
contribution. Monfieur de
Valdec eſtoit dans un poſte
tres- avantageux entre Charleroy
& Namur , & n'auroit
jamais pû croire que monfieur
de Luxembourg ſe fuſt
refolu à paſſer une Riviere
DE FLEVRVS . 39
entre deux Villes ennemies,
&à huit lieuës de ſon Armée;
mais il n'eſtoit pas queſtion
de demeurer dans ce Camp,
mais de combatre , & ce General
avoit pris des meſures
aſſurées pour ſurprédre Monſieur
de Valdec , qui auroit
toujours évité la bataille ſans
un coup auſſi hardy que celuy-
là,parce que non ſeulement
il est difficile d'en venir
à un combat contre un ennemi
qui évite de s'y engager
, mais encore parce que
M. de Valdec entend fort
bien les campemens , ayant
campem
fervi long-temps ſous feu M.
44 BATAILLE
E
de Turenne . Il falloit donc
que M. de Luxembourg le
ſurpriſt , ce qu'il ne pouvoit
faire que dans un lieu où M.
de Valdec ſe croyoit en ſeureté.
Mais comme en voulant
furprendre les autres on peut
quelquefois s'engager mal- àpropos
, la prudence veut
qu'on prenne de grandes
meſures , afin de ne rien rifquer
, & c'eſt ce que M. de
Luxembourg avoit fait , en
dérobant fa marche à ſon ennemi
, & en luy cachant ſes
forces. Il eſtoit venu à bout
du premier par la grande diligence
qu'il avoit faite ; & il
DE FLEVR VS. 45
د
avoit li bien diſpoſe les choſes
, que M. de Valdec ignoroit
qu'il euſt eſté joint par
le detachement de l'Armée
de la Moſelle, qui eſtoit ſous
le commandement de M. de
Rubantel & par le Corps
que commandoit M. de
Gournay. D'ailleurs il eſtoit
aſſuré , non- feulement de la
bonté& de la bonne volonté
de ſes troupes, mais encore
de l'intelligence & de la
valeur des Officiers Generaux
: il connoiſſoit le terrain
où il avoit à combatre , &
avoit imaginé des mouvemens
qui devoient embaraf46
BATAILLE
fer M. de Valdec , comme
vous le verrez dans la ſuite .
Aprés avoir paſſé par des
chemins tres-difficiles , & des
defilez fort méchans , on arriva
à un village où il y a un
Chaſteau ſur une petite coſte
affez longue , mais qui n'eſt
pas fort haute, &qui eſt toute
environnéede Bois; la Sam .
bre paſſe au pied. Il y avoit
auſſi une redoute de l'autre
coſté de la Riviere,au devant
de laquelle eſtoit un gué.
Cette redoute n'eſtoit pas
ſeule les Ennemis en ayant
conſtruit à droite & à gauche
pour defendre le bord de la
DE FLEVRVS. 47
Riviere. Il fut queſtion d'attaquer
ces Redoutes , quoy
que l'Infanterie ne fuſt pas
encore arrivée. Elle estoit en
marche par d'autres chemins,
ſuivant les ordres de Monſieur
de Luxembourg , qui
avoit pris de grandes précau-
- tions , afin que les marches
ne fuſſent point embarrafſées
, & que le reſte de l'armée
pût arriver peu de temps
aprés luy ſur une petite hauteur
qui eſt à la gauche de
Ham . Monfieur le Duc de
Choiſeuil menoit la Cavalerie
, & Monfieur le Chevalier
de Tilladet l'Infanterie.
48 BATAILLE
Comme elle étoit encore éloignée,
M.de Luxébourg fit mettre
pied à terre aux Dragons
de Pompone, pour attaquer
la Redoute qu'ils emporterent
l'épée àla main , aprés
avoir paſſe la Riviere à la
nâge. Les ennemis qui la gardoient
ſe retirerent , partie
dans un Château appellé
Froidmond partie ſur la
droite dans des Bois & dans
des hayes qui bordoient la
Riviere. Il n'y eut perſonne
de tué en cette occaſion. On
dit qu'il y avoit ſoixante ou
quatre-vingts hommes , &
quelques Officiers dans cette
د
Redoute
DE FLEVRVS. 49
Redoute. Celle de la gauche
fut emportée avec la meſme
vigueur , par quelques Cavaliers
des Regimens duMaine ,
& de Furſtemberg,qui d'euxmeſmes
ſe porterent à cette
action, pour ſatisfaire à l'umpatience
qu'ils avoient de ſe
ſignaler , & pour imiter l'ardeur
qu'ils venoient de remarquer
dans les Dragons
de Pompone. Quelques Officiers
partagerent la gloire de
cette action , quien merite
d'autant plus que les Ennemis
avoient eu ſoin de rompre
les guez. Ils s'eſtoient
perfuadé que leurs Redoutes
C
50 BATAILLE
& ces guez rompus défendroient
plus longtemps le
paſſage de la Sambre. On fit
applanir les Ouvrages- qu'on
emporta , & l'on travailla
pour rendre facile la fortie
des Ponts qu'on devoit faire .
Le Château de Froidmont
reſtoit à prendre ; mais comme
les chemins eſtoient prefque
impraricables , les Pontons
n'étoient pas encore
arrivez , ce qui cauſoit un
grand embarras,puiſque fans
Potons la Riviere eſtoit tresdifficile
à paſſer de ce cóftélà.
Ce n'est pas qu'elle fuſt
profonde , mais l'abord en
DE FLEVRVS. 51
eſtoit fi méchant, que de trois
Cavaliers il en tomboit deux
dans l'eau. Cependant M.
de Luxembourg connoiffant
l'ardeur des Troupes , & le
deſir que lesOfficiers avoient
de donner des marques de
leur valeur, ordonna à M. du
Roſel & à Mrs. les Marquis
d'Alegre & de Toiras , d'aller
avec leurs Regimens inveſtir
Froidmont, Ils receurent
ce commandement avec
joye, & cent Cavaliers choifis
du Régiment de Condé
ayant paffé des premiers, allerent
ſe poſter devant ce
Château , pour empeſcher
C 2
52
BATAILLE
que la Garniſon ne ſe ſauvaſt
par les Bois; ce que Monfieur
de Luxembourg avoit témoigné
apprehender. Leur Colonel
y demeura tout le jour
avec cette petite troupe;& les
Ennemis qui ne pouvoient
decouvrir ſes derrieres , ne
tenterent rien pour l'enfoncer.
Le reſte de ce Regiment
& les deux autres pafferent
plus à loiſir , partie à gué ,
partie à la nage. Les Eſpagnols
avoient rehauffé les
bords de la Sambre de leur
cofté , ce qui en rendoit les
forties impraticables, de maniere
qu'on ne paſſa qu'avec
DE FLEVRVS.
53
beaucoup de difficulté Com
me les troupes commençoient
à groffir , M. le Comte
de Saillant arriva avec les
Grenadiers des Gardes , &
quatre autres Compagnies
deGrenadiers. Il ſe preparoit ,
à paſſer de la meſime maniere
que les Regimens qui avoieť,
_pris le devant , mais ayant
- aperceu un bateau , il l'envoya
prendre, quoy qu'il fuſt
ſous le feu du Chateau , &
aprés y avoir fait paffer les
troupes qu'il commandoit, il
acheva d'inveſtir Froidmont .
avec ſon détachement.
Pendant que ces troupes
C3
54
BATAILLE
eſtoient en mouvement , celles
qui estoient commandées
par M. de Rubantel , arriverent
à un village ſitué fur
une petite hauteur, où il y a
une Prairie du coſté du Cha.
teau , & de l'autre une petite
Plaine& des Bois par où l'on
défiloit. M de Luxembourg
s'eſtoit rendu en ce lieu là,
pour faire loy- meſme défiler
les Pontons afin de faire au
plutoſt Paſſer des troupes de
l'autre coſté. Les Grenadiers
firent les Ponts, & il y en eut
deux en état ſur les fix heures
du foir. On y fit paſſer quatre
pieces de canon pour
DE FLEVRVS. 55
commencer à batre Froidmont
, & M. de Montrevel y
paſſa enfuite , avec trois brigades
de Cavalerie & fix bataillons.
La nuit empeſcha
qu'on n'y filt paſſer un plus
grand nombre de Troupes.
Ces Brigades & ces Bataillons
entourerent le Château,
fur lequel on tira huit ou dix
volées de canon , fans un
ſeul coup de mouſquer.Ceux
qui estoient dedans y répondirent
par quelques coups de
fauconneau , & par une décharge
de leur mouſquetterie
, dont il n'y eut perſonne
bleſfé. Ils arborerent enfuite
C 4
56 BATAILLE
un drapeau blanc , pour demander
à capituler. On ne
les écouta point, & ils furent
obligez de ſe rendre à difcretion.
Le Château fut pillé ,
aprés qu'on eut fair prifonniers
, huit Capitaines , autant
de Lieutenans , un Enſeigne
de Dragons , tous ef
pagnols naturels , & plus de
quatre- vingt Soldats dont la
Garniſon eſtoit compoſée.
Pendant l'attaque du Château
de Froidmont , il y eut
des Dragons qui ſe deshabillerent
, & qui ayant mis leur
épée nuë à leur bouche , pafferent
de l'autre côté de la
DE FLEVRVS.
57
Sambre ; ils allerent attaquer
une redoute que les Ennemis
abandonnerent à leur
veuë.
Cependant l'Infanterie étant
arrivée par un défilé qui
ſe trouve dans un bois à la
defcente d'une grande montagne
où l'on ne peut paſſer
qu'un à un , & au pied de laquelle
eſt la Sambre , eut ordre
d'avancer. La premiere
colomne fut obligée de pafſer
ſur la droite , & de côtoyer
un endroit de la Riviere,
de l'autre coſté de laquelle
eſtoient retranchez dans des
hayes tout- à-fait fur le bord,
CS
58 BATAILLE
tre
,
,
dix- ſept cens hommes de la
Garniſon de Namur qui
formoient pluſieurs bataillons
: ils firent diverſes décharges
fur les bataillons des
Gardes. Les bataillons de
Greder Allemand , & un aueſſuyerent
le premier
feu , mais toutes les troupes
qui ſe trouverent en cette occafion
leur répondirent par.
un feu fi furieux , qu'ils furent
contraints de quitter le
bord de la Riviere , & de ſe
retirer dans des bois qui étoient
derriere eux , de forte
qu'ils furent bientoſt hors de
portée,mais voyant que nous
DE FLEVRVS. 59
marchions le long de cette
Riviere , ils ſe montrerent
encore , & firent feu ſur les
noſtres . La grande décharge
qu'on leur fit , les obligea de
ſe retirer une ſeconde fois ,
ce qu'ils firent avec beaucoup
de précipitation. Nous
euſmes en cette occaſion environ
trente hommes tuez ,
& ils en perdirent plus de
cent. Nos troupes continuerent
leur marche fans plus
voir d'ennemis , & fans qu'ils
tiraffent un feul coup,& elles
arriverent à dix ou onze heures
du ſoir au Chaſteau de
Froidmond , prés du quel
60 BATAILLE
elles coucherent. On avoit
laiffé les gros bagages au village
nommé Ham, ſur la gauche
duquel on paſſa , en cô
- toyant la Riviere , où les ennemis
avoient paru. On peut
dire que la bataille de Fleurus
eft confiderable par les
avantages remportez ſur les
Ennemis , pendant troisjours
de ſuite.
Le 29. de Juin , une partie
de l'Armée paſſa la Sambre ,
comme vous venez de voir ,
les uns à gué , les autres fur
les deux Ponts , qui forent
faits le ſoir de cette journée.
On ſe ſaiſit le même jour des
DE FLEV.R V S. 61
redoutes que les Ennemis avoient
fait conſtruire pour
en défendre le paſſage , on ſe
rendit maiſtre du Château de
Froidmond , & l'on repouſſa
dix-ſept cens hommes de la
Garniſon de Namur. Voilà la
premiere journée dont je
viens de vous donner le détail
, aprés vous avoir fait
voir les meſures que M. de
Luxembourg avoit priſes ,
afin d'engager le Prince de
Valdec à ne pas fuir un combat
qu'iln'auroitpas manqué
d'éviter , fans toutes ces prudentes
précautions , & toutes
ces rufes de guerre. Je
62 BATAILLE
paſſe à la ſeconde journée,
qui étoit le 30. & qui fait
voir que nos avantages ont
toujours efté en augmentant,
& je finiray par le détail de
la Bataille qui ſe donna le
premier Juillet..
Le trente de Juin à la pointe
du jour , ce qui avoit reſté
de l'Armée en deça de la Riviere
, pafſa ſous les ordres
de Monfieur le Duc du
Maine avec tous les menus
bagages . On marcha , laiffant
le Château de Froidmond
à gauche , & on palla
au Pont d'Orme un petit
Ruiſſeau qui entre dans la
DE FLEVRVS. 63
Sambre , prés de ce Château
M. de Luxembourg avoit ordonné
à Mrs , de Vateville,
& de Rubantel , de faire
marcher les gros bagages
vers l'Abbaye d'ogny de
l'autre coſté de la Sambre ,
avec eſcorte de deux mille
chevaux & de quinze cens
hommes de pied , foit parce
qu'ilvouloit eſtre plus libre ,
acauſe de l'expedition qu'il
Texpedition
avoit en veuë, ſoit parce que
la marche eſtoit plus aifée de
ce coſté-là Les Vivandiers
eſtoient demeurez avec les
gros bagages , & la plus
grande partie de l'artillerie,
64 BATAILLE
que l'on fit marcher ſur la
gauche à trois quarts de lieuë
de l'endroit , où l'on avoit
fait des Ponts , fur une hauteur
où la Riviere tourne
preſque tout , autour , avec
des Prez qui la bordent ,
& des bois de l'autre coſté
qui font comme un cercle;
de forte que cela faiſoit une
eſpece d'ille entourée de Bois
& d'une Riviere . M. de Luxébourg
qui ne faiſoit aucune
démarche ſans avoir des
veuës pour le combat qu'il
avoit réſolu de donner, avoit
fait paffer l'Armée par le lieu
que je viens de vous marDE
FLEVRVS . 65
!
i
quer , parce qu'il eſperoit
tomber plus aiſement fur le
corps de Cavalerie que le
Prince de Naſſau avoit de
ce coſté-là, l'Armée ayant
pallé , ou pluſtôt défilé par
cet endroit où il y a un
Pont de pierre , marcha fur
cinq colones , ſçavoir fur
deux d'Infanterie , deux de
Cavalerie , & une d'Artillerie.
Cet habile General qui
non- ſeulement agiſſoit de la
teſte , mais qui ſe trouvoit
par tout,avoit eſté reconnoître
les chemins que devoit
prendre l'Armée lors que M.
le Duc du Maine l'auroit fait
66 BATAILLE
paffer , les Ponts qu'il avoit
fallu raccommoder, & la difficulté
des défilez ayant beau.
coup retardé le paſſage des
Troupes , quoy que M. du
Maine priſt des ſoins tout extraordinaires
. On ſçait nonſeulement
l'aplication de ce
Prince , pour tout ce qu'il
fait , mais que ſon commandement
eft foutenu de manieres
fi honneſtes , & de récompenſes
pour ceux qui les
meritent ſi dignes de ſon auguſte
naiſſance, qu'iln'entreprend
rien dont il ne luy ſoit
aiſé de venir à bout , parce
qu'il joint à toutes ces chofes
DEFLEVRVS . 67
une valeur naturelle. Il fit
donc en cette occafion tout
ce qu'il put pour faire avancer
l'Armée avec diligence , à
cauſe que ſon grand courage
le preſſoit d'aller enfuite aux
ennemis.
C'eſtoit à quoy on l'avoit
vû aſpirer depuis longtemps ,
mais outre qu'il fallut raccommoder
les ponts , la difficulté
des défilez ſe trouva
ſigrande , que la Cavalerie
ne put paſſer auſſi viſte que
ſouhaitoit ce jeune prince
qui en eſt General. Cela fut
cauſe que M. de Luxembourg
qui vouloit voir tout
68 BATAILLE
par luy- même , ne put avoir
que fix eſcadrons de Dragons
& quatre de Gendarmerie
, pour aller reconnoiſtre
les chemins , & affurer
ſa marche. A peine avoit- il
fait une lieuë & demie , qu'il
apprit par Monfieur Cheladet
, Lieutenant Colonel du
Regiment de Noailles, qu'on
découvroit vers Fleurus une
colomne de l'Armée ennemie,
& qu'elle paroiſſoit foutenue.
Ces Troupes qui faifoient
plus de trois mille
chevaux , eſtoient ſous le
commandement du Comte
de Flodorf , Gouverneur de
DE FLEVRVS. 69
Maſtric , & du Baron de Berlo.
Elles ne nous croyoient
pas ſi avancez , & n'avoient
deſſein que de venir reconnoiſtre
les endroits favorables
de la Sambre , que M.de
Valdec vouloit nous empê-
⚫cher de paſſer. C'eſtoit là le
ſeul motif qui l'avoit engagé
à s'avancer avec toute ſon
Armée dans le camp qu'il
occupoit, mais il s'eſtoit laifſe
prevenir par les grandes
marches de M. de Luxembourg
, qui s'eſtoit trouvé
plus diligent & plus habile
General que luy.
M. de Luxembourg qui ne
70
BATAILLE
reſpiroit que le combat , &
qui avoit ſes raiſons pour ne
pas laiſſer avancer les Ennemis
, ayant medité le moyen
de les embaraſſer dés l'entrée
de la Bataille, comme vous le
verrez dans la ſuite , fit tout
ce qu'il crut neceſſaire pour
engager cette grande action ,
& pour empécher qu'ils ne
quittaſſent le Camp où il
avoit reſolu de les combattre.
Il envoya reconnoiſtre les
endroits où les Eſcadrons
pouvoient eſtre poſtez , &
donna ordre à M.de Cheladet
de prendre trois cens
Chevaux , & d'aller décou-
1
DE FLEVRVS. ZE
vrir le derriere des Ennemis ,
car ils avoient un rideau qui
- cachoit toute leur Armée, &
comme il eſtoit tombé beaucoup
de pluye le jour précedent
, il n'y avoit point de
pouſſliere qui en pút donner
connoiffance. Ainſi il eſtoit à
craindre qu'ils n'euffent de
l'Infanterie pour les foutenir,
parce que la nôtre n'étoit pas
encore arrivée. M de Luxembourg
eut le temps d'aprédre
tout ce qu'il vouloit ſçavoir ,
les Ennemis eſtant demeurez
-plus de deux heures ſans faire
ول
4aucun mouvement Lors qu'il
eut receu l'éclairciſſement
72
BATAILLE
qu'il ſouhaitoit , il donna les
ordres pour faire avancer
l'Armée en bataille. La plaine
eſtoit belle , & rien n'eſtoit
plus beau à voir que la fierté
avec laquelle toutes les Troupes
marchoient. Monfieur le
Comte de Gournay qui couvroit
la marche de l'Armée
avec vingt eſcadrons ſur des
hauteurs fort éloignées , cut
ordre de venir joindre Monſieur
de Luxembourg le plûtoſt
qu'il luy ſeroit poſſible ;
mais cet éloignement , & la
difficulté des paflages donnerent
lieu à la Cavalerie des
Ennemis de ſe retirer affez
loin,
DE FLEVR VS.
73
loin,& de mettre un défilé devant
elle. Comme ils avoient
quantité de troupes dans des
fonds derriere des hauteurs ,
ils avoient deſſein de nous attirer
juſqu'au gros de leur armée
,,& nous ne nous prefſions
point d'avancer , parce
que nous voulions attendre
noſtre Infanterie qui eſtoit
encore fort éloignée .
L'impatience que M. le
Duc du Maine avoit de combattre,
luy ayantfait ſurmonter
tous les obſtacles qui l'avoient
arrêté jufque-là , ce
Prince arriva ſuivy de quelque
Cavalerie. Sa prefence
DD
1
74
BATAILLE
produifit pluſieurs effets confiderables
, & la diſpoſition
où les Ennemis le virent d'aller
à eux,les ayant intimidez
ils prirét le party de ſe retirer
aſſez loin juſqu'au deſſus de
Fleurus , ayant mis des Dragons
dans les hayes du Village,&
devant eux un Ruiſſeau
aſſez difficile , dont les bords
étoient relevez. L'arrivée de
ce Prince fit prendre un deffein
tout contraire à M. de
Luxembourg , puisqu'elle le
fit refoudre de marcher aux
Ennemis , malgré les poſtes
avantageux où ils ſe mettoient
en ſe retirant . Il ne
DE FLEVRVS. 75
L
voulut pas que leur retraite
fuſt paiſible , & qu'ils la fiffent
ſans qu'il leur en coutaſt
quelque choſe. A peine cut- il
apperceu de loin Mr. le Duc
du Maine avec une teſte de
Cavalerie, qu'il forma une ligne
de celle qu'il avoit avec
luy , qui ne puteſtre que fort
mediocre . Les Ennemis avoient
fait le détachement
dont je viens de vous parler ,
fur ce que leurs Eſpions leur
avoient rapporté que M. de
Luxembourg ſe retiroit , &
voulant profiter de l'occaſion
ils avoient reſolu de charger
l'Arriere-garde de ce qu'ils
D 2
76 BATAILLE
croyoient qui reſtoit à repaffer
, car ils eſtoient perfuadez
qu'il n'y en avoit encore qu'-
une partie qui avoit paſſe la
Sambre ; que M. de Luxembourg
venoit à deſſen d'occuper
leur Camp , mais qu'-
eſtant arrivétrop tard, il vouloit
repaffer cette riviere, parce
qu'il ſe croyoit moins fort
qu'eux , & qu'il n'avoit pas
encore eſté joint par le détament
de M. de Bouflers. Ils
avoient vingt-ſept Eſcadrons
parmy leſquels il y avoit deux
Regimens de Dragons Liegeois
; & deux de Cavalerie
Hollandoiſe. Ces Troupes ſe
DE FLEVRVS. 77
laifferent d'abord pouffer
ſans tirer un ſeul coup , mais
comme en allant à la charge
on vit paſſer entre nous &
Fleurus deux de leurs Troupes
, qui alloient joindre leur
détachement, M. de Luxembourg
détacha M. de Cheladet
, pour leur couper le paflage
, & pour les combatre ,
& l'on marcha en mefme
temps au refte. Mr. de Cheladet
pouſſa avec une vigueur
extraordinaire les Troupes
qu'il avoit eu ordre d'aller attaquer.
Elles ſe retirerent de
Village en Village & de haye
enhayejuſqu'à un lieu où l'on
D 3
78
BATAILLE
apperceut vingt Efcadrons
dans un fond. M. de Luxembourg
fit avancer la Gendarmerie
, qui avoit à ſa teſte
Monfieur le Duc du Maine ,
&Monfieur de Matignon. Il
y avoit un Efcadron de Pracontal,
un de Piedmont Ro
yal , deux des Dragons du
Roy, & celuy de Condé qui
fit des choſes ſurprenantes ce
jour- là. Le Regiment de Bouzoles
fit auſſi des merveilles ,
auffi-bien que ſon Colonel.
On paſſa le défilé qui étoit
devant les Ennemis . Seize
Eſcadrons ſauterent une ravine
en leur prefence pour les
DE FLEVRVS. 79
aller charger , ils les rompirent,
& les culbuterent, & les
menerent l'épée dans les reins
juſqu'àun vallon, ſur le haut
duquel ,&de l'autre coſté on
vit toute l'Armée ennemie
enbataille ,& l'on fe trouva
meſme auprés de leur premiere
colomne d'Infanterie.
Comme on les menatoujours
battant, ily en eut beaucoup
de tuez. Les Dragons Liegeois
furent entierement dé
faits ; il reſta peu de la Cavalerie
Hollandoiſe, & le Baron
de Berlo , l'un de leurs Commandans
, y fut tué avec la
plusgrande partie des princi
D4
80 BATAILLE 2
paux Officiers, que Mr. de Luxembourg
leur permit d'enterrer
à Fleurus. On ne fit
guere de prifonniers , parce
que leur Armée eſtant proche
d'eux , ils précipiterent
leurs pas pour s'y rendre. Ce
fut alors qu'on eut beſoin de
la prudence & de l'experience
du General. L'ardeur des
Troupes les avoit emportées
juſqu'auprés d'une groffe Armée
ennemie , noftre Infanterie
eſtoit encore fort éloignée
à cauſe de la difficulté
de la marche , & nous n'avions
que ſeize Eſcadrons.
Ainſi ſelon toutes les appaDE
FLEVRVS. 81
rences , ce qui nous pouvoit
arriver de plus heureux , c'eſtoit
d'eſtreremenezlemeſme
train que nous les avions
conduits. M. de Luxembourg
prit toutes les meſures qu'il
eſtoit alors poſſible, pour
l'empêcher , & retint enſemble
deux Eſcadrons de Gendarmerie
pour ſoûtenir quelques
Eſcadrons des Ennemis
quimarchoient à noſtre Ca--
valerie débandée. Ils furent
repouffez , &M. le Comte de
Marcin fit paroiſtre ſa valeur
en cette occaſion , où il fut
bleſſé , ainſi que M. de Rofamel.
Ce choc fut violent ,,
DS
82 BATAILLE
nous y eûmes tout l'avantage
la Gendarmerie ſe ſurpaſſa
& tous les Officiers de се
Corps ſe diftinguerent. M. le
Marquis de моüy , qui commande
la premiere Compagnie
, y courut rifque de la
liberté&de la vie. Comme il
chargeoit à la teſte de ſon
Eſcadron avec une vigueur
extraordinaire , il fut envelopé
pluſieurs fois , & aprés
avoir eſſuyé de rudes coups ,
ſe voyant pris par des Ennemis
qui le tenoiet & qui l'entraînoient,
il fit un effort qui
les écarta,& il ſe déroba d'eux
La précaution de M.de LuDE
FLEVRVS. 83
xembourg alla plus loin que
ce que je viens de vous marquer,
puis qu'il fit en meſme
teps former trois lignes, dont
la premiere fut de deux Eſcadrons
de Gendarmerie. M. le
Duc du Maine fut chargé par
ce General de former la ſeconde
derriere les deux Eſcadrons,
& il reprit ce qu'il put
de Troupes pour en former
une troifiéme derriere cette
feconde. Monfieur le Duc du
Maine donna de la befogne
aux Ennemis par la manoeuvre
qu'il fit , & les deux Efcadrons
de Gendarmerie firent
des choſes ſurprenantes en
84 BATAILLE
cette occaſion. Ils foûtinrent
non ſeulement l'effort de toute
la Cavalerie ennemie,mais
ils l'empêcherent de paffer ,
& la repouſferent deux cens
pas dans leurs Troupes.M. le
Marquis de Villarceaux ſe
distingua avec l'Eſcadron
qu'il commandoit. Ils'agifſoit
aprés cela de repaffer le
petit Ruiſſeau que nosTrou
pes avoient paflé , & elles le
firent en leur preſence. Leur
ſeconde ligne venant encore
àles charger, elles ſoûtinrent
le choc avec la meſine vi,
gueur , & les renverferent ;
aprés quoy les Ennemis baDE
FLEVRVS. 85
A
lançant àfaire une quatriéme
attaque , nos Troupes repaſferent
au pas le Ruiſſeau , &
les attendirent derriere, mais
ils fe contenterent de faire
pluſieurs décharges , & n'o
ferent le paſſer devant elles ,
comme elles l'avoient paffé
devant eux.. Pendant que
les Gendarmes firent cette
belle retraite , Monfieur
de Pracontal , à la teſte de
Piedmont Royal , ſoutint
l'effort des Ennemis à la gaue
che& les repouſſa demeſme,
& le Regiment de Condé
continua de ſe ſignaler.M.de
86 BATAILLE
Roſmadec fut blefle dans les
occaſions de cette journée ,
ainſi que Monfieur d'Eſpagne
, Fils du brave M d'Efpagne,
Gouverneur de Thioville
, qui eut le bras gauche
caffé au deſſus du coude , en
faiſantdes choſes étonnantes..
Il tua luy ſeul pluſieurs Officiers
& un grand nombre de
Cavaliers , & ne ſe retira que
lors qu'il y fut forcé par la
foibleſſe où le mit la grande
quantité de ſang qu'il répandoit.
M. le Duc de Choiſeül
eut un cheval tué ſous luy
cette meſme journée. On admira
M. le Duc du Maine,qui
DE FLEVRVS. 87
parut dans un temps où il y
avoit- lieu d'avoir de l'inquietude
, avec un air noble &
intrepide , qui ne contribua
pas peu à augmenter la confiance
des Troupes. Je n'avance
rien de moy mefme en
diſant cela , l'ayant tiré de la
Lettre d'un Colonel qui n'a
pas moins d'eſprit que de
naiſſance & de valeur. M. de
Luxembourg fit retirer ſa Cavalerie
par une contre marche
fort fiere, & vint camper
enfuite à Velaines dans un
Camp fort ſeur , où elle paſſa
la nuit avec plus de tranquillité
que les Ennemis . Ce Ge
88 BATAILLE
د
neral jugea à propos de faire
interroger les Priſonniers qui
eſtoient entre les mains de M.
Godin Commiſſaire des
Guerres. Quelques Officiers
d'entr'eux luy dirent , fur ce
qu'ils crurent qu'il n'y avoit
qu'un gros détachement de
pallé , qu'ils étoient bien trompez
fileurArméene nous tomboit pas
le lendemainſur les bras. M. de
Luxembourg dit auxTroupes
en les remerciant , & en leur
donnant des loiüanges, qu'elles
en avoient affez fait pour
faire connoistre aux Ennemis
qu'elles les battroient par tout,
mais qu'il falloit repaffer la Ri-
?
DE FLEVRVS. 89
Viere le lendemain. En meſme
temps il donna ordre à l'Artillerie
de prendre le chemin
du Pont dés le ſoir meſme ,
mais elle en receut un tout
cótraire bien toſt aprés.Comme
les Troupes ne trouverent
point leur gros bagage au
Camp,&qu'il leur fut ordonné
de partir le lendemain dés
la pointe du jour , elles commencerent
àſe perfuader qu'-
elles devoiét repaſſfer la Sambre.
Cependant à leur affemblée
on leur diftribua de la
poudre,des bales , de la méche.
Les menus Equipages
prirent le chemin duPont ,&
१० BATAILLE
les Troupes celuy de Fleurus,
ce qu'elles firent avec une
joye d'autant plus grande ,
que ce qui s'eſtoit paffé le
jour précedent leur avoit fait
redoubler la confiance que
leur donnoit la conduite de
leur General,qu'elles avoient
vû avant le combat, pendant
le combat,& aprés le combat,
agir en grand Capitaine , &
mettre en pratique avec la
valeur , toutes les ruſes de
guerre des plus experimentez.
Enfin toutes choſes eftant
difpofées pour une grande
Bataille , elle ſe donna le preDE
FLEVRVS .
mier Juillet , jour remarquable
à jamais , & qui fait voir
quele regne de Sa Majesté eſt
un enchaiſnement de miracles.
Mr. de Valdec voyant la
gloire qu'il y avoit à acque
rir à vaincre des troupes auffi
aguerries que celles de France,
s'eſtoit ſervy pour camper
avantageuſement , de toutce
qu'unelongue experience luy
adonné de lumieres dans le
meſtier de la Guerre. Il ne ſa
contenta pas de cela,& quoy
qu'il duſt s'aſſurer fur le nombre
de ſes troupes , il crut les
devoir exciter, en leur diſant,
qu'il les alloit mener juſques
92.
BATAILLE
mais
à Paris. Le chemin n'etoit pas
long , mais les fortes Armées
de Flandre n'ont encore pû le
trouver. M de Luxembourg
eſtoit plus modefte
peut eſtre avoit-il plusde fujet
de ſe fier à ſes troupes. Il
eſtoit neceffaire qu'elles fufſent
bonnes , puis qu'aprés avoir
paſſe la Sambre, le party
de la bataille eſtoit le ſeul
qu'il avoit à prendre, ne pouvant
repaffer cette Riviere en
prefence d'uneArmée ſi forte
fans qu'il luy en coûtaſt une
Arriere-Garde ; ce qui auroit
fait diminuer la réputation
des Armes du Roy , &auroit
DE FLEVRVS . 93
pû avoir des ſuites facheuſes .
D'ailleurs , il n'eſtoit plus
temps de ſe retirer , puis
que l'Armée du Prince
de Valdec avoit eſté toute la
nuit dans un mouvement violent
, pendant que les François
l'avoient paſſée ſous
leurs Tentes , & avoient jouy
d'un repos que les Armées ne
gouſtent jamais , à moins
qu'elles ne ſoient ſeures de la
prudence & de l'experience
de leur General. C'eſt ce qui
épargne aux troupes des alarmes
continuelles , & les fait
dormir ſans inquietude.Mile
Prince de Valdec en avoit
94
BATAILLE
beaucoup , quoy qu'il affetaſt
de paroître ſeur du gain
de la Bataille , & qu'il vouluſt
le perfuader aux Troupes
qu'il commandoit. Dés le foir
du 30. Juin , il avoit fait mettre
ſon Armée en bataille , &
elle paſſa toute la nuit dans
cet ordre . Rien ne fait mieux
voir le contraire de ce que
M. de Valdec avoit envie de
luy faire croire. Il y a grande
apparence que ſon deſſein
n'eſtoit pas de donner la bataille
pendant la nuit. Cependant
il met dés le ſoir ſes
Troupes en état de combatre,
& il les fait demeurer juſques
DE FLEVRVS .
95
au jour dans une ſituation où
il eſtoit impoſſible qu'elles
cuſſent du repos. Il falloit ,
ou qu'il euſt bien peu d'experience
, de fatiguer ainſi ſon
Armée ſans ſujet , ou qu'aprehendant
à tous momens
d'eſtre attaqué , il euſt plus
de la moitié de la peur qu'il
vouloit donner. M. de Luxembourg
avoit fait tout le
contraire. Il avoit fait repoſer
ſes Troupes , mais il avoit
veillé pour elles , & meſme
deux raiſons l'avoient portéà
leur cacher la reſolution qu'il
avoit priſe de donner bataille.
Ilnevouloit pas que l'idée
:
96 BATAILLE
d'un combat les agitaſt pendant
la nuit , ny que M. de
Valdec puſt apprendre qu'il
avoit deſſein de l'attaquer. 11
en méditoit les moyens depuis
long- temps , mais il ne
les avoit pas encore communiquez
aux Officiers Generaux
, de peur que leur joye
ne les trahiſt en paroiſlant
trop fur leur viſage ,& que le
Prince de Valdec venant à en
avoir connoiſſance , ne prift
des meſures, ou pour éviter le
combat , ou pour ne le donner
qu'avec de grands avantages.
Pendant quetoute noftre
Armée repoſa , noſtreGeneral
DE FLEVRVS . 97
neral fur dans un mouvement
perpetuel. Il envoya pluſieurs
partis en Campagne ;
il écouta leur rapport ; il apprit
tout ce qui ſe paſſoit dans
le Camp de M. de Valdec , &
en fut témoin luy- meſme dés
la petite pointe du jour. Les
Ennemis firent une grande
faute de s'eſtre mis ſi- toſt en
bataille. Outre qu'ils donnerent
lieu à M. de Luxembourg
d'examiner la ſituation où ils
eſtoient, & d'empeſcher qu'ils
n'en profitaffent , cette fituation
, quelque avantageuſe
qu'elle fuſt pour eux , luy fit
prendre des meſures pour en
E
98 BATAILLE
tirer quelque fruit. Il falloit
pour cela, non ſeulement connoiſtre
parfaitement le pays ,
mais ſçavoir à fond toutes les
ruſes de guerre qui peuvent
eſtre miſes en pratique en de
pareilles occaſions. M.de Luxembourg
les avoit appriſes
ſous un trop grand Maiſtre ,
&s'eſtoit trouvé en trop de
batailles rangées pour les
ignorer. Il n'a pas ſeulement
l'experience , mais encore ce
qui manque à beaucoup de
grands Capitaines , je
dire , une réſolution fixe. Il
n'y a rien de plus neceſſaire
pour les grands coups , puif-
,veux
DE FLEVR VS. 99
que les eſprits irrefolus gâtent
ſouvent tout , quand meſme
ils prendroient un bon party,
la lenteur eſtant toujours préjudiciable
aux affaires importantes
; de forte qu'il eſt plus
dangereux de prendre tard
une bonne réſolution , que
d'en prendre de bonne heure
une méchante , la premiere
devenant inutile,& le mal de
la derniere pouvant eſtre reparé
aſſez toft pour n'apporter
aucun préjudice , ou du
moins , pour n'en cauſer que
tres- peu. M. de Luxembourg
ayant vû luy-meſme l'Armée
des Ennemis en bataille , &
E 2
100 BATAILLE
ſçachant qu'elle y avoit paſſé
la nuit , réſolut de l'attaquer,
& ne penſa plus qu'à faire
marcher noſtre Armée vers
Fleurus , & à mettre en execution
tout ce qu'il avoit
imaginé pour ſurprendre les
Ennemis , & s'aſſurer la victoire
par la diſpoſition de
nos Troupes , malgré toutes
les précautions que Monſieur
de Valdec avoit priſes
pour avoir l'avantage du
terrain , qui luy eſt demeuré,
& dans lequel il a eſté batu
; ce qui n'auroit pû arriver
fi M. de Luxembourg euſt
fuivi la roouuttee ordinaire,&s'il
DE FLEVRVS . 101
! ſe fuft prefenté pour combatre
devant une Armée rangée
en bataille , qui l'attendoit.
Il le fit , mais d'une maniere
qui déconcerta M. de
Valdec, & qui jetta du deſordre
dans toute fon Armée,
avant que le premier coup
euſt eſté tiré. On affeure que
la marche de la noſtre de
Velaines àFleurus, eſt la plus
hardie qui ſe puiſſe faire. M.
de Luxembourg luy fit prendre
des détours deplus d'une
lieuë dans des défilez qu'un
autre auroit tâché d'éviter ; &
cesdéfilez cacherent fa marche
aux ennemis, qui s'atren-
E 3
102 ΒΑΤΑILLE "
doient à nous voir venir par
le droit chemin , qui est découvert
, & ainſi ce General
ayant trouvé le moyen de reconnoiſtre
le nombre des Ba
taillons & des eſcadrons des
Ennemis , & de leur ofter la
connoiſſance des forces de
noſtre Armée , les prit avec
tous les avantages qu'un habile
General doit tirer de ſon
experience , car d'ailleurs les
deux Armées eſtoient à peuprés
auſſi fortes l'une que
l'autre. La noſtre eſtoit de
quatre-vingt Eſcadrons & de
trente - ſept Bataillons , qui
pouvoient faire environ tren,
DE FLEVRVS.
103
te trois mille hommes, fur
quoy il en faut ofter prés de
quatre mille , commandez
pour la garde des gros equipages
, & qui par confequent
n'ont point combatu..
L'Armée des ennemis étoit
du moins auſſi nombreuſe, &
dans un campement fort
avantageux. Elle eſtoit rangée
en bataille audelà de
Fleurus ayant ſa droite ape
puyée à Hepigny , Village
fitué ſur une petite hauteur,
& ſa gauche s'étendoit dans
la plaine , où elle estoit à decouvert
foutenuë pourtant
du Chaſteaude Saint Amant.
E. 4
104 BATAILLE
Il y avoit de leurs Troupes
dans une Cenſe quieft entre
ceChauſteau & le Village du
meſme nom , & ils avoient
d'ailleurs devant eux deux
Ruiſſeaux également difficiles
à paffer , l'un venant de
Fleurus,& qui avoit ſes bords
relevez , & l'autre venant de
Saint Amand , & dont les
eaux eſtoient alors fort profondes.
Noſtre Armée ne fut
pas moins avantageuſement
poſtée par le bon ordre deM.
de Luxembourg. Ce General
fit marcher la gauche la premiere
pour la poſter auprés
de Fleurus , où il jetta un
DE FLEVRV S.0.105
gros Corps d'infanterie,parce
que la gauche eſtoit plus pres
-des Ennemis que la droite. Il
mit enſuite l'Arméeenbataille
en doublant toujours fur
cette gauche , & s'étendant
fur la droite du coſté de Saint
Amand; il tira avantage de
tout, meſme de ce qui devoit
felon les apparences luy eſtre
deſavantageux, ayant tantoſt
maquéde terrain pour former
les deux lignes d'Infanterie ,
tantoſt ayant rencontré un
foffe plein d'eau,& qu'il eſtoit
prefque impoffible de combler
, & tantoſt ayant trouvé
des marais, des ravines & des
Es
тоб BATAILLE
hayes, qui l'empeſchoient de
mettre l'Armée regulieremét
en Bataille. Tous ces obſtacles
devinrent par la capacité
de M. de Luxembourg des
moyens infaillibles pour la
Victoire , car ſe voyant obligéd'attaquer
les Ennemis par
le Flanc , leur gauche eſtant
tout à fait decouverte , il leur
cacha ſon deffein en laiſſant
lesTroupes qui les prenoient
en front depuis Fleurus jufqu'à
Saint Amand , dans la
meſme diſpoſition où il les
avoit miſes ſous les ordres de
M. le Chevalier de Tillader ,
&de M. le Comte de GourDE
FLEVRVS. 107
nay , ce qui trompa les Ennemis,
& leur fit croire qu'on les.
attaqueroit par là , ou qu'on
ſe retireroit ſans les attaquer..
Ce n'eſtoit pas le party que
M. de Luxembourg avoit pris...
Comme il avoit reſolu de
combattre , il ordonna que
tous les Auſmoniers de l'Armée
donneroient la Benediction
aux Regimens. Toutes
les Troupes firent paroître
une joye extraordinaire aprés
l'avoir receuë. On n'entendit
que des cris redoublez de
VI VE LE ROΥ , & l'on ne
vit que des chapeaux en l'air
ſuivant l'uſage pratiqué, de
108 BATAILLE
tout temps , pour faire con
noître que l'allegreſſe eft grade,&
univerſelle Rien n'eſtoit
plus beau que de voir ces
deux puifſſantes Armées ſe developer
dans une grande plaine
, qui eſt la ſeule de tout le
Pays qui pouvoit mieux fervir
de theatre à l'éclatante
action qui s'y eſt paſſée. Elles
demeurerent depuis le matin
juſques à une heure aprés midy
à ſe poſter , à s'obſerver ,
& à faire les mouvemens ,
que l'occaſion preſente rendoit
neceffaires . Le Canon
des ennemis tira le premier
far noſtre Cavalerie , & mef
DE FLEVRVS. 109
me quelques heures avant le
noſtre. Les Troupes en furent
peu incommodées,& il auroit
mieux valu pour les ennemis
qu'ils euffent eu moins d'em-
4
preſſement à le faire entendre
, puiſque cela ne ſervit
qu'à faire découvrir leurs batteries,
ce qui ne leur eftoit pas
avantageux , M. de Luxembourg
ſçachant profiter de
tout ,& eftant en cette occafio
fecondé de M.du mets,qui
nonſeulement avoit une connoiſſanec
parfaite de toutes
les choſes qui regardent l'Artillerie
, mais une activité incroyable
pour le ſervice de
no BATAILLE
qui a paru dans le combat,
nôtre canon ayant eſté tranfporté
avecune viteſſe inconcevable
dans tous les endroits
où il s'eſt trouvé neceſſaire..
Les décharges continuelles de
celuy des ennemis n'empefcherent
pas que M. de Luxembourg
ne fift faire aux
Troupes tous les mouvemens
qu'on eut beſoin qu'elles fiffent.
M. le Ducdu Maine , M.
le grand Prieur de Frances
M. le Duc de Choifcuil , &
Mrs les marquisde Montrevel
& de Vatteville eurent grande
part à ces mouvemens..
Tout ce que M. de Luxem
DE FLEVRVS.
bourg leur dit , pour contri
buer au deſſein qu'il avoit de
dérober aux Ennemis la marche
de quelques corps de
Troupes , fut ponctuellement
executé , à quoy ne fervirent
pas peu deux Ponts que M. le
grand Prieur , & M. le Marquis
de Mont - revel fi
rent faire auffi -bien que la
hauteurdes bleds.Tout estant
dans la diſpoſition que M.
de Luxembourg ſouhaittoit,
ce General qui n'avoit pas
jugé à propos de dire fon defſeinà
perſonne avant qu'il le
vift en eſtat d'eſtre executé
avec ſuccés voyant qu'il avoic
112 BATAILLE .
$
'furmonté toutes les difficultez
qui s'y eſtoient oppoſées ,
le découvrit aux Generaux
qui ſe trouverent auprés de
*luy ,& aprés leur avoir marqué
qu'il en eſperoit une bonne
iffuë , il les renvoya chacun
àleur pofte , & leur donna
pour mot de raliement ,
LeRoy , n'eſtant occupé que
de la gloire de Sa Majefté ,
&mettant toute fa confiance
à la profperité qui accompagne
par tout la justice de fes
Armes. Alors chacun penetré
de fon devoir, &de l'importance
de l'action qui eftoit
liée , ne penſa plus qu'à le fo
DE FLEVR VS. 113
L
gnaler. Mr de Gournay fit le
premier mouvement de la
gauche dont il tenoit la droite.
Il paſſa le ruiffeau,& marcha
aux Ennemis avec toute
la Cavalerie qu'il commandoit.
On fit en meſime temps
le meſme mouvement à la
droite , & l'on peut dire que
le combat commença par
pluſieurs actions particulieres.
Chaque Bataillon donna
bataille , & chaque Eſcadron
foutint un combat. Il y eut
d'abord un fort grand feu , &
les décharges que firent les
Ennemis furent terribles
mais ils ne laiſſferent pas d'ef
14
BATAILLE
tre les plus mal- tratez , puis
que les noſtres qui avoient
ordre de les eſſuyer ſans tirer,
afin d'aller ſur eux l'épée à la
main , & la bayonnette dans
le fufil pour les enfoncer ,
donnerent d'une ſi grande
force , qu'ils firent plier leur
aifle droite. Elle ſe rallia ,&
M. de Rubantel avec les Brigades
de Champagne & de
Navarre , pouſſa d'une maniere
ſi vigoureuſe , qu'il fut
inutile de luy vouloir refifter..
Mrs. de Vivans & de Ximenes
avoient eſté bleſſez à la
premiere charge.M.deGournay
y fut tué , tant elle fut
DE FLEVRVS. Fif
violente , & M. de Vateville
aprés avoir eſté pluſieurs fois
enveloppé , cuſt eſté fait pri
fonnier , ſi M. de la Haze ,
Capitaine des Cravates , ne
l'euſt delivré. Les Ennemis
rompus de toutes parts fuyoient
déja partout , leur Cavalerie
n oſoit tenir contre la
noftre , leur Infanterie aprés
une bonne contenance avoit
eſté renverſée , les noftres eftoient
avancez dans leur ter
rain , & avoient déja gagné
leur Canon qui tiroit depuis
ſept heures du matin , & la
Bataille qui ne faiſoit que de
commencer , ſembloit finirà
116 BATAILLENI
cette deroute, & fur tout lors
que M. de Mont- revel eut
chargé& diffipé trois Baraillons
, qui poſtez dans les hayes
de ſaint Amand , s'eſtant
joints àquelques Eſcadrons ,
faifoient un effort pour ſe retirer.
Cependant ce n'étoit
que le commencement. M.
deMont-revel fit la premiere
action de noſtre droite,ayant
cu ordrede couvrir avectrois
Eſcadrons qui ſe trouvoient
de referve , le Flanc de deux
Bataillons des Gardes Françoifes
, qui estoient poſtez
dans les hayes vis-à-vis de la
Cenſe de Cheſſeau , avec quaDE
FLEVRVS. 117
11
tre Pieces de Canon qui couvroient
la droite de ces deux
Bataillons du coſtéde la Plaine.
Il trouva ſi prés de luy des
eſcadrons Ennemis, qu'il fut
obligé de les charger. Il le
fit avec la valeur que tout le
monde luy connoiſt , & les
battit en ruine , enſuite un
vuide qui ſetrouvoit entre le
Ruiſſeau de Saint Amant, &
la gauche de cette droite ,
ayant eſté occupé par l'Infanterie
de la ſeconde ligne que
commandoit M. de Gaffé,
ſuivant l'ordre qu'il avoit
receu de M. de Luxembourg
par M. d'Artagnan , maior
218 BATAILLE
1
General , qu'il trouvoit par
tout pendant le combat. Les
brigades d'Auvergne , & de
Stoppa s'y joigniret,la Cavalerie
de la droite& dela gauche
parut. L'ordre étoit donné
à la Brigade de Champagne
que commandoit M.
d'Uſſon , &à celle de Navarre
commandée par M. de la
Rocheguyon , de fortir de la
gauche de Saint Amand dés
que la Cavalerie paroiſtroit;
cet ordre fut auffi- toſt executé.
Ces Brigades furent
miſes en Bataille , ſelon la
diſpoſition du terrain à portée
du mouſquet de la ligne
DE FLEVRVS. 119
des Ennemis. Ceux qui les
commandoient firent parfaitement
bien leur devoir. Les
Grenadiers qui ſe trouvoient
les plus prés ,& qui estoient
foutenus par deux Bataillons
de Champagne , eſſuyerent
legros feu que fit cette ligne.
M. le Comte de Sceaux qui
s'y diftingua , fut bleffé , ce
qui n'empeſcha pas que cette
Infanterie , ne miſt en déroute
celle des Ennemis, qui formoit
une ligne. Tous ces avantages
nous promettoient
la victoire;elle n'eſtoit pourtant
pas encore affurée , &
les Ennemis ſe rallioient
120 BATAILLE
pour la diſputer.Ce qui estoit
reſté d'infanterie s'eſtant rafſemblé
dans un endroit couvert
à côté de Fleurus , forma
unegroſſe ligne , &parut
fur une hauteur , où elle fut
renforcée de huit ou dix Efcadrons
en preſence des
Troupes que M. de Loëmaria
remettoit en bataille , & qui.
avoient paſſe avecм.deGournay
pour ſe joindre à noſtre
droite. Il y eut dans cette occaſion
un combat violent ,
Eſcadron contre Eſcadron.
د
Les Ennemis chargerent les
premiers , mais les noftres
riſpoſterent fi vigoureuſement,
DE FLEVRVS . 121
ment , que pluſieurs des
leurs ayant eſté tuez ou blefſez
, le reſte fut obligé de reculer
bien loin .
Durant ce combat partiticulier
, la nouvelle ligne
d'Infanterie que les ennemis
avoient formée , faisoit une
bonne contenance. Les Bataillons
paroiſſoient gros ,
ferrez , & fermes , tandis que
M. le Duc de Choiſeuil difpoſoit
de ſon coſté une ligne
demeſme force, qui luy puſt
étre oppoſée ; la Brigade de
Navarre ayant eſté rangée, ſe
trouvala premiere.CeDuc fit
avancer d'autres Bataillons
A
F
122 BATAILLE
pour la joindre,& mit en ba
caille tout ce qu'il trouva ſous
ſa main derriere les Bataillós
des ennemis,qu'ils formoient
àleur gauche de nouvelles
Troupes en preſence de M. le
Duc du Maine , qui estoitdemeuréà
nôtre droite. Il eſtoit
neceſſaire d'en avertir M. de
Luxembourg. Ce jeune Prince
erut devoir prendre ce
foin luy- meſme , érant toujours
plus preſt d'agir que de
commander. M. de Luxembourgdont
les reffourcesfont
inépuiſables,voulantprofiter
de l'avis de ce Prince , le pria
de s'aller promptenment éten
DE FLEVRVS. 123
dre fur la droite avec toute la
Cavalerie qu'il pourroit afſembler.
Il y courut avec M.
de Vaudeuil , qui l'accompagnoit
par tout , auffi-bien
que M. le Chevalier de
Chambonard , fon Capitaine
des Gardes , cy- devant
Major des Cuiraſfiers. A peine
fut- il arrivé au lieu où il
ſe devoit rendre , qu'il commença
à executer les volontez
de M. de Luxembourg ;
mais ayant apperçu quelque
Cavalerie , il s'en approcha
avec tant d'ardeur , qu'elle
prit la fuite aprés avoir fait
fa décharge.Ce Prince revint
F 2
124
BATAILLE
enfuite former pluſieurs Eſcadrons,&
fit tout ce queM. de
Luxembourg avoit ſouhaité
de luy. On démeura quelque
temps de part & d'autre
fans mouvement. Nous attendions
de l'infanterie qui
avoit beaucoup de chemin à
faire ,& les Ennemis eſtoient
fatiguez de tous les mouvemens
qu'ils avoient fait.
Quelques Bataillons parmi
leſquels ſe trouverent le troiſieme
des Gardes Françoiſes
& le premier des Gardes
Suiſſes, firent une tres- bonne
contenance, encore qu'à portée
de piſtolet des Ennemis,
DE FLEVRVS .
125
qui ne parurent pas moins
fiers ; quoy qu'on euſt tourné
contre eux fix picces de canon
qu'on leur avoit priſes.
Chaque coup faiſoit de grandesbreches
à leurs Bataillons
mais elles étoient à l'inſtant
reparées , les Ennemis ſe refferrant
aufli- toſt ſanss'ébran-
Her. Cette Batterie ne laiffa
pas deles incommoder beaucoup.
Voicy par quel hazard
ce canon qu'on leur a pris tira
contre eux. M. de Marfilly,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Coiflin , & qui en
commandoitle ſecond eſcadron,
ſe trouva leplusavan
F3
126 BATAILLE
cé devant la premiere ligne
au canon des. Ennemis , & à
foixante pas de leur gros d'Infanterie
que l'on vouloit
rompre , & comme il avoit
dans ſon eſcadron un Trom
pette qui avoit eſté Canon+
nier , il fit par l'ordre de M.
de Luxembourg , tourner le
canonpris aux Ennemis, contre
leur Cavalerie , qui ſe rallioit&
fe remettoit en batail
le prés des noſtres, à la droite
de leur Infanterie. Le Tromperte
tiroit fi juſte & de ſi
prés dans cette Cavalerie ,
qu'elle quitta , & alla plus
loin derriere l'Infanterie. M.
DE FLEVRVS . 127
de Marfilly voyant arriver
M. de Loëmaria avec quel
ques Troupes , vouloit charger
cette Infanterie ; mais M.
de Luxembourg eſtant furvenu
, l'en empefcha , & fit
raſſembler tous les morceaux
de Troupes , car ce n'eſtoient
pasTroupesentieres.Pluſieurs
ſe joignirent à la ſienne , &
pendant ce temps ils demeurerent
en prefence ; les annemis
ſe raſſemblant auſſi fur
leur droite. Enfin aprés qu'il
cut receu pluſieurs ordres de
ne point charger , qu'il ne
fût venu d'autres troupes , 11
vint de la Cavalerie&de l'in
F4
128 BATAILLE
fanterie , que l'on avoit ral.
liée , & alors il chargea avec
tant de force que toute la
longueur de la ligne des Ennemis
demeura marquée par
les foldats qui avoient eſté
tuez dans leurs rangs. M. de
Quoad qui estoit à la teſte
de quelques Eſcadrons, entra
en meſme temps dans leurs
Bataillons. Il ne reſtoir plus
qu'à réduire leur gauche qui
tenoit encore bon. Cet exploit
eſtoit deu à M. le Marquis
de Coiſlin. Il eſtoit à la
teſte du premier Eſcadron de
ſon Regiment. C'eſtoit à luy
à charger , il le fit avec une
DE FLEVRVS. 129
valeur diftinguée , & qu'on
ne peut trop louer. Il batit
en ruine un Eſcadron des Ennemis
qui ſoutenoit l'Infanterie
de cette gauche, & toute
noſtre Infanterie chargea
en même temps la ligne des
Ennemis. M de Marfilly commandoit
le ſecond Eſcadron
du meſme Regiment deCoiflin.
Toute la valeur & la force
qu'il a fait paroiſtre en tant
d'occaſions differentes , ſe
réünirent en celle- cy. Il don
na pour la troiſieme fois avec
un autre qui fe joignit à luy ,
perça tout ce qu'iltrouva , &
ſe mefla avec un courage quill
Es
130
BATAILLE
étonna les ennemis , & qui
les mit en fuite. Un Bataillon
Ennemy luy tua beaucoup
de Cavaliers , mais il ne
perdit aucun Officier. Il ne
reſtoit plus qu'à battre un
Corps de reſerve que les ennemis
avoient fur une hauteur
, composé de quelques
Bataillons que ſix Eſcadrons
foutenoient.Ce dernier coup
qui devoit rendre la victoire
complette , eſtoit refervéà
M. le Duc du Maine. Ce
Prince dóna avec un courage
qui égale tout ce qu'on a jamais
vu dans les plus braves.
Il attaqua la Cavalerie qui
DE FLEVRV S. 131
reſtoit aux Ennemis , avec les
Eſcadrons qu'il avoit étendus
fur la gauche , pendant que
M. de Gaffé attaquoit les
Bataillons qu'ils avoiét encore,
avec la Brigade de Stoppa.
Cette Cavalerie fut bientoſt
défaite , mais l'Infanterie
fit unereſiſtance que l'Hiſtoiren'oubliera
pasde marquer.
C'eſt cette belle & groffe ligned'Infanterie,
& ce grand
Bataillons quarré formé des
debris de pluſieurs autres , &
garni d'autant de Troupes
qu'il enfalloit pour en for
mer fix,&dont toutes les Re
lations ont tant parlé. Il ne
E6
132 BATAILLE
pouvoit éviter d'eſtre défait.
Toutel'Amée Ennemic eſtoit
en déroute , & lesEſcadrons
qui le ſoutenoient venoient
de prédre la fuite aprés avoir
eſté batus. M. de Luxembourg
l'ayant fait envelopper
, & voulant épargner le
fang de part & d'autre , jugea
à propos de le faire ſommer
de ſe rendre , en luy offrant
bon quartier . Sa contenance
eftoit fi fiere, quenyleTrompette,
ny le Tambour que ce
General y envoya , n'oferent
avancer. M. Chpi , l'un de ſes
Aides - de- Camp , fut plus
hardi qu'eux. Il ſe chargea de
DE FLEVRVS. 133
cette commiffion , & alla faire
la propoſition , qui fut receuë
avec une fierté extraordinaire.
Voicy ce qui donna
lieu à cette groſſe ligne de ſe
mettre en estat de défenſe.
Ceux qui la compofoient
ayant conſideré noſtre application
àpourſuivre la victoire
de toutes parts , dans une
déroute generale , réſolurent
de ſe rallier. Toute noftre Cavalerie
, & Gendarmerie vit
former cette ligne fans pouvoir
l'empefcher , parce que
nos Generaux , & noftre Infanterie
eſtant à ſa. gauche
où ils eftoient neceſſaires ,
434 4 BATAILLE
ellen'avoit point d'Infanterie
pour la ſeconder. Enfin
l'Infanterie eſtant revenue aprés
avoir achevé de mettre
en déroute le reſte des Ennemis
, on attaqua cette groffe
ligne juſques à trois fois ſans
la pouvoir rompre , & l'on y
fit une grande perte , mais
elle plía àla quatrième , & il
yeut un grand carnage de
part & d'autre. M. le Duc
du Maine qui tant que la
bataille a duré s'eſt trouvé
dans tous les endroits les plus
périlleux,y courut grand rif
que. M. le Comte deJuſſac,
premier Gentilhomme de fa
DE FLEVRVS. 135
Chambre, & M. de Genvril ,
fon Aided-e-Camp ,&trois
de fes Gardes , furent tuez à
fes côtez. La Gendarmerie y
perdit pluſieurs Officiers de
distinction . M. le Marquis de
Verderonne. Mile Chevalier
Soyccourt, M. le Marquis de
Sallart , & pluſieurs Gendarmes
furent tuez , & bleſſez..
M. le grand Prieur donna en
cette occafion , comme il a
fait pendant tout le combat,
des marques de ſon courage ,
ayant effuyé à la teſte de
deux Compagnies de Gendarmes
, tout le feu des annemis.
Ils ſo retirerent à la fa
2
136 ΒΑΤAILLE
veur des Bois & des ravins
qui leur offrirent uneretraite
feure. Quatre à cinq cens
hommes ſejetterent dans des
hayes & dans un Hermitage
Le reste de noſtre Infanterie
arriva , & ne trouvant plus
d'ennemis, jetta ſeschapeaux
en l'air , & cria , VIVE LE
Roy. On fit alors une dé
charge generale. Cependant
ceux qui estoient dans les
hayes & dans l'Hermitage ,
voyant qu'ils alloient eſtre
coupez par M. le Chevalier
deTilladet avec laCavalerie
de la gauche, crierent,VIVE
LE ROY DE FRANCE. Се
DE FLEVR VS. 137
L dernier mot ajoûté marquoit
qu'ils n'eſtoient pas ſujets de
Sa Majesté , mais qu'ils ſe tenoient
vaincus , & qu'ils ſe
rendoient. Ainſi cette grandejournée
finit par des cris
de , VIVE LE Rov , en prenant
poffeffion du Champ de
bataille , avec l'aveu meſme
des Ennemis qui reſtoient ,
puis qu'ils firent connoiſtre
par leurs cris de VIVE LE
ROY DE FRANCE , qu'ils en
demeuroient d'accord .
Alpeine y eut-on repris
haleine , que M. de Luxembourgcourant
de victoire en
victoire , fit attaquer deux .
138 BATAILLE
Chaſteaux qui estoient envi
ron àune lieuë de Fleurus. Ils
eſtoient bien garnis de monde
, parce que M. de Valdec
ayant creuqu'on lesattaqueroit
avant le combat, y avoit
jetté beaucoup de Troupes.
D'ailleurs, un grand nombre
de fuyards s'y estoient refugiez
;mais comme ilsy porterent
la terreur , ces Chaf
teaux ne firent pas une longue
reſiſtance,& fe rendirent
bien-toſt a difcretion , quoy
qu'ily cutt plus de trois mille
hommes de Garniſon dans
les deux. Aini l'Armée acheva
de triompher par la priſe
DE FLEVRVS. 139
de ces deux poſtes: Ceux qui
avoient eſtévaincus en pleine
Campagne , le furent encore
dans des lieux fermez ,
&lesTroupes qui n'avoient
point encore combam, furent
contraintes malgré la
vigueur qu'elles devoient avoir,
de ceder à des Troupes
atiguéesd'une longue marche&
d'un long combat. Il
y eut enfin plus de fix mille
des Ennemis tuez dans cette
fameuſe journée , & l'on en
fit prés de huit mille priſonniers
, parmi lesquels on
compte plus de ſept cens
Officiers. Ileut deux Officiers.
140 BATAILLE
Generaux tuez , &deux perſonnes
d'une grande diftintion
par leur naiffance. On
prit deux cens chariots chargez
de munitions de guerre,
quarante- neuf pieces de canon
, & plus de cent , tant
Etandarts que Drapeaux ,
cinq Pontons &pluſieurs pai .
res de Timbales . Le Champ
de bataille nous eftant demeuré
, l'Armée victorieufe
yy ccoouucchhaappaarrmmyy les morts.&
les mourans ; ce fejour, quoy
que peu agreable, eſt toujours
doux aux Vainqueurs. On
n'y demeura qu'autant qu'il
faloit pour faire voir qu'on
DE FLEVRVS. 141
en eſtoit maiſtre. Il eſt dangereux
de reſter long-temps
dans unlieu infecté , il auroit
encore eſté remply d'un plus
grand nombre de Morts,
fans l'humanité naturelle aux
François . On donna quartier
de fort bonne heure &
l'on épargna beaucoup de
ſang , qu'on euſt pu faire répandre.
Le carnage auroit
eſté horrible ſi les Ennemis
fuſſent demeurez vainqueurs,
car les ſoldats avoient ordre
de ne faire quartier à perſonne.
C'eſt ce que les priſonniers
ont raporté. Ils ont traité
avec une indignité cruelle
142 BATAILLE
toutes les perſonnes diftins
guées , qui ſont tombées entre
leurs mains. M. le Chevalier
de Soyecourt ayant eſté
bleſſe dangereuſement , &
fait priſonnier , les Ennemis
le dépoüillerent , luy lierent
les mains derriere le dos , luy
firent faire fix lieuës à pieds,
ſans que ſa bleſſeure fuſt ſeulement
bouchée d'un linge,
ce qui luy faiſoit perdre tout
ſon ſang ; & enfin luy donnerent
tant de coups pour
l'obliger à marcher , que ce
jeune Seigneur en mourut le
lendemain. L'humanité de
M.de Luxembourg ne ſe borDE
FLEVRVS. 143
na pas à donner quartier ,
puis qu'ayantpris aprés la Bataille
les deux Chaſteaux
dont je viens de vous parler,
il fit défenſe ſur peine de la
vie de foüiller ny de dépouiller
aucun Officiers,ny foldat,
laillant aux Officiers toute ce
qu'ils avoient ,& leurs épées
meſmes . La victoire étoit fi
completre , & le nombre des
prifonniers fi grand , qu'on
enlaiſſa échaper plus de trois
mille. M. du Roſel , colonel
de Cavalerie , eut la garde
des prifonniers. On en envoyaenfuite
deux mille deux
cens trentequatre à Charle
744 BATAILLE
mont,parmi leſquels eſtoient
deux cens Officiers , qui furent
mis en un grand Magazin
dans la Place , & les foldats
dans les Foſſez. On en
mit beaucoup d'autres dans
des Bateaux pour les conduire
à Mezieres ; deux mille
cinq cens à Philippeville , &
les autres aux Villes circonvoiſines.
Jamais bataille n'a
mieux merité de porter ce
nom que celle- cy. Les deux
Armées ſe ſont veuës pendant
pluſieurs heures dans
une Plaine tres- étenduë , àla
portée du mouſquet , & l'actioneſt
d'autant plus glorieufe
DEJELE VRVS. 145
ſe qu'elle a eftéfaite au milieu
du pays Ennemy , aprés une
marche de pluſieurs jours par
des chemins difficiles & embaraffez
de Bois & de rochers
au lieu que l'Armée des Ennemis
eftant fraiſche , cam
pée avantageuſement , &
nombreuſe , devoit felon
toutes les apparences , l'emporter
ſur la noſtre , comme
ils s'en eſtoient flatez , ayant
publié hautement , qu'il n'alloientpas
au cobat,mais àla victoire,
de forte qu'outre la réfolution
qu'ils avoient priſe
de ne pas donner quartier à
nos Troupes , l'impoffibilité
G
146 BATAILLE
گلا
où elles estoient de faire aucune
retraite , leur en oſtant
l'eſperance , il faloit vaincre
ou mourir. L'Armée Ennemie
eſtoit tout l'eſpoir de la
Hollande. Il y avoit beaucoup
de vieilles troupes fort
aguerries ,& c'eſt par cette
raifon que le Prince d'Orange
l'appelloit fon Armée. Cependant
elle a eſté ſi generalement
défaite, que les Ennemisn'ont
pû rien ſauver de
cequi estoit meſme aux environs
, Made Luxembourg
ayant envoyé prendre les
munitions qu'ils avoient cachées
dans les Bois de Char-
D
DE FLEVR VS. 147
leroy , avec ordre de les brûler,
ſi elles ne pouvoient eſtre
amenées dans fon Camp.
Le combat dura depuis
midy juſqu'à plus de fix heures
du ſoir. La pluſpart des
fuyards prirent le chemin de
Charleroy,& tout ce qui s'af
ſembla autour de cette Place
d'Officiers & de foldats pendant
la nuit , marcha le matin
du coſté de Bruxelles , foit
que le Gouverneur de Charleroy
ne jugeaſt pas à propos
, dans la crainte d'eſtre
aſſiegé , de donner l'entrée de
ſa Place à des Troupes vaincuës
, & encore effrayées de
G 2
148 BATAILLEENI
leur déroute , ce qui n'auroit
pas beaucoup ſervy à la défendre
, foit que dans l'eſtat
où ſe vit M. de Valdec , de
tout craindre aprés une défarte
aufli entiere , il leur cust
envoyé de Nivelle où il s'eftoit
retiré un ordre de mareher
de ce coſté là , pour les
éloigner du Vainqueur , &
râcher de les rallier. M. de
Valdec n'oſa aller à Bruxelles
,où les Eſpagnols parurent
fort irritez contre les
Hollandois , difant hautement
, qu'ils estoient cause de
cette guerre , que puis que
c'estoit une guerre de Religion ,
DE FLEVRVS. 149
on ne devoit pas s'étonner , fi
Dieu beniffort les Armes de France
Un garde de M. de Luxembourg
eſtant allé à Bruxelles
conduire le corps d'un homme
de diſtinction , tué à la
bataille , aſſure y avoir oüy
dire les meſmes choſes. Il apprehendoit
qu'on ne luy fift
quelque inſulte dans cette
Ville là , mais il n'y receut
que beaucoup d'honneſteté.
M. de Valdec paſſant
par Nivelle le lendemain de
la bataille à fix heures du matin,
dit à tout le pays de porter
des contributions à M. de
Luxembourg. Elles winrent
G3
150
BATAILLE
de toutes parts , tout contribua
juſqu'aux Faux-bourgs
de maſtric. Le même M. de
Valdec envoya un Trompette
à ce General , pour luy de
mander un Paffe- port pour
fon Equipage , qui eſtoit à
Charleroy.Rien ne marque
davantage que nous eſtions
non-ſeulement maiſtres du
Champ de Bataille, mais que
tout trembloit aux environs,
&qu'il n'y avoit point de
ſeureté pour les ennemis. Le
mayeur de Nivelle qui vint
au Camp pour traiter des
contributions , dit , qu'il y
avoit plus de Mortsfur les che
DE FLEVRVS.
IS
mins qu'il n'y en avoit eufur le
Champ de bataille , que toutes les
bayes en estoient remplies
qu'on entendoitpar tout des cris
effroyables . Les bleffez des ennemis
tomboient de tous
coſtez ſur la route , faute
de Chirurgiens , & mouroient
en deſeſperez de ſe
voir abandonnez & denuez
de tout ſecours . Non-ſeule
ment nous avons eu plus de
ſoin des noſtres , mais on les
faifoit retirer du combat à
meſure qu'ils eſtoient bleſſez,
& on les tranſportoit en des
lieux de ſeureté. Comme la
politique des Ennemis eft de
G4
152 BATAILLESO
cacher toujours leurs deſavantages
le bruit ſe répandit
à Liege que M. de Valdec
avoit gagné une grande Bataille.
On y chanta auffi -toft
leTe Deum. Cependant peu
de temps aprés on y vint rapporter
tout le contraire , ce
qui chagrina fi fort Mrs. de
Liege', qu'ils firent emprifonner
celuy qui avoit apporté
cette nouvelle. Le caractere
des François eſt bien
different; ils rendent juſtice
à tout le monde , & particulierement
aux braves, aimant
la valeur juſque dans leurs
Ennemis meſmes. On le voit
DE FLEVRVS. 153
par les Eloges qu'ils ont faits
dans toutes leurs Relations,
de ceux qui ont bien combatu
dans l'Armée de M. de
Valdec , & je ne ſçay meſme
ſi l'eſtime qu'ils font des gens
de coeur ne les a point fait
aller trop loin . 4
A peine la Bataille eutelle
eſté gagnée , que M. de
Luxembourg. choiſit M. le
Chevalier de Vandoſme ,
Grand Prieur de France,pour
en aller porter la premiere
nouvelle au Roy, & luy en
faire un détail de vive voix.
Sa naiſſance ne fit point tomber
ce choix fur ce Prince ,
GS
154 BATAILLE
mais M. de Luxembourg l'ayant
veu par tout pendant la
Bataille ,& fçachant qu'il en
avoit obſervé tous les mouvemens
, crut que perfonne
n'en pourroit rendre un plus
fidelle compte à Sa Majefté.
L'éloge qu'on a fait del'Armée
Ennemie me donne ſujet
de croire que vous ferez
bien- aiſe de voir iciune Lifte
de ſes Troupes.
६
PREMIERE LIGNE.
Dragons de Lippe 2. Efc.
Grenadiers Anglois à cheval , 1. E.
Gardes du Corps Anglois à chev.1 E.
CavalerieEſpagnol. 3E..
Anhalt , Infanterie Bar.
DE FLEVRVS. 155
VVimberg , I B.
Rheingrave , B.
Berlo , Cav. I B.
Faliſe , cy-devant Holſteis , I B.
Valdech, IB.
1
Marelboroug , Anglois.
I B.
Falmuche , Anglois , 1B.
Hules, Anglois , 1B.
Coliard , Anglois ,
1B.
Masbury , IB,
Biremtord , Allemand , I B.
Holles,Anglois , 1 B.
Dortling de Brandebourg , IB.
Ailva , B.
Valdec , IB.
Opdam , 2E.
PrinceCharles de Brandebourg , 1 B.
Benting ,
Hagendfom ,
Tilly,
Trucſes,
Bulo ,
Vebbenum,
De Vede ,
De Vede ,
Oxford.,Anglois.
2E.
B.
2.E.
2.E..
1B.
2Ε.
E.
B
B
G6
156
BATAILLE
-
SECONDE LIGNE .
Cavalerie Eſpagnole , SE.
Du Theil , 1B.
Naſſau Veilburg , 3 E.
Amelucert , A 1B.
Erfa , 2E.
Naſſau , General de la Cavalerie, 2 E.
Schomberg , Anglois ,
Churchel , Anglois ,
Fitz Patrich ,
Hooge;
Offarel ,
Svverin , Heſſois ,
Grand de Brandebourg ,
Birchenfeld ,
Frince de Nallau ,
Flodorf,
1B.
IB.
IB.
B.
B.
1B.
1.B.
1B.
L.B.
2Ε.
Compagnies de nouveles levées , 1 E.
Fagel ,
Saxe-Gotha ,
B
2E.
B. Covverden.
Heiden ,
Naffau ,
2E.
2E.
Troupes de Lunebourg. Dragons de
Francs- Regimens de quatre ComDE
FLEVRVS . 157
A
pagnies de cent hommes chacune.
4Ε.
Regimens de cinq Compagnies de
120. hommes chacune.
Boiſdavid , 1.B...
Netelhort , 1B.
Escadrons de cinquante hommes.
Linſtravy , E.
La Mothe , IB.
Cavalerie , 9200. hommes.
Dragons 1400
Infanterie , 27200.
Le tout monte en ſemble à 37800. h.
;
Cette Armée reçut un
renfort de quelques Regimens
avant le Combat, mais
je n'en ſçay pas les noms.
Quoy que M. de Valdeceût
une Armée nombreuſe , &
compoſée de bonnes Troupes&
qu'il les euſt aſſeurées
158 BATAILLE
qu'il battroit par tout les nôtres
, il eſt ſi dangereux de
combattre contre des François
, qu'on affeure qu'il n'avoit
aucun deſſein de le faire
; qu'il creut d'abord quif
n'avoit qu'à tenir teſte àun
gros détachement , & qu'il
ne s'apperçut que M. de Luxembourg
vouloit donner
laBataille , que lors qu'étant
attaqué en front & en flanc
fans l'avoir preveu , ilne fut
plus en pouvoir de la refufer
; mais tout ce qu'il peut
dire ne ſert qu'à faire mieux
paroiſtre le merite & la gloire
de ce General , puis que
4
DE FLEVRVS .
159
toute l'Armée convient que
la ſeule manoeuvre qu'il
a faite nous a donné la Victoire.
Aprés vous avoir envoyé
une Relation tres curieuſe
par le grand nombre de circonſtances
qu'elle contient,
je vous en envoye une plus
courte , qui ne coûte pas
moins de travail. Elle parle à
la veuë , pour ainſi dire , &.
l'onyvoit preſque d'un coup
d'oeil ce qu'on n'a pu expliquer
que par un volume entier.
Vous verrez tout cela
en racourcy dans ce que
contiennent les renvois des
160 BATAILLE
chiffres qui font marquez ſur
l'Eſtampe que vous trouverezicy.
1. Redoutes qui défendoient le
paſſage de la Sambre.
2. Paſſages des Troupes, qui les ont
emportées.
3. Les Ponts qui furent faits après
Laprise de ces Redoutes.
4. Chasteaude Froidmont.
5. Bataillons de la Garnison de
Namar poſtez dans les hayes qui
alloient aux Ponts.
6. Gros Bagages de l'Armée qu'on
laiſſa en deçàde la Sambre, gardezpar
undétachement de Troupes.
7. Pont de pierre appellé Pont d'Orme,
fur lequel l'Armée paſſa te
30. de Juin , après avoir campe
DE FLEVR VS. 161
ta nuit à la droite de Froidmont.
3. Marche de l'Armée du Roy fur
cinq colomnes , pendant laquelle
Mr de Luxembourg fut averty
que la Cavalerie ennemie estoit
entre Fleurus & les hauteurs de
Velaines ,fe mit aprés les Dra
gons,où noſtre Cavaleriele joignit
aumesme endroit 12.au delà du
quel estoient les Ennemis au
m.Sme lieu marqué z .
14. C'est l'endroit où noſtre Infanterie
estoit en bataille pen.
dant que la Cavallerie estoit
aux mains .
15. Marche de l' Armée du Roy fur
cinq colomnes allant droit à
Fleurus le premier fuillet au matin.
Sur le rapport des Officiers qui
avoient reconnu les Ennemis , M.
162 BATAILLE
de Luxembourgrefolut de les enveloper,
& pour couvrir ſon deſſein, it
leur fit face en mettant en bataille
au lieu 16. une partie de l'Armée
depuis s . Amant jusqu'à Fleurus ,
Pendant qu'ilfit prendrela gauche
del'Armée au lieu marqué 17. à
M.de Gournay pour allerjuſques au
Ruiffeau d'Heppenies marqué 18.
&Mrde Luxembourgprit la droise
19. qu'ilmenaàla gauche des
Ennemis 20. paſſant au deſſus&au
deffous du Chafteau de Ligny ,fur
les Ponts 21. qu'il fitfairepar des
Piquiers àla faveur d'une hauteur
marquée 22. qui le couvroitdes Ennemis.
Il continua sa marche 23.
jusques à Marbais, malgré un mauvais
chemin plein d'étangs & de
Ravins , & y estant arrivé , ilfit
monterſes troupes fur la hauteur,&
elless'y trouverent en bataille 24.
DE FLEVR VS. 163
MrdeGournay qui avoit la gauche
fe trouva de mesme à leur droite.
25. Les Ennemissurpris dese voir
tout d'un coup envelopez, reculerent
leur gauche à iarbais , par
une Plaine un peuenfoncée dans le
milien , &se rangerent sur deux
lignes 26. qu'ils fortifierent de
Leur corps de reserve. 27. pendant
que noftre droitese mettoit
en bataille. Monfieur de Lu-.
xembourg profita dece mouvement,
&fitdonnerfiàpropos& avec tant
de vigueur sur leur aifle gauche
que toute la Cavalerie fut défaite
&obligée defe rallier derriere l'Infanterie
Mr de Gournayqui avoit
ordrede donner en mesme temps de
fon costé, chargeasivigoureusement
l'aifle droite qu'elle plia aussi. Mr
de Valdec voyant ce defordre ,&
fon infanterieenproye &abandon164
BATAILLE
née , fit revenir à la charge lesval.
liemens de Cavalerie pour la foûte.
tenir , pendant que quelques Batail
lons & Escadrons de noſtre droite
chargeoient encore les leurs qui ne
s'étoient pûretirer de l'envelope,&
qui furent défaits enſe retirant en
tres mauvais ordre , lors que quelques
autres de leurs bataillons faifant
bonne contenance , revinrent
encore à la charge, mais nostre Infanterie
s'eftant pointe ànoftre Cavalerie,&
ajaneſté miseenbataille
fur les deux lignes 28. opposées aux
leurs 25: qui s'estoient valliées , une
déroutegenerale devint ensuite une
bataillerangée. L'on donna de toutes
parts avec une chaleur qui les
obligea de fuir &de tout abandonner.
Noftre victoire les mit dans
un tel desordre , qu'ils oublierent
trois de leurs meilleurs Bataillons
DE FLEVR V S. 165
qui estoient dans les Jardinages de
Saint Amant 30.
no Lelieunde Fleurus où ce
Combat s'est donné ,reſtoit
déja confiderable dans l'Hiſtoire.
Le 29. Aouft 1622. il
s'yidonna une Bataille, l'Armée
Allemande commandée
par le Comte Ernest de
Mansfeld , & le Prince Chriſtien
de Brunſvic Volfenburel
, Evefque d'Harbeſtad ,
contre l'Armée Eſpagnole ,
commandée par DomGonzales
de Cordouë.oll demeuera
quatre à cinq mille morts
fur la place Chacun fe dong
166 BATAILLE
na le gain de la Bataille , où
l'Eveſque ayant eu le bras
caffé , il falut le luy couper;
mais laplus cómune opinion
eft ,que les Allemans furent
batus. Quelque celebre que
foit cette Bataille , elle l'eſt
bien moins que celle qui ſe
vient de donner dans le mefme
lieu , puis qu'encore que
toute l'Armée ait veritablement
paru Françoiſe , par
l'intrepide valeur qu'elle a
fait voir , preſque toutes les
perſonnes d'un rang diftingué
s'y ſont fait remarquer
par des actions particulieres
dignes d'une immortelle me
DE FLEVRVS. 167
moire. Je vais vous en rapporter
quelques-unes mais
je croy vous devoir parler
auparavant du General qui
leur a donné lieu de meriter
cette diſtinction. Tous ſes
pas ont eſté utiles depuis
qu'il s'eſt mis à la tére des
Troupes , & fa route vers
Gand en ouvrant la Campagne
, ne devoit guere faire
foupçonner qu'il duft gagner
une bataille à Fleurus.
On pourroit preſque dire
qu'il en a gagné trois ; du
moins eft-il feur qu'il a remporté
pendant trois jours de
fuite des avantages confide-
ة م ي م ع ت ل ا
168 BATAILLE
rables for fes Ennemis.
a paffé une Riviere dont on
avoit rendu les bords impraticables
,&ill'a fait devant
une Armée nombreuſe. Il a
forcé des redoutes pris des
Chaſteaux & donné des
combats , qui dans le temps
que les Armées n'eſtoient pas
figroffes,auroient paffé pour
des Batailles. Le jour,qu'il
batit M. de Valdec , ille fit
tenir en bataille toute la nuit
precedente , & toute la matinée
, ce qui marque que
l'on n'oſoit l'attaquera Pendant
tout ce temps ,ce General
qu'on dit ſi rufé,oublia
tout
DE FLEVRVS. 169
tout cequ'il ſçait du meſtier
de la Guerre, puis qu'il laiſſa
faire à M. de Luxembourg
toutes lesmanoeuvres necef
faites pour le batre , de forte
qu'on cuſt dit qu'il nes'eſtoit
mis en bataille de ſi bonne
heure, que pour donner lieu
del'obſerver , & de prendre
de juſtes meſures pours'affurer
la victoire. Il faloir du
temps pour cela.Monfieur de
Luxembourg n'en manqua
pas , M. de Valdec luy en
ayant donné autant qu'il en
pouvoit ſouhaiter pour faire
de longues marches , afin de
Fenvelopper. M. de Luxem-
H
170 BATAILLE
bourg étant venu à bout de
fon deſſein vit bien que les
Ennemis eſtoient perdus ; il
dit mefme à ceux qui eftoient
autour de luy, la furpriſe
où ils alloient eſtre ,
les mouvemens qu'ils feroient
, & la certitude qu'il
avoit de les barre. Le combat
ſe dorna,& tout ſe paſſa
comme ceGeneral l'avoit dir.
Il eſt vray qu'il n'oubliarien
pour le faire réüffir , & que
pendant toute laBataille, on
le vit par tout,agiſſant de la
teſte , de la voix & de la
main.
On peut dire de Mile Duc
DE FLEVRVS. 178
duMaine qu'il fut veritablement
l'ame de la Cavalerie
qu'il commandoit. On le vit
à la teſte de tous les Eſcadrons.
Il ne ſe contenta pas
de donner des ordres avec
toute la capacitéque peut ac.
querir la plus longue expetience
,quoy que ce fuſt la
premiere Bataille rangée où
fon âge luy euſt permis de ſe
trouver mais il chargea plufieurs
fois ,& alla par tout ,
où il crut qu'il devoit eſtre.
Pluſieursde ſes Officiers tuez
ou bleſſez à ſes côtez , font
affez voir qu'il ne fut pas
toûjoursenſeûretéde ſa vie.
H 2
174 BATAILLET
On eut beau luy faire connoiſtre
lepril, ce fut le moyen
de l'engager davantage à le
chercher. C'est un vray Heros
que co jeune Prince,
quoy qu'il n'ait encore que
l'âge qu'il faut pour.com.
mencer à le devenir. M. le
Duc de Luxembourg ,auffi
occupé à le conſerver qu'à
gagner la Bataille, fut obligé
pluſieurs fois de le faire
retirer des endroits où il le
vit trop expoſé,en luy faiſant
comprendre que ſa preferice
étoit neceſſaire en d'autres
endroits. F :
Male Duc de MontmoranDE
FLEVR VS. 173
cy fut doublement occupé
durant , toute la Bataille ;
pendant que fa valeur agiffost
contre les Ennemis, fon
eſprit eſtoit attentif à examiner
tous les mouveniens que
faiſoit faire M. de Luxembourg
, afin que ſçachant
déia vaincre en Soldat , il
apprift à triompher en grand
Capitaine
M. de la Rocheguion fit
une action qui marque beaucoup
d'intrepidité , de prefence
d'eſprit , &de conduité.
Ayant veu ſon Bataillon
attaqué par deux Bataillons
adas Ennemis ; il le pratagea
H 3
2
174 BATAILLE
en deux,& en ayant fait ainh
deux Batrilons , il ſe mit à la
teſte de l'un; &pouffa & battit
les deux Bataillons qu'il
avoit en teſte .
Quoy que M. le Comte
-d'Albert, fils de M. le Duc de
Luines , qui estoit du détachement
que M. de Bouflers
envoya à M.de Luxenbourg,
cuſt le fiévre quand leCombat
ſe donna , & qu'il euſt
par là un pretexte legitime
pour s'en abſenter,il ne laiſla
pas de s'y trouver& fit tout
ce qu'on pouvoit attendre
du courage le plus intrepide.
Un Officier des Ennemis
DE FLEVRVS. 175
ayant connu à fon air que
c'eſtoit une perſonne diftinguée
, ſe détacha , & pouffant
vers luy à toute bride,
il luy lâcha un coup de piſtoler
dans les reins à bout
portant, & s'enfuit: Ce jeune
Seigneur , quoy que bleffe,
le pourſuivit juſqu'au milieu
d'un ſçadron Ennemy , luy
enfonça ſon épée juſqu'à la
garde , & le laiſſfant mort ,
il ſe retira , aprés avoir encore
receu un coupde piſtolet
dans la main ,& un coup de
fabre qui luy coupa la manche
de fon juſte-aucorps , &
bleſſa fon cheval à l'épaule.
H4
176 BATAILLEI
Il retourna encore une fois
à lacharge , à la teſte d'un
autreRegiment,maisvoyant
enfin que les forces luy manquoient
, il ſe retira pour ſo
faire penſer , Lepremier foin
quil eut , aprés celuy de fa
confcience , fut d'ordonner.
qu'on fourniſt à ſes depent
aux Soldats bleffez de fa
Compagnie, tout ce qui leur
feroit neceffaire,
Lepre
M. de Clerbourg, Capitai
ne dans le Regiment Royal
Etranger , & commandant
un Efcadron, alla à la charge
pluſieurs fois , & n'ayant pu
ébranler un bataillon Suć
DE FLEVRVS. 177
dois qu'il vouloit rompre , il
chargea l'eſcadron qui estoit
auprés , le renverſa & le mit
en fuite. M. de Luxembourg
qui venoit de la droite àla
gauche pour voir en quel
eſtat tout estoit , trouva ce
Capitaine , qui en luy montrant
le Bataillon qu'il n'avoit
pû rompre , luy dit que
c'eſtoient de braves gens qui
eſtoient fermes. Ce General
jugea à propos d'envoyer le
Trompette de l'escadron less
ſommer de mettre les armes
bas , en leur promettant de
leur fairebon quartier. L'OFfre
qu'il leur fit ne les ayant
H
1
13 BATAILLE 7
point touchez , il alla luy
mefme à toutes jambes faire.
avancer de l'Infanterie & de
la Cavalerie. Comme on les
chargea de toutes parts , ill
furent défaits entierement ,
& paffez tous au fil de l'épée.
M. de Clerbourg recent en
cette occafion une legere.
bleffure à la main.
M. le Marquis de Langallerie
, Colonel du Regiment
de ce nom , ayant elté
commandé pour le Corpsde
referve trois jours avant la
Bataille , s'échappa pour demander
à M. de Luxem
bourg permiffion de com-
E
DE FLEVRVS. 179
battre à la teſte de ſon Regiment
, qui naturellementdevant
eſtre àllaa ſleeccoonde ligne,
s'eſt toûjours trouvé à la premiere
, & a battu les Ennemis
en trois charges differentes.
CeColonel a eu fon cheval
tué ſous luy & fon chapeau
percé de deux bales. M.
le Chevalier des Couleurs ,
fon Oncle , Major de ce
meſme Regiment , fut tué
dansl'une de ces charges ,
aprés avoit donné des mar
ques de la bravoure.
L'action de M. le Comte
d'Iliers de la Gendarmerie a
paru d'une intrepidité extra-
H6
180 BATAILLEO
ordinaire.Ce Comte voyand
ſon Etendard pris , ſe déta
cha avec deux Chevauxle
gers ſeulement ,& falla te
prendre au millieu d'un Efca
dron Ennemy. Ne trouvant
plus le ſien à fon retour,il fer
mit à la teſte d'un autre do
Cavalerie legere ,& chargeal
de nouveau les Ennemis
quoy qu'il fuſtbleflé endeux
endroits.
Il n'est pas neceſſaire de fai ...
re toujours des actions ex
traordinaires pour ſe diftin
guer ,& quand ceux qui oc
cupentoles grands poftes
rempliffentparfaitementleur
DE FLEVRVS.
devoir,iln'yapointde loüan.
ges qu'ils ne meritent , puis
qu'aprés le General, ils don
nent l'ame à un combat , &
que c'eſt ſouvent de leurs
mouvemens, &de leur intre
pidité que dépend le gain!
d'une Bataille. Male Ducde
Choiseuil & Mode Mone
trevel ont beaucoup contri
bué àfaite gagner celle de
Fleurus ,& toutes les Rela
tions en parlent avec élo-
- Les Aidesde Camp deM
dol Luxembourg qui font en
grand nombre,&d'unequa
lice diftinguée , ont tous efté
182 BATAILL 4
à la charge avec tous les
Corps auprés deſquels ils ſo
font trouvez , & fur tout M.
de la Rochebaron, de la
Maiſon de la Rochefoucault,
quiayant chargé avec
lesGrenadiers,& tous les autres
Corps de Cavalerie jufquesà
cinq ou fix fois , a tué
pluſieurs Officiers des Enner
mis & fait un Colonel pri
fonnfermos de us
-M. de Laignon , qui com
mande une Compagnie de
Gendarmes , merite uneplaee
diſtinguée parmy tous les
braves de ceCorps . Ondonne
auffi beaucoup de àloian..
DE FLEVRVS. 1834
ges à M. de Seguran , qui
commande les Gardes Franet
çoiſes, à M. de Saillant, Capitaine
desGrenadiers du mefme
Corps,& à M. de Carman,
Capitaine dans le meſme Regiment
, qui ont tous com->
batu avec diftinction. Ilyen
aune infinité d'autres que je
ne vous nomme point, faure
de remps , & de place. C'eſto
cequi m'oblige de finir aprés
que je vous auray parlé de
quelques morts de diftinctio
qui ont acheté par leur fang
la place qu'ils merítent dans
Hiſtoire. Pou antokb
M. de Gournay , Licutes
184 BATAILLEG
1
nant General, étoit un hom
me fort attaché au ſervice,
qui faiſoit plus parler de luy?
à l'armée qu'à la Cour,& qui
s'eſt beaucoup ſignalé dans
ce dernier combat , ainfi
qu'en mille autres occaſions.
Il eſtoit d'une nobleſſe forc
diftinguée ,& de l'ancienne
Chevalerie de Lorraine. Il you
en avoit quatre Famille originaires
de Mets,& ceComte
eftoit de l'une de ces quatre,
Sa femme dont il eſtoit pas
rent, ſe nommoit de la Rache
Seſtoit de l'une des troisi
autres Maiſons de cette anticienne
Chevalerie de LorDEJELEYRVS.
185
raine dont je viensde vous
parler. Il a laiſſe deux gar
çons , l'un d'épée & l'autre
d'EglifeTobojo al ab so
M.du Mets, LieutenantGe
neral des Armées du Roy&
de l'Artillerie , Gouverneur
desVille&Chaſteau de Gra
veline , eſt mort glorieufel
ment dans cetre Bataille , &
comme ſa modeſtie n'a pas
permis qu'on parlaft de luy
pendant la vie dans les oc
cafions qui s'en ſont offertes,
jedois luy rendre juſtice en
vous apprenant qu'il prit dés
fes plus tendres années à
l'exemplede fes Ancétres,la
186 BATAILLE
১
profeffion des Armes que
Jacques du Mets fon Pere
mort en 1669. dans l'exercice
de la Charge de Treſorier
des Parties Cafuelles , avoit
quittée en 1632. Il fit ſa pre
miere Campagne en 1655.
dans le Regiment de la meil
leraye, ſervit dans l'Artille
rie en 1616. au fiége de Valancienne.
& fut bleſſe l'année
fuivante au ſiege de S.
Venant, d'un coup de canon
au viſage,qui futune des plus
grandes & des plus extraordinaires
bleffeures qu'on ait
veuës ; & dont il a porté de
gloricuſes marques le reſta
DE FLEVRVS. 187
de ces jours. Il ſe ſignala en
1677.dans les fieges deTournay
,Doüay, Lifle & Oudenarde
en preſence du Roy
quien 1668 le fr Lieutenant
General de l'Artillerie dans
les Provinces de Picardie,
Flandre , Artois , Hainaut ,
Pays conquis& reconquis.11
la commanda en 1672. dans
les fiéges de Vveſel , Nimegue
, Grave , & autres Places
deHollande, & fe diftingua
en celuy de Maſtric en 1673.
Depuis ce temps - la il s'eſt
trouvé àtous les lieges ,&à
toutes les batailles qui ſe
font données en Flandre. Il
188 BATAILLEC
cut la jambe percée de part
enpart àcelle Senef , d'un
coup de pistolet , & receur
un coup de Mouſquer à la
cuiffe dans celle de S. Denis.
Le Roy le fit Mareſchal de
Camp, & luy donna le Gouvernement
de la Citadelle de
Lifle en 1680. & celuy de
Graveline en 1684. Il fut fait
Lieutenant General de ſes
Armées en 1688. & il a fini
ſa vie dans la fameuſe journée
de Fleurus , pleuré des
fiens, aimé des ſoldats, chery
des Officiers , regretté de
tout le monde ,& du Roy
meſme qui l'a honoré de fon
eftime..
DE FLEVRVS. 189
La Charge de Maréchal
des logis de l'Armée qu'avois
M. Deſcures ,eſt une Charge
de distinction ,& l'on arrive
rarement à ce grand Poſte
fans s'eſtre ſignalé en beau,
coup d'occaſions, MyDeſcu ,
res eſtoit petit fils du fameux
Deſcares ,qui avoit la Char
gedeMarefchaldes Camps &
Armées du temps d'Henry
IV. Il y en a cu pluſieurs de
ce nom qui ſe ſont rendus
recommandables.
M. le marquis de Soyscourt,
Colonel du Regiment
deVermandois,& M. le Chevalier
de Soye- court , Capi190
BATAILLE
6
taine - Lieutenant des Gendarmes
de Monſeigneur le
Dauphin , estoient freres , &
fils de M. de Belleforiere ,
Marquis de Soyecourt,Commandeur
des Ordres du Roy,
Grand Veneur de France , &
de l'une des meilleures Maifons
de Picardie , &de Maric
Renée Longueil de Maiſons.
Ils n'ont rien negligé , dés
qu'ils ont eſté en âge de le
pouvoir faire, pour ſe diftinguer
parmi les gens de leur
qualité , & l'on doit croire
qu'ils ne ſe ſeroient pas fitoſt
laſſez dedonner des marques
de leur zele , & de leur
DE FLEVRVS. TOT
valeur que l'on avoit éprouvée,
s'ils n'euffent pas eftétuez
aprés avoir fait tout ce qui
pouvoit confirmer les eſpe-
Tances qu'on en avoit juftament
conceuës.
M. de Verderonne , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes
de Monſeigneur , avoit
eſté nourri Page de la
grande Ecurie. Il eſtoit du
Vexin,& perit fils de M. le
Chancelier d'Aligre. Il avoit
de la valeur , & du ſervice ,
& s'étoit diftingué dans toutes
les dernieres guerres .
Monfieur le Marquis de Villarceaux
étoit de l'illustre
ود BATALHET
& ancienne Maiſon de
Mornay , dont les Hiftoiros
de Froillard ,& les memoires
de Mr du Tillet font d'amples
remarques. M. du Plefis-
Mornay , fi connu fous Henry
IV. eſtoit cadet de Pierre
de Mornay Marechal des
Camps & Armées du Roy,
Chevalier de ſes Ordres , &
Gouverneur de lifle de Frangeaiſne
de cette Maiſon. M.
le Marquis de Villarceaux
qui vient d'eſtre tué , eſtoit
Capitaine Lieutenant des
Chevaux-Legers de la Garde
deMonſeigneur le Dauphin.
Il avoit chargé cinq ou fix
fois
DE FLEUR VS. 1935
fois les Ennemis , & les avoit
toujours rompus. Enfin s'étant
mêlé avec eux à la derniere
charge , il y fut enveloppé
& n'en revint point.
Il s'eſtoit diſtingué la veille
au premier Combat ,& avoit
eſte nommé pour commanderlaGendarmerie
le lendemain.
Il fit la Campagne de
Hongrie à l'âge de dix huit
ans , & ſe ſignala à la Bataille
de Saint Godard. Depuis
ce temps là , il n'apas
manqué une Campagne. Le
Roicrea en ſa faveur lacharge
de Sous-Lieutenant des
Chevaux-Legers de Monfci-
)
194 BATAILLER
gneur. Il reçut un coup de
fabre au milieu du front à
la Bataille de Caſſel à la reſte
de la compagnie , dont il
fut fait capitaine Lieutenant
àla fin de la Campagne.Son
Eſcuyer a rapporté les clefs
qu'il avoit dans ſa poche ,
que Mr de Valdec a ren--
voyées àMonfieurdeLuxembourg
, &l'on affeure qu'il a
fait punir ceux qui l'ont tué
aprés l'avoir pris. Le Roy cftant
fatisfait de ſes ſervices, a
receu Mr de Villarceaux fon
pere avec beaucoup de bonté,
& luy a donné fa Charge.
Feu Mr'de Villarceaux jorg
DE FLFUR VS.
noit à la valeur beaucoup de
politeffe. Il avoit eſté fait
Chevalier de l'Ordre dans la
derniere Promotion ,M. le
Marquis deVillarceaux fon
Pere ayant fupplié le Roy de
vouloir donner à ſon Fils
cette marque d'honneur!,
dont Sa Majesté vouloit recompenfer
les ſervices qu'ila
rendus à la Guerre , & dans
JesautresCharges qu'il a euds
dans la Maiſon Royals, par
ce qu'étant retirésdans fa
maiſon deCampagnepourly
vivre en Philofophe, il ne
fongeoit plus à ſe montrera
laCour que pour venit af
12
196 BATAILLE
ſeurer Sa Majesté de la continuation
de ſon zele..
Mrde Sallard, Capitaine
Lieutenant des Gendarmes
de Monfieur , eſtoit à la Bataille
de Saint Godard ; ainfi
Ton peut dire qu'il eſtdepuis
long-temps dans le ſervice.Il
a eſté Officier aux Gardes ,
&Monbeur l'honoroit de
fon estime& de ſes bienfairs, >
Il eſtoit parent de Mr le Maréchal
de Gramond.
Mr de Bertillac , Colonel
du Regiment de ce nom,
eſtant encore fort jeune avoit
peu de ſervice ; mais il
avoit beaucoup de valeur ,&
DE FLEVRVS. 197
marchoit ſur les traces de M.
de Bertillac ſon Pere ,Maréchal
des Camps & Armécs
duRoy. Son Grand pere.cydevant
Garde du Trefor
Royal,& Tréſorier de la Maiſon
de la feuë Reyne Mere
du Roy , eſt estimé pour ſa
grande probité.
Mr le Comte de Seaux ,
Colonel du Regiment de
Champagne,eſtoit le dernier
des Fils de feu M Colbert. 11
donnoit degrandes eſperances
ayant déja fait paroiftre
beaucoup de courage. Il avoit
de l'eſprit & de l'honneur,&
s'attiroit la bienveil
4
198 BATAILLE
lance de tous les honneſtes
gens.
M.de Nogaret estoit fils de
N... Louver de Marat & de
Nogaret, Marquis de Cauviſſon
, l'un des Lieutenans
pour le Roi au Gouverne
mens de Languedoc , & de
Madelaine de l'Ile Marivaux
Il avoit de l'eſprit&du
coeur , & Monseigneur le
Dauphin l'honoroit de fon
eſtime.
Quelque fuperieurs que les
Ennemis puiſſent eſtre en forces
, il eſt impoſſible qu'ils gagnentjamais
une Bataille complette
contre les François. La
nobleffe dontils connoiſſentle
DE FLEVRVS. 199
coeur , perdrala vie avant que
de ſouffrir qu'ils s'emparentdu
Champ de Bataille , & les Soldats
encouragez par l'exemple
des Officiers , & animez du zele
qu'ils ont pour leur Prince , &
pour leur Patrie , combattront
toujours avec une ardeur tou
te Françoiſe. La fatisfaction
qu'en ale Roy , luya fait dite:
Qu'il estoit heureux d'estre Souve
rain d'une Nationfi belliqueuse,&
qu'iln'avoit point de meilleurs &
de plus fidelles Alliez quefosSujets
Celadoitétonner ceux qui ont
crut que la France ſuccombe
roit dés qu'elle ſevoit abandon.
néede les Alliez .On peut dire
que la Bataille de Fleurus eft
doublement glorieuſement và
SaMajesté , puis qu'on n'apref
11
200 BATAILLE
que vaincu que des Ennemis
de la Foy. Ils eſtoient ſecondez
par les Eſpagnols , qui travaillent
à faire fleurir la Religion
Proteftante , & à ruiner
la Catholique dansdes Royaumes
entiers. Pendant que leur
Inquifition en Eſpagne , mene
en triomphe quelque malheureux
proteſtans. Le Clergé
Eſpagnol n'eſt pas fatisfair de
cetteGuerre, puis que Sa Majeſté
Catholique ayant deman.
dé , qu'il imitaft celuy de France ,
en luy donnant quelque somme ,
a répondu , qu'ily avoit bien de
la difference: que l'argent que don
noit le Clergé de France , estoit pour
defendre la veritable Religion , &
que celuy qu'on leur demandoit estoit
pour ladétruire
BRITISH.
9 OC 76
MUSEUM
11
DE FLEURUS. I
Il n'y a point de Nation au
monde , où l'on déguiſe moins
la verité qu'en France,& comme
on n'y diminuë point les
pertes qu'on fait , on n'y groffit
point les avantages qu'on rem
porte. On cacheroit dans d'autres
Etats les noms d'un auſſi
grand nombre de Morts & de
Bleſſez , que vous en allez lire,
mais outre que ce grand nombre
n'arien de honteux quand celuy
des Ennemis eſt infiniment
plus grand , il eſt juſte de faire
connoiſtre ceux qui ont ſi vaillamment
combatu , & de ne pas
priver la poſterité du plaific
qu'elle doit avoir d'apprendre
**leurs noms. C'eſt un avantage
pour leurs Familles que de pouvoir
compter des Anceſtres qui
ont prodigué leur ſang , pour la
veritable Religion , pour leur
A
2 BATAILLE
Prince , & pour leur Patrie ,
&c'eſt par oùexciter leurs Defcendans
à ſe montrer dignes
d'eſtre ſortis d'eux. L'égard qu'-
on doit avoir à cela, pour ne dé .
rober la gloire à perſonne , eſt
cauſe que loin d'avoir affoibly
le nombre des Bleſſez , on en
a mis dans la Liſte qui ne le ſont
que tres legerement. Si les Ennemisen
ufoient avec la mesme
franchiſe , il faudroit des Volumes
entiers pour contenir les
noms deleurs Morts & de leurs
Bleſſez , quoy que leurs Compagnies
qui font une fois auſſli
remplies que les noſtres,n'ayent
pasun plusgrand nombre d'Offiers
, fans quoy ils en aurolent
eu beaucoup davantge;
mais il faut qu'en leur place il
y aiteu quantité de braves Soldats
tuez . A l'égard des noms
BRITISH
R
MUSEU
DE FLEURUS.
3
propres , comme il eſt impoffible
de deviner ceux qui ne
ſont pas écrits d'un caracte aſſez
- bien formé, les intereſſez excuferont
s'ils en rencontrentquelques-
uns défigurez . On pretend
meſme qu'on en marque
de tuez , qui ne font que
priſonniers , & de bleſſez qui
ſe portent bien , mais on n'en
dit point les noms , ce qui
m'empeſche de rien changer
dans la Liſte.
A A
BATAILLE
ETAT DES OFFICIERS
de Gendarmerie & Cavalerie
tuez ou bleſſez à la Bataille
de Fleurus le 1. Iuillet 1690.
OFFICIERS GENERAUX.
Mrs de Gournay , Lieutenant
General , tué.
Du Mets , L. General , & L.
general d'Artilerie , tué.
De Vivans ,
Camp , bleffé.
Maréchal de
De Ximenes , Brigadier d'Infanterie
, bleffé.
Dalegre , Brigadier de Dragons
, bl.
De Castres , Brigadier d'Infanterie
, bl.
Des Cures , Maréchal des logis
de l'Armée , tué.
DE FLEURUS . 5
GENDARMERIE .
Morts.
Mr La Rouay , Enſeigne.
Depucy , Maréchal de logis.
Blanſac . Sousbrigadier .
Langelier Brigadier.
Dom Pedro , Mare. des Logis .
Le Chevalier de Soyecourt ,
Capitaine Lieutenant.
Le Marquis de Verderonne,
Capitaine Lieutenant .
Le Marquis de. Villarceaux ,
Capitaine Lieutenant .
De Salar , Capitaine L.
Dugué , Mareſchal des Logis.
De Sautour , Mareſchal des L.
BLESSEZ.
De Leſtrez , Marechal des L.
Mal- Maiſon , Sousbrigadiere.
Mineur , Marechal des Logis.
Livarot; Sous- Lieutenant :
De Marſin , Cap . L.
Petit , Mareſchal des Logis.
A 3
6 BATAILLE
La Riviere , Guidon .
Beauvel , Brigadier.
Boulon , Enſeigne.
Saint Luc, Mareſchal des L.
La Bertonniere , M. des L.
Blonſac , M. des Logis .
La Raſe , Sous Brigadier .
De Villiers , Sous -Brigadier-
REGIMENT
Etranger.
ROYAL
MORTS .
Maiſon - ville , Capitaine.
Greiſtol , Capitaine .
De Planches , Lieutenant.
BLESSEZ .
Le Comte d'Albert , Cap .
De Brandins , Cap.
La Fillet Lieutenant.
Coupeſſard, Cornette.
Grandeveze , Cornette.
Couvigny , Cornette.
Deffencourt , Cornette.
De Genets , Cornette.
Peronel , M.des Logis .
DE FLEURUS . 7
Beaulieu , M. des Logis .
Le Chevalier de Creſſeil .
LOMARIA.
Morts.
Being ,Capitaine.
Liffac , Capitaine .
Larmont , Lieutenant.
Drabille , Lieutenant.
BLESSEZ.
Clermont , Major.
Deſpagne , Lieutenant.
Vigniole , Lieutenant.
Degremont, Cornette,
Saint Estienne , M. des Logis.
Saint Hierofme, M. de Logis .
La Chapelle, M.des Logis .
CHARTRES.
Morts.
Valcourt, Lieutenant Col.
Memeac , Capitaine.
Pradinet , Lieutenant.
Vouſy , Aide- Major.
Milliozé , Cornette .
E
A4
8 BATAILLE
Danguis , M. des Logis .
Petit , M. des Logis :
BLESSE Ζ .
Cailus de Fontange , Colonel
mortde ſes bleſſures .
Valon , Capitaine.
Courſais Major .
La Garde , Lieutenant.
La Briffoliere , M. des Logis .
Du Freſnoy , M. des Logis .
Varlofin.
MERINVILLE
Morts
Garencieres, L. Colonel.
Quelon , Lieutenant.
BLESSEZ.
Michel Lieutenant ,
Brion , Cornette.
Foncienet , Cornette.
Dantragues , Lieutenant .
DuPont , Cornette.
De Bolen , Colonel.
Vertugua , M.des Logis .
DE FLEURUS.
9
BERTILLA C.
Morts.
Bertillac , Clonel .
Monluc د Lieutenant Col.
Beauſſon , Major.
LaChaife , Capitaine.
DePrecy Cornette.
Le Chevalier de Barmont ,
Cornette.
Joüillac Cornette.
Barantin , M. des Logis.
BLESSEZ.
De Balen , Major.
Le Chev.de Biſſy , Capitaine
Ricarville , Capitaine.
Palieres , Lieutenant.
Bongard , Lieutenant
Le Chevalier de Tanus , Cornette.
Villars , Lieuterant .
Le Chev. de Culan , Cornette.
Boileau , des logis.
As
10 BATAILLE
ROY AL ROUSSILLO N.
Morts.
Deſpaliou , Capitaine.
DeChauſſerie , Lieutenant.
Jafferan , Cornette.
Bleffez.
Fournier , Lieutenant.
Brunet , Cornette.
Foreſtier , M. des logis.
CIBOURG.
Morts.
Rochefort , Captaine .
Caumont , Capitaine.
SaintGermain , Lieutenane
La Bourgiſe , Lieutenant.
De Creil Cornette .
De Laurier , M. des logis.
Bleffez .
Le Chevalier Deſcluſelle
Ayde-major.
Beſſons , Lieutenant .
La Barde Lieutenant,
,
Miramont , Corncite.
1
DE FLEURUS . II
La Beſſiere , Cornette.
Chevet , Cornette.
CRAVATE ROYALE.
Morts .
Goville , Lieutenant-Colonel.
De Lom- Naugaret , Capitais
ne
Dela Salle , Cornette .
Bleffez
Roucy , Colonel .
La Brille , Lieutenant..
Deſgremont , Cornette.
Beaufort , M. des logis .
Laillerie , M. des logis.
DV ROSEL.
Morts.e
:
4
La Chaiſne , Lieutenant.
De Termes .
Bleßez
Du Rouſſay ,Capitaine .
Verneüille, A yde-major .
Beauvais , Capitaine...
Longat ,Capitaine
A6
ii BATAILLE
Beduë , Capitaine.
Saint Primat.Lieutenant
Muron, Lieutenant.
De Pré , Lieutenant.
Gueſtron ,Cornette
La Badie , Cornette.
Le Chevalier de Lacq
DUMAINE.
Morts.
Chavancé , Colonel .
Deſtourneau , Cornette
Vilſecq ,Cornette
Bleffez
La Ferronnais , Major.
De Boure Capitaine ,
Le Févre , Capitaine,
De Peray , Lieutenant
Martin , Cornette.
Deſmarets , M. des logis.
QUOAD.
Morts.
Robert d'Eſpagne , Cap.
Villepech , Capitaine.
DE FLEURUS.
13
Charolles , Ayde major.
Saint Hircelles , Lieutenant
Bleffez.
Lusborg ,Capitaine .
Milly M. des logis .
Bertran , Capitaine.
Bernard , Capitaine.
La Pierre , Capitaine.
Quoad ; Major.
LEVIS
Morts.
Geneſt , Capitaine.
Darly , Lieutenant.
Lantage , Cornette.
Bleffez.
Montaigu , Capitaine.
Beaulicu , Ayde-major.
La Tour , Lieutenant,
La Foreſt , Cornette.
Roger , M. deslogis .
Sereau , M.des logis.
14
BATAILLE
DIMECOURT
Morts
:
Valligny , Major.
Touchereſne , Capitaine.
Du Pin .
De Sais .
: .
Dalaigne. Lieutenans.
La Fenon .
Dardenne.
Bonna fond , Cornette.
Poſtard , Cornette .
Saint Germain , M. des logis .
Bleffez.
Defoſſé , Capitaine.
Mery , Lieutenant.
Davou , Lieutenant.
Le Chevalier de Miromenil .
Cominges , Cornette.
La Foreft , Cornette.
Daubufſſon , M. des logis.
RO QUEPINE.....
Morts.
Croſſet ,Capitaine ..
DE FLEURUS .
Loiſier, Capitaine .
Malines , Lieutenant.
Moran , Lieutenant.
Bracq , Lieutenant,
Drigny , Lieutenant.
Comingis,Cornette.
Caravannes,M. des logis.
Roye , M.des logis .
Bleffez
DeBroffau. Lieutenant Col.
Du Buiſſon , мајог.
Bonis,Capitaine, priſonnier.
Dal , Capitaine.
Daucher , Capitaine..
Valentin , Lieutenant.
La Calpaffe , Lieutenant.
Du Pecy , Cornette.
Duché. Cornette.
Chevalier , M. des logis .
PHELIPPE AVX.
Mort.
Betaut, Cornette.
16 BATAILLE
Blesse.z
Imecourt , Major ,
Condé , Capitaine.
Blin , Capitaine
Blas , Lieutenant.
Gouvert , Lieutenant.
Goubeau ,Cornette.
La Pierre , Cornette.
Du Bois , M.des logis.
CONDE .
Morts
Migneau , Capitaine.
Solais , Capitaine- Lieutenant..
Bleffez.
Bruſſon , Capitaine.
Soules , Lieutenant.
De Leyrap ,
Barte , Aide-major..
Broſſard , Cornette.
Bourgant , Cornette.
De Laurie , M. des logis..
Foreville , M. des logis.
La Cour , M. des logis..
DE FLEURUS. 17
PRACOMTAL.
Morts.
Alexandre , Lieutenant .
Sales de Brie , Lieutenant.
Duretail , Lieutenant .
Bleffez......
Capdeville , Lieutenant Col.
Limane , Capitaine.
Pecche , Capitaine.
Douba , Capitaine.
Cauferran , Aide- major.
Cafaubon , Lieutenant.
Dautrives , Capitaine.
Dorigny , M. des logis.
S. Ollaire , M. des logis.
BOUFLERS .
Mort.
১
S. Remy , Maréchal des logis.
Bleffez .
Le Comte de Naſſau , Col.
S. Balmont , Capitaine .
Rouffy , Lieutenant.
Mouffy , Cornette.
38 BATAILLE
Le Maceu , Cornette.
Millain,M. des logis.
Du Monceau , M. des logis .
1
ROYAL ALLEMAND.
Morts.
Meuler , Colonel .
Fridemberg , Capitaine.
Bravert, Capitaine .....
De Guincenac , Lieutenant.
Ten , Lieutenant.
Hauſer , Lieutenant.
Lenish , Lieutenant.and
Bleter , M. des logis
Bleffex
Bolen , Colonel .
Bolen le Cadet , major.
Le Guain,Capitaine
Bielque , Capitaine.
Ranfperg, Capitaine.
Chemberk , Capitaine.
Nogent , Capitaine.
Croucanberg , Capitaine.
Fredeberg , Capitaine.
DE FLEUR U S. 19
Hanh, Lieutenant .
Ieunove , Lieutenant .
Groflo , Cornette.
- Zeuven , Cornette.
Niles , Cornette.
Godefni , Cornette...
Eſtein , M. des logis .
Cazacoski , M. des logis.
FVRSTEMBERG.
Morts.
Meulerſe , Capitaine.
Deſprez , Lieutenant.
Hotpen , Cornette.
Dimenau , Cornette.
Beaumont , Cornette.
Le Brun , M. des logis .
Blessez
Tenſenhouse , Colonel.
Denil , Major .
Donal , Capitaine ...
Conflant , Capitaine.
Maubeuge , Capitaine.
Deifremond , Lieutenant.
20 BATAILLE
La Haye , Lieutenant .
La Motte , Cornette.
Meronfal , Cornette .
La Barre Maréchal des logis .
Baucolin , M. des logis.
MAGNAC.
Morts.
Saint Remy , Lieutenant.
Boubarre , Lieutenant.
Goville , M. des logis
Bon- abord , M. des logis
Morts.
Montauroux , Capitaine.
Colombel , Capitaine.
NOVAILLES.
Morts.
Florenfet Lieutenant.
La Boiffiere , Cornette.
La Broffe , Cornette.
La Grange' , M. des logis .
Du Val , M.des logis
Du Laurier , M. des logis.
Damelot , M. des logis.
DE FLEURUS. 2
Bleffez
Bacalan , Capitaine.
Dantelon , Capitaine.
Paſchal , Capitaine.
Roffillac , Lieutenant.
Le Chevalier de Meure , L.
Moſtin.
Tradet.
ROYAL PIEDMONT.
Morts.
Monteil , Capitaine.
Villepreux , Capitaine.
Bourlon , Capitaine.
Balbian , Lieutenant.
La Vigne , Lieutenant.
Des Chomes , Lieutenanr .
Borion , Cornette .
Hald , Marechal des logis
S. Auban , M. des logis .
Bleffez C
Bouzole , Colonel .
Bourſeton , Capitaine.
Gadaine ,Capitaine
}
22
BATAILLE
Des Roches , Lieutenant.
Belleville , Lieutenant.
Roger , Lieutenant.
Du Cros , Cornette.
Hoſtard , Cornette.
Grandpré , Cornette.
Beauregard , M. des logis.
De Coſte , M. des logis.
ETAT DES COLONELS ,
Capitaines & Officiers d'Infanterie
qui ont eſté tuez & bleſſez
àla Bataille de Fleurus.
GARDES FRANÇOISES .
Mrs. Senterre , bleſſsé.
Mefle , bl.
Hoel , bl.
De Creil , prisonnier.
Regiment de Salis.
Morts.
Gerard, Capitaine.
DE FLEURUS. 23113
Labregement , Enſeigne.
Bleffez.
Stoup , Colonel.
De Saconnet , Capitaine.
Paraviany , Capitaine .
Planta , Capitaine.
Deschamps , Sous - Lieut .
Cornu , Enſeigne .
Queller , Enſeigne.
Malacrida , Sous - lieutenant.
Regiment de soiffons.
De Villecourt, Lieut. Col. bl.
Fenenville , Major , bl.
Chauvet , Capitaine & Aidemajor
, bl.
Verrien , Lieutenant &Garçon
Major , bl.
Caprugues , Cap. bl. à mort.
Le Capitaine , Chevalier de
Malthe , bl
Bernamont , Capitaine, tué.
De Senffet , bl.
De la Sablonniere , Cap. bl.
2 BATAILLE
:
Vauſſel Capitaine , bl.
Du Montel L. de Grenad. bl .
Bargerene , bleffé à mort.
La Pipane , bl.
De Caye , bl.
Sous- Lieutenans.
Naval Sous - Lieutenant de
Grenadiers , bl.
Chambon , bl.
Du Borda , bl.
Coguau , bl.
Brandon , Enſeigne , bl.
Darla , Enſeigne , bl.
Regiment Stoup suiffe,
Lieutenant General.
Bleffez .
Courlans commandant un
Bataillon .
Facy , Capitaine ,
Feciy , Lieutenant .
Inderſtorf , Lieutenant.
Regiment de la Chastre.
De Villette , Capitaine , tad,
Bleffez
DE FLEURUS . 25
Bleffez .
De Millon , Lieutenant Col.
De Juillet , Major.
- Maſſonniere , Cap . Grenadier.
Pontchantel ,Capitaine.
Getrancourt , Capitaine .
Lieutenans bleffez
Monplacet.
Monredon.
Sous Lieutenans bleſſez .
Baſſanniere.
Baſtral .
De Ferriere.
Regiment de Castre...
Le Colonel.
Bleffez
Le Brun , Capitatine de Gre
nadiers.
Baucet , Capitaine.
La Mafle .
Bandilargues , Capitaine.!
Dautriment , Capitaine .
Figuerie , Capitaine.
вь
A
26 BATAILLE
Breconnet , Capitaine ,
Lieutenans.
Montbriffon , tué.
Tirmoy , tué.
Darce , bl. :
La Chalſe , bl .
Du Serail , bl .
Sous lieutenans bleff.ez
De Sandrieu.
Raouffet.
Soran.
Deſguienne ,
Langlade.
Regiment des Gardes Suiſſes.
Acheimatte , Major , fort bl.
Ficher , Lieutenant, bl.
Diemont , Lieutenant , bl.
De Fitte , le visage &le bras
bristez.
De Vaulle , bl.
De Pegrand , bl. à mort.
De la Brie , bl. à mort .
La Rochede Vau , bl.
DE FLEURUS. 27
De Gueſſie , bl.
De Montagne , bl. à mort.
Du Buffon , bl.
De Villequers , bl.
Sous -lieutenans,
De Cautigny, tué.
De Nau.
Bleffez.
Boulonois.
Bordereau.
Du Pleſſes.
Bertigny.
Renault.
DeBeaumont.
Pajot.
Darmant.
De la Bute.
Regiment des Bombardiers.
La Garde tué.
Berthe , tue.
Rouſſeau , tué,
De Bigny , Colonel d'Infan
terie , tué.
Bbz
28 BATAILLE
Fontenaille.
Bardon.
Bleffez.
Gargas Major.
La Roche , Capitaine , à mort.
Veniſe .
Pacy.
Perault. :
Lieutenans tuez .
Beatrix
Gauvary .
lavary .
Bleffez
Jamet ,
Menonville ,
Sous - lieutenans & Enseignes
SaintAntoine
Larbouſſe .
Boiſville ,
tuez.bond 1
Grancourt,
Bleffez .
La Pareille .
DE FLEURUS. 29
La Prinige.
Olivrier.
Villemort.
Regimentde Provence.
Seguier , Lieut , bleſſé d'un
coup de Sabre àla teſte ,
Quatre Capitaines bleſſez.dangereusement
, & quatre legerement./.
10
Regimentde Soiffons.
Capitaines.
Dorthenard , tué.
Danché , bl.
Delmont , bl.
Bodeville .
Nogaret.
Lieutenant deGréder Suiffe.
:
GrederColonel bleſſé .
Huit Capitanes bleſſez .
Trois Lieutenans tuez .
Huitbleſſez .
RegimentduMaine.
De Neuilly , bl.
Bb3
30
BATAILLE
Genvril , tué.
Lieutenans bleſſez ....
Dalincourt , des Grenadiers .
Marcaut .
Fontenaille.
La Montagne.
Sarimnoiſées .
Chasteaucouvert .
La Roque.
Du Haguet
De Las .
Regiment d'Auvergne..
Capitaines.
Le Milan . bleffé .
Sailly , bleffé .
Des Catfiers , tué .
De Laurier, fort bleffé .
Mafan , bieffé ;
Saint Maurice , bleffé.
Boffer , tué .
Lieutenans.
De Sorne , bl . à mort.
Renaud , bl.
ز
DE FLEURUS. 31
Chambadon ,fort bleſſe.
Du bafle , tué,
Sous-Lieutenans .
La Coſte.
Boyer , fort bleffé .
Bricart, fort bleſſé.
Roche Bertiere .
Second Bataillon .
Du Diſons , Capitaine , bleſſé.
Regiment d'Orleans .
A
za Lande de Baliquaile , bl.
Des Coſtieres , Major , bl.
Camofle , Aide,major, tué.
Montfalin , mortellementbl.
Regiment deTouraine.
Mefliers.
D'Antoine , Capitaine , 1.
De Cauffois , Capitaine , t.
Deux chevaux de tuez , & un
de bleſſe ſous Mr d'Vſſon .
Dartaut , Lieut. Col. tres bl .
De Montaut , mortellement bl.
La Reinterge , Aide major ,
Bb 4
32 BATAILLE
deux contufions.
De Beaumont,Cap. legerement
bleffé .
De Marcomay , fort bleſſé .
Dambois , mortellement bl.
De Briffon,Capit.mortellement
bleffé .
La Vergne , Capitaine , bl.
Lieutenans.
Melly , Aide deCamp , r.
Boudin , mortellement bleſſé ,
Bouffy , mortellement bleſſe .
De Caftellan ,dangereuſement
bleffé .
La Serre , legerement bleffé.
La Chaine , legerement bleffé.
Sous-lieutenans.
De la Carriere , tué.
De Mignon,tué.
De Signy, Enſeigne , Colonel ,
bleffé à mort.
De Perriere . legerement bl .
De Salard , legerement bl....
DE FLEURUS . 33
Boiſſacq ,bleffé.
De Charles , bleffé.
Regiment de Champagne.
Le Comte de Sceaux , les deux
jambes percées , mort de ſes
bleffures .
Capitaines .
Cotignon , bleſſe au pied
De Gaſquet , Major, deux contufions
, & fon cheval tué
fous lay:
De Bourguet , bleſſé dangereuſement
.
:
Chaſtrier , le bras caffé,
Cheneviere , legerement bleſſé
au pied.
Treſemane , deux doigts de la
main emportezo
Saint Blemont , Capitaine de
Grenadiers , bleſſé à mort.
Mablan , Capitine stué .
Eounaux , Capitaine bleſſe à la
cuifse.
Bb s
34 BATAILLE
Dartaut , Capitane ,tué.
Du Pleſſis Calidos ,Capable
La Bafle , Cap . bleſſé àla teſte.
Bourneffan Cap le bras caffé .
Luffer , bleffé .
Fagot , bleſſé à mort
Berge , bleffé .
Chafteüil, la jambe percée.
Cofmille , dangereufement bl.
Reaumont , dangereuſement
bleté.
Figeac , Aide- major , bras
percé.
Lieutenans.
Tillieul, des Grenadiers , tué.
Du Frefneune contufion .
Chaſhilon unecontufion .
De Montagne, mé.
Bufion', dangereusementbl.
Damiel fort bleffé.1.
Des Foffoz, bleffé àla jambe.
Gauber , bleffe à la teſte ,
Chaſteau ,tué ....
DE FLEURUS. 35
Caquet , tué.
S. Oupignon , tué.
Touchet,bleſſé au genoüil.
DeLo,dangereuſement bleſſé.
Morande , bleſſé à l'épaule.
Souslieutenans . 1
Duret , legerement bleſſé .
Dastelnau , des Grenadiers , t.
De Bert une contufion à la
teſte.
Bouffandis , fort bleſſé.
S. Estienne , bleſſe à la jambe.
Bourgutaux , l'épaule caffée .
Faïet, fort bleffé au pied..
Regiment des Fufeliers du Roy.
Capitaines.
De Tenier , tué. こ
De Reffius , tué .
De Lanfray , tué .
DeGoville , tué ..
5
De Montigny , une contufion .
La Touche , une contufion.
De Rocancourt , bleſſé à mort.
A
Bb 6
36 BATAILLE
De Martel , bleſſé .
De Garnay , bleffé.
De Blais , bleſſe.da
DaChamperouſe ,bleſſé.
Du Moulin , bleſſe..
DuPlessis , bleſſe à mort .
De Pointy , bleſſé à mort.
Dela Combe , bleffé .
6. Lieutenans.c
De Vignay , tuê.
De Chambau , tué.
Du Pré , bleffé .
DeBeauvais , bleſfé .
२
:
Ladrieux , dangereuſement bl .
Puger , bleffe. Mervier,bleffé .
La Martine , mort.
De Sonde , more.
Liewithansh
Nocville,dangereuſement bl .
Foncourt, dangereuſement-bl.
Borvantitué . Lavigent,bleſſé.
Honcourt, bleffec
-Chamois , bieffe
DE FLEURUS . 37
- Chauvager , bleſſé .
د
Bonneuil , tue' , su pris
-Sous treutenans .
L'Epinet bleſſe . Dragis.
Le Chevalier de Bailleul , tué.
ou pris .
Regiment de Navarre.
101
Dole , Capitaine Grenadier, bl .
De Rofulet , Capitaine Aidemajor
, bl .
Dorſignát , bleſſé.
1
De Carignon , Capitaine , bl.
De Prelac, Lieutenant , bl.
De Prelae , Sous bleffe.
30. Regiment de Vermandois .
Lé Marquis de Soyecourt
Colonel , tuế.
Capitaines . !
La Ferriere , Lieutenant Colo
nel, bleffe .
De la Touche,CapitaineGre
- nadier , bleſſé .
-S. Gilles, bleffés
1
38
BATAILLE
Dannery , bleſſé .
La Factiere , bleſſé .
Lieutenans bleffez
Morances.
Egeron .
Lalic.
DesGranges.
De Sales .
De Palats.
De Varennes .
Il vient de me tomber entre
les mains une nouvelle Lifte
des Morts & Bleſſez de la Cavalerie
, dans laquelleje trouve
, non ſeulement pluſieurs
noms nouveaux qui ne font
point dans celle que vous venez
de voir , mais encore
beaucoupde noms qui approchant
de ceux que j'ay déja
mis , comme Depeux , Maréchal
de logis dans la Gendar
DE FLEURUS. 39
merie , pour Deputy que j'ay
marqué, pourroient bien eſtre
les veritables. Cela m'engage
à vous envoyer tous ces noms
douteux . Par tout où vous en
trouverez deux dans la même .
ligne , ſouvenez vous que l'un
eſt pris dans la premiere Liſte ,
& l'autre dans la ſeconde , &
que je les croy employez pour
la me me perſonne , ſans pouvoir
dire lequel des deux eſt
le veritable nom. Les noms
qui ſont ſeuls , font ceux des
Officiers tuez ou bleffez , qui
ont eſté oubliez dans la premiere
Liſte qui n'a point parlédes
Dragons du koy ,
ceux du Regiment de Pompone
, ny du Regiment de Langallerie
de
40
:
BATAILLE.
DRAGONS DU ROY.
Bleffez..
Dalegre , Colonel.
ronboiſat, Lieutenant Col.
Deſpagne , Capitaine.
Guery.
Dolmont-
De Pouce , Lieutenant .
Des Moulins , lieutenant.
Fercourt, Cornette.
LeChevalier d'Au .
Dragons de Pompone. Morts..
Le Ch.de Longueil , Cap.
"De Layne , Capitaine...
Bertol, Cornette .
Montauban , M. de. logis .
ruſtemberg , M. deslogis..
Janin,M. des- logis..
Bleffez .
Lormeny , Major .
De Rofset , Lieutenant.
Barbier , Lieutenant.
Du Pré , Cornette.
E
DE FLEURUS. 41
Valmont , M. des logis.
Langlois , M. des logis ..
Langallerie. Morts.
Le Chev. Major des Couleurs.
S. Vigor, Lieutenant.l
Renal , Lieuteane.
.. Bleffez.
Porleſquive , M. des logis.
DeMees ,M. des logis
GENDARMERIE.
Magieux , M. des logis , the.
Bleffez .
De Leſtrez , De Laiſtre , 14
Malmaiſon , Chalmaiſon .
Boisbilly , Beauvel .
Balfat , Sousbrigadier.ad
Roſamel .
Boulon , Bullion,
La Raſe , la Haye.
Blanzac , Blomat.
Merinville.
Quelon ,Queſtaux , sud
I
2 BATAILLE
Bleffiz
Du Boſc, Capitaine.
Fongrezole , Lieutenant.
Perrin : M. deslogis .
Foncienet , Foncienne .
Vertugua , Bertuga.
Cravates.
La Brille , Boifte .
Deſgremont , Gremard,
Laillerie , Lallerie .
Royal Rouſfilon .
Deſpaliou , Deſpaillon .
De Chauſſerie , Chanferry .
Brunet , Bonnet.
Bertillac.
Barmont, Bofmon .
Barantin , Baranton .
Bleffez .
DuBofe , Capitaine.
Crelan , Lieutenant.
Dangeville , M.des logis ..
Cibourg.
De Laurier , des Lauriers .
:
DE FLEURUS. 43
Deſcluſelles , de Clufel .
Beffons , Beffou .
Beuvieres , Lieutenant , bl.
Du Coſteau , bl .
Bouffandon , Corn. bl.
-Verſel , Corn.bl.
La Coſte , bl.
Levi
Cartier , Lieutenant , tud.
Le Roy , M. des logis , tué.
Fontroux , M.des logis, bl.
Roquepine.
Croffet , Crozet.
Loifier , Lofier .
Malines , Maligny.
Drigny , Dangluy .
Comingis , Cominges.
Du Buiffon , Daubuiſſon .
Bonis , Benc.
Dalet Dal.
De Pecy , Du Puy.
Quoat.
S. Hircelles , Slirzelt
44 BATAILLE.
Royal Etranger.
Creſtol , Creze .
Defferſe , Cornette tué. ,
Clerbourg , Capitaine , bl.
De Brandins , Desbardins ,
La Fillet LaTilliais.
Coupeffard, Coupefac.
Deffencourt , Biffancourt.
Du Mame, and
Chavancé ,Chouerfe.
Deſtourneau , Leſtourneau.
Vufeeq , Viffec .
De Boure , Du Roure.
De Peray , Perfot.
Martın , Martiner.
Bouflers.
Maniffi , Mouffy,
Thevenin , Lieutenant , bl.
Livallar , Cornette , bl.
Milon , M. des logis , bl.
Loëmaria.
Beineg , Benque .
Darmont , lafermon..
いま
DE FLEURUS.
Drabille , Roisbrille.:
Deſpagne , Depagner.
Vigniole , Vignolles .
DuRofel. •
La chaiſne , La Chenaye.
S. Primat , S. Privat .
Muron , Des Murs .
De Pré , Des Prez ..
Gueſtron , Gueffron.
Roncée du Roſel , Cap. bl.
Marquis de Beauvau , Cap. bl.
Chev. de Verneüil du Roſel ,
Aide major , bidang
Bonnet bleffe.
Chartres,
Memeac , Meinios.
Pradediner , Pradines
Millioſé , Millalet.
Courſais, Courtois .
DuFreſnoy , Frenage.
Dimecoλντ, π
De Sais , Dezegue.
Defoffé, Des Foffes .
46
BATAILLE
La Saigne , Lieutenant , bl.
Dardenes , Lieutenant , bl.
Du Pin , Lieutenant , bl.
Pitard , Cornette , bl.
Conde.
Celeſt , Capitaine , tue.
Beſteuil , Major , bl.
Deſtezal , Lieut . bl .
Clein ,Cornette , bl.
e
Chapet , M. des logis . bl
Migneau , Mignot.
Solais , Soulais .
Bourgaut ,Bourges .
De Laurie , Du Laurier.
Forceville , Freſſeville.
Pracontal. 3
Sales Debrie , Saldebru ,
Duretail Darſel .
bl.
Cauferran , Canferon.
Limane Limiane.
De Chets , Capitaine,
Robardey, Cornette bl.
Dautetrive ,Cornette , bl.
DE FLEURUS. 47
Dourino , M. des logis , bl
LaPanerte , M. des logis , bl
Phelypeaux.
Blas ,Bloc.
Goupeau , Gombetit.
P100 , Major , bl.
Joüars , bl.
Defiles , bl.
Phillippe , M.des logis , bl
T
Je vous repete ce que je
vous av déjà dit , que parmy
les Bleſſez il y en a un fort
grand nombre qui ont reccu
de ſi legeres bleſſures , qu'on
ne les nommé que pour faire
voir qu'ils n'ont pas fuy le peril.
C'eſt une gloire pour eux
qu'on ne pouvoit leur oſter
ſans injustice. Je finis par quel-
-ques preces de Poësie qui ont
eſté faites fur cette Victoire.
4S BATAILLE
AUROΥ ,
7
11"
1
Q
SONNET.
We de prosperitez d'une à
l'autre enchaisnées...
Nous affeurent, Grand Roy , de la
faveur des Cieux ,
Et que de tant d'Estats les complots,
furieuses
Combattent vainement contre nos
20
destinées !
Dufangdes Ennemis tes Armes
fortunées
De la Sambre ont groſfile cours im ,
perieux, it i
La terreur qué'répandton nomvic-
Storieux, ?
DEFLEURUS . 49
Va Soumettre àtes Loix leursVilles
consternées.
LaVictoire nousfuitſurl'Empire
desEaux
Ta Flotte a foudroyé leursfuperbes
Vaisseaux,
De leur trifte débris on voit la Mer
*couverte :
L'infidelle Albionfremit à nostre
abord;
L'injuſte ſurpateurfent approcher
Sa perte.
Etl'Aigleépouvantéeattend le mefmefort.
LE CLERCde l'Academic Françoiſe.
F
MADRIGAL.
'lers Ennemis , ilfaut vousrendre,
CC
50
BATAILLEJ
La terre& la merfont pour nous.
Sur quel autre Element pourriezvous
vous défendre ?
Dien quiſoutient Louis , eft le Mai-
R
tredetous.
ソルL
Mile. de Scudery.
AVTRE
Ois , qui contre Louis armez
toute la Terre ,
Pour détruire un pouvoir dontvous
estesjaloux,
Tremblez , c'est Luxembourg qui
lancefon tonnerre ,
Et Valdec vous dira ce quepesent
Jescoups.
TA
AUTRE
Loris eft toûjours glorieux
Tant de Princes liguez pour luyfaire
4
純
DE FLEURUS.
laguerre
Nesçauroient arreſterſon bras vic
torieux ,
IlſeraMaistre de la Terre.
Tous leurs projets font vains , leur
orgueil eſtſoûmis ,
Et cette éclatante Victoire
Qu'il vient deremporterſurſesfiers
Ennemis,
Fait voir que leurs effortsnefervent
qu'àlagloire..
AVTRE.
De cens Princes liguezrenver
fer les complots,
Faire tout tremblerfur les flots
Attaquantle Piedmont, triompher
dans la Flandre ,
sont des faits jusqu'icytout à fait
2
4 BATAILLE !
inoûis
La moitiéfuffiroit pour pafferAle
xandre,
Mais le tout , quoy quegrand,n'est
pastroppourLoûis.
AMrleDucduMaine.
Jeune be
vaillant Heros,dont le
noble courage
Marque si bienle fang dont vous
eftes venu
Es que le fier Lion n'a que trop re
connu,
Expoſezmoins vos jours dans l'hora
reur du carnage..
Prince l'on vous a veu dans le beau
ChampdeMars,
Affronter les plus grand hazards
Moderez l'ardeurqui vous preſſe.
Dans la peurdetomberſouslepoids.
devos coups ,
DE FLEURUS. 段
Les Ennemis tremblent pour eux
fans ceffe,
Mais nous tremblons auffi pour
VOUS,
Quandparun coupfataldespar
ques,
Un Gouverneur tombe à vostre
coste,
Et qu'un chevalfous vous d'unautre
est emporté ,
Cesont de trop certaines marques
D'u dangereux peril où vous avez
Merefte
Vousdevez calmer nos allarmes ,
Vousn'enferez pas moins terrible
aux Ennemis .
Au pouvorde vos armes.
Ils sont déja foûmis .
Vous partagez unegrande Victoire
Dans leplus fameux des Combats ;
Vous aurez toûjours meſmes bras ,
Et vous avez parusi charmant àla
Ce
2
>
BATAILLE
gloire.
Qu'elleſuivra par tout vos pass
Dierville.
AVX HOLLANDOIS
fur la défaite du Prince
de VValdec .
HE' bien, Mefficars
dots,
lesHollan
Eprouvez- vous affez deLOVISle
tonnerre ??
Vous le fuyezsur Mer, ilvous défaitfar
Terre,
Par tout ilvous donnede's loix
Vous estes mal fervis, c'est un mal--
beurétrange,
Le Princede VValdecen combattant r
pour vous,
Eftun fecond Prince d'Orange,
Dans les Combats ilfuit les coups.
BATAILLE
On ne perd point avec eux de
Batailles ,..
Lafuitefait toûjours le plus grand
de leurfoins.
Ces Heros n'ont jamais le coeurd'etre
témoins
Defi terribles funerailles.
Quand pourdes gens commevous
on combat;
Lecourage aisément s'abat ,
Peut- onse piquer de bravoure ?
St l'onmouroitdans ce noble tranfport,
On enrageroit d'estre mort ,
Le meilleur est defçavoir courre
Reconnoiffez vostre néant ,
Loûis a mis bien basvoſtre Haute-
Puiffance;
Venezimplorerfa clemence
Il est auffi- bon que puissant.
Le meſme.
BATAILLE
3
A Mr LE MARECHAL
Duc de Luxembourg.
UN Ne Victoirefolemnelle
Ramene lajoje à la Cour2
Et cette action immortelle
Pour nostre bonheur renouvelle-
Tous nos Heros en Luxembour.
t
د Cette victoire entiere&pleine
Conferve la France aujourd'huy...
Honneur à cegrand Capitaine ;
Condefon Cousin,&. Turenne ,
N'ont jamais mieux vaincu que luy,
Je voudrois ,fameux Luxembour,
Vousfaireune Lettre auffi nette
Que celle que vous avez faite
AuRoyfur le cu d'un tambour.
Tout le monde est pourvousgazette,
Et l'onneparle que de vous...
*
1 DE FLEURUS. ST
1
2
Voſtreſalutaire Victoire
Vous comble d'immortelle gloire :
Ce coup est un des plus grands coups
Qu'on puiſſe lire dans l'histoire ,
Vos Ancestres vouscedent tous.
On admire voſtre vaillance ,
Vostre esprit, &vostre prudence:
Vous estes par voſtre grand coeur :
Noftre Heros Liberateur ,
Etmoy , jesuis avec toute la France
Vostre tres-humble Serviteur.
Celuyqui commande tes Gardes,
NostrevieilAmy Villerurad ,
Qui toûjours quand tu te hazardes
Se montre intrepide&gaillard ...
Tupeut dire quel eft Liniere ,
Quelle estsa vie ,&sa maniere...
BATAILLE
MADRIGAL.
Vviens de combattre
Twins
en Sol.
Tu viens de vaincre en Capitaine
Tu fais plus , Luxembourg i parce
fameuxCombat
Tu conſoles Louis de la mort de Tusrenne:
BOYER de l'Academic Françoiſe:-
AVTRE
IVxembourg, un chacun s'éleve.
Atavaleur tout à cedés
Ainsi l'on te voitdeCondé
L'illustre &digne Eleve.
L'ABBE MARTINET
FIN
BRITISH
9 00 76
MUSEUM
Qualité de la reconnaissance optique de caractères