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1690, 07 (Lyon)
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me.
ex Donu
RP Cland Franc Monestrier
Soi Jesu
807156
MERCURE
Colleg.Lugd.H. Trinit.
GALANT
Soc. Yepe cat. I
DE LYON
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
BIBLIO
EQUE DE LA
JUILLET 169 LYON
1
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere au Mercure Galant.
M. DC. XC.
Avec Privilege du Roya
Co
TABLE
Relude..
B le Nouveaux Officiersfaitspar
Roy. & recompenses donnéesà
quelques anciens.
Hommage..
Election d'un Superieurdu Seminaire
de Rourdeaux .. 22
Fable..
25
Suite du Traitétouchant les maniere
d'écrire en chifres. 30
Histoire.
SS
Livres Nouveaux A 84%
Carte nouvelle ... 82
Mariage... 86
Priſes faites sur la Mediterra.
néc.
94
Charged'Aumônier du Roy donnée
par Sa Maieste. 99
DES MATIERES.
:
Nouvelles de Savoye..
Morts. *
Autre Cartenouvelle
ةرج
100
144
118.
146
Réjouiſſancesfaitespour laBataillede
Fleurus 146.
Journal de tout ce qui s'est passé
depuis le depart de noftre Flote.
pour aller chercher les Ennemis,
jaſques aprés la victoire rem-
P portéesureux. 165
Prife considerable faite àla venë
doTetouan 193
Suite des affaires de Savoye. 222
Mort deMadameBignon. 231
Enigme. 238
Regimensdonnez. 240
Etat des affaires d'Allemagne ,de
Flandre,& d'Irlande. 244
C
Finde laTable...
t
3 LE LIBRAIRE
au Lecteur.
On continuë à diſtribuer toutes
les ſemaines le Journal des Les
fçavans pour fix ſols par cahier.
Ceux qui envoyront des pieces
pour les Mercures , ſont priez d'affranchir
les ports de Lettre.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Juillet 1690.
Iſtoire de Loüis leGrand , dé
Hpuis 1643. jusqu'en 16 de
l'on y trouvera la guerre declarée
au Prince d'Orange ,la mort d'Innocent
XI. & l'élection d'Alexandre
VIII . Comme aufſi la mort de Ma.
dame la Dauphine,avec pluſieurs autres
particularités fort curieuſes, par
le Sr.de Riencour , en deux volumes
indouze 4. liv.
Maximes & Reflexions ſur l'éduã
(
cation de la Jeuneſſe , où font renfermez
les devoirs des Parens & des
Precepteurs envers leurs enfans. Indouze
30. f.
Lettre à un Seigneur de la Cour,
ou réponſe au Libelle intitulé recriminationdes
Jeſuiſtes. Indouze 15 ..
Oraiſon funebre de Madame la
Dauphine , par Meſſire Eſprit Flechier
, nommé à l'Eveſché de Nifmes
, inquarto 20. f.
Oraiſon funebre de Madame la
Dauphine , par Monfieur l'Eveſque
de Mirepoix , Inquarto 20. f.
Le voyage d'un Eſclave ou l'Eſclave
Religieux & ſes avantures , indouze
30. f.
Hiſtoire de Mr. Conſtance,premier
Miniſtre du Roy de Siam, & la der
niere révolution de cet Eſtat ; par le
Pere Dorleans Jeſuiſte. indouze 25.f.
Reflexions ſur les défauts d'autruy,
par Mr.l'Abbé Devilliers. indouze
35.fols.
Entretiens fur ce qui forme l'honneſte
homme ,&levvrraayy ſcavant,par
Mr. de Lelevel , indouze 25.
i
Entretiens ſur l'Histoire de l'Univers
, indouze trois volumes 3.1 . 10.f.
Exercices ſpirituels tres-utiles à
tous ceux qui veulent former Jeſus-
Chriften eux, indouze 15.f.
Les Loix Civiles dans leur ordre
naturel, inquarto 6. 1.
Traité de l'Artillerie expliquant
la difference', les proportions , les
renforts , les portées , les affûts , &
tout ce qui concerne les canons dont
on ſe ſert en France , tant fut terre
quefur-mer.
De plus la maniére de jetter les bombes
, où l'on donne à connoiſtre les
proportions des machines , comme
des Mortiers qui ſervent à les chaffer,
avec pluſieurs experiences fur ce
fujet ,& enfin le moyen de compo .
fer toute forte de feux d'artifice de
guerre. Le tout d'une maniere abregée
& fort-aifée pour inſtruire les
cleves de Mars , par MonfieurGautier
Ingenieur ordinaire du Roy,avec
pluſieurs figures en taille douce. in
douze 25. fa
Nouveau traité de Fortifications
contenant la demonſtration & l'Examende
tout ce qui regarde l'Art
de fortifier les places , tant regulieres
qu'irregulieres ſuivant ce qui ſe
pratique aujourd'huy. Le tout d'une
maniere abregée & fort aifée pour
Pinſtruction des éleves de Mars,avec:
pluſieurs figures en taille douce , par
Monfieur Gautier Ingenieur ordinai
re du Roy, indouze 25. f..
Johannis Doloei EncyclopediaMe--
dicinæ Theoretico-practice. Editio
noviſſima, inquarto 4.1. 10.f.
Plaidoyez de Mr. le Maiſtre, inquarto,
6.1 .
L'on continue à diſtribuer Ettmullery
operum omnium Medico
Phyſicorum , Editio noviſſima , en
deux volumes. in folio pour 18.1.
La Nouvelle Chirurgie Medicale
&raiſonnée d'Ettmuller ,traduite en
François , indouze 30.f.
L'on acheve d'Imprimer la maladies
des Hommes , des Femmes & des
petits enfants , avec la conſultation
des Medecins avec toute la pratique
de Medecine de Michel Ettmhuler,
Le tout traduit en François , il ſera
de la grandeur in octavo , il y auras
trois volumes. Les maladies enun volume,
& la pratique en deux.
La Rélation de la Bataille donnée
auprés de Fleurus par l'Armée du
Roy , le 1. Juillet 1690. ſous les or
dres de Mr. le Maréchal Duc de Luxembourg.
Avec un plan qui marque
tous les mouvemens que ce Gene
ral a faits pour la gagner. indouze
20.f.
L'Air qui commence par
Vous vous en allez, belle Iris , doit
regarder la page 29.
is
L'Armée Navalle doitregarder
la page 165 .
L'Air qui commence par
Mon , coeur , que vous , &c . re
garde la page. 239
I
MERCURE
GALANT
DE
=
LYON
JUILLET 1690 * 7033*
E
OMME la gloire ſert
C de degré pour parvenir
preſque à toutes
les chofes qu'on peut
ſouhaiter, il n'y a rien qui caufe
plus de jaloufie parmy les
hommes. Les uns ne sçauroient
ſouffrir que ceux qui
ſont d'un meſme rang brillent
plus qu'eux , & les au-
Juillet 1690.
A
2
MERCVRE
tres , que ceux qui ſont d'une
meſme profeſſion y excellent
davantage. Ainſi il y a peu de
perſonnes de quelque caratere
qu'elles puiſſent eſtre, &
dans quelque élevation qu'elles
ſe trouvent , qui ne foient
devorées par cette eſpece de
jalouſie qu'on appelle envie.
Cela eſt cauſe que plus on eſt
élevé , plus on eſt en bute à
tout ce qu'elle eſt capable
d'inventer , pour abaiſſer par
la force ou par l'artifice ceux
qui par un merite auſſi extraordinaire
qu'incontestable,
ſont regardez comme eſtant
audeſſus de tous les autres .
Ce que je dis eſt une verité ſi
generalement reconnue,qu'on
n'a point ſujet d'eſtre ſurpris
de voir un ſi grand nombre de
Puiſſances unies contre le Roy ,
GALANT. 3
mais cetteunion ne luy ſcauroit
nuire. Il ſemble que plus
l'envie luy ſuſcite d'ennemis,
plus elle donne d'éclat àſa
gloire , puis qu'il eſt inoüy que
tant de differens Souverains
ayent jamais été liguez contre
un ſeulMonarque. Cependant
quel eſt le fauit de cette jalouſe
Ligue ? Non ſeulement
le Roy leur reſiſte à tous,mais
il en triomphe ſans employer
d'autres forces que les bras de
ſes Sujets,& quelques Troupes
de ſes anciens Alliez qu'on
peut à preſent dire Françoiſes;
d'autres finances que celles
qu'il tire de ſes Etats ,& d'autres
conſeils que ceux qui luy ſont
ſuggerez par ſa prudence. Il
faut qu'elleégale ſa conduite,
&qu'elle ne ſoit pas moindre
que ſon application & ſa vigi.
A 2
MERCVRE
4
د
lance , pour faire que ſept ou
huit Armées que ce Prince
a en campagne , ne manquent
de rien, que les vivres s'y trouvent
, que ſes Troupes ſoient
leſtes & bien payées , & qu'
elles triomphent de ſes Ennemis
comme je pretens
vous le faire voir dans la ſuite
de cette Lettre. Mais avant
que de vous parler de ces
glorieux Articles , j'ay à vous
entretenir de quelques autres
qui me donneront lieu d'attendre
de nouvelles particularitez
de ce que j'ay à vous
dire . Vous allez voir par le
détail du premier de ceux où
je vais entrer , que pendant
que toute l'Europe eſt armée
contrele Roy , ce Prince récompenſe
les ſervices qu'on
luy arendus , de la meſme ma
GALANT.
5
niere & avec la meſme generoſité
qu'il fait en pleine paix .
Sa Majesté ayant augmenté
à l'entrée de cette Campagne
le nombre de ſes Gendarmes&
de ſes Chevaux Legers , ainſi
quede ſes Gardes du Corps,
Elle a voulu auſſi remplir le
nombre d'Officiers à proportion
, & particulierement un
nombre de dix Maréchaux des
Logisdans la Compagnie de ſes
Gendarmes , & autanten celle
de ſesChevaux- Legers , & en
meſme temps elle a diſpenſé
du ſervice les quatre Anciens .
Mr des Fontaines s'eſt retiré
avec mille écus de penſion ,
ainſi que Mr le Marquis de
Lhoſpital , pourvû du Gouvernement
de Toul. Quant
aux deux Anciensde la Compagnie
des Chevaux- Legers ,
A 3
6 MERCURE
Mr de la Berange eſtant en
core en estat de ſervir , a eu
un Brevet de Cornette dans
les Chevaux- Legers de ſa Gar -
de , & Mr de Maudeville ,
aprés quarante - ſept ans de
ſervice dans la mesme Compagnie
de Chevaux - Legers ,
s'eſt retiré avec une penſion
de mille écus .
Je viens à ce qui regarde
l'hommage prêté depuis peu
de temps à Mr l'Electeur de
Brandebourg , par les Etats
dela Pruſſe Ducale. Je vous
en aurois parlé il y a un mois,
ſi l'abondance de la matiere
ne m'en euſt pas empeſché ,
mais nous ſommes dans un
temps où quantité d'Articles
indiſpenſables font le ſujet de
mes Lettres , ce qui m'oblige à
reculer ceux qui peuvet avoir
GALANT.
7
,
en tout temps quelque choſe
de nouveau . Celuy- cy eſt de
ce nombre , puis que vous le
trouverez accompagné de
plufieurs choſes curieuſes par
elles meſmes , & que je puis
vous apprendre à l'occaſion
de cette Ceremonie
quoy
qu'elles en foient détachées.
Elle ſe fit le 24. de May dernier
à Konigſberg , Ville de
Pologne , grande ,belle , renommée
par ſon commerce ,
&qui appartient à l'Electeur
de Brandebourg. Elle eſt ſituée
ſur la Riviere de Pregel ,
qui ſe décharge dans un Lac
appellé le Hab. Ce Lac ſe
joint à la mer , & a quinze
ouſeize lieuës de longueur
& deux de largeur. La Ville
de Konigsberg , Capitale de
la Pruſſe Electorale , ſe ſepare
A4
8 MERCVRE
en trois parties , dont la premiere
eſt l'ancienne Ville .
C'eſt où eſt le Palais Ducal
qui fut baſty par George Frederic
, Marquis de Brandebourg.
Quant à la Pruſſe , qui
ala mer Balthique au Septentrion
, la Pomeranie au Couchant
,la Pologne & la Maſovie
au Midy , & la Lithuanie
& la Samogitie au Levant ,
elle estoit autrefois diviſée
en douzeGouvernemens , que
quelques uns diſent avoir eſté
le partage des Fils d'un Duc
nommé Venede , ou Venedut .
Ses anciens Habitans eſtoient
barbares . Ils demeuroientdans
lesBois , mangeoient de la
chair cruë , & quoy que le
lait fuſt leur boiffon ordinaire
, ils beuvoient du ſang de
cheval dans leurs feſtins. Ils
GALANT .
9
6
adoroient le Soleil , la Lune ,
leTonnerre , les éclairs , le feu,
les arbres , les ſerpens , & les
beſtes farouches & nommoient
leur Dieu principal
Vifchaito. C'eſtoit celuy qui
avoit ſoin de leur beſtail. Ce
Pays a eu des Princes particuliers
juſqu'en 1228. que
Conrad , Duc de Maſovie
quine ſçavoit plus comment
s'oppoſer à ces Peuples auſſi
cruels que puiſſans , engagea
lesChevaliers de l'Ordre Teutonique
à leur declarer la
guerre. Elle fut longue &
ſanglante . Ils ſoumirent les
Pruſſiens , qui ne pouvant
ſupporter le joug , ſe révolterent
toutes les fois que l'occaſion
leur en fut offerte .
Comme ils eſtoient Idolâtres,
iHsretournoient toujours dans
AS
2
10 MERCVRE
me ,
les ſuperſtitions du Paganiſ-
& enfin trouvant leurs,
forces trop inferieures à celles
des Chevaliers Teutoniques
pour leur pouvoir toujours
refifter , ils ſe donnerent
au Roy de Pologue vers l'an
1420. Ce fut un nouveau fujet
de guerre , dont les deux
partis: receurent de grands
dommages . On donna plufieurs
combats , & aprés di-.
verſes pertes fort confiderables
, les Chevaliers obtinrent
la paix par les foins de leur
Grand.Maiſtre Loüis d'Her--
liufen. Les conditions furent.
qu'ils abandonneroient aux:
polonois une patiede la Prufſe
, & qu'ils leur rendroient
hommage du reſte. Albertde
Brandebourg , qui avoit eſté
elu Grand - Maiſtre de cet
GALANT .
12
Ordreen 1511. aprés Frideric
de Saxe ,ayant refuſé à Sigifmond
, fon Oncle , de luy
rendre cet hommage , ſoûtint
quelque temps la guerre contre
luy , par le ſecours quele
General Schomberg luy amena
d'Allemagne. Il tacha de
furprendre quelques Places ,
& tout luy ayant mal réuſſi ,
il demanda une Tréve de
quatre ans , qu'on luy accorda.
Pendant ce temps
laiſſa infecter des nouvelles
opinions de Luther& ſe dégoûtant
de ſon eſtat , il fit
propoſer la paix . Sigifmond
confentit , & ce fut un y
il ſe
deſavantage fort grand pour
tout l'Ordre Teutonique, puis
que ſa qualité de Grand Maiſtre
de la Pruſſe quieſtoit éle
Aive , fut changée en qualité
A6
12 MERCVRE
ſeculiere , & érigée en titre
de Duché hereditaire fous
l'hommage du Roy & de la
Republique de Pologne. Albert
rendit cet hommage le 8
Avril 1525. dans la grande
Place de Cracovie , & le Roy
fon Oncle luy donna l'inveſtiture
de ce nouveau Duché
par un Drapeau de guerre.
Par cet accord il renonça au
gouvernement de l'Ordre , &
ſe maria l'année ſuivante avec
Anne Marie de Brunſyvich.
La Pruſſe ayant encore caufé
pluſieurs guerres , fut enfin
diviſée en Pruſſe Royale , qui
eſt au Roy de Pologne , & en
Pruſſe Ducale , que poffede
l'Electeur de Brandebourg.
Les principales Villes de la
Pruſſe Royale ſont Danızick ;
Elding, Mariembourg, Torn ,
:
GALANT.
13
Konits , & celles de la Pruffe
Ducale , Konigſberg , Memel,
& Sraunſberg.
Le jour que je viens de
vous marquerayant eſté choifi
pour la Ceremonie de
l'hommage des Eftats ,Mr
PElecteur de Brandebourg ſe
rendità dix heures du matin
dansl'Egliſe du Chaſteau , os
le Docteur Vifinus , Predicateur
ordinaire de la Cour
fit un beau Diſcours ſur ce
ſujet ,appliquant à la Perfonne
de l'electeur ces paroles
del'Ecriture O que bienheureux
est le Peuple à qui Diew
donne un Roy d'un coeur noble
Mr l'Electeur alla enſuiteau
licu préparé pour le ferment
que luy devoient preſter les
Etats ,& ſe plaça fur une maniere
de theatre aſſez élevé.
,
114
MERCVRE
Le Prince Lubomirski s'affic
à ſa droite , & le Referendaire
de la Couronne ſe mit
àſa gauche , de la part de la
Republique. Le Chancelier
adreſſa la parole à la Nobleſſe
& aux Bourgeois , aprés quoy
on fitlecture de ce qu'ils devoient
jurer , & ils firent le
ferment. Il y avoit derriere
la Place du Chaſteau deux
Compagnies de Trabans , &
rrois d'infanterie du Colonel
Trus , qui faifoient la garde..
Ceux-cy ayant auffi renouvellé
leur ferment , le Prince
Lubomirski harangua en Las
tin Son Alteſſe Electorale ; ce
que fit auffi dans la mesme
Langue , le Referendairede la
Couronne au nomdu Roy , en
parlant à la Nobleffe& aux
Etats.Cedernier fit connoiſtre
GALANT. DS
particulierement que Sa Majeſté
Polonoiſe ne conſentoit à
l'hommage que luy rendoient
lesEtats de ceDuché, que ſous;
cette claufe , que fi les Princes
de la Maiſon de Brandebourg,
venoient àmanquer , la Pruſſe
Ducale retourneroit à la Cou
ronne de Pologne , à laquelle
les meſmes Etats ſeroientobli.
gez de rendre le meſme hommage.
La populace à qui appartenoit
le drap dont le thicatre
eſtoitcouvert , n'attendit point
qu'ileuſt ceſſé de parler pour
s'en faifir. Il fut déchiré en un
moment,&chacun en emporta
le plus grand morceau qu'il
pût. Cela caufa untumultequi
alla fi loin , que Mr l'Electeur
fut obligé de ſe retirer dans ſon
appartement. Il parutde nouveau
en public , & revint avec
16 MERCVRE
les Commiſſaires Polonois. Le
Referendaire continua ſa harangue
,& lePeuple l'écouta. La
Ceremonieeſtant achevée , on
jetta ungrand nombre deMedailles
d'or & d'argent , & il ſe
fittrois ſalves , tant du Canon
de la Ville que de la Soldatefque
, meſlées des fanfares de
vingt- quatre Trompettesavec
quatre Timbaliers . Cela fut
ſuivi d'un magnifique repas ,
dans la grande Salle appellée
des Moscovites , pendant lequelon
entendit un fort bear
Concert.Pluſieurs fontainesde
vin coulerent dans la Place qui
eſt devant le Chaſteau , & le
lendemain on fit tirer un Feu
d'artifice qui reufit admirablement.
Comme ce que je vous aydit
de la Pruſſe , m'a donné licu.
GALANT.
17
de vous parler de l'Ordre
Teutonique ,& que vous m'a
vez ſouvent demandé ce que
c'eſtoit que cetOrdre, je vous
diray en peu de mots que ſon
origine vient d'un Allemand
qui voulut finir ſes jours à lerusalem
, aprés que l'on eus
conquisla Terre- Sainte. Il y
recevoit tous ceux de ſa Nation
qui n'entendoient pas la
Langue du Pays , & pour pouvoir
mieux exercer ſa charité ,
il fit i bien que le Patriarche
de lerufalem luy permit de
baſtir un Hôpital avec une
Chapelle à l'honneur de la
Vierge. Divers Allemans que
ſon exemple toucha fuivirent
fon zele , & s'employerent à
rendre ſervice aux Pelerins
que la devotion engageoit à
fortir de l'Allemagne pour
$
18 MERCURE
viſiter les Saints Lieux Quelques
riches Habitans de Bremen
& de Lubec entrerent
dans cette Socicté , & fur la fin
du douziéme Siecle , ils firent
bastır un nouvel Hoſpital à
Acre. Cependant ils prirent
tous le titre de Chevaliers
Teutons , & embraſſant la Reglede
S. Auguſtin , ils porterentlemanteau
blancavecune
croix potencée de fable , &
chargéed'une autre croix d'argent.
Leur établiſſement fut
approuvéen 1195. par le Pape
Celeftin III . & divers autres
Pontifes luy accordérent de
grands privileges. Henry de
Valpot fut le premier Grand-
Maiſtre de l'Ordre . La priſe de
Ierufalem par Saladin obligea
les Chevaliers Teutons de ſe
retirer à Ptolemaïde , d'où ils
GALANT.
19
paſſferent en Allemagne aprés
queles Infidelles ſe furent em .
parez de cette derniere Ville
Ils ſe rendirent maiſtres de la
Pruſſe , dont ils porterent le
nom , & furent tres - redoutables
à leurs Voifins pendant
plus de deux censans- Albert
de Brandebourg eſtant devenu
Prince ſeculier de Pruſſe , ils
éleurent en ſa place Albert de
Volfang pour leurGrand Maiſtre
. Ce changement fixa leur
ſejouren Allemagne où ils aavoient
de grands biens. Ils
font poffedez preſentement par
les Fils puiſnez des Princes &
des grands Seigneurs Allemans
quien joüiffent en qualitéde
Chevaliers Teutoniques.
l'ajouteray à cecy pour épuifer
la matiere , que les Porteglaives
, Ordre Militaire de
20 MERCURE
Livonie , ont eſté unis aux
Teutons pendant prés de trois
cens ans , On les avoit appellez
ainſi , à cauſe d'une robe de
ſerge blanche avec la Chape
noire , fur laquelle ils portoient
du côté de l'épaule gauche une
épée rouge croiſée de noire , &
fur l'eſtomac deux épées ſemblables
, paſſées en ſautoir les
pointes en bas . Engilbert &
Thierry de Tyſſench , accompagnez
de quelques riches
Marchands Allemans , s'eſtant
aſſemblez pour s'oppoſer aux
Infidelles de Livonie , Province
de la Sarmatie d'Europe,qui
eſt prefque toute aujourd'huy
au Roy de Suede , ſe retirerent
vers Albert ,Religieux de Bremen
, de l'ordre de Ciſteaux ,
& alors Eveſque de Riga . Il receut
leurs voeux , & leur prefGALANT.
21
1
crivit la regle dont il avoit
fait profeſſion. Le premier
Grand Maiſtre qu'ils eurent
s'appelloit Vinno. Innocent
コ des PoIIrIteaspgplraoiuvvesa,cqetuiOrcrdariegnant
d'eſtre accablé par divers
Ennemis qu'il s'eſtoit
faits , fit union avec celuy des
Teutons & , y fut incorporé
en 1234.en forte que ce ne fut
plus qu'un meſme Ordre. Ils
remporterent des victoires ſignalées
juſqu'à ce qu'Albert de
Brandebourg,leur Grand-Maiſtre,
donna dans les Erreurs de
Luther. Ces deux Ordres furent
alors ſeparez , & Gautier
de Plettemberg fut faitGrand-
Maiſtre de celuy de Livonie:
Guillaumede Farſtemberg luy
fucceda en 1535. & demeura
priſonnier des Moſcovites qui
22 MERCURE
firent de grands ravages dans la
Livonie. Le Schiſme ſe mitparmy
les Chevaliers , ce qui fut
cauſe que l'Ordre fut aneanty
ſous Gothard de Kerler , qui ſe
fit Lutherien.Il y renonça ſolemnellement
les . Mars 1562 .
en prefence du Prince Nicolas
Ratzevil , Palatin de Vilna , &
Commiſſairede SigismondAuguſte
Roy de pologne , auquel
les droits & les privileges de
l'Ordre furent cedez avec la
Ville de Riga , & aprés cette
demiſſion on donna à Gothard
l'inveſtiture des Duchez
de Curland & de Semigale.
Le 10. du mois paflé , Mr
l'Abbé de pradillon , un des
quatre Archidiacres de l'Egliſe
Metropolitaine S. André
de Bordeaux , fut élu Supe-
4
GALANT. 23
1
S
rieur du Seminaire de S. Ra-
- phaël de la meſme Ville . C'eſt
une place toujours occupée
par les premieres perſonnes
du Clergé , & d'où pluſieurs
- ſont ſortis Eveſques entre
autres deux illuſtres Eveſques
de Marseille. Ce Seminaire
qui eſt pour vingt cing En-
- fans du Medoc qui doivent
| ſe faire Preſtres , fut fondé
l'an 1442.en titre de College
, parle Bienheureux pierre
Barland , qui de Fils d'un ſim-
- ple Laboureurdu Medoc, pays
en Guienneentre lOcean & la
Garonne , devint Chanoine de
S. André , & fut élu Archeveſquede
Bordeaux en 1430.
Il fonda l'Univerſité , embellic
la Ville & l'Archeveſché de
deux beaux édifices , fut député
par les Etats de Guienne
+
24
MERCURE
en Angleterre , & aſſiſta en
1452 à l'Aſſemblé de Bourges ,
où ſe fit la pragmatique Sanction
. En 1481. le pape fit faire
inquiſition de ſa vie à la requeſte
de Loüis XI . L'an 1583.Antoine
de Sanſac, Archeveſque ,
érigea ce College en Seminaire,
ſuivant les decrets du Concile
de Trente. Il luy fit de grands
biens , & Mr le Cardinal de
Sourdis l'a mis ſur le pied
qu'il eſt , aujourd'huy avec
obligation aux Archeveſques
de pourvoir les Seminariſtes
deBenefices.
Voicy une Fable dont les
Affaires du temps ont fourny
la matiere à Mr de Calvy
qui en eſt l'Auteur.
LE
GALANT .
25
LE FAUNE
Foudroyé par Iupiter.
A
Vpied d'uunn mont
gnoit en paix
jadis re.
Unjeune Faune aimé de ſes Sujets.
Dansſes Etats tout fongeoit àluy
plaire,
Dehors on le craignoit Le Souverain
des Dieux,
Eftoitſon Dieu tutelaire ;
Mais écoutant des avisfactieux,
Ilſe perdit, ce Faune ambitieux .
Maint petit Dicu jaloux au MaiſtreduTonnerre.
Ofa luy declarer la guerre ,
Et non contens de partager les
Cieux ,
Iuillet 1690. B
26 MERCVRE
را
Ils vinrent dans leur Ligue interes-
Serla Terre.
Le Faune dans son coeur depuis
long temps rebelle ,
A la revolte eut bien - toft confenti.
Ce qu'on luy dit alors , mille fois
l'infidelle
Se l'estoit dit. Ne pouvez vous
regner ,
Sans que Jupin vous tienne ſous
Son aisle ?
Apprenez à le dédaigner ,
Regner toutseul est un bonheurSuprême.
Il les ſuivit ; fans cette audace
extreme
Faune iamais n'eust eu deſtin plus
beau.
Sous un si grand appuy l'on craignoit
sapuissance;
Avec ces Factieux cherchant l'Independance
Ilſe couvrit de honte & trouva
Son tombeau.
GALANT.
27
Cardés que Jupiter vit sa cabale
prefte
Pour cettegrande&fameuse conqueste
CommeGeans, dit-il,vous attaque,z
les Cieux ,
Vous perirez, Troupe infolente.
Il dit , & fa main triomphante
Foudroya fur le chample Faune &
tous ces Dieux.
Toy qui trahis un Prince Auguste,
Le ferme appuy de tes Etats ,
Tuvas perir dans ceste Ligne in
juste ;
Déja pourt'accabler LOVISleve
lebras.
(Du coup fatal que je te viens predire
Rien ne sçauroit se garantir ,
Et lafoudre qui va partır ,
Doit terrasser encore & l'Espagne
&l'Empire.
B 2
28 MERCVRE
마
Le Madrigal que vous allez
lire a eſté fait ſur la reconciliation
d'une jeune Dame avec
un homme fort avancé en âge ,
qui avoit fait quelque médifance
d'elle.
En fortant d'un Sermon plein d'art
& d'éloquence ,
Sur l'amour du prochain , & contre
la vangea ,
Iris qui me haït à la mort ,
Maisde qui l'ame est generenfe&
bonne,
Me cherche dans la foule , & par
un noble effort
Medit , Monsieur , je vous pardonne.
Cen'est pas tout , luy dis - ie , &le
Predicateur
Vous a dit qu'il falloit aimer du
fond du coeur ;
Voyez à quoy ce Sermonvous engage.
B 3
63
en Vourvousen allezbelleIris , et l.
0
cesse , vos apas vousfere
beauxyeux et pour ne lesplusvor
229
b
उड
b
now
aofs
a
setlo
GALANT.
29
Il faut undiscours bien touchant
Pour vaincre du beau Sexe & la
haine , & la rage ...
Etl'obliger,malgrésonnaturelpanchant
,
D'aimerfon Ennemy , quad il est de
mon âge.
Un des plus habiles Maiſtres
que nous ayonsen Muſique ,
a mis en Air ces paroles ſur un
départ.
AIR NOUVEAV.
V
Ous vous en allez, belle Iris ,
Et les feux , les Amours , les Plai.
fors&les Ris
Vont partir avec vous, &vous fuivrontfans
ceffe.
Vos appasvousferont mill.e Amans
en tous lieux ,
B 3
30
MERCVRE
1
Ils mourrent de plaisir en voyant
vos beaux yeux ,
Etpourne les plus voir ie mourray
de tristeffe. 1
le ne vous ay encore envoyé
que le commencement
de la ſeconde partie du Traité
de Mr Comiers , touchant
l'art d'écrire occultement ; en
voicy la fin .
AVTRE MANIERE
tres-faciled'écrire occultement ,
mesmepar les lettres ordinaires
de l'Alphabet , qu'on peut en-
Suiteenvoyer en chifres .
C
Onvenez avec voſtre
Amy d'une clef en nombres
, comme de 113.355 . ces
fix chifres comprenant la raiſon
du diametre du cercle à fa
GALANT.
31
-
circonference de 113 à 359.
qui eſt plus préciſe que celle
d'Archimede ; ou bien convenez
du nombre 452. 355. lefquels
fix chifres contiennent
la raifon du quarré du diametre
du cercle à ſa ſuperficie de 452 .
à 355. quieſt plus préciſe que
celle d'Archimede de 14. à 11 .
Ayez ensuite devant vous
l'Alphabet de dix huit lettres
dans leur ordre naturel , que
vous devez concevoir comme
écrites en chapelet , ou autour
de la circonference d'un cercle.
Comiers
Suppoſons done qu'il faille
écrire ces trois mots ,
Aveugle Roial , & que vous
foyez convenu pour clef du
nombre 113 , 3550
Ecrivez de fuite fur les let.
tres des trois mots les chifres
de la clef 113.355 .
B 4
i MER CURE 3.2
1133951133551133551 .
Comiersaveugleroial.
Maintenant pour la lettre
C. du ſecret , vous écrirez an
deſſous la lettre D. parce que
le chifre 1. eſt au deſſus , qui
indique qu'il faut prendredans
l'Alphabet la premiere lettre
qui y fuit la lettre C.
le chi-
De meſme pour la lettre 0,
qui a le chifre 1. au deſſus ,
vous écrirez la lettre P. laquelle,
dans l'Alphabet eſt la
premiere aprés la leture 0.
par la mesme raiſon pour
la lettre M. qui a
fre 3. au deſſus vous écrirez
encore la lettre P. qui eſt
dans l'Alphabet la troifiéme
aprés la lettre M. pour la
lettrel. laquelle a au deſſus
le chifre 3. vous écrirez la let.
tre N. laquelle dans mon Al
GALAN T. 33
phabet de dix huit lettres eſt
la troiſième aprés la lettre 1.
Pour la lettre E. qui a au deſfusle
chifre 5. vous envoyerez
la lettre M. laquelle dans l'Alphabetdedix
huit lettres eſt la
cinquiéme aprés la lettre E. &
pour la lettre R. qui a au deſſus
le chifre s . vous compterez
depuis cette lettre exclufivement
ſur l'Alphabet confideré
écrit en chapelet , ou en
cercle,cinq lettres ,ſçavoir S.T.
V.A. B. en recommençant l'Alphabet.
C'eſt pourquoy pour la
lettre R. vous écrirez la lettre
B. quieſtla cinquiéme aprés
R. De meſme pour la lettre S.
qui eſt la derniere du mot ,
Comiers parce qu'elle aan deffus
le chifre a écrivez la let
tre T. qui est la premiere
aprés S...
Biss
34
MERCVRE
Par la meſme raiſon pour
la lettre A. du mot , Aveugle
écrivez la lettre B. & pour la
lettre V. qui a au deſſus le
chifre 3. qui eſt la derniere
de l'Alphabet , qu'il faut par
conſequent recommencer , écrivez
la lettre C. parce qu'elle
eſt la troiſieme aprés la lettre
V. Pourla lettre E. écrivez
la lettre 1. Pour la ſeconde lettre
V, écrivez la lettre E. qui
eſt la cinquiéme aprés la lettre
V. pour la lettue Gécrivezla
lettre 0. Pour la lettre
L.écrivez la lettre M. & pour
lalettre E. écrivez la lettre F.
Pour la lettre R. écrivez la
Pettre . Pour la lettre 0. écrivez
la lettre R. Pour la lettre
I. qui a le chifres au deſſus ,
écrivez la lettre P. laquelle
dans l'Alphabet de dix huit
GALAN T.
35
lettres eſt la cinquiéme aprés
la lettre 1. De meſme pour la
lettre A. écrivez F. qui eſt
la cinquiéme aprés 4. & enfin
pour la lettre L.écrivez la lettre
M. par là vous aurez de
ſuite pour les trois mots ,
miers Aveugle Roial, ces dix- neuf
lettres ſuivantes .
D. P. P. N. M. B. T.B.C.Ι.Ε.
O. M. F. V. R. P. F. M.
Co-
Remarquez que cette maniere
eft tres facile , & tout
à fait indechifrable à l'eſprit
humain , puis que dans les ſept
premieres lettres pour le mot
Comiers , la lettre P. eſt employée
tout de ſuite pour la
lettre 0. & pour la lettre M.
&que la meſme lettre P. eſt
employée pour la lettre Idu
mot Roial.
Remarquez encore que la
B6
1
36 MERCVRE
lettre M. fignifie la lettre E.
du mot Comters , & la lettre L.
du mot aveugle ; que le B.
ſignifie la lettre &. du mot
Comiers , & la lettre.A. du mot
Aveugle; que la lettre L. fignifie
la derniere lettre E. du
mot Aveugle , & la lettre A
du mot Roial , & que dans le
mot Aveugle les deux lettres
E. y font ſignifiées par les
lettres 1. & F. & les deux
lettres.I du meſme mot par
les deux letres C. E.
On peut ſe ſervir des chifres
de la datte de la Lettre ,.
comme de 28. Fevrier 1690.cr
obſervant qu'il faut rejetter
le zero , car il ne faut icy que
des chifres ſimples .
Obſervez queles cing lettres
H. K. X. Y. Z. que j'ay rejettées
de mon Alphabet, peus
GALANT .
37-
vent eſtre employées à la fin
des mots pour les diſtinguer,
où bien on les mettra devant.
la derniere lettre de chaque
mot, ou aprés la premiere,fuivant
qu'on en ſera convenu..
Obſervez principalement
que pour ofter tout foupçon,
vous pouvez au lieu de ces lettres
envoyer les chifres fime
ples ou difenaires qui leur appartiennent
dans cet.Alphabet.
Pantoufle bcdg ,
1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.20.30.40.
im qr S.
50.60.70.80.90 .
Ou dans tout autre Alphabet
dontl'ordre naturel des lettres
2-
fera changé , ſuivant qu'on
fera convenu , comme dans
l'Alphabet ſuivant .
38 MERCURE
Profetifandum
1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.20.3040 .
bcglq.
50.60.70.80.90.
Par lequel au lieu dés lettres
D. P. P.N.M. B. T. B. C. F.
E. O. M. F. V. R. P. F. M.
vous aurez les chifres fuivans
20. 1. 1. 10.40.50.60. 7 .
5.3.40.4.30. 2. I. 4. 40.
que vous pourrez envoyer à
voſtre confident en forme du
compte ou calcul 2 comme
nous avons déja dit .
Remarquez que la lettre P.
ou le chifre 1. eſt envoyé pour
trois' differentes leures , ſcavoir
pour les lettres 0 & M
du mot Comiers , & pour la lettre
I. du mot Roial , & que la
lettre M. ou le chifre 40. ſignifie
auſſi deux differentes letares
, ſçavoir E. du mot Comiers
GALANT.
39
& L. du mot Aveugle. De mefme
la leure B. ou le chifre so.
fignifie la lettre R. du mot
Comiers , & la lettre A. du mot
Aveugle. Les meſmes lettres R..
&A. dans le mot Roial. font fignifiées
par la lettre P. ou le
chifre 30. & par la leure F. ou
le chifre 4. Dans le mot Aveugle
le premier v. eſt ſignifié par la
lettre C. ou le chifre 60. & le
fecond V. par la lettre E. oule
chifre s . Dans le meſme mot
Aveugle, le premier E. eſt ſignifié
par la lettre 1. ou le chifre 1.
& le dernier par la lettre F. ou
chifre 4. Cette lettre F. ou chifre
4. eſt encore employée pour
l'Adu mot Roial , bien que la
lettreA du mot Aveugle foitfignifiée
par la lettre B. ou chifre
5 .
D'oùje conclus quebien que
40
MERCVRE
cene maniere d'écrire , ou de
parler en ces chifres par la
Trompette parlante; foit tresfacile
, meſme en employant
une triple clef, ſçavoir le nombre
convenu , l'ordre des lete
tres de l'Alphabet ſur lequel on
écritce nombre pour avoir les
lettres fecretes , & enfin l'ordre
irregulier des lettres de
l'Alphabet das lequel on prend
des chifres pour ces lettres ,
elles eſt neanmoins indéchifrable
à tout eſprit humain.Quand
mefme on donneroit au déchifreur
leslettres que chaque
chifre fignifie , il faudroit encore
qu'il puſt deviner le nombre
qui fert de premiere clef,
& qu'aprés cela il devinaſt
encore l'ordre de l'Alphabet
qui a donné ces lettres par le
moyen du nombre convenu
GALAN T.
41
pour clef ; de quoy on peut
faire facilement l'eſſay , avec
ceux qui ſe piquent de pouvoir
déchifrer ; fuſt ce avec M.
Viette, le Pere de noſtre Algebre
ſpecieuſe , & le grand Déchifreur
de ſon temps , s'il
pouvoit revenir au monde...
Maniere facile de lire ces chifres
ou lettres.
Ecrivez en ligne droite horizontale
les chifres qu'on
vous a envoyez en articles de
compte , puis ſous ces chifres
écrivez les letres qui leur appartiennent
dans l'Alphabet ,
Profetiſan dumb cglq , &
vous aurez les lettres ſecretes
que voſtre Amy avoittrouvées
fur le premier Alphabet par le
moyen des chifres de la clefs
ainſi pour
42
MERCVRE
20.1.1.10.40.50.6.50.60.7.5 .
D. P. P. N. M. В. Т. В. С.І.Е.
40.4.30.2.1.4.40 .
O. M. F. V. R. P. F. M.
Ecrivez aprés cela ſur ces mêmes
lettres les chifres de la
clef, fçavoir.
1.10 30 30 50 5.1.1.3.345.5 .
D.P.P.N.M. B. T. B. C.I.Ε.Ο.
1.1.3.3.5.5.1 .
M. F. V. R.P.F. M.
Ayant enſuite devant vous
noſtre Alphabet de dix huit
lettres ABC DEFGILM
NOPQRST V.
vous trouverez les veritables
leures du ſecret qu'on vous a
envoyées , ſi vous faites reflexion
qu'au lieu de la lettre du
fecret , on vous a envoyé la
lettre qui la ſuivoit , mais qui
en eſtoit autant éloignée que
le chifre de la clef qui eſtoit
GALANT.
43
au deſſus , contenoit d'unitez .
C'eſt pourquoy par une raiſon
contraire il faut autant retrograder
en avant que le chifre a
d'unitez, & vous trouverez la
véritable lettre du ſecret .
Ainſi , puis que la lettre D
a 1. par deſſus , prenez la lettre
C qui precede , & vous aurez
la premiere lettre du ſecret;
& parce que la lettre pa le chifre
1. au deſſus , retrogradez ,
- & prenez la premiere lettre o
qai eſt avant le D. De meſme
pour l'autre P. parce qu'il a le
chifre 3. au deſſus , prenez la
lettre M. qui eſt la troifiéme
avant la lettre P. & puisque la
lettre N a ſur ſoy le chifre
3. retrogradez de trois let.
tres dans l'Alphabet , & vous
trouverez la lettre I. du ſecret.
Par la meſme raiſon , parce
44
MERCVRE
que la lettre Ma ſur ſoy le
chifres . retrogradez de cinq
lettres fur l'Alphabet ,& vous
trouverezla lettre E. Et pour
la lettre B. puis qu'elle a au
deſſus le chifre s . il faut auſſi
de la meſme lettre B excluſivement
retrograder fur Palphabet
qu'on doit concevoir
écrit en chapelet en cercle ;
c'eſt à dire , prendre la cinquiéme
lettre en retrogradant
, comptant A. V. T. S. R..
c'eſt pourquoy la lettre & qui
ſe trouve , la cinquiéme , ſera
la lettre requiſe du ſecret ; &
parce que la lettre Ta ſur ſoy
le chifre reculez d'une lettre
&vous aurez la lettre S. du:
mot fecret Comters ..
Demeſme pour la lettreB,
parce qu'elle a fur ellele chifre
1. vous prendrez fur l'AlGALANT
.
45
phabet la lettre 4. qui précede
la lettre B. & de cette
maniere vous trouverez les
trois mots fecrets Comiers
Aveugle Roial.
ARTICLE III .
Envoyer en mesme temps le
Secret&la Clefen Lettres
ou en Chifres.
Cecy eſt de la derniere
importance , lors qu'il eſt
neceſſaire de faire ſçavoir des
ordres preſſants à trois perſonnes
, mais en telle ſorte
queles unes ſans les autres ne
puiſſent penetrer dans le Secret
que vous envoyez , ſi elles
| n'agiſſent toutes trois de concert
, car à deux des trois vous
envoyerez les deux differentes
46
MERCURE
clefs qui ne conſiſteront fi
vous voulez qu'en 3 ou 4
fillabes ou aux chifres de
leurs Lettres ,& à la troiſiéme
perſonne vous envoyerez
le ſecret en chifres ou en
lettres de l'Alphabet ſans aucune
Clef.
,
Ainſi pour faire ſçavoir
que la clef conſiſte à prendre
de ſuite dans la table en defcendant
' perpendiculairement
depuis les lettres ou chifres
envoyez pour le ſecret ſept
foisde ſuite 1. on écrire GA
ou fon nombre 71. parce que
la lettre G. appartient au
nombre 7. & la lettre A.
au nombre
Pour indiquer que par les
lettres ou chifres de la clef
il faut encor prendre de ſuite
cinq fois la lettre D. ou fon
GALANT.
47
chifre 4. on écrira ED , ou
bien le nombre 54 parce qu'à
la lettre & appartient le chifres
& à la lettre D appartient
le chifre 4
De meſme pour indiquer
que par les lettres ou chifres
de la clef, il faut prendre encore
de ſuite ſept chifres 5.
on écrira GE. ou
75 parce
qu'à la letrre G. appartient le
chifre7. &à la lettre & appartient
le chifres de forte que
pour la clef on aura le mot
barbare de trois fyllabes
GAEDGE , ou ces fix nombres71.54.75.
qu'on envoyera
à l'un des deux Confidens ,
Que s'ils font trois
mier on envoyera les trois
premieres lettres, GEG , ou
leurs chifres 757 & à l'autre
on envoyera les dernieres
, au pre48
MERCVRE
lettres A. D. E. ou leurs chifres
1.4.5 .
Suppoſons maintenant que
par cette clef7 1.54.75- il faille
écrire en ſecret Cormier AveugleRoial.
Puis qu'il faut en.
voyerde ſuite ſept fois le chifre
1. prenez dans la rangée
perpendiculaire qui eſt à main
gauche dans ma grande Table
, chaque lettre du ſecret
que vous voulez envoyer .
Allez horizontalement jufqu'au
chifre 1. & enſuite marquez
la lettre ou chifre qui eſt
au deſſus dans la rangée ſuperieure
de la Table. Ainſi pour
le mot Comiers , vous aurez ce
mot Timored, ou ſes chifres 80 .
8.10.30.60.5.4. que vous
envoyerez , & parce que fuivant
la ſeconde partie de la clef
D.E. il faut employer cing fois
dc
GALANT.
49
de ſuite le chifre 3. vous aurez
par la mesme maniere pour
les cinq premieres lettresAvengle
, du mot ſecret Aveugle,
le mot Deves , ou ſes chifres,
4.5.90.5.70 .
Pour les ſept l'ettres reſtantes
du ſecret le Roial , parce
I qu'il faut employer ſuivant la
derniere ſyllabe GE de la clef
ſept fois de ſuite le chifre 5 .
vous aurez le mot Ralofer ou ſes
- chifres 60.1.6.30.70.5-60.
Enfin vous envoyerez à un
- des Confidens la clef en lettres
Gaedge, ou fes chifres 71.54.
75. ou bien vous luy envoyerez
au long ces dix - neuf chifres
1111111.44444-55555550
& vous envoyerez à l'autre
Confident ces mots , Timored
Deves Ralofer , ou ces chifres
45.90
80.8.10.30.60.5.4.4.5.१०.
Juillet 1690 .
2
50
MERCURE
5.70.60.1.9.30.70.5.60 .
Les deux Confidens s'eſtant
affemblez , trouveront facilement
le ſecret que vous leur
aurez envoyé car prenant dans
la rangée ſuperieure de ma
Table chaque lettre du mot
Timored , ou de ſes chifres 80 .
8.10.30.60.5 . 4. ils deſcendrons
perpendiculairement
juſqu'aux chifres 1. vis à vis
deſquels à main gauche ou à
main droite des Alphabets perpendiculaires
de ma Table , ils
trouveront les lettres du ſecret,
Ainſi de la letret.ou de ſon chifre
80. ils deſendront juſqu'au
chifre 1. vis à vis duquel ils
trouveront la lettre C. de mefmede
la lettre 1. ou de ſon chifre
8. deſcendant perpendiculairement
jufques au chifre 1 .
ils trouveront visà visla lettre
GALANT.
SI
0. du ſecret , & de la lettre м
ou de ſon chifre 10. defcendant
juſqu'au chifre 1. ils trouveront
la lettre M. du ſecret
vis à vis de ce chifre. Ainſi par
lemot Timored. & parles ſept 1 .
ils auront le mot comiers.
Par la mefme raiſon deſcendant
des cing lettres du mot
Deves, ou de ſes chifres 4. 5 .
90.5.70. juſqu'aux chifres 4.
ils trouverontvis à visiles lettres
du ſecret Aveugle.
De meſme deſcendant perpendiculairement
de chacune
des ſept lettres du mot Ralofer,
ou de ſes chifres 60.1.9.30.70 .
5. 60. juſqu'au chifre s . ils
trouveront vis à vis dans l'Al .
phabetperpendiculaire les lettres
le Roial. Voicy le tout dans
l'exemple.
C2
52
MERCURE
GA. E D. GE..
1111111.44444.5555555 .
Timored Deves Ralofer
Comiers Aveugle Roial.
Remarquez que pour écrire
ainſi occultement par deux
clefs à deux ou trois Amis
ſeparement , on peut ſe ſervir
des deux rouës de la ſeconde
Planche , mettant , par exemple
, tout de ſuite les ſept premieres
lettres du ſecret priſes
fur la rouë mobile au deſſous
du chifre 1. de la rouëimmobile
, & écrivant à l'autre des
Amis le chifre ou la lettre qui
eſt dans la rouë immobile , au
deſſus de l'Index de la rouë
mobile , &c . ainſi pour lire on
mettra l'Index de la rouë mobile
ſousles ſept premieres lettres
ou chifres qu'on aura envoyez
à l'un des Amis , & on
GALANT.
53
S
5
trouvera ſous le chifre 1.de la
rouë immobile. On peutauſſi
tres - facilement écrire & lire
ſans avoir beſoin de la Table
ny des rouës .
ARTICLE IV .
Ecrire occultement par des lettres
femblables à celles
des Hebreux.
Bien que cette maniere ſoit
_ peut- eſtretriviale , neanmoins
elle peut fervir & paffer pour
indechifrable , fi l'on convient
d'un ordre des l'ettres de l'Alphabet
, & qu'on obſerve que
les voyelles y ſoient paſſées en
differens endroits , afin qu'une
meſme voyelle puiſſe eſtre expriméedans
un même mor,par
diferens caracteres .J'en dis au-
C3
54
MERCURE
و
tant des lettres R& S qui ſe
rencontrent plus ſouvent. La
ſeule inspection de la figure
qui eſt à main gauche de ma
Planche ſous la Lunette , ſuffic
pour comprendre tout l'artifice
obſervant que chaque
caractere ſert pour trois lettress
pour la premiere , le caractere
eſtant ſeul , & pour la ſeconde
lettres , lors qu'il a un point,&
enfin pour la troiſieme , lors
que le caractere à deux points;
ce que j'ay obſervé dans les
deux mots que j'ay donnez
pour exemple , & qui ſont dans
ma Planche , l'un devant , &
l'autre aprés ces deux mots
Latins , Revelator Arcanorum.
COMIERS D'AMBRUN .
Ie vous envoyeray le mois
prochain la troiſiéme Partie de
l'art d'écrire & de parler ocGALANT
.
55
cultement de loin , meſme la
nuit , ſans Meſſager & fans
bruit .
Les apparences paſſent ſouvent
pour des veriteż , & les
fentimens du coeur ſont ſi
malaiſez à penetrer , que les
plus habiles prennent pour
réel ce qui n'est que feinte.
Une Demoiselle , ayant le
teint vif , & tous les traits affez
reguliers pour eſtre miſe
au nombre des belles perſonnes
joignoit à cet avantage
agrément d'humeur &
d'eſprit , qui larendoit encore
plusaimable qu'elle n'eſtoic
belle. Entre les Amans qu'elle
s'attira ,il s'en trouva un qui
écarta bien toſt tous les autres.
Ceux cy n'avoient qu'
une fortune proportionnée
aux pretentions qu'elle pouun
C4
56
MERCVRE
voit ſe permettre,& ce dernier,
outre qu'il eſtoit fort honneste
homme joüifſoit d'un
bien tres- confiderable , qui le
mettoit en eſtat deluy procurer
une vie douce& commode.
Ce fut auffi ce qui obligea la
Belle de luy marquer par beaucoupd'honnêtetez
qu'elle luy
donnoit la préference , & fon
choix n'eut pas plutoſt paru
eſtre fait , qu'il demeura ſeul
affidu dans ſes viſites . Lesavantages
qu'elle devoit rencontrer
en l'épouſant meritoient bien
la distinction qu'elle avoit faite.
Cependant elle recevoit ſes
foins fans avoir le coeur tou .
ché , & l'intereſt ſeul la faifoit
agir. Elle demeuroit d'accord
qu'il avoit des qualitez
fort eſtimables , & que ſes manieres
pouvoient engager les
GALANT.
17
plus difficiles à ſe laiſſer prévenir
, mais il avoit pour elle
un defaut qui dégoûtoit ſa
tendreſſe. Il s'eſtoit fait Confeiller
, & les gens de robe ne
luy plaifoient pas. Elle euſt été
pourtant fachéede le perdre ,
&comme elle eſtoit adroite à
diffimuler , elle luy faiſoit paroiſtre
des ſentimens dont fon
amour eſtoit fatisfait , & qui
luy perfuadoient que l'engagement
eſtoit ſincere. La paffion
qu'elle luy avoit fait prendre ,
l'obligea ſouvent à la preſſer
de conclure mais elle trouvoit
toujours moyen de gagner
du temps par quelque
retardement dont elle imputoit
la cauſe à ſa Mere. Quoy
qu'elle vécut ſous ſa conduite ,
elle gouvernoit entierement,
fon eſprit , & cette Mere qui
GS
58
MERCVRE
n'avoit des yeux que pour
ſa Fille , cherchoit unique.
ment à la fatisfaire , & donnoit
dans tout ce qui luy faifoit
plaifir . La Belle en reculant
la concluſion de ſon mariage
, s'eſtoit flatée qu'il luy
viendroit pour Amant quelque
homme d'Epée qui eſtant
auſſi riche que le Confeiller
la mettroit dans un eſtat plus
conforme à ſon inclination .
En effet , il arriva qu'eftant
allée chez une Dame voifine
qu'elle voyoit preſque tous les
jours , parce que les deux
Maiſons ſe touchant , il y a
voit une porte de communication
l'une dans l'autre
elle y rencontra un Cavalier
fort bien fait galant enjoüé..
&de ceux enfin que les Damess
nomment aujourd'huy
GALANT. 19
de jolis hommes . Le hazard
l'avoit conduit chez la Dame
peur laquelle ilavoit eu autre.
fois beaucoup d'affiduite , &
qu'il avoit veuë fort rarement
depuis ce temps là , fans que
les emplois qui l'en avoient
éloigné , euſſent affoibly l'eftime
qu'il luy avoit toujours
conſervée. Il vit avec plasfir
ſabelle Voiſine , & ayant ſoeu
_ qu'elle venoit chez elle à
toute heure , il profita de ce
e qu'on luy avoit dit , & luy
rendit des viſites ſi frequentes,
qu'il leur fut aiſe à l'une &
àl'autre de juger de ſon defſein.
Comme il eſtoit extrémement
riche , la Belle ne
déguiſa pas à ſon Amie que
s'il prenoit feu ,elle n'auroit
nulle peine à le préferer au
Confeiller. Ils ne furent pas
C6
60 MERCVRE
long temps ſans s'aimer , & ft
le Cavalier ſe plaifoit à faire
de tendres proteſtations à
cette aimable perſonne , elle
luy marquoit par ſes complaifances
, & par tout ce qu'elle
pouvoit faire d'obligeant
pour luy , que les diſpoſitions:
de ſon coeur luy eſtoient tres
favorables . La Dame qui
eſtoitbien aiſe de fortifier un:
engagement qu'elle voyoit ſi
avantageux pour ſon Amie,
favoriſa le commerce. Il demeura
d'autant plus ſecret que
les affiduitez du Cavalier paffoient
fur fon compte , ſans
que l'on en ſoupçonnaſt le veritable
fujet . Le Cavalier s'enflamoit
toujours de plus en
plus , ſans ſonger à quoy ſa
paſſion devoit aboutir. Il ai
moit la Belle par le ſeul plaific
GALANT. 6г
d'aimer ,& de joüir de l'heureux
progrés que ſes ſoins
faifoient inſenſiblement fur
ſon jeune coeur. Ils en firent
en fort peu de temps plus
qu'il n'avoit ofé l'efperer , &
l'amour qu'il luy inſpira fut
ſt violent qu'elle ne fut plus
maiſtreſſe de luy en cacher la
force. Vous jugez bien qu'elle
ne put l'aimer avec tant
d'ardeur fans trouver le Conſeiller
plus inſuportable qu'il
ne luy avoit paru juſque - là.
Elle eut pour luy une froideur
extraordinaire. Il s'en apperçeut,&
s'en plaignit. Les raiſons
qu'elle apportoit pour excuſe
eſtoient fi foibles , qu'il
pouvoit voir aiſement qu'elle
ſe mettoit fort peu en peine
qu'il fuſt content d'elle. Il ne
ſeavoit à quoyimputer ca
62 MERCVRE
changement. Le nouvel engagement
qu'elle avoit pris , ne
paroiffoit aux yeux de perfonne,&
il n'y avoit pas le moindre
ſoupçon du Cavalier. Ainſi
il regarda comme l'effet d'une
humeut bizarre qu'elle ſe laffoitde
tenir cachée , l'inégalité
qu'elle luy faifoit paroiſtre ..
Les reproches qu'il ne put
s'empécher de luy en faire ,
cauſerent entre eux de petites.
broüilleries , qui les aigrif.
foient affez pour ſe ſeparer
toujours mal fatisfaits l'un de
l'autre. Le conſeiller qui vou--
lut eſſayer tout pour faire ceſſer
fa, méchante humeut , paſſa
quelques jours fans aller chez
elle , dans la penſée que las
orainte de le perdre l'obligeroit
à le rappeller. Elle atten
dit: tranquillement qu'il re
GALANT. 63
vinſt ,& ſe contentade dire en
le revoyant, qu'on voyoit bien
à ſon air reſveur qu'il avoit
été accablé d'affaires . Il fut fa
ché qu'elle dédaignaſt de luy
montrer du chagrin de ce qu'il
ſembloit qu'il pouvoit ſe paſſer
d'elle;il cõtinua de la voir plus
rarement , ou pour ralumer
en elle l'amour qu'il vovoit
éteint ou du moins fort aſſoupy,
ou pour ſe guerir s'il eſtoit
vray qu'il ne luy tinſt plus au
coeur. La Belle le laiſſa faire ,
&ſe donna toute à l'amour du
Cavalier , qui luy expliquoit
le ſien d'une maniere delicate
&fine, qui avoit toujours pour
Elle un charme nouveau. Ce
pendant les choſes demeuroient
toujours dans le meſme
eſtat ,& le plaiſir que le Cavalier
marquoit de ſe voir aimé,
64 MERCVRE
ne l'obligeoit point à parler de
mariage . La Belle n'oublioit
rien pour l'engager à luy faire
une declaration précise , &
voyant que quelque tourqu'-
elle priſt pour y réuffir , il ſe
contentoitde dire qu'iln'avoit
jamais rien aimé tant qu'elle,
elle luy dit enfin que ſa Mere
qui estoit entrée dans cette intrigue
, s'impatientoit de voir
traîner l'affaire enlongueur,&
demandoit qu'on priſt des me-:
fures pour luy donner une fin..
Le Cavalier , ennemy mortel
du mariage , & qui ne cherchoit
que le plaifir d'amener
les gens où il vouloit du coſté
du coeur , ſe trouva embaraſſé
de la propoſition qui luy eſtoit
faite. On luy parloit clairement
,& eſtant contraint de
s'expliquer , il répondit d'une:
GALANT .
65
maniere flateuſe , que comme
il ſçavoit aimer parfaitement,
il ne pouvoit s'eſtimer heureux
s'il n'eſtoit aimé de méme
, & qu'il avoüoit qu'il ne
pouvoit ſe perfuader qu'elle
eaſt pour luy des ſentimens
d'amour auſſi purs qu'il les
ſouhaitoit , puis que les viſites
qu'elle recevoit toujours
du Conſeillerluy faifoient connoiſtre
que les ſoins qu'il luy
rendoit ne luy eſtoient pas
tout - à - fait indifferens. La
Belle luy repliqua qu'elle s'étonnoit
d'une jaloufie qu'il ne
luy avoit jamais fait paroiſtre;
qu'il ſçavoit qu'il ne l'avoit
pas plûtoſt aſſurée de fon amour
qu'elle avoit traité le
Conſeiller avec des froideurs
qui luy avoient fait retrancher
beaucoup de l'affiduité
,
66 MERCVRE
de ſes viſites , & que dés qu'il
ſe ſeroit declaré Amant par
des articles ſignez , il n'avoit
pas à douter que ſon pretendu
Rival ne quittaſt la place ; que
pour elle il ſe devoit répondre
affez de ſon coeur , pour eſtre
afſuré qu'elle renonceroit ſans
aucune peine à le voir jamais.
Le Cavalier qui ne vouloit pas
pouffer la choſe plus loin , luy
dit qu'il reconnoiſſoit qu'il
avoit tort;que le chagrin qu'il
venoit de lay marquer n'avoit
rien que d'obligeant ; que c'étoit
une delicateſſe d'amour
dont elle devoit luy ſçavoir
gré , qu'il la prioit de luy accorder
un peu de temps pour
la vaincre , & qu'aſſurément
il viendroit à bout de s'en défaire.
Il crut par là s'eſtre mis
en ſeureté , puis qu'il n'avoit
GALANT. 67
☐ plus qu'un mois ou deux à
paſſer ſans eſtre obligé par ſes
emplois de ſe rendre en Allemagne
; mais la Demoiselle
e qui ne vouloit pas qu'il luy
= échapaſt , rompit ſes meſures
en ſe réſolvant de bannir le
Conſeiller. C'eſtoit luy oſter
toute forte de pretexte , &
après avoir receu une marque
fi certaine du fincere amour
qu'elle avoit pour luy , il ne
| pouvoit plus luy rien oppo-
S
A
1 fer. Elle executa ce qu'elle
- avoit projetté , & deux jours
- aprés ayant pris l'occaſion
-d'un fortleger démeſlé arrivé
entre elle & le Conſeiller , elle
luy dit des choſes ſi rudes ;
que ne pouvant plus s'accommoder
deſes manieres bizarres
il luy declara qu'il ne
reviendroit jamais chez elle.
,
68 MERCVRE
Il luy tint parole , & leur rupture
fut bien toſt connuë
de tout le monde. Auſſi- toſt
qu'elle fut faite , elle en donna
avec joye la nouvelle au
Cavalier , comme de la choſe
du mondequi luy devoit eſtre
la plus agreable. Ce n'eſtoit
pas ce qu'il ſouhaitoit. Il ſe
voyoitpar cette rupture dans
une nouvelle peine , & les
premiers ſentimens eſtant
mal aiſez à déguiſer , il laiſſa
paroiſtre malgréluy un étonnement
remply de ce chagrin,
dont elle fut extrêmement
étonnée. Neanmoins comme
il avoit de l'eſprit , il reprit
bien toſt ſa belle humeur , &
foutint la chofe en galant
homme. Il ſe montra plus
amoureux que jamais,&quelques
jours s'eſtant écoulez , la
GALANT. 69
د
Belle qui le voyoit dans des
diſpoſitions ſi favorables pour
elle , luy demanda quand il
vouloit luy faire changer le
nom de Maiſtreſſe en celuy
de Femme. Il luy répondit
ſans s'embaraffer que l'obligeante
marque d'amour
qu'elle avoit bien voulu luy
donner en luy ſacrifiant ſon
Rival , ne le pouvoit plus
laiſſer balancer à luy en donner
une pareille ; qu'il ſe ſentoit
obligé de luy avoüer que
ſa parole eſtoit engagée à une
jeune Provençale , qui avoit
de luy quantité de Lettres qui
confirmoient cet engagement ;
qu'il luy eſtoit importantde les
retirer ; qu'il en ſçavoit un
moyen tres- ſeur, & qu'il étoit
reſolu de prendre la poſte pour
aller rompre avec elle , aprés
70
MERCVRE
quoy il reviendroit à Paris luy
prouver en l'épouſantque tout
fon bonheur dépendoit d'elle.
La Belle alarmée de la propoſition
de ſon départ , prit une
autorité abſoluë pour s'y oppoſer.
Après avoir raiſonné
longtemps fur le pretendu
engagement où il ſe trouvoit
elleluy dit qu'il n'avoit qu'à
l'épouſer ; que ſa Mere & elle
conſentiroient à tenir le mariage
ſecret , & que s'il avoit
un moyen ſi ſeur de ſe dégager
de la Provençale , il le feroit
réuſſir également , puis qu'elle
ne sçauroit point qu'il
fuſt marié. Le Cavalier voulut
appuyer de quelques raiſons
la neceſſité de ſon voyage
, mais la Demoiselle luy
diſant toûjours qu'elle ne
fouffriroit point qu'il allaſt
GALANT.
71
triompher d'elle auprés de la
Provençale , avec qui ſans
doute il ſe raccommoderoit ,
il prit le party de luy promettre
qu'il ne s'éloigneroit
point , & qu'il employeroit
un de ſes Amis qui ſçavoit
l'affaire , pour luy faire prendre
un tour qui fatisfiſt les
- ſouhaits de l'un & de l'autre.
En effet il écrivit dés le
_ lendemain une fauſſe Lettre ,
- & la fit voir à la Demoiselle.
- C'eſtoit pour elle un peu d'adouciſſement
dans ce qu'elle
avoit à craindre . Ses allarmes
ne laifferent pourtant pas de
continuer. Comme l'amour est
fort clairvoyant , elle penetra
dans le coeur du Cavalier , &
vit malgré ſon déguisement
que ſon deſſein n'eſtoit pas
d'en venir au mariage.Elle ne
72
MERCURE
put s'empeſcher de luy expliquer
ce qu'elle penſoit , & luy
ditenſuite qu'elle ne lay voudroit
jamais aucun mal de luy
avoir fait bannir le Conſeiller
de chez elle , puis qu'elle croyoit
n'avoir rien perduen luy,
mais qu'elle ne pouvoit luy
pardonner d'avoir ſi bien engagé
ſon coeur qu'elle ſentoit
bien qu'il luy ſeroit impoſſible
de ſe défaire jamais des ſentimens
qu'il y avoit mis ; que
c'eſtoit un crime qu'il auroit
à ce reprocher éternellement ,
& que rien ne dementoit
davantage le caractere qu'il
ſe donnoit d'honneſte homme
que d'avoirtoujours manqué
de fincerité pour
perſonne qui s'eſtoit attachée
à luy de ſi bonne foy. Le
Cavalierluy dit mille choſes
obli
une
GALANT.
73
- obligeantes pour luy faire
perdre cette opinion , mais il
n'y put reuſſir , & elle devint
tellement chagrine , qu'il ne
trouva plus dans ſa conver-
-ſation ce qui l'avoit charmé
ſi long temps . D'ailleurs , il
- n'avoit plus rien à ſouhaiter.
- Il eſtoit venu à bout de ſe
- rendre maiſtre de ſon coeur
ce qui eſtoit le ſeul triomphe
où il avoitaſpiré , & la vertu
de la Belle ne luy laiſſant aucune
eſperance que par une
voye qui n'eſtoit pas de ſon
-gouſt , il ne ſongea plus qu'à
ſe retirer. Ilen prit l'occaſion
un jour que la Dame qui a
voit leur confidence , voulut
en particulier
=
【
l'entretenir
pour ſçavoir à fond ſes vrais
ſentimens . Aprés eſtre tombé
d'accord avec elle , que la
Iuillet 1690. D
74
MERCURE
Provençale n'eſtoit qu'un pretexte
pour gagner du temps ,
illey jura qu'il n'avoit jamais
eſté fi fortement touché de
perſonne qu'il l'eſtoit de fon
Amie ; que ſes belles qualitez
avoient fait fur luy une impreffion
que rien ne ſeroit
capable d'effacer jamais ; que
dés le moment qu'il l'avoit
veuë , il s'eſtoit fenty forcé de
l'aimeravec une violence qui
auroittrompé tout autre que
luy , que dans la premiere ardeur
de ſa paffion , perfuadé
qu'il ne pouvoit vivre heureux
s'il ne paſſoit ſa vie avec
elle , il n'avoit fait aucun
doute qu'il ne furmentaſt
laverſion naturelle qui l'a
voit toujours éloigné du mariage
; qu'il n'y avoit point
d'efforts qu'il n'euſt faits pour
GALANT .
75
د
- ſe mettre en ceteſtat , fur tout
depuis le ſacrifice obligeant
qu'elle luy avoit faitduConſeiller
, ce qui avoit tellement
gagné ſon coeur qu'il s'eſtoit
vingt fois reſolu de l'épouſer
pour luy en marquer ſa reconnoiſſance
, mais qu'en s'es
- xaminant ſerieuſement il
= n'avoit pû ſe cacher que fon
mariage auroit des ſuites ſi
deſagreables pour une pere
ſonne dont il ſe ſçavoit veri-
- tablement aimé , qu'il en
avoit eſté effrayé pour elle ;
- que connoiſſant bien que
toute aimable qu'elle luy avoit
paru juſque là , il la fuiroit
dés qu'elle ſeroit ſa femme
il valoir mieux qu'il
l'expoſaſt à eſſuyer un chagrin
qui ne dureroit qu'un
peu de temps , quay qu'il fuſt
د
D 2
76 MERCVRE
au deſeſpoir d'eſtre obligé de
le faire , quede luy donner
ſujet de ſe repentir toute ſa
vie de s'eſtre engagée avecun
homme ſi peu capable d'aimer
par devoir ; que tant qu'il
vivroit il conſerveroit le
ſouvenir des ſentimens favorables
qu'elle luy avoit marquez
, & que fi elle avoit beſoinde
fon bien & de ſa vie ,
elle pouvoit diſpoſer ab olument
de l'un & de l'autre . Le
Cavalier eſtoit auſſi genereux
que brave ,& il n'auroit eu aucune
peine à tenir parole fur
ces deux Articles , mais ils
n'avoient pas dequoy conten
ter la Belle. Elle vouloit un
amour auſſi conſtant que le
fien , & c'eſtoit ce qu'il ne
pouvoit promettre . La Dame
luy dit tout ce qu'elle put
GALANT..
77
다
s'imaginer de plus fort pour
l'obliger à rendre juſtice à
fon Amie , mais elle vit bien
qu'il n'eſtoit pas né pour eſtre
ma mary , & aprés une converſation
de plus de trois
heures ,ils ſe ſeparerent fans
qu'elle euſt rien obtenu. Il ſe
trouva extrêmement ſoulagé
de la declaration qu'il venoit
- de faire , & ne pouvant ny
demeurer à Paris ſans voir la
- Belle , ny la voir encore ſans
avoir à ſouſtenir de juſtes re-
✓ proches', il partit pour l'Allemagne
, aprés avoir écrit
à la Dame mille honneſtetez
pour fon Amie , qui n'aboutiffoient
pourtant à rienautre
choſe , qu'à l'affarer que s'il
avoit pu ſe vaincre ſur le mariage
, il n'auroit point balancé
à la preferer à toute la
D 3
78
MERCVRE
terre . Elle fut inconfolable
de ſe voir abandonnée par le
Cavalier, non pastant pour les
avantages qu'elle perdoit du
coſté de la fortune , que parce
qu'elle s'eſtoit veritablement
attachée de coeur , &
queles liens de cette nature
ne font pas aiſez à rompre.
Aufſi tomba- t- elle dans une
mélancolie ſi profonde que
rien n'eſtoit capable de l'en
retirer. Les chofes demeurant
toujours ſecretes , on ne
manqua pas de dire qu'elle
eſtoit causée par la rupture
où le Conſeiller s'eſtoit refolu
. Elle repouſſa ce bruit
mais
د
foiblement aimant
mieux qu'on imputaſt ſon chagrin
à la perte d'un Amant
dont la paſſion avoit éclaté
د
que de donner lieu à certaines
GALANT.
79
-
gens qui veulent tout découvrir
, d'en approfondir le veris
table ſujet. Deux mois fe pafferent
fans que ce chagrin dìminuaft
, & enfin on dit tanc
au Conſeiller qu'on le blâmoit
de faire paroiſtre tant d'inſenfibilité
pour une belle perfonne
qui le regrettoit , qu'on reveilla
fon amour. Si les froideurs
de la Belle luy avoient
fait craindre de n'en eſtre point
aimé , le déplaifir qu'il pretendoit
qu'elle cutt marqué de ſa
perte reparoit cela d'une maniere
fort fatisfaifante,& ce fut
affez pour l'obliger à luy faire
demander fi elle vouloit re.
nouer l'affaire. La defertion
du Cavalier , fil'on peut parler
ainfi, eſtoit un mal fans remede.
Il y alloit de ſes avantages
d'épouſer le Conſeiller , &
D 4
80 MERCVRE
elle avoit affez de vertu pour
ſe repondre que l'entiere application
qu'elle auroit pour
fon devoir , arracheroit de fon
coeur un reſte d'amour qui la
tourmentoit. Ainfi elle accepta
le party ,& le mariage fut conclu
en peu de jours . Elle vit
fort honneſtement avec ſon
mary , qui eſtant tres - content
de ſa conduite , ne ſçait pas
qu'il doit au refus de fon Rival
le plaifir d'avoir une Femme
toute aimable..
Il y a d'heureux genies que
les grandes occupations n'embaraſſent
point, & qui ſçavent
fi bien ménager leur temps ,
queles emplois qui demandent
le plus d'aſſiduité , ne peuvent
les empêcher d'en trouver en -
corede reſte pour les Ouvrages
d'eſprit à quoy ils ſe ſentent
GALANT. 81
propres M. le Preſident de Silvecane
, ancien Prevoſt des
Marchands de Lion , eſt de ce
nombre. Il eſt continuellement
occupé pour le ſervice
du Roy , & pour les affaires du
Public , & il ſemble que deux
ou trois cens Vers , qui échaperoient
quelquefois à un Magiſtrat
auſſi employé que luy,
devroient eſtre regardez comme
une choſe extraordinaire .
Cependant il a un talent ſi particulier
& tant de facilité pour
la Poësie , qu'en y donnant
feulement ſes heures de delaffement
& de loiſir, il eſt venu
à bout de traduire en Vers
François , toutes les oeuvres de
Juvenal , de Perfe , d'Horace ,
& de Lucrece ; & ce qu'il y a
de plus ſurprenant , c'eſt que
non ſeulement il a fait toutes
Ds
82 MERCURE
ces traductions en fix ou ſept
années , mais qu'il les a encore
accompagnéesde remarques
pleines d'érudition ,& auffi curieuſes
qu'elles font utiles . Ce
travaill qu'on peut appeller en
quelque forte infiny , pourroit
paroiſtre incroyable , fi l'impreffion
ne justifioit ce que je
dis. Mr le Preſident de Silvecane
vient de donner au Public
le premier Tome des Satires
de Juvenal , & les autres
ſuivront dans fort peu de tems .
On le trouve chez le Sieur Pepie
, ruë S. Jaques , & chez le
Sr Guerout , au Palais .
Je ſçay que vous avez leu
avec plaifir l'Histoire de la Monarchie
Françoiſe ſous le regne de
Louisle Grand , donnée au Public
depuis deux ans , par Mr
de Riencourt ,Correcteur des
GALAN T. 83
Comptes. Les grands & fameux
évenemens dont font
remplis les deux Volumes qui
compoſent cette Hiſtoire, l'ont
miſe dans une ſi grande vogue;
que la premiere Edition en
ayant eſté entierement debitée
, on en a fait une nouvelle
avec des augmentations confiderables
. L'intereſt que vous
avez toujours pris à ce qui
regarde la gloire du Roy , ne
me laiſſe pointdouterque vous
ne me ſçachiez gré de l'avis
que je vous donne de ces augmentations.
L'Auteura ajoûté
à ce que vous avez déja leu ,
pluſieurs Sieges de Villes , &
des Batailles fur terre & fur
mer , avec d'autres matieres
importantes qu'il n'avoit fait
qu'ébaucher dans l'Editionde
1688. Celle cy comprend tout
D6
84 MERCVRE
ce qui s'eſt paffé depuis ce
temps là , juſqu'à la mort de
Madame la Dauphine , arrivée
le 20. Avril dernier. Ce Livre
ſe trouve chez les Srs de Gaſtin
& Cavelier
Palais .
د
Libraires au
,
Le Sr de fer , Geographe de
Monseigneur le Dauphin
vient de mettre au jour un
Livre qui fera d'une grande
utilité. pour les Cadets dont
le Roy entretient les Compagnies.
Ila pour titre. Introdu
Etion à la Fortification , avec quelques
Flans de Places fortes. Cet
Ouvrage eſt remply de pluſieurs
Planches . La premiere ,
ſeconde , & troiſième ſont figures
de Geometrie , renfermées
chacune dans un Cartouche.
La quatriéme eſt un Pentagone
fortifié à ſimples BaGALANT.
8
tions
, & orné de tous les
ſtrumens propres à conſtruire
une Fortereſſe. La cinquiéme,
unExagone fortifié avec toutes
fortes de Dehors . La fixiéme ,
une Fortification tantAnciene,
que Moderne , une reguliere ,
une irregüliere, une naturelle.
&une artificielle ; & les trois
figures Scenographie , Icgnographie
& Orthographie . La
ſeptiéme eft remplie de tous
les Inſtrumens propres à attaquer
& à défendre une Place ,
comme ſacs à terre , corbeilles,
Gabions , bariques à
chandeliers , fauciſſons , fafcines
, clayes , mantelets , bombes
, carcaſſes , caiffons , grenades
, Petards , chauffetrapes,
herſillons , herfes , heriffons ,
chevaux de Friſe ; Canons &
Mortiers . La huitième fait voir
terre ,
86 MERCVRE
les diverſes manieres d'attaquer
les Baſtions . La neuvié.
me eſt unePlace attaquée dans
les formes , avec les lignes de
circonvallation & de contrevallation
. Toutes ces Figures
font fuivies de pluſieurs Plans
de Places fortes , comme de
Charleroy , Mons Namur ,
Ath , Maëſtrich , Anvers & fa
Citadelle , Mayence avec ſes
Attaques , Bonn avec ſes Attaques
, & Turin & fa Citadelle
. &c.
,
Je vous marquay par ma
Lettre du dernier mois , que
Mr Nicolaï , Premier Prefident
en la Chambre des Compres
, avoit épousé Mademoifelle
le Camus. La ceremonie
des Epouſailles ſe fit à minuit
en l'Egliſe de S. Jean en Greve,
Paroiſſe de M. le Camus , LieuGALANT.
87
د tenant Civil Seigneur de
Beaumais & du Port , Pere de
la mariée. De tres belles tapifferies
dont on avoit cu foin
de la faire tendre , luy donnoient
tout l'ornement qu'elle
euſt pu avoir dans quelque
Feſte des plus folemnelles , &
elle eſtoit éclairée par une ſi
grande quantité de Luſtres,
que cet amas de lumieres fembloit
avoir ramené le jour.
Aufſi ſe trouva- t- elle remplie
d'une infinité de perſonnes de
toutes fortes de conditions
que cette magnificencey attira.
Ceux pour qui elle eſtoit
faite , meritoient bien d'eſtre
diftinguez Mademoiſelle leCa.
eſt Niece de Meſſire
Estienne le Camus , Cardinal,
Evefque & Prince de Grenoble
, & de Meſſire Nicolas le
mus
88 MERCURE
Camus , Seigneur de la Granche
Blegny, premier Prefident
en la Cour des Aides , petite-
Niece de Mr le Camus , Confeiller
d'Estat , & Cousine Germaine
de M. le Camus , Maiſtre
des Requeſtes. le vous ay
déja parlé amplement de cette
Famille , qui a donné divers
Officiers aux Confeils du Roy ,
Preſidens & Conſeillers aux
Parlemens de Paris ,& de
Metz , Grand Confeil , Cham -
bre des Comptes , & Cour des
Aides. Elle porte de gueules ats
Pelican d'argent , au chef cousu
d'azur , chargé d'une Fleur de
lis d'or.
M. Nicolaï , premier Prefident
en la Chambre des
Comptes , eſt le ſeptième de
Pere en Fils qui poffede cette
grande Charge , & il a fait
GALANT. 89
voir en pluſieurs occafions
que s'il eſt le digne heritier
de leur dignité , il ne l'eſt pas
moins de l'éloquence qu'ils
ont toujours fait paroître dans
les actions publiques. Jean
Nicolaï, Seigneur de S. Victor,
rendit des ſervices tres confiderables
aux Rois Louis XI .
Charle VIII. & Louis XII.
en l'exercice des Charges de
Conſeillerau Grand-Confeil,
puis Conſeiller au Parlement
de Toulouſe , enſuite Chancelierdu
Royaume de Naples,
& Maistre des Requeſtes de
l'Hoſtel du Roy. Il fut receu
premier Preſident de laChambre
des Comptes en
Aimard Nicolai , ſon Fils
Seigneur de S. Victor , & fon
fucceffeur enlaCharge de premier
Preſident , épousa Anne
1506.
د
१०
MERCURE
'
د
Baillet Dame de Goufſainville
, Fille de Thibaut Baillet
, Seigneur de Sceaux, Prefident
à Mortier du Parlement
de Paris , & de Jeanne Daunay
, Dame de Goufſainville.
De ce mariage fortirent plufieurs
Enfans dont l'aîné
Antoine Nicolaï premier du
mon , Seigneur de Goufſainville
, receu premier Preſident
en la Chambre des Comptes
époufa leanne Luillier , Fille
de lean Luillier , Preſident en
la Chambre des Comptes , &
d'Anne Hennequin. Il en eut
pour Fils lean Nicolaï ſecond
du nom Confeiller au Parlement
, puis Maiſtre des Requeſtes
, & enfuite premier
preſident en la Chambre des
Comptes , qui épouſa Marie
de Billy ,Dame d'Yvor , Fille
2
,
GALANT .
91
de Louis de Billy , Baron de
- Courville , Seigneur d'Yvor ,
& de Felice de Rofny , Dame
des Radrets. Antoine Nico-
- laï ſecond du nom , Seigneur
de Gouflainville leur Fils
fut Confeiller au
د
Parlement
de Paris puis premier
Preſident en la Chambre des
Comptes. Il épouſa Marie
Amelot , Fille de lacques Amelot
, Seigneur de Gournay ,
Maistre des Requeſtes & Prefident
au Grand Confeil , &
de Marie de Creal , & laiſſa
d'elle Nicolas Nicolaï , Mar-
- quis de Gouſſainville , Comte
d'Yvor , Conſeiller au Grand-
Conſeil , puis premier Prefident
en la Chambredes Comptes
,qui épouſa Mademoiſelle
de Fieubet , Fille de Gaspard
de Fieubet , Treſorier de l'E
92
MERCVRE
pargne , dont il a eu quatre
Enfans , ſçavoir Mrs Jean-
Aimar Nicolaï , premier Prefident
en la Chambre des
Comptes , qui vient d'époufer
Mademoiselle le Camus ; Μ.
le Marquis de Preſles , Colonel
du Regiment d'Auvergne , un
autre Fils mort au ſervice du
Roy , & Mademoiselle Nicolaï
qui n'eſtpoint mariée,
Quant aux branches Cadettes
de cette Famille , Thibaut
Nicolaï , Seigneur de Bournonville
, Conſeiller au Parlement
de Paris en 1561. Fils
d'Aimar Nicolaï & d'Anne
Baillet, épouſa Catherine Luillier,
dont il eut Anne Nicolaï,
Femme de Loüis de Vaudetar ,
Baron de Perſan , Seigneur de
Poüilly le Fort , & Vidame
d'Amiens . C'eſt de là qu'eſt
GALANT. 93
venue toute la Maiſon des
Marquis de Perſan , du ſurnom
de Vaudetar. Il y a encore
deux Freres de cette Famille,
ſçavoir Loüis Nicolaï , Seigneur
de Prefles , Guidon des
Gendarmes du Roy , & Aimar
Nicolaï , Seigneur de bernay,
Lieutenant du Grand maiſtre
de l'Artillerie . Ils eſtoient Enfans
puiſnez de lean Nicolaï
ſecond du nom , & de Marie
de Billy . Cette Famille a contracté
pluſieurs alliances confi-
- derables . La Soeur de feu Meffire
Nicolas Nicolai épousa M.
le Marquis de Vardes , de la
Maiſon de Grimaldi , Chevalier
des Ordres du Roy , &
Capitaine des cent Suiſſes de
la Garde du Corps de Sa Majeſté
. Marie & Renée Nicolaï,
Filles de lean Nicolai ſecond
94
MEROVRE
du nom, furent Femmes , l'une
de Pierre de Roncherolles ,
Baron du Pont S. Pierre , &
l'autre de Mathieu Molé, ProcureurGeneral
, puis premier
Preſident au Parlement de
Paris , & Garde des Sceaux
de France , dont ſont venus
Mrs Molé de Champlatreux,
Preſident à Mortier au Parlement
de Paris. Les deux Filles
d'Aimar Nicolaï , furent Renée
Nicolaï , Femme de Dreux
Hennequin , Preſident en la
Chambre des Comptes
leanne Nicolaï , Femme de
Jean du Tillet , Seigneur de
la Buxiere , Greffier en chef
de laCour du Parlement. Nicolai
porte d'azur à la Levrette
courante d'argent , accolée de
gueules &bouclée d'or .
, &
Au commencement du
GALANT. F
95 A
mois paſſé , on eut avis à Toulon
que trois de nos Corſaires
qui croiſoient à l'entrée du
Golfe de Venise , avoient pris
une Barque Eſpagnole , delaquelle
ils avoient appris qu'-
elle eſtoit ſuivie de cinq autres
. Ils ſe ſervirent de cette
Barque pour s'en approcher ,
ce qu'ils firent ſans en avoir
eſté découverts . Ainfi ils vinrent
à bout de s'en rendre maîtres
, & delivrerent nos Marchands
de la crainte de ces fix
Barques qui estoient armées en
courſe.
Dans ce meſme temps , Mr
de Grenonville arma auſſi en
courſe un Vaiſſeau du Roy.
nommé l'Hirondelle. Mr Dorogne
arma l'Avanturier , monté
de quarante Canons , & Mr
Geneste un autre Vaiſſeau de
76 MERCVRE
trente. Mr de Grenonville
croifant aux coſtes d'Eſpagne
rencontra à la veuë d'Alican
un Vaiſſeau Hollandois percé
pour ſoixante pieces de Canon
, & qui n'eſtoit armé que
de quarante de dix huit livres
deballes . Il alla àluy à force
de voiles , & ce Vaiſſeau qui
deux jours auparavant avoit
foutenu l'attaque de quatre
Tures , ayant cru d'abord que
autre Vaiſſeau c'eſtoit טמ
Turc , ſe laiſſa approcher jufqu'à
la demy- portée du Canon
Mr de Grenonville eſſuya
une premiere bordéequ'il luy
fit lacher , & alla à l'abordage.
Les grapins ayant manqué , il
fut obligé de s'élargir & reprenant
le vent il aborda de
Π
poupe à prouë , & à force de
grenades & de coups de main ,
il
GALANT.
67
1
1
,
il s'en empara . Il trouva le
Capitaine tué , ainſi que le
Maiſtre , le Contre- maiſtre , &
& vingt- deux Officiers Mariniers
avec pluſieurs Matelots
Il fit jetter tous les corps
morts à la mer , & comme le
- Vaiſſeau eſtoit tout defemparé
, & que le Beaupré , le
Mats de Miſene & l'Avant
duſien , eſtoient tout percez
de coups de Canon , il ſe retira
avec ſa priſe ſous le Cap de
Gal , où il moüilla pour ſe
radouber . Trois jours aprés
ildécouvrit vingt- cing Vaif-
Iſeaux Anglois & Hollandois
- qui venoient à luy. Il fortit
du Cap , & mit ſur ſa Priſfe
Mr de Ligondes , ſon Lieute
nant , avec quarante Matelots,
auſquels il donna ſes ordres.
Il ſe rendit enſuite à ſon Bord ,
Juillet 1690 .
L
E
68 MERCVRE
&après avoir misen pane fort
long- temps , voyant ſa Priſe
hors d'eſtat de ſuivre , & que
les Vaiſſeaux ennemis commençant
à l'entourer gagnoient
ſon avant , il envoya
reprendre trente des quarante
Matelots qu'il y avoit laiſſez ,
& écrivit à Mr de Ligondes ,
que lors qu'il luy feroit un
certain fignal , il miſt le feu
à la Priſe , & ſe retiraſt dans
ſa Chaloupe avec les dix hommes
qui luy reſtoient. Tout
s'executa ſelon ſes ordres , &
comme il faiſoit fort obfcur
Mr de Ligondes fut quelque
temps à paroiſtre , en forte
que Mr de Grenonville
que les Vaiſſeaux ennemis
preffoient , commençoit à a
impatienter lors qu'il l'ap.
THELJE gue . Il alla a luy ,&
LYON
LA
VILL
l'ayant
HEQUE DE
GALANT .
BL
mis ſur ſon bord , il ſe
des Ennemis à force de vo
aira
& de rames . Il arriva à Toulon
le 2. de ce mois
, avec
- foixante & ſeize hommes pri-
-ſonniers , reſtez de cent trente
- qui estoient ſur la Priſe . Il a
perdu ſon Maiſtre , ſon Contre
maiſtre , ſon Bofman, unCaporal
, & trois Soldats . Treize
autres de ſes Soldats ont eſté
bleſſez . Il va ſe raccommoder
. pour retourner joindre trois
autres de nos Corſaires qui
vont croiſer vers le détroit. La
Priſe eſtoit chargée de diverſes
Marchandiſes .
コ
- Mr l'Abbé de la Sale , Aumonier
du Roy , ayant eſté
nommé à l'Eveſché de Tournay
, Sa Majesté a donné ſa
Charge d'Aumônier à Mr
l'Abbé de la Châtre , Docteur
Ez
E
100 MERCURE
de Sorbonne . Cet Abbé nes'eſt
pas ſeulement diftingué par ſa
doctrine& par de belles prédications,
mais encore par ſa modeſtie
jointe à une grande pieté
. Il eſt Fils de M de la Châtre .
qui mourut à Gigery , & petit
Fils de M.de la Châtre, Colonel
General , qui n'entendoit pas
moins bien les affaires de l'Etat
que celles de la guerre , ayant
fait un Livre confiderable, connu
ſous le nom de Memoire de
la Châtre. Mr dela Châtre fon
Pere s'eſtoit acquis par mille
belles actions le baſton de
Maréchal de France .
Je paſſe aux Nouvelles de
Savoye , mais je changeray
aujourd'huy de maniere touchant
cet Article , & vous
envoyeray des Pieces originales
,puis queje connoy qu'elles
GALANT. 101
}
vous plaiſent . Elles vous obligeront
à lire quelques Nouvelles
repetées , ce qui ne va
qu'à quelques lignes de plus ,
mais elles ne laiſſeront pas
d'avoir de la nouveauté , puis
- qu'ayant eſté écrites par differentes
perſonnes , le tour
en eſt different ainſi que les
- circonſtances ,
1
DE PIGNER OL
le9. luin .
Depuis le 9 May que Mr de
Catinat entra en Piemont , ce n'a
esté qu'une continuelle alternative
- de Paix & de Guerre . Durant ces
alarmes , nos Troupes qui estoient
en divers quartiers tant deça que
de- là le Po , ne fafoient aucune
boftilité , Mrde Catinat les maintenant
dans une discipline exacte.
Toutſe paſſoit cependant en negociationsfecretes
,fans que perſonne
:
E 3
102 MER CURE
Sçeuſt ce qu'on demandoit à Mr le
Duc de Savoye. Ce n'estoit que .
Couriers qui alloient & venoient de
Paris. Laveritè eft que Mr de Sa.
voye nous vouloit amuser pour gagner
dutemps , maisje nesçay sifa
fineſſe , pour ne pas direſamauvai-
Sefoy , luy reusfira ; ily a quatre
jours que Mr de Catinat , las des
irreſolutions affectées de ce Prince
pourl'empefcherd'agir , luy envoya
une Lettre pourle Roy ouverte &
écrite desa main , par laquelle il
promettoit à Sa Majesté de luy
remettre la Citadelle du Turin &
Verüe. Mr de Catinat envoya cette
Lettreà la Cour ; mais au retour
du Courier , lors que tout le monde
s'attendoitàla Paix , que les Arti.
cles estoient conclus entre Mr de
Catinat &le Marquis de Saint
Thomas , premier Ministre de Mr
leDucde Savoye, & qu'on publioit
GALANT.
103
,
que ce Duc les alloitfigner , il choifit
la guerre fans avoir égard à la
parole qu'il avoit donnée au Roy.
Ce fut le 2. du courant qu'il prit
cetterefolution . Il fit arreſter tous
les François qui estoient à Turin
&élargir tous les Bandis & Barbets
qui y estoient prisonniers , à
condition qu'ils ferviroient dansſon
Armée. Il attend , dit- on , du fecours
du Milanez , où l'on fçait
pourtant qu'ily a peu de Troupes.
Que si se secours luy manque , il
pretendqueles Mondovis, avec qui
il s'eft accommode , & les Barbets
auſquels ila accordé amnistie , &
fourny des munitions de guerre &
de bouche , ioinis àſes Milices,luy
feront d'un grand fecours pour fe
defendre contre les François ,&les
chaffer mesmedeſes Etats. Lemefmeiour
que Mr le Duc de Savoye
pris parti ,Mrde Catinat établit
E 4
104 MERCVRE
Les Contributions . Le lendemain ,
deux cens de nos Cavaliers entrerent
en cette Ville chacun avec un
fac de bled , escortant des charettes
chargées . Il en eft déia eniré plus
de deux mille cing cens facs , fans
parlerdu vin & du bestail. Cari.
gnan est taxéà cinquante mille
livres, & Tarin à douze cens mille.
Les François arrestezà Turinysont
enfermez , & les bonneſtes gens ,
s'ils n'ont cautions,font condamnez
àtravailler auxfortifications.con.
are l'usage &les loix de la guerre
qui donnentdu temps pourse retirer
Elle n'estoitpas encorebien declarée
lors qu'on a dépouillé un de nos
Courriers . Un autre qu'on envoyoit
à nostre Ambassadeur a efté tué ou
arreté àTurin . Mr de Clerambaut,
Colonel& Brigadier d'un Regiment
qui dans la derniere attaque des
Barbets avoitfi bienfait , & avoit
GALANT.
105
contribuéplus que perſonne àforcer
tous leurs retranchemens , & à les
chaffer du chasteau de la Baſille ,
revenant de les battre & d'en tuer
quatre-vingt , a esté arrestéprisonnier
deguerre à latourde Luzerne,
&a eu le déplaisir de voir élargir
enſa prefence les Barbets qu'ils a
voit pris , & qu'ily conduiſoit . On:
apris avec luy un autre Colonel ..
bust Officiers, &trente Grenadiers.
Lesuns disent qu'ila estépris avant
la declaration de laguerre , les autres
aprés. La verité est que ce brade
Colonel combattoit pourlefervice
de Mr de Savoye , dans les
montagnes , où il marchoit dans la
neige usqu'aux genoux , & qu'il
ignoroit ce qui ſe paſſoit dans la
plaine, si bien qu'il s'est rendu de
bonnefoy dans la Tour de Luzerne.
Le quartier general de nostre Arméc
, dans le commencement a esté
Es
106 MERCVRE
à Veillane , ensuite au Pont de
Carignan , où Mr de Catinat a
laissé deux mille Chevaux pour le
garder, Il est maintenant à Grifil.
Lane , entre Saluſſes & Pignerol.
Les premiers jours , les Peuples eftoientfort
épouvantez ; ilſemble à
preſent qu'ilsse font raſſurez, fur
tout les Payfans , qui d'abord qu'on
adeclaré la guerre ont fait les méchans
, & tué quelques Soldats ,
mais ils se font radoucis par la
crainte d'estre pendus. Tous ceux
qu'on rencontre avec des armes le
fontsurla place ,&fi on trouve un
Soldat tué la Caffine où le Village
leplus prochefont brûlez . L'ordre a
déja esté executé dans l'un&dans
l'autre cas ,Il eſtſeur que Mr de
Savoye estoit entré en Ligue avec
lesEnnemisdu Roy. s'estoit accordé
à favoriser le paſſage de treute
mille hommes , Allemans , EspaGALANT.
107
4
gnols , Milanois , &François refu.
giez , qui devoient entrer dans le
Dauphiné ,où les Nouveaux Convertisse
seroient foulevez . Ceux
des Sevenes en auroientfait autant,
& Mr de Savoye avecſes Troupes
yseroit entré en mesme temps par
Suze& par Exilles.
De Pignerolle 12. Iuin 1690.
Feudy 8. de ce mois noſtre Artillerie
arriva devant Luzerne , que
A les Ennemis avoient abandonné. On
- a trouvé la tour& le Fort à demy
- démolis ; onyamis garnison , & on
- travaille à les remettre en estat
pour brider les Barbers& pourgarder
les montagnes. Les Savoyards
font bonnesgens , &n'aiment nyà
faire dumal , ny àfe laiſſfer battre.
LeLieutenantgeneralde la Cava.
lerie qui a visitéle Fort& laTour
de Luzerne , me dis hier enpartant
pourl'Armée , que dans l'état on
E6
108 MERCURE
ils ont abandonnéla place, il auroit
voulu y tenir douzejours contre toute
noſtre Armée. On y conduit d'icy du
Canon & des. munitions . Nostre
Armée aprés avoir pillé & ravagé
tous les Villages entre Saluſſes
Pignerol, décampale 9. de Grillane.
Le 10. ellepaſſaſurleglacisde
cette Pace où je la vis defiler. Elle
allacamper à la Marfaille fur le
chemin de Pignerol àTurin, &hier
entre Rivalte &Orbassant , àdeux.
lieuës de Turin. On y a conduit
dicydouze piece de Canon. Les
Ennemis au nombre de cinq oufix
millefont campezſous le Canon de
cette derniere Place, Mr de Savoye,
àla teſte deſept cens. Gentilshom .
mes àcheval, tous l'épéeàlamain
criant Vive Savoye ,fortitpar
la Forte Neuve ,& alla rentrerpar
celle du Pô. C'estla premiere expe...
ditionmilitaire qu'il ait encorefais.
GALANT. 109
te , L'étape aesté ordonnée dans la
wallée de Pragelas pour dix mille
hommes qu'on attend encore de
France . Cela eftant , nostre Armée
fera de vingt- huità trente mille
hommes . Depuis la guerre avec Mr
de Savoye , nous avons abandonné
les Barbets ; ilsfont encore dans les.
montagnes . On dit qu'ilsse défient
de ce Prince , & on ne sçait pas
s'ilsſejoindront àſes Troupes. Nous
avons gardé le Chasteau de la Bas
fille, & trois ou quatre postes qu'ils:
occupoient dans les montagnes . L'on
ya laiffé des Troupes , & on tra
vaille à s'yfortifier. Les Vallées de
Quincy , de Pragelas & d'Oulx
font auſſigardées par des Regimens
qu'on y a mis . Un Paxty de cette
Ville enleva Vendredy 9 l'Inten
dant des Vallées qui estoit dans un
Chasteau. Je viens d'apprendre
que nostre Armée a pille Rivalte..
110 MERCVRE
Les Espagnols au nombre de trois
mille chevaux , dont mille font
Allemans&le reste Milanez, menant
quatre pieces de Canon , partirent
de Fiane pour venir le mesme
jour à Chiras , & campa àla Madona
de campagna pres de la
Venerie , &de là a Turin. Ils ont
campédurant leur marche hors des
Villages , d'oùon leurfourniſſoit des
vivres. Ils ont trouvé par tout des
pontsfaits. Ildoit encore arriverà
Turinfix millehommes d'Infanterie
qui viennent auſſi du Milanezpar
laroute d' Ast , auſquelsfejoindront
les Milices du Pays. Le Regiment
du Comte deTeruë eſt revenu dela
Savoye par la Valdoſte.
Du Pont de Beauvoiſin
le 11. Iuin 1690.
Mr de Larcy arriva hier icy,&
ausfi- toft ilfit la revenëdes Milices
qui font au nombre de dix mille
GALANT. 1J1
hommes , avec quatre Compagnies
de Cavalerie . Mr de Veins doit
demain le venir joindre avec ses
Troupes. Le Pont - Beauvoisin Savoyard
a payé dix mille livres de
contribution &deux cens vaches.
Onademandé à Saint Genis vingt
mille livres , & deux cens cochons,
fautedequoy on le brûlera aujourd'huy
aprés l'avoirpillé. On a détache
cinquante Maistres & cin
quante Fantaffins pourallerdeman
der à Chambery cinquante mille
écus de contributios pour tout delay
demain , faute d'ysatisfaire on le
brûlera de mesme. On attend leur
réponse. On nevoit encoreparoiſtre
personne. Ils efperent avoir du
Secours des Suiſſes&des Barbets ,
neanmoins tout le Pais est en alarmes.
Ona faitde grands degats du
costéde Montenet. Ony afait quelques
prisonniers , amenécinq cens
12
MERCVRE
vaches , brulé Francin ; les Marchez
, Apremont , & autrespetits
Villages. Voilà tout ce qui ſe paſſe.
Firay demain au Camp dont je vous
donneray des nouvelles. Cependant,
les Huguenotsſe vantent de nous
venir tous brûler. Il s'avance tous
Les jours des Milices , & on fait
eſtat qu'à la fin de la semaine il y
aurafurla Frontiere quarantemille
hommes pour le moins .
De Lion le 15. Iuin 1690 .
On écrit du Camp de Mr de
Catinat , qu'il avoit fait brûler
quelques Villages où l'on avoit tué
des Soldats , & fait pendre des
Paisans trouvez les armes à la
main . Mrle Duc de Savoye afait
arrester cent cinquante balles de
Soye qui venoient icy . Il faudra
prendre une autre route. On vient
de nous aſſurerque ceux de S. Genis
ayanttire fur nos Gens ,, . on a tub
GALANT.
113
plusieurs Habitans , & ravagé le
lieu où l'on a trouvédu vin , de la
farine, & munitions en affezgrand
nombre , & dans le Chasteau qui
est au deſſus , une prodigieuſe quantitéd'armes
, de poudre & de plomb,
& mesme plusieurs pieces de Ca.
non .
Du Camp de Scaling
le 23. Iuin .
On afortifié tous les endroits des
montagnes où pourroient paſſerles
- Barbets , & les tours de Luzerne,
où l'on a trouvé cinq pieces de Canon
de huit livres de Balle , que les
Milices avoient jettées dans des
Cisternes avant que d'abandonner
la Ville.
La nuit du 20. au 21. M. de
Catinat fit un détachement de quinze
cens hommes , tant Cavalerie
qu'Infanterie , pour aller brûler Ri .
vole. Les Habitans de ce lieu voyant
114 MERCURE
qu'on avoit déja brûlé quarante
maiſons avec celle du Marquis de
S. Thomas , Secretaire d'Etat de
Son Alteffe , appellée Buttilliere ,
crierent mifericorde , & apporte .
rent les contributions La maison de
ce Morquis estoit tres - belle ; elle a
efté entierement confumée par le
feu,avectousses riches meubles
On a aussi brûlé un Bourg &
Chasteau appartenant au Marquis
..... dans lequel il y avoit
cent cinquante Paysans , qui ayant
refuséde payer les contributions, &
s'estant voulu défendre , ont esté
tous paſſez au fil de l'épée. On y a
trouvé beaucoup de munitions de
guerre & de bouche qu'on aportées
àPignerol.
Messieurs de Saluſſes ont envoye
dire au Duc , que s'il ne venoit couvrir
leur pais avec vingt millehommes
, ils paycroient les contribuGALAN
T. S
tions plutoſt que de ſe laiſſer brû.
ler.
L'on a pendu depuis quelques
jours un grand nombre de Paifans
qui se cachoient dans les bleds,
tuoient & voloient tous ceux qui
paffoient , tant François ,que Sujets
du Duc de Savoye . On en a conduit
SoixanteàPignerol, &les Dragons
en ont tué une trantaine . Toutes
ces executions ont fi fort intimidés
les autres , qu'ils commencentàpre.
Sent à prendre le bon party , feretirant
dans leurs maisons, & appor
tant des vivres au Camp , ainsi
nous avons abondance de tout.
A l'Armée d'Italie , campée à
Nonne, ce 25. Juin 1690 .
Vous voulezbien , avant que de
vous apprendre ce qui ſe paſſe en
Piemond , que ie remonte iusqu'à
ce qui s'est passé depuis ma derniere
. La premiere attaque des Bar116
MERCURE
mens ,
bets n'ayant pas eu tout le fuccés
que nous en éſperions, M. de Cati-.
nat laiſſa M.le Marquis de Feuquires
dans les montagnes pour les
détruire entierement . Ce Maréchal
de Camp prit si bienses me-
Sures, fit faire defi bons retranche-
& freut par son sçavoir
fairesi bien ménager lepeu de Troupes
qu'il avoit fous ſon commandement
, qu'ilvint enfin à bout , par
un affaut general , de les reduire à
abandonnerde vive force & l'épée
dans les reins , leur Fort & leur
Corps de garde de la croupe de la
montagne , les Fortins d'en haut,
& une espece de Pâté, n'ayantpour
retraite qu'un pain de Sucre qui
eftoit pour eux une maniere de Citadelle.
On ne perdit dans cette
affaire qu'un seul Officier qui estoit
Lieutenant dans Artois . Le Lieunant
de nos Grenadiers y recent un
GALANT. 117
coup de Mousquet. On trouva dans
la pâté le pauvre M. de Parat
écharpe de coups. Il avoit les
mains brûlées , deux coups defabre
fur la teste , un coup de mousquet
dans la bouche , & deux coup de
couteau dans le coeur . Les Ennemis .
perdirent à cette affaire cinquante
hommes & plus . Nous ne fiſmes
que quatre prisonniers qui n'ont
presque rien dit. Cette action se
paſſa le 24. de May àhuit heures
du matin , ou environ . Comme on
inveſtiſſoit le mesme jour le pain de
Sucre,oùils s'estoient retrachezpour
leur donner le dernier branle , il ſe
leva fur le foir un brouillard fiépais
&ſinoir,que nos Soldats quitterent
leurs travaux , de crainte d'estre
Surpris& égorgez dans leursretra.
chemens . Ces malheureux choiſirent
ce tems pourſe ſauver,& pour éviter
une derniere attaque , oùfans
118 MERCVRE
doute ils auroient Sucombé. Ils
Se déroberent fi adroitement
qu'on ne put reconnoiſtre ni quels
chemins ils tenoient , ny de quel
costé on pourroit les rejoindre M.
de Feuquieres au deſeſpoir de voir
échouer tant de peines & tant de
travaux , refolut de les ſuivre ; ce
qu'il fit pendant huit ou dix jours
avec les Grenadiers de nos quatre
Regimens, Ilenvoia M. de Cleram .
baut avec douze cens hommes pour
gagner toutes les hauteurs fur ces
gens-là , & continua de marcher
toujours droit à eux . On entua plus
de quatre vingt ; & dans la derwiere
rencontre fait par Mr de
Clerambaut , on en compta prés de
Soixante de tuezsur les montagnes ,
& ilyen eut fix de Prisonniers. Ce
fut dans l'intervalle du temps que
l'on mit àsuivre ces Canailles ,
que l'on s'apercent de la mauvaise
GALAN Τ .
119
foy de Mr de Savoye. L'on arreſta
un Courier qu'il envoyoit àl'Empe
reurpar lequel on vit qu'il afſuroit
Sa Maiefté Imperiale qu'ilamuse
roit Mr de Catinat toute la Campagne,
&qu'il auroit le temps de
luy envoyer les Troupesdont il eſtoit
convenu. Un autre Courierfut arrestéquialloit
à Mr de Baviere,
&ce qui parut plus extraordinaire
que tout cela . c'est que l'on connut
- parla deposition de tous les prifon_
-niers que l'on fitfur les Barbets,que
le Duc de Savoye leur fourniſſoit
des wivres & de l'argent. Enfin
un Courier arriva à M.de Catinat,
&dés le meſme jour les Troupes qui
estoient à portée de Pignerol marcherent
à Carignan où estoit le
quartier general. M. de Catinat
arriva le lendemain , 7. de Juin ,
àPignerol ; on étoit fort en peinede
M. deClerambaut dont on n'avoit
34
112 MERCURE
point en de nouvelles depuis qu'il
avoit quité M. de Feuquieres . On
apprehendoit une mauvaise avanture
pour luy . il avoit douze cens
hommes , comme je vous l'ay marqué
, consistant en 400. hommes
d'Artois , la Compagnie des Grenadiers
, & 800. hommes de Milice
de Boiffiere , &fon estat Major.
Nos quatre Regimens avoient receu
ordre de ſe raprocher de Pignerol ,
où M. de Feuquieres estoit arrivé
depuis le matin. Nous abandonna.
mes les Montagnes à la referve
des Postes que nous devions con-
Server,& que l'on avoit remplis de
cing Bataillons de Milices qui étoient
avec nous . Le lendemain 8 .
Iuin , nous cûmes ordres de marcher
du coſté de Luzerne. Nous
bruſlames , en chemin faisant
Saint Germain & la Mirandole
,
qui ne vouloient pas contribuer.
Nous
GALAN T. 113
Nous arrivaſmes devant Luzerne
le 10. Cette Place n'attendit pas le
Cano:elle aportases clefs &se mit
Sous la contribution. Nous efperions
trouver de la resistance au Chateau
de la Tour, nous le trouvaſmes
tout en feu , M. de Palavicin
en estoitforty la veille , & avoit
eu ordre de brûler ce Chasteau ,
-de conduire avec sa Garnison les
prisonniers à Alt. Nous trouvaſmes
tous les Batimens enfen , & tous les
Ouvrages minez , mais pas une
Mine n'avoit reußy. On trouvA
f encore huit Pieces de Canon brisées
Sous lePont. Dès ce moment , nos
( Soldats ny nous,n'easmesplus d'esti
me pour les Troupes de fon Alteffe
de Savoye , d'avoir abandonné un
Fort,ſcituésur une Montagne ,
qui n'est commande d'aucuns endroits
avec cinq bons Bastions bien
reveſtus , un chemin couvert&un
Juillet 1690. 4. F
114
MERCVRE
com.
glacis. Onfongea d'abord à éteindre
lefeu , à rétablir les Maiſons &
les Cafernes,& vir de Feuquieres y
laiſſa quatre Pieces de Canon de
huit , & cinq cens hommes
mandez par un Lieutenant Colonel
de Milice. Le 12. on nous ramenaà
Orbaſſan joindre l' Armée. Lemesme
jour que nous arrivaſmes , les
Regimens de Dragons de la Lande
& du Comtede Grand-mont afſfiegerent
un Chasteaunommé Rival.
te ; dans lequel il y avoit trois cons
Paysans , dont de la moitié furent
tuez , On en pendit fix à la
porte , & tous les autres demeurerent
prisonniers ; le Village fut
brulé. Au commencement les Payfansvouloientfe
meſler de faire la
guerre , mais on en a tant pendu ,
qu'ils commencent à nous aporter
des vivres au lieu de nous tuer des
GALANT.
115
- Soldats . Le lendemain de ce brulc.
ment qui fut le 19. nous alames cam.
per à Burrasque au milieu de la
Plainede Mille- Fleurs. Nousfismes
contribuer les Villages circonvoiſins,
Rivalte& Rivoly furent les feuls
endroits qui ne voulurent point con.
tribuer. Ils promirent cependant de
lefaire. On eut avis le 17. que les
Troupes des Espagnols étoient arrivéesſous
les Ordres de Mr de Lou
vignies , que trois mille Allemans ,
conduits par le Prince Eugene , devoient
joindre inceſſamment, & que
Mr le Duc de Savoye devoit le 18 .
fortir de Turin , pour venir camper
danslamesmePlaineoùnous eftions
ce quifit prendre à Mr de Catinat
la reſolution d'aller camperà Non.
ne , où nous sommes depuis le 18. de
ce mois.Mrde Feuquieresallale 20.
brûler Rivalte Bourg au dessous de
Rivol, qui est la Maison de Plai-
L
F 2
116 MERCVRE
fance de Son Alteſſe Royale , & qui
n'est éloigné de Turin , quede deux
milles , qui font une lieuë de France,
Mrle Duc eut le chagrin de voir
brûler le Bourg de sa Maison de
Plaisancefanslesecourir. LeMarquis
de Saint Thomas , premierMi
nistre de ce Duc avoitja Maiſon de
plaisance àune portée de Canonde
celle de fon Maiſtre. Mr de Fcuquieres
envoya le Comte de Grand.
mont la brûler , ce qu'ilfitfans qu'-
aucundesEnnemis parust pour l'en
empefcher. Depuis on a brûlé Trin
prés de Verceil , &quantité de Villages
&de Caſſines qui n'avoient
pas contribué. On envoye tous les
jours des partis de Cavalerie &de
Dragons pour les chercher
inutilement , puis qu'on n'a encore
enlevéqu'un Lieutenant & quinze
hommes qui s'étoient jettez dans un
Boisſur le chemin de Pignerol. A
mais
GALAN T.
117
want hier Mr de Catinat avec toute
ſaſuite l'échapa belle. Un party
de douze cens Chevaux commandez
par Mrde Peirelle , fnt depuis deux
heures du matin jusqu'à quatre
heures aprés midy , embusqué
dans un Village ou Mrde Catinat
arrivaà cinq heures du foir. Il ne
crut pas devoir mettre piedà terre.
Cependant nous sommes icy dans
une affez grande tranquillité. On
fatigue unpeu,maisla plus grande
fatigue vient de la chaleur & des
insectes dont ilfaut se parer. M.le
Duc de Savoye a envoyédes Troupes
reglées aux Barbets outre trois
cens Bandis qu'il tenoit dans ses
Prisons. Ilssefont presentezdevant
le Fort de Luferne. M. de Saint
Silveftre Marefchal de Camp y
estant alle avec un gros detachement
de l'Armée, ilsse mirent en
defordre.On en a tué quelques uns ,
د
F3
118 MERCVRE
l'on fit entrer dans ce Fort quan.
tité de munitions de bouche & de
guerre. La Montagne des Quatre-
Dens eft gardée par le Regiment de
Bovinatelle , Milice de Perigort ,
l' Axlée defaint Martin par celuy
de Boutins , Milice de Bayonne
Cavalerie, celle de de Prajclas par
un Bataillon de Fumechon , celle du
Reiras , par la Compagnie des
Grenadiers de Bordeaux ; le Col-
Juliens parle Regiment de Cotenge
Milice d'Auvergne , & le Colclapier
est gardé par Boiffiere , Milice
d'Agenois. Celuy de Poitiers
garde la Vallée de S. Jean. Nous
attendons encore quinze àſeize
mille hommes . Quand toutfera arrivé,
je vous envoyeray nostre arbre
de Bataille.
On a eu nouvelles que Mr
le Comte de Roye , Lieutenant
GALANT. 119
General des Armées du Roy ,
&Marechal de Camp General
des Troupes de Danemarck ,
eſtoit mort aux Bains de Bath
depuis peu de temps. Bath
eſt une Ville d'Angleterre
fur l'Avon dans le Comté de
Sommerfet . Il defcendoit de
François III . du Nom , Comte
de la Rochefoucaud , Prince
de Marcillac , Chevalier de
l'Ordre du Roy , tué en 1572 .
à la Saint Barthelemy , qui
épouſa en premieres noces
Silvie Pic de la Mirande , Fille
de Galeace Pic , Prince dela
Mirande & d'Hippolite de
Gonzague , dont il eut François
de la Rochefoucaud IV.
du nom qui continuë la
branche aînée de la Rochefoucaud
, juſqu'en la perſonne
de François de la Roche-
F4
120 MERCVRE
د foucaud VII.du nom Prince
de Marcillac , Grand Veneur
de France , Grand Maistre de
la Garderobe du Roy , Pere
de François de la Rochefoucaud
,Duc de la Rocheguyon,
qui épouſa en 1679. Madeleine
le Tellier , Fille de Mr
de Louvois. Ie vous diray làdeſſus
que tous les aînez de
cette Maiſon ont pris le nom
de Français , depuis que François
dela Rochefoucaud I. du
nom , Prince de Marcillac
Sieur de Barbefieux Monguyon
, Montendre &c. eut
l'honneur en 1444. de tenir
fur les Fonds de Baptefme le
Roy François I. qui ayant
toujours eu beaucoup de confideration
pour ſon merite , le
fit ſon Chambellan ordinaire ,
& luy érigea en 1915. la Ba-
2
GALANT. 121
1
ronnie de la Rochefoucaud
en Comté. Il eſt marqué dans
les Lettres de cette érection
que c'eſtoit en
grands , versueux
tres ►
memoire dis
tres bons &
recommandables Services
,
qu'iceluy François , fon tres cher
& amé Cousin & parrain
avoit faits à ses predeceffeurs
àla Couronne de France, & à luy .
-François de la Rochefoucaud
III. du nom , dont j'ay commencé
à vous parler , épouſa
en ſecondes Noces Charlote
de Roye , Comteſſe de Roucy,
Soeur puiſnée l'Eleonor de
- Roye mariée en 1551. à Louis
de Bourbon I. du nom , Prince
de Condé,& il en eut Char--
les de Roye de la Rochefou
eaud, Comte de Roucy , qui
de Claude de Gontaud , Fille
d'Armand SicurdeBiron ,Ma-
FS
122 MER CURE
reſchal de France , & Soeur du
Mareſchal Duc de Biron qui
eut la teſte tranchée ſous le
regne de Henry I V. laiſſa
François de Roye dela Rochefoucaud,
Comte de Roucy,
mort en 1680. Il avoit épousé
en 1627. Julienne Catherine
de la Tour d'Auvergne , Fille.
deHenry de la Tour d'Auver.
gne , Duc de Bouillon , Prince
Souverain de Sedan,& d'Elizabeth
de Naſſau, Princeſſe d'O
range , Fille de Guillaume de
Naſſau qui établit la Republique
de Hollande , & il en eut
Frederic- Charles de Roye da
la Rochefoucaud , Comte de
Roucy , dont je vous apprens
la mort. La grande reputation
qu'il s'eſtoit acquiſe en France,
luy avoit fait meriter que le
Roy de Dannemarch le choiGALANT.
123
fift pour Maréchal de Camp
general de ſes Troupes , & le
fift Chevalier de l'Ordre de
l'Elephant. Il a eu pluſieurs
Enfans de ſon mariage avec
Iſabelle de Durasfort , Scoeur
de M. le Maréchal Ducde Dú.
ras & de M. le Maréchal de
Lorge , ſçavoir , François de
Roye de la Rochefoucaud ,
Comte de Roucy , Meſtre de
Camp du Regiment des Cra
- vates , qui a épouſe Catherine
Françoiſe d'Arpajon, Fille uni-
_ que du Duc d'Arpajon , &
- d'Henriette d'Harcourt de
Beuvron Ducheſſe d'Arpajon ,
Dame d'honneur de Madame
la Dauphine ; N.... de Roye de
la Rochefoucaud , Vidame de
Laon , tué au Siege de Luxembourg;
Charles de Roye de la
Rochefoucaud,Comte de Blau-
F6
124
MERCURE
zac , Colonel du Regiment de
Guienne ; Mr le Marquis de la
Ferté au Col , Officier de Marine
; Mr le Chevalier de Roye ,
qui eſt dans la derniere Compagnie
des Moufquetaires , &
un autre Fils paſſé avec luy en
Dannemark , &enſuite en Angleterre.
Il a eu cing Filles
dont les deux Aînées ſont auſſi
en Angleterre auprés de Madame
la Comtefle de Roye leur
Mere , & les trois plus jeunes
font à l'Abbaye Royale de Nêtre
Dame de Soiffons , auprés.
de Madame de la Rochefoucaud
leur Parente , Abbeffe
de cette Abbaye , & Seoeur du
feu Duc de la Rochefoucaud.
Mr le Marquis de Royan eſt
mort preſque dans le meſme
temps. Il eſtoit d'une des plus
GALANT.
125
9
illuftres Maiſons de France ,
deſcenduë de Guy I. du nom
Seigneur de la Tremoille , qui
accõpagna Godefroy de Boüillon
à la conqueſte de la Terre-
Sainte. Thibautde la Tremoille
fut tué à la Bataille de Ma-
- ſoure en Egipte ſous le Roy
Saint Loüis. GuyV. du nom ,
Seigneur de la Tremoille , fut
Grand Panetier de France , &
GuyV I. du nom , Seigneur
de la Tremoille , mourut en
1396.des bleffures qu'il recent
à la Bataille deNicopolis contre
leTurc.Au Sacre du RoyCharles
VII. Georges de la Tremoille
, Grand Chambellan de
France, fit la fonction d'un des
douze Pairs.. Lors que Loüis
XI. inſtitua l'Ordre de S. Michel
en 1479. il fit Georges de
la Tremoille , Seigneur de
126 MERCVRE
Craon , l'un des Chevaliers, &
depuis aux principales promotions
de cet ancien Ordre & de
celuy du Saint Eſprit creé par
Henry III . il y a toûjours eu
quelque Seigneur de cette
Maiſon faitChevalierdesdeux
Ordres . Charles de la Tremoille
, Prince de Talmond ,
mourut à la Bataille de Marignan
contre les Suiſſesen 1515 .
ayant le corps chargé de plus
de foixante plaïes qu'il avoit
receuës en diverſes occaſions ,
combattant pour le ſervice de
nos Rois. Louis II. du nom ,
Seigneur de la Tremoille , Vicomte
de Thoüars , & Prince
de Talmond , s'eſt trouvé à fix
Batailles rangées ,& quoy que
fort jeune fors qu'on donna la
premiere. Ily eut commandement
, & fit paroiſtre une va
GALANT ..
127
leur extraordinaire. Pluſieurs
de cette maiſon ont eſté Evef
ques de Poitiers Tournay &
Conſtance;& du temps du Roy
Loüis XII . Jean de la Tremoil
le Archeveſque d'Auch , fut
fait Cardinal . François de la
Tremoille, Vicõte de Thouars ,
épousa Anne de Laval - Montmorency
, & Georges de la
Tremoille , Baron de Royan ,
Chevalier de l'Ordre du Roy ,
= grand Senechal de Poitou , prit
- alliance avec Madeleine de:
-Luxembourg , Fille de François
, Vicomte de Martigue, &
de Charlote deBretagne.Decer
mariage vint. Guibert de la
Tremoille, Marquis de Royan,
Comte des Olones , Chevalier
des Ordres du Roy , Grands
Senechal de Poitou , lequel
épouſa Anne Huraut , Fille de
S
128 MERCVRE
Philippe Huraut , Chancelier
de France , & des deux Ordres
du Roy , Comte de Chiverny
& de Limours,& eut pour Fils
Philippe dela Tremoille, Marquis
de Royan , Comte des
Olones , Grand Senechal de
Poitou , qui ayant épousé Madeleine
de Champrond , fur
Pere de Loüis de la Tremoille ,
Marquis de Royan Comte des
Olones Ce dernier épouſa Catherine
d'Angennes
de Charles d'Angennes , de la
Louppe. Les Marquis deRoyan
font d'une branche Cadette de
cette illuftre Maiſon . La Bran
che aînée ſubſiſte en la perſon-
✓ nedeMeffireCharles Belgique-
Hollande de laTremoille,Duc
de Thoüars , Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roy,
Prince de Tarante & Talmont,
" Fille
GALANT.
129
Comte de Laval , de Montfort ,
deGuines ,de Benon , de lonvelles&
de Taillebourg , Marquis
d'Epinay , Vicomte de
Rennes& de says , Baron de
Vitré , de Mauleon , de Berrie
& de Didonne , Seigneur de la
Tremoille , de Loudun , & autres
lieux, premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy , qui
a épousé Madeleine de Cre-
- qui , Fille unique de feu Mr
e le Duc de Crequi , premier
Gentilhomme de la Chambre
du Roy. Il y a encore de cette
Maiſon Mr le Prince de Talmont
, & Mrs les Marquis de
Noirmonſtier. La Tremoille
porte d'or au chevron de gueules,
accompagné de trois Aigles d'azur,
bequez & membrez de gueules .
Comme cette Maiſon a contracté
diverſes alliances avec
.130
MERCVRE
les principales Maiſons de la
Chreſtienté, entre autres avec
celles de Bourbon, Anjou,Auſtriche
, Luxembourg , Caſtille
, Arragon , Sicile & Laval ,
elle écartelle au premier de
France, au deuxième de Laval,
au troiſième d'Arragon Naples
, au quatrième de Bourbon
,& fur le tout de la Tremoille.
l'ay auſſi à vous apprendre
la mort de M. le Marquis de
Perfan. C'eſt ce terrible M.
de Perſan , Eleve de feu Monfieur
le Prince , qui rempliſſoit
de terreur les Ennemis lors
qu'il alloiten party , Auſſiat- il
eu toujours l'avantage dans
tous les Combats qu'il a livrez.
Sa Famille du ſurnom
* de Vaudetar , vient d'Italie
, & s'eſt établie en France,
GALANT. 121
,
Iean de Vaudetar , Seigneur
- de Pouïlly le sort , fut Vidame
de Meaux. Pierre de Vaudetar
ſon Fils , Seigneur de
Poüilly le Fort , qui vivoit en
1478. ſe fit recevoir Conſeiller
au Parlement de Paris , &
épouſa Antoinette Baillet
d'une Famille qui a donné
divers Preſidens à Mortier.
Il en eſt venu Guillaume de
Vaudetar , auſſi Seigneur de
( Poüilly le Fort Conſeiller au
Parlement , qui épouſa Marie
( Barme , Fille de Roger Barme ,
- Preſident à Mortier dont
naquit un Fils , Seigneur de
Poüilly le Fort ,
,
qui épouſa.
Jeanne Boiſleve , Dame de
Perfan , Montauglan , Ronquerolles
, Croüy & Chauvecy
, & d'eux ſont venus Mrs
les Barons , puis Marquis de
132
MERCVRE
P
Perfan & Seigneurs de Bournonville
de furnom de Vaudetar.
Feu Meſſire Achilles
de Harlay , Marquis de Breval
& Champvalon , épouſa
Oudette de Vaudetar , Fille
de Loüis de Vaudetar , Baron
de Perfan & Seigneur de
Poüilly le Fort , & il en eut
Meffire François de Harlay ,
nommé Cardinal , Archevef.
que deParis , Duc & Pair de
France , Commandeur des
Ordres du Roy. Vaudetar
porte facé de fix pieces d'azur
&d'argent.
Ces morts ont eſté ſuivies
de celle de Mr Lotin , Sei.
gneur de Charny , Preſident
enla Cour des Aides . Il eſtoit
Fils de François Lotin , Seigneur
de Charny , Conſeiller
en la Grand Chambre du ParGALANT.
133
د
lement de Paris , & d'Elizabeth
Gemin & petit fils de
Guillaume Lotin , Seigneur
de Charny Martilly & Verres ,
preſident aux Requeſtes du
palais , & de Madeleine Morin
. Guillaume Lotin fon
Biſayeul , Seigneur de Char-
- ny , Maiſtre des Comptes à
Paris , épouſa leanne Bochart
de Champigny , d'une famille
qui a donné un premier Prefident
au Parlement de Paris ,
& pluſieurs Officiersconfiderables
dans l'Eglise , dans l'Epée
,& dans la Robe. Il avoit
pour pere Robert Lotin , Sei-
= gneur de Charny , Conſeiller
en la Cour des Aides , Fils de
Robert Lotin , Seigneur de
Charny , Conſeiller au Parlement
de Paris en 1480. & de
Marie Aguenin le Duc Fille
134
MERCVRE
de Guillaume Aguenin le
Duc , Conſeiller au parlement
de Paris , & de Girarde de Longueil
, & fa Mere eſtoit Loüiſe
Huault de Montmagny, d'une
Famille qui a donné divers
Officiersau Parlement & aux
Compagnies Superieures.Cette
Famille s'eſt aliée avec
pluſieurs anciennes Maiſons ,
&particulierement avec celle
d'Hector de Marle , dont il
yacu un Chancelier de France
, & avec celle de Hatlus ,
par le mariage d'Anne Lotin
de Charny avec Jean de Harlus
premier Baron de Valois
& Sire de Cramailles
, de
l'ancienne Maison de Cramailles
, tombée en celle de
Chippard de la Grandmaiſon ,
Fondateurs de l'ancienne Egliſe
de S. Andevol à Paris .
GALAN T.
135
Lotin de Charny porte échiqueté
d'argent & d'azur.
,
Les Nouvelles publiques
ont parlé de la mort de Mr
du Cambout de ponchâteau ,
homme de qualité qui depuis
un fort grand nombre d'années
s'eſtant défait de ſon
bien pour en aſſiſter les perſonnes
qu'il ſçavoit eſtre en
neceſſité , ſe cachoit à tout le
monde pour n'eſtre connu
que de Dieu ſeul. Sa mort arrivée
ſur la findu mois paſſé ,
n'a point laiſſé ensevelir avec
1! luy les rares vertus qu'il tenoit
cachées. Le peuple qui
en a eu connoiſſance , l'a regardé
comme un Saint , & il
luy a meſme attribué des miracles.
Je n'ay rien à dire làdeſſus
, mais la verité m'oblige
à vous faire part d'un
1
136
MERCVRE
fait que vous trouverez expliqué
dans l'Acte qui fuit .
Fardevant les Confeillers du
Roy , Notaires Gardenotes de Sa
Majesté en fon Chaſlelet de Paris ,
furent presens farques Coyé , Mai.
tre Taillandier en Fer blanc & noir
àParis , &Henriette Marceau Sa
Femme, demeurans ruë de la Ververie,
proche de la ruë de Moncy,
Parroiffe Saint Jean en Grèvepere
& mere de Marie Louise Boyé leur
fille, agée de neufans & demy , &
icelle Marie Louise Boyé à preſent
demeurante avec ses parens , &
Ieanne Camion, Servante Domesti.
que du Sr Jean Boué , Ancien luge
Conful de cette Ville de Paris , demeurante
ruë Saint Antoine ; Parroiſſe
Saint Gervais & Saint Pro
tais , Mere dudit lacques Boyé ,
lesquels ont declaré qu'ils avoient
apris
GALANT .
137
6
C
apris queM. Dodart, Docteur enMedecin
de la Faculté de Paris,&Medecine
ordinaire de la Famille de
Mrs de Colbert;Mr Equet pareillement
Docteur en Medecine , & M.
Philippe Ignace Savé, Bachelier en
Medecine de ladite Faculté de
Paris , s'affembloient tous les jours
pour voir & aſſiſter de leurs bous
avis Mesfire Sebastien - Iofeph du
Cambout de Pontchasteau, qui
estoit malade dans une chambre
dépendante de la maison dudit Sr
Boué. Que le Lundy 26. Iuin de la
preſente année 1690. Ils auroient
conduit ladité Marie Louise Boyé
leur Fille en la Maiſon dudit Sr
Boué , &auroient prié lesdits Dodart
, Equit & Savé, de leurfaire
la charité de voirun mal qui estoit
arrivé ily avoit quinzejours à leur
dite Fille au coſté droit du cou , &
de leur prescrire les remedes qu'ils
Iuillet 1690. G
138
MERCURE
trouveroient estre neceffaires. Que
lesdits Srs Medecins , après avoir
mis la main fur ledit mal , &
avoir consulté fort long- temps
entre eux , leur auroient dit que
le mal de leur Fille estoit une
tumeur des glandes du cou , extremement
dure , & auroient fait
écrire ensuite par l'un d'eux les
remedesſuivans en ces propres termes.
On frotera long- temps la
partie malade avec partie éga.
le d'onguent d'Altea & d'huile
de vers . Aprés cette ambrocation
faite , on mettra une compreſſe
trempée dans l'eau de
vie avec laquelle on aura
melangé un peu d'eau , tous
les cinq ou fix jours pendant
trois ſemainesou quinze jours,
On purgerala Malade avec fix
grains de raiſine de jalep , au-
,
GALAN T.
139
d'a
tant de mercure doux , & autant
de fel de tartre,&un demy
grain de diagrede , obſervant
de prendre un boüillon immediatement
aprés. Qu'il feroit
arrivé que ledit Sr du Cambout
de Pontchasteau feroit decedé le
lendemain Mardy 27. Iuin 1690.
a sing heures & un quart du matin
; que ladite Camion auroit
averti incontinent lesdits Boyé&
Safemme de cette mort ,
mener ladite Marie- Loüife Boyé
leur fille pour baifer les pieds dudit
Sr du Cambout de Pontchasteau,
qui estoit mort en grande reputa .
tion deSainteté ; que ladite Camion
& Henriette Marceau auvorent
Baiféles pieds dudit feu Sr
du Cambout de Pontchaſteau àſepe
heures du matin ; que ladite Marceau
auroitle mesme jour sur le
midy prié le Sr Michel , Chauval
1
G 2
140 MER CURE
Maistre Chirurgien à Paris demeurant
ruë de la Verrerie , au
coin de la rue des Mauvais-Garçons
, de voir le fufdit mal de ladite
Marie-Louise Boyé ; que ledit
Sr Chauvel ayant mis la main fur
leditmal , luy auroit dit auffi que
c'estoit une tumeur des glandes du
cou extremement dure , qui ne se
guerit pas en peu de temps , qu'il
falloit y prendre garde &la froter
avec de l'huile de Lis ; que ladite
Marceau estar fortie de la Boutique
dudit fieur Chauvel ,ſcroit venuё
avec ladite Fille baiffer les piez
dudit defunt ſieur du Cambout de
Pont- Chasteau , &que ladite Marie
Louise Boyé estoit descenduë
enla cuisine dudit ſieur Boué, au.
roit frapé deux fois de la main
gauche dans la droite , & auroit
dit à ladite leanne Camion fon
Ayeule, Ma Soeura peur de baiGALANT.
141
1
fer les pieds de ce Saint là &
moy je n'en ay pas peur. le luy
ay baiſé les deux pieds , & j'ay
faitmeſme toucher mon mal à
fes pieds , car il me guerira .
Que lemefmejour 27. Iuin , ladite
Marie LouiseBoyé estant retournée
en la maison deſon Pere , allafeule
fur lesſept heures du foir pour
une seconde fois baiser les pieds
dudit défunt Sr du Camboutde Pont
Chasteau ; que sur les huit heures
du for ladite Henriette Marceau
s'estant disposée pour froter dudit
onguent d'Altea &de ladite huile
de vers lefudit mal de ladite Ma
rie- Louise Boyé fa Fille , elle au
roit vû qu'elle n'y trouvoit plus
aucun mal & airroit dit àſa Fille
Il n'y a plus rien à froter , car
il n'y a plus de mal, Auffi- 10ft
ladite Marie- Louise Boyé poria
Les mains fur l'endroit où avoit eſté
G3
142 MER CURE
د
Son mat; & fur l'autre côté ,
auroit dit à fa mere : Vous avez
raifon , ma Mere , il n'y a plus
rien , ce coſté là eſt de meſme
l'autre aſſurément c'eſt le
bon Saint qui m'a guerie . Que
ledit fieur Boué auroit bien voulu
Se transporterle lendemain Mer.
credi 28. Juin avecladite Marie-
Louise Boyé , en la maison dudit Sr
Chauvel Chirurgien , & l'auroit
prié de voir en quel estat estoit le
malqu'il avoit vûle jour precedent
au cou de ladite Marie- Boyé que
ledit Sr Chauvel avoit dit d'abord
que la tumeur estoit beaucoup
diminuée , & qu'aprés avoir touché
de la maint'endroit où avoit eſté le
mal, il auroit dit qu'iln'y avoitplus
demal , & que cette queriſon estoit
bien soudaine & Surprenante , &
que ledit Sr Boué luy ayant demandési
lagueriſon du malfufdit pouGALANT.
143
ledit
voit avoir estéfaite naturellement
en dix heures de temps
Sr. Chauvel luy auroit répondu
que non , & que cette forte demaladie
nese gueriſſoit pas ordinaire.
ment fi proptement ,mais qu'ilfalloit
beaucoup de temps pour la
querir. A cefaire estoient &furent
present ledit Sr lean Bouë&م
ledit Sr Chauvel , lesquels ont declaré
qu'en leurs confciences ils
affurent & certifient que tout le
contenu auprefent Acte est veritable,&
mesmeladite Marie-Loui-
Se Boyé a declaré avoir dit tout ce
qui est énoncé cy devant , dont
& de tout ce que deſſus lesdizes
Parties ont requis & d mandé
Acte ausdits Notaires , qui leur
ont octroyé le present pour servir
& valoir ce que de raison. Ce fur
ainſi fait er paße, requis & octroyé
à Paris és.Etudes desdits Notaires
G 4
144 MERCVRE
fouſſignez l'an 1690. le 30.
dernier jour de luin aprés midy , &
ont figne fors ladite Marie-Louise
Boyé , qui a declaré ne sçavoir
écrireny figner, de cefaire interpellée,
ainsi qu'il eſt dit en la minute
des preſentes , demeurées devers
&en la garde & poſſeſſion de le
Roy, l'un desſuſdits Notairesfouf.
fignez.
د
On voit tous les jours de
nouvelles Cartes . Les guerres
dont l'Europe eſt agitée les
rendent extremement à la
mode & quand elles font
d'Auteurs habiles . comme
ceux que je vous ay déja
nommez en des Articles de
mefme nature , elles ne peuvent
manquer d'eſtre bonnes.
Leſicur Nolin qui demeure
fur le quay de l'Horloge du
Palais , en vient de donner
GALANT..
145
う
S
1
a
une nouvelle , qui contient la
partie Occidentale de l'Allemagne
avec les Pays adjacents
le long du Rhin & des
Rivieres qui s'y rendent.
Cette Carte , tirée des Memoires
de Cantel , & de pluſieurs
autres , corrigée & augmentée
par M. le Prieur du
Neuf- marché , eſt de deux.
feüilles. & s'étend juſqu'à
2
Roueu , ce qui a donné lieu
de marquer toutes les routes
conſiderables depuis Paris
juſqu'aux Villes Frontieres
tant en Flandre que le long
du Rhin . On peut dire qu'elle
donne une Image de la Guerre
puiſque toutes les marches
& tous les Campemens
des Armées s'y trouvent. Elle
a une approbation univerſelleainſi
que la Flandre faite
G
馨
146 MERCVRE
ſous la conduite de M. de
Tillemont , &le Palatinat du
Rhin , où l'on a renfermé tout
ce qu'il y a de plus curieux.
Meſme pour la fatisfaction
dessçavans , on y a joint la.
Geographie ancienne , ce qui
faitextrémement eſtimer tou
tes les Cartes qui ſe trouvent
chez le fieur Nolin , fur lefquelles
les plus habiles gens.
du Royaume ſe fontun plaifir
de travailler comme il
s'en faitun de faire executerleurs
remarques avec tout le
foin poſſible . Les trois Cartes
d'Angleterre , d'Ecoffe &
d'Irlande continuent d'avoir
beaucoup de debit , auffi font
elles, des plus particulieres
qui ayent eſté faites juſques à
preſent.
La Victoire , emportée en
Flandre le premier jour de ce
GALANT.
147
mois , part Mrle Duc de Luxembourg,
a fait faire desFeux
dejoye partoute la France , &
comme Chaſtillon ſur Loin eſt
àMadame la Princeſſe de Me.
kelbourg , Soeur de ce Duc , il
ne faut pas s'étonner ſi cette
Ville s'eſt diftinguée par une
reſte , particuliere . Mr le
Prieur de Briquemault , qui
dans beaucoup d'occaſions a
marqué fon zele pour la Maiſon
de Madame la Ducheffe de
- Chaſtillon , n'a pût ſe défendre
d'en prendre le foin ,& de don-
- nerledeſſeind'un feu d'artifice
- Ce qui le rendoit fort fingulier,
c'eſt qu'il le prit des Armes de
la Maiſon de Mr le Maréchal
Duc de Luxembourg , qui
porte de Monmorency, qui eft
d'or à la croix de gueules , cantonnéede
ſeize Alerions d'azur
G6
148 MERCURE
la croix chargé en coeur de l'Ecuſſon
des Armes de Luxembourg
, qui est d'argent au lion
degueules , à la queuë nouée,
fourchée & paffée en double
fautoir.
Quatre Lions ſervoient de
baffe à toute la machine , &
foutenoient quatre colomnes
d'où ſortoient quatre Arcs de
triomphe. Sur les colomnes
dansle vuide que faisoient les
Arcs de triomphe , eſtoient
poſez quatre Hercules avec
leurs maſſues , ſemez de Fleurs
de lis d'or , & veſtus de peaux
de lion . Seize Alerions poſez.
quatre à quatre ſur les quatre
Arcs de triomphe , élevoient.
dans l'air le Templede laGloi».
re , &au haut de ce Temple paroiſſoit
la Victoire aſſiſe ſur un
char magnifique traîné par
GALANT .
149
feize Alerions , & conduit par
leGenie de la France . Ce char
eſtoit ſuivi de deux Anges qui
portoient les trompettes de la
Victoire , & ces Lions , ces Aigles
, & toutes ces Figures differentes
eſtoient accompagnées
de Deviſes qui répondoient
au ſujer.
Le premier Lion portoit en
ſes griffes un Tableau , dans
lequel on avoit peint un grand
Lion qui menoit deux Lionceaux
à la proye , & ces mots
eſtoient écrits au bas : Natos in
pralia format. Ca eſté pourMr
de Luxembourg une gloire.
finguliere , & que peut - eſtre
aucun General d'Armée n'a
eu avant luy , d'avoir partagé
l'honneurde cetteVictoire avec
deuxdeſes illuſtres Enfans, Mr
le Duc de Montmorency , &
IKO
MERCVRE
Mrle Comte de Luffe , & de
les accoutumer ainſi à combattre
& à vainere en meſme
temps.
Tel qu'on voit un Lion dufond
d'une tanniere ,
Fairefortirfes Lionceaux ,
Etd'une contenance fiere
Luy- mefme en leur prefence attas
quer des Troupeaux ,
Et les animer à la proye ;
Tel Luxembourg , rempli de joye
Guide dans les Combatsfes illustres
Enfans...
Ilmarehe luy mesmeà leur teſte ,
Lesfait paffe: dans tous les rangs,
Et partage avec eux l'honneur de
Sa Conqueste.
Le ſecond Lion reprefentoit
la colere du Roy contre les
Hollandols . On voyoit dans.
un Cartouche un Lion furieux"
preſtà dévorer une proye ; &
au bas étoient écrits ces motss
!
GALAN T.
du Sage aux Proverb. ch . 20 .
Rugitus leonis , terror Regis .
Ces timides Brebis de leurs bélantes
voix
Irrisoient tous les joursle Monarque:
de France ..
Un Lion en couroux vient d'en
prendre vengeance ;
Telle est la colere des Rois.
Le troifiéme Lion eſtoit accompagné
d'une Deviſe , dont
le corps repreſentoit le combat
- d'une Chevre contre un Lion ,
qui la met auſſi - toſt en pieces ;
& ces mots d'un proverbe
de Suidas & d'Homere en faifoient
l'ame. Ne caprea contra
leonem. Les Hollandois plus
propres à preffier le laitdeleurs
Chevres , qu'à foûtenir le feu
d'un combat contre un Lion ,
avoient déja trop éprouvéla
valeur de Mrde Luxembourg,
152 MERCVRE
& la prudence vouloit qu'ils ne
s'engageaſſent pas facilement
dans une guerre , dont le ſuccés
ne pouvoit que leur eſtre fune,
ſte..
Ainţi la Chevre a l'infolence
D'infulter un Lion dans sa noble
fierté,
Mais par unejuſte vengeance
Ellereçoit le prixde ſa temerité.
Par le quatrième Lion , on faifoit
voirla clemence de Mr de
Luxembourg,qui n'a pas moins
paru dans cette Victoire que ſa
valeur. Iamais Vainqueur n'en
uſa mieux , puis que le nombre
des Priſonniers excedant celuy
des Morts , c'eſt une marque
que ce ſage General a eſté plus
occupéà retenir qu'à exciter la
chaleur du Soldat dans le car-.
nage des Ennemis. C'eſtoir
pour figurer cette grandeur
GALANT.
153
18
it
d'ame qu'on avoit peint un
Lion qui pardonne à un homme
proſterné à ſes pieds avec
ces mots ; Sat eftproſtraſſe.
En vain contre un Lion onſe met
en défense ,
Voulez - vous éviter les traits defon
couroux ,
Et du fier Animal exciter la cle
mence?
Cede,z c'est le moyen de vous lerendre
doux .
Tel est de Luxembourg le noble caractere
Utriomphe en Vainqueur , mais il
pardonneen Pere.
Sur les quatre colomnes qui
foûtenoient les quatre Arcs de
2
Triomphe eſtoient poſez quatre
Hercules veſtus de peaux
de lion , leurs maſſes en main
ſemées de fleurs de lis d'or ,
& on liſoit au bas ces paroles 2
154
MERCVRE
Armatus leone. La défaite du
Lion Belgique par Mr de Luxembourg
, met nos Provin
ces à couvert , & fa dépouille
nous fert de défenſe durant
tonte cette Campagne .
Quepeut craindre aujourd'huy la
France?
Ses Ennemis font aux abois ;
Hercule a terrafféles Lions Hollandois
Et leur peau luy fert de défense
Seize Alerions qui font de
Mommorency , pofez ſur les
quatre Arcs de triomphe , por.
toient comme en l'air le Téple
de laGloire, fur lequel eſtoient
peintes les plus belles actions
de la vie de Mrde Luxembourg
& aux quatre faces de ce Temple
on voyoit quatre Aigles qui
formoient autant d'Emble
mes .
GALANT..
155
La premiere de ces Emblèmes
marquoit la joye de la
- France , quand elle apprit le
choix que le Roy avoit fait
de Mr de Luxembourg pour
commander ſes Armées en
Flandre. Le corps de cette
Deviſe eſtoit un Aigle tenant
en ſes ferres les foudres de
Iupiter , & preſt à les lancer
contre des Geants . Ces mots
en faifoient l'ame . Nonfrustra .
Envain tant de Geants, montsfur
monts entaſſez,
Ont répandu par tout de funestes
alarmes ,
Iupiteràfon Aiglea confiéfesAr
mes.
Qu'ilfoit en repos , c'eſt aſſ z .
La feconde marquoit l'entiere
défaite des Hollandois
qui devant toute leur élevation
au Roy de France , n'ont
156 MERCVRE
,
payé ſes biens faits que d'ingratitude.
On voyoit un Soleil
qui élevoit dans les airs
une nuë de Grenoüilles , &
comme CC nuage ſembloit
vouloir obſcurcir le Soleil
un Aigle paroiſſoit fortir de
ce bel Aftre , ſe lançant fur
ces infectes & les mettant en
pieces . Ces paroles du Prophete
Ezechiel étoient écrites
an bas ,& exaltat & humiliat.
Du fond de leurs marais , & des
Plaines humides ,
Iadis le Soleil des François
Eleva dans les airs ces Grenouilles
timides ;
De leurs croaffements les importunes
voix
Commençoient àtroubler lerepos de
la France
,
Er ſembloient du Soleil oublier les
bienfaits.
GALANT . 157
L' Aigle fond parson ordre , & fur
ellesſelance ,
Et ces insectes font défaits .
Comme l'Armée qui vient
d'eſtre vaincuë eſtoit compoſée
en partie d'Eſpagnols , &
- que le champ de Bataille nous
ieſt demeuré avec tout le butin
des Ennemis on avoit
exprimé cette défaite par un
- Aigle , qui aprés avoir mis
en déroute un troupeau de
brebis , ſe jouë dans les airs
d'une toiſon qu'il emporte ,
avecces mots : Praludia belli.
Ges troupeaux engraissez & tout
couverts de laine ,
Paiſſoient l'herbe à leur gré dans
ces fertiles plaines ,
Lors qu'un Aigle à grand vol fond
du milieu des airs ,
Ecarte ces brebis du bec& de laferre
458
MERCVRE
Enleve leur toiſon ſe nourrit de
leurs chairs ,
Et commence le jeu d'une fanglante
Tel est fier Eſpagnol , l'eſſay de nos
guerre.
combats ,
Tes timides brebis par Luxembourg
chargées :
Out éprouvélaforce de fonbras ,
Et leurs riches torſons vont estre
partagées
Entre tous nos Soldats.
LaVitoire de Mr de Luce
xembourg a étonné les Allemans
qui ſont ſur le Rhin;
&ilsen font ſans doute dans
la conſternation . C'eſt
qu'on avoit figuré par un Aigle
qui voloit dans les airs
avec un laurier au bec , regardant
fierement d'autres petits
Aiglons ſur le bord d'un
Aeuve , ſans que les Aiglons
GALANT.
159
oſaſſent le ſuivre . Ces mots
faisoient l'ame de cette Emblême
, Provocat , nec audent.
Tandis que fur la Sambre où la
gloire l'appele
L'Aigle François par tout moiſſonne
des lauriers ,
L'Aigle Romainſuivi de cent mille
Guerriers ,
Surle Mein &le Rhin ne batplus
que d'une aisle.
Nostre Aigle en vain l'invite à
marcher ſur ſes pas.
,
Tous les Aigles entre eux ne se
reſſemblent pas.
Quatre inſcriptions aux
quatre faces du Temple
✓ donnoient d'abord une idée
de ce qu'on y avoit reprefen.
-té. Sur la premiereeſtoit écrit
engros caracteres , La France
raffeurée fur la ſeconde la
Hollande hamiliées ſur la troi
160 MERCURE
ſieme , l'Espagne dépouillée , &
furla quatrième , l'Allemagne
étonnée. Au haut de ce Tem .
ple paroiſſoit la Victoire vêtuë
à la Françoiſe , aſſiſe ſur un
char magnifique , orné d'Etendars
pris ſur les Ennemis ,
&traîné par ſeize Alerions
tenantd'une main des palmes
& des lauriers , & de l'autre
une couronne triomphale . Le
Genie de la France conduifoit
ce char & au bas onlifoit
ces paroles imitées de
Virgile. Franco duce , & aufpice
Franco.
د
A nos gages jadis la Victoire en
ces lieux
Couronnoitnos Guerriers d'unemain
immortelle
,
L'inconstante avoit pris fon effort
dans les Cie ux,
Etdiſparoiſſoità nos jeux ;
Mais
GALANT. 161
R
Mais enfin Luxembourg aujourd'huy
la rappelle ,
Et sous un Duc François à fоть
Prince fidelle
- Son char roule au gré de nos coeurs.
コロ
الا
Deux Anges , qui font les
ſupports des Armes de France
, accompagnoient ce char
fde triomphe. Ils tenoient d'u-
| ne main la croix qui charge
les Armes de la Maiſon de
Montmorency , & qui eſt
comme la recompenſe des
grandes actions que ceux de
cette illuſtre Maiſon ont faites
dans les guerres d'Outremer
en faveur de la Religion ,
✓ pour laquelle Mr de Luxembourg
vient de vaincre ; & de
l'autre main ils portoient les
trompettes de la Renommée ,
fur les pendants deſquelles on
Luillet 1690. H
1
164 MERCURE
د
liſoit d'un coſté en groſſes
lettres Dieu Sauve le Roy
Tres - Chreftien ; & de l'autre ,
Dieu , Sauve le premier Baron
Chreftien . Ces lettres ſortoient
de la bouche des trompettes ,
&ſe lifoient dans les airs en
caracteres de feu . Le Feu d'artifice
que l'on avoit enfermé
daus le Temple de la Gloire ,
par tous
les endroits de la
machine , fit un effet admirable
, &d'autant plus beau , que
le Chasteau eſtant fort élevé ,
il fut apperceu de fort loin
dans l'obscurité de la nuit .
Ce ne fut ce meſme ſoir par
toute la Ville que réjoüiſſances
& qu'Illuminations tant
la joye des peuples eſtoit
grande ,
Comme il n'y a jamais eu
d'action ſi lâche que celle des
GALANT. 163
at
Alliez qui attendoient Mr de
Chaſteaurenaut au Detroit
Te d'autant plus qu'ils eſtoient
#quatre Vaiſſeaux contre un ,
* & que c'eſtoit uniquement
pour le combattre qu'ils s'étoient
poſtez au lieu où ils
l'ont laiſſe paſſer; ils ont taché
de couvrir leur manque
de courage de mille manieres
e differentes , qui ſe contrediſent
toutes ; mais c'eſt inutilement
qu'ils donnent de faulſes
raiſons , puis qu'il eſt conſtant
qu'aprés beaucoup de
rodomontades , ils n'ont paru
braves que tant qu'ils n'ont
point veud'Ennemis. LesPeuples
de Cadix convaincus de
cette verité coururent avec ,
despierres ſur ceux qui débarquerent
dans leur Ville
aprés leur retour en leur
H 2
164 MER CURE
1
criant que c'eſtoient des laches
, qui avoient attendu les
François pendant fix femaines,&
qui étoient revenus ſans
avoir ofé les ataquer. Quelque
temps aprés , les Officiers de
ce Vaiſſeau prirent querelle
entre eux , Nation contre Nation
, à l'occaſion de leur peu
de courage qu'ils ſe reprocherent
lesuns aux autres . Ils en
vinrent aux mains & le Gouverneur
de Cadix qui voulut
les ſeparer , fut bleſſe en cette
occafion . Ces Vaiſſeaux avoient
au grand Mats Pavillon
Eſpagnol , Anglois
Hollandois .
&
Sur ce qu'on avoit publié
des Flotes , qui estoient en
eſtat de s'approcher , on eſtoit
tous les jours dans l'impatience
d'apprendre des nouGALANT.
165
す
וי CL
LYON
E
toſt qu'elles deviennent contraires
, ce que nous avons esté obligez
de faire dans l'Iroiſe& à la hauteur
d'Oueſſant depuis le 23. du
mois passé que nous miſmes à la
H 3
164 MER CURE
L 14
en
Sur ce qu'on avoit publié
des Flotes , qui estoient
eſtat de s'approcher , on eſtoit
tous les jours dans l'impatience
d'apprendre des nouGALANT.
165
د
velles d'un Combat. Cependant
il eſtoit impoſſible de le
donner comme vous allez
le voir en lifant dans le lournal
queje vous envoye , ce qui
s'eft paffé avant que ces Flotes
foient venues aux mains .
Abord da Furieux à la hauteur d'Atting ,
cofte d'Angleterre , le 14. Juillet 1690.
Es premiers jours de nôtre
àcommencer la Manoeuvre que
nous faisons tous les jours lors
que nous avons vent contraire
ou calme , ce qu'on appelle étaler
les marées , c'est àdire , sefervir
_des favorables , & mouiller aussitoſt
qu'elles deviennent contraires
, ce que nous avons esté obligez
de faire dans l'Iroife& à la hauteur
d'Oueſſant depuis le 23. dw
mois passé que nous miſmes à la
H 3
166 MERCVRE
voile ,jusqu'an 29. que les vents
s'eſtant rangez à l'ouest,ontfavorifé
nôtre entrée dans la Manche.
Le 30. à la pointe du jour ,
nous découvriſmes le Cap Lazard.
Les vents ſe rangerent au
Sud ouest , & nous nous trou
vafmes à la hauteur de Falmont
par les 66.braffes .
,
où ils en
Le premier Juillet , les vents
continuant à nous eſtre favorables
nous costoyames toûjours
l'Angleterre. Sur les dix heures
du foir , les Vaiſſeaux de Chaffe
envoyerent leurs chaloupes ar.
mées proche de terre
leverent cinq ou fix Bateaux de
Pescheurs. Mr de Tourville en
ayant tiré ce qu'il en vouloit fçavoir
les renvoya le lendemain
avec leurs Bateaux leur ayant
fait payerle poiſſon qu'on y avoit
trouvé. Cela Se fit par le
GALANT .
167
10
A
travers & aux environs de Pleimouth
.
Le lendemain 2. le vent étant
,
S
1. à l'ouest Nord. Oueft nous fit
continuer nostre route , prolongeant
la coſte d'Angleterre qui est fort
Saine . Nous reconnusmes l'isle de
- VVith , dont ayant costoyé une
partie , les premiers Vaisseaux de
l'Avant-garde en découvrirent
plusieurs de l'Armée Ennemie
mouillée hors la pointe de ſainte
Helene , sans en ponvoirsçavoir
au juste le nombre qui nous
fit revirer le bord au large pour
nous mettre en ordre debataille ,
& les combattre le lendemain à
la pointe du jour ; mais le vent
estant venu à calmer pendant la
nuit , &le Jussan nous jettant
dehors , l'Armée mouilla par les
35. braſſes . Il est certain que si
le jour suivant nous cuffions eu
ce
H4
168 MERCURE
1
1
le mesme vent , nous les euſſions
combatus & défaits , car ils ne
S'attendosent pas à nous voir de
fi prés ; mais le vent s'eftant
rangé au Nord Est , nous fusmes
obligez de rester & de mouiller
juſque ſur les quatre heures apres
midy , que nous levaſmes l'ancre
pour étaler la marée , qui nous
raprochoit de l'Isle à la faveur
d'un petitvent de Sud Sud- Ouest
qui ayant entierement calme fur
la fin du jour ,nous obligea de
mouiller parles 27. braßes ,pour
ne pas perdre par le luſſan
que nous avions gagné par le
flot.
د
ce
Le 4 les ventsse déclarerent
tout à fait au Nord. Nord Est ,
& nous étalâmes la marée du
matin. Nos Vaiſſeaux qui étoient
à la découverte , firent le
fignal de l'Armée Ennemie la-m
GALANT. 169
6
quelle on crut venir vent arriere
fur nous , ce quiobligea nos Vaif-
Seauxde Garde de venir prendre
leurs postes chacun dansfaDivifion.
Celle de Mr de Chasteaurenaud
qui devoit faire l' Arrieregarde
,se trouvant la plus au
vent, pritl' Avant garde & celle
de Mrle Comte d'Eftrées la plus
Sous levent,prit l'Arriere garde
& toute l'Arméeſeprepara àrecevoir
les Ennemis qui n'avoient
levé l'ancre que pour aller audevant
d'un secours de Vaisseaux
quileur venoit deHollande ,avec
lequel ils retournerent mouiller en
leurs Postes au zuſſan , qui nous
obligea d'en faire autant. Lors
qu'il fut passé , nous relevaſmes
pour étaler la marée , les vents
estant toûjours au Nord Nord-
Eft , & nous mouillames par les
27. braffes..
H
170
MERCVRE
1
La nuit du 4. au s . se paſſa
avec beaucoup d'orages & de
pluye. Nous levasmes l'ancre ;
& le vent ayant presque fait
tout le tour de la Bouſſole , se mit
au sud- Ouest. Comme il nous
estoit favorable pour joindre les
Ennemis toute l'Armée arriva
vent arriere ; mais celle des Ennemis
ne jugeant pas à propos de
La voile
2
nous attendre à l'ancre , vint à
& tirant le plus près
du vent , ils furent si heureux
que le vent fe rangea en moins
d'une heure au Sud & Sud- Est ,
ce qui nous obligea aussi de rete.
mir le vent pour nous le conferver
favorable ; maisle vent s'estant
encore tiré vers l'Est , & ensuite
à l'Eft. Nord Est ,
le gagnerent fur nous
les Ennemis
cuſſent
più arriverfur nostre Armée qui
n'estoit point en ordre de bataille,
GALANT.
171
,
ſi la moitié de leur corps de bataille
& leur Arriere garde ,
euſſent pû doubler un banc qui
eft à trois lieves au large ce qu'-
elles ne purent faire que fur le déclin
du jour. Pour nous, nous fumes
occupeztout le reste du jour
J à nous mettre en bataille نم لا
l'Avant- garde que reprit Mr le
Comte d'Estrées , disputale vent
aux Ennemis , qui ne jugerent
pas à propos d'attaquer.
Le lendemain s . à deux heures
apres minuit , l'une & l'autre Armée
appareilla en bon ordre de
#bataille , les Ennemis ayant toujours
le vent fur nous . Ainsinous
ne doutions point qu'ils ne vinf-
Sent nous attaquer. Ils en firent
toutes les façons , se laiſſant in-
Sensiblement tomber far nostre
Armée , dont ayant reconnu les
forces& le deffein que nous a-
4
H6
172 MERCVRE
1
४ it's vions de leur gagner le vent
femirentà leretenir autant qu'ils
purent , &fur le haut du jour ,
nous reconnusmes par leurs ma.
noeuvres qu'ils n'avoient nul deffein
de nous combatre. Le calme
nous ayant pris , les deux Flotes
mouillerent à la veue l'une de
L'autre, Par la decouverte que
Jean Bart fit alors de l'Armée des
Ennemis , elle n'estoit encore
composée que de cinquante ſept
Vaisseaux de guerre , tant gros
que petits , & de trente autres.
petits Bastimens , Fregates &
Brulots. Nous leurs sommes fans
doute encore fuperieurs en forces ,
puis que nous avons foixante &
dix gros Vaisseaux , & que le
Solide & l'Indien viennent de
joindre l'Armée. Ce qui nous paroiſteſt
, que les Anglois & Hol
tandois ſe ménagent l'avantage
GALANT. 173
A
du vent qu'ils ont eu jusqu'à
preſent favorable , pour attendre
encore un nouveau Secours qui
les doit joindre à la fin de ce
mois , venant de Hollande , ou
ifi les vents changent , ils s'en ferviront
pour se retirer. Le 7. les
deux Armées appareillerent au
flot.
Mr de Tourville vient de recevoir
un paquet de la Cour , par
lequel M. de Seignelay luy fait
part de l'heureuſe nouvelle de la
Victoire que l'Armée du Roya
remportée sur les Allie.z Nous
nous preparons à la faire sçavoir
aux Ennemis par plusieurs falves
2.&en executant un ordre
de Sa Majesté , fort précis de
joindre & de combattre les En.
nemis le pius promptement que
faire ſe pourra ce qui n'a pas
esté jusqu'icy à nostre diſpoſition
174
MERCURE
estant vray que si le vent nous
euſt esté favorablefix heures feulement
le 4. de ce mois , les
Ennemis estoient battus , &le
Roy vainqueur par Mer & par
Terre.
Le 8. nous levasmes l'ancre
fur lesneufheures , estant à l'Est
Nord Est , & portasmes le plus
présle Cap au Nord. Sur les onze
heures nous revirâmes de bord .
& couruſmesle Sud- Est , coste de
Normandie , Pays de Caux , &
à une beure aprés midy nous
mouillaſmes par les 27 .. braſſes
beau fond. Après avoir étalé la
marée , le juſſan paſſe à huit
heures nous relevaſmes derechef
avec le mesme air de vent
pour profiter de la marée , & à
une heure aprés minuit nous
mouillaſmes par les 30. braffes ,
ayant fait quatre lieues & demis
و
GALANT.
175
par eftime, Nous entendiſmes &
viſmes sur les onze heures dufoir
le ffeeuuddees coups de l'amour des
• ſignaux des Anglois .
داز
10
Le 9. nous relevaſmes à la fin
du luſſan , les vents estant au
Nord 4. de Nor.Eft. Nos Gar-
E des avancées firent fignalde l'Armée
ennemie par quelques coups
de Canon &hiſſant un Pavillon
rouge autant de fois qu'ils
comptoient de Vaisseaux , ils nous
en firent paroiſtre ſoixante de ligne
qui avoient la bordéefur nos
terres. Nostre Armée ayant relevé
le General fit signal de revi
rer tous ensemble par un Pavillon
bleu au grand Mast
chaque Vaisseau executa
toute l'Armée porta au plus prés
du vent au Nord - Ouest 4.0 .
d'ouest , & enfin fit fignal d'ordre
de bataille par un petit Pavil
la
و ceque
2
نم
176
MERCVRE
lon blanc à la vergue d'Artimon ,
& un autre pour prendre chacun
fon poste par un autre Pavillon
rayé rouge & blanc à la vergue
de fougue. A la fin de la marée
nous mouillâmes par trente braffes
aprés avoir fait cing lieuës. Les
Ennemis ne faisoient point d'au.
tre manoeuvre , & toûjours mouiller
& relever à noſtre veuë , éloignez
de nous de trois lieues au
plus . Nous relevaſmes à la marée
du soir , & eux pareillement
pour l'étaler , le vent estant Nord.
Nord Ouest assez favorable pour
nous Nous relevaſmes à celle de
la nuit & les Ennemis firent de
mesme , le vent estant Nord 4.
de Nord-Eft.
Le 10. entre l'isle de vith &
Le Cap de Ferlay , dés la pointe du
jour , nous découvriſmes que l'Ar
mée cumemie rangée en bataille
GALANT.
177
১
A
venoit fur nous vent arriere à la
faveur d'un vent de Nor- Nord-
Est , & du luſſan qui les portoit
fur nous . Un tel ordre nous fit
reconnoistre qu'ils s'estoient re-
+ Solus enfin pour leur honneur à
nous venir combattre , ayant jufque-
latoûjours fuy devant nous.
Nous nous preparaſmes à les bien
recevoir , & miſmes en ordre de
bataille. L'Arriere. garde que com.
mande Mr de Chasteaurenaud
se trouvant auvent de l'Armée
fit l'Avant- garde ,& Mr le
Comte d'Estrées ſous le vent fit
l'Arrie garde. En moins d'une
beure & demie nousfuſmes ran-
- gezsur une ligne .
A
11
6
L'Armée ennemie estoit compo.
fée de foixante gros Vaiſſeaux de
guerre. Elle fe divifa en deux
&ſembloit d'abord n'en vouloir
qu'à l'Avant-garde & Arriere-
6
178 MERCVRE
៖
:
garde mais l'une & l'autre ligne
S'estant étendue , elles firent front
àtoutenostre Armée , & arriverent
fur elle en cette diſpoſition.
Les Hollandois que commandoit le
General Evertzen , avoient l'A
vant garde ; les Anglois com.
mandez par Herbert avoient
l'Arriere - garde , & leur corps de
Bataille estoit composé de l'une
& de l'autre , commandée par
le Vice-Amiral Hollandois. Il
nousparut que le deſſein des Ennemis
estoit de faire les derniers
efforts pour faire plier nostre Avant
garde & nostre Arriere.
garde , puis que la principale
force de leurs Vaisseaux estoit opposée
àl'une & à l'autre , & que
les Generaux Anglois & Hollandois
, ſe devoient joindre enfuite
pour mettre en déroute nostre
Corps de Bataille.
GALANT . 179
17
A
Los Armées estant ainsi difposées
, commencerent à combattreſur
les neufheures du matin.
L'Amiral Hollandois tira le premier
, & fit signal à l'Avantgarde.
L'amiral Herbert en fit
autant à l'arriere garde , & en-
Suitele Vice- amiral Hotlandois
an Corps de Bataille. Toute leur
Armée fit feu , & la nostre ny
* répondit que lors que nous viſmes
I qu'il n'y avoit point d'esperance
de se battre de plus prés , puis
qu'ils étoient les maistres du Combat
& du -vent qu'ils avoient
fur nous. Apres avoir combattu
deux heures , nous reconnusmes par
le soin que l'Amiral Herbert prenoit
de tenir le vent , que la honte
Seule de ſe voir poursuivy par les
François estant joint aux Hollandois
, l'avoit engagé à nous
Laurer ane espece de combat pour
180 MERCURE
Se mettreà couvert de ce reproche
& dire qu'il avoit combatu , &se
vetirer , puis qu'il ne s'attacha
qu'à l'endroit le plus foible de nôtre
ligne où estoit la jonction de
l'avant-garde & du Corps de Bataille
; il y trouva neanmoins tant
de vigueur , foûtenive par M.
d'Amfreville & les Capitaines qui
formoient cette Escadre , qu'il les
beurta inutilement , & n'ofa même
, bien qu'il cust un Vaisseau de
cent dix pieces de Canon , presterle
colet au Magnifique de quatre.
wingt pieces que commandoit M.
d'Amfreville , & ne s'attacha
qu'aux plus foibles, dont neanmoins
il ne put faire plier aucun , ayant
rouvé tant de resistance dans S.
Pierre , Sepville & Bellefontaine
qu'il jugeoit les plus foibles , qu'il
evita de ſe ioindre au Contre-ami.
zal Hollandois , qui avec trois Vais
GALANT. 181
feaux fort gros combatroit M. de
Tourville & ses deux Matelots ,
Coëtlogon &la Porte.
Herbert nous envoya un Vaiſſeau
de foixante pieces de Canon par
nostre travers, quin'y reſta pasune
heure. Nous le démataſmes de fon
grand hunier, & ilſefit remorquer
auvent parſes Chaloupes , crignant
de demeurerſous nostre feu, &celuy
du Marquis commandé par M.de
Chasteau - Morand , qui n'avoit
-point d'occupation, parce qu' Herbert
ne venoit point remplir ce quide
qui estoit entre luy &le Contreamiral
Hollandois . Il en fit lesfaçons
, ce quinous fit ceffer le feude
nôtre Vaiſſeau pour vendre nos gens
plus frais à le recevoir ; mais il en
perdit le deſſein , lors qu'il vit que
le Vaiſſeau qu'il venoit de nous en.
voyer , avoit estèsi bien receu , &م
que nous étios encore trois Vaisseaux
182 MERCVRE
qui avoient peu combattu , & qui
s'étoient avancez hors la ligne pour
le recevoir si bien que luy & ses
deuxgros Matelots qui étoient de
quatre vingt dix pieces , abandonnerent
lâchement le Contre- amiral
Hollandois qu'ils auroient pu facilementfecourir.
Le restedefa Divifion
nefi pas mieux contre celle de
M. le Comte d'Estrées hors leur
Vice-amiral qui ayant plus d'honneur
, luy avoit preſté le coſté, mais
qui se retira bien- toft de deſſous Son
feu,
Ie puis vous aſſeurer que le
reste de leurs Vaisseaux n'oferent
s'approcher des nostres jusqu'à la
Mousqueterie ; la reſiſtance qu'-
ils trouverent dans cette arriere-
garde , leur fit embrasser avec
joye le party de leur Ami.
ral , qui ayant combattu -deux
heures plus qu'il ne pretendoit
*
GALAN T. 183
& n'ayant gagné que des coups
par la quantité qu'on en avoit
tiré , la Mer s'estant calmée , se
fit remorquer& les liens de tou
tes leurs Chaloupes , pourse retirer
* de nostre feu qui commençoit
à les incommoder furieusement.
Quantà l'avant- garde , il faut
rendre cette justice aux Hollan.
dois , ils ont fait tout ce qu'on
peut attendre de braves gens ,
fans vouloir neanmoins s'exposer
à nostre Mousqueterie . Ils ont
tous en general & en particulier
vendu un fort beau Combat , de
Canon seulement. Ils ont lieu
aauufſfſiiddee sſee flloowueer de la bonne maniere
dont ils ont esté receus , &
- de la vigueur qu'ils ont trouvée
dans la Division en general , &
%
dans les Efcadres en particulier .
dontpas une, ainsi qu'aucun Vaisfeau
, ne s'est éloignée de (on Chef,
1
184 MERCVRE
1
quelques efforts qu'ils ayent fait
pour les faire plier comme ils se
l'étoient proposé: ce que ne voyant
plus lieu de faire , ils étendirent
leurs ligne & vinrent ſe ioindre,
&formerent un front opposéà nôtre
Corps de Bataille pourſecourir leur
Vice.admiral. Ils trouverent dans
la premiere Escadre du corps de
Bataille que commandoit M. de
Nemond , autant de reſiſtance&de
vigueur au moins que dans l'a
vant-garde, & ils furent obligez,
comme Herbert , de se retirer , se
trouvant déia tres . maltraitez,
aprés neanmoins que leur Viceamiral,
fes deux Matelots & quelques
autres vaisseaux se furent
battus iusqu'à la derniere extre.
mité contre M. de Tourville , qui
les rafa comme des pontons &les
cribla de coups , en fortequ'ils furent
GALANT. 185
A
rent obligez d'en abandonner cing,
qui seroient infailliblement tombez
entre nos mains , ſi les Galeres
nous euffent joints pour les remorquer
dans un calme qui nous
prit. Les Anglois & Hollandois
ayant envoyé affez de Chalou-
* pes pour les retirer de deſſous
nostre few , dont quelques- unes fbrent
coulées à fond, ils firent une
retraite fort honorable à la veuё
de nostre Armée , & ne nous
laiſſerent qu'un seul Vaisseau
Hollandois de soixante & dix
pieces de Canon dont nous nous
emparasmes . Ils donnerent la remorque
aux autres
qu'ils fuſſent retirez au milieu de
Leur Armée.
iusqu'à ce
Il est certain que le dommage
qu'ils ont receu dans cette action
est tres- confiderable , comme nous
Le reconnoiſſons de tour à autre.
Juillet 1690. I
J86 MERCURE
2.
Plus de dix de leurs Vaisseaux
ont esté demastez , & plus de
fixdes plus gros de Hollande mis
hors d'estat de pouvoir encor Ser.
vir. Ilsferoient tous tombez entre
nos mains , fi le vent de Sud qui
commença fur la fin du Combat ,
cust continué assezde temps pour
les pouvoir ioindre , nous les
envelopions entre noftre Corps de
Bataille & noftre Avant-garde ,
&aucun neseroit échapé.
Le dommage que nous y avons
receu est de peu de confe.
quence , eu égard à l'avantage
du vent qu'ils avoient sur nous.
LeVaisseau le Terrible ,que com.
mande Mr Pannetié , est celay
qui en a le plus fouffert par une
bombe qui est tombéesur sa poupe ,
quila rafée & reduite en Fregate
, & mis cent hommes de
Jon équipage hors de Combat. Le
GALANT. 187
- Serieux , le Tonnant A
fi
M
A
1
11
11
د
leModevé,
&l'illustre ,font ceux qui ont
efté les plus maltraitez dans leurs
Equipages : car pour les Mats
& les Corps de Batimens , les
Ennemis ont eu le chagrin de
n'en voir aucun à la bande pour
Se raccommoder, ny aucun Mats
venirà bas,
un
L'oubliois de vous dire qu'a.
prés une heure de Combat
brave d'Angleterre , voulut tenter
de bruler un de nos Vaiſſeaux ,
mais ilſe brula luy-mesme à nôtre
veuë d'un coup de Canon des
noftres qui y mitle feu. Le Vice-
Amiral Rouge , Anglois estant
venu au secours des Hollandois
quise battoient contrenoſtre Corps
de Bataille , n'eut pas demeuré
une heure par le travers de Mr
de Nemond, qu'il le fit bafler , &
abandonna Ses Camarades.
1
12
188 MERCURE
Les Ennemis à la verité n'é.
د
soient pas si forts que nous en
nombre de Vaisseaux , mais ils
en avoient foixante gros , entre
lesquels on na trouve qu'une
Fregate de 40 pieces de Canon,
Cela ioint avec l'avantage qu'ils
Lavoient sur nous nous les ren.
doitdu moins égaux puis que du
nombre des noftres , nous en avions
tivé huit hors de ligne , fur
tout ceux qui estoient au deffous
de 40. pieses de Canon. Ainsi
nostre ligne n'estoit composée que
de 65 gros Vaiſſeaux.
Le Combatfiny , chacun fonges
à reparer les dommages qu'il avoit
soufferts Nofire Armée ayant
reparé les fiens , & les vents s'étant
déclarezla nuit du 10. au II .
an Nord-Nord Est , nous recommençasmes
à étaler les Marées
&àpoursuivre Le 11. les En
GALANT. r89
nemis nous parurent en grand
* defordre & meſintelligence , puis
que les Anglois ne peuvent ca
( cher qu'ils ont entierement abandonné
les Hollandois dans cette
affaire , dont ceux- cy ont porte
| toute la perte ; & fans offenfor
l'Amiral Herbert , on peut dire
qu'il est indigne d'un pareil Com
mandement . Le mesme iour 11.
nous reconnusmes de plus en plus
fleur perte , & pour n'avoir rien
qui nous empefchast de les pourfuture
, & de profiter de nostre
avantage , nous brulaſmes le Vaif-
Seau Hollandois que nous avions.
pris , aprésen avoir tiré tout ce
qui nous estoit utile. Nousremar
quaſmes que les Ennemis en faifoient
remorquer cing par leurs
meilleurs Voiliers tout demâtez
ce qui fit que Mr de Tourville
13
190 MERCVRE
ne perdit pas un moment à les
poursuivre, jugeant qu'il les engageroit
à un fecond Combat , ou
qu'il les obligeroit pour se fauver
d'abandonner les cing Vaisseaux
endommagez. Auſſi prirent- ils ce
dernier party comme le plus feur
pour eux , car la nuit du II . AU
12. les vents leur estant toûjours
contraires pourfuir, comme ilsnous
Restoient pour les poursuivre , ils
brulerent levice. Amiral Hollan.
dois de 80. pieces de Canon, dont le
feu nous fervit d'un fou dejoye
pendant tout le quart de la nuit,
jusqu'à ce que le feu ayant gagné
les poudres , ilfauta en l'air
un bruit effroyable. Le
grand nombre de coups de Canon
que nous entendiſmes pendant que
ce Vaisseau braloit nous fit
coniecturer qu'ils en couloient
encore quelques autres , qu'ils
Avec
GALANT. 191
وا
X
desesperoient de pouvoir ſauver.
Le 12. les vents estant à l'Est-
Nord - Est toûjours contraires,
nous reconnusmes qu'ils en avoient
remaſté deux des Mats
de Miſene, pour les pouvoir Sauveren
leur faisant faire vent
arriere le long des costes d'Angleterre,
le Matelot du Vice- Amiral
Hollandois , & un autre Vaisseau
Anglois , croyant que la Terre les
mangeant ils s'échaperoient à
nostre venë , ou que du moins
s'ils estoient découverts , ils pourroient
lesfaire échouer, & en tirerle
Canon , l'un estant de 44.
pieces , & l'autre de foixante ;
mais Mr de Tourville continuant
Sa chaſſe , détacha un Vaiſſcau
de chaque Division & quelques
Brulots pour les obſerver & les
garder.
Le 13. les vents s'estant beau-
:
14
192 MERCURE
coup rafraichis à l'Est Nord- Est ,
les Ennemis & nous , étalames les
Marées reciproquement ; mais
eux pour n'avoir rien qui les
empefchaft de fuir , se deffirent
encore d'un de leurs Vaisseaux
que nous viſmes ſanter en l'air
Surles 11. heures du matin , &
nous en fiſmes autant , pour n'avoir
rien qui nous empefchast de
les poursuivre . On envoya ordre
à nos Vaisseaux de brûler ceux
qui s'estoient retirez fur leurs
coftes , dont nous avons deja parlé,
ce qui fut executé aprés fort
peu de reſiſtance de la part de
ceux qui estoient dedans , quiſe
Sauverent àterre.
Ainfinous comptons premierementfix
de leurs plus grands Vaif-
Seaux abismez, dont le moindre
eftoitde 60. pieces de Canon , deux
de 80. deux de 60. & un autre
GALANT.
193
,
car
de 66. Voilà l'avantage que nous
a donné le vent contraire
fi nous l'avions en arriere ou lara
gue pour poursuivre nos Ennemis,
( c'est fans difficulté qu'ils auroient
fauvéces cinqVaisseaux derniers ,.
dont Mr deVillette a fait l'expedition
far la coste d'Angleterre ,.
& dont ils font affoiblis ; mais
allegezdans leur fuite d'une ma
niere que nous les perdons de
vene.
Le 14. les vents continuerent
1. de mesme force & au mesme ens
droit , ce qui nous fit encore reſter
à l'ancre toute cette journée , qu'il
nous joignit un Convoy party de
Brest le premier de ce mois ,ef
corté d'un Vaisseau de guerre ap
pellé le Sage, de 60. pieces & de
deux Brulots.
On vientdefaire un détache
ment de deux Vaisseaux & de
I
194 MERCVRE
deux Brulots , pour aller bruler
deux autres Vaisseaux: Ennemis
échouez au Cap de la Rie , qui
Subirent le moſme fort que les autres
, abandonnez de leurs Equipages.
Il vient encore de nous
joindre un autre Convoy du
Havre de Grace de rafraichiffemens
pour les Capitaines & pour
les Malades & Bleffez de l'Armée
, escorté d'un vaisseau de
44. pieces de Canon.
Le tempss'est éclaircy , & les
Sentinelles ont découvert quatre
Vaisseaux ennemis à la coste. le
viens d'apprendre au juste la perte
que les Ennemis ont faite , Premierement
nous leur avons brulé
un Vaisseau le lendemain du
Combat de 60. pieces de Canon..
Lanuitdu 11. au 12. ils en brulerent
un autre de 70. pieces ,le
Matelotde leur Vice. Amiral. Le
I
GALANT.
195
13. deux de leur Vaiſſeaux s'é
tant arrestezà la coste , &se
I voyant poursuivis des nostres
y brulerent les Equipages ,
• ayant mis le feu avant que de
les abandonner. Ils estoient de 60 ..
à 66. pieces . Les cinq poursuivis
par Mr de Villette , deux brulez
& trois coulez à fond , cing de
• leurs Brulots brulez es coulez à
fondpar nostre Canon ; deux autres
Baftimens échouezàla Baye
d'Attingue , & un autre à la
pointe de la Rie que Mr d'Amfreville
a ordre d'aller bruler. Ils
- en ont encore coulè bas deux &
brulé un autres car depuis peu o8
les atous comptez distinctement ,
& on reconnoist que ces derniers :
manquent à leur nombre. Ainfii
on peut direqu'ils ont perdu 14. ou
15. gros Vaisseaux & S. Brulots.
A nostre égard nous n'avons
;
116
196
MERCVRE
pas perdu une Chaloupe. Ie ne
Sçaypoint encore l'estat des Blef
Sez & Morts sur nos Vaisseaux ;
mais on m'a assuré quil n'y en
avoitpas cinq cens & peu d'Officiers
..
J'ay trouvé cette Relation fi
belle ,& je l'ay veuë dans une
approbation ſi generale , que :
j'ay crusvous en devoir envoyer
une copie , au lieu d'en
compoſer ſelon mas coûtame,
des meilleures qui me font
tombées entre les mains.' Cea.
pendant .comme il eſt impoſſi
ble que dans une Bataille la
mêmeperſonne ſetrouve partout
oùl'on combat, j'ay encore
tiré beaucoup d'endroits
remarquables de pluſieurs autres
Relations pour vous ena
faire part. L'une porte ce qui
fait.
3
3
T
GALANT.
197
1
Ce Combat a esté un des plus
chauds dont on ait parlé depuis
- long temps , tant pour les Hollana
dois que pour une partie de nos
-Vaisseaux , tous n'ayant pas en
oscafion de ſe battre également..
Cinq ou fix des Navires de nôtre
teste qui n'avoient point d'Enne
mis par leurs travers ,forcerent
de voilepour gagner le vent de la
tefte des Ennemis , ce qu'ils fi
rent , & ayant reviré , ils ser
trouverent au vent , de forte que
s'il n'eust pas manqué tout d'un
coup , & que le calme ne fust:
point venu , un peloton de quin
Ze Vaisseaux Hollandois n'au
roit pu se garantir d'estre enle
vé. Ils sousinvent un combat de
cing beures ,&comme ils étoient
chargez par des meilleurs Vaif
Seaux de l'Armée qui estoient:
sout frais , & qu'on les envas
가
198 MERCVRE
lopoit dans un croissant de nos
Navires , qui tous avoient des
Chaloupes pour se remorquer fur
les Ennemis , ils n'eussent pû
éviterd'estre pris , mais nos Na.
vires tirant plus d'eau que les
leurs , & le courant du luſſan
nous en éloignant sur les cing:
heures du foir , il ne nous fut
pas possible de les approcher...
Nous eusmes neanmoins l'efperance
sur la fin du combat d'en
aborder un , & nous fismes pour
cela toute la manoeuvre que nous
pouvions faire . Comme le premier
Navire ennemi qui nous
reſta toute la nuit , démasta auprés
du nostre , & que Mrs de
Tourville & de Nesmond , &
quelques autres l'ayant fait remorquer
pour couper les Ennemis
, le laifferent comme rendu ,
nos Chaloupes y allerent. 19
GALANT.
199
allay aussi avec la nostre ; c'é
toit une chose qui faisoit com.
paſſion , Detrois cens cinquante
hommes quiestoient deſſus , iln'en
restoit pas quatre-vingt , & il
n'y avoit pas un pied fur le
Vaisseau , depuis l'eau jusqu'au
baut , où il n'y eust un coup de
canon. On n'y voyoit que gens
- l'unſur l'autre , morts ou mourans.
Le lendemain nous fuſmes obli
gez de le brûler. C'estoit un
Vaisseau desoixante buit canons.
Hollandois qui se font parfaitement
bien battus ; les Anglois
n'ont pas fait de mesme. Leur
Escadre blenë qui est en possesfion
de faire mieux que les au-
& qui tomba fur Mr le
Comte d'Estrées , ne ſebattit pas
mal mais de plus loin que les
Hollandois. Ils ne tiprens pas fi
long - temps , & commencerent
tres
,
200 MERCURE
>
plus tard le Combat. On croit:
qu'ils ont jetté des bombes . Je
n'en doute point , ayant entendu
des coups de mortier. Le Terrible
en croit avoir receu une fur fa
poupe , qui la luy a toute enle
vée , & a causé un fort grand
fracas. Cela n'empesche pas qu'il
neſoit en estat de combatre en
core . C'est une chase admirable
qu'aucun de nos Vaisseaux n'ait
efté ny demâté ny desemparé. Il y
en a eu quelques - uns d'incommo
dez dans leurs Mats , cela ne pou --
vant estre autrement . Il y a bien
de la gloire pourMr de Seigne
lay , d'avoir étably depuis plufieurs
années de fi belles Ecoles
de Canonniers. Ie ne crois pas
que les Ennemis veuillent de
tong temps éprouver la bravoure
de la marine , qu'ils auroient fen
tie tout autrement ,fi nous avions
GALANT. 201
ment.
, qu'on
eu le vent favorable ,& qu'on
euſt pû les tenir à la Mousque
terie. Si l'avantage eust este pareil
de ce costé là , le Combat
n'auroit pas duré buit groffes
beures , comme il a fait. Il est
plus glorieux pour les armes du
Roy & pour la marine
les ait trouvez joints , qu'autre-
Nous avions peut- estre
plus de Vaisseaux à trois ponts
qu'eux mais en recompense
presque tous leurs Navires é
toient de 68. 70.676. canons ,
Gjeleur ay toûjours compté 60.
61.64. & 66. Vaiſſeaux de ligne ,
ce qu'on ne peut dire au juſte à
cauſe qu'ils mettent leurs Brulots
en ligne. Non seulement ils
ne pouvoient ignorer nos forces
mais ils nous ont creu encore plus
forts que nous n'eſtions , par les
listes qu'il peuvent avoir veness
,
202 MERCVRE
,
& il faut qu'ils ayent jugé le
nombre de leurs Vaisseaux plus
que suffisant pour nous mettre en
déroute puis qu'ils font venus.
nous attaquer. Trois jours avant
le combat ,Mr de Tourville avoit
ofté de laligne ceux des nostres
qui n'avoient pas des canons de
dixbuit livres de bales ; ainſi il
n'avoit pasplus de 68. Vaisseaux
en ligne. Les Ennemis ont fait
tout ce qu'ils ont pu pour en faire:
plier quelquesuns de 54. à 56.
canons dans nostre Division de
la Cornettebleuë , & ils doivent
avoir esté fort surpris de n'avoir
půen veniràbout.
L'article ſuivant eſt tiréd'us
ne Lettre écrite par Mr les
Comte de Chaſteaurenaud..
La nuit du 9. au 10. de Juillet
Mrle Comte de Tourville menzoya
quelque ordre , & me fit
GALANT. 203
dire par l'Aide- Maior qu'il estoit
refolu d'engager le Combat à quelque
prix que ce fust , mesme àvau
levent des Ennemis. Il parut enfuite
aux Officiers de mon Bord ,
qu'il avoit fait les fignaux de
forcer de voile. l'y repondis des
feux & du Canon. le fis force
avec toute mon Escadre , یم
mouillay ſur les deux heures aprés
minuit , ayant ouy moy mesme les
fignauxde mouillage que l'attendois
Quelque - temps après le
zour paroiſſant , iefus furpris de
me voir à pareille distance de
Mr de Tourville & des Ennemis
qui estoient encore fous voile. Ils
avoient le vent , & me voyant
mouillé & éloigné avec mon Ef
cadre du reste de l'Armée , cela
leurput faire croire qu'il leur ſe.
roitfacile de profiter de cet avanrage.
Ausfi ne tarderent- ils pass
204
MERCVRE
ой ie
d'arriver fur moy. Je ne m'en
embarraffay pas. Ie mis d'abord
Sous voile avec toute mon Efcadre
, & vins regagner en bon
ordre la tefte dela ligne ,
memisen pane pour les attendre ,
Ainsi que fit Mr de Tourville a.
vec le reste de l'Armée. Les En.
nemis continuerent d'arriver ,&
vinrent auſſi en bon ordre attaquer
noftre ligne presque de front &en
meſme temps . Les Hollandois me
tomberent en partage , & arrive...
rent un peu plus , &un peu plûtost
que leveſtede laligne. Ilsfirent une
faute bien confiderable pour des
gensdu mestierdontje connus bien
d'abord que je profiterois , mais je
les laiſſay engager au combat ,&
lors queje vis qu'ils alloient commencer
, & qu'ils n'avoient pas
affezprolongé leur ligne pour com
battre les Paiſſeaux de la teste je
GALANT.
205
fis lefignatordonné, afin que la Diwifion
de Mrde Villette fiftforce de
voile pour estre en estat de revirer
fur les Ennemis , & les mettreentre
deuxfeux. Les Ennemis preſque en
mejme temps presenterent le costé ,
&commencerentàtirer à la petite
portée du Canon. La Division
deMr de Langeron réponditlapre.
miere,je le fis ensuite quandje les
vis bien engagez, & qu'on avoit
répondu auxfignaux. Lefeu de la
reſtedes Ennemis nefut quere bien
étably que par le travers du Oheva.
lierdeMontbron& de Mr Daligre
quiestoitmon Matelot de l' Avant.
LeVice-Amiral&le Contre- Ami
valdes Ennemis avec deux autres
Vaisseaux bien ferrez se mirent
parmon travers , & par celuy de
I'Ardent commandépar Mr d'am.
freville,&nous fiſmes long-temps
fort grandfeu de part&d'autre.
206 MERCVRE
Le Pompeux , commandé parMr
Daligre , quifit toûjours fort bien
fon devoir dans toute l'occaſion,
laiſſa tombersa Miſene ,croyant
devoir forcer de voile. Comme la
Division de Mr Villette , à qui
on avoit fait lesignal , se trouva
unpeu loin de moy , jefus obligé de
taiſſer tomber la mienne pour m'en
rapprocher. L'Ardent , mon Matelot
de l'Arriere ,futfimal traité,
qu'ilfut obligéd'arriver àvauleventpourferaccommoder
, Ce.contre-
temps m'expoſa ſeul quelque
temps au feu de ces quatre Vaif-
Seaux,fur lesquels ilfallutpartagerlemien.
Je mis dans ce tempslàleſignalà
la Division de Mrde
Villette , ayant pour celaforcé de
voile. Aprés qu'il eut reviré auffi
bien que MrsdeRelingue , de Larteloire,
de la Galiffonniere, de Ponty&
de Septeme , je reviray tout
GALAN T.
207
court,fans attendre queM. de Ri
bere le Comte Desgoulle,M. de Per
fin ,le Chevalier de Montbron &
Mr Daligre les euſſentſuivis . Je
le fis avec beaucoup de peine à
cause du calme, &pour ne point
perdre de temps , j'envoyay Mr le
Chevalier de Beaujeu , qui voulut
bieny aller luy- mesme, pour avertir
les Vaisseaux qui n'avoient
point reviré , de reviver en mesme
temps derriere ; &de faire laforce
de voile qu'ils pourroient . Quelques
Vaisseaux Ennemis paſſantpar
cet intervalle de la ligne , arriverent
sous le vent pour nous éviter ,
&fans lecalme, nous euſſions fait
infailliblement perirtoute cetteEfcadre
quise trouvoit engagée dans
la nostre &dans une partie de
celle de Mr de Tourville. Mir de
Perrinet foûtint fort bien, de mesme
que Mrs de Beanien , de la
208
MERCURE
Vigerie , de Sevigny , de Vaudricourt
, & du Rivaux que ie retrouway
avec Mr de Langeron dans une
bonne situation pour nous affeurer
anevictoire plus complette de tous
les Hollandois. Quant aux Anglois
vie ne lesvis plus au retour que ie
fis du coſtéde Mr de Tourville; i'ay
fceu seulement que Mr Herbert
leurAmiral, n'avoit ofése troawerparson
travers , n'y d'aucun
Vaiſſeau confiderable , & avoit
preferé dese trouver par celuy du
Comte, du Cheval-marin , & du
-Modere:
On a écrit à Bord du Soleil
- Royal , commandé par
Mr de Tourville , Vice amiral
, qu'il a fi fort maltraité
ſept ou huit gros Vaiſſeaux
de guerre qui ſe ſont trouvez
par ſon travers qu'ils
ont eſté tous tres-incommodez;
GALANT.
209
dez ; que les Hollandois ſe
font battus en braves gens,
ayant foûtenu le combat depuis
neufheures qu'il commença
, juſqu'à cinq heures
du ſoir ; que les Anglois ne
l'ont foutenu quetrois heures ,
aprés quoy ils ont tenu le
vent , l'Amiral Herbert ayant
le premier lâché le pied ;
qu'il n'y a pas un Vaiſſeau ,
fur tout ceux des Hollandois ,
qui n'ait eſté criblé , démâté ,
ou deſagréé que les deux
tiers de leurs équipages font
tuez bleffez , ou hors de
combat ; que la terreur des
François eſt tres.forte parmy
eux , & qu'il n'y a eu aucun
Officier tué ny bleſſé dant le
Vice- Amiral , mais ſeulement
un Garde Marine cinq Soldats
ou Matelois , & dix- huit
bleffez .
Iuillet 1690 . K
210 MERCVRE
د
د
L'Armée des Ennemis eſtoie
au vent rangée ſur une mêmeligne
; les Vaiſſeaux éloignez
ſeulement d'un demy
cable les uns des autres . Les
Hollandois avoient l'Avant
garde. Hebert l'Admiral
rouge , faifoit le Corps de
bataille & l'Amiral bleu
d'Angleterre faifoit l'Arrieregarde.
Tous les Vaiſſeaux de
ces trois Diviſions elloient
beaucoup plus forts que les
noſtres ; y en ayant plus de
douze de cent pieces de Canon
, & les autres à proportion.
Au vent de cette ligne
eſtoient leurs Brulots & les
autres Baſtimens qui faisoient
entr'eux une ligne , ce qui
montoit à cent douze voiles .
Les Hollandois ayant com
mencé le combat , les Anglois
qui ſe tinrent longtemps au
GALAN T. 211
vent pour éviter de tomber
fur nos Vaiſſeaux qui faisoient
un feu incroyable , ſe crurent
enfin obligez de faire figure.
Ils arriverent un peutard , &
tirerent leur bordée à deux
grades portées de Canon, pour
donner courage aux Hollandois
, en leur faiſant croire
qu'ils ſe battoient vigoureuſement.
Herbert qui avoit à
combattre noſtre Arrieregarde
, au lieu de chercher
noſtre Amiral , ce qu'il devoit
faire , ayant un Vaiſſeau de
cent picces de Canon , alla
attaquer un petit Vaiſſeau de .
quarante pieces , quiluy préta
le coſté , & l'obligea de ſe
retirer. Sa peur fut ſi grande ,
qu'il fit mettre un autre Vaiſ
ſeau devant luy , pour empêcher
que cette Fregate ne le
K 2
212
MERCVRE
brûlaſt , ou ne le coulaſt à
fond . Quelques Vaiſſeaux de
ſa Diviſion qui vouloient
fauver l'honneur de leur Patrie
, s'approcherent aſſez prés
pour ſe faire démâter. L'Amiral
bleu fit le brave en attaquant
Mr le Comte d'EΓ-
trées , qui l'obligea bien toſt
de ſe retirer . Les autres tarderent
peu à le ſuivre . Quand
ils furent un peu éloignez , ils
continuerent quelque temps
à tirer hors la portée du Cauon
. Mr d'Amfreville voyant
paffer Herbert par fon travers
, quitta ſa ligne pour lay
faire un défi mais il ne l'accepta
pas . Toutes les Relations
s'accordent à marquer
le peu de courage qu'il a fait
paroiſtre en ce combat . Il y
en a une qui porte que luy
GALANT .
213
,
& ſes deux Navires Matelots
ſe ſont contentez de jetter
leur feu pendaat trois heures
contre l'Apollon & le S. Michel
commandez par Mrs
Bidaut & Villars , mais avec
fort peu d'effet , puis qu'il n'y
a eu que trois hommes de
tuez & deux de bleſſez dans
l'Apollon . Mr l'Intendant té
moigna beaucoup de coeur ,
& donna de tres utiles conſeils
. Quoy que ce combat ait
duré huit heures
د
nous n'y
avons pas ſeulement perdu
une Chaloupe.
La nuit du 14. les Ennemis
furent obligez d'échoüer
deux de leurs Vaiſſeaux , &
d'y mettre le feu. Le Vice-
Amiral de Hollande en eſtoit
un. Leis.nos Vaiſſeaux firent
auſſi échoüer le Vice- Amiral
K 3
214 MERCURE
rouge d'Angleterre avec un
autre. Comme ils virent venirdeux
Brulots , ils arborerent
Pavillon Hollandois. Ils
firent cette manoeuvre , afin
d'empêcher de croire que ce
fuffent des Anglois. Mr de la
Roque Serin fit encore echoüer
un Vaſſeau de foixante
pieces de Canon. Le 19
au matin une de nos Chaloupes
amena à bord de l'Amiral
deux Prifonniers , qui'aſſurerent
que l'Armée ennemie
eſtoit aux Dunes , fort maltraitée
, & qu'il y avoit une
fi grande conſternation parmy
les Peuples , que la pluſ
part avoient déſerté , apprehendant
une deſcente .
On a parlé d'un Vaiſſeau
pris aux Hollandois , qui eſtoit
de 98. pieces de Canon que
GALAN T. 215
nous avons brulé . Ce Vaiſſeau
qui s'appelloit le Friſland , a
voit eſté entierment deſem
paré par Mr le Marquis de
Neſmond qui commande le
Souverain , & par Mr de Sainte
Maure , ſon Matelor , qui com
mande l'Arc-en ciel. Mr de
Neſmond envoya Mr de Pontac,
Capitaine de Vaiſſeau , à
bord du Hollandois pour le
faire rendre , à quoy le Capitaine
répondit qu'il ne ſe rendroit
jamais , ce qui l'obligea
de ſe retirer.Surce refus , M.de
Sainte Maure fit tirer encore
quelques volées de Canon
pour achever de ruiner ce
Vaiſſeau ,& enſuite il envoya
Mr Daire , Capitaine en ſe.
cond fur fon bord , ſommer
de nouveau le Capitaine Hollandois
de ſe rendre. MrDaire
K 4
216 MERCURE
,
en eut la meſme réponſe qu'il
avoit déja faite à Mr de Pontac
; mais cela n'empeſcha pas
qu'il n'allaſt toûjours à luy
quov que le Hollandois luy
criaſt de n'approcher pas. II
monta fur le Vanfeau , où il
y avoit encore 80. hommes
d'équipage en eſtat de combattre
& il le fit avec tant
d'intrepidité & de courage ,
qu'il s'en renditmaiſtre , aprés
avoir deſarmé le Capitaine
qu'ilmit dans ſon canot pour
le conduire fur l'Arc- en-ciel.
Quelque- temps aprés , il eut
ordre de Mr le Comte de
Tourville , qui ne vouloit
rien épargner pour ruiner entierement
les Ennemis , de
couler ce Vaiſſeau à fond , &
vovant qu'il ne s'empliſſoit
pas aſſez viſte , il y mit le feu en
+
4..
GALANT. 217
l'abandonnant. Le Capitaine
Hollandois fut conduit ſur le
bord de Mr le Marquis de Nemond
, par Mr dePontac , qui
alla le prendre fur l'Arc enciel
. Peu de jours auparavant ,
lorsque l'Armée du Roy côtoyoit
l'Angleterre , Mr Daire
ayantapperceu quelques Pefcheurs
& deséquipages de plu
fieurs Bateaux , s'eſtoit embarqué
dans une Chaloupe , &
avoit couru deſſus. Ces peſ
cheurs s'eſtant fauvez àterre ,
il les y pourſuivit, les fit prifonniers
, & les mena ſur ſon
bord , ce qui avoit commencé
àmettre l'alarme dans la côte.
On raconte un fait particulier
de Mr Panetić , Matelot
de Mr de Tourville, Dansle
tempsque le feu eſtoit à fon
Vaiſſeau , où il futmis par une
Ks
218 MERCURE
Bombe jettée , Mr de Tour
ville luy envoyadire qu'il euſt
à ſe retirer. Mr Panctiele fit
prier de permettre qu'il de .
meuraſt , parce que le mouvement
qu'il feroit pourroit
eſtre prejudiciable à toute
l'Armée , & demanda ſeulement
qu'on luy envoyaſt du
monde pour éteindre le feu
ce qui fut executé
>
Le Vaiſſeau de Mr le Cho
valier de Feuquieres à combattu
un Vaiſſeau Anglois de
90.pieces de Canon qui le devoit
écraſer , eſtant fort ſuperieur
au fien. Cependant il
tira fi mal , qu'il ne luy fit
preſque que des ricochets. Mr
de Mazancour fon Coufin ,
Lieutenant fur fon Vaiſſeau
cut la machoire caffée en
deux endroits , aufi-bien que
د
GALANT.
219
la clavicule de l'épaule . Cette
Victoire qui rend le Roy
Maistrede la Mer, nous coûte
fort peu de monde. On afſeure
que le nombre des tuez ,
tant Gardes , que Matelots &
Soldats , ne va pas à quatre
cens , & que celuy des Blefſez
n'eſt que de huit cens.
Quant aux Officiers , nous
n'avons perdu que Mr leChevalierdeClermont
, Capitaine
de Galere , embarqué ſur le
Pompeux , & Mrsles Cheva
liers Julliart , de Rothelin &
de Cerſeaux , Enſeignes de
Vaiſſeaux Mrde l'Iſle , Lieutenant
des Gardes de la Ma
rine , acu un bras emporté.
Mr de Belleville , Aide. Major,
a eſté bleſſé d'un éclat à la
teſte , & Mrsde Lauriere & de
Cogolin , l'un Lieutenant de
K 6
220 MERCURE
Galiote , & l'autre Enſeigne
de Vaiſſeau , ont eu chacun
une jambe emportée..
A
Il court une Liſte de l'état
de l'Armée Navale imprimée
& ſi défigurée , qu'à peine y
peut on reconnoiſtre douze
noms. Cela m'oblige à vous
en envoyer une tres - correcte
avec les noms des Brulots &
de ceux qui les commandent.
Le 29. du mois paſſe ,un
Armateur de Marseille pric
devant Tetonan un Vaificau
Anglois de 20 pieces de Canon
, chargé de riches marchandises
. Cet Armateur avoit
eſté obligé le 27. du mesme
mois d'y venir moüiller , à
cauſe du vent contraire qui
l'avoit empeſché de paſſer le
Detroit&de la nouvelle qu'il
ent que fur l'autre coſté du
GALANT. 221
Detroit il y avoit 22. Vaifſeaux
ou Anglois ou Hollandois
; ceux meſmes qui avoientlaiſſe
paſſer Mr de Châteaurenaud.
Ces deux raiſons
le firentdemeurer deux jours
dans cette Rade aprés quoy
ilvit venir vers lay un Vaifſean
, qui le trouvant à l'ancre
croyoit qu'il en auroit bon
marché, Le Capitaine du Vaif
ſeau François ſe laiſſa approcher
fans faire ſemblant de
s'en appercevoir ; mais lors
qu'il cut réconnu que c'eſtoir
un Anglois , & qu'il le vit à
la portée de deux boulets de
Canon , il fit couper ſes ca
bles , & alla fur luy à plaines
voiles . Après avoir tité fa
bordée de Canon & faMoufqueterie
il l'aborda , & s'en
rendit maiſtre en moins d'us
222 MERCURE
1
ne heure . La priſeeſt eſtimée
quarante mille écus.
Depuis ce que je vous ay
déja marqué dans cette Lettre
, qui s'eſtoit paffé en Savoye
, on a eu avis que les
Mondovis joints aux Milices
Piémentoiſes & à une partie
des Barbets , avoient inveſty
Luzerne. Mr de S. Silvestre
s'en approcha auffi- toft avec
un détachement , & les obligea
de prendre la fuite. Ils
revinrent neanmoins dés qu'il
ſe fut retiré , de ſorte qu'il
fallut y renvoyer Mr de Quinfon
avec douze cens hommes
pour les chaſſer. Mr Barthe ,
Gouverneur de cette Place ,
fit une ſortie qui les diſſipa
entierement . Le 7 de ce mois,
Mr Catinat ayant ſeeu que
les Troupes de Mr le Duc
GALANT.
223
>
de Savoye s'eſtoient retirées
du coſté de Montcallier , vint
camper à Brillane à trois
lieuës de Carignan. A peine
y fut on poſté que quelques
• Dragons Ennemis , conduits
par des Payfans armez , parurent.
Mrle Marquis de Feuquieres
, Maréchal de Camp
de jour , s'avança avec des
Dragons , & quelque Cavalerie
, & les fit fait en deſordre.
à Carignan. On en fit une
partie priſonniers , du nombre
deſquels ſe trouva un
Gentilhomme de Mouverant
prés de Valence , qui les commandoit.
Il s'eſtoit refugié
en Piedmont pour quelque
affaire qui pouvoit avoir des
ſuites. On ſceut de luy que
lesTroupes de Mr de Savoye
eſtoient en méchanteſtat ique
224
MERCVRE
১
l'Infanterie n'eſtoit preſque
compoſée que de milices &
que ſa Cavclerie eſtoit peu de
choſe . Ce Prince envoya propoſer
par un Trompette d'échanger
ce Gentilhomme ;
mais Mr de Catinat le refuſa ,
fur ce qu'il eſtoit Sujet du
Roy . Le 8. Mr de S. Silvestre
eſtant de jour , les Ennemis
furent apperceus par nosGardes
Fourageurs qu'ils vouloient
troubler. Comme la
nuit ils avoient fait marcher
mille hommes à Carignan ,
où ils s'eſtoient retranchez
tant Dragons qu'Infanterie
on pouſſa ſi vivement ces
Troupesavec nos Grenadiers
& Dragons , qu'on les chaſſa
dans leurs retranchemens ,
dont on força le premier &
le ſecond , en forte qu'on les
22
GALANT.
225
prit fans peine , & l'on fe
feroit rendu maistre de la
Place fi elle avoit eſté bonne
à quelque choſe , quoy que les
Ennemis qui croyoientqu'on
le vouloit faire fiſſent ſans
ceffe marcher des Troupes ,&
y vinffent avec toute leurArmée
; mais cette Place auroit
eſté emportée avant que ceux
que l'on envoyoit pour la
défendre fuſſent arrivez . Cela
eſtant fait , on continua de
fourager à leur veuë . Cette
occafion leur couta cent cinquante
hommes & deux Officiers
,& nous eûmes ſeulementcinq
ou fix Soldats tuez
& quelques bleſſez , Mr.Servon
, Brigadier , eut une con .
tuſion peu dangereuſe. Mr le
Chevalier Doffillon une autre
legere au bras , & M. de Mon-
:
226 MERCVRE
tignac une à la cuiſſe. Ce dernier
commandoit les Grenadiers
, & alla à leur teſte dans
les deux retranchemens,qu'on
neleur prit qu'afin de leur faire
voir avec combien de vigueur
nous pouſſons nos entrepriſes.
Depuis ce temps les Ennemis
n'ont ofé eſcarmoucher,
& quoy que nous ſoyons fort
prés de Carignan où ils ſont
campez , nos Partisne ſe trouvent
point. On a bruflé prés
d'eux fur le bord du Pô un afſez
bon Chaſteau , défenda
par cinquante Payſans qui
furent tous tuez . Cette execution
fut faite par le Regiment
de Catinat . Il ſe paſſa
une autre affaire du côté
de Luzerne , & elle dura de.
puis fix heures du matin jufGALANT.
22
qu'à ſept heures du ſoir. Comme
cette Ville eſt au pied d'une
colline , toute chargée d'un
grand Bois qui regne juſqu'àla
Redoute , ce qui donnoit lieu
aux Ennemis d'en traverſer la
communication par les embu.
ſcades , mr de Quinſon qui
commande le Camp de S.
lean ,& qui estoit employéà
foutenir les Travailleurs ocupez
à reparer les fortifications
delaPlace , & à la mettre hors
d'inſulte , prit la reſolution de
faire abattre une partie de ce
bois , d'autant plus qu'il avoit
beſoin d'un grand nombre de
paliſſades. Ainfi il marcha de
grand matin aux Ennemis qui
s'y eſtoient retranchez , auffibien
que dans un Village à
coſté , nommé Lulconere , &
dans des Caſſines au deſſous .
228 MERCVRE
Ceux qui estoient dans le Bois
ne tinrent point , mais on fut
contraint de forcer les autres
qui occupoient le Village & les
Caffines . On en vint à bout; le
Village fut bruſlé ,& l'on retourna
au travail du bois, pendant
lequel il ſe fit un beau feu
juſqu'à fept heures du foir,que
nos Travailleurs ſe retirant ,
les Ennemis defcendirent en
plus grand nombre pour les
charger & les écarter , mais ils
avoient à faireà de vieux Officiers
qui les firent tomber
dans une embuſcade où il y
en cut un grand nombre de
tuez. Les Barbets & les Milices
de Mondovis s'approche.
rent auffi de Luzerne pour
inquieter nos Travailleurs ,
mais ils furent repouſſez avec
vigneur , & contraints de ſe
GALANT. 229
fauver dans les Rochers. On
leur vit emporter un grand
nombre de bleſſez , & trente
d'entr'eux demeurerent fur la
place. La Garniſon qui n'eſt
compoſée que de Milices fit
tout ce qu'on euſt pu attendre
des meilleures Troupes
reglées . Mr de Pondins s'y
distingua . Mr de Catinat a
toujours ſon Camp auprés de
Brillane. La nouvelle de la
Bataille gagnée par Mr de Luxembourg
n'y cutpas plutoſt
eſté receuë , qu'on y fit trois
décharges du Canon & de la
Moufqueterie. Ce qu'il y eut
de particulier , c'eſt que dans
l'Armée de Savoye , le Canon
des Ennemis ſe fit entendre
un moment avant le noſtre ,
mais fans Mouſqueterie. On
neſceut d'abord à quoy im
230
MERCVRE
puter ces marques dejoye 2
mais on aprit peu de temps
aprés que c'eſtoit une ruſe
des Eſpagnols & des Savoyards
pour dérober à leur Armée
& au Peuple la connoiſſance
dugainde cette Bataille , en
leur faiſant croire par cette
réjoüiſſance apparente que
les Alliez nous avoient batus .
Les Religionnaires fugitifs ,
qui faute de ſubſiſtance ont
eſté contraints d'abandonner
les Vallées , ſe ſont rendus à
Turin en aſſez grand nombre,
& pour infulter les Catholiques
, ils y commettent des
irreverences dont tout le
Peuple eſt fort irrité. Le 15 .
un Party Ennemy de qua-
rante Maiſtres tomba dans
une embuſcade. On fit une
premiere décharge de part &
GALANT. 231
d'autre , & les Ennemis 'nen
attendirent pas une ſeconde.
Ils prirent la fuite à leur ordinaire
, & le Commandant
futfait Prifonnier-
Le 23. du mois paſſé , Dame
Françoiſe Talon , Epouſe de
Meffire Thierry Bignon, Conſeiller
d'Estat , Premier Prefident
au Grand Conſeil , mourut
icy aprés une maladie
d'onzejours . Elle a eſté extrémement
regrettée. non ſeulement
de ſa Famille , mais encore
par tous ceux qui la connoiffoient.
Une picté toute
Chreftienne,& ſa charité cnvers
les Pauvres ne l'avoient
pas renduë moins recommandable
que ſon eſprit & ſes autres
belles qualitez . le vousay
déja marquédans ma Lettre du
mois d'Avril , qu'elle eſtoit
232 MERCVRE
Soeur de Meſſire Denis Talon ,
ce celebre Avocat General,
qui remplit cette Charge depuis
ſi long - temps avectant de
capacité & de reputation , &
Fille de feu Meſſire Omer Talon
, auſi Avocat General , &
de Dame Françoiſe Doujat.
Son humilité luy a fait deſirer
d'eſtre inhumée ſans aucune
pompe . Elle a eſté enterrée à
Saint Nicolas du Chardonneret
, dans la Sepulture de MeſſieursBignon.
L'Enigme du mois paſſé a
eſté expliquée ſurla petite Verole,
qui en eſtoit le vray ſens ,
par Mrs Armand Louis Couturier
, Seigneur de la Ferre , de
Pontiou , Gouverneur de Pontorſon
, Cipiere de Bordeaux ;
Boſſet de Sainte- foy , Bourſaut.
Lieutenant d'une Patache : le
Roy,
GALANT.
233
Roy , ordinaire de la Muſique
de Sa Majesté: Duval de S. Germain
en Laye : L. Bouchet ,
ancien Curé de Nogentle Roy
le Verrier, Profeſſeur en l'Univerſitéde
Caën : Sardier , du
Quaydes Morfondus,Gaſtelier
du bout du Pont au Change :
l'abbé Pajot dela Place Royale
Baril de Harfleur: Louannin de
Sainte- Brienne : le Doux de
Boishuct de la rue S. Honoré ,
Bucquet de la rue des Prouvaires
: le B. M. de Condrieux :
Frere de la Porte S. Martin :
Digeon voiſin de la Fontaine
des Blancs manteaux ,
deau Chirurgien de la ruës.
Honoré Miroir Abbé de Grify :
le gros le Tellier , ſieur de la
Periniere : Farcy Sous Doyen
du Chapitre de Mante : lardinet
l'un des huit Vicaires du
Iuillet 1690. L
Bor234
MERCVRE
le
meſme lieu : le Comte du Perreux
: le Marquis de Franboiſe
• dela rue S. Antoine.le Vicomte
de Tournelles : l'amoureux
Maimbert de la Rue-cruelle ,
le Chevalier Buſcon :
Solitaire de Belleville : Blandre
, ſieur de Bras de fer : de
Villiers Agentdes aides : Tamiraſte
de la rue de la Ceriſaye :
Mathieu Vieillard : Simon
Denis: Denis Berton: le Clerc
hors du commun D. C. proche
larue S, Denis : le Quart : le
Parifien de Loches : l'Amant
de la Marthe Royale : l'amant
divorcé de la jolie Brune de la
ruë des Teinturiers de Caen :
le Coq de la rue des deux Ponts
du meſmelicu le Merite inſenfible
du Quay de Geſvres : le
Solitaire de l'Arcenal : l'abbé
D. L. M. le Delefide la Brune :
A
GALANT.
235
l'amant doüillet de la Blonde
enjouée du quartier du Marais
lebrave bon Parentde la rue S.
Honoré : l'amant de la charmante
Parifienne deſolée de la
rue Montorgueil : les deax
Voifinesde l'aimable Brune de
l'Hoſtel des Urſins:le Berger du
coeur de l'incomparableGomar
Gerlo : Amant dela plus jolic
des Soeurs du Chevalier Hubert
: l'Amant de la belle Gabrielle
deChampagne duquartier
S. Eustache : de la Leureriere
& fon aimable Maiſtreſ
ſe : le Berger Tircis à l'anagramme,
Siecled'amour : laMarquiſe
à l'anagramme, pure Ima
ge de vertu : Louiſe Lucie de
Chaſtillon en Balois , les Solitaires
de laſicour : Diane de la
Forest d'Alcleon : la Deeffe aimantée
: la Nimphe Chaſta-
La
236 MERCURE
gnere : la Bergere au Roy de
Trefle: Tirfis de la Deeſſe aux
jours filez de ſoye, & par Mefdemoiſelles
Taillier , de la ruë
faintHonoré : Blin , de Requelle
: Bridini : de la Corcelle
de Bailly : Angelique de
Brée: la Baronne de Valencour
la fpirituelle Angelique , &la
toute aimable Blonde ſa fille :
M.M. Belle & fpirituelle Devinereſſe:
la fille du Marycontent
: la petite Bergere du Boeage
égaré : la brune enjouće,
Soeur de la charmante Bellone ,
M.Chenuet: Tigrine de la ruë
faint Roch : l'illuſtre Veuve de
la ruë Calande: la Nimphe du
Boisde V ... les deux aimables
Recluſesduquartierde
S. Severe de Rouën : la Belle
Peintreſſe de la Monnoye , la.
belle & charmante Lolotte
GALANT. 237 1
Mouliniere : la belle Huffon
de la ruë ſaint Honoré : la Belle
, mais indifferente le Faucheur
de la porte ſaintAntoine
la belle Penſionnaire de la rue
du Coq,la belle de la porte faint
Antoine ; l'aimable Blonde de
la rue faint Severin ; l'aimable
Rogerie de Province , l'aimas
ble petite Tantite de la ruë de
l'Homme armé ; l'aimable Faucheur
de la rue ſaint Honoré :
lacharmante Niece Manon de
la rue faint Avoye : la charmante
Capricieuſe de la rue
fainte Croixde la Bretonnerie;.
la Charmante de la rue ſainte
Avoye , & l'incomparable Robindela
rue de la Vieille Draperie
. A l'Enigne , au Mercure
du mois de luin , Carſueil
l'aiſné de Marſeillle , donne
pour mot , la petite verole.
238 MERCURE
Je finis cet article àmon ordi
naire par une Enigme nouvelle.
1
ENIGME.
ME peindre est une grande
affaire ,
Etplas que l'on nepeut penſer;
Peintres vous lesçavez, puis qu'on
volt d'ordinaire ,
Lesplus fameux de vous y renoncer.
Tel n'entenditjamais le Portrait ny
l'Histoire ,
Qui pourtant ,m'entreprend , &
mefme avec plaisir ,
Et Sçachant moins peindre que
boire. 7
)
Ne laiſſe pas en moy de fort bien
réüffir.
1
Sijay dés Creanciers,jecrains pew
leur furic,
GALANT.
239
BIBLIOT
LYON
1715 yom ,
D'unregarda remis le trouble dan
mon ame ;
Si jene puis querirde l'ardeur qui
m'enflame ,
L 4
238 MERCURE
629
Mon coeurquevoouuss aalllleezsouffrirI=rs
上
Mon coeurquevous allezsouffrir Iris
ame sr Je ne puisquerir de
ame si jene puisquerir de
boire.
Ne laiſſe pas en moy de fort bien
réüffir.
Sij'ay dés Creanciers,je crainspew
leurfuric,
GALANT.
239
t
Puis qu'on n'a jamais veu qu'un
Sergentſoit venu
Détendrema Tapiſſerie ,
Ny pourſaiſir mon revenu.
Chez - moy l'on voit , &fansfurprise.
Ades gens mesme de bon lieu ,
Le colnaljusqu'à la chemiſe ,
Avec une corde au milieu .
Voicy un ſecond Air nouveau
d'un habile Maiſtre .
AIR NOUVEAV.
MOn coeur ,
fouffrir!
que vous allez
Iris que je croyois hair.
D'un regard a remis le trouble dans
mon ame ;
Si jene puis querirde l'ardeur qui
m'enflame ,
L 4
240 MERCVRE
د
Le premier jour de ce mois ,
P'Armée du Roy donnala bataille
qu'on appelle de Fleurus,
& elle fut gagné par M. le Mareſchal
Duc deLuxembourg ,
qui l'a commandoit , ſur celle
des Estats Generaux des Provinces
Unies & des Alliez
fous les ordres du Prince de
valdec . Comme je vous en
envoye une Relation tres- exacte
dans un voulume particulier,
je ne vous en diray rien
icy . Je vous parleray ſeulement
du changement arrivé
dans quelques Regimens de
Cavalerie & d'infanterie , par
la mort de leurs colonels taez
dans cette bataille .
M. le Comte de Seaux , frere
de M. de Seignelay , Miniſtre
d'Estat , qui s'y eſt ſi bien ditingué
àla teſte de celuy de
3
GALANT. 241
Champagne , eſtant mort de
ſes bleſſeures à Philipeville ,
ce Regiment à eſtédonné à M.
le Marquis de Blainville ,fon
Frere ; & celuy de Blainville a
eſté donné en meſme temps à,
M. le Comte de Maulevrier
Colbert . Ce meſme Regiment,
deChampagne avoit eſté pof.
ſedé auparavant par M. le Bailly
Colbert , Frere de M. le
Comte de Seaux , qui mourut
auſſi l'année derniere à Philippeville
, des bleſſeures qu'il avoit
receuës , dans la journée
de Valcourt .
ي ت
M. le Marquis de Charoſta
culeRegiment de Vermandois
que la mort de M. le Marquis
de Soyecourt a Jaiflé vacant .
& celuy de Brie qu'avoit M.le!
Marquis de Charoſt a eſté donné
à M. le Marquis de Rafetot,
Ls
1
242 MERCVRE
Capitaine dans le Regiment
Dauphin. Il eſt Fils d'Alexandre
de Canonville , Marquis
de Rafetot , & d'Henriette
Catherine de Gramont , Fille
de feu M. le Duc de Gramont,
Pair & Mareſchalde France,&
Soeur de M.le Duc de Gramont
d'aujoud'huy .
• Le Regiment de Bertillac
Cavalerie , eftant auſſi demeuré
vacant par la mort de M.de
Bertillac , le Roy qui n'oublie
jamais les ſervices qu'on luy
rend, l'adonné à M. de Mar
filly , Lieutenant Colonel du
Regiment deCoiflin. C'eſt un
Officier qui fert depuis trentecing
ans avec une distinction
quiluya acquisl'eſtimede tous ,
les Generaux. Ce qu'il fit pendant
le ſiegede Grave & à la
journéede faintDenis futd'uGALANT.
243
ne ſi grande bravoure , qu'il ne
fit pas moins admirer ſon courage
que ſa conduite dans ces
deux occaſions . Il s'est encore
extremement ſignalé dans la
Bataille que M.de Luxembourg
vientde gagner. Il eſt Frere de
M. de Vacueil , Exempt des
Gardes du Roy, homme de fer.
vice& de merite , de Madame
la Marquiſe de Meinieres.
Son nom eſt Martainville C'eſt
une Maison d'une ancienne
Nobleſſe en Normandie . M. le
Marquis d'Etouteville qui a
eſté Capitaine aux Gardes en
eſt l'aifné , & elle a des Alliances
fort confiderables .
M. de Cailus Fontange ,
ColonelduRegimentdeChar.
tres , eſtant mortde ſes bleſſeures
peu dejours aprés la Bataillede
Fleurus , le Roy a donné
L6
244 MERCURE
/
ce Regiment à M. le Marquis
deChpi , Chambellan deMon
ſieur , & l'un des Aides- de-
Camp de M. de Luxembourg.
Il eſt d'une fort bonne Maiſon
de Picardie.
A peine les Ennemis commencent-
ils à ſe montrer en
Allemagne , ainſi il eſtoit impoſſible
de les combattre , puis
qu'ils n'en paroiſſoit point.
L'Ardeur que les Troupes ont
d'en venir aux mains ne fe
ſçauroit exprimer. Monfeigneurle
Dauphin n'eut pas plûtoſt
receu la nouvelle du gain
de la Bataille de Fleurus , qu'il
l'envoya dire àM. le Maréchal
de Lorge&à toute l'Armée. Ce
Maréchal fortit auffi- toſt pour
ſe rendre au quartier de ce
Prince: maisil ſe trouva prefqueaſſiegé
dans le chemin par
GALANT.
245
un fort grand nombre de Trou .
pes qui le conjurerentde leur
faire nantre l'occaſion de ſe ſignaler
comme les Troupes de
Flandre. Il leur répondit qu'il
n'avoit pas moins de confiance en
leur valeur ,qu'elles en avoient en
fa conduite , qu'il comptoit beaucoupfurelles
, & qu'elles auroient
leur tour. Les Mouſquetaires
apprirent la mesme nouvelle
par M. le Duc de Villeroy . Ils
luy répondirent avec chagrin ,
qu'ils n'avoient quefaire d'exem-
• ple pour les animer , qu'ils n'en devoient
point recevoir des autres
mais qu'ils devoient le donner.Pen.
dant qu'on a attendu les Ennemis
, on a toûjours veſcu àleurs
dépens ; ainſi l'on peut dire
qu'ils nous ont traitez au lieu
de nous avoir fait du mal. Outre
ces avatages, c'eſt un triom
246 MERCVRE
phe pour nousd'avoir ſceu parer
les coups qu'ils pretendoient
nous porter , puis qu'ils
s'attendoient à nous accabler
ſous le poids de la multitude.
L'Armée de Monseigneur a
occupé divers Camps pour la
facilité des vivres & fur tout
des fourages , & celuy de ce
Prince n'eſt preſentement qu'à
quatre lieuës de Mayence. Il
s'aplique entierement à toutes
les actions d'un bon General ,
s'informe exactement de tout ,
s'en fait rendre compte par
ceux qui le doivent faire , voit
les choſes luy-meſme , tient
fortſouventconfeil, donne ordreà
tout, entredans les moin
dres détails , traite parfaite.
menttout le monde , aimant la
juſtice , qu'il rend fort exacte
Lansavoir egardà perſonne ,&
GALANT. 147
étendant ſes liberalitez fur
ceux qu'il croitenavoirun veritable
beſoin. Depuis que les
Ennemis font aſſemblez , leurs
mefures ſe trouvent rompuës ,
par les nouvelles qu'on leur apporte
continuellementdes pertes
que les Victoires des François
font fouffrir aux Alliez ,
ce qui les oblige à tenir fouventdes
conſeils& à envoyer
des Couriers à Vienne & àtous
les Princesde la Ligue.Ils n'ont
rien fait juſqu'icy que chercher
à donner de la jaloufie
en menaçani Fribourg & Huninguen
Ils feroient plaifir
d'attaquer Fribourg ; & l'on ne
eraint rien pour Huninguen ,
pais qu'outre la bonté de la
Place ,M.le Marquis d'Uxelles
eſtaux environs avec un gros
Corps de Troupes. Monſei
248 MERCURE
gneur a détaché M. le Ducde
Villeroy avec la Brigade de S.
Germain beaupré , quelques
Bataillons . Ce Duc a paſſé le
Rhin au Fort Louis , & a déja
pouffé quelques Corps des Ennemis
depuis ſon paſſage,
Nous ſommes à la veille d'une
nouvelle Bataille en Flandre ,
les,Armées n'étant pas éloignées
, & eſtant fortes de part &
d'autre. M. le Duc de Luxembourg
a eſté joint parles Troupes
que commandoit M. le Maréchal
de Humieres, & par cel
les de M. de Boufers , & l'Armée
de M. Valdeca eſté ren .
forcée par toute celle de Brandebourg
,& par les Troupes de
Mode Caſtanaga. Les Ennemis
ont aufſi tiré le plus qu'ils ont
pû de troupesde toutesleurs
Garnifons , ce qui cauſeroit la
GALANT.
249
perte entiere de la Flandre , s'il
venoient à perdre une Bataille.
L'avantage que nous avons tiré
de celle de Fleurus , eft que
nous aurons à faire à une armée
de moins pendant le reſte
de cette Campagne , puis que
M. de Brandebourg devoit ef.
tre entre celle d'Allemagne
&cellede Flandre avec la ſienne
, & qu'on le croyoit meſme
en eſtat de faire quelque entrepriſe
, afin de faire diverſion ,
&qu'au lieu de cela, il eſt dans
- l'Armée de Mr Valdec , non
pour luy ſervir de renfort, mais
pour remplacer ce qu'il a perdu
àla bataille de Fleurus .
Le Prince d'Orange avoit
cherchédes pretextes ſpecieux
pour paſſer en Angleterre , &
d'intelligence avec les Traiftres
, il s'y eſtoit fait offrir la
250 MERCVRE
i
1
Couronne pour couvrir ſon
ufurpation. Il n'en a pas eſte
de meſme de l'irlande , &
il n'a pû tourner les choſes
d'une maniere à faire croire
que les Peuples l'avoientappellé.
Le Parlement s'y eſtoit
affemblé , & avoit de nouveau
aſſuré Sa Majesté Britanique de
tout ce qu'Elle devoit attendre
de bons & fidelles Sujets , de
forte que le Prince d'Orange
n'apû couvrird'aucun pretexte
fon voyage en ce Royaume ; &
il a fallu qu'il ait paru Ufurpateur
à découvert , & qu'il ait
fait voir qu'il vouloit arracher
une Couronne qu'il ne pouvoit
ſe faire offrir pardes Traiſtres .
Le Roy d'Angleterre qui estoit
allé en Irlande pour fatisfaire
aux voeux de ſes Peuples , &
pour y recevoir de nouveaux
ſermens de fidelité , n'a pas deu
GALANT.
25E
■ y demeurer pour pluſieurs raifons
. Les mauvais coups font à
craindrede la part d'un Tiran,
5 & l'Vfurpateur pouvoit eſtre
- capable de faire ce qu'il appre
hendoit contreluy.Ainfiil auroit
fallu qu'une partie de l'Ar.
méed'Irlande eût été occupée
à garder le Roy , qui d'ailleurs
pouvoit avoir des raifons politiques
pour repaſſer en France.
Lorsque le Prince d'Orange eſt
arrivéen Irlande , il eſtoit tourmenté
d'un dévoyément , & ilt
n'en eſtoit pas encore guery
quand il fut bleſſe en allant reconnoiſtre
le gué de la Riviere
de Boyne. Les Hollandois
avouënt qu'il fortit du
ſang de ſa bleſſure. Si les bleffures
ſont dangereuſes à l'épaule
, elles le font encore plus
quand elles viennent du Ca
non , dont le ſeul vent eſt dan252
MERCURE
,
gereux. Le Prince d'Orange
aveuglé de fon ambition s'é-
• chauffa étant bleſſe , & ayant
déja quelque indifpofition . Il
fitplus le lendemain , il voulut
ſe trouverpar toutdans le combat
ou apprehendant tout
ce que les Tyrans doivent
craindre , il changea trois fois
d'habit , pour n'eſtre pas reconnu.
Ces mouvemens luy firent
venir la fiévre ,elle augmenta
, & cing jours aprés la
Bataille il eſtoit à l'extremité.
La Princeſſed Orange , dans la
crainte de ſa mort , a fait à Londres
toute la manoeuvre d'une
Femme pour s'affurer la Couronne,&
c'eſt pour cela qu'elle
a fait faire tant d'excuſes aux
Holadois, ſur la perte du Cobat
naval , avoüant que les Anglois
en font caufe. Quand aux af
GALANT.
253
faires d'Irlande , le Prince d'Orange
a paſſé une Riviere , il
eſt vray , mais il a perdu un
grand General & de braves
Officiers. Ses Troupes ont auſſi
beaucoup fouffert , puis qu'une
Armée qui paſſe à la nâge
eſſuye tout le feu des Ennemis
pendant le paſſage ; ainſi quoy
que victorieuſe , il luy en coute
ſouvent plus qu'au vaincu. Aprés
ce paſſage tout eſt demeuré
dans une letargie ſurprenante.
Le Prince d'Orange n'a plus
paru , & la victoire eſt demeu
rée infructueuſe , toutes choſes
eſtant reſtée dans le meſme
eſtat , de maniere que l'Armée
du Roy d'Angleterre, qu'on diſoit
battuë & diſſipée , eſt auſſi
entiere qu'auparavant , la perte
de quatre cens hommes ne
devant pas eſtre comptée ſur
4 MERCVRE
254
1
i
un grand nombre de Troupes.
Elles occupent les plus fortes
Places d'Irlande , & les TroupesIrlandoiſes
eſtant revenuës
deleur frayeur , donneront encore
beaucoup d'occupation
au Prince d'Orange , s'il eſt encore
vivant. Toutes les nouvelles
d'Angleterre & d'Irlande
donnentſujetd'en douter , ce
Prince ne paroiffant plus agir
dans l'un ni dans l'autre Royaume.
Les Nouvelles ſeules
de Hollande luy donnent du
mouvement. Je ſuis Madame
, voſtre , &c .
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Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere au Mercure Galant.
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Avec Privilege du Roya
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Relude..
B le Nouveaux Officiersfaitspar
Roy. & recompenses donnéesà
quelques anciens.
Hommage..
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de Rourdeaux .. 22
Fable..
25
Suite du Traitétouchant les maniere
d'écrire en chifres. 30
Histoire.
SS
Livres Nouveaux A 84%
Carte nouvelle ... 82
Mariage... 86
Priſes faites sur la Mediterra.
néc.
94
Charged'Aumônier du Roy donnée
par Sa Maieste. 99
DES MATIERES.
:
Nouvelles de Savoye..
Morts. *
Autre Cartenouvelle
ةرج
100
144
118.
146
Réjouiſſancesfaitespour laBataillede
Fleurus 146.
Journal de tout ce qui s'est passé
depuis le depart de noftre Flote.
pour aller chercher les Ennemis,
jaſques aprés la victoire rem-
P portéesureux. 165
Prife considerable faite àla venë
doTetouan 193
Suite des affaires de Savoye. 222
Mort deMadameBignon. 231
Enigme. 238
Regimensdonnez. 240
Etat des affaires d'Allemagne ,de
Flandre,& d'Irlande. 244
C
Finde laTable...
t
3 LE LIBRAIRE
au Lecteur.
On continuë à diſtribuer toutes
les ſemaines le Journal des Les
fçavans pour fix ſols par cahier.
Ceux qui envoyront des pieces
pour les Mercures , ſont priez d'affranchir
les ports de Lettre.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Juillet 1690.
Iſtoire de Loüis leGrand , dé
Hpuis 1643. jusqu'en 16 de
l'on y trouvera la guerre declarée
au Prince d'Orange ,la mort d'Innocent
XI. & l'élection d'Alexandre
VIII . Comme aufſi la mort de Ma.
dame la Dauphine,avec pluſieurs autres
particularités fort curieuſes, par
le Sr.de Riencour , en deux volumes
indouze 4. liv.
Maximes & Reflexions ſur l'éduã
(
cation de la Jeuneſſe , où font renfermez
les devoirs des Parens & des
Precepteurs envers leurs enfans. Indouze
30. f.
Lettre à un Seigneur de la Cour,
ou réponſe au Libelle intitulé recriminationdes
Jeſuiſtes. Indouze 15 ..
Oraiſon funebre de Madame la
Dauphine , par Meſſire Eſprit Flechier
, nommé à l'Eveſché de Nifmes
, inquarto 20. f.
Oraiſon funebre de Madame la
Dauphine , par Monfieur l'Eveſque
de Mirepoix , Inquarto 20. f.
Le voyage d'un Eſclave ou l'Eſclave
Religieux & ſes avantures , indouze
30. f.
Hiſtoire de Mr. Conſtance,premier
Miniſtre du Roy de Siam, & la der
niere révolution de cet Eſtat ; par le
Pere Dorleans Jeſuiſte. indouze 25.f.
Reflexions ſur les défauts d'autruy,
par Mr.l'Abbé Devilliers. indouze
35.fols.
Entretiens fur ce qui forme l'honneſte
homme ,&levvrraayy ſcavant,par
Mr. de Lelevel , indouze 25.
i
Entretiens ſur l'Histoire de l'Univers
, indouze trois volumes 3.1 . 10.f.
Exercices ſpirituels tres-utiles à
tous ceux qui veulent former Jeſus-
Chriften eux, indouze 15.f.
Les Loix Civiles dans leur ordre
naturel, inquarto 6. 1.
Traité de l'Artillerie expliquant
la difference', les proportions , les
renforts , les portées , les affûts , &
tout ce qui concerne les canons dont
on ſe ſert en France , tant fut terre
quefur-mer.
De plus la maniére de jetter les bombes
, où l'on donne à connoiſtre les
proportions des machines , comme
des Mortiers qui ſervent à les chaffer,
avec pluſieurs experiences fur ce
fujet ,& enfin le moyen de compo .
fer toute forte de feux d'artifice de
guerre. Le tout d'une maniere abregée
& fort-aifée pour inſtruire les
cleves de Mars , par MonfieurGautier
Ingenieur ordinaire du Roy,avec
pluſieurs figures en taille douce. in
douze 25. fa
Nouveau traité de Fortifications
contenant la demonſtration & l'Examende
tout ce qui regarde l'Art
de fortifier les places , tant regulieres
qu'irregulieres ſuivant ce qui ſe
pratique aujourd'huy. Le tout d'une
maniere abregée & fort aifée pour
Pinſtruction des éleves de Mars,avec:
pluſieurs figures en taille douce , par
Monfieur Gautier Ingenieur ordinai
re du Roy, indouze 25. f..
Johannis Doloei EncyclopediaMe--
dicinæ Theoretico-practice. Editio
noviſſima, inquarto 4.1. 10.f.
Plaidoyez de Mr. le Maiſtre, inquarto,
6.1 .
L'on continue à diſtribuer Ettmullery
operum omnium Medico
Phyſicorum , Editio noviſſima , en
deux volumes. in folio pour 18.1.
La Nouvelle Chirurgie Medicale
&raiſonnée d'Ettmuller ,traduite en
François , indouze 30.f.
L'on acheve d'Imprimer la maladies
des Hommes , des Femmes & des
petits enfants , avec la conſultation
des Medecins avec toute la pratique
de Medecine de Michel Ettmhuler,
Le tout traduit en François , il ſera
de la grandeur in octavo , il y auras
trois volumes. Les maladies enun volume,
& la pratique en deux.
La Rélation de la Bataille donnée
auprés de Fleurus par l'Armée du
Roy , le 1. Juillet 1690. ſous les or
dres de Mr. le Maréchal Duc de Luxembourg.
Avec un plan qui marque
tous les mouvemens que ce Gene
ral a faits pour la gagner. indouze
20.f.
L'Air qui commence par
Vous vous en allez, belle Iris , doit
regarder la page 29.
is
L'Armée Navalle doitregarder
la page 165 .
L'Air qui commence par
Mon , coeur , que vous , &c . re
garde la page. 239
I
MERCURE
GALANT
DE
=
LYON
JUILLET 1690 * 7033*
E
OMME la gloire ſert
C de degré pour parvenir
preſque à toutes
les chofes qu'on peut
ſouhaiter, il n'y a rien qui caufe
plus de jaloufie parmy les
hommes. Les uns ne sçauroient
ſouffrir que ceux qui
ſont d'un meſme rang brillent
plus qu'eux , & les au-
Juillet 1690.
A
2
MERCVRE
tres , que ceux qui ſont d'une
meſme profeſſion y excellent
davantage. Ainſi il y a peu de
perſonnes de quelque caratere
qu'elles puiſſent eſtre, &
dans quelque élevation qu'elles
ſe trouvent , qui ne foient
devorées par cette eſpece de
jalouſie qu'on appelle envie.
Cela eſt cauſe que plus on eſt
élevé , plus on eſt en bute à
tout ce qu'elle eſt capable
d'inventer , pour abaiſſer par
la force ou par l'artifice ceux
qui par un merite auſſi extraordinaire
qu'incontestable,
ſont regardez comme eſtant
audeſſus de tous les autres .
Ce que je dis eſt une verité ſi
generalement reconnue,qu'on
n'a point ſujet d'eſtre ſurpris
de voir un ſi grand nombre de
Puiſſances unies contre le Roy ,
GALANT. 3
mais cetteunion ne luy ſcauroit
nuire. Il ſemble que plus
l'envie luy ſuſcite d'ennemis,
plus elle donne d'éclat àſa
gloire , puis qu'il eſt inoüy que
tant de differens Souverains
ayent jamais été liguez contre
un ſeulMonarque. Cependant
quel eſt le fauit de cette jalouſe
Ligue ? Non ſeulement
le Roy leur reſiſte à tous,mais
il en triomphe ſans employer
d'autres forces que les bras de
ſes Sujets,& quelques Troupes
de ſes anciens Alliez qu'on
peut à preſent dire Françoiſes;
d'autres finances que celles
qu'il tire de ſes Etats ,& d'autres
conſeils que ceux qui luy ſont
ſuggerez par ſa prudence. Il
faut qu'elleégale ſa conduite,
&qu'elle ne ſoit pas moindre
que ſon application & ſa vigi.
A 2
MERCVRE
4
د
lance , pour faire que ſept ou
huit Armées que ce Prince
a en campagne , ne manquent
de rien, que les vivres s'y trouvent
, que ſes Troupes ſoient
leſtes & bien payées , & qu'
elles triomphent de ſes Ennemis
comme je pretens
vous le faire voir dans la ſuite
de cette Lettre. Mais avant
que de vous parler de ces
glorieux Articles , j'ay à vous
entretenir de quelques autres
qui me donneront lieu d'attendre
de nouvelles particularitez
de ce que j'ay à vous
dire . Vous allez voir par le
détail du premier de ceux où
je vais entrer , que pendant
que toute l'Europe eſt armée
contrele Roy , ce Prince récompenſe
les ſervices qu'on
luy arendus , de la meſme ma
GALANT.
5
niere & avec la meſme generoſité
qu'il fait en pleine paix .
Sa Majesté ayant augmenté
à l'entrée de cette Campagne
le nombre de ſes Gendarmes&
de ſes Chevaux Legers , ainſi
quede ſes Gardes du Corps,
Elle a voulu auſſi remplir le
nombre d'Officiers à proportion
, & particulierement un
nombre de dix Maréchaux des
Logisdans la Compagnie de ſes
Gendarmes , & autanten celle
de ſesChevaux- Legers , & en
meſme temps elle a diſpenſé
du ſervice les quatre Anciens .
Mr des Fontaines s'eſt retiré
avec mille écus de penſion ,
ainſi que Mr le Marquis de
Lhoſpital , pourvû du Gouvernement
de Toul. Quant
aux deux Anciensde la Compagnie
des Chevaux- Legers ,
A 3
6 MERCURE
Mr de la Berange eſtant en
core en estat de ſervir , a eu
un Brevet de Cornette dans
les Chevaux- Legers de ſa Gar -
de , & Mr de Maudeville ,
aprés quarante - ſept ans de
ſervice dans la mesme Compagnie
de Chevaux - Legers ,
s'eſt retiré avec une penſion
de mille écus .
Je viens à ce qui regarde
l'hommage prêté depuis peu
de temps à Mr l'Electeur de
Brandebourg , par les Etats
dela Pruſſe Ducale. Je vous
en aurois parlé il y a un mois,
ſi l'abondance de la matiere
ne m'en euſt pas empeſché ,
mais nous ſommes dans un
temps où quantité d'Articles
indiſpenſables font le ſujet de
mes Lettres , ce qui m'oblige à
reculer ceux qui peuvet avoir
GALANT.
7
,
en tout temps quelque choſe
de nouveau . Celuy- cy eſt de
ce nombre , puis que vous le
trouverez accompagné de
plufieurs choſes curieuſes par
elles meſmes , & que je puis
vous apprendre à l'occaſion
de cette Ceremonie
quoy
qu'elles en foient détachées.
Elle ſe fit le 24. de May dernier
à Konigſberg , Ville de
Pologne , grande ,belle , renommée
par ſon commerce ,
&qui appartient à l'Electeur
de Brandebourg. Elle eſt ſituée
ſur la Riviere de Pregel ,
qui ſe décharge dans un Lac
appellé le Hab. Ce Lac ſe
joint à la mer , & a quinze
ouſeize lieuës de longueur
& deux de largeur. La Ville
de Konigsberg , Capitale de
la Pruſſe Electorale , ſe ſepare
A4
8 MERCVRE
en trois parties , dont la premiere
eſt l'ancienne Ville .
C'eſt où eſt le Palais Ducal
qui fut baſty par George Frederic
, Marquis de Brandebourg.
Quant à la Pruſſe , qui
ala mer Balthique au Septentrion
, la Pomeranie au Couchant
,la Pologne & la Maſovie
au Midy , & la Lithuanie
& la Samogitie au Levant ,
elle estoit autrefois diviſée
en douzeGouvernemens , que
quelques uns diſent avoir eſté
le partage des Fils d'un Duc
nommé Venede , ou Venedut .
Ses anciens Habitans eſtoient
barbares . Ils demeuroientdans
lesBois , mangeoient de la
chair cruë , & quoy que le
lait fuſt leur boiffon ordinaire
, ils beuvoient du ſang de
cheval dans leurs feſtins. Ils
GALANT .
9
6
adoroient le Soleil , la Lune ,
leTonnerre , les éclairs , le feu,
les arbres , les ſerpens , & les
beſtes farouches & nommoient
leur Dieu principal
Vifchaito. C'eſtoit celuy qui
avoit ſoin de leur beſtail. Ce
Pays a eu des Princes particuliers
juſqu'en 1228. que
Conrad , Duc de Maſovie
quine ſçavoit plus comment
s'oppoſer à ces Peuples auſſi
cruels que puiſſans , engagea
lesChevaliers de l'Ordre Teutonique
à leur declarer la
guerre. Elle fut longue &
ſanglante . Ils ſoumirent les
Pruſſiens , qui ne pouvant
ſupporter le joug , ſe révolterent
toutes les fois que l'occaſion
leur en fut offerte .
Comme ils eſtoient Idolâtres,
iHsretournoient toujours dans
AS
2
10 MERCVRE
me ,
les ſuperſtitions du Paganiſ-
& enfin trouvant leurs,
forces trop inferieures à celles
des Chevaliers Teutoniques
pour leur pouvoir toujours
refifter , ils ſe donnerent
au Roy de Pologue vers l'an
1420. Ce fut un nouveau fujet
de guerre , dont les deux
partis: receurent de grands
dommages . On donna plufieurs
combats , & aprés di-.
verſes pertes fort confiderables
, les Chevaliers obtinrent
la paix par les foins de leur
Grand.Maiſtre Loüis d'Her--
liufen. Les conditions furent.
qu'ils abandonneroient aux:
polonois une patiede la Prufſe
, & qu'ils leur rendroient
hommage du reſte. Albertde
Brandebourg , qui avoit eſté
elu Grand - Maiſtre de cet
GALANT .
12
Ordreen 1511. aprés Frideric
de Saxe ,ayant refuſé à Sigifmond
, fon Oncle , de luy
rendre cet hommage , ſoûtint
quelque temps la guerre contre
luy , par le ſecours quele
General Schomberg luy amena
d'Allemagne. Il tacha de
furprendre quelques Places ,
& tout luy ayant mal réuſſi ,
il demanda une Tréve de
quatre ans , qu'on luy accorda.
Pendant ce temps
laiſſa infecter des nouvelles
opinions de Luther& ſe dégoûtant
de ſon eſtat , il fit
propoſer la paix . Sigifmond
confentit , & ce fut un y
il ſe
deſavantage fort grand pour
tout l'Ordre Teutonique, puis
que ſa qualité de Grand Maiſtre
de la Pruſſe quieſtoit éle
Aive , fut changée en qualité
A6
12 MERCVRE
ſeculiere , & érigée en titre
de Duché hereditaire fous
l'hommage du Roy & de la
Republique de Pologne. Albert
rendit cet hommage le 8
Avril 1525. dans la grande
Place de Cracovie , & le Roy
fon Oncle luy donna l'inveſtiture
de ce nouveau Duché
par un Drapeau de guerre.
Par cet accord il renonça au
gouvernement de l'Ordre , &
ſe maria l'année ſuivante avec
Anne Marie de Brunſyvich.
La Pruſſe ayant encore caufé
pluſieurs guerres , fut enfin
diviſée en Pruſſe Royale , qui
eſt au Roy de Pologne , & en
Pruſſe Ducale , que poffede
l'Electeur de Brandebourg.
Les principales Villes de la
Pruſſe Royale ſont Danızick ;
Elding, Mariembourg, Torn ,
:
GALANT.
13
Konits , & celles de la Pruffe
Ducale , Konigſberg , Memel,
& Sraunſberg.
Le jour que je viens de
vous marquerayant eſté choifi
pour la Ceremonie de
l'hommage des Eftats ,Mr
PElecteur de Brandebourg ſe
rendità dix heures du matin
dansl'Egliſe du Chaſteau , os
le Docteur Vifinus , Predicateur
ordinaire de la Cour
fit un beau Diſcours ſur ce
ſujet ,appliquant à la Perfonne
de l'electeur ces paroles
del'Ecriture O que bienheureux
est le Peuple à qui Diew
donne un Roy d'un coeur noble
Mr l'Electeur alla enſuiteau
licu préparé pour le ferment
que luy devoient preſter les
Etats ,& ſe plaça fur une maniere
de theatre aſſez élevé.
,
114
MERCVRE
Le Prince Lubomirski s'affic
à ſa droite , & le Referendaire
de la Couronne ſe mit
àſa gauche , de la part de la
Republique. Le Chancelier
adreſſa la parole à la Nobleſſe
& aux Bourgeois , aprés quoy
on fitlecture de ce qu'ils devoient
jurer , & ils firent le
ferment. Il y avoit derriere
la Place du Chaſteau deux
Compagnies de Trabans , &
rrois d'infanterie du Colonel
Trus , qui faifoient la garde..
Ceux-cy ayant auffi renouvellé
leur ferment , le Prince
Lubomirski harangua en Las
tin Son Alteſſe Electorale ; ce
que fit auffi dans la mesme
Langue , le Referendairede la
Couronne au nomdu Roy , en
parlant à la Nobleffe& aux
Etats.Cedernier fit connoiſtre
GALANT. DS
particulierement que Sa Majeſté
Polonoiſe ne conſentoit à
l'hommage que luy rendoient
lesEtats de ceDuché, que ſous;
cette claufe , que fi les Princes
de la Maiſon de Brandebourg,
venoient àmanquer , la Pruſſe
Ducale retourneroit à la Cou
ronne de Pologne , à laquelle
les meſmes Etats ſeroientobli.
gez de rendre le meſme hommage.
La populace à qui appartenoit
le drap dont le thicatre
eſtoitcouvert , n'attendit point
qu'ileuſt ceſſé de parler pour
s'en faifir. Il fut déchiré en un
moment,&chacun en emporta
le plus grand morceau qu'il
pût. Cela caufa untumultequi
alla fi loin , que Mr l'Electeur
fut obligé de ſe retirer dans ſon
appartement. Il parutde nouveau
en public , & revint avec
16 MERCVRE
les Commiſſaires Polonois. Le
Referendaire continua ſa harangue
,& lePeuple l'écouta. La
Ceremonieeſtant achevée , on
jetta ungrand nombre deMedailles
d'or & d'argent , & il ſe
fittrois ſalves , tant du Canon
de la Ville que de la Soldatefque
, meſlées des fanfares de
vingt- quatre Trompettesavec
quatre Timbaliers . Cela fut
ſuivi d'un magnifique repas ,
dans la grande Salle appellée
des Moscovites , pendant lequelon
entendit un fort bear
Concert.Pluſieurs fontainesde
vin coulerent dans la Place qui
eſt devant le Chaſteau , & le
lendemain on fit tirer un Feu
d'artifice qui reufit admirablement.
Comme ce que je vous aydit
de la Pruſſe , m'a donné licu.
GALANT.
17
de vous parler de l'Ordre
Teutonique ,& que vous m'a
vez ſouvent demandé ce que
c'eſtoit que cetOrdre, je vous
diray en peu de mots que ſon
origine vient d'un Allemand
qui voulut finir ſes jours à lerusalem
, aprés que l'on eus
conquisla Terre- Sainte. Il y
recevoit tous ceux de ſa Nation
qui n'entendoient pas la
Langue du Pays , & pour pouvoir
mieux exercer ſa charité ,
il fit i bien que le Patriarche
de lerufalem luy permit de
baſtir un Hôpital avec une
Chapelle à l'honneur de la
Vierge. Divers Allemans que
ſon exemple toucha fuivirent
fon zele , & s'employerent à
rendre ſervice aux Pelerins
que la devotion engageoit à
fortir de l'Allemagne pour
$
18 MERCURE
viſiter les Saints Lieux Quelques
riches Habitans de Bremen
& de Lubec entrerent
dans cette Socicté , & fur la fin
du douziéme Siecle , ils firent
bastır un nouvel Hoſpital à
Acre. Cependant ils prirent
tous le titre de Chevaliers
Teutons , & embraſſant la Reglede
S. Auguſtin , ils porterentlemanteau
blancavecune
croix potencée de fable , &
chargéed'une autre croix d'argent.
Leur établiſſement fut
approuvéen 1195. par le Pape
Celeftin III . & divers autres
Pontifes luy accordérent de
grands privileges. Henry de
Valpot fut le premier Grand-
Maiſtre de l'Ordre . La priſe de
Ierufalem par Saladin obligea
les Chevaliers Teutons de ſe
retirer à Ptolemaïde , d'où ils
GALANT.
19
paſſferent en Allemagne aprés
queles Infidelles ſe furent em .
parez de cette derniere Ville
Ils ſe rendirent maiſtres de la
Pruſſe , dont ils porterent le
nom , & furent tres - redoutables
à leurs Voifins pendant
plus de deux censans- Albert
de Brandebourg eſtant devenu
Prince ſeculier de Pruſſe , ils
éleurent en ſa place Albert de
Volfang pour leurGrand Maiſtre
. Ce changement fixa leur
ſejouren Allemagne où ils aavoient
de grands biens. Ils
font poffedez preſentement par
les Fils puiſnez des Princes &
des grands Seigneurs Allemans
quien joüiffent en qualitéde
Chevaliers Teutoniques.
l'ajouteray à cecy pour épuifer
la matiere , que les Porteglaives
, Ordre Militaire de
20 MERCURE
Livonie , ont eſté unis aux
Teutons pendant prés de trois
cens ans , On les avoit appellez
ainſi , à cauſe d'une robe de
ſerge blanche avec la Chape
noire , fur laquelle ils portoient
du côté de l'épaule gauche une
épée rouge croiſée de noire , &
fur l'eſtomac deux épées ſemblables
, paſſées en ſautoir les
pointes en bas . Engilbert &
Thierry de Tyſſench , accompagnez
de quelques riches
Marchands Allemans , s'eſtant
aſſemblez pour s'oppoſer aux
Infidelles de Livonie , Province
de la Sarmatie d'Europe,qui
eſt prefque toute aujourd'huy
au Roy de Suede , ſe retirerent
vers Albert ,Religieux de Bremen
, de l'ordre de Ciſteaux ,
& alors Eveſque de Riga . Il receut
leurs voeux , & leur prefGALANT.
21
1
crivit la regle dont il avoit
fait profeſſion. Le premier
Grand Maiſtre qu'ils eurent
s'appelloit Vinno. Innocent
コ des PoIIrIteaspgplraoiuvvesa,cqetuiOrcrdariegnant
d'eſtre accablé par divers
Ennemis qu'il s'eſtoit
faits , fit union avec celuy des
Teutons & , y fut incorporé
en 1234.en forte que ce ne fut
plus qu'un meſme Ordre. Ils
remporterent des victoires ſignalées
juſqu'à ce qu'Albert de
Brandebourg,leur Grand-Maiſtre,
donna dans les Erreurs de
Luther. Ces deux Ordres furent
alors ſeparez , & Gautier
de Plettemberg fut faitGrand-
Maiſtre de celuy de Livonie:
Guillaumede Farſtemberg luy
fucceda en 1535. & demeura
priſonnier des Moſcovites qui
22 MERCURE
firent de grands ravages dans la
Livonie. Le Schiſme ſe mitparmy
les Chevaliers , ce qui fut
cauſe que l'Ordre fut aneanty
ſous Gothard de Kerler , qui ſe
fit Lutherien.Il y renonça ſolemnellement
les . Mars 1562 .
en prefence du Prince Nicolas
Ratzevil , Palatin de Vilna , &
Commiſſairede SigismondAuguſte
Roy de pologne , auquel
les droits & les privileges de
l'Ordre furent cedez avec la
Ville de Riga , & aprés cette
demiſſion on donna à Gothard
l'inveſtiture des Duchez
de Curland & de Semigale.
Le 10. du mois paflé , Mr
l'Abbé de pradillon , un des
quatre Archidiacres de l'Egliſe
Metropolitaine S. André
de Bordeaux , fut élu Supe-
4
GALANT. 23
1
S
rieur du Seminaire de S. Ra-
- phaël de la meſme Ville . C'eſt
une place toujours occupée
par les premieres perſonnes
du Clergé , & d'où pluſieurs
- ſont ſortis Eveſques entre
autres deux illuſtres Eveſques
de Marseille. Ce Seminaire
qui eſt pour vingt cing En-
- fans du Medoc qui doivent
| ſe faire Preſtres , fut fondé
l'an 1442.en titre de College
, parle Bienheureux pierre
Barland , qui de Fils d'un ſim-
- ple Laboureurdu Medoc, pays
en Guienneentre lOcean & la
Garonne , devint Chanoine de
S. André , & fut élu Archeveſquede
Bordeaux en 1430.
Il fonda l'Univerſité , embellic
la Ville & l'Archeveſché de
deux beaux édifices , fut député
par les Etats de Guienne
+
24
MERCURE
en Angleterre , & aſſiſta en
1452 à l'Aſſemblé de Bourges ,
où ſe fit la pragmatique Sanction
. En 1481. le pape fit faire
inquiſition de ſa vie à la requeſte
de Loüis XI . L'an 1583.Antoine
de Sanſac, Archeveſque ,
érigea ce College en Seminaire,
ſuivant les decrets du Concile
de Trente. Il luy fit de grands
biens , & Mr le Cardinal de
Sourdis l'a mis ſur le pied
qu'il eſt , aujourd'huy avec
obligation aux Archeveſques
de pourvoir les Seminariſtes
deBenefices.
Voicy une Fable dont les
Affaires du temps ont fourny
la matiere à Mr de Calvy
qui en eſt l'Auteur.
LE
GALANT .
25
LE FAUNE
Foudroyé par Iupiter.
A
Vpied d'uunn mont
gnoit en paix
jadis re.
Unjeune Faune aimé de ſes Sujets.
Dansſes Etats tout fongeoit àluy
plaire,
Dehors on le craignoit Le Souverain
des Dieux,
Eftoitſon Dieu tutelaire ;
Mais écoutant des avisfactieux,
Ilſe perdit, ce Faune ambitieux .
Maint petit Dicu jaloux au MaiſtreduTonnerre.
Ofa luy declarer la guerre ,
Et non contens de partager les
Cieux ,
Iuillet 1690. B
26 MERCVRE
را
Ils vinrent dans leur Ligue interes-
Serla Terre.
Le Faune dans son coeur depuis
long temps rebelle ,
A la revolte eut bien - toft confenti.
Ce qu'on luy dit alors , mille fois
l'infidelle
Se l'estoit dit. Ne pouvez vous
regner ,
Sans que Jupin vous tienne ſous
Son aisle ?
Apprenez à le dédaigner ,
Regner toutseul est un bonheurSuprême.
Il les ſuivit ; fans cette audace
extreme
Faune iamais n'eust eu deſtin plus
beau.
Sous un si grand appuy l'on craignoit
sapuissance;
Avec ces Factieux cherchant l'Independance
Ilſe couvrit de honte & trouva
Son tombeau.
GALANT.
27
Cardés que Jupiter vit sa cabale
prefte
Pour cettegrande&fameuse conqueste
CommeGeans, dit-il,vous attaque,z
les Cieux ,
Vous perirez, Troupe infolente.
Il dit , & fa main triomphante
Foudroya fur le chample Faune &
tous ces Dieux.
Toy qui trahis un Prince Auguste,
Le ferme appuy de tes Etats ,
Tuvas perir dans ceste Ligne in
juste ;
Déja pourt'accabler LOVISleve
lebras.
(Du coup fatal que je te viens predire
Rien ne sçauroit se garantir ,
Et lafoudre qui va partır ,
Doit terrasser encore & l'Espagne
&l'Empire.
B 2
28 MERCVRE
마
Le Madrigal que vous allez
lire a eſté fait ſur la reconciliation
d'une jeune Dame avec
un homme fort avancé en âge ,
qui avoit fait quelque médifance
d'elle.
En fortant d'un Sermon plein d'art
& d'éloquence ,
Sur l'amour du prochain , & contre
la vangea ,
Iris qui me haït à la mort ,
Maisde qui l'ame est generenfe&
bonne,
Me cherche dans la foule , & par
un noble effort
Medit , Monsieur , je vous pardonne.
Cen'est pas tout , luy dis - ie , &le
Predicateur
Vous a dit qu'il falloit aimer du
fond du coeur ;
Voyez à quoy ce Sermonvous engage.
B 3
63
en Vourvousen allezbelleIris , et l.
0
cesse , vos apas vousfere
beauxyeux et pour ne lesplusvor
229
b
उड
b
now
aofs
a
setlo
GALANT.
29
Il faut undiscours bien touchant
Pour vaincre du beau Sexe & la
haine , & la rage ...
Etl'obliger,malgrésonnaturelpanchant
,
D'aimerfon Ennemy , quad il est de
mon âge.
Un des plus habiles Maiſtres
que nous ayonsen Muſique ,
a mis en Air ces paroles ſur un
départ.
AIR NOUVEAV.
V
Ous vous en allez, belle Iris ,
Et les feux , les Amours , les Plai.
fors&les Ris
Vont partir avec vous, &vous fuivrontfans
ceffe.
Vos appasvousferont mill.e Amans
en tous lieux ,
B 3
30
MERCVRE
1
Ils mourrent de plaisir en voyant
vos beaux yeux ,
Etpourne les plus voir ie mourray
de tristeffe. 1
le ne vous ay encore envoyé
que le commencement
de la ſeconde partie du Traité
de Mr Comiers , touchant
l'art d'écrire occultement ; en
voicy la fin .
AVTRE MANIERE
tres-faciled'écrire occultement ,
mesmepar les lettres ordinaires
de l'Alphabet , qu'on peut en-
Suiteenvoyer en chifres .
C
Onvenez avec voſtre
Amy d'une clef en nombres
, comme de 113.355 . ces
fix chifres comprenant la raiſon
du diametre du cercle à fa
GALANT.
31
-
circonference de 113 à 359.
qui eſt plus préciſe que celle
d'Archimede ; ou bien convenez
du nombre 452. 355. lefquels
fix chifres contiennent
la raifon du quarré du diametre
du cercle à ſa ſuperficie de 452 .
à 355. quieſt plus préciſe que
celle d'Archimede de 14. à 11 .
Ayez ensuite devant vous
l'Alphabet de dix huit lettres
dans leur ordre naturel , que
vous devez concevoir comme
écrites en chapelet , ou autour
de la circonference d'un cercle.
Comiers
Suppoſons done qu'il faille
écrire ces trois mots ,
Aveugle Roial , & que vous
foyez convenu pour clef du
nombre 113 , 3550
Ecrivez de fuite fur les let.
tres des trois mots les chifres
de la clef 113.355 .
B 4
i MER CURE 3.2
1133951133551133551 .
Comiersaveugleroial.
Maintenant pour la lettre
C. du ſecret , vous écrirez an
deſſous la lettre D. parce que
le chifre 1. eſt au deſſus , qui
indique qu'il faut prendredans
l'Alphabet la premiere lettre
qui y fuit la lettre C.
le chi-
De meſme pour la lettre 0,
qui a le chifre 1. au deſſus ,
vous écrirez la lettre P. laquelle,
dans l'Alphabet eſt la
premiere aprés la leture 0.
par la mesme raiſon pour
la lettre M. qui a
fre 3. au deſſus vous écrirez
encore la lettre P. qui eſt
dans l'Alphabet la troifiéme
aprés la lettre M. pour la
lettrel. laquelle a au deſſus
le chifre 3. vous écrirez la let.
tre N. laquelle dans mon Al
GALAN T. 33
phabet de dix huit lettres eſt
la troiſième aprés la lettre 1.
Pour la lettre E. qui a au deſfusle
chifre 5. vous envoyerez
la lettre M. laquelle dans l'Alphabetdedix
huit lettres eſt la
cinquiéme aprés la lettre E. &
pour la lettre R. qui a au deſſus
le chifre s . vous compterez
depuis cette lettre exclufivement
ſur l'Alphabet confideré
écrit en chapelet , ou en
cercle,cinq lettres ,ſçavoir S.T.
V.A. B. en recommençant l'Alphabet.
C'eſt pourquoy pour la
lettre R. vous écrirez la lettre
B. quieſtla cinquiéme aprés
R. De meſme pour la lettre S.
qui eſt la derniere du mot ,
Comiers parce qu'elle aan deffus
le chifre a écrivez la let
tre T. qui est la premiere
aprés S...
Biss
34
MERCVRE
Par la meſme raiſon pour
la lettre A. du mot , Aveugle
écrivez la lettre B. & pour la
lettre V. qui a au deſſus le
chifre 3. qui eſt la derniere
de l'Alphabet , qu'il faut par
conſequent recommencer , écrivez
la lettre C. parce qu'elle
eſt la troiſieme aprés la lettre
V. Pourla lettre E. écrivez
la lettre 1. Pour la ſeconde lettre
V, écrivez la lettre E. qui
eſt la cinquiéme aprés la lettre
V. pour la lettue Gécrivezla
lettre 0. Pour la lettre
L.écrivez la lettre M. & pour
lalettre E. écrivez la lettre F.
Pour la lettre R. écrivez la
Pettre . Pour la lettre 0. écrivez
la lettre R. Pour la lettre
I. qui a le chifres au deſſus ,
écrivez la lettre P. laquelle
dans l'Alphabet de dix huit
GALAN T.
35
lettres eſt la cinquiéme aprés
la lettre 1. De meſme pour la
lettre A. écrivez F. qui eſt
la cinquiéme aprés 4. & enfin
pour la lettre L.écrivez la lettre
M. par là vous aurez de
ſuite pour les trois mots ,
miers Aveugle Roial, ces dix- neuf
lettres ſuivantes .
D. P. P. N. M. B. T.B.C.Ι.Ε.
O. M. F. V. R. P. F. M.
Co-
Remarquez que cette maniere
eft tres facile , & tout
à fait indechifrable à l'eſprit
humain , puis que dans les ſept
premieres lettres pour le mot
Comiers , la lettre P. eſt employée
tout de ſuite pour la
lettre 0. & pour la lettre M.
&que la meſme lettre P. eſt
employée pour la lettre Idu
mot Roial.
Remarquez encore que la
B6
1
36 MERCVRE
lettre M. fignifie la lettre E.
du mot Comters , & la lettre L.
du mot aveugle ; que le B.
ſignifie la lettre &. du mot
Comiers , & la lettre.A. du mot
Aveugle; que la lettre L. fignifie
la derniere lettre E. du
mot Aveugle , & la lettre A
du mot Roial , & que dans le
mot Aveugle les deux lettres
E. y font ſignifiées par les
lettres 1. & F. & les deux
lettres.I du meſme mot par
les deux letres C. E.
On peut ſe ſervir des chifres
de la datte de la Lettre ,.
comme de 28. Fevrier 1690.cr
obſervant qu'il faut rejetter
le zero , car il ne faut icy que
des chifres ſimples .
Obſervez queles cing lettres
H. K. X. Y. Z. que j'ay rejettées
de mon Alphabet, peus
GALANT .
37-
vent eſtre employées à la fin
des mots pour les diſtinguer,
où bien on les mettra devant.
la derniere lettre de chaque
mot, ou aprés la premiere,fuivant
qu'on en ſera convenu..
Obſervez principalement
que pour ofter tout foupçon,
vous pouvez au lieu de ces lettres
envoyer les chifres fime
ples ou difenaires qui leur appartiennent
dans cet.Alphabet.
Pantoufle bcdg ,
1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.20.30.40.
im qr S.
50.60.70.80.90 .
Ou dans tout autre Alphabet
dontl'ordre naturel des lettres
2-
fera changé , ſuivant qu'on
fera convenu , comme dans
l'Alphabet ſuivant .
38 MERCURE
Profetifandum
1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.20.3040 .
bcglq.
50.60.70.80.90.
Par lequel au lieu dés lettres
D. P. P.N.M. B. T. B. C. F.
E. O. M. F. V. R. P. F. M.
vous aurez les chifres fuivans
20. 1. 1. 10.40.50.60. 7 .
5.3.40.4.30. 2. I. 4. 40.
que vous pourrez envoyer à
voſtre confident en forme du
compte ou calcul 2 comme
nous avons déja dit .
Remarquez que la lettre P.
ou le chifre 1. eſt envoyé pour
trois' differentes leures , ſcavoir
pour les lettres 0 & M
du mot Comiers , & pour la lettre
I. du mot Roial , & que la
lettre M. ou le chifre 40. ſignifie
auſſi deux differentes letares
, ſçavoir E. du mot Comiers
GALANT.
39
& L. du mot Aveugle. De mefme
la leure B. ou le chifre so.
fignifie la lettre R. du mot
Comiers , & la lettre A. du mot
Aveugle. Les meſmes lettres R..
&A. dans le mot Roial. font fignifiées
par la lettre P. ou le
chifre 30. & par la leure F. ou
le chifre 4. Dans le mot Aveugle
le premier v. eſt ſignifié par la
lettre C. ou le chifre 60. & le
fecond V. par la lettre E. oule
chifre s . Dans le meſme mot
Aveugle, le premier E. eſt ſignifié
par la lettre 1. ou le chifre 1.
& le dernier par la lettre F. ou
chifre 4. Cette lettre F. ou chifre
4. eſt encore employée pour
l'Adu mot Roial , bien que la
lettreA du mot Aveugle foitfignifiée
par la lettre B. ou chifre
5 .
D'oùje conclus quebien que
40
MERCVRE
cene maniere d'écrire , ou de
parler en ces chifres par la
Trompette parlante; foit tresfacile
, meſme en employant
une triple clef, ſçavoir le nombre
convenu , l'ordre des lete
tres de l'Alphabet ſur lequel on
écritce nombre pour avoir les
lettres fecretes , & enfin l'ordre
irregulier des lettres de
l'Alphabet das lequel on prend
des chifres pour ces lettres ,
elles eſt neanmoins indéchifrable
à tout eſprit humain.Quand
mefme on donneroit au déchifreur
leslettres que chaque
chifre fignifie , il faudroit encore
qu'il puſt deviner le nombre
qui fert de premiere clef,
& qu'aprés cela il devinaſt
encore l'ordre de l'Alphabet
qui a donné ces lettres par le
moyen du nombre convenu
GALAN T.
41
pour clef ; de quoy on peut
faire facilement l'eſſay , avec
ceux qui ſe piquent de pouvoir
déchifrer ; fuſt ce avec M.
Viette, le Pere de noſtre Algebre
ſpecieuſe , & le grand Déchifreur
de ſon temps , s'il
pouvoit revenir au monde...
Maniere facile de lire ces chifres
ou lettres.
Ecrivez en ligne droite horizontale
les chifres qu'on
vous a envoyez en articles de
compte , puis ſous ces chifres
écrivez les letres qui leur appartiennent
dans l'Alphabet ,
Profetiſan dumb cglq , &
vous aurez les lettres ſecretes
que voſtre Amy avoittrouvées
fur le premier Alphabet par le
moyen des chifres de la clefs
ainſi pour
42
MERCVRE
20.1.1.10.40.50.6.50.60.7.5 .
D. P. P. N. M. В. Т. В. С.І.Е.
40.4.30.2.1.4.40 .
O. M. F. V. R. P. F. M.
Ecrivez aprés cela ſur ces mêmes
lettres les chifres de la
clef, fçavoir.
1.10 30 30 50 5.1.1.3.345.5 .
D.P.P.N.M. B. T. B. C.I.Ε.Ο.
1.1.3.3.5.5.1 .
M. F. V. R.P.F. M.
Ayant enſuite devant vous
noſtre Alphabet de dix huit
lettres ABC DEFGILM
NOPQRST V.
vous trouverez les veritables
leures du ſecret qu'on vous a
envoyées , ſi vous faites reflexion
qu'au lieu de la lettre du
fecret , on vous a envoyé la
lettre qui la ſuivoit , mais qui
en eſtoit autant éloignée que
le chifre de la clef qui eſtoit
GALANT.
43
au deſſus , contenoit d'unitez .
C'eſt pourquoy par une raiſon
contraire il faut autant retrograder
en avant que le chifre a
d'unitez, & vous trouverez la
véritable lettre du ſecret .
Ainſi , puis que la lettre D
a 1. par deſſus , prenez la lettre
C qui precede , & vous aurez
la premiere lettre du ſecret;
& parce que la lettre pa le chifre
1. au deſſus , retrogradez ,
- & prenez la premiere lettre o
qai eſt avant le D. De meſme
pour l'autre P. parce qu'il a le
chifre 3. au deſſus , prenez la
lettre M. qui eſt la troifiéme
avant la lettre P. & puisque la
lettre N a ſur ſoy le chifre
3. retrogradez de trois let.
tres dans l'Alphabet , & vous
trouverez la lettre I. du ſecret.
Par la meſme raiſon , parce
44
MERCVRE
que la lettre Ma ſur ſoy le
chifres . retrogradez de cinq
lettres fur l'Alphabet ,& vous
trouverezla lettre E. Et pour
la lettre B. puis qu'elle a au
deſſus le chifre s . il faut auſſi
de la meſme lettre B excluſivement
retrograder fur Palphabet
qu'on doit concevoir
écrit en chapelet en cercle ;
c'eſt à dire , prendre la cinquiéme
lettre en retrogradant
, comptant A. V. T. S. R..
c'eſt pourquoy la lettre & qui
ſe trouve , la cinquiéme , ſera
la lettre requiſe du ſecret ; &
parce que la lettre Ta ſur ſoy
le chifre reculez d'une lettre
&vous aurez la lettre S. du:
mot fecret Comters ..
Demeſme pour la lettreB,
parce qu'elle a fur ellele chifre
1. vous prendrez fur l'AlGALANT
.
45
phabet la lettre 4. qui précede
la lettre B. & de cette
maniere vous trouverez les
trois mots fecrets Comiers
Aveugle Roial.
ARTICLE III .
Envoyer en mesme temps le
Secret&la Clefen Lettres
ou en Chifres.
Cecy eſt de la derniere
importance , lors qu'il eſt
neceſſaire de faire ſçavoir des
ordres preſſants à trois perſonnes
, mais en telle ſorte
queles unes ſans les autres ne
puiſſent penetrer dans le Secret
que vous envoyez , ſi elles
| n'agiſſent toutes trois de concert
, car à deux des trois vous
envoyerez les deux differentes
46
MERCURE
clefs qui ne conſiſteront fi
vous voulez qu'en 3 ou 4
fillabes ou aux chifres de
leurs Lettres ,& à la troiſiéme
perſonne vous envoyerez
le ſecret en chifres ou en
lettres de l'Alphabet ſans aucune
Clef.
,
Ainſi pour faire ſçavoir
que la clef conſiſte à prendre
de ſuite dans la table en defcendant
' perpendiculairement
depuis les lettres ou chifres
envoyez pour le ſecret ſept
foisde ſuite 1. on écrire GA
ou fon nombre 71. parce que
la lettre G. appartient au
nombre 7. & la lettre A.
au nombre
Pour indiquer que par les
lettres ou chifres de la clef
il faut encor prendre de ſuite
cinq fois la lettre D. ou fon
GALANT.
47
chifre 4. on écrira ED , ou
bien le nombre 54 parce qu'à
la lettre & appartient le chifres
& à la lettre D appartient
le chifre 4
De meſme pour indiquer
que par les lettres ou chifres
de la clef, il faut prendre encore
de ſuite ſept chifres 5.
on écrira GE. ou
75 parce
qu'à la letrre G. appartient le
chifre7. &à la lettre & appartient
le chifres de forte que
pour la clef on aura le mot
barbare de trois fyllabes
GAEDGE , ou ces fix nombres71.54.75.
qu'on envoyera
à l'un des deux Confidens ,
Que s'ils font trois
mier on envoyera les trois
premieres lettres, GEG , ou
leurs chifres 757 & à l'autre
on envoyera les dernieres
, au pre48
MERCVRE
lettres A. D. E. ou leurs chifres
1.4.5 .
Suppoſons maintenant que
par cette clef7 1.54.75- il faille
écrire en ſecret Cormier AveugleRoial.
Puis qu'il faut en.
voyerde ſuite ſept fois le chifre
1. prenez dans la rangée
perpendiculaire qui eſt à main
gauche dans ma grande Table
, chaque lettre du ſecret
que vous voulez envoyer .
Allez horizontalement jufqu'au
chifre 1. & enſuite marquez
la lettre ou chifre qui eſt
au deſſus dans la rangée ſuperieure
de la Table. Ainſi pour
le mot Comiers , vous aurez ce
mot Timored, ou ſes chifres 80 .
8.10.30.60.5.4. que vous
envoyerez , & parce que fuivant
la ſeconde partie de la clef
D.E. il faut employer cing fois
dc
GALANT.
49
de ſuite le chifre 3. vous aurez
par la mesme maniere pour
les cinq premieres lettresAvengle
, du mot ſecret Aveugle,
le mot Deves , ou ſes chifres,
4.5.90.5.70 .
Pour les ſept l'ettres reſtantes
du ſecret le Roial , parce
I qu'il faut employer ſuivant la
derniere ſyllabe GE de la clef
ſept fois de ſuite le chifre 5 .
vous aurez le mot Ralofer ou ſes
- chifres 60.1.6.30.70.5-60.
Enfin vous envoyerez à un
- des Confidens la clef en lettres
Gaedge, ou fes chifres 71.54.
75. ou bien vous luy envoyerez
au long ces dix - neuf chifres
1111111.44444-55555550
& vous envoyerez à l'autre
Confident ces mots , Timored
Deves Ralofer , ou ces chifres
45.90
80.8.10.30.60.5.4.4.5.१०.
Juillet 1690 .
2
50
MERCURE
5.70.60.1.9.30.70.5.60 .
Les deux Confidens s'eſtant
affemblez , trouveront facilement
le ſecret que vous leur
aurez envoyé car prenant dans
la rangée ſuperieure de ma
Table chaque lettre du mot
Timored , ou de ſes chifres 80 .
8.10.30.60.5 . 4. ils deſcendrons
perpendiculairement
juſqu'aux chifres 1. vis à vis
deſquels à main gauche ou à
main droite des Alphabets perpendiculaires
de ma Table , ils
trouveront les lettres du ſecret,
Ainſi de la letret.ou de ſon chifre
80. ils deſendront juſqu'au
chifre 1. vis à vis duquel ils
trouveront la lettre C. de mefmede
la lettre 1. ou de ſon chifre
8. deſcendant perpendiculairement
jufques au chifre 1 .
ils trouveront visà visla lettre
GALANT.
SI
0. du ſecret , & de la lettre м
ou de ſon chifre 10. defcendant
juſqu'au chifre 1. ils trouveront
la lettre M. du ſecret
vis à vis de ce chifre. Ainſi par
lemot Timored. & parles ſept 1 .
ils auront le mot comiers.
Par la mefme raiſon deſcendant
des cing lettres du mot
Deves, ou de ſes chifres 4. 5 .
90.5.70. juſqu'aux chifres 4.
ils trouverontvis à visiles lettres
du ſecret Aveugle.
De meſme deſcendant perpendiculairement
de chacune
des ſept lettres du mot Ralofer,
ou de ſes chifres 60.1.9.30.70 .
5. 60. juſqu'au chifre s . ils
trouveront vis à vis dans l'Al .
phabetperpendiculaire les lettres
le Roial. Voicy le tout dans
l'exemple.
C2
52
MERCURE
GA. E D. GE..
1111111.44444.5555555 .
Timored Deves Ralofer
Comiers Aveugle Roial.
Remarquez que pour écrire
ainſi occultement par deux
clefs à deux ou trois Amis
ſeparement , on peut ſe ſervir
des deux rouës de la ſeconde
Planche , mettant , par exemple
, tout de ſuite les ſept premieres
lettres du ſecret priſes
fur la rouë mobile au deſſous
du chifre 1. de la rouëimmobile
, & écrivant à l'autre des
Amis le chifre ou la lettre qui
eſt dans la rouë immobile , au
deſſus de l'Index de la rouë
mobile , &c . ainſi pour lire on
mettra l'Index de la rouë mobile
ſousles ſept premieres lettres
ou chifres qu'on aura envoyez
à l'un des Amis , & on
GALANT.
53
S
5
trouvera ſous le chifre 1.de la
rouë immobile. On peutauſſi
tres - facilement écrire & lire
ſans avoir beſoin de la Table
ny des rouës .
ARTICLE IV .
Ecrire occultement par des lettres
femblables à celles
des Hebreux.
Bien que cette maniere ſoit
_ peut- eſtretriviale , neanmoins
elle peut fervir & paffer pour
indechifrable , fi l'on convient
d'un ordre des l'ettres de l'Alphabet
, & qu'on obſerve que
les voyelles y ſoient paſſées en
differens endroits , afin qu'une
meſme voyelle puiſſe eſtre expriméedans
un même mor,par
diferens caracteres .J'en dis au-
C3
54
MERCURE
و
tant des lettres R& S qui ſe
rencontrent plus ſouvent. La
ſeule inspection de la figure
qui eſt à main gauche de ma
Planche ſous la Lunette , ſuffic
pour comprendre tout l'artifice
obſervant que chaque
caractere ſert pour trois lettress
pour la premiere , le caractere
eſtant ſeul , & pour la ſeconde
lettres , lors qu'il a un point,&
enfin pour la troiſieme , lors
que le caractere à deux points;
ce que j'ay obſervé dans les
deux mots que j'ay donnez
pour exemple , & qui ſont dans
ma Planche , l'un devant , &
l'autre aprés ces deux mots
Latins , Revelator Arcanorum.
COMIERS D'AMBRUN .
Ie vous envoyeray le mois
prochain la troiſiéme Partie de
l'art d'écrire & de parler ocGALANT
.
55
cultement de loin , meſme la
nuit , ſans Meſſager & fans
bruit .
Les apparences paſſent ſouvent
pour des veriteż , & les
fentimens du coeur ſont ſi
malaiſez à penetrer , que les
plus habiles prennent pour
réel ce qui n'est que feinte.
Une Demoiselle , ayant le
teint vif , & tous les traits affez
reguliers pour eſtre miſe
au nombre des belles perſonnes
joignoit à cet avantage
agrément d'humeur &
d'eſprit , qui larendoit encore
plusaimable qu'elle n'eſtoic
belle. Entre les Amans qu'elle
s'attira ,il s'en trouva un qui
écarta bien toſt tous les autres.
Ceux cy n'avoient qu'
une fortune proportionnée
aux pretentions qu'elle pouun
C4
56
MERCVRE
voit ſe permettre,& ce dernier,
outre qu'il eſtoit fort honneste
homme joüifſoit d'un
bien tres- confiderable , qui le
mettoit en eſtat deluy procurer
une vie douce& commode.
Ce fut auffi ce qui obligea la
Belle de luy marquer par beaucoupd'honnêtetez
qu'elle luy
donnoit la préference , & fon
choix n'eut pas plutoſt paru
eſtre fait , qu'il demeura ſeul
affidu dans ſes viſites . Lesavantages
qu'elle devoit rencontrer
en l'épouſant meritoient bien
la distinction qu'elle avoit faite.
Cependant elle recevoit ſes
foins fans avoir le coeur tou .
ché , & l'intereſt ſeul la faifoit
agir. Elle demeuroit d'accord
qu'il avoit des qualitez
fort eſtimables , & que ſes manieres
pouvoient engager les
GALANT.
17
plus difficiles à ſe laiſſer prévenir
, mais il avoit pour elle
un defaut qui dégoûtoit ſa
tendreſſe. Il s'eſtoit fait Confeiller
, & les gens de robe ne
luy plaifoient pas. Elle euſt été
pourtant fachéede le perdre ,
&comme elle eſtoit adroite à
diffimuler , elle luy faiſoit paroiſtre
des ſentimens dont fon
amour eſtoit fatisfait , & qui
luy perfuadoient que l'engagement
eſtoit ſincere. La paffion
qu'elle luy avoit fait prendre ,
l'obligea ſouvent à la preſſer
de conclure mais elle trouvoit
toujours moyen de gagner
du temps par quelque
retardement dont elle imputoit
la cauſe à ſa Mere. Quoy
qu'elle vécut ſous ſa conduite ,
elle gouvernoit entierement,
fon eſprit , & cette Mere qui
GS
58
MERCVRE
n'avoit des yeux que pour
ſa Fille , cherchoit unique.
ment à la fatisfaire , & donnoit
dans tout ce qui luy faifoit
plaifir . La Belle en reculant
la concluſion de ſon mariage
, s'eſtoit flatée qu'il luy
viendroit pour Amant quelque
homme d'Epée qui eſtant
auſſi riche que le Confeiller
la mettroit dans un eſtat plus
conforme à ſon inclination .
En effet , il arriva qu'eftant
allée chez une Dame voifine
qu'elle voyoit preſque tous les
jours , parce que les deux
Maiſons ſe touchant , il y a
voit une porte de communication
l'une dans l'autre
elle y rencontra un Cavalier
fort bien fait galant enjoüé..
&de ceux enfin que les Damess
nomment aujourd'huy
GALANT. 19
de jolis hommes . Le hazard
l'avoit conduit chez la Dame
peur laquelle ilavoit eu autre.
fois beaucoup d'affiduite , &
qu'il avoit veuë fort rarement
depuis ce temps là , fans que
les emplois qui l'en avoient
éloigné , euſſent affoibly l'eftime
qu'il luy avoit toujours
conſervée. Il vit avec plasfir
ſabelle Voiſine , & ayant ſoeu
_ qu'elle venoit chez elle à
toute heure , il profita de ce
e qu'on luy avoit dit , & luy
rendit des viſites ſi frequentes,
qu'il leur fut aiſe à l'une &
àl'autre de juger de ſon defſein.
Comme il eſtoit extrémement
riche , la Belle ne
déguiſa pas à ſon Amie que
s'il prenoit feu ,elle n'auroit
nulle peine à le préferer au
Confeiller. Ils ne furent pas
C6
60 MERCVRE
long temps ſans s'aimer , & ft
le Cavalier ſe plaifoit à faire
de tendres proteſtations à
cette aimable perſonne , elle
luy marquoit par ſes complaifances
, & par tout ce qu'elle
pouvoit faire d'obligeant
pour luy , que les diſpoſitions:
de ſon coeur luy eſtoient tres
favorables . La Dame qui
eſtoitbien aiſe de fortifier un:
engagement qu'elle voyoit ſi
avantageux pour ſon Amie,
favoriſa le commerce. Il demeura
d'autant plus ſecret que
les affiduitez du Cavalier paffoient
fur fon compte , ſans
que l'on en ſoupçonnaſt le veritable
fujet . Le Cavalier s'enflamoit
toujours de plus en
plus , ſans ſonger à quoy ſa
paſſion devoit aboutir. Il ai
moit la Belle par le ſeul plaific
GALANT. 6г
d'aimer ,& de joüir de l'heureux
progrés que ſes ſoins
faifoient inſenſiblement fur
ſon jeune coeur. Ils en firent
en fort peu de temps plus
qu'il n'avoit ofé l'efperer , &
l'amour qu'il luy inſpira fut
ſt violent qu'elle ne fut plus
maiſtreſſe de luy en cacher la
force. Vous jugez bien qu'elle
ne put l'aimer avec tant
d'ardeur fans trouver le Conſeiller
plus inſuportable qu'il
ne luy avoit paru juſque - là.
Elle eut pour luy une froideur
extraordinaire. Il s'en apperçeut,&
s'en plaignit. Les raiſons
qu'elle apportoit pour excuſe
eſtoient fi foibles , qu'il
pouvoit voir aiſement qu'elle
ſe mettoit fort peu en peine
qu'il fuſt content d'elle. Il ne
ſeavoit à quoyimputer ca
62 MERCVRE
changement. Le nouvel engagement
qu'elle avoit pris , ne
paroiffoit aux yeux de perfonne,&
il n'y avoit pas le moindre
ſoupçon du Cavalier. Ainſi
il regarda comme l'effet d'une
humeut bizarre qu'elle ſe laffoitde
tenir cachée , l'inégalité
qu'elle luy faifoit paroiſtre ..
Les reproches qu'il ne put
s'empécher de luy en faire ,
cauſerent entre eux de petites.
broüilleries , qui les aigrif.
foient affez pour ſe ſeparer
toujours mal fatisfaits l'un de
l'autre. Le conſeiller qui vou--
lut eſſayer tout pour faire ceſſer
fa, méchante humeut , paſſa
quelques jours fans aller chez
elle , dans la penſée que las
orainte de le perdre l'obligeroit
à le rappeller. Elle atten
dit: tranquillement qu'il re
GALANT. 63
vinſt ,& ſe contentade dire en
le revoyant, qu'on voyoit bien
à ſon air reſveur qu'il avoit
été accablé d'affaires . Il fut fa
ché qu'elle dédaignaſt de luy
montrer du chagrin de ce qu'il
ſembloit qu'il pouvoit ſe paſſer
d'elle;il cõtinua de la voir plus
rarement , ou pour ralumer
en elle l'amour qu'il vovoit
éteint ou du moins fort aſſoupy,
ou pour ſe guerir s'il eſtoit
vray qu'il ne luy tinſt plus au
coeur. La Belle le laiſſa faire ,
&ſe donna toute à l'amour du
Cavalier , qui luy expliquoit
le ſien d'une maniere delicate
&fine, qui avoit toujours pour
Elle un charme nouveau. Ce
pendant les choſes demeuroient
toujours dans le meſme
eſtat ,& le plaiſir que le Cavalier
marquoit de ſe voir aimé,
64 MERCVRE
ne l'obligeoit point à parler de
mariage . La Belle n'oublioit
rien pour l'engager à luy faire
une declaration précise , &
voyant que quelque tourqu'-
elle priſt pour y réuffir , il ſe
contentoitde dire qu'iln'avoit
jamais rien aimé tant qu'elle,
elle luy dit enfin que ſa Mere
qui estoit entrée dans cette intrigue
, s'impatientoit de voir
traîner l'affaire enlongueur,&
demandoit qu'on priſt des me-:
fures pour luy donner une fin..
Le Cavalier , ennemy mortel
du mariage , & qui ne cherchoit
que le plaifir d'amener
les gens où il vouloit du coſté
du coeur , ſe trouva embaraſſé
de la propoſition qui luy eſtoit
faite. On luy parloit clairement
,& eſtant contraint de
s'expliquer , il répondit d'une:
GALANT .
65
maniere flateuſe , que comme
il ſçavoit aimer parfaitement,
il ne pouvoit s'eſtimer heureux
s'il n'eſtoit aimé de méme
, & qu'il avoüoit qu'il ne
pouvoit ſe perfuader qu'elle
eaſt pour luy des ſentimens
d'amour auſſi purs qu'il les
ſouhaitoit , puis que les viſites
qu'elle recevoit toujours
du Conſeillerluy faifoient connoiſtre
que les ſoins qu'il luy
rendoit ne luy eſtoient pas
tout - à - fait indifferens. La
Belle luy repliqua qu'elle s'étonnoit
d'une jaloufie qu'il ne
luy avoit jamais fait paroiſtre;
qu'il ſçavoit qu'il ne l'avoit
pas plûtoſt aſſurée de fon amour
qu'elle avoit traité le
Conſeiller avec des froideurs
qui luy avoient fait retrancher
beaucoup de l'affiduité
,
66 MERCVRE
de ſes viſites , & que dés qu'il
ſe ſeroit declaré Amant par
des articles ſignez , il n'avoit
pas à douter que ſon pretendu
Rival ne quittaſt la place ; que
pour elle il ſe devoit répondre
affez de ſon coeur , pour eſtre
afſuré qu'elle renonceroit ſans
aucune peine à le voir jamais.
Le Cavalier qui ne vouloit pas
pouffer la choſe plus loin , luy
dit qu'il reconnoiſſoit qu'il
avoit tort;que le chagrin qu'il
venoit de lay marquer n'avoit
rien que d'obligeant ; que c'étoit
une delicateſſe d'amour
dont elle devoit luy ſçavoir
gré , qu'il la prioit de luy accorder
un peu de temps pour
la vaincre , & qu'aſſurément
il viendroit à bout de s'en défaire.
Il crut par là s'eſtre mis
en ſeureté , puis qu'il n'avoit
GALANT. 67
☐ plus qu'un mois ou deux à
paſſer ſans eſtre obligé par ſes
emplois de ſe rendre en Allemagne
; mais la Demoiselle
e qui ne vouloit pas qu'il luy
= échapaſt , rompit ſes meſures
en ſe réſolvant de bannir le
Conſeiller. C'eſtoit luy oſter
toute forte de pretexte , &
après avoir receu une marque
fi certaine du fincere amour
qu'elle avoit pour luy , il ne
| pouvoit plus luy rien oppo-
S
A
1 fer. Elle executa ce qu'elle
- avoit projetté , & deux jours
- aprés ayant pris l'occaſion
-d'un fortleger démeſlé arrivé
entre elle & le Conſeiller , elle
luy dit des choſes ſi rudes ;
que ne pouvant plus s'accommoder
deſes manieres bizarres
il luy declara qu'il ne
reviendroit jamais chez elle.
,
68 MERCVRE
Il luy tint parole , & leur rupture
fut bien toſt connuë
de tout le monde. Auſſi- toſt
qu'elle fut faite , elle en donna
avec joye la nouvelle au
Cavalier , comme de la choſe
du mondequi luy devoit eſtre
la plus agreable. Ce n'eſtoit
pas ce qu'il ſouhaitoit. Il ſe
voyoitpar cette rupture dans
une nouvelle peine , & les
premiers ſentimens eſtant
mal aiſez à déguiſer , il laiſſa
paroiſtre malgréluy un étonnement
remply de ce chagrin,
dont elle fut extrêmement
étonnée. Neanmoins comme
il avoit de l'eſprit , il reprit
bien toſt ſa belle humeur , &
foutint la chofe en galant
homme. Il ſe montra plus
amoureux que jamais,&quelques
jours s'eſtant écoulez , la
GALANT. 69
د
Belle qui le voyoit dans des
diſpoſitions ſi favorables pour
elle , luy demanda quand il
vouloit luy faire changer le
nom de Maiſtreſſe en celuy
de Femme. Il luy répondit
ſans s'embaraffer que l'obligeante
marque d'amour
qu'elle avoit bien voulu luy
donner en luy ſacrifiant ſon
Rival , ne le pouvoit plus
laiſſer balancer à luy en donner
une pareille ; qu'il ſe ſentoit
obligé de luy avoüer que
ſa parole eſtoit engagée à une
jeune Provençale , qui avoit
de luy quantité de Lettres qui
confirmoient cet engagement ;
qu'il luy eſtoit importantde les
retirer ; qu'il en ſçavoit un
moyen tres- ſeur, & qu'il étoit
reſolu de prendre la poſte pour
aller rompre avec elle , aprés
70
MERCVRE
quoy il reviendroit à Paris luy
prouver en l'épouſantque tout
fon bonheur dépendoit d'elle.
La Belle alarmée de la propoſition
de ſon départ , prit une
autorité abſoluë pour s'y oppoſer.
Après avoir raiſonné
longtemps fur le pretendu
engagement où il ſe trouvoit
elleluy dit qu'il n'avoit qu'à
l'épouſer ; que ſa Mere & elle
conſentiroient à tenir le mariage
ſecret , & que s'il avoit
un moyen ſi ſeur de ſe dégager
de la Provençale , il le feroit
réuſſir également , puis qu'elle
ne sçauroit point qu'il
fuſt marié. Le Cavalier voulut
appuyer de quelques raiſons
la neceſſité de ſon voyage
, mais la Demoiselle luy
diſant toûjours qu'elle ne
fouffriroit point qu'il allaſt
GALANT.
71
triompher d'elle auprés de la
Provençale , avec qui ſans
doute il ſe raccommoderoit ,
il prit le party de luy promettre
qu'il ne s'éloigneroit
point , & qu'il employeroit
un de ſes Amis qui ſçavoit
l'affaire , pour luy faire prendre
un tour qui fatisfiſt les
- ſouhaits de l'un & de l'autre.
En effet il écrivit dés le
_ lendemain une fauſſe Lettre ,
- & la fit voir à la Demoiselle.
- C'eſtoit pour elle un peu d'adouciſſement
dans ce qu'elle
avoit à craindre . Ses allarmes
ne laifferent pourtant pas de
continuer. Comme l'amour est
fort clairvoyant , elle penetra
dans le coeur du Cavalier , &
vit malgré ſon déguisement
que ſon deſſein n'eſtoit pas
d'en venir au mariage.Elle ne
72
MERCURE
put s'empeſcher de luy expliquer
ce qu'elle penſoit , & luy
ditenſuite qu'elle ne lay voudroit
jamais aucun mal de luy
avoir fait bannir le Conſeiller
de chez elle , puis qu'elle croyoit
n'avoir rien perduen luy,
mais qu'elle ne pouvoit luy
pardonner d'avoir ſi bien engagé
ſon coeur qu'elle ſentoit
bien qu'il luy ſeroit impoſſible
de ſe défaire jamais des ſentimens
qu'il y avoit mis ; que
c'eſtoit un crime qu'il auroit
à ce reprocher éternellement ,
& que rien ne dementoit
davantage le caractere qu'il
ſe donnoit d'honneſte homme
que d'avoirtoujours manqué
de fincerité pour
perſonne qui s'eſtoit attachée
à luy de ſi bonne foy. Le
Cavalierluy dit mille choſes
obli
une
GALANT.
73
- obligeantes pour luy faire
perdre cette opinion , mais il
n'y put reuſſir , & elle devint
tellement chagrine , qu'il ne
trouva plus dans ſa conver-
-ſation ce qui l'avoit charmé
ſi long temps . D'ailleurs , il
- n'avoit plus rien à ſouhaiter.
- Il eſtoit venu à bout de ſe
- rendre maiſtre de ſon coeur
ce qui eſtoit le ſeul triomphe
où il avoitaſpiré , & la vertu
de la Belle ne luy laiſſant aucune
eſperance que par une
voye qui n'eſtoit pas de ſon
-gouſt , il ne ſongea plus qu'à
ſe retirer. Ilen prit l'occaſion
un jour que la Dame qui a
voit leur confidence , voulut
en particulier
=
【
l'entretenir
pour ſçavoir à fond ſes vrais
ſentimens . Aprés eſtre tombé
d'accord avec elle , que la
Iuillet 1690. D
74
MERCURE
Provençale n'eſtoit qu'un pretexte
pour gagner du temps ,
illey jura qu'il n'avoit jamais
eſté fi fortement touché de
perſonne qu'il l'eſtoit de fon
Amie ; que ſes belles qualitez
avoient fait fur luy une impreffion
que rien ne ſeroit
capable d'effacer jamais ; que
dés le moment qu'il l'avoit
veuë , il s'eſtoit fenty forcé de
l'aimeravec une violence qui
auroittrompé tout autre que
luy , que dans la premiere ardeur
de ſa paffion , perfuadé
qu'il ne pouvoit vivre heureux
s'il ne paſſoit ſa vie avec
elle , il n'avoit fait aucun
doute qu'il ne furmentaſt
laverſion naturelle qui l'a
voit toujours éloigné du mariage
; qu'il n'y avoit point
d'efforts qu'il n'euſt faits pour
GALANT .
75
د
- ſe mettre en ceteſtat , fur tout
depuis le ſacrifice obligeant
qu'elle luy avoit faitduConſeiller
, ce qui avoit tellement
gagné ſon coeur qu'il s'eſtoit
vingt fois reſolu de l'épouſer
pour luy en marquer ſa reconnoiſſance
, mais qu'en s'es
- xaminant ſerieuſement il
= n'avoit pû ſe cacher que fon
mariage auroit des ſuites ſi
deſagreables pour une pere
ſonne dont il ſe ſçavoit veri-
- tablement aimé , qu'il en
avoit eſté effrayé pour elle ;
- que connoiſſant bien que
toute aimable qu'elle luy avoit
paru juſque là , il la fuiroit
dés qu'elle ſeroit ſa femme
il valoir mieux qu'il
l'expoſaſt à eſſuyer un chagrin
qui ne dureroit qu'un
peu de temps , quay qu'il fuſt
د
D 2
76 MERCVRE
au deſeſpoir d'eſtre obligé de
le faire , quede luy donner
ſujet de ſe repentir toute ſa
vie de s'eſtre engagée avecun
homme ſi peu capable d'aimer
par devoir ; que tant qu'il
vivroit il conſerveroit le
ſouvenir des ſentimens favorables
qu'elle luy avoit marquez
, & que fi elle avoit beſoinde
fon bien & de ſa vie ,
elle pouvoit diſpoſer ab olument
de l'un & de l'autre . Le
Cavalier eſtoit auſſi genereux
que brave ,& il n'auroit eu aucune
peine à tenir parole fur
ces deux Articles , mais ils
n'avoient pas dequoy conten
ter la Belle. Elle vouloit un
amour auſſi conſtant que le
fien , & c'eſtoit ce qu'il ne
pouvoit promettre . La Dame
luy dit tout ce qu'elle put
GALANT..
77
다
s'imaginer de plus fort pour
l'obliger à rendre juſtice à
fon Amie , mais elle vit bien
qu'il n'eſtoit pas né pour eſtre
ma mary , & aprés une converſation
de plus de trois
heures ,ils ſe ſeparerent fans
qu'elle euſt rien obtenu. Il ſe
trouva extrêmement ſoulagé
de la declaration qu'il venoit
- de faire , & ne pouvant ny
demeurer à Paris ſans voir la
- Belle , ny la voir encore ſans
avoir à ſouſtenir de juſtes re-
✓ proches', il partit pour l'Allemagne
, aprés avoir écrit
à la Dame mille honneſtetez
pour fon Amie , qui n'aboutiffoient
pourtant à rienautre
choſe , qu'à l'affarer que s'il
avoit pu ſe vaincre ſur le mariage
, il n'auroit point balancé
à la preferer à toute la
D 3
78
MERCVRE
terre . Elle fut inconfolable
de ſe voir abandonnée par le
Cavalier, non pastant pour les
avantages qu'elle perdoit du
coſté de la fortune , que parce
qu'elle s'eſtoit veritablement
attachée de coeur , &
queles liens de cette nature
ne font pas aiſez à rompre.
Aufſi tomba- t- elle dans une
mélancolie ſi profonde que
rien n'eſtoit capable de l'en
retirer. Les chofes demeurant
toujours ſecretes , on ne
manqua pas de dire qu'elle
eſtoit causée par la rupture
où le Conſeiller s'eſtoit refolu
. Elle repouſſa ce bruit
mais
د
foiblement aimant
mieux qu'on imputaſt ſon chagrin
à la perte d'un Amant
dont la paſſion avoit éclaté
د
que de donner lieu à certaines
GALANT.
79
-
gens qui veulent tout découvrir
, d'en approfondir le veris
table ſujet. Deux mois fe pafferent
fans que ce chagrin dìminuaft
, & enfin on dit tanc
au Conſeiller qu'on le blâmoit
de faire paroiſtre tant d'inſenfibilité
pour une belle perfonne
qui le regrettoit , qu'on reveilla
fon amour. Si les froideurs
de la Belle luy avoient
fait craindre de n'en eſtre point
aimé , le déplaifir qu'il pretendoit
qu'elle cutt marqué de ſa
perte reparoit cela d'une maniere
fort fatisfaifante,& ce fut
affez pour l'obliger à luy faire
demander fi elle vouloit re.
nouer l'affaire. La defertion
du Cavalier , fil'on peut parler
ainfi, eſtoit un mal fans remede.
Il y alloit de ſes avantages
d'épouſer le Conſeiller , &
D 4
80 MERCVRE
elle avoit affez de vertu pour
ſe repondre que l'entiere application
qu'elle auroit pour
fon devoir , arracheroit de fon
coeur un reſte d'amour qui la
tourmentoit. Ainfi elle accepta
le party ,& le mariage fut conclu
en peu de jours . Elle vit
fort honneſtement avec ſon
mary , qui eſtant tres - content
de ſa conduite , ne ſçait pas
qu'il doit au refus de fon Rival
le plaifir d'avoir une Femme
toute aimable..
Il y a d'heureux genies que
les grandes occupations n'embaraſſent
point, & qui ſçavent
fi bien ménager leur temps ,
queles emplois qui demandent
le plus d'aſſiduité , ne peuvent
les empêcher d'en trouver en -
corede reſte pour les Ouvrages
d'eſprit à quoy ils ſe ſentent
GALANT. 81
propres M. le Preſident de Silvecane
, ancien Prevoſt des
Marchands de Lion , eſt de ce
nombre. Il eſt continuellement
occupé pour le ſervice
du Roy , & pour les affaires du
Public , & il ſemble que deux
ou trois cens Vers , qui échaperoient
quelquefois à un Magiſtrat
auſſi employé que luy,
devroient eſtre regardez comme
une choſe extraordinaire .
Cependant il a un talent ſi particulier
& tant de facilité pour
la Poësie , qu'en y donnant
feulement ſes heures de delaffement
& de loiſir, il eſt venu
à bout de traduire en Vers
François , toutes les oeuvres de
Juvenal , de Perfe , d'Horace ,
& de Lucrece ; & ce qu'il y a
de plus ſurprenant , c'eſt que
non ſeulement il a fait toutes
Ds
82 MERCURE
ces traductions en fix ou ſept
années , mais qu'il les a encore
accompagnéesde remarques
pleines d'érudition ,& auffi curieuſes
qu'elles font utiles . Ce
travaill qu'on peut appeller en
quelque forte infiny , pourroit
paroiſtre incroyable , fi l'impreffion
ne justifioit ce que je
dis. Mr le Preſident de Silvecane
vient de donner au Public
le premier Tome des Satires
de Juvenal , & les autres
ſuivront dans fort peu de tems .
On le trouve chez le Sieur Pepie
, ruë S. Jaques , & chez le
Sr Guerout , au Palais .
Je ſçay que vous avez leu
avec plaifir l'Histoire de la Monarchie
Françoiſe ſous le regne de
Louisle Grand , donnée au Public
depuis deux ans , par Mr
de Riencourt ,Correcteur des
GALAN T. 83
Comptes. Les grands & fameux
évenemens dont font
remplis les deux Volumes qui
compoſent cette Hiſtoire, l'ont
miſe dans une ſi grande vogue;
que la premiere Edition en
ayant eſté entierement debitée
, on en a fait une nouvelle
avec des augmentations confiderables
. L'intereſt que vous
avez toujours pris à ce qui
regarde la gloire du Roy , ne
me laiſſe pointdouterque vous
ne me ſçachiez gré de l'avis
que je vous donne de ces augmentations.
L'Auteura ajoûté
à ce que vous avez déja leu ,
pluſieurs Sieges de Villes , &
des Batailles fur terre & fur
mer , avec d'autres matieres
importantes qu'il n'avoit fait
qu'ébaucher dans l'Editionde
1688. Celle cy comprend tout
D6
84 MERCVRE
ce qui s'eſt paffé depuis ce
temps là , juſqu'à la mort de
Madame la Dauphine , arrivée
le 20. Avril dernier. Ce Livre
ſe trouve chez les Srs de Gaſtin
& Cavelier
Palais .
د
Libraires au
,
Le Sr de fer , Geographe de
Monseigneur le Dauphin
vient de mettre au jour un
Livre qui fera d'une grande
utilité. pour les Cadets dont
le Roy entretient les Compagnies.
Ila pour titre. Introdu
Etion à la Fortification , avec quelques
Flans de Places fortes. Cet
Ouvrage eſt remply de pluſieurs
Planches . La premiere ,
ſeconde , & troiſième ſont figures
de Geometrie , renfermées
chacune dans un Cartouche.
La quatriéme eſt un Pentagone
fortifié à ſimples BaGALANT.
8
tions
, & orné de tous les
ſtrumens propres à conſtruire
une Fortereſſe. La cinquiéme,
unExagone fortifié avec toutes
fortes de Dehors . La fixiéme ,
une Fortification tantAnciene,
que Moderne , une reguliere ,
une irregüliere, une naturelle.
&une artificielle ; & les trois
figures Scenographie , Icgnographie
& Orthographie . La
ſeptiéme eft remplie de tous
les Inſtrumens propres à attaquer
& à défendre une Place ,
comme ſacs à terre , corbeilles,
Gabions , bariques à
chandeliers , fauciſſons , fafcines
, clayes , mantelets , bombes
, carcaſſes , caiffons , grenades
, Petards , chauffetrapes,
herſillons , herfes , heriffons ,
chevaux de Friſe ; Canons &
Mortiers . La huitième fait voir
terre ,
86 MERCVRE
les diverſes manieres d'attaquer
les Baſtions . La neuvié.
me eſt unePlace attaquée dans
les formes , avec les lignes de
circonvallation & de contrevallation
. Toutes ces Figures
font fuivies de pluſieurs Plans
de Places fortes , comme de
Charleroy , Mons Namur ,
Ath , Maëſtrich , Anvers & fa
Citadelle , Mayence avec ſes
Attaques , Bonn avec ſes Attaques
, & Turin & fa Citadelle
. &c.
,
Je vous marquay par ma
Lettre du dernier mois , que
Mr Nicolaï , Premier Prefident
en la Chambre des Compres
, avoit épousé Mademoifelle
le Camus. La ceremonie
des Epouſailles ſe fit à minuit
en l'Egliſe de S. Jean en Greve,
Paroiſſe de M. le Camus , LieuGALANT.
87
د tenant Civil Seigneur de
Beaumais & du Port , Pere de
la mariée. De tres belles tapifferies
dont on avoit cu foin
de la faire tendre , luy donnoient
tout l'ornement qu'elle
euſt pu avoir dans quelque
Feſte des plus folemnelles , &
elle eſtoit éclairée par une ſi
grande quantité de Luſtres,
que cet amas de lumieres fembloit
avoir ramené le jour.
Aufſi ſe trouva- t- elle remplie
d'une infinité de perſonnes de
toutes fortes de conditions
que cette magnificencey attira.
Ceux pour qui elle eſtoit
faite , meritoient bien d'eſtre
diftinguez Mademoiſelle leCa.
eſt Niece de Meſſire
Estienne le Camus , Cardinal,
Evefque & Prince de Grenoble
, & de Meſſire Nicolas le
mus
88 MERCURE
Camus , Seigneur de la Granche
Blegny, premier Prefident
en la Cour des Aides , petite-
Niece de Mr le Camus , Confeiller
d'Estat , & Cousine Germaine
de M. le Camus , Maiſtre
des Requeſtes. le vous ay
déja parlé amplement de cette
Famille , qui a donné divers
Officiers aux Confeils du Roy ,
Preſidens & Conſeillers aux
Parlemens de Paris ,& de
Metz , Grand Confeil , Cham -
bre des Comptes , & Cour des
Aides. Elle porte de gueules ats
Pelican d'argent , au chef cousu
d'azur , chargé d'une Fleur de
lis d'or.
M. Nicolaï , premier Prefident
en la Chambre des
Comptes , eſt le ſeptième de
Pere en Fils qui poffede cette
grande Charge , & il a fait
GALANT. 89
voir en pluſieurs occafions
que s'il eſt le digne heritier
de leur dignité , il ne l'eſt pas
moins de l'éloquence qu'ils
ont toujours fait paroître dans
les actions publiques. Jean
Nicolaï, Seigneur de S. Victor,
rendit des ſervices tres confiderables
aux Rois Louis XI .
Charle VIII. & Louis XII.
en l'exercice des Charges de
Conſeillerau Grand-Confeil,
puis Conſeiller au Parlement
de Toulouſe , enſuite Chancelierdu
Royaume de Naples,
& Maistre des Requeſtes de
l'Hoſtel du Roy. Il fut receu
premier Preſident de laChambre
des Comptes en
Aimard Nicolai , ſon Fils
Seigneur de S. Victor , & fon
fucceffeur enlaCharge de premier
Preſident , épousa Anne
1506.
د
१०
MERCURE
'
د
Baillet Dame de Goufſainville
, Fille de Thibaut Baillet
, Seigneur de Sceaux, Prefident
à Mortier du Parlement
de Paris , & de Jeanne Daunay
, Dame de Goufſainville.
De ce mariage fortirent plufieurs
Enfans dont l'aîné
Antoine Nicolaï premier du
mon , Seigneur de Goufſainville
, receu premier Preſident
en la Chambre des Comptes
époufa leanne Luillier , Fille
de lean Luillier , Preſident en
la Chambre des Comptes , &
d'Anne Hennequin. Il en eut
pour Fils lean Nicolaï ſecond
du nom Confeiller au Parlement
, puis Maiſtre des Requeſtes
, & enfuite premier
preſident en la Chambre des
Comptes , qui épouſa Marie
de Billy ,Dame d'Yvor , Fille
2
,
GALANT .
91
de Louis de Billy , Baron de
- Courville , Seigneur d'Yvor ,
& de Felice de Rofny , Dame
des Radrets. Antoine Nico-
- laï ſecond du nom , Seigneur
de Gouflainville leur Fils
fut Confeiller au
د
Parlement
de Paris puis premier
Preſident en la Chambre des
Comptes. Il épouſa Marie
Amelot , Fille de lacques Amelot
, Seigneur de Gournay ,
Maistre des Requeſtes & Prefident
au Grand Confeil , &
de Marie de Creal , & laiſſa
d'elle Nicolas Nicolaï , Mar-
- quis de Gouſſainville , Comte
d'Yvor , Conſeiller au Grand-
Conſeil , puis premier Prefident
en la Chambredes Comptes
,qui épouſa Mademoiſelle
de Fieubet , Fille de Gaspard
de Fieubet , Treſorier de l'E
92
MERCVRE
pargne , dont il a eu quatre
Enfans , ſçavoir Mrs Jean-
Aimar Nicolaï , premier Prefident
en la Chambre des
Comptes , qui vient d'époufer
Mademoiselle le Camus ; Μ.
le Marquis de Preſles , Colonel
du Regiment d'Auvergne , un
autre Fils mort au ſervice du
Roy , & Mademoiselle Nicolaï
qui n'eſtpoint mariée,
Quant aux branches Cadettes
de cette Famille , Thibaut
Nicolaï , Seigneur de Bournonville
, Conſeiller au Parlement
de Paris en 1561. Fils
d'Aimar Nicolaï & d'Anne
Baillet, épouſa Catherine Luillier,
dont il eut Anne Nicolaï,
Femme de Loüis de Vaudetar ,
Baron de Perſan , Seigneur de
Poüilly le Fort , & Vidame
d'Amiens . C'eſt de là qu'eſt
GALANT. 93
venue toute la Maiſon des
Marquis de Perſan , du ſurnom
de Vaudetar. Il y a encore
deux Freres de cette Famille,
ſçavoir Loüis Nicolaï , Seigneur
de Prefles , Guidon des
Gendarmes du Roy , & Aimar
Nicolaï , Seigneur de bernay,
Lieutenant du Grand maiſtre
de l'Artillerie . Ils eſtoient Enfans
puiſnez de lean Nicolaï
ſecond du nom , & de Marie
de Billy . Cette Famille a contracté
pluſieurs alliances confi-
- derables . La Soeur de feu Meffire
Nicolas Nicolai épousa M.
le Marquis de Vardes , de la
Maiſon de Grimaldi , Chevalier
des Ordres du Roy , &
Capitaine des cent Suiſſes de
la Garde du Corps de Sa Majeſté
. Marie & Renée Nicolaï,
Filles de lean Nicolai ſecond
94
MEROVRE
du nom, furent Femmes , l'une
de Pierre de Roncherolles ,
Baron du Pont S. Pierre , &
l'autre de Mathieu Molé, ProcureurGeneral
, puis premier
Preſident au Parlement de
Paris , & Garde des Sceaux
de France , dont ſont venus
Mrs Molé de Champlatreux,
Preſident à Mortier au Parlement
de Paris. Les deux Filles
d'Aimar Nicolaï , furent Renée
Nicolaï , Femme de Dreux
Hennequin , Preſident en la
Chambre des Comptes
leanne Nicolaï , Femme de
Jean du Tillet , Seigneur de
la Buxiere , Greffier en chef
de laCour du Parlement. Nicolai
porte d'azur à la Levrette
courante d'argent , accolée de
gueules &bouclée d'or .
, &
Au commencement du
GALANT. F
95 A
mois paſſé , on eut avis à Toulon
que trois de nos Corſaires
qui croiſoient à l'entrée du
Golfe de Venise , avoient pris
une Barque Eſpagnole , delaquelle
ils avoient appris qu'-
elle eſtoit ſuivie de cinq autres
. Ils ſe ſervirent de cette
Barque pour s'en approcher ,
ce qu'ils firent ſans en avoir
eſté découverts . Ainfi ils vinrent
à bout de s'en rendre maîtres
, & delivrerent nos Marchands
de la crainte de ces fix
Barques qui estoient armées en
courſe.
Dans ce meſme temps , Mr
de Grenonville arma auſſi en
courſe un Vaiſſeau du Roy.
nommé l'Hirondelle. Mr Dorogne
arma l'Avanturier , monté
de quarante Canons , & Mr
Geneste un autre Vaiſſeau de
76 MERCVRE
trente. Mr de Grenonville
croifant aux coſtes d'Eſpagne
rencontra à la veuë d'Alican
un Vaiſſeau Hollandois percé
pour ſoixante pieces de Canon
, & qui n'eſtoit armé que
de quarante de dix huit livres
deballes . Il alla àluy à force
de voiles , & ce Vaiſſeau qui
deux jours auparavant avoit
foutenu l'attaque de quatre
Tures , ayant cru d'abord que
autre Vaiſſeau c'eſtoit טמ
Turc , ſe laiſſa approcher jufqu'à
la demy- portée du Canon
Mr de Grenonville eſſuya
une premiere bordéequ'il luy
fit lacher , & alla à l'abordage.
Les grapins ayant manqué , il
fut obligé de s'élargir & reprenant
le vent il aborda de
Π
poupe à prouë , & à force de
grenades & de coups de main ,
il
GALANT.
67
1
1
,
il s'en empara . Il trouva le
Capitaine tué , ainſi que le
Maiſtre , le Contre- maiſtre , &
& vingt- deux Officiers Mariniers
avec pluſieurs Matelots
Il fit jetter tous les corps
morts à la mer , & comme le
- Vaiſſeau eſtoit tout defemparé
, & que le Beaupré , le
Mats de Miſene & l'Avant
duſien , eſtoient tout percez
de coups de Canon , il ſe retira
avec ſa priſe ſous le Cap de
Gal , où il moüilla pour ſe
radouber . Trois jours aprés
ildécouvrit vingt- cing Vaif-
Iſeaux Anglois & Hollandois
- qui venoient à luy. Il fortit
du Cap , & mit ſur ſa Priſfe
Mr de Ligondes , ſon Lieute
nant , avec quarante Matelots,
auſquels il donna ſes ordres.
Il ſe rendit enſuite à ſon Bord ,
Juillet 1690 .
L
E
68 MERCVRE
&après avoir misen pane fort
long- temps , voyant ſa Priſe
hors d'eſtat de ſuivre , & que
les Vaiſſeaux ennemis commençant
à l'entourer gagnoient
ſon avant , il envoya
reprendre trente des quarante
Matelots qu'il y avoit laiſſez ,
& écrivit à Mr de Ligondes ,
que lors qu'il luy feroit un
certain fignal , il miſt le feu
à la Priſe , & ſe retiraſt dans
ſa Chaloupe avec les dix hommes
qui luy reſtoient. Tout
s'executa ſelon ſes ordres , &
comme il faiſoit fort obfcur
Mr de Ligondes fut quelque
temps à paroiſtre , en forte
que Mr de Grenonville
que les Vaiſſeaux ennemis
preffoient , commençoit à a
impatienter lors qu'il l'ap.
THELJE gue . Il alla a luy ,&
LYON
LA
VILL
l'ayant
HEQUE DE
GALANT .
BL
mis ſur ſon bord , il ſe
des Ennemis à force de vo
aira
& de rames . Il arriva à Toulon
le 2. de ce mois
, avec
- foixante & ſeize hommes pri-
-ſonniers , reſtez de cent trente
- qui estoient ſur la Priſe . Il a
perdu ſon Maiſtre , ſon Contre
maiſtre , ſon Bofman, unCaporal
, & trois Soldats . Treize
autres de ſes Soldats ont eſté
bleſſez . Il va ſe raccommoder
. pour retourner joindre trois
autres de nos Corſaires qui
vont croiſer vers le détroit. La
Priſe eſtoit chargée de diverſes
Marchandiſes .
コ
- Mr l'Abbé de la Sale , Aumonier
du Roy , ayant eſté
nommé à l'Eveſché de Tournay
, Sa Majesté a donné ſa
Charge d'Aumônier à Mr
l'Abbé de la Châtre , Docteur
Ez
E
100 MERCURE
de Sorbonne . Cet Abbé nes'eſt
pas ſeulement diftingué par ſa
doctrine& par de belles prédications,
mais encore par ſa modeſtie
jointe à une grande pieté
. Il eſt Fils de M de la Châtre .
qui mourut à Gigery , & petit
Fils de M.de la Châtre, Colonel
General , qui n'entendoit pas
moins bien les affaires de l'Etat
que celles de la guerre , ayant
fait un Livre confiderable, connu
ſous le nom de Memoire de
la Châtre. Mr dela Châtre fon
Pere s'eſtoit acquis par mille
belles actions le baſton de
Maréchal de France .
Je paſſe aux Nouvelles de
Savoye , mais je changeray
aujourd'huy de maniere touchant
cet Article , & vous
envoyeray des Pieces originales
,puis queje connoy qu'elles
GALANT. 101
}
vous plaiſent . Elles vous obligeront
à lire quelques Nouvelles
repetées , ce qui ne va
qu'à quelques lignes de plus ,
mais elles ne laiſſeront pas
d'avoir de la nouveauté , puis
- qu'ayant eſté écrites par differentes
perſonnes , le tour
en eſt different ainſi que les
- circonſtances ,
1
DE PIGNER OL
le9. luin .
Depuis le 9 May que Mr de
Catinat entra en Piemont , ce n'a
esté qu'une continuelle alternative
- de Paix & de Guerre . Durant ces
alarmes , nos Troupes qui estoient
en divers quartiers tant deça que
de- là le Po , ne fafoient aucune
boftilité , Mrde Catinat les maintenant
dans une discipline exacte.
Toutſe paſſoit cependant en negociationsfecretes
,fans que perſonne
:
E 3
102 MER CURE
Sçeuſt ce qu'on demandoit à Mr le
Duc de Savoye. Ce n'estoit que .
Couriers qui alloient & venoient de
Paris. Laveritè eft que Mr de Sa.
voye nous vouloit amuser pour gagner
dutemps , maisje nesçay sifa
fineſſe , pour ne pas direſamauvai-
Sefoy , luy reusfira ; ily a quatre
jours que Mr de Catinat , las des
irreſolutions affectées de ce Prince
pourl'empefcherd'agir , luy envoya
une Lettre pourle Roy ouverte &
écrite desa main , par laquelle il
promettoit à Sa Majesté de luy
remettre la Citadelle du Turin &
Verüe. Mr de Catinat envoya cette
Lettreà la Cour ; mais au retour
du Courier , lors que tout le monde
s'attendoitàla Paix , que les Arti.
cles estoient conclus entre Mr de
Catinat &le Marquis de Saint
Thomas , premier Ministre de Mr
leDucde Savoye, & qu'on publioit
GALANT.
103
,
que ce Duc les alloitfigner , il choifit
la guerre fans avoir égard à la
parole qu'il avoit donnée au Roy.
Ce fut le 2. du courant qu'il prit
cetterefolution . Il fit arreſter tous
les François qui estoient à Turin
&élargir tous les Bandis & Barbets
qui y estoient prisonniers , à
condition qu'ils ferviroient dansſon
Armée. Il attend , dit- on , du fecours
du Milanez , où l'on fçait
pourtant qu'ily a peu de Troupes.
Que si se secours luy manque , il
pretendqueles Mondovis, avec qui
il s'eft accommode , & les Barbets
auſquels ila accordé amnistie , &
fourny des munitions de guerre &
de bouche , ioinis àſes Milices,luy
feront d'un grand fecours pour fe
defendre contre les François ,&les
chaffer mesmedeſes Etats. Lemefmeiour
que Mr le Duc de Savoye
pris parti ,Mrde Catinat établit
E 4
104 MERCVRE
Les Contributions . Le lendemain ,
deux cens de nos Cavaliers entrerent
en cette Ville chacun avec un
fac de bled , escortant des charettes
chargées . Il en eft déia eniré plus
de deux mille cing cens facs , fans
parlerdu vin & du bestail. Cari.
gnan est taxéà cinquante mille
livres, & Tarin à douze cens mille.
Les François arrestezà Turinysont
enfermez , & les bonneſtes gens ,
s'ils n'ont cautions,font condamnez
àtravailler auxfortifications.con.
are l'usage &les loix de la guerre
qui donnentdu temps pourse retirer
Elle n'estoitpas encorebien declarée
lors qu'on a dépouillé un de nos
Courriers . Un autre qu'on envoyoit
à nostre Ambassadeur a efté tué ou
arreté àTurin . Mr de Clerambaut,
Colonel& Brigadier d'un Regiment
qui dans la derniere attaque des
Barbets avoitfi bienfait , & avoit
GALANT.
105
contribuéplus que perſonne àforcer
tous leurs retranchemens , & à les
chaffer du chasteau de la Baſille ,
revenant de les battre & d'en tuer
quatre-vingt , a esté arrestéprisonnier
deguerre à latourde Luzerne,
&a eu le déplaisir de voir élargir
enſa prefence les Barbets qu'ils a
voit pris , & qu'ily conduiſoit . On:
apris avec luy un autre Colonel ..
bust Officiers, &trente Grenadiers.
Lesuns disent qu'ila estépris avant
la declaration de laguerre , les autres
aprés. La verité est que ce brade
Colonel combattoit pourlefervice
de Mr de Savoye , dans les
montagnes , où il marchoit dans la
neige usqu'aux genoux , & qu'il
ignoroit ce qui ſe paſſoit dans la
plaine, si bien qu'il s'est rendu de
bonnefoy dans la Tour de Luzerne.
Le quartier general de nostre Arméc
, dans le commencement a esté
Es
106 MERCVRE
à Veillane , ensuite au Pont de
Carignan , où Mr de Catinat a
laissé deux mille Chevaux pour le
garder, Il est maintenant à Grifil.
Lane , entre Saluſſes & Pignerol.
Les premiers jours , les Peuples eftoientfort
épouvantez ; ilſemble à
preſent qu'ilsse font raſſurez, fur
tout les Payfans , qui d'abord qu'on
adeclaré la guerre ont fait les méchans
, & tué quelques Soldats ,
mais ils se font radoucis par la
crainte d'estre pendus. Tous ceux
qu'on rencontre avec des armes le
fontsurla place ,&fi on trouve un
Soldat tué la Caffine où le Village
leplus prochefont brûlez . L'ordre a
déja esté executé dans l'un&dans
l'autre cas ,Il eſtſeur que Mr de
Savoye estoit entré en Ligue avec
lesEnnemisdu Roy. s'estoit accordé
à favoriser le paſſage de treute
mille hommes , Allemans , EspaGALANT.
107
4
gnols , Milanois , &François refu.
giez , qui devoient entrer dans le
Dauphiné ,où les Nouveaux Convertisse
seroient foulevez . Ceux
des Sevenes en auroientfait autant,
& Mr de Savoye avecſes Troupes
yseroit entré en mesme temps par
Suze& par Exilles.
De Pignerolle 12. Iuin 1690.
Feudy 8. de ce mois noſtre Artillerie
arriva devant Luzerne , que
A les Ennemis avoient abandonné. On
- a trouvé la tour& le Fort à demy
- démolis ; onyamis garnison , & on
- travaille à les remettre en estat
pour brider les Barbers& pourgarder
les montagnes. Les Savoyards
font bonnesgens , &n'aiment nyà
faire dumal , ny àfe laiſſfer battre.
LeLieutenantgeneralde la Cava.
lerie qui a visitéle Fort& laTour
de Luzerne , me dis hier enpartant
pourl'Armée , que dans l'état on
E6
108 MERCURE
ils ont abandonnéla place, il auroit
voulu y tenir douzejours contre toute
noſtre Armée. On y conduit d'icy du
Canon & des. munitions . Nostre
Armée aprés avoir pillé & ravagé
tous les Villages entre Saluſſes
Pignerol, décampale 9. de Grillane.
Le 10. ellepaſſaſurleglacisde
cette Pace où je la vis defiler. Elle
allacamper à la Marfaille fur le
chemin de Pignerol àTurin, &hier
entre Rivalte &Orbassant , àdeux.
lieuës de Turin. On y a conduit
dicydouze piece de Canon. Les
Ennemis au nombre de cinq oufix
millefont campezſous le Canon de
cette derniere Place, Mr de Savoye,
àla teſte deſept cens. Gentilshom .
mes àcheval, tous l'épéeàlamain
criant Vive Savoye ,fortitpar
la Forte Neuve ,& alla rentrerpar
celle du Pô. C'estla premiere expe...
ditionmilitaire qu'il ait encorefais.
GALANT. 109
te , L'étape aesté ordonnée dans la
wallée de Pragelas pour dix mille
hommes qu'on attend encore de
France . Cela eftant , nostre Armée
fera de vingt- huità trente mille
hommes . Depuis la guerre avec Mr
de Savoye , nous avons abandonné
les Barbets ; ilsfont encore dans les.
montagnes . On dit qu'ilsse défient
de ce Prince , & on ne sçait pas
s'ilsſejoindront àſes Troupes. Nous
avons gardé le Chasteau de la Bas
fille, & trois ou quatre postes qu'ils:
occupoient dans les montagnes . L'on
ya laiffé des Troupes , & on tra
vaille à s'yfortifier. Les Vallées de
Quincy , de Pragelas & d'Oulx
font auſſigardées par des Regimens
qu'on y a mis . Un Paxty de cette
Ville enleva Vendredy 9 l'Inten
dant des Vallées qui estoit dans un
Chasteau. Je viens d'apprendre
que nostre Armée a pille Rivalte..
110 MERCVRE
Les Espagnols au nombre de trois
mille chevaux , dont mille font
Allemans&le reste Milanez, menant
quatre pieces de Canon , partirent
de Fiane pour venir le mesme
jour à Chiras , & campa àla Madona
de campagna pres de la
Venerie , &de là a Turin. Ils ont
campédurant leur marche hors des
Villages , d'oùon leurfourniſſoit des
vivres. Ils ont trouvé par tout des
pontsfaits. Ildoit encore arriverà
Turinfix millehommes d'Infanterie
qui viennent auſſi du Milanezpar
laroute d' Ast , auſquelsfejoindront
les Milices du Pays. Le Regiment
du Comte deTeruë eſt revenu dela
Savoye par la Valdoſte.
Du Pont de Beauvoiſin
le 11. Iuin 1690.
Mr de Larcy arriva hier icy,&
ausfi- toft ilfit la revenëdes Milices
qui font au nombre de dix mille
GALANT. 1J1
hommes , avec quatre Compagnies
de Cavalerie . Mr de Veins doit
demain le venir joindre avec ses
Troupes. Le Pont - Beauvoisin Savoyard
a payé dix mille livres de
contribution &deux cens vaches.
Onademandé à Saint Genis vingt
mille livres , & deux cens cochons,
fautedequoy on le brûlera aujourd'huy
aprés l'avoirpillé. On a détache
cinquante Maistres & cin
quante Fantaffins pourallerdeman
der à Chambery cinquante mille
écus de contributios pour tout delay
demain , faute d'ysatisfaire on le
brûlera de mesme. On attend leur
réponse. On nevoit encoreparoiſtre
personne. Ils efperent avoir du
Secours des Suiſſes&des Barbets ,
neanmoins tout le Pais est en alarmes.
Ona faitde grands degats du
costéde Montenet. Ony afait quelques
prisonniers , amenécinq cens
12
MERCVRE
vaches , brulé Francin ; les Marchez
, Apremont , & autrespetits
Villages. Voilà tout ce qui ſe paſſe.
Firay demain au Camp dont je vous
donneray des nouvelles. Cependant,
les Huguenotsſe vantent de nous
venir tous brûler. Il s'avance tous
Les jours des Milices , & on fait
eſtat qu'à la fin de la semaine il y
aurafurla Frontiere quarantemille
hommes pour le moins .
De Lion le 15. Iuin 1690 .
On écrit du Camp de Mr de
Catinat , qu'il avoit fait brûler
quelques Villages où l'on avoit tué
des Soldats , & fait pendre des
Paisans trouvez les armes à la
main . Mrle Duc de Savoye afait
arrester cent cinquante balles de
Soye qui venoient icy . Il faudra
prendre une autre route. On vient
de nous aſſurerque ceux de S. Genis
ayanttire fur nos Gens ,, . on a tub
GALANT.
113
plusieurs Habitans , & ravagé le
lieu où l'on a trouvédu vin , de la
farine, & munitions en affezgrand
nombre , & dans le Chasteau qui
est au deſſus , une prodigieuſe quantitéd'armes
, de poudre & de plomb,
& mesme plusieurs pieces de Ca.
non .
Du Camp de Scaling
le 23. Iuin .
On afortifié tous les endroits des
montagnes où pourroient paſſerles
- Barbets , & les tours de Luzerne,
où l'on a trouvé cinq pieces de Canon
de huit livres de Balle , que les
Milices avoient jettées dans des
Cisternes avant que d'abandonner
la Ville.
La nuit du 20. au 21. M. de
Catinat fit un détachement de quinze
cens hommes , tant Cavalerie
qu'Infanterie , pour aller brûler Ri .
vole. Les Habitans de ce lieu voyant
114 MERCURE
qu'on avoit déja brûlé quarante
maiſons avec celle du Marquis de
S. Thomas , Secretaire d'Etat de
Son Alteffe , appellée Buttilliere ,
crierent mifericorde , & apporte .
rent les contributions La maison de
ce Morquis estoit tres - belle ; elle a
efté entierement confumée par le
feu,avectousses riches meubles
On a aussi brûlé un Bourg &
Chasteau appartenant au Marquis
..... dans lequel il y avoit
cent cinquante Paysans , qui ayant
refuséde payer les contributions, &
s'estant voulu défendre , ont esté
tous paſſez au fil de l'épée. On y a
trouvé beaucoup de munitions de
guerre & de bouche qu'on aportées
àPignerol.
Messieurs de Saluſſes ont envoye
dire au Duc , que s'il ne venoit couvrir
leur pais avec vingt millehommes
, ils paycroient les contribuGALAN
T. S
tions plutoſt que de ſe laiſſer brû.
ler.
L'on a pendu depuis quelques
jours un grand nombre de Paifans
qui se cachoient dans les bleds,
tuoient & voloient tous ceux qui
paffoient , tant François ,que Sujets
du Duc de Savoye . On en a conduit
SoixanteàPignerol, &les Dragons
en ont tué une trantaine . Toutes
ces executions ont fi fort intimidés
les autres , qu'ils commencentàpre.
Sent à prendre le bon party , feretirant
dans leurs maisons, & appor
tant des vivres au Camp , ainsi
nous avons abondance de tout.
A l'Armée d'Italie , campée à
Nonne, ce 25. Juin 1690 .
Vous voulezbien , avant que de
vous apprendre ce qui ſe paſſe en
Piemond , que ie remonte iusqu'à
ce qui s'est passé depuis ma derniere
. La premiere attaque des Bar116
MERCURE
mens ,
bets n'ayant pas eu tout le fuccés
que nous en éſperions, M. de Cati-.
nat laiſſa M.le Marquis de Feuquires
dans les montagnes pour les
détruire entierement . Ce Maréchal
de Camp prit si bienses me-
Sures, fit faire defi bons retranche-
& freut par son sçavoir
fairesi bien ménager lepeu de Troupes
qu'il avoit fous ſon commandement
, qu'ilvint enfin à bout , par
un affaut general , de les reduire à
abandonnerde vive force & l'épée
dans les reins , leur Fort & leur
Corps de garde de la croupe de la
montagne , les Fortins d'en haut,
& une espece de Pâté, n'ayantpour
retraite qu'un pain de Sucre qui
eftoit pour eux une maniere de Citadelle.
On ne perdit dans cette
affaire qu'un seul Officier qui estoit
Lieutenant dans Artois . Le Lieunant
de nos Grenadiers y recent un
GALANT. 117
coup de Mousquet. On trouva dans
la pâté le pauvre M. de Parat
écharpe de coups. Il avoit les
mains brûlées , deux coups defabre
fur la teste , un coup de mousquet
dans la bouche , & deux coup de
couteau dans le coeur . Les Ennemis .
perdirent à cette affaire cinquante
hommes & plus . Nous ne fiſmes
que quatre prisonniers qui n'ont
presque rien dit. Cette action se
paſſa le 24. de May àhuit heures
du matin , ou environ . Comme on
inveſtiſſoit le mesme jour le pain de
Sucre,oùils s'estoient retrachezpour
leur donner le dernier branle , il ſe
leva fur le foir un brouillard fiépais
&ſinoir,que nos Soldats quitterent
leurs travaux , de crainte d'estre
Surpris& égorgez dans leursretra.
chemens . Ces malheureux choiſirent
ce tems pourſe ſauver,& pour éviter
une derniere attaque , oùfans
118 MERCVRE
doute ils auroient Sucombé. Ils
Se déroberent fi adroitement
qu'on ne put reconnoiſtre ni quels
chemins ils tenoient , ny de quel
costé on pourroit les rejoindre M.
de Feuquieres au deſeſpoir de voir
échouer tant de peines & tant de
travaux , refolut de les ſuivre ; ce
qu'il fit pendant huit ou dix jours
avec les Grenadiers de nos quatre
Regimens, Ilenvoia M. de Cleram .
baut avec douze cens hommes pour
gagner toutes les hauteurs fur ces
gens-là , & continua de marcher
toujours droit à eux . On entua plus
de quatre vingt ; & dans la derwiere
rencontre fait par Mr de
Clerambaut , on en compta prés de
Soixante de tuezsur les montagnes ,
& ilyen eut fix de Prisonniers. Ce
fut dans l'intervalle du temps que
l'on mit àsuivre ces Canailles ,
que l'on s'apercent de la mauvaise
GALAN Τ .
119
foy de Mr de Savoye. L'on arreſta
un Courier qu'il envoyoit àl'Empe
reurpar lequel on vit qu'il afſuroit
Sa Maiefté Imperiale qu'ilamuse
roit Mr de Catinat toute la Campagne,
&qu'il auroit le temps de
luy envoyer les Troupesdont il eſtoit
convenu. Un autre Courierfut arrestéquialloit
à Mr de Baviere,
&ce qui parut plus extraordinaire
que tout cela . c'est que l'on connut
- parla deposition de tous les prifon_
-niers que l'on fitfur les Barbets,que
le Duc de Savoye leur fourniſſoit
des wivres & de l'argent. Enfin
un Courier arriva à M.de Catinat,
&dés le meſme jour les Troupes qui
estoient à portée de Pignerol marcherent
à Carignan où estoit le
quartier general. M. de Catinat
arriva le lendemain , 7. de Juin ,
àPignerol ; on étoit fort en peinede
M. deClerambaut dont on n'avoit
34
112 MERCURE
point en de nouvelles depuis qu'il
avoit quité M. de Feuquieres . On
apprehendoit une mauvaise avanture
pour luy . il avoit douze cens
hommes , comme je vous l'ay marqué
, consistant en 400. hommes
d'Artois , la Compagnie des Grenadiers
, & 800. hommes de Milice
de Boiffiere , &fon estat Major.
Nos quatre Regimens avoient receu
ordre de ſe raprocher de Pignerol ,
où M. de Feuquieres estoit arrivé
depuis le matin. Nous abandonna.
mes les Montagnes à la referve
des Postes que nous devions con-
Server,& que l'on avoit remplis de
cing Bataillons de Milices qui étoient
avec nous . Le lendemain 8 .
Iuin , nous cûmes ordres de marcher
du coſté de Luzerne. Nous
bruſlames , en chemin faisant
Saint Germain & la Mirandole
,
qui ne vouloient pas contribuer.
Nous
GALAN T. 113
Nous arrivaſmes devant Luzerne
le 10. Cette Place n'attendit pas le
Cano:elle aportases clefs &se mit
Sous la contribution. Nous efperions
trouver de la resistance au Chateau
de la Tour, nous le trouvaſmes
tout en feu , M. de Palavicin
en estoitforty la veille , & avoit
eu ordre de brûler ce Chasteau ,
-de conduire avec sa Garnison les
prisonniers à Alt. Nous trouvaſmes
tous les Batimens enfen , & tous les
Ouvrages minez , mais pas une
Mine n'avoit reußy. On trouvA
f encore huit Pieces de Canon brisées
Sous lePont. Dès ce moment , nos
( Soldats ny nous,n'easmesplus d'esti
me pour les Troupes de fon Alteffe
de Savoye , d'avoir abandonné un
Fort,ſcituésur une Montagne ,
qui n'est commande d'aucuns endroits
avec cinq bons Bastions bien
reveſtus , un chemin couvert&un
Juillet 1690. 4. F
114
MERCVRE
com.
glacis. Onfongea d'abord à éteindre
lefeu , à rétablir les Maiſons &
les Cafernes,& vir de Feuquieres y
laiſſa quatre Pieces de Canon de
huit , & cinq cens hommes
mandez par un Lieutenant Colonel
de Milice. Le 12. on nous ramenaà
Orbaſſan joindre l' Armée. Lemesme
jour que nous arrivaſmes , les
Regimens de Dragons de la Lande
& du Comtede Grand-mont afſfiegerent
un Chasteaunommé Rival.
te ; dans lequel il y avoit trois cons
Paysans , dont de la moitié furent
tuez , On en pendit fix à la
porte , & tous les autres demeurerent
prisonniers ; le Village fut
brulé. Au commencement les Payfansvouloientfe
meſler de faire la
guerre , mais on en a tant pendu ,
qu'ils commencent à nous aporter
des vivres au lieu de nous tuer des
GALANT.
115
- Soldats . Le lendemain de ce brulc.
ment qui fut le 19. nous alames cam.
per à Burrasque au milieu de la
Plainede Mille- Fleurs. Nousfismes
contribuer les Villages circonvoiſins,
Rivalte& Rivoly furent les feuls
endroits qui ne voulurent point con.
tribuer. Ils promirent cependant de
lefaire. On eut avis le 17. que les
Troupes des Espagnols étoient arrivéesſous
les Ordres de Mr de Lou
vignies , que trois mille Allemans ,
conduits par le Prince Eugene , devoient
joindre inceſſamment, & que
Mr le Duc de Savoye devoit le 18 .
fortir de Turin , pour venir camper
danslamesmePlaineoùnous eftions
ce quifit prendre à Mr de Catinat
la reſolution d'aller camperà Non.
ne , où nous sommes depuis le 18. de
ce mois.Mrde Feuquieresallale 20.
brûler Rivalte Bourg au dessous de
Rivol, qui est la Maison de Plai-
L
F 2
116 MERCVRE
fance de Son Alteſſe Royale , & qui
n'est éloigné de Turin , quede deux
milles , qui font une lieuë de France,
Mrle Duc eut le chagrin de voir
brûler le Bourg de sa Maison de
Plaisancefanslesecourir. LeMarquis
de Saint Thomas , premierMi
nistre de ce Duc avoitja Maiſon de
plaisance àune portée de Canonde
celle de fon Maiſtre. Mr de Fcuquieres
envoya le Comte de Grand.
mont la brûler , ce qu'ilfitfans qu'-
aucundesEnnemis parust pour l'en
empefcher. Depuis on a brûlé Trin
prés de Verceil , &quantité de Villages
&de Caſſines qui n'avoient
pas contribué. On envoye tous les
jours des partis de Cavalerie &de
Dragons pour les chercher
inutilement , puis qu'on n'a encore
enlevéqu'un Lieutenant & quinze
hommes qui s'étoient jettez dans un
Boisſur le chemin de Pignerol. A
mais
GALAN T.
117
want hier Mr de Catinat avec toute
ſaſuite l'échapa belle. Un party
de douze cens Chevaux commandez
par Mrde Peirelle , fnt depuis deux
heures du matin jusqu'à quatre
heures aprés midy , embusqué
dans un Village ou Mrde Catinat
arrivaà cinq heures du foir. Il ne
crut pas devoir mettre piedà terre.
Cependant nous sommes icy dans
une affez grande tranquillité. On
fatigue unpeu,maisla plus grande
fatigue vient de la chaleur & des
insectes dont ilfaut se parer. M.le
Duc de Savoye a envoyédes Troupes
reglées aux Barbets outre trois
cens Bandis qu'il tenoit dans ses
Prisons. Ilssefont presentezdevant
le Fort de Luferne. M. de Saint
Silveftre Marefchal de Camp y
estant alle avec un gros detachement
de l'Armée, ilsse mirent en
defordre.On en a tué quelques uns ,
د
F3
118 MERCVRE
l'on fit entrer dans ce Fort quan.
tité de munitions de bouche & de
guerre. La Montagne des Quatre-
Dens eft gardée par le Regiment de
Bovinatelle , Milice de Perigort ,
l' Axlée defaint Martin par celuy
de Boutins , Milice de Bayonne
Cavalerie, celle de de Prajclas par
un Bataillon de Fumechon , celle du
Reiras , par la Compagnie des
Grenadiers de Bordeaux ; le Col-
Juliens parle Regiment de Cotenge
Milice d'Auvergne , & le Colclapier
est gardé par Boiffiere , Milice
d'Agenois. Celuy de Poitiers
garde la Vallée de S. Jean. Nous
attendons encore quinze àſeize
mille hommes . Quand toutfera arrivé,
je vous envoyeray nostre arbre
de Bataille.
On a eu nouvelles que Mr
le Comte de Roye , Lieutenant
GALANT. 119
General des Armées du Roy ,
&Marechal de Camp General
des Troupes de Danemarck ,
eſtoit mort aux Bains de Bath
depuis peu de temps. Bath
eſt une Ville d'Angleterre
fur l'Avon dans le Comté de
Sommerfet . Il defcendoit de
François III . du Nom , Comte
de la Rochefoucaud , Prince
de Marcillac , Chevalier de
l'Ordre du Roy , tué en 1572 .
à la Saint Barthelemy , qui
épouſa en premieres noces
Silvie Pic de la Mirande , Fille
de Galeace Pic , Prince dela
Mirande & d'Hippolite de
Gonzague , dont il eut François
de la Rochefoucaud IV.
du nom qui continuë la
branche aînée de la Rochefoucaud
, juſqu'en la perſonne
de François de la Roche-
F4
120 MERCVRE
د foucaud VII.du nom Prince
de Marcillac , Grand Veneur
de France , Grand Maistre de
la Garderobe du Roy , Pere
de François de la Rochefoucaud
,Duc de la Rocheguyon,
qui épouſa en 1679. Madeleine
le Tellier , Fille de Mr
de Louvois. Ie vous diray làdeſſus
que tous les aînez de
cette Maiſon ont pris le nom
de Français , depuis que François
dela Rochefoucaud I. du
nom , Prince de Marcillac
Sieur de Barbefieux Monguyon
, Montendre &c. eut
l'honneur en 1444. de tenir
fur les Fonds de Baptefme le
Roy François I. qui ayant
toujours eu beaucoup de confideration
pour ſon merite , le
fit ſon Chambellan ordinaire ,
& luy érigea en 1915. la Ba-
2
GALANT. 121
1
ronnie de la Rochefoucaud
en Comté. Il eſt marqué dans
les Lettres de cette érection
que c'eſtoit en
grands , versueux
tres ►
memoire dis
tres bons &
recommandables Services
,
qu'iceluy François , fon tres cher
& amé Cousin & parrain
avoit faits à ses predeceffeurs
àla Couronne de France, & à luy .
-François de la Rochefoucaud
III. du nom , dont j'ay commencé
à vous parler , épouſa
en ſecondes Noces Charlote
de Roye , Comteſſe de Roucy,
Soeur puiſnée l'Eleonor de
- Roye mariée en 1551. à Louis
de Bourbon I. du nom , Prince
de Condé,& il en eut Char--
les de Roye de la Rochefou
eaud, Comte de Roucy , qui
de Claude de Gontaud , Fille
d'Armand SicurdeBiron ,Ma-
FS
122 MER CURE
reſchal de France , & Soeur du
Mareſchal Duc de Biron qui
eut la teſte tranchée ſous le
regne de Henry I V. laiſſa
François de Roye dela Rochefoucaud,
Comte de Roucy,
mort en 1680. Il avoit épousé
en 1627. Julienne Catherine
de la Tour d'Auvergne , Fille.
deHenry de la Tour d'Auver.
gne , Duc de Bouillon , Prince
Souverain de Sedan,& d'Elizabeth
de Naſſau, Princeſſe d'O
range , Fille de Guillaume de
Naſſau qui établit la Republique
de Hollande , & il en eut
Frederic- Charles de Roye da
la Rochefoucaud , Comte de
Roucy , dont je vous apprens
la mort. La grande reputation
qu'il s'eſtoit acquiſe en France,
luy avoit fait meriter que le
Roy de Dannemarch le choiGALANT.
123
fift pour Maréchal de Camp
general de ſes Troupes , & le
fift Chevalier de l'Ordre de
l'Elephant. Il a eu pluſieurs
Enfans de ſon mariage avec
Iſabelle de Durasfort , Scoeur
de M. le Maréchal Ducde Dú.
ras & de M. le Maréchal de
Lorge , ſçavoir , François de
Roye de la Rochefoucaud ,
Comte de Roucy , Meſtre de
Camp du Regiment des Cra
- vates , qui a épouſe Catherine
Françoiſe d'Arpajon, Fille uni-
_ que du Duc d'Arpajon , &
- d'Henriette d'Harcourt de
Beuvron Ducheſſe d'Arpajon ,
Dame d'honneur de Madame
la Dauphine ; N.... de Roye de
la Rochefoucaud , Vidame de
Laon , tué au Siege de Luxembourg;
Charles de Roye de la
Rochefoucaud,Comte de Blau-
F6
124
MERCURE
zac , Colonel du Regiment de
Guienne ; Mr le Marquis de la
Ferté au Col , Officier de Marine
; Mr le Chevalier de Roye ,
qui eſt dans la derniere Compagnie
des Moufquetaires , &
un autre Fils paſſé avec luy en
Dannemark , &enſuite en Angleterre.
Il a eu cing Filles
dont les deux Aînées ſont auſſi
en Angleterre auprés de Madame
la Comtefle de Roye leur
Mere , & les trois plus jeunes
font à l'Abbaye Royale de Nêtre
Dame de Soiffons , auprés.
de Madame de la Rochefoucaud
leur Parente , Abbeffe
de cette Abbaye , & Seoeur du
feu Duc de la Rochefoucaud.
Mr le Marquis de Royan eſt
mort preſque dans le meſme
temps. Il eſtoit d'une des plus
GALANT.
125
9
illuftres Maiſons de France ,
deſcenduë de Guy I. du nom
Seigneur de la Tremoille , qui
accõpagna Godefroy de Boüillon
à la conqueſte de la Terre-
Sainte. Thibautde la Tremoille
fut tué à la Bataille de Ma-
- ſoure en Egipte ſous le Roy
Saint Loüis. GuyV. du nom ,
Seigneur de la Tremoille , fut
Grand Panetier de France , &
GuyV I. du nom , Seigneur
de la Tremoille , mourut en
1396.des bleffures qu'il recent
à la Bataille deNicopolis contre
leTurc.Au Sacre du RoyCharles
VII. Georges de la Tremoille
, Grand Chambellan de
France, fit la fonction d'un des
douze Pairs.. Lors que Loüis
XI. inſtitua l'Ordre de S. Michel
en 1479. il fit Georges de
la Tremoille , Seigneur de
126 MERCVRE
Craon , l'un des Chevaliers, &
depuis aux principales promotions
de cet ancien Ordre & de
celuy du Saint Eſprit creé par
Henry III . il y a toûjours eu
quelque Seigneur de cette
Maiſon faitChevalierdesdeux
Ordres . Charles de la Tremoille
, Prince de Talmond ,
mourut à la Bataille de Marignan
contre les Suiſſesen 1515 .
ayant le corps chargé de plus
de foixante plaïes qu'il avoit
receuës en diverſes occaſions ,
combattant pour le ſervice de
nos Rois. Louis II. du nom ,
Seigneur de la Tremoille , Vicomte
de Thoüars , & Prince
de Talmond , s'eſt trouvé à fix
Batailles rangées ,& quoy que
fort jeune fors qu'on donna la
premiere. Ily eut commandement
, & fit paroiſtre une va
GALANT ..
127
leur extraordinaire. Pluſieurs
de cette maiſon ont eſté Evef
ques de Poitiers Tournay &
Conſtance;& du temps du Roy
Loüis XII . Jean de la Tremoil
le Archeveſque d'Auch , fut
fait Cardinal . François de la
Tremoille, Vicõte de Thouars ,
épousa Anne de Laval - Montmorency
, & Georges de la
Tremoille , Baron de Royan ,
Chevalier de l'Ordre du Roy ,
= grand Senechal de Poitou , prit
- alliance avec Madeleine de:
-Luxembourg , Fille de François
, Vicomte de Martigue, &
de Charlote deBretagne.Decer
mariage vint. Guibert de la
Tremoille, Marquis de Royan,
Comte des Olones , Chevalier
des Ordres du Roy , Grands
Senechal de Poitou , lequel
épouſa Anne Huraut , Fille de
S
128 MERCVRE
Philippe Huraut , Chancelier
de France , & des deux Ordres
du Roy , Comte de Chiverny
& de Limours,& eut pour Fils
Philippe dela Tremoille, Marquis
de Royan , Comte des
Olones , Grand Senechal de
Poitou , qui ayant épousé Madeleine
de Champrond , fur
Pere de Loüis de la Tremoille ,
Marquis de Royan Comte des
Olones Ce dernier épouſa Catherine
d'Angennes
de Charles d'Angennes , de la
Louppe. Les Marquis deRoyan
font d'une branche Cadette de
cette illuftre Maiſon . La Bran
che aînée ſubſiſte en la perſon-
✓ nedeMeffireCharles Belgique-
Hollande de laTremoille,Duc
de Thoüars , Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roy,
Prince de Tarante & Talmont,
" Fille
GALANT.
129
Comte de Laval , de Montfort ,
deGuines ,de Benon , de lonvelles&
de Taillebourg , Marquis
d'Epinay , Vicomte de
Rennes& de says , Baron de
Vitré , de Mauleon , de Berrie
& de Didonne , Seigneur de la
Tremoille , de Loudun , & autres
lieux, premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy , qui
a épousé Madeleine de Cre-
- qui , Fille unique de feu Mr
e le Duc de Crequi , premier
Gentilhomme de la Chambre
du Roy. Il y a encore de cette
Maiſon Mr le Prince de Talmont
, & Mrs les Marquis de
Noirmonſtier. La Tremoille
porte d'or au chevron de gueules,
accompagné de trois Aigles d'azur,
bequez & membrez de gueules .
Comme cette Maiſon a contracté
diverſes alliances avec
.130
MERCVRE
les principales Maiſons de la
Chreſtienté, entre autres avec
celles de Bourbon, Anjou,Auſtriche
, Luxembourg , Caſtille
, Arragon , Sicile & Laval ,
elle écartelle au premier de
France, au deuxième de Laval,
au troiſième d'Arragon Naples
, au quatrième de Bourbon
,& fur le tout de la Tremoille.
l'ay auſſi à vous apprendre
la mort de M. le Marquis de
Perfan. C'eſt ce terrible M.
de Perſan , Eleve de feu Monfieur
le Prince , qui rempliſſoit
de terreur les Ennemis lors
qu'il alloiten party , Auſſiat- il
eu toujours l'avantage dans
tous les Combats qu'il a livrez.
Sa Famille du ſurnom
* de Vaudetar , vient d'Italie
, & s'eſt établie en France,
GALANT. 121
,
Iean de Vaudetar , Seigneur
- de Pouïlly le sort , fut Vidame
de Meaux. Pierre de Vaudetar
ſon Fils , Seigneur de
Poüilly le Fort , qui vivoit en
1478. ſe fit recevoir Conſeiller
au Parlement de Paris , &
épouſa Antoinette Baillet
d'une Famille qui a donné
divers Preſidens à Mortier.
Il en eſt venu Guillaume de
Vaudetar , auſſi Seigneur de
( Poüilly le Fort Conſeiller au
Parlement , qui épouſa Marie
( Barme , Fille de Roger Barme ,
- Preſident à Mortier dont
naquit un Fils , Seigneur de
Poüilly le Fort ,
,
qui épouſa.
Jeanne Boiſleve , Dame de
Perfan , Montauglan , Ronquerolles
, Croüy & Chauvecy
, & d'eux ſont venus Mrs
les Barons , puis Marquis de
132
MERCVRE
P
Perfan & Seigneurs de Bournonville
de furnom de Vaudetar.
Feu Meſſire Achilles
de Harlay , Marquis de Breval
& Champvalon , épouſa
Oudette de Vaudetar , Fille
de Loüis de Vaudetar , Baron
de Perfan & Seigneur de
Poüilly le Fort , & il en eut
Meffire François de Harlay ,
nommé Cardinal , Archevef.
que deParis , Duc & Pair de
France , Commandeur des
Ordres du Roy. Vaudetar
porte facé de fix pieces d'azur
&d'argent.
Ces morts ont eſté ſuivies
de celle de Mr Lotin , Sei.
gneur de Charny , Preſident
enla Cour des Aides . Il eſtoit
Fils de François Lotin , Seigneur
de Charny , Conſeiller
en la Grand Chambre du ParGALANT.
133
د
lement de Paris , & d'Elizabeth
Gemin & petit fils de
Guillaume Lotin , Seigneur
de Charny Martilly & Verres ,
preſident aux Requeſtes du
palais , & de Madeleine Morin
. Guillaume Lotin fon
Biſayeul , Seigneur de Char-
- ny , Maiſtre des Comptes à
Paris , épouſa leanne Bochart
de Champigny , d'une famille
qui a donné un premier Prefident
au Parlement de Paris ,
& pluſieurs Officiersconfiderables
dans l'Eglise , dans l'Epée
,& dans la Robe. Il avoit
pour pere Robert Lotin , Sei-
= gneur de Charny , Conſeiller
en la Cour des Aides , Fils de
Robert Lotin , Seigneur de
Charny , Conſeiller au Parlement
de Paris en 1480. & de
Marie Aguenin le Duc Fille
134
MERCVRE
de Guillaume Aguenin le
Duc , Conſeiller au parlement
de Paris , & de Girarde de Longueil
, & fa Mere eſtoit Loüiſe
Huault de Montmagny, d'une
Famille qui a donné divers
Officiersau Parlement & aux
Compagnies Superieures.Cette
Famille s'eſt aliée avec
pluſieurs anciennes Maiſons ,
&particulierement avec celle
d'Hector de Marle , dont il
yacu un Chancelier de France
, & avec celle de Hatlus ,
par le mariage d'Anne Lotin
de Charny avec Jean de Harlus
premier Baron de Valois
& Sire de Cramailles
, de
l'ancienne Maison de Cramailles
, tombée en celle de
Chippard de la Grandmaiſon ,
Fondateurs de l'ancienne Egliſe
de S. Andevol à Paris .
GALAN T.
135
Lotin de Charny porte échiqueté
d'argent & d'azur.
,
Les Nouvelles publiques
ont parlé de la mort de Mr
du Cambout de ponchâteau ,
homme de qualité qui depuis
un fort grand nombre d'années
s'eſtant défait de ſon
bien pour en aſſiſter les perſonnes
qu'il ſçavoit eſtre en
neceſſité , ſe cachoit à tout le
monde pour n'eſtre connu
que de Dieu ſeul. Sa mort arrivée
ſur la findu mois paſſé ,
n'a point laiſſé ensevelir avec
1! luy les rares vertus qu'il tenoit
cachées. Le peuple qui
en a eu connoiſſance , l'a regardé
comme un Saint , & il
luy a meſme attribué des miracles.
Je n'ay rien à dire làdeſſus
, mais la verité m'oblige
à vous faire part d'un
1
136
MERCVRE
fait que vous trouverez expliqué
dans l'Acte qui fuit .
Fardevant les Confeillers du
Roy , Notaires Gardenotes de Sa
Majesté en fon Chaſlelet de Paris ,
furent presens farques Coyé , Mai.
tre Taillandier en Fer blanc & noir
àParis , &Henriette Marceau Sa
Femme, demeurans ruë de la Ververie,
proche de la ruë de Moncy,
Parroiffe Saint Jean en Grèvepere
& mere de Marie Louise Boyé leur
fille, agée de neufans & demy , &
icelle Marie Louise Boyé à preſent
demeurante avec ses parens , &
Ieanne Camion, Servante Domesti.
que du Sr Jean Boué , Ancien luge
Conful de cette Ville de Paris , demeurante
ruë Saint Antoine ; Parroiſſe
Saint Gervais & Saint Pro
tais , Mere dudit lacques Boyé ,
lesquels ont declaré qu'ils avoient
apris
GALANT .
137
6
C
apris queM. Dodart, Docteur enMedecin
de la Faculté de Paris,&Medecine
ordinaire de la Famille de
Mrs de Colbert;Mr Equet pareillement
Docteur en Medecine , & M.
Philippe Ignace Savé, Bachelier en
Medecine de ladite Faculté de
Paris , s'affembloient tous les jours
pour voir & aſſiſter de leurs bous
avis Mesfire Sebastien - Iofeph du
Cambout de Pontchasteau, qui
estoit malade dans une chambre
dépendante de la maison dudit Sr
Boué. Que le Lundy 26. Iuin de la
preſente année 1690. Ils auroient
conduit ladité Marie Louise Boyé
leur Fille en la Maiſon dudit Sr
Boué , &auroient prié lesdits Dodart
, Equit & Savé, de leurfaire
la charité de voirun mal qui estoit
arrivé ily avoit quinzejours à leur
dite Fille au coſté droit du cou , &
de leur prescrire les remedes qu'ils
Iuillet 1690. G
138
MERCURE
trouveroient estre neceffaires. Que
lesdits Srs Medecins , après avoir
mis la main fur ledit mal , &
avoir consulté fort long- temps
entre eux , leur auroient dit que
le mal de leur Fille estoit une
tumeur des glandes du cou , extremement
dure , & auroient fait
écrire ensuite par l'un d'eux les
remedesſuivans en ces propres termes.
On frotera long- temps la
partie malade avec partie éga.
le d'onguent d'Altea & d'huile
de vers . Aprés cette ambrocation
faite , on mettra une compreſſe
trempée dans l'eau de
vie avec laquelle on aura
melangé un peu d'eau , tous
les cinq ou fix jours pendant
trois ſemainesou quinze jours,
On purgerala Malade avec fix
grains de raiſine de jalep , au-
,
GALAN T.
139
d'a
tant de mercure doux , & autant
de fel de tartre,&un demy
grain de diagrede , obſervant
de prendre un boüillon immediatement
aprés. Qu'il feroit
arrivé que ledit Sr du Cambout
de Pontchasteau feroit decedé le
lendemain Mardy 27. Iuin 1690.
a sing heures & un quart du matin
; que ladite Camion auroit
averti incontinent lesdits Boyé&
Safemme de cette mort ,
mener ladite Marie- Loüife Boyé
leur fille pour baifer les pieds dudit
Sr du Cambout de Pontchasteau,
qui estoit mort en grande reputa .
tion deSainteté ; que ladite Camion
& Henriette Marceau auvorent
Baiféles pieds dudit feu Sr
du Cambout de Pontchaſteau àſepe
heures du matin ; que ladite Marceau
auroitle mesme jour sur le
midy prié le Sr Michel , Chauval
1
G 2
140 MER CURE
Maistre Chirurgien à Paris demeurant
ruë de la Verrerie , au
coin de la rue des Mauvais-Garçons
, de voir le fufdit mal de ladite
Marie-Louise Boyé ; que ledit
Sr Chauvel ayant mis la main fur
leditmal , luy auroit dit auffi que
c'estoit une tumeur des glandes du
cou extremement dure , qui ne se
guerit pas en peu de temps , qu'il
falloit y prendre garde &la froter
avec de l'huile de Lis ; que ladite
Marceau estar fortie de la Boutique
dudit fieur Chauvel ,ſcroit venuё
avec ladite Fille baiffer les piez
dudit defunt ſieur du Cambout de
Pont- Chasteau , &que ladite Marie
Louise Boyé estoit descenduë
enla cuisine dudit ſieur Boué, au.
roit frapé deux fois de la main
gauche dans la droite , & auroit
dit à ladite leanne Camion fon
Ayeule, Ma Soeura peur de baiGALANT.
141
1
fer les pieds de ce Saint là &
moy je n'en ay pas peur. le luy
ay baiſé les deux pieds , & j'ay
faitmeſme toucher mon mal à
fes pieds , car il me guerira .
Que lemefmejour 27. Iuin , ladite
Marie LouiseBoyé estant retournée
en la maison deſon Pere , allafeule
fur lesſept heures du foir pour
une seconde fois baiser les pieds
dudit défunt Sr du Camboutde Pont
Chasteau ; que sur les huit heures
du for ladite Henriette Marceau
s'estant disposée pour froter dudit
onguent d'Altea &de ladite huile
de vers lefudit mal de ladite Ma
rie- Louise Boyé fa Fille , elle au
roit vû qu'elle n'y trouvoit plus
aucun mal & airroit dit àſa Fille
Il n'y a plus rien à froter , car
il n'y a plus de mal, Auffi- 10ft
ladite Marie- Louise Boyé poria
Les mains fur l'endroit où avoit eſté
G3
142 MER CURE
د
Son mat; & fur l'autre côté ,
auroit dit à fa mere : Vous avez
raifon , ma Mere , il n'y a plus
rien , ce coſté là eſt de meſme
l'autre aſſurément c'eſt le
bon Saint qui m'a guerie . Que
ledit fieur Boué auroit bien voulu
Se transporterle lendemain Mer.
credi 28. Juin avecladite Marie-
Louise Boyé , en la maison dudit Sr
Chauvel Chirurgien , & l'auroit
prié de voir en quel estat estoit le
malqu'il avoit vûle jour precedent
au cou de ladite Marie- Boyé que
ledit Sr Chauvel avoit dit d'abord
que la tumeur estoit beaucoup
diminuée , & qu'aprés avoir touché
de la maint'endroit où avoit eſté le
mal, il auroit dit qu'iln'y avoitplus
demal , & que cette queriſon estoit
bien soudaine & Surprenante , &
que ledit Sr Boué luy ayant demandési
lagueriſon du malfufdit pouGALANT.
143
ledit
voit avoir estéfaite naturellement
en dix heures de temps
Sr. Chauvel luy auroit répondu
que non , & que cette forte demaladie
nese gueriſſoit pas ordinaire.
ment fi proptement ,mais qu'ilfalloit
beaucoup de temps pour la
querir. A cefaire estoient &furent
present ledit Sr lean Bouë&م
ledit Sr Chauvel , lesquels ont declaré
qu'en leurs confciences ils
affurent & certifient que tout le
contenu auprefent Acte est veritable,&
mesmeladite Marie-Loui-
Se Boyé a declaré avoir dit tout ce
qui est énoncé cy devant , dont
& de tout ce que deſſus lesdizes
Parties ont requis & d mandé
Acte ausdits Notaires , qui leur
ont octroyé le present pour servir
& valoir ce que de raison. Ce fur
ainſi fait er paße, requis & octroyé
à Paris és.Etudes desdits Notaires
G 4
144 MERCVRE
fouſſignez l'an 1690. le 30.
dernier jour de luin aprés midy , &
ont figne fors ladite Marie-Louise
Boyé , qui a declaré ne sçavoir
écrireny figner, de cefaire interpellée,
ainsi qu'il eſt dit en la minute
des preſentes , demeurées devers
&en la garde & poſſeſſion de le
Roy, l'un desſuſdits Notairesfouf.
fignez.
د
On voit tous les jours de
nouvelles Cartes . Les guerres
dont l'Europe eſt agitée les
rendent extremement à la
mode & quand elles font
d'Auteurs habiles . comme
ceux que je vous ay déja
nommez en des Articles de
mefme nature , elles ne peuvent
manquer d'eſtre bonnes.
Leſicur Nolin qui demeure
fur le quay de l'Horloge du
Palais , en vient de donner
GALANT..
145
う
S
1
a
une nouvelle , qui contient la
partie Occidentale de l'Allemagne
avec les Pays adjacents
le long du Rhin & des
Rivieres qui s'y rendent.
Cette Carte , tirée des Memoires
de Cantel , & de pluſieurs
autres , corrigée & augmentée
par M. le Prieur du
Neuf- marché , eſt de deux.
feüilles. & s'étend juſqu'à
2
Roueu , ce qui a donné lieu
de marquer toutes les routes
conſiderables depuis Paris
juſqu'aux Villes Frontieres
tant en Flandre que le long
du Rhin . On peut dire qu'elle
donne une Image de la Guerre
puiſque toutes les marches
& tous les Campemens
des Armées s'y trouvent. Elle
a une approbation univerſelleainſi
que la Flandre faite
G
馨
146 MERCVRE
ſous la conduite de M. de
Tillemont , &le Palatinat du
Rhin , où l'on a renfermé tout
ce qu'il y a de plus curieux.
Meſme pour la fatisfaction
dessçavans , on y a joint la.
Geographie ancienne , ce qui
faitextrémement eſtimer tou
tes les Cartes qui ſe trouvent
chez le fieur Nolin , fur lefquelles
les plus habiles gens.
du Royaume ſe fontun plaifir
de travailler comme il
s'en faitun de faire executerleurs
remarques avec tout le
foin poſſible . Les trois Cartes
d'Angleterre , d'Ecoffe &
d'Irlande continuent d'avoir
beaucoup de debit , auffi font
elles, des plus particulieres
qui ayent eſté faites juſques à
preſent.
La Victoire , emportée en
Flandre le premier jour de ce
GALANT.
147
mois , part Mrle Duc de Luxembourg,
a fait faire desFeux
dejoye partoute la France , &
comme Chaſtillon ſur Loin eſt
àMadame la Princeſſe de Me.
kelbourg , Soeur de ce Duc , il
ne faut pas s'étonner ſi cette
Ville s'eſt diftinguée par une
reſte , particuliere . Mr le
Prieur de Briquemault , qui
dans beaucoup d'occaſions a
marqué fon zele pour la Maiſon
de Madame la Ducheffe de
- Chaſtillon , n'a pût ſe défendre
d'en prendre le foin ,& de don-
- nerledeſſeind'un feu d'artifice
- Ce qui le rendoit fort fingulier,
c'eſt qu'il le prit des Armes de
la Maiſon de Mr le Maréchal
Duc de Luxembourg , qui
porte de Monmorency, qui eft
d'or à la croix de gueules , cantonnéede
ſeize Alerions d'azur
G6
148 MERCURE
la croix chargé en coeur de l'Ecuſſon
des Armes de Luxembourg
, qui est d'argent au lion
degueules , à la queuë nouée,
fourchée & paffée en double
fautoir.
Quatre Lions ſervoient de
baffe à toute la machine , &
foutenoient quatre colomnes
d'où ſortoient quatre Arcs de
triomphe. Sur les colomnes
dansle vuide que faisoient les
Arcs de triomphe , eſtoient
poſez quatre Hercules avec
leurs maſſues , ſemez de Fleurs
de lis d'or , & veſtus de peaux
de lion . Seize Alerions poſez.
quatre à quatre ſur les quatre
Arcs de triomphe , élevoient.
dans l'air le Templede laGloi».
re , &au haut de ce Temple paroiſſoit
la Victoire aſſiſe ſur un
char magnifique traîné par
GALANT .
149
feize Alerions , & conduit par
leGenie de la France . Ce char
eſtoit ſuivi de deux Anges qui
portoient les trompettes de la
Victoire , & ces Lions , ces Aigles
, & toutes ces Figures differentes
eſtoient accompagnées
de Deviſes qui répondoient
au ſujer.
Le premier Lion portoit en
ſes griffes un Tableau , dans
lequel on avoit peint un grand
Lion qui menoit deux Lionceaux
à la proye , & ces mots
eſtoient écrits au bas : Natos in
pralia format. Ca eſté pourMr
de Luxembourg une gloire.
finguliere , & que peut - eſtre
aucun General d'Armée n'a
eu avant luy , d'avoir partagé
l'honneurde cetteVictoire avec
deuxdeſes illuſtres Enfans, Mr
le Duc de Montmorency , &
IKO
MERCVRE
Mrle Comte de Luffe , & de
les accoutumer ainſi à combattre
& à vainere en meſme
temps.
Tel qu'on voit un Lion dufond
d'une tanniere ,
Fairefortirfes Lionceaux ,
Etd'une contenance fiere
Luy- mefme en leur prefence attas
quer des Troupeaux ,
Et les animer à la proye ;
Tel Luxembourg , rempli de joye
Guide dans les Combatsfes illustres
Enfans...
Ilmarehe luy mesmeà leur teſte ,
Lesfait paffe: dans tous les rangs,
Et partage avec eux l'honneur de
Sa Conqueste.
Le ſecond Lion reprefentoit
la colere du Roy contre les
Hollandols . On voyoit dans.
un Cartouche un Lion furieux"
preſtà dévorer une proye ; &
au bas étoient écrits ces motss
!
GALAN T.
du Sage aux Proverb. ch . 20 .
Rugitus leonis , terror Regis .
Ces timides Brebis de leurs bélantes
voix
Irrisoient tous les joursle Monarque:
de France ..
Un Lion en couroux vient d'en
prendre vengeance ;
Telle est la colere des Rois.
Le troifiéme Lion eſtoit accompagné
d'une Deviſe , dont
le corps repreſentoit le combat
- d'une Chevre contre un Lion ,
qui la met auſſi - toſt en pieces ;
& ces mots d'un proverbe
de Suidas & d'Homere en faifoient
l'ame. Ne caprea contra
leonem. Les Hollandois plus
propres à preffier le laitdeleurs
Chevres , qu'à foûtenir le feu
d'un combat contre un Lion ,
avoient déja trop éprouvéla
valeur de Mrde Luxembourg,
152 MERCVRE
& la prudence vouloit qu'ils ne
s'engageaſſent pas facilement
dans une guerre , dont le ſuccés
ne pouvoit que leur eſtre fune,
ſte..
Ainţi la Chevre a l'infolence
D'infulter un Lion dans sa noble
fierté,
Mais par unejuſte vengeance
Ellereçoit le prixde ſa temerité.
Par le quatrième Lion , on faifoit
voirla clemence de Mr de
Luxembourg,qui n'a pas moins
paru dans cette Victoire que ſa
valeur. Iamais Vainqueur n'en
uſa mieux , puis que le nombre
des Priſonniers excedant celuy
des Morts , c'eſt une marque
que ce ſage General a eſté plus
occupéà retenir qu'à exciter la
chaleur du Soldat dans le car-.
nage des Ennemis. C'eſtoir
pour figurer cette grandeur
GALANT.
153
18
it
d'ame qu'on avoit peint un
Lion qui pardonne à un homme
proſterné à ſes pieds avec
ces mots ; Sat eftproſtraſſe.
En vain contre un Lion onſe met
en défense ,
Voulez - vous éviter les traits defon
couroux ,
Et du fier Animal exciter la cle
mence?
Cede,z c'est le moyen de vous lerendre
doux .
Tel est de Luxembourg le noble caractere
Utriomphe en Vainqueur , mais il
pardonneen Pere.
Sur les quatre colomnes qui
foûtenoient les quatre Arcs de
2
Triomphe eſtoient poſez quatre
Hercules veſtus de peaux
de lion , leurs maſſes en main
ſemées de fleurs de lis d'or ,
& on liſoit au bas ces paroles 2
154
MERCVRE
Armatus leone. La défaite du
Lion Belgique par Mr de Luxembourg
, met nos Provin
ces à couvert , & fa dépouille
nous fert de défenſe durant
tonte cette Campagne .
Quepeut craindre aujourd'huy la
France?
Ses Ennemis font aux abois ;
Hercule a terrafféles Lions Hollandois
Et leur peau luy fert de défense
Seize Alerions qui font de
Mommorency , pofez ſur les
quatre Arcs de triomphe , por.
toient comme en l'air le Téple
de laGloire, fur lequel eſtoient
peintes les plus belles actions
de la vie de Mrde Luxembourg
& aux quatre faces de ce Temple
on voyoit quatre Aigles qui
formoient autant d'Emble
mes .
GALANT..
155
La premiere de ces Emblèmes
marquoit la joye de la
- France , quand elle apprit le
choix que le Roy avoit fait
de Mr de Luxembourg pour
commander ſes Armées en
Flandre. Le corps de cette
Deviſe eſtoit un Aigle tenant
en ſes ferres les foudres de
Iupiter , & preſt à les lancer
contre des Geants . Ces mots
en faifoient l'ame . Nonfrustra .
Envain tant de Geants, montsfur
monts entaſſez,
Ont répandu par tout de funestes
alarmes ,
Iupiteràfon Aiglea confiéfesAr
mes.
Qu'ilfoit en repos , c'eſt aſſ z .
La feconde marquoit l'entiere
défaite des Hollandois
qui devant toute leur élevation
au Roy de France , n'ont
156 MERCVRE
,
payé ſes biens faits que d'ingratitude.
On voyoit un Soleil
qui élevoit dans les airs
une nuë de Grenoüilles , &
comme CC nuage ſembloit
vouloir obſcurcir le Soleil
un Aigle paroiſſoit fortir de
ce bel Aftre , ſe lançant fur
ces infectes & les mettant en
pieces . Ces paroles du Prophete
Ezechiel étoient écrites
an bas ,& exaltat & humiliat.
Du fond de leurs marais , & des
Plaines humides ,
Iadis le Soleil des François
Eleva dans les airs ces Grenouilles
timides ;
De leurs croaffements les importunes
voix
Commençoient àtroubler lerepos de
la France
,
Er ſembloient du Soleil oublier les
bienfaits.
GALANT . 157
L' Aigle fond parson ordre , & fur
ellesſelance ,
Et ces insectes font défaits .
Comme l'Armée qui vient
d'eſtre vaincuë eſtoit compoſée
en partie d'Eſpagnols , &
- que le champ de Bataille nous
ieſt demeuré avec tout le butin
des Ennemis on avoit
exprimé cette défaite par un
- Aigle , qui aprés avoir mis
en déroute un troupeau de
brebis , ſe jouë dans les airs
d'une toiſon qu'il emporte ,
avecces mots : Praludia belli.
Ges troupeaux engraissez & tout
couverts de laine ,
Paiſſoient l'herbe à leur gré dans
ces fertiles plaines ,
Lors qu'un Aigle à grand vol fond
du milieu des airs ,
Ecarte ces brebis du bec& de laferre
458
MERCVRE
Enleve leur toiſon ſe nourrit de
leurs chairs ,
Et commence le jeu d'une fanglante
Tel est fier Eſpagnol , l'eſſay de nos
guerre.
combats ,
Tes timides brebis par Luxembourg
chargées :
Out éprouvélaforce de fonbras ,
Et leurs riches torſons vont estre
partagées
Entre tous nos Soldats.
LaVitoire de Mr de Luce
xembourg a étonné les Allemans
qui ſont ſur le Rhin;
&ilsen font ſans doute dans
la conſternation . C'eſt
qu'on avoit figuré par un Aigle
qui voloit dans les airs
avec un laurier au bec , regardant
fierement d'autres petits
Aiglons ſur le bord d'un
Aeuve , ſans que les Aiglons
GALANT.
159
oſaſſent le ſuivre . Ces mots
faisoient l'ame de cette Emblême
, Provocat , nec audent.
Tandis que fur la Sambre où la
gloire l'appele
L'Aigle François par tout moiſſonne
des lauriers ,
L'Aigle Romainſuivi de cent mille
Guerriers ,
Surle Mein &le Rhin ne batplus
que d'une aisle.
Nostre Aigle en vain l'invite à
marcher ſur ſes pas.
,
Tous les Aigles entre eux ne se
reſſemblent pas.
Quatre inſcriptions aux
quatre faces du Temple
✓ donnoient d'abord une idée
de ce qu'on y avoit reprefen.
-té. Sur la premiereeſtoit écrit
engros caracteres , La France
raffeurée fur la ſeconde la
Hollande hamiliées ſur la troi
160 MERCURE
ſieme , l'Espagne dépouillée , &
furla quatrième , l'Allemagne
étonnée. Au haut de ce Tem .
ple paroiſſoit la Victoire vêtuë
à la Françoiſe , aſſiſe ſur un
char magnifique , orné d'Etendars
pris ſur les Ennemis ,
&traîné par ſeize Alerions
tenantd'une main des palmes
& des lauriers , & de l'autre
une couronne triomphale . Le
Genie de la France conduifoit
ce char & au bas onlifoit
ces paroles imitées de
Virgile. Franco duce , & aufpice
Franco.
د
A nos gages jadis la Victoire en
ces lieux
Couronnoitnos Guerriers d'unemain
immortelle
,
L'inconstante avoit pris fon effort
dans les Cie ux,
Etdiſparoiſſoità nos jeux ;
Mais
GALANT. 161
R
Mais enfin Luxembourg aujourd'huy
la rappelle ,
Et sous un Duc François à fоть
Prince fidelle
- Son char roule au gré de nos coeurs.
コロ
الا
Deux Anges , qui font les
ſupports des Armes de France
, accompagnoient ce char
fde triomphe. Ils tenoient d'u-
| ne main la croix qui charge
les Armes de la Maiſon de
Montmorency , & qui eſt
comme la recompenſe des
grandes actions que ceux de
cette illuſtre Maiſon ont faites
dans les guerres d'Outremer
en faveur de la Religion ,
✓ pour laquelle Mr de Luxembourg
vient de vaincre ; & de
l'autre main ils portoient les
trompettes de la Renommée ,
fur les pendants deſquelles on
Luillet 1690. H
1
164 MERCURE
د
liſoit d'un coſté en groſſes
lettres Dieu Sauve le Roy
Tres - Chreftien ; & de l'autre ,
Dieu , Sauve le premier Baron
Chreftien . Ces lettres ſortoient
de la bouche des trompettes ,
&ſe lifoient dans les airs en
caracteres de feu . Le Feu d'artifice
que l'on avoit enfermé
daus le Temple de la Gloire ,
par tous
les endroits de la
machine , fit un effet admirable
, &d'autant plus beau , que
le Chasteau eſtant fort élevé ,
il fut apperceu de fort loin
dans l'obscurité de la nuit .
Ce ne fut ce meſme ſoir par
toute la Ville que réjoüiſſances
& qu'Illuminations tant
la joye des peuples eſtoit
grande ,
Comme il n'y a jamais eu
d'action ſi lâche que celle des
GALANT. 163
at
Alliez qui attendoient Mr de
Chaſteaurenaut au Detroit
Te d'autant plus qu'ils eſtoient
#quatre Vaiſſeaux contre un ,
* & que c'eſtoit uniquement
pour le combattre qu'ils s'étoient
poſtez au lieu où ils
l'ont laiſſe paſſer; ils ont taché
de couvrir leur manque
de courage de mille manieres
e differentes , qui ſe contrediſent
toutes ; mais c'eſt inutilement
qu'ils donnent de faulſes
raiſons , puis qu'il eſt conſtant
qu'aprés beaucoup de
rodomontades , ils n'ont paru
braves que tant qu'ils n'ont
point veud'Ennemis. LesPeuples
de Cadix convaincus de
cette verité coururent avec ,
despierres ſur ceux qui débarquerent
dans leur Ville
aprés leur retour en leur
H 2
164 MER CURE
1
criant que c'eſtoient des laches
, qui avoient attendu les
François pendant fix femaines,&
qui étoient revenus ſans
avoir ofé les ataquer. Quelque
temps aprés , les Officiers de
ce Vaiſſeau prirent querelle
entre eux , Nation contre Nation
, à l'occaſion de leur peu
de courage qu'ils ſe reprocherent
lesuns aux autres . Ils en
vinrent aux mains & le Gouverneur
de Cadix qui voulut
les ſeparer , fut bleſſe en cette
occafion . Ces Vaiſſeaux avoient
au grand Mats Pavillon
Eſpagnol , Anglois
Hollandois .
&
Sur ce qu'on avoit publié
des Flotes , qui estoient en
eſtat de s'approcher , on eſtoit
tous les jours dans l'impatience
d'apprendre des nouGALANT.
165
す
וי CL
LYON
E
toſt qu'elles deviennent contraires
, ce que nous avons esté obligez
de faire dans l'Iroiſe& à la hauteur
d'Oueſſant depuis le 23. du
mois passé que nous miſmes à la
H 3
164 MER CURE
L 14
en
Sur ce qu'on avoit publié
des Flotes , qui estoient
eſtat de s'approcher , on eſtoit
tous les jours dans l'impatience
d'apprendre des nouGALANT.
165
د
velles d'un Combat. Cependant
il eſtoit impoſſible de le
donner comme vous allez
le voir en lifant dans le lournal
queje vous envoye , ce qui
s'eft paffé avant que ces Flotes
foient venues aux mains .
Abord da Furieux à la hauteur d'Atting ,
cofte d'Angleterre , le 14. Juillet 1690.
Es premiers jours de nôtre
àcommencer la Manoeuvre que
nous faisons tous les jours lors
que nous avons vent contraire
ou calme , ce qu'on appelle étaler
les marées , c'est àdire , sefervir
_des favorables , & mouiller aussitoſt
qu'elles deviennent contraires
, ce que nous avons esté obligez
de faire dans l'Iroife& à la hauteur
d'Oueſſant depuis le 23. dw
mois passé que nous miſmes à la
H 3
166 MERCVRE
voile ,jusqu'an 29. que les vents
s'eſtant rangez à l'ouest,ontfavorifé
nôtre entrée dans la Manche.
Le 30. à la pointe du jour ,
nous découvriſmes le Cap Lazard.
Les vents ſe rangerent au
Sud ouest , & nous nous trou
vafmes à la hauteur de Falmont
par les 66.braffes .
,
où ils en
Le premier Juillet , les vents
continuant à nous eſtre favorables
nous costoyames toûjours
l'Angleterre. Sur les dix heures
du foir , les Vaiſſeaux de Chaffe
envoyerent leurs chaloupes ar.
mées proche de terre
leverent cinq ou fix Bateaux de
Pescheurs. Mr de Tourville en
ayant tiré ce qu'il en vouloit fçavoir
les renvoya le lendemain
avec leurs Bateaux leur ayant
fait payerle poiſſon qu'on y avoit
trouvé. Cela Se fit par le
GALANT .
167
10
A
travers & aux environs de Pleimouth
.
Le lendemain 2. le vent étant
,
S
1. à l'ouest Nord. Oueft nous fit
continuer nostre route , prolongeant
la coſte d'Angleterre qui est fort
Saine . Nous reconnusmes l'isle de
- VVith , dont ayant costoyé une
partie , les premiers Vaisseaux de
l'Avant-garde en découvrirent
plusieurs de l'Armée Ennemie
mouillée hors la pointe de ſainte
Helene , sans en ponvoirsçavoir
au juste le nombre qui nous
fit revirer le bord au large pour
nous mettre en ordre debataille ,
& les combattre le lendemain à
la pointe du jour ; mais le vent
estant venu à calmer pendant la
nuit , &le Jussan nous jettant
dehors , l'Armée mouilla par les
35. braſſes . Il est certain que si
le jour suivant nous cuffions eu
ce
H4
168 MERCURE
1
1
le mesme vent , nous les euſſions
combatus & défaits , car ils ne
S'attendosent pas à nous voir de
fi prés ; mais le vent s'eftant
rangé au Nord Est , nous fusmes
obligez de rester & de mouiller
juſque ſur les quatre heures apres
midy , que nous levaſmes l'ancre
pour étaler la marée , qui nous
raprochoit de l'Isle à la faveur
d'un petitvent de Sud Sud- Ouest
qui ayant entierement calme fur
la fin du jour ,nous obligea de
mouiller parles 27. braßes ,pour
ne pas perdre par le luſſan
que nous avions gagné par le
flot.
د
ce
Le 4 les ventsse déclarerent
tout à fait au Nord. Nord Est ,
& nous étalâmes la marée du
matin. Nos Vaiſſeaux qui étoient
à la découverte , firent le
fignal de l'Armée Ennemie la-m
GALANT. 169
6
quelle on crut venir vent arriere
fur nous , ce quiobligea nos Vaif-
Seauxde Garde de venir prendre
leurs postes chacun dansfaDivifion.
Celle de Mr de Chasteaurenaud
qui devoit faire l' Arrieregarde
,se trouvant la plus au
vent, pritl' Avant garde & celle
de Mrle Comte d'Eftrées la plus
Sous levent,prit l'Arriere garde
& toute l'Arméeſeprepara àrecevoir
les Ennemis qui n'avoient
levé l'ancre que pour aller audevant
d'un secours de Vaisseaux
quileur venoit deHollande ,avec
lequel ils retournerent mouiller en
leurs Postes au zuſſan , qui nous
obligea d'en faire autant. Lors
qu'il fut passé , nous relevaſmes
pour étaler la marée , les vents
estant toûjours au Nord Nord-
Eft , & nous mouillames par les
27. braffes..
H
170
MERCVRE
1
La nuit du 4. au s . se paſſa
avec beaucoup d'orages & de
pluye. Nous levasmes l'ancre ;
& le vent ayant presque fait
tout le tour de la Bouſſole , se mit
au sud- Ouest. Comme il nous
estoit favorable pour joindre les
Ennemis toute l'Armée arriva
vent arriere ; mais celle des Ennemis
ne jugeant pas à propos de
La voile
2
nous attendre à l'ancre , vint à
& tirant le plus près
du vent , ils furent si heureux
que le vent fe rangea en moins
d'une heure au Sud & Sud- Est ,
ce qui nous obligea aussi de rete.
mir le vent pour nous le conferver
favorable ; maisle vent s'estant
encore tiré vers l'Est , & ensuite
à l'Eft. Nord Est ,
le gagnerent fur nous
les Ennemis
cuſſent
più arriverfur nostre Armée qui
n'estoit point en ordre de bataille,
GALANT.
171
,
ſi la moitié de leur corps de bataille
& leur Arriere garde ,
euſſent pû doubler un banc qui
eft à trois lieves au large ce qu'-
elles ne purent faire que fur le déclin
du jour. Pour nous, nous fumes
occupeztout le reste du jour
J à nous mettre en bataille نم لا
l'Avant- garde que reprit Mr le
Comte d'Estrées , disputale vent
aux Ennemis , qui ne jugerent
pas à propos d'attaquer.
Le lendemain s . à deux heures
apres minuit , l'une & l'autre Armée
appareilla en bon ordre de
#bataille , les Ennemis ayant toujours
le vent fur nous . Ainsinous
ne doutions point qu'ils ne vinf-
Sent nous attaquer. Ils en firent
toutes les façons , se laiſſant in-
Sensiblement tomber far nostre
Armée , dont ayant reconnu les
forces& le deffein que nous a-
4
H6
172 MERCVRE
1
४ it's vions de leur gagner le vent
femirentà leretenir autant qu'ils
purent , &fur le haut du jour ,
nous reconnusmes par leurs ma.
noeuvres qu'ils n'avoient nul deffein
de nous combatre. Le calme
nous ayant pris , les deux Flotes
mouillerent à la veue l'une de
L'autre, Par la decouverte que
Jean Bart fit alors de l'Armée des
Ennemis , elle n'estoit encore
composée que de cinquante ſept
Vaisseaux de guerre , tant gros
que petits , & de trente autres.
petits Bastimens , Fregates &
Brulots. Nous leurs sommes fans
doute encore fuperieurs en forces ,
puis que nous avons foixante &
dix gros Vaisseaux , & que le
Solide & l'Indien viennent de
joindre l'Armée. Ce qui nous paroiſteſt
, que les Anglois & Hol
tandois ſe ménagent l'avantage
GALANT. 173
A
du vent qu'ils ont eu jusqu'à
preſent favorable , pour attendre
encore un nouveau Secours qui
les doit joindre à la fin de ce
mois , venant de Hollande , ou
ifi les vents changent , ils s'en ferviront
pour se retirer. Le 7. les
deux Armées appareillerent au
flot.
Mr de Tourville vient de recevoir
un paquet de la Cour , par
lequel M. de Seignelay luy fait
part de l'heureuſe nouvelle de la
Victoire que l'Armée du Roya
remportée sur les Allie.z Nous
nous preparons à la faire sçavoir
aux Ennemis par plusieurs falves
2.&en executant un ordre
de Sa Majesté , fort précis de
joindre & de combattre les En.
nemis le pius promptement que
faire ſe pourra ce qui n'a pas
esté jusqu'icy à nostre diſpoſition
174
MERCURE
estant vray que si le vent nous
euſt esté favorablefix heures feulement
le 4. de ce mois , les
Ennemis estoient battus , &le
Roy vainqueur par Mer & par
Terre.
Le 8. nous levasmes l'ancre
fur lesneufheures , estant à l'Est
Nord Est , & portasmes le plus
présle Cap au Nord. Sur les onze
heures nous revirâmes de bord .
& couruſmesle Sud- Est , coste de
Normandie , Pays de Caux , &
à une beure aprés midy nous
mouillaſmes par les 27 .. braſſes
beau fond. Après avoir étalé la
marée , le juſſan paſſe à huit
heures nous relevaſmes derechef
avec le mesme air de vent
pour profiter de la marée , & à
une heure aprés minuit nous
mouillaſmes par les 30. braffes ,
ayant fait quatre lieues & demis
و
GALANT.
175
par eftime, Nous entendiſmes &
viſmes sur les onze heures dufoir
le ffeeuuddees coups de l'amour des
• ſignaux des Anglois .
داز
10
Le 9. nous relevaſmes à la fin
du luſſan , les vents estant au
Nord 4. de Nor.Eft. Nos Gar-
E des avancées firent fignalde l'Armée
ennemie par quelques coups
de Canon &hiſſant un Pavillon
rouge autant de fois qu'ils
comptoient de Vaisseaux , ils nous
en firent paroiſtre ſoixante de ligne
qui avoient la bordéefur nos
terres. Nostre Armée ayant relevé
le General fit signal de revi
rer tous ensemble par un Pavillon
bleu au grand Mast
chaque Vaisseau executa
toute l'Armée porta au plus prés
du vent au Nord - Ouest 4.0 .
d'ouest , & enfin fit fignal d'ordre
de bataille par un petit Pavil
la
و ceque
2
نم
176
MERCVRE
lon blanc à la vergue d'Artimon ,
& un autre pour prendre chacun
fon poste par un autre Pavillon
rayé rouge & blanc à la vergue
de fougue. A la fin de la marée
nous mouillâmes par trente braffes
aprés avoir fait cing lieuës. Les
Ennemis ne faisoient point d'au.
tre manoeuvre , & toûjours mouiller
& relever à noſtre veuë , éloignez
de nous de trois lieues au
plus . Nous relevaſmes à la marée
du soir , & eux pareillement
pour l'étaler , le vent estant Nord.
Nord Ouest assez favorable pour
nous Nous relevaſmes à celle de
la nuit & les Ennemis firent de
mesme , le vent estant Nord 4.
de Nord-Eft.
Le 10. entre l'isle de vith &
Le Cap de Ferlay , dés la pointe du
jour , nous découvriſmes que l'Ar
mée cumemie rangée en bataille
GALANT.
177
১
A
venoit fur nous vent arriere à la
faveur d'un vent de Nor- Nord-
Est , & du luſſan qui les portoit
fur nous . Un tel ordre nous fit
reconnoistre qu'ils s'estoient re-
+ Solus enfin pour leur honneur à
nous venir combattre , ayant jufque-
latoûjours fuy devant nous.
Nous nous preparaſmes à les bien
recevoir , & miſmes en ordre de
bataille. L'Arriere. garde que com.
mande Mr de Chasteaurenaud
se trouvant auvent de l'Armée
fit l'Avant- garde ,& Mr le
Comte d'Estrées ſous le vent fit
l'Arrie garde. En moins d'une
beure & demie nousfuſmes ran-
- gezsur une ligne .
A
11
6
L'Armée ennemie estoit compo.
fée de foixante gros Vaiſſeaux de
guerre. Elle fe divifa en deux
&ſembloit d'abord n'en vouloir
qu'à l'Avant-garde & Arriere-
6
178 MERCVRE
៖
:
garde mais l'une & l'autre ligne
S'estant étendue , elles firent front
àtoutenostre Armée , & arriverent
fur elle en cette diſpoſition.
Les Hollandois que commandoit le
General Evertzen , avoient l'A
vant garde ; les Anglois com.
mandez par Herbert avoient
l'Arriere - garde , & leur corps de
Bataille estoit composé de l'une
& de l'autre , commandée par
le Vice-Amiral Hollandois. Il
nousparut que le deſſein des Ennemis
estoit de faire les derniers
efforts pour faire plier nostre Avant
garde & nostre Arriere.
garde , puis que la principale
force de leurs Vaisseaux estoit opposée
àl'une & à l'autre , & que
les Generaux Anglois & Hollandois
, ſe devoient joindre enfuite
pour mettre en déroute nostre
Corps de Bataille.
GALANT . 179
17
A
Los Armées estant ainsi difposées
, commencerent à combattreſur
les neufheures du matin.
L'Amiral Hollandois tira le premier
, & fit signal à l'Avantgarde.
L'amiral Herbert en fit
autant à l'arriere garde , & en-
Suitele Vice- amiral Hotlandois
an Corps de Bataille. Toute leur
Armée fit feu , & la nostre ny
* répondit que lors que nous viſmes
I qu'il n'y avoit point d'esperance
de se battre de plus prés , puis
qu'ils étoient les maistres du Combat
& du -vent qu'ils avoient
fur nous. Apres avoir combattu
deux heures , nous reconnusmes par
le soin que l'Amiral Herbert prenoit
de tenir le vent , que la honte
Seule de ſe voir poursuivy par les
François estant joint aux Hollandois
, l'avoit engagé à nous
Laurer ane espece de combat pour
180 MERCURE
Se mettreà couvert de ce reproche
& dire qu'il avoit combatu , &se
vetirer , puis qu'il ne s'attacha
qu'à l'endroit le plus foible de nôtre
ligne où estoit la jonction de
l'avant-garde & du Corps de Bataille
; il y trouva neanmoins tant
de vigueur , foûtenive par M.
d'Amfreville & les Capitaines qui
formoient cette Escadre , qu'il les
beurta inutilement , & n'ofa même
, bien qu'il cust un Vaisseau de
cent dix pieces de Canon , presterle
colet au Magnifique de quatre.
wingt pieces que commandoit M.
d'Amfreville , & ne s'attacha
qu'aux plus foibles, dont neanmoins
il ne put faire plier aucun , ayant
rouvé tant de resistance dans S.
Pierre , Sepville & Bellefontaine
qu'il jugeoit les plus foibles , qu'il
evita de ſe ioindre au Contre-ami.
zal Hollandois , qui avec trois Vais
GALANT. 181
feaux fort gros combatroit M. de
Tourville & ses deux Matelots ,
Coëtlogon &la Porte.
Herbert nous envoya un Vaiſſeau
de foixante pieces de Canon par
nostre travers, quin'y reſta pasune
heure. Nous le démataſmes de fon
grand hunier, & ilſefit remorquer
auvent parſes Chaloupes , crignant
de demeurerſous nostre feu, &celuy
du Marquis commandé par M.de
Chasteau - Morand , qui n'avoit
-point d'occupation, parce qu' Herbert
ne venoit point remplir ce quide
qui estoit entre luy &le Contreamiral
Hollandois . Il en fit lesfaçons
, ce quinous fit ceffer le feude
nôtre Vaiſſeau pour vendre nos gens
plus frais à le recevoir ; mais il en
perdit le deſſein , lors qu'il vit que
le Vaiſſeau qu'il venoit de nous en.
voyer , avoit estèsi bien receu , &م
que nous étios encore trois Vaisseaux
182 MERCVRE
qui avoient peu combattu , & qui
s'étoient avancez hors la ligne pour
le recevoir si bien que luy & ses
deuxgros Matelots qui étoient de
quatre vingt dix pieces , abandonnerent
lâchement le Contre- amiral
Hollandois qu'ils auroient pu facilementfecourir.
Le restedefa Divifion
nefi pas mieux contre celle de
M. le Comte d'Estrées hors leur
Vice-amiral qui ayant plus d'honneur
, luy avoit preſté le coſté, mais
qui se retira bien- toft de deſſous Son
feu,
Ie puis vous aſſeurer que le
reste de leurs Vaisseaux n'oferent
s'approcher des nostres jusqu'à la
Mousqueterie ; la reſiſtance qu'-
ils trouverent dans cette arriere-
garde , leur fit embrasser avec
joye le party de leur Ami.
ral , qui ayant combattu -deux
heures plus qu'il ne pretendoit
*
GALAN T. 183
& n'ayant gagné que des coups
par la quantité qu'on en avoit
tiré , la Mer s'estant calmée , se
fit remorquer& les liens de tou
tes leurs Chaloupes , pourse retirer
* de nostre feu qui commençoit
à les incommoder furieusement.
Quantà l'avant- garde , il faut
rendre cette justice aux Hollan.
dois , ils ont fait tout ce qu'on
peut attendre de braves gens ,
fans vouloir neanmoins s'exposer
à nostre Mousqueterie . Ils ont
tous en general & en particulier
vendu un fort beau Combat , de
Canon seulement. Ils ont lieu
aauufſfſiiddee sſee flloowueer de la bonne maniere
dont ils ont esté receus , &
- de la vigueur qu'ils ont trouvée
dans la Division en general , &
%
dans les Efcadres en particulier .
dontpas une, ainsi qu'aucun Vaisfeau
, ne s'est éloignée de (on Chef,
1
184 MERCVRE
1
quelques efforts qu'ils ayent fait
pour les faire plier comme ils se
l'étoient proposé: ce que ne voyant
plus lieu de faire , ils étendirent
leurs ligne & vinrent ſe ioindre,
&formerent un front opposéà nôtre
Corps de Bataille pourſecourir leur
Vice.admiral. Ils trouverent dans
la premiere Escadre du corps de
Bataille que commandoit M. de
Nemond , autant de reſiſtance&de
vigueur au moins que dans l'a
vant-garde, & ils furent obligez,
comme Herbert , de se retirer , se
trouvant déia tres . maltraitez,
aprés neanmoins que leur Viceamiral,
fes deux Matelots & quelques
autres vaisseaux se furent
battus iusqu'à la derniere extre.
mité contre M. de Tourville , qui
les rafa comme des pontons &les
cribla de coups , en fortequ'ils furent
GALANT. 185
A
rent obligez d'en abandonner cing,
qui seroient infailliblement tombez
entre nos mains , ſi les Galeres
nous euffent joints pour les remorquer
dans un calme qui nous
prit. Les Anglois & Hollandois
ayant envoyé affez de Chalou-
* pes pour les retirer de deſſous
nostre few , dont quelques- unes fbrent
coulées à fond, ils firent une
retraite fort honorable à la veuё
de nostre Armée , & ne nous
laiſſerent qu'un seul Vaisseau
Hollandois de soixante & dix
pieces de Canon dont nous nous
emparasmes . Ils donnerent la remorque
aux autres
qu'ils fuſſent retirez au milieu de
Leur Armée.
iusqu'à ce
Il est certain que le dommage
qu'ils ont receu dans cette action
est tres- confiderable , comme nous
Le reconnoiſſons de tour à autre.
Juillet 1690. I
J86 MERCURE
2.
Plus de dix de leurs Vaisseaux
ont esté demastez , & plus de
fixdes plus gros de Hollande mis
hors d'estat de pouvoir encor Ser.
vir. Ilsferoient tous tombez entre
nos mains , fi le vent de Sud qui
commença fur la fin du Combat ,
cust continué assezde temps pour
les pouvoir ioindre , nous les
envelopions entre noftre Corps de
Bataille & noftre Avant-garde ,
&aucun neseroit échapé.
Le dommage que nous y avons
receu est de peu de confe.
quence , eu égard à l'avantage
du vent qu'ils avoient sur nous.
LeVaisseau le Terrible ,que com.
mande Mr Pannetié , est celay
qui en a le plus fouffert par une
bombe qui est tombéesur sa poupe ,
quila rafée & reduite en Fregate
, & mis cent hommes de
Jon équipage hors de Combat. Le
GALANT. 187
- Serieux , le Tonnant A
fi
M
A
1
11
11
د
leModevé,
&l'illustre ,font ceux qui ont
efté les plus maltraitez dans leurs
Equipages : car pour les Mats
& les Corps de Batimens , les
Ennemis ont eu le chagrin de
n'en voir aucun à la bande pour
Se raccommoder, ny aucun Mats
venirà bas,
un
L'oubliois de vous dire qu'a.
prés une heure de Combat
brave d'Angleterre , voulut tenter
de bruler un de nos Vaiſſeaux ,
mais ilſe brula luy-mesme à nôtre
veuë d'un coup de Canon des
noftres qui y mitle feu. Le Vice-
Amiral Rouge , Anglois estant
venu au secours des Hollandois
quise battoient contrenoſtre Corps
de Bataille , n'eut pas demeuré
une heure par le travers de Mr
de Nemond, qu'il le fit bafler , &
abandonna Ses Camarades.
1
12
188 MERCURE
Les Ennemis à la verité n'é.
د
soient pas si forts que nous en
nombre de Vaisseaux , mais ils
en avoient foixante gros , entre
lesquels on na trouve qu'une
Fregate de 40 pieces de Canon,
Cela ioint avec l'avantage qu'ils
Lavoient sur nous nous les ren.
doitdu moins égaux puis que du
nombre des noftres , nous en avions
tivé huit hors de ligne , fur
tout ceux qui estoient au deffous
de 40. pieses de Canon. Ainsi
nostre ligne n'estoit composée que
de 65 gros Vaiſſeaux.
Le Combatfiny , chacun fonges
à reparer les dommages qu'il avoit
soufferts Nofire Armée ayant
reparé les fiens , & les vents s'étant
déclarezla nuit du 10. au II .
an Nord-Nord Est , nous recommençasmes
à étaler les Marées
&àpoursuivre Le 11. les En
GALANT. r89
nemis nous parurent en grand
* defordre & meſintelligence , puis
que les Anglois ne peuvent ca
( cher qu'ils ont entierement abandonné
les Hollandois dans cette
affaire , dont ceux- cy ont porte
| toute la perte ; & fans offenfor
l'Amiral Herbert , on peut dire
qu'il est indigne d'un pareil Com
mandement . Le mesme iour 11.
nous reconnusmes de plus en plus
fleur perte , & pour n'avoir rien
qui nous empefchast de les pourfuture
, & de profiter de nostre
avantage , nous brulaſmes le Vaif-
Seau Hollandois que nous avions.
pris , aprésen avoir tiré tout ce
qui nous estoit utile. Nousremar
quaſmes que les Ennemis en faifoient
remorquer cing par leurs
meilleurs Voiliers tout demâtez
ce qui fit que Mr de Tourville
13
190 MERCVRE
ne perdit pas un moment à les
poursuivre, jugeant qu'il les engageroit
à un fecond Combat , ou
qu'il les obligeroit pour se fauver
d'abandonner les cing Vaisseaux
endommagez. Auſſi prirent- ils ce
dernier party comme le plus feur
pour eux , car la nuit du II . AU
12. les vents leur estant toûjours
contraires pourfuir, comme ilsnous
Restoient pour les poursuivre , ils
brulerent levice. Amiral Hollan.
dois de 80. pieces de Canon, dont le
feu nous fervit d'un fou dejoye
pendant tout le quart de la nuit,
jusqu'à ce que le feu ayant gagné
les poudres , ilfauta en l'air
un bruit effroyable. Le
grand nombre de coups de Canon
que nous entendiſmes pendant que
ce Vaisseau braloit nous fit
coniecturer qu'ils en couloient
encore quelques autres , qu'ils
Avec
GALANT. 191
وا
X
desesperoient de pouvoir ſauver.
Le 12. les vents estant à l'Est-
Nord - Est toûjours contraires,
nous reconnusmes qu'ils en avoient
remaſté deux des Mats
de Miſene, pour les pouvoir Sauveren
leur faisant faire vent
arriere le long des costes d'Angleterre,
le Matelot du Vice- Amiral
Hollandois , & un autre Vaisseau
Anglois , croyant que la Terre les
mangeant ils s'échaperoient à
nostre venë , ou que du moins
s'ils estoient découverts , ils pourroient
lesfaire échouer, & en tirerle
Canon , l'un estant de 44.
pieces , & l'autre de foixante ;
mais Mr de Tourville continuant
Sa chaſſe , détacha un Vaiſſcau
de chaque Division & quelques
Brulots pour les obſerver & les
garder.
Le 13. les vents s'estant beau-
:
14
192 MERCURE
coup rafraichis à l'Est Nord- Est ,
les Ennemis & nous , étalames les
Marées reciproquement ; mais
eux pour n'avoir rien qui les
empefchaft de fuir , se deffirent
encore d'un de leurs Vaisseaux
que nous viſmes ſanter en l'air
Surles 11. heures du matin , &
nous en fiſmes autant , pour n'avoir
rien qui nous empefchast de
les poursuivre . On envoya ordre
à nos Vaisseaux de brûler ceux
qui s'estoient retirez fur leurs
coftes , dont nous avons deja parlé,
ce qui fut executé aprés fort
peu de reſiſtance de la part de
ceux qui estoient dedans , quiſe
Sauverent àterre.
Ainfinous comptons premierementfix
de leurs plus grands Vaif-
Seaux abismez, dont le moindre
eftoitde 60. pieces de Canon , deux
de 80. deux de 60. & un autre
GALANT.
193
,
car
de 66. Voilà l'avantage que nous
a donné le vent contraire
fi nous l'avions en arriere ou lara
gue pour poursuivre nos Ennemis,
( c'est fans difficulté qu'ils auroient
fauvéces cinqVaisseaux derniers ,.
dont Mr deVillette a fait l'expedition
far la coste d'Angleterre ,.
& dont ils font affoiblis ; mais
allegezdans leur fuite d'une ma
niere que nous les perdons de
vene.
Le 14. les vents continuerent
1. de mesme force & au mesme ens
droit , ce qui nous fit encore reſter
à l'ancre toute cette journée , qu'il
nous joignit un Convoy party de
Brest le premier de ce mois ,ef
corté d'un Vaisseau de guerre ap
pellé le Sage, de 60. pieces & de
deux Brulots.
On vientdefaire un détache
ment de deux Vaisseaux & de
I
194 MERCVRE
deux Brulots , pour aller bruler
deux autres Vaisseaux: Ennemis
échouez au Cap de la Rie , qui
Subirent le moſme fort que les autres
, abandonnez de leurs Equipages.
Il vient encore de nous
joindre un autre Convoy du
Havre de Grace de rafraichiffemens
pour les Capitaines & pour
les Malades & Bleffez de l'Armée
, escorté d'un vaisseau de
44. pieces de Canon.
Le tempss'est éclaircy , & les
Sentinelles ont découvert quatre
Vaisseaux ennemis à la coste. le
viens d'apprendre au juste la perte
que les Ennemis ont faite , Premierement
nous leur avons brulé
un Vaisseau le lendemain du
Combat de 60. pieces de Canon..
Lanuitdu 11. au 12. ils en brulerent
un autre de 70. pieces ,le
Matelotde leur Vice. Amiral. Le
I
GALANT.
195
13. deux de leur Vaiſſeaux s'é
tant arrestezà la coste , &se
I voyant poursuivis des nostres
y brulerent les Equipages ,
• ayant mis le feu avant que de
les abandonner. Ils estoient de 60 ..
à 66. pieces . Les cinq poursuivis
par Mr de Villette , deux brulez
& trois coulez à fond , cing de
• leurs Brulots brulez es coulez à
fondpar nostre Canon ; deux autres
Baftimens échouezàla Baye
d'Attingue , & un autre à la
pointe de la Rie que Mr d'Amfreville
a ordre d'aller bruler. Ils
- en ont encore coulè bas deux &
brulé un autres car depuis peu o8
les atous comptez distinctement ,
& on reconnoist que ces derniers :
manquent à leur nombre. Ainfii
on peut direqu'ils ont perdu 14. ou
15. gros Vaisseaux & S. Brulots.
A nostre égard nous n'avons
;
116
196
MERCVRE
pas perdu une Chaloupe. Ie ne
Sçaypoint encore l'estat des Blef
Sez & Morts sur nos Vaisseaux ;
mais on m'a assuré quil n'y en
avoitpas cinq cens & peu d'Officiers
..
J'ay trouvé cette Relation fi
belle ,& je l'ay veuë dans une
approbation ſi generale , que :
j'ay crusvous en devoir envoyer
une copie , au lieu d'en
compoſer ſelon mas coûtame,
des meilleures qui me font
tombées entre les mains.' Cea.
pendant .comme il eſt impoſſi
ble que dans une Bataille la
mêmeperſonne ſetrouve partout
oùl'on combat, j'ay encore
tiré beaucoup d'endroits
remarquables de pluſieurs autres
Relations pour vous ena
faire part. L'une porte ce qui
fait.
3
3
T
GALANT.
197
1
Ce Combat a esté un des plus
chauds dont on ait parlé depuis
- long temps , tant pour les Hollana
dois que pour une partie de nos
-Vaisseaux , tous n'ayant pas en
oscafion de ſe battre également..
Cinq ou fix des Navires de nôtre
teste qui n'avoient point d'Enne
mis par leurs travers ,forcerent
de voilepour gagner le vent de la
tefte des Ennemis , ce qu'ils fi
rent , & ayant reviré , ils ser
trouverent au vent , de forte que
s'il n'eust pas manqué tout d'un
coup , & que le calme ne fust:
point venu , un peloton de quin
Ze Vaisseaux Hollandois n'au
roit pu se garantir d'estre enle
vé. Ils sousinvent un combat de
cing beures ,&comme ils étoient
chargez par des meilleurs Vaif
Seaux de l'Armée qui estoient:
sout frais , & qu'on les envas
가
198 MERCVRE
lopoit dans un croissant de nos
Navires , qui tous avoient des
Chaloupes pour se remorquer fur
les Ennemis , ils n'eussent pû
éviterd'estre pris , mais nos Na.
vires tirant plus d'eau que les
leurs , & le courant du luſſan
nous en éloignant sur les cing:
heures du foir , il ne nous fut
pas possible de les approcher...
Nous eusmes neanmoins l'efperance
sur la fin du combat d'en
aborder un , & nous fismes pour
cela toute la manoeuvre que nous
pouvions faire . Comme le premier
Navire ennemi qui nous
reſta toute la nuit , démasta auprés
du nostre , & que Mrs de
Tourville & de Nesmond , &
quelques autres l'ayant fait remorquer
pour couper les Ennemis
, le laifferent comme rendu ,
nos Chaloupes y allerent. 19
GALANT.
199
allay aussi avec la nostre ; c'é
toit une chose qui faisoit com.
paſſion , Detrois cens cinquante
hommes quiestoient deſſus , iln'en
restoit pas quatre-vingt , & il
n'y avoit pas un pied fur le
Vaisseau , depuis l'eau jusqu'au
baut , où il n'y eust un coup de
canon. On n'y voyoit que gens
- l'unſur l'autre , morts ou mourans.
Le lendemain nous fuſmes obli
gez de le brûler. C'estoit un
Vaisseau desoixante buit canons.
Hollandois qui se font parfaitement
bien battus ; les Anglois
n'ont pas fait de mesme. Leur
Escadre blenë qui est en possesfion
de faire mieux que les au-
& qui tomba fur Mr le
Comte d'Estrées , ne ſebattit pas
mal mais de plus loin que les
Hollandois. Ils ne tiprens pas fi
long - temps , & commencerent
tres
,
200 MERCURE
>
plus tard le Combat. On croit:
qu'ils ont jetté des bombes . Je
n'en doute point , ayant entendu
des coups de mortier. Le Terrible
en croit avoir receu une fur fa
poupe , qui la luy a toute enle
vée , & a causé un fort grand
fracas. Cela n'empesche pas qu'il
neſoit en estat de combatre en
core . C'est une chase admirable
qu'aucun de nos Vaisseaux n'ait
efté ny demâté ny desemparé. Il y
en a eu quelques - uns d'incommo
dez dans leurs Mats , cela ne pou --
vant estre autrement . Il y a bien
de la gloire pourMr de Seigne
lay , d'avoir étably depuis plufieurs
années de fi belles Ecoles
de Canonniers. Ie ne crois pas
que les Ennemis veuillent de
tong temps éprouver la bravoure
de la marine , qu'ils auroient fen
tie tout autrement ,fi nous avions
GALANT. 201
ment.
, qu'on
eu le vent favorable ,& qu'on
euſt pû les tenir à la Mousque
terie. Si l'avantage eust este pareil
de ce costé là , le Combat
n'auroit pas duré buit groffes
beures , comme il a fait. Il est
plus glorieux pour les armes du
Roy & pour la marine
les ait trouvez joints , qu'autre-
Nous avions peut- estre
plus de Vaisseaux à trois ponts
qu'eux mais en recompense
presque tous leurs Navires é
toient de 68. 70.676. canons ,
Gjeleur ay toûjours compté 60.
61.64. & 66. Vaiſſeaux de ligne ,
ce qu'on ne peut dire au juſte à
cauſe qu'ils mettent leurs Brulots
en ligne. Non seulement ils
ne pouvoient ignorer nos forces
mais ils nous ont creu encore plus
forts que nous n'eſtions , par les
listes qu'il peuvent avoir veness
,
202 MERCVRE
,
& il faut qu'ils ayent jugé le
nombre de leurs Vaisseaux plus
que suffisant pour nous mettre en
déroute puis qu'ils font venus.
nous attaquer. Trois jours avant
le combat ,Mr de Tourville avoit
ofté de laligne ceux des nostres
qui n'avoient pas des canons de
dixbuit livres de bales ; ainſi il
n'avoit pasplus de 68. Vaisseaux
en ligne. Les Ennemis ont fait
tout ce qu'ils ont pu pour en faire:
plier quelquesuns de 54. à 56.
canons dans nostre Division de
la Cornettebleuë , & ils doivent
avoir esté fort surpris de n'avoir
půen veniràbout.
L'article ſuivant eſt tiréd'us
ne Lettre écrite par Mr les
Comte de Chaſteaurenaud..
La nuit du 9. au 10. de Juillet
Mrle Comte de Tourville menzoya
quelque ordre , & me fit
GALANT. 203
dire par l'Aide- Maior qu'il estoit
refolu d'engager le Combat à quelque
prix que ce fust , mesme àvau
levent des Ennemis. Il parut enfuite
aux Officiers de mon Bord ,
qu'il avoit fait les fignaux de
forcer de voile. l'y repondis des
feux & du Canon. le fis force
avec toute mon Escadre , یم
mouillay ſur les deux heures aprés
minuit , ayant ouy moy mesme les
fignauxde mouillage que l'attendois
Quelque - temps après le
zour paroiſſant , iefus furpris de
me voir à pareille distance de
Mr de Tourville & des Ennemis
qui estoient encore fous voile. Ils
avoient le vent , & me voyant
mouillé & éloigné avec mon Ef
cadre du reste de l'Armée , cela
leurput faire croire qu'il leur ſe.
roitfacile de profiter de cet avanrage.
Ausfi ne tarderent- ils pass
204
MERCVRE
ой ie
d'arriver fur moy. Je ne m'en
embarraffay pas. Ie mis d'abord
Sous voile avec toute mon Efcadre
, & vins regagner en bon
ordre la tefte dela ligne ,
memisen pane pour les attendre ,
Ainsi que fit Mr de Tourville a.
vec le reste de l'Armée. Les En.
nemis continuerent d'arriver ,&
vinrent auſſi en bon ordre attaquer
noftre ligne presque de front &en
meſme temps . Les Hollandois me
tomberent en partage , & arrive...
rent un peu plus , &un peu plûtost
que leveſtede laligne. Ilsfirent une
faute bien confiderable pour des
gensdu mestierdontje connus bien
d'abord que je profiterois , mais je
les laiſſay engager au combat ,&
lors queje vis qu'ils alloient commencer
, & qu'ils n'avoient pas
affezprolongé leur ligne pour com
battre les Paiſſeaux de la teste je
GALANT.
205
fis lefignatordonné, afin que la Diwifion
de Mrde Villette fiftforce de
voile pour estre en estat de revirer
fur les Ennemis , & les mettreentre
deuxfeux. Les Ennemis preſque en
mejme temps presenterent le costé ,
&commencerentàtirer à la petite
portée du Canon. La Division
deMr de Langeron réponditlapre.
miere,je le fis ensuite quandje les
vis bien engagez, & qu'on avoit
répondu auxfignaux. Lefeu de la
reſtedes Ennemis nefut quere bien
étably que par le travers du Oheva.
lierdeMontbron& de Mr Daligre
quiestoitmon Matelot de l' Avant.
LeVice-Amiral&le Contre- Ami
valdes Ennemis avec deux autres
Vaisseaux bien ferrez se mirent
parmon travers , & par celuy de
I'Ardent commandépar Mr d'am.
freville,&nous fiſmes long-temps
fort grandfeu de part&d'autre.
206 MERCVRE
Le Pompeux , commandé parMr
Daligre , quifit toûjours fort bien
fon devoir dans toute l'occaſion,
laiſſa tombersa Miſene ,croyant
devoir forcer de voile. Comme la
Division de Mr Villette , à qui
on avoit fait lesignal , se trouva
unpeu loin de moy , jefus obligé de
taiſſer tomber la mienne pour m'en
rapprocher. L'Ardent , mon Matelot
de l'Arriere ,futfimal traité,
qu'ilfut obligéd'arriver àvauleventpourferaccommoder
, Ce.contre-
temps m'expoſa ſeul quelque
temps au feu de ces quatre Vaif-
Seaux,fur lesquels ilfallutpartagerlemien.
Je mis dans ce tempslàleſignalà
la Division de Mrde
Villette , ayant pour celaforcé de
voile. Aprés qu'il eut reviré auffi
bien que MrsdeRelingue , de Larteloire,
de la Galiffonniere, de Ponty&
de Septeme , je reviray tout
GALAN T.
207
court,fans attendre queM. de Ri
bere le Comte Desgoulle,M. de Per
fin ,le Chevalier de Montbron &
Mr Daligre les euſſentſuivis . Je
le fis avec beaucoup de peine à
cause du calme, &pour ne point
perdre de temps , j'envoyay Mr le
Chevalier de Beaujeu , qui voulut
bieny aller luy- mesme, pour avertir
les Vaisseaux qui n'avoient
point reviré , de reviver en mesme
temps derriere ; &de faire laforce
de voile qu'ils pourroient . Quelques
Vaisseaux Ennemis paſſantpar
cet intervalle de la ligne , arriverent
sous le vent pour nous éviter ,
&fans lecalme, nous euſſions fait
infailliblement perirtoute cetteEfcadre
quise trouvoit engagée dans
la nostre &dans une partie de
celle de Mr de Tourville. Mir de
Perrinet foûtint fort bien, de mesme
que Mrs de Beanien , de la
208
MERCURE
Vigerie , de Sevigny , de Vaudricourt
, & du Rivaux que ie retrouway
avec Mr de Langeron dans une
bonne situation pour nous affeurer
anevictoire plus complette de tous
les Hollandois. Quant aux Anglois
vie ne lesvis plus au retour que ie
fis du coſtéde Mr de Tourville; i'ay
fceu seulement que Mr Herbert
leurAmiral, n'avoit ofése troawerparson
travers , n'y d'aucun
Vaiſſeau confiderable , & avoit
preferé dese trouver par celuy du
Comte, du Cheval-marin , & du
-Modere:
On a écrit à Bord du Soleil
- Royal , commandé par
Mr de Tourville , Vice amiral
, qu'il a fi fort maltraité
ſept ou huit gros Vaiſſeaux
de guerre qui ſe ſont trouvez
par ſon travers qu'ils
ont eſté tous tres-incommodez;
GALANT.
209
dez ; que les Hollandois ſe
font battus en braves gens,
ayant foûtenu le combat depuis
neufheures qu'il commença
, juſqu'à cinq heures
du ſoir ; que les Anglois ne
l'ont foutenu quetrois heures ,
aprés quoy ils ont tenu le
vent , l'Amiral Herbert ayant
le premier lâché le pied ;
qu'il n'y a pas un Vaiſſeau ,
fur tout ceux des Hollandois ,
qui n'ait eſté criblé , démâté ,
ou deſagréé que les deux
tiers de leurs équipages font
tuez bleffez , ou hors de
combat ; que la terreur des
François eſt tres.forte parmy
eux , & qu'il n'y a eu aucun
Officier tué ny bleſſé dant le
Vice- Amiral , mais ſeulement
un Garde Marine cinq Soldats
ou Matelois , & dix- huit
bleffez .
Iuillet 1690 . K
210 MERCVRE
د
د
L'Armée des Ennemis eſtoie
au vent rangée ſur une mêmeligne
; les Vaiſſeaux éloignez
ſeulement d'un demy
cable les uns des autres . Les
Hollandois avoient l'Avant
garde. Hebert l'Admiral
rouge , faifoit le Corps de
bataille & l'Amiral bleu
d'Angleterre faifoit l'Arrieregarde.
Tous les Vaiſſeaux de
ces trois Diviſions elloient
beaucoup plus forts que les
noſtres ; y en ayant plus de
douze de cent pieces de Canon
, & les autres à proportion.
Au vent de cette ligne
eſtoient leurs Brulots & les
autres Baſtimens qui faisoient
entr'eux une ligne , ce qui
montoit à cent douze voiles .
Les Hollandois ayant com
mencé le combat , les Anglois
qui ſe tinrent longtemps au
GALAN T. 211
vent pour éviter de tomber
fur nos Vaiſſeaux qui faisoient
un feu incroyable , ſe crurent
enfin obligez de faire figure.
Ils arriverent un peutard , &
tirerent leur bordée à deux
grades portées de Canon, pour
donner courage aux Hollandois
, en leur faiſant croire
qu'ils ſe battoient vigoureuſement.
Herbert qui avoit à
combattre noſtre Arrieregarde
, au lieu de chercher
noſtre Amiral , ce qu'il devoit
faire , ayant un Vaiſſeau de
cent picces de Canon , alla
attaquer un petit Vaiſſeau de .
quarante pieces , quiluy préta
le coſté , & l'obligea de ſe
retirer. Sa peur fut ſi grande ,
qu'il fit mettre un autre Vaiſ
ſeau devant luy , pour empêcher
que cette Fregate ne le
K 2
212
MERCVRE
brûlaſt , ou ne le coulaſt à
fond . Quelques Vaiſſeaux de
ſa Diviſion qui vouloient
fauver l'honneur de leur Patrie
, s'approcherent aſſez prés
pour ſe faire démâter. L'Amiral
bleu fit le brave en attaquant
Mr le Comte d'EΓ-
trées , qui l'obligea bien toſt
de ſe retirer . Les autres tarderent
peu à le ſuivre . Quand
ils furent un peu éloignez , ils
continuerent quelque temps
à tirer hors la portée du Cauon
. Mr d'Amfreville voyant
paffer Herbert par fon travers
, quitta ſa ligne pour lay
faire un défi mais il ne l'accepta
pas . Toutes les Relations
s'accordent à marquer
le peu de courage qu'il a fait
paroiſtre en ce combat . Il y
en a une qui porte que luy
GALANT .
213
,
& ſes deux Navires Matelots
ſe ſont contentez de jetter
leur feu pendaat trois heures
contre l'Apollon & le S. Michel
commandez par Mrs
Bidaut & Villars , mais avec
fort peu d'effet , puis qu'il n'y
a eu que trois hommes de
tuez & deux de bleſſez dans
l'Apollon . Mr l'Intendant té
moigna beaucoup de coeur ,
& donna de tres utiles conſeils
. Quoy que ce combat ait
duré huit heures
د
nous n'y
avons pas ſeulement perdu
une Chaloupe.
La nuit du 14. les Ennemis
furent obligez d'échoüer
deux de leurs Vaiſſeaux , &
d'y mettre le feu. Le Vice-
Amiral de Hollande en eſtoit
un. Leis.nos Vaiſſeaux firent
auſſi échoüer le Vice- Amiral
K 3
214 MERCURE
rouge d'Angleterre avec un
autre. Comme ils virent venirdeux
Brulots , ils arborerent
Pavillon Hollandois. Ils
firent cette manoeuvre , afin
d'empêcher de croire que ce
fuffent des Anglois. Mr de la
Roque Serin fit encore echoüer
un Vaſſeau de foixante
pieces de Canon. Le 19
au matin une de nos Chaloupes
amena à bord de l'Amiral
deux Prifonniers , qui'aſſurerent
que l'Armée ennemie
eſtoit aux Dunes , fort maltraitée
, & qu'il y avoit une
fi grande conſternation parmy
les Peuples , que la pluſ
part avoient déſerté , apprehendant
une deſcente .
On a parlé d'un Vaiſſeau
pris aux Hollandois , qui eſtoit
de 98. pieces de Canon que
GALAN T. 215
nous avons brulé . Ce Vaiſſeau
qui s'appelloit le Friſland , a
voit eſté entierment deſem
paré par Mr le Marquis de
Neſmond qui commande le
Souverain , & par Mr de Sainte
Maure , ſon Matelor , qui com
mande l'Arc-en ciel. Mr de
Neſmond envoya Mr de Pontac,
Capitaine de Vaiſſeau , à
bord du Hollandois pour le
faire rendre , à quoy le Capitaine
répondit qu'il ne ſe rendroit
jamais , ce qui l'obligea
de ſe retirer.Surce refus , M.de
Sainte Maure fit tirer encore
quelques volées de Canon
pour achever de ruiner ce
Vaiſſeau ,& enſuite il envoya
Mr Daire , Capitaine en ſe.
cond fur fon bord , ſommer
de nouveau le Capitaine Hollandois
de ſe rendre. MrDaire
K 4
216 MERCURE
,
en eut la meſme réponſe qu'il
avoit déja faite à Mr de Pontac
; mais cela n'empeſcha pas
qu'il n'allaſt toûjours à luy
quov que le Hollandois luy
criaſt de n'approcher pas. II
monta fur le Vanfeau , où il
y avoit encore 80. hommes
d'équipage en eſtat de combattre
& il le fit avec tant
d'intrepidité & de courage ,
qu'il s'en renditmaiſtre , aprés
avoir deſarmé le Capitaine
qu'ilmit dans ſon canot pour
le conduire fur l'Arc- en-ciel.
Quelque- temps aprés , il eut
ordre de Mr le Comte de
Tourville , qui ne vouloit
rien épargner pour ruiner entierement
les Ennemis , de
couler ce Vaiſſeau à fond , &
vovant qu'il ne s'empliſſoit
pas aſſez viſte , il y mit le feu en
+
4..
GALANT. 217
l'abandonnant. Le Capitaine
Hollandois fut conduit ſur le
bord de Mr le Marquis de Nemond
, par Mr dePontac , qui
alla le prendre fur l'Arc enciel
. Peu de jours auparavant ,
lorsque l'Armée du Roy côtoyoit
l'Angleterre , Mr Daire
ayantapperceu quelques Pefcheurs
& deséquipages de plu
fieurs Bateaux , s'eſtoit embarqué
dans une Chaloupe , &
avoit couru deſſus. Ces peſ
cheurs s'eſtant fauvez àterre ,
il les y pourſuivit, les fit prifonniers
, & les mena ſur ſon
bord , ce qui avoit commencé
àmettre l'alarme dans la côte.
On raconte un fait particulier
de Mr Panetić , Matelot
de Mr de Tourville, Dansle
tempsque le feu eſtoit à fon
Vaiſſeau , où il futmis par une
Ks
218 MERCURE
Bombe jettée , Mr de Tour
ville luy envoyadire qu'il euſt
à ſe retirer. Mr Panctiele fit
prier de permettre qu'il de .
meuraſt , parce que le mouvement
qu'il feroit pourroit
eſtre prejudiciable à toute
l'Armée , & demanda ſeulement
qu'on luy envoyaſt du
monde pour éteindre le feu
ce qui fut executé
>
Le Vaiſſeau de Mr le Cho
valier de Feuquieres à combattu
un Vaiſſeau Anglois de
90.pieces de Canon qui le devoit
écraſer , eſtant fort ſuperieur
au fien. Cependant il
tira fi mal , qu'il ne luy fit
preſque que des ricochets. Mr
de Mazancour fon Coufin ,
Lieutenant fur fon Vaiſſeau
cut la machoire caffée en
deux endroits , aufi-bien que
د
GALANT.
219
la clavicule de l'épaule . Cette
Victoire qui rend le Roy
Maistrede la Mer, nous coûte
fort peu de monde. On afſeure
que le nombre des tuez ,
tant Gardes , que Matelots &
Soldats , ne va pas à quatre
cens , & que celuy des Blefſez
n'eſt que de huit cens.
Quant aux Officiers , nous
n'avons perdu que Mr leChevalierdeClermont
, Capitaine
de Galere , embarqué ſur le
Pompeux , & Mrsles Cheva
liers Julliart , de Rothelin &
de Cerſeaux , Enſeignes de
Vaiſſeaux Mrde l'Iſle , Lieutenant
des Gardes de la Ma
rine , acu un bras emporté.
Mr de Belleville , Aide. Major,
a eſté bleſſé d'un éclat à la
teſte , & Mrsde Lauriere & de
Cogolin , l'un Lieutenant de
K 6
220 MERCURE
Galiote , & l'autre Enſeigne
de Vaiſſeau , ont eu chacun
une jambe emportée..
A
Il court une Liſte de l'état
de l'Armée Navale imprimée
& ſi défigurée , qu'à peine y
peut on reconnoiſtre douze
noms. Cela m'oblige à vous
en envoyer une tres - correcte
avec les noms des Brulots &
de ceux qui les commandent.
Le 29. du mois paſſe ,un
Armateur de Marseille pric
devant Tetonan un Vaificau
Anglois de 20 pieces de Canon
, chargé de riches marchandises
. Cet Armateur avoit
eſté obligé le 27. du mesme
mois d'y venir moüiller , à
cauſe du vent contraire qui
l'avoit empeſché de paſſer le
Detroit&de la nouvelle qu'il
ent que fur l'autre coſté du
GALANT. 221
Detroit il y avoit 22. Vaifſeaux
ou Anglois ou Hollandois
; ceux meſmes qui avoientlaiſſe
paſſer Mr de Châteaurenaud.
Ces deux raiſons
le firentdemeurer deux jours
dans cette Rade aprés quoy
ilvit venir vers lay un Vaifſean
, qui le trouvant à l'ancre
croyoit qu'il en auroit bon
marché, Le Capitaine du Vaif
ſeau François ſe laiſſa approcher
fans faire ſemblant de
s'en appercevoir ; mais lors
qu'il cut réconnu que c'eſtoir
un Anglois , & qu'il le vit à
la portée de deux boulets de
Canon , il fit couper ſes ca
bles , & alla fur luy à plaines
voiles . Après avoir tité fa
bordée de Canon & faMoufqueterie
il l'aborda , & s'en
rendit maiſtre en moins d'us
222 MERCURE
1
ne heure . La priſeeſt eſtimée
quarante mille écus.
Depuis ce que je vous ay
déja marqué dans cette Lettre
, qui s'eſtoit paffé en Savoye
, on a eu avis que les
Mondovis joints aux Milices
Piémentoiſes & à une partie
des Barbets , avoient inveſty
Luzerne. Mr de S. Silvestre
s'en approcha auffi- toft avec
un détachement , & les obligea
de prendre la fuite. Ils
revinrent neanmoins dés qu'il
ſe fut retiré , de ſorte qu'il
fallut y renvoyer Mr de Quinfon
avec douze cens hommes
pour les chaſſer. Mr Barthe ,
Gouverneur de cette Place ,
fit une ſortie qui les diſſipa
entierement . Le 7 de ce mois,
Mr Catinat ayant ſeeu que
les Troupes de Mr le Duc
GALANT.
223
>
de Savoye s'eſtoient retirées
du coſté de Montcallier , vint
camper à Brillane à trois
lieuës de Carignan. A peine
y fut on poſté que quelques
• Dragons Ennemis , conduits
par des Payfans armez , parurent.
Mrle Marquis de Feuquieres
, Maréchal de Camp
de jour , s'avança avec des
Dragons , & quelque Cavalerie
, & les fit fait en deſordre.
à Carignan. On en fit une
partie priſonniers , du nombre
deſquels ſe trouva un
Gentilhomme de Mouverant
prés de Valence , qui les commandoit.
Il s'eſtoit refugié
en Piedmont pour quelque
affaire qui pouvoit avoir des
ſuites. On ſceut de luy que
lesTroupes de Mr de Savoye
eſtoient en méchanteſtat ique
224
MERCVRE
১
l'Infanterie n'eſtoit preſque
compoſée que de milices &
que ſa Cavclerie eſtoit peu de
choſe . Ce Prince envoya propoſer
par un Trompette d'échanger
ce Gentilhomme ;
mais Mr de Catinat le refuſa ,
fur ce qu'il eſtoit Sujet du
Roy . Le 8. Mr de S. Silvestre
eſtant de jour , les Ennemis
furent apperceus par nosGardes
Fourageurs qu'ils vouloient
troubler. Comme la
nuit ils avoient fait marcher
mille hommes à Carignan ,
où ils s'eſtoient retranchez
tant Dragons qu'Infanterie
on pouſſa ſi vivement ces
Troupesavec nos Grenadiers
& Dragons , qu'on les chaſſa
dans leurs retranchemens ,
dont on força le premier &
le ſecond , en forte qu'on les
22
GALANT.
225
prit fans peine , & l'on fe
feroit rendu maistre de la
Place fi elle avoit eſté bonne
à quelque choſe , quoy que les
Ennemis qui croyoientqu'on
le vouloit faire fiſſent ſans
ceffe marcher des Troupes ,&
y vinffent avec toute leurArmée
; mais cette Place auroit
eſté emportée avant que ceux
que l'on envoyoit pour la
défendre fuſſent arrivez . Cela
eſtant fait , on continua de
fourager à leur veuë . Cette
occafion leur couta cent cinquante
hommes & deux Officiers
,& nous eûmes ſeulementcinq
ou fix Soldats tuez
& quelques bleſſez , Mr.Servon
, Brigadier , eut une con .
tuſion peu dangereuſe. Mr le
Chevalier Doffillon une autre
legere au bras , & M. de Mon-
:
226 MERCVRE
tignac une à la cuiſſe. Ce dernier
commandoit les Grenadiers
, & alla à leur teſte dans
les deux retranchemens,qu'on
neleur prit qu'afin de leur faire
voir avec combien de vigueur
nous pouſſons nos entrepriſes.
Depuis ce temps les Ennemis
n'ont ofé eſcarmoucher,
& quoy que nous ſoyons fort
prés de Carignan où ils ſont
campez , nos Partisne ſe trouvent
point. On a bruflé prés
d'eux fur le bord du Pô un afſez
bon Chaſteau , défenda
par cinquante Payſans qui
furent tous tuez . Cette execution
fut faite par le Regiment
de Catinat . Il ſe paſſa
une autre affaire du côté
de Luzerne , & elle dura de.
puis fix heures du matin jufGALANT.
22
qu'à ſept heures du ſoir. Comme
cette Ville eſt au pied d'une
colline , toute chargée d'un
grand Bois qui regne juſqu'àla
Redoute , ce qui donnoit lieu
aux Ennemis d'en traverſer la
communication par les embu.
ſcades , mr de Quinſon qui
commande le Camp de S.
lean ,& qui estoit employéà
foutenir les Travailleurs ocupez
à reparer les fortifications
delaPlace , & à la mettre hors
d'inſulte , prit la reſolution de
faire abattre une partie de ce
bois , d'autant plus qu'il avoit
beſoin d'un grand nombre de
paliſſades. Ainfi il marcha de
grand matin aux Ennemis qui
s'y eſtoient retranchez , auffibien
que dans un Village à
coſté , nommé Lulconere , &
dans des Caſſines au deſſous .
228 MERCVRE
Ceux qui estoient dans le Bois
ne tinrent point , mais on fut
contraint de forcer les autres
qui occupoient le Village & les
Caffines . On en vint à bout; le
Village fut bruſlé ,& l'on retourna
au travail du bois, pendant
lequel il ſe fit un beau feu
juſqu'à fept heures du foir,que
nos Travailleurs ſe retirant ,
les Ennemis defcendirent en
plus grand nombre pour les
charger & les écarter , mais ils
avoient à faireà de vieux Officiers
qui les firent tomber
dans une embuſcade où il y
en cut un grand nombre de
tuez. Les Barbets & les Milices
de Mondovis s'approche.
rent auffi de Luzerne pour
inquieter nos Travailleurs ,
mais ils furent repouſſez avec
vigneur , & contraints de ſe
GALANT. 229
fauver dans les Rochers. On
leur vit emporter un grand
nombre de bleſſez , & trente
d'entr'eux demeurerent fur la
place. La Garniſon qui n'eſt
compoſée que de Milices fit
tout ce qu'on euſt pu attendre
des meilleures Troupes
reglées . Mr de Pondins s'y
distingua . Mr de Catinat a
toujours ſon Camp auprés de
Brillane. La nouvelle de la
Bataille gagnée par Mr de Luxembourg
n'y cutpas plutoſt
eſté receuë , qu'on y fit trois
décharges du Canon & de la
Moufqueterie. Ce qu'il y eut
de particulier , c'eſt que dans
l'Armée de Savoye , le Canon
des Ennemis ſe fit entendre
un moment avant le noſtre ,
mais fans Mouſqueterie. On
neſceut d'abord à quoy im
230
MERCVRE
puter ces marques dejoye 2
mais on aprit peu de temps
aprés que c'eſtoit une ruſe
des Eſpagnols & des Savoyards
pour dérober à leur Armée
& au Peuple la connoiſſance
dugainde cette Bataille , en
leur faiſant croire par cette
réjoüiſſance apparente que
les Alliez nous avoient batus .
Les Religionnaires fugitifs ,
qui faute de ſubſiſtance ont
eſté contraints d'abandonner
les Vallées , ſe ſont rendus à
Turin en aſſez grand nombre,
& pour infulter les Catholiques
, ils y commettent des
irreverences dont tout le
Peuple eſt fort irrité. Le 15 .
un Party Ennemy de qua-
rante Maiſtres tomba dans
une embuſcade. On fit une
premiere décharge de part &
GALANT. 231
d'autre , & les Ennemis 'nen
attendirent pas une ſeconde.
Ils prirent la fuite à leur ordinaire
, & le Commandant
futfait Prifonnier-
Le 23. du mois paſſé , Dame
Françoiſe Talon , Epouſe de
Meffire Thierry Bignon, Conſeiller
d'Estat , Premier Prefident
au Grand Conſeil , mourut
icy aprés une maladie
d'onzejours . Elle a eſté extrémement
regrettée. non ſeulement
de ſa Famille , mais encore
par tous ceux qui la connoiffoient.
Une picté toute
Chreftienne,& ſa charité cnvers
les Pauvres ne l'avoient
pas renduë moins recommandable
que ſon eſprit & ſes autres
belles qualitez . le vousay
déja marquédans ma Lettre du
mois d'Avril , qu'elle eſtoit
232 MERCVRE
Soeur de Meſſire Denis Talon ,
ce celebre Avocat General,
qui remplit cette Charge depuis
ſi long - temps avectant de
capacité & de reputation , &
Fille de feu Meſſire Omer Talon
, auſi Avocat General , &
de Dame Françoiſe Doujat.
Son humilité luy a fait deſirer
d'eſtre inhumée ſans aucune
pompe . Elle a eſté enterrée à
Saint Nicolas du Chardonneret
, dans la Sepulture de MeſſieursBignon.
L'Enigme du mois paſſé a
eſté expliquée ſurla petite Verole,
qui en eſtoit le vray ſens ,
par Mrs Armand Louis Couturier
, Seigneur de la Ferre , de
Pontiou , Gouverneur de Pontorſon
, Cipiere de Bordeaux ;
Boſſet de Sainte- foy , Bourſaut.
Lieutenant d'une Patache : le
Roy,
GALANT.
233
Roy , ordinaire de la Muſique
de Sa Majesté: Duval de S. Germain
en Laye : L. Bouchet ,
ancien Curé de Nogentle Roy
le Verrier, Profeſſeur en l'Univerſitéde
Caën : Sardier , du
Quaydes Morfondus,Gaſtelier
du bout du Pont au Change :
l'abbé Pajot dela Place Royale
Baril de Harfleur: Louannin de
Sainte- Brienne : le Doux de
Boishuct de la rue S. Honoré ,
Bucquet de la rue des Prouvaires
: le B. M. de Condrieux :
Frere de la Porte S. Martin :
Digeon voiſin de la Fontaine
des Blancs manteaux ,
deau Chirurgien de la ruës.
Honoré Miroir Abbé de Grify :
le gros le Tellier , ſieur de la
Periniere : Farcy Sous Doyen
du Chapitre de Mante : lardinet
l'un des huit Vicaires du
Iuillet 1690. L
Bor234
MERCVRE
le
meſme lieu : le Comte du Perreux
: le Marquis de Franboiſe
• dela rue S. Antoine.le Vicomte
de Tournelles : l'amoureux
Maimbert de la Rue-cruelle ,
le Chevalier Buſcon :
Solitaire de Belleville : Blandre
, ſieur de Bras de fer : de
Villiers Agentdes aides : Tamiraſte
de la rue de la Ceriſaye :
Mathieu Vieillard : Simon
Denis: Denis Berton: le Clerc
hors du commun D. C. proche
larue S, Denis : le Quart : le
Parifien de Loches : l'Amant
de la Marthe Royale : l'amant
divorcé de la jolie Brune de la
ruë des Teinturiers de Caen :
le Coq de la rue des deux Ponts
du meſmelicu le Merite inſenfible
du Quay de Geſvres : le
Solitaire de l'Arcenal : l'abbé
D. L. M. le Delefide la Brune :
A
GALANT.
235
l'amant doüillet de la Blonde
enjouée du quartier du Marais
lebrave bon Parentde la rue S.
Honoré : l'amant de la charmante
Parifienne deſolée de la
rue Montorgueil : les deax
Voifinesde l'aimable Brune de
l'Hoſtel des Urſins:le Berger du
coeur de l'incomparableGomar
Gerlo : Amant dela plus jolic
des Soeurs du Chevalier Hubert
: l'Amant de la belle Gabrielle
deChampagne duquartier
S. Eustache : de la Leureriere
& fon aimable Maiſtreſ
ſe : le Berger Tircis à l'anagramme,
Siecled'amour : laMarquiſe
à l'anagramme, pure Ima
ge de vertu : Louiſe Lucie de
Chaſtillon en Balois , les Solitaires
de laſicour : Diane de la
Forest d'Alcleon : la Deeffe aimantée
: la Nimphe Chaſta-
La
236 MERCURE
gnere : la Bergere au Roy de
Trefle: Tirfis de la Deeſſe aux
jours filez de ſoye, & par Mefdemoiſelles
Taillier , de la ruë
faintHonoré : Blin , de Requelle
: Bridini : de la Corcelle
de Bailly : Angelique de
Brée: la Baronne de Valencour
la fpirituelle Angelique , &la
toute aimable Blonde ſa fille :
M.M. Belle & fpirituelle Devinereſſe:
la fille du Marycontent
: la petite Bergere du Boeage
égaré : la brune enjouće,
Soeur de la charmante Bellone ,
M.Chenuet: Tigrine de la ruë
faint Roch : l'illuſtre Veuve de
la ruë Calande: la Nimphe du
Boisde V ... les deux aimables
Recluſesduquartierde
S. Severe de Rouën : la Belle
Peintreſſe de la Monnoye , la.
belle & charmante Lolotte
GALANT. 237 1
Mouliniere : la belle Huffon
de la ruë ſaint Honoré : la Belle
, mais indifferente le Faucheur
de la porte ſaintAntoine
la belle Penſionnaire de la rue
du Coq,la belle de la porte faint
Antoine ; l'aimable Blonde de
la rue faint Severin ; l'aimable
Rogerie de Province , l'aimas
ble petite Tantite de la ruë de
l'Homme armé ; l'aimable Faucheur
de la rue ſaint Honoré :
lacharmante Niece Manon de
la rue faint Avoye : la charmante
Capricieuſe de la rue
fainte Croixde la Bretonnerie;.
la Charmante de la rue ſainte
Avoye , & l'incomparable Robindela
rue de la Vieille Draperie
. A l'Enigne , au Mercure
du mois de luin , Carſueil
l'aiſné de Marſeillle , donne
pour mot , la petite verole.
238 MERCURE
Je finis cet article àmon ordi
naire par une Enigme nouvelle.
1
ENIGME.
ME peindre est une grande
affaire ,
Etplas que l'on nepeut penſer;
Peintres vous lesçavez, puis qu'on
volt d'ordinaire ,
Lesplus fameux de vous y renoncer.
Tel n'entenditjamais le Portrait ny
l'Histoire ,
Qui pourtant ,m'entreprend , &
mefme avec plaisir ,
Et Sçachant moins peindre que
boire. 7
)
Ne laiſſe pas en moy de fort bien
réüffir.
1
Sijay dés Creanciers,jecrains pew
leur furic,
GALANT.
239
BIBLIOT
LYON
1715 yom ,
D'unregarda remis le trouble dan
mon ame ;
Si jene puis querirde l'ardeur qui
m'enflame ,
L 4
238 MERCURE
629
Mon coeurquevoouuss aalllleezsouffrirI=rs
上
Mon coeurquevous allezsouffrir Iris
ame sr Je ne puisquerir de
ame si jene puisquerir de
boire.
Ne laiſſe pas en moy de fort bien
réüffir.
Sij'ay dés Creanciers,je crainspew
leurfuric,
GALANT.
239
t
Puis qu'on n'a jamais veu qu'un
Sergentſoit venu
Détendrema Tapiſſerie ,
Ny pourſaiſir mon revenu.
Chez - moy l'on voit , &fansfurprise.
Ades gens mesme de bon lieu ,
Le colnaljusqu'à la chemiſe ,
Avec une corde au milieu .
Voicy un ſecond Air nouveau
d'un habile Maiſtre .
AIR NOUVEAV.
MOn coeur ,
fouffrir!
que vous allez
Iris que je croyois hair.
D'un regard a remis le trouble dans
mon ame ;
Si jene puis querirde l'ardeur qui
m'enflame ,
L 4
240 MERCVRE
د
Le premier jour de ce mois ,
P'Armée du Roy donnala bataille
qu'on appelle de Fleurus,
& elle fut gagné par M. le Mareſchal
Duc deLuxembourg ,
qui l'a commandoit , ſur celle
des Estats Generaux des Provinces
Unies & des Alliez
fous les ordres du Prince de
valdec . Comme je vous en
envoye une Relation tres- exacte
dans un voulume particulier,
je ne vous en diray rien
icy . Je vous parleray ſeulement
du changement arrivé
dans quelques Regimens de
Cavalerie & d'infanterie , par
la mort de leurs colonels taez
dans cette bataille .
M. le Comte de Seaux , frere
de M. de Seignelay , Miniſtre
d'Estat , qui s'y eſt ſi bien ditingué
àla teſte de celuy de
3
GALANT. 241
Champagne , eſtant mort de
ſes bleſſeures à Philipeville ,
ce Regiment à eſtédonné à M.
le Marquis de Blainville ,fon
Frere ; & celuy de Blainville a
eſté donné en meſme temps à,
M. le Comte de Maulevrier
Colbert . Ce meſme Regiment,
deChampagne avoit eſté pof.
ſedé auparavant par M. le Bailly
Colbert , Frere de M. le
Comte de Seaux , qui mourut
auſſi l'année derniere à Philippeville
, des bleſſeures qu'il avoit
receuës , dans la journée
de Valcourt .
ي ت
M. le Marquis de Charoſta
culeRegiment de Vermandois
que la mort de M. le Marquis
de Soyecourt a Jaiflé vacant .
& celuy de Brie qu'avoit M.le!
Marquis de Charoſt a eſté donné
à M. le Marquis de Rafetot,
Ls
1
242 MERCVRE
Capitaine dans le Regiment
Dauphin. Il eſt Fils d'Alexandre
de Canonville , Marquis
de Rafetot , & d'Henriette
Catherine de Gramont , Fille
de feu M. le Duc de Gramont,
Pair & Mareſchalde France,&
Soeur de M.le Duc de Gramont
d'aujoud'huy .
• Le Regiment de Bertillac
Cavalerie , eftant auſſi demeuré
vacant par la mort de M.de
Bertillac , le Roy qui n'oublie
jamais les ſervices qu'on luy
rend, l'adonné à M. de Mar
filly , Lieutenant Colonel du
Regiment deCoiflin. C'eſt un
Officier qui fert depuis trentecing
ans avec une distinction
quiluya acquisl'eſtimede tous ,
les Generaux. Ce qu'il fit pendant
le ſiegede Grave & à la
journéede faintDenis futd'uGALANT.
243
ne ſi grande bravoure , qu'il ne
fit pas moins admirer ſon courage
que ſa conduite dans ces
deux occaſions . Il s'est encore
extremement ſignalé dans la
Bataille que M.de Luxembourg
vientde gagner. Il eſt Frere de
M. de Vacueil , Exempt des
Gardes du Roy, homme de fer.
vice& de merite , de Madame
la Marquiſe de Meinieres.
Son nom eſt Martainville C'eſt
une Maison d'une ancienne
Nobleſſe en Normandie . M. le
Marquis d'Etouteville qui a
eſté Capitaine aux Gardes en
eſt l'aifné , & elle a des Alliances
fort confiderables .
M. de Cailus Fontange ,
ColonelduRegimentdeChar.
tres , eſtant mortde ſes bleſſeures
peu dejours aprés la Bataillede
Fleurus , le Roy a donné
L6
244 MERCURE
/
ce Regiment à M. le Marquis
deChpi , Chambellan deMon
ſieur , & l'un des Aides- de-
Camp de M. de Luxembourg.
Il eſt d'une fort bonne Maiſon
de Picardie.
A peine les Ennemis commencent-
ils à ſe montrer en
Allemagne , ainſi il eſtoit impoſſible
de les combattre , puis
qu'ils n'en paroiſſoit point.
L'Ardeur que les Troupes ont
d'en venir aux mains ne fe
ſçauroit exprimer. Monfeigneurle
Dauphin n'eut pas plûtoſt
receu la nouvelle du gain
de la Bataille de Fleurus , qu'il
l'envoya dire àM. le Maréchal
de Lorge&à toute l'Armée. Ce
Maréchal fortit auffi- toſt pour
ſe rendre au quartier de ce
Prince: maisil ſe trouva prefqueaſſiegé
dans le chemin par
GALANT.
245
un fort grand nombre de Trou .
pes qui le conjurerentde leur
faire nantre l'occaſion de ſe ſignaler
comme les Troupes de
Flandre. Il leur répondit qu'il
n'avoit pas moins de confiance en
leur valeur ,qu'elles en avoient en
fa conduite , qu'il comptoit beaucoupfurelles
, & qu'elles auroient
leur tour. Les Mouſquetaires
apprirent la mesme nouvelle
par M. le Duc de Villeroy . Ils
luy répondirent avec chagrin ,
qu'ils n'avoient quefaire d'exem-
• ple pour les animer , qu'ils n'en devoient
point recevoir des autres
mais qu'ils devoient le donner.Pen.
dant qu'on a attendu les Ennemis
, on a toûjours veſcu àleurs
dépens ; ainſi l'on peut dire
qu'ils nous ont traitez au lieu
de nous avoir fait du mal. Outre
ces avatages, c'eſt un triom
246 MERCVRE
phe pour nousd'avoir ſceu parer
les coups qu'ils pretendoient
nous porter , puis qu'ils
s'attendoient à nous accabler
ſous le poids de la multitude.
L'Armée de Monseigneur a
occupé divers Camps pour la
facilité des vivres & fur tout
des fourages , & celuy de ce
Prince n'eſt preſentement qu'à
quatre lieuës de Mayence. Il
s'aplique entierement à toutes
les actions d'un bon General ,
s'informe exactement de tout ,
s'en fait rendre compte par
ceux qui le doivent faire , voit
les choſes luy-meſme , tient
fortſouventconfeil, donne ordreà
tout, entredans les moin
dres détails , traite parfaite.
menttout le monde , aimant la
juſtice , qu'il rend fort exacte
Lansavoir egardà perſonne ,&
GALANT. 147
étendant ſes liberalitez fur
ceux qu'il croitenavoirun veritable
beſoin. Depuis que les
Ennemis font aſſemblez , leurs
mefures ſe trouvent rompuës ,
par les nouvelles qu'on leur apporte
continuellementdes pertes
que les Victoires des François
font fouffrir aux Alliez ,
ce qui les oblige à tenir fouventdes
conſeils& à envoyer
des Couriers à Vienne & àtous
les Princesde la Ligue.Ils n'ont
rien fait juſqu'icy que chercher
à donner de la jaloufie
en menaçani Fribourg & Huninguen
Ils feroient plaifir
d'attaquer Fribourg ; & l'on ne
eraint rien pour Huninguen ,
pais qu'outre la bonté de la
Place ,M.le Marquis d'Uxelles
eſtaux environs avec un gros
Corps de Troupes. Monſei
248 MERCURE
gneur a détaché M. le Ducde
Villeroy avec la Brigade de S.
Germain beaupré , quelques
Bataillons . Ce Duc a paſſé le
Rhin au Fort Louis , & a déja
pouffé quelques Corps des Ennemis
depuis ſon paſſage,
Nous ſommes à la veille d'une
nouvelle Bataille en Flandre ,
les,Armées n'étant pas éloignées
, & eſtant fortes de part &
d'autre. M. le Duc de Luxembourg
a eſté joint parles Troupes
que commandoit M. le Maréchal
de Humieres, & par cel
les de M. de Boufers , & l'Armée
de M. Valdeca eſté ren .
forcée par toute celle de Brandebourg
,& par les Troupes de
Mode Caſtanaga. Les Ennemis
ont aufſi tiré le plus qu'ils ont
pû de troupesde toutesleurs
Garnifons , ce qui cauſeroit la
GALANT.
249
perte entiere de la Flandre , s'il
venoient à perdre une Bataille.
L'avantage que nous avons tiré
de celle de Fleurus , eft que
nous aurons à faire à une armée
de moins pendant le reſte
de cette Campagne , puis que
M. de Brandebourg devoit ef.
tre entre celle d'Allemagne
&cellede Flandre avec la ſienne
, & qu'on le croyoit meſme
en eſtat de faire quelque entrepriſe
, afin de faire diverſion ,
&qu'au lieu de cela, il eſt dans
- l'Armée de Mr Valdec , non
pour luy ſervir de renfort, mais
pour remplacer ce qu'il a perdu
àla bataille de Fleurus .
Le Prince d'Orange avoit
cherchédes pretextes ſpecieux
pour paſſer en Angleterre , &
d'intelligence avec les Traiftres
, il s'y eſtoit fait offrir la
250 MERCVRE
i
1
Couronne pour couvrir ſon
ufurpation. Il n'en a pas eſte
de meſme de l'irlande , &
il n'a pû tourner les choſes
d'une maniere à faire croire
que les Peuples l'avoientappellé.
Le Parlement s'y eſtoit
affemblé , & avoit de nouveau
aſſuré Sa Majesté Britanique de
tout ce qu'Elle devoit attendre
de bons & fidelles Sujets , de
forte que le Prince d'Orange
n'apû couvrird'aucun pretexte
fon voyage en ce Royaume ; &
il a fallu qu'il ait paru Ufurpateur
à découvert , & qu'il ait
fait voir qu'il vouloit arracher
une Couronne qu'il ne pouvoit
ſe faire offrir pardes Traiſtres .
Le Roy d'Angleterre qui estoit
allé en Irlande pour fatisfaire
aux voeux de ſes Peuples , &
pour y recevoir de nouveaux
ſermens de fidelité , n'a pas deu
GALANT.
25E
■ y demeurer pour pluſieurs raifons
. Les mauvais coups font à
craindrede la part d'un Tiran,
5 & l'Vfurpateur pouvoit eſtre
- capable de faire ce qu'il appre
hendoit contreluy.Ainfiil auroit
fallu qu'une partie de l'Ar.
méed'Irlande eût été occupée
à garder le Roy , qui d'ailleurs
pouvoit avoir des raifons politiques
pour repaſſer en France.
Lorsque le Prince d'Orange eſt
arrivéen Irlande , il eſtoit tourmenté
d'un dévoyément , & ilt
n'en eſtoit pas encore guery
quand il fut bleſſe en allant reconnoiſtre
le gué de la Riviere
de Boyne. Les Hollandois
avouënt qu'il fortit du
ſang de ſa bleſſure. Si les bleffures
ſont dangereuſes à l'épaule
, elles le font encore plus
quand elles viennent du Ca
non , dont le ſeul vent eſt dan252
MERCURE
,
gereux. Le Prince d'Orange
aveuglé de fon ambition s'é-
• chauffa étant bleſſe , & ayant
déja quelque indifpofition . Il
fitplus le lendemain , il voulut
ſe trouverpar toutdans le combat
ou apprehendant tout
ce que les Tyrans doivent
craindre , il changea trois fois
d'habit , pour n'eſtre pas reconnu.
Ces mouvemens luy firent
venir la fiévre ,elle augmenta
, & cing jours aprés la
Bataille il eſtoit à l'extremité.
La Princeſſed Orange , dans la
crainte de ſa mort , a fait à Londres
toute la manoeuvre d'une
Femme pour s'affurer la Couronne,&
c'eſt pour cela qu'elle
a fait faire tant d'excuſes aux
Holadois, ſur la perte du Cobat
naval , avoüant que les Anglois
en font caufe. Quand aux af
GALANT.
253
faires d'Irlande , le Prince d'Orange
a paſſé une Riviere , il
eſt vray , mais il a perdu un
grand General & de braves
Officiers. Ses Troupes ont auſſi
beaucoup fouffert , puis qu'une
Armée qui paſſe à la nâge
eſſuye tout le feu des Ennemis
pendant le paſſage ; ainſi quoy
que victorieuſe , il luy en coute
ſouvent plus qu'au vaincu. Aprés
ce paſſage tout eſt demeuré
dans une letargie ſurprenante.
Le Prince d'Orange n'a plus
paru , & la victoire eſt demeu
rée infructueuſe , toutes choſes
eſtant reſtée dans le meſme
eſtat , de maniere que l'Armée
du Roy d'Angleterre, qu'on diſoit
battuë & diſſipée , eſt auſſi
entiere qu'auparavant , la perte
de quatre cens hommes ne
devant pas eſtre comptée ſur
4 MERCVRE
254
1
i
un grand nombre de Troupes.
Elles occupent les plus fortes
Places d'Irlande , & les TroupesIrlandoiſes
eſtant revenuës
deleur frayeur , donneront encore
beaucoup d'occupation
au Prince d'Orange , s'il eſt encore
vivant. Toutes les nouvelles
d'Angleterre & d'Irlande
donnentſujetd'en douter , ce
Prince ne paroiffant plus agir
dans l'un ni dans l'autre Royaume.
Les Nouvelles ſeules
de Hollande luy donnent du
mouvement. Je ſuis Madame
, voſtre , &c .
DEE
LYON
E
#1883
Qualité de la reconnaissance optique de caractères